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BIBLIOTHEQUE 

DE L'ÉCOLE 

DES CHABTES 

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BIBLIOTHÈQUE û5 

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DE L'ÉCOLE ^ ' 

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DES CHARTES 



REVUE D'ÉRUDITION 



CONSACRÉE SPÉCIALEMENT A L'ÉTUDE DU MOYEN AGE. 



LU. ^!'^'(^ 



ANNEE 1891. 



PARIS 

LIBRAIRIE D'ALPHONSE PICARD 

RUE BONAPARTE, 82 

-189^ 



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LE 



LIBER DIURNUS 

ET LES ÉLECTIONS PONTIFICALES AU VIP SIÈCLE. 



Dans la préface de sa belle édition du Liber Liurnus, M. de 
Sickel a exposé comment il entend la formation de ce célèbre 
recueil. Selon lui, la partie primitive comprend les formules 1-63 ; 
c'est la Collection I. On y joignit d'abord un premier groupe de 
pièces : l'Appendice I (form. 64-81), puis un second, Collec- 
tion 7/(form. 82-99), subdivisé lui-même en deux parties, les 
formules relatives à l'élection du pape (82-85) et les concessions 
de privilèges (86-99). Dans cette dernière partie, il y a une pièce 
(form. 93), incomplètement démarquée, où se lit le nom de la reine 
anglo-saxonne Cynedrida, ce qui, eu égard à certaines données 
historiques, en reporte l'origine à l'année 786. Il est donc sûr que 
le Diurnus, tel que nous le présente son plus ancien exemplaire, 
ne peut remonter au delà du pape Hadrien (772-795). 

M. de Sickel étend cette attribution chronologique à l'ensemble 
des formules 86-99. Quelques-unes de ces formules conservent 
encore la trace des originaux sur lesquels elles ont été relevées ; 
rien, dans ce que l'on peut conjecturer sur l'âge de ces originaux, 
ne dément la date assignée par le savant éditeur*, pourvu qu'on 

1. La formule 87 me paraît être sûrement de Grégoire II (cf. Liber pontif., 
t. I, p. 397; t. II, p. 44, note 82); la formule 86 est relative au monastère de 
Sainte-Marie in Plumbariolo, la form. 96 au monastère de Saint-Martin ad 
s. Petrum (et non de Saint-Martin de Tours comme le pense M. de Sickel); 
mais l'histoire de ces monastères n'est pas assez connue pour que Ton puisse en 
déduire ici des dates. 



6 LE « LIBER DICRNUS » 

l'entende du groupement des pièces et non de chacune des pièces 
en particulier. 

En ce qui regarde la partie antérieure, la distribution proposée 
par réminent diplomatiste me paraît soulever des objections 
sérieuses. J'ai déjà eu l'occasion de m'en expliquer dans le Bul- 
letin critique^ en rendant compte de la nouvelle édition du 
Liber Diurnus; mais alors je ne connaissais des arguments de 
M. de Sickel que ce qu'il en avait exposé dans la préface de l'édi- 
tion elle-même. Depuis, il a traité le même sujet, avec beaucoup 
plus d'étendue, dans les comptes-rendus de l'Académie de Vienne. 
Il y a donc lieu de reprendre la question et d'apprécier les nou- 
veaux éléments de preuve. 

Selon M. de Sickel, la Collection I (1-63) est antérieure à 
l'année 680, et très vraisemblablement de peu postérieure à l'an- 
née 625 (aller Wahrsclieinlichkeit nach bald nach dem Jahre 625 
angelegt) ; V Appendice I est des environs de l'an 700 ; la Col- 
lection II, comme les privilèges de la fin, ne remonte qu'au temps 
du pape Hadrien. L'opinion communément reçue, notamment 
depuis la publication de M. de Rozière, était que l'ensemble du 
Diurnus devait se placer entre le sixième concile œcuménique 
et la fin de l'exarchat de Ravenne (681-751). 

Cette opinion comporte, M. de Sickel l'a établi définitivement, 
au moins un amendement. La formule 93 étant au plus tôt de 
l'année 786, il y a lieu de reculer jusque vers la fin du viii" siècle 
l'achèvement de la collection telle que nous la présente le plus 
ancien manuscrit. Mais la formule 93 est une des dernières ; sa 
date n'atteint sûrement pas toutes les formules du groupe final 
auquel elle appartient. Au-dessus de ce numéro et surtout au-des- 
sus du groupe des privilèges (86-99), le Liber Diurnus me 
paraît devoir conserver très sensiblement la même situation chro- 
nologique qui lui était précédemment assignée. La distribution en 
trois sections d'âge différent, 1-63, 64-81, 82-85, ne me paraît 
nullement démontrée ; je la crois même inconciliable avec ce que 
nous savons sur l'histoire des élections pontificales au vif siècle. 

C'est sur ce point, en particulier, que je désire attirer l'atten- 
tion. La première section {Collection /de M. de Sickel) se ter- 
mine par cinq formules (59-63), relatives aux démarches que 

1. Tome X (1889), p. 201 et suiv. 



ET LES éLECTIONS PONTIFICALES AD VII^ SIECLE. 7 

les Romains devaient faire auprès de l'exarque pour en obtenir 
la ratification de l'élection pontificale ; la troisième section com- 
prend le décret ou procès-verbal de cette élection (82), les pro- 
fessions de foi du pape élu (84) et du pape consacré (84), enfin 
l'homélie prononcée par celui-ci dans la basilique de Saint-Pierre, 
le jour de son ordination (85). Parmi les formules de la deuxième 
section (64-81) figurent quatre pièces (73-76) que lesévêquesdu 
diocèse suburbicaire devaient signer à Rome, lors de leur consé- 
cration. C'est de ces documents, les plus importants, et de beau- 
coup, de tout le recueil, les plus faciles, en tout cas, à classer 
historiquement, que je vais m'occuper ici. Je vais essayer de 
montrer qu'ils correspondent tous à une même situation histo- 
rique, que cette situation ne saurait être cherchée à une époque 
antérieure à l'année 682, et qu'elle est de peu postérieure à cette 
année. 

Au vii^ siècle, les formes suivies pour le remplacement du pape 
défunt différaient notablement de celles qui avaient été autrefois 
en usage. Tout d'abord, on pourvoyait au gouvernement ecclé- 
siastique pendant la vacance. Aussitôt le pape mort, un triumvi- 
rat s'installait, composé de l'archiprêtre, de l'archidiacre et du 
primicier des notaires. Ces trois dignitaires étaient considérés 
comme servantes locum sanctae sedis apostolicae^. Leur pre- 
mier soin était de notifier à qui de droit la mort du pape. Dans le 
délai voulu, qui était de trois jours au moins, on se réunissait 
pour l'élection, ordinairement dans la basilique de Latran. Tout 
le clergé était présent ; il en était de même de l'aristocratie laïque, 
composée alors des fonctionnaires byzantins et des chefs de la 
milice locale ; le peuple était admis dans l'église. Nous ne savons 
pas très bien comment on s'y prenait pour indiquer les candida- 
tures et constater les adhésions. En général, quand les esprits 
étaient gravement partagés, au lieu d'une réunion il y en avait 
deux, dans deux églises différentes, comme aux anciens temps, 
au temps de Damase, de Boniface et de Symmaque. Alors toute 
la difficulté était de procurer la fusion de ces corps électoraux et 
de les amener, soit à accepter tous deux l'un des candidats d'abord 

1. La même commission fonctionnait de plein droit pendant les absences du 
pape (Jafifé, 2079; Hardouin, Concil., t. III, p. 677; cf. Lib. pontif., 1. 1, p. 341, 
note 1). 



8 LE a LIBER DIDRNUS » 

rais en avant, soit à en choisir un troisième qui agréât à tout le 
monde. Pour l'ordinaire, les choses se passaient plus régulière- 
ment. Il n'y avait qu'une seule assemblée, et, de quelques pas- 
sions qu'elle fût agitée, il n'en sortait qu'un seul élu. Le plus 
souvent il n'y avait pas même lieu de compter les suffrages ; la 
majorité, sententia plurimorum, se dessinait nettement, les 
deux aristocraties, cléricale et laïque, indiquaient leurs préfé- 
rences pour un candidat; on le présentait au peuple qui l'accla- 
mait; ceux qui n'étaient pas satisfaits du choix se ralliaient 
extérieurement, et, de cette façon, on obtenait l'unanimité, le 
consensus, qui est toujours supposé dans les élections ecclésias- 
tiques de l'antiquité. 

L'élection faite, on en dressait l'acte, le décret {decretum)^ 
auquel les clercs de haut rang, prêtres et diacres cardinaux, et 
des représentants des autres ordres, puis les principaux membres 
de l'aristocratie laïque, avec des représentants du menu peuple, 
civil et militaire, apposaient leurs signatures. 

A partir de ce moment, l'élu avait un titre ; mais on ne pouvait 
l'installer sans que le gouvernement impérial eût été informé de 
l'élection et qu'il eût accordé sa ratification. Cette ratification 
devait être demandée à Constantinople, à l'empereur lui-même. 
Tel était l'usage au temps de saint Grégoire ; un siècle plus tard, 
l'exarque de Ravenne était qualifié pour l'accorder, ce qui abré- 
geait notablement les délais. Dans le courant du vn'= siècle, il y 
eut à cet égard quelques fluctuations, dont l'étude a une grande 
importance dans la question que j'ai abordée ici. Je vais y 
revenir. 

On peut se demander ce que devenait l'élu pendant les longs 
mois qui souvent s'écoulaient avant son ordination. Etait-il, de 
piano et par le fait même de son élection, mis en possession de 
la maison pontificale de Latran, de la caisse, de l'administration 
temporelle? Ceci n'a pas été, je crois, étudié d'assez près. Il est 
sûr que le triumvirat préposé à la vacance conservait ses pou- 
voirs dans le domaine spirituel, qu'il gérait les afi'aires ecclésias- 
tiques, répondait aux consultations sur le rite et la discipline, 
exerçait, en un mot, tous les pouvoirs du pape vivant*. On n'a pas 

l.-Jaflé, 2040. — Toutefois on doit noter que, dans l'intitulé de cette lettre, 
l'élu figure au nombre des membres du triumvirat. En 590, saint Grégoire exerce, 



ET LES ÉLECTIONS PONTIFICALES AD VU» SIECLE. 9 

d'actes de lui dans les choses de radministration temporelle. 
Mais la généralité de son titre, sey^vans locum sedis aposto- 
licae, ne permet guère de douter que ses pouvoirs ne comprissent 
aussi ce domaine, qui comportait moins encore que l'autre un 
arrêt de l'administration. On doit donc considérer comme certain 
que l'archiprêtre, l'archidiacre et le primicier avaient le dépôt de 
la caisse, qu'ils pourvoyaient au fonctionnement des services 
temporels, que les recteurs de patrimoines et autres gérants de la 
fortune ecclésiastique étaient comptables envers eux. 

S'installaient-ils de leurs personnes au palais de Latran ? Nous 
n'en savons rien. Quant à l'élu, il semble bien qu'il y ait eu, sur 
ce point, quelque diversité suivant les temps. Séverin, élu en 638, 
après la mort du pape Honorius, habitait le Latran quand le chef 
de la garnison romaine, le chartulaire Maurice, vint en faire le 
siège. L'auteur de la vie de Séverin, dans le Liber pontifie alis , 
dénonce comme un odieux attentat cette entreprise de l'autorité 
militaire ; mais on peut se demander s'il n'exagère pas. Entré dans 
le palais après quelque résistance, Maurice se borna à mettre les 
scellés sur le trésor dit vestiarium, puis il prévint l'exarque 
Isaacius. Celui-ci vint à Rome, envoya en exil tous les hauts 
dignitaires du clergé, omnes primates ecclesiae, s'installa pen- 
dant huit jours au Latran, saisit le trésor en question et en fit 
passer une partie à l'empereur. Cette façon de procéder a quelque 
chose de régulier, qui ne ressemble nullement à un acte de pil- 
lage. Toutes les autorités sont d'accord, le commandant militaire 
de Rome, l'exarque, l'empereur. A leurs yeux, le haut clergé 
de Rome s'est mis en état de révolte ; il a mérité des peines 
sévères. Que peut-il bien y avoir là-dessous? Comment qualifier 
les prétentions du gouvernement sur le trésor pontifical ? A s'en 
tenir au Liber pontiflcalis , elles n'auraient eu aucun fondement ; 
il a sans doute raison, mais il n'en est pas moins vrai qu'il nous 
peint là une situation troublée, violente. Séverin, que le chartu- 
laire Maurice trouva au palais de Latran, n'y était peut-être que 
temporairement, attiré par le danger présent, et non en vertu 
d'une mise en possession régulière. Je ne vois pas que de cet évé- 



comme pape élu, une autorité effective très évidente. En 683, l'élu agit seul 
dans l'expédition d'une affaire pressée (Jaffé, 2125). Ici encore il a pu se pro- 
duire quelques modifications. 



\0 LE « LIBER DIDRNDS » 

nement, ou plutôt du récit que nous en fait le Liber pontificalis, 
il y ait lieu de conclure sûrement à un usage établi. 

Un autre passage du Liber pontificalis, dans la vie de Jean V 
(685-686), permet de croire qu'à une certaine époque, déjà éloi- 
gnée, l'élu était introduit dans le palais aussitôt après son élec- 
tion, puis que cette installation lui fut interdite et qu'enfin, 
en 685, elle fut de nouveau permise, de sorte que Jean V eut le 
bénéfice du retour à l'ancienne coutume : Hic post multorum 
pontiflcum tempora vel annorum, iuxta priscam consue- 
tudine?7i, a generalitate in ecclesia Salvatoris quae appel- 
latur Constantiniana electus est atque exinde in episcopio 
introductus^. Ainsi, avant Jean V, l'élu n'était pas mis en pos- 
session de la maison épiscopale aussitôt l'élection faite. Il fallait 
attendre, sans doute, jusqu'à l'arrivée de la ratification impé- 
riale. Cependant, on avait le souvenir d'un temps [prisca cousue- 
tudo) où les choses se passaient déjà comme elles se passèrent 
depuis Jean V. A quel moment s'était produite la dérogation à 
l'usage? Je ne saurais en indiquer de plus convenable que la crise 
de 638. Ceci, toutefois, n'est qu'une conjecture. 

Une fois reçue l'approbation officielle, on procédait à l'ordina- 
tion de l'élu. Autrefois, cette cérémonie avait ordinairement lieu 
dans la basilique de Latran^. Aux temps byzantins, elle se faisait 
à Saint-Pierre, ce qui fournissait l'occasion d'une procession 
solennelle. Mais je n'ai pas à entrer ici dans le détail et je reviens 
au point spécial que j'ai à traiter, à savoir la ratification 
impériale. 

Les anciens empereurs romains n'avaient jamais élevé la pré- 
tention de soumettre les élections du pape à leur ratification. 

1. Dans mon commentaire à ce passage, tout eu indiquant le sens que je lui 
donne ici, j'avais cru que la coutume remise en vigueur concernait plutôt l'or- 
dination. Cette seconde explication doit être écartée. Le biographe ne parle pas 
ici de l'ordination; il ne mentionne que deux actes, l'éleclion et l'introduction 
au Latran (possesso). La nouveauté signalée ne peut évidemment convenir à 
l'élection, qui s'est toujours faite a generalitate in ecclesia Salvatoris; elle ne 
porte donc que sur l'introduction au Latran. Il faut mettre l'accent sur les mots 
atque exinde, etc. 

2. Damase, Eulalius, Syramaque, Dioscore. Dans la lettre d'Honorius au pré- 
fet Symmaque, à propos de l'ordination d'Eulalius (Baronius, Ann., 419, 2), il 
est question de loci qualitas. C'était, en cas de doute, une marque de légitimité 
que d'avoir été ordonné au Latran. 



ET LES ÉLECTIONS PONTIFICALES AU VII* SIECLE. U 

Quand il y avait conflit entre deux prétendants, ils s'employaient 
de leur mieux pour assurer le maintien de l'ordre et faire cesser le 
conflit. Les rois de Ravenne n'agirent pas autrement, bien que, 
vers les derniers temps, ils se soient vus obligés d'intervenir par 
voie législative dans ces afî'aires étrangères au domaine ordinaire 
de l'État, de prendre des mesures contre les manœuvres électorales 
et les marchés simoniaques qu'elles comportaient ; bien que deux 
d'entre eux, Théodoric et Théodat, aient, dans des moments de 
crise, imposé des candidats au choix des Romains. Mais tout 
ceci concerne l'élection elle-même, non la ratification de l'élec- 
tion. Quand les choses se passaient régulièrement, on ordonnait 
le pape le dimanche qui suivait son élection, sans avoir aucune 
autorisation à demander à Ravenne. 

Justinien commença par imposer des candidats : Vigile et 
Pelage représentèrent cette forme d'intervention. Mais une fois 
le régime byzantin bien établi à Rome, on adopta le système que 
nous voyons fonctionner jusqu'aux derniers temps de l'exarchat. 
Les premières lettres de saint Grégoire le Grand et le début du 
X^ livre de l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours constatent 
cet usage de la façon la plus éclatante, pour l'année 590. Le 
Liber pontificalis en témoigne, pour l'année 579, par la men- 
tion qu'il fait d'une dérogation imposée par les circonstances. Il 
dit que Pelage II ordinatur absque iussione principis eo quod 
Langobardi obsiderent civitatem Romanam. Du reste, les 
longues vacances qu'il marque pour ces temps-là, après chaque 
pape, contrastent singulièrement avec les courts intervalles d'au- 
trefois et nous avertissent par elles-mêmes que les élections pon- 
tificales sont désormais soumises à des conditions nouvelles. Plus 
de quatre mois après Pelage P% dix mois et demi après Jean III, 
quatre mois après Benoîts sept mois après Pelage II, six mois 
après saint Grégoire, un an après Sabinien, neuf mois et demi 
après Boniface III, plus de cinq mois après Boniface IV, treize 
mois et demi après Deusdedit, telle est la durée des interpontifi- 
cats dans les soixante premières années du régime byzantin. La 
moyenne 2 dépasse huit mois. 

Si l'on se transporte maintenant à l'autre extrémité de la série, 

1. Encore celte fois le pape fut-il ordonné sans attendre la ratification. 

2. Il faut ici négliger la vacance entre Benoît et Pelage II. 



42 LE « LIBER DIURNCS » 

et que l'on considère les vacances après Jean V et ses successeurs, 
jusqu'à Grégoire II inclusivement, la moyenne, calculée égale- 
ment pour huit cas et pour un espace de soixante ans, donne à 
peu près deux mois ; aucun des intervalles n'atteint la durée de 
trois mois, aucun n'est moindre de cinq semaines. 

C'est que, vers la fin du vu' siècle et le commencement du viii% 
le régime avait été modifié. Au lieu d'être obligés d'envoyer à 
Constantinople, les Romains pouvaient s'adresser à Ravenne, à 
l'exarque, désormais qualifié pour leur délivrer l'autorisation 
nécessaire. Sur ceci nous sommes amplement édifiés, tant par le 
Liber pontificalis, qui nous montre l'exarque ratifiant les élec- 
tions de Conon (686) et Serge ?^ (687), que par le Liber Diur- 
nus, dont les formules sont rédigées pour être présentées à 
l'exarque et non pour être portées à l'empereur. 

Jusqu'où remontait ce changement? Depuis quand avait-on 
cessé de s'adresser à Constantinople et se hornait-on au voyage 
de Ravenne? Le pape Agathon (678-681) reçut de l'empereur 
Constantin Pogonat une divalis iussio\ expédiée sur sa 
demande, secundum postulationem suam, ut suggessit, par 
laquelle était supprimé le droit que l'église romaine avait à payer 
pour obtenir la ratification. En octroyant cette concession, l'em- 
pereur stipulait que, selon la coutume antique, l'ordination ne 
serait pas célébrée avant que le décret n'eût été porté à Constan- 
tinople et que la permission d'ordonner n'eût été accordée. En 
effet, à la mort d' Agathon (681), il y eut une vacance fort longue, 
qui dura un an et sept mois; après Léon II, son successeur 
(f 683), on attendit près d'un an. 

On conçoit que de tels délais aient paru fort onéreux. L'église 
romaine profita des bonnes relations où elle se trouvait avec le 
gouvernement impérial, depuis l'heureuse issue du sixième concile, 
pour obtenir que l'on expédiât ces affaires avec plus de célérité. 
Sous Benoît II (684-685) elle obtint un nouveau rescrit, concé- 
dant ut persona qui electus fuerit in sedem apostolicam e 

1. Hic suscepit divalem iussionem secundum suam postulationem, ut sugges- 
sit, per quam relevata est quantitas que solita erat dari pro ordinatione 
pontiflcis facienda; sic tamen ut, si contigerit post eius transitum electionem 
fieri, non debeat ordinari qui electus fuerit, nisi prius decretus generalis intro- 
ducatur in regia urbe secundum antiquam consuetudinem, et cum eorum scien- 
tiam et iussionem debeat ordinalio provenire. [Lib. pontif., t. I, p. 354.) 



ET LES ÉLECTIONS PONTIFICALES AU VU* SIECLE. ^3 

oestigio absque tarditate pontifex ordinetur'. En effet, 
Benoît étant mort le 8 mai 685, son successeur, Jean V, fut 
ordonné deux mois et demi après. C'est à peu près la moyenne de 
l'intervalle pendant la période de Ravenne. 11 y a donc tout lieu de 
croire que c'est à Jean V que commence la série des ratifications 
par l'exarque et l'application du rescrit de 684-5. Sans doute 
l'expression e nestigio absque tarditate ne cadre pas aussi bien 
que possible avec un délai de deux mois et demi. Mais, si on le 
compare aux vacances d'un an ou dix-huit mois dont on avait, 
en 685, le souvenir très présent, ce délai se raccourcit notable- 
ment. D'autre part, les expressions e vesiigio absque tardi- 
tate, dans la notice de Benoît II, visent, non pas la durée spéciale 
de la vacance après ce pape, mais en général une grande diminu- 
tion des délais. Dans certains cas, il a suffi de cinq semaines; au 
début, on pouvait espérer une célérité aussi grande ou même plus 
grande. Ceci justifierait l'exagération assez légère de l'expression 
employée ici. Joignez à cela le fait, constaté plus haut, que, depuis 
Jean V, la prise de possession du Latran paraît avoir suivi l'élec- 
tion sans autre délai. Le biographe de Benoît II aura pu, par une 
légère confusion, dire de l'ordination elle-même ce qui ne s'appli- 
quait à la rigueur qu'à l'installation au Latran. 

M. de Sickel se donne beaucoup de mal pour échapper à cette 
exégèse, bien qu'elle semble tout d'abord assez naturelle. Il veut 
que l'empereur Constantin Pogonat ait imposé en 680 l'obligation 
d'envoyer à Constantinople ; qu'en 684, il ait supprimé toute rati- 
fication et permis l'ordination immédiate ; puis qu'en 685, il ait 
une troisième fois remanié le système et soumis l'élection à la 
ratification de l'exarque. 

C'est bien compUqué, et l'on ne voit pas la raison de tant 
d'à-coups. On nous dit que Justinien II, monté sur le trône en 
septembre 685, se laissa plusieurs fois, au commencement de son 
règne, déterminer, dans ses rapports avec Rome, par l'esprit 
jaloux des Byzantins^. C'est ainsi que l'on explique l'empresse- 
ment peu gracieux avec lequel ce prince aurait retiré aux Romains , 
dès les premiers mois de son règne, la liberté de leurs élections, 
soi-disant accordée, un an auparavant, par son père. 

1. lUd., p. 363. 

2. ProLegom. n" 2, p. 6U. 



14 LE « LIBER DÏURNUS » 

Malheureusement, je suis obligé de le constater, la vraie situa- 
tion historique n'est pas d'accord avec ce que l'on nous en dit ici. 
Il y avait un lien tout spécial entre les Romains et Justinien IL 
Par un acte solennel, son père, Constantin Pogonat, l'avait 
recommandé à leur fidélité ; ils l'avaient en quelque sorte adopté, 
et ils ne furent que trop portés à le soutenir. A partir de 692, 
Justinien II se brouilla, moins avec l'ensemble des Romains 
qu'avec le pape et le clergé, parce qu'il voulut imposer à ceux-ci 
la ratification du concile in Trullo. Mais avant 692 il n'y eut 
pas l'ombre d'un nuage. Le Liber pontiflcalis parle de l'empe- 
reur avec avantage dans la vie de Jean V (685-6) ; dans celle 
de Conon (686-7), il enregistre trois lettres adressées par lui 
au pontife; l'une d'elles témoigne de son zèle pour l'œuvre du 
sixième concile œcuménique; la deuxième annonce une réduc- 
tion d'impôts sur des patrimoines de l'église romaine; la troi- 
sième ordonne de rendre des colons que les fonctionnaires 
avaient saisis sur ces patrimoines. Je cherche en vain dans ces 
relations, les seules que l'on connaisse, la moindre trace de 
mauvais vouloir. 

Mais il y a quelque chose de plus extraordinaire. Dans la 
notice du pape Conon, le Liber pontiflcalis dit que les Romains, 
après l'avoir élu, députèrent à l'exarque, selon l'usage, ut mos 
est. Suivant l'exégèse que j'ai proposée, l'élection de Jean V, 
prédécesseur de Conon, aurait été déjà ratifiée à Ravenne. Il y 
avait donc ici coutume établie, mos, non sans doute depuis bien 
longtemps; mais on sait qu'à Rome les traditions se forment vite. 
M. de Sickel est très embarrassé de ce raos est. D'après lui, 
l'élection de Conon est la première qui ait été soumise à l'exarque. 
Dans ces conditions, la coutume est encore moins longue ; on peut 
même dire qu'elle n'existe pas : le raos est constitue un non-sens. 
Pour sortir de là, M. de Sickel invoque une coutume de beaucoup 
antérieure, celle qui, d'après lui, réglait la matière avant le res- 
crit de 680. Alors, suivant lui, on allait à Ravenne et non à 
Constantinople. Je montrerai bientôt que cette coutume est con- 
testable. Mais, même en l'admettant, on n'arrive pas à se tirer 
d'affaire. Dans toutes les langues du monde, quand on invoque 
la coutume, sans autre qualification ou détermination, c'est la 
coutume présente et non pas une coutume ancienne, abrogée par 
un usage différent ; ut raos est ne signifie pas « comme on a fait 



ET LES ÉLECTIONS PONTIFICALES AU VII« SIECLE. ^5 

autrefois, » mais « comme on fait maintenant. » C'est forcer le 
sens des textes que de les interpréter ainsi. 

Je considère donc comme non avenues les explications propo- 
sées par M. de Sickel pour rendre compte des faits et des textes 
relatifs aux conditions de la ratification, depuis Agathon jusqu'à 
Conon, inclusivement. Suivant moi, tout s'est passé de la sorte. 
Constantin Pogonat, pour faire plaisir au pape, renonça aux droits 
pécuniaires que le trésor impérial percevait à chaque élection ; 
quelques années après, toujours pour faire plaisir au pape, il alla 
plus loin et consentit à ce que les élections fussent vérifiées à 
Ravenne, ce qui réduisait singulièrement les vacances à la mort 
de chaque pape. Ces concessions successives s'inspirent du même 
esprit bienveillant; elles n'ont été retirées ni en tout ni en partie, 
ni par Constantin, ni par Justinien II, ni par leurs successeurs. 

Mais auparavant, avant le rescrit de 680, avant le rétabUsse- 
ment des rapports ecclésiastiques entre Rome et Constantinople, 
quelle était la situation? C'est ici le nœud de la question. Nous 
avons déjà vu que, jusqu'à celle de 619, les élections pontificales 
avaient été soumises à la ratification de l'empereur en personne et 
que, par suite, on devait envoyer de Rome à Constantinople, à 
chaque changement de pape, pour demander l'autorisation néces- 
saire. Entre Boniface V, ordonné en 619, et Léon II, ordonné 
en 682, il y eut dix élections pontificales, celles de : 

Honorius, en 625, 

Séverin, en 638, 

Jean IV, en 640, 

Théodore, en 642, 

Martin, en 649, 

Eugène, en 654 , 

Vitalien, en 657, 

Adéodat, en 672, 

Bonus, en 676, 

Agathon, en 678. 
Sauf la première, toutes ces élections eurent lieu en un temps 
où la crise monothéhte avait introduit et maintenait une tension 
plus ou moins grande entre l'église romaine et la cour impériale. 
Cependant tous les successeurs d'Honorius, à la seule exception 
de Martin, furent reconnus par le gouvernement byzantin. Il ne 



^6 LE a LIBER DIÏÏRNUS » 

faut pas croire que les dissidences dogmatiques entre le pape et 
les patriarches grecs entraînassent nécessairement la rupture des 
rapports entre l'église romaine et la cour de Constantinople. 
L'empereur pouvait souhaiter que l'entente la plus parfaite régnât 
entre l'église grecque et le pape ; mais, si ce résultat ne pouvait 
être atteint, ce n'était pas une raison pour que l'on se passât de 
pape ; un pape dévoué à l'empire et à ses intérêts en Italie était, 
pour la politique impériale, un instrument de telle nécessité que 
l'on fermait volontiers les yeux sur ce qui pouvait lui manquer 
au point de vue de la correction théologique, conçue à la mode 
byzantine. Martin avait été installé contre la volonté de l'empe- 
reur : on affecta de le considérer comme illégitime ; on l'impliqua 
dans une aventure politique ; finalement on l'enleva de Rome, et, 
à la suite d'un procès politique, il fut exilé à Cherson. Par les 
soins des officiers impériaux, un successeur lui fut donné, de son 
vivant et contrairement aux règles ecclésiastiques. Après la mort 
de celui-ci, l'empereur Constant II, qui avait persécuté Martin, 
vint de sa personne à Rome. Le pape Vitalien l'accueillit avec 
les plus grands honneurs, sans paraître se souvenir d'un passé 
bien récent et bien extraordinaire. Les relations ecclésiastiques 
furent même reprises sous ce pontificat ; le pape et le patriarche 
échangèrent des lettres officielles ; le nom de Vitalien fut inscrit 
sur les diptyques de l'église de Constantinople, à la demande de 
l'empereur lui-même. Après Vitalien, qui survécut à Constant II, 
les rapports devinrent plus réservés. 

Que devenait au raiheu de tout cela l'obligation de la ratifica- 
tion ? On peut être sûr qu'elle n'avait pas été abandonnée par le 
gouvernement et que, quoi qu'il en fût de l'état des diptyques et 
de l'échange des lettres synodiques, un pape n'était pape, aux 
yeux de la cour impériale, que si son élection avait été visée offi- 
ciellement. Mais qui délivrait ce visa ? L'exarque ? L'empereur ? 
Où se traitait l'affaire ? A Ravenne ? A Constantinople ? 

Il y a là-dessus peu de renseignements directs. On sait cepen- 
dant que l'ordination de Séverin fut différée pendant près de vingt 
mois, parce que l'empereur Héraclius espérait lui faire accepter 
VEcthèse, le plus ancien des formulaires officiels relatifs au mono- 
thélisme. Il y a donc tout lieu de croire que l'autorisation fut déli- 
vrée cette fois à Constantinople, et par l'empereur lui-même. 
Pour ce qui regarde les autres cas, il faut d'abord éliminer ceux 



ET LES e'lECTIONS PONTIFICALES AU VII® SIECLE. \7 

de Martin et d'Eugène, qui offrent des anomalies tellement grandes 
que l'on ne peut être tenté d'y chercher l'application d'un système 
régulier. Restent six vacances, dont les durées sont indiquées dans 
le tableau suivant : 



Après Séverin, 


4 mois et 22 


— Jean IV, 


1 — 12 


— Eugène, 


1 — 28 


— Vitalien, 


2—15 


— Adéodat, 


4—15 


— Donus, 


2 — 16 



Dans deux cas au moins, après Séverin et Adéodat, l'inter- 
valle est suffisant pour qu'un messager puisse aller à Constanti- 
nople et en revenir; dans trois autres, après Eugène, Vitalien et 
Donus, l'intervalle est un peu court; après Jean IV, et c'est la 
seule fois, il y a impossibilité morale^ 

Avant d'apprécier ces chiffres, examinons deux faits allégués 
par M. de Sickel. Le pape Vitalien, dit le Liber pontifie alis, 
envoya responsales suos cum synodieam, iuxta consuetudi- 
nem, in regimn urbem, apud piissimos prineipes , signifi- 
cans de ordinatione sua. M. de Sickel en conclut que l'ordina- 
tion de Vitalien s'était accomplie sans l'autorisation de l'empereur, 
car il est sûr que les synodiques étaient envoyées , non avant, 
mais après l'ordination. Cette dernière observation est juste; mais 

1. M. de Sickel se fonde (p. 61), pour apprécier ces délais, sur un lexle 
d'Agnellus de Ravenne où il est dit que personne ne pourrait, en trois mois, 

aller de Ravenne à Constantinople et en revenir. Je ne saurais accepter cette 

appréciation d'Agnellus, qui est contredite par des faits nombreux. Le pape / 
Jean I" célébra les fêtes de Pâques à Constantinople, en 526 ; il officia le dimanche 
19 avril à Sainte-Sophie ; le 18 mai suivant il mourait à Ravenne, après quelques 
jours de prison. Son voyage de retour avait donc duré moins d'un mois. En étu- 
diant les dates de la correspondance du pape Hornisdas avec les légats qu'il 
envoya depuis 518 à Constantinople, on constate les faits suivants. Un defensor 
du pape, Paulinus, emporte de Rome une lettre datée du 29 avril; il la remet à 
destination, à Constantinople, revient à Rome et en repart pour Constantinople 
le 9 juillet (Thiel, Epp. R. P., t. I, p. 867, 879, 886); une lettre datée de Cons- 
tantinople le 15 octobre 519 est reçue à Rome le 17 novembre suivant {ibid., 
p. 896); une autre, expédiée de Constantinople, le 31 août, est reçue à Rome 
le 1" octobre. En somme, quand on voulait se presser, le voyage durait un 
mois à l'aller, autant au retour; la voie de mer, dans des conditions favorables, 
devait donner des trajets encore plus courts. 

^89^ 2 



^8 LE « LIBER DIURNDS » 

n'avons-nous pas une synodique de saint Grégoire, expédiée indu- 
bitablement après son ordination ? Cet envoi ne fut-il pas, non 
moins indubitablement, précédé d'autres lettres écrites par lui à 
Constantinople ? Avant cette première correspondance , les 
Romains n'avaient-ils pas député à Constantinople pour annon- 
cer l'élection et en obtenir la ratification, pendant que l'élu écri- 
vait en sens contraire ? Si la synodique de saint Grégoire n'exclut 
pas la demande d'autorisation, pourquoi celle de Vitalien l'exclu- 
rait-elle ? 

Voilà donc un fait à écarter du débat. En voici un autre. 

Le pape Agathon fut ordonné le 27 juin 678 ; or, le 12 août de 
la même année, on adressait de Constantinople une lettre officielle 
au pape Bonus, son prédécesseur, mort le 11 avril. Donc on 
n'avait pas, à Constantinople, le moindre vent de la mort de Donus, 
et par suite on n'avait nullement coopéré à son remplacement par 
Agathon. 

