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BIBLIOTHEQUE 

DE L'ÉCOLE 

DES CHABTES 

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BIBLIOTHÈQUE û5 

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DE L'ÉCOLE ^ ' 

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DES CHARTES 



REVUE D'ÉRUDITION 



CONSACRÉE SPÉCIALEMENT A L'ÉTUDE DU MOYEN AGE. 



LU. ^!'^'(^ 



ANNEE 1891. 



PARIS 

LIBRAIRIE D'ALPHONSE PICARD 

RUE BONAPARTE, 82 

-189^ 



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LE 



LIBER DIURNUS 

ET LES ÉLECTIONS PONTIFICALES AU VIP SIÈCLE. 



Dans la préface de sa belle édition du Liber Liurnus, M. de 
Sickel a exposé comment il entend la formation de ce célèbre 
recueil. Selon lui, la partie primitive comprend les formules 1-63 ; 
c'est la Collection I. On y joignit d'abord un premier groupe de 
pièces : l'Appendice I (form. 64-81), puis un second, Collec- 
tion 7/(form. 82-99), subdivisé lui-même en deux parties, les 
formules relatives à l'élection du pape (82-85) et les concessions 
de privilèges (86-99). Dans cette dernière partie, il y a une pièce 
(form. 93), incomplètement démarquée, où se lit le nom de la reine 
anglo-saxonne Cynedrida, ce qui, eu égard à certaines données 
historiques, en reporte l'origine à l'année 786. Il est donc sûr que 
le Diurnus, tel que nous le présente son plus ancien exemplaire, 
ne peut remonter au delà du pape Hadrien (772-795). 

M. de Sickel étend cette attribution chronologique à l'ensemble 
des formules 86-99. Quelques-unes de ces formules conservent 
encore la trace des originaux sur lesquels elles ont été relevées ; 
rien, dans ce que l'on peut conjecturer sur l'âge de ces originaux, 
ne dément la date assignée par le savant éditeur*, pourvu qu'on 

1. La formule 87 me paraît être sûrement de Grégoire II (cf. Liber pontif., 
t. I, p. 397; t. II, p. 44, note 82); la formule 86 est relative au monastère de 
Sainte-Marie in Plumbariolo, la form. 96 au monastère de Saint-Martin ad 
s. Petrum (et non de Saint-Martin de Tours comme le pense M. de Sickel); 
mais l'histoire de ces monastères n'est pas assez connue pour que Ton puisse en 
déduire ici des dates. 



6 LE « LIBER DICRNUS » 

l'entende du groupement des pièces et non de chacune des pièces 
en particulier. 

En ce qui regarde la partie antérieure, la distribution proposée 
par réminent diplomatiste me paraît soulever des objections 
sérieuses. J'ai déjà eu l'occasion de m'en expliquer dans le Bul- 
letin critique^ en rendant compte de la nouvelle édition du 
Liber Diurnus; mais alors je ne connaissais des arguments de 
M. de Sickel que ce qu'il en avait exposé dans la préface de l'édi- 
tion elle-même. Depuis, il a traité le même sujet, avec beaucoup 
plus d'étendue, dans les comptes-rendus de l'Académie de Vienne. 
Il y a donc lieu de reprendre la question et d'apprécier les nou- 
veaux éléments de preuve. 

Selon M. de Sickel, la Collection I (1-63) est antérieure à 
l'année 680, et très vraisemblablement de peu postérieure à l'an- 
née 625 (aller Wahrsclieinlichkeit nach bald nach dem Jahre 625 
angelegt) ; V Appendice I est des environs de l'an 700 ; la Col- 
lection II, comme les privilèges de la fin, ne remonte qu'au temps 
du pape Hadrien. L'opinion communément reçue, notamment 
depuis la publication de M. de Rozière, était que l'ensemble du 
Diurnus devait se placer entre le sixième concile œcuménique 
et la fin de l'exarchat de Ravenne (681-751). 

Cette opinion comporte, M. de Sickel l'a établi définitivement, 
au moins un amendement. La formule 93 étant au plus tôt de 
l'année 786, il y a lieu de reculer jusque vers la fin du viii" siècle 
l'achèvement de la collection telle que nous la présente le plus 
ancien manuscrit. Mais la formule 93 est une des dernières ; sa 
date n'atteint sûrement pas toutes les formules du groupe final 
auquel elle appartient. Au-dessus de ce numéro et surtout au-des- 
sus du groupe des privilèges (86-99), le Liber Diurnus me 
paraît devoir conserver très sensiblement la même situation chro- 
nologique qui lui était précédemment assignée. La distribution en 
trois sections d'âge différent, 1-63, 64-81, 82-85, ne me paraît 
nullement démontrée ; je la crois même inconciliable avec ce que 
nous savons sur l'histoire des élections pontificales au vif siècle. 

C'est sur ce point, en particulier, que je désire attirer l'atten- 
tion. La première section {Collection /de M. de Sickel) se ter- 
mine par cinq formules (59-63), relatives aux démarches que 

1. Tome X (1889), p. 201 et suiv. 



ET LES éLECTIONS PONTIFICALES AD VII^ SIECLE. 7 

les Romains devaient faire auprès de l'exarque pour en obtenir 
la ratification de l'élection pontificale ; la troisième section com- 
prend le décret ou procès-verbal de cette élection (82), les pro- 
fessions de foi du pape élu (84) et du pape consacré (84), enfin 
l'homélie prononcée par celui-ci dans la basilique de Saint-Pierre, 
le jour de son ordination (85). Parmi les formules de la deuxième 
section (64-81) figurent quatre pièces (73-76) que lesévêquesdu 
diocèse suburbicaire devaient signer à Rome, lors de leur consé- 
cration. C'est de ces documents, les plus importants, et de beau- 
coup, de tout le recueil, les plus faciles, en tout cas, à classer 
historiquement, que je vais m'occuper ici. Je vais essayer de 
montrer qu'ils correspondent tous à une même situation histo- 
rique, que cette situation ne saurait être cherchée à une époque 
antérieure à l'année 682, et qu'elle est de peu postérieure à cette 
année. 

Au vii^ siècle, les formes suivies pour le remplacement du pape 
défunt différaient notablement de celles qui avaient été autrefois 
en usage. Tout d'abord, on pourvoyait au gouvernement ecclé- 
siastique pendant la vacance. Aussitôt le pape mort, un triumvi- 
rat s'installait, composé de l'archiprêtre, de l'archidiacre et du 
primicier des notaires. Ces trois dignitaires étaient considérés 
comme servantes locum sanctae sedis apostolicae^. Leur pre- 
mier soin était de notifier à qui de droit la mort du pape. Dans le 
délai voulu, qui était de trois jours au moins, on se réunissait 
pour l'élection, ordinairement dans la basilique de Latran. Tout 
le clergé était présent ; il en était de même de l'aristocratie laïque, 
composée alors des fonctionnaires byzantins et des chefs de la 
milice locale ; le peuple était admis dans l'église. Nous ne savons 
pas très bien comment on s'y prenait pour indiquer les candida- 
tures et constater les adhésions. En général, quand les esprits 
étaient gravement partagés, au lieu d'une réunion il y en avait 
deux, dans deux églises différentes, comme aux anciens temps, 
au temps de Damase, de Boniface et de Symmaque. Alors toute 
la difficulté était de procurer la fusion de ces corps électoraux et 
de les amener, soit à accepter tous deux l'un des candidats d'abord 

1. La même commission fonctionnait de plein droit pendant les absences du 
pape (Jafifé, 2079; Hardouin, Concil., t. III, p. 677; cf. Lib. pontif., 1. 1, p. 341, 
note 1). 



8 LE a LIBER DIDRNUS » 

rais en avant, soit à en choisir un troisième qui agréât à tout le 
monde. Pour l'ordinaire, les choses se passaient plus régulière- 
ment. Il n'y avait qu'une seule assemblée, et, de quelques pas- 
sions qu'elle fût agitée, il n'en sortait qu'un seul élu. Le plus 
souvent il n'y avait pas même lieu de compter les suffrages ; la 
majorité, sententia plurimorum, se dessinait nettement, les 
deux aristocraties, cléricale et laïque, indiquaient leurs préfé- 
rences pour un candidat; on le présentait au peuple qui l'accla- 
mait; ceux qui n'étaient pas satisfaits du choix se ralliaient 
extérieurement, et, de cette façon, on obtenait l'unanimité, le 
consensus, qui est toujours supposé dans les élections ecclésias- 
tiques de l'antiquité. 

L'élection faite, on en dressait l'acte, le décret {decretum)^ 
auquel les clercs de haut rang, prêtres et diacres cardinaux, et 
des représentants des autres ordres, puis les principaux membres 
de l'aristocratie laïque, avec des représentants du menu peuple, 
civil et militaire, apposaient leurs signatures. 

A partir de ce moment, l'élu avait un titre ; mais on ne pouvait 
l'installer sans que le gouvernement impérial eût été informé de 
l'élection et qu'il eût accordé sa ratification. Cette ratification 
devait être demandée à Constantinople, à l'empereur lui-même. 
Tel était l'usage au temps de saint Grégoire ; un siècle plus tard, 
l'exarque de Ravenne était qualifié pour l'accorder, ce qui abré- 
geait notablement les délais. Dans le courant du vn'= siècle, il y 
eut à cet égard quelques fluctuations, dont l'étude a une grande 
importance dans la question que j'ai abordée ici. Je vais y 
revenir. 

On peut se demander ce que devenait l'élu pendant les longs 
mois qui souvent s'écoulaient avant son ordination. Etait-il, de 
piano et par le fait même de son élection, mis en possession de 
la maison pontificale de Latran, de la caisse, de l'administration 
temporelle? Ceci n'a pas été, je crois, étudié d'assez près. Il est 
sûr que le triumvirat préposé à la vacance conservait ses pou- 
voirs dans le domaine spirituel, qu'il gérait les afi'aires ecclésias- 
tiques, répondait aux consultations sur le rite et la discipline, 
exerçait, en un mot, tous les pouvoirs du pape vivant*. On n'a pas 

l.-Jaflé, 2040. — Toutefois on doit noter que, dans l'intitulé de cette lettre, 
l'élu figure au nombre des membres du triumvirat. En 590, saint Grégoire exerce, 



ET LES ÉLECTIONS PONTIFICALES AD VU» SIECLE. 9 

d'actes de lui dans les choses de radministration temporelle. 
Mais la généralité de son titre, sey^vans locum sedis aposto- 
licae, ne permet guère de douter que ses pouvoirs ne comprissent 
aussi ce domaine, qui comportait moins encore que l'autre un 
arrêt de l'administration. On doit donc considérer comme certain 
que l'archiprêtre, l'archidiacre et le primicier avaient le dépôt de 
la caisse, qu'ils pourvoyaient au fonctionnement des services 
temporels, que les recteurs de patrimoines et autres gérants de la 
fortune ecclésiastique étaient comptables envers eux. 

S'installaient-ils de leurs personnes au palais de Latran ? Nous 
n'en savons rien. Quant à l'élu, il semble bien qu'il y ait eu, sur 
ce point, quelque diversité suivant les temps. Séverin, élu en 638, 
après la mort du pape Honorius, habitait le Latran quand le chef 
de la garnison romaine, le chartulaire Maurice, vint en faire le 
siège. L'auteur de la vie de Séverin, dans le Liber pontifie alis , 
dénonce comme un odieux attentat cette entreprise de l'autorité 
militaire ; mais on peut se demander s'il n'exagère pas. Entré dans 
le palais après quelque résistance, Maurice se borna à mettre les 
scellés sur le trésor dit vestiarium, puis il prévint l'exarque 
Isaacius. Celui-ci vint à Rome, envoya en exil tous les hauts 
dignitaires du clergé, omnes primates ecclesiae, s'installa pen- 
dant huit jours au Latran, saisit le trésor en question et en fit 
passer une partie à l'empereur. Cette façon de procéder a quelque 
chose de régulier, qui ne ressemble nullement à un acte de pil- 
lage. Toutes les autorités sont d'accord, le commandant militaire 
de Rome, l'exarque, l'empereur. A leurs yeux, le haut clergé 
de Rome s'est mis en état de révolte ; il a mérité des peines 
sévères. Que peut-il bien y avoir là-dessous? Comment qualifier 
les prétentions du gouvernement sur le trésor pontifical ? A s'en 
tenir au Liber pontiflcalis , elles n'auraient eu aucun fondement ; 
il a sans doute raison, mais il n'en est pas moins vrai qu'il nous 
peint là une situation troublée, violente. Séverin, que le chartu- 
laire Maurice trouva au palais de Latran, n'y était peut-être que 
temporairement, attiré par le danger présent, et non en vertu 
d'une mise en possession régulière. Je ne vois pas que de cet évé- 



comme pape élu, une autorité effective très évidente. En 683, l'élu agit seul 
dans l'expédition d'une affaire pressée (Jaffé, 2125). Ici encore il a pu se pro- 
duire quelques modifications. 



\0 LE « LIBER DIDRNDS » 

nement, ou plutôt du récit que nous en fait le Liber pontificalis, 
il y ait lieu de conclure sûrement à un usage établi. 

Un autre passage du Liber pontificalis, dans la vie de Jean V 
(685-686), permet de croire qu'à une certaine époque, déjà éloi- 
gnée, l'élu était introduit dans le palais aussitôt après son élec- 
tion, puis que cette installation lui fut interdite et qu'enfin, 
en 685, elle fut de nouveau permise, de sorte que Jean V eut le 
bénéfice du retour à l'ancienne coutume : Hic post multorum 
pontiflcum tempora vel annorum, iuxta priscam consue- 
tudine?7i, a generalitate in ecclesia Salvatoris quae appel- 
latur Constantiniana electus est atque exinde in episcopio 
introductus^. Ainsi, avant Jean V, l'élu n'était pas mis en pos- 
session de la maison épiscopale aussitôt l'élection faite. Il fallait 
attendre, sans doute, jusqu'à l'arrivée de la ratification impé- 
riale. Cependant, on avait le souvenir d'un temps [prisca cousue- 
tudo) où les choses se passaient déjà comme elles se passèrent 
depuis Jean V. A quel moment s'était produite la dérogation à 
l'usage? Je ne saurais en indiquer de plus convenable que la crise 
de 638. Ceci, toutefois, n'est qu'une conjecture. 

Une fois reçue l'approbation officielle, on procédait à l'ordina- 
tion de l'élu. Autrefois, cette cérémonie avait ordinairement lieu 
dans la basilique de Latran^. Aux temps byzantins, elle se faisait 
à Saint-Pierre, ce qui fournissait l'occasion d'une procession 
solennelle. Mais je n'ai pas à entrer ici dans le détail et je reviens 
au point spécial que j'ai à traiter, à savoir la ratification 
impériale. 

Les anciens empereurs romains n'avaient jamais élevé la pré- 
tention de soumettre les élections du pape à leur ratification. 

1. Dans mon commentaire à ce passage, tout eu indiquant le sens que je lui 
donne ici, j'avais cru que la coutume remise en vigueur concernait plutôt l'or- 
dination. Cette seconde explication doit être écartée. Le biographe ne parle pas 
ici de l'ordination; il ne mentionne que deux actes, l'éleclion et l'introduction 
au Latran (possesso). La nouveauté signalée ne peut évidemment convenir à 
l'élection, qui s'est toujours faite a generalitate in ecclesia Salvatoris; elle ne 
porte donc que sur l'introduction au Latran. Il faut mettre l'accent sur les mots 
atque exinde, etc. 

2. Damase, Eulalius, Syramaque, Dioscore. Dans la lettre d'Honorius au pré- 
fet Symmaque, à propos de l'ordination d'Eulalius (Baronius, Ann., 419, 2), il 
est question de loci qualitas. C'était, en cas de doute, une marque de légitimité 
que d'avoir été ordonné au Latran. 



ET LES ÉLECTIONS PONTIFICALES AU VII* SIECLE. U 

Quand il y avait conflit entre deux prétendants, ils s'employaient 
de leur mieux pour assurer le maintien de l'ordre et faire cesser le 
conflit. Les rois de Ravenne n'agirent pas autrement, bien que, 
vers les derniers temps, ils se soient vus obligés d'intervenir par 
voie législative dans ces afî'aires étrangères au domaine ordinaire 
de l'État, de prendre des mesures contre les manœuvres électorales 
et les marchés simoniaques qu'elles comportaient ; bien que deux 
d'entre eux, Théodoric et Théodat, aient, dans des moments de 
crise, imposé des candidats au choix des Romains. Mais tout 
ceci concerne l'élection elle-même, non la ratification de l'élec- 
tion. Quand les choses se passaient régulièrement, on ordonnait 
le pape le dimanche qui suivait son élection, sans avoir aucune 
autorisation à demander à Ravenne. 

Justinien commença par imposer des candidats : Vigile et 
Pelage représentèrent cette forme d'intervention. Mais une fois 
le régime byzantin bien établi à Rome, on adopta le système que 
nous voyons fonctionner jusqu'aux derniers temps de l'exarchat. 
Les premières lettres de saint Grégoire le Grand et le début du 
X^ livre de l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours constatent 
cet usage de la façon la plus éclatante, pour l'année 590. Le 
Liber pontificalis en témoigne, pour l'année 579, par la men- 
tion qu'il fait d'une dérogation imposée par les circonstances. Il 
dit que Pelage II ordinatur absque iussione principis eo quod 
Langobardi obsiderent civitatem Romanam. Du reste, les 
longues vacances qu'il marque pour ces temps-là, après chaque 
pape, contrastent singulièrement avec les courts intervalles d'au- 
trefois et nous avertissent par elles-mêmes que les élections pon- 
tificales sont désormais soumises à des conditions nouvelles. Plus 
de quatre mois après Pelage P% dix mois et demi après Jean III, 
quatre mois après Benoîts sept mois après Pelage II, six mois 
après saint Grégoire, un an après Sabinien, neuf mois et demi 
après Boniface III, plus de cinq mois après Boniface IV, treize 
mois et demi après Deusdedit, telle est la durée des interpontifi- 
cats dans les soixante premières années du régime byzantin. La 
moyenne 2 dépasse huit mois. 

Si l'on se transporte maintenant à l'autre extrémité de la série, 

1. Encore celte fois le pape fut-il ordonné sans attendre la ratification. 

2. Il faut ici négliger la vacance entre Benoît et Pelage II. 



42 LE « LIBER DIURNCS » 

et que l'on considère les vacances après Jean V et ses successeurs, 
jusqu'à Grégoire II inclusivement, la moyenne, calculée égale- 
ment pour huit cas et pour un espace de soixante ans, donne à 
peu près deux mois ; aucun des intervalles n'atteint la durée de 
trois mois, aucun n'est moindre de cinq semaines. 

C'est que, vers la fin du vu' siècle et le commencement du viii% 
le régime avait été modifié. Au lieu d'être obligés d'envoyer à 
Constantinople, les Romains pouvaient s'adresser à Ravenne, à 
l'exarque, désormais qualifié pour leur délivrer l'autorisation 
nécessaire. Sur ceci nous sommes amplement édifiés, tant par le 
Liber pontificalis, qui nous montre l'exarque ratifiant les élec- 
tions de Conon (686) et Serge ?^ (687), que par le Liber Diur- 
nus, dont les formules sont rédigées pour être présentées à 
l'exarque et non pour être portées à l'empereur. 

Jusqu'où remontait ce changement? Depuis quand avait-on 
cessé de s'adresser à Constantinople et se hornait-on au voyage 
de Ravenne? Le pape Agathon (678-681) reçut de l'empereur 
Constantin Pogonat une divalis iussio\ expédiée sur sa 
demande, secundum postulationem suam, ut suggessit, par 
laquelle était supprimé le droit que l'église romaine avait à payer 
pour obtenir la ratification. En octroyant cette concession, l'em- 
pereur stipulait que, selon la coutume antique, l'ordination ne 
serait pas célébrée avant que le décret n'eût été porté à Constan- 
tinople et que la permission d'ordonner n'eût été accordée. En 
effet, à la mort d' Agathon (681), il y eut une vacance fort longue, 
qui dura un an et sept mois; après Léon II, son successeur 
(f 683), on attendit près d'un an. 

On conçoit que de tels délais aient paru fort onéreux. L'église 
romaine profita des bonnes relations où elle se trouvait avec le 
gouvernement impérial, depuis l'heureuse issue du sixième concile, 
pour obtenir que l'on expédiât ces affaires avec plus de célérité. 
Sous Benoît II (684-685) elle obtint un nouveau rescrit, concé- 
dant ut persona qui electus fuerit in sedem apostolicam e 

1. Hic suscepit divalem iussionem secundum suam postulationem, ut sugges- 
sit, per quam relevata est quantitas que solita erat dari pro ordinatione 
pontiflcis facienda; sic tamen ut, si contigerit post eius transitum electionem 
fieri, non debeat ordinari qui electus fuerit, nisi prius decretus generalis intro- 
ducatur in regia urbe secundum antiquam consuetudinem, et cum eorum scien- 
tiam et iussionem debeat ordinalio provenire. [Lib. pontif., t. I, p. 354.) 



ET LES ÉLECTIONS PONTIFICALES AU VU* SIECLE. ^3 

oestigio absque tarditate pontifex ordinetur'. En effet, 
Benoît étant mort le 8 mai 685, son successeur, Jean V, fut 
ordonné deux mois et demi après. C'est à peu près la moyenne de 
l'intervalle pendant la période de Ravenne. 11 y a donc tout lieu de 
croire que c'est à Jean V que commence la série des ratifications 
par l'exarque et l'application du rescrit de 684-5. Sans doute 
l'expression e nestigio absque tarditate ne cadre pas aussi bien 
que possible avec un délai de deux mois et demi. Mais, si on le 
compare aux vacances d'un an ou dix-huit mois dont on avait, 
en 685, le souvenir très présent, ce délai se raccourcit notable- 
ment. D'autre part, les expressions e vesiigio absque tardi- 
tate, dans la notice de Benoît II, visent, non pas la durée spéciale 
de la vacance après ce pape, mais en général une grande diminu- 
tion des délais. Dans certains cas, il a suffi de cinq semaines; au 
début, on pouvait espérer une célérité aussi grande ou même plus 
grande. Ceci justifierait l'exagération assez légère de l'expression 
employée ici. Joignez à cela le fait, constaté plus haut, que, depuis 
Jean V, la prise de possession du Latran paraît avoir suivi l'élec- 
tion sans autre délai. Le biographe de Benoît II aura pu, par une 
légère confusion, dire de l'ordination elle-même ce qui ne s'appli- 
quait à la rigueur qu'à l'installation au Latran. 

M. de Sickel se donne beaucoup de mal pour échapper à cette 
exégèse, bien qu'elle semble tout d'abord assez naturelle. Il veut 
que l'empereur Constantin Pogonat ait imposé en 680 l'obligation 
d'envoyer à Constantinople ; qu'en 684, il ait supprimé toute rati- 
fication et permis l'ordination immédiate ; puis qu'en 685, il ait 
une troisième fois remanié le système et soumis l'élection à la 
ratification de l'exarque. 

C'est bien compUqué, et l'on ne voit pas la raison de tant 
d'à-coups. On nous dit que Justinien II, monté sur le trône en 
septembre 685, se laissa plusieurs fois, au commencement de son 
règne, déterminer, dans ses rapports avec Rome, par l'esprit 
jaloux des Byzantins^. C'est ainsi que l'on explique l'empresse- 
ment peu gracieux avec lequel ce prince aurait retiré aux Romains , 
dès les premiers mois de son règne, la liberté de leurs élections, 
soi-disant accordée, un an auparavant, par son père. 

1. lUd., p. 363. 

2. ProLegom. n" 2, p. 6U. 



14 LE « LIBER DÏURNUS » 

Malheureusement, je suis obligé de le constater, la vraie situa- 
tion historique n'est pas d'accord avec ce que l'on nous en dit ici. 
Il y avait un lien tout spécial entre les Romains et Justinien IL 
Par un acte solennel, son père, Constantin Pogonat, l'avait 
recommandé à leur fidélité ; ils l'avaient en quelque sorte adopté, 
et ils ne furent que trop portés à le soutenir. A partir de 692, 
Justinien II se brouilla, moins avec l'ensemble des Romains 
qu'avec le pape et le clergé, parce qu'il voulut imposer à ceux-ci 
la ratification du concile in Trullo. Mais avant 692 il n'y eut 
pas l'ombre d'un nuage. Le Liber pontiflcalis parle de l'empe- 
reur avec avantage dans la vie de Jean V (685-6) ; dans celle 
de Conon (686-7), il enregistre trois lettres adressées par lui 
au pontife; l'une d'elles témoigne de son zèle pour l'œuvre du 
sixième concile œcuménique; la deuxième annonce une réduc- 
tion d'impôts sur des patrimoines de l'église romaine; la troi- 
sième ordonne de rendre des colons que les fonctionnaires 
avaient saisis sur ces patrimoines. Je cherche en vain dans ces 
relations, les seules que l'on connaisse, la moindre trace de 
mauvais vouloir. 

Mais il y a quelque chose de plus extraordinaire. Dans la 
notice du pape Conon, le Liber pontiflcalis dit que les Romains, 
après l'avoir élu, députèrent à l'exarque, selon l'usage, ut mos 
est. Suivant l'exégèse que j'ai proposée, l'élection de Jean V, 
prédécesseur de Conon, aurait été déjà ratifiée à Ravenne. Il y 
avait donc ici coutume établie, mos, non sans doute depuis bien 
longtemps; mais on sait qu'à Rome les traditions se forment vite. 
M. de Sickel est très embarrassé de ce raos est. D'après lui, 
l'élection de Conon est la première qui ait été soumise à l'exarque. 
Dans ces conditions, la coutume est encore moins longue ; on peut 
même dire qu'elle n'existe pas : le raos est constitue un non-sens. 
Pour sortir de là, M. de Sickel invoque une coutume de beaucoup 
antérieure, celle qui, d'après lui, réglait la matière avant le res- 
crit de 680. Alors, suivant lui, on allait à Ravenne et non à 
Constantinople. Je montrerai bientôt que cette coutume est con- 
testable. Mais, même en l'admettant, on n'arrive pas à se tirer 
d'affaire. Dans toutes les langues du monde, quand on invoque 
la coutume, sans autre qualification ou détermination, c'est la 
coutume présente et non pas une coutume ancienne, abrogée par 
un usage différent ; ut raos est ne signifie pas « comme on a fait 



ET LES ÉLECTIONS PONTIFICALES AU VII« SIECLE. ^5 

autrefois, » mais « comme on fait maintenant. » C'est forcer le 
sens des textes que de les interpréter ainsi. 

Je considère donc comme non avenues les explications propo- 
sées par M. de Sickel pour rendre compte des faits et des textes 
relatifs aux conditions de la ratification, depuis Agathon jusqu'à 
Conon, inclusivement. Suivant moi, tout s'est passé de la sorte. 
Constantin Pogonat, pour faire plaisir au pape, renonça aux droits 
pécuniaires que le trésor impérial percevait à chaque élection ; 
quelques années après, toujours pour faire plaisir au pape, il alla 
plus loin et consentit à ce que les élections fussent vérifiées à 
Ravenne, ce qui réduisait singulièrement les vacances à la mort 
de chaque pape. Ces concessions successives s'inspirent du même 
esprit bienveillant; elles n'ont été retirées ni en tout ni en partie, 
ni par Constantin, ni par Justinien II, ni par leurs successeurs. 

Mais auparavant, avant le rescrit de 680, avant le rétabUsse- 
ment des rapports ecclésiastiques entre Rome et Constantinople, 
quelle était la situation? C'est ici le nœud de la question. Nous 
avons déjà vu que, jusqu'à celle de 619, les élections pontificales 
avaient été soumises à la ratification de l'empereur en personne et 
que, par suite, on devait envoyer de Rome à Constantinople, à 
chaque changement de pape, pour demander l'autorisation néces- 
saire. Entre Boniface V, ordonné en 619, et Léon II, ordonné 
en 682, il y eut dix élections pontificales, celles de : 

Honorius, en 625, 

Séverin, en 638, 

Jean IV, en 640, 

Théodore, en 642, 

Martin, en 649, 

Eugène, en 654 , 

Vitalien, en 657, 

Adéodat, en 672, 

Bonus, en 676, 

Agathon, en 678. 
Sauf la première, toutes ces élections eurent lieu en un temps 
où la crise monothéhte avait introduit et maintenait une tension 
plus ou moins grande entre l'église romaine et la cour impériale. 
Cependant tous les successeurs d'Honorius, à la seule exception 
de Martin, furent reconnus par le gouvernement byzantin. Il ne 



^6 LE a LIBER DIÏÏRNUS » 

faut pas croire que les dissidences dogmatiques entre le pape et 
les patriarches grecs entraînassent nécessairement la rupture des 
rapports entre l'église romaine et la cour de Constantinople. 
L'empereur pouvait souhaiter que l'entente la plus parfaite régnât 
entre l'église grecque et le pape ; mais, si ce résultat ne pouvait 
être atteint, ce n'était pas une raison pour que l'on se passât de 
pape ; un pape dévoué à l'empire et à ses intérêts en Italie était, 
pour la politique impériale, un instrument de telle nécessité que 
l'on fermait volontiers les yeux sur ce qui pouvait lui manquer 
au point de vue de la correction théologique, conçue à la mode 
byzantine. Martin avait été installé contre la volonté de l'empe- 
reur : on affecta de le considérer comme illégitime ; on l'impliqua 
dans une aventure politique ; finalement on l'enleva de Rome, et, 
à la suite d'un procès politique, il fut exilé à Cherson. Par les 
soins des officiers impériaux, un successeur lui fut donné, de son 
vivant et contrairement aux règles ecclésiastiques. Après la mort 
de celui-ci, l'empereur Constant II, qui avait persécuté Martin, 
vint de sa personne à Rome. Le pape Vitalien l'accueillit avec 
les plus grands honneurs, sans paraître se souvenir d'un passé 
bien récent et bien extraordinaire. Les relations ecclésiastiques 
furent même reprises sous ce pontificat ; le pape et le patriarche 
échangèrent des lettres officielles ; le nom de Vitalien fut inscrit 
sur les diptyques de l'église de Constantinople, à la demande de 
l'empereur lui-même. Après Vitalien, qui survécut à Constant II, 
les rapports devinrent plus réservés. 

Que devenait au raiheu de tout cela l'obligation de la ratifica- 
tion ? On peut être sûr qu'elle n'avait pas été abandonnée par le 
gouvernement et que, quoi qu'il en fût de l'état des diptyques et 
de l'échange des lettres synodiques, un pape n'était pape, aux 
yeux de la cour impériale, que si son élection avait été visée offi- 
ciellement. Mais qui délivrait ce visa ? L'exarque ? L'empereur ? 
Où se traitait l'affaire ? A Ravenne ? A Constantinople ? 

Il y a là-dessus peu de renseignements directs. On sait cepen- 
dant que l'ordination de Séverin fut différée pendant près de vingt 
mois, parce que l'empereur Héraclius espérait lui faire accepter 
VEcthèse, le plus ancien des formulaires officiels relatifs au mono- 
thélisme. Il y a donc tout lieu de croire que l'autorisation fut déli- 
vrée cette fois à Constantinople, et par l'empereur lui-même. 
Pour ce qui regarde les autres cas, il faut d'abord éliminer ceux 



ET LES e'lECTIONS PONTIFICALES AU VII® SIECLE. \7 

de Martin et d'Eugène, qui offrent des anomalies tellement grandes 
que l'on ne peut être tenté d'y chercher l'application d'un système 
régulier. Restent six vacances, dont les durées sont indiquées dans 
le tableau suivant : 



Après Séverin, 


4 mois et 22 


— Jean IV, 


1 — 12 


— Eugène, 


1 — 28 


— Vitalien, 


2—15 


— Adéodat, 


4—15 


— Donus, 


2 — 16 



Dans deux cas au moins, après Séverin et Adéodat, l'inter- 
valle est suffisant pour qu'un messager puisse aller à Constanti- 
nople et en revenir; dans trois autres, après Eugène, Vitalien et 
Donus, l'intervalle est un peu court; après Jean IV, et c'est la 
seule fois, il y a impossibilité morale^ 

Avant d'apprécier ces chiffres, examinons deux faits allégués 
par M. de Sickel. Le pape Vitalien, dit le Liber pontifie alis, 
envoya responsales suos cum synodieam, iuxta consuetudi- 
nem, in regimn urbem, apud piissimos prineipes , signifi- 
cans de ordinatione sua. M. de Sickel en conclut que l'ordina- 
tion de Vitalien s'était accomplie sans l'autorisation de l'empereur, 
car il est sûr que les synodiques étaient envoyées , non avant, 
mais après l'ordination. Cette dernière observation est juste; mais 

1. M. de Sickel se fonde (p. 61), pour apprécier ces délais, sur un lexle 
d'Agnellus de Ravenne où il est dit que personne ne pourrait, en trois mois, 

aller de Ravenne à Constantinople et en revenir. Je ne saurais accepter cette 

appréciation d'Agnellus, qui est contredite par des faits nombreux. Le pape / 
Jean I" célébra les fêtes de Pâques à Constantinople, en 526 ; il officia le dimanche 
19 avril à Sainte-Sophie ; le 18 mai suivant il mourait à Ravenne, après quelques 
jours de prison. Son voyage de retour avait donc duré moins d'un mois. En étu- 
diant les dates de la correspondance du pape Hornisdas avec les légats qu'il 
envoya depuis 518 à Constantinople, on constate les faits suivants. Un defensor 
du pape, Paulinus, emporte de Rome une lettre datée du 29 avril; il la remet à 
destination, à Constantinople, revient à Rome et en repart pour Constantinople 
le 9 juillet (Thiel, Epp. R. P., t. I, p. 867, 879, 886); une lettre datée de Cons- 
tantinople le 15 octobre 519 est reçue à Rome le 17 novembre suivant {ibid., 
p. 896); une autre, expédiée de Constantinople, le 31 août, est reçue à Rome 
le 1" octobre. En somme, quand on voulait se presser, le voyage durait un 
mois à l'aller, autant au retour; la voie de mer, dans des conditions favorables, 
devait donner des trajets encore plus courts. 

^89^ 2 



^8 LE « LIBER DIURNDS » 

n'avons-nous pas une synodique de saint Grégoire, expédiée indu- 
bitablement après son ordination ? Cet envoi ne fut-il pas, non 
moins indubitablement, précédé d'autres lettres écrites par lui à 
Constantinople ? Avant cette première correspondance , les 
Romains n'avaient-ils pas député à Constantinople pour annon- 
cer l'élection et en obtenir la ratification, pendant que l'élu écri- 
vait en sens contraire ? Si la synodique de saint Grégoire n'exclut 
pas la demande d'autorisation, pourquoi celle de Vitalien l'exclu- 
rait-elle ? 

Voilà donc un fait à écarter du débat. En voici un autre. 

Le pape Agathon fut ordonné le 27 juin 678 ; or, le 12 août de 
la même année, on adressait de Constantinople une lettre officielle 
au pape Bonus, son prédécesseur, mort le 11 avril. Donc on 
n'avait pas, à Constantinople, le moindre vent de la mort de Donus, 
et par suite on n'avait nullement coopéré à son remplacement par 
Agathon. 

Cette ignorance est bien extraordinaire : je croirai difficilement 
qu'elle ait été réelle. Nous sommes dans la plus belle saison de 
l'année, la plus favorable à la navigation ; l'exarque, le stratège 
de Sicile, à supposer qu'ils écrivent quelquefois à Constantinople, 
n'ont pu manquer de le faire; on peut se demander ce qu'ils 
mettent dans leurs lettres, s'ils négligent d'y consigner des évé- 
nements comme la mort du pape. Du reste, à quifera-t-on croire 
qu'en 678 aucun navire n'est parti des côtes d'Italie pour la ville 
impériale, ou que tous les passagers ont oublié en route un fait 
aussi considérable ? 

Cette énigme se résout aisément en faisant intervenir le style 
de la chancellerie. Pour la chancellerie impériale, le pape conti- 
nuait quelquefois à vivre fort longtemps après sa mort. Nous en 
avons une preuve remarquable dans les protocoles du sixième 
concile œcuménique. 

Le pape Agathon, qui avait envoyé ses légats au concile, mou- 
rut le 10 janvier 681, entre la cinquième et la sixième session de 
cette assemblée. Celle-ci continua à tenir ses séances, au nombre 
de treize, du 12 février au 16 septembre, mentionnant en tête de 
chaque procès-verbal les légats d' Agathon, très saint archevêque 
de l'ancienne Rome, sans la moindre allusion à son décès. A la 
dernière séance, les légats signent le concile, en se qualifiant tou- 
jours de légats d' Agathon. Enfin, le concile écrit une lettre à 



ET LES ÉLECTIONS PONTIFICALES AD VII^ SIECLE. 19 

Agathon lui-même, toujours censé vivant, pour lui notifier ses 
décisions. Ce n'est qu'au mois de décembre 681 que la correspon- 
dance est adressée à Léon II. Encore faut-il noter : 1° que cette 
lettre a été rédigée dans un style qui suppose son destinataire 
déjà ordonné; 2° qu'elle ne parvint qu'au mois de juillet 682^ 

Ordonné le 17 août suivant, Léon II s'occupa de répondre à 
l'empereur et de faire parvenir aux églises de l'Occident les docu- 
ments du concile œcuménique. Nous avons encore les pièces expé- 
diées par lui en Espagne ; elles sont adressées au comte Simpli- 
cius, commandant du territoire byzantin, au roi visigoth Ervige, 
aux évêques d'Espagne, enfin à l'évêque de Tolède, Quiricus. 
Or, cet évêque était mort en 679, et, depuis le commencement 
de 680, on lui avait donné un successeur, le célèbre Julien^; on 
lui écrivait ainsi trois ans après sa mort. Mais ce n'est pas tout. 
Le messager chargé de porter ces lettres, Pierre, notaire région- 
naire, était à peine en route que le pape mourut (3 juillet 683). 
Le prêtre Benoît, élu pour le remplacer, écrivit au notaire, 
qui avait apparemment interrompu son voyage, pour l'engager 
à le continuer. Pierre ne parvint à Tolède que dans le courant de 
l'année 684. Il apportait des lettres d'un pape mort depuis un an; 
l'une d'elles était adressée à un évêque mort depuis cinq ans. Il 
n'y a donc pas beaucoup de fond à faire sur des phénomènes 
comme celui de la lettre à Donus. 

J'ajouterai, en ce qui concerne cette lettre, que l'empereur 
Constantin lui-même, c'est-à-dire son propre auteur, la présente 
comme ayant été expédiée par lui, non à Donus, mais à Agathon 3, 
et que le pape Léon II en parle de la même façon dans sa lettre 
au roi Ervige*. En somme, il résulte, je crois, de tous ces faits, 
que dans les chancelleries de ce temps-là on n'annulait pas volon- 



1. Régulièrement, bien qu'elle ait été préparée dès le mois de décembre 681, 
elle n'aurait dû être remise à Léon II qu'après son ordination. Celle-ci n'eut 
lieu que le 17 août 682. On ignore la cause de ce retard, comme aussi du délai 
apporté à l'envoi de la lettre impériale. 

2. Ceci est d'autant plus remarquable que la lettre au roi visigoth ne porte 
pas le nom de Wamba, dont le règne se continua encore près d'un an après la 
mort de Quiricus et son remplacement par Julien, mais celui d'Ervige, son 
successeur depuis le 15 octobre 680. 

3. Hardouin, t. III, p. 1160 (lettre de l'empereur au pape Léon II). 

4. Ibid., p. 1734. 



2Ô LE a LIBER DIURNUS » 

tiers des lettres officielles une fois qu'elles avaient été préparées 
et revêtues de toutes les solennités. Si le destinataire, ou même 
l'expéditeur, venait à mourir avant qu'elles n'eussent été portées 
à leur adresse, on les envoyait tout de même, sans y rien changer, 
la diversité des titulaires étant peu importante auprès de la per- 
manence des fonctions. 

De cette façon, la valeur probative de la lettre à Donus-Aga- 
thon diminue singulièrement; elle peut même être considérée 
comme nulle. L'empereur Constantin pouvait très bien connaître, 
et connaissait même très probablement, l'élection d'Agathon au 
moment où la chancellerie de Gonstantinople expédiait la lettre à 
Donus. 

Il n'y a donc à tenir compte, dans cette question, que de la 
durée des vacances, qui est en général beaucoup moins grande 
depuis Honorius que pendant la période précédente, de Pelage P"" 
à Boniface V. Reprenons la série établie ci-dessus. 

L'élection de Jean IV (640) a fort bien pu être vérifiée à Gons- 
tantinople, comme celle de son prédécesseur Séverin; l'intervalle 
de près de cinq mois est plus que suffisant. Après Jean IV, mort 
le 12 octobre 642, Théodore est ordonné le 24 novembre suivant. 
Évidemment il n'y a pas assez de temps pour que l'on ait pu aller 
à Gonstantinople chercher la ratification ; mais cette dérogation 
à l'usage ne s'exphquerait-elle pas par des circonstances spé- 
ciales? C'est juste au temps de l'avènement de Théodore que nous 
voyons éclater à Rome une insurrection militaire contre l'exarque ; 
le chartulaire Maurice, dont il a été question plus haut, est à la 
tête du mouvement, qui se propage rapidement dans les garnisons 
byzantines. Mais l'exarque Isaacius parvient à s'en rendre maître ; 
il fait arrêter les chefs; Maurice est exécuté, et ses complices 
auraient eu le même sort si l'exarque n'était venu à mourir. On ne 
connaît pas la clironologie précise de ces événements, mais il est 
sûr^ qu'ils se sont passés au commencement du pontificat de Théo- 
dore. Quoi de plus naturel qu'en de telles circonstances les 
Romains, ou peut-être l'exarque lui-même, aient jugé dangereuse 
une vacance prolongée? D'ailleurs, Héraclius était mort ; le nouvel 
empereur, Constant II , était un enfant de treize ans, dont les débuts 

1. Lib. pontif., t. I, p. 333, note 5. 



ET LES ÉLECTIONS PONTIFICALES AD VIP SIECLE. 2i 

venaient d'être traversés par des crises fort graves. Il y avait peu 
de danger à se permettre un empiétement si facile à excuser. 

Il n'y a que le premier pas qui coûte. Ce que l'on avait fait 
en 642, on le fit encore en 649, d'autant plus qu'au moment où 
mourut le pape Théodore, l'exarchat paraît avoir été vacant*. 
Mais cette fois le gouvernement ne se montra pas disposé à fermer 
les yeux ; il déclara l'installation de Martin irrégulière et illégale^, 
et la situation de celui-ci fut bientôt compromise, tant par son 
opposition au nouveau formulaire appelé Type, que par l'atti- 
tude séditieuse de l'exarque Olympius, avec lequel le pape, dit- 
on, entretenait de bons rapports. 

Entre l'enlèvement de Martin, le 17 juin 653, et l'ordination 
d'Eugène, le 10 août 654, il s'écoula assez de temps pour que la 
ratification impériale ait pu être sollicitée dans toutes les formes. 
Du reste, les circonstances étaient propres à provoquer une 
rigueur spéciale dans l'application des anciennes règles. 

Après Eugène commence une série de vacances dont la durée 
concorde beaucoup plus avec la moyenne du temps où l'on s'adres- 
sait à Ra venue (f 700) qu'avec celle du temps où l'on s'adressait 
à Constantinople. Bien que nous n'ayons aucune autre raison de 
croire que la ratification fût alors solhcitée auprès de l'exarque 
et non auprès de l'empereur, on pourrait accorder qu'il en était 
peut-être ainsi, et placer dans cet intervalle (657-678) la compo- 
sition des formules en litige. Si M. de Sickel ne demandait que cela, 
on s'entendrait peut-être; mais il réclame bien davantage. 

Suivant lui, les formules sont du temps d'Honorius; elles ont 
servi pour ce pape en 625. 

Voyons ce qu'il en est. Aussi bien avons-nous laissé le pape 
Honorius entre deux séries, l'une qui s'arrête à Boniface V, 
l'autre qui commence k Séverin. 

Honorius offre, en effet, un cas très particulier; il fut ordonné 
trois jours après la mort de son prédécesseur^ Boniface V mourut 

1. Théodore mourut le 14 mai; Martin fut ordonné en juillet; un nouvel 
exarque arriva à Rome en octobre (cf. Lib. pontif., t. I, p. 339, note 6). 

2. Quod irregulariter et sine lege episcopatum subripuissem (c'est Martin qui 
parle, loc. cit.). 

3. Il ne faut pas discuter la légitimité de ce compte; trois jours après, c'est 
le surlendemain, c'est l'intervalle du vendredi au dimanche : surrexit iertia die. 



22 LE a LIBER DIDRNDS » 

le 25 octobre 625; Honorius fut consacré le 27. On n'alla cette 
fois ni à Constantinople ni même à Ravenne. Pagi avait expliqué 
cette anomalie par les circonstances politiques. L'empereur Hèra- 
clius était, depuis quelques années, engagé dans la guerre contre 
les Perses. Il ne pouvait, des frontières orientales de l'empire, 
s'occuper des affaires romaines autant qu'il le faisait quand il 
résidait à Constantinople. Il aura, sans doute, délégué à l'exarque 
Isaacius, tout récemment envoyé en Italie, le droit de ratification. 
Ceci, M. de Sickel le reconnaît, est très vraisemblable. Pagi con- 
tinue en conjecturant qu'lsaacius se sera trouvé de séjour à Rome 
vers la fin d'octobre 625, et qu'ainsi il n'y aura pas eu besoin 
d'aller le chercher à Ravenne. 

Mais cette conjecture ne fait pas l'affaire de M. de Sickel, qui a 
besoin que l'exarque se soit trouvé à Ravenne, et que les députés 
de Rome y soient allés le solliciter avec tout un portefeuille de 
lettres officielles pour l'exarque lui-même, pour l'archevêque de 
Ravenne, pour les magistrats de cette ville, pour l'apocrisiaire 
romain. Il faut même trouver un espace assez grand pour placer 
deux ambassades, dont l'une aurait été chargée d'annoncer officiel- 
lement la mort du pape précédent, l'autre d'obtenir l'approbation 
du choix fait pour le remplacer. Trois jours pour tout cela, c'est 
évidemment trop peu. Dès lors, si l'on veut absolument placer les 
formules en 625, il faut élargir l'intervalle. 

M. de Sickel respecte le terminus ad quem, la date de l'ordi- 
nation d'Honorius, 27 octobre 625. C'est l'autre borne, \etermi- 
nus a quo, qu'il s'efforce de déplacer. Comment savons-nous que 
Roniface V est mort le 25 octobre 625? 

Nous le savons de deux façons : l°par le Liber pontificalis, 
qui marque cette date ; 2° par la chronologie des pontificats anté- 
rieurs, et de celui de Boniface V lui-même, chronologie qui s'ap- 
puie, non sevlemeui %\xY\e Liber pontificalis , mais sur des cata- 
logues indépendants de lui, sur les épitaphes des papes et sur les 
dates de leurs lettres. Sans entrer ici dans le détail, il me suffit de 
dire que cette date du 25 octobre a été déterminée, après les anciens 
chronologistes, par Ph. Jaffé, acceptée après Jaffé par P. Ewald, 
et qu'elle est marquée ainsi dans les deux éditions des Regesta 
^on^z/?CM»i. Vérification faite, je l'ai acceptée à mon tour, et M. de 
Sickel n'aurait sans doute pas songé à la discuter, si elle n'avait 
gêné son système. 



ET LES ELECTIONS PONTIFICALES AU VIF SIÈCLE. 23 

J'ai dit que je n'entrerais pas dans le détail* ; je le ferais certai- 
nement si, au lieu d'une hypothèse subtile et fragile, j'avais devant 
moi un solide argument de fait. Ce n'est pas le cas, et M. de Sickel 
a trop de critique pour en disconvenir. De ce qu'il dit, p. 72, en ter- 
minant son argumentation chronologique, on peut conclure que 
tant vaut l'hypothèse sur le Liber Diurnus de 625, tant vaut 
l'objection opposée aux dates communément admises. 

Dans ces conditions, il devient très difficile de trouver, pour la 
période comprise entre Honorius et Eugène (625-657), un état 
de relations qui corresponde à ce que suppose le groupe de for- 
mules que nous considérons. S'il y a eu intervention de l'exarque, 
en 625 et en 642, pour Honorius et pour Théodore, cette inter- 
vention s'est produite d'une manière exceptionnelle ; elle a été ou 
suggérée ou légitimée par des circonstances passagères. Ce n'est 
pas pour des cas de ce genre que l'on constitue des formules, sur- 
tout des formules comme celles-ci, où il n'y a pas le moindre indice 
d'une situation extraordinaire. Après Eugène, pour les élections 
de Vitalien (657), d'Adéodat (672), de Donus (676), d'Agathon 
(678), la brièveté des interpontificats donnerait lieu de soupçonner 
qu'on s'est adressé à Ravenne plutôt qu'à Constantinople. Est-ce 
bien sûr? Et, si on l'a fait, était-ce avec l'agrément de l'empereur? 
L'insistance de Constantin Pogonat, en 680, pour que la ratifica- 
tion soit demandée au souverain lui-même, donne lieu de croire 
que l'autre système, dans quelque mesure qu'on l'eût appliqué, 
lui déplaisait. Quoi qu'il en soit, je dois laisser ouverte la possi- 



1. Quelques mots seulement. M. de Sickel croit que les dates reçues sont 
incompatibles avec le décret de Boniface III, connu par le Lib. pontif. (p. 316), 
d'après lequel l'élection ne devait avoir lieu que tertio die depositionis [ponti- 
ficis defuncti). Mais le 27 octobre n'est-il pas précisément, dans le cas consi- 
déré, le tertius dies depositionis ? Comme il tombait un dimanche, on célébra 
l'ordination séance tenante. Il y a d'autres exemples, Ursinus (antipape) en 366, 
Zacharie en 741. — On élève des soupçons sur l'autorité, en matière de dates, 
des épitaphes pontificales : renvoyé à M. de Rossi. — On argumente contre les 
dates obituaires du vii° siècle en s'autorisant des erreurs qui se rencontrent 
dans celles du v' siècle, recueillies dans des conditions bien différentes. — On 
m'oppose ce que j'ai dit {Lih. pont., t. I, p. cclvi) des diliîcultés spéciales que 
présente la chronologie de Boniface V; mais ici il s'agit, non de la date obi- 
tuaire de ce pape, mais de la durée de la vacance avant lui, durée dont l'ex- 
pression paléographique a été mutilée, si bien qu'il faut y rétablir une année 
entière, an. 1. C'est une tout autre affaire. 



24 LE a LIBER DIDRNDS » 

bilité qu'on l'ait appliqué en réalité. Ainsi, la période où nos for- 
mules (59-63) ont pu naître s'étendra de 657 à 741 . Elle est nota- 
blement plus longue que la période assignable aux formules 73, 
83, 84, 85, lesquelles sont sûrement postérieures à l'année 682. 

Maintenant, entre les deux intervalles 657-680 et 682-741, 
quel est le plus probable? Je n'hésite pas à répondre : le dernier. 
Et voici pourquoi. 

Au nombre des formules relatives à la ratification par l'exarque 
(59-63), il y en a une pour la lettre que les Romains adressaient 
à l'archevêque de Ra venue. Elle suppose que les relations sont 
aussi bonnes que possible entre Ra venue et Rome, au point de vue 
ecclésiastique. Les démarches que l'archevêque pourra faire sont 
représentées comme un juste retour des faveurs dont il a été lui- 
même l'objet de la part du saint-siège, et un titre à en obtenir de 
nouvelles ' . 

Or, quelle était, dans l'intervalle de 657 à 678, l'attitude des 
archevêques de Ravenne envers le saint-siège? L'archevêque Maur 
(642-671) fut, on le sait, le champion décidé de l'autocéphalie de 
son église, c'est-à-dire de son indépendance à l'égard de la métro- 
pole romaine. Après de longues négociations, il parvint à obtenir 
de l'empereur Constant II un privilège en ce sens : nous avons 
encore cet acte, daté du l""" mars 666. Quand il mourut, on grava 
sur sa tombe, comme un titre de gloire, la phrase suivante : Libe- 
ravit ecclesiam suam de iugo Romanorum servitutis-. Son 
successeur, Reparatus, fut ordonné à Ravenne, par ses suffra- 
gants, au mépris des droits du saint-siège. Il renoua pourtant 
ses relations avec le pape Bonus, et renonça à l'autocéphalie. 
Mais son clergé ne le suivit pas dans sa soumission ; Théodore 
(677-691), qui lui succéda, fut aussi ordonné à Ravenne. Cepen- 
dant, il se soumit peu après et même il se présenta personnel- 

1. Elabora itaque, quaesumus, sanctissime ac beatissime pater, el cum barum 
portitoribus, veneratoribus, et filiis vestris, apud sœpefalum dornnum exarcbum 
iapigrius interveni, vicem gralix propriœ beato Petro fautori luo reddens, 
tolisque nisibus immine, ut optatae ordinationis, Deo iubente, adceleretur nego- 
tium; quatenus de prœsularibus paternae vestrse beatitudinis amminiculis et 
bœc apostolica lœtetur ac exultet ecclesia, et nos gratiarum actiones agaraus, 
et carilas denominati domni noslri electi futurique apostolici pontificis opulen- 
tius erga vestram praesularem sanctitatem dilatetur. 

2. Agnellus, c. 114 (Lib. pontif., t. I, p. 349). 



ET LES ÉLECTIOiVS PONTIFICALES AD VIF SIECLE. 23 

lement au pape Agathon*. Sous le pape Léon II, la mémoire de 
l'archevêque Maur fut condamnée, le privilège d'autocéphalie fut 
cassé par l'empereur Pogonat et remis aux mains du pape^. Depuis 
lors, malgré des velléités d'indépendance qui se faisaient jour de 
temps en temps , les choses se passèrent à peu près bien ; les 
archevêques Damien (692) et Félix (708) furent consacrés à 
Rome, par les papes Serge et Constantin s. 

Ainsi, de 657 à 678, les rapports entre le saint-siège et l'église 
de Ravenne sont extraordinairement tendus. Le Liber pontifi- 
calis parle de ségrégation ; l'archevêque Maur, responsable de cet 
état de choses, est considéré à Rome comme tellement coupable 
que, dix ans après sa mort, on le flétrit dans sa tombe en défendant 
de célébrer son anniversaire. Est-ce bien en un tel temps que l'on 
a pu concevoir la formule citée plus haut? A partir de 679, et 
surtout de 682-683, la situation changea complètement, et les 
rapports devinrent, sinon très affectueux, au moins corrects. Je ne 
crois pas que l'on puisse hésiter; et, pour mon compte, je n'hésite 
pas à rapprocher les formules 59-63 des formules 73, 83, 84, 85, 
de peu postérieures à l'année 682. 

Venons maintenant à cet autre groupe. Les dates assignées 
par M. de Sickel m'ont paru soulever aussi quelques objections. 
Mais ici notre dissentiment sera de sens inverse. Tout à l'heure, 
c'était lui qui plaidait pour la date la plus ancienne; maintenant, 
c'est le contraire. C'est moi qui suis conservateur, et non seule- 
ment parce que je défends, comme je l'ai fait jusqu'ici, l'opinion 
précédemment admise, mais encore parce que je vais m'efforcer 
de retenir aux environs de l'année 685 des pièces que M. de Sickel 
rajeunit, dans leur teneur actuelle, de cent ans environ. 

La formule 82, ou décret d'élection, est rapportée par M. de 
Sickel à l'année 772 ; c'est pour le pape Hadrien qu'elle a d'abord 
servi; voici ce qui le prouve. En 769, à la suite de la compétition 
de l'antipape Constantin II, un concile tenu à Rome régla les con- 
ditions dans lesquelles les élections devaient se passer à l'avenir. 
Une de ces décisions fut que les laïques, militaires ou civils, 

1. Lib. pontif., t. I, p. 350. 

2. Ibid., p. 360. 

3. P. 348. 



26 LE « LIBER DIURNDS » 

seraient exclus de l'assemblée électorale; que le clergé seul y 
interviendrait, et que, le pape étant élu et conduit au palais de 
Latran, alors seulement les laïques viendraient le saluer comme 
leur maître. Dans ce décret, les divers ordres de clercs et de 
laïques sont énumérés ainsi qu'il suit : sacerdotes, proceres 
ecclesiae, cunctus clerus; optimates militiae, cunctus eœer- 
citus ; cives honesti , universa generalitas j^opiili huius 
Romanae urbis. La même énumération, en termes à peu près 
identiques, se retrouve dans la formule 82; donc, selon M. de 
Sickel, elle est postérieure au concile de 769; donc elle se rap- 
porte à l'élection d'Hadrien. 

J'objecte d'abord que le libellé du canon conciliaire a été évi- 
demment emprunté, pour des détails de ce genre, aux formules 
de la chancellerie pontificale; entre ces formules, celles de 
l'élection étaient le plus naturellement indiquées à l'attention, 
à l'imitation, et à l'imitation servile qui était alors en usage. 
Dans ces conditions, on peut se demander si c'est la formule du 
concile qui est l'original, ou si elle n'est pas plutôt la copie. Le 
doute est d'autant plus fondé que tous ces termes, proceres 
ecclesiae, optimates militiae, generalitas populi, appar- 
tiennent à la langue officielle du vii*^ siècle avancé et du vin", et 
qu'on les rencontre à chaque instant dans les textes, par exemple 
dans le Liber pontiflcalis . 

D'autre part, ce qui est important, nouveau, caractéristique, 
dans le décret du concile, ce n'est pas cette distribution du per- 
sonnel, c'est l'exclusion des laïques, non seulement de l'assemblée 
électorale et de l'élection proprement dite, mais encore de l'ins- 
tallation de l'élu dans le palais de Latran. C'est cela qu'il faudrait 
retrouver dans la formule 82, si elle représentait l'application du 
décret de 769; mais c'est aussi ce qu'on n'y trouve pas. Les sept 
catégories de personnes y sont bien énumérées, et dans le même 
ordre, mais comme s'étant réunies au même lieu, et comme ayant 
pris part ensemble à l'acte électoral : in uno convenientibus 
nobis, ut moris est... concut^rit atque consensit electio. 

Je conclus de là que l'attribution de cette pièce à l'année 772 
est dépourvue de fondement. 

Une seconde proposition est ainsi conçue : 

« La formule 83 remonte à Benoît II (ist unter Benedict II 
« entstanden) ; la formule 73 avait été rédigée sous son prédéces- 



ET LES ÉLECTIONS PONTIFICALES AU VII« SIECLE. 27 

« seur, Léon IL Aussi anciennes peuvent être certaines parties des 
« formules 84 et 85, mais, dans l'ensemble, elles nous viennent 
« toutes les deux d'Hadrien P^ » 

Contre la première assertion, si on la veut prendre au pied de 
la lettre, je ferais valoir deux faits : 1° c'est que la formule 83 ^ a 
été rédigée pour un diacre élu pape, tandis que Benoît II était 
sûrement prêtre quand il fut élu ; cette qualité lui est reconnue 
formellement par le Liber pontificalis; il la prend lui-même 
dans une lettre expédiée entre son élection et son ordination : 
Benedictus presbyter et in Dei nomine electuss. sedisapos- 
tolicae^ ; 2° le second fait à noter, c'est que la formule parle de 
Constantin Pogonat comme d'un mort {piae memoriae) ; or il 
mourut en 685, et Benoît II fut ordonné en 684. Il faut donc, et 
c'est, je crois, ce que fait M. de Sickel, entendre largement la 
proposition considérée. 

La formule 73, qui est une profession de foi à l'usage des évêques 
du diocèse suburbicaire, contient une reconnaissance du sixième 
concile œcuménique, magna seœta synodus quae in regia 
Constantinopolitana urbe convenit, in qua et apostolicae 
sedis legati do^nni Agathonis pape presidere manifestum 
est. M. de Sickel prend l'infinitif présent presidere au pied de 
la lettre ; il croit que cette expression n'a pu être introduite dans 
le formulaire que du vivant du pape Agathon^ et pendant la durée 
effective du concile que ses légats présidaient. Je n'irai pas aussi 
loin. J'ai peine à croire que l'église romaine ait admis à l'avance, 
escompté en quelque sorte, les décisions d'un concile grec, même 
œcuménique, même présidé par ses légats, avant d'en avoir reçu 
et vérifié les actes". Toute pièce officielle d'origine romaine, où 

1. C'est la profession du pape élu, prononcée avant l'ordination. 

2. Jaffé, 2125. 

3. M. de Sickel noie aussi que dans la form. 73 le pape Agathon est nommé 
sans aucune mention de sa mort. Je ferai remarquer qu'il est appelé domnus 
Agatho, façon de parler qui s'emploie couramment pour le pape mort et non 
pour le pape vivant, dans le Lib. poniif. de ce temps-là. Voy. t. I, p. 374, 385, 
396, 440, 444, 463, 468, 475, 486, 487, 488, 489, 499. 

4. Dans l'espèce, cela eût été d'autant plus imprudent que, au moment où 
Agathon mourut (10 janvier 681), il n'avait encore été tenu que cinq sessions, 
les 7, 10, 13, 15 novembre et 7 décembre, et que, dans ces sessions, aucune 
décision n'avait été prise. Il est du reste peu probable, vu la saison, que le pape 
ait pu être informé de l'ouverture du concile. 



28 LE « LIBER DIUENUS » 

se trouve exprimée l'adhésion au sixième concile, me fait l'effet 
d'être postérieure, non seulement à la clôture de cette assemblée, 
mais à la vérification de ses procès-verbaux et de ses décrets 
par un pape dûment installé et en pleine possession de son auto- 
rité. Du reste, M. de Sickel se décide, pour d'autres raisons, il 
est vrai, à accepter ici la date de 682 ou 683. 

Quant aux formules 84 et 85, je me suis donné beaucoup de 
peine pour découvrir quel rapport spécial elles pouvaient avoir 
avec le pape Hadrien F'' et son temps. Ce rapport ne me paraît 
pas résulter de leur texte. J'ai lu attentivement le commentaire 
de M. de Sickel ; mais je ne me suis pas trouvé plus édifié. 

Ses raisons sont plutôt insinuées qu'exposées ; il faut les saisir 
dans une suite de considérations quelque peu vagues. On a peur 
de leur communiquer, en les tirant de là, plus de consistance que 
l'auteur n'a entendu leur en donner lui-même. Essayons cepen- 
dant. Il semble d'abord que, pour M. de Sickel, la formule 84 
soit une synodique^, la formule 85 une homélie, prononcée le 
jour de l'ordination du pape. Sur ce dernier point, pas de diffi- 
culté : la formule 85 est bien une homélie, prononcée dans les 
circonstances indiquées. Mais l'autre n'est sûrement pas une 
synodique . Il est trois fois évident que c'est une profession de foi 
rédigée pour être lue à Saint-Pierre, devant les reverentissimi 
fratres (évêques et prêtres) , les dilectissimi filii (clergé infé- 
rieur) et Vuniversa plebs Dei (fidèles) . Elle se désigne elle-même 
par l'expression professionis pagina ; il est marqué à la fin que 
le nouveau pape l'a fait écrire par un notaire, qu'il l'a signée, 
qu'il la fait lire devant tout le monde et qu'on la déposera ensuite 
dans la confession de saint Pierre, comme un témoignage de la 
foi de son dernier successeur. Tout ceci est le contraire d'une for- 
mule de lettre destinée à être envoyée au loin. 

Mais j'ajoute que, quand même notre formule se prêterait à 
cette adaptation, elle ne saurait encore être attribuée au pape 
Hadrien. Il est, en effet, plus que douteux que celui-ci ait pu 
envoyer une synodique. On sait quelle tension la querelle des 
images avait introduite dans les rapports ecclésiastiques entre 

1. On appelle synodique la lettre officielle que les papes et autres patriarches 
s'expédiaient les uns aux autres peu après leur installation pour se la notifier 
et aussi pour témoigner de leur enseignement doctrinal. 



ET LES e'lECTIONS PONTIFICALES AU VU* SIECLE. 29 

Rome et Constantinople. Cela n'avait pas empêché, il est vrai, le 
pape Zacharie d'envoyer sa synodique ; mais, après cette démarche 
conciliante d'un pontife d'esprit pacifique, il se produisit un évé- 
nement important, qui accentua nettement la rupture entre 
l'église grecque et la papauté; je veux parler du concile icono- 
claste de 754. Si l'on joint à cela la séparation politique du duché 
de Rome d'avec l'empire byzantin, on aura bien lieu de croire 
qu'en 772 le pape Hadrien s'abstint d'envoyer une synodique. 
Au cas invraisemblable où il l'eût fait, comment croire que ce 
document n'eût pas contenu la plus légère allusion au culte des 
images, aux démonstratio^s que les papes, depuis Grégoire II, 
n'avaient cessé de faire en leur faveur, au concile romain de 769, 
où l'on venait de protester une fois de plus et dans la forme la plus 
solennelle contre le mouvement iconoclaste de Constantinople ? 

Ainsi la formule 84 n'est pas la synodique du pape Hadrien. 
Il est du reste impossible que cette formule, et l'on peut en dire 
autant de ses deux voisines, aient été employées telles quelles et 
sans compléments par les papes successeurs de Grégoire II. En 
un temps où la question des images était si vivement agitée, alors 
qu'elle passionnait, non seulement les théologiens, les clercs, les 
moines, mais le populaire lui-même, et cela au plus haut degré, 
un pape qui eût gardé le silence sur ce point dans les professions 
de foi de son installation n'eût sûrement pas été d'accord avec le 
sentiment public ; il eût paru trahir la bonne cause et renier 
l'attitude de ses prédécesseurs. 

Quant à l'homélie (form. 85), je crois que ce qu'on lui oppose 
surtout, c'est qu'un tel document est trop personnel pour qu'on 
puisse eu faire une formule, et que, par suite, il doit appartenir 
au pape le plus rapproché de l'origine du manuscrit, soit a 
Hadrien l""". — A cela je réponds par l'axiome Ab actu adposse 
valet consecutio. L'homélie est bel et bien donnée dans le i.i&er 
Biurnus comme une formule. On lit en tête : Ille episco- 
pus, etc. Du reste, dans ces bas temps de la littérature, le style 
était si rare que tout devenait formule. Les biographes des paj)es 
ont des formules pour décrire leur carrière ecclésiastique et même 
leur caractère, pour raconter les inondations du Tibre, même les 
constructions d'églises. Rédiger un sermon était une grosse affaire. 
Que l'on se soit ai^é de modèles, surtout pour des discours de cir- 
constance, d'inauguration, c'est tout ce qu'il y a de plus naturel. 



