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Full text of "Bibliothèque de l'École des chartes"

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BIBLIOTHEQUE 

DE L'ÉCOLE 

DES CHARTES 

XLVII. 



IMPRIMERIE DAUPELEY-GOUVERNEUR, A NOGENT-LE-ROTROU. 



BIBLIOTHÈQUE 

DE L'ÉCOLE 

DES CHARTES 

REVUE D'ÉRUDITION 

CONSACRÉE SPÉCIALEMENT A L'ÉTUDE DU MOYEN AGE 



XLVII. 

ANNÉE 1886. 



3lM0^^ 



PARIS 

LIBRAIRIE d'Alphonse PICARD 

RUE BONAPARTE, 82 
^886 



D 



3-Ô 



UNE CHARTE FRANÇAISE 

DE JEAN DE JOINVILLE 

EN DOUBLE EXEMPLAIRE SCELLÉ 



Le nombre des chartes de Jean de Joinville recueillies et publiées 
dans ces dernières années est maintenant assez considérable et la 
Bibliothèque de VÈcole des chartes peut revendiquer l'honneur 
d'avoir inséré dans ses volumes, en même temps que les savants 
mémoires que M. Natalis de Wailly leur a consacrés, la majeure 
partie de ces documents si précieux pour l'histoire de la langue au 
xiiF siècle. 

La pièce que nous publions ci-dessous est un jugement arbitral 
rendu en \ 258 par le sénéchal dans une contestation qui s'était éle- 
vée entre Gaucher, comte de Rethel, et son frère Manassès, seigneur 
de Bourcq. 

Ce document n'est pas précisément inédit; il avait été transcrit au 
commencement du xiv« siècle dans le cartulaire du comté de Rethel, 
et M. Léopold Delisle, qui a publié ce cartulaire, en a donné le texte 
in-extenso^ Mais ce texte ne reproduisait évidemment pas Tortho- 
graphe de l'original -, c'étaient là un soin et une préoccupation incon- 
nus pour les copistes du xive siècle. Intéressant pour l'histoire du 
comté de Rethel, il était donc dépourvu de valeur pour l'ordre de 
considérations qui a donné dans ces derniers temps une si grande 
importance à la recherche des textes émanés de la chancellerie de 
l'historien de saint Louis. 

L'heureuse fortune qui nous a fait retrouver aux archives du palais 
de Monaco les originaux du trésor des chartes du château de Rethel 



1. Annuaire -Bulletin de la Société de l'histoire de France, année 1867, 
deuxième partie, page 43. 



nous a particulièrement favorisé en ce qui concerne cet acte de Join- 
ville. Deux exemplaires originaux, qui en avaient été dressés, l'un 
pour le comte Gaucher, l'autre pour Manassès, son frère, ont été tous 
les deux conservés, Manassès IV, qui succéda par la suite à Gaucher, 
ayant versé dans le chartrier du comté ses titres personnels'. 

Ces deux exemplaires sont munis de sceaux presque intacts de Jean 
de Joinville et des deux parties qui l'avaient choisi pour arbitre ; 
ils sont donc encore, à ce point de vue, dignes d'attention; mais 
l'examen des deux textes et de leurs variantes nous a révélé une 
autre particularité fort intéressante. L'un des deux exemplaires, en 
effet, reproduit rigoureusement l'orthographe et les règles gramma- 
ticales que M. N. de Wailly a relevées dans les actes rédigés par la 
chancellerie de Joinville, tandis que l'autre offre tous les caractères 
philologiques des chartes de Picardie et des documents de la ville 
d'Aire, pubhés ici même en 4870 par le savant académicien 2, 

Ces deux pièces cependant, revêtues des mêmes sceaux, ont été 
nécessairement dressées en même temps. Il faut en conclure que, 
tandis que l'une d'elles était écrite par un des scribes du sénéchal, 
l'autre était l'œuvre d'un des officiers du comte de Rethel. 

Cette conjecture devient infiniment probable quand on examine les 
autres chartes françaises de la même époque qui se trouvent dans le 
trésor de Rethel. Nous avons pu relever quatre autres actes français 
émanés des comtes, entre ^1245 et H 263, qui sont certainement de la 
même main que la charte en dialecte picard, tandis qu'on ne rencontre 
pas de similaire à récriture beaucoup plus soignée, beaucoup moins 
abrégée et très caractéristique, par ses liaisons horizontales gladio- 
lées, de la charte qui paraît, sans doute possible, écrite par un 
scribe du sénéchal. 

Il ne faudrait pourtant pas croire que les pièces émanées des comtes 
de Rethel, de leurs vassaux ou de leurs plus proches voisins soient 
exclusivement écrites avec l'orthographe des pays d'Artois ou de 
Picardie \ en faisant le décompte des titres français existant dans le 
chartrier pour le xiii* siècle, nous en avons relevé un nombre au 
moins égal écrits suivant l'orthographe usitée en Champagne. Il y a 
là une dualité qu'expliquent suffisamment la situation géographique 
du comté et ses rapports intimes avec les deux régions. 



1. Archives du palais de Monaco, fonds de Mazarin, série T, Titres chrono- 
logiques, 2' carton, n°' 82 et 82 bis. 

2. Bibliothèque de l'École des chartes, t. XXXI, p. 261. 



Au surplus, le lecteur pourra constater facilement, par la disposi- 
tion typographique que nous employons, en quoi consistent les 
variantes des deux textes. Nous prenons pour base le texte champe- 
nois et nous plaçons en interligne et au-dessus les variantes de l'autre 
texte. On remarquera, en outre, que certains membres de phrase se 
trouvent intervertis-, cette circonstance nous a permis, en nous 
reportant au texte du cartulaire publié par M. L. Delisle, de constater 
que c'est sur l'exemplaire champenois que la transcription a dû être 
faite. 

Nous devons maintenant dire quelques mots des circonstances 
dans lesquelles Jean de Joinville fut choisi comme arbitre par les 
deux frères de Rethel. Le document qui nous occupe date d'une 
époque où il existe peu de renseignements sur la vie du sénéchal ; 
il est de trois années postérieur à la négociation qu^il réussit pour 
le mariage de son suzerain Thibaut V, comte de Champagne et 
roi de Navarre, avec Isabelle, fille du roi saint Louis. Pendant cette 
époque, le comté de Rethel avait été agité par les conflits survenus 
entre les frères du comte Hugues III, à la suite de la mort de leur 
nièce Marie. Une transaction de i 244 avait réglé le partage entre le 
comte Jean et ses deux frères. Gaucher et Manassès ' ; mais, à la 
mort sans postérité de Jean, en ^25'l, les survivants ne purent 
s'entendre et le différend resta plusieurs années sans solution. 

C'est alors que, d'un commun accord, les deux frères s'en remirent 
à l'arbitrage de Jean de Joimille. 

Ce n'était pas la première fois que le sénéchal de Champagne appa- 
raissait dans des actes relatifs aux comtes de Rethel. Déjà, en ^246, 
il figurait dans une sentence arbitrale rendue par Thibaut IV de Cham- 
pagne à l'occasion d'un différend entre le comte Jean et Godefroy de 
Louvain, pour les seigneuries de Perthes et de Tagnon ^. Jean de Join- 
ville y est constitué ^/ee^'e du comte Jean, dont il était cousin. 

Le sénéchal prend cette qualité de cousin dans notre document, 
et, comme il n'est pas indifférent de bien connaître les relations 
de parenté et d'alliance de Fillustre historien de saint Louis, on 
nous permettra de nous arrêter sur les liens qui Punissaient à la 
maison de Rethel. Cette parenté existait de deux côtés différents; du 

1. Cet acte est analysé par M. L. Delisle dans le Cartulaire de Rethel, p. 24. 

2. Archives du palais de Monaco, série T, Titres chronologiques, carton n" 1, 
pièce n° 39 ; Léopold Delisle, Cartulaire de Rethel, p. 27. 



côté paternel, Jean de Joinville avait pour bisaïeule Félicité de Brienne, 
fille d'Érard I", mariée en secondes noces à Geoffroy III de Joinville. 
Du premier mariage de Félicité de Brienne avec Simon de Broyés, 
était descendue au second degré Félicité de Broyés, dame de Beaufort, 
femme de Hugues II, comte de Rethel, et mère de quatre frères, 
Hugues III, Jean, Gaucher et Manassès. Le sénéchal était donc cou- 
sin issu de germain de ses commettants dans l'acte de 1238. 

Du côté maternel, la parenté, moins proche d'un degré, était 
beaucoup plus illustre. La mère du sénéchal, Béatrix, fille 
d'Etienne III, comte d'Auxonne, descendait du duc Mathieu P' de 
Lorraine par sa fille Judith de Lorraine, mariée au comte Etienne II 
d'Auxonne j or, de Mathieu de Lorraine, comte de Toul, frère de 
Judith, était née Mahaut de Lorraine, épouse de Manassès lïl, comte 
de Rethel, grand-père des quatre frères nommés ci-dessus <. De ce 
côté, le sénéchal était donc cousin au troisième degré de Gaucher et 
de Manassès. Ces liens de parenté expliquent, tout autant que l'émi- 
nente situation de Jean de Joinville dans la province, le choix fait 
de sa personne pour terminer un différend déjà ancien ^. 

Nous avons dit que la sentence arbitrale de Joinville méritait 
encore de fixer l'attention, eu égard aux sceaux dont les deux exem- 
plaires sont munis. Outre celui de Joinville, qui nous arrêtera tout 
spécialement, ils portent ceux du comte Gaucher et de Manassès de 
Rethel, qui sont inédits et que nous pensons à ce titre devoir décrire. 

Celui du comte Gaucher est rond, en cire vierge, de quatre-vingts 
millimètres de diamètre et d'un fort relief. 11 est du type équestre \ 
le comte porte l'écu de Rethel chargé de deux râteaux sans manche 
l'un sur l'autre. La housse du cheval est également chargée de 
râteaux. Il a pour légende -f- SIGILL CHERI COM IS. 

Le contre-sceau porte un écu aux armes de la face, avec la légende 
4- SECRETVM G COMITIS. 

Le sceau de Manassès de Rethel est également rond et sur cire 
vierge, de cinquante-cinq milUmètres. Il est aussi au type équestre. 
Le cavalier porte l'écu aux deux râteaux, mais la housse du cheval 

1. Père Anselme, VIII, p. 413; — Art de vérifier les dates, chronologie des 
comtes de Rethel. 

2. Du vivant du sénéchal, une nouvelle alliance resserra encore les relations 
entre la maison de Rethel et celle de Joinville. Hugues IV, tiis de Manassès IV, 
épousa Isabelle de Grand-Pré, fille du comte Henri VI et nièce de la première 
femme de Joinville, Adélaïde de Grand-Pré. 



est vairée. Légende : + S' MANASSERI REGITESTE'SIS DNI DE 
BOVRGO. 

Le contre-sceau porte Vécu aux deux râteaux avec la légende : 
SEGRETVM MANASSERL 

Mais le sceau de Joinville est à bien des titres infiniment plus inté- 
ressant. Ce sceau, qui se retrouve en bon état de conservation dans 
les deux exemplaires de notre charte, est rond, en cire vierge, de 
soixante millimètres. Il est au type équestre. Le sénéchal porte l'écu 
aux trois broies l'une sur l'autre, sous un chef chargé d'un lion 
issant ; la housse du cheval reproduit les pièces de l'écu. Légende : 
+ S lOHANNIS D lONIV SENESGALI GAMPANIE. 




40 

Le contre-sceau rond, de quarante millimèlreS; porte pour légende : 
+ SECRETVM DOMINI lONIVILLE. 

Ce contre-sceau est un curieux exemple de l'emploi des intailles 
antiques dans les sceaux du moyen âge, dont M. Demay a donné une 
intéressante nomenclature dans sa préface des Sceaux de Normandie. 
Le sénéchal de Champagne avait réuni trois pierres gravées dans son 
contre-sceau. La première représente un bœuf tourné à droite, la 
seconde un buste lauré, également tourné à droite, enfin dans la 
troisième, placée sous les deux autres, est figurée une femme assise, 
drapée, de profil, s'appuyant sur la main droite, tandis qu'elle étend 

le bras gauche. 

A proprement parler, ce sceau n'est pas inédit. Du Gange en avait 
placé une gravure, d'après un acte de 4256, dans le frontispice de la 
seconde partie de son édition de V Histoire de saint Louis. Mais la 
façon dont le graveur avait interprété non seulement le style, mais 
les détails les plus importants, est tellement inexacte que cette gravure 
ne peut réellement pas compter. Le lecteur pourra en juger en rap- 
prochant de cette gravure la reproduction qui accompagne cette note. 
11 y a même, dans la disposition des intailles, une si grande diffé- 
rence, que nous serions presque tenté de supposer qu'entre Pacte de 
4256, auquel était appendu le sceau publié par Du Gange, et notre 
charte de 1258, Joinville avait fait modifier la position de la troi- 
sième pierre. Pérard^ a reproduit le même sceau avec aussi peu 
d'exactitude, si bien que M. de Wailly a dû donner dans son édition 
de Joinville 2 l'héliogravure d'un fragment très incomplet, d'après une 
charte qui se trouve aux manuscrits de la Bibliothèque nationale, 
mais dans laquelle précisément l'empreinte de la troisième intaille 
n'existe plus. L'exemplaire de notre charte est donc le seul complet 
qui se soit retrouvé de celui des sceaux de Jean de Joinville, le plus 
intéressant peut-être à cause de son contre- sceau ^. 



1 . Recueil de plusieurs pièces pour servir à Thistoire de la Bourgogne, p. 485. 

2. Histoire de saint Louis. Didot, 1874, p. 552. 

3. L'usage des pierres antiques semble avoir été de tradition dans la maison 
de Joinville. Dans un article dont nous allons parler, M. Le Mercier de Morière 
a signalé celles qui se trouvent dans deux des sceaux d'Ansel, le fUs aîné de 
l'historien de saint Louis, rapportés dans l'Inventaire des sceaux des archives 
de Douët d'Arcq, n°' 308 et 2491. Le même recueil décrit le contre-sceau de 
Geoffroy de Joinville, frère puîné de Jean de Joinville, qui porte une pierre 
gravée représentant un masque à trois visages (n° 2494). Nous devons en outre 
faire remarquer que la pierre qui se trouve au droit du sceau d'Ansel, n" 308, 



Jean deJoinville, en effet, a usé successivement de plusieurs sceaux. 
Le nôtre est, par ordre chronologique, le second dont il se soit servi. 
M. de Wailly a également donné l'héliogravure du premier, qui est 
attaché à une charte de •1239^ c'est un sceau équestre de soixante- 
dix millimètres, dont le contre-sceau porte Pécu aux trois broies 
sous le lion issant en chef. M. Le Mercier de Morière a depuis publié 
un troisième sceau, dont Jean de Joinville aurait fait usage au plus 
tard en ^263. Celui-là est toujours au type équestre, mais il n'a plus 
que cinquante milUmètres de diamètre; le contre-sceau, qui est de 
même dimension que le droit, représente une ville forte avec le mot 
CAMPANIE, fin de la légende du droit, et dont chaque lettre est 
séparée par une fleur de lis^ Le même savant a constaté aux 
archives de Meurthe-et-Moselle que le sénéchal se servait encore de 
ce sceau en ^282. Mais ni M. de Wailly ni M. de Morière n'ont 
signalé un quatrième sceau, encore plus petit que les précédents, qui 
fermait autrefois la lettre célèbre écrite par Jean de Joinville au roi 
Louis X en 'I3^5. Ce sceau est maintenant détruit, mais Du Gange 
l'a connu et en a donné la gravure dans la biographie de Joinville, 
insérée dans la deuxième partie de son Histoire de saint Louis. Il 
était de trente-cinq millimètres, au type équestre, avec l'écu et la 
housse aux armes; la légende y était remplacée par une bordure de 
fleurs de lis^. 

Ce dernier sceau vient encore confirmer la curieuse observation 

faite par M. de Morière sur ce fait singulier que les sceaux dont s'est 

servi le sénéchal décroissent successivement de dimension depuis le 

premier dont il se soit servi. 

G. Saige. 



ressemble extrêmement à la troisième intaille (femme assise) de notre contre- 
sceau à trois intailles, quoique ce ne soit pas la même pierre. 

1. Bulletin des travaux historiques et scientifiques, section d'archéologie, 
1884, p. 477. 

2. L'original de la lettre à Louis X laisse encore distinguer deux des fleurs 
de lis de la bordure au milieu des débris du sceau. On peut s'en convaincre 
sur le fac-similé héliographique que M. de Wailly en a donné {Histoire de saint 
Louis, p. 452). 



42 

Juamvile 
Je Jehans, sires de Joingvile et seneschaus 
Ghampai?ignainne ki 

de Champaingne, fas savoir a tous ceus qui 
ses lettres verront et orront : comme 

ces présentes lettres verront et orront, que comme 

fust assavoir mon 

descors fuit entre mes cousins, cest a savoir mon signor 
conte signor 

Gauchier, conte de Retest, dune part, et mon signor 
Mannessier dautre ses ki 

Manissier, son frère, de Retest, dautre part, de ces choses- qui 

sont acordeiz 

ci desous sunt escrites, je les en ai acordez par laide de 
Dieu teie manniere ce sont 

Deu en teile meniere : que dou fié de Doncheri il se sunt 
sor mon signor Cevigni sor signor 

mis seur mon signor Huon de Sevigni et seur mon signor 
Milion Chalons ki ce fiet 

Milon de Chaalon, chevaliers, qui doivent enquerre se cil fié 

fies chasteierie 

de Doncheri est des fiez et de la chatelerie de Maisieres ou 
ce que il est fies de cliastelerie 

non; et se il truevent qu'il soit des fiez et de la chatelerie 

demora mon Mannesier 

de Maisieres, il demorra a mon signor Manissier, et se il 

nen demora le conte 

truevent que il nen soit mie, il demorra au conte, et doit 

ciz diz raporteiz dedans 
estre cis dis raporteis dedens ceste prochainne feste saint Jehan 

ce cil diz raporteiz 

Baptiste. Et se cis dis n'estoit diz et raporteis dedens ce termine, 

prolongier ce volanteit 

je porroie pourlongier le termine a ma volentei. Et des 
detes con signor Mannessier 

dettes com demanderoit le conte ou mon signor Manissier 
lor ce sont sor mon 

pour la raison de leur devantiers, il se sunt mis seur mon 
signor Couci sor signor Cevigni 

signor Erart de Coucy et seur mon signor Huon de Sevigni, 



13 

ki voir pa?' lor fiancies 

chevaliers, qui doivent veoir par leur faiz fyancies les demandes 
que on lor ses detes chevalier 

con leur feroit de ces dettes. Et de ce que cil dui chevalier 

ki ceroit tenus 

diroient qui seroit paiable, li cuens en seroit tenuz à paier les 

mesires Mannessiers 
trois pars et mes sires Menissiers le quart. Et de ce dont cil 
dui que il deffandrc 

dus chevalier diroient quil les convenroit plaidier ou deffendre 

ceroit tenu.v 
li cuens seroit tenus a paier les trois pars des coustainges et 

Mannessiers ce ouns des diseus 

mes siresMenissiers le quart. Et se li uns de leur deus diseurs moroit, 

en dui ensamble poroient mettre 

OU amdui ensemble, il i porroient mettre autres en liu de ceus, 
chascons por por mesires Mannessiers 

chacuns pour sa partie, pour ce faire. Et mes sires Menissiers 
avéra sauvemant Sau comme 

ara dou savement de Saut devant Retest, autretant com li 

sauvemant Guingnicort por 
cuens en prenoit ou savement de Guignicourt pour sa partie. 
ce li sauvemant orandroit comme 

Et se le savement de Saut ne valoit tant orendroit com 
por sauvemant Guingnicort 

li cuens en prenoit pour sa partie ou savement de Gugnicourt, 
panroit la defaute de orandroit rantes ville 

il penroit le défaut dorendroit as rentes le conte de la vile 

cil Mannessiers 
de Saut. Et de ce, doit cis Menissiers avoir les lettres le conte. 

tanra 
Et li cuens de Retest tenra tout leschange 
entieremant mesires Mannessiers 

entièrement que mes sires Menissiers ci devant diz li a assis 
por chastellerie et ce tant co»ime 

pour l'eschange de Maisieres et de la chatellerie tant com 
Iranchemant signeriemant mesires 

il vivera ausi franchement et ausi signoriement com mes sires 
Mannessiers 
Menissiers de Retest le tenoit et devoit tenir avant que cil 



faiz 
eschanges fustfais. Et la justice et le chevauchies et les autres 
cil Mannessiers es en ses 

choses qtie cis Menissiers clamoit ens lius et ens bans, de ces 

ses villes que il a assise 
choses et de ces viles cfuil a assis au conte pour la raison de cel 

cil 
eschange ci devant dit, je di et ai dit en mon dit que cis 
Mawnessiers quitte et aquiteit tant comme 

Menissiers les quit au conte a tenir et a avoir tant com 
cil cuens vivera signeriemant comme 

cis cuens vivera et aquittei ausi signoriement com il 

ce i que mesires 
les i avoit et devoit avoir en toutes choses, sauf ce que mes 

Mannessiers servise comme 

sires Menissiers en doit faire le service, ensi com il est contenu 
qui sont cel dom?naiges 

es lettres qui sunt faites de cest eschange. Et de tous damages 
que li ouns pooit demandeir deus 

que li^ oit demander à l'autre deux deus, queilque li 

dammaige soient juske jor ses présentes 

damage fussent jusques au jour que ^ lettres furent faites. 

que il sont ouns envers 

je di et ai dit en mon dit quil en sunt quitte li uns^ 

lautre nient i tous ajornenians ouns 

autre et doient faire mettre a neent tous les ajournemens que li uns 
a lautre queil que il fusent, fus 

avoit fait faire ^ il quil fussent, fust en plait de laie 

crestienteit juskes jor ses 

justice ou de crestientey, jusques au jour que^ présentes lettres 

ses 
furent faites. Et de toutes ces choses ci deseur dites, li cuens en doit 
deneir ses signor Mannessier mesires 

donner ces lettres dou tenir a mon signor Menissier, et mes 



1. Déchirure au parchemin. 

2. Idem. 

3. Idem. 

4. Idem. 

5. Idem. 



45 

Mannessiers lan deneir ses lettres ouns 

sires Menissiers len doit donner les suennes li uns a la requeste de 

mesires Mannessiers ses 

lautre. Et li cuens de Retest et mes sires Menissiers de Retest 

frères deneit chascons xl 
ses frères, mi cousin, mont denei chacuns quarante libres de 
Parisis volanteit dont chascons xx 

Parisis i^our faire ma volentei chacuns deus en doit mettre 

libres a ceste prochainne feste saint en la 

a ceste feste saint Jehan Baptz'^^e prochainnement 

[venant 
main le Prieur de enqui 

vint libres le Prioul de Landaives et denqui en un 

chascons autres xx ses 

an chacun dans les autres vint libres. Et des choses toutes ci deseur 

chasconne ount cil cil Mannessters por 

dites et chacune par li ont cis cuens et cis Menissiers pour 

por oirs fermemant rien rapeleir 

lui et pour ses hoirs promis a tenir fermement, sans rins rapeler, 
par par par lor foiz fiancies deneit 

ne paraus, ne par autrui, par foi fiancie. Et men a li cuens donnei 

assavoir 
pièges de ses choses a tenir de quatre cens libres ; c'est a savoir mon 

Espence c 

signor Jehan d'Espance de cens libres, mon signor Jehan 
G signor c 

Patoul de cent libres, mon Guion de Truni de cent livres 

Lanbert c mesires 

et mon signor Gilon de Saint Lambert de cent libres. Et mes 

Ma?znessiers ma/i a deneit luic 

sires Menissiers, ses frères, men a donnei pièges de quatre cens 

ses comme elles sont ci escrites 

libres, de tenir ce dit et ces choses ensi com eles sunt ci deseur dites 

assavoir c 

c'est a savoir mon signor Guion de Truni de centlibres, mon signor 

Espence g signor Lanbert 

Jehan d' Espance de cent libres , mon signor Gilon de Saint Lambert 

G Gevigni c 

de cent libres et mon signor Huon de Sevigny de cent libres, 



46 

niic leveir ki ioroit 

lesqueles quatrecens Izbre* jeporroie lever de celui qui iroit encontre 

ki voroit le dit deseur 

ce dit et ce raport, dont cil qui vorroit tenir ledit ci deseur 

averoit moitiet ce auconne 

escrit auroit la moitié et je lautre. Et se il avenoit aucune 

ce ses 

chose de moi, si wel je et di en mon dit que cis choses ci 

comme elles sont ciens 
deseur escrites soient tenues fermement ensi com eles sunt ci ens 

por ses fermemant 

escrites. Et pour ce que ces choses soient fermement tenues et gar- 

ses a 

dées, je ai saelées ces présentes lettres de mon sael par la requeste 

de ses 

desdeus frères ci deseur dis. Et je Gauchiers, cuens de Retest, et je 
Mannessiers asentit 

Menissiers de Retest, frères a celui conte, nous sommes assenti et 

asentons comme 

assentons a ceste pais et a ce dit, tout ensi corn il est ci dedens 

contenu por 

contenu et escrit. Et powr ce que ce soit ferme chose et estable, 

nos saiaus ses les queles 

nous avons mis nos seaux à ces présentes lettres, lesqueles furent 

GG et cinkante wit 
faites en lan de grâce mil deus cens cinqM«nte et wit, le vendredi 

closes Patkes 
devant Pâques closes . 



NOTICE 

SUR LA VIE ET LES TRAVAUX 

DÉTIENNE MARTELLANGE 

ARCHITECTE DES JÉSUITES 
(1569-1641) 

d'après des documents ine'dits conserve's au cabinet des estampes 
de la bibliotnèque ivatioivale. 



I. 

Le Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale conserve 
deux gros volumes in-folio reMés en maroquin rouge, inscrits au 
catalogue sous le nom de François Stella, peintre lyonnais du 
xviF siècle, et renfermant 175 vues diverses, dessinées assez 
habilement en camaïeu ou à l'encre de Chine. Un examen som- 
maire montre à quelle préoccupation obéissait le dessinateur. 
La plupart de ces vues tiennent en effet de près ou de loin aux 
maisons d'éducation fondées en France dans le commencement du 
XVII® siècle par la compagnie de Jésus ; on y retrouve des collèges 
entiers, pendant ou après leur construction, comme ceux de 
la Flèche, de Dijon ou de Roanne ; des prieurés dépendant de 
ces collèges; des villes présentées sous deux ou trois aspects 
différents ; toutes ces esquisses soigneusement datées d'ailleurs et 
ne permettant pas d'admettre François Stella comme leur auteur 
probable. Né en 1563, ce peintre était mort à la date précise 
de quelques-uns de ces croquis. Aussi avons-nous voulu un autre 
nom à inscrire en tète du précieux recueil, et nous sommes-nous 



^8 

apprêté à contredire le titre du xviif siècle pompeusement calli- 
graphié en tête du volume ^ 

Alors que nous cherchions à débrouiller l'écheveau, nous fûmes 
amené par notre service à communiquer le recueil dit de Stella 
au P. de Rochemonteix, qui prépare une histoire du collège de la 
Flèche. Nous lui fîmes part de nos doutes, et, lui-même ayant 
douté, il nous nomma Etienne Martellange comme l'auteur pos- 
sible de nos dessins. Martellange, c'est l'architecte autorisé de la 
célèbre compagnie, pour toute la période qui va de la rentrée 
des Jésuites en France à la mort de Louis XIII. M. Charvet, de 
Lyon, avait d'ailleurs publié sur lui un long travail bourré de 
renseignements et de faits, une de ces notices dont on peut dire 
qu'il est difficile de faire mieux ^; voyages, documents consultés, 
notes communiquées, renseignements pris un peu partout, 
M. Charvet n'avait rien omis ni rien négligé ; il ne s'était arrêté 
que devant le manque absolu de documents, et pourtant son 
jugement très sûr lui faisait souvent soupçonner la vérité, comme 
nous aurons occasion de le voir dans la suite de cette étude. Dès 
les premières pages de son livre, nous n'aurions point hésité à 
attribuer la paternité de notre recueil à l'architecte en titre des 
Jésuites, à Martellange. La plupart des édifices pour lesquels 
M. Charvet reconnaît son ingérence directe ou indirecte se 
trouvent précisément mentionnés et dessinés d'année en année, 
dans le prétendu album de Stella. Il y a telle œuvre incontestée 
de Martellange, le Noviciat des Jésuites à Paris, par exemple, qui 
occupe justement la première place dans le recueil. L'auteur en 
montre les bâtisses à peine sorties de terre, les travaux divers, il 
y met les dates mêmes auxquelles Martellange y avait travaillé, 
suivant les meilleures sources, de 1630 à 1634. Quelle preuve 
plus convaincante en eût-on voulue ? 

Et pourtant, en continuant la lecture du livre de M. Charvet, 
nous devions rencontrer mieux encore. Après avoir montré l'ar- 
chitecte des Jésuites devenu vieux, se réfugiant dans un travail 
moins pénible et consacrant à la peinture et au dessin ses der- 
nières années, M. Charvet en vient à parler de deux gros volumes 

1. Recueil contenant plusieurs veues de villes, bourgs, abbayes, châteaux et 
autres endroits particuliers de France, dessinés d'après nature par F. Stella. 
Ce titre est écrit dans un frontispice gravé, découpé pour la circonstance. 

2. Biographies d'architectes. Etienne Martellange, 1569-1641, par E.-L.-G. 
Charvet. Lyon, Glairon-Mondet, 1874, in-S", 240 pages. 



J9 

conservés dans la galerie du duc de Chaulnes au xvin° siècle, et 
qui avaient été prêtés au comte de Caylus lors de ses travaux 
d'archéologie. Cajlus les mentionne dans le tome III de ses 
Antiquités, il écrit page 356 : « M. le duc de Chaulnes a bien 
« voulu me confier deux grands volumes in-folio, qu'il conserve 
« dans son cabinet, et qui sont remplis des desseins que le 
« père Martel-Ange a faicts d'après nature, dans les diffé- 
« rents endroits de la France où ses afiaires l'ont conduit. Ce 
« frère Jésuite, célèbre par le bâtiment du noviciat de Paris, est 
« fidèle dans ses desseins ; ils ne sont pas de mauvais goût ; 
« mais ce qu'ils ont de plus intéressant, c'est qu'ils ont été faits 
« dans le commencement du dernier siècle (le xv!!"") . L'accrois- 
« sèment et la difiérence que l'on remarque, dans quelques-unes 
« des grandes villes dont il a dessiné les vues, présente un objet 
« d'étonnement et de curiosité, surtout à l'égard de Paris. » — 
Caylus avait pris dans les croquis de Martellange quatre vues 
antiques, la Pyramide de Vienne en Daupbiné, le monument 
dit des Deux-Amants, à Lyon, la porte S aint- André , à Autun, 
et la porte d' Arroux dans la même ville. Or, ces quatre monu- 
ments se trouvent dans le recueil de la Bibliothèque nationale, 
fol. 91, 92, 118, 133 et 134, et ce sont eux que le comte de 
Caylus a copiés ' . 

Aucun doute n'est possible maintenant. Les deux volumes du 
duc de Chaulnes existent encore, comme le présumait M. Charvet 
sans les avoir jamais vus. « Nos recherches pour les trouver, 
« écrivait-il, n'ont pas abouti. Cette notice apprendra peut-être 
« un jour à leur possesseur qu'il a entre les mains un recueil 
« précieux, surtout pour la ville de Lyon » (page 211). 

Les voilà retrouvés, mais à la suite de quelles vicissitudes ont- 
ils quitté le cabinet du duc de Chaulnes pour arriver à la Biblio- 
thèque nationale avec leur étiquette de Stella? Nous croyons 
que la Révolution les conduisit en Angleterre, où ils durent 
appartenir à un sir Edward Astle, qui y mit son ex-libris. Achetés 
par M. Hennin, à qui le Cabinet des estampes est aujourd'hui 
redevable d'une précieuse collection sur l'histoire de France ^, 
ils furent cédés le 24 juin 1840 à la Bibliothèque royale, suivant 

1. Dans les Antiquités de Caylus, ces planches portent les n"' 100, 101, 97, 
95 et 96. 

2. Le catalogue de cette collection a été dressé par M. Georges Duplessis, 
conservateur du Département des Estampes. Paris, Picard, 1877-1884. 5 v. in-8°. 



20 

ce que nous apprennent les registres d'acquisition. Ils prirent 
rang très modestement, affublés de leur nom d'emprunt, devenus 
de véritables anonymes, jusqu'à ces temps derniers. 

Par une singulière coïncidence, le même Cabinet des estampes 
possède un recueil, autrement précieux encore et autrement 
utile, et non moins inconnu, provenant également des Jésuites, 
mais des Jésuites de Rome, de la grande maison, et vendus à la 
suite de la suppression de l'Ordre en 1772*. Dans l'année 1773, 
M. Le Bailli de Breteuil achetait au collège romain cinq volumes 
in-folio reliés en papier à dos rouge, et portant en titre : « Fiante 
« di diverse fabriche. » Ces Plans de diverses fabriques, pour 
traduire mot à mot le titre, ne sont autres que tous les plans ou 
projets relatifs aux constructions des collèges de Jésuites dans le 
monde entier. A côté des maisons d'Autriche, de Pologne, d'Italie, 
d'Espagne, sont reliés et classés les projets concernant tous les 
collèges français des cinq provinces, de Paris, de Champagne, de 
Lyon, de Toulouse et d'Aquitaine. Là se retrouvent à chaque pas 
les dessins si personnels et si nets du frère Etienne Martellange, 
annotés de sa fine écriture, soit en latin, soit en italien ou en fran- 
çais. Car l'usage était — comme aujourd'hui encore — que le général 
des Jésuites reçût à Rome tous les plans et en fît faire la critique ; 
ils revenaient approuvés ou non, et suivant l'occurrence étaient 
suivis ou rejetés. C'est en feuilletant ces curieuses archives que 
l'on comprend bien le mot du P. Rybeyrète, l'historien de la 
compagnie, sur Etienne Martellange : « Omnia prope collegia 
« sedificavit, pleraque etiam templa, inter quse longe erainet 
« templum domus probationis Parisiensis'. » De M. de Breteuil 
les plans passèrent-ils dans le cabinet du comte d'Artois? Cela 
est probable, car ce fut le premier architecte du prince, M. Bel- 
langer, qui les remit aux Estampes le mardi 18 mars 1788. Cata- 
logués dans l'inventaire sous ce titre : Recueil des maisons, 
églises, etc., qui appartenaient à la société des Jésuites 
avant leur abolition, les cinq volumes prirent rang sur les 
rayons, et personne ne s'en occupa plus^. 

Ils méritaient mieux, on le verra. Avec les renseignements 
qu'ils fournissent, avec ceux du recueil provenant du duc de 

1. Il ne paraît pas qu'aucun auteur se soit jamais servi de ce recueil et l'ait cité. 
1. Ms. du P. Rybeyrète (Scriptores Provincix Francix S. J. collecti. 1670). 
Note communiquée par le P. de Rochemonteix. 
3. Ils portent aujourd'hui les cotes Hd 4 à Hd 4 d, soit cinq volumes. 



2i 

Chaulnes, M. Charvet eût fait un travail définitif sur Martellange ; 
mais en leur absence, il ne pouvait qu'être très incomplet. Notre 
but est précisément de donner dans cette notice tous les détails 
qui lui ont échappé, et qui se trouvent en grand nombre et dans 
les prétendus dessins de Stella, et dans les plans des Jésuites. 
On verra quelle part grande le modeste coadjuteur temporel, — 
pour donnera Martellange son véritable titre, — sut se faire dans 
l'architecture française des règnes de Henri IV et de Louis XIII. 
Sans doute, il y a beaucoup à dire des monuments créés par lui 
sur un type un peu uniforme, massif et souvent sans grâce, mais 
il lui faut tenir compte du moment où il était venu. Imbu des 
théories de Vignole, nourri des principes d'architecture puisés à 
Rome, il inonda la France d'églises lourdes et froides, mais non 
sans puissance, dont le plus grand nombre se voient encore. A 
ce compte il n'est pas mauvais de compléter le travail de M. Char- 
vet dans la mesure du possible, espérant qu'une nouvelle édition 
de son livre deviendra définitive à l'aide de nos remarques. 

Mais, avant de donner la liste des collèges et des églises aux- 
quels Martellange collabora, il n'est pas inutile de rappeler 
brièvement quelles furent les origines du célèbre architecte. Né à 
Lyon en 1568 du peintre Etienne Martellange, maître des métiers 
de la corporation, Etienne Martellange fit, avec ses deux frères 
Benoît et Olivier, profession aux Jésuites. Il entra dans l'ordre en 
1590, à Avignon, en qualité àe coadjuteur temporel, titre qu'il 
ne quitta jamais, bien que ses deux frères fussent prêtres de la 
compagnie. Nous croyons qu'il alla à Rome vers cette époque, et 
qu'il y habita probablement jusqu'en 1603 ou 1604, date de ses 
premiers travaux. Pernetti le fait visiter Rome avec François 
Stella en 1576, sans s'inquiéter autrement de la vraisemblance. 
Né en 1 568, Martellange eût eu huit ans environ ; quant à François 
Stella, né vers 1563, il fût entré dans ses quatorze ans. Ce sont 
là des histoires dont on s'inquiète peu lorsqu'on se donne la peine 
de vérifier les textes. Une preuve morale du séjour prolongé de 
Martellange en Italie, c'est la facilité avec laquelle il s'exprime 
en italien. Il y aurait bien à ce fait une autre cause si l'hypo- 
thèse de M. Charvet était vraie, à savoir que les Martellange 
étaient d'origine italienne, et que leur vrai nom était Martelenchi. 
Mais les tendances artistiques du jeune architecte en disent plus 
long encore : il a vu les églises romaines, il s'est élevé dans cet 
art à la mode du jour, et il rentre en France rempli d'impressions 



22 

et chargé probablement d'esquisses et de plans, dont il comptait 
bien faire son profit en faveur de l'œuvre. On était alors en 1603, 
époque à laquelle les pères Jésuites, longtemps inquiétés, reve- 
naient de toutes parts avec leurs idées si arrêtées et si définies 
en matière d'enseignement, leurs projets gigantesques, leur préci- 
sion mathématique au point de vue des établissements à cons- 
truire, des églises à élever. Tout naturellement, Martellange fut 
choisi comme Un auxiliaire précieux dans la province de Lyon , 
et, bientôt, eu égard à la pratique que lui donnèrent les construc- 
tions répétées, il devint une manière d'inspecteur directeur des 
travaux, dont la réputation s'étendit bientôt dans les provinces 
voisines, jusqu'à Paris, à Rouen, à Rennes même. 

C'est alors que le tour de France commença sérieusement pour 
lui et qu'il consigna, au fur et à mesure de ses voyages, ses 
impressions sur un album. Courant à cheval les villes éloignées, 
aujourd'hui à Vienne en Dauphiné, demain à Dijon ou à Dole, 
il note au passage l'état des établissements entrepris, souvent 
même une vue de la ville, qui lui sera plus tard un souvenir 
agréable. Dans les plans qu'il dresse et qu'il envoie à la censure 
de Rome, il met tour à tour ses remarques en français, en latin, 
en italien, sans être plus empêché dans un cas que dans l'autre; 
il en agit de même avec ses pages d'album, où le latin et le fran- 
çais se mêlent. 

Il est certain d'ailleurs que Martellange terminait ses dessins 
chez lui à tête reposée. Il prenait sur sa route un croquis rapide 
au crayon, et rentré au logis il passait ce dessin à l'encre, l'enjo- 
livait, mettant parfois des arbres feuillus dans un paysage de 
janvier, sans plus de souci. Au commencement de ses travaux, 
il employait la couleur bleue pour laver ses esquisses, plus tard 
il prit la sépia ou l'encre de Chine, si bien que ces différences 
peuvent, jusqu'à un certain point, servir à dater une vue ou un 
plan. Vers 1620, l'encre de Chine devient chez lui d'un usage à 
peu près constant. 

Son art était modeste; les maisons y avaient la part belle, cela 
va de soi; le paysage était souvent défectueux. Pourtant, il 
dépassait de beaucoup en habileté les autres artistes topo- 
graphes du temps, Claude Chastillon, entre autres, dont les vues 
maladroites, aujourd'hui si recherchées, ne valent que par leur 
nombre et leur côté naïf. Un autre coureur de routes, dessinateur 
d'occasion, était un nommé de Weert, dont les dessins embryon- 



23 

naires sont aujourd'hui conservés dans la collection d'Uxelles, à 
la Bibliothèque nationale^ Nil'unnirautren'approchentdeMar- 
tellange; il voit précis, sinon élégant et habile. Chastillon et 
de Weert ne voient pas du tout. 

Dans ses travaux pratiques, Martellange ne manifeste aucun 
orgueil; il fait et défait ses plans, remanie, taille et retaille sans 
murmure. Parfois il risque au P. Général une supplique. Il voudrait 
qu'on se hâtât , parce que les habitants sont mécontents des retards . 
Pour lui, il ne discute pas. Hiérarchiquement, il dépend du 
P. Provincial de Lyon, c'est à lui qu'il obéit, celui-ci le prête et 
le dirige. Un jour que Henri IV réclame Martellange directe- 
ment au P. Provincial pour le faire envoyer k la Flèche, l'archi- 
tecte reçoit un petit avertissement de son supérieur, probablement 
parce que le roi le traitait un peu trop en puissance, et le pro- 
clamait « insignem architectum et pictorem » (peintre et archi- 
tecte remarquable'). Ceci se passait en 1606, au début du coadju- 
teur temporel, après ses premiers travaux du Puy, de Vienne et 
de Sisteron ; sa réputation, on le voit, n'avait pas tardé à s'étendre 
au loin. 

Dans son livre, M. Charvet a pu déterminer la part exacte 
prise par Martellange dans la construction de huit maisons ou 
collèges de Jésuites, qui sont celles du Puy, de Vienne, de 
Moulins, de Vesoul, de Dijon, de la Flèche, du Noviciat de 
Paris et de Roanne. Pour quelques autres il doute; à l'aspect 
général des plans ou à la disposition des bâtisses, il soupçonne la 
vérité, mais il ne formule que des hypothèses. L'examen des deux 
sources de renseignements dont nous disposons nous permettra 
d'ajouter un grand nombre de ces maisons à celles indiquées 
par M. Charvet, en même temps que nous aurons à compléter 
ses renseignements sur les autres. Sans doute, nous aussi, nous 
omettrons plusieurs travaux du célèbre architecte. Durant sa vie 

1. Il se nommait Joachim de Weert ou Duwiert et eut quelques planches 
gravées d'après ses dessins par un nommé Philippe Millot. Ces dessins assez 
nombreux sont dans le volume Vx 23 de la collection dite d'Uxelles, aux 
Estampes de la Bibliothèque nationale. 

2. Lettre du P. Coton au Général des Jésuites Aquaviva. « De F. Martelangio 
« audiverat Rex ipsum insignem esse architeclum et pictorem, quare operi 
« Flexiensi illum adesse exoptaverat, et in eum finem ad P. Provincialem scrip- 
«r serat. Cum vero id nonnullis videam displicuisse, quasi per me rex impesseret 
« ad statuendum de nostris, dissuasi adventum juxla mcalcm, voiunlatcm et 
« admonilionem dicli Reverendi Patris (Provincialis). » — (24 juillet ICOG.) 



24 

errante, il s'arrêtait dans les abbayes, dans les châteaux en 
l'absence d'hôtelleries. Pour payer sa bienvenue, nous nous ima- 
ginons volontiers Martellange donnant à ses hôtes le projet de 
quelques réparations urgentes, de bâtiments à élever à la place 
de monuments ruineux. C'est ainsi qu'il lève le plandeN.-D. des 
Baumes', qu'il dessine une vue de l'abbaye de Bourgueil, sans 
compter les autres. Avec sa facilité énorme et son incroyable 
intuition des êtres d'une demeure, il lui coûtait bien peu de donner 
des conseils et d'indiquer la marche des travaux futurs. 

Après trente années de labeurs incessants, Martellange se 
retira au Noviciat des Jésuites de Paris, dont nous parlerons ci- 
après. Il s'y adonna à des ouvrages de dessin et de peinture, 
dit M. Charvet. Nous placerions l'époque de sa retraite en 1637, 
car, à ce moment, il termina plusieurs croquis de voyage dans son 
album, entre autres une vue intérieure de l'église de Roanne faite 
la quatrième année de la construction, soit en 1620, et qu'il date 
du 8 juillet lôST^. D'autres vues portent : « achevé en 1637, » ce 
qui est explicite 3. 

Il mourut le 3 octobre 1641 , et fut inhumé dans l'église du Novi- 
ciat, où durent rester ses études jusqu'au milieu du xviii° siècle. 
Quand les acheta le duc de Chaulnes ? vraisemblablement à cette 
époque, car, lorsqu'il les montra à Caylus, les Jésuites n'avaient 
point été condamnés ni dispersés ; le troisième volume des Antiqui- 
tés étant de 1759 et les Jésuites ayant été chassés en 1763, les 
recueils de Martellange avaient donc quitté la compagnie avant les 
arrêts du Parlement. Ils avaient d'ailleurs subi des mutilations. La 
collection topographique du Cabinet des estampes conserve, dans le 
volume de la ville d'Avignon, deux dessins de Martellange arra- 
chés du recueil avant qu'il ne passât chez le duc de Chaulnes; 
comme ils sont de la dimension exacte des autres, qu'ils sont 
conçus dans le même mode de procéder, il n'y a pas l'ombre 
d'hésitation possible^. 



1. Il donne le plan et la vue de N.-D. des Baumes en 1605 (Ub 9 a, fol. 152). 
C'est la seule vue du recueil accompagnée d'un plan donnant la disposition 
des lieux. 

2. Ub 9 a, fol. 105. 

3. Le dernier dessin de Martellange est daté de 1639 (Ub 9, fol. 72). 

4. Dép. des Est. Topographie de Vaucluse. Avignon. Une vue générale et 
une vue du collège portant : « Partie du collège d'Avignon. » 



23 

II. 

Travaux divers d'Etienne Martellange. 

Additions au travail de M. Charvet. 

Les notices qui vont suivre s'appuieront seulement sur le recueil 
Ub9 et Ub9a des estampes composées par Martellange, et sur les 
plans de sa main, trouvés par nous dans les cinq volumes achetés 
à Rome par M. de Breteuil en 1773. Nous ne reviendrons pas sur 
l'histoire de la fondation des collèges après M. Charvet; pour 
ceux qu'il n'a point mentionnés et décrits, nous lui laisserons le 
soin d'en faire l'histoire dans une seconde édition de son ouvrage. 



'D' 



Collège du Puy (1605) ^ {Charvet, page 23.) 

On voit par les actes publiés dans le livre de M. Charvet 
qu'Etienne Martellange avait donné en février 1605 le projet de 
l'église des Jésuites de cette ville. Nous croyons que ce plan est 
celui qui est intitulé Pianta e alsato de la chieza del collegio 
del Puy, al R. P. Assistente il P. Ludovico Richeomo, sans 
date, et conservé dans l'un des volumes de M. de Breteuil 
{Estampes, Hd 4 b, fol. 226). Les travaux ne furent pas sans 
causer de nombreux ennuis au jeune architecte ; après avoir fourni 
les mesures de fondation, en 1605, il fut envoyé une seconde 
fois au Puy par le P. Provincial, en 1607, pour y surveiller la 
construction. Cette date, donnée par M. Charvet, concorde avec 
les dessins de notre recueil. En effet, le 11 mai 1607, Mar- 
tellange fait une vue de la ville du Puy {Estampes, Ub 9 a, 
fol. 135 et 138). Puis il revient plus tard, à la suite de difficultés 
avec l'entrepreneur Charpignac. Le 4 août 1616, il avait ordonné, 
dans une lettre citée par M. Charvet, de pousser les murs à leur 
hauteur avant de commencer les voiites ; or, ses prescriptions ont 
été suivies, car, les 27 et 28 février 1617, il est de retour au Puy 
et il dessine soigneusement l'église en œuvre, qui est en effet 
arrêtée aux voûtes {Est., Ub9a, fol, 139). Ces derniers dessins 
sont curieux en ce qu'ils donnent fort exactement l'état des tra- 
vaux en 1617, et qu'ils sont d'une assez bonne facture. 

1. Les dates placées à la droite du nom de la ville indiquent l'époque à 
laquelle Martellange a commencé ses travaux. 



, 26 

Les Polignac étaient les bienfaiteurs du collège du Puy : 
Etienne Martellange esquisse leur château bâti en nid d'aigle au 
faîte d'une roche. Il date son croquis du 24 février 1617, et il 
écrit : « Le château de Polignac, proche la ville du Puy. » 
(Ub9a, fol. 142.) 

Collège de Vienne (1605). {Charvet, page 44.) 

Martellange collabora aux constructions du collège de Vienne 
dès 1605. A cette époque, il envoyait à Rome au P. Général un 
projet, qui était un quadrilatère à peu près régulier, dans lequel 
l'église occupait l'angle inférieur de droite. Le titre portait : 
Planta del collegio di Vienna nel Delfmato, provincia di 
Lione, in Francia, fatta Vanno 1605 (Hd4b, fol. 251). L'an- 
née suivante, ilen refait un autre, également destiné à Rome, Per 
la pianta del collegio di Vienna in Francia, fatta Vanna 
1606, et, dans ce nouveau plan, il discute la place du réfectoire 
dont il a, dit-il^ parlé au P. Provincial. Ses remarques sont égale- 
ment en italien, langue qu'il emploiera de moins en moins, au fur 
et à mesure de son avancement en âge. Il faut présumer que ce 
plan annoté était de 1606, car il prend sur son album, à ce 
moment même, une vue détaillée de la ville de Vienne avec ses 
monuments, sa porte du pont très fortifiée, et les collines avoi- 
sinantes, et il la date : « Vienne », lljul. 1606 (Ub 9 a, fol. 130). 
Treize ans plus tard, il est revenu dans la ville, et, le 20 janvier 
1619, il dessine les environs de l'église, probablement du haut 
d'un toit d'où il découvre l'ensemble (Ub 9 a , fol. 131, 132). 
Il prend aussi le même jour un croquis de la célèbre pyramide, 
que Caylus devait graver plus tard dans son livre des Antiquités 
et qui nous a servi à retrouver l'auteur du recueil jusqu'ici 
attribué à Stella (Ub 9 a, fol. 134). 

Quoi qu'il en soit de ces travaux, l'église n'était pas commencée 
encore en 1623, bien que Martellange eût exécuté d'abord une 
vue complète du portail, sur laquelle une main contemporaine 
avait écrit : « Desseing d'Estienne Martellange, » puis une élé- 
vation de l'intérieur avec la même mention, ces deux dessins datés 
d'avril 1623 (Hd 4 b, fol. 247 et 248). En 1625, on en était encore à 
s'entendre sur la construction définitive. Une pièce de Martellange, 
datée de 1625, et portant en titre Collegii Yiennensis ichnogy^a- 
phia 1625, montre l'édifice inachevé ; or, une note manuscrite mise 



27 

au bas dit positivement : Hanc ideam approbavit admodutn 
reverendus pater Gêner alis 2 februarii 1626. Ita est. Chris- 
iophoriis Baltazar^ (Hd 4 b, fol. 253). 

D'après M. Charvet, l'église ne fut terminée qu'en 1659, dix- 
huit ans après la mort de Martellange. Les travaux avaient 
duré un peu plus de cinquante-trois ans. 

Collège de Sistéron (1605). 

M. Charvet écrit, page 189 de son hvre : « Nous n'avons rien 
« pu obtenir à l'égard de Sistéron ; il est presque impossible que 
« Martellange n'ait pas apporté son concours. » D'un autre côté, 
plusieurs auteurs ne mentionnent même pas le nom de Sistéron 
parmi les collèges et les églises des Jésuites. Or, rien n'est plus 
probant que nos renseignements à ce sujet. En 1605, Martellange 
dressa le plan des futures constructions, et il l'annota pour le 
P. Général : Planta del colle gio di Sistéron fatta Vanno 1605 
in Gullio. Les remarques qu'il y a placées nous renseignent un 
peu sur la manière de procéder. La façade de la chapelle aura 
au moins dix cannes, etc. Tout l'ensemble sera revu et repris, 
avant de procéder à la maçonnerie. 

Martellange demande, toujours en italien, qu'on retourne le 
dessin déjà envoyé par lui à Rome l'année d'avant (1604), pour 
le comparer au nouveau, et faire les additions nécessaires. Il sup- 
plie, en outre, le P. Général de ne pas différer son visa et ses cri- 
tiques « perche sonno ja doi anni passati che gli habitanti anno 
spettato la commodità nostra » ; sans doute, on le voit, les habi- 
tants se plaignaient des lenteurs apportées à l'édification de leur 
collège, et l'architecte en recevait des reproches (Hd 4b, fol. 202). 

A cette demande pressante, le P. Général dut répondre assez 
vite, car Martellange est à Sistéron en 1606; il prend plusieurs 
vues de la ville dans son album de voyage, et les constructions du 
collège adossé aux vieux murs se voient dans toutes. Les fonda- 
tions sont alors sorties de terre ( Ub 9 a , fol. 156) . Dans un croquis 
postérieur, probablement de 1607 ou 1608, qu'il intitule « Sisté- 
ron et commencementz du collège » (fol. 157), les murailles sont 
à la hauteur du premier étage, et les maçons sont occupés à faire 

1. Christophe Baltazar était le provincial de Lyon. 



28 

le mortier dans les cours intérieures. Toutefois, il n'est pas question 
encore de l'église; là comme dans beaucoup d'autres collèges, c'est 
elle qui est bâtie la dernière. 

Collège de Carpentras (1607). {Charvet, page 6b.) 

M. Charvet montre Martellange travaillant à Carpentras en 
1607, et critiquant les travaux précédemment faits. 

L'album de voyage de notre architecte renferme deux vues de 
la ville, d'ailleurs non datées (Ub 9 a, fol. 161), et une autre de 
Caromb, petite ville du Comtat, qui, elle, porte la date de 1607, 
le 9 juillet {Ib., fol. 162). Cela concorde bien avec l'époque de 
ses premières études à Carpentras, car il fait deux plans cette 
année même : Seconda pianta del collegio di Carpentras 
1607 (Hd 4 c, fol. 129) et Terza pianta del collegio di 
Carpentras 1607 [Ibide^n). Sur le dos de cette pièce, on lit 
Prima idea collegii C arpenter acensis reprohata 16 julii 
1612. On voit, par ces citations, quelle part l'architecte avait 
prise à la construction du collège, sinon dans l'exécution, au moins 
dans les devis. 

L'église fut édifiée assez tard vers 1628. M. Charvet pense que 
l'on se servit des plans de Martellange, à cause de l'identité de ce 
monument avec celui du Noviciat de Paris. Nous croyons qu'il 
n'en est rien; ce bâtiment, dans les projets de notre artiste, ne 
ressemblait en rien à celui du Noviciat. 

Collège de la Trinité de Lyon (1607). [Charvet, page 131.) 

En dépit de sa naissance et du séjour de sa famille à Lyon, 
Martellange ne paraît pas s'être beaucoup inquiété de l'établisse- 
ment d'instruction ^ Toutefois, il se trouve dans sa viUe natale 
à l'époque des agrandissements de la maison des Jésuites, en juin 
1607, et il dresse ses plans : « Desseing du collège de Lion, faict en 
juin 1607 » ; au dos on lit : Idea collegii Lugdunensis anni 1607 
missa a Stephano Martellange in Mart. 1618 (sic)? (Hd 4 b, 

1. Citons à titre de renseignement un plan du collège, avec notes très détail- 
lées, daté de 1576 (Hd 4 a, fol. 225). 



29 

fol. 149). Que peut bien signifier cette seconde date, mise sur un 
devis de dix ans plus ancien ? Il faut reconnaître qu'en 1618, Mar- 
tellange était bien à Lyon, puisqu'il y dessine une vue de l'île 
Barbe le 12 juin (Ub 9 a, fol. 121). Mais l'île Barbe était la seule 
chose qui l'intéressât dans la ville, car il la prend en 1608 [Ib., 
fol.l25),enl609(i&.,fol.l22),enl616(/&.,fol.l21)etenl618. 
Il relève le 2 février 1619, au moment des travaux du collège, le 
tombeau dit des deux amants, que Caylus a gravé d'après lui 
[Ib., fol. 118). Quant au coUège lui-même, il le passe sous silence. 

Noviciat de Lyon (1617). {Charvet, page 201.) 

« Ce n'est certainement pas trop s'aventurer, dit M. Charvet, 
« que d'admettre que Martellange dirigea les constructions exé- 
« cutées par les Jésuites, pour leur maison de probation au novi- 
« ciat de Sainte-Hélène à Lyon. » Toutefois, M. Charvet n'avait 
rien trouvé de convaincant, et Martellange non plus n'a rien 
laissé dans son recueil de vues dessinées qui permît de reconnaître 
son ingérence dans les travaux en question. 

C'est dans les volumes achetés par M. de Breteuil que nous 
avons rencontré les preuves d'une collaboration sérieuse de sa 
part, en 1617, l'année même où il surveillait les travaux prépa- 
ratoires de Roanne. En juin, il leva les plans des bâtiments 
construits pour le noviciat, et il intitula ce dessin : Ichnographia 
domus probaiionis Ludvnensis (sic) prout se habet anno 
1617 mense Junn{}îà 4 c, fol. 26). Cette idée, pour employer 
l'expression même de Martellange mise sur le revers du papier, 
fut approuvée à Rome au mois de novembre, et aussitôt l'archi- 
tecte renvoya un autre plan, probablement celui du foho sui- 
vant {Ibidem, fol. 27), où se voient les élévations lavées de 
bleu, d'après la méthode alors employée par lui. La construction 
se présentait sous forme de deux corps de bâtiments reliés par un 
portique, et donnant au midi sur de grands jardins. Dans ces 
esquisses, l'église n'existait pas. MarteUange confectionna aus- 
sitôt un autre projet, où elle reçoit sa place à gauche du por- 
tique, en regardant les jardins : Ichnographia do^nus proba- 
iionis Lugdunensis facta anno 1617 mense Junio (Hd 4 b, 
fol. 150), et dans le même temps il fait à part une vue de ce 
monument, avec les élévations diverses de la façade, de l'autel et 
de l'un des côtés intérieurs {Ibidem, fol. 151). 



30 

On voit que M. Charvet n'avait point tort de supposer dans 
l'ensemble une œuvre de Martellange; s'il ne construisit pas 
absolument la maison, il en fut à tout le moins l'inspirateur et le 
directeur. 

L'église et le bâtiment furent détruits après 1831. 

Nous ajouterons volontiers à ces renseignements, sur le pas- 
sage de notre artiste à Lyon, une vue de l'église des Chartreux, 
dessinée par lui à la sanguine dans le recueil Ub 9 a, fol. 120. Les 
Chartreux s'étaient installés en 1585 sur l'emplacement de 
la citadelle. On y construisit un couvent et une chapelle vers le 
commencement du xvii*^ siècle. Plus tard, on y éleva l'édifice qui 
se voit encore aujourd'hui, et qui est à l'intérieur dans les don- 
nées de Saint-Paul-Saint-Louis. Nous signalerons aussi une vue 
de la maison des Carmélites, dessinée en avril 1616 {Ibidem,^ 
fol. 119), et dont l'église avait, en 1682, un portail jésuitique élevé 
par Dorbay . Martellange avait-il travaillé à ces deux monuments? 
nous ne saurions le dire, d'autant que, n'étant pas des maisons 
de Jésuites, les plans ne s'en retrouvent pas dans les volumes 
acquis par M. de Breteuil. 

Collège et Noviciat d'Avignon. 

Le noviciat des Jésuites à Avignon dut précéder le collège. 
Martellange était en 1608 dans le Comtat, et il esquisse dans ses 
vues un ensemble du collège avec sa tour (Ub 9 a, fol. 173). Il 
prend en même temps un aspect de l'église du noviciat « lorsqu'on 
« la bastissoit » {Ibidem, fol. 170). Elle se composait d'une 
nef assez courte, avec voûte et lanterne sur pendentifs. Dans les 
vieux plans d'Avignon où elle se trouve indiquée, elle porte le 
nom de Novitial. 

En 1609, Martellange était encore employé dans la ville, car 
il en dessine une vue (Ub 9 a, fol. 172), mais ce ne fut guère qu'en 
1617 qu'il s'occupa sérieusement du collège. Le 3 janvier 1617, 
il débute par une vue générale d'Avignon (Ub 9 a, fol. 171). Deux 
autres croquis poussés à l'encre de Chine et datés, eux aussi, de 
1617, ont été détournés de son album, et, venus à la Biblio- 
thèque nationale, ils ont été classés dans la Topographie de la 
France (Avignon), comme nous le disions ci-dessus. En février, 
il commence les plans ou les projets. L'un d'eux porte en titre : 



3^ 

« Desseing du collège d'Avignon, fait lell febvrier 1617 » (Hd 4 c, 
fol. 15). Un autre, conservé au folio suivant, renferme cette note 
de la main de Martellange : « second plan du collège d'Avignon, 
faict le 11 [febvrier] 1617. » 

Toutefois, les travaux devaient être commencés depuis long- 
temps déjà, car, dès le 6 janvier 1G17, il avait délimité les terrains 
et les bâtisses de l'établissement « comme il se retreuve en l'année 
1617,le6janvier»(Hd4b,fol. 155). Mais l'ouvrage n'allait point 
assez vite. En 1619, le 6 juin, un autre plan partait pour Rome , 
seulement il n'était pas de Martellange ; il portait modestement 
de la main du provincial de Ljon : si tamen hanc ideam nec- 
non sequendam putabit [R. P. Generalis] iierum moneat 
(Hd 4 b, fol. 156 et s.). M. Charvet ne dit rien d'Avignon. 

Collège de Dole (1610). {Charvet, pp. 28 et 188.) 

Pour Dole, M. Charvet ne fournit guère qu'une lettre du 
14 février 1610, dans laquelle Martellange explique ainsi son 
passage à Dole : « Je receus les lettres la sepmame passée à Dole 
« et depuis suis venu à Besançon où j'estime demeurer encore 
« environ quinze jours, et me doibz rendre à Dijon au plus tost 
« pour assister leurs fabriques. » 

Nous aurons occasion de retrouver Martellange à Dijon, 
comme il l'écrit, mais auparavant voyons un peu son passage à 
Dole et cherchons à j surprendre sa collaboration aux travaux 
du collège. Et d'abord, son album de voyage nous offre de 
précieuses indications, et concorde absolument avec la lettre citée 
plus haut. Martellange était bien à Dole en janvier 1610, car il 
donne au folio 82 une esquisse sur laquelle il écrit : « Du col- 
lège de Dole le 10 janvier 1610, à Dole. Partie du collège. » 
Voilà, nous le croyons, une preuve péremptoire de son séjour, et 
voilà aussi la constatation d'existence de l'établissement. L'église 
y est construite, elle porte sur les tuiles, avec le monogramme du 
Christ, le millésime 1599, qui devait être la date de la couverture 
(fol. 81) (voir Ub9, fol. 79, 81, 82). Elle avait été commencée en 
1591, comme on le voit dans le registre Hd 4 b, fol. 143 et 144, et 
non en 1590, comme le dit M. Charvet; mais elle n'était point 
terminée, et Martellange dut en faire modifier les plans, car, dans 
Hd 4 b, fol. 142, il soumet au P. Général un projet où il donne 
l'élévation de l'église construite, et le plan de ce qui doit se faire 



32 

ultérieurement*. Il intitule ce dessin : Ichnographia e alsato 
del collegio di Dole fatto gennaro Vanno 1610 (Voir aussi 
les plans en français, fol. 147 et 148). 

Collège de Besançon (1610). 

Martellange disait, dans une lettre précédemment citée, qu'il 
était venu à Besançon après avoir quitté Dole. Cette lettre, por- 
tant la date du 14 février 1610 et la mention de Besançon, est 
des plus précises. Dans son recueil de vues de villes, notre 
architecte n'a pas manqué de donner un croquis sommaire, lavé 
au bleu, du collège, installé alors dans un grand bâtiment carré, 
flanqué de quatre pavillons d'angles, qu'il intitule : « Veue d'une 
« partie du collège de Bezançon. Pars ecclesiœ collegii Bizun- 
« Uni societatis Jesu. Reliquii pars prospectus urUs 
« anno 1610 mense februarii » (Ub 9, loi. 77). L'église dont il 
est parlé, et dont on ne voit que la petite abside, est à proprement 
dire une chapelle provisoire qui ne fut pas conservée. Quant à la 
collaboration de MarteUange, nous n'avons pu la découvrir. Un 
plan daté du 26 avril 1604, et signé du P. Antoine Dufour, 
depuis mort à Rouen, et enterré en 1612 dans la chapelle du 
collège^, nous montre ce Jésuite occupé aux bâtiments, et 
correspondant même directement à ce sujet avec le P. Général 
Aquaviva (Hd 4 a, fol. 134). Il ressort des réflexions du P. Dufour 
que l'éghse était projetée, et qu'on avait reçu des dons pour la 
construire, mais il y avait des empêchements venus des gouver- 
neurs de la ville et de M. de Thoraise {Ibidem). 

Le Collège de Vesoul (1610). {Charvet,p. 72.) 

Nous avons à ajouter quelques renseignements à ceux que 
M. Gharvet pubhe sur le collège de Vesoul, et nous avons aussi 
une petite rectification à y faire. Il est dit dans les Historiée 
societatis Jesu, citées par lui p. 72, que le collège fut décidé en 

1. Partant de cette date, ne pourrait-on attribuer à Martellange leglise du 
prieuré de Jonvelle, qui dépendait du collège de Dole (voir ci-après au dernier 

article) ? 

1. Antoine Dufour, jésuite, né vers 1556, mort en 1612 à cinquante-six ans, 
après vingt-deux ans de profession. Enterré à Rouen dans la chapelle du collège. 
(Note communiquée par le P. de Rocheraonteix.) 



33 

1591 sous l'influence « de l'un des principaux citoyens, gouver- 
neur de la ville, » traduisant ainsi : « primarius civis, regius in 
curia procurator. » C'est le procureur du roi au bailliage d'Amont, 
et non le gouverneur, qu'il eût fallu dire. 

Le passage de Martellange à Vesoul coïncide avec son voyage 
à Besançon, Dole et Dijon; mais, entre son arrivée à Vesoul et 
à Dijon et son départ de Besançon, il était retourné à Roanne, 
où nous le voyons dessiner, le 11 mai, le prieuré de Riorges, qui 
dépendait du collège (Ub 9 a, fol. 110). Les archives de la 
Haute-Saône conservent dans la série D (art. 31) un plan daté 
du 5 août 1610, double d'un autre annoté en italien, et conservé 
aux Estampes dans les registres achetés par M. de Breteuil. Ce 
dernier est intitulé : Ichiiographia overo planta dal collegio 
di Vesoul, fatta Vanno 1610 al 5 di agosto (Hd 4 b, fol. 196). 
M. Charvet assure que Martellange fit un autre plan en 1613; 
nous ne l'avons point retrouvé; en revanche, nous avons un 
aspect d'ensemble de Vesoul dessiné par lui durant un séjour 
en 1615* (Ub 9 a, fol. 143). Il signa un papier de construction 
cette année même, au mois de décembre ; il y a tout lieu de croire 
que son passage à Vesoul et son esquisse sont de cette date. (Voir 
la curieuse pièce citée par M. Charvet, p. 77. Elle est conservée 
aux archives de la Haute-Saône, série D, art. 31.) 

L'église du collège n'a jamais été bâtie, bien qu'elle fût portée 
sur les devis : ce qui en tient lieu aujourd'hui dans le lycée est une 
petite chapelle manquant d'apparence, sorte de chambre, sans 
destination dans le principe. 

Collège de Dijon (1610). {Charvet, p. 81.) 

M. Charvet savait vaguement, parla correspondance citée plus 
haut à propos du collège de Dole, que Martellange avait dû tra- 
vailler à Dijon ; toutefois, il n'a pu rencontrer nulle part une men- 
tion prouvant sa collaboration. Tout ce qui ressort de la lettre du 
14 février 1610, c'est la visite probable de Martellange à Dijon en 
1610, époque où l'église et le collège se trouvaient en chantier . Nous 
avons été plus heureux. En 1585, un plan, vu depuis par Martel- 
lange et annoté de sa main, avait été envoyé à Rome et en était 

1. « Aspect de Vesoul du clos des cappucins, 1615. » Les capucins touchaient 
au terrain offert par les habitants de Vesoul pour la construction du collège. 

3 



34 



revenu, mais n'avait pas été suivi dans son ensemble (Hd 4, 
fol. 192). Il était, si l'on en croit la note manuscrite «del'architetto 
del duca di Maine » , de l'architecte du dac de Mayenne. Plus tard, 
Martellange en critiqua les dispositions « devant qu'on ait rien 
« basti » (fol. 193). Mais d'autres personnes avaient, elles aussi, 
manifesté leur opinion sur ces projets. Au verso du plan conservé 
au fol. 192, on lit d'une écriture du temps, qui ne paraît pas être 
celle de Martellange : « Divers desseins du collège avec le por- 
« tail et l'église. — Il falloit faire ce dessein icy envoyé, ce qu'on 
« n'a pas fait. Parcat illis Dominus per quos stetit ! » Quelles 
étaient ces influences frondeuses ? L'histoire nous apprend incom- 
plètement d'où venaient les luttes intestines ; ce ne fut guère qu'en 
1588 qu'elles furent apaisées (Charvet, p. 83). 

Après leur exil momentané, les Jésuites rentrèrent en France, 
et reprirent à Dijon les travaux commencés. Martellange vint 
sur les lieux comme il nous le dit, dans le courant de l'an- 
née 1610; mais, s'il promettait en février de s'y trouver bientôt, 
il n'y sera qu'en septembre, à son retour du collège de Roanne. 
Le 29 septembre, le voici à Saint- Appollinaire, dans la maison du 
célèbre Tabouret, sieur des Accords, un des satiriques les plus 
connus de la fin du xvi° siècle, et il prend sur son album deux 
dessins différents de ce domaine. Toutefois, il ne néglige point 
l'objet essentiel de son voyage. Le 23 septembre 1610, il dessine 
l'éghse du collège couverte jusqu'au transept, mais dont le chœur 
est encore à construire : Prospectus ecclesiœ collegii Divio- 
nensis et progressus œdiflcii ejusdem anno 1610, 23 septem- 
bris, écrit-il sur son dessin à la plume lavé de bleu (Ub 9, 
fol. 67), et cette représentation est une des meilleures du recueil. 
On y voit que l'on n'a pas encore démoli toutes les maisons gênant 
l'œuvre; des toits contournés se trouvent au premier plan et 
attendent l'avancement des travaux pour complètement dispa- 
raître. 

Les bâtiments des cours sont aussi avancés ; ils tiennent à la 
partie de l'église déjà construite dont nous parlions tout à l'heure, 
ils viennent mieux s'y engager. C'est la cour intérieure avec les 
classes : Prospectus areœ collegii Divionensis anno 1610 
22 septembris, où plusieurs ouvriers conduisent en grande hâte 
les travaux pressants (Ub 9, fol. 61). 

Martellange paraît avoir eu cette construction fort à cœur, et 
son album est rempli de vues diverses de la ville, dont les dates 



35 

nous renseignent sur ses passages successifs. Ainsi, revenu 
en août 1611, il prend des « aspects » de Dijon, et donne un 
croquis assez poussé de la cour du collège. Cette fois , on a 
déjà installé le cadran solaire sur le pignon de l'église ; Martel- 
lange montre aussi le corps de bâtiment perpendiculaire à la cha- 
pelle, et la cour à peu près dans son ensemble. Il date et explique 
son dessin : A7'ea collegii Divionensis [anno] 1611, mense 
augusti. C'est la précision même, comme on le voit, d'au- 
tant que son croquis est un des meilleurs qu'il ait faits (Ub 9, 
fol. 63). 

Le 15 janvier 1614, Martellange est de nouveau à Dijon. Cette 
fois, il reprend l'église, à peu près comme dans son premier des- 
sin. Il ne paraît pas qu'elle ait beaucoup avancé : elle est encore 
à demi bâtie ; seulement un campanile polygonal a été placé sur 
la toiture {Ibidem, fol. 56). Il revient en 1615 et dessine Saint- 
Michel, le 29 septembre [Ib., fol. 60). 

Le premier travail technique que nous trouvions de Mar- 
tellange sur le collège de Dijon est un plan explicatif en deux 
couleurs, donnant l'état des travaux vers 1618. Il porte en 
titre de la main de notre architecte : Ichnographia overo 
pianta del collegio di Dijoyie corne si ritrova al présente 
anno 1618 (Hd 4, fol. 191). Dans le plan conservé au même 
recueil, fol. 193, nous avons vu que le projet primitif de l'église 
était celui de l'architecte du duc de Mayenne. Les mesures seules 
avaient été changées par Martellange, suivant ce qu'il indique 
de sa main (Hd 4, fol. 193). 

Il ne s'était pas contenté de dessiner dans son album la maison 
des Jésuites. Nous l'avons déjà trouvé prenant des croquis de 
la maison de Tabourot, de Saint-Michel; il faut y ajouter Notre- 
Dame de Dijon, en 1610; les Chartreux, la maison de campagne 
du collège, en juillet 1611 (Ub 9, fol. 69); Fontaine, patrie de 
saint Bernard, en septembre 1611 {Ib., fol. 75) ; Cîteaux, en 
1613 (/ô., fol. 76), etc., etc. 

Collège de Roanne (1610). {Charvet,p. 103.) 

Avec Dijon, c'est Roanne qui paraît avoir le plus occupé Mar- 
tellange; il y revient, il en date de nombreuses esquisses, il est à 
Roanne les 10 et 13 mai 1610, puisqu'il en dessine des vues 
d'ensemble (Ub 9 a, fol. 99 et 100). Venu à Dijon pour le mois 



36 

de septembre, il est de retour à Roanne le 31 décembre 1610, et 
il prend plusieurs croquis de la maison donnée aux Jésuites par 
le frère du père Coton, M. de Chenevoux {lUd., fol. 111, 112). 

Bien que fondé seulement en 1611, le collège avait déjà son 
existence assurée, lorsque Martellange 3^ vint pour la première 
fois. Aussitôt les lettres de fondation obtenues, il ne perd 
pas de temps; il dessine une vue à vol d'oiseau de la mai- 
son donnée par M. de Chenevoux; il en montre soigneusement 
les limites : « Perspective de la maison de M. de Chenevoux à 
« Roanne, pour une résidence de la Compagnie de Jésus, 1611. » 
C'étaient d'ailleurs de bonnes relations que cellesdel'architectedes 
Jésuites avec le frère du père Coton. Quand le généreux donateur 
voulut bien faire continuer à ses frais les travaux d'aménage- 
ment de l'hôtel dont il avait fait don, il réserva à Martellange 
d'édifier une église « grande et capable et la sacristie » (Char- 
vet, p. 105); suivant l'habitude, les constructions ne mar- 
chèrent point très vite. Martellange fournit définitivement ses 
plans en 1617, en les limitant sur le terrain nouvellement acquis 
(Hd4b, fol. 211). 

M. Gharvet dit : il paraît que l'église fut commencée en 
1617. Voilà qui laisse un peu de doute, mais il n'en subsis- 
tera plus quand nous aurons mentionné les croquis de l'album de 
voyage. 

Ici, Martellange n'omet rien, et il note de mois en mois les 
progrès. Sur l'une des vues on lit : « Première année de la 
« bâtisse de l'églize du collège de Roanne. Ecclesia collegii 
« Roannensis 16 decemhris 1617 » (Ub 9 a, fol. 102). Les 
travaux avaient suivi les plans de très près, comme on le voit ; 
quant à la date, elle est établie d'une façon péremptoire, on ne 
pouvait espérer mieux. 

Chaque année, l'architecte revenait à sa besogne favorite ; soit 
qu'il habitât d'ordinaire à Roanne , soit qu'il y retournât par 
goût, il suivait la bâtisse pas à pas. En 1618, l'œuvre est plus 
avancée, il note ce progrès dans un croquis du 29 août {Ibidem, 
fol. 103), il le note encore le 5 août 1619, dansla«troisiesme année 
de la bâtisse » [Ib., fol. 104), puis en 1620, dans la quatrième 
année ; mais il ne terminera le dessin pris à la hâte que le 8 juil- 
let 1637, à Paris, dans sa retraite (fol. 105), comme il terminera 
celui de la cinquième année (fol. 101). En 1621, l'église était 
élevée presque aux voûtes, mais il paraît que l'on douta de pou- 



37 

voir voûter le chœur. Le 25 janvier 1621, Martellange, étant à 
Roanne, comme il l'inscrit lui-même sur un petit croquis de l'élé- 
vation intérieure du monument, prouve la possibilité de ce tra- 
vail, et une main amie écrit au revers du plan cette mention 
péremptoire : « Martellange prouve que le chœur de l'église de 
« Roanne peult estre voulté, 25 janvier 1621 » (Hd 4 b, fol. 208). 

L'édifice en question existe encore. M. Charvet, qui l'a vu, en 
donne une description, p. 108 de son ouvrage. 

Martellange avait été en rapports constants avec Jacques 
Coton, sieur de Chenevoux, pendant la durée de l'entreprise. Il 
garde précieusement dans son album deux croquis du château 
du fondateur (Ub 9, fol. 21 et 22). Il prend aussi au passage 
une petite bourgade fortifiée, Nérondes, où était né le P. Coton 
(Ub 9 a, fol. 129). Rien donc ne le touchait davantage que cette 
maison, si rapprochée de Lyon, où étaient ses relations de 
famille et ses intérêts, et il le prouve dans cette suite d'études 
si particulièrement étudiées et « parfaites » . 

Collège de Bourges (1611). 

M. Charvet ne paraît même pas soupçonner le passage de 
Martellange à Bourges, et pourtant le collège de cette ville le 
retint longtemps. Dès 1611 , il avait dressé un devis, conservé dans 
les mss. de M. de Breteuil (Hd 4 a, fol. 232). Un autre plan, 
peut-être de lui, avait été envoyé à Rome, approuvé par le Géné- 
ral en 1612, et retourné en France. Cependant, à en croire la note 
manuscrite du verso, il n'aurait eu qu'un succès d'estime ; on y 
lit en efiet : « Il n'a esté suivy en rien. » 

En 1615, notre architecte vient en personne à Bourges et il 
signe et date une nouvelle étude faite sur le terrain : « Ichnogra- 
« phie et plan pour le collège de Bourges, faict par Estienne Mar- 
« teUange sur le lieu le 7 mars 1615 » (Hd 4 b, fol. 137). Ce fut 
vraisemblablement vers cette époque qu'il orna son album de 
voyage de dessins nombreux d'après les sites parcourus. Il fait 
même une esquisse du collège de Bourges, alors en construction, 
qu'il désigne seulement par ces mots : « Du collège de Bourges, » 
mais sans date (Ub 9, fol. 47). Un autre jour, c'est la mai- 
son de campagne des Pères, à Lazenay {Ibidem, fol. 48), et une 
vue de Bourges en revenant de ce village : « Aspet de la ville 
« de Bourges retournant de Lassenet » (Ibidem, fol. 42). Ce fut 



38 



avec beaucoup de modifications le plan de 1615 qui prévalut. Les 
cuisines, le réfectoire étaient en construction pendant l'année 1620. 
Les changements de détails font qu'une note manuscrite, d'appa- 
rence plausible, indique ce projet comme n'ayant pas été suivi. 
Nous le retrouvons toutefois en 1621, en élévation, avec une note 
de Martellange : Orthographia œdificii novi collegii Bituri- 
censis societatis Jesu, delineata anno 1621. Prospectus 
orientis versus hortmn (Hd 4 d, fol. 45). 

Martellange dessina plusieurs monuments de Bourges, mais 
sans fixer de date. Il prit ainsi la cathédrale (Ub 9, fol. 43 et 45), 
la sainte chapelle {Ibidem, fol. 46), sans compter le collège, dont 
nous avons parlé déjà, etc. 

Collège de la Flèche (1612). {Charvet,p. 88.) 

Le P. de Rochemonteix, qui prépare une histoire de la Flèche, 
mettra à profit les documents récemment découverts par nous, et 
saura mieux qu'un autre leur faire dire ce qu'ils contiennent. 
Pour l'instant, nous nous contenterons d'analyser les nombreuses 
pièces que nous avons retrouvées, soit dans le recueil Ub, soit 
dans les plans des Jésuites. 

Nous relevons en passant une inexactitude. Il est dit dans les 
histoires du collège que le roi envoya en 1612 Martellange à la 
Flèche. Nous avons eu occasion de mentionner ci-devant la lettre 
du P. Coton au P. Aquaviva, où l'on peut voir que le roi de 
France n'avait pas sur les Jésuites une autorité bien grande, car 
un provincial lui-même pouvait refuser ou permettre le départ de 
son architecte, sans recours. La vérité est que Marie de Médicis 
revint à la charge en 1611 et obtint probablement l'autorisation 
précédemment refusée. Toutefois, une partie des bâtiments était 
déjà debout, et Martellange n'était guère appelé que pour l'église. 
Il arrive dans les premiers jours du mois de février ; dès ce temps, 
il enrichit son album de notes de voyage. C'est à Luché qu'il 
s'arrête d'abord, « Luché, prioré du collège de La Flèche, le 
« 2 février 1612 » (Ub 9, fol. 27). En juin, plus de quatre mois 
après, il donne un plan général du collège avec coupe et éléva- 
tion des plus curieuses (Hd 4 b, fol. 170). Entre temps, il par- 
court la ville et y prend des points de vue; la ville entière 
(Ub 9, fol. 24 et 25), une porte ancienne [Ib., fol. 26), un mou- 
lin (fol. 31), sans compter bien entendu les diverses faces du col- 



39 

lège en construction (fol. 28, 29, 32, 33) ; le dernier croquis porte 
la date d juin 1612. Martellange était donc encore à la Flèche 
en juillet, et avait passé plus de six mois à surveiller l'œuvre. 

Les plans donnent des détails très circonstanciés sur la cons- 
truction de l'église ; nous éviterons de les déflorer trop, laissant au 
P. de Roclieraonteix le soin de les analyser comme ils le méritent. 
Citons seulement dans le recueil Hd 4 b les folios 171, 186, 194 
et 195, ce dernier contenant un plan à vol d'oiseau daté de 1612. 

Ces renseignements sont des plus explicites, et, comme on le 
comprend bien, Martellange ne quittait pas, durant six ou sept 
mois entiers, tous ses autres travaux, pour passer dans le Maine 
une simple villégiature. Dans l'itinéraire que nous avons dressé 
de ses voyages, nous ne le trouvons nulle part ailleurs pendant 
l'année 1612 ; il dut l'employer tout entière à la Flèche. 

Collège de Nevers (1612). 

Le collège de Nevers, fondé en 1572 par Louis de Gonzague, 
duc de Nevers, fut fermé en 1595 après l'attentat de Châtel sur 
Henri IV. Il fut ouvert de nouveau en 1611, sous les auspices de 
Charles de Gonzague, duc de Nevers, qui posa la première pierre 
des nouveaux bâtiments en 1612, le 9 septembre. Nous ne sau- 
rions dire si Martellange avait eu la première idée de l'édifice ; 
tout ce que nous pouvons affirmer, c'est qu'il avait dressé le plan 
de l'église avec cette note non datée : Idea ecclesiœ collegii 
Nivernensis (Hd4 b, fol. 126), dont la traduction pourrait bien 
être : idée d'une église pour le collège de Nevers. 

Quant au séjour de Martellange à Nevers, il n'est pas dou- 
teux. Dans son album, il a noté plusieurs vues, malheureu- 
sement sans date, mais qui indiquent un passage d'une certaine 
durée. C'est d'abord la ville entière (Ub 9, fol. 49), puis une vue 
du palais ducal (fol. 54), une autre des Minimes, dont il aurait 
bien pu construire la façade (fol. 55). Ensuite, il en vient tout 
naturellement au collège, qui paraît assez avancé dans le gros 
œuvre. « Partie du collège de Nevers^ » (fol. 52), « Saint 
« Antoine du collège de Nevers » (fol. 53), « du collège de 
Nevers » (fol. 51). Sa collaboration nous paraît donc à peu près 
l^rouvée. 

1 . Dans ce plan non daté, l'église est seulement esquissée sur le sol. 



40 



Collège de Béziers (1616). 

Nous n'avons qu'un document précis émanant de Martellange 
et concernant la ville de Béziers; c'est une vue de son album 
datée du 22 novembre 1616, ainsi indiquée par lui : « Aspect de 
« l'evesché de Béziers du 22 novembris 1616 » (Ub 9 a, fol. 174) . 
Mais il n'est aucunement question de la maison des Jésuites. 

Dans la série des plans, il n'y a rien de la main de notre archi- 
tecte ; nous signalerons cependant à titre de renseignements trois 
pièces relatives à la construction du collège (Hd 4 d, fol. 40, 41, 
42) par un autre artiste. 

Collège de Chambéry (1618). 

D'après M. Charvet, c'est à Chambéry que Martellange aurait 
pris le titre de coadjuteur temporel de la compagnie de Jésus, le 
29 mars 1603. Il eût été à peine possible que durant sa carrière 
d'architecte il eût oublié la ville de ses vœux. En janvier 1618, 
il y vint, à la prière des PP. Jésuites, et ce fut de ce mois qu'il 
data ses croquis d'album. « La ville de Chambéry, capitale 
de la Savoie » (Ub9a, fol. 144). Une autre vue porte la mention 
du 14 janvier 1618 (fol. 145). Mais il ne reste pas seulement dans 
la ville, et malgré la saison d'hiver, si dure dans les Alpes, il 
visite successivement les prieurés dépendant du collège ; le prieuré 
de Saint-Philippe : Prioratus *S" Philippi collegii Camberien- 
sis 3 februarii 1618 {Ibidem, fol. 146), celui du Bourget, le 
20 janvier 1618, et il ajoute : « Ce prioré appartient au collège 
« de Chambéry » (fol. 148 et 149). 

S'il omet de donner un « aspect » du collège, c'est probable- 
ment que les bâtisses n'en sont point assez élevées ; mais il en 
dresse les plans avec des annotations curieuses, et il les date 
précisément du temps auquel il dessinait la ville et les prieurés. 
Le plus important de ces documents est celui qui porte le titre 
suivant, écrit de sa main : Ichnographia collegii Camberien- 
sis societàtis Jesu, prout se liabebat mense Januario 1618. 
Qiiœ notata sunt flavo colore non sunt œdificata. In eccle- 
siavero média pars fundata est, atque infra altarealiquid 
œdi/îcatum (Rd 4 c, fol. 176). Ce plan est fort explicite et con- 
corde absolument avec les croquis de l'album de voyage. On y 



voit qu'en janvier 1618 l'édifice était sur ses fondations, et qu'en 
deçà de l'autel une partie entière sortait de terre. Outre que ce 
renseignement nous est précieux pour la date de construction de 
l'église du collège, il nous montre aussi d'une façon à peu près 
certaine la collaboration de Martellange. 

D'après des renseignements de source sûre, la maison des 
Jésuites avait été fondée par le duc Philibert-Emmanuel de Savoie, 
en 1554. Elle avait été achevée en 1599, saufune partie des bâti- 
ments et la chapelle. C'est à cette portion inachevée que Martel- 
lange dut travailler au mois de janvier 1618. Dans la même année, 
il revenait à Roanne et passait à la Bénissons-Dieu, le 25 juin 
(Ub 9 a, fol. 108), au château de Chenevoux, le 26 juillet (Ub 9, 
fol. 28), à Roanne, le 29 août (Ub 9 a, fol. 103), à Mâcon, le 

6 octobre {Ibidem, fol. 116). 

Collège d'Orléans (1620). 

MarteUange dut s'occuper sérieusement du collège d'Orléans, 
ouvert en 1617 et étabh primitivement dans un couvent de cha- 
noines réguliers de Saint- Augustin du nom des SS. Symphorien 
et Samson, détruit par les Huguenots en même temps que la cathé- 
drale de Sainte-Croix. Ces ruines, on le comprend, n'étaient guère 
appropriées à un étabhssement de Jésuites, et il était urgent d'y 
pourvoir de prompt remède. Vraisemblablement chargé d'en étu- 
dier la reconstruction, Tarchitecte des Pères en dressa un plan 
très détaillé au mois de février 1620, où il donnait un aperçu des 
bâtiments futurs sous ce titre : Ichnographia futuri œdificii 
collegii Aurelianensis societatis Jesu, delineata anno 1620 
mense februarii (Hd 4 b, fol. 120). Mais, tout aussitôt, et pour 
parer à tous les inconvénients, Martellange envoie un autre des- 
sin du même projet avec des modifications essentielles (fol. 119). 

L'église des Bénédictins avait été en partie renversée par les 
Huguenots, et les autres bâtiments ne convenaient point à la com- 
modité des classes. Martellange indique ces petites difficultés le 

7 juillet 1620 et propose des mesures radicales : Totmn ergo 
collegii spatiiun alias ab Hugonottis dirutum, eo quod 
esset ecclesia et claustrum religiosorum sancti Benedicti, 
ita tayiien ut quod reedifîcatum fuit, cum non sit yiostris 
usibus conveniens, sic etiam diruendum, secundum delinea- 
tionem cœptam, ubi fundamenia veteris œdificii propter 



42 



immensam difflcultatem ipsorum nos ad id adigunt. Quod 
reliquum est ex eo quod delineatum est satis patehat. (Hd 
4 b, fol. 115, les notes de cette pièce concernent la pièce 118 
reliée plus loin.) On voit qu'il y a à détruire une partie malade 
des vieux murs de la ville pour y construire les cuisines. Dans 
l'église, on a abandonné l'ancien clocher des Bénédictins, com- 
plètement détruit, et on l'a reporté vers le chœur. La vieille 
tour avait déjà servi à des voisins pour des constructions nou- 
velles ; il faut racheter le terrain. A cette époque, le mur de 
gauche, en regardant le chœur, était élevé jusqu'à la corniche, 
l'autre côté était en fondations, mais on gardait les anciennes 
substructions, quod reliquum est coloris flavi antiqua fun- 
damenta bona sunt ; c'était donc encore le plan des chanoines 
réguliers. 

Ces renseignements sont précis et fournissent à l'archéologie 
un document sur l'église des Bénédictins au xvf siècle. Martel- 
lange, occupé de février à juillet 1620 par ces projets divers, 
revint à Orléans pendant les années qui suivirent. En juin 1621, 
il donne d'après nature un croquis du château de la Grillière, 
appartenant alors au lieutenant-général de robe, François de 
Beauharnois, lequel fiit en charge de 1595 à 1635 (Ub 9, fol. 37). 

Mais, si M. Charvet attribue à Martellange la façade aujour- 
d'hui détruite de Saint-Maclou d'Orléans (p. 108), il nous semble 
tout aussi plausible de reconnaître quelques-uns de ses travaux 
dans la reconstruction de Sainte-Croix, démolie elle aussi par 
les Huguenots, et dont il prend trois vues dans ses croquis de 
voyage. Une de ces pièces a une grande importance. Martellange 
y montre l'église encore en ruines dans certaines parties , et 
rebâtie dans d'autres. La porte du cloître du côté du midi 
avait été une des plus détériorées, il la dessine et indique sur un 
pan de mur ce qu'il en est advenu de ce monceau de décombres : 
« Ruines démolies pour bastir la croisée de Sainte-Croix d'Or- 
« léans. Du 20 apvril 1623 » (Ub9, fol. 36). Que faisait Martel- 
lange à Orléans précisément au moment de la reconstruction de 
Sainte-Croix, et pourquoi s'inquiète-t-il autant de la croisée? 
Nous ne le saurions dire d'une façon plus précise ; mais n'est-ce 
point là déjà un indice de collaboration, surtout si l'on se souvient 
que Henri IV avait posé la première pierre de la nouvelle église 
et que sa veuve avait hérité de son admiration, alors de mode, en 
faveur du meilleur architecte des Jésuites? 



^3 

Ces remarques une fois faites, et pour laisser auxérudits locaux 
le temps de discuter ces opinions et ces hypothèses, nous men- 
tionnerons à titre de renseignement un plan du collège des 
Jésuites, fait à Paris, le 5 juillet 1632, parle P. François Derand, 
le rival de Martellange, d'où l'on pourrait tirer quelques indices 
en faveur d'un travail commun (Hd 4 b, fol. 116). Ce plan est 
signé et daté. 

Collège d'Aurillac (1621). 

Le collège d'Aurillac, de la province de Toulouse, fut ouvert 
par la ville en 1619, et cette année même fut occupé par les 
Jésuites. Martellange ne paraît pas y avoir collaboré, mais sim- 
plement y avoir mis un visa comme inspecteur. Sur un projet 
lavé d'encre de Chine, Martellange a écrit : Hanc ideam colle- 
gii Aurillacensis confectam a P. Christophoro Grien- 
herger approbavit admodum R. P. N. Generalis, 15 jan. 
1621 . Il ressort de cette note que ce fut en 1621 que l'on s'occupa 
sérieusement de l'édijSce, et que l'idée première en appartenait au 
P. Christoplie Grienberger (Hd 4, fol. 149). 

Collège de Rennes (1624). 

Le collège de Rennes faisait partie de la province de Paris. 
Martellange y vint en 1624, car le 24 août il esquisse la ville à 
la hâte. « Aspect de la ville de Rennes en Bretagne, 24 augusti 
1624 » (Ub 9, fol. 19). Il fait au même moment un plan : 
Ichnographia colle gii Redonensis societatis Jesu 1624 (Hd 
4 b, fol. 181). Occupé comme il l'était à cette époque, Mar- 
tellange n'allait point à Rennes, comme il n'allait point à la 
Flèche, pour une promenade. Nous ne croyons pas toutefois qu'il 
ait bâti l'église du collège. Il y a dans le recueil Hd 4 b, fol. 180, 
deux plans de cet édifice d'une autre main. Mais il dut y venir 
pour régler certaines difficultés et jeter un coup d' œil sur les tra- 
vaux en cours. 11 y retourne d'ailleurs, car, durant l'année 1626, 
on le trouve à Ploermel, dont il dessine une vue dans son album 
de voyage (Ub 9, fol. 20). 

Collège de Blois (1624-1625). 
Avant d'aller à Rennes, Martellange était à Blois, si l'on en 



44 

croyait les plans des Jésuites ; malheureusement, il ne consigne 
dans ses notes aucune vue de la ville ; tout au plus s'arrête-t-Q à 
Cheverny, château des Hurault, mais sans dater son dessin (Ub 9, 
fol. 34). En juin 1624, il avait exécuté un plan du collège : 
Ichnograjphia collegii Blesensis societatis Jesu ut se habet 
anno 1624 mense junio (Hd 4 c, fol. 21). Approuvé à Rome le 
7 février 1625, ce fut apparemment celui qui fut suivi dans 
la construction. Le 29 juillet, il reprenait son idée et refaisait 
une Ichnographia futuri œdificii collegii Blesensis socie- 
tatis Jesu, facta anno 1624 mense julli 29. Il venait à cette 
époque de travailler à Bourges, il allait partir pour Rennes, il 
avait le souci de plusieurs travaux en train. Pour être juste, 
il faut reconnaître combien ses supérieurs le laissaient peu chô- 
mer et quelle énergie déployait celui que l'on pourrait appeler 
le plus grand constructeur d'églises du xvif siècle. 

Paris. Maison professe de la rue Saint- Antoine (1627). 

M. Charvet en était réduit pour cet édifice « aux récits des 
« écrivains des derniers siècles, qui sont loin d'offrir les détails 
« indispensables. » Il cite Piganiol de la Force (t. IV, 371 et 
suiv.), qui donne Martellange comme ayant collaboré à la cons- 
truction de l'église, dont l'architecte en titre eût été le P. Fran- 
çois Derand. Si l'on en croyait Piganiol, Martellange eût pro- 
posé de copier purement et simplement le Gesù de Rome. Au 
contraire, le P. Derand avait donné des projets personnels, qui 
furent suivis. 

Nous croirions volontiers que les deux architectes furent 
employés conjointement à l'œuvre, puisque nous trouvons des 
plans de l'un et de l'autre dans les recueils des Jésuites. Une par- 
ticularité curieuse de la construction de l'église fut que la façade 
inspira à Martellange de vives critiques, probablement envoyées 
à Rome sur demande, et dont nous donnons ici une copie : 

Alcuni errori notati da piu periti architetti di Parigi sopra al sopra- 
detto disegno. 

La faciata che avanza dove e la porta magiore deve contenere la lar- 
gueza di tutta la nave délia chieza per legar insieme la cantonata et 
dargli la forza necessaria, e non lo fa, e dove bisogua piu forteza 
vien piu debole massime a iinsu rispetto a i volti da fare in crociera 



45 

e i risLremamento di mûri alsandosi rendonosopra piu debole contro 
a la stabilita. 

Questo nella elevatioiie fa l'ordine de colonne tropo stretto contro 
la belleza. 

Detto muro e troppo massitio, massime avendo bisogno di far piu 
grande il cuoro de la musica e havere piu spatio por i gradi avanli 
la chieza. 

La porta del mezo de la faciala e di sproportionata largueza, mas- 
sime facendo doi porte laterali avendo 2i palm. Rom. 

Le colonne attacate contra à pilastri e confuse insieme, e cosa 
monstruosa e tanto nelle bazi come negli capitelli e cossa che non 
si puo patir ne vedere da gli intendenti e mai e stato fatto dagli 
antichi. 

Le altre colonne prossime a le porte laterali sonno di manco e dif- 
férente sporto da gli altrl, et sarra doppia e différente. 

La confusione che si fara negli capitelli e molto pegiore qu'ella de 
mediglioni massime in Pordine Ghorlntio. 

Non e a proposito che vi siano i gradi a l'intervalle délie porte, ma 
deve sequitar il piano de la chieza, che sarebbe occasione di cadere al 
populo nel issir di detta chieza. 

Il numéro di gradi deve essere imparo. 

Non e a proposito mettere pilastri nella meta de le cantonale de 
la chieza avendo posto collonne al davanzi el mettere pilastri con 
tanto poco sporto al lato di detta cantonata. 

Le lumache sonno troppo strette e piccole a luzo de la tribuna 
choro de la musica e choretti intorno à la chieza. 

Si sara ancora dimenticalo a dar lume a dette lumache. 

La major diformità e che la detta faciatta e che non seguita il dritto 

délia strada ma fa un angolo in tutto diverso e per tanto difforme 

quanto la faciata avanza e i lati si riculano, il che facilraente si poteva 

■ far agiongendo a i fondamenti fatti, se sopra questo fosse stato adhi- 

bito il consiglio da gli intelligenti. 

Le porte laterali de fora de la nave e dentro a lo spatio de le 
capelie e senza exempio e superflue , la porta del mezo essendo di 
tanta smisurata grandeza. 

Questo sià detlo degli errori de la pianta solamente, che per l'elle- 
vazione ve ne sonno molto majori oltra a quelle que sonno stati notali 
nella detta pianta (Hd 4 b, fol. 2-18 bis). 

Ces remarques très sévères et peut-être dictées par la jalousie 



46 

n'eurent pas grand effet à Rome. Le plan du P. Derand fut suivi, 
et la partie si critiquée reçut son plein et entier développement. 
Dans un dessin ultérieur, Derand montre l'état des bâtisses de la 
maison professe, et l'église, déjà construite, y a la façade en ques- 
tion, qui est bien celle d'aujourd'hui. Seulement, l'aménagement 
intérieur n'était point terminé encore, car on se sert provisoire- 
ment d'une petite chapelle à gauche de la nouvelle éghse. Derand 
n'a malheureusement pas mis de date sur son plan, il s'est con- 
tenté de l'annoter et de teinter de couleurs diverses les parties 
du bâtiment terminées, en construction, ou à faire. Ce devait 
être environ vers 1640 (Hd 4 b, fol. 218. Voir aussi le plan de 
Derand, fol. 221). 

Mais une autre pièce prouverait la collaboration de Martel- 
lange; c'est une coupe de la bâtisse en 1627, intitulée par lui : 
Ichnographia do7nus professée sancti Ludovici soc. Jesu 
Parisiis prout se habet anno 1627 augusti mensis. Martel- 
lange donnait dans cette étude une façade différente de celle de 
Derand. Elle avait un portail en demi-cercle, et seulement une 
porte principale, suivant les idées émises dans sa critique. En 
1627, il n'y avait de sorti de terre que l'abside et une partie 
du côté droit sur fondations ; peut-être Martellange ne le donne- 
t-il que pour montrer les divergences entre son plan et celui 
de son collègue. 

En tous cas, il suivait de près les dessins et les travaux de 
Derand. Celui-ci ayant fait une élévation des côtés intérieurs 
dans une manière assez lâchée, Martellange écrit sur cette pièce : 
Disegno fatto del R. P. Francesco de Rand per la chieza di 
Parigi, de manu propria (Hd 4 b, fol. 225). 

Il ne faut donc plus guère chercher dans les bâtiments du 
lycée Charlemagne le travail de notre architecte; l'œuvre est 
bien du P. Derand, qui avait envoyé ses plans en 1625 à Rome- 
{Ibidem, fol. 221), d'où ils étaient revenus autorisés. Une preuve 
d'ailleurs que Martellange n'y avait point beaucoup collaboré, 
c'est l'absence de dessins sur cette église et ce collège dans son 
recueil de voyage. Lui qui mettait en tête de cet album le Novi- 
ciat de Paris, dont il était l'auteur, n'eût certes pas manqué d'y 
joindre des vues de la maison professe, s'il l'eût édifiée. Le 
manque absolu de renseignements de ce genre nous paraît une 
preuve considérable. Il était pourtant bien à Paris dès cette 
époque, puisque c'est en 1628 que les travaux du Noviciat furent 



47 

conduits avec le plus d'ardeur, suivant que nous le verrons ci- 
après, et qu'il les dirigeait en personne. Dans son itinéraire, 1629 
est la date précise à laquelle il paraît so retirer du monde. Il ne 
serait pas impossible que la construction du Noviciat lut devenue 
pour lui un couronnement de carrière. 

Paris. Noviciat (1628). 

Plusieurs auteurs ont prétendu avec d'Argenville que Martel- 
lange ne s'était occupé du Noviciat qu'à la fin de sa vie. Comme 
nous le disions, il dut en faire le couronnement, mais il avait 
conçu l'idée de cet établissement longtemps auparavant, puis- 
qu'on 1617 il en avait donné un projet (lettre du 22 nov. 1622, 
citée par Charvet, pp. 94-95^). Toutefois les documents pré- 
cis conservés au Département des estampes de la Bibl. nat. 
ne le montrent guère occupé de cette œuvre avant 1628. Le 
14 février de cette année, il indique dans un plan très explicite et 
très clair l'état des travaux à cette date précise : Ichyiographia 
domus probationis soc. Jesu in suburbio Parisiaco sancti 
Germani fada 14 februarii 4628. Color cœruleus indicat 
quœ œdiflcata sunt, croceus vero quœ œdificanda (Hd 4 b, 
fol. 172). Avec ces renseignements précis, on voit que selon les 
suppositions de M. Charvet (p. 95) les bâtisses allaient bon train, 
puisque^, sauf l'église et la salle de récréation, tout est en cours 
d'exécution et même terminé pour une grande part. Deux ans 
après ces premiers détails, Martellange nous initie aux travaux 
faits ou à faire. C'est d'abord (Ub 9, fol. 2) une vue des bâti- 
ments élevés du côté du jardin et portant comme légende : « Du 
« novitial de Paris, 1630. » L'église n'est point commencée 
encore ; elle est simplement figurée par un dessin de fondation 
dans le jardin à droite, et le chœur y est marqué par une croix. 
Cet excellent dessin d'architecture ne pouvait être plus complet 
ni plus explicite. Dès ce temps même, Martellange a arrêté son 
plan et donné sa façade (Hd 4 b, fol. 176). Tout était donc con- 
venu et arrêté en 1630, mais rien n'était encore mis en œuvre. 

L'année suivante, 1631, les fondations de l'église sortent de 

1. Il nous est venu un scrupule. Le noviciat dont parle Martellange est celui 
de Lyon très probablement (voir Hd 4 b, fol. 148). Le plan de ce noviciat était 
eflectivement de juin 1617. 



48 

terre. Martellange nous les montre dans un dessin portant comme 
légende : « Des fondations de l'églize du Novitial de Paris, 1631 » 
(Ub 9, fol. 3). 

Le 23 septembre 1634, trois ans après, notre architecte donne 
une vue d'ensemble du Noviciat. L'église est à moitié de façade 
jusqu'à la frise environ. Devant, une petite ruelle, et plus loin des 
jardins clos de murs. Tous ces détails sont d'un grand intérêt 
pour la topographie du vieux Paris. Martellange écrit sur son 
croquis : « Aspect contre le novitial de Paris, 1634, 23 sep- 
« tembre » {Ibidem, fol. 5). Revenant alors sur cette vue du 
côté opposé, il dessine l'abside de l'église, laissant voir dans le 
lointain le palais du Luxembourg, à la reine mère : « Du 20 no- 
« vembre 1634. Du novitial de Paris » {Ibidem, fol. 4). 

Avec le collège de Roanne, le Noviciat de Paris est une des 
constructions qui ont le plus retenu Martellange. Longtemps 
après, l'édifice ayant été terminé, le graveur Lepautre en traça 
sur cuivre la façade et la coupe, Martellange annote lui-même 
cette reproduction et la date de 1640, un an avant de mourir 
(Hd 4 a, fol. 254, 255). Il avait mis dans cette œuvre toute sa 
science pratique et tous ses soins. 

Nous citerons, pour terminer, les plans conservés dans le recueil 
Hd 4 b, fol. 191 et 192 ; ils sont de la main de notre artiste et 
concordent avec les vues; ils sont tous de 1634. 

Collège de Sens (1628). 

M. Gharvet écrit, page 188 : « Les archives du collège de 
« Sens ne fournissent rien qui rappelle le nom de Martellange. 
« Cependant, l'église fondée en 1624 à une seule nef et d'une 
« grande simplicité pourrait avoir été faite d'après les plans de 
« notre artiste. » 

Le jugement si sûr de M. Charvet ne l'a point trompé. Le 
recueil des plans des Jésuites ne laisse aucun doute. On trouve 
dans le vol. Hd 4 b, au fol. 183, « l'ichnographie » complète du 
collège, datée du 7 mars 1628, « prout se habet, » comme le 
monument était à l'époque. L'écriture et le faire de Martellange 
s'y retrouvent complètement. Et ce n'était point là un projet en 
l'air, car les termes mêmes employés par Martellange indiquent 
la construction commencée. Une autre pièce conservée au fol. 184 
porte : Ichnographia pro ^dificando gollegio Senonensi 



49 

societatis Jesu, facta anno 1628 mense martis. C'était ou ce 
devait être le projet définitivement accepté et sur lequel on allait 
travailler. Pour dire le vrai, si Martellange était à Sens durant 
l'année 1628, il n'y dut guère demeurer, les affaires du Noviciat 
de Paris lui ayant laissé peu de temps à lui. Aussi les quatre ou 
cinq plans divers du recueil Hd 4 sont-ils tous datés du 7 mars 1628 
(fol. 182, 183, 184, 185). 
Il ne donne aucun croquis de Sens dans son album de voyage. 

Collège de Moulins (16...). 

M. Charvet publie des détails assez précis sur la construction 
du collège de Moulins. Nous n'avons retrouvé aucun plan des 
travaux de MarteUange, mais il fournit trois vues dans son album 
de voyage (UbQ a, fol. 96, 97, 98). Une seule, la dernière, men- 
tionne : « la maison de Pozeulz ^ du collège de Moulins, » qui 
était une maison de campagne. Les deux autres dessins sont des 
vues générales de la ville. 

Collège d'Embrun. {Charvet, p. 189.) 

Il faut renoncer à ce collège pour Martellange. C'est le P. Léo- 
taud qui en donna le plan en 1640 (Hd 4 a, fol. 237). Mais l'éta- 
blissement existait dès 1606 et était installé dans des bâtiments 
provisoires. Le bâtiment fut construit « sur le dessein de feu 
« M. Roman, qui batist tout le reste pour le collège d'Embrun » 
(Hd 4 d, fol. 119). 

Collège de Rouen. {Charvet, p. 186.) 

L'église des Jésuites encore debout et qui est actuellement 
celle du lycée Corneille a une façade dans les données de Mar- 
tellange. Elle se compose de deux ordres superposés ; le bas a 
deux pilastres et deux colonnes cannelées faisant avant-corps. 

1. Pouseux, ancienne maison de campagne des Jésuites, qui avait été cédée 
à la ville de Moulins par Diane de Chàteaumorand, dame d'Urfé. Les éclievins 
de la ville la donnèrent aux Jésuites vers 1590, « ladicte terre devant tenir lieu 
aux Pères de maison de recréation » (Arch. de l'Allier, D 2G). Vers le milieu 
du xviii" s. Gresset composa à Pouseux sou poème de Vert- Vert. (Note due à 
l'obligeance de MM. Queyroy et Garelle.) 

4 



50 

Entre les pilastres et les colonnes, deux niches avec statues des 
SS. Louis et Gharlemagne. En haut, quatre pilastres ioniques. 
Le fronton était démesuré ; la figure allégorique qu'il contenait 
est aujourd'hui très fruste. 

Si Martellange ne consigne rien dans son album de voyage, il 
donne toutefois deux plans de l'église du collège (Hd 4 b, fol. 205 
et 207). Y aurait-il grand risque à le croire l'auteur de cet édifice, 
dont l'architecte est inconnu? Lui qui avait travaillé à Rennes, 
eût pu très bien venir à Rouen ou tout au moins fournir son 
idée. Une pièce nous gênerait pourtant, c'est celle du même vol., 
folio 254, émanant du P. Derand. La question est intéressante, 
elle mérite qu'on l'étudié à loisir. En tout cas, le plan en question 
est ainsi signé : Reverentiœ vestrœ servus in Christo Franc. 
Derand. Et dans ses remarques le célèbre architecte note soi- 
gneusement l'état des œuvres à la fin de 1625 : Typus ecclesiœ 
collegii Rothomagensis inchoatœ , uti erat suh fmem 
anni 1625. Ce plan était envoyé au P. Baltazar, assistant de 
France à Rome. Toutefois, les constatations d'état d'avancement 
étaient-elles toujours faites par l'architecte primitif? Nous ne le 
croyons pas, Derand pouvait n'être appelé que pour un travail 
d'inspection et n'avoir pas donné le plan de construction. 

Prieuré de Jonvelle. 

Dans une des vues de son livre de voyage, Martellange a 
dessiné une vue de la petite ville de Jonvelle, dans la Haute- 
Saône, où le collège de Dole avait un prieuré. Il l'intitule : 
9 augusti 1617. Prioratus Jonvelle coll. Dolani (Ub 9 a, 
fol. 141). Ce fut vraisemblablement la même année qu'il en fit 
une autre portant en titre : « Jonvelle au conté de Bourgogne ou 
« la compagnie a un prioré » (Ub 9, fol. 80). Ce qui est certain, 
c'est que la petite église de ce prieuré avait sur son toit, avec le 
monogramme du Christ, la date 1601. Celle du collège de Dole 
portant 1599, on voit que ces deux monuments avaient été cons- 
truits à peu d'intervalle l'un de l'autre. Peut-être Martellange 
avait-il contribué à les achever? (Voir ci-devant l'article sur le 
collège de Dole.) 

Henri Bouchot. 



54 



ITINÉRAIRE DE MARTELLANGE D'APRÈS SES DESSINS. 

1605. — Vienne, en Dauphiné. — Prieuré de N.-D. des Baumes, 
en Comtat. Juin. — Sisteron. 

1606. — SisLeron. — Abbaye de Boscodon, dans les Alpes. 
i8 octobre. — Vienne, en Dauphiné. 

1607. — Le Puy. Du i"' au H mai. — Garomb. 9 juillet. — Gar- 
pentras. 

1608. — L'Ile-Barbe, près Lyon. — Avignon. Août. — Méthamis- 
lez-Avignon. — Sisteron. 31 août. — Avignon. Septembre. 

1609. — L'Ile-Barbe, près Lyon. — Avignon, 21) août. — Mont- 
frin en Provence. 

1610. — Dole, en Franche-Gomté. -10 janvier. — Besançon. 
Février. — Roanne. iO mai. — Riorges-les-Roanne. H mai. — 
Roanne. 13 et i 6 mai. — Vesoul. 5 août. — Dijon. 22 septembre. 
— Saint- AppoUinaire-Iez-Dijon. 28 et 29 septembre. — Roanne. 
34 décembre. 

1611. — Montbrison. -10 janvier. — Le Puy. 49 janvier. — 
Roanne. — Montjeu-lez-Autun. 6 mai. — Autun. 7 mai. — Antilly- 
lez-Dijon. 18 juillet. — Argilly, en Bourgogne. 28 juillet. — Dijon. 
47 août. — Seurre, en Bourgogne. 7 septembre. — Fontaine-lez- 
Gîteaux. 24 septembre. 

1612. — - La Flèche. Du 2 février jusqu'après le mois de juillet. 

1613. — Seurre. 3 et 8 février. — Faverney, en Franche- Comté. 
7 mai. — Cîteaux. 44 juin. — JonvelIe(?), en Franche-Gomté. 

1614. — Dijon. 4 5 janvier. 

1615. — Bourges. 7 mars. — Dijon. 29 septembre. — Vesoul. 
Décembre. 

1616. — Route de Dijon à Seurre. 24 mars. — Lyon. Avril. — 
Lair-lez-Avignon. 4 7 octobre. — Béziers. 22 novembre. 

1617. — Avignon. 3 janvier. — Polignac, en Velay. 24 février. — 
Le Puy. 27 et 28 février. — Lyon. Avril et juin. — Gluny. 22 sep- 
tembre. — Riorges-Iez-Roanne. 48 octobre. — Beaulieu-lez-Roanne. 
4 7 novembre. — Roanne. 46 décembre. 

1618. — Ghâteau de Ghenevoux. 7 janvier. — Ghambéry. 44, 
20 janvier, 3 février. — L'Ile-Barbe. 30 mai, 42 juin. — Abbaye de 
la Bénissons-Dieu. 26 juin. — Ghenevoux. 26 juillet. — Roanne. 
29 août. — Mâcon. 6 octobre. 



92 

1619. — Vienne. 20 janvier. — Flécheras, près Lyon. 2 février. 
— Roanne. 

1620. — Orléans. De février à juillet? — Moulins? — Roanne. 
3^ décembre. 

1621. — Bourges? — La Grillière-lez-Orléans. 22 juin. 

1622. — » 

1623. — Orléans. 20, 21 avril. 

1624. — Chartres. — Abbaye de Bourgueil. — Le Mans. 8 jan- 
vier. — Blois. Juin et juillet. — Rennes. 24 août. 

1625. — Abbaye de Montmartre, près Paris, ^9 mars. 

1626. — Ploermel. Avril. 

1627. —Paris? 

1628. — Paris. -14 février. — Sens. 7 mars. 

1629. — (Paris. Noviciat.) 

1630. — Paris. Noviciat. 

1631. — Paris. Noviciat. — Sainte-Chapelle après l'incendie de 
^630. 

1632. — (Paris. Noviciat.) 

1633. — (Paris. Noviciat.) 

1634. — Paris. Noviciat. 23 septembre et 20 novembre. —Palais 
du Luxembourg, à Marie de Médicis. 

1635. — » 

1636. — » 

1637. — Martellange, retiré à Paris, termine plusieurs vues de 
son album. 

1638. — « 

1639. — Gentilly-lez-Paris. Dernier dessin de Martellange. 

1640. — Signature de lui sur une gravure d'A. Lepautre. 

1641. — Mort de Martellange, 



PETITE CHRONIQUE DE GUYENNE 

JUSQU'A L'AN 144^. 



La courte chronique en dialecte gascon qui fait l'objet de cette 
publication ne parait pas encore avoir été méthodiquement utilisée 
comme source historique ^ En dépit de l'inégale répartition et de la 
sécheresse des mentions qu'elle renferme, elle fournit néanmoins, 
pour quelques années du xiv* et du xv" siècle, un certain nombre de 
renseignements originaux dont on chercherait vainement ailleurs la 
trace. Tels sont les détails relatifs aux événements survenus en Péri- 
gord pendant les années -1345, -1348, -1377^, et à ceux dont la 
Guyenne, la Sénéchaussée des Landes, l'Agenais et la Saintonge 
furent le théâtre^, depuis la reprise de la guerre de Cent ans en 
^ 404, jusqu'à la campagne de Charles VII en Gascogne, dans le cours 
de Tannée -1442. 

1. D. Vaissette a utilisé la Petite chronique, mais seulement aux dates 
de 1345 et de 1377, pour rectifier l'époque de la bataille d'Auberoche, de 
la bataille d'Eymet et des deux sièges de Bergerac. (Voir livre XXXII, ad 
ann. 1345; livre XXXIII, ad ann. 1377, et surtout la note xxi du t. IV, intitulée : 
Époque et circonstances de l'expédition de Henri de Lancastre, comte de 
Derbi, en Guienne et en Gascogne.) Bien que les auteurs de l'histoire géné- 
rale de la province de Languedoc aient vu le ms. original et qu'ils indiquent la 
date extrême de la Chronique (1442), ils n'en ont pas fait usage pour la partie 
qui traite du xv° siècle. M. Siméon Luce a signalé le parti tiré de cette source 
par D. Vaissette, et proposé une interprétation nouvelle relative à la date 
du combat d'Auberoche. (Froissart, éd. Luce, t. III, p. xiii, n. 3, et p. xvi, 
n. 3.) Un signalement erroné de ce même texte est enfin donné parles éditeurs 
des Archives historiques du département de la Gironde, dans une des notes de 
la Coutume de Bazas, publiée par M, Octave Beylot d'après le ms. dont les 
premiers feuillets contiennent la Petite chronique. Celle-ci est désignée comme 
partant de Fannée 1253. {Arch. hist. du dép. de la Gironde, t. XV, 1874, p. 67, 
n. 1.) 

2. Voir par. 37, 38, 44, 72, 73. 

3. Voir par. 78 à 107. 



54 
I. 

Le manuscrit de la Petite chronique porte à la Bibliothèque natio- 
nale le numéro 5361 du fonds français (numéro 9850 de l'ancien 
fonds et \^S\ de la collection Golbert). C'est un recueil factice, figu- 
rant déjà dans son état actuel parmi les manuscrits de Golbert^ et 
aujourd'hui recouvert d'une reliure moderne de format petit in-quarto 
portant au dos le titre suivant : Coutumes de Bordeaux, Bergerac et 
Bazadois. Les divers cahiers dont il se compose, comprenant au 
total 126 feuillets numérotés, le dernier en blanc, tous à peu de 
chose près du même format, sont de nature et d'origine différentes. 

Le premier cahier, le seul qu'il soit à propos de décrire ici, se com- 
pose actuellement d'un assemblage de 44 feuillets de papier, ne por- 
tant pas trace d'un numérotage ancien et couverts d'une écriture assez 
régulière, qui offre les caractères de celle en usage vers le milieu du 
XV* siècle. 

Les folios 5 verso à 44 recto de ce cahier sont occupés par une 
copie de la rédaction en gascon des Coutumes de Bordeaux, sur 
laquelle il n'y aurait pas heu d'insister, sans l'addition finale qu'y a 
jointe l'écrivain et dont voici le texte : 

Finito libre sit laus et gloria Ghristo. 

Qui escripsit escribat semper, cum domino vivat. 
Dec gratias. 
L'an M. GGCG. e .XXXVIIL furent festas aquestas costumas. 

Gonsuetudo légitima aprobata de jure est tenenda^. 

Suit, au verso du fol. 44^ une sorte de table des ordonnances 
municipales de Bordeaux remplissant toute cette page, qui n'était 
vraisemblablement pas la dernière du cahier. 

1. En effet, le numéro 1481 en chiffres arabes, indice du numérotage des 
manuscrits de Colbert, est inscrit sur le fol. i recto actuel, lequel est en réalité 
le fol. 1 verso, le feuillet ayant été retourné par suite d'une méprise de l'as- 
sembleur, comme on verra plus loin. En outre, sur le recto du premier feuillet 
du cahier de parchemin contenant la Coutume de Bazas (fol. 92 actuel), on lit 
le chiffre barré 148, comme si l'on eût voulu un instant placer ce cahier en 
tête du recueil et inscrire le numéro de classement sur sa première page. 

1. Cette mention ne se rencontre pas dans le texte imprimé des Anciennes 
coutumes de Bordeaux, dressé au dernier siècle d'après deux manuscrits des 
dépôts publics de Bordeaux. {Coutumes du ressort du Parlement de Guienne, 
avec un commentaire, par deux avocats au même Parlement. Bordeaux, 
1768, 2 vol. in-8°. T. I, pp. 1-167.) 



55 



II. 



Le texte même de la Petite chronique est compris entre les folios 
■1 à 5 recto. Le fol. \ s'étani trouvé retourné avant l'assemblage par 
suite d'une méprise quelconque, le fol. \ recto réel se trouve au fol. \ 
verso actuel ^ 

En tête du fol. \ verso, le texte commence ainsi, sans titre aucun : 

« Asso son las canonicas et las datas deu comensamen deu mon, 
segon la memoria que se troba en escriut lo prumey jorn de setembre 
l'an .M'. GGGG. e .XVIII. » 

Une simple comparaison permet de remarquer l'analogie existante, 
au moins pour le fonds, entre un certain nombre des 33 premiers 
paragraphes de la Petite chronique venant à la suite et s'étendant 
jusqu'à l'année -1333, et les passages de date correspondante que 
présente la Chronique /'omrme faisant partie du recueil célèbre connu 
sous le nom de Petit Thalamus de Moîilpellier' . Le paragraphe d'in- 
troduction qui vient d'être cité et les paragraphes 2 et 3, qui donnent 
à la Petite chronique de Guyenne un certain semblant de composi- 
tion, ne se retrouvent cependant pas dans le texte de la Chronique 
romane de Montpellier. Il en est de même de plusieurs autres, qui 
traitent tous d'événements d^ordre général, et que l'auteur de la 
Petite chronique de Guyemie n'avait pas, semble-t-il, un intérêt par- 
ticulier à insérer dans son œuv'e^. 

Ges considérations peuvent faire supposer que l'auteur de la Pe/^ï(2 
chronique de Guyenne a eu entre les mains un texte de la Chronique 
romane plus complet que celui renfermé dans le Petit Thalamus, et 
dont ce dernier serait dérivé lui-même. Si l'on remarque en outre que 

1. Cette particularité explique l'erreur des éditeurs des Archives historiques 
du département de la Gironde, qui ont décrit la Petite chronique sans l'avoir 
lue. {Arch. hist. du dép. delà Gironde, t. XV, 1874, p. 67, n. 1.) L'année 1253 
assignée par eux comme point de départ au récit, semble en effet commencer 
le premier alinéa, en tête du fol. 1 recto actuel, qui doit être comme on l'a vu 
considéré comme le fol. 1 verso. 

2. Le Petit Thalamus de Montpellier, publié pour la première fois d'après 
les manuscrits originaux (Publication de la Société arcbéologique de Mont- 
pellier, t. I, 1836-40, in-4°. Quatrième partie, la Chronique romane, p. 315-483). 

3. Les paragraphes de la Petite chronique semblant plus spécialement 
empruntés à la Chronique romane du Petit Thalamus sont les suivants : 4 à 10; 
14; 15; 17: 18; 19(?): 20 ; 24 ; 25; 27 à 31 ; 33(?). Voir aussi par. 92 et 93. 



56 

cette similitude de fonds entre les deux chroniques cesse à partir de 
l'année 4 333 % date que les éditeurs de la Chronique romane assignent 
sinon à la composition, au moins à la transcription de toute la pre- 
mière partie de ce dernier texte sur les registres de Montpellier 2, on 
pourra également reconnaître que tout le fragment de la Chronique 
romane, antérieur à ^333, a dû être composé d'un seul jet vers cette 
même date. C'est alors qu'une version en aurait été transcrite sur 
le registre du Petit Thalamus, tandis qu'une autre, après des trans- 
formations ignorées, aurait été utilisée par l'auteur de la Petite chro- 
nique de Guyenne. 

A partir de l'an 1333 (par. 34), la Petite chronique de Guyenne, 
jusqu'en -1404 (par. 77), prend et conserve un caractère local plus 
prononcé. Elle traite surtout, depuis cette sorte de démarcation, des 
circonstances et des faits intéressant plus particulièrement l'histoire 
des provinces anglaises du sud-ouest de la France. Au milieu des 
erreurs et des lacunes, le récit des deux années •1345 et 1377 se dis- 
tingue par l'extrême précision de certains détails. Telles sont les dates 
de la prise de Bergerac et de la bataille d'Auberoche en \ 345 (par. 37 et 
38), et celles de la bataille d'Eymet et de la prise de Bergerac en -1377 
(par. 72 et 73). Il y a une corrélation évidente entre les premières et 
un certain texte qui se rencontre dans un des registres municipaux de 
la ville de Libourne, connu sous le nom de Livre velu^ La date 
incertaine qu'assignent à ce dernier manuscrit les érudits qui l'ont 
eu sous les yeux'* permet toutefois de signaler seulement cette ana- 
logie, sans en tirer de conséquence relativement à l'antériorité d'un 
des deux textes. Quant aux secondes, le seul texte connu qui en fasse 
mention, outre la Petite chronique de Guyenne, est un passage 
des registres municipaux de Périgueux ^ Sans admettre que l'au- 
teur soit allé puiser ses renseignements à une source aussi loin- 

1. A partir du par. 34 de la Petite chronique. Le par. 33, relatif également 
à des faits de l'année 1333, est encore inspiré par la Chronique romane du 
Petit Thalamus. 

2. Le Petit Thalamus de Montpellier, introd. pp. xlv-xlvi. 

3. Publié par Guinodie dans YHistoire de Libourne et des autres villes et 
bourgs de son arrondissement. (Bordeaux, 1845, 3 vol. in-S", t. I, p. 38, n. 3, et 
p. 39, n. 4.) 

4. 1392, selon Guinodie {l. c, t. il, p. 173, n. 2), ou 1479, selon les auteurs 
du Rapport au préfet de la Gironde, publié dans la Commission des monuments 
et documents historiques de la Gn'onrfe (Bordeaux, in-S"), t. II, 1841, pp. 89-90. 

5. Publié dans le Bulletin polymathique du Muséum d'instruction publique 
de Bordeaux, t. X. 1812, p. 259-260. 



57 

laine, celle concordance est néanmoins à noler comme preuve d'exac- 
titude. Il faut enfin signaler les deux mentions ayant trait aux 
années -1348 (par. 44) et ^370 (par. 61), comme relatant des événe- 
ments dont les sources imprimées ne présentent pas tracée 

Avec l'année 4 403 (par. 78), les proportions du récit changent sul3i- 
lement : il semble qu'il ne soit plus l'œuvre d'un compilateur sans 
initiative, mais d'un témoin qui raconte, sommairement il est vrai, 
les événements dont il a gardé le souvenir. La chronique des seules 
années 1405 et ViOii (par. 78-88) remplit ainsi tout le fol. 3 verso. 
La narration saute ensuite, brusquement et sans transition, à l'an- 
née ^4^7, en tête du fol. 4 recto. Mais il est possible qu'un ou plu- 
sieurs feuillets intermédiaires soient tombés^, supposition que vien- 
drait appuyer l'indication initiale du chroniqueur, annonçant que le 
récit se poursuit régunèremcnt jusqu'à l'an 14^8^. 

A la suite de la mention relative à 14 J 7, sur le même folio (fol. 4 r°) 
et de la même main, viennent quelques notes (par. 89-96) sur la fonda- 
tion de divers ordres religieux, notes placées hors de leur ordre chro- 
nologique et semblant destinées à combler une lacune. En effet, le 
récit, toujours sur la même page et de la même exécution, ne reprend 
qu'avec l'année -1435'*. La même écriture le continue pour les 
années 1435 et -1437, jusqu'à Tavant-dernier paragraphe du fol. 4 r° 
exclusivement (par. 93-97). Depuis le dernier alinéa de ce fol. jus- 
qu'à la fin de la Petite chronique^ au bas du fol. 5 recto, l'écriture 
change à plusieurs reprises et perd le caractère d'une copie régulière 
et suivie (par. 98-107). 

Le fol. 4 verso, séparant les deux tronçons du récit de l'année 1438, 
est occupé par une copie d'un privilège octroyé par Edouard, prince 
de Galles, à la ville de Libourne^, à la suite de laquelle est transcrite 
une note sur la population de l'Angleterre, sans indication de dale^. 

1. La prise de Sainte-Foy, le 22 décembre 1348, et la prise de Bazas par le 
sire d'Albret, en 1370. Ce dernier événement a été récemment mis en lumière 
par M. Luce, d'après une lettre de rémission. (Froissart, éd. Luce, t. VII, 
p. xcix, n. 1.) 

2. Le fol. 3 verso se terminant sur un alinéa, et le fol. 4 recto commençant 
sur un autre, la preuve matérielle de cette disparition, ancienne à coup sûr, 
fait défaut. 

3. Voir le par.. 1. 

4. L'inspection du ms. montre cju'il n'a pas dû y avoir d'interruption dans la 
copie de tout le fol. 4 recto. 

5. La charte de fondation de la commune de Libourne (1270) publiée en entier 
par Guinodie, Histoire de Libourne, t. II, p. 349, pièces justificatives, n" 1. 

6. Voir ci-dessous. 



58 
III. 



L'écriture des Coutumes de Bordeaux, celle de la Petite chro- 
nique, jusqu'à l'avant-dernier paragraphe du fol. 4 recto, daté de 
■1438, celle de la copie de la charte de Libourne sont incontestable- 
ment de la même main. La copie qui remplit ces pages dénote en 
outre la suite continue d'un même travail. Si Ton rapproche de ce 
fait la date de 1438, indiquée par le copiste des Coutumes comme 
celle de la fin de sa tâche, on pourra raisonnablement admettre qu'au 
moment de transcrire cet important texte juridique, l'auteur de ce 
travail jugea intéressant de tracer sur les premiers feuillets des indi- 
cations historiques s'étendant jusqu'à cette époque. Il possédait, par 
suite d'une circonstance quelconque, ou avait composé lui-même, en 
U4 8, un récit sommaire des événements survenus jusqu'à cette der- 
nière date\ récit qu'il reproduisit, en ^1438, sans rien y changer, et 
en y ajoutant simplement la mention de faits survenus dans les 
années immédiatement précédentes. Puis, la copie de cette sorte de 
préface et la copie même des Coutumes une fois terminée, il inscrivit 
à mesure, sur Tespace en blanc resté libre ^, les événements qui se 
présentaient. 

L'auteur, ou tout au moins le personnage qui a transcrit la Petite 
chronique en tête de la copie des Coutumes de Bordeaux, peut être, 
sans grande chance d'erreur, considéré comme un habitant de 
Libourne 3, Le silence qu'il garde sur tous les événements survenus 
à Bordeaux rend difficile à admettre la supposition qu'il fût citoyen 
de cette ville. Le soin qu'il a pris de copier, en tête des Coutumes de 
Bordeaux, la charte de fondation de la- commune de Libourne^, la 
notation du prix de certaines denrées^, la mention d'un magistrat 
local^, enfin l'analogie signalée entre un passage de la Petite chronique 
et un texte du Livre velu conservé aux archives de Libourne même^, 

1. Voir le par. 1. 

2. La fin du fol. 4 recto et le fol. 5 recto. 

3. Sa qualité de Gascon est nettement indiquée par les caractères philolo- 
giques du dialecte dont il fait usage, ainsi que par les expressions qu'il emploie 
(Cf. par. 75, 94). 

4. Voir ci-dessus. 

5. Voir par. 78. 

6. Voir par. 77. 

7. Voir ci-dessus, p. 56, n. 3. 



5;> 

tendraient plutôt à lui assigner cette dernière cité comme lieu d'ori- 
gine et de résidence. Il appartenait évidemment à la bourgeoisie et 
devait, d'après la nature de son travail, s'intéresser aux questions de 
jurisprudence. La présence répétée des mots : « Jhesus Marie Filius », 
qui se rencontrent en tête des pages, tant dans la Petite chronique que 
dans les Coutumes, et qui coïncide chaque fois avec une reprise de la 
copie \ n'implique pas qu'il fit partie du clergé. Cette formule se ren- 
contre sur un certain nombre de registres de délibérations commu- 
nales, et notamment, à la même époque, sur ceux de la maison con- 
sulaire de Béziers^. 

En résumé, la Petite chronique de Guyenne, antérieurement à l'an- 
née ^^04, n'est qu'un abrégé chronologique emprunté en grande par- 
tie, jusqu'en ^333, au texte utilisé par la Chronique romane du Petit 
Thalamus, puis fournissant à l'histoire, pour certains événements du 
milieu du xn^ siècle, quelques renseignements précis qui ne sont pas 
à dédaigner. Depuis 4 405, et malgré ses interruptions trop fréquentes, 
elle porte les caractères d'une œuvre personnelle. On chercherait vai- 
nement ailleurs les détails qu'elle présente sur les campagnes de -1405 
et de i 406 en Périgord et en Agenais, sur la descente des Anglais en 
"Saintonge en ^ 4-1 2 et en 1 439, sur les bruits dont la terreur populaire 
faisait précéder l'approche de Rodrigue de Villandrando et de ses 
bandes, ainsi que sur quelques points de la vie du célèbre chef de 
routiers et de son passage dans le midi de la France. 



1. En tête du fol. 1 verso actuel (1 recto en réalité); du fol. 2 verso; du 
fol. 4 verso; des fol. 21, 22 verso, 27 verso, 33 verso. 

2. Publiés dans le Bulletin de la Société arcfiéologique de Béziers, t. I, 
1836, pp. 223-321. 



60 



PETITE CHRONIQUE DE GUYENNE 

jusqu'à l'an 1442. 

1 . Asso son las canonicas e las datas deu comensamen deu mon 
segon la memoria que se troba en escriut lo premey jorn de 
setembre l'an mil .cccc. e .xvm. 

2. Deu comensamen deu mon entro a la nativitat de Diu Jhesu 
Crist ha .v. milia .c. nii''''. e .xix. ans*. 

3. Adam estet en infern .v. milia .ccc. xxii. ans e .vi. jornse 
metz^ 

4. De^ la nativitat de Nostre Senhor entro a la mort de Carie 
Magne a .viii. cens .ix. ans^ e ala donc sen Gili de Proensa 
regnaba^. 

5. L'an myu .c. e .i. prengoren premeyrament crestians 
Jeru[salem] *'. 

6. L'an .m^ c. e .i. morit sent Gili de Proensa'''. 

7. L'an .m', c. e .xiiii. fo pressa Mahargas^ 

8. L'an .m' .c. xlvu. fo presa Almaria^. 

9. L'an .m. c. e .xl. e .viii. fo presa Tartasa^^ 

10. L'an m' .c. e .xl. e .ix. fo presa Forzae Fragelia*'. 

11. L'an .m'. G. Lxx. tornet lo jorn nuyt*^. 

12. L'an .m'.c. iiii''''. vm. fo presa la siutat de Jehrusalem*^ e 
la crotz fo portada a Damas e la sancta courona deu cap e los 
claus foren portatz a Paris la major partida *^. 

13. L'an .m^ c. iiii'^''. e .x. lo rey Phelipe de Fransa e lo rey 
Richars d'Anglatera pasieren la grant mar*^ 

14. L'an .m', c. [iiii^''.] e .xvm. lo rey desus deit Richart 
morit ^^ 

15. L'an .m', ce. e .im. morit Galhardun senhor de Mon- 
[peley] ". 

16. L'an m', ce. e .v. fo près Costantin Nobble*^ 

17. L'an .m', ce. xiir. fo lo rey Phehp dabant Tholosa et lo 
conte de Durfort*^ m[orit] de una peyrat^^ 

18. L'an .m^ ce. [xxxviu.] fo presa Balensa^^ 

19. L'an .m^ ce. e .[xjxxix. tornet lo jorn nuyt^^. 

20. L'an .m', ce. e .xLvin. morit lo conte de Tholosa^^. 



6^ 

21. L'an .m' .ce. xlix. prengo lo rey de Fransa Tolosa-^. 

22. L'an .m', ce. lui. fo lo rey de Fransa rey de Nabarra*^. 

23. L'an .m', gcg. fo la perdon a Roma e es per .c. [ans]-*^. 
CGC. e .VI. foren destruitz los judius en mantas 



24. L'an 


.m' 


partz2^ 
25. L'an 


.m'. 


26. L'an 


.m' 


27. L'an 


.m'. 



[cec] e .VII. foren destruit[z] los temples ^''. 
ccc. e .XV. tornerenlos judius crestians^^. 
CGC. e .XVIII. fo escorgat l'abesque de Ghaors^. 

28. L'an ,m'. [ccc.] e .xvii. fes papa Johan de l'abesquat 
arcbivesquat de Tholosa, e de Peyregus Sarlat, e de Peytius 
Luson e Majassens^^ 

29. En l'an .m', ggg. e .xxxiii. fo e bengo l'esqurtat apelat 
esclipse e bingo a .ii. boras e meja aprop med jorn^'. 

30. L'an .m', ggg. xxi. ausigoren lo pastoreu los judius et asso 
en raanta part^^. 

31. L'an .m', xxvm. foren ars los digetz e gafetz^. 

32. L'an .m. ccc. e .xxvi. fo près Cbales per lo rey Audoart 
d'Anglatera^^. 

33. Item l'an .m. ccc. e .xxxiii. fo grant desconeysensa de 
blat en Gasquonba e fo aperat la grant fame-^'^. 

34. L'an .m', ggg. e xxxiii, foren esquofîtz los esquotz per los 
angles e moriren .xl. m''*, escotz et plus d'autres ^^ 

35. L'an aprop tremblet la tera lo jorn de sent Thomas aprop 
Nadau^s. 

36. L'an .m', ccc. xl. m. fet lo Rey de Fransa mudar las 
monedas^^ e descapita[r] lo senhor de Clison a Paris ^°. 

37. Item l'an .m', ccc. xl. v. fo près Bragueyrac en Peyre- 
gorc per lo conte Darvi^^ lo jorn^^ de Sent Bertomyu^^ 

38. L'an .m', ccc. xl. v. fo la batalha dabant Albarocha^^ en 
Peyregorc lo jorn de Sent Seurin^^ per lo conte Darvi qui 
gasanbet lo camp *^. 