Cette ignorance est bien extraordinaire : je croirai difficilement 
qu'elle ait été réelle. Nous sommes dans la plus belle saison de 
l'année, la plus favorable à la navigation ; l'exarque, le stratège 
de Sicile, à supposer qu'ils écrivent quelquefois à Constantinople, 
n'ont pu manquer de le faire; on peut se demander ce qu'ils 
mettent dans leurs lettres, s'ils négligent d'y consigner des évé- 
nements comme la mort du pape. Du reste, à quifera-t-on croire 
qu'en 678 aucun navire n'est parti des côtes d'Italie pour la ville 
impériale, ou que tous les passagers ont oublié en route un fait 
aussi considérable ? 

Cette énigme se résout aisément en faisant intervenir le style 
de la chancellerie. Pour la chancellerie impériale, le pape conti- 
nuait quelquefois à vivre fort longtemps après sa mort. Nous en 
avons une preuve remarquable dans les protocoles du sixième 
concile œcuménique. 

Le pape Agathon, qui avait envoyé ses légats au concile, mou- 
rut le 10 janvier 681, entre la cinquième et la sixième session de 
cette assemblée. Celle-ci continua à tenir ses séances, au nombre 
de treize, du 12 février au 16 septembre, mentionnant en tête de 
chaque procès-verbal les légats d' Agathon, très saint archevêque 
de l'ancienne Rome, sans la moindre allusion à son décès. A la 
dernière séance, les légats signent le concile, en se qualifiant tou- 
jours de légats d' Agathon. Enfin, le concile écrit une lettre à 



ET LES ÉLECTIONS PONTIFICALES AD VII^ SIECLE. 19 

Agathon lui-même, toujours censé vivant, pour lui notifier ses 
décisions. Ce n'est qu'au mois de décembre 681 que la correspon- 
dance est adressée à Léon II. Encore faut-il noter : 1° que cette 
lettre a été rédigée dans un style qui suppose son destinataire 
déjà ordonné; 2° qu'elle ne parvint qu'au mois de juillet 682^ 

Ordonné le 17 août suivant, Léon II s'occupa de répondre à 
l'empereur et de faire parvenir aux églises de l'Occident les docu- 
ments du concile œcuménique. Nous avons encore les pièces expé- 
diées par lui en Espagne ; elles sont adressées au comte Simpli- 
cius, commandant du territoire byzantin, au roi visigoth Ervige, 
aux évêques d'Espagne, enfin à l'évêque de Tolède, Quiricus. 
Or, cet évêque était mort en 679, et, depuis le commencement 
de 680, on lui avait donné un successeur, le célèbre Julien^; on 
lui écrivait ainsi trois ans après sa mort. Mais ce n'est pas tout. 
Le messager chargé de porter ces lettres, Pierre, notaire région- 
naire, était à peine en route que le pape mourut (3 juillet 683). 
Le prêtre Benoît, élu pour le remplacer, écrivit au notaire, 
qui avait apparemment interrompu son voyage, pour l'engager 
à le continuer. Pierre ne parvint à Tolède que dans le courant de 
l'année 684. Il apportait des lettres d'un pape mort depuis un an; 
l'une d'elles était adressée à un évêque mort depuis cinq ans. Il 
n'y a donc pas beaucoup de fond à faire sur des phénomènes 
comme celui de la lettre à Donus. 

J'ajouterai, en ce qui concerne cette lettre, que l'empereur 
Constantin lui-même, c'est-à-dire son propre auteur, la présente 
comme ayant été expédiée par lui, non à Donus, mais à Agathon 3, 
et que le pape Léon II en parle de la même façon dans sa lettre 
au roi Ervige*. En somme, il résulte, je crois, de tous ces faits, 
que dans les chancelleries de ce temps-là on n'annulait pas volon- 



1. Régulièrement, bien qu'elle ait été préparée dès le mois de décembre 681, 
elle n'aurait dû être remise à Léon II qu'après son ordination. Celle-ci n'eut 
lieu que le 17 août 682. On ignore la cause de ce retard, comme aussi du délai 
apporté à l'envoi de la lettre impériale. 

2. Ceci est d'autant plus remarquable que la lettre au roi visigoth ne porte 
pas le nom de Wamba, dont le règne se continua encore près d'un an après la 
mort de Quiricus et son remplacement par Julien, mais celui d'Ervige, son 
successeur depuis le 15 octobre 680. 

3. Hardouin, t. III, p. 1160 (lettre de l'empereur au pape Léon II). 

4. Ibid., p. 1734. 



2Ô LE a LIBER DIURNUS » 

tiers des lettres officielles une fois qu'elles avaient été préparées 
et revêtues de toutes les solennités. Si le destinataire, ou même 
l'expéditeur, venait à mourir avant qu'elles n'eussent été portées 
à leur adresse, on les envoyait tout de même, sans y rien changer, 
la diversité des titulaires étant peu importante auprès de la per- 
manence des fonctions. 

De cette façon, la valeur probative de la lettre à Donus-Aga- 
thon diminue singulièrement; elle peut même être considérée 
comme nulle. L'empereur Constantin pouvait très bien connaître, 
et connaissait même très probablement, l'élection d'Agathon au 
moment où la chancellerie de Gonstantinople expédiait la lettre à 
Donus. 

Il n'y a donc à tenir compte, dans cette question, que de la 
durée des vacances, qui est en général beaucoup moins grande 
depuis Honorius que pendant la période précédente, de Pelage P"" 
à Boniface V. Reprenons la série établie ci-dessus. 

L'élection de Jean IV (640) a fort bien pu être vérifiée à Gons- 
tantinople, comme celle de son prédécesseur Séverin; l'intervalle 
de près de cinq mois est plus que suffisant. Après Jean IV, mort 
le 12 octobre 642, Théodore est ordonné le 24 novembre suivant. 
Évidemment il n'y a pas assez de temps pour que l'on ait pu aller 
à Gonstantinople chercher la ratification ; mais cette dérogation 
à l'usage ne s'exphquerait-elle pas par des circonstances spé- 
ciales? C'est juste au temps de l'avènement de Théodore que nous 
voyons éclater à Rome une insurrection militaire contre l'exarque ; 
le chartulaire Maurice, dont il a été question plus haut, est à la 
tête du mouvement, qui se propage rapidement dans les garnisons 
byzantines. Mais l'exarque Isaacius parvient à s'en rendre maître ; 
il fait arrêter les chefs; Maurice est exécuté, et ses complices 
auraient eu le même sort si l'exarque n'était venu à mourir. On ne 
connaît pas la clironologie précise de ces événements, mais il est 
sûr^ qu'ils se sont passés au commencement du pontificat de Théo- 
dore. Quoi de plus naturel qu'en de telles circonstances les 
Romains, ou peut-être l'exarque lui-même, aient jugé dangereuse 
une vacance prolongée? D'ailleurs, Héraclius était mort ; le nouvel 
empereur, Constant II , était un enfant de treize ans, dont les débuts 

1. Lib. pontif., t. I, p. 333, note 5. 



ET LES ÉLECTIONS PONTIFICALES AD VIP SIECLE. 2i 

venaient d'être traversés par des crises fort graves. Il y avait peu 
de danger à se permettre un empiétement si facile à excuser. 

Il n'y a que le premier pas qui coûte. Ce que l'on avait fait 
en 642, on le fit encore en 649, d'autant plus qu'au moment où 
mourut le pape Théodore, l'exarchat paraît avoir été vacant*. 
Mais cette fois le gouvernement ne se montra pas disposé à fermer 
les yeux ; il déclara l'installation de Martin irrégulière et illégale^, 
et la situation de celui-ci fut bientôt compromise, tant par son 
opposition au nouveau formulaire appelé Type, que par l'atti- 
tude séditieuse de l'exarque Olympius, avec lequel le pape, dit- 
on, entretenait de bons rapports. 

Entre l'enlèvement de Martin, le 17 juin 653, et l'ordination 
d'Eugène, le 10 août 654, il s'écoula assez de temps pour que la 
ratification impériale ait pu être sollicitée dans toutes les formes. 
Du reste, les circonstances étaient propres à provoquer une 
rigueur spéciale dans l'application des anciennes règles. 

Après Eugène commence une série de vacances dont la durée 
concorde beaucoup plus avec la moyenne du temps où l'on s'adres- 
sait à Ra venue (f 700) qu'avec celle du temps où l'on s'adressait 
à Constantinople. Bien que nous n'ayons aucune autre raison de 
croire que la ratification fût alors solhcitée auprès de l'exarque 
et non auprès de l'empereur, on pourrait accorder qu'il en était 
peut-être ainsi, et placer dans cet intervalle (657-678) la compo- 
sition des formules en litige. Si M. de Sickel ne demandait que cela, 
on s'entendrait peut-être; mais il réclame bien davantage. 

Suivant lui, les formules sont du temps d'Honorius; elles ont 
servi pour ce pape en 625. 

Voyons ce qu'il en est. Aussi bien avons-nous laissé le pape 
Honorius entre deux séries, l'une qui s'arrête à Boniface V, 
l'autre qui commence k Séverin. 

Honorius offre, en effet, un cas très particulier; il fut ordonné 
trois jours après la mort de son prédécesseur^ Boniface V mourut 

1. Théodore mourut le 14 mai; Martin fut ordonné en juillet; un nouvel 
exarque arriva à Rome en octobre (cf. Lib. pontif., t. I, p. 339, note 6). 

2. Quod irregulariter et sine lege episcopatum subripuissem (c'est Martin qui 
parle, loc. cit.). 

3. Il ne faut pas discuter la légitimité de ce compte; trois jours après, c'est 
le surlendemain, c'est l'intervalle du vendredi au dimanche : surrexit iertia die. 



22 LE a LIBER DIDRNDS » 

le 25 octobre 625; Honorius fut consacré le 27. On n'alla cette 
fois ni à Constantinople ni même à Ravenne. Pagi avait expliqué 
cette anomalie par les circonstances politiques. L'empereur Hèra- 
clius était, depuis quelques années, engagé dans la guerre contre 
les Perses. Il ne pouvait, des frontières orientales de l'empire, 
s'occuper des affaires romaines autant qu'il le faisait quand il 
résidait à Constantinople. Il aura, sans doute, délégué à l'exarque 
Isaacius, tout récemment envoyé en Italie, le droit de ratification. 
Ceci, M. de Sickel le reconnaît, est très vraisemblable. Pagi con- 
tinue en conjecturant qu'lsaacius se sera trouvé de séjour à Rome 
vers la fin d'octobre 625, et qu'ainsi il n'y aura pas eu besoin 
d'aller le chercher à Ravenne. 

Mais cette conjecture ne fait pas l'affaire de M. de Sickel, qui a 
besoin que l'exarque se soit trouvé à Ravenne, et que les députés 
de Rome y soient allés le solliciter avec tout un portefeuille de 
lettres officielles pour l'exarque lui-même, pour l'archevêque de 
Ravenne, pour les magistrats de cette ville, pour l'apocrisiaire 
romain. Il faut même trouver un espace assez grand pour placer 
deux ambassades, dont l'une aurait été chargée d'annoncer officiel- 
lement la mort du pape précédent, l'autre d'obtenir l'approbation 
du choix fait pour le remplacer. Trois jours pour tout cela, c'est 
évidemment trop peu. Dès lors, si l'on veut absolument placer les 
formules en 625, il faut élargir l'intervalle. 

M. de Sickel respecte le terminus ad quem, la date de l'ordi- 
nation d'Honorius, 27 octobre 625. C'est l'autre borne, \etermi- 
nus a quo, qu'il s'efforce de déplacer. Comment savons-nous que 
Roniface V est mort le 25 octobre 625? 

Nous le savons de deux façons : l°par le Liber pontificalis, 
qui marque cette date ; 2° par la chronologie des pontificats anté- 
rieurs, et de celui de Boniface V lui-même, chronologie qui s'ap- 
puie, non sevlemeui %\xY\e Liber pontificalis , mais sur des cata- 
logues indépendants de lui, sur les épitaphes des papes et sur les 
dates de leurs lettres. Sans entrer ici dans le détail, il me suffit de 
dire que cette date du 25 octobre a été déterminée, après les anciens 
chronologistes, par Ph. Jaffé, acceptée après Jaffé par P. Ewald, 
et qu'elle est marquée ainsi dans les deux éditions des Regesta 
^on^z/?CM»i. Vérification faite, je l'ai acceptée à mon tour, et M. de 
Sickel n'aurait sans doute pas songé à la discuter, si elle n'avait 
gêné son système. 



ET LES ELECTIONS PONTIFICALES AU VIF SIÈCLE. 23 

J'ai dit que je n'entrerais pas dans le détail* ; je le ferais certai- 
nement si, au lieu d'une hypothèse subtile et fragile, j'avais devant 
moi un solide argument de fait. Ce n'est pas le cas, et M. de Sickel 
a trop de critique pour en disconvenir. De ce qu'il dit, p. 72, en ter- 
minant son argumentation chronologique, on peut conclure que 
tant vaut l'hypothèse sur le Liber Diurnus de 625, tant vaut 
l'objection opposée aux dates communément admises. 

Dans ces conditions, il devient très difficile de trouver, pour la 
période comprise entre Honorius et Eugène (625-657), un état 
de relations qui corresponde à ce que suppose le groupe de for- 
mules que nous considérons. S'il y a eu intervention de l'exarque, 
en 625 et en 642, pour Honorius et pour Théodore, cette inter- 
vention s'est produite d'une manière exceptionnelle ; elle a été ou 
suggérée ou légitimée par des circonstances passagères. Ce n'est 
pas pour des cas de ce genre que l'on constitue des formules, sur- 
tout des formules comme celles-ci, où il n'y a pas le moindre indice 
d'une situation extraordinaire. Après Eugène, pour les élections 
de Vitalien (657), d'Adéodat (672), de Donus (676), d'Agathon 
(678), la brièveté des interpontificats donnerait lieu de soupçonner 
qu'on s'est adressé à Ravenne plutôt qu'à Constantinople. Est-ce 
bien sûr? Et, si on l'a fait, était-ce avec l'agrément de l'empereur? 
L'insistance de Constantin Pogonat, en 680, pour que la ratifica- 
tion soit demandée au souverain lui-même, donne lieu de croire 
que l'autre système, dans quelque mesure qu'on l'eût appliqué, 
lui déplaisait. Quoi qu'il en soit, je dois laisser ouverte la possi- 



1. Quelques mots seulement. M. de Sickel croit que les dates reçues sont 
incompatibles avec le décret de Boniface III, connu par le Lib. pontif. (p. 316), 
d'après lequel l'élection ne devait avoir lieu que tertio die depositionis [ponti- 
ficis defuncti). Mais le 27 octobre n'est-il pas précisément, dans le cas consi- 
déré, le tertius dies depositionis ? Comme il tombait un dimanche, on célébra 
l'ordination séance tenante. Il y a d'autres exemples, Ursinus (antipape) en 366, 
Zacharie en 741. — On élève des soupçons sur l'autorité, en matière de dates, 
des épitaphes pontificales : renvoyé à M. de Rossi. — On argumente contre les 
dates obituaires du vii° siècle en s'autorisant des erreurs qui se rencontrent 
dans celles du v' siècle, recueillies dans des conditions bien différentes. — On 
m'oppose ce que j'ai dit {Lih. pont., t. I, p. cclvi) des diliîcultés spéciales que 
présente la chronologie de Boniface V; mais ici il s'agit, non de la date obi- 
tuaire de ce pape, mais de la durée de la vacance avant lui, durée dont l'ex- 
pression paléographique a été mutilée, si bien qu'il faut y rétablir une année 
entière, an. 1. C'est une tout autre affaire. 



24 LE a LIBER DIDRNDS » 

bilité qu'on l'ait appliqué en réalité. Ainsi, la période où nos for- 
mules (59-63) ont pu naître s'étendra de 657 à 741 . Elle est nota- 
blement plus longue que la période assignable aux formules 73, 
83, 84, 85, lesquelles sont sûrement postérieures à l'année 682. 

Maintenant, entre les deux intervalles 657-680 et 682-741, 
quel est le plus probable? Je n'hésite pas à répondre : le dernier. 
Et voici pourquoi. 

Au nombre des formules relatives à la ratification par l'exarque 
(59-63), il y en a une pour la lettre que les Romains adressaient 
à l'archevêque de Ra venue. Elle suppose que les relations sont 
aussi bonnes que possible entre Ra venue et Rome, au point de vue 
ecclésiastique. Les démarches que l'archevêque pourra faire sont 
représentées comme un juste retour des faveurs dont il a été lui- 
même l'objet de la part du saint-siège, et un titre à en obtenir de 
nouvelles ' . 

Or, quelle était, dans l'intervalle de 657 à 678, l'attitude des 
archevêques de Ravenne envers le saint-siège? L'archevêque Maur 
(642-671) fut, on le sait, le champion décidé de l'autocéphalie de 
son église, c'est-à-dire de son indépendance à l'égard de la métro- 
pole romaine. Après de longues négociations, il parvint à obtenir 
de l'empereur Constant II un privilège en ce sens : nous avons 
encore cet acte, daté du l""" mars 666. Quand il mourut, on grava 
sur sa tombe, comme un titre de gloire, la phrase suivante : Libe- 
ravit ecclesiam suam de iugo Romanorum servitutis-. Son 
successeur, Reparatus, fut ordonné à Ravenne, par ses suffra- 
gants, au mépris des droits du saint-siège. Il renoua pourtant 
ses relations avec le pape Bonus, et renonça à l'autocéphalie. 
Mais son clergé ne le suivit pas dans sa soumission ; Théodore 
(677-691), qui lui succéda, fut aussi ordonné à Ravenne. Cepen- 
dant, il se soumit peu après et même il se présenta personnel- 

1. Elabora itaque, quaesumus, sanctissime ac beatissime pater, el cum barum 
portitoribus, veneratoribus, et filiis vestris, apud sœpefalum dornnum exarcbum 
iapigrius interveni, vicem gralix propriœ beato Petro fautori luo reddens, 
tolisque nisibus immine, ut optatae ordinationis, Deo iubente, adceleretur nego- 
tium; quatenus de prœsularibus paternae vestrse beatitudinis amminiculis et 
bœc apostolica lœtetur ac exultet ecclesia, et nos gratiarum actiones agaraus, 
et carilas denominati domni noslri electi futurique apostolici pontificis opulen- 
tius erga vestram praesularem sanctitatem dilatetur. 

2. Agnellus, c. 114 (Lib. pontif., t. I, p. 349). 



ET LES ÉLECTIOiVS PONTIFICALES AD VIF SIECLE. 23 

lement au pape Agathon*. Sous le pape Léon II, la mémoire de 
l'archevêque Maur fut condamnée, le privilège d'autocéphalie fut 
cassé par l'empereur Pogonat et remis aux mains du pape^. Depuis 
lors, malgré des velléités d'indépendance qui se faisaient jour de 
temps en temps , les choses se passèrent à peu près bien ; les 
archevêques Damien (692) et Félix (708) furent consacrés à 
Rome, par les papes Serge et Constantin s. 

Ainsi, de 657 à 678, les rapports entre le saint-siège et l'église 
de Ravenne sont extraordinairement tendus. Le Liber pontifi- 
calis parle de ségrégation ; l'archevêque Maur, responsable de cet 
état de choses, est considéré à Rome comme tellement coupable 
que, dix ans après sa mort, on le flétrit dans sa tombe en défendant 
de célébrer son anniversaire. Est-ce bien en un tel temps que l'on 
a pu concevoir la formule citée plus haut? A partir de 679, et 
surtout de 682-683, la situation changea complètement, et les 
rapports devinrent, sinon très affectueux, au moins corrects. Je ne 
crois pas que l'on puisse hésiter; et, pour mon compte, je n'hésite 
pas à rapprocher les formules 59-63 des formules 73, 83, 84, 85, 
de peu postérieures à l'année 682. 

Venons maintenant à cet autre groupe. Les dates assignées 
par M. de Sickel m'ont paru soulever aussi quelques objections. 
Mais ici notre dissentiment sera de sens inverse. Tout à l'heure, 
c'était lui qui plaidait pour la date la plus ancienne; maintenant, 
c'est le contraire. C'est moi qui suis conservateur, et non seule- 
ment parce que je défends, comme je l'ai fait jusqu'ici, l'opinion 
précédemment admise, mais encore parce que je vais m'efforcer 
de retenir aux environs de l'année 685 des pièces que M. de Sickel 
rajeunit, dans leur teneur actuelle, de cent ans environ. 

La formule 82, ou décret d'élection, est rapportée par M. de 
Sickel à l'année 772 ; c'est pour le pape Hadrien qu'elle a d'abord 
servi; voici ce qui le prouve. En 769, à la suite de la compétition 
de l'antipape Constantin II, un concile tenu à Rome régla les con- 
ditions dans lesquelles les élections devaient se passer à l'avenir. 
Une de ces décisions fut que les laïques, militaires ou civils, 

1. Lib. pontif., t. I, p. 350. 

2. Ibid., p. 360. 

3. P. 348. 



26 LE « LIBER DIURNDS » 

seraient exclus de l'assemblée électorale; que le clergé seul y 
interviendrait, et que, le pape étant élu et conduit au palais de 
Latran, alors seulement les laïques viendraient le saluer comme 
leur maître. Dans ce décret, les divers ordres de clercs et de 
laïques sont énumérés ainsi qu'il suit : sacerdotes, proceres 
ecclesiae, cunctus clerus; optimates militiae, cunctus eœer- 
citus ; cives honesti , universa generalitas j^opiili huius 
Romanae urbis. La même énumération, en termes à peu près 
identiques, se retrouve dans la formule 82; donc, selon M. de 
Sickel, elle est postérieure au concile de 769; donc elle se rap- 
porte à l'élection d'Hadrien. 

J'objecte d'abord que le libellé du canon conciliaire a été évi- 
demment emprunté, pour des détails de ce genre, aux formules 
de la chancellerie pontificale; entre ces formules, celles de 
l'élection étaient le plus naturellement indiquées à l'attention, 
à l'imitation, et à l'imitation servile qui était alors en usage. 
Dans ces conditions, on peut se demander si c'est la formule du 
concile qui est l'original, ou si elle n'est pas plutôt la copie. Le 
doute est d'autant plus fondé que tous ces termes, proceres 
ecclesiae, optimates militiae, generalitas populi, appar- 
tiennent à la langue officielle du vii*^ siècle avancé et du vin", et 
qu'on les rencontre à chaque instant dans les textes, par exemple 
dans le Liber pontiflcalis . 

D'autre part, ce qui est important, nouveau, caractéristique, 
dans le décret du concile, ce n'est pas cette distribution du per- 
sonnel, c'est l'exclusion des laïques, non seulement de l'assemblée 
électorale et de l'élection proprement dite, mais encore de l'ins- 
tallation de l'élu dans le palais de Latran. C'est cela qu'il faudrait 
retrouver dans la formule 82, si elle représentait l'application du 
décret de 769; mais c'est aussi ce qu'on n'y trouve pas. Les sept 
catégories de personnes y sont bien énumérées, et dans le même 
ordre, mais comme s'étant réunies au même lieu, et comme ayant 
pris part ensemble à l'acte électoral : in uno convenientibus 
nobis, ut moris est... concut^rit atque consensit electio. 

Je conclus de là que l'attribution de cette pièce à l'année 772 
est dépourvue de fondement. 

Une seconde proposition est ainsi conçue : 

« La formule 83 remonte à Benoît II (ist unter Benedict II 
« entstanden) ; la formule 73 avait été rédigée sous son prédéces- 



ET LES ÉLECTIONS PONTIFICALES AU VII« SIECLE. 27 

« seur, Léon IL Aussi anciennes peuvent être certaines parties des 
« formules 84 et 85, mais, dans l'ensemble, elles nous viennent 
« toutes les deux d'Hadrien P^ » 

Contre la première assertion, si on la veut prendre au pied de 
la lettre, je ferais valoir deux faits : 1° c'est que la formule 83 ^ a 
été rédigée pour un diacre élu pape, tandis que Benoît II était 
sûrement prêtre quand il fut élu ; cette qualité lui est reconnue 
formellement par le Liber pontificalis; il la prend lui-même 
dans une lettre expédiée entre son élection et son ordination : 
Benedictus presbyter et in Dei nomine electuss. sedisapos- 
tolicae^ ; 2° le second fait à noter, c'est que la formule parle de 
Constantin Pogonat comme d'un mort {piae memoriae) ; or il 
mourut en 685, et Benoît II fut ordonné en 684. Il faut donc, et 
c'est, je crois, ce que fait M. de Sickel, entendre largement la 
proposition considérée. 

La formule 73, qui est une profession de foi à l'usage des évêques 
du diocèse suburbicaire, contient une reconnaissance du sixième 
concile œcuménique, magna seœta synodus quae in regia 
Constantinopolitana urbe convenit, in qua et apostolicae 
sedis legati do^nni Agathonis pape presidere manifestum 
est. M. de Sickel prend l'infinitif présent presidere au pied de 
la lettre ; il croit que cette expression n'a pu être introduite dans 
le formulaire que du vivant du pape Agathon^ et pendant la durée 
effective du concile que ses légats présidaient. Je n'irai pas aussi 
loin. J'ai peine à croire que l'église romaine ait admis à l'avance, 
escompté en quelque sorte, les décisions d'un concile grec, même 
œcuménique, même présidé par ses légats, avant d'en avoir reçu 
et vérifié les actes". Toute pièce officielle d'origine romaine, où 

1. C'est la profession du pape élu, prononcée avant l'ordination. 

2. Jaffé, 2125. 

3. M. de Sickel noie aussi que dans la form. 73 le pape Agathon est nommé 
sans aucune mention de sa mort. Je ferai remarquer qu'il est appelé domnus 
Agatho, façon de parler qui s'emploie couramment pour le pape mort et non 
pour le pape vivant, dans le Lib. poniif. de ce temps-là. Voy. t. I, p. 374, 385, 
396, 440, 444, 463, 468, 475, 486, 487, 488, 489, 499. 

4. Dans l'espèce, cela eût été d'autant plus imprudent que, au moment où 
Agathon mourut (10 janvier 681), il n'avait encore été tenu que cinq sessions, 
les 7, 10, 13, 15 novembre et 7 décembre, et que, dans ces sessions, aucune 
décision n'avait été prise. Il est du reste peu probable, vu la saison, que le pape 
ait pu être informé de l'ouverture du concile. 



28 LE « LIBER DIUENUS » 

se trouve exprimée l'adhésion au sixième concile, me fait l'effet 
d'être postérieure, non seulement à la clôture de cette assemblée, 
mais à la vérification de ses procès-verbaux et de ses décrets 
par un pape dûment installé et en pleine possession de son auto- 
rité. Du reste, M. de Sickel se décide, pour d'autres raisons, il 
est vrai, à accepter ici la date de 682 ou 683. 

Quant aux formules 84 et 85, je me suis donné beaucoup de 
peine pour découvrir quel rapport spécial elles pouvaient avoir 
avec le pape Hadrien F'' et son temps. Ce rapport ne me paraît 
pas résulter de leur texte. J'ai lu attentivement le commentaire 
de M. de Sickel ; mais je ne me suis pas trouvé plus édifié. 

Ses raisons sont plutôt insinuées qu'exposées ; il faut les saisir 
dans une suite de considérations quelque peu vagues. On a peur 
de leur communiquer, en les tirant de là, plus de consistance que 
l'auteur n'a entendu leur en donner lui-même. Essayons cepen- 
dant. Il semble d'abord que, pour M. de Sickel, la formule 84 
soit une synodique^, la formule 85 une homélie, prononcée le 
jour de l'ordination du pape. Sur ce dernier point, pas de diffi- 
culté : la formule 85 est bien une homélie, prononcée dans les 
circonstances indiquées. Mais l'autre n'est sûrement pas une 
synodique . Il est trois fois évident que c'est une profession de foi 
rédigée pour être lue à Saint-Pierre, devant les reverentissimi 
fratres (évêques et prêtres) , les dilectissimi filii (clergé infé- 
rieur) et Vuniversa plebs Dei (fidèles) . Elle se désigne elle-même 
par l'expression professionis pagina ; il est marqué à la fin que 
le nouveau pape l'a fait écrire par un notaire, qu'il l'a signée, 
qu'il la fait lire devant tout le monde et qu'on la déposera ensuite 
dans la confession de saint Pierre, comme un témoignage de la 
foi de son dernier successeur. Tout ceci est le contraire d'une for- 
mule de lettre destinée à être envoyée au loin. 

Mais j'ajoute que, quand même notre formule se prêterait à 
cette adaptation, elle ne saurait encore être attribuée au pape 
Hadrien. Il est, en effet, plus que douteux que celui-ci ait pu 
envoyer une synodique. On sait quelle tension la querelle des 
images avait introduite dans les rapports ecclésiastiques entre 

1. On appelle synodique la lettre officielle que les papes et autres patriarches 
s'expédiaient les uns aux autres peu après leur installation pour se la notifier 
et aussi pour témoigner de leur enseignement doctrinal. 



ET LES e'lECTIONS PONTIFICALES AU VU* SIECLE. 29 

Rome et Constantinople. Cela n'avait pas empêché, il est vrai, le 
pape Zacharie d'envoyer sa synodique ; mais, après cette démarche 
conciliante d'un pontife d'esprit pacifique, il se produisit un évé- 
nement important, qui accentua nettement la rupture entre 
l'église grecque et la papauté; je veux parler du concile icono- 
claste de 754. Si l'on joint à cela la séparation politique du duché 
de Rome d'avec l'empire byzantin, on aura bien lieu de croire 
qu'en 772 le pape Hadrien s'abstint d'envoyer une synodique. 
Au cas invraisemblable où il l'eût fait, comment croire que ce 
document n'eût pas contenu la plus légère allusion au culte des 
images, aux démonstratio^s que les papes, depuis Grégoire II, 
n'avaient cessé de faire en leur faveur, au concile romain de 769, 
où l'on venait de protester une fois de plus et dans la forme la plus 
solennelle contre le mouvement iconoclaste de Constantinople ? 

Ainsi la formule 84 n'est pas la synodique du pape Hadrien. 
Il est du reste impossible que cette formule, et l'on peut en dire 
autant de ses deux voisines, aient été employées telles quelles et 
sans compléments par les papes successeurs de Grégoire II. En 
un temps où la question des images était si vivement agitée, alors 
qu'elle passionnait, non seulement les théologiens, les clercs, les 
moines, mais le populaire lui-même, et cela au plus haut degré, 
un pape qui eût gardé le silence sur ce point dans les professions 
de foi de son installation n'eût sûrement pas été d'accord avec le 
sentiment public ; il eût paru trahir la bonne cause et renier 
l'attitude de ses prédécesseurs. 

Quant à l'homélie (form. 85), je crois que ce qu'on lui oppose 
surtout, c'est qu'un tel document est trop personnel pour qu'on 
puisse eu faire une formule, et que, par suite, il doit appartenir 
au pape le plus rapproché de l'origine du manuscrit, soit a 
Hadrien l""". — A cela je réponds par l'axiome Ab actu adposse 
valet consecutio. L'homélie est bel et bien donnée dans le i.i&er 
Biurnus comme une formule. On lit en tête : Ille episco- 
pus, etc. Du reste, dans ces bas temps de la littérature, le style 
était si rare que tout devenait formule. Les biographes des paj)es 
ont des formules pour décrire leur carrière ecclésiastique et même 
leur caractère, pour raconter les inondations du Tibre, même les 
constructions d'églises. Rédiger un sermon était une grosse affaire. 
Que l'on se soit ai^é de modèles, surtout pour des discours de cir- 
constance, d'inauguration, c'est tout ce qu'il y a de plus naturel. 



30 LE a LIBER DIDRNDS » ET LES ELECTIONS PONTIFICALES. 

Je sais bien qu'en raisonnant ainsi je risque d'augmenter la 
difficulté que l'on peut avoir à expliquer l'introduction et le main- 
tien de certaines pièces dans le Biurnus, et en général la consti- 
tution de ce formulaire. Mais ceci n'est pas mon affaire, c'est celle 
des diplomatistes. Je prends les pièces une à une et je les appré- 
cie en historien. Les quatre formules 73, 83, 84, 85 sont néces- 
sairement postérieures à 682, puisqu'elles supposent la réception 
du sixième concile; la première remonte peut-être à Léon II 
lui-même; la quatrième (n° 85) a été rédigée pour Léon II, 
Benoît II ou Jean V; certaines circonstances feraient penser 
plutôt à Benoît II qu'aux deux autres ^ En tout cas, les for- 
mules 73 et 85 remontent à un temps antérieur à la mort de Cons- 
tantin Pogonat (sept. 685). Quant aux deux autres, où il est 
qualifié de piae memoriae pr inceps, elles sont postérieures à sa 
mort. Le premier pape pour qui l'on ait pu en faire usage est 
Conon. Mais Conon avait été prêtre et la formule 83 suppose que 
le pape élu est un diacre. Il faut donc descendre plus bas. Ser- 
gius (■]- 701), successeur de Conon, fut prêtre lui aussi. On ne sait 
à quel degré de la hiérarchie se trouvaient, lors de leur élection, 
les papes qui viennent après, Jean VI, Jean VII, Sisinnius, 
Constantin; Grégoire II, élu en 714, était diacre. L'exemplaire 
qui a fourni le texte de cette formule est donc au plus tôt des 
premières années du viif siècle. Quant à sa rédaction originale, 
il n'y a pas lieu de la séparer des autres. Tout ce groupe de pièces 
est postérieur, mais de peu d'années, à 682. 

L. DUCHESNE. 
1. Sur ceci Toy. Lib. pontif., t. I, p. 361, note 1. 



UNE CHARTE FAUSSE 

D'ADALBÉRON 

ARCHEVÊQUE DE REIMS. 



Au mois de mai de l'année 972, l'archevêque de Reims, Adal- 
béron, réunit au Mont-Notre-Dame en Tardenois* un concile 
provincial qui comprenait tous les évêques de la province de 
Reims, ses suffragants. Cette réunion avait principalement pour 
objet de mettre fin au relâchement de la disciphne monastique. 
La présence des abbés de la province métropolitaine parut néces- 
saire à la discussion et le concile fut renvoyé à une date ulté- 
rieure. Dans ce deuxième concile, les réformes proposées par 
Adalbéron et Raoul, abbé de Saint-Remi de Reims, furent adop- 
tées, tant par les abbés que par les évêques^ L'archevêque pro- 
fita de la présence de ces grands personnages pour leur faire 
souscrire : 1° un privilège du pape Jean XIII en faveur du monas- 
tère de Saint-Remi de Reims^; 2° une charte où le prélat rappor- 
tait les réformes qu'il venait d'accomplir au monastère de Mouzon. 
Je reviendrai plus loin sur le premier acte ; c'est sur le second que 
je désire présentement appeler l'attention. Cet acte, généralement 
désigné sous le titre de Decretum Adalberonis , a été, jusqu'à 
la découverte du manuscrit de Richer, la seule source qui nous 
fît connaître l'existence de ce concile du Mont-Notre-Dame. Il 
nous est parvenu par deux voies différentes : 1° par le Chroni- 

1. Aisne, arrondissement de Château-Thierry, canton de Braisne, près de 
Bazoches. 

2. Richer, III, 30-42. 

3. Ibid., III, 26-30. 



32 UNE CHARTE FAUSSE D'ADALBe'rON 

con ou Historia monasterii Mosomensis, rédigé entre 1033 
et 1046, et publié par D'Achery dans son Spicilegium^ ; 2° par 
l'Appendice à Y Historia ecclesiae Remensis de Flodoard, édité 
parSirmond^; l'auteur, chanoine de l'église de Reims, vécut sous 
l'archevêque Samson ( 1140-1161) ^ ; malheureusement cet Appen- 
dice ne reproduit pas les souscriptions des évêques et abbés, et 
donne la date fausse de 983. Dans son édition des Concilia Gal- 
liae (III, 598), Sirmond reproduisit ce texte tronqué et la date 
de 983. Il retrouva ensuite un texte complet et communiqua sa 
copie à Labbe et Cossart''. Elle paraît faite d'après Y Historia 
monasterii Moso?nensis, mais de légères variantes avec le texte 
imprimé du Spicilegiwn me portent à croire que Sirmond avait 
consulté un manuscrit différent de ceux dont s'est servi D'Achery 
pour établir son édition^ Le contrôle est malheureusement impos- 
sible : les manuscrits qui contenaient Y Historia moyiastey^ii 
Mosomensis ont disparu, et pour son édition des Monumenta 
Germaniae M. Wattenbach s'est vu obligé de reproduire le texte 
du Spicilegiwn. 