30 LE a LIBER DIDRNDS » ET LES ELECTIONS PONTIFICALES. 

Je sais bien qu'en raisonnant ainsi je risque d'augmenter la 
difficulté que l'on peut avoir à expliquer l'introduction et le main- 
tien de certaines pièces dans le Biurnus, et en général la consti- 
tution de ce formulaire. Mais ceci n'est pas mon affaire, c'est celle 
des diplomatistes. Je prends les pièces une à une et je les appré- 
cie en historien. Les quatre formules 73, 83, 84, 85 sont néces- 
sairement postérieures à 682, puisqu'elles supposent la réception 
du sixième concile; la première remonte peut-être à Léon II 
lui-même; la quatrième (n° 85) a été rédigée pour Léon II, 
Benoît II ou Jean V; certaines circonstances feraient penser 
plutôt à Benoît II qu'aux deux autres ^ En tout cas, les for- 
mules 73 et 85 remontent à un temps antérieur à la mort de Cons- 
tantin Pogonat (sept. 685). Quant aux deux autres, où il est 
qualifié de piae memoriae pr inceps, elles sont postérieures à sa 
mort. Le premier pape pour qui l'on ait pu en faire usage est 
Conon. Mais Conon avait été prêtre et la formule 83 suppose que 
le pape élu est un diacre. Il faut donc descendre plus bas. Ser- 
gius (■]- 701), successeur de Conon, fut prêtre lui aussi. On ne sait 
à quel degré de la hiérarchie se trouvaient, lors de leur élection, 
les papes qui viennent après, Jean VI, Jean VII, Sisinnius, 
Constantin; Grégoire II, élu en 714, était diacre. L'exemplaire 
qui a fourni le texte de cette formule est donc au plus tôt des 
premières années du viif siècle. Quant à sa rédaction originale, 
il n'y a pas lieu de la séparer des autres. Tout ce groupe de pièces 
est postérieur, mais de peu d'années, à 682. 

L. DUCHESNE. 
1. Sur ceci Toy. Lib. pontif., t. I, p. 361, note 1. 



UNE CHARTE FAUSSE 

D'ADALBÉRON 

ARCHEVÊQUE DE REIMS. 



Au mois de mai de l'année 972, l'archevêque de Reims, Adal- 
béron, réunit au Mont-Notre-Dame en Tardenois* un concile 
provincial qui comprenait tous les évêques de la province de 
Reims, ses suffragants. Cette réunion avait principalement pour 
objet de mettre fin au relâchement de la disciphne monastique. 
La présence des abbés de la province métropolitaine parut néces- 
saire à la discussion et le concile fut renvoyé à une date ulté- 
rieure. Dans ce deuxième concile, les réformes proposées par 
Adalbéron et Raoul, abbé de Saint-Remi de Reims, furent adop- 
tées, tant par les abbés que par les évêques^ L'archevêque pro- 
fita de la présence de ces grands personnages pour leur faire 
souscrire : 1° un privilège du pape Jean XIII en faveur du monas- 
tère de Saint-Remi de Reims^; 2° une charte où le prélat rappor- 
tait les réformes qu'il venait d'accomplir au monastère de Mouzon. 
Je reviendrai plus loin sur le premier acte ; c'est sur le second que 
je désire présentement appeler l'attention. Cet acte, généralement 
désigné sous le titre de Decretum Adalberonis , a été, jusqu'à 
la découverte du manuscrit de Richer, la seule source qui nous 
fît connaître l'existence de ce concile du Mont-Notre-Dame. Il 
nous est parvenu par deux voies différentes : 1° par le Chroni- 

1. Aisne, arrondissement de Château-Thierry, canton de Braisne, près de 
Bazoches. 

2. Richer, III, 30-42. 

3. Ibid., III, 26-30. 



32 UNE CHARTE FAUSSE D'ADALBe'rON 

con ou Historia monasterii Mosomensis, rédigé entre 1033 
et 1046, et publié par D'Achery dans son Spicilegium^ ; 2° par 
l'Appendice à Y Historia ecclesiae Remensis de Flodoard, édité 
parSirmond^; l'auteur, chanoine de l'église de Reims, vécut sous 
l'archevêque Samson ( 1140-1161) ^ ; malheureusement cet Appen- 
dice ne reproduit pas les souscriptions des évêques et abbés, et 
donne la date fausse de 983. Dans son édition des Concilia Gal- 
liae (III, 598), Sirmond reproduisit ce texte tronqué et la date 
de 983. Il retrouva ensuite un texte complet et communiqua sa 
copie à Labbe et Cossart''. Elle paraît faite d'après Y Historia 
monasterii Moso?nensis, mais de légères variantes avec le texte 
imprimé du Spicilegiwn me portent à croire que Sirmond avait 
consulté un manuscrit différent de ceux dont s'est servi D'Achery 
pour établir son édition^ Le contrôle est malheureusement impos- 
sible : les manuscrits qui contenaient Y Historia moyiastey^ii 
Mosomensis ont disparu, et pour son édition des Monumenta 
Germaniae M. Wattenbach s'est vu obligé de reproduire le texte 
du Spicilegiwn. 

A la Bibliothèque nationale, la collection de Champagne ren- 
ferme, au tome CL, n° 1, une charte en parchemin qui, au 
premier abord, me parut être l'original même du Decretum 
Adalheronis. Un examen plus attentif et la comparaison avec 
les textes imprimés me fit bien vite soupçonner que j'étais en pré- 
sence d'un acte apocryphe, fabriqué à une époque ancienne et 
présentant, par suite, un certain intérêt diplomatique et historique. 
Pour justifier cette opinion et rendre possible la discussion , je 
donne en appendice ce texte inédit et je reproduis en regard l'acte 
correspondant de Y Historia monasterii Mosomensis, avec les 

1. VII, 656-658; édition in-fol., II, 570-571 ; cf. "Wattenbach, dans les Monu- 
menta Germaniae, Script., XIV, 600. 

2. Paris, 1611, fol. 403 V; reproduit par Colvener. Douai, 1617, p. 178. 

3. Éd. Sirmond, fol. 400 v». 

4. Concilia, XI, 947. Dom Bouquet {Recueil des historiens de France, IX, 
325 et 732) et Mansi {Sacr. concil., XIX, 33-34) se bornent à reproduire le texte 
et les observations de Labbe. 

5. Marlot {Metropolis historia Remensis, II, 8 et 11) reproduit également le 
Decretum Adalberonis d'après le Chronicon monasterii Mosomensis. Il s'est servi 
de deux manuscrits, dont l'un se trouvait à Saint-Remi de Reims et l'autre à 
Mouzon. Il a d'ailleurs fort mal lu les souscriptions et dans son édition on trouve 
autant de fautes que de mots. 



ARCHEVÊQUE DE REIMS. 33 

variantes de l'Appendice à YHistoria ecclesiae Remensis de 
Flodoard^ 

Dans l'acte inédit, on peut faire les remarques suivantes. Au 
point de vue diplomatique, la forme des souscriptions des évêques, 
suhscïipsi et firmavi ut interfui, est assez insolite^. Dans la 
teneur, l'expression villas cuni comitatu, banno et distric- 
tione, admissible à partir du xif siècle, peut-être même du xi% 
serait tout à fait siDgulière au x'' siècle. Mais c'est surtout au point 
de vue paléographique, où l'on ne peut malheureusement contrô- 
ler mes assertions, que les objections me paraissent graves. 
L'écriture, quoique fort bien imitée de celle du x*" siècle, trahit 
cependant une époque postérieure dans la forme des abréviations 
et dans l'aspect, déjà plus anguleux, des caractères. Elle me 
semblait pouvoir dénoncer la seconde moitié du xf siècle. Des 
observations très fines et minutieuses de M. Omont me portent à 
faire descendre la composition de cet acte au xn'' siècle. 

On pourrait objecter que l'auteur de cet acte n'a pas commis 
sciemment un faux, et a voulu simplement prendre copie d'un 
acte authentique en faveur de son monastère ; mais l'imitation de 
l'écriture du x** siècle et l'apposition d'un sceau prouvent claire- 
ment qu'il voulait faire passer son œuvre pour un originale 

1. On remarquera que la version imprimée par Sirmond se rapproche davan- 
tage du texte inédit. 

2. L'ordre et le nombre des souscriptions diffèrent dans notre acte et dans 
les textes imprimés. On remarquera des deux côtés des formules telles que 
Hadulfus Noviomensis episcopus, alors qu'il faudrait H. Noviomensis ecdesix 
episcopus ou H. Noviomensium episcopus. On sait, en effet, que jusqu'à la fin 
du xn" siècle les évêques ajoutent à leur titre, quand ils souscrivent, le mot 
ecclesix ou le nom du peuple qu'ils régissent. Mais cette règle n'a peut-être pas 
la rigueur que l'on croit. Dans une charte de Roricon, évêque de Laon, datée 
de 961, mais confirmée en 972 précisément par les évêques de ce concile du 
Mont-Notre-Dame, on retrouve ces souscriptions sous la même forme. A côté 
de : Adalbero sanctx Remensis ecclesix archiepiscopus, et de Guido Suessio- 
nensis ecclesix episcopus..., on voit Hadulfus Noviomensis episcopus..., Hil- 
degarius Belvacensis episcopus..., etc. La transition entre les deux formules de 
souscriptions épiscopales aurait donc commencé deux siècles plus tôt qu'on ne 
s'imagine. La disparition des originaux ne permet malheureusement pas des 
conclusions précises. Voy. Gallia christiana, IX, Instrum., 187; Recueil des 
historiens de France, IX, 730. 

3. MM. Giry et Julien Havet, qui ont bien voulu examiner cet acte au point 
de vue diplomatique, sont portés à croire qu'il ne peut constituer un original. 

1891 3 



34 UNE CHARTE FAUSSE d'aDALBÉRON 

Il reste à déterminer maintenant les éléments utilisés pour la 
fabrication de cette charte. Tout d'abord, le premier tiers de l'acte, 
jusqu'aux mots ego autem videns, reproduit textuellement^ le 
JDecretum Adalberonis authentique, tel qu'il nous est connu 
par YHistoria monasterii Mosomensis et l'Appendice à Flo- 
doard. Par contre , la liste des biens donnés par Adalbéron à 
l'abbaye de Mouzon fait totalement défaut dans ces deux derniers 
textes. Les noms de ces villages se retrouvent bien, pour la plu- 
part, dans YHistoria monasterii Mosomensis, mais dans un 
discours que le rédacteur de cette chronique met dans la bouche 
de l'archevêque ^ 

Il me paraît évident que ce prétendu discours n'est que la para- 
phrase d'une charte de donation d' Adalbéron. La véracité de ce 
récit n'est pas, d'ailleurs, discutable. Tous les noms de lieux 
énumérés se retrouvent dans un diplôme conârmatif de l'empe- 
reur Otton III, daté du 6 avril 9973, Ce diplôme est rendu à la 
prière du comte Godefroi, frère d' Adalbéron ; or, dans le discours 
cité plus haut, l'archevêque réserve le consentement de son frère. 
Sur ce point encore l'autorité du chroniqueur se trou"V'e confirmée. 
Voici donc quel a été, à mon a\is, le procédé de composition de 
notre document. Un moine de Mouzon a jugé bon, au xif siècle, 
de fondre en un seul deux actes authentiques en faveur de son 
abbaye ; l'un était une donation en termes détaillés de l'arche- 
vêque Adalbéron et de son frère le comte Godefroi ; l'autre, un 
vague énoncé de ses réformes, que le prélat avait fait souscrire 
par ses suffragants au concile du Mont-Notre-Dame. Le faussaire, 
ou plutôt le compilateur, ne connaissait ces deux actes que par la 
copie ou la paraphrase qu'en donne YHistoria monasterii 
Mosomensis. Il a copié la première moitié du dernier acte, ainsi 
que les souscriptions, mais il a omis quelques-unes de ceUes-ci et 
il en a interverti l'ordre. Il a emprunté à la paraphrase de la 
première charte la liste des biens donnés à l'abbaye et il l'a inter- 
calée entre la copie du second acte et la liste des souscriptions, en 



t. Excepté, bien entendu, des variantes purement orthographiques. 

2. Voy. Appendice, I, 2°. 

3. Ce diplôme vient d'être publié avec fac-similé partiel par M. Paul Laurent, 
archiviste des Ardennes : les Deux plus anciens Documents conservés aux 
archives des Ardennes (Paris, Alph. Picard, 1890). 



ARCHEVÊQUE DE REIMS. 35 

y ajoutant la formule, admissible à son époque, cum comitatu 
et banno et districtione. 

Nous avons dit plus haut que le concile provincial du Mont- 
Notre-Dame nous était également connu par l'ouvrage de Richer. 
Le moine de Saint-Remi de Reims s'étend longuement sur ce 
concile et nous en donne un récit fort intéressant. Malheureuse- 
ment il se trouve en complet désaccord avec l'Historia monas- 
terii Mosomensis sur les circonstances qui ont précédé cette 
réunion. Richer prétend qu'Adalbéron se rendit à Rome pour 
obtenir du pape Jean XIII une bulle en faveur du monastère de 
Saint-Remi. Le pape fit le meilleur accueil à l'archevêque de 
Reims, et, le jour de Noël, lui permit de célébrer la messe en pré- 
sence de douze évêques. Il fit ensuite droit à sa requête, apposa 
son sceau à l'acte confirmant les privilèges de Saint-Remi et le 
fit souscrire par les douze évêques. De retour en France, l'arche- 
vêque de Reims déposa cet acte dans les archives de Saint-Remi. 
Six mois après , il convoqua le concile du Mont-Notre-Dame, 
donna lecture du privilège pontifical et le fit souscrire par les 
évêques présents. Les moines de Saint-Remi reprirent alors cet 
acte et le replacèrent dans les archives de l'abbaye*. 

Ce récit ne présente rien d'invraisemblable. Richer était moine 
de Saint-Remi ; nous savons qu'il a consulté les archives de son 
monastère pour la composition de son ouvrage ; il a donc vu le 
privilège pontifical, il l'a même reproduit; malheureusement le 
feuillet de parchemin qui, dans le manuscrit autographe, conte- 
nait cet acte a disparu^. 

Tout autre est la version de VHistoria monasterii Mosomen- 
sis. Après avoir introduit des moines à Mouzon, le 7 novembre 
971, l'archevêque envoya à Rome, après Noël, des messagers 
demander au pape Jean XIII une buUe en faveur de l'abbaye de 
Mouzon. Adalbéron informait le pontife qu'il devait tenir au mois 
de mai suivant un concile provincial, et le priait de faire parve- 
nir la bulle par un de ses officiers pour qu'il pût en donner lecture 
au concile. Jean XIII, selon la coutu7ne romaine, fit écrire la 
bulle sur papyrus, et la transmit à Adalbéron par ses apocri- 

î. Richer, III, 25-30. 

2. Voy. la note de Pertz au chapitre xxviii du livre III. 



36 UNE CHARTE FAUSSE d'ADALBE'rON 

siaires. C'est seulement après leur arrivée que l'archevêque con- 
voqua, en mai, le synode du Mont-Notre-Dame et y donna lec- 
ture de la bulle et de sa propre charte en faveur du monastère de 
Mouzon^ 

Les deux bulles en faveur de Saint-Remi et de Mouzon, loin 
d eclaircir la question, la compliquent. Elles sont datées des 23 
et 24 avril 972 S et le Deere tum Adalberonis porte la date de 
mai 973 ; de plus, dans les différentes copies de la bulle en faveur 
de Saint-Remi (l'original a disparu), il n'y a pas trace des douze 
évêques romains, non plus que des évêques qui prirent part au 
concile du Mont-Notre-Dame. La difficulté chronologique peut 
être facilement résolue ; la date de 973 est certainement fautive : 
1° parce que la date des bulles (972), qui nous donne celle du 
concile, est inattaquable ; 2" parce que VHistoria monasierii 
Mosomensis rapporte que le concile était arrêté pour le mois de 
mai de l'année qui suivit la réforme de l'abbaye de Mouzon, et 
que cette réforme eut lieu certainement en novembre 971 . Il est 
donc évident que le concile eut lieu en mai 972. Mais alors on ne 
s'explique pas, vu la distance, que les bulles écrites à Rome 
les 23 et 24 avril 972 aient pu être lues au Mont-Notre-Dame 
dès le mois suivant. 

Pour triompher de ces contradictions, je pense qu'il faut com- 
biner les récits de Richer et de l'auteur de la Chronique de Mou- 
zon, chacun n'ayant vu qu'une partie de la vérité, et accorder 
plus d'autorité au premier, plus près des événements et plus en état 
d'être bien informé. A mon avis, Adalbéron se rendit effective- 
ment à Rome^ à la fin de l'année 971 et partit peu après Noël. 
Pressé sans doute de retourner en France, il ne put attendre, vu 
les lenteurs de la chancellerie pontificale, que les actes fussent 
rédigés en forme. Il obtint en faveur de l'abbaye de Saint-Remi 
un acte provisoire, scellé du sceau pontificaP et souscrit par les 



1. Mon. Germ., Script., XIV, 614. 

2. Regesta pontif. rom., 2" éd., n" 3761-3762. 

3. Il déclare dans le Decretum présider le synode par autorité du pape : 
« Ego Adalbero jam prcescriptus archipresul eidem concilio, Deo auctore, pon- 
tificali auctoritate prœsidens, » et il qualifie cet acte de « pontificale statu- 
tum. » Pour tenir une pareille autorité du pape, il me semble nécessaire qu'il 
fût allé la solliciter à Rome. 

4. Richer déclare que le pape y apposa son sceau [sigillum) ; il n'emploie pas 



ARCHEVÊQDE DE REIMS. 37 

évêques romains. Peut-être envoya-t-il ensuite des messagers à 
Rome* pour presser l'expédition des bulles ; mais celles-ci n'étant 
pas arrivées à temps, c'est l'acte provisoire qu'Adalbéron lut au 
concile du Mont-Notre-Dame, c'est cet acte que vit et copia 
Richer. De même, pour Mouzon, il y a un double privilège : 1° le 
Decretum Adalberonis , exposé vague et diffus des réformes 
accomplies par l'archevêque, document rédigé sans doute pour 
tenir lieu de la bulle pontificale ^ et pour obtenir les souscriptions 
confirmatives des membres du concile pendant qu'ils se trouvaient 
encore réunis ; 2° la bulle pontificale, qui arriva en France après 
la tenue du concile. 

Ferdinand Lot. 

le mot bulla, peut-être parce que l'acte qu'il a eu sous les yeux n'était pas 
rédigé en forme solennelle. 

1. C'est ce que prétend l'Historia monasterii Mosomensis. 

2. L'acte est qualiflé par Adalbéron de « pontiflcale slatutum. » 



38 UNE CHARTE FAUSSE D ADALBÉRON 

APPENDICE I. 
Extraits de l'Historia mo\asterii Mosomensis. 

]° Decreium Adalberonis* . 

Adalbero divina propitiante clementia Sanctae Remensis ecclesiae 
archiepiscopus. Notum fiât universis tam prçsentibus quam ^ etiam 
futuris fîdelibus, quondam nobis episcopio gratia et^ benignitate 
regia contradito, sanctorum quoque loca quçdam in honore ^ integro 
reperisse plurimum valentia, quaedam vero pristinae dignitalis statu 
déficiente prorsus neglecta. Inter quç ille etiam'' Mosomi coenobialis 
locus, antiquitatis studio certatim constructus, ab exordio scilicel 
sanctimonialium vitae aptatus, postmodura vero canonicalis ordine 
abHerveo^praedecessore nostro melius informatus, atque in honore 
sanctae Dei genitricis Mariae digne consecratus, sed nefandis usibus 
utrobiquenegUgenterincultus, rébus quidem partira subtractis, par- 
tira vero currentibus'^ raahs, sinistrç cessit fortunae. Quo igitur 
coraperto, mens ^ nostra, adhibito fidelium nostrorum diligenti con- 
siho, liquido perpendens eumdera locura pro raundi infelicitate iïi 
canonicali ordine utiliter^ stare non posse, çternorum^" spe, prout 
opportunura extitit, ibidera raonasticç'^ religionis vitara, ordinato 
abbate Leotaldo, constituit'-, ut ejusdera loci cultores religiosi^^ tara 
rébus delegatis quam etiara forte delegandis utentes, continua vota 
Deo solventes sint, et^'* pro nobis et pro posteris nostris ceterisque^^ 

1. Les notes suivantes indiquent les variantes de l'Appendice à Fiodoard, 
suivi par Sirmond dans ses Concilia Galliœ. 

1. Cum presentibus cura. 

2. Gratia Dei ac. 

3. Quaedam honore. 

4. Quse etiam ille. 

5. Canonicorum. 

6. Heriveo. 

7. Intercurrentibus. 

8. Manus. 

9. Utiliter omis. 2» 

10. JEternonim. 

11. Monasticae. 

12. Ledaldo constitui. 

13. Religiosi cultores. 

14. Et 07nis. 

15. Cœterisque. 



ARCHEVÊQUE DE REIMS. 39 

APPENDICE IL 

Charte fausse attribuée a l'archevêque Adalbéron^ 

^ Adalbero divina propiciante clementia sanctae Remensis aeccle- 
siae archiepiscopus. Notum fiât universis tum praesentibus, tum | ^ 
eliara futuris fldelibus, quondam nobis episcopio gratia Dei ac beni- 
gnitate regia contradito, sanctorum quoque loca quaedam honore 
integro repperisse plurimum valentia, quaedam vero pristinae 
dignita | His statu déficiente prorsus neglecta. Inter quae etiam ille 
Mosomi coenobialis locus antiquitatis studio certatim constructus, 
ab exordio scilicet sanctimonialium vitae aptatus, postmodum vero | ^ 
canonicali ordine a Heriveo, predecessore nostro, melius informatus 
atque in honore sanctae Dei genitricis Marie digne consecratus, sed 
nefandis usibus utrobique neglegenter incultus, rébus quidem | » 
partim subtractis, partira vero intercurrentibus malis, sinistrae ces- 
sit fortune. Quo igitur comperto, manus^ nostra, adhibito fidelium 
nostrorum diligenti consilio liquido perpendens eundem locum pro ] ^ 
iiîundi infehcitate in canonicali ordine utiliter stare non posse, aeter- 
norum spe, prout oportunum extitit, ibidem monasticae religionis 
vitam, ordinato abbate Letoldo, constituit, ut ] ^ ejusdem loci reli- 
giosi cultores, tam rébus delegatis quam etiam delegandis utentes, 
continua vota Deo solventes sint et pro nobis et pro posteris nostris 



1. Bibliothèque nationale, collection de Champagne, tome CL, n" 1. 

2. Faute évidente pour mens. Le scribe a confondu l'a et l'e et pris un s 
suscrit pour l'abréviation us. 



40 DNE CHARTE FAUSSE D ADALBERON 

ordinibus jugiterexorantes*^ Quocirca paternitatem loco nostrives- 
tri^^ subrogandorura in illa caritale Dei enixius impioramus , quo 
sub divini amoris respectu, hujus rei gestae conducibili negotio con- 
sentaiieae pielatis faveant zelo, idque liberalis auxilii indeficienti base 
dignentur temporum^» curriculis consolari atque fulcire, ut ex eo 
gratiam Dei féliciter adipiscentes, hujus praestanlioris emolumenti 
mereantur fore consortes. Sed et hoc ex decretis sanctorum patrum 
sub auctoritate pastorali omnimodis inbibemus, iramo etiam cura 
divini nominis obtestatione omnino interdicimus, ne unquam hujus- 
modi'» statutum qualibet temeritate ab ullo nostri ordinis violetur^ 
quin potius in reliquum stabile et inconcussum jure perpétue id 
ipsum venerabiliter conservetur ; nam^" si per laicos in rem hanc 
injuria invehatur, in eos procul dubio excommunicationis jaculum 
cura anathemate intorqueatur. 

2'' Discours d'Adalbéron. 

« Ecce jam in presenti coram Deo et testibus ad vestrum ser- 

vitium pro animae meae remedio proque predecessorum atque suc- 
cessorum meorum beatae remunerationis coramercio de mea mensula 
unam villam, Oduntem^ nomine, cum omni banno suo subtraho, et 
alteram villulam Seciam, quantum inibi injure raeo venit, itemque 
apud Romeliacum et Alleicurtem quicquid mihi, parum quidem, 
ibidem compelit, in promerendo jugi sufTragio dominae meae sanc- 
tae Dei genitricis Mariae usibus sibi fideliter servientium monacho- 
rum hbens perpeluo habenda offero et auctoritate qua debeo vel pos- 
sim legaliter trado. De patrimonio autem meo, quod in partem mihi 
cedit, si fratrem meum Godefridum super hoc sancto negotio, Ghristi 
adminiculante gratia, persuadendo evincere potuero, quicquid in 
Metensiepiscopiohabeo,invillisvidehcetBretenaco2,Rothila3, Madren- 
gias-*, ad mansos viginti octo; itemque de terra quam dicunt Sulcos 

16. Orantes. 

17. Loco nostri subrogandorura. 

18. Temporum 07nis. 

19. Hujuscemodi. 

20. Nam omis. 

1. Voy. ci-contre. 

2. Brettnach, Alsace- Lorraine, canton de Bouzonville. 

3. Rettel, Alsace-Lorraine, canton de Sierck. 

4. 11 y a deux Marange : 1° Marange-Silvange, Alsace-Lorraine, cant. de Metz ; 
2° Marange-Zondrange, Alsace-Lorraine, cant. de Faulquemont. L'existence d'un 
prieuré de l'abbaye de Mouzon à Marange-Silvange décide en faveur de cette 



ARCHEVÊQUE DE REIMS. Â\ 

caelerisque ordinibus jugiter | ^ orantes. Quocirca paternilatem loco 
nostri subrogandorum in illa caritale Dei imploramus, quo sub divini 
amoris respecta bujus rei gestae conducibili negotio consentaneae \ ^ 
pietatis faveant zelo, idque liberalis auxilii indeficienli base dignen- 
tur lemporum curriculis consolari atque fulcire, ut ex eo gratiam 
Dei féliciter adipiseenteshuiusprestantiorisemolumen | ^*^ti merean- 
tur fore consorles. 



Ego autem videns exiguitatem pauperlatemque loci, motus 
misericordia ne victus penuriam ultra modum paterentur fra- 
tres ibidem Deo et sanctis ejus beatisque in ipso loco qui j ^* escen- 
tibus Victori atque Arnulpho martyribus servientes, pro remedio 
anime mee et omnium successorum meorum, dedi ad illum locum 
iiii" villas cura comitatu et banno et districtio | ^^ne et integritate, 
hoc est Seciam ' cum appenditiis suis, Odunt^ cura Poirumno et 
omnibus appenditiis suis, et terciam partem silve quç dicitur Doe- 
loz, et piscationera aquç Odunt^, et decursura ejus | ^^ usque in 
Mosam, et Breveleiacum ^ cura appenditiis suis, Romeliacum mino- 
rera''' et AUeicurt^ et piscationera Mosç etlaci quivocatur Sorges cum 
suis pertinentiis, super Mosellam in villa quae | ^* dicitur Rosero- 
lis^xraansos, et in Gastello^ ir mansos cum comitatu, banno et dis- 
trictione. Qua traditione sollempniter facta, ne aliquis homo hoc 
infringere presumeret aliquando, etiara ''^ ad futurorum memoriam 
et acclesiae libertatera conservandam, auctoritatis nostrae scriptum 
iraposui et signari feci, ammonens ex parte Dei successores nos- 
tros ut, sicut sua statuta çcclesia | ^^stice facta volunt inviolata 
manere, sic hujus nostrç donationem et statutum elemosinç nuUo 

1. Cesse, Meuse, cant. de Stenay. 

2. Yoncq, sur le Yoncq, Ardennes, arr. de Sedan, cant. de Mouzon (6 kil.). 

3. Brevilly, près de la rive gauche de la Chiers, à 6 kil. nord de Mouzon. 

4. Le Petit-Remilly, au confluent de la Chiers et de la Meuse. 

5. Aillicourt, sur la rive gauche de la Meuse, en face de Bazeilles, 

6. Rozerieulles, sur un affluent de la Moselle, Alsace-Lorraine, cant. de Gorze. 

7. Soit Châtel, à 2 kil. nord de Rozerieulles, soit Chazel, à 2 kil. est de 
Rozerieulles. 



42 UNE CHARTE FAUSSE d'ADALBe'rON 

Sancti Remigii in duobus locis Roseolis et Castello, ad mansos duo- 
decim, ne indigentia vini satis oplimi vos coanguslet, sublevare 
curabo. Bervelliacum vero ad tria millia hinc positam^, ad facien- 
dam saginam in pastione porcorum vestrorum cum omnibus appen- 
diciis, ut de manibus illis quae nunc in beneficio tenent aut precario 
aut concambio aut cujuscumque ingenii efTectu eripere quivero, usi- 
bus vestris, tantum peccatorum meorum maculas assiduis precibus 
extergite, libens adquirere instabo. » 

Hanc villam tune Richardus comes Metensis ex antiquo in bene- 
ficio de episcopio tanquam jure proprio possidebat; quam bonus ille 
presul sicut promisit multo sibi adnisu attrahens, antequam vita 
decederet, huic Mosomensi ecclesiae jure proprio in reliquo possiden- 
dam legaliter contradidit. Sic episcopus coram multorum frequenlia 
ipsum abbatem et fratres alloquens, et ut sui jugiter sancLe et pie 
Vivendi memores essent exorans, in pace dcmisit benedicens. 

3° Suite du Decretum Adalberonis. 

Anne igitur ab incarnatione Domini Jesu Ghristi DCCCCLXXI1P\ 
provinciali synodo mense maio constituta-^, generaliter congregata 
apud Montem sanctae Mariae in pago Tardanensi, hoc decretum 
solemniter recitalum est coram venerandis episcopis, abbatibus, 
ceterisque fidelibus^^ huic nostrae institutioni pio^'' assensu faventi- 
bus, immo etiam collaudanlibus atque confirmantibus. Quorum vide- 
licet primus ego Adalbero, jam praescriptus archipraesul, eidem 
concilio, Deo auclore, pontificaU auctoritale praesidens, manu nos- 
tra subscribens idem roboravi^^; sed et ceteri haud secus-^ censue- 



localité. Voy. de Bouteiiler, Dictionnaire topographique de l'ancien départe" 
ment de la Moselle, p. 159. 

1. Hinc se rapporte à l'abbaye de Mouzon. Brevilly est situé à 6 kil. au nord 
de IMouzon. Pour s'expliquer que le comte de Metz, Richard, vassal de l'Em- 
pire, pût tenir en fief de l'archevêque de Reims un village situé près de Mou- 
zon, il faut se rappeler que le pagus Mosomensis, tout en appartenant au dio- 
cèse de Reims, était compris dans le territoire de l'Empire. Voy. Longnon, Atlas 
historique, p. 84, note 1 ; Julien Havet, Lettres de Gerbert, p. 54, note 2, et 
p. 80, note 5 ; et charte d'Otton, citée ci-dessus, p. 34, note 3. 

21. Domini nostri D CCCLXXXIII. 

22. Constituta omis. 

23. Cœterisque nonnuUis lidelibus. 

24. Pro. 

25. Corroboravi. 

26. Non secus. 



ARCHEVÊQUE DE REIMS. 43 

ingenio paciantur rescindi vel violari aliqua ratione , omnibus vero 
quos nostrae auctori | ^'^tati vinculum Ghristi subjugare débet, comi- 
tibus, judicibus, prepositis, diversis etiara potestatibus sub anathe- 
mathe Ghristi et totius acclesiae interdictum facientes ammone- 
mus, I ^^ ut nullo ingenio, nulla ratione, nulla cupiditate subripiente, 
hoc decretum présumant infringere vel removere. Quod si facere 
presumpserint, cum Juda traditore Domini | *^ subjaceant aeternae 
raaledictioni, fiât, fiât. 



Anno igitur incarnationis Jhesu Ghristi Domini nostri D CCGG"" 
LXX"" IIP, provinciali synodo mense maio generaliter | -" congre- 
gata apud Montem sanctae Mariç in pago Tardanensi, hoc decre- 
tum sollempniter recitatum est coram venerandis episcopis, abba- 
tibus, caeterisque nonnuUis fldelibus ] -^ huic nostrae institutioni 
pio assensu faventibus, immo etiam collaudantibus alque conOr- 
manlibus. Quorum videlicet primus ego Adalbero, jam praescriptus 
archipraesul eidem J -^ conciho, Deo auctore, pontificaii auctoritate 
praesidens, manu nostra subscribens idem roboravi-, sed et ceteri 



M UNE CHARTE FAUSSE d'ADALBÉRON 

runt manibus impositis solidari ^^ hoc ipsum pontificale statutum 
apostolicae auctoritatis privilegio petitionis nostrae oblentu unde- 
cumque subnixum, ac per hoc suramo honori omnibus reverenler 
habendum. 

Ego Adalbero sanctae Remensis ecclesiae archipraesul subscripsi 
el corroboravi. 

Ego Wido Suessionensis ecclesiae episcopus. 

Ego Hildricus Belvacensis ecclesiae episcopus. 

Ego Thebaldus Ambianensis episcopus. 

Ego Haidulfus Noviomensis episcopus. 

Ego Theudo Cameracensis episcopus. 

Ego Adalbero Laudunensis episcopus <. 

Ego Gipuinus Gatalaunensis episcopus. 

Ego Constantius Silvanectensis episcopus. 

Ego Liudulfus Tarvanensis episcopus <. 

Signum Adalberti Remensis archidiaconi. 

Signum Leudonis archidiaconi. 

Thebaldi archidiaconi. 

Erluini archidiaconi. 

Hugonis archidiaconi. 

Geranni archidiaconi. 

Rogeri archidiaconi. 

Emmonis archidiaconi. 

Signum Rodulfi abbatis sancti Reraigii. 

Odelei abbatis sancti Medardi. 

Ratoldi abbatis Corbeiensis. 

Berlandi abbatis sancti Vincenlii. 

Adzonis abbatis sancti Basoli. 

27. Le texte de l'Appendice à Flodoard, suivi par Sirmond, s'arrête à ce mot. 
1 . Les souscriptions d'Adalbéron et de Liudulfe, qui ne furent nommés évêques 
qu'en 977 et qu'en 978, ont été évidemment ajoutées après coup. 



ARCHEVÊQUE DE REIMS. 45 

haud secus censuerunt manibus impositis solida [ ^^vi hoc ipsum 
pontificale statutum apostolicç auctoritatis, privilegio petitionis nos- 
trae obtentu undecumque subnixiim, ac per hoc summo honori 
omnibus reverenter habendum. | 

S. Alberti Remensis archidia- 
coni. I 



2'' f Ego Adalbero sanctae Re- 
mensis accclesiae archi- 
presul subscripsi et cor- 
roboravi . 

25 f Ego Wido Suessionensis 
aecclesiae episcopus sub- 
cripsi et firmavi sicut in- 
terfui. 

2<"' f Ego Hildierus Belvacensis 
episcopus subscripsi et fir- 
mavi ut interfui. 

2^ f Ego Teboldus Ambianensis 
episcopus subscripsi et fir- 
mavi ut interfui. 

28 f Ego Hadulfus Noviomensis 

episcopus subscripsi et fir- 
mavi ut interfui. 

29 f Ego Thiedo Gamaracensis 

episcopus subscripsi. 

30 f Ego David. | 

3< -j- Ego Adalbero Laudunensis 
episcopus. I 

32 -J- Ego Gonstantius Silvanec- 

tensis episcopus. | 

33 -|- Ego Gibuinus Gatalaunensis 

çcclesiae episcopus. \ 

Au bas et à droite de l'acte était plaqué un sceau rond qui a dis- 
paru. La trace de ce sceau laissée sur le parchemin a O-^OS de dia- 
mètre. Au dos de la charte, de même écriture que le corps de l'acte : 
Privilegium Adalberonis archiepiscopi ; puis en écriture de la seconde 
moitié du xiii'^ siècle : De institutione monachorum et donatione 
quarundem (sic) villarum et piscatoriarum et domus de Rozerellis ; 
d'une troisième écriture : Privilegium domni Adalberonis archiepis- 
copi de institutione monachorum Mosomensium et de donatione vil- 
larum quatuor, scilecet de Unco, de Puiron, de Remilli, de Aly- 
court, et de piscationibus et aliis. 



S. Leudonis archidiaconi. 



S. Hugonis Suessionensis archi- 
diaconi. I 

S. Gerramni archidiaconi. I 



S. Rodulfi abbatis sancti Remi- 
gii- I 

S. Odelei abbatis sancti Medar- 
di. I 



LETTRES INEDITES 

CONCERNANT LES CROISADES 
(1275-1307) 



Les lettres que nous publions plus loin se rattachent toutes à 
l'histoire des états chrétiens du Levant pendant la deuxième moitié 
du xiii"^ siècle et les premières années du xiv^. Elles ont été copiées 
au Record Office de Londres et au British Muséum par l'un des 
signataires de la présente notice qui recherchait dans ces dépôts 
des documents d'un autre ordre. Le mauvais état de conservation 
où elles se trouvent en a rendu la lecture très difficile. Dans 
quelques-unes, la moisissure a fait disparaître l'encre, et même 
rongé le papier en maints endroits. Cette circonstance, jointe à 
l'intérêt exceptionnel de la plupart d'entre elles, en commandait 
la publication. Aucune ne porte de date d'année, mais les noms, 
les récits ou les mentions d'événements qu'elles contiennent four- 
nissent généralement des indications chronologiques assez précises. 
Nous allons donc essayer de les dater, et nous donnerons en note 
du texte quelques éclaircissements sur les personnages cités et les 
faits racontés. 

Celle que nous inscrivons sous le n° I est une lettre de Hugues 
Revel, grand maître de l'Hôpital, à Edouard P^ roi d'Angleterre 
(20 nov. 1272 à 7 juill. 1307), écrite à Acre le 30 septembre. La 
dernière mention que nous possédions de Hugues Revel est du 
25 septembre 1276 ; la première qui nous soit parvenue de son 
successeur dans la maîtrise, Nicole le Lorgne, est du 18 sep- 
tembre 1278 ^ Il est donc certain que la présente lettre a été 

1. Delaville Le Roulx, Archives, bibliothèque et trésor de l'ordre de Saint-Jean 
de Jérusalem à Malte, p. 211; cf. Rôhrichit, Zusûtze und Verbesserungen zu 
Du Cange, Les familles d'outre-mer, éd. E. Rey. Berlin, 1886, in-4°, p. 5. 



LETTRES INE'dITES CONCERIVANT LES CROISADES. 47 

rédigée entre les derniers jours de 1272 ou les premiers de 1273, 
époque où la nouvelle de l'avènement d'Edouard P"" au trône 
d'Angleterre dut arriver en Palestine, et le 18 septembre 1278, 
époque où la maîtrise de Hugues Revel avait pris fin. Le grand 
maître y rapporte que les Tartares, marchant sur la Syrie, ont 
atteint les Aiguës-Froides, très vraisemblablement un affluent 
de l'Euphrate* ; que le soudan se trouve à Damas et qu'il vient 
de faire une incursion en Arménie, d'où il a remporté un grand 
butin. Or, entre 1272 et 1278, la seule année qui nous paraisse 
répondre à ces quelques données historiques est 1275. Nous 
savons qu'en mars 1275 El Malek ed-Daher Bibars, soudan 
d'Egypte, envahit la petite Arménie, la mit au pillage, puis se 
retira à Damas^ ; qu'en la 674*' année de l'hégire (27 juin 1275- 
14 juin 1276) les Tartares ou Mongols de Perse s'avancèrent 
du côté de la Syrie, jusqu'à El-Birâ sur l'Euphrate, et que Bibars, 
sortant de Damas, en novembre 1275, se porta contre eux et 
les força à s'éloigner^. Ces rapprochements ne nous apportent 
assurément pas une certitude absolue, mais on ne peut douter, je 
crois, que le soudan dont il est fait mention dans notre document 
ne soit Bibars. Comme ce prince mourut le 30 juin 1277^, la 
lettre de Hugues Revel, datée du 30 octobre, ne serait en tous 
cas pas postérieure à 1276. 

Notre n° II est une lettre de Guillaume de Beaujeu, grand 
maître du Temple, au même roi d'Angleterre, datée d'Acre, le 
2 octobre. G. de Beaujeu ayant occupé les fonctions de grand 
maître du 13 mai 1273 au 18 mai 1291 ^ l'intervalle de temps 
pendant lequel cette lettre a pu être écrite est bien plus considé- 

1. Les Gestes des Chiprois, publ. par G. Reynaud pour la Société de l'Orient 
latin, pp. 208, 210, 296. 

2. Makrizi, Hist. des sultans Mamlouks, éd. Quatremère, t. I, p. 123 ; Aboul- 
feda, Annales {Hist. orient, des crois., t. I, p. 154-5); Bedr-Eddyn Alaïny, Le 
Collier de Perles {ibid., t. II, l'° part., p. 248-9); Annales de T. S. (dans Arch. 
de l'Orient latin, II, ii, p. 456) ; Gestes des Chiprois, p. 202 ; Éracles, 1. XXXIV, 
ch. 20 {Hist. occid. des crois., t. II, p. 467); M. Sanudo, Sécréta fidel. crucis, 

I. III, part. XII, ch. 14 {Gesta Dei per Francos, p. 226) ; cf. Rôhricht, Études 
sur les derniers temps du royaume de Jérusalem {Arch. de l'Orient latin, 

II, I, 405). 

3. Makrizi, ouvr. cité, p. 127, et Aboulfeda, ouvr. cité, p. 155. 

4. Sur cette date voy. R. Rôliricht, Études sur les derniers temps du royaume 
de Jérusalem. Les combats du sultan Bibars (Arch. de l'Orient latin, t. II, i, 
p. 406, n. 169). 

5. Voy. Rôhricht, Zusaize , p. 17. 



48 LETTRES INÉDITES 

rable que pour la précédente. Comme, d'ailleurs, en fait d'évé- 
nements historiques, elle n'en mentionne aucun qu'il soit possible 
d'identifier d'une façon certaine, la date que nous lui assignerons 
ne devra pas être acceptée sans réserve. Voici, parmi les circons- 
tances qu'elle relate, celles qui peuvent servir à formuler une 
hypothèse sur ce point : G. de Beaujeu vient d'arriver par mer à 
Acre, le 15 septembre. Il a fait sans doute une traversée de 
plusieurs jours, puisqu'il dit avoir essuyé plusieurs tempêtes. Son 
absence de Terre-Sainte a dû être assez longue, car l'objet de sa 
lettre est de faire connaître au roi l'état dans lequel il a retrouvé 
ce pays. Le sultan est aux environs de Damas avec une grosse 
armée. Le bruit court que les Tar tares approchent [de la Syrie]. 
Un passage général aura lieu prochainement. — De ces divers ren- 
seignements on peut conclure, avec quelque vraisemblance, que 
la lettre a été, comme celle de Hugues Revel, écrite en 1275. En 
1274, Guillaume de Beaujeu avait assisté au concile de Lyon, où 
l'on s'était occupé des affaires de la Terre-Sainte S et, suivant 
l'Eracles, il était rentré à Acre le 29 septembre 1275-. Cette 
dernière date ne s'accorde pas exactement avec celle que donne 
la lettre, mais l'écart est minime, et il ne serait pas bien témé- 
raire de supposer que le chroniqueur ait commis une erreur 
aussi légère. J'ajoute que Guillaume de Beaujeu, après son voyage 
de 1274-1275, ne paraît pas avoir quitté de nouveau la Terre- 
Sainte, et je rappelle qu'en 1275 les Tartares et le soudan d'Egypte 
se trouvaient bien dans les conditions indiquées par la lettre^. 

Notre n° III est une lettre de Jean et de Jacques Vassal, 
ambassadeurs d'Abaga , roi des Tartares, et de Léon III , roi 
d'Arménie, à Edouard I", roi d'Angleterre. L'ambassade de ces 
deux personnages en Occident est rapportée par d'autres témoi- 
gnages *. On sait qu'avant de se rendre en Angleterre, ils pas- 
sèrent par l'Italie, où ils se trouvaient à la fin de 1276. Leur 

1. Sacrosancta concilia, éd. Labbe, t. XI, p. 938 et suiv. — Éracles, 
liv. XXXIV, ch. XIX, XXV, xxvi {Hist. occid. des crois., t. II, p. 465, 471, 472); 
M. Sanudo, Sécréta fidelium crucis, 1. III, part. XII, ch. xiii (Gesta Dei per 
Francos, p. 225). 

2. Liv. XXXIV, ch. xxi, p. 468. 

3. Voy. plus haut, p. 47. 

4. Rémusat, Relations des rois de France avec les empereurs mongols (dans 
les Mém. de VAcad. des inscriptions, t. VII, p. 245 et s.), où sont cités ces 
témoignages. — Cf. Rohricht, Études... Les batailles de Hims, 1281 et 1299 
{Arch. de l'Orient latin, I, p. 650, n. 81). 



CONCERNANT LES CROISADES. 49 

lettre à Edouard I", datée de Viterbe, le 25 novembre, est donc 
vraisemblablement de cette année. Elle fournit sur l'ambassade 
de Jean et Jacques Vassal des détails nouveaux et curieux. 

Les n°' IV et V sont des lettres de Nicole le Lorgne, grand 
maître de l'Hôpital, à Edouard P"". Comme elles paraissent se 
rapporter au même événement, nous les examinerons ensemble. 
Le n° V, écrit à Acre le 5 mars, contient un récit, assez suc- 
cinct d'ailleurs, de la bataille de Hims, livrée en 1281 par les Tar- 
tares au sultan Kelaoun^ Nicole le Lorgne indiquant que cette 
bataille eut lieu « a 30 jors doctovre prochain passé, » sa lettre 
doit être datée du 5 mars 1282. — Le n° IV, écrit à Acre le 
25 septembre, est relatif à une marche des Tartares vers la 
Syrie, et nous avons tout lieu de croire que l'expédition en ques- 
tion fut celle qui se termina par la bataille de Hims. La date en 
serait donc 1281. 

Le n" VI est une lettre de créance de Léon , roi d'Arménie, 
pour Théodore, chantre de l'abbaye de Trazargue, Baudouin de 
Negrino et Léon, chevaliers, ses conseillers et ambassadeurs, qu'il 
envoie au roi d'Angleterre, Edouard, pour lui faire connaître les 
périls auxquels est exposée l'Arménie, et lui demander des secours. 
Elle est datée d'Incisium (Sîs), le 28 mars. Trois documents, 
émanés d'une même source et relatifs au même objet, permettent 
de fixer approximativement l'époque où cette lettre fut écrite. Les 
deux plus anciens, de teneur presque identique et de même date, 
sont des lettres du roi d'Angleterre Edouard II à Léon IV d'Ar- 
ménie, et à Jean, de l'ordre des Frères mineurs, fils aîné de 
Léon III d'Arménie, datées de Westminster, le 3 mars 1308. 
Edouard y accuse réception de lettres de créance, données par 
l'un et par l'autre de ces personnages à Théodore, chantre de 
l'abbaye de Trazargue, Baudouin de Negrino et Léon, cheva- 
liers. Il a entendu les récits de ces ambassadeurs, touchant les 
périls que court l'Arménie, et il en exprime toute sa douleur. 
Il ajoute que, monté récemment sur le trône, il a trop d'afiaires 
sur les bras pour pouvoir, à l'heure présente, s'occuper de celles 
de l'Orient. Le troisième document est une lettre d'Edouard II 
au châtelain de Douvres, du 14 mars 1308, lui donnant l'ordre 
de laisser passer librement Baudouin de Negrino et Léon, cheva- 

1. Sur cette bataille, voy. R. Rôhricht, Études... Les batailles de Hims, 1281 
et 1299 (Arch. de l'Orient latin, I, p. 633). 

^89^ 4 



30 LETTRES INe'dITES 

liers, qui doivent s'embarquer dans le port pour retourner en 
Orient*. On ne peut douter, je crois, que l'ambassade arménienne, 
dont il est question dans les trois pièces citées ci-dessus, ne soit 
celle que mentionne notre lettre de créance. Les noms des ambas- 
sadeurs, l'objet de l'ambassade sont les mêmes, et les termes dont 
se sert Edouard dans sa réponse reproduisent en partie ceux du 
message de Léon. Donc ce message, daté de Sîs, le 28 mars, serait 
du roi Léon IV; il ne pourrait être postérieur à l'année 1307, 
puisqu'il était certainement parvenu en Angleterre dès avant 
le 3 mars 1308, ni antérieur à l'année 1305, où Léon IV, 
encore mineur, ceignit la couronne sous la tutelle de son oncle 
Haythoum II, qui, descendu volontairement du trône d'Armé- 
nie, avait pris l'habit de frère Mineur et le nom de frère Jean^. 
Selon toute vraisemblance, c'est de l'année 1307 qu'on doit 
le dater. Du moins ne pourrait-on le faire remonter d'un ou 
deux ans plus haut sans donner une raison plausible du retard 
qu'aurait eu la réponse du roi d'Angleterre, et cette raison, 
aucun document, à notre connaissance, ne la fournit. 

D'ailleurs, l'envoi d'une ambassade en 1307 pour réclamer le 
secours de l'Europe s'explique parfaitement par les événements 
qui venaient de se passer dans le royaume d'Arménie^. Ce 
royaume, surtout depuis la chute de Saint-Jean-d'Acre, n'avait 
cessé d'être en butte aux attaques des Sarrasins. Incapable d'y 
résister avec ses seules ressources, et subissant, plutôt qu'il ne 
le demandait, l'appui du khan des Tartares, il désirait plus que 
jamais intéresser à sa cause l'Occident chrétien. Mais une diffi- 
culté se présentait. De tous temps, les Arméniens avaient cherché 
à maintenir l'indépendance temporelle et spirituelle de leur église 
vis-à-vis de celle de Rome. Dans ces conditions pouvaient-ils 
espérer que les puissances occidentales montrassent un grand 
zèle à les secourir? S'ils faisaient cesser le schisme ou consentaient 



1. Rymer, Fœdera, 2= éd., t. III, p. 65, 68. Théodore, abbé de Trazargue, 
n'est pas mentionné dans la dernière pièce ; peut-être ne repartit-il pas pour 
l'Orient en même temps que Baudouin de Negrino et Léon. 

2. Rec. des hist. des crois. Hist. arméniens, t. I, p. cxiv. 

3. Nous devons la plupart des renseignements qui vont suivre et de ceux 
que nous donnerons en note de la pièce à Fobligeance de M. A. Carrière, pro- 
fesseur à l'École des langues orientales, qui a bien voulu traduire pour nous 
divers passages de \' Histoire du Sissouân, du P. Alishan, et dépouiller les notes 
qu'il a réunies sur l'histoire de l'Arménie. 



CONCERNANT LES CROISADES. 54 

tout au moins à un rapprochement, ils se créeraient des droits 
sérieux à leur protection. Aussi un parti nombreux, dirigé par le 
patriarche Grégoire, s'était-il formé pour cimenter l'union des 
deux églises. Au mois de mars 1307, sous l'influence de ce parti, 
un concile se réunit à Sîs, capitale du royaume. Vingt-six évêques 
orientaux, dont plusieurs orthodoxes, dix-huit abbés et docteurs 
arméniens et quatorze grands barons du royaume y assistèrent^ 

Les actes de l'assemblée, datés du 19 mars, stipulèrent de nom- 
breuses et importantes concessions de l'église arménienne à 
l'église romaine 2. Si donc les suppositions que nous avons émises 
plus haut sur la date de la lettre sont exactes, le roi d'Arménie 
et son tuteur auraient, presque immédiatement après la clôture 
du concile, dépêché une ambassade en Europe pour y faire valoir 
les concessions de leur église et réclamer, en retour, des subsides 
devenus de jour en jour plus nécessaires. Les trois ambassadeurs^ 
arrivèrent-ils en Angleterre à temps pour remettre leurs lettres 
en mains du destinataire, Edouard I", mort le 7 juillet 1307 ? On 
ne le sait. En tout cas, ce fut son fils et successeur, Edouard II, 
qui y répondit. Mais, à l'époque où celui-ci écrivit ses deux lettres, 
Léon IV et frère Jean n'existaient plus. Le 17 novembre 1307, 
ils avaient été assassinés sous un prétexte futile par le général 
tartare Pilarghou. 

Nous publions enfin sous le n° VII une lettre sans adresse ni 
signature, qui fait partie d'un recueil de formules épistolaires 
copié au xiv*" siècle. Il y est question d'une victoire remportée par 
les chrétiens sur le Soudan d'Egypte, près du Caire. Ce récit, écrit 
eu français d'Angleterre, doit être purement imaginaire, et nous 
ne voyons aucun événement auquel on pourrait le rattacher, 
même de loin. A-t-il été composé spécialement pour le formulaire 
où nous l'avons trouvé ou bien transcrit d'un autre recueil du 
même genre ? Il est difficile de se prononcer là-dessus. 

La riche collection des « Royal letters », conservée au Public 
Record Office de Londres, avait déjà fourni à différents éditeurs^ 

1. Hist. armén, des crois., t. I, p. Ixx. 

2. Ibid., p. 465, 548. 

3. Nous formulerons en note de la pièce (voy. plus loin, p. 62, n. 1,2) quelques 
hypothèses sur l'identité de deux d'entre eux. 

4. Rymer, Fœdera, I, 506 : Lettre de Geoffroy, évêque d'Hébron (Royal let- 
ters, n" 2246); ChampoUion-Figeac, Lettres de rois, reines, etc., I, 288, 338 
[Coll. des Documents inédits) : Lettres de Nicole le Lorgne (Royal letters, 



52 LETTRES INe'dITES 

des documents intéressants pour l'histoire de l'Orient latin, et 
nous sommes loin d'affirmer que l'on ne trouvera pas encore à 



n" 2247 ; cf. Bull, de la Soc. de l'hist. de France, 1834) et de Joseph de Cancy 
(Royal letters, n° 3913). Voici, d'après l'original, le texte correct de la lettre 
de Nicole le Lorgne, que l'on pourra comparer avec l'édition de M. Cham- 
pollion : 

« Au très haut et puissant seingnor et plus especial bienfaitor outre los autres 
princes et seingnors de terre mon seingnor Eddouart, par la grâce de Dieu 
très noble roy d'Engleterre, dus d'Aquitaine et seingnor d'Irlande, li siens en 
toutes chozes, IFrere Nycole Le Lorgne, humble maistre de la sainte maizon de 
l'hospital de Saint Johan de Jérusalem et gardien des povres de Crist, en tout 
hennor et toute révérence salus et preste volante a toz ses roiaus comandamens 
et plaizirs. Cher mie seingnor, toutes foes que nos trovons messages qui voi- 
sant à la vostre roial maisté, je vos faizons volantiers assavoir lestât de la 
terre sainte. Par quoy faizons assavoir a la vostre puissance que la dicte terre 
est emmot feble point et weide plus de gens d'armes que ne fu onques ; mais et 
d'autre part il y a corru ceste année si grant pestilence de sechirece, qui toz 
les blez de ce pa'is et de la paienisme, par toute Soirie, Hermenie et l'isle de 
Chippre, a gastés, que le mine deu forment estoit montez, quant ces lettres 
furent faites, à iiij bezans et plus, et ne se pooit encore trover ; porquoi il nos 
a covenu a mander en diverses parties d'outre la mer por querre forment por 
maintenir noz seingnors malades et nos frères. D'endroit, sire, de vostre estât, 
loquel Nostre Sire multiplie en boenne prospérité, proions a la vostre roial 
maisté que nos en doiés faire certain, loquel nos desirons a oïr sur toutes 
chosses. Et se deu nostre, encore soit il petis, savoir volés la certaineté, sains 
somes par la grâce Nostre Seignor présentement, toz jors appareillés de dire et 
de faire toutes celles chosses que porriens conoistre que fussiant a vostre hen- 
nor et l'essaucement de la vostre haute puissance. Vosz hauz comandamenz et 
plaizirs nos faites assavoir, s'il vos plait, lesquels somes prest de l'acomplir en 
tôt et par tôt, comme por le roy deu monde loquel nos avons a plus bienfaitor 
et cher. Et Diex accroisse vostre hennor pur lonc tens. 

Escrites a Acre, a xxvj jor de juingnet. » 

La lettre de Joseph de Cancy est trop longue pour être reproduite ici, 
mais voici les principales variantes qu'une collation attentive nous a permis 
de relever : éd., p. 288, 1. 6, au lieu de « nostre haut excel..., » lire « vostre 
hautesce; » 1. 10, au lieu de « ly mie dou mes d'octobre, » lire « l'yssue; » — 
p. 289, 1. 24, au lieu de « prone, » lire « prous; » 1. 27, au lieu de « seu, » 
lire « sen; » — p. 290, 1. 3, au lieu de « naguarres pour, » Ure « naguaires por; » 
1. 18, au lieu de « poudrère, » lire « poudrete ; » — p. 291, 1. 12, au lieu de 
« reposquant, » lire « neporquant; » 1. 15, au lieu de « piexe, » lire « pièce; » 
1. 18, au lieu de « morussent, » lire « raorurent; » — p. 272, 1. 21, au lieu de 
« veri, » lire « vérité; » — p. 293, 1. 25, au lieu de « samar, » lire « semer ; » 
— p. 294, 1. 1, au lieu de « soigne, » lire « secours ; » 1. 12, au lieu de « moin, » 
lire « main. » — La date a été omise par l'éditeur; elle est ainsi conçue : 
« Escrites au derrain jor de mars. » Donc cette lettre est, non pas de la fin 
de l'année 1281, comme le suppose Champollion, mais du 31 mars 1282. 



CONCERNANT LES CROISADES. S3 

y glaner après nous. On est présentement en train d'y fondre 
une grande quantité de pièces qui , depuis leur transfert de la 
Tour de Londres au Record Office, n'ont jamais été communi- 
quées ni utilisées. C'est un nouveau champ, très fertile, qui sera 
prochainement ouvert aux investigations des érudits^ 

Ch. KoHLER et Ch. V. Langlois. 



I. 

Lettre de Hugues Revel, grand maître de l'Hôpital, à Edouard /"% 
roi d'' Angleterre. 

Acre, 30 septembre [4275]. 

A très haut et puissant monseignor Edoart, por la grâce Deu très 
noble roi d'Engleterre, seingnor d'Yrlande, dux d'Aquitaine, ffrere 
Hugue Revel, por celé meisme grâce ^ humble [maistre] de la maison 
de l'ospital Saint Jehan de Jérusalem et garde des povres Jesucrist, 
recomend[e] soy meismes en sa bone grâce, avecques tôle manière 
de servize el de honor. 

Sire, por ce que n[os tenons por] certein que voz oiez volantiers 

noveles de la terre sainte, nos les vos faisons 

Encore sache la vostre hautesce que de celé 

trive^ que vos plot que fust [en]- 

core se maintiengt, car le sodans en tient ce qu'il veaut et non plus 

veaut et ensi nos coment a vivre 

et a passer tant que vos autres seingnors le 

sodans, sire^ encore a Damas et assemle tans de gens cum il 

1. Les formulaires conservés dans les bibliothèques de la Grande-Bretagne 
sont aussi une source importante, qui a été trop peu utilisée jusqu'ici. Voyez 
notamment un recueil, sur lequel nous nous réservons de revenir, dont il existe 
au moins deux exemplaires : Lambeth Palace Library, ms. n" 221, fol. 224- 
246, et Br. Mus., Old regius mss., n» 12 D XI, fol. 12-69. 

2. Successeur de Guillaume de Châteauneuf dans la maîtrise. Il apparaît pour 
la première fois le 9 octobre 1258 (voy. les ouvrages cités ci-dessus, 
p. 46, n. 1). 

3. Le 22 avril 1272, pendant le séjour du prince Edouard en Palestine, une 
trêve de dix ans, dix mois, dix semaines, dix jours et dix heures avait été 
conclue à Césarée entre les chrétiens et le sultan Bibars. On croyait que le 
prince Edouard n'avait pas consenti à cette paix. La lettre de Hugues Revel 
semble prouver le contraire. 



54 LETTRES INEDITES 

puet. Des Tatars se aprochent des Aiguës- 
Froides et sont près d'Ermenie et hont mandé querre le rey d'Erme- 

nie< a ceo que il porra aver de gens, et il s'apareille de l'aler. 

Et sachiés que nos créions ores la venue des Tatars por trois raisons : 
l'une que Abaga^ deveit aler au grant Gliam^ qui l'aveit mandé querre 
et qui voleit aveir conte de ce que Alahaou^, son père d'Abaga, aveit 
gahagnié en Perse et a Baudac et au Gayre et a Halape; ce qu'il aveit 
mot grant paor est une des raisons ; l'autre que quant li sodans fu issu 
de Babiloine et ot fait ce que il deveit faire en Hermenie, il s'entor- 
nerent arriers en Babiloine a l'orbage [sic] et refreichia o ses gens, car 
li sodans avoit fait mot grant guahan en Hermenie- d'autre part grant 
maladie vint en son ost, dont il perdit mot de gens et de bestes grant 
quantité, et que mot es apovrie sa ost et nul ne fait semlan de retor- 
nier de riens, et ce est l'autre raisons que nos y veons ; la tierce si 
est que il est mot enguoyssans et mot eschars qu'il done sous^ as 
gensz a cheval et a pié a tant cum trover en puet, et por ce nos semle 
il qu'il ait a faire ou qu'il beie a grever la cretienté en aucune 
[maneire] ; Dex ne le voille ne le doint poeir ! Autres noveles, 
sire, non ha de sa que nos puissons [mander a] la vostre hautesce. 
Hier, sire, por la grant corteisie que nos veismes en la vostre hau- 
tesce mes nos en arsitz a faire vos autimes prières. Vérités 

est, sire, que nos au de bénéfices d'église 

vienent a la vostre main et vos en faites grâce a qui vos plaist, por 
quoi nos mandons un nostre neve a la vostre seignorie que de ce que 
vos doneriez a un autre, que, s'il plaisoit a la vostre hautesce, que vos 
le deveies porvoir d'aucune chose que senleroit a la vostre 



1. Léon III, roi d'Arménie (1270 à 1289, 6 févr.) avait prié le khan des Tar- 
tares de se joindre à lui contre Bibars, après l'invasion de son royaume par le 
sultan, en mars 1275 (Haython, Fleur des hist. d'Orient, ch, 34, éd. L. de Backer). 

2. Abaga, khan des Tartares occidentaux ou Mongols Gingiskhanides de Perse, 
1265 à 1282, 30 mars. 

3. Khoubilaï, khan des Tartares orientaux, devenu plus tard (1280) empereur 
de Chine. 

4. Houlagou (1259 à 1265, 8 févr.), frère de Mangou-Khan, avait rais lin 
en 1258 au califat d'Orient, après avoir conquis Bagdad (Baudac). Il occupa 
ensuite Harrân (Carrae, le Cayre) etAlep (Halape), en janv.-févr. 1260. C'est sans 
doute à ces événements qu'il est fait allusion ici. Nous rappelons qu'à la suite 
de la conquête de Bagdad, Mangou avait abandonné toute la partie occidentale 
de son empire à Houlagou, qui devint ainsi la souche des Gingiskhanides de 
Perse. 

5. « Sous » est probablement mis pour soue, c.-à-d. solde. 



CONCERIVANT LES CROISADES. 35 

segnorie. Ne ce, sire, ne requérons vos mie por servise que nos vos 

aions fait, mes que por vostre grant cortoisie vos le deveies 

faire, s'il vos plaist, et que vos nos doiez comander servise, car nos 

somes apereillé de faire corne por seignor et nostre especial bienfai- 

tor. Nostre Sire gart vostre puissance et la accresche en toz biens, et 

lî doint bone vie et longue. 

Escrit a Acre, le dernier jor de setenbre. 

(Royal letters, n° 2249.) 

II. 

Lettre de Guillaume de Beaujeu, grand maître du Temple, 
à Edouard P% roi d'Angleterre. 

Acre, 2 octobre [1^5]. 
Serenissimo et excellentissimo domino, domino Edwardo, Dei gra- 
tia illustri régi Anglie, domino Ybernie et duci Aquitanie, frater 
Guillelmus de Bellojoco^ pauperis militie Templi magister humilis, 
cum Terre Sancte recommendatione se ipsum et prosperos ad regia 
vota successus. — Si majeslati régie super statu Terre Sancte, cujus 
negotium cordi régis specialiter insidet, ut speramus, aliquid audire 
placuerit, licet nichil boni lingua proferre valeat, aliqua de ipso sub 
compendio duximus conscribenda. Sane aura fiante prospéra post 
aliquas turbationes maris et ventorum contrarietates in crastinum 
exaltationis sancte Grucis portum Accon prospère applicantes, terram 
ipsam et habitantes in ea fere comperimus omni solatio destitutos, 
tam propter tribulationes continuas , quas actenus passa est dicta 
terra, quam ex vicinio nequissimi Ghristianorum hostis soldani 
Babilonensis, qui, cum ingenti suo exercitu, circa fines Damasci 
moratur, per quem cismarini Ghristicole cernunt sibi pericula majora 
prioribus denuo apparere. Nam licet de adventu Tartarorum alias 
invaluit crebrus rumor, nunc actore, ut dicitur, soldano predicto, 
major viget rumor ille non tamen ut adventum eorum desiderct dic- 
tus hostis, sed ut forte ex precogitata malicia in locis que reman- 
serunt dampnum aliquod inférât christianis, maxime cum ad presens 
super eorum adventu a multis credatur haberi grandior cerlitudo. 
Inter que statum domus Templi adeo repperimus debiiem et exilem 

1. Voy., pour l'époque de sa maîtrise, ci-dessus, p. 48, où nous avons éga- 
lement donné les éclaircissements nécessaires sur les faits auxquels il semble 
être fait allusion dans cette lettre. 



56 LETTRES INEDITES 

quod debilior inventas non extitit temporibus retroactis; victualia 
enim deficiunl, expense sunt multe et redditus quasi nulli, fratrum 
enim bonis omnibus vel majori parte ipsorum in ipsis partibus per 
soldani potentiam spoliati[s], sicut majestas regia non ignorât. Et cum 
nobis ultramarini redditus non sufficiantadvivendum, et nos sump- 
tus innumerabiles oporteat facere in Terre Sancte defensione et 
castrorum municionibus que cismarinis Christieolis remanserunt, 
tiraemus ne nos oporteat deficere, et Terram Sanctam relinquere 
desolatam; et idcirco in excusationem nostram defectum hujusmodi 
majestati régie referimus ut per ipsam aliquod salubre remedium 
apponatur, ne, si quod propter hujusmodi defectum sinistrum con- 
tingeret evenire, nobis non possit in posterum imputari. Ad vos igi- 
tur sermones nostri cum cismarinorum christianorum gemitibus 
deferuntur, humiliter supplicantes quatenus, attento considerationis 
oculo in quanto discrimine Terra Sancta et nos in quantis miseriis 
subjacemus, sic potestas regia evigiletuteidera terre contra persecu- 
tionem instantem usque ad générale passagium de competenti suf- 
fragetur subsidio, et quod, mediante regali vestro patrocinio, defectus 
quem patimur in aliquo sublevetur. Scriptum Accon, ii^ die octobris. 