39. L'an .m', ggg. xl. vi. fo près sent Johan d'Angeli per lo 
conte Darvi ^^ e l'an après fo la batalha de Cresi bon lo prince 
descofit lo rey Philip de Baloys^^ 

40. Item l'an .m^ ccc. xl. vi. fo près Peytius e raubat per lo 
conte Darvi ^9. 

41. L'an .m^ .ccc. xl. vi. bingo lo rey Audoart angles mètre lo 
ceti a Cbales et mynjaban los ratz=o. 

42. L'an .m", ggg. xl. vu. fo gran carestia e grant famé en 



62 

Bordeu de blat e raoriren grant gent de fame=* e fo lo ceti Agu- 
Ihon per lo duc de Lormandia^^ e fo la batalha de Cresi. 

43. L'an .m' .ccc. xl. vui. fo la grant mort per tôt lo mon e 
fo à Bordeu ^^ a tant grant que argo la Rosela, lo pont Sent Johan 
et rua Peytavina^^ 

44. L'an .m', ccc. xl. viii. fo presa Sancta Fe per los angles 
lo digmenge aban Nadau^^ 

45. L'an .m^ ccc. l. fo lo perdon aRoma^'*. 

46. L'an .m^ ccc. l. [v.] fo lo conte Darvi dabant Tholosa e 
daban Beses e a Nabona e a Par[is] ^''. 

47. L'an .m. ccc. l. morit Phelip de Baloys rey de Fransa e 
Johan son filh fo r[ey] ^^ 

48. L'an .m. ccc. l. vi. fo pris lo Roi de Fransa daban Peytis 
au mys de setembre aparat Johan por mon senhor lo prince filh 
deu roy Audoart e lo menât a Ly borna e a Bordeu ^o. 

49. L'an .m. ccc. l. ix. salhit fora de preyson d'Anglatera 
Johan Roy de Fransa e flnet^^ 

50. L'an .m. ccc. l. ix. prengo la possecion deu dugat per 
mossenhor lo rey d'Anglatera mossen[hor] Johan Candos^'. 

51. L'an .m. ccc .lx .nr.^^ foren los grans freitz que la mar 
gelet en Gasquonha e aqui médis en l'an seguen fo la petitamor- 
talha^^ e aquet an fo après lo conte d'Armanhac e lo senhor de 
Labrit per lo conte de Foys^^. 

52. L'an .m. ccc. lx. iiii. fo la batalha en Bretanha de Carie 
de Bloys e deu conte de Monfort qui agut lo camp ^^. 

53. L'an .m. ccc. lxv. fo lo parlament a Peiregus deu prince 
e deus barons de Guiayna^'. 

54. L'an .m. ccc. lx. v. foren las justas en Anglosie^^. 

55. L'an .m. ccc. lx. vi. en hahost bengo lo rey Dempetro 
d'Espanha^^ de Nabara™ e lo rey de Malhorguas'* e lo duc de 
Bretanha'^ a parlamen a Bordeu'''^. 

56. L'an .m. ccg.lxvii. fo confermat lo rey Anric en Castela ^^ 

57. Item l'an .m. ccc .lxvii. a .m. d'abryu fo desconfit en 
Espanha lo rey Anric per lo prince de Gualas duc de Guyaina''^. 

58. L'an .m. ccc. lxvu. partit papa Urban de Vinhon et anet 
en Roma an los cardinaus ''^. 

59. L'an .m. ccc. lxviii. morit lo rey Donpetro que lo rey 
Hanric lo fit trenqua lo cap son fray bastart". 

60. L'an .m. ccc. lxix. fo lo cety en Peyregorc dabant Bor- 



63 

dellia"^ e aquet an coraenset la guerra en Guasquonha e per tôt 
Guiayna. 

61. L'an .m. ccc. lxx. fo Basac près per la man deu senhorde 
Labrit"^ 

62. L'an .m. ccc. lxx. en jun fo destruita la siutat de 
Lemodges per mon senlior lo prince de Anglatera *". 

63. Item l'an .m. ggg. lxxi. fo lo ceti de Monpahon'*' permos- 
senhor lo duc de Lancastre e son fray de Gadabruya**. Et ala 
donc s'en anet mossenhor lo prince ^^^ 

64. L'an .M, [ccc] lxxiii. trembletlatera. E ala liorademeja 
nuyt e .i''. autra betz a liora nona^^ et en aquet an fo près La 
Reula [e] Gastelhon per lo duc d'Ango^^ 

65. L'an .m. ccc. lxxiiii. fo grant carestia de blat en Guas- 
quonha que baie lo bochet deu fromen^'' .x. e foren mes fora de 
Bordeu lo senlior de Lagoyran e mossenhor Johan Colo *^ 

66. L'an .m. ccc. l[x]xv. fo lapetita mortalha e grant mortau- 
dat de gens menuda e en aquet an anet mossenhor Thomas de 
Felenton, senescauc, a la guera contra Armanhac an lo conte de 
Fois^^. 

67. L'an .m. ccc. lxxvi. lo jorn delà Trinitat moritlo prince 
de Gualas^^ E lo Captau a Paris en preyson^". 

68. E aquet an no baie tonet de bin a Bordeu mas .vi. e fo la 
grant binada. 

69. L'an .m. ccc. Lxxvii.^^moritlorey Audoart d' Anglatera ^^ 

70. L'an .m. ccc. lxxvii. ^^ au mes de jun fo coronat lo filh 
deu prince, Richart d' Anglatera, aperat de Bordeu ^^ 

71. L'an m. ccc. lxxvii. foren las gualeyas d'Espanha au mes 
d'ahost e lo navily de Lormandia e de Bretanha en Angla- 
tera per lo rey de Fransa^'^ et firen guera los esquotz contra los 
angles^''. 

72. Item l'an .m. ccc. lxxvii. loprumeyjorn de setembre foren 
desconfitz e près mossenhor Thomas de Felaton, senescaut de 
Guyaina e mossenhor Gualhart de Duribrt senhor de Duras. E 
lo senhor de Rausan e mossenhor de Musidan e aqui foren 
menât au duc d'Anyo. E aqui foren de la obediensa deu rey de 
Fransa °^ 

73. L'an .m. ccc. lxxvii. a .m. de setembre lo duc d'Ango e 
mossenhor Bertran de Claquin, conestable de Fransa prengoren 
Bragueyrac, Sancta Fe e Gastelhon de Peyregorc e aprop anet 
a Basax^^ 



64 

74. L'an M. ccc. lxxxviii. fo éclipse lo premey jorn de jeney 
cap d'an et de senmana, sobre la hora de prima, cum si fos nuyt 
que nulh no pode bede l'un l'autre ^^ 

75. L'an .m. ccc .lxx[xx]ix. fo destruit e yssibat lo rey 
Richart Guascon que ane la fillia de Fransa de Anglatera^^^ 

76. Item l'an .m. cccc. prengo lo Captau la possecion deu con- 
tât de Fois e de Bearn per sa molher*"*. 

77. L'an .m. cccc. ii. foren tans gra[n]s tonedres e tempestas 
e fogres e arguoren dus homes a Liborna sul portau de Guistres*''^ 
Johan Bidau maior ^^^. 

78. L'an .m. cccc. e .im. fo grant carestia de sau que baie a 
Bordeu et a Liborna lo carton .xxx. s. e romporen las trebas de 
mossenhordeLancastre en Guiayna ^'^*. Item l'an .m. ccc. xxxvii. 
comenset l'ordre de Calonges de sent Agustin regulars e secgu- 
lars *o^ 

79. L'an .m. cccc. v. fo grant guera en Lemosin et en Guiayna, 
que lo senhor de Labrit, conestablede Fransa conquistet per argen 
e per gens^'^S so es assaber Gorbafin*'^^ Besesl''^ Sent Johan 
d'Escola*''^ e sebiret la Forsa"*^ e Manduran"*. 

80. Item l'an .m. cccc. v. fo près Mauretanha e fo fundut"', e 
lo senhor de Castelhon de Medoc ne fo gitat"3. 

81. Item en aquet an fo près Châles en Sentonge*^* e Peyroat 
capitayne ne fo gitat, e fo fundut"^. 

82. Item en l'an dessus lo conte de Clarmon "^ prengo lo castet 
de Lorda en Biguorae autres lox"'. 

83. Item en l'an dessusdeit en Agenes fo[ren] près Munsagel"^ 
e Badafol"*^ e foren fundutz. 

84. Item en l'an médis fo près per lo conte d' Armanhac '^"^ Lan- 
gon*2* e lo médis conte anet dabant Bordeu, e se rendut Lo Port 
Sancta Maria^^s, Agulhon*'^ la tera de Caumon^^^. 

85. Item l'an .m. .cccc. vi. fo lo ceti de Borc^^^ per lo duc de 
Horlhens*^^ e lo grant mestre de Fransa ^^^ E i eran lo conte de 
Fois*28, Armanhac*-^ lo senhor de Labrit ^^o, lo senhor de Pons^^S 
mossenhor Johan Arpadayne ^^^ e plusors capitaynes de la part 
de Fransa ^^^ justa .xv. milia combatens o plus*^^ E duret de la 
bespro de Totz Sans entro a .xii. senmanas prop Sent Alary de 
Jeney ^35 g g'gj^ leberen an grant dessonor, e foren combatutz en 
la mar per mossenhor de la Barda *3'^, per la gen de Bordeu, per 
lo navily d'Anglatera e de Bayona, e foren arsas duas naus 
dabant Bore '2". 



65 

86. Item en l'an médis fo petit bin que baie .vi. est. e .viii., e 
baie tonet de bin .xxx. ffr. e .xl. contât per xxv. s. 

87. Item l'an .m. .cccc. xvii. passet la mar lo rey Anric d'An- 
glatera*^* tilli qui fo deu fîlh*^'^ de mossenhor de Lancastre en 
Normandia, e an lui son fray lo duc de Glarensa*^" e mossenhor 
Dorset"^ filh de mossenhor de Lancastre, e conquisteren Hayra- 
flor, [i^] ciutat aperat Camp en Normandia e autres pays*^'. 

88. Item r au .m. .cccc. .xv."^ foren en Guiayna mossenhor 
de Horc"'', mossenhor de Clarensa, mossenhor Dorset, e prengo- 
ren Berbesio"^ e Sotbisa"'' e Lobiron*''^ 

89. L'an M. ce. lxxiiii. comenset l'ordre deus monges nègres ^■'^ 

90. L'an .M. ce. viii. comenset l'ordre de cisteus so es assaber 
l'ordre deus monges blans. 

91. L'an .m. ce. of .ii. comenset l'ordre deus chartrons. 

92. L'an .m. ce. comenset l'ordre deus predicadors Sent 
Domenge"'-^. 

93. L'an .m. ce. comenseren los menors Sent Franses. 

94. L'an .m. ccc. e .v. fo papaClemens qui se aperaba dabant 
mossenhor Bertran deu Gotz arsibesque de Bordeu : fo papa *=" e 
es sebelit a Usesta^^* en tera guasqua*^', e fo aprop lui arsibesque 
mossenhor Arnaut de Gantalop*^^. 

95. Item l'an .m. .cccc. xxxv. bingo Rodigo en Guiayna ^^^ e 
fase guera a franses e ad Angles '=^ e que disen que tostaba enfans 
e tôle popas a fempnas prenchs e fade grant cop d'autres maus. 

96. Item l'an mil .cccc. e .xxxvii. bingo Rodigo en Guas- 
conha^^'' e conquistet Femel*^', La Saubetat^^^ e grant cop d'au- 
tras plasas. 

97. Item en aquet an médis fo carestia de bin que se bende lo 
tonet a Bordeu .xl. ffr. e plus e lo carton era aquet an a Bordeu 
a .X. e .XII. arditz*^^ e lo blat deu fromen .ii. ffr. e .m. 

98. Item l'an .m. cccc. e .xxxviii. fo près Cleyrac^^'^ per mos- 
senhor de Labrit^^^ que l'abat de dedins*^* li livret la plassa e que 
y era Rodigo ^''^. 

99. L'an .m. cccc. xxxviii. bingo lo senhor de Labryt, 
Rodygo, Poton de Sant Analha*''^ lo bastartdeLabrit*^^ dabant 
Bordeu e per tôt Medoc entro Assolac*'^'^ e destruiren lo pays*^^ 

100. Item en l'an médis ballo bosset de frement à Bordeu .iiii. 
ff. e tonet de bin .xl. ff . e .l. ff. 

101. Item en l'an mil .cccc. e .xxxix., losegont jorn deu mes 
d'ahost, lo jorn de Sent Estefe, aribet a Bordeu mossenhor de Hon- 



66 

tintona ^'^^ an grant poysansa, e sas gens prengoren terra en Sen- 
tongee firen grant cop de mau, e eren and et gran cop de hono- 
rables senhors^*^^. 

102. L'an mil .CCCG. e .xxxix. fo près Basatz per mossenhor 
de Hontintona que las gens s'arenduren a lui e la vila"". 

103. Item l'an .m', cccc. .xl. baie lo boyset de forment .i. ffr. 
e tonet de bin baie .xri. ffr. e lo quarton deu bin baie .xii. d. 

104. L'an rail .cccc. e .xm. en lo temps d'estyu enbiron Sent 
Jolian Baptista bingut lo rey de Fransa en lo pays de las Lanas 
an grant poyssansa*'^ e era an luy lo daufin son fllh"^ lo conte 
de Foys"3, lo conte de Pardiac *^^ lo senhor de Labrit^'% lo filh 
deu conte d'Armanhac™, La Ira*", Poton de Sentalharo e grant 
ment an grant multitut d'autres grans senhors e an grant poyssa, 
e cororen lo pays e prengoren la vila de Sent Sebe*"* ont era 
dedens lo senescaut de Bordeu^'^^ e grant cop d'autra gent, e la 
prengoren d'assaut. 

105. Item d'aqui en foro ban s'en anar dabaiit Ax e prengoren 
lo d'assaut **^ e dedens era mossenhor d'Usa senescaut de las 
Lanas *^S e fo près e son filh e grant cop d'autras gens. 

106. Item en aquet an médis lorey de Fransa prengut la Reula 
enpero lonc temps estenet dabant abant que l'agus *^^ ont i era de- 
dens lo castetlo Baron ^«^ mossenhor d'Angladas *^, locapitayne 
de La Reula **^ e grand cop d'autras gens e d'armas, e s'enssalhi- 
ren per so que no aben punt de busqua que argussan, e argoren 
la sala deu castel per fauta de busqua **S e aquet an fase grant 
freyt. 

107. Item en aquet an médis fit grantz freytz*^^ e asso abant 
la festa de Nadiu de près de .xv. jorns que lo jorn de Sent Thomas 
abant Nadau, dabant Liborna la mar galet e per tôt lo pays, que 
guabarra no pode maregar****. 



67 



NOTES. 



t. Ce calcul de l'ère du monde (5199 avant l'ère chrétienne) est celui d'Eusèbe 
de Oésarée. {Art de vérifier les dates, dans la Dissertation sur les dates, etc.] 

2. Celte incohérence entre la date présumée de la naissance du premier 
homme et l'âge du monde est à signaler. Elle semble avoir pour cause un autre 
mode de calcul de l'ère mondaine inconsciemment appliqué ici par le compilateur. 

3. On a vu plus haut que depuis cet alinéa jusqu'au n" 33 inclusivement, plu- 
sieurs paragraphes provenaient de la même origine que les parties correspon- 
dantes de la Chronique romane du Petit Thalamus. Entre autres, celui-ci et les 
suivants jusqu'au n" 10 inclusivement. (Voir ci-dessus, p. 55, n. 3.) 

4. Il n'est pas besoin d'insister sur la grossièreté de l'erreur qui fixe ;\ 809 
au lieu de 814 la mort de Charlemagne. Elle est d'ailleurs commune à la 
Petite chronique et à la Chronique romane du Petit Thalamus. (Voir la note 1 
des éditeurs.) 

5. La Vita sancti Egidii (Acta Sanctorum, Sept., I, pp. 299 et ss.), écrite au 
x° siècle et suivie par l'auteur de la Vie de saint Gile, composée vers 1170, 
fait de saint Gilles un contemporain de Charlemagne. (Gaston Paris, la Vie de 
saint Gilles, introd., pp. xxv, xxxviii.) 

6. Le texte de la Chronique romane du Petit Thalamus établi d'après le ms. 
de la Faculté de médecine, porte : « En l'an .m. e .c. mens .i. », etc. Ce qui 
expliquerait par une lecture erronée l'erreur de date de la Petite chronique : 
Jérusalem fut prise le vendredi 15 juillet 1099. 

7. Ce passage pourrait faire croire à quelque tradition fabuleuse relative à 
saint Gilles. Mais ce n'est évidemment pas de l'abbé du vu' siècle dont il est 
ici question; il s'agit de Raymond IV de Saint-Gilles, comte de Provence, l'un 
des chefs de la première croisade, mort en réalité en 1105 et non en 1101. Le 
texte de la Chronique romane du Petit Thalamus porte : « En l'an .m. c i. 
niori en R. lo compte de San Gili. » 

8. Allusions à l'expédition dirigée contre les Sarrazins des îles Baléares, par 
Raymond Bérenger III, comte de Barcelone, et Guillaume V, seigneur de Mont- 
pellier. La ville de Palma, alors appelée Majorque, comme l'île même, fut prise 
le 6 février 1116 (n. st., comme toutes les dates ci-dessous citées). C'est le com- 
mencement du siège qui se place en 1114 (D. Vaissete, 1. XVI, ad ann. 1114). 

9. Allusion à la prise d'Almeria (17 oct. 1147), par Alfonse VIII, roi de Cas- 
tille. (D. Vaissete, 1. XVII, ad ann. 1147.) 

10. Allusion à la prise de Tortose par Raymond-Bérenger IV, comte de Bar- 
celone, à la fin de 1148. (D. Vaissete, id.) 

11. Allusion à la prise de la Forsa et de Fraga (24 oct. 1149), par Raymond 
Bérenger IV, comte de Barcelone. (D. Vaissete, id.) 

12. Pour l'identification de ce phénomène et des suivants (par. 19, 29, 74), 
on peut consulter la Chronologie des éclipses, placée en tête de l'Art de véri- 
fier les dates. 

13. La reddition de Jérusalem à Saladin eut lieu le 3 octobre 1187. 

14. La partie de la vraie croix demeurée à Jérusalem et que l'armée chré- 



68 

tienne portait avec elle fut en réalité perdue dans la déroute de Tibériade, 
avant la prise de la ville sainte. Ce n'est qu'en 1238 que saint Louis acquit la 
sainte couronne, auparavant conservée à Constantinople et pour laquelle il fit 
bâtir la Sainte-Chapelle. Les clous de la Passion retrouvés par sainte Hélène 
étaient tous demeurés à Byzance jusqu'en 550. Le seul qui ait jamais été trans- 
porté à Paris est celui qui fut donné par l'empereur Constantin V à Charle- 
magne et que Charles le Chauve transporta d'Aix-la-Chapelle à Saint-Denis, 
(Rohaut de Fleury, Mémoire sur les instruments de la Passion de N.-S. J.-C, 
Paris, Lesort, 1870, in-4° de 414 pp. Voir pp. 161, 203-4, 170, 177-8.) La tradi- 
tion assignée par la Petite chronique à la réunion des reliques françaises de la 
Passion n'en est pas moins curieuse à signaler. 

15. Date exacte. 

16. En réalité le 6 avril 1199. Ce paragraphe est emprunté à la Chronique 
romane du Petit Thalamus. 

17. La Chronique romane du Petit Thalamus porte : « En l'an de .m. e .ce. 
e .vu. el mes de setembre, mori en G. de Montpellier. » C'est de la mort de 
Guillaume VIII, seigneur de Montpellier, qu'il s'agit : le nom que lui attribue 
la Petite chronique est fautif, comme la date qu'elle assigne à sa mort. L'an- 
née 1204 est la date du mariage de Marie, sa fille, avec Pierre II, roi d'Aragon. 

18. On sait que les deux prises successives de Constantinople par les croisés 
eurent lieu le 18 juillet 1203 et le 12 avril 1204. 

19. Sic. 

20. Ce paragraphe est évidemment inspiré de l'alinéa correspondant de la 
Chronique romane du Petit Thalamus. Le texte imprimé a été corrigé et la mort 
de Simon de Montfort placée sous la rubrique de 1217 (voir la note 19 des édi- 
teurs). On sait d'ailleurs que Philippe-Auguste ne parut jamais devant Tou- 
louse, qui en 1213 était encore aux mains de Raymond VII, et que Simon de 
Montfort fut tué lors du second siège, le 25 juillet 1218. 

21. Cette date est restituée d'après la Chronique romane Aa Petit Thalamus. 
Il s'agit de la prise de Valence par Jayme P', roi d'Aragon, le 28 septembre 
1238. 

22. Le ms. porte : « L'an .m. ce. e. xxix ». La place du paragraphe impose 
la restitution de la date de 1239. La Chronique romane du Petit Thalamus 
mentionne une éclipse à la date de 1238. (Voir ci-dessus, par. 11.) 

23. Erreur inspirée de la Chronique romane du Petit Thalamus; la date 
véritable est le 27 septembre 1249. 

24. Date de l'avènement d'Alphonse de Poitiers, époux de Jeanne, fille de 
Raymond VII, comme comte de Toulouse, époque réelle de la disparition de la 
nationalité méridionale. Le comté de Toulouse ne fut réuni à la couronne qu'à 
sa mort, en 1271. 

25. Date de l'avènement de Thibaud II (Thibaud V, comte de Champagne), 
second roi français de Navarre. Ce fut seulement sa nièce Jeanne qui apporta 
en 1284 la couronne de Navarre à Philippe le Bel. 

26. Boniface VIII institua le premier, en 1300, le Jubilé centenaire. 

27. Allusion à l'expulsion des Juifs du royaume, opérée le 22 juillet 1306. 
Ce paragraphe et le suivant sont empruntés à la Chronique romane du Petit 
Thalamus. 

28. Allusion à l'arrestation des Templiers, le 2 octobre 1307. 



69 

19. Allusion au rappel des Juifs pour douze années, prononcé par l'ordon- 
nance du 28 juillet 1315. 

30. La Chronique romane du Petit Thalamus mentionne ce fait sous la 
rubrique de 1317. C'est etîectivoment en cette dernière année (|ue le pape 
Jean XXII fit mettre à mort Hugues Géraud, évéque de Cahors (juillet 1317). 
(Voir Baluze, Vitx paparum Avenionensium, t. I, col. 153-4, dans la Secunda 
vita Joannis XXII.) 

31. M(Mne observation pour la date et la provenance. En outre, lems. porte : 
« fut papa Johan de l'abesquat, » etc., ce qui n'offre aucun sens. Jean XXII, 
élu pape l'année précédente (8 septembre 131G), érigea l'évôché de Toulouse en 
archevêché (26 mai 1317), créa les évéchés de Luçon et de Maillezais(13 août), 
distraits de celui de Poitiers, et l'évéché de Sarlat (9 janvier 1318), distrait de 
celui de Périgueux. (Baluze, ibid., col. 135-6.) 

32. Ce phénomène est mentionné, sous cette date et à cette heure, par la 
Chronique romane du Petit Thalamus. (Voir ci-dessus, par. 11.) 

33. Allusion au second soulèvement des Pastoureaux, dont plusieurs bandes 
envahirent en 1320 le midi de la France. La Chronique romane du Petit Tha- 
lamus rapporte cet événement à sa date exacte. 

34. C'est en 1321 qu'eut lieu la persécution dirigée contre les lépreux, rap- 
portée à cette date par la Chronique romane du Petit Thalamus. Sur les 
« gahets » de Bordeaux, voir Baurein, Variétés bordelaises (1784, 6 vol. in-12), 
t. I, art. XVIIL 

35. Chalais. (Charente, arr. de Barbezieux, ch.-l. de cant.) Allusion à la prise 
de cette ville par Edouard II, pendant la guerre dite des Bâtards (1326). Cf. 
par. 81. 

36. Allusions à la famine de 1333, que la Chronique romane du Petit Tha- 
lamus signale également à cette date. A ce passage cessent définitivement les 
emprunts faits à cette source historique par la Petite chronique de Guyenne. 

37. La célèbre bataille de Halidon Ilill, gagnée par Edouard Baliol, préten- 
dant au frône d'Ecosse, allié d'Edouard III, contre David II Bruce (1333). 

38. Le 21 décembre : La Chronique bordelaise de G. de Lurbe (Bordeaux, 
1594, in-4°) ne mentionne pas ce phénomène (voir ci-dessous, par. 64). 

39. Allusion à l'altération des monnaies opérée par Philip|)e de Valois en 1343. 

40. Olivier III, sire de Clisson, décapité à Paris le 2 août 1343. 

41. Henri de Lancastre, comte de Derby, arrière-petit-fils de Henri IH. 

42. Le 24 août. M. Siméon Luce a adopté l'exactitude de cette information. 
(Froissart, éd. Luce, t. III, p. xiii, n. 3.) 

43. Voici le texte du passage du Livre velu, dont il a été parlé plus haut : 
« En l'an mil .ccc. quaranta et sincq, lo jorn de seul Berthomiu, fo presa la 
villa de Bragueyrac par mossen Henric de Lancastre, compte Derbi. » (Cité dans 
Guinodie, Histoire de Libourne, t. I, p. 38, n. 3.) 

44. Auberoche, au N.-E. de Périgueux, non loin de la route de Périgueux à 
Limoges. (Dordogne, arr. de Périgueux, cant. de Savignac-les-Églises, comm. 
du Change.) 

45. Le 21 octobre 1346, selon l'interprétation proposée par M. Siméon Luce. 
(Froissart, éd. Luce, t. III, p. xvi, n. 3.) 

46. Le passage du Livre velu, auquel il a été fait allusion plus haut, porte : 
« En l'an mil .ccc. quaranta et sincq, Henri de Lancastre, compte Derbi, se 



70 

combata en batalha restada am l'agent deu rey deffransa lo jorn de sent Seurin, 
devant lo loc d'Aubarrocha que los ditz franses tinen assitiat. » (Cité dans 
Gulnodie, Histoire de Libourne, t. I, p. 39, n. 4.) D. Vaissete a le premier 
signalé, comme il a été dit ci-dessus, l'importance de la Petite chronique au 
point de vue des événements de 1345. (Voir ci-dessus p. 53, n. 1.) 

47. Le 21 septembre 1346. (Froissart, éd. Luce, t. IV, p. vi, n. 11.) 

48. La bataille de Crécy fut livrée comme on sait le 26 août 1346. L'erreur 
de la Petite chronique qui la place en 1347 semble bien intentionnelle. (Cf. ci- 
dessous, par. 42.) 

49. Le 4 octobre 1346. (Froissart, éd. Luce, t. IV, p. vu, n. 3.) 

50. Allusion au célèbre siège de Calais. (3 septembre 1346-3 août 1347.) 

51. La Chronique bordelaise de G. de Lurbe ne mentionne pas cette famine. 

52. Aiguillon, à l'emboucbure du Lot (Lot-et-Garonne, arr. d'Agen, cant. de 
Port-Sainte-Marie). C'est en 1346, et non en 1347, qu'eut lieu le siège de cette 
place. Un autre passage du Livre velu, ne se rencontrant pas cette fois dans la 
Petite chronique, permet de fixer la date de cet événement : « En l'an mil .ccc. 
quaranta et seys, el mes d'abriu, en la sempmana saincta, assetiet Agulhon 
moussen Johan d'Effransa am doze milia homes d'armes » (Cité dans Gul- 
nodie, Histoire de Libourne, t. I, p. 40, n. 5.) Celle indication permet de placer 
l'ouverture du siège entre le 10 et le 15 avril (Pâques tombant cette année le 
16). La date du départ de Jean, duc de Normandie, fils aîné de Philippe de 
Valois, avait déjà été fixée au 20 août par M. Siniéon Luce. (Froissart, éd. Luce, 
t. II, p. XXII, n. 1 .) La fin du passage cité ci-dessus confirme cette ingénieuse 
déduction. 

53. Allusion à la célèbre peste dite de Florence, en 1348. 

54. La porte de la Rousselle, à l'extrémité de la rue de ce nom, encore exis- 
tante ; le pont Saint-Jean, autrefois situé près des deux tours du Peugue, non 
loin du quai de la Garonne; la rue Poitevine, dont le tracé est à peu près suivi 
aujourd'hui par le cours d'Alsace-Lorraine [Archives municipales de Bordeaux, 
Bordeaux vers 1450, par Léo Drouyn, pp. 237, 392, 270). Ce désastre ne paraît 
pas mentionné dans la Chronique bordelaise de G. de Lurbe. 

55. Cette prise de Sainte-Foy-la-Grande (Gironde, arr. de Libourne, ch.-l. 
de cant.) par les Anglais, le 21 décembre 1348, ne paraît mentionnée dans aucune 
chronique (voir l'histoire de Sainte-Foy, dans Guinodie, Histoire de Libourne, 
t. III, p. 8). 

56. Clément VI réduisit à cinquante ans le jubilé séculaire institué par Boni- 
face VIII en 1300. 

57. C'est en 1355 qu'eut lieu la chevauchée du comte de Derby dans le midi 
de la France (Froissart, éd. Luce, t. IV, pp. lix-lxiii). Il passa la Garonne près 
de Toulouse et parut devant Béziers et Narbonnc avant le 1" novembre. La 
Chronique romane du Petit Thalamus donne plusieurs détails sur celle expé- 
dition, ainsi que la Chronique de Jacques Mascaro, écuyer des consuls de 
Béziers. [Lo Libre de Memorias, publié dans le Bulletin de la Société archéo- 
logique de Béziers, t. I, 1836, p. 81.) L'apparition des Anglais devant Paris (?) 
à celte date est purement imaginaire. 

58. Le 22 août 1350. 

59. La bataille de Maupertuis, du 19 septembre 1356. 

60. Ce séjour de Jean le Bon à Libourne pendant sa captivité ne paraît pas 
avoir été connu. 



71 

61. Ce n'est en réalité qu'après le traité de Boulogne, du 26 octobre 1360, 
que Jean le Bon rentra en France. On sait qu'il retourna mourir en Angleterre 
(8 avril 1364). 

62. C'est en 1361 (20 janvier) que Cliandos fut créé connétable d'Aquitaine. 
{Jean Chandos, connétable d'Aquitaine et sénéchal du Poitou, par Benjamin 
Fillon, Fontenay et Londres, 1856, in-8'' de 35 p., p. 8.) 

63. Le ms. porte : « L'an .m. ccc. xl. jii. », mais il ne faut voir dans cette 
erreur qu'une interversion matérielle. 

64. Ces particularités ne sont pas relevées dans la Chronique bordelaise de 
G. de Lurbe. 

65. Il s'agit de la bataille de Launac, gagnée le 5 décembre 1362 par Gaston 
Phebus, comte de Foix, sur Jean 1" comte d'Armagnac et Arnaud Amanieu sire 
d'Albret. (Voir D. Vaissete, 1. XXXII, ad ann. 1362.) 

66. La bataille d'Auray (29 septembre 1364). 

67. La Chronique bordelaise de G. de Lurbe place à Bordeaux la tenue des 
états en 1365. 

68. Aucune allusion à ces joutes n'est faite dans Froissart. 

69. Pierre le Cruel, roi de CasHUe. 

70. Charles II le Mauvais, roi de Navarre. 

71. Jayme III, roi détrôné de Majorque. 

72. Jean IV de Montfort, duc de Bretagne. 

73. La Chronique bordelaise de G. de Lurbe mentionne seulement à Bor- 
deaux en cette année la présence du roi de Majorque, sans préciser l'époque. 

74. Allusion à la i)roclamation d'Henri II de Transtamare comme roi de Cas- 
tille, le 16 mars 1366. 

75. La bataille de Najéra ou de Navarette, perdue le 3 avril 1367 par Du Gues- 
clin et Henri de Transtamare contre le Prince Noir. 

76. Urbain V retourna trois années à Rome, de 1367 à 1370, et dut revenir à 
Avignon après celte inutile tentative d'aflranchissement. 

77. Allusion à la scène fameuse dont la tente du breton Yvon de Lacouët fut 
le théâtre, et où Pierre le Cruel trouva la mort, la nuit qui suivit la bataille de 
Montiel (14 mars 1369). 

78. Le célèbre château de Bourdeille, sur la Dronne (Dordogne, arr. de Péri- 
gueux, cant. de Brantôme). Le siège fut mis devant la place vers la lin d'avril 
1369, par le comte de Pembroke, Jean de Hastings. (Froissart, éd. Luce, t. VII, 
p. LU, n. 2, et p. lui, n. 1.) 

79. Cette mention de la prise de Bazas par Arnaud Amanieu, sire d'Albret, 
en 1370, n'a encore été signalée que par une lettre de rémission citée par 
M. Siméon Luce (Froissart, éd. Luce, t. VII, p. xcix, n. 1). La compilation et 
les notes publiées sous le titre de Chronique de Bazas dans les Archives his- 
toriques de la Gironde (t. XV, pp. 1-G7) ne signalent aucun événement sous 
cette date, non plus qu'en 1377 et en 1439. Cf. par. 73 et 102. 

80. Le sac de Limoges par le Prince Noir eut lieu le 19 septembre 1370 : la 
Chronique romane du Petit Thalamus donne seule la date de cet événement. 

81. Montpaon, en Rouergue, près de la Sorgues (Aveyron, arr. de Saint- 
Ali'rique, cant. de Cornus). La Chronique romane du Petit Thalamus place le 
siège de cette place en février 1371. 

82. Jean, dit de Gand, duc de Lancastre, et Edmond, dit de Langley, comte 
de Cambridge, puis duc d'York, tous deux fils d'Edouard 111. 



72 

83. La Chronique bordelaise de G. de Lurbe place en 1373 le départ du 
Prince Noir pour l'Angleterre. 

84. La Chronique bordelaise de G. de Lurbe ne mentionne pas ce phéno- 
mène, que la Petite chronique de Guyenne note ici avec précision, mais en 
oubliant d'en signaler le jour. (Voir ci-dessus, par. 35.) 

85. La prise de la Réole et de Castillon de Périgord, par Louis, duc d'Anjou, 
n'eut lieu qu'en 1374, après l'échec de la grande expédition conduite par Jean 
de Gand, duc de Lancastre. 

86. La Chronique bordelaise de G. de Lurbe mentionne en 1373 une famine 
en Gascogne. 

87. Le récit de Froissart mentionne, à la date de 1375, l'exécution de Jean 
de Plassac, de Guillaume, seigneur de Pumiers, et de Jean Coulon, son clerc, 
ainsi que l'emprisonnement de Pierre deLanduras et de Bertrand du Franc, accusés 
d'avoir voulu livrer au roi de France le château de Fronsac [Froissart, ad ann. 
1375, éd. Kervyn de Lettenhove, t. IX, pp. 2-4). La Petite chronique présente, 
comme on voit, une version différente, selon laquelle Jean Coulon et le sei- 
gneur de Langoyran auraient été bannis. Ce dernier était, au moins en 1345, 
Amanieu d'Albret. (Cf. sur ce point Guinodie, Histoire de Libourne, t, I, p. 45, 
n. 5.) • 

88. D. Vaissete (1. XXXII, ad ann. 1375) signale, à la date du 5 sept. 1375, la 
conclusion d'une trêve entre Jean P"^, comte d'Armagnac, et Gaston Phœbus, 
comte de Foix. L'intervention de Thomas Felton, sénéchal anglais de Guyenne, 
mentionnée par la Petite chronique, est intéressante à noter. 

89. Date exacte. Le Prince Noir mourut en effet le jour de la Trinité, 8 juin 
1376. 

90. Jean III de Grailly, captai de Buch et connu sous ce dernier nom, fait 
prisonnier devant Soubise en 1372, mort au Temple, à Paris, en 1377. 

91. Le ms. porte : « L'an .m. ccc. lxxviii. »; mais, ainsi encadrée, cette date 
doit évidemment être lue comme si le texte contenait celle de 1377. 

92. Edouard III, mort le 21 juin 1377. 

93. Même observation que ci-dessus pour l'erreur de date. 

94. Les fils des rois d'Angleterre étaient à cette époque désignés par le nom 
du lieu de leur naissance (comp. par. 75). Froissart désigne continuellement 
Richard II sous le nom de Richard de Bourdeaulx. 

95. Date exacte, l'apparition des flottes espagnole et fiançaise sous Fernand 
Sanche de Tomar et Jean de Vienne devant Rye et sur la côte anglaise ayant 
duré plus de deux mois, à partir de la fin de juin 1377. 

96. Allusion à l'invasion dirigée contre l'Angleterre par Robert II Stuart, roi 
d'Ecosse, en 1377. L'amiral de France, Jean de Vienne, avait amené aux 
Écossais un secours de mille chevaliers français. 

97. Aymet, sur le Dropt (Dordogne, arr. de Bergerac, ch.-l. de cant.). Cette 
date du 1"^ septembre, assignée à la bataille livrée en ce lieu, concorde avec 
celle des registres de Périgueux, dont il a été parlé plus haut. [Bulletin poly- 
muthique du Muséum d'instruction publique de Bordeaux, t. X, 1812, pp. 159- 
160.) Les quatre personnages signalés par la Petite chronique comme ayant été 
faits prisonniers sont : Thomas Felton, sénéchal anglais de Guyenne; Galhard 
de Durfort, sire de Duras ; Guillaume-Arramon de Madaillan, sire de Rausan ; 



73 

Raymond de Montaut, seigneur de Mucidan. Ces deux derniers violèrent en réa- 
lité leur serment. Le récit de Cuvelier présente sur ce point une certaine con- 
fusion. (Chronique de Du Guesclin, éd. Charrière, pp. 315-317, et var., p. 315, 
n. 3.) 

98. La Petite chronique est la seule source qui mentionne cette date de la 
prise de Bergerac par Louis, duc d'Anjou, et Du Guesclin. Les registres de Péri- 
gueux signalent le commencement du siège, le 22 août {Bulletin poli/ mat hique, 
1. c), mais non sa levée. Sainte-Foy-la-Grande et Castillon-sur-Dordogne furent 
enlevées peu après, mais non le même jour. Cazas semble cette année être 
demeuré aux Anglais. Cf. par. 61. 

99. Voir ci-dessus, par. 11. 

100. Richard II, que le chroniqueur appelle « lo rey Richart Guascon » (cf. 
par. 94), fut déposé le 30 septembre 1399 et mourut le 14 février 1400. (Cf. par. 70.) 
Isabelle de Valois, sa veuve, revint ensuite en France à la cour de son père 
Charles VI. 

101. Les lettres de rémission de Charles VI, reconnaissant à Archambaud de 
Grailly la possession du comté de Poix, sont datées du 10 mars 1401 (Flourac, 
Jean I", comte de Foix. Paris, Picard, 1884, in-S" de vii-314 pp., pièce just. VI). 

102. La porte de Guîtres, une des portes de Libourne, ainsi nommée à cause 
du voisinage de la célèbre abbaye bénédictine de ce nom. (Guinodie, Ilist. de 
Libourne, 1. I, p. 50.) 

103. « Jehan de Vidau », maire de Libourne, de 1401 à 1403. (Guinodie, Hisi. 
de Libourne, liste des maires, t. II, p. 257.) 

104. Les trêves conclues par Pentremise de Jean de Gand, duc de Lancastre, 
en 1.389, et renouvelées depuis à divers intervalles entre la France et l'Angle- 
terre. 

105. Il ne s'agit évidemment ici que d'une fondation particulière à Bordeaux. 
Cf. par. 89 et ss. 

106. Ces détails se réfèrent à la campagne du connétable (Charles I" sire 
d'Albret) et du comte de Clermont (Jean plus tard Jean I" duc de Bourbon) 
en Limousin et en Guyenne (1404-1405). Juvénal des Ursins (dans Godefroy, 
Historiens de Charles VI, ad ann. 1404), et le Religieux de Saint-Denis (1. XXV, 
ch. XVII, éd. Bellaguet, t. III, pp. 202-6), disent que le premier prit treize 
places et le second trente-quatre : « les unes prit par force, les autres par 
accord » (Juvénal des Ursins, 1. c.) ; mais l'un et l'autre n'en citent qu'une : 
Courbefy. Le récit de Monstrelet sur ces événements est très confus (1. I, 
ch. XX, éd. Douët d'Arcq, t. I, pp. 93-5). 

107. Courbefy, sur un des hauts afiluenis de l'Isle, près de Chàlus (Haute- 
Vienne, arr. de Saint- Yrieix, cant. de Chàlus, comm. de Saint-Nicolas). Juvé- 
nal des Ursins et le Religieux de Saint-Denis {II. ce.) donnent de nombreux 
détails sur ce fait de guerre. 

108. L'identification de ce lieu présente quelques difficultés. Il ne peut être 
question de Béziers, quoique plus haut (par. 46) la forme analogue « Beses » 
s'applique à cette ville. Bessé, dans la région montagneuse entre la Dordogne 
et le Lot, près de la route de Sarlat à Villeneuve-sur-Lot (Dordogne, arr. de 
Sarlat, cant. de Villefranche-de-Belvès), semble situé trop au sud. 

109. Saint-Jean-dc-CoUe , dans la haute vallée du cours d'eau de ce nom, 
affluent de la Dronne (Dordogne, arr. de Nontron, cant. de Thiviers). 



74 

110. La Force, sur la rive droite de la Dordogne, un peu au-dessous de Ber- 
gerac (Dordogne, arr. de Bergerac, ch.-l. de cant.). 

111. Madurant, lieu fort situé un peu au-dessous de La Force (Dordogne, arr. 
de Bergerac, cant. de La Force, comm. de Saint-Pierre-d'Eyraud). 

112. Mortagne-sur-Mer, sur la rive droite de la Gironde (Charente-Inférieure, 
arr, de Saintes, cant. de Cozes), d'où une compagnie de routiers anglais dévas- 
tait toute la région. (Cf. Juvénal des Ursins, dans Godefroy, Historiens de 
Charles VI, ad ann. 1405, et le Religieux de Saint-Denis, 1. XXV, ch. xviii, éd. 
Bellaguet, t. III, pp. 274-8.) 

113. Pons III, vicomte de Castillon (Castillon-sur-Gironde, à mi-chemin de 
Pauillac à la pointe de Grave (Gironde, cant. de Lesparre, comm. de Saint- 
Christoly). 

114. Chalais, à mi-chemin d'Angoulême à Libourne, est plutôt en Périgord 
qu'en Saintonge (Charente, arr. de Barbezieux, ch.-l. de cant.). La Petite chro- 
nique mentionne seule cet événement. Cf. par. 32. 

115. Peyroat de Puchs, plus tard capitaine de Bourg pendant le siège qu'y 
tint le duc d'Orléans (Archives municipales de Bordeaux, Registres de la Jurade 
à la date du 9 octobre 1406). 

116. Jean, comte de Clermont, duc de Bourbon en 1410 sous le nom de 
Jean I^'. 

117. Le siège de Lourdes fut commencé tout au plus dans les premiers mois 
de 1406 et ne se termina qu'en novembre 1407 (Flourac, Jean I", comte de 
Foix, p. 38, n. 1). Le comte de Clermont ne semble pas y avoir jamais pris part. 

118. Monsaguel, entre le Dropt et la Dordogne (Dordogne, arr. de Bergerac, 
cant. d'Issigeac). 

119. Badefols, sur la rive droite de la Dordogne, au-dessous du confluent de 
la Vézère (Dordogne, arr. de Bergerac, cant. de Cadouin). 

120. Bernard VII, comte d'Armagnac, connétable de France en 1415. Ces 
détails, ainsi que ceux du paragraphe précédent, sont intéressants à noter. Juvé- 
nal des Ursins [Historiens de Charles VI, ad ann. 1405) dit seulement que le comte 
d'Armagnac prit soixante places en Guyenne et bloqua un instant Bordeaux. 
Monstrelet a confondu ces événements avec ceux de 1404 (1. I, ch. xx, éd. 
Douët d'Arcq, t. I, pp. 93-5). 

121. Langon, sur la rive gauche de la Garonne, au-dessous de La Réole 
(Gironde, arr. de Bazas, ch.-l. de cant.). Un curieux document, extrait des 
archives municipales de Saint-Macaire, et publié par M. Vérac dans les Archives 
historiques du département de la Gironde (t. X, pp. 71-73), fait allusion à cet 
événement. C'est un procès-verbal de la déclaration par laquelle Guiraud de 
Bergunhan, chevalier, capitaine du lieu pour le comte d'Armagnac, refuse de 
prêter serment au roi de France (11 janvier 1407) : « que lo comte d'Armanhac 
ave gasanhet et conquistet lodeit loc de Lengon, en nome deudeit nostre senhor 
lo Rey. » 

122. Port-Sainte-Marie, sur la rive droite de la Garonne, en amont du con- 
fluent du Lot (Lot-et-Garonne, arr. d'Agen, ch.-l. de cant.). 

123. Aiguillon, sur la rive gauche du Lot, à peu de distance de son embou- 
chure (Lot-et-Garonne, arr. d'Agen, cant. de Port-Sainte-Marie). 

124. Caumont, sur la rive gauche de la Garonne, entre Tonneins et Mar- 
mande (Lot-et-Garonne, arr. de Marmande, cant. du Mas-d'Agenais). 



75 

125. Bourg, sur la rive droite de la Dordogne, un peu au-dessous du Bec- 
d'Ambez (Gironde, arr. de Biaye, ch.-i. de cant.)- Une relation contemporaine 
de ces événements, écrite sur les feuillets d'un terrier du xy" siècle, provenant 
d'un fonds d'archives de l'ordre de Rhodes, a été publiée par MM. Gras et 
Jules Delpit sous le titre : « Chronique ou Journal du siège de Blaye et de 
Bourg. » [Arch. hist. du dép. de la Gironde, t. TII, pp. 179-81.) Il est étrange 
que la Petite chronique de Guyenne ne contienne aucun détail sur le siège de 
Blaye qui venait de précéder celui de Bourg. 

126. Louis, duc d'Orléans, frère de Charles VI. 

127. Jean de Montagu, vidame de Laon, grand maître de France, décapité le 
17 octobre 1409. Bien qu'il ne soit désigné ici que par le nom de sa charge, et 
qu'il disputât alors celte fonction au duc de Bavière, frère de la reine, il ne 
peut exister de doute sur son identité. (Cf. Monstrelet, 1. I, ch. xxvni, éd. Douët 
d'Arcq, t. I, p. 133.) 

128. Archambaud de Grailly, comte de Foix depuis 1398. 

129. Bernard VII, comte d'Armagnac. 

130. Charles I", sire d'Albret, alors connétable de France. 

131. Regnault IV, sire de Pons. (Voir Massiou, Histoire delà Saintonge et de 
l'Aunis, Saintes, 1846, 4 vol. in-8% t. III, p. 518.) 

132. Jean de Harpedanne, seigneur de Belleville, vicomte d'Auuay, sénéchal 
de Saintonges. 11 vivait encore en 1430. (Voir son testament, daté du 22 juin, 
dans Massiou, Histoire de la Saintonge et de l'Aunis, t. III, p. 2G8.) 

133. Dans la liste contemporaine des seigneurs de France présents au siège 
de Bourg ne figure pas Archambaud de Grailly, comte de Foix, ici mentionné 
{Arch. mim. de Bordeaux, reg. de la Jurade, 12 février 1407). 

134. Ce chift're correspond assez bien à celui de six mille hommes d'armes 
donné par les chroniqueurs. (Voir Flourac, Jean P'', comte de Foix, p. 35.) 

135. La Petite chronique de Guyenne est la seule qui donne aussi exactement 
les dates extrêmes de cette opération. Le Religieux de Saint-Denis fixe l'ouver- 
ture du siège au 31 octobre 1406 : « ... a vigilia omnium sanctorum... » (1. XXVII, 
ch. XV, éd. Bellaguet, t. III, p. 450j. La Chronique ou Journal du siège de 
Blaye et de Bourg en place la levée au 14 janvier 1407 : « ... entro que à divenres 
après sent Ylari... » [Arch. hist. du dép. de la Gironde, t. III, p. 180.) La 
fête de saint Hilaire, évêque de Poitiers, est portée au 13 janvier dans les 
Acta Sanctorum. 

136. Bernard de Lesparre, seigneur de la Barde, sénéchal anglais d'Agenais 
(Rymer, 23 avril 1401), chargé de la défense de Blaye lors de l'approche du duc 
d'Orléans. {Arch. mnn. de Bordeaux, registre de la Jurade, 10 août 1406.) 

137. Ce combat naval, selon le Religieux de Saint-Denis {l. c), fut livré le 
23 décembre, et, selon la Chronique ou Journal {l. c), à la hauteur de Saint- 
Julien de Médoc (en amont de Pauillac). La Petite chronique, comme on voit, 
ajoute au récit quelques détails. 

138. Henri V, roi d'Angleterre depuis 1413, fils de Henri IV. 

139. Henri IV, roi d'Angleterre, fils de Jean de Gand, duc de Lancastre. 

140. Thomas, duc de Clarence, fils de Henri IV, tué à la bataille de Baugé 
en 1421. 

141. John, dit de Beaufort, comte de Dorset, fils de Jean de Gand, duc de 
Lancastre. 



76 

142. La Petite chronique confond ici, comme il est facile de voir, les deux 
descentes de Henri V en Normandie, celle de 1415, marquée par le siège et la 
prise de Harfleur (22 septembre) et celle de 1417, signalée par la conquête de 
Caen (4 septembre) et de toute la Normandie. 

143. Cet événement ne peut se rapporter qu'à l'année 1412. C'est en effet à 
cette époque que Walsingham place l'expédition du duc d'York, du duc de 
Clarence et du comte de Dorset, en Guyenne, après leur infructueuse attente 
en Normandie, où ils avaient débarqué à la suite du traité secret conclu avec 
le parti d'Armagnac : « recesserunt duces nostri in Aquitanniam, illic hyema- 
turi... » {Historia anglicana, éd. Riley, t. II, pp. 288-9, dans la collection des 
Chronicles and Memorials of great Britain and Ireland during the middle 
âges, 1863-4.) Capgrave s'est contenté de reproduire ce passage (Liber de Illus- 
tribus Henricis, éd. Hingeston, p. 302, dans la même collection, 1858). Le cha- 
pelain de Henri V, Jean de Bardin, ne mentionne que les ducs d'York et de 
Clarence [Henrici Quinti Anglise régis gesta auctore capellano in exercitu 
regio, éd. Benj. Williams, p. 281, dans les publications de V English historical 
Society, 1859). L'auteur anonyme d'une chronique anglaise de 1377 à 1461 
nomme le duc de Clarence et le comte de Dorset {English chronicle of the 
reigvs of Richard II, Henry IV, Henry V, Henry VI, éd. Davies, p. 37, dans les 
publications de la Catnden Society, 1856). L'inexactitude de la date assignée à 
ce fait historique par la Petite chronique de Guyenne (1415 au lieu de 1412) 
n'empêche pas de croire à la vérité des détails qu'elle fournit sur cette cam- 
pagne et qui paraissent inédits. Une enquête sur les dommages causés par 
cette expédition est contenue dans les Registres de la Jurade : « ...per los hostz 
deus senhors qui bengulz eran d'Anglatera, so es assaver mossenhor de Clarensa 
et mossenhor de Dorcet. » [Arch. mun. de Bordeaux, reg. de la Jurade, 15 mai 
1414.) 

144. Edouard, duc d'York, fils d'Edmond, dit de Langley, duc d'York et 
fils d'Edouard III. 

145. Barbezieux était ville française en octobre 1406 (Champollion, Lettres 
de rois, de reines, t. Il, pp. 320-4 : c'est 1406, et non 1407, qu'il faut lire à la 
date de la pièce). 

146. Soubise, à l'embouchure et sur la rive gauche de la Charente (Charente- 
Inférieure, arr. de Marennes, cant. de Saint-Agnant). Cette place avait été enle- 
vée en 1371 aux Anglais. (Voir le récit de Froissart, ad ann. 1371, éd. Kervyn de 
Lettenhove, t. VIII, p. 148.) En 1413, elle est encore reprise sur eux par Jean, 
duc de Bourbon (Juvénal des Ursins, dans Godefroy, Historiens de Charles VI, 
ad ann. 1413). Ces faits s'accordent donc bien avec l'hypothèse, de la prise de 

~ — la ville par le duc de Clarence, en 1412, relatée ici par la Petite chronique. 

147. Faut-il identifier celte localité avec Biron, entre la Charente et la Seudre? 
(Charente-Inférieure, arr. de Saintes, cant. de Pons.) 

148. Il ne peut s'agir ici, dans ce paragraphe et les deux suivants (cf. par. 78), 
que de fondations particulières à Bordeaux. 

149. On sait que l'institution des Dominicains remonte à 1216, et celle des 
Franciscains à 1208. Il est curieux de remarquer que la Chronique romane du 
Petit Thalamus place la fondation de ces deux ordres, de même que la Petite 
chronique, sous la rubrique d'une même année, fautive d'ailleurs comme exac- 
titude (1206). Cette même nature d'erreur est à noter et à joindre à ce qui a 



77 

été dit plus haut sur la similitude des deux ouvrages. (Voir ci-dessus p. 55, n. 3.) 

150. Bertrand de Got, archevé(iue de Bordeaux (1300), pape sous le nom de 
Clément V (5 juin 1305), mort le 20 avril 1314. 

151. Uzeste, sur le Ciron (Gironde, arr. de Bazas, cant. de Villandraut). Le 
tombeau de Clément V s'y voit encore. 

152. Cette expression, qui indique nettement la nationalité du chroniqueur, 
est à rapprocher de celle par laquelle il désigne Richard II : « lo rey Richart 
Guascon » (par. 75). 

153. Arnaud III de Canteloiip, remplacé dans le cours de la môme année 1305 
par Arnaud IV, de la même maison. 

154. Cette mention de la PelUe chronique, relative à la descente des routiers 
en Guyenne en 1435, explique leur apparition en Limousin dans le cours de cette 
môme année. L'historien de cette province, le P. de Saint-Amable, avait affirmé 
leur venue devant Bordeaux, probablement d'après les registres perdus de l'hôtel 
de ville de Limoges, mais avec un anachronisme, en plaçant ce fait en 143G (Hist. 
de saint Martial, apôtre des Gaules, et notamment de l'Aquitaine et du Limou- 
sin, citée par Quicherat, Rodrigue de Villandrando, p. UG, n. 1). M. Quiche- 
rat (pp. 113-7) fait rester Rodrigue dans le Limousin et signale sa présence à 
Meymac, Ussel, Saint-Exupéry, sur le plateau situé entre la Corrèze et la Dor- 
dogne (Corrèze, arr. d'Ussel) ; mais il reconnaît que le projet de porter la guerre 
en Guyenne « cadrerait très bien avec la situation de l'i35 » (p. 117). Le pas- 
sage de la Petite chronique permet désormais de combler cette lacune et d'af- 
firmer que le plan fut exécuté. Quant à la date de la descente des routiers en 
Guyenne, elle doit se placer entre les mois de juin, où Rodrigue était déjà en 
Limousin (p. 114), et le milieu de septembre, où il campait devant Tours (p. M9, 
et pièce just. XXXIX). 

155. Cette réflexion d'un contemporain, ainsi que les bruits populaires relatés 
par lui, sont intéressants à noter. 

156. M. Quicherat a placé au commeaceraent de 1438, après le séjour de 
Rodrigue en Bourgogne (pp. 147-150), la prise de Fumel, d'Eymet, d'Issigeac et 
de Tonneins, c'est-à-dire l'occupation du pays entre le Dropt, la Garonne et le 
Lot (pp. 150-1). Il ne mentionne nulle part La Sauvetat. D'après la Petite 
chronique, il faudrait plutôt faire remonter ces faits au commencement de 
1437, à la fin de l'expédition conduite par Rodrigue devant Albi en 1436, pour 
ramener l'archevêque Robert Dauphin dépossédé de son siège. Les routiers 
étaient encore en Albigeois en déc. 1436 (Quicherat, p. 131, n. 3), devant Béziers à 
Noël (Registres de la maison consulaire de Béziers, publiés dans le Bulletin delà 
Société archéologique de Béziers, t. P", 1836, pp. 317-21), et devant Cordes, au 
milieu du Rouergue (Tarn, arr. de Gaillac, ch.-l. de cant.), en janvier 1437 
(Quicherat, pp. 133-5 et pièce just. XL VII). 

157. Fumel, sur le Lot (Lot-et-Garonne, arr. de Villeneuve-sur-Lot, ch.-l. de 
cant.). 

158. Dans la région alors occupée par les bandes de Rodrigue, entre le Dropt, 
la Garonne et le Lot, se trouvent deux localités de ce nom. La Sauvetat-sur- 
Lède (Lot-et-Garonne, arr. de Villeneuve- sur-Lot, cant. de Monflanquin) est 
plus rapprochée de Fumel. La Sauvetat-du-Dropt (Lot-et-Garonne, arr. de 
Marmande, cant. de Duras), est située immédiatement au-dessous d'Eymet. 

159. Liards. 



78 

160. Clairac, sur le Lot, à peu de distance de son confluent (Lot-et-Garonne, 
arr. de Marmande, ch.-l. de cant.). 

161. Charles II, sire d'Albret. 

162. L'abbaye dont il s'agit est celle de Saint-Pierre de Clairac. Les auteurs 
de la Gallia christiana ne citent malheureusement aucun nom d'abbé entre 
Jean II, mentionné en 1373, et Pons de Salignac, signalé en 1462 {Gall. christ., 
t. II, col. 943). 

163. Ce passage doit être évidemment entendu en ce sens que le sire d'Al- 
bret et Rodrigue avaient mis le siège devant la place, qui leur fut livrée par 
l'abbé. Ce fait de la vie du célèbre routier ne paraît mentionné par aucune 
autre chronique. 

164. Jean, seigneur de Saintrailles, le célèbre Poton de Saintrailles. 

165. Gilles, bâtard d'Albret, fils naturel de Charles II, sire d'Albret. 

166. Soulac, à l'extrémité de la presqu'île de Médoc (Gironde, arr. de Les- 
parre, cant. de Saint- Vivien). 

167. Celte grande opération militaire était combinée depuis longtemps entre 
la Castille, Saintrailles et Rodrigue. Ces deux capitaines devaient se joindre 
sous les murs de Bordeaux (voir Quicherat. Rodrigue de Villandrando, pp. 147, 
151-60). La Petile chronique n'ajoute, comme détails, que la présence du bâtard 
d'Albret et le pillage de Soulac. 

168. John HoUand, comte de Huntingdon, plus tard duc d'Exeter. 

169. La précision de la date assignée à ce débarquement est à noter. D. Vais- 
sete (1. XXXIII, ad ann. 1439) dit que le dauphin, parti de Toulouse, apprit à 
Lavaur, le 29 juillet, la descente du comte de Huntingdon à Bordeaux. 

170. Cf. par. 61 et 73. 

171. Cette expédition est connue de tous les historiens de l'époque sous le 
nom de journée de Tartas. (Voir Vallet de Viriville, Histoire de Charles VII, 
t. II, pp. 438-40.) 

172. Le dauphin Louis, Louis XI. 

173. Jean II, comte de Foix. 

174. Bernard, comte de Pardiac, second fils de Bernard VII, comte d'Arma- 
gnac. 

175. Charles II, sire d'Albret. 

176. Jean, comte de Lomagne, plus tard Jean V, comte d'Armagnac, fils de 
Jean IV. Sa présence à cette chevauchée est à signaler. 

177. Etienne de Vignolles, le célèbre La Hire. 

178. Après la journée tenue sous les murs de Tartas, le 24 juin, Saint-Sever 
lut pris le 29 (D. Vaissete, 1. XXIII, ad ann. 1442). 

179. Thomas Rampston, sénéchal anglais de Bordeaux. 

180. La ville de Dax fut prise le 3 août. Voir sur cette date, qui tranche la 
discussion soulevée par D. Vaissete (/. c), le journal de Thomas Bekjnton 
[Officiai correspondeiice of Thomas Bekynton, secretary to king Henry VI 
and bishop of Bath and Wells, éd. George Williams, t. II, p. 196 et 236-7, 
dans la collection des Chronicles and Memorials.... 1872). 

181. Thomas Bekynton (/. c.) cite parmi les défenseurs de Dax Augerot de Saint- 
Pierre et le seigneur d'Uza, dont il est difficile de déterminer l'identité. (Uza, 
Landes, arr. de Dax, cant. de Castels, comm. de Lévignac.) 

182. La ville de la Réole était prise avant le 6 août 1442, ainsi qu'il résulte 



79 

d'une lettre de Jean, comte de Lomagne, datée de ce jour, et demandant des 
secours contre un retour ollensif des Anglais. (Publiée par M. Tamizey de Lar- 
roque dans les Archives historiques du département de la Gironde, t. VII, 
pp. 347-8.) Le château de la Réole ne tomba au pouvoir des Français que le 
8 décembre. (Vallet de Viriville, Histoire de Charles VII, t. II, p. 440.) 

183. Le personnage que la Petite chronique cite sous ce nom était un routier 
anglais célèbre. C'était lui qui occupait Fumel, avec la connivence de Jean IV, 
comte d'Armagnac, quand cette place fut enlevée par Rodrigue de Villaiidrando, 
à la fin de 1437 ou en 1438. (Quicheral, Rodrigue de ViUandrando, p. 150. Voir 
la discussion ci-dessus.) 

184. Jean, seigneur d'Anglade. (Cf. Arch. hist. du de'p. de la Gironde, t. VII, 
p. 349.) 

185. Ce personnage n'a pu être identifié. 

186. Ces détails sur la prise du château de la Réole semblent particuliers à 
la Petite chronique. 

187. Ces détails climatériques ne figurent pas dans la Chronique bordelaise 
de G. de Lurbe. 

188. Il est curieux d'ajouter au texte de la Petite chronique la note sur la 
population de l'Angleterre, dont il a été parlé plus haut. En voici le texte : 

So es assaber que en Anglatera son e y a per conte gleisas paropyanaus .xlv. 
milia e .xi. 

Item y a per conte bilatges de caminas .ui. milia e .imxx. 

Item y a de contatz .xxxvi. e med contât. 

Item y a maysons de cabaleys e de barons fasens au rey omenatge que monta 
• Lx'a. m''*. 

Item y a mayssons de relegios coma de caparans, de monges, de calonges 
blanx, de frayres, de tota autra condision de gent de gleysa y a de que monta 
.xxxviii. milia e .xv. 

Germain Lefèvre-Pontalis. 



LA SÉRIE 



DES 



REGISTRES PONTIFICAUX 

DU XIIF SIÈCLE 



Le caractère original et officiel des registres pontificaux du 
xiif siècle conservés aux archives du Vatican n'avait fait 
jusqu'ici l'objet d'aucun doute. M. Kaltenbrunner vient de contre- 
dire, timidement il est vrai, l'opinion commune, et a soulevé 
ainsi un problème intéressant, non seulement pour la critique, 
mais aussi pour l'histoire de ces importants manuscrits. 

Dans l'étude qu'il leur a consacrées il a relevé un certain 
nombre d'annotations curieuses qu'il y a rencontrées 2. Ici 
ce sont des noms de scribes; ailleurs, la mention de la tâche 
qui leur était assignée ; parfois m^ême, le calcul du salaire qui 
leur était dû. Rapprochant ces indications de la belle exécution 
et du luxe de ces volumes, il a été amené à soutenir que les 
exemplaires possédés aujourd'hui par les archives du Vatican 
n'étaient pas^ les registres officiels où la chancellerie pontificale 
transcrivait les documents au fur et à mesure de leur expédition. 
Selon lui, ce sont des manuscrits, exécutés d'après ces registres 
officiels, aujourd'hui disparus, par les scribes dont il a relevé les 
noms et dont on pouvait mesurer la tâche à l'avance. Nous ne 

1. Rœmische Studien. I. Die pxpsUichen Register des XIII Jahrhunderts, 
dans les Mittheilungen des Instituts fur œsterreichische Geschichisforschung. 
V. Band, 2 Heft. 

2. Certaines d'entre elles avaient déjà été signalées par Pertz. Arch. V. 

3. Il fait toutefois exception pour certains registres de la Chambre Aposto- 
lique confondus dans la série générale et qu'il en distingue avec raison. 



8^ 

pourrions donc tirer des registres actuels aucun renseignement 
sur l'enregistrement des bulles pontificales, et, ce qui serait plus 
grave, nous ne devrions pas leur attacher la valeur d'un original ; 
au lieu d'être l'œuvre de fonctionnaires de la chancellerie ponti- 
ficale, la série actuelle serait le travail de scribes à gages. 

La gravité de ces conclusions nous engage à suivre l'invitation 
que M. Kaltenbrunner adresse à tous ceux qui s'occupent des 
registres pontificaux. Nous résumerons les observations que nous 
avons pu faire sur les manuscrits des archives du Vatican, et, 
ainsi que M. Delisle a bien voulu l'annoncerS après avoir essayé de 
vérifier la théorie nouvelle à propos des registres de Boniface VIII, 
nous verrons si, pour la série tout entière, elle ne devrait pas 
être remplacée par l'hypothèse inverse : celle de l'existence de 
doubles aujourd'hui disparus. 

I. 

A ne considérer que les caractères généraux des registres de 
Boniface VIII, on ne peut avoir aucun doute sur leur originalité. 

Les additions et les corrections qu'on y rencontre portent 
le plus souvent sur le fond même des documents. Par exemple, 
dans le registre de la première année, au n° 418, l'écrivain a effacé 
plus des deux tiers de la pièce primitive, et il a ajouté en surcharge 
une rédaction nouvelle plus longue, en serrant le texte, de sorte 
que le total des lignes du folio dépasse le nombre des réglures. 
Dans le registre de la deuxième année, toute une partie du n° 301 
a été annulée par le mot vacat coupé en deux, mis au commen- 
cement et à la fin de la phrase, et on lit, en marge et en regard, 
la forme définitive du document remanié. 

L'écriture n'est uniforme ni dans l'ensemble des registres du 
pontificat ni dans chacun d'eux en particulier 2. Les changements 
de main y sont assez fréquents et ne présentent aucune succession 
régulière. Nous en avons relevé au cours d'un même cahier, par- 
fois d'une même pièce comme au n° 47 des curiales de la troisième 

1. Bibliothèque de l'École des chartes, XLVI, p. 92. 

2. Le premier registre semble cependant avoir été écrit par une seule main. 
Nous étudierons, dans une introduction aux Registres de Boniface VIII que 
publie l'École française de Rome, toutes les questions relatives à l'exécution de 
ces manuscrits. 



année. Dans le registre de la cinquième année, les numéros 468, 
469, 470 et 474 sont d'une écriture différente de celle des numé- 
ros 471 à 473, et 475, 476. Des copistes travaillant sur un même 
manuscrit se seraient réparti plus logiquement la besogne. 

On note même entre les manuscrits des années successives 
certaines différences, d'ailleurs minimes, dans le système d'exé- 
cution. Le rédacteur du registre de la première année, conformé- 
ment à une habitude que nous avons pu constater dans le registre 
de Nicolas IV, a enregistré en marge des bulles de provisions 
épiscopales, tantôt les bulles de notification, tantôt les bulles de 
consécration. Ceux des années suivantes ont changé de système. 
Ils insèrent toujours les bulles de notification dans le corps du 
texte; ils ne transcrivent plus les bulles de consécration dans une 
forme abrégée, mais les insèrent sous un numéro distinct, parfois 
à quelque distance des bulles de provision. 

Un détail révèle aussi le caractère officiel de ces volumes. La 
reliure d'un cahier des lettres de la Imitième année a mieux res- 
pecté les marges que d'habitude, et nous avons pu relever en face 
d'un certain nombre de documents* des mentions de paiement 
de taxe, en tout semblables à celles qu'on trouve sous le pli des 
expéditions originales. Si soigneux qu'on le suppose, le copiste 
du registre original n'aurait pas pris la peine de reproduire ces 
chiffres qui n'avaient plus aucune utilité. On comprend au con- 
traire que le fonctionnaire chargé de l'enregistrement ait eu inté- 
rêt, soit pour sa comptabilité, soit pour toute autre cause, à tracer 
sur les marges, d'un trait léger, les chiffres qu'on peut y lire 
encore 2. 

D'ailleurs tout le monde sait que, par ordre de Clément V, 
un certain nombre de bulles de Boniface VIII ont été rayées 
des registres de la chancellerie pontificale. Or, ces ratures 
existent dans les exemplaires actuels, parmi les lettres curiales 
de la septième et de la neuvième année, et elles sont accompa- 
gnées des procès-verbaux authentiques constatant l'exécution de 
l'ordre de Clément V. Cette formalité n'aurait pas eu d'objet, si 

1. N"' 291, 292, 294, etc., 315, 318, 319, etc. 

2. Nous croyons, sans pouvoir l'affirmer, que ces chiffres ne se rapportent pas 
seulement aux taxes d'enregistrement, mais à la somme totale des droits acquit- 
lés pour chaque bulle. Si le chiffre relevé sur l'expédition originale d'une de 
ces bulles coïncidait avec le chiffre inscrit au registre, ce serait une preuve 
curieuse que l'enregistrement se faisait d'après les expéditions originales. 



83 



nos manuscrits n'avaient pas été les registres officiels de la chan- 
cellerie pontificale ^ Leur mutilation est une preuve de leur 
originalité. 



II. 



Il nous reste maintenant à étudier dans les registres de Boni- 
face VIII cette classe d'annotations qui a attiré spécialement 
l'attention de M. Kaltenbrunner dans la série des registres du 
xiif siècle, et qui l'a amené à proposer son hypothèse. 

Elles sont assez nombreuses dans les volumes qui nous 
occupent. 

Dans le premier registre, en haut du premier folio, « Tho- 
mas Porch. » 

Dans le deuxième, en haut du premier folio, « Guillelmus de 
Burgo;» au folio 100, à la marge inférieure, c'est-à-dire à la fin 
du dixième cahier : « Balduinus deEspen Leodieyisis diocesis 
scribit IX quatetmos sequentes ; » au folio 254 v", c'est-à-dire à 
la fin du vingt-cinquième cahier : « Hic dimisit dominus Joan- 
nes monachus de Morts. Dominus Joannes de Gedun scribit 
V quaternos sequentes. » 

Dans le troisième registre, sur le premier cahier de l'année V : 
« Frater Petrusde Urbe. » 

Dans le quatrième, en haut du premier folio, « Jo. Godini. » 

En laissant de côté les noms relevés sur le premier, le troi- 
sième et le quatrième registre, qui ne nous donnent pas d'indi- 
cations suffisamment précises, on serait porté à conclure, si on 
appliquait ces annotations au registre sur lequel on les trouve, 
que, dans le deuxième, l'écriture du folio 101 doit être difierente 
de celle du folio 100, et que cette nouvelle écriture doit se pro- 
longer identique pendant neuf cahiers, c'est-à-dire jusqu'au 
folio 190. De même on devrait trouver au folio 254 un change- 
ment de main nettement marqué. Il n'en est rien, et toutes ces 
indications sont formellement contredites par l'examen du registre. 
L'écriture du dixième cahier est absolument semblable à celle du 
onzième, et au cours des neuf cahiers que la note attribuerait au 

1. On pourrait émettre l'hypothèse que déjà sous Clément V les registres 
officiels avaient disparu et qu'on ne possédait plus que les exemplaires actuels ; 
ce que nous établissons plus loin ne permet pas de l'accepter. 



84 

même scribe, on distingue au folio 115 un changement de main évi- 
dent. Les renseignements fournis par ces annotations ne peuvent 
donc s'appliquer aux registres que conservent les archives du 
Vatican. 

La paléographie de ces notules est d'ailleurs évidemment pos- 
térieure à celle des registres sur lesquels on les rencontre ^ ; la 
forme des l, des /"et des s ne laisse aucun doute à cet égard. 

Gomment donc interpréter ces mentions ? 

Une note, qui semble écrite de la même main et que nous avons 
relevée dans le deuxième registre, nous aidera à le faire. La 
rubrique du n" 228 se lit : « Dilectis in Christo filiabus .-. 
abbatissis et conventibus sororum inclusarum ^nonasterio- 
rum, ordinis sancti Augustini, secundum instituta et sub 
cura fratrum ordinis Predicatorum viveyitium. » Devant 
le mot abbatissis, on remarque un renvoi, et on lit en marge 
la mention suivante : « Attende verbum : abbatissis, loco 
cujus secundum quod patet in rubrica in presenti mar- 
gina cum nigro sc^Hpta débet esse : priorissis, » et au- 
dessous une signature. Le modèle de la rubrique dans la marge 
supérieure porte bien en effet : « Dilectis in Christo fîliabus .. 
priorissis. » Cette note est caractéristique; elle ne peut s'expli- 
quer que comme une remarque faite pour guider des copistes 
chargés de la transcription minutieuse du registre que nous avons 
encore entre les mains. 

Nous croyons donc pouvoir affirmer que les noms relevés dans 
les registres de Boniface VIII ne sont pas ceux des scribes qui les 
ont exécutés : ce sont ceux des copistes qui ont été chargés d'en 
faire une transcription à une époque postérieure 2. 



1. M. Kaltenbrunner le remarque lui-même p. 217 et M. Léopold Delislc 
reconnaît les caractères du xiv" ou du xv*^ siècle aux notules semblables qu'il 
a relevées sur les registres d'Innocent III. Cf. les Registres d'Innocent III, p. 86. 

2. Il en est de même pour les noms qu'on trouve dans le registre de 
Benoît XI, qui nous fournit aussi une preuve péremptoire à l'appui de notre 
hypothèse. Au fol. 123, on y lit : « Quaternos précédentes qui sunt in numéro 
XIII scribit Rumundus Pinchenerii clericus domini Witalis magistri hospitii 
domini ihesaurarii. » Les treize cahiers dont il s'agit comprennent la table des 
lettres ordinaires et les douze premiers cahiers de ces lettres. Or, la table est 
évidemment d'une main ditférente, et en tout cas elle ne pouvait être établie 
avant l'achèvement complet du registre. Celte note ne se réfère donc pas à 
l'exécution du registre actuel, mais à celle du double qui en a été fait. 



85 

m. 

Cette interprétation, dont nous espérons avoir démontré l'exac- 
titude pour les annotations des registres de Boniface VIII , ne 
peut-elle pas s'appliquer à toutes les mentions semblables des 
autres registres? Et n'est-on pas amené à croire que les registres 
de la série du xiri« siècle sur lesquels on les rencontre ont tous 
été l'objet d'une transcription? 

Nous le pensons pour notre part, et M. Kaltenbrunner fournit 
dans son intéressant travail les meilleurs arguments à l'appui de 
cette hypothèse. Parmi les annotations qu'il a relevées, nous 
notons les suivantes : En tête de la première année d'Hono- 
rius III, « Floretius copiavit, » et sur le registre 111 de 
Jean XXII {Sécréta, années VII- VIII*) : « Florentins de 
Sahulo scrïbit primum et secundum lihrmn domini Honorii 
pape III et incipit scribere die XVIII Februarii. » — Dans 
le registre 32 (Clément IV), au folio 125 : « Frater Eichlus 
ononachus ord. Cisterciensis de Moris incepit scribere 
feria Illpost Pascham istum librum. x- — Dans le registre 46 
(Nicolas IV, années IV-V), au folio 100 : « Franciscus de 
Egra hahet très quaternos sequentes. » Fol. 130 : ^< Desimt 
très quaterni sequentes quos habet socius Wenceslai. » 
Fol. 157, commencement des curiales : « Istud totum scrip- 
tum est eœceptis rubricis et scripsit Theodoricus. » — 
Registre 4 (Innocent III, année II). Fol. 145 : « Jo. de Porta 
coplevit. » — Registre 5 (Innocent III) . Fol. 1 : « Maquardus 
scribit presentem librum. » — Registre 12 (d'Honorius III, 
années VII et VIII). Folio 1 : « Liber septimus Domini 
Honorii Tercii quem scripsit Dominus Radidphus Jaque- 
telli et débet poni cum libro VIII quem sc?'ibit Johannes 
Noleti Cathalaunensis diocesis. » — Registre 26 (Urbain IV, 
années I et II), en face du n° 120 : « Hic incipit Mascardus. » 

Ainsi, deux moines du même couvent travaillent aux registres 
de Clément IV et de Boniface VIII. « Thomas Porch » 
figure sur les volumes de Nicolas IV et de Boniface VIII. 
« Mascardus » est mentionné sur le manuscrit de la troisième 
année d'Innocent III et sur celui de la première année d'Ur- 
bain IV, c'est-à-dire sur des registres séparés de plus de 

1. D'après une noie que M. Granert a signalée à M. Kalfenbninner. 



86 

soixante ans. Quand on rompt l'unité d'un registre, on précise 
avec soin le lieu où l'on pourra en retrouver les différentes parties. 

Toutes ces notes éveillent l'idée d'un grand travail de trans- 
cription réparti entre plusieurs scribes, exécuté dans un temps 
assez court, et personne ne peut admettre que la série des 
registres conservés au Vatican en soit le résultat. Il suffît de 
comparer les registres d'Innocent III à ceux d'Urbain IV, 
ceux de Grégoire IX à ceux de Boniface VIII pour écarter 
immédiatement une pareille hypothèse. Comme le remarque fort 
bien M. Kaltenbrunner, ils sont semblables, ils ne sont pas uni- 
formes. Leur air de famille et leur correction s'expliquent par 
l'esprit de tradition et l'admirable organisation de la chancellerie 
pontificale ; mais ils ne peuvent faire oublier la différence de leur 
format, la transformation de leur paléographie, les changements 
de leur disposition et de leur ornementation. 

A côté de la série originale des registres du xuf siècle, il a 
donc dû exister une série parallèle de copies dont on peut, 
croyons-nous, trouver encore au moins un exemplaire parmi les 
volumes conservés aux archives du Vatican. 

Ainsi que l'a démontré M. Léopold Delisle^ les volumes qu'on y 
conserve des lettres d'Innocent III sont les registres originaux con- 
temporains du pape lui-même : un seul fait exception, celui qui 
contient les lettres des années XIII-XVI. Ce manuscrit, portant 
aujourd'hui le n" 8, n'est pas le registre original, c'est une copie 
exécutée au xiv* ou au commencement du xv" siècle, et il est 
prouvé qu'il en a existé un exemplaire différent de celui qui, 
aujourd'hui, figure dans la série du Vatican. Il ne paraît pas témé- 
raire de voir dans ce manuscrit une épave de la série de doubles^ 
dont l'exécution a laissé ses traces dans les annotations relevées 
plus haut^. 

Quand ce travail de transcription a-t-il été décidé ? A quelle 
occasion? Où a-t-il été exécuté? Que sont devenus tous ces 
doubles? Ne nous auraient-ils pas conservé, comme c'est le cas 

1. Lea Registres d'Innocent III, dans Bibliothèque de l'École des chartes, 
t. XL VI. 

2. Ce registre porte aussi un nom de scribe : « Sygerus Nolini scripsit hune 
librum; » mais le temps du verbe est ici significatif et sert d'appui à notre 
hypothèse. 

3. Bien que le recueil des bulles de Clément IV publié par Martène ne rentre 
pas dans la série officielle des registres, il serait curieux d'étudier au point de 
vue de la question qui nous occupe les cinq exemplaires qui en sont conservés 
aux archives du Vatican sous les n"' 30, 33, 34, 35 et 36. 



87 

pour ce registre d'Innocent III, des registres manquant à la col- 
lection du Vatican? N'y aurait-il aucun espoir d'en retrouver 
ailleurs d'autres volumes ? 

Nous signalons ces problèmes sans pouvoir les résoudre *; mais 
nous croyons utile d'appeler l'attention des érudits sur ce point 
intéressant de l'histoire des archives du saint-siège. 

Georges Digard. 

p. S. — Cet article était en épreuves quand nous avons reçu 
celui que le P. Denifle vient de publier, « Die pœpstlichen 
Registerhœnde des XIII Jahrhunderts, » dans le premier 
numéro de cette année du « Neues Archiv fuer Litteratur und 
Kirchengeschichte . » Les comptes d'Urbain V lui ont permis 
d'établir que la série parallèle de copies dont nous supposions 
l'existence avait, en effet, été exécutée à Avignon sur les ordres de 
ce pape, lors de son départ pour l'Italie. Quand il essaya de rame- 
ner le saint-siège à Rome, il voulut emporter une transcription 
de la série des registres pontificaux du xiif siècle, pour ne pas 
exposer les originaux aux hasards d'un nouveau transport. Les 
dépenses de ce grand travail, qui a demandé quatre-vingt-trois 
journées de copistes, ont été soldées, lorsqu'il n'était pas encore 
tout à fait achevé, le 22 septembre 1367. L'article du P. Denifle 
contient d'autres recherches fort intéressantes, il en sera bientôt 
rendu compte dans cette Revue. 

1. Pour notre part, nous pensons que celte transcription a été faite à Avi- 
gnon entre 1339 et 1369. M. Kaltenbrunner (p. 279) signale un inventaire 
des archives pontificales de 1369 et y note qu'à la suite de l'indication du 
nombre des registres d'Innocent III, d innocent IV et de Boniface VIII encore 
séparés par année, on lit : « Tam parvi, tammagni. » Comme il l'indique lui- 
même, si on réfère cette indication, non à l'épaisseur des registres, mais à leur 
format, il faut admettre pour ces registres une double série en grand et petit 
format. C'est là, croyons-nous, la véritable interprétation, et elle nous semble 
confirmée par la différence de format que relève M. Delisle (p. 92) entre les 
registres originaux et le registre n" 8, copie du registre des années XIII-XVI 
d'Innocent III. D'autre part, cette transcription, dans les conditions où elle 
semble avoir été exécutée, n'a pu être faite qu'après la réunion de tous les 
registres à Avignon. Or celle-ci n'a été complète qu'en 1339. (Cf. Ehrle. Sckatz, 
Bihliothek und Archiv der Pœpste im XIV Jahrhundert, dans VArchiv fuer 
Litteratur und Kirchengeschichte des Mittelalters, n" l et 2.) 



POESIES LATINES 

DU MS. ADD. A.44 DE LA BODLÉIENNE 



Dans notre précédent volume, p. 583-585, nous avons publié 
le catalogue des pièces contenues dans le ms. add. A 44 de la 
Bodléienne, catalogue que nous devions à l'obligeance de 
M. Madan, et nous avons indiqué quelles sont celles de ces pièces 
qui se trouvent encore à Florence, dans l'Antiphonaire de Pierre 
de Médicis décrit par M. Delisle à la suite de son Discours à 
rassemblée gén. de la Soc. de l'Hist. de France, 1855. Il 
nous a paru qu'il pouvait être utile d'ajouter quelque chose à ces 
indications. Des quatre-vingt-cinq pièces qui se lisent dans le ms. 
de la Bodléienne, cinquante-huit nous sont connues comme étant 
ailleurs, soit imprimées, soit manuscrites. Ce sontlàles explications 
que nous allons fournir. Il n'est pas besoin de dire que nous avons 
été beaucoup aidé dans notre travail par la table qu'a donnée 
M. Wattenbach dans le Zeitschrift der deutsches Aller thum, 
t. XV, p. 469, et par les notes qu'a jointes M. Delisle à sa des- 
cription de l'Antiphonaire. Ces notes, nous les reproduisons ici, 
pour qu'on n'ait pas à recourir d'un volume à un autre. 

A tauro torrida. Le premier vers est : 

A Tauro torrida lampade Cynthii, 

et le titre de cette pièce bien connue est Apocalypsis GoUx. Elle a été 
publiée par Wolf, Lection. memor., t. I, p. 430 5 par Malth. Flacius 

1. L'auteur des notes qu'on va lire n'a pas voulu se nommer: mais tous nos 
lecteurs y reconnaîtront aisément l'érudition bibliographique qu'ils ont remar- 
quée dans les Mélanges poétiques d' flildcberl de Lavardin (Paris, 1882, in-8°) 
et dans beaucoup de morceaux dont se sont enrichis les derniers volumes des 
Notices et extraits des manuscrits et du Journal des savants. 



Illyricus, Varia cloctor. poem.,p. -133 ; par Eccard, Corp. hist. mecl. 
œvi, t. Tl, p. 1851; par M. Wrighl, Poems attributed to Waller 
Mupes, p. i ; par M. Muldener, Die zehn Gedichte der Wulther von 
Lille, p. 19, et enfin par M. Hauréau, Notices et extr. des Mss., 
L XXTX, 2° partie, p. 278. Il y a des impressions partielles. Les 
manuscrits sont nombreux. M. Wright en indique quinze à Londres, 
à Oxford, à Cambridge. D'autres copies existent dans les n"' 3245 
(fol. 37) et 11864 (fol. 105) de la Bibliothèque nationale, 41 «> de 
Munich, 344 de la reine Christine, au Vatican, et 707 des Cod. Mis- 
cell. Laudiuni, à la Bodléienne. 

Ad cor tuum. Vers complet : 

Ad cor tuum revertere. 

Cette pièce a été deux fois imprimée : par Matthias Flacius, Var. 
doct. poemata, p. 77, et dans le recueil des Carmina burana, p. 6. 
Ms. de Florence, fol. 420. 

Aristippe quamvis. Vers complet : 

Aristippe quamvis sero; 

et la pièce a été publiée par Matthias Flacius, Varia doct. poern., 
p. 39, ainsi que parmi les Carmina burana, p. ()5. Ms. de Florence, 
fol. 406. 

Bonum est confîdere. C'est-à-dire : 
Bonum est confidere 
In dominorum Domino. 

Imprimé dans les Carmina burana., p. 6. Ms. de Florence, 
fol. 430. 

Gum tenerent. Vers complet : 

Gum tenerent omnia médium tumultum. 

OU, dans quelques manuscrits, Dum tenerent. C'est la Dispute de l'eau 
et du vin, attribuée à Primat. Elle a été souvent imprimée : par 
M. Wright, Poems attrib. to W aller Mapes, p. 87; par M. J. Grimm, 
Kleinere Schriften, t. III, p. 78; par M. Husemann, Anzeiger fiir 
kunde der teutscli. Vorzeit, t. XV, p. 285-, par M. Novati, Carm. 
med. œri, p. 58. Outre les manuscrits d'après lesquels ont été faites 
ces éditions, il y a lieu de citer le n" 766 de Tours. 

Deterrae gremio. Publié par M. Ed. \)uMér'û, Poésies popul. 



90 

du moyen âge, p. 232, d'après le n" 37-19 de la Bibliothèque natio- 
nale, fol. 36. 

Dum médium silentium. Publié par Matthias Flacius, Varia 
doct.poem., p. 78. Ms. de Florence, fol. 422. 

Ecce sonat in aperto. Publié dans les Carmina burana^ 
p. 43, et par M. Ed. Du Méril : Poésies pojml. du moyen âge, p. 177, 
d'après le n° 4880 de la Bibliothèque nationale. Il en existe un autre 
texte à la même bibliothèque, dans le no \ 544 des manuscrits latins 
nouvellement acquis, fol. 87. 

Ecce torpet probitas. Publié dans les Carmina burana, 
p. 37, et par M. Mone dans V Anzeiger fUr kunde der teutsch. Vor- 
zeit^ prem. série, t. VII, p. 294. 

Exceptivam actionem. Cette pièce, publiée par Buzelin sous 
le nom d'Alain de Lille, Gallo-Flandr., t. I, ch. vir, se lit, sous le 
même nom, dans le t. GGX de la Patrologie, col. 379. Elle est ano- 
nyme à la Bibliothèque nationale, n° -f 544 des manuscrits latins nou- 
vellement acquis, fol. 74, et à Berne, n° H6. Ms. de Florence, fol. 444. 

Excuset qu9e vim. Publié par Matthias Flacius, Varia doct. 
poem., p. 76. Ms. de Florence, fol. 419. 

Fontis in rivulum. Vers complet : 

Fontis in rivulum saper ut defluit. 

PubUé par Matthias Flacius : Varia doct. poem., p. 38. Ms. de 
Florence, fol. 4-18. 

Frigescente caritatis. M. Mone a publié quatre strophes de 
cette pièce dans la première série de VAn:;eiger fiir kunde der teutsch. 
Vorzeit, t. VII, col. i i 0. Mais elle en a treize, à la Bibliothèque natio- 
nale, dans le n" -1544 (fol. 86) des manuscrits latins nouvellement 
acquis. Un autre exemplaire est signalé par Bandini à la bibliothèque 
Laurentienne, CataL, t. IV, col. 20-1. 

Graecorum studia. Vers complet : 

Graecorum studia nimiumque diuque secutiis. 

C'est le Gefa de Vital de Blois, souvent publié. Sur les nombreuses 
éditions de cette comédie voir la notice de VHist. littér. de la Fr.., 
i. XXII, p. 4-1 et suiv. Aux divers manuscrits que mentionne, en 



94 

outre, cette notice, il y a lieu d'ajouter ceux-ci : Riblioth. nationale, 
lat. nouv. acquis., n" ^53; Munich, 14809; Bruges, 547; Copen- 
hague [Die Reste cler Bordesholmer Bibliothek, p. 476 du catal. de 
M. Wetzel) et Florence (t. II, col. 127 du catal. de Bandini). 

Heu! quo progreditur. Ms. de Florence, fol. 330, Publié, 
d'après ce manuscrit, par M. L. Delisle; Discours, p. 39. 

Homo natus ad. Vers complet : 

Ilomo natus ad laborem. 

Publié par Matth. Flacius, Var. dod. poem., p. 75. Indiqué par 
M. Meyer dans un ms. Egerton : Arch. des înissions, -JS6G, p. 287. 
Ms. de Florence, fol. \\V>. 

Imperialis apex. Vers complet : 

Imperialis apex, oui servit poplitc ilexo. 

C'est l'épilogue de la Poetria de Geoffroy de Vinsauf -, p. 95 de 
l'édition de Leyser. 

In Gedeonis area. Publié dans Carm. Burana, p. -13. Ms. 
de Florence, fol. 239. 

In nova fert animus. C'est le début des Métamorphoses 
d'Ovide. La mention trop succincte ne permet pas de savoir si nous 
avons ici quelques vers d'Ovide ou autre chose. 

In rosa vernat. Vers complet : 

In rosa vernat lilium. 
Ms. de Florence, fol. 271 . 

Jérusalem, Jérusalem. Publié par M. Dclisle d'après le 
ms. de Florence; Discours, p. 54. 

Juxta threnos. Vers complet : 

Juxta threnos Jeremise. 

Publié par M. Ed. Du Méril, Poésies popul. antér. au XII^ siècle^ 
p. 408. 

Licet aeger. Vers complet : 

Licet a3gor cum a^grotis. 
Publié par M. Wright, Polit. Songs, p. 44, par M. Mone, t. VII 



92 

de VAnzeiger fur kunde der teutsch. Vorzeit, prem. série, p. 293, et 
p. 44 des Carmina Burana. 

Neustria sub clypeo. Vers entier : 

Neustria sub clypeo régis defensa Ricardi. 

Ce vers et ceux qui suivent sont un fragment de la Poetria de 
Geoffroi de Vinsauf, page 4 8 de Pédition de Leyser. 

Non te lusisse. Vers complet : 

Non te lusisse pudeat. 
Publié dans les Carm. Bur., p. iO. Ms. de Florence, p. 433. 

Nullî beneficium. Publié dans les Carm. Bur., p. 1i. Ms. 
de Florence, fol. 334. 

Nuper eram locuples. Vers complet : 

Nuper eram locuples multisque beatis amicis. 

L'auteur de cette pièce est Hildebert de Lavardin, et elle a été 
imprimée dans ses Œuvres par Beaugendre, col. 4344, après avoir 
été recueillie par Vincent de Beauvais , Spec. histor., lib. XXV, 
ch. cix, par Antonin de Florence, Chron., part. II, tit. xvi, ch. x, et 
déjà publiée par Du Boulay, Hist. Univ. , t. II, ainsi que par Jac. Hom- 
mey, Suppl., p. 453. Nous en pouvons citer, en outre, deux éditions 
récentes : Revue de philolog., t. I, p. 410, et Mélanges poét. d' Hil- 
debert, par M. Hauréau, p. 82. M. Hauréau s'est servi, pour établir 
son texte, des n"^ 7596 A, 14494 et IblSS de la Bibliothèque natio- 
nale. Ajoutons qu'elle se trouve encore dans les n"' 3761 (fol. 70) et 
14867 (fol. 172) de la même bibliothèque, ainsi que dans les papiers 
de Baluze, t. GXX, fol. 321, 343, 374. D'autres copies de cette pièce 
justement célèbre sont indiquées dans les n"' 690 de Douai, 300 de 
Tours et 1 1 3 de Saint-Omer. 

O curas hominum. Publié dans les Carmina Bur., p. 65. 
Ms. de Florence, fol. 424. 

O mores perditos. Vers complet : 

mores perditos et morum fœdera. 

Une autre copie de ces vers inédits, croyons-nous, est à la Biblioth. 
nationale, n°3549, fol. 168. Les voici d'après notre manuscrit : 

mores perditos et morum fœdera ! 



93 

Non curant superi quid agant infera, 
Sinistra; maniii mentitur dextera, 
Nec carent fraudibus fraterna latera. 

A primo generis liumani stipite, 
A solis cardine, a terne limite, 
A mundi finibus exempla sumite : 
Nusquam tuta fides, experto crédite. 

Die, sodés, amico, die, mater, fiiio, 
Sicubi habitas in hoc exilio. 
An imo vallium, an montis cilio, 
An casis pauperum, an regum solio : 

« Olim res fidei, nunc umbra colitur ; 
Olim sola fides, nunc et fraus fallitur. 
Et doli machina dolus repellitur ; 
In dolo dolus est et dolus toUitur. » 

O potores exquisiti. C'est probablement la même pièce qu'on 
lit à la page 240 des Carm. Burana^ où elle commence par : 
Potatores exquisiti, 
Licet sitis sine siti... 

Olim sudor Herculis. Publié par M. Schmeller, dans les 
Carm. Burana. p. 125, et par M. Hauréau, Not. et exlr. des Mss., 
t. XXIX, 2= part., p. 3<0, d'après le n° 344 de la reine Christine, au 
Vatican. Ms. de Florence, fol. A\7. 

Omnis in lacrymas. Publié par M. Delisle, Discours, p. 48, 
d'après lems. de Florence. Quelques strophes dans Bandini, CataL, 
t. II, col. 3. 

Pergama flere volo. Vers complet : 

Pergama flere volo, fato Danais data solo. 

Cette pièce célèbre a été déjà six fois publiée. M, Hauréau a fait 
connaître les cinq premières éditions et donné la sixième, Mélang. 
poét. d'Hildebert, p. 206 et suiv., d'après les n°' 4-126, 4286, 8430, 
8491 et 1 1867 de la Bibliothèque nationale. A ces manuscrits ajouter 
les suivants : Bibl. nat., 5129 (fol. 126) et 15155 (fol. 145); Vatican, 
2719 et 344 de la Reine; Munich, 459 et 14544; Vienne, 861 et 883 ; 
Londres, Bibl. Gotton., Cleopalra^ A, 8 ; Douai, 882 ; Charleville, 30. 
Voir, en outre, Bandini, CataL Laurent., t. 111, col. 753, et Denis, 
Cod. theol. Vind., t. I, col. 1351 et 2310. 



94 

Planctus ante nescia. Publié par M. Éd. Du Méril, Poés. 
popul. antér. au XII^ siècle^ p. i 76. Cette pièce, dont l'auteur est 
Godefroi de Saint- Victor, se rencontre sous son nom dans le n° 942 
de la Mazarine, fol. 234. Il y en existe d'autres copies dans les 
n"' 3639 (fol. 185) et 154 63 (fol. 229) de la Bibliothèque nationale. 

Plurima cum soleant. Vers complet : 

Plurima cum soleant sacres evertere mores. 

Ce petit poème a été publié par Hommey, Suppl. Patr.^ p. 547, 
sous le nom de Marbode. Nous en avons une autre édition de 
M. Wright, sous le nom de Matthieu de Vendôme, Reliquix antiqux, 
t. II, p. 270. Nicolas Ghamart en a même imprimé quelques vers 
sous le nom de Philippe, abbé de Bonne-Espérance. Mais il est 
d'Hildebert, à qui l'attribuent deux autres éditeurs : Beaugendre, 
Hildeb. Opéra, col. 1353, et M. Hauréau, Mél. poét. d'Hildeb., 
p. 109. Les manuscrits sont nombreux : Biblioth. nat., n"' 3696 B 
(fol. 46), 3761 (foi. 71), 7596 A (fol. 168), 14867 (fol. 176), 15155 
(fol. 54), et papiers de Baluze, t. CXX (fol. 324); Saint-Omer, 
n^HIS et 710; Troyes, n° 1612-, Berne, n" 704; Douai, n"*^ 372 et 
749; Cheltenham, n" H 902; Bodl. Cod. Laud. lat., 64 et 68. Voir, 
en outre, Denis, Cod. theol. Vindob., t. I, col. 990. 

Quam sit lata. Vers complet : 

Quam sit lata scelerum et quam longa tela. 

Publié par M. Wright, Politic. Songs, p. 27. 

Qui habet aures. Vers complet : 

Qui habet aures audiat. 

Cette pièce, qui paraît être de Pierre de Blois, a été publiée dans ses 
OEuvres par M. Giles, t. IV, p. 339. Elle est aussi dans la Patrolo- 
gie, t. GGVII, col. 1129. 

Qui seminant in loculis. Ms. de Florence, fol. 424. 

Qui servare puberem. Ms. de Florence, fol. 381. 

Quid ultra tibi. Vers complet : 

Quid ultra tibi facere. 

Cette pièce est à la Bibliothèque nationale, n" 14970 (fol. 69) et 
1544 des nouv. acquisitions, fol. 104. Elle est aussi dans les n°' 413 
de l'Arsenal (fol. 176), 883 de Vienne (fol. 76), et dans le n" 3081 



95 

(fol. 2^) du fonds Oltoboni, au Vatican. Voir L. Delisle : Mss. du 
Vatican^ p. 33. Ms. de Florence, fol, 423. 

Quis aquam tuo. Vers complet : 

Quis aquam tuo capiti. 

De Pierre de Blois et se lit dans ses OEuvres, édit. Giles, t. IV, 
p. 433. 

Quid amicus suggerit. De Pierre de blois et publié dans ses 
OEuvres, édil. Giles, t. IV, p. 343. 

Relegentur ab area. Publié par Matth. Flacius, Var. doct. 
poem., p. 73. Ms. de Florence, fol. 202 et 287. 

Satis vobis notum. Vers complet : 

Satis vobis noturn est et res manifesta. 
Publié par Matth. Flacius, Var. doct.poem., p. \\3. 

Sede Sion in. Vers complet : 

Sade, Sion, in pulvere. 
Publié par Matth. Flacius, Var. doct. poem., p. 38. 

Semper ut ex aliqua. Vers complet : 

Semper ut ex aliqua felices parte querantur. 

Ce poème, intitulé tantôt De Purricida., tantôt Mathematicus., a 
été publié par Beaugendre sous le nom d'Hildebert : Oper.., col. -1295. 
Il en existe des copies à la Bibliothèque nationale, n°' 5-129 et 64^5 
(fol. se) ; à Berne, n° 74 ; à Tours, n" 300, et dans le n° 344 de la 
reine de Suède, au Vatican. 

Sit Deo gloria. Vers complet : 

Sit Deo gloria, laus, benedictio. 

Voici quatre éditions de ce poème. Il a été publié par M. Wright : 
Poems attrib. to Walter Mapes., p. 77 ; par M. J. Grimm, Klein. 
Schriften, t. III, p. 80 ; par M. Ed. Du Méril, Poés. popul. du moij. 
âge, p. {79; par M. Assier, la Champagne pittor.^ 1. 1, p. 29. Il y en 
a des copies à la Bibliothèque nationale, n"" 2902 (fol. -173), 8033 A 
(fol. 20), 10240 (fol. 274); à Tours, n° 948; à Troyes, n» 4023; à 
Berne, n° 203-, à Munich, n" 031. 



96 

Sol oritur in. Vers complet : 

Sol oritur in sidère. 
Ms. de Florence^, fol, 422. 

Sol sub nube. Vers complet : 

Sol sub nube latuit. 

Publié par M. Mone : Anzeiger fur kunde der teusch. Vorzeit, 
prem. série, t. VII, p. 296. Ms. de Florence, fol. 354. 

Taurum sol intraverat. Vers complet : 

Taurum sol intraverat, et ver, parens florum. 

C'est V Altercatio Ganymedis et Helense, pièce partiellement publiée 
par M. Ozanam, Doc. inéd. pour servir à Vhist. litt. de P Italie, p. 20, 
et intégralement par M. Wattenbach, Zeitschrift fiir deutschen 
Alterthum, t. XVIII, p. ^127, d'après un manuscrit de Berlin elle 
n" 344 de la Reine, au Vatican. M. Ozanam l'avait rencontrée au 
Vatican, dans un autre manuscrit, n° 27'! 9. 

Utar contra vitium. Il faut lire sans doute : 
Utar contra vitia carminé rebelli. 

Poème contre la cour de Rome, publié par Matth. Flacius, Var. 
doct. poeiïi., p. •J59 et 406, par M. Th. Wright, Politic. Sangs, p. ^4, 
el Poems attributed ta Walter Mapes, p. 36, enfin par M. Schmeller, 
Carmina Burana, p. i9. Quelques extraits dans VHist. littér. de la 
Fr., t. XXn, p. -147. 

Vanitas Vanitatum. Publié par Matth. Flacius, Var. doct. 
poem., p. 78. Ms. de Florence, fol. 423. 

Vehemens indignatio. Ms. de Florence, fol. 433. 

Velificatus Athos. Le vers complet est sans doute : 
Velificatus Athos dubio mare ponte ligatur. 

C'est V Archithrenius de Jean de Hantville, ou de Hauteville, publié 
par Josse Bade en ^o^7, de nouveau par M. Wright, Anglo-latin 
satir. poems, t. I, p. 240. Un manuscrit est à Troyes, n° 2263, un 
autre à Berne, n° 683. 

Ver pacis aperit. Vers complet : 

Ver pacis aperit naturse gremium. 



97 

Publié par M. Mone dans la prem. série de VAnzeiger fur kunde 
der (eufsch. Vorz., L VII, p. 293. Ms. de Florence, fol. 355. 

Veritas veritatum. Publié par Matth. Flacius, Var. doct. 
■poein., p. 7S, el dans les Carmina Burana^ p. 3. Ms. de Florence, 
col. 423. 

Vernat eques. Vers complet : 

Vernat eques, vix prima genis lanugo susurrât. 

G'esl le début du Miles gloriosus de Matthieu de Vendôme, publié 
par M. Du Méril dans ses Origines latines du théâtre, mod., p. 283. 
Voir Hist. lift, de la Fr., t. XXII, p. 39, et Notices et extr. des 
mss., t. XXIX, 2« part., p. 351. 

Virtus moritur. Publié par M. Delisle, D/.scowrs, p. 36, d'après 
le ms. de Florence, fol. 322. 



INVENTAIRE 

DE LA 

BIBLIOTHÈQUE DE SAINT-GILDÂS 

EN BERRY. 



La liste d'ouvrages que je publie plus loin est transcrite d'un feuil- 
let de parchemin qui servait de couverture au manuscrit de la biblio- 
thèque Sainte-Geneviève actuellement coté T. f. 7^, in-4''. Ce manus- 
crit est un recueil de recettes médicales, rédigé au xvi* siècle; il ne 
présente aucun intérêt. L'écriture du feuillet de parchemin qui le 
recouvrait me parait dater du xi® siècle. Le texte est un fragment 
d'un inventaire des volumes appartenant à l'abbaye du Sauveur et de 
Saint-Gildas au diocèse de Bourges. Le feuillet était écrit au recto et 
au verso ; malheureusement, l'un des côtés a été à tel point gratté et 
lavé que, sauf deux ou trois mots isolés, tout vestige d'écriture en a 
complètement disparu. L'autre côté, au contraire, sur lequel étaient 
collés le premier et le dernier feuillet du volume, est en parfait état 
de conservation. 

Avant d'aborder l'examen du document, je crois utile de rappeler 
brièvement dans quelles circonstances l'abbaye du Sauveur et de Saint- 
Gildas fut fondée. 

A la fin du rx* siècle ou au commencement du x«, le monastère de 
Saint-Gildas de Ruis, au diocèse de Vannes, dont la tradition fait 
remonter l'origine à saint Gildas le Sage (vi^ siècle) , fut détruit de 
fond en comble par les Normands. Les moines s'enfuirent devant 
l'invasion, emportant avec eux les reliques du patron de leur monas- 
tère, celles des saints Patrice, apôtre de Flrlande, Albain, martyr en 
Grande-Bretagne, Paterne, évêque de Vannes, Brigitte, abbesse en 
Ecosse, et sans doute d'autres objets précieux. Ils se dirigèrent 
vers l'ouest et arrivèrent à Déols, dont le seigneur, Ebbon, les 
accueillit avec bienveillance. Sur leur demande, il consentit à les éta- 



9!» 

blir dans son domaine, il les logea en attendant mieux aux envi- 
rons de son château, dans des ermitages abandonnés, il pourvut à 
leur subsistance, puis il fit bâlir pour eux dans une île de l'Indre un 
monastère qu'il plaça sous l'invocation du Sauveur et de saint Gildas. 
Ebbon mourut à la suite d'un combat contre les Hongrois ou Magyares, 
avant que Tédifice fût achevé; mais son fils Raoul, qui lui succéda, 
ne monti-a pas un moindre zèle en faveur des exilés, et termina 
l'œuvre commencée. Un siècle plus tard, vers l'an 1008, un moine 
de Fleuri-sur-Loire, commis à cet effet par son abbé Gozlin, recons- 
truisit, sur l'emplacement de l'ancienne abbaye de Saint-Gildas de 
Ruis, un nouveau monastère dont quelques parties subsistent encore 
aujourd'hui et dont, comme on sait, le fameux Abélard devint abbé 
vers l'an H25 ^ 

J'estime que, parmi les volumes signalés dans notre inventaire, un 
certain nombre proviennent de Saint-Gildas de Ruis. On y voit, en 
effet, figurer un textum S. Gildasii, c'est-à-dire, j'imagine, un texte 
des Évangiles ayant appartenu à saint Gildas le Sage, et deux anti- 
phonaires bretons dont la présence dans l'abbaye bretonne s'explique 
aisément et qu'on ne peut guère supposer avoir été acquis ou rédigés 
par les moines berrichons dans le courant du x*^ siècle ^ la bibliothèque 
aurait donc fait partie des objets sauvés par les moines lors de l'in- 
vasion normande qui détruisit leur abbaye. 

Le fragment d'inventaire compris dans notre feuillet de parche- 
min est divisé en deux parties contenant chacune une catégorie spé- 
ciale d'ouvrages. La première est consacrée aux livres traitant de 
divinis rébus, la seconde aux livres traitant de arte. — On remar- 
quera tout de suite une assez grande différence dans la rédaction de 
ces deux parties. Tandis que, dans la première, les titres des livres 
sont très sommairement indiqués, dans la seconde on a pris la peine 
de noter le nombre des volumes et les premiers mots de chaque 
ouvrage. Aussi, bien que le feuillet soit écrit entièrement de la même 
main, ne serais-je pas étonné que ce fragment d'inventaire soit dû à 
deux rédacteurs dont le travail aurait été réuni et recopié par un seul et 



1. Vie de saint Gildas le Sage, écrite au xi'^ siècle par un moine de Saint- 
Gildas de Ruis (i^. SS. BolL, 1" éd., janv., Il, pp. 964-965); Chronique de 
Buis (D. Lobineau, Hist. de Bretagne, t. II, col. 3G9); Diplôme de Louis d'Ou- 
tremer pour l'abbaye de Déols (Bec. des Hist. de Fr., t. IX, p. 593); Chron. de 
Tours, à l'année 917 [Bec. des Hist. de Fr., t. IX, p. 50); Patriarchium Bitu- 
ricense, ch. lu (Labbe, BipMoth. nova mss., t. II, p. 71) ; Gallin christ., t. II, 
p. 153; Raynal, Hist. duBerrij, t. I, p. 321. 



^00 

même scribe. Cette hypothèse est encore corroborée par le fait que, dans 
le titre de chaque partie, on rappelle le nom de l'abbaye à laquelle 
appartiennent les livres inventoriés et qu'en outre, dans l'un de ces 
titres, Tabbaye est désignée sous le nom de Saint-Sauveur et Saint- 
Gildas, tandis que dans l'autre elle est qualifiée Saint-Giidas tout 
court. Le premier rédacteur paraît avoir été un homme à la fois très 
négligent et très peu lettré; d'une part, en effet, il signale comme 
formant des livres séparés une Vita S. Antonii, une Vita S. Cug- 
bertiy une Vita S. Patricia une Vita S. Gregorii^ qui, vraisembla- 
blement, se trouvaient en tête de recueils de Vies de saints. Il se con- 
tente pour certains ouvrages d'indications comme celles-ci : Librum 
cuncorium rubeum^ — librum de diversis rébus, — librum de diver- 
sis causis. D'autre part, son classement des livres par ordre de 
matières est éminemment fantaisiste. C'est ainsi que, parmi les 
ouvrages qu'il indique comme traitant des choses divines, nous 
voyons apparaître un Térence, un de Oraiore de Gicéron, un Librum 
de Bucolico (probablement le commentaire de Virgile par Servius), 
des Gesta Julii César is. 

Le second rédacteur fait preuve d'un peu plus de savoir et d'expé- 
rience; il donne généralement le nom de l'auteur; il mentionne 
en outre Vincipit de chaque ouvrage, sauf toutefois pour le 4^"' article 
(n° -103), où il paraît Tavoir oublié. De cette façon, les restitutions 
deviennent faciles, et, si je ne suis pas arrivé à identifier la totalité 
des volumes cités, cela tient sans doute à l'insuffisance de mes 
connaissances bibliographiques. 

Sous les titres de quelques-uns des livres, on voit le signe /î, qui 
signifie peut-être non. On pourrait supposer que ce signe a été ajouté 
lors d'un récolement postérieur et qu'il vise les ouvrages manquant 
h répoque de ce récolement. On pourrait imaginer aussi qu'à la suite 
de la reconstruction du monastère de Saint-Gildas de Ruis, un cer- 
tain nombre de volumes furent rendus, ce qui eut lieu, semble-t-il, 
pour une partie des reliques. Dans cette dernière hypothèse, le 
signe fi s'appliquerait aux volumes non rendus^ qui restèrent dans 
l'abbaye du Sauveur et de Saint-Gildas. 

J'eusse désiré faire de cet intéressant inventaire une étude plus 
complète, et rechercher, par exemple, si nos bibliothèques renferment 
quelques-uns des livres qu'il indique. Le temps me manque malheu- 
reusement pour cela. Je me borne donc à publier le document en 
identifiant, lorsque la chose sera possible, les ouvrages insuffisam- 
ment désignés. Pour la plupart de ces ouvrages, les commentaires 



des textes sacres surtout, il est difficile de savoir à qui les attribuer, 
ou, du moins, doit-on le plus souvent hésiter entre divers écrivains 
ayant traité le même sujet. Aussi m'absticndrai-jc de toute attribu- 
tion lorsqu'il me faudrait recourir à des hypothèses trop hasardées. 

Gh. Rouler. 



Incipit brevis de divinis libris Sancti Salvatoris 
ATQUE Sancti Gildasii. 

1-4. — iiij. compotos. 

5. — Summum bonum. 

6. — Gesta Franchorum. 

7. — Expositionem Isaie. 

8-9. — Duos glosarios, unum maiorem et alium minorem. 

10. — Gesta Julii Cesaris. 

11. — Duos psalmorura simul in uno volumine conligatos. 

12. — Codicem parvulum de cunctis evangeliis. 

13. — Librum de bullario. 

14. — Vita sancti Antonii. 

15. — Expositionem de Job. 

16. — Itemque aliam expositionem de Ezechiele proplieta. 

17. — Librum Genesi. Desiderii mei. 

18. — Expositio appocalipsi, cum epistolas Pauli. 

19. — Isidorum magnum. 

20. — Librum Geronimi et Damasi presbytère. 

5. Isidore de Séville, Senteuike, ou saiat Augustin, De nafura boni, contra 
Manichxos. 

G. Les Gesta regum Francorum, ou peut-être Aimoin, Historia Francorum, 
ou encore Grég. de Tours. 

10. Sans doute les Commentarii. 

13. Probablement un recueil de décrétâtes. 

14. Version latine, par Evagrius, de la Vie de saint Antoine le Grand, par 
saint Athanase. 

17. La préface de saint Jérôme au Pentateiique , adressée à Desiderius et 
commençant par les mots « Desiderii mei... » 

18. Primasius, év. d'Adrumète, ou Bède. 

19. Isidore de Séville. 

20. Les Évanfjiles, version de saint Jérôme, dédiés au papcDamasc, ou peut- 
être l'Interpretatio homiliarum duarum Origenis in Cnntica canticorum, dédiée 
par saint Jérôme au même pape. 



^02 

21. — Epistolas leronimi et Damasi presbytero. 

22. — Gesta Anglorum. 

23. — Rabbanum. 

24. — Librum de Trinitate. 

25. — Textum primo tempore. 

26. — Librum cuncorium rubeum. 

27. — Enchiridiun. 

28. — Régula ecclesiastica. 

29. — Semi-martirologium. 

30. — Librum de future seculo. 

31. — Librum de pénis infernorum atque gaudium iustorum. 

32. — Librum de ordine ecclesiastici. 

33-34. — Passionalem novum atque alium vetulum. 

35. — Caterniones ubi sunt expositiones de evangeliis. 

36. — Item alium librum de evangeliis atque matutinis. 

37. — Canones romanas. 

38. — Glosas de prophetis. 

39. — Librum de creatione prirai hominis. 

40. — Epistole Ambrosii. 

41. — Cuniuratio hominis a diabolo expellere. 

42. — Musicam parvam. 

43. — Lex salica, ij". 

44. — Lex Theodosiani. 

21. Un recueil de lettres de saint Jérôme, commençant par une lettre au pape 
Damase, ou peut-être l'un des deux ouvrages cités au n° 20, lesquels commencent 
tous deux par une lettre de saint Jérôme au pape Damase. 

22. Probablement Bède. 

23. OEuvres de Raban Maur. 

24. Saint Augustin ou peut-être Boèce. 

25. Un texte des Évangiles avec une préface commençant par les mots « primo 
tempore. » 

27. L' Enchiridion de fède, sjie et charitate de saint Augustin, ou peut-être 
VEnchiridion in septeni psalmos pœmtentiales d'Aicuin. 

28. Peut-être la collection des Règles de saint Basile, traduite en latin. 

29. Un martyrologe pour la moitié de l'année. 

32. De ordine de saint Augustin, ou peut-être Amalaire, archevêque de Trêves, 
De cxrimoniis baptismi. 

39. Peut-être \' Hexameron de saint Ambroise, le volume suivant étant de cet 
auteur ; ou bien VHexameron de Bède. 

41. Formule d'exorcisme. 

42. Voy. n° 113. 

44. Le bréviaire d'Alaric, ou peut-être le code Théodosien. 



403 

45. — Librum Johannis Cassiani. 

46. — Textum sancti Gildasii. 

47. — Kanones minores. 

48. — Librum sancti Michahelis. 

49. — Vita sancti Augustini. 

50. — Collectarium cum baptisterio. 

51. — Vita sancti Cugberti. 

52. — Epistolas Ambrosii ad Orontionura. 

53. — Epistolas Pauli. 

54. — Expositionem de Job. 

55. — Librum de diversis rébus. 

56. — Librum de episcopis atque clericis. 

57. — Psalterium abbati. 

58. — Vita sancti Patricii. 

59. — Librum de mensuris. 

60. — Psalmorum quid gloriaris. 

61. — Disputatio veteris ac novi testamenti. 

62. — Expositionem [in] cantica canticorum. 

63. — Librum de pluribus causis. 

64. — Librum de voce et littera. 

65. — Librum medicinalem. 

66. — Librum Terrenti comici. 

67. — Circulum zodiacum. 

68. — Librum Tulli Cesaris {sic) de oratore. 

45. OEuvres de Jean Cassien. 

46. Texte des Évangiles ayant appartenu à saint Gildas. 

48. Un livre contenant la Vie, les Miracles et peut-ôtre l'Apparitio in monte 
Tumba de l'archange saint Michel. 

49. Vie de saint Augustin, par Possidius; à moins que ce ne soient les Cou- 
fessions de saint Augustin. 

51. Vie de saint Cuthbert, par Bède, ou l'autre vie de ce saint par un ano- 
nyme contemporain (v. A A. SS. BolL, 20 mars, III, p. 117). 

57. Un psautier appartenant à l'abbé du monastère (?). 

58. La Vie de saint Patrice, par Mellanius Probus. 

59. Priscien, De ponderibus et mensuris, ou peut-être la traduction du IXsp't 
fjLî-rpwv Y.a\ (jtâQfjLwv, de saint Épiphane. 

60. Commentaire de Bède sur le psaume 51, ou recueil de Psaumes commen- 
çant par le psaume 51. 

62. Probablement le Commentaire de Bède sur le Cantique des cantiques. 
64. Peut-être Priscien de Césarée, voy. n° 104. 

67. Peut-être les Astronomiques d'IIygin. 

68. Le De oratore de Cicéron. 



^04 

69-71. — Duas régulas et alla non intégra. 

72. — Librum de mensuris. 

73. — Caterniones de tonis. 

74. — Catalogus auctor. 

75. — Vita sancti Gregorii. 

76. — Medicinalem magnum. 

77. — Textum novum cum auro. 

78. — Expositionem Bede in Lucam. 

79. — Librum in Bucolico. 

80. — Expositionem sancti Arabrosii super Lucam. 

81. — Canones maiores. 

82. — Et iterum canones episcopales. 

83. — Glosarium expissum. 

84. — Librum dialogorum. 

85. — Librum duodecim prophetarum. 

86. — Librum Gerarsiani. 
87-88. — Duo troparii. 

89. — j. manipularium. 

90. — Expositio regum. 

91. — Item aliam expositionem cantica canticorum. 

92. — Librum ad dominum contribularer. 

93. — Librum regum. 

94. — Visio Isaie. 

95. — Humiliarium magnum. 

96. — Aimonem. 



72. Voir le n° 59. 

74. Peut-être le De Scriptoribus ecclesiasticis de saint Jérôme, auctor étant 
une abréviation pour auctorum. 

75. Probablement l'une des Vies du pape saint Grégoire (v. Potthast, Biblioih. 
hist., p. 727). 

77. Un texte du Nouveau Testament écrit en lettres d'or. 
79. Le Commentaire de Servius sur les Bucoliques, ou peut-être le texte 
même des Bucoliques. 

83. Un glossaire très étendu. 

84. Les Dialogues de saint Grégoire le Grand. 

85. Probablement le Commentaire de saint Grégoire le Grand sur les Livres 
des prophètes. 

86. J'ignore ce que peut être ce livre. 

91. Voy. le n° 62. 

92. Alcuin, Expositio in Psalmos graduâtes. 
96. Haymon d'Halberstadt. 



105 

97-99. — Duos antiphonarios bretonicos et unum novum. 

100. — Expositio Genesis. 

101. — Duos gradalos. 

102. — Perifision ij"^ 

Incipit brevis de libris Sancti Gildasii de arte. 

103. — Priscianus maior de voce et eius speciebus .j., et est in 

capite : .... 

1 04 . — Priscianus Cesariensis de voce et littera . j . , et est in capite : 

Vox est aer ictus. 

105. — Prologus Boetii philosophi .j., et est in capite : In dandis 

accipiendisque. 

106. — Editio prima Boetii super categorias Aristotelis .j., et 

est in capite : Expeditis his. 

107. — Alium retliorica, et est in capite : Sepemultum. 

108. — De constructione sive ordinatione partium orationis inter 

se .j., et est in capite : Quoniam in ante. 

109. — Argumentum Anicii Manlii Severini Boetii in topica .j., 

et est in capite : Incipientes quamcum[que] rem. 

110. — Carmen Macliabeorum .j. et est in capite : Ecclesiate- 

sequum. 

111. — Annei Lucani .j. , et dicitur in capite : Bella per ematios. 

112. — Glose Marciani magistri Remigii .j., et est in capite : 

Titulus iste. 

113. — De musica. 

97-99. Deux antiphonaires en langue bretonne et un en latin. 

100. Probablement le Commentaire de saint Jérôme sur la Genèse. 

101. Deux graduels. 

102. Physiologus, ou livre d'histoire naturelle. 

104. Cela paraît être im abrégé des Insiitutiones grammaiicse de Priscien 
plutôt que le texte complet de ces Institutiones dont les premiers mots sont en 
réalité : « Philosophi definiunt vocem esse aerem tenuissimum ictum... » 

105. Le De ariikmeiica de Boèce. 

108. Priscien de Césarée, De constructione, libri II. 

109. Ce ne sont pas les Topica de Boèce, dont l'incipU est différent, mais 
peut-être un commentaire sur ces Topica. 

111. La Pharsale de Lucain. 

112. Commentaire de Rémi d'Auxerre sur Martianus Capella. 

113. Peut-être aussi le traité de Rémi d'Auxerre, De musica, oa quelque traité 
de Cassiodore, Isidore de Séville, Alcuin ou Notker. 



UNE 



RÉCEPTION AU TEMPLE 



ALEXANDRE DE VENDOME 

1'"" FÉVRIER 1604. 



Le dimanche premier février 1604, les préparatifs d'une céré- 
monie qui devait se célébrer à onze heures dans l'église du 
Temple, avec une pompe inusitée, avaient mis en émoi tout le 
quartier, et une bonne partie de la ville de Paris. Le roi et la 
cour y devaient assister ; aussi, dès le matin, la foule était telle 
que l'on dut même interdire l'entrée de l'enclos. Des archers de la 
garde furent placés à la grande porte, d'autres aux issues de 
l'église : mesure nécessaire, car les carrosses seuls devaient suf- 
fire à encombrer la grande cour, et l'église était trop petite 
pour contenir tout le monde. Des invitations avaient été adressées 
par ordre du roi aux principaux personnages de sa cour; le 
nonce du pape, les ambassadeurs d'Espagne et de Venise, le 
cardinal deGondy, neuf évêques, le connétable, l'amiral, les che- 
valiers du Saint-Esprit, les princes et les princesses, le chancelier 
et les sept présidents du Parlement, nombre de seigneurs de tous 
rangs, avaient été convoqués directement par Rhodes, le maître 
des cérémonies de France. L'ordre de Malte était représenté par 
le grand prieur de Champagne, une douzaine de commandeurs 
et une quinzaine de chevaliers, auxquels s'était joint le per- 
sonnel du Temple. 

Cette cérémonie, présidée par le grand prieur de France, 
Georges de Regnier-Guercliy, n'était rien moins que la récep- 
tion comme chevalier et grand-croix, avec profession et prise 



107 

d'habit, du second fils naturel de Henri IV, Alexandre Monsieur, 
frère cadet de César, duc de Vendôme. Le récipiendaire avait 
cinq ans : aussi ne prononça-t-il pas ses vœux (il fallait être âgé 
de seize ans), et l'on se contenta de la promesse que le roi fit en 
son nom. 

Parmi les nombreuses cérémonies du même genre qui se célé- 
braient au Temple de Paris, chef-lieu du grand prieuré de France, 
nulle ne paraît avoir eu un tel éclat : l'histoire même en a conservé 
le souvenir. Toutes les personnes qui ont lu les Mémoires-jour- 
naux de Pierre de l'Estoile ont pu remarquer le passage où le 
célèbre chroniqueur a noté le faits et c'est généralement d'après 
cette source que mention en est faite dans les histoires de Paris. 
Mais il y a mieux et plus dans l'ouvrage d'un grand histo- 
rien, l'histoire universelle du président de ThouS qui fut proba- 
blement l'un des invités. Il est même curieux d'y constater 
l'impression qu'avait faite sur les assistants un des actes du roi 
pendant la cérémonie, acte dont l'exactitude est prouvée par le 
procès-verbal du chancelier de l'ordre. « Le roi, — dit la rela- 
tion imprimée d'après les notes de De Thou, — emporté par sa 
vivacité et par son affection paternelle, quitta brusquement son 
siège pour venir répondre au nom de son fiis interrogé par le 
grand prieur de France. Je descends de mon trône, dit-il, pour 
faire ici la fonction de père, et je promets que, lorsque mon fils 
aura seize ans, il tiendra le vœu que je fais aujourd'liui pour lui. » 

Si le Mercure françois avait été fondé un an plus tôt, il nous 
aurait sans doute donné là-dessus plus de détails encore. 

Le dépouillement des registres de l'ordre de Malte, qui ren- 
ferment les procès-verbaux des Assemblées provinciales du grand 
prieuré de France, tenues au Temple, registres conservés à peu 
près intégralement depuis 1355^ m'ayant fait découvrir le pro- 
cès-verbal même de la cérémonie de 1604, avec la copie des 
lettres du grand prieur, j'ai pensé que la publication en pourrait 
être intéressante. Elle servira comme de commentaire explicatif 
à la note un peu courte de l'Estoile, et redressera quelques erreurs 
des historiens qui en ont parlé depuis. 

1. Éd. Brunet, Lacroix, etc. 1880, t. VIII, p. 115. 

2. C'est au livre 132, non rédigé par lui, mais d'après ses notes. — Je cite 
la trad. française de Londres, 173-i, t. XIV, p. 314. 

3. Archives nationales, MM. 28-51, 53. — Le procès-verbal en question est au 
registre 41 (1574-1604), fol. 386. 



408 

Il n'y faut cependant pas chercher plus de détails sur le mode 
de réception d'un chevalier de Malte que ce que le public pouvait 
en voir. Les registres de l'ordre ne fournissent jamais aucune 
indication rituelle, parce qu'il existait pour les cérémonies un livre 
spécial, manuscrit ou imprimé. Je signalerai entres autre, à ceux 
qui seraient tentés d'en savoir davantage, deux minces volumes 
imprimés, l'un en 1689, l'autre en 1729, sous ce titre : « La 
forme de donner l'habit aux chevaliers religieux de l'ordre de 
Saint-Jean de Jérusalem S » qui contiennent sur le sujet tout ce 
qu'on peut désirer. 

Bien que la courte carrière d'Alexandre de Vendôme ait été 
dénuée de tout éclat, il peut être intéressant d'ajouter ici quelques 
renseignements sur sa personne, au moins comme grand prieur. 
Né, en 1598, de Gabrielle d'Estrées, il avait été destiné dès le 
premier jour, par son père, au grand prieuré de France. Il 
occupa ce siège aussitôt qu'il fut vacant, à l'âge de dix-neuf ou 
vingt ans; mais on peut affirmer sans hésitation que ce choix fut 
imposé au grand maître, bien qu'on ait pris toutes sortes de pré- 
cautions pour rester à peu près en règle avec les statuts de 
l'ordre et les droits d'ancienneté. Le fait est toujours demeuré une 
exception, n'en déplaise aux auteurs modernes, qui, généralisant 
d'une manière trop absolue une phrase de l'Estoile, appellent 
le titre de grand prieur de France « le plus brillant apanage 
des bâtards royaux. » Ce titre envié se donnait à des comman- 
deurs éprouvés par de longues années de travaux, ou que de 
brillants succès en Orient avaient rendus illustres. L'histoire a 
retenu les noms des Giresme, des Cluys, de Méry d'Amboise, de 
Villiers-l'Isle-Adam, de François de Lorraine, de Meaux-Bois- 
boudran, d'Amador de la Porte, de Souvré, de Bourbon-Conti, et 
le grand maître de l'Ordre fut plusieurs fois pris sur le siège du 
grand prieuré de France. 

Revenons au fils de Henri IV. L'enfant de cinq ans, en qui 
Georges de Regnier-Guerchy sacrait chevalier, en 1604, son 
futur successeur, Alexandre de Vendôme, fut successivement 
commandeur, général des galères à Malte, où il alla en 1612 
pour faire ses preuves ^, et grand-prieur de Toulouse à partir 

1. Le premier est à la Bibliothèque nationale, le second aux Archives 
(MM. 22). 

2. Barillet, Recherches historiques sur le Temple. Paris, 1809. In-8". 



\ 09 

de 1613. Quant à son prieuré de France, il dut l'attendre jusqu'en 
1618. Guerchj, mort le 25 novembre\ était à peine enseveli, 
selon la coutume, dans l'église du Temple, que le nouveau pré- 
tendant se hâtait de faire valoir ses droits. Il se présenta au 
grand prieuré le 2 décembre pour en prendre possession. Voici 
des détails sur cette cérémonie - : Alexandre , qui venait du 
Louvre, était accompagné de quelques seigneurs, messieurs de 
Cœuvre, de Wignacourt, de Maniguay, d'Araucourt, etc., et de 
plusieurs commandeurs et chevaliers de l'Ordre. Reçu par le bailli 
de Sillery, Noël Bruslard, connnandeur de Troyes, il présenta 
les brevets apostoliques expédiés à Malte le 18 décembre 1612, et 
dont la date lui assurait le droit d'ancienneté sur les autres 
grands prieurs ou commandeurs pouvant prétendre au siège de 
France, et fut conduit à l'église. Là, l'investiture lui fut faite, 
au son des cloches et au chant du Te Deum; il se dirigea ensuite 
vers l'hôtel prieural, se fit ouvrir la porte, entra dans la grande 
salle et donna ordre d'allumer du feu, comme faisant acte de 
légitime possesseur. Après quoi il partit, et il est difficile de 
savoir quand il revint, et s'il fit jamais un séjour de quelque durée 
en son palais. J'ai pourtant relevé, par curiosité, le nombre des 
chapitres auxquels il présida, et le nombre n'est que de huit en 
tout : deux en 1620, en 1622 et en 1623 ; un en 1624 et en 1625. 

Or, les assemblées ou chapitres provinciaux, présidés par le 
grand prieur, se tenaient au moins cinq ou six fois par an. Outre 
les deux chapitres solennels du 11 juin, jour de la Saint-Barnabe, 
la grande fête du Temple, et du 12 novembre, auxquels prenait 
part un grand nombre de commandeurs, il y avait des assem- 
blées autant qu'il en était besoin. En l'absence du grand prieur, 
et sur sa délégation expresse, un des principaux commandeurs 
présidait le chapitre. 

Alexandre de Vendôme était, la plupart du temps, retenu à la 
cour du roi son frère, et vivait notamment au château de Vin- 
cennes, où il mourut. Son absence prolongée finit même par donner 
lieu à quelques murmures dans le grand prieuré. C'est là une des 
rares observations que le froid registre des procès-verbaux per- 



1. A. N. — MM. 42, fol. 193. 

2. Le procès-verbal de cette prise en possession est comme d'habitude inséré 
dans les registres de l'Ordre (MM. 42, fol. 191). Je ne le publie pas Ici, parce 
que son intérêt ne compense pas assez sa longueur diffuse. 



mette de faire : en 1627, on l'accusa d'avoir résigné sa charge, et 
il écrivit tout exprès pour déclarer qu'il portait trop d'intérêt à la 
cause de l'ordre et du grand prieuré pour l'abandonner ainsi'. 
Il ne revint pourtant pas au Temple : il était d'une santé chétive, 
et la mort l'enleva après une longue maladie, à l'âge de trente 
ans, le 8 février 16292. 

Son successeur fut un commandeur vieilli dans l'ordre, Guil- 
laume de Meaux-Boisboudran^. 

H. DE CURZON. 



Lettres du grand prieur de France, datées du i"' février •1604. 

Frère Georges de Regnier-Guerchy, chevalier de l'ordre Sainct- Jehan 
de Jherusalem, grand prieur de France''. A tous ceulx qui ces pré- 
sentes lettres verront, salut et dilection en Notre Seigneur. — Sçavoir 
faisons que le jour d'huy, datle des présentes, en l'église du Temple 
à Paris, en la présence du Roy, de la Royne, de Messieurs le cardi- 
nal de Gondy^, des evesques de Beau vais '^, comte et pair de France; 
de Noïon^ aussy comte et pair de France; deNevers^, deMaillesez^ 
d'Angers^", de Paris'\ de Rieulx*^, de Chartres'^, de Lodesyc'-*; du 
Nonce du pape et des ambassadeurs d'Espaigne et de Venise; de 
Messieurs le prince de Gondé, du duc de Montpensier, le connestable, 

1. MM. 42, fol. 237. 

2. Id., fol. 248. 

3. Grand prieur de 1629 à 1639. 

4. Grand prieur de 1600 à 1618; il avait succédé à Bertrand Pelloquin. 

5. Pierre de Gondi, cardinal, qui avait été évêque de Paris jusqu'en 1596, époque 
à laquelle il démissionna en faveur de son neveu Henri de Goudi de Retz. Il 
mourut en 1616. 

6. René Potier de Blancmesnil, 1595-1616. 

7. Charles de Balzac, 1596-1625. 

8. Arnaud Sorbin de Sainte-Foy, 1578-1606. 

9. Henri d'Escoubleau de Sourdis, 1573 (?)-1615. 

10. Charles Miron, 1588-1616. 

11. Henri de Gondi de Retz, 1592-1622. Dernier évêque de Paris, le siège 
ayant été élevé à la dignité de métropolitain après lui. Cardinal en 1618. 

12. Jean de Bertier, 1603-1620. 

13. Philippe Hurault de Cheverny, 1591-1620. La Gallia ne le dit consacré 
qu'en 1608, après une vacance de neuf ans environ. 

14. Charles de Lévis-Ventadour; nommé en 1604 par Henri IV, il abdiqua en 
1607, avant son inauguration. 



du duc de Vendosme% du duc de Montbason, du maréchal de Bris- 
sac cl de l'admirai. Aussy en la présence de Messieurs le chancellier 
et des sept presidentz de la grande chambre du Parlement; de Mes- 
sieurs le grand escuyer sieur de Termes, de Rocquelaurc, de Vilry, 
du marquis de Cœuvrc et de Heauvais Nangis; et de Mesdames de 
Nemours, de Nevers, et de Madamoyselle de Guise. — Gomme aussy 
en la présence de Messieurs le grand prieur de Ghampaigne, Ghames- 
son; de Marconville^, commandeur de Saincte-Vaulbourg^ et de 
Villedieu le Bailleul '', ambassadeur pour nostre ordre en bVance; de 
Brion, commandeur de Maupas^; de Bellebrune®, commandeur 
dlvry'^; de Marconville**, commandeur de Sommereulx^; de Louvet, 
commandeur d'Auxerre; de Boisboudran^", commandeur de Bon- 
court^"; de Gatheville^', commandeur de Villedieu en Drugesin '^^ de 
Grolles, commandeur de Masdieu d'Auvergne^^; de Bellotte, comman- 
deur de Puisieulx'"*; des chevalliers de Gueprey, de Sainct-Mesmin, 
de Sevigny, de Pinabeaux, de Sainct-Leger, de Fulvio Sala d'Italye, 
de Rozny, de Midorge, de Villegaignon, des Marestz, de Bouelles, de 
Chasteauroux, d'Antragues, de Languetot, de Gaians. — Et aussy en 
la présence des servans d'armes de nostre dit ordre, messieurs Febvre, 
commandeur de Villejesus d'Auvergne'^-, de Perrot, commandeur 
d'Estampes'"; de l'Espine, commandeur de Ghevreux^^; de frère 
Glaude Prou, de frère. . . Lamy de Provence -, et du petit prieur^^ et reli- 

1. César Monsieur, le frère aîné du récipiendaire. 

2. Charles de Gaillarbois de Marcoiiville. 

3. Au Val de la Haie, arr. de Rouen. 

4. Orne, arr. d'Argentan. 

5. Près de Soissons. 

6. Gédéon de Joigny, dit de Bellebrune. 

7. Oise, arr. de Beauvais. 

8. Jacques de Gaillarbois. 

9. Guillaume de Meaux Boisboudran , plus tard grand prieur de France, 
en 1622, après la mort d'Alexandre de Vendôme. 

10. Aisne, arr. de Laon. 

11. Louis de Morel, dit de Cateville. 

12. Eure-et-Loir, arr. de Dreux. 

13. Charente, arr. de Confolens, dépendant du grand prieuré d'Auvergne. 

14. Puisieux-sous-Laon, Aisne. 

15. Arr. de Rufl'ec, dans le grand prieuré d'Auvergne. 

16. Étampes, Seine-et-Oise. 

17. Chevru, arr. de Coulommiers, Seine-et-Marne. 

18. Au Temple, le chef des religieux, garde de l'église, curé de l'Enclos, c.-à-d. 
de la parQisse de Sainte-Marie-du-Temple, était dit petit prieur, par opposi- 
lion au grand prieur, dont la résidence ordinaire était aussi dans l'Enclos. 



M 2 

gieulx de l'église du Temple. — Et suivant la commission et pouvoir 
à nous donné par Monseigneur Illustrissime nostre Grand Maistre ' 
et son GonseiP, par bulle soubz plomb et forme autenticque, en 
datte du xxv" jour de Juing mil six cent trois, dernier passé, et 
estans deuement adverty de la bonne et devotte intention que Mon- 
sieur Alexandre de Vendosme a de faire profession et d'estre vestu 
de l'habit de nostre ordre, ce requérant en la présence et du vouloir 
de sa dicte Majesté, avons le dict Allexandre de Vendosme receu et 
admis à faire la dicte profession, et l'avons vestu de l'habit de la 
grande croix, telle que les prieurs et baillifz de nostre ordre ont 
accoustumé porter, avec les solempnitez et cérémonies qui ont 
accoustumé estres faictes en telles réceptions ; à condition et charge 
qu'aiant attainct l'aage porté par noz statutz et ordonnances, et sui- 
vant la dicte bulle, il fera les trois vœus substantiaulx et accoustu- 
mez en nostre dit ordre. Ce que Sa Majesté, moiennant la grâce de 
Dieu, a promis luy faire accomphr et mettre à exécution. — En tes- 
moing de ce nous avons signé ces présentes de nostre main, et faict 
sceller du scel de nos armes en nostre maison du Temple, à Paris, le 
dimanche premier jour de febvrier, l'an mil six cent quatre. 



Discours de ce qui s^est passé et des cérémonies faictes en la récep- 
tion et profession de Monseigneur Alexandre de Vendosme^ et de 
V investiture de la grande croix. 

Le vingtiesme jour de janvier l'an mil six cent quatre, le roy 
envoia ung varlet de pied vers le seigneur grand prieur de France, 
estant à Launay, près Sens, une de ses chambres prioralles^, luy 

1. Al. de Vignacourt, Maître français, 1601-IG22. Une copie de sa lettre pré- 
cède la pièce ci-jointe. Elle est du 25 juin 1603 (fol. 381). Il y a aussi un bref 
du pape, en date du 17 mai. (MM. 41.) 

2. Le Conseil ou Chapitre souverain, à Malte, était composé des Grands-Croix, 
chefs de langue ou Piliers, représentant les diverses nations de l'ordre, sous 
les noms de Commandeur, Maréchal, Hospitalier, Amiral, Drapier ou Conserva- 
teur, Turcoplier, Bailli, Chancelier. (Langues de Provence, Auvergne, France, 
Italie, Aragon, Angleterre, Allemagne, Castille.) Le Prieur de l'église était le 

'chapelain de ce chapitre, auquel se joignait encore l'évêque de Malte. 