A la Bibliothèque nationale, la collection de Champagne ren- 
ferme, au tome CL, n° 1, une charte en parchemin qui, au 
premier abord, me parut être l'original même du Decretum 
Adalheronis. Un examen plus attentif et la comparaison avec 
les textes imprimés me fit bien vite soupçonner que j'étais en pré- 
sence d'un acte apocryphe, fabriqué à une époque ancienne et 
présentant, par suite, un certain intérêt diplomatique et historique. 
Pour justifier cette opinion et rendre possible la discussion , je 
donne en appendice ce texte inédit et je reproduis en regard l'acte 
correspondant de Y Historia monasterii Mosomensis, avec les 

1. VII, 656-658; édition in-fol., II, 570-571 ; cf. "Wattenbach, dans les Monu- 
menta Germaniae, Script., XIV, 600. 

2. Paris, 1611, fol. 403 V; reproduit par Colvener. Douai, 1617, p. 178. 

3. Éd. Sirmond, fol. 400 v». 

4. Concilia, XI, 947. Dom Bouquet {Recueil des historiens de France, IX, 
325 et 732) et Mansi {Sacr. concil., XIX, 33-34) se bornent à reproduire le texte 
et les observations de Labbe. 

5. Marlot {Metropolis historia Remensis, II, 8 et 11) reproduit également le 
Decretum Adalberonis d'après le Chronicon monasterii Mosomensis. Il s'est servi 
de deux manuscrits, dont l'un se trouvait à Saint-Remi de Reims et l'autre à 
Mouzon. Il a d'ailleurs fort mal lu les souscriptions et dans son édition on trouve 
autant de fautes que de mots. 



ARCHEVÊQUE DE REIMS. 33 

variantes de l'Appendice à YHistoria ecclesiae Remensis de 
Flodoard^ 

Dans l'acte inédit, on peut faire les remarques suivantes. Au 
point de vue diplomatique, la forme des souscriptions des évêques, 
suhscïipsi et firmavi ut interfui, est assez insolite^. Dans la 
teneur, l'expression villas cuni comitatu, banno et distric- 
tione, admissible à partir du xif siècle, peut-être même du xi% 
serait tout à fait siDgulière au x'' siècle. Mais c'est surtout au point 
de vue paléographique, où l'on ne peut malheureusement contrô- 
ler mes assertions, que les objections me paraissent graves. 
L'écriture, quoique fort bien imitée de celle du x*" siècle, trahit 
cependant une époque postérieure dans la forme des abréviations 
et dans l'aspect, déjà plus anguleux, des caractères. Elle me 
semblait pouvoir dénoncer la seconde moitié du xf siècle. Des 
observations très fines et minutieuses de M. Omont me portent à 
faire descendre la composition de cet acte au xn'' siècle. 

On pourrait objecter que l'auteur de cet acte n'a pas commis 
sciemment un faux, et a voulu simplement prendre copie d'un 
acte authentique en faveur de son monastère ; mais l'imitation de 
l'écriture du x** siècle et l'apposition d'un sceau prouvent claire- 
ment qu'il voulait faire passer son œuvre pour un originale 

1. On remarquera que la version imprimée par Sirmond se rapproche davan- 
tage du texte inédit. 

2. L'ordre et le nombre des souscriptions diffèrent dans notre acte et dans 
les textes imprimés. On remarquera des deux côtés des formules telles que 
Hadulfus Noviomensis episcopus, alors qu'il faudrait H. Noviomensis ecdesix 
episcopus ou H. Noviomensium episcopus. On sait, en effet, que jusqu'à la fin 
du xn" siècle les évêques ajoutent à leur titre, quand ils souscrivent, le mot 
ecclesix ou le nom du peuple qu'ils régissent. Mais cette règle n'a peut-être pas 
la rigueur que l'on croit. Dans une charte de Roricon, évêque de Laon, datée 
de 961, mais confirmée en 972 précisément par les évêques de ce concile du 
Mont-Notre-Dame, on retrouve ces souscriptions sous la même forme. A côté 
de : Adalbero sanctx Remensis ecclesix archiepiscopus, et de Guido Suessio- 
nensis ecclesix episcopus..., on voit Hadulfus Noviomensis episcopus..., Hil- 
degarius Belvacensis episcopus..., etc. La transition entre les deux formules de 
souscriptions épiscopales aurait donc commencé deux siècles plus tôt qu'on ne 
s'imagine. La disparition des originaux ne permet malheureusement pas des 
conclusions précises. Voy. Gallia christiana, IX, Instrum., 187; Recueil des 
historiens de France, IX, 730. 

3. MM. Giry et Julien Havet, qui ont bien voulu examiner cet acte au point 
de vue diplomatique, sont portés à croire qu'il ne peut constituer un original. 

1891 3 



34 UNE CHARTE FAUSSE d'aDALBÉRON 

Il reste à déterminer maintenant les éléments utilisés pour la 
fabrication de cette charte. Tout d'abord, le premier tiers de l'acte, 
jusqu'aux mots ego autem videns, reproduit textuellement^ le 
JDecretum Adalberonis authentique, tel qu'il nous est connu 
par YHistoria monasterii Mosomensis et l'Appendice à Flo- 
doard. Par contre , la liste des biens donnés par Adalbéron à 
l'abbaye de Mouzon fait totalement défaut dans ces deux derniers 
textes. Les noms de ces villages se retrouvent bien, pour la plu- 
part, dans YHistoria monasterii Mosomensis, mais dans un 
discours que le rédacteur de cette chronique met dans la bouche 
de l'archevêque ^ 

Il me paraît évident que ce prétendu discours n'est que la para- 
phrase d'une charte de donation d' Adalbéron. La véracité de ce 
récit n'est pas, d'ailleurs, discutable. Tous les noms de lieux 
énumérés se retrouvent dans un diplôme conârmatif de l'empe- 
reur Otton III, daté du 6 avril 9973, Ce diplôme est rendu à la 
prière du comte Godefroi, frère d' Adalbéron ; or, dans le discours 
cité plus haut, l'archevêque réserve le consentement de son frère. 
Sur ce point encore l'autorité du chroniqueur se trou"V'e confirmée. 
Voici donc quel a été, à mon a\is, le procédé de composition de 
notre document. Un moine de Mouzon a jugé bon, au xif siècle, 
de fondre en un seul deux actes authentiques en faveur de son 
abbaye ; l'un était une donation en termes détaillés de l'arche- 
vêque Adalbéron et de son frère le comte Godefroi ; l'autre, un 
vague énoncé de ses réformes, que le prélat avait fait souscrire 
par ses suffragants au concile du Mont-Notre-Dame. Le faussaire, 
ou plutôt le compilateur, ne connaissait ces deux actes que par la 
copie ou la paraphrase qu'en donne YHistoria monasterii 
Mosomensis. Il a copié la première moitié du dernier acte, ainsi 
que les souscriptions, mais il a omis quelques-unes de ceUes-ci et 
il en a interverti l'ordre. Il a emprunté à la paraphrase de la 
première charte la liste des biens donnés à l'abbaye et il l'a inter- 
calée entre la copie du second acte et la liste des souscriptions, en 



t. Excepté, bien entendu, des variantes purement orthographiques. 

2. Voy. Appendice, I, 2°. 

3. Ce diplôme vient d'être publié avec fac-similé partiel par M. Paul Laurent, 
archiviste des Ardennes : les Deux plus anciens Documents conservés aux 
archives des Ardennes (Paris, Alph. Picard, 1890). 



ARCHEVÊQUE DE REIMS. 35 

y ajoutant la formule, admissible à son époque, cum comitatu 
et banno et districtione. 

Nous avons dit plus haut que le concile provincial du Mont- 
Notre-Dame nous était également connu par l'ouvrage de Richer. 
Le moine de Saint-Remi de Reims s'étend longuement sur ce 
concile et nous en donne un récit fort intéressant. Malheureuse- 
ment il se trouve en complet désaccord avec l'Historia monas- 
terii Mosomensis sur les circonstances qui ont précédé cette 
réunion. Richer prétend qu'Adalbéron se rendit à Rome pour 
obtenir du pape Jean XIII une bulle en faveur du monastère de 
Saint-Remi. Le pape fit le meilleur accueil à l'archevêque de 
Reims, et, le jour de Noël, lui permit de célébrer la messe en pré- 
sence de douze évêques. Il fit ensuite droit à sa requête, apposa 
son sceau à l'acte confirmant les privilèges de Saint-Remi et le 
fit souscrire par les douze évêques. De retour en France, l'arche- 
vêque de Reims déposa cet acte dans les archives de Saint-Remi. 
Six mois après , il convoqua le concile du Mont-Notre-Dame, 
donna lecture du privilège pontifical et le fit souscrire par les 
évêques présents. Les moines de Saint-Remi reprirent alors cet 
acte et le replacèrent dans les archives de l'abbaye*. 

Ce récit ne présente rien d'invraisemblable. Richer était moine 
de Saint-Remi ; nous savons qu'il a consulté les archives de son 
monastère pour la composition de son ouvrage ; il a donc vu le 
privilège pontifical, il l'a même reproduit; malheureusement le 
feuillet de parchemin qui, dans le manuscrit autographe, conte- 
nait cet acte a disparu^. 

Tout autre est la version de VHistoria monasterii Mosomen- 
sis. Après avoir introduit des moines à Mouzon, le 7 novembre 
971, l'archevêque envoya à Rome, après Noël, des messagers 
demander au pape Jean XIII une buUe en faveur de l'abbaye de 
Mouzon. Adalbéron informait le pontife qu'il devait tenir au mois 
de mai suivant un concile provincial, et le priait de faire parve- 
nir la bulle par un de ses officiers pour qu'il pût en donner lecture 
au concile. Jean XIII, selon la coutu7ne romaine, fit écrire la 
bulle sur papyrus, et la transmit à Adalbéron par ses apocri- 

î. Richer, III, 25-30. 

2. Voy. la note de Pertz au chapitre xxviii du livre III. 



36 UNE CHARTE FAUSSE d'ADALBE'rON 

siaires. C'est seulement après leur arrivée que l'archevêque con- 
voqua, en mai, le synode du Mont-Notre-Dame et y donna lec- 
ture de la bulle et de sa propre charte en faveur du monastère de 
Mouzon^ 

Les deux bulles en faveur de Saint-Remi et de Mouzon, loin 
d eclaircir la question, la compliquent. Elles sont datées des 23 
et 24 avril 972 S et le Deere tum Adalberonis porte la date de 
mai 973 ; de plus, dans les différentes copies de la bulle en faveur 
de Saint-Remi (l'original a disparu), il n'y a pas trace des douze 
évêques romains, non plus que des évêques qui prirent part au 
concile du Mont-Notre-Dame. La difficulté chronologique peut 
être facilement résolue ; la date de 973 est certainement fautive : 
1° parce que la date des bulles (972), qui nous donne celle du 
concile, est inattaquable ; 2" parce que VHistoria monasierii 
Mosomensis rapporte que le concile était arrêté pour le mois de 
mai de l'année qui suivit la réforme de l'abbaye de Mouzon, et 
que cette réforme eut lieu certainement en novembre 971 . Il est 
donc évident que le concile eut lieu en mai 972. Mais alors on ne 
s'explique pas, vu la distance, que les bulles écrites à Rome 
les 23 et 24 avril 972 aient pu être lues au Mont-Notre-Dame 
dès le mois suivant. 

Pour triompher de ces contradictions, je pense qu'il faut com- 
biner les récits de Richer et de l'auteur de la Chronique de Mou- 
zon, chacun n'ayant vu qu'une partie de la vérité, et accorder 
plus d'autorité au premier, plus près des événements et plus en état 
d'être bien informé. A mon avis, Adalbéron se rendit effective- 
ment à Rome^ à la fin de l'année 971 et partit peu après Noël. 
Pressé sans doute de retourner en France, il ne put attendre, vu 
les lenteurs de la chancellerie pontificale, que les actes fussent 
rédigés en forme. Il obtint en faveur de l'abbaye de Saint-Remi 
un acte provisoire, scellé du sceau pontificaP et souscrit par les 



1. Mon. Germ., Script., XIV, 614. 

2. Regesta pontif. rom., 2" éd., n" 3761-3762. 

3. Il déclare dans le Decretum présider le synode par autorité du pape : 
« Ego Adalbero jam prcescriptus archipresul eidem concilio, Deo auctore, pon- 
tificali auctoritate prœsidens, » et il qualifie cet acte de « pontificale statu- 
tum. » Pour tenir une pareille autorité du pape, il me semble nécessaire qu'il 
fût allé la solliciter à Rome. 

4. Richer déclare que le pape y apposa son sceau [sigillum) ; il n'emploie pas 



ARCHEVÊQDE DE REIMS. 37 

évêques romains. Peut-être envoya-t-il ensuite des messagers à 
Rome* pour presser l'expédition des bulles ; mais celles-ci n'étant 
pas arrivées à temps, c'est l'acte provisoire qu'Adalbéron lut au 
concile du Mont-Notre-Dame, c'est cet acte que vit et copia 
Richer. De même, pour Mouzon, il y a un double privilège : 1° le 
Decretum Adalberonis , exposé vague et diffus des réformes 
accomplies par l'archevêque, document rédigé sans doute pour 
tenir lieu de la bulle pontificale ^ et pour obtenir les souscriptions 
confirmatives des membres du concile pendant qu'ils se trouvaient 
encore réunis ; 2° la bulle pontificale, qui arriva en France après 
la tenue du concile. 

Ferdinand Lot. 

le mot bulla, peut-être parce que l'acte qu'il a eu sous les yeux n'était pas 
rédigé en forme solennelle. 

1. C'est ce que prétend l'Historia monasterii Mosomensis. 

2. L'acte est qualiflé par Adalbéron de « pontiflcale slatutum. » 



38 UNE CHARTE FAUSSE D ADALBÉRON 

APPENDICE I. 
Extraits de l'Historia mo\asterii Mosomensis. 

]° Decreium Adalberonis* . 

Adalbero divina propitiante clementia Sanctae Remensis ecclesiae 
archiepiscopus. Notum fiât universis tam prçsentibus quam ^ etiam 
futuris fîdelibus, quondam nobis episcopio gratia et^ benignitate 
regia contradito, sanctorum quoque loca quçdam in honore ^ integro 
reperisse plurimum valentia, quaedam vero pristinae dignitalis statu 
déficiente prorsus neglecta. Inter quç ille etiam'' Mosomi coenobialis 
locus, antiquitatis studio certatim constructus, ab exordio scilicel 
sanctimonialium vitae aptatus, postmodura vero canonicalis ordine 
abHerveo^praedecessore nostro melius informatus, atque in honore 
sanctae Dei genitricis Mariae digne consecratus, sed nefandis usibus 
utrobiquenegUgenterincultus, rébus quidem partira subtractis, par- 
tira vero currentibus'^ raahs, sinistrç cessit fortunae. Quo igitur 
coraperto, mens ^ nostra, adhibito fidelium nostrorum diligenti con- 
siho, liquido perpendens eumdera locura pro raundi infelicitate iïi 
canonicali ordine utiliter^ stare non posse, çternorum^" spe, prout 
opportunura extitit, ibidera raonasticç'^ religionis vitara, ordinato 
abbate Leotaldo, constituit'-, ut ejusdera loci cultores religiosi^^ tara 
rébus delegatis quam etiara forte delegandis utentes, continua vota 
Deo solventes sint, et^'* pro nobis et pro posteris nostris ceterisque^^ 

1. Les notes suivantes indiquent les variantes de l'Appendice à Fiodoard, 
suivi par Sirmond dans ses Concilia Galliœ. 

1. Cum presentibus cura. 

2. Gratia Dei ac. 

3. Quaedam honore. 

4. Quse etiam ille. 

5. Canonicorum. 

6. Heriveo. 

7. Intercurrentibus. 

8. Manus. 

9. Utiliter omis. 2» 

10. JEternonim. 

11. Monasticae. 

12. Ledaldo constitui. 

13. Religiosi cultores. 

14. Et 07nis. 

15. Cœterisque. 



ARCHEVÊQUE DE REIMS. 39 

APPENDICE IL 

Charte fausse attribuée a l'archevêque Adalbéron^ 

^ Adalbero divina propiciante clementia sanctae Remensis aeccle- 
siae archiepiscopus. Notum fiât universis tum praesentibus, tum | ^ 
eliara futuris fldelibus, quondam nobis episcopio gratia Dei ac beni- 
gnitate regia contradito, sanctorum quoque loca quaedam honore 
integro repperisse plurimum valentia, quaedam vero pristinae 
dignita | His statu déficiente prorsus neglecta. Inter quae etiam ille 
Mosomi coenobialis locus antiquitatis studio certatim constructus, 
ab exordio scilicet sanctimonialium vitae aptatus, postmodum vero | ^ 
canonicali ordine a Heriveo, predecessore nostro, melius informatus 
atque in honore sanctae Dei genitricis Marie digne consecratus, sed 
nefandis usibus utrobique neglegenter incultus, rébus quidem | » 
partim subtractis, partira vero intercurrentibus malis, sinistrae ces- 
sit fortune. Quo igitur comperto, manus^ nostra, adhibito fidelium 
nostrorum diligenti consilio liquido perpendens eundem locum pro ] ^ 
iiîundi infehcitate in canonicali ordine utiliter stare non posse, aeter- 
norum spe, prout oportunum extitit, ibidem monasticae religionis 
vitam, ordinato abbate Letoldo, constituit, ut ] ^ ejusdem loci reli- 
giosi cultores, tam rébus delegatis quam etiam delegandis utentes, 
continua vota Deo solventes sint et pro nobis et pro posteris nostris 



1. Bibliothèque nationale, collection de Champagne, tome CL, n" 1. 

2. Faute évidente pour mens. Le scribe a confondu l'a et l'e et pris un s 
suscrit pour l'abréviation us. 



40 DNE CHARTE FAUSSE D ADALBERON 

ordinibus jugiterexorantes*^ Quocirca paternitatem loco nostrives- 
tri^^ subrogandorura in illa caritale Dei enixius impioramus , quo 
sub divini amoris respectu, hujus rei gestae conducibili negotio con- 
sentaiieae pielatis faveant zelo, idque liberalis auxilii indeficienti base 
dignentur temporum^» curriculis consolari atque fulcire, ut ex eo 
gratiam Dei féliciter adipiscentes, hujus praestanlioris emolumenti 
mereantur fore consortes. Sed et hoc ex decretis sanctorum patrum 
sub auctoritate pastorali omnimodis inbibemus, iramo etiam cura 
divini nominis obtestatione omnino interdicimus, ne unquam hujus- 
modi'» statutum qualibet temeritate ab ullo nostri ordinis violetur^ 
quin potius in reliquum stabile et inconcussum jure perpétue id 
ipsum venerabiliter conservetur ; nam^" si per laicos in rem hanc 
injuria invehatur, in eos procul dubio excommunicationis jaculum 
cura anathemate intorqueatur. 

2'' Discours d'Adalbéron. 

« Ecce jam in presenti coram Deo et testibus ad vestrum ser- 

vitium pro animae meae remedio proque predecessorum atque suc- 
cessorum meorum beatae remunerationis coramercio de mea mensula 
unam villam, Oduntem^ nomine, cum omni banno suo subtraho, et 
alteram villulam Seciam, quantum inibi injure raeo venit, itemque 
apud Romeliacum et Alleicurtem quicquid mihi, parum quidem, 
ibidem compelit, in promerendo jugi sufTragio dominae meae sanc- 
tae Dei genitricis Mariae usibus sibi fideliter servientium monacho- 
rum hbens perpeluo habenda offero et auctoritate qua debeo vel pos- 
sim legaliter trado. De patrimonio autem meo, quod in partem mihi 
cedit, si fratrem meum Godefridum super hoc sancto negotio, Ghristi 
adminiculante gratia, persuadendo evincere potuero, quicquid in 
Metensiepiscopiohabeo,invillisvidehcetBretenaco2,Rothila3, Madren- 
gias-*, ad mansos viginti octo; itemque de terra quam dicunt Sulcos 

16. Orantes. 

17. Loco nostri subrogandorura. 

18. Temporum 07nis. 

19. Hujuscemodi. 

20. Nam omis. 

1. Voy. ci-contre. 

2. Brettnach, Alsace- Lorraine, canton de Bouzonville. 

3. Rettel, Alsace-Lorraine, canton de Sierck. 

4. 11 y a deux Marange : 1° Marange-Silvange, Alsace-Lorraine, cant. de Metz ; 
2° Marange-Zondrange, Alsace-Lorraine, cant. de Faulquemont. L'existence d'un 
prieuré de l'abbaye de Mouzon à Marange-Silvange décide en faveur de cette 



ARCHEVÊQUE DE REIMS. Â\ 

caelerisque ordinibus jugiter | ^ orantes. Quocirca paternilatem loco 
nostri subrogandorum in illa caritale Dei imploramus, quo sub divini 
amoris respecta bujus rei gestae conducibili negotio consentaneae \ ^ 
pietatis faveant zelo, idque liberalis auxilii indeficienli base dignen- 
tur lemporum curriculis consolari atque fulcire, ut ex eo gratiam 
Dei féliciter adipiseenteshuiusprestantiorisemolumen | ^*^ti merean- 
tur fore consorles. 



Ego autem videns exiguitatem pauperlatemque loci, motus 
misericordia ne victus penuriam ultra modum paterentur fra- 
tres ibidem Deo et sanctis ejus beatisque in ipso loco qui j ^* escen- 
tibus Victori atque Arnulpho martyribus servientes, pro remedio 
anime mee et omnium successorum meorum, dedi ad illum locum 
iiii" villas cura comitatu et banno et districtio | ^^ne et integritate, 
hoc est Seciam ' cum appenditiis suis, Odunt^ cura Poirumno et 
omnibus appenditiis suis, et terciam partem silve quç dicitur Doe- 
loz, et piscationera aquç Odunt^, et decursura ejus | ^^ usque in 
Mosam, et Breveleiacum ^ cura appenditiis suis, Romeliacum mino- 
rera''' et AUeicurt^ et piscationera Mosç etlaci quivocatur Sorges cum 
suis pertinentiis, super Mosellam in villa quae | ^* dicitur Rosero- 
lis^xraansos, et in Gastello^ ir mansos cum comitatu, banno et dis- 
trictione. Qua traditione sollempniter facta, ne aliquis homo hoc 
infringere presumeret aliquando, etiara ''^ ad futurorum memoriam 
et acclesiae libertatera conservandam, auctoritatis nostrae scriptum 
iraposui et signari feci, ammonens ex parte Dei successores nos- 
tros ut, sicut sua statuta çcclesia | ^^stice facta volunt inviolata 
manere, sic hujus nostrç donationem et statutum elemosinç nuUo 

1. Cesse, Meuse, cant. de Stenay. 

2. Yoncq, sur le Yoncq, Ardennes, arr. de Sedan, cant. de Mouzon (6 kil.). 

3. Brevilly, près de la rive gauche de la Chiers, à 6 kil. nord de Mouzon. 

4. Le Petit-Remilly, au confluent de la Chiers et de la Meuse. 

5. Aillicourt, sur la rive gauche de la Meuse, en face de Bazeilles, 

6. Rozerieulles, sur un affluent de la Moselle, Alsace-Lorraine, cant. de Gorze. 

7. Soit Châtel, à 2 kil. nord de Rozerieulles, soit Chazel, à 2 kil. est de 
Rozerieulles. 



42 UNE CHARTE FAUSSE d'ADALBe'rON 

Sancti Remigii in duobus locis Roseolis et Castello, ad mansos duo- 
decim, ne indigentia vini satis oplimi vos coanguslet, sublevare 
curabo. Bervelliacum vero ad tria millia hinc positam^, ad facien- 
dam saginam in pastione porcorum vestrorum cum omnibus appen- 
diciis, ut de manibus illis quae nunc in beneficio tenent aut precario 
aut concambio aut cujuscumque ingenii efTectu eripere quivero, usi- 
bus vestris, tantum peccatorum meorum maculas assiduis precibus 
extergite, libens adquirere instabo. » 

Hanc villam tune Richardus comes Metensis ex antiquo in bene- 
ficio de episcopio tanquam jure proprio possidebat; quam bonus ille 
presul sicut promisit multo sibi adnisu attrahens, antequam vita 
decederet, huic Mosomensi ecclesiae jure proprio in reliquo possiden- 
dam legaliter contradidit. Sic episcopus coram multorum frequenlia 
ipsum abbatem et fratres alloquens, et ut sui jugiter sancLe et pie 
Vivendi memores essent exorans, in pace dcmisit benedicens. 

3° Suite du Decretum Adalberonis. 

Anne igitur ab incarnatione Domini Jesu Ghristi DCCCCLXXI1P\ 
provinciali synodo mense maio constituta-^, generaliter congregata 
apud Montem sanctae Mariae in pago Tardanensi, hoc decretum 
solemniter recitalum est coram venerandis episcopis, abbatibus, 
ceterisque fidelibus^^ huic nostrae institutioni pio^'' assensu faventi- 
bus, immo etiam collaudanlibus atque confirmantibus. Quorum vide- 
licet primus ego Adalbero, jam praescriptus archipraesul, eidem 
concilio, Deo auclore, pontificaU auctoritale praesidens, manu nos- 
tra subscribens idem roboravi^^; sed et ceteri haud secus-^ censue- 



localité. Voy. de Bouteiiler, Dictionnaire topographique de l'ancien départe" 
ment de la Moselle, p. 159. 

1. Hinc se rapporte à l'abbaye de Mouzon. Brevilly est situé à 6 kil. au nord 
de IMouzon. Pour s'expliquer que le comte de Metz, Richard, vassal de l'Em- 
pire, pût tenir en fief de l'archevêque de Reims un village situé près de Mou- 
zon, il faut se rappeler que le pagus Mosomensis, tout en appartenant au dio- 
cèse de Reims, était compris dans le territoire de l'Empire. Voy. Longnon, Atlas 
historique, p. 84, note 1 ; Julien Havet, Lettres de Gerbert, p. 54, note 2, et 
p. 80, note 5 ; et charte d'Otton, citée ci-dessus, p. 34, note 3. 

21. Domini nostri D CCCLXXXIII. 

22. Constituta omis. 

23. Cœterisque nonnuUis lidelibus. 

24. Pro. 

25. Corroboravi. 

26. Non secus. 



ARCHEVÊQUE DE REIMS. 43 

ingenio paciantur rescindi vel violari aliqua ratione , omnibus vero 
quos nostrae auctori | ^'^tati vinculum Ghristi subjugare débet, comi- 
tibus, judicibus, prepositis, diversis etiara potestatibus sub anathe- 
mathe Ghristi et totius acclesiae interdictum facientes ammone- 
mus, I ^^ ut nullo ingenio, nulla ratione, nulla cupiditate subripiente, 
hoc decretum présumant infringere vel removere. Quod si facere 
presumpserint, cum Juda traditore Domini | *^ subjaceant aeternae 
raaledictioni, fiât, fiât. 



Anno igitur incarnationis Jhesu Ghristi Domini nostri D CCGG"" 
LXX"" IIP, provinciali synodo mense maio generaliter | -" congre- 
gata apud Montem sanctae Mariç in pago Tardanensi, hoc decre- 
tum sollempniter recitatum est coram venerandis episcopis, abba- 
tibus, caeterisque nonnuUis fldelibus ] -^ huic nostrae institutioni 
pio assensu faventibus, immo etiam collaudantibus alque conOr- 
manlibus. Quorum videlicet primus ego Adalbero, jam praescriptus 
archipraesul eidem J -^ conciho, Deo auctore, pontificaii auctoritate 
praesidens, manu nostra subscribens idem roboravi-, sed et ceteri 



M UNE CHARTE FAUSSE d'ADALBÉRON 

runt manibus impositis solidari ^^ hoc ipsum pontificale statutum 
apostolicae auctoritatis privilegio petitionis nostrae oblentu unde- 
cumque subnixum, ac per hoc suramo honori omnibus reverenler 
habendum. 

Ego Adalbero sanctae Remensis ecclesiae archipraesul subscripsi 
el corroboravi. 

Ego Wido Suessionensis ecclesiae episcopus. 

Ego Hildricus Belvacensis ecclesiae episcopus. 

Ego Thebaldus Ambianensis episcopus. 

Ego Haidulfus Noviomensis episcopus. 

Ego Theudo Cameracensis episcopus. 

Ego Adalbero Laudunensis episcopus <. 

Ego Gipuinus Gatalaunensis episcopus. 

Ego Constantius Silvanectensis episcopus. 

Ego Liudulfus Tarvanensis episcopus <. 

Signum Adalberti Remensis archidiaconi. 

Signum Leudonis archidiaconi. 

Thebaldi archidiaconi. 

Erluini archidiaconi. 

Hugonis archidiaconi. 

Geranni archidiaconi. 

Rogeri archidiaconi. 

Emmonis archidiaconi. 

Signum Rodulfi abbatis sancti Reraigii. 

Odelei abbatis sancti Medardi. 

Ratoldi abbatis Corbeiensis. 

Berlandi abbatis sancti Vincenlii. 

Adzonis abbatis sancti Basoli. 

27. Le texte de l'Appendice à Flodoard, suivi par Sirmond, s'arrête à ce mot. 
1 . Les souscriptions d'Adalbéron et de Liudulfe, qui ne furent nommés évêques 
qu'en 977 et qu'en 978, ont été évidemment ajoutées après coup. 



ARCHEVÊQUE DE REIMS. 45 

haud secus censuerunt manibus impositis solida [ ^^vi hoc ipsum 
pontificale statutum apostolicç auctoritatis, privilegio petitionis nos- 
trae obtentu undecumque subnixiim, ac per hoc summo honori 
omnibus reverenter habendum. | 

S. Alberti Remensis archidia- 
coni. I 



2'' f Ego Adalbero sanctae Re- 
mensis accclesiae archi- 
presul subscripsi et cor- 
roboravi . 

25 f Ego Wido Suessionensis 
aecclesiae episcopus sub- 
cripsi et firmavi sicut in- 
terfui. 

2<"' f Ego Hildierus Belvacensis 
episcopus subscripsi et fir- 
mavi ut interfui. 

2^ f Ego Teboldus Ambianensis 
episcopus subscripsi et fir- 
mavi ut interfui. 

28 f Ego Hadulfus Noviomensis 

episcopus subscripsi et fir- 
mavi ut interfui. 

29 f Ego Thiedo Gamaracensis 

episcopus subscripsi. 

30 f Ego David. | 

3< -j- Ego Adalbero Laudunensis 
episcopus. I 

32 -J- Ego Gonstantius Silvanec- 

tensis episcopus. | 

33 -|- Ego Gibuinus Gatalaunensis 

çcclesiae episcopus. \ 

Au bas et à droite de l'acte était plaqué un sceau rond qui a dis- 
paru. La trace de ce sceau laissée sur le parchemin a O-^OS de dia- 
mètre. Au dos de la charte, de même écriture que le corps de l'acte : 
Privilegium Adalberonis archiepiscopi ; puis en écriture de la seconde 
moitié du xiii'^ siècle : De institutione monachorum et donatione 
quarundem (sic) villarum et piscatoriarum et domus de Rozerellis ; 
d'une troisième écriture : Privilegium domni Adalberonis archiepis- 
copi de institutione monachorum Mosomensium et de donatione vil- 
larum quatuor, scilecet de Unco, de Puiron, de Remilli, de Aly- 
court, et de piscationibus et aliis. 



S. Leudonis archidiaconi. 



S. Hugonis Suessionensis archi- 
diaconi. I 

S. Gerramni archidiaconi. I 



S. Rodulfi abbatis sancti Remi- 
gii- I 

S. Odelei abbatis sancti Medar- 
di. I 



LETTRES INEDITES 

CONCERNANT LES CROISADES 
(1275-1307) 



Les lettres que nous publions plus loin se rattachent toutes à 
l'histoire des états chrétiens du Levant pendant la deuxième moitié 
du xiii"^ siècle et les premières années du xiv^. Elles ont été copiées 
au Record Office de Londres et au British Muséum par l'un des 
signataires de la présente notice qui recherchait dans ces dépôts 
des documents d'un autre ordre. Le mauvais état de conservation 
où elles se trouvent en a rendu la lecture très difficile. Dans 
quelques-unes, la moisissure a fait disparaître l'encre, et même 
rongé le papier en maints endroits. Cette circonstance, jointe à 
l'intérêt exceptionnel de la plupart d'entre elles, en commandait 
la publication. Aucune ne porte de date d'année, mais les noms, 
les récits ou les mentions d'événements qu'elles contiennent four- 
nissent généralement des indications chronologiques assez précises. 
Nous allons donc essayer de les dater, et nous donnerons en note 
du texte quelques éclaircissements sur les personnages cités et les 
faits racontés. 

Celle que nous inscrivons sous le n° I est une lettre de Hugues 
Revel, grand maître de l'Hôpital, à Edouard P^ roi d'Angleterre 
(20 nov. 1272 à 7 juill. 1307), écrite à Acre le 30 septembre. La 
dernière mention que nous possédions de Hugues Revel est du 
25 septembre 1276 ; la première qui nous soit parvenue de son 
successeur dans la maîtrise, Nicole le Lorgne, est du 18 sep- 
tembre 1278 ^ Il est donc certain que la présente lettre a été 

1. Delaville Le Roulx, Archives, bibliothèque et trésor de l'ordre de Saint-Jean 
de Jérusalem à Malte, p. 211; cf. Rôhrichit, Zusûtze und Verbesserungen zu 
Du Cange, Les familles d'outre-mer, éd. E. Rey. Berlin, 1886, in-4°, p. 5. 



LETTRES INE'dITES CONCERIVANT LES CROISADES. 47 

rédigée entre les derniers jours de 1272 ou les premiers de 1273, 
époque où la nouvelle de l'avènement d'Edouard P"" au trône 
d'Angleterre dut arriver en Palestine, et le 18 septembre 1278, 
époque où la maîtrise de Hugues Revel avait pris fin. Le grand 
maître y rapporte que les Tartares, marchant sur la Syrie, ont 
atteint les Aiguës-Froides, très vraisemblablement un affluent 
de l'Euphrate* ; que le soudan se trouve à Damas et qu'il vient 
de faire une incursion en Arménie, d'où il a remporté un grand 
butin. Or, entre 1272 et 1278, la seule année qui nous paraisse 
répondre à ces quelques données historiques est 1275. Nous 
savons qu'en mars 1275 El Malek ed-Daher Bibars, soudan 
d'Egypte, envahit la petite Arménie, la mit au pillage, puis se 
retira à Damas^ ; qu'en la 674*' année de l'hégire (27 juin 1275- 
14 juin 1276) les Tartares ou Mongols de Perse s'avancèrent 
du côté de la Syrie, jusqu'à El-Birâ sur l'Euphrate, et que Bibars, 
sortant de Damas, en novembre 1275, se porta contre eux et 
les força à s'éloigner^. Ces rapprochements ne nous apportent 
assurément pas une certitude absolue, mais on ne peut douter, je 
crois, que le soudan dont il est fait mention dans notre document 
ne soit Bibars. Comme ce prince mourut le 30 juin 1277^, la 
lettre de Hugues Revel, datée du 30 octobre, ne serait en tous 
cas pas postérieure à 1276. 