(Royal letters, n" 2250.) 



III. 



Lettre de Jean et Jacques Vassal au roi d' Angleterre Edouard I". 

Viterhe, 25 novembre [1276]. 
Au très haut et puissant et son cherisme signor, mon signor 
Ed[douart], par la grâce de Dieu tresdigne roy coronés d'Engleterre, 
Johan Vassal, vostre redevable chevalier, et Jaques Vassal, messages 
dou puissant Abaga^, roy des Tatars, dehue révérence corne a 
signor. Sache, mon signor, la vostre hautesse que nos somes mandés 
messages a nostre père le pape et a mon signor le roy de Cesile^ et 
a vostre haute signorie de par nostre signor le roy des Tatars 
Abaga, et avons ausi propres lettres a vostre signorie de par vostre 
bien voillant le roy de Hermenie^. Donc nos somes a Viterbe, aten- 



1. Sur Abaga, voy. ci-dessus, p. 54, n. 2. 

2. Charles d'Anjou. 

3. Léon III. Voy. ci-dessus, p. 54, n, 1. 



CONCERNANT LES CROISADES. 57 

dans responcion de nostre père le pape< et de nostre signer le roy de 
Gesile sur nostre messagerie, et nos loons moult, quar moult nos ont 
fait grand honor et receus honoreement. Et si Dieu plaist, nos verrons 
procheinement vostre gracieuxe signorie, en essaucement et grandesse 
de estât de vostre signorie, quar ensi le desirons nos tos dis. Et 
saches, monsignor, que nos parlâmes a messire ly abes de Guest 
Mostier de Londres 2, li procuror de vostre haute signorie, et li mos- 
trames nos lettres qui aloyent a vostre signorie de par nostre signor 
vostre frère le roy des Tatars et les lettres ausi dou roy de Hermenie, 
vostre bien voillant, et le garnîmes, quar yl y a Catalans 3 et un Nes- 
torin ^ qu'il lor a este doné monoye de par nostre signor a aler a 
Noroaigue^ por acheter gerfaus, si que les susdis Catalans et Nestorin 
se sunt fait messages a mon signor le roy de Cesile, et li douèrent 
lettres qui non aloyent a lui, de quoi il furent trovés messongiers, 
porquoi nos le fassons assavoir a vostre haute signorie, quar nos 
avons entendu qu'il doivent aler hasti vement et doner lettres et deman- 
der gerfaus a vostre signorie et guiler, ensi cornent il voloient faire 
de mon signor le roy de Cesile, s'il eussent pohu, quar la table de lor 
qui est signalée as gerfaus ne lor fu douée por autre sinon por ache- 
ter gerfaus avec la monoye que nostre signor le roy des Tatatars [sic], 
Abaga, lordona porce. Donc, saches, monsignor, que yaus n'en n'ont 
nulles letres ne paroles ne messagerie a vostre signorie, quar nostre 
signor lor encharja acheter gerfaus solement et a nos la messagerie, 
si come messire ly abes, procuror de vostre haute signorie, puet aver 
entendu, et ensi come nos procheinement, se Dieu plaist, certefîerons 
a vostre signorie, qui covoitons a aquerre la grâce et favor de vostre 
haute signorie. Escrites a Viterbe en xxv jors de novembre. 

[Au dos on lit :] Au très haut et puissant monsignor Ed[douart], 
par la grâce de Dieu très digne roy dou royaume d'Engleterre, et[c.]. 

(Royal letters, n- 3874.) 

1. Jean XXI. 

2. Richard de Ware, abbé de Westminster (1258-1283). 

3. Les Catalans, à celte époque, étaient, avec les Génois, les Pisans et les 
Vénitiens, les principaux agents du commerce entre l'Orient et l'Occident. Ceux 
dont il est fait mention ici étaient peut-être, non des hommes au service d'Abaga, 
mais simplement des marchands revenant de Perse et devant y retourner. 

4. Nestorien. 

5. En Norwège (?). 



58 LETTRES INEDITES 



IV. 

Lettre de Nicole le Lorgne, grand maître de V Hôpital, 
à Edouard P\ roi d'Angleterre. 

Acre, 25 septembre [128t]. 

A très haut et puissant seingnor e plus especial bienfailor outre 
toz autres princes mon[seignor Edjdouart, por la grâce de Dieu 1res 
noble roy d'Engleterre, ffrere Nycole le Lorgne \ porlameisme grâce 
humble maistre de la sainte maison de l'hospital de Saint Jehan de 
Jérusalem et gardien des povres de Grist, salus ou toute hennor et 
toute révérence et preste volenté en toutes chozes a ses roiaus com- 
mandamens et plaizirs. 

Chers sires, les hennorables letres de la vostre hautezce reçûmes 
mot liement, esquex se contenoit en quel manière fFrere Joseph de 
Gancy^ deussiens ranvoier a vostre présence, et, entendue diligem- 
ment la ténor d'elles, de vostre bone santé fumes liez et joies, et en 
merciames Nostre Seignor, et li priâmes humblement et deveutement 
que vos y deust maintenir par lonc temps; et por ce, sire, que sur le 
fait deudit ffrere Joseph avons fait respons a la vostre haute sein- 
gnorie pur vostre . . ., por ce, sire, n'en a bessoing de faire vos ent 
respons qil et. . . bessoing du rema- 
nant que de repos. Sire, de nos vos faizons assavoir que 

sains somes et [haijtiés, Diex merci, tozjors desirans cemeismea oïr 

de vostre persone et . . . deuvoir a Dieu plaira. 

L'estat de ceste terre, por ce que vos, sire, Toiés volantiers, faisons 
assavoir [a la vostre haute] seingnorie. Saches, sire, por vérité, 
que la terre sainte ne fu onques en plus grant tribol qu'elle [est 
ores], quar les Tartas s'en viennent sens nulle dopte, etMogodonor^, 
frère de Abaga, prince des Tartas, se estoit au jor que ces letres furent 
faites a ii jornées près d'Ermenie ou bien c mil Tartas a chevaH, et 



1. La première mention qu'on ait de Nicole le Lorgne comme maître de 
l'Hôpital est du 18 sept. 1278. II mourut le 12 mars 1284 (?oy. les ouvr. cités 
ci-dessus, p. 46, n. l). 

2. Trésorier de l'Hôpital, a])paraU pour la première fois en 1248. Eu 1273 et 
en 1278, on le trouve en Angleterre. Voy. R. Rôhricht, Les batailles de Hims 
{Arch. de l'Orient latin, t. I, p. 639, n. 24) et les ouvrages cités p. 46, n. 1. 

3. Mangou-Timour. 

4. C'est aussi le chiifre donné par Marino Sanuto, Sécréta fidel. crucis (Bon- 



CONCEENANT LES CROISADES. 59 

det corre la terre de Sarraizins et antrer en la Surie por tout le mois 
d'octovre prochein venant. D'autre part li sodans de Babiloine ou tout 
son ost s['apareille] a Damas et les atent por batailler encontre eaus. 
Ce que venra de lor fait nos ne savons, mes les Tartas si coveitent 
mot a aver l'acointance des crestiens encontre les paiens ; et partie 
d'eaus, sans nulle dopte, si ira avecques, que qu'en doie avenir. 
Nostre chastel, sire, de Margat', nos tenons aussi bien garni de frères 
et d'autres gens d'armes corn nos feismes juques avant la trive, por 
la grant desloiauté que nos savons ou le soudan, de la quele est pleins 
sur toz les paiens deu monde. Gomandez nos, sire, vos hauz com- 
mandamens et plaisirs, lesques somes prest de l'acomplir en tôt et 
par tôt com por le seingnor eu monde lequel nos avons plus cher, et 
Diex acroisse vostre haute corone par lonc tens. 

Escrites à Acre, a xxv jors de septembre. 

Encore, sire, vos faizons assavoir que nos aurons volan tiers 
recommandé ffrere J. de Alfeld por vos proieires, les quex tenons a 
commantament et li ferons volantiers api... 

(Royal letters, n° 3895.) 

V. 

Lettre de Nicole le Lorgne, grand maître de l'Hôpital, 
à Edouard /", roi d'Angleterre. 

Acre, 5 mars [1^82]. 

A très haut et puissant seingnor, ami et bienfaitor outre touz 
autres princes de terre, monseingnor Eddouart, por la grâce de Dieu 
très noble et victoriens roysd'Engleterre, dus d'Aquitaine et seingnor 
d'Yrlande, li siens en totes chozes ffrere Nycole le Lorgne 2, por la 
meisme grâce humble maistre de la sainte maison del hospital de 
Saint Johan de Jérusalem et gardien des povres de Grist, ou toute 
hennor salus et appareillée volante a touz ses roiauz comandamens 
et plaizirs. 

Force, sire, que vos estes le prince de crestienté qui plus aves a 

gars, p. TB). — La plupart des autres sources donnent le chillre plus vraisem- 
blable de 50,000 cavaliers. Voy. en particulier la lettre de J. de Caucy citée 
ci-dessus, p. 51, n. 4, 

1. Sur un promontoire entre Tripoli et Laodicée. 

2. Voy. ci-dessus, p. 58, n. 1. 



60 LETTRES INÉDITES 

cuer le fait de la terre sainte et qui Paves plus demostré par euvre<, se 
faizons assavoir plus volantiers a la vostre hautezce les procès et les 
erramens qui y sont entervenus novellement. Sire, il est voirs que les 
Tartas se entrarent en cest iver mot efforeeement en la terre de Sar- 
raizins et feirent mot grant damage a la terre de paenisme, si que 
avint choze que li soudans de Babiloine^, seue la novele, se vint ou 
tout un grant ost a pié et a cheval encontre eaus as parties de Haman 3, 
se que le jeudi a xxx jors d'outovre prochein passé, les ir osz s'encon- 
trarent devant la Chamelle-*, et fu la bataille mot aspre et y ot espandu 
très grant sanc d'une partie et d'autre, et li soudans fu mot au dessos 
et laidament menez et perdi bien morz en celle batalle xxx"' homes 
et plus, et deniora si escheriement, que de toutes ses gens ne h derao- 
rarent se non v° homes a cheval que tuit ne fussiant morz ou fois de 
ça et de la por la paor de celle grant bataille qui dura des la segonde 
heure deu jor tant que a soleill couchant. Et les Tartas corrurent de 
grant covoitise au gaain et pristrent toute la hasape dou Soudan et 
toz ses beaus chevaus et toutes les richeces del ost, de quoi il y avoit 
a mot grant planté, et en cel maneire chargé de toutes celles chozes 
s'en alarent arieire et laissarenL le champ par lor maie aventure, 
quar, si fussiant demorés en champ celle nuit, toute la paienisme 
heussiant destruit, porce que li soudans estoit demorez a si grant 
meichief que celle meisme nuit s'en fust fois en Egipte. 3Ies Diex ne 
le vost pas. Et aussi tost com les Tartas s'en furent retornez, li sou- 
dans qui estoit encores demorez en champ se fist celle nuit soner ses 
naquaires^, auquel son mot de ses gens se reliarent a lui qui estoient 
espandues de ça et de la, et cuidoient que fust morz. Et ces sont les 
erramens des paiens et des Tartas -, desquexs Tartas se dissoit quant ces 
lettres furent faites que dévoient retorner en cest iver, et que Abaga 
estoit es parties de Baudac, et son frère Mongodomor^, qui fist ceste 



1. En 1270-1272, le prince Edouard avait fait une croisade en Terre-Sainte. 
De retour en Europe et devenu roi, il prit toujours grand intérêt aux affaires 
des chrétiens d'Orient, auxquels il songeait sans cesse à porter secours. 

2. Seïf ed-din Kelawoun, 27 nov. 1279 à 10 nov. 1285. 

3. Hamah, en Syrie, sur i'Oronte, un peu au sud d'Apamée, siège d'un émir. 

4. Hims, Émèse, la Chamelle sont les noms d'une même localité située un 
peu au sud de Hamah, sur I'Oronte. 

5. Sorte de timbale. Voy. la lettre de J. de Cancy, mentionnée plus haut, 
p. 51, n. 4, où ce détail se trouve aussi. 

6. Voy. ci-dessus, p. 58, n. 3. 



CONCEBNAIVT LES CROISADES. 64 

bone bessoingne, se estoit as parties de Meredin < ; mes la certaineté 
nos n'en savons. Mes tant volons bien que la vostre roial maisté 
sache que la paienisme est mot afFeblie par ceste venue des Tartas, 
por les ques a plus reçut grant damage que ne fist puis que ceste terre 
fu en mains de crestiens-, et la condicion de la crestienté se en est 
ameillorée de tant que, se nos aviens présentement aucun secors de 
gens d'armes d'outre la mer, nos porriens grever en tant la paie- 
nisme que seroit constrainde de faire grant partie de nos volentez, 
come celle qui est au dessos de grant maneire, et qui seroit plus 
légèrement gaaingné que ne fu onques mais, si Nostre Sires qui 
espandi son benoit sanc en la terre sainte meist en cuer a vos, sire, 
et as autres princes d'outrelamer de secorre la. Et Dieix por sa pitié 
vos en doingt si la volante, com vos en aves le pooir. 

Vos hauz comandemens et plaizirs nos faites assavoir, s'il vos 
plait, les ques somes prest de Paconplir en tôt et par tôt come por 
le prince deu siegle lequel nos amons meaus et tenons plus cher. 
Et Diex maingteingne vostre haute corone par lonc tens. 

Escrites a Acre, a v jors de mars. 

[Au dos .•) Au très haut et puissant roi d'Engleterre. 

(Royal lelters, n° 2248.) 



VI. 



Lettre de Léon TV, roi d'Arménie, â Edouard /", roi d'Angleterre. 

Sîs, 28 mars [1307.] 
lllustrissimo ac serenissimo principi domino Odoardo, Dei gratia 
Anglorum régi , amico nostro karissimo , Léo eadem gratia Arme- 
niorum rex, salutem utriusque hominis in illo qui est omnis vera 
salus. Novis succrescentibus magis ac magis de novo periculis nobis 
et regno noslro ac cunctis ejusdem regni christicolis emergentibus, 
vergentibus in grave dispendium fidei et in intollerabile excidium 
terre nostre, majestati vestre régie duximus destinare discretos viros 

1. Mardin, dans l'ancienue Mésopotamie, entre Amida et Nisibe. — En 
réalité, la bataille n'avait pas été aussi favorable aux Tartares que veut le faire 
croire Nicole le Lorgne. Mais on comprend que, pour décider Edouard I" à 
entreprendre une nouvelle croisade, il lui représentât le sultan d'Egypte comme 
très affaibli. 



62 LETTRES INÉDITES 

Theodorum, cantorem abbatie de Tresarco^, dominum Bauduinum de 
Negrino2, consobrinum noslrum dilectum, et dominum Leonem^, 
milites, familiares et consiliarios nostros et fldelesac nuncios spéciales, 
exposituros serenitati vestre régie lacius vive vocis oraculo nostram 
magnam necessitatem et indigentiam et eminens grande periculum in 
quo suraus. Quorum relationi velitis, si placet, firmiter credere et ex 
parte nostra fidem credulam adhibere, 
Datum apud Incisium in regno predicto Arménie, die xxviii marcii. 

(Royal letters, n" 3285.) 



VII. 



Lettre imaginaire rapportant une victoire des chrétiens 

sur le Soudan d'Egypte, près du Caire. 

Sans date. 

De comité ad ducem. 
Mon très honeurée et très gracieus seigneur et oncle, je me reco- 
mande a vous en tant comme je puis, désirant de très bon cuer 
continuelment estre enformée de vostre bon estât et santée que Dieux 
vueille maintenir et accroistre a sa louange et a vostre consolacion 
comme vous le vouldiiez et Je le désire très parfaictement. Et, très 
chier oncle, moult sui je lée et retraitée de les bons et ameables nou- 

1 . Le site de l'abbaye arménienne de Trazargue (en latin Très Arcus) n^est pas 
exactement connu (Alishan, Sissouân, p. 230). Le seul auteur qui en ait parlé est 
le P. Indjidjian, dans sa Géographie de l'Arménie moderne, imprimée en 1806. 
D'après cet auteur Trazargue aurait été situé à une journée de marche environ 
à l'ouest de Sis, à deux journées d'Anazarbe, dans une vallée boisée près d'un 
ruisseau. Le P. Indjidjian ajoute que les ruines de l'abbaye sont encore visibles. 
Cf. sur Trazargue le P. Alishan, Léon le Magnifique, premier roi de Sissouân, 
trad. par le P. George Bayan ; Venise, impr. Mekhitariste, 1888, in-S", à la 
Table des noms. — Quant à Théodore ou Thoros, chantre de cette abbaye, le 
P. Alishan pense que c'est le même que Thoros Thaproulz, archiprêtre ou pre- 
mier chapelain de la cour, dont la mort est mentionnée dans une chronique 
arménienne au 27 déc. 791 (21 déc. 1342). Voy. aussi sur ce Thoros, chapelain 
du roi : Hist. armén. des crois., t. I, p. lxix et lxxi. 

2. En 1295, on trouve un Baudouin de Negrino, maréchal d'Arménie ; peut- 
être faut-il l'identilier avec notre ambassadeur {Hist. armén. des crois., t. I, 
p. xc). 

3. Ce personnage est trop incomplètement désigné pour qu'on puisse formuler 
sur son identité aucune hypothèse. 



CONCERNANT LES CROISADES. 63 

velles quelz la vostre chiere mercy m'avez mandée par voz gracieuses 
lettres. Et s'il vous plaist vueillez entendre que monseigneur vostre 
frère a esté en les parties de Babiloigne avecque moult belle compaignie 
et a fait espoiller et mettre au feu toute la pais environ bien près 
jusques a la citée d'Alisandre, et ou plains champs, près delà foreste 
de Gayre, avoit il une grant bataille que se dura bien deux heures, ou 
vint milles de mescreans, que des Sarrazins et des Juis, ... furent tueez 
et dousze cenz pris ou prisoners, et encores la Dieu mercy y ne furent 
que trente personnes occiz de nostre part, et le souldain de Babi- 
loigne pour paour qu'il en avoit si en fuy, et noz gens lui poursuirent 
si fort que au derraniers il lui atteindrent ou mylieu de la dicte foreste 
et la luy pristrent an prisoner, au grant honeur et joye de nostre sei- 
gneur le roi Liège [sic] vostre frère et de toute la chivalleried'Engleterre. 
Très honorée seigneur, je ne vous sai plus que mander au présent 
fors que ma compaigne, la vostre en toutes choses, se recomande a 
vostre très honeurable seigneurie. Très honeurée et très gracieus sei- 
gneur et oncle, je pri a Dieu qu'il vous donne sautée et paix, honeur 
et joye en tous voz fais, et vous ottroit, s'il lui plaist, d'avoir la vic- 
toire de vos anemys. 

(British Muséum, Harl. 3988, fol. 41, manuel épistolaire du xv' siècle.) 



VISITES DES MONASTÈRES 

DE L'ORDRE DE CLUNY 
DE LA PROVINCE D'AUVERGNE 

AUX XlIIe ET XIV« SIÈCLES. 
(nouvelle série.) 



En publiant il y a quelques années, dans la Bibliothèque de 
l'École des chartes^, deux visites de l'Auvergne en 1286 et en 
1310, d'après les originaux alors conservés dans la bibliothèque 
municipale de Cluny, nous exprimions le regret de n'en avoir 
retrouvé que deux, sur neuf qui étaient indiquées dans un ancien 
inventaire. 

Depuis lors, l'acquisition du fonds de Cluny par la Bibliothèque 
nationale et son classement par M. L. Delisle ont fait reparaître les 
documents que nous avions en vain cherchés, et même quelques- 
uns de plus. Ce n'est pas seulement sept, c'est onze visites nou- 
velles que nous avons eu la bonne fortune de réunir 2. Le fonds 
de Cluny nous a offert, en effet, deux visites non signalées encore, 
celle de l'abbaye de Mozac, en 1264, et une visite de l'Auvergne, 
de 1285. Les chapitres généraux qui se trouvent dans le même 
fonds mêlés aux originaux des visites nous ont fourni des extraits 
intéressants pour les années 1280 et 1293. Enfin, pour détermi- 
ner les dates, lorsqu'elles manquaient, ouéclaircir quelques pas- 

1. Bibliothèque de l'École des chartes, t. XXXVIII, année 1877, p. 114-117. 

2. Parmi les neuf visites inventoriées par M. Chavot en 1843, nous n'avons 
pas retrouvé celle de 1338, mais nous en avons une de 1331-1332, qu'il n'avait 
pas indiquée. 



VISITES DES MONASTÈRES DE l'oRDRE DE CLUNY. 65 

sages obscurs des visites, nous avons fait quelques emprunts à 
un recueil de Définitions des chapitres généraux que nous avons 
déjà eu l'occasion de faire connaître*. En rapprochant ces docu- 
ments de ceux que nous avons déjà publiés, il est possible de se 
faire une idée d'ensemble de l'état des monastères clunisiens en 
Auvergne, pendant les xiif et xiv" siècles. Nous allons essayer 
d'en donner un aperçu en relevant dans les visites que nous impri- 
mons aujourd'hui les faits les plus curieux qui y sont consignés, 
soit au point de vue du spirituel, soit au point de vue du temporel. 

Nous faisons suivre le texte de ces documents d'un relevé de 
toutes les visites de la province d'Auvergne qui se trouvaient 
conservées dans le trésor des chartes de l'abbaye de Gluny au 
xvi" siècle. EUes étaient alors au nombre de soixante-deux, de 
l'année 1279 à l'année 1483, dont dix-sept pour le xiii'' siècle, 
quarante-deux pour le xiv% et trois seulement pour le xv^, sans 
compter les visites non datées, et celles qui étaient communes à 
l'Auvergne et à d'autres provinces. 

Etat des prieurés en général. Si nous considérons d'abord 
le nombre des moines d'un siècle à l'autre, nous remarquons que 
ce nombre est stationnaire dans la plupart des prieurés^, qu'il 
semble diminuer dans quelques-uns, comme Sauxillanges, où il 
passe de quarante-cinq à la fin du xiif siècle à quarante en 1353, 
et qu'enfin il augmente dans d'autres, comme à Mozac, où l'on 
comptait trente moines en 1285 et quarante en 1353. Mais sou- 
vent les visiteurs signalent des moines en sus du nombre habituel 
(Ris, Souvigny, la Voûte, 1294, 1318 et 1331), soit qu'ils aient 
été créés à la demande de l'abbé de Gluny, et au grand dom- 
mage des finances du prieuré, soit que le prieur leur ait donné 
l'habit à prix d'argent, comme le prieur de Bort l'avait fait pour 
deux moines en 1353. La pauvreté de certains prieurés était telle 
que les moines les abandonnaient (Saint- Alyre, 1343 ; Viverols, 
Saint-Jean-Lachalm, 1353). 

Les moines n'étaient pas toujours prêtres, ce qui gênait les 
ofiîces, et obligeait parfois à appeler des prêtres séculiers pour 
les confessions (Laveine, 1294). A Ris, sur quatorze moines, six 

1. Voyez notre article sur les Chapitres généraux de l'ordre de Cluny, Biblio- 
thèque de l'École des chartes, t. XXXIV, année 1873, p. 542. Le recueil dont 
nous parlons est conservé à la Chambre des députés. Nous devons à la parfaite 
obligeance de M. Laurent, bibliothécaire, d'avoir pu consulter de nouveau ces 
précieux volumes. 

1894 5 



66 VISITES DES MONASTÈRES 

ne sont pas prêtres; à Souvigny, la proportion est d'un tiers, 
soit seize sur quarante-huit (1331); à Bort, à Tauves, elle est de 
la moitié, deux sur quatre moines (1353). 

Les prieurs sont souvent absents, soit parce qu'ils sont étudiants 
(Sauxillanges, 1281 ; Grazac, 1318; Noirétable, 1353), soit pour 
tout autre motif (Ris, 1281 et 1318; Arronnes, 1293 et 1318; 
Souvigny, Bort, 1318; Augerolles, 1331) ; il en était de même de 
l'abbé de Mozac en 1281. Des moines étaient aussi parfois auto- 
risés à faire leurs études hors de leur couvent (la Voûte, 1294; 
Ventadour, 1318). 

Spirituel. Le premier document que nous publions concerne 
surtout le spirituel de l'abbaye de Mozac. L'abbé de Gluny, 
Yves II, ayant visité cette abbaye, fait connaître au chapitre 
général tous les défauts de l'administration de l'abbé, et trace le 
plan des réformes à opérer (1264). 

Offices. Les offices n'étaient pas célébrés régulièrement dans 
quelques prieurés. A Bort, on ne chantait plus les heures (1282, 
1353). A Augerolles, les moines ne disaient la messe qu'à leur 
volonté ; les visiteurs prescrivent qu'ils feront chacun une semaine 
(1294). A Ris, on ne disait pas la messe matutinale, faute de 
prêtre, en 1353 ; les trente psaumes dits familiers n'étaient récités 
ni à Laveine, ni à Augerolles, ni à Rosiers (1294) ; le chapitre 
quotidien n'était tenu ni à Thiers, ni à Ris (1318). La pauvreté 
de certaines maisons se faisait sentir sur les objets du culte. A 
Augerolles, les moines n'avaient ni calice, ni bréviaire, ni aubes 
(1318) ; à Noirétable, les moines n'avaient qu'un calice d'emprunt, 
le leur ayant été volé, et pas de vêtements sacerdotaux; à Sauxil- 
langes, les ornements de l'église étaient en médiocre état (1353). 

Conduite. La conduite de quelques moines donne lieu à des 
reproches sévères de la part des visiteurs, qui nous font con- 
naître d'assez graves abus et quelques scandales, qui atteignirent 
certains prieurés surtout au xiv" siècle. On en trouvera le détail 
dans les documents ; nous nous contenterons de les indiquer briè- 
vement. Plusieurs moines sont signalés pour leur incontinence : 
à Noirétable, un nommé Guy de Montberthoud sortait la nuit 
et a été pris dans une maison mal famée (1281), un autre s'est 
battu avec un chapelain (1282) ; à Rosiers, un moine, nommé 
Guichard des Chesaux, tient une taverne avec une femme de 
mauvaise vie (1343) ; à Bort, un moine débauché, Etienne Bonne- 
font, parcourt la ville la nuit (1353); à Montaigu, les moines se 



DE l'ordrk de cldny. 67 

disputent au lieu de dire les heures, ils sont en révolte contre le 
prieur et sortent la nuit avec des vêtements inconvenants (1353). 

Des faits encore plus graves s'étaient passés à Souvigny et à 
Mozac. Dans le premier prieuré, il s'agit d'un attentat contre le 
prieur. Un certain Etienne Dalraais, Dalniacius, qui avait été 
moine au prieuré du Broc, dépendant de celui de Souvigny, avait 
été condamné pour son inconduite à se rendre à Cluny, ce qu'il 
avait refusé de faire, et s'était mis en rébellion contre les visi- 
teurs. Attribuant au prieur du Broc la perte de sa résidence, il 
imagine un complot afin de le perdre de réputation. Accompagné 
d'un nommé Renaud du Buisson et de quelques complices, il 
envahit dans la nuit du 24 juin 1331 le prieuré de Broc, pénètre 
dans la chambre du prieur, alors dans son premier sommeil, le 
tire hors de son lit et le frappe jusqu'au sang ; puis il montre aux 
assistants une femme qui, dit-il, se trouvait dans le lit du prieur. 
Mais celui-ci ayant réussi à s'échapper et ayant crié : au larron ! 
les assaillants s'enfuirent emmenant avec eux ladite femme. Tous 
ces détails nous sont révélés par une longue et minutieuse enquête 
que firent les visiteurs et dans laquelle ils interrogèrent de nom- 
breux témoins, tant à Souvigny qu'au Broc et dans tous les 
endroits où le prieur pouvait habiter. Hâtons-nous de dire que 
cette information lui fut complètement favorable en le représen- 
tant comme un homme bon, juste et religieux, tandis qu'Etienne 
Dalmais, homme diffamé, adultère, excommunié, qui vivait depuis 
longtemps avec la femme en question, fut accusé par tous de 
l'avoir introduite dans le prieuré, en haine du prieur. Toute cette 
enquête est pleine de faits curieux sur les mœurs monacales du 
temps et montre avec quel soin les visiteurs remplissaient leur 
office. Dans le second cas, il s'agit d'un moine de Mozac, nommé 
Amèle Gardele, diffamé pour ses excès et accusé d'homicide. 
L'abbé de Mozac était en désaccord avec l'abbé de Cluny, qui 
lui avait fermé la main, c'est-à-dire défendu de procéder contre 
le moine. L'information des visiteurs nous apprend que, sur l'ordre 
de l'abbé de Cluny, l'abbé de Thiers avait fait tirer de prison le 
moine coupable, en lui défendant toutefois de sortir de l'enceinte 
du couvent. 

Te7nporel. L'hospitahté et l'aumône étaient bien pratiquées 
presque partout, mais l'administration des prieurs laissait quel- 
quefois à désirer. Le prieur de Laveine avait donné à ferme, à son 
profit, le petit prieuré de Châtel- Montagne ; celui de Bort avait 



68 VISITES DES MONASTÈRES 

vendu pour une grosse somme au seigneur de Saigne le manse 
de la Bonétie et la moitié de la pêche d'un étang à un autre sei- 
gneur (1353). Les charges des prieurés n'étaient pas toujours 
acquittées. Un écolier que le prieur de Souvigny devait entrete- 
nir à Paris ne recevait rien et perdait son temps à vagabonder 
(1331) ; un prieur n'aj^ant pas payé la dîme au roi depuis trois 
ans, l'éghse était interdite (Noirétable, 1353). La pauvreté des 
prieurés était la cause principale de ces manquements. 

Dettes. Elles doivent figurer parmi les charges des prieurés, 
car elles étaient souvent contractées pour fournir des vivres aux 
moines ou pour faire réparer les bâtiments ; les prieurs, qui assu- 
maient souvent les dettes de leurs prédécesseurs, cherchaient, en 
général, à s'acquitter le plus tôt qu'ils pouvaient et malgré cela 
le chiffre des dettes était quelquefois assez élevé. En 1294, elles 
étaient de 400 liv. à Saint-Flour, de 468 liv. à Sauxillanges ; 
en 1318, de 300 liv. à Noirétable et à la Voûte, de 1,000 liv. à 
Souvigny ; enl331 , de 900 liv. à Mozac, de 600 liv. et 600 charges 
de blé à Grazac; enfin, en 1353, le prieuré de Laveine devait 
50 florins et celui de la Voûte 100 florins à la chambre du pape. 
Discipline. Nous avons eu occasion de noter dans notre pre- 
mier travail quelques abus dans le prieuré de femmes de Laveine, 
dès 1286, notamment la possession de biens particuliers par les 
religieuses. Les visiteurs en signalent plusieurs autres, dont la 
responsabihté remonterait plus haut que le prieur. En eff"et, l'abbé 
de Cluny, Bertrand T'' de Colombiers (1295-1308) ayant accordé 
à Douce de Ghaumont la permission de recevoir à sa table 
quelques convives respectables, depuis lors les autres religieuses 
s'étaient crues autorisées à manger et à boire avec des hommes, 
quelquefois même la nuit. Quand les religieuses étaient répri- 
mandées, elles s'adressaient à leurs amis du siècle pour menacer 
leur supérieur ; elles les invoquaient quand elles avaient des pro- 
cès avec le prieur (1331). Quand celui-ci refusait de payer le 
pain, le vin ou la pitance, les religieuses cessaient le chant, les 
matines et les heures, et refusaient même d'assister à la messe et 
de sonner les cloches. Ajoutez à cela que la clôture était en mau- 
vais état et que tout le monde pouvait entrer dans le couvent, 
tandis que les religieuses en sortaient, même avec la permission 
du supérieur; elles portaient des robes de couleur et de forme 
inconvenante. Dans l'intérieur du couvent, elles ne respectaient 
ni la règle, ni le silence (1353). 



DE l'ordre de clunt. 69 

Dortoir. Dans beaucoup de prieurés les moines n'avaient pas 
de lits, les prieurs promettent d'en procurer (Châtel-Montagne, 
Arronnes, Tliiers, Augerolles, Rosiers, Grazac, la Voûte, Saint- 
Flour, Ventadour, Bort, Sauxillanges même pour quelques 
moines, etc., 1294). ALaveine, les religieuses ne couchaient pas 
au dortoir à cause de son exiguïté (1294-1353) ; il en était de 
même à Ris et pour le même motif. 

Nourriture et vêtement. Quant à la nourriture, elle était sou- 
vent insuffisante ; quelquefois les prieurs la payaient en argent, 
ce que les visiteurs défendent expressément. A La veine, les reli- 
gieuses se plaignaient de n'avoir qu'une obole par jour (1318). 
Quelques années plus tard, les visiteurs constatent que les reli- 
gieuses devaient percevoir, chaque jour, une certaine quantité de 
vin et, chaque semaine, une certaine quantité de sel, et une obole, 
mais le prieur était fort en retard avec elles (1353). A Saint- 
Flour, les moines vendaient leur nourriture et jusqu'au repas, 
dit générale, qui était donné à tous les moines (1294). Les mai- 
sons étaient souvent trop pauvres pour payer les vêtements 
(Ris, 1281 ; Sauxillanges, 1353). Comme pour la nourriture, on 
les donnait quelquefois en argent, ce qui fut défendu (Augerolles, 
Rosiers ; à la Voûte les moines recevaient cinq sous pour chaus- 
sures, et cent sous pour l'habillement de tout le couvent, 1294). 
A la Voûte, les religieux manquaient de vêtements, parce que le 
dernier prieur, en s'en allant, en avait emporté pour une valeur 
de 50 liv. et, malgré la reconnaissance qu'il en avait laissée, il 
refusait de les rendre (1318). 

Rapports avec les seigneurs, procès. Les couvents avaient 
souvent des difficultés avec les seigneurs voisins, les visiteurs les 
exhortaient à défendre les droits et les prérogatives de leurs mai- 
sons. Le prieur de Rosiers était en procès avec le seigneur de 
Saint-Bonnet-le-Château, 1281 ; celui de Ventadour défendait 
ses revenus contre le vicomte (1293) ; les gens du seigneur de 
Mercœur {de Merculio), qui la menaçaient depuis longtemps 
(visite de 1286), avaient réussi à s'emparer de la garde de la ville 
et des portes à la Voûte-Chilhac (1318). L'abbé de Mozac avait 
un procès contre la communauté de Riom ; et le prieur de La veine, 
contre la communauté et la paroisse de Pont-du-Château, au 
sujet des sépultures et des anniversaires (1331). La jouissance 
d'un bac sur l'Allier donnait lieu à des procès entre le prieur de 
Ris, le comte de Dreux et Gilles-Aycelin de Montaigu, ainsi 



70 VISITES DES MONASTERES 

qu'entre le prieur de La veine et le comte de Montfort (1353). 
Enfin, les prieurs avaient souvent des débats avec les officiers du 
roi, au sujet de la justice et du ressort (Gensac, 1281 ; Rosiers, 
1282; Saint-Flour, 1294; AugeroUes, 1318). 

État des Mtiments et réparations. Les bâtiments claus- 
traux, par suite du peu de ressources des prieurés, étaient sou- 
vent en mauvais état, les toits étaient découverts et les murs 
menaçaient ruine. Il en était ainsi à Saint-Alyre, 1281 ; à Sou- 
vigny, 1331; à Rosiers, 1294; à Arronnes, 1318; à Gensac, 
1343. Les visiteurs signalent de nombreux bâtiments en ruine à 
Laveine et dans les prieurés qui en dépendent* (1353). A Noiré- 
table, les paroissiens demandent que le prieur répare le toit de 
l'église et la Galilée, ou cloître qui servait de lieu de sépulture. 
A Bort, il y a contestation entre le prieur et les habitants, pour 
savoir à qui incombent les réparations (1353). Mais, d'autre part, 
nous pouvons noter quelques restaurations qui ne sont pas sans 
intérêt au point de vue archéologique. C'est ainsi qu'en 1343, les 
visiteurs constatent avec satisfaction que le prieur a fait démolir 
un vieux cloître et qu'il en édifie un nouveau, très beau, très 
grand et qu'il est élevé en grande partie. Les bâtiments du prieuré 
du Broc sont augmentés, 1331. A Ris, le prieur fait construire 
un pont sur l'AlHer et en tire bon profit (1343). L'église de Thiers 
est relevée et réparée, 1331. Il s'agit sans doute d'une réédifi- 
cation partielle de l'église de Saint-Symphorien , dite aussi le 
Moutier de Thiers. Car, dans ses ÏSotes d'un voyage en 
Auvergne, p. 351, Mérimée ne parle que d'une grande restau- 
ration de Saint-Symphorien au xii^ siècle. Il y aurait lieu d'exa- 
miner en quoi a pu consister la nouvelle construction ou restau- 
ration du XIV* siècle, que notre texte indique formellement (1331). 
A la Voûte, le prieur a réédifié les bâtiments et fait construire 
deux vastes salles (1343). A Sauxillanges, le prieur a fait répa- 
rer les vitraux de l'église (1353). 

Que faut-il conclure de ce long examen ? On voudra bien remar- 
quer que nous avons fait ressortir jusqu'à présent les défauts et 
les abus révélés par les visiteurs, afin qu'ils fussent redressés et 
corrigés par les définiteurs du chapitre général. Les notes de 

1. Les biens ruraux n'étaient pas moins négligés que les bâtiments. Les 
vignes du prieuré n'étaient ni liées ni labourées, mais seulement taillées, cha- 
polatae. 



DE l'ordre de CLUNT. là 

blâme portent sur des détails, sur un ou deux moines indignes 
par maison, et encore y a-t-il des prieurés dans lesquels les visi- 
teurs n'ont rien trouvé de répréhensible , comme Saint-Flour, 
Souvigny, Thiers, d'autres n'ont qu'une note de blâme sur sept 
ou huit visites, comme Mozac, Noirétable, la Voûte. A Laveine, 
prieuré de femmes, les reproches sont plus sérieux et plus géné- 
raux, mais ce n'est qu'une exception, et le soin que mettent les 
visiteurs à examiner l'état de ce prieuré et à le signaler prouve 
que les chefs de l'ordre n'entendaient pas laisser le désordre 
se continuer. Si, d'une part, le jugement des visiteurs de 1294 
est sévère : « Il n'y a pas, disent-ils, dans toute la cham- 
brerie d'Auvergne une seule maison dans laquelle soient pleine- 
ment observés les statuts des papes et les définitions des défini- 
teurs*; » cependant les mêmes visiteurs et ceux des années 
suivantes jusqu'en 1353 proclament que les prieurés sont en bon 
état au spirituel et au temporel, que les offices s'y font régulière- 
ment et que l'hospitalité et les aumônes y sont bien pratiquées^. 
Il convient de tenir compte de ces attestations répétées, et d'impu- 
ter sans doute aux malheurs du temps, et aux terribles événements 
de la guerre de Cent ans, qui rendait la surveillance des prieurés 
plus difficile, les symptômes de relâchement et de laisser aller 
que l'on remarque dans les prieurés vers le milieu du xiv^ siècle. 

A. Bruel. 



1. «Non invenimus in tota kameraria Alvernie aliquem locum in quo statuta 
pappalia et diffinitiones diffînitorum plenarie servarentur. » 

2. « Fiant ibi divinum officiura, hospitalitas et elemosina cornpetenter. 1294. 
— Omnia sunt in bono statu spiritualiter et temporaliter. Divinum officium 
iaudabiliter fit ibi. 1331, 1343. — Abbatia est in bono statu; divinum officium 
bene faciunt, etc. 1353. » 



72 VISITES DES MONASTÈRES 

I. 

Visite de l'abbate de Mozac vers ^264^. 

Cum domnus Yvo, abbas Gluniacensis, Mauziacense^ monasterium 
tanquam pater abbas ipsius monasterii hoc anno visitaverit^ et ad 
reformation em ordinis statuent in dicto Mauziacensi monaslerio ea 
que sunt inferius annotata, scilicet quod silentium in claustro, monas- 
terio, dormitorio et refectorio cum summa diligentia custodiatur, 
sicut moris est apud Gluniacum, et qui in dicto silentio in dictis 
locis offenderit, regulariter in capitulo puniatur. 

Item, quod extra refectorium nullus prêter infîrmos manducare 

1. M. Delisle désigne ainsi cette pièce : « Statuts publiés par Yves, abbé de 
Cluni, pour le monastère de Mauzac, vers 1260. » (Fonds de Cluni, p. 272, 
n' 337.) Mais ce n'est, à proprement parler, ni un recueil de statuts ni une 
visite ; c'est un rapport présenté au chapitre général de Cluny, par l'abbé 
Yves I" de Poiseu ou de Vergy (1257-1275), dans lequel il raconte la visite 
qu'il a faite à Mozac dans l'année. Or, on apprend par le chapitre général de 
1264 que toute la province fut visitée cette année-là par l'abbé de Cluny. Les 
réformes qu'il avait prescrites n'ayant pas été accomplies, il demanda au cha- 
pitre général de prendre une décision à l'égard de l'abbé rebelle. D'après Id 
chronique de l'abbaye de Mozac, l'abbé, qui se nommait Pierre V d'Ysserpans, 
aurait refusé l'entrée du couvent à l'abbé de Cluny et aurait été pour ce fait 
excommunié en 1266. {Gallia chrisUana, t. II, p. 354. D. Branche, l'Auvergne 
au moyen âge. Les Monastères, p. 341.) Cette excommunication suivit sans 
doute une tentative de l'abbé de Cluny pour faire une seconde visite, qui ne 
put avoir lieu. C'est pourquoi nous croyons pouvoir dater l'acte que nous 
publions, de 1264 environ. On connaît en effet, à la Bibliothèque nationale, ms. 
lat., nouv. acq. 2278, a" 27, des statuts pour la réforme de l'abbaye de Mozac, 
en date du xii des calendes de décembre (20 novembre) 1264. Cet acte, rédigé 
en forme de cyrographe, a été passé au chapitre de Mozac et est conçu en 
forme de monitoire adressé à l'abbé. Il paraît rédigé d'après le rapport que 
nous publions. On trouve aussi dans le même manuscrit beaucoup de pièces 
relatives aux différends qui existèrent entre les abbés de Cluny et de Mozac 
de 1266 à 1269 (n- 28 à 40). 

2. On trouvera, à la fin de ce travail, avec la table des monastères visités, 
la traduction et l'identification des noms de lieu, que l'on n'a pas voulu répé- 
ter à chaque visite. 

3. En général, les monastères étaient visités par les prieurs d'autres pro- 
vinces ; cependant l'abbé de Cluny visitait souvent lui-même quelques maisons, 
comme il le fit, en 1282, pour Souvigny, Ris, Arronne et Châtel-Montagne. 
Voyez ci-après, n" IV, 11. 



DE l'ordre de CLU?IT. 73 

présumât, nisi ex manifesta causa et de prioris vel illius qui pro ipso 
tenebit ordinem, licentia speciali. 

Item, quod infirmarieque consueverunt fieri ante Adventum Domini 
et ante Quadragesimam regulariter fiant, sicut moris est apud Glu- 
niacum, ita quod una pars conventus sit in infirmaria et alia pars 
remaneat in conventu. 

Item, quod priori Mauziacensi addatur tercius socius in ordine ad 
custodiendum ordinem. 

Item, quod constituatur hostalarius qui habeal et custodiat frocos 
pro hospitibus et de ipsis hospitibus curam habeat specialiter. 

Item, quod provideatur in infirmaria fratribus de serviente ydoneo 
ac etiam competenti. 

Item, quod prioratus de Marchiaco, ubi sunt moniales, visitetur 
per priorem cum aliquo vel cum aliquibus bonis viris et corrigatur 
in eodem prioratu quod fuerit corrigendum. 

Item, quod abbas Mauziacensis habeat moderatam familiam et mode- 
ratas faciat expensas, ita quod monasterium super hoc non gravetur. 

Item, quod dictus abbas Mauziacensis secundum statuta régule 
Beati Benedicti et ecclesie Gluniacensis et ordinis caritative se habeat 
erga débiles et egrotos. 

Item, quod quolibet anno semel veniant, si qui sunt exteriores, in 
capitulo Mauziacensi et ibi significent quilibet statum prioratus sui 
et abbas statum monasterii sui signifîcet conventui et prioribus supra- 
dictis. 

Item, quod abbas Mauziacensis instituât priores in illis prioratibus 
quos predecessores sui non consueverunt retinere ad mensam suam, 
nisi ipsos prioratus ex causa évident! et rationabili duxerit retinen- 
dos. Scialis, domni diffinitores capituli generalis, quod ista statuta 
in dicto Mauziacensi monasterio minime observantur. 

Item, cum predictus domnus abbas Gluniacensis inter dictum 
abbatem Mauziacensem et quosdam monachos suos qui cum ipso 
discordiam habebant pacem reformasset, dictus abbas Mauziacensis 
dictam pacem noluit observare, licet hoc in presentia dicti domni 
abbatis Gluniacensis promisisset, et contra inhibitionem dicti domni 
abbatis Gluniacensis dictos monachos postea plurimum molestavit. 

Unde consilium in hoc apponatis quod videritis apponendum et 
corrigatis in predictis que videritis corrigenda. 

[Au dos :) Visite par Tabbé de Gluny de l'abbaye de Mauzac; envi- 
ron -1264<. (Bibl. nat., Coll. de Bourgogne, t. 82, n° 337.) 

1. Nous joignons ici, comme se rapportant au second tiers du xiii^ siècle, un 



74 VISITES DES MONASTÈRES 

II. 

Visite de <280<. 

Diffinitiones capituli generalis fade per Figiacensem et Mauziacen- 
sem abbates, Sancli Martini de Gampis Parisiensis et Montis Desiderii 
priores, anno Domini 31" CG° LXXX". 

Visitatio Alvernie facta per de Paredo et de Borbonio^ priores. 

-I. Apud Augeroles miltalur unus monachus moraturus. 

2. Quoniam domus Sancti Hylarii, que subest prioratui Gelsinia- 
rum, patiturdetrimentuminjuribus et redditibus suis propter defec- 
tum senescalii Lugdunensis qui tenet eamdem, scribant domnus 
abbas et diffinitores eidem, quod apponat consilium in predictis. 
Cetera sunt in bono statu. 

(Bibl. nat., ms. lat., nouv. acq. 2270, n» 16.) 

III. 

Visite de la Ghambrerie d'Auvergne, 4281. 

Visitatio facta per priorem Sancti Stephani Nivernensis in came- 
raria^ Alvernie, anno Domini millesimo CG° LXXX° P. 

extrait des « Décisions prises à la suite du rapport fait par les visiteurs de 
l'Auvergne..., » et commençant ainsi : 
« Visitatores Francie. [De] priore de Valencenis... 

« Visitationes Alvernie. Amotio Gaymardi, quondam prioris de Silviniaco, per 
diffinitores secundum causas propositas, approbatur. » 

« Amotio Nicholai, prioris Sancti Salvatoris Nivernensis, per diffinitores secun- 
dum causas propositas approbatur. » 

« Amotio Guillelmi de Lomont, quondam prioris de Rivis, per diffinitores 
secundum causas propositas approbatur. » 

« Amotio Landrici, quondam prioris de Caritate, secundum causas propositas 
per diffinitores approbatur. » 

(Bibl. nat., lat., nouv. acq. 2270, n° 1, petite bande de parchemin. 
Cf. Delisle, Inventaire du fonds de Cluni, p. 325.) 

1. L'extrait suivant est tiré des définitions du chapitre général de 1280 et 
remplace en partie la visite qui nous manque pour cette même année. 

2. Paray-le-Monial et Bourbon-Lancy, Saône-et-Loire, arr. de Charolles. 

3. Chaque province de l'ordre avait un ou deux administrateurs que l'on 
nommait chambriers ; de là le nom de Chambrerie donné à la province. Cf. 
Statuts de Hugues V, Bibliotheca Cluniacensis, col. 1469, De Camerariis pro- 
vincialibus. Le terme de Province a prévalu dans la suite. 



DE l'ORDEE de CLUNY. 75 

L Abbacia Mauziacensis est in bono statu spiritualiter et tempo- 
raliter, prout a priore et monachis dicti loci asseritur, abbas non 
erat presens. 

2. Decanatus de Castro Pontis est in bono statu. Débet tamen 
XII libras tur., et est unus monachus cum priore vel decano. 

3. Prioratus Sancti Ylarii raoventis [sic] deSalsiniis est in edificiis 
in malo statu. Duo monachi debent ibi morari, sed quando fuit ibi 
visitator, non invenit eos nec aliquem qui vellet ipsum recipere, 
verum oportuit ipsum ad expensas suas proprias alibi declinare; 
prioratum predictum tenet frater episcopi Glaromontensis, 

4. Prioratus de Brolio est in spiritualibus et temporalibus in bono 
statu et movet de Sancto Floro et est unus monachus cum priore. 

5. Prioratus de Vol ta est in spiritualibus et temporalibus in bono 
statu et est ibi monachorum numerus consuetus. 

6. Prioratus de Roseriis est satis in bono statu quantum ad spiri- 
tualia, sed temporalia non bene reguntur per priorem dicti loci, 
quamvis quantum in ipso est faciat posse suura ut bene regantur. 
Habet enim contra se adversarios dominum de Sancto Bonito^ et homi- 
nes dicte ecclesie; morantur ibi duo monachi cum priore. 

7. Prioratus de Grazac satis est in bono statu spiritualiter et tera- 
poraliter; nichil débet quin possit solvere, ut dicit prior dicti loci. 

8. Prioratus de Genssac est in bono statu quantum ad spiritualia, 
set juridictionem prioratus usurpât garderius^ dicti loci. 

9. Prioratus de Sancto Floro est in spiritualibus et temporalibus 
in bono statu et est ibi monachorum numerus consuetus. 

-10. Prioratus Salsiniarum est in spiritualibus in bono statu et 
temporalibus, ut dicunt procuratores et supprior dicti loci. Prior est 
scolaris Tholose. 

U. Prioratus de Venna est in bono statu spiritualiter et tempo- 
ral! ter. 

42. Abbacia de Thierno est in bono statu spiritualiter et tempo- 
raliter. 

13. Prioratus de Rivis patitur deffectum in suppriore, qui non est 
ibi. Item monachi ibi morantes nichil habent et percipiunt pro ves- 
tibus, prout dicunt, unde communiter conqueruntur ; cetera sunt ibi 
in bono statu. 

U. Prioratus de Nigro Stabulo est in tali statu, videlicet quod 
quidam monachus, qui voccatur Guido de Monte Berthodi, qui sole- 

1. Saint-Bonnet-le-Château, Loire, arr. de Moatbrison, chef-lieu de canton. 

2. Le mot Garderius a le même sens que Gardianus ou Advocaius. 



76 VISITES DES MONASTÈRES 

bat ibi morari, set de novo ivit apud Polliacum, antequam recederet, 
exivit de nocte, ut dicit prior dicti loci, extra domum predictam, et 
intravit illa hora domum cujusdam mulieris suspecte et maie famé 
et fuit ibi cap tus a gentibus comi tisse Forensis et redemit se ante- 
quam evaderet magno precio pecunie et fuit pluribus notorium et 
publicum et sic fuit scandalizatus et ordo noster scandalizatur per 
ipsum, unde super hoc, etc. Item dicta domus débet niV"^ lib. et non 
habet satis victualia usque ad nova. Item bonum esset quod preci- 
piatur priori dicti loci quod non permittat ut mulieres suspecte nec 
juvenes morentur in domo, quare quedam pedisseca que servivit ibi 
recessit pregnans et inponitur hoc factum monachis dicti loci, unde 
scandalum est exortum. 

-15. Domus de Arumpna est in bono statu in spiritualibus et tem- 
poralibus. 

-16. Domus de Castro in Montanis est in bono statu spiritualiter et 
temporal! ter. 

{Au dos :) Durannus Rechent, factum est GG LXXXI. 

(Original en parchemin. Le sceau a été enlevé.) 

(Bibl. nat., lat., nouv. acq. 2270, n° 20.) 

IV. 
Visite de 4282. 

(Extraite) 

Visitatio Arvernie facta per de Amberta et Ponticastri priores. 

i . Domus de Nigro Stabulo est in bono statu in temporalibus, ut 
referunt visitatores, tamen ecclesia est violata propter rixam factam 
per quendam monachum contra capellanum dicti loci; diffmiunt 
difflnitores ut propter rixam monachus puniatur et prior dicti loci 
agat contra dictum cappellanum de injuria facta monacho, si culpa- 
bilis reperiatur et faciat ecclesiam reconciliari. Sunt ibi duo monachi 
cum priore. 

2. Abbatia Tierni est in bono statu in spiritualibus et temporali- 
bus, ut referunt visitatores. Sunt ibi xiii*'" monachi. 

1. Ce rôle comprend les rapports des visiteurs d'Auvergne, de Poitou et de 
Provence. Nous ne donnons que la partie qui concerne notre sujet. L'original 
contient des ratures comme une minute d'acte. 



DE l'ordre de CLD.\Y. 77 

3. Prioratus Celsiniarum est in bono statu in spiritualibus, ut refe- 
runt visitalores et in temporalibus, ut asserit prior presens, ita quod 
nichil débet. Sunt ibi xlv monachi. 

4. Prioratus de Voila est in bono statu in spiritualibus et tempo- 
ralibus, ut referunt visitatores ; nichil débet. Est ibi consuetus nume- 
rus monachorum. 

D. Prioratus Sancti Flori est in bono statu in spiritualibus et 
temporalibus. Sunt ibi xxv monachi. 

6. Prioratus de Venna est in bono statu in spiritualibus et tempo- 
ralibus, ut referunt visitatores. 

7. Ad prioratum de Bort mittantur duo monachi et scribat domi- 
nus abbas domino episcopo Glaromontensi , ut faciat ibi melius 
officium divinum celebrari quam usque nunc fuerit celebratum, ob 
negligenciam famille sue. 

8. Ad prioratum de Gensac ponatur unus monachus sacerdos et 
quidam alius qui est ibi, qui non est sacerdos, ad locum alium trans- 
mittatur; et nichil débet. 

9. Ilem, in prioratu de Grasac, statuitur illud idem et nichil débet. 
^0. Ad prioratum de Roseriis mittatur unus monachus et dictus 

Ghampanois, monachus ejusdem loci, qui notarié diffamatus est de 
incontinentia, mittatur per priorem infra quindenam Pentecostes 
apud Gluniacum pro meritis puniendus. Et si vagans discurrat per 
prioratus, prior loci ad quem déclina verit mittat eum. Item prior 
provideat ne dominus abbas amittat ressortum horainum dicti loci 
propter culpam suam, ita quod propter deffectum justicie cogantur 
dicti homines alium dominum advocare; et prior débet l libras. 

\\. Prioratus Silviniacensem , de Rivis, de Arona, de Gastro in 
Montanis visitavit dominus abbas. 

(Rôle en parchemin.) (Bibl. uat., lat., nouv. acq. 2270, n° 22.) 

V. 

Visite de ^285. 

Anno Domini M° GG° LXXX" quinto, in Alvernia (en marge : 
Anno V°). 

Visitatio facta per Theobaldum de Rivis et per Philippum de Tupi- 
niaco, priores^ 

1. Tupigny, Aisne, arr. de Vervins, cant, de Wassigny. 



78 VISITES DES MONASTERES 

-1 . Die veneris post Pascha, visitavimus apud Vennam ; invenimus 
locum spiritualiter et temporaliter in bono statu, hoc excepto, quod 
prioratus predictus est obligatus in sexaginta libris vel circa, quia 
prior multos habuit defîectus in vino et in pluribus aliis in hoc anno. 

2. Item die sabbali sequenti visitavimus apud Mauziacum. Erant 
ibi XXX monachi cum abbate satis dévote divinum officium facientes; 
locus erat in bono statu in spiritualibus et temporalibus, Dei gratia 
mediante. 

3. Item die lune post ÇwasmotZo visitavimus apud Celsinias. Erant 
ibi triginta et sex monachi vel circa cum priore ; locus erat in bono 
statu spirituahter et temporaliter ^ 

4. Item die mercurii sequenti visitavimus apud Voltam. Erant ibi 
XXII monachi , locus erat in bono statu spiritualiter, temporaliter 
erat obligatus in centum libris, quia prior habuit multos defFectus in 
hoc anno in vino et in aliis, et habet multas contentiones contra plu- 
res magnâtes pro quibus multa expendere oportuit et adhuc oporte- 
bit, nisi aliud remedium apponatur. 

5. Item die jovis subsequenti visitavimus apud Sanctum Florum. 
Erant ibi xxv monachi vel circa dévote Deo servientes, locus erat in 
bono statu in spiritualibus et temporalibus. 

6. Item die dorainica qua cantatur Misericordia Domini^ visitavi- 
mus apud Pontem Gastri. Erat ibi unus monachus cum priore; 
locus erat in bono statu. 

7. Item die lune sequenti visitavimus apud Tyernum, Erant ibi 
XII monachi cum abbate divinum officium dévote célébrantes ; locus 
erat in bono statu spiritualiter et temporaliter, Dei gratia mediante. 

8. Item die martis subsequenti visitavimus apud Nigrum Stabu- 
lum. Locus erat in bono statu spiritualiter et temporaliter^. 

(Le lacs de parchemin a été arraché et l'acte troué en cet endroit.) 

(Original en parchemin.) 

(Bibl. nat., lat., nouv. acq. 2270, a" 18*.) 

1. Un mot effacé. 

2. Introït et nom du second dimanche après Pâques. 

3. Nous complétons cette visite à l'aide du chapitre général de 1285, qui nous 
donne l'état du prieuré de Bort : 

« Visitatio Arvernie facta per de Rivis et de Tupiniaco priores. 

« Domus de Boort, quam tenet reverendus in Christo episcopus Claroraon- 
tensis patitur detrimentum in spiritualibus et temporalibus; minus sufficienter 
ministratur monachis ibidem morantibus, depereunt jura et jurisdictiones dictse 
domus. Edificia etiam generaliter minantur ruinam ; imo jam in casum et rui- 
nam miserabilem devenerunt; ordinet domnus abbas, ut viderit expedire. » 
(Bibl. de la Chambre des députés, B" 89, t. 22, fol. 179-180.) 

4. L'inventaire du fonds de Cluni date cet acte de 1280; c'est qu'il n'a pas 



DE L ORDRE DE CLONr. 79 

VI. 

Visite de l'Auvergive, ^293. 

[Extrait K) 

Difinitiones capituli generalis facte per de Silviniaco, de Marci- 
gniaco, de Rivis, de Vandopera, de Sancta Margareta in Helincuria, 
de Vota, de Tornaco, de Berbezillo, de Podio Ganagobie, de Gravi- 
longua, de Nigro Stabulo, de Alla Petra, de Borto, de Urmatis^ et de 
Ryons priores, anno Domini millesimo ducenlesimo nonagesimo 
tertio. 

Visitatio Alvernie. 

-i. Quia prior de Arona domum suam anno isto, ut refferunt visi- 
tatores, obligavit in centum libras, sciât dominus abbas causam 
debiti sic contracti, quia visitatores scire non potuerunt propter absen- 
ciam prioris supradicti. 

2. Quia vicecomes de Vantadoro occupavit et occupât aliquos redi- 
tus et jura prioratus de Vantadoro, super quibus revocandis prior 
actenus fuit negiigens et remissus, precipiunt diffînitores quod prior 

été tenu compte du mot quinto, qui se trouve en toutes lettres au-dessous de 
la date en chiffres M" CC° LXXX°. La comparaison de la visite avec le chapitre 
général de 1285 nous a montré que telle était la véritable date. 

En consultant dans le même inventaire, p. 273, la description du tome 82 
de la collection de Bourgogne (chartes originales de Cluny), nous avions été 
tenté de placer ici l'acte n° 364, relatif à des droits du doyenné d'Escurolles 
(juin 1290), puisque Escurolles (Allier, arr. de Gannat, chef-lieu de canton) 
faisait partie de l'archiprêtré de la Limagne et du diocèse de Clermont. Mais, 
à y regarder de près, le texte porte : « Escocoles. » Or, ce mot nous parait 
devoir être identifié avec Ecussoles, h. de Saint-Pierre-le-Vieux (Saône-el- 
Loire), qui est nommé dans les chartes de Cluny Escozolas (n° 446), Escutiola 
(n" 479), même Escurolas pour Escuzolas (n° 562) et Escusiolis en 1215, d'où 
Escocoles en langue vulgaire. Ce qui le prouve surabondamment, c'est que 
l'acte en question est une donation de la moitié de la prévôté de Montmélard 
(Saône-et-Loire, arr. de Màcon, canton de Matour), qui dépendait de la directe 
d'Ecussoles. 

1. Nous imprimons un extrait des Définitions du chapitre général de 1293 
en ce qui concerne l'Auvergne, parce qu'elles renferment le procès-verbal de 
la visite de l'année. 

2. Urmatis alias Ulmatis. Cassini le nomme prieuré de Notre-Dame des 
Ulmates, près de Cazeneuve, aujourd'hui Caseneuve, Vaucluse, arr. et cant. 
d'Apt. Cf. Bibl. Clun., c. 1729 C. 



80 VISITES DES MONASTÈRES 

dicti loci in revocandis predictis apponat taie consilium quod non 

possit ulterius de negligencia reprehendi. 

3. Quia diffinitores audiverunt de priore Saxeniarum^ competen- 

ter non posse in prioratu de Saxeniis commorari, ordinaverunt diffi- 

nitores quod dominus abbas super hoc meliori modo quo poterit et 

videbit secundum Deum et justiciam et regularia ordinis instituta 

apponat remedium opportunum ; cetera sunt in bono statu etc. 

Visitatio Pictavie, etc. 

(Original en parchemin.) 

(Bibl. nat., lat., nouv. acq. 2270, a» 30.) 

VIL 
Visite de 4294. 

Visitatio Alvernie factaper de Marcigniaco et de Thisiaco^ prio- 
res. Anno Domini M CC nonagesimo quarto^. 

\. Apud Gastrum in Montanis sunt quatuor monachi sacerdotes, 
prêter priorem, nec unquam fuerunt plures. Fiunt ibi divinum offi- 
cium, hospitalitas et elemosina competenter, domus nichil débet, 
habet victualia usquead fructus novos. Monachi non habebant strata, 
precepimus ut haberent. Prior multa bona fecit in locis que tenet. 

2. Apud Haronam sunt duo monachi prêter priorem, non consue- 
verunt, ut dicunt prior et monachi, plures esse. Fiunt ibi divinum 
officium, hospitalitas et elemosina competenter, domus débet lx hbras 
turonenses, et habet victualia usque ad fructus novos, multa bona 
temporalia fecit prior in dicto loco ; dixerunt nobis prior et monachi 
predicti quod dictus locus raultum gravatur, quia multi priores ordi- 
nis et maxime conventuales sepe et indifferenter ibidem veniunt 
causa hospitandi, licet loci quantum ad hoc non suffîciant facultates. 
Monachi non habebant strata, precepimus dicto priori quod eis pro- 
curaret infra capitulum générale. 

3. Apud Selvigniacum sunt quadraginta septem monachi prêter 

1. Pour Salsinarum, Celsiniarum? Sauxillanges. 

2. Marcigny, Saône-et-Loire, arr. de CharoUes; Thizy, Rhône, arr. de Ville- 
franche-su r-Saône . 

3. Le résumé de cette visite se trouve dans le chapitre général de 1295. Les 
jours des visites n'étant pas indiqués, nous ne pouvons savoir si le rapport a 
été prêt assez tôt pour 1294. Lorsque le rapport des visiteurs arrivait après la 
clôture du chapitre général d'une année, il était renvoyé à l'année suivante. 
Voyez la visite de 1318. 



DE L ORDRE DE CLUNY. 84 

priorem, de quibus fecit très prior citra capitulum générale per litte- 
ras domini abbatis, ut nobis retulit idem prior. Nec debent esse nisi 
quadraginta, ut referunt seniores. Fiunt ibi divinum officium, hospi- 
talitas, et elemosina competenter. Prior débet m centum libras sine 
usura. Non minuit debitum anni preterili propter decimara régis, et 
alias exactiones. Habet victualia usque ad fructus novos. Prior multa 
bona fecit in dicto ioco. 

4. Apud Ris sunt xx monachi prêter priorem, de quibus prior 
recepit duos citra capitulum générale, de mandate domini abbatis, 
ut nobis retulit supprior dicti loci. Est antiquus numerus de tres- 
decim, proutantiqui monachi nobis dixerunt et quidam antiquijurati 
presbyteri et burgenses. Fiunt ibi divinum officium, hospitalitas et 
elemosina competenter. Habet domus victualia usque ad fructus novos. 
Débet vriF'' libras turonenses circa. 

5. Apud Veynam sunt octoginta moniales et duo monachi prêter 
priorem, quorum unus est supprior, et alter moratur pro majori parte 
apud Castrum in Montanis, ubi solebat esse monachus cum priore; 
non solebant tôt esse moniales ibidem. Fiunt ibi divinum officium, 
hospitalitas et elemosina competenter, excepto quod non dicunt tri- 
ginta psalmos familiares^ nisi in quadragesima et adventu, nec jacent 
omnes in dormitorio, nec comedunt in refectorio, sed in cameris 
suis propter parvitatem, ut dicunt, refectorii et dormitorii predicto- 
rum. Quando prior est absens et supprior infirmatus, moniales prop- 
ter deftectum confessorum cum secularibus sacerdotibus confitentur. 
Non habent dicte moniales victum nec vestitum suffîcientes, licet 
habeant ut consueverunt. Domus nichil débet. Habet victualia usque 
ad fructus novos. 

6. ApudTyernum suntxiiri monachi prêter abbatem, non consue- 
verunt plures esse, ut dicunt abbas et monachi dicti loci. Fiunt ibi 
divinum officium, hospitalitas et elemosina competenter. Quidam de 
monachis non habebant strata, precepimus ut haberent et promisit 
abbas quod eis procuraret infra capitulum générale. Abbatia débet 
quinquaginta libras turonenses. Habet victualia usque ad fructus 
novos. Abbas multa bona fecit in dicto Ioco. 

7. Apud Augeroles sunt duo monachi prêter priorem, quorum uni 
dabatur pecunia pro vestiario; inhibuimus de cetero ne daretur. 