3. Les grands prieurs de France jouissaient en propre de quatre comman- 
deries, avec leurs dépendances, et en étaient ainsi les seuls commandeurs; ce fut 
ordinairement le Temple de Paris, Choisy-le-Teraple, Launay-les-Sens, et Saint- 
Jean-de-Latran, autrement dit Y Hôpital ancien. Ces maisons portaient le nom de 



U3 

faisant sçavoir par une sienne lettre l'expedilion qui lui estoit envoyée 
de Malte en faveur de Alexandre Monsieur, fils naturel de Sa Majesté, 
et le priant, estant sa commodité, se transporter en ceste ville de 
Paris, aiant intention que son dict fils rcceu[t] par luy, suivant la 
commission et mandement du seigneur Grand Maistre et son conseil, 
l'ordre de chevalerie et feit profession en l'Hospilal Saint Jehan de 
Jherusalem. Et pour rendre cest acte plus célèbre et solempncl, et y 
faire trouver le plus de commandeurs et chevaliers qu'il se pourroit, 
aussy luy fut escript à mesme fin par le sieur de Villeroy. 

Auquel mandement le dit seigneur grand prieur s'achemina en la 
ville de Paris, y arrivant le 27*^ jour dudit mois de janvier, où il ne 
peult veoir le Roy que le samedi matin, qui estoit le dernier jour 
dudit mois de janvier, parce que Sa Majesté estoit à Saint-Germain 
en Laye, dont il ne retorna que le vendredi au soir. 

Le dit seigneur grand prieur fut gratieusement acueilly par le Roy, 
qui lui confirma de sa bouche la mesme intention; et pour le lieu à 
l'exécuter, le seigneur de Rodes, maistre des cérémonies de France, 
avoit desja recongnu la commodité de l'enclos et église du Temple, 
où sa Majesté avoit consenty, à la supplication de l'ambassadeur 
dudit ordre', que ceste cérémonie fut faicte, comme l'une des princi- 
palles maisons d^iceluy, auparavant designéeen l'église des Augustins^. 

Les princes, princesses, Messieurs le connestable, admirai, cheval- 
liers du Saint-Esprit, nonce du pape, ambassadeurs d'Espaigne et 
de Venise, Monsieur le cardinal deGondy, plusieurs evesques. Mes- 
sieurs le chancellier et les sept presidens de la grande chambre du 
Parlement, furent invitez par commandement du Roy. 

Les samedi et dimanche matin furent employez à parer la dicte 
egUse du Temple, laquelle fut tendue de fort riche tapisserie. Le 
grand autel, d'un parement de velours cramoisy parsemé de fleurs 
de lis en broderie d'or, et ung daix au dessus, de mesme ; au milheu 
du cueur, entre les chaises et formes, fut faict ung eschafault de 
deux pieds de haut, couvert de riches tapis de Turquie avec ung 
daiz au dessus, de velours violet semé de fleurs de lis en broderie 
d'or, pour la place du Roy et de la Royne. 

chambres prieurales, de même que la commanderie réservée au grand maître 
dans ctiaque prieuré portail le nom de chambre magistrale. 

1. Charles de Gaillarbois de Marconville. 

2. Les Grands-Augustins. L'église, restée célèbre par le nombre des mausolées 
et des tombes de personnages illustres qu'elle renfermait, servit ordinairement 
de lieu de réunion au Clergé de France, et quelquefois au Parlement et à la 
Chambre des comptes. C'est là que Henri lU institua l'ordre du Saint-Esprit. 

8 



^^4 

Le dimenche, du grand matin, furent posez à la première porte du 
Temple et à celle de l'église des archers de la garde, affm d'empescher 
l'entrée au peuple, l'affluence duquel eut causé de la presse et 
desordre. 

Sur les neuf heures arriva le nonce du pape, comme tost après les 
ambassadeurs d'Espaigne et de Venise, lesquelz furent menez chez 
le seigneur grand prieur de France ' , attendant l'arrivée du Roy ; et 
à raesmes fins fut aussy baillé aux sept presidentz autre logis audit 
Temple. Messieurs le cardinal de Gondy et chancellier y arrivèrent 
peu auparavant Sa Majesté, et s'en allèrent droit à l'église; comme 
aussy mesdames de Nemours et de Nevers et mademoiselle de Guise. 
Les princes, assavoir : messieurs le prince de Condé, de Montpensier, 
ducs de Guise, d'Esguillon et de Nevers, messieurs le connestable, 
admirai, duc de Monbason, le grand escuier seigneur de Termes, 
Rocquelaure, de Vitry et plusieurs autres seigneurs, y arrivèrent 
avec Sadite Majesté, sur les unze heures. 

Le Roy et la Royne estoient en une mesme carosse, et entre eulx 
deux estoit Alexandre Monsieur, lequel fut baillé par Sa Majesté 
audit seigneur grand prieur de France, qui l'attendoit avec les 
prieur de Ghampaigne , et les commandeurs et chevaliers , qui l'ac- 
compagnirent à la première porte dudit Temple, luy disant qu'il 
le menast chez luy. Puis, Sadicte Majesté suivit son chemin à Teglise, 
d'où il commanda à monsieur de Montpensier qu'il allast quérir le 
futur chevalier. 

Monsieur de Montpensier, ensemble les autres princes et mon- 
sieur de Vendosme, frère dudit Alexandre, allèrent au logis dudit sei- 
gneur grand prieur, pour accompagner à l'église le futur chevalier. 
Et parce que ladite église estoit pleine de personnes, il convint que 
lesdits princes, ledit seigneur grand prieur, commandeurs et cheva- 
liers entrassent par une petite porte du costé du refectoir des reli- 
gieux dudit Temple 2. 

Incontinent fut Fespée du futur chevalier beniste par monsieur de 

1 . Ils entrèrent par la porte spéciale de l'Hôtel prieural, dont la grande cour, 
comme on sait, était dans le genre de celle de l'hôtel de Soubise, en plus petit. 

2. Au nord de l'église, à l'extrémité Est de ce qu'on appelait la Rotonde. On 
sait que l'église du Temple de Paris, inspirée du plan du Saint-Sépulcre, était com- 
posée d'une nef circulaire avec collatéral, à laquelle on adjoignit plus tard un 
porche de deux travées, et un chœur de cinq travées, sans bas-côtés. Ce chœur 
était assez long pour permettre à une bonne partie de l'assistance d'y trouver 
place. Toutes les indications, données ici par le procès-verbal, se réfèrent à 
la troisième et à la quatrième travée du chœur. L'autel était à la quatrième. 



Sainte-Foy^ evesque de Nevers, qui célébra la messe haulle; pen- 
dant laquelle estoient les susdits placés et assis en ceste manière. 
C'est assçavoir : 

Tout joignant et au coing de la fermeture du grand autel, à main 
droicte en entrant, estoit assis en une cliaire monsieur le cardinal de 
Gondy, et derrière luy, sur ung banc, les seigneurs evesques de 
Maillesez, de Noyon, d'Angers, de BeauvaisetdeRieulx. Audessoubz 
desquels estoient monsieur le chancellier et puis les sept presidens 
de la court, et maître Anthoine Loisel, bailly du Temple et advocat 
en ladite courte 

De l'autre costé, joignant ladite fermeture du grand autel, estoient 
le seigneur grand prieur de France, assis sur une chaise de velours 
placée sur ung tapis de Turquie. A costé de luy, estoient assis le sei- 
gneur grand prieur de Ghampaigne et l'ambassadeur dudit ordre; 
et derrière iceulx, estoient debout tous les autres commandeurs et 
chevaliers. 

Plus bas et de mesme costé estoient assis sur un banc couvert de 
toille d'argent parsemé de fleur de lis d'or en broderie, ainssy qu'es- 
toient aussy les autres bancs, le seigneur nonee du pape, avec les 
ambassadeurs d'Espaigne et de Venise. 

Alentour du Roy furent toujours debout messieurs les princes, le 
grand escuier, de Rocquelaure, et plusieurs autres seigneurs; et à 
chacun costé de Sa Majesté, deux evesques : assçavoir, à main dextre, 
les evesques de Paris et de Chartres, et à la main senestre les 
evesques de Lodesve et de [Nevers] avec deux aulmosniers. 

Dedans les chaires formes estoient les princesses et ducs, mes- 
sieurs le connestable, admirai, chevaliers du Saint-Esprit, et plu- 
sieurs autres seigneurs, chacun fort pressé par la grande quantité 
de noblesse, et que le lieu pour une si grande cérémonie est fort 
petit. La musique du Roy, placée sur un échafault derrière le grand 
autel de ladicte église du Temple. 

Au futur chevalier, qui estoit habillé de satin blanc fort passe- 
raenté de clinquant, paré d'un carquama de pierreries fort riches 

1. Cette dernière phrase a été ajoutée après coup dans le procès-verbal, mais 
à la même époque. Le célèbre Loisel était directeur du bailliage du Temple, 
depuis 1595. J'ai trouvé la copie des lettres de provision de cet office, à lui 
délivrées le 30 janvier 1595, « pour récompense des services rendus à l'ordre, » 
par le grand prieur Bertrand Pelloquin. (Arch. nat., S. 5544, chap. m. Inven- 
taire en 1G32 des titres de la maison, gr. in-fol.) 

2. Large collier d'orfèvrerie, fort en usage depuis le xvi'= siècle. Cf. V. Gay, 
Gloss. archéol. 



U6 

en escharpe, comme aussy les manches de riches médalles ' , le bon- 
net de velours noir avec un petit panache blancq, ung cordon cou- 
vert de grosses et riches perles, fut vestu d'une robbe de tafîetas 
noir. Puis, s'estant mis à genoulx près le grand autel, accompaigné 
de monsieur et de madame de Vendosme et d'un commandeur député 
pour la conduicte en cette cérémonie, monsieur de Sainte-Foy, 
revestu pour célébrer la messe avec ses habitz et ornements pontifi- 
caulx, luy ayant faict quelque petite remontrance touchant sur la 
profession qu'il esperoit faire, commença la messe. 

Après l'evangille dict, le futur chevalier se présenta, vestu et paré 
comme dessus, devant ledit seigneur grand prieur de France, tenant 
en sa main un cierge de cire blanche ardent, et, s'estant mis à genoulx 
sur un coussin de velours, luy fut baillé l'ordre de chevallerie par 
ledit seigneur grand prieur, sous la forme et manière acoustumée. 
Pendant quoy le Roy, s'estant^parti de sa place et approché de ce 
lieu où estoient ledit seigneur grand prieur et ledit chevalier, aidoit 
souvent audict chevalier à repondre aux interrogations qu'on luy 
faisoit; et disoit Sa Majesté qu'il laissoit la dignité de Roy, pour 
faire office de père 2. 

L'ordre de chevallerie donné et la messe parachevée, et les prières 
et cérémonies acoustumées faictes, le nouveau chevalier se présenta 
de rechef devant ledit seigneur grand prieur, pour recepvoir la croix, 
et faire profession en la religion de l'Hospital Saint-Jehan de Jherusa- 
lem. Le Roy s'estant de rechef aproché, promist pour ledit chevalier 
nouveau que, parvenu à l'aage de seize ans completz, il feroit les 
veufz qui ont accoustumez estre faictz en ladite religion. 

Ce faict, et à l'occasion du grand nombre de peuple qui empes- 
choit le passaige, et qu'il n'estoit possible d'aller sans grande peine 
au logis prioral, où ledit seigneur grand prieur a acoustumé de 
loger,, pour y faire par ledit nouveau chevalier Tobedience acoustumée 
faire en ladite religion par les nouveaux profex, il la feit en ladite 
église, au mesme lieu où il avoit faict sa profession. Puis, estant 
devestu du manteau à bec^* duquel il avoit esté vestu, et de la robe 

1. Très employées, antiques ou non, dans la bijouterie, depuis le xv" siècle. 
Voy. div. exemples curieux dans le Gloss. des emmix du M'" deLaborde. 

2. Cf. le récit de De Thou, Hist. Univ., liv. 132, traduction française de 
Londres, 1734. T. XIV, p. 314. 

3. Manteau à pointe particulier aux grands-croix de l'Ordre, porté sur une 
robe noire ouverte par devant, à larges manches, avec la croix trois fois 
répétée, comme pour le grand maître. —Ceci était le costume de cérémonie. Par 
dessus se portait le grand cordon, en soie noire et blanche, avec de petits orne- 



447 

de taffetas, luy fut appliqué devant l'estomach par ledit seigneur 
grand prieur^ ung plastron de satin noir avec la grande croix % et 
incontinent les trompettes commencèrent à sonner en signe de 
resjouissance. 

Le Roy, la Royne, les princes et princesses, et tous les seigneurs 
qui là estoient se partirent, hors mis messieurs de Vendosme, duc de 
Montbason, le grand [escuyer] seigneur de Termes, de Rocquelaure, de 
Vitry, marquis de Cueuvre, de Viilars, et quelques autres seigneurs, 
lesquels demeurèrent par commandement de sa Majesté à disner au 
Temple, au logis prioral où sadite Majesté l'avoit faict préparer tant 
pour ledit seigneur grand prieur de France, commandeurs et cheva- 
liers, que pour les seigneurs par luy advisez. 

Les tables furent sumptueusement couvertes et servies, et en 
icelles assis, assavoir : le nouveau chevalier, au bout de la première 
table à main senestre, du coslé du feu ; messieurs de Vendosme, duc 
de Monbason, le grand [escuyer] seigneur de Termes, Rocquelaure, 
de Vitry, marquis de Gueuvre; et à main droicte, le seigneur grand 
prieur de France, Fambassadeur de l'ordre, les commandeurs et 
chevaliers, avec quelques autres gentilz hommes, tant à ung que à 
Fautre costé. 

Le disner achevé et les tables levées, se partirent les susdits sei- 
gneurs, conduisans le nouveau chevalier pour aller trouver le Roy 
chez le seigneur Zamet, où il avoit disné ^ ; ausquelz ledit seigneur 
grand prieur vouloit faire compaignie, ce qu'ilz ne voulurent per- 
mettre. 

Et quant aux petit prieur et religieux du Temple, et quelques offi- 
ciers de la justice dudit Temple, pour n'avoir trouvé place pour 
disner avec la compaignie, ilz se retirèrent en leur couvent, où leur 
disné leur fut envoie sumptueux, selon leur estât et qualité. 

menls rappelant les mystères de la Passion. — Cf. Miilin, Antiquités nationales, 
1790, t. III, p. 6, et les Mémoires mss. du bailli de Solar. Arch. nal., MM. 1-2. 

1 . A huit pointes, en soie blanche. 

2. A son fameux hôtel de la rue de la Cerisaie, près de la Bastille. 



BIBLIOGRAPHIE. 



Histoire de Charles VII, par G. du Fresne de Beaucodrt. Tome I : Le 
Dauphin (lxxxvii-480 pages) ; tome II : Le roi de Bourges (66S p.) ; 
tome III : Le réveil du Roi (544 pages). Paris, librairie de la Société 
bibliographique, ^88^-'1885, 3 vol. in-8°. 

M. de Beaucourt vient de faire paraître le troisième volume de son 
Histoire de Charles VII. La Bibliothèque de l'École des chartes n'a pas 
encore parlé de cette importante publication ; il convient donc d'en faire 
connaître toute la valeur et de dire avec quelle habileté l'auteur a su 
mettre en œuvre la masse énorme de documents qu'il a recueillis. Le 
règne de Charles VII est en efifet l'une des époques les plus remarquables 
de l'histoire de France : le pays, longtemps déchiré par l'invasion étran- 
gère et les guerres civiles, reprit par l'expulsion des Anglais une vitalité 
et une cohésion nouvelles; les grandes institutions, devenues si. floris- 
santes dans la suite, prirent naissance sous une administration répara- 
trice, et le gouvernement acquit alors un caractère jusque-là inconnu 
d'unité, de régularité et de permanence. 

Fruit de vingt-cinq ans de recherches et de travaux assidus, l'ouvrage 
de M. de Beaucourt paraît être le dernier mot de l'histoire sur le règne 
de Charles VII. On a accusé l'auteur d'avoir peint le roi sous des cou- 
leurs trop avantageuses et d'avoir écrit son livre avec un parti pris de 
réhabilitation. Il semble cependant qu'après tant d'années de prépara- 
tion, après s'être si longtemps imprégné des documents contemporains, 
l'enthousiasme des premiers jours et le désir bien naturel de glorifier 
son héros, s'ils ont jamais existé, ont dû singulièrement se refroidir 
pour faire place à une impartialité absolue" et à un amour exclusif de 
la vérité historique. Il est vrai que M. de Beaucourt nous présente 
Charles VII sous un jour assez différent de celui sous lequel on l'a géné- 
ralement considéré. Ce n'est plus Charles VII le « bien servi, » devant 
à ses ministres la gloire de son règne et les grandes institutions dont il 
dote son royaume; c'est Charles VII le « -victorieux, » le « restaurateur 
de la France, » le prince qui, à peine sur le trône, selon l'expression de 
Miguet, « montre les vues d'un législateur et les vertus d'un roi. » 
Faut -il faire de ce portrait un crime à l'historien, si la figure de 



^49 

Charles YII, longtemps obscurcie, brille à la lumière des documents 
d'un éclat inconnu jusqu'à présent, et si ses grandes qualités et la part 
capitale qu'il prit aux événements de son règne, rassortent avec évidence 
de l'étude approfondie des hommes et des choses de son temps? Si 
M. de Beaucourt nous montre le roi exerçant dans le gouvernement du 
royaume une grande influence personnelle, c'est que tel est le résultat 
auquel l'ont conduit ses longues et patientes recherches. 

L'histoire de Charles VII, telle que la comprend l'auteur, doit être 
« l'exposé du rôle du roi dans les événements accomplis sous son règne. » 
Pour arriver à une peinture véridique de ce rôle, M. de Beaucourt a 
pensé qu'il fallait « faire sortir Charles VII de l'obscurité où il n'a cessé 
d'être plongé, » et mettre en pleine lumière cette royale figure. Il a 
divisé son ouvrage en six livres, correspondant chacun à une période du 
règne. Le premier livre, intitulé : Le Dauphin (1403-1422), conduit 
Charles VII jusqu'à son avènement au trône; le second : Le roi de 
Bourges (1422-1435), s'arrête au traité d'Arras et à la réconciliation avec 
la Bourgogne; le troisième : Le réveil du Roi (1435-1444), s'étend jusqu'à 
la conclusion de la trêve avec l'Angleterre; les trois derniers livres 
doivent traiter de l'histoire de Charles Vil pendant la trêve (1444-1449), 
de l'expulsion des Anglais (1449-1453), enfin des dernières années du 
règne (1453-1461). Dans chaque période, l'auteur étudie : d'abord, les 
événements militaires, sans insister sur les détails, qui ont été déjà 
donnés par les historiens antérieurs, mais en rectifiant et en complétant 
un grand nombre de données chronologiques ; ensuite, l'histoire poli- 
tique intérieure, c'est-à-dire qu'il expose les influences qui s'agitent 
autour du roi et la direction imprimée par celui-ci au gouvernement du 
royaume; puis l'histoire diplomatique, côté presque entièrement neuf, 
qui n'avait pas encore été étudié à fond et que M. de Beaucourt a su 
traiter avec une rare sagacité et une grande clarté d'exposition ; enfin, 
chaque livre est terminé par le tableau de l'état des institutions, de 
l'administration du royaume, des réformes entreprises, des innovations. 
Nous allons prendre successivement chacun des trois volumes déjà 
parus et signaler les points nouveaux, les faits éclaircis et fixés défini- 
tivement. 

Dans le premier livre, le seul fait qui soit sujet à controverse, c'est 
le meurtre de Montereau. Depuis plus de quatre siècles, le procès est 
pendant : le Dauphin fut-il complice de l'assassinat de Jean Sans-Peur, 
ou faut-il seulement en accuser ses gens? Y eut-il, ou non, prémédita- 
tion? M. de Beaucourt croyait avoir résolu cette double question : il 
avait établi, semblait-il, d'une façon péremptoire, non seulement que 
Charles n'était pas complice du meurtre, mais encore que ses conseil- 
lers ne l'avaient pas prémédité et que tout était fortuit dans ce tragique 
événement, lorsqu'un document d'une extrême importance, que l'auteur 
n'avait pas connu lors de son premier volume et qu'il a publié en 



\20 

appendice au second, est venu tout remettre en cause. C'est un vidimus 
contenant plusieurs pièces de 1425 et 1426, ayant toutes pour but de 
décharger Robert le Maçon, ancien chancelier du Dauphin, de toute 
participation au meurtre de Montereau. Il résulterait de cette pièce non 
seulement que le meurtre fut prémédité, mais encore que Charles con- 
nut le complot et laissa faire. Au premier abord, ce document semble 
concluant et absolument inattaquable ; il est impossible de contester son 
authenticité extrinsèque. Cependant, il y a lieu de se demander si cette 
pièce, qui ne porte que la signature d'un seul notaire et n'a jamais été 
scellée, n'a pas été fabriquée, quant à son contenu, au milieu de la lutte 
entre Giac et La TrémoïUe, dans un but impossible à déterminer à 
l'heure actuelle. Quoi qu'il en soit, la question reste en suspens et semble 
ne devoir jamais être résolue d'une manière inattaquable. 

Le second livre, Le roi de Bourges, contient un plus grand nombre de 
problèmes, que M. de Beaucourt est parvenu à résoudre avec beaucoup 
d'habileté. Il y a d'abord les accusations d'immoralité, d'amour des 
plaisirs et d'inertie qu'on a portées contre la jeunesse de Charles VII. 
Parmi les maîtresses qu'on lui attribue, la seule qui présentât quelque 
vraisemblance est Jeanne Louvet, la fille de ce fameux président de 
Provence dont la puissance fut si grande dans le gouvernement, au 
commencement du règne. On disait que ses relations avec le roi dataient 
de 1422; or, M. de Beaucourt établit qu'elle ne vint à la cour qu'en 
1425, alors qu'elle était déjà mariée depuis six ans; et aucun indice 
n'autorise à penser qu'elle y ait joué le rôle qu'on lui attribue. L'accu- 
sation de trop aimer le plaisir et la dépense n'a pas plus de fondement; 
il n'y a qu'à voir les registres des comptes pour s'en convaincre; la 
pénurie du trésor ne permettait pas de dépenses de ce genre, et le 
fameux mot de La Hire, qu'on ne pouvait perdre plus gaiement son 
royaume, est une invention d'un historien du xvi^ siècle. Quant au 
reproche d'inertie, il n'est plus possible de le maintenir en présence des 
faits matériels relevés jour par jour; la seule chose qu'on puisse repro- 
cher à Charles, c'est sa déplorable faiblesse de caractère et sa facilité à 
laisser le pouvoir aux mains des favoris indignes qu'il se donne ou 
qu'on lui impose. M. de Beaucourt reconnaît d'ailleurs loyalement cette 
« faulte de bonne conduite » du roi; surtout dans le chapitre intitulé 
« Le gouvernement du connétable », il ne se fait pas faute de juger sévè- 
rement le roi, de montrer sa facilité à se laisser dominer par ses favoris, 
son peu d'énergie à se soustraire à l'influence de Richemont et ses 
colères passagères, bientôt éteintes, lors des assassinats de Giac et de 
Le Camus de Beaulieu. Mais, néanmoins, il faut rendre justice à cha- 
cun, et ce n'est pas le roi, c'est Richemont, « ce rude Breton que rien 
n'arrête quand il s'agit d'arriver à son but, » que M. de Beaucourt rend 
responsable des malheurs du royaume pendant cette lamentable 
période qui s'étend de 1425 à 1433; c'est lui qui força le roi, malgré sa 



^2^ 

répugnance, à prendre La Trémoïlle comme ministre et qui ne craignit 
pas de rallumer la guerre civile pour renvers^er ce nouveau favori. 

La conduite de Charles VII envers Jeanne d'Arc n'est pas étudiée 
avec moins de précision. On a accusé le roi de n'avoir rien fait pour 
délivrer la Pucelle et, par conséquent, d'avoir montré à son égard la 
plus noire ingratitude. Le roi, dit-on, avait deux moyens de la déli- 
vrer : payer sa rançon ou l'arracher de vive force à ses ennemis. Pour 
la première hypothèse, il est clair que Jeanne d'Arc ne pouvait être 
rachetée que tant qu'elle était aux mains du pouvoir militaire ; du jour 
où elle était remise comme hérétique entre celles du pouvoir ecclésias- 
tique, il n'y avait plus à penser à une rançon. Or, rien ne prouve que 
Charles n'en ait pas offert une à Jean de Luxembourg ; deux lettres, 
émanées de l'Université de Paris, semblent même étabUr le contraire. 
La seconde hypothèse était impossible à exécuter ; l'état des troupes 
françaises ne le permettait pas, et les Anglais, en cas d'une attaque, 
auraient bien su mettre leur prisonnière en sûreté. Et cependant le roi 
a peut-être tenté d'enlever Jeanne de Rouen par surprise : en mars 
1431, le bâtard d'Orléans et La Hire, qui tenaient garnison à Louviers, 
firent deux entreprises sea^ètes contre les Anglais ; n'aurait-ce pas été 
deux coups de main tentés dans le but de sauver la Pucelle? D'ailleurs, 
les Anglais voulaient à tout prix le procès de Jeanne; il y allait de 
l'honneur du roi de France et ils espéraient bien le déshonorer en fai- 
sant condamner comme hérétique une fille qui l'avait fait sacrer et en 
qui il avait mis sa confiance. Rien ne pouvait donc arracher Jeanne 
à son sort et il serait injuste de rendre Charles YII responsable de son 
trépas. 

L'histoire diplomatique que contient ce second volume est extrême- 
ment importante ; elle ne comprend pas moins de deux cent cinquante 
pages, remplies de faits nouveaux du plus grand intérêt. La partie qui 
traite des négociations de Charles VII avec le concile de Bàle et celle qui est 
relative à la conclusion du traité d'Arras sont surtout très remarquables. 
Les deux chapitres qui terminent le volume sont consacrés à l'admi- 
nistration du roi de Bourges ; c'est un tableau navrant de l'état déplo- 
rable dans lequel tomba le royaume pendant cette période ; on y voit 
l'autorité affaiblie, le désordre introduit partout, les finances gaspillées, 
les peuples opprimés par les gens de guerre. Heureusement, le roi va 
bientôt sortir de la tutelle de ses favoris et prendre en main l'adminis- 
tration de son royaume. 

Nous assistons dans le livre troisième à cette transformation du 
monarque, qui, « par degrés et d'une façon presque insensible, » sort 
« de cette inaction où, par un fâcheux concours de circonstances, il 
avait été si longtemps plongé. » Ce « réveil du roi, » dû à l'influence 
de ses fidèles conseillers, la reine Yolande de Sicile, Charles d'Anjou 
et le bâtard d'Orléans, ne tarde pas cependant à se manifester : au point 



422 

de vue militaire, il se signale par les prises de Paris, de Montereau et 
de Pontoise, par le voyage de Tartas et la campagne de Guyenne; dans 
l'ordre administratif, par l'ascendant que prend la personne du roi dans 
la conduite des affaires, par les réformes dans l'administration de la jus- 
tice, des finances et du domaine royal, et surtout par la grande ordon- 
nance de 1439, qui commence la réforme de l'armée, met un frein aux 
pilleries des gens de guerre et pose les bases de l'organisation définitive 
que Charles VII va bientôt donner à ses troupes par la création des 
francs-archers et des compagnies d'ordonnances; dans l'ordre de la 
politique intérieure, par l'énergique impulsion donnée aux affaires, par 
le choix de conseillers éclairés et honnêtes, par la vigoureuse répression 
des intrigues des seigneurs mécontents de voir le roi sortir de tutelle et 
agir par lui-même ; les deux chapitres oii M. de Beaucourt traite de la 
Praguerie et de l'assemblée des princes à Nevers, en 1442, sont certai- 
nement des meilleurs du livre. Enfin, au point de vue de la diplomatie, 
l'action personnelle de Charles VII se fait vivement sentir dans les négo- 
ciations longues et compliquées qui finirent par amener en 1444 la 
conclusion d'une trêve avec l'Angleterre. Pour les rapports avec les 
autres puissances, le rôle de la France, pendant cette période, est assez 
effacé ; elle noue, il est vrai, quelques relations avec le duc d'Autriche, 
mais ne tire aucun profit de ses alliances avec l'Ecosse et la Castille. Il 
n'en est pas de même de son intervention dans les aflaires de l'Église : 
les relations de Charles VII avec le pape et le concile de Bâle sont au 
contraire très actives. Le but persistant de la politique royale fut la 
réconciliation entre le pape et le concile en révolte ; elle ne put s'accom- 
plir, mais, grâce à l'habile et puissante influence du roi, le pape va 
bientôt triompher, et, comme prélude de ce triomphe, le conciliabule 
de Bâle, abandonné de tous ses soutiens, se sépare au mois de mai 1443. 
Dans les deux chapitres qu'il consacre aux rapports du roi avec l'Église, 
M. de Beaucourt fait une large part à la Pragmatique sanction. Cette 
charte de l'église gallicane n'était qu'un « choix des décrets du concile 
de Bâle adaptés aux besoins et aux coutumes du royaume, choix ins- 
piré par les passions du temps. » Elle réglait les rapports de l'Église et 
de l'État sur des bases que la papauté ne pouvait admettre; le but des 
légistes qui l'avaient rédigée était de constituer une église nationale, 
soustraite à la suprématie du souverain pontife ; aussi celui-ci ne cessa- 
t-il de réclamer l'abrogation de la Pragmatique. Charles VII n'y fut 
pas complètement opposé; il y a même à ce sujet un point tout à fait 
nouveau, que M. de Beaucourt est le premier à signaler : c'est un pro- 
jet de concordat entre le pape et le roi, en 1443, établi sur des bases 
beaucoup plus larges que celles du concordat de Léon X. Pourquoi 
l'accord ne fut-il pas conclu ? On ne sait malheureusement rien à cet 
égard. 
Le troisième livre de VHistoire de Charles VII est moins sujet à con- 



423 

troverse que le second ; tous les points que nous venons d'exposer som- 
mairement sont bien établis et nul n'a songé à les contester. Un seul a, 
jusqu'à présent, divisé les historiens ; nous croyons que M. de Beaucourt 
l'a résolu : c'est la question d'Agnès Sorol. Il y a à ce sujet une légende 
qui court tous les livres et qu'il sera peut-être impossible de déraciner 
jamais complètement. C'est, dit-on, à Agnès Sorel, c'est à son inlluence 
sur le roi qu'il faut attribuer la merveilleuse transformation qui s'est 
opérée en lui à partir de 1437. Voici comment M. de Beaucourt fait 
justice de cette étrange fable. De l'aveu de tous, il n'y a pas un acte, 
pas un article de compte qui fasse mention d'Agnès avant 1444, 
tandis que, après cette date, les documents abondent. C'est déjà un 
premier point. On a en outre les deux témoignages de Monstrelet, qui, 
en 1445, parle des récents rapports du roi et d'Agnès, et de Jean Char- 
tier, qui, au moment de sa mort (février 1450), dit qu'elle lit partie de la 
maison de la reine pendant environ cinq ans. Or, un article de compte 
du commencement de 1444 montre qu'à cette époque Agnès était encore 
au service d'Isabelle de Lorraine, reine de Sicile, qui ne revint de Naples 
qu'en 1440 et ne reparut à la cour de Charles VII qu'en février 1443. 
C'est donc, au plus tôt, dans les premiers mois de 1443 que commen- 
cèrent les relations du roi et de la « dame de Beauté. » Par conséquent, 
il y a impossibilité absolue à ce que, en 1436, elle fût déjà la maîtresse 
du roi et arrachât son royal amant à la léthargie dans laquelle il était 
plongé. C'est là un point important acquis désormais à l'histoire. On a 
vu que ce n'était pas le seul problème historique résolu par l'auteur, et 
nous sommes persuadé que les derniers volumes consacreront déhni- 
tivement toute la valeur de son œuvre. 

Léon Legestre. 



Jeanne d'Arc, par Marius Sepet. Tours, A. Marne et fils. -1885, grand 
in-8'', xi-563 p. 

A cette même place, il y a seize ans% nous avons fait connaître à 
nos lecteurs la première édition de l'ouvrage dont le titre est transcrit 
ci-dessus. Les vœux que nous formions alors pour le succès de cette 
nouvelle histoire de Jeanne d'Arc se sont réalisés, l'ouvrage a été accueiUi 
avec bienveillance par le public. Ce succès, attesté par de nombreuses 
éditions, a mérité à la Jeanne d'Arc de notre confrère M. Sepet d'en- 
trer dans la catégorie de ces livres d'élite, que la puissante maison 
Mame sait orner d'une illustration demandée à nos meilleurs artistes. 
Pour répondre dignement à cette forme plus belle, l'auteur a voulu, de 
son côté, revoir son œuvre primitive et, tout en améliorant son ancien 

1. "Voyez Bibliothèque de l'École des chartes, 6* sér., t. V, p. 704-705. 



424 

texte, il l'a fait précéder et suivre de développements nouveaux, sur 
lesquels nous désirons attirer un moment l'attention de nos lecteurs. 

De même que le chapitre préliminaire est devenu une introduction, 
de même le dernier chapitre de l'ouvrage primitif a donné naissance 
dans la nouvelle édition à un livre entier, comme nous l'allons montrer 
rapidement. L'Introduction est divisée en deux chapitres : 1° les Ori- 
gines françaises. — La France avant Jeanne d'Arc ; 2° La France au temps 
de Jeanne d'Arc. C'est un résumé clair et précis, mais sans sécheresse, 
de l'histoire de la France jusqu'au temps de Jeanne d'Arc, et l'exposé 
de la situation matérielle et morale de notre pays au moment où Jeanne 
arrive à la cour de Charles Vil; on voit passer dans un tableau, dont 
les couleurs sont empruntées à ce que l'érudition française a fourni de 
meilleur dans ces quinze dernières années, l'Église, la Royauté, la 
Noblesse, la Bourgeoisie et le Peuple ; l'instruction publique, les lettres 
et les beaux-arts ne sont pas oubliés, et le lecteur se trouve placé, autant 
que faire se peut, dans le milieu historique où a vécu la Pucelle. Tous 
les développements que donne l'auteur, tous les traits qu'il cite se rap- 
portent à cette idée : faire mieux comprendre dans quelle position était 
la France en 1429 et en face de quels hommes et de quels événements 
allait se trouver Jeanne d'Arc. 

Passant par-dessus le corps même de l'ouvrage, qui nous semble 
suffisamment connu, nous arrivons au dernier livre, que l'auteur a inti- 
tulé : la Gloire. C'est dans cette partie que M. Sepet a développé en 
trois chapitres quelques pages de son premier travail. Tandis que, dans 
le chapitre i^'', il nous retrace l'Expulsion des Anglais, comme un succès 
posthume de son héroïne, et les audacieuses supercheries de la fausse 
Jeanne d'Arc (Jeanne des Armoises) ; dans le second, intitulé : Réhabi- 
litation, il donne, surtout d'après le mémoire du célèbre canoniste 
Théodore de Leliis , une réfutation complète des accusations portées 
contre la Pucelle, et montre comment s'est effectuée la révision de son 
injuste procès. La réaction dans les esprits a été d'autant plus prompte 
que la condamnation avait été plus inique. Dans un dernier chapitre, 
la Postérité, l'auteur s'est proposé de passer en revue les vicissitudes 
subies par la mémoire de Jeanne et les diverses manifestations aux- 
quelles elle a donné lieu dans l'histoire, depuis Monstrelet et Jean de 
Wavrin jusqu'à M. Wallon; dans la poésie, depuis Christine de Pisan 
et Villon jusqu'à nos poètes contemporains tant français qu'étrangers ; 
il a interrogé les annales du théâtre français, depuis le fameux Mistère 
du siège d'Orléans jusqu'au drame en vers et à l'opéra de MM. P.-J. 
Barbier et Ch. Gounod, qui ont si bien su faire vibrer en nous la fibre 
patriotique; et soit ses jugements, soit les extraits qu'il donne de ces 
œuvres si diverses font bien apprécier la valeur de chacune d'elles. 
M. Sepet a passé aussi en revue les œuvres d'art, peintures ou sculp- 
tures dans lesquelles on a essayé de représenter la Pucelle; il a recueilli 



425 

avec soin le souvenir des panégyriques prononcés chaque année à 
Orléans, dans la belle fête du 8 mai, une des dernières qui nous soient 
restées de l'ancienne France. 

L'auteur, comme il le dit lui-même dans sa Préface, n'a pas visé à 
composer une œuvre de haute érudition, mais il a mis tous ses soins à 
faire passer dans l'esprit de ses lecteurs, avec l'admiration et le respect 
qui sont dus à la mémoire de Jeanne d'Arc, une connaissance plus 
exacte de ses actions, d'après les découvertes les plus récontes de l'éru- 
dition française et principalement de l'École des chartes. Il a mis à 
profit, pour l'histoire proprement dite, les premiers volumes de la 
savante Histoire de Charles VU, par M. de Beaucourt, les remarquables 
articles que M. Siméon Luce a publiés dans la Revue des Deux-Mondes 
sur Jeanne d'Arc et le culte de saint Michel, sur Jeanne d'Arc et les ordres 
mendiants, et sa belle Histoire de B. du Guesclin et de son époque ; les 
Nouvelles recherches sur la famille de Jeanne d'Arc, par E. de Bouteiller 
et Braux; pour l'archéologie et les institutions, V Histoire du Costume de 
notre si regretté maître J. Quicherat, le Dictionnaire d'architecture de 
VioUet-le-Duc, la Chevalerie, par M. Léon Gautier, l'inspirateur pre- 
mier de la Jeanne d'Arc et le conseiller de la nouvelle édition ; enfin les 
propres travaux de l'auteur sur les Prophètes du Christ et le Théâtre au 
moyen âge, etc. C'est donc mieux qu'un livre illustré que nous avons le 
plaisir de signaler à nos lecteurs, c'est un livre mis au courant de la 
science historique et digne d'un érudit ami des lettres et du bon style. 

A. Bruel. 



La Renaissance en France^ par Léon Palustre, illustrations sous la 
direction de Eugène Sadoux, \\^ et \2^ livraisons : Bretagne 
(Ille-et-Vilaine, Gôtes-du-Nord, Finistère, Morbihan, Loire-Infé- 
rieure). Paris, Quantin, 4885, in-fol., planches à l'eau-forte. 

M. Léon Palustre vient de reprendre la publication dont nous avons 
annoncé ici les premiers fascicules. Deux livraisons ont paru dans le 
courant de l'année 1885; elles embrassent tous les monuments de la 
Renaissance compris dans les départements formés de l'ancienne pro- 
vince de Bretagne. 

L'étude de ce pays, qui a toujours conservé une si frappante origina- 
lité, inspire à M. Palustre des observations intéressantes. Ainsi, les 
monuments de la Renaissance présentent ici un caractère singulier. 
L'accessoire prend bien plus d'importance que le monument lui-même. 
Tandis que l'église et le sanctuaire conservent des proportions modestes, 
les constructions secondaires, le clocher, le porche, la sacristie, l'os- 
suaire atteignent parfois des dimensions démesurées. La Bretagne n'a 
guère connu le style gothique avant la fin du xv« siècle ; la nature des 



126 

matériaux qu'elle tire de son sol a toujours imposé à ses architectes 
une grande sobriété dans la décoration des édifices. La cathédrale de 
Quimper est le type de l'église de style flamboyant. Là, comme par- 
tout ailleurs, la construction principale est négligée; aucune église 
de Bretagne ne possède de déambulatoire autour du chœur. Tout le 
soin de l'architecte se porte sur les détails et les accessoires. Tels sont 
les caractères essentiels de l'architecture religieuse bretonne d'après 
M. Palustre. 

Le tombeau de Guillaume Guégen serait le premier monument 
breton inspiré par les modèles de la Renaissance. M. Palustre a eu 
la bonne fortune de le découvrir derrière une boiserie de la cathé- 
drale de Nantes; dans la même église, se trouve une chapelle, dite de 
Thomas le Roy, datant à peu près de la même époque. La chapelle du 
Saint-Sacrement, dans la cathédrale de Vannes, érigée pour servir de 
monument funéraire, fut élevée en 1537. Elle offre de frappantes ana- 
logies avec la décoration du prieuré de Piaule, construit vers 1532 par 
un artiste qui a signé son œuvre. C'est un Italien nommé Jean Danielo, 
dont la biographie est esquissée par M. Palustre à grands traits. 

Puis, l'auteur passe successivement en revue l'église Notre-Dame, de 
Guingamp, construite de 1535 à 1581, le clocher de l'église Saint- 
Matthieu, à Morlaix, érigé par Yves Groazec en 1548, l'église de Bulat, 
bâtie en 1552 par Fouquet Jehanou, la table à offrandes de cette même 
église, monument unique en son genre, l'absidiole de la chapelle du châ- 
teau, à Yitré, la cathédrale de Rennes, dont le chœur fut commencé 
par Thomas Pihourt en 1527, enfin, la chapelle de Kerfons, près Lan- 
nion, datée de 1559. 

La Bretagne est le pays par excellence des clochers à flèche aiguë. 
L'architecte de Saint-Pol de Léon, nommé Greizker, a donné l'exemple. 
Ce modèle a eu beaucoup d'imitateurs. M. Palustre cite et décrit les 
clochers de Landivisiau (hn du xvi^ siècle), de Pontcroix, de la Roche- 
Maurice, de Berven (1575), de Pleyben. 

Il passe ensuite aux porches des églises (p. 39). Ils prennent, au 
xvi« siècle, une importance excessive, dont le moyen âge offre peu de 
spécimens. La Bretagne en possède un certain nombre. Les plus remar- 
quables ayant date certaine se voient à Bulat (1520), à Daoulas (1566), 
à Landerneau (1616), à Bodilis (1601), enfin à Pleyben, Saint-Thégon- 
nec, Ploudiry, Guimiliau. 

Certains bénitiers, ceux de Landerneau et de La Martyre (1601) 
notamment, constituent de petits monuments complets, qui méritent 
d'attirer un instant l'attention. 

Nulle province n'a donné à la décoration des ossuaires et des cha- 
pelles des cimetières une importance égale à celle que ces différents 
monuments ont reçue en Bretagne. Le plus vaste de ces ossuaires, qui 
rappellent la forme consacrée des châsses, se trouve à Saint-Thégonnec. 



^27 

Après celui-là, M. Palustre cite ceux de la Roche-Maurice et de Plou- 
diry (1635), ornés l'un et l'autre d'une curieuse Danse macabre, puis 
ceux de Sizun (1588), de Pencran (1594), de La Martyre (1619), enfin 
celui de Roscoff, percé de nombreuses fenêtres, mais sans porte. 

Les petites chapelles du cimetière de Saint-Jean-du-Doigtet do Plou- 
gasnon, cette dernière d'une si bizarre originalité, appartiennent aussi 
à la catégorie des monuments funéraires. L'entrée monumentale du 
cimetière de Saint-Thégonnec est encore un exemple remarquable du 
culte pieux des Bretons pour les morts. 

Avec l'arc de triomphe de Sizun (1588), l'auteur arrive à une série de 
monuments bien particuliers à la Bretagne. Nulle part un aussi grand 
développement n'a été donné à ces calvaires, qu'il était d'usage d'édifier 
jadis à l'entrée des villages. Les plus connus et les plus remarquables 
sont les calvaires de Plougouven, près Morlaix (1554), de Guimiliau 
(1581-1588), de Plougastel-Daoulas (1602-1604), de Saint-Thégonnec 
(1610), de Pleyben (1650). Ce dernier, construit par Yves Ozanne, bien 
que d'une date assez rapprochée, a conservé les traditions archaïques du 
siècle précédent. Les fontaines sacrées, rendues nécessaires par la mul- 
tiplicité et l'affluence des pèlerinages, affectent quelquefois un caractère 
architectonique remarquable, comme à Guingamp et à Saint- Jean-du- 
Doigt. 

Les vitraux encore existants dans les églises de Bretagne offriraient 
à eux seuls un vaste sujet d'études. M. Palustre les rattache à trois 
centres différents de fabrication, qu'il place à Rennes, à Tréguier et à 
Quimper. On connaît les noms de nombreux verriers bretons du xvi« s., 
mais il a été impossible jusqu'ici de déterminer l'œuvre de ces habiles 
maîtres. Les plus beaux vitraux de Bretagne, ceux de l'église des Iffs, 
portent la date de 1587. 

A part celui de Folgoat, qui est en pierre de Kersanton, presque tous 
les jubés de Bretagne, notamment ceux de Roche-Maurice, de Saint- 
Fiacre, de Lambader, de Kerfons, de Saint-Herbot et de Sainte-Avoye, 
sont en bois. Le jubé de Sainte-Croix de Quimperlé, dont il ne reste 
que des fragments, mais dont on connaît la date (1540), fut construit 
par exception en pierre. 

L'auteur arrive ensuite (p. 76) à un des monuments les plus célèbres 
de la province, le tombeau du dernier duc de Bretagne, François II, 
érigé par les soins de la reine Anne dans l'église des Carmes, et rétabli, 
en 1817, dans la cathédrale de Nantes. Grâce aux travaux de ceux qui 
l'ont précédé, M. Palustre a pu reconstituer la biographie du grand 
artiste tourangeau, qui a attaché son nom à l'exécution de ce chef- 
d'œuvre. D'après lui, Michel Colomb serait l'auteur des principales 
figures, des gisants et des statues allégoriques des angles. 

M. Palustre arrive ensuite à la description de ce tombeau de Michel 
Guégen, conservé dans la cathédrale de Nantes, dont on lui doit la 



Hi^ 



^28 

découverte. Il s'occupe ensuite du remarquable monument élevé, après 
1504, à la mémoire de Thomas James dans la cathédrale de Dol. Ce 
tombeau est l'œuvre des deux frères Antoine et Jean Juste. M. Palustre 
conteste la participation du troisième frère André Juste, dont il ignore 
l'âge et la véritable qualité. Or, d'une pièce contemporaine, publiée 
naguère dans les Nouvelles Archives de l'Art français (1879, p. 8-10), il 
résulte qu'André était sculpteur ou imagier comme ses frères, et qu'âgé 
de vingt-six ans en 1513, lors de sa naturalisation, il était né en 1587. 

Le tombeau de Guy d'Espinay, à Ghampeaux, exécuté de 1551 à 1553 
par un auteur inconnu, offre de très curieux essais de polychromie. 

Pour terminer la revue des édifices que le xvi^ siècle a laissés en 
Bretagne, M. Palustre décrit sommairement les châteaux de Ghàteau- 
briant, de Nantes, de la Motte-Glain, de Josselin, de Haute-Goulaine, 
de Blain, de Kerjean ; le dernier, surnommé le Versailles de la Bre- 
tagne, avec ses allures de forteresse, a été édifié par un architecte 
inconnu, sur un plan gigantesque. Les curieuses maisons de Morlaix, 
dites à lanterne, et celles de Saint-Brieuc, qui portent la date de 1572, 
terminent cette étude. 

L'infatigable et consciencieux collaborateur de M. Palustre, M. Eugène 
Sadoux, a exécuté presque seul toutes les illustrations de ces deux 
livraisons, dessins et eaux-fortes. Notons, à ce sujet, une innovation 
imposée probablement par des mesures d'économie. Tandis qu'aupara- 
vant toutes les vues d'ensemble ou de détail étaient gravées à l'eau- 
forte, un certain nombre de dessins sont reproduits cette fois par les 
procédés nouveaux, qui permettent de les tirer avec le texte. Le 
lecteur n'y perd rien, car cette modification a permis d'augmenter le 
nombre des gravures. 

Yoici la liste des monuments reproduits dans ces deux livraisons ^ : 

lie livr. François II, duc de Bretagne, par Michel Colomb, p. 3. 

Sacristie de V église de Bulat (pi. hors texte). 

Abside de Sizun, p. 11. 

Tombeau de Guillaume Guegen, p. 13. 

Chapelle de la collégiale Notre-Dame, à Nantes, p. 15. 

Chapelle du Saint-Sacrement, à Vannes, p. 21. 

Porte occidentale de l'église de Guingamj}, p. 23. 

Clocher de l'église Saint-Matthieu, à Morlaix, p. 25. 

Table à offrandes de Véglise de Bulat, p. 27. 

Absidiole de la chapelle du château, à Vitré, p. 29. 

Chapelle de Kerfons, p. 31. 

Clocher de Pleyben (pi. hors texte). 

1. Les titres en italique sont ceux des gravures à l'eau-forte; les autres 
gravures sont exécutées par le procédé Gillot. 



^29 

Clocher de la Roche-Maurice, p. 35. 

Clocher de Derve?i, p. 37. 

Sacristie de l'église de Bulat (pi. hors texte). 

Porche de l'église de Ploudiry, p. 41. 

Intérieur du porche de Guimiliau, p. 43. 

Bénitier de Landerneau, p. 44. 

Bénitier de La Martyre, p. 45. 

Ossuaii'e de Saint-Thégonnec (pi. hors texte). 

Ossuaire de Roscoff, p. 48. 

La chapelle de Saint-Jean-du-Doigt, p. 49. 

Chapelle de Plougasnou, p. 51. 

12« liv. Les neveux de Thomas James à la cathédrale de Dol, p. 55. 

Entrée du cimetière de Saint-Thégonnec, p. 57. 

Arc de Sizun, p. 59. 

Fontaine de Saint-Jean-du-Doigt (pi. hors texte, gravée par L. Gautier<). 

Jubé de la Roche-Maurice, p. 71. 

Fragment du jubé de Quimperlé, p. 73. 

Tombeau de François II (pi. hors texte, gravée par Gaujean). 

Visage extérieur de la Prudence, par Michel Colombe, p. 81. 

Statue de François Jïamon, évêque de Nantes, p. 85. 

Tombeau de Dol (pi. hors texte). 

Tombeau de Guy d'Espinay, à Champeaux, p. 93. 

Mâchicoulis du château de Nantes, p. 95. 

Château de Chdteaubriant (pi. hors texte). 

Grand escalier de Châteaubriant, p. 97. 

Porte à Dinant, p. 99. 

Château de Kerjean (pi. hors texte). 

Chapelle de Kerjean, *p. 102. 

Entrée du château de Kerjean, p. 103. 

Puits de Kerjean, p. 105. 

Château de Carheil, p. 107. 

Maison de 1572, à Saint-Brieuc, p. 109. 

Détail du jubé de Quimperlé, p. 110. J.-J. Guiffrey. 

Inventaire analytique des archives du ministère des affaires étran- 
gères : Correspondance politique de MM. de Castillan et de Maril- 
lac, ambassadeurs de France en Angleterre [\o^l-\'6^2].^ publiée, 
sous les auspices de la Commission des archives diplomatiques, 
par M. Jean Kaulek, avec la collaboration de MM. Louis Farges et 
Germain Lefèvre-Pontalis. Paris, F. Alcan, 4885. In-S", xxii- 
499 pages. 
Le bureau historique des archives du ministère des affaires étran- 

1. Toutes les gravures dont l'auteur n'est pas nommé sont de M. Eug. Sadoux. 

9 



^30 

gères a, depuis sa fondation, donné plus d'une preuve de son activité. 
L'inventaire-sommaire, publié depuis un an déjà, est un précieux 
répertoire que tout le monde a entre les mains et que de nombreux 
travailleurs ont déjà feuilleté. Aujourd'hui, le volume des dépèches 
adressées par Gastillon et Marillac à François !«■■, et des lettres du roi 
à ces deux ambassadeurs, ouvre une ère nouvelle dans l'histoire diplo- 
matique du xvi^ siècle. Que de détails ignorés, dans ces 445 pièces iné- 
dites, pour une période restreinte de cinq années 1 A côté de curiosités 
locales, comme l'aifaire du pont de la Cauchoire, près Ardres, qui 
donna lieu à bien des pourparlers, que de précieuses indications pour 
le futur historien de la politique extérieure de François !«='' ! Bien que 
consacré exclusivement aux relations diplomatiques de l'Angleterre, 
ce volume n'en sera pas moins utile à consulter pour connaître les 
intrigues des Impériaux, les nouvelles d'Orient et les négociations du 
pape Paul III à la même époque. Il y aura encore à dire sur la poli- 
tique de Guillaume Pélicier après le volume de Jean Zeller (1881), il y 
aura bien des documents complémentaires à ajouter à ceux qui furent 
publiés autrefois par Camusat. Enfin, l'histoire militaire et économique 
peuvent y recueillir des éléments intéressants, ainsi que la littérature 
et même l'histoire des arts. 

Reproduction abrégée d'une admirable collection, Vlnventaire analy- 
tique de la correspondance politique sera un guide très sur, et formera 
une collection française comparable aux Calendars of State papers, 
publiés à Londres sous la direction du maître des rôles. On ne pouvait 
mieux débuter. D'abord, la collection de la correspondance anglaise est 
une des plus anciennes que possède le ministère des affaires étrangères ; 
de plus, l'intérêt qui s'attache aux rapports diplomatiques de François I^'' 
et de Henri VIII n'a pas même besoin d'être signalé. On ne pourra 
reprocher à cet inventaire analytique que d'être trop détaillé, ce qui 
n'est point un reproche sérieux, puisque tout le monde en bénéficie. 
L'introduction renferme des renseignements biographiques inédits sur 
les deux ambassadeurs, qu'on lira volontiers, surtout en ce qui concerne 
Gastillon; les éditeurs établissent qu'il s'appelait Louis de Perreau, 
sieur de Gastillon, et qu'il ne doit point être confondu, comme on l'a 
fait en France et en Angleterre, avec un membre de la famille de Ghâ- 
tillon ou de Goligny. 

La tâche des éditeurs a été menée à bonne fin, et paraît bien remplie ; 
le texte, établi avec soin, ne laissait pas que de les livrer à toutes sortes 
de conjectures (par suite de l'écriture chiffrée de certaines dépêches), 
mais ils en sont sortis à leur honneur et au plus grand profit de la 
science. Il n'y a qu'une petite réserve à faire, au sujet des identifications 
de noms de lieu, qui sont restées inachevées. Cuzery (page 345) n'est 
pas Gazaril (Haute-Garonne), mais Guisery, chef-lieu de canton, arron- 
dissement de Louhans (Saône-et-Loire). Le roi François I" se trouvait 



i3i 

le 14 mai 1542 à Moustier-Bamey (page 419), qui est l'abbaye de Montié- 
ramey (Aube), et le 9 juin suivant à Epineux-Val (page 423), qui est le 
prieuré d'Epineuseval, fondé dans la l'orèt du Val, près Villiers-au-Bois 
(Haute-Marne). C'est de cette localité que, le même jour, François I"' 
expédia des lettres patentes enregistrées au parlement de Bordeaux 
(Arcli. de la Gironde, B. 33, fol. 190 v°). Il eût été bien facile de sup- 
primer ces quelques points d'interrogation pour rendre le travail abso- 
lument irréprocliable. Enlin, les éditeurs n'ont eu que trop de raison 
d'exprimer des doutes au sujet de la date des pièces S et 4. Il faut évi- 
demment lire 1533, car la cour se trouvait alors à Avignon ou aux 
environs immédiats de cette ville, tandis que, le 10 octobre 1537, le roi 
de France séjournait à Lyon. 

H. Stein. 



Victor MoRTET. Une Élection épiscopale au Xlb siècle, Maurice de 
Sulhj, évêque de Paris. Paris, ^S85, brochure in-S" de ^3 pages. 

Dans ce mémoire, M. Mortet étudie l'élection de Maurice de Sully. 
Entre la version traditionnelle rapportée par Césaire d'Heisteirbacli et 
le récit consigné dans les Anecdotes d'Etienne de Bourbon, l'auteur se 
prononce pour le dernier, qui lui semble bien plus vraisemblable que 
la légende de Césaire. Ainsi, Maurice de Sully aurait dû son siège 
épiscopal à une recommandation adressée par Louis VII au cha- 
pitre. Cette conclusion est d'autant plus admissible que Maurice, 
M. Mortet le démontre, comptait au moins un ami dévoué parmi les 
clercs de l'entourage du roi. La dissertation de M. Mortet tranche aussi 
les constatations qu'avait soulevées la date de l'élection de Maurice; il 
fut élu le 12 octobre 1160. 

L'impression que nous gardons de ce court travail nous fait désirer 
vivement la publication prompte du livre que M. Mortet doit consacrer 
au célèbre évêque de Paris. P. F. 

R. Delachexal. Histoire des avocats au Parlement de Paris. ^300- 
-1600. Paris, Pion, 1883. In-8°, de xxviii-476 pages. 

Les avocats ont fait assez de bruit dans le monde pour mériter de 
trouver des historiens. Ils en ont eu de peu bienveillants, et parfois 
aussi de trop sympathiques, qui plaidaient pro domo plus encore qu'ils 
ne racontaient la formation et les développements de leur ordre. Depuis 
l'introduction du régime parlementaire en France, le rôle des avocats 
a grandi; mais cette participation aux affaires publiques n'a pas été 
sans danger pour eux, et aujourd'hui ils voient leurs prérogatives 
menacées, comme tant d'autres institutions utiles, par l'instabilité de 
la législation. Une histoire des avocats, écrite dans les conditions d'oxac- 



^32 

titude exigées par la critique moderne, peut donc avoir présentement 
un intérêt supérieur à celui qu'offrent d'ordinaire les travaux d'érudi- 
tion : il n'est pas sans utilité de retracer les destinées d'un ordre qui 
a constamment réclamé la liberté pour tous, et le respect des droits de 
chacun. M. Delachenal avait déjà entrepris de raconter cette histoire 
dans une thèse, qui avait obtenu tous les suffrages du Conseil de per- 
fectionnement de l'École des chartes. C'est ce travail, remanié et com- 
plété pendant plusieurs années, qu'il publie aujourd'hui sous le titre que 
nous venons de reproduire. 

A l'ordre strictement chronologique adopté par quelques-uns de ses 
devanciers, M. Delachenal a préféré, avec raison, une classifica- 
tion méthodique; la chronologie reprend sa place pour l'exposé des 
matières dans chacun des seize chapitres, où il étudie successive- 
ment : l'inscription au tableau, — la confrérie de Saint-Nicolas et la 
communauté des avocats et procureurs, — le choix d'un avocat, — la 
nomination des avocats d'office, — leur place à l'audience, — les règles 
générales de la plaidoirie, — les écritures faites par les avocats, — la 
police de la grande salle du Palais, — les rapports des avocats avec le 
Parlement, — leurs prérogatives, — les avocats du roi, — la responsa- 
bilité des avocats, — l'éloquence judiciaire, — le paiement des hono- 
raires, — le costume des avocats, — et le caractère de l'avocat dans la 
littérature du moyen âge. Une introduction esquisse les plus anciennes 
origines des avocats; deux appendices contiennent des renseignements 
biographiques sur les principaux avocats au Parlement de Paris du 
xiv<= siècle, et sur les avocats du roi pendant le même temps. Une série 
importante de pièces justificatives inédites termine ce volume, qui 
s'arrête à l'an 1600. A partir du xvn" siècle, l'histoire des avocats est 
mieux connue, les sources en sont plus accessibles à tous, et les 
registres du Parlement, qui ont constamment guidé l'auteur dans la 
période précédente, ne renferment rien de notable. 

En se bornant à l'histoire des avocats au parlement de Paris , 
M. Delachenal n'avait à s'occuper ni des patroni et advocati de 
l'empire romain, ui des avocats des juridictions ecclésiastiques, ni 
même des prolocutores ou « amparliers » des cours féodales, qui ont 
joué un rôle si considérable aux xii" et xni« siècles. L'histoire des 
avocats auprès de notre grande cour judiciaire ne commence vraiment 
qu'avec l'ordonnance du 23 octobre 1274, qui les reconnaît comme 
corps constitué, en leur imposant le serment professionnel et en 
statuant sur leurs honoraires. Un règlement inséré dans les registres 
du Parlement à la date du 13 novembre 1340, et reproduit dans l'or- 
donnance du 11 mars 1345, donne la formule de ce serment, et porte 
que nul ne pourra plaider s'il ne l'a prêté et s'il n'est inscrit « au 
rôle des noms des avocats. » L'ordonnance de 1345 est peu explicite 
sur les conditions de cette inscription « au rôle, » appelé plus tard 



^33 

« matricule, » puis tableau : elle se borne à dire qu'on écartera qui- 
conque n'aurait pas l'instruction requise, et qu'on choisira ceux qui 
auront été reconnus « idoines et suffisants pour cet office. » Dans la 
pratique, on s'onquérait uniquement de la religion et de la moralité du 
candidat; quant à sa capacité, elle était considérée comme suffisamment 
attestée par des « lettres de licence, » qu'on réclamait, suivant toute 
vraisemblance, dès le xv^ siècle, mais qui ne sont expressément exigées 
que dans le xvi« siècle. Dès le xiv^ siècle, un stage, dont la durée 
n'était pas fixée uniformément, était imposé aux novi advocati. Au 
xvi^ siècle, ce sont les gens du roi, qui, d'accord avec le Parlement, pro- 
noncent l'admission des nouveaux avocats au noml)re des avocats plai- 
dants. Le nombre des avocats inscrits était de cinquante environ, au 
commencement du xiv« siècle; il s'était considérablement accru un 
siècle plus tard, et, en 1552, il dépassait quatre cents. 

Les avocats au Parlement n'ont jamais constitué une « communauté » 
ou corporation dans le sens précis du mot ; mais, dès le xvi*' siècle, ils 
formaient un ordre représenté par leur doyen d'inscription et par le 
bâtonnier, élu par ses confrères pour porter dans les cérémonies 
publiques le « bâton » ou bannière d'une confrérie commune aux avo- 
cats et aux procureurs, la confrérie de Saint-Nicolas. Dans quelques 
bailliages, cette confrérie était sous le patronage de saint Yves. 

L'ordonnance de février 1328, relative au Ghàtelet, décidait que nul 
ne pouvait plaider s'il n'était avocat, sauf dans sa propre cause; la 
pratique avait rendu le recours aux avocats obligatoire. Les grands 
feudataires, les évoques, les abbés, les villes importantes avaient habi- 
tuellement un ou plusieurs avocats « pensionnaires, » chargés, moyen- 
nant un salaire annuel, de plaider toutes leurs causes. Mais la grande 
majorité des plaideurs devaient choisir un conseil au moment où leur 
procès allait s'engager devant le Parlement. On pouvait encore deman- 
der à la cour « distribution du conseil, » c'est-à-dire désignation d'un 
avocat d'office. Cet usage tomba en désuétude au xvr siècle. Les grands 
personnages avaient en outre un « solliciteur, » sorte d'agent d'affaires 
à qui l'on confiait la direction des procès et le soin de payer les avocats 
et procureurs. 

La plupart des affaires se plaidaient dans la Grand'Chambre ou 
« Chambre du plaidoyer. » Elle était divisée en trois parties. La pre- 
mière formait le « parc » ou parquet séparé du reste de la salle par une 
barre ou « barreau. » Dans un des angles du parc, était une estrade 
réservée pour le fauteuil ou « lit » du roi ; c'était encore là que siégeait, 
il y a peu d'années, le premier président de la Cour d'appel. A droite et 
à gauche du siège royal se trouvaient de grands bancs recouverts d'une 
tapisserie semée de fleurs de lis, les « hauts bancs, » destinés aux pré- 
sidents et aux conseillers ; au-dessous de ces bancs, il y en avait d'autres 
garnis des mêmes ornements, où prenaient place les gens du roi, les 



434 

baillis et sénéchaux, et quelques-uns des plus anciens avocats à qui le 
Parlement avait accordé la prérogative de siéger sur les fleurs de lis. 
Les bancs des avocats étaient dans la seconde partie de la salle : ces 
bancs, appelés aussi « barreaux, » étaient placés deux par deux à droite 
et à gauche d'un passage par lequel on entrait au parquet. Le premier 
banc de chaque côté était réservé aux avocats plaidants, les seconds 
bancs aux jeunes avocats, qui devaient « s'y contenir pour escouter les 
« anciens. » La dernière partie de la salle était ouverte « aux solliciteurs, 
« escoliers et autres manières de gens qui venoient céans escouter les 
« plaidoyeries. » 

Dès la fin du xiv« siècle, il y avait chaque semaine quatre jours « plai- 
doiables. » L'audience commençait à sept heures du matin; elle se ter- 
minait au moment précis où l'horloge du palais sonnait dix heures, 
mais elle reprenait dans l'après-midi les mardis et vendredis. L'avocat 
se présentait à la barre en costume, et muni d'un chaperon fourré, dont 
l'ordre était très fier, parce qu'il était l'insigne des conseillers de la 
Grand'Ghambre, et que les conseillers des Enquêtes n'avaient pas le 
droit de le porter. Ce chaperon était si bien la partie essentielle du cos- 
tume de l'avocat qu'il constituait un gage, dont l'huissier se saisissait 
lorsqu'une infraction avait été commise ou une amende encourue ; on 
suspendait ainsi le délinquant, en le privant de sa coiffure réglemen- 
taire. Lorsque le chaperon fut remplacé par le bonnet ou la barrette, 
les avocats continuèrent à le porter non plus sur leur tête, mais sur 
leur épaule. L'épitoge ou la chausse placée aujourd'hui sur l'épaule 
gauche des avocats, magistrats ou professeurs, est la dernière des trans- 
formations du chaperon : le rond du milieu figure la coiffe ; la patte et 
la cornette se retrouvent dans les appendices, dont l'un tombe sur la 
poitrine et dont l'autre est rejeté sur le dos. Les avocats étaient leur 
chaperon ou leur barrette pour poser leurs conclusions; mais le président 
les invitait immédiatement à se couvrir. 

Le rôle des avocats ne se bornait pas à plaider à l'audience ; ils rédi- 
geaient en outre ou faisaient rédiger par leurs clercs une grande partie 
des actes de procédure : exploits, requêtes, demandes, conclusions, 
défenses, répliques, dupliques, « contredits, » « salvations. » Ils don- 
naient en outre des consultations dans la grande salle du palais, où ils 
avaient leur buffet, c'est-à-dire un petit banc à dossier, au-dessous 
duquel se trouvait un casier où ils serraient leurs sacs de procédure. 
Les procureurs avaient aussi leurs buffets. Lorsque ce personnel fut 
devenu très nombreux, le même buffet servait parfois pour quatre ou 
cinq avocats ou procureurs. Des arrêts et des édits du xvi" siècle res- 
treignirent le nombre maximum des avocats à trois par banc. 

Les rapports des avocats avec le Parlement sont étudiés avec soin : 
les avocats faisaient partie de ce qu'on appelait le « corps du Parle- 
ment, » et à ce titre ils étaient soumis au pouvoir réglementaire de la 



135 

cour, qui exerçait ce droit avec modération. Elle exigeait d'eux cepen- 
dant une grande exactitude et ne voulait pas qu'ils s'absentassent sans 
qu'elle leur eût « donné congé. » En revanche, il lui arrivait par- 
fois, dans les questions délicates, de prendre l'avis des plus anciens 
d'entre eux et, en l'absence des gens du roi, elle commettait un avocat 
pour les remplacer. A propos des prérogatives de l'ordre, l'auteur fait 
justice de la prétendue noblesse attachée à la chevalerie es lois; il 
montre que les lettres d'anoblissement do Hugue Fabrefort et de Jean 
Pastourel mentionnent expressément qu'ils étaient restés roturiers. Les 
avocats pouvaient d'ailleurs espérer arriver à la noblesse en entrant au 
service du roi; ce qui ne les empêchait pas de continuer à plaider pour 
les particuliers. 

Nous n'essaierons pas de suivre M. Delachenal dans les curieux cha- 
pitres qu'il a consacrés au paiement des honoraires, au costume des 
avocats, à la liberté de la parole, à l'éloquence judiciaire au moyen âge, 
et aux appréciations des théologiens, prédicateurs, écrivains satyriques 
et littérateurs, qui ont fort souvent malmené les gens de robe. Il serait 
encore plus difficile d'analyser ses notices biographiques si substan- 
tielles, et presque toujours si neuves, sur les principaux avocats au Par- 
lement du xiv« siècle. Cet appendice, comme le reste des chapitres, a 
été presque exclusivement rédigé à l'aide de textes inédits, qui sont 
imprimés en tout ou en partie dans les notes et pièces justificatives, ou 
soigneusement cités au bas des pages. On pourra signaler des lacunes 
inévitables dans un pareil travail, et souhaiter quelques changements 
dans la distribution des matières ^ , mais tous ceux qui liront cette his- 
toire n'hésiteront pas à y reconnaître un livre aussi neuf qu'intéres- 
sant, qui dissimule sous une forme agréable et facile les recherches les 
plus ardues et les procédés de l'érudition la plus exacte. 

J. Tardif. 



Pontifical d'Amiens^ publié d'après un manuscrit original du 
XP siècle, avec notes et commentaires^ par Victor de Beauvillé et 
Hector Josse. Amiens, impr. T. Jeunet, -1885. \n-¥ de xiii et 
-143 p., avec cinq planches. 

Les prières et les cérémonies religieuses sont une partie essentielle 
de l'histoire des nations. L'Angleterre nous en fournit aujourd'hui une 

1. Il nous eût semblé préférable de rejeter à la fin le chapitre consacré à l'élo- 
quence judiciaire; de même les développements donnés aux avocats du roi 
(chapitre xi) ne paraissent pas bien à leur place. On regrette enfin de ne pas 
voir rapprocher du chapitre vi, relatif aux plaidoiries, tout ce qui a trait à la 
liberté de la parole et à la responsabilité de l'avocat en cette matière (cha- 
pitre XIl). 



136 

preuve éclatante. Les savants de ce pays s'attachent à recueillir et 
publier les anciens monuments de la liturgie anglaise, avec autant d'ar- 
deur qu'on en mit à les anéantir au xvi^ siècle. La valeur des anciens 
livres liturgiques n'est pas encore aussi généralement reconnue en 
France. Ils ont cependant fourni dans ces dernières années la matière 
de publications vraiment importantes. Tels sont, en fait de descriptions 
bibliographiques, le catalogue de la partie ancienne de la bibliothèque 
du comte de Villafranca^ et les recherches de M^'e Pellechet sur les 
livres des diocèses d'Autun, de Chalon et de Mâcon^. Tels sont, en fait 
de publications d'anciens textes, le Rituel de Nivelon, évêque de Sois- 
sons 3, et le Sacramentaire de Hugues le Grand^, évêque de Nevers, que 
nous devons, l'un à la Société archéologique de Soissons, l'autre à la 
Société nivernaise. 

Le beau volume que nous annonçons aujourd'hui appartient à la même 
catégorie que le Rituel de Nivelon et le Sacramentaire de Hugues le 
Grand. C'est la reproduction très fidèle d'un remarquable manuscrit du 
xn« siècle, qui, entre autres morceaux, contient l'absolution de? pénitents, 
diverses bénédictions, le canon de la messe, la confirmation, les ordina- 
tions, l'office du jeudi saint, le sacre des évêques, le cérémonial des 
synodes, la dédicace des églises, l'institution des abbés et des abbesses, 
la bénédiction des vierges et des veuves. C'est donc un pontifical, que 
les éditeurs ont eu parfaitement raison d'attribuer à l'église d'Amiens 
et qui a été approprié plus tard, comme ils l'ont démontré, à l'usage de 
l'ordre de Citeaux. 

Au texte du pontifical succèdent des notes très développées, où l'on 
trouve beaucoup d'explications judicieuses et de rapprochements instruc- 
tifs. Les éléments de ces notes ont été demandés aux auteurs les plus 
autorisés, et parfois à des manuscrits, notamment au pontifical n° 196 
de la bibliothèque d'Amiens. 

Quatre pages du pontifical qui vient d'être publié sont données en fac- 
similé. Les paléographes peuvent ainsi se former eux-mêmes une idée 

1. Description des livres liturgiques imprimés aux XV' et XVI^ siècles fai- 
sant partie de la bibliothèque de S. A. B. Mgr Charles-Louis de Bourbon 
{comte de Villa franca), par Anatole Aies. Paris, 1878. In-8° de vi et 558 p. — 
Supplément. Paris, 1884. In-8° de viii et 46 pages. 

2. Notes sur les livres liturgiques des diocèses d'Autun, Chalon et Mocon, 
avec un choix de leçons, d'hymnes et de proses composées en l'honneur de 
quelques saints spécialement honorés dans ces diocèses. Paris et Aulun, 1883, 
in -8°. 

3. Ritualc seu Mandatum insignis ecclesix Suessionensis tempore episcopi 
Nivelonis exaratum. Soissons, 1856. ln-4° de xiii et 321 pages, avec 6 pages 
de fac-similé. 

4. Sacranientarium ad usum ecclesix Nivernensis. S. 1. n. d., in-4° de xlvi 
et 405 p., avec planches. 



137 

sur la date de la transcription, qu'ils fixeront, je n'en doute pas, au 
xn« siècle. Ce manuscrit avait été acquis, il y a deux ans, par M. Victor 
de Beauvillé, qui s'est associé M. Hector Josse pour faire jouir le public 
d'un texte intéressant et dont la conservation est parfaitement assurée. 
Les deux éditeurs ont parfaitement accompli la tâche qu'ils s'étaient 
imposée. L'un d'eux, M. de Beauvillé, est mort avant le complet achève- 
ment du volume. L'occasion se présente donc tout naturellement de 
rendre ici un dernier hommage à un homme de bien, dont les mérites 
ont été signalés, il y a déjà longtemps, aux lecteurs de la Bibliothèque 
de l'École des chartes. Ce fut en 1859 ^ que notre regretté confrère Douët 
d'Arcq analysa les trois gros volumes de V Histoire de Montdidier, avec 
tous les développements que comportaient la valeur et l'étendue de l'ou- 
vrage. 

M. Victor de Beauvillé avait formé à grands frais une collection de 
documents originaux relatifs à la Picardie, dont il n'avait pas voulu se 
réserver la jouissance exclusive; avec une libéralité qui lui fait le plus 
grand honneur, il en avait mis à la disposition du public les pièces les 
plus précieuses, qu'il a fait imprimer, de 1860 à 1882, dans les cinq 
grands volumes intitulés Recueil de documents inédits concernant la 
Picardie. 

La collection de M. de Beauvillé sera religieusement conservée par sa 

famille, qui est digne de posséder un tel trésor et qui saura en faire un 

noble et excellent emploi. 

L. Delisle. 



Nécrologe de V église d'Amieiis, par M. l'abbé Roze, chanoine hono- 
raire, curé de Tilloy. Amiens, imp. Douillel, -1885, in-8% 243 p. 
(Extrait du t. VIII, 3^ série des Mémoires de la Société des anti- 
quaires de Picardie^ p. 265 à 503.) 

Le nécrologe ou obituaire de l'église d'Amiens, publié par M. l'abbé 
Roze, se trouve inséré dans le sixième volume du cartulaire du cha- 
pitre d'Amiens, aux archives de la Somme, dont il occupe les 
folios H5 à 150. Il a été écrit en 1256, au mois d'octobre, et continué 
jusque dans le courant du xiv^ siècle. A la suite de cet obituaire, dans 
le même manuscrit, se trouve la liste des distributions qui se faisaient 
au chapitre : De distributionibus que fiunt in Ambianensi ecclesia, non 
pro anniversariis, sed pro fcsiis, et que M. l'abbé Roze a jointe à sa 
publication. Dans la préface, l'auteur, après avoir dit quelques mots des 
obituaires en général, décrit succinctement les principaux obituaires qui 
existent encore du chapitre d'Amiens, et termine par quelques détails 
sur l'organisation, les revenus, la liturgie, le costume, etc., de cette 

1. Bibliothèque de l'École des chartes, i' série, t. V, p. 182-194. 



^38 

compagnie. A la fin du volume se trouve une double table des noms de 
lieux et des noms de personnes. Le texte de l'obituaire est accompagné 
de notes intéressantes sur les principaux personnages et qui témoignent 
de longues et consciencieuses recherches. Il est regrettable toutefois que 
l'auteur ait laissé échapper plusieurs fautes de lecture, plusieurs omis- 
sions, plusieurs négligences, peu graves il est vrai, mais qu'un colla- 
tionnement un peu scrupuleux aurait pu aisément faire éviter. Ainsi, 
pour ne citer qu'un seul exemple, à la page 39, au lieu de : a Obitus 
Magistri J. de P'iefis subdiaconi, n s. vi d., » il faut lire : « Obitus 
magistri J. de Fiefis; cuilibet ii s. vi d. » Cette faute de lecture est 
d'autant moins explicable que l'auteur lui-même dit en note, d'après un 
autre obituaire du xiv« s., que ce J. de Fieffés était prêtre et chapelain 
de la cathédrale. Malgré ces observations de détail, la publication de 
M. l'abbé Roze n'en est pas moins un ouvrage très recommandable, et 
qui sera très utilement consulté pour l'histoire de la Picardie. 

G. Durand. 



Essai historique sur Héricourt-en-Caux (anciennes paroisses de 
Saint-Denis et Saint-Riquier-d' Héricourt). d'après des documents 
inédits, par A. Hellot, notaire honoraire. Yvetot, ^885, in-8% 
494 pages. 

Les lecteurs de la Bibliothèque de l'École des chartes connaissent 
depuis longtemps le nom de M. Hellot, auteur, entre autres, d'une 
bonne édition des Chroniques de Normandie et d'une remarquable his- 
toire de la famille des Martel de Basqueville. Le nouvel ouvrage de ce 
laborieux érudit est digne de ses aînés ; le bourg d'Héricourt-en-Gaux 
n'est pas des plus connus, mais l'auteur, qui sait ne point franchir les 
limites de son sujet et qui ne refait pas l'histoire de France à propos 
d'une localité inconnue, a su tirer des chartes quantité de renseigne- 
ments curieux sur l'état économique du bourg d'Héricourt au moyen 
âge et dans les derniers temps de l'ancien régime. Le nom d'Héricourt 
ne paraît pas avant l'an 1030 dans les documents, mais des fouilles 
récentes ont prouvé que le village même existait dès l'époque romaine 
et au temps des deux premières races. Après quelques pages sur l'ori- 
gine, les noms anciens et la topographie d'Héricourt, M. Hellot nous 
donne des détails intéressants sur le chiffre de la population depuis 
1236 et les variations qu'il a subies, sur les écoles (la plus ancienne 
date de 1714), sur l'industrie, l'agriculture, le commerce, les foires, les 
marchés, l'administration, les impôts (tailles et dîmes). Dans la troi- 
sième partie, M. Hellot fait l'histoire de la seigneurie d'Héricourt, qui, 
après avoir appartenu aux d'Estouteville, aux Orléans-Longueville, aux 
Matignon, finit par échoir aux Grimaldi, princes de Monaco. Une qua- 
trième partie renferme l'histoire des églises et des maladreries. On voit 



139 

que le cadre est modeste, approprié au sujet, M. Ilellot a su le remplir 
et y faire entrer nombre de faits intéressants. 

En traitant l'histoire d'Héricourt, l'auteur a été amené cà examiner la 
tradition qui veut que saint Mellon, premier évoque de Rouen, soit 
mort à Héricourt*. Cette opinion a été soutenue notamment par 
M. Cochet et par M. l'abbé Sauvage. M. Hcllot examine leurs arguments 
et prouve entre autres que le village n'est pas appelé Saint- Mellon 
avant la hn du xvi*' siècle ou le commencement du xvti" siècle. Les 
autres arguments employés par ses adversaires sont des plus faibles et 
ne supportent pas l'examen. M. Hellot recherche ensuite à quelle époque 
a pu naître la tradition même, et prouve qu'elle date probablement du 
début du xv^ siècle; ce n'est même que beaucoup plus tard qu'on fit 
d'Héricourt le lieu choisi par le saint évéque pour se retirer du monde. 

AuKUSte MOLINIER. 



Archives historiques du Poitou. XV. Poitiers, impr. Oudin, 1885, 

\ vol. gr. in-8° de 473 p. 

La Société des archives historiques du Poitou est certainement une 
de celles qui ont le plus à cœur de prendre rang à côté de leurs aînées 
ou de leurs émules de la capitale. Pas de procès-verbaux, mais des publi- 
cations de textes historiques : c'est un exemple qu'un certain nombre 
de sociétés de province ferait bien de suivre. Le système est aussi 
simple que fécond. Les documents à publier ne manquent pas dans nos 
archives et dans nos bibliothèques; si tout le monde s'y mettait, quel 
secours pour l'histoire locale ! — Voilà quinze ans que la société dont 
nous parlons ici publie ses Archivas historiques et consacre tous ses soins 
à rendre ses volumes à la fois utiles et attrayants. Une impression claire 
et élégante, et surtout une table analytique abondante, sont des quali- 
tés assez rares pour qu'on les signale. 

Aussi est-ce pour nous un véritable plaisir de présenter pour la pre- 
mière fois les Archives historiques du Poitou aux lecteurs de la Biblio- 
thèque de l'École des chartes. Des trois parties d'importance inégale 
qui composent le nouveau volume, la première comprend des extraits 
publiés par M. Ledain, de journaux de Jean de Brilhac, conseiller en la 
sénéchaussée de Poitou, de 1545 à 1564, et de René de Brilhac, conseil- 
ler au présidial de Poitiers, de 1573 à 1622. Ces documents sont peu 
étendus, et de valeur assez secondaire. Bien autre est l'intérêt de la 
publication suivante, œuvre de M. Bricauld de Verneuil, le journal 
d'Antoine Denesde, marchand ferron à Poitiers, et de Marie Barré, sa 

1. Le chapitre consacré par M, Ilellot à l'examen de cette question a été tiré à 
part en une brochure in-8% sous ce litre : Saint Mellon est-il mort à Béricourt- 
en-Caux ? 



femme (1628-1687). Il contient peu de notes relatives à l'histoire géné- 
rale, mais une foule de faits de toute sorte se rattachant à l'histoire 
intime de Poitiers, à la tenue des grands jours, au séjour de la cour, 
aux fêtes publiques, aux rivalités locales, aux impôts et au commerce, 
« en un mot à tout ce qui sert d'aliment à la curiosité publique. » Ajou- 
tez des détails intéressants sur la vie de famille et la vie sociale du 
rédacteur. L'édition est très soignée : elle est complétée par des notes 
substantielles et par une série de quarante-trois pièces inédites, emprun- 
tées principalement aux archives communales de Poitiers. — La troi- 
sième partie du volume comprend des extraits de divers documents 
rangés par ordre chronologique depuis 1335 jusqu'à 1787 : les sources, 
toujours soigneusement indiquées, sont l'obituairc de Sainte-Opportune 
(1366-1631), les registres paroissiaux de Poitiers (1539-1790), et le jour- 
nal de Pierre Gharmeteau, maître perruquier (1731-1767). Ce travail est 
encore l'œuvre de M. Bricauld de Yerneuil. 

H. DE CuRZON. 



Histoire de la tapisserie depuis le moyen âge jusqu'à nos jours, par 
Jules GniFFRET. Tours, Marne, 4886, in-4° de 533 p. 

C'est une bonne nouvelle à annoncer aux érudits, aux lettrés, aux 
curieux que l'apparition d'un volume de M. J. Guiffrey sur un sujet 
qu'il connaît si bien. Comme on pouvait l'attendre de l'auteur de 
l'Histoire générale de la tapisserie (section française), l'ouvrage a été 
composé avec une mesure, une sûreté de main, une clarté qui en font 
un guide aussi utile qu'attrayant pour tous ceux qu'intéressera l'étude 
de cet art, une des gloires de l'industrie française. 

Deux caractères, deux mérites principaux frappent le lecteur dès le 
premier examen. D'abord, c'est un vif désir, appuyé sur des recherches 
et des études aussi longues qu'approfondies, de mettre bien en lumière 
la supériorité de la France et sa priorité, et en même temps de réagir 
contre l'habitude trop répandue de faire à la Flandre une part spéciale 
dans l'histoire de la tapisserie. On oublie facilement, en effet, que la 
Flandre et l'Artois, provinces françaises jusqu'au traité de Madrid 
de 1526, faisaient partie intégrante de la patrie. « On n'avait pas assez 
remarqué, dit l'auteur, que nous avions le droit de réclamer comme 
nôtres les triomphes et les gloires de ces deux provinces. Par contre, 
certaines productions étrangères avaient été exaltées outre mesure, au 
détriment de la vérité historique. Il s'agissait donc de mettre chaque 
chose à sa place. » — Si l'on considère que, dès l'origine, la France a 
été le berceau de cet art ; que la plupart des manufactures de l'étranger, 
très prospères d'ailleurs, n'ont eu qu'une durée éphémère et n'ont pu 
survivre à leur fondateur; que la France, au contraire, a possédé seule, 
depuis six siècles, une suite ininterrompue de tapissiers, dont le tra- 



vail persévérant et toujours habile a su traverser sans ruine toutes les 
vicissitudes, on conclura volontiers, avec M. J. Guiffrey, que la tapis- 
serie peut être regardée comme un art véritablement national. 

Le second mérite de l'ouvrage, appréciable notamment dans la ques- 
tion des origines de la tapisserie, c'est une préoccupation constante, un 
soin particulier de ne rien avancer à la légère, de ne rien conclure sur 
des preuves mal établies, de ne lancer aucune hypothèse risquée, de ne 
rien affirmer qui puisse être qualifié de douteux par une critique sévère : 
l'auteur a su inspirer confiance à ses lecteurs et de plus faire une œuvre 
qui restera, parce qu'elle ne saurait donner prise à la controverse, au 
moins au point de vue des faits et en dehors de toute considération 
esthétique. Par suite de ce plan arrêté, il se débarrasse de tout ce qui, 
ne rentrant pas rigoureusement dans son sujet, pourrait contribuer à 
égarer le lecteur. Du moment que la vraie tapisserie, celle dont on fait 
ici l'histoire, est le travail de haute et basse lice, il est inutile de s'ar- 
rêter aux ouvrages d'un art voisin, mais bien différents, à la broderie, 
à la tapisserie au point, au travail à l'aiguille sur canevas, aux bergames, 
et à toutes les étotres à dessins réguliers obtenus par des moyens méca- 
niques. Et cette distinction est d'autant plus indispensable à bien éta- 
blir que, jusqu'à notre siècle, le même mot générique de tapisserie était 
appliqué à tous ces types différents. 

Nous touchons ici à une des grosses difficultés qui se dressent devant 
l'historien lorsqu'il veut exposer les débuts de la tapisserie et discuter 
les rares documents qui nous restent de cette époque reculée. M. J. 
Guiflrey, lui, traite le problème d'insoluble, et nous croyons qu'il a rai- 
son, étant donné l'obscurité et l'incertitude des textes ou des monuments. 
A qui lui reprocherait d'éviter la discussion, il répond d'avance que 
c'est une entreprise aussi téméraire qu'inutile, jusqu'à nouvel ordre, et 
qu'il vaut mieux se contenter d'enregistrer les faits positifs. C'est pour- 
quoi l'histoire que nous avons en main commence seulement au 
XIV"' siècle. L'industrie de la tapisserie à cette époque apparaît déjà, il 
est vrai, pleine de force et de vitalité; il est certain qu'en France 
notamment, le système de la basse lice d'abord, puis, plus récemment, 
celui de la haute lice, étaient inventés et bien établis avant les premiers 
textes de la fin du xui^ siècle qui les concernent. Mais quel fonds peut- 
on faire sur les spécimens qu'on a mis en avant comme antérieurs, les 
fragments de la tapisserie de Saint-Géréon de Cologne, les tentures des 
églises de Halberstadt et de Quediinbourg, dont la date aussi bien que 
la mode et le lieu de fabrication sont impossibles à fixer? Et, pour les 
textes, sait-on si les étoffes dont ils parlent sont tissées, brodées ou 
fabriquées à la main? Si, comme le suppose ingénieusement l'auteur, 
la fameuse tapisserie de Bayeux, qui n'en est pas une, avait complète- 
ment disparu avec tant d'autres, n'aurait-elle pas passé jusqu'à nos 
jours, à la faveur de descriptions aussi insuffisantes que celles qui 



442 

nous restent, en général, pour une splendide tenture de haute lice? 

Nous ne songeons pas à suivre M. J. Guiffrey dans le cours de cette 
histoire si pleine de faits. Il l'a divisée chronologiquement en dix 
périodes, pendant lesquelles il visite successivement tous les ateliers 
dont les ouvriers ont laissé des noms et des œuvres. C'est un inventaire 
permanent des plus précieux, mêlé de détails techniques et historiques 
du plus grand intérêt. Un tableau de l'état actuel de l'industrie dans 
nos manufactures, et, pour ne rien oublier, un appendice curieux sur 
le commerce et le prix des tapisseries, avec conseils pratiques à l'usage 
des amateurs, terminent un volume qui, comme on voit, est destiné à 
être consulté et lu par un nombre varié de personnes. N'oublions pas 
enfin une table alphabétique abondante, ce qui est un mérite fort à 
remarquer. 

Nous ferons une dernière observation, qui nous semble à sa place, 
surtout dans la Bibliothèque de l'École des chartes : l'auteur a pris le 
parti de supprimer toute note et toute indication de sources. Malgré des 
exemples éminents, c'est toujours certainement une lacune regrettable : 
elle trompera souvent la curiosité de ceux qui, n'étant que peu au cou- 
rant de la question, désireront, non pas vérifier, — on peut se fier à la 
compétence de l'auteur, — mais étudier à leur tour, et pour ainsi dire 
pièces en main. Une table bibliographique aurait pu au moins remé- 
dier à ce que ce système présente de véritablement incommode. 

Le volume est illustré de cent douze figures dans et hors texte et de 
quatre chromolithographies, dont la plus réussie est la Dame à la licorne, 
un fragment de cette tenture magnifique rapportée récemment de la 
ville de Boussac au musée de l'hôtel de Gluny. C'est là pour le volume 
un attrait de plus, auquel il faut joindre une impression sans rivale. 

H. DE CURZON. 



Pontificale ecclesise Sancti Andreœ. The pontifical offices used hy 
David de Bernhatn, bishop of S. Andrews, with an introduction 
by Ghr. Wordsworth, M. A. rector of Glaston. Edinburgh, at the 
Pitsligo press; Oxford and London, James Parker and company. 
4885. In-4° de xxvii-97 et xxvii p. 

Les vieux livres liturgiques, dont l'importance historique n'est pas 
suffisamment appréciée en France, sont en Angleterre, depuis quelques 
années, l'objet de travaux approfondis, dont il convient de signaler le 
mérite. 

Le volume dont le texte vient d'être transcrit est consacré à un pon- 
tifical écossais du xni^ siècle, qui a appartenu à David de Bernham, 
évêque de Saint-André depuis 1239 jusqu'en 1253 ou environ. Il est 
conservé à la Bibliothèque nationale, sous le n° 1218 du fonds latin. 

M. Wordsworth ne s'est pas borné à en donner une édition rigou- 



^43 

reusement exacte. Il y a joint de copieux appendices dans lesquels sont 
publiées les parties les plus intéressantes de plusieurs pontificaux ou 
bénédictionnaires de la Grande-Bretagne au moyen âge : le ÎAhcr sancti 
Cuthberti, pontifical du commencement du xu" siècle, conservé à Cam- 
bridge dans la bibliothèque du Sidney Sussex Collège; — le pontifical 
provenu de l'abbaye de Jumièges et possédé par la bibliothèque de 
Rouen ; — le pontifical d'Anianus, évèque de Bangor. 

Les tables par lesquelles se termine la belle publication de M. Words- 
worth se rapportent à tous les textes similaires de la liturgie anglaise 
et sont fort utiles pour comparer entre elles les prières contenues dans 
beaucoup de recueils liturgiques du moyen âge. On devra fréquemment 
y recourir quand on étudiera les pontificaux et les bénédictionnaires 

des églises de France. 

L. Delisle. 



Bibliografia storica degli Stati délia monarchia di Savoia, compi- 
lata da Antonio MaNxXG e Vincenzo Promis. Vol. 1°. Torino, fratelli 
Bocca, -1884. In-4% xxviii-463 p. 

La Société d'histoire nationale de Turin mérite les plus grands éloges. 
La Bibliotheca storica, qu'elle vient d'entreprendre et qui promet une 
nouvelle série de publications, a brillamment débuté. Les trois volumes 
qu'elle a récemment offerts au public sont : 1° un excellent ouvrage 
bibliographique, intitulé : VOpcra cinquantenaria délia R. Deputazione 
di storia patria di Torino , par le secrétaire Antonio Manno , volume 
qu'on ne cessera de consulter avec profit ; 2° le Catalogue des Codici 
manoscritti délia Trivulziana, décrits avec le plus grand soin par Giulio 
Porro; 3» le tome I^"" d'une Bibliographia storica degli Stati délia 
monarchia di Savoia, due aux soins combinés de MM. A. Manno et 
V. Promis. C'est sur ce travail que nous voulons de préférence attirer 
l'attention. 

L'origine en est déjà lointaine et les préparatifs en ont été longs, 
comme il convenait d'ailleurs à un ouvrage de cette importance. Le 
tome que nous avons entre les mains ne renferme pas moins de 
6,475 numéros, et, comme la suite est évidemment prête pour l'impres- 
sion, peut-être déjà même sous presse, on saisit d'un seul coup d'oeil le 
temps qu'il a fallu pour rassembler les matériaux les plus variés et les 
plus dispersés. Le véritable créateur de l'œuvre est M. Promis, car c'est 
sa pensée qui est mise en œuvre aujourd'hui ; mais le véritable exécu- 
teur de l'idée première est l'infatigable M. Manno : auquel des deux 
érudits devons-nous la plus grande reconnaissance? 

Assurément, l'ensemble présente des défauts, et le plan peut prêter à 
la critique. Les auteurs ont fait rentrer dans leur cadre les manuscrits ; 
mais sont-ils bien certains de les connaître tous et pourraient-ils nous 



U4 

assurer qu'ils ont consulté tous ceux qui, conservés à l'étranger, four- 
niraient des documents à l'histoire de la maison de Savoie ? 

Mais, au point de vue de l'indication précise des sources, de la diver- 
sité des éditions, du dépouillement exact des périodiques italiens, fran- 
çais et autres de tous genres, au point de vue de la combinaison simple 
•des abréviations, des renseignements et des notes sur les pseudonymes, 
les ouvrages anonymes, les incunables, il nous semble que ce livre 
atteint la plus grande perfection que l'on puisse espérer. Je n'afiirme 
rien au hasard et ne crains pas d'être démenti. 

C'est avec plaisir qu'on apprendra en France l'apparition du tome 
suivant de cette publication, très intéressante au point de vue français, 
et dont voici le sommaire général : 

Chroniques, éloges, lettres. 
Généalogie, alliances. 

1. Histoire de la maison de Savoie { Histoire religieuse. 

Droits, prétentionset acquisitions. 
Relations avec les autres États. 

/ Monuments et documents. 

2. Archéologie nationale ) Science héraldique. 

( Numismatique. 

3. Familles princières et leurs ramifications (Carignan, Nemours, etc.). 
Relations des ambassadeurs. 

. _ , Chapelle, mobilier, collections et librairie. 

4. Cour i ^, . . , 
Cérémonial. 

Éducation des princes. 

5. Fêtes, solennités et théâtre. 

6. Biographie nationale. 

H. Stein, 



Le Sceau de Hoja et la sigillographie pittoresque, principalement en 
Espagne, par Emile Travers. Paris, ^1885, A. Picard. In-S- de 
3i pages. 

Le sceau de la ville de Hoja, en Andalousie, représente un château 
posé sur un pont à trois arches, entre deux montagnes reliées par une 
chaîne; d'anciennes gravures de cette ville établissent que l'on a voulu, 
sur ce sceau, donner une idée de l'état des lieux. A cette occasion, 
notre confrère M. Travers décrit un assez grand nombre de sceaux de 
France, d'Espagne, d'Allemagne et d'Orient, qui rentrent, au point de 
vue topographique, dans la même classe que celui de Hoja. Notre con- 
frère pense qu'il y aurait un véritable intérêt archéologique à entre- 
prendre une étude d'ensemble sur ce sujet et à montrer que les sceaux, 
au point de vue topographique comme au point de vue de l'architecture 
civile et religieuse, peuvent fournir des indications aussi précieuses que 



^45 

pour l'état de la civilisation et des arts ; dans ce dernier ordre d'idée, 
nous n'avons qu'à rappeler les belles publications de M. Demay. Nous 
partageons complètement l'opinion de M. Travers, et nous souhaitons, 
puis([u'il en a eu l'idée, qu'il la mette à exécution et surtout qu'il ne 
marchande pas les planches à ses lecteurs; une description ne sullit 
pas, il faut aussi parler aux yeux. 

Anatole de Barthélémy. 

Une Énigme historique. Les Roumains au 7noyen âge, par M. Al.-D. 
XÉNOPOL, professeur d'histoire roumaine à l'Université de Jassy. 
Paris, Ern. Leroux, 4885. In-8°, 238 p. 

Il y a aujourd'hui, tant dans le royaume de Roumanie que dans la 
Transylvanie relevant de la couronne hongroise de Saint-Étienne, près 
de dix millions d'hommes qui parlent une langue dérivée du latin. 
D'ovi viennent-ils? Descendent-ils en droite ligne des Daces conquis par 
Trajan, et devenus en un siècle et demi tout à fait romains? Ont-ils 
au contraire émigré, à une époque quelconque du moyen âge, des 
régions situées au sud du Danube ou des Balkans ? La première opi- 
nion a d'abord paru la plus vraisemblable, et a été généralement admise ; 
mais elle a été fortement battue en brèche par un érudit allemand, Robert 
Rœsler : il a publié en 1871 le résumé de ses recherches dans un livre 
qui a fait école <, et que l'on peut résumer de la façon suivante : lorsque, 
sous la menace des invasions commençantes, l'empereur Aurélien eut 
ordonné à ses troupes d'évacuer la Dacie trajane, et aux citoyens de la 
frontière de s'établir au sud du Danube (270), la Dacie perdit toute sa 
population romaine ou romanisée. Des émigrés se réfugièrent en Mésie ; 
là, ils se fondirent avec la population romaine établie dans les villes ; 
ce sont les descendants de ces Romains mésiens et daces qui repa- 
raissent au xn« siècle sous le nom de Valaques. A la fin de ce même 
siècle, pendant les luttes entreprises par les Valaques et les Bulgares 
contre les empereurs byzantins, ils traversèrent le Danube et s'éta- 
blirent au nord du cours inférieur de ce fleuve. Là, ils augmentèrent 
rapidement, au point de former cet élément néo-latin, si important 
aujourd'hui, soit comme peuple, soit comme nation. Cette théorie, com- 
battue par M. Julius Jung 2 et par M. Ladislas Pic», tous deux profes- 
seurs à l'Université de Prague, a été adoptée dans ses traits essentiels 
par M. W. Tomaschek-', professeur à Graz, et par M. J. Hunfalvy, 

1. Romanische Studien, Untersuchungen zur esUeren Geschidite Romaeniens. 
Leipzig, 1871. 

2. Die Anfaenge der Romaenen, dans la Zeitschrift fur œsterrekhiscke Gym- 
nasien, 1876. — Die romaenischen Landschaften, 1881. 

3. Ueber die Abstammung der Romaenen. Leipzig, 1880. 

4. Zur Kunde der Haemus-Halbimel. Vienne, 1882. M. Tomaschek avait 

40 



^46 

membre de l'Académie hongroise des sciences <. Hongrois, Slaves, Alle- 
mands sont ainsi tombés d'accord pour nier la continuité de l'élément 
latin dans ce qui avait été la Dacie^. 

On a pu leur reprocher de n'avoir pas toujours été impartiaux dans 
le débat. On sait en effet combien, dans ces confuses régions de l'Europe 
orientale, les questions de race passionnent les érudits et les politiques. 
L'auteur du livre que j'annonce ici, et dont la thèse est le contre-pied 
de la théorie rœslérienne, M. Xénopol, ne se contente pas de réfuter ses 
adversaires, il les accuse de mauvaise foi; une querelle d'érudition 
devient ainsi une guerre de patriotisme. C'est au nom du droit des 
peuples que M. Xénopol proteste contre la doctrine de Rœsler et de ses 
partisans. Il tient pour certain que les Roumains sont les descendants 
directs des Daces romanisés, qu'ils n'ont cessé d'occuper le sol de l'an- 
cienne Dacie trajane, que, par conséquent, ils le possédaient bien avant 
l'arrivée des Slaves, des Allemands et surtout des Hongrois; que les 
persécutions tant de fois dirigées par ces derniers contre les Roumains 
de la Transylvanie ne sont pas seulement odieuses, mais injustes, car les 
Roumains ont sur leur pays un droit antérieur aux Hongrois, et par 
conséquent supérieur. Nous n'avons pas, quant à nous, à prendre parti 
dans le débat; nous savons trop ce qu'il en coûte de laisser la force 
chercher des arguments dans l'histoire, et quels dangers recèle la théo- 
rie des nationalités. Je dois cependant déclarer que la passion, sans 
doute très légitime, mise par M. Xénopol au service de sa thèse, n'est 
pas de nature à diminuer la valeur de son livre. C'est un travail de 
sérieuse érudition, et c'est à ce titre seul que je puis en parler ici. 

La démonstration de M. Xénopol peut se diviser en trois points prin- 
cipaux : 1 ° la Dacie a été entièrement romanisée et est restée pays de langue 
romaine même après 270 ; 2° il est impossible d'admettre l'hypothèse, soit 
de Rœsler, qui fait venir les Roumains de la Mésie à la fin du xii« siècle, 
soit de M. Tomaschek, qui les ramène de la Macédoine au ix^, soit du 
célèbre slaviste Miklosich, qui nous les montre rentrant, dès le v^ siècle, 
dans leur pays originaire; 3» enfin, la théorie rœslérienne est impuissante 
à expliquer plusieurs faits caractéristiques de l'histoire et des institu- 
tions roumaines. J'examinerai successivement ces divers points 3. 



commencé par combattre la théorie rœslérienne, avant d'en devenir un des plus 
ardents champions. D'ailleurs, sur toute cette bibliographie, voyez le chap. i 
du livre de M. Xénopol. 

1. Die Rumaenen und ihre Anspriiche. Vienne, 1883. 

2. En France, M. Gaston Paris s'est prononcé en faveur de la théorie rœslé- 
rienne dans le compte rendu qu'il a consacré au livre de M. Jung : Rœmer und 
Romanen in den Donaulaendern {Inn&hruck, 1877). Voy. Rotnania, 1878, p. 608. 

3. M. Xénopol avait déjà publié la substance de sa théorie dans la Revue his- 
torique, t. XXIII, 1883. 



^47 

J'admets volontiers, avec M. Xénopol, que l'élément romain a péné- 
tré en Dacie plus profondément que Rresler ne l'avait dit : le nombre 
relativement grand des inscriptions latines recueillies dans le pays est 
un témoignage qui a son poids. Encore ne faudrait-il pas l'exagérer. 
Ce latin des inscriptions était la langue officielle; qui pourra nous dire 
jusqu'à quel point il est devenu la langue du peuple? M. Xénopol 
invoque l'exemple de l'Espagne, de la Gaule ^, qui ont si rapidement 
perdu l'usage de la langue nationale ; mais il faut se rappeler que la 
domination romaine a duré en Dacie au plus un siècle et demi : 
quatre générations d'hommes auraient donc suffi pour qu'on cessât d'y 
parler dace ! En outre, l'élément colonisateur n'a pas été exclusivement 
latin : si de nombreux légionnaires venus d'Occident ont aidé à répandre 
le latin dans les campagnes et les villes daces, tandis que les auxiliaires 
daces, transplantés en Occident, allaient désapprendre au loin leur 
langue maternelle, il en est venu aussi des pays grecs. C'est à M. Xéno- 
pol même que j'emprunte ce fait (p. 178), et il montre les traces laissées 
par le grec dans le roumain. Il est donc au moins excessif d'aller jus- 
qu'à dire (p. 36) : « Les Daces n'ont jamais quitté leur pays ; tout au 
contraire, ils y sont restés en grand nombre, et ils ont tous été roma- 
nisés. » 

Arrivons maintenant à l'ordre d'évacuation donné par Aurélien en 270. 
D'après Vopiscus, l'ordre a été aussi formel que possible : « Voyant que 
rillyrie était ravagée et la Mésie perdue, l'empereur abandonna la Dacie, 
province constituée par Trajan ; il en ramena l'armée et les provinciaux, 
qu'il établit en Mésie 2. » M. Xénopol s'efforce d'atténuer la force de 
cette affirmation. Il reproche à Vopiscus de manquer de critique, de 
raconter les faits, non pas tels qu'ils se sont passés en réalité, mais tels 
que les présentait la version officielle ; c'est ainsi qu'il a puisé plusieurs 
de ces renseignements dans les « carnets » mêmes de l'empereur Auré- 
lien 3. Soit, mais quel intérêt Vopiscus aurait-il eu, dans ce cas actuel, 
à farder la vérité ? Ne croira-t-on pas Aurélien affirmant qu'il a été 



1. Au sujet de la Gaule, je relève une erreur de fait : « La province narbon- 
naise de la Gaule soumise aux Romains par J. César (52 av. J.-G.), » dit l'au- 
teur, p. 32, « était, du temps de Pline l'Ancien, plutôt une Italie qu'une pro- 
vince. » En réalité, la Narbonnaise a été constituée en province en 121 av. 
J.-C. Voyez E. Desjardins, la Gaule romaine, II, 282. 

2. « Cum vastatum Illyricum ac Moesiam deperditam videret, provinciam 
Daciam a Trajano constitutaui, sublato exercitu et provincialibus, reliquit, 
desperans eam posse retineri, abductosquc ex ea populos in Moesia collocavit. » 
Vopiscus, Aurelian., ch. xxxix. Cité par M. Xénopol, p. 15. 

3. « Quœ omnia, dit Vopiscus [Aurel., ch. i), ex libris linteis, in quibusipse 
quotidiana sua scribi praeceperat pro tua sedulitate (il s'adresse à Tibérianus, qui 
l'avait exhorté à écrire la vie de l'empereur) condisces. » Cité p. 19. 



^48 

obligé d'abandonner à l'ennemi une province de son empire? Était-ce 
un événement dont il dût prendre de l'orgueil, et dont ses panégyristes . 
dussent s'empresser de transmettre le souvenir à la postérité ? La vérité 
est, je crois, que sur le fait de l'évacuation, il n'y avait à tromper per- 
sonne; on y était préparé depuis qu'Hadrien avait mis le pont jeté par 
Trajan sur le Danube hors d'état de servir ^. Depuis le commencement 
du ni« siècle au moins, c'est-à-dire depuis l'arrivée des Goths sur les 
bords du Pont-Euxin, la possession de la Dacie était devenue des plus 
précaires 2, et l'ordre de l'empereur, attendu sans doute depuis long- 
temps, a dû s'exécuter promptement^. Quoi qu'en dise M. Xénopol, les 
émigrants pouvaient trouver dans la Mésie, même dévastée, un asile 
moins incertain que chez eux ; le Danube ne formait pas une limite 
infranchissable, mais c'était encore une solide base de défense. Je crois 
très volontiers que la Dacie n'a pas été entièrement évacuée par tous 
ses habitants : ceux qui étaient le plus près du Danube ont franchi le 
fleuve; ceux qui étaient voisins des montagnes se sont mis à l'abri 
derrière leurs rochers. C'est là, en effet, que M. Xénopol montre les 
Daces romanisés trouvant un asile inexpugnable; c'est là, d'après lui, 
qu'ils restèrent confinés pendant le millier d'années que durèrent les 
invasions dans la basse vallée du Danube, pour redescendre ensuite dans 
la plaine qu'ils occupent aujourd'hui. Reste à prouver que ces fugitifs 
étaient en effet tous romanisés. La condition désolée où se trouvèrent 
les Daces, depuis le début du in^ siècle, ne permet guère de croire que 
l'influence latine ait pu s'exercer d'une façon assez paisible ni assez 
continue. 

La première partie de la thèse soutenue par M. Xénopol ne me 
paraît pas solidement établie. Voyons, maintenant, comment il réfute 
les hypothèses présentées par ses adversaires pour expliquer l'immi- 

1. Si tant est cependant qu'Hadrien ait fait rompre le pont de Trajan. Voyez 
sur ce point Duruy, Histoire des Romains, t. IV (1874, in-8°), p. 331. 

2. Xénopol, p, 20. 

3. M. Xénopol discute encore, p. 19, un passage d'Eutrope. Cet liistorien nous 
dit qu'Hadrien, jaloux de la gloire de Trajan, abandonna aussitôt les trois pro- 
vinces d'Assyrie, de Mésopotamie et d'Arménie, et il ajoute : « Idem de Dacia 
facere conatura amici deterruerunt, ne multi cives romani barbaris traderentur. » 
Par conséquent, dit M. Xénopol, « dans l'idée des Romains, » la retraite des 
troupes ne devait pas avoir pour conséquence nécessaire celle des citoyens, et, 
si cette idée était vraie au temps d'Hadrien, elle devait l'être aussi bien encore 
au temps d'Aurélien. C'est possible, mais Vopiscus dit formellement qu'Auré- 
lien ramena l'armée « et les provinciaux, » et, comme je l'ai dit plus haut, je 
ne vois pas de raison sérieuse pour inûrmer le témoignage de ce chroniqueur. 
Sur la mesure prise par Aurélien, Eutrope ne fait que répéter Vopiscus : 
« Abductosque Romanos ex urbibus et agris Daciae in mediara Moesiam collo- 
cavit. » Cité p. 15. 



1/(9 

gration dans l'ancionne Dacic d'un peuple pariant une langue latine. 
Rœsler, on l'a vu, prétend que les Roumains sont venus de la Mésie. 
Mais, réplique M. Xénopol (p. 38 et suiv.), l'élément romain a toujours 
été très faible dans cette province, et il en a certainement disparu de 
bonne heure sous le flot des invasions. A aucune époque du moyen 
âge, les auteurs byzantins ne signalent sur le territoire de l'ancienne 
Mésie un groupe quelque peu important de population romane; « on ne 
rencontre pas un seul Vaiaque entre les Balkans et le Danube; toutes 
les mentions relatives à ce peuple se rapportent aux régions monta- 
gneuses situées au sud des Balkans » (p. 39). Sur ce point, l'argumen- 
tation paraît très solide, et il est difficile, en effet, que les Roumains 
soient venus de la Mésie, s'ils n'y ont jamais été. Pour M. Tomaschek, 
les ancêtres des Roumains sont les Besses romanisés, qui auraient quitté, 
à la fin du xi^ siècle, leur pays, situé au sud des Balkans; mais cet 
auteur ne donne aucune preuve à l'appui de son opinion, dans laquelle 
il parait n'avoir d'ailleurs lui-même qu'une médiocre confiance (voyez 
p. 55). 

De la très intéressante discussion à laquelle s'est livré M, Xénopol 
dans ce chapitre, je retiens au moins ce fait : les chroniqueurs byzan- 
tins mentionnent fréquemment la présence de Yalaques (BXâxot) au sud 
du Danube, ou mieux dans les Balkans, l'Hémus, le Rhodope; ces 
Yalaques ont joué un grand rôle dans l'histoire du premier et du second 
Etat bulgare ; mais on n'a pas prouvé que ces Valaques formaient un 
élément bien déterminé parmi les populations balkaniques. Parlaient- 
ils une langue dérivée du latin ? Il eut été bon d'éclairer ce point, car 
le nom de Vaiaque a désigné au moyen âge les peuples les plus divers < ; 
assurément, il n'avait pas la même valeur qu'aujourd'hui. M. Xénopol 
attache cependant au mot Bli^oi le même sens que nous au mot Yalaques. 
De là, une sorte de confusion perpétuelle, qui ne laisse pas de mettre 
le lecteur mal à l'aise. 

Cette tendance, qui pousse M. Xénopol à donner aux termes employés 
par les chroniqueurs anciens, peu versés à coup sur dans les questions 
d'ethnographie, une précision toute moderne, reparaît dans le cha- 
pitre IV, intitulé : l'Église bulgare chez les Roumains. Gomment expli- 
quer, a-t-on dit, que les Roumains aient adopté le rite slave ou bulgare, 
que le bulgare ou vieux slovène ait été pendant des siècles la langue offi- 
cielle et écrite des Roumains en Roumanie, si ces descendants des 
anciens Daces n'ont jamais traversé le Danube ? M. Xénopol répond 
« que la Bulgarie, au moins pendant la durée du premier État bulgare^, 

1. Voyez les preuves qu'en donne M. G. Paris dans l'article qui sert d'intro- 
duction au 1" vol. de la Romania. 

2. Ce premier einj)ire bulgare péril en 1018, détruit par l'empereur d'Orient, 
Basile II, dit le Buigaroctone. Voyez p. 63. 



450 

s'étendait aussi au nord du fleuve, sur la Moldavie, la Valachie et la 
Transylvanie » (p. 56). Ici encore, son argumentation, tout ingénieuse 
qu'elle est, n'emporte pas la conviction. Je citerai seulement un exemple 
de la facilité avec laquelle M. Xénopol interprète parfois les textes dans 
un sens favorable à sa causée II cite (p. 59) ce passage de Constantin 
Porphyrogénète : « Les Hongrois confinent vers l'Orient aux Bulgares, 
dont ils sont séparés par le fleuve Ister ; vers le nord aux Petchénègues, 
vers l'Occident aux Francs, vers le sud aux Croates. » L'auteur souligne 
les mots : confinent vers l'Orient, et en conclut que les Bulgares étaient 
les voisins immédiats des Hongrois à l'est de ceux-ci, c'est-à-dire en 
Valachie. On est tout aussi bien autorisé à souligner les mots : dont ils 
sont séparés par le fleuve Ister, et à comprendre que le Danube séparait, 
alors comme aujourd'hui, les Hongrois des Bulgares. Quoi qu'il en soit 
d'ailleurs, et ne pouvant reprendre un à un tous les textes, discuter 
tous les faits allégués par l'auteur, je demanderai la permission de repro- 
duire la conclusion de cet intéressant chapitre : « Les Roumains n'ont 
pu revenir de la Mésie, puisqu'ils n'y ont jamais existé. Pour expliquer 
le rôle des Valaques de l'autre côté du Danube au temps de l'État 
valacho-bulgare, on n'a pas besoin d'imaginer qu'ils aient été excessi- 
vement nombreux dans la Mésie. Les premiers chefs de l'insurrection 
(contre l'empire byzantin) étaient Valaques ; les premières luttes de Tin- 
dépendance eurent pour théâtre le mont Hémus, patrie des Valaques ; 
l'élément bulgare, qui était le seul cultivé, finit par avoir le dessus, et 
l'état valacho-bulgare se changea insensiblement en un État purement 
bulgare. Quant au rite bulgare que l'on rencontre chez les Roumains du 
nord du Danube, il y a été introduit pendant le premier État bulgare, 
qui étendait sa domination jusque dans la Pannonie. Les relations des 

1. P. 235, M. Xénopol s'est certainement mépris sur un passage des Annales 
de Fulda. Elles racontent qu'en 896 les Grecs firent la paix avec les Avares ou 
Hongrois; les Bulgares, mécontents, prennent les armes et ravagent tout le 
pays jusqu'aux portes de Constantinople. « Quod ad ulciscendum Greeci astu- 
cia sua naves illorurn contra Avaros mittunt, ac eos in regnura Bulgarorum ultra 
Danubium transponunt. Illi transpositi, manu cum valida gentem Bulgarorum 
ingressi, maximam partem caedendo neci tradiderunt. » Après ac eos, M. Xéno- 
pol sous-entend Graecos; c'est Avaros qu'il faut au contraire. Le sens est donc : 
les Grecs, pour se venger des Bulgares, usent de ruse : ils feignent d'envoyer 
leurs vaisseaux contre les Avares, mais ces vaisseaux vont prendre les Avares 
au nord du Danube et leur font passer le fleuve. Arrivés ainsi au delà (au sud) 
du Danube, ces Avares, qui viennent de faire la paix avec Byzance, attaquent les 
Bulgares, en tuent un grand nombre et forcent ceux qui étaient alors en expé- 
dition de revenir en toute hâte pour défendre leur patrie. On ne saurait donc 
invoquer ce passage pour prouver que les Avares ou Hongrois étaient voisins 
des Bulgares au nord du Danube; le texte dit formellement que ces Bulgares 
étaient au sud du fleuve. 



i51 

églises moldaves et valaques avec le siège d'Ohrida' prouvent que les 
Roumains n'ont pu recevoir le christianisme bulgare qu'au nord du 
fleuve, car, s'ils avaient émigré de Mésie en Dacie à partir de la Bn du 
xn« siècle, ils auraient dû obéir à l'autorité spirituelle du patriarche de 
Tirnovo ; s'ils étaient venus de plus loin encore, du sud des Balkans, 
ils devraient ollicier en langue grecque, ainsi que le font ceux de la 
Macédoine » (p. 71). 

Au chapitre v, M. Xénopol recueille et critique les témoignages des 
chroniqueurs du moyen âge, qui attestent la présence des Roumains au 
nord du Danube. A vrai dire, c'est à partir du xu« siècle seulement 
qu'on trouve des Valaques mentionnés dans l'ancienne Dacie trajane ; 
mais ces chroniqueurs en parlent comme d'un peuple établi déjà depuis 
longtemps dans le pays, et même antérieurement à la conquête hon- 
groise. Le plus ancien est ce notaire anonyme d'un roi de Hongrie, 
Béla^, au témoignage de qui Rœsler refuse d'attribuer aucune autorité, 
mais que notre auteur venge assez bien de ces injustes dédains. La 
chronique attribuée à Nestor, et qui est du xi'= siècle, vient appuyer 
l'affirmation de l'anonyme 3, et il est difficile, après l'argumentation de 
M. Xénopol, de ne pas admettre l'existence, au nord du Danube, d'un 
peuple appelé Valaque, depuis au moins le V* siècle. Mais, encore une 
fois, ce nom seul de Valaque suffit-il pour désigner un peuple parlant 
une langue dérivée du latin? Pour les Valaques situés au sud des Bal- 
kans, l'auteur cite (p. 40) un seul exemple d'un mot vraiment roumain; 
pour ceux de la Transylvanie, il n'en cite pas. 

Après les témoignages tirés des chroniqueurs, viennent les témoi- 
gnages tirés des chartes et autres actes publics (ch. vi) ; le premier docu- 

1. L'ancienne Prima Jusliniana, dans la Macédoine. Le patriarcat d'Ohrida 
n'exista sous sa forme bulgare que du temps du premier Étal bulgare, détruit 
en 1018; ensuite, il fut grécisé. Les Bulgares du second royaume indépendant 
eurent pour patriarche le métropolitain de Tirnovo; la Mésie, au xn" siècle, 
dépendait de la Bulgarie, et par conséquent du patriarche de Tirnovo. Voyez 
Xénopol, p. 65 et suiv. 

2. Quel est ce Bêla? Bêla I", d'après Amédée Thierry (1061-1063); d'après 
Rœsler, c'est Bêla IV (1235-1270); d'après M. Pic, c'est Béla III (1174-1196). 
M. Xénopol ne se prononce pas clairement sur ce point, très important cepen- 
dant. Il paraît pencher plutôt pour Bêla I'^ 

3. M. Xénopol cite Nestor, et avec raison, d'après la traduction récente qu'en 
a donnée M. Louis Léger : Chronique dite de Nestor, traduite sur le texte sla- 
von-russe, avec introduction et commentaire critique (Leroux, 1884). C'est la 
première traduction française faite directement sur l'original, par un homme qui 
connaît bien les anciens idiomes slaves. Dans son introduction, M. Léger expose 
que le moine Nestor, hagiographe de la fin dn xi^ siècle, ne peut être l'autour 
de la chronique qu'on lui attribue d'ordinaire. Cette chronique est l'œuvre ano- 
nyme d'un moine du monastère Petchersky, de Kiev. Dans sa forme primitive, 
elle s'arrête brusquement à l'année 1113. 



452 

ment hongrois sur la Transylvanie qui mentionne des Roumains dans 
ce pays date de 1197, et contient un mot dont un des éléments paraît 
bien roumain. L'étude de cette charte et d'autres appartenant au 
XIV* siècle autorise M. Xénopol à conclure, contre Rœsler, que les 
Valaques occupaient la Transylvanie depuis longtemps, et, contre 
M. Hunfalvy, qu'ils étaient possesseurs du sol, et non point nomades, 
comme le serait un peuple d'émigrants arrivés depuis peu. C'est assez 
tard que ces Roumains de la Transylvanie, opprimés par les Hongrois, 
perdirent peu à peu la propriété foncière ; dans des pages qui comptent 
certainement parmi les plus intéressantes du livre, M. Xénopo! expose 
cet asservissement graduel du peuple roumain. « Dans les anciens 
temps, » dit-il (p. 130), mais l'expression est bien vague : en réalité, 
l'état des choses décrit par M. Xénopol ne se rapporte pas d'une façon 
certaine à des temps plus anciens que le xii^ siècle, « les Roumains 
jouissaient de droits qu'ils perdirent dans la suite. Ainsi, nous les 
voyons soumis à leurs chefs particuliers, les knèses, et gouvernés dans leurs 
districts par des seigneurs territoriaux, les voévodes ; ils possèdent un 
droit coutumier qui règle leurs relations, non seulement avec eux, mais 
encore avec le fisc ou les propriétaires; ils ont une noblesse nombreuse 
et puissante, qui se met souvent en hostilité avec l'autorité royale, et 
que le roi tâche de gagner par des donations importantes. Tous enfin, 
nobles et roturiers, prennent une part effective aux assemblées du pays 
ou à celles des districts; ils sont chargés pour la plupart de défendre 
les frontières du pays, ainsi que les Saxons et les Szèkles, et jouissent, 
dans ce cas, d'immunités importantes qui les mettent au niveau 
du peuple conquérant. Tous ces droits, dont l'importance n'a pas 
besoin d'être démontrée, disparaissent avec le temps. » Faut-il cepen- 
dant aller aussi loin que M. Xénopol, et admettre avec lui (p. 131) que 
« cet exposé suffit à lui tout seul pour renverser de fond en comble la 
théorie de Rœsler? Car, si on admettait que les Roumains se sont insen- 
siblement introduits en Transylvanie comme peuple nomade, comment 
serait-il possible de trouver ce même peuple jouissant, au commencement 
de son existence dans ce pays, de droits si importants, et de le voir perdre 
ces droits par la suite? » L'existence de ce peuple dans ce pays ne 
commence, si l'on s'en tient au témoignage rigoureusement interprété 
des chroniques et des chartes, qu'au xt« ou x= siècle au plus. Est-ce là 
une preuve formelle de la continuité des Daces romanisés dans leur 
pays? Et n'y a-t-il pas quelque illusion naïve dans ce raisonnement 
t[ui clôt le chapitre (p. 132) : « Les Roumains ont de tout temps protesté 
contre leur oppression; dès le commencement de leur révolte, ils 
demandent et, jusque dans les derniers temps, ils continuent d'invo- 
quer les prérogatives et les libertés qu'ils avaient auparavant; ainsi nous 
les voyons, dans un acte de 1437, invoquer les libertés concédées à eux 
par saint Etienne et ses successeurs. Un peuple ne saurait avoir l'au- 



V63 

dace d'invoquer comme siens des droits qu'il n'a jamais eus, et le seul fait 
que nous voyons les Roumains prétendre à de pareils droits, prouve 
certainement qu'il a dû les posséder dans un temps antérieur. » 

« Un argument des plus concluants, pour prouver que la Dacie a été 
abandonnée par sa population, consisterait à montrer l'absence, dans 
le pays, de noms de lieu d'origine dace ou romaine. » C'est par ces 
mots que débute le chapitre vu, intitulé Toponymie. M. Xénopol a fait 
cette remarque très ingénieuse : la plupart des villes et des gros villages 
daces ont été détruits et leur nom a péri avec eux ; mais les fleuves, 
surtout dans leur cours supérieur, les montagnes et les hauts plateaux 
ont gardé leur terminologie antique. C'est que l'invasion qui, dans la 
plaine dace, a duré un millier d'années (238-1240), a fatalement détruit 
ces villes; les habitants se sont réfugiés dans les montagnes, toujours 
plus haut, dans des retraites toujours plus inaccessibles; aussi les mots 
roumains ont-ils persisté dans la montagne, tandis que, dans la plaine, 
les mots slaves, hongrois, allemands, apportés par les divers envahisseurs 
du pays, sont en majorité. Mais, demanderai-je à mon tour : qu'est-ce au 
juste que cette langue daco-romaine dont vous nous parlez? La plupart 
des noms que vous citez ne sauraient s'expliquer par le latin. Vous 
dites quelque part, avec grande apparence de raison, que ce sont là des 
vestiges de l'ancienne langue dace; mais le dace n'est pas le latin. Ce 
qu'il faudrait prouver, c'est que les Daces ont donné à leurs lieux de 
refuge une nomenclature latine; si au contraire cette nomenclature est 
dace, c'est donc qu'ils parlaient dace et non latin. Bref, nous retrouvons 
ici, mais plus nettement accusée, cette pétition de principes que j'ai 
déjà plusieurs fois signalée : tout peuple appelé valaque est aux yeux 
de M. Xénopol un peuple roumain, au sens actuel du mot, et c'est jus- 
tement ce qu'il faudrait démontrer. Prouvez qu'il n'a jamais cessé d'exis- 
ter dans l'ancienne Dacie trajane, non un peuple valaque, mais un 
peuple (quel qu'en soit le nom) parlant latin ou une langue dérivée du 
latin. L'ancienne population dace est-elle restée dans son pays origi- 
naire ? Avec vous je réponds : Oui. A-t-elle été entièrement romanisée, 
et est-elle restée romanisée pendant tout le moyen âge? J'en doute 
encore; du moins, la preuve, pour moi, n'est pas administrée. 

La dernière discussion de fait contre la théorie rœslèrienne occupe 
le chapitre vin, consacré à l'étude de la langue. En effet, a-t-on dit : 
1" le langage des Daco-Roumains est identique à celui des Roumains 
de la Macédoine ; donc les deux peuples ont coexisté sur le même terri- 
toire ; 2° il existe dans le roumain actuel certains éléments empruntés 
à l'albanais et au bulgare; les Roumains ont donc vécu à côté des Alba- 
nais et des Bulgares, c'est-à-dire au sud du Danube. Je regrette de 
n'avoir sur cette question de langue aucune compétence personnelle. 
Je dirai seulement qu'à mon avis, M. Xénopol a prouvé que le langage 
des Roumains de l'ancienne Dacie n'est pas identique à celui des 



154 

Roumains de la Macédoine ; quant à l'élément albanais, il y voit tout 
simplement (p. 185) la persistance de l'élément dace primitif; le rou- 
main ne l'aurait donc pas emprunté à l'albanais, mais à la source 
même d'où l'albanais l'a prise''. Sur un point cependant, je hasar- 
derai une réflexion. On a remarqué depuis longtemps qu'il n'y a pas en 
roumain de dialecte ; la langue parlée est la même, à quelques diffé- 
rences près d'accent, et à part quelques provincialismes (p. 174), sur 
un vaste territoire de trois cent mille kilomètres carrés, aussi étendu 
que l'Italie. Comment expliquer ce fait? Tout naturellement, répond 
M. Xénopol (p. 175), « si l'on admet que les éléments dont se com- 
pose la nationalité roumaine se sont fondus en un seul tout, au milieu 
des Carpathes. » Mais est-ce là que les diverses parties du peuple rou- 
main ont pu « se fondre en un seul tout? » Est-il vraisemblable que la 
langue se soit maintenue identique dans ces hautes vallées isolées les 
unes des autres ? Hypothèse pour hypothèse, ne serait-il pas plus simple 
de croire que la plaine roumaine a été colonisée par un seul peuple 
immigré ? 

Nous arrivons enfin à la dernière partie du livre (chap. ix : Argu- 
ments généraux). Le théorie rœslérienne est, d'après notre auteur, inca- 
pable de rendre compte d'un certain nombre de traits caractéristiques 
de l'histoire roumaine. Pourquoi les Roumains ont-ils toujours été un 
peuple agriculteur? Pourquoi les traditions relatives à la fondation de 
la Moldavie et de la Valachie placent-elles l'origine de ces principautés 
dans les montagnes de la Transylvanie ? Combien enfin, avec la théorie 
de Rœsler, ne faudrait-il pas admettre que les anciens Daces ont changé 
de demeures? Je n'insisterai pas autrement sur ces divers points : là, l'au- 
teur a présenté plus de raisonnements que de faits précis ; autrement, 
il n'aurait pu que se répéter. Mais je ne le suivrai pas dans ces raisonne- 
ments. Ils sont certainement très spécieux; c'est affaire d'apprécia- 
tion personnelle. Si les précédents chapitres ont porté la conviction 
dans l'esprit du lecteur, on admettra les considérations générales de 
l'auteur, sans les contester; sinon, il vaudra mieux sans doute les 
laisser à l'écart, comme n'étant pas des arguments directs en faveur 
de la thèse soutenue. Pour moi, je l'avoue, je n'ai pas été convaincu par 
M. Xénopol. La critique qu'il a faite de la théorie rœslérienne est 
très habile, très savante; sur beaucoup des points particuliers, elle est 
victorieuse ; cette partie de son travail restera certainement. A-t-il prouvé 
la continuité des Roumains ? Je ne le pense pas, et je me suis efforcé de 
dire pourquoi : les arguments de l'auteur m'ont paru plus spécieux que 
décisifs ; il m'a semblé même qu'on pouvait en retourner aisément plu- 
sieurs contre lui. Je ne dis pas qu'il n'a pas raison; je souhaite même 
de tout mon cœur pour lui et pour ses compatriotes, si jaloux de leurs 

1. Pour ce qui concerne l'élément slovène, voyez p. 188. 



455 



« droits historiques, » que sa théorie soit la seule vraie ; mais, si l'on 
reste au point de vue strictement scientifique, la conclusion du livre 
n'est pas évidente ; l'énigme n'est pas résolue. 



Gh. Bémont. 



Alishan (D"" Léonce), de l'ordre des Mékhitaristes. — Sùsouan, pan- 
tographie de la Cilicie arménienne et histoire du roi Léon P^ le 
Magnifique (en arménien). Venise, S. Lazzaro, 1885. In-4°, 24- 
xij-592 pages (8 chromo)., 2 héliogr., 3 planches, 30 fac-similés, 
3 cartes, nombreux bois et héliogr. dans le texte) . 

Le royaume arménien de Cilicie, uni par tant de liens aux États 
chrétiens d'outro-mer, a toujours été considéré comme faisant partie 
intégrante de l'Orient latin, dont son histoire ne peut être séparée, 
surtout pendant le xni'' et le xiv« siècle. L'influence latine a été, 
en effet, si puissante sur cette petite nation, échappée comme par 
miracle à des siècles d'invasions successives, et devenue, à la suite 
des croisades, la fidèle alliée et la coreligionnaire des Francs du 
Levant, que l'on peut dire qu'au temps le plus prospère de l'Arméno- 
Gilicie, la civilisation féodale de l'Occident s'y était implantée tout 
entière. Rien ne saurait donc être plus intéressant pour nous que 
l'étude de ce coin de terre, qui a si longtemps vécu des mœurs de nos 
ancêtres, partagé leurs idées et même parlé leur langue. Et pourtant, 
malgré les travaux d'explorateurs intelligents comme "Victor Langlois 
et de savants comme Dulaurier, l'Arméno-Gilicie est encore pour nous 
comme une terra incognita, avec ses centaines de châteaux, perdus dans 
les gorges de montagnes inaccessibles, et ses innombrables monastères, 
qui ont été, au moyen âge, autant de foyers de culture littéraire et 
artistique. 

Si peu que l'on en connût encore, il était désirable qu'un ouvrage 
d'ensemble vînt réunir les données éparses dans les relations des voya- 
geurs modernes, aussi bien que dans les textes des chroniqueurs. G'est 
cet ouvrage que le R. P. Léonce Alishan vient de mettre au jour, avec 
un luxe d'illustrations qui le rend infiniment précieux, même pour ceux 
qui n'entendent point la langue arménienne; car c'est dans cette langue, 
et à dessein, qu'a voulu écrire l'auteur; c'est à ses compatriotes qu'il 
dédie cette encyclopédie vraiment nationale du passé et du présent de 
l'Arméno-Gilicie. 

L'ouvrage, à la fois géographique et historique, ne néglige rien de ce 
qui peut intéresser le lecteur oriental; je suis peu compétent pour juger 
de la partie consacrée à la description physique, à la géologie, à la 
botanique du pays, et que viennent éclairer de nombreuses gravures. 
Mais je veux attirer l'attention des lecteurs d'Occident sur la partie 
géographique, historique et archéologique de l'ouvrage, partie qu'une 



^S6 

introduction française, expliquant les illustrations, leur permettra par- 
faitement d'apprécier. 

Au point de vue géographique, il trouvera un grand nombre de bois, 
très bien gravés, représentant les sites les plus remarquables et les prin- 
cipales villes, et trois cartes, dont une générale, en trois couleurs et à 
grande échelle, qui sera d'un grand secours pour l'intelligence d'une 
foule de faits de l'histoire de l'Orient latin. Les villes historiques de 
Gilicie, Sis, siège du patriarcat^ l'opulente Ayas, Anazarbe, Zéthoun, 
Lambron, Borigos, et vingt autres sont l'objet de notices spéciales. 
L'auteur n'a pu retrouver les noms des deux cents châteaux, dont 
parle Machaeras; mais il en a identifié une centaine, dont il nous 
donne la liste : les plus célèbres, Popéron, le fief du connétable 
Semprad, Lambron, patrie de S. Nersès, Amouda, Sarvantikar, 
Bodrôme, le célèbre Gorigos, Gaston, Loulou, dont parle Bertrandon de 
la Broquière, Podandum, par où entrèrent les croisés de 1097, et plu- 
sieurs autres sont décrits avec soin. Il a passé de même en revue un 
grand nombre d'abbayes, dont l'une était une école de musique, floris- 
sante au moyen âge, et nous a laissé ses recueils de mélodies. Plusieurs 
eurent des religieux latins; un grand nombre existent encore inexplo- 
rées, surtout dans la Montagne-Noire (Amaiis), et recèlent certainement 
un grand nombre de documents historiques et archéologiques. Pour les 
archéologues, le P. Alishan a relevé avec soin, en en donnant le dessin, 
toutes les ruines antiques connues jusqu'ici et toutes les inscriptions 
qu'il a pu trouver. L'une de celles-ci, dojit le texte, déchiffré par S. Ner- 
sès, nous est seul parvenu, est plus curieuse, il est vrai, que bien 
authentique; elle se trouvait près d'Issus et était ainsi conçue : « A 
« Mopsueste, devant les Portes, près des tourbillons d'Aleus, en Gilicie : 
« ossements des myriades de Perses, faits par Alexandre le Macédonien. 
« C'est nous (Grecs) qui alors suivîmes les traces du roi Darius. » 

L'auteur ne néglige ni les sceaux, ni les monnaies, ni les reliquaires, 
ni les miniatures des manuscrits historiques : de nombreux fac-similés 
font passer sous les yeux du lecteur une grande partie de ce qui nous 
est parvenu, en ce genre, du moyen âge arménien. 

Enfin, l'histoire occupe une place considérable dans l'ouvrage. Outre 
les documents déjà publiés, soit en arménien, soit dans les langues occi- 
dentales, outre deux lettres inédites de Clément III, 1189 (p. 467), outre 
ces mémoriaux, si importants au point de vue chronologique, qui ter- 
minent les manuscrits arméniens et dont l'auteur a réuni une collection 
importante, il a eu entre les mains deux manuscrits inédits, l'un de la 
fin du xm^ siècle, contenant une histoire des rois de la petite Arménie, 
pleine de faits nouveaux, l'autre plus récent, mais qui paraît reproduire 
une histoire, jusqu'ici inconnue, du célèbre roi d'Arménie, Léon I*' le 
Magnifique, mort en 1219, et qui, le premier, entra dans ce que nous 
appelons aujourd'hui le concert européen. Ce roi a joué un si grand rôle 



457 

dans l'histoire de son pays et a eu avec les Latins des rapports si inté- 
ressants, que l'on ne peut que louer le P. Alishan de lui avoir consacré 
un appendice spécial, où nous trouvons des détails inédits sur la vie de 
ce prince, et, en particulier, sur ses rapports avec Saladin. 

Après avoir parcouru ce livre magniûque, on ne peut se défendre d'un 
regret presque amer : y a-t-il en Europe, en dehors des Arméniens, 
beaucoup plus de vingt érudits en état de faire autre chose (et c'est à 
quoi s'est vu réduit l'auteur du présent compte rendu) que feuilleter et 
admirer les bois et les planches du volume? 

Il y a là cependant une somme de recherches et surtout une dépense 
d'illustrations qui ne sauraient rester stériles; elles paraissent exiger 
impérieusement, sinon une édition française, du moins un abrégé, qui, 
reproduisant toutes les gravures et toutes les planches, donnerait, avec 
les explications nécessaires, la traduction des parties du livre qui ne 
sont point empruntées aux sources connues en Occident. 

L'auteur regrette à juste titre que, tandis qu'on parcourt à grands 
frais des pays d'un intérêt historique ou archéologique discutable, les 
gouvernements occidentaux n'aient jamais songé à une exploration 
sérieuse, méthodique, complète, du massif montagneux qui ferme au 
nord le golfe d'Alexandrette, et surtout qu'on laisse dormir, dans des 
monastères inconnus, tant de renseignements précieux, et qui sait? 
peut-être (soit en originaux, soit en versions arméniennes) de véritables 
trésors historiques. Eh bien ! il me semble que le meilleur, peut-être le 
seul moyen de provoquer et la curiosité des jeunes érudits, et aussi les 
libéralités ministérielles, est de donner une large publicité à ce que l'on 
connaît déjà, pour faire sauter aux yeux l'importance de ce qui reste à 
connaître. Les justes éloges que j'adresse à la publication du P. Ali- 
shan comportent donc cette réserve formelle que, sans l'édition fran- 
çaise que je lui demande, son livre, si utile qu'il puisse être à ses com- 
patriotes, n'aura pas rendu à la science historique et géographique des 
services en rapport avec la peine et l'argent qu'il a dû coûter. 

Comte Riant. 

Codex Vindobonensis membranaceus purpureus literis argenteis 
aureisque scriptus. Antiquissimx evangeliorum Lucx et Marci 
translationis latinx fragmenta. Edidit J. Belsheim. Lipsiœ, T. 0. 
Weigel, 4 885. ln-8", viii-7i p. Avec une planche. 

Epistulae Paulinx ante Hieromjmum latine translata ex codice 

Sangermancmi grœco latino, olim Parisiensi, nunc Petropolitano. 

Emit et edidit J. Belsheim. Christianise, -1885. In-8% vir-87 p. 

Le docteur Belsheim poursuit avec la plus louable ardeur et le soin 

le plus scrupuleux la recherche et l'édition de ce qui nous est parvenu 

des très anciennes versions latines du Nouveau Testament. 