Notre n° II est une lettre de Guillaume de Beaujeu, grand 
maître du Temple, au même roi d'Angleterre, datée d'Acre, le 
2 octobre. G. de Beaujeu ayant occupé les fonctions de grand 
maître du 13 mai 1273 au 18 mai 1291 ^ l'intervalle de temps 
pendant lequel cette lettre a pu être écrite est bien plus considé- 

1. Les Gestes des Chiprois, publ. par G. Reynaud pour la Société de l'Orient 
latin, pp. 208, 210, 296. 

2. Makrizi, Hist. des sultans Mamlouks, éd. Quatremère, t. I, p. 123 ; Aboul- 
feda, Annales {Hist. orient, des crois., t. I, p. 154-5); Bedr-Eddyn Alaïny, Le 
Collier de Perles {ibid., t. II, l'° part., p. 248-9); Annales de T. S. (dans Arch. 
de l'Orient latin, II, ii, p. 456) ; Gestes des Chiprois, p. 202 ; Éracles, 1. XXXIV, 
ch. 20 {Hist. occid. des crois., t. II, p. 467); M. Sanudo, Sécréta fidel. crucis, 

I. III, part. XII, ch. 14 {Gesta Dei per Francos, p. 226) ; cf. Rôhricht, Études 
sur les derniers temps du royaume de Jérusalem {Arch. de l'Orient latin, 

II, I, 405). 

3. Makrizi, ouvr. cité, p. 127, et Aboulfeda, ouvr. cité, p. 155. 

4. Sur cette date voy. R. Rôliricht, Études sur les derniers temps du royaume 
de Jérusalem. Les combats du sultan Bibars (Arch. de l'Orient latin, t. II, i, 
p. 406, n. 169). 

5. Voy. Rôhricht, Zusaize , p. 17. 



48 LETTRES INÉDITES 

rable que pour la précédente. Comme, d'ailleurs, en fait d'évé- 
nements historiques, elle n'en mentionne aucun qu'il soit possible 
d'identifier d'une façon certaine, la date que nous lui assignerons 
ne devra pas être acceptée sans réserve. Voici, parmi les circons- 
tances qu'elle relate, celles qui peuvent servir à formuler une 
hypothèse sur ce point : G. de Beaujeu vient d'arriver par mer à 
Acre, le 15 septembre. Il a fait sans doute une traversée de 
plusieurs jours, puisqu'il dit avoir essuyé plusieurs tempêtes. Son 
absence de Terre-Sainte a dû être assez longue, car l'objet de sa 
lettre est de faire connaître au roi l'état dans lequel il a retrouvé 
ce pays. Le sultan est aux environs de Damas avec une grosse 
armée. Le bruit court que les Tar tares approchent [de la Syrie]. 
Un passage général aura lieu prochainement. — De ces divers ren- 
seignements on peut conclure, avec quelque vraisemblance, que 
la lettre a été, comme celle de Hugues Revel, écrite en 1275. En 
1274, Guillaume de Beaujeu avait assisté au concile de Lyon, où 
l'on s'était occupé des affaires de la Terre-Sainte S et, suivant 
l'Eracles, il était rentré à Acre le 29 septembre 1275-. Cette 
dernière date ne s'accorde pas exactement avec celle que donne 
la lettre, mais l'écart est minime, et il ne serait pas bien témé- 
raire de supposer que le chroniqueur ait commis une erreur 
aussi légère. J'ajoute que Guillaume de Beaujeu, après son voyage 
de 1274-1275, ne paraît pas avoir quitté de nouveau la Terre- 
Sainte, et je rappelle qu'en 1275 les Tartares et le soudan d'Egypte 
se trouvaient bien dans les conditions indiquées par la lettre^. 

Notre n° III est une lettre de Jean et de Jacques Vassal, 
ambassadeurs d'Abaga , roi des Tartares, et de Léon III , roi 
d'Arménie, à Edouard I", roi d'Angleterre. L'ambassade de ces 
deux personnages en Occident est rapportée par d'autres témoi- 
gnages *. On sait qu'avant de se rendre en Angleterre, ils pas- 
sèrent par l'Italie, où ils se trouvaient à la fin de 1276. Leur 

1. Sacrosancta concilia, éd. Labbe, t. XI, p. 938 et suiv. — Éracles, 
liv. XXXIV, ch. XIX, XXV, xxvi {Hist. occid. des crois., t. II, p. 465, 471, 472); 
M. Sanudo, Sécréta fidelium crucis, 1. III, part. XII, ch. xiii (Gesta Dei per 
Francos, p. 225). 

2. Liv. XXXIV, ch. xxi, p. 468. 

3. Voy. plus haut, p. 47. 

4. Rémusat, Relations des rois de France avec les empereurs mongols (dans 
les Mém. de VAcad. des inscriptions, t. VII, p. 245 et s.), où sont cités ces 
témoignages. — Cf. Rohricht, Études... Les batailles de Hims, 1281 et 1299 
{Arch. de l'Orient latin, I, p. 650, n. 81). 



CONCERNANT LES CROISADES. 49 

lettre à Edouard I", datée de Viterbe, le 25 novembre, est donc 
vraisemblablement de cette année. Elle fournit sur l'ambassade 
de Jean et Jacques Vassal des détails nouveaux et curieux. 

Les n°' IV et V sont des lettres de Nicole le Lorgne, grand 
maître de l'Hôpital, à Edouard P"". Comme elles paraissent se 
rapporter au même événement, nous les examinerons ensemble. 
Le n° V, écrit à Acre le 5 mars, contient un récit, assez suc- 
cinct d'ailleurs, de la bataille de Hims, livrée en 1281 par les Tar- 
tares au sultan Kelaoun^ Nicole le Lorgne indiquant que cette 
bataille eut lieu « a 30 jors doctovre prochain passé, » sa lettre 
doit être datée du 5 mars 1282. — Le n° IV, écrit à Acre le 
25 septembre, est relatif à une marche des Tartares vers la 
Syrie, et nous avons tout lieu de croire que l'expédition en ques- 
tion fut celle qui se termina par la bataille de Hims. La date en 
serait donc 1281. 

Le n" VI est une lettre de créance de Léon , roi d'Arménie, 
pour Théodore, chantre de l'abbaye de Trazargue, Baudouin de 
Negrino et Léon, chevaliers, ses conseillers et ambassadeurs, qu'il 
envoie au roi d'Angleterre, Edouard, pour lui faire connaître les 
périls auxquels est exposée l'Arménie, et lui demander des secours. 
Elle est datée d'Incisium (Sîs), le 28 mars. Trois documents, 
émanés d'une même source et relatifs au même objet, permettent 
de fixer approximativement l'époque où cette lettre fut écrite. Les 
deux plus anciens, de teneur presque identique et de même date, 
sont des lettres du roi d'Angleterre Edouard II à Léon IV d'Ar- 
ménie, et à Jean, de l'ordre des Frères mineurs, fils aîné de 
Léon III d'Arménie, datées de Westminster, le 3 mars 1308. 
Edouard y accuse réception de lettres de créance, données par 
l'un et par l'autre de ces personnages à Théodore, chantre de 
l'abbaye de Trazargue, Baudouin de Negrino et Léon, cheva- 
liers. Il a entendu les récits de ces ambassadeurs, touchant les 
périls que court l'Arménie, et il en exprime toute sa douleur. 
Il ajoute que, monté récemment sur le trône, il a trop d'afiaires 
sur les bras pour pouvoir, à l'heure présente, s'occuper de celles 
de l'Orient. Le troisième document est une lettre d'Edouard II 
au châtelain de Douvres, du 14 mars 1308, lui donnant l'ordre 
de laisser passer librement Baudouin de Negrino et Léon, cheva- 

1. Sur cette bataille, voy. R. Rôhricht, Études... Les batailles de Hims, 1281 
et 1299 (Arch. de l'Orient latin, I, p. 633). 

^89^ 4 



30 LETTRES INe'dITES 

liers, qui doivent s'embarquer dans le port pour retourner en 
Orient*. On ne peut douter, je crois, que l'ambassade arménienne, 
dont il est question dans les trois pièces citées ci-dessus, ne soit 
celle que mentionne notre lettre de créance. Les noms des ambas- 
sadeurs, l'objet de l'ambassade sont les mêmes, et les termes dont 
se sert Edouard dans sa réponse reproduisent en partie ceux du 
message de Léon. Donc ce message, daté de Sîs, le 28 mars, serait 
du roi Léon IV; il ne pourrait être postérieur à l'année 1307, 
puisqu'il était certainement parvenu en Angleterre dès avant 
le 3 mars 1308, ni antérieur à l'année 1305, où Léon IV, 
encore mineur, ceignit la couronne sous la tutelle de son oncle 
Haythoum II, qui, descendu volontairement du trône d'Armé- 
nie, avait pris l'habit de frère Mineur et le nom de frère Jean^. 
Selon toute vraisemblance, c'est de l'année 1307 qu'on doit 
le dater. Du moins ne pourrait-on le faire remonter d'un ou 
deux ans plus haut sans donner une raison plausible du retard 
qu'aurait eu la réponse du roi d'Angleterre, et cette raison, 
aucun document, à notre connaissance, ne la fournit. 

D'ailleurs, l'envoi d'une ambassade en 1307 pour réclamer le 
secours de l'Europe s'explique parfaitement par les événements 
qui venaient de se passer dans le royaume d'Arménie^. Ce 
royaume, surtout depuis la chute de Saint-Jean-d'Acre, n'avait 
cessé d'être en butte aux attaques des Sarrasins. Incapable d'y 
résister avec ses seules ressources, et subissant, plutôt qu'il ne 
le demandait, l'appui du khan des Tartares, il désirait plus que 
jamais intéresser à sa cause l'Occident chrétien. Mais une diffi- 
culté se présentait. De tous temps, les Arméniens avaient cherché 
à maintenir l'indépendance temporelle et spirituelle de leur église 
vis-à-vis de celle de Rome. Dans ces conditions pouvaient-ils 
espérer que les puissances occidentales montrassent un grand 
zèle à les secourir? S'ils faisaient cesser le schisme ou consentaient 



1. Rymer, Fœdera, 2= éd., t. III, p. 65, 68. Théodore, abbé de Trazargue, 
n'est pas mentionné dans la dernière pièce ; peut-être ne repartit-il pas pour 
l'Orient en même temps que Baudouin de Negrino et Léon. 

2. Rec. des hist. des crois. Hist. arméniens, t. I, p. cxiv. 

3. Nous devons la plupart des renseignements qui vont suivre et de ceux 
que nous donnerons en note de la pièce à Fobligeance de M. A. Carrière, pro- 
fesseur à l'École des langues orientales, qui a bien voulu traduire pour nous 
divers passages de \' Histoire du Sissouân, du P. Alishan, et dépouiller les notes 
qu'il a réunies sur l'histoire de l'Arménie. 



CONCERNANT LES CROISADES. 54 

tout au moins à un rapprochement, ils se créeraient des droits 
sérieux à leur protection. Aussi un parti nombreux, dirigé par le 
patriarche Grégoire, s'était-il formé pour cimenter l'union des 
deux églises. Au mois de mars 1307, sous l'influence de ce parti, 
un concile se réunit à Sîs, capitale du royaume. Vingt-six évêques 
orientaux, dont plusieurs orthodoxes, dix-huit abbés et docteurs 
arméniens et quatorze grands barons du royaume y assistèrent^ 

Les actes de l'assemblée, datés du 19 mars, stipulèrent de nom- 
breuses et importantes concessions de l'église arménienne à 
l'église romaine 2. Si donc les suppositions que nous avons émises 
plus haut sur la date de la lettre sont exactes, le roi d'Arménie 
et son tuteur auraient, presque immédiatement après la clôture 
du concile, dépêché une ambassade en Europe pour y faire valoir 
les concessions de leur église et réclamer, en retour, des subsides 
devenus de jour en jour plus nécessaires. Les trois ambassadeurs^ 
arrivèrent-ils en Angleterre à temps pour remettre leurs lettres 
en mains du destinataire, Edouard I", mort le 7 juillet 1307 ? On 
ne le sait. En tout cas, ce fut son fils et successeur, Edouard II, 
qui y répondit. Mais, à l'époque où celui-ci écrivit ses deux lettres, 
Léon IV et frère Jean n'existaient plus. Le 17 novembre 1307, 
ils avaient été assassinés sous un prétexte futile par le général 
tartare Pilarghou. 

Nous publions enfin sous le n° VII une lettre sans adresse ni 
signature, qui fait partie d'un recueil de formules épistolaires 
copié au xiv*" siècle. Il y est question d'une victoire remportée par 
les chrétiens sur le Soudan d'Egypte, près du Caire. Ce récit, écrit 
eu français d'Angleterre, doit être purement imaginaire, et nous 
ne voyons aucun événement auquel on pourrait le rattacher, 
même de loin. A-t-il été composé spécialement pour le formulaire 
où nous l'avons trouvé ou bien transcrit d'un autre recueil du 
même genre ? Il est difficile de se prononcer là-dessus. 

La riche collection des « Royal letters », conservée au Public 
Record Office de Londres, avait déjà fourni à différents éditeurs^ 

1. Hist. armén, des crois., t. I, p. Ixx. 

2. Ibid., p. 465, 548. 

3. Nous formulerons en note de la pièce (voy. plus loin, p. 62, n. 1,2) quelques 
hypothèses sur l'identité de deux d'entre eux. 

4. Rymer, Fœdera, I, 506 : Lettre de Geoffroy, évêque d'Hébron (Royal let- 
ters, n" 2246); ChampoUion-Figeac, Lettres de rois, reines, etc., I, 288, 338 
[Coll. des Documents inédits) : Lettres de Nicole le Lorgne (Royal letters, 



52 LETTRES INe'dITES 

des documents intéressants pour l'histoire de l'Orient latin, et 
nous sommes loin d'affirmer que l'on ne trouvera pas encore à 



n" 2247 ; cf. Bull, de la Soc. de l'hist. de France, 1834) et de Joseph de Cancy 
(Royal letters, n° 3913). Voici, d'après l'original, le texte correct de la lettre 
de Nicole le Lorgne, que l'on pourra comparer avec l'édition de M. Cham- 
pollion : 

« Au très haut et puissant seingnor et plus especial bienfaitor outre los autres 
princes et seingnors de terre mon seingnor Eddouart, par la grâce de Dieu 
très noble roy d'Engleterre, dus d'Aquitaine et seingnor d'Irlande, li siens en 
toutes chozes, IFrere Nycole Le Lorgne, humble maistre de la sainte maizon de 
l'hospital de Saint Johan de Jérusalem et gardien des povres de Crist, en tout 
hennor et toute révérence salus et preste volante a toz ses roiaus comandamens 
et plaizirs. Cher mie seingnor, toutes foes que nos trovons messages qui voi- 
sant à la vostre roial maisté, je vos faizons volantiers assavoir lestât de la 
terre sainte. Par quoy faizons assavoir a la vostre puissance que la dicte terre 
est emmot feble point et weide plus de gens d'armes que ne fu onques ; mais et 
d'autre part il y a corru ceste année si grant pestilence de sechirece, qui toz 
les blez de ce pa'is et de la paienisme, par toute Soirie, Hermenie et l'isle de 
Chippre, a gastés, que le mine deu forment estoit montez, quant ces lettres 
furent faites, à iiij bezans et plus, et ne se pooit encore trover ; porquoi il nos 
a covenu a mander en diverses parties d'outre la mer por querre forment por 
maintenir noz seingnors malades et nos frères. D'endroit, sire, de vostre estât, 
loquel Nostre Sire multiplie en boenne prospérité, proions a la vostre roial 
maisté que nos en doiés faire certain, loquel nos desirons a oïr sur toutes 
chosses. Et se deu nostre, encore soit il petis, savoir volés la certaineté, sains 
somes par la grâce Nostre Seignor présentement, toz jors appareillés de dire et 
de faire toutes celles chosses que porriens conoistre que fussiant a vostre hen- 
nor et l'essaucement de la vostre haute puissance. Vosz hauz comandamenz et 
plaizirs nos faites assavoir, s'il vos plait, lesquels somes prest de l'acomplir en 
tôt et par tôt, comme por le roy deu monde loquel nos avons a plus bienfaitor 
et cher. Et Diex accroisse vostre hennor pur lonc tens. 

Escrites a Acre, a xxvj jor de juingnet. » 

La lettre de Joseph de Cancy est trop longue pour être reproduite ici, 
mais voici les principales variantes qu'une collation attentive nous a permis 
de relever : éd., p. 288, 1. 6, au lieu de « nostre haut excel..., » lire « vostre 
hautesce; » 1. 10, au lieu de « ly mie dou mes d'octobre, » lire « l'yssue; » — 
p. 289, 1. 24, au lieu de « prone, » lire « prous; » 1. 27, au lieu de « seu, » 
lire « sen; » — p. 290, 1. 3, au lieu de « naguarres pour, » Ure « naguaires por; » 
1. 18, au lieu de « poudrère, » lire « poudrete ; » — p. 291, 1. 12, au lieu de 
« reposquant, » lire « neporquant; » 1. 15, au lieu de « piexe, » lire « pièce; » 
1. 18, au lieu de « morussent, » lire « raorurent; » — p. 272, 1. 21, au lieu de 
« veri, » lire « vérité; » — p. 293, 1. 25, au lieu de « samar, » lire « semer ; » 
— p. 294, 1. 1, au lieu de « soigne, » lire « secours ; » 1. 12, au lieu de « moin, » 
lire « main. » — La date a été omise par l'éditeur; elle est ainsi conçue : 
« Escrites au derrain jor de mars. » Donc cette lettre est, non pas de la fin 
de l'année 1281, comme le suppose Champollion, mais du 31 mars 1282. 



CONCERNANT LES CROISADES. S3 

y glaner après nous. On est présentement en train d'y fondre 
une grande quantité de pièces qui , depuis leur transfert de la 
Tour de Londres au Record Office, n'ont jamais été communi- 
quées ni utilisées. C'est un nouveau champ, très fertile, qui sera 
prochainement ouvert aux investigations des érudits^ 

Ch. KoHLER et Ch. V. Langlois. 



I. 

Lettre de Hugues Revel, grand maître de l'Hôpital, à Edouard /"% 
roi d'' Angleterre. 

Acre, 30 septembre [4275]. 

A très haut et puissant monseignor Edoart, por la grâce Deu très 
noble roi d'Engleterre, seingnor d'Yrlande, dux d'Aquitaine, ffrere 
Hugue Revel, por celé meisme grâce ^ humble [maistre] de la maison 
de l'ospital Saint Jehan de Jérusalem et garde des povres Jesucrist, 
recomend[e] soy meismes en sa bone grâce, avecques tôle manière 
de servize el de honor. 

Sire, por ce que n[os tenons por] certein que voz oiez volantiers 

noveles de la terre sainte, nos les vos faisons 

Encore sache la vostre hautesce que de celé 

trive^ que vos plot que fust [en]- 

core se maintiengt, car le sodans en tient ce qu'il veaut et non plus 

veaut et ensi nos coment a vivre 

et a passer tant que vos autres seingnors le 

sodans, sire^ encore a Damas et assemle tans de gens cum il 

1. Les formulaires conservés dans les bibliothèques de la Grande-Bretagne 
sont aussi une source importante, qui a été trop peu utilisée jusqu'ici. Voyez 
notamment un recueil, sur lequel nous nous réservons de revenir, dont il existe 
au moins deux exemplaires : Lambeth Palace Library, ms. n" 221, fol. 224- 
246, et Br. Mus., Old regius mss., n» 12 D XI, fol. 12-69. 

2. Successeur de Guillaume de Châteauneuf dans la maîtrise. Il apparaît pour 
la première fois le 9 octobre 1258 (voy. les ouvrages cités ci-dessus, 
p. 46, n. 1). 

3. Le 22 avril 1272, pendant le séjour du prince Edouard en Palestine, une 
trêve de dix ans, dix mois, dix semaines, dix jours et dix heures avait été 
conclue à Césarée entre les chrétiens et le sultan Bibars. On croyait que le 
prince Edouard n'avait pas consenti à cette paix. La lettre de Hugues Revel 
semble prouver le contraire. 



54 LETTRES INEDITES 

puet. Des Tatars se aprochent des Aiguës- 
Froides et sont près d'Ermenie et hont mandé querre le rey d'Erme- 

nie< a ceo que il porra aver de gens, et il s'apareille de l'aler. 

Et sachiés que nos créions ores la venue des Tatars por trois raisons : 
l'une que Abaga^ deveit aler au grant Gliam^ qui l'aveit mandé querre 
et qui voleit aveir conte de ce que Alahaou^, son père d'Abaga, aveit 
gahagnié en Perse et a Baudac et au Gayre et a Halape; ce qu'il aveit 
mot grant paor est une des raisons ; l'autre que quant li sodans fu issu 
de Babiloine et ot fait ce que il deveit faire en Hermenie, il s'entor- 
nerent arriers en Babiloine a l'orbage [sic] et refreichia o ses gens, car 
li sodans avoit fait mot grant guahan en Hermenie- d'autre part grant 
maladie vint en son ost, dont il perdit mot de gens et de bestes grant 
quantité, et que mot es apovrie sa ost et nul ne fait semlan de retor- 
nier de riens, et ce est l'autre raisons que nos y veons ; la tierce si 
est que il est mot enguoyssans et mot eschars qu'il done sous^ as 
gensz a cheval et a pié a tant cum trover en puet, et por ce nos semle 
il qu'il ait a faire ou qu'il beie a grever la cretienté en aucune 
[maneire] ; Dex ne le voille ne le doint poeir ! Autres noveles, 
sire, non ha de sa que nos puissons [mander a] la vostre hautesce. 
Hier, sire, por la grant corteisie que nos veismes en la vostre hau- 
tesce mes nos en arsitz a faire vos autimes prières. Vérités 

est, sire, que nos au de bénéfices d'église 

vienent a la vostre main et vos en faites grâce a qui vos plaist, por 
quoi nos mandons un nostre neve a la vostre seignorie que de ce que 
vos doneriez a un autre, que, s'il plaisoit a la vostre hautesce, que vos 
le deveies porvoir d'aucune chose que senleroit a la vostre 



1. Léon III, roi d'Arménie (1270 à 1289, 6 févr.) avait prié le khan des Tar- 
tares de se joindre à lui contre Bibars, après l'invasion de son royaume par le 
sultan, en mars 1275 (Haython, Fleur des hist. d'Orient, ch, 34, éd. L. de Backer). 

2. Abaga, khan des Tartares occidentaux ou Mongols Gingiskhanides de Perse, 
1265 à 1282, 30 mars. 

3. Khoubilaï, khan des Tartares orientaux, devenu plus tard (1280) empereur 
de Chine. 

4. Houlagou (1259 à 1265, 8 févr.), frère de Mangou-Khan, avait rais lin 
en 1258 au califat d'Orient, après avoir conquis Bagdad (Baudac). Il occupa 
ensuite Harrân (Carrae, le Cayre) etAlep (Halape), en janv.-févr. 1260. C'est sans 
doute à ces événements qu'il est fait allusion ici. Nous rappelons qu'à la suite 
de la conquête de Bagdad, Mangou avait abandonné toute la partie occidentale 
de son empire à Houlagou, qui devint ainsi la souche des Gingiskhanides de 
Perse. 

5. « Sous » est probablement mis pour soue, c.-à-d. solde. 



CONCERIVANT LES CROISADES. 35 

segnorie. Ne ce, sire, ne requérons vos mie por servise que nos vos 

aions fait, mes que por vostre grant cortoisie vos le deveies 

faire, s'il vos plaist, et que vos nos doiez comander servise, car nos 

somes apereillé de faire corne por seignor et nostre especial bienfai- 

tor. Nostre Sire gart vostre puissance et la accresche en toz biens, et 

lî doint bone vie et longue. 

Escrit a Acre, le dernier jor de setenbre. 

(Royal letters, n° 2249.) 

II. 

Lettre de Guillaume de Beaujeu, grand maître du Temple, 
à Edouard P% roi d'Angleterre. 

Acre, 2 octobre [1^5]. 
Serenissimo et excellentissimo domino, domino Edwardo, Dei gra- 
tia illustri régi Anglie, domino Ybernie et duci Aquitanie, frater 
Guillelmus de Bellojoco^ pauperis militie Templi magister humilis, 
cum Terre Sancte recommendatione se ipsum et prosperos ad regia 
vota successus. — Si majeslati régie super statu Terre Sancte, cujus 
negotium cordi régis specialiter insidet, ut speramus, aliquid audire 
placuerit, licet nichil boni lingua proferre valeat, aliqua de ipso sub 
compendio duximus conscribenda. Sane aura fiante prospéra post 
aliquas turbationes maris et ventorum contrarietates in crastinum 
exaltationis sancte Grucis portum Accon prospère applicantes, terram 
ipsam et habitantes in ea fere comperimus omni solatio destitutos, 
tam propter tribulationes continuas , quas actenus passa est dicta 
terra, quam ex vicinio nequissimi Ghristianorum hostis soldani 
Babilonensis, qui, cum ingenti suo exercitu, circa fines Damasci 
moratur, per quem cismarini Ghristicole cernunt sibi pericula majora 
prioribus denuo apparere. Nam licet de adventu Tartarorum alias 
invaluit crebrus rumor, nunc actore, ut dicitur, soldano predicto, 
major viget rumor ille non tamen ut adventum eorum desiderct dic- 
tus hostis, sed ut forte ex precogitata malicia in locis que reman- 
serunt dampnum aliquod inférât christianis, maxime cum ad presens 
super eorum adventu a multis credatur haberi grandior cerlitudo. 
Inter que statum domus Templi adeo repperimus debiiem et exilem 

1. Voy., pour l'époque de sa maîtrise, ci-dessus, p. 48, où nous avons éga- 
lement donné les éclaircissements nécessaires sur les faits auxquels il semble 
être fait allusion dans cette lettre. 



56 LETTRES INEDITES 

quod debilior inventas non extitit temporibus retroactis; victualia 
enim deficiunl, expense sunt multe et redditus quasi nulli, fratrum 
enim bonis omnibus vel majori parte ipsorum in ipsis partibus per 
soldani potentiam spoliati[s], sicut majestas regia non ignorât. Et cum 
nobis ultramarini redditus non sufficiantadvivendum, et nos sump- 
tus innumerabiles oporteat facere in Terre Sancte defensione et 
castrorum municionibus que cismarinis Christieolis remanserunt, 
tiraemus ne nos oporteat deficere, et Terram Sanctam relinquere 
desolatam; et idcirco in excusationem nostram defectum hujusmodi 
majestati régie referimus ut per ipsam aliquod salubre remedium 
apponatur, ne, si quod propter hujusmodi defectum sinistrum con- 
tingeret evenire, nobis non possit in posterum imputari. Ad vos igi- 
tur sermones nostri cum cismarinorum christianorum gemitibus 
deferuntur, humiliter supplicantes quatenus, attento considerationis 
oculo in quanto discrimine Terra Sancta et nos in quantis miseriis 
subjacemus, sic potestas regia evigiletuteidera terre contra persecu- 
tionem instantem usque ad générale passagium de competenti suf- 
fragetur subsidio, et quod, mediante regali vestro patrocinio, defectus 
quem patimur in aliquo sublevetur. Scriptum Accon, ii^ die octobris. 

(Royal letters, n" 2250.) 



III. 



Lettre de Jean et Jacques Vassal au roi d' Angleterre Edouard I". 

Viterhe, 25 novembre [1276]. 
Au très haut et puissant et son cherisme signor, mon signor 
Ed[douart], par la grâce de Dieu tresdigne roy coronés d'Engleterre, 
Johan Vassal, vostre redevable chevalier, et Jaques Vassal, messages 
dou puissant Abaga^, roy des Tatars, dehue révérence corne a 
signor. Sache, mon signor, la vostre hautesse que nos somes mandés 
messages a nostre père le pape et a mon signor le roy de Cesile^ et 
a vostre haute signorie de par nostre signor le roy des Tatars 
Abaga, et avons ausi propres lettres a vostre signorie de par vostre 
bien voillant le roy de Hermenie^. Donc nos somes a Viterbe, aten- 



1. Sur Abaga, voy. ci-dessus, p. 54, n. 2. 

2. Charles d'Anjou. 

3. Léon III. Voy. ci-dessus, p. 54, n, 1. 



CONCERNANT LES CROISADES. 57 

dans responcion de nostre père le pape< et de nostre signer le roy de 
Gesile sur nostre messagerie, et nos loons moult, quar moult nos ont 
fait grand honor et receus honoreement. Et si Dieu plaist, nos verrons 
procheinement vostre gracieuxe signorie, en essaucement et grandesse 
de estât de vostre signorie, quar ensi le desirons nos tos dis. Et 
saches, monsignor, que nos parlâmes a messire ly abes de Guest 
Mostier de Londres 2, li procuror de vostre haute signorie, et li mos- 
trames nos lettres qui aloyent a vostre signorie de par nostre signor 
vostre frère le roy des Tatars et les lettres ausi dou roy de Hermenie, 
vostre bien voillant, et le garnîmes, quar yl y a Catalans 3 et un Nes- 
torin ^ qu'il lor a este doné monoye de par nostre signor a aler a 
Noroaigue^ por acheter gerfaus, si que les susdis Catalans et Nestorin 
se sunt fait messages a mon signor le roy de Cesile, et li douèrent 
lettres qui non aloyent a lui, de quoi il furent trovés messongiers, 
porquoi nos le fassons assavoir a vostre haute signorie, quar nos 
avons entendu qu'il doivent aler hasti vement et doner lettres et deman- 
der gerfaus a vostre signorie et guiler, ensi cornent il voloient faire 
de mon signor le roy de Cesile, s'il eussent pohu, quar la table de lor 
qui est signalée as gerfaus ne lor fu douée por autre sinon por ache- 
ter gerfaus avec la monoye que nostre signor le roy des Tatatars [sic], 
Abaga, lordona porce. Donc, saches, monsignor, que yaus n'en n'ont 
nulles letres ne paroles ne messagerie a vostre signorie, quar nostre 
signor lor encharja acheter gerfaus solement et a nos la messagerie, 
si come messire ly abes, procuror de vostre haute signorie, puet aver 
entendu, et ensi come nos procheinement, se Dieu plaist, certefîerons 
a vostre signorie, qui covoitons a aquerre la grâce et favor de vostre 
haute signorie. Escrites a Viterbe en xxv jors de novembre. 

[Au dos on lit :] Au très haut et puissant monsignor Ed[douart], 
par la grâce de Dieu très digne roy dou royaume d'Engleterre, et[c.]. 

(Royal letters, n- 3874.) 

1. Jean XXI. 

2. Richard de Ware, abbé de Westminster (1258-1283). 

3. Les Catalans, à celte époque, étaient, avec les Génois, les Pisans et les 
Vénitiens, les principaux agents du commerce entre l'Orient et l'Occident. Ceux 
dont il est fait mention ici étaient peut-être, non des hommes au service d'Abaga, 
mais simplement des marchands revenant de Perse et devant y retourner. 

4. Nestorien. 

5. En Norwège (?). 



58 LETTRES INEDITES 



IV. 

Lettre de Nicole le Lorgne, grand maître de V Hôpital, 
à Edouard P\ roi d'Angleterre. 

Acre, 25 septembre [128t]. 

A très haut et puissant seingnor e plus especial bienfailor outre 
toz autres princes mon[seignor Edjdouart, por la grâce de Dieu 1res 
noble roy d'Engleterre, ffrere Nycole le Lorgne \ porlameisme grâce 
humble maistre de la sainte maison de l'hospital de Saint Jehan de 
Jérusalem et gardien des povres de Grist, salus ou toute hennor et 
toute révérence et preste volenté en toutes chozes a ses roiaus com- 
mandamens et plaizirs. 

Chers sires, les hennorables letres de la vostre hautezce reçûmes 
mot liement, esquex se contenoit en quel manière fFrere Joseph de 
Gancy^ deussiens ranvoier a vostre présence, et, entendue diligem- 
ment la ténor d'elles, de vostre bone santé fumes liez et joies, et en 
merciames Nostre Seignor, et li priâmes humblement et deveutement 
que vos y deust maintenir par lonc temps; et por ce, sire, que sur le 
fait deudit ffrere Joseph avons fait respons a la vostre haute sein- 
gnorie pur vostre . . ., por ce, sire, n'en a bessoing de faire vos ent 
respons qil et. . . bessoing du rema- 
nant que de repos. Sire, de nos vos faizons assavoir que 

sains somes et [haijtiés, Diex merci, tozjors desirans cemeismea oïr 

de vostre persone et . . . deuvoir a Dieu plaira. 

L'estat de ceste terre, por ce que vos, sire, Toiés volantiers, faisons 
assavoir [a la vostre haute] seingnorie. Saches, sire, por vérité, 
que la terre sainte ne fu onques en plus grant tribol qu'elle [est 
ores], quar les Tartas s'en viennent sens nulle dopte, etMogodonor^, 
frère de Abaga, prince des Tartas, se estoit au jor que ces letres furent 
faites a ii jornées près d'Ermenie ou bien c mil Tartas a chevaH, et 



1. La première mention qu'on ait de Nicole le Lorgne comme maître de 
l'Hôpital est du 18 sept. 1278. II mourut le 12 mars 1284 (?oy. les ouvr. cités 
ci-dessus, p. 46, n. l). 

2. Trésorier de l'Hôpital, a])paraU pour la première fois en 1248. Eu 1273 et 
en 1278, on le trouve en Angleterre. Voy. R. Rôhricht, Les batailles de Hims 
{Arch. de l'Orient latin, t. I, p. 639, n. 24) et les ouvrages cités p. 46, n. 1. 

3. Mangou-Timour. 

4. C'est aussi le chiifre donné par Marino Sanuto, Sécréta fidel. crucis (Bon- 



CONCEENANT LES CROISADES. 59 

det corre la terre de Sarraizins et antrer en la Surie por tout le mois 
d'octovre prochein venant. D'autre part li sodans de Babiloine ou tout 
son ost s['apareille] a Damas et les atent por batailler encontre eaus. 
Ce que venra de lor fait nos ne savons, mes les Tartas si coveitent 
mot a aver l'acointance des crestiens encontre les paiens ; et partie 
d'eaus, sans nulle dopte, si ira avecques, que qu'en doie avenir. 
Nostre chastel, sire, de Margat', nos tenons aussi bien garni de frères 
et d'autres gens d'armes corn nos feismes juques avant la trive, por 
la grant desloiauté que nos savons ou le soudan, de la quele est pleins 
sur toz les paiens deu monde. Gomandez nos, sire, vos hauz com- 
mandamens et plaisirs, lesques somes prest de l'acomplir en tôt et 
par tôt com por le seingnor eu monde lequel nos avons plus cher, et 
Diex acroisse vostre haute corone par lonc tens. 