1. « Psalmi familiares dicuntur ii, qui in omnibus 12 lectionibus horas sequun- 
tur. Familiares vero nuncupabantur, quod pro familiaribus seu monasterii 
amicis et benefactoribus recitabantur. » Du Cange, \° Psalmus. 

4894 6 



82 VISITES DES MONASTÈRES 

Non celebrabant missam, nisi quando volebant nec dicebant tri gin ta 
psalmos ; precepimus quod facerent ebdomadas suas unus posl alte- 
rum et dicerent triginta psalmos, maxime in Quadragesima et Adventu. 
Non habebant strata, precepimus quod prior providereL eisdem. In 
aliis vero fiunt divinum officium, hospitalitas et elemosina compe- 
tenter. Domus nichil débet. Habet victualia usque ad fructus novos. 

8, Apud Rosers sunt duo monachi prêter priorem, quorum uni 
dabatur pecunia pro vesliario. Inhibuimus de cetero dari. Fiunt divi- 
num officium, hospitalitas et elemosina competenter, excepto quod 
non dicebant dicti monachi triginta psalmos, nec psalmos familia- 
res; precepimus ut de cetero dicerent dictos psalmos et maxime in 
Quadragesima et Adventu. Quedam turris corruit et quedam pars muro- 
rum clausure dicte domus, hoc idem visitatores anni preteriti retu- 
lerunt. Domus habet victualia usque ad fructus novos. Domus débet 
octoginta iibras et triginta quatuor solidos. Monachi non habebant 
strata, precepimus ut haberent. 

9. Apud Gresac sunt très monachi prêter priorem, non consueve- 
runt ibidem esse nisi duo, prout prior et monachi et quidam anti- 
quus secularis nobis dixerunt. Fiunt ibi divinum officium, hospita- 
litas et elemosina competenter. Domus nichil débet. Habet victualia 
usque ad fructus novos. Monachi non habebant strata; precepimus 
ut haberent. 

-10. Apud Ghaçac est unus monachus cum priore nec consueverunt 
ibidem plures esse. Fiunt ibi, ut dicunt prior et monachi, divinum 
officium, hospitalitas et elemosina competenter. Monachus non habe- 
bat strata; precepimus ut haberet. Multa bona fecit prior in dicto 
loco. Domus nichil débet, habet victualia usque ad fructus novos. 

i\. Apud Voltam sunt xxvi monachi prêter priorem, quorum duo 
sunt scolares et duo sunt in Lonbardia et habent litteras domini 
abbatis quod possint reverti quandoque voluerint. Et unus est fugi- 
tivus, jam sunt duo anni elapsi, ut nobis prior et monachi retule- 
runt. Prior recepit très monachos per litteras domini abbatis citra 
capitulum générale et unum ad instantiam conventus de Volta, de 
quo dictus prior cum domino abbale locutus fuit, qui ei super hoc 
respondit quod suam faceret voluntalem, ut aperit idem prior. Non 
consueverunt esse ibidem nisi xxiiii monachi, computato priore. 
Monachi non habebant omnes strata, precepimus ut haberent; nec 
dabatur eis nisi quinque solidi pro calciatura et omnibus c solidi 
turonenses pro vestiario annuatim, quos dividebant inter se. Inhi- 
buimus priori ne de cetero pro vestiario pecuniam eis daret, sed de 



DE l'ordre de cluny. 83 

stratis et vestiario regulari eis secundum statuta regularia provide- 
ret. Gonventus non habebat domum pro infîrmaria deputatam. Prior 
promisit nobis domum aliquam ad hoc sufficientem depulare et infir- 
mis famulum, et alia necessaria ministrare. Fiunt ibi divinum offi- 
cium, hospitalilas et elemosina competenter. Domus nichil débet; 
habet viclualia usque ad fructus novos. Quia quidam monachus in 
presentia prions dixit nobis quod prior tenebat quinque prioratus 
ad manum suam, in quibus consueverant esse monachi cum priori- 
bus résidentes, nos vocatis priore, suppriore, et senioribus dicti loci 
in presentia monachi supradicti, eis precepimus in virtute sancte 
obedientie et sub pena excommunicationis, quod super premissis 
nobis dicerent veritatem; qui omnes iosimul et singulariter respon- 
derunt quod nunquam viderunt in dictis prioratibus monachos cum 
prioribus mansionem habentes nec in eisdem sufficiunt facultates, 
preterquam in domo de Belac, in qua duo monachi commorantur. 

-12. Âpud Sanctum Florum sunt xxvii monachi prêter priorem, 
non debent esse nisi xxv computato priore. Fiunt ibi divinum offi- 
cium, hospitalitas et elemosina competenter. Piures de monachis non 
jacebant in stratis; precepimus ut jacerent. Quidam de monachis 
recepta porcione panis et vini et generalis ^ seu pictancie vendebant 
et ilhcite detraliebant seu dabant elemosinas deffraudando, prout fuit 
nobis dictum in prioris presentia et conventus. Inhibuimus ne de 
cetero istud fiât. Domus débet 1111^ libras turonenses. Aumenlavit 
prior debitum anni preteriti propter multas acquisitiones utiles et 
necessarias, et expensas quas fecit, tabelliones régis et officiales ac 
curiam episcopi Glaromontensis de villa Sancli Flori et ejusdem jus- 
ticia expellendo. Habet victualia usque ad fructus novos. 

i 3. Apud Vantadorum sunt quinque monachi prêter priorem, non 
consueverunt esse, nisi très, ut dicunt prior et monachi. Fiunt ibi 
divinum officium, hospitalitas et elemosina competenter. Domus débet 
quadraginta quinque libras turonenses. Aumentavit prior debitum 
anni preteriti de xx libris turonensium propter tempestatem et def- 
fectum vini. Habet victualia usque ad fructus novos. Prior non habet 
coadjutorem secundum diffinitionem, quamvis bene indigeret prop- 
ter debilitatem corporis ac etiam senectutem, ut nobis monachi in 
sua presentia retulerunt. Monachi non habebant strata, et recipie- 
bant pecuniam pro vestiario. Precepimus dicto priori ut tam in ves- 
tiario quam in stratis dictis monachis necessaria ministraret, et ne 

1. Du Gange, v° Générale. 



84 VISITES DES MONASTÈRES 

de cetero pro vestiario pecuniam eis daret. Quidam serviens, Egidius 
nomine, tenens claves et administrationem dicti loci, concubinara 
suam habebat in villa, a qua plures pueros habet quos nulriebat de 
bonis dicti prioratus , ut in presentia dicti prioris nobis dixerunt 
monachi supradicti. Inhibuimus dicto priori ne de cetero dictum 
servientem in officio retineret. 

■14. Apud Bortum sunt quatuor monachi prêter priorem nec con- 
sueverunt ibidem plures esse. Fiunt ibi divinum officium, hospitali- 
tas et elemosina competenter. Domus nichil débet. Habet victualia 
usque ad fructus novos. Monachi non habebant strata; precepimus 
ut haberent. Prior multa boua fecit in dicto loco. 

-15, Apud Gelsigniacum sunt xliii monachi, computato priore. 
Dixit nobis prior quodrecepithtteras domini abbatis de tribus mona- 
chis noviter faciendis, non debent esse nisi xxxv monachi, computato 
priore, prout referunt seniores. Fiunt ibi divinum officium, hospitali- 
tas et elemosina competenter. Quidam de monachis non habebant 
strata ; precepimus priori et camerario, quod de his non habentibus 
providerent. Débet domus iin'^ lxviii libras turonenses. Habet vic- 
tualia usque ad fructus novos. 

-16. Apud Mauziacum sunt xlv monachi, dixerunt nobis quidam 
de antiquis quod non debent esse nisi xxxv vel circa, et cum nos 
peteremus instanter, ut super antiquo numéro nobis dicerent veri- 
tatem, responderunt nobis quo[d] ad presens non erant de predicto 
numéro bene certi, quare precepimus priori, decano et celarario 
quod mitterent ad capitulum ad certificandum difflnitores de anti- 
quo et certo numéro monachorum. Fiunt ibi divinum officium, hos- 
pitalitas et elemosina competenter. Débet abbatia ix<^ libras turonen- 
ses, lam pro debitis quam pro victualibus usque ad fructus novos 
emendis, prout nobis prior et monachi retulerunt. 

-17. Apud Nigrum Slabulum sunt quatuor monachi computato 
priore, nec unquam fuerunt plures. Quidam non habebant strata; 
precepimus ut haberent. Fiunt ibi divinum officium, hospitalitas et 
elemosina competenter. Domus débet xxx libras turonenses. Habet 
victualia usque ad fructus novos. Non invenimus in tota kameraria 
Alvernie aliquem iocum in quo statuta pappalia et difflnitiones dif- 
fînitorum plenarie servarentur. 

(Original en parchemin. Les sceaux n^existent plus.) 

(Bibl. nat., lat., nouv. acq., 2270, n° 33.) 



DE L ORDRE DE CLUNT. 85 

VIII. 
Visite de ^3^8. 

Visiiatio Arvernie anni Domini M CGC XVIII° pro capitula anni 
Domini M CGC XIX facta per priores de Caroloco et de Genzaco ^ . 

Memoria de prioratu de Bredon et de decanatu de Caranaco, in 
quibus locis hospitalitas fuit denegata visitatoribus 2. 

-1. Primo in prioratu de Venna sunt quaterviginti moniales satis 
honeste se habenles, nec habent sufficiens dormitorium et ideo jacent 
quamplures in cameris et manducant; multum conqueruntur de pic- 
tan tia, cum non habeant in die nisi solum obolum et supplicant 
muUum quod augmentetur. In domo Pontis Gastri, quam tenet prior 
de Venna, est quidam monachus, Guillelmus nomine, qui non potest 
ibi morari ex causa. 

2. In prioratu de Augerolis sunt duo monachi cum priore honeste 
se habentes sine odda^ tamen; prior meliorat domum pro posse, 
tamen jurisditio est ad manum régis propter debatum. Socii non 
habent calicem ncque breviarium, neque albas: precepimus priori ut 
calicem procuret et albas et quam cilo poterit breviarium, quod pro- 
misit nobis se facturum in brevi dictus prior. 

3. In Nigro Stabulo sunt très monachi honeste se habentes cum 
priore, qui bene se habet in administratione; débet circa trecentas 
hbras et solvit circa mille libras, ut dicit. 

4. In abbatia de Tyerno non est certus numerus monachorum, 
tamen sunt circa xvin honeste se habentes, abbas bene régit. Non 
tenetur ibi capitulum omni die propter debililatem prioris ; precepi- 
mus abbati ut unum socium tradat priori, qui ipsumjuvet et maxime 
quatinus dictus prior non jaceat in dormitorio et quatinus capitulum 
omni die teneatur ibidem, quod promisit se facturum. 

5. In prioratu de Rivis sunt viginti monachi honeste se haben- 
tes, tamen non debent esse secundum quod dicitur nisi xvm et sunt 
ultra numerum de tempore predecessoris prioris qui nunc est. Non 
tenetur ibi capitulum omni die, quia non est consuetudo et supprior 
non habet socium et aliquando est absens. Non jacent in dormitorio 

1. Au sujet de la date, voyez la note en tête de la visite de 1294. 

2. Cette note se trouve en marge, au-dessous du titre. 

3. « Odda » pour « oda? », Canticuni. Cf. Du Gange, hoc verbo. 



86 VISITES DES MONASTERES 

pro eo quia parvum est et non possent omnes insimul jacere et lecti 
non sunt regulares et excusant se raonachi de impotentia. 

6. In prioratu de Arona non moratur prior neque monachus; 
helemosina et hospitalitas non sunt. Ibi domus indigent multum 
coopertura. Precepimus priori ut circa predicta opponat reme- 
dium, quod facturum se promisit; et in brevi attenuavit debitum, ut 
asserit, de quatercentis libris et adhuc débet circa lx libras et non 
ultra, ut dicit, et quindecim sextarios bladi. 

7. In prioratu de Silvigniaco sunt quinquaginta monachi honeste 
se babenles. Prior attenuavit debitum, ut dicit procurator, priore 
absente, de quingentis libris et adhuc débet circa mille. 

8. In prioratu de Volta sunt xxix monachi, tamen non debent esse 
nisi XXV ; illi qui sunt ultra numerum sunt de mandato domini abba- 
tis, ut dicit prior qui nunc est; recepit domum obhgatam in mille 
et ducentas libras, licet non dictum fuerit sibi, nisi de quatercentis 
hbris ; non débet ad presens trescentas libras, quia residuum solvit. 
Sacrista et conventus conquerunLur et pluries conquesti sunt super 
eo quod abbas Figiacensis, qui nunc est, quando recessit de loco, 
tempore sue promotionis, secum portavit quedam vestimenta dicti 
loci, que valent l libras et ultra, et de restituendo suas litteras dédit, 
quod facere recusavit pluries requisitus. Gentes domini de Merculio 
custodiunt villam et portas, prior se excusât quod non faciunt de 
ejus voluntale et débet sibi dare htteras dominus quod non prejudi- 
cabit in futurum. Item memoria de quodam monacho, vocato Johanne 
de Ghasagnis, qui maie se habuit in loco et est ei assignata manssio 
apud Falifocum. Non est ibi celerarius monachus ; precepimus priori 
ut per monachum conventui faciat ministrari, quod facturum se 
promisit. 

9. In prioratu de Gensaco est unus monachus cum priore; prior 
bene vellet habere secum unum magis maturum, licet iste sit nepos 
suus, prior est nimis senex et monachus nimis juvenis : adponen- 
dum est remedium. 

•10. In prioratu de Greysaco sunt duo monachi satis honeste se 
habentes. Prior est scolaris in Montepessellano [sic], Aliquot debentur 
de tempore sui predecessoris, qui bene se habuit in ordine et bene 
habebat, de quo possent sohi et conqueruntur creditores. 

■H. In prioratu de Roseriis sunt duo monachi cum priore, quo- 
rum unus propter infîrmitatem supervenientem est minus ydoneus 
ad celebrandum et divinum officium faciendum, licet in aliis honeste 
conversetur. 



DE L ORDRE DE CLUNT. 87 

^2. In prioratude Vantadoro sunt quinque monachi, quorum unus 
est scolaris de licentia domini abbatis, ut dicit prior dicti loci et alii 
honeste se habent. Prior débet circa quaterviginti libras, ut dicit. In 
villa de Vantadoro et in domo cujusdam layci moratur quidam mona- 
chus, Johannes de Vantadoro nomine, sive manssione, in habitu se 
gerens inhoneste. 

^3. In prioratu de Borto prior non moratur et habet unum de 
quatuor monachis qui ibi esse debent secum et sic non sunt nisi 
très, nimis honerati de divino offlcio; statum scire non potuimus 
propter absenliam prions. 

(Original en parchemin. Pièce autrefois scellée; le sceau manque.) 

(Bibl. nat., lat., nouv. acq. 2271, n° 60.) 

IX. 
Visite de ^33^ (1332). 

Anno Domini millesimo frecentesimo tricesimo primo*, visitatio 
Arvernie per religiosos viros, priores de Venna et de Campivoto^ 
visitatores ordinis Cluniacensis in catneraria Arvernie pr édicté. 

•i. Die mercurii cinerum visilaverunt apud Nigrum [SJtabulum^. 
Divinum officium et hospilalitas et elemosina bene fiunt ibidem. 
Domus est obligata in ri= libris, diu est, absque usuris, debentur 
priori plusquam debeat et habet blada ad vendendum usque ad sum- 
mam predictam et promisit visitatoribus dictum debitum persolvere 
et in brevi. 

2. Item die veneris sequenti apud Thiernum. Omnia sunt in bono 
statu spiritualiter et temporaliter. Abbas dicti loci ecclesiam dicti loci 
corruptam obtime reedificavit et reparavit et adhuc décorât et réparât 
ipsam ecclesiam quantum potest. 

3. Item die dominica qua cantatur Invocabo^, visitaverunt apud 
Celsinias. Divinum offlcium laudabiliter fit ibi, elemosina, hospita- 

1. Cet acte est daté, au dos, de 1332 ; d'ailleurs, il renferme une enquête du 
mois de juin 1331 et a dû être présenté au chapitre général de 1332, comme le 
prouve le procès-verbal de ce chapitre, dont il y a une copie dans le manus- 
crit B" 89, t. XXIII, fol. 288. Biblioth. de la Chambre des députés. 

2. Champvoux, Nièvre, arrondissement de Cosne, canton de la Charité. 

3. Le rédacteur de cet acte supprime les s initiales; c'est ainsi que, plus loin, 
on trouve famine pour staminé, tupefacti pour stupefacti. 

4. Introït et nom du premier dimanche de Carême. 



88 VISITES DES MONASTERES 

litas bene fiunt, ut est fieri consuetum. Domus est obligala in 
111'= libris, tam pro fructibus unius anni quos émit a gentibus domini 
nostri pape, quam propter celeritatem et asperitatem temporis que 
anno preterito currerunt {»ic). 

4. Item die mercurii, apud Moziacum. Abbas débet ii'^ libras, tam 
creditorum, quam pro defectu vini sibi necessarii isto anno presenti . 
Item abbas habet arduam questionem et sumptuosara contra gentes 
regias et communitatem ville Riomi, quam viriliter prosequitur quan- 
tum potest \ cetera sunt in bono statu. 

5. Item die sabbati ante Reminiscere^ apud Rivos. Spiritualiter et 
temporaliter bene regitur quantum ad presens. Visitatores non potue- 
runt scire débita, quia prior de Crispeyo' de ipsis tenetur respon- 
dere, prout gentes prions de Rivis visitatoribus dixerunt. 

6. Item apud Vennam die martis ante dominicain in Passione. Divi- 
num officium, hospitalitas, helemosina bene fiunt ibidem; domus 
non estalicui obligata. Prior habet questionem cum communilate ville 
Pontis Gastri, super facto sepulturarum et cum presbiteris et clericis 
parochie dicti loci, super anniversariis olim legatis prloribus et ser- 
vitoribus dicte ecclesie et litigavit per xii annos non sine raagnis 
sumptibus et periculis et adhuc litigat et prosequitur jus ecclesie 
quantum potest ^. 

Item cum de tempore bone memorie domini Bertrandi, quondam 
abbatis Cluniacensis^, fuerit per Ipsum concessum sorori Dulci de 
Calvo Monte, moniali de Venna, ut homines honesti possent sociari 
et socielate sua et ipse cum ipsis bibere et comedere locis et horis 
congruis, cum licencia superioris sui, quod antea in dicto loco non 
fîebat, propter quod indifferenter ab illo tempore usque nunc alie 
moniales dicti loci comedunt cum hominibus et de nocte aliquociens, 
ex quo multa scandala et mala exempta poterunt evenire, nisi con- 
suetudo antiqua ibidem observetur et ad statum consuetum redu- 
catur. 

Item, quando moniales corriguntur pro excessibus predictis, nisi 
fiât ad ipsarum arbitrium, recurrunt ad seculares amicos et parentes 
et alios nobiles de hiis que per personas ordinis et superiores suos 
deberent corrigi et minas inferre procurant. 

Item, cum sint ibi alique domus super quibus aliquociens inter se 

1. Sans doute le prieur de Saint-Arnoul de Crépy-en- Valois, qui avait occupé 
auparavant le prieuré de Ris. 

2. Une ligne grattée avec soin. 

3. Bertrand P' de Colombiers, abbé de Cluny, de 1295 à 1308, 



DE l'ordre de clunt. 89 

moventur quesliones, dicte moniales procurent quod amici seculares 
de queslionibus se intromittant, nec permittunt quod superiores 
faciant justicie complementum, ex quo expansse fiunt in dicto loco 
et odium nobilium contra ecclesiam generatur et inter amicos ipsa- 
rum brige et rancores seminantur. Cetera sunt in bono statu. 

7. Item dominica in Passione, apud Voltam fuerunt visitatores. 
Omnia spiritualiter et temporaliter sunt in bono statu. Obedienciarii, 
qui habent ministrare necessario conventui, conqueruntur quod 
domnus abbas fecit ibi creare duos monachos ultra numerum con- 
suetum et petunt quod de dictis monachis exonerentur. 

8. Item apud Genciacum domus est obligata, cumputatis necessariis 
usque ad fructus novos, in lxx libris turonensium. Cetera sunt in bono 
statu. 

9. Item apudGresacum prior modernus invenit domum obligatam 
quando fuit prior nominatus in mille m" libris et in mille et centum 
sarcinis bladi, nunc per ejus industriam domus non remanet obligata 
nisi in ri'^ libris de quibus stant viii'^'^ adterminate ad quatuor annos 
solvende et alie xl libre pluribus creditoribus absque usuris debentur 
et de summa bladi supradicti solvit v<= asinatas bladi ; restant adhuc 
ad solvendum vi"= adterminate ad sex annos solvende absque usuris. 
Cetera sunt in bono statu. 

^0. Domus de Roseriis erat obligata pluribus creditoribus in magna 
summa quando prior qui nunc est venit ibi, modo attenuavit debi- 
tum usque ad xl libras. Cetera sunt in bono statu. 

U. Apud Augerolias visitatores non fuerunt per gentes domini 
cardinalis^ amisi, nec in aliquo fuit eisdem provisum, nec erat ibi ali- 
quis cum quo possent dicti visitatores de statu dicte domus inquirere. 

'12. Domus de Borto et de Ventadoro spiritualiter et temporaliter 
sunt in bono statu. 

-13. Domus de Arona spiritualiter et temporaliter est in bono statu. 

44. Apud Silviniacum fuerunt visitatores die jovis post Reminis- 
cere^. Sunt ibi xlviii monachi Domino servientes, de quibus sunt 
xxxii sacerdotes. Divinum officium bene fit ibidem. Domus bene repa- 
rentur et manutenentur, quaravis sint alique discooperte et repara- 
tione indigentes. Gentes domini cardinalis^ apponunt diligenciam 



1. Dominis cardinalis Avenionensis. Chapitre général de 1332. 

2. Introït et nom du second dimanche de Carême. 

3. Il s'agit du cardinal de Chartres (cardinalis Carnotensis), comme on lit 
dans le chapitre général de 1332. B" 89, t. XXIII, fol. 288. 



90 VISITES DES MONASTÈRES 

quantum possunl; elemosina, hospilalitas et alia caritatis opéra fîunt 
ibidem competenter ; pensio scolaris Parisiensis debetur de duobus 
annis, propter quod oportct quod scolaris tempus suum amittat et 
vadat vagabundus propter defecLum pensionissibi débite. Est ibi qui- 
dam monachus, nomine Steplianus Dalmais, mansionarius Glunia- 
censis , qui in partibus illis de incontinentia multipliciler est 
diffamatus et est inobediens et sicut girovagus incedit et est excom- 
municatus propter injectionem manus factam in priorem de Broco. 

Item dicti visitatores preceperunt ei ut ad mansionem suam sibi 
assignatam apud Gluniacum loco donni Theobaldi de Firmitate et per 
ipsum acceptatam iret, qui dictis visitatoribus in omnibus fuit rebellus. 

Item dictus Slephanus et donnus Regnaudus de Buyson, mansio- 
narius de Paredo, quadam nocte, prout in quadam informatione que 
sequitur contenetur, intraverunt in prioratum de Broco et ibidem 
multa malefîcia perpetraverunt prout inferius continetur. 

ce Informatio facta ex officio per nos visitatores ordinis Clunhiacen- 
sisin Arvernia, prodominis diffinitoribus capituli Clunhiacensis super 
eo videlicet_, quod cum ad aures nostras pervenerit, quod quadam 
nocte circa festum Nativitatis beati Johannis Baptiste, anno Domini 
M° CGG° tricesimo primo, prior de Broco, Claromontensis dyocesis, 
dicti Gluniacensis ordinis, priori Silvigniaci immédiate subjectus, 
inventus fuerat, ut dicebatur, in aduiterio cum quadam muliere per 
fratrem Stephanum Dalmacii, tune monachum Silvigniaci, qui frater 
Stephanus coram nobis hoc factum asseruit, propter cujus assertio- 
nem nos visitatores predicti dictum priorem de Broco coram nobis 
vocavimus super hoc responsurum. Qui prior, facta prius protesta- 
tione, quod per aliqua que dicet coram nobis, de appellatione sua 
facta per ipsum ab audientia vicarii reverendi patris in Ghristo ac 
domini domini P. Dei paciencia titulo Sancti Martini in Monlibus pres- 
biteri cardinalis, priorisque Silvignaci', ad sedem apostolicam non 
intendebat se in aliquo recedere, ymo pocius semper in eadem exis- 
lendo, dixit tamen, sua protestatione semper salva, quod ipse loco et 
tempore competenti se de predicto malefficio intendere brevi deffen- 
dere ac légitime relevare et suas bonas raciones, deffensas et inno- 
centias veras ac légitimas dicere, ostendere et manifestare, ita quod, 
Deo dante, cuilibet apparebit manifeste, seu apparere polerit ipsum 

1. Sans doute Pierre de Chappes, évéque de Chartres, et cardinal en 1327. 
V. Gallia christ., VIII, 172. 



DE l'ordre de cluny. 94 

de predicto facinore esse penitus innocentem et quod ea que dixit et 

fecit dictus Stephanus Dalmacii, ipse dixit et fecit praviter, prodicio- 

naliter ac fraudulenter et ex sua prava malicia et cordis rancore, 

iratus quod pro suo villi peccato ac pravitate sua approbatus * seu con- 

fessatus coram subpriore Silvigniaci de prioratu de Broco suam ami- 

serat mansionem ; et cutn ipse dictum priorem aliter non potuisset 

diffamasse nec se ab ipso vindicasse, ut ipsemet pluries se jactaverat, 

ipse Stephanus et plures alii sui conplices, clerici monachi et layci 

inter se contra dictum priorem dictum maleffîcium machinaverunt et 

conspiraverunt et ad dictum prioratum de Broco de nocte cum armis 

et gladiis acutis ac faciebus suis fictis denigratis suisque vestibus 

mutatis, ne ab aliquo cognoscerentur, venerunt ac dictum prioratum 

fregeruntet cameramdicti prioris fraudulenter intraverunt et dictum 

priorem in lecto suo dormientem ceperuntet verberaveruntet manus 

suas in eumdem injexerunt temere, violenter usque ad sanguinis effu- 

sionem necnon et secum adduxerunt quandam villem mulierem, quam 

in lecto dicti prioris posuerunt, cum qua dictum priorem de cordis 

ligari voluerunt; sed cum hoc vidisset dictus prior fugit se in quadam 

latrina prope cameram suam, damans alta voce : « Al aboust, A 

larons » et quod tune dicti maleffactores,auditoclamore, timentesde 

gentibus dicti prioris, ut citius potuerunt, se fugerunt, sed tamen 

ipsum priorem de bonis suis, loco et cetera usque ad magnam sum- 

mam derobaverunt et dictam mulierem quam in dictum prioratum 

conducerant secum reduxerunt; sed tamen dictus prior de Broco super 

premissis aliquod noluit proponere vel deffendere coram nobis, 

dicens et asserens super aliquibus de predictis dependentibus, se a 

vicario domini cardinaUs predicti ad sedem apostolicam appellasse, 

de qua appellacione se non intendebat in aliquo recedere, ymo de 

existendo in eadem semper faciebat protestacionem. Undenos prefati 

visitatores, hiis auditis, cupientes ac veritatem super premissis scire 

multiim desiderantes, ad nos informandum tam de et super fama 

dicti prioris et de dicto malefficio, si dictus frater Stephanus cum suis 

complicibus dictam mulierem ad dictum prioratum adduxerat, aut de 

dicto priore si ipsam mulierem venire fecerat aut non, quam etiam 

de fama Stephani monachi supradicti, testes infrascriptosjurarefeci- 

mus ad sancta Dei Euvangelia deveritate dicendaet eos exhaminavi- 

mus dihgenter. 

Primo apud Silvigniacum. 

Hi sunt testes exhaminati super premissis de fama dicti prioris de 
1. Lisez probatus, convictus. 



92 VISITES DES MONASTERES 

Broco apud Silvigniacum die mercurii post dominicam qua cantatur 
ReminiscereK Anno Doraini M" CGC» tricesimo primo, videlicet reli- 
giosi viri el honesti frater Guilielmus de Firmitate, subprior Silvi- 
gniaci, frater Robertus de Buxeriis, socius in ordine, frater Steplianus 
de Mota, sacrista Silvigniacl, frater Jacobus de Viriseto, elemosyna- 
rius Silvigniaci, frater Petrus de Tolosain, preceptor Silvigniaci, fra- 
ter Johannes de Paredo, frater GuilMmus de Verneyo, et frater Eraul- 
dus Labise, monachi claustrales Silvigniaci et alii de conventu dicti 
loci; item apud Firmitatem religiosus vir frater Pbilipus de Mota 
monachus Silvigniaci ac sacrista Firmitatis et frater Johannes Torun 
socius dicti loci. Omnes isti predicti religiosi disposuerunt per jura- 
menta sua, quod nunquam de dicto priore de Broco audiverunt ali- 
quam malam suppositionem, ymo ipsum semper fuisse et adhuc esse 
bonum, probum, legitimum religiosum et honestum et debona vita, 
laudabiii et honesta et quod semper stetit legilimus et fervens in 
ordine et bonus administrator, bonamque continue tenuit hospitali- 
tatem. Asserentes eciam predictum malefficium inique et ex malicia 
factura et perpatratum fuisse et hoc credunt et intendunt in veritate. 
Item interrogavimus et exhaminavimus dictos testes super fama 
predicti Stephani Dalmacii monachi, per quorum testium attestationes 
invenitur quod dictus Stephanus fuit apud Silvigniacum regulari cor- 
rectione punitus pro facto criminali adulterii perpatrati cum quadam 
nobiU sive domicella. Item et alias cum illa rauliere quam dicitur 
duxisse in prioratum de Broco, pro qua eciam muliere amisit suam 
de Broco raansionem ; quare credunt ex pura malicia dictum malef- 
ficium contra priorem de Broco per dictum Stephanum perpatrasse^ . 
Item invenimus nos informando de fama predicti Stephani apud 
Silvigniacum, quod ipse diclani mulierem, quam dicitur ad priora- 
tum de Broco duxisse, tenuit apud Silvigniacum étante fores ecclesie 
a tempore dicti facinoris perpatrati vel a festo Natalis beati Johannis 
Baptiste usque nunccontinuo ac de pane, vino, etsustantia prébende 
sue ac de bonis ecclesie conlinuo dictam mulierem sustentavit et hoc 
probatur per religiosos viros, fratres Johannem de Paredo et Guillel- 
mum de Verneyo, monachos et socios tune dicti Stephani in caméra 
infirmarie Silvigniaci et per quemdam monacum, vocatum Taxun, 
qui eos serviebat in dicta caméra et per Guillelmura Manusset et ejus 
uxorem de Silvigniaco, hospites dicte mulieris et peruxorem Guilhe- 
meti de Silvigniaco, qui predicta deposuerunt per sua juramenta esse 

1 . Introït et nom du second dimanche de Carême. 

2. 11 faudrait perpetratum fuisse. 



DE l'ordre de cluny. 93 

vera et quod dictum malefflcium fuit ex pura malicia contra priorem 
de Broco perpatratum. 

Item testes exhaminati super premissis apud Sanctum Porcianum 
die sabbati anle festum Adnuntiacionis Dominice, anno ut supra. 
Primo religiosi viri et honesti frater Hugo de Monte Perosio, subtus- 
prior Sancti Porliani, Glaromontensis diocesis, ordinis Trenorchiensis, 
frater Petrus de Javardon sacrista dicti loci, frater Guillelmus de Mar- 
tilhiaco et alii seniores conventus dicti loci et religiosus vir frater 
Johannes de Thori, gardianus fratrum minorum Sancti Portiani, fra- 
ter Guillelmus de Escuroliis, frater Guillelmus Bardonis, et alii 
seniores conventus dictorum fratrum minorum et eciam major et 
sanior pars burgensium ville Sancti Portiani, videlicet discretus et 
sapiens vir magister Bernardus Blancheti, cancellarius pro domino 
regein prepositura Palluelli, magister Johannes Andrée, judex Sancti 
Porliani, Stephanus Lamberti, Jordanetus Lamberti, Arnaudus de 
Puynaut, Petrus de Bar, Petronnius Mustonis, Robertus de Ghanona, 
Stephanus Frison, Stephanus de Turre aliter dictus Rossetz, Stepha- 
nus Gonstancii, Guillelmus Boniamici et Johannes Vacherii, burgenses 
ville predicte Sancti Portiani, omnes superius nominati religiosi et 
burgenses juraverunt ad sancta Dei euvangelia, quod nunquam scive- 
runt seuaudiveruntaliquampravamsuppositionemde prefato priore 
de Broco, ymo quod ipse est valde bonus, rehgiosus et honestus, de 
bona fama, de bonavita, conversationis laudabilis et honeste et sem- 
per fuit bonus administrator et tenuit bonam hospitahtatem et in Deo 
karitatem et quod ipsi credunt firmiter et intendunt, quod dictum 
malefflcium ex pura malicia et fraudulenter fuit contra dictum prio- 
rem perpatratum per dictum Stephanum Dalmacii monachum, qui 
sibi malivolebat, ut communiter dicitur, et quod de hoc est fama 
publica. 

Item illud invenimus per discretos et honestos viros, videlicet per 
decanum Vernolii et plures alios canonicos et per castellanum dicti 
loci, in quo loco dictus prior de Broco habet redditus et domum et 
facit in anno multociens mansionem. 

Item invenimus apud Brocum per testes qui sequntur, dictum prio- 
rem esse bonura religiosum ac bone famé, vite laudabihs ac conver- 
sacionis honeste, videlicet per dominum Guillelmum Gostelleti recto- 
rem ecclesie de Verneto, per religiosum virum et honestum priorem 
Sancti Germani de Salis, priorem de Vendat ordinis Vazeliarum, 
dominum Gerauldum socium de Vendat, monachum dicti ordinis 
Verzeliarum, fratrem Johannem de Fay dicti ordinis monachi, reli- 



, 94 VISITES DES MONASTÈRES 

giosum virum priorem de Genziaco, fratrem Stephanum de Cuiffie, 
dicli loci monachum, per nobilem virum dominum Johannem de Gen- 
ziaco militera, per priorem de Cappella et fratrem Geraldmn, ejus 
socium, canonicos Sancti Girberti, ordinis Premonstratensis, per rec- 
torem ccclesie Genziaci fratrem Johannem de Vareins sacristam 
Sancti Germani de Fossatis, per Petrura Meric, Rogerium de Bosco 
domicellos, Gausfridum Meric, Brunetum Corder, notarios régis, pro- 
pinquiores vicinos dicti prions, qui per juramenta sua de dicto priore 
de Broco dixerunt ut supra et quod ipsi credunt quod predictum 
malefficium factum fuit contra dictum priorem ex pura malicia et 
quod de hoc est fama. 

Item illud iddem dixit major et sanior pars ac multitudo omnium 
parrochianorum dicte parrochie de Broco et circumvicini, quasi una 
voce dicenles quod maximum peccatum est de hoc quod fraudulenter 
fuit contra dictum priorem inique et in prodicione factum et perpa- 
tratum et quod majus credunt in veritate quod dictus Stephanus Dal- 
macii et ejus complices dictam mulierem in prioratum de Broco et 
cameram prioris aduxissent, quam quod dictus prior ipsam venire 
fecisset, pro eo videlicet quia dictus Stephanus ab eadem jam fuerat, 
diu est, diffamatus et per ipsam de prioratu de Broco suam amiserat 
mansionera et ex tune fuit malivollens dicli prioris et super hoc est 
fama publica quod ipse cum suis complicibus dictum malefficium fecit 
ex pura malicia. 

Item Petrus Meritz procurator domini Scole ' et Rogerius de Bosco 
domicellus dixerunt per sua juramenta, quod ipsi credunt flrmiter et 
intendunt quod dictus Stephanus Dalmacii et sui complices dictam 
mulierem ad prioratum et cameram prioris predicti aduxerunt et pro 
eo videlicet quia die précédente ante dictum malefficium perpatratum 
dicta mulier deportavit panem, vinum et alia cibaria et victualia ad 
domum vocatam domum de Brocia, in qua erat asconditus idem Ste- 
phanus Dalmacii, que domus distat a Broco prope leoquàm 2 et in 
nocte sequente dictum malefficium fuit perpatratum et perpatrato 
facinore dictus Stephanus et dicta mulier se insimul recesserunt et 
dictus Stephanus ipsam mulierem ex tune continue pênes se tenuit et 
ad expensas suas, ut dicitur, et adhuc tenet et diu est ante dictum 
malefficium, est ab eadem diffamatus et per ipsam amisit de Broco 
mansionem, quare dicunt ut supra. 

1. École, Allier, commune de Brout-Vernet. 
ï. Leucam. 



DE l'ordre de cluny. 95 

Item invenimus per totam familiam de Broco, quod ipsa nocte in 
qua dictum malefficium fuit factum, quod quidam serviens régis (?) et 
plures alii hospites jacuerunt prope lectum et cameram dicti prions, 
quadam pariete intermedia, unde non est credibile, quod ipse prior 
taie fecisset malefficium ; quod si facere voluisset, saltim hostium^ sue 
camere appertum non dimisisset, quare ut supra. 

Item Bonitus Patella clericus et Guillelma tune temporis dicti prie- 
ris ancilla dixerunt per sua juramenta, quod in illa nocte in qua dic- 
tum malefficium fuit factum et ante dictum malefficium, ipsi decal- 
ciaverant dictum priorem dominum suum et sibi frecaverant pedes 
et postmodum ipsum priorem dimiserunt in lecto suo solum et 
nudum cum camisia sua tamine^, ut facere consuevit et sic eum 
dimiserunt dormientem et simpliciter hostium^ camere ad se traxe- 
runt, in qua caméra nec in toto prioratu nuUa mulier tune existebat 
et cum fuerunt cubati circa primum sompnum audiverunt gentes ver- 
sus cameram dicti prions dicentes : « Bene fecimus negotium nos- 
trum » et hiis auditis lupeffati sunt'' valdeet postmodum audiverunt 
dictum dominum suum priorem al ta voce clamantem : « Al abost, 
A larrons, » et tune audito clamore malefFatores fugierunt, ne gentes 
prioratus ipsos accipperent et tamen illam mulierem quam ad dictam 
cameram aduxerant, reduxerunt secum. Interrogati, si dicti maleflfac- 
tores dictam mulierem ad cameram prions duxerunt, aut non, dicunt 
quod in veritate credunt quod dicti maleffactores ipsam aduxerunt et 
pro eo quod ante dictum tumultum nulla erat mulier in dicta caméra 
nec in toto prioratu. Item dixit plus dicta ancilla quod ab illo tempore 
quo dictus S[tephanus] Dalmacii fuerat de illa villi muliere diffama- 
tus, ab illo lune quamcito quod dictus dominus prior audivit dici quod 
illa non erat proba mulier, quod ipse dominus prior sibi ancille, qui 
loquitur etaliis famulis suis inhibuit, ne illam villem mulierem in domo 
prioratus dimitterent habitare nullo modo, quia ante dictam infamiam 
aliquociens juvabat dicte ancille ad faciendum aliquod et lavandum 
pannos hospicii et lucrabatur panem, ut faciunt bone et probe 
mulieres; sed postquam dictus prior scivit ipsam diffamatam, bene 
per annum vel circa ante dicti facinoris perpetrationem, fuit sibi, ut 
dictum est, inhibitum ne in dicto prioratu habitaret quoquomodo : 
quare dicunt quod dictus Stephanus predictam mulierem ex pura 

1. Lisez ostium. 

2. Pour staminé. Voyez ci-dessus. 

3. Lisez ostium. 

4. Lisez stupefacti. 



96 VISITES DES MONASTERES 

malitia et pravitate, et sui complices ad cameram dicti prioris 
aduxerunt et quod de hoc est fama publica in parroehia de Broco et 
locis circumvicinis. 

Item religiosi viri et honesti, frater Raymondus de Tuelhes, prior 
de Mainciaco% frater Guillelmus Dontezac et frater Johannes de 
Bosco, monachi socii de Broco, dixerunt per sua juramenta prefatum 
priorem de Broco bonum religiosum esse et honestum ac de bona 
vita, conversatione laudabili et honesta, et quod in ipsum nunquam 
aliquam pravam suppositionem sciverunt; ymo quod est bonus reli- 
giosus et serviens in ordine et bonus administrator et ipse semper 
tenuit bonam hospitalitatem et in Deo karitatera, secundum quod 
se extendunt sui redditus prioratus et quod ipsi credunt in veritate 
quod dictus Stephanus Daimacii et sui complices dictam raulierem ad 
cameram dicti prioris aduxerunt. 

Item dicti religiosi, prior de Mainciaco et frater Guillelmus Donte- 
sac, dixerunt per sua juramenta, quod ipsi quadam die post modi- 
cum tempus quod dictus Stephanus amisit suam de Broco mansio- 
nem et ante dicti facinoris perpetrationem, loquebantur cum dicto 
Stephano, quum Stephanus inter cetera dixit talia verba : « Prior de 
Broco mihi fecit amitere meam mansionem, sed promito sibi, quod in 
brevi tempore et non tardabit, quod sibi faciam tantum pudorem et 
magnum dedecus, quod ipse imperpetuum remanebit diffamatus et 
quod ejus omnes amici erunt tupeffacti, » et post dictas minas et jac- 
tationem, paucis diebus interposilis, dictum malefficium fuit factum ; 
quare dicunt dicti religiosi ut supra. 

Item Johannes Pinoli clericus licet de complicibus predicti Stephani 
Daimacii, etc., dixit per suum juramentum, quod dictus Stephanus 
Dalmacius, ejus cognatus, ipsum Johannem misit quesitum utveni- 
ret secum loquturus de aliquibus et fuit ipsa die quod dictum male- 
ficium fuit faclum in sero, ita quod ipse Johannes venit ad dictum 
Stephanum circa vesperas et erant cum dicto Stephano alii socii et 
quidam alter monachus, qui vocabatur Raynaudus Busson et steterunt 
in quadam domo, vocata de Brocia, usque fuit tarde in nocte circa pri- 
mura somnum et tune venerunt ad prioratum de Broco, sed tamen 
dictus Stephanus yebat primus et de longe et tune faciebat multum 
oscurum, ita quod alter alterum non videbat, et dictus Stephanus 

1. Moissat-Bas, jadis Moyssat-le-Moustier, Puy-de-Dôme, arrondissement de 
Clerraont-Ferrand, canton de Vertaizon ; prieuré dépendant de l'abbaye de Saint- 
Lomer, de Biois. 



DE l'ordre de cluny. 97 

asserebat se esse procuratorem et sacrislam de Broco et intravit pri- 
mus dictum prioratuni et stetit aliquantulum et postmodum venit et 
iterum intravit primus per quamdam falsam posterlam ^ existentem 
rétro ecclesiam dicti prioratus et tune omnes intraverunt cum qua- 
dam lanterna et dictus Stephanus intravit ecclesiam et detulit quam- 
dam torchiam ceream acenssam et ardentem et intravit cameram 
prioris et dictus Johannes etiam dictam cameram intravit et vidit 
priorem in lecto suo dormienlem qui ronfabat et dictus Stephanus mo- 
nachus tune dixit : « Videte vos » et ostendit quamdam mulierem in 
lecto dicti prioris, sed etiam dixit per suum juramentum quod nes- 
cit si dictus Stephanus eam duxerat, quia primus intraverat aut non, 
sed pocius crédit quod ipse Stephanus eam mulierem adussisset, 
quod quam dictus prior ipsam venire fecisset, eo videlicet quia per- 
ante irati fuerant inter se dictus Stephanus et prior et dictus Stepha- 
nus dicebal quod prior sibi feceratamiteresuam mansionem indebite 
et sine causa et quia dicta mulier cum dicto Stephano se recessit. » 

Item invenimus quod dictus prior de Broco locum suum aumenta- 
vit in redditibus et edi[fi]cationibus multum et ipse prior presentavit 
nobis quod informaret bene nos se dictum locum suum in tempore 
suo de sexaginta libris anno quolibet de emolumentis emendasse et 
aumentasse, quod est purcherrimum, quod et adhuc in predictis et 
bonis aliis facere non cessavit, sed a tempore quod dictum impedi- 
mentum contra ipsum fuit perpatratum , quod sibi multum ad prose- 
quendum deconstavit, tam in diversis curiis secularibus, videlicet 
coram ballivo Arvernie et ballivo Borbonensi et pluribus aliis, quam 
in curia officialis Glaromontensis, quam in curia Romana pro appel- 
latione sua prosequenda. 

Item quod pro spirituali administratione, ad finem quod haberet 
in ecclesia sui prioratus edomadam ^, illum irapetraverat monachum 
qui contra ipsum dictum malefficium perpatravit. 

{Au dos :) Visitatio Arvernie anno Domini M» CGC XXXII [sic). 

{Et plus bas :) Factum est. 

(Le parchemin porte la trace de la fente oii passait la bandelette du 
sceau. Le rouleau est aujourd'hui en huit morceaux.) 

(Bibl. nat., coll. de Bourgogne, t. LXXXII, n» 391.) 

1. Posterla comme posterula, posterior porta, alias posterna, poterne. Du 
Cange, v Posterula. 

2. On appelait hebdomadier, hebdomadarius, le moine qui remplissait cer- 
taines fonctions du monastère pendant une semaine. 

^89^ 7 



98 VISITES DES MOIVASTÈRES 

X. 

Visite de ^1343 (^344). 

Anno Domini Millesimo CCC° quadragesimo tertio, fuit fada visi- 
tatio Arvernie per nos Johannem de Venna et Archembaudum de 
Broco prioratuum priores^ humiles visitât ores ordinis Cluniacensis 
in c amer aria Arvernie. 

i . Primo visitavimus prioratum de Rivis die dominica ante festum 
cathedra Sancti Pétrie Divinum officium, hospitalitas, helemosina 
fiunt ibi competenter, licet prior modernus. In novitate sua invenit 
domum obligatam pro quadam emenda domino Régi Francie in quin- 
gentis libris, per Dei gratiam debitum solvit. 

Item, cum diu fuit contentio inter habitatores ville, homines dicti 
prioratus super sepultura et quibusdam intragiis seu mudagiis con- 
suetis habere per mortem decedentium ab heredibus deffunctorum 
seu per vendicionem hereditagiorum aut matrimoniorum , nune 
medientibus [sic"^] sapientibus religiosis de ordine et aliis amicis, con- 
cordia amicabilis et ad honorem et commodum loci extitit proloquta 
et de concensu partium, retenta voluntate reverendi patris Domini 
Cluniacensis. 

Item, cum dudum prioratus tenet portum super fluvium Aligeris et 
de novo dominus cornes Drocensis ^ et dominus Egidius Attellini "* qui- 
libet portum creaverant, super quo contentiones et litigia move- 
bantur et expensas multipliées opportebat priorem sustinere ad evi- 
tendum predicta litigia, prior predictus procuravitetordinavitet fieri 
fecit unum pontem super fluvium predictum, pro quo prior annis sin- 
gulisaumentavit forum suum de Rivis, ut fuit reperlum coram nobis 
visitatoribus, usque ad valorem quadraginta librarum turonensium 
racione lede mercati predicti. Prior nihil débet, habet necessaria usque 
ad fructus novos. 



1. Le 22 février. 

2. Le copiste de ce rôle a mis partout e pour a et quelquefois œ pour e devant 
deux consonnes, autrement dit pour a et e en position. 

3. Pierre, seigneur de Montpensier, d'Aigueperse, etc., comte de Dreux en 
1331, mort le 3 novembre 1345. {Art de vérifier les dates, t. II, p. 673.) 

4. Gilles-Aycelin, seigneur de Montaigu-sur-Billom et de Châteldon (1344- 
1356). {Dictionn. hist. du Puy-de-Dôme.) 



DE L ORDRE DE CLUNI. 99 

2. Die veneris post festumbeati Mathie' visitavimus prioratum Sil- 
vigniaci. Divinum officium laudabiliter fiL ibi, sicut est ibidem consue- 
tum; helemosina, hospitalitas benefiunt ibidem. Prior dicti loci edif- 
ficia coplassa {sic] ante adventum suum reediffîcavit et adhuc non 
cessât; et inter cetera claustrum dicti loci minabatur ruinam et peri- 
culose conventus et alii habitabant et ibant per dictum claustrum. 
Prior vero totaliter opus antiquum et ruynosura totum destruxit. 
Claustrum novum ibidem optimum et magni operis et fortis purcher- 
rimum {sic) facit et jam pro majori parte quasi factum. 

Idem prior habet questiones multas contra homines suos ville Sil- 
vigniaci, quam viriliter et personaliter in curia Francie prosequitur 
cum maxima diligentia. Prior vero invenit domum oneratam debittis 
usque ad sommam quingentorum {sic) librarum,quassolvitomnino. 
Cetera sunt in bono statu. Nichil débet et habet victualia usque ad 
fructus novos. 

3. Die mercurii post diem dominicam qua cantatur in sancta eccle- 
sia Reminiscere^, visitavimus abbaliam Moziaci. Divinum officium, 
helemosina, hospitalitas bene fiunt ibidem. Edifficia, jura et juridi- 
tiones competenter ibi conserventur et manutenentur. Est ibi que- 
dam questio ardua inter gentes regias et abbatiam super quibusdam 
limitacionibus, super quibus abbas in quantum potest laborat ad con- 
servationem ecclesie sue. 

Item est ibi quidam monachus, nomine dicte [sic) Amellii Gardele, 
super quodam omicidio accusatus, quod dicitur per ipsum perpetra- 
tum et super incontinencia mulfipliciter diffamatus, super quibus 
abbas dicli loci ut ordinarius processit secundum quod jura et regu- 
lares ordinentie Gluniaci requirunt. Et fecit informationes secundum 
quod per publica instrumenta nobis apparuit et alla documenta super 
dictis factis criminalibus. Et nichilominus per dominum nostrum Glu- 
niacensem fuit sibi clausa manus ne procederet contra ipsum. Qua- 
propter in abbatis audiencia (?) conquerendo mostraverunt procura- 
tores dicti abbatis, quatinus super hoc dominis diffmitoribus Clunia- 
censis capituli ista referre dignaremur. Et inter cetera mostraverunt 
nobis quod dominus abbas Tiherni dictum monacum de abbatia traxit 
in prejudicium abbatis Mauziaci. Quapropter vobis dominis diffmito- 
ribus tradiraus supplicacionem factam per ipsos et informacionem 
factam per nos in isto presenti rotulo ennexas {sic). 

1. La fête de S. Mathias, apôtre, se célèbre le 24 février aux années communes. 

2. Introït et nom du second dimanche de Carême. 



^00 VISITES DES MONASTÈRES 

Au rouleau est annexé l'acte suivant, sur papier : 

a Supplicat procurator domini abbatis Mauziaci dominis diffînito- 
ribus Gluniacensis ordinis in isto gênerai! capitulo proximovenienti, 
quod cum causam appellationis faclam per dominum abbatem Mau- 
ziacensem ab audiencia abbatis Tyherni contra Amelhium Gardelle, 
monachum Mauziaci, reverendus pater in Ghristo dominas Glunia- 
censis abbas venerabili et religioso viro domino priori de Amberta 
dictam causam appellationis duxerit committendam et sine debito ter- 
minandam et postea dictus dominus abbas Gluniacensis mandaverit 
priori de Laudoso ^ ut inliiberet ex parte sua dicte priori de Amberta 
quod de dicta causa amplius non se intromitteret et quod citaret dic- 
tas partes ad instans proximum générale Gluniacense capitulum, ad 
procedendum in causa appellationis hujusmodi prout foret rationis et 
in casu inquoaliqua partium maie contemptaretur de dicto termino, 
quod assignaret dictis partibus diem Jovis post mediam proximam 
quadragesimam, ut tune dicte partes venirent coram dicto domino 
abbate Gluniacensi in dicta causa appellationis coram eo processure; 
in magnum predicti domini abbatis Mauziaci et grave prejudicium, qui 
de jure et terre consuetudine, extra provinciam in qua ressidet cogi 
non debuit litigare, honore et prerogativa loci Gluniacensis sive capi- 
tis in omnibus semper salvis, quatinus dicto domino abbati Mauziaci 
super hoc provideatur de remedio oportuno per vos dominos diffîni- 
tores et quod dictus dominus abbas Mauziaci non compellatur litigare 
de causa hujusmodi in civitate Avinione, sed in Gluniaco vel in alio 
loco ordinis in quibus dicte cause appellationis consueverunt concer- 
tari vel etiam agitari. » 

Informatio ^. 

Sequitur informatio facta per nos visitatores Arvernie, videlicet 
super modo et forma qualiter abbas Tyherni elargavit seu ampliavit 
prisionem dicti Amelhii Gardelle, monachi Mauziaci, capti super facto 
cujusdam omicidii et adulterii. 

Et primo super hoc interrogatus per suum juramentum dominus 
Radulphus de BuUi, prior claustralis Mauziaci, dixit quod ipse fuit 
presens die martis post pascha proxime transacta, quod abbas Tyherni 
dixit talia verba dicto testi loquenti et pluribus aliis monachis et lay- 
cis astantibus : « Domini, ego non tanquam commissarius domini 

1. Lezoux, Puy-de-Dôme, arrondissement de Thiers, chef-lieu de canton. Il y 
avait dans l'église Notre-Dame un prieuré dépendant des Bénédictins de Thiers. 

2. Ce deuxième acte est également sur papier. 



DE L ORDRE DE CLUNT. 404 

Cluniacensis, sed tanquam amicus specialis domini abbatis Mauziaci 
volo elargare seu simpliare et de voluntate dicti domini Mauziaci, pri- 
sionem dicti Amelhii Gardelle. » Et tune dictus abbas Tyherni misit 
dominum Guillelmum de Barreys quesitum dictum Amelhium, qui 
dictus Guillelmus euradera Amelhium ibidem aduxit et tune dictus 
abbas dixit talia verba : « Amelhi, de voluntate domini abbatis Mau- 
ziaci amplio tibi prisionem infra septa monasterii et inhibeo tibi ne 
dicta septa egrediaris sub pena facti cogniti » et tune dictus abbas 
recepit fidejussores super dictam ampliationem, Perrotum Gardelle, 
fratrem dicti Amelhii, Petrum Torchet. 

Item, dominus Petrus de Grifer interrogatus per suum juramentum 
super premissis, dixit idem per omnia sicut primus testis. 

Item, dominus Petrus de Viplex et dominus Guillelmus de Barreys, 
dominus Bleynus de Tyneria, dominus Bartolomeus de Podio, domi- 
nus Guido Rollandi, dominus Durannus Picoros, monachi dicti 
monasterii dixerunt per suum juramentum super premissis idem per 
orania sicut primus testis. 

Item Petrus de Savinho, Durannus Giler, layci, dixerunt per suum 
juramentum in omnibus et per omnia sicut primus testis. 

4. Die sabbati sequenti visitaviraus prioratum Selsiniarum. Divi- 
num officium, helemosina, hospitalitas ibidem bene fiunt. Prior 
modernus est novus, et dominus noster Papa recepit fructus anni pré- 
sentis et nichilominus conservât jura dicti lociidem prior bene; atta- 
men visitavimus domum suam Sancti Hylarii, in qua idem prior non 
tenet monacos, nececiam aliquos qui ibidem faciant divinum officium. 
Cetera sunt in bono statu. 

5. Die martis post Occuli mei*^ visitavimus prioratum de Vota. 
Divinum officium, helemosina, hospitalitas ibidem bene serventur et 
fiunt. Ecclesia non est obhgata alicui. Prior edifflcia ruynosa in dicto 
loco de Volta et aliis maneriis de mensa repparavit competenter et 
reedifficavit colassa- in dicto loco principali de Volta, eddifficavit de 
novo duas domos sive aulas, unam super alias multum neccessariam 
et purcherrimam. Et in alio loco de Gresac omnino coplassum [sic] 
edifficavit domos quamplurimas dicto loco neccessarias. Et multa 
alla bona acquisivit ad commodum ecclesie. 

Item habet causara litigiosam contra dominum episcopum Mima- 

1. Introït et nom du troisième dimanche de Carême. 

2. Lisez collapsa. 



^02 VISITES DES MONASTERES 

tensem, pro domo Sancti Pauli Frigidis^ inceptam temporibus pre- 
decessorum suorum, quam viriliter prosequitur et speratur quod, Deo 
mediente [sic), et ejus pena, veniet ad optatum suum et commodum 
ecclesie. 

Item, licet donnus Johannes Desquarel Oblim pro démentis suis in 
Gluniacum fuit transmissus per camerariura Arvernie et de gratia 
speciali dominus Cluniacensis, qui nune ad requestam proborum 
ordinis eidem assignavit mensionem ad quam non venit, ymo ut canis 
ad vomitum ad consueta malifficia est reversus, et per Arverniam in- 
continenter se gerendo et cum malefacloribus, omieidis, latronibus 
se adsociavit, et inter cetera quemdam presbiterum donatum priora- 
tus Ruppefortis, subdittum prioratui de Volta, lettaliter vulneravit; 
et ita quod de cetero non poterit celebrare nec etiam bono modo ire. 
Et propter ista prior Ruppefortis fecit eum capere in hospicio cuj us- 
dam meretricis et eum tenet captum in carcere suo et precepimus sibi 
ut ipsum eustodiat, taliter quod de ipso reddere valeat racionem. 

Quedam supplicacio fuit nobis traditta per quosdam homines de 
Volta, quam vobis tradimus, in hoc presenti rotulo ennexam, ut super 
hoc ordinetis quod vobis fuerit ordinendum. 

Au rouleau est joint l'acte suivant, sur papier : 

[Supplicatio quorumdam hominum de Volta.] 

« Suplicant humilitati vestre nobilis et honeste religionis viris, 
dominis priori de Avena et de Broco, visitatoribus in Arvernia pro 
domino abbate Cluniacensi, videlicet domini Ghantaloba et Petrus 
Glaromontis et Johannes Berbezis et Guillelmus Arditz de Volta, 
Sancti Flori dyocesis, quod cum tempore quo dominus Johannes 
Donati erat prior de Volta et nunc est prior de la Salvetat, dicti 
homines conquerentes et suplicantes extiterint fidejussores pro dicto 
domino Johanne Donati pênes Petrum Bernardi Brivatensem et pênes 
Johannem Rotlandi, pro qua fidejussione dicti conquerentes damp- 
num paci (sic) sunt usque ad valorem quiUbet quinquaginta librarum 
turonensium et ultra et oportuit de predicta fidejussione vendere dic- 
tis hominlbus de proprietate eorumdem; quare suplicant dicti con- 
querentes vobis dominis visitatoribus prelibatis, ut requiratis et 
suplicetis dominis diffînitoribus Gluniaci ut requirant dominum abba- 
tem de Moyssaco^, de quo dictus dominus Johannes Donati, prior de 

1. S.-Paul-le-Froid, Lozère, arrondissement de Mende, canton de Grandrieu. 

2. Moissac, Tarn-et-Garonne, chef-lieu d'arrondissement. La Salvetat, même 
département, commune de Belmontet. Cf. Longnon, Fouillé de Cahors, n° 101. 



DE L OEDRE DE CLDNY. 403 

la Salvetat, est submissus, ut dictus dominus abbas compellat dic- 
tum dominum Johannem Donati ad solvendum dictis fidejussoribus 
et restituendum dictas summas peccunie et provideri de tali remedio 
ut dicti fidejussores sint soluti de predictis summis peccunie et ista 
supplicant amore Dei et pietatis intuitu. » 

6. Die veneris sequenti visitavimus apud Genciacum. Secundum rela- 
tionem prioris et ejus socii omnia erant in bono statu, prêter hoc quia 
ibidem erat quedam domus ruinosa que indigebat reparacione; pre- 
cepimus etiam ipsi priori ut in ipsa domo apponeret remedium oppor- 
tunum et in brevi. Domus est obligata in viginti quinque libris, ut 
refferunt dicti prior et monacus, detempore predecessorum suorum. 

7. Die sabbati sequenti visitavimus apud Gresacum. Domus spiri- 
tualiter bene regitur. Item domus est obligata in ccc sarcinis sive 
bestiis oneratis siliginis. Gentes domini cardinalis Montis Sallini, qui 
tenet diclam domum, asseruerunt coram nobis visitatoribus, quod de 
jure nuUum est debitum; propter quod nos injunximus ut si dic- 
tum debittum debeatur quod solvatur, alioquin quod prosequatur 
viriliter et breviter ad illum finem, quod domus non remaneat 
onerata. 

8. Die dominica qua cantatur Leitare Jérusalem'^ visitavimus apud 
Roserios. Domus spiritualiter et temporaliter est in bono statu, 
excepto quod est ibi quidem monachus, nomine Guichardus Desche- 
saux, qui publiée concubinam in villa et eciam in prioralu de Rose- 
riis tenuit per longum tempus, ospitium et tabernam in villa cum 
ipso [sic] tenendo et specialiter mense augusti in quo non débet vendi 
vinum nisi de mandato prioris, quia illo mense bannum est. Et quia 
gentes prioris mensuras cappere voluerunt, ipse monachus violenter 
mansuras^ [sic] ipsas detinuit cum minis et verbis maliciosis, et hoc 
non obstante de lalrocinio, furando bladum dicti prioris. Deprehen- 
sus. Item, quod priorem dicti loci prosequtus [sic] fuit, ut ipsum occi- 
dere posset, hiis sic actis coram populo sine habitu per villam exi- 
vit et se transtulit apud Alpaye, ubi cum muliere moram trait in 
opprobrium ordinis et scandalum populi. Et omnibus nobis relatis 
et per informationes per nos factas, injunximus priori de Roseriis 
qualinus procuraret qualiter caperetur et ipsum captum ducere face- 
ret Cluniacum sine mora^. 

(Ici s'arrête le rôle.) 

1. Introït et nom du quatrième dimanche de Carême. 

2. Pour mensuras. 

3. D'après les définitions du chapitre général de 1347, cette maison avait alors 



^04 VISITES DES MONASTERES 

{Au dos :) Hec est visitatio facta in cameraria Arvernie per Johan- 

nem de Venna et Archembaudum de Broco prioratuum priores, 

humiles visita tores. 

M CGC XLUI. 

(Bibl. nat., lat., nouv. acq. 2271, n' 75.) 

XI. 

Visite de ^353-'I354<. 

\ . [De Venna]. predictus maie eis animis 

eisdem ministrari consuevit. 

quia de anno quo dicebatur 

m tenetur eidem 

conventui in et usque ad valorem centum asinatarum bladi. 

Item consueverunt percipere dicte moniales cum dicto priore sin- 
gulis diebus certam quantitatem vini et qualibet septimana certam 
quantitatem salis et unum obolum, quas cessavit dictus prior solvere, 
videlicet dictum vinum per decem septimanas et sal a festo beati 
Johannis ante Portam Latinara^ citra. 

Item consuevit percipere anno quolibet quelibet monialis unam 
gallinam, quam cessavit eis solvere per duos annos. 

Plures etiam alias consuetudines per dictas moniales percipere con- 
suetas dictus prior eisdem récusât solvere, propter quod dicte monia- 
les aliquociens cessa verunt officium ecclesie facere et est verum quod 
totiens quotiens idem prior deffîcit eisdem monialibus solvere panem 
aut vinum aut pictanciam suam, quod invenitur pluries, dicte monia- 
les cessant et auctoritate sua ponunt cessum in ecclesia dicti loci 
matutinis et aliis horis cothidianis atque missis minime dicentibus et 

pour prieur le cardinal d'Arras. Celui qui gouvernait la maison au nom du car- 
dinal refusa de recevoir les visiteurs, « qui dictum prioratum régit nomine car- 
dinalis predicti visitatores recipere recusavit. » Nous ne savons si ce cardinal 
était déjà prieur en 1344; mais nous lisons dans l'Étude sur le prieuré de 
Rosiers, par MM. Vincent Durand et A. Vachez (p. 29), que cette maison avait 
pour prieur, en 1357, Pierre du Colombier, dit le cardinal d'Ostie, évoque d'Ar- 
ras en 1339 et cardinal le 26 février 1344, évêque d'Ostie en 1353. Le chapitre 
général de 1347 nous permet de faire remonter son titre de prieur de Rosiers dix 
ans plus tôt. 

1. Le commencement du rouleau, attribué aux années 1353-1354, manque par 
suite de déchirure. Nous donnons tout ce qui reste des cinq premières lignes. 

2. Cette fête tombe le 6 mai. 



DE l'ordre de cluny. ^05 

campanis pulsantibus, de et super quibus est in patria et locis circum- 
vicinis magnum murmur et loqutio. 

Glausure dicli loci omnino sunt dissipate et corrupte^ ita quod qui- 
cumque vult potest intrare claustrum et domos monialium, pro parte 
propter deffectum prioris et pro parte propter deffectum monialium, 
quia dicte moniales tenentur claudere juxta ortos et domos suas quas 
possident et prior residuum, 

Claustrum et dormitorium, reffectorium et alla edifîtia dicti prio- 
ratus indigent reparatione, moniales dicti loci non jacent in dormitorio. 

Item vinee dicti loci non sunt culte et sunt très anni elapsi, quod 
non fuerunt fosse, nec ligate, set tantum chapolate^, quod cedit in 
magnum et grave da[m]pnum. 

Item ibidem est quedam grangia cum stabulis et domibus eidem 
grangie contiguis, cum clausura fossatorum unaque cum quodam 
columbario quod totum minatur ruinam et est disipatum vel quasi. 

Domus dicti prioris major pars cecidit, tamen pro parte de tem- 
pore predecessoris sui. Residuum minatur ruinam, taliter quod est 
periculum ibidem morari. 

Item solebat habere prior dicli loci unam navem seu portum2, supra 
fluvium Aligeris prope dictum prioratum de Venna, que valebat anno 
quolibet circa decem libras, prout per relacionem dicti conventus 
invenimus, modo non est, ymmo dominus comes Montisfortis^ auc- 
toritate sua propria posuit unam in loco ubi prior consueverat suam 
tenere, modo dictus prior non est ausus ibidem navem tenere, quare 
dictus portus admittetur, nisi remedium apponatur. 

Item habet dictus prior unum locum vocatum Sanctum Bonitum 
Latronem'', qui locus per relationem subprioris et monialium dicti 
loci penitus cecidit, sed quia distat a loco de Venna per quinque 
leucas, predictum locum non potuimus visitare. 

Item habet dictus prior alium locum, vocatum Lo Ghavalet, qui 
distat a dicto loco de Venna per très leucas, qui etiam cecidil pro 
parte tamen predecessoris sui, item cum sit parvi valoris non est ibi- 

1. Du Gange, v° Capulare, unde Chapouler, tailler. 

2. « Navigium ad transvehendos itinérantes, » Du Gange, v Portus, 3. G'est 
ce que nous nommons bac. 