458 

Dans le premier des opuscules que nous annonçons, il a reproduit les 
fragments des Évangiles de saint Luc et de saint Marc que contient le 
ms. 1235 de la Bibliothèque impériale de Vienne; ce manuscrit, exé- 
cuté en onciales d'or et d'argent sur parchemin pourpré, paraît dater de 
la fin du vii^ siècle; il a été porté en 1717 de Naples à Vienne. Un fac- 
similé de quatorze lignes est placé en tête de l'édition. 

Le second opuscule du D"" Belsheim nous offre la version latine des 
Épitres de saint Paul, telle qu'on la trouve dans un ms. de Saint-Péters- 
bourg, renfermant à la fois le texte grec et la version latine. Ce ms., jus- 
tement célèbre, paraît avoir été copié sur le « Codex Claromontanus, » 
aujourd'hui n" 107 du fonds grec à la Bibliothèque nationale de Paris. 
Il a pour nous un intérêt particulier : c'est, en effet, l'un des volumes de 
l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés qui furent volés en 1791 et qui ont 
émigré en Russie. Il venait probablement de Gorbie, et, selon toute 
apparence, il répond à l'article 247 de l'ancien catalogue des livres de 
ce monastère : « Epistole Pauligrece; epistole Pauli latine. » Outre les 
Épitres de saint Paul, il contient le compte des versets de chacun des 
livres de la Bible. Le texte de ce document se trouve à la page vn des 
EpistuliB PaulinsB. 

De telles publications font grand honneur à M. Belsheim. Fort utiles 
pour la critique du texte du Nouveau Testament, elles se recommandent 
en même temps à l'attention des paléographes et des philologues. 

L. Delisle. 



La Librairie des papes d'Avignon, sa formation^ sa composition, ses 
catalogues (13'I6-U20), d'après les registres de comptes et d'in- 
ventaires des Archives vaticanes, par Maurice Faucox, ancien élève 
(le l'École des chartes, ancien membre de rÉcole française de Rome, 
tome I". (Fascicule 43« de la Bibliothèque des Écoles françaises 
d'Athènes et de Rome.) Paris, Thorin, -1886. In-8°, xxii-263 pages. 

L'histoire de la bibliothèque et des archives pontificales fait chaque 
jour de nouveaux progrès. L'année passée, les Bénédictins éditeurs du 
Registre de Clément V faisaient paraître plusieurs pièces relatives à la 
bibliothèque de Clément V et de Jean XXII. Un peu plus tard, le 
P. Ehrle publiait une étude sur l'histoire du trésor, de la bibliothèque 
et des archives des papes durant le xiv^ siècle <. Tout récemment, le 
P. Denifle, sous-archiviste du saint-siège, éditait un inventaire des 
registres du xin^ siècle dressé en 1339, non sans l'accompagner d'une 
notice des plus intéressantes 2. Et l'on nous promet sous peu l'appari- 

1. Dans VArchiv fur Litteratur- und Kirchen-Geschichte des Mittelalters. 

2. Die pxpstlichen Registerbeende des 13. Jahrhunderts und das Inventât 
derselben vom J. 1339. Berlin, 1886, in-8°. 



tion d'une histoire de la bibliothèque pontificale au xv» siècle, due à la 
collaboration de MM. Mùntz et Fabre. C'est la librairie formée par les 
papes d'Avif]çnon dont notre confrère M. Maurice Faucon nous retrace 
aujourd'hui la formation, les enrichissements successifs, la dispersion, 
à grand renfort de documents puisés aux meilleures sources. 

En arrivant à l'École française de Rome, M. Maurice Faucon était 
préparé par ses études antérieures au travail qu'il allait entreprendre. 
La papauté, au xiv siècle, et plus particulièrement le pontilicat bril- 
lant de Clément VI, avaient été, pendant plusieurs années, l'objet de ses 
recherches et lui avaient fourni la matière d'une thèse fort remarquée. 
Il retira d'autant plus de fruit du dépouillement des registres du Vati- 
can : ses récentes publications nous en ont déjà donné la preuve. Ce 
dernier ouvrage, plus important et par la nature du sujet et par l'éten- 
due des développements, otfre les mêmes qualités de fond, la même 
sûreté d'informations et la même variété de points de vue. 

La librairie des papes d'Avignon prit surtout de l'extension sous le 
pontificat de Jean XXII, qui, résolu à vivre sur les bords du Rhône, 
disposait toutes choses en vue d'une installation définitive de la papauté 
dans le Comtat. M. Faucon explique fort bien ce que les lettres et les 
sciences durent à l'initiative de ce pontife et de ses cardinaux. A partir 
de 1316, les renseignements fournis par notre confrère deviennent sin- 
gulièrement précis ; les registres caméraux ont conservé la trace de tous 
les achats de livres faits par les papes, et M. Faucon, qui a eu la patience 
de relever toutes ces mentions, nous apprend, année par année, de quels 
volumes s'enrichissait la bibliothèque du saint-siège. Il est vrai que les 
livres donnés, échangés ou même transcrits par des scriptores à gages 
demeurent en dehors de cette liste. Il est également vrai que, sous Clé- 
ment VI et sous Innocent VI, le chapitre Pro scriptura et libris ne fut 
plus tenu dans les comptes avec la même exactitude. 

Urbain V, avant de mourir, passa trois années à Rome; Grégoire XI, 
son successeur, quitta, en 1376, la France, avec l'intention bien arrêtée 
de ramener le saint-siège en Italie : ni l'un ni l'autre n'eurent le temps 
de transférer leur bibliothèque à Rome, et le grand schisme eut pour 
conséquence de la fixer à Avignon. Elle y resta effectivement jusqu'au 
commencement du xv^ siècle. Entre 1403 et 1411, Benoît XIII fit trans- 
porter une notable partie de ses livres en Catalogne, dans son château 
de Péniscola; ils devinrent, à sa mort, la proie de ses héritiers, ou furent 
abandonnés au cardinal de Foix, et quelques-uns d'entre eux, passés du 
collège de Foix dans le cabinet de Colbert, sont maintenant conservés 
à la Bibliothèque nationale, où ils ont été depuis longtemps identifiés 
par M. L. Delisle. 

Telle est, en résumé, l'histoire de cette bibliothèque, qui atteignit 
sous Urbain V son plus grand développement. C'est aussi à ce pontifi- 
cat, et plus exactement au mois de mars de l'année 1369, que se rap- 



^60 

porte un document de première importance publié par M. Faucon : 
l'inventaire détaillé de tous les volumes possédés par le pape. Cet inven- 
taire ne comprend pas moins de deux mille cent cinq articles, livres de 
théologie, de philosophie, d'histoire, de droit civil et canonique, véri- 
table arsenal à l'usage des souverains pontifes. Il en résulte qu'aucun 
prince en Europe, pas même le roi de France Charles V, ne possédait 
alors une bibliothèque aussi considérable que le pape. On peut ajouter, 
en empruntant les paroles de notre confrère : « La haute culture ecclé- 
siastique de cette époque se dessine exactement dans le catalogue d'Ur- 
bain Y, comme la science et les goûts littéraires laïques trouvent leur 
plus fidèle expression dans l'inventaire de la librairie de Charles V. » 

N. Valois. 



LIVRES NOUVEAUX. 

SOMMAIRE DES MATIÈRES. 

Sciences auxiliaires. — Paléographie, 7. — Diplomatique, 95. — 
Bibliographie, 94; bibliothèques : manuscrits, 12, 26-28, 48, 63, 72, 
84 ; imprimés, 40. 

Sources. — Archives, 3, 49, 62, 83; chartes, 29-31 ; cartulaires, 38, 45, 
92, 107 ; obituaires, 103. 

Histoire générale, 47. 

Biographie, 20. — Beaumanoir, 16 ; saint Bertrand de Garrigue, 64 ; 
Calabre, 53 ; saint Cyrille, 7 ; Dante, 2; Este, 25 ; Flandre, 111 ; Fresse, 
35; Grimaldi, 102; La Barrière, 14; saint Malo, 44, 90; saint Méthode, 
7; Miron, 36; saint Odilon, 101; Philippe- Auguste, 99; Pierre III, 
archevêque de Bordeaux, 68; Rodolphe, roi de France, 76; Saxe, 23; 
Tôlner, 114. 

Institutions, 15, 34, 39, 43, 109. 

Droit, 3, 29, 30, 56, 66, 82, 117, 118. 

Église, 78, 108. — Ordres, 14, 64; monastères, 38, 43, 45, 61. 

Sciences et arts, 33, 41, 60, 112. 

Archéologie, 37, 70, 86, 88, 97, 98, HO. — Architecture : édifices 
civils, 80; édifices religieux, 9, 58, 94. — Mobilier, verrières, etc., 10, 
11, 51, 59, 77, 93, 116. — Numismatique, 102. — Musique, 25. 

Langues et littératures, 106. — Latin, 2, 4, 74. — Langues romanes : 
français, 16, 42; italien, 1, 2, 46, 87, 96, 100, 115. — Langues germa- 
niques, 4, 13, 63. — Langues slaves, 7. 



464 



SOMMAIRE GÉOGRAPHIQUE. 

Allemagne, 22, 50, 109, 112. — Alsace, 67. — Mecklembourg, 114. 
— Saxe, 23. 

Autriche, 65. 

Belgique, 57, 66, 92, 95, 116, 117. 

France, 27, 76, 82, 99. — Champagne, 91 ; Lorraine, 53; Poitou, 6; 
Provence, 5. — Aisne, 17, 34; Hautes-Alpes, 30; Ardennes, 85; 
Bouches-du-Rhône, 54, 70; Eure, 24, 104, 105; Eure-et-Loir, 43, 83, 
113; Gironde, 3, 68; lUe-et- Vilaine, 44,90; Indre-et-Loire, 31 ; Loiret, 
79; Lot-et-Garonne, 8 ; Maine-et-Loire, 11, IS ; Marne, 58, 98 ; Meurthe- 
et-Moselle, 89; Meuse, 21; Nord, 38, 49, 111; Basses-Pyrénées, 35; 
Rhône, 69; Saône-et-Loire, 29, 32, 101 ; Sarthe, 18; Haute-Savoie, 71 ; 
Seine, 28, 36, 39, 40; Seine-et-Marne, 19, 73; Seine-et-Oise, 45, 52, 
80, 81; Somme, 61, 72, 103; Vienne, 9; Yonne, 20, 94. 

Grande-Bretagne, 62. 

Italie, 33, 50, 78, 110. — Crémone, 37; Florence, 12, 26, 48, 118; 
Modène, 25; Orvieto, 86, 88; Palerme, 84. 

Monaco, 102. 

Russie, 55. 

Suisse, 75, 107. 

Orient, 60. 

1. Altissimo (Gristofano), Fiorentino. Strambotti e Sonetti, per cura 
di Rodolfo Renier. Torino, Società bibUofila; Ancona, A. G. Morelli, 
1886. In-8°, XLvn-75 p. (Rarità bibliografiche e Scritti inediti,'n° 2.) 
4 1. 50 c. 

2. Angeletti (Nazzareno). Cronologia délie opère minori di Dante. 
Parte I : Convivio e De vulgari eloquentia. Gittà di Castello, S. Lapi, 
1885. In-16, 99 p. 1 1. 

3. Archives de la ville de Lectoure. Coutumes, statuts et records du 
xine au xvi« siècle. Documents inédits, publiés pour la Société historique 
de Gascogne par P. Druilhet. Paris, Champion. In-8°, 209 p. (Archives 
historiques de la Gascogne, 9^ fascicule.) 6 fr. 

4. Arnoldi Lubecensis Gregorius peccator de Teutonico Hartmanni 
de Aue in Latinum translatus. Herausgegeben von D^ Gustav von Buch- 
wald. Kiel, Homann, 1886. In-8% xxv-127 p. 3 m. 

5. Arve (Stéphen d'). Miettes de l'histoire de Provence : les fêtes de 
Noël, mœurs, coutumes, traditions et souvenirs. T. I. Aix, les princi- 
paux libraires. In-16, viii-193 p. 1 fr. 50 c. 



462 

6. AuBER (le chanoine). Histoire générale, civile, religieuse et litté- 
raire du Poitou. T. I. Poitiers, Bonamy. In-S", xxxii-528 p. 

7. Avril (Adolphe d'). Saint Cyrille et saint Méthode. Première lutte 
des Allemands contre les Slaves. Avec un essai sur les destinées du gla- 
gol et un mémoire sur l'alphabet, la langue et le rite des apôtres slaves 
au ix« siècle. Paris, Leroux. In-18, 272 p. (Bibliothèque slave elzévi- 
rienne.) 5 fr. 

8. Baradat de Lacaze (Ch.). Astafort en Agenais, notice historique et 
coutumes. Agen, Michel et Médan ; Paris, Champion. In-S", 226 p. 

9. Barbier de Montault (X.). Documents sur la question du marty- 
rium de Poitiers. Poitiers et Paris, les principaux libraires. In-S", 53 p., 
planche. 2 fr. 50 c. 

10. Barbier de Montault (X.). Les Moules à bibelots pieux du musée 
lorrain. Nancy, impr. Crépin-Leblond. In-8°, 15 p., planche. Extrait du 
Journal de la Société d'archéologie lorraine, juillet 1885. 

11. Barbier de Montault (X.). Note sur le processionnal de l'abbaye 
de Saint-Aubin, à Angers. Paris, imprimerie nationale. In-8°, 12 p. 
Extrait du Bulletin historique et philologique du comité des travaux his- 
toriques et scientifiques, 1885. 

12. [Bartoli (A.).] I Godici palatini délia R. Biblioteca nazionale cen- 
trale di Firenze. Vol. I, fasc. 1. Roma, 1885. In-S», 80 p. (Ministero 
délia pubblica istruzione. Indici e cataloghi. N^ 4.) 1 1. 

13. Bartsgh (Karl). Beitràge zur Quellenkunde der altdeutschen Lite- 
ratur. Strassburg, Karl J. Trùbner, 1886. In-8°, viii-792 p. 

14. Bazy (l'abbé Annoncia). Vie du vénérable Jean de la Barrière, 
abbé et réformateur de l'abbaye des Feuillants, fondateur de la congré- 
gation des Feuillants et des Feuillantines, etc., et ses rapports avec 
Henri HI, roi de France. Avec pièces justificatives. Toulouse, Edouard 
Privât; Paris, Alphonse Picard, 1885. In-S", xxix-486 p. 6 fr. 

15. Beaughet (Ludovic). Histoire de l'organisation judiciaire en 
France. Époque franque. Paris, Rousseau. In-8°, viii-503 p. 9 fr. 

16. Beaumanoir (Philippe de Remi, sire de). CEuvres poétiques. Publiées 
par Hermann Suchier. Tome I. Paris, Firmin-Didot. In-S", glx-374 p. 
Publication de la Société des anciens textes français. 

17. Beaumont (Edouard de). Notice sur les gens de guerre du comte 
de Saint-Paul qui sont enfouis à Goucy depuis 1411. Paris, Baschet. 
In-4o, 76 p., plan et vignette. 

18. Beautemps-Beaupré. Notice sur les baillis d'Anjou et du Maine à 
la fin du xiiie siècle et sur leurs conflits avec l'évêque d'Angers, 
Orléans, impr. Girardot. In-8o, 24 p. Extrait du compte rendu de l'Aca- 
démie des sciences morales et politiques. 



'les 

19. Benoist (L.). Notice historique et statistique sur le marquisat de 
Manœuvre et sur Vincy-Manœuvre, canton de Lizy-sur-Ourcq. Meaux, 
impr. Destouches. In-8°, 67 p. 

20. Blondel (l'abbé). Vie des saints du diocèse de Sens et Auxerre. 
Sens, Mosdier; Auxerre, Lanier. ln-8°, xvni-384 p. 3 fr. 50 c. 

21. BoNNADELLE (Ch.). Le Département de la Meuse, géographie sta- 
tistique, historique, nobiliaire. I. Bar-le-Duc, impr. Gontant-Laguerre. 
In-8% 323 p. 

22. BucHWALD (Gust.voN). Deutsches Gesellschaftsleben im endenden 
Mittelalter. I. Zur deutschen Bildungsgeschichte im endenden Mittel- 
alter. Kiel, Homann, 1885. In-8% xn-228 p. 4 m. 

23. BuRKHARDT (G, A. H.). Stammtafeln der ernestinischen Linien 
des Hauses Sachsen. Quellenmassig bearbeitet. Festgabe zur Eroffnung 
des Archivgebàudes am Karl Alexanderplatze am 18. Mai 1885. Wei- 
mar, Thelemann, 1885. In-fol. obi., 32 p. 1 m. 50 pf. 

24. Canel (A.). Histoire de Pont-Audemer. Tome I. Pont-Audemer, 
imprimerie administrative de l'hospice. In-8°, 471 p. 

25. Cappelle, concerti e musiche di casa d'Esté dal secolo xv al xvni. 
Modena, tip. Vincenzi, 1885. In-8% 17 p. Extrait des Atti e Memorie 
délie deputazioni di storia patria per le provincie modenesi e parmensi, 
3^ série, vol. III, 2' partie. 

26. Catalogo dei manoscritti foscoliani, già proprietà Martelli, délia 
R. Biblioteca nazionale di Firenze. Roma, 1885. In-8°, xi-66 p. (Mini- 
stère délia pubblica istruzione. Indici e Gataloghi. N° 1.) 1 1. 

27. Gatalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de 
France. Départements. Tome III. (Ghâlons, Soissons, Moulins, Ajaccio, 
Agen, Saint-Quentin, Provins, Beauvais, Meaux, Melun, Noyon, Gor- 
beil, Gap, Bourbourg, Vendôme.) Paris, Pion. In-8°, vni-599 p. (Minis- 
tère de l'instruction publique, des beaux-arts et des cultes.) 

28. Gatalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de 
France. Paris. Bibliothèque de l'Arsenal, par Henry Martin. T. I. Paris, 
Pion. In-8°, vn-502 p. (Ministère de l'instruction publique, des beaux- 
arts et des cultes.) 

29. Charmasse (Anatole de). La Gharte de Montceaux-le-Gomte (1245- 
1274). Autun, impr. Dejussieu. In-8°, 19 p. 

30. Gharte (la) communale de Veynes (Hautes- Alpes), 17 novembre 
1296, publiée par A. Prudhomme. Paris, Larose et Forcel. In-8o, 31 p. 
Extrait de la Nouvelle Revue historique de droit français et étranger. 

31. Ghartes françaises de Touraine, recueillies et publiées par 
M. Gharles de Grandmaison. Tours, impr. Rouillé-Ladevèze. In-S", 
20 p. 



32. Ghaumont (Louis-J.-M.). Histoire populaire de Chalon-sur-Saône. 
Chalon-sur-Saône, impr. Marceau, ln-16, 346 p., plan. 

33. Chiappelli (Alberto). Studi suU' esercizio délia medicina initalia 
negli ultimi tre secoli del medio evo. Milano, Giuseppe Civelli, 1885. 
In-S", 70 p. Extrait du Giornale délia Reale Società italiana dHgiene, 
7« année. 

34. CoMBiER (A.). Les Justices subalternes du Vermandois, 1" partie. 
Amiens, impr. Delattre-Lenoel. In-8% 159 p. Extrait de la Picardie, 
1884. 

35. CoMMUNAY (A.). Jean des Montiers de Presse, évêque deBayonne. 
Documents inédits, recueillis et publiés. Auch, impr. Foix. Extrait de 
la Revue de Gascogne. 

36. CoTTiN (Paul). François Miron et l'administration municipale de 
Paris sous Henri IV (de 1604 à 1606). Nancy et Paris, Berger-Levrault. 
Extrait de la Revue générale d'administration. 

37. CouRAJOD (Louis). Documents sur l'histoire des arts et des artistes 
à Crémone aux xv^ et xvi« siècles. Paris. In-8% 74 p., planches. Extrait 
des Mémoires de la Société nationale des antiquaires de France, t. XLV. 

38. CoussEMAKER (Iguacc de). Cartulaire de l'abbaye de Cysoing et de 
ses dépendances. Lille, impr. Saint-Augustin. In-8°, xn-1024 p. 

39. Delaghenal (R.). Histoire des avocats au parlement de Paris (1300- 
1600). Paris, Pion. In-8", xxvm-481 p. 

40. Delisle (Léopold). Rapport sur les collections du département des 
imprimés de la Bibliothèque nationale. Paris, Champion, 1885. In-80, 
39 p. Extrait du Rulletin des bibliothèques et des archives, 1885. 

4 1 . Delpech (Henri) . La Tactique au xni* siècle . Paris, Alphonse Picard, 
1886. In-8% 2 vol., xix-468, 387 p. 12 fr. 

42. Deschamps (Eustache). Œuvres complètes. Publiées, d'après le 
manuscrit de la Bibliothèque nationale, par le marquis de Queux de 
Saint-Hilaire. Tome IV. Paris, Firmin-Didot. In-8°, 386 p. Publication 
de la Société des anciens textes français. 

43. Dion (A. de). Le Puiset au xi« et au xw siècle, chàtellenie et 
prieuré. Chartres, impr. Garnier, 1886. In-S", 49 p. Extrait des Mémoires 
de la Société archéologique d'Eure-et-Loir. 

44. Dd Chêne (Arthur). Étude sur les anciennes Vies de saint Malo. 
Nantes, impr. Vincent Forest et Emile Grimaud, 1885. In-8'', 59 p. 
Extrait de la Revue historique de VOuest. 

45. Dutilleux (A.) et Depoin (J.). L'Abbaye de Maubuisson (Notre- 
Dame-la-Royale), histoire et cartulaire, publiés d'après des documents 
entièrement inédits. 4<= partie : analyse du cartulaire (nu de l'ouvrage). 



465 

Pontoise, impr. Paris. In-4", p. 227-320. (Documents édités par la Société 
historique du Vexin.) 

46. Dyalogo (el) di Salomon e Marcolpho, a cura di Ernosto Larama. 
Bologna, Gaetano Romagnoli. (Scelta di curiosità letlerarie inédite o rare 
dal secolo xiii al xviii, disp. ccix.) 4 I. 

47. English (the) historical Roview, edited by the rev. Mandell 
Greighton. N° 1, January, 1886. London, Longmans. In-8°, 208 p. 5 s. 

48. Favaro (A.). Documonti inediti per la storia doi manoscritti gali- 
loiani nella Biblioteca nazionale di Firenze, pubblicati od illustrati. 
Roma, tip. délie Scionze matematicbe e fisiche, 1886. In-4°, 192 p. 
Extrait du BoUeltino di hibliografta e sloria délie scienzc matematiclie e 
fisiche, t. XVIII, 1885. 

49. [FiNOT (Jules).] Inventaire sommaire des archives communales de 
la ville de la Gorgue (département du Nord) antérieures à 1790. Lille, 
impr. Danel. In-4°, vii-103 p. 

50. Galanti (Arturo). ITedeschi sul versante méridionale délie Alpi. 
Ricerche storiche. Opéra premiata dal ministère délia pubblica istru- 
zione. Roma, tip. V. Salviucci, 1885. In-4'', 253 p. 6 1. 

51. Garnier (Edouard). Histoire de la verrerie et de l'émaillerie. 
Tours, Mame. Gr. in-8% vii-573p., 119 grav., 8 planches. 15 fr. 

52. Genty (l'abbé A.-E.). Histoire de la Norville et de sa seigneurie. 
Paris, Société générale de librairie catholique, 1885. In-18, ix-364 p. 

53. Germain (Léon). Anoblissement des enfants de Ferri de Calabre 
par le duc de Lorraine, en 1529. Nancy, impr. Crépin-Leblond. In-8", 
11 p. Extrait du Journal de la Société d'archéologie lorraine, juin 1885. 

54. GiNOux (Charles). Notice historique et statistique sur la commune 
de la Garde, près Toulon, et sur l'ex-commune de Sainte-Marguerite. 
Suivi de promenades archéologiques et artistiques. Toulon, Isnard. In-8% 
123 p. 2 fr. 

55. GiRGENSOHN (Jos.). Bomerkungen iiber die Erforschung der livliin- 
dischen Vorgeschichte. Riga, Kymmel, 1885. In-8', 19 p. 

56. Glasson (E.). Le Droit de succession dans les lois barbares. Paris, 
Larose et Forcel. In-8% 58 p. Extrait de la Nouvelle Revue historique de 
droit français et étranger. 

57. GoBERT (Théodore). Histoire et souvenirs. Les rues de Liège 
anciennes et modernes. Liège, Louis Demarteau. In-4°. Le fascicule 
de 30 p., 75 c. 

58. Grignon (Louis). Description et Historique de l'église Notre-Dame- 
en-Vaux, de Chàlons, collégiale et paroissiale. Châlons-sur-Marne, 
Thouille. In-8°, n-506 p. Extrait des Annales de la Société d'agriculture, 
etc., de la Marne. 



466 

59. GuiFFREY (Jules). Histoire de la tapisserie depuis le moyen âge 
jusqu'à nos jours. Tours, Marne. Gr. in-8°, vin-535 p., 113 grav., 4 pi. 
15 fr. 

60. Heyd (W.). Histoire du commerce du Levant. Édition française, 
refondue et considérablement augmentée par l'auteur, publiée sous le 
patronage de la Société de l'Orient latin par Furcy Raynaud. I. Leip- 
zig, Harrassowitz, 1885, In-8°, xxiv-554 p. 14 m. 

61. Histoire d'Authie, de son prieuré conventuel et de son château 
féodal, suivie d'une notice sur Saint-Léger-lès-Authie. Ham, impr. 
Carpentier. In-8% 517 p. et 5 planches. 

62. Inventaire analytique des archives du ministère des affaires étran- 
gères. Correspondance politique de MM. de Castillon et de Marillac, 
ambassadeurs de France en Angleterre (1537-1542), publiée par M. Jean 
Kaulek, avec la collaboration de MM. Louis Farges et Germain Lefèvre- 
Pontalis. Paris, Alcan. In-S", xxn-499 p. 15 fr. 

63. Islàndska Handskriften n» 645 4. i den Arnamagnœanska Sam- 
lingen pâ Universitetsbibliotheket i Kôbenhavn i diplomatariskt 
Aftrik utgifven af Ludvig Larsson. I. Handskriftens àldre Del. Lund, 
Gleerup, 1885. In-8°, lxxxviii-130 p. 

64. IsNARi) (l'abbé J.-P.). Saint Bertrand de Garrigue, des Frères 
prêcheurs, compagnon de saint Dominique, sa vie et son culte, suivis 
de tous les actes de procédure ecclésiastique dans sa cause de nouvelle 
canonisation devant les tribunaux de Valence et de Rome. Recherches 
historiques et archéologiques. Valence, Lantheaume; Tulette (Drôme), 
l'auteur. In-8°, xvn-476 p. 5 fr. 

65. Kerschbaumer (Anton.). Geschichte der Stadt Krems. Krems 
a. D., Oesterreicher, 1885. In-S", xvi-651 p., 16 pi. 

66. Keurboek (het) der stad Diest, uitgegeven door K. Stallaert. 
Gent, G. Annoot-Braeckman. In-8°, vni-62 p. (Maatschappij der vlaamsche 
bibliophilen, ¥ reeks, uitgave n° 4.) 2 fr. 50 c. 

67. Kinder von Knobloch (J.). Das goldene Buch von Strassburg. L 
Strassburg i. E., Trùbner, 1885. In-8°, 192 p., 23 pi. 10 m. 

68. Laborie (le chanoine J. -H. -Gaston de). Biographie de Pierre IH 
ou Pey-Bertrand, le cinquante-deuxième archevêque de Bordeaux (1430- 
1456), et publication de documents, tels que bulles, brefs, questionnaire, 
enquête, supplique et testament, pour servir au rétablissement de son 
culte et à la reprise de sa canonisation. Bordeaux, impr. Favraud. In-S", 
xn-204 p., planche et fac-similé. 

69. Lapra (l'abbé). Le Culte de la sainte Vierge et de saint Pothin dans 
l'église de Saint-Nizier. Coup d'oeil historique d'après quelques docu- 
ments nouveaux. Lyon, impr. Pitrat. In-16, vn-164 p. et planches. 



^67 

70. La Tour-Keyrié (A.-M. de). Promenade d'un étranger à, Aix. Des- 
cription des principaux monuments, objets d'art, églises, etc., précé- 
dée de l'histoire civile et de l'histoire religieuse de la ville d'Aix. Aix, 
Makaire. In-12, vni-104 p. 1 fr. 25 c. 

71. Lav.\nchy (l'abbé J.-M.). Sabbats ou Synagogues sur les bords du 
lac d'Annecy. Procès inquisitorial à Saint-Jorioz, en 1477. Annecy, 
impr. Niérat. In-S", 64 p. Extrait des Mémoires et Documents publiés par 
l'Académie salésienne, t. VIII. 

72. Ledieu (Alcius). Catalogue analytique des manuscrits de la biblio- 
thèque d'Abbeville, précédé d'une notice historique. Abbeville, impr. 
Caudron. In-S", lxxxiii-115 p. et planches. 

73. Legoux (Jules). Histoire de la commune des Chapelles-Bourbon 
(Seine-et-Marne). Paris, P. Dupont. In-S", viii-146 p. 3 fr. 

74. Leo. Die Vita Alexandri Magni des Archipresbyters Léo (Histo- 
ria de preliis). Nach der Baraberger und âltesten Mxinchener Hand- 
schrift zum erstenmal herausgegeben von D»" Gustav Landgraf. Erlan- 
gen, Deichert, 1885. In-8% 140 p. 3 m. 

75. Liebenau (Th. v.). Die Schlacht bei Sempach. Gedenkbuch zur V. 
Sacular-Feier. Im Auftrag des hohen Regierungs-Rathes des Kantons 
Luzern verfasst. Pracht-Ausgabe. Luzern, C. F. Prell. In-8». La livrai- 
son de 80 p., avec illustrations, 2 fr. 

76. LippERT (Woldemar). Konig Rudolf von Frankreich. Leipzig, 
Gustav Fock, 1885. In-8°, 126 p. 

77. Magne (Lucien). L'Œuvre des peintres verriers français. Verrières 
des monuments élevés par les Montmorency (Montmorency, Écouen, 
Chantilly). Paris, Firmin-Didot. In-fol., xxxiv-173 p., grav., album gr. 
in-fol. de 8 pi. 

78. Marcellino da Civezza (P.), M. 0. Il Romano Pontificato nella 
storia d'Italia. Libro l". Firenze, Mariano Ricci, 1886. In-S", xm-709 p. 

79. Marchand (L.-A.). Histoire de la ville, des seigneurs et du comté 
de Gien. Gien, Putois; Orléans, Herluison. In-S", 130 p., planches. 

80. Marquis (Léon). Notice historique sur le château d'Étampes, suivi 
d'une description des ruines de Guinette. 2^ édition, revue et augmen- 
tée. Étampes, Coute-Migeon. In-16, 111-II8 p. avec dessins. 

81. Mataigne (H.). Notes historiques et géographiques sur Auvers- 
sur-Oise. Pontoise, impr. Paris. In-12, 64 p. 

82. Mallde (de). Procédures politiques du règne de Louis XII. Paris, 
Hachette, In-4'>, cxxxi-1310 p. (Collection de documents inédits sur 
l'histoire de France.) 

83. Merlet (L.). Inventaire sommaire des archives communales de la 



468 

ville de Ghâteaudun antérieures à 1790. Ghâteaudun, impr. Prud'homme. 
In-4'' à 2 col., xvi-176 p. 

84. MoscATELLO (RosoUno). Interpretazione di quattro mss. deisecoli 
XV e xvr, coi loro facsimili. Palermo, tip. Giannitrapani, 1885. In-4% 
16 p. [Documents tirés des archives notariales de Palerme.] 

85. Noël (dom Albert). Notice historique sur le canton de Renwez. 
Reims, impr. Matot-Braine. In-8°, 174 p. Extrait de ÏAlmanach- 
Annuaire historique de la Marne, de l'Aisne et des Ardennes, 26"^ et 
27e années. 

86. OvERBEGK (Federico), Fracassini (Cesare). Lettere artistiche intorno 
a lavori in parte progettati, in parte eseguiti in Orvieto, pubblicate ed 
illustrate, con cenni biografici e note, per il conte Tommaso Piccolo- 
mini Adami. Orvieto, tip. Marsili. In-8% 54 p. 

87. Penco (Em.). Storia délia letteratura italiana. Vol. I : le origini. 
Firenze, G. Barbera. In-16, vii-183 p. 2 1. 50 c. 

88. PiccoLOMiNi Adami (conte Tommaso). Guida storico-artistica délia 
città di Orvieto. Siena, tip. San-Bernardino. In-16, 376 p. 

89. PiMODAN (le marquis de), La Réunion de Toul à la France et les 
derniers évéques-comtes souverains. Paris, G. Lévy. In-8% xl-445 p., 
planche d'armoirie et 3 portraits. 

90. Plaine (dom François). Vie de saint Malo, évéque d'Alet (Saint- 
Malo). Rennes, Plihon et Hervé. In-18, viii-219 p. 

91. PoiNSiGNON (Maurice). Histoire générale de la Champagne et de la 
Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province 
en départements. Tome H. Ghàlons-sur-Marne, Martin, Denis; Paris, 
Picard. In-8% 552 p. 

92. Potter (Fr. de). Petit Gartulaire de Gand. Gand, impr. S. Leliaert. 
In-8% 411 p. 5 fr. 

93. Pratica (de la) di comporre finestre a vetri colorati. Trattatello del 
secolo XV edito per la prima volta. Siena, L. Lazzeri, 1885. In-S», 32 p. 
(Publié par Alessandro Lisini, pour le mariage Bandini Piccolomini- 
Baldassarini Marinelli.) 

94. Prou (Maurice). L'Église de Pont-sur- Yonne, bibliographie. Sens, 
impr. Duchemin. In-8°, 22 p. et plan. 

95. Prud'homme (Emile). Les Signatures dans les actes publics et pri- 
vés de l'ancien Hainaut. Mons, Dequesne-Masquillier. In-8% 23 p. 

96. Quattro Poemetti sacri dei secoli xiv e xv, pubblicati per la prima 
volta ed illustrati dal dott. Erasmo Pèrcopo. I. Il Transite délia 
Madonna. II. S. Gaterina di Buccio di Ranailo (1330). III. S. Giuliano 
lo Spedaliere. IV. S. Margherita d'Antiochia. V. Frammento délia leg- 
genda di S. Gregorio. Gon un appendice di x sonetti inediti di Buccio 



{b9 

di Ranallo. Bologna, Gaetano Romagnoli, 1885. In-16, lxiiii-224 p, 
(Scella di curiosità letterarie inédite o rare, disp. ccxi.) 9 1. 

97. QuiCHERAT (Jules). Mélanges d'archéologie et d'histoire. Archéo- 
logie du moyen âge. Mémoires et fragments réunis par Robert de Las- 
teyrie. Paris, Picard. In-8% xiv-ni'i p., 11 planches et figures. 

98. Répertoire archéologique de l'arrondissement de Reims (départe- 
ment de la Marne). 1" fascicule : communes rurales des trois cantons 
de Reims, parCh. Givelet, H. Jadart et L. Demaison. Reims, Michaud. 
In-S-, 118 p., planches. 

99. RiGORD (CKuvres de) et de Guillaume le Breton, historiens de 
Philippe-Auguste, publiées pour la Société de l'histoire do France par 
H.-François Delaborde. Tome IL Philippide de Guillaume le Breton. 
Paris, Loones, In-8°, xii-518 p. 

100. Rimatori napoletani del quattrocento : codice (1031) délia 
Biblioteca nazionale di Parigi, estratto per cura dei dott. G. Mazzatinti 
e Antonio Ive, con note e prefazione di Mario Mandolari. Caserta, 
Antonio Jaselli. 10 1.; pour les souscripteurs, 6 1. 

101. RiNGHOLZ (P. Odilo), 0. S. B. Der heilige Abt Odilo von Cluny 
in seiuem Leben und Wirken. Briinn, Verlag der « Studien und Mit- 
theilungen aus dem Benedictiner- und Gistercienser- Orden » , 1885. In-8°, 
VI-126-LXXXI p. 

102. Rossi(prof. Girolamo). Monete dei Grimaldi, principi di Monaco, 
raccolte ed illustrate. Parte seconda. Oneglia, tip. eredi Giovanni Ghi- 
lini. In-8°, 87 p., planches. 4 1. 

103. RozE (l'abbé). Nécrologe de l'église d'Amiens. Amiens, impr. 
Douillet. In-8°, 243 p. Extrait des Mémoires de la Société des antiquaires 
de Picardie, t. XXVIII. 

104. Saint-Denis (H.) et Duchemin (P.). Notices historiques et artis- 
tiques sur les communes de l'arrondissement de Bernay. I. Le Cham- 
blac. IL Drucourt. III. Gisay-la-Goudre. Elbeuf, impr. Saint-Denis et 
Duruflé. In-12, 30, 65, 87 p. 

105. Saint- Denis (H.) et Duchemin (P.). Notices historiques et statis- 
tiques sur les communes des environs d'Elbeuf. I. Moulineaux. IL La 
Saussaye. III. Les Authieux-Port-Saint-Ouen. Elbeuf, impr. Saint- 
Denis et Duruflé. In-12, 81, 103, 173 p. 

106. ScHUGHARDT (Hugo). Ucber die Lautgesetze. Gegen die Junggram- 
matiker. Berlin, Oppenheim, 1885. In-8'', vi-39 p. 80 pf. 

107. ScHWEizER (P.). Redactionsplan fiir das Urkundenbuch der Stadt 
und Landschaft Zurich. Ziirich, Ziircher und Furrer. In-4°, 36 p. 

108. Seeberg (Rcinhold). Der Begriff der christlichen Kirche. I. Stu- 
dien zur Geschichte des Begriffes der Kirche mit besonderer Beriick- 



no 

sichtigung auf die Lehre von der sichtbaren und unsichtbaren Kirche. 
Erlangen, Deichert, 1885. In-S», x-236 p. 3 m. 

109. Seeliger (Gerhard). Das deutsche Hofmeisteramt im spaeteren 
Mittelalter. Eine verwaltungsgeschichtliche Untersuchung. Innsbruck, 
Wagner, 1885. In-8% iv-139 p. 

HO. Selvatigo (P.) et Chirtani (Luigi). Le Arti del disegno in Italia, 
storia e critica. Parte 2» : il medio evo. Milano, F. Vallardi, 1885. 
In-8% xx-538 p., 27 pi. (Fait partie de : l'Italia sotto l'aspetto fisico, 
storico, artistico, etc.) 

111. Smyttere (le D-- P.-J.-E. de). Seigneurs et Dames de Cassel et 
des châtellenies voisines, de la maison comtale de Flandre (xin^ siècle). 
Hazebrouck, impr. David. In-8°, 223 p., carte coloriée. 

112. Specht (Franz Anton). Geschichte des Unterrichtswesens in 
Deutschland von den àltesten Zeiten bis zur Mitte des dreizehnten 
Jahrhunderts. Eine von der historischen Kommission bei der kôniglich 
bayerischen Akademie der Wissenschaften gekrônte Preisschrift. Stutt- 
gart, J. G. Cotta, 1885. In-S", xii-411 p. 

113. Thibault (T.). Le Perche-Gouet. Histoire de la Bazoche-Gouet, 
une des cinq baronnies. Nogent-le-Rotrou, Gouhier-Delouche. In-8°, 
vni-280 p., plan. 

114. Toelner (Johann) 's Handlungsbuch von 1345-1350. Herausge- 
geben von Karl Koppmann. Rostock, 1885. In-8'', ni-xxxvi-72 p. (Ge- 
schichtsquellen der Stadt Rostock. I.) 2 m. 40 pf. 

115. Ulrich (J.). Altitalienisches Lesebuch. xiii. Jahrhundert. Halle, 
Max Niemeyer. In-S", 120 p. 

116. Yan Bastelaer (D.-A.). Les Grès wallons. Grès-cérames ornés 
de l'ancienne Belgique, des Pays-Bas, improprement nommés grès fla- 
mands. Étude formant une monographie au point de vue historique et 
descriptif. Bruxelles, G.- A. Van Trigt. In-8°, 479 p., xix planches. 20 fr. 

117. Voorgeboden (de) der stad Gent in de xiv« eeuw. Met inleiding, 
tafels van personen, plaatsen en zaken en woordenlijst uitgegeven door 
Nap. de Pauw. Gent, C. Annoot-Braeckman. In-S», xxni-228 p. (Maat- 
schappij der vlaamsche bibliophilen, ¥ reeks, uitgave n° 5.) 6 fr. 50 c. 

118. Zanelli (Agostino). Le Schiave oriental! in Firenze nei secoli xiv 
e XV. Contributo alla storia délia vita privata di Firenze. Torino, 
E. Loescher. In-8% 116 p. 2 1. 



CHRONIQUE ET MÉLANGES. 



Le rapport suivant a été adressé à M. le ministre de l'instruction 
publique par M. Delisle, président du conseil de perfectionnement de 
l'École des chartes : 

La soutenance des thèses de l'École des chartes a eu lieu le 25, le 26 
et le 27 janvier dernier. La plupart des candidats ont pleinement satis- 
fait le jury d'examen, aussi bien pour le choix des sujets et l'étendue 
des recherches que pour l'intelligence des textes, la discussion des dates 
et le classement des matériaux. Presque tous ont éclairé des points 
obscurs de nos annales et fixé des détails sur lesquels les historiens 
n'avaient que des idées vagues ou des notions confuses et parfois 
inexactes. Les résultats obtenus sont d'autant plus remarquables que 
les élèves doivent préparer et rédiger leurs thèses tout en suivant assi- 
dûment des cours multiples, portant sur des matières aussi variées et 
aussi difficiles que la paléographie, la philologie, la bibliographie, la 
diplomatique,' l'histoire des institutions, la critique des sources, l'ar- 
chéologie, le droit civil et canonique du moyen âge. C'est ce qui explique 
comment le temps leur fait trop souvent défaut pour donner à des dis- 
sertations rédigées sur les bancs de l'École la forme élégante et châtiée 
sous laquelle les travaux d'érudition devraient toujours se présenter au 
public. 

Sur les dix-huit thèses qui ont été soutenues cette année, seize ont 
été jugées satisfaisantes. Les six premières ont été plus particulière- 
ment signalées par les examinateurs comme des œuvres originales, 
d'une réelle importance, et dont la publication est fort désirable, parce 
qu'elles donnent ou du moins préparent la solution de questions fort 
intéressantes, même pour l'histoire générale de notre pays. 

Nous avons mis au premier rang l'essai de M. Cadier sur les États de 
Béarn. La façon dont ce sujet compliqué a été traité dispensera d'y reve- 
nir d'ici longtemps. Les textes ont été recueillis avec autant de patience 
que de sagacité, et interrogés avec autant de finesse que de circonspec- 
tion. Les observations sont toujours judicieusement déduites. Sans sor- 
tir d'un cadre tracé d'une main très ferme, l'auteur, qui unit à un sens 
historique exercé une instruction solide et étendue, fait parfaitement 
comprendre l'origine et le développement des institutions qu'il étudie. 
On n'avait peut-être pas encore si bien analysé les conditions générales 
qui ont amené le régime des pays d'états. 



n2 

La thèse qui vient immédiatement après celle de M. Cadier porte sur 
les Relations politiques des comtes de Foix avec la Catalogne jusqu'au com- 
mencement du X/F« siècle. L'auteur, M. Baudon de Mony, en a tiré les 
principaux éléments de différentes archives d'Espagne. L'École des 
chartes doit se féliciter de cette incursion sur le terrain de l'histoire 
étrangère. Nous y avons gagné la connaissance de beaucoup de docu- 
ments de révêché d'Urgel, sans lesquels il eût été téméraire d'aborder 
sous toutes les faces l'examen des problèmes que présentent les pre- 
miers siècles de l'histoire de l'Andorre. L'importance des découvertes 
n'est peut-être pas en rapport avec le travail qu'ont demandé la 
recherche et l'arrangement des pièces justificatives ; mais on éprouve 
un véritable plaisir à parcourir une aussi riche collection de textes, jus- 
qu'à présent inconnus en France, et dont l'auteur a tiré un excellent 
parti, quoiqu'il ait encouru le reproche d'être allé un peu loin dans 
l'appréciation des droits des évêques d'Urgel. 

M. Moranvillé nous ramène au cœur de l'histoire nationale. Il a pris 
pour sujet d'études la biographie d'un personnage dont le nom, à peu 
près resté dans l'oubli, occupera désormais une place honorable dans 
l'histoire des règnes de Charles V et de Charles VL Jean le Mercier est 
un des ministres qui, dans la seconde moitié du xiv» siècle, ont mis au 
service de la royauté et du pays le dévouement le plus désintéressé, 
l'activité la plus soutenue, l'esprit d'ordre le mieux entendu et peut- 
être la clairvoyance la plus ingénieuse. Cela ressort d'une multitude de 
détails, qui, pris isolément, n'ont pas grande valeur, mais dont l'en- 
semble forme un faisceau de témoignages probants et irrécusables. Le 
mérite de M. Moranvillé, c'est d'avoir poursuivi avec une sorte d'achar- 
nement et avec une curiosité qui frise l'indiscrétion une enquête minu- 
tieuse sur toutes les circonstances de la vie publique et privée de Jean 
Le Mercier. L'ordre chronologique est très rigoureusement observé, et 
il en résulte parfois une monotonie fatigante. C'est un défaut qu'il sera 
facile de corriger, en donnant un peu d'animation à un mémoire qui 
renferme d'excellents chapitres et qui montre quelles ressources nous 
avons dans les débris des archives de la chambre des comptes pour 
refaire de toutes pièces l'histoire administrative et militaire du 
xiv« siècle. 

Ces mêmes archives ont été d'un grand secours à M. Levavasseur, 
qui a soumis à un examen critique la Chronique d'Arthur de Richemont, 
connétable de France et duc de Bretagne. Grâce aux recherches de 
M. Levavasseur, nous sommes parfaitement renseignés sur la famille, 
la vie et le caractère de Guillaume Gruel, l'auteur de cette chronique. 
Il n'y a plus de doutes ni sur la date de composition des différentes 
parties du récit, ni sur l'origine des informations de l'auteur, ni sur la 
valeur des copies dont nous disposons. C'est ainsi que M. Levavasseur. 
a préparé l'édition définitive d'une chronique indispensable à consulter 



pour l'histoire du règne de Charles VII. Il y joindra, pour servir de 
commentaire, une biographie du connétable de Richemont, dont presque 
tous les traits sont empruntés à des documents officiels. 

Il reste fort peu à faire pour que les thèses précédentes soient eu état 
de voir le jour. Le travail de M. Richard est moins avancé, mais il 
dénote des qualités d'un ordre supérieur: il se fait surtout remarquer 
par une facilité et une chaleur de style que nous avons rarement ren- 
contrées à l'École des chartes. Il fallait en outre tenir compte des diffi- 
cultés d'un sujet très vaste et encore bien imparfaitement connu, 
quoique certaines parties en aient été traitées dans ces derniers temps 
en France, en Allemagne et en Italie. Le titre, Jean XXII et les Francis- 
cains, depuis l'origine de la question de la pauvreté du Christ jusqu'à 
l'abjuration de l'antipape Pierre de Corvara (1321-1330), montre assez 
que M. Richard ne recule pas devant des problèmes fort compli([ués 
d'histoire politique, religieuse, philosophique et littéraire. Nous savons 
maintenant que la tâche n'est pas au-dessus de ses forces. 

M. Gouderc s'est renfermé dans la même période de temps que 
M. Richard ; mais il n'est pas sorti de la France. Il a entrepris de faire 
connaître un règne assez court et assez négligé des historiens, celui de 
Charles le Bel. Il est loin d'avoir épuisé le sujet; mais les chapitres 
qu'il en a traités prouvent qu'il s'est bien assimilé les documents les 
plus utiles à consulter, et qu'il saura faire la part du dernier des fils de 
Philippe le Bel dans le développement des institutions administratives 
du royaume. 

Presque toutes les promotions de l'École des chartes tiennent à hon- 
neur de grossir la série, déjà considérable, des monographies consacrées 
aux institutions municipales. Cette année, M. Lefranc a pris pour sujet 
de thèse l'Histoire et l'organisation de la commune de Noyon. La compo- 
sition laisse à désirer, mais les pièces justificatives ont été bien choi- 
sies et les renseignements sont judicieusement coordonnés. L'auteur a 
convenablement mis en relief les analogies des institutions de Noyon 
avec celles des autres villes de Picardie. 

M. Borel, élève étranger, dans son étude sur les Foires de Genève au 
XV^ siècle, nous a donné beaucoup plus que le titre ne promettait. Il a 
rattaché à son sujet une foule de questions accessoires, sur lesquelles 
il a recueilli des informations très sûres et fort importantes pour l'his- 
toire générale du commerce et de l'industrie. 

Il pouvait sembler téméraire de s'occuper des Écorcheurs en Bour- 
gogne, après les remarquables travaux dont ces bandes de routiers ont 
été récemment l'objet. Une pareille considération n'a point découragé 
M. de Fréminville, et, d'un champ qui paraissait moissonné, il a encore 
tiré une très bonne récolte ; nous lui devons la connaissance d'une assez 
grande quantité de détails nouveaux ; mais il s'est un peu trop borné à 
dresser un journal des tristes exploits des Écorcheurs, et, s'il a mis 



n4 

beaucoup de petits faits en lumière, il n'en a pas suffisamment indiqué 
la place dans l'ensemble des événements. 

La thèse de M. Bellemain, relative à l'Église de Saint-Nizier de Lyon, 
suppose des connaissances archéologiques. Les lacunes qu'elle présente 
n'ont pas empêché les examinateurs de constater que l'auteur avait 
consciencieusement étudié le monument, qu'il avait bien choisi les 
pièces justificatives, et que les planches dont il a accompagné son tra- 
vail avaient été dessinées avec exactitude. 

M, Marlet a voulu écrire ÏHistoire de Gabriel, comte de Montgomery. 
Le récit est généralement exact et la chronologie bien établie. L'auteur 
a fait justice des exagérations de plusieurs de ses devanciers ; mais, si 
une partie de ses rectifications s'impose, on ne peut souscrire à toutes 
ses apologies. Le dépouillement des correspondances n'a d'ailleurs pas 
été poussé assez loin pour qu'il ne reste plus rien d'essentiel à découvrir. 

M. André n'a pas suffisamment rajeuni le sujet auquel il setait 
arrêté. Le tableau qu'il a tracé de la Cour de Philippe le Bon, duc de 
Bourgogne, ne manque pas de charme; mais l'auteur a fort peu ajouté 
à ce qui avait déjà été dit sur les mœurs, le luxe, les arts et les lettres 
à la cour des ducs de Bourgogne. Sans même explorer à fond les iné- 
puisables dépôts de Dijon, de Lille et de la Belgique, il aurait pu tirer 
meilleur parti de beaucoup de publications faites depuis une trentaine 
d'années et dont plusieurs semblent lui avoir échappé. 

L'essai de M. Edouard Gautier sur l'Histoire du chapitre de Vincennes 
est écrit avec facilité, et les documents qui l'accompagnent sont vrai- 
ment curieux. On a regretté que l'auteur n'ait pas mis en œuvre tous 
ces documents, qu'il n'ait pas suffisamment tenu compte des travaux 
antérieurs et qu'il ait négligé le côté archéologique. 

Outre les élèves dont il vient d'être question, et qui avaient subi avec 
succès les examens de tin de troisième année au mois de juillet dernier, 
le conseil de perfectionnement avait admis à l'épreuve de la thèse trois 
candidats appartenant à des promotions antérieures, MM. Grand, 
Hugues et Tausserat. 

Le premier, M. Grand, a voulu classer les copies de V Image du monde, 
l'un des poèmes didactiques les plus célèbres du moyen âge. Malgré les 
plus louables efforts et malgré la multiplicité des observations qu'il a 
patiemment faites sur beaucoup de manuscrits en France et à l'étranger, 
il n'est point encore arrivé à des conclusions définitives ; mais les cons- 
tatations qu'il a faites sont déjà fort utiles. 

M. Tausserat a pris pour sujet d'études la Vie du maréchal Poton de 
Saintrailles ; il y a des renseignements nouveaux et utiles dans cette 
dissertation, dont une partie malheureusement est restée à l'état 
d'ébauche. 

Le travail de M. Hugues sur le Collège d'Autun n'est pas non plus 
aussi complet que nous l'avions espéré, et l'auteur pourra singulière- 



475 

ment l'améliorer en mettant à contribution les collections des Archives 
nationales, et en développant la biographie du cardinal Bertrand, fon- 
dateur du collège. 

Telles sont, monsieur le ministre, les thèses, au nombre de seize, 
que le jury d'examen a cru devoir admettre. 

L'ensemble de ces thèses montre que les traditions de l'Ecole s'affer- 
missent de plus en plus, et c'est avec une vive satisfaction que nous 
avons constaté chez la plupart des candidats des habitudes laborieuses, 
un goût passionné pour les matières enseignées aux différents cours, 
une grande familiarité avec les collections des bibliothèiiues et des 
archives, une réelle aptitude aux travaux d'érudition. Beaucoup des 
thèses soutenues cette année deviendront, à bref délai, des dissertations, 
ou même des livres, dont la publication fera grand honneur à l'École 
et dont le succès sera pour le directeur et pour les professeurs la meil- 
leure récompense d'un travail incessant et d'un dévouement sans bornes. 

Conformément aux conclusions de ce rapport, ont été nommés archi- 
vistes paléographes, par arrêté du 15 février 1886, dans l'ordre de mérite 
suivant : 

MM. 

1. Gadier (Pierre-Léon), né à Pau (Basses-Pyrénées), le 17 avril 1862; 

2. Baudon de Mony (Charles-Adolphe-Joseph- Vincent-de-Paul), né à 
Paris, le 15 juin 1862; 

3. MoRANViLLÉ (Louis-Henri), né à Paris, le 9 août 1863; 

4. CouDERc (Jean-Camille), né à Livinhac-le-Haut (Aveyron), le 
29 octobre 1860; 

5. Levavasseur (Achille-Lucien-Edmond), né à Évrecy (Calvados), le 
25 octobre 1862; 

6. Lefranc (Abel-Jules-Maurice), né à Élincourt-Sainte-Marguerite 
(Oise), le 27 juillet 1863; 

7. Richard (Louis-François), né à Lyon, le 13 octobre 1864; 

8. Delapoix de Fréminville Nugue (Marie-Joseph-Eugène-Frédéric), 
né à Ghavrieu (Isère), le 3 avril 1863 ; 

9. Marlet (Jules-Émile-Léon), né à Orléans (Loiret), le 31 mars 1862; 

10. André ( Edouard-Joseph- Adrien ) , né à Nuits (Côte-d'Or), le 
11 juin 1860; 

H. Gautier (Marie-Pierre-Édouard), né à Paris, le 22 février 1860; 
12. Bellemain (Auguste- André), né à Lyon, le 22 mai 1862. 

Sont nommés en outre archivistes paléographes hors rang : 

MM. 
Grand (Ernest-Daniel), né à Paris, le 12 mars 1861; 
Hugues (Adolphe- Jean-Baptiste), né à Aixe (Haute- Vienne), le 14 juil- 
let 1860; 



n6 

Tausserat (Joseph -Xavier -Alexandre), né à Reims (Marne), le 
22 mai 1858; 

Et à titre étranger : 

M. BoREL (Frédéric- Antoine) , né à Ghougni-Vandœuvres, canton de 
Genève (Suisse). 

— Le 2 mars 1886 s'est éteint, à la suite d'une longue maladie, notre 
confrère M. Edmond Dupont, chef de la section du secrétariat aux 
Archives nationales. M. Maury, directeur général des Archives, et 
M. Rocquain, chef de section au même établissement, se sont faits les 
interprètes des regrets que notre confrère laisse aux Archives et à la 
Société de l'École des chartes. Nous allons reproduire les discours qu'ils 
ont prononcés sur la tombe de notre confrère. Dans notre prochain 
numéro, nous espérons pouvoir donner deux autres discours prononcés 
aux mêmes funérailles, l'un par M. Picot, président de la Société de 
l'histoire de France, l'autre au nom de M. l'abbé Haigneré, compa- 
triote de M. Dupont. 

DISCOURS DE M. MAURY. 

Messieurs, 

C'est avec une profonde émotion que je viens adresser un suprême 
adieu à celui dont la terre reçoit, en ce moment, les restes périssables. 

M. Edmond Dupont nous a été enlevé à un âge où l'on peut espérer 
encore bien des années d'existence ; il n'avait pas même touché le seuil 
de la vieillesse! 11 était né le 16 octobre 1827, et, cependant, il était le 
plus ancien des fonctionnaires des Archives nationales. C'est qu'il y 
était entré presque au sortir de l'adolescence. Il n'avait que dix-neuf 
ans quand il fut admis dans^ce grand établissement, à titre temporaire. 
Juste un an après, en octobre 1847, il était nommé surnuméraire. Mais 
bien avant de figurer dans le personnel de notre administration, il avait 
fréquenté le palais Soubise. Ses parents, liés d'amitié avec le savant 
Daunou, avaient amené à Paris le jeune Edmond et l'avaient présenté 
à l'illustre vieillard, qui s'était plu à lui donner des encouragements, à 
le guider dans ces études classiques qu'il avait lui-même cultivées avec 
tant d'éclat. Edmond Dupont prit peu à peu le goût des documents qui 
l'entouraient dans la maison de Daunou, dont ses parents étaient deve- 
nus les hôtes. Il aima les Archives comme on aime le lieu où l'on a été 
nourri, la ville où s'est écoulée notre enfance. Il ne séparait pas d'ail- 
leurs l'attachement à notre incomparable dépôt de celui qu'il portait 
à son éminent et bienveillant compatriote; Edmond Dupont était, 
comme Daunou, natif de Boulogne-sur-Mer. 

Rien n'était donc plus naturel que, lorsqu'il fut question pour 
Edmond Dupont de prendre une carrière, son choix se soit tourné vers 
ces Archives nationales, qui étaient pour lui comme une demeure 



n7 

paternelle, Letronne, le digne successeur de Daunou, l'accueillit avec 
bonté et lui ouvrit la voie. 

Tout promettait dans le jeune archiviste un employé aussi zélé 
qu'actif. Il se mit à la besogne avec un véritable enthousiasme, et sa 
curiosité se porta sur les diverses parties du vaste trésor historique 
au service duquel il s'était voué. 

Afin de se mettre en état d'inventorier avec plus de sûreté et d'in- 
telligence les documents qu'il avait sous les yeux, il entra, en 1852, à 
l'École des chartes, dont il suivit les cours, tout en s'acquittant des 
fonctions qui lui étaient confiées au palais Soubise. Une fois pourvu du 
diplôme d'archiviste paléographe, il se donna tout entier à l'établisse- 
ment qui l'avait adopté. Son zèle, sa patience n'étaient jamais rebutés. 
Il gravit ainsi tous les échelons de la hiérarchie des archivistes, jus- 
qu'au grade le plus rapproché de celui de directeur général. Le !«■■ juil- 
let 1871, il était nommé chef du secrétariat et prenait la direction d'une 
section dont il avait été, pendant plusieurs années, le sous-chef. C'est 
dans ce poste que je trouvai Edmond Dupont, lorsque je fus appelé, en 
mai 1868, à la direction générale. Les fonctions qu'il remplissait le 
mettaient presque quotidiennement en rapport avec moi. Je ne tardai 
pas à reconnaître en lui toutes les qualités qui font l'administrateur 
émérite : la rectitude de jugement, l'esprit d'ordre et de méthode, la 
suite dans les idées, la persévérance dans l'exécution, l'assiduité dans 
le travail. Ces qualités maîtresses ont fait d'Edmond Dupont un colla- 
borateur précieux de notre établissement. Il en avait, au plus haut 
degré, ce qu'on pourrait appeler le génie ; il en fixa dans sa mémoire 
les traditions ; il s'était fait l'homme indispensable, et il n'épargnait ni 
son temps, ni sa peine, pour maintenir la régularité du service et le bon 
fonctionnement de toutes les branches de notre administration. Aussi, 
nul n'était mieux fait pour diriger le secrétariat, qui imprime à l'en- 
semble des services dont notre grand dépôt se compose l'unité et leur 
donne la vie extérieure. Aussi, nul n'a plus contribué qu'Edmond 
Dupont à étendre et à activer les relations des Archives nationales avec 
les divers établissements de l'État, à préparer la création et l'installa- 
tion de notre beau Musée, à la description duquel il apporta un heu- 
reux concours; nul n'a veillé avec un soin plus jaloux au bon aména- 
gement de nos collections dans les salles du palais Soubise. Son œil 
d'artiste était blessé de tout ce que pouvait condamner l'élégance et le 
goût. 

Sévère envers lui-même, quand il s'agissait de l'accomplissement du 
devoir, il prêchait d'exemple et était en droit d'exiger le même zèle et 
la même assiduité de ses inférieurs. Mais sa fermeté dans la direction 
du service n'excluait pas la bienveillance. Il se préoccupait des intérêts 
légitimes de tous ceux qui étaient placés sous ses ordres, quelque 

12 



as 

modeste, quelque obscure que fût leur position, et il cherchait cons- 
tamment à concilier le devoir avec le droit. 

Tous ceux qui ont pu connaître Edmond Dupont, qui ont été à même 
d'apprécier ses mérites, lui ont rendu pleine justice, aux Archives 
comme au dehors, à la Société de l'histoire de France, dont il fut bien 
des années le trésorier, comme à la Société de l'École des chartes. Le 
ministère tint à lui donner des témoignages publics de sa haute estime 
et du prix qu'il attachait à sa coopération. Il lui conféra successive- 
ment la croix de chevalier de la Légion d'honneur et la décoration d'of- 
ficier de l'instruction publique. 

Placé à un poste conforme à ses goûts et à ses aptitudes, uni à une 
épouse dont le dévouement était sans bornes et chez laquelle se ren- 
contrent les dons les plus précieux du cœur et de la raison, entouré de 
l'affection de deux filles, Edmond Dupont semblait avoir trouvé la féli- 
cité; mais un mal terrible brisa de bonne heure de si belles espérances. 
Atteint, depuis plus de vingt années, d'une affection nerveuse qui 
troubla, puis abolit graduellement chez lui la faculté de locomotion, 
envahi par de cruelles souffrances physiques, tandis que son intelligence 
demeurait nette et lucide, il assistait à sa déchéance corporelle. Il 
demandait vainement à tous les remèdes de l'art médical la guérison 
de son mal, contre lequel il luttait avec énergie. Ses infirmités crois- 
santes et précoces ne purent affaiblir son zèle, l'attachement qu'il avait 
pour ses chères Archives. Accablé par la souffrance, il s'y traînait 
encore. 11 y est venu jusqu'à la fin. Il s'y faisait transporter, quand la 
paralysie l'atteignait de toutes parts, quand déjà le gagnait le froid de 
la mort, et se faisait rendre compte, du fond de la voiture dont il ne 
pouvait descendre, de tout ce qui s'accomplissait dans le service à la 
tête duquel il demeurait placé. 

Messieurs, les Archives nationales ont été terriblement frappées depuis 
peu d'années. Nous avons perdu de ces hommes rares, qui sont tou- 
jours prêts à sacrifier leurs intérêts personnels aux obligations que leurs 
fonctions leur imposent, qui ont préféré, à la notoriété que donnent de 
nombreuses œuvres historiques ou des productions littéraires, la cons- 
cience d'avoir bien servi l'État et été utiles au public, qui ont mis leurs 
devoirs professionnels fort au-dessus des satisfactions égoïstes que nous 
trouvons dans des travaux personnels. Citons au premier chef Douët 
d'Arcq, Jules Tardif. Le nom d'Edmond Dupont, qui fut leur émule et 
leur ami, s'associera désormais au leur. Conservons pieusement le sou- 
venir de ces regrettés serviteurs de notre administration, qui nous laissent 
de si admirables modèles. Il arrive parfois, messieurs, que s'obscurcit en 
nous la notion du devoir, que le découragement s'empare de nous, après 
des travaux arides qui n'ont pas été, à nos yeux, équitablement appréciés ; 
que nous nous sentons enclins à récriminer contre nos supérieurs. Mes- 
sieurs, quand il en est ainsi, évoquons ces nobles mémoires I En se pré- 



n9 

sentant à notre esprit, elles fortifieront notre conscience vacillante et 
raffermiront notre courage ébranlé. 

Cher collègue, qui fus pour moi, pendant près de quinze ans, le con- 
seiller le plus sûr et l'auxiliaire le plus fidèle, au nom de tous ceux qui 
t'ont estimé, c'est-à-dire de tous ceux qui t'ont connu, je t'adresse un 
éternel et douloureux adieu ! 



DISCOURS DE M. ROCQUAIN, 

Messieurs, 
Au nom de la Société de l'École des chartes, je demande la permis- 
sion d'ajouter quelques mots aux discours que vous venez d'entendre. 
Entré dans notre Société au mois de juillet 1853, un an après sa sortie 
de l'École, Edmond Dupont fut nommé, au mois d'avril 1860, membre 
de la commission des fonds. Il porta, dans ces modestes et parfois déli- 
cates fonctions, les mêmes qualités qu'il montra dans des fonctions 
plus importantes, je veux dire la droiture, l'exactitude et une exem- 
plaire assiduité. Jamais il ne manqua aucune de nos séances. Depuis 
bien des années, l'état de sa santé l'empêchait d'assister à nos ban- 
quets; mais on le voyait fidèle à nos réunions mensuelles, fatigué 
et déjà pâli par la maladie, souriant néanmoins à ses confrères qu'il 
avait plaisir à trouver rassemblés. Il portait à notre Société un vif et 
profond attachement. Il eût voulu la voir se développer, devenir à la fois 
un centre d'utiles informations pour nos jeunes érudits, un moyen de 
discrète assistance pour nos confrères malheureux et surtout un lien de 
solide et mutuelle alïection. C'est à ce titre qu'il demandait que toujours 
des notices biographiques fussent consacrées, dans notre recueil, à ceux 
de nos confrères que nous avions la douleur de perdre. Il souhaitait 
aussi que toujours un hommage leur fût rendu ou, tout au moins, qu'un 
souvenir leur fût donné à leur suprême demeure. Conformément à ses 
vœux et au nom de la Société de l'École des chartes, je lui apporte cet 
hommage, je lui offre ce souvenir, dû à ses estimables qualités, et j'en- 
voie à notre cher et regretté confrère un affectueux et dernier adieu. 

— Le 5 février 1886, notre confrère M. Antoine Héron de Villefosse 
a été élu membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. 

— Le 13 février 1886, notre confrère M. Cucheval-Clarigny a été 
élu membre de l'Académie des sciences morales et politiques (.section 
d'économie politique). 

— Notre confrère M. Héron de Villefosse a été nommé conservateur 
des antiquités grecques et romaines au musée du Louvre. 

— Par arrêté du 4 février 1886, notre confrère M. Kohler a été 
nommé sous-bibliothécaire à la bibliothèque Sainte-Geneviève. 



^80 

— Par arrêté du 27 octobre 1885, notre confrère M. Roussel a été 
nommé archiviste du département de Loir-et-Cher. 

— Par décret du 29 décembre 1885, notre confrère M. Rocquain, 
chef de section aux Archives nationales, a été nommé chevalier de la 
Légion d'honneur. 

— Par arrêté du 23 décembre 1885, notre confrère M. Servois a été 
nommé officier de l'instruction publique. 

— Par arrêté du 9 juillet 1885, notre confrère M. Vayssière, archi- 
viste de la Gorrèze, a été nommé officier d'académie. 

— Par arrêté du 23 décembre 1885, ont été nommés officiers d'aca- 
démie nos confrères MM. Brutails, archiviste des Pyrénées-Orientales; 
Farges, attaché aux archives du ministère des affaires étrangères; Ger- 
baux, archiviste aux Archives nationales; Loriquet, archiviste du Pas- 
de-Calais. 

— Une session d'examen, pour l'obtention du certificat d'aptitude aux 
fonctions de bibliothécaire dans les bibliothèques universitaires ou 
bibliothèques des facultés des départements, s'ouvrira à Paris, le 31 mai 
1886, à la bibliothèque de l'Arsenal. 

— Le rapport de M. Léon Heuzey sur les travaux des écoles françaises 
d'Athènes et de Rome pendant l'année 1885, lu à l'Académie des ins- 
criptions et belles-lettres le 22 janvier 1886, apprécie dans les termes 
suivants les travaux de deux de nos confrères, M. G. Digard et 
M. Ernest Langlois : 

« Dans les Nouvelles Observations que M. Digard nous k envoyées sur 
la diplomatique pontificale, l'auteur a recherché avec beaucoup de sagacité 
les règles que la chancellerie des papes suivait à la lin du xni« siècle. 
Il s'est attaché à des particularités qu'au premier abord on peut croire 
insignifiantes, puisque la plupart des éditeurs des textes n'en ont point 
tenu compte; mais il en a su tirer des informations très précieuses sur 
l'organisation des bureaux de la cour de Rome. 

« Il a d'abord tiré un excellent parti des signatures, des notes et des 
chiffres qu'il a relevés sur le repli et au revers des bulles ou lettres ori- 
ginales, et dont il a établi la concordance avec certains articles des 
anciens manuels dressés pour l'instruction des officiers de la chan- 
cellerie. 

« D'autre part, il a exposé avec clarté et vraisemblance les règles, ou 
plutôt les usages, qui présidaient à l'enregistrement des actes des papes 
vers la fin du xni° siècle. Les judicieuses remarques qu'il a faites à ce 
sujet montrent que notre école, quand elle a entrepris la publication ou 
l'analyse des registres, a eu raison de suivre rigoureusement l'ordre 
d'enregistrement, sans essayer de rétablir l'ordre chronologique des 
pièces. 



« Ainsi comprise, la diplomatique jette un jour nouveau sur l'histoire 
administrative et politique du pontificat de Boniface VUI et sur les 
rapports de la cour de Rome avec Philippe le Bel. 

« M. Langlois a entrepris de dresser le Catalogue raisonné de tous les 
manuscrits en langue d'oïl ou on langue d'oc qui sont dans les biblio- 
thèques do Rome. Gomme exemple de la méthode qu'il a suivie, il 
envoie la notice de quatre-vingts manuscrits faisant partie du fonds de 
la Reine de Suède. R n'y a que des éloges à donner à ce travail, qui est 
parfaitement conçu et très soigneusement exécuté. L'auteur se propose 
de le compléter par une annotation bibliographique très développée. 
Cette addition, qui n'est pas indispensable, augmentera encore l'intérêt 
du catalogue. 

« On connaissait déjà la plupart des morceaux intéressants contenus dans 
la série de manuscrits que M. Langlois passe en revue ; mais ces manus- 
crits n'avaient jamais été l'objet d'un dépouillement aussi minutieux et 
aussi complet. Les devanciers de M. Langlois avaient négligé beaucoup 
de textes qui leur paraissaient et qui sont en effet peu importants. R 
faut savoir gré à M. Langlois de ne s'être pas laissé décourager par l'in- 
signifiance de plusieurs des manuscrits qui lui passaient par les mains. 
Le compte rendu qu'il en donne épargnera le temps de beaucoup de 
travailleurs, qui seront suffisamment édifiés sur le contenu des manus- 
crits examinés par M. Langlois pour se dispenser de les compulser. » 

— Nous avons à réparer un oubli. Dans notre dernière livraison, nous 
aurions dû mentionner les succès de deux de nos confrères aux concours 
ouverts en 1885 par l'Académie française. Des prix ont été décernés au 
livre de M. Charles Bémont sur Simon de Montfort et à la Grammaire 
élémentaire de M. Clédat. Le secrétaire perpétuel, M. Doucet, dans un 
rapport lu en séance publique le 26 novembre, rend ainsi compte des 
travaux de nos deux confrères : 

« Fils du terrible chef qui conduisit la croisade des Albigeois, Simon 
de Montfort, en Angleterre comme en France, fut l'un des personnages 
les plus considérables du xm« siècle. Dans son excellent livre (Simon de 
Montfort, comte de Leicester), M. Bémont nous le montre tour à tour 
gouverneur et pacificateur de la Gascogne, chef des barons anglais 
révoltés, vainqueur du roi, réformateur de la constitution, introducteur 
des communes dans le parlement, puis défait et tué ; mais se survivant 
à lui-même dans la mémoire du peuple, qui, désarmé par sa mort, ne 
voit plus en lui qu'un martyr. 

« Plaçant en première ligne cette remarquable monographie, qui, dans 
son genre, a été considérée comme un modèle, l'Académie lui décerne 
un prix de deux mille cinq cents francs, sur les quatre mille, montant 
annuel de la fondation Thérouanne... 

« En louant ce livre (la Chrestomathie de l'ancien français, par M. Cons- 



182 

tans), j'ai loué d'avance celui de M. Glédat, qui, dans sa Grammaire élé- 
mentaire de la vieille langue française, embrassant presque le même 
sujet, s'est proposé aussi de vulgariser la connaissance de notre vieille 
langue en exposant les lois qui présidèrent à sa formation. M. Glédat 
n'a voulu que faire une œuvre utile en mettant à la portée de toutes les 
intelligences le résultat des grands travaux que la science a publiés 
depuis un siècle. Il y a pleinement réussi. » 

SOCIÉTÉ DES ANCIENS TEXTES FRANÇAIS. 

L'assemblée générale de la Société a eu lieu le 29 décembre 1885. 
Nous allons reproduire le discours du président, M. Marty-Laveaux, et 
le rapport du secrétaire, M. Paul Meyer. 

DISCOURS DU PRÉSIDENT. 

Messieurs, 

Permettez-moi d'abord de vous adresser tous mes remercîmentspour 
m'avoir appelé à la présidence; ils doivent être d'autant plus vifs que 
mes titres étaient moindres. Votre choix, je n'en saurais douter, a été 
déterminé bien plutôt par vos sentiments de bonne confraternité que par 
des services rendus aux études qui vous sont chères; en effet, le mot 
anciens qui figure dans le titre de notre Société semble m'exclure, les 
textes que j'ai publiés ne remontant pas au delà du xvi<= siècle. 

Ce qui m'a peut-être valu votre bienveillant suffrage, c'est la persua- 
sion où je suis que pour comprendre, et surtout pour expliquer à autrui 
les textes relativement modernes, il faut connaître les textes anciens, et 
que le xvi^ siècle et le xvije, si dédaigneux du moyen âge, s'y rattachent 
étroitement par plus d'un côté, et particulièrement par la langue. 

A l'égard des rares poètes qui suivent en plein xviie siècle la tradi- 
tion populaire, c'est un fait de toute évidence, et, quand il s'agit de ceux 
dont le langage passe pour exclusivement classique, comme Racine, par 
exemple, cette vérité, quoique moins frappante, demeure toutefois 

facile à établir. 

... J'ai nom Éliacin, 

répond Joas à Athalie. Voilà, pour un jeune professeur de rhétorique, 
bon humaniste, mais seulement humaniste, une excellente occasion de 
soutenir que cette tournure, actuellement un peu étrange, est un pur 
latinisme, nomen habeo, et de s'étendre complaisamment sur les habiles 
alliances de mots dont Racine a enrichi notre langue; le malheur est 
que l'expression est dans la Chanson de Roland : 

Li niés Marsilie (il ad nura Aelroth) 
Tut premereins chevalchet devant l'ost. 

Je n'ai pas besoin d'insister, messieurs, pour prouver que nous 
sommes tout à fait d'accord sur l'utilité de l'étude des anciens textes. 



483 

La seule nuance qui nous différencio sans nous diviser, c'est que vous 
les aimez pour eux-mêmes, tandis que j'y cherche surtout un moyen 
d'interpréter avec certitude les écrits des époques postérieures. J'hésite 
du reste d'autant moins à faire ressortir ici ce genre d'utilité que, s'il 
était une fois démontré qu'on ne peut bien connaître le français, même 
le plus classique, sans une certaine familiarité avec les textes que vous 
publiez, la prospérité morale et matérielle de notre Société serait assurée 
à jamais. 

La première est en bon chemin, mais la seconde laisse encore à dési- 
rer. Nous sommes plus convaincus que persuasifs, et nous n'avons pas 
su réunir autant d'adhérents qu'il paraissait possible d'en obtenir. Voilà 
pourtant dix années que la Société dure, et l'éclat du début faisait 
espérer un développement plus rapide. Elle nacjuit un jour, dans une 
de ces villes d'eaux où les esprits laborieux et actifs se reposent des tra- 
vaux accomplis en en projetant de nouveaux. Les bases en furent fixées 
dans une causerie de M. Gaston Paris et de M. le baron James de Roth- 
schild. D'autres, appelés par eux, ont mérité par l'importance de leur 
concours matériel et l'ardeur de leur propagande le titre de fondateurs, 
mais ils sont, eux, ne n'oubliez pas, les véritables créateurs de la Société, 
et, dussent les discours annuels encourir le reproche de monotonie, 
c'est un devoir de reconnaissance d'y faire toujours figurer leurs noms. 

Ces deux excellents esprits désiraient satisfaire à la fois les érudits 
qui se plaisent à publier de bons textes et ceux qui aiment à les lire et 
à les étudier. 

Leur dessein était de réagir contre les éditions hâtives, faites à l'étour- 
die, à la légère, sans l'épreuve suffisante du temps et de la réflexion, 
et, sur ce point, nul, même des plus malveillants, ne conteste qu'ils ont 
réussi, bien au delà même de leur attente. 

En effet, ce qu'on nous reproche, ce que nous nous reprochons aussi, 
c'est une lenteur qui a son excuse dans de respectables scrupules de 
conscience, mais à laquelle nous travaillons de notre mieux à remé- 
dier. 

L'important, du reste, c'est que, si l'on nous adresse de légitimes 
observations au sujet des ouvrages que nous ne publions pas, ceux qui 
paraissent sont au contraire très favorablement accueillis. 

La liste des membres de la Société est, à elle seule, un témoignage, 
et peut-être le plus décisif, en faveur de ses travaux. Je vous renvoie 
aux noms qu'elle renferme, sans oser choisir parmi eux. Il en est cepen- 
dant qui me sont douloureusement désignés et qu'un devoir pénible 
m'oblige à vous rappeler : ce sont ceux des confrères que nous avons 
perdus depuis Tannée dernière. 

M. Baudry, qui a présidé notre Société, était un orientaliste distin- 
gué et un grammairien dans la plus haute acception du mot. Il s'in- 
téressait également à l'antiquité et à notre littérature nationale ; il pos- 



^84 

sédait en bibliographie des connaissances étendues, qu'il communiquait 
avec une obligeance dont les érudits qui fréquentent la bibliothèque 
Mazarine ont conservé le souvenir. 

M. Edmond Comte, du chemin de fer du Nord, était un de ces ama- 
teurs passionnés qui consacrent tous leurs loisirs aux études de leur 
choix. Sa prédilection pour nos travaux est un goût de famille; il suc- 
cédait dans notre Société à un de ses frères, et maintenant c'est encore 
un de ses frères qui le remplace à son tour. 

M. Fanjoux n'était pas seulement pour moi un confrère de la Société 
des anciens textes, c'était un vieux camarade. Nous nous étions ren- 
contrés pour la première fois sur les bancs de l'École des chartes. Il y 
apportait une curiosité infatigable, une intelligence ouverte aux études 
les plus diverses, une grande courtoisie, l'aisance d'un homme du monde 
qui parle bien de tout et à qui rien n'est étranger. Les affaires nous 
l'enlevèrent, et, comme dans la touchante pièce de vers de M. Eugène 
Manuel, ce fut une lettre de mort qui vint me rappeler les souvenirs 
d'autrefois. 

De tous les collègues que nous venons de perdre, M. Paul Lacroix 
est peut-être celui qui est connu du plus grand nombre de gens, sur- 
tout sous son pseudonyme de bibliophile Jacob. A un savoir fort étendu 
il joignait beaucoup d'esprit, plus assurément que l'érudition n'en exige, 
plus même peut-être qu'elle n'en supporte. C'était, comme on dit dans 
le langage d'aujourd'hui, un savant doublé d'un romancier; mais, après 
tout, la science rigoureuse et austère de notre temps aurait-elle bien 
bonne grâce à blâmer ces charmeurs qui ont su avec tant d'adresse, de 
précautions, de mesure, attirer, apprivoiser le public aux questions 
d'histoire littéraire, de philologie, de bibliographie ? Ils ont créé des lec- 
teurs, dont la curiosité, habilement éveillée, est devenue peu à peu plus 
grave, plus sérieuse, et avec lesquels on peut impunément aujourd'hui 
se montrer consciencieux, exact, ennuyeux même, si le sujet l'exige. 

Né à Florence de parents français, professeur de littérature à Genève, 
M. Marc Monnier possédait admirablement les langues méridionales de 
l'Europe et avait de leurs origines et de leurs influences réciproques 
une connaissance approfondie, qui lui inspirait un vif intérêt pour les 
publications de notre Société. Apprécié en France, il était populaire en 
Suisse. A sa mort, les journaux illustrés s'empressèrent d'y publier son 
portrait, en inscrivant au-dessous cette pensée tirée de ses œuvres, qui 
donne une idée juste de son caractère et de son talent : « Voulons-nous 
être heureux, ou moins malheureux ? Il faut songer aux autres. Les 
trois quarts de nos chagrins viennent d'une pitié sans emploi, que nous 
occupons de nous seuls. » 

Ce n'est pas en quelques mots que nous pourrions esquisser le portrait 
intellectuel et moral .d'un homme aussi éminent que M. Adolphe 
Régnier. Nous aurions trop à dire pour ne pas sentir la nécessité d'être 



485 

très bref. Comment ne pas rappeler, du moins, que ce maître en phi- 
lologie orientale a transport('' sur la fin de sa vie dans les études de phi- 
lologie française la rigueur des procédés critiques empruntés à ses pre- 
miers travaux ? Gomment ne pas dire la curiosité, l'ardeur qu'excitaient, 
dans cet esprit froidement passionné, ces recherches nouvelles pour lui? 
Ce labeur, qui semblait l'absorber tout entier, ne l'enlevait pourtant pas 
aux siens; il n'était point de ceux qui s'isolent dans leur savoir, qui 
s'en font comme un rempart pour se défendre contre les affections de 
famille. Il n'avait été que trop sensible à la porte d'un fils tendrement 
chéri; lorsqu'il disparut à son tour, sa femme s'achemina doucement 
vers sa tombe, et, certains qu'elle était parvenue au but souhaité, ceux 
de ses amis qui la regrettaient le plus étaient, le jour de son convoi, 
ceux qui la plaignaient le moins. 

Croyant à une réunion plus prochaine de la Société, j'avais arrêté ici 
la liste de ses pertes, qui déjà avaient été si souvent pour moi des 
deuils personnels, quand, pendant le repos des vacances, la mort, qui, 
elle, ne s'arrête jamais, est venue nous frapper d'un nouveau coup. 
M. Emile Egger a été subitement enlevé aux siens, à l'époque où un 
grand nombre de ceux qui lui étaient attachés, dispersés loin de Paris, 
ne pouvaient pas même lui rendre un dernier hommage. 

Helléniste éminent, écrivain distingué, c'était, avant tout, un maître 
incomparable. II n'entassait pas les richesses scientifiques, il les dépen- 
sait, il les prodiguait généreusement. Affable toujours, sévère quand il 
le fallait, il encourageait les forts, soutenait les faibles, se mettait à la 
portée des humbles. C'est lui qui a réellement fondé en France l'en- 
seignement fécond des conférences, maintenant si florissant, mais qui, 
au début, surprenait, eflrayait par sa nouveauté. Sa curiosité encyclo- 
pédique avait été vivement éveillée par les travaux de notre Société, 
dont il avait été l'un des premiers adhérents, et qu'il présida en 1876'. 
Il l'a, du reste, bien prouvé dans l'intéressant article qu'il leur a consa- 
cré dans le Journal des Débats du 3 janvier, au seuil de cette année qui 
devait être celle de sa mort. 

Conservons pieusement, messieurs, le souvenir de tant d'hommes si 
divers de goûts, de talents, d'aptitudes, réunis dans un commun amour 
pour la littérature et l'érudition nationale, et appelons à nous tous 
ceux qui seront heureux de suivre leur exemple et fiers de leur 
succéder. 



1. Son discours, lors de l'Assemblée générale de la Société, en 1876, est 
imprimé dans le Bulletin de la Société, année 1876, p. 38 [Bibliothèque de 
l'École des chartes, t. X.X.XVII, 1876, p. 302). Il n'était que vice-président, ayant 
refusé de se laisser porter à la présidence. 



^86 

RAPPORT DU SECRÉTAIKE. 

Messieurs, 
Le dernier rapport que j'ai eu l'honneur de présenter à la Société a 
été lu dans notre assemblée générale de mai 1884. Nous espérions ce 
jour -là revenir définitivement à l'usage ordinaire des Sociétés qui 
tiennent leur principale séance dans la première partie de l'année, afin 
d'entendre le compte rendu des travaux de l'année précédente. Si nos 
espérances ont été déçues, s'il nous a fallu reculer jusqu'à ce jour notre 
assemblée générale, la faute en est à ceux de nos éditeurs qui n'ont 
pas encore terminé ou qui viennent seulement d'achever des publica- 
tions qui devaient être prêtes beaucoup plus tôt. 

Toutefois, malgré ce mécompte regrettable, la Société reconnaîtra 
qu'un grand effort a été fait cette année et que des résultats importants 
ont été obtenus. Quatre nouveaux volumes viennent d'être déposés chez 
M. Didot, tandis qu'un cinquième, dont l'impression s'achève, pourra 
être mis en distribution dans quelques semaines. Les quatre volumes 
publiés d'hier sont : 
Le tome II de la Chronique du Mont-Saint-Michel ; 
Le tome IV des OEuvres d'Eustache Deschamps; 
La Mort Aymeri de Narhonne, chanson et geste; 
Le tome I des OEuvres poétiques de Beaumanoir. 
Avec ces quatre volumes, nous avons pu compléter l'exercice de 1883, 
auquel nous avons affecté le tome II de la Chronique du Mont-Saint- 
Michel, et constituer l'exercice de 1884 tout entier. 

Le volume qui s'achève actuellement est le deuxième des OEuvres 
poétiques de Beaumanoir. Notre intention était de publier en une fois 
l'ouvrage complet, et par conséquent de garder en magasin le tome I 
jusqu'à l'achèvement du tome II, mais il nous eût fallu laisser incomplet, 
pendant quelque temps encore, l'exercice de 1884, que nous avions 
hâte de terminer. 

Entre ces diverses publications, il n'en est qu'une qui n'ait pas été 
annoncée dans mon dernier rapport. C'est le second tome de la Chro- 
nique du Mont-Saint-Michel, qui n'a été mis sous presse qu'au mois de 
juillet de l'année dernière. Grâce à l'activité que M. Luce a apportée à 
la correction de ses épreuves, ce volume, qui contient vingt-deux 
feuilles en petit texte, a été composé et tiré en quinze mois. La Chro- 
nique du Mont-Saint-Michel, avec l'énorme appendice de trois cents pièces 
que M. Luce y a joint, est une publication plus historique assurément que 
philologique. Toutefois, rien dans le programme que nous nous sommes 
tracé dès l'origine de la Société n'exclut les recueils de ce genre, dès 
qu'ils sont composés de pièces françaises, et on ne peut pas nous repro- 
cher d'avoir donné trop de place aux textes diplomatiques, le recueil 



487 

formé par M. Luce des documents relatifs au siège mémorable du 
Mont-Saint-Michel étant lo premier de ce genre que nous ayons publié. 
D'ailleurs, la publication de M. Luce se recommande par un mérite 
auquel les philologues non moins que les historiens seront sensibles : 
c'est qu'elle est accompagnée d'une excellente table analytique, qui, indé- 
pendamment de son utilité comme instrument de recherches, cons- 
titue un document singulièrement précieux pour l'étude des noms 
propres au xv® siècle. 

Avec la Chronique du Monl-Saint-Michd se complète notre exercice 
de 1883, dont les deux autres volumes sont le tome VII des Miracles de 
Notre-Dame et le Dit de la Panthère d'Amours, distribués l'un et l'autre 
dans les premiers jours de cette année, postérieurement, par consé- 
quent, à notre dernière assemblée générale. Le tome VII des Miracles 
termine l'édition d'un recueil dont l'importance est mieux comprise à 
mesure que les études sur les légendes pieuses, d'une part,et sur notre 
ancien théâtre, d'autre part, vont progressant. Deux œuvres, l'une et 
l'autre de longue haleine, sont nécessaires pour que la publication des 
Miracles de Notre-Dame puisse être dite véritablement complète : un 
glossaire et une introduction générale, accompagnée de notices sur 
chaque pièce. Ce dernier travail, dont s'est chargé M. Paris, ne pourra, 
sans doute, pas être terminé très prochainement; mais, tant qu'au glos- 
saire, dont j'annonçais l'an dernier la préparation, il est en bonne voie. 
M. Bonnardot en achève la rédaction, et les premières pages sont 
imprimées. 

La Panthère d'Amours de Nicole de Margival est un poème vérita- 
blement intéressant. Il est plus lisible que la plupart des poèmes allégo- 
riques que nous a laissés le moyen âge; il est surtout plus court, avan- 
tage non médiocre. Au mérite trop peu commun d'appartenir à un 
auteur certain et à une date à peu près déterminée, il joint celui de 
nous fournir sur quelques points de la littérature contemporaine des 
notions curieuses que le jeune éditeur, M. Todd, aidé de son commis- 
saire responsable, M. Paris, a généralement su mettre en lumière. C'est 
ainsi, pour ne citer qu'un petit fait, non sans intérêt pour l'histoire de 
notre ancienne poésie, que l'un des plus anciens exemples du mot balade 
pour désigner une pièce en trois couplets à refrain se trouve dans la 
Panthère d'Amours. Avant Nicole de Margival, ce genre de poésie s'appe- 
lait haleté, et l'introduction du nom exotique balade n'est pas sans soule- 
ver un problème assez délicat'. 

1. A propos du Dit de la Panthère, je ferai remarquer que le Dit des trois 
morts et des trois vifs, commençant par Compains, vois-tu ce que je vois, dont 
M. Todd s'est occupé, p. xxx et xxx] de sa préface, se trouve encore dans deux 
manuscrits du Musée britannique el dans un manuscrit qui naguère appartenait 
à M. Didot ; voyez le Bulletin de la Société, 1882, p. 46, 71-72, et 1884, p. 66. 



i88 

L'exercice de 1884, que nous venons de livrer complet en une fois, 
contient d'abord un ouvrage dont j'ai entretenu la Société assez souvent 
pour n'avoir plus rien à en dire, sinon que nous en souhaitons tous la 
progression régulière dans les conditions où elle a eu lieu jusqu'à pré- 
sent. C'est le tome IV des OEuvres d'Eustache Deschamps, dont notre excel- 
lent administrateur nous donne un volume tous les deux ans. Il n'est 
guère possible de concilier une publication plus rapide avec les exi- 
gences d'une correction sévère. Dans une dizaine d'années, le vaste 
manuscrit de la Bibliothèque nationale qui nous a conservé l'œuvre de 
Deschamps sera tout entier édité, et dix ans sont peu de chose dans la 
vie d'une Société dont nous espérons bien ne pas voir la fin. 

Des deux autres volumes qui constituent l'exercice de 1884, il en est 
un, la Mort Aymeri de Narbonne, chanson de geste jusqu'ici inédite, 
qui était sous presse depuis le commencement de l'année 1882 et dont 
le prompt achèvement était particulièrement désirable. S'il n'a pas paru 
plus tôt, ce n'est pas faute d'efforts de la part du commissaire respon- 
sable désigné par le conseil. Les critiques diront si le mérite de l'édi- 
tion est en proportion avec les peines qu'elle a coûtées. La Mort Aymeri 
n'est pas une chanson de geste d'une grande antiquité : on ne peut 
guère la faire remonter plus haut que la fin du xn^ siècle, mais elle est 
composée en style ancien et est l'œuvre d'un conteur habile en son art. 

Le dernier des ouvrages publiés avec la date de 1884 a pourtant une 
valeur plus grande, bien qu'il ne contienne guère de textes inédits. 
C'est le tome I" des œuvres poétiques de Philippe de Rémi, sire de Beau- 
manoir, publiées par M. Suchier, professeur à l'université de Halle. 
J'ai parlé, dans mon rapport de 1882 <, avec assez de détails de cette 
publication, et de la part en quelque sorte anticipée que notre confrère 
M. Bordier y a prise par ses travaux sur Beaumanoir, pour n'avoir 
point, cette fois, à y revenir longuement. Qu'il me suffise de dire que le 
tome !<"■, aujourd'hui publié, contient une introduction de cent soixante 
pages où sont traitées avec critique toutes les questions que soulèvent 
la vie et les œuvres purement littéraires (les coutumes de Beauvaisis 
restant à part) de Philippe de Beaumanoir. Vient ensuite le texte de la 
Manekine, curieux roman d'aventure déjà publié, il y a quarante-cinq 
ans, par M. Michel, mais dont l'édition, faite pour un club littéraire 
anglais, avait été de tout temps peu accessible, et enfin la mise en prose 
de ce roman par Jean Wauquelin, texte jusqu'à ce jour inédit et même 
à peu près inconnu. Le second volume, qui sera distribué, comme je le 
disais au début de ce rapport, au commencement de l'année prochaine, 
contient le reste des poésies de Beaumanoir et un copieux glossaire. 

L'année 1885 s'achève, et cependant il n'y a, dans l'ordre de nos 

1. Bulletin de la Société, 1882, p. 84-7 {Bibliothèque de l'École des chartes, 
t. XLIV, 1883, p. 129). 



^89 

publications régulières, qu'un seul volume dont la distribution à bref 
terme soit absolument assurée : le tome II de Beaumanoir. Pourtant, avec 
un faible effort, deux ouvrages, dont l'un en doux volumes, pourraient 
être termines en peu de semaines, car l'un et l'autre sont imprimes, ou 
peu s'en faut, quant au texte ; à l'un il ne manque que l'introduction, 
à l'autre l'introduction et le glossaire. Le plus avancé des deux est le 
recueil des anciennes versions françaises en vers de l'Évangile de Nico- 
dème, qui, mis sous presse en 1877 <, a été régulièrement, depuis lors, 
annoncé dans chacun de mes rapports. Je le mentionne cette fois encore 
pour mémoire, me bornant à constater que cet ouvrage, dont le texte 
et le glossaire sont imprimés depuis plus d'un an 2, n'a fait depuis lors 
aucun progrès. L'autre ouvrage est le roman de Merlin, dont le texte, 
dès maintenant imprimé presque tout entier, formera deux volumes. Il 
reste à joindre un glossaire au second volume, une préface au premier. 
Si ces deux publications étaient achevées, elles nous serviraient à com- 
pléter l'exercice de 1885 et laisseraient un volume libre pour 1886. Tou- 
tefois, on va voir que, si Nicodème et Merlin venaient à nous manquer, 
nous pourrions cependant y suppléer à l'aide de quelques-uns des 
volumes dont voici la liste avec la date de la mise sous presse : 

h'Amant rendu cordelier, 1879. 

Le Boman de Guillaume de Dôle, 1883. 

Les Contes moralises de Nicole Bozon, 1884. 

Aymeri de Narbonne, chanson de geste, 1884. 

Les Poésies de Christine de Pisan, 1884. 

Fragments d'un poème sur la vie de saint Thomas de Gantorbéry, 1885. 

Nous ne comptons plus, et depuis longtemps, sur V Amant rendu cor- 
delier pour assurer la régularité de nos exercices. Nous avons affecté ce 
volume à l'exercice de 1881, qui reste provisoirement incomplet. Lorsque 
M. de Montaiglon aura trouvé le temps de le finir, nous nous empres- 
serons de le mettre en distribution, mais nous n'avons aucun moyen 
de hâter ce moment désiré. Constatons toutefois que, depuis notre der- 
nière assemblée générale, le commentaire très développé que M. de 
Montaiglon a joint au texte est imprimé, comme aussi la table. Il ne 
reste plus à faire que la préface, qui ne semble pas devoir être bien 
longue. 

Le Roman de Guillaume de Dole, dont le texte est imprimé depuis plu- 
sieurs mois, demeure pour le présent en suspens, M. Servois étant con- 
traint par l'état de sa santé de séjourner loin de Paris, en des conditions 
qui ne lui permettent point d'achever sa préface et son glossaire. 

Les Contes de Bozon, dont j'ai entrepris l'édition avec le concours de 
Miss L. Toulmin Smith, ont repris, après quelques mois d'interruption, 

1. Voy. Bulletin, 1877, p. 65-6. 

2. Voy. Bulletin, 1884, séance du 23 novembre. 



490 

leur marche régulière. L'interruption a été motivée par la nécessité de 
collationner un manuscrit de ces contes que je ne connaissais pas 
lorsque le livre a été mis sous presse. Ce manuscrit fait partie de la célèbre 
bibliothèque de sir Thomas Phillipps, à Cheltenham, et c'est seulement 
pendant les vacances de cette année que j'ai pu achever la collation 
commencée l'année précédente. Le retard qui résulte de cette circons- 
tance ne sera d'ailleurs pas préjudiciable à l'édition, diverses rencontres 
heureuses nous ayant mis en possession d'éléments grâce auxquels la 
compilation de Bozon deviendra un des recueils les plus curieux que 
les amateurs de littérature populaire aient jamais eus à leur disposition. 

L'édition de la chanson d'Aijmeri de Nar bonne progresse avec lenteur 
mais régularité. Le texte est dès maintenant entièrement imprimé, et 
l'éditeur, M. Demaison, met la dernière main à son glossaire. L'intro- 
duction est écrite depuis plusieurs années et ne demandera qu'une rapide 
révision. Nous pourrons compter sur ce volume pour l'exercice de 1886. 

Les OEuvres poétiques de Christine de Pisan, dont l'édition proposée 
par notre confrère M. Maurice Roy a été récemment acceptée par votre 
conseil, formeront une publication que nous n'estimons pas à moins de 
trois ou quatre volumes. Il est inutile d'insister sur l'importance du 
sujet. Nous aurons d'ailleurs occasion, dans nos prochains rapports, 
d'entretenir la Société de cette édition, dont nous venons seulement de 
commencer l'impression. 

Les fragments d'une Vie en vers octosyllabiques de saint Thomas de 
Cantorbéry, que nous venons de mettre sous presse, formeront une 
publication très courte et cependant d'un intérêt très varié. Ces frag- 
ments, contenant en tout 518 vers, se composent de quatre feuillets de 
parchemin ornés, au recto et verso, de miniatures fort remarquables 
qui se rapportent à diverses circonstances de la vie du célèbre arche- 
vêque. C'est tout ce qui nous reste d'un poème, d'ailleurs inconnu, qui 
doit avoir été composé dans les premières années du xni^ siècle, et qui, 
dans son entier, devait se composer de plusieurs milliers de vers. Le 
propriétaire de ces précieux feuillets, M. Goethals Vercruysse, de Gour- 
trai, a bien voulu nous en donner une photographie qu'il a faite lui- 
même et que nous avons fait reproduire en héliogravure par M. Dujar- 
din. La publication, pour laquelle nous avons dû adopter le format in-S" 
couronne, comprendra, outre l'édition du texte, la reproduction com- 
plète des quatre feuillets, recto et verso. Elle sera achevée en peu de 
semaines. 

A ces divers ouvrages, nous pouvons ajouter le t. VIII des Miracles 
de Notre-Dame, contenant le glossaire rédigé par M. Bonnardot. Les 
premières pages en sont déjà composées à titre de spécimen, et l'acti- 
vité éprouvée de notre confrère nous fait espérer que le volume entier 
pourra être imprimé dans le courant de l'année prochaine. 

Ce glossaire, Aymerî de Narbonnc, la Vie de saint Thomas, le tome II 



'194 

de Philippe de Beaumanoir et les trois volumes presque terminés qui 
contiennent l'Évangile de Nicodème et Merlin suffiront et au delà à 
assurer les exercices de 1885 et de 188G. 

Je ne dois pas ometlro do dire (juo, pour Tannée 1885, nous aurons, 
indépendamment de notre distribution régulière, une nouvelle partie 
du Mislère du Vieil Testament, le tome V, gracieusement otl'ert à la Société 
par M""» la baronne James de Rothschild, et dont l'impression, préparée 
par M. E. Picot, est dès maintenant à peu près terminée. 

En outre, plusieurs éditions, agréées en principe par votre conseil, 
sont en préparation et ne tarderont pas à aboutir. Outre celles qui ont 
déjà été annoncées dans mes précédents rapports, telles que l'édition de 
Doon de la Roche et celle du roman d' Ydcr, nous pouvons mentionner 
ici, comme devant être prochainement mis sous presse, le charmant 
écrit du jurisconsulte Philippe de Navarre, intitulé le traité des Quatre 
Temps d'âge d'homme, dont une édition préparée avec le plus grand soin, 
d'après les quatre manuscrits connus, nous a été proposée par M. Mar- 
cel de Fréville-Delorme. Votre conseil en avait même autorisé la mise 
sous presse dès le commencement de cette année, lorsque la découverte 
inattendue d'un cinquième manuscrit, conservé dans la bibliothèque 
municipale de Metz, a obligé l'éditeur à remanier son texte, afin de 
tenir compte des leçons qu'offre ce nouvel exemplaire. 

La publication du traité des Quatre Temps d'âge d'homme aura lieu fort 
à propos au moment où une découverte récente ramène l'attention vers 
Philippe de Navarre, qui n'occupe pas encore dans notre ancienne litté- 
rature la place à laquelle il a droit. On savait depuis longtemps que ce 
personnage a composé des mémoires entremêlés de poésies sur la guerre 
qui eut lieu entre Frédéric II et les Chypriotes. On en connaissait le 
titre. Geste des Ciprois, et, dans une certaine mesure, le contenu, par 
le chroniqueur italien Florio Bustron. Or, on a trouvé récemment, en 
Italie, un manuscrit d'une compilation historique qui renferme à n'en 
pas douter la totalité, ou peu s'en faut, de l'ouvrage perdu de Philippe 
de Navarre. Cette compilation s'imprime à ce moment par les soins de 
notre confrère M. G. Raynaud, sous la direction de M. le comte Riant, 
et formera l'une des prochaines publications de la Société de l'Orient 
latin. Cette société et la nôtre auront donc contribué simultanément à 
faire mieux connaître un des hommes qui font le plus d'honneur à notre 
ancienne littérature. 

Une autre proposition a été faite à votre conseil, qui l'a acceptée avec 
empressement. Vous savez, messieurs, que l'usage littéraire de la langue 
française s'est étendu au nord de l'Italie, qu'au xni« siècle et au xiv* 
les jongleurs qui chantaient nos chansons de geste ou lisaient nos 
romans d'aventures étaient aussi assurés de rencontrer un public attentif 
à Milan, à Venise ou à Bologne que dans leur propre patrie. Le goût 
de notre littérature s'établissant de plus en plus, il arriva que des Ita- 



^92 

liens, en général Lombards ou Vénitiens, se mirent à composer en fran- 
çais, non seulement en prose, mais en vers. Plusieurs de ces poèmes, 
que l'on peut appeler franco-italiens, nous ont été conservés, et ont été 
depuis une trentaine d'années l'objet des recherches des érudits, tant 
en France qu'en Italie. L'un des plus étendus et, à certains égards, des 
plus curieux est l'Entrée de Spagne, que notre confrère M. L. Gautier 
fit le premier connaître, en 1858 ^ par une analyse, accompagnée de 
recherches dont les résultats ont été modifiés par des travaux récents, 
M. Mussafia, professeur à l'université de Vienne et membre de notre 
Société, avait autrefois copié en entier ce long ouvrage. Il voulut bien 
nous offrir sa copie, tout en nous informant que ses occupations et l'état 
de sa santé ne lui permettaient pas de la préparer en vue d'une édition. 
Or, l'un de nos jeunes confrères, M. Antoine Thomas, connu par d'ex- 
cellents travaux historiques et littéraires, s'était occupé, de son côté, de 
l'Entrée de Spagne, et avait prouvé, par d'ingénieuses et sûres observa- 
tions, que l'auteur de ce poème n'avait pas droit au nom de Nicolas de 
Padoue, qu'on lui avait assigné, en combinant mal à propos deux indi- 
cations contradictoires; qu'il était de Padoue, mais ne s'était pas nommé, 
et que le nom de Nicolas devait être rendu à un autre poète du même 
temps, un certain Nicolas de Vérone, auteur d'un poème inédit sur la 
Passion et d'un autre intitulé : la Prise de Pampelune, que M. Mussafia 
a publié en 1864 2. M. Thomas a bien voulu se joindre à M. Mussafia 
pour faire l'édition de VEntrée de Spagne. C'est dire que cette publica- 
tion aura pour auteurs les deux savants les plus propres à la conduire 
à bonne fin. 

Avec l'exercice de 1884, la Société achève la dixième année de son 
existence. Pendant cet espace de temps, elle a publié vingt-huit volumes, 
sans compter les quatre volumes (bientôt cinq) du Mistère du Vieil Tes- 
tament, imprimés aux frais de notre regretté trésorier, puis de M^^ la 
baronne J. de Rothschild. A cet ensemble de publications, il faut ajou- 
ter les dix volumes de notre Bulletin, — le onzième est en cours de 
publication, — qui contiennent tous des notices de manuscrits jusqu'alors 
non décrits, souvent même absolument inconnus, et de nombreux textes 
inédits. Il a paru opportun de rédiger, pour le tome X de notre Bulletin, 
une série de tables, afin de rendre faciles les recherches dans cette série 
véritablement importante de documents de notre ancienne littérature. 
Un coup d'œil jeté sur ces tables, exécutées par le secrétaire adjoint de 

1. L'Entrée en Espagne, chanson de geste inédite renfermée dans un manus- 
crit de la bibliothèque de Saint-Marc, à Venise [Bibliothèque de l'École des 
chartes, 4' série, IV, 227-270). 

2. Voy. Ant. Thomas, Nouvelles Recherches sur l'Entrée de Spagne, chanson 
de geste franco-italienne {Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de 
Borne, fasc. XXV). Paris, 1882. 



^93 

la Société, M. G. Raynaud, suffit à l'aire recoiinaitre la quantité de 
matériaux nouveaux que nous avons préparés à nos successeurs. 

A ceux-là pas plus qu'à nous la matière ne fera défaut. Ils auront do 
plus que nous le secours de catalogues exacts, permettant l'exploration 
rapide des bibliothèques, des bibliographies résumant un nombre infini 
de travaux épars, et probablement aussi une science philologique plus 
sûre. Bien des tâtonnements, bien des recherches longues et souvent 
infructueuses leur seront épargnés, et ils feront mieux que nous avec 
moins de peine. Nous espérons, toutefois, qu'en considérant l'œuvre des 
premières années de notre Société, ils nous rendront témoignage que 
nous avons fait tout ce que nous pouvions faire. 



ORDONNANCE ROYALE 

fixant les statuts de la bibliothèque royale de berlin. 

(traduction.) 

Guillaume, par la grâce de Dieu, roi de Prusse, etc. 
Nous avons résolu de conférer à la Bibliothèque royale de Berlin les 
statuts suivants {das nachfolgende Statut) : 

I. Dispositions générales. 

§ 1. La Bibliothèque a pour mission de réunir une collection aussi 
complète que possible des écrits des auteurs allemands et un choix 
des écrits des auteurs étrangers, de conserver ces collections en bon 
ordre et d'en rendre l'usage accessible au public. 

§ 2. La Bibliothèque se divise en deux départements {Ablheilungen) : 
un département des imprimés et un département des manuscrits. 

§ 3. La Bibliothèque est placée dans les attributions de notre ministre 
des affaires ecclésiastiques, de l'enseignement et des affaires médicales. 

Le ministre arrête les instructions du conseil d'administration, et, 
celui-ci entendu, les instructions de service du directeur général et des 
directeurs de département. 

IL Conseil d^adrninistration. 

§ 4. Le conseil d'administration (das Kiiratorium) se compose : 

l" D'un président, dont nous nous réservons la nomination ; 

20-5° De quatre membres nommés par le ministre, pour trois ans, 
dont deux devront être choisis parmi les savants de Berlin ; 

G» Du directeur général ; 

Et en outre, pour les délibérations sur les affaires désignées au § 8, 
1" et 2°, et pour la rédaction du règlement sur le service public (§ 6) : 

7° et 8" De deux membres nommés par le ministre, pour une durée 

13 



de trois ans, et choisis, en principe, parmi les savants fixés iiors de 
Berlin. 

Le ministre désigne, parmi les membres du conseil, le vice-président. 

§ 5. Le conseil doit prendre en main, en toute occasion, les intérêts 
de la Bibliothèque, et s'appliquer dans la mesure de ses forces à la main- 
tenir à la hauteur de sa mission. 

§ 6. Le conseil arrête, sauf l'approbation du ministre, les règlements 
sur le service intérieur (§ 21) et sur le service public (§ 22), ainsi que 
les instructions de service des fonctionnaires, autres que le directeur 
général et les directeurs de département (§ 3, 2" alinéa). 

§ 7. Le conseil surveille l'administration de la Bibliothèque et fixe les 
principes qui la régissent. 

Il n'a pas le droit de s'immiscer directement dans le détail des affaires. 

§ 8. Sont soumis à la ratification du conseil : 

1» Le plan général d'acquisitions, préparé, pour chaque exercice, par 
le directeur général ; 

2° La répartition des fonds ordinaires entre les deux départements ; 

3° Toutes les décisions du directeur général qui tendent à une trans- 
formation essentielle du système de rédaction des catalogues ; 

4° Les projets de modifications importantes dans l'état des bâtiments; 

5° Toutes conventions importantes qui affectent les relations de la 
Bibliothèque avec d'autres bibliothèques ou d'autres établissements; 

6° Les entreprises de publications projetées par la Bibliothèque. 

§ 9. Le conseil donne son avis sur les questions qui lui sont soumises 
par le ministre relativement aux affaires de la Bibliothèque. 

Les rapports du directeur général au ministre doivent, à moins d'ur- 
gence exceptionnelle, être transmis par l'intermédiaire du conseil, qui 
y joint les observations qu'il juge convenables. 

§ 10. Les séances ordinaires du conseil ont lieu à des intervalles de 
quatre à six semaines, ainsi qu'il sera déterminé plus précisément dans 
ses instructions. 

Des séances extraordinaires peuvent être tenues sur la convocation 
du président. 

§ 11. Pour la validité des délibérations, la présence de trois membres 
est nécessaire. 

Les décisions sont prises à la simple majorité. En cas de partage, le 
président ou le vice-président a voix prépondérante. 

III. Fonctionnaires. 

§ 12. La direction scientifique, technique et administrative de la Biblio- 
thèque appartient au directeur général. Tous les autres fonctionnaires 
sont ses subordonnés, et il occupe à leur égard, au point de vue de la 
discipline, la position d'un chef d'administration provinciale. 

§ 13. Le directeur général exerce ses fonctions conformément aux 



^95 

présents statuts, aux instructions de service (§ 3, 2" alinéa) et aux déci- 
sions du conseil d'administration (§§ 7 et 8). 

§ 14. Le ministre pourvoit au remplacement du directeur général en 
cas d'empêchement. 

§ 15. Chacun des deux départements (§ 2) a un directeur. 

Le directeur général peut être nommé en même temps directeur d'un 
département. 

i^ 16. Les directeurs sont responsables de l'expédition exacte et régu- 
lière des allaires dans leur département. Ils doivent surveiller directement 
les fonctionnaires et autres membres du personnel employé dans leur 
département, et porter immédiatement à la connaissance du directeur 
général les irrégularités qui viendraient à se produire. 

§ 17. Les directeurs doivent apporter un soin particulier à l'accroisse- 
ment des collections de leur département, ainsi qu'à la continuation et 
au perfectionnement des catalogues et répertoires. 

^ 18. Au reste, les directeurs exercent leurs fonctions conformément 
aux instructions de service (§ 3, 2^ alinéa) et aux prescriptions du direc- 
teur général. 

§ 19. Le directeur général pourvoit au remplacement des directeurs 
en cas d'empêchement. 

§ 20. La nomination du directeur général et des directeurs nous 
demeure réservée. Quant aux autres fonctionnaires [Beamten) de la 
Bibliothèque, les bibliothécaires, conservateurs, conservateurs adjoints 
et employés [Bibliothekare, Kustoden, HUlfskustoden wxd Sekrelâre) sont 
nommés par le ministre ; l'admission des auxiliaires et attachés {Assi- 
stentenund Volontdre) et la nomination des employés subalternes (^/lier- 
beamten) sont prononcées par le directeur général. 

IV. Service intérieur et imblic. 

§ 21. Le service intérieur de la Bibliothèque fait l'objet d'un règle- 
ment spécial (Bibliothck-Ordnu)ig.) (§ ô). 

Ce règlement doit instituer des conférences tenues tous les quinze 
jours pour l'examen des affaires principales. Le directeur général appelle 
à chaque conférence les directeurs et les autres fonctionnaires dont la 
présence lui paraît utile. 

Si le directeur général est en même temps directeur d'un département, 
le plus ancien bibliothécaire du même département doit toujours être 
appelé aux conférences. 

§ 22. Le service public de la Bibliothèque consiste d'une façon géné- 
rale : 

1" Dans l'usage de la salle de lecture; 

2° Dans le prêt des imprimés et des manuscrits. 

Les prescriptions de détail sur cette matière font l'objet d'un règle- 
ment spécial [Benutzunqs-Ordnung] (§ 6). 



196 

Ce règlement doit tendre à faciliter autant que possible l'usage de la 
Bibliothèque. 

Nous avons signé les présentes de notre propre main et nous y avons 

fait mettre notre sceau royal. 

Donné à Berlin, le 16 novembre 1885. 

Guillaume. 

von gossler. 

ARCHIVES MUNICIPALES DE FRANCFORT-SUR-LE-MEIN. 

La Société d'histoire et d'archéologie de Francfort-sur-le-Mein (Verein 
fur Geschichte imd Alterthumskunde) a décidé d'entreprendre la publica- 
tion de l'inventaire des archives de cette ville. Sans parler des docu- 
ments intéressant surtout l'histoire locale, comme privilèges munici- 
paux, délibérations du corps de ville, procès-verbaux des bourgmestres, 
registres du cadastre, les archives municipales de Francfort com- 
prennent un très grand nombre de pièces relatives à l'histoire générale 
de l'Allemagne, en particulier aux élections et couronnements des 
empereurs, aux affaires militaires, aux traités de paix, aux choses judi- 
ciaires et entre autres au tribunal de la Sainte-Vehme. Le magistrat de 
Francfort accorde à la Société, pour cette publication, une subvention 
annuelle de mille marks pendant cinq ans. 

UNE RECTIFICATION A L'ANCIEN CATALOGUE 
DES MANUSCRITS DE CORBIE. 

L'ancien catalogue des manuscrits de Corbie qui se trouve au Vatican 
dans le n» 520 de la reine de Suède n'indique pas toujours avec netteté 
la composition des volumes dont il contient la description. On est sou- 
vent embarrassé pour savoir à quel endroit il convient de placer les 
coupures pour indiquer les morceaux compris dans les différents manus- 
crits de la bibliothèque. En publiant ce document dans le tome II du 
Cabinet des manuscrits, p. 432-440, j'ai adopté un système de coupures, 
meilleur assurément que celui du cardinal Mai, mais qui est encore 
loin d'atteindre la perfection. Une récente publication de l'Académie 
des sciences de Vienne me fournit le moyen de corriger l'article 245 de 
mon édition, ainsi conçu : 

245. Johannes diaconus super Pentateuchum. Luciferi episcopi pro 
Athanasio libri duo. De regibus apostaticis liber unus. De non conve- 
niendo cum hereticis liber unus. De non parcendo in Deum delinquen- 
tibus liber unus. Quod moriendum sit pro Dei filio, liber unus. Epistola 
Florentii liber unus. Athanasii libri duo. Liber ad Gonstantium. Atha- 
nasius ad monachos. 



497 

Je suis persuadé que cette notice doit être coupée en deux, de la 
manière suivante : 

Ub. Johannes diaconus super Pentateuchum. 

245 bis. Luciferi episcopi pro Athanasio libri duo, etc. — Athanasius 
ad monaclios. 

L'article 245 répond au manuscrit latin 12300 de la Bibliothèque 
nationale. 

Quant à l'article 245 bis, il doit désigner le manuscrit d'après lequel 
Jean du Tillet, évêque de Meaux, publia, en 1568, les opuscules de 
Lucifer, manuscrit qui forme aujourd'hui le n» 133 du fonds de la reine 
de Suède au Vatican. 

Ces identifications me paraissent résulter de la préface que M. le pro- 
fesseur W. von Hartel a mise en tète des Luciferi Calaritani OpusciUa 
(Vienne, 1886, in-S^). Cette édition de Lucifer, exécutée avec beaucoup 
de soin et de critique par M. von Hartel, forme le vol. XIV du Corpus 
scriptorum ecclesiasticoriim latinorum edituin consilio et impensis Aca- 

dcmiae litterarum cacsareae Vindobonensis. t i\ 

L. Delisle. 



ITINÉRAIRE DE WISSANT A LYON. 

Le texte suivant a été trouvé à la bibliothèque de l'université de Cam- 
bridge, par M. Gh.-V. Langlois, qui a bien voulu nous le communiquer. 
Ces quelques lignes, écrites au xin" siècle, en marge du f« 2 v» du manus- 
crit coté H h. VI. 11, indiquent les localités françaises traversées par un 
Anglais qui se rendait à Lyon : 

Hec via tendit a mari usque Ltigdunum. 

Whitsond (Wissant). Boloyne (Boulogne). Musterroyl (Montreuil-sur- 
Mer). Mantenoy (Maintenay). Cressii (Grécy-en-Ponthieu). Sein lUcher 
(Saint-Riquier). Areynes (Airaines). Poys (Poix). Odure (?). Beuvoys (Beau 
vais). Beumond (Beaumont-sur-Oise). Sein Dionis (Saint-Denis). Paris 
Corboil (Corbeil). Chastellandun (Château-Landon). Mundtargis (Montar- 
gis). Chaslilun (Châtillon-sur-Loing). Boni sur Leyre (Bonny-sur-Loire) 
Poylie sur Leyre (Pouilly-sur-Loire). La Charité. A Nevers. Disise (Decize) 
Ganoy Sein Jorge (Gannay-sur-Loire). Perefite (Pierrefitte-sur-Loire) 
Marteni le Noneins (Marcigny). Ckerlu (Gharlieu). Tysiie (Thizy). Sein 
Clément (Saint-Glément-de-Vers). Arborelle (L'Arbresle). Lyuns (Lyon 

Hec est via per Ponteni versus Parisius. 

Martini le Noneins (Marcigny-sur-Loire). La Note SeinJo[?i] (La Mott& 
Saint-Jean). Saveni Paifol (Savigny-Poil-Fol). Curbini (Corbigny). Ver 
dcloys (Vczelay). Sein Priz (Saint-Bris). Ponteni (Pontigny). Brinun le 
Erceveschc (Brienon-l'Archevêque). Cerisers (Cerisiers). Satins en Bor- 
gogne (Sens). Pount sur Yone (Pont-sur-Yonne). Moret. Melun sur Seyne 
(Melun), Paris. 



198 

Ce texte est trop récent pour fournir des renseignements sur l'étymo- 
logie des noms de lieux dont il parle, mais il montre que les grandes 
voies de la France suivaient alors en général la même direction qu'au- 
jourd'hui. En effet, jusqu'à Paris, cet itinéraire correspond au tracé de 
la route de Calais à Paris, sauf pour la portion comprise entre Montreuil 
et Airaines. De Paris à Nevers, la route est également la même qu a 
présent, si ce n'est à la hauteur de Châtillon. Mais, à partir de Nevers 
jusqu'à l'Arbresle, notre Anglais tourne un peu vers l'est, et son chemin 
n'est représenté de nos jours par une voie un peu importante qu'entre 
Pierrefitte et Marcigny. L'itinéraire par Pontigny, qu'il suit au retour, 
est aussi abandonné maintenant jusqu'à Cerisiers, endroit où il retombe 

dans la route de Paris à Dijon. 

Léon Le Grand. 



LE PORTRAIT DE LOUIS P>- D'ORLÉANS. 

A propos de la question posée par notre confrère M. Bouchot dans le 
dernier fascicule de la Bibliothèque, on peut faire remarquer que l'atti- 
tude de Louis I^r d'Orléans, dans son portrait reproduit par Thevet, 
s'explique assez aisément si ce portrait n'est pas contemporain du 
meurtre de Louis, comme on pourrait le croire tout d'abord. 

M. le marquis de Laborde , qui avait déjà signalé cette toile, n'a 
élevé contre la date de 1407 aucune objection et s'est borné à remar- 
quer que, dans l'hypothèse où on la ferait remonter à cette date, on 
pourrait l'attribuer à Colart de Laon. 

Les reproductions de Thevet et de Gaignières (ms. de la bibliothèque 
Bodléienne à Oxford) ne sont pas, en effet, assez parfaites pour nous 
permettre de lui assigner une date d'après ses caractères intrinsèques. 

Mais, à défaut de cette preuve, d'autres circonstances peuvent nous 
reporter à l'année 1504. 

On sait qu'en 1395, protecteur-né des Célestins, dont Philippe le Bel 
avait créé en France la maison-mère à Ambert, dans la forêt d'Orléans, 
Louis I*'' d'Orléans fit ériger une chapelle annexe à l'église abbatiale des 
Célestins de Paris. Il y fut enterré. L'égUse et la chapelle, désaffectées 
en 1792, ont été détruites de nos jours; les débris du tombeau des ducs 
d'Orléans, relégués d'abord dans un magasin de l'église de Saint-Denis, 
ont été ensuite transportés à Versailles. 

Le tombeau (d'ailleurs maintes fois décrit et reproduit par Gaignières, 
Millin, Lenoir, Rabel, Le Laboureur, etc.) était un vaste monument 
collectif, plus somptueux qu'artistique, sur le plan du tombeau de Fran- 
çois II, son contemporain, à Nantes. Il portait les quatre statues, cou- 
chées dans la pose classique, de Louis I®"", de Valentine de Milan, du 
comte Philippe de Vertus et de Charles d'Orléans. L'érection de ce 



^99 

monument fut une des premières pensées du règne de Louis XII; mais 
le tombeau ne fut achevé qu'en 1504. On y transporta en grande pompe 
les restes mortels de Charles d'Orléans, demeurés jusque-là à l'église 
Saint-Sauveur de Blois. Le cortège funèl)re, d'après les registres du 
Parlement, partit le 21 février {bO\ (anc. st.) de l'église Notre-Uame- 
des-Champs pour traverser Paris. 

L'acte de piété filiale de Louis Xlt, célébré par ses panégyristes, ne 
faisait pas l'objet de moins de trois pompeuses inscriptions, placées, 
l'une dans la nef de l'église des Gélestins, l'autre au deuxième pilier de 
gauche de la chapelle d'Orléans, la troisième sur le troisième pilier de 
gauche de la même chapelle. Voici cette dernière, plus simple et plus 
brève que les autres, d'après la reproduction de Gaignières : 

LUDOVICUS REX XII QUIETI 

PERPETUE ET MEMORIE PERENNI 

ILLUSTRISSIJIORUM PRINCIPUM 

LUDOVIGI AVI VALENTINE AVIE 

KAROLI PATRIS PIISSIMORUM 

PIENTISSIMORUMQUE PARENTUM 

AC PHILIPPI PATRUI 

FELICITER 

M. vc. un. 

Ajoutons que, sur le tombeau lui-même, les inscriptions tumulaires 
rapportaient toutes les mentions au roi régnant : Louis, duc d'Orléans, 
aïeul du roy Louis douziesme. — Charles.. . père du roy Louis douziesme, etc. 

Ainsi, toute cette ornementation est de 1504. Quant au tableau en 
question , c'était tout simplement un tableau symbolique , appendu , 
dit Gaignières, contre le mur de droite de l'autel. Il porte précisément 
la même inscription que le tombeau : Louis, duc d'Orléans, aïeul du roy 
Louis douziesme, et par conséquent nous sommes fondés à croire qu'il 
n'est pas non plus antérieur k 1504. 

Dès lors, le sujet s'explique de lui-même. On sait le goût de Louis 1er 
d'Orléans pour le luxe, son faste, et aussi son avidité. Gomme le faisait 
remarquer M. Léopold Delisle, la collection de Bastard est venue à ce 
sujet enrichir la Bibliothèque nationale d'une nouvelle mine de renseigne- 
ments. Or, Louis est ici à genoux devant un arbre chargé des fruits les 
plus riches; mais son attitude marque la surprise et l'épouvante, car, 
derrière cet arbre, surgit un squelette hideux, la Mort, qui lance son 
dard à qui rien n'échappe, ainsi que le dit la légende, enroulée, comme 
le serpent du Paradis, autour de l'arbre à fruits d'or : Juvenes ac senes 
rapio. 

Gomme il est un peu à la mode d'attribuer à Jean Perréal, peintre 
officiel de Louis XU, la plupart des peintures ou dessins de l'époque, 
voilà un tableau dont sans doute on pourrait chercher à lui faire bon- 



200 

neur. Je n'irai pas jusque-là, d'autant plus que le costume dont l'artiste 
a revêtu Louis I'"'^ trahit peut-être une main étrangère. De plus compé- 
tents pourront trancher cette question; mais on voit que : 1° l'attri- 
bution de la peinture au commencement du xv" siècle est plus que 
douteuse; 2° le tableau n'a aucun caractère de tombeau et ne peut 
apporter aucune contribution nouvelle à l'histoire de cette branche de 
l'archéologie. Nous lui devons seulement une symbolique fort curieuse 
et que M. Bouchot a très justement signalée. 

R. M. 



PALÉOGRAPHIE DES CLASSIQUES LATINS. 

La quatrième livraison du recueil de M. Emile Châtelain va très pro- 
chainement paraître. Ce nouveau fascicule contiendra des reproductions 
des principaux manuscrits de César, Salluste et Lucrèce. Voici le détail 
des planches : 

46. César. Paris. 5763. (Floriacensis, ix« siècle.) 

47. — Paris. 5056. (Moissiacensis, xi° siècle.) 

48. — Paris. 5764. (xi^ siècle.) 

49. — Laurentianus, Lxvin, 6. {xi'^ siècle.) 

50. — Vossianus, q, 53. (xi<' siècle.) 

— — Vindobonensis, 95. (Fin du xu^ siècle.) 

51. Salluste. Fragm. hist. Regin. 1283. (Capitales.) 

52. _ Paris. 16024. (ix" siècle.) 

— — Paris. 16025. (Fin du ix" siècle.) 

53. — Paris. 10195. (x"^ siècle.) 

54. — Sangallensis, 864. (xi« siècle.) 

— — Orat. Vaticanus, 3864. (xi^ siècle.) 

55. — Paris. 5748. (x« siècle.) 

— — Bruxellensis, 10057-10062. (xi« siècle.) 
56-57. Lucrèce. Vossiaîius, f, 30. (Oblongus, ix<= siècle.) 

58. — Vossianus, q, 94. (Quadratus, ix« siècle.) 

— — Laurentianus, xxxv, 29. (xv siècle.) 

59. — SchedsB Haunienses. (ix^ siècle.) 

60. — Schedsi Vindobonenses . {ix^ siècle.) 

1. Le camail et le costume de son ordre. 



LE 

PREMIER CATALOGUE 

DES MANUSCRITS GRECS 

DE 

LA BIBLIOTHÈQUE DE FONTAINEBLEAU 

SOUS HENRI II 
NOTICE DU MS. NANI, 245, DE VENISE. 



En parcourant le catalogue que Mingarelli a rédigé des manus- 
crits grecs légués en 1797 à la Bibliothèque de Saint-Marc de 
Venise par le chevalier Giacomo Nani^ [Grœci codices manu 
so-ipti apud Nanios patricios Venetos asservait, Bononise, 
1781 , in-4°), mon attention fut attirée par un article ainsi conçu : 

GGXLV. 

Codex recens, diptychus, sive in-folio. 
Gontinet Indicem codicum grsecorum nescio cujus bibliothecae. 
Incipit a libris Theologicis sic : 6Y)7capa u[ji,vot /.al sù^/al. 

Ce volume, à n'en pas douter, devait être un exemplaire du 
catalogue méthodique des manuscrits grecs de la bibliothèque de 
Henri II ; Ymcipit était le même que celui du manuscrit grec 3066 
de la Bibliothèque nationale, qui contient la description métho- 
dique des manuscrits grecs de Fontainebleau. Il était possible que 
le manuscrit de Venise ne fût qu'une copie, analogue à celles que 
l'on connaît du catalogue alphabétique de la même bibliothèque ^, 

1. Voyez, sur la bibliothèque des Nani, \A\ç,n\\n&\\\, Bibliothecamanuscripta 
ad S. Marci VeneUarum (Venise, 18G8, in-8°), t. I, p. ll'i-123. 

2. Paris, Bibl. nat. Coislin 356; Véroae, Bibl. capit., n° CXVII. Une partie de 
ce dernier ras. a été publiée sous le titre de Catalogus librorum mss. grxcorum 
incertcv bibliothecx, par Larai, au tome XIV de ses Belicix eruditonim (1743). 

(4 



202 

et n'offrît par suite qu'un intérêt secondaire. M. le commandeur 
G. Castellani, directeur de la Bibliothèque de Saint-Marc, voulut 
bien me donner sur ce volume des détails précis qui achevèrent 
de dissiper mes doutes et me persuadèrent que l'exemplaire de 
Venise devait être la minute originale du catalogue méthodique 
des manuscrits grecs de Fontainebleau, dont nous ne possédons 
à Paris que la copie calligraphiée par Constantin Palseocappa. 
Les bons offices de M. Castellani ne devaient point s'arrêter là, 
et bientôt, grâce à la libéralité du gouvernement italien et à la 
parfaite obligeance du savant directeur de la Marcienne, je pou- 
vais examiner à Paris le précieux manuscrit. 

C'est un volume in-folio (312 millim. sur 208), en papier, de 
cinquante-huit feuillets, numérotés au xv!*" siècle ; au xviif siècle, 
on l'a interfolié de papier blanc ^ réparé en plusieurs endroits 
dans les marges et recouvert d'une reliure en parchemin blanc. 
Sur les gardes se lisent différentes cotes anciennes : =: kkkk =, 
Lxx. 2, XCII./7, et la dernière cote : Clas. XI, Cod. XXVII.; 
le numéro 81 a été inscrit en tête du plat supérieur du volume, 
et sur la tranche bleu foncé a été peint en blanc le n° 245 
du catalogue des Nani. Ce dernier numéro, ainsi que la cote 
Clas. XI. Cod. XXVII., est répété au dos du volume avec le 
titre : Index Cod. Mss. 

Le catalogue méthodique des manuscrits grecs de Fontaine- 
bleau, que contient ce manuscrit de Venise, est divisé en onze 
classes, distinguées par de simples titres courants, et disposées 
dans l'ordre suivant : 



L 


Théologie. 


0£oXo7iy.â, 


fol. \. 


IL 


Mathématiques. 


MaO-rjjj-axrÂOc, 


fol. M 


III. 


Morale. 


'H6ixa, 


fol. 21 


IV. 


Rhétorique. 


'Prii;opi/,a, 


fol. 24. 


V. 


Physique. 


Oucaa, 


fol. 32 


VI. 


Philosophie. 


OiT^OCToçtxa, 


fol. 36 


VIL 


Logique. 


AoYixa, 


fol. 39 


VIII 


Mélanges. 


'A[j.ç(6oXa, 


fol. 42 


IX. 


Métaphysique. 


Mexà Ta çuffwa, 


fol. 43. 


X. 


Histoire. 


'laxopaa, 


fol. 49 


XL 


Médecine. 


'laxptxûc, 


fol. 33 



1. C'était pour recevoir le texte d'une traduction latine du catalogue; un seul 
article a été traduit (fol. 27 v"). 



203 

L'écriture du manuscrit est rapide et négligée, et j'y recon- 
naîtrais volontiers la main de Jacques Diassorinos *, qui dut être 
quelque temps, vers 1550-, employé à la bibliothèque de Fontaine- 
bleau sous les ordres de Constantin Pateocappa . C'est une minute 
dont plusieurs articles ont été entièrement bififés, d'autres en 
partie, et à laquelle ont été faites, de la main très reconnaissable 
du même Palœocappa, d'assez nombreuses corrections et addi- 
tions 3, qui toutes se trouvent reproduites dans le manuscrit 
grec 3060 de la Bibliothèque nationale. 

Les huit articles suivants, biffés dans la minute de Venise, 
n'ont pas été transcrits dans la copie de Paris : 

l. Fol. ^ y°. AJXiavou xav.i\.-/.à., xcà 'Ovotjavxpo'J axpxifi-^vm, y,at AiVôiou 
■juoT^iop/.YjTi/.à, xauta oiakc(.\).6 dation h xfî» TOÎi irpwTOU \j/r,Y.O'jq ^i67d(>), 
cépixa-rt Xeu/,a) 'ï:t%oi7.i'k[J.é^iù [jiXavt y,£y.aXy[jL[jivo) , où r, èrd-^pc^Yf], 
AiXtavou TaxTixa. [A. 

IL Ibid. AiAtavou ■Tzepi •::apaTaHctov. BYjCffapiwvoç èTiiiâçioç KÔ-^oç etç 
TY)v xupiav KXziwq^ (^aaiXôiav Tr,v IlaXaioXoYivav. Fswpfiou Fs^j/aTou 
STspoç elq auTYîv. 'AXs^àvopou 'AçpooiatécoçTispi y.paasoiçxai ai»^r;a£(.)<;, 
àzcp 10 TOJ iptTOU [x-ri-ÂCUç, Mp\).xii Z^wpû o^s7.aAu[;4jivov, ^i6X(ov 
7:£pis-/£i, ou Y) èirifpaç... (s«c). [R. 

III. Fol, 2 v°. 'ApjJ.EVozouXo'j éçaJiêXûç. Ta^£tç xal à^uoi^-axa ^aaiXtxà, 
èv zCù Tou C£Li'C£poy [rrjvtouç \).e''(àXou [âtôXio), oépfj-aTt xpo^tocsi x£*/.aXu[/,- 
[jLévw, ou Y) £TCtYP<3'?'^5 'Ap[;-£v6'::ouXoç. [A. 

IV. Ibid. 'Ap[;.£VS7:oûXou £^a6i5Xoç. 'Ep[X'/)V£ia tIç /p-/]ci[j.oç 'uotç voxa- 
pi'ciç. "EvcOîciç TÛv 07co/,£'.iJ.£va)v Tï^ KwvffxavxivouTCoAct [rrjXpo::5X£a)v. 
NéjjLOi Y^wpï^^û'^ 'lo'jcTivtavou ^actXéwç. 'Ap;j.£V07ro6Xou £t:ito[xy5 twv 
Upwv /.avévwv. Neapai 'Pa)[jiavoj. Na'/j^opou, BaatXôbu xou Néou, 
KwvcxavTivou xoD nopç'jpoYsvvrjxou , Aéovxoç y,al Mavou-rjXou xou 



1. Sur ce personnage, voyez E. Legrand, Bibliographie hellénique, 1885, 
in-8», t. I, p. 297-302. 

2. Le nis. de Venise est en tout cas postérieur à 1549 et antérieur, comme 
on le verra plus loin, à 1552; il contient en effet, au fol. 1 v°, un article biffé, 
AiXtavoO TaxTty.à, (jui correspond au ms. grec 2443, copié par Ange Vergèce, 
en 1549. 

3. Voyez notamment aux fol. 1 (en marge : Stxat), 17 (art. 2, 'Aii.ixwvîoy sic 
ta; z' 9iôva;), 18 (art. 6, kp\i-t]'izia. toù), 21 V (art. 7, 'Ap[xîvo7roû>,ou l^àêtêXoç. 
— BiêXîov a' [j.v)-/.0'jc Tiaxw, SéptiaTi Tcopçypw X£xa),u[A(j(.£vov, ou tj èTriypa^yi, 
'APMENOnOTAOS.), etc., ainsi que les articles ajoutés à la fin de la Morale, 
de la Rhélorique, de la Physique et de l'Histoire. Les mots ou phrases biffés 
sont 1res nombreux. 



204 

Kopyjvou Twv ^affiXéwv. npov6[Aiov NtxYjipipou PaaiTvéwç xou BoTavetâ- 

Tou, iTilxupouv xàç cuvcBouç. S'/cXta sic -ràç veapàç. IIspKTUjjJoXaio- 
Ypiî^çtov, xauTa èv xô xou âsuxépou [x-rjî^ouç [j/xpoiaiou ^lêXio) x£pié-/£xat, 
§ép[ji,aTi uTcojxéXavt x£y,aXu[;.[ji,év(i), ou y; ÈTctYpaçY], 'ApjjLevéTiouXoç. [E. 

V. Fol. 2-1. ''E^T;'{r,G{ç dq r/jv T£xpa6t6Xov xtvbç àvwvujj.ou. Kat Ilopçuptou 
eiaaYWY"') ^tç xr^v aùx-})v, ^i6/a'ov 7:p(i)xou [xrjy.ouç -^avAsTrxcxaxov, cép- 
[xaxi X^'*^?^ ^£î^a>.u[X[A£Vov, ou '?) è%i-(pci!.(fri, 'E^YjYvjaiç £cç xr^v x£xpa- 
616X0V. [A. 

VI. /ôî'c^. 'E^'^YY^uiç elç XY)V xou nxoX£[xaiou x£xpa6t6Xov. Kai Hopcpupiou 
elaa'^tû'^ri elq x-r)v aùx'î^v. Bt6Xicv Trpwxou [A'/jxouç, o£p[j.axt [;i.iXxwo£t 
x£xaXu[j.[jiva), ou yj è'irtYP'''?"']» 'E^-rjYYîctç £iç xr^v x£xpâêi6Xov. [E. 

VII. Fol. 2i v". GcO^pacxou /apaxx^p£ç, èv xw xoîi 0£ux£pou [xapou 
[AYjxouç ^i6Xiw, oépjxaxi èpuGpô x£)caXu[AiJi.£V{i), ou •/) èTuiYpaçvi, 'Aptaxo- 
çavouç nXouxoç xal àXXa oiaçopa. [F. 

VIII. Fol. 49 v°. Atovuciou 'AXaapvaaaéwç T:£pl cuv6éa£(DÇ ovo[ji-âx(i>v. 
B16X10V X£xapxou [XYjxouç, S£p[xaxt zopipupS) 7.£>^aXu[/.[ji,év(i), ou '^ ètci- 
YpaçY), Atov6(7toç 'AXixapvaacEuç. X£tpi 'A^Y^^cu. [F. 

Par contre, les derniers articles de la Morale, de la Rhétorique, 
de la Physique et de l'Histoire, qui ont été ajoutés par Palseo- 
cappa sur le manuscrit de Venise, se retrouvent dans la copie de 
Paris : 

I. Fol. 22 \°. Tou oci'ou Tuaxpbç *?j[ji,a)V 2u[;.£à)V xou Néou xat 9£oX6you, 
■^Youixévou [/.ov^ç xou aYiou Md[j.avxoç xyjç SY]pox£p/.ou, x£çàXata lupax- 
xaà xal 0£oXoYi>t.à, £V xw 6i6Xi(o, ou -i] èutYP*?'')? 'A66â ©aXaacbu 
ÉxaxovxâocÇ xai oçç (y,icv xi xvjç £/,/,Xrj(7iaç, Bsuxépou p-Yj^ouç, •/,£/,aXu[x- 
|jiva) o£p[j<axi /.uavô. A. 