Escrites à Acre, a xxv jors de septembre. 

Encore, sire, vos faizons assavoir que nos aurons volan tiers 
recommandé ffrere J. de Alfeld por vos proieires, les quex tenons a 
commantament et li ferons volantiers api... 

(Royal letters, n° 3895.) 

V. 

Lettre de Nicole le Lorgne, grand maître de l'Hôpital, 
à Edouard /", roi d'Angleterre. 

Acre, 5 mars [1^82]. 

A très haut et puissant seingnor, ami et bienfaitor outre touz 
autres princes de terre, monseingnor Eddouart, por la grâce de Dieu 
très noble et victoriens roysd'Engleterre, dus d'Aquitaine et seingnor 
d'Yrlande, li siens en totes chozes ffrere Nycole le Lorgne 2, por la 
meisme grâce humble maistre de la sainte maison del hospital de 
Saint Johan de Jérusalem et gardien des povres de Grist, ou toute 
hennor salus et appareillée volante a touz ses roiauz comandamens 
et plaizirs. 

Force, sire, que vos estes le prince de crestienté qui plus aves a 

gars, p. TB). — La plupart des autres sources donnent le chillre plus vraisem- 
blable de 50,000 cavaliers. Voy. en particulier la lettre de J. de Caucy citée 
ci-dessus, p. 51, n. 4, 

1. Sur un promontoire entre Tripoli et Laodicée. 

2. Voy. ci-dessus, p. 58, n. 1. 



60 LETTRES INÉDITES 

cuer le fait de la terre sainte et qui Paves plus demostré par euvre<, se 
faizons assavoir plus volantiers a la vostre hautezce les procès et les 
erramens qui y sont entervenus novellement. Sire, il est voirs que les 
Tartas se entrarent en cest iver mot efforeeement en la terre de Sar- 
raizins et feirent mot grant damage a la terre de paenisme, si que 
avint choze que li soudans de Babiloine^, seue la novele, se vint ou 
tout un grant ost a pié et a cheval encontre eaus as parties de Haman 3, 
se que le jeudi a xxx jors d'outovre prochein passé, les ir osz s'encon- 
trarent devant la Chamelle-*, et fu la bataille mot aspre et y ot espandu 
très grant sanc d'une partie et d'autre, et li soudans fu mot au dessos 
et laidament menez et perdi bien morz en celle batalle xxx"' homes 
et plus, et deniora si escheriement, que de toutes ses gens ne h derao- 
rarent se non v° homes a cheval que tuit ne fussiant morz ou fois de 
ça et de la por la paor de celle grant bataille qui dura des la segonde 
heure deu jor tant que a soleill couchant. Et les Tartas corrurent de 
grant covoitise au gaain et pristrent toute la hasape dou Soudan et 
toz ses beaus chevaus et toutes les richeces del ost, de quoi il y avoit 
a mot grant planté, et en cel maneire chargé de toutes celles chozes 
s'en alarent arieire et laissarenL le champ par lor maie aventure, 
quar, si fussiant demorés en champ celle nuit, toute la paienisme 
heussiant destruit, porce que li soudans estoit demorez a si grant 
meichief que celle meisme nuit s'en fust fois en Egipte. 3Ies Diex ne 
le vost pas. Et aussi tost com les Tartas s'en furent retornez, li sou- 
dans qui estoit encores demorez en champ se fist celle nuit soner ses 
naquaires^, auquel son mot de ses gens se reliarent a lui qui estoient 
espandues de ça et de la, et cuidoient que fust morz. Et ces sont les 
erramens des paiens et des Tartas -, desquexs Tartas se dissoit quant ces 
lettres furent faites que dévoient retorner en cest iver, et que Abaga 
estoit es parties de Baudac, et son frère Mongodomor^, qui fist ceste 



1. En 1270-1272, le prince Edouard avait fait une croisade en Terre-Sainte. 
De retour en Europe et devenu roi, il prit toujours grand intérêt aux affaires 
des chrétiens d'Orient, auxquels il songeait sans cesse à porter secours. 

2. Seïf ed-din Kelawoun, 27 nov. 1279 à 10 nov. 1285. 

3. Hamah, en Syrie, sur i'Oronte, un peu au sud d'Apamée, siège d'un émir. 

4. Hims, Émèse, la Chamelle sont les noms d'une même localité située un 
peu au sud de Hamah, sur I'Oronte. 

5. Sorte de timbale. Voy. la lettre de J. de Cancy, mentionnée plus haut, 
p. 51, n. 4, où ce détail se trouve aussi. 

6. Voy. ci-dessus, p. 58, n. 3. 



CONCEBNAIVT LES CROISADES. 64 

bone bessoingne, se estoit as parties de Meredin < ; mes la certaineté 
nos n'en savons. Mes tant volons bien que la vostre roial maisté 
sache que la paienisme est mot afFeblie par ceste venue des Tartas, 
por les ques a plus reçut grant damage que ne fist puis que ceste terre 
fu en mains de crestiens-, et la condicion de la crestienté se en est 
ameillorée de tant que, se nos aviens présentement aucun secors de 
gens d'armes d'outre la mer, nos porriens grever en tant la paie- 
nisme que seroit constrainde de faire grant partie de nos volentez, 
come celle qui est au dessos de grant maneire, et qui seroit plus 
légèrement gaaingné que ne fu onques mais, si Nostre Sires qui 
espandi son benoit sanc en la terre sainte meist en cuer a vos, sire, 
et as autres princes d'outrelamer de secorre la. Et Dieix por sa pitié 
vos en doingt si la volante, com vos en aves le pooir. 

Vos hauz comandemens et plaizirs nos faites assavoir, s'il vos 
plait, les ques somes prest de Paconplir en tôt et par tôt come por 
le prince deu siegle lequel nos amons meaus et tenons plus cher. 
Et Diex maingteingne vostre haute corone par lonc tens. 

Escrites a Acre, a v jors de mars. 

[Au dos .•) Au très haut et puissant roi d'Engleterre. 

(Royal lelters, n° 2248.) 



VI. 



Lettre de Léon TV, roi d'Arménie, â Edouard /", roi d'Angleterre. 

Sîs, 28 mars [1307.] 
lllustrissimo ac serenissimo principi domino Odoardo, Dei gratia 
Anglorum régi , amico nostro karissimo , Léo eadem gratia Arme- 
niorum rex, salutem utriusque hominis in illo qui est omnis vera 
salus. Novis succrescentibus magis ac magis de novo periculis nobis 
et regno noslro ac cunctis ejusdem regni christicolis emergentibus, 
vergentibus in grave dispendium fidei et in intollerabile excidium 
terre nostre, majestati vestre régie duximus destinare discretos viros 

1. Mardin, dans l'ancienue Mésopotamie, entre Amida et Nisibe. — En 
réalité, la bataille n'avait pas été aussi favorable aux Tartares que veut le faire 
croire Nicole le Lorgne. Mais on comprend que, pour décider Edouard I" à 
entreprendre une nouvelle croisade, il lui représentât le sultan d'Egypte comme 
très affaibli. 



62 LETTRES INÉDITES 

Theodorum, cantorem abbatie de Tresarco^, dominum Bauduinum de 
Negrino2, consobrinum noslrum dilectum, et dominum Leonem^, 
milites, familiares et consiliarios nostros et fldelesac nuncios spéciales, 
exposituros serenitati vestre régie lacius vive vocis oraculo nostram 
magnam necessitatem et indigentiam et eminens grande periculum in 
quo suraus. Quorum relationi velitis, si placet, firmiter credere et ex 
parte nostra fidem credulam adhibere, 
Datum apud Incisium in regno predicto Arménie, die xxviii marcii. 

(Royal letters, n" 3285.) 



VII. 



Lettre imaginaire rapportant une victoire des chrétiens 

sur le Soudan d'Egypte, près du Caire. 

Sans date. 

De comité ad ducem. 
Mon très honeurée et très gracieus seigneur et oncle, je me reco- 
mande a vous en tant comme je puis, désirant de très bon cuer 
continuelment estre enformée de vostre bon estât et santée que Dieux 
vueille maintenir et accroistre a sa louange et a vostre consolacion 
comme vous le vouldiiez et Je le désire très parfaictement. Et, très 
chier oncle, moult sui je lée et retraitée de les bons et ameables nou- 

1 . Le site de l'abbaye arménienne de Trazargue (en latin Très Arcus) n^est pas 
exactement connu (Alishan, Sissouân, p. 230). Le seul auteur qui en ait parlé est 
le P. Indjidjian, dans sa Géographie de l'Arménie moderne, imprimée en 1806. 
D'après cet auteur Trazargue aurait été situé à une journée de marche environ 
à l'ouest de Sis, à deux journées d'Anazarbe, dans une vallée boisée près d'un 
ruisseau. Le P. Indjidjian ajoute que les ruines de l'abbaye sont encore visibles. 
Cf. sur Trazargue le P. Alishan, Léon le Magnifique, premier roi de Sissouân, 
trad. par le P. George Bayan ; Venise, impr. Mekhitariste, 1888, in-S", à la 
Table des noms. — Quant à Théodore ou Thoros, chantre de cette abbaye, le 
P. Alishan pense que c'est le même que Thoros Thaproulz, archiprêtre ou pre- 
mier chapelain de la cour, dont la mort est mentionnée dans une chronique 
arménienne au 27 déc. 791 (21 déc. 1342). Voy. aussi sur ce Thoros, chapelain 
du roi : Hist. armén. des crois., t. I, p. lxix et lxxi. 

2. En 1295, on trouve un Baudouin de Negrino, maréchal d'Arménie ; peut- 
être faut-il l'identilier avec notre ambassadeur {Hist. armén. des crois., t. I, 
p. xc). 

3. Ce personnage est trop incomplètement désigné pour qu'on puisse formuler 
sur son identité aucune hypothèse. 



CONCERNANT LES CROISADES. 63 

velles quelz la vostre chiere mercy m'avez mandée par voz gracieuses 
lettres. Et s'il vous plaist vueillez entendre que monseigneur vostre 
frère a esté en les parties de Babiloigne avecque moult belle compaignie 
et a fait espoiller et mettre au feu toute la pais environ bien près 
jusques a la citée d'Alisandre, et ou plains champs, près delà foreste 
de Gayre, avoit il une grant bataille que se dura bien deux heures, ou 
vint milles de mescreans, que des Sarrazins et des Juis, ... furent tueez 
et dousze cenz pris ou prisoners, et encores la Dieu mercy y ne furent 
que trente personnes occiz de nostre part, et le souldain de Babi- 
loigne pour paour qu'il en avoit si en fuy, et noz gens lui poursuirent 
si fort que au derraniers il lui atteindrent ou mylieu de la dicte foreste 
et la luy pristrent an prisoner, au grant honeur et joye de nostre sei- 
gneur le roi Liège [sic] vostre frère et de toute la chivalleried'Engleterre. 
Très honorée seigneur, je ne vous sai plus que mander au présent 
fors que ma compaigne, la vostre en toutes choses, se recomande a 
vostre très honeurable seigneurie. Très honeurée et très gracieus sei- 
gneur et oncle, je pri a Dieu qu'il vous donne sautée et paix, honeur 
et joye en tous voz fais, et vous ottroit, s'il lui plaist, d'avoir la vic- 
toire de vos anemys. 

(British Muséum, Harl. 3988, fol. 41, manuel épistolaire du xv' siècle.) 



VISITES DES MONASTÈRES 

DE L'ORDRE DE CLUNY 
DE LA PROVINCE D'AUVERGNE 

AUX XlIIe ET XIV« SIÈCLES. 
(nouvelle série.) 



En publiant il y a quelques années, dans la Bibliothèque de 
l'École des chartes^, deux visites de l'Auvergne en 1286 et en 
1310, d'après les originaux alors conservés dans la bibliothèque 
municipale de Cluny, nous exprimions le regret de n'en avoir 
retrouvé que deux, sur neuf qui étaient indiquées dans un ancien 
inventaire. 

Depuis lors, l'acquisition du fonds de Cluny par la Bibliothèque 
nationale et son classement par M. L. Delisle ont fait reparaître les 
documents que nous avions en vain cherchés, et même quelques- 
uns de plus. Ce n'est pas seulement sept, c'est onze visites nou- 
velles que nous avons eu la bonne fortune de réunir 2. Le fonds 
de Cluny nous a offert, en effet, deux visites non signalées encore, 
celle de l'abbaye de Mozac, en 1264, et une visite de l'Auvergne, 
de 1285. Les chapitres généraux qui se trouvent dans le même 
fonds mêlés aux originaux des visites nous ont fourni des extraits 
intéressants pour les années 1280 et 1293. Enfin, pour détermi- 
ner les dates, lorsqu'elles manquaient, ouéclaircir quelques pas- 

1. Bibliothèque de l'École des chartes, t. XXXVIII, année 1877, p. 114-117. 

2. Parmi les neuf visites inventoriées par M. Chavot en 1843, nous n'avons 
pas retrouvé celle de 1338, mais nous en avons une de 1331-1332, qu'il n'avait 
pas indiquée. 



VISITES DES MONASTÈRES DE l'oRDRE DE CLUNY. 65 

sages obscurs des visites, nous avons fait quelques emprunts à 
un recueil de Définitions des chapitres généraux que nous avons 
déjà eu l'occasion de faire connaître*. En rapprochant ces docu- 
ments de ceux que nous avons déjà publiés, il est possible de se 
faire une idée d'ensemble de l'état des monastères clunisiens en 
Auvergne, pendant les xiif et xiv" siècles. Nous allons essayer 
d'en donner un aperçu en relevant dans les visites que nous impri- 
mons aujourd'hui les faits les plus curieux qui y sont consignés, 
soit au point de vue du spirituel, soit au point de vue du temporel. 

Nous faisons suivre le texte de ces documents d'un relevé de 
toutes les visites de la province d'Auvergne qui se trouvaient 
conservées dans le trésor des chartes de l'abbaye de Gluny au 
xvi" siècle. EUes étaient alors au nombre de soixante-deux, de 
l'année 1279 à l'année 1483, dont dix-sept pour le xiii'' siècle, 
quarante-deux pour le xiv% et trois seulement pour le xv^, sans 
compter les visites non datées, et celles qui étaient communes à 
l'Auvergne et à d'autres provinces. 

Etat des prieurés en général. Si nous considérons d'abord 
le nombre des moines d'un siècle à l'autre, nous remarquons que 
ce nombre est stationnaire dans la plupart des prieurés^, qu'il 
semble diminuer dans quelques-uns, comme Sauxillanges, où il 
passe de quarante-cinq à la fin du xiif siècle à quarante en 1353, 
et qu'enfin il augmente dans d'autres, comme à Mozac, où l'on 
comptait trente moines en 1285 et quarante en 1353. Mais sou- 
vent les visiteurs signalent des moines en sus du nombre habituel 
(Ris, Souvigny, la Voûte, 1294, 1318 et 1331), soit qu'ils aient 
été créés à la demande de l'abbé de Gluny, et au grand dom- 
mage des finances du prieuré, soit que le prieur leur ait donné 
l'habit à prix d'argent, comme le prieur de Bort l'avait fait pour 
deux moines en 1353. La pauvreté de certains prieurés était telle 
que les moines les abandonnaient (Saint- Alyre, 1343 ; Viverols, 
Saint-Jean-Lachalm, 1353). 

Les moines n'étaient pas toujours prêtres, ce qui gênait les 
ofiîces, et obligeait parfois à appeler des prêtres séculiers pour 
les confessions (Laveine, 1294). A Ris, sur quatorze moines, six 

1. Voyez notre article sur les Chapitres généraux de l'ordre de Cluny, Biblio- 
thèque de l'École des chartes, t. XXXIV, année 1873, p. 542. Le recueil dont 
nous parlons est conservé à la Chambre des députés. Nous devons à la parfaite 
obligeance de M. Laurent, bibliothécaire, d'avoir pu consulter de nouveau ces 
précieux volumes. 

1894 5 



66 VISITES DES MONASTÈRES 

ne sont pas prêtres; à Souvigny, la proportion est d'un tiers, 
soit seize sur quarante-huit (1331); à Bort, à Tauves, elle est de 
la moitié, deux sur quatre moines (1353). 

Les prieurs sont souvent absents, soit parce qu'ils sont étudiants 
(Sauxillanges, 1281 ; Grazac, 1318; Noirétable, 1353), soit pour 
tout autre motif (Ris, 1281 et 1318; Arronnes, 1293 et 1318; 
Souvigny, Bort, 1318; Augerolles, 1331) ; il en était de même de 
l'abbé de Mozac en 1281. Des moines étaient aussi parfois auto- 
risés à faire leurs études hors de leur couvent (la Voûte, 1294; 
Ventadour, 1318). 

Spirituel. Le premier document que nous publions concerne 
surtout le spirituel de l'abbaye de Mozac. L'abbé de Gluny, 
Yves II, ayant visité cette abbaye, fait connaître au chapitre 
général tous les défauts de l'administration de l'abbé, et trace le 
plan des réformes à opérer (1264). 

Offices. Les offices n'étaient pas célébrés régulièrement dans 
quelques prieurés. A Bort, on ne chantait plus les heures (1282, 
1353). A Augerolles, les moines ne disaient la messe qu'à leur 
volonté ; les visiteurs prescrivent qu'ils feront chacun une semaine 
(1294). A Ris, on ne disait pas la messe matutinale, faute de 
prêtre, en 1353 ; les trente psaumes dits familiers n'étaient récités 
ni à Laveine, ni à Augerolles, ni à Rosiers (1294) ; le chapitre 
quotidien n'était tenu ni à Thiers, ni à Ris (1318). La pauvreté 
de certaines maisons se faisait sentir sur les objets du culte. A 
Augerolles, les moines n'avaient ni calice, ni bréviaire, ni aubes 
(1318) ; à Noirétable, les moines n'avaient qu'un calice d'emprunt, 
le leur ayant été volé, et pas de vêtements sacerdotaux; à Sauxil- 
langes, les ornements de l'église étaient en médiocre état (1353). 

Conduite. La conduite de quelques moines donne lieu à des 
reproches sévères de la part des visiteurs, qui nous font con- 
naître d'assez graves abus et quelques scandales, qui atteignirent 
certains prieurés surtout au xiv" siècle. On en trouvera le détail 
dans les documents ; nous nous contenterons de les indiquer briè- 
vement. Plusieurs moines sont signalés pour leur incontinence : 
à Noirétable, un nommé Guy de Montberthoud sortait la nuit 
et a été pris dans une maison mal famée (1281), un autre s'est 
battu avec un chapelain (1282) ; à Rosiers, un moine, nommé 
Guichard des Chesaux, tient une taverne avec une femme de 
mauvaise vie (1343) ; à Bort, un moine débauché, Etienne Bonne- 
font, parcourt la ville la nuit (1353); à Montaigu, les moines se 



DE l'ordrk de cldny. 67 

disputent au lieu de dire les heures, ils sont en révolte contre le 
prieur et sortent la nuit avec des vêtements inconvenants (1353). 

Des faits encore plus graves s'étaient passés à Souvigny et à 
Mozac. Dans le premier prieuré, il s'agit d'un attentat contre le 
prieur. Un certain Etienne Dalraais, Dalniacius, qui avait été 
moine au prieuré du Broc, dépendant de celui de Souvigny, avait 
été condamné pour son inconduite à se rendre à Cluny, ce qu'il 
avait refusé de faire, et s'était mis en rébellion contre les visi- 
teurs. Attribuant au prieur du Broc la perte de sa résidence, il 
imagine un complot afin de le perdre de réputation. Accompagné 
d'un nommé Renaud du Buisson et de quelques complices, il 
envahit dans la nuit du 24 juin 1331 le prieuré de Broc, pénètre 
dans la chambre du prieur, alors dans son premier sommeil, le 
tire hors de son lit et le frappe jusqu'au sang ; puis il montre aux 
assistants une femme qui, dit-il, se trouvait dans le lit du prieur. 
Mais celui-ci ayant réussi à s'échapper et ayant crié : au larron ! 
les assaillants s'enfuirent emmenant avec eux ladite femme. Tous 
ces détails nous sont révélés par une longue et minutieuse enquête 
que firent les visiteurs et dans laquelle ils interrogèrent de nom- 
breux témoins, tant à Souvigny qu'au Broc et dans tous les 
endroits où le prieur pouvait habiter. Hâtons-nous de dire que 
cette information lui fut complètement favorable en le représen- 
tant comme un homme bon, juste et religieux, tandis qu'Etienne 
Dalmais, homme diffamé, adultère, excommunié, qui vivait depuis 
longtemps avec la femme en question, fut accusé par tous de 
l'avoir introduite dans le prieuré, en haine du prieur. Toute cette 
enquête est pleine de faits curieux sur les mœurs monacales du 
temps et montre avec quel soin les visiteurs remplissaient leur 
office. Dans le second cas, il s'agit d'un moine de Mozac, nommé 
Amèle Gardele, diffamé pour ses excès et accusé d'homicide. 
L'abbé de Mozac était en désaccord avec l'abbé de Cluny, qui 
lui avait fermé la main, c'est-à-dire défendu de procéder contre 
le moine. L'information des visiteurs nous apprend que, sur l'ordre 
de l'abbé de Cluny, l'abbé de Thiers avait fait tirer de prison le 
moine coupable, en lui défendant toutefois de sortir de l'enceinte 
du couvent. 

Te7nporel. L'hospitahté et l'aumône étaient bien pratiquées 
presque partout, mais l'administration des prieurs laissait quel- 
quefois à désirer. Le prieur de Laveine avait donné à ferme, à son 
profit, le petit prieuré de Châtel- Montagne ; celui de Bort avait 



68 VISITES DES MONASTÈRES 

vendu pour une grosse somme au seigneur de Saigne le manse 
de la Bonétie et la moitié de la pêche d'un étang à un autre sei- 
gneur (1353). Les charges des prieurés n'étaient pas toujours 
acquittées. Un écolier que le prieur de Souvigny devait entrete- 
nir à Paris ne recevait rien et perdait son temps à vagabonder 
(1331) ; un prieur n'aj^ant pas payé la dîme au roi depuis trois 
ans, l'éghse était interdite (Noirétable, 1353). La pauvreté des 
prieurés était la cause principale de ces manquements. 

Dettes. Elles doivent figurer parmi les charges des prieurés, 
car elles étaient souvent contractées pour fournir des vivres aux 
moines ou pour faire réparer les bâtiments ; les prieurs, qui assu- 
maient souvent les dettes de leurs prédécesseurs, cherchaient, en 
général, à s'acquitter le plus tôt qu'ils pouvaient et malgré cela 
le chiffre des dettes était quelquefois assez élevé. En 1294, elles 
étaient de 400 liv. à Saint-Flour, de 468 liv. à Sauxillanges ; 
en 1318, de 300 liv. à Noirétable et à la Voûte, de 1,000 liv. à 
Souvigny ; enl331 , de 900 liv. à Mozac, de 600 liv. et 600 charges 
de blé à Grazac; enfin, en 1353, le prieuré de Laveine devait 
50 florins et celui de la Voûte 100 florins à la chambre du pape. 
Discipline. Nous avons eu occasion de noter dans notre pre- 
mier travail quelques abus dans le prieuré de femmes de Laveine, 
dès 1286, notamment la possession de biens particuliers par les 
religieuses. Les visiteurs en signalent plusieurs autres, dont la 
responsabihté remonterait plus haut que le prieur. En eff"et, l'abbé 
de Cluny, Bertrand T'' de Colombiers (1295-1308) ayant accordé 
à Douce de Ghaumont la permission de recevoir à sa table 
quelques convives respectables, depuis lors les autres religieuses 
s'étaient crues autorisées à manger et à boire avec des hommes, 
quelquefois même la nuit. Quand les religieuses étaient répri- 
mandées, elles s'adressaient à leurs amis du siècle pour menacer 
leur supérieur ; elles les invoquaient quand elles avaient des pro- 
cès avec le prieur (1331). Quand celui-ci refusait de payer le 
pain, le vin ou la pitance, les religieuses cessaient le chant, les 
matines et les heures, et refusaient même d'assister à la messe et 
de sonner les cloches. Ajoutez à cela que la clôture était en mau- 
vais état et que tout le monde pouvait entrer dans le couvent, 
tandis que les religieuses en sortaient, même avec la permission 
du supérieur; elles portaient des robes de couleur et de forme 
inconvenante. Dans l'intérieur du couvent, elles ne respectaient 
ni la règle, ni le silence (1353). 



DE l'ordre de clunt. 69 

Dortoir. Dans beaucoup de prieurés les moines n'avaient pas 
de lits, les prieurs promettent d'en procurer (Châtel-Montagne, 
Arronnes, Tliiers, Augerolles, Rosiers, Grazac, la Voûte, Saint- 
Flour, Ventadour, Bort, Sauxillanges même pour quelques 
moines, etc., 1294). ALaveine, les religieuses ne couchaient pas 
au dortoir à cause de son exiguïté (1294-1353) ; il en était de 
même à Ris et pour le même motif. 

Nourriture et vêtement. Quant à la nourriture, elle était sou- 
vent insuffisante ; quelquefois les prieurs la payaient en argent, 
ce que les visiteurs défendent expressément. A La veine, les reli- 
gieuses se plaignaient de n'avoir qu'une obole par jour (1318). 
Quelques années plus tard, les visiteurs constatent que les reli- 
gieuses devaient percevoir, chaque jour, une certaine quantité de 
vin et, chaque semaine, une certaine quantité de sel, et une obole, 
mais le prieur était fort en retard avec elles (1353). A Saint- 
Flour, les moines vendaient leur nourriture et jusqu'au repas, 
dit générale, qui était donné à tous les moines (1294). Les mai- 
sons étaient souvent trop pauvres pour payer les vêtements 
(Ris, 1281 ; Sauxillanges, 1353). Comme pour la nourriture, on 
les donnait quelquefois en argent, ce qui fut défendu (Augerolles, 
Rosiers ; à la Voûte les moines recevaient cinq sous pour chaus- 
sures, et cent sous pour l'habillement de tout le couvent, 1294). 
A la Voûte, les religieux manquaient de vêtements, parce que le 
dernier prieur, en s'en allant, en avait emporté pour une valeur 
de 50 liv. et, malgré la reconnaissance qu'il en avait laissée, il 
refusait de les rendre (1318). 

Rapports avec les seigneurs, procès. Les couvents avaient 
souvent des difficultés avec les seigneurs voisins, les visiteurs les 
exhortaient à défendre les droits et les prérogatives de leurs mai- 
sons. Le prieur de Rosiers était en procès avec le seigneur de 
Saint-Bonnet-le-Château, 1281 ; celui de Ventadour défendait 
ses revenus contre le vicomte (1293) ; les gens du seigneur de 
Mercœur {de Merculio), qui la menaçaient depuis longtemps 
(visite de 1286), avaient réussi à s'emparer de la garde de la ville 
et des portes à la Voûte-Chilhac (1318). L'abbé de Mozac avait 
un procès contre la communauté de Riom ; et le prieur de La veine, 
contre la communauté et la paroisse de Pont-du-Château, au 
sujet des sépultures et des anniversaires (1331). La jouissance 
d'un bac sur l'Allier donnait lieu à des procès entre le prieur de 
Ris, le comte de Dreux et Gilles-Aycelin de Montaigu, ainsi 



70 VISITES DES MONASTERES 

qu'entre le prieur de La veine et le comte de Montfort (1353). 
Enfin, les prieurs avaient souvent des débats avec les officiers du 
roi, au sujet de la justice et du ressort (Gensac, 1281 ; Rosiers, 
1282; Saint-Flour, 1294; AugeroUes, 1318). 

État des Mtiments et réparations. Les bâtiments claus- 
traux, par suite du peu de ressources des prieurés, étaient sou- 
vent en mauvais état, les toits étaient découverts et les murs 
menaçaient ruine. Il en était ainsi à Saint-Alyre, 1281 ; à Sou- 
vigny, 1331; à Rosiers, 1294; à Arronnes, 1318; à Gensac, 
1343. Les visiteurs signalent de nombreux bâtiments en ruine à 
Laveine et dans les prieurés qui en dépendent* (1353). A Noiré- 
table, les paroissiens demandent que le prieur répare le toit de 
l'église et la Galilée, ou cloître qui servait de lieu de sépulture. 
A Bort, il y a contestation entre le prieur et les habitants, pour 
savoir à qui incombent les réparations (1353). Mais, d'autre part, 
nous pouvons noter quelques restaurations qui ne sont pas sans 
intérêt au point de vue archéologique. C'est ainsi qu'en 1343, les 
visiteurs constatent avec satisfaction que le prieur a fait démolir 
un vieux cloître et qu'il en édifie un nouveau, très beau, très 
grand et qu'il est élevé en grande partie. Les bâtiments du prieuré 
du Broc sont augmentés, 1331. A Ris, le prieur fait construire 
un pont sur l'AlHer et en tire bon profit (1343). L'église de Thiers 
est relevée et réparée, 1331. Il s'agit sans doute d'une réédifi- 
cation partielle de l'église de Saint-Symphorien , dite aussi le 
Moutier de Thiers. Car, dans ses ÏSotes d'un voyage en 
Auvergne, p. 351, Mérimée ne parle que d'une grande restau- 
ration de Saint-Symphorien au xii^ siècle. Il y aurait lieu d'exa- 
miner en quoi a pu consister la nouvelle construction ou restau- 
ration du XIV* siècle, que notre texte indique formellement (1331). 
A la Voûte, le prieur a réédifié les bâtiments et fait construire 
deux vastes salles (1343). A Sauxillanges, le prieur a fait répa- 
rer les vitraux de l'église (1353). 

Que faut-il conclure de ce long examen ? On voudra bien remar- 
quer que nous avons fait ressortir jusqu'à présent les défauts et 
les abus révélés par les visiteurs, afin qu'ils fussent redressés et 
corrigés par les définiteurs du chapitre général. Les notes de 

1. Les biens ruraux n'étaient pas moins négligés que les bâtiments. Les 
vignes du prieuré n'étaient ni liées ni labourées, mais seulement taillées, cha- 
polatae. 



DE l'ordre de CLUNT. là 

blâme portent sur des détails, sur un ou deux moines indignes 
par maison, et encore y a-t-il des prieurés dans lesquels les visi- 
teurs n'ont rien trouvé de répréhensible , comme Saint-Flour, 
Souvigny, Thiers, d'autres n'ont qu'une note de blâme sur sept 
ou huit visites, comme Mozac, Noirétable, la Voûte. A Laveine, 
prieuré de femmes, les reproches sont plus sérieux et plus géné- 
raux, mais ce n'est qu'une exception, et le soin que mettent les 
visiteurs à examiner l'état de ce prieuré et à le signaler prouve 
que les chefs de l'ordre n'entendaient pas laisser le désordre 
se continuer. Si, d'une part, le jugement des visiteurs de 1294 
est sévère : « Il n'y a pas, disent-ils, dans toute la cham- 
brerie d'Auvergne une seule maison dans laquelle soient pleine- 
ment observés les statuts des papes et les définitions des défini- 
teurs*; » cependant les mêmes visiteurs et ceux des années 
suivantes jusqu'en 1353 proclament que les prieurés sont en bon 
état au spirituel et au temporel, que les offices s'y font régulière- 
ment et que l'hospitalité et les aumônes y sont bien pratiquées^. 
Il convient de tenir compte de ces attestations répétées, et d'impu- 
ter sans doute aux malheurs du temps, et aux terribles événements 
de la guerre de Cent ans, qui rendait la surveillance des prieurés 
plus difficile, les symptômes de relâchement et de laisser aller 
que l'on remarque dans les prieurés vers le milieu du xiv^ siècle. 

A. Bruel. 



1. «Non invenimus in tota kameraria Alvernie aliquem locum in quo statuta 
pappalia et diffinitiones diffînitorum plenarie servarentur. » 

2. « Fiant ibi divinum officiura, hospitalitas et elemosina cornpetenter. 1294. 
— Omnia sunt in bono statu spiritualiter et temporaliter. Divinum officium 
iaudabiliter fit ibi. 1331, 1343. — Abbatia est in bono statu; divinum officium 
bene faciunt, etc. 1353. » 



72 VISITES DES MONASTÈRES 

I. 

Visite de l'abbate de Mozac vers ^264^. 

Cum domnus Yvo, abbas Gluniacensis, Mauziacense^ monasterium 
tanquam pater abbas ipsius monasterii hoc anno visitaverit^ et ad 
reformation em ordinis statuent in dicto Mauziacensi monaslerio ea 
que sunt inferius annotata, scilicet quod silentium in claustro, monas- 
terio, dormitorio et refectorio cum summa diligentia custodiatur, 
sicut moris est apud Gluniacum, et qui in dicto silentio in dictis 
locis offenderit, regulariter in capitulo puniatur. 

Item, quod extra refectorium nullus prêter infîrmos manducare 

1. M. Delisle désigne ainsi cette pièce : « Statuts publiés par Yves, abbé de 
Cluni, pour le monastère de Mauzac, vers 1260. » (Fonds de Cluni, p. 272, 
n' 337.) Mais ce n'est, à proprement parler, ni un recueil de statuts ni une 
visite ; c'est un rapport présenté au chapitre général de Cluny, par l'abbé 
Yves I" de Poiseu ou de Vergy (1257-1275), dans lequel il raconte la visite 
qu'il a faite à Mozac dans l'année. Or, on apprend par le chapitre général de 
1264 que toute la province fut visitée cette année-là par l'abbé de Cluny. Les 
réformes qu'il avait prescrites n'ayant pas été accomplies, il demanda au cha- 
pitre général de prendre une décision à l'égard de l'abbé rebelle. D'après Id 
chronique de l'abbaye de Mozac, l'abbé, qui se nommait Pierre V d'Ysserpans, 
aurait refusé l'entrée du couvent à l'abbé de Cluny et aurait été pour ce fait 
excommunié en 1266. {Gallia chrisUana, t. II, p. 354. D. Branche, l'Auvergne 
au moyen âge. Les Monastères, p. 341.) Cette excommunication suivit sans 
doute une tentative de l'abbé de Cluny pour faire une seconde visite, qui ne 
put avoir lieu. C'est pourquoi nous croyons pouvoir dater l'acte que nous 
publions, de 1264 environ. On connaît en effet, à la Bibliothèque nationale, ms. 
lat., nouv. acq. 2278, a" 27, des statuts pour la réforme de l'abbaye de Mozac, 
en date du xii des calendes de décembre (20 novembre) 1264. Cet acte, rédigé 
en forme de cyrographe, a été passé au chapitre de Mozac et est conçu en 
forme de monitoire adressé à l'abbé. Il paraît rédigé d'après le rapport que 
nous publions. On trouve aussi dans le même manuscrit beaucoup de pièces 
relatives aux différends qui existèrent entre les abbés de Cluny et de Mozac 
de 1266 à 1269 (n- 28 à 40). 

2. On trouvera, à la fin de ce travail, avec la table des monastères visités, 
la traduction et l'identification des noms de lieu, que l'on n'a pas voulu répé- 
ter à chaque visite. 

3. En général, les monastères étaient visités par les prieurs d'autres pro- 
vinces ; cependant l'abbé de Cluny visitait souvent lui-même quelques maisons, 
comme il le fit, en 1282, pour Souvigny, Ris, Arronne et Châtel-Montagne. 
Voyez ci-après, n" IV, 11. 