3. Il s'agit de Jean de Boulogne, s'' de Montgacon, qui porta le titre de comte 
de Montfort de 1351 à 1361. (Baluze, Maison d'Auvergne, I, 138.) 

4. Peut-être Saint-Bonnet-sous-Montpensier, lieu détruit, qui était à peu près 
à cinq lieues de Laveine, et se trouvait à peu de distance de la grande route 
de Moulins à Clermont. 



^06 VISITES DES MONASTÈRES 

dem necesse edificare, prout per relationem dictorum suprioris et 
monialium invenimus. 

Item habebat dictusprior quemdam prioratum, vocatum Gastrum in 
Montanis, eidem priori subjectum, quem tradidit ad fîrmara ad vitam 
sagriste dicti loci minori precio, propter quod patitur locus de Venna 
maximum defectum. Item in dicto Joco non est provisio vini solum 
ad unam diem, née de alno nec de blado et de his paribus. 

Prior predictus asserit se nichil debere, quamvis per plures dica- 
tur contrarium, videlicet quod débet camere domini pape quinqua- 
ginta florenos ex una parte et ultra unam vacantem integram^. 

Verum est quod Stephanus Seralherii, germarms dicti prioris, dixit 
nobis in presentia plurimorum testium protestando quod ipse erat 
paratus ostendere ordini quod locus de Venna est in meliori statu 
quod non erat tempore quod frater suus fuit novus prior. 

Item moniales dicti loci solebant esse incluse, modo vadunt tociens 
quociens ad hospitia amicorum suorum, una cum licentia superioris, 
de que fit grande murmur inter laycos et in patria. 

Item sunt ibidem plures moniales que portant raubas inhonestas, 
tam in colore quam facturis, ut invenimus per relacionem aliquorum 
de dicto conventu. Ordo et régula non tenentur ibidem, de die in 
diem litigantur inter se, silentium non tenetur in claustro, nec in 
locis principalibus dicti loci, nec elemosina consueta fil ibidem. 

Item est in dicto loco de Venna quedam raonialis de incontinentia 
diffamata, secundum relacionem quarumdam monialium dicti loci, 
que dicuntur esse per majorem partem dicti conventus malivolentes 
predicte monialis, de qua fuit facta informalio per commissionem 
majoris prioris Gluniacensis direclam elemosynario et sagriste de 
Rivis ; item per dictam monialem fuerunt tradite innocentie, quam 
informationem et innocentias dicti commissarii miserunt, non est diu, 
sub sigillis suis et sub signo cujusdam notarii public! apud Glunia- 
cum dicto domino majori priori, etinde dictus dominus major prior, 
visis et inspectis processibus et innocentiis predictis, per suas litteras 
patentes mandavit dictis commissariis ut dictam monialem redi- 
rent^ [sie] ad slatum pristinum in quo erat tempore proclamationis 
facte per dictas moniales malivolentes, quousque idem dominus major 
prior habuerit de premissis cum probis ordinis consilium. A quibus 

1. Le revenu d'une année d'un bénéfice vacant. Du Cange, v» Vacans et Vacari' 
tia, 2. 

2. Lisez redderent. 



DE l'ordre de cldny. ^07 

per quasdam moniales fuit apellatum, desuper quibus petit conven- 
tus per ordinem provideri de reraedio oportuno. 

2. Item abbatia Tyhernensis est in bono statu; sunt ibidem abbas 
et xii<=™ monachi qui ibidem divinum officium bene faciunt, eisdem- 
que monachis bene administratur et ecclesia et edificia sunt in bono 
statu; non sunt cause-, abbas nichil débet, sunt ibidem provisiones 
per annum et ultra in immensum. 

3. Item in prioratu de Nicro Stabulo sunt très monachi, prior est 
scolaris in Montepessullano. Ecclesia dicti prioratus fuit posita inter- 
dicto propter defectum solucionis decimarum régis de tribus annis. 
Pignaculum ecclesie corruit, taliter quod nisi in brevi apponatur 
remedium, cadet ad terram cum tota ecclesia que non restauraretur 
per mille florenos, et si in brevi apponatur remedium, crediturquod 
fieret per sexaginta. 

Item edificia dicti prioratus, columbarium et clausura dicti prio- 
ratus indigent reparacione, quia minantur ruinam ; monachis bene 
administratur ; hospitalitas ibidem bene tenetur. 

Item calix dicte ecclesie, diu est, furatus fuit et non habent dicti 
monachi, cum quo célèbrent nisi mutuo -, ibidem etiam non sunt vesti- 
menta sacerdotalia. 

Item conqueruntur parrochiani dicti loci de dicto priore ex eo quia 
priores dicti loci consueverunt ecclesiam parrochialem ville et galli- 
neriam^ cymiterii que est separata a monasterio, reparare; tecta et 
propter defectum prioris moderni minantur ruinam, utasserunt dicti 
parrochiani. Verum est quod anno proximo preterito fuit data com- 
missio super premissis camerario Arvernie per diffînitores et quia 
non continebatur in dicta commissione de gallineria, non potuit idem 
camerariusdiscerneredepredictis; unde supplicant dicti parrochiani 
quod committatur iterato eidem camerario vel alteri ut sciatur veritas 
an dictus prior teneatur reparare tecta ecclesie et gallinerie et reperta 
veritate, compellatur ad faciendum premissa. 

Item fuit etiam data commissio dicto camerario quod de bonis dicti 
prioratus faceret reparere pignaculum et domos dicti prioratus, cali- 
cera et ornamenta ecclesie facere-, que injunxit dicto priori, qui prior 
nichil de predictis fecit, sed quidquid potuit recolligere de bonis 
ipsius prioratus, totidem secum deportavit, exceptis necessariis mona- 
chorum et postea dictus camerarius non invenit de quo potuisset pre- 

I . Du Cange, v Galihva. Ce mot semble désigner le portique du cloître, qui 
servait de lieu de sépulture. On le trouve noramé en français : la Galilée. 
Cf. Littré, v» Galerie, 



^08 VISITES DES MONASTÈRES 

missa adimplere. Super quibus nobis scripserunt gentes domini 
comitis Forensis, ut provideatur de remedio oportuno -, alioquin pro- 
videtur per ipsos et non sine expensis. 

4. Item in prioratu de Augeroliis suntprior et duo monacbi; divi- 
num officium bene fit ibidem, edificia in bono sunt statu et non sunt 
cause; nicbil débet prior, provisiones satis sunt. 

Item per relacionem prioris et proborum patere invenimus quod 
dominus Montisbusserii < tenet de feodo ecclesie Gluniacensis quan- 
dara deciraam et certam quantitatem reddituum, quod feodum non 
fecit, diu est, licet dictus prior ipsum requisiverit; quod facere recu- 
savit, tamen respondit quod ostendatur sibi si predecessores sui dic- 
tum feodum fecerunt et dicitur quod littera invenietur in Gluniaco, 
quare provideatur super premissis. 

5. Item in prioratu de Selsiniis sunt quadraginta monacbi, divi- 
num officium bene fit ibidem, cerimonie et bone consuetudines omni- 
modis ibidem tenentur, excepto quod dorraitorium non est regulare 
propter paupertatem conventus ad quem spectat; ornamenta ecclesie 
sunt in debili statu propter paupertatem sagristanie, tamen vitrée 
que erant anno proximo preterito corrupte sunt, per dictum sagristam 
reparate. 

Item in vestiario monachorum est defectus propter paupertatem 
offlcii camerarie; cetera omnia sunt in bono statu. 

6. Item est quidam prioratus, vocatus Vivayrols, subjectus dicto 
priori de Gelsiniis, in quo consueverunt morari prior cum duobus 
monachis et est propter mortalitatem et guerpitionem reddituum et 
defectus decimarum et subvenciones episcoporum Claromontis et 
Anniciensis, archidiaconorum et archipresbiterorum in tanta pau- 
pertate, quod prior dicti loci dictum prioratum priori de Gelsiniis 
guerpivit et dicti duo monacbi propter defectum victualium ad claus- 
trum de Gelsiniis redierunt; quapropter gentes regine^ quia divi- 
num officium non fit ibidem dictum prioratum ceperunt et redditus 
ad manum suam posuerunt, taliter quod prior de Gelsiniis non gau- 
det de bonis ipsius prioratus in aliquo, nec potest invenire aliquem 
qui recipiat dictum prioratum ad regendum -, quare provideatur in 
premissis. 

7. In prioratu de Volta sunt xxiiii" monacbi, prior est scolaris, 

1. Louis, baron de Montboissier, seigneur d'Aubusson, Boissonnelle, le Mon- 
lel, etc. (1343-1414). 

1. Jeanne, comtesse d'Auvergne et de Boulogne, hérita de son père en 1332 
et épousa, le 19 février 1350, le roi Jean II. 



DE l'ordre de CLUNY. ^ 09 

divinum officium, edificia in bono statu sunt, nichil débet, nisi cen- 
tum florenos camere domini pape. Habet quendam prioratum voca- 
tura Sanctum Johannem de Galma^ eidem subjectum, in quo solebant 
morari prior cum uno monacho-, modo prior non facit ibidem residen- 
tiam, nec tenet monachum, quare divinum officium non fît ibidem; 
edificia minantur, taliter quod nisi apponatur in brevi remediumerit 
locus penitus dissipatus, 

8. In prioratu de Borto est prior cum quatuor monachis, quorum 
duo non sunt presbiteri, de quibus unus moratur in prioratu Portus 
Dei^ pro addiscendo servi tium suum. Divinum officium maie fit ibi- 
dem et erat consuetum ab antiquo quod se dicebant horae diei can- 
tando, modo non fit. Edificia tenentur in statu, excepto pignaculo 
ecclesie quod minatur ruinam, quod pro parte cecidit; tamen prior 
asserit quod parrochiani debent reparare et facere ; qui dicunt con- 
trarium, sed informaverunt nos per decem testes et ultra, quod dictus 
prior et sagrista dicti loci tenentur maxime, quia habent sepulturas 
ad voluntates et omnia emolumenta provenientia in dicta ecclesia et 
etiam quia consueverunt iidem prior et sagrista reparare lecta dicti 
pignaculi et chori et capellarum et dicti parrochiani consueverunt 
magnam navem ecclesie restaurare. Unde nisi apponatur brève reme- 
dium, sequetur damnum maximum. Verum est quod a decem annis 
citra fuit data quedam commissio per diffinitores que dirigebatur 
priori de Ventodoro super reparatione dicti pignaculi ; qui super hoc 
se informavit, sed informatio non fuit reducta ad actum ; de quo dicti 
parrochiani conqueruntur. 

Item dicitur vulgariter, et prior non negat, quod duos monachos 
de dictis quatuor induit habitum monachalem, symoniam commit- 
tendo, de quibus recepit summas peccunie numeratas. 

Item temporalitas et juridictio in pluribus mansis in quibus prior 
aut gentes sue solebant tenere assizias et de juridictione uti, admit- 
titur -, ymmo alii justiciarii pace utuntur et hoc propter defectum dicti 
prioris, quia non prosequitur. 

Item dictus prior, non est diu, habebat unum mansum vocatum 
la Bonetia3, quem quidam donatus donaverat ecclesie de Borto, qui 

t. Saint- Jean-la-Chalm, Haute-Loire, arrondissement du Puy, canton de 
Cayres. 

2. Port-Dieu, Corrèze, arrondissement d'Ussel, canton de Bort. Ce prieuré 
dépendait de la Chaise-Dieu. 

3. La Bonnetie(?), canton de Champs-de-Bort , Cantal, arrondissement de 
Mauriac. 



-HO VISITES DES MONASTÈRES 

valet anno quolibet decem sextarios bladi reddituales et ultra; modo 
dominus contorss de Senhas^ tenet et possidet dictum mansum et est 
fama quod prior vendidit dictum mansum domino predicto; de quo 
habuit dictus prior magnam pecunie summam. 

Item est etiam quidam lacus in quo solebat prior piscare et non 
aller, modo fecit prior quandam compositionem eu m domino de 
Poheto, per quam idem dominus habet medietatem piscis dicti laci [sic] , 
quod est magnum prejudicium dicti loci. 

Item est etiam in dicto loco quidam monachus, vocatus dompnus 
St[ephanus] Bonafos, qui est de incontinentia diffamatus, de quo gén- 
ies ville conquesli fuerunt, quia pluries de nocte per villam vadil 
cum armis, una cum pluribus aliis complicibus suis, dissimulando 
personam suam, ne per génies ville agnoscatur. 

9. In prioralu de Talvis, qui est subdilus priori de Gelsiniis, est 
prior cum quatuor monachis, lamen prior est juvenis et non est pres- 
biter, nec duo monachi de dictis quatuor : quare divinum officium 
non bene fit ibidem, prior predictus cum uno monacho juniori de 
predictis quatuor moratur in domo prions sui longe a dicto prio- 
ralu, ubi nichil adicil. iEdificia minantur ruinam. 

40. Item in prioralu Montisacuti, qui est subdilus dicti prions de 
Gelsiniis, solebant esse sex monachi cumpriore; modo non suntnisi 
quatuor cum priore ; lamen locus propter mortalitatem et persecu- 
tiones tempeslatum est pauper et multum oneralus de dictis tribus 
monachis; et quamvis prior bene se habeat in persona sua, dicti Ires 
monachi, quorum unus non est presbiler, non tenenl vitam hones- 
lam, ymo cothidie habent inter se seditiones. Solebant enim horas 
diei dicere canlando, modo non fil, nec pluries legendo ; dicto priori 
non obediunl, ymo quando ipsos corrigit, contra se insurgunt; locum 
de nocte exeunl, robas inhonestas portant, et toi et tanta faciunl, 
quod nisi apponatur remedium, locus patietur detrimenlum. 

•1 -f . In abbatia Mauziaci sunl xl monachi. Abbas de novo est elec- 
tus ; divinum officium bene fit ibidem ; edificia et temporalitas sunl 
in bono statu, quamvis sint plures cause cum magnatis patrie, quas 
pro viribus prosequuntur, lamen abbas qui mortuus est debebat 
circa viii florenos. 

^2. In prioralu de Silvigniaco est completus numerus monacho- 
rum ; prior dicti loci in spiritualibus et temporalibus bene se habet. 

1. Saignes, Cantal, arrondissement de Mauriac, chef-lieu de canton. Les sei- 
gneurs de Saignes avaient titre de Comptours. 



DE l'ordre de CLnNT. Ui 

iS. In prioratu de Castro in Montanis, qui est de mensa prioris de 
Venna, sunt quatuor monachi ; domus dicti prioratus corruunt et pro 
parte ceciderunt. 

U. Prioratus de Dreturers, qui est subditus abbati Mauziaci, quem 
tenet camerarius dicti loci. Edificia minantur ruinam et pro parte 
ceciderunt. 

-15. Item in prioratu de Rivis, quem tenet dominus cardinalis Bolo- 
nie, solebant esse per numerum xx monachi, cum priore, modo non 
sunt ultra qualuordecim, de quibus non sunt sex presbiteri et etiam 
de illis xiiii<=™ morantur extra sex, qui sunt apprebendati, propter 
quorum deffectum amititur una missa in conventu, videlicet missa 
matitunalis (sic). 

Item fuit editus de novo in villa Castri Odonis^ prope villam de 
Rivis mercatus in grande prejudicium prioratus et habitantium ville 
de Rivis, de quo vertitur causa in parlamento Parisius inter procura- 
torem regium et dominum cardinalem priorera de Rivis et habitantes 
dicte ville actores ex una parte et dominum Egidium Esselini reum, 
dominum Castri Odonis ex parte altéra, de qua lite gentes dicti 
domini cardinalis nichil volunt solvere ad prosequendum dictam cau- 
sam, ymo opportet quod habitantes predicti solvant totales expensas, 
quamvis sit dicta causa plus dampnosa dicto prioratui quam habi- 
latoribus. 

^6. Item in prioratu de Gumeriis, qui movet et est subditus priori 
de Rivis, prior trahit ibidem moram et etiam débet ibidem morari 
unus monachus; modo non est, quare divinura offîcium non fit. 

(Original sur papier. Bibl. nat., lat., nouv. acq. 2271, n" 78.) 



XII. 

Relevé' ge'néral des visites de l'Auvergne 
des xiii^ xiv% xv* et xvi* siècles. 

Ce relevé des visites de l'Auvergne qui existaient autrefois aux 

1. Chateldon, Puy-de-Dôme, arrondissement de Thiers, chef-lieu de canton. 
Gilles Aycelin, seigneur de Montaigu-sur-Billom et de Chateldon, obtint du roi, 
au mois de septembre 1344, la création d'un marché à Chateldon, le samedi de 
chaque semaine. Voyez Registres du Parlement, Xia 8735, fol. 254. La ville de 
Ris obtint du roi Louis XI l'établissement d'une foire en 1482 et le changement 
du jour du marché pour le fixer au mercredi de chaque semaine. Cf. Dict. hist. 
du Puy-de-Dôme. 



U2 VISITES DES MONASTERES 

archives de l'abbaye de Gluny est extrait d'un manuscrit intitulé : 
« Privilégia abbatise et ordinisGluniacensis^ » et renfermant l'inven- 
taire de tous les privilèges et exemptions donnés à l'abbaye de Gluny 
par les papes, les empereurs et les rois. Il fut rédigé par Jean de 
Dompierre [de Donna Petrà), prieur de Saint-Étienne de Nevers et de 
Froidefontaine, et vérifié par lui le \6 mars •ISJ-I (-^3^2), A cet inven- 
taire est jointe la liste des visites ainsi que la pancarte ou description 
des abbayes (dite Poullier) , vue et collationnée par Jean Maure, tré- 
sorier de la Ghambre, et Glaude Budet, notaire, le ^6 avril -1580. 

Au folio vi^^ X ^°, on lit ce qui suit : 

« In caméra Alvernie et provincia Provincie^- 

Visitatores Alvernie anno Domini iVIillesimo 11^. 
Anno Domini Millesimo 11= LXXVIII. 



Anno 



M" 


II<= LXXXI. 


M» 


Il" LXXXII. 


M» 


Ih LXXXVI. 


M» 


II<' LXXXVII. 


Mo 


Il<= LXXXVIII. 


M" 


11° LXXXIX. 


M" 


II«LXXXX(H- 


M" 


IP LXXXXI. 


M» 


IP LXXXXII. 


M» 


Ile LXXXXIII. 


M" 


I^ LXXXXV. 


M" 


II<= LXXXXVII {bis). 


M*» 


I^ LXXXXVIII. 


M» 


II<= LXXXXIX. 




M" III<=. 


M" 


II^ II". 


M" 


IIP Vo [bis). 


M» 


IIP VP. 


M» 


IIP VHP. 


M» 


IIP X" [ter). 


M» 


IIP XP. 


Mo 


IIP XIIP [bis). 



1. Bibl. nat., ras. lat. 13873. 

2. On voit au fol. vixx vu v° que les Visites d'Auvergne remplissaient un petit 
coffre : [Visitationes] Alvernie in uno coffreto. Elles sont divisées par siècles, 
nous les avons classées par années pour faciliter les recherches. 



DE 


L ORDRE DE CLDNT. 


M» 


111° XIV». 


M» 


III<= XVP {bis). 


M° 


III« XVIIP. 


M» 


ni" xix«. 


M" 


III« XX». 


M" 


IIP XXP. 


M" 


IIP XXIP. 


M° 


IIP XXIV°. 


M° 


IIP XXVIIP. 


M» 


IIP xxx°. 


M" 


IIP XXXP [ter). 


M» 


IIP XXXIIP [ter] 


M° 


IIP XXXIV» [bis] 


M» 


IIP XXXVIP. 


M" 


IIP XXXVIIP. 


M» 


IIP XXXIX". 


M" 


IIP XL". 


M° 


IIP XLIIP. 


M" 


IIP XLIV». 


M» 


IIP XLVP. 


M" 


IIP XLVIP. 


M» 


IIP LIIP. 


Mo 


IIP LVIP. 


M" 


IIP LXXXXIV". 


M" 


IIP LXXXXVIP, 




M» IIIP. 


M» 


IIIP IIP. 


M" 


IIIP LXXIXo. 


M" 


IIIP LXXXIIP. 



U3 



Anno 



On remarquera que plusieurs de ces visites étaient en doubles et 
même en triples exemplaires. On lit à la suite : 

« Tresdeeimalie visitationes sine data. Millésime IIIP nonagesimo 
quarto-, vide Libello de Bothone in coiïro Lugdunensis provincie in 
quo visitatur {sic) aliqua monasteria in Alvernia'. » 

1 . Au XVI* siècle, et peut-être dès la fin du xv*, la province d'Auvergne était 
jointe à celle de Lyon. Voy. A. Bruel, les Chapitres généraux de l'ordre de 
Cluny, p. 15 du tirage à part. 

^89^ 8 



^^4 VISITES DES MONASTÈRES 

« Alie plures visitationes Alvernie in rotulis visitationura commu- 
nium in turri privilegiorum. » 

a In coffro provincie Provincie que continet a Vienna descendendo 
usque per totam provinciam et totum Delphinatum et de Sabaudia 
usque ad Géhennes. » 

« Fuerunt plures visitationes per diverses annos in singulis 
rotulis (?). » 

a Nam de anno Domini M° 11= usque ad M" 111° et ab anno M» 111^ 
usque ad M° Ullc et ad M° V" plures. » 

« De annis M" 11° et cetera usque ad M. IIIc. » 

« Sunt xxviii" visitationes per xxviii rotules. » 

ce Item alie in turri privilegiorum sunt cum aliis de eodem (?). » 

M. IIP. 

a M. IIIc usque ad M. IIII^ sunt xliii visitationes. 

a Item alie plures sunt cum aliis provinciis in armario turris privi- 
legiorum a dextris. » 

M. IIIK 

« M. IIIIc sunt XVIII et alla. » 

« Aliam nota ampla[m] visitationem in parvo libro M. IIII^ LXII, 
Quia bonum est. » 

M. y^. 

a Est una M. Vc VII. 

« Item alie plures antique sine data. 

« Hec omnia inscripta sunt in uno libro papiri in coffro reperto*. » 

1. En résumant les données qui nous sont. fournies par le ms. 13873, à la 
suite du relevé des visites année par année, que nous avons donné ci-dessus, 
on voit qu'il y avait encore à Cluny, dans la Tour des privilèges, un assez grand 
nombre de visites relatives à l'Auvergne. Qu'il ne faille pas les confondre avec 
celles que nous avons énumérées, cela nous semble résulter de ce que parmi 
celles-ci ne se trouvent pas quatre de celles que nous publions, savoir celles 
de 1264, 1280, 1285 et 1294. Ainsi, sans compter les visites communes à plu- 
sieurs provinces [rotuli visitationum communium), on conservait encore en 
rôles séparés {in singulis rotulis) 28 visites pour le xiii" siècle, 43 pour le xiv% 
18 pour le xv°, une pour lexvi", et enfin une de 1462, une de 1494 et 13 visites 
sans aucune date, soit 105, qui, ajoutées aux 62 relevées déjà, forment un total 
de 167 procès- verbaux de la province d'Auvergne. Ce chiffre n'a rien d'exorbi- 
tant pour une période de 229 ans, de 1279 à 1507. 



DE l'ordre de cluny. -H5 

TABLE DES MONASTÈRES VISITÉS. 



(Les chiffres romains désignent les visites publiées dans le présent travail. Les 
lettres A et B se rapportent aux visites de 1286 et de 1310 imprimées dans ce 
recueil en 1877. Elles se trouvent maintenant à la Bibliothèque nationale, fonds 
lat., nouv. acq. 2270, n° 23, et 2271, n" 55.) 

Arona, Arumpna. Arronnes, Allier, arrond. de la Palisse, canton 
et commune de Mayet-de-Montagne^. B, 14: IV, 11; VI, 1- VII 2* 
VIII, 6; IX, 13. ' ' ' 

Augerolae, Augeroliae, Augeroles. AugeroUes, Puy-de-Dôme, 
arrond. de Thiers, cant. de Gourpière. A, 16; B, 10; II, 1; VII, 7: 
VIII, 2 ; IX, 11 ; XI, 4. 

Belac. Benac (?), m. is., Haute-Loire, arrond. de Brioude, cant. de 
Langeac, comm. de Ghanteuges. VII, 11. 

Bonnac. Bonnac, Gantai, arrond. de Saint-Flour, cant. de Massiac, 
et non Bonnat, Puy-de-Dôme. A, 7. 

Bortum. Bort, Gorrèze, arrond. d'Ussel, chef-lieu de canton. B. 6 • 
IV, 7 ; V, 8, note; VII, 14; VIII, 13; IX, 12 ; XI, 8. 

Bredon. Bredon, Gantai, arrond. et cant. de Murât. 

Le prieuré de Bredon dépendait immédiatement de l'abbaye de Mois- 
sac et médiatement de Gluny. VIII, en note au-dessous du titre. 

Brenac. Brenat, Puy-de-Dôme, arrond. d'Issoire, cant. de Sauxil- 
langes. A, 9. 

Brolium. Le Breuil, Puy-de-Dôme, arrond. d'Issoire, cant. de 
Saint-Germain-Lembron. III, 4. II ne faut pas confondre le prieuré de 
Saint-Barthélémy du Breuil avec le prieuré dit Saint-André du Pont- 
du-Breuil, qui dépendait de l'abbaye de Saint-André de Glermont. 
Voyez notre Pouillé de Glermont, n"^ 620 et 621. 

Caranaco (Decanatus de). Garennac, Lot, arrond. de Gourdon, 
cant. de Vayrac. VIII, note au-dessous du titre. 

Castrum de Montanis , in Montanis. Ghàtel-Montagne , Allier, 
arrond. de la Palisse, cant. de Mayet-de-Montagne. B, 15; IV, 11 • VII 
1; XI, 13. 

Celsiniae, Celsigniacus , vel Salsiniae. Sauxillanges, Puy-de- 
Dôme, arrond. d'Issoire, chef-heu de canton. A, 5; B, 8; II, 3; IV, 5; 
V, 3; VI, 3; VII, 15; IX, 3; X, 4; XI, 5. 

1. Voir dans notre premier travail les extraits du Caialogus abbatiarum 
relatifs à chaque prieuré. Lorsque le nom de lieu se présente sous plusieurs 
formes, nous les classons par ordre d'importance ou d'ancienneté. 



M6 VISITES DES MONASTÈRES 

Ghaçac. Sanssac-l'Église, Haute-Loire, arrond. du Puy, cant. de 
Loudes. Cette localité est nommée quelquefois Ghatzac. Cf. Recueil des 
chartes de Cluny, nos 3029 et 3895. 

Golaminae. Saint- Pierre-Golamine, Puy-de-Dôme, arrond. d'Issoire, 
cant. de Besse-en-Ghandesse. B, 1. 

Dreturers. Droiturier, uni à la chambrerie de Mozat. Allier, arrond. 
et cant. de la Palisse. XI, 14. 

Gensac, Genssac. Saint-Biaise, dit, autrefois, Saint-Biaise de Gensac, 
Haute-Loire, arrond. du Puy, cant. de Solignac-sur-Loire, comm. de 
Gussac; et non Genzac, cant. de Ghomette. B, 3. 

Grasac, Gresac, Gresacus, Greysac. Grazac, Haute -Loire, 
arrond. et cant. d'Yssingeaux. B, 2; IV, 9; VH, 9; VHI, 10; IX, 
9;X, 7. 

Gumerise. Gumières, Loire, arrond. de Montbrison, cant. de Saint- 
Jean-Soleymieux. IX, 16. 

Harona. Vide Arona. 

Joriac. Ghauriat, Puy-de-Dôme, arrond. de Glermont-Ferrand, cant. 
de Vertaizon. A, 10. 

Lende. Lempdes, Haute-Loire, arrond. de Brioude, cant. d'Auzon. 

A, 8. 

Mailac. Mailhat, Puy-de-Dôme, arrond. d'Issoire, cant. de Jumeaux, 
comm. de Lamontgie. A, 13. 

Marchiacum, Marsac. Marsat, Puy-de-Dôme, arrond. et cant. de 
Riom. A, 2; I, 2. 

Mauziacum, Moziacum. Mozac, Puy-de-Dôme, arrond. et cant. de 
Riom. A, 1; B, 17; I, 1; II, 2; III, 1 ; V, 2 ; VII, 16; IX, 4; X, 3; 
XI, 11. 

Mons Acutus. Montaigut ou Montaigut-le-Blanc, jadis Montaigut- 
sur-Ghampeix, Puy-de-Dôme, arrond. d'Issoire, cant. de Ghampeix. 
XI, 10. Gf. notre Pouillé de Clermont, n° 707. 

Nigrum Stabulum, Nicrum Stabulum. Noirétable, Loire, arrond. 
de Montbrison, cbef-lieu de canton. A, 17; B, 11; II, 8 ; IV, 1 ; V, 8; 

VII, 17; VIII, 3; IX, 1; XI, 3. 

Pons Gastri. Pont-du-Ghàteau, Puy-de-Dôme, arrond. de Glermont- 
Ferrand, chef-lieu de canton. II, 6; V, 6 ; VIII, 1. 
Rivi. Ris, Puy-de-Dôme, arrond. de Thiers, cant. de Ghâteldon. 

B, 13; IV, 11; VH, 4; VIU, 5; IX, 5; X, 1; XI, 15. 

Roserise, Roserii, Rosers. Rozier-Gôtes-d'Aurec, Loire, arrond. de 
Montbrison, cant. de Saint-Bonnet-le-Ghàteau, autrefois Roziers (Gas- 
sini) ; et non pas Rosières, Haute-Loire, comme nous l'avions indiqué 
par erreur dans notre premier travail, Voy. la brochure de MM. Vin- 
cent Durand et A. Vachez, Étude historique et archéologique sur le 
prieuré de Rosiers, 1880, in-8», 47 pages. B, 1; lU, 6; IV, 10; VII, 8; 

VIII, 11; IX, 10; X, 8. 



DE L ORDRE DE CLUNY. H7 

Rupesfortis. Rochefort, Cantal, arrond. de Saint-Flour, cant. de 
Massiac, comm. de Saint-Poney. C'était une dépendance de la Voûte. 
B,l. 

Salsiniae, vide Gelsinise. 

Sanctus Ferreolus. Saint-Ferréol-des-Gôtes, Puy-de-Dôme, arrond. 
et cant. d'Ambert. A, 12. 

Sanctus Florus. Saint-Flour, Cantal, chef-lieu d'arrondissement. 
A, 3; B, 5; II, 5; IV, 5; V, 5; VII, 12. 

Sanctus Hylarius, Ylarius. Saint -Alyre, domaine, comm. de 
Veyre-Monton, Puy-de-Dôme, arrond. de Clermont-Ferrand. Ce prieuré 
dépendait de celui de Sauxillanges. II, 2; III, 3 ; X, 4. 

Sanctus Johannes de Calma. Saint-Jean-la-Chalm, Haute-Loire, 
arrond. du Puy, cant. de Cayres. XI, 7. 

Sanctus Marcellus. Saint-Marcel, Puy-de-Dôme, arrond. de Cler- 
mont-Ferrand, cant. et comm. de Vertaizon. A, 11. Il y avait aussi en 
ce lieu une église dédiée à Sainte-Marcelle {Dictionn. histor. du Puy-de- 
Dôme, à ce mot). 

Saxeniae, Salsiniae, vide Celsinise. VI, 3. 

Selviniacus, vide Silviniacus. 

Sende. A, 8. Corr. et vide Lende. 

Silviniacus. Souvigny, Allier, arrond. de Moulins, chef-lieu de can- 
ton. B, 16; IV, 11; VII, 3; VIII, 7; IX, 14 ; X, 2; XI, 12. Cette loca- 
lité était certainement du diocèse de Clermont et non pas du diocèse 
d'Autun comme le porte par erreur le Catalogus abbatiarum imprimé 
dans la Bibliotheca Cluniacensis, col. 1736 E. Souvigny était le chef-lieu 
d'un archiprêtré. Voy. notre Pouillé de Clermont, p. 90 du tirage à part. 

Talvse. Tauves, Puy-de-Dôme, arrond. d'Issoire, chef-lieu de can- 
ton. A, 6; XI, 9. 

Thyernensis abbatia, Tiernum, Tyerium, Tyernum. Thiers, 
Puy-de-Dôme, chef-lieu d'arrondissement. A, 15; B, 12; II, 7; IV, 2; 

V, 7; Vn, 6; VIII, 4; IX, 2; XI, 2. 

Vantadorum, Ventodorum. Moustier-Ventadour, Corrèze, arrond. 
de Tulle, cant. d'Égletons. B, 7; VI, 2; VII, 13; VIII, 12; IX, 12. 

Vanna, Veyna. Laveine, Puy-de-Dôme, arrond. de Thiers, cant. de 
Lezoux, comm. de Crevant. A, 14; B, 9; II, 1; IV, 6; V, 1; VII, 5; 
VIII, 1; IX, 6; XI, 1. 

Vivayrols. Viverols, Puy-de-Dôme, arrond. d'Ambert; chef-lieu de 
canton. XI, 6. Ce prieuré se nommait Sainte -Marie -Madeleine de 
Viverols. 

Volta et quelquefois Vota. La Voûte-Chilhac, Haute-Loire, arrond. 
de Brioude, chef-lieu de canton. A, 4; B, 4; II, 4; III, 5; IV, 4; V, 4; 

VI, en titre; VII, 11 ; VIII, 8; IX, 7; X, 5; XI, 7. 



LES 

MONNAIES DE BEAUFREMONT 



MM. Plantetet Jeannez ont parlé, les premiers, du monnayage 
des seigneurs de Beaufremont et attribué à Gautier P^ mort en 
1430, un demi-gros, frappé à VauvillersS dont voici la des- 
cription : 

+ IBI FIDES • IBI • AMOR. Main étendue, posée en pal, 
supportant une fleur de lis ; le tout dans un trèfle formé de quatre 
quarts de cercle. 

r/. MO AR SVP VVSIS. Croix à branches égales coupant la 
légende ^ 




Poey d'Avant a accepté cette attribution tout en faisant remar- 
quer que, s'il était hors de doute que les Beaufremont aient pos- 
sédé Vauvillers , il ne devinait pas comment ils avaient pu y 
frapper monnaie ^. 

Que ce demi-gros ait été frappé à Vauvillers, le fait est indis- 
cutable. La légende qu'il porte se lit à peu près identique sur les 
pièces émises dans cette localité par Nicolas du Chastelet : SVP • 
VVLIS, ou VVLIS, ou VVSIS. Son type n'est pas étranger à 

1. Vauvillers, Haute-Saôae, arrondissement de Lure. 

2. L. Plantet et L. Jeannez, Essai sur les monnaies du comté de Bourgogne, 
p. 240, pi. II, n° 13. 

3. F. Poey d'Avant, les Monnaies féodales de France, t. III, p. 166, 
pi. CXXVII, n" 4. 



LES MONNAIES DE BEAUFREMONT. 



-^9 



la famille du Chastelet ; en effet, la dextre supportant une fleur 
de lis fait penser à son blason : d'or à la bande de gueules 
chargée de trois fleurs de lis d'azur. 

Jusques à ce jour, on a signalé des monnaies de Nicolas II du 
Chastelet qui, au milieu du xvf siècle, fabriqua à profusion des 
pièces en or et en argent d'assez mauvais aloi ; lui-même, ou son 
maître monnayeur, cherchait par une habile imitation à les faire 
confondre avec les monnaies de ses voisins. Le 17 avril 1553, le 
Parlement de Dole décriait ces pièces et en interdisait la fabrica- 
tion. Le roi Henri II en faisait autant quatre mois plus tard ; nou- 
veaux arrêts du Parlement de Dôle le 18 juillet et le 13 août; 
nouvelle prohibition du roi de France le 11 juillet 1556. 

Le demi-gros attribué à Gautier II de Beaufremont semble, 
par son style et sa fabrique, destiné à courir avec des monnaies 
contemporaines de la première moitié du xvf siècle émises à 
Thann, à Vieux-Brisach , à Colmar, àFerrette, etc. Je donne 
deux demi-gros des deux premières villes ci-dessus énumérées, et 
on peut constater que leurs revers sont semblables à celui de la 
pièce en question. 







Je suis très porté à penser que la pièce qui nous occupe est le 
produit d'une timide tentative faite par Nicolas P% aïeul, ou Erard, 
père de Nicolas II du Chastelet, l'un mort en 1519, l'autre en 
1525, alors que devenus seigneurs de Vauvillers, fief divisé avant 
eux entre plusieurs propriétaires, ils voulurent profiter de ce 
qu'ils tenaient une terre de surséance. 

A cette époque, et pendant un laps de temps assez long, 
quelques terres de cette région restèrent, au point de vue féodal, 
en litige entre le duc de Lorraine et le comte de Bourgogne. Leurs 
détenteurs, tels que les du Chastelet, les Montjoie, les Gilley, se 
trouvant, par le fait, sans seigneurs supérieurs, s'attribuèrent, 
comme souverains, le droit de faire de la mauvaise monnaie pour 
affirmer une indépendance qui était factice et conditionnelle. 

Voici un autre demi-gros, toujours avec le même revers et qui 



^20 LES MONNAIES DE BEATIFREMONT. 

porte les armes du Chastelet; c'est encore une tentative, mais 
plus hardie : le blason y est, mais le nom n'y figure pas : 

-\- MO ARG SVP VVSIS, moneta argentea supremitatis 
Vauvilarensis. Ecu parti du Chastelet et d'or à la fasce de sable 
qui est Cicon dont était la femme de Nicolas I". Si cette pièce appar- 
tient à Nicolas II, il faut croire qu'il prit le blason de ses aïeux 
pour former un type imitant quelque pièce de son voisinage. 

r/. QVI est MIC LAB, qui est michi labor. Croix parta- 
geant la légende en quatre. 




Cette rectification que je propose m'amène tout naturellement 
à signaler un fait assez curieux au double point de vue numisma- 
tique et diplomatique. Je veux parler d'un diplôme de Frédé- 
ric T"" confirmant le droit de frapper monnaie, en 1168, au sei- 
gneur de Beaufremont. En abordant ce sujet, je n'entends, en 
aucune manière, contester l'antiquité et l'illustration de la mai- 
son de Beaufremont. Seulement il est arrivé, comme dans d'autres 
familles historiques, qu'un Beaufremont a été victime de la super- 
cherie d'un fabricant de titres apocryphes comme il y en eut plu- 
sieurs au siècle dernier. Et cependant il n'avait pas besoin de 
recourir à cet industriel pour augmenter le prestige du nom qu'il 
tenait de ses ancêtres. 

Généralement les titres apocryphes composés au siècle dernier 
et au commencement du xix'' sont très imparfaits dans leur rédac- 
tion et déplorables dans la forme; de nos jours, les fabricants de 
ces sortes de documents sont plus habiles ; quelques-uns sont arri- 
vés à une perfection qui exerce la sagacité des paléographes. 
Nous avons vu, il y a quelques années, des spécimens nombreux 
de leur art lorsque sévissait le désir de figurer à Versailles, dans 
les salles des croisades. Là, au moins, la maison de Beaufremont 
présentait un titre d'une authenticité indiscutable. 

Dernièrement, M. Delisle * a parlé de titres fabriqués par un 

I. L. Delisle, Instructions adressées par le Comité des travaux historiques 



LES MONNAIES DE BEAUFREMONT. 424 

certain abbé Guillaume, au milieu du siècle dernier, pour se con- 
cilier la bienveillance du prince de Beaufremont. 

« L'abbé Guillaume, » dit mon savant confrère, « déposait 
les copies légalisées des documents composés par lui dans les 
chartriers d'abbayes, dans les archives publiques. Les intéressés 
se faisaient délivrer des expéditions authentiques de ces pièces, 
par exemple par la Chambre des comptes de Bar et Nancy en 
1761. Du reste ce mode de se procurer des copies authentiques de 
documents suspects était plus ancien. Au xiv^ siècle, on trouve 
des vidimus dont les originaux étaient supposés ou d'invention 
moderne. » 

C'est justement ce qui arriva à Pierre de Beaufremont, lieute- 
nant général des armées, gouverneur de Seyssel, qui se procura, 
à cette date, entre autres copies, le texte du diplôme de 1168 par 
lequel Frédéric P'' confirmait à Hugues de Beaufremont le droit 
de frapper monnaie dans son château, en vertu d'un privilège 
obtenu par ses ancêtres. Cette copie est faite sur un vidimus 
donné par l'official de Toul, aux calendes de juillet 1360. 

Il faut remarquer que c'est un vidimus de la même date et du 
même officiai qui fournit le texte d'une charte fausse de 1218, 
publiée par M. Delisle; même observation pour des diplômes et 
chartes de 1152, 1202, 1206 et 1236 que j'ai eu occasion de voir 
au Cabinet des titres de la Bibliothèque nationale; toutes ces 
pièces ont évidemment l'abbé Guillaume pour auteur. 

Si l'on étudie le texte du document de 1168 que je donne à la 
fin de cette étude, on constate que la date ne concorde pas avec 
la présence, parmi les témoins, de Eberard de la Tour-Saint- 
Quentin, qui devint archevêque de Besançon dans le second 
semestre de 1171, ni avec celle de Henri, comte de Bar, qui suc- 
céda à Renaud II, son père, en 1170, ni avec la mention du titre 
de vicomte de Besançon, donné à Gislebert de Faucogney, qui, 
en réalité, était vicomte de Vesoul; ni enfin avec l'indiction qui 
devrait être la f* et non la xf . 

La plupart de ces anachronismes disparaîtraient si, au lieu de 
1168, la date était 1178; mais les faussaires ne pensent pas à 
tout. D'ailleurs il y a un fait auquel il est impossible de répondre. 
C'est qu'il existe un autre diplôme de Frédéric I", de la même 

et scientifiques aux correupondants du ministère de l'instruction et des beaux- 
arts. Littérature latine et histoire du moyen âge, p, 53. 



122 LES MONNAIES DE BEADFREMONT. 

date, avec les mêmes erreurs, rédigé évidemment par la même 
main et qui n'intéresse en rien la maison de Beaufremont. 

Ce diplôme, jusqu'à ce jour, n'a pas été soupçonné. Il est repro- 
duit dans maints ouvrages spéciaux depuis D. Galmet^ Il s'agit 
de la concession du droit de battre monnaie conféré à l'évêque 
de Toul. J'avoue ne pouvoir deviner quel mobile a pu pousser 
l'abbé Guillaume à inventer cet acte, au milieu du siècle dernier, 
alors que, depuis trois cents ans, les évêques de Toul avaient 
cessé de battre monnaie. On en est réduit à se demander s'il a 
voulu satisfaire la curiosité de quelque collectionneur lorrain qui 
tenait à avoir une histoire du monnayage épiscopal de Toul. 

Un fait est venu à ma connaissance, grâce à l'obligeance de 
M. Delisle, qui m'a signalé un document inédit, cette fois très 
authentique, des Archives de Meurthe-et-Moselle; ce fait a pu 
laisser, dans le pays, un souvenir de monnaies en or et en argent 
frappées à Beaufremont. 

En 1444, le roi René était informé que Pierre, seigneur de 
Beaufremont et de Ruppes^ avait « forgiê monnaie » dans un de 
ses châteaux. Il saisit ses terres et ordonna à Pierre du Mayel, " 
lieutenant du bailli de Bassigny, de se transporter dans toutes 
les places appartenant à Pierre et de faire, en personne, une 
enquête. Sans tarder, Pierre du Mayel, accompagné d'un tabel- 
lion, se rendit au château de Ruppes, et là il recueillit, au sujet 
du fait incriminé, des indications que le document signalé par 
M. Delisle nous fait connaître en détail. 

Peu de temps après « la bataille de Buligniville^, où le roi de 
Secille fut prins, » — cette bataille fut livrée le 2 juillet 1431, — 
un monnayeur, nommé Girard Navut, accompagné de quelques 
aides, parmi lesquels était un graveur du nom de Johannin, fabri- 
quait des monnaies en argent dans une forge établie dans les fos- 
sés du château de Beaufremont. Le témoin qui révéla le fait en 
eut connaissance par hasard. Passant dans le voisinage et enten- 
dant travailler dans cette forge, il avait pensé y trouver des 
maréchaux, — lui-même était maréchal à Brancourt^, — occu- 



1. D. Calniet, Histoire de Lorraine, 2' édit., t. VI, pr., p. 16. 

2. Vosges, arrondissement de Neufchâteau, canton de Coussey. 

3. Bulgneville, Vosges, arrondissement de Neufchâteau. 

^. Brancourt, Vosges, arrondissement de Neufchâteau, canton de Coussey. 



LES MONNAIES DE BEAUFREMONT. -123 

pés à forger quelque ouvrage en fer, comme auparavant il y avait 
vu fabriquer « un veuglaire en fer, en la compagnie de Huet de 
Bar, bonbardier. » Mais, au lieu d'un maréchal, il trouva un mon- 
nayeur qui faisait des monnaies en argent, à deux écussons, au 
coin du roi d'Angleterre et que, dans le pays, on désignait sous 
le nom de « monnoie de Bourgonne. » Il s'agit ici de ces blancs 
aux écus frappés de 1422 à 1453 par Henri YI d'Angleterre*. 

Pierre de Beaufremont se tira de ce mauvais pas en établis- 
sant qu'il était complètement étranger à cette fabrication frau- 
duleuse. Nous trouvons dans Dufourny une analyse de lettres 
ducales qui nous met au courant de la suite de ce procès ^: 

« Lettres de René, roy de Sicile, duc de Bar, portant qu'au 
mois de septembre 1444, à la requête de son procureur général 
du duché de Bar, qui disoit estre informé que son amé et féal 
chevalier Pierre, seigneur de Beffroymont et de Ruppes, avoit 
esté agent et consentant avec autres personnes de faire battre et 
forger monnoye fausse audit Beffroymont et autres lieux en ses 
pays, iceluy chevalier ait esté adjourné à comparaître en per- 
sonne devant luy, ou les gens de son grand conseil en la ville de 
Bar pour répondre sur ledit cas, sur peine de bannissement ; et, 
pour ce qu'il n'a comparu et que le cas étoit criminel capital, fut 
mis en deffault et, à sa poursuite, les chasteaux, villes et sei- 
gneuries de Beffroymont et de Ruppes, mouvans des fiefs du duché, 
eussent été mis en la main du Roy et depuis venus en celle dudit 
chevalier sans que ladite inquisition ait été décidée. 

« Et pour ce qu'il s'est tiré vers le Roy, le suppliant de don- 
ner fin à ladite cause, affirmant n'avoir jamais esté consentant 
ni coupable en aucune manière dudit cas. Sur ce, considéré ses 
noblesse, prérogatives et de ses prédécesseurs, seigneurs dudit 
lieu, les grands secours qu'ils ont fait à ses prédécesseurs ducs 
de Bar et même à ceux qui lui a fait en des guerres, affaires 
et autrement et espère qu'il fera à l'avenir, il déclare iceluy 
chevalier estre en cause d'absolution dudit cas d'avoir battu 
et forgé, ou fait battre et forger, ou avoir esté consentant à battre 

1. Voici la description dé ces blancs : FRANCORVM : ET : ANGLIE : REX. 
Les écussons accolés de France et d'Angleterre; au-dessus HERICVS. ly SIT : 
NOMEN : DNI : BENEDICTV. Croix entre une fleur de lis et un léopard; 
au-dessus HENRICVS. — Des blancs anglo-bourguignons frappés à Dijon por- 
taient comme différent une véronique ou saint suaire, et à Màcon un trèfle. 

1. Cabinet des titres, dossiers bleus, Beaufremont, liasses 953-973. — Dufourny, 
t. L, p. 3236, n° 39. 



^24 LES M0N3VAIES DE BEADFREMONT. 

et forger la fausse monnaye par faute de preuve ou cas satisfai- 
sante, l'absout des demandes de son procureur ; lui remet toutes 
peines, amande corporelle, criminelle et civile du passé jus- 
qu'aprésent ; lève la main mise de la moitié de la ville d' Ange- 
ville' et vingt livres sur les tailles de Parcy^ et Saint Ouain^. 
Donné en la cité de Marseille, le 23 juin 1453. Signé : René; 
sur le reply : par le Roy en son conseil, auquel estoient le duc 
de Calabre et de Lorraine, son fils. Ferry, m. de Lorraine, l'évêque 
de Marseille, le sire de Beauvau, sénéchal d'Anjou, le sire de 
Fenestrange, maréchal de Lorraine, le chancelier de Provence 
Daniel Arrige et autres. » 

L 

Nos officialis curie Tullensis notum facimus universis présentes 
litteras inspecturis quod nos vidimus et de verbo ad verbum legi- 
mus et transcribi fecimus quasdam litteras sanas et intégras non 
vitiatas, non cancellatas et omni suspicione carenles quarura ténor 
sequitur et est talis : 

Federicus Dei gratia imperator Romanorum et semper augustus, 
omnibus fidelibus salutem. Gum ad nostre perlineat celsitudinis alti- 
tudinem fidèles imperii in suis justis petitionibus exaudire ad con- 
gruum ipsis prebere attentum, dignumfuitutpetilionem fidelis nos- 
tri Hugonis domini de Bafrimont bénigne reciperemus et congrue sus- 
piceremus. Noveritis itaque quod cum predictus Hugo jus habeat 
libère faciendi monetam in Castro suo de Bafrimont et in terra que 
sui juris est, nobis humiliter suplicavit qualiter jus suum auctori- 
tate imperiali confîrmaremus et sigilli nostri munimento attestare- 
mus-, cujus precibus salubriter annuentes petitiones predicti Hugonis 
inclinati supradictum jusmonetesicutapredecessoribus suis pacifiée 
et quiète transmissum est ipsi et successoribus suis pacifiée in per- 
petuum confirmamus et futuris temporibus valiturum decernimus. 
Si quis autem et successores suos super hoc inquietare presumpse- 
rit centum marcas reus nostre majestati exsolvet medietalem in fis- 
cum regium et aliam medietatem predicto Hugoni et insuper iram 
nostram imperialem se noverit incursurum. Hoc autem supradictum 
jus confirmamus, salva per omnia imperiali justitia. Fada est bec 
nostra confirmatio in presentia fidelium nostrorum, Evardi Visun- 

1. Aingeville, Vosges, arrondissement de Neufchâteau, canton de Buigniville. 

2. Parcy-Saint-Ouen, canton de Saint-Ouen-les-Parcy. 

3. Sainl-Ouen-les-Parcy, Vosges, arrond. de Neufchâteau, cant. de Buigniville. 



LES MOIVIVAIES DE BEAUFREMONT. -125 

tinensis episcopi, Balduini Trajectensis , Henrici comilis Barrensis, 
Gisleberti vicecomitis Vesuntinensis , Theobaldi de Novo Castro, 
Ulrici de Nuefviler. Datum Besuntii, xviii calendas octobris anno 
domini millesimo G LXVIII, indictione xi. 

Et nos offîcialis predictus huic présent! transcripto ab originali 
sumpto ad preces et ad requisitionem nobilis viri Huonis de Befro- 
mont militis in testimonium visionis nostre sigillum predicte curie 
nostre duxiraus apponendum. Datum xiii calendas julii anno Domini 
millesimo CGC sexagesimo. 

(Bibl. nat., nouv. acq. lat. 2085, fol. 21 v"; 2« copie identique, fol. 24 v».) 

IL 

Federicus , Dei gratia Romanorum imperator augustus. Gum ad 
nostram pertineat celsitudinem fidèles imperii in suis justis petitio- 
nibus exaudire et in hls precipue quod ad ecclesiarum Dei spectat 
utilitatem ; dignum fuit ut petitionem fîdelis nostri Pétri Leuchorum 
episcopi bénigne susceperemus et ad effectum perducereraus. Nove- 
rint itaque fidèles et amici imperii quod cum praedictus episcopus 
Petrus castrum ecclesiae suae quondam dirutum reediflcavit, quod 
Liberdunum dicitur, laude et assensu nostro hoc fecit, et nos libère 
faciendi ibidem monetam suam et etiam successoribus suis assen- 
sum praebuiraus, et ut castrum sicut et cetera quae sui juris sunt, 
ipse et successores su* episcopi decreto in pace possideant, et preci- 
pimus autoritate imperiali et sigilli nostri attestatione conflrmamus. 
Quicquis autem eum et successores suos super hoc molestare pre- 
sumpserit, reum lesae majestatis se esse cognoscat et condignam 
debere subire vindictam. Facta est haec no»tra confirmatio in prae- 
sentia fîdelium nostrorum, Everardi Bisuntinensis archiepiscopi, 
Arducii Gebennensis episcopi, Theodorici Metensis electi, Balderini 
Trajectensis, et Ugonis ducis Divionensis, Henrici comitis Barrensis, 
Ludovici comitis de Ferettes, Odonis Gampaniensis, Brocardi bor- 
gravii Madiburgensis, Gisleberti vicecomitis Vesuntinensis. Datum 
Bisunt. xviii kal. octob., anno Domini M. G. LXVIII, ind. xi. 

(Benoît, Hist. eccl. et politique de Tout, Preuves, 30.) 

IIL 

Informacion faicte par moy Pierre du Mayel, lieutenant de mons"" 
le bailly du Bassigny, commissaire ordonné de par le roy de Secille 
par son mandement patant duquel la teneur s'ensuit : Régné, par la 
grâce de Dieu, roy de Jherusalem et de Secille, duc d'Anjou, de Bar 



J26 LES MONNAIES DE BEAUFREMONT. 

et de Lorrainne et marchis, marquis du Pont, conte de Provence, de 
Forcalquier et de Piémont, à nostre chier et bien amé Pierre du 
Mayel, lieutenant de notre bailly de Bassigny, salut. Gomme il ne 
loise à aucun de nos subgiés entreprendre de forgier ou faire forgier 
monnaie d'or ou d'argent en nos pais et seignoriez de Bar et de Lor- 
raine, sy non ceulx qui de par nous y sont commis ou députés, et 
s'aucuns ont fait le contraire en ont esté reprins et pugnis par nous 
et nos prédécesseurs ; ce non obstant puïx aucun temps ença Pierre 
de BefTromont, chevalier, a forgié ou fait forgier monnaie d'or ou 
d'argent au lieu de BefTromont ou autre part et lesdites monnaies 
desduites ou fait desduire à son proffit; pour occasion duquel délit 
nous avons fait prendre et mectre en nostre main les seignories de 
BefTromont et de Rupes, ensemble tout ce qu'il peult competer et 
appartenir audit chevalier estant soubz nostre seignorie. Et affm que 
lesdiz cas ne demeurent impugnis et pour emplement estre informés 
d'iceulx, vous mandons et expressément enjoingnions que, sur les cas 
dessusdiz et les despens d'icelles appallacions, ung de nos tabellions 
avec vous vous informés bien et dehuement en vous transportans en 
tous les lieux de nosdictes seignoriez de Bar et de Lorrainne et autre- 
part ou que saueres que gens sont qui de ceste matière saueront à 
parler ou averont aucune cognoissance, et lesdictes informations par 
vous faictes et ledit tabellion renvoyez clouse et scellée soubz vostre 
seel devers nous où que soyons en nosdicts pais de Bar et de Lor- 
rainne pour, sur ladicte information et autres que avons, procéder 
selon raison. Et ou cas que aucuns feront difficulté, de déposer de 
ceste matière par devers vous et ledit tabeUion , nous voulons et 
expressément vous commendons que à iceulx assigner jour à estre 
et comparoir par devant vous et les gens de nostre conseil, où que 
soyons en nosdicts pais de Bar et de Lorrainne, à painne de cent mars 
d'argent ou cas quilz seroient deffaillans de ce faire, vous donnons 
povoir, auctorité et mandement especial; mandons à tous nos bail- 
lifs, prevosts, seneschaulx, maires et tous autres nos justiciers, offi- 
ciers et subgiez, prions tous autres que à vous en ce faisant obéissent 
et entendent diligemment et vous prestent, baillent et délivrent 
consoil, confort et ayde se mestier en avez. Donné en nostre ville de 
Nancey, le deixyesme jour de janvier l'an mil llllc quarente et 
quatre. Ainsin signé : par le Roy à la relacion de mons"" le gouver- 
neur ou le bailli de Chaumont, mess""' Jehan le Gilleur et plusieurs 
autres estoient. Warri. Par vertu desquelles lectres, je, Pierre du Mayel 
commissaire dessus dit, appallé et mené avec moy Jehan Thomassin, 
tabellion juré et establi de par le roy de Secille en la seneschaussée 



LES MONNAIES DE BEAUFREMONT. ^27 

de la Mouthe et de Bourmont, me suix transporté ou chastel de 
Ruppes et a requis à Jehan de Gorsy, chastellain et ayans la garde 
de ladicte maison et le gouvernement de la terre dudict Ruppes, qu'il 
mandât quérir Guiot Mousan, demorant à Brancourt, pour icellui 
examiner sur le contenu oudict mandement ce que je montray audict 
chastellain, et incontinant envoya quérir ledit Guiot, qui vint audict 
Ruppes le venredi xv^ jour de janvier, l'an mil IIII« quarente et 
quatre, et en ma présence et es présences dudict tabellion, dudict 
chastellain et de Collin Duc et aubelestier commis à la garde dudict 
Ruppes, dit et dépose ledict Guiot Mousan en la manière qui s'ensuit : 
Guiot Mousan, demorant à Brancourt, mareschal, et agié de 
soixante ans ou environ, tesmoing juré aux sainctes euvengiles de 
Dieu et diligemment examiné sur le contenu ou mandement dessus- 
dict, dit que ung poul après la bataille faicte près de Buligneville, où 
que le roy de Secille fut prins, il fut au lieu de Beffromont, ouquel 
lieu estoit Girart Navel, monnoier, et autres ses aydes quilz forgoient 
monnoie d'argent au coing du roy d'Angletaire et la nommoit on 
monnoie de Bourgoinne. Requis en quel lieu ilz forgoient icelle mon- 
noie, dit que c'estoit es foussez dudict Beffromont, en une forge qui 
y est, en laquelle ledict Guiot, ung pou devant ladicte bataille, avoit 
adié à fere ung veuglaire de fer en la copaignie de Huet de Bar, 
bonbardier. Encores requis commant il savoit quilz forgoient en 
icelle forge ladicte monnoie, dit que le scet parce qu'il se transporta 
en ladicte forge, cuidant que se feussent mareschaulx quilz forgaissent 
aucun ouvraige de fer, et ledict déposant vit et cognut que cestoit 
monnoie dargent à deux escus que Ion appale ou pais environ Bef- 
fromont monnoie de Bourgoinne; de lui requis qui estoient ceulx qui 
estoient avec ledict Girart Navet, monnoier, qui luy adoient à forgier 
ladicte monnoie, dict que ung nommé Jehan Grisel y estoit, et les 
amena maistre Jehan d'Orliens, et si y estoit ung nommé Jehannin 
le graveur, lequel Jehannin, comme pence ledict déposant, fut pour 
ceste cause prisonnier au lieu de Nancey, et par la justice de Nancey 
fut marqué ung poul après l'exécution dudict maistre Jehan d'Or- 
liens. A luy requis s'il n'a point veu distribuer de ladicte monnoie 
faicte audict Beffromont, dit qu'environ la Saint Rémi ensuigant 
après ladicte bataille, ledit déposant vendit un cheval à mons"- de 
Beffromont la somme de douze frans audict lieu de Beffromont et 
commenda mondict s"- de Beffromont à messire Didier, prestre, filz 
Perrin Mouroy de Marcey soubs Bricey , qu'il baillait de Targent audict 
déposant, lequel messire Didier mena ledict déposant en la chambre 
de retrait près de la chambre de mons"" de Beffromont et lui bailla 



428 LES MONNAIES DE BEAUFREMONT. 

cinq frans de monnoie neufve faicte au coing dessusdict. Requis quil 
fil d'iceulx cinq frans, dit qu'il devoit de l'argent à Regnault de Nouroy, 
clerc juré apresent du Neufchastel, auquel il bailla iceulx cinq frans, 
lequel Regnault les renvoya audict déposant en lui mandant quil les 
avoit monstres à Perresson le Louche, du Neufchastel, qui lui avoit 
dit que c'estoit mauvaise monnoie, et que lui renvoyât de la monnoie 
de Lorraine. A lui requis quil fil depuis de ladicte monnoie, dit que 
ung nommé Le Nou Parmentier, qui portoit les armes de feu messire 
Jehan de Tinteville, seigneur Deschasnelz, vint à Brancourt, auquel 
ledit déposant bailla lesdicts cinq frans de monnoie dessus dicte à 
eschange de monnoie de Lorrainne. Ancores requis se il vit point 
forgier ne qui saiche que len ait forgié audict Beffromont escus, 
salus, florins ou autre monnoie que celle dessusdicte, ne que mons"" 
de Beffromont ait fait desduire grant nombre de monnoie, dit qu'il 
n'en scet riens fors ce que dessus est dit. Requis s'il scet point que 
la Taillarde de Beffromont aidai à forgier ladicte monnoie ou quil 
en sceut aucune chose, dit qu'il ne scet point que ladicte Taillarde 
aidoit à forgier ladicte monnoie, mais bien scet y que y fut quantoit 
cotidiennement avec les dessus dicts monnoiers, et tient ledict dépo- 
sant quil savoit tout le faict de ladicte monnoie. A lui requis se le 
prevost de Beffromont et Nicolas, chastellain de Ruppes, aidoient à 
desduire lesdictes monnoies comme la déposition de feu maistre Jehan 
d'Orliens le dit, respont que n'en scet riens. Requis s'ilz sont ancor 
en vie et oîi qui demeurent, dit quil ne scet, mais on le poura savoir 
à Aingeville, Medouville ou Joindreville, qui sont des villes de la 
terre de Beffromont, et plus nen scet ledit Guiot sur tout diligem- 
ment interrogué. D^ j^^yel. 

Et je, Jehan Thomassin, tabellion juré au Roy de Secille en la 
seneschaucié de la Mouthe et de Bourmont, certiffie à tous que en 
ma présence et présence des dessusdiz, Guiot Mousan dessusdict a 
déposé les choses cy dessus escriptes en sa déposition et chacune 
d'icelles ainsin et par la forme et manière que ladicte déposition le 
contient, ledit jour de venredi xv^ jour de janvier mil IIIP quarante 
et quatre, tesmoing mon signet manuel cy mis l'an et jour dessus 

^^^^^*' Thomassin. 

t. M. Duvernoy, archiviste de Meurtlie-et-Moselle, a eu l'obligeance de coUa- 
tionner la copie de ce document sur l'original. 



QUEL EST LE VÉRITABLE AUTEUR 

DE LA 

CHRONIQUE ANONYME DE LOUIS XI 

DITE LA SCANDALEUSE? 



Cette recherche est vieille de trois siècles. En 1584, Lacroix 
du Maine, reproduisant, en ses Bibliothèques françaises, une 
indication sommaire fournie l'année précédente par le Trésor 
des histoires de France de Gilles Corrozet, n'hésitait pas à attri- 
buer la paternité de la précieuse et déjà célèbre chronique à un 
« historien français, du temps de Louis XI, nommé Jean de 
Troyes. » Où Corrozet avait-il puisé ce renseignement? On l'a 
ignoré jusqu'à ce jour, mais son assertion a fait fortune, et c'est 
à peine si, actuellement, les érudits mieux renseignés ont fini par 
abandonner le personnage fabuleux qu'il a créé pour reporter 
leurs préférences sur des candidats d'existence moins contestée^ 

C'est M. Aug. Vitu qui, le dernier, a traité la question des 
origines de la Chronique de Louis XP. Il l'a reprise, ab ovo, en 
s' appuyant sur les données fournies par la Bibliothèque histo- 
rique du P. Lelong, qui rapporte que cet ouvrage a été attribué 
à un greffier de l'hôtel de ville de Paris, à Jean de Troyes ou à 
Denis Hesselin. Partant de là, M. Vitu a montré, pièces en main, 
qu'aucun de Troyes n'a pu, dans la seconde moitié du xv® siècle, 

1. Une discussion complète de l'origine et de la valeur historique de la Scan- 
daleuse est réservée pour l'édition critique que vient d'en entreprendre la Société 
de l'Histoire de France. Il ne s'agit ici que de jeter quelque lumière sur un des 
problèmes, non le moindre, que soulève cette chronique. 

2. La Chronique de Louis XI, dite la Chronique scandaleuse, faussement 
attribuée à Jean de Troyes, restituée à son véritable auteur. Paris, Jouaust, 
1873, in-S" de 92 pages. 

4894 9 



"130 QUEL EST LE VÉRITABLE AUTEUR 

tenir le greffe de la ville. Mieux encore, il a découvert que ce 
poste avait été occupé de longues années, de 1477 à 1500, préci- 
sément par Denis Hesselin, élu de Paris et prévôt des marchands. 
La conclusion s'imposait : toutes les chances semblaient être pour 
que le greffier Hesselin et le « faitiste » de la chronique ne fussent 
qu'une seule et même personne, d'autant que, ainsi que l'a si spi- 
rituellement noté M. Vitu, ce fonctionnaire paraît intervenir dans 
le récit « un peu plus souvent qu'à son tour » et n'est jamais men- 
tionné qu'avec toute révérence. 

La démonstration est nette. L'auteur l'a présentée avec un réel 
talent. Elle a satisfait nombre de gens, et j'avoue que, jusqu'à 
présent, elle me paraissait fort acceptable. Mais voici qu'il en 
faut rabattre, et, pour cette fuis, le vraisemblable ne doit pas être 
le vrai. En m'attachant, après tant d'autres, à l'examen du pro- 
blème, je crois avoir découvert, du même coup, pourquoi le Trè- 
sor des histoires a attribué la Chronique de Louis XI à un pseudo 
de Troyes, et le nom véritable et tant cherché du chroniqueur. 

En dehors de l'édition princeps imprimée à Lyon, probablement 
pendant le règne de Charles VIII, la Bibliothèque nationale pos- 
sède de la Scandaleuse deux manuscrits, écrits sur papier au 
xv"^ siècle, et qui portent respectivement les numéros 2889 et 5062 
du fonds français. Le premier est désigné au catalogue sous le nom 
vulgaire : la Chronique scandaleuse. L'autre porte un titre 
plus vague, qui lui a été attribué à une date déjà ancienne : His- 
toire de France de 1461 à 1479. Ces deux volumes ont été 
cités (sinon consultés) par M. Buchon dans la médiocre édition 
qu'il a donnée de notre chronique ^ Le manuscrit français 2889, 
très correct dans le fond, bien que d'une exécution commune, a 
été lacéré en plusieurs endroits, et pourrait bien avoir perdu une 
cinquantaine de feuillets, dont une dizaine au commencement, car 
il débute au milieu du récit de l'entrée solennelle de Louis XI à 
Paris, le 31 août 1461. Il s'arrête brusquement, après d'autres 
lacunes qui le déparent, à la fin de la bataille de Guinegate, au 
mois d'août 1479, sans qu'il soit possible de dire, vu la disparition 
des dernières pages, si la narration était, comme dans l'édition 
imprimée, continuée jusqu'à la mort de Louis XI. Au reste, ce 
manuscrit ne fournit aucun renseignement sur l'origine contro- 
versée de la Chronique scandaleuse. 