II. Fol. 30. Article vu précédemment biffé au fol. 21 v°. 

III. Fol. 34. ôsoçiXou èxtcuvaYWY^ '^^pi •/.O'jp.awv y-axap^wv, Iv xw àiri- 
YEYpani-f'SVo) ^i6Xi(i), 'AYa6'^[jL£poç, xw §ép[JLaxt xopçupw /,£xaXu[jL[ji.£va), 
[rrjxouç Tpa)xou. A. 

IV. Fol. 31 . IlaXXaoïou yj xaxà Bpa^lJ^avouç bxopia, £V xw x£/,aXu[jL[X£V(i) 
Pi6Xi(i) oépi;,axt xtppû, |i.-/jxouç ç', ou •?) èTHYpa?'/) , A66a Ma'pxou 
Siâcpopa. B. 

Deux articles enfin, écrits de première main dans le manuscrit 
de Venise, bien que rien n'indiquât qu'on les dût supprimer, ont 
été omis, sans doute par inadvertance, dans le manuscrit de 
Paris. Le premier doit se placer entre les articles 18-19, le 
second entre les articles 409-410 du ms. grec 3066 : 



205 

I. Fol. 3. 'Aa-/Y]xi7.rj iroXitsia Y^vvatwv iï v.cà èvSé^wv àvBpwv, -^ç y) àpxï) 
XetTCt, 7,at TO Tou ituyyP'^'-]^'*'^'^^? ovojj-a • eaTt to Pt6Xtov §cUxépou iJ/rjxouç 
Tuivu TcaXaibv xal èç xiXXoç Y-ïp^H't''-^o'' ^'^ X^P'^TÎ oai-''X'^"')'''î'i ûépi^aTt 
y^Xwpw xey.aXu[xiAév(o, ou yj STCiYpaç'/), ''Acx-/)xiy,vi "Kokiieiot.. 

II. Fol. 32. NsoçuTOU [Aovr/oïj ctaipesiç xaXXiV-:"/] r^ç TzâcrYjç çiXodOçfaç, 
£V TÔ) Toy TrpwxGU [jLapoj [j//jxou; (3t6A(o), SÉpiJ-aTt xopçupÇ) 7,£xaXu[ji,iAcVa), 
ou Y] £ZtYp3CÇY], 'Aixp.wvt'o'J stç xàç s' (pwvaç. 

Ce dernier article est une addition de première main entre les 
articles 2 et 3 de la Physique. 

(,)n peut encore signaler entre la copie de Paris et le manus- 
crit de Venise les quelques petites différences de détail suivantes : 

1° Au fol. 12 du ras. de Venise on trouve un troisième article 
2oXo|j,(ï)VToç zapoiixîat, qui semble être une erreur du copiste et n'a 
pas du reste été reproduit dans le manuscrit grec 3066, bien 
qu'il n'ait point été biffé. 

2" Au fol. 17, le manuscrit de Venise présente les deux pre- 
miers articles des Mathématiques dans l'ordre inverse de la copie 
de Paris. 

3'' Au fol. 38 v° (37 V et 38 r" blancs), tout en haut de la page, 
on lit : 0£a)voç ^[jLupvaiou twv "/.axà [xaOr;ijLaT'.y.o)v y_pY)(7i[j.wv dç t'})v xoîi 
lïkdimoq àvâYvwciv, article qui ne se trouve pas dans le manus- 
crit de Paris. 

Une dernière particularité du manuscrit de Venise mérite d'être 
notée. En marge de nombreux articles ont été ajoutées, les unes 
au-dessous des autres, des capitales grecques; ces lettres étaient 
destinées à noter les renvois qui devaient être faits, pour les diffé- 
rents articles d'un même manuscrit, dans un catalogue alphabé- 
tique. En voici un exemple pris au fol. 18 du manuscrit : 

0. 0é(i)voç 2[ji.upva(ou [i.a6yj[;.aTr/.à ypYiff'.[xa dç Tr,v xou IlXaxwvoç 
E. àvâ^vwijtv. Eùy.Xîtco'j xaxoTCxpaa. 'Hpwvoç ^(eiiioaidx. 'Icaà/, [j.ova- 
H. you ■Kcpl opOoYwvîwv xpiywvwv. Eii/.X£(oou xivà YcWjxsxptxa. "Ext 

1. "Hpwvoç ■7:ep\ [jiéxpcov. Kal KX£0[x-rjcouç y) xuxXixyj Gswpi'a, tstutuo)- 
K. i^ivï], xà â'àXXx zavxa yeipéYp^cça. B'.êXtov Trpwxou [r/jxouç, oépjxaxt 

xuavw y.sxaXuij.ixévcv, où •?; èKtYpaçï;, 0é(av E;j.upvaToç. [A. 

Il me reste à ajouter quelques mots sur le manuscrit de Paris, 
qui représente l'état définitif du premier catalogue méthodique 
des manuscrits grecs de Fontainebleau sous Henri II. 

Le manuscrit grec 3066 (anc. 10280) de la Bibliothèque natio- 



206 

nale est un volume in-folio (314 millim. sur 205), en papier, de 
158 feuillets numérotés au xvi® siècle. A cette époque, il a été 
recouvert d'une riche reliure aux armes et au chiffre de Henri II, 
avec tranches dorées et ciselées, et sur le plat supérieur de la 
reliure on lit le titre : 

KATAAOrOS THS TH ENNAKPOYNQ 
KAAAIPPOH BASIAIKHS BIBAIO0HKHS. t 

En haut du premier feuillet, on lit un autre titre en minuscule, 
qui pourrait bien être de la main de Pierre de Montdoré * : 

Tûv £V T^ ^aaiXa^ PiêXioOYjXY] ^l'êXcov /.aTaXo^oç yi.ixià\LcSf^]xaiCf.. ^352. 

Puis le titre courant de la première partie, en capitales, comme 
dans le reste du volume, et, au-dessous d'un petit bandeau, ce 
nouveau titre : 

KATAAOrOS THS EN TH ENNEAKPOYNQ 
KAAAIPPOH BASIAIKHS BIBAIO0HKHS. 

L'ordre des matières dans ce catalogue, que Constantin Palseo- 
cappa a copié de sa large et belle écriture, présente quelques 
différences avec le manuscrit de Venise ; le tableau suivant per- 
mettra d'en juger : 

I. I. Théologie. GeoXoYaa, fol. \. N"" ^1-208. 
m. II. Morale. 'HOixa, fol. 46. — 209-237. 

IV. IIÏ. Rhétorique. 'P-^^opaa, fol. 33. — 238-383. 

VII. IV. Logique. Ao-/ad, fol. 83. — 384-407. 

V. V. Physique. <ï)uaaa, fol. 9J. — 408-452. 

VI. VI. Philosophie. <I)i"Xoao<paâ, fol. 102. — 453-487. 

IX. VU. Métaphysique. Msxàxàçuctxa, fol. -HO. — 488-494. 

II. VIII. Mathématiques. Ma6-/)H.aTaûc, foi. U2. — 495-543. 
XI. IX. Médecine. 'laxpaa, fol. 424. — 544-638. 

X. X. Histoire. 'Icxopaà, fol. 443. — 639-703. 

VIII. XI. Mélanges. 'A[j.9t6oXa, fol. 4 5]. — 704-74 6. 

A la fin de chacune de ces divisions, on trouve, comme dans le 
manuscrit de Venise, plusieurs feuillets blancs, destinés à rece- 
voir des additions qui n'ont point été faites. C'est que, sous les 
successeurs de Henri II, pendant les troubles qui désolèrent la 

1. Mathématicien, bibliothécaire du roi de 1552 à 1567. 



207 

seconde moitié du xvi® siècle, l'état delà Bibliothèque du roi était 
resté stationnaire. La Bibliothèque transférée à Paris, quand, 
sous Henri IV, les manuscrits de Catherine de Médicis furent 
venus l'enrichir, le catalogue de Fontainebleau était désormais 
hors d'usage*. 

Il ressort de la comparaison de ces deux manuscrits momenta- 
nément réunis, après avoir été séparés peut-être depuis plusieurs 
siècles, que l'on possède à la bibliothèque de Saint-Marc, à 
Venise, dans le fonds Nani, la minute du premier catalogue des 
manuscrits grecs de Fontainebleau, sous Henri II, tandis que la 
rédaction définitive et authentique de ce même catalogue est 
encore conservée à Paris à côté des anciens manuscrits dont il 
donne la description. 

H. Omont. 

1. J'aurai l'occasion de revenir prochainement sur les différents catalogues 
des manuscrits grecs de la Bibliolliùque du roi au xvi" siècle. 



CATALOGUE 

DES DESSINS 

DÉTIENNE MARTELLANGE 

ARCHITECTE DES JÉSUITES 

(1605-1639) 

PRÉCÉDEMMENT ATTRIBUÉS A FRANÇOIS STELLA 

CONSERVÉS AD CABINET DES ESTAMPES DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE ^ 



RECUEIL CONTENANT PLUSIEURS VEUES DE VILLES, BOURGS, 
ABAYES, CHATEAUX ET AUTRES ENDROITS PARTICULIERS DE 
FRANCE, DESSINÉES d'APRÈS NATURE PAR F. STELLA {sic) . 

Tome I (Titre du xviif siècle 2). 

1 . Carte servant à trouver les lieux contenus dans les deux 
volumes. La couleur jaune est pour le P' volume, le rouge est 
pour le IP vol. (carte du xviii^ s.). 

2. Veue du dedans du noviciat de Paris en 1630. — Du novi- 
tial de Paris, 1030. — Dessin à la plume lavé. Larg. O^Sôô, 
haut. 0M05. 

3. Fondations du noviciat de Paris, en 1631. — Des fonda- 
tions de Véglize du novitial de Paris, 1631. — Dessin à la pi. 
lavé. L. 0,545, h. 0,405. 



1. Voyez plus haut, p. 17. 

2. La lettre du xviii" siècle est en romain dans notre catalogue. Celle du 
xvii^ siècle, mise par Martellange, est en italiques. Les indications de catalogue 
suivent et sont en romain. 



209 

4. Veue du bâtiment du noviciat de Paris, le 20 novembre 
1634. — Du 20 novembre 1634. Bu novitial de Paris. — 
Dessin au crayon lavé. L. 0,550, h. 0,405. 

5. Veue des environs du noviciat de Paris, le 23 septembre 
1634. — Aspect contre le novitial de PatHs, 1634, 23 sep- 
tembre. — Dess. à la pi. lavé. L. 0,555, h. 0,400. 

6. Veue d'une partie du palais du Luxembourg, en 1634. — 
Pe Luzembour à Paris, palais de la raine mère, 1634. — 
Dess. à la pi. lavé. L. 0,535, h. 0,395. 

7. Veue de l'église des Carmes déchaussés de Paris, le 1®"^ juil- 
let 1637. — Aspet de Veglize des Carmes déchaussés, à 
Paris. (Au dos :) Achevé le i'^'' juillet 1637. — Dess. au crayon 
lavé. L. 0,380, h. 0,250. 

8. Veue de la Sainte-Chapelle de Paris après l'incendie. — La 
Sainte-Chapelle de Paris après l'incendie. (Au dos :) A Henry 
Noblet. — Dess. à la pi. lavé. L. 0,555, h. 0,410. 

9. Veue du prieuré de Saint-Martin-des-Champs. — Aspet 
du prioré Saint-Martin-des-Champs , prins du clocher de 
Saint-Nicolas. — Dess. à la pi. lavé. L. 0,345, h. 0,395. 

10. Veue de l'abbaye de Montmartre, le 19 mars 1625. — 
Aspet de Vabaie de Montmartre les Paris. Faict le 19 mars 
1625. — Dess. à la pi. lavé. L. 0,435, h. 0,290. 

11. Veue du mausolée des Valois à Saint-Denis en France. — 
Du mausolée des Valois à Saint-Denis en France (vue exté- 
rieure avec des croquis sur le verso de la feuille représentant les 
statues). — Dess. à la pi. lavé. L. 0,525, h. 0,400. 

12. Veue de l'église de Saint-Denis en France. — De Veglize 
Saint-Denis en France. — Croquis au cravon du portail et de 
la nef. L. 0,560, h. 0,420. 

13. Veue de l'église de Notre-Dame de Chartres. — Aspet 
de Veglize de Nostre Dame de Chartres. — Dess. lavé. 
L. 0,550, h. 0,400. 

14. Veue des ruines de l'abaye de Bourgueil, en Anjou, en 
1 624 . — Ruines dans V a bbaie de Bout -gueil à M' de Cha rtres * , 
1624. — Dess. à la pi. lavé. L. 0,535, h. 0,400. 

15. Autre veue de l'abaye de Bourgueil. — Aspet de Bour- 
gueil abbaie à M' de Chartres. — Dessin à la plume lavé. 
L. 0,545, h. 0,390. 

î. Léonor d'Estampes Valençay, évêque de Chartres. 



2^0 

16. Autre veue de l'abaye de Bourgueil, en 1624. — De 
Vabbaie de Bourgueil à M' de Chartres. — Dess. à la pi. 
lavé. L. 0,535, h. 0,380. 

17. Veue de l'abbaye de Bourgueil, en 1624. — De Vabbaie 
de Bourgueil à M'' de Chartres, 1624. — Dess. à la pi. lavé. 
L. 0,340, h. 0,380. 

18. Veue de l'église de Saint-Jullien, au Mans. — Aspet de 
l'église de Saint-Jullien, du Mans, 8 januariii624, achevé 
le 4 juillet 1637. — Dess. à la mine de plomb lavé, rehaussé 
de plume. L. 0,552, h. 0,400. 

19. Veue de la ville de Rennes, en Bretagne, le 24 d'août 1624. 

— 24 augusti 1624. Aspet de la ville de Renés, en Bre- 
taigne.-^ Dess. à la pi. lavé. L. 0,565, h. 0,400. 

20. Veue de la ville de Ploermel, en Bretagne, en 1626. — 
Aspet de laville de Ploermel, en Bretaigne, enapvril 1626. 

— Dess. au crayon lavé. L. 0,400, h. 0,270. 

21 . Autre {sic) veue du château de Chenevoux, en Forest ^ . — 
Le château de Chenevoux. — Dess. lavé au bistre. L. 0,400, 
h. 0,245. 

22. Veue du château de Chenevoux, le 26 juillet 1618. — Le 
château de Chenevoux, 26 jullii 1618. — Dess. à la pi. lavé. 
L. 0,533, h. 0,375. 

23. Veue du château de Chenevoux. — Du chasteau de Che- 
nevoux, 7 janv. 1611. — Dessin lavé de bleu. L. 0,230, 
h. 0,152. 

24. Veue de la Flèche. — Aspet de la Flèche, en Anjou. — 
Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,530, h. 0,393. 

25. Veue de la ville de la Flèche, en Anjou. — Aspet de la 
ville de la Flèche, en Anjou. — Dess. à la pi. lavé de bleu 
(deux dessins). L. 0,542, h. 0,385. 

26. Veue d'une porte de la Flèche. — Porte de la Flèche. 

— Crayon lavé au bistre. L. 0,400, h. 0,260. 

27. Veue de Luche {sic pour Luché), prieuré du collège de la 
Flèche, le 2 février 1612. — Luche, prioré du collège de la 
Flèche. Luché, 1612,2 febvrier. (En haut, contre une maison :) 
Maison du fermier. — Dess. à la pi. lavé. L. 0,515, h. 0,380. 

1. Ce château appartenait à Jacques Colon, frère du P. Coton, l'un des fon- 
dateurs du collège de Roanne. Voyez ci-après n" 113. En 1611, Jacques Coton 
avait donné une maison à Roanne pour y installer les Jésuites. 



2ii 

28. Veue du collège royal de la Flèche. — Bu collège roial 
de la Flèche, 1612. — Dess. à la pi. lavé. L. 0,550, h. 0,400. 

29. Veue des jardins et de la maison royale de la Flèche, en 
1612. — Prospectus regiorum œdificiorum hortorumque 
Flexientium septenlrionalcm plagam aspicientium, 1612. 

— Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,345, h. 0,401. 

30. Veue du prieuré de Saint-Jacques de la Flèche, en 1612, 

— Aspet contre le prioré de Saint- Jacques de la Flèche, 
1612. — Dess. à la pi. L. 0,550, h. 0,400. 

31 . Veue d'un moulin proche de la Flèche. — Molins proche 
de la Flèche. — Dess. au crayon lavé à l'encre de Chine. 
L. 0,380, h. 0,230. 

32. (Sans titre et sans lettre. Constructions du collège royal 
de la Flèche.) — Dessin à la pi. lavé de bleu. L. 0,400, h. 0,250. 

33. (Sans titre. Constructions du collège.) — 9 julii 1612. — 
Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,400, h. 0,250. 

34. Veue de la maison de Ghivergni, proche Blois. — Aspet 
de la maison de M. le comte de C hiver gni^, proche de Blois. 

— Dess. au crayon lavé d'encre de Chine. L, 0,410, h. 0,280. 

35. Veue d'une partie de l'église de Sainte-Croix d'Orléans, le 
21 avril 1623. — Du 21 apvril 1623. Aspet des pourtaus du 
costé du, cloistre avant leur démolition. (Et plus haut :) 
Ueglize Sainte-Croix d'Orléans. — Dess. lavé à l'encre de 
Chine. L. 0,520, h. 0,370. 

36. Veue d'une partie des ruines de l'intérieur de l'église de 
Sainte-Croix d'Orléans en 1623. — (Dessin en deux parties, on lit à 
droite, sur divers points :) Prospect de la porte du cloistre de 
Veglize Sainte-Croix d'Orléans, du costé du midi, avec Vas- 
pet des ruines, au desus et auliour ladicte porte prenant 
V aspet du dedans de ladicte eglize. Faict le 20 apvril 1623. 
(Plus bas, sur un pan de mur :) Ruines démolies pour bastir la 
croisée de Sainte-Croix d'Orléans. Du 20 apvril 1623. 
(Plus à gauche :) P illier s neufs de la croix de Veglize. (Dans 
le dessin de gauche on lit :) Cest aspet regarde V occident. 
Chambre des contes. Chapitre. Du 21 apvril 1623. — Dess. 
à la pi. lavé d'encre de Chine. L. 0,560, h. 0,420. 

37. Veue de la maison de la Brillière^ {sic) en 1621. — La 

1. Le comte de Cheveiny était alors Henry Hurault, lieutenant général au 
gouvernement d'Orléans, né en 1575, mort en 1648. 

2. Le lieutenant général dont il est fait mention ici était François de Beauhar- 



212 

Grillière, 1621. (En haut, au crayon :) La Grillière, 20 juing 
1621 , proche d'Orléans, à M. le lieutenant général. — Dess. 
à la pi. lavé. L. 0,360, h. 235. 

38. Veue de la maison de la Brillière, proche d'Orléans, en 
1521. — La Grillière, maison champestre, proche d'Or- 
léans, à M. le lieutenant gênerai, le 22 Juing 1621. — Dess. 
à la pi. lavé. L. 0,360, h. 0,235. 

39. Autre veue de la maison de FromenteS en 1619, à Fle- 
cheres, près de Lyon (voyez ci-après n° 126). — A M"" La Fro- 
mente, à Flecheres, 1619. — Crayon lavé à l'encre de Chine. 
L. 0,540, h. 0,390. 

40. Veue de la maison de Fromente, en 1619, près de Lyon. 

— De la maison de M'' La Fromente, 1619. — Dess. au 
crayon lavé à l'encre de Chine. L. 0,365, h. 0,240. 

41. Veue du château de la Source, proche d'Orléans. — Le 
château de M. de la Source (sic) de Loiret, proche d'Or- 
léans. — Dess. au crayon lavé à l'encre de Chine. L. 0,370, 
h. 0,260. 

42. Veue de la ville de Bourges. — Aspet de la ville de 
Bourges, retourna^it de Lassenet (Lazenay?). — Dess. au 
crayon lavé. L. 0,485, h. 0,320. 

43. Veue de l'église de Saint-Etienne de Bourges. — Eglize 
Saint-Estienne de Bourges. — Dess. au crayon lavé. L. 0,445, 
h. 0,335. 

44. Veue de l'intérieur de l'eghse de Saint-Estienne de. 
Bourges. — De V eglize Saint-Estienne de Bourges. — Cro- 
quis informe au crayon. L. 0,295, h. 0,450. 

45. Veue de la croupe de l'église de Saint-Estienne de Bourges. 

— Crouppe de V eglize de Saint-Estienne de Bourges. — 
Crayon lavé à l'encre de Chine. L. 0,435, h. 0,310. 

46. Veue de la Sainte-Chapelle du palais de Bourges. — La 
Sainte-Chapelle et palaix de Bourges. — Crayon lavé. 
L. 0,420, h. 0,290. 

47. Veue d'une partie du collège de Bourges. —Du collège de 
Bourges. — Crayon lavé à l'encre de Chine. L. 0,420, h. 0,325. 

nois, sieur de Villechauve et de la Grillière, lieutenant général au bailliage et 
présidial d'Orléans, de 1595 à 1635. 

1. La maison ici désignée était à Fléchères; elle appartenait à l'un des 
membres de la célèbre famille lyonnaise des Sève, nommé Jean, et qui était 
seigneur de Fromentes et de Villette. 



2^3 

48. Veue de la maison des Champs, du collège de Bourges. — 
Maison des Chamiis, du collège de Bourges, appelé VAze- 
net. — Crayon lavé. L. 0,492, h. 0,320. 

49. Veue de la ville de Nevers. — De la ville de Nevers. — 
Croquis lavé. L. 0,555, h. 0,390. 

50. Veue de l'église, du palais et de la place ducale de Nevers. 
— Esglize,palaix et place ducale de Nevers. — Croquis au 
crayon lavé à l'encre de Chine. L. 0,490, h. 0,330. 

51. Veue du collège de Nevers. — Du collège de Nevers. — 
Croquis au crayon lavé. D. 0,410, h. 0,280. 

52. Veue d'une partie du collège de Nevers. — Partie du 
collège de Nevers. — Croquis lavé. L. 0,380, h. 0,260. 

53. Veue de Saint- Antoine du coUege de Nevers. — Saint- 
Antoine du collège de Nevers. — Croquis lavé. L. 0,415, 
h. 0,290. 

54. Veue du palais du duc de Nevers. — Palais du duc de 
Nevers. — Croquis au crayon lavé à l'encre de Chine. L. 0,421, 
h. 0,302. 

55. Veue de l'église des Minimes de Nevers. — Eglize des 
R^^P. 7ninimes de Nevers. — Crayon lavé. L. 0,400, h. 0,290. 

56. Autre {sic) veue du biitiment de l'église du collège de 
Dijon, le 15 janvier 1614. — 1614, ibjanu. — Dess. à la pi. 
lavé de bleu. L. 0,535, h. 0,400. 

• 57. Veue delà viUe de Dijon. — La ville de Dijon en Bour- 
gongne. — Dess. à la pi. lavé de bleu (deux vues différentes). 
L. 0,556, h. 0,400. 

58. Veue de la ville de Dijon, le 17 août 1611. — TJrhs Divio- 
nensis, 17 augusti 1611. Septentrio. — Dess. à la pi. lavé de 
bleu. L. 0,525, h. 0,380. 

59. Veue de la maison du roi à Dijon. — Maison du roi à 
Dijon. — Dess. à la pi. lavé de bleu et de bistre. L. 0,545, 
h. 0,390. 

60. Veue de l'église de Saint-Michel de Dijon, le 29 septembre 
1615. — Anno 1615, 29 septembris Diuioni. L' eglize Saint- 
Michel. — Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,555, h. 0,394. 

61. Autre veue du collège de Dijon, le 22 septembre 1610. — 
Prospectus areœ collegii Divionensis anno 1610, 22 sep- 
tembris. — Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,535, h. 0,390. 

62. Veue de l'église de Notre-Dame de Dijon, en 1610. — 



244 

Eglize de Nostre-Dame de Dijon, 1610. — Dess. à la san- 
guine. L. 0,550, h. 0,395. 

63. Veue du collège de Dijon, en 1611. — Area collegii 
Divionensis, 1611 mense Augusti. — Dess. à la pi. lavé de 
bleu. L. 0,535, h. 0,390. 

64. Veue du collège de Dijon. — Aspet du collège de Dijon. 

— Dess. au crayon. L. 0,520, h. 0,390. 

65. Veue de la maison des Chartreux, de Dijon. — Les char- 
treux de Dijon. — Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,530, 
h. 0,390. 

66. Veue de Sainte-Applume^ (sic), 19 {sic) septembre 1610. 

— 29 septembre 1610. Saint-Applume (sic), à M. Tabourot. 

— Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,530, h. 380. 

67. Veue du bâtiment de l'église du collège de Dijon, en 1610. 

1610. Prospectus ecclesie coll. Divionensis et py^ogressus 

edificii ejusdem anno 1610, 23 septemhris. — Dess. à la pi. 
lavé au bleu. L. 0,520, h. 0,392. 

68. Veue de Saint- Apollinaire, le 29 septembre 1610. — S. 
Apolinaris, 29 septembris 1610. — Dess. à la pi. lavé de 
bleu. L. 0,525, h. 0,380. 

69. Veue du château d'Argigly {sic), le 18 juillet 1611. — 
Argigli, 18 julii 1611. — Dess. àla pi. lavé de bleu. L. 0,385, 
h. 0,250. 

70. Veue delà baronnie de Gentilli^, en 1611. — La baron- 
nie de Gentilli, appartenant au collège de Dijon, en Bour- 
go7igne, 1611. 20 Julii 1611. — Dess. à la pi. lavé de bleu. 
L. 0,395, h. 0,260. 

71. Veue de la baronnie de Gentilli, le 18 juillet 1611. — 
18;m/^zï1611. Gentilli. —Dess. àla pi. lavé de bleu. L. 0,390, 
h. 0,260. 

72. Veue de la maison champestre du collège de Glermont, en 
1638, à GentilH, près Vd^vï^. — Aspet delà maison champêtre 
du collège de Clairmond (sic), à Gentilli, 1638. (Et de l'autre 

1. Saint- Applumé, Epleumay en patois bourguignon; c'est Saint- Appolli- 
naire, arrondissement et canton de Dijon, où Etienne Tabourot, sieur des 
Accords, possédait l'ancien château fort. 

2. Ce doit être Ântiily et non Gentilly. Antilly est dans la commune d'Ar- 
gilly. D'ailleurs, le dessinateur qui était à Argilly le 18 juillet eût eu peine à se 
trouver le même jour à Gentilly. Antilly, au contraire, était à quelques pas. 



245 

côté, au crajon :) Domus recreationis collegii Parisiensis à 
Gentilli, 28 augusti 1639. — Dess. au crayon lavé d'encre de 
Chine. L. 0,5-10, h. 0,390. 

73. Veue d'une grange ruinée par le vent le 21 mars 1616, (au 
crayon :) sur le chemin de Seurre à Dijon. — (Au dos :) Grange 
ruinée "par V orage du vent au chemin de Surre à Dijon. 
(Au r° :) le 21 mars 1616. — Dess. à la pierre d'Italie. L. 0,400, 
h. 0,336. 

74. Veue du bourg de Fontaine et de son esglise, — Fontaine 
ou est nay S. Bernard proche à Dijon. A. Château. B. 
Eglize paroquiale. — Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,385, 
h. 0,243. 

75. Veue du bourg de Fontaine, le 21 septembre 1611. — 
Fontaine, lieu de la naissance de saint Bernard, 21 sep- 
tembre 1611. — Dessin à la pi. lavé de bleu. L. 0,540, h. 0,380. 

76. Veue du cloitre de l'abaye de Cîteaux , en 1613. — 
Cloistre de Vabbaie de Citeaux, 1613. — 14 janu. 1613. De 
V esglise et cloistre de Vabbaie de Cyteaux. — Dess. à la san- 
guine. L. 0,445, h. 0,355. 

77. Veue d'une partie du collège de Bezançon. — Parseccle- 
siœ collegii Bizuntini societatis Jesu. Reliquii pars pro- 
spectus urbis anno 1610 mense februarii. — Dess. à la pi. 
lavé de bleu. L. 0,552, h. 0,400. 

78. Veue de la ville de Favernay, en 1617. — Fauvernay, 
ou est arrivé le miracle du saint-sacrement, 1617 (mais au 
crayon on lit :) 7 maii 1613 {sic). — Dess. au crayon lavé à 
l'encre de Chine. L. 0,380, h. 0,242. 

79. Veue de la ville de Dole. — Aspet de la ville de Dole au 
conté de Bourgongne. — Dess. au crayon lavé à l'encre de 
Chine. L. 0,530, h. 0,370. 

80. Veue de Jounolle {sic), au comté de Bourgongne. — Jon- 
velle au comité de Bourgongne ou la compagnie a un prioré. 

— Dess. au crayon lavé d'encre de Chine. L. 0,550, h. 0,380. 

81. Veue de l'egHse du collège de Dole, en 1610. — U eglize 
du collège de Dole et logis jongnant icelle. Faict à Dole, 
en janvier 1610. — Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,401, 
h. 0,300. 

82. Veue d'une partie du collège de Dole, le 10 janvier 1610. 

— Du collège de Dole. Le 18 janvier 1610 à Dole. Partie 



2^6 

du collège de Dole. — Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,545, 
h. 0,390. 

83. Veues de la ville de Bellegarde, le 7 septembre 1611. — 
Be la ville de Sur re-sur-S aulne, aultrement Bellegarde, 
7 septe?nbre 1611. Surre-sur-S aulne, 1611. Surre, 4 sep- 
tembris 1611. — Dess. à la pi. L. 0,540. h. 0,370. 

84. Veue de Bellegarde, le 3 février 1613. — Surre ou Bel- 
legarde, 3 feb. 1613. Sône rivière. — Dess. à la pi. lavé 
d'encre de Chine. L. 0,415, h. 0,260. 

85. Veue de Bellegarde, le 8 février 1613. — Surre ou 
Bellegarde, 8 febvrier 1613. — Dess. à la pi. lavé d'encre. 
L. 0,410, h. 0,270. 

86. Sur le chemin de Bourgongne, sur la Sone. —Dess. à 
la pi. lavé d'encre de Chine. L. 0,395, h. 0,250. 

87. Veue de l'abaye de Tournas, sur la Saonne. — Vabaie 
de Tournus sur la Saune. — Dess. à la pi. lavé d'encre de 
Chine. L. 0,405, h. 0,259. 

88. (Tournus ?) — Dess. à la pi. lavéd'encrede Chine. L. 0,401 , 
h. 0,250. 

89. Carte du parcours de l'artiste identique aux numéros 1 
et 91. 

90. Autre {sic) veue de la ville de Roanne, le 16 may 1610. 
— Roanne, le 16 may 1610. — Dess. à la pi. lavé de bleu et 
d'encre. L. 0,540, h. 0,390. 



IP Volume (Titre de 1717, gravé). 

91. Carte identique aux numéros 1 et 89. 

92. Veue d'un ancien arc de triomphe à Autun, en 1611. — 
Arc triomphal à Aiithun, en Bourgongne, 1611. Septimo 
maii 1611. — Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,529, h. 0,381. 

93. Veue d'un arc de triomphe à Autun, le 31 de may 1611. 
— Arc trionphal à Authun, en Bourgongne. Septimo maii 
1611. — Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,515, h. 0,365. 

94. Veue du château de Monjeu, près d' Autun, le 16 may 
1611. —Maison de M. le président Janin, proche d' Autun, 
dicte Monjeu. 1611. — Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,554, 
h. 0,395. 

95. Veue du château de Monjeu, près d' Autun. —6mayi6ii. 



217 

Domus domini presidentis Jannin à Mont jeu. — Dess. à la 
pi. lavé de bleu. L. 0,545, h. 0,385. 

96. Autre veue de Moulins, en Bourbonnois. — De la ville 
de Molins, en Bourbonnois. — Dess. à la pi. lavé de sépia. 
L. 0,385, h. 0,250. 

97. Veue de Moulins, en Bourbonnois. — Molins, en Bour- 
bonnois. — Dess. à la pi. lavé de sépia. L. 0,390, h. 0,255. 

98. Veue de la maison de Posculi {sic), du collège de Mou- 
lins. — La maison de Poseulz dit collège de Molins. — Dess. 
au crayon lavé d'encre. L. 0,360, h. 0,240. 

99. Veue de la ville de Roanne, le 10 may 1610. — Rouanne, 
1610, le 10 may. — Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,535, 
h. 0,394. 

100. Autre veue de la ville de Roanne, le 13 may 1610. — 
Roannœ 13 may 1610; occidens. — Dess. à pi. lavé de bleu. 
L. 0,515, h. 0,375. 

101. Ty" veue {sic) du bâtiment de l'église du collège de Roanne, 
le 31 de décembre 1620. — Cinquiesme année de la bâtisse de 
Veglize du collège de Roanne, ultimo decembyHs 1620. (Au 
crayon :) Achevé le 1 juillet 1637. — Dess. au crayon lavé 
d'encre de Chine. L. 0,574, h. 0,395. 

102. l"^*^ veue du bâtiment de l'église du collège de Roanne, le 
16 décembre 1617. — Première année de la bâtisse de 
Veglize du collège de Roanne. Ecclesia collegii Roannensis 
16 decembris 1617. — Dess. à la pi. lavé. L. 0,525, h. 0,385. 

103. 2" veue du bâtiment de l'église du collège de Roanne. — 
Ecclesia collegii Roannensis2d augusti 1618, seconde année 
de la bâtisse. — Dess. à la pi. lavé d'encre de Chine. L. 0,512, 
h. 0,377. 

104. 3" veue du bâtiment de l'église du collège de Roanne. — 
Ecclesia collegii Roannensis societatis Jesu 5 augusti 1619, 
troisiesrae année de la bâtisse. — Dess. à la pi. lavé d'encre 
de Chine. L. 0,530, h. 0,390. 

105. 4^ veue du bâtiment de l'église du collège de Roanne. — 
Quatriesyne année de la bâtisse. Eglize de Roanne. (Au 
crayon :) 8 juillet 1637. — Dess. au crayon lavé d'encre de 
Chine. L. 0,555, h. 0,400. 

106. Autre {sic) veue de l'abaye de la Bénissons --Dieu, en 
1618. — Uabbaie de la Benisson-Dieu, proche de Roanne, 



218 

1618. (Sur le puits :) 2hjunii 1618. — Dess. à la pi. lavé d'encre. 
L. 0,490, h. 0,350. 

107. Autre veue de l'abaye de la Bénissons-Dieu, le 25 juin 
1618. — Vabbaie de la Bénissons-Dieu, 25 junii 1618. — 
Dess. à la pi. lavé d'encre. L. 0,515, h. 0,360. 

108. Veue de l'abaye de la Bénissons-Dieu, le 25 juin 1618. 

— Vdbhaie de la Bénis sons- Dieu, 2b junii 1618. — Dess. à 
la pi. lavé d'encre de Chine. L. 0,510, h. 0,370. 

109. Veue du monastère de Beaulieu, près de Roanne, le 
17 novembre 1617. — Monasterium monialiumS. Benedicti 
prope Roannam vulgo Beaidieu, 1617, 17 novembris. — 
Dess. à la pi. lavé d'encre. L. 0,542, h. 0,386. (Au verso de ce 
dessin se trouvent trois têtes de femmes à la sanguine.) 

110. Veue du prieuré de Riorges, du collège de Roanne, le 
11 mai 1610. — Le 11 may 1610. Le prioré de Riorges, du 
collège de Roanne. — Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,380, 
h. 0,245. 

111. Veues du collège de Roanne. — (l'^ vue :) Du collège de 
Roanne. Ad occidentem versus. 1610. (2^ vue :) Du collège 
de Roanne. Ad orientem versus. TJltimo decembris 1610. 

— Deux dess. à la pi. lavés de bleu. L. 0,250, h. 0,170 (chacun). 

112. Veue du collège de Roanne. — Du collège de Roanne. 

— Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,250, h. 0,171. 

113. Veue de la maison de Chenevoux*. — Perspective de 
la maison de M"" de Chenevouœ, à Roanne, pour une rési- 
dence de la compagnie de Jésus, 1611 (vue à vol d'oiseau avec 
de nombreuses indications manuscrites). — Dess, à la pi. lavé de 
bleu. L. 0,255, h. 0,360. 

114. Veue du prieuré du coUege de Roanne, le 16 octobre 
1617. — Prioratus collegii Ronnensis de Riorges, 16 octo- 
hris 1617. — Dess. à la pi. lavé d'encre de Chine. L. 0,540, 
h. 0,390. 

115. Veue de l'église de Cluni, le 22 septembre 1617. — 
Ueglize de Cluni, 1617, 22 septembre. — Dess. à la pi. lavé 
d'encre de Chine. L. 0,545, h. 0,395. 

116. Veue de la ville de Maçon, le 6 d'octobre 1618. — Mas- 



1. Ce petit château était venu aux Coton par le mariage de Philiberte Champ- 
rond avec Guichard Coton, châtelain de Néronde, en 1569. Jacques Coton le 
donna aux Jésuites en 1611, mais ceux-ci y étaient installés dès 1610. 



2i9 

con, 6 octobre 1618. — Dess. au crayon lavé d'encre. L. 0,544, 
haut. 0,395. 

117. (Sans indications, mais probablement la colline de Four- 
vières, à Lyon.) — Croquis au crayon. L. 0,405, h. 0,345. 

118. Veue du sépulcre des deux amants, à Lyon, le 2 février 
1619. — Sépulcre des deux amantz, à Lion, 2 febvrier 
1619. — Dess. au crayon lavé d'encre. L. 0,270, h. 0,400. 

119. Veue de la maison des Carmélites, à Lyon. — Maison 
des Carmélites, à Lion, 1616. En apvril 1616. — Dess. à la 
pi. lavé de bleu. L. 0,408, h. 0,265. 

120. Veue de l'église des Chartreux de Lyon. — Eglize des 
P. Chartreux, à Lion. — Dess. à la sanguine. L. 0,420, 
h. 0,283. 

121. Veue de l'abaye de Notre-Dame de l'Isle-Barbe, près de 
Lyon. — Uahhaie de Nostre Dame de V Yle , proche à Lion, 
1016. 30 maii 1618 {sic). Ecclesia sancti Lupi episcopi in 
insula Barbara prope Lugdunum. — Dess. à la plume lavé 
d'encre. L. 0,555, h. 0,400. 

122. Veue de Notre Dame de Lyle, le 6 octobre 1609. — 
Notre Dame de V Yle, le 6 octobre 1609. — Dess. à la pi. lavé 
de bleu. L. 0,250, h. 0,165. 

123. Veue de l'Isle-Barbe, près de Lyon, le 10 juillet 1637. 
— Aspet de lysle Barbe, proche Lion, achevé le 10 jidlet 
1637. — Dess. au crayon lavé d'encre. L. 0,540, h. 0,390. 

124. Veue de l'Isle-Barbe, le 12 juin 1618. — Insula Bar- 
bara prope Lugdunum, 12 juin 1618. — Dess. au crayon 
lavé d'encre de Chine. L. 0,555, h. 0,400. 

125. Veue de Notre Dame de l'Isle Barbe, proche Lyon, en 
1608. — Notre Dame de Vyle, proche de Lion. Nostre Dame 
de lysle Barbe, proche de Lion. 1608. — Dess. à la pi. lavé 
de bleu. L. 0,355, h. 0,222. 

126. Veue de la maison de Fromente, près de Lyon. — Aspet 
de la maison de M. la Fromente, proche Lion (voy. ci- 
devant n**' 39 et 40). — Dess. à la pi. lavé d'encre. L. 0,550, 
h. 0,390. 

127. Veue de Montbrison en Forés, le 10 janvier 1611. — 
Montbrison en Forest. 10 januarii 1611. — Dess. à la pi. 
lavé de bleu. L. 0,530, h. 0,380. 

128. Veue de la Bastie d'Urfé en Forés. — La Bastied'Urfé 



220 

en Forest. — Dess. à la pi. lavé d'encre de Chine. L. 0,553, 
h. 0,405. 

129. Veue de Nerondes, lieu de la naissance du P. Coton. — 
Ner ondes, lieu de la naissance du R. P. Coton. — Dess. au 
crayon lavé d'encre. L. 0,400, h. 0,250. 

130. Veue de la ville de Vienne, le 11 juillet 1606. — Vienne, 
ii juin 1606. — Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,575, h. 0,420. 

131. Veue de la ville de Vienne, en Dauphiné, le 20 janvier 
1619. — De Vienne en Dauphiné, 1619, 20 janvier. 20 ja- 
nuarii 1619. Viennœ. — Dess. à la pi. lavé d'encre de Chine. 
L. 0,540, h. 0,390. 

132. Veue d'une partie de la ville de Vienne, en Dauphiné, le 
20 janvier 1619. — Viennœ, 20 januarii 1619. — Dess. à la 
pi. lavé d'encre de Chine. L. 0,526, h. 0,385. 

133. Veue de la pyramide de Vienne, en Dauphiné. — De la 
pyramide de Vienne, en Daufinè. — Croquis à la sanguine. 
L. 0,395, h. 0,264. 

134. Veue de la pyramide de Vienne, en Dauphiné, le 20 jan- 
vier 1619. — Viennœ, 1619, 20 Janiearù". — Dess. à la pi. lavé 
d'encre. L. 0,250, h. 0,390. 

135. Veue de la ville du Puy en Velay, en 1607. — Aspet 
de la ville du Puy en Velay. 29 apvril. Le Puy en Velay, 
1607. — Dess. à la pi. lavé de sépia. L. 0,550, h. 0,395. 

136. Veue de l'aiguille de saint Michel, proche la ville du 
Puy. — L'eguillie saint Michel, proche la ville du Puy en 
Velay. — Croquis à la pi. lavé de bleu. L. 0,190, h. 0,275. 

137. Veue de la ville du Puy, en 1611, le 19 janvier. — De 
la ville du Puy. l'a janvier 1611. — Dess. à la pi. lavé de 
bleu. L. 0,545, h. 0,395. 

138. Veue de la ville du Puy, le l"^"" 1607. — Anicium, 
1° maii 1607. — Dess. à la pi. lavé d'encre de Chine. L. 0,555, 
h. 0,390. 

139. Veue du bâtiment de l'église collégiale {sic) du Puy, le 
28 février 1617. — Prospectus ecclesiœ collegii Aniciensis, 
28 fehr. 1617, dum ecclesia œdificatur. — Dess. à la pi. lavé 
d'encre de Chine. L. 0,545, h. 0,410. 

140. Veue d'une partie du collège du Puy et de l'église de 
Nostre Dame, le 27 février 1617. — Partie du collège du Puy 
et de Veglize de Nostre Da?ne. Anicii 27 februarii 1617. — 
Dess. à la pi. lavé d'encre de Chine. L. 0,555, h. 0,400. 



221 

141. Veue du prieuré de Jonnelle (sic), le 8 d'août 1617. — 
9 augusti 1617. Prioratus Jonvelle collegii Dolani. — Dess. 
à la pi. lavé d'encre. L. 0,545, h. 0,395. 

142. Veue du château de Polignac, près la ville du Puy. — 
Le chasteau de Polignac, proche la ville du Puy, 24 februa- 
rii 1617. — Dess. à la pi. lavé d'encre. L. 0,545, h. 0,395. 

143. Veue du {sic) Vesoul, du clos des Capucins. — Aspet de 
Vesoul, du clos des Cappucins, 1615. — Croquis au crayon 
lavé d'encre. L. 0,545, h. 0,370. 

144. Veue de la ville de Chambéry, capitale de Savoie, en 
1618. — La ville de Chambery, capitale de Savoie, 1618. 

— Dess. à la pi. lavé d'encre de Chine. L. 0,535, h. 0,385. 

145. Veue de la ville de Chambery, en Savoie, le 24 janvier 
{sic) 1618. — La ville de Chambery, en Savoie, i^: janvier 
1618. — Dess. à la pi. lavé d'encre de Chine. L. 0,545, h. 0,400. 

146. Veue du prieuré de Saint-Philipe, du collège de Cham- 
bery. — Prioratus sancti Philipi collegii Camberiensis, 
3 februarii 1618. — Dess. à la pi. lavé d'encre. L. 0,530, 
h. 0,390. 

147. Veue du prieuré de Saint-Philipe, du collège de Cham- 
bery. — Prieuré de S. Philippe, du collège de Chambery. 
3 februarii 1618. Prioratus collegii Camberiensis sa^icti 
Philipi. — Dess. à la pi. lavé d'encre. L. 0,530, h. 0,400. 

148. Veue du prieuré de Bourgel en Chambery, le 20 janvier 
{sic) 1618. — Le Bourgel, proche à Chambery, 1618, le 
iO janvier. Ce prioré appartient au collège de Chambery. 

— Dess. à la pi. lavé d'encre de Chine. L. 0,545, h. 0,390. 

149. Veue du prieuré de Borgel, du collège de Chambery, 
en 1618, le 20 janvier. — Prioratus Borgeli collegii Cambe- 
riensis, 1618, 20 januarii. — Dess. à la pi. lavé d'encre de 
Chine. L. 0,535, h. 0,395. 

150. Veue du prieuré de Saint-Philipe, du collège de Cham- 
bery, en 1618. — Prio7^é de S. Philippe, du collège de 
Chambery, 1618. — Dess. à la pi. lavé d'encre. L. 0,540, 
h. 0,390. 

151. Veue de l'abaye de Boscodon, près d'Embrun, 1606. — 
Labaie de Boscodon, près d'Embrun, 18 ociobris 1606. — 
Dess. à la pi. lavé de bleu. — Dess. à la pi. lavé de bleu. 
L. 0,390, h. 0,260. 



222 

152. Plan du prieuré de Notre-Dame des Baumes*, près d'Em- 
brun, en 1605. — Ichnographie ouplan duprioré deNostre 
Dame des Baidmes,prèsd'Emhrum, enjuing 1605, auquel 
souhz le plainpied du présent plan sont les caves tout 
autour. — Dess. à la pi. lavé. L. 0,420, h. 0,287. 

153. Veue d'une partie deSisteron, en Provence. — Aspet de 
Sîsteron, en Provence. — Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,545, 
h. 0,390. 

154. Veue de la ville de Sisteron, en Provence, le 31 d'août 
1608. — Aspet de la ville de Sisteron, en Provence, idtimo 
augusti, 1608. — Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,545, h. 0,400. 

155. Veue de Sisteron, en Provence, en 1606. — Sisteron en 
Prova7ice, 1606. — Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,345, 
h. 0,395. 

156. Veue de Sisteron, en Provence. — Sisteron en Pro- 
vence. — Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,545, h. 0,390. 

157. Veue de Sisteron et du collège commencé. — Sisteron et 
C07nmencementz du collège. — Dess. à la pi. lavé de bleu. 
L. 0,545, h. 0,390. 

158 et 159. Autre veue de Sisteron. — Sisteron. — (Au v° :) 
Veue de Sisteron en Provence. — Sisteron en Provence. — 
Deux dess. à la pi. lavés de bleu. L. 0,412, h. 0,265. 

160. Veue de Monfrin, en Provence, en 1609. — Monfynn en 
Provence, 1609. — Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,360, 
h. 0,250. 

161. Veues de la ville de Carpentras. — (En haut :) Ville 
de Carpentras. (En bas :) Carpentras au conté Venessin. 
— Dess. à la pi. lavé d'encre de Chine. L. 0,555, h. 0,380. 

162. Veue de la ville de Caron, près de Carpentras, le 9 juil- 
let 1607. — ■ La ville de Caron, proche de Carpentras, le 
9 Juillet 1607. — Dess. à la pi. lavé d'encre. L. 0,390, h. 0,255. 

163. Veue de la Quantine de Carpentras. — La Quantine, 
proche de Carpentras, appartenant au collège d'Avignon, 
dépendent du prioré de Pernes. — Dess. à la pi. lavé de sépia. 
L. 0,432, h. 0,317. 



1. C'est la seule vue du recueil accompagnée d'un plan. L'écriture et le dessin 
sont semblables à ceux des plans signés de Martellange conservés dans les 
recueils des Jésuites, du département des Estampes. 



223 

164. Veue du théâtre d'Orange, — Le théâtre d'Orange. — 
Dess. à la pi. lavé d'encre de Chine. L. 0,520, h. 0,385. 

165. Veue de la ville d'Avignon^ et des environs. — De la 
ville d'Avignon et par delà. — Dess. à la pi. lavé d'encre de 
Chine. L. 0,560, h. 0,397. 

166. Veue d'un château près d'Avignon, en 1608. — Maison 
proche d'Avignon, appartenant à M. le cardinal de Joieuse. 
1608, en septembre. — Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,527, 
h. 0,380. 

167. Veue de Metannes (sic), prieuré du collège d'Avignon, 
en 1608. — Metamies , prioré du collège d'Avignon. 1608. 
— Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,355, h. 0,240. 

168. Veue de la vigne du noviciat d'Avignon. — La vigne du 
novitial d'Avignon à Saint-Laurens. — Croquis à la pi. lavé. 
L. 0,385, h. 0,250. 

169. Veue du château de Lair, sur le Rone, près d'Avignon, 
le 17 octobre 1616. — Le chasteau de Lair{?) sur le Rosne, 
proche d'Avignon, le 17 octobre 1616. — Dess. à la pi. lavé. 
L. 0,265, h. 0,165. 

170. Veue des vestiges de l'église du Noviciat d'Avignon. — 
Vestige de l'eglize du noviciat d'Avignoyi, lorsqu'on la 
batissoit. — Dess. à la pi. lavé de bleu. L. 0,585, h. 0,400. 

171 . Veue d'une partie du collège d'Avignon% en 1 617, le 3 de 
janvier. — Partie du collège d'Avig7ion, 1617. 1617, "à jan- 
vier. — Dess. à la pi. lavé d'encre. L. 0,550, h. 0,390. 

172. Veue de la ville d'Avignon, le 29 d'août 1609. — Aspet 
de la ville d' Avignon, 29 augusti 1609. — Dess. à la pi. lavé 
d'encre. L. 0,550, h. 0,390. 

173. Veue de la ville d'Avignon, en 1608. — 1608 enaoust. 
De la ville d'Avignon. A. Tour du collège. — Dess. à la pi. 
lavé de bleu. L. 0,550, h. 0,390. 

174. Veue de l'eveché de Beziers, le 22 novembre 1616. — 
Aspet de l'eveché de Beziers, 22 novembris 1616. — Dess. à 
la pi. lavé de bleu. L. 0,535, h. 0,390. 

1. Il y a deux vues arrachées à ce recueil Ub. 9 a, et actuellement classées à 
la topographie de la France, Vaucluse, Avignon. Toutes deux sont de Martel- 
lange, et représentent l'une une vue générale, l'autre une vue d'une ()arlic du 
collège en 1617. 

2. Voir la note ci-dessos. 



224 



Antilly? (et non Gentilly) (16H), 
commune d'Argilly (Côte-d'Or). 
Maison de la baronnie en 1611, 
70, 71. 

Argilly (1611), arrondissement de 
Beaune, canton de Nuits. Vue 
du château, 69. 

AuTUN (1611). Arc romain, 92, 93. 

Avignon (1608). Château du cardi- 
nal de Joyeuse, 166. Collège des 
Jésuites, 171 (et note). Noviciat, 
170. Vigne du Noviciat, 168. 
Vues générales, 165, 172 (et note), 
173. 

Baumes (N.-D. des) (1605). Prieuré, 
152. 

Beaulieu (1617). Arrondissement 
deRoanne, commune de Riorges. 
Abbaye de Bénédictines. Vue géné- 
rale, 109. 

Besançon (1610). Collège des Jé- 
suites, 77. 

Béziers (1616). Vue générale, 174. 

BosGODON (1606). Abbaye, 151. 

Bourges (1615). Sainte- Chapelle, 
46. Collège, 47. Saint- Etienne , 
43, 44, 45. Palais, 46. 

BouRGUEiL (1624). Abbaye, vue des 
ruines, 14. Vues générales, 15, 
16, 17. 

Caromb (1607), arrondissement 
deCarpentras. Vue générale, 162. 

Carpentras (1607). Cantine, 163. 
Vues générales, 161. 

Ghambéry(1618). Prj'cîiî'd du Bour- 
get, 148, 149. Prieuré de Saint- 
Phili^ipe, 146, 147, 150. Vues 
générales, 144, 145. 

Chartres (1624). Notre-Dame. Vue 
extérieure, 13. 

Gheneyoux (1618), paroisse de 
Bussières-en - Forez. Château - 
fort, 21, 22, 23. 

Cheverny ( commencement du 
xvn"^ s. ) , canton de Gontres 
(Loir-et-Cher). Château, 34. 



CiTEAUX (1613). Abbaye, vue du 
cloître, 76. 

Cluny (1617). Église de l'abbaye, 
115. 

Dijon (1610-1614). Chartreux de 
Dijon, 65. Collège des Jésuites 
en 1610,. 56, 61, 63, 64, 67. 
Michel {Eglise de Saint-)., 1615, 
60. Notre- Da,mc de Dijon, e?i 1610, 
62. Palais ducal, dit maison du 
roi, 59. Vues générales, en 1611, 
57, 58. Notre-Dame de Dijon, en 
1610, 62. 

Dole (en 1610 et après?). Collège 
des Jésuites, 81,82. Vue générale, 
79. 

Fayerney (1613 ou 1617?), arron- 
dissement de Vesoul. Vue géné- 
rale de la ville, 78. 

Flechères (1619), commune de 
Fareins-en-Dombes. Château, 
39, 40, 126. 

Fontaine (1611), arrondissement 
de Dijon. Vue générale, 74, 75. 

Gentilly (1639), arrondissement 
de Sceaux (Seine). Maison de 
campagne du collège de Paris, 72. 

JoNYELLE, arrondissement de Ve- 
soul, canton de Jussey. Prieuré 
dépendant du collège de Dole, 141. 
Vue générale, 80. 

La Bénissons- Dieu (1618), arron- 
dissement de Roanne. Abbaye, 
vue générale, 106, 107, 108. 

La Flèche (1612). Vue de la ville, 
24, 25. — Porte de la ville, 26. 
Jésuites. Collège, 28, 29, 32, 33. 
Moulins, près de la Flèche, 31. 
Saint-Jacques. Prieuré, 30. 

La Grillière (château de), canton 
de la Ferté-Saint- Aubin (Loi- 
ret). Château, en 1621, 37, 38. 

Lair (1616). Château sur le Rhône, 
près cV Avignon, 169. 

La Source (1621 ?). Château de la 
Source du Loiret, 41. 

Lazenay-lès-Bourges (commence- 



225 



ment du xyii^ s.). Maison de 
campagne des Jésuites de Bourges, 
48. 

Le Bourget en Savoie (1618). 
Prieuré, 148, 149. 

Le Mans (1624). Saint-Julien, 18. 

Le Puy (1607). Aiguille Saint-Mi- 
chel, 136. Collège des Jésuites 
(1617), 139, 140. Vues générales 
(en 1607-1611), 135, 137, 138. 

LucHÉ (1615). .Prieuré dépendant 
de la Flèche, 27. 

Lyon (1609, 1616, 1618, 1619). 
Carmélites, 119. Fourrières, 117. 
VIle-Darbe, 121, 122, 123, 124, 
125. Sépulcre des deux amants, 
118. 

Maçon (1618). Vue de la ville et de 
la rivière, 116. 

Métiiamis (1608), arrondissement 
de Garpentras. Prieuré du col- 
lège d'Avignon, 167. 

MoNTBRisoN. Vue générale, 127. 

MoNTFRiN (1609), arrondissement 
de Nîmes. Vue générale, 160. 

MoNTjEU (le Petit) (1611). Château 
du président Jeannin, en 1611, 
94, 95. 

Moulins (1621?). Collège {maison 
de Pouzeux), 98. Vues générales, 
96, 97. 

Neronde - Loire , arrondissement 
de Roanne. Vue générale, 129. 

Nevers (commencement du xvii^ 
s.) Collège des Jésuites, 52, 53. 
Église cathédrale, 50. Minimes, 
55. Palais ducal, 50, 54. Place 
publique, 50. Pont de Loire, 49. 
Vue générale, 49. 

Orange. Théâtre, 164. 

Orléans ( 1 623 ) . Sainte - Croix. 
Reconstruction en 1623, 36. 
Porches latéraux avant la démo- 
lition de 1623, 35. Ruines de 
Sainte-Croix, 36. 

Paris (1625, 1628, 1629, 1630, 
1631, 1634, 1637). Carmes dé- 
chaussés. Eglise, 7. Jésuites. No- 
viciat en 1631-31, 2, 3, 4, 5. 
Luxembourg. Palais de la reine 



mère, 1634, 6. Monlmartrc. 
Abbaye vue en 1625, 10. Saint- 
Martin-des-Champs, 9. Sainte- 
Chapelle, après l'incendie, 8. 
Ploermel (1626). Vue générale en 

1626, 20. 
PoLiGNAG (1017). Château, 142. 
Pouzeux, arrondissement de Mou- 
lins. Maison de campagne du 
collège, 98. 
Rennes (1624). Vue générale, 19. 
Riorges(1610), arrondissement de 
Roanne. Prieuré. Vue générale. 
110, 114. 
Roanne (1610, 1617, 1618, 1619, 
1620). Collège des Jésuites. Vues 
intérieures en décembre 1010,111, 
Vue extérieure, 112, 113. Col- 
lège des Jésuites. Conslrudion de 
Véglise, 101, 102, 103, 104, 105. 
Vues générales, 90, 99, 100. 
Saint-Appolinaire (1610), arron- 
dissement et canton de Dijon. 
Vue de la Maison - Forte ', à 
M. Tabourot (le sieur dos Ac- 
cords), 66, 68. 
Saint-Denis(162..). Basilique. Tom- 
beau des Valois vu de l'extérieur, 
11. Portail et nef, 12. 
Saône (rivière de). Vue près de 

Seurre? 86. 
Seurre (1611 et 1613), arrondisse- 
ment de Beaune, ancienne capi- 
tale du duché de Bellegarde. 
Eglise, 85. Vues générales, 83, 84. 
Seurre (1616). Grange ruinée sur 

la route de Seurre à Dijon, 73. 
Sisteron (1605-1606). Collège, 157. 
Vues générales, 153, 154, 155, 156, 
157, 158, 159. 
TouRNus (1613?). Vxie générale de 

Vabbaye, 87, 88 ? 
UnFÉ (La Bâtie d'). Vue du château. 

128. 
A'esoul (1615). Vue générale, 143. 
Vienne, en Dauphiné (1605-1619), 
Pyramide, 133, 134. Vues par- 
tielles, 131, 132. Vue générale, 
130. 



FRAGMENTS DE CHARTES 

DU r SIÈCLE 

PROVENANT DE SAINT-JULIEN DE TOURS 

RECUEILLIS SUR LES REGISTRES D'ÉTAT-GIVIL 
D'INDRE-ET-LOIRE. 

(Suite et fin.) 
XXI. 

DONATION A SAINT-JULIEN PAR GIRARD d'UN ALEU NOMME TAISEIS, 
SITUÉ SUR LA DÈME, DANS LE PAGUS DU MANS. — MARS 967. 

Haut. 0^^645'"'". — Larg. O'^SOO™"^. 

Belle pièce, bien conservée; deux grands fragments carrés, 
plus, deux demi-bandes verticales; il manque seulement quelques 
mots. 

Girard, l'auteur de la donation, était fils d'Archambauld et 
d'Ingelrade, qui, en 898 et en 905, faisaient à Marmoutier et 
au chapitre de Saint-Martin de grandes libéralités en terres 
situées au nord et au sud de la Loire ^. Il était de plus frère de 
Robert, fils d'Archambauld, dont la signature vient immédiate- 
ment après celle du comte d'Anjou Foulques le Bon, au bas de 
notre pièce n" IV, et qui, dans une charte de 966, émanée de la 
chancellerie de Saint-Martin S est qualifié vassus dominicus 
et vassalus probatus. On voit donc qu'il appartenait à l'une 
des plus puissantes et des plus riches familles de Touraine. 

1. Mabille, Pancarte noire de Saint-Martin, p. 183. Paris, Hénaux, 1866. 

2. D. Martene, Thésaurus anecd., t. I, col. 87. 



227 

Dans le corps de la charte, Girard est simplement dit chanoine 
de Saint-Martin, tandis que, dans les souscriptions, il joint à cette 
qualité le titre d'évêque, Pf'esul. Il semble donc que nous avons 
là un de ces évêqiies particuliers de la puissante collégiale qui 
fonctionnèrent du commencement du vni° siècle à la fin du xi° ; 
Monsnyer et ChalmeP en ont dressé chacun une liste, sur les- 
quelles on ne trouve point, il est vrai, le nom de notre chanoine, 
mais elles diffèrent beaucoup entre elles et offrent de nombreuses 
lacunes. 

Notre charte porte les signatures du duc des Francs, qui devien- 
dra le roi Hugues Capet, des comtes de Tours, du Mans, de 
Vendôme, de Châteaudun et de plusieurs autres grands person- 
nages, tant laïques qu'ecclésiastiques, parmi lesquels nous signale- 
rons l'archevêque Ardouin et son frère Corbon. Bernuinus, clerc 
de St-Martin, qui avait vendu l'aleu de Taiseis à Girard, souscrit la 
donation, ainsi que son frère Gauscelmus, sa sœur Ada et les fils 
de celle-ci : c'était une garantie contre toute revendication ulté- 
rieure de leur part. 11 est à remarquer que la signature d'Ada et 
de ses fils est placée après la date, et a été très probablement 
ajoutée après coup ; l'encre diffère un peu de celle des lignes qui 
précèdent. Nous voyons même au dos de la charte les fils d'Ada 
venir la confirmer, près de quarante ans après sa rédaction. On 
y lit, en effet, en caractères des premières années du xi° siècle, la 
mention suivante : 

Anno incarnationis dominicae millesimo IIII, venerunt ad Sanc- 
tum Julianum Gauzfredus et Ailbertus, fdii Adae, et firmaverunL hanc 
cartam et fecerunt wirpum super altare cum ipsa carta, de sua parte 
et matris eorum atque fralris ipsorum Aymerici, ut nunquam 
exinde locus Sancti Juliani de omnibus ipsis, vel parentibus corum, 
ampllus habeat calumniam, accepLis pro hoc solidis x, putreUis quo- 
quc tribus. 

Quant à l'aleu de Taiseis, aucune localité actuelle des bords de 
la Dême ne rappelle son nom, mais une charte de D. Housseau, 
de 1187^ mentionne le coteau de Tais dans la paroisse de Che- 
millé, qui est sur la Dême et, aujourd'hui, dans Indre-et-Loire, 

1. Bibl. de Tours, ms. 1294. Monsnyer, Celeberrimx Sancti Martini eccle- 
six historia, t. I, p. 43. — Ibid., ms. 1296. Chalmel, Histoire et antiquités de 
l'église Saint-Martin de Tours, p. 31 el suiv. 

2. D. Housseau, ir 2004. 



228 

mais se trouvait autrefois dans le pagus du Mans. Tais pourrait, 
ce nous semble, venir de Taiseis, surtout si, comme cela est pos- 
sible et même probable, l'accent était sur la première syllabe. 

La pièce est datée du mois de mars, la 13* année de Lothaire, 
ce qui donne 967. 

Cette charte est inédite. 

Bibl. nat., Baluze, t. LXXVI, fol. 77; ms. lat. 5443, p. 33. 

XP. Dum unusquisque^ mortaliumvivitatque libéra potestutipotes- 
late, cogitare débet quemadmodum de terrenis atque caducis adqui- 
rat celestia, quapropter, in Dei omnipotentis amore, ego Girardus, 
Sancti Martini canonicus et sacerdos, cogitans de Dei timoré ac 
œterna retributione, pro remedio animse meae et parentum meorum-, 
videlicet Archembaldi, patris mei ac genetricis meae Ingeiradae, seu 
etiam Rotberti fratrls mei, et ceterorum parentum meorum, dono 
donatumque in perpetuum esse volo, ecclesiae Santi Juliani, ad 
monachos scilicet ibidem domino deservientes, in victualibus, stipen- 
diis et lurainai'ibus ecclesiœ, ceterisque utilitatibus, perpetualiter ad 
habendum, partem rerum mearum, hoc est alodum meum, nuncu- 
pantem Taiseis, quem datis pretiis, comparavi de Bernuino clerico, 
situm inpago Cinomannico, super fluvium Dimediae, cum terris cultis 
atque incultis, et silva ad saginandos porcos cccc; et prata, tam culta 
quam inculta, et cum area ad molendinum faciendum in supradicto 
fluviolo-, cum aquis aquarumve decursibus, mobilibus et inmobili- 
bus, perviis et exitibus, et cura aliis adjacentiis et utihtatibus ad 
ipsum pertinentibus; atque de jure meo et potestate in partes Sancti 
Juliani et monachorum ibidem domino deservientium totum penitus 
trado atque transfundo; ita ut ab hodierna die et deinceps, faciant 
ex supradicto alodo quicquid voluerint jure proprietario. Quod si 
aliquis de heredibus meis, vel aliquis intromissapersona, postdeces- 
sum meum extiterit, qui calumpniam ex ista donatione Sancto 
Juliano et monachis ibidem Deo deservientibus inferre voluerit, cum 
diabolo et sotiis ejus in inferno deveniat dampnandus, neque quod 
repetierat assequatur; sed insuper xv hbras auri, pro illata calump- 
nia componat. Hanc autem donationem a nobis factam manu propria 
firmavi, et ceterorum bonorum virorum manibus consignari jussi. 

Signum sancte -î- crucis domni Hugonis Francorum ducis. 



1. Celle pièce a été héliogravée dans la coUeclion des fac-similés de l'École des 
chartes, n" 269. 



229 

Signum Girardi canonici Sancli Martini presuiis, qui hanc dona- 
lioiiem Sancto Jiiliano dédit. 

Signum Hugonis, Cinomanuoruni comitis. Signum Hugonis, filii 
ejus. Signum Fulcuini, fdii e[jus similitjer. 

Signum Tctbaldi comitis. Signum Odonis, fdii cjus. Signum Gual- 
tcrii comitis. 

Signum Burchardi comitis. Signum Walaramni comitis. Signum 
Hilduini comitis. 

Signum Gauzfredi comitis. Signum Adclelmi vasalli. Signum 
Rodulfî vicecomitis. 

Signum Arduini episcopi. Signum Gorbonis, fratris ejus. Signum 
Plastulfî. Signum Gauzfredi vicecomitis. 

Signum Gisloen Brittanorum episcopi. Bernuinus clericus Beati 
Martini subscripsit, qui ipsum alodum Girardo vendidit. 

Signum Gauzcelmi fratris ejus. Signum Hugonis, fdii ejus. 

Data mense martio, apud Sanctum ûionisium, anno XIII Mio- 
tliarii régis. 

Signum Adae, sororisBernuini. Signum Gauzfredi. Signum Ailberti. 
Signum Aymerici, Fdiorum ejus. 

Ego frater Alfredus, monachus SanctiJuliani, scT'i]^si et subscripsi. 



XXII. 

DONATION PAR ARDOUIN A L'ABBÉ BERNARD DE TERRES SITUEES 
AU LIEU DIT PONS HAXONUM. — 970. 

Haut. 0'"298""". — Larg. 0'"220™'"? 

Six bandes verticales, dont une incomplète; il paraît en man- 
quer deux. Cette charte, dont on connaissait seulement une 
courte analyse, dans le cartulaire de Saint-Julien (Bibl. nat., 
ms. 5443, p. 41, et dans Gaignières, lat. 17047, p. 49), est inté- 
ressante. Elle nous fournit de précieux renseignements sur la 
famille de l'archevêque Ardouin. On y voit, comme il résultait 
déjà des signatures de la pièce précédente, que ce prélat était 
bien le frère de Corbon, qualifié vassal, et qu'il appartenait à la 
puissante famille de Rochecorbon. Ardouin, également vassal, qui 
est l'auteur de la donation et signe immédiatement après Gorbon, 
doit être le neveu de rarchevêque, celui qu'on appelait Iciique pour 



230 

le distinguer de son oncle, et qui devint la tige des seigneurs de 
Saint-Mars-la-Pile. Wandalbert ou Guandalbert, que nous trou- 
vons parmi les autres signataires, est encore un neveu d'Ardouin, 
et nous avons une charte de lui de l'année 979. Enfin, la dernière 
signature était celle d'un chancelier de la cathédrale, mais il ne 
reste de son nom que la syllabe finale tus; peut-être Ingelbertus? 

Le quartier de terre, objet de la donation, était situé, selon 
notre charte, dans le faubourg de la ville de Tours, non loin de 
l'abbaye de Saint-Julien, au lieu dit Pons Saxonum. Ce point 
est grandement à noter, car il nous indique qu'il existait autre- 
fois, au sud de Tours et de Ghâteauneuf, un cours d'eau plus rap- 
proché de leurs murailles que n'est le ruisseau actuel de l'Arche- 
vêque, et sur lequel existait un pont, donnant passage à la route 
de Tours à Saint-Epain {Brigogalus), par Joué ' . Ce cours d'eau, 
qui venait du nord-est, semble exister encore, mais à l'état sou- 
terrain ; il est bien connu des architectes de Tours, dont il fait le 
désespoir, et qui l'ont rencontré dans les fondations du théâtre, 
rue de la Scellerie, dans celles d'une maison rue de l'Archevêché, 
près la rue Royale, et d'une autre maison sur le mail Déranger, 
à l'ouest de la place du Palais-de-Justice. Nous l'avons indiqué 
sur le petit plan des environs de Tours au x'' siècle, qui accom- 
pagne notre volume de Tours archéologique'^, mais ce tracé 
nous paraîtrait aujourd'hui devoir être un peu modifié et reporté 
vers le nord. 

Au dos, en vieilles capitales : ... [gw]àm dédit Arduinus 
laicu[s sancto JuH]ano, et la date de 970, qui se trouvait sans 
doute sur une partie de la charte aujourd'hui perdue, et que nous 
croyons pouvoir adopter. 

Cette charte est inédite. 
Bibl. nat., mss. lat. n" 5443, p. 41, et n" 17047, ancien 179^ de Gai- 

gnières, p. 49. 

XP. [Ecclesiae sanctee fideli d]evotione subvenire ejusque utilitati- 
bus pic amore [concurrere justajrum est mentium, quia exinde celes- 
tium portionem [possunt percipere] gaudiorum. Quapropter, ego 
Arduinus, in Dei omn[ipotentis amore] ac pro aeterna remunera- 

1. Ce pont est également mentionné dans la charte de 966 publi'ée par D. Mar- 
tene, Thésaurus, t. I, col. 87, où il est parlé d'une porte de l'enceinte de Saint- 
Martin, appelée porta pontis Saxonis. 

2. Tours archéologique, histoire et monuments, Paris, Champion, 1879. 



23^ 

lione, ut pius Dominus veniam [meorum peccami]niim mihi indul- 

gere digneLur , dono donalumque esse [cupijo ecclesiœ beali J uliaiii 

quœ esL sita in suburbio Turo[nicae urbis, cujus] rector domnus 
Bernardus abba ibi adessc videlur, res jur[is niei qiia; mibi scni]or 
meus domnus Arduinus ex proprio alodo suo dédit, in quo b[abeLur 
quarterium i] et perticas vu, situm in suburbio civitatis Turonica3, 
non lon[ge a mûris Sancli J]iiliani, ad illutn locum quœ [sic] dicitur 
Pontem Saxonum; qui ter[minatur duobus pjartibus terra cum vineis 
ex abbatia supradicti beati J[uliani martyris], de duobus aliis partibus 
viis publicis. Ea siquidem ratione [ut quandiu] vixero Ipsum quarte- 
rium et perticas vi [sic] jam vinea edifica am. Si autem fuerit 

post me, de eredibus aut pro heredibus meis al[iquis persona quœ] 
contra banc donationem aliquam repeticionem aut calum[niam inferre 
lemptavjerit, quod repetit non vindicet, et insuper contra quem l[item 
intulerit, argejnti sol. c multatus componaL, sua que repetilio nullum 
efTectum [liabeat. Ut aulem ha]ec auctoritas inviolabiiem futuris 
obtineat tempor[ibus elTecLum, eam manu propjria sub signo sanctœ 
crucis firma[vi et per domnjum Arduinum, Tu[ronensem pont]iflcem, 
firmari deprecavi, alioru[mque bonojrum virorum manibus r[oborari, 
ut invijolabilis omni tempore permaneat. 

f [Signum Arduini TJuronicse sedis archiepiscopi. 

[Signum Corbonis vas]salli fratris ejus. 

[Signum Arduini vassa]lli qui hanc auctoritatem fieri ju[ssit]. 

[vasjsalli. Signum Odonis vassali. 

[vassaJUi. Signum Wandalberti. Signum 

[Signum Aimerici filii] Arduini qui hanc auctoritatem fie[rijussit], 

tus Sancti Mauricii cancellarius. 



XXIII. 

DONATION A SAINT-JULIEN PAR SIGEFROID , ÉVEQUE DU MANS, 
d'une villa appelée VALLIS-BOANA, JN VICARIA VEDACENSE. 
— février 971. 

Haut. 0»^450'"'". — Larg. 0'"302'"'". 

Belle pièce entière, bien écrite, bien conservée, portant les 
signatures de Sigefroid, du comte du Mans, Hugues, de ses fils 
Hugues et Foulques, et de plusieurs personnages, tant ecclésias- 
tiques que laïques. Les noms des premiers, qui sont les plus nom- 



232 

breux, sont tous accompagnés de notes tironiennes, parmi les- 
quelles nous signalerons celle que nous croyons pouvoir traduire 
par le mot archiclams. Une note identique se trouve après le 
nom d'Arduinus, dans la charte d'Uddo publiée par M. Delaville 
Le RoulxS qui lui donne le sens à! archidiaconus . Nous croyons 
cependant qu'il Î2ivX\\VQ archiclavis , d'autant mieux qu'Ardouin 
est souvent qualifié edituus ou thesaurarius, titre qui corres- 
pond à celui d'archiclavis. Nous traduisons par puer la note 
tironienne qu'on voit après les noms d'Odelinus, de Suthardus et 
de Guazmarus. 

Vallis-Boana est Vauboan, hameau à l'est de Beaumont-la- 
Chartre, sur la rive droite de la Dême. Cette localité reçoit aussi 
dans les anciens textes le nom de vallis Bovonis. La ricaria 
Vedacensis est la viguerie de Vaas, aujourd'hui commune du 
canton de Mayet, arrondissement de la Flèche (Sarthe) . 

La date est : in mense februario, anno Jam in XVII 
Lotharii, ce qui donne 971 en faisant partir les années du 
règne de Lothaire du 12 novembre 954, comme il arrive le 
plus ordinairement. Une main du xvii" siècle a écrit au dos 
970, ce qui ferait remonter les années de Lothaire au commence- 
ment de 954, manière de compter dont on a du reste quelques 
exemples. 

Au dos, en vieilles capitales mêlées d'onciales : Carta de 
Valle Boana. 

Publié par Mabillon, Ami. Benedict., t. III, p. 718, mais 
sans toutes les signatures. 

Bibl. nat., ms. lat. 5443, p. 45-46. 

XP. In nomine^ summi Salvatoris Dei, nos quidem Sigefredus, 
Ginnomannicge urbls et ecclesiae sanctissimse Dei genitricis et virginis 
Mariœ ac beatorum martirum Gervasii et Protasii gratia Dei episco- 
pus, noLum fore cupimus, omnibus successoribus nostris, hujus sci- 
licet nostrse sedis episcopis, atque omnibus fideUbus, quoniam 
deprecatus est nos quidam nostri gregis laeviLa valde venerabilis et 
archiclavis, Odo scilicet nomine, ut quibusdam fratribus noslris et 
preliosissimi martiris Juliani monacbis, in monasterio ejusdem 
degentibus, quod est constructum a domno Teotolone, [Turonicjse 

1. Notice, etc., p. 25. 

2. Cette pièce a été héliogravée pour l'École des chartes. (N° 270 de la collect.) 



233 

civitatis archiepiscopo , inter menia beatissimi Christi confcssoris 
Martini et eandem civilatera, villam unam nuncupaîitcm Vallc Boa- 
num, pertinentem ad lliesaurum nostre matris ecclcsiae cui, Deo 
auctorc presidcmiis, cum omnibus rébus ad ipsam scilicet villam 
pcrlinentibus, concedereraus. Cujus pcticionem, cum consensu nos- 
Irorum canonicorum, et ortatu senioris nostri Hugonis, premissœ 
scilicet civitatis nominatissimi comitis, ac filiorum ejusdem, vidcli- 
cet Hugonis et Fulchonis, libentissime suscipientes, concessimus cis 
prefixam villam in Cinnomannico page sitam, super rivulum nuncu- 
pantem Dimidiam, in vicaria Vedacense, cum omnibus suis appendi- 
tiis, silvis scilicet, pratis, aquis, aquarumve decursibus, terris cunctis, 
cultis et incultis, in quibuscumque adjaceant vel terminentur locis, 
sive ubi ubi [sic) exquiri potuerint, vel reclamari. Inter baec omnia 
specialiter denominamus illud territorium quod vocatur ad Gultu- 
ram Sancti Gervasii, ut nullum iateat ad predictam villam proprie 
pertinere. Tali quidem ralione baec omnia ipsis prœclari martiris 
Jubani servientibus tradimus, at habeant licentiam quicquid ibi 
melius voluerint operandi, simiU scilicet modo ut habent in cetera 
terra Sancti Juliani quam possident. Solvant tamen exinde annis 
singulis, ad missam scilicet sanctorum martirum Gervasii et Prolasii, 
que colitur idus decenbris, censum sol. m, et eis amplius nil requi- 
ratur; sed, si ex ipso censu neglegentes extiterint, id ipsum eis 
emendare liceat et que tenuerint non ideo perdant. Ut autem hœc 
auctoritas omni tempore inconvulsa permaneat [manibus] propi'iis 
eam firmavimus et confratribus nostris subscribererogavimus, atque 
seniori nostro, domno scilicet Hugoni et fîliis ejus, necnon principi- 
bus fidelium ipsorum, sub signo sanctœ crucis corroborare precati 
sumus. 

XP. Sigefredus episcoims firmavit. Signum f domni Hugonis 
comitis. Signum Hugonis et Fulchonis filiorum ejus. 

[Première colonne.] 
Odo diaconus et archiclavis firmavit. 
Ysaac levita subscripsit. Guillelmus diaconus subscripsit. 
Simeon sacerdos subscripsit. Anseisus presbyter subscripsit. 
Bernardus diaconus et cancellarius subscripsit. 
TQtgr'imns, 2}resbyter subscripsit. Albericus diaconus subscripsit. 
Odo levita subscripsit. Bernerus diaconus subscripsit. 
Stephanus sacerdos subscripsit. Guarnerius levita subscripsit. 
Hubaldus sacerdos sulscripsit. Guarnerius presbyter subscripsit. 

^6 



234 

Hubertus subdiaconus subscripsit. Odelinus puer et subdiaconus 

subscripsit. Suthardus /?Mer et subdiaconus subscripsit. 
Mainardus subdiaconus subscripsit. Guazmarus puer et subdiaco- 
nus subscripsit. 

[Seconde colonne.] 

Signum Rodulfi vicecoraitis. Signum Ivonis. Signum Gauzfredi 
manselli. Signum Rolhrici. Signum Arduini. Signum Guiterni. Sig- 
num Audradi. Signum Guarnerii. Signum Mainardi. Signum Hugo- 
nis. Signum Adalgerii. 

Ego frater Rotbertus, monachus ejusdem congregationis , jussu 
Sigefredi episcopi et Odonis Ihesaurarii, necnon Bernard! cancel- 
]a[rii], ac pêne omnium canonicorum, sive ortatu dorani Hugonis 
comitis, scripsi et subscripsi atque firmavi. 

[Data est] hœc manusfirma in Cinnomannica civitate, in mense 
februario, anno jam in XVII Lotharii. 

XXIV. 

ARDOUIN, ARCHEVÊQUE DE TOURS, CONCEDE A EVRARD UN ARPENT 
DE TERRE SITUÉ IN VILLA RENIACO, PRES DU CHER. — 976. 

Haut. 0'"360'"'". — Larg. 0">230'«'". 

Charte entière, sauf une petite échancrure dans l'angle supé- 
rieur de gauche. L'écriture très effacée a pu être rendue suffisam- 
ment lisible. La concession est faite à la prière d'Uddo, archi- 
clave, c'est-à-dire trésorier de l'église métropolitaine. Cet Uddo 
semble bien être le même personnage que nous voyons figurer, 
quelques années plus tard, comme doyen de Marmoutier, dans 
unecharte publiée par M. Delaville le Roulx ^ . Son nom, il est vrai , 
y commence par un H qu'on ne retrouve point ici, mais une sem- 
blable variante n'a aucune importance. 

La latinité de cette pièce est assez correcte ; on y rencontre 
bien un pluriel pour un singulier au mot degerint, mais c'est là 
évidemment une simple distraction du copiste qui, pour cette 
partie de la charte, transcrivait une formule souvent employée à 
cette époque. 

1. Notice, etc., p. 25. 



235 

La villa Reniacus ou Reniacum doit être représentée aujour- 
d'hui par le château de Rigny, ancien fief de la commune de Joué- 
les-Tours, situé tout près du Cher. Les signatures sont accom- 
pagnées de nombreuses notes tironiennes assez bien exécutées. 

La 21 '^ année de Lothaire ne correspond point à 976, selon la 
façon ordinaire de compter les années de ce prince, à partir du 
12 novembre 954. Mais, comme non seulement cette charte, mais 
encore une de celles qui vont suivre offre le même système, nous 
croyons devoir nous y conformer, d'autant mieux que MM. de 
Wailly et Bruel fournissent de nombreux exemples, dans les- 
quels on paraît également faire commencer le règne de Lothaire 
au 12 novembre 955. 

Cette pièce est inédite. On n'en connaît ni copie ni analyse. 

XP. [In nomjine summi SalvaLoris Dei, Arduinus, misericordia 
Dei sanctse Turonicœ sedis archiepiscopus, notum immo et percog- 
nitum esse volumus cunctis fidelibus sanctœ Dei ecclesise, presentibus 
scilicet ac futuris, precipueque successoribusnostris, quoniam depre- 
catus est nos quidam fidelis noster atque archiclavis nosli'œ malris 
ecclesise, nomine Uddo, uti ex rébus prefati thesauri, quam ipse per 
nostrœ largitionis donum tenere videtur, hoc est arpennem i de 
terra arabili cuidam homini, nomine Ebrardo, sub institulione cen- 
sus annuatim reddendum, per Imjus nostrae aucloritatis testamentum 
concederemus. Cujus deprecationem bénigne recipientes, concessi- 
raus jam diclo Ebrardo prefixura arpen. de terra arabili, situm In 
pago Turonico, in villa Reniaco, non longe a lluvio Caris. Termina- 
tur ex totis parfcibus terra ejusdem potestatis cum via publica. Eo 
ctiam modo concedimus ei ut habeat licentiam desuper œdificandi, 
planlandi, consLruendi et quicquid melius elegerint [sic] emelio- 
randi, solvens exinde, annis singulis, ad festivitatem saneti Stephani, 
quœ celebratur vu kal. januarii, Uddoni fideli nostro, sive successo- 
ribus suis, censum denar. un; et ei amplius non rcquiralur auL 
exigatur, scd sub tali censu libère ac quiète teneat et possideat, 
nemine inquiétante alque contradicente. Et si de eodem censu tardus 
aul neglegens repertus fueril, idipsum emendat et quod tenuerit non 
ideo amitat. Si autem ei voluntas aut nécessitas extiterit, tam in 
vita quam ad mortem, habeat licentiam aut vendere, aut ad duos 
ex propinquioribus parentibus vel amicis, quam melius elcgerit, sepe 
dictam terram cum omni emelioratione, sub prescripto censu, relin- 
querc. Ut autem haec auctoritas firmior sit firmiorque permaneat, 



236 

manu propria eam subterfirmavimus, manibusque fidelium nostro- 
rum adfirmare rogavimus. 

XP. Arduinus miseratione Dei archiepiscopus huic manuifirme 
subscripsit. 

XP. Uddo archiclavis qui hanc manumfirmam firmam fîeri depre- 
cavit et ipse subscripsit. 

XP. Rotgerius decanus subscripsit. XP. Froterius archidiaconus 
subscripsit. XP. Rotbertus subdiaconus subscripsit. XP. Boso archi- 
diaconus subscripsit. (Paraphe initial.) Dodaldus diaconus atque pre- 

centor subscripsit. Ermenfridus presbyter subscripsit presbrjter 

subscripsit. Ghristianus presbyter subscripsit. Dodaldus presbxjter 
subscripsit. Viviamus presbyter subscripsit. ?,QQ\Qnus presbyter subs- 
cripsit. Ascelinus clericus subscripsit. Aimericus clericus subscripsit. 
Gyrardus diaconus subscripsit. Rotbertus clericus subscripsit. Item 
Rotbertus diaconus subscripsit. Aganus diaconus subscripsit. Mar- 
tinus diaconus subscripsit. Gunbertus diaconus subscripsit. Gualte- 
rius diaconus subscripsit. Guarnerius presbyter subscripsit. Ranche- 
rius diaconus subscripsit. Odilo clericus subscripsit. Guanincus 
clericus subscripsit. Guido clericus. Leotardus clericus subscripsit. 
Fredricus clericus subscripsit. 

Data mensejulio, incivitateTuronus, anno dominicae incarnationis 
DGGCG LXXVI, sive anno XXI régnante Lothario rege. 

XP. Durannus licet indignus sacerdos presens fui et rogitus ab 
Ingelberto antigrapho scripsi et subscripsi. 

XXV. 

VENTE PAR SYON, ABBÉ DE SAINT-LAUMER, A EVRARD, ABBÉ DE 
SAINT-JULIEN, d'UN ALLEU NOMMÉ MASSIACUM, SITUÉ DANS LE 
PAGUS DE TOURS. — MAI 977. 

Haut. 0'°328"^"». — Larg. 0™230'«'i^. 

Dans cette charte qui est bien conservée, et a probablement 
été écrite dans l'abbaye de Saint-Laumer, près Blois, les notes 
tironiennes, si nombreuses et si variées dans la pièce précédente, 
font presque complètement défaut. On n'y rencontre que la note 
subscripsit, et cependant ces deux pièces ne sont séparées que 
par une année d'intervalle. Il y a là une preuve que l'usage de 



237 

ce genre d'écriture s'est conservé en Touraine plus longtemps 
que dans les autres provinces, même les plus voisines. 

Massiacum ou Massiacus, qui se trouvait dans le voisinage 
de Sauna}', aujourd'hui commune du canton de Ghâteaurenault, 
semble bien être Meré ou Mairy, hameau de ladite commune, et 
où Saint-Julien possédait un moulin. On trouve dans les chartes 
postérieures au x" siècle Meriacum et Mairiacwn, mais le 
changement de Yrens, et réciproquement, est très fréquent dans 
les vieux textes tourangeaux et a persisté jusqu'à nos jours, car 
j'entends encore les paysans du nord de la Loire dire, en parlant 
par exemple des cerises : elles sont muses, au lieu de : elles sont 
mûres. 

Au dos on lit en anciennes capitales : Carta de alodo quem 
vendiderunt monachi Sancti Launomari; puis une courte 
analyse en français avec la date 975 qui est fausse. La pièce, en 
effet, est datée de la XXIP année du règne de Lothaire, au mois 
de mai, ce qui donnerait tout au plus 976, mais, comme la précé- 
dente, qui est dite de la XXP année de ce prince, porte 976 pour 
la date de l'Incarnation, nous placerons celle-ci en 977. On voit, 
en tous les cas, que dom Martène s'était gravement trompé en ne 
faisant nommer Evrard abbé de Marmoutier qu'en 984. 

Cette pièce est inédite. 

Bibl. nat., ms. lat. n» 5443, p. 41. Extrait. 

XP. In nomine Dei Omnipotentis, ego quidem Syon, abbas, et 
cuncta congregatio Sancti Launomari, notum immo et percognitum 
esse volumus, cunctis sanctae Dei aecclesiae fidelibus, praesentibus 
scilicet ac futuris, precipueque successoribus nostris quoniam adie- 
runt noslram praesentiam quidam venerabiles monachi Sancti 
Juhani, abbas videUcetEuvrardus et cuncta conLio cumeo degens, uti 
alodum noslrum, nuncupante Massiaco, quod Gauzbertus vasallus 
quondam, pro animae suae remedio, nostro monasterio contuhl, eis 
venderemus. Quod et nos veraciler fecisse fatemur, accepta ab eis 
pecunia quae inter nos convenit. Est autem ipse alodus situs in pago 
Turonico, et terminatur ex una parte terra sanctae Mariae de Vonna, 
ex alia parte terra sancti Gervasii de Solnaco, et tcrtia parte terra 
Sancti Mauritii. Eo autem tenore vendidimus jamdicLis monachis Sancti 
JuUani, per deprecationem eorum, praefixum aiodum, cum omnibus 
ibi adjacentiis ad nos perlinentibus, silvis, pralis, pascuis, aquis, 
aquarumve decursibus, mobilibus etinmobilibus, perviis et cxitibus, 



238 

ut ab hac die et deinceps liberam ac firmissimam de eo habeantpoles- 
tatem. Si quis vero, quod minime credimus esse futurum, aut nos 
metipsi, quod absit, aut ulla subintroducta persona contra hanc ven- 
dltionem quam nos spontanea voluntate illis fecimus, calumpniam 
inferre temptaverit, quod repetit nullo umquam tempore valeat vin- 
dicare; sed psesens venditio omni tempore fîrma et inviolabilis per- 
maneat. Et manu propria eam firmavimus, manibusque fratrum 
nostrorum affirmavi rogavimus. Actum Bleso Castro publiée. 

XP. Syon abbas subscripsit et (ruche) subscripsit. 

Benedictus, sacerdos et monachus, subscripsit. Joliannes, sacerdos 
et monachuS; subscripsit. Durandus, sacerdos e^ monachus, subscrip- 
sit. Dodo, sacerdos et monaclius, subscripsit. Eugo, levita et monachus. 
Albertus sacerdos et monachus. Fulcherius, sacerdos et monachus. 
Arduinus, levita et monachus. Albericus, levita et monachus. Gual- 
terius, levita et monachus. Guntherius, levita et monachus. Erveus, 
sacerdos et monachus. Gualterius, sacerdos et monachus, subscripsit. 
Guido, levita, subscripsit. Rainaldus, sacerdos et monachus, subs- 
cripsit. Erveus, sacerdos et monachus, subscripsit. Letramnus, 
sacerdos e^ monachus, subscripsit. Ramnuifus, sacerdos et monachus, 
subscripsit. Arnoldus, levita et monachus, subscripsit. Herlannus, 
sacerdos et monachus. Leustencus, subdiaconus, subscripsit. Gode- 
fredus, subscripsit. Sasqualo, subscripsit. Syon, suljscripsit . Rotge- 
rius^ subscripsit. Hugo, subscripsit. Lucianus, subscripsit. Petrus, 
subscripsit. 

Data mense maio, anno XXII, régnante Lothario rege. 
Gualterius, levita, jussu domni abbatis, scripsit et subscripsit. 

XXVI. 

DONATION A SAINT-JULIEN, PAR GEOFFROY -GRISEGONELLE, COMTE 
d'ANJOU, d'une AULNAIE ET d'uN MOULIN, SITUES PAROISSE DE 
SAINT-PIERRE DE CERSOLIS, PROCHE LA CHOISILLE. — JANVIER 
978. 

Haut. O-^SeS"""? — Larg. 0'"250'""\ 

Il manque à cette charte, d'ailleurs bien conservée, les deux 
premières lignes et quelques mots des suivantes. Nous l'avons 
complétée à l'aide d'une copie de Baluze qui, comme d'ordinaire, 
est fort exacte, sauf en ce qui concerne la diphtongue ae, repré- 



230 

sentée dans l'original par un c simple avec une cédille et dans la 
copie par œ. 

La pièce est signée du comte Geoffroy, de son fils Foulques, qui 
sera le fameux Foulques Nerra, et d'autres laïques, sans notes 
tironiennes. 

Saint-Pierre de Ccrsolis est Saint-Pierre de Cerelles, com- 
mune de l'arrondissement de Tours et du canton de Neuillé-Pont- 
Pierre, située à treize kilomètres au nord de Tours, et arrosée 
par la Choisille, Cansilla. C'est une localité fort ancienne, men- 
tionnée dans la charte de Téotoion d'avril 9 13, où elle est appelée 
Cersilla; on trouve aussi les formes parrochia de Cerseles 
(1270), de Cerellis sive de Cereles (1290). 

Quant à la ville Bethyacum ou Bethyacus, dans laquelle a 
été donnée la charte, elle est très probablement représentée par 
Bessé, aujourd'hui Saint-Pierre-du-Lac, village de la commune 
de Beaufort, dans Maine-et-Loire. On trouve*, en 989, vivarium 
Bussiacum et vivaria Bessei^; en 1131, ecclesiade Bessiaco. 
J'avais d'abord pensé à un autre Bessé, village de la commune 
de Saint-Georges-le-Toureil, dans le même département, impor- 
tante villa gallo-romaine traversée par une voie ancienne; mais, 
dans les textes du ix*" et du xf siècle, cette localité est appelée 
Bidisciacus, forme plus éloignée de Bethyacus que la précédente. 
Cependant, il est permis d'hésiter entre ces deux localités, toutes 
deux placées en Anjou. 

La charte est datée du mois de janvier 978, vingt- troisième 
année du règne de Lothaire, façon de compter les années de ce 
prince analogue à celle que nous offre la pièce n» XXIV. 

Au dos, en vieilles capitales : Carta de terra et de molen- 
dino inter duas aquas. Amen. 

Pièce inédite. 

BibU nat., Baluze, t. LXXVII, fol. 76. 

[In nomine summi Salvatoris Dei, ego Gauzfredus misericordia 
Dei Andegavensium comes njotum immo et percognitum [essevolu- 
mus cunctis fideUbus sanclac Dei ecclesiœ prgesenlijbus sciUcet ac 
futurls, precipueque successoribus nostris, quoniam deprecalus est 
nos quidam [vassalkis et fijdelis noster, nomine Gaufrcdus, uL ex 



1. G. Poii, Dictionnaire de Maine-et-Loire, t. 111, p. 441. 

2. Sur le changement de \'u en e, voir la note 1 de la pièce XI. 



240 

beneficio quod de nobis tenet, scilicet in paroechia [Sancti-Petri Ger- 
sojlis, pro Dei amore Sancto Juliano ac monachis ejus in elemosina 
concederemus totum [alnetum quojd interjacet inter fluvium Gau- 
silce et aquœductum ad molendinum ipsorum monachorum , quem 
a nobis per deprecationem Starcherii vassali nostri, quondam per 
manum firmam cum arpennis vni terrae et prati, quse inchoant a via 
que vadit per Linarias, adquisierant. Gujus fidelis nostri Gauzfredi 
deprecationem bénigne recipientes, concedimus Sancto Juliano et 
monachis ejus, pro Dei amore, in elemosina prefatum alnetum, cum 
omni integritate sua, ut et molendinum et viii arpennos terrae et 
prati et ipsum ex integro alnetum habeant et possideant, et quicquid 
melius elegerint faciantab hodierna die etdeinceps, nemine inquiétante 
vel contradicente. Eo scilicet lenore concedimus Sancto Juliano ac 
monachis ejus ipsum alnetum, ut habeant potestatem illum evel- 
iendi et ad quamcumque culturam magis voluerint deducendi, et ut, 
tam de molendino et aquœductibus qui vadunt ad molendinum, 
quam de sclusis et cseteris omnibus quse supradiximus, propter recog- 
nitionem, solvant annis singulis, festivitate Sancti Pétri, m kal. 
julii, partibus Gaufredi censum sol. v. Et si de eodem censu tardi 
aut négligentes extiterint, id ipsum liceat eis emendare, et quod 
tenuerint non perdant. Si quis hanc eiemosinam calumpniatur et per- 
turbât, in primis iram Dei incurrat, et qui litem intulerit solidos c 
componat. Utautem hœc auctoritas firmior habeatur, [man]u propria 
eam firmavimus, manibusque fidelium nostrorum affirmari rogavi- 
mus. 

Signum Gaufredi Andegaf vensium comitis. S. Fulconisfihi ejus. 

S. Gaufredi, qui hanc manum firmam fieri deprecatus est. 

S. Rainaldi vicecomitis. S. Sulpitii. S. Odelini. S. Asselini. S. Gis- 
legerii. S. Tedelini. S. Hilgerii. S. Landradi. S. Fulcradi. 

Data mense januario, in villa Bethyaco, anno dominicse incarna- 
tionis DGGCGLXXVIll, régnante Lotliario rege, anno XXIII. XP. 

XXVII. 

DONATION A SAINT-JULIEN, PAR GIROUS ET SA FEMME GYRVIS, d'UNE 
VILLA NOMMÉE VILERS, SITUEE IN PAGO ANGVLIACENSI. — 978 
A 983. 

Haut. 0'»403'^'". — Larg. 0'M80'^"\ 
Un très grand fragment carré, donnant plus des trois quarts de 



24 ^ 

la charte, et de nombreuses signatures, plus six fragments ver- 
ticaux dont un très petit et quatre horizontaux formant l'angle 
supérieur de gauche. 

Cette belle pièce, bien écrite, est signée de Hugues Capet, 
n'étant encore que duc des Francs, du comte deTouraine Eudes, 
du comte d'Anjou Geoffroy Grisegonelle, de l'archevêque Ardouin, 
du donateur Girous, de sa femme Gyrvis, de leur fils Ardouin, 
de leur seigneur Corbon et de nombreux personnages^ pour la 
plupart laïques, sans une seule note tironienne, pas même celle 
qui représente le mot subscripsit. Elle n'est pas datée, mais 
comme le comte Eudes ne paraît qu'en 978 , et que nous ver- 
rons dans une des pièces suivantes l'archevêque Ardouin, que le 
Gallia christiana fait disparaître en 980, prolonger sa carrière 
au moins jusqu'à 983, on peut placer cette charte entre ces cinq 
années, pendant lesquelles furent en fonction les autres person- 
nages cités. Nous venons de constater en effet que l'abbé Evrard, 
que dom Martène ne fait abbé de Marmoutier qu'en 984, agissait 
en cette qualité dès l'année 977. 

Ce document jusqu'ici inédit, et qui n'était même connu que 
par un extrait conservé dans le ms. latin de la Bibhothèque 
nationale n° 5443, p. 43, peut être considéré comme un des plus 
précieux de tous ceux que nous avons retrouvés. En effet, il jette 
une vive lumière sur un point de la géographie ancienne de la 
Touraine jusqu'ici demeuré fort obscur. 

Le pagus Anguliacensis, dans lequel la villa de Vilers est dite 
située, a été placé dans deux endroits différents de la Touraine, et 
ni l'un ni l'autre ne répond aux indications très précises que 
fournit notre charte. 

Prévenons d'abord le lecteur que , dans cette circonstance, 
comme dans beaucoup d'autres vers cette époque, le moi pagus 
a été employé par le rédacteur de la pièce pour celui de vicaria, 
et que c'est d'une viguerie qu'il s'agit ici, c'est-à-dire d'une 
subdivision du pagus Turonicus, terme qui s'appliquait à la 
Touraine entière. Nous lisons vicaria Aguliacensis dans une 
charte de l'archevêque Ursmar de 845 S et encore vicaria Agu- 
liacensis in pago Turonico dans une pièce de 906 rapportée 
par Monsnyer^. 

1. Gallia christiand, t. XIV, Instr. n" 26. 

2. Celeberrimx Sancli Martini ecclesix historia, t. II, p. 127; Bibl. de 
Tours, ms. 1295. 



242 

Notre regretté confrère Emile Mabille', après avoir, à l'aide 
d'une copie de dom Le Sueur, fort judicieusement restitué à ce 
canton de la Touraine le nom ai! Anguliacensis , au lieu à'Agu- 
liacensis, y voit une viguerie dont le chef-lieu était la villa 
Angularis, mentionnée dans un diplôme de Charlemagne pour 
Saint-Martin de 775 S et suppose, mais non sans quelques hési- 
tations, qu'elle était située au confluent de la Vienne et de la 
Creuse, position d'où lui serait venu son nom. 

M. de Busserolle, dont le travail est postérieur de plus de 
quinze ans à celui de Mabille, place cette viguerie dans le pays de 
Ligueil. Il ne donne point les raisons qui l'ont amené à cette opi- 
nion, mais elle est formelle, à tel point que c'est à l'article 
Ligueil de son dictionnaire^ qu'il cite les textes où se trouve l'ex- 
pression vicaria Aguliacensis. Ces deux honorables érudits 
étaient dans une complète erreur ; la viguerie en question était 
située non pas au sud, mais bien au nord de la Loire. 

L'extrait de notre pièce contenu dans le manuscrit précité de 
la Bibliothèque nationale nous apprenait seulement que la villa 
Vilers, objet de la donation de Girous, était située inpago Angu- 
liacensi. Le principal fragment recueilli d'abord ne disait 
guère plus, et j'étais disposé à suivre l'opinion de Mabille, d'ordi- 
naire si avisé et si perspicace, lorsque cinq nouveaux fragments 
successivement retrouvés, et un nettoyage heureusement exécuté 
de l'ancien, vinrent lever tous les doutes et fixer définitivement, 
je crois, ce point de géographie ancienne de la Touraine. 

Nous lisons, en effet, vers la fin de la charte, à propos de l'aleu 
de Vilers : Adjacet autem prefixus alodus inter villam 
Limeriacum et villam Congiacum* nec non et villam Flo- 
riacum atque potestatem Sancti Martini de Castris. Il faut 
convenir tout d'abord que les documents du x^ siècle indiquent 
bien rarement, avec une telle précision et une telle abondance de 
joignants, la situation des localités dont ils parlent; mais, par un 
bonheur plus rare encore, trois des villas mentionnées ici ont 
persisté jusqu'à nous, transformées en paroisses. Il me semble 



1. Divisions territoriales de la Touraine, p. 81. (Paris, Hénaiix, 18G6.) 

2. Gallia christiana, t. XIV, Inslr. n" 5. 

3. Dictionnaire géographique d' Indre-et-Loire, t. IV, p. 65. 

4. Congiacum est la forme primitive de Cangiacum, par la transformation 
très fréquente de \'o en a devant une nasale. 



243 



impossible, en effet, de ne pas reconnaître dans la première Lime- 
ray, dans la seconde Cangy ou Cangev, et dans la troisième 
Fleuray, qui étaient toutes trois, avant la Révolution, des 
paroisses de l'élection d'Amboise et de l'archidiaconé d'Outre- 
Loire, sauf Fleuray, qui faisait partie du diocèse deBlois. Aujour- 
d'hui, par suite de la réunion de Fleuray à Cangy, exécutée en 
1822, elles ne constituent plus que deux communes de l'arron- 
dissement de Tours et du canton d'Amboise. Ces trois localités 
forment une sorte de triangle dont Fleuray est le sommet, et dont 
Limeray et Cangy occupent les deux extrémités de la base, elle- 
même parallèle à la Loire. 

Pour Limeray, l'identification ne saurait être douteuse, car 
nous trouvons exactement la forme Limeriacum dans plusieurs 
chartes du xii" siècle de l'abbaye de Fontaines-les-Blanches, qui 
était voisine. Au xiii' siècle, on rencontre Limereium conjointe- 
ment avec Linieriacum. Pour Cangy, d'autres chartes du 
xif siècle de cette même abbaye de Fontaines-les-Blanches 
donnent la forme Cangeium, mais cette abréviation du nom pri- 
mitif n'a rien qui doive arrêter, et l'on vient de voir qu'à la même 
époque L«nermci«» avait subi une modification analogue. Quant 
à Fleuray, il me semble impossible de ne pas le reconnaître dans 
Floriacum. C'est là une identification tout à fait conforme aux 
lois de la philologie. 

Resterait à déterminer la localité désignée par ces mots : 
potestas Sancti Martiîii de CashHs, quinous apprennent qu'elle 
était une propriété ou au moins une dépendance de la collégiale 
de Saint-Martin, sans nous dire sous quel nom elle était connue. 
J'avoue que, jusqu'ici, je n'ai pas pu arriver à résoudre d'une façon 
un peu satisfaisante cette question d'une importance secondaire, 
du reste, car les éléments que nous possédons suffisent amplement 
pour fixer avec certitude l'emplacement occupé en Touraine par 
la viguerie Anguliacensis. Je noterai seulement que Téghse de 
Cangy est placée depuis fort longtemps sous l'invocation de 
saint Martin, ce qui pourrait bien provenir de ce que la puis- 
sante collégiale avait des possessions dans le voisinage. Cette 
supposition me paraît d'autant plus fondée que, dans la charte 
d'Ursmar, citée plus haut, ce prélat mentionne comme étant dans 
la viguerie Anguliacensis une villa ai)pelée villa Martini. 

Enfin, et ceci 'ne paraît capital, j'ai retrouve la localité de 
Vilers. Elle a changé de nom, il est vrai, et s'appelle aujourd'hui 



244 

le Grand-Cottereau, mais seulement depuis le xvf , ou peut-être 
le xv^ siècle. Cette propriété de Saint- Julien, qui avait le titre 
de seigneurie, était considérable ; car un document du xvni« siècle* 
lui donne encore à cette époque une étendue de près de quatre 
cents arpents. Sa situation dans la partie nord de la commune de 
Limeray, à peu près au centre du triangle formé par les trois 
paroisses précitées, répond exactement à celle qu'indique notre 
charte. 

Reste à prouver la transformation de nom dont je viens de par- 
ler. Or, dans l'inventaire des titres de la Chambrerie de Saint- 
Julien, conservé aux Archives d'Indre-et-Loire (H 509), on lit, 
à la page 465, la mention suivante : « Déclaration rendue par 
« frère François Cartier, religieux chambrier de l'abbaye de Saint- 
« Julien, au bailly d'Amboise, du fief, terre et seigneurie de Cotte- 
« reau, anciennement appelé Villiers, situé paroisse de Limeray. . . . 
« daté du 20 avril 1541. » Page 555 du même registre, on lit 
encore : « Papier terrier du ôefet seigneurie du Grand-Cottereau, 
« anciennement appelé Villiers, dépendant de l'office claustral de 
« la Chambrerie de Saint-Julien et daté de 1529 à 1543. » Un 
plan de 1752 (H 566) a pour titre : « Plan géométrique del'éten- 
« due du fief et seigneurie du Grand-Cottereau-Villiers , » 
associant ainsi les deux noms, l'ancien et le récent. Il serait facile 
de multiplier ces citations, mais je pense que la démonstration 
est complète, car on ne saurait être arrêté par la légère différence 
que présentent Vilers et Villiers. 

La vicaria Anguliacensis occupait donc l'angle formé par 
la Loire et la Brenne, et l'on remarquera que, parmi toutes les 
vigueries de Touraine connues jusqu'à ce jour, aucune ne se 
trouvait dans cette région dont l'étendue était cependant plus con- 
sidérable que celle de la plupart des autres subdivisions de la 
province. Il y avait là une lacune que notre pièce vient 
combler. 

Au dos de la charte, en vieilles capitales : Carta Giroii de 
Vilers. Une cote plus moderne traduit Anguliacensis par 
Angoulesme ! 

Cette charte est inédite, on n'en connaissait que l'analyse que 
nous avons citée. 

XP. Ecclesiae sanctse fidelis devotione subvenire ejusque utilitati- 

1. Archives d'Indre-et-Loire, H 475. 



^45 

bus pio amore concurrere, juslarum est mentium, quia exinde caeles- 
tium gaudiorum credunl percipere portionem. Igitur dum vivimus, 
movemur cL sumus, considerarc debcmus quia de lerra sumus cL in 
terra ibimus. Proinde, ego Girous, considcrans inmensa peccalorum 
meorum pondéra, simulque pertrcmiscens ultimi judicii dicni, in 
qua unusquisquc pro id quodgcssit reddituruseslrationem, cogitare 
coepi, quod piuni rectumque erat, ut plus Dominus veniam meorum 
peccaminum mibi donare dignetur, de rébus [mea3 projprietatis ali- 
quid ad coenobium Sancti Juliani quod domnus Teotolo, quondam 
archiepiscopus, ad communem mullorum uli]ita[tem in] sul)urbio 
ïuronicae urbis construxit, in speliales usus monacliorum ibidem 
Domino famulantium, cum conscn[su uxoris mese nomJineGervis, nec- 
non lliii nostri, vocabulo Arduini, reliquorumque parentum meo- 
rum superslitum, dono donatumque in perpetuum esse voio : hoc 
est alodum meum, viilam nuncupantem Vilers, sitam inpago Angu- 
liacensim (,v«f), quod mihi ex parentum meorum possessione jure here- 
ditario contigit, cum terris cultis et incultis, cum silvis, vineis, pratis, 
pascuis et cum omnibus meis consuetudinibus, et perviis et exitibus, 
Haec omnia predicta, sicuti mea videtur esse possessio, de meo jure 
et dominatione, in jus et potestatem Sancti Juliani, in spetiales 
usus monachorum, domno videlicet Euvrardo abbati, ceterisque 
monachis in ecclesia ejusdem Sancti Juliani Domino dévote famulan- 
tibus, caedo, trado, transfundo perpetualiter ad habendum. Adjacet 
autem prefixus alodus inter viilam Limeriacum et viilam Congiacum 
necnon et viilam Floriacum, atque potestatem Sancti Martini de Gas- 
tris. Si vero fuerit post hune diem qui [conjtra banc donationem 
quampro remedio animae meae, ac conjugis suprascriptae atque filii 
nostri jam prelîxi, ceterorumque parentum meorum, viventium sive 
mortuorum, Deo et Sancto Juliano fecimus, aliquam calurapniam 
inferre temptaverit, nos ipsi aut uUus ex heredibus ac pro heredibus 
nostris, primitus iram Domini nostri Jhesu Ghristi ac ipsius marty- 
ris Juliani incurrat, etasocietate sanctorum aUenus existât, et insil- 
per auri ad purum recocti libras xxx, multatus exsolvat, suaque 
repcticio nuUum obtincat effectum. Et ut haec donatio, nostris noslro- 
rumque parentum et aliorum nobilium virorum manibus roborata, 
omni tempore firma et stabilis permaneat , cum stipulatione sub- 
nixa, bis presentibus et videntibus acta fuit. 

t Signum Domni Hugonis Francorum ducis. Signum Odonis 
comitis. Signum G luzfredi comitis. Signum Gualterii comitis. 
Signum Giroi qui hanc donationem fecil. Signum Gyrvis uxoris 



246 

ejus. Signum Arduini filii eorum. Signum Gorbonis, senioris eorum. 
Signum Arduini fratris ejus. Signum Arduini archiepiscopi. Signum 
Arvei tesaurarii beati Martini. Signum Arnulfi episcopi. Signum 
Lisierni episcopi. Signum Arvei comitis. Signum Ugonis comilis. 
Signum Fulconis. Signum Burchardi comitis. Signum Tethbaldi vassi 
dominici. Signum Bernardi vicecomitis. Signum Gunfredi. Signum 
Anselmi. Signum Gualteri. Signum Rotberti. Signum Ingelardi. 
Signum Uddonis. Signum Letboldi. Signum Tbeoderici. Signum 
Willelmi. Signum Begonis. Signum iVymonis. Signum Telboldi. Sig- 
num Amalrici. Signum Gadalonis. Signum Hervici. Signum Gua- 
lonis. Signum Hugonis. Signum Gerrici. Signum Drogonis. Signum 
Odonis. Signum Odonis levitae. Signum Balduini levitae. Signum 
Riculfipresbyteri. Signum Landrici levitse. Signum Rainaldi. Signum 
Gozfredi. Signum Fulconis. 



XXVIII. 

DONATION A SAINT -JULIEN PAR GUANDALBERT DE VIGNES, PRES 
l'abbaye. — 979. 

Haut. 0M75'"'". — Larg. 0'»265">'". 

Charte entière, à laquelle il manque seulement quelques signa- 
tures; en quatre fragments, dont un très grand comprenant 
tout le corps de la pièce et les trois premières signatures. Guan- 
dalbert était neveu de l'archevêque Ardouin, d'après une pièce 
analysée par Gaignières, p. 51 du manuscrit de la Bibliothèque 
nationale, n" 17047, ancien Gaignières n** 179^, et ceci explique 
que notre charte ait été donnée sur la table de ce prélat et porte 
sa signature. Ensuite viennent les noms de Guandalbert vassal, 
de Corbon vassal, d'Ardouin son frère et de divers seigneurs 
l&ïques, sans autre note tironienne que celle de subscripsit. Il 
est très probable que le Corbon vassal que nous trouvons ici est 
le personnage que nous avons rencontré avec cette même qualité 
dans la charte de 970, et qu'il était fils, ainsi que son frère 
Ardouin, du Corbon qui figure avec sa femme Senehildis dans la 
pièce de 941. Ce dernier se trouverait également être le père de 
l'archevêque Ardouin, puisqu'en 970 ce prélat est dit frère de 
Corbon qui signe avec lui. La date est ainsi : anno ah incarna- 
tione Domini DCCCCLXXVIIII, in quo Hlotharius reoc 



247 

Ludovicum filium suum regem constituit. C'est bien en effet 

en 979 que, selon les Bénédictins, Lothaire associa au trône son 

fils Louis, alors âgé de dix ans. 

Au dos, en petites capitales anciennes : Carta de III quarte- 

riis de vinea qiiam 7'eddit Guandalbertus Sancto Juliano... 

Jidiani. 

Pièce inédite. 

Bibl. nat., ms. lat. n^ 5443, fol. 40. Extrait. 

XP. Dum vivimus, movemur et sumus et adhuc mortali carne 
clrcumdamur, cogitare deb[emus] quia de terra sumus et in tcrram 
ibimus et cum vennibus et serpenlibiis lerram bereditabim[us.] Nec- 
quiquam boni exeuntes de hoc seculo nobiscum portabimus, nisi 
quod pic, juste ac recte opcrali fuerimus. Quapropter, dum adhuc 
a domhio inducias nobis permlLtentc in bac vita expectamur, dignum 
est ut ex caducis œlerna, ex Lransitoriis manentia mercemur gaudia. 
Quod ego Guandalbertus, mecum reputans, simulque facinorum 
meorum sarcinam metuens, aLque clementiam Omnipotentis Dei 
mihi placabilem fieri concupiscens, pro remedio animaî meaî et geni- 
loris mei aliorumque parentum meorum, dono donatumque imper- 
petuum esse volo, monasterio Sancti Juliani monachisque eundem 
incolentibus locum, res quasdam juris mei, quas pater meus juste 
vel injuste adquisivit, possedil ac tenuit, mihique eas heredilario 
jure reliquit; id est, quarterios in«^ de vinea, ut habeant ipsi mona- 
clii unde apud Deum pro me juste intercédant. Sunt autem ipsi 
supradicti m quarterii non longe a muro ejusdem Sancti Juliani, vide- 
licet intra clausum ipsius quod est ante portam monasterii, de cujus 
potestatis alodo et ipsi sunt, sicut multorum testimonio compro- 
bavimus. Tcrminatur vero ipsa vinea, a duobus frontibus viis publi- 
as ; a tercia vero parte vinea Fulconis, Beati Martini canonici; a 
quarto autem latere vinea scpe scripti Sancti Juliani. Infra istas 
autem terminationes, eo modo cedo eis, dono vel reddo eandem 
vineam^ ut ab hodierno die et infra, décimas ejus quas actenus minime 
habuerant, ex inlegro rccipiant. Et ego, diebus quibus vixero, si 
mihi placueril, in usus proprios eam retinebo. Post obitum vero 
meum, cum omni emelioratione et integritate, absque uUius repe- 
lione aut contradictione, eam recipiant, nemine inquiétante vel con- 
tradicente. Ut autem ipsa cessio, donatio vel redditio firmior habea- 
tur, ccrliusque a nobis facta crcdatur, manu propria, sub signe 
sanctœ crucis eam subterfirmavi, raanibusque seniorum aliorumque 
fideliura meorum corroborari rogavi. 



248 

XP. Arduinus gratia Dei Turonorum archiepiscopus huic manu- 
firmse subscripsit. 

f Signum sanctae crucis Gandalberti vassalli, qui hanc donationem 
libenti animo fecit. 

Signum Gorbonis vassalli. 

Signum Arduini fratris ejus. 

Signum Ratherii vassalli. 

Signum Seiardi vassalli. 

Mainerius clericus subscripsit. 

Signum Ervei. 

Data simulque corroborata mense julio, in civitate Turonus, super 
mensam Domni Arduini archiepiscopi, anno ab incarnatione Domini 
DCGGGLXXVIIII, in quo Hlotharius rex Ludovicum filium suum 
regem constituit. 

Evrardus, licet indignus diaconus, presens fui et jussu Domni 
Arduini archiepiscopi scripsi et subscripsi. 

XXIX. 

CONCESSION PAR l' ARCHEVEQUE ARDOUIN A ARNAUD ET A SA 
FEMME AMALBERGUE DE DEUX ARPENTS ET DEMI DE TERRE, 
DANS LA VILLA VEROTIO, SITUEE VIGUERIE DE MONTLOUIS. — 
OCTOBRE 983. 

Haut. 0™415"'"'. — Larg. 0™249'"'". 

Cette pièce est en trois fragments; l'un très grand, contenant 
tout le corps de la charte et la plupart des signatures, et les autres 
donnant le reste des signatures, la date et le nom du scribe. Elle 
était très effacée, mais on a pu en faire revivre suffisamment 
l'écriture. 

La villa Verotio était jusqu'ici inconnue dans la viguerie de 
Montlouis ; nous croyons la retrouver dans la localité actuelle de 
Véretz, voisine de Montlouis, quoique l'église de Véretz soit 
dédiée à Notre-Dame *, et que saint Saturnin soit indiqué dans 
notre charte comme patron de l'église de la villa Verotio ; mais 
un changement de patronage a pu se produire depuis le x' siècle. 

Les notes tironiennes qui accompagnent presque toutes les 
signatures sont encore très nettes et bien formées. 

1. Habille, Divisions territoriales de la Tour aine, p. 189. 



249 

La charte est datée du mois d'octobre, l'an de l'Incarna- 
tion 983, ou la 27" du règne de Lothaire, ce qui est une façon de 
compter les années de ce prince différente de celles que nous 
avons rencontrées précédemment. En effet, le mois d'octobre de la 
21" année de Lothaire ne correspond h 983 qu'en faisant com- 
mencer le règne au 12 novembre 956, point de départ dont 
M. Bruel fournit du reste cinq exemples*. 

Cette date de 983 prouve que la carrière de l'archevêque 
Ardouin, qui est le donateur, s'est prolongée au delà de 980, 
époque où le Gallia en fixe la fin. Il est à remarquer d'ailleurs que 
jusqu'à présent, on ne connaît aucun acte d'Archambauld, suc- 
cesseur d' Ardouin, qui soit antérieur à 985; rien ne s'oppose 
donc à ce qu' Ardouin ait été en fonction jusqu'en 983, et peut- 
être au delà, et nous croyons qu'il faut rectifier dans ce sens la 
date donnée par le Gallia'^. 

Au dos, on lit, en anciennes capitales : Carte due de Verotio, 
ce qui indiquerait une autre pièce sur le même sujet, ou au moins 
sur la même localité. 

Cette charte était jusqu'ici inconnue. 

XP. In nomine summi Salvatoris Dei, Arduinus, misericordia Dei 
sanctœ Turonicac sedis archiepiscopus, nolum immo et pcrcognitum 
esse volumus, cunctis fideUbus sanctœ Dei ecclesiae, presentibus sci- 
Hcet ac futuris precipueque successoribus nostris, quoniara depre- 
catus est nos quidam clericus et canonicus nosLrae malris ecclesiae, 
nomine Ascclinus, uti ex rébus presbiterii sancti Saturnini ecclesiae 
quae est sila in villa Verotio, quam ipse de fideli nostro Gauzfrido 
vicecomiti tenere ac regere videtur, hoc est arpennes ri et médium 
de terra arabih, cuidam homini nomine Arnaldo, et uxori suae nomine 
Amalbergae, sub institutione censusannuatim reddendum, per hujus 
noslraeauctorilatistestamentumconcederemus.Gujusdeprecalionem, 
una cum assensu et voluntate prefato Gauzfrido vicecomiti atque 
fldeh nostro, bénigne recipientes, concessimus Jam diclo Arnaldo et 

1. Bibliothèque de l'École des chartes, t. XLI, p. 337. 

2. Vers la fin de la notice placée en tête de cette collection de chartes, un 
véritable lapsus calami, qu'il serait trop long d'expliquer, a fait substituer au 
nom d'Ardouin celui de Joseph II, l'un de ses prédécesseurs, et non le plus 
immédiat. Le lecteur est instamment prié de corriger cette erreur, que la pré- 
sence dans le texte des laies de l'épiscopat d'Ardouin rendait, du reste, bien 
facile à reconnaître. 



230 

uxori suœ Amalbergae prefixos arpennes ii et médium de terra 
arabili, sitos in pago Turonico, in vicaria Montislaudiacensi, in villa 
Verotio. Terminantur de tribus partibus terra ex nostro episcopatu 
ex beneficio jam dicto Gauzfrido fideli nostro, quarta parte via 
publica. Eo etiam modo concedimus eis, ut liabeant licentiam desuper 
œdificandi, plantandi, construendi et quicquid melius elegerint eme- 
liorandi, soiventes exinde annis singulis, ad festivitatem sancti 
Saturnini, quœ colitur m kal. decembris, Ascelino clerico, sive suc- 
cessoribus suis, censum dr. x et eis amplius non requiratur aut exi- 
gatur, sed sub tali censu libère ac quiète teneant et possideant, nemine 
inquiétante atque contradicente. Et si de eodem censu tardi aut 
neglegentes reperti fuerint, id ipsum emendant et quod tenuerint non 
ideo amitant. Habeantque licentiam, tam invitaquam et admortem, 
aut vendere aut ad unum ex propinquioribus parentibus vel amicis 
quem maelius maluerint, prefatam terram sub prescripto censu, cum 
omni emelioratione relin[quere]. Ut autem haec auctoritas firmior sit 
et firma permaneat, manu propria eam subterfirmavimus, manibus- 
que fidelium nostrorum in synodali conventu adfirmari rogavimus. 

XP. Arduinus, misericordia Dei Turonorum arckiepiscopus, scripsit 

et subscripsit. 
XP. Ascelinus decanus hanc manumfirmam fieri deprecatus est, 

subscripsit. 
XP. Froterius archipresbyter atque archidiaconus subscripsit. 
XP. Boso archidiaconus subscripsit. 
XP. Ingelbertus archidiaconus subscripsit. 
Aimericus ? subscripsit. 

(Paraphe initial.) Sicbardus ^res&î/^er atque precentor subscripsit. 
(Paraphe initial.) Mainerius clericus atque abbas subscripsit. 
(Paraphe initial.) Otbertus diaconus subscripsit. 
Ermenfridus presbijter subscripsit. 
Christianus presbyter subscripsit. 
SQgienus presby ter subscripsit. 
Guarnerius presbyter subscripsit. 
Dodaldus presbyter subscripsit. 
Gyrardus diaconus subscripsit. 
Rotbertus diaconus subscripsit. 
Aganus diaconus subscripsit. 
Martinus diaconus subscripsit. 
Berne diaconus subscripsit. 



254 

Gunbertus diaconus subscripsit. 

Odilo clcricus subscripsit. 

Uolbertus clcricus subs£ripsit. 

Guido cfericîts subscripsit. 

Raimbaldiis clcricus subscripsit. 

Lcolardus clcricus subscripsit. 

Ilem Guido clericus subscripsit. 

Vulgrimnus clericus subscripsit. 

Fredricus clericus subscripsit. 

Hugo clericus subscripsit. 

Signum Gauzfridi vicecomitis, ad cujus beneficium pertinerc vidctur. 

Ebrardus arcbipresbiler subscripsit. 

Odo arcbipresl)iler subscripsit. 

Alcberius presbyter subscripsit. 

Guaniiicus presbyter subscripsit. 

Olberlus presbyter subscripsit. 

Rainardus presbtjter subscripsit. 

Rainaldus arcbipresbiler. 

Bernardus presbyter subscripsit. 

Signum Gelduini. Signum Plastulfi. Signum Adraldi. Signum 

RoLberti. Signum Rainaldi. Signum di. Signum item Rot- 

berti. Signum Arduini. Signum item Rainaldi. Signum Siardi. 
Signum Odonis. 

Data mense octobrio, in civitate Turonus, in plena synodo, anno 
dominicse incarnationis DCGGGLXXXIII, sive anno XXVII régnante 
Lotbario rege. 

XP. Durannus licet indignus sacerdos presens fui et rogitus ab 
[Ingelberto antigrafo ?] scripsi et subscripsi. 

XXX. 

UN CHEVALIER, NOMME CORBON, REMET A SAINT-JULIEN DIVERS 
DROITS qu'il PERCEVAIT DANS LES VILLAS DE MERE ET DE 
SAUNAY. — 984. 

Haut. 0'»274'^'". — Larg. 0«>212'"'°. 

Cette charte est la seule de ce recueil qui ne provienne pas des 
reliures de Tétat civil; mais comme elle concerne Saint-Julien, 
qu'elle est inédite et qu'elle manque dans la Notice des chartes 



2S2 

antérieures à fan mil, publiée par M. Delà ville le Roulx, nous 
croyons ne devoir pas la laisser de côté. 

Le Corbon qui figure ici me paraît être le père de celui qui 
donna, en 999, à l'abbaye de Bourgueil, des biens sis à Lerné* ; 
la femme du premier est morte et s'appelait Milesinde, tandis que 
celle du second est vivante, puisqu'elle signe la donation et a 
nom Aldesinde. Je ne pense pas qu'on puisse voir ici une simple 
variante. En comptant le Corbon de la pièce de mai 941 (n° iv), 
dont la femme est nommée Senehildis, nous avons dans nos 
chartes trois générations de Corbon, c'est-à-dire deux degrés de 
plus que n'en connaissait Chalmel, qui ne remonte pas au delà du 
personnage de 999 ^ Cette famille féodale nous apparaît dès l'ori- 
gine comme l'une des plus considérables de la province. Ceux de 
ses membres que nous rencontrons au x« siècle sont qualifiés che- 
valiers, et nous avons vu, n° xxn, que l'archevêque Ardouin était 
le propre frère du Corbon de 941. Or, à cette époque, l'épiscopat 
tourangeau, comme les autres, du reste, ne se recrutait guère que 
dans la classe qui allait devenir et était déjà, à beaucoup d'égards, 
la haute noblesse. 

Mairiacus est Meré, hameau de la commune deSaunay, can- 
ton de Châteaurenauld, qui au moyen âge s'est appelé Mairy et 
que nous avons déjà trouvé en 977 sous la forme Massiacus. 
Sulnacus est Saunay, canton de Châteaurenauld, qu'on écrit 
Sonnay du xv^ au xvn^ siècle. Gaudiacus pourrait être Joué, 
commune du canton de Tours-Sud ; cependant, cette terre était 
dès l'année 900 donnée au chapitre de Saint-Martin par Charles 
le Simple et avait une autre importance que celle d'un simple 
mansile ; il s'agit probablement ici d'une autre localité du même 
nom, dont la situation nous est inconnue. 

Au dos de la charte, on lit, en vieilles capitales mêlées d'on- 
ciales : Hœ sunt consuetudines quas dimisit Corho, miles, 
de Mairiaco villa. 

Plus bas, en écriture du xv® siècle : « Remise de quelques cou- 
tumes que debvoit le monastère de Saint- Julien, par le seigneur 
de Mairy. » 

Enfin, une main du xvii® siècle a écrit : chap. 2, liasse I, 

1 . Notice sur les chartes originales relatives à la Touraine, antérieures à 
l'an mil, par M. Delaville le Roulx,, p. 40. 

2. Histoire de Touraine, tome III, p. 212. 



253 

chartre 5, et plus haut, Sonnay. Ces indications répondent à l'in- 
ventaire de la Chambrerie de Saint- Julien, conservé dans les 
archives d'Indre-et-Loire, sous la cote H 509, p. 275. 

Cette pièce est inédite ; on n'en connaît aucune copie ancienne. 

XP. Notitia rei gestœ qualiler anno Incarnationis dominiese 
D cccc Lxxxirir venil quidam miles, nomine Corbo, in monaslerium 
Sancli Juliani, et propria duclus voluntate, pro amore omnipotentis 
Uci et pro redemplione animœ patris sui et malrissuœceteroi'umque 
lidelium raorum, et precipui Milescndis dilectœ uxoris suœ, quosdam 
redditus quos, vel juste vel injuste ex potestate Saneti Juliani exige- 
bat, remisit et induisit eidem Sanclo Juliano et servientibus sibi 
Monachis, ita ut ab hodierno die et deinceps, ex villa Mairiaco, vel 
ex potestate de Sulnaco, nullum servitutis obsequim, aut ipse auL 
aliquis sibi subjectus exigat vel requirat. Quod si vero in diebus cjus 
aut posl eum cxtiterit aliquis qui eundem beneficium promerueriL et 
banc remissionis obsequii vel donationis notitiam, quolibet modo 
infringere lemptaverit, in primis iram omnipotentis Dei el Saneti 
Juliani omniumque sanctorum ofTensam incurrat, suaque repetitio 
nullum efTectum obtineaL, sed in perpetum hœc notitia manibus viro- 
rum bonorum corroborata, fr-ma et stabilis omni tempore vigeat et 
permaneal. Simili modo, pro amore Dei, promisit et concessit jam 
dictus. Corbo, ut supra scripli monachi Saneti Juliani mansile suum 
vocabulo Gaudiacum, quod est juxta silvam ipsius Gorbonis excole- 
rent et cultores habundanter illuc introducerent, nemine eis contra- 
dicente vel resistente. Si vero exinde aliquis eis contrarius extiterit, 
contrarius sibi Deus omnesque saneti ejus existant, nisi cito resipue- 
rit et ad emendationem pervenerit. Et ut hœc omnia firmitate et sta- 
bilitate obtineant, manu propria ea firmavimus, manibus que fide- 
lium nostrorum affirmari rogavimus. 

f Signum Gorbonis qui hanc notitiam fîeri jussit et ipse manu 
propria eam firmavit. 

XXXI. 

DONATION A SAINT-JULIEN d'uN ALEU APPELÉ TAXNEGIAS ET SITUÉ 
DANS LE PAGUS DU MANS, SUR LA RIVIERE DE LA DEME. — 984. 

Haut. 0™360'»"\ — Larg. inconnue. 
Une bande horizontale qui ne donne que la moitié des deux 



254 

premières lignes, et quatre bandes verticales dont deux sont 
très incomplètes; il en manque au moins deux autres. 

Du nom de ]a Dême, il ne reste plus que quelques lettres, mais 
il nous est donné en entier par une très ancienne cote écrite au 

dos de la charte et où nous lisons : De alodo super Dimi- 

diam flumen, et la date 984 que l'on trouve dans la première 
ligne. 

La localité appelée Taxnegias était jusqu'ici inconnue, je crois. 
On pourrait l'identifier avec les Tasineres ou Tasnieres, ancien 
fief de la paroisse de Chemillé-sur-DêmeS laquelle fait aujour- 
d'hui partie du département d'Indre-et-Loire, mais appartenait 
autrefois à la province du Maine. Il faudrait pouvoir lire Tax- 
nerias, mais la terminaison gias est indubitable ; je ne puis donc 
présenter qu'une simple conjecture. 

Le nom de Geila, qui occupe le premier rang dans les signa- 
tures, se retrouve dans le martyrologe-obituaire de Saint -Julien^. 
On en faisait mémoire le 2^des ides de novembre, sans doute 
comme de l'une des bienfaitrices de l'abbaye. Pas trace de notes 
tironiennes dans cette charte, qui est inédite, et dont on ne connaît 
ni copie ni analyse. 

Incarnationis dominicae DGGGCLXXXIIII 

ut locum societatis vel fraternitatis acci[piat?]. 

Cujus rei g[est3e sit eidera mona[sterio] 

vel injuste te[n cum omnibus ut 

ita ut ab hodier[na die et dejinceps nullus suc[cessor] 

aliquod servitutis obsequium inde exigat...., unde etiam idem 

notitiam fier) jussit. Sed quia urgente i antequam firma 

tam uxor ejus quam omnes fllii ahique fidel[es am]ici pro amore [Dei] 
et ut portionem et partem habeant in or[aliones] quse in eodem 

mon[asterio] 
a servis Dei eam libentissime firmaverunt.... roborare studu[eruRt]. 
Est autem ipsum alodum situm in pago [Ginnomanjico super fluvio- 

[lum Dimid-] 
iam, vocatur que Taxnegias. Hanc autem [donationem] amore orani- 

poten[tis Dei factam] 

1. Bibl. de Tours, ms. n" 1428, Roole des fiefs de Touraine, fol. 239. 

2. Mémoires de la Société archéologique de Touraine, t. XXIII, 2*^ fascicule, 
p. 296. 



255 

siquis infringcrc aut violare temptaver[it imprimis] iram Domini 

Jhesu Ghristi 
offensam incurral, suaque rcpetilio nullum e[frectum oblinjeat, sed 

insuper h[œc aucloritas] 
manibus lidelium corroborata, firma [eL inviolata] semper et ubique 

perm[aneal] 
[Sign]um Geila\ S[ignum] Guidonis clc[rici]. 

[Sigiium] Alcherii. [Signum] Gclduini. 

[Signum] Ervei. 



XXXII. 

CONCESSION PAR l'ABBÉ EVRARD, A BERNARD ET A SON FRERE, d'uN 
ARPENT DE TERRE DANS LA VIGUERIE DE CHANCEAUX. — 989 

OU 990. 

Hauteur et largeur inconnues. 

Trois bandes verticales incomplètes ; il en manque au moins 
deux. Cette charte, dont certaines parties étaient fort effacées, 
et n'ont pu être ravivées au'imparfaitement, est une concession 
d'un arpent de terre, par l'abbé Evrard, à deux frères dont l'un 
s'appelait Bernard; du nom de l'autre, il ne reste que la dernière 
syllabe, lo. La concession est faite à eux et à deux de leurs suc- 
cesseurs, moyennant un cens annuel dont le cliifîre manque. C'est 
donc un bail à trois vies, sans aucune particularité qui le dis- 
tingue des actes de cette nature. Les signatures fort mutilées ne 
nous offrent pas d'autres notes tironiennes que celles des mots 
sacey^dos et suhscripsit. Le mot monachus, qui est assez fré- 
quent, est simplement écrit en abrégé et en caractères ordinaires. 
On sent que l'usage des notes tironiennes va bientôt disparaître. 

Cette pièce est inédite ; on la trouve seulement mentionnée, 
d'après le Monasticon Benedictinum, dans le Gallia chris- 
tiana\ où elle est datée de 989; une cote au dos donne 990. La 
portion de la charte qui contenait la date étant perdue, il est bien 
difficile de décider. 

XP. In nomine [summi Salvatoris noslri], nos quidem [l'h'rardus 
abbas] coenobii [SancLi Juliani, notuni] immo cl percognilum osse 

1. Gallia chrisiianu . t. XIV, col. 241. 



256 

volu[mus cimctis fidelibus] sanctae Dei ecclesiœ, presentibus scilicet 
et [futuris precipueque succ]essoribus nostris, quoniam deprecati 

sum[us] bo videlicet et Bernardo, uti ex re[bus dicto 

coenobio per]tinentibus aliquid eis [et] duobus suce[essoribus suis, 
per huJLis] nostrae auctoritatis [tesjtamenlum c[oncederemus, sub 

institjutione census annuatim [redjdendum, id est 

.... ad vineam plantandam precario inde 

concessimus jam dictis fratribus. 

Benardi et [et duobus successojribus post eos 

predictum [arpen.] de terra [arabili] a situm in pago Turonico 

[in vicaria] Gancellace[nse] Eo autem modo concedimus 

[predictam] terram [ut habeant licentiam] œdificandi, plantandi, 
[construenjdi et quicquid [melius voluerint emejliorandi, et si necesse 
[ftierjit etiam ve[ndendi. Vejrum tamen ad ipsam potestatem [sol- 
vant] exinde, ann[is singulis, ad festivitatem] Sancti Juliani quse 

celebratur [v kal. septem]bris, census [et eis am]plius 

non requiratur [aut exi]gatur. Et s[i de eodem censu tardi a]ut 
négligentes exstiterint [id] ipsum eis em[endare liceat et quod ten]ue- 
rint non ideo perdant. [Ut autem h]aec auctori[tas certior habeatur] 
manu propria eam [firmavijmus raanibus[que fratrum nostrorum] 
affirmari rogavimus. [Termin]atur vero ipsa [terra ex omnibus par- 
tibus terra] ipsius potestatis. 

[Dom]nus Evra[rdus humilis abbas huic manui]firmœ subscripsit. 

V colonne : huit souscriptions dont il ne reste plus que les der- 
nières lettres et les notes tironiennes répondant à sacerdos subscripsit. 

2« colonne : Signum Manfredi monachi. 
Signum Cristiani monachi, 
[Signum] Arnulfî monachi. 

Cinq autres souscriptions de moines, dont on ne lit plus que le mot 
monachi, en abrégé mchi. 

XXXIII. 

CONCESSION PAR L'ABBÉ EVRARD, A CONSTANTIUS, d'dN QUARTIER DE 
TERRE DANS LA VIGIjERIE DE CHANCEAUX. — 990. 

Haut. 0^340'""^? — Larg. 0™200'°'"? 

Six bandes verticales dont une est incomplète, il en manque 
deux. Cette pièce est, comme la précédente, un bail à trois vies, 



257 

mais cette fois consenti à un seul individu, nommé Constantius. 
Le quartier de terre coucédè était situé dans le pagus de Tours, 
dans une viguerie du nom de laquelle il ne reste plus que la pre- 
mière et les deux dernières lettres, mais que nous pensons être 
Chanceaux, et dans une villa dont le nom manque totalement, ce 
qui enlève à cette charte une partie de son intérêt. Elle offre 
d'assez nombreuses signatures et a conservé les portions essen- 
tielles de sa date. Pas d'autres notes tironiennes que celles de 
suhscripsit et des deux mots humilis abhas. 

A noter le nom du moine Caïman, qui a une physionomie 
hébraïque bien marquée. Celui du maître-école, qui a écrit la 
pièce, fait défaut. 

Cette charte est inédite ; on n'en a ni copie ni analyse. 