DE l'ordre de CLU?IT. 73 

présumât, nisi ex manifesta causa et de prioris vel illius qui pro ipso 
tenebit ordinem, licentia speciali. 

Item, quod infirmarieque consueverunt fieri ante Adventum Domini 
et ante Quadragesimam regulariter fiant, sicut moris est apud Glu- 
niacum, ita quod una pars conventus sit in infirmaria et alia pars 
remaneat in conventu. 

Item, quod priori Mauziacensi addatur tercius socius in ordine ad 
custodiendum ordinem. 

Item, quod constituatur hostalarius qui habeal et custodiat frocos 
pro hospitibus et de ipsis hospitibus curam habeat specialiter. 

Item, quod provideatur in infirmaria fratribus de serviente ydoneo 
ac etiam competenti. 

Item, quod prioratus de Marchiaco, ubi sunt moniales, visitetur 
per priorem cum aliquo vel cum aliquibus bonis viris et corrigatur 
in eodem prioratu quod fuerit corrigendum. 

Item, quod abbas Mauziacensis habeat moderatam familiam et mode- 
ratas faciat expensas, ita quod monasterium super hoc non gravetur. 

Item, quod dictus abbas Mauziacensis secundum statuta régule 
Beati Benedicti et ecclesie Gluniacensis et ordinis caritative se habeat 
erga débiles et egrotos. 

Item, quod quolibet anno semel veniant, si qui sunt exteriores, in 
capitulo Mauziacensi et ibi significent quilibet statum prioratus sui 
et abbas statum monasterii sui signifîcet conventui et prioribus supra- 
dictis. 

Item, quod abbas Mauziacensis instituât priores in illis prioratibus 
quos predecessores sui non consueverunt retinere ad mensam suam, 
nisi ipsos prioratus ex causa évident! et rationabili duxerit retinen- 
dos. Scialis, domni diffinitores capituli generalis, quod ista statuta 
in dicto Mauziacensi monasterio minime observantur. 

Item, cum predictus domnus abbas Gluniacensis inter dictum 
abbatem Mauziacensem et quosdam monachos suos qui cum ipso 
discordiam habebant pacem reformasset, dictus abbas Mauziacensis 
dictam pacem noluit observare, licet hoc in presentia dicti domni 
abbatis Gluniacensis promisisset, et contra inhibitionem dicti domni 
abbatis Gluniacensis dictos monachos postea plurimum molestavit. 

Unde consilium in hoc apponatis quod videritis apponendum et 
corrigatis in predictis que videritis corrigenda. 

[Au dos :) Visite par Tabbé de Gluny de l'abbaye de Mauzac; envi- 
ron -1264<. (Bibl. nat., Coll. de Bourgogne, t. 82, n° 337.) 

1. Nous joignons ici, comme se rapportant au second tiers du xiii^ siècle, un 



74 VISITES DES MONASTÈRES 

II. 

Visite de <280<. 

Diffinitiones capituli generalis fade per Figiacensem et Mauziacen- 
sem abbates, Sancli Martini de Gampis Parisiensis et Montis Desiderii 
priores, anno Domini 31" CG° LXXX". 

Visitatio Alvernie facta per de Paredo et de Borbonio^ priores. 

-I. Apud Augeroles miltalur unus monachus moraturus. 

2. Quoniam domus Sancti Hylarii, que subest prioratui Gelsinia- 
rum, patiturdetrimentuminjuribus et redditibus suis propter defec- 
tum senescalii Lugdunensis qui tenet eamdem, scribant domnus 
abbas et diffinitores eidem, quod apponat consilium in predictis. 
Cetera sunt in bono statu. 

(Bibl. nat., ms. lat., nouv. acq. 2270, n» 16.) 

III. 

Visite de la Ghambrerie d'Auvergne, 4281. 

Visitatio facta per priorem Sancti Stephani Nivernensis in came- 
raria^ Alvernie, anno Domini millesimo CG° LXXX° P. 

extrait des « Décisions prises à la suite du rapport fait par les visiteurs de 
l'Auvergne..., » et commençant ainsi : 
« Visitatores Francie. [De] priore de Valencenis... 

« Visitationes Alvernie. Amotio Gaymardi, quondam prioris de Silviniaco, per 
diffinitores secundum causas propositas, approbatur. » 

« Amotio Nicholai, prioris Sancti Salvatoris Nivernensis, per diffinitores secun- 
dum causas propositas approbatur. » 

« Amotio Guillelmi de Lomont, quondam prioris de Rivis, per diffinitores 
secundum causas propositas approbatur. » 

« Amotio Landrici, quondam prioris de Caritate, secundum causas propositas 
per diffinitores approbatur. » 

(Bibl. nat., lat., nouv. acq. 2270, n° 1, petite bande de parchemin. 
Cf. Delisle, Inventaire du fonds de Cluni, p. 325.) 

1. L'extrait suivant est tiré des définitions du chapitre général de 1280 et 
remplace en partie la visite qui nous manque pour cette même année. 

2. Paray-le-Monial et Bourbon-Lancy, Saône-et-Loire, arr. de Charolles. 

3. Chaque province de l'ordre avait un ou deux administrateurs que l'on 
nommait chambriers ; de là le nom de Chambrerie donné à la province. Cf. 
Statuts de Hugues V, Bibliotheca Cluniacensis, col. 1469, De Camerariis pro- 
vincialibus. Le terme de Province a prévalu dans la suite. 



DE l'ORDEE de CLUNY. 75 

L Abbacia Mauziacensis est in bono statu spiritualiter et tempo- 
raliter, prout a priore et monachis dicti loci asseritur, abbas non 
erat presens. 

2. Decanatus de Castro Pontis est in bono statu. Débet tamen 
XII libras tur., et est unus monachus cum priore vel decano. 

3. Prioratus Sancti Ylarii raoventis [sic] deSalsiniis est in edificiis 
in malo statu. Duo monachi debent ibi morari, sed quando fuit ibi 
visitator, non invenit eos nec aliquem qui vellet ipsum recipere, 
verum oportuit ipsum ad expensas suas proprias alibi declinare; 
prioratum predictum tenet frater episcopi Glaromontensis, 

4. Prioratus de Brolio est in spiritualibus et temporalibus in bono 
statu et movet de Sancto Floro et est unus monachus cum priore. 

5. Prioratus de Vol ta est in spiritualibus et temporalibus in bono 
statu et est ibi monachorum numerus consuetus. 

6. Prioratus de Roseriis est satis in bono statu quantum ad spiri- 
tualia, sed temporalia non bene reguntur per priorem dicti loci, 
quamvis quantum in ipso est faciat posse suura ut bene regantur. 
Habet enim contra se adversarios dominum de Sancto Bonito^ et homi- 
nes dicte ecclesie; morantur ibi duo monachi cum priore. 

7. Prioratus de Grazac satis est in bono statu spiritualiter et tera- 
poraliter; nichil débet quin possit solvere, ut dicit prior dicti loci. 

8. Prioratus de Genssac est in bono statu quantum ad spiritualia, 
set juridictionem prioratus usurpât garderius^ dicti loci. 

9. Prioratus de Sancto Floro est in spiritualibus et temporalibus 
in bono statu et est ibi monachorum numerus consuetus. 

-10. Prioratus Salsiniarum est in spiritualibus in bono statu et 
temporalibus, ut dicunt procuratores et supprior dicti loci. Prior est 
scolaris Tholose. 

U. Prioratus de Venna est in bono statu spiritualiter et tempo- 
ral! ter. 

42. Abbacia de Thierno est in bono statu spiritualiter et tempo- 
raliter. 

13. Prioratus de Rivis patitur deffectum in suppriore, qui non est 
ibi. Item monachi ibi morantes nichil habent et percipiunt pro ves- 
tibus, prout dicunt, unde communiter conqueruntur ; cetera sunt ibi 
in bono statu. 

U. Prioratus de Nigro Stabulo est in tali statu, videlicet quod 
quidam monachus, qui voccatur Guido de Monte Berthodi, qui sole- 

1. Saint-Bonnet-le-Château, Loire, arr. de Moatbrison, chef-lieu de canton. 

2. Le mot Garderius a le même sens que Gardianus ou Advocaius. 



76 VISITES DES MONASTÈRES 

bat ibi morari, set de novo ivit apud Polliacum, antequam recederet, 
exivit de nocte, ut dicit prior dicti loci, extra domum predictam, et 
intravit illa hora domum cujusdam mulieris suspecte et maie famé 
et fuit ibi cap tus a gentibus comi tisse Forensis et redemit se ante- 
quam evaderet magno precio pecunie et fuit pluribus notorium et 
publicum et sic fuit scandalizatus et ordo noster scandalizatur per 
ipsum, unde super hoc, etc. Item dicta domus débet niV"^ lib. et non 
habet satis victualia usque ad nova. Item bonum esset quod preci- 
piatur priori dicti loci quod non permittat ut mulieres suspecte nec 
juvenes morentur in domo, quare quedam pedisseca que servivit ibi 
recessit pregnans et inponitur hoc factum monachis dicti loci, unde 
scandalum est exortum. 

-15. Domus de Arumpna est in bono statu in spiritualibus et tem- 
poralibus. 

-16. Domus de Castro in Montanis est in bono statu spiritualiter et 
temporal! ter. 

{Au dos :) Durannus Rechent, factum est GG LXXXI. 

(Original en parchemin. Le sceau a été enlevé.) 

(Bibl. nat., lat., nouv. acq. 2270, n° 20.) 

IV. 
Visite de 4282. 

(Extraite) 

Visitatio Arvernie facta per de Amberta et Ponticastri priores. 

i . Domus de Nigro Stabulo est in bono statu in temporalibus, ut 
referunt visitatores, tamen ecclesia est violata propter rixam factam 
per quendam monachum contra capellanum dicti loci; diffmiunt 
difflnitores ut propter rixam monachus puniatur et prior dicti loci 
agat contra dictum cappellanum de injuria facta monacho, si culpa- 
bilis reperiatur et faciat ecclesiam reconciliari. Sunt ibi duo monachi 
cum priore. 

2. Abbatia Tierni est in bono statu in spiritualibus et temporali- 
bus, ut referunt visitatores. Sunt ibi xiii*'" monachi. 

1. Ce rôle comprend les rapports des visiteurs d'Auvergne, de Poitou et de 
Provence. Nous ne donnons que la partie qui concerne notre sujet. L'original 
contient des ratures comme une minute d'acte. 



DE l'ordre de CLD.\Y. 77 

3. Prioratus Celsiniarum est in bono statu in spiritualibus, ut refe- 
runt visitalores et in temporalibus, ut asserit prior presens, ita quod 
nichil débet. Sunt ibi xlv monachi. 

4. Prioratus de Voila est in bono statu in spiritualibus et tempo- 
ralibus, ut referunt visitatores ; nichil débet. Est ibi consuetus nume- 
rus monachorum. 

D. Prioratus Sancti Flori est in bono statu in spiritualibus et 
temporalibus. Sunt ibi xxv monachi. 

6. Prioratus de Venna est in bono statu in spiritualibus et tempo- 
ralibus, ut referunt visitatores. 

7. Ad prioratum de Bort mittantur duo monachi et scribat domi- 
nus abbas domino episcopo Glaromontensi , ut faciat ibi melius 
officium divinum celebrari quam usque nunc fuerit celebratum, ob 
negligenciam famille sue. 

8. Ad prioratum de Gensac ponatur unus monachus sacerdos et 
quidam alius qui est ibi, qui non est sacerdos, ad locum alium trans- 
mittatur; et nichil débet. 

9. Ilem, in prioratu de Grasac, statuitur illud idem et nichil débet. 
^0. Ad prioratum de Roseriis mittatur unus monachus et dictus 

Ghampanois, monachus ejusdem loci, qui notarié diffamatus est de 
incontinentia, mittatur per priorem infra quindenam Pentecostes 
apud Gluniacum pro meritis puniendus. Et si vagans discurrat per 
prioratus, prior loci ad quem déclina verit mittat eum. Item prior 
provideat ne dominus abbas amittat ressortum horainum dicti loci 
propter culpam suam, ita quod propter deffectum justicie cogantur 
dicti homines alium dominum advocare; et prior débet l libras. 

\\. Prioratus Silviniacensem , de Rivis, de Arona, de Gastro in 
Montanis visitavit dominus abbas. 

(Rôle en parchemin.) (Bibl. uat., lat., nouv. acq. 2270, n° 22.) 

V. 

Visite de ^285. 

Anno Domini M° GG° LXXX" quinto, in Alvernia (en marge : 
Anno V°). 

Visitatio facta per Theobaldum de Rivis et per Philippum de Tupi- 
niaco, priores^ 

1. Tupigny, Aisne, arr. de Vervins, cant, de Wassigny. 



78 VISITES DES MONASTERES 

-1 . Die veneris post Pascha, visitavimus apud Vennam ; invenimus 
locum spiritualiter et temporaliter in bono statu, hoc excepto, quod 
prioratus predictus est obligatus in sexaginta libris vel circa, quia 
prior multos habuit defîectus in vino et in pluribus aliis in hoc anno. 

2. Item die sabbali sequenti visitavimus apud Mauziacum. Erant 
ibi XXX monachi cum abbate satis dévote divinum officium facientes; 
locus erat in bono statu in spiritualibus et temporalibus, Dei gratia 
mediante. 

3. Item die lune post ÇwasmotZo visitavimus apud Celsinias. Erant 
ibi triginta et sex monachi vel circa cum priore ; locus erat in bono 
statu spirituahter et temporaliter ^ 

4. Item die mercurii sequenti visitavimus apud Voltam. Erant ibi 
XXII monachi , locus erat in bono statu spiritualiter, temporaliter 
erat obligatus in centum libris, quia prior habuit multos defFectus in 
hoc anno in vino et in aliis, et habet multas contentiones contra plu- 
res magnâtes pro quibus multa expendere oportuit et adhuc oporte- 
bit, nisi aliud remedium apponatur. 

5. Item die jovis subsequenti visitavimus apud Sanctum Florum. 
Erant ibi xxv monachi vel circa dévote Deo servientes, locus erat in 
bono statu in spiritualibus et temporalibus. 

6. Item die dorainica qua cantatur Misericordia Domini^ visitavi- 
mus apud Pontem Gastri. Erat ibi unus monachus cum priore; 
locus erat in bono statu. 

7. Item die lune sequenti visitavimus apud Tyernum, Erant ibi 
XII monachi cum abbate divinum officium dévote célébrantes ; locus 
erat in bono statu spiritualiter et temporaliter, Dei gratia mediante. 

8. Item die martis subsequenti visitavimus apud Nigrum Stabu- 
lum. Locus erat in bono statu spiritualiter et temporaliter^. 

(Le lacs de parchemin a été arraché et l'acte troué en cet endroit.) 

(Original en parchemin.) 

(Bibl. nat., lat., nouv. acq. 2270, a" 18*.) 

1. Un mot effacé. 

2. Introït et nom du second dimanche après Pâques. 

3. Nous complétons cette visite à l'aide du chapitre général de 1285, qui nous 
donne l'état du prieuré de Bort : 

« Visitatio Arvernie facta per de Rivis et de Tupiniaco priores. 

« Domus de Boort, quam tenet reverendus in Christo episcopus Claroraon- 
tensis patitur detrimentum in spiritualibus et temporalibus; minus sufficienter 
ministratur monachis ibidem morantibus, depereunt jura et jurisdictiones dictse 
domus. Edificia etiam generaliter minantur ruinam ; imo jam in casum et rui- 
nam miserabilem devenerunt; ordinet domnus abbas, ut viderit expedire. » 
(Bibl. de la Chambre des députés, B" 89, t. 22, fol. 179-180.) 

4. L'inventaire du fonds de Cluni date cet acte de 1280; c'est qu'il n'a pas 



DE L ORDRE DE CLONr. 79 

VI. 

Visite de l'Auvergive, ^293. 

[Extrait K) 

Difinitiones capituli generalis facte per de Silviniaco, de Marci- 
gniaco, de Rivis, de Vandopera, de Sancta Margareta in Helincuria, 
de Vota, de Tornaco, de Berbezillo, de Podio Ganagobie, de Gravi- 
longua, de Nigro Stabulo, de Alla Petra, de Borto, de Urmatis^ et de 
Ryons priores, anno Domini millesimo ducenlesimo nonagesimo 
tertio. 

Visitatio Alvernie. 

-i. Quia prior de Arona domum suam anno isto, ut refferunt visi- 
tatores, obligavit in centum libras, sciât dominus abbas causam 
debiti sic contracti, quia visitatores scire non potuerunt propter absen- 
ciam prioris supradicti. 

2. Quia vicecomes de Vantadoro occupavit et occupât aliquos redi- 
tus et jura prioratus de Vantadoro, super quibus revocandis prior 
actenus fuit negiigens et remissus, precipiunt diffînitores quod prior 

été tenu compte du mot quinto, qui se trouve en toutes lettres au-dessous de 
la date en chiffres M" CC° LXXX°. La comparaison de la visite avec le chapitre 
général de 1285 nous a montré que telle était la véritable date. 

En consultant dans le même inventaire, p. 273, la description du tome 82 
de la collection de Bourgogne (chartes originales de Cluny), nous avions été 
tenté de placer ici l'acte n° 364, relatif à des droits du doyenné d'Escurolles 
(juin 1290), puisque Escurolles (Allier, arr. de Gannat, chef-lieu de canton) 
faisait partie de l'archiprêtré de la Limagne et du diocèse de Clermont. Mais, 
à y regarder de près, le texte porte : « Escocoles. » Or, ce mot nous parait 
devoir être identifié avec Ecussoles, h. de Saint-Pierre-le-Vieux (Saône-el- 
Loire), qui est nommé dans les chartes de Cluny Escozolas (n° 446), Escutiola 
(n" 479), même Escurolas pour Escuzolas (n° 562) et Escusiolis en 1215, d'où 
Escocoles en langue vulgaire. Ce qui le prouve surabondamment, c'est que 
l'acte en question est une donation de la moitié de la prévôté de Montmélard 
(Saône-et-Loire, arr. de Màcon, canton de Matour), qui dépendait de la directe 
d'Ecussoles. 

1. Nous imprimons un extrait des Définitions du chapitre général de 1293 
en ce qui concerne l'Auvergne, parce qu'elles renferment le procès-verbal de 
la visite de l'année. 

2. Urmatis alias Ulmatis. Cassini le nomme prieuré de Notre-Dame des 
Ulmates, près de Cazeneuve, aujourd'hui Caseneuve, Vaucluse, arr. et cant. 
d'Apt. Cf. Bibl. Clun., c. 1729 C. 



80 VISITES DES MONASTÈRES 

dicti loci in revocandis predictis apponat taie consilium quod non 

possit ulterius de negligencia reprehendi. 

3. Quia diffinitores audiverunt de priore Saxeniarum^ competen- 

ter non posse in prioratu de Saxeniis commorari, ordinaverunt diffi- 

nitores quod dominus abbas super hoc meliori modo quo poterit et 

videbit secundum Deum et justiciam et regularia ordinis instituta 

apponat remedium opportunum ; cetera sunt in bono statu etc. 

Visitatio Pictavie, etc. 

(Original en parchemin.) 

(Bibl. nat., lat., nouv. acq. 2270, a» 30.) 

VIL 
Visite de 4294. 

Visitatio Alvernie factaper de Marcigniaco et de Thisiaco^ prio- 
res. Anno Domini M CC nonagesimo quarto^. 

\. Apud Gastrum in Montanis sunt quatuor monachi sacerdotes, 
prêter priorem, nec unquam fuerunt plures. Fiunt ibi divinum offi- 
cium, hospitalitas et elemosina competenter, domus nichil débet, 
habet victualia usquead fructus novos. Monachi non habebant strata, 
precepimus ut haberent. Prior multa bona fecit in locis que tenet. 

2. Apud Haronam sunt duo monachi prêter priorem, non consue- 
verunt, ut dicunt prior et monachi, plures esse. Fiunt ibi divinum 
officium, hospitalitas et elemosina competenter, domus débet lx hbras 
turonenses, et habet victualia usque ad fructus novos, multa bona 
temporalia fecit prior in dicto loco ; dixerunt nobis prior et monachi 
predicti quod dictus locus raultum gravatur, quia multi priores ordi- 
nis et maxime conventuales sepe et indifferenter ibidem veniunt 
causa hospitandi, licet loci quantum ad hoc non suffîciant facultates. 
Monachi non habebant strata, precepimus dicto priori quod eis pro- 
curaret infra capitulum générale. 

3. Apud Selvigniacum sunt quadraginta septem monachi prêter 

1. Pour Salsinarum, Celsiniarum? Sauxillanges. 

2. Marcigny, Saône-et-Loire, arr. de CharoUes; Thizy, Rhône, arr. de Ville- 
franche-su r-Saône . 

3. Le résumé de cette visite se trouve dans le chapitre général de 1295. Les 
jours des visites n'étant pas indiqués, nous ne pouvons savoir si le rapport a 
été prêt assez tôt pour 1294. Lorsque le rapport des visiteurs arrivait après la 
clôture du chapitre général d'une année, il était renvoyé à l'année suivante. 
Voyez la visite de 1318. 



DE L ORDRE DE CLUNY. 84 

priorem, de quibus fecit très prior citra capitulum générale per litte- 
ras domini abbatis, ut nobis retulit idem prior. Nec debent esse nisi 
quadraginta, ut referunt seniores. Fiunt ibi divinum officium, hospi- 
talitas, et elemosina competenter. Prior débet m centum libras sine 
usura. Non minuit debitum anni preterili propter decimara régis, et 
alias exactiones. Habet victualia usque ad fructus novos. Prior multa 
bona fecit in dicto ioco. 

4. Apud Ris sunt xx monachi prêter priorem, de quibus prior 
recepit duos citra capitulum générale, de mandate domini abbatis, 
ut nobis retulit supprior dicti loci. Est antiquus numerus de tres- 
decim, proutantiqui monachi nobis dixerunt et quidam antiquijurati 
presbyteri et burgenses. Fiunt ibi divinum officium, hospitalitas et 
elemosina competenter. Habet domus victualia usque ad fructus novos. 
Débet vriF'' libras turonenses circa. 

5. Apud Veynam sunt octoginta moniales et duo monachi prêter 
priorem, quorum unus est supprior, et alter moratur pro majori parte 
apud Castrum in Montanis, ubi solebat esse monachus cum priore; 
non solebant tôt esse moniales ibidem. Fiunt ibi divinum officium, 
hospitalitas et elemosina competenter, excepto quod non dicunt tri- 
ginta psalmos familiares^ nisi in quadragesima et adventu, nec jacent 
omnes in dormitorio, nec comedunt in refectorio, sed in cameris 
suis propter parvitatem, ut dicunt, refectorii et dormitorii predicto- 
rum. Quando prior est absens et supprior infirmatus, moniales prop- 
ter deftectum confessorum cum secularibus sacerdotibus confitentur. 
Non habent dicte moniales victum nec vestitum suffîcientes, licet 
habeant ut consueverunt. Domus nichil débet. Habet victualia usque 
ad fructus novos. 

6. ApudTyernum suntxiiri monachi prêter abbatem, non consue- 
verunt plures esse, ut dicunt abbas et monachi dicti loci. Fiunt ibi 
divinum officium, hospitalitas et elemosina competenter. Quidam de 
monachis non habebant strata, precepimus ut haberent et promisit 
abbas quod eis procuraret infra capitulum générale. Abbatia débet 
quinquaginta libras turonenses. Habet victualia usque ad fructus 
novos. Abbas multa bona fecit in dicto Ioco. 

7. Apud Augeroles sunt duo monachi prêter priorem, quorum uni 
dabatur pecunia pro vestiario; inhibuimus de cetero ne daretur. 

1. « Psalmi familiares dicuntur ii, qui in omnibus 12 lectionibus horas sequun- 
tur. Familiares vero nuncupabantur, quod pro familiaribus seu monasterii 
amicis et benefactoribus recitabantur. » Du Cange, \° Psalmus. 

4894 6 



82 VISITES DES MONASTÈRES 

Non celebrabant missam, nisi quando volebant nec dicebant tri gin ta 
psalmos ; precepimus quod facerent ebdomadas suas unus posl alte- 
rum et dicerent triginta psalmos, maxime in Quadragesima et Adventu. 
Non habebant strata, precepimus quod prior providereL eisdem. In 
aliis vero fiunt divinum officium, hospitalitas et elemosina compe- 
tenter. Domus nichil débet. Habet victualia usque ad fructus novos. 

8, Apud Rosers sunt duo monachi prêter priorem, quorum uni 
dabatur pecunia pro vesliario. Inhibuimus de cetero dari. Fiunt divi- 
num officium, hospitalitas et elemosina competenter, excepto quod 
non dicebant dicti monachi triginta psalmos, nec psalmos familia- 
res; precepimus ut de cetero dicerent dictos psalmos et maxime in 
Quadragesima et Adventu. Quedam turris corruit et quedam pars muro- 
rum clausure dicte domus, hoc idem visitatores anni preteriti retu- 
lerunt. Domus habet victualia usque ad fructus novos. Domus débet 
octoginta iibras et triginta quatuor solidos. Monachi non habebant 
strata, precepimus ut haberent. 

9. Apud Gresac sunt très monachi prêter priorem, non consueve- 
runt ibidem esse nisi duo, prout prior et monachi et quidam anti- 
quus secularis nobis dixerunt. Fiunt ibi divinum officium, hospita- 
litas et elemosina competenter. Domus nichil débet. Habet victualia 
usque ad fructus novos. Monachi non habebant strata; precepimus 
ut haberent. 

-10. Apud Ghaçac est unus monachus cum priore nec consueverunt 
ibidem plures esse. Fiunt ibi, ut dicunt prior et monachi, divinum 
officium, hospitalitas et elemosina competenter. Monachus non habe- 
bat strata; precepimus ut haberet. Multa bona fecit prior in dicto 
loco. Domus nichil débet, habet victualia usque ad fructus novos. 

i\. Apud Voltam sunt xxvi monachi prêter priorem, quorum duo 
sunt scolares et duo sunt in Lonbardia et habent litteras domini 
abbatis quod possint reverti quandoque voluerint. Et unus est fugi- 
tivus, jam sunt duo anni elapsi, ut nobis prior et monachi retule- 
runt. Prior recepit très monachos per litteras domini abbatis citra 
capitulum générale et unum ad instantiam conventus de Volta, de 
quo dictus prior cum domino abbale locutus fuit, qui ei super hoc 
respondit quod suam faceret voluntalem, ut aperit idem prior. Non 
consueverunt esse ibidem nisi xxiiii monachi, computato priore. 
Monachi non habebant omnes strata, precepimus ut haberent; nec 
dabatur eis nisi quinque solidi pro calciatura et omnibus c solidi 
turonenses pro vestiario annuatim, quos dividebant inter se. Inhi- 
buimus priori ne de cetero pro vestiario pecuniam eis daret, sed de 



DE l'ordre de cluny. 83 

stratis et vestiario regulari eis secundum statuta regularia provide- 
ret. Gonventus non habebat domum pro infîrmaria deputatam. Prior 
promisit nobis domum aliquam ad hoc sufficientem depulare et infir- 
mis famulum, et alia necessaria ministrare. Fiunt ibi divinum offi- 
cium, hospitalilas et elemosina competenter. Domus nichil débet; 
habet viclualia usque ad fructus novos. Quia quidam monachus in 
presentia prions dixit nobis quod prior tenebat quinque prioratus 
ad manum suam, in quibus consueverant esse monachi cum priori- 
bus résidentes, nos vocatis priore, suppriore, et senioribus dicti loci 
in presentia monachi supradicti, eis precepimus in virtute sancte 
obedientie et sub pena excommunicationis, quod super premissis 
nobis dicerent veritatem; qui omnes iosimul et singulariter respon- 
derunt quod nunquam viderunt in dictis prioratibus monachos cum 
prioribus mansionem habentes nec in eisdem sufficiunt facultates, 
preterquam in domo de Belac, in qua duo monachi commorantur. 

-12. Âpud Sanctum Florum sunt xxvii monachi prêter priorem, 
non debent esse nisi xxv computato priore. Fiunt ibi divinum offi- 
cium, hospitalitas et elemosina competenter. Piures de monachis non 
jacebant in stratis; precepimus ut jacerent. Quidam de monachis 
recepta porcione panis et vini et generalis ^ seu pictancie vendebant 
et ilhcite detraliebant seu dabant elemosinas deffraudando, prout fuit 
nobis dictum in prioris presentia et conventus. Inhibuimus ne de 
cetero istud fiât. Domus débet 1111^ libras turonenses. Aumenlavit 
prior debitum anni preteriti propter multas acquisitiones utiles et 
necessarias, et expensas quas fecit, tabelliones régis et officiales ac 
curiam episcopi Glaromontensis de villa Sancli Flori et ejusdem jus- 
ticia expellendo. Habet victualia usque ad fructus novos. 

i 3. Apud Vantadorum sunt quinque monachi prêter priorem, non 
consueverunt esse, nisi très, ut dicunt prior et monachi. Fiunt ibi 
divinum officium, hospitalitas et elemosina competenter. Domus débet 
quadraginta quinque libras turonenses. Aumentavit prior debitum 
anni preteriti de xx libris turonensium propter tempestatem et def- 
fectum vini. Habet victualia usque ad fructus novos. Prior non habet 
coadjutorem secundum diffinitionem, quamvis bene indigeret prop- 
ter debilitatem corporis ac etiam senectutem, ut nobis monachi in 
sua presentia retulerunt. Monachi non habebant strata, et recipie- 
bant pecuniam pro vestiario. Precepimus dicto priori ut tam in ves- 
tiario quam in stratis dictis monachis necessaria ministraret, et ne 

1. Du Gange, v° Générale. 



84 VISITES DES MONASTÈRES 

de cetero pro vestiario pecuniam eis daret. Quidam serviens, Egidius 
nomine, tenens claves et administrationem dicti loci, concubinara 
suam habebat in villa, a qua plures pueros habet quos nulriebat de 
bonis dicti prioratus , ut in presentia dicti prioris nobis dixerunt 
monachi supradicti. Inhibuimus dicto priori ne de cetero dictum 
servientem in officio retineret. 

■14. Apud Bortum sunt quatuor monachi prêter priorem nec con- 
sueverunt ibidem plures esse. Fiunt ibi divinum officium, hospitali- 
tas et elemosina competenter. Domus nichil débet. Habet victualia 
usque ad fructus novos. Monachi non habebant strata; precepimus 
ut haberent. Prior multa boua fecit in dicto loco. 

-15, Apud Gelsigniacum sunt xliii monachi, computato priore. 
Dixit nobis prior quodrecepithtteras domini abbatis de tribus mona- 
chis noviter faciendis, non debent esse nisi xxxv monachi, computato 
priore, prout referunt seniores. Fiunt ibi divinum officium, hospitali- 
tas et elemosina competenter. Quidam de monachis non habebant 
strata ; precepimus priori et camerario, quod de his non habentibus 
providerent. Débet domus iin'^ lxviii libras turonenses. Habet vic- 
tualia usque ad fructus novos. 

-16. Apud Mauziacum sunt xlv monachi, dixerunt nobis quidam 
de antiquis quod non debent esse nisi xxxv vel circa, et cum nos 
peteremus instanter, ut super antiquo numéro nobis dicerent veri- 
tatem, responderunt nobis quo[d] ad presens non erant de predicto 
numéro bene certi, quare precepimus priori, decano et celarario 
quod mitterent ad capitulum ad certificandum difflnitores de anti- 
quo et certo numéro monachorum. Fiunt ibi divinum officium, hos- 
pitalitas et elemosina competenter. Débet abbatia ix<^ libras turonen- 
ses, lam pro debitis quam pro victualibus usque ad fructus novos 
emendis, prout nobis prior et monachi retulerunt. 

-17. Apud Nigrum Slabulum sunt quatuor monachi computato 
priore, nec unquam fuerunt plures. Quidam non habebant strata; 
precepimus ut haberent. Fiunt ibi divinum officium, hospitalitas et 
elemosina competenter. Domus débet xxx libras turonenses. Habet 
victualia usque ad fructus novos. Non invenimus in tota kameraria 
Alvernie aliquem iocum in quo statuta pappalia et difflnitiones dif- 
fînitorum plenarie servarentur. 

(Original en parchemin. Les sceaux n^existent plus.) 

(Bibl. nat., lat., nouv. acq., 2270, n° 33.) 



DE L ORDRE DE CLUNT. 85 

VIII. 
Visite de ^3^8. 

Visiiatio Arvernie anni Domini M CGC XVIII° pro capitula anni 
Domini M CGC XIX facta per priores de Caroloco et de Genzaco ^ . 

Memoria de prioratu de Bredon et de decanatu de Caranaco, in 
quibus locis hospitalitas fuit denegata visitatoribus 2. 

-1. Primo in prioratu de Venna sunt quaterviginti moniales satis 
honeste se habenles, nec habent sufficiens dormitorium et ideo jacent 
quamplures in cameris et manducant; multum conqueruntur de pic- 
tan tia, cum non habeant in die nisi solum obolum et supplicant 
muUum quod augmentetur. In domo Pontis Gastri, quam tenet prior 
de Venna, est quidam monachus, Guillelmus nomine, qui non potest 
ibi morari ex causa. 

2. In prioratu de Augerolis sunt duo monachi cum priore honeste 
se habentes sine odda^ tamen; prior meliorat domum pro posse, 
tamen jurisditio est ad manum régis propter debatum. Socii non 
habent calicem ncque breviarium, neque albas: precepimus priori ut 
calicem procuret et albas et quam cilo poterit breviarium, quod pro- 
misit nobis se facturum in brevi dictus prior. 

3. In Nigro Stabulo sunt très monachi honeste se habentes cum 
priore, qui bene se habet in administratione; débet circa trecentas 
hbras et solvit circa mille libras, ut dicit. 

4. In abbatia de Tyerno non est certus numerus monachorum, 
tamen sunt circa xvin honeste se habentes, abbas bene régit. Non 
tenetur ibi capitulum omni die propter debililatem prioris ; precepi- 
mus abbati ut unum socium tradat priori, qui ipsumjuvet et maxime 
quatinus dictus prior non jaceat in dormitorio et quatinus capitulum 
omni die teneatur ibidem, quod promisit se facturum. 

5. In prioratu de Rivis sunt viginti monachi honeste se haben- 
tes, tamen non debent esse secundum quod dicitur nisi xvm et sunt 
ultra numerum de tempore predecessoris prioris qui nunc est. Non 
tenetur ibi capitulum omni die, quia non est consuetudo et supprior 
non habet socium et aliquando est absens. Non jacent in dormitorio 

1. Au sujet de la date, voyez la note en tête de la visite de 1294. 

2. Cette note se trouve en marge, au-dessous du titre. 

3. « Odda » pour « oda? », Canticuni. Cf. Du Gange, hoc verbo. 



86 VISITES DES MONASTERES 

pro eo quia parvum est et non possent omnes insimul jacere et lecti 
non sunt regulares et excusant se raonachi de impotentia. 

6. In prioratu de Arona non moratur prior neque monachus; 
helemosina et hospitalitas non sunt. Ibi domus indigent multum 
coopertura. Precepimus priori ut circa predicta opponat reme- 
dium, quod facturum se promisit; et in brevi attenuavit debitum, ut 
asserit, de quatercentis libris et adhuc débet circa lx libras et non 
ultra, ut dicit, et quindecim sextarios bladi. 