1. Collection du Panthéon littéraire. 



DE LA CHRONIQUE SCANDALEUSE? 431 

Il en va tout autrement du fr. 5062, auquel son titre peu précis 
a valu de passer plus inaperçu, bien qu'il soit de tous points supé- 
rieur à son confrère. Ce n'est pas que le texte même en soit beau- 
coup plus correct, caronjurerait qu'une même personne s'est atta- 
chée à apporter aux deux manuscrits des corrections identiques ; 
mais, outre que le fr. 5062 ne présente que les faibles lacunes que 
je vais indiquer, il est tracé avec infiniment de soin, d'une excel- 
lente écriture courante du xv'' siècle, et divisé en paragraphes mé- 
thodiquement distribués. Défait, il n'y manque probablement que 
deux feuillets, le premier et l'avant-dernier. Le récit s'arrête, il 
est vrai, au mois de mars 1479 (n. s.), c'est-à-dire à la fin de 
l'année 1478, suivant l'ancien comput, mais ce n'est point à l'insu 
de l'auteur. Dirai-je maintenant qui a écrit, au moins, la dernière 
page du manuscrit ? C'est celui qui l'a terminée par ces mots : 
Eœplicit ce présent petit volume qui parle seulement depuis 
l'an de grâce M CGC C LXJusques en M CCCC LXXIX, et 
qui a signé : /. de Roye, non sans accompagner son nom d'un 
parafe d'allure notariale. 

Ou je me trompe fort, ou voilà l'origine du trop célèbre Jean 
de Troyes, né de quelque faute de lecture de Gilles Corrozet, ou 
de l'erreur typographique d'un prote du xvi^ siècle*. 

Reste à éclaircir le point le plus intéressant. Ce .T. de Roye 
a-t-il été le rédacteur de la Scandaleuse ? On accordera que d'en 
avoir tracé au moins une page (je ne me prononce pas pour le 
reste) et d'avoir signé le volume, constitue au moins un com- 
mencement de preuve en sa faveur. Mais il y a mieux : tournons 
quelques feuillets et reportons-nous au mois de mars 1478, après 
Quasimodo. Le cardinal-archevêque de Lyon, Charles de Bour- 
bon, festoyé à l'hôtel de Bourbon M"'' d'Orléans, son fils le duc 
Louis, et d'autres grands personnages. Un souper magnifiquement 
servi réunit la noble compagnie dans la fameuse galerie dorée ; 
mais M""" de Narbonne (Marie d'Orléans), alors « fort grosse, » son 
mari, Jean de Foix, et six de leurs intimes, pour être plus à l'aise, 
soupent en une chambre basse, au logis de Jehan de Roye, 
secrétaire de Mgr le duc de Bourbon (Jean II) et garde 
dudit hôtel de Bourbon. C'est bien là notre auteur, et j'ajoute 
que, son nom et ses fonctions une fois connus, la Chronique s'éclaire 

t. Gilles Corrozet était mort depuis près d'un demi-siècle lorsque son fils 
Galliot imprima son Trésor des histoires de France. 



-132 QUEL EST LE VERITABLE ACTEUR 

d'un jour nouveau. Depuis longtemps, on avait remarqué que les 
Bourbons, jeunes et vieux, y jouaient un rôle considérable, à tel 
point que les auteurs de la Bibliothèque historique de la France 
ont émis la supposition (très fondée) que le chroniqueur anonyme 
devait être un serviteur de la maison de Bourbon. M. Vitu lui-même, 
qui naturellement repousse cette hypothèse, sous le prétexte que 
l'auteur de la Scandaleuse est certainement Parisien et qu'il ne 
quitte pas Paris, M. Vitu, dis-je, ne disconvient pas que la 
Chronique se montre invariablement respectueuse et attentive 
envers les membres de la maison de Bourbon ^ Il serait plus exact 
de dire que l'attachement de l'auteur pour les membres de l'illustre 
famille, et plus spécialement pour le cardinal, éclate en maint 
endroit et que les scènes qui sont décrites avec le plus de complai- 
sance sont celles qui se déroulent à l'hôtel de Bourbon ou dans ses 
environs. Je ne citerai qu'un exemple entre plusieurs. Pourquoi, 
si le rédacteur de la Chronique n'est pas le garde de cette belle 
demeure, déplore-t-il si fort le temps « pluvieux et mal venant » 
qui, le jour où le cardinal fêta les ambassadeurs flamands, en 
janvier 1483 (n. s.), endommagea « la belle tapisserie et le grand 
appareil fait en la cour dudit hostel » ? 

Un mot encore. Jean de Roye nous a lui-même appris que son 
manuscrit a été arrêté à la fin de 1478 ; mais tout lecteur atten- 
tif reconnaîtra facilement , en parcourant les dernières années 
du règne de Louis XI , dans un des exemplaires imprimés de 
la Chronique, que c'est la même main qui a complété le récit. 
Le manuscrit français 2889, tout mutilé qu'il est, n'est-il pas là, 
d'ailleurs, pour prouver que son rédacteur avait franchi l'époque 
où finit le fr. 5062? L'explication est aisée. On sait que, en 1477, 
à la suite des révélations plus ou moins sincères du duc de Nemours 
(il les rétracta en partie avant de monter sur l'échafaud), Louis XI 
conçut de terribles soupçons contre le duc de Bourbon, et que le 
cardinal, son frère, jusque-là le favori et l'un des plus employés 
des serviteurs du trône, dut quitter Paris pour un temps, complè- 
tement disgracié, tandis que les officiers de Jean II, poursuivis 
devant le Parlement, étaient emprisonnés, soumis à de sévères 
interrogatoires, et finalement relâchés. Quoi d'étonnant si dans 
de pareilles circonstances le fidèle Jean de Roye jugea bon de 
remettre à des temps meilleurs l'achèvement de son œuvre? Il 



1. P. 74. 



DE LA CHRONIQUE SCANDALEUSE? 433 

la reprit plus tard et la compléta, mais ce fut après la mort de 
Louis XL De là, la rapidité avec laquelle notre Chronique, rem- 
plie auparavant de détails sur les événements parisiens, résume 
les quatre dernières années du règne ; de là aussi le changement 
de ton de l'auteur et ses appréciations sur certains actes du roi. Je 
n'insiste pas. Tout cela est aisé à vérifier, et si on veut une preuve 
certaine que nos deux manuscrits n'ont pas été écrits à la même 
époque, qu'on les ouvre aux journées qui suivirent la bataille de 
Montlhéry (août 1465). L'auteur flétrit la lâcheté des serviteurs 
du roi et vante le courage de Louis XI qui ne demandait qu'à se 
battre, « car il est », porte le fr. 5062, « assez et trop vaillant » : 
« car il estait », reprend le fr. 2889, écrit après la mort du roi. 
Je conclus. Le rédacteur de la Chronique scandaleuse est Jean 
de Roye, secrétaire du duc Jean II, et j'ajoute serviteur proba- 
blement plus intime du cardinal-archevêque de Lyon que de son 
frère. Sa Chronique, toute parisienne, a été écrite à Paris, et, au 
moins jusqu'à la fin de 1478, à l'hôtel de Bourbon, dont il était le 
garde. Après la mort de Louis XI, Charles de Bourbon, affaibli 
par la maladie, se retira à Lyon, où il passa les dernières années 
de sa vie à protéger les sciences, les arts et tout particulièrement 
les imprimeurs. Est-il surprenant qu'un manuscrit delà Chronique 
de Louis XI ait été transporté à Lyon et imprimé dans cette ville 
peu de temps après la mort du prélat, survenue en 1488? 

B. DE Mandrot. 



BIBLIOGRAPHIE. 



Historia bibliothecx Romanorum pontificum tum Bonifatianœ tum 
Avenionensis, enarrata et antiquis earum indicibus aliisque docu- 
mentis illustrata a Francisco Ehrle, S. J. Tomus I. Romge, typis 
Vaticanis, -1890. In-8% xvi-787 pages, S planches. [Biblioteca 
delV Accademia storko-giuridica, vol. VIL) 

Antérieurement à la constitution de la bibliothèque du Vatican telle 
qu'elle existe aujourd'hui et dont les origines ne datent que du xv^ siècle, 
le saint-siège a possédé deux bibliothèques dont les livres ont été dis- 
persés au xiv° et au xv" siècle. La première, dont les vicissitudes peuvent 
être suivies pendant un demi-siècle, depuis 1295 jusqu'en 1345, doit être 
appelée Bonifaciana, du nom de Boniface VIII, sous le pontificat duquel 
elle fut organisée. La seconde, fondée à Avignon par le pape Jean XXII, 
a duré jusqu'au pontificat de Martin V, en 1417. C'est de ces deux biblio- 
thèques que le R. P. Ehrle a entrepris d'écrire l'histoire, dans un ouvrage 
monumental, dont le premier volume, le seul qui ait encore paru, con- 
tient la partie du travail qui concerne le xiv« siècle. 

La bibliothèque de Boniface contenait environ sept cents livres, qui 
furent portés de Rome à Pérouse en 1304, et, un peu plus tard, avant 
l'année 1319, de Pérouse dans le couvent des Cordeliers d'Assise, où ils 
devaient être encore en 1345. Après cette date on en perd la trace. Le 
R. P. Ehrle a retracé l'histoire de cette première bibliothèque, en mettant 
surtout à contribution les quatre inventaires qui nous en sont parvenus, 
savoir : l'inventaire dressé à Rome en 1295, l'inventaire dressé à Pérouse 
en 1311 et les deux inventaires dressés à Assise en 1327 et 1339. Le 
premier et le dernier de ces inventaires ont été publiés en 1885 dans 
VArchiv fur LiUeratur und Kirchengeschichte (t. I, p. 21, 307 et 324). L'in- 
ventaire de l'année 1311 {Recensio Perusina) est donné tout au long dans 
le volume que nous annonçons (p. 24-102). 

La seconde bibliothèque pontificale, celle des papes d'Avignon, était 
beaucoup plus considérable que la précédente. Des débris importants en 
sont aujourd'hui conservés à la Bibliothèque nationale de Paris, au 
Vatican et dans la bibliothèque Borghese. Le P. Ehrle en a reconstitué 
l'histoire avec un luxe de détails qu'on ne saurait assez admirer, et dans 
un ordre si parfait que, avec un peu d'attention, le lecteur n'est jamais 



BIBLIOGRAPHIE. 435 

embarrassé par la longueur des développements. Pour cette partie du 
travail, les éléments d'information ont été puisés à des sources très 
variées, mais également sûres : les livres mêmes qui sont conservés à 
Paris et à Rome; — les lettres des papes contenues dans les registres 
pontificaux du xiv° siècle; — les comptes de la chambre apostolique; 
— les inventaires des biens dévolus au saint-siège en vertu du droit de 
dépouille; — les inventaires des livres conservés au palais d'Avignon 
en 1369 et en 1375. 

Aux textes des documents, qui sont reproduits avec la plus scrupu- 
leuse exactitude, l'auteur a joint des résumés qui seront lus avec le plus 
grand profit par tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des livres au 
XIV' siècle. Rien n'a été épargné pour faciliter l'usage de cette riche col- 
lection de textes. Outre les explications dont beaucoup de textes ont 
été l'objet, on appréciera les tables de noms d'auteurs et des titres d'ou- 
vrages anonymes qui accompagnent l'inventaire de l'année 1311 (p. 109), 
les extraits des registres pontificaux, des comptes et des inventaires des 
dépouilles (p.. 251), de l'inventaire de 1360 (p. 438) et de l'inventaire 
de 1375 (p. 561). Ces tables seront d'un usage très commode pour aider 
à retrouver l'origine d'un assez grand nombre de manuscrits des papes 
d'Avignon que la Bibliothèque nationale a recueillis dans le fonds de 
Golbert. Je viens d'en faire l'expérience sur le ms. latin 7293. La pre- 
mière pièce de ce manuscrit (fol. 1-18) est un traité astronomique qui 
se termine par cette souscription : « Explicit tractatus instrument! 
astronomie magistri Leonis judei de Balneolis, habitatoris Aurayce, ad 
summum pontificem dominum Glementem VI, translatus de hebreo in 
latinum, anno incarnationis Ghristi 1342, et pontificatus dicti domini 
démentis anno primo. » Elle formait jadis un petit volume distinct, 
dont le feuillet initial a disparu, et dans lequel on lit au haut du second 
dacione, et au bas de l'avant-dernier in puncto enim. Si nous nous repor- 
tons à l'article LEO de la table dont le P. Ehrle a fait suivre l'inven- 
taire de la bibliothèque d'Avignon dressé en 1369, nous serons renvoyés 
à l'article 880 de cet inventaire, qui est ainsi conçu : « Item liber magis- 
tri Leonis de astrologia, coopertus samito livido, qui incipit in secundo 
folio dacione, et finit in penullimo folio in puncto enim. » Il suffit de 
rapprocher de cet article la première pièce de notre ms. 7293 pour avoir 
la certitude que cette copie du traité de Léon de Bagnoles était dans la 
bibliothèque pontificale dès l'année 1369, et que c'est très vraisemblable- 
ment l'exemplaire offert en 1342 au pape Clément VI. 

Mais ce n'est pas seulement pour l'histoire des livres qu'il faudra 
souvent recourir à l'ouvrage du R. P. Ehrle. Sans parler d'un travail 
très étendu et très neuf sur les constructions du palais des papes, qui 
n'occupe pas moins de 114 pages (p. 586-700) et auxquelles sont jointes 
huit planches, on trouve, d'un bout à l'autre du gros volume, une foule 
de renseignements très variés sur différents points d'histoire littéraire. 



J36 BIBLIOGRAPHIE. 

J'espère en avoir assez dit pour faire entrevoir l'importance du travail 

dont les anciennes collections de livres du saint-siège ont fourni le sujet 

au R. P. Ehrle, et qui ont pour nous un intérêt tout particulier, puisque 

la bibliothèque des papes d'Avignon est une institution essentiellement 

française. 

L. Delisle. 



Études d'histoire du droit, par Rodolphe Dareste, membre de l'Ins- 
titut, conseiller à la Cour de cassation. Paris, Larose et Forcel, ^ 889. 
In-S", 4'! 7 pages. 

Tous les lecteurs du Journal des Savants connaissent et estiment à 
sa valeur cette série d'articles sobres, précis et attrayants que M. Dareste 
a consacrés en ces dernières années au droit égyptien, au droit hébraïque 
et au droit musulman, au droit hindou, au droit persan, au droit slave, 
au droit germanique et au droit Scandinave. 

Ces études, si remarquées et si remarquables, ont été réunies en un 
volume que nous recommandons à toute l'attention de nos lecteurs. 
M. Dareste ne nous offre pas une reproduction pure et simple des essais 
publiés dans le Journal des Savants. Notre éminent confrère a revu ces 
articles avec soin : il a entièrement refait l'article Bohême et l'article 
Pologne. Toutes les qualités qui distinguent à un si haut degré les tra- 
vaux de M. Dareste, netteté et simplicité du style, étendue et sûreté des 
informations, se retrouvent ici. Ce livre, toujours mesuré et prudent, me 
semble fait pour gagner au droit comparé les esprits difficiles que ces 
belles études effrayent encore. 

Je tiens pour vraie telle solution que M. Dareste adopte dans cet 
ouvrage, et que, moins bien inspiré, il a depuis lors abandonnée, ou, si 
l'on veut, enrichie d'un commentaire inexact à mon sens : je fais allu- 
sion au rôle des rachimbourgs dans le prononcé du jugement pendant 
la période franque. Dans le Journal des Savants, M. Dareste a accepté 
sur ce point les explications de M. Fustel de Coulanges; elles ne m'ont 
jamais satisfait. Les rachimbourgs sont tout simplement des juges, 
comme l'avait fort bien dit M. Dareste dans les Éludes d'histoire du droit*. 
La distinction du droit et du fait, introduite ici par M. Fustel de Cou- 
langes, est, à mes yeux, forcée et arbitraire. En revanche, il me paraît 
difficile de parler encore (p. 389) des quatre bancs de pierre, placés en 
carré, sur lesquels les juges francs auraient pris place. M. Fustel de Cou- 
langes a définitivement renversé ces vieux bancs de pierre^. 

Il manque à cet important ouvrage une table alphabétique des matières. 

1. P. 389. Comparez Journal des Savants, 1889, p. 330. 

2. Fustel de Coulanges, Recherches sur quelques problèmes d'histoire. Paris, 
1885, p. 385, avec la note 5. 



BIBLIOGEAPHIE. 437 

Quelques lecteurs trouveront qu'il y manque aussi, non pas des indica- 
tions bibliographiques, — elles sont très complètes et très précieuses, 
— mais des renvois continus aux divers textes de lois utilisés. 

Paul ViOLLET. 

Les communaux et le domaine rural à l'époque franque, réponse à 
M. Fustel de Coulanges, par E. Glassox, membre de l'Institut, 
professeur à la Faculté de droit de Paris. Paris, Pichon, \ 890. In--! 2, 
483 pages. 

Cet essai est vrai au fond (je ne me permettrais de contester que cer- 
tains détails), piquant en la forme. L'auteur y développe contre M. Fustel 
de Coulanges les conclusions que j'exposais ici même en 1872. Ce sont 
aussi celles de M. E. deLaveleye, celles de M. Aucoc, celles de M. Rod. 
Dareste, celles de M. Paul Fournier, celles de M, Maxime Kovalevsky^. 
M. Fustel de Coulanges les a, comme on sait, contestées à diverses 
reprises, de son vivant. Il les a même combattues, après sa mort, dans 
des ouvrages posthumes où M. Glasson a été attaqué avec une vivacité 
extraordinaire 2. M. Glasson n'a pas cru devoir laisser passer sans 
réplique ces publications insolites. Attaqué énergiquement par M. Fus- 
tel de Coulanges mort, il a répondu énergiquement. En le lisant après 
M. Fustel de Coulanges, on se procurera un supplément d'information 
qui, vraiment, est nécessaire. Il n'est plus possible d'étudier la période 
franque sans recourir au livre de M. Glasson. 

Pris à partie moi-même par M. Fustel de Coulanges 3, malade, mou- 
rant, je gardai le silence, ayant déjà suffisamment polémisé avec le 
savant auteur en santé. Je me contentai d'inviter les lecteurs de M. Fustel 
de Coulanges à se reporter à mes articles sur ce sujet*. Ils suffisent. 
Mais je ne saurais blâmer la décision contraire prise par M. Glasson. 
Placé dans les mêmes conditions que lui, j'aurais probablement agi 
comme lui. 

L'essai que j'ai publié en 1872 dans la Bibliothèque de l'École des chartes 
ayant été, avec le beau livre de M. E. de Laveleye, le point de départ de ces 
discussions, quelques-uns de nos lecteurs me demanderont peut-être de 
les aider, au moins, à suivre cette polémique, aujourd'hui très dispersée. 
Voici l'indication de quelques publications récentes qu'il sera bon de 
joindre au très remarquable volume de M. Glasson, ainsi qu'aux ouvrages 
et aux articles de M. Fustel de Coulanges : 

Paul Fournier, Le dernier livre de M. Fustel de Coulanges, Paris, Palmé, 

1 . Sans parler des savants qui nous ont précédés. 

2. Fustel de Coulanges, L'alleu et le domaine rural, 1889, 1 vol. in-8". 

3. Revue des questions historiques, avril 1889. 

4. Paul Viollet, Broit public, Histoire des institutions politiques et adminis- 
tratives de la France, t. I", 1890, p. 313, note 1. 



438 BIBLIOGRAPHIE. 

1886 (extrait de la Revue des questions historiques, juillet 1886). — E. de 
Laveleye, La propriété collective du sol en différents pays, Bruxelles, 
Librairie européenne, 1886 (extrait de la Revue de Belgique, 15 nov. 
1885). — E. DE Laveleye, La propriété primitive dans les townships écos- 
sais, dans Séances et travaux de V Académie des sciences morales, nouvelle 
série, t. XXIV, p. 364 et suiv. — E. de Laveleye, De la propriété et de 
ses formes primitives, 4^ éd. Paris, 1891. — Thévenin, Études sur la pro- 
priété au moyen âge. Les communia (1886). — Lécrivain, La propriété fon- 
cière chez les Gaulois, dans Annales de la faculté des lettres de Bordeaux, 
1889, no2, p. 182 et suiv. — Lamprecht, Fustel de Coulang es économiste, 
dans Le moyen âge, juin 1889, pp. 129-132. — Th. Reinach, Le collectivisme 
des Grecs de Lipari, dans Revue des études grecques, 1890, pp. 86-96. — 
D'Arbois de Jubainville, Réponse à M. Fustel de Coulanges, dans Recherches 
sur l'origine de la propriété foncière et des noms de lieux habités en France, 
Paris, 1890, pp. xxiii-xxxi. — Maxime Kovalevsky, Tableau des origines 
et de l'évolution de la famille et de la propriété, Stockholm, Samson et 
Wallin (Skrifter utgifna afLorénska Stiftelsen, n° 2, 1890). — R. Dareste, 
dans Journal des Savants, année 1890, pp. 74-77. — Esmein, La propriété 
foncière dans les poèmes homériques, dans Nouvelle revue historique de 
droit, 1890, pp. 821-845. J'omets, avec intention, pour ne pas grossir 
cette liste, les publications indiquées par M. Glasson p. 11, note 1; 
p. 96, note 1. Paul Viollet. 

Beginonis abbatis Prumiensis Chronicon cum continuatione Treve- 
rensi. Recognovit Fridericus Kurze. Hannoverae, 1889. In-8°, xx- 
-196 p. [Script ores rerum Germanicarum in usum scfiolaruîn ex 
Monument is Germaniae Iiistoricis recusi.) 

A en croire les Annales Prumienses, la famille de Réginon était noble 
et habitait le village d'Altrip, sur le Rhin, en aval de Spire. Le témoi- 
gnage de ces Annales paraît tout à l'ait digne de foi : Altrip était un 
prieuré de l'abbaye de Priim, et on comprend que Réginon fut tout 
naturellement amené à faire partie de ce dernier monastère. Il en fut 
élu abbé en 892, lors d'une invasion normande qui pénétra jusqu'à Bonn 
et effraya tellement l'abbé Farabert qu'il se démit de ses fonctions. 
Réginon ne gouverna pas longtemps l'abbaye de Priim. En 899, il fut 
déposé, à l'instigation de ses ennemis, qui firent nomm.er à sa place 
Richer, frère de Gerhard et de Mahtfried, comte de Metz. M, Hartung, 
s'appuyant sur un passage du Chronicon Hirsaugiense de Trithème, a 
soutenu que Réginon fut chassé à l'instigation de Charles le Simple, qui 
s'était arrêté à Priim en 898, dans une expédition contre Zwendibolc, 
roi de Lorraine^; l'éditeur de Réginon, M. F. Kurze, s'est rangé à cette 

1. Forschungen zur Deutschen Geschichte, XVIII, 362-368. 



BIBLIOGRAPHIE. 439 

opinion. Dirai-je qu'elle me paraît peu fondée? L'autorité de Trithème, 
qui a rédigé sa Chronique au xv« siècle, est très faible; si Réginon, 
comme le font observer les savants allemands, ne dit pas de bien de 
Charles le Simple, il n'en dit non plus aucun mal. Que Richer, le rival 
de Réginon, ait été nommé évêque de Liège par Charles le Simple en 
922, cela ne prouve en aucune manière qu'il fût son partisan vingt- 
quatre années auparavant; aux ix^ et x« siècles, les hommes changeaient 
de parti plusieurs fois par an. Chassé de Priim, Réginon se réfugia à 
Trêves, où l'archevêque Ratbod lui confia l'administration de l'abbaye 
de Saint-Martin, ruinée par les Normands ^ Les dernières années de sa 
vie durent cependant s'écouler à Saint-Maximin de Trêves, car c'est là 
qu'il mourut, en l'an 915, et fut enterré, comme l'atteste l'inscription 
de sa pierre tombale, retrouvée en 1581. 

Réginon est l'auteur des trois ouvrages suivants : 1» une dissertation 
sur la musique, Epistola de harmonica institutione, dédiée à son protec- 
teur l'archevêque Ratbod 2; 2" Libellus de synodalibus causis xcclesiasii- 
cisque disciplinis, curieux manuel de l'évêque en tournée pastorale, 
entrepris à l'instigation de Ratbod, et dédié à Hathon, archevêque de 
Mayence-^; S» enfin, une Chronique, son ouvrage le plus précieux do 
beaucoup, et qui doit particulièrement nous occuper. 

Cette Chronique s'étend de la naissance de Jésus-Christ à l'année 906 
et est divisée en deux livres. Le premier, terminé à l'année 741 et inti- 
tulé Libellus de temporibus dominicee incarnationis, n'offre rien d'origi- 
nal; l'auteur s'est borné à copier, abréger ou paraphraser Bède, le mar- 
tyrologe d'Adon, les Gesta pontificum Romanorum, les Gesta regum 
Francorum, les Gesta Dagoberti, Paul Diacre, les Annales S. Amandi 
(716-741), différentes Vies de Saints, etc. Le second livre, intitulé Liber 
de gestis regum Francorum, va de 741 à 906, et peut se diviser, à son 
tour, en deux parties : l» de 741 à 813, rien d'original; c'est la copie 
des Annales Laurissenses majores dont Réginon semble mépriser l'incor- 
rection, et qu'il se vante d'avoir remis en bon latin -i; 2° depuis la mort 
de Charlemagne, Réginon n'a eu d'autres sources que des Annales brèves 

1. Vita S. Magnerici, dans les Monumenta Germanise, Scriptores, VIII, 208. 

2. Publié par Coussemaker, Scriptores de Musica medii œvi, Paris, 1867, II, 
1-73. 

3. Migne, Patrologia, série latine, CXXXI ; édition de Wasserschleben, Leip- 
zig, 1840. Cf. Tardif, Histoire des sources du droit canon, p. 162-164. 

4. Voyez à l'année 813 : « Haec quae supra expressa sunt, in quodam libello 
repperi plebeio et rusticano sermone composita ; quae ex parte ad latinara regu- 
lara correxi, quaedam eliam addidi quœ ex narratione seniorura audivi. » Cette 
dernière affirmation ne laisse pas que de surprendre, car nous ne voyons pas 
que l'auteur ajoute rien aux Annales Laurissenses. A la date de 755, il a encore 
utilisé la Revelatio facta sancto papx Stephano (Monumenta Germanise, 
Scriptores, XV, 2). 



^40 BIBLIOGRAPHIE. 

de Prûm, un recueil de lettres relatives surtout au divorce de Lothaire 
et de Theutberge, enfin, pour les dernières années, ses propres notes et 
souvenirs. L'auteur avoue du reste (à l'année 813) que, pour le règne 
de Louis le Pieux, les livres et les récits des vieillards ne lui ont fourni 
que fort peu de choses. Quant aux Annales brèves de Priira, si elles 
ont disparu , elles semblent bien avoir été également la source des 
Annales de Stavelot' et d'une copie latine faite à Priim en 922^. 

Dans cette dernière partie, la Chronique de Réginon, par la richesse 
et la variété de ses informations, constitue un document des plus pré- 
cieux pour l'histoire, non seulement de l'Allemagne et de la Lorraine, 
mais de la France et de l'Italie, dans la seconde moitié du ix« siècle et 
les premières années du x'' siècle. Réginon s'intéresse à tout ce qui se 
passe dans l'empire d'Occident, aussi bien dans l'Armorique et la Pro- 
vence que dans la Franconie ou la Lorraine. Pour la France, il sert à 
contrôler et à compléter les Annales d'Hincmar et de Saint-'Vaast; de 
900 à 906, il est la source, à peu près unique, pour cette période du 
règne de Charles le Simple. La chronologie est malheureusement incer- 
taine, cela tient au mode de composition de l'ouvrage. Réginon n'a pas 
rédigé ses Annales année par année, au fur et à mesure des événements, 
comme ont fait par exemple Hincmar au ix« siècle, Flodoard au x^ siècle. 
Il composa sa Chronique d'un seul coup, de 907 à 908, et la dédia, en 
cette dernière année, à Adalbéron, évéque d'Augsbourg (887-910). Aussi 
les erreurs de date abondent, même pour les dernières années. Qu'il fasse 
mourir, par exemple, en 862, Noménoé, roi des Bretons, qui en réalité 
périt en 851, cela n'a rien de bien étonnant; il s'agit du souverain d'un 
pays lointain, et d'une époque déjà reculée; mais, à une époque très 
rapprochée, il met en 896 l'arrivée de Louis l'Aveugle en Italie, qui eut 
lieu en 898 ; il le fait couronner empereur en 898, au lieu de 901 ; il place 
en 901 une invasion hongroise en Italie qui se produisit deux ans aupa- 
ravant, etc. Cette incertitude chronologique fùt-elle le seul reproche 
qu'on dût adresser à Réginon, il faut avouer qu'il est grave. 

La Chronique de Réginon a été continuée, de 907 à 967, par un moine 
de Saint-Maximin de Trêves, en qui les érudits allemands, depuis Pertz, 
et surtout depuis Giesebrecht-^, s'accordent à reconnaître Adalbert, 
moine de cette abbaye, plus tard archevêque de Magdebourg. Cet auteur 
ne semble vraiment original que pour les dix dernières années ; jusqu'à 
940, ses sources sont les Annales Laubacenses, Sangallenses majores, 
Augienses (Reichenau). Il semble avoir aussi utilisé des Annales brèves 
de Fulda et autres documents aujourd'hui disparus; c'est ce dernier 
point qui fait la valeur de cette continuation, qui contient un certain 

1. Monumenta Germaniœ, Scriptores, XIII, 39. 

2. Monumenta Germanise, Scriptores, XV, 1289. 

3. Geschischie der Kaiserzeit, I, 778. 



BIBLIOGRAPHIE. ^4^ 

nombre de faits intéressants pour l'histoire de France, notamment aux 
années 939, 948, 965. Adalbert commençait l'année à Noël, comme on 
peut s'en assurer en lisant au hasard un paragraphe quelconque de ses 
Annales (voyez, par exemple, les débuts des années 960-967). 

La Chronique de Réginon, avec la continuation d'Adalbert, a été 
insérée dans les Annales Nienburgenses (ouvrage qui a péri, mais dont 
la copie nous a été conservée par les Annales Magdeburgenses et l'Anna- 
lista Saxo)^ et reproduite par les Annales Hersfeldenses, Hermann de Rei- 
chenau, Otton de Freisingen, etc. La Chronique de Réginon, sans la 
continuation, a été interpolée, à la fin du x" siècle, dans les Annales 
Metteuses, et mise à profit par Marianus Scottus, Hugues de Flavigny, 
les Gesta Trevirorum, etc. 

La Chronique de Réginon est contenue dans plus de trente manus- 
crits, qui se divisent tout naturellement en deux classes, A et B, selon 
qu'ils renferment ou non la continuation. Tous les manuscrits ont pour 
type deux autographes aujourd'hui disparus. A (Réginon, avec la con- 
tinuation d'Adalbert), selon M. F. Kurze, est représenté par trois 
manuscrits dont tous les autres de cette classe sont des dérivés : !<> A^, 
manuscrit 6388 de Munich, x« siècle (dont dérivent dix manuscrits); 
2o A2, lat. 5018 de la Bibl. nat., xi« siècle; 3° A^, lat. H851 de la Bibl. 
nat. (manuscrit autographe de VAnnalista Saxo, qui a interpolé l'œuvre 
de Réginon dans sa Chronique). De même B est représenté par trois 
manuscrits, sources de tous les autres : 1» B', n» 359 de la bibl. d'Ein- 
siedeln, fin du x« siècle; 2° B^, n° 109 de la bibl. de Schaffhouse, fin du 
xe siècle (onze manuscrits en dérivent); 3° B^, lat. 5017 de la Bibl. nat., 
xie siècle. 

La direction des Monumenta Germanise a eu une excellente idée en 
faisant rééditer en un format commode une chronique qui intéresse 
presque autant l'histoire de France que l'histoire d'Allemagne. Le savant 
chargé de ce soin, M. Frédéric Kurze, déjà connu par une bonne édi- 
tion de Thietmar publiée récemment ^, nous paraît s'être chargé de cette 
tâche avec tout le soin et l'érudition désirables. Ses notes historiques 
sont sobres, mais précises et exactes. Elles sont d'ailleurs empruntées, 
pour la plupart, aux excellents travaux de M. Dûmmler. Suivant un 
procédé général en Allemagne, qu'on ne saurait trop recommander, 
l'auteur a fait imprimer en petit texte les parties de la Chronique de 
Réginon qui sont dépourvues d'originalité, en indiquant, en marge, la 
source dont ces passages sont tirés. Mais la partie qui nous semble la 
plus neuve et la plus louable du travail de M. Kurze, c'est la classification 
des manuscrits; c'est ce qui rend son édition supérieure à celle que Pertz 
publia en 1826, dans le tome !«'' des Monumenta Germanie. M. Kurze a 
étudié tous les manuscrits qui contiennent la Chronique de Réginon et 

1. Voyez Bibliothèque de l'École des chartes, LI, 1890, p. 156. 



442 BIBLIOGRAPHIE. 

la continuation d'Adalbert, et s'est occupé d'en établir la filiation. Pertz 
n'a connu qu'une douzaine de manuscrits qu'il n'a pu ou voulu classer; 
aussi, son édition ne donne pas toujours les leçons les plus anciennes et 
les plus correctes. Celle de M. Kurze la remplace donc très avantageuse- 

n^s"^*- Ferdinand Lot. 

The Song of Lewes. Edited, with introduction and notes, by G. L. 
KiNGSFORD. Oxford, at the Glarendon press, -1890. In-46, xxxvi- 
i 68 pages. 

Le Carmen de bello Lewensi, qui forme l'objet de la présente publica- 
tion, a été publié pour la première fois, mais avec peu de soin, par 
Th. Wright, dans les Political Songs of England (Camden Society, 
1839). Il existe dans un seul manuscrit ancien, le manuscrit Harl. 978 
du Musée britannique, qui paraît avoir été écrit à l'abbaye de Reading 
par divers moines du xiii^ siècle. M. Kingsford en a donné la descrip- 
tion minutieuse dans l'introduction (p. xi-xvii) ; il contient des antiennes, 
des préceptes de médecine, des poésies goliardiques, des lais de Marie 
de France, etc. Quant au poème sur la bataille de Lewes, il compte 
968 vers de treize syllabes, rimant deux à deux. 

Ce poème parait avoir été composé peu après la victoire remportée 
par Simon de Montfort et les barons révoltés sur les troupes du roi 
d'Angleterre Henri III, qui, on le sait, fut pris après le combat avec 
son fils aîné, son frère et son neveu (14 mai 1264). M. Kingsford sup- 
pose qu'il a été composé par un frère mineur, chaud partisan du comte 
de Leicester ; que ce moine faisait même partie de la maison {house- 
hold) du comte et qu'il assistait à la bataille de Lewes. Tout cela est 
possible, mais, en réalité, nous n'en savons rien et l'on pourrait tout 
aussi bien émettre l'opinion que c'était un clerc attaché à la personne 
de l'évêque de Chichester (Etienne de Berkstead), un des rares parti- 
sans du comte que l'auteur du poème désigne par son nom. D'ailleurs 
l'intérêt de l'ouvrage ne réside pas dans ce qu'il dit de la bataille, mais 
bien dans les réflexions morales et dans les théories politiques dont il 
est rempli. A cet égard, M. Prothero l'avait déjà mis à profit et utile- 
ment commenté dans sa biographie de Simon de Montfort^. 

M. Kingsford a publié le texte avec un soin méticuleux : toutes les 
lettres qui, dans le manuscrit, étaient représentées par des abrévia- 
tions, sont imprimées en italiques ; les particularités orthographiques 
du manuscrit sont conservées, ce qui n'est pas toujours le cas pour les 
publications de textes du moyen âge en Angleterre ; mais la ponctua- 

1. The Life of Simon de Montfort, earl of Leicester, with spécial référence 
to the parliamentary history of his time (1877), p. 178 et 375. Cf. Bémont, 
Simon de Montfort, comte de Leicester (1884), p. 219. 



BIBLIOGRAPHIE. 443 

tion est moderne, ce qui est indispensable. Suit une traduction anglaise 
qui est très fidèle. 

L'importance du volume réside dans les notes et dans l'appendice. 
Ces notes sont très abondantes (p. 55-122) ; elles commentent par le 
menu les détails que le poème fournit sur Simon de Montfort et sur 
sa victoire, à l'aide des récits assez nombreux et variés que les con- 
temporains nous en ont laissés. L'auteur cite même fréquemment 
des extraits de chroniques inédites, comme celles de Douvres, de 
Rochester et de Lewes. Il traite aussi tout au long certains faits 
importants, par exemple la situation des étrangers en Angleterre sous 
Henri III (p. 72-78), le caractère de Simon de Montfort (p. 79-83), la 
nomination des sheri/fs, des gouverneurs des châteaux -forts et des 
ministres (p. 91-98), la nature du pouvoir royal (p. 101-122). Je ne sais 
si cet étalage d'une érudition, d'ailleurs étendue et précise, ajoute beau- 
coup à ce que nous savions déjà, par exemple par MM. Gneist et Stubbs, 
Prothero et Gh. Plummer^; mais, s'il y a un peu d'excès en tout cela, 
on n'ose pas trop le blâmer. 

Dans l'appendice, M. Kingsford reprend ce qu'il avait déjà dit en 
partie dans ses notes des théories qui avaient cours, au moyen âge, 
sur la nature du pouvoir royal ; il analyse les principales de ces théo- 
ries, celles de Jonas d'Orléans 2, d'Hiucmar, de Hugues de Fleury, de 
Jean de Salisbury (qui mourut, non en 1183, mais le 25 octobre 1180), 
de Giraud de Barry, de Vincent de Beauvais, de Guillaume Pérault, 
d'Alexandre de Haies, deBracton, de saint Thomas, de saint Bonaven- 
ture, de Jean de Galles (qu'il appelle John Walleys), de Gilles de 
Rome, etc. Là encore, on ne trouve rien de bien neuf, mais le chapitre 
se lit avec intérêt. 

L'appendice n» II est une sorte de calendrier des événements poli- 
tiques de l'année 1264. Enfin, dans le IIP appendice, M. Kingsford 
a publié un poème comique en français d'un certain Richard, intitulé 
« la Besturné » ; il a eu doublement tort, car le poème ne se rapporte 
en rien à la bataille de Lewes et il n'est même pas, comme le croit 
l'auteur, inédit. L'index est très complet; on appréciera au mot Bible 
la liste des citations empruntées aux livres saints qui se trouvent dans 
le poème latin. En résumé, si ce travail n'est pas très original, s'il 
n'ajoute pas beaucoup à nos connaissances, il est l'oeuvre d'un bon 
ouvrier et peut servir de modèle pour commenter un texte à la fois 
historique et littéraire du moyen âge. pi^ R'- n 

1. John Fortescue, the Government of England, otherwise called the Diffé- 
rence beiween an absolute and a limited monarchy, éd. Ch. Pluramer. Oxford, 
Clarendon press, 1885. 

2. Le De institutione regia de Jonas a été publié au tome CVI de Migne, 
p. 118 et suiv. L'indication donnée par M. Kingsford n'est pas tout à fait exacte. 



Hi BIBLIOGRAPHIE. 

Études sur les biens ecclésiastiques avant la Révolution, par L. Bour- 
GAi!v, professeur à la Faculté catholique des lettres d'Angers. Paris, 
L. Vives, ^890. ln-8°, 402 pages. 

C'est une entreprise très dangereuse que celle d'écrire un livre d'iiis- 
toire avec l'idée préconçue de soutenir tel ou tel système particulier, 
surtout lorsque le sujet que l'on aborde a d'étroites connexités avec des 
questions qui passionnent ou irritent les hommes de nos jours. On 
s'expose à ne pas avoir la liberté d'esprit nécessaire pour juger impar- 
tialement les choses; on laisse de côté une multitude de faits qui embar- 
rassent la thèse; on groupe des chiffres choisis intentionnellement 
d'une manière spécieuse et habile pour amener à une conclusion néces- 
saire et prévue ; en un mot on fait un plaidoyer : on ne fait pas une 
œuvre purement et simplement scientifique. 

Ce sont là les réflexions qu'inspire la lecture de l'ouvrage que vient 
de faire paraître M. L. Bourgain sur les biens ecclésiastiques avant la 
Révolution. M. Bourgain s'est proposé de démontrer dans son travail 
(nous citons les titres de ses chapitres) que l'Église était propriétaire 
sous l'ancien régime, et non les pauvres, et non l'Etat; que personne 
n'a pu démontrer que l'Église n'était pas propriétaire; que l'Église 
payait des droits de mutation considérables ; qu'elle a payé des impôts 
considérables sous Philippe le Bel, François I^"", Henri II, Louis XV, 
Louis XVI; que, sous l'Assemblée constituante, elle a fait tous les 
sacrifices pécuniaires possibles, et qu'enfin la régale n'a été qu'une 
longue suite d'empiétements sur les droits de l'Église. 

La simple énumération de ces titres indique la méthode qu'a suivie 
nécessairement l'auteur. Il faut dire qu'il s'est occupé des propriétés 
ecclésiastiques depuis Constantin jusqu'à Louis XVI, ce qui est un 
sujet un peu vaste, dans lequel on soulève une foule de questions très 
délicates et dont la plus grande partie sont loin d'être définitivement 
résolues. Nous ne pouvons suivre M. Bourgain dans ses discussions, 
qui sont plus du domaine des polémiques de presse que des comptes 
rendus d'une revue d'érudition. Nous ne disons pas que toutes ses 
assertions soient contestables. H y a dans son travail des faits inté- 
ressants que nul ne songera à révoquer en doute et des passages curieux, 
comme ceux qui ont trait aux sommes données par l'Église aux rois, 
ou la partie consacrée à la régale, qui renferme quelques idées person- 
nelles et originales. Mais nous ne pouvons nous arrêter à un livre qui 
n'a pas un caractère plus nettement scientifique. 

Ajoutons, en terminant, qu'il était deux questions que, d'après le 
titre de l'ouvrage, nous nous attendions à voir traitées dans cette étude : 
l'état exact des biens de l'Église avant la Révolution et la manière 
dont étaient perçues dans le détail les impositions du clergé aux xvii® 
et xvnie siècles, seconde question peu éclaircie et qui demanderait de 



BIBLIOGRAPHIE. 445 

nouvelles recherches. Mais notre espérance a été déçue; M. Bourgain 

a laissé de côté ces deux séries de faits. 

L. Mancest-Batiffol. 



Histoire d'Ahbeville. Abheville avant la guerre de Cent ans, par 
E. Praroivd. Paris, Alph. Picard, -189^. In-8°, xxxv-402 pages. 

On serait heureux de posséder aujourd'hui une histoire définitive 
d'Abbeville. Les documents intéressants publiés par MM. Aug. Thierry 
et Gh. Louandre, dans le tome IV du Recueil des monuments inédits de 
l'histoire du tiers état (Collection de Documents inédits), suffisent pour 
montrer que ce ne sont pas les éléments à mettre en œuvre qui feront 
défaut. Cette histoire raconterait les origines de la ville, mettrait en 
lumière les commencements de la commune, la juridiction des éche- 
vins, etc. Sur ce dernier point, deux manuscrits conservés dans les 
archives communales d'Abbeville, le Livre blanc et le Livre rouge, don- 
neraient une grande quantité de renseignements, tant pour le civil que 
pour le criminel^. Ce qui intéresserait vivement, ce serait encore l'ex- 
posé de la lutte, qui commença vers la fin du xni^ siècle, entre le roi 
de France et le roi d'Angleterre, comte de Ponthieu, pour la possession 
de cette ville. Cette lutte fortifia la commune, en ce sens que, pour 
s'attacher exclusivement les bourgeois, chacun des deux rivaux les 
comblait de privilèges et de franchises. Abbeville présentait, en outre, 
cette particularité curieuse, que les trois juridictions communales 
d'Amiens, de Gorbie et de Saint-Quentin intervenaient souvent dans 
les affaires municipales, soit pour établir des points de droit, soit pour 
confirmer ou casser les sentences des échevins, soit enfin pour mettre 
un terme aux discordes civiles. Il y a donc là matière à un travail 
intéressant, portant sur bien des points neufs. 

M. Prarond a-t-il réussi à nous satisfaire dans son Histoire d'Abbe- 
ville ? Je ne le pense pas. Son travail n'est ni suffisamment complet ni 
suffisamment critique. Il néglige d'abord tout ce qui concerne les ori- 
gines et les premiers temps d'Abbeville et commence son histoire en 
1133, avec un personnage qu'il croit avoir été le premier maire connu 2. 

1. Voir les quelques documeals publiés dans le t. IV des Monuments inédits 
de l'histoire du tiers état, p. 28, 29, 52, 53, 55, 56, 62, 65, 66, 67, 69, 70, 71, 
etc., etc. 

2. Est-il encore bien sûr que le Guillaume ou Willerme que M. Prarond donne 
comme maire d'Abbeville en 1133 Tait été effectivement? M. Prarond s'ap- 
puie sur le P. Ignace, qui indique ce nom d'après le Cartulaire de Saint-Pierre, 
p. 316. Ce Willermus major était témoin dans une charte de confirmation de 
l'abbaye de Saint-Pierre. Mais doit-on traduire par Guillaume maire, ou par 
Guillaume Vaine? Même observation pour le Guillaume de 1144, le Pierre de 
1152, etc. 

4894 40 



^46 BIBLIOGRiPHIE. 

Depuis cette époque jusqu'en 1337, il donne le texte, l'analyse ou l'in- 
dication des principaux documents qui concernent la ville et le comté. 
Mais ces documents ne commencent guère qu'en 1184, date à laquelle 
la charte de commune fut octroyée aux bourgeois par Jean I", comte 
de Ponthieu. Ils sont empruntés principalement au Livre blanc, au 
Livre rouge, au Terrier du Ponthieu (Bibl. nat., ms. latin 10,112), à 
dom Grenier, à Waignart, au P. Ignace, à MM. Aug. Thierry et Charles 
Louandre, et aux notes que le marquis Le Ver a ramassées dans les 
archives de l'Hôtel-Dieu. Malheureusement, le dépouillement de ces 
collections est loin d'avoir été fait d'une façon complète. J'ai remarqué, 
dans la seule collection Grenier, plus de documents sur l'histoire d'Ab- 
beville que M. Prarond n'en a recueilli. Il n'a pas vu les pièces indi- 
quées par Gocheris, dans son Catalogue des manuscrits sur la Picardie 
(2^ série, tome U des Mémoires de la Société des Antiquailles de Picardie, 
in-8°), comme se trouvant à la Bibliothèque nationale ou aux Archives 
nationales; il s'est contenté d'en reproduire l'analyse. Même chose 
pour les notes du marquis Le Ver. 

En outre, M. Prarond s'est à peu près dispensé de tout travail de 
rédaction originale. Il aligne les documents bout à bout; pour les uns, 
il donne le texte complet; pour d'autres (ce sont souvent les plus impor- 
tants), il se borne à l'analyse ou à l'indication, en renvoyant à la source. 
Il y mêle des dissertations historiques sur les événements d'Abbeville, 
dues à un certain Formentin, qui, de son aveu même, est un auteur 
dénué de toute valeur. Quand il se présente des difhcultés de textes, 
Fauteur ne fait que les signaler et en laisse la solution à d'autres écri- 
vains plus heureux. Ce n'est pas là ce qu'on peut appeler écrire l'his- 
toire d'une ville. 

Deux questions de chronologie, importantes pour le sujet spécial que 
traitait M. Prarond, n'ont été résolues ni l'une ni l'autre d'une manière 
satisfaisante. D'une part, il admet que les maires et les échevins ont 
été installés en charge, chaque année, le 24 août : mais ce système 
l'embarrasse souvent; il lui arrive de trouver jusqu'à deux et trois 
maires différents pour une même année échevinale. A mon avis, cette 
date du 24 août est absolument imaginaire et ne peut se justifier, au 
moins pendant les premiers siècles de la commune ^. D'autre part, il 
pense que l'année de l'incarnation, dans l'usage d'Abbeville, commen- 



1. Pour prouver que le renouvellement des maires avait lieu le 24 août dans 
les premières années du xiv" siècle, M. Prarond (p. 353) donne deux textes qui 
ne me semblent pas bien convaincants. Ils sont rapportés dans les Monuynents 
inédits de l'histoire du tiers état, p. 85 et 95. Ils prouvent seulement que les 
comptes de la ville étaient rendus le 24 août, mais ils ne parlent pas du renou- 
vellement de 1 echevinage. M. Prarond dit lui-môme (p. xiii et p. 259) qu'il a 
beaucoup de doute sur la date d'élection des maires au xii'^ et au xiii« siècle. 



BIBLIOGRAPHIE. 447 

çait à Pâques : là encore, il rencontre des difficultés insurmontables 
(p. 191, 250, 266, 275). Contrairement à son opinion, je suis fort porté 
à croire que le premier jour de l'année était le 1^' janvier. M. Prarond 
donne lui-même un texte assez précis (p. 266) : « Le nuit de Van, en 
« l'an de grâce mil CGC et sept, feri Jehanés Haymars d'Espaignete 
« Maroie, femme Jehan de Pardieu... dont ele morut de chu caup, et 
« en sonna on les trois clokes, le jour del invencion saint Fremin » 
(13 janvier). Il cite aussi (p. 192 et 348) une vente qui eut lieu le mer- 
credi après l'Annonciation de 1284. Or, si l'on avait suivi le style de 
Pâques, l'année 1284 aurait commencé le 9 avril pour finir le 25 mars, 
et il n'y aurait pas eu, cette année-là, de « mercredi après l'Annon- 
ciation ». 

La lecture de ce livre ne peut que faire désirer encore plus vivement 
une bonne histoire d'Abbevilie. Il ne faut pas désespérer que, dans un 
avenir plus ou moins prochain, un bon historien éclairasse un peu 
l'obscurité que M. Prarond, pas plus que ses devanciers, n'a réussi à 
dissiper. 

H. Lâ.bânde. 

Les Travaux des ports, les marins et la pêche au pays de Caux pen- 
dant le moyen âge. Notions inédites, publiées par A. Hellot, 
notaire honoraire. Rouen, Lestringant; Paris, E. Dûment. Mars 
^89^. In-ie, 32 pages. 

Cet opuscule, malgré son peu d'étendue, doit être recommandé à 
l'attention de nos lecteurs. Il renferme de très curieuses et très nou- 
velles informations sur plusieurs points de l'histoire de la marine nor- 
mande, du xni^ au xvi'' siècle. L'auteur, à l'aide des archives de l'ab- 
baye de Fécamp, nous fait connaître l'origine et les vicissitudes des 
ports de Saint-Valery-en-Caux et de Veulettes. Le paragraphe relatif à 

la pêche du hareng est particulièrement intéressant. 

L. D. 

Étude sur les comptes de Macé Darne, maître des œuvres de Louis P% 
duc d'Anjou et comte du Maine (l367-i376), d'après un manus- 
crit inédit du British Muséum, par André Jodbert. Angers, 1890. 
In-8°, 93 pages. 

M. André Joubert donne dans ce volume d'intéressants extraits du 
manuscrit des comptes de Macé Darne, qui fut maître des œuvres de 
Louis I^"", duc d'Anjou et comte du Maine. Ces comptes embrassent 
une période de neuf années et vont du 1" mai 1367 (date de l'entrée en 
fonctions) au 7 mai 1376 (date de la mort de maître Macé). 

M. A. Joubert a divisé son livre en quatre chapitres. Le premier 
comprend les recettes, dont le « Trépas de Loire » est une des sources 



UÛ 



BIBLIOGRAPHIE. 



les plus abondantes; les trois autres chapitres sont consacrés aux 
dépenses et donnent les renseignements les plus précis sur les diffé- 
rents travaux de construction ou de réparation entrepris par Macé 
Darne aux halles d'Angers, au château de la Roche-aux-Moines, à la 
Chambre des comptes d'Anjou, au château d'Angers et au château de 
Saumur; on trouve en particulier d'intéressants détails sur la cons- 
truction de la chapelle neuve du château de Saumur (1367-1376). 

Usages et salaires des ouvriers, prix des denrées, valeur et nature 
des matériaux, modes et procédés usités à cette époque dans les divers 
travaux par les différents corps de métiers, noms de quelques sculp- 
teurs habiles à « ouvrer en bestes et en felaiges, » voilà ce que nous 
découvrent les comptes de Macé Darne. M. A. Joubert a fait suivre son 
étude d'une table des noms de lieux et de personnes. 

Jean Virey. 

Archives historiques de la Marche et du Limousin, publiées sous la 
direction de MM. Alfred Leroux et René Fage. Tome IL Chro- 
niques ecclésiastiques du Limousin, publiées et annotées par l'abbé 
A. Lecler, curé-doyen de Gompreignac. Tulle, imprimerie de Jean 
Mezeyrie, 1890. In-8% 493 p. 

A part quelques courts extraits empruntés aux annales du couvent 
des Dominicains de Limoges, les textes qui figurent dans les Chroniques 
ecclésiastiques du Limousin se rapportent uniquement au xvii^ ou an 
xvine siècle. On peut se demander si tous étaient de nature à prendre 
place dans une collection de documents historiques. La « Chronique 
des Ursulines d'Eymoutiers », par exemple, qui occupe près de cent 
pages du volume, était, dans l'esprit de son auteur, un ouvrage destiné 
exclusivement à l'édification des religieuses du monastère; en dehors 
d'un court passage relatif à l'éducation que les Ursulines donnaient 
aux jeunes filles, nous ne voyons pas quel parti l'historien pourrait 
en tirer. 

La « Relation de ce qui s'est passé à l'établissement de l'Hôpital 
général de Limoges, de la maison de la Mission, du Séminaire et du 
petit couvent de Sainte-Glaire, par Monsieur de Savignac et la Révé- 
rende Mère du Calvaire », offre aussi les caractères d'un ouvrage de 
piété, mais au moins y trouve-t-on quelques renseignements sur la 
fondation de ces différents établissements et sur l'organisation de la 
Congrégation des sœurs de Saint- Alexis, destinée à desservir l'hôpital. 

La « Chronique des Ursulines de Limoges » est plus vivante et 
fournit d'assez abondants détails sur les relations du couvent avec la 
société civile, sur les travaux artistiques qui y furent exécutés, etc.; 
quant à celle des Ursulines de Tulle, elle ne consiste guère que dans 
rénumération des sœurs qui furent reçues comme novices et de celles 



BIBLIOGRAPHIE, 449 

qui firent profession. Ces deux longues listes peuvent être utiles pour 
l'histoire des familles du pays; mais, comme naturellement ce sont 
presque toujours les mêmes personnes qui figurent dans les deux caté- 
gories, on aurait évité d'inutiles répétitions en fondant ces deux réper- 
toires en un seul. 

Le document le plus intéressant de ce recueil est, en réalité, le 
« Tableau ecclésiastique et religieux de la ville de Limoges ». Son 
auteur, François Bullat, mort en 1836, était vicaire dans cette ville en 
1789. Pendant toute sa jeunesse, il avait eu sous les yeux les édifices 
dont il fait la description et avait vécu de la vie qu'il dépeint. Il est 
facile de comprendre que, si ses dissertations historiques ont peu de 
valeur, ses souvenirs personnels sont très précieux au contraire pour 
faire connaître dans tous leurs détails les usages locaux, les cérémo- 
nies du culte, l'organisation des confréries. Ils fournissent également 
d'utiles matériaux pour l'histoire du clergé pendant les premières années 
de la Révolution. 

Léon Le Grand. 

Une Famille de grands prévôts d'Anjou aux XV IP et XV IIP siècles. 
Les Constantin, seigneurs de Varennes et de la Lorie, par André 
JouBERT. In-8°, xi-363 pages. 

Le travail de M. Joubert retrace à grands traits l'histoire d'une famille 
importante de l'Anjou, et comprend une assez longue période (1652- 
1799). Les archives des Constantin de la Lorie ont fourni à l'auteur 
bon nombre de documents inédits qui, analysés et classés, forment le 
fond de l'ouvrage. L'histoire de la famille se trouve en quelque sorte 
reléguée au second plan, la première place restant occupée par le récit 
des incidents nombreux de la vie des grands prévôts. Les détails 
abondent, souvent curieux, mais on aurait aimé trouver en eux les 
bases d'une étude plus générale sur les fonctions mêmes de grand 
prévôt. 

Le volume est complété par une série d'héliogravures, dont quelques- 
unes fort remarquables; le portrait d'Anne Pelletier, dame de la Lorie, 
peint en 1652, est l'œuvre d'un maître, bien qu'il n'ait été prisé que 
11 livres dans l'inventaire de 1683. A signaler également deux très 
belles statues ornant le grand escalier intérieur du château de la Lorie. 

Dans les pièces justificatives, les plus intéressantes sont des inven- 
taires après décès, datés de 1683. Dans l'un d'eux, on rembarque cette 
mention : « Un petit tableau à quadre doré, représentant ledit deffunt 
S'' de Varennes, ledit tableau marqué fait par le s"" Nanteuil, en l'an 
1662, prisé 6 louis d'or. » Plusieurs de ces inventaires contiennent des 
indications intéressantes relatives au prix des bestiaux et des grains 
en 1683 et en 1700. 



^50 BIBLIOGRAPHIE. 

Lettres d'un cadet de Gascogne sous Louis XIV. François de Sarra- 
méa, capitaine au régiment de Languedoc. Publié pour la Société 
historique de Gascogne par François Abbadie, ancien magistrat. 
Paris et Auch, -1890. In-S», xix-90 pages. 

François de Sarraméa naquit, le 21 juillet 1677, àBonrepaux, aujour- 
d'hui Bourrepeaux (Hautes-Pyrénées). Sous-lieutenant, à l'âge de seize 
ans, dans le régiment de Languedoc, il y servit près de cinquante ans. 
Le 4 juillet 1703, il devint capitaine. En janvier 1735, il fut nommé 
major. Il avait épousé, le 9 février 1724, Gatherine-Josèphe d'Asson 
d'Argelès. On ne sait quand il mourut. 

Un de ses descendants, M. François Abbadie, ancien magistrat, a 
jugé utile de publier les lettres de Sarraméa, qui étaient restées aux 
mains de la famille. Elles embrassent une période de vingt-huit années, 
passées presque sans interruption à l'armée, aux avant-postes de Flandre 
ou d'Allemagne, et fournissent, par suite, plus d'un renseignement sur 
la vie d'un officier au xvii« et au xviii^ siècle. 

Le recrutement et l'habillement étaient, on le sait, à la charge des 
capitaines ; l'État ne fournissait que la solde et la subsistance. L'hiver, 
quand les troupes prenaient leurs quartiers, chaque capitaine levait 
quelques soldats pour réparer les pertes de la campagne précédente. 
Sarraméa parle plus d'une fois dans ses lettres des « hommes » qu'il 
fait à grands frais, des recrues qu'il conduit au régiment, recrues qui 
s'échappent souvent ou désertent et qu'il rattrape parfois, au galop de 
son cheval, le pistolet au poing. 

Les valets d'un officier lui appartenaient personnellement. Ils étaient, 
par suite, en dehors de l'effectif, ne portaient pas l'habit du soldat et 
n'avaient pas droit « au pain du Roi. » Sarraméa n'était pas exigeant 
pour son service, à en juger par une lettre à son père, du 15 décembre 
1701 : « Si vous pouviez trouver, » lui dit-il, « un garçon de ma taille 
« pour me servir, qui sceut raser ou seulement qui fût de bonne volonté 
« pour valoir quelque chose, envoyez-le moi pour me servir. Je pourrois 
« peut-estre luy faire plaisir un jour, surtout s'il sçavoit lire et escrire. » 

Sarraméa a constamment besoin d'argent et chacune de ses lettres à 
son père débute ou se termine par une demande de fonds. Il est « sans 
« un sol, ny tente, ny bast, ny coffres, ny lit, ny habit, ny marmite, 
« ny plat, ny assiette. » (Lettre du 19 mai 1695.) « Il me faut un che- 
« val, une tente, un lit, un valet, de la vaisselle, du linge, » écrit-il 
ailleurs à son père, « sans compter que, pendant la campagne, je n'au- 
« ray que 4 sols par jour. Tout le monde s'efforce à paroistre riche 
« dans la conjoncture présente pour estre capitaine. » (Lettre du 22 avril 
1701.) Renouvelant, dans une autre épître, ses appels de fonds, « vous 
« aymez assez mon avancement, » mande-t-il à son père, « pour m'ay- 
« der à y contribuer par une honeste despence. » (Lettredu 18 juillet 1701.) 



BIBLIOGRAPHIE. 454 

Ce besoin perpétuel d'argent a son bon côté : il ne permet pas à Sar- 
raméa d'oublier sa famille. Notre officier, d'ailleurs, a bon cœur. Il 
suit avec sollicitude les projets de mariage dont il est question pour 
ses sœurs. Il s'intéresse sincèrement à la santé de son oncle, de ses 
tantes, de ses cousines, et même au sort de la mule de sa mère. Quand 
il revient au pays, il rapporte toujours quelques souvenirs pour les 
siens. Très respectueux pour ses parents, comme on l'était alors, il 
n'appelle jamais son père que « Monsieur mon très honoré père, » et 
signe, d'ordinaire, les lettres qu'il lui adresse : « Moy, qui suis, avec 
« un profond respect, vostre très humble et très obéissant serviteur. » 

Sarraméa a l'esprit pratique; à vrai dire, il n'en a pas d'autre. Il sait 
se rappeler à l'attention des personnes influentes capables de l'ap- 
puyer un jour. Il n'a jamais une critique pour aucun de ses supérieurs 
hiérarchiques. Mais, avec ces bonnes dispositions pour arriver, il n'est 
guère servi par les circonstances et ne rencontre pas de ces occasions 
heureuses qui mettent un officier hors de pair. 

Quelques détails instructifs, d'un intérêt général, se rencontrent de 
loin en loin dans ces lettres. Ce sont des indications sur la valeur des 
chevaux. Sarraméa en vend un douze écus, un autre quatorze écus; 
ailleurs, il en perd un qu'il estime valoir deux cents livres. Ce sont 
encore des renseignements sur les moyens de communication. En qua- 
torze jours, les valets de notre officier se rendent de Paris dans les 
Pyrénées, et Sarraméa s'étonne d'une marche aussi rapide. Une lettre du 
27 décembre 1706 parle de la misère à faire trembler qui sévit à Paris, etc. 
Peut-être ces lettres seraient-elles plus intéressantes si l'éditeur les 
avait publiées intégralement. Une note de l'introduction dit que l'on 
n'a cru devoir rien ou presque rien retrancher des lettres de Sarraméa. 
Ce presque rien nous inquiète. Il fallait, croyons-nous, en cette circons- 
tance, ne rien publier ou bien publier tout. 

Que l'éditeur nous permette encore une critique. Pourquoi donc 
a-t-il intitulé ces lettres : Lettres d'un cadet de Gascogne? Ce titre 
fait attendre, ce semble, quelque chose de vif, de piquant, un style 
alerte, un tour original, et Sarraméa apparaît malheureusement dans 
sa correspondance comme le moins Gascon des Gascons, comme 
l'homme le plus dénué de verve et d'esprit qui se puisse imaginer. 

Ces réserves admises, il nous reste à féliciter M. Abbadie de la 
manière intelligente et consciencieuse dont il a compris son rôle d'édi- 
teur. Un court mais substantiel récit unit les lettres les unes aux autres 
et précise les renseignements qu'elles présentent (trop rarement) sur les 
événements historiques auxquels Sarraméa se voit parfois mêlé. Des 
notes rédigées avec soin, au prix de recherches souvent originales, 
éclairent çà et là les points obscurs de la correspondance. Pourquoi 
faut-il que le texte réponde si peu à tant de soins et que la mise en 
œuvre l'emporte autant sur la matière ? p_ Bonnassieux. 



452 BIBLIOGRAPHIE. 

Chartularium Universitatis Parisiensis. Sub auspiciis Consilii gène- 
ralis facLiltatum Parisiensium, ex diversis bibliothecis tabulariis- 
que collegit et cum autlienlicis chartis contuliL H. Denifle, 0. P., 
in archivo apostolicse sedis Romanae vicarius, auxiliante E. Châ- 
telain, bibliothecœ Universitatis in Sorbona conservatore adjuncto. 
Tom. I, ab anno MGG usque ad annum MGGLXXXVI. Parisiis, 
ex typis fratrum Deialain, anno MDGGGLXXXIX. In-4°, xxxvi- 
7^3 pages. 

L'Université de Paris attend encore son historien. Ni Du Boulay, ni 
Crevier, ni le continuateur de Du Boulay, l'érudit Gh. Jourdain, ne 
suffisent aujourd'hui aux exigences de la science. L'ouvrage du pre- 
mier, rédigé en latin, est peu accessible à la majorité des lecteurs; 
ceux des autres sont ou trop abrégés ou restreints à une époque. Une 
collection essentiellement parisienne, celle de l'Histoire générale de Paris, 
publiée sous les auspices de l'administration, ne renferme encore aucun 
travail d'ensemble sur l'instruction publique à Paris. Un volume sur 
les Petites-Écoles, par M. Gréard, est annoncé depuis longtemps, mais 
non publié. Il est donc nécessaire de reprendre cette histoire, mais il 
fallait auparavant en rechercher les sources lointaines, les épurer, les 
recueillir complètement et les mettre à la disposition d'un futur histo- 
rien. C'est ce travail que le P. Denifle, auteur d'un savant livre sur les 
Universités du moyen âge, avait entrepris en recueillant, aux archives 
du Vatican et ailleurs, tous les actes depuis le xni« siècle relatifs à 
l'Université de Paris. Lorsque l'éminent recteur de notre académie, 
qui, avant de diriger l'instruction publique à Paris, a été l'un de ses 
plus brillants et plus solides professeurs, en eut été informé, il s'em- 
pressa de réclamer pour la France et pour Paris l'honneur de faire, aux 
frais de l'État, la publication projetée, et voilà comment, sur la propo- 
sition du Conseil général des Facultés, l'œuvre du P. Denifle est deve- 
nue officielle et a trouvé, pour la révision des textes et l'établissement 
des notes, la collaboration de M. E. Châtelain, conservateur-adjoint de 
la bibliothèque de la Sorbonne. 