XP. [In nomine Summi Salvatoris noslri, nos quidem Evrjardus, 
abbas coe[nobii Sancti Juliani, notum immo et] percog[uilum esse 
volujmus cunctis fidelibus sanctœ Dei ecclesiaî, presen[tibus scilicel] 
et futuris [precipueque] successoribus nostris, quoniam deprecatus 
est nos qui[dam homo,] nomine GGn[slanlius, u]ti ex rébus Sancti 

Juliani, quse nostro stipendiarlio] ta3 sunt, ar[pen. i et] quarle- 

rium unum de terra arabili ad vi[tas sibi et du[obus 

successojribus suis, per hujus nostrse auctoritatis testa[mentum con- 
cede]remus, sub in[stitutione cejnsus annualim reddendum. Cujus 
dcp[recationem benjigne recipie[ntes conce]ssimus jam dicto Cons- 
tanlio cl duobus succ[essoribus suis pre]fixum arpen. [et quar]tarium 

unum, sites in page Turonico, invicaria C[ancellacen]se, in villa 

Terminatur vero ipsa terra ex omnibus par[tibus terra e]x ipsa 
potes[tate. Eo aute]m modo concedimus eis predictam terram ut 
habeant l[icentiain desuper] edificandi, p[lantandi, conjstruendi et 

quicquid melius voluerint emeliorandi bi fuerit et v[en- 

dendi] vel dimittendi; verumtamen ad ipsam potestatem solventes 
[exinde anni]s singulis, ad [festivitatem] Sancti Juliani quae celebra- 

lur V kal. septembris, ad usus nostros, c[ensum] et eis amplius 

[non requirajtur aut exigatur; et si de eodem censu tardi aut neg[le- 
gentes exsjlilerint idip[sum eis emendarje liceat et quod tenuerint 
non ideo perdant. Ut aulem haec auctorita[s cerlior habjeatur, manu 
[propria eam] firmavimus manibusque fratrum nostrorum affirmari 
rogavira[us.] 

Evrardus conob[ii Sancti Juliajni humilis abbas [huic manujifir- 
mae subscripsit. 



258 

'1''^ colonne. Rotbertus monachus et d[ecanus] [subscripsit .] Ghris- 
tianus monachus [subscripsit\ Rainaldus I monachus [subscripsit.] 
Bertramnus monachus [subscripsit.] Andréas primus monachus [sub- 
scripsit.] Gauzbertus 3editu[us subscripsit.] Ingeh^ardus s[acerdos 
subscripsit.] Adalulfus sac[erdos subscripsit.] Adraldus sac[erdos 

subscripsit.] Durandus laicus et [subscripsit.] Item Durandus 

le[vita] [subscripsit.] Gumbertus lev[ita subscripsit.] Boso levit[a 

subscripsit.] Rainaldus II le[vita subscripsit.] 

2" colonne. [AJndreas subscripsit. [Is]ambert[us] subscrip- 
sit. Hucbaldus subscripsit. [E]rlebald[us] subscripsit. 

[T]ethbald[us] subscripsit. [H]ucbaldu[s] subscripsit. [Jo]- 

hannes subscripsit. (Six autres souscriptions dont il ne reste 

que la note tironienne de subscripsit.) 

Z^ colonne. Godolbertus levila et monachus subscripsit. Girardus 
sacerdos et monachus subscripsit. Amalbertus sacerdos et monachus 
subscripsit. Ervicus subdiaconus subscripsit. Maingaudus subdiaco- 
nus subscripsit. Fulbertus subdiaconus subscripsit. Pontius subdia- 
conus subscripsit. Girbertus puer subscripsit. Hugo puer subscripsit. 
— Constantinus sacerdos et monachus subscripsit. Caïman mona- 
chus subscripsit. 

Data m[en]se ap[rili anno incarnationis] Dominice DGGGGXG 

Hujgone anno 

mag[istro] scolae. 

XXXIV. 

CONCESSION A SAINT-JULIEN PAR EUDES, COMTE DE TOURS, DE DEUX 
ARPENTS DE VIGNE, AUX ENVIRONS DE TOURS, PRÈS LE LIEU 
APPELÉ VILLENEUVE. — 20 MAI 994. 

Cette charte bien conservée est en trois fragments, dont 
deux avaient été trouvés par M. Gauthier sur les registres de 
l'état civil conservés au greffe de Loches et publiés par M. Dela- 
ville Le Roulx, en complétant le texte à l'aide d'une bonne copie de 
Gaignières*. Le troisième fragment, qui est le plus considérable 
et donne environ les deux tiers de la pièce avec de nombreuses 
signatures, a été recueilli par nous. 

l. Bibl. nat., ms. lat. 5443, p. 39, et aussi dans le fonds Baluze, t. LXXVII, 
fol. 73. 



259 

La localité nommée Villeneuve, qui était dans la Varenne 
s'étendant sous les murs de l'ancien Tours, n'a laissé aucune 
trace ; elle a probablement été absorbée dans les développements 
successifs de la ville. 

La chapelle de Saint-Sauveur était située dans l'intérieur de 
la cité, infra étant ici pris dans le sens àHntra, mais rien n'in- 
dique son emplacement précis; en tout cas, il ne faudrait pas la 
confondre avec la chapelle Saint-Sauveur qui était près du Cher, 
à peu près où se trouve aujourd'hui le pont qui porte ce nom. 

Notre pièce a été écrite par Adalgerius, remplaçant le scribe 
en titre de la cathédrale appelé Ingelbertus, dont le nom se trouve 
au bas de la charte de l'archevêque Robert, donnée en 927 
(n° 1). S'il n'a pas existé dans ce siècle deux scribes delà cathé- 
drale portant le même nom et se succédant l'un à l'autre, cela fait 
une bien longue carrière. Il est vrai que l'Ingelbertus mentionné 
en 994 devait être fort âgé, car depuis plus de cinquante ans 
nous le voyons suppléé dans ses fonctions, d'abord par Erbernus, 
qui a écrit nos chartes de Téotolon de 940, de 941 et d'avril 943, 
et celle de Frotier de 959, puis par Durannus, que nous trouvons 
en 976 (n° 24), enfin par Adalgerius, qui paraît en 991 ^ La sup- 
pléance d'Erbernus semble n'avoir été qu'accidentelle , car Ingel- 
bertus écrit la charte de Téotolon de 942 et fonctionne encore en 
968-; mais Durannus et surtout Adalgerius durent le remplacer 
habituellement dans son extrême vieillesse. Cependant ni l'un 
ni l'autre ne paraît avoir recueilli sa succession, car, en 999, le 
scribe ou antigraphe de la cathédrale se nommait Fredericus^. 
Il est à remarquer, du reste, qu'Ingelbertus ne prend pas cette 
qualité au bas des chartes écrites par lui ; il se dit modestement 
indignus sacerdos et le titre dUantigraplius ne lui est donné 
que par les scribes qui sont chargés de le remplacer. 

La concession a été faite le jour de la Pentecôte, au mois de mai 
994. En cette année, la Pentecôte tombait le 20 mai, qui ne se 
trouve dans la huitième du règne d'Hugues Capet qu'en faisant 
remonter l'avènement de ce prince à une époque antérieure au 
20 mai 987, supposition très permise, car, si le jour du sacre à 



1. Delaville Le Rouix, Charles antérieures à l'an mil, p. 27. 
1. Archives de Maine-et-Loire, R()le des chartes de Saint-Florent, intitulé : 
Touraine, pièce n" 6. 
3. Delaville, p. 'lO. 



260 

Reims peut être fixé au 3 juillet, on ignore l'époque précise de 
l'élection du roi dans l'assemblée de Noyon. 

XP. In nomine sum[mi Salvatoris] Dei, Odo gratia omnipotentis Dei 
Turonorum cornes, notum immo et percognitum esse volumus cunc- 
tis fidelibus Sanctae Dei ecclesiae, presenlibus scilicet ac futuris pre- 
cipueque successoribus nostris, quoniam deprecatus est nos quidam 
vassallus ac fidelis nosler, nomine Gualterius, uti ex rébus beneficii 
sui quod de nobis tenere videtur, ex comitatu Turonicae urbis per- 
tinentem, videlicet de illa catena, hoc est arpn. ii de vinea quos 
Vivianus ad monachos Sancti Juliani, qui consistunt in suburbio 
Turonice urbis, contulit perpetualiter ad habendum sub institu- 
tione census annualim reddendum, per hujus nostrœ auctoritalis 
testamentum, concederemus. Cujus deprecationem bénigne reci- 
pientes concessiraus jam dictis monachis supralibati Sancti Juliani 
prefixos arpn. ii de vinea, sitos in page Turonico, in illis varenis 
quae conjacent in circuitu Turonicae urbis, non longe a loco quge 
dicitur Villa Nova. Terminantur de una parte, terra ipsius potesta- 
tis-, et de altéra parte, terra Sancti Hilarii, ex bénéficie Guandalberti ; 
et de duabus aliis partibus terra Sancti Salvatoris, cujus capella est 
sita infra muros Turonicae civitatis, quam tenet Ingelbertus prepo- 
situs. Eo etiam modo concedimus eis praenominatos arpn. ii de 
vinea ad jamdictos Sancti Juliani monachos, ut habeant licentiam 
desuper aediflcandi, plantandi, construendietquicquid melius elege- 
rint emeliorandi, solventes exinde annis singulis ad festivitatem 
Sancti Briccii, quae celebratur idus novembris, Gualterio fideli nos- 
tro, sive successoribus suis, qui eandem terram de illa prselibata 
catena in manu sua tenuerit, censum dr, xii, et eis amplius non 
requiratur aut exigatur -, sed sub tali censu libère ac quiète teneant 
et possideant nemine inquiétante atque contradicente. Et si de eodem 
censu tardi aut neglegentes reperti fuerint, id ipsum emendare stu- 
deant, et quod tenuerint non ideo amittant; habeantque licentiam 
dandi, vendendi, relinquendi, et quodcumque mehus voluerint, 
faciendi. Ut autem haec auctoritas firmior sit, firmiorque permaneat, 
manu propria eam subterfirmavimus, manibusque fidelium nostro- 
rum adfirmare rogavimus. 

Odo Turonorum comes hoc signum confirmationis fecit f . Signum 
Guilelmi comitis, nepotis ejus. 

Signum Gualterii, qui hanc auctoritatem fieri deprecatus est et 
ipse firmavit. 



26^ 

Signum Hucberli. Signum Alonis. Signum Gelduini. SignumGui- 
cherii. Signum Rolberli. Signum item Rotberti. Signum Amalrici. 
Signum Acfridi, fralris ejus. Signum ErbcrrU. Signum Solionis. 
Signum Corbonis. Signum Guarnerii. Signum Aimerici. Signum 
Gauzfridi. Signum Odulgerii. [Signum Erjvei. Signum Odonis. 
Signum Hugonis. Signum Theoderici. Signum Ardradi. Signum 
[Drogonis.] Sigimm Guarini. Signum Geilonis. Signum item Hugo- 
nis. Signum Guarnaldi. Signum Frodonis. Signum Helgodi. Signum 
item Hugonis. 

Data mense maio , die Pentecostes, in civilate Turonus, anno 
incarnationis Dominicae, DGGGGXCniI, sive anno VIII régnante 
Hugo [sic] rege. 

XP. Adalgcrius indignus sacerdos rogitus ab Ingelberto antigrafo 
scripsi et subscripsi. 

XXXV. 

DIPLOME DU ROI ROBERT EN FAVEUR DE l' ABBAYE DE SAINT- 
MAGLOIRE DE PARIS. — VERS 997. 

La dernière de nos pièces antérieures à l'an mille ne concerne 
pas Saint-Julien, ni même la Touraine. C'est un diplôme du roi 
Robert en faveur de Saint-Magloire de Paris, dans lequel il renou- 
velle et confirme les donations faites par son père et son aïeul. 
On sait que cette abbaye, promptement tombée en décadence, fut 
réunie à celle de Marmoutier par le roi Pliilippe r% en 1093 ^ 
époque à laquelle les archives de Saint-Magloire durent être trans- 
férées à Marmoutier. Ce diplôme ayant été publié trois fois, 
d'abord par D. Martène, Thésaurus, t. I, col. 107, et par 
Mabillon, Ann. Bened., t. VI, p. 595, puis par D. Bouquet, 
dânsles Histonens de Frmice, t. X, p. 575, et devant paraître 
très prochainement dans le Cartulaire de Paris, par les soins de 
notre honorable confrère M. le comte Robert de Lasteyrie, nous 
nous abstiendrons de le reproduire. Mais, en considération de 
l'importance de ce document, et des doutes pouvant s'élever sur 
son authenticité, nous croyons devoir décrire avec quelques 
détails les portions que nous avons pu en recueillir. 

1. Histoire de Marnouiier, par D. Martène, publiée par Mgr Chevalier, t. I, 
p. 500. {Mém. de la Soc. archéol. de Tour., t. XXIV.) 



262 

Nous avons retrouvé de ce diplôme deux exemplaires, l'un 
entier et l'autre fort incomplet. 

L'exemplaire entier est une copie qui paraît du xi" siècle, et est 
en deux moitiés d'une largeur totale de 0^545'"'" et d'une hau- 
teur de 0™375°"". Elle est d'une minuscule diplomatique assez 
effacée par endroits et écrite sur parchemin rayé à la pointe 
sèche. La première ligne, qui Ta jusqu'aux mots cum, ncibi- 
lissima uœore Berta exclusivement, est en caractères allon- 
gés imités de l'écriture des têtes de diplômes du x'' siècle. 

Cinq autres fragments de dimension fort inégale proviennent 
d'un exemplaire évidemment plus ancien que le précédent, et qui 
pourrait être l'original. 

Le premier, de 0'°350'"'" de largeur et de 0™180°>'" de hauteur, 
donne tout l'angle supérieur de droite du diplôme, c'est-à-dire 
environ la moitié des huit premières lignes. Il est sur beau par- 
chemin rayé à la pointe sèche, les lignes étant espacées entre elles 
de vingt millimètres ; l'écriture est bien celle des diplômes de la fin 
des Carlovingiens et du commencement des Capétiens. La pre- 
mière ligne, en caractères allongés de vingt-quatre millimètres de 
hauteur, se termine par les mots intervenientibus reginis, 
Adélaïde^. Un court fragment horizontal nous donne le commen- 
cement de cette ligne et contient les mots consistentis in uni- 
tate deitatis; mais suinmœ et incomprehensibilis font défaut, 
et notre grand fragment ne reprend qu'à Trinitatis. 

Trois autres morceaux, qui appartiennent à l'angle supérieur 
de gauche, nous donnent environ le quart des quatrième, cin- 
quième et huitième hgnes, et près de la moitié des sixième et 
septième; ce qui nous permet, en ajoutant cette portion à celle 
que nous avons déjà dans le grand fragment, de reconstituer ces 
deux hgnes entières et de connaître ainsi la largeur totale du 
diplôme qui est de 0'^551""". 

La hauteur ne saurait être indiquée, même approximativement ; 
les huit premières lignes contenaient bien environ le tiers du 
diplôme, mais il se trouvait au bas un blanc plus ou moins 
considérable, pour placer le sceau du roi dont la présence est 
annoncée à la fin du texte publié par D. Martène, et qui devait 
être plaqué, selon la coutume du temps. 

1 . Voici cette ligne dans son entier : « Consistentis in unitate deitatis, summae 
et incomprehensibilis Trinitatis in nomine, Rotbertus, Francorum rex Augustus, 
disponente praelibatcB divinitatis clementia, intervenientibus reginis, Adelaide... » 



263 

Quant à la date, ou elle n'a jamais existé, ou elle manquait 
déjà lorsque D. Martène a copié cette pièce dans les archives de 
Marmoutier, car il ne la donne pas, bien qu'il dise avoir fait cette 
copie sur un original {ex autographo). Le savant Bénédictin 
place ce diplôme vers 999, mais il semble qu'on doive un peu recu- 
ler cette date. Nous remonterons donc à 997, nous rapprochant 
ainsi de l'opinion de M. Pfister qui, dans son catalogue des actes 
du roi Robert', pense que cette pièce a été donnée entre les années 
996 et 1000. 



APPENDICE. 



XXXVI. 



CONCESSION d'une VIGNE A LEDTHARDUS, PAR AUSTRENUS, ABBÉ 
DE SAINT-JDLIEN. — 847. 

Haut, inconnue. — Larg. environ C^léO""™. 

Cette charte, qui vient ici à la fin de notre recueil, aurait dû 
être placée la première, car elle est antérieure de près d'un siècle 
k la plus ancienne de celles que nous avons publiées. Mais nous 
n'en possédions d'abord que de trop rares fragments, qui même ne 
se suivaient pas les uns les autres et dont il nous était impossible 
de tirer un sens acceptable. 

Au cours de l'impression, une heureuse trouvaille a mis entre 
nos mains quelques nouveaux fragments, ayant la même origine 
que les premiers et qui, sans nous donner encore la pièce entière, 
nous en font connaître cependant le sujet, ainsi que les noms des 
personnages contractants, et contiennent même une portion de 
la date. Dans l'état actuel, nous possédons cinq fragments verti- 
caux formant trois bandes, qui nous donnent à peu de chose près 
le corps de la charte, plus trois autres fragments, contenant 



1. Ch. Pfister, Études sur le règne de Robert le Pieux. Paris, Wieveg, 1885; 
64° fascicule de lu Bibi>otIièque de l'École des hautes études 



264 

quelques souscriptions et une partie de la date. Au dos d'un de 
ces derniers, on lit en anciennes capitales mêlées d'onciales : 

[pojstulavit Leota[rdus] 

abbatiam. 

Au-dessus, d'une écriture du xvif siècle, où nous croyons 
bien reconnaître la main du savant bénédictin dom Anselme Le 
Michel : 

Austrenus ahh 

Leotardo.... 

et plus bas, d'une autre main, mais également moderne : 

Anno 7° Karo... 

Quant au parchemin et à l'écriture elle-même, rien ne s'oppose 
à ce qu'ils remontent au milieu du ix** siècle. C'est bien la minus- 
cule diplomatique carlovingienne, et les notes tironiennes qui 
accompagnent les souscriptions sont correctes et bien formées. 
Le sujet lui-même est tout simplement la concession d'une vigne 
faite par Austrenus, abbé de Saint-Julien, à un homme nommé 
Leuthardus. Il semble donc tout naturel de classer cette pièce 
en tête du chartrier de cette abbaye, car nous verrons tout à 
l'heure que le Charles mentionné dans la date ne peut être que 
Charles le Chauve, dont la septième année correspond à 847. 
Mais plusieurs objections peuvent être présentées. 

On sait d'abord que l'abbaye de Saint- Julien, fondée à l'époque 
mérovingienne et dont parle Grégoire de Tours, fut entièrement 
détruite par les Normands en 853 et ne se releva de ses ruines 
qu'environ quatre-vingts ans plus tard, parles soins de Téotolon. 
Toutes les chartes venues jusqu'à nous et toutes celles copiées ou 
analysées parBaluze, Gaignières et les Bénédictins, ne remontent 
pas au delà de l'époque de cet archevêque. Dans le Gallia chris- 
tiana, les Bénédictins disent formellement ne connaître aucun des 
abbés qui ont régi le monastère détruit par les Normands, et cepen- 
dant notre charte nomme Austrenus, ahba ex cellula beati ynar- 
tiris Juliani, qu'ils auraient dû au moins mentionner. Tous ces 
savants chercheurs n'auraient donc pas connu notre charte, elle 
aurait même échappé à dom Le Sueur, qui était moine et digni- 
taire de Saint-Julien et qui n'en parle pas dans les analyses qu'il 
nous a laissées des plus anciennes chartes de l'abbaye. Ou bien 
l'auraient -ils mise de côté comme entachée de fausseté? De 



265 

nombreux exemples tendraient cependant à prouver qu'ils n'étaient 
pas aussi difficiles qu'on l'est aujourd'hui sur ces questions d'au- 
thenticité, et d'ailleurs ils l'auraient toujours mentionnée comme 
très ancienne copie. 

On s'explique difficilement que cette pièce ait pu échapper à des 
chercheurs aussi laborieux et aussi intrépides, surtout à dom Le 
Sueur, qui avait certainement toutes les archives de l'abbaye à 
sa disposition. Il est vrai qu'au xvn" siècle, époque de ces 
recherches, Saint-Julien sortait à peine de l'état de désordre et 
d'abandon où l'avaient jeté les guerres de religion et la détestable 
administration des abbés commendataires. Doit-on penser que la 
conhision était arrivée dans le chartrier à un point tel qu'une pièce 
de cette ancienneté eût pu s'égarer? Nous savons cependant que 
le premier effet de l'introduction de la réforme de saint Maur, en 
1637, fut de rétablir l'ordre dans le temporel comme dans le spi- 
rituel de l'abbaye, et que de nombreux inventaires, dont plusieurs 
sont venus jusqu'à nous, furent bientôt commencés et continués 
pendant une partie du xviii'' siècle. Or, aucun de ces inventaires 
ne fait mention de cette charte. Mais nous sommes loin de les 
avoir tous, et d'ailleurs, ces travaux ont été exécutés, non 
dans un intérêt historique, mais au point de vue purement doma- 
nial. On a voulu surtout classer et analyser les documents concer- 
nant les divers offices claustraux, ainsi que les domaines et les 
droits qui y étaient afférents. Notre modeste charte ne rentrant 
dans aucune de ces catégories aura sans doute été négligée. 

Quoi qu'il en soit, son existence actuelle est incontestable, 
puisque nous en possédons environ les quatre cinquièmes, et sa 
provenance de l'ancien chartrier de Saint-Julien ne nous semble 
pas pouvoir être mise en doute. En effet, les mots posiulavit 
Leotardus, en vieilles capitales mêlées d'onciales, sont de la 
même forme et très probablement de la même main que d'autres 
cotes écrites au dos de nos plus anciennes chartes de Saint-Julien. 
Il y a là comme l'estampille du vieux chartrier. Notons encore 
les mots Austrenus abb. eiLeotm^do, qui faisaient partie d'une 
cote plus récente et sont de la main de dom Anselme le Michel, 
savant bénédictin qui séjourna longtemps en Touraine et y 
recueillit un grand nombre de copies et d'analyses de pièces 
aujourd'hui conservées à la Bibliothèque nationale et à celle de 
Tours. Il est vrai que ses ivd »'aux ont particulièrement pour objet 
l'abbaye de Marmoutier, mais celle de Saint-Julien, qui était 

48 



266 



Yoisine, appartenait également à la famille bénédictine, et l'on 
s'explique parfaitement que dom Le Michel ait eu accès dans ses 
archives, d'autant mieux qu'en 1641 le père général donnait à 
ce religieux la mission d'explorer les différentes abbayes de 
France pour rassembler les matériaux nécessaires à l'histoire de 
l'ordre de Saint-Benoît. 

Enfin, et ceci est capital, notre charte a été connue et vue 
dans le chartrier de Saint-Julien par dom Housseau qui, au 
XVIII'' siècle, fut chargé par sa congrégation de continuer le 
recueil de documents relatifs à l'histoire de Touraine, d'Anjou 
et du Maine, commencé par dom Augustin Cossard et dom 
Lefebvre Deschamps. On sait que les nombreuses copies ras- 
semblées par dom Housseau sont aujourd'hui à la Bibliothèque 
nationale, où elles forment vingt-neuf volumes. Or, dans le trei- 
zième de ces volumes, on lit, sous le numéro 8540, une analyse 
ainsi conçue : Charta quœ metnorat donationem factam 
ciddam nomine Leuthardo, àb Austreno dbhate ex cellula 
Sancti Juliani martiris, tempore Actardi Turonorum epis- 
C02oi, anno 7" Caroli régis. Il s'agit bien ici assurément de notre 
pièce, et l'on remarquera même que l'auteur de l'analyse devait 
l'avoir sous les yeux, car certaines expressions sont identiques des 
deux parts. Quant à la mention tempore Actardi, Turonorum 
episco2n, ajoutée au texte, elle constitue une erreur, Actard 
n'ayant occupé le siège de Tours que de 871 à 874. Mais ce pré- 
lat était depuis 843 pourvu de celui de Nantes, dont il fut chassé 
et obligé de se réfugier à Tours, où nous le rencontrons en 847 * et 
où il se trouvait probablement à l'époque de la rédaction de cette 
charte. Peut être même son nom figurait-il parmi les souscriptions 
dont un très petit nombre seulement est parvenu jusqu'à nous. 

Cette pièce avait déjà passé sous les yeux de dom Martène, qui, 
dans son histoire de l'abbaye de Marmoutier, conservée à la 
Bibliothèque nationale, s'exprime ainsi au sujet des premiers temps 
de l'abbaye de Saint-Julien : ^< La perte que l'on a faite de ces 
« anciens monuments dans sa ruine, causée premièrement par les 
« Sarrazins du temps de Charles Martel, et ensuite par les Nor- 
« mands l'an 853, nous ôte la connaissance des abbés qui succé- 
« dèrent à saint Antoine ; nous trouvons seulement un Estrenus 
« {sic) dans un vieux titre de l'an 7 du règne de Charles le 

1. Hist. de MarmoMiier, par D.Martène, publiée par Mgr Chevalier, t. I,p. 171. 



267 

Chauve ^ » Evidemment, ce « vieux titre de l'an 7 du règne de 
Charles le Chauve » ne peut être que notre charte, et il s'agit 
bien ici d'Austrenus, malgré la légère différence des noms. Plu- 
sieurs princes carlovingiens ont porté, il est vrai, le nom de 
Charles, mais l'abbaye de Saint-Julien, détruite par les Normands 
en 853, ne fut rétablie par Téotolon qu'à partir de 937, et, depuis 
cette dernière époque, nous possédons la liste des abbés, sur 
laquelle ne figure pas le nom d'Austrenus. Il a donc été eu fonc- 
tion avant 853, et le Charles dont il s'agit doit être cherché à une 
époque antérieure à cette date. Nous n'avons plus à choisir 
qu'entre Charlemagne et Charles le Chauve. La septième année 
du règne de Charlemagne nous reporterait au viii" siècle, époque 
que ne permettent pas d'admettre les caractères paléographiques 
de notre pièce ; reste seulement Charles le Chauve, dont les années 
partent généralement du 20 juin 840. Cette opinion est du reste, 
comme on l'a vu, celle de dom Martène et de dom Housseau. 

Quant au fait de la conservation et pour ainsi dire de la survi- 
vance de ce frêle morceau de parchemin à la ruine totale et pro- 
longée de l'ancienne abbaye de Saint-Julien, il n'a rien qui doive 
nous arrêter, tout invraisemblable qu'il puisse paraître au pre- 
mier abord. Il nous serait facile, en effet, de citer plusieurs chartes 
de Marmoutier et de Saint-Martin qui avaient échappé à la des- 
truction de ces établissements religieux par les Normands et qui, 
avant la Révolution, étaient conservées dans leurs chartriers. On 
dira peut-être que ces pièces n'étaient que de faux documents, 
fabriqués après la restauration des abbayes, comme cela est arrivé 
parfois ; mais cette objection , que rien ne justifie du reste , né 
saurait atteindre le diplôme de Louis le Débonnaire, de l'an- 
née 837, que possèdent encore les archives d'Indre-et-Loire, et 
qui provient de l'abbaye de Cormery, elle aussi détruite par les 
Normands au milieu du ix"" siècle. La parfaite authenticité de cette 
belle pièce, qui a conservé son sceau plaqué, n'a jamais été mise 
en doute et ne saurait l'être. L'état fragmentaire dans lequel nous 
est parvenue la charte de 847 ne permet peut-être pas de se 
montrer aussi affîrmatif à son égard ; cependant, nous croyons, 
tout bien considéré, qu'elle ne saurait être rejetée et qu'il y a lieu 
de lui donner place dans nos arcliives départementales, immédia- 

1. nisioire de Marmovtier, par dom Martène, partie I, tome I, p. 213. Bibl. 
nationale, ras. lat. 12876, ancien résidu Saint-Germain, paquet 96, n" 4. 



268 

tement après le diplôme de Louis le Débonnaire, dont elle n'est 
séparée que par un intervalle de dix années. 

[XP. In nomijne Dei aeterni, Austrenus, abba ex cel- 
[lula beati mjartiris Juliani notum fore cupimus omnibus 
[fîdelibus] sancte Dei ecclesie quia postulavit nos quidam 
[homo, nomijne Leuthardus, vineam que est sita super flu- 

tei ad censum e deberemus quod 

scilicet deprecante fran... 

do habet in longum predicta vinea dextros 

runs versus dextros xii, ab alia fronte... 

. . . [Terjminantur de duobus lateribus 

vie publiée, una cum per viam Ligeris, ab alia f[ronte] 

Saneti Vincentii. Inter istas lerminationes jus desuper 

mus edificandi piantandi, vel quicquid 

[meliuselegeritemelijorandi. Eo scilicet modo ut annis singulis, 
[ad missam] Saneti Juliani martiris_, censum persolvat denar. XII 

ut si tardus aut neglegens de predicto 

defaciat et ob hoc ipsud rem perdat 

[concjedimus illi cuicumque voluerit parentum 

Girbertus ? 

Ansbertus humilis presbijter subscripsit. 
.... 1, presb^jter subscripsit. Girbertus. 
Bertradus, indignus levita subscripsit. G... 
.... Subdiaconm subscripsit. Ala. . . . 

mense kalen. . . . 

VU Garolo reg. 

XXXVII. 

CONCESSION A SAINT-JULIEN PAR LE COMTE FOULQUES LE BON, 
ABBÉ DE CORMERY, d'uN DROIT DANS LA RIVIERE DE LA 
VEUDE. — MARS 944. 

Haut, inconnue. — Larg. 0'°250°"". 

Nous ne possédions d'abord de cette pièce que quatre bandes 
verticales fort incomplètes, ne donnant que quelques mots, dont 
plusieurs étaient à peine lisibles, et quelques signatures. Il nous 
était impossible de déterminer le sujet de la charte, dont l'écriture 



209 

cependant indique bien le milieu du x" siècle. Heureusement, une 
demi-bande horizontale est venue nous donner le cœur même de 
la date, qui est ainsi formulée : Data in mense Marcio, 
anno VIII régnante Lodovico rege; ce qui, d'après la façon 
habituelle de compter les années de Louis IV, répond k 9 14. Elle 
porte même au dos, en ces vieilles capitales mêlées d'onciales, qui 
sont comme l'estampille de l'ancien cliartrier de Saint-Julien, une 
cote où nous lisons : Concessio Fulconis comitis ad mo7iachos 
Sancti Juliani, de Vosda. 

Cette précieuse indication nous permet de reconnaître une 
charte de Foulques le Bon, comte d'Anjou, qui fut abbé laïque de 
Cormery, charte dont Baluze nous a conservé une copie. Les 
pièces émanées de ce personnage sont extrêmement rares, surtout 
en original, celle-ci mérite donc grandement d'être recueillie, 
d'autant mieux qu'elle est la seule où Foulques soit mentionné 
comme abbé de Cormery. Nous en donnons le texte, d'après 
Baluze, en mettant en itahques, dans le corps de la charte, les 
quelques mots ou portions de mots écrits sur nos fragments. 

Baluze n'indique pas d'autres signatures que celle de Foulques ; 
elles étaient cependant assez nombreuses, car elles remplissaient 
au moins trois lignes. Pas d'autres notes tironiennes que celle qui 
représente le mot subscripsit. 

La Vende, Vosda, Veda, Fer(c?em, est une rivière qui prend 
sa source près d'Avrigny (Vienne), entre un peu avant Jaulnay 
dans le département d'Indre-et-Loire, où elle baigne Razines, 
Chaveignes et Champigny, et se jette dans la Vienne entre Anché 
et Rivière. 

Bibl. nat., Baluze, t. 76, f° 77. Ms. lat. n» 5443, p. 44. Extrait. 

Morem prgecedentium patrum videmur sequi, si res nobis a Deo 
concessas jure ordinamus. Idcirco, ego Fulco, abba atque rector ex 
cœnobio Gormaricensis ecclesiœ, notum sit omnibus (fidelibus, prse- 
cipue(]ue) nostris successoribus, quoniam deprecatus est nobis Geor- 
gius abba (atque omnis) congregatio monachorum Sancti Juliani, ut 
eis aliquid ex nostra potestate concederemus, more censili, quod et 
fecimus, cum assensum omnium monachorum in jara nuncupato 
monasterio Deo et Sancto Paulo servientium, ; scilicet nostram por- 
tionem quam habemus in flumine qui vocalur vosda, ea duntaxat 
ratione ut annuatim in hsWvitate Sancti Pauli reddant in censu dena- 
rlos très. Si vero fuerit aliquis, quod minime, credo, qui contra banc 



270 

hauctorilatem aliquam calumniam inferre conaverit, non vindicet, 
sed hœc omni tempore firma et swahilis permaneat. Et ut certior et 

fîrmior ab omnibus credatur, ego Fulco sub signo 

sanctse crucis corroboravi. 

decanus et monac[hus] Simon? Subscripsif. . . . 

. . , .tus monachus subscripsit Ingelgerius monachus sub- 
scripsif. Rotbertus subscripsit Teutfredus subscripsit. 

Data in mense marcio, anno VIII régnante Lodovico rege. 

XXXVIII. 

DONATION A UN DIACRE, PAR LE CHAPITRE DE SAINT-MARTIN, 
d'un MANSE, in BANIOLIS SITO. — 948 ou 949. 

Haut. 0"'440'"'^?— Larg. 0™265""^i. 

Nous avons été assez heureux pour retrouver, au cours de l'im- 
pression de ces articles, la presque totalité de la charte n° XII, dont 
nous ne possédions d'abord que de courts fragments, contenant la 
date et le nom du scribe. Nous avons pu y joindre huit bandes et 
demie, verticales, qui donnent le corps même de la pièce presque en 
entier; il manque environ trois bandes. Il s'agit bien d'un manse 
situé dans le voisinage de la villa Baniolis, et la donation émane 
du chapitre de Saint-Martin, mais elle n'est point faite à l'abbaye de 
Saint-Julien, comme nous l'avions conjecturé. Le donataire est un 
diacre dont le nom fait défaut, mais qu'on peut supposer avoir été 
moine de Saint- Julien, à moins que ce manse ne soit entré posté- 
rieurement, par acquisition ou par échange, dans les possessions 
de l'abbaye. Nous croyons, en eifet, que ces huit bandes verti- 
cales doivent être jointes aux quatre bandes horizontales précé- 
demment recueillies , elles sont du même temps et de la même écri- 
ture et le parchemin est semblable. 

La provenance de cette pièce nous paraît mise hors de doute 
par la cote inscrite au dos de l'un des fragments horizontaux, qui 
est en capitales mêlées d'onciales, et d'une écriture que nous retrou- 
vons sur la plupart des plus anciennes chartes de Saint-Julien. 
Cette cote, comme nous l'avons dit au n" XII, est ainsi conçue : 
de mansello, in Baniolis sito. Le territoire désigné s'étendait 
au sud de Tours et de la Martinopole et est devenu la châtellenie 
des Bains. 



274 

La treizième année de Louis d'Outremer correspond à 948 ou 
949, selon que la charte a été donnée avant ou après le 19 juin. 
Au dos de l'un de nos fragments, on lit la date de 948, qui sem- 
blerait, au premier abord, trancher la question; mais nous avons 
eu souvent l'occasion de constater qu'il ne faut se fier que médio- 
crement à ces anciennes cotes. Les biens de la Porterie de Saint- 
Martin, d'où dépendait le manse concédé, furent, d'après la pièce 
n'^ CXI de la Pancarte noirci restitués au chapitre par l'abbé 
Hugues, le 7 janvier 941 . Notre document doit donc être posté- 
rieur h cette date, mais d'assez peu d'années cependant, car nous 
trouvons dans les chartes qui vont de 940 à 954 les noms de la 
plupart des signataires, notamment de Nefingus, doyen, de Gun- 
telraus, archiclavis, ou trésorier, d'Arbertus, préchantre, d'Er- 
nulfus, d'Erilannus, d'Odilardus, etc. 

Voici, aussi entière que possible, cette charte, qui est inédite et 
dont on ne connaissait même ni copie ni analyse. 

XP. [In nomine D]ci aetern[i et salvjatoris nostri Jehsu Ghristi, 

nos quidem fratres gregis beali [Martini,] 
[Nefingus laevita] et sacerd[os atque decjanus, Gunlelmus etiam lae- 

vita alque archiclavis, ca[nonici ?] 
[Notum fo]rc cupimus omnibus successoribus nostris, aliisque con- 

fratribus, quoniam deprecat[us est] 
[nos, quidam nos] tri gregi[s, lœvitja et prepositus Sancti Martini por- 

tarise, Bernardus nomi[ne] 
num infr[a] situm, ex ipsa portaria sui ministe 

rii pertinentem, cum ar[pen.] 
et médium. . . uUa mar sub census institutione, noslra con- 

cederemus auctor[itate.] 
[Cujus deprecationem] non sper[nentes, co]ncessimus ei jam dictum 

raanselium terrge arabihs cum arp[en.] 
et med[ium, in p]ago Turonico, inter alveum Ligeris et fluvium 

Caris, non muUum longe a Sa[ncti Martini] 
castel[lo tis scilic[et] arborera rotundam et vil- 

lam Baniohs, prefati vero arpe[n.] 
pralo siti; ter[minantur] ab una parte ipsa villa, ab altéra 

vero Caris fluvio. . . . 
etiam arta ins onis clerici prato; inter istas ter- 

minaliones prescriptum ma[nsellum] 

1. La Pancarte noire de Saint-Martin, restituée par Emile Mabille, p. 125. 



272 

et pra[tum con]cessimus. . . . diacono, ea quidem ratione ut habeat 

licentiam ibi labor[andi 
.... et quicquid [melius volu]erit operandi. Studeat insu- 
per exinde reddere in usus fr[atrum,] 
scilicet un [idus novembjris, annu[atira ad mijssam Sancti Martini 

autumnalem, censura sol... et sicquandiu vixe- 
rit ipsam ter[ram et pjratum eu eat emelioratione ^ sit 

vero ei licitum ex ipsa te 

rit vendere benifit[ium pos]t ipsius quoque obitum 

duobus successoribus ex parentibus suis, 
subpresignatoce[nsudi]mittend[i licentiajm habeat. Si veroexpres- 

cripto censu, ipse vel aliquis illius [succès] 
sor, tardus a[ut de] quo negli[gens f]uerit, ipsum emendet et quod 

tenuerit nullatenus amittat. 
Ut vero huju[s auctor]itatis ma[nusfirm]a per successura tempora 

inviolabilis valeat perman[ere,] 
manibus pro[priis ea]m subscri[psimus et] confratres nostros eam 

subscribere precati sumus. 
Nefm[gus] sacerdos [et de]kanus 5w6scr^ps^Y. Odilardus sacerdos subs- 

cripsif. 
Guntel[mus] levita [et] archiclavis subscripsit. Otbertus levita subs- 

cripsit. 
[Farmann[us] subscripsit presbyter subscripsit. 

Gerardus diaconus subscripsit. Gimno levita 

Erilannus subscripsit levita subscripsit. Salaco dia- 
conus subscripsit. Ivo levita 

Adalber[tus] subscripsit. A[rbe]rtus sacerdos atque precentor 

firmavit. 
Ernulfus subscripsit levita subscripsit. iohdi,nnQa 

diaconus subscripsit. 

Ernulfus 

Data est autem hujus manusfirmae auctoritas Turonis, cas- 

tello scilicet Sancti Martini in pleno fratrum capitulo, annoXIII 

regni Hludovici régis. 
Ego Âdalmarus Sancti Martini lœvita et ejudem sancti scolse rainis- 

ter, rogitus scripsi et subscripsi. 

Dans la note qui précède ce recueil, nous annoncions trente- 
quatre chartes antérieures à l'an mille ; pendant l'impression , 
nous sommes parvenu à porter ce nombre à trente-sept, le 



273 

numéro XXXVI n'étant que le numéro XII complété. Des trois 
pièces ajoutées, l'une est du milieu du ix" siècle, les deux autres 
de celui du x^^ ; nous espérons que les curieux de documents car- 
lovingiens ne se plaindront pas de cette addition, bien qu'elle 
vienne déranger l'ordre chronologique que nous avions adopté 
dans cette publication. 

Ch. DE Grandmaison, 

Archiviste d'Indrc-el-Loire. 



INSCRIPTIONS CHRETIENNES 

DU VIVARAIS 



En 1853, nous avons publié, dans la Bibliothèque de V École 
des chartes^, une série d'inscriptions chrétiennes, se succédant 
en dates depuis le v® siècle jusqu'au xiv% et recueillies au Bourg- 
Saint- Andéol (Ardèche) et aux environs. Quelques pièces du 
même genre et de la même région nous sont tombées sous la main. 
Elles vont faire l'objet d'une publication qui complétera la pre- 
mière. 

I. — XII'' SIÈCLE. 

Et d'abord nous rééditons l'inscription n° vi, afin de la donner 
plus exactement. Cette inscription est en vers hexamètres léonins, 
et, quant au mot habils, il faut le hre habilis, avec l'insertion 
d'un petit i dans l'L. Nous distançons les hémistiches rimes de 
chaque vers : 

Nona dies habilis mensis rutilabat aprilis, 

Cum fuimus certi leto Stephani Gariberti. 

Omia pro Christo loculo dimisit in isto. 

Sic bonus ipse bonis dédit hic sua cuncta colonis. 

Canone canonicis viventibus ista Chalonis 

Donat et ut donis faniulent_ur ibi racionis. 

Donet XPS ei donum sce reqiei. Amen. 

Sans être une charte lapidaire proprement dite, cette inscrip- 
tion est l'attestation lapidaire de la donation du domaine et de la 
localité de Chalon (canton et forêt de Bourg-Saint-Andéol) aux 
chanoines de Saint-Ruf (établis déjà en cette ville en 1108), par 
Etienne Garibert, dont la mort fat connue le 9 avril, sans date 

1. 3^ série, t. IV, p. 592-608. 



275 

d'année. Ce Garibert paraît être décédé en pays lointains, pro- 
bablement dans la première croisade. Il avait, préalablement à 
son départ, disposé, par testament, des biens indiqués ici, en 
sorte que la nouvelle officielle, fuivaus certi, de sa mort déter- 
minait l'effet de sa donation. Les chanoines de Saint-Ruf élevèrent 
en cet endroit une chapelle et établirent un prieuré pour desservir 
la banlieue de ce côté qui s'étendait sur tout le vaste plateau des 
bois du Lôou'. Le domaine a passé en des mains laïques, le 
prieuré est ruiné; la chapelle debout et agrandie attire un grand 
concours de fidèles le 8 septembre et dans le mois de mai. Le nom 
de Garibert se retrouve près de Bourg-Saint- Andéol, en sortant 
de la ville même, au monticule dit Galibert. 

Cette inscription, en lettres onciales, a toujours été placée sur 
la façade de la chapelle. Elle y figure encore parfaitement con- 
servée. 

IL — Fin du xii" siècle. 

Nous avons remarqué que l'inscription précédente, qui est celle 
de la fondation du prieuré et de la chapelle de Chalon, n'avait pas 
de date d'année. Il en est de même de la suivante, gravée en 
mêmes lettres onciales, sur une pierre qui est à la base extérieure 
de l'abside du chevet. C'est l'obit du fondateur lui-même : 

-j- III •: ID^ i F 
OBIIT i BARN 
P'M^ : p'OR •: ET FV 
DATOR : HvP i ECcL 

Ainsi le 3 des ides de février (10 février) mourut Barn(uinus) 
ou Berarn(us) (car il semble y avoir une traverse à la haute boucle 
du B), premier prieur et fondateur de cette chapelle. 



1. Le Lôou, telle est aujourd'hui la prononciation du nom de cette vaste 
région boisée. L'orlliographe en a été défigurée dans les documents administratifs 
modernes : on écrit le Lavoult, contrairement à la prononciation; Or nous 
avons la dénomination primitive et véritable dans la donation même de ce bois 
par Dona Vierna de Baladuno, datée de 1221, où se trouve ce passage : « In 
bosco et toto tenemento A'Ouol à Rivo Morenco » (Rieuraorenc) ; Ouol, avec 
l'article l'Ouol, avec la coiiraction VOuàou-, et, en redoublant l'article, le Louoou 
ou le Lôou. 



276 



m. —1140. 

Mais voici une troisième inscription du même genre, encastrée 
sur la façade de la même chapelle, et parfaitement datée : 

Anno ab incarnaci 
one dni nri . . . xri mc 

XL XVI k obiit 

Willem et 

L'année est bien 1140. Tout porte à croire que la chapelle 
avait été construite quelques années auparavant. 

IV. — Xlf SIÈCLE. 

Nous terminons la liste des inscriptions de la chapelle de Cha- 
lon par celle-ci, fort courte, et en lettres du même genre. Les 
deux h sont minuscules barrés : 

PETRUS b'NARDI C. 
ET Pb'T S' R' 

Pierre Bernardi, chanoine et prêtre de Saint-Ruf. Il y a au 
Bourg-Saint- Andéol une famille de Bernardi, originaire du com- 
tat Venaissin. 

V. — 1283. 

Les chanoines réguliers de Saint-Ruf ont été les grands archi- 
tectes et les grands épigraphistes de la vallée du Rhône, dans la 
région du Vivarais, du Valentinois, du comtat Venaissin, de 
rUzège. Ils ont bâti un grand nombre de chapelles foraines. Ils 
les ont desservies et ils y ont laissé des documents lapidaires. Le 
type de l'écriture qu'ils employaient était la belle onciale dont 
nous avons de nombreux exemples. 

Voici une inscription bien datée (7 septembre 1283), qui orne 
le mur intérieur de l'ancien cloître du Bourg-Saint-Andéol, 
aujourd'hui sacristie, où nous avons relevé plusieurs pièces du 
même genre : 



277 

Anno ; Dni : MCCLXXXIII 
III I id» •; Septemb ] obiit \ Odilo i 
de i Gorda i Garini i p'or ; de \ Me 

Icorio i pb'r i c'^ • Sci i Rufi '. 

rr cuf •; anv'sario j débet [ cPcurari \ 

9vët^ i cnicoR/ i hvj^ j ecc- i viii i sol ! 

Melcorio nous paraît être Mercuer (Ardèche), ou Mercœur 
(Haute-Loire). 

Cette pierre, fort bien gravée, garantit au couvent des cha- 
noines de Saint-Ruf du Bourg huit sous pour l'anniversaire 
d'Odilon de Gorda Garini, prieur de Mercœur ou Mercuer, prêtre 
et chanoine de cette congrégation, décédé le 7 septembre 1283. 

Nous citons ici une autre inscription, déjà publiée, qui se 
trouve dans la maison des sœurs de Saiiit-Vincent-de-Paul, à 
Valence (Drôme), ancienne maison de Saint-Félix, prieuré des 
chanoines de Saint-Ruf en cette ville. On sait que la maison-chef 
desdits chanoines, fondée en 1039, à Avignon, s'était retirée 
devant les Albigeois et réfugiée à Valence, en 1140. 

II id augus 

ti obiit Guigo de 

Monteli canoni 

eus Sci Felicis qui 

dédit huic Ecclie cP an 
niv'sario suo ccc sol. 

Ici donc il s'agit aussi d'un anniversaire, dont l'honoraire est 
de trois cents sous, donné à l'église Saint-Félix par Gui de Mon- 
teil ou de Montélimar, le 11 août, sans date d'année. 

On voit combien ces honoraires d'anniversaire pouvaient varier. 
C'est pourquoi il ne faudrait pas croire qu'il s'agît toujours d'une 
fondation d'anniversaire à perpétuité, mais quelquefois seulement 
de l'honoraire du premier anniversaire. Néanmoins, ces chanoines 
défunts faisant partie de la communauté, on peut admettre qu'à 
cause des services rendus, l'anniversaire était assuré pour tou- 
jours, malgré la modicité de l'offrande première. 

VI. — 1456. 
Voici un des plus beaux et des plus considérables échantillons 



278 

de ces sortes d'actes lapidaires et de cette belle capitale gothique 
usitée dans la région qui nous occupe. Chose vraiment remar- 
quable, elle mentionne une donation de l'an 1456, elle est donc 
au moins de la fin du xv^ siècle, de cette époque pleinement 
gothique et même du stjlé gothique final. Et cependant lettres, 
ponctuations, abréviations, encadrements, etc., tout est, à peu de 
détails près, exécuté en la manière des inscriptions précédentes 
des xif et xiif siècles. Voilà une preuve, entre plusieurs autres, 
de ce principe qu'il faut appliquer à chaque instant en archéologie 
dans cette région de la vallée du Rhône, à savoir que, sauf quelques 
restaurations de détails qui greffèrent accidentellement le gothique 
sur le roman, les guerres des Albigeois et les autres bouleverse- 
ments qui désolèrent ce pays empêchèrent le style gothique d'y 
fleurir et même d'y apparaître avec suite et ensemble, d'y faire 
époque, comme ailleurs, en sorte que, entre les monuments romans 
et ceux de la Renaissance, il y a là une lacune à peu près com- 
plète dans l'art religieux ; les écoles d'architecture et d'accessoires 
lapidaires continuèrent, sans grandes modifications, le faire des 
écoles de l'époque romane. 

Ici donc les caractères sont très bien formés, tous allongés en 
hauteur. Les R ont leur boucle très petite et nouée très haut au 
point d'où part le jambage oblique. Les D, quand ils sont en capi- 
tale, gardent en bas leur large panse et s'effilent en pointe par le 
haut. Les lettres sont souvent accolées ensemble ou insérées les 
unes dans les autres. La ponctuation est invariablement marquée 
par un losange très net à la hauteur de la moitié des lettres. 
Signalons à la dixième ligne le signe abréviateur en forme de 8 
avec un point dans chaque boucle et que nous avons interprété 
sque, s avec la conjonction finale. 

La pierre de cette inscription sert de marche dans la maison de 
M. Coulon, bouclier, place de la Tour. Elle nous fut signalée par 
M. Vaschalde, de Vals-les-Rains, et l'estampage nous fut envoyé 
par M. Baussan, inspecteur des monuments diocésains. Mais, 
suivant la remarque clairvoyante de M. de Lasteyrie, professeui' 
à l'École des chartes, si eUe est complète sur le côté gauche, qui 
porte du reste l'encadrement (deux barres rectilignes parallèles 
à 0'"01 de distance), il faut admettre que la cassure de droite a 
fait perdre la moitié ou une partie considérable de l'inscription. 
Nous transcrivons en italiques les abréviations et nous plaçons 



279 

entre crochets les textes supposés, que nous ne garantissons nul- 
lement. 

fanno Domini mgcg .... obiit. . 



prior ? quondam presen] 

tis ecclesie et fuit sepultus ant[e altare? capelle in ho] 

norem Omnium Sanctovum fundate. D[edit ] 

pro una raissa celebranda [quotannis, in die..., per] 
priorem et canonicos regula/'es de '&anc[to Rutb sicut c] 
onstat instrwmewto et per notam su[scriptam per magistrum] 
Petrum Riffardi notariu?n presentis [ville Burgi Sancti Andeoli] 

anno Dommi mcccclvi [die mensis ] 

ipse prior decoravit scilicei (?). ...] 
quodam brachio argenii pa[nnis...] 
almaticis pannisque (?) veluti [...] 

chasublia et almaticis [ ] 

coloris ac de alia c[hasubUa... cro] 
ceis damacii nigri figur[ati....] 

figurati albi ac de p[anno ] 

damacii viridi figura[ti... flgu] 

rati rubey necnon devo[vit ] 

alia bona p^eseuii eccle^ie l[ibens dédit] 

Orate Deum pro ip5o dicendo.... 

La rédaction de cette inscription nous reporte à un acte passé 
chez maître Pierre Riffard ou Riffardi, notaire très connu de cette 
époque. Nous nous consolions de la mutilation de la pierre, espé- 
rant découvrir l'acte susdit dans les minutes de quelqu'une des 
diverses étades du pays. Nos recherches n'ont pas abouti : les 
vieux dossiers du successeur de Riffardi ne sont plus complets. 
Nous avons dû nous rabattre sur le système des investigations 
indirectes, et, grâce à l'obligeance de M. Arthur de Boislisle, 
membre de l'Institut, nous possédons les noms et la succession de 
trois prieurs des chanoines réguliers de Saint-Rut' du Bourg, 
parmi lesquels l'un des deux premiers est peut-être le donateur 
défunt, mais dont le troisième est certainement le prieur vivant 
en 1456. Ces trois prieurs sont : Barthélémy d'Herville , signalé 
en mars 1438; Jean Gauteyron, en 1442, et Raymond Balditi 
(Baudit?), qui débute en 1454 et donne sa démission en 1475, en 



280 

faveur de Jean Balditi (son parent ?) . Une pièce mutilée du registre 
H 203* (fol. 1 v°) des archives de Nicolay porte ceci : 

.... neamente gloriosissimi 
. . . . is martiris beati Andeoli 
dicti loci Burgi, Yivariensis diocesis, 
facta per honorabilem et religiosum 
virum dominum Raymundum Balditi, priorenr. 
predicte ecclesie Burgi. 

VII. — ix*" SIÈCLE ^ 

L'analogie qui existe entre deux inscriptions placées autrefois, 
à cause de l'énorraité de leurs blocs, comme pied-droit et en linteau 
sur la porte méridionale de l'église Saint-Andéol, nous oblige de 
les reproduire ici côte à côte, quoique l'une d'elles, la première, 
ait été, de notre part, dans l'article précité de 1853 (n'' 3), l'objet 
de commentaires à peu près complets et l'occasion de fixer une date 
importante pour la chronologie des évêques de Viviers. 

1. 2. 

■\- IC inveni 
tur tumulos 
B'nuini epi 
qui invenit 
corpus beati An 
deoli marti 
ris et anc do 
mu et fundam 
tu erexit 
rexit ecclesi 
a Vivariens 
em annos 
XXIII et obi 
it pacifiée i 
D decimbris 
V. 

1. Voir M. l'abbé Rouchier, Histoire religieuse, civile et politique du Viva- 
rais (1861), et M. l'abbé Mirabel, Vie de saint Andéol (1869). 



XP. 


Signum 


XPI 


et tumu 


los Aure 


liani 


epi 



hic qvoq requiescit 
jam dictus Aurelianus 
pie recordacionis qui vie 
sit in omi scitate cas 
to corpore * annos 
Lxxxv ////// et obiit 
VII klendaru febroa 
riarum 



28i 

La première inscription est celle de Bernoin, si célèbre par la 
découverte du corps de saint Andéol et par l'érection de l'église 
de ce saint, en 858. Elle nous a appris que son épiscopat dura 
vingt-trois ans (de 850 à 873). 

La seconde inscription est celle du tombeau à'Aurélien, évêque 
de pieuse mémoire, modèle de sainteté et de chasteté, décédé 
à l'âge de 85 ans, le 7 des kalendes de février (24 janvier) *. 
Le bloc sur lequel elle est gravée a 2™ de haut, O'^GS de large et 
une épaisseur d'environ 0™30. Elle se divise en deux parties à 
peu près égales. La partie liante figure un arceau porté sur deux 
colonnes à chapiteau et à socle, le tout grossièrement sculpté, en 
bas-relief, rappelant les arceaux et colonnettes de la face carlo- 
vingienne du tombeau de saint Andéol. Sous cet arc une croix, 
supportée elle-même par le cartouche carré qui renferme les 
quatre premières lignes, entre les montants des colonnettes. Le 
reste, qui est à proprement parler l'inscription tumulaire en huit 
lignes, tient toute la largeur de la pierre : la croix ici était en 
tête ; elle était en bas dans l'inscription de Bernoin : l'une et l'autre 
ont été mutilées avec la précaution de ne pas toucher à tout autre 
détail. Ces détériorations doivent remonter à une époque anté- 
rieure à celle où la porte méridionale fut remaniée, puisque cette 
pierre d'Aurélien y avait été placée en linteau à une hauteur et 
sous une couche de chaux qui la dérobèrent depuis à tous les 
regards. Nous estimons que ce remaniement de la porte et par 
conséquent cette nouvelle destination de la pierre enlevée à sa 
première place tumulaire eurent lieu après les ravages des calvi- 
nistes. 

Les caractères de cette inscription sont très semblables, sinon 
identiques, à ceux de l'épitaphe de Bernoin, ils appartiennent 
h la même belle et grosse capitale carlovingienne. Les lettres 
ont 0"'07 de hauteur. On 3^ retrouve les G et les G carrés, les 
mêmes insertions de lettres entre elles , les mêmes onciales et 
minuscules encore rares, les Q soit 2 soit q, les h, le même terme 
tuYiiidos pour tumulus. Il faut cependant noter, comme une 

t. M. Mirabel en a publié le texte imparfait dans la Vie de saint Andéol 
(Palmé, 1869). Cet ouvrage, ayant paru plusieurs années après le volume de 
M. l'abbé Rouchicr, a bénéficié des découvertes qu'amenèrent les réparations de 
l'église de Saint-Andéol, les premières fouilles de l'église et de la crypte de 
Saint-Polycarpe, et les dépositions par lesquelles les derniers témoins des 
anciennes traditions éclairaient nos investigations. 

49 



282 

particularité, entre corpore et annos, le signe emprunté à l'épi- 
graphie antique païenne qui ressemble à un double cœur sur- 
monté de trois pistils, terminé en bas par deux jambages en angle 
aigu séparés par un point : ce signe a été gravé en imitant celui 
qui se trouve dans l'inscription païenne du tombeau de saint 
Andéol. 

Le mot le plus intéressant est celui que nous avons lu quoque. 
La gravure de ce mot est défectueuse. L'artiste avait précipitam- 
ment sculpté QVI, il se ravisa et voulut transformer i'I en 0, ce 
qui amena une sorte de D, c'est-à-dire un I tangent à un 0, 10. 
De prime abord, on serait porté à lire qudque. L'inspection atten- 
tive de la pierre nous fit bientôt découvrir la faute et la correc- 
tion du graveur, et notre leçon quoque a pour elle l'autorité que 
lui valut sur place l'approbation de M. Jules Quicherat visitant 
le Vivarais. Elle corrobore la ressemblance paléographique des 
deux inscriptions, leur contemporanéité et la proximité des empla- 
cements des deux tombes épiscopales, car ce mot signifie que là 
où se trouvait le tombeau de Bernoin, là aussi se trouvait le tom- 
beau d'Aurélien. 

Il nous paraît impossible de quitter cette inscription, déjà si 
remarquable au point de vue paléographique, sans signaler le 
problème de chronologie ecclésiastique et de nomenclature épis- 
copale qu'elle soulève. 

Qui est cet évêque du nom d'Aurélien ? Ni Viviers, ni les sièges 
épiscopaux des églises répandues sur les deux versants du Rhône 
n'ont eu un évêque de ce nom. Il faut aller jusqu'à Lyon pour 
rencontrer un Auréhen, qui siégea de 875 à 895. 

Deux explications ont été fournies concurremment. 

L'une, très contestable et que nous ne donnons que pour 
mémoire, consiste à admettre que l'évêque de notre inscription 
est l'Aurélien de Lyon, parce que : 1° la contemporanéité des 
deux prélats est patente, ce qui justifie la similitude et la corré- 
lation des deux épitaphes ; 2° les notes par lesquelles l'inscription 
recommande l'évêque défunt et celle de la biographie d'Aurélien 
de Lyon, telle que la donne la Gallia ehristiana, paraissent 
textuellement coïncider ; 3° cette biographie affirmant l'incerti- 
tude de l'époque et du lieu de la mort d'Aurélien, on peut présu- 
mer qu'il finit ses jours en un pays lointain et obscur; 4° le prélat 
ayant eu des difficultés politiques (élection de Bozon) et cano- 
niques (ordination d'un évêque) put quitter ses fonctions à l'avè- 



283 

nement du pape Etienne VI (c'est l'avis de Baluze) ; 5° en de telles 
conditions, Aurélien, ancien archidiacre d'Autun (dont les apôtres 
saint Andoche et saint Thyrse avaient été les compagnons de 
saint Andéol), successeur à Lvon de saint Irénée (chef de la mis- 
sion desdits apôtres), parvenu à une extrême vieillesse et fatigué 
du poids des affaires, aurait pris sa retraite auprès du tombeau 
de saint Andéol, dont la découverte récente par Bernoin avait été 
si glorieusement divulguée et attirait un grand concours de 
peuples. 

L'autre explication soutient que tout évêque dont on ne désigne 
pas le siège est Tévêque du pays, et que, s'il s'agissait d' Aurélien 
de Lyon, qui fut un des plus éminents prélats de son temps, on 
n'aurait pas manqué de mentionner au moins la qualité d'arche- 
vêque, ce qui était déjà la pratique générale. Dans cette hypo- 
thèse, Aurélien est un évêque de Viviers omis dans les nombreuses 
lacunes des neuf catalogues de cette église, avant l'année 815. 
Sa première tombe aurait pu se trouver, soit dans les dépendances 
de l'une des deux paroisses, Saint-Polycarpe et Saint-Michel, 
existant alors, soit dans une chapelle qui aurait occupé l'empla- 
cement primitif de l'église Saint-Andéol ; on aurait relevé le corps 
après la mort de Bernoin et on l'aurait placé à côté du fondateur 
de la nouvelle église, près du sépulcre du martyr. De là les deux 
épitaphes, d'une part, le invenitur tumulus Bernuiiii epis- 
copi, et de l'autre, Tumulus Aureliani episcopi et hic quoque 
requiescitjam dictus Aurelianus. 

Nous avons dit que la chronologie des évêques de Viviers est 
favorable à cette seconde explication. Il y a, en effet, dans le cata- 
logue même rectifié, entre les années 740 et 815, une lacune 
énorme, que la présence un peu problématique d'Eribaldus ne 
suffit pas à combler, et dans laquelle il y a place pour plusieurs 
évêques : nous y compterons Aurélien ^ 

VIII. — Vers 870. 

L'inscription que nous allons donner est bien courte. Elle est 
en trois lignes : 

Sce Andeole in 
tercede pro 
nobis 

t. Rouchier, Histoire du Vivarais, p. 556, el tableau, p. 574. 



284 

En réalité, cette inscription est un graffite gravé à la pointe 
sur une pierre de l'ancienne église Saint-Polycarpe à Bourg- 
Saint-Andéol. Elle appartient à la capitale carlovingienne, et 
paraît contemporaine des deux inscriptions précédentes : mêmes 
majuscules romaines, mêmes insertions de lettres ; rien d'oncial. 
Les premières syllabes des trois petites lignes sont assez frustes. 
Elles ont été d'abord assez mal exécutées et puis comme éraflées 
par un outil tranchant, qui a laissé sur elles des traces de lignes 
parallèles obliques. C'est une invocation au saint martyr écrite 
dans un moment de loisir et de transport pieux. 

Ce gratSte vient confirmer ce que les récits nous disent, soit de 
l'emplacement primitif du tombeau de saint Andéol, soit de l'an- 
cienneté de l'église Saint-Polycarpe. 

Tous les documents, joints à la tradition populaire, s'accordent 
à dire que Bernoin trouva le tombeau dans ce qu'ils appellent la 
crypte ou la crota de l'église Saint-Polycarpe. Mais cette crypte 
n'est pas la crypte actuelle, celle-ci ayant été totalement bâtie à 
neuf avec l'église actuelle de Saint-Polycarpe sous les Carlovin- 
giens. Cette dernière affecte la forme de ces petites basiliques à 
trois absidioles que M. de Bossi a découvertes dans la voie Ardéa- 
trice, dans la voie Appienne, etc., et qui remontent à l'époque 
constantinienne. La crypte où fut trouvé le tombeau, en 858, 
devait avoir cette forme, mais elle fut sans doute dévastée et rui- 
née par les invasions, ce qui explique qu'on en ait perdu les 
traces ; les architectes de l'église romane de Saint-Polycarpe ne 
firent que la reproduire en renouvelant les matériaux. 

Cette église Saint-Polycarpe était fort étroite, à une seule nef. 
Pour communiquer du sanctuaire et de l'autel, placés sur la 
crypte, avec la nef et la crypte elle-même en contrebas, on pra- 
tiqua à droite et à gauche dans l'épaisseur des murs de la première 
travée de très petits escaliers, éclairés par une fenêtre en meur- 
trière. C'est sur la pierre de taille qui constitue le côté intérieur 
de cette fissure à jour que l'on a trouvé le graffite ; cette pierre 
qui porte ainsi le cri des pèlerins est polie par le frottement de 
leurs mains qui s'appuyaient à la descente, comme aussi leur pas- 
sage fréquent a usé presque complètement les petites marches. 

Cette inscription est gravée sur une pierre qui a sa place essen- 
tielle et inamovible dans le monument; d'après ses caractères 
paléographiques, elle est contemporaine de Bernoin : elle prouve 
donc que l'église Saint-Polycarpe existait, c'est-à-dire fut bâtie, 



285 

à la même époque ; elle semble même indiquer ou qu'elle fut tracée 
avant la translation du tombeau dans l'église nouvelle de Saint- 
Andéol, ou que, après cette translation, les pèlerins ne cessèrent 
d'affluer à cette crypte dans laquelle le corps avait séjourné six 
cent cinquante ans. Une chose est certaine, c'est que, jusqu'à la 
Révolution, les générations qui nous ont précédé, et celle que nous 
avons pu questionner et entendre maintes fois, appelaient cette 
crypte la sainte Roumèle ou sainte Romaine, conservant à ce 
monument le souvenir de la bienheureuse Tullie qui avait secrè- 
tement recueilli le corps du martyr, l'avait déposé dans ce tom- 
beau de famille et caché dans sa maison ou dans le praedium 
adjacent, devenus l'emplacement de la crypte et de l'église Saint- 
Polycarpe^ 

Nous venons de mettre en évidence trois monuments lapidaires 
qui sont contemporains et solidaires entre eux. Pour compléter le 
rapprochement, il est opportun de mentionner ici les sculptures et 
les inscriptions de la face chrétienne du sarcophage de saint Andéol, 
qui ont avec eux plusieurs traits de ressemblance. Mais paléogra- 
phiquement ces inscriptions, complètement onciales, sont nota- 
blement postérieures aux trois documents précités. 11 est à pré- 
sumer que toute cette face chrétienne du tombeau fut gravée à 
peu près à l'époque où l'évêque de Viviers Leodegarius confia 
aux chanoines de Saint-Ruf la possession et le service de l'église 
Saint-Andéol et la garde du tombeau, par un acte du 28 no- 
vembre 1108, que nous avons encore. Ces chanoines s'inspirèrent 
à la fois des deux pierres tombales ; à celle de Bernoin ils emprun- 
tèrent les ornements entrelacés; à celle d'Aurélien, les deux arcs 
portant sur colonnettes et servant de niches aux statues en bas- 
relief de saint Polycarpe et de saint Bénigne. On peut même 
remarquer que ces colonnettes et leurs arceaux rappellent les 
dispositions de l'arcature intérieure du chevet de l'église, qui fut 
remanié précisément sous Leodegarius-. 

IX. — XIV*' SIÈCLE. 

Le fragment suivant a été trouvé, en 1874, à la fin de décembre, 

1. Voir MM. Rouchier cl Mirabel sur les éclaircissements développés qu'ils 
ont donnés au sujet du tombeau, de la crypte et de l'intervention de Tullie. 

2. Tréambule de l'inventaire des reliques trouvées dans ce chevet par Leode- 
garius (Archives communales de Bourg- Saint-Andéol, sac 2). 



286 

dans les matériaux de démolition de l'église de Saint-Laurent à 
Viviers. Nous en devons la communication à M. l'abbé Bourg, 
vicaire général : 

is : de j terra | de | f 

oudinie \ de • quo 

dam • Castro | v 

ocato ': Bonne \ et 

C'est la capitale gothique très belle que nous avons déjà signa- 
lée dans notre premier article de 1853, en publiant les inscrip- 
tions du xiv^ siècle. Les lettres sont fermées et liées par des traits 
surabondants qui partent de leurs extrémités. Du reste, nous 
avons fait connaître autrefois l'inscription de fondation de cette 
église Saint-Laurent, dont un archevêque d'Auch, originaire du 
diocèse de Viviers, posa la première pierre en 1381. 

Il s'agit d'une terre de carrière ou de mine, foudinie; quant 
au nom de lieu, château de Bonne ou de Bonnere, il nous est 
totalement inconnu. 

Voici les noms recueillis dans la série des inscriptions chré- 
tiennes du Vivarais {Bibliothèque de V École des chartes, 
années 1853 et 1886) : 

496. Domnolus, jac (pour diac. ?). 

— Alaric II, rex. 
vi^ s. Severus, lector. 

— Pascasius, presb. 

IX® s. Ingiranus, laicus (pas d'onciales). 

873. Bernuinus, episc. ( /„„.!„„„„ onciales^ 

895. Aurelianus, episc. ) ^^ ^ '' 

xii° s. Stephanus Garibertus (onciale). S. Ruf. 

— Chalon, localité. 
1140. Willem... S. R. 

XII® s. Petrus Bernardi, presb. et c. S. R. 

— Barn.. ou Berarn., prior S. R. 
1207. Giraudus Audigerii, c. S. R. 
xiii®s. Yldricus, c. S. R. 

1245. Guillelmus de Gordav..., mUes S. R. 
xni®s. Bertrandus de Chalancone, familiaris S. R. 

— Guillelma, ucxor Andrée de Alesto, familiaris S. R. 



287 

xui* s. Andréas de Alesto. 

— Bertrandiis de Malo Consilio, S. R. 

— Alazaïs de Monte Claro, familiaris S. R. 
1261. Bertrandus de Monteclaro, domicellus S. R. 

— Campus de Sausea, localité. 

1266. Raimundus de Borriano, levita, c. S. R. 
1270. Eraclii... rda, presb. c. S. R. 
1273. Alberto de Blanac, Saint-Montan. S. R. (?) 
1278. Monclaressa, uxor Teobaldi de Petralapta, S. R. 

— Teobaldus de Petralapta, Pierrelatte. 
1283. Odilo de Gorda Garini, prior, c. S. R. 

— Melcorio, prieuré S. R. 

XIII' s. Guigode Monteli, S. R. (Valence). 

— ,..tia,... atii,... abas. S. R. 

1293. Humbertus de Monteclaro, miles S. R. 

1310. Poncius Balbi (Vivariis). 

— Confratria de Plâtra, Crota (Vivar.). 
1362. Bertrandus Meineti, c' (Vivar.). 

— ...Traderii, lathomus (Vivar.). 
1381. Joh. Flandrini, arch. Auxitan. 

— Ecclesia beati Laurentii (Vivar.). 

— Terra de foudinie. Castrum Bonne ou Bonnere. 
1456. Petrus Riffardi, notar. Burgi S' Andeoli. 

En terminant la publication des inscriptions chrétiennes que 
nous avons recueillies dans le bas Vivarais et aux bords du Rhône, 
qu'il nous soit permis de souhaiter que ces monuments soient pré- 
servés de la destruction et pour cela de formuler un vœu qui, 
élargissant la question, tende à obtenir la création à Paris d'un 
musée où s'échelonneraient chronologiquement les moulages des 
inscriptions les plus remarquables qui contiennent les divers types 
et caractères de nos écritures lapidaires, à partir de l'époque 
romaine jusqu'à la Renaissance. 

Auguste Paradis. 



BIBLIOGRAPHIE. 



Codices manuscripti Palatini grœci bibliothecœ Vaticanse, descripti 
preeside J. B. cardinal! Pitra... Recensuit et digessit Henricus 
Stevexsox senior, ejusdem biblioLliecse scriptor. Romee, ex typo- 
grapheo VaLicano, -1885. ln-4°, xxxvii-336 pages. 
La fondation de la bibliothèque Palatine de Heidelberg remonte à la 
fin du xv= s., et probablement à l'année 1482. C'est l'électeur Philippe 
(1476-1508) qui en décida l'établissement sur les conseils de son chan- 
celier, l'évêque de Worms, Jean de Dalburg, et de Rodolphe Agricola, 
que Jean de Dalburg venait de décider à se fixer à Heidelberg. Le pre- 
mier noyau de la bibliothèque, formé de manuscrits, la plupart rap- 
portés d'Italie par Agricola, s'accrut bientôt de la riche collection de 
l'un de ses fondateurs, l'évêque de Worms. Un des successeurs de Phi- 
lippe, l'électeur Othon-Henri (1556-1559), ne négligea rien pour enrichir 
la bibliothèque Palatine, nous en avons un témoignage dans un passage 
de la vie de Nicolas Kistner qui, par ordre de l'électeur, recherchait des 
manuscrits jusque dans l'ouest de la France : « Rupellam, Santonum 
portum, adiit; bibliothecas in illis regionibus prœcipuas inquisivit dili- 
genter, ita jubente et petente electore Othone Henrico Palatino, qui 
libris raris antiquitatisque venerandse Palatinam bibliothecam instruc- 
turus, nuUi sumptui, nuUi labori pepercit'. » Enfin, à quelques années 
de là, en 1584, le Mécène de Henri Estienne, Ulrich Fugger, léguait à 
l'électeur Frédéric IV sa magnifique bibliothèque qui venait se joindre 
aux trésors déjà réunis à Heidelberg, mais qui n'y devaient pas rester 
longtemps. 

On sait comment au commencement du xvn^ siècle, en 1623, la 
bibliothèque Palatine fut offerte par le duc de Bavière, Maximilienl«r, 
au pape Grégoire XV; presque tous les manuscrits palatins portent un 
ex-lil^ris gravé qui l'indique : Sum de bibliotheca, quam Heklelherga 
capta, spolium fecil, et P. M. Gregorio XV. Irophxum misit Maximilianus , 
utriusque Bavarix dux, etc. S. R. I. archidapifer et princeps elector ; 
suivent les armes de Bavière et la date : Anno Chrisli cia. loc. xxm. 

1. Vita Nicolai Cisneri, dans Melchior Adam, VUx Germanorum,e[c. {Uei- 
delberg, 1620, in-8°, p. 256). Cf. Bibliothèque de l'École des chartes, 1876, 
t. XXXVII, p. 472. 



289 

Le bibliothécaire du pape, Leone Allaci, fut chargé d'aller chercher les 
manuscrits à Heidelbcrg et do les faire transporter à Rome ; c'est à ce 
moment que bon nombre de volumes ont perdu leur état civil, dépouil- 
lés, pour les alléger, des reliures que leur avaient fait mettre les élec- 
teurs. 

Jusqu'à la fin du xvni^ siècle, la bibliothèque Palatine fut conservée 
intacte parmi les autres collections du Vatican ; mais, eu 1797, à la 
suite du traité deTolentino, parmi les cinq cents manuscrits remis au 
gouvernement français par le souverain pontife, se trouvèrent vingt-six 
manuscrits grecs du fonds Palatin. Ces volumes restèrent à Paris, à la 
Bibliothèque nationale, jusqu'en 1815, avec les autres manuscrits du 
Vatican. A la suite du traité de Paris, le commissaire général autri- 
chien, baron d'Ottenfels, réclama au nom du gouvernement pontifical 
les manuscrits de la bibliothèque Vaticane transportés à Paris; ces 
volumes lui furent remis le 28 octobre 1815. En même temps, le gou- 
vernement prussien demandait que les vingt-six manuscrits Palatins 
compris dans cette réclamation fissent retour à l'université de Heidel- 
bcrg, ainsi que tous les autres volumes du fonds Palatin restés à Rome. 
Après différentes négociations, Pie VII consentit à la cession des vingt- 
six manuscrits, qui, en quittant Paris, prirent le chemin de Heidel- 
bcrg, et, pour conserver la propriété des autres manuscrits Palatins, 
offrit encore les volumes allemards du même fonds, au nombre de huit 
cent quarante-huit. 

Telle est, rapidement esquissée, l'histoire des vicissitudes de la biblio- 
thèque Palatine. Dès ^817, Fr. Wilken l'avait narrée tout au long; 
depuis, les polémiques ont été nombreuses à son sujet, et, après Wil- 
ken, M. H. Stevenson, dans l'introduction mise en tête du Catalogue 
des manuscrits grecs du fonds Palatin, a savamment traité à nouveau 
dans ses moindres détails l'histoire de la bibliothèque de Heidelberg. 

Le premier catalogue de la bibliothèque Palatine est l'œuvre de Fré- 
déric Sylburg; il fut dressé en 1584, après l'entrée des manuscrits de 
Fugger, et forme aujourd'hui le ms. Palat. lat. 429 Ms. Le dernier 
bibliothécaire de la Palatine, Jean Gruter, y ajouta des numéros que 
n'avait pas mis Sylburg ; c'est ce catalogue qui a été publié par Mieg, 
dans les Monumenta pietatis et literaria (Francfort, 1702, in-4°). A la 
fin du xvne siècle, sous l'administration d'Emmanuel de Scheelstrate, 
fut rédigé à Rome un second catalogue tout en grec, qui n'est en réa- 
lité qu'une nouvelle rédaction du catalogue de Sylburg, à laquelle sont 
ajoutés l'indication des feuillets auxquels commencent les articles d'un 
même manuscrit et les incipit de ces articles donnés tout au loug indif- 
féremment. 

On peut dire que le catalogue publié aujourd'hui par M. H. Stevenson 
est définitif. Il met plei lement en lumière les riche«?es du fonds Pala- 
tin et nous fait connaître dans leurs moindres détails les 432 manus- 



290 

crits grecs qu'il contient ; c'est un modèle également éloigné de 
l'abondance, souvent inutile, de plusieurs anciens catalogues et de la 
sécheresse, quelquefois obligée, d'un inventaire. 

A la suite de la description des 432 volumes grecs du fonds Palatin, 
sont placés différents index des manuscrits datés (depuis 897 jusqu'en 
1599), des noms des copistes, des anciens possesseurs, en6n un très 
complet Index nominum rerumque (terminé par uae table des vies de 
saints) dans lequel l'emploi de chiffres gras de même corps que les 
autres caractères, pour désigner les numéros des manuscrits, fait le plus 
heureux effet. 

M. H. Stevenson fils doit traiter complètement, dans un prochain 
volume, l'histoire des anciennes bibliothèques monastiques ou privées 
qui ont contribué à former la bibliothèque Palatine. C'est un travail 
qui ne manquera pas de jeter une vive lumière sur l'histoire littéraire 
du xv° et du xvp siècle et que salueront avec reconnaissance tous les 
érudits qui s'intéressent à l'histoire de la Renaissance. 

On me permettra, en attendant, de présenter quelques notes à propos 
de la liste des anciens possesseurs des manuscrits grecs du fonds Palatin. 
Plusieurs des bibUothèques particulières dont on rencontre des volumes 
isolés dans cette collection sont aussi représentées dans le fonds grec 
de la Bibliothèque nationale ou dans différentes autres grandes biblio- 
thèques : 

Aristobule (Arsène) Apostolios, archevêque de Monembasie (1465-1535), 
sur lequel on peut consulter la Bibliographie hellénique de M. E. Legrand 
(I, cLxv-GLxxiv), a possédé les quatre manuscrits Palat. gr. 139, 149, 
356 et 358. On pourrait aussi citer au Vatican plusieurs manuscrits qui 
lui ont appartenu et on en retrouve aujourd'hui bon nombre d'autres 
dispersés dans différentes collections. A Paris, la Bibliothèque natio- 
nale possède trente-deux manuscrits grecs provenant d'Aristobule 
Apostolios; il y en a encore à Berne (B. 48), à Bruxelles (n°s 74, 83, 
90, 95), à Leyde (Voss. gr. mise. 22), à Londres (Arundel, 530, et Addit. 
ms. 5108), à Madrid (N. 13), à Moscou (n° 10), à Turin (n° 4), à Vienne 
(Theol., 34, 93, 195; Hist. eccles., 22, 61), etc. 

Estienne (Henri). L'index des possesseurs mentionne le ms. Palat. 
gr. 421, qui contient la première partie de la Bibliothèque de Photius, 
comme ayant appartenu peut-être à Henri Estienne. Un autre exem- 
plaire de la Bibliothèque de Photius, possédé par Henri Estienne, est 
maintenant à Londres (Harley, 5591-5593); et différents manuscrits 
qui ont appartenu au célèbre typographe parisien se trouvent encore à 
Paris (Suppl. gr., 328), à Leyde (Voss. gr. 4°, 18 et 20), à Londres (Old 
Royal, 16. G. XI) et à Turin (n» 11). 

Froben. Le ms. Palat. gr. 402 provient de la bibliothèque des Domi- 
nicains de Bàle et a plus tard appartenu à l'imprimeur Froben. On sait 
que la plupart des mss. grecs des Dominicains de Bâle (aujourd'hui à 



29i 

la bibliothèque de l'Université de cette ville) proviennent du legs du 
cardinal Jean de Raguse (f 1443). Je citerai encore un ms. de Jérôme 
Froben à Oxford (Mise. gr. 27). 

Georges Corinthios (le comte), originaire de Monembasie et neveu 
d'Arsène Apostolios (E. Legrand, op. cil., I, 252), possédait une riche 
bibliothèque, dont plusieurs volumes avaient précédemment appartenu 
au Cretois Marc Mamounas. Sa bibliothèque, comme celle de son oncle, 
est aujourd'hui dispersée un peu partout. M. Stevenson mentionne 
comme provenant de lui les deux manuscrits Palat. gr. 362 et 369 ; il 
faut pout-étre y joindre les n»» 204 et 208 qui ont appartenu à Marc 
Mamounas. On a à Paris cinq mss. grecs de la bibliothèque de Georges 
Corinthios, un autre est à Londres (Add. ms. '18232), un à Naples (IL 
A. M), trois à Oxford (Barocci, 4, 155, 231), dix-huit, et peut-être plus, 
à Vienne. 

Guarin de Vérone. La bibliothèque du célèbre humaniste n'est repré- 
sentée que par un seul ms. grec dans le fonds Palatin (n" 106). Je signa- 
lerai d'autres mss. grecs de Guarin de Vérone à Paris (ms. grec 2772), 
à Vienne (Philos., 37), à Wolfenbûttel (n°^ 536, 936-938, 940 et 941). 

Marc Musurus (E. Legrand, op. cit., I, cvm-cxxiv) a possédé les mss. 
Palat. gr. 261 et 287. On retrouve encore les débris de la bibliothèque 
du grand helléniste, qui a si puissamment contribué à la renaissance 
des lettres grecques, dans plusieurs bibliothèques, sans parler de diffé- 
rents manuscrits conservés dans d'autres fonds de la bibliothèque 
V^aticane. Les mss. grecs 2799, 2810, 2858, 2915 et 2947 de Paris ont 
appartenu à Marc Musurus, de même que le ms. gr. 127 de Modène. 

Michel Sophianos, fils de Georges (f 1564), fut l'ami des principaux 
humanistes du xvi^ siècle : J.-V. Pinelli, Pierre Nunez, Pierre Vettori, 
Joachim Camerarius, Henri Estienne, Paul Manuce, etc. (E. Legrand, 
op. cit., II, 168-176). On a un ms. grec de lui dans le fonds Palatin 
(n" 403) ; j'en citerai d'autres à Paris (gr. 545 et 1750), à Munich (gr. 50, 
81, 88), à Vienne (Philos., 53, Hist. eccles., 27). 

Pacius (Jules), de Beriga. Sur ce célèbre jurisconsulte, on peut con- 
sulter, outre la iVo<î!cc de M. Berriat-Saint-Prix, publiée en 1840 dans la 
Revue étrangère et française de législation (tirée à part, avec additions), 
un récent travail de M. Ch. Revillout, le Jurisconsulte Jules Pacius de 
Beriga (Montpellier, 1882, in-4''), et le compte rendu de cet ouvrage par 
M. Ph. Tamizey de Larroque dans la Revue des questions historiques 
(octobre 1883). Douze mss. grecs ayant appartenu à Pacius entrèrent en 
1592 dans la bibliothèque Palatine (Stevenson, Introduction, p. xxvm). 
Un catalogue des mss. grecs de Pacius se trouve à Carpentras parmi 
les papiers de Peiresc. 

Philelphe (François). On conserve dans le fonds palatin (n" 282) un 
ms. grec qui a appartenu au célèbre humaniste. La meilleure partie des 
mss. grecs de la bibliothèque de Philelphe est aujourd'hui à Florence; 



292 

je citerai encore trois mss. grecs de Paris (11"^ 2110, 2623 et 2978), un 
ms. de Leyde (Scaliger, 26), et un ms. de Wolfenbiittel (n" 393), qui ont 
fait partie de sa collection. 

Le catalogue des manuscrits latins, qui viennent à la suite des manus- 
crits grecs dans le fonds Palatin, est en grande partie imprimé et la 
mise en vente du premier volume est déjà annoncée ; viendront ensuite 
les manuscrits grecs des fonds de la reine de Suède, de Pie II et d'Ur- 
JDin, dont M. H. Stevenson a aussi rédigé les catalogues. Ces volumes, 
on a tout lieu de l'espérer, ne se feront pas longtemps attendre. Ils ne 
le céderont pas en intérêt à la description des manuscrits grecs du fonds 
palatin qui ouvre la nouvelle série des catalogues du Vatican, dont la 
publication, interrompue depuis plus d'un siècle, est ainsi très heureu- 
sement reprise sous la haute direction de notre éminent compatriote, 
le cardinal J.-B. Pitra, comme un gage nouveau de la protection 
accordée aux lettres par le souverain pontife. 

H. Omont. 



Mittheilungen des Instituts fur oesterreichische Geschichtsforschung. 
Unter Mitwirkung von Th. Sickel, etc., redigirt von E. Mûhl- 
BiCHER. V. Band, -1884; VI. Band, -1885 5 I. Erganzungsband , 
•1885. Innsbruck, Wagner. In-8o, 3 vol. 

Grâce à la création des fascicules supplémentaires, qui paraissent 
depuis deux ans à époques variables et forment une série distincte, le 
nombre des volumes de la revue de l'Institut historique viennois, 
publiés en 1884 et 1885, s'élève à trois : les tomes V et VI de la série 
ordinaire et le premier volume supplémentaire ou Erganzungsband. 
La plupart des articles concernent l'histoire de l'Empire ou celle des 
divers États allemands. Voici l'indication sommaire de ceux qui ont 
une portée plus générale ou un intérêt plus direct pour les lecteurs 
français. 

Diplomatique pontificale. — M. E. Kaltenbrunner étudie successive- 
ment les registres des bulles pontificales au xni^ siècle (vol. V, p. 213), un 
cartulaire du saint-siège, le Liber rubeus, commencé par ordre de Pie II, 
à Sienne, en 1460 (V, 618), et les plus anciens registres des brefs, qui 
ne remontent qu'au xv« siècle (VI, 79). — M. E. v. Ottenthal donne 
des notions sommaires sur les registres pontificaux des années 1304 
à 1308 (V, 128), une description détaillée de ceux de Martin V et d'Eu- 
gène IV, papes de 1416 à 1447 (Erg., I, 401), et des remarques sur les 
registres de la chambre apostolique au xv siècle (VI, 614). — M. Em. 
Werunsky présente des observations sur les registres de Clément VI et 
d'Innocent VI, 1342-1362 (VI, 140). — M. J. v. Pflugk-Harttung étudie 
un caractère des bulles originales de Léon IX (1049-1054) et de 
quelques-uns de ses successeurs, le comma, signe de forme variable. 



293 

placé après le monogramme qui représente les mots Dene valete (V, 
434). _ M. W. Dickamp décrit une bulle de Léon IX pour Andlau, 
n» 3194 de Jaffé, retrouvée en original aux archives de la ville de Stras- 
bourg (V, 141). 

France : Mérovingiens. — On sait la grande place que tiennent les 
Syriens dans les récits de Grégoire de Tours. 11 est évident que les 
hommes do cette nationalité étaient très nombreux en Gaule à l'époque 
mérovingienne. M. Scheffer-Boichorst montre qu'ils n'étaient pas 
moins répandus dans tout le reste du monde romain, où ils faisaient un 
commerce étendu (VI, 521). Peut-être n'étaieut-ils guère moins nom- 
breux que les Juifs. Il en fut ainsi jusqu'à la conquête de la Syrie par 
les Musulmans, qui mit fin aux relations commerciales entre ce pays et 
l'Occident chrétien. 

France : Carolingiens. — M. Scheffer-Boichorst soumet à un exa- 
men critique le récit contenu dans la vie du pape Adrien I", sur la 
promesse de donation de territoires étendus en Italie, faite au saint- 
siège par Pépin et renouvelée par Charlemagne en 774 (V, 193). Il 
conclut à l'authenticité de ces promesses et à l'exactitude des faits 
racontés par le biographe du pape. Il croit seulement que l'indication des 
limites des territoires promis a été falsifiée après coup. — M. Miihl- 
bacher publie une série de diplômes inédits des souverains allemands du 
ix«, du xe et du xf siècle, et, en tête, deux diplômes de Louis le Pieux 
pour le monastère itaUen de Montamiata, 17 novembre 816 et 27 octobre 
821 iV, 378). 

Alsace-Lorraine. — M. Al. Schulte étudie les annales écrites dans 
divers couvents d'Alsace à l'épociue des Ilohenstaufen (V, 513). Il n'ac- 
corde pas aux Annales Argentinenses l'importance qu'a voulu leur donner 
leur premier éditeur, Grandidier; loin d'y reconnaître, avec celui-ci, 
la source de toutes les chroniques alsaciennes de cette époque, il y voit 
une compilation de plusieurs ouvrages, dont quelques-uns sont aujour- 
d'hui perdus. Quant à la chronique connue sous le nom à'Amiales 
Marbacenses, il repousse l'opinion de ceux qui la croient écrite, soit à 
Marbach, près de Golmar, soit au monastère de la Trinité de Stras- 
bourg, et il l'attribue, avec Bohmer, au monastère cistercien de Neu- 
bourg, près de llaguenau. 

Histoire des découvertes. — M. Fr. Wieser publie, d'après l'original 
conservé à la bibliothèque de Saint-Marc à Venise, une dépêche ita- 
lienne de Gaspar Contarini, datée de Valladolid, le 24 septembre 1522; 
c'est l'un des plus anciens documents oii se trouve relaté le voyage de 
Magellan autour du monde (V, 446). 

Histoire des arts. — M. Simon Laschitzer traite, d'une façon complète, 
en plus de cinquante pages de texte serré, des meilleures méthodes à 
suivre pour la rédact""on des catalogues d'estampes et de gravures 
(V, 565). — M. K. WencU traite des inventaires du trésor des papes au 



294 

xiii^ et au xiv siècle et publie le catalogue des livres de Benoît XI, 
dressé en 13H (VI, 270). — M. E. v. Ottenthal publie quelques notes 
tirées des registres du saint-siège sous Martin V et Eugène IV, de 
1421 à 1441; ces notes peuvent servir à compléter les renseignements 
donnés par M. Mûntz dans ses études sur les Arts à la cour des impes 
(V, 440). — M. Thausing confirme l'attribution à Michel Wolgemut 
d'un grand nombre de pièces dessinées ou gravées, qui sont signées d'un 
W, et dont on a fait honneur, à tort, à Wenceslas d'Olmiitz (V, 121). 
Il publie en même temps une pièce qui montre Wolgemut intéressé 
commercialement dans une entreprise de librairie, la publication d'un 
ouvrage illustré, la Chronica mundi de Hartmann Schedel. 



Eine Augustin fdlschlich beilegte Homilia de sacrilegiis, aus einer 
Einsiedeler Handschrift des achlen Jahrhunderts herausgegeben 
und mit kritischen und sachlichen Anmerkungen ^ sowie mit 
einer Abhandlung begleitet von D'' G. P. Gaspari. Christiania, 
Jacob Dybwad, ^886. In-8% 73 pages. 

Le sermon que M. le D'" Gaspari vient de tirer d'un manuscrit de 
l'abbaye d'Einsiedeln, copié en caractères mérovingiens, est rempli de 
renseignements les plus curieux sur les superstitions populaires. Les 
commentaires que l'éditeur y a joints en augmentent encore l'intérêt. 

iEiVEAE SiLVii PiccoLOMiivi Seuensis qui postea fuit Pins II Pont. Max. 
opéra inedita. Descripsit ex codicibus Chisianis vulgavit notisqiie 
illustravit Josephus Gugnoxi, Ghisianae Bibliotheca3 prsefectus. 
[Atti délia R. Accademia dei Lincei. Anno GCLXXX-1 882-83. 
Série terza. Memorie délia classe di scienze morali storiche et filo- 
logiche. Volume VIII. Roma, 1883.) 

^Eneas Silvius Piccolomini, élevé au trône pontifical en 1458, et qui 
prit le nom de Pie II', a laissé de nombreuses lettres, divers écrits en 
prose et une certaine quantité de pièces de poésie^. Si tous ces mor- 
ceaux n'ont pas une égale valeur, ils témoignent du moins d'une véri- 
table érudition, d'une conviction ardente, mais trop fréquemment 
aussi d'une violence excessive. Les curieux et nombreux fragments que 

1. Né le 19 octobre 1405, il mourut le 14 août 1464. 

2. L'édition des œuvres de Pie II dont s'est servi M. J. Cugnoni est celle 
de Bàle{l vol. in-fol., 1551). Il a naturellement employé aussi les lettres décou- 
vertes et éditées par G. Voigt {Archiv fur Kunde oesterreicMscher Geschichis- 
quellcn, vol. XVI, 1856). M. J. Cugnoni signale enfln dans la bibliothèque 
Chigi un précieux exemplaire des œuvres de Pie II (édition de Nuremberg, 1481) 
et qui porte en marge des observations de la main de Pie III. 



295 

M. J. Cugnoni a mis au jour ne font que confirmer l'opinion que, sur 
ce point, on avait déjà de Pic II. 

Le nouvel éditeur a fourni un très important complément à ce qu'on 
connaissait des œuvres de ce pape ; on s'en convaincra en remarquant 
que ses additions occupent 307 pages du volume VIII des Mémoires de 
l'Académie de Lincei. Un fac-similé de l'écriture d'iEneas Silvius 
accompagne les textes inédits '. 

Mais, comme l'a fait remarquer M. Cuguoni dans sa préface, il a 
réuni les matériaux d'une nouvelle édition, plutôt qu'il ne l'a faite; en 
effet, il s'est borné à publier les fragments inédits sans les relier les 
uns aux autres par les parties déjà connues. Ce plan rend assez difficile 
l'usage de ces documents, car il faut continuellement se reporter aux 
éditions antérieures pour ce qui a été précédemment publié. 

Une table onomastique eût été vraiment indispensable; on peut 
également regretter la rareté des notes, qui ne tiennent pas toujours ce 
que la préface semble promettre. 

Enfin, pour en finir avec les critiques de détail, il est tout à fait 
fâcheux de voir l'éditeur s'obstiner dans l'étrange méthode qui con- 
siste à ne signaler par des majuscules que les noms propres qui en ont 
dans les manuscrits ; or, chacun sait combien l'usage de cette nature de 
lettres a été arbitraire au moyen âge : il s'en suit une véritable confu- 
sion dans les textes imprimés 2. 

Les manuscrits utilisés par M. Cugnoni appartiennent tous au dépôt 
dont la garde lui est confiée; ils sont au nombre de283. A leur descrip- 
tion, véritablement bien rapide, succède un catalogue des manuscrits 
composant la bibliothèque d'iEneas Silvius, et qui passèrent en partie 
dans la collection particulière d'Alexandre VII (Fabio Chigi). 

Quant à la raison qui a fait-omettre dans les anciennes éditions un si 
grand nombre de pièces, c'est l'intention même de Pie II, lequel dans 
le manuscrit F a fait suivre les passages à supprimer des mots : 
« dimittc, — dimitte banc, — dimittatur, — dimitte totum''*. » 

La publication de M. Cugnoni ajoute à la fois aux lettres, aux dis- 
cours, aux « narrationes », enfin aux autres œuvres de Pie II. Parmi 



1. M. J. Cugnoni avertit très loyalement ses lecteurs qu'il s'est servi d'un cata- 
logue des œuvres éditées et inédites de Pie II, catalogue qui avait été rédigé par 
le comte Scipione Borghesi, de Sienne. 

2. Ce qu'il y a de plus regrettable, c'est que, page 327, M. Cugnoni considère 
la rareté des majuscules comme un des mérites de son édition. 

3. Parmi ces manuscrits, nous en citerons deux remarquables. Le premier, 
cité par l'éditeur sous la lettre F, et qui est coté K \'I. 208, contient les cor- 
rections originales de l'auteur; le second, désigné par la lettre R, et coté I. VU. 
251, est autographe dans plusieurs de ses parties. 

i. Voir la note précédeiue. 



296 

ses lettres inédites, il en est quelques-unes qui intéressent tout par- 
ticulièrement l'histoire de France. 

Mais, si la plupart de ces documents n'ont pas été publiés, il en est 
un au moins dont il paraît difficile de justifier l'insertion dans un recueil 
consacré exclusivement aux œuvres de Pie II; il est, de plus, déjà 
connu. C'est la lettre par laquelle Sigismond, duc d'Autriche, demande à 
Charles VII, au nom de la solidarité qui doit lier les princes entre eux, 
de l'aider dans la répression de la révolte des Suisses*. M. de Beau- 
court a signalé l'original 2 et en même temps une impression de cette 
pièce dans VAlsatia diplomatica de Schœpflin^. 

Les autres lettres publiées par M. J. Cugnori traitent de graves 
matières ecclésiastiques. 

Le premier de ces documents qui ait rapport à la France'*, daté du 
26 juin 1457, et adressé par Calixte III à Charles VII"', apour objet les 
plaintes que le pape formule contre divers arrêts du Parlement de Paris, 
qui s'était immiscé dans une affaire purement ecclésiastique. Il s'agis- 
sait d'un chevalier Jean d'Albiest, du diocèse de Nantes, qui, après avoir 
été excommunié par son évêque Guillaume de Malestroit*' pour avoir 
porté la main sur un clerc, avait voulu porter l'affaire au Parlement; 
celui-ci s'était empressé, malgré son incompétence, de la retenir et de 
condamner sévèrement le prélat ''. 

Le pape résume ainsi, avec une grande clarté, les griefs que prétend 
avoir Charles VII : 

1° Le roi soutient que le temporel du siège de Nantes relève de lui- 
même, ce que conteste l'évêque. De son côté, le duc de Bretagne 
réclame ce droit pour lui s. 

1. P. 386. 

2. Chronique de Mathieu d'Escouchy, t. I, p. 9, note 1. 

3. Schœpilin a publié en même temps la lettre que le roi des Romains écrivit 
aussi à Charles VII (t. II, p. 371 et 372). La date donnée par l'original (B. N., 
Franc. 6963, n° 1) est celle du 21 août 1443. M. J. Cugnoni donne la date du 
22 août. 

4. LIX, p. 442. 

5. La lettre est suivie de la mention « diclata per Eneam cardinalem Senensem. » 

6. Par suite d'une faute d'impression sans doute, M. Cugnoni imprime Guil- 
laume de Malêboit (p. 442, noie 3). Sur cet évêque, voir Gallia christiana, 
i. XIV, col. 829. Jean d'Albiest était probablement au service du duc de Bretagne. 

7. Jîneas Silvius, alors cardinal du titre de Sainte- Sabine, avait été chargé par 
le pape d'écouter les explications du commissaire royal et des procureurs de 
l'évêque de Nantes. 

8. La question du temporel des églises de Bretagne provoqua sous Louis XI 
des réclamations assez vives; à ce sujet, Pie II envoya en France le légat Jean 
Cesarini, qui fut arrêté par ordre du roi. Voir sur ces questions : le Cardinal 
Jean Jouffroij et son temps, 1412-1473, par M. Fierville (Coutances, 1874, in-8°). 



297 

2» Il veut que le pape fasse lever la sentence d'excommunication 
prononcée par l'évèque de Nantes. 

A ces prétentions, le pape répond qu'il ne peut être question do laisser 
décider au Parlement si lo temporel de l'évèché de Nantes relève ou 
non du roi do France. Aussi, il propose de s'en remettre à la décision 
d'une commission arbitrale. Dès que Charles YII aura adhéré à cette 
offre, le saint-père désignera un prélat du royaume qui sera chargé 
d'absoudre les excommuniés. 

Une des lettres suivantes' nous reporte à quelques années plus tard 
(1463). ^Enoas Silvius a été élu pape et Louis XI a succédé à son père. 
Louis XI venait d'abroger la Pragmatique Sanction. A défaut de 
témoignage plus effectif de reconnaissance, Pie II l'avait vivement féli- 
cité et remercié; il avait même consenti à donner le chapeau à Jean 
Jouflroy, d'abord -évêque d'Arras, et qui allait échanger ce siège pour 
celui d'Albi. Mais Louis XI, qui, lorsqu'il n'était que dauphin, 
avait eu des obligations particulières à Jouffroy, voulut lui faire avoir 
en outre l'archevêché de Besançon et, dans ce but, vanta au pape la 
part que l'évoque d'Arras avait eue dans l'abrogation de la Pragma- 
tique. Mais le pape, déjà fort hostile au conseiller de Louis XI, refusa 
énergiquement de donner deux églises cathédrales à un même prélat; 
et c'est là l'objet de la lettre que nous venons d'analyser. 

Dans une autre lettre-, datée du 6 octobre 1463, Pie II reproche au 
roi les termes dont il s'est servi à son égard-'. En outre, les attaques 
contre Jean Jouffroy prennent un caractère particulier d'âpre té : « Dicis 
« quod placet, et quod perversi suggerunt homines... Impie agit qui 
a talibus artibus venatur gratiam tuam. » Enfin, le saint-père réclame 
contre larrestation de Jean Cesarini, son légat pour les allaires do la 
régale en Bretagne'^, demande la punition de ceux qui l'ont saisi et 
proteste qu'il n'a voulu en aucune façon attenter aux droits du roi. En 
dernier lieu, il ajoute à l'adresse du cardinal d'Albi : « Studendum est 
« ut viri boni sint, qui nos inter et te negotia tractent. » 

Vers la fin de l'année 1463 ou les premiers mois de 1464, la dignité 
de trésorier de l'église d'Angers et un canonicat de l'église de Paris 
ayant été déclarés vacants, Louis XI pria Pie II d'en investir son con- 
seiller Jean Balue; en même temps, il annonçait au pape que l'intéressé 
avait été mis en possession par l'autorité ordinaire, et qu'il le soutien- 
drait envers et contre tous. 



1. LXII, p. 450. 

2. LXIII, p. 451. 

3. ff Ex Ambosia scripsisli nobis que voluisti. » 

4. Voir plus haut. — Cependant il fut assez rapidement relilclié; car pen- 
dant qu'il écrivait cette lellre, le pape savait que Jean Cesarini revenait à 
Rome. 

20 



298 

Pie II, dans une lettre < datée du 4 avril 1464, refusa pour trois 
raisons : 1° parce qu'il a, par grâce expectative, disposé de la succession 
à la dignité de trésorier de l'église d'Angers ; 2" parce que Jean Balue, 
ayant mis la main sur des bénéfices réservés au saint-siège et s'y ins- 
tallant comme un intrus, s'est rendu indigne; 3° parce que le roi 
prétend défendre cette intrusion envers et contre tous. Si le roi veut 
agir ainsi qu'il le dit, pourquoi demander au pape ce qui ne dépend 
que du pouvoir royal : « Si quis tibi dixerit : da mihi hoc castellum, 
« aut ego vi captum retinebo; scimus non ferres animo equo. » Tel est 
pourtant le raisonnement tenu par le roi, ou plutôt par un conseiller 
assez peu spirituel, « cujus non est sufficienti sale conditus animus. » 
En conséquence, le pape refuse et engage le roi à se calmer. 

On vient de voir quelle était en style officiel l'opinion de Pie II sur 
Jean JouÊfroy; lorsqu'il écrivait en son particulier, le pape se croyait 
tenu à moins de modération. Dans la partie de ses « narrationes, » qui 
était restée inédite jusqu'à la publication de M. J. Cugnoni^, on ren- 
contre fréquemment des phrases, dont la moins choquante est celle-ci : 
« Fuit enim vorax et vini potor immoderatus, quo postquam incaluit, 
« nuUum sui servavit imperium. » Il nous paraît inutile de continuer 
des citations, dont quelques-unes seraient scandaleuses, d'autant que 
l'opposition de Jean Jouffroy à divers projets de Pie II ne saurait jus- 
tifier de pareils écarts de langage. On comprendra aisément d'ailleurs 
que, sans accepter aveuglément l'opinion de M. Fierville, l'historien de 
Jean Jouffroy, et qui nous semble peut-être un peu partial pour son 
personnage, on ne puisse adopter comme démontrées les honteuses 
accusations que Pie II a portées contre lui. 

H. MORANVILLÉ. 



F. DE MÉLY. Le Trésor de Chartres, ^3^ 0-1773. Paris, Picard, 1886. 

ln-80, XLix-136 pages. 
L. Palustre et X. Barbier de Montault. Le Trésor de Trêves. 

30 planches en phototypie par P. Albert- Dujardin. {Mélanges d'art 

et d'archéologie. Première année.) Paris, Picard, -1886. In-4'', 

viii-60 pages. 

Le premier de ces ouvrages a pour objet principal la publication d'un 
inventaire dressé en 1682 par un des chanoines de la cathédrale de 
Chartres, à l'époque où le trésor était dans tout son éclat. Mais ce n'est point 
une simple nomenclature, brève et aride, que l'éditeur nous présente. 
Les actes capilulaires du chapitre, qui faisait à époque fixe des relevés 
de ses reliques et de ses richesses artistiques (ces registres sont à la 

1. LXX, p. 460. 

2. P. 546. 



299 

bibliothèque de la ville) ; le nécrologe consignant les noms des dona- 
teurs; les inventaires, les pièces originales ou les travaux anciens rela- 
tifs à l'histoire de la cathédrale, et conservés aux archives d'Eure-et- 
Loir, tous ces documents ont été pour M. de Mély l'occasion d'un 
commentaire descriptif et historique aussi utile qu'abondant. 

Une quinzaine de gravures obtenues par le procédé héliographique 
apportent un intérêt do plus à l'étude des principaux objets, parmi les- 
quels il faut citer le calice de vermeil à fleur de lys, donné par Henri III 
en 1582; la navette à encens, en nacre garnie d'orfèvrerie ciselée, don- 
née par Mr Miles d'IUiers en 1540; la précieuse étoffe dite voile de la 
Vierge; le grand camée de Charles V, aujourd'hui à la Bibliothèque natio- 
nale; enfin la châsse de saint Aignan. Ce splendide morceau d'émail- 
lerie du xni« siècle n'est entré au trésor que depuis la Révolution, mais 
l'auteur n'a pas cru devoir l'omettre dans la copieuse introduction qui 
précède l'inventaire, et où il présente au lecteur toute la chronique du 
trésor, avec de curieux détails sur les présents apportés par les rois et 
les princes. Chartres, en effet, a attiré do tout temps de nombreux pèle- 
rinages, et c'est dans sa cathédrale que Henri IV se fit sacrer. 

La Révolution accomplit là comme ailleurs son œuvre habituelle de 
profanation et de ruine; mais plusieurs pièces d'un grand intérêt 
artistique ont été sauvées et sont conservées aujourd'hui dans des 
musées; l'auteur a eu le soin de les replacer au rang qu'elles occupaient 
autrefois. Une table exacte, mais qu'on voudrait un peu plus complète, 
termine le volume, que distingue une impression tout à fait élégante. 
Il serait à souhaiter que des publications analogues nous donnassent, 
pour les trésors importants de nos cathédrales, un guide et un répertoire 
aussi commode et aussi soigneusement préparé. 

Le plan du volume de MM. Palustre et Barbier de Montault est diffé- 
rent du précédent. Ils ont pris dans le trésor de Trêves et dans quelques 
autres églises de la même ville une série d'œuvres importantes, les ont 
fait reproduire en un album de trente planches et se sont appliqués à 
les éclaircir chaque fois d'un commentaire spécial. Ce trésor est peu 
connu et d'une composition particulière; les pièces y sont peu nom- 
breuses, mais originales et en quelque sorte exceptionnelles. Plusieurs 
sont d'une haute importance. Des ivoires, des émaux, de l'orfèvrerie, 
des miniatures de manuscrits révèlent à Trêves, au x^ siècle même, une 
période de progrès et de rénovation; du reste, ni vêtements sacerdotaux, 
ni grandes châsses, ni vases sacrés, comme la plupart des trésors d'église 
en offrent tant. 

Les auteurs ont pris soin, disent-ils, de rechercher les provenances, 
le procédé d'exécution, l'atelier de l'artiste; « la description a été faite, 
moins pour renseigner 'es archéologues, qui savent voir, que pour 
apprendre aux personnes studieuses mais novices la méthode d'obscr- 



300 

vation et d'investigation, » et ils ont appelé à l'aide « la liturgie et le 
symbolisme, pour la vivifier. » 

Je m'empresse d'ajouter qu'il n'y a pas beaucoup de symbolisme dans 
le volume, heureusement. Cette étude, très amusante pour certains 
esprits ingénieux , est bien dangereuse à proposer à des « personnes 
novices. » Il faut être tout à fait fort pour jouer avec impunément. 
Le symbolisme ne demande pas seulement une science profonde et 
exacte, mais un jugement sûr et un sens critique impitoyable. Encore 
est-il toujours bon de se métier, parce qu'on ne sait jamais où cela 
mènera. L'œil se fait au demi-jour des hypothèses et découvre des clar- 
tés nouvelles dans ce qui n'est au fond qu'une fantaisie isolée ou un 
fait parfaitement usuel. Aussi n'y a-t-il peut-être pas de branche de 
l'archéologie qui provoque de la part des inhabiles des découvertes ou 
des renseignements plus naïfs ou plus extravagants. 

La grosse critique que l'on peut adresser au Trésor de Trêves, c'est 
l'insuffisance des planches. Du moment qu'on voulait leur donner une 
place d'honneur, mieux valait en réduire le nombre, se contenter de 
vingt, de quinze au besoin, bien choisies, et reproduites par les vrais 
procédés de photogravure dont on dispose aujourd'hui, et qu'emploie, 
dans le même format, la Gazette archéologique par exemple. Il est juste 
de dire que l'accès de ce trésor est difficile; il est probable que le jour 
était mauvais et les photographies difficiles à prendre. Mais il est regret- 
table que pour telle ou telle pièce, comme l'ivoire latin du v' s. (? pi. 1), 
l'encensoir d'argent repoussé, tin xi-^ s. (pi. 8), dont, paraît-il, « l'idée 
surtout est éminemment symbolique, » le reliquaire aux porteurs, 
xiv^ s., un cuivre doré. (pi. 17), la couverture du Liber aureus, xv« s. 
(pi. 21), le camée antique (pi. 27), le coffret oriental du xn^ s. (pi. 15), 
couvert de filigranes délicats, les planches soient à peine capables de 
donner une idée générale des objets que le texte voisin décrit en détail. 
Celles du tableau de la vraie croix, du xni^ s. (pi. 21-25), œuvre bien 
connue, chargée d'émaux, d'intailles, de fiUgranes, avec le revers de 
cuivre gravé ou doré, ne sont que passables : c'est dommage, car le 
monument est hors ligne et certainement un des spécimens les plus 
achevés de l'art de son siècle. 

Yoici quelques planches qui valent mieux : l'étui du saint Clou, 
d'abord (pi. 2), ouvrage allemand du x*" siècle, en or émaillé et cloisonné, 
une des plus belles pièces du trésor, sans contredit; une couverture 
d'évangéliaire, xii^ s. (pi. 14), en argent doré, avec des pierres et les ani- 
maux des évangélistes en relief de cuivre doré, d'un dessin très vigou- 
reux; une crosse, xni« s. (pi. 16), élégant travail de Limoges. Enfin, je 
citerai encore, malgré de graves défauts, une couverture d'évangéliaire 
du xn^ s. (pi. 11), avec bordure de filigranes à pierres et plaques émail- 
lées, et au centre une crucifixion, dont les trois personnages, qui peuvent 
remonter au xi'' s., sont très intéressants; le triptyque de saint André 



3o^ 

(pi. 9), en cuivre doré et émaillé, xir s., comprenant au centre une 
petite statuette xvi« s., et sur les côtés six précieux petits panneaux 
émaillés avec inscriptions; enfin, l'autel portatif du x« s. (pi. 3-5), pièce 
capitale, ornée d'une riche décoration de découpure d'or, de perles, 
de filigrane!., d'émaux, d'intailles et de pierres précieuses de toute sorte. 

H. DE CURZON. 



Les Frères Prêcheurs en Gascogne au XI II" et au XI V^ siècle, docu- 
ments inédits publiés pour la Société historique de Gascogne, par 
G. Douais, chanoine honoraire de MoiiLpellier, professeur à Tlns- 
tilut calholique de Toulouse. (Fascicules vii"= et viii-^ des Archives 
historiques de la Gascogne.) Paris, Champion, ^885. In-8% 
509 pages. 

Nous félicitions naguère M. l'abbé Douais de l'heureuse idée qu'il 
avait eue en publiant son Essai sur l'organisation des études dans l'ordre 
des Frères Prccheurs, exposé très net et très complet des procédés d'en- 
seignement usités chez les Dominicains contemporains de saint Tho- 
mas. Le même auteur n'a pas reculé devant la transcription intégrale 
d'un grand nombre des documents dont il avait précédemment tiré si 
bon parti. Il remplit aujourd'hui deux fascicules des Archives histo- 
riques de la Gascogne d'une série de textes latins dont voici la nomencla- 
ture : les actes des chapitres généraux des Frères Prêcheurs tenus à 
Bordeaux en 1-277, en 1287 et en 1324; les actes de vingt chapitres 
provinciaux de la première province de Provence et de la province de 
Toulouse; des règlements relatifs à l'Infjuisition de Toulouse et de 
Carcassonne; un état des visiteurs et lecteurs des deux couvents de Mar- 
ciac et de Port-Sainte-Marie; un accord entre les religieuses de Prouilles 
et la province de Toulouse; enfin, l'histoire de la fondation et la liste 
des prieurs de treize couvents de Gascogne, tirées de l'ouvrage encore 
inédit de Bernard Gui et de ses continuateurs. 

Le travail personnel de l'éditeur ajoute beaucoup à la valeur de cette 
volumineuse copie. Des sommaires précèdent les textes; les subdivi- 
sions abondent; les notes se multiplient au bas des pages. Une série 
de notices rangées par ordre alphabétique donne, sinon la biographie, 
au moins la liste des fonctions et des résidences successives de cinq 
cent douze frères prêcheurs. Ces notices sont môme rédigées à l'aide de 
documents empruntés pour la plupart à des œuvres inédites de Gérard 
de Frachet et de Bernard Gui : dépouillement considérable qui, s'il n'a 
pas toujours conduit à d'importantes découvertes, témoigne du moins 
de l'activité et de la patience de M. l'abbé Douais. 

Et, cependant, il manque à cet ouvrage un complément indispen- 
sable. L'auteur, sans doute, ne méconnaît pas l'utilité des tables : il en 



302 

a même imprimé quatre. Une seule nous suffirait, pourvu qu'elle fût 
complète. 

Mais conçoit-on que les frères prêcheurs , dont l'histoire seule fait 
l'objet de cette vaste publication, et dont les noms reviennent vingt fois 
à toutes les pages du volume, aient été exclus systématiquement de la 
table des noms de personnes (Index nominum ad ordinem Fratrum 
Prsedicatorum non pertinentium) ? Les cinq cent douze notices qui pré- 
cèdent les tables sont loin de contenir les noms de tous les frères prê- 
cheurs cités dans le corps de l'ouvrage. Elles ne renvoient même pas aux 
pages du vol. Cependant, ce premier travail achevé, M. Douais a pensé 
être quitte envers l'ordre de Saint-Dominique : il s'est dit que personne 
après lui ne recommencerait l'enquête à laquelle il s'était livré, que le 
lecteur n'avait que faire des Dominicains sur lesquels il n'avait pu 
recueillir aucun renseignement précis, et que, par conséquent, une 
table générale des frères prêcheurs nommés dans le corps de l'ouvrage 
était de surérogation. Singulier raisonnement! Si les notices rédigées 
par M. Douais contiennent tout ce qu'il y a dans le volume d'inté- 
ressant sur les frères prêcheurs, M. Douais pouvait se contenter de 
publier ses notices. Si au contraire les documents édités par le même 
auteur sont destinés à être lus, s'ils sont appelés à rendre quelque ser- 
vice en permettant soit de compléter, soit de contrôler le travail 
personnel de M. l'abbé Douais, il fallait alors mettre le lecteur à môme 
de les utiliser. Une bonne table pouvait seule répondre à ce besoin. 

D'ailleurs, nous ne ferons pas à M. Douais l'injure de croire qu'il 
a lui-même donné tous ses soins à la rédaction des tables de son 
ouvrage. Elles sont aussi confuses qu'incomplètes. Le même personnage 
y figure successivement aux noms de Guillclmus et de Willelmus; sous 
une même rubrique, Eduardus, rex Anglie, se rencontrent pêle-mêle 
Edouard I^f, Edouard II, et même Edouard, le prince Noir, qui n'a 
jamais été roi d'Angleterre. Si, par la faute du scribe, ou de l'éditeur, 
un nom se trouve estropié dans le corps du volume, on peut être sûr 
que les tables reproduisent consciencieusement le barbarisme. Helionors, 
comilissa Umdocinensis et Prohcryninias liber, tels sont les articles qu'on 
y lit aux pages 491 et 503 : cependant M. l'abbé Douais connaît aussi 
bien que nous Éléonore de Montfort, comtesse de Vendôme (Vindocinen- 
sis) et le Hepi ip\Lt)vslac, d'Aristote. 

Il est regrettable que tant de précipitation dépare un recueil destiné 
à rendre de grands services à l'histoire littéraire et religieuse du xin^et 
du xiv'' siècle. 

N. Valois. 



303 



Les Écoliers de la nation de Picardie et de Champagne à r Univer- 
sité d'Orléans, par Eug. Bimbenet, membre de la Société archéo- 
logique et, historique de l'Orléanais. Orléans, Herluison, i886. 
In-S", -182 pages. 
r Université d'Orléans pendant sa période de décadence, d'après des 
documents récemment découverts^ par J. Loiskleur, bibliothécaire 
de la ville d'Orléans. Orléans, Herluison, 1886. In-8^ 80 pages. 
Les deux brochures que nous réunissons sous le même compte rendu 
sont toutes deux intéressantes et chacune apporte un certain nombre de 
faits nouveaux sur l'histoire de l'université orléanaise. 

M. Bimbenet, qui a publié naguère une très bonne Histoire de Vuni- 
versité de lois d'OrUans, complète cet ouvrage par des études de détail 
sur le même sujet. Aujourd'hui, il fait l'histoire des écoliers de la nation 
de Picardie et de Champagne d'après l'unique registre, rédigé par les 
procurateurs de la nation, qui soit parvenu jusqu'à nous. Il tire de ce 
précieux document tous les renseignements possibles sur la vie inté- 
rieure de la nation, ses statuts, ses droits, ses privilèges et les actes de 
ses procurateurs. Le plus curieux des droits de la nation de Picardie 
était la redevance de la « maille d'or de Florence » que le seigneur de 
Beaugency devait remettre, chaque année, au procurateur, le jour de la 
fête de saint Firmin, patron de la nation; M. Bimbenet consacre à ce 
droit deux intéressants chapitres. Le volume se termine par un appen- 
dice contenant les noms des procurateurs de la nation, de 1590 à 1631, 
et l'indication de leurs armoiries. 

La brochure de M. Loiseleur est faite d'après des papiers provenant 
de la succession d'Aymon Proust de Ghambourg, professeur à l'univer- 
sité d'Orléans au milieu du siècle dernier. Ces papiers se rapportent à la 
fin du xvne siècle et à la première moitié du xvni^ ; ils font connaître 
exactement l'état de décadence dans lequel était tombée l'université 
orléanaise, par suite de la diminution progressive du nombre des élèves. 
M. Loiseleur racoute d'abord les querelles amenées parmi les professeurs 
par la création de la chaire de droit français ; puis, après avoir établi 
très ingénieusement le montant des revenus et celui des dépenses de 
l'université, il dévoile les abus innombrables qui s'étaient glissés dans 
le corps universitaire, l'élévation arbitraire du prix des grades, les mar- 
chandages, la collation de la licence ou du doctorat à des ignorants 
moyennant finance, etc. La décadence alla en s'accentuant jusqu'à 
la Révolution, et la suppression de l'université ne fit que prévenir de 
quelques années la dissolution définitive qui attendait fatalement cette 

institution si florissante au moyen âge, 

Léon Lecestre. 



304 



Armoriai général de l'Anjou^ par M. Joseph Denais. Angers, Ger- 
main et G. Grassin, ^885. 3 vol. in-S», avec planches. 

Le travail que M. Denais livre au public érudit est le fruit de dix 
années de constants efforts; on ne saurait trop louer l'auteur de la 
persévérance qu'il a déployée dans une œuvre difficile et aride. On con- 
sultera journellement V Armoriai d'Anjou, sans songer qu'il représente 
une somme considérable de patientes recherches. Quelques-uns, peut- 
être, regretteront que l'Armoriai ne soit pas un nobiliaire ; la vanité de 
plusieurs en sera froissée; d'autres s'indigneront de n'y pas figurer; les 
érudits seuls sauront gré à M. Denais de s'être limité aux familles dont 
l'existence ancienne lui a été révélée sur pièces dignes de foi. Ils sau- 
ront qu'ils peuvent se fier au nouveau répertoire, et se faire une opi- 
nion personnelle sur les familles auxquelles ils s'intéressent en remon- 
tant aux sources indiquées par l'auteur. 

M. Denais a donc fait preuve de prudence et d'érudition; chaque 
mot, dans son livre, est appuyé de la source à laquelle il l'a emprunté; 
ce sera au lecteur d'apprécier le degré de créance que mérite tel ou tel 
nobiliaire ou document employé par M. Denais; personne n'acquerra 
de piano, en figurant dans l'armoriai nouveau, un certificat de noblesse 
analogue à celui qu'on s'est trop souvent de nos jours habitué à chercher 
dans d'Hozier. 

L'ouvrage débute par un vocabulaire héraldique; il se termine par 
une table des devises et un répertoire des armoiries et des meubles ; de 
nombreuses planches facilitent l'explication de blasons en les faisant 
voir au lecteur. Ce sont là d'excellents et utiles compléments, dont on 
doit remercier l'auteur. 

Il y a cent ans, nous dit M. Denais, dans sa préface, qu'un projet 
d'armorial d'Anjou avait été conçu. Si nous avons pu regretter, avant 
l'apparition du livre de M. Denais, que la réalisation de ce projet se 
soit fait attendre pendant un siècle, nos regrets n'ont plus d'objet 
aujourd'hui : tout vient à point à qui sait attendre. 

J. Delà VILLE Le Roulx. 



Ville de Romorantin. Inventaire sommaire des archives commu- 
nales antérieures à J790, rédigé par M. Fcrnand BouRNo^f, archi- 
viste du département. Biois_, imprimerie Moreau et G''', -IS84. In-^". 

L'inventaire des archives de Romorantin, dressé par notre confrère 
M. F. Bournon, fait partie de V Inventaire-sommaire des arcJiives commu- 
nales, publié sous la direction du ministre de l'instruction publique et des 
beaux-arts. Il est divisé en neuf séries qui forment un ensemble de 



305 

3,351 pièces et de 122 registres, et dont chacune est cnn sacrée à une 
catégorie spéciale de documents : actes constitutifs et politiques de la 
commune, — administration communale, — impôts et comptabilité, — 
propriétés communales, — affaires militaires, — procédure, justice, 
police, — cultes, instruction, assistance publique, — agriculture, com- 
merce, industrie, — documents divers, inventaires, objets d'art. A l'ex- 
ception de la charte constitutive de la commune, avec ses confirmations 
et ses développements (1196-1255), toutes les pièces sont postérieures à 
l'année 1434, et celles qui sont comprises entre les années 1434 et 1500 
sont très peu nombreuses. M. Bournon n'a donc pas entièrement raison 
lorsqu'il dit, dans son Introduction, que cet inventaire réunit et prépare 
tous les matériaux d'une bonne histoire locale. Il aurait pu nous faire 
connaître brièvement les sources principales de cette histoire au moyen 
âge, et nous dire, par exemple, si les archives départementales peuvent 
suppléer en quelque mesure aux lacunes du dépôt communal. 

Dans la première série (AA), outre les actes constitutifs, on trouvera 
diverses pièces intéressant l'histoire générale : entrées de François I" et 
de Claude sa femme en 1517, de Henri II en 1550, de Madame de Savoye 
en 1559; avis officiels des principaux événements politiques (1710- 
1755). — Dans la deuxième série (BB) sont comprises toutes les pièces 
concernant l'élection des quatre échevins et l'assemblée des habitants, 
admis à donner leur avis dans 1er affaires importantes. Cette série ren- 
ferme également les arrêts du conseil d'État et les édits royaux rela- 
tifs aux offices municipaux ; des documents divers sur ces offices ; les 
correspondances du maire et des échevins. — La troisième série (CC) 
est à la fois l'une des plus considérables et des plus intéressantes ; les 
comptes de la ville ne se composent pas, en effet, d'une sèche énumé- 
ration des recettes et des dépenses ; ils donnent des explications très 
circonstanciées et fournissent ainsi de curieux renseignements sur 
l'histoire des mœurs, du commerce et de l'industrie. — La quatrième 
série (DD) contient, outre les titres de propriété de la commune, les 
actes relatifs aux travaux publics, reconstruction du mur d'enceinte au 
xvn^ siècle, ponts, voirie, château, pépinière royale, etc. On y trouve, 
en particulier (p. 44) , le procès-verbal d'une délibération, rendue le 
28 août 1572 (4 jours, par conséquent, après la Saint-Barthélémy), par 
les habitants, en présence du châtelain, « pour adviser que la ville ne 
« soit surprise et n'advoienne aulcunes séditions, saccagemens et 
« pilleries, attendu les bruicts qui courent. » — Dans la cinquième série 
(EE) prend place tout ce qui regarde le recrutement des soldats, les 
étapes et le logement des troupes en marche, les contributions aux frais 
de guerre. — La sixième série (FF), très peu importante, ne contient 
que les pièces d'un procès perdu par la ville en 1786, touchant un four 
banal, avec l'historique le la question depuis l'année 1503. — La sep- 
tième série (GG) nous oflVe, dit M. Bournon, « la suite complète des 



306 

actes de l'état civil depuis 1621. » L'expression d'actes de l'état civil 
n'est pas absolument exacte, puisqu'il ne s'agit pas d'actes enregistrés 
par l'administration civile, mais seulement de registres des baptêmes, 
mariages et décès, tenus par les curés. A côté des événements relatifs 
aux familles, ces registres contiennent des mentions d'un autre genre : 
« Les curés, surtout au xvn« siècle, comme le fait remarquer M. Bour- 
« non, relataient volontiers sur leurs registres tous les événements 
« locaux qu'ils jugeaient dignes d'intérêt, et l'on doit faire grand cas de 
« ces récits qui forment la chronique de la ville et qu'on ne saurait 
« trouver ailleurs : réparations à l'église, bénédictions de cloches, cou- 
« ronnements de rosières, débordements de la rivière. » — Enfin, dans 
les deux dernières séries (HH et II), on peut signaler une liasse de 
pièces relatives à l'industrie des draps et une circulaire de l'intendant 
pour l'établissement du service des incendies. 

Le travail de M. Bournon est fait avec beaucoup de soin et de compé- 
tence. L'auteur résume avec clarté les pièces qu'il analyse, et les extraits 
qu'il donne des plus importantes d'entre elles sont judicieusement choisis. 
Une bonne table des matières termine le volume et supplée à ce qu'il y a 
parfois d'inévitablement arbitraire dans la classification des documents. 
Que M. Bournon me permette toutefois de lui adresser un petit reproche ; 
c'est de ne s'être pas toujours donné la peine d'identifier les noms de per- 
sonnes et de lieux qu'il avait à transcrire, et cela même dans des cas où 
l'identification était des plus simples. Je relève trois exemples de ce fait 
dans les documents de la première série : p. 3, il n'eût pas été inutile 
d'indiquer le nom exact de ce cardinal « Alexandre, » qui passe à Romo- 
rantin, au mois de février 1572, et qui est généralement connu sous le 
nom de cardinal Alexandrin. C'était un petit-neveu du pape Pie V ; il 
s'appelait en réalité Michel Bonelli^. P. 4, les noms de Philisbourg 
et Guartalle représentent sans doute les localités bien connues de Phi- 
lipsbourg, sur le Rhin, près de Spire, et de Guastalla, sur le Pô. Des 
imperfections de ce genre, si légères soient-elles, sont toujours regret- 
tables dans une œuvre aussi minutieuse que doit l'être un inventaire 
d'archives. 

Charles Kohler. 

Jean-Baptiste Tavernier, écuyer^ baron cfAubonne, chambellan du 
Grand Électeur^ d'après des documents nouveaux et inédits, par 
Charles Joret, professeur à la faculté des lettres d^Aix. Paris, 
E. Pion, Nourrit et G'^ ^886. In-8°, 443 pages. 
Tavernier, le premier en date des grands voyageurs français du 

1. Petit-fils de Gardine Ghislieri, sœur du pape. Il fut promu au cardinalat en 
1567. Ce titre de cardinal Alexandrin, porté tout d'abord par Pie V (en religion 



307 

xvn« siècle, est surtout connu par quelques vers que Boileau lui a con- 
sacrés et qui sont dans toutes les mémoires. On ne lit plus guère le 
récit de ses six voyages en Orient, en Perse, aux Indes, de 1630 à 1668, 
et personne encore n'avait fait de ce récit l'objet d'une étude appro- 
fondie et vraiment critique. C'est cette lacune que ^ient de combler 
M. Joret. Grâce à des recherches étendues et persévérantes et à la 
connaissance familière qu'il possède des principales langues de l'Eu- 
rope, il a pu, non seulement profiter de ce que l'on avait écrit à l'étran- 
ger sur Tavernier, mais encore mettre en lumière un grand nombre de 
faits nouveaux et rectiQer des erreurs accréditées. Pour ne citer que 
quelques exemples de ces rectifications, M. Joret a parfaitement 
démontré que le premier départ pour le Levant du célèbre voyageur 
français se rapporte à l'année 1630, et non, comme on le lit dans toutes 
les biographies, à l'année 1636. De même, tandis que des érudits aussi 
bien informés d'ordinaire que les frères Haag font mourir Tavernier à 
Copenhague, l'auteur de l'ouvrage dont nous rendons compte, utihsant 
un travail publié en 1885 dans la revue russe le Bibliographe, établit 
que le baron d'Aubonne est décédé en 1689 à Moscou, où son tombeau 
a été retrouvé en 1876, dans le cimetière protestant, par M. Tokmakof. 

Le livre I" de M. Joret , consacré à l'exposé critique des six 
voyages accomplis par Tavernier en Orient, et le livre IL intitulé 
Tavernier et Louis XIV, offrent donc un vif intérêt et une sérieuse 
valeur scientifique. Toutefois, la partie capitale de son travail est le 
livre m, relatif au voyage de Tavernier à Berlin en 1684 et à ses rap- 
ports avec le grand électeur Frédéric Guillaume. Pendant toute la durée 
de ce voyage, le baron d'Aubonne avait consigné ses dépenses et aussi 
ses réflexions sur un journal, dont le manuscrit, copie probablement 
unique d'un original perdu, est conservé à la bibliothèque Méjanes à 
Aix. C'est la découverte de ce curieux manuscrit qui a été le point de 
départ de toutes les recherches de M. Joret et qui lui a permis de 
restituer ce que l'on peut appeler le premier chapitre de l'histoire colo- 
nieile de la Prusse, chapitre complètement inconnu, du moins en France. 
On a là une nouvelle preuve de la persévérance et de l'esprit de suite 
que cette nation, aussi patiente que tenace, apporte dans toutes ses 
entreprises. A ce point de vue, le nouvel ouvrage du savant professeur 
d'Aix n'est pas indigne d'attirer l'attention des hommes politiques, en 
même temps qu'il éclaire d'un jour nouveau l'histoire des progrès de 
nos connaissances géographiques au xvn^ siècle. 

Dans un appendice placé à la fin du volume, M. Joret»nous donne le 
texte de deux lettres adressées par Melchior Tavernier à Saumaise et à 
sa femme en 1641 et 1644, les lettres d'anoblissement octroyées par 

frère Alexandrin^ avant sor élection à la papauté, fut transmis à son pelit-nevea, 
non pas oflBciellement, mais par le public. 



308 

Louis XIV, en février 1669, à Jean-Baptiste Tavernier, la nomination 
du célèbre voyageur comme chambellan de Frédéric Guillaume, le 
4 août 1684 (en allemand), enfin divers actes relatifs à la vente du 
domaine d'Aubonne, ainsi qu'aux dernières années de la vie de Taver- 
nier. Une bibliographie très complète des éditions et des traductions 
des Voyages termine cette consciencieuse publication. 

Siméon Luce. 



Spicilegium Brivatense. Recueil de documents historiques relatifs au 
Brivadois et à V Auvergne , par Augustin Chassaing, archiviste 
paléographe, juge au tribunal civil du Puy, etc. Paris, imprimerie 
nationale, Alph. Picard, éditeur, -1886. In-4°, 75-1 pages. 

L'utilité des recueils de textes pour l'histoire en général et pour 
l'histoire provinciale en particulier n'a pas besoin d'être démontrée. 
Celui que nous proposons de faire connaître à nos lecteurs est le plus 
considérable et le plus varié qui ait paru pour l'Auvergne depuis les 
travaux de Baluze, en mettant à part les cartulaires de Brioude et de 
Sauxillanges, qui ne concernent chacun qu'un seul établissement. 

C'est en préparant d'autres travaux, et notamment le Dictionnaire topo- 
graphique de. la Haute-Loire, que M. Chassaing, s'inspirant des meilleures 
traditions des bénédictins, a eu l'idée de publier les actes les plus inté- 
ressants qu'il avait réunis. Ces documents ne concernent pas seulement, 
comme le titre latin semblerait l'indiquer, le Brivadois, c'est-à-dire la 
ville et l'arrondissement actuel de Brioude, mais encore la totalité de 
l'Auvergne et la partie du Gévaudan qui dépendait de la sirerie de 
Mercœur et qui est aujourd'hui comprise dans le département de la 
Haute-Loire, arr. du Puy, canton de Saugues. L'intérêt en est donc 
assez étendu. Pour former ce recueil, l'auteur a puisé à des sources 
diverses : il a mis à contribution les archives départementales de la 
Haute-Loire, du Puy-de-Dôme et de la Lozère; les Archives nationales 
et le dépôt des manuscrits de la Bibliothèque nationale à Paris; enfin, 
quelques collections particulières, telles que celle de M. l'abbé Souligoux 
à Brioude. 

Le Spicilegium Brivatense ne comprend pas moins de 211 documents, 
de l'année 874 à l'année 1709, la plupart inédits, les autres, en petit 
nombre, revus sur les originaux ou sur d'anciennes copies, toutes les 
fois que cela a été possible. 

L'ouvrage est précédé d'une préface, dans laquelle l'éditeur a groupé 
les documents d'après leur objet principal et a résumé d'une mam'ère 
à la fois rapide et complète les notions nouvelles qu'ils apportent à la 
science historique; nous ne saurions mieux faire que de lui emprunter 
les traits principaux qui peuvent donner idée de l'importance et de 
l'utilité de cette précieuse publication. 



309 

Ces documents sont relatifs à la géographie, à l'histoire, aux institu- 
tions, au droit et à l'histoire du droit; quelques-uns pourront servir 
aux études philologiques ; d'autres renferment des curiosités historiques ; 
enfin quelques-uns concernent surtout certains établissements religieux 
de l'Auvergne. Nous passerons rapidement en revue chacune de ces 
divisions. 

Au point de vue de la géographie, l'auteur a réuni un grand nombre 
de chartes donnant des noms de lieux et servant pour la plupart à cons- 
tater l'entrée dans l'histoire de certains centres de population; par la 
comparaison avec l'état actuel, elles permettent de se rendre compte des 
changements survenus sur quelques points du territoire, et notamment 
de constater, dans la plaine de Brioude, sur les bords de l'Allier, la 
disparition de plusieurs groupes do population, due à la mobilité du lit 
de la rivière. 

L'organisation administrative de la Basse-Auvergne, indiquée, mais 
d'une manière incomplète, par Chabrol, au tome IV de ses Coutumes 
d'Auvergne, nous est révélée par un compte de fouage de 1401, dressé 
par Berthon Sannadre; ce compte nous montre la division du bas pays 
en 11 prévôtés et en 634 paroisses. Cette organisation est celle qui a été 
remplacée au xvi^ siècle par l'établissement des quatre élections de Cler- 
mont, Riom, Issoire et Brioude. Le compte d'une aide imposée en 1402 
sur les treize bonnes villes complète le précédent et fait connaître l'im- 
portance relative de ces villes. 

Les comptes des baillis d'Auvergne, Jean de Trie (1293-1294) et 
Gérard de Paray (1299), sont une précieuse source d'informations pour 
l'histoire administrative de l'Auvergne au xin"^ siècle; on y trouve, 
entre autres faits intéressants, une statistique presque complète des 
commanderies des Templiers et des Hospitaliers en Auvergne. Mais le 
document le plus remarquable de cette série est relatif à la modification 
des limites des bailliages d'Auvergne et du Velay; question restée inso- 
luble jusqu'à présent. M. Chassaing a été assez heureux pour retrouver 
le procès-verbal même de la délimitation nouvelle qui eut lieu en 1321 
et qui explique comment six mandements de la frontière occidentale 
du Velay en furent détachés et incorporés au bailliage d'Auvergne. 

Le Spicileyium donne des renseignements nombreux sur une période 
de notre histoire, dont les particularités locales sont encore bien peu 
connues ; nous voulons parler de la guerre de cent ans qui a agité peu 
de provinces plus que l'Auvergne. On y trouvera des montres et des 
revues de 1351 et 1353; le traité conclu en 1364 entre les états d'Au- 
vergne et Séguin do Badefol pour l'évacuation de Brioude ; le texte 
d'un emprunt de 3,000 tlorins contracté par le chapitre de Saint-Julien 
pour sa contribution dans la rançon de la même ville; et enfin diverses 
lettres de rémission accordées soit à des particuliers, soit aux popula- 
tions qui avaient eu des rapports de commerce avec les Anglais. La 



guerre dite de la Marche, du nom d'un chevalier de la maison de Lusi- 
gnan qui s'était fait Anglais et n'avait pas pris moins de dix-sept châ- 
teaux aux environs de Brioude, est un épisode inédit de la guerre des 
Anglais en Auvergne, sur lequel on lira ici pour la première fois de 
curieux documents. 

Les archéologues consulteront avec fruit des chartes qui font con- 
naître, avec dates précises, les réparations des forteresses et des villes 
pendant cette période néfaste, notamment à Brioude, à Blesle, à Mer- 
cœur près Saint-Privat, etc. 