7. In prioratu de Silvigniaco sunt quinquaginta monachi honeste 
se babenles. Prior attenuavit debitum, ut dicit procurator, priore 
absente, de quingentis libris et adhuc débet circa mille. 

8. In prioratu de Volta sunt xxix monachi, tamen non debent esse 
nisi XXV ; illi qui sunt ultra numerum sunt de mandato domini abba- 
tis, ut dicit prior qui nunc est; recepit domum obhgatam in mille 
et ducentas libras, licet non dictum fuerit sibi, nisi de quatercentis 
hbris ; non débet ad presens trescentas libras, quia residuum solvit. 
Sacrista et conventus conquerunLur et pluries conquesti sunt super 
eo quod abbas Figiacensis, qui nunc est, quando recessit de loco, 
tempore sue promotionis, secum portavit quedam vestimenta dicti 
loci, que valent l libras et ultra, et de restituendo suas litteras dédit, 
quod facere recusavit pluries requisitus. Gentes domini de Merculio 
custodiunt villam et portas, prior se excusât quod non faciunt de 
ejus voluntale et débet sibi dare htteras dominus quod non prejudi- 
cabit in futurum. Item memoria de quodam monacho, vocato Johanne 
de Ghasagnis, qui maie se habuit in loco et est ei assignata manssio 
apud Falifocum. Non est ibi celerarius monachus ; precepimus priori 
ut per monachum conventui faciat ministrari, quod facturum se 
promisit. 

9. In prioratu de Gensaco est unus monachus cum priore; prior 
bene vellet habere secum unum magis maturum, licet iste sit nepos 
suus, prior est nimis senex et monachus nimis juvenis : adponen- 
dum est remedium. 

•10. In prioratu de Greysaco sunt duo monachi satis honeste se 
habentes. Prior est scolaris in Montepessellano [sic], Aliquot debentur 
de tempore sui predecessoris, qui bene se habuit in ordine et bene 
habebat, de quo possent sohi et conqueruntur creditores. 

■H. In prioratu de Roseriis sunt duo monachi cum priore, quo- 
rum unus propter infîrmitatem supervenientem est minus ydoneus 
ad celebrandum et divinum officium faciendum, licet in aliis honeste 
conversetur. 



DE L ORDRE DE CLUNT. 87 

^2. In prioratude Vantadoro sunt quinque monachi, quorum unus 
est scolaris de licentia domini abbatis, ut dicit prior dicti loci et alii 
honeste se habent. Prior débet circa quaterviginti libras, ut dicit. In 
villa de Vantadoro et in domo cujusdam layci moratur quidam mona- 
chus, Johannes de Vantadoro nomine, sive manssione, in habitu se 
gerens inhoneste. 

^3. In prioratu de Borto prior non moratur et habet unum de 
quatuor monachis qui ibi esse debent secum et sic non sunt nisi 
très, nimis honerati de divino offlcio; statum scire non potuimus 
propter absenliam prions. 

(Original en parchemin. Pièce autrefois scellée; le sceau manque.) 

(Bibl. nat., lat., nouv. acq. 2271, n° 60.) 

IX. 
Visite de ^33^ (1332). 

Anno Domini millesimo frecentesimo tricesimo primo*, visitatio 
Arvernie per religiosos viros, priores de Venna et de Campivoto^ 
visitatores ordinis Cluniacensis in catneraria Arvernie pr édicté. 

•i. Die mercurii cinerum visilaverunt apud Nigrum [SJtabulum^. 
Divinum officium et hospilalitas et elemosina bene fiunt ibidem. 
Domus est obligata in ri= libris, diu est, absque usuris, debentur 
priori plusquam debeat et habet blada ad vendendum usque ad sum- 
mam predictam et promisit visitatoribus dictum debitum persolvere 
et in brevi. 

2. Item die veneris sequenti apud Thiernum. Omnia sunt in bono 
statu spiritualiter et temporaliter. Abbas dicti loci ecclesiam dicti loci 
corruptam obtime reedificavit et reparavit et adhuc décorât et réparât 
ipsam ecclesiam quantum potest. 

3. Item die dominica qua cantatur Invocabo^, visitaverunt apud 
Celsinias. Divinum offlcium laudabiliter fit ibi, elemosina, hospita- 

1. Cet acte est daté, au dos, de 1332 ; d'ailleurs, il renferme une enquête du 
mois de juin 1331 et a dû être présenté au chapitre général de 1332, comme le 
prouve le procès-verbal de ce chapitre, dont il y a une copie dans le manus- 
crit B" 89, t. XXIII, fol. 288. Biblioth. de la Chambre des députés. 

2. Champvoux, Nièvre, arrondissement de Cosne, canton de la Charité. 

3. Le rédacteur de cet acte supprime les s initiales; c'est ainsi que, plus loin, 
on trouve famine pour staminé, tupefacti pour stupefacti. 

4. Introït et nom du premier dimanche de Carême. 



88 VISITES DES MONASTERES 

litas bene fiunt, ut est fieri consuetum. Domus est obligala in 
111'= libris, tam pro fructibus unius anni quos émit a gentibus domini 
nostri pape, quam propter celeritatem et asperitatem temporis que 
anno preterito currerunt {»ic). 

4. Item die mercurii, apud Moziacum. Abbas débet ii'^ libras, tam 
creditorum, quam pro defectu vini sibi necessarii isto anno presenti . 
Item abbas habet arduam questionem et sumptuosara contra gentes 
regias et communitatem ville Riomi, quam viriliter prosequitur quan- 
tum potest \ cetera sunt in bono statu. 

5. Item die sabbati ante Reminiscere^ apud Rivos. Spiritualiter et 
temporaliter bene regitur quantum ad presens. Visitatores non potue- 
runt scire débita, quia prior de Crispeyo' de ipsis tenetur respon- 
dere, prout gentes prions de Rivis visitatoribus dixerunt. 

6. Item apud Vennam die martis ante dominicain in Passione. Divi- 
num officium, hospitalitas, helemosina bene fiunt ibidem; domus 
non estalicui obligata. Prior habet questionem cum communilate ville 
Pontis Gastri, super facto sepulturarum et cum presbiteris et clericis 
parochie dicti loci, super anniversariis olim legatis prloribus et ser- 
vitoribus dicte ecclesie et litigavit per xii annos non sine raagnis 
sumptibus et periculis et adhuc litigat et prosequitur jus ecclesie 
quantum potest ^. 

Item cum de tempore bone memorie domini Bertrandi, quondam 
abbatis Cluniacensis^, fuerit per Ipsum concessum sorori Dulci de 
Calvo Monte, moniali de Venna, ut homines honesti possent sociari 
et socielate sua et ipse cum ipsis bibere et comedere locis et horis 
congruis, cum licencia superioris sui, quod antea in dicto loco non 
fîebat, propter quod indifferenter ab illo tempore usque nunc alie 
moniales dicti loci comedunt cum hominibus et de nocte aliquociens, 
ex quo multa scandala et mala exempta poterunt evenire, nisi con- 
suetudo antiqua ibidem observetur et ad statum consuetum redu- 
catur. 

Item, quando moniales corriguntur pro excessibus predictis, nisi 
fiât ad ipsarum arbitrium, recurrunt ad seculares amicos et parentes 
et alios nobiles de hiis que per personas ordinis et superiores suos 
deberent corrigi et minas inferre procurant. 

Item, cum sint ibi alique domus super quibus aliquociens inter se 

1. Sans doute le prieur de Saint-Arnoul de Crépy-en- Valois, qui avait occupé 
auparavant le prieuré de Ris. 

2. Une ligne grattée avec soin. 

3. Bertrand P' de Colombiers, abbé de Cluny, de 1295 à 1308, 



DE l'ordre de clunt. 89 

moventur quesliones, dicte moniales procurent quod amici seculares 
de queslionibus se intromittant, nec permittunt quod superiores 
faciant justicie complementum, ex quo expansse fiunt in dicto loco 
et odium nobilium contra ecclesiam generatur et inter amicos ipsa- 
rum brige et rancores seminantur. Cetera sunt in bono statu. 

7. Item dominica in Passione, apud Voltam fuerunt visitatores. 
Omnia spiritualiter et temporaliter sunt in bono statu. Obedienciarii, 
qui habent ministrare necessario conventui, conqueruntur quod 
domnus abbas fecit ibi creare duos monachos ultra numerum con- 
suetum et petunt quod de dictis monachis exonerentur. 

8. Item apud Genciacum domus est obligata, cumputatis necessariis 
usque ad fructus novos, in lxx libris turonensium. Cetera sunt in bono 
statu. 

9. Item apudGresacum prior modernus invenit domum obligatam 
quando fuit prior nominatus in mille m" libris et in mille et centum 
sarcinis bladi, nunc per ejus industriam domus non remanet obligata 
nisi in ri'^ libris de quibus stant viii'^'^ adterminate ad quatuor annos 
solvende et alie xl libre pluribus creditoribus absque usuris debentur 
et de summa bladi supradicti solvit v<= asinatas bladi ; restant adhuc 
ad solvendum vi"= adterminate ad sex annos solvende absque usuris. 
Cetera sunt in bono statu. 

^0. Domus de Roseriis erat obligata pluribus creditoribus in magna 
summa quando prior qui nunc est venit ibi, modo attenuavit debi- 
tum usque ad xl libras. Cetera sunt in bono statu. 

U. Apud Augerolias visitatores non fuerunt per gentes domini 
cardinalis^ amisi, nec in aliquo fuit eisdem provisum, nec erat ibi ali- 
quis cum quo possent dicti visitatores de statu dicte domus inquirere. 

'12. Domus de Borto et de Ventadoro spiritualiter et temporaliter 
sunt in bono statu. 

-13. Domus de Arona spiritualiter et temporaliter est in bono statu. 

44. Apud Silviniacum fuerunt visitatores die jovis post Reminis- 
cere^. Sunt ibi xlviii monachi Domino servientes, de quibus sunt 
xxxii sacerdotes. Divinum officium bene fit ibidem. Domus bene repa- 
rentur et manutenentur, quaravis sint alique discooperte et repara- 
tione indigentes. Gentes domini cardinalis^ apponunt diligenciam 



1. Dominis cardinalis Avenionensis. Chapitre général de 1332. 

2. Introït et nom du second dimanche de Carême. 

3. Il s'agit du cardinal de Chartres (cardinalis Carnotensis), comme on lit 
dans le chapitre général de 1332. B" 89, t. XXIII, fol. 288. 



90 VISITES DES MONASTÈRES 

quantum possunl; elemosina, hospilalitas et alia caritatis opéra fîunt 
ibidem competenter ; pensio scolaris Parisiensis debetur de duobus 
annis, propter quod oportct quod scolaris tempus suum amittat et 
vadat vagabundus propter defecLum pensionissibi débite. Est ibi qui- 
dam monachus, nomine Steplianus Dalmais, mansionarius Glunia- 
censis , qui in partibus illis de incontinentia multipliciler est 
diffamatus et est inobediens et sicut girovagus incedit et est excom- 
municatus propter injectionem manus factam in priorem de Broco. 

Item dicti visitatores preceperunt ei ut ad mansionem suam sibi 
assignatam apud Gluniacum loco donni Theobaldi de Firmitate et per 
ipsum acceptatam iret, qui dictis visitatoribus in omnibus fuit rebellus. 

Item dictus Slephanus et donnus Regnaudus de Buyson, mansio- 
narius de Paredo, quadam nocte, prout in quadam informatione que 
sequitur contenetur, intraverunt in prioratum de Broco et ibidem 
multa malefîcia perpetraverunt prout inferius continetur. 

ce Informatio facta ex officio per nos visitatores ordinis Clunhiacen- 
sisin Arvernia, prodominis diffinitoribus capituli Clunhiacensis super 
eo videlicet_, quod cum ad aures nostras pervenerit, quod quadam 
nocte circa festum Nativitatis beati Johannis Baptiste, anno Domini 
M° CGG° tricesimo primo, prior de Broco, Claromontensis dyocesis, 
dicti Gluniacensis ordinis, priori Silvigniaci immédiate subjectus, 
inventus fuerat, ut dicebatur, in aduiterio cum quadam muliere per 
fratrem Stephanum Dalmacii, tune monachum Silvigniaci, qui frater 
Stephanus coram nobis hoc factum asseruit, propter cujus assertio- 
nem nos visitatores predicti dictum priorem de Broco coram nobis 
vocavimus super hoc responsurum. Qui prior, facta prius protesta- 
tione, quod per aliqua que dicet coram nobis, de appellatione sua 
facta per ipsum ab audientia vicarii reverendi patris in Ghristo ac 
domini domini P. Dei paciencia titulo Sancti Martini in Monlibus pres- 
biteri cardinalis, priorisque Silvignaci', ad sedem apostolicam non 
intendebat se in aliquo recedere, ymo pocius semper in eadem exis- 
lendo, dixit tamen, sua protestatione semper salva, quod ipse loco et 
tempore competenti se de predicto malefficio intendere brevi deffen- 
dere ac légitime relevare et suas bonas raciones, deffensas et inno- 
centias veras ac légitimas dicere, ostendere et manifestare, ita quod, 
Deo dante, cuilibet apparebit manifeste, seu apparere polerit ipsum 

1. Sans doute Pierre de Chappes, évéque de Chartres, et cardinal en 1327. 
V. Gallia christ., VIII, 172. 



DE l'ordre de cluny. 94 

de predicto facinore esse penitus innocentem et quod ea que dixit et 

fecit dictus Stephanus Dalmacii, ipse dixit et fecit praviter, prodicio- 

naliter ac fraudulenter et ex sua prava malicia et cordis rancore, 

iratus quod pro suo villi peccato ac pravitate sua approbatus * seu con- 

fessatus coram subpriore Silvigniaci de prioratu de Broco suam ami- 

serat mansionem ; et cutn ipse dictum priorem aliter non potuisset 

diffamasse nec se ab ipso vindicasse, ut ipsemet pluries se jactaverat, 

ipse Stephanus et plures alii sui conplices, clerici monachi et layci 

inter se contra dictum priorem dictum maleffîcium machinaverunt et 

conspiraverunt et ad dictum prioratum de Broco de nocte cum armis 

et gladiis acutis ac faciebus suis fictis denigratis suisque vestibus 

mutatis, ne ab aliquo cognoscerentur, venerunt ac dictum prioratum 

fregeruntet cameramdicti prioris fraudulenter intraverunt et dictum 

priorem in lecto suo dormientem ceperuntet verberaveruntet manus 

suas in eumdem injexerunt temere, violenter usque ad sanguinis effu- 

sionem necnon et secum adduxerunt quandam villem mulierem, quam 

in lecto dicti prioris posuerunt, cum qua dictum priorem de cordis 

ligari voluerunt; sed cum hoc vidisset dictus prior fugit se in quadam 

latrina prope cameram suam, damans alta voce : « Al aboust, A 

larons » et quod tune dicti maleffactores,auditoclamore, timentesde 

gentibus dicti prioris, ut citius potuerunt, se fugerunt, sed tamen 

ipsum priorem de bonis suis, loco et cetera usque ad magnam sum- 

mam derobaverunt et dictam mulierem quam in dictum prioratum 

conducerant secum reduxerunt; sed tamen dictus prior de Broco super 

premissis aliquod noluit proponere vel deffendere coram nobis, 

dicens et asserens super aliquibus de predictis dependentibus, se a 

vicario domini cardinaUs predicti ad sedem apostolicam appellasse, 

de qua appellacione se non intendebat in aliquo recedere, ymo de 

existendo in eadem semper faciebat protestacionem. Undenos prefati 

visitatores, hiis auditis, cupientes ac veritatem super premissis scire 

multiim desiderantes, ad nos informandum tam de et super fama 

dicti prioris et de dicto malefficio, si dictus frater Stephanus cum suis 

complicibus dictam mulierem ad dictum prioratum adduxerat, aut de 

dicto priore si ipsam mulierem venire fecerat aut non, quam etiam 

de fama Stephani monachi supradicti, testes infrascriptosjurarefeci- 

mus ad sancta Dei Euvangelia deveritate dicendaet eos exhaminavi- 

mus dihgenter. 

Primo apud Silvigniacum. 

Hi sunt testes exhaminati super premissis de fama dicti prioris de 
1. Lisez probatus, convictus. 



92 VISITES DES MONASTERES 

Broco apud Silvigniacum die mercurii post dominicam qua cantatur 
ReminiscereK Anno Doraini M" CGC» tricesimo primo, videlicet reli- 
giosi viri el honesti frater Guilielmus de Firmitate, subprior Silvi- 
gniaci, frater Robertus de Buxeriis, socius in ordine, frater Steplianus 
de Mota, sacrista Silvigniacl, frater Jacobus de Viriseto, elemosyna- 
rius Silvigniaci, frater Petrus de Tolosain, preceptor Silvigniaci, fra- 
ter Johannes de Paredo, frater GuilMmus de Verneyo, et frater Eraul- 
dus Labise, monachi claustrales Silvigniaci et alii de conventu dicti 
loci; item apud Firmitatem religiosus vir frater Pbilipus de Mota 
monachus Silvigniaci ac sacrista Firmitatis et frater Johannes Torun 
socius dicti loci. Omnes isti predicti religiosi disposuerunt per jura- 
menta sua, quod nunquam de dicto priore de Broco audiverunt ali- 
quam malam suppositionem, ymo ipsum semper fuisse et adhuc esse 
bonum, probum, legitimum religiosum et honestum et debona vita, 
laudabiii et honesta et quod semper stetit legilimus et fervens in 
ordine et bonus administrator, bonamque continue tenuit hospitali- 
tatem. Asserentes eciam predictum malefficium inique et ex malicia 
factura et perpatratum fuisse et hoc credunt et intendunt in veritate. 
Item interrogavimus et exhaminavimus dictos testes super fama 
predicti Stephani Dalmacii monachi, per quorum testium attestationes 
invenitur quod dictus Stephanus fuit apud Silvigniacum regulari cor- 
rectione punitus pro facto criminali adulterii perpatrati cum quadam 
nobiU sive domicella. Item et alias cum illa rauliere quam dicitur 
duxisse in prioratum de Broco, pro qua eciam muliere amisit suam 
de Broco raansionem ; quare credunt ex pura malicia dictum malef- 
ficium contra priorem de Broco per dictum Stephanum perpatrasse^ . 
Item invenimus nos informando de fama predicti Stephani apud 
Silvigniacum, quod ipse diclani mulierem, quam dicitur ad priora- 
tum de Broco duxisse, tenuit apud Silvigniacum étante fores ecclesie 
a tempore dicti facinoris perpatrati vel a festo Natalis beati Johannis 
Baptiste usque nunccontinuo ac de pane, vino, etsustantia prébende 
sue ac de bonis ecclesie conlinuo dictam mulierem sustentavit et hoc 
probatur per religiosos viros, fratres Johannem de Paredo et Guillel- 
mum de Verneyo, monachos et socios tune dicti Stephani in caméra 
infirmarie Silvigniaci et per quemdam monacum, vocatum Taxun, 
qui eos serviebat in dicta caméra et per Guillelmura Manusset et ejus 
uxorem de Silvigniaco, hospites dicte mulieris et peruxorem Guilhe- 
meti de Silvigniaco, qui predicta deposuerunt per sua juramenta esse 

1 . Introït et nom du second dimanche de Carême. 

2. 11 faudrait perpetratum fuisse. 



DE l'ordre de cluny. 93 

vera et quod dictum malefflcium fuit ex pura malicia contra priorem 
de Broco perpatratum. 

Item testes exhaminati super premissis apud Sanctum Porcianum 
die sabbati anle festum Adnuntiacionis Dominice, anno ut supra. 
Primo religiosi viri et honesti frater Hugo de Monte Perosio, subtus- 
prior Sancti Porliani, Glaromontensis diocesis, ordinis Trenorchiensis, 
frater Petrus de Javardon sacrista dicti loci, frater Guillelmus de Mar- 
tilhiaco et alii seniores conventus dicti loci et religiosus vir frater 
Johannes de Thori, gardianus fratrum minorum Sancti Portiani, fra- 
ter Guillelmus de Escuroliis, frater Guillelmus Bardonis, et alii 
seniores conventus dictorum fratrum minorum et eciam major et 
sanior pars burgensium ville Sancti Portiani, videlicet discretus et 
sapiens vir magister Bernardus Blancheti, cancellarius pro domino 
regein prepositura Palluelli, magister Johannes Andrée, judex Sancti 
Porliani, Stephanus Lamberti, Jordanetus Lamberti, Arnaudus de 
Puynaut, Petrus de Bar, Petronnius Mustonis, Robertus de Ghanona, 
Stephanus Frison, Stephanus de Turre aliter dictus Rossetz, Stepha- 
nus Gonstancii, Guillelmus Boniamici et Johannes Vacherii, burgenses 
ville predicte Sancti Portiani, omnes superius nominati religiosi et 
burgenses juraverunt ad sancta Dei euvangelia, quod nunquam scive- 
runt seuaudiveruntaliquampravamsuppositionemde prefato priore 
de Broco, ymo quod ipse est valde bonus, rehgiosus et honestus, de 
bona fama, de bonavita, conversationis laudabilis et honeste et sem- 
per fuit bonus administrator et tenuit bonam hospitahtatem et in Deo 
karitatem et quod ipsi credunt firmiter et intendunt, quod dictum 
malefflcium ex pura malicia et fraudulenter fuit contra dictum prio- 
rem perpatratum per dictum Stephanum Dalmacii monachum, qui 
sibi malivolebat, ut communiter dicitur, et quod de hoc est fama 
publica. 

Item illud invenimus per discretos et honestos viros, videlicet per 
decanum Vernolii et plures alios canonicos et per castellanum dicti 
loci, in quo loco dictus prior de Broco habet redditus et domum et 
facit in anno multociens mansionem. 

Item invenimus apud Brocum per testes qui sequntur, dictum prio- 
rem esse bonura religiosum ac bone famé, vite laudabihs ac conver- 
sacionis honeste, videlicet per dominum Guillelmum Gostelleti recto- 
rem ecclesie de Verneto, per religiosum virum et honestum priorem 
Sancti Germani de Salis, priorem de Vendat ordinis Vazeliarum, 
dominum Gerauldum socium de Vendat, monachum dicti ordinis 
Verzeliarum, fratrem Johannem de Fay dicti ordinis monachi, reli- 



, 94 VISITES DES MONASTÈRES 

giosum virum priorem de Genziaco, fratrem Stephanum de Cuiffie, 
dicli loci monachum, per nobilem virum dominum Johannem de Gen- 
ziaco militera, per priorem de Cappella et fratrem Geraldmn, ejus 
socium, canonicos Sancti Girberti, ordinis Premonstratensis, per rec- 
torem ccclesie Genziaci fratrem Johannem de Vareins sacristam 
Sancti Germani de Fossatis, per Petrura Meric, Rogerium de Bosco 
domicellos, Gausfridum Meric, Brunetum Corder, notarios régis, pro- 
pinquiores vicinos dicti prions, qui per juramenta sua de dicto priore 
de Broco dixerunt ut supra et quod ipsi credunt quod predictum 
malefficium factum fuit contra dictum priorem ex pura malicia et 
quod de hoc est fama. 

Item illud iddem dixit major et sanior pars ac multitudo omnium 
parrochianorum dicte parrochie de Broco et circumvicini, quasi una 
voce dicenles quod maximum peccatum est de hoc quod fraudulenter 
fuit contra dictum priorem inique et in prodicione factum et perpa- 
tratum et quod majus credunt in veritate quod dictus Stephanus Dal- 
macii et ejus complices dictam mulierem in prioratum de Broco et 
cameram prioris aduxissent, quam quod dictus prior ipsam venire 
fecisset, pro eo videlicet quia dictus Stephanus ab eadem jam fuerat, 
diu est, diffamatus et per ipsam de prioratu de Broco suam amiserat 
mansionera et ex tune fuit malivollens dicli prioris et super hoc est 
fama publica quod ipse cum suis complicibus dictum malefficium fecit 
ex pura malicia. 

Item Petrus Meritz procurator domini Scole ' et Rogerius de Bosco 
domicellus dixerunt per sua juramenta, quod ipsi credunt flrmiter et 
intendunt quod dictus Stephanus Dalmacii et sui complices dictam 
mulierem ad prioratum et cameram prioris predicti aduxerunt et pro 
eo videlicet quia die précédente ante dictum malefficium perpatratum 
dicta mulier deportavit panem, vinum et alia cibaria et victualia ad 
domum vocatam domum de Brocia, in qua erat asconditus idem Ste- 
phanus Dalmacii, que domus distat a Broco prope leoquàm 2 et in 
nocte sequente dictum malefficium fuit perpatratum et perpatrato 
facinore dictus Stephanus et dicta mulier se insimul recesserunt et 
dictus Stephanus ipsam mulierem ex tune continue pênes se tenuit et 
ad expensas suas, ut dicitur, et adhuc tenet et diu est ante dictum 
malefficium, est ab eadem diffamatus et per ipsam amisit de Broco 
mansionem, quare dicunt ut supra. 

1. École, Allier, commune de Brout-Vernet. 
ï. Leucam. 



DE l'ordre de cluny. 95 

Item invenimus per totam familiam de Broco, quod ipsa nocte in 
qua dictum malefficium fuit factum, quod quidam serviens régis (?) et 
plures alii hospites jacuerunt prope lectum et cameram dicti prions, 
quadam pariete intermedia, unde non est credibile, quod ipse prior 
taie fecisset malefficium ; quod si facere voluisset, saltim hostium^ sue 
camere appertum non dimisisset, quare ut supra. 

Item Bonitus Patella clericus et Guillelma tune temporis dicti prie- 
ris ancilla dixerunt per sua juramenta, quod in illa nocte in qua dic- 
tum malefficium fuit factum et ante dictum malefficium, ipsi decal- 
ciaverant dictum priorem dominum suum et sibi frecaverant pedes 
et postmodum ipsum priorem dimiserunt in lecto suo solum et 
nudum cum camisia sua tamine^, ut facere consuevit et sic eum 
dimiserunt dormientem et simpliciter hostium^ camere ad se traxe- 
runt, in qua caméra nec in toto prioratu nuUa mulier tune existebat 
et cum fuerunt cubati circa primum sompnum audiverunt gentes ver- 
sus cameram dicti prions dicentes : « Bene fecimus negotium nos- 
trum » et hiis auditis lupeffati sunt'' valdeet postmodum audiverunt 
dictum dominum suum priorem al ta voce clamantem : « Al abost, 
A larrons, » et tune audito clamore malefFatores fugierunt, ne gentes 
prioratus ipsos accipperent et tamen illam mulierem quam ad dictam 
cameram aduxerant, reduxerunt secum. Interrogati, si dicti maleflfac- 
tores dictam mulierem ad cameram prions duxerunt, aut non, dicunt 
quod in veritate credunt quod dicti maleffactores ipsam aduxerunt et 
pro eo quod ante dictum tumultum nulla erat mulier in dicta caméra 
nec in toto prioratu. Item dixit plus dicta ancilla quod ab illo tempore 
quo dictus S[tephanus] Dalmacii fuerat de illa villi muliere diffama- 
tus, ab illo lune quamcito quod dictus dominus prior audivit dici quod 
illa non erat proba mulier, quod ipse dominus prior sibi ancille, qui 
loquitur etaliis famulis suis inhibuit, ne illam villem mulierem in domo 
prioratus dimitterent habitare nullo modo, quia ante dictam infamiam 
aliquociens juvabat dicte ancille ad faciendum aliquod et lavandum 
pannos hospicii et lucrabatur panem, ut faciunt bone et probe 
mulieres; sed postquam dictus prior scivit ipsam diffamatam, bene 
per annum vel circa ante dicti facinoris perpetrationem, fuit sibi, ut 
dictum est, inhibitum ne in dicto prioratu habitaret quoquomodo : 
quare dicunt quod dictus Stephanus predictam mulierem ex pura 

1. Lisez ostium. 

2. Pour staminé. Voyez ci-dessus. 

3. Lisez ostium. 

4. Lisez stupefacti. 



96 VISITES DES MONASTERES 

malitia et pravitate, et sui complices ad cameram dicti prioris 
aduxerunt et quod de hoc est fama publica in parroehia de Broco et 
locis circumvicinis. 

Item religiosi viri et honesti, frater Raymondus de Tuelhes, prior 
de Mainciaco% frater Guillelmus Dontezac et frater Johannes de 
Bosco, monachi socii de Broco, dixerunt per sua juramenta prefatum 
priorem de Broco bonum religiosum esse et honestum ac de bona 
vita, conversatione laudabili et honesta, et quod in ipsum nunquam 
aliquam pravam suppositionem sciverunt; ymo quod est bonus reli- 
giosus et serviens in ordine et bonus administrator et ipse semper 
tenuit bonam hospitalitatem et in Deo karitatera, secundum quod 
se extendunt sui redditus prioratus et quod ipsi credunt in veritate 
quod dictus Stephanus Daimacii et sui complices dictam raulierem ad 
cameram dicti prioris aduxerunt. 

Item dicti religiosi, prior de Mainciaco et frater Guillelmus Donte- 
sac, dixerunt per sua juramenta, quod ipsi quadam die post modi- 
cum tempus quod dictus Stephanus amisit suam de Broco mansio- 
nem et ante dicti facinoris perpetrationem, loquebantur cum dicto 
Stephano, quum Stephanus inter cetera dixit talia verba : « Prior de 
Broco mihi fecit amitere meam mansionem, sed promito sibi, quod in 
brevi tempore et non tardabit, quod sibi faciam tantum pudorem et 
magnum dedecus, quod ipse imperpetuum remanebit diffamatus et 
quod ejus omnes amici erunt tupeffacti, » et post dictas minas et jac- 
tationem, paucis diebus interposilis, dictum malefficium fuit factum ; 
quare dicunt dicti religiosi ut supra. 

Item Johannes Pinoli clericus licet de complicibus predicti Stephani 
Daimacii, etc., dixit per suum juramentum, quod dictus Stephanus 
Dalmacius, ejus cognatus, ipsum Johannem misit quesitum utveni- 
ret secum loquturus de aliquibus et fuit ipsa die quod dictum male- 
ficium fuit faclum in sero, ita quod ipse Johannes venit ad dictum 
Stephanum circa vesperas et erant cum dicto Stephano alii socii et 
quidam alter monachus, qui vocabatur Raynaudus Busson et steterunt 
in quadam domo, vocata de Brocia, usque fuit tarde in nocte circa pri- 
mura somnum et tune venerunt ad prioratum de Broco, sed tamen 
dictus Stephanus yebat primus et de longe et tune faciebat multum 
oscurum, ita quod alter alterum non videbat, et dictus Stephanus 

1. Moissat-Bas, jadis Moyssat-le-Moustier, Puy-de-Dôme, arrondissement de 
Clerraont-Ferrand, canton de Vertaizon ; prieuré dépendant de l'abbaye de Saint- 
Lomer, de Biois. 



DE l'ordre de cluny. 97 

asserebat se esse procuratorem et sacrislam de Broco et intravit pri- 
mus dictum prioratuni et stetit aliquantulum et postmodum venit et 
iterum intravit primus per quamdam falsam posterlam ^ existentem 
rétro ecclesiam dicti prioratus et tune omnes intraverunt cum qua- 
dam lanterna et dictus Stephanus intravit ecclesiam et detulit quam- 
dam torchiam ceream acenssam et ardentem et intravit cameram 
prioris et dictus Johannes etiam dictam cameram intravit et vidit 
priorem in lecto suo dormienlem qui ronfabat et dictus Stephanus mo- 
nachus tune dixit : « Videte vos » et ostendit quamdam mulierem in 
lecto dicti prioris, sed etiam dixit per suum juramentum quod nes- 
cit si dictus Stephanus eam duxerat, quia primus intraverat aut non, 
sed pocius crédit quod ipse Stephanus eam mulierem adussisset, 
quod quam dictus prior ipsam venire fecisset, eo videlicet quia per- 
ante irati fuerant inter se dictus Stephanus et prior et dictus Stepha- 
nus dicebal quod prior sibi feceratamiteresuam mansionem indebite 
et sine causa et quia dicta mulier cum dicto Stephano se recessit. » 

Item invenimus quod dictus prior de Broco locum suum aumenta- 
vit in redditibus et edi[fi]cationibus multum et ipse prior presentavit 
nobis quod informaret bene nos se dictum locum suum in tempore 
suo de sexaginta libris anno quolibet de emolumentis emendasse et 
aumentasse, quod est purcherrimum, quod et adhuc in predictis et 
bonis aliis facere non cessavit, sed a tempore quod dictum impedi- 
mentum contra ipsum fuit perpatratum , quod sibi multum ad prose- 
quendum deconstavit, tam in diversis curiis secularibus, videlicet 
coram ballivo Arvernie et ballivo Borbonensi et pluribus aliis, quam 
in curia officialis Glaromontensis, quam in curia Romana pro appel- 
latione sua prosequenda. 

Item quod pro spirituali administratione, ad finem quod haberet 
in ecclesia sui prioratus edomadam ^, illum irapetraverat monachum 
qui contra ipsum dictum malefficium perpatravit. 

{Au dos :) Visitatio Arvernie anno Domini M» CGC XXXII [sic). 

{Et plus bas :) Factum est. 

(Le parchemin porte la trace de la fente oii passait la bandelette du 
sceau. Le rouleau est aujourd'hui en huit morceaux.) 

(Bibl. nat., coll. de Bourgogne, t. LXXXII, n» 391.) 

1. Posterla comme posterula, posterior porta, alias posterna, poterne. Du 
Cange, v Posterula. 

2. On appelait hebdomadier, hebdomadarius, le moine qui remplissait cer- 
taines fonctions du monastère pendant une semaine. 

^89^ 7 



98 VISITES DES MOIVASTÈRES 

X. 

Visite de ^1343 (^344). 

Anno Domini Millesimo CCC° quadragesimo tertio, fuit fada visi- 
tatio Arvernie per nos Johannem de Venna et Archembaudum de 
Broco prioratuum priores^ humiles visitât ores ordinis Cluniacensis 
in c amer aria Arvernie. 

i . Primo visitavimus prioratum de Rivis die dominica ante festum 
cathedra Sancti Pétrie Divinum officium, hospitalitas, helemosina 
fiunt ibi competenter, licet prior modernus. In novitate sua invenit 
domum obligatam pro quadam emenda domino Régi Francie in quin- 
gentis libris, per Dei gratiam debitum solvit. 

Item, cum diu fuit contentio inter habitatores ville, homines dicti 
prioratus super sepultura et quibusdam intragiis seu mudagiis con- 
suetis habere per mortem decedentium ab heredibus deffunctorum 
seu per vendicionem hereditagiorum aut matrimoniorum , nune 
medientibus [sic"^] sapientibus religiosis de ordine et aliis amicis, con- 
cordia amicabilis et ad honorem et commodum loci extitit proloquta 
et de concensu partium, retenta voluntate reverendi patris Domini 
Cluniacensis. 

Item, cum dudum prioratus tenet portum super fluvium Aligeris et 
de novo dominus cornes Drocensis ^ et dominus Egidius Attellini "* qui- 
libet portum creaverant, super quo contentiones et litigia move- 
bantur et expensas multipliées opportebat priorem sustinere ad evi- 
tendum predicta litigia, prior predictus procuravitetordinavitet fieri 
fecit unum pontem super fluvium predictum, pro quo prior annis sin- 
gulisaumentavit forum suum de Rivis, ut fuit reperlum coram nobis 
visitatoribus, usque ad valorem quadraginta librarum turonensium 
racione lede mercati predicti. Prior nihil débet, habet necessaria usque 
ad fructus novos. 