Le cartulaire débute par une Introduction, dans laquelle les éditeurs 
font connaître en quoi leur publication doit modifier les idées reçues 
au sujet de l'Université. Après avoir montré l'insuffisance des travaux 
de leurs devanciers et la nécessité de recueillir à nouveau tous les textes 
relatifs à l'Université de Paris, ils abordent, dans le chapitre n, un 
exposé clair et succinct de ses commencements ; il ne sera peut-être 
pas inutile de les résumer brièvement ici d'après le P. Denifle. C'est 
seulement à partir de 1200 que l'on trouve les écoles réunies et les 
maîtres groupés avec leurs élèves en corps d'université [Universitas 
magistrorum et scolarium). C'est en 1208-1209 que ce mot Université 
des maîtres apparaît pour la première fois dans une bulle d'Innocent III. 



BIBLIOGRAPHIE. 453 

On la voit figurer comme personne contractante dans une donation faite, 
en 1221, aux Frères Prêcheurs : « Nous, Université des maitres et éco- 
liers parisiens, » et cette formule subsiste jusqu'à ce que le recteur des 
Artiens soit regardé comme le recteur de l'Université. C'est aussi la 
formule placée sur le sceau de l'Université, qui date à peu près de cette 
époque. 

Les facultés sont nées du groupement des maitres de chaque ensei- 
gnement ou disciplina. Le mot faculté apparaît pour la première fois 
dans des lettres d'Honorius III de 1219 avec le sens d'enseignement; 
c'est seulement en 1255, dans le statut des Artiens, qu'il signifie l'en- 
semble des maîtres; leur état avait été consolidé par la bulle de Gré- 
goire IX, de 1231, Parens scientiarum, etc., qui est comme la constitu- 
tion de toute l'Université. La première mention d'une faculté est celle 
de la faculté de théologie; l'existence des doyens était déjà ancienne, 
en 1264, pour la théologie, le décret et la médecine. Les Artiens seuls 
n'avaient pas de doyen, mais ils étaient présidés par le recteur. 

En retraçant la longue lutte qui se produisit entre l'Université nais- 
sante et le chancelier, et de laquelle celui-ci sortit amoindri tandis 
que l'Université devint plus forte qu'au commencement du xui^ siècle, 
les éditeurs ont trouvé occasion de rectifier certaines idées erronées ou 
peu exactes sur la formation de l'Université. C'est un grand tort, suivant 
eux, de croire que l'Université s'est formée en luttant contre le chan- 
celier; cela est vrai pour les Quatre-Nations et non point pour l'Uni- 
versité. Au contraire , le chancelier vit son autorité augmentée parce 
qu'il était à la tête de l'Université; ce que les maitres attaquaient, ce 
n'était pas le pouvoir du chancelier, mais seulement l'excès de ce pou- 
voir. En effet, les maîtres et écoliers soustraits à l'autorité du prévôt 
de Paris furent soumis à l'official. Après diverses péripéties, dans les- 
quelles le chancelier voulut agir en vertu d'un prétendu statut fait par 
Octavien, légat du pape, et par Eudes, évèque de Paris, les droits res- 
pectifs des écoliers et du chancelier furent réglés par la constitution 
de Grégoire IX de 1231, déjà citée ci-dessus [Parens scientiarum, etc.), . 
le pouvoir du chancelier fut limité; il promet, quand il est institué, de 
ne donner la licence en théologie qu'à des sujets dignes de ce grade, et 
de même dans les autres facultés ; il se voit enlever le droit d'avoir une 
prison. Mais il perdit bien davantage : jusque-là, il avait siégé dans 
l'Ile, entre les deux ponts; à partir de 1231, quelques maîtres et éco- 
liers quittent la Cité et vont se placer sous la juridiction de l'abbé de 
Sainte-Geneviève; ce qui fit bientôt surgir un autre chanceher, celui 
de Sainte-Geneviève. Ce fait donne occasion aux éditeurs d'étudier cette 
question : où s'est formée l'Université? Dans l'Ile, entre les deux ponts, 
ou bien est-elle née de la réunion des maîtres et écoliers de l'Ile, de 
Sainte-Geneviève et de Saint-Victor, comme le dit Du Boulay et d'autres 
d'après lui ? Les éditeurs rappellent que la plupart des maîtres et des 



^54 BIBLIOGRAPHIE. 

écoliers habitaient dans l'Ile au moment de la naissance de l'Univer- 
sité. Que trouve-t-on à Sainte-Geneviève? L'école d'Abélard, qui ensei- 
gnait avant la formation de l'Université. La substitution des moines de 
Saint- Victor aux chanoines séculiers-de Sainte-Geneviève fit prédomi- 
ner l'enseignement de la théologie dans les écoles claustrales de Saint- 
Victor et de Sainte-Geneviève. Aucun maître es arts n'habitait alors la 
montagne.' Leurs écoles n'étaient pas davantage dans la rue Galande, 
qui n'avait pas encore de maisons à la fin du xn^ siècle. La rue du 
Fouarre ne fut construite que de 1202 à 1225. L'accord de ces faits avec 
les titres de l'Université, qui montrent les maîtres et écoliers en diffi- 
culté seulement avec le chancelier de Notre-Dame, autorise les éditeurs 
à conclure que l'Université a été formée des maîtres habitant dans l'île 
de la Cité entre les deux ponts, et que là, sous l'ombre de Notre-Dame, 
il faut reconnaître le berceau de l'Université. 

Les procès fréquents avec le chancelier de Paris d'une part, la mul- 
titude des chaires d'autre part décidèrent les écoliers à quitter l'Ile et à 
monter sur la montagne Sainte-Geneviève, où les Artiens s'établirent 
de 1219 à 1222, les théologiens et les décrétistes ne vinrent qu'après 
1227. Ces écoliers n'eurent un chancelier spécial qu'à partir de 1255; ce 
fut celui de Sainte-Geneviève, qui était surtout le chancelier des Artiens. 
Le chancelier de Paris perdit donc beaucoup par ses procès avec les 
élèves, par la concurrence que lui fit l'abbé et ensuite le chancelier de 
Sainte-Geneviève, et enfin par l'autorité naissante du recteur. Mais, au 
xni« siècle, c'était encore, de l'aveu du pape, la plus haute autorité dans 
l'Université. Sa puissance venait de ce qu'il était le chancelier de l'église 
de Paris; aussi, tandis que les chanceliers de Sainte-Geneviève sont à 
peine connus, nous trouvons dans le Gartulaire la liste complète des 
chanceliers de Notre-Dame de 1164 à 1284 (page xix, note 3). 

Quelle est l'origine des Quatre-Nations? Du Boulay pensait qu'elles 
étaient nées avant la constitution des quatre facultés, et que l'ancienne 
Université était composée de nations différentes ; il en concluait qu'il y 
avait en 1206 un statut des Quatre-Nations pour l'élection du recteur, 
mais ce statut est supposé. Il est certain qu'au xn^ siècle il y avait à 
Paris des écoliers de diverses nations, mais ils vivaient sans liens entre 
eux. Suivant les éditeurs, les Quatre-Nations ou leurs procureurs furent 
établis entre 1215 (où Robert de Courçon, légat apostolique, leur accorda 
certains privilèges) et 1222. La première mention des Quatre-Nations, 
dans le Gartulaire, est de 1249. Il faut en conclure que les Nations ont 
été établies après les facultés. Dans l'origine, la faculté des Arts n'était 
pas la même chose que les Quatre-Nations. En effet, les Quatre-Nations 
étaient composées des maîtres es arts et des écoliers des autres facultés, 
pourvu qu'ils fussent Artiens. Les maîtres es arts avaient donc alors un 
double caractère : ils formaient entre eux une faculté, et, réunis aux 
écoliers de toutes les facultés, ils formaient les Quatre-Nations (anglaise, 



BIBLIOGRAPHIE. ^55 

française, normande, picarde). Bientôt la faculté des Arts et les Quatre- 
Nations furent confondues; la faculté se servit du sceau des Quatre- 
Nations, dont la première mention se trouve dans le document déjà cité 
de 1249 (p. xxi). 

Ceci nous conduit à parler du recteur, qui domine bientôt toute la 
hiérarchie universitaire. Le recteur procède du procureur qui devait être 
élu chaque année pour chaque nation. Mais, à la tête des Quatre-Nations, 
était un recteur; on le trouve pour la première fois en 1245, au sens 
propre de ce mot. Le recteur cependant, quoiqu'il ne figure en tête dans 
aucun statut des Artiens avant 1274, fut créé certainement aussitôt 
après l'établissement des Quatre-Nations (p. xxin) ; il ne présidait pas 
encore à toute l'Université, mais seulement aux Quatre-Nations, et bien- 
tôt il fut recteur de la faculté des Arts, les autres étant gouvernées par 
des doyens. Les éditeurs exposent ensuite les fonctions du recteur et 
comment il est devenu le chef de l'Université, en s'appuyant sur de 
nombreux textes de 1249 à 1275. Dans l'origine, le recteur faisait les 
affaires des autres facultés, il avait plus d'importance que les doyens, il 
était nommé reclor universilalis magistrorum et scolarium Parisiensiicm ; 
le recteur se plaça peu à peu au-dessus des doyens des Décrets et de la 
Médecine. Il eut plus de peine à surpasser celui de la Théologie, qui 
occupa pendant longtemps le premier rang, avant le recteur, dans les 
assemblées générales de l'Université. C'est seulement au siècle suivant, 
en 1341, que fut réglé définitivement l'ordre de convoquer le doyen et 
les maîtres de théologie, en sorte que satisfaction fut donnée au recteur 
contre le doyen. Dans leur serment, les Artiens juraient d'observer le 
statut relatif à la place du recteur. De là la formule : rector et univer- 
sitas magistrorum et scolarium Parisiensium. Les causes de la fortune 
du recteur des Artiens se trouvent dans ces circonstances : qu'il faisait 
les affaires des autres facultés; que les écoliers des autres facultés, quand 
ils étaient Artiens, appartenaient à la réunion des Quatre-Nations pré- 
sidée par le recteur; que les maîtres des facultés supérieures étaient liés 
par leur serment envers le recteur, quand ils avaient été Artiens, enfin 
que les Artiens étaient plus nombreux que les autres. En 1249 on décida 
de n'élire qu'un seul recteur, qui dut l'être par les procureurs des Quatre- 
Nations. En 1279, le légat prescrivit qu'il ne serait plus élu que quatre fois 
par an, et la seule condition requise du candidat était qu'il fût régent es arts. 

Ayant ainsi retracé les origines de l'Université, les éditeurs nous 
entretiennent de l'enseignement des sciences dans les écoles de Paris, 
des méthodes et des professeurs célèbres. Les facultés de droit et des arts 
avaient reçu une vive impulsion d'Abélard, dont la méthode y était 
suivie. Cet illustre philosophe donna une nouvelle force à la méthode 
d'Aristote, dont il observait les règles sans les connaître. Sa doctrine se 
résume dans la célèbre formule du sic et non, qui présentait en chaque 
question les arguments pour et contre. Les cours de théologie se fai- 



^ 56 BIBLIOGBAPHIE. 

saient à Paris avant la fondation de l'Université; la théologie se déve- 
loppa beaucoup au xin^ siècle, et c'est à cause de cet enseignement que 
les ordres religieux affluèrent à Paris. Ce fut là l'origine de la maison 
de Sorbonne, qui fut fondée pour les pauvres Artiens qui étudiaient en 
théologie. Les écoles des Arts, qui étaient regardés comme le fondement 
de toutes les sciences, eurent une grande célébrité aux xii^ et xni' siècles. 
Le Gartulaire montre l'établissement, la discipline et le régime de cette 
faculté. Nous arrivons à la troisième des facultés. Avant 1219, non seu- 
lement le droit canon, mais les lois civiles étaient enseignées à Paris. 
Après l'interdiction des cours de lois portée par Honorius III en 1219, 
on nomme encore à Paris des bacheliers apprenant le droit en 1251. La 
culture du droit civil n'était pas entièrement abolie, puisque vers la fin 
du xnie siècle, pour arriver au Décret, il fallait d'abord avoir appris les 
lois pendant trois ans. La moins renommée de toutes était la faculté de 
médecine, pourtant elle est mentionnée dans les premiers actes du Gar- 
tulaire. Gilles de Gorbeil ou de Paris a conservé les noms des maîtres 
en médecine de Paris au xii« siècle. 

On trouve dans l'Index du Gartulaire les origines et les premières 
destinées des collèges séculiers et réguliers, en commençant par le pre- 
mier, étabU en 1180, celui des Dix-Huit, et en continuant par ceux de 
Saint -Thomas du Louvre, de la Sorbonne, du Trésorier, des Bons- 
Enfants, de Saint-Nicolas du Louvre, etc. 

Les éditeurs ont passé sous silence les vicissitudes de la longue lutte 
de l'Université avec les ordres mendiants, principalement avec les Frères 
Prêcheurs, à l'instigation de Guillaume de Saint-Amour, quoiqu'ils 
aient réuni plus de textes que qui que ce soit pour écrire cette histoire; 
celui qui voudra le faire n'aura qu'à puiser dans le Gartulaire. 

Les éditeurs terminent leur savante Introduction par quelques consi- 
dérations sur le mouvement des esprits au xin^ siècle, mouvement qui 
se révèle dans certains textes qui montrent les erreurs auxquelles quelques 
maîtres s'étaient laissé entraîner. (Gf. n"» 486, 543, 556.) Le grand ali- 
ment des discussions se trouvait dans les œuvres d'Aristote, qui furent 
alors traduites en latin, et dans ses commentateurs, Avicenne et Aver- 
roës. Les théologiens eux-mêmes employèrent la méthode d'Aristote 
pour débrouiller les questions théologiques. L'ancienne école, représentée 
par Guillaume d'Auxerre, Geoffroi de Poitiers et PhiUppe de Grève, ne 
ressemble plus à la nouvelle qui se trouve dans la Somme d'Alexandre 
de Haies et dans l'ouvrage de Guillaume d'Auvergne. Les ordres reli- 
gieux eux-mêmes se divisent entre les deux écoles. Les lettres de Jean 
Peckham, archevêque de Gantorbéry, publiées dans le Gartulaire, ren- 
ferment les traces de ces dissentiments. Enfin la conclusion du travail 
des éditeurs est celle-ci : au xui^ siècle, ce sont les théologiens qui furent 
les commentateurs des œuvres d'Aristote, preuve manifeste de la supré- 
matie qu'exerçait alors la théologie sur les arts! 



BIBLIOGRAPHIE. 157 

Après la partie historique de l'Introduction, nous trouvons le plan et 
le système de l'édition. Ce premier volume s'étend depuis l'origine de 
l'Université jusqu'au grand schisme d'Occident. Une partie introductive 
sur les temps qui ont précédé la formation de l'Université comprend 
cinquante-cinq pièces, depuis une bulle du pape Alexandre III, en date 
du 19 mai 1163, jusqu'à l'an 1200. Gomme il s'agit, dans ce volume, du 
premier siècle de l'Université, les documents sont donnés in extenso; 
pour les autres volumes, que les éditeurs nous promettent, en nombre 
indéterminé, à cause du grand nombre des documents, les actes de 
moindre importance ne seront que mentionnés. Le P. Denifle nous 
annonce une autre série, qui comprendra les actes de la nation anglaise 
au xiv^ siècle avec les rôles conservés au "Vatican et qui sont déjà pré- 
parés pour l'impression. On n'a pas inséré les actes relatifs à des maîtres 
parisiens, mais dans lesquels il s'agit de faits étrangers à l'Université; 
on n'a pas donné non plus, sauf de rares exceptions, les chroniques et 
les écrits du même genre, qui n'ont pas le caractère de documents. 
Quant aux ordres religieux, les éditeurs ont dû se borner à insérer les 
actes relatifs à leur fondation, à Paris, et des extraits des actes qui se 
rapportent à l'Université et aux facultés; il a été fait de même au sujet 
des collèges séculiers, dont quelques-uns, comme la Sorbonne, par 
exemple, pourraient remplir à eux seuls plusieurs volumes. En ce qui 
concerne les Studia generalia, ou universités, les éditeurs ont suivi pour 
règle de ne donner que les documents qui intéressent celle de Paris. 

Pour le texte, les documents originaux, quand ils ont été trouvés, 
ont été imprimés tels quels, sans aucune variante, sauf celles des 
registres du Vatican. En l'absence de l'original, les éditeurs ont recouru 
à d'autres manuscrits et alors ils ont donné les variantes. L'orthographe 
des documents a été conservée. Lorsque les chartes que donnent les 
éditeurs sont déjà dans Du Boulay, ils ne manquent jamais d'y ren- 
voyer; quant à celles qui sont inconnues à cet auteur et se trouvent 
dans d'autres, ils renvoient aux auteurs les plus sérieux, mais sans 
relever les variantes. Les documents tirés seulement d'imprimés sont 
rares. On ne peut citer que les n^^ 380, 381, 384, 480, 524 et 525. 

Les notes renferment beaucoup d'explications du texte, des identifi- 
cations des personnages et les variantes ; on y a accumulé de nombreuses 
sources ; mais, en général, elles se renferment dans de justes limites, 
sauf quelques-unes de longueur exceptionnelle (n» 473 sur Siger de 
Brabant et ses 219 propositions erronées). 

Nous n'essayerons pas de faire connaître tous les manuscrits consul- 
tés par les éditeurs pour former leur Cartulaire ; l'énumération seule 
ou la description sommaire n'occupe pas moins de six grandes pages 
de l'Introduction. On peut dire qu'ils ont exploré toutes les bibliothèques 
de l'Europe et qu'ils n'ont négligé aucune source d'informations sur 
l'Université, ses collèges et les ordres religieux. Nous ne pouvons en 
donner ici qu'un très court aperçu. Les éditeurs classent ainsi, par 



-158 BIBLIOGRAPHIE. 

ordre d'importance, les établissements qui leur ont fourni des manus- 
crits. D'abord les Archives nationales, qui en ont la plus grande par- 
tie, les archives de l'Université (à la Sorbonne), celles de Dijon, de 
Troyes, de Marseille, pour les ordres religieux; les archives du Vati- 
can, pour les registres du Vatican, remplis de documents dont il n'y a 
pas trace ailleurs ; ils ont consulté ensuite les registres de Philippe- 
Auguste, à la Bibliothèque nationale, et aux Archives nationales les 
cartulaires de l'église de Paris, si bien publiés par Guérard que la col- 
lation avec les originaux encore existants n'a, pour ainsi dire, pas 
fourni de variantes; quelques cartulaires des maisons religieuses; pour 
les collèges séculiers, le Gartulaire et les Statuts de la Sorbonne; les 
manuscrits comprenant les privilèges des ordres mendiants et les cha- 
pitres généraux de ces ordres, etc. 

Les éditeurs mentionnent, avec le plus grand détail, les cartulaires 
de l'Université, car chaque faculté, au xni^ siècle, avait le sien; mais, 
on n'a que ceux du xiv^ siècle, savoir : un Codex Vatic. Reg. 406 et le 
Codex de Gheltenham, moins complet; mais ces manuscrits, surtout 
celui de la reine Christine, renferment des documents du xni^ siècle. 
Les éditeurs signalent encore quelques manuscrits précieux pour le 
xiv^ siècle, tels que le manuscrit des archives de l'Université qui a 
appartenu à la nation d'Angleterre; le manuscrit de Chartres 662, dit 
d'Harcourt, parce qu'il a été rétabli par un élève d'Harcourt en 1698; 
le livre du Recteur, aujourd'hui au British Muséum, etc.; enfin de 
nombreux manuscrits qui se rapportent à un âge postérieur, sauf les 
serments des Suppôts qui remontent au premier siècle de l'Université, 
sans compter, à l'occasion, beaucoup d'autres manuscrits des diverses 
bibliothèques, surtout de celles de Paris. 

On voit par ce qui précède avec quel soin, au prix de quel long tra- 
vail, la présente publication a été faite, et l'on trouvera naturel que 
nous n'ayons que des éloges à décerner aux éditeurs, principalement à 
celui qui a conçu l'idée et le plan de l'ouvrage, et qui a eu la plus large 
part du labeur, nous voulons parler du P. Denifle, qui a acquis ainsi de 
nouveaux titres à l'estime du monde savant. Les documents importants 
sont nombreux, tous sont publiés d'après des sources manuscrites, sauf 
quelques-uns indiqués ci-dessus; beaucoup sont inédits, un tiers envi- 
ron, d'après le relevé que nous en avons fait, la plupart provenant du 
Vatican. Ne pouvant tout faire connaître, nous citerons, parmi les 
documents qui nous ont paru les plus curieux, soit au point de vue de 
l'Université, soit au point de vue parisien, les chartes sur les origines 
de l'Université (5, 8, 29, etc.), sur les rues de Paris où il y avait des 
écoles, comme la rue du Fouarre (n" 2), les statuts des Artiens de la 
nation anglaise (1252, n°^ 201 et 202), plusieurs actes relatifs à la Sor- 
bonne, notamment celui qui passe pour être l'acte de fondation du col- 
lège en février 1257 (n» 302), un autre de 1259 (n» 329), un autre sur la 
chapelle de la Sorbonne qu'Urbain IV permit de construire en 1263, et 



BIBLIOGRAPHIE. 159 

qui existait en 1281, tandis que Gocheris l'a confondue avec une seconde 
cliapelle construite seulement en 1326 et dédiée en 1347 {n° 388, p. 430- 
431, note), puis les statuts primitifs inédits de la Sorbonne, antérieurs 
à 1274, et qui ont échappé à Du Boulay (n° 448); enfin, pour terminer, 
la réunion de 219 propositions erronées de Siger de Brabant et autres, 
condamnées par l'évèque de Paris en 1277 (p. 543-558). Tous les actes sont 
en latin, sauf le serment du prévôt de Paris (no 67) et deux autres pièces 
fort courtes (no^ 153 et 464, de 1246 et 1275). 

Nous n'aurons que quelques légères observations à présenter. D'abord, 
à propos du classement des pièces. Dans la partie introductive, les actes 
ne sont pas classés chronologiquement, mais on trouve dans l'ordre 
suivant : les bulles des papes, les chartes des souverains, les lettres des 
théologiens et des évêques, celles des particuliers, puis des prieurs, etc. 

Dans le Gartulaire lui-même, où l'ordre des dates est régulièrement 
suivi d'ordinaire, on pourrait relever quelques inexactitudes. Ainsi, en 
général, lorsque la date est comprise entre deux chiffres, l'acte est placé 
à la date la plus moderne, 1215, 1208-1216, 1210-1216, 1217, etc. Au 
contraire, nous trouvons plus loin : 1235-1238, 1236, 1237; le premier 
acte aurait dû passer après les autres. Page 349, n° 302, l'acte daté 1257, 
mense fcbruario, l'aurait dû être ainsi : 1256 (1257 n. s.). 

Nous signalerons quelques omissions dans les tables. On n'y trouve 
pas le nom latin de certaines localités, de PlaijUiaco, p. 561, de Fonte 
mortuo, p. 562, qui figurent seulement sous les noms français Plailly et 
Mortefontaine. Était-il bien nécessaire de donner sous des numéros 
distincts (405 et 466) les formules de vîdimus de pièces qui sont imprimées 
in extenso, d'après des originaux, aux n°^ 20 et 66? 

L'ouvrage est complété par une Tabula cartarum, p. 651-681, qui 
reproduit l'analyse latine des chartes et renvoie aux pages du volume, 
puis par un Index generalis par noms et prénoms de personnes, avec les 
matières importantes, p. 683-713; enfin par les Corrigenda et Addenda. 

Ainsi se termine ce très beau volume, correctement et luxueusement 
imprimé par les frères Delalain, qui travaillaient pro domo sua. Nous 
avons dit sous quels auspices l'ouvrage a vu le jour; outre M. Gréard, 
il a eu pour parrains MM. Himly et Lavisse, et ce patronage lui portera 
bonheur. Il vient d'ailleurs à un moment où la vie renaît dans l'Univer- 
sité parisienne enfin installée dans un palais digne de ses destinées. Le 
P. Denifle met à la disposition des hommes d'étude des matériaux, sinon 
tous nouveaux, du moins choisis avec soin aux meilleures sources; 
lorsque cette œuvre sera achevée, il sera possible au savant éditeur de 
reprendre le plan d'une histoire de l'Université de Paris ; il aura du 
moins l'honneur d'avoir préparé tous les éléments de ce monument 
nécessaire et depuis si longtemps attendu. 

A. Bruel. 



-1 60 BIBLIOGRAPHIE. 

LIVRES NOUVEAUX. 

SOMMAIRE DES MATIÈRES. 

Généralités, 11. 

Sciences auxiliaires. — Épigraphie, 44, 89. — Paléographie, 45, 111. 

— Bibliographie, 23; manuscrits, 34, 102, 117; imprimés, 43. 
Sources. — Chroniques, 73, 108, 124, 148. — Archives, 5, 26, 38, 

65, 72, 81, 123, 129. — Recueils d'actes, 29, 98, 107. — Lois, 30, 97. 

Biographie et généalogie, 2, 43, 115, 146. — Saint Adrien, 132; 
Béatrix, 32 ; Galixte II, 29 ; Charles VII, 13 ; Clément V, 74 ; Dante, 78 ; 
Du Gueschn, 8; Farcy, 59; saint Gilbert, 150; Got, 74; Grégoire VII, 
131; Hohenstaufen, 103; Innocent V, 22; Jeanne d'Arc, 53 ; Joinville, 
53; La Trémoille, 90; saint Léger, 54; sainte Livrade, 33; Louis XII, 
101; Parler, 113; Richement, 73; Salis, 139; Savoie, 60; saint Servais, 
124 ; Tonnoy, 70. 

Droit, 7, 15, 30, 43, 63, 97, 127. 

Institutions, 1, 9, 16, 28, 62, 66, 91, 100, 126, 128, 143, 144, 151. 

Moeurs, usages, 64, 84, 94. 

Religions. — Judaïsme, 133, 138. — Catholicisme, 155; hagiogra- 
phie, 2, 34; papauté, 22, 29, 74, 93, 131, 133; évêchés, 48, 60, 77, 116, 
118; chapitres, 106; paroisses, 76, 92, 136; ordres, monastères, 14, 21, 
117, 153. — Croisades, 6, 105. 

Archéologie, 17, 71, 125, 140. — Architecture, 69; édifices civils et 
militaires, 18, 24,40, 52, 75; édifices religieux, 12, 14, 46, 57, 89, 113. 

— Sculpture, 36. — Mobilier, 121. — Costume, 105. — Blason, 4, 27, 
82, 146. — Numismatique, 56. — Musique, 114. 

Langues et littératures. — Grec, 45. — Latin, 115, 142, 155. — 
Langues romanes : italien, 78; français et provençal, 68, 86, 87, 154, 
157. — Langues germaniques : allemand, 142; néerlandais, 80. 

SOMMAIRE GÉOGRAPHIQUE. 

Allemagne, 20, 25, 93, 143. — Alsace-Lorraine, 103. — Bavière, 107, 
147. — Brunswick, 112, 145, 151. — Prusse, 46, 49, 158. 
Autriche-Hongrie, 83, 95, 108, 113, 138, 142, 159. 
Belgique et Pays-Bas, 48, 51, 81, 123, 129, 149, 156. 
Espagne, 109, 111, 152. 



BIBLIOGRAPHIE. Hi 

Frange. — Bretagne, 85 ; Gâtinais, 9; Lorraine, 10; Sud-Est, 62. — 
Ain, 19; Allier, 99, 146; Charente-Inférieure, 8, 130; Gôte-d'Or, 40; 
Drôme, 121 ; Eure, 24, 27,39; Garonne (Haute-), 88; Gironde, 7; Indre- 
et-Loire, 110; Loire (Haute-), 89; Lot-et-Garonne, 127; Maine-et- 
Loire, 9; Meuse, 58; Nord, 50; Orne, 55; Pyrénées-Orientales, 136; 
Saône (Haute-), 14; Sarthe, 91, 92, 120, 135; Savoie et Haute-Savoie, 
60, 106; Seine, 44, 52, 63, 65, 122, 141; Seine-et-Marne, 72; Seine- 
et-Oise, 41, 128; Sèvres (Deux-), 18; Tarn, 31; Vendée, 79; Vienne, 
53, 57 ; Vosges, 17, 61 ; Yonne, 125. 

Grande-Bretagne. — Angleterre, 3, 75, 153. — Irlande, 2. 

Italie, 102. — Piémont et Ligurie, 26, 36, 67, 117; Lombardie, 21, 
35, 96, 98, 137 ; Vénétie, 5, 12, 38; Rome et Italie centrale, 10, 42, 118, 
119, 133; provinces napolitaines, 132. — Sicile, 16, 28. 

Suède, 100. 

Suisse, 37, 38, 94, 104, 106. 

Orient, 6, 105, 134. 

1. Abdy (J.-T,). Feudalism : its rise, progress, and conséquences. 
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2. Acta sanctorum Hiberniœ ex codice Salmanticensi, nunc primum 
intègre édita opéra Caroli de Smedt et Josephi de Backer, auctore et 
sumptus largiente Jeanne Patricio marchione Bothse. Lille, Société de 
Saint-Augustin. In-4°, iv-979 p. 

3. Amphlett (J.). a Short History of Cient. London, Parker. In-8°, 
186 p. 5 s. 

4. Ancien Armoriai équestre de la Toison d'or et de l'Europe au 
xve siècle. Fac-similé contenant 942 écus, 74 figures équestres, en 
114 planches chromotypographiées , reproduites et publiées pour la 
première fois, d'après le manuscrit 4790 de la bibliothèque de l'Arsenal, 
par Lorédan Larchey. Nancy et Paris, Berger-Levrault. In-fol., xxvi- 
292 p. 

5. Antichi Testamenti tratti dagli archivî délia congregazione di 
carità di Venezia. Série IX. Venezia, 1890. In-8% 45 p. (Publié par 
J. Bernardi, « per la dispensa dalle visite [di capo d'anno], 1891 ».) 

6. Apografo veronese-vaticano (F) sull' impresa di Saladino contro 
Terra Santa, pubblicato da Carlo Gipolla. Gasale, Carlo Cassone, 1890. 
In-8o, 22 p. 

7. Archives municipales de Bordeaux. Livre des coutumes, publié, 
avec des variantes et des notes, par Henri Barckhausen. Bordeaux, 
Gounouilhou. ln-4°, liii-800 p., planche. 

1891 H 



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vue de l'art et de l'histoire. Sous la direction du professeur Camille 
Boito. Traduction d'Alfred Gruvellié. ï^'' partie. Venise, Ferdinand 
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13. Beaugourt (G. DU Fresne de). Histoire de Charles VIL Tome V : 
le roi victorieux (1449-1453). Paris, Picard. In-8°, 480 p. 

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abbatiale, étude historique et archéologique. Besançon, impr. Jacquin. 
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des Memorie storiche intorno alla città di Siracusa daW anno 13k a. C. 
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geoisie et corporations de ladite ville depuis le commencement du 
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fentlicht von E. Stengel. 88.) 2 m. 40 pf. 

158. WoLTER (F. -A.). Geschichte der Stadt Magdeburg von ihrem 
Ursprung bis auf die Gegenwart. 2« Auflage. Magdeburg, Faber. 
Gr. in-8o, x-375 p., 15 planches, 6 plans. 7 m. 50 pf. 

159. ZiLLNER (F.-V.). Geschichte der Stadt Salzburg. Ile^Buch. Salz- 
burg, Heinrich Dieter. Gr. in-S", xxv-796 p. 5 flor. 



CHRONIQUE ET MÉLANGES. 



Dans sa séance du 30 avril 1891, la Société de l'École des chartes a 
procédé au renouvellement annuel de son conseil, qui se trouve cons- 
titué de la façon suivante pour l'année 1891-1892 : 

Président : M. Deprez. 

Vice-président : M. Gourajod. 

Secrétaire : M. Guilhiermoz. 

Secrétaire-adjoint : M. Teulet. 

Commission de publication : membres ordinaires, MM. Delisle, de 
Lasteyrie, Omont; membres suppléants, MM. J. Havet, Valois. 

Commission de comptabilité : MM. Bruel, Morel-Fatio, Rocquain. 

Archiviste-trésorier : M. Tuetey. 

— Les élèves de l'École des chartes ont soutenu leurs thèses le 26 et 
le 27 janvier 1891. Leur travail portait sur les sujets suivants : 

Max Bruchet. Essai sur le Bourbonnais sous le duc Louis II (1356- 
1410). 

Léon Dorez. Donat : étude sur ses ouvrages, ses commentateurs, ses 
imitateurs et ses traducteurs. 

Henri Duchemin. Les sources du Livre des faits et bonnes moeurs du 
sage roi Charles V, de Christine de Pisan. 

Philippe Feugère des Forts. Notice biographique sur Pierre d'Oriole, 
chancelier de France (1407 ?-1485). 

Paul Marichal. René II, duc de Lorraine, et l'héritage de la maison 
d'Anjou. 

René Merlet. Essai sur les comtes de Chartres, de Ghâteaudun, de 
Blois et de Troyes au ix^ siècle. 
Henri de Roux. La chancellerie du roi René en Anjou et en Provence. 
Frédéric Soehnée. Étude sur la vie et le règne de Henri I^"", roi de 
France (1008-1060). 

Par arrêté du 2 février 1891 , ont été nommés archivistes-paléo- 
graphes, dans l'ordre de mérite suivant : 
MM. Merlet. 
Marichal. 
Bruchet. 
Dorez. 

Feugère des Forts. 
Duchemin. 



CHRONIQUE ET MELANGES. 175 

Ont été nommés archivistes-paléographes hors rang, comme appar- 
tenant à des promotions antérieures : 
MM. DE Roux. 

SOEHNÉE. 

— Notre confrère M. Léon Aubineau vient de mourir en sa soixante- 
seizième année, emporté avec cette rapidité qui a été le caractère de 
tant de morts en ce terrible hiver. 

Léon Aubineau était né à Paris, le 3 octobre 1815, et fit partie, à 
l'École des chartes, de la promotion de 1840, où il eut pour camarades 
M. Audren de Kerdrel, qui a tant de fois témoigné de son amour pour 
l'École et l'a arrachée à plus d'un péril, Duchalais, l'éminent numis- 
mate, A. -E. Dareste de la Gha vanne, Deloye, Gabriel Demante et 
Ludovic Lalanne. 

Il fut un des premiers archivistes départementaux qui sortirent de 
l'École et fut placé à la tête de l'important dépôt de Tours ; mais ses 
goûts très vifs pour le journalisme militant ne tardèrent pas à triompher 
de sa vocation de chartiste, et il entra résolument à l'Univers, près des 
deux Veuillot et de Dulac. Il ne nous appartient pas de raconter ici les 
campagnes qu'il y fit, et encore moins de les juger. 

Malgré des occupations aussi passionnantes, l'ancien élève de l'École 
des chartes eut le loisir de se recueillir plus d'une fois pour composer 
de véritables livres d'histoire : une réfutation d'Augustin Thierry dans 
la Bibliothèque nouvelle et une étude sur la révocation de l'édit de Nantes. 
Quant aux articles de tous les jours, il avait eu la joie, avant de mou- 
rir, de les réunir en un certain nombre de volumes auxquels il avait 
su donner des titres charmants : Parmi les lis et les épines; Au soir ; 
Épaves. Le dernier parut quelques jours seulement avant sa mort. 

Il est deux domaines où Léon Aubineau était passé maître, et per- 
sonne ne connaissait mieux que lui la littérature du xvii^ siècle, les 
œuvres charitables du xix«. Ses deux meilleurs livres sont incontesta- 
blement ses Notices littéraires sur le XVIl^ siècle et ses Serviteurs de Dieu 
qui ont eu plusieurs éditions. 

Léon Aubineau était parfois d'allures un peu brusques; mais tous 
ceux qui l'ont connu savent quel brave cœur se cachait sous cette appa- 
rente rudesse. Dans toute la force de ces deux mots (je n'en connais pas 
de plus beaux), c'était un honnête homme et un chrétien. 

Léon Gautier. 

— Par arrêté préfectoral, notre confrère M. Goyecque a été nommé 
paléographe attaché à la préfecture de la Seine. 

— Notre confrère M. l'abbé Paradis a été nommé chanoine honoraire 
de Paris. 

— Par arrêté du 31 janvier 1891, notre confrère M. Goville a été chargé, 
jusqu'à la fin de l'année scolaire 1890-1891, d'un cours d'histoire et 
antiquités du moyen âge à la Faculté des lettres de Gaen. 



^76 CHRONIQUE ET MELANGES. 

— Le premier prix de la fondation Thérouanne a été décerné par 
l'Académie française à l'ouvrage de notre confrère M. Jules Lair : Nico- 
las Foucquet, procureur général, surintendant des finances, ministre d'Etat 
de Louis XIV (Paris, 1890, 2 vol. in-8°). 

— Le 6 février 1891, la Société de géographie de Paris a décerné une 
médaille d'or à notre confrère M. Tardieu pour la traduction de Strabon 
dont il vient d'achever la publication. 

FAC-SIMILÉS DES MANUSCRITS GRECS DATÉS 

DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 

Les Fac-similés des manuscrits grecs datés de la Bibliothèque nationale, 
du /Je au XJV« siècle (Paris, E. Leroux), que vient de publier notre 
confrère M. H. Omont, forment un album de cent planches grand in-folio, 
offrant cent vingt et un fac-similés de manuscrits grecs à date certaine, 
tirés exclusivement des collections de la Bibliothèque nationale. Tous 
les manuscrits datés du ix^ au xm» siècle, conservés à la Bibliothèque 
nationale, et un choix de ceux du xiv^ siècle, portant sur plus de la 
moitié d'entre eux, sont représentés dans ce recueil. L'introduction, qui 
précède la notice des planches, contient une bibliographie des différents 
travaux relatifs à la paléographie grecque, parus depuis le livre fonda- 
mental de Montfaucon jusqu'à nos jours. A la suite, se trouve un 
tableau chronologique de fac-similés de manuscrits grecs datés, du viii^ 
au XVI* siècle, publiés dans différents recueils et pouvant servir à l'étude 
de la paléographie grecque. Nous reproduisons la table des planches, 
qui permettra de juger de la composition du recueil. 

IX«-X^ SIÈCLES. 

Planche I, ms. grec 1470. Vies de saints, de l'an 890. 

PI. II, ms. grec 451. S. Clément d'Alexandrie, etc., 914. 

PI. III, ms. grec 781. S. Jean Chrysostome, Homélies diverses, 939. 

PI. IV, ms. grec 492. S. Basile, sur Isaïe, etc., 942. 

PI. V, ms. grec 668. S. Jean Chrysostome, sur S, Matthieu, 954. 

PI. VI, ms. grec 497. S. Basile, Homélies diverses, 966. 

PI. VII, ms. grec 724. S. Jean Chrysostome, sur S. Jean, etc., 974. 

PI. VIU, I, Suppl. 469a. Commentaire sur S. Grégoire de Nazianze, 
986. 

PI. VIII, II, ms. grec 1089. Dorothée, Doctrines ascétiques, 990. 

PI. IX, ms. grec 438. S. Denys l'Aréopagite, Œuvres, 992. 

PI. X, ms. grec 1085. S. Anastase le Sinaïte, Questions théologiques, 
1000. 

xr SIÈCLE. 

PI. XI, ms. grec 784. S. Jean Chrysostome, Homélies diverses, 1003. 



CHRONIQUE ET MELANGES. -177 

PI. XII, ms. grec5l9. S. Grégoire de Nazianze,B.omé\ies, diverses, 1007. 

PL XIII, ms. grec 529. S. Grégoire de Nazianze, Homélies diverses, 
1020. 

PI. XIV, I, ms. grec 375. Lectionnaire, 1021. 

PI. XIV, II, Goislin 213. Euchologe, 1027. 

PI. XV, I, ms. grec 990. S. Grégoire de Nazianze, Poèmes, 1029. 

PI. XV, II, ms. grec 675. S. Jean Chrysostome, sur S. Matthieu, 1033. 

PI. XVI, Goislin 265. S. Jean Climaque, Échelle du paradis, 1037. 

PI. XVII, ms. grec 698. S. Jean Chrysostome, sur S. Matthieu, 1042. 

PI. XVIII, I, Suppl. 911. Évangile selon S. Luc (grec-arabe), 1043. 

PI. XVin, II, ms. grec 1068.^. /ea?i Climaque, Échelle du paradis, 1044. 

PI. XVIII, III, ms. grec 973. Sermons extraits de S. Basile, 1045. 

PI. XIX, ms. grec 223. Épîtres de S. Paul, avec chaîne, 1045. 

PI. XX, ms. grec 662. S. Jean Chrysostome, sur S. Matthieu, 1047. 

PI. XXI, ms. grec 598. S. Ephrem, Opuscules ascétiques, 1049. 

PI. XXII, Suppl. 905. Lectionnaire, 1055. 

PI. XXIU, ms. grec 1499. Vies de saints, 1055-1056. 

PI. XXIV, Goislin 28. Épîtres de S. Paul, avec chaîne, 1056. 

PI. XXV, ms. grec 637. S. Jean Chrysostome, sur la Genèse, 1057. 

PI. XXVI, I, ms. grec 1097. S. Maxime, Opuscules et Lettres, 1055, 

PI. XXVI, n, Goislin 263, S. Jean Climaque, Échelle du paradis, 1059. 

PI. XXVI, III, ms. grec 40. Psautier, 1059. 

PI. XXVII, ms. grec 1477. S. Jean Climaque, Échelle du paradis, 1060. 

PI. XXVIII, ms. grec 1590. Ganonarium, 1063. 

PI. XXIX, ms. grec 805. S. Jean Chrysostome, Homélies diverses, 1064. 

PI. XXX, Goislin 248. S. Cyrille d'Alexandrie, Trésor, 1065. 

PI. XXXI, ms. grec 710. S. Basile, Exhortation au baptême, 1065. 

PI. XXXII, ms. grec 289. Lectionnaire, 1066. 

PI. XXXIII, Goislin 91. S. Jean Damascène, de la foi orthodoxe, 1069. 

PI. XXXIV, Suppl. 1096. Lectionnaire, 1070. 

PI. XXXV, ms. grec 164. Psautier, 1070. 

PI. XXXVI, ms. grec 1617. Ménologe, 1071. 

PL XXXVII, ms. grec 1598. Opuscules et apophtegmes ascétiques, 
1071. 

PL XXXVIII, I, ms. grec 1078. Antiochus deS.-Sabas, Pandecte, 1072. 

PL XXX Vin, II, ms. grec 1215. HoméUes en l'honneur de la Vierge, 
1080. 

PL XXXIX, I, ms. grec 81. Évangiles, 1092. 

PL XXXIX, II, Suppl. 482. Prochirondes empereurs Basile, etc., 1105. 

XII' SIÈCLE. 

PL XL, ms. grec 1324. Nomocanon, 1104. 

PL XLI, Goislin 212. Gonstitutions apostoliques, 1111. 

PL XLII-XLIII, ms. grec 1531. Vies de saints, 1112. 

4894 ^2 



478 CHRONIQUE ET ME'lANGES. 

PI. XLIV, I, ms. grec 2659. Lexiques, 1116. 

PI. XLIV, II, ms. grec 1116. S. Jean Damascène, de la foi orthodoxe, 
1124. 
PL XLV, ms. grec 1570. Menée, 1127. 
PL XLVI, ms. grec 243. Lectionnaire, 1133. 
PI. XLVII, ms. grec 891. S. Théodore Studite, Sermons, 1136. 
PL XLVIII, ms. grec 83. Évangiles, 1167. 
PI. XLIX, I, ms. grec 90. Évangiles, 1176. 
PI. XLIX, n, ms. grec 11. Job, Livres Sapientiaux, etc., 1186. 
PI. L, ms. grec 633. S. Jean Chrysostome, sur la Genèse, 1186. 

XIII^ SIÈCLE. 

PI. LI, ms. grec 301. Lectionnaire, 1204. 

PI. LU, I, ms. grec 2089. Porphyre, Introduction sur Arisiote, 1223. 

PI. LU, n, ms. grec 997. Nicétas d'Héraclée, sur S. Grégoire de 
Nazianze, 1231. 

PL LUI, ms. grec 1139. Collection ascétique, 1236. 

PL LIV, ms. grec 1571. Menée, 1253. 

PL LV, ms. grec 194 a. Théophylade, sur les Évangiles, 1255. 

PL LVI, I, ms. grec 857. Paul, Collection ascétique, livre IV, 1261. 

PL LVI, II, ms. grec 117. Évangiles, 1262. 

PL LVII, Coislin 5. Commentaires sur l'Octateuque, 1264. 

PL LVIII, I, ms. grec 1023. S. Jean Chrysostome, Homélies diverses, 
1265. / 

PL LVIII, n, ms. grec 999. S. Grégoire de Nysse, sur le Cantique, etc., 
1272. 

PL LIX, ms. grec 443. S. Denys l'Aréopagite, Œuvres, 1272. 

PL LX, ms. grec 734. S. Jean Chrysostome, sur l'Épître aux Romains, 
1273. 

PL LXI, ms. grec 2654. Etymologicum magnum, 1273. 

PL LXII, ms. grec 1115. Collection théologique, 1276. 

PL LXIII, ms. grec 2723. Lycophron, Cassandre, 1282. 

PL LXIV, I, ms. grec 1547. Vies de saints, 1286. 

PL LXIV, n, ms. grec 2572. Manuel Moschopulus, Schédographie, 1296. 

PL LXV, ms. grec 1715. Zonaras, Annales, 1289. 

PL LXVI, I, ms. grec 118. Évangiles, 1291. 

PL LXVI, II, Coislin 364. Collection canonique, 1295. 

PL LXVII-LXVIII, ms. grec 1671. Plutarque, Œuvres, 1296. 

PL LXIX, ms. grec 708. S. Jean Chrysostome, sur S. Jean, 1296. 

PL LXX, ms. grec 856. Paul, Collection ascétique, livres III -IV, 
1296. 

PL LXXI, I, Suppl. 681. Opuscules et fragments divers, 1298. 
PL LXXI, II, ms. grec 448. S. Denys l'Aréopagite, Œuvres, 1299. 
PL LXXII, ms. grec 2207. Paul d'Égine, Collection médicale, 1299. 



CHRONIQUE ET MÉLANGES. 179 

Xive SIÈCLE. 

Pi. LXXIII, ms. grec 2707. S. Grégoire de Nazianze, Passion de J.-C, 
1301. 

PI. LXXIV, Coislin223. Synaxaire, 1301. 

PI. LXXV, Coislin 13. Psautier, 1304. 

PL LXXVI, ms. grec 1186. Yies de saints, 1306. . 

PI. LXXVII, I, ms. grec 2210. Pauld'Égine, Collection médicale, 1312. 

PI. LXXVII, n, ms. grec 214. Jean de Chalcédoine, sur les Évangiles, 
1316. 

PI. LXXVIII, I, ms. grec 1131. Jean de S.Sahas, Barlaam et Joa- 
saph, 1321. 

PI. LXXVIII, II, ms. grec 1601. Josèphe, Antiquités des Juifs, 1323. 

PI. LXXIX, I, ms. grec 341. Menée, 1325. 

PI. LXXIX, n, ms. grec 2133. Nicéphore Blemmide, Physique, 1332. 

PI. LXXX, Coislin 112. Opuscules des S8. Pères, 1329. 

PI. LXXXl, Coislin 73. S. Jean Chrysostome, sur les Actes, 1333. 

PI. LXXXII, ms. grec 311. Lectionnaire, 1336. 

PI. LXXXni, ms. grec 2243. Nicolas Myrepsus, Recettes médicales, 
1339. 

PI. LXXXIV, I, ms. grec 1163. Jean de S.-Sabas, Barlaam et Joa- 
saph, 1348. 

PI. LXXXIV, II, ms. grec 1129. Jean de S.-Sabas, Barlaam et Joa- 
saph, 1353. 

PI. LXXXV, ms. grec 1360. Constantin Harmenopulus, Manuel de 
jurisprudence, 1351. 

PI. LXXXVI, Coislin 215. Règle du monastère de S.-Sabas de Jéru- 
salem, 1360. 

PI. LXXXVII-LXXXVIII, ms. grec 135. Commentaire sur Job, 1362. 

PI. LXXXIX, ms. grec 450. iS. Justin et Athénagore, Opuscules, 1363. 

PI. XC, I, ms. grec 2915. Eumathe, Hysmines et Hysminias, 1364. 

PI. XC, II, Suppl. 1034. Constantin Blanasses, Chronique, 1364. 

PI. XCI, ms. grec 2661. S. Cyrille d'Alexandrie, Lexique, 1366. 

PI. XCII, ms. grec 723. S. Jean Chrysostome, sur S. Jean, 1368. 

PI. XCIII, ms. grec 1241. /oa.çap/i, [Jean Cantacw^é/ie], Opuscules, 1369. 

PL XCIV, ms. grec 1585. Nicéphore Calliste, Synaxaire, 1369. 

PL XCV, ms. grec 1242. Joasaph [Jean Cantacuzène] , Opuscules, 
1370-1375. 

PL XCVI, ms. grec 1634. Hérodote, Histoire, 1372. 

PL XCVII, I, ms. grec 1081. Antiochus de S. Sabas, Pandecte, 1374. 

PL XCVII, II, ms. grec 967. Opuscules des SS. Pères, 1377. 

PL XCVIII, ms. grec 2632. S. Cyrille d'Alexandrie, Lexique, 1380. 

PL XCIX, I, ms. grec 2607. Manuel Moschopuhis, Schédographie, 1385. 

PL XCIX, II, ms. grec 351. Opuscules ascétiques, 1389. 

PL G, ms. grec 348. Horologion, 1390. 



480 CHBONIQDE ET MÉLANGES. 

SIGNETS DES ANCIENS NOTAIRES DE TARN-ET-GARONNE. 

M. le capitaine Poussy a publié dans le Bulletin de la Société archéo- 
logique de Tarn-et-Garonne, t. XVIII (Montauban, 1890, p, 177-188) , 
un très intéressant relevé, accompagné de sept planches lithograpbiées 
comprenant quatre-vingt-neuf fac-similés des signets des notaires des 
localités formant actuellement le département de Tarn-et-Garonne. 
Les actes étudiés par M. Poussy s'étendent de 1260 à 1540. D'abord 
très simples aux xm^ et xiv^ siècles, les signets publiés deviennent 
de plus en plus compliqués; formés d'abord de croix et d'étoiles, de 
comètes et de fers de lance, on y voit, en 1299, apparaître la fleur de 
lis, que, pendant la domination anglaise, Jean Fournier, notaire à 
Saint- Antonin, remplace, depuis 1356, par une croix pattée. En 1316 
et 1320 figurent les premiers écussons sur les signets de notaires de 
Moissac et de Montauban. En 1387, Pierre de Galmont place sa signa- 
ture P. de Calomonte au milieu de son signet. Sans être très fréquent, 
cet usage se retrouve, à diverses reprises, dans les actes suivants. 
En 1449 apparaît, sur le signet d'Arnulphe Le Guy, notaire aposto- 
lique de Moissac, le premier exemple des clefs de saint Pierre en sau- 
toir, qui ne tarderont pas à devenir la marque caractéristique de ces 
officiers. Au xvi« siècle, les noms occupent la place principale dans le 
signet et, comme le fait remarquer M. Poussy, la marque illustrée n'est 
plus que l'accessoire de la signature, en attendant le moment où ces 
dessins feront place aux paraphes compliqués des notaires. 

M. Poussy rappelle dans son travail la publication analogue, faite sur 
les signets des notaires de Toulouse dans la Revue archéologique du midi 
de la France, en 1866, et fait remarquer que, bien que Montauban et 
une partie de sa région aient appartenu au comté de Toulouse jus- 
qu'en 1271, on n'y rencontre jamais la croix de Toulouse si employée 
dans les signets des notaires toulousains. Comte de Marsy. 

ÉGUSSON SCULPTÉ 

DANS LA COUR DE l'ÉGOLE DES CHARTES. 

Depuis les observations de M. Roman, dont nous avons rendu compte 
dans notre précédent volume (p. 380), cet écusson a été examiné par 
M. Palustre, qui ne croit pas pouvoir l'attribuer à Marie Le Fuselier, 
veuve d'Engelbert Glausse, procureur du roi à Paris, mort le 12 août 1545. 
Il n'en paraît pas moins établi que les armoiries placées en haut à gauche 
de cet écusson appartiennent bien à la famille Glausse. Les observations 
de M. Palustre sont dans le Bulletin de la Société nationale des Anti- 
quaires de France, année 1890, p. 114. 



GAIGNIÈRES 

SES CORRESPONDANTS 



ET 



SES COLLECTIONS DE PORTRAITS^ 

{Suite.) 



Ces lettres de Fénelon, où l'estime la mieux sentie se joint à 
un véritable attachement, font grand honneur à Gaignières, dont 
les liaisons avec les membres du clergé les plus distingués par 
leurs vertus et leurs talents, sont prouvées surabondamment dans 
d'autres parties de sa correspondance. 

Fléchier, qu'il avait félicité lors de sa promotion à l'évêché de 
Lavaur, lui écrit de Rennes, le 15 décembre 1685: 

Je n'en ay pas douté, Monsieur, que vous n'ayiés pris part à la grâce 
que le roy m'a faite, j'ay éprouvé en d'autre occasion l'amitié que 
vous avez pour moy et j'ay bien cru que vous n'auriés pas moins de 
bonté en celle-cy. Je vous prie aussy d'estre persuadé, Monsieur, que 
j'en ay toute la reconnoissance que je dois, et que je suis très véri- 
tablement 

Votre très humble et très obéissant serviteur 

L'abbé Fléchier, nomé à l'évêché de Lavaur 2. 

Le 7 décembre 1697, Bourdaloue lui adresse un billet d'une 
bonne grâce et d'une politesse achevées : 

Ce samedi 7 déc. 
Je vous envoie, Monsieur, ce que je vous ai promis, et je me fais 

1. Voyez le volume précédent, p. 573. 

2. Bibl. nat., ms. fr. 24987, fol. 99. 

i891 i3 



J 82 GAIGNIÈRES. 

un très sensible plaisir de trouver cette petite occasion pour vous 
marquer, non seulement l'estime particulière que je fais de votre 
personne, dont j'honore parfaitement le mérite, mais Textrême envie 
quej'aurois d'avoir un peu de part à Thoneur de votre amitié. Je 
vous la demande, Monsieur, et vous supplie de croire que Ihorame 
du monde qui vous est le plus acquis est sans exception 
Votre très humble et très obéissant serviteur, 

BOURDALOUE, S. J.^ 

Au dos est écrit : « Pour Monsieur de Gagnières, à l'hostel de 
Guise. » 

Voici un billet plein d'urbanité du Père de la Chaise, confesseur 
de Louis XIV et, lui aussi, collectionneur distingué : 

A Fontainebleau, le U O^re ^682. 
Monsieur, 
De quelque manière que vous me témoigniez prendre part à ce qui 
me regarde, je vous en suis toujours également obligé, et vous avez 
si bien sceu me faire sentir vos bontés par la letre obligeante que 
vous avez eu la bonté de m'escrire sur mon afiiction, que vostre pré- 
sence n'eust pu rien ajouster à mon extrême reconnoissance que le 
plaisir de vous assurer de vive voix que je suis très parfaitement. 
Monsieur, 
Votre très humble et très obéissant serviteur. 

De la Chaise, S. J. 
M'' de Gaignières^. 

Moreau, dont il est question dans la lettre de Fénelon du 
7 mars 1697, fut longtemps, comme on le sait par Saint-Simon, 
premier valet de chambre du duc de Bourgogne. C'était un des 
grands amis de Gaignières, qui lui dut le beau manuscrit de la 
Guirlande de Julie; ses lettres, très nombreuses, forment 
presque tout un volume 3. Elles présentent un réel intérêt et 
répondent à l'idée avantageuse que Saint-Simon donne de ce per- 
sonnage. 

Il partageait le goût des portraits, et Gaignières lui prête sou- 
vent les siens pour les faire copier. En parlant d'un M. de Flo- 
rensac qui avait un cabinet rempli de portraits de famille, Moreau 

1. Bibl. nat., ms. fr. 24985, fol. 371. 

2. Id., 24986, fol. 33. 

3. Id., 24989, fol. 1 à 202. 



GAIGNIÈRES. \8S 

ajoute : Il en est « plus passionné que vous et moi^ » Ailleurs il 
dira : « M"*^ de Longueville est en place et le petit peintre n'y a 
« pas trop mal réussi. Il travaille présentement au portrait de 
« M'"'^ de Montbason ; lors que M""" de Chevreuse aura pris son 
« rang, on vaira d'un coup d'œil toute la guerre de la Régence, 
« et cela par vous^. » 

Le 12 janvier 1696, il écrit : « Mes petits portraits, Monsieur, 
« sont faits et mis en place, et, si je ne me trompe, vous en serés 
« content, surtout du connestable de Luines, que mon pintre 
« a habillé par merveilles ; il luy a donné un pourpoint de satin 
« blanc à fleurs d'or, avec une petite dentelle à sa fraise qui en 
« font un très agréable portrait^. » Il est évident que, dans ces 
copies de portraits, prêtés entre amateurs, on ne se piquait guère 
d'exactitude, au moins quant au costume. 

Entre autres fantaisies de collectionneur, Moreau avait celle de 
réunir les portraits des maîtresses des rois de France : « J'espère 
« que vous ne m'abandonnerez pas, » écrit-il à Gaignières, « sur 
« le projet des maîtresses que je prétents assembler ; vous ne 
« devez pas en faire scrupule, » ajoute-t-il agréablement, « puisque 
« je ne les cherche que pour les faire pendre*. » 

Moreau donne fréquemment des nouvelles du duc de Bourgogne, 
qu'il suivait partout. On apprend notamment que le prince et son 
gouverneur, le duc de Beauvilliers , visitent les collections de 
Gaignières ^ qui leur donne les explications que son expérience, 
ses voyages et son instruction lui suggèrent. L'élève de Fénelon 
paraît désireux de tout voir, de tout connaître, et c'est avec 
quelque impatience qu'il attend l'explication des belles verrières 
que Gaignières vient de découvrir à Chartres^. Il s'agit sans 
doute des magnifiques vitraux de la cathédrale que nous admirons 
aujourd'hui, mais qui étaient moins appréciés au xv!!*" siècle. 

Le duc de Bourgogne contribua personnellement à embellir le 
cabinet de Gaignières. Rigaud venait de faire un magnifique por- 
trait du prince lorsque Moreau écrivait à son ami, le 13 mars 1703 : 
« Dans le moment que je receuvois vostre lettre, Monsieur, j'avois 

1. Bibl. nat., ms. fr. 24989, fol. 25. 

2. Id., 24989, fol. 126. 

3. Id., 24989, fol. 151. 

4. Id., 24989, fol. 183. 

5. Id., 24989, fol. 5. 

6. Id., 24989, fol. 132 et 138 v°. 



-184 GAIGNIÈRES. 

« la plume à la main pour vous dire que j'avois l'hordre de Mon- 
« segneur de vous faire faire une copie de son portrait, qui est 
« le plus beau que Rigaud ait jamais fait*. » 

Ce portrait étant à Versailles dans l'appartement du duc de 
Bourgogne, l'on ne pouvoit travailler à la copie que pendant les 
voyages de la Cour à Marly. Une autre lettre de Moreau, du 
16 mai 1703, nous informe de cette particularité, en même temps 
qu'elle fait connaître le nom du copiste, qui était Hellart^ : « Entre 
« tous les chagrins que l'accident qui est arrivé à Madame la 
« duchesse de Bourgogne (a causés), il y en a un qui n'est que 
« pour moy tout seul, qui est que, sans ce funeste malheur, vous 
« auriez il y a longtemps votre portrait, mais, comme il a fallu 
« garder neuf jours le lit, on n'a pu achever ce qui restoit à faire. 
« Nous partons demain pour Marli, et la première chose que Hel- 
« lar fera sera de le finir et de vous le porter ; il est païé et ne vous 
« demande que la permission de luy laisser voir vostre cabinet 3. » 

Dangeau note une fausse couche de M'"" la duchesse de Bour- 
gogne au mois de mai 1703^; cette circonstance nous permet de 
dater la lettre, qui, comme presque toutes celles de Moreau, ne 
porte que la date du mois. 

Quant à Hellart, dont les œuvres sont peu connues, il fut de 
l'Académie de peinture, et, dans un acte de 1725, mentionné par 
Jal, il est qualifié, par sa veuve, peintre de Monseigneur le duc de 
Bourgogne. Il mourut à Paris, en juin 1719. Jal lui a consacré, 
dans son Dictionnaire critique, un article où il ne cite de lui 
que le portrait qui nous occupe. 

La copie était terminée au mois de juin, car, le 20, Moreau, qui 
avait accompagné le duc de Bourgogne à l'armée du Rhin, écrit 
à Gaignières : « Vous ne m'avez point mandé si M'' Hellard vous 
« a voit porté le portrait de Mgr le duc de Bourgogne, comme je 
« le luy avois présisément ordonné, en le luy paient, et comme 
« il me l'avoit promis^. » 

1. Bibl. nat., ms. fr. 24989, fol. 33. — Le catalogue de l'œuvre gravé de Rigaud, 
publié dans les Mém. sur les membres de l'Académie de peinture (Paris, Dumou- 
lin, 1854), mentionne en effet, t. II, p. 183, un portrait du duc de Bourgogne, en 
1703. Il a été gravé, en 1707, par Suzanne Sylvestre, femme de Lemoine. 

2. Moreau écrit ce nom Hellar ou Hellard; Jal a montré, dans son Diction' 
naire critique, qu'il faut mettre un i à la fin. 

3. Bibl. nat., ms. fr. 24989, fol. 57. 

4. Mémoires de Dangeau, t. IX, p. 187 et 193. 

5. Bibl. nat., ras. fr. 24989, fol. 55. 



GAIGNIERES. -1 85 

Nous avons été surpris, après des indications aussi précises, 
de ne pas retrouver la copie faite par Hellart dans la liste des 
portraits peints possédés par Gaignières que nous donnons à la fin 
de cette étude. Nous y voyons bien, sous le n° 37, un portrait du 
duc de Bourgogne ; mais il est qualifié d'original et attribué à 
Van Scup. Il doit s'agir ici de Jacques Van Schupen, fils de l'ha- 
bile graveur Pierre-Louis, qui, laissant le burin pour le pinceau, 
devint un élève distingué du célèbre portraitiste Largillière. Ce 
portrait du duc de Bourgogne a donné lieu à une note de Fénelon 
à Gaignières trop curieuse pour ne pas être reproduite. 

Je préférerois, Monsieur, le dessein du numéro quatre, mais j'ôte- 
rois le perron; je fairois commencer l'architecture plus bas, en sorte 
qu'on verroit en haut un ordre chorinthien, marqué avec une corniche. 
Je reculerois tant soit peu sur la droite ce bastiment qui serviroit de 
repoussoir à tout le reste. Je mettrois derrière le prince un parterre 
simple de gazon et de fleurs, au-dessus duquel je représenterois un 
petit rocher, sur la croupe d'une colline d'où tomberoit une cascade 
qui fairoit un petit canal derrière le parterre. Au-dessus, ou à coslé 
droit du rocher, je fairois un petit bocage frais et tendre; sur la gauche, 
j'osterois la palissade et les statues pour n'y mettre qu'un lointain 
paisage. Voilà ma pensée; je puis me tromper, mais vous estes assez 
bon, Monsieur, pour souffrir que je me trompe. Vous savez à quel 
poinct je vous honore sans compliment ' . 

L'abbé de Fénelo.\^. 

La note de Fénelon était accompagnée de la lettre suivante 
écrite par Moreau à Gaignières : 

M"- l'abbé, Monsieur, vous mande son sentiment sur les dessins 
que vous nous avez envoyé à examiner, il est conforme au jeuge- 
ment que M. l'abbé de l'Angeron [sic, pour de Langeron) , M'' de Niert 
et moy en avions fait avant que de les luy montrer ; il est approuvé 
par Monsegneur le duc de Bourgogne qui me demande souvent des 
nouvelles de son portrait et témoigne bien de l'impatience de le voir; 
ce sera un mérite considérable pour M"" Van Sculpe [sic] de la satis- 
faire, car vous scavez que le plaisir diminue chez les princes avec 
l'impatience. On s'attent issi à voir quelque chose de très beau. Je 
suis, Monsieur, plus à vous que je ne scaurez vous l'exprimer^, 

1. Au verso est écrit de la main de Gaignières : « M' l'abbé de Fénelon et 
M"^ Moreau, 21 janvier 1695. » Et au-dessous : « Portr. de Mgr le D. de Bg°. » 

2. Bibl. nat., ms. fr. 24987, fol. 78. 

3. Bibl. nat., ms. fr. 24989, fol. 165. 



486 GAIGNIÈRES, 

Cette lettre, dans laquelle Fénelon est évidemment désigné par 
les mots : M. l'abbé, ne porte ni signature, ni date autre que celle 
du 21 ; mais elle est écrite de la main de Moreau et la date du 21 
répond à celle du 21 janvier 1695 mise par Gaignières au dos de 
la note de Fénelon. 

Le portrait fait par Van Schupen nous paraît avoir été men- 
tionné, bien que le peintre ne soit pas nommé, dans la relation de 
la visite du duc de Bourgogne à Gaignières, donnée par le Mer- 
cure, au mois d'avril 1702. En effet, nous y lisons : « Il (le prince) 
« y vit le sien (son portrait), mais tel qu'il l'avoit donné à M. de 
« Gaignières lorsqu'il lui fit l'honneur d'aller chez lui à l'hôtel de 
« Guise il y a dix ans. » 

De 1695, date de la note de Fénelon, à 1702, il y a sept ans et 
non dix ; mais nous pensons que cette dernière indication ne doit 
pas être prise à la lettre et signifie simplement plusieurs années. 

Quant à savoir ce qu'est devenu ce portrait et s'il existe encore 
dans quelque collection publique ou privée, nous avouons notre 
complète ignorance. Nous pouvons dire seulement qu'il fut, en 
juillet 1717, vendu à vil prix comme presque toutes les peintures 
si laborieusement recueillies et si amoureusement conservées par 
le grand collectionneur. 

Le duc de Bourgogne ne se contentait pas de donner à Gaignières 
une copie de son portrait parRigaud, il lui faisait aussi cadeau de 
ses propres essais artistiques, comme en témoignent plusieurs des- 
sins paraphés de sa main que l'on conserve au département des 
Estampes K 

Voici, à ce sujet, un passage d'une lettre de Moreau à Gaignières 
sans autre date que celle du 16 mai : 

La nouvelle que j'ay à vous mander est que Monsegneur 

acheva hier le dessein qu'il vous avoit promis, qu'il est tout des plus 
beaux qui soient sortis de ses mains; il est revêtu de toutes ses 
formes, c'est-à-dire qu'il est adressé, datte et paraffé. Je puis ajou- 
ter qu'on l'a fait de bon cœur par raport à vous ^... 