A l'histoire des institutions se rattachent les documents suivants : 
un rôle des vassaux du comte Alfonse en Auvergne, du milieu du 
xni« siècle : les 422 vassaux qui figurent dans ce rôle avec leurs posses- 
sions ont formé le personnel des cinquième et sixième croisades, ce 
qui a donné à l'auteur l'occasion de publier trois de ces chartes dites 
« de croisades » ; des hommages émanés de seigneurs laïques ou ecclé- 
siastiques; des ordonnances relatives à l'établissement de foires et de 
marchés au xv^ siècle dans les villes ou bourgs d'Auzon, de Saint- 
Ilpize, etc., enfin des documents relatifs à l'industrie, tels que celui qui 
prouve l'existence d'une verrerie près de Desges, en 1588. 

Les jurisconsultes et les historiens du droit sauront gré à notre con- 
frère d'avoir publié des chartes de coutumes seigneuriales du xni^ siècle, 
celles d'Auzon (encore inédite), de Léotoing et de la Roche près Brioude ; 
des chartes de paréage, notamment celui de Philippe le Long avec les 
prieurés de Faulhaguet et de la Bajasse en 1316; des accords ou traités 
entre seigneurs pour la justice, à propos desquels l'auteur signale les 
efforts faits par le sire de Mercœur pour substituer le droit coutumier 
au droit écrit, qui était seul en vigueur dans la sénéchaussée de Beau- 
caire; enfin deux consultations de professeurs de droit d'Avignon, dont 
l'une est relative à un procès intenté à un chanoine de Brioude, en 1256, 
pour fabrication de fausse monnaie. 

On sait combien les chartes en langue romane de l'Auvergne sont 
rares et combien ces textes sont importants pour les études philolo- 
giques; les philologues liront avec intérêt quatre chartes en langue vul- 
gaire des années 1271, 1353, 1354 et 1375. 

Parmi les documents que l'éditeur a insérés à titre de curiosités his- 
toriques, nous en citerons deux seulement, l'excommunication lancée 
au commencement du xm^ siècle par le chapitre de Saint-Julien contre 
le voleur du G de Gharlemagne, c'est-à-dire du reliquaire ayant la forme 
de cette lettre, donné par ce prince à l'abbaye de Brioude; et la note 
d'un tabellion de Saint-Ilpize sur le point de départ de l'année en 
Auvergne au moyen âge. 

Enfin, pour terminer cette longue énumération, nous mentionnerons 
les documents relatifs à des établissements religieux de l'Auvergne, 
savoir : pour le chapitre Saint-Julien de Brioude, deux actes du xni"' siècle 



su 

relatifs aux démêlés du chapitre avec les bourgeois; pour la Voûte, le 
prieuré de Gluny le plus important de la Haute-Loire, la charte de fon- 
dation du monastère en 1025 ; pour la grande abbaye, chef d'ordre, de 
la Chaise-Dieu, outre les chartes les plus anciennes relatives à ses 
prieurés, M. Ghassaing a public et annoté un document d'ensemble de 
grande valeur, nous voulons parler d'une pancarte des redevances dues 
au sacristain mage (1381) qui relate plus de 250 prieurés disséminés 
dans 25 diocèses de France ou de l'étranger; il nous donne encore pour 
l'abbaye de Pébrac, autre chef d'ordre, un curieux accord de 1365 entre 
l'abbé et les religieux; des bulles et autres documents concernant trois 
monastères de femmes nobles, Blesle, les Chazes et la Vaudieu; enfin, 
pour le prieuré conventuel de chanoines augustins de la Bajasse, un 
contrat d'union de 1327 avec la léproserie du même nom fondée en 1161 
par Odilon de Chambon, chanoine de Brioude. 

Une planche spéciale est consacrée à la reproduction par la photo- 
gravure de six sceaux, dont trois inédits. Parmi ces derniers, nous 
devons signaler le sceau de la paix des chevaliers brivadois, le seul 
monument qui nous révèle l'existence, à Brioude, vers la fin du xii« siècle, 
d'une sorte de confédération de chevaliers dirigée soit contre les Gapu- 
chonnés, confrérie fondée au Puy, vers 1182, pour la destruction des 
Routiers, soit contre les Routiers eux-mêmes. Quoi qu'il en soit de ces 
conjectures du savant éditeur, qui nous paraissent tout à fait vraisem- 
blables, le type des quatre chevaliers armés et galopant est, suivant la 
remarque de M. Ghassaing, très remarquable et môme unique en sigil- 
lographie. 

L'ouvrage se termine par un Index chronologique des documents, 
donnant la date et la cote sommaire de chaque pièce, et par une table 
alphabétique des noms de personnes et de lieux, qui ne comprend pas 
moins de 147 pages à deux colonnes. 

Par ce qui précède, nos lecteurs peuvent se rendre compte de la 
variété et de l'intérêt des documents qui forment le Spicilegium Briva- 
tense. Ce que nous ne saurions trop louer, c'est le soin scrupuleux avec 
lequel les textes ont été établis par l'éditeur; travailleur infatigable, 
érudit profond et sagace, M. Ghassaing a élucidé toutes les difficultés 
de sa publication, et, s'il reste quelques points obscurs, on peut être 
assuré qu'il a fait tous les efforts possibles pour les éclairer. Les identi- 
fications de noms de lieux, soit au bas des pages, soit dans la table, ont 
été l'objet de recherches nombreuses, approfondies et presque toujours 
couronnées de succès, grâce à la connaissance parfaite que possède notre 
confrère de la géographie et de l'histoire de l'Auvergne. Nul n'était plus 
à même que le savant éditeur des chroniques de Médicis, de Jacmon et 
de Burel de former et de publier un semblable recueil de documents. 
Le Spicilegium Drivatense, ainsi que son sympathique éditeur, méritait 
à tous égards la faveur de l'impression gratuite à l'imprimerie natio- 



3^2 

nale, et il justifiera amplement cette faveur par les services qu'il est 
appelé à rendre, comme nous avons essayé de le montrer, à diverses 
branches de l'érudition nationale. 

A. Bruel, 



L. SoDLicE. Catalogue de la bibliothèque de la ville de Pau : His- 
toire locale. Pau, impr. Véronèse, -1886. In-8°, 394 p. 
Le catalogue publié par le savant bibliothécaire-archiviste de la ville 
de Pau est, à proprement parler, une bibliographie très complète des 
ouvrages concernant la Navarre, le Béarn et le pays basque dans les 
temps anciens et modernes. Rien ne peut mieux aider à combler, soit 
par dons, soit par achats, les lacunes d'une collection spéciale comme 
celle-ci que l'impression du catalogue. M. Soulice, en rendant service 
aux travailleurs, a donc fait une œuvre éminemment utile au dépôt 
qu'il dirige avec tant de compétence et de zèle. Nous ne saurions entrer 
dans l'examen détaillé de ce volume. Signalons toutefois la notice pré- 
liminaire contenant l'historique de la bibliothèque de Pau, la table 
alphabétique, très détaillée et très commode, enfin la liste sommaire des 
manuscrits conservés à Pau. L'inventaire détaillé de ces volumes est 
réservé au catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques 
des départements, que prépare en ce moment le ministère de l'instruc- 
tion publique. L'impression du catalogue de la bibliothèque de Pau fait 
honneur aux presses de M. Adolphe Véronèse, et les exemplaires tirés 
en petit nombre sur papier de Hollande sont de nature à satisfaire les 
bibliophiles les plus délicats. 

J.-J, Gr. 



LIVRES NOUVEAUX. 



SOMMAIRE DES MATIÈRES. 

Sciences auxiliaires. — Épigraphie, 235. — Paléographie, 179, 205, 
220. — Diplomatique, 205. — Bibliographie, U4, 271, 273, 297, 321, 
322; bibliothèques, 200, 309, 334; manuscrits, 143, 160, 202, 203, 216, 
231, 250, 257, 278, 287, 294; imprimerie, librairie, 229, 244. 

Sources, 279, 342. — Historiens, 223, 234. — Lettres, 270. — Archives, 
183, 200, 225, 258, 343; cartulaires, 145, 157, 163, 297; obituaire, 296; 
documents divers, 133, 137, 156, 164, 166, 311. 



3^3 

Biographie et généalogie, 133, 156, 190, 2H, 217, 225, 243, 298, 308. 
— Alain de Lille, 230 ; Anglade, 320 ; Boylesve (Boileau), 151 ; Chabot, 
317; Charles VII, 192; Chasteuil-Gallaup, 160 ; Coesmes, 123 ; Damions, 
255; Douët d'Arcq, 147; Durer, 307; Grégoire VII, 330; Hierosme, 
214; Korsauson, 241; Koberger, 229 ; Louis XI, 270; Malvoisin, 215; 
Marcillat, 213; Orléans, 312; Paléologue, 137; saint Paterne, 275; 
G. de Rais, 148, 149; San Gallo, 210, 252; Stralloria, 13S; Sully, 290; 
saint Taurin, 339; Théodebert I", 180 ; saint Vaast, 128; Vanssay, 207 ; 
Versoris, 337. 

Géographie, topographie, 119, 167, 169, 202, 222, 277, 310. 

Droit, 153, 172, 17G, 184, 209, 248, 293, 299, 301, 311, 325, 326. 

Institutions, 136, 150, 151, 166, 187, 189, 197, 236, 269, 274, 335. 

MœuRs ET coutumes, 155, 189, 201. — Instruction, 129, 134, 237, 319, 
322, 329. — Sciences, 264. 

Religions. — Judaïsme, 322. — Catholicisme, 177, 184, 273; reliques, 
131; prédication, 125; Église, 144, 318; papauté, 129, 200, 330, 343; 
diocèses, 120, 127, 201, 227, 282, 290; églises, 195, 254, 291, 316 ; ordres, 
174, 324; monastères, 140, 157, 163, 174, 191, 203, 223, 232, 258, 296, 
332. 

Archéologie, 152, 182, 199. — Architecture, 216, 252, 261, 315; édi- 
fices civils et militaires, 141, 155, 171, 238, 239, 257, 285, 306; édifices 
religieux, 159, 168, 193, 195, 201, 204, 206, 212, 224, 226, 235, 260, 
305, 338, 339, 341. — Sculpture, 253, 314. — Peinture et vitraux, 161, 
213, 249, 303, 307, 308. — Mobilier, 130, 263, 283, 288. — Costume, 
240. — Numismatique, 180. — Théâtre, 300. 

Langues et littératures. — Langues orientales, 333. — Grec, 220. — 
Latin, 177, 196, 273. — Langues romanes, 222 : français, 218, 247, 276, 
286, 289, 295, 300, 313, 340; italien, 122, 165,225,251,278; portugais, 
268; provençal, 160, 173. — Langues germaniques, 124-126, 135, 245, 
246. 

SOMMAIRE GÉOGRAPHIQUE. 

Allemagne, 301, 342, 343. — Alsace-Lorraine, 158, 186, 208, 243, 
250. — Bade, 285, 329. — Brunswick, 233. — Prusse, 232, 233. — Saxe, 
344. 

Autriche, 222, 236, 242, 301, 310, 323. 

Belgique, 185. 

Fr.^nce, 130, 219, 267, 335. — Auvergne, 164; Berry, 247; Cham- 
pagne, 304 ; Languedoc, 181 ; Lorraine, 212, 288 ; Maine, 156, 255; Nor- 
mandie, 286, 298, 315. — Ain, 303, 336; Aisne, 254, 266, 280; Ariège, 

21 



3^4 

190, 195, 331; Bouches-du-Rhône, 133; Charente-Inférieure, 132; Gor- 
rèze, 198; Gôte-d'Or, 141, 223, 269, 341; Drôme, 120; Eure, 338, 339; 
Garonne (Haute-), 187, 189, 326 ; Gers, 320; Gironde, 139, 319 ; Hérault, 
326; lUe-et- Vilaine, 227, 228; Indre, 296; Indre-et-Loire, 156, 179; 
Jura, 303; Loire (Haute-), 164; Loiret, 162, 172,263; Lot, 265; Maine- 
et-Loire, 156, 183, 191, 239; Manche, 194; Marne, 152, 159, 224, 281, 
282; Mayenne, 140, 199, 238, 256, 316; Meurthe-et-Moselle, 131, 169, 
214, 226; Meuse, 146, 277 ; Nièvre, 150; Nord, 171, 185, 203, 204; Oise, 
178, 201 ; Orne, 193; Pas-de-Calais, 155, 163, 234, 260; Puy-de-Dôme, 
197, 217; Pyrénées (Hautes-), 157; Rhône, 257, 284; Saône-et-Loire, 
174, 333; Sarthe, 123, 206, 237, 258, 259, 291, 332; Seine, 143, 151, 
153, 166, 170, 221, 278, 287, 290, 325, 327, 337; Seine-et-Marne, 263, 
275, 328 ; Seine-et-Oise, 261'; Seine-Inférieure, 145, 305 ; Sèvres (Deux-), 
262; Somme, 175, 302; Tarn-et-Garonne, 130, 292; Var, 168,283,314; 
Vaucluse, 200, 257; Vendée, 188; Vienne, 156; Vienne (Haute-), 211; 
Yonne, 240. 

Grande-Bretagne. — Angleterre, 315. — Iles de la Manche, 194. 

Italie, 144, 202, 216, 249, 271, 299. —Emilie, 182, 225, 321, 330; 
Ligurie, 121, 137, 138, 210; Lombardie, 119, 196; Naples et provinces 
napolitaines, 154, 272, 274; Rome, etc., 127, 200; Toscane, 142, 235; 
Vénétie, 225, 306. — Sicile, 183. 

Pays-Bas, 293. 

Slaves, 176. 

Turquie, 137. 

Amérique, 167. 

119. Agnelli (Giov. ). Dizoniario storico - geograiîco del Lodigiano. 
Lodi, tip. éditrice délia Pace, 1886. In-4'', viii-328 p. 6 1. 

120. Albanès (l'abbé J.-H.). Histoire des évêques de Saint-Paul-Trois- 
Châteaux au xiv'^ siècle ; corrections et documents. Montbéliard, impr. 
Hoffmann. In-8% 102 p. 

121. Alfieri (Alb.). L'Ogdoas. Episodî di storia genovese nei primordî 
del secolo xv pubblicati dal dott. Antonio Cerruti. Genova, tip. Sordo- 
muti, 1886. In-4'', 68 p. (Extrait des Atti délia Società ligure di storia 
pallia, 2" série, vol. XVII.) 

122. ALiGmERi (Dante). La Vita nuova, con introduzione, commento 
e glossario di Tommaso Casini. Firenze, G. C. Sansoni, 1885. In-16, 
xxxxi-231 p. 2 1. 20 c. 

123. Alouis (Victor). Les Coesmes, seigneurs de Lucé et de Pruillé. 
Première partie : de 1370 à 1508. Mamers, Fleury et Dangin. In-B», 
340 p. (Extrait de la Revue historique et archéologique du Maine, 1884.) 

124. Altdeutsche (die) Exodus mit Einleitung und Anmerkungen 



3J5 

herausgegeben von Ernst Kossmann. Strassburg, Trùbacr, 1886. In-8°, 
v-149 p. (Quellen und Forschungen, etc., 57.) 3 m. 

125. Altdeiitsche Predigten. Herausgegeben von Anton E. Schunbacli. 
I. Band : Texte. Graz, Styria, 1886. In-S", xx-531 p. 

126. Altnordische Texte herausgegeben von E. Mogk. Nr. I. Gunn- 
laugssaga Ormstungu. Mit Einleitung und Glossar. Halle, Nicmeyer, 
1886. In-8", xx-58 p. 

127. Ambrosi Magistris (R. de). A proposito dell' opuscolo : Cenni sto- 
rici sulla città e chiesa di Anagni. Lettera aperta al canonico teologo 
Biagio Verghetti. (Suivi de : Série dei vescovi di Anagni.) Roma, tip. 
Forzani, 1886. In-8% 37 p. 

128. Arbellot (l'abbé). Dissertation sur le lieu de naissance de saint 
Yaast, suivie de l'ancienne Vie du saint. Paris, Haton. In-8", 75 p. 

129. AzAÏs (l'abbé). Une École de village fondée par un pape au xiv® s. 
Nîmes, Gervais-Bedot. In-8°, 6 p. (Extrait du Bulletin du Comité de l'art 
chrétien.) 

130. Barbier de Montault [Ms^ Xavier). Le Fer à hosties de Marsac 
(Tarn-et-Garonne). Montauban, impr. Forestié. In-8°, 11 p. (Extrait du 
Bulletin de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne .) 

131. Barbier de Montault (M&r Xavier). Le Saint Clou à la cathédrale 
de Toul. Nancy, impr. Crépin-Leblond. In-8°, 31 p. et planche. (Extrait 
des Mémoires de la Société d'archéologie lorraine, 1885.) 

132. Barbot (Amos). Histoire de la Rochelle. Publiée par M. Denys 
d'Aussy. Saintes, M^^ Mortreuil; Paris, Picard. Tome I. In-8°, 524 p. 
(Extrait des Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, t. XIV. 
Publication de la Société des Archives historiques de la Saintonge et 
de l'Aunis.) 

133. Barthélémy (le D""). Documents inédits sur divers artistes incon- 
nus de Marseille et d'Aix, du xiv^ au xvi« siècle. Paris, imprimerie 
nationale. In-S", 92 p. (Extrait du Bulletin archéologique du Comité des 
travaux historiques et scientifiques, 1885.) 

134. Barthélémy (Gh.). Erreurs et Mensonges historiques. 13'= série. 
De la prétendue ignorance de la noblesse française au moyen âge ; la 
Vérité sur l'abbé Trublet; le Dossier de Nonote ; les Mœurs du cardi- 
nal de Richelieu, etc. Paris, Blériot. In-18 jésus, 261 p. (Collection 
Blériot.) 

135. Bartsch (Karl). Beitrâge zur Quellenkunde der altdeutschen Lite- 
ratur. Strassburg, Triibner, 1886. In-S", v-392 p. 6 m. 

136. Beauchet (Ludovic). Histoire de l'organisation judiciaire en 
France : époque franque. Paris, Rousseau. In-8°, viii-503 p. 



316 

137. Belgrano (L. t.). Ginque Documenti genovesi-orientali. Genova, 
tip. del R. Istituto sordo-muti, 1885. In-8% 31 p. (Extrait des Atti délia 
Società ligure di storia patria, 1" série, vol. XVII. Concernant les rela- 
tions de Gênes avec les Paléologues et l'empire byzantin, 1262-1351.) 

138. Belgrano (L. T.). La Lapide di Giovanni Stralleria e la famiglia 
di questo cognome. Memoria letta alla sezione di archeologia délia 
Società ligure di storia patria nella tornata del 17 lugUo 1885. Genova, 
tip. de! R. Istituto sordo-muti, 1885. In-8°, 28 p. (Extrait desi^it délia 
Società ligure di storia patria, 2" série, vol. XVII.) 

139. Bellemer (l'abbé E.). Histoire de la ville de Blaye, depuis sa fon- 
dation par les Romains jusqu'à la captivité de la duchesse de Berry. 
Ouvrage enrichi d'un plan de la ville ancienne. Bordeaux, Feret ; Blaye, 
Mme Loustau. In-8°, xxiv-749 p. 10 fr. 

140. Bénédictines (les) du couvent de Sainte-Scholastique de Laval 
(1621-1795). Mamers, Fieury et Dangin. In-8°, 78 pages avec plan. 
(Extrait de la Revue historique et archéologique du Maine.) 

141. Bergeret (Emile). Le Ghâteau-Renaud et les légendes nuitonnes. 
Dijon, impr. Darantière. In-12, 28 p. 

142. BiAGiONi (Bart.). Il Gomune di Gavorrano. Genni storico-geogra- 
fico-statistici. Grosseto, tip. Enrico Gappelli, 1885. In-8°, 128 p. 

143. BiNDi (Vinc). A S. E. il ministro délia pubblica istruzione. 
S. Clémente a Casauria e il suo codice miniato eeistente nella Biblio- 
teca nazionale di Parigi. Napoh, tip. de Angelis, 1885. In-8°, 63 p. 

144. Blanc (Joseph). Bibliographie italico-française universelle, ou 
Catalogue méthodique de tous les imprimés en langue française sur 
l'Italie ancienne et moderne depuis l'origine de l'imprimerie : 1475-1885. 
Vol. I : Rome, Église, Italie. Milan, l'auteur, 1886. In-8°, 1038 colonnes. 
15 1. 

145. BoDiN (dom). Histoire civile et militaire de Neufchâtel-en-Bray, 
suivie de remarques, additions et cartulaire. Publiée pour la première 
fois d'après le texte original, avec introduction, notes et appendices, 
par F. Bouquet. Rouen, Métérie. In-8% xxvi-217 p. (Publication de la 
Société de l'histoire de Normandie.) 

146. BoNNABELLE (CL). Notes et Documents sur Condé-en-Barrois. 
Bar-le-Duc, impr. Philipona. In-8°, 32 p. 

147. BoRDiER (H.-L.). Douët d'Arcq, chef de la section historique aux 
Archives nationales (1808-1883), notice biographique et bibliographique. 
Paris, Picard. In-8°, 24 p. et portrait. (Extrait, revu et corrigé, de la 
Bibliothèque de l'École des chartes, année 1885, t. XL VI.) 

148. BossARD (l'abbé Eugène). Gilles de Rais, maréchal de France, 



sa 

dit Barbe-Bleue (1404-14'iO), d'après des documents inédits. Paris, Cham- 
pion, 1885. In-S", viii-4ir) p. et tableau généalogique. 

149. BossAun (l'alibé Eugène). Gilles de Rais, maréchal de France, 
dit Barbe-Bleue (1401-1440), d'après les documents inédits réunis par 
M. René de Maulde. 2e édition. Paris, Champion, 1886. In-S», CLxxxvn- 
428 p. et planches. 

150. BouTiLLiER (l'abbé). La Verrerie et les Gentilshommes verriers 
de Nevers, avec un appendice sur les verreries du Nivernais. Nevers, 
impr. Vallière. In-8°, x-167 p. et planches. 

151. BoYLESVE (le P. Marin de). Tout pour Justice. Etienne Boylesve, 
prévôt de Paris sous le règne de saint Louis. Coup d'œil sur les corpo- 
rations. Paris, Haton. Petit in-18, 76 p. 

152. Brunette (N.). Souvenirs archéologiques et Notes relatives à 
l'état de la ville de Reims. Meaux, impr. Destouches. In-8'', 186 p. 

153. BucHE (H.). Essai sur l'ancien coutumier de Paris aux xm'= et 
xiv^ siècles. Paris, Larose et Forcel. In-8o, 137 p. (Extrait de la Nou- 
velle Revue historique de droit français et étranger.) 

154. Campori (Ces.). Notizie storiche del Frignano. Opéra postuma. 
Modena, tip. légale, 1886. In-8°, 344 p. (Publié par G. Campori, frère 
de l'auteur.) 

155. Cardevagqde (A. de). Notice sur les vieilles enseignes d'Arras. 
Arras, impr. De Sède. In-4°, 39 p. 

156. Carré DE Busserolle (J.-X.). Catalogue analytique d'aveux de 
fiefs rendus par des familles de la Touraine, de l'Anjou, du Maine et 
du Loudunois (xvn" et xvni^ s.). Tours, Suppligeon. In-8°, ni-214 p. 

157. Cartulaire des Hautes-Pyrénées. L Cartulaire de l'abbaye des 
bénédictins de Saint-Savin en Lavedan (945-1175), publié par Charles 
Durier. Tarbes, Vimard; Paris, Champion. In-8o, vni-50 p. 

158. Castex (Maurice de). Histoire de la seigneurie lorraine de Tan- 
viller en Alsace. Paris, Berger-Levrault. In-8'', vi-247 p., eaux-fortes. 

159. Cerf (l'abbé). Notes sur la cathédrale de Reims. Paris, imprime- 
rie nationale. In-8% 23 p. (Extrait du Bulletin archéologique du Comité 
des travaux historiques et scie?itifiques, 1885.) 

160. Chabaneau (Camille). Notes sur quelques manuscrits provençaux 
perdus ou égarés, suivies de deux lettres inédites de Pierre de Chasteuil- 
Gallaup, publiées et annotées. Paris, Maisonneuve et Leclerc. In-8°, 
112 p. (Extrait de la Revue des langues romanes.) 

161. Champigneulle (Charles). Le Vitrail, conférence faite au palais 
de l'Industrie, le 26 octobre 1885. Paris, impr. de Borniol. 

162. Champion. Viliemoutiers (Loiret). Orléans, Herluison. In-S», 77 p. 
(Extrait des Annales de la Société historique et archéologique du Gdtinais.) 



Sis 

163. Chartes (les) de Saint-Bertin, d'après le grand cartulaire de dom 
Charles-Joseph Dewitte, dernier archiviste de ce monastère, publiées 
ou analysées, avec un grand nombre d'extraits textuels, par M. l'abbé 
Daniel Haigneré. Tome I (648-1240). Saint-Omer, impr. D'Homont. 
ln-4% Lvin-471 p. (Publication de la Société des antiquaires de la 
Morinie.) 

164. Chassaing (Augustin), Spicilegium Drivatense. Recueil de docu- 
ments historiques relatifs au Brivadois et à l'Auvergne. Paris, Picard, 
1886. In-4", xvii-756 p. 18 fr. 

165. Clerici (Graziano Paolo). Alcune Osservazioni sul testo e sulla 
interpretazione délia Divina Commedia di Dante Alighieri. Parma, tip. 
Ferrari e Pellegrini, 1886. In-8'', 93 p. Ne se vend pas. 

166. Collection de documents pour servir à l'histoire des hôpitaux de 
Paris, commencée sous les auspices de M. Michel Môring, continuée 
par M. Charles Quentin, directeur de l'administration générale de l'as- 
sistance publique; publiée par M. Brièle, archiviste de l'administration. 
Tome IV. Fin des comptes et dons et legs faits avant 1789 aux hôpi- 
taux et hospices. 1" fascicule. Paris, Picard. In-4° à 2 col., p. 1 à 200. 

167. CoRÂ (G.). I Precursori di Cristoforo Colombo verso l'America. 
Conferenza tenuta alla Società geograiica italiana il 30 marzo 1885. 
Roma, la Società, 1886. In-8°, 17 p. (Extrait du BoUettino délia Società 
gcografica italiana, décembre 1885.) 

168. CoRTEz (M. -F.). Date de l'achèvement de l'église de Saint-Maxi- 
min (Var), d'après des documents inédits. Paris, imprimerie nationale. 
In-8°, 12 p. (Extrait du Bulletin archéologique du Comité des travaux his- 
toriques et scientifiques, 1885.) 

169. Courbe (Ch.). Les Rues de Nancy du xvi« siècle à nos jours. 
Tableau historique, moral, critique et satirique des places, portes, rues, 
impasses et faubourgs de Nancy. Recherches sur les causes et les ori- 
gines des vocables qui leur ont été appliqués depuis le xvi<' siècle. Tome I, 
Nancy, imprimerie lorraine. In-8°, 359 p. 

170. Cousin (Jules). La Conférence historique des conseillers de ville au 
xvme siècle. Nogent-le-Rotrou, impr. Daupeley-Gouverneur. In-8°, 7 p. 
(Extrait du Bulletin de la Société de l'histoire de Paris et de V Ile-de-France, 
novembre-décembre 1885.) 

171. CoussEMAKER (Ignace de). Le Carillon de la ville de Bailleul. Lille, 
impr, Lefebvre-Ducrocq. In-8'', 24 p. avec figure et musique, (Extrait 
des Annales du Comité flamand de France.) 

172. Coutumes de Lorris, publiées d'après le registre du parlement de 
Paris, par Ad. Tardif. Paris, Picard. In-8o, xvi-78 p. (Recueil de textes 
pour servir à l'enseignement de l'histoire du droit.) 



319 

173. Crampon (le chanoine A.). Girart de Roussillon, chanson de geste. 
Amiens, impr. Douillet, In-S", 30 p. (Extrait des Mémoires de la Société 
des antiquaires de Picardie, t. XXIX.) 

174. CucHERAT (F.). Cluny au xiVsiècle, son influence religieuse, intel- 
lectuelle et politique. '4'= édition, précédée d'une introduction inédite 
sur les premières origines de Gluny. Autun, Dejussicu. In-16, 280 p. 

175. Danicoort (Fabbé Ernest). Notice sur Saint-Léger-lez-Authie, 
extraite de l'histoire d'Authie. Ham, impr. Garpentier, In-8°, 36 p. 
et plan. 

176. Dareste (R.). Svod zakonuv slovanskych : Codex legum Slavonica- 
rum, publié par Hermenegild Jiretchek. Paris, imprimerie nationale. 
In-4», 54 p. (Extrait du Journal des Savants, 1885 et 1886.) 

177. De imitatione Christi libri quatuor. Novis curis edidit et ad fidem 
codicis Aronensis recognovit Petrus Eduardus Puyol. Paris, Retaux- 
Bray. In-1», Lvin-514 p. 

178. Deladreue (l'abbé L.-E.). Berneuil, notice historique et archéo- 
logique. Beauvais, impr. Père. In-8°, 89 p. 

179. Delisle (Léopold). Mémoire sur l'école calligraphique de Tours 
au ixe siècle. Paris, imprimerie nationale. In-4'', 32 p. et 5 pi. (Extrait 
des Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, t. XXXII, 
l^e partie.) 

180. Deloche. Des monnaies d'or au nom du roi Théodobert I^""; des 
causes de leur abondance, de leur titre élevé et de la substitution, sur 
ces monnaies, de la légende royale à la légende impériale. Paris, impri- 
merie nationale. In-4°, 19 p. (Extrait des Mémoires de l'Académie des 
inscriptions et belles-lettres, t. XXXII, l''^ partie.) 

181. Devig (dom Cl.) et Vaissette (dom J.). Histoire générale du Lan- 
guedoc, avec des notes et les pièces justificatives. Édition accompagnée 
de dissertations et notes nouvelles. Tome X. Toulouse, Privât. In-4°, 
vi-2499 col. 

182. DiEHL (Charles). Ravenne, études d'archéologie byzantine. Paris, 
Rouam. In-4'', 84 p. avec gravure. 

183. Diplomi (i) angioini dell' archivio di Stato di Palermo [1354- 
1357], raccolti e pubblicati per cura del socio dottor Giuseppe Travail. 
Palermo, tip. Michèle Amenta, 1885. In-8% 80 p. (Documcnti pubbli"- 
cati dalla Società siciliana per la storia patria, vol. VIII, fasc. 1.) 

184. Documenta generalia et specialia ad universam theologiam spec- 
tantia, seu décréta aliquot de rébus fidei et morura quaî a Romanis 
pontificibus, conciliis œcumcnicis et congregationibus Romanis pro- 
mulgata sunt a saîcul. xiv ad sœcul. xix. Paris, Lethielleux. In-18 
Jésus, 295 p. 



320 

185. Documents pour servir à l'histoire politique, administrative et 
commerciale de la Flandre maritime, recueillis, annotés et publiés par 
M. A. Bonvarlet. Lille, impr. Lefebvre-Ducrocq. In-8°, 64 p. (Extrait des 
Annales du Comité flamand de France.) 

186. Documents sur le siège de Metz en 4552, publiés, d'après les 
registres du bureau de la ville de Paris, par François Bonnardot. Paris. 
In-S", 36 p. (Extrait du Bulletin de la Société de Vhistoire de Paris et de 
r Ile-de-France, 1885.) 

187. DuBÉDAT. Histoire du parlement de Toulouse. Paris, Rousseau, 
1885. 2 vol. in-8°, xvi-760, 736 p. 20 fr. 

188. DuBois-GucHAN (Gaston). Une Visite à Luçon en 1885. Le Mans, 
impr. de l'Union de la Sarthe, In-i2, 23 p. 

189. Du Bourg (Antoine). Tableau de l'ancienne organisation du tra- 
vail dans le midi de la France ; corporations ouvrières de la ville de 
Toulouse de 1270 à 1791. Toulouse, impr. Saint-Cyprien. In-18, vi-237 p. 

190. DucLOS (H.). Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomte de 
Couserans, etc.). De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans 
l'Ariège et les Pyrénées centrales. Tome V. Archéologues de l'Ariège, 
tome I : descripteurs, géologues, historiens. Paris, Perrin. In-8°, 
Lxxn-915 p. et grav. 

191. DucouDRAv (le R. P. fr. Marie-Bernard). L'Ancien Couvent des 
Frères prêcheurs à Angers. Angers, Germain et Grassin. In-8°, 23 p. 
(Extrait de la Revue de l'Anjou.) 

192. Du Fresne de Beaugourt (G.). Histoire de Charles VH. Tome IH : 
le réveil du roi (1435-1444). Paris, Société bibliographique. In-8°, 548 p. 

193. DuMAiNE (l'abbé L.-V.). Notre-Dame d'AIençon, ses parties remar- 
quables, ses curés depuis 1060, ses récentes restaurations, avec le dis- 
cours prononcé à la cérémonie d'inauguration des nouvelles verrières. 
Mamers, Fleury et Dangin. In-12, 47 p.; 2" édition, 48 p. 

194. Dupont (Gustave). Histoire du Gotentin et de ses îles. Tome IV 
(et dernier). Caen, Le Blanc-Hardel. In-8'', 692 p. 

195. DupuY (le P. L.). Le Sanctuaire de Notre-Dame de Sabart près 
Tarascon (Ariège). Histoire et monographie du vieux monument depuis 
son origine jusqu'à nos jours. Sabart près Tarascon-sur-Ariège, les 
missionnaires gardiens du sanctuaire. In-32, 182 p. avec vignette. 

196. Ennodi (Magni Felicis) Opéra. Recensuit Frid. Vogel. Berolim, 
Weidmann, 1885. In-4% lxii-418 p. (Monumenta Germaniae historica. 
Auctorum antiquissimorum tomus VH.) 13 m. 

197. Everat (Edouard). La Sénéchaussée d'Auvergne et siège présidial 
de Riom au xviu^ siècle, étude historique d'après les papiers et docu- 



321 

ments inédits de MM. Jacques Chabrol, Guillaume-Michel de Chabrol 
et Gaspard-Glaude-Frannois de Chabrol, avocats du roi et licutcuant 
général criminel audit siège. Paris, Thorin. In-S", xi-420 p. 

198. Fage (René). Le Vieux Tulle. N" 2 : les Fortifications. Avec un 
plan exécuté par M. Ducros, d'après Tripon. Tulle, impr. Crauffon. 
In-8», 30 p. 

199. Faucon (A.). Notes archéologiques sur Saint-Denis-de-Gastines 
(Mayenne). Le Mans, impr. Monnoyer. In-8% 16 p. et planche. (Extrait 
du Bulletin de la Société d'agriculture, sciences et arts de la Sarthc.) 

200. Faucon (Maurice). La Librairie des papes d'Avignon, sa forma- 
tion, sa composition, ses catalogues (1316-1420), d'après les registres de 
comptes et d'inventaires des archives vaticanes. Paris, Thorin. Tome I. 
In -8°, xxi-268 p. et planches. (Bibliothèque des Écoles françaises 
d'Athènes et de Rome, fasc. 43.) 

201. Fête (la) de l'Assaut à la cathédrale de Beauvais (1472). Beau- 
vais, impr. Père. In-S", 23 p. 

202. Fischer (Theobald). Sammlung mittelalterlicher Welt- und See- 
karten italienischen Ursprungs und aus italionischen Bibliotheken und 
Archiven. Yenedig, Ferdinand Ongania, 1886. ^1-8", v-254 p. 

203. Flahault (l'abbé R.). Deux Manuscrits de l'abbaye Saint-Winoc 
à Bergues. Lille, impr. Lefebvre-Ducrocq. In-8°, 8 p. (Extrait des 
Annales du Comité flamand de France.) 

204. Flahault (l'abbé R.). Notes relatives à la chapelle Saint-Bona- 
venture au hameau de la Cloche (paroisse de Zegers-Cappel). Lille, 
impr. Lefebvre-Ducrocq. In-8% 18 p. (Extrait des Annales du Comité 
flamand de France.) 

205. Flandina (Antonino). Programma per una scuola di paleografia 
e diplomatica in Palermo. Palermo, tip. lo Statuto, 1885. In-16, 30 p. 

206. Fleury (Gabriel). Notices historiques sur Mamers : l'église Saint- 
Nicolas. Mamers, Fleury et Dangin. Gr. in-8% 59 p. avec figures et 
planches, (Extrait de la Revue historique et archéologique du Maine.) 

207. Froger (Loui.s). Philbert de Vanssay. Mamers, Fleury et Dan- 
gin. In-8% 24 p. (Extrait de la Revue historique et archéologique du Maine.) 

208. FuGHS (J.), Meyer (Emmanuel) et Kauffjiann (P.). Le Livre 
d'or de l' Alsace-Lorraine. Tableau historique en 150 dessins hors texte 
et 300 dans le texte. Reproduction des monuments gallo-romains, 
armoiries, monnaies, vues des villes au moyen âge, documents relatifs 
à son apport coopératif aux sciences, aux lettres, aux arts et aux pro- 
grès de la civilisation à travers les siècles. Paris, impr. Chamerot. Petit 
in-fol. (L'ouvrage formera 50 livraisons mensuelles, à 4 fr.) 



322 

209. FusTEL DE CouLANGES. Étude sur le titre : De migrantibus, de la 
loi salique. Paris, Thorin. In-8°, 36 p. (Extrait de la Revue générale du 
droit.) 

210. Gandoglia (Bern.). La CittàdiNoli : monogratia storica. Savona, 
tip. Bertolotto e Isotta, 1885. In-S", 382 p. 3 1, 

211. Gens (les) de qualité en Basse -Marche. Études et documents 
généalogiques. Limoges, Ducourtieux; Poitiers, Blanctiier; le Dorât, 
Surenaud. (Paraît par livraisons de 52 p. à 2 fr. chacune.) 

212. Germain (Léon). Anciennes Cloches lorraines. Nancy, impr. 
Crépin-Leblond. In-8°, 74 p. (Extraits, avec additions, du Journal de la 
Société d'archéologie lorraine, août 1885.) 

213. Germain (Léon). Guillaume de Marcillat, peintre lorrain. Nancy, 
impr. Crépin-Leblond. In-8% 11 p. 

214. Germain (Léon). Pierre tombale de deux fils de Charles Hierosme 
à Dieulouart. Nancy, impr. Crépin-Leblond. In-8°, 15 p. 

215. Germain (Léon). Une Correction au Nobiliaire de dom Pelletier : 
les familles de Malvoisin-Malvoisin et Conreux de Malvoisin. Nancy, 
impr. Crépin-Leblond. In-8°, 10 p. 

216. Geymûller (le baron de). Documents inédits sur les manuscrits 
et les œuvres d'architecture de la famille de San Gallo, ainsi que sur 
plusieurs monuments de l'Italie. Paris. In-8% 31 p. (Extrait des Mémoires 
de la Société nationale des antiquaires de France, t. XLV.) 

217. GoNDELON (Louis). Biographie des personnages historiques ou 
dignes de mémoire de la ville de Riom. Riom, impr. Jouvet. In-8°, 54 p. 

218. Grangier (Louis). Histoire abrégée et élémentaire de la littéra- 
ture française depuis son origine jusqu'à nos jours. Ouvrage rédigé 
d'après les meilleurs critiques. 7* édition, revue. Leipzig, Brockhaus, 
1885. In-16, x-349 p. 3 m. 50 pf. 

219. Graule (l'abbé Henri). Histoire de Lescure, ancien fief immédiat 
du saint-siège, et de ses seigneurs. Paris, Palmé. In-8°, 764 p. et pi. 

220. Gregory (Caspar-René). Les Cahiers des manuscrits grecs. Paris, 
imprimerie nationale. In-8°, 12 p. (Extrait du Compte rendu des séances 
de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 1885.) 

221. Gregory d'Ierni (Francesco). Paris en 1596 vu par un Italien. 
Publié par Gaston Raynaud. Paris. In-8°, 7 p. (Extrait du Bulletin de 
la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France.) 

222. Grienberger (Theod. von). Ueber romanische Ortsnamen in Salz- 
burg. Salzburg, Dicter, 1886. In-8'', 62 p. 

223. Grignard (le D'' Fr.). L'Abbaye de Flavigny, ses historiens et ses 
histoires. Autun, impr. Dejussieu. In-8'', vii-7I p. 



323 

224. Grignon (L.). Église cathédrale de Chàlons, renseignements 
historiques inédits. Ghàlons-sur-Marne, impr. Martin. In-8% 39 p. 

225. GuALANDi (Ang.). Accenni aile origini délia lingua c délia poesia 
italiana, e di alcuni rimatori e prosatori in lingua volgare hologuesi c 
veneziani dei secoli xni e xiv, con appendice di documenti e tavola. 
Spigolature dagli archivi di Stato di Bologna e di Yenezia. Bologna, 
Carlo Ramazzotti, 1885. In-4% 51 p. 2 1. 

226. Guillaume (l'abbé). Église des Cordeliers, chapelle ducale et tom- 
beaux des princes de la maison de Lorraine, description historique et 
sommaire, Nancy, le gardien de l'église des Cordeliers. In-32, 31 p. 

227. GuiLLOTiN nE Corson (l'abbé). Études historiques sur la Bretagne; 
l'Église de Rennes à travers les âges. Nantes, Forest et Grimaud. In-8', 
44 p. (Extrait de la Revue de Bretagne et de Vendée.) 

228. Hamon (J.-M.). Saint-Malo, son passé, le tour de ses remparts. 
Saint-Malo, impr. veuve liaize. In-8°, 75 p. 1 fr. 25 c. 

229. Hase (Oscar). Die Koberger. Eine Darstellung des buchhiindle- 
rischen Geschàftsbetriebes in der Zeit des Ueberganges vom Mittelalter 
zur Neuzeit. 2« neu bearbeitete Auflage. Leipzig, Breitkopf uud Hàrtel, 
1885. In-8°, vni-462-CLiv p., 4 annexes. 10 m. 

230. Hauréau (B.). Mémoire sur la vie et quelques œuvres d'Alain de 
Lille. Paris, imprimerie nationale. In-4°, 27 p. (Extrait des Mémoires 
de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, t. XXXII, l""^ partie.) 

231. Hauréau (B.). Notice sur le numéro 3203 des manuscrits latins 
de la Bibliothèque nationale. Paris, imprimerie nationale. In-4°, 14 p. 
(Extrait des Notices et Extraits des manuscrits de la Bibliothèque natio- 
nale, etc., t. XXXI, 2° partie.) 

232. Heidemann (Julius). Die Beguinenconventen Essens. Nach den 
Urkunden bearbeitet. Essen, Bàdeker, 1886. In-12, 196 p. (Beitràge 
zur Geschichte von Stadt und Stift Essen. 9^^ heft.) 1 m. 50 pf. 

233. Heinemann (Otto von). Geschichte von Braunschweig und Han- 
nover. IL Gotha, F. A. Perthes, 1886. In-8% iv-499 p. 9 m. 

234. Histoire de la ville de Béthune, tirée des anciennes chroniques 
de Flandre et d'Artois. Manuscrit inédit, publié, avec une table des 
ma,tières, par L. Quarré-Reybourbon. Lille, Quarré. In-12, 72 p. 

235. Iscrizioni (le) délia chiesa di S. Pietro Somaldi raccolte l'anno 
MDCCLX da Bartolommeo Baroni. (Publié par Bernardino Baroni.) 
Con l'appendice. Lucca, tip. Giusti, 1886. In-8°, 23 p. 

236. J^GER (Alb.). Die Blùthezeit der Landstande Tirols von dem 
Tode desHerzogs Friedrich mit der leeren Tasche 1439 bis zum Tode 
des Kaisers Maximilian I 1519. Innsbruck, Wagner, 1885. In-8°, 
vn-539 p. (Geschichte der landstandischen Verfassung Tirols. Il, 2.) 



324 

237. JouBERT (André). Le Collège de Requeil d'après des documents 
inédits (1676-1793). Mamers, Fleury et Dangin. In-8°, 14 p. (Extrait de 
la Revue historique et archéologique du Maine.) 

238. JouBERT (André). La Démolition des châteaux de Craon et de 
Château-Gontier, d'après les documents inédits (1592-1657). Mamers, 
Fleury et Dangin. In-8°, 39 p. (Extrait de la Revue historique et archéo- 
logique du Maine.) 

239. JouBERT (André). La Restauration artistique de l'hôtel de Pincé. 
Angers, Germain et G. Grassin, 1886. In-S", 16 p., 4 pi. (Hôtel sis à 
Angers, bâti de 1523 à 1533, restauré de nos jours.) 

240. JuLLiOT (G.). Notice sur des ornements pontificaux donnés à la 
cathédrale de Sens par Mm« la comtesse douairière de Bastard d'Estang. 
Paris, imprimerie nationale. In-S», 15 p. avec fig. et 3 planches 
coloriées. 

241. Kersauson (J. de). Histoire généalogique de la maison de Ker- 
sauson. Nantes, impr. Forest et Grimaud. In-4'', xn-352 p. et planches 
héraldiques. 

242. Kerschbaumer (Anton). Geschichte der Stadt Krems. Krems 
a. D., Oesterreicher, 1885. In-8», xvi-651 p., 16 planches. 

243. KiNDLER VON Knobloch (J.). Das goldene Buch von Strassburg. 
I. Strassburg, Trùbner, 1885. In-8°, 192 p., 23 planches. 10 m. 

244. KiRCHHOFF (Albrecht). Die Entwickelung des Buchhandels in 
Leipzig bis in das zweite Jahrzehnt nach Einfùhrung der Reformation 
(1539). Eine geschichtliche Skizze. Leipzig, 1885. In-8'', 88 p. 

245. Kluge (Friedrich). Nominale Stammbildungslehre der germa- 
nischen Dialecte. Halle, Niemeyer, 1886. In-8°, xn-108 p. (Sammlung 
kurzer Grammatiken germanischer Dialecte. Ergànzungsreihe L) 
2 m. 60 pf. 

246. KocK (Axel). Sprâkhistoriska Undersokningar om svensk 
akcent. H. Lund, Gleerup, 1885. In-8o, iv-524 p. 

247. Labonne (le D"" H.). Recueil de mots et expressions qui, employés 
par Rabelais, sont encore en usage dans le Berry. Châteauroux, impr. 
Majesté. In-S", 19 p. (Extrait de la Revue du Ceiitre.) 

248. La Bouillerie (Sébastien de). Petite Chronique d'autrefois. Pre- 
mière partie : la Répression du blasphème dans l'ancienne législation. 
Mamers, Fleury et Dangin. In-8°, 20 p. (Extrait de la Revue historique 
et archéologique du Maine.) 

249. Lafenestre (Georges). La Peinture italienne. I. Depuis les ori- 
gines jusqu'à la fin du xv^ siècle. Paris, Quantin. ln-8% 360 p. avec 
gravures. (Bibliothèque de l'enseignement des beaux-arts.) 3 fr. 50 c. 



325 

250. Lallemand (Paul). Un Manuscrit retrouvé : guerre de Metz 
en 1324. Nancy, impr. Grépin-Leblond. (Extrait du Journal de la Société 
d'archéologie lorraine.) 

251. LASiNio(Fausto). Délie voci italiane di origine orientale. Firenze, 
Le Monnier, 1886. In-8°, 16 p. (Réimpression publiée par G. Levantini- 
Pieroni.) 

252. Laurière (Jules de) et Mùntz (Eugène). Giuliano da San Gallo 
et les monuments antiques du midi de la France au xv siècle. Paris. 
In-S", 36 p. et planches. (Extrait des Mémoires de la Société nationale 
des antiquaires de France, t. XLV.) 

253. Le Blant (Edmond). Les Sarcophages chrétiens de la Gaule. 
Paris, imprimerie nationale. Li-4°, xxiv-171 p. et 59 planches. (Collec- 
tion de documents inédits sur l'histoire de France, publiés par les soins 
du ministère de l'instruction publique.) 

254. Ledouble (l'abbé). Les Origines de Liesse et du pèlerinage de 
Notre-Dame. Soissons, l'auteur. In-8% 39 p. et 2 planches. 1 fr. 25 c. 

255. Ledru (l'abbé Ambroise). Damiens dans le Maine. Mamers, 
Fleury et Dangin. In-8°, 14 p. (Extrait de la Revue historique et archéo- 
logique du Maine.) 

256. Ledru (l'abbé Ambroise). Un Paroissien de la Selle-Craonnaise 
au xvie siècle. Mamers, Fleury et Dangin. In-8°, 14 p. 

257. Lefort (F.). Sur un manuscrit du xni« siècle relatif à la cons- 
truction des premiers ponts sur le Rhône à Avignon et à Lyon. Étude 
historique et critique. Reims, impr. Monce. In-8", 24 p. 

258. Legeay (F.). Les Archives de la Sarthe; le Couvent des Jacobins 
du Mans. Le Mans, Leguicheux. In-S», 15 p. 

259. Legeay (F.). Recherches historiques sur Ghemiré-le-Gaudin. Le 
Mans, impr. Monnoyer. In-8'', 53 p. (Extrait du Bulletin de la Société 
d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe.) 

260. Le Gentil (G.). Églises Saint-Nicolas-sur-les-Fossés en Arras 
(ville), xne siècle à 1885. Arras, impr. De Sède. In-8°, 217 p. 

261. Legrand (Maxime). Les Ruines romaines et les Mosaïques de 
Souzy-la-Briche, arrondissement d'Étampes (Seine-et-Oise). Orléans, 
Herluison. In-8°, 39 p. et planche. (Extrait des Annales de la Société 
historique et archéologique du Gâtinais.) 

262. Lévrier (Antonin). Histoire des Deux-Sèvres. Niort, Glouzot. 
In-18 Jésus, 473 p. 

263. Lhuillier (Th.). La Tapisserie dans la Brie et le Gâtinais, 
mémoire lu à la Sorboi.ne le 8 avril 1885. Paris, Pion. In-8°, 31 p. 

264. Liber (der) trium fratrum de geometria. Nach der Lesart des 



326 

Codex Basileensis F. II. 33 mit Einleitung und Gommentar herausgege- 
ben von Max Curtze. Mit in denTexL gedruckten Holzschnitten. Halle; 
Leipzig, Engelmann, 1885. In-4», 63 p. (Nova Acta der kais. Leop.- 
Carol. deutschen Akademie der Naturforscher, XLIX, 2.) 

265. LiMAYRAC (Léopold). Étude sur le moyen âge : histoire d'une 
commune et d'une baronnie du Quercy (GasteInau-de-Montratier). 
Gahors, Girma. In-S", li-654 p. et planches. 7 fr. 

266. Livre de comptes de Glaude Rohault, curé de l'église Saint- 
Quentin de Misery-en-Garnois d'Holnon (années 1659 à 1664). Publié 
par M. Gh. Poette. Saint-Quentin, impr, Poette. In-8% 61 p. 

267. LizERAY (Henri). Origines franques. Paris, Fauteur, 20, place 
Denfert-Rochereau. In-8°, 28 p. 

268. LoisEAu (A.). Histoire delà littérature portugaise depuis ses ori- 
gines jusqu'à nos jours. Paris, Thorin, 1886. In-18 jésus, vni-409 p. 

269. LoRY (Ernest-Léon). Ordonnance concernant les droits qu'avait 
anciennement l'exécuteur de la haute justice de la ville de Dijon 
(année 1452). Dijon, impr. Jobard. In-4'', 24 p. (Extrait des Mémoires 
de la Commission des antiquités de la Côte-d'Or.) 

270. Louis XI, roi de France. Lettres, publiées d'après les originaux, 
pour la Société de l'histoire de France, par Joseph Vaesen et Etienne 
Gharavay. Tome II. Lettres de Louis XI (1461-1465), pubhées par 
Joseph Vaesen. Paris, Loones. In-8% vn-402 p. 

271. Lozzi (Garlo). Biblioteca storica dell' antica e nuova Italia. Sag- 
gio di bibliografia analitico comparato e critico. Vol. I. Imola, Galeati, 
1886. In-8% 493 p. 

272. Lupo (Marco). Monografia storica di Mottola. Seconda edizione. 
Taranto, tip. Ruggiero Parodi, 1885. In-8'', 154 p. 1 1. 75 c. 

273. Madden (J.-P.-A.). Lettres d'un bibliographe, suivies d'un essai 
sur l'origine de l'Imitation. 6« (et dernière) série. Paris, Leroux. In-S», 
xxm-310 p. et atlas in-4°. 

274. Majetti (Raff.). Associazioni di arti e mestieri per diritto romano. 
Gorporazioni di arti e mestieri napoletani dal xiv al xix secolo. Napoli, 
Garlo La Gava, 1885. In-16, 57-89 p. (Extrait de la Gazzetta del procura- 
tore, 20^ année.) 

275. Mangod (l'abbé Eug.). Saint Paterne, martyr, patron de Saint- 
Sauveur-lez-Bray. Bray-sur-Seine, impr. Golas. In-8°, iii-81 p. et pi. 

276. Marie de France. Die Lais. Herausgegeben von Karl Warnke. 
Mit vergleichenden Anmerkungen von Reinhold Kohler. Halle, Nie- 
meyer, 1885. In-8°, lv-276 p. (Bibliotheca Normannica. Herausgegeben 
von Hermann Suchier. III.) ÎO m. 



327 

277. Maxe-Werly (Léon). Étude du tracé de la chaussée romaine 
entre Ariola et Fines, documents à consulter dans la recherche des voies 
antiques du pagus Barrensis. Bar-le-Duc, impr. Philipona. In-8°, 39 p. 
et carte. 

278. Mazzatinti (Giuseppe). Inventario dei manoscritti italiani délie 
biblioteche di Francia. Vol. I : manoscritti italiani délia Bihlioteca 
nazionale di Parigi. Roma, 1886. In-8"', clxxxii-2o6 p. (Miuistero délia 
pubblica istruzione : indici e cataloghi, n» 5.) 

279. Mélanges historiques. Choix de documents. Tome V. Paris, 
imprimerie nationale. In-4°, 644 p. (Collection de documents inédits 
sur l'histoire de France, publiés par les soins du ministère de l'instruc- 
tion publique.) 

280. Michaux (Alexandre), Histoire de Villers-Cotterets, la ville, le 
château, la forêt et ses environs. Illustrée par Charles Montpellier. 
2« édition, augmentée et mise au courant des événements jusqu'en 1886. 
Paris, Marchai et Billard. In-4° à 2 colonnes, 210 p. et planches. 

281. MiLLARD (l'abbé A.). Histoire de Somsois. Arcis-sur-Aube, Fré- 
mont. In-8°, 268 p. 

282. MiLLARD (l'abbé A.). Histoire ecclésiastique et féodale de l'archi- 
diaconé de Margerie. Histoire de Chapelaine-sous-Margerie. 2^ édition. 
Ghâlons-sur-Marne, Denis. In-8'', 95 p. 

283. MiREUR. Inventaire de la boutique d'un orfèvre de la ville de 
Draguignan en 1498. Paris, imprimerie nationale. In-8'', 12 p. (Extrait 

du Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scienti" 
fiques, 1885.) 

284. MissoL (le D' Léon). La Famine et l'Épidémie de 1709 dans le 
Beaujolais, d'après les archives de la commune et de l'Hôtel-Dieu de 
Villefranche. Lyon, impr. Mougin-Russand. (Extrait de la Revue lyon- 
naise.) 

285. Mittheilungen zur Geschichte des Heidelberger Schlosses. Heraus- 
gegeben vom Heidelberger Schlossverein. Heft 1. Heidelberg, Groos, 
1885. In-8», 34 p., 2 planches. 1 m. 

286. MoisY (Henri). Dictionnaire du patois normand, indiquant par- 
ticulièrement tous les termes de ce patois en usage dans la région cen- 
trale de la Normandie, pour servir à l'histoire de la langue française, 
avec de nombreuses citations, etc. Caen, Le Blanc- Hardel. In-8°, 

GLXVI-711 p. 

287. MoLiNiER (Auguste). Catalogue des manuscrits delà bibliothèque 
Mazarine. Tome I. Paris, Pion. In-8°, xxvii-534 p. (Ministère de l'ins- 
truction publique, des beaux-arts et des cultes. Catalogue général des 
manuscrits des bibliothèques publiques de France.) 



328 

288. MoLiNiER (Emile). Notes sur les tapisseries des ducs de Lorraine. 
Paris, imprimerie nationale. In-8°, H p. (Extrait du Bulletin archéolo- 
gique du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1885.) 

289. Mort (la) Aymeri de Narbonne, chanson de geste, publiée, d'après 
les manuscrits de Londres et de Paris, par J. Couraye du Parc. Paris, 
Firmin-Didot. In-8% li-248 p. (Publication de la Société des anciens 
textes français.) 

290. MoRTET (Victor). Une Élection épiscopale au xn« siècle : Mau- 
rice de Sully, évêque de Paris (1160). Paris, Leroux. In-8», 13 p. 
(Extrait des Annales de la faculté des lettres de Bordeaux, année 1885.) 

291. MouLARD (P.). Recherches historiques sur la châtellenie et la 
paroisse d'Assé-le-Boisne (canton de Fresnay-sur-Sarthe). Le Mans, 
Lebrault. In-8o, vii-519 p. 

292. MouLENQ (François). Documents historiques sur le Tarn-et- 
Garonne : diocèses, abbayes, chapitres, commanderies, églises, seigneu- 
ries, etc. Tome lEL Montauban, impr. Forestié. In-8% 518 p. 

293. MuLLER (S.). De Middeleeuwsche Rechtsbronnen der stad Utrecht. 
Inleiding. Haag, Nijhoff, 1885. In-8°, xvi-426 p. (Werken der Yeree- 
niging tôt uitgave der bronnen van het oude vaderlandsche recht, 
gevestigd te Utrecht. 1^ reeks. N" 3.) 

294. Notices et Extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale 
et autres bibliothèques, publiés par l'Institut national de France, faisant 
suite aux Notices et Extraits lus au comité établi dans l'Académie des 
inscriptions et belles-lettres. Tome XXXI. Paris, imprimerie nationale. 
In-4% 326 p. 

295. Nyrop (Cristoforo) . Storia dell' epopea francese nel medio evo. 
Prima traduzione dell' originale danese, di Egidio Gorra, con aggiunte 
e correzioni fornite dall' autore, con note del traduttore e una copiosa 
bibliografia. Firenze, tip. G. Garnesecchi, 1886. In-8°, xvn-495 p. 6 1. 

296. Obituaire du couvent des cordeliers de Ghâteauroux (1213-1782), 
publié, d'après l'original conservé aux archives du département de 
l'Indre, avec introduction, notes et table alphabétique, par Eugène 
Hubert. Paris, Picard. In-8°, 84 p. 

297. Oesterley (Hermann). Wegweiser durch die Literatur der 
Urkunden-Sammlungen. I^"" Theil. Berlin, G. Reimer, 1885. In-8'', 
vi-574 p. 12 m. 

298. OuRSEL (N.-N.). Nouvelle Biographie normande. Tome I (A-K). 
Paris, Picard. In-8°, xv-515 p. 

299. Papa-d'Amico (L. ). Titoli di credito di antichi mercanti ita- 
liani (dalla Biblioteca nazionale di Parigi). Relazione a S. E. il mini- 



329 

stro di agricoltura, industria e commercio. Roma, tip. eredi Botta, 1885. 
In-S", 28 p. (Ministero d'agricoltura, etc. Annali del crédite e délia pre- 
videnza. 13.) 

300. Petit de Julleville (L.). Histoire du théâtre en France : les 
Comédiens en France au moyen âge. Paris, Cerf. In-18 jésus, 368 p. 

301. Plischke (Max). Das Rechtsverfahren Rudolf's von Ilabsburg 
gegen Ottokar von Bohmen. Bonn, Cohen, 1885. In-8°, 78 p. 1 m. 20 pf. 

302. Prarond (E.). Abbeville : une occupation militaire au xv« siècle 
(1470-1477), note lue à la Société d'émulation. Paris, Champion. In-8% 
31 p. 

303. Prost (Bernard). Notice sur les anciens vitraux de l'église de 
Saint-Julien (Jura), et incidemment sur ceux de Notre-Dame de 
Brou (Ain). Planches dessinées et lithographiées par Louis Clos. Lons- 
le-Saunier, impr. Declume. In-4% 26 p., 6 pi. 

304. Recueil des plaquettes historiques champenoises du xvi^ siècle, 
publiées et annotées par le comte Edouard de Barthélémy. Paris, 
Champion. Petit in-8°, 181 p. 

305. Renaud (l'abbé Edmond). Rouen, église Saint- Vincent, mono- 
graphie archéologique et descriptive. Illustrations et photogravures 
d'E. et A. Marguery. Rouen, Métérie. In-4°, m-182 p. 

306. Revelli (&. B. Alb.). Mura antiche di Verona e loro vicende. 
Brève cenno storico-miUtare. Verona, G. Drezza, 1885. In-S", 87 p., 
carte. 1 1. 

307. Ribbe (Charles de). Les Livres de raison en Allemagne et le 
Tagebuch d'Albrecht Durer. Paris, Levé. In-8°, 32 p. (Extrait de la 
Réforme sociale.) 

308. Richard (Jules-Marie). Notes sur quelques peintres des pre- 
mières années du xiv^ siècle. Paris, imprimerie nationale. In-8°, 48 p. 
(Extrait du Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et 
scientifiques, 1885.) 

309. RiGHOu (Gabriel). Traité de l'administration des bibliothèques 
publiques. Historique, organisation, législation. Paris, P. Dupont. 
In-8% vm-422 p. (Répertoire du droit administratif.) 

310. RiGHTER (Ed.). Untersuchungen zur historischen Géographie des 
ehemaligen Hochstiftes Salzburg und seiner Nachbargebiete. Innsbruck, 
Wagner, 1885. In-8% 152 p., 1 carte. 

311. Roman (J.). Chartes de libertés ou de privilèges de la région des 
Alpes. Paris, Larose et Forcel. In-8o, 43 p. (Extrait de la Nouvelle 
Revue historique de droit français et étranger.) 

312. Roman (J.). Compte des obsèques et du deuil de Charles, duc 

22 



330 

d'Orléans- Valois. Paris. In-S», 23 p. (Extrait de V Annuaire-Bulletin de 
la Société de l'histoire de France.) 

313. Romans (li) de Carite et Miserere du Rendus de Moiliens, 
poèmes de la fin du xn^ siècle. Édition critique, accompagnée d'une 
introduction, de notes, d'un glossaire et d'une liste de rimes, par A. G-. 
Van Hamel. Paris, Vieweg. 2 vol. in-8% ccni-145, 244 p. (Bibliothèque 
de l'École des hautes études : sciences philologiques, historiques, etc., 
61° et 62« fascicules.) 

314. RosTAN (L.). Le Chœur de l'église de Saint-Maximin (Var); 
sculptures sur bois du xvn^ siècle. Dessins par feu M. Ph. Rostan. 
Paris, Pion. Petit in-foUo, 35 p. et 25 pi. 

315. RuPRiGH- Robert (V.). L'Architecture normande aux xi« et 
xii^ siècles en Normandie et en Angleterre. Paris, Des Fossez. Grand 
in-4° avec planches. (Paraît par livraisons.) 

316. Saint-Pierre de Senonnes, diocèse de Laval. Monographie parois- 
siale. Mamers, Fleury et Dangin. In-S», 55 p. (Extrait de la Revue his- 
torique et archéologique du Maine.) 

317. Sandret (L.). Histoire généalogique de la maison de Chabot. 
Nantes, impr. Forest et Grimaud. In^", xn-386 p. et planches héral- 
diques. 

318. ScHMiDT (Charles). Précis de l'histoire de l'Église d'Occident 
pendant le moyen âge. Paris, Fischbacher, 1885. In-8'', xi-452 p. 

319. Schola Aquitanica. Programme d'études du collège de Guyenne 
au xvi" siècle, réimprimé, avec une préface, une traduction française et 
des notes, par Louis Massebiau. Paris, Hachette. In-S», xv-77 p. 
(Mémoires et Documents scolaires, publiés par le Musée pédagogique.) 

320. SoLON (Jules). Notice historique et généalogique de la famille 
d'Anglade, d'Auch (1450-1855), dressée d'après les actes, contrats et 
titres originaux conservés et communiqués par M. Augustin d'Anglade. 
Auch, impr. Thibault. In-8°, 39 p. et tableau généalogique. 

321. SoRAGNA (Raimondo di). Bibliografia storica e statu taria délie 
provincie parmensi. Fasc. L Parma, tip. Luigi Battei, 1886. In-S-, 
253 p. (Publication de la R. Deputazione di storia patria per le provincie 
parmensi.) 5 1. 

322. Strassburger (B.). Geschichte der Erziehung und des Unterrichts 
bei den Israeliten. Von der talmudischen Zeit bis auf die Gegenwart. 
Mit einem Anhang : Bibliographie der jûdischen Pàdagogie. Stuttgart, 
Levy und Mùiler, sans date. In-8°, xv-310 p. 5 m. 

323. Strnadt (JuL). Die Geburt des Landes ob der Enns. Eine rechts- 
historische Untersuchung ûber die Dévolution des Landes ob der Enns 
an Oesterreich. Linz, Ebenhôch, 1886. In-8% 125 p. 



334 

324. Tamizey de Larroque (Philippe). Ueliquix bénédictine, documents 
inédits. Auch, impr. Foix. In-8% 42 p. (Extrait de la Revue de Gascogne.) 

325. Tanon (L.). L'Ordre du procès civil au xiv* siècle, au Châtelet de 
Paris. Paris, Larosc et Forcel. In-8°, 175 p. 

326. Tardif (Ad.). Le Droit privé au xnr siècle, d'après les coutumes 
de Toulouse et de Montpellier. Paris, Picard. In-8% 113 p. 

327. Teyssier (Georges). Le Plessis- Piquet, ancien Plessis-Raoul 
(1112-1885). Paris, Hachette. In-4o, 127 p. avec grav, et portraits. 

328. Thoison (Eugène). La Roche au Diable et les Caves de Larchant. 
Fontainebleau, impr. Bourges. In-8°, 19 p. 

329. Toepke (Gust.). Die Matrikel der Universitiit Ilcidelbcrg von 
1386-1662. Nebst Anhàngen. Heidelberg, Winter, 1884-1886. 2 vol. 
in-8°, Lxxvi-697, 622 p. 50 m. 

330. ToNONi (A. G.). Gregorio VII e i Piacentini. 1046-1085. Memo- 
ria. Piacenza, Fr. Solari, 1885. ^1-8°, 105 p. 

331. Toulouse-Lautrec (le comte de). Souvenirs du comté de Foix : 
Montségur. Lyon, impr. Pitrat. Grand in-8°, 16 p. 

332. Triger (Robert). Un Bénédictin do Saint-Vincent du Mans, 
amateur d'art et collectionneur, en 1647. Mamers, Fleury et Dangin. 
In-S», 22 p. (Extrait de la Revue historique et archéoloriique du Maine.) 

333. Un ancien Glossaire latin-arménien, publié et annoté par 
A. Carrière. Paris, imprimerie nationale, 1886. In-8'', 19 p. (D'après la 
publication de M. Omont, tirée du manuscrit 17 a du grand séminaire 
d'Autun, Bibliothèque de l'École des chartes, XLIII, 1882, p. 563. Publié 
par l'École des langues orientales vivantes, pour le jubilé cinquante- 
naire de M. J.-B. Émine, professeur à l'Institut LazarelT des langues 
orientales.) 

334. Valentini (Ern.). Manuale del bibliotecario, ove sono regolc 
pratiche per ordinarc , dirigere e conservare le biblioteche. Roma, 
E. Perino, 1886. In-8%.52 p. 

335. Valois (Noël). Le Conseil de raison de 1597. Paris. In-8% 9 p. 
(Extrait de V Annuaire-Bulletin de la Société de V histoire de France.) 

336. Varax (Paul de). Simple Histoire d'un étang de la Dombcs : 
l'étang du Mine en la paroisse de la Peyrouze. Bourg, impr. Ville- 
franche. In-8o, 34 p. 

337. Versorts (Livre de raison de maître Nicolas), avocat au parle- 
ment de Paris (1519-1530). Publié par G. Fagniez. In-8°, 128 p. (Extrait 
des Mémoires de Ir Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France, 
t. Xn, 1885.) 

338. Veuclin (E.). Les Antiquités de la ville de Bernay : l'église 



332 

Sainte-Croix, histoire et description. Bernay, impr. "Veuclin. In- 16, 
36 p. (Extrait de l'Histoire de la ville de Bernay.) 

339. Veuclin (E.). Saint Taurin et sa coudre à Saint- Aubin de Gisai. 
Bernay, impr. Veuclin. In-8°, 40 p. et planche. 

340. ViLLEMAN (J.). Étymologie du mot français Alouette. Clamart 
(Seine), l'auteur. In-18, 22 p. 50 cent. 

341. Visite au clocher de Saint-Bénigne, cathédrale de Dijon, par 
A. D., maître sonneur. Dijon, impr. Jobard. In-16, 55 p. et gravures. 

342. Wattenbach (W.). Deutschlands Geschichtsquellen im Mit- 
telalter biszurMitte des 13. Jahrhunderts. II" Band. 5« umgearbeitete 
Auflage. Berlin, Hertz, 1886. In-S", iv-SSO p. 9 m. 

343. Werunsky (Emil). Auszùge atis den Registern der Pâpste 
Glemens VI und Innocenz VI zur Geschichte des Kaiserreichs unter 
Karl IV. Innsbruck, Wagner, 1885. In-8'', vi-170 p. 

344. WusTMANN (Gustav). Aus Leipzig's Vergangenheit. Gesammelte 
Aufsâtze. Leipzig, Grunow, 1885. In-8% ni-472 p. (Schriften des Vereins 
fiir die Geschichte Leipzigs. Nr. 3.) 6 m. 



CHRONIQUE ET MÉLANGES. 



Le 29 avril 188G, la Société de l'École dos chartes a procédé à l'élection 
du bureau et des commissions de la Société pour l'année 1886-1887. Ont 
été élus : 

Président : M. de Montaiglon. 

Vice-président : M. d'Arbois de Jubainville. 

Secrétaire : M. Guilhiermoz. 

Secrétaire-adjoint : M. Delachenal. 

Archiviste-trésorier : M. A. Tuetey- 

Membres de la commission de publication : MM. Delisle, de Las- 

teyrie, Omont. 
Membres adjoints de cette commission : MM. Julien Havet et 

Valois. 
Membres de la commission de comptabilité : MM. Bruel, Roc- 
quain et Morel-Fatio. 

— Nous avons la douleur d'annoncer la mort d'un de nos confrères, 
M. l'abbé Lebeurier, qui a fait beaucoup d'honneur à l'École des chartes 
par de nombreuses publications historiques et surtout par ses travaux 
aux archives du département de l'Eure. 

Nous empruntons au Courrier de l'Eure un article dans lequel sont 
exactement indiqués les principaux traits de la vie de notre regretté 
confrère : 

« Pierre-François Lebeurier était né à Villedieu (Manche), le 5 juil- 
let 1819. Après avoir été élève à l'École dos chartes, il fut nommé, le 
!«•• novembre 1844, professeur suppléant de dogme à la faculté de théo- 
logie de Bordeaux, et, quatre ans après, professeur titulaire de cette 
chaire, qu'il conserva jusqu'au 1" mai 1851. 

« Appelé aux fonctions d'archiviste du département de l'Eure, il arri- 
vait à Évreux le 12 du même mois. Il occupa ces fonctions avec le zèle, 
l'assiduité et la compétence que l'on sait, jusqu'au 5 novembre 1875. 

« En môme temps, il remplissait les charges pastorales de sa profes- 
sion ecclésiastique. D'abord curé de Huest, du l*"" août 1852 au 
20 décembre 1853, il reçut à cette date l'administration de la paroisse 
de Gravigny, don; il resta chargé pendant dix-sept ans. Mgr Grolleau 
le nomma ensuite chanoine titulaire de sa cathédrale. Orateur distin- 



334 

gué, il se fit souvent entendre dans la chaire de Notre-Dame d'Évreux, 
et sa parole était goûtée. 

« Le 3 mars 1882, M. l'abbé Lebeurier donna sa démission de ses 
fonctions de chanoine et quitta le diocèse pour se retirer à Mantes, où, 
en qualité de supérieur des Dames Bénédictines, il se consacra entière- 
ment à la réformation et à l'administration de cette importante maison. 
Il resta chanoine honoraire d'Évreux et de Versailles. 

« M. Lebeurier était depuis de longues années correspondant du 
ministère de l'instruction publique pour les travaux historiques, membre 
de la Société libre de l'Eure dont il présida longtemps la section de lit- 
térature, membre de la Société de l'École des chartes, de la Société des 
antiquaires de Normandie, etc. Il était, en outre, officier de l'instruc- 
tion publique. 

« Parmi les nombreuses publications qu'il a laissées, et qui toutes 
attestent beaucoup de sagacité et d'érudition, nous tenons à citer les 
suivantes : 

« Compte de la châtellenie de Breuîlpont (1852); — Coutumes de Vernon 
au XI I" siècle (1855); — De la découverte d^ un prétendu cimetière mérovin- 
gien à la chapelle Saint-Éloi, rapport fait à la Société libre de l'Eure 
(1855); — Rôles des taxes de l'arrière-ban du bailliage d'Évreux en 1562, 
avec une introduction sur l'histoire et l'organisation du ban et de l'ar- 
rière-ban ; 

« Notices historiques sur les communes d'Aclou, Acon, Acquigny, 
Aigleville, Ailly, Aizier, Ajou, Alisay, Ambenay, Amécourt (Annuaire 
du département de l'Eure, de 1862 à 1869); la notice sur Acquigny, 
tirée à part, a obtenu une mention très honorable de lAcadémie des 
inscriptions et belles-lettres; 

« Recueil des arrêtés préfectoraux sur la police des rivières et cours d'eau, 
avec appendice contenant les documents antérieurs à 1790 (Annuaire, 
1863, 1864 et 1865); — le Mémorial historique des évêques, ville et comté 
d'Évreux, écrit au xvn^ siècle par Le Batelier d'Aviron, publié pour la 
première fois et annoté (Annuaire, 1866); — État des anoblis en Nor- 
mandie de 1545 à 1661, avec un supplément de 1398 à 1687 (Annuaire, 
1869); — Notice sur l'abbaye de la Croix-Saint- Leiifroy (1866); — 
Recherche de la noblesse de l'élection d'Évreux en 1523 (Annuaire, 1868); 

« Histoire d'Évreux (Almanach d'Évreux, 1867) ; — Description de la 
cathédrale d'Évreux (Almanach d'Évreux, 1868) ; — Description de l'église 
Saint-Taurin (Almanach d'Évreux, 1869); 

« Vie de la révérende mère Saint-Joseph, fondatrice de la congrégation 
des soeurs de Saint-Joseph de Bordeaux (1869); 

« Enfin divers articles historiques dans V Almanach historique et litur- 
gique du diocèse d'Évreux. 

« Rappelons, en terminant, que M. l'abbé Lebeurier avait fondé, en 
1872, avec le concours de quelques amis, le Conservateur de VEure, 



335 

revue hebdomadaire de la politique générale et des intérêts moraux et 
matériels du département. Ce journal, imprimé chez Ernest Quettier, 
a eu 52 numéros, de juillet 1872 à juillet 1873. » 

— Par décret du 29 juin 1886, notre confrère M. Didier Neuville, 
sous-chef de bureau au ministère de la marine, a été nommé chevalier 
de la Légion d'honneur. La distinction accordée à M. Neuville est 
motivée par cette mention : « Services exceptionnels rendus à l'occa- 
sion de la réorganisation des archives de la marine. Auteur de l'inven- 
taire des archives de la marine. » 

— Par arrêté du 30 avril 1886, notre confrère M. Charles de Beaure- 
paire a été nommé officier de l'instruction publique. 

Par arrêté du même jour, nos confrères MM. Emile Molinicr et 
Henri Stein ont été nommés officiers d'académie. 

— Notre confrère M. Hanotaux a été élu député du département de 
l'Aisne. 

— Par décret du 30 juin 1886, notre confrère M. Hanotaux, député 
de l'Aisne, a été nommé membre de la commission supérieure des 
archives de la marine. 

— Dans sa séance du 18 mai 1886, le conseil d'administration de la 
Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France a appelé aux fonc- 
tions de président de la Société, pour l'année 1886-1887, notre confrère 
M. Charles Tranchant, vice-président. 

A PROPOS DES DÉCOUVERTES DE JÉRÔME VIGNIER. 

Dans un mémoire inséré au dernier volume de ce recueil, je me suis 
efforcé d'établir qu'un certain nombre de documents relatifs à l'histoire 
ecclésiastique du v« et du vi" siècle, publiés pour la première fois 
dans le Spicilegium de L. d'Achery et souvent réimprimés, sont apo- 
cryphes et ont été fabriqués par Jérôme Vignier, prêtre de l'Oratoire, 
mort en 1661^. 

De deux côtés, cette thèse vient d'être confirmée et complétée d'une 
façon aussi heureuse qu'inattendue. M. l'abbé Pierre Batiffol, à Paris, 
et M. W. Wattenbach, à Berlin, ont signalé deux autres documents 
apocryphes, dont la composition peut être attribuée avec vraisemblance 
à Jérôme Vignier. Les deux auteurs ont bien voulu autoriser la repro- 
duction de leurs articles dans la Bibliothèque de l'École des cJiartes. Voici 

le texte de l'un et la traduction de l'autre. 

Julien Havet. 



1. Questions meroiingiennes, II, les Découvertes de Jérôme Vignier, dans la 
Bibliothèque de l'École des chartes, t. XLVI, 1885, p. 205-271. 



336 

« l'ÉPÎTRE de THÉONAS a LUCIEN. — NOTE SUR UN DOCUMENT CHRÉTIEN 
ATTRIBUÉ AU III^ SIÈCLE''. 

« On a dénoncé ces derniers temps certaines pièces toutes modernes 
que Luc d'Achery, avec une parfaite bonne foi d'ailleurs, avait admises 
dans son spicilège. Tel était le cas d'un testament de Perpétue, évêque 
de Tours, d'un diplôme de Clovis, de lettres d'évêques et de papes du 
v siècle, etc., tous documents fabriqués, assure-t-on, par le P. Jérôme 
Vignier, de l'Oratoire 2. J'ai été amené à mon tour à concevoir des 
doutes sur un autre document du même spicilège, venu, lui aussi, de 
l'Oratoire, VÉpitre de Théonas à Lucien^ : ce document est donné comme 
de la fin du me siècle, et il est rédigé en latin. 

« L'évêque Théonas écrit à Lucien, préfet des « chambellans », une 
lettre de direction sur les devoirs d'état des « chambellans » et sur la 
manière dont s'en doit acquitter un chrétien. Qu'en toutes choses ils 
soient désintéressés et craignant Dieu ; que le trésorier du prince tienne 
ses comptes avec une irréprochable et éclatante probité ; que le conser- 
vateur du vestiaire et du garde-meuble fasse de fréquentes inspections; 
que le bibliothécaire ait un soin éclairé de ses livres; que les officiers 
de la chambre impériale soient réguliers et empressés. Lucien enfin 
devra faire de pieuses recollections, de pieuses lectures, car cet exer- 
cice sert beaucoup et on doit le pratiquer souvent, etc. 

« L'importance d'un pareil document est évidente. On admet, en 
effet, qu'il est de Théonas, évêque d'Alexandrie de 288 à 300. Lucien 
devient ainsi un officier de Dioclétien. Quel jour ouvert sur la vie de la 
cour à Nicomédie ! Quelle bonne fortune pour les historiens de cette 
époque mal connue ! 

« Jusqu'à ce jour, personne, à ma connaissance, n'a soupçonné l'au- 
thenticité de cette épître. D'Achery, qui avait quelques scrupules sur 
l'identité de Théonas, n'a aucun doute sur l'antiquité de sa lettre. Les 
Bénédictins qui ont donné la seconde édition du spicilège n'en ont pas 
davantage. Le sévère Tillemont ne croit même pas avoir à la discuter. 
Les Bollandistes la réimpriment sous le nom de l'évêque d'Alexandrie 
et réfutent les hésitations de d'Achery sur la personne de son auteur. 
Routh l'introduit dans ses Beliquise sacrse anieniccBnw avec autant de 
confiance que Galland dans sa Bibliotheca Patrum, ou Migne dans sa 
patrologie grecque. A la voir citée par les historiens du haut empire 

1. Bulletin critique, VII, 15 avril 1886, p. 155-160, et à part en une bro- 
chure in-8°. 

2. JuUen Havet, les Découvertes de Jérôme Vignier (Bibliothèque de l'École 
des chartes, t. XLVI). Nous citerons ce travail d'après le tirage à part. Cf. Bul- 
letin critique, t. VI, p. 408. 

3. Spicilegium (éd. de 1675), t. XII, p. 545 et suiv. 



337 

comme par les archéologues, on peut dire qu'elle a acquis un droit de 
cité indiscuté dans la littérature du ni« siècle <. 

« Contrairement à, cette longue et grave unanimité, je crois pouvoir 
tenir la lettre de Théonas à Lucien pour apocryphe et moderne. 

« En premier lieu, l'origine en est suspecte. D'Achery l'a-t-il emprun- 
tée à un manuscrit ? Point, c'est le P. Qucsnel qui la lui a communi- 
quée : Comirwnicavit R. P. Pachasius Quesnel, oratorii D. I. Prcsbytcr, 
et d'Achery n'en sait pas davantage 3. Eu possède- t-on actuellement 
quelque manuscrit où Quesnel ait pu la copier ? Non. Avant Quesnel 
connaissait-on cette épître de Théonas ? Non encore. Eusèbe, si bien 
renseigné sur Alexandrie, sur l'histoire littéraire d'Alexandrie, Eusèbe 
cite Théonas, mais il ne dit point qu'il ait écrit quoi que ce soit. Saint 
Jérôme, qui, dans son Do viris, a écrit l'histoire littéraire de l'antiquité 
ecclésiastique, d'après Eusèbe, il est vrai, mais aussi d'après des infor- 
mations personnelles, saint Jérôme, qui a séjourné à Alexandrie et qui 
a lui-même écrit tant d'épîtres dans le goût de l'épître à Lucien, saint 
Jérôme ne la connaît pas. Personne ne l'a signalée avant d'Achery, et, 
si elle a jamais existé en manuscrit, d'Achery, ou plutôt Quesnel, est, 
par une rencontre inouïe, le premier et le dernier à l'avoir vue^. 

« Les personnages qui figurent dans l'épitre ne sont pas historiques. 
Théonas, en effet, n'est identifié avec l'évêque d'Alexandrie que par 
conjecture, et Lucien, à qui la lettre est adressée, est entièrement 
inconnu. Certainement il y a eu à la cour des empereurs, bien long- 
temps avant Constantin, des officiers, des eunuques qui ont été chré- 
tiens; on en connaît plusieurs et par leurs noms qui furent martyrisés 
à Nicomédie en 303; c'étaient bien des pao-iXixo^ uaiSEç, comme dit Eusèbe, 
des cubicularii, comme disent leurs actes, et leurs noms ont été des 
plus célèbres dans l'antiquité chrétienne-'. Mais Lucien, qui aurait dû 

1. D'Achery, Spicilegium (1675), t. XII, p. xx et suiv. — Id. (édit. de 1723), 
t. III, p. 297. Cf. la note des nouveaux éditeurs (Baluze, Martèiie et de la 
Barre). — Tilleniont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique (1698), 
t. V, p. 7. — Acta Sanciorum, au 23 août. — Routli, t. III, p. 439-4'i5. — Gal- 
land, Veterum Patrum Bibliotheca, t. IV. — Mignc, Patrolog. Grsec, t. X, 
1>. 1567 et suiv. — Duruy, Histoire des Romains (in-4°), t. VI, p. 592. — 
Kraus, Real-Encijclopddie der christUchen Alterthilmer , t. I, p. 337. — 
Smilh and Wace, Dictionarij of Christian biography, f. III, p. 749, et t. I", 
p. 834. 

2. Spicilegium (1675), t. XII, p. xxix. 

3. Eusèbe, Hist. eccl., vu, 32 (n" 30) (édit. Heinichen, p. 371). Cf. Baroaius, 
Ann. eccl., ad ann. 285, vu, et 300, ii. 

4. De Rossi, Biill. archéol., 1867, p. 14 (édit. fr.). Kraus, loc. cit., article 
Cubicularius Aug. Cf. Eusèbe, H. E. viii, 7. Lactance, De morte Persecut., xv. 
RuUd, h. E. vni, 6. ^Icéphore, H. E. vu, 5. Ruinart, Acta Sincera, p. 317. 
Tillemont, op. cit., t. V, p. 180 et 655, not. 1. Acta Sanctorum, au 12 mars et 
au 9 septembre. — Les noms des martyrs de Nicomédie, Dorothée, Gorgonios, 



338 

être, comme l'a fort bien conjecturé Tillemont, le supérieur et le maître 
des martyrs de 303, Lucien, ce prwfectus cubiculariorum, en situation 
de recevoir d'Alexandrie l'épître que l'on sait, Lucien n'a été connu de 
personne. 

« En ce qui regarde le détail, je n'insisterai pas sur le caractère qui 
est prêté à Dioclétien, ni sur la politesse que l'on attribue à sa cour, 
mais sur un petit nombre d'erreurs ou d'impropriétés plus significatives. 

« Le prince n'est nulle part appelé Auguste, toujours princeps, et, ce 
qui est une grave inexactitude, il est une fois appelé César. — Ce César 
Dioclétien nous est donné pour « un prince qui n'est pas encore chré- 
« tien. » A-t-on jamais pensé qu'il dût le devenir ? — L'impératrice a 
une suite composée de comités et de pedisequse : le terme de comités est 
inacceptable, étant donné le sens officiel et exact de ce mot, à l'époque 
où Ton veut placer la rédaction de notre texte. — Lucien est prœpositus 
cubiculariorum, titre dont on ne trouve aucune trace ni dans les auteurs, 
ni dans les inscriptions. — Les fonctions sont confusément indiquées : 
Lucien a pour toute mission de diriger et de former les autres cubicu- 
larii (Potens es omnes regtilare et instrueré), et c'est tout^. A ce titre, 
Lucien, semble-t-il, eût dû avoir quelque autorité sur le pcedagogium 
où s'élevaient tous les paatXtxol TraîSsç. Mais il n'y est fait aucune allu- 
sion 2. — Pour les autres cubicularii (1° qui privatas pecunias principis 
detinet; 2° qui vestes et imperialia ornamenta detinet; 3° cui crédita sunt 
vasa argentea, aurea, chrystallina vel murrhina, escaria velpotoria; 4° qui 
corpus principis curare habet), rien, ni dans les inscriptions du haut 
empire, ni dans la Notitia dignitatum, ne correspond exactement aux 
charges mal définies qu'on leur attribue ici. Leur hiérarchie, en outre, 
et leur nombre n'impliquent rien que de très simple et de très restreint 3, 
conception factice et contraire à ce que nous savons de la pompe et de 
la complication des services palatins, surtout à dater de Dioclétien. — 
On nous parle enfin d'une bibliothèque et d'un bibliothécaire du prince : 
or, il n'a jamais dû exister au palais autre chose que des archives sous 
la direction d'un magister scriniorum; si des empereurs, en effet, comme 
Tibère, Trajan ou Vespasien ont fondé des bibliothèques, c'a été pour 
le public-''. 

etc., figurent dans le martyrologe hiéronymien, dans le martyrologe syriaque, 
dans celui d'Adon et dans celui d'Usuard. 

1. Comparez dans Willmanns, Exempla inscript, latin., iv 2098, ce qui est 
dit de Narsés, et, n" 1285, l'épitaphe de Prosénés, l'un prsepositus sacri palaiii, 
l'autre a cubiculo Aug., etc. 

2. M. de Rossi, Bull, arch., 1867, p. 75 (édit. fr.), a consacré une note 
importante à l'école des pages, au pxdagogium, d'après des graffiti récemment 
découverts au Palatin. 

3. Comparez le train de maison d'un simple agent du fisc, Willmanns, n» 386. 

4. Wattenbach, Bas Schriftwesen in Mittelalter (1875), p. 507. — Grë- 
fenhain, Geschichte der Idassischen Philologie im Altertum (1850), t. IV, p. 40 
et suiv. — Cf. Willmanns, n" 389, 407, 555, 457, 2646. 



339 

« J'ose dire que les observations qui précèdent n'ont été faites ni par 
d'Achery, ni par Tillemont, car, pour déclarer authentique l'épîtrc de 
Théonas, on s'est fié à la seule couleur de son style. On y a vu la tra- 
duction latine d'un original grec : ce qui est gratuit, car on n'y relève- 
rait pas un hellénisme. — On y a vu une version latine « très ancienne », 
alors que la facilité élégante et redondante du style est le contraire du 
style gêné que l'on trouve dans toute version, et de la latinité qui est 
celle des traducteurs anciens du grec en latin, de Ruûn à Denys le 
Petit. — Par contre, on n'a pas remarqué que dans cette « version très 
« ancienne » les citations scripturaires procèdent directement de la Vul- 
gate hiéronymienne, — et enfin qu'un passage de Théonas pourrait bien 
dépendre d'un passage célèbre de saint Jérôme. Tout le monde connaît, 
en effet, cette courte phrase de la préface du Commentaire sur Job, où 
saint Jérôme s'élève contre les éditions de luxe : sur ce point, il est le 
premier des Pères à avoir parlé de manuscrits pourpres : Habeant qui 
volunt veteres libros vel in membranis purpureis aura argentoque descrip- 
tos vel uncialibus ut ruUjo aiunt litteris, onera magis exarata quam 
codices. Théonas, dans un passage de son épître, qui est un hors-d'œuvre, 
Théonas, lui aussi, s'élève contre les éditions de luxe, contre les manus- 
crits pourpres, contre les lettres d'or, et cela dans les mômes termes 
que saint Jérôme : Veteres codices ressarciri procuret ornetque non tan- 
tum ad superstitiosos sumptus quantum ad utile ornam,entum : itaque 
scribi in purpureis membranis et litteris aureis totos codices... non affectet*. 

« Comme dernière considération, je signalerai la parenté qu'il me 
semble reconnaître entre le latin de Théonas et celui du faussaire 
dénoncé par M. Havet, Jérôme Vignier. Voici le début de la lettre pré- 
tendue de saint Loup à Sidoine Apollinaire, et le début de la lettre de 
Théonas : 

THÉONAS. VIGNIER 2. 

GRATIAS AGO OMNIPOTENTI DEO ET GRATIAS AGO DOMINO DEC NOSTRO 

DOMINO JESU GHRISTO QUI fidem SUam JESU CHRISTO PER SPIRITUM SANCTUM 

per universum orbem... manifes- Qui te in hac generali titubatione 
tare ac etiaw. in tyrannorum per- et pressura dilectissimx sponsss 
sccutionibus ampliare non destitit, ecclesix suse ad ejiis sustentation 
immo... ejiis veritas magis ac magis nem et consolationem in saccrdotem 
splenduit, ut jam pace per bonum vocavit, ut sis iucerna in Israël, et 
principem ecclesiis concessa, Chris- sicut ambitiosos honores mundanw 
lianorum opéra etiam coram infi- militis cum summa laude exequu- 
delibus luceant, ETglorificetur...etc. tus es, ita militix cœlestis operosa 

munia et humilia ministeria ala- 
criter percurras, neg rétro... etc. 

1. Hieron. Praef. in Job (Migne, P. L., t. XXVIII, p. 1083). Cf. Watten- 
bach, op. cit., p. 108 et suiv., où l'on verra rapprochés les diflérenls textes 
anciens sur le sujet. 

2. Voy. Havet, p. 52. 



340 

« Dans les deux pièces, nous retrouvons avec le même début la même 
contexture de période. — Ce style nombreux et cicéronien, « qui attache 
« le lecteur et surprend agréablement l'érudit, peu habitué à rencontrer 
« ce mérite littéraire dans les documents d'une pareille date, » comme 
aussi « ces exhortations banales, introduites toujours de la même 
« façon ^, » en un mot ces tours, cette manière que l'on a signalés dans 
la rhétorique du P. Vignier, tout cela se retrouve dans Théonas. Vignier 
fait l'éloge de saint A vit en le comparant à Cicéron : Avitus... ut erat 
alter Tullius...^; et Théonas écrit : Laudandi sunt poetse in magnitudine 
ingenii, in inventorum acumine, in expressionis (!) proprietate et eloquen- 
tia summa (?) ; laudandi oratores, laudandi philosophi in génère suo ; 
laudandi historici qui gestarum rerum seriem, majorum mores et instituta 
nobis explicant, qui vivendi normam ex antiquorum gestis ostendunt. 
Ailleurs c'est le retour d'expressions identiques : 

VIGNIER 3. THÉONAS. 

Absit, rex, ut plures deos cola- Ahsit a vobis ut aditum ad prin- 

mus ! cipem pretio vendatis ! 

« Et encore : 

...Ut sic affectus qui inter tuam ... Ut per id plurimum Christi 

sanctitatem et nos jamdiu coaluit, nomen glorificetur et illius fides 

in Domino corroboretur et de cetero quotidie augeatur. 
augeatur. 

« Il n'y a pas jusqu'à certaines gaucheries de Vignier qui ne se 
retrouvent dans Théonas : Vignier s'est trahi dans la formule de salu- 
tation de la lettre du pape Gélase'', et Théonas en fait autant par la 
façon dont il salue Lucien : Vale féliciter in Christo, mi domine Luciane. 
Ces sortes à.''explicit, en effet, sont très rares chez les Pères grecs ; l'ex- 
pression que lui donne Théonas est inusitée aussi bien chez les Grecs 
que chez les Latins; plus encore, l'expression mi domine Luciane, abso- 
lument singulière dans la littérature, inadmissible dans la bouche d'un 
évêque s'adressant à un fidèle, a toutes les apparences d'un pur gal- 
licisme. 

« En résumé, l'épître de Théonas à Lucien ne se rattache à rien dans 
l'antiquité chrétienne; elle présente des confusions et des emprunts qui 
compromettent son autorité intrinsèque; on n'a donc aucune raison de 
la tenir pour authentique, tout au contraire. Faut-il lui assigner la 
même origine qu'aux pièces fabriquées par Vignier ? Peut-être. Elle ne 
saurait être, en toute hypothèse, qu'un exercice élégant d'un humaniste 
moderne. 

« Pierre Batiffol. » 

1. Expressions de M. Julien Havet. 

2. J. Havet, p. 37, 

3. Id., p. 35, 51. 

4. Id., p. 56. 



344 

« LA OENEALOGIA KAROI.ORUM^. 

« M. G. Waitz a publié dans les Monumenta Germaniae {Scriptores, 
t. XIII, p. 245) une généalogie dont la dernière phrase indique qu'elle 
a été écrite sous le régne de Pépin. Toutefois, dans sa préface (p. 240), 
il fait valoir quol(jues motifs do douter de ce point : le texte men- 
tionne les ancêtres de saint Arnoul, qui sont inconnus à Paul, et pré- 
sente d'autres traits où l'on reconnaît généralement des interpolations 
provenant de Saint- Wandrille, qui ne peuvent remonter plus haut que 
la fin du ix" siècle. M. Waitz admet, en conséquence, que ce document 
est plus récent que la date qu'il porte. Pourtant il le croit du moyen 
âge, car, dit-il, le premier éditeur, Dominicy, ne saurait être soupçonné 
de faux; plusieurs autres pièces publiées par lui ont été retrouvées 
dans les manuscrits, ce qui en prouve l'authenticité. Mais celle-ci, pré- 
cisément, ne se trouve dans aucun manuscrit ; elle avait été communi- 
quée à Dominicy par le P. Vignier^. Après la découverte de M. Julien 
Havet, que nous avons fait connaître, en son temps, à nos lecteurs, il 
faut sans aucun doute ajouter la pièce en question à la liste des pro- 
ductions de ce faussaire. 

a W. Wattenbagh. » 

ACTE DE BAPTÊME DE ROGER DE GAIGNIÈRES. 

Notre confrère M. H. de Flamare, archiviste de la Nièvre, a trouvé 
dans les registres paroissiaux d'Entrain (Nièvre) la date de la naissance 
de François-Roger de Gaignières. Nous nous empressons de publier un 
acte aussi important pour la biographie d'un homme qui a rendu tant 
et de si grands services à l'histoire et aux antiquités de la France. 

« Le trentiesmc jour de mars mil six cent quarante-trois, j'ay, Sul- 
pice Bourgoing, curé de Nostre-Dame d'Entrain, soubsigné, certiffié 
que Françoys-Koger de Gannière, fils légitime de noble homme Edme 
de Gannière, escuier et secrétaire de Monseigneur le duc de Bellegarde, 
et de damoiselle Jacqueline de Blanchefort, ses père et mère, est né et 
venu au monde le trentiesme du moys de décembre dernier et par moy 
undoyé le mesme jour sur le soir, et de plus, que le reste des cérémo- 
nies de l'église touchant le baptesme dudit Françoys-Roger de Gannière 
furent faictes en laditte église cedit jour trentiesme de mars. Et furent 
ses parain et maraine hault et puissant seigneur Messire Roger duc de 

1. Neues Archiv der Gesellsckaft fier àitere deutscke Geschichtskunde , XI 
p. 631. 

2. M.-A. Domiaicy, Ansberti Familia rediviva (Paris, 1648, 10-4""), appendice, 
p. 5. 



342 

Bellegarde, paire (sic) de France, etc. (sic), et dame Estiennette Olivier, 
femme de Messire Françoys de Blanchefort, sieur et baron d'Asnois, 
lesquelz ont signé, de ce requis. 

« Roger DE Bellegarde, — Et. Olivyer. 

« S. BOURGOING. J 



MANDEMENT DE CHARLES V CONSERVÉ A NUREMBERG. 

Lors de mon passage à Nuremberg au mois d'août 1885, un journal 
quotidien, le Fraenkischer Kurier, m'apprit l'acquisition faite quelques 
jours auparavant, par le Germanisches Muséum, de la pièce suivante, dont 
je dois la communication à l'obligeant empressement de M. Boesch, 
secrétaire du Musée. 

F. Gerbâux. 

« Charles, par la grâce de Dieu, roys de France, au viconte du Pont- 
de-l' Arche ou à son lieutenant, salut. Comme par noz autres lettres 
nous eussions mandé au receveur de Meleun que à Guillaume Bourgois, 
demeurant à Neuf-Marchié^, il paiast la somme de seze reaulx d'or 
trois quars et demi, en quoy icelli Guillaume disoit nous lui estretenuz 
du temps que nous estions duc de Normandie et dalphin de Viennois, 
pour cause d'ostelaige, de fructaige et de certaines autres choses, si 
comme il disoit apparoir par cedules ou escrits passés et vérifiés en et 
par la chambre de noz comptes, et dont aucune satifaction n'a esté faite 
audit Guillaume de la somme dessusdite, ja soit ce qu'il ait grandement 
fraie et despendu et pourchacié son paiement, et fauroit qu'il y fraiast 
encore et plus que ladite somme ne monte avant que satifaction lui en 
fust faite, considérée la distance des lieux, si comme il dit, si nous a 
humblement supplié lui estre sur ce par nous pourveu de competant 
remède. Pour quoy nous, eue considération à ce que dit est, te man- 
dons que de tout ce qui t'apperra par lesdites cedules ou escrits estre 
deu audit suppliant à la cause dessusdite, tu li faces plaine et briefve 
satifaction, si et par telle manière que ledit suppliant n'ait cause de 
recommencer pour ce plus par devers nous, et tout ce qui ainsi paie li 
aura esté nous voulons et mandons, par rapportant lesdites lettres adre- 
cées sur ce audit receveur de Meleun, lesdites cedules ou escrits, ces 
présentes et lettres de recognoissance sur ce dudit suppliant, estre 
alloué en tes comptes et rabatu de ta recepte par noz amez et feaulx les 
gens de noz comptes à Paris sanz aucun contredit, nonobstant quel- 
conques ordonnances, mandemens ou défenses à ce contraires. 

« Donné à Paris, en nostre hostel lez l'église Saint-Pol, le xix«"'<' jour 

1. Seine-Inférieure, arrondissement de Neufchâtel-en-Bray, canton de Gournay. 



343 

de février l'an de grâce mil trois cenz soixante six, et de nostre règne 
le tiers. 
« Par le roy, en ses requestes. 

« J. Clerici. » 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE DE LA RÉFORMATION. 

La Société de l'histoire de la Réformation ( Vercin filr lieformations- 
Geschichte), qui, fondée il y a trois ans, compte aujourd'hui pkis de 
six mille membres, a tenu sa première assemblée générale ordinaire le 
28 avril, à Francfort-sur-le-Mein. Parmi les publications qui doivent 
paraître sous les auspices de la Société, nous signalerons, d'après le 
rapport du comité de rédaction, un travail du professeur Lcchler, de 
Leipzig, sur Jean Huss, un autre du professeur Karl MûUer, de Halle, 
sur les Vaudois, une étude du professeur Nippold, d'Iéna, sur la situa- 
tion de la papauté au xvi^^ siècle, et deux travaux sur les tentatives de 
réformation en Italie et en Espagne, l'un, du professeur Benrath, de 
Bonn, l'autre, du professeur Wilkens. 

GAIGNIÈRES ET SON DESSINATEUR. 

La lettre suivante nous a paru mériter d'être publiée. Elle nous fait 
bien connaître le caractère de Gaignières et les rapports qu'il entrete- 
nait avec l'artiste qui l'a si utilement aidé à former ses collections ^. 

Cette lettre doit avoir été adressée au chanoine Hermant, l'historien 
de l'église de Beauvais. Elle a fait partie de la collection de M. Briquet 
aux Cousteaux, vendue en avril 1855 (article 137) et de la collection de 
M. Mathon, vendue en décembre 1885 (article 46). 

or A Paris, ce l*"" janvier 1693. 

« Je vous souhaite la bonne année, Monsieur, et vous demande la con- 
tinuation de vos bonnes grâces. J'ay receu votre lettre. J'attendois tou- 
jours celuy qui l'a aportée, qui avoit dit qu'il reviendroit. Je vous suis 
fort obligé de toutes vos honnestetez. Je suis bien fasché que l'on 'vous 
refuse quelque chose pour votre ouvrage. Les soins que vous prenez 
vous devroient aplanir toutes difûcultez. Vous estes bien louable de ne 
vous pas rebuter ; c'est aussi comme il faut faire pour réussir. Je n'ay 
rien sceu de votre accident. Je vous en aurois tesmoigné mon des- 
plaisir. 

« Je vous feray un petit mémoire pour votre voyage et vous l'enverray 
avant le caresme. Je ne sçay rien de ce que vous me demandez, mais 
je m'en informeray et vous y respondray avec soin. 

1. 'Voyez Delisle, le Cabinet des manuscrits, t. I, p. 336. 



344 

« Pour ce qui est des Vaux de Gernay, je n'y ay point esté, et ne sçay 
pas mesme si j'iray, parce que je ne fais de ces voyages que lorsque 
l'envie de me pourmener à la campagne me prend et que je n'ay rien 
à faire à Paris, où j'ay plusieurs choses qui m'empeschent de m'occu- 
per à la curiosité, à quoy je ne m'amuse que pour m'empescher de 
m'ennuyer. Je ne crois pas sortir si tost de Paris. 

« Pour le sieur Boudan dont vous me parlez, il ne manque pas de bonne 
volonté. Je crois que celuy qui l'avoit engagé de graver le plan de 
Beauvais doit avoir receu une lettre qu'il donna en ma présence à 
M. Vilain, chanoine de Beauvais. Vous sçaurez qu'après mes voyages 
où il avoit fatigué, il a esté malade et a eu depuis une fluxion sur les 
yeux, si grande que l'on croioit qu'il les perdroit. Il luy en est resté une 
telle foiblesse qu'il ne peut graver, la veue fatiguant beaucoup plus que 
pour dessiner. J'en suis bien fasché, car je luy avois procuré une 
planche qu'il n'a peu achever et qu'il a rendue avec la mesme sincérité 
qu'il est prest de rendre le plan qu'on luy a donné, et l'argent qu'il a 
receu, en luy rendant son billet. Cela est fascheux quand on souhaite 
quelque chose, mais on ne peut pas exiger davantage de lui que ce qu'il 
offre. Il y perd assez, le pauvre garson, car mesme ce que je luy fais 
dessiner n'est plus comme il estoit, J'estois bien aise qu'il gravast ce 
plan là, car nous en aurions peu avoir à bon prix, quoyque je sois moins 
curieux des plans que des cartes. Il n'y a point de finesse de sa part, le 
pauvre garson; mais à l'impossible on ne peut estre tenu. Il perd assez 
à cette afliction que Dieu luy envoyé. Encor est il bien heureux d'en 
estre quite à ce prix là, s'il ne luy arrive pis. Ainsy, Monsieur, comme 
j'ay conoissance de son procédé, je puis vous assurer qu'il est sincère. 
Cela me fasche, car j'ay mille choses qu'il m'a mesme commencé à des- 
siner, que je ne sçay quand il les achèvera. 

« Voilà vous parler lontemps du sieur Boudan ; il est temps que je vous 
parle de moy et que je vous asseure, Monsieur, que je suis avec beau- 
coup d'estime vostre très humble et très obéissant serviteur. 

« De Gaiqnières. 

e II faut mettre simplement, s'il vous plaist, sur mes lettres : A M. de 
Gaignières, à l'hôtel de Guise, à Paris. Rien que cela, s'il vous plaist. » 



ÉTUDE SUR LE CHŒUR 

DE L'ÉGLISE 

DE SAINT-MARTIN-DES-CHAMPS 

A PARIS 



L'architecture religieuse du xii'' siècle n'est plus représen- 
tée à Paris que par cinq monuments , l'église de Saint-Julien- 
le-Pauvre, le chœur de Saint-Germain-des-Prés, l'abside de 
Notre-Dame, le sanctuaire de Saint-Pierre de Montm.artre et le 
chœur de l'ancienne église de Saint-Martin-des-Chanîps, qui est 
englobé dans les bâtiments du conservatoire des arts et métiers. 
Cette dernière construction, malgré l'intérêt qu'elle présente au 
point de vue archéologique, n'a pas été jusqu'ici l'objet d'une 
étude approfondie, et l'on n'est pas d'accord sur l'époque où elle 
a dû être élevée. C'est ce point que nous nous proposons surtout 
d'éclaircir, après avoir donné la description détaillée du chevet de 
l'édifice. 

L'église de Saint-Martin-des-Champs se compose d'une nef 
dépourvue de bas-côtés et d'un chœur en hémicycle entouré d'un 
double déambulatoire qui est flanqué de six petites chapelles 
rayonnantes et d'une grande chapelle en forme de trèfle. Un clo- 
cher latéral, dont le soubassement est resté intact, se trouve adossé 
au côté méridional du chœur. Le plan de ce sanctuaire est très 
original ; il ne peut pas être comparé à celui des chœurs de Saint- 
Germain-des-Prés, de Notre-Dame de Senlis, de Saint-Germer, 
de Saint-Leu d'Esserent et de Notre-Dame de Noyon, car il s'en 
distingue par la largeur de la travée centrale, par la seconde 
galerie du déambulatoire et par la disposition particulière de la 
chapelle du chevet, qui fait une saillie très prononcée sur le mur 

23 



346 

de l'abside, comme les chapelles rayonnantes situées dans l'axe 
de la plupart des cathédrales du xiii° siècle. 

La nef, qui n'est pas voûtée, est éclairée par vingt fenêtres dont 
le remplage se compose d'un meneau central et d'une rosace à six 
lobes. Elle remonte au milieu du xiif siècle et communique avec 
le chœur par un doubleau en tiers-point orné de tores et de bâtons 
brisés. Cet arc s'appuie de chaque côté sur trois colonnettes cou- 
ronnées par deux groupes de chapiteaux d'un style bien différent. 
Les chapiteaux inférieurs, couverts de feuilles d'acanthes, appar- 
tiennent au xif siècle, mais ceux qui les surmontent n'ont été 
sculptés qu'au xni'' siècle. Pour expliquer ce remaniement, il 
faut supposer que le doubleau primitif était fortement surhaussé 
et que l'architecte du xiif siècle jugea nécessaire d'allonger le fût 
des colonnettes, afin de donner plus d'élégance à l'arc triomphal. 

La voûte du sanctuaire est soutenue par huit branches d'ogives 
et par des arcs formerets en cintre brisée Chacune des nervures, 
décorée d'une arête entre deux tores, retombe sur une mince 
colonnette. Les sept travées du chœur reposent sur des arcades 
en tiers-point dont les claveaux sont garnis d'un gros boudin, 
de deux baguettes et de deux tores qui viennent s'appuyer sur des 
piliers flanqués de douze colonnettes. Cette décoration est com- 
plétée sur le grand arc en plein cintre de la travée centrale par un 
rang de bâtons brisés. Les piles isolées sont au nombre de six, et 
les colonnettes qui les cantonnent supportent les retombées des 
grands arcs, des petits doubleaux du déambulatoire, des branches 
d'ogives du chœur et des arcs formerets. Les chapiteaux de toutes 
les colonnes se distinguent par leur grande variété ; leur corbeille 
est couverte de feuillages et de tiges entrelacées, et leur tailloir 
se compose d'un filet, d'un tore et d'un biseau. Quant aux bases, 
elles ont été refaites en grande partie, mais on peut être certain 
qu'elles se composaient anciennement d'une gorge entre deux 
tores et qu'elles étaient toutes pourvues de griffes. La partie supé- 
rieure du sanctuaire est éclairée au moyen de sept fenêtres dont 
l'archivolte est très légèrement brisée. Leurs claveaux, ornés 
d'un gros tore, reposent sur deux colonnettes engagées dans des 
retraits. La baie qui se trouve dans l'axe du chœur est beaucoup 
plus large que les autres, et son arc en plein cintre est un peu 
surbaissé. 

1. L'arc formeret de la travée centrale est en plein cintre. 



3n 

Le déambulatoire est formé de deux galeries en hémicycle dont 
la largeur n'est pas identique. En effet, tandis que la première 
présente une largeur de 3'"50, la seconde est un simple couloir 
large de 0'"90 environ. Les piles qui les séparent ne sont pas pla- 
cées sur le prolongement des lignes dirigées vers le centre du 
chœur. Il est facile d'en comprendre la raison. Comme l'archi- 
tecte avait résolu d'employer des voûtes d'arête pour recouvrir cette 
partie de l'église, il fut conduit à chercher le moyen d'obtenir des 
espaces à peu près carrés pour les établir. S'il avait disposé ses 
piliers intermédiaires d'une autre l^açon, il eût obtenu des surfaces 
en formes de trapèzes qui ne se seraient pas prêtées à la construc- 
tion des voûtes d'arête. Chacune des piles se compose d'un nombre 
variable de colonnettes disposées assez irrégulièrement autour 
d'un massif central. Leurs chapiteaux et leurs tailloirs offrent le 
genre de décoration déjà signalé dans la description du chœur. 

La première galerie du déambulatoire est recouverte de dix 
voûtes d'arête et d'une voûte sur croisée d'ogives placée au- 
dessus de la travée qui précède la grande chapelle centrale. 
Toutes ces voûtes sont séparées les unes des autres par des dou- 
bleaux en tiers-point ornés d'un tore et de deux baguettes, profil 
également appliqué sur les nervures de la croisée d'ogives. 
Leurs dispositions méritent d'être étudiées, car elles dénotent 
les nombreux tâtonnements d'un architecte qui ne savait pas 
résoudre encore avec assurance le problème de la construction 
d'une voûte au-dessus d'un déambulatoire. En effet, comme la 
direction prise par les doubleaux n'est pas très régulière, les 
voûtes d'arête sont établies tantôt sur des parallélogrammes, 
tantôt sur des espaces triangulaires. Il en résulte que les compar- 
timents de remplissage sont très irréguhers, et que la taille de 
leurs voussoirs manque complètement de précision. Quant à la 
seconde galerie, elle forme en avant des chapelles rayonnantes 
un étroit passage encadré par de grands arcs en cintre brisé* 
du côté du déambulatoire, et traversé par un arc en tiers-point 
au droit des piles isolées. Les six petites chapelles du chevet 
sont surmontées de voûtes d'arête irrêgulières qui se relient à 
celles du déambulatoire. Chacune d'elles est éclairée au moyen 
de deux fenêtres en plein cintre dont l'archivolte est garnie d'un 
gros tore et soutenue par des colonnettes. 

1. Les claveaux de ces arcs sont ornés d'un gros boudin et de deux petits tores. 



348 

La grande chapelle qui se trouve dans l'axe de l'abside affecte 
la forme d'un trèfle dont les deux lobes inférieurs sont séparés par 
un large passage recouvert d'une voûte sur croisée d'ogives. C'est 
une disposition tout à fait exceptionnelle, car elle ne se rencontre 
en France que dans une seule autre église du xir siècle, celle de 
la GascineS près de Laval, dont le chœur est bâti sur le même 
plan^ Cette chapelle est voûtée au moyen de six branches d'ogives 
réunies à une clef centrale. Chacune des nervures, ornée de trois 
tores accouplés, s'appuie sur une mince colonnette. Les compar- 
timents de remplissage se distinguent par l'absence d'arête centrale 
et par leur forme bombée, qui rappelle celle d'une coupole. L'in- 
térieur de la chapelle est éclairé par neuf fenêtres en plein cintre : 
celles qui s'ouvrent dans le chevet des trois hémicycles sont 
encadrées par un tore, un cordon de feuillages et deux colonnes. 
Au-dessous de leur appui, on remarque des arcatures cintrées 
garnies de moulures : elles reposent sur des colonnettes isolées. 

Toutes les chapelles rayonnantes sont épaulées à l'extérieur 
par des contreforts qui se composent alternativement de massifs 
carrés et de grosses colonnes couronnées par une pierre en forme 
de cône^. Leurs fenêtres en plein cintre sont entourées d'un gros 
tore et d'un cordon de plantes aroïdes, mais, tandis que celles des 
petites chapelles sont dépourvues de colonnes, celles de la grande 
chapelle centrale sont décorées d'un tore qui se continue sur les 
pieds droits et d'une archivolte soutenue par des colonnettes. Les 
chapelles se trouvent reliées les unes aux autres dans leur partie 
supérieure par des arcs destinés à supprimer les angles rentrants 
qui auraient pu nuire à l'établissement du chéneau''. Au-dessus 
des baies du déambulatoire s'ouvrent les sept fenêtres du chœur. 

1. Cette église, qui n'a jamais été terminée, se trouve sur le territoire de la 
commune de Forcé (Mayenne). 

2. On pourrait également rapprocher du plan de cette chapelle celui de la cha- 
pelle de Montraajour (Bouches-du-Rhùne), qui se trouve flguré dans le Diction- 
naire d'architeclure de VioUet-le-Duc, t. II, p. 445, mais c'est un édicule isolé. 
Il est intéressant de faire remarquer que la basilique de Tébessa, en Algérie, 
et la basilique découverte récemment à Damous-Karita, près de Carthage, se 
terminent par des salles en forme de trèfle. 

3. On peut voir des contreforts de ce genre encore intacts à l'extérieur des 
églises de Saint-Étienne de Beauvais, de Saint-Germer, de Morienval, de 
Saint-Étienne-lez-Pierrefonds (Oise), de Breny et de Chavigny (Aisne). 

4. Cette disposition fut également adoptée par la plupart des architectes 
normands du xm" siècle dans les églises entourées d'un déambulatoire. 



349 

Leur archivolte est en cintre brisé et leurs claveaux, ornés d'un 
tore, d'une gorge et d'un cordon d'étoiles, reposent sur des colon- 
nettes engagées dans des retraits. Entre chacune des fenêtres, 
on distingue une colonne surmontée d'un chapiteau qui joue le 
rôle de contrefort. Les corniches de l'abside se composent d'un 
simple entablement soutenu par des modillons à têtes grimaçantes. 
Au point de rencontre de la nef et du sanctuaire, du côté méri- 
dional, s'élève un clocher dont il ne reste plus que le soubasse- 
ment. Il est percé sur chacune de ses faces de deux baies en plein 
cintre encadrées par deux boudins et par quatre colonnettes. 

C'est toute la partie du monument que nous venons de décrire 
qui a été attribuée au xi" siècle par plusieurs archéologues. L'abbé 
Lebeuf a soutenu cette opinion dès le xviif siècle. « L'église de Saint- 
Martin, dit-il, conserve le sanctuaire et le fonds de l'ancien édifice 
du xi« siècle. La tour des grosses cloches est pareillement du genre 
de construction en usage du temps du roi Henri ou de Philippe*. » 
Jules Quicherat s'est associé au sentiment de l'abbé Lebeuf, comme 
en témoigne la phrase suivante empruntée à l'une de ses études 
archéologiques : « Il est impossible de ne pas voir dans le sanc- 
tuaire de notre église de Saint-Martin-des-Champs l'ouvrage 
consacré avec tant de solennité en 1067 2. » Viollet-le-Duc est du 
même avis, car il admet que le chœur de l'église bâtie au xf siècle 
à Saint-Martin-des-Champs existe encore aujourd'hui^. 

L'opinion émise par l'abbé Lebeuf, par Jules Quicherat et par 
A^iollet-le-Duc s'appuie sur une charte qui fait mention de la dédi- 
cace d'une église dans le prieuré de Saint-Martin-des-Champs en 
1067'*. Aucun autre texte ne fait allusion à la reconstruction pos- 
térieure de l'édifice ; néanmoins, il nous paraît impossible de faire 
remonter l'abside de l'église actuelle à une époque aussi reculée. 
Les raisons suivantes feront comprendre pourquoi nous ne croyons 
pas devoir partager sur ce point les idées des trois archéologues 
précédents. 

Si le chœur de Saint-Martin-des-Champs avait été bâti au 
xie siècle, il ne serait pas recouvert de huit branches d'ogives. 
Sans doute, la voûte sur croisée d'ogives n'était pas absolument 

1. Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, t. I, p. 306 et 307. 

2. Revue archéologique, t. VII, 1850, p. 7'j. 

3. Dictionnaire d'arcaitecture, t. V, p. 164. 

4. Cette charte est imprimée dans le Gallia christiam, t. VII, Instrumenta 
ecclesiœ Parisiensis, col. 35. 



350 

inconnue des architectes du xi"" siècle, puisque certains édifices en 
présentent des exemples, mais les constructeurs de cette époque en 
firent un usage très restreint, et ils n'employèrent les voûtes de 
ce genre que pour recouvrir des surfaces peu étendues, comme à 
Morienval (Oise), tandis qu'ils continuaient à se servir de la voûte 
en cul-de-four au-dessus du chœur. En outre, ils donnèrent inva- 
riablement à leurs nervures le profil d'un énorme boudin. Cette 
moulure fut même uniquement appliquée sur les croisées d'ogives 
pendant la première moitié du xif siècle, ainsi qu'on le constate en 
examinant les voûtes qui recouvrent la nef de Cambronne et les 
bas-côtés des églises de Saint-Etienne-de-Beauvais et de Béthisy- 
Saint-Pierre (Oise). A Saint-Martin-des-Champs, au contraire, 
les nervures sont garnies tantôt d'un triple boudin, tantôt d'une 
arête entre deux tores, profils très répandus dans les voûtes du 
XII® siècle et qui ne se montrent jamais antérieurement à cette 
époque. Le second point sur lequel nous ferons porter la discus- 
sion, c'est sur la forme des arcs doubleaux du déambulatoire et 
des grands arcs du chœur. La courbe de tous ces arcs est brisée ; 
or, si l'arc en tiers-point se rencontre dès le xi*" siècle dans un 
grand nombre d'églises du centre et du midi de la France, telles 
que celles de Vaison, de Cavaillon, de Saint-Front de Périgueux, 
de Maguelonne, d'Ainay, à Lyon, de Saint-Amable de Riom et 
de Notre-Dame de Cunault, en Anjou, il n'apparaît pas à la 
même époque dans les édifices religieux du nord de la France. 
Les églises de Morienval, de Montmille, de Rhuis, de Ginqueux, 
de Saint-Remy-l' Abbaye (Oise), d'Oulchy-le-Château, de Res- 
sons-le-Long et de Berny-Rivière (Aisne), qui sont antérieures 
au mf siècle, n'en offrent aucun spécimen ^ En outre, si les arcs 
brisés de Saint-Martin-des-Champs étaient contemporains du 
xi° siècle, ils ne seraient pas ornés de moulures, et leur profil 
serait formé d'un simple méplat accompagné de deux ressauts 
comme celui des premiers arcs en tiers-point appareillés au début 
du xii° siècle à Villers-Saint-Paul, à Cambronne (Oise), à Vaux- 
rezis et à Laffaux (Aisne). Si l'on examine la décoration descha- 

1. Dans son article sur l'ogive publié dans la Revue archéologique en 1850, 
Jules Quicherat a émis l'opinion que les églises de Bury, de Villers-Saint-Paul, 
de Saint-Étienne de Beauvais et de Saint-Germer, où l'on remarque des arcs 
brisés, appartenaient au xi^ siècle, mais cette Ihéorie ne pourrait plus être sou- 
tenue aujourd'hui, puisque l'on s'accorde à faire remonter ces quatre édifices 
au xn" siècle. 



354 

piteaux, on n'y trouvera pas trace de ces figures grossières et de 
ces ornements géométriques gravés en creux qui donnent^ un 
caractère si particulier à la sculpture des chapiteaux du xi« siècle 
qui ornent les églises de Saint-Germain-des-Prés S de Berneuil- 
sur-Aisne, de Morienval (Oise), d'Oulchy-le-Château, de Chivy 
et de Saint-Thibauld-de-lîazoches (Aisne). Le profil des tailloirs 
ne se compose pas d'un chanfrein en biseau surmonté d'un méplat, 
suivant la disposition invariablement adoptée au xi*^ siècle. Enfin 
les moulures des bases sont beaucoup plus délicates que celles dont 
l'usage était général à la même époque et les cordons placés autour 
des baies du sanctuaire ne sont pas garnis de billettes, bien que 
ce genre d'ornement soit répandu à profusion sur les claveaux 
des fenêtres du xf siècle dans le nord de la France. 

Si le chœur de Saint-Martin-des-Champs ne porte pas l'em- 
preinte d'un stjle aussi primitif que celui du xf siècle, il faut 
nécessairement en reporter la date à une période moins éloignée, 
comme nous allons essayer de le démontrer. La construction qui 
présente la plus grande analogie avec l'abside de Saint-Martin- 
des-Champs, c'est le chevet de l'église de Saint-Germer, dont les 
piliers sont bâtis sur le même modèle. On remarque dans les deux 
édifices un système de voûtes identiques pour recouvrir le chœur 
et l'emploi de l'arc en tiers-point dans tous les doubleaux. En 
outre, les moulures appliquées sur les grandes arcades, les archi- 
voltes des fenêtres hautes, les contreforts en forme de colonnes 
qui épaulent la partie supérieure des murs offrent des dispositions 
tout à fait semblables. Il est donc fort légitime d'admettre que ces 
deux absides ont dû être élevées vers la même époque, puisqu'elles 
sont conçues dans le même style. On se trouve donc amené ainsi 
à fixer la construction du chœur de Saint-Martin-des-Champs à 
l'année 1130 environ. D'autres observations viennent encore à 
l'appui de notre opinion. Les nervures des croisées d'ogives sont 
décorées d'une arête entre deux tores, et ce profil se rencontre 
dans les voûtes des églises de Bury, de Noël-Saint-Martin, de 
Clielles (Oise), de Poissy et d'Hardricourt (Seine-et-Oise), qui 
appartiennent à la première moitié du xn" siècle. 

Pour démontrer que les fenêtres basses remontent, comme les 

1. On sait que les a-iciens chapiteaux de Saint-Gerinain-des-Prés sont dépo- 
sés dans la salle des Thermes, au musée de Cliiny, et que tous les chapiteaux 
actuels de la nef de l'église ont été refaits à l'époque moderne. 



352 



voûtes, au second quart du xiP siècle, il suffit de faire observer 
que leur archivolte est entourée d'une gorge, d'un tore et d'un 
cordon de fruits de plantes aroïdes. Or, toutes les baies des églises 
de l'Ile-de-France antérieures à cette époque n'étaient jamais 
ornées de moulures analogues, et les sculpteurs ne cherchèrent 
pas à reproduire les fruits de l'arum avant le xif siècle, comme 
le prouve l'examen des nombreux chapiteaux dont ils forment la 
décoration ^ Quant aux baies supérieures du sanctuaire, elles 
sont accompagnées d'un cordon d'étoiles comme celles du chœur 
de Saint-Gerraer, et l'on sait que ce genre d'ornements fut exclu- 
sivement employé pendant le xif siècle. Les chapiteaux portent 
également l'empreinte des caractères particuliers au style de 
la première moitié du xii^ siècle. En effet, à l'époque où ils furent 
taillés, les sculpteurs ne faisaient pas encore un usage continuel 
de la feuille d'acanthe pour couronner les fûts des colonnes , 
mais ils avaient déjà renoncé à se servir de ces larges feuilles 
d'eau qui garnissent les chapiteaux de la plupart des églises 
bâties dans le nord de la France au commencement du xif siècle, 
telles que celles de Cambronne, de Saint-Étienne-de-Beauvais, 
de Catenoy, de Caufry et de Fitz-James (Oise). Tous les chapi- 
teaux du chœur de Saint-Martin-des-Champs sont couverts de 
tiges entrelacées qui se terminent par des fleurs d'iris épanouies. 
Cette ornementation, beaucoup plus élégante que celle du xi*^ siècle, 
se retrouve sur les cliapiteaux des églises de Bury, de Foulangues 
et de Villers-Saint-Paul (Oise), qui appartiennent à une époque 
quelque peu antérieure au milieu du xii'' siècle. L'examen des 
tailloirs peut également permettre de prouver que le xif siècle 
n'était pas encore bien avancé quand le sanctuaire de l'église de 
Saint-Martin-des-Champs fut reconstruit. En effet, ils se com- 
posent d'une baguette encadrée par un filet et par une doucine. 
Ce type de profil servit de transition entre la lourde abaque du 
xr siècle, dont l'arête était simplement abattue, et le tailloir élé- 
gant garni d'un méplat, d'une gorge et d'un tore qui fut adopté 
par les sculpteurs à partir de l'année 1140 environ. On rencontre 
des tailloirs analogues à ceux de Saint-Martin-des-Champs dans 
les églises de Bonneuil-en-Valois, de Cambronne, de Catenoy, de 

1. Iconographie des plantes aroïdes figurées au moyen âge en Picardie, ^^av 
le D' Eugène Woiliez, article inséré clans les Mémoires de la Société des anti- 
quaires de Picardie, t. VIII, p. 245. 



353 

Crouy-en-Tlielle, de Cauvigny, de Canly, de Bury (Oise) et de 
Poissy (Seiue-et-Oise), qui doivent être attribuées à la première 
moitié du xii^ siècle. Ainsi la méthode de comparaison que nous 
avons appliquée aux voûtes, aux grands arcs, aux fenêtres, aux 
chapiteaux et aux tailloirs fournit des indications dont il faut 
savoir tenir compte. 

Il est intéressant d'établir, d'autre part, que le chœur de Saint- 
Martin-des-Champs n'a pu être élevé après 1150, en montrant la 
différence qui existe entre cotte partie de l'édifice et les monuments 
religieux de la seconde moitié du xif siècle. Si l'on essaye de rap- 
procher ces dispositions de celles du sanctuaire de Saint-Germain- 
des-Prés, consacré en 1103*, on reconnaîtra facilement que cette 
construction porte l'empreinte d'un style beaucoup plus avancé que 
la précédente. En effet, on observe à Saint-Martin-des-Champs 
l'emploi simultané de la voûte à nervures et de la voûte d'arête, 
tandis qu'à Saint-Germain-des-Prés, la voûte sur croisée d'ogives 
est adoptée d'une manière exclusive. Le sanctuaire de cette der- 
nière église est entouré d'une série d'arcs-boutants ; celui de 
Saint-Martin-des-Champs fin est dépourvu. Enfin, dans le chœur 
de Saint-Germain-des-Prés, la forme des fenêtres, dont l'archi- 
volte est en tiers-point, la sculpture des chapiteaux, les profils des 
bases et des tailloirs dénotent un art bien plus perfectionné que 
celui dont le sanctuaire de Saint-Martin-des-Champs porte l'em- 
preinte. On arriverait à des conclusions analogues en comparant 
l'édifice qui fait l'objet de cette étude avec l'abside de la cathé- 
drale de Senlis, commencée vers 1156. 

Avant de résumer la théorie que nous venons de soutenir, nous 
tenons à prévenir les objections qui peuvent nous être faites. 
En effet, on pourrait être tenté de croire que l'abside de Saint- 
Martin-des-Champs, simplement remaniée vers 1130, ren- 
ferme encore quelques débris de l'église consacrée en 1067. Les 
archéologues qui croiraient devoir adopter une semblable opi- 
nion ne manqueraient pas de prétendre que les voûtes d'arête 
du déambulatoire sont d'un siècle antérieures aux voûtes sur 
croisée d'ogives de la chapelle centrale, et que les piliers, les 
fenêtres basses et les grands arcs du rond-point appartiennent à 
l'église du xi« siècle. En outre, ils seraient portés à faire obser- 

1. Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, par l'abbé Lebeuf, 1. 1, 
p. 424. 



354 

ver que, comme le chœur de Saint-Martin-des-Champs présente à 
l'intérieur le système de construction d'une église gothique et au 
dehors l'aspect d'une église romane , cette dijQférence de style 
implique nécessairement l'idée d'un remaniement. 

A la première de ces objections, nous répondrons que l'exis- 
tence de voûtes d'arête et de voûtes sur croisée d'ogives dans le 
même édifice religieux n'implique pas que les unes soient plus 
anciennes que les autres. En effet, l'église de Poissy, bâtie vers 
l'année 11.30, suivant l'opinion admise par un grand nombre 
d'archéologues, offre précisément l'emploi simultané de la voûte 
d'arête dans le déambulatoire et de la voûte d'ogives au-dessus 
du chœur ^ Il ne serait pas exact de prétendre que cet exemple est 
une exception et que les architectes du Nord de la France n'ap- 
pareillaient plus aucune voûte d'arête au xif siècle, car les églises 
de Saint-Germer, d'Allonne, de Tracy-le-Val et de Catenoy 
(Oise), construites pendant la première moitié de cette période, 
en renferment des spécimens bien conservés. Les fenêtres basses, 
les grands arcs et les piHers, qui présentent une très grande ana- 
logie avec les baies, les arcades et les piles du chœur de Saint- 
Germer, ne peuvent pas non plus être regardés comme des frag- 
ments de réghse dédiée en 1067, pour les raisons déjà exposées 
plus haut. La dernière objection ne doit pas nous arrêter long- 
temps. En effet, l'aspect si différent que présente le sanctuaire de 
Saint-Martin-des-Champs à l'intérieur et à l'extérieur s'explique 
facilement, quand on sait que l'arc brisé apparut dans les dou- 
bleaux et dans les grandes arcades des églises de l'Ile-de-France 
près d'un demi-siècle avant d'être appliqué à l'archivolte des 
fenêtres, comme on peut le remarquer à Bury, à Cuise, à la Vil- 
letertre (Oise), à Chars (Seine-et-Oise), à Laffaux, à Courmelles, 
à Glennes et à Berzy-le-Sec (Aisne). Quant au clocher latéral 
dont le premier étage est encore intact, on ne saurait prétendre 
que c'est la tour de l'église primitive. Les claveaux de ses baies 
sont ornés de deux tores accouplés, tandis que ceux des clochers 
du xf siècle n'étaient jamais garnis de moulures dans la région 
du Nord de la France ^ Ce genre de décoration ne fut pas adopté 
par les constructeurs avant le second quart du xif siècle. 

1. On remarque la même particularité dans le sanctuaire de l'église de Saint- 
Lauraer, à Blois, qui fut bâti vers le milieu du xii'^ siècle. 

2. On peut reconnaître la vérité de cette assertion en examinant les clochers 



355 

Si nous nous refusons k faire remonter aucune partie du chœur 
de Saint-Martin-des-Champs au xi'' siècle, nous ne croyons pas 
cependant que la reconstruction du sanctuaire au xif siècle ait 
été faite d'un seul jet. A notre avis, les travaux ont dû être inter- 
rompus quelque temps au niveau de l'appui des fenêtres supé- 
rieures, et, quand ils furent repris, l'architecte apporta quelques 
modifications au projet primitif. Il n'est pas difficile de constater, 
par exemple, que Ton n'avait pas eu tout d'abord l'intention 
d'établir des arcs formerets dans la voûte du chœur, car les 
colonnettes qui les soutiennent sont formées d'assises indépen- 
dantes du reste de la construction, et quelques-unes d'entre elles 
reposent gauchement sur les tailloirs des chapiteaux qui cou- 
ronnent les piles isolées du déambulatoire. En outre, l'archivolte 
des fenêtres hautes est légèrement brisée, tandis que celle des 
baies inférieures décrit une courbe en plein cintre. Enfin les com- 
partiments de remplissage de la grande voûte sont pourvus d'une 
arête centrale ; ceux des croisées d'ogives de la grande chapelle 
affectent au contraire une forme très irrégulière. Comme tous ces 
détails indiquent une différence de style assez marquée entre les 
parties basses et les parties hautes du monument, il est probable 
que l'arrêt des travaux dut se prolonger pendant plusieurs années. 
Cette absence d'unité avait frappé Viollet-le-Duc, qui considérait 
la grande voûte du chœur de Saint-Martin-des-Champs comme 
une œuvre de la fin du xii^ siècle*, mais nous pensons qu'il a 
beaucoup trop reculé la date de sa construction. En examinant 
le profil de ses nervures et de ses formerets, nous sommes porté 
à croire qu'elle n'est pas postérieure au milieu du xif siècle. 

L'opinion que nous avons cherché à faire prévaloir dans cette 
étude est d'accord avec celle de M. deGuilhermy, qui n'avait pas 
cru pouvoir partager le sentiment de l'abbé Lebeuf sur la date de 
l'église ^ Elle s'appuie sur les caractères archéologiques de l'édi- 
fice et ne se trouve pas en contradiction avec le texte auquel nous 
avons fait allusion plus haut. En eâ"et, nous admettons parfaite- 
ment qu'une église fut consacrée en 1067 à Saint-Martin-des- 
Champs, mais nous sommes persuadé que son abside fut rebâtie 

des églises de Rhuis, de Saint-Gervais-de-Pontpoint, de Morienval (Oise), de 
Retheuil et d'Oulchy-le-ChAteau (Aisne), (pii appartiennent au xr siècle. 

1. Dictionnaire d'architecture, t. V, p. 164, note 1. • 

2. Description archéologique des monuments de Paris, p. 241. 



356 

dans le second quart du xii^ siècle. Cet édifice subit une trans- 
formation analogue à celle de l'église de Saint-Germain-des-Prés, 
dont le chœur primitif fut démoli au milieu du xif siècle. Au 
moment où le sanctuaire de Saint-Martin-des-Champs fut agrandi, 
la nef du xi" siècle existait encore; elle ne disparut qu'au milieu 
du xuf siècle pour faire place au large vaisseau que nous voyons 
encore aujourd'hui. Comme aucun texte ne mentionne cette der- 
nière reconstruction, qui est cependant un fait indéniable, il n'est 
pas surprenant que l'histoire ne nous ait transmis aucun rensei- 
gnement sur l'époque où le chœur fat rebâti. C'est ce que Jules 
Quicherat a fait très justement observer, en disant que nous pos- 
sédons souvent les détails les plus circonstanciés sur la fondation 
de certains édifices à une époque, tandis qu'on ignore la date des 
reconstructions qui leur ont donné beaucoup plus d'importance ^ 
Le chœur de Saint-Martin-des-Champs est donc, à notre avis, 
contemporain de l'abside des églises de Poissj et de Saint-Ger- 
mer. Les caractères particuliers de son architecture ne per- 
mettent pas d'en reculer la date jusqu'au xf siècle, et c'est 
entre les années 1130 et 1150 qu'il dut être élevé, comme nous 
croyons l'avoir prouvé en le comparant avec d'autres édifices 
religieux de l'Ile-de-France bâtis pendant la même période 2. 

Eugène Lefèvre-Pontalis. 



1. L'Age de la cathédrale de Laon : Bibliothèque de l'École des chartes, 
t. XXXV (1874), p. 254. 

2. On trouvera le plan, la coupe et l'élévation du chœur de Saint-Martin- 
des-Champs à la fln du t. I de la Statistique monumentale de Paris, dressée 
sous la direction de Lenoir. 



VOYAGE 



DES 



DÉPUTÉS DE BOURGOGNE A BLOIS 

(1483) 



ÉLECTION DES DÉPUTÉS DE LA BOURGOGNE 
AUX ÉTATS GÉNÉRAUX DE 1484. 



LA BOURGOGNE AUX ÉTATS GÉNÉRAUX DE U84. 

^-=.f=.^= 

La Bibliothèque nationale possède, sous le n° i6248 du Fonds 
français (Saint-Germain, Harlai, n° 3), un volume in-folio, intitulé : 
Estais. Ce manuscrit, de 459 feuillets, renferme les textes suivants : 

^° Estais généraux tenus à Paris du règne du roy Jean, ^335, 
fol. 1 à 42. 

2° Le procez-verbal des Estats généraux assemblez à Tours, l'an 
^483, compilé par M^ Jean Masselin, fol. 42 à 4^^. 

3° Le procès-verbal de l'abbé de Giteaux de deux voyages par 
lui faits comme député de la province de Bourgogne, l'un vers le 
roi Charles VIII, lors de son avènement à la couronne, l'autre aux 
États de Tours, fol. 4^3 et suivants. 

Au milieu de ce dernier procès-verbal est intercalée, au folio 440, 
la pièce suivante écrite dune autre main : « C'est l'ordre d'assister 
gardé es trois estats généraux de France. » 

Bernier a publié en grande partie cette dernière pièce [Journal de 
Masselin, p. 737). Il s'est contenté de mentionner en note le procès- 
verbal de l'abbé de Gieaux : il aurait pu le joindre à celui de Masse- 
lin. Pour combler cette lacune, nous nous proposons de publier ici 



358 

la narration des voyages de l'ambassade bourguignonne à Blois et à 
Tours- 

Au commencement du mois de septembre ^483, Jean d'Amboise 
et le maréchal de Bourgogne, lieutenants du roi dans la province, 
avaient convoqué les notables à Beaune pour les instruire de la mort 
de Louis XI et les inviter à envoyer une députation au nouveau roi. 
Sur la réponse de Jean de Cirey, abbé de Giteaux, que les notables 
n'avaient pas pouvoir de députer au nom de la province, les états de 
Bourgogne furent appelés à se réunir à Beaune le 25 du même mois. 
Ce fut là que l'on arrêta d'envoyer auprès de Charles VIII une ambas- 
sade conduite par Jean de Cirey, l'orateur de la province, ayant avec 
lui l'abbé de Saint-Benigne de Dijon ^ Philippe Pot, seigneur de la 
Roche, le sire d'Épery, M^ Jean Rolin, abbé commendataire de Saint- 
Martin d'Autun, Pierre Bouffeau de Dijon et plusieurs autres. Les 
députés emportaient les instructions suivantes : féliciter le roi de 
son avènement à la couronne ; obtenir la confirmation des privilèges 
du pays et la suppression de certaines charges nouvellement impo- 
sées, soit pour la construction des châteaux de Dijon, de Beaune et 
de Ghalon, soit pour payer les gages du Parlement de Bourgogne. 

Partie le 8 octobre, l'ambassade se rendit d'abord à Paris, puis à 
Blois, résidence de la cour, où elle arriva vers le 25. Le lendemain 
eut lieu la séance royale dont on trouvera le récit dans le procès- 
verbal de l'abbé. Nous n'avons pas cru devoir donner le texte du dis- 
cours de Jean de Cirey : c'est une amplification fastidieuse, bourrée 
de citations tirées des écrivains sacrés et profanes, dont les personnes 
familières avec la littérature du xv« siècle se feront parfaitement 
l'idée. Si nous en croyons le procès-verbal, le roi et les assistants 
furent enchantés de l'éloquence du Bourguignon. On eut la patience 
de l'écouter jusqu'au bout, grand témoignage d'admiration, paraît-il, 
car d'ordinaire, en pareil cas, après les premiers mots de l'exorde, 
les auditeurs avaient coutume de causer entre eux ou de se prome- 
ner, voire même d'inviter bruyamment l'orateur à se montrer bref. 
Si, au dire de Jean de Cirey, la députation n'obtint pas tout ce qu'elle 
eût souhaité; du moins le roi, par ordonnances datées du 5 novembre, 
confirma les privilèges de la province et abolit les taxes de six et 
quatre blancs par feu que ses officiers levaient en Bourgogne au pré- 
judice des franchises^. 

1. L'abbé de Saint-Bénigne ne figure pas sur la liste que donne le procès- 
verbal, mais il est nommé dans la harangue de son collègue au roi. 

2. Par une autre ordonnance en date du 4 novembre, Charles VIII restitue à 



359 

De retour à Beaune, l'abbé rendit compte de l'ambassade aux trois 
états de la province convoqués à cet effet pour le 8 décembre. Son 
discours ne dura pas moins de trois heures. On passa ensuite à la 
question du jour, réleclion des députés aux états généraux. Ici une 
double question se posait : devait-on envoyer ou non aux états? Si 
oui, l'élection se ferait-elle par bailliages, ainsi que le prescrivaient 
les lettres royales, ou bien par les suffrages réunis des trois ordres ? 
Après quatre jours passés en discussion, ce dernier avis, qui était 
celui de l'abbé de Citeaux, l'emporta : preuve, dit M. G. Picot, que 
le besoin d'assurer aux députés une plus grande autorité avait con- 
duit les provinces pourvues d'états à ne pas renvoyer aux bailliages 
le soin de choisir leurs mandataires, comme l'aurait souhaité le pou- 
voir royaP. Cette fois encore, Jean de Gircy fut chargé de prendre 
la parole au nom de la province, bien que l'évêque de Ghalon figurât 
au nombre des élus. 

Le mandat imposé aux députés de la Bourgogne peut se résumer 
ainsi : -1° demander que les frais du parlement de Dijon retombent à 
la charge du roi et non plus à celle de la province ; tout au moins 
qu'ils soient acquittés sur le produit des amendes et d'une gabelle 
levée par les commis des états durant la session parlementaire; 
2° faire cesser les pillages des gens de guerre-, 3° réformer la justice 
et mettre bon ordre à la monnaie. 

Les textes que nous publions ici d'après le manuscrit ^6248 sont : 
^° la narration du voyage des députés de Bourgogne à Blois en 
octobre -1483; 2° \e procès- verbal de l'élection des députés aux états 
généraux, élection qui eut lieu à Beaune le -12 décembre; 3** le texte 
du mandat qui leur fut donné par l'assemblée de Beaune. Le manus- 
crit 16248 est une copie des premières années du xyii*^ siècle : l'écri- 
ture en est assez fautive et souvent peu lisible. 

Philippe Pol la seigneurie de Rouvres que Louis XI avait donnée à Jacques 
Coictier (Arch. de la Cùte-dOr, B 1302). Quelques jours après, le 13 novembre, 
il écrit aux trois états de Bourgogne pour les prier de mettre l'abbé de Citeaux 
et le sire de la Roche au nomijrc des députés qui seront envoyés à Orléans. 
La lettre est donnée par Bernier, p. 740. 
1. Mémoires de l'Académie des sciences morales, 187-i, t. II, p. 214. 



360 



Procès-verbal de Vabbé de Cîteaux de deux voyages par 
lui faits, comme député de la province de Bourgogne, 
Vun vers le roi Charles VIII, lors de son avènement à 
la couronne, Vautre aux états de Tours. 

Legationes fratris Johannis abbatis Cistercii ad dominum Caro- 
lum regem Francie octavum pro rébus ducatus Burgundie, ad 
instantissimam supplicationem omnium statuum patrie, anno 
Domini M° CCCC° LXXX° tercio, in capite mensis septem- 
bris. Dominus Johannes de Ambrosia et patria Lingonensis, et 
dominus marescallus Burgundie, quasi locumtenentes régis in 
Burgundia, certifficati de morte domini Ludovici XI, régis Fran- 
cie, manda verunt apud Belnam nonnullos de notabilioribus patrie, 
quibus exposuerunt obitum ejusdem régis, hortantes ut filio suo 
vellent esse fidèles sicut fuerant patri, et persuadentes ut pro 
bono patrie mitterent diligenter suos oratores ad novum regem. 
Qui in unum congregati, per organum ejusdem domini Cistercii, 
responderunt eos non esse sufficienter congregatos ad mittendum 
quoscumque nomine totius patrie ad regem ; et idcirco dicti locum- 
tenentes mandaverunt status ad xxv^™ ejusdem mensis, quibus 
ibidem eadem die congregatis, post multas rationum altercationes 
concluserunt mittere ad regem notabilem ambasiatara, magnis 
precibus compellentes eumdem dominum Cistercii ut onus princi- 
pale bujus legationis assumere vellet, sibi adjungendo dominum 
Philippum Pott, dominum de Rupe, dominum de Pery, magistrum 
Johannera Rolini , commandatarium Sancti Martini Eduensis , 
magistrum Petrum Bouffeau de Divione, advocatum regium et 
nonnullos alios de bonis villis, dando ipsis memorialia : 1° ad 
faciendum debitum honorera régi et congratulandum sue exalta- 
tioni ; 2° ad laborandum super conflrmatione privilegiorum 
patrie ; 3° ad extinguendum seu totaliter demittendum onus seu 
exactionem per officiarios regios noviter impositum super pro- 
vinciam de sex albis super quolibet foco bone ville et opidorum 
(ubi et forum erat), et quatuor alborum super quolibet foco villa- 
giorum ; quam quidem (exactionem) seu servitutem homines regii 
dicebant factam ad constructionem castrorum que rex manda ve- 
rat fieri Divione, Belne et Cabilone, pro securitate patrie ; que 
quidem exactio, sicut multi (asserebant), pro minori ascendebat 
per annumad summam quadraginta quinque millium francorum, 



364 

licet plures affirmarent eam ascendere ad multo majorem sum- 
mam et ad tantam quantam volebat dominus generalis qui pro 
sua voluntate quolibet anno eam taxabat et imponebat ac levare 
faciebat, eratque communis rumor quod décima prima hujus 
summe non applicabatur constructioni dictorum castrorum, sed 
solucioni pensionum régis, super qua exactione erat mirabilis 
murmur et confusio in tota patria. Item homines régis imposue- 
rant quatuor solidos super quolibet onere salis pro solutione par- 
lamenti, ut dicebant, que ascendebat ad summam quinque vel sex 
millium francorum quolibet anno, ut dicebatur. Item ad relevan- 
dum 4ampna mercatorum salis que, ut dicebant, erant excessiva 
propter raalas vias ex nimiis pluviis, imposuerant super quolibet 
onere salis quatuor albos ; de quibus rex solvebat duo et provin- 
cia alios duos. Item commiserunt eis laborare quod Rex exdena- 
riis propriis solveret parlamentum sicut prius eis proraiserat illud 
instituendum. Item multa alia similia eis injunxerunt. 

Qui quidem oratores patrie octava mensis octobris de provincia 
exiverunt et dilligenter se Parisius xv^ ejusdem mensis reddide- 
runt, ubi apud domum Cistercii in coîlegio suo sancti Bernardi 
se congregaverunt, simul concludentes de modo agendi et proce- 
dendi, tuncque rogaverunt eumdem dominum Cistercii ut coram 
rege pro patria vellet proponere. 

Inde précédentes circa xxv^n^ ejusdem mensis, cum magna dif- 
ficultate bospicii propter multitudinem dominorum concurrentium, 
se apud Blaisi receperunt sabbato de nocte. 

In crastino autem, hora septima, nunciatum est eis quod rex 
volebat eos audire hora nona, et sic cum festinatione ascenderunt 
ad castrum ubi honoriâce fuerunt recepti tanquam oratores 
patrie, maxime medio quorundam amicorum. Inter octavam et 
nonam advenit dominus rex cum comitatu regio qui eos hilariter 
recepit in aula sui concilii. Inde, pergens admissam, reversusest 
et sedit in sede regia eos auditurus, stipatus et circumdatus uni- 
versis principibus sui sanguinis, excepto domino Borbonii qui 
propter podagram erat in caméra inferiori. Astabant innumera- 
biles episcopi, comités, milites, baroues, nobiles, conciliarii et alii 
in tanto numéro ut non solum aula plena esset, sed etiam omnes 
nimia pressura quasi gravarentur. Omnibus igitur ita existenti- 
bus et jubente rege in suis ordinibus residentibus, ad insinuatio- 
nem nobilis et magniâci viri domini Guillelmi de Rocheforte, 
utriusque juris doctoris solenpnissimi, cancellarii Francie, dictas 

24 



362 

dominus de Rupe, seu de Rocha, prout inter eos fuerat conclu- 
sum, praesentavit régi literas patrie credentiales. Quibus lectis, 
mandavit Rex ut dicerent quid velient. Tune dominus Cistercii 
stans coram rege, in suppremo loco aliorum oratorum patrie ita 
orsus est in effectu. {Suit le discours de l'abbé de Cîteauœ, 
fol. 414 v°.) 

Quam quidem orationem Rex cum universo cetu placentissime, 
hillariter et multum attente audiverunt, licet duraverit ultra spa- 
cium unius hore, et hora erat tarda pro prandio régis, qui postea 
interrogatus a multis si fuisset attediatus, respondit quod non, 
quamvis satis fameret, niliilominus nunquam audiverat tantura 
sibi gratam, et libenter diutius audivisset, eratque sibi novum 
audire monachum proponentem, quia necdum aliquis monachus 
coram eo proposuerat, dixitque se habiturum perpétue memo- 
riam istius monachi; sic enim pre quadam admiratione universi 
qui erant in curia eum vocabant, et non abbatem Cistercii, 
nisi raro. 

In hac audiencia Rex multum honora vit Burgundiam multipli- 
citer : 1° in hoc quod absque mora sedit ; 2° quod sedens audivit : 
quotquot enim audiverat, illos stans et non sedens audiverat; 
3° in hoc quod constantissime extensis vultibus ad proponentem 
quasi immobiles audiverunt, nisi in certis punctis ubi pre admira- 
tione applaudere videbantur. Solebant autem ad illos qui ante pre 
regibus, principibus, patriis et civitatibus proposuerant, statim 
post exordium vel ad invicem conferre, vel per aulam bini aut 
terni ambulare, vel recedere, vel pre abbreviatione proponentem 
intestare. Sed hic omnino aliter actum est, ita ut per multos dies 
hujus orationis laudes ubique proponerent, ex quo factum est ut 
Burgundie nomen quod apud multos viluerat propter guerras 
gloriosum redderetur. 

Posthac deputati sunt nonnuUi ex principibus et concihariis 
qui nos super premissis articulis communibus prius audiverunt et 
nonnullos qui magna bénéficia a Burgundis receperant et in actu 
recipiebant, qui nihilominus hbertatibus nostris pertinaciter con- 
tradicebant, impedientes quantum poterant ne introducte servi- 
tutes predicte revocarentur, contra quos sepius ad principes recur- 
rimus, et tandem post multos labores privillegia que sequuntur 
obtinuimus. 

Super alliis articulis non potuimus habere plenariam expeditio- 
nem, tum propter moltitudinem innumerabilem ex omni parte regni 



363 

recurrentem ad novitatem régis, tum propter hoc quod, ut nobis 
dictum est, dominus rex, consilio principum sui sanguinis et 
aliorum, mandabat et congregabat de proximo générales status 
regni sui ubi dicte materie seu articuli melius et congruencius 
expediri possent ; obtinuimus tamen mandatum ad congregandum 
statum patrie pro relatione nostra facienda et aliud pro stipendiis 
nostris recuperandis, si necesse foret. 

Antequam vero exiremus de lUois fuit prefinitum tempus in 
quo omnes se in provincia reciperent ad vitandum expensas 
superfluas aliquorum qui non multum festinabant in regressu. 

Igitur octava die decembris, ad mandatum omnium nostrorum, 
status fuerunt velut congregati quibus nos, dictus abbas Gister- 
cii, fecimus amplam relationem omnium que facta et inventa fue- 
rant in hac legatione, quam prefati omnes et singuli gratissimam 
habere visi sunt , multipliées gratiarum actiones multiplicare 
nobis ofFerentes et laborem nostrum eximie commendantes. 

Iterum quoniam eodem tempore litere régis super congregatione 
statuum ad mittendum oratores ad congregationem universorum 
statuum Francie in eodem tempore et in eisdem statibus, rursum 
fuimus coacti accipere onus legationis hujus, prout inferius ple- 
nius dicetur. 

Postmodum eodem tractu, per suplicationem totius provincia 
portavimus dicta privilégia Divione ad dominos parlamenti et 
camere compotorum ut ea reciperent et interinarent, sicutetreve- 
renter multum fecerunt et ad instantiara nostram promulgaverunt 
et divulgaverunt, universis tam minoribus quam majoribus nobis 
aplaudentibus. Deogratias^ 



Procès-verbal de l'électi07i des députés de la Bourgogne 
aux états généraux de 1484; instructions qui leur sont 
données (fol. 434 sq.). 

Octava mensis decembris immédiate sequentis, per eosdera 
oratores rursum fuerunt mandati très status ducatus lUirgundie 
apud Belnam virtute litterarum regiarum ad faciendum relatio- 
nem sue dicte legationis, ubi in aula publica omnibus congregatis 

1. Le procès-verbal de l'entérinement des lettres royaux est du 23 décembre. 
Voir le texte des lettres dans le Recueil des Ord., t. XIX, p. 168. 



364 

prefatus abbas Cistercii fere per spacium trium horarumetamplius 
recitavit more solito ea que facta fuerunt. Et quia prefatus Rex, 
consilio principum sui generis et aliorum consiliariorum, miserat 
litteras clausas et patentes per universum regnum suum ad con- 
gregandum omnes status regni apud se Aurelianis, volens eorura 
consilio agenda regni tractare, super que misse fuerant litere ad 
singulos ballivos ducatus, ut congregantes status sui ballivatus 
miterentur très scabini de quolibet statu. Et quia dicti oratores 
in curia régis satis intellexerant intentiouem multorum de regno 
(cupientium) omnibus modis reducere Burgundiam ad servitutem 
talliarum, sicut residuum regni, ad resistendum et ad conser- 
vandum patriam in antiquis libertatibus, dictus abbas Cistercii 
eadem oratione introducens materiam istam ad longura disputan- 
dam (in) très partes, prudenter ad eas comonefaciens Burgundoset 
eos inducens ut non solum antiqua previllegia patrie, sed pocius 
naturalem et inviolatam libertatem servare contenderent, quam 
eorum predecessores laudabiliter conservarunt usque in presens ; 
posuitque in médium ad deliberandum si vellent mittere ad dictos 
status, vel non, et si sic, ut vidèrent quid magis congrueret 
patrie sue, mittere sparsim per baillivatus, prout litere régis sonare 
videbantur, vel mittere ex parte tocius ducatus , quum virtus 
unita forcior seipsa dispersa videbatur ad resistendum, etc. Mul- 
taque allia tune agenda proposuit in médium que vix quatuor die- 
rum spacio propter diificultates et opinionum varietates terminari 
potuerunt. Tandem omnes in hanc venerunt sententiam quod de 
quolibet statu, non per baillivatus sed per congregationem sta- 
tuum, de quolibet statu mitterentur très; et quia dominus episco- 
pus Gabilonensis mitti non solum cupiebat sed etiam laborabat, 
inter missos fuit nominatus occasionaliter tantum ; nam genera- 
liter omnium non solum ecclesiasticorum sed etiam aliorum quo- 
rumlibet, dictus abbas Cistercii primus et primo loco fuit nomina- 
tus ; deinde ab ecclesiasticis prefatus magister Johannes Rolun, 
abbas commendatarius Sancti Martini Eduensis, et ubi ipse vacare 
non posset, dominus Cabilonensis ab ecclesiasticis fuit nomina- 
tus. Dictus autem abbas Cistercii nullis precibus electioni de se 
facte consentire volebat, et in hac opinione perseveravit usque 
ad finem dictorum statuum, ubi omnes universaliter instantissime, 
allii precibus, allii minis et indignatione ipsum compulerunt 
acceptare onus hujus legationis ubi haberet omnia proponere et 
conducere, non obstanti primo loco predictum dominum Cabilo- 



3G5 

nensem propter reverentiam dignitatis occupando. Et sic dictus 
abbas Cistercii, amicorum condescendens consiliis, tantum onus 
acceptavit, ubi postmodum, variis factionibus intervenientibus, 
pro ecclesia {illisible) fuit nominatus magister Joliannes Cha- 
ruet, prepositus ecclesie Sancte Marie Eduensis, consiliarius par- 
lamenti; pro nobUibus, dominusde Rupe, sive de Rocha, dominus 
de Pery, dominus Simon de Longet, miles; pro bonis vilis, 
magister Guido INIargueron, Reginaldus Cambret et alii très vel 
quatuor quibus fuerunt data memorialia quorum ténor sequitur : 

C'est ce qui semble à nosseigneurs des trois estats du duché de 
Bourgogne que l'on peult ou doibt alléguer et mettre par escript 
es instructions et mémoires de messieurs les ambassadeurs esleus 
par les trois estats du duché de Bourgogne pour aller devers le 
Roy, touchant les deux poincts que monsieur de Citeaulx a pro- 
posé au retour de son ambassade devant lesdits des trois estats 
assemblés en la ville de Beaulne l'an mil CCGG'''' et trois, c'est 
assavoir tant de faict du parlement souverain, comme de ceulx 
que l'on vouldroit envoyer au premier jour de janvier en la ville 
d'Orléans, où les trois estats de ce royaulme sont mandés. 

Et premièrement, en tant que touche ledit parlement, doibt 
estre requis par lesdits ambassadeurs que, en assurant l'octroi et 
accord faict par le Roy derrenier trespassé, confirmé par le Roy 
qui est aujourd'hui et octroyé de nouvel, que nulles charges ne 
seroient mises sur le pays de Bourgogne, mais seroit ledit pays 
entretenu en tel estât, prééminence et prérogative qu'il estoit au 
temps de monsieur le bon duc Philippe ; que le bon plaisir du Roy 
soit descharger ledit pays de ce qui a esté mis dessus pour le faict 
et entretenement dudit parlement souverain, considéré aussi que 
tous princes ont accoustumé de fere et administrer justice à leurs 
subjects et stipendier leurs officiers, et sur ce insister le plus 
avant que bonnement fere se pourra. 

Et se ainsy estoit que par le Roy et nosseigneurs de son sang 
et de son conseil fut dict et déclaré ausdits ambassadeurs que le 
Roy n'entend point que ce soit à sa cliarge, mais à celle dudit 
pays de Bourgogne, en ce cas et que le reffusen seroit totallement 
faict, les dessusdits requerront et suplieront que le bon plaisir du 
Roy soit d'estre coc tant que ledit parlement se paye le plus avant 
que fere se pourra sur les exploicts et amandes de la justice venant 
dudit parlement, et si lesdits exploicts ne peuvent fournir, qu'il 



366 

plaise au Roy de octroyer par ses lettres patentes ausdits du pays 
que le surplus qui restera du payement de ceulx dudit parlement 
se prenne sur le sel par la forme et manière qu'il s'est prins des- 
puis que ledit parlement est en office, pourveu qu'il n'y sera levé 
sinon au temps et en tant que ledit parlement durera, et sy avant 
que ledit reste montera, et que ledit reste, outre lesdits exploicts, 
soit levé, par le bon plaisir du Roy, par les commis et depputez 
des trois estatz dudit pays, et de ce avoir lettres patentes du Roy. 

Item, sy le bon plaisir du Roy est, il semble à ceulx dudit pays 
qu'il souffiroit assez de le tenir quatre ans en sa duché, et encores 
s'il n'y avoit assez de causes pour empescher ceulx dudit parle- 
ment, qu'il surcit une autre année, auquel temps de ladite sur- 
céance lesdits du parlement ne prendront aulcuns gaiges, et 
semble bien que durant ledit temps lesdits exploictz monteront à 
grand somme de deniers pour mieulx et plus avant fournir que 
qui le tiendra continuellement. 

Et en tant que touche les lettres envoyées par le Roy à ceulx 
de Bourgogne d'eulx assembler par bailliage, il a semblé à ceulx 
dudit pays que se seroit contre la coustmne et usance qui a esté tou- 
jours entretenue en icelluy et aussi contre les privillèges octroyés 
par le roy que Dieu pardoint et par le roy qui est aujourd'hui tout 
nouvellement, en ensuyvant lesquelz on a toujours accoustumé 
assembler tous lesdits trois estats dudit duché en ung mesme lieu, 
et aussi que ce ne seroit pas pour le bien des matières qu'ils 
veullent traicter, selon le contenu des lettres dudit seigneur, 
d'estre assemblés par bailliaiges. 

Et à ceste cause lesdits des estats ont esleu et choisi de chacun 
estât : assçavoir de Testât de l'église monsieur de Clialon, mon- 
sieur de Citeaulx et maître Jean Charuet ; de Testât des nobles, 
monsieur de la Rouche, monsieur d'Espery et messire Simon des 
Lorges, chevaliers ; maistre Guy Margueron pour le bailliage de 
Dijon, maistre Regnault Lambert pour le bailliage d'Ostun, Pierre 
Martin ou Joly de Chaulmont pour le bailliage de Ghalon, 
maistre Gaultier Brocart ou Jean de Moreaut pour le bailliage 
d'Auxonne, et maistre Jean Régnier ou maistre Jean Remont 
pour le bailliage de la Montagne, ausquels ils ont baillé charge et 
puissance de besongner à ladite journée, selon le contenu des 
mémoires et instructions qui pour ce fere leur ont esté baillés, 
désirant de tout leur pouvoir complaire, obéir et servir le Roy 
autant que possible leur est, et aussy, en ensuyvant lesdites 



367 

lettres, lui donner avis et conseil, tant pour le bien de sa personne 
que pour le proffict de son royaulme en toutes les lassons que 
leur sera possible. 

Item, aussy diront et reraonstreront par très humbles remons- 
trances audit seigneur, à monsieur le duc de Bourbon, conestable, 
et aux aultres princes, à monsieur le gouverneur de Bourgogne 
et autres où besoing sera, le très grant regret que ont ceulx des- 
dits pays aulx garnisons y estans et non sans cause, au moyen 
des grandes duretés, foules et domaiges qu'ils en ont et souffrent 
ceulx des bonnes villes et plat pays, en suppliant d'en estre 
déchargez, s'il est possible. Et pour ce que, tant par les ordon- 
nances que par lettres patentes du feu roy, a esté et estoit mandé 
aulx baillis desdits duché et comté de Charrolois eulx informer 
desdits excès, foulles et domaiges, et desdits fere punition selon 
l'exigence des cas, ce que, obstant l'absence de plusieurs cappi- 
taines et desdits bailHs, leurs lieutenans n'osent entreprendre, il 
plaise audit seigneur et à mesdits seigneurs les conestable, gou- 
verneur et autres qu'il semblera nécessaire à mesdits sieurs les 
ambassadeurs de requérir, commettre et depputer aulcun notable 
personnaige audit pays vers lequel lesdits subgectz desdits pays 
puissent avoir recours et réparacion desdits domaiges. 

Item, feront lesdits ambassadeurs les remonstrances et 
doléances qu'ils sçauront et verront estre nécessaires pour 
l'adresse et conduicte des justices des bailliages, cours de chan- 
cellerie et autres jugemens inférieurs desdits pays. 

Item, pour ce que, par essay et expérience, l'on trouve plu- 
sieurs grandes décheutes et faucetez de monnoye blanche et noire, 
l'on supplie au Roy y fere pourveoir et mettre bon ordre. 

Item, soient advertis lesdits ambassadeurs de requérir de par 
les estats dudit pays que réformacion soit faicte sur le parlement 
au temps que la réformacion généralle se fera sur les autres par- 
lemens du royaulme de France. 

Ces présentes mémoire et instructions ont esté ainsy faictes, 
consenties , accordées et conclues par nos seigneurs des trois 
estats de ce duché de Bourgogne assemblés en la ville de Beaulne 
le douziesme jour de décembre l'an mil CGCG IV'''' trois. 

Les gens d'église, nobles et gens de bonne ville et estât com- 
mun, faisans et rej résentans les trois estats du duché de Bour- 
gogne et terres royaulx y enclavées es eslections de Langre, 
Ghalon, Maçon et Ostun, présentement assemblés en ceste ville 



368 

de Beaulne par vertu et autorité des lettres patentes du Roy 
notre souverain seigneur, à tous ceulx qui ces présentes lettres 
verront salut. Sçavoir faisons que, comme icelluy seigneur dési- 
rant entretenir en union, paix et tranquilité les pays, peuples et 
subjects de son royaulme et y mettre et entretenir bon ordre et 
police au bien de lui et de sesdits subjects, eust ordonné assembler 
en la ville d'Orléans les gens des estats de sondit royaulme au 
premier jour de janvier prochainement venant et ayt faict 
escripre aulx gens d'église, nobles et du commun estât des bonnes 
villes de cedit duché, eulx assembler et eslire notables person- 
naiges de tous et chacun desdits estats pour estre et comparoir à 
ladite assemblée, avecq pouvoir de consentir et accorder ce que 
par tous les estats dudit royaulme sera conclud et délibéré au bien 
d'icelluy seigneur et de sesdits pays et subjects. Par quoy, en 
obtempérant au bon voulloir et plaisir dudit seigneur, nous, d'un 
commun accord, vouloir et consentement, avons nommé et esleu 
nos députez pour aller et comparoir pour nous esdits estats à 
icelle assemblée d'Orléans, ledit premier jour de janvier prochai- 
nement venant , ou ailleurs où ladite assemblée sera , et pour y 
assister avecq les autres depputez dudit royaulme les nommés 
cy après, asçavoir : pour les estats de l'église et des nobles, révé- 
rends pères en Dieu, messire Andrieu de Poupet, évesque deCha- 
lon, messire Jean de Cirey, docteur en théologie, abbé de Gis- 
teaulx, noble et puissant seigneur messire Phihppe Pot, chevalier, 
sieur de la Roche et de Castelneuf, grand sénéchal de Bourgogne ; 
nobles seigneurs Hugues Rabutin, seigneur de Puer (?) et Nully, 
messire Simon de Loges, chevalier, seigneur dudit lieu et de la 
Bouloye, conseiller et chambellan dudit seigneur, et vénérable et 
syantifîque personne maistre Jean Charuet, licencié en loix et 
décrets, prévost de l'église collégiale de Notre-Dame d'Ostun; et 
pour Testât des bonnes villes et commun estât, honnorable homme 
et saige maistre Guy Margueron, Regnault Lambert, Gaultier 
Brocart, Jean Raymond, tous licenciés en loix et décrets, con- 
seillers d'icelluy seigneur, et Pierre Martin, bourgeois de Chalon, 
ausquels nous avons donné et donnons par ces présentes plein 
pouvoir, faculté, puissance et auctorité de comparoir pour et en 
nom de nous à icelle assemblée desdits estats d'icellui royaulme 
ledit premier jour de janvier prochainement venant et à toutes 
autres journées ensuy vantes, selon qu'il sera expédient et qu'il 
plaira à icellui seigneur les assigner et continuer, soit audit 



369 

Orléans ou ailleurs, et de consentir, passer et accorder avecq les 
autres de sesdits pays et subjects ce que conclud y sera, en ensuy- 
vant, entretenant et gardant les previlleiges, franchises et liber- 
tés d'icellui duché de Bourgogne. En tesmoin de ce, nous avons 
requis et obtenu le seel aulx contracta de ladite cliancellerie 
dudit duché et le seing manuel de Jean le Féaut, clerc des 
esleus en icelluy duché, notaire juré de la cour de ladite chancel- 
lerie, estre mis à cesdites présentes lettres faictes et passées et 
accordées en ladite ville de Beaulne le unziesme jour dudit mois 
de décembre, l'an mil quatre cent quatre vingt trois. Ainsi signé 
J. Lefi'anc, et au repliz desdites lettres par le tabellion Porteur, et 
plus bas est escript : Copie collacionnée aulx lettres de procura- 
tion par nous, Martin. 

P. PÉLICIER. 



=4«= 



LES HUISSIERS 



DU 



PARLEMENT DE PARIS 

1300-1420. 



Au xiii" siècle, il n'y eut au Parlement que deux huissiers 
appelés portiers*. Le 7 février 1337, Philippe VI en fixe le 
nombre à huit, qui seuls pouvaient porter la verge en exerçant 
leurs fonctions ^ L'année suivante, avec l'assentiment de ces 
huit officiers, il permit à Pierre Hérivier, que lui recommandait 
son clerc et conseiller Fremin de Coquerel, de garder l'office 
d'huissier qu'il exerçait depuis plusieurs mois. Il y avait donc 
neuf huissiers, mais le roi déclara que pareil fait ne se repré- 
senterait plus^ et il rendit le 2 janvier 1339 une ordonnance 
confirmant sa décision du 7 février 1337. Les candidats aux 
places vacantes qui avaient reçu des lettres de don les conserve- 
raient, sans toucher d'appointements, afin que le peuple ne fût 
pas davantage grevé d'impôts *. 

Plusieurs années après, le nombre des huissiers fut porté à 
douze, y compris le portier du palais, l'huissier de la Chambre 
des enquêtes et celui de la Chambre des requêtes^. Quand la 

1. Lenain, grande Table, tome XV, fol. 8. Bibl.nat.Mss. fonds français, n° 21309. 

2. Archives nationales, registres du greffe du Parlement, XIa 8846, fol. 166. 
Parmi les candidats à la première place vacante, on remarque Pierre le Diable, 
Pierre Hérivier, Pierre le Blont, Girard de Troyes et Tbibaud Clément. 

3. XIa 8847, fol. 1 V». 

4. Ibid. et XIa 9, fol. 82, 25 février 1340 : « Dictum fuit per arrestum quod 
« nullus dictorum Pétri et Karoli babebit officium, sed solum erunt septem 
« hostiarii cum Petro Heriverii juxta ordinationem nos tram predictam. » 

5. Ordonnance du 27 janvier 1360, article 14, Ordonn., t. III, p. 386. Guil- 



374 

faction bourguignonne , maîtresse de Paris , retrancha du Par- 
lement les membres qui lui étaient iiostiles et les remplaça par 
ses partisans, elle établit un huissier de plus^ Ces huissiers 
avaient à leur tète l'un d'entre eux, qui prenait le titre de pre- 
mier huissier 2. Il était chargé d'appeler les causes à l'audience 
d'après le rôle, portait une robe rouge et un chapeau de drap d'or 
fourré avec la plume garnie de perles. Quand il entrait au Parle- 
ment et quand il parlait aux présidents, il restait couvert. Ce 
privilège lui fut retiré le 18 janvier 1452 ^. 

Un arrêt de règlement du 21 novembre 1405 décida que désor- 
mais ceux-là seuls prendraient le titre d'huissiers qui étaient 
attachés comme tels au Parlement^. Lorsque le Parlement délé- 
guait aux Grands Jours de Troves une partie de ses membres, 
un des huissiers les accompagnait ^ 

La charge d'huissier n'était pas incompatible avec de hautes 
fonctions, car nous trouvons Michel du Bois gardien de l'abbaye 
de Saint-Denis en 1347 «. Dès 1339, le committhnus et les 
autres privilèges et exemptions du Parlement sont accordés aux 
huissiers. Ils sont sous la sauvegarde royale ^ Le Parlement avait 
toute autorité sur eux ; il pouvait les suspendre pour un certain 
temps et même au besoin demander au roi leur destitution ^ S'ils 



laiinie le Marié était huissier de la Chambre des enquêtes le 11 mars 1340 
(XIa 9, fol. 85 v°), en 1373 (samedi '21 mai), Jean le Moine est huissier de la 
Chambre des requêtes (XIa 1470, fol. 19 v), J. du Castel Celait le 4 juillet 1397 
elle 13 août 1404 (XIa 4784, fol. 370 r" ; X 4786, fol. 377 v°). 

1. 4 août 1418. Ordonn., t. X, p. 464. 

2. Le 18 juillet 1355, le premier huissier est Héiie Anlelme ou Anteaume 
(XIa 16, fol. 62) ; le 6 février 1373, cette charge est remplie par Jean Fauvel 
(XIa 23, fol. 37). 

3. Papon, Recueil des arrêts notables, livre IV, litre 6, n° 14. 

4. XIa 1478, fol. 239 v». 

5. Ibid., fol. 75 v". Mercredi 2 août 1402, Raoul Lenoir est désigné pour aller 
à Trojes; s'il est empêché, Thomas Raat le remplacera. 

6. XIa 12, fol. 56 v" et 57, 3 février. 

7. XIa 4785, fol. 355 v°, 356, lundi 22 mai 1402. 

8. XIa 13, fol. 61. 21 juin 1351. Pierre le Blont, suspendu de sa charge, est, 
à la demande du Parlement, destitué par le roi, qui nomme à sa i)lacc Raoul 
de Nesles, familier de son cliambellan Robert de Lorris. — XIa 17, fol. 27 v°, 
20 septembre 1361. Toussaiii de Maunbeville est destitué pour infamie et rem- 
placé par Renaud de tavclincourl, valet de chambre du roi. — XIa 18, 
fol. 120 r°. L'huissier Jean Boileau, accusé de mauvaises mœurs et d'usure par 
le procureur général, est absous par arrêt du Parlement, auquel le procès, porté 



372 

ne sont pas à leur poste, sans excuse légitime, à l'heure régle- 
mentaire, une amende leur est infligée*. Quand ils devaient 
s'absenter, même à raison de leurs fonctions, ils en demandaient 
l'autorisation au Parlementa En retour, celui-ci veillait à ce 
qu'on les respectât et le procureur général poursuivait ceux qui 
les maltraitaient^. 

Gages des huissiers. — En 1349, l'huissier de la Chambre 
des enquêtes recevait 12 deniers par jour K Un texte du 9 mai 1354 
prouve que les huissiers du Parlement recevaient des robes^ Puis 
leurs gages furent fixés à 2 sous par jour, plus 100 sous pour 
l'achat de leurs robes. Ces gages étaient payés par le receveur 



d^abord devant les Réformateurs généraux, était revenu. Boileau avait été trente- 
quatre ans sergent au Châtelet (30 avril 1364). — XIa 1470, fol. 19 v. Samedi 
21 mai 1373. Jean Le Moine, huissier des requêtes du palais, est condamné à 
faire amende honorable à un conseiller qu'il avait insulté et est suspendu jus- 
qu'à la Saint-Martin d'hiver. 

1. XIa 4789, fol. 221 v, vendredi 12 février 1412. 

2. XIa 4785, fol. 379 v», vendredi 16 juin 1402. — XIa 1477, fol. 79, samedi 
28 février 1402. 

3. XIa 12, fol. 175 v% 16 février 1348. Michel du Bois avait été insulté et 
maltraité en exécutant un arrêt du Parlement. Le procureur du roi le soutint 
dans son instance et le coupable fut condamné à payer au roi une amende de 
250 livres tournois et à l'huissier une autre de 50 livres tournois ; en outre, il 
fut déclaré inhabile à toutes fonctions. — XIa 4787, fol. 49 v°. Raoulet Grisou, 
clerc du roi et du maréchal de Rieux, s'était « défendu de fait et rebellé » à 
« rencontre des huissiers » du Parlement, qui, sur l'ordre des commissaires, 
l'emmenaient à la Conciergerie « pour tenir prison. » Il ne fut relâché qu'après 
« qu'il se fust repenti plusieurs foiz en pleurant et disant qu'il estoit abuvréz 
« de vin, » il vint à l'audience, « et à deulx genoulx a en pleurant crié mercy 
« à la court à mains joinctes en suppliant qu'elle lui voulust pardonner son 
« meffait, et aussy en suppliant audit huissier pardon ; pourquoy la court a 
« remiz au conseil la taxe de l'amende » (mardi 20 janvier 1405). — Mardi 
15 mai 1405, le Parlement envoie prisonnier au Châtelet le receveur de l'ordi- 
naire de Paris qui, en refusant de payer les gages des huissiers du Parlement, 
les avait menacés. De plus, deux sergents mangeurs sont installés à son hôtel. 
Le vendredi 18 mai, il vint demander pardon au Parlement « humblement à 
« genoulx, » disant qu'il avait méfait par ignorance et que désormais il paiera 
le plus tôt possible les huissiers (XIa 1478, fol. 110 v et 111 v°). — Cf. Tue- 
tey, Journal de Nicolas de Baye, t. I, p. 60, 61, et XIa 4788, fol. 454 v% cité 
par H. -François Delaborde, le Procès du chef de saint Denis en 1410, dans 
les Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris et de l'Île-de-France, 1884, 
page 329. 

4. XIa 12, fol. 303, 10 mai. 

5. XIa 15, fol. 222. 



373 

de Paris, aux termes habituels*. Quelquefois le roi permettait à 
un huissier de prendre sur l'argent qui provenait de l'exécution 
des arrêts pour payer les gages arriérés d'un de ses collègues ". 
L'huissier en mission pour le service du Parlement recevait 
8 sous par jour, d'après l'ordonnance du 3 mars 1357^; en 1341, 
il avait droit k deux chevaux et à 20 sous tournois par jour^ 
D'ailleurs, ces honoraires spéciaux étaient débattus lors de la 
taxation des dépens. Ainsi, Etienne de Trois-Moulins , après 
avoir fait deux voyages pour exécuter un arrêt relatif à la suc- 
cession de Guillaume de Cherchemont, demanda pour le premier 
voyage 177 livres et 130 pour le second, plus 16 livres pour les 
écritures; les enfants du défunt : Jean, Marie et Isabelle, vou- 
lurent une diminution. L'huissier avoua aux commissaires nom- 
més par le Parlement pour vérifier ses comptes qu'il avait touché 
1,085 livres, plus 500 1. remises par lui à Jean Ghauvet, au pro- 
fit de qui se faisait l'exécution, et qu'il avait reçu comme hono- 
raires 175 1. et 30 pièces de vin; naturellement, les commissaires 
les déduisirent du total de ce qui lui était dû pour ses voyages et 
ses écritures ^. 

En 1373, les huissiers du Parlement ne pouvaient recevoir 
plus de 2 sous parisis par jour, et le portier du palais avait 
12 deniers parisis ^. Quant aux « courtoisies » qui leur étaient 
accordées, ils devaient se les partager. Il leur était défendu de 
« vendre l'entrée du Parlement » ou de la refuser « pour cause 
« de ce que on ne leur fourre la paume '. » 

Nomination des huissiers. — A l'origine, cette nomination 
appartenait au chancelier, mais le roi se réserva bientôt ce droit. 
Par ses lettres, il promettait aux nombreux candidats la pre- 
mière place vacante, ce qui amenait bien des contestations quand 
arrivait une vacance. Chacun présentait des lettres et niait les 
titres de ses concurrents. Le 25 février 1340, Pierre le Diable et 
Charles de Navarre briguaient la charge de Simon du iJoucher, 

1. XIa 13, fol. 39, 17 mai 1351. 

2. XIa 12, fol. 284, 19 novembre 1348. 

3. Ordonnances, t. III, p. 124. Isambert, t. IV. p. 282. 

4. XIa 9, fol. 212 v% 22 septembre 1341. 

5. XIa 14, fol. 109 à 111 v", 22 février 1354. 
G. XIa 23, 23 juin 1373. 

7. Ordonn. du 11 mars 1344. — Ordonn., t. II, p. 225. — Isambert, t. IV, 
p. 505. 



374 

décédé; tous deux faisaient valoir les lettres qu'ils avaient eues 
du roi*. Le Parlement n'en reçut aucun, parce que la mort de 
Simon ramenait à huit le nombre des charges d'huissiers ^. Peu 
après, Pierre Baron fut reçu huissier ; Pierre le Diable de se 
plaindre : le Parlement a lésé ses droits, le roi lui avait promis 
cette place. Baron avait été reçu au mépris de l'ordonnance du 
2 janvier 1339. A cela Baron répliquait : le roi pouvait revenir 
sur une ordonnance, cette place lui avait été aussi promise par 
lettres royaux, celles de Pierre le Diable étaient subreptices. 
Alors survint un nouveau prétendant : Jean d'Orgeret. Outre les 
lettres du roi, il alléguait que Baron, natif du Hainaut, était 
étranger et ne pouvait être reçu. Enfin, le 6 mai 1340, le Parle- 
ment déclara par arrêt que les lettres de Pierre le Diable et celles 
de Jean d'Orgeret étaient subreptices ; Baron fut renvojé et 
l'ordonnance de 1339 fut respectée^. Pierre Baron ne se tint pas 
pour battu; Jean d'Orgeret ayant obtenu une charge l'année 
suivante, il la lui disputa. Le roi intervint, et, sur son ordre, 
d'Orgeret fut maintenu ■*. Un candidat pouvait être désigné par 
le roi comme le successeur d'un huissier encore vivant, et les pré- 
sidents du Parlement lui promettaient de le recevoir en vertu 
d'un simple arrêt de la Grand'Chambre. C'est ce qui arriva pour 
Pierre le Blont, auquel le roi avait donné, « more solito et ad 
« vadia consueta, »la charge de Simon de Vaudouaire, qui vivait 
encore. Un arrêt du Parlement le nomma, malgré l'opposition de 
Nicolas le Gal^, peu de jours après la mort de Simon. 

La lettre du roi nommant un huissier au Parlement contenait 
l'ordre de le recevoir et de l'instituer, et de plus enjoignait au 
receveur de Paris de lui payer les gages accoutumés ^. 

Pour être reçu, il fallait ne pas être étranger', avoir été 
reconnu capable après examen et jouir d'une bonne réputation ; 
ce dernier point était constaté par enquête ^ ; il fallait encore être 

1. XIa 9, fol. 82. Simon du Boucher était de Cambrai. Cf. ibid., fol. 96 v°. 

2. Voir plus haut. 

3. XIa 9, fol. 96 V à 97 v°. 

4. D'Orgeret était en charge dès le 19 mars 1341, ibid., fol. 139 v. Il fut main- 
tenu le 18 janvier 1343, ibid., fol. 414 v". 

5. XIa 12, fol. 167 v°, 19 janv. 1348. 

6. XIa 13, fol. 39, 17 mai 1351. 

7. XIa 9, fol. 96 v«. 

8. XIa 12, fol. 303, 10 mai 1349, pour la nomination de Ligier Warou, cou- 
sin du conseiller Jean le Bescot. — XIa 15, fol. 164 v, 176. — XIa 18, fol, 120. 



373 

exempt de certaines maladies graves, la lèpre par exemple ^ 
L'ordonnance de décembre 1355 (art. 22) rappelle en partie ces 
conditions et impose en outre aux huissiers entrant en charge 
l'obligation de fournir un cautionnement, sur le montant duquel 
la partie qui aurait à se plaindre de leur négligence pourrait pré- 
lever des dommages-intérêts-. Les recommandations ne nuisaient 
pas pour obtenir la charge d'huissier au Parlement : Ravesson 
Duchesne, protégé du chancelier, fut tout de suite reçu; Jean de 
Leauvais dutsa nomination à la recommandation du ducd' Athènes, 
et Thibaud Yves fut redevable à Robert de Lorris, seigneur d'Er- 
menonville, chambellan du roi Jean, d'être le successeur de Jean 
des Fontaines^. 

Les résignations de charges étaient fréquentes. Si le roi agréait 
celui en faveur de qui était faite la résignation, il en avertissait 
le Parlement, qui recevait le résignataire si l'examen et l'enquête 
lui avaient été favorables. Aces formalités furent soumis Alplionse, 
clerc du roi, neveu de l'huissier Raoul de Nesles, qui avait rési- 
gné en sa faveur ^ Jean des Vignes, auquel Jean Sarrazin, 
devenu vieux et malade, avait cédé sa charge % et Pierre Augus- 
tin, neveu de Pierre Baron ''. 

Quelquefois le roi permettait à un liuissier de résigner et se 
chargeait, lui ou les maîtres de ses requêtes, de désigner le rési- 
gnataire; ainsi, lorsque Jean du Pré se retira, après de longues 
années de service, le roi lui permit de résigner aux mains des 
maîtres des requêtes de l'hôtel, qui fixèrent leur choix sur Geof- 
froi Gofin, dont la réception eut lieu en présence de Jean du Pré''. 
Trois ans auparavant, le roi avait permis à Ravesson Duchesne 
« de transporter en quelcunque personne qu'il lui plaira, en pre- 
« nant tel prouffit comme il en puisse avoir, » pourvu que la 
personne fût capable et honnête (9 mai 1354). Dix jours après, 
Duchesne déclara devant les notaires jurés, Nicolas de Dammart 
et Raoul Levevant, qu'il avait vendu sa charge à Oudart Fer- 

1. XIa 13, fol. 105 et r, 25 juin 1351. 

2. Picot, Histoire des états généraux, t. I, pp. 119, 120. 

3. XIa 13, fol. 105. — XIa 15, fol. 176, 28 janvier 1354. 

4. XIa 13, fol. 61, 28 juillet 1351. 

5. XIa 16, fol. 346 V, 2 septembre 1357. 

6. XIa 15, fol. 164 V, 21 novembre 1353. 

7. XIa 16, fol. 304. La jierraission de résigner est clu22 janvier 1357, la nomi- 
nation du résignataire du 8 février et sa réception du 13. 



376 

mique Barbier, familier de l'évêque de Laon, et qu'il en avait 
reçu le paiement, c'est-à-dire 220 deniers d'or à l'écu*. Cette 
vente de charge me semble un fait exceptionnel à cette époque. 
Souvent la résignation était faite par un père pour son fils. 
Hugues de Besançon, dont le fils Hiiguenin n'était pas en âge 
d'exercer la charge qu'il venait de lui céder, demanda au roi que 
la charge fût confiée en attendant à un autre, mais le roi permit 
au jeune Huguenin d'entrer en fonction, bien qu'il n'eût pas encore 
quinze ans et nonobstant l'opposition des autres huissiers. Il lui 
donna en outre la charge de portier du palais, que le père avait 
exercée conjointement avec celle d'huissier. Huguenin fut investi 
des deux charges du consentement des huissiers, qui deman- 
dèrent seulement que ce fait ne leur portât pas préjudice 2. Douze 
ans plus tard, Jean de la Porte, qui cumulait aussi ces deux 
offices, les résigna tous les deux aux mains du chancelier en 
faveur d'Etienne Lefèvre, clerc de l'avocat général du roi Jean 
PastoureP. 

Contre ces présentations de parents ou d'amis, les oppositions 
ne manquaient pas de surgir. Raoul de Nesles s'était opposé à ce 
que Louis de Bruges succédât comme huissier à son père, Etienne 
de Bruges, qui venait de mourir^. D'autres fois, l'opposant 
demandait à être entendu par le Parlement avant que la personne 
présentée ne fût reçue^. Quand l'opposition venait des huissiers, 
le candidat devait soutenir contre eux un procès; c'est ce qui 
arriva en 1401 à R. de Guerges. L'arrêt rendu le 7 septembre 
lui donna gain de cause ^. 

Une fois reçu, le nouvel huissier prêtait serment''' et recevait 
alors l'investiture « per traditionem virge hostiarii*^. » H pouvait 
être investi en la personne de son procureur avec la même céré- 
monie®. 



1. XIa 15, fol. 222. Daumartou Darapmart, Seine-et-Marne, canton de Lagny. 

2. XIa 17, fol. 27 v«, 11 août 13G1. 

3. XIa 23, fol. 93 V, 23 juin 1373. 

4. XIa 12, fol. 422 v°, 30 janvier 1350. 

5. XIa 8302, fol. 77 v°, jeudi 6 novembre 1416. L'opposant, Pierre Buffière, 
conseiller à la Grand'Chambre, retira son opposition. 

6. XIa 1478, fol. 35. 

7. XIa 15, fol. 164 v°. — XIa 23, fol. 93 v°. 

8. XIa 13, fol. 61,27 juin 1351. — XIa 15, fol. 164 V. 

9. XIa 10, foi. 363 v, 4 mai 1346. 



377 

Fonctions des huissiers. — Lenain résume ainsi les fonctions 
des liuissiers du Parlement : ce sont des personnes établies pour 
garder la porte de la chambre du Parlement, appeler les parties 
ou leurs procureurs à la porte des chambres de l'audience, faire 
les exploits et ajournements en vertu des arrêts de la cour' ; 
entrons dans les détails. 

Depuis l'ordonnance du 27 janvier 1360, les huissiers servent 
à tour de rôle tous les deux mois et six à la fois : deux gardaient 
les portes delà Grand'Chambre, deux les guichets du parc et deux 
faisaient la police. Ces derniers avaient ordre de conduire en pri- 
son quiconque troublait l'audience, d'empêcher les clercs des 
avocats et des procureurs de faire leurs écritures à la Grand'- 
Chambre. Aucun huissier ne devait entrer dans la chambre où le 
Parlement siégeait au conseil ^ Le premier huissier était chargé 
de faire payer aux avocats retardataires les amendes auxquelles 
les condamnait le Parlement^. Les huissiers qui négligeaient leur 
service payaient une amende de vingt sous parisis. En 1411, le 
produit de cette amende était affecté à l'entretien de la chapelle 
de la salle du Palais ^ 

Quand ils s'acquittaient mal de leurs fonctions et outrepassaient 
les ordres reçus, la peine infligée était plus grave. Gautier le 
Sénéchal fut emprisonné au Châtelet, privé de ses émoluments 
du 27 mars 1392, à la Saint-Jean-Baptiste suivante, et condamné 
au remboursement des dépenses faites par le prévôt de Péronne, 
qu'il avait ajourné devant le Parlement, pour avoir enlevé à ce 
prévôt des prisonniers réclamés par l'abbaye de Saint-Martin- 



1.0/). cit., fol. 17. 

2. L'ordonnance du 11 mars 1344 parle aussi de ce service alternatif, mais je 
ne crois pas qu'il y eût déjà douze huissiers. Ordonn., t. II, p. 225, XIa 1473, 
fol. 5. — Les huissiers de service en juin et juillet 1380 sont : Pierre Burnout, 
Pierre Belle, Richard Picot, Jean Fauvel, Etienne le Fèvre et Guillaume Nar- 
jot (XIa 1471, fol. 333). On les retrouve encore en novembre 1385 (XIa 1473, 
fol. 5). En août 1411, sont de service : Adam des Vignes, Aleaume Cache- 
marée, Simon Fouquaud, Raoul de Guerges et Thomas Raat (XIa 1479, 
fol. 169 v). En février 1412, ce sont : Guillaume de Buymont, Guillaume 
de Lépine, J. DainvJUer, Nicolle Romain, Pierre Belle et Jean Mainsnier. 
Les huissiers de service devaient donner leurs noms au Parlement (XIa 1473, 
fol. 5). 

3. XIa 4790, fol. 213 v°, jeudi 28 février 1415. 

4. XIa 1479, fol. 1G9 v , 19 août. Cette amende fut levée par le premier 
huissier Robert Chaure. 

25 



378 

des-Champs et les avoir placés dans la prison du prieur de cette 
abbaye, sans en avoir reçu l'ordre i. 

Le soin du chauffage, de l'éclairage, des tapis et des salles du 
Parlement était confié aux huissiers 2. Lorsque le roi devait venir 
à une audience, un huissier avait la garde des tentures et des 
meubles qui servaient à la réception et devait les faire placer^. 

L'huissier du Parlement avait le droit d'instrumenter dans 
toute la France, mais il devait respecter les terres des seigneurs 
haut justiciers et s'y faire accompagner d'un sergent de la sei- 
gneurie^. Pendant le procès relatif au chef de saint Denis, en 1410, 
Adam des Vignes, chargé d'exécuter un arrêt rendu contre l'abbé 
de Saint-Denis, fut accusé de négligence pour avoir oublié de 
montrer ses lettres et n'avoir pas pris justice du heu, c'est-à-dire 
de n'avoir pas signifié ses léHres au prévôt de Saint-Denis et de 
ne pas s'être fait accompagner par lui quand il voulut les mettre 
à exécution ^. C'est en vertu de lettres-royaux qu'ils ajournaient 
les parties '^ ; ces lettres étaient délivrées sur un ordre écrit ou 
verbal du Parlement ^. Les parties qu'ils citaient aussi à compa- 
raître pouvaient leur demander copie de l'acte d'ajournement^. 
Quand leur affaire arrivait à l'audience, un huissier venait appe- 
ler les plaideurs et, s'ils ne se présentaient pas, il avertissait le 
Parlement, qui prononçait le défauts 

1. Quœstio CCLXXVII Joaanis Galli. 

2. « Aujourd'ui a la court commis Pierre Belle, huissier de ceaos, au gouver- 
« nement et administration des 11 chambres de céans sur la provision aviser et 
« faire ou faire faire de huches, chandoilles, torches, nestoier les tapis et 
« chambres et autres choses aparlenans ou lieu que avoit Pierre Noé, jadis 
« huissier. » (XIa 1478, fol. 37, jeudi 19 janvier 1408, cité parTuetey : Journal 
de N. de Baye, t. I, pp. 211, 212.) 

3. XIa 1469, fol. 146 v% 152, 22 juillet et 2 septembre 1366. 

4. H. Lot, Frais de justice au XIV s., dans la Bibliothèque de l'École des 
chartes, an. 1872, p. 561. 

5. XIa 4788, fol. 454 V, et H. François Delaborde, op. cit., p. 329. 

6. 1" registre du greffe, fol. 234 v% 22 avril 1325. — XIa 9, fol. 492, 8 avril 
1343 ; cf. XIa 8847, fol. 34. 

7. « De mandate curie uostre Helye Antiaume orethenus facto ad instantiam 
« Johannis de Corraellis, » 2 mai 1345, XIa 8848, fol, 197 v°, et ibid., fol. 194, 
à Thomas de Choques, et XI a 16, fol. 283, 6 mai 1356. 

8. « Nicolas Romain, huissier du Parlement, a intimé messeigneurs doyen et 
« chapitre (de Notre-Dame) à la requeste de l'abbé et couvent de Saint-Denis 
« appellans aux jours de Paris en Parlement, et ont demandé messeigneurs 
« copie et relacion. » H. François Delaborde, op. cit., p. 377. 

9. XIa 4786, fol. 148, mardi 26 juin 1403. - XIa 4789, fol. 260 v», lundi 
25 avril 1412. 



379 

Les huissiers signifiaient encore les arrêts rendus* ou les évo- 
cations au conseil du roi 2. 

L'exécution des arrêts leur était souvent confiée de préférence 
aux sergents. Il arrivait fréquemment que ceux qui étaient con- 
damnés à des amendes ou aux dépens ne voulaient pas les payer à 
l'huissier envoyé par le Parlement. Celui-ci avait alors le droit 
de les contraindre par la saisie de leurs biens ^. S'il y avait oppo- 
sition, l'huissier assignait l'opposant au Parlement et lui fixait 
un jour^ C'est encore lui qui apposait la main du roi sur les 
immeubles en litige et les administrait pendant la durée du 
procès ^. 

Au mandement autorisant l'huissier à agir, le roi joignait un 
ordre à tous les officiers royaux de lui prêter main -forte au 
besoin : « Dantes in mandatis omnibus justiciariis et subditisnos- 
« tris, quatinus, in premissis et ea tangentibus, vobis et vestrum 
« cuilibet prestent auxilium et favorem^. » 

Comme je l'ai déjà dit, les huissiers, à l'exemple des sergents, 
devaient, en accomplissant ces divers actes, montrer leurs lettres- 
royaux et les arrêts du Parlement aux juges des lieux et obtenir 
d'eux une lettre ordonnant qu'on leur obéisse'''. En certains cas, 
le bailli était chargé de faire l'exécution avec l'huissier^. 

La surveillance des ventes et des criées ordonnées par le Par- 
lement regardait les huissiers °. De même l'accomplissement de 
certaines obligations. Le jeudi 5 janvier 1405, le Parlement 
décida que les 1,500 francs reçus par Alexandre Desmares du 
chevalier Charles de Savoisy, et qui devaient être affectés à la 
fondation d'une chapelle pour l'université de Paris, seraient déli- 
vrés à ce chevalier afin qu'avec cette somme il pût acheter des 
rentes. Aleaume Cachemarée fut choisi pour assister à l'achat et 

1. XIa 4786, fol. 377 v°, mercredi 13 août 1404. 

2. H. François Delaborde, op. cit., p. 311. 

3. XIa 7, fol. 39 v, 27 mai 1335, et XIa 9, fol. 158, 1" aoiit 1341. 

4. XIa 10, fol. 429 v» et 430, 24 mars 1346. Exécution à l'hôtel des Trois- 
Rois de Cologne (les rois mages), dans la grande rue Saint-Jacques. — XIa 10, 
fol. 24, 23 mars 1344. 

5. XIa 9, fol. 360, 10 déc. 1342; fol. 367 v% 14 février 1343. — XIa 13, 
fol. 71, 15 décembre 1347. 

6. XIa 10, fol. 48 V et 49, 17 juillet 1344. 

7. Ordonnance du 14 août 1374. Ordonn., t. VI, p. 22, et Isambert, t. V, 
p. 411. 

8. XIa 10, fol. 374 v», 20 mai 1346. 

9. Id., ibid. 



380 

empêcher les notaires du Châtelet J. Hures et Miles du Breuil de 
remettre au chevalier le montant des rentes sans autorisation 
préalable du Parlement K 

On trouve des enquêtes et des expertises confiées à des huis- 
siers, et pour lesquelles ils faisaient un rapport 2. Dans les exper- 
tises, ils pouvaient s'adjoindre un homme honnête et capable, et 
ils rendaient une sentence si le Parlement leur en avait donné le 
droit 3. On les rencontre encore comme exécuteurs testamentaires 
nommés par le Parlement quand ceux qu'avait désignés le testa- 
teur renonçaient à l'exécution^. 

Les estimations des immeubles litigieux, avec experts, et sui- 
vies d'un rapport au Parlement ^ les inventaires des biens d'une 
succession^ et la garde de ces biens''', la remise chez les chan- 
geurs, ou aux personnes auxquelles elles étaient destinées, des 
sommes déposées au grefie du Parlement^, rentraient dans leurs 
attributions. Le mardi 18 avril 1402, le Parlement envoie un 
huissier déposer chez un changeur de Paris l'argent qu'un débi- 
teur avait apporté pour être rerais à son créancier. L'huissier fit 
un rapport^. Ces dépôts entraînaient des opérations compliquées, 
à une époque où les variations monétaires étaient si fréquentes, 
quand il fallait ramener les sommes à un taux déterminé. Le 
13 novembre 1348, Hélie Anteaume fut chargé par la cour de 
constater si l'argent qu'elle avait fait déposer par des plaideurs 
au change de Jean de Senlis, bourgeois de Paris, était en mon- 

1. XI A 4787, fol. 46. 

2. XIa 9, fol. 234, 12 février 1342, à propos de vignes situées à Nanlerre, et 
XIa 4785, fol. 323 v, jeudi 9 mars 1402. 

3. XIa 9, fol. 234, 12 février 1342 : a Quare tibi committimus et mandamus 
« quatinus de prediclis dampnis, adjuncto tecum, ut preinittitur, aliquo probo 
« viro, vocatis evocandis, inquiras summarie et de piano cum diligenlia veri- 
« tateni, et super hiis et aliis juxta ordinationem predictam causam seu deba- 
« tum dictarum parcium détermines et décidas. Ab omnibus autem justiciariis 
« et subditis nostris libi et adjuncto tuo in bac parte pareri volumus et man- 
(( damus. » 

4. XIa 1469, fol. 115, vendredi 13 février 1366. Il s'agissait de l'exécution 
testamentaire de Jacques la Vache, ancien président ; l'huissier désigné fut Jean 
Warou. 

5. XIa 9, fol. 234 v°, 26 mars 1342. 

6. XIa 1471, fol. 5, mardi 29 déc. 1377. 

7. XIa 4789, fol. 201, 28 janvier 1413. 

8. XIa 12, fol. 284 v, 285, 18 novembre 1348. 

9. XIa 4785, fol. 345 V. 



38^ 

naie courante à l'époque où les déposants avaient contracté leur 
obligation, c'est-à-dire le 15 juin 1340. Il devait le ramener à ce 
taux s'il n'y était pas. La somme était de 153 livres 8 sous et 
6 deniers parisis ; Anteaume la ramena à 148 livres 10 sous tour- 
nois pour se conformer aux instructions du Parlement; en outre, 
il fit un rapport après la lecture duquel le Parlement donna quit- 
tance aux déposants'. C'était en la présence d'un huissier que le 
dépositaire remettait la somme d'argent à celui auquel un arrêt 
l'avait adjugée 2. 

Quelquefois, c'est un huissier qui verse à un conseiller les gages 
que lui ont délivrés les trésoriers du roi^. 

Les huissiers devaient empêcher les parties de mettre à exécu- 
tion leurs lettres de renvoi avant que le Parlement l'eût ordonné'*. 
Ils transmettaient aux chambres les lettres de la chancellerie 
royale ^ C'est à eux que le prévôt de Paris confiait les prisonniers 
du Châtelet renvoyés par le Parlement à une autre juridiction*^. 
Comme les sergents, ils menaient les prisonniers à la conciergerie 
du palais ''^ ou les mettaient en liberté*. 

Les huissiers du Parlement portaient sur eux un sceau pour 
sceller les actes. Quand ils en changeaient, ils avertissaient le 
Parlement et faisaient enregistrer leur déclaration^. 

Félix AUBERT. 

1. XIa 12, foi. 284 v% 285 r. 

2. XIa 4785, fol. 317, jeudi 2 mars 1402. En présence de Thomas Raat, Colin 
Alexandre, bourgeois de Paris, remet les 1,500 francs déposés chez lui à M. Ray- 
mond Géraudon, procureur de Raymond de Turenne, auquel le comte de Beau- 
fort les réclamait. 

3. XIa 1470, fol. 28, jeudi 4 août 1373. Léger Warou remet à W Foucaud 
de Dol les gages qui lui sont dus. 

4. XIa 8301, fol. 513 v% samedi 19 août 1413. 

5. V. H. Lot, op. cit., loc. cit., p. 561. 

6. Boutaric, Actes du Parlement, 22 mai 1322, n" 6837 à 6840. 

7. XIa 4787, fol. 49 v% mardi 20 janvier 1405. 

8. XIa 15, fol. 22 V, 5 juin 1355. 

9. XIa 8301, fol. 20 v°, jeudi 30 juillet 1405. Les sceaux des huissiers du 
Parlement : Guillaume Narjot (5 juin 1388), Enguerrand de la Porte (2 avril 
1410) et Geofl'roi de Moulins (4 déc. 1423), sont dans le recueil de Douët d'Arcq, 
Inventaire des sceaux, t. II, n"' 4415 à 4417. 



382 



PIÈGES JUSTIFICATIVES. 



25 février •1340 (n. st.). Arrêt du Parlement maintenant à huit le 
nombre des charges d'huissiers au Parlement. 

Cum Petrus dictus Le Dyable ac eciam Karolus de Navarra quili- 
bet eorumdem peleret se admitti et recipi virtute litterarum nostra- 
rum eisdem super hoc concessarum ad offîcium hostiarii parlamenti 
nostri cum vadiis que ibidem defunctus Symon du Boucher obtinere 
solebat, et ad hoc se opposuissent alii hostiarii parlamenti jam 
recepti, certas ordinaciones pretendendo per nos factas et éditas 
super certo numéro observando hostiariorum predictorum : ipsis 
partibus super hoc auditis, visisque litteris super dicto officio dictis 
Petro et Karolo concessis, necnon ordinatione nostra predicta, dictum 
fuit per arrestum quod nullus dictorum Pétri et Karoli predictum 
habebit officium, sed solum erunt septem hostiarii cum Petro Heri- 
verii juxta ordinacionem nostram predictam. 

(Jugés, X^» 9, fol. 82 r».) 

Samedi 2-1 mai 1373. Huissier du Parlement suspendu de sa charge 
et condamné à V amende pour avoir, dans un écrit, accusé un con- 
seiller de déni de justice et de corruption. 

Ce jour, Jehan le Moine, huissier ou sergent des requestes du 
palais, ploia en la main de la court et aussi à messire Jehan de Ravi- 
gny, l'un des seigneurs de Parlement, l'amende honorable a quoy il 
avoit tantost esté condampné par arrest dudit Parlement pour ce 
qu'il avoit baillé une supplicacion devers la court contenant paroles 
injurieuses au dit messire Jehan de Ravigny, qu'il avoit refusé à 
faire droit, qu'il avoit volu avoir devers lui une cinlure d'argent qui 
estoit du dit sergent, etc., et avec ce, par le dit arrest, le dit sergent 
fut suspendu de son dit office jusques à la festede saint Martin d'iver 
prochain venant. 

(Conseil, Xi--" 1470, fol. 19 v°.) 

4 mai -1346. La charge de Jean Rose, destitué et banni pour ses 
méfaits, ayant été donnée par le roi à Jean de Bucy, écuyer^ le 



383 

Parlement lo reçoit et rinsiitue huissier du Parlement en la 
personne de Jean Boursier, son procureur. 

Notum facimus quod curia nostra Johannem Burserii procurato- 
rem, el procuralorio noniine, Johannis de Bucyaco, armigcri etfami- 
liaris dilecli et fidclis Symoiiis de Bucyaco militis et consiliarii nos- 
tri, ad officium hosUarii parlamenti noslri quod Johanhes Rose, suis 
exigenlibus dcnierilis a rcgno nosLro baniillus, quoudam Lcnere et 
exercere solebal, per nos diclos Johanni de Bucyaco coUatum, prout 
in lilteris noslris super collatione hujusmodi confectis plenius appa- 
rebal, recepit et admisil ; visis per eam litteris antediclis, procurato- 
remque predictum, nornine quo supra, per traditioneni virge hostia- 
rii dicti parlamenti in officio instituit supradicto. 

(Jugés, X^» 10, fol. 363 v».) 

Samedi 28 février ^ 405. Aleaume Cachemarée, obligé de s'absenter 
pour aller exécuter un arrêta demande qu'il soit enregistré que 
c''est avec la permission du Parlement. 

Aleaume Cachemarée a requis qu'il soit enregistré que du congié 
et auctorité de la court il va au paiz de Pons de Gardilhac pour exé- 
cuter l'arrest de la court, ce qui lui a esté octroyé. 

(Matinées, X^^ 4787, fol. 79.) 

49 novembre 4348. Mandement du roi à Thomas de Choques, huis- 
sier du Parlement ; il devra payer à son collègue Guillaume Bote- 
veau ce qui lui est dû. 

Thome de Ghoquis hostiario etc., ad supplicationem Guillelmi 
Boterelli, hostiarii dicti parlamenti, mandamus tibi quatinus per dic- 
tam manum noslram solvas eidem Guillelmo quicquid sibi dcberi 
constiterit a tempore quo premissa fuerunt ad dictam manum nos- 
tram posita propter debatum motum inter procuratorem ducis et 
ducisse Brilanniae nepotis et nepte nostrorum nomine ipsorum ex 
una parte, el Aliéner Dervalle ex altéra, de vadiis per diem que ipse 
ex assignatione per ducem quondam Britannie sibi facta super reddi- 
tibus et pertinentiis dicli caslri percipit, scu percipere habet, et quic- 
quid eidem debebitur de vadiis predictis quandiu lu tcnebis prcdicla 
ad manum nostram predictam, solvas eidem terminis consuetis, et 
referendo quitanciam de hiis que solverisde predictis de tua recepla 
faciemus tibi deduci et in tuis compotis allocari. 

(Jugés, Xf3 12, fol. 284 v°.) 



384 

Ghanteloup, 27 avril ^35^. Lettres patentes du roi Jean nommant 
Jean de Beauvais huissier du Parlement à la place de Louis de 
Bruges^ décédé. — Réception du nouveau titulaire le \'J mai 
suivant. 

Johannes Dei gratia Francorum rex, universis présentes litteras 
inspecturis salutem. 

Notum facimus quod nos, contemplacione carissimi et fidelis con- 
sanguine! nostri ducis Athenarum, oficium [sic] hostiarii parlamenti 
nostri Parisius vacans ad presens per mortem Ludovici de Brugis 
Johanni de Belvaco exhibitori presencium damus et concedimus per 
présentes ad vadia et emolumenta consueta quandiu nostre placuerit 
voluntati-, mandantes dilectis eL fidelibus gentibus nostris presens 
parlamentum nostrum tenentibus ut dictum Johannem adiilud offi- 
cium recipiant, et more soiito instituant in eodem, sibique in hiis que 
ad dictum spectant offîcium tanquam hostiario dicti nostri parlamenti 
pareri faciant etintendi, et de emolumentis solitis responderi. Damus 
autem presentibus in mandatis receptori nostro Parisius, qui nunc 
est et pro tempore fuerit, ut sibi dicta solvat vadia terminis consue- 
tis sine difflcultate qualibet et alterius expectatione mandat! que, 
cum soluta fuerint per ostencionem transcript! presencium, cum lit- 
teris quitancie in ipsius receptoris compotis allocari volumus et man- 
damus sine contradictione quacumque. In cujus rei testimonium 
sigillum nostrum presentibus litteris duximus apponendum. 

Datum apud Gantumlupi , die xxvif aprilis anno Domini mille- 
simo CGC" quinquagesimo primo. 

Quibus litteris visis, dicte gentes nostre prefatum Johannem ad 
dictum offîcium receperunt et instituerunt more soiito in eodem. 
Prestito ab ipso Johanne de exercendo fideliter dictum offîcium jura- 
mento; sibique, in hiis que ad dictum spectant offîcium, tanquam 
hostiario dicti parlamenti pareri mandaverunt et intendi et de emo- 
lumentis solitis responderi. Datum, etc., xviFdie maii. 

(Jugés, Xia 13, fol. 39.) 

3 mars ^344. Mandement du roi à un huissier du Parlement, lui 
ordonnant de saisir la terre de Dongon (?) , d'en mettre la basse 
et moyenne justice sous séquestre, et de la faire administrer durant 
le procès. 

Mandamus et committimus tibi quatinus de predictis dictam ter- 



385 

ram Dongonni ressaisias, oX poslea ipsius mediam et bassam jiisLi- 
ciam ad maiium noslram Lanquam suporiorem ponas, et eam, 
durante lite, régi facias et gubernari secuiiduni oïdinacioiiem pre- 
dictam; tibi autem in hiis pareri volumus ab omnibus et man- 

damus. 

(Jugés, Xia 10, fol. 23 v°^) 

Mercredi 28 février -f38(). Négligence des huissiers. A l'ave?iir ils se 
partageront les bénéfices que leur valent les commissions dont ils 
se chargent et les actes qu'ils accomplissent. 

Au jour d'ui pour les faulles et négligences que les huissiers ont 
festes et font chascun jour en leurs offices, et pour les inconve- 
niens qui en sont advenu parce que souvantefoix est advenu que on 
ne trouvoit aucun huissier qui fust ou parc pour appeler, ne aucun 
qui fust à l'entrée du parc pour garder le guichet, ne aucun aussy 
qui fust à l'entrée, c'est assavoir au premier huys de Parlement, 
dont est avenu que la court souvantefoix a eu grant noise ou parc, la 
court a mandé les diz huissiers et leur a commandé et enjoint par 
leurs sermens que d'ores en avant il exercent leurs offices bien et 
dihgemment et plus que n'ont fait ou temps passé, ou autrement la 
court les en pugnira griefment, tellement que l'onneur de la court y 
sera gardé et sera exemple à tousjours. Et pour ce que aucuns d'eulx 
se douloient en disant que il se tenroient volentiers au premier huis 
de la dicte chambre et la garderoient bien diligemment, tellement que 
aucune noise ou tumulte n'y seroit, ne aultre inconvénient ne s'en- 
suirait de leur povoir, mais que la court leur pourveust, c'est assa- 
voir que tous les prouffis qui leur pevent competer de commande- 
mens a eulx fais ou commissions a eulx ordenées ou parc en la dite 
chambre feussent communs entre eulx. La court, tout considéré, a 
fait jurer les diz huissiers et chacuns d'eulx que d'ores en avant ils 
diviseront entre eulx raisonnablement et égaulment tous les prouffis 
et courtoisies dessusdictes, et ainsi l'ont juré les diz huissiers à gar- 
der d'ores en avant sans enfraindre. 

(X<M473, fol. 202 v»2.) 



1. Quelquefois le mandement s'adresse au premier huissier venu : « Primo 
« ostiario parlamenti rostri ad quem présentes littere nostre pervenerint. » 
6 mai 1348. — XIa 12, fol. 104 y. 

2. L'article 7 de l'ordonnance du 11 mars 1344 avait déjà ordonné ce partage. 



386 

-18 janvier UiS. Inventaire de la vaisselle d'argent appartenant à 
Pierre de Quesnes, seigneur de Gaunes, et confiée à la garde de 
l'huissier Robert Chaure. 

C'est Tinventoire de la vaisselle d'argent trouvée ou chastel de 
Rogy< par le bailli d'Amiens, appartenant à messire Pierre de Quesnes, 
seigneur de Gaunes, et apportée à Paris par Giles de la Croix et 
Colart Blondel, sergent du Roy ou dit bailliage d'Amiens, devers mes- 
seigneurs les commissaires. 

\. Primo, un estuy de cuir ou quel avoit un dragoir d'argent 
armoyé, aux armes des Quesnes, avec une cuiller d'argent pesant 
deux mars et demi, deux onces et xv esterlins d'argent. 

2. Item un autre petit dragoir d'argent armoyé comme dessus sanz 
estuy et sans cuUier, pesant deux mars et une once d'argent. 

3. Item un calice d'argent avec la platene et le cuiller sans estuy, 
pesant i marc, une once demie et cinq esterlins. 

4. Item I hanap a pie, a couvescle doré, ouvré de poinchonerie et 
a I esmail de fleur de bourrache, sans estuy et sans armoirie, pesant 
III mars xv esterlins. 

5. Item XII gobeles verez sans estuy et sans armoirie, pesans 
VIII mars et une once d'argent. 

6. Item xviii tasses d'argent, sans estuy, pesans xiiii mars, lonce 
et demie et v esterlins d'argent. 

7. Item I gobelet doré a couvescle couronné, ouvré de entailleure, 
et esmaillé au fons de la gesme Notre-Dame, sans estuy, pesant deux 
mars une once et xv esterlins. 

8. Item deux salières d'argent, sans estuy et sans armoieure, 
pesant vi onces vu esterlins. 

9. Item une esguière dorée de plain ouvrage, non armoyée, en 
I estuy de cuir, non armoyé, pesant un marc et demi et xv esterlins. 

^0. Item XXIII cuilliers et une fourquette d'argent sans estuy, 
pesant ii marcs ii onces et demie. 

\ \ . Item I gobelet doré, esmaillée et entaillé d'encolies au fons et 
1 couvescle là où il a esmaillé une biche qui sault d'un bois, estant 
en I estuy de cuir comme de calice, non armoyé, pesant m mars et 
demi once. 

-12. Item 1 autre gobelet à couvescle doré, entaillé à couronnes et 

1. Rogy (Somme), commune du canton d'Ailly-sur-Noye, arrondissement de 
Monldidier. 



387 

esmaillié au fons de diverses fleurs et de diverses couleurs, en un 
estuy de cuir non armoyé, pesant ii mars m onces et xiii esterlins. 

43. iLem i hanap, a pic et à couvescle doré et poinchonné, esmaillé 
a fleurs d'encolies, en i estuy de cuir armoyé des armes des Quesnes, 
pesant m mars demi et v esterlins. 

i/f. Item I autre hanap à couvescle couronné, doré, ouvré de 
poinchonnerie, esmaillié au fons de un capellet de fleurs de ne m'ou- 
bliez nue, en i estuy de cuir armoyé aux armes des Quesnes, pesant 
III mars et demi et xiii esterlins d'argent. 

io. Item I gobelet, à couvescle doré, de simple ouvrage, ou cou- 
vescle duquel avoit i glant doré, en i estuy de cuir non armoyé, 
pesant i marc m onces et xv esterlins d'argent. 

16. Item I autre hanap à pié doré, d'ouvrage de poinchonnerie, 
sans esmail, en i estuy de cuir non armoyé, pesant m mars ii onces 
et V esterlins d'argent. 

Autres biens receus du bailli d'Amiens : 

4 7, Une saincture de perles menues, de façon ancienne, et de petite 
value. 

\S. Une patrenostres de gest blanc ou jaune eni laz à houppes 
rouges. 

-19. Une bourse rouge brodée, vieille, à boutons d'argent. 

20. Un fermeillet d'argent, garni de perles et de verrières. 

21 . Un detier où il a i annel à i dyamant. 

22. Un autre annel d'or où il a i ballaisseau carré. 

23. Un autre annel ou il a une truquaise et y fault une pierre. 

24. Une verge d'or garnie de menues perles. 

25. Une autre verge d'or eschiquetée. 

26. Un autre annel d'or à i petit balaisseau sur le rond. 

27. Une autre petite verge d'or foible et vieille. 

Despense faicte par Andri d'Esparnon, receveur général, etc., par 
l'ordonance et command de messeigneurs les commissaires : 

Premièrement à trois sergens d'Amiens qui ont prins et fait ame- 
ner les biens vni 1. viii s. parisis 
Item au bailli d'Amiens xi 1. vni — 
Somme. xix 1. xvi — 
La vaisselle et joyaulx dessus dicts, déposez devers la court, par 
ordonnance d'icelle, par x\ndry d'Esparnon, ont esté baillez en garde 
quousque à Robert Chaurre, huissier de la dicte court, du consente- 
ment des parties. Le xviii^ jour de janvier M GCGG XII. 

(Matinées, X<> 4789, fol. 201.) 



388 



24 mai ^354. 31andement du Parlement ordonnant à l'huissier Jean 
de Beauvais de louer les ?naisons appartenant à Henri Guillaume 
ou à sa fetnme, et de les réparer avec les revenus du loyer. 

De par les genz tenant le Parlement du Roy, nostre sire, à Jehan 
de Biauvez, huissier dudit Parlement, salut. 

Nous vous mandons et commettons que toutes les maisons appar- 
tenans à Henri Guillaume et a sa famé, ou a l'un d'eulx, vous louez 
par la main de la court aus personnes qui vous les requerront et que 
vous verrez que bon sera; et les deniers des louiers que d'ycelles 
vous recevrez, mettez es reparacions nécessaires d'icelles maisons ce 
qu'il sera de nécessaire ; et se aucun demeurant y a avec tous les arré- 
rages, se aucuns en sont deuz, tenez les en la main de la dicte court 
pour tourner et convertir où il appartendra en lessant et tenant 
quittes ceuls qui les loueront par vous, paiant les diz louiers que 
louez les aurez. 

Escript soubz le seignet dudit Parlement le xxiiii^ jour de mai. 

(Jugés, X<^ 15, fol. 214.) 

5 juin -1355. Mandement du roi à Jean de Chezy, huissier du Par- 
lement, pour quHl aille à Laon mettre en liberté, sous caution^ 
Ermengarde de Ordelières, retenue dans les prisons de Vévêque 
de Laon. 

Johanni de Ghesiaco, hostiario parlamenti nostri, salutem. 

Ex ordinacione curie nostre tibi committimus et mandamus quati- 
nus apud Laudunum personaliter te transferas, et Ermengardim de 
Ordeleriis, alias de Roseriis, in carceribus dilecti et fîdeUs consiliarii 
nostri episcopi Laudunensis detentam, capias, ipsamque cum cau- 
cione abire permittas ; damus autem presentibus in mandatis omni- 
bus subditis et justiciariis nostris ut tibi in premissis pareant et inten- 
dant, prestentque tibi consihum et juvamen si sit opus. v» die Junii. 

Haies. 
(Jugés, X<=i 15, fol. 22 vo.) 



389 



Pbincipacx Huissiers du Parlement de ^292 a 4420. 

Simon de Mantes, huissier de la chambre des plaids en déc. A 292 ^ 

Pierre de Bucy, 22 mai i 822 

Collynet de Bellaymont, — — 

Jean d'Orléans, — — ^ 

Pariset, 40 juin 4322 

Guillaume l'Arbalétrier, — — ^ 

Nicolas de Cayeu exerçait sa charge dès le 23 déc. 4329 ^ 

Jean de Paris n'clail plus en exercice 20 déc. 4334 

Thomas de Choques lui succède 20 déc. 4 334 ^ 

Etienne de Trois-Moulins, 25 juin 4337 « 

Etienne de Bruges, — — ^ 

Jean de Fontaines, — — ^ 

Thomas de Choques, — — ^ 

Pierre Hérivier, 4338^*^ 

Thibaud Clément et Etienne de Bruges, 47 et 4 8juill. 4 039 <^ 
Guillaume le Marié, huissier d^laChambredesenquètes, 4 4 mars 4 340 '^ 

Simon du Boucher, décédé avant le 25 fév. 4 340^^ 

Pierre Baron, reçu en 4 340 ^^ 

Jean d'Orgeret, reçu en 4344 avant le 49 mars^^. 

1. L. Delisle, Restitution d'un volume des Olim, n" 823. Dans l'ouvrage de 
Géraud, Paris sous Philippe le Bel, on trouve, pp. 12, 21 et 30, les noms de 
quatre huissiers; étaient-ils huissiers du Parlement? 

2. Boutaric, Actes du Parlement, n" 6837 à 6840. 

3. Boutaric, op. cit., n" 6855. 

4. Jugés XIa 6, fol. 73. Il exerçait encore le 27 mars 1340 (XIa 8, fol. 89 v«). 

5. XIa 7, fol. 10 v". 

6. XIa 7, fol. 182. Etienne était mort avant le 31 mars 1351 (XIa 13, fol. 24 v), 
il devait à l'Hotcl-Dieu de Paris 12 1. 10 s. de rente annuelle pour une maison 
de la rue des « Provoires. » 

7. XIa 7, fol. 182. Etienne de Bruges était décédé en janvier 1350, son fils 
Louis de Bruges lui succéda (XIa 12, fol. 422 v). 

8. XIa 7, fol. 182 r". Il exerçait encore le 14 février 1346 (XIa 10, fol. 340). 

9. XIa 7, fol. 182. Il exerçait encore le 19 novembre 1348 (XIa 12, fol. 188 v"). 

10. Registres du greffe, XIa 8847, fol. 1 y". 

11. XIa, fol. 14 \\ 15. 

12. XIa 9, fol. 85 V. 

13. XIa 9, fol. 82. 

14. XIa 10, fol. 181. 

15. XIa 9, fol. 96 v. 



390 

Simon de Vendouaire, 22 juin -1342 ^ 

Jean Rose, 22 mars 1 344 ^ 

Hélie Antéaume ou Autelme 3-1 mars -13453 

Michel Dubois, 30 déc. J345^ 

Jean de Bucy remplace Jean Rose, destitué le 4 mai -1346 ^ 

Pierre le Blont, nommé le -19 janv. -1348 " 

JeandeGhézy, -18 févr. -1348^ 

Guillaume Boterel, 'l9nov. 1348^ 

Léger Warou, ^0 maH349 " 
Louis de Bruges remplace son père Etienne, décédé en janvier 4350^» 

Jean des Prés, 4 ^ mars ^ 330 ^ < 

Denis Herivier, -18avriH340^2 

Pierre Burnout exerçait le ^ juill. 1 330 '•'^ 

Jean de Beauvais remplace Louis de Bruges, -J7 mai -133^'-' 

Raoul de Nesles remplace Pierre le Blont, destitué le 27 juin ^33^ ^•' 

Alphonse Clerc succède à son oncle Raoul de Nesles 28 juill. ^ 33i ^^ 

1. XIa 9, fol. 247. On trouve un hameau de la Vandoire (Seine-el-Oise), com- 
mune de Sartrouville, et un autre, Vaudouer, dans la Manche, commune de 
Marcilly. 

2. XIa 10, fol. 24. Destitué le 4 mai 1346 et remplacé par Jean de Bucy 
(XIa 10, fol. 363 v°). 

3. XIa 10, fol. 184 r». 11 fut premier huissier (voir plus haut); il était mort 
avant le 26 juin 1365 (XIa 20, fol. 32); sa femme Jeanne était sœur de Gilles 
Troussevache. — Cet huissier avait une maison à Paris, rue Saint-Jacques, 
après le Petit-Pont, contiguë à celle de M" Jean Roger et à celle de Richard Con- 
vers (XIa 17, fol. 246, 6 mai 1362). 

4. XIa 8848, fol. 324. 

5. XIa 10, fol. 363 v°. 

6. XIa 12, fol. 182 V. Il fut destitué et remplacé par Raoul de Nesles, 
27 juin 1351 (XIa 13, fol. 61). 

7. XIa 12, fol. 92 \\ 

8. XIa 12, fol. 284. 

9. XIa 12, fol. 303. 

10. XIa 12, fol. 422 v». 

11. XIa 12, fol. 374 V et 392 v\ Il se retira le 22 janvier 1357 (XIa 16, 
fol. 304). 

12. XIa 12, fol. 390 v°. 

13. XIa 12, fol. 392 v°. Il exerçait encore le 2 septembre 1379 (XIa 1471, 
fol. 245 v°). 

14. Louis de Bruges était mort (XIa 13, fol. 39). 

15. XIa 13, fol. 61. Aux requêtes du palais, Jean de Lépine avait succédé 
comme huissier à son père, appelé aussi Jean {ibid., fol. 12 v°). 

10. XIa 13, fol. 105. Raoul de Nesles avait résigné sa charge en sa faveur. 



394 

Ravesson Duchesne, 31 janv. i 352 ^ 

Pierre Augustin succède à son oncle Pierre Baron, 21 nov. 1353^ 

Thibaud Yves succède à Jean des Fontaines le 28 janv. 4354^ 

Ravesson Ducliesne vend sa clmrge le 9 mai 4354 

à Oudart Fernique Barbier. 

Jean de Ghambli, — — ■• 

GeolTroi Gofin, successeur de Jean Dupré, 8 février 1357^ 

Pierre Dubois, 27juill. -1357^ 

Jean Sarrazin résigne au profit de Jean des Vignes, 2 sept. -1 357 ' 

François dVVunay, 3f mai '1358 ^ 
Hugues de Besançon résigne au profit de son fils Hugue- 

nin, le i\ août \3(i\^ 

Toussain de Maunbeville, destitué le 20sept. -136-1 ^" 

Renaud de Bavelincourt le remplace, — — 

Jean Garpenlier, 7 mars -1 362 ' ^ 

Pierre Auguier, 8 août i 362 ^^ 

Jean dit Bethléem, 24 fév. 4 364 < ' 

Jean Boileau, 30 avril 1 364 ^ ^ 

JeanWaure, -13 fév. -1366^5 

Jean Fauvel, 27 août -1 367 < « 

Jean Chevalet, 22 avril -1368^^ 

Jean le Moine, huissier de la Chambre des requêtes, 21 mai -1373^^ 



1. XI A 13, fol. 207 y°. 

2. Son oncle Baron avait résigné sa charge en sa faveur (XIa 15, fol. 164 v°). 

3. XIa 1G, fol. 155 v°. 

4. XIa 15, fol. 176. 

5. XIa 16, fol. 304. Il fut reçu le 13 février. 

6. XIa 16, fol. 324 v°. 

7. XIa 16, fol. 346 v\ 

8. XIa 10, fol. 471 v". 

9. XIa 17, fol. 27 v°. 

10. Id., ibid. Il était en fonction avant le 7 octobre 1360 (XIa 14, fol. 287 v). 

11. XIa 17, fol. 241 v». 

12. XIa 17, fol. 144. 

13. XIa 18, fol. 225 v°. 

14. XIa 18, fol. 120. 

15. XIa 1469, fol. 115. 

16. XIa 21, fol. 51. Fut premier huissier en 1373. Son testament fut enregistré 
au Parlement le 26 mars 1408. V. Tueley, Index chronologique des testaments 
enregistrés au Parlement de Paris sous le règne de Charles VI. 

17. XIa 21, fol. 357 \ . 

18. XIa 1470, fol. 19 v°. 



392 

Jean de la Porte résigne au profit d'Etienne le Fèvre, 23 juin -1373 ' 

Robert Ghaure, 8 juin 1374 ^ 

Guillaume Narjot, ^8 mai 1375 ^ 

Michel Gobin, huissier des requêtes du palais, S cet. ^377 •* 

Richard Picot, je' juin -1380^ 

Pierre Belle, -l^^juin ^380 

Gaucher le Sénéchal, 14 nov. ^382^ 

Jean Lasne, 25 nov. ^382^ 

Guillaume de Lépine, 4 déc. ^382 ^ 

Aleaume Cachemarée, nommé en ^393 ^ 

Jacques Hémon, huissier des requêtes du palais, 9 fév. 1396 i» 

Raoul Lenoir, 24 avril 1 397" 

Jean Duchatel, huissier des requêtes du palais, 4juillet^392l- 

Gobin des Ponts, 2^ juin -139813 

Raoul de Guerges, reçu le 7 sept. -140i ^^ 

Thomas Raat, 2 mars 1401 «^ 

Guillaume de Buymont, 22 avril i 402 ^^ 



1. XI A 23, fol. 93 V. Le Fèvre mourut avant le 24 avril 1397 (XIa 4784, 
fol. 335). 

2. XIa 23, fol. 309. Fut premier huissier en 1401 (XIa 48, fol. 59). 

3. XIa 24, fol. 57 v». 

4. XIa 27, fol. 138. 

5. XIa 1473, fol. 5. Belle exerçait encore le 12 février 1412 (XIa 4789, 
fol. 2-21 v). 

6. XIa 32, fol. 1 v°. 

7. XIa 32, fol. 8. 

8. XIa 37, fol. 184. 

9. Cachemarée avait été procureur du roi au bailliage de Caen, en 1385, et 
clerc-criminel au Châtelet de Paris (24 juillet 1389) ; il mourut en mai 1426 
(Ant. Thomas, les Étais provinciaux de la France centrale sous Charles VII. 
3" partie, notices biographiques. Paris, Champion, 1879, in-8''). (Duplès Agier, 
Introduction au registre criminel du Châtelet de Paris du 6 septembre 1389 
au 18 mai 1393). 

10. XIa 4784, fol. 55 v°. 

11. XIa 4784, fol. 335. 

12. XIa 4784, fol. 370. 

13. XIa 45, fol. 161. 

14. XIa 1478, fol. 35. Après la résignation de Colin Fournier, Raoul eut aussi 
la charge de portier de la première porte du Palais. Ses prédécesseurs avaient 
été : Hugues de Besançon, son fils Huguenin, Jean de la Porte, Etienne le Fèvre, 
Jean Baillet, Jean Moreau et Colin Fournier (XIa 48, fol. 234). 

15. XIa 4785, fol. 317. 

16. XIa 4786, fol. 106. 



393 

Jean Mainsnier, 22 mai U.02 ^ 

Pierre Ëigart, . 2^ juill. ^14022 

Pierre Noe, 23 mai 4406 3 

Enguerrand de la Porte, 2 avril \AiO ^ 

Adam des Vignes, 44iO ^ 

Simon Foucaud, \ 9 août UH'^ 

Nicolas Romain, vendredi \2 fév. 4442' 

J. Danviller, — — 

Guillaume Yaloe, samedi 40 déc. 4412^ 

Jacques de Buymont, samedi 20 janv. J 4 < 4 '^ 

Golart du Ru, ordonnance du 4 août U\H ^^ 

Geoffroi de Moulins, ordonnance du 4 août \AiS 

Jacques de Gremery, — — 

Denis des Guez, — — 

Guillaume le Vuk, — — 

Jacques Raat, — — 

1. XIa 4785, fol. 355. On trouve aussi les formes Maisnier (XIa 8302, 
fol. 232 v) et Maignier. 

2. XIa 49, fol. 168. 

3. XIa 1478, fol. 314. Il était mort avant le 19 janvier 1408 (XIa 1478, fol. 37). 

4. Douët d'Arcq, Inventaire des sceaux, n" 4416. 

5. H. -François Delaborde, op. cit. 

6. XIa 1479, fol. 169 v°. 

7. XIa 4789, fol. 221 v°. Jean Danviller fut premier huissier le 4 août 1418, 
quand la faction bourguignonne reconstitua le Parlement (Ordonn., t. X, p. 464). 

8. XIa 4789, fol. 359 V. 

9. XIa 4790, fol. 33. 11 avait un frère, Robert de Buymont, sergent à cheval 
du ChAtelet [Ibid.). Le 4 août 1418, il fut établi huissier de la Chambre des 
enquêtes. 

10. Ordonn., t. X, p. 464. 



26 



UN ADVERSAIRE INCONNU 

DE SAINT BERNARD 



ET 



DE PIERRE LOMBARD 

NOTICE 

SUR UN MANUSCRIT PROVENANT DE LA GRANDE -CHARTREUSE. 



I. 

Les historiens de la philosophie scolastique ont fait à plus d'une 
reprise le récit de la lutte qu'engagea, vers le milieu du xif siècle, 
saint Bernard contre le célèbre évéque de Poitiers Gilbert de la 
Porrée^ Cette controverse fameuse ne doit être considérée que 
comme un incident assez ordinaire dans la vie de l'Église catho- 
lique : on sait, en effet, qu'à diverses époques des esprits distin- 
gués , pour expliquer le mystère de la Trinité , ont franchi les 
limites de l'enseignement chrétien et que l'autorité doctrinale a 
dû les y ramener. Les uns, frappés davantage de l'idée d'unité, 
avaient, comme jadis Sabellius, nié la distinction des personnes ; 
d'autres, avec Arius, plutôt que d'admettre l'égalité des personnes, 
avaient fait du Père le Dieu suprême et ne considéraient le Fils 
que comme le premier-né de toutes les créatures : Gilbert, qui 
passait pour l'un des hommes les plus cultivés de son siècle^, 

1. Voir en particulier B. Hauréau, Histoire de la philosophie scolastique, 
première partie, p. 447. 

2. Voir le térnoigaage d'un contemporain, auteur de l'Historia pontificalis, 
Pertz, XX, 522. 



395 

n'avait évité ces erreurs que pour tomber sur un autre écueil : 
exagérant l'idée de trinité aux dépens de l'idée d'unité, il fut 
amené à enseigner un système que l'on accusa à bon droit d'être 
tritliéiste, sinon en un certain sens polythéiste. 

Une Divinité qui ne se confondrait pas avec Dieu ; des personnes 
divines si complètement distinctes les unes des autres qu'elles ne 
s'uniraient que par une forme commune, tirée de la Divinité ; ces 
personnes elles-mêmes distinctes de leurs perfections, tels étaient 
les points principaux de l'enseignement de Gilbert ; il n'était point 
difficile d'y reconnaître l'application de la théorie réaliste qui dis- 
tinguait Dieu de la Divinité, comme elle avait distingué l'homme 
de l'immanité. Pas n'est besoin de longs discours pour montrer 
le péril que de telles propositions faisaient courir au dogme du 
Dieu unique et personnel qui est la base du christianisme. Certes 
il n'eût pas fallu s'avancer loin dans cette voie pour que la doc- 
trine chrétienne se trouvât transformée en une théorie philoso- 
phique assez semblable à ces systèmes compliqués et obscurs que 
l'Orient n'a jamais cessé d'engendrer : tout au moins eût-on dis- 
tingué en Dieu quatre clioses, la substance et les trois personnes ; 
peut-être, grâce à la distinction réelle que l'on établissait entre 
Dieu et ses perfections, serait-on arrivé à enseigner l'existence, 
non seulement d'une quaternité, mais, suivant l'expression de 
saint Bernard, d'une centénité^ 

L'abbé de Clairvaux, qui jadis n'avait point ménagé Abélard, 
ne se laissa arrêter ni par la science ni par l'autorité de Gilbert ; 
il le poursuivit jusqu'à ce qu'il eût réussi à obtenir la condamnation 
de ses doctrines lors de la tenue du concile réuni à Reims en 1148, 
sous la présidence du pape Eugène III. Les divers récits qui nous 
ont été conservés ne sont pas d'accord sur la portée des décisions 
de cette assemblée^ ; le document que je signale plus loin contient, 
comme on le verra, la version des partisans extrêmes de l'évêque 
de Poitiers. Gilbert discuta savamment ; théologien d'une érudi- 
tion consommée, il tira parti de toutes ses ressources ; politique 
habile, il profita des sentiments de jalousie qu'inspirait à une frac- 

1. Verbi causa ilicimus magaum, bonuni, jusUira et iiinuraera talia, sed nisi 
oninia unum in Deo cl cuin Deo considères, liabebis muitiplicem Deuni. » S. 
Bernard, De consideratione, V, 7. Et encore, dans ce chapitre : « Multa dicun- 
tur esse in Deo... scd m^ilta unum. Alioquin, si diversa putamus, non quaterni- 
latem habemus sed centenilatem. » 

2. Cf. Hauréau, op. cit., pp. 474 et ss. 



396 

tion du clergé, notamment à la majorité des cardinaux, l'ascen- 
dant de saint Bernard sur le pape et sur l'Eglise de France. Il sut 
ainsi se disculper d'imputations fausses et atténuer la gravité du 
coup dont il était menacé ; il finit d'ailleurs par se rallier à une 
profession de foi rédigée sous l'influence de saint Bernard et 
observa jusqu'à sa mort, survenue en 1154, le silence qui lui avait 
été imposé sur ces questions. 

Toutefois, les partisans de Gilbert (ils étaient plus ardents que 
nombreux) ne prirent pas facilement leur parti de la condamna- 
tion de leur maître. Saint Bernard, dans un de ses sermons sur 
le Cantique des Cantiques, leur rappelle les décisions qui 
réprouvent l'enseignement de Gilbert : « A Dieu ne plaise que 
l'Eglise catholique consente jamais à admettre une chose par 
laquelle Dieu soit et qui ne soit pas Dieu. » Le saint abbé conti- 
nue en ces termes : « Je ne parle pas contre l'évêque de Poitiers, 
car dans ce concile il s'est humblement soumis à la sentence des 
évêques et a lui-même formellement condamné ces propositions 
et d'autres dignes de censure. Je parle pour ceux qui, contraire- 
ment à l'interdit apostolique promulgué dans cette assemblée, 
copient et lisent ce livret s'obstinent à suivre cet évêque en des 
idées qu'il a abandonnées et préfèrent en lui le maître qui enseigne 
l'erreur au maître qui leur apprend à se corriger*. » 

La petite église des disciples de Gilbert de la Porrée devait 
survivre à son chef comme à saint Bernard ; elle existait encore 
à la fin du xii"" siècle et n'avait point cessé de lutter pour esquiver 
les condamnations doctrinales dont elle avait été frappée et pour 
renvoyer à ses adversaires l'accusation d'hérésie. Les preuves de 
ce fait étaient maigres et rares ; le hasard des recherches que j'ai 
été appelé à faire dans les manuscrits de la Grande-Chartreuse, 
déposés à la bibliothèque de Grenoble, m'a révélé un témoignage, 
que je crois encore inconnu, de l'activité et de l'obstination des 
partisans de l'évêque de Poitiers. Si l'on veut bien se rappeler de 
quelle importance ont été les controverses trinitaires pour déter- 
miner la notion de Dieu, on trouvera peut-être qu'il n'était point 
inutile de signaler l'existence de ce document : les maîtres de 
l'histoire de la philosophie diront si cette publication ajoute 

1. Sans doute le commentaire de Gilbert sur le traité De Trinitate du pseudo- 
Boèce. Cf. Pairol. Latina, LXIV, 

2. In cantic, sermo LXXX. 



397 

quelques lumières à celles que nous possédons sur le mouvement 
intellectuel et les préoccupations théologiques du xii° siècle. 

IL 

On conservait au xvii" siècle à la Grande-Chartreuse un manus- 
crit contenant, entre autres choses, plusieurs œuvres de Florus, 
le diacre lyonnais contemporain de Charles le Chauve, notam- 
ment son traité de la messe et son commentaire sur les épîtres de 
saint Paul, qui n'est qu'une compilation d'extraits empruntés 
aux Pères de î'Eghse. Sirmond, qui dès 1612 entretenait des rela- 
tions scientifiques avec les religieux de la Chartreuse, avait tiré de 
ce manuscrit des fragments de saint Avit de Vienne qu'il avait le 
premier hvrés au puhlic^ Plus tard, en une circonstance qu'il ne 
m'a pas été possihle de préciser, Sirmond vint en Chartreuse, étudia 
le manuscrit de plus près et exprima le désir de le posséder. C'est 
alors que les chartreux se décidèrent à lui faire hommage du 
précieux texte; dom Juste Perrot, prieur de la Grande-Char- 
treuse, fit détacher du manuscrit les œuvres de Florus qu'il adressa 
au savant jésuite par l'intermédiaire du prieur de la Chartreuse 
de Vauvert. Sirmond y trouva des fragments inédits de saint 
Fulgence qu'il publia en 1643 sous ce titre : Eoccerpta Fui- 
gentil contra Fahianum^. 

Qu'est devenu le manuscrit de Florus ? Je laisse aux érudits le 
soin d'en rechercher le sort ; il ne me paraît pas figurer dans le 
catalogue des manuscrits qui formaient une part si importante de 

1. Cf. Bellarmin-Labbe, De scripioribus ecclesiasiicis , I, 170 (édition de 
Paris, 1660). 

1. Une note écrite par un chartreux sur la première garde de la partie dii 
manuscrit demeurée à la Chartreuse nous apprend f[ue le P. Sirmond « avoit 
demandé ce manuscrit lorsqu'il vint en Chartreuse au temps que le Roy vint à 
Grenoble. Cela est, ajoute l'annotateur, dans une des lestres du R. P. D. Juste 
Perrot. » Ce renseif^nement ne s'accorde pas facilement avec les faits : Louis XIII 
vint à Grenoble en 1629 et 1630, mais alors Sirmond, n'étant pas sou confes- 
seur, ne suivait sans doute pas la cour. Il était vraisemblablement confes- 
seur du roi en 16i'2, quand Louis XIII revint par la vallée du Rhône de l'ex- 
pédition de Catalogne. Est-ce alors que Sirmond quitta le cortège royal à Valence 
ou à Lyon pour venir en Chartreuse? Cela coïnciderait bien avec la date de 
l'édition des Excerpta Fulgeniit, publiée en 1643, mais il ne parait pas que le 
roi soit venu à Grenoble a cette époque. On voit la difficulté, peut-être causée 
par une méprise de l'annotateur chartreux. 



398 

la bibliothèque des jésuites du collège de Clermont ; on sait que 
cette collection fut vendue lors de la suppression de l'ordre. L'autre 
partie du manuscrit, qui n'avait pas été envoyée à Sirmond, figura 
jusqu'à la Révolution dans la bibliothèque de la Grande-Char- 
treuse sous le n" 173; elle constitue maintenant le n° 1085 des 
manuscrits de la bibliothèque de Grenoble ^ . Le premier des traités 

1. Écriture du xiii" siècle. Parchemin, 135 feuillets, plus à la fin dix feuillets 
en papier blanc remplaçant évidemment des feuillets coupés : on voit aussi que 
des feuillets ont été enlevés au début du manuscrit; 212 sur 150 millimètres; 
initiales à l'encre rouge, rubriques pour l'indication des chapitres et les noms 
des auteurs cités. Reliure en basane, du xvii' siècle. Sur la première garde, on 
trouve des notes des bibliothécaires de la Chartreuse au xvii" siècle, et en écri- 
ture du xiii-^ siècle, très analogue à celle du manuscrit, la lettre suivante, d'où 
l'on peut inférer que le ms. appartenait déjà aux Chartreux au xiii^ siècle. 
« Dilectissimo suo dulcissimo G. pauperculo Cartusie novicio frater A., jugum 
Christi suaviter sentire et onus ejus usque ia finera portare cum araore. Sit 
nomen Domini benediclum, qui vos vocavit ia admirabile lumen suum. Quid 
retribuetis Domino pro omnibus que retribuit vobis ? Cum enim seculum vobis 
rideret, quis posuit in visceribus vestris ut risum deputaretis errorem et gau- 
dio diceretis; quid frustra decipis? Quis fuit ductor itineris vestri ut vos 
adduceret in montera, nisi spiritus Domini? Ille namque veraciler ascendit in 
montera, qui vitara proponit arduam tenere et propter verba Dei vias duras 
custodire. Sit igitur apud vos gloriosum pariter et jocundum abjeclum esse in 
domo Dei vestri et recumbile in novissirao loco, ut cum veneril qui vos voca- 
verit dicat vobis : Amice, ascende superius. Sapienter fugit naufragia qui tendit 
ad hurailitatis portum. Et quid opus est plura dicere? Benedictio Domini super 
caput vestrum, qui enim, credimus, ante vos Deum et post tergura posuistis secu- 
lum; et vestris oralionibus nos pariter coramendamus. » Un chartreux du xvii° s. 
suppose que cette lettre a pu être écrite par Armand , profès de Portes ou de quelque 
maison de Bourgogne, qui fut ensuite prieur de la Chartreuse de Silignac, où il 
mourut en 1220, après avoir été l'ami de saint Hugues de Lincoln. Je n'ai ni à 
défendre ni à combattre cette hypothèse ; au surplus celle lettre me semble ne 
fournir aucun renseignement sur l'auteur du Liber de vera philosophia. 

Le Liber de vera philosophia commence au fol. 3 de la pagination actuelle : 
« Incipit liber de vera philosophia. Vila cujus libet est summum bonum, sicut 
mors cujuslibet est sumraura malum ; » tel est le début du prologue. L'ouvrage 
comprend douze parties, qui seront énumérées ci-dessous; la douzièrae est le 
résuraé de la Colleciio auctoritatum, dont j'aurai occasion de parler. Suit, au 
fol. 100 v°, une autre collection d'extraits des Pères sur la Trinité, qui semble 
ajoutée au Liber ; elle commence brusquement par ces mots : « Itéra Flores 
prime partis collecte. Boetius libro de Trinitate; in universalibus pars dici non 
potest... » La seconde partie de cette collection s'ouvre, au fol. 102 r", par ces 
mots : « Flores ultime partis collecte ; Rabanus super Genesim. In principio 
Genesis primitus misterium Trinitatis agnoscilur... » Les feuillets 110 et 111 
sont remplis de citations sans ordre apparent, d'une autre écriture. A partir du 
feuillet 112, le manuscrit ne comprend plus que des sermons anonymes, sans 



399 

que l'on y trouve est une œuvre anonyme, intitulée Liber de 
vera philosojjhia, transcrite par un scribe qui écrivait vers 
l'an 1200. C'est sur ce traité que je voudrais attirer l'attention du 
lecteur : c'est pourquoi j'essaierai de donner quelques renseigne- 
ments tant sur l'auteur anonyme que sur les caractères de son 
œuvre. 

m. 

L'auteur de cet ouvrage est évidemment un supérieur ecclé- 
siastique, probablement un abbé qui écrit pour l'instruction de 
ses moines ; en effet, il nous l'indique par ces mots : 

« Omnis homo semper débet tota mente exquirere quis eum 

fecerit, et ad quid et de quo ; unde prelatis omnibus ecclesia- 

rum precipue a Deo injunctum estquod rudes semper hec doceant 
et prudentes ad hec exerceant. Inde est quod sic facere modo et 
nos licet minus periti, intendimus^ » 

L'œuvre a été écrite après 1179, date du concile de Latran, qui 
y est mentionné en un passage que j'aurai l'occasion de citer plus 
bas 2. L'auteur nomme comme des contemporains les écrivains du 
XII'' siècle, Abélard, saint Bernard, Guillaume de Couches, Pierre 
Lombard ; il connaît l'histoire des doctrines de cette époque ; on 
peut donc conjecturer qu'il appartient à la génération arrivée à 
la maturité au plus tard vers 1160 et qu'il a dû écrire entre 1180 
et 1190, plutôt au commencement qu'à la fin de cette période. 

A quelle région appartenait notre auteur? Là-dessus nous avons 
quelques indices : dans l'énumération des faits surnaturels qu'il 
invoque à l'appui du dogme de la présence réelle, il semble pré- 
férer ceux qui se sont produits dans le Midi, par exemple à Saint- 
Gilles et à Narbonne ; de plus, il nous apprend qu'il était en rela- 
tions d'amitié avec un chanoine de Saint-Ruf ; enfin il voyagea 
en Espagne et fut aux environs de Valence témoin d'un miracle 

ordre méthodique. Voici Yincipit du premier : « Diligite jusliciara qui judica- 
tis terram. Quid est diligere justiciam nisi diligere Christum...? » Voici l'incipit 
du dernier : « Sioii in judicio redimetur et reducent eam in justiciam. Syon 
ea est que apeculari debemus, alla, profunda et dulcia Dei... » 

Au Liber de vera pliilosophia ont été ajoutés dans les marges et dans les 
blancs de très nombreux renvois et de nombreuses notes en une écriture du 
xiii° siècle. 

1. Fol. 31 r. 

2. Voir ci-dessous page 415. 



400 

eucharistique*. Il paraît donc légitime de conclure que l'écrivain 
inconnu était un abbé de la Provence, ou, plus vraisemblable- 
ment encore, du Languedoc. 

A coup sûr, il était très savant ; on en peutjugerpar la variété 
de ses citations. S'il connaissait bien les lettres profanes, il n'était 
pas moins versé dans l'étude de la littérature sacrée. Ses péré- 
grinations dans les pays d'Orient l'avaient mis en contact avec 
les Grecs, de l'opinion desquels il se préoccupe toujours; aussi 
cite-t-il saint Athanase, saint Ghrysostome, Didyme, saint Gré- 
goire de Nazianze, Théodoret, Sophronius, saint Jean Damas- 
cène, à côté des Pères de l'Eglise latine, saint Augustin, saint 
Grégoire, saint Jérôme, saint Hilaire, saint Ambroise, saint 
Léon , saint Fulgence , Boèce , Cassiodore , Bède le Vénérable , 
etc.; il n'ignore d'ailleurs ni les lettres des papes, ni les décisions 
des conciles ; il connaît la polémique que soutint au commence- 
ment du xn'' siècle, contre les docteurs de Byzance, l'archevêque 
de Milan, Pierre GrosulanS au sujet de la procession du Saint- 
Esprit. Toutefois, malgré cette immense érudition, il tient en 
défiance la science humaine, surtout la science contemporaine. 
S'il dit en un passage : « Religionis et fidei sectande caput est 
historia et philosophia^, » il ne manque pas, en d'autres endroits, 
de rabattre les tendances rationalistes de la science mondaine : 
« Sapientia hujus mundi stulticia est apud Dominum ; item pru- 
dentia carnis mors est, quia naturas rerum sequitur, et nichil 
putat Deum posse prêter quod in naturis rerum videt"*. » Au sur- 
plus, c'est un esprit vigoureux, mais étroit^ ; il s'est enfermé dans 

1. Fol. 52 r°. 

2. Fol. 79 r. 

3. Fol. 29 T". 

4. Fol. 8 y. 

5. Il donne parfois de singuliers arguments, qui décèlent une pensée originale. 
En voici un exemple : quand il distinguait de Dieu les attributs divins, on lui 
objectait : Dieu n'a donc pas été seul de toute éternité, puisque ses attributs 
existaient avec lui. Voici ce qu'il répond : « Ego autem miror viros sapientes 
hanc impericiam pro ratione posuisse, quia si hoc est verum quod dicunt, nichil 
est solum in mundo tolo, nec fuit, nec erit unquam. Unde secundum eos men- 
tiraur quoties dicimus religiosos solitarios solos habitare in cellulis quia soli- 
tarii dicuntur, quia forte catus, vel mus, vel aragnes, vel pulex, vel pediculus, 
vel verrais in ventre, vel vestis in dorso, vel capilli, vel cicalrix, vel corona, 
vel calviciura, vel pes, vel albedo in oculo, vel aliquis lapis, vel ligna, vel 
tegule, vel ostium, vel proprietas aliqua sive sua sive cellule sue sive cujuslibet 
alterius est in dorao cura eis. » Fol. 77 r°. 



404 

une petite école qui n'a point d'avenir et accepte sans hésiter l'ex- 
trémité où il se trouve réduit de frapper d'anathème l'immense 
majorité des hommes de sa génération. 

IV. 

Le but qu'il se propose avant tout, c'est de faire connaître la 
vraie foi tombée dans un oubli presque universel. Là-dessus il 
s'expUque nettement dans son prologue. 

Après avoir étabh l'importance delà philosophie, qui, en faisant 
connaître Dieu, assure aux hommes la vie éternelle, il continue en 
ces termes : « In hac ergo vita a nobis cognoscendus est Deus, 
saltem perfidemcum non possimus per speciem. Quare et in hac 
philosophia semper omnes debemus intendere si mortem eternam 
volumus evadere et vitam eternam acquirere, quam nullo modo 
aliter possumus obtinere. Hoc autem cum aliqnibus familiaribus 
meis diligentissime persuaderem, responderunt hoc verum esse, 
sed vix aut numquam fieri posse ut fidem rectam aliquis de Deo 
possit habere, et non recta facit hereticum et sacrilegum esse. 
Nam de fide recta nulli sanc'.orum adhuc leguntur seriatim scrip- 
sisse quicquid fuerat nobis necesse*. » 

Sans doute, on a bien écrit des traités sur des sujets particu- 
liers, mais ils sont trop nombreux pour que les fidèles puissent 
trouver le temps de les lire ou triompher de l'ennui qu'ils inspirent. 
Ce qu'il faut, c'est un abrégé solide de la doctrine. On a tenté de 
l'écrire, mais en vain : « Hoc tamen nonnulli modernorum conati 
sunt facere, quorum quidam non satis exercitati, in multis con- 
vincuntur errasse, tum ex eo quod ex suo multa suspitiosa visi 
sunt addidisse, tum ex eo quod dicta sanctorum ahter quam se 
haberet intellectus auctorum creduntur interprétasse ; unde tan- 
tum scisma inter ipsos modernos, etiam Latinos, exortum est, ut 
alii ahos ad invicem scribendo improbent hereticos. His igitur 
obstaculis a fide recta prepedimur, et cui parti favere debeamus 
penitus ignoramus^. » 

L'auteur a donc formé le projet d'écrire un livre court et pré- 
cis qui soit une réponse à tant d'âmes qui se demandent : où est 
la vraie foi? que faut-il croire? Déjà le prologue manifeste une 
défiance profonde à l'égard des opinions généralement reçues et 

1. Fol. 3 r». 

2. Ibid. 



402 

des doctrines émises par les contemporains dans leurs écrits. 
Cette tendance, comme on le verra, ne fera que s'accentuer 
dans la suite du traité. 

V. 

L'œuvre est divisée en douze parties. Voici en quels termes le 
plan est indiqué dans le prologue : 

Petimus ergo (ce sont les disciples qui parlent) ut... nos instruas 
quo modo Deus est trinus et unus (i) ; indè de Incarnatione Verbi (ii) ; 
indè de corpore de sanguine Domini (m) ; deindè ne sophiste garruli 
nos in alique conturbent, si que aucloritates predicte doctrine videan- 
tur obviare, eas addas et per alias auctoritates ad concordiam com- 
pendiose reducas (iv : de concordia contrarietatum predictarum). 
Postea modernis ex senlentia sua, non ex auctoritatibus sanctorum 
recte fidei resistentibus auctoritates eos redarguentes opponas ; pre- 
terea ipsas auctoritates quibus ad fovendum errorem suum abutun- 
tur ipsi moderni ponendo per alias auctoritates exponas et errorem 
eorum aperiendo destruas (v : ulrum natura divina sit persona) ; 
manifestatio Sabelliane lieresis, que hodie ferè ubique régnât, et explo- 
ratio auctoritatum que imperitis videntur eis favere (yi). Inde Grecis 
mentienlibus quod Spiritus Sanctus non procedit a Filio, qualiter 
obviemus non pretermitlas (vu : de processione Spiritus Sancti 
contra Grecos). His quoque qualiter Judeis opponamus vel respon- 
deamus inseras ; ad cautelam quoque nostram docere ne différas quid 
sit hereticum esse (vin : quomodo sit disputandum cum paganis, 
.Tudeis, Manicheis, Arrianis, Sabellianis) ; (ix :) que et quot sunt here- 
ses. Moderni quoque si qua docuerint que possint slmplicitatem 
fidei in aliquo lurbare, rogamus ut ea quoque ne différas notare (x : 
que videntur suspitiosa in scriptis modernorum). Post modum vero 
de membris Domine subjungas (xr : de membris Domini, contra 
antropomorphitas). Ad ultimum, quia copia librorum ex quibus pre- 
dicte auctoritates sumpte sunt non facile potest legi vel etiam haberi, 
ne vim alicui aucloritati videaris fecisse, compendiosamcollectionem 
aliquarum auctoritatum predictam doctrinam corroborantium con- 
cordando, more librorum jurisperitorum, rogamus, adnectas (xii : 
de coUectione auctoritatum) • et sic per xii partitiones omnia isla 
discernas, ut, cumin qualibet earum querere necesse videatur, facile 
inveniatur ^ , 

1. Fol. 3 r°el v. 



403 

VI. 

On a pu le voir par quelques expressions, l'auteur est hanté 
par cette idée que partout l'hérésie sabellienne triomphe et que 
bientôt elle fera disparaître la véritable foi. Ecoutez-le plutôt : 

Sabellius enim jam resuscitatus modo ubique fere régnât, qui ab 
orbe universo quasi Icprosus olim ejcctus fucral, quod heresim sce- 

leslissimam predicabal ; modernis vero temporibus... suscilavit 

SabelhuQi diabolus et dcdit ei rogna omnia mundi ut sua confusione 
ubique predicando et incessanler omnes secum trahal ad Tarlara... 
Inde est quod Judei facti sunt Sabelliani, sic et gentiles ctiam uni- 
versi necnon omnis fere Ghristianus, et ut videtur, speciaUter omnes 
Latini-, quod ut iterum complealur quod scriptum est : Confundam 
sapientes in sapientia sua, omnes fere qui huic mundo videnlur esse 
sapientes diabolus venenala sue potionis confusione inebriavit; quod 
nisi confusionem Sabellii, cum de fide Dei agatur, nullus fere eorum 
docere vel loqui novit. Inde etiam est ad cumulum confusionis tocius 
generis humani quod facti sunt hoc tempore universi SabelUani, cura 
olim non nisi unus fuerit qui banc zizaniam superseminaveril^ que 
et semen et messem Dei pêne totam hoc tempore sufFocat ne fruclus 
débites reddat; hn enim etsi non sint Sabellius in persona, sunt 
in spiritu et in hercsi Sabelliana. Inde quoque et illud est malorum 
omnium pessimum quod si quis forte perrarus est catholicus, pre 
muUitudine, pré polencia, pre mundana scientia non audet eiseciam 
in verbo uno obviare, timens ne, si eis dispUceat, graciam eorum et 
etiam forte se ipsum amiltat, plus metuens homines aut verens quam 
Deum^. 

Aussi, s'il combat juifs, manichéens et ariens, c'est aux sabel- 
liens que notre écrivain inconnu réserve tout le poids de sa polé- 
mique; il accable d'invectives les philosoplies et les savants qui, 
d'après lui, sont conjurés pour propager cette hérésie. Il leur 
reproche de falsifier les écrits des saints Pères pour appuyer leurs 
erreurs ; voyez avec quelle vivacité il s'en prend aux auteurs, si 
nombreux au xii^ siècle, de livres de Sentences : 

In hac secta discipulos erroris gignunt qui et ipsi magislri hujus 

1. Allusion qui parait r.e rapporter à Abélard. 

2. Fol. 62 f el v°. 



404 

erroris fere omnes hodie sunt; errorem enim suum nomine Sententie 
palliant, qui olim a sanctis doctoribus heresis et secta et scisma et 
supersticio dicebatur; sicque périt orbis universus propler negli- 
gentiam inquirende veritatis dominice fidei que ex culpa nascitur 
magistrorum populi : qui cum lux debentesse episcopi, fuerint ténèbre. 
Nam omnes pêne tam ceci facti, omnes cecos factos post se trahunt; 
unde omnes précipites in foveam cadunt ^ . 

C'est pour porter remède à cette lèpre répandue partout que 
l'auteur tente de montrer l'identité des erreurs modernes avec 
l'hérésie sabellienne ; il espère ainsi rappeler à la raison et à la 
foi ceux qui, par ignorance ou par calcul, ne cessent de s'en éloi- 
gner. A vrai dire, tel est le but réel de son œuvre. 

Après avoir exposé les croyances des sabelliens de l'antiquité, 
il résume à sa manière la doctrine des modernes : 

Moderni multi jam scripserunt permulla et prolixa valde volumina 
quod tota Trinitas, scilicet Pater et Filius et Spiritus Sanctus, est una 
numéro substantia simplex, et quod natura divina, scilicet Divinitas, 
que una tantum numéro est, Deus est; et quod hec eadem est Pater 
et Filius et Spiritus Sanctus. Item scripserunt quod Pater et Filius 
et Spiritus Sanctus est unum numéro, et quod unus Deus est et Pater 
et Filius et Spiritus Sanctus, et quod una substantia est et Pater et 

Filius et Spiritus Sanctus Item scripserunt quod très persone 

non sunt tria, et quod proprietates quibus ipse persone distinguun- 
tur a se invicem sunt ipse persone. Item scripserunt quod divina 
natura que una est numéro est Pater et Filius et Spiritus Sanctus, 
et quod hec est incarnata; item sicut Deus est ita et unus est^ item 
quod quidquid est in Deo Deus est ^. 

VII. 

L'auteur du Liber de veraphilosophia s'acharne à combattre 
toutes ces propositions comme liérétiques ; cependant il ne peut 
écarter de son souvenir les décisions de Reims, ouvertement con- 
traires à sa propre opinion, et la profession de foi de saint Ber- 

1. Ibid. 

2. Fol. 63 r. Cette dernière proposition : Quicquid est in Deo Deus est, est 
celle que l'auteur combat avec le plus d'énergie et qui lui semble résumer l'en- 
semble de doctrines qu'il appelle sabelliennes. 



405 



nard et des évêques français, si manifestement favorable aux doc- 
trines qu'il réprouve. Aussi, pour paralyser l'argument qu'en 
peuvent déduire ses adversaires, il raconte à sa manière le concile 
de 1148 et la condamnation de Gilbert de la Porrée. Après avoir 
fait allusion au fameux principe sur lequel se fondent ses adver- 
saires : Quicquid est in Deo Deus est, il ajoute : 

Super verbo quippe islo, contra quemdam episcopum qui hoc 
verbum non concedebat (cet évêque est évidemment Gilbert de la 
Porrée), mota fuit aliquando questio inRemensi concilie coram papa 
Eugenio; cui judicio ejusdem domini pape in codem concilie Domi- 
nus tantam sapientiam conlulerat quanlam nulli contulerat tempo- 
ribus illis; de qua post multos dies inler solos episcopos sufficlenter 
disputatum est; sed prorsus nicbil inde diffinitum est; quia omnino 
sine judicio, prudenti tamen consilio, dimissa est in dubio. Hoc 
enim verbum lune manutenebat, bonis clericis, ut dicebalur, semper 
invidiosus, quidam sub quo fuerat monachus papa tercius Eugenius 
(évidemment saint Bernard) et aiii quamplures tum favore istorum, 
tum invidia episcopi et suorum, tum quia non erant in bac doctrina 
diu exercitati, sicut sepe contigit, ut in confessione Berengarii patet 
coram Nicolao papa in Romano concilie, et in Boetie de Trinitate, 
un questione. Qui cum vidèrent episcopum non solum rationibus 
jrrefragabilibus, sed etiam expressis auctorilatibus per omnia viriliter 
resistentem, auctoritates tam multas non ausi dampnare, ne sic ipsi 
se ipsos manifeste probarent herelicos ; si autera et quod dixerant 
ipsi hue usque contra eum, dampnarent, qued vix aliquis facil, simi- 
li ter se ipses evidentissime estenderent hereticos fuisse-, quaprepter 
médium iter ulrumque tenentes, nicbil prorsus inde diffmiendo 
utramque partem prorsus reliquerunt intaclam, rogantes episcopum 
ut infirmis mentibus prefunda Dei profunde non predicaret, sed cen- 
descendens humilibus prout oportere videret sapientiam suam ut 
preficeret sapienter temperaret. Si enim dominus papa et concilium 
super hoc abquid decrevissent, sicut alla eorum décréta scribuntur 
sic scriberetur et islud et sub pena observanda preciperetur ^ 

Tel est le récit que donne notre anonyme du concile de Reims ; 
à l'entendre, il n'y a pas eu à proprement parler de condamna- 
tion régulière en la forme contre l'évêque de Poitiers ; très embar- 
rassés de sa résistance énergique, les prélats prièrent poliment 



1. Fol. 90 \\ 



406 

Gilbert de garder le silence sur ces matières, afin de ne s'exposer 
point à scandaliser les faibles et les ignorants. 

Ce récit doit être rapproché de divers témoignages contempo- 
rains, celui de Geoffroi d'Auxerre, celui d'Otton de Freisingen 
et celui de l'auteur anonj^me de Y Historia pontificalis , qui lui- 
même assistait au concile de Reims ^ Si quelque érudit se livre à 
ce travail, je serais fort étonné qu'il n'en tirât point les conclu- 
sions suivantes : 

1° Une profession de foi en quatre articles, contraire à la doc- 
trine de Gilbert, fut rédigée par Geoffroi d'Auxerre, le secrétaire 
de saint Bernard ; au premier abord, elle fut assez mal accueillie 
par les cardinaux, qui y virent une tentative de l'abbé de Clair- 
vaux et de l'Eglise gallicane en vue d'imposer à l'Église romaine 
une déclaration doctrinale ; 

2" Cependant cette profession de foi fut solennellement publiée 
à Reims, dans la salle de l'archevêché dite salle du Tau-; 

3° La régularité en la forme de cette déclaration, qui valait 
condamnation des principales propositions de Gilbert de la Por- 
rée, fut contestée par les partisans de l'évêque de Poitiers. Ils la 
considérèrent comme suspecte, parce qu'elle ne se retrouvait ni 
dans les actes du concile ni dans le registre d'Eugène III ; là-des- 
sus Y Historia pontificalis s'accorde avec le théologien inconnu 
dont je viens de citer le témoignage. VHistoria pontificalis 
ajoute que la déclaration ne fut publiée que quinze jours après la 
fin du concile, en présence seulement d'un certain nombre de 



1. Geoffroi d'Auxerre fut secrétaire de saint Bernard et est naturellement son 
partisan dévoué. Consulter son Libellus contra Gilbertum Porret et sa lettre à 
Albinus, cardinal d'Albano. Patrol. Latina, CLXXXV, col. 595 et 587. On trou- 
vera ces deux autres récits dans Perlz, XX, 379 et ss., 522 et ss. Ces récits 
sont plutôt favorables à l'évêque de Poitiers. Cf. Ilauréau, oj). cit. 

2. Historia pontificalis, p. 525. Cf. GeofiFroi d'Auxerre, Libellus, col. 617. 
Otton de Freisingen dit qu'une seule proposition fut condamnée par le pape 
(p. 384) : « Ne aliqua ratio inter naturam et personnam divideret, neve Deus 
divina essenlia diceretur ex sensu ablativi tantum, sed etiam nominativi. » Sur 
les autres points, Gilbert n'aurait pas été condamné. Avec deux témoins oculaires, 
Geoffroi d'Auxerre et l'auteur de Y Historia pontificnUs, je crois que la déclara- 
tion en quatre articles qui condamnait Gilbert fut solennellement publiée par le 
pape. L'auteur du Liber de vera philosophia, il faut le remarquer, conteste la 
validité et non l'existence de la condamnation, tandis qu'Otton semble considé- 
rer la condamnation comme anodine ; à mon avis, c'est le récit d'Otton qui doit 
être écarté. 



407 

prélats de diverses provinces retenus à Reims pour terminer cette 
affaire : cette circonstance explique que la profession de foi ne 
figure point dans les actes conciliaires. Mais elle n'en fut pas 
moins pleinement sanctionnée par le pape, assisté d'un certain 
nombre d'évêques; notre auteur est donc inexact quand il tient 
cette condamnation pour non avenue ; si l'autorité ecclésiastique 
ne se prononça point pendant le concile, elle se prononça ouver- 
tement quelques jours après la dissolution de cette assemblée ; 

4° Gilbert adhéra à la déclaration de saint Bernard, accepta de 
corriger ses ouvrages pour les mettre en harmonie avec cette 
déclaration, et désormais garda le silence sur ces questions. Tel 
est le témoignage de VHistoria pontificalis * , de Geoffroi 
d'Auxerre^ et de saint Bernard lui-même^. 

En résumé, saint Bernard rencontra une résistance plus vive 
que peut-être il ne s'y attendait ; s'il finit par obtenir la victoire, 
son adversaire ne fut point écrasé ; sa défaite ne fut point une 
déroute ^ Mais les disciples et les partisans de Gilbert trans- 
forment les événements au gré de leurs sympathies quand ils 
représentent l'issue de la lutte comme indécise. 



VIII. 

Au surplus, les survivants des disciples de Gilbert ne sont à la 
fin du xrf siècle qu'un petit groupe isolé au milieu des évêques et 
des docteurs contemporains. Notre auteur s'en rend fort bien 
compte ; mais, cédant à la tendance ordinaire des esprits obstinés 
et orgueilleux, il se cantonne dans ce petit groupe auquel il attri- 
bue le monopole de l'orthodoxie. Il reste à montrer comment il 
jeta l'anathème sur les noms les plus connus de la théologie du 
xif siècle. C'est le travail auquel il se livre dans le chapitre inti- 
tulé : Que videntur suspUiosa esse 171 scriptis moderyiorum'" . 

Ce chapitre s'ouvre ainsi : 

1. p. 525. 

2. Epistola ad Albinum. Migne, CLXXV, 592. 

3. In Cantica Canticonim, sermo LXXX, in fine. 

4. Voir dans VHistoria pontificalis, p. 526, la très curieuse appréciation des 
deux adversaires, saint Bernard et Gilbert de la Porrée ; celui-là représenté comme 
un de ces hommes d'aclio'i et de gouvernement dont l'Église u'a jamais man- 
qué, celui-ci comme un érudit, un savant et un lettré. 

5. Fol. 88 r°. 



408 

Moderni similiter, quia multa docuerunt et in scriptis et etiam sine 
scripto que fldei simplicitatem possent a veritate deviare, necesse 
foret ea qualicumque modo signare. Sed tôt et tanta sunt quod indi- 
gent per se volumine ; nec etiam libros omnium possumus habere 
nec ad notitiam nostram omnes pervenere. Sed ne videamur ista 
prorsus omittere, multis pretermissis, signemus aliqua aliquorum 
opéra Ex hoc autem quod quedam verba quorum- 
dam volumus notare multos credimus nobis fore 

iratos. Sed si hominibus ex toto placerem, Ghristi servus non essem. 

Deus autem Trinitas cujus causam manuteneo ; in que 

solo confîdens nullum hostem timebo, eripiet me de ore leonis et de 
manu bestie, ne me possint unquam in aliquo ledere ; nec ego vim 
facio alicui istam legem vel errorem suum relinquere, sed tantum 
precor unumquemque errores aliorum vel etiam suos saltem pro Deo 
vitare, et moneo etiam ut meos caritative corrigat, ita quod dilectio- 
nem Dei et proximi non offendant. Superflua igitur vel etiam carenda 
credimus que sequuntur. 

Après ce début, assez menaçant pour les théologiens du 
xif siècle, l'auteur distribue ses critiques et ses anathèmes aux 
plus importants de ses contemporains. Il cite d'abord, par son 
nom, Guillaume de Couches : 

Quidem dictus magister W. de Conchis librum composuit quem 
Philosophiam nominavit, in quo se ipso teste multum erravit contra 
fidem catholicam; sed quia ipse in alio libro quem simihter fecit 
illum plene correxit ^ , superfluum esset amodo ipsum notare. 

Après le tour de Guillaume de Gonches vient celui d'Abélard : 

Quidam quoque alius magister, homo satis subtilis ingenii, viam 
incognitam sine ductore ingressus est; unde currens, lassatus, 
moramque faciendo solus obdormiens in solitudine inter alia corri- 
genda scribendo sopniavit quod Deus Pater est in Fiiio sicut genus 
in specie; unde quia propter hec et hujusmodi perpetuo silencio 
dapnatus est, non est opus araplius eum notare^. 

1. Sur la rétractation de Guillaume de Couches, mort en 1154, cf. Hauréau, 
op. cit., p. 441. Il avait été poursuivi par Guillaume de Saint-Thierry et Gau- 
tier de Conches, qui furent aussi deux adversaires de Gilbert de la Porrée. 

2. Sur cette doctrine, voir rintroduction de M. Cousin à son édition des 
ouvrages d'Abélard (Paris, 1836, in-4''), p. cxcviii. Les assertions d'Abélard se 
trouvent dans son Introduction à la théologie et dans sa Théologie chrétienne. 



409 

Saint Bernard * n'est naturellement pas plus ménagé que son 
adversaire. Il ne faut pas s'en étonner ; nul plus que l'abbé de 
Clairvaux ne devait être antipathique aux partisans de Gilbert de 
la Porrée. Notre anonyme conserve, vis-à-vis de saint Bernard, 
l'attitude de méprisant dédain qu'aflfectait déjà l'évêque de Poi- 
tiers'. Voici le passage qui le concerne ; le ton en est suffisam- 
ment impertinent , aussi bien pour le saint abbé que pour ses 
partisans au concile de Reims ; à entendre notre sectaire, la décla- 
ration en quatre articles aurait été préparée dans une réunion 
d'un caractère assez peu ecclésiastique : 

Fuit alius vir vite venerabilis; cura esset bene potus in nocte cura 
paucissimis fainiliaribus suis in ospicio suo, decrevit credi quod ali- 
quid unum numéro est Pater et Filius et Spiritus Sanctus, et quod 
très persone non sunt tria, et alia quedam inferioribus similia. Quod 
quia non scripsit in volumine, non est necesse amplius notare. 
PoLuit autem in bis sicul in aliis quibusdam que scripsit soUempniler 
errare. Hic namque spatiose scripsit quod milites Templarii Jeroso- 
limitani, pro antiquis turibulis et urceolis et aliis inslrumentis veteris 
legis, dépendent tempore isto in Templo Domini, de quo Dominus 
ejecit vendentes et émeutes, sellas et frena sua et lanceas et alia 
milicie sue instrumenta necessaria, quod falsissimum est, quia nec 
Templum in poteslate illorum est^. 

Le lecteur n'aura pas de peine à faire la part des exagérations de 
la rancune théologique à laquelle s'abandonne l'écrivain ; la répu- 
tation de saint Bernard est au-dessus de ces atteintes. Elles ne font 

1. Entre AbélarJ et saint Bernard, notre auteur mentionne encore parmi les 
hérétiques un évèque qui d'ailleurs n'a pas laissé d'écrits : « Quidam simili- 
ter alius magne dignitatis homo, veniens ab universali quondam concllio, non 
bene inlelligens que ibi dicta fucrant, inter alia predicavit in sinodo sua quod 
in personis sancte Trinitatis nulla esset dififerentia nisi in nominibus tantum. 
Sed quia nec hec nec alia scripsit, nec hune duximus dignum amplius signare. » 

2. Bistoria pontificalis, p. 52G. 

3. Allusion à un passage de l'œuvre de saint Bernard intitulée : De laude 
militiae TempU, chap. v. Patrol. Latina, CLXXXII, c. 927. Ce passage s'ap- 
plique à l'ordre du Temple et non à l'ancien temple des Juifs, dont saint Ber- 
nard le rapproche par un simple procédé de rhétorique : « Ornalur lamen hujus 
faciès Templi sed armis, non gemmis; ... pro candelabris, thuribulis atque 
urceolis donius undique frenis, sellis ac lanceis comraunitur... » Il suffit de 
jeter les yeux sur cet écrit pour voir que notre auteur impute à saint Bernard 
une grossière confusion qull n^a pas commise. Cela montre le peu de valeur de 
ses accusations contre l'abbé de Clairvaux. 

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d'ailleurs que nous donner une preuve nouvelle de la haine que 
les disciples de Gilbert de la Porrée vouèrent à la mémoire de 
l'abbé de Clairvaux^ 

L'auteur entend n'épargner aucun des grands noms de la phi- 
losophie contemporaine ; maintenant il expose les propositions 
dangereuses enseignées par Hugues de Saint-Victor^, qu'il ne 
nomme pas plus que saint Bernard , mais que les citations ne 
permettent pas de méconnaître : 

Fuit vero alius multa bona scribendo faciens qui scripsit inter cetera 
hec sequeutia verba : capitule primo, de fide : 

Quod sapientibus hujus temporis oporteat credere in obscuris 
scripturis. 

Quod tota Trinitas est una substantia simplex (capitule iii°) ^. 

Quod sicut Deus est ita et unus est secundum rationem, ut unum 
sit principium. 

Exordium fidei ab unitate incipit, non a Trinitate. 

Dicitidem Augustinum dixisse; quod quicquid est in Deo Deus est; 
quod nec unus nec aliquis sanctorum legitur unquam dixisse, quia 
omnia sunt in Deo, nec sunt Deus ^. 

Idem capitulo nir° quod humana mens vestigium est Trinitatis. 

Quod Deus Trinitas est Pater et Sapientia quam habet sine qua 
nunquam fuit, et Amor quo semper eam dilexit, que sunt très per- 
sone -, sicut mens humana et ejus sapientia et ejus amor sunt tria, 
que tamen non sunt persone, quia sunt alTectiones circa animam, et 
quod sapientia Dei est Deus et una substantia vel una natura est ille 
très persone, Pater et Filius et Spiritus Sanctus^. 

Idem capitulo vr ; quod omnia que secundum substantiam dicun- 

1. Cbemin faisant, l'auteur signale encore un hérétique qui n'a pas laissé 
d'écrits dangereux : « Alius quoque homo valde iitteratus in magna sinodo, 
presentibus multis bonis clericis, inter alla predicavil se mirari stulliciam 
simplicium Christianor