1. Le 22 février. 

2. Le copiste de ce rôle a mis partout e pour a et quelquefois œ pour e devant 
deux consonnes, autrement dit pour a et e en position. 

3. Pierre, seigneur de Montpensier, d'Aigueperse, etc., comte de Dreux en 
1331, mort le 3 novembre 1345. {Art de vérifier les dates, t. II, p. 673.) 

4. Gilles-Aycelin, seigneur de Montaigu-sur-Billom et de Châteldon (1344- 
1356). {Dictionn. hist. du Puy-de-Dôme.) 



DE L ORDRE DE CLUNI. 99 

2. Die veneris post festumbeati Mathie' visitavimus prioratum Sil- 
vigniaci. Divinum officium laudabiliter fiL ibi, sicut est ibidem consue- 
tum; helemosina, hospitalitas benefiunt ibidem. Prior dicti loci edif- 
ficia coplassa {sic] ante adventum suum reediffîcavit et adhuc non 
cessât; et inter cetera claustrum dicti loci minabatur ruinam et peri- 
culose conventus et alii habitabant et ibant per dictum claustrum. 
Prior vero totaliter opus antiquum et ruynosura totum destruxit. 
Claustrum novum ibidem optimum et magni operis et fortis purcher- 
rimum {sic) facit et jam pro majori parte quasi factum. 

Idem prior habet questiones multas contra homines suos ville Sil- 
vigniaci, quam viriliter et personaliter in curia Francie prosequitur 
cum maxima diligentia. Prior vero invenit domum oneratam debittis 
usque ad sommam quingentorum {sic) librarum,quassolvitomnino. 
Cetera sunt in bono statu. Nichil débet et habet victualia usque ad 
fructus novos. 

3. Die mercurii post diem dominicam qua cantatur in sancta eccle- 
sia Reminiscere^, visitavimus abbaliam Moziaci. Divinum officium, 
helemosina, hospitalitas bene fiunt ibidem. Edifficia, jura et juridi- 
tiones competenter ibi conserventur et manutenentur. Est ibi que- 
dam questio ardua inter gentes regias et abbatiam super quibusdam 
limitacionibus, super quibus abbas in quantum potest laborat ad con- 
servationem ecclesie sue. 

Item est ibi quidam monachus, nomine dicte [sic) Amellii Gardele, 
super quodam omicidio accusatus, quod dicitur per ipsum perpetra- 
tum et super incontinencia mulfipliciter diffamatus, super quibus 
abbas dicli loci ut ordinarius processit secundum quod jura et regu- 
lares ordinentie Gluniaci requirunt. Et fecit informationes secundum 
quod per publica instrumenta nobis apparuit et alla documenta super 
dictis factis criminalibus. Et nichilominus per dominum nostrum Glu- 
niacensem fuit sibi clausa manus ne procederet contra ipsum. Qua- 
propter in abbatis audiencia (?) conquerendo mostraverunt procura- 
tores dicti abbatis, quatinus super hoc dominis diffmitoribus Clunia- 
censis capituli ista referre dignaremur. Et inter cetera mostraverunt 
nobis quod dominus abbas Tiherni dictum monacum de abbatia traxit 
in prejudicium abbatis Mauziaci. Quapropter vobis dominis diffmito- 
ribus tradiraus supplicacionem factam per ipsos et informacionem 
factam per nos in isto presenti rotulo ennexas {sic). 

1. La fête de S. Mathias, apôtre, se célèbre le 24 février aux années communes. 

2. Introït et nom du second dimanche de Carême. 



^00 VISITES DES MONASTÈRES 

Au rouleau est annexé l'acte suivant, sur papier : 

a Supplicat procurator domini abbatis Mauziaci dominis diffînito- 
ribus Gluniacensis ordinis in isto gênerai! capitulo proximovenienti, 
quod cum causam appellationis faclam per dominum abbatem Mau- 
ziacensem ab audiencia abbatis Tyherni contra Amelhium Gardelle, 
monachum Mauziaci, reverendus pater in Ghristo dominas Glunia- 
censis abbas venerabili et religioso viro domino priori de Amberta 
dictam causam appellationis duxerit committendam et sine debito ter- 
minandam et postea dictus dominus abbas Gluniacensis mandaverit 
priori de Laudoso ^ ut inliiberet ex parte sua dicte priori de Amberta 
quod de dicta causa amplius non se intromitteret et quod citaret dic- 
tas partes ad instans proximum générale Gluniacense capitulum, ad 
procedendum in causa appellationis hujusmodi prout foret rationis et 
in casu inquoaliqua partium maie contemptaretur de dicto termino, 
quod assignaret dictis partibus diem Jovis post mediam proximam 
quadragesimam, ut tune dicte partes venirent coram dicto domino 
abbate Gluniacensi in dicta causa appellationis coram eo processure; 
in magnum predicti domini abbatis Mauziaci et grave prejudicium, qui 
de jure et terre consuetudine, extra provinciam in qua ressidet cogi 
non debuit litigare, honore et prerogativa loci Gluniacensis sive capi- 
tis in omnibus semper salvis, quatinus dicto domino abbati Mauziaci 
super hoc provideatur de remedio oportuno per vos dominos diffîni- 
tores et quod dictus dominus abbas Mauziaci non compellatur litigare 
de causa hujusmodi in civitate Avinione, sed in Gluniaco vel in alio 
loco ordinis in quibus dicte cause appellationis consueverunt concer- 
tari vel etiam agitari. » 

Informatio ^. 

Sequitur informatio facta per nos visitatores Arvernie, videlicet 
super modo et forma qualiter abbas Tyherni elargavit seu ampliavit 
prisionem dicti Amelhii Gardelle, monachi Mauziaci, capti super facto 
cujusdam omicidii et adulterii. 

Et primo super hoc interrogatus per suum juramentum dominus 
Radulphus de BuUi, prior claustralis Mauziaci, dixit quod ipse fuit 
presens die martis post pascha proxime transacta, quod abbas Tyherni 
dixit talia verba dicto testi loquenti et pluribus aliis monachis et lay- 
cis astantibus : « Domini, ego non tanquam commissarius domini 

1. Lezoux, Puy-de-Dôme, arrondissement de Thiers, chef-lieu de canton. Il y 
avait dans l'église Notre-Dame un prieuré dépendant des Bénédictins de Thiers. 

2. Ce deuxième acte est également sur papier. 



DE L ORDRE DE CLUNT. 404 

Cluniacensis, sed tanquam amicus specialis domini abbatis Mauziaci 
volo elargare seu simpliare et de voluntate dicti domini Mauziaci, pri- 
sionem dicti Amelhii Gardelle. » Et tune dictus abbas Tyherni misit 
dominum Guillelmum de Barreys quesitum dictum Amelhium, qui 
dictus Guillelmus euradera Amelhium ibidem aduxit et tune dictus 
abbas dixit talia verba : « Amelhi, de voluntate domini abbatis Mau- 
ziaci amplio tibi prisionem infra septa monasterii et inhibeo tibi ne 
dicta septa egrediaris sub pena facti cogniti » et tune dictus abbas 
recepit fidejussores super dictam ampliationem, Perrotum Gardelle, 
fratrem dicti Amelhii, Petrum Torchet. 

Item, dominus Petrus de Grifer interrogatus per suum juramentum 
super premissis, dixit idem per omnia sicut primus testis. 

Item, dominus Petrus de Viplex et dominus Guillelmus de Barreys, 
dominus Bleynus de Tyneria, dominus Bartolomeus de Podio, domi- 
nus Guido Rollandi, dominus Durannus Picoros, monachi dicti 
monasterii dixerunt per suum juramentum super premissis idem per 
orania sicut primus testis. 

Item Petrus de Savinho, Durannus Giler, layci, dixerunt per suum 
juramentum in omnibus et per omnia sicut primus testis. 

4. Die sabbati sequenti visitaviraus prioratum Selsiniarum. Divi- 
num officium, helemosina, hospitalitas ibidem bene fiunt. Prior 
modernus est novus, et dominus noster Papa recepit fructus anni pré- 
sentis et nichilominus conservât jura dicti lociidem prior bene; atta- 
men visitavimus domum suam Sancti Hylarii, in qua idem prior non 
tenet monacos, nececiam aliquos qui ibidem faciant divinum officium. 
Cetera sunt in bono statu. 

5. Die martis post Occuli mei*^ visitavimus prioratum de Vota. 
Divinum officium, helemosina, hospitalitas ibidem bene serventur et 
fiunt. Ecclesia non est obhgata alicui. Prior edifflcia ruynosa in dicto 
loco de Volta et aliis maneriis de mensa repparavit competenter et 
reedifficavit colassa- in dicto loco principali de Volta, eddifficavit de 
novo duas domos sive aulas, unam super alias multum neccessariam 
et purcherrimam. Et in alio loco de Gresac omnino coplassum [sic] 
edifficavit domos quamplurimas dicto loco neccessarias. Et multa 
alla bona acquisivit ad commodum ecclesie. 

Item habet causara litigiosam contra dominum episcopum Mima- 

1. Introït et nom du troisième dimanche de Carême. 

2. Lisez collapsa. 



^02 VISITES DES MONASTERES 

tensem, pro domo Sancti Pauli Frigidis^ inceptam temporibus pre- 
decessorum suorum, quam viriliter prosequitur et speratur quod, Deo 
mediente [sic), et ejus pena, veniet ad optatum suum et commodum 
ecclesie. 

Item, licet donnus Johannes Desquarel Oblim pro démentis suis in 
Gluniacum fuit transmissus per camerariura Arvernie et de gratia 
speciali dominus Cluniacensis, qui nune ad requestam proborum 
ordinis eidem assignavit mensionem ad quam non venit, ymo ut canis 
ad vomitum ad consueta malifficia est reversus, et per Arverniam in- 
continenter se gerendo et cum malefacloribus, omieidis, latronibus 
se adsociavit, et inter cetera quemdam presbiterum donatum priora- 
tus Ruppefortis, subdittum prioratui de Volta, lettaliter vulneravit; 
et ita quod de cetero non poterit celebrare nec etiam bono modo ire. 
Et propter ista prior Ruppefortis fecit eum capere in hospicio cuj us- 
dam meretricis et eum tenet captum in carcere suo et precepimus sibi 
ut ipsum eustodiat, taliter quod de ipso reddere valeat racionem. 

Quedam supplicacio fuit nobis traditta per quosdam homines de 
Volta, quam vobis tradimus, in hoc presenti rotulo ennexam, ut super 
hoc ordinetis quod vobis fuerit ordinendum. 

Au rouleau est joint l'acte suivant, sur papier : 

[Supplicatio quorumdam hominum de Volta.] 

« Suplicant humilitati vestre nobilis et honeste religionis viris, 
dominis priori de Avena et de Broco, visitatoribus in Arvernia pro 
domino abbate Cluniacensi, videlicet domini Ghantaloba et Petrus 
Glaromontis et Johannes Berbezis et Guillelmus Arditz de Volta, 
Sancti Flori dyocesis, quod cum tempore quo dominus Johannes 
Donati erat prior de Volta et nunc est prior de la Salvetat, dicti 
homines conquerentes et suplicantes extiterint fidejussores pro dicto 
domino Johanne Donati pênes Petrum Bernardi Brivatensem et pênes 
Johannem Rotlandi, pro qua fidejussione dicti conquerentes damp- 
num paci (sic) sunt usque ad valorem quiUbet quinquaginta librarum 
turonensium et ultra et oportuit de predicta fidejussione vendere dic- 
tis hominlbus de proprietate eorumdem; quare suplicant dicti con- 
querentes vobis dominis visitatoribus prelibatis, ut requiratis et 
suplicetis dominis diffînitoribus Gluniaci ut requirant dominum abba- 
tem de Moyssaco^, de quo dictus dominus Johannes Donati, prior de 

1. S.-Paul-le-Froid, Lozère, arrondissement de Mende, canton de Grandrieu. 

2. Moissac, Tarn-et-Garonne, chef-lieu d'arrondissement. La Salvetat, même 
département, commune de Belmontet. Cf. Longnon, Fouillé de Cahors, n° 101. 



DE L OEDRE DE CLDNY. 403 

la Salvetat, est submissus, ut dictus dominus abbas compellat dic- 
tum dominum Johannem Donati ad solvendum dictis fidejussoribus 
et restituendum dictas summas peccunie et provideri de tali remedio 
ut dicti fidejussores sint soluti de predictis summis peccunie et ista 
supplicant amore Dei et pietatis intuitu. » 

6. Die veneris sequenti visitavimus apud Genciacum. Secundum rela- 
tionem prioris et ejus socii omnia erant in bono statu, prêter hoc quia 
ibidem erat quedam domus ruinosa que indigebat reparacione; pre- 
cepimus etiam ipsi priori ut in ipsa domo apponeret remedium oppor- 
tunum et in brevi. Domus est obligata in viginti quinque libris, ut 
refferunt dicti prior et monacus, detempore predecessorum suorum. 

7. Die sabbati sequenti visitavimus apud Gresacum. Domus spiri- 
tualiter bene regitur. Item domus est obligata in ccc sarcinis sive 
bestiis oneratis siliginis. Gentes domini cardinalis Montis Sallini, qui 
tenet diclam domum, asseruerunt coram nobis visitatoribus, quod de 
jure nuUum est debitum; propter quod nos injunximus ut si dic- 
tum debittum debeatur quod solvatur, alioquin quod prosequatur 
viriliter et breviter ad illum finem, quod domus non remaneat 
onerata. 

8. Die dominica qua cantatur Leitare Jérusalem'^ visitavimus apud 
Roserios. Domus spiritualiter et temporaliter est in bono statu, 
excepto quod est ibi quidem monachus, nomine Guichardus Desche- 
saux, qui publiée concubinam in villa et eciam in prioralu de Rose- 
riis tenuit per longum tempus, ospitium et tabernam in villa cum 
ipso [sic] tenendo et specialiter mense augusti in quo non débet vendi 
vinum nisi de mandato prioris, quia illo mense bannum est. Et quia 
gentes prioris mensuras cappere voluerunt, ipse monachus violenter 
mansuras^ [sic] ipsas detinuit cum minis et verbis maliciosis, et hoc 
non obstante de lalrocinio, furando bladum dicti prioris. Deprehen- 
sus. Item, quod priorem dicti loci prosequtus [sic] fuit, ut ipsum occi- 
dere posset, hiis sic actis coram populo sine habitu per villam exi- 
vit et se transtulit apud Alpaye, ubi cum muliere moram trait in 
opprobrium ordinis et scandalum populi. Et omnibus nobis relatis 
et per informationes per nos factas, injunximus priori de Roseriis 
qualinus procuraret qualiter caperetur et ipsum captum ducere face- 
ret Cluniacum sine mora^. 

(Ici s'arrête le rôle.) 

1. Introït et nom du quatrième dimanche de Carême. 

2. Pour mensuras. 

3. D'après les définitions du chapitre général de 1347, cette maison avait alors 



^04 VISITES DES MONASTERES 

{Au dos :) Hec est visitatio facta in cameraria Arvernie per Johan- 

nem de Venna et Archembaudum de Broco prioratuum priores, 

humiles visita tores. 

M CGC XLUI. 

(Bibl. nat., lat., nouv. acq. 2271, n' 75.) 

XI. 

Visite de ^353-'I354<. 

\ . [De Venna]. predictus maie eis animis 

eisdem ministrari consuevit. 

quia de anno quo dicebatur 

m tenetur eidem 

conventui in et usque ad valorem centum asinatarum bladi. 

Item consueverunt percipere dicte moniales cum dicto priore sin- 
gulis diebus certam quantitatem vini et qualibet septimana certam 
quantitatem salis et unum obolum, quas cessavit dictus prior solvere, 
videlicet dictum vinum per decem septimanas et sal a festo beati 
Johannis ante Portam Latinara^ citra. 

Item consuevit percipere anno quolibet quelibet monialis unam 
gallinam, quam cessavit eis solvere per duos annos. 

Plures etiam alias consuetudines per dictas moniales percipere con- 
suetas dictus prior eisdem récusât solvere, propter quod dicte monia- 
les aliquociens cessa verunt officium ecclesie facere et est verum quod 
totiens quotiens idem prior deffîcit eisdem monialibus solvere panem 
aut vinum aut pictanciam suam, quod invenitur pluries, dicte monia- 
les cessant et auctoritate sua ponunt cessum in ecclesia dicti loci 
matutinis et aliis horis cothidianis atque missis minime dicentibus et 

pour prieur le cardinal d'Arras. Celui qui gouvernait la maison au nom du car- 
dinal refusa de recevoir les visiteurs, « qui dictum prioratum régit nomine car- 
dinalis predicti visitatores recipere recusavit. » Nous ne savons si ce cardinal 
était déjà prieur en 1344; mais nous lisons dans l'Étude sur le prieuré de 
Rosiers, par MM. Vincent Durand et A. Vachez (p. 29), que cette maison avait 
pour prieur, en 1357, Pierre du Colombier, dit le cardinal d'Ostie, évoque d'Ar- 
ras en 1339 et cardinal le 26 février 1344, évêque d'Ostie en 1353. Le chapitre 
général de 1347 nous permet de faire remonter son titre de prieur de Rosiers dix 
ans plus tôt. 

1. Le commencement du rouleau, attribué aux années 1353-1354, manque par 
suite de déchirure. Nous donnons tout ce qui reste des cinq premières lignes. 

2. Cette fête tombe le 6 mai. 



DE l'ordre de cluny. ^05 

campanis pulsantibus, de et super quibus est in patria et locis circum- 
vicinis magnum murmur et loqutio. 

Glausure dicli loci omnino sunt dissipate et corrupte^ ita quod qui- 
cumque vult potest intrare claustrum et domos monialium, pro parte 
propter deffectum prioris et pro parte propter deffectum monialium, 
quia dicte moniales tenentur claudere juxta ortos et domos suas quas 
possident et prior residuum, 

Claustrum et dormitorium, reffectorium et alla edifîtia dicti prio- 
ratus indigent reparatione, moniales dicti loci non jacent in dormitorio. 

Item vinee dicti loci non sunt culte et sunt très anni elapsi, quod 
non fuerunt fosse, nec ligate, set tantum chapolate^, quod cedit in 
magnum et grave da[m]pnum. 

Item ibidem est quedam grangia cum stabulis et domibus eidem 
grangie contiguis, cum clausura fossatorum unaque cum quodam 
columbario quod totum minatur ruinam et est disipatum vel quasi. 

Domus dicti prioris major pars cecidit, tamen pro parte de tem- 
pore predecessoris sui. Residuum minatur ruinam, taliter quod est 
periculum ibidem morari. 

Item solebat habere prior dicli loci unam navem seu portum2, supra 
fluvium Aligeris prope dictum prioratum de Venna, que valebat anno 
quolibet circa decem libras, prout per relacionem dicti conventus 
invenimus, modo non est, ymmo dominus comes Montisfortis^ auc- 
toritate sua propria posuit unam in loco ubi prior consueverat suam 
tenere, modo dictus prior non est ausus ibidem navem tenere, quare 
dictus portus admittetur, nisi remedium apponatur. 

Item habet dictus prior unum locum vocatum Sanctum Bonitum 
Latronem'', qui locus per relationem subprioris et monialium dicti 
loci penitus cecidit, sed quia distat a loco de Venna per quinque 
leucas, predictum locum non potuimus visitare. 

Item habet dictus prior alium locum, vocatum Lo Ghavalet, qui 
distat a dicto loco de Venna per très leucas, qui etiam cecidil pro 
parte tamen predecessoris sui, item cum sit parvi valoris non est ibi- 

1. Du Gange, v° Capulare, unde Chapouler, tailler. 

2. « Navigium ad transvehendos itinérantes, » Du Gange, v Portus, 3. G'est 
ce que nous nommons bac. 

3. Il s'agit de Jean de Boulogne, s'' de Montgacon, qui porta le titre de comte 
de Montfort de 1351 à 1361. (Baluze, Maison d'Auvergne, I, 138.) 

4. Peut-être Saint-Bonnet-sous-Montpensier, lieu détruit, qui était à peu près 
à cinq lieues de Laveine, et se trouvait à peu de distance de la grande route 
de Moulins à Clermont. 



^06 VISITES DES MONASTÈRES 

dem necesse edificare, prout per relationem dictorum suprioris et 
monialium invenimus. 

Item habebat dictusprior quemdam prioratum, vocatum Gastrum in 
Montanis, eidem priori subjectum, quem tradidit ad fîrmara ad vitam 
sagriste dicti loci minori precio, propter quod patitur locus de Venna 
maximum defectum. Item in dicto Joco non est provisio vini solum 
ad unam diem, née de alno nec de blado et de his paribus. 

Prior predictus asserit se nichil debere, quamvis per plures dica- 
tur contrarium, videlicet quod débet camere domini pape quinqua- 
ginta florenos ex una parte et ultra unam vacantem integram^. 

Verum est quod Stephanus Seralherii, germarms dicti prioris, dixit 
nobis in presentia plurimorum testium protestando quod ipse erat 
paratus ostendere ordini quod locus de Venna est in meliori statu 
quod non erat tempore quod frater suus fuit novus prior. 

Item moniales dicti loci solebant esse incluse, modo vadunt tociens 
quociens ad hospitia amicorum suorum, una cum licentia superioris, 
de que fit grande murmur inter laycos et in patria. 

Item sunt ibidem plures moniales que portant raubas inhonestas, 
tam in colore quam facturis, ut invenimus per relacionem aliquorum 
de dicto conventu. Ordo et régula non tenentur ibidem, de die in 
diem litigantur inter se, silentium non tenetur in claustro, nec in 
locis principalibus dicti loci, nec elemosina consueta fil ibidem. 

Item est in dicto loco de Venna quedam raonialis de incontinentia 
diffamata, secundum relacionem quarumdam monialium dicti loci, 
que dicuntur esse per majorem partem dicti conventus malivolentes 
predicte monialis, de qua fuit facta informalio per commissionem 
majoris prioris Gluniacensis direclam elemosynario et sagriste de 
Rivis ; item per dictam monialem fuerunt tradite innocentie, quam 
informationem et innocentias dicti commissarii miserunt, non est diu, 
sub sigillis suis et sub signo cujusdam notarii public! apud Glunia- 
cum dicto domino majori priori, etinde dictus dominus major prior, 
visis et inspectis processibus et innocentiis predictis, per suas litteras 
patentes mandavit dictis commissariis ut dictam monialem redi- 
rent^ [sie] ad slatum pristinum in quo erat tempore proclamationis 
facte per dictas moniales malivolentes, quousque idem dominus major 
prior habuerit de premissis cum probis ordinis consilium. A quibus 

1. Le revenu d'une année d'un bénéfice vacant. Du Cange, v» Vacans et Vacari' 
tia, 2. 

2. Lisez redderent. 



DE l'ordre de cldny. ^07 

per quasdam moniales fuit apellatum, desuper quibus petit conven- 
tus per ordinem provideri de reraedio oportuno. 

2. Item abbatia Tyhernensis est in bono statu; sunt ibidem abbas 
et xii<=™ monachi qui ibidem divinum officium bene faciunt, eisdem- 
que monachis bene administratur et ecclesia et edificia sunt in bono 
statu; non sunt cause-, abbas nichil débet, sunt ibidem provisiones 
per annum et ultra in immensum. 

3. Item in prioratu de Nicro Stabulo sunt très monachi, prior est 
scolaris in Montepessullano. Ecclesia dicti prioratus fuit posita inter- 
dicto propter defectum solucionis decimarum régis de tribus annis. 
Pignaculum ecclesie corruit, taliter quod nisi in brevi apponatur 
remedium, cadet ad terram cum tota ecclesia que non restauraretur 
per mille florenos, et si in brevi apponatur remedium, crediturquod 
fieret per sexaginta. 

Item edificia dicti prioratus, columbarium et clausura dicti prio- 
ratus indigent reparacione, quia minantur ruinam ; monachis bene 
administratur ; hospitalitas ibidem bene tenetur. 

Item calix dicte ecclesie, diu est, furatus fuit et non habent dicti 
monachi, cum quo célèbrent nisi mutuo -, ibidem etiam non sunt vesti- 
menta sacerdotalia. 

Item conqueruntur parrochiani dicti loci de dicto priore ex eo quia 
priores dicti loci consueverunt ecclesiam parrochialem ville et galli- 
neriam^ cymiterii que est separata a monasterio, reparare; tecta et 
propter defectum prioris moderni minantur ruinam, utasserunt dicti 
parrochiani. Verum est quod anno proximo preterito fuit data com- 
missio super premissis camerario Arvernie per diffînitores et quia 
non continebatur in dicta commissione de gallineria, non potuit idem 
camerariusdiscerneredepredictis; unde supplicant dicti parrochiani 
quod committatur iterato eidem camerario vel alteri ut sciatur veritas 
an dictus prior teneatur reparare tecta ecclesie et gallinerie et reperta 
veritate, compellatur ad faciendum premissa. 

Item fuit etiam data commissio dicto camerario quod de bonis dicti 
prioratus faceret reparere pignaculum et domos dicti prioratus, cali- 
cera et ornamenta ecclesie facere-, que injunxit dicto priori, qui prior 
nichil de predictis fecit, sed quidquid potuit recolligere de bonis 
ipsius prioratus, totidem secum deportavit, exceptis necessariis mona- 
chorum et postea dictus camerarius non invenit de quo potuisset pre- 

I . Du Cange, v Galihva. Ce mot semble désigner le portique du cloître, qui 
servait de lieu de sépulture. On le trouve noramé en français : la Galilée. 
Cf. Littré, v» Galerie, 



^08 VISITES DES MONASTÈRES 

missa adimplere. Super quibus nobis scripserunt gentes domini 
comitis Forensis, ut provideatur de remedio oportuno -, alioquin pro- 
videtur per ipsos et non sine expensis. 

4. Item in prioratu de Augeroliis suntprior et duo monacbi; divi- 
num officium bene fit ibidem, edificia in bono sunt statu et non sunt 
cause; nicbil débet prior, provisiones satis sunt. 

Item per relacionem prioris et proborum patere invenimus quod 
dominus Montisbusserii < tenet de feodo ecclesie Gluniacensis quan- 
dara deciraam et certam quantitatem reddituum, quod feodum non 
fecit, diu est, licet dictus prior ipsum requisiverit; quod facere recu- 
savit, tamen respondit quod ostendatur sibi si predecessores sui dic- 
tum feodum fecerunt et dicitur quod littera invenietur in Gluniaco, 
quare provideatur super premissis. 

5. Item in prioratu de Selsiniis sunt quadraginta monacbi, divi- 
num officium bene fit ibidem, cerimonie et bone consuetudines omni- 
modis ibidem tenentur, excepto quod dorraitorium non est regulare 
propter paupertatem conventus ad quem spectat; ornamenta ecclesie 
sunt in debili statu propter paupertatem sagristanie, tamen vitrée 
que erant anno proximo preterito corrupte sunt, per dictum sagristam 
reparate. 

Item in vestiario monachorum est defectus propter paupertatem 
offlcii camerarie; cetera omnia sunt in bono statu. 

6. Item est quidam prioratus, vocatus Vivayrols, subjectus dicto 
priori de Gelsiniis, in quo consueverunt morari prior cum duobus 
monachis et est propter mortalitatem et guerpitionem reddituum et 
defectus decimarum et subvenciones episcoporum Claromontis et 
Anniciensis, archidiaconorum et archipresbiterorum in tanta pau- 
pertate, quod prior dicti loci dictum prioratum priori de Gelsiniis 
guerpivit et dicti duo monacbi propter defectum victualium ad claus- 
trum de Gelsiniis redierunt; quapropter gentes regine^ quia divi- 
num officium non fit ibidem dictum prioratum ceperunt et redditus 
ad manum suam posuerunt, taliter quod prior de Gelsiniis non gau- 
det de bonis ipsius prioratus in aliquo, nec potest invenire aliquem 
qui recipiat dictum prioratum ad regendum -, quare provideatur in 
premissis. 

7. In prioratu de Volta sunt xxiiii" monacbi, prior est scolaris, 

1. Louis, baron de Montboissier, seigneur d'Aubusson, Boissonnelle, le Mon- 
lel, etc. (1343-1414). 

1. Jeanne, comtesse d'Auvergne et de Boulogne, hérita de son père en 1332 
et épousa, le 19 février 1350, le roi Jean II. 



DE l'ordre de CLUNY. ^ 09 

divinum officium, edificia in bono statu sunt, nichil débet, nisi cen- 
tum florenos camere domini pape. Habet quendam prioratum voca- 
tura Sanctum Johannem de Galma^ eidem subjectum, in quo solebant 
morari prior cum uno monacho-, modo prior non facit ibidem residen- 
tiam, nec tenet monachum, quare divinum officium non fît ibidem; 
edificia minantur, taliter quod nisi apponatur in brevi remediumerit 
locus penitus dissipatus, 

8. In prioratu de Borto est prior cum quatuor monachis, quorum 
duo non sunt presbiteri, de quibus unus moratur in prioratu Portus 
Dei^ pro addiscendo servi tium suum. Divinum officium maie fit ibi- 
dem et erat consuetum ab antiquo quod se dicebant horae diei can- 
tando, modo non fit. Edificia tenentur in statu, excepto pignaculo 
ecclesie quod minatur ruinam, quod pro parte cecidit; tamen prior 
asserit quod parrochiani debent reparare et facere ; qui dicunt con- 
trarium, sed informaverunt nos per decem testes et ultra, quod dictus 
prior et sagrista dicti loci tenentur maxime, quia habent sepulturas 
ad voluntates et omnia emolumenta provenientia in dicta ecclesia et 
etiam quia consueverunt iidem prior et sagrista reparare lecta dicti 
pignaculi et chori et capellarum et dicti parrochiani consueverunt 
magnam navem ecclesie restaurare. Unde nisi apponatur brève reme- 
dium, sequetur damnum maximum. Verum est quod a decem annis 
citra fuit data quedam commissio per diffinitores que dirigebatur 
priori de Ventodoro super reparatione dicti pignaculi ; qui super hoc 
se informavit, sed informatio non fuit reducta ad actum ; de quo dicti 
parrochiani conqueruntur. 

Item dicitur vulgariter, et prior non negat, quod duos monachos 
de dictis quatuor induit habitum monachalem, symoniam commit- 
tendo, de quibus recepit summas peccunie numeratas. 

Item temporalitas et juridictio in pluribus mansis in quibus prior 
aut gentes sue solebant tenere assizias et de juridictione uti, admit- 
titur -, ymmo alii justiciarii pace utuntur et hoc propter defectum dicti 
prioris, quia non prosequitur. 

Item dictus prior, non est diu, habebat unum mansum vocatum 
la Bonetia3, quem quidam donatus donaverat ecclesie de Borto, qui 

t. Saint- Jean-la-Chalm, Haute-Loire, arrondissement du Puy, canton de 
Cayres. 

2. Port-Dieu, Corrèze, arrondissement d'Ussel, canton de Bort. Ce prieuré 
dépendait de la Chaise-Dieu. 

3. La Bonnetie(?), canton de Champs-de-Bort , Cantal, arrondissement de 
Mauriac. 



-HO VISITES DES MONASTÈRES 

valet anno quolibet decem sextarios bladi reddituales et ultra; modo 
dominus contorss de Senhas^ tenet et possidet dictum mansum et est 
fama quod prior vendidit dictum mansum domino predicto; de quo 
habuit dictus prior magnam pecunie summam. 

Item est etiam quidam lacus in quo solebat prior piscare et non 
aller, modo fecit prior quandam compositionem eu m domino de 
Poheto, per quam idem dominus habet medietatem piscis dicti laci [sic] , 
quod est magnum prejudicium dicti loci. 

Item est etiam in dicto loco quidam monachus, vocatus dompnus 
St[ephanus] Bonafos, qui est de incontinentia diffamatus, de quo gén- 
ies ville conquesli fuerunt, quia pluries de nocte per villam vadil 
cum armis, una cum pluribus aliis complicibus suis, dissimulando 
personam suam, ne per génies ville agnoscatur. 

9. In prioralu de Talvis, qui est subdilus priori de Gelsiniis, est 
prior cum quatuor monachis, lamen prior est juvenis et non est pres- 
biter, nec duo monachi de dictis quatuor : quare divinum officium 
non bene fit ibidem, prior predictus cum uno monacho juniori de 
predictis quatuor moratur in domo prions sui longe a dicto prio- 
ralu, ubi nichil adicil. iEdificia minantur ruinam. 

40. Item in prioralu Montisacuti, qui est subdilus dicti prions de 
Gelsiniis, solebant esse sex monachi cumpriore; modo non suntnisi 
quatuor cum priore ; lamen locus propter mortalitatem et persecu- 
tiones tempeslatum est pauper et multum oneralus de dictis tribus 
monachis; et quamvis prior bene se habeat in persona sua, dicti Ires 
monachi, quorum unus non est presbiler, non tenenl vitam hones- 
lam, ymo cothidie habent inter se seditiones. Solebant enim horas 
diei dicere canlando, modo non fil, nec pluries legendo ; dicto priori 
non obediunl, ymo quando ipsos corrigit, contra se insurgunt; locum 
de nocte exeunl, robas inhonestas portant, et toi et tanta faciunl, 
quod nisi apponatur remedium, locus patietur detrimenlum. 

•1 -f . In abbatia Mauziaci sunl xl monachi. Abbas de novo est elec- 
tus ; divinum officium bene fit ibidem ; edificia et temporalitas sunl 
in bono statu, quamvis sint plures cause cum magnatis patrie, quas 
pro viribus prosequuntur, lamen abbas qui mortuus est debebat 
circa viii florenos. 

^2. In prioralu de Silvigniaco est completus numerus monacho- 
rum ; prior dicti loci in spiritualibus et temporalibus bene se habet. 

1. Saignes, Cantal, arrondissement de Mauriac, chef-lieu de canton. Les sei- 
gneurs de Saignes avaient titre de Comptours. 



DE l'ordre de CLnNT. Ui 

iS. In prioratu de Castro in Montanis, qui est de mensa prioris de 
Venna, sunt quatuor monachi ; domus dicti prioratus corruunt et pro 
parte ceciderunt. 

U. Prioratus de Dreturers, qui est subditus abbati Mauziaci, quem 
tenet camerarius dicti loci. Edificia minantur ruinam et pro parte 
ceciderunt. 

-15. Item in prioratu de Rivis, quem tenet dominus cardinalis Bolo- 
nie, solebant esse per numerum xx monachi, cum priore, modo non 
sunt ultra qualuordecim, de quibus non sunt sex presbiteri et etiam 
de illis xiiii<=™ morantur extra sex, qui sunt apprebendati, propter 
quorum deffectum amititur una missa in conventu, videlicet missa 
matitunalis (sic). 

Item fuit editus de novo in villa Castri Odonis^ prope villam de 
Rivis mercatus in grande prejudicium prioratus et habitantium ville 
de Rivis, de quo vertitur causa in parlamento Parisius inter procura- 
torem regium et dominum cardinalem priorera de Rivis et habitantes 
dicte ville actores ex una parte et dominum Egidium Esselini reum, 
dominum Castri Odonis ex parte altéra, de qua lite gentes dicti 
domini cardinalis nichil volunt solvere ad prosequendum dictam cau- 
sam, ymo opportet quod habitantes predicti solvant totales expensas, 
quamvis sit dicta causa plus dampnosa dicto prioratui quam habi- 
latoribus. 

^6. Item in