Ces dessins ne sont que des œuvres d'écolier fort médiocres, 
mais ils sont paraphés et adressés à Gaignières. Cette circonstance, 
jointe à la lettre de Moreau, confirme l'opinion que Gaignières 
avait été attaché à l'éducation du duc de Bourgogne et de ses 

1. Sous la cote : Ad2, Réserve. 

2. Bibl. nat., ms. fr. 24989, fol. 147. 



GAIGNIERES. i 87 

frères, car il existe dans le même portefeuille des dessins de ces 
princes. 

Les visites du duc de Bourgogne auraient suffi pour mettre en 
réputation le cabinet de Gaignières, si nous ne savions combien 
le goût de la haute curiosité était répandu dans le grand monde. 
Les dames de la Cour font le voyage de la rue de Sèvres, surtout, 
peut-être, pour y feuilleter ces curieux portefeuilles de modes 
anciennes qui devaient plus tard faire à Marly, comme on le verra, 
la distraction du grand roi, devenu vieux et malheureux. 

Au nombre des amateurs et visiteurs du cabinet de Gaignières, 
nous trouvons une personne que l'on ne s'attend pas à rencontrer 
ici. C'est M""" de Montespan, dont les relations, déjà anciennes, 
avec l'aimable collectionneur avaient peut-être pris naissance 
chez les Noailles, qui étaient fort de ses amis, comme le montre 
sa correspondance avec le duc et la duchesse, publiée par M. Pierre 
Clément. Dans une lettre en date du 7 juillet 1699, elle parle ainsi 
de Gaignières à la duchesse : « Ganière [sic) est toujours incom- 
« mode de la jambe ; il ne laisse pas de travailler tout le jour ; il 
« est ravi de ce qu'il trouve ici (à Fontevrault), et ceux qui le 
« voye sont ravis de ce qu'il fait. Vous croies bien que je lui 
« montrerai l'article de votre lettre. Il étoit déjà très convaincu 
« de vos bontés, mais ce que vous me mandés n'y gastera rien et 
« me fait beaucoup espérer que vous luy procurerés quelque chose. 
« Ce n'est pas purement pour luy que je le souhaite, c'est par ce 
« désir général de voir toujours faire le mieux qui ce peut*. » 

On voit que les deux grandes dames honoraient Gaignières 
d'une bienveillance qui, chez M""^ de Montespan, remontait à plus 
de dix ans. Il paraît, en effet, par une lettre de l'abbé Testu, du 
mois de juillet 1689, qu'elle avait parlé au roi des soins que 
Gaignières avait « pris pour l'excécution de l'ouvrage qu'elle veut 
« entreprendre 2. » Quel pouvait être cet ouvrage dont le principal 



1. Cette lettre était à la bibliothèque du Louvre, incendiée par la Commune 
en 1871. Elle a été publiée par M. P. Clément dans Madame de Montespan et 
Louis XIV. 1 vol. in-8°. Paris, Didier, 1868. 

2. Bibl. nat., ms. fr. 24991, fol. 434. —L'abbé Testu, membre de l'Académie 
française, mort en 1705, était un abbé spirituel et mondain qui, malgré ses 
hautes amitiés, ne parvint pas à un évêché, Louis XIV ne le trouvant pas assez 
dévot. Selon M"" de Sévigné, il gouvernait fort M""^ de Fontevrault, mais la 
malicieuse marquise n'aimait guère M""^ de Montespan, ni tout ce qui lui tou- 
chait de près. Voir Cousin, Madame de Sablé, p. 200. 



4 88 GAIGNIERES. 

et gracieux auteur n'est pas sans nous causer quelque surprise ? 
On a peine à se représenter la belle marquise entourée de paperasses 
et tachant d'encre ses jolis doigts. Il est permis de supposer qu'il 
s'agissait de la publication d'un choix de ces vieilles modes dont 
Gaignires avait réuni une remarquable collection, depuis le 
xrv® siècle jusqu'au temps de Louis XIV, et dont plusieurs avaient 
été copiées par le peintre Boudan pour M™^ de Montespan. 

Une lettre de l'abbé Girard, plus tard évêque de Boulogne, 
dénote de singulières intermittences dans les idées de M"^ de 
Montespan et fait pressentir que la publication restera à l'état de 
projet. Il écrit à Gaignières de Versailles le 9 février 1690 : 

Je suis chargé, Monsieur, de vous faire des excuses que vous n'au- 
rez pas grand peine à recevoir. C'est de Madame de Montespan qui, 
après une si longue interruption du commerce sur les petites figures, 
ne veut pas vous donner la peine de luy en aller reparler et montrer 
à Saint-Joseph, que je ne vous aye dit, de sa part, qu'eUe est bien 
faschée d'avoir esté si longtemps à vous les demander. Elle m'ordonne 
donc, Monsieur, après ce compliment qu'elle ne manquera pas sans 
doute de vous faire elle-mesme et asseurément mieux que moy, de 
vous prier, de sa part, de l'aller trouver samedy, à une heure après 
midy, à Saint-Joseph \ et d'y porter ce que vous avez de fait, avec 
ce bon esprit et ce bon goust qui vous suivent partout^. 

Ce projet de publication explique pourquoi les modes étaient, 
dans les portefeuilles de Gaignières, classées avec plus de soin 
que les autres collections, ainsi que l'a remarqué M. Delisle. 
Quoique non réalisé par la suite, ce travail devait multiplier les 
rapports entre les deux collaborateurs. 

M"*^ de Montespan, désireuse peut-être de reconnaître les soins 
qu'avait pris Gaignières pour satisfaire un caprice, lui avait fait 
cadeau de deux belles miniatures. C'est ce que nous apprend une 
lettre de Moreau à Gaignières, du 15 juin 1702, où nous lisons le 
passage suivant : « Je viens de dire à Monsegneur que la joye 
« vous avoit tellement transporté au récit de l'action de Nimègue 



1. Maison religieuse à Paris, rue Saint-Dominique, où a été établi le minis- 
tère de la guerre pendant la plus grande partie de notre siècle. M°" de Montes- 
pan y faisait élever des jeunes filles, qu'elle mariait et dotait, Elle y avait un 
appartement avec un seul fauteuil dans le salon. 

2. Bibl. nat., ms. fr. 24987, fol. 243. 



GAIGNIERES. i 89 

« que vous estiez allé sur-le-champ à Nostre-Dame, où vous aviez 
« chanté un Te Deum , vous tout seul, à basse notte ; il m'a ordonné 
« de vous remercier. Vous ne croiriez pas que j'ay pensé à vous 
« dans le temps de cette action, et que je souhaite le pintre en 
« miniature qui a peint les deux que M"" de Montespan vous a 
« donné, lorsque je vis d'un coup d'œil deux grandes armées en 
« bataille dans une belle plaine terminée parla ville de Nimègue. 
« Avouez que cela bien représenté feroit un tableau qui ne vous 
« déplèroit pas*. » 

Les miniatures données à Gaignières par M"** de Montespan 
représentaient donc des événements militaires, probablement du 
temps de Louis XIV. Or, nous savons par Dangeau que, le der- 
nier jour de 1684, M'"^ de Montespan offrit à Louis XIV un livre 
relié d'or, contenant les vues en miniature de toutes les villes de 
Hollande qu'il avait prises pendant la campagne de 1672. Ce 
merveilleux cadeau, qui avait coûté dix mille pistoles, environ 
deux cent mille francs d'aujourd'hui, était comme un souvenir 
des triomphes du prince et du règne de la belle marquise. Il est 
permis de supposer que les miniatures auxquelles Moreau fait 
allusion avaient été faites pour le précieux livre destiné au roi, et 
qu'une circonstance inconnue les empêcha d'y figurer. On ignore 
ce qu'est devenu ce riche album, et il est à regretter que Moreau 
n'ait pas nommé le peintre, qui était certainement connu de lui 
et de Gaignières. En l'absence des œuvres eUes-mêmes, il est 
impossible de risquer une attribution. On peut cependant penser 
à Van der Meulen, ou à quelqu'un de ses élèves. Il ne faudrait 
pas croire, d'ailleurs, qu'il y eût là de véritables chefs-d'œuvre. 
Dans la seconde moitié du xvn^ siècle, l'art de la miniature était 
bien déchu de ce qu'il avait été au xv" et au xvf siècle. V Entrée 
du roi à Lille, que l'on trouve dans l'inventaire des tableaux 
de Gaignières avec la mention grande 7niniature, et qui est 
citée comme une des beautés de son cabinet dans le récit fait par 
le Mercure de la visite du duc de Bourgogne, était sans doute 
une de ces deux miniatures ; l'autre était probablement Ventrée 
du roi à Dunkerque , qui porte la même mention à l'inven- 
taire. 

M"*^ de Montespan n'avait point affaire à un ingrat ; Gaignières, 
qui lui a survécu, fut jusqu'à la fin de ses fidèles. Le 14 juin 1703, 

1. Bibl. nat., ms. fr. 24989, fol. 41. 



4 90 GAIGNIÈRES. 

écrivant à M""^ de MarsayS alors aux eaux de Bourbon avec 
M"^ de Montespan, il dit, à propos de ses obligations envers la 
marquise : « J'ose vous assurer aussy, Madame, que je les ressens 
« comme je le dois. Vous m'en pouvez croire, puisqu'il n'y a pas 
« de jour que je n'y pense, je dis même ceux que je n'entre pas 
« dans mon apartement, car, pour ceux que j'y habite, croiriez- 
« vous que j'y puisse voir aussy souvent ce qu'elle y a mis sans 
« penser combien je le mérite peu et combien par là je le ressens 
« davantage? Est-ce le mériter que de n'avoir pas oublié les obli- 
« gâtions que je luy ay il y a si longtemps! Non, assurément, je 
« n'ay fait en cela que ce que je me dois à moy-mesme^ » 

Dans une autre lettre du 9 septembre 1703, il écrit encore : 
« Je vous suplie. Madame, de continuer à faire toujours bien ma 
« cour à Madame de Montespan. L'on ne mettra jamais au nombre 
« de mes défauts l'ingratitude^. » 

Gaignières a donc eu avec M°'® de Montespan de longs et excel- 
lents rapports ; au ton de sa reconnaissance, on pressent qu'il ne 
lui fut pas seulement redevable des deux miniatures dont parle 
Moreau. Mais nous n'avons à cet égard aucune indication précise, 
les portefeuilles de Gaignières ne contenant qu'une seule lettre 
de M"^ de Montespan. Probablement, la belle marquise, dont 
l'écriture et l'orthographe étaient fort défectueuses, aimait peu à 
écrire; avec les sentiments que Gaignières avait pour elle, il n'eût 
pas manqué de garder ses moindres billets. Voici cette lettre, qui 
est une réponse aux condoléances que Gaignières lui avait adres- 
sées à l'occasion de la mort de sa sœur, M"^ de Thianges : 

A Fontevrauld, ce 27^ septembre 4693. 
An quelque temps que ra'arive les marque de vostre amitié, Mon- 
sieur, g'i suis toutjours fort sansible. Cette occasion ycy est bien 

1. Denise-Hyppolite Catar, gouvernante du duc de Penthièvre, femme de 
Jean-Charles Acton, seigneur de Marsay. (Filleau, Familles du Poitou, v° Acton.) 

2. Bibl. nat.', ras. fr. 24987, fol. 167 v°. Minute. 

3. Bibl. nat., ras. fr. 24987, fol. 168 v°. Minute. — La reconnaissance de Gai- 
gnières paraît avoir survécu à M"'^ de Montespan, raorte le 27 mai 1707. Nous 
croyons, en efifet, qu'on doit lui attribuer un article sans signature du Mercure 
de juin 1707, dans lequel, après avoir fait l'éloge de la charité de la marquise, 
l'écrivain ajoute : « Elle aimoit les beaux-arts et protégeoit ceux qui y excel- 
« loient. Elle a donné de l'occupation à quelques-uns jusqu'à son dernier 
« moment. Les grands et les petits, les riches et les pauvres, les savants et les 
8 habiles artistes ne manqueront pas de lui donner les louanges qu'elle mérite. » 



GAIGNIERES. 494 

faicte pour moy, elle m'est mesme arivée dans le temps que je m'i 
atandées le moins. La mort surprans toutjours pour soy ou pour les 
austres, et an ogmente ancore par là le déplésir. Je vous rans mille 
grasse de la part que vous prenés au mien. Croies, je vous suplie, 
que je vous conserve la reconnessance que je dois avoir de toute vos 
honnestetés dont je vous demande la continuation; nous en avons 
mesme de grans besoins, mais je suis trop triste pour pouveoi rentrer 
an matierre sur des suject qui ne regarde que la vanité et le plésir. 

La signature manque, mais le cachet noir encore intact porte 
les armes des Rochechouart et, en haut, on lit de la main de Gai- 
gnières : Madame de Montespan^. 

Cette lettre indique des relations habituelles. On remarquera 
les mots : nous en avons mesme de grans besoins, qui dénotent 
une sorte d'intimité et semblent annoncer des confidences aux- 
quelles coupe court la phrase suivante. 

Gaignières entretenait aussi des relations avec la sœur de 
M'"* de Montespan, la célèbre abbesse de Fontevrault, dont Saint- 
Simon a dit : « Elle avoit encore plus de beauté que M""^ de Mon- 
« tespanet, ce qui n'est pas moins dire, plus d'esprit qu'eux tous, 
« avec ce même tour que nul autre n'a attrappé qu'eux, ou avec 
« une fréquentation continuelle, et qui se sent si promptement et 
« avec tant de plaisir. Avec cela très savante, bonne théologienne, 
« esprit supérieur pour le gouvernement. Ses moindres lettres 
« étoient des pièces à garder 2. » 

Celles que Gaignières nous a conservées et qui vont du 10 fé- 
vrier 1700 au 9 janvier 1704 confirment l'appréciation de Saint- 
Simon. Nous les aurions reproduites si elles n'avaient été publiées 
par M. Pierre Clément dans l'ouvrage qu'il a consacré à cette 
femme supérieure ^. Nous ne résistons pas au désir de donner ici 
une lettre que la belle abbesse écrivait à Gaignières au sujet de 
son propre portrait, qui venait d'être placé dans la galerie de la 
rue de Sèvres : 

A Pontevrauld, 29 \ O^re { 702. 

Ce n'est pas à vous, Monsieur, à me faire des remerciements sur 

1. Bibl. nat., ms. fr. 24988, fol. 288. — Cette lettre a été publiée par M. P. Clé- 
ment dans l'ouvrage cité plus haut, mais en corrigeant l'orthographe, ce que 
nous n'avons pas cru devoir faire. 

2. Mémoires de Saint-Simon, t. III, p. 83. Édit. Hachette. Paris, 1856, in-12. 

3. Une abbesse de Fontevrault au XVW siècle. Paris, Didier, 1869, in-8°. 



-192 GAIGNIÈRES, 

mon portrait, c'est à moi à vous remercier d'avoir eu la bonté de le 
souhaiter et de le recevoir si favorablement. Il m'est bien honorable 
qu'il soit placé dans un cabinet aussi précieux que le vostre, mais je 
suis encore moins touchée de cet honneur que du droit oîi il me met 
de compter sur vostre amitié, beaucoup plus précieuse que toutes les 
raretés que vous avés rassemblées chés vous. Je vous supplie, Mon- 
sieur, de me la vouloir bien continuer et d'estre persuadé que per- 
sonne ne connoit mieux que moi le prix de cette grâce et ne désire 
plus sincèrement de s'en rendre digne. M'" de Larroque ' peut vous 
respondre qu'il n'entre point de compliement dans les assurances que 
je vous donne là-dessus; j'avois souvent le plaisir de parler de vous 
avec lui, Monsieur, dans le temps qu'il a bien voulu me donner et 
qui m'a paru bien court, par rapport à l'utilité et à l'agréement qu'on 
trouve dans une société comme la sienne. Il n'y a rien à vous 
apprendre sur son mérite, non plus que sur ses sentiments pour vous, 
qui respondent bien en vérité à toute Testime qui vous est due et aux 
obligations essentielles qu'il vous a. 1! est triste que sa fortune se 
trouve disproportionnée à son mérite, et je suis bien certaine que 
vous ressentes ce malheur encore plus que lui. Vous n'avés point 
d'amis malheureux qui ne doivent se promettre de trouver ce senti- 
ment là en vous et d'en recevoir toutes les preuves qu'une amitié 
vive et ingénieuse peut fournir. Je ne Onirois pas sitost si je me lais- 
sois aller à vous donner toutes les louanges que vous mérités là-des- 
sus. Comptez seulement, Monsieur, que personne ne vous les donne 
de meilleur cœur que moi et n'est avec plus d'estime et de considé- 
ration que je le suis, votre très humble servante, 

MM. Gabrielle de Roghechouart, abbesse de Fontevrauld-. 

M™* de Fonte vrault n'avait pas contribué uniquement par l'en- 
voi de son portrait à enrichir le cabinet de Gaignières, ainsi que 
le prouve le passage suivant d'une lettre de ce dernier en date du 
13 décembre 1702 : 



1. Larroque, prolestant converti, fort apprécié par M"* de Fontevrault, 
était un homme instruit et lettré, qui, avant sa conversion, paraît avoir colla- 
boré à Londres avec Bayle. — Voir sur lui une note biographique de M. P. Clé- 
ment, dans Une abbesse de Fontevrault au XV W siècle, p. 205, note 3. — 
Diverses pièces du ms. fr. 24988, fol. 84 et passim, nous apprennent que 
Gaignières contribua, avec le maréchal de Noailles, à faire rendre à de Lar- 
roque une pension de 800 1. qui avait été supprimée. 

2. Bibl. nat., ms. fr. 24991, fol. 249. — Publiée par M. P. Clément, ouvrage 
cité, p. 233. 



6AIGNIÈRES. 493 

M»- de Larroque ne me pouvoit, Madame, procurer un plus sensible 
plaisir que celuy que vous m'avez fait de m'honorer de vostre portrait, 
si magnifiquement accompagné. Je voudrois bien quMl m'aidast aussy 
à vous en faire mes très humbles remerciemens. J'ay receu tant de 
marques de vostre bonté que j'espère, Madame, que vous aurez 
encore celle d'estre persuadée que je suis très sensiblement touché de 
tout ce que je reçois de votre part. 

Vous avez encore augmenté mon cabinet par les deux livres que 
M"" de Larroque m'a apportés. En vérité, Madame, cette attention pour 
tout ce qui me regarde me met hors d'estat de vous en pouvoir assez 
tesmoigner ma reconnoissance par mes services. Ils vous sont si 
véritablement acquis que je n'ajousteray rien aux protestations que 
j'ay eu l'honneur de vous en faire, que les assurances que je vous 
suplie de recevoir de la continuation de mon respect et de mon atta- 
chement très sincère, et que je suis. Madame, etc.^ 

Le 25 mai 1703, il écrit encore : « Vous ne perdez point 
« d'occasion, Madame, de me donner des marques de vos bontez. 
« Je crois mesme leur devoir les tableaux que M. le chevalier 
« du Bellay vient de m'envoyer. C'est tout au moins sa considé- 
« ration pour vous qui m'a attiré ce présent. Je ne scaurois me 
« fiater assez pour penser autrement sans dessein de luy en estre 
« moins obligé. Souferez donc, Madame, que je vous en fasse de 
« nouveau mes très humbles remerciemens, aussi bien que des 
« miniatures que le P. prieur avoit données à M" de Larroque 
« pour mètre dans mon cabinet^. » 

Gaignières ne craignait pas de mettre à profit l'obligeance de 
ses amis. La riche bibliothèque du savant Chevreau, mort à Lou- 
dun, sa patrie, en février 1701, contenait un volume qu'il con- 
voitait, et il avait prié M""® de Fontevrault, dont l'abbaye était 
voisine de Loudun, de le prendre pour lui. L'affaire n'aboutit pas, 
malgré la bonne volonté de l'abbesse. Nous lisons, en effet, dans 
une lettre de celle-ci, du 2 septembre 1701 : « On me dit hier par 
« hasard que Boudot^ s'en estoit retourné, qu'il avoit passé à 
« Saumur sans emporter la bibliothèque de M"^ Chevreau, qu'il 
« avoit pourtant achettée huit mille frans, mais qu'il avoit vendue 
« aussitost pour dix mille aux bénédictins de Saint- Jouin. Me voilà 

1. Bibl. nat., ms. fr. 24987, fol. 160. Minute de lettre. 

2. Id,, 24987, fol. 164. Minute de lettre. 

3. Fameux libraire du temps. 



^94 GAIGNIERES. 

« par là privée du plaisir de vous procurer le livre que vous dési- 
« ries, et j'y ai beaucoup plus de regret, Monsieur, qu'à ceux que 
« je m'estois promis d'achetter pour moi-mesme^ » 

Par réciprocité de bons offices sans doute, Gaignières avait 
indiqué à M™^ de Fontevrault des portraits de Santeul, qu'il pen- 
sait lui être agréables ; celle-ci répond : « Je ne profiterai point 
« de l'avis que vous avés la bonté de me donner touchant les por- 
« traits de Santeuil. J'aime fort les estampes, mais en tableaux 
« seulement et non pas en portraits. » Après cette franche décla- 
ration, elle ajoute poliment : « Vous avés raison d'avouer hardi- 
« ment vostre goust pour les curiosités, qui font vostre principalle 
« occupation ; c'est une passion, non seulement innocente, mais 
« encore louable et utile ^. » 

On voit quels étaient les rapports de Gaignières avec la savante 
et spirituelle abbesse. M. P. Clément ne les fait remonter qu'à 
1700, époque à laquelle commence la partie de la correspondance 
qui nous a été conservée. Mais ils étaient positivement antérieurs, 
puisqu'une lettre de M™*' deMontespan du 9 juillet 1699, citée plus 
haut et publiée par M. P. Clément, montre Gaignières installé à 
Fontevrault et y copiant sans doute le volumineux cartulaire de 
cette abbaye, aujourd'hui à la Bibliothèque nationale^. La liaison 
doit donc remonter au moins à l'avant-dernier voyage de l'abbesse 
à Paris en 1695, peut-être même à l'un des deux précédents en 
1679 ou 1675. 

Une phrase finale de la lettre de l'abbesse du 23 février 1701, 
dont nous avons déjà cité un passage, fait connaître l'époque à 
laquelle Gaignières quitta l'hôtel de Guise pour s'installer avec 
ses collections dans sa maison de la rue de Sèvres : « Vous faites 
« bien, dit-elle, d'habiter une maison qui esta vous et qui est très 
« belle. Si j'estois à Paris, je ne menquerois pas de vous rendre 
« une visite dans cette nouvelle demeure^. » Le 2 septembre de 
la même année, revenant sur ce sujet, elle ajoute : « Je m'imagine 

1. Bibl. nat., nis. fr. 24991, fol. 245. 

2. Id., 24991, fol. 244. 

3. Ce cartulaire, qui porte à la Bibliothèque nationale le numéro 5480 du fonds 
latin, contient à la page 14 du tome I la mention suivante de la main de Gai- 
gnières : « Ces extraits ont esté commencés le 26 juin 1699, après dîné, et 

« continuez pendant jours entiers, 3 heures le matin et 4 heures, et quel- 

« quefois 4 heures et demie l'après-dînée, et finis le » 

4. Bibl. nat., ms. fr. 24991, fol. 238. 



GAIGNIÈRES. -195 

« qu'il (M. de Larroque) va souvent vous voir dans vostre belle 
« retraitte, où je regrette bien que vous n'aïés pas esté établi pen- 
« dant que j'estois à Paris ^ » Le dernier voyage de M""® de Fon- 
tevrault à Paris eut lieu à la fin de l'année 1700. Elle dînait 
chez M"'' de Maintenon le 2 décembre, nous apprend Dangeau ; 
c'est donc entre cette date et le 23 février suivant que Gaignières 
s'établit rue de Sèvres. 

A une époque antérieure, paraît, parmi les spirituelles corres- 
pondantes de Gaignières, l'aimable M"*^ de la Sablière, si connue 
par sa bonté et son attachement pour La Fontaine. L'unique lettre 
d'elle que nous possédons est d'août 1685 ; elle indique une liaison 
ancienne : 

Samedy matin. 

Je vous envoyé un billet que M"^ de Noirmoutier m'a fait écrire, 
Monsieur-, il croit que je ne pars pas d'avec M'' l'abbé de Vertamont, 
parce qu'il fait bastir sur une de nos plasses. J'ay donc recours à vous, 
Monsieur, pour supplier vostre amy de voulloir bien aller voir M"" de 
Noirmoutier qui, estant aveugle, ne fait guère de visittes. Je ne vous 
fais point d'excuses, Monsieur, de la liberté que je prends; je crois 
estre avec vous au delà des sérémonies, puisque vous ne devés pas 
doutter de l'estime que j'ay pour vous et de l'envie que j'ay de 
méritter vostre amitié. Je suis, plus que personne, Monsieur, vostre 
très humble et très obéissante servente, 

M. Sablière^. 

La marquise d'Huxelles, mère du maréchal, dépeinte par Saint- 
Simon comme « une femme de beaucoup d'esprit, qui avoit de la 
« beauté et de la galenterie, qui savoit et avoit été du grand 
« monde toute sa vie, mais point de la Cour^, » tient une place 
importante dans la correspondance de 1705 à 1711, année qui 
précéda sa mort. Ses lettres la montrent très aimable et fort liée 
avec Gaignières. 

Elle écrit, le 5 octobre 1708, au sujet de son portrait placé dans 
le cabinet de la rue de Sèvres : 

C'est à moy de vous remercier, Monsieur, car vous me mettes dans 
le magazin de la gloire. N'ay-je pas leu dans une satyre de Boileau : 
Et qui scauroit sans moi que Gottin a prêché? 

1. Bibl. nat., ms. fr. 24991, fol. 246. 

2. Id., 24991, fol. 303. 

3. Mémoires de Saint-Simon, t. VI, p. 294. Édit. Hachette, in-12. Paris, 1856. 



^96 GAIGNIÈRES. 

Qui scauroit aussy sans vous que je n'ay point esté dans l'obscurité, 
puisque ma bonne fortune, plus que mon mérite, m'a donné des amis 
du premier ordre, en naissance, valeur et esprit * ? 

Une autre lettre du 10 avril 1709 contient un passage qui nous 
apprend que le fond de l'oraison funèbre du maréchal de Noailles 
appartient à Gaignières : 

J'ai leu. Monsieur, avec admiration l'oraison funèbre de Monsieur 
le mareschal de Noailles, car, sy vous avez fourny une belle matière, 
elle est bien mise en œuvre selon mon petit jugement 2. 

Il s'agit probablement ici de l'oraison funèbre du duc de Noailles 
prononcée le 27 février 1707, à Paris, dans l'église des Feuillants, 
par le P. de la Rue, jésuite, et qui fut imprimée en 1709. 

Mais la correspondance roule principalement sur la réalisation 
d'une idée de la marquise, à laquelle Gaignières s'était prêté avec 
son obligeance habituelle. Il s'agissait de faire transcrire sur un 
livre blanc, un album, comme nous dirions, les lettres reçues par 
M"^^ d'Huxelles pendant sa longue carrière, celles, du moins, 
qu'elle avait gardées comme ayant un intérêt particulier. La copie 
ne comprend d'abord qu'un nombre de lettres assez restreint ; puis 
la marquise en retrouve d'autres et renvoie le livre pour que l'on 
continue le travail : 

Vous avés mis, Monsieur, lui écrit-elle le 22 novembre ^1708, le 
dernier sceau à nostre ancienne amitié, car je suis sensiblement tou- 
chée du présent que vous me refaites, aimant bien mieux les origi- 
naux chez vous que chez moy, où j'aurai, à ma main, un caractère 
moulé quand il me plaira repasser dans mon esprit des souvenirs 
qui ne laissent pas de réjouir. Cependant, j'ose vous renvoyer ce 
Uvre afin d'achever d'user le papier 2. 

Ce thème revient souvent, toujours pour la dernière fois, avec 
mille excuses du ton le plus charmant. Gaignières ne perdait pas, 
on le voit, à cet agréable commerce; M""^ d'Huxelles, tout heu- 
reuse d'avoir sous la main de belles copies bien écrites, lui aban- 
donna les originaux. Ainsi s'explique la présence dans ses porte- 
feuilles de plusieurs lettres adressées à la spirituelle marquise. 

1. Bibl. nat., ms. fr. 24991, fol. 529. 

2. Id., 24991, fol. 548. 

3. Id., 24991, fol. 532. 



GAIGNIÈRES. 197 

M. E. de Barthélémy les a publiées pour la plupart, soit en entier, 
soit par extraits C'est de cette dernière façon qu'il a donné une 
lettre de M. de Jussac^ qui, par certains détails, nous semble 
devoir être reproduite dans son intégrité. Elle rappelle cette meur- 
trière bataille de Senef, dernier tliéàtre de la vaillance et de la 
gloire du grand Gondé : 

Du camp de Piéton, ce -12^ de juin. 
Nous fûmes voir hyer les champs de Pharsale, où Gaesar fit voir à 
Pompée qu'en fait de guerre il en savoit plus que luy. M"^ le Mares- 
chal d'Humière prit pour escorte la maison du Roy; beaucoup de 
ces messieurs, qui avoient esté à la battaille de Senef, reconnurent le 
terrein et nous montrèrent les endroits où les grandes actions s'es- 
toient passées. Ils ne tombèrent pas tous d'accord également des cir- 
constances des faits; cela fait bien voir que les historiens manquent 
souvent à la vérité, puisque ceux qui ont combattu, eux-mesmes, sont 
si différens en ce qu'ils en disent; mais ils conveinrent tous que feu 
Mgr le Prince se trouva partout à toutes les attaques, et qu'il donna, 
à proprement parler, douze ou quinze combats, en cette journée, 
depuis Senef jusqu'au Fay, distant de deux lieues. Il fut question de 
charger les ennemys de poste en poste et de les en chasser; tantost 
cavallerie, qui se deffendoit dans des chams de terre entourés de 
bayes vives, et tantost infanterie accompagnée de canon, qui faisoit 
un feu continuel dans ces bayes, si bien qu'on les conduisit jusqu'à 
cette fameuse ravine, qui n'est rien qu'un chemin creux, de trois ou 
quatre pies au plus haut, sur les hors duquel se rencontrèrent deux 
battaillons et deux escadrons aux aigles noires de mauvais augure, et 
cinq pièces de canon, qui désolèrent les gardes du corps et les cuiras- 
siers. La plaine où cette dernière action se passa va en pante^ elle 
est large d'une portée de mousquet, entre deux petits bois, et longue 
de la volée d'un canon, depuis le haut jusqu'en bas; les ennemys 
avoient la hauteur où estoit la ravine, et Mgr le Prince arrivoit par 
le bas, avec deux ou trois battaillons, deux escadrons des gardes du 
corps et un de cuirassiers. Il fit mettre quatre pièces de canon en 
batterie, et de part et d'autre on se tiroit à cartouche; cela dura jus- 
que à la nuit fermée, et les gardes du corps et les cuirassiers, portant 



1. La marquise d'Huxelles et ses amis, l vol. ia-8°. Paris, Firinin Didot, 1881. 

2. Claude, comte de Jussac, premier gentilhomme de M. le duc du Maine, 
aux côtés duquel il fut tué en 1690. Sa femme, dont Saint-Simon fait l'éloge, 
était gouvernante de M"' de Blois, fille de Louis XIV et de M™' de Montespan. 

4894 U 



498 GAIGNIERES. 

impatiemment le grand feu des Allemans, les chargèrent avec une 
extrême vigueur et leur tuèrent beaucoup de monde, mais enfin, ils 
furent contraints de revenir à leur poste, où ils souffrirent beaucoup. 
On nous monstra, le long de la haye, un chesne coupé, sous lequel 
Mgr le Prince se reposoit sur les genoux de Mgr son filz, à la gauche 
des troupes qu'il avoit postées pour combattre. Le champ est encore 
présentement semé d'ossemens d'hommes et de chevaux et inspire un 
je ne say quoy d'horreur et de pitoyable. 

On asseura hyer que les Hollandois estoient à Tilmont au nombre 
de quinze mille hommes. 

Mille très respectueux complimens aux illustres personnes qui me 
font l'honneur de se souvenir que je les honore infiniment'. 

Le passage de cette lettre, où il est question « du chesne coupé 
« sous lequel Mgr le prince se reposoit sur les genoux de Mgr son 
« filz, » méritait assurément de n'être pas négligé. Il rappelle une 
circonstance qu'utilisera peut-être l'historien des Gondés, lors- 
qu'il en sera venu à cette période de l'histoire de son héros. 

Tout un côté aimable et mondain de notre collectionneur ressort 
de l'ensemble de cette correspondance, notamment des lettres de 
la duchesse douairière de Noailles et de celles de Rollinde, per- 
sonnage attaché à la grande Mademoiselle, dont il est souvent 
parlé vers la fin des mémoires de cette princesse. Pendant les 
années 1689, 1690 et 1692, Rollinde écrit fréquemment à Gai- 
gnières pour le remercier, au nom de la princesse, des nouvelles 
qu'il envoie delà Cour et lui demander de continuer. Si passionné 
que fût Gaignières pour les choses du passé, il n'en avait pas 
moins l'œil et l'oreille ouverts sur la société brillante et animée 
de son temps. Il envoyait en province des nouvelles du monde 
parisien, de petites relations, des chansons qui étaient les gazettes 
de l'époque. On voit, par les réponses de ses nobles correspon- 
dantes, qu'il s'acquittait fort galamment de ce rôle de chroniqueur 
du grand monde, qui lui permettait de reconnaître d'une façon 
gracieuse et spirituelle la bienveillance dont on l'honorait. M"" de 



1. Bibl. nat., ms. fr. 24988, fol. 21. — L'adresse porte : « A Madame, Madame 
« la marquise d'Huxelles, près les Nouvelles-Catholiques, rue Sainte-Anne, à 
« Paris. » La lettre n'est pas signée, mais une main ancienne, probablement 
celle de Gaignières, a inscrit en tête le nom de M. de Jussac, et le cachet, en 
cire rouge, est à ses armes. La date, qui manque, doit être 1689, époque à 
laquelle le maréchal d'Humières commandait dans les Flandres. 



GAIGNIÈRES. ^ 99 

Montpensier avait des titres tout particuliers aux attentions de 
Gaignières. Héritière d'une partie des grands biens de M"'' de 
Guise, notamment de la principauté de Joinville, elle avait con- 
servé le gouvernement de cette ville à l'ancien écuyer de la 
duchesse. 

La revue de la correspondance de Gaignières nous a entraîné 
au delà d'une époque où il avait été à la veille de voir se réaliser 
un projet qui eût comblé ses vœux et couronné dignement sa vie 
d'érudit et de chercheur. 

En 1703, encouragé par la masse énorme de documents et de 
monuments figurés qu'il avait réunis, lui, simple particulier, dis- 
posant de médiocres ressources, il estima que, si le gouvernement 
entrait avec sa toute-puissance dans la voie qu'il avait ouverte, 
on atteindrait à de bien autres résultats. Une note exposant ses 
vues et les moyens d'exécution fut remise par lui à M. de Pont- 
chartrain, secrétaire d'Etat, qui fit bon accueil à cette ouverture. 
On dressa un projet destiné à être soumis à l'approbation du roi. 
Dans cette pièce, publiée par M. Duplessis ^ , le ministre se propose 
tout d'abord de veiller à la conservation des monuments relatifs 
à la maison royale, qui semble avoir été jusqu'à présent la plus 
négligée. 

On pourroit, ajoute-t-il, engager M' de Gaignières dans l'exécution 
de ce dessein, ayant fait des recherches pour la maison royale, et 
pour tout ce qu'il y a de plus curieux dans le royaume pendant plus 
de quinze ans qu'il a voyagé dans les provinces avec des dessinateurs 
et des écrivains. On en peut voir un eschantillon dans les desseins 
qui seront joints à ce mémoire. 

Il paroist nécessaire de luy donner un arrest du Conseil pour l'au- 
toriser à certifier les desseins qu'il fera exécuter. Il s'en servira avec 
discrétion, crainte de faire soubçonner que l'on eut quelque autre 
veue que celle de conserver les monumens Pour oster tout soup- 
çon, on pourroit le faire honoraire de l'Accadémie des Inscriptions, 
et, en cas que le Roy agrée ce projet, on pourroit commencer, au prin- 
temps prochain, par le Bourbonnois et la Bourgogne, où il y a plus 
de monumens de la maison de Bourbon^. 

1. Gaignières et ses collections, p. 13 du tirage à part. — Le texte de cette 
pièce se trouve dans le vol. 1032 de la collection Clairanibault (anciennement 
Mélanges 436), p. 727-729. 

2. Voir Delisle, Cabinet des manuscrits, t. I, p. 343. 



âOO GAIGNIÈRES. 

Tout annonçait une heureuse solution; cependant, il n'en fut 
rien. On était, il est vrai, au plus fort de la guerre de la succes- 
sion d'Espagne, les revers commençaient et allaient amener la 
France à deux doigts de sa ruine. Le roi, vieux et malheureux, 
avait d'autres soucis que ceux de songer aux origines de sa mai- 
son et aux tombeaux de ses ancêtres. Il avait à défendre son propre 
palais et le berceau de son arrière-petit-fils. On ne donna point 
suite à un projet qui eût rendu tant de services aux arts et à 
l'histoire. Il n'a été mis à exécution que dans notre siècle, trop 
tard, hélas! lorsqu'on a constitué, vers 1840, la commission des 
monuments historiques. 

Libre de sa personne après la mort de M"^ de Guise, Gaignières 
serait sans doute allé habiter immédiatement la maison qu'il avait 
fait bâtir rue de Sèvres, si, dans cette construction, il n'eût 
dépassé sensiblement ses ressources pécuniaires. Pendant quel- 
ques années , il se vit obligé de louer cette habitation qu'il 
s'était préparée comme une agréable retraite. Située en face des 
Incurables, elle a disparu et a été remplacée par des édifices 
plus modernes. M. Duplessis a eu la bonne fortune d'eu trou- 
ver, au département des Estampes, une vue à vol d'oiseau qu'il 
a reproduite dans les Nouvelles Archives de l'Art fran- 
çaise C'est, comme on peut le voir, un véritable hôtel, de dix 
fenêtres de façade, élevé de deux étages au-dessus du rez-de- 
chaussée, entre cour et jardin, avec une aile en retour d'équerre 
sur le jardin et de nombreuses servitudes dans la cour. Le jardin, 
qui s'étend jusqu'à la rue du Cherche-Midi, alors appelée du 
Chasse-Midy, est vaste et dessiné à la française. On s'explique 
parfaitement qu'une construction de cette importance ait été pour 
le propriétaire une lourde charge qui a pesé sur une partie de son 
existence. La portion du faubourg Saint-Germain choisie par Gai- 
gnières pour s'y installer était peu habitée vers la fin du xvif siècle ; 
le terrain devait y être bon marché. La création de l'hospice des 
Incurables, situé à peu près au milieu de la rue de Sèvres, ou de 
Sève, sur le côté nord, avait, dès 1637, commencé à peupler ce 
quartier, jusqu'alors occupé par des cultures maraîchères. Les 
troubles de la Fronde avaient interrompu ce mouvement, qui ne 
reprit ensuite qu'avec lenteur. En effet, dans le plan de Nicolas 
de Fer, qui donne la situation en 1697, tout le côté méridional 

l. Année 1874-1875. Nous la donnons, grâce à l'obligeance de M. Duplessis. 



GAIGNIÈRES. 201 

de la rue de Sèvres, en face les Incurables, entre les rues Saint- 
Maur, aujourd'hui de l' Abbé-Grégoire, et Saint-Romain, appa- 
raît jusqu'à la rue du Chasse-Midy, aujourd'hui du Cherche-Midi, 
sans aucune construction. Cependant, l'hôtel de Gaignières était 
déjà bâti justement en face des Incurables, mais il était probable- 
ment le seul. Dans le plan de La Caille de 1714, il ne paraît pas 
encore ; ce n'est que sur celui de l'abbé de Lagrive, en 1724, que 
l'on voit figurer, dans l'îlot compris entre les rues de Sèvres, de 
Saint-Maur, du Cherche-Midi et de Saint-Romain, deux hôtels 
dont les bâtiments donnent sur le côté méridional de la rue de 
Sèvres et dont les jardins vont jusqu'à celle du Cherche-Midi. De 
ces deux hôtels, celui dont le plan ressemble davantage à la vue 
dessinée par Boudan est le plus voisin de la rue Saint-Romain. 
On y retrouve l'entrée, la cour, les communs, le bâtiment princi- 
pal, l'aile sur le jardin et le jardin lui-même, de forme allongée, 
aboutissant à la rue du Cherche-Midi. Cette maison était donc à 
peu près sur le terrain occupé aujourd'hui par l'établissement des 
Lazaristes. 

Gaignières dut se consoler un peu de l'insuccès de son projet 
de conservation des monuments, en continuant à enrichir ses col- 
lections et en disposant toutes ses richesses dans sa belle résidence 
de la rue de Sèvres. Germain Brice, dans sa Description de 
Paris, donne sur ce cabinet, tout en taisant le nom du proprié- 
taire, une notice intéressante à reproduire : 

La grande maison de l'autre côté de la rue (de Sèvres, en face les 
Incurables) est fort remarquable par la distribution des appartemens 
hauts et bas qu'elle contient, et par les agréments qu'elle reçoit de 
rétendue de son jardin, un des plus réguliers et des plus agréables 
de tout Paris. 

Le maître, à qui cette maison appartient, occupe le plus bel appar- 
tement, qu'il a décoré de très beaux meubles, de drap d'or et de 
tableaux rares. Il ramasse, depuis fort longtemps, un cabinet sans 
pareil, si Ton considère qu'il contient une infinité de choses concer- 
nant les bas siècles qui ne se trouvent point du tout ailleurs. Il est 
rempli d'une très grande quantité de portraits de toutes les personnes 
qui ont laissé quelque nom, dont le nombre monte à 27,000, entre 
lesquels il y en a de très rares, plusieurs topographies enrichies des 
vues et des singularitez de chaque païs; avec ces choses, un grand 
nombre de livres, d'estampes, de cartes, de plans de ville, de batailles, 



202 GAIGNIÈRES. 

de pompes funèbres, de carrousels, de tournois, de ballets et de fêtes 
galantes. 

Le même cabinet fournit les dessins des plus considérables tom- 
beaux, de même que des vitres des plus belles églises de France, 
copiées très fidèlement avec leurs couleurs, ce qui n'a pu se faire sans 
bien des peines et de la dépense, et dont personne, jusqu'ici, ne 
s'étoit encore avisé, quoique, d'ailleurs, cette recherche, à l'exami- 
ner de près, ait de grandes utilitez pour les généalogies et pour les 
fondations. 

On verra dans le même lieu plusieurs volumes d'anciennes écri- 
tures originales de quantité de personnes illustres. Rois, Reines et 
Princes, qui ont signez de leur propre main à des traitez, à des dona- 
tions ou à des contrats de mariage 5 ce qui n'est pas inutile pour 
l'éclaircissement de l'histoire. 

On estime, entre les autres raretez de ce cabinet, un portefeuille, 
rempli de portraits en miniature de tous les princes de l'auguste 
maison d'Autriche, peints par une très excellente main. 

3Iais une des choses les plus singulières et des plus rares, au sen- 
timent de bien des gens, est un recueil de toutes les modes d'habit que 
l'on a portez en France, à la cour et à la ville, depuis le règne de saint 
Louis jusqu'à présent, pour toutes sortes de personnes, jusqu'à la 
livrée, tirées de diverses peintures anciennes avec un fort grand soin. 

Comme rien ne manque icy de tout ce que la curiosité la plus avide 
peut désirer, on y verra une nombreuse suite de jettons et un amas 
de jeux de cartes dont on se servoit il y a au moins deux cents ans, 
fort différentes de celles d'à-présent. 

Entre les portraits, on estime celuy du roi Jean, peint sur bois, du 
temps de ce bon Roy qui fut fait prisonnier par les Anglois à la 
funeste bataille de Poitiers, et un petit tableau sur cuivre, de l'ou- 
vrage de Porbus, qui représente un bal magnifique, où toute la cour 
d'Henri III danse devant le Roy, pour les noces d'un de ses favoris. 

La galerie à l'extrémité de l'appartement est remplie, depuis le 
haut jusqu'en bas, de quantité de portraits des chevaliers de Tordre 
du Saint-Esprit, depuis son institution. 

Les personnes les plus illustres du royaume sont souvent venues 
voir ce grand amas de singularitez instructives. 

Ce cabinet a été donné au Roy en Tannée iHV. 

\. Germain Brice, Description de la ville de Paris, 6' édit. Paris, Fournier, 
1713, in-12, t. m, p. 116 et suiv. 



GÀIGNIÈRES. 203 

Voilà un tableau assez fidèle, quoique incomplet, du cabinet de 
Gaignières ; nous en possédons un second de ces mêmes collections, 
alors qu'elles étaient à l'hôtel de Guise. Il est dû à un Anglais de 
passage à Paris en 1698, Martin Lister, qui écrit en parlant de 
Gaignières : Ce gallant homme est la courtoisie même et une 
des plus curieuses et industrieuses personnes de Paris. Ce 
dernier tableau est encore moins complet que le précédent, notre 
Anglais s'intéressant surtout aux choses d'Angleterre ; il a d'ail- 
leurs été publié par MM. Delisle et Duplessis^ 

Quoique émanées de contemporains, ces descriptions donnent 
une idée très imparfaite de l'abondance et de la richesse des col- 
lections réunies par Gaignières. Sa vaste demeure de la rue 
de Sèvres était remplie de livres, de manuscrits, de tableaux, de 
portraits peints, gravés et dessinés, de reproductions de verrières 
et de tombeaux, de médailles, de jetons et de curiosités de toute 
sorte. Ces objets, si divers, avaient un caractère commun. Ils 
étaient surtout français et concernaient toutes les branches de 
l'histoire de France. C'est là ce qui distinguait le cabinet de Gai- 
gnières de ceux de ses contemporains, principalement formés 
d'œuvres de l'antiquité ou même de l'extrême Orient. 

Il serait superflu d'insister ici sur la valeur et l'intérêt des 
manuscrits et des pièces historiques, après ce qu'en a dit M. Léo- 
pold Delisle, dont l'autorité en ces matières est hors de pair^. 
M. Duplessisa donné, de son côté, un aperçu suffisant des collec- 
tions iconographiques entrées à la bibliothèque du Roi. Mais il ne 
parle des tableaux, qui furent vendus il est vrai, que pour dire 
qu'on n'en trouve pas V inventaire'^. 

Plus heureux que notre savant devancier, nous avons décou- 
vert la liste complète des tableaux et portraits qui se trouvaient 
dans le cabinet de la rue de Sèvres, lors de la donation faite au 
roi par Gaignières en 1711''. Cet intéressant document énumère 
1,096 peintures qui témoignent de l'étendue des recherches de 
Gaignières et du bonheur qui les a souvent couronnées. 

1. Delisle, Cabinet des manuscrits, 1. 1, p. 341, d'après une ancienne traduc- 
tion conservée dans le ms. fr. nouv. acq. 340. — Duplessis, p. 11 du tirage à 
part de Gaignières et ses collections. 

2. Cabinet des manuscrits, t. I, p. 347 et 348. 

3. Gaignières et ses collections iconographiques, p. 5 du tirage à part, en note. 

4. Elle se trouve à la Bibl. nat., Clair. 1032, p. 645-673 et 705-718 (minute), 
et Clair. 1047, fol. 8-26 (copie). On en donnera le texte à l'appendice. 



204 GAIGNIÈRES. 

On n'y compte guère que des portraits, et ils n'étaient certaine- 
ment pas tous originaux, surtout ceux des chevaliers du Saint- 
Esprit, au nombre de 345 ; mais ils sont indiqués trop succincte- 
ment pour qu'on puisse se faire une idée exacte de leur valeur 
artistique. Les mentions qui accompagnent quelques-uns d'entre 
eux suffisent à prouver que le goût si français de notre collec- 
tionneur n'avait point dédaigné nos vieux maîtres, alors tombés 
dans un injuste oubli. Comme ils portent tous au dos un cachet 
en cire rouge aux armes de Colbert de Torcy, ainsi que nous 
l'avons dit précédemment, à propos du portrait du roi Jean, il 
sera désormais facile de les reconnaître dans les collections 
publiques ou privées, et de rendre au cabinet de Gaignières tous 
ceux que l'on avait jusqu'ici attribués à celui du grand Colbert. 

Le catalogue du musée de Versailles, rédigé avec tant de soin 
par M. Soulié, énumère une trentaine de portraits avec l'indica- 
tion du cachet de Colbert, à la collection duquel ils sont attribués. 
A l'époque où écrivait M. Soulié, cette attribution était très plau- 
sible, et il a fallu la rencontre que nous avons faite du mémoire 
de Clairambault et de la note autographe de Colbert de Torcy 
pour en démontrer la fausseté. 

Grâce à l'extrême obligeance de M. de Nolhac, conservateur 
au musée de Versailles, qui a bien voulu faire démonter, à notre 
demande, un panneau de petits portraits de la fin du xvi® et du 
commencement du xvii*^ siècle, nous avons constaté sur quelques- 
uns d'entre eux la présence du cachet révélateur. Nous citerons 
ceux de François" de Lorraine, duc de Guise, n"* 3211 du cata- 
logue du Musée ; Anne d'Este-Ferrare, duchesse de Guise, n°3212 ; 
Maximilien II, empereur d'Allemagne, n°3215; Claude Gouffier, 
marquis de Boisy, grand écuyer, n° 3225. Il doit y en avoir 
trente-six, avec le cachet de Colbert au dos. 

Au Louvre, M. Villot a négligé de mentionner cette particula- 
rité dans son catalogue; mais, sur nos indications, M. Durrieu, 
conservateur des peintures, a eu l'obligeance de faire décrocher 
quelques petits portraits, au dos desquels nous avons retrouvé le 
cachet de Colbert, notamment à ceux d'Ehsabeth d'Autriche, 
n° 108 du catalogue du Louvre ; de Henri II, n° 112; de Jacques 
Bertaut, n° 117; de Louis de Saint-Gelais, seigneur de Lansac, 
n° 118 ; de Diane de France, n° 1 19 ; de Jean Babou de la Bour- 
daisière, n° 121, etc. 

Parfois le cachet est tombé, et il ne reste plus qu'une trace de 



GAIGNIERES. 205 

cire rouge, comme au portrait de Claude de Beaune, duchesse de 
Roannez, n° 125; mais ridentification ne paraît pas douteuse. 
Tout vestige de ce cachet a même dû parfois disparaître, surtout 
lorsque le tableau a été parqueté à neuf, ainsi qu'il est arrivé au 
portrait de Juvénal des Ursins, baron de Trainel, n° 652, que 
nous croyons provenir de Gaignières. 

Il est moins facile d'arriver à connaître les portraits de même 
origine qui se trouvent dans les collections particulières. Nous 
signalerons cependant, chez M. le duc d'Aumale, celui du bâtard 
de Bourgogne, qui porte le cachet de Colbert et que nous trou- 
vons sur notre liste au n" 19 ; il n'est vraisemblablement pas le 
seul à Chantilly. Citons encore, chez M. le marquis de Biencourt, 
au château d'Azay-le-Rideau en Touraine, le portrait du duc 
d'Alençon, n° 24 du catalogue de l'exposition de Tours en 1890. 
Il devait s'en trouver également dans la curieuse collection, 
aujourd'hui malheureusement dispersée, du château de Chenon- 
ceau. Sans doute il en subsiste encore dans différentes mains un 
assez grand nombre que leur petite dimension aura fait conserver, 
malgré le discrédit où étaient tombées ces œuvres de notre vieille 
et charmante École française. 

Comme on le verra plus loin, tous les tableaux et portraits 
furent vendus après la mort de Gaignières, au mois de juillet 1717, 
sauf le portrait du roi Jean, réservé pour la bibliothèques et 
l'Assomption de l'Albane, remise, par une décision du Régent, à 
M. le duc de Noailles. Ceux qui se trouvent dans les musées 
publics ne peuvent donc y être entrés que par suite de rachats 
ou de donations. Cependant, deux au moins font exception : ce 
sont ceux de Charles IX et de sa femme Elisabeth d'Autriche, 
aujourd'hui au Louvre, que l'on sait avoir été rapportés de 
Vienne, en 1809. Leur présence dans la capitale de l'Au- 
triche ne surprendra pas ceux qui n'ignorent pas que le prince 
Eugène de Savoie, grand amateur, faisait faire à Paris des 
acquisitions d'objets d'art, à l'époque où fut mis en vente le cabi- 
net de Gaignières; peut-être ces deux peintures ne firent pas 
seules ce long voyage. Ces portraits , dans le catalogue dressé 
après la donation de Gaignières, sont simplement qualifiés d'ori- 
ginaux, sans indication de noms de peintre. Ils sont si beaux. 



1. Ce portrait est aujourd'hui à la Bibliothèque nationale, exposition de la 
galerie Mazarine, armoire X, n° 1 . 



206 GAIGNIÈRES. 

que d'excellents juges ont cru pouvoir les attribuer à François 
Janet. 

Le rédacteur de ce catalogue qui fut, comme on verra, Clairam- 
bault, a été du reste assez sobre d'attributions pour qu'on puisse 
avoir quelque confiance dans celles qu'il a faites. Probablement 
même, il ne jugea pas digne d'une mention spéciale nombre de ces 
vieux petits portraits recueillis par Gaignières, qui nous seraient 
aujourd'hui si précieux. Il suivait en cela le goût de son temps, qui 
ne prisait guère les œuvres de notre vieille École, si l'on en juge par 
les prix plus que modestes auxquels furent adjugées des œuvres 
exquises, qu'aujourd'hui l'on couvrirait d'or. Nous avons eu la 
bonne fortune de rencontrer, non seulement le catalogue des por- 
traits de Gaignières, mais encore les prix d'adjudication à la vente 
qui suivit son décès. On sait combien est rare, pour cette époque, 
un document de cette nature ; aussi le donnerons-nous dans l'ap- 
pendice. Nous avons relevé sur le catalogue deux Janet, six 
Corneille (sans doute Claude), huit Porbus, trois Van Dick, deux 
Paul Brill, un Van Schupen et un Mignard. Ces deux derniers 
peintres sont les seuls contemporains de Gaignières, et l'on a vu 
que le Van Schupen, qui représentait le duc de Bourgogne, était 
un cadeau de ce prince. Les Janet, qui seraient de François, 
peuvent être considérés comme fort douteux; les autres attribu- 
tions paraissent mériter plus de confiance. Nombre de peintures 
sont simplement dites originales, sans aucune attribution. Parmi 
elles, plusieurs devaient être de ces maîtres du xvi® siècle complè- 
tement oubliés au xviii% et dont les noms nous sont, de temps en 
temps, révélés par les chercheurs et les fouilleurs d'archives. On 
peut se faire une idée de la valeur de plusieurs de ces portraits 
anonymes par ceux que l'on connaît à Versailles, au Louvre et 
chez quelques particuliers. Leur nombre ira sans doute en aug- 
mentant, maintenant que l'on sait que les peintures portant au 
dos un cachet rouge, avec la couleuvre de Colbert, proviennent 
du cabinet de Gaignières. On se convaincra de plus en plus que, 
si les recherches et les acquisitions de notre collectionneur ont eu 
principalement un but historique et iconographique, le goût et le 
sentiment artistique ne lui faisaient pas défaut, et qu'il eut sou- 
vent la main singulièrement heureuse. 

Outre des portraits peints, Gaignières possédait des portraits 
dessinés aux crayons de couleur, qu'on appelait au xvif siècle 
des pastels. Cette portion de ses collections étant la moins con- 



GAIGNIÈRES. 207 

nue, mais non la moins curieuse, il nous sera permis d'y insister 
un peu. 

On sait quelle fut la vogue des crayons pendant le xvf siècle ; 
il était alors d'usage d'en composer des albums analogues aux 
recueils de photographies qu'on rencontre si fréquemment aujour- 
d'hui dans les familles. Cette vogue ne dépassa guère le premier 
tiers du xvif siècle, et l'on verra dans quelle piètre estime ils 
étaient tenus à la fin du règne de Louis XIV. 11 n'y a guère 
plus de trente ans que le bel ouvrage de M. Niel a ravivé le goût 
de ces productions légères et charmantes. Actuellement on les 
recherche avec passion, mais le nombre des heureux qui par- 
viennent à s'en procurer est fort restreint. Bien qu'il en ait été, 
au xvf siècle, immensément produit par les peintres et les dessi- 
nateurs de tout rang, depuis le premier jusqu'au dernier, on ne 
trouve plus guère aujourd'hui de ces anciens albums que dans 
quelques dépôts publics, et chez de très rares particuliers privi- 
légiés, trois ou quatre environ. 

Le département des Estampes de notre Bibliothèque nationale 
est incontestablement le cabinet le plus riche en productions de 
ce genre. Longtemps négligés, ces curieux recueils ont été 
récemment l'objet d'une étude complète et magistrale de la part 
de notre confrère M. Henri Bouchot'. On trouve réunis dans ce 
précieux dépôt plus de 800 crayons, dont 150 sont des œuvres 
hors de pair, dit M. Bouchot qui s'y connaît bien. Plus de la 
moitié, il est vrai, provient d'acquisitions ou d'accessions assez 
récentes ; à la fin du xviii* siècle, la liste donnée dans la Biblio- 
thèque de France par les continuateurs du père Lelong, en 1775, 
en compte à peine 300. Or, la plus grande partie de cet 
ancien fonds provient de Gaignières, comme nous allons le prou- 
ver. C'est encore là un des titres de notre collectionneur à la 
reconnaissance des curieux. 

L'inventaire dressé par Clairambault, après la donation, cons- 
tate la présence, parmi les collections de la rue de Sèvres, de 
cinq portefeuilles de crayons, ou plutôt de cinq albums, tous, 
sauf le dernier, étant désignés livres en blanc reliés en veau. 
Le premier contenait 135 portraits^ ; le second, 90 ; le troisième, 8 ; 

1. Les Portraits aux crayons des XVP et XV W siècles. 1 vol. in-8°. Paris, 
Oudin, 1884. 
1. L'inventaire n'en annonce qae 133, mais il y en a bien 135. 



208 GAIGNIERES. 

le quatrième, 27, et le cinquième, 19 ' , ce qui fait un total de 279 
crayons, nombre qui approche sensiblement de celui de 300 pos- 
sédés par la Bibliothèque vers 1775. Or, les cinq portefeuilles de 
Gaignières sont entrés dans ce dépôt. Il n'est point en effet question 
d'eux dans la vente ; ils sont au contraire portés comme livrés à 
la Bibliothèque, et nous établirons, dans l'appendice, qu'ils s'y 
trouvent encore aujourd'hui à peu près au complet. Les crayons 
qui manquent auront été perdus par suite du peu de soin qu'on a 
pris de dessins, tombés alors dans un tel discrédit que l'estimation 
qui fut faite des objets donnés par Gaignières porte cinq livres 
pour les cinq portefeuilles M Les listes données dans notre appen- 
dice et les constatations que l'on peut faire au département des 
Estampes édifieront complètement les connaisseurs sur le goût des 
estimateurs choisis par M. de Torcy , ou plutôt par Clairambault^. 

Les portraits gravés, qui montaient à près de 26,000, renfer- 
més dans 210 cartons, avaient été recueillis plus peut-être 
comme documents historiques et iconographiques que comme 
œuvres d'art ; un grand nombre cependant se distinguaient par 
leur beauté ou leur rareté. 

Gaignières, chez qui le poids de l'âge se fit sentir d'assez 
bonne heure, passa les dernières années de sa vie dans sa belle 
demeure de la rue de Sèvres, s'occupant à disposer et à mettre 
en œuvre à sa manière les trésors amassés avec tant de soins et 
une si louable ardeur. Non pas qu'il semble avoir jamais ambi- 
tionné la célébrité que peut donner l'érudition; son but principal 
étant d'amasser des matériaux pour les savants et les artistes. 
Mais, comme le dit M. Delisle : « Il ne faudrait pas s'imaginer 
« qu'il se soit contenté d'amasser et qu'il ait entièrement laissé à 
« d'autres le soin de choisir et de classer. Il avait entrepris la 
« rédaction de catalogues raisonnes, et toutes les pièces qu'il 



1. Bibl. nat., Clair. 1040, fol. 265-273, n" 132-136 des grands portefeuilles. 

2. Bibl. nat., Clair. 1032, p. 446-447, n°» 1161-1162 de l'Inventaire. Au milieu 
du xvii° siècle, les portraits aux crayons valaient encore cinq ou six livres la 
pièce, d'après M. Bouchot, ouvrage cité, p. 28. On voit combien ils avaient 
baissé, car ici on ne les estime pas deux sous chacun. 

3. Dans le Clair. 1032, p. 248, M. de Torcy écrit le 27 mai 1715 à Clairam- 
bault : « L'intention du Roy n'estant pas de garder les tableaux, il faut les faire 
« estimer par des peintres habiles affin de les vendre ensuite. » — Nous voyons 
dans la même lettre que de Troy fut un de ces estimateurs. Espérons, pour son 
honneur, qu'il demeura étranger à l'estimation des crayons. 



GAIGNIERES. 209 

« avait rassemblées, soit en original, soit en copie, avaient une 
« place déterminée dans le cadre qu'il s'était tracé, et qui, s'il eût 
« été rempli, eût présenté, classés méthodiquement, les documents 
« biograpliiques et iconographiques se rapportant aux membres 
« de la maison royale et à tous les personnages qui jouent un rôle 
« important dans nos annales religieuses, civiles et militaires ^ » 

C'est au milieu de ces agréables occupations que les infirmités, 
s'accentuant de plus en plus, vinrent avertir Gaignières qu'il lui 
faudrait bientôt quitter ses chères collections. Effrayé à la pensée 
qu'elles pourraient être dispersées après lui, désireux de les con- 
server à la postérité, il crut ne pouvoir mieux assurer leur inté- 
grité qu'en les donnant à la France, c'est-à-dire au roi. 

Comme il n'était pas dans les usages de l'ancienne monarchie 
que le roi acceptât un pur don de la part d'un de ses sujets, et 
que, d'ailleurs, Gaignières était loin d'être riche, dans l'acte de 
donation, qui est du 19 février 1711, M. de Torcy, ministre 
d'Etat, stipule, au nom de Sa Majesté, que, pour indemniser le 
donateur, il lui sera fourni un contrat de constitution de rente 
de 4,000 fr., plus, en argent comptant, 4,000 fr., et en outre, 
après son décès, « vingt mil livres à ceux en faveur desquels ledit 
« sieur de Gaignières en aura disposé, ou à ses héritiers ou ayans 
« causes^. » 

En cédant à de telles conditions toutes les richesses si labo- 
rieusement acquises, Gaignières faisait un acte incontestable de 
désintéressement et de patriotisme. Nous lisons en effet dans un 
mémoire adressé, peu de temps avant la mort de Gaignières, à 
M. de Torcy par le marquis de Puysieux : 

« Monsieur le marquis de Torcy n'ignore pas que le feu 

« roi Guillaume avoit offert cinquante mille écus du cabinet de 
« M. de Gainière, que M. le duc d'Orléans en a voulu donner 
« quatre -vingt mille livres; que M. de Gainière n'a voulu 
« entendre à aucune de ces propositions, mais qu'il n'a pu refu- 
se ser au désir que feu Monsieur le Dauphin a témoigné d'avoir le 
« cabinet en question ^ malgré le tort que ce traitté faisoit à son 
« unique héritier, M. le marquis de Blanchefort, petit-fils du 

1. Cabinet des manuscrits, t. I, p. 351. 

2. Bibl. nat., Clairambault 1032, p. 5-7. — Cet acte a été publié en entier 
par M. Duplessis, p. 14 du tirage à part. 

3. Le duc de Bourgogne mourut le 18 février 1712, un an après la donation 
de Gaignières. 



2i GAIGNIERES. 

« marquis de Puyzieulx*. » Suit une demande de réversion d'une 
partie de la pension sur M. de Blanchefort, demande qui ne paraît 
pas avoir été accueillie. 

Comme il arrive trop souvent, la générosité de Gaignières fut 
mal récompensée. A dater de la donation faite, les tracasseries de 
toutes sortes ne lui furent pas épargnées, à l'insu du roi il est 
vrai. Plus d'une fois, elles durent faire regretter au donateur la 
détermination qu'il avait prise. Le principal auteur de ces tra- 
casseries , on pourrait dire de ces persécutions , fut un ami de 
Gaignières, Clairambault, généalogiste des ordres du roi, chargé 
par Torcy de dresser un inventaire des objets cédés, comme étant 
le confident du donateur, qui n'avait communiqué le secret de 
cette convention qu'à deux de ses amis : Clairambault et un autre 
personnage que nous croyons bien être le fidèle Coulanges, d'après 
une lettre de celui-ci, où nous lisons ce passage : 

Votre cabinet mérite bien l'immortalité, et pour y parvenir vous 
ne pouviez mieux faire que de le joindre à celui de Sa Majesté ; mais 
je souhaite fort que, tant que vous vivrez, Elle vous donne largement 
des marques de la reconnoissance qu'ElIe en doit avoir; le présentie 
mérite bien. Je vous remercie par avance, Monsieur, de la grâce que 
vous voulez bien me faire de me dire comment tout cela s'est passé; 
vous ne pouvez en faire confidence à personne qui prenne plus d'in- 
térêt que je fais en tout ce qui vous regarde, qui vous estime et qui 
vous honore plus que je le fai aussi, ni qui soit plus sincèrement et 
plus tendrement que je le suis votre très humble et plus obéissant 
serviteur 2. 

Le brouillon de l'inventaire était terminé le 24 mars 1711 3; il 
reçut quelques additions postérieures, à mesure que l'on décou- 
vrait des objets oubliés. On voit, par les lettres de Clairambault 
à Torcy et par les réponses du ministre, qu'on se défiait de Gai- 
gnières qui, disait-on, voulait donner à des tiers des manuscrits 
compris dans la cession faite au roi. Il est même question, dans 
un mémoire de Clairambault, de faire interdire Gaignières^. On 
soupçonnait aussi ses domestiques, et l'on s'inquiétait si fort de 

1. Bibl. nal., Clair. 1032, p. 45. 

2. Lettres de i>i""= de Sévignéet de ses amis, 1. VIII, p. 168. Édition in-12. Paris, 
Hachette, 1865. 

3. Bibl. nat., Clair. 1032, p. 57. 

4. Id., 1032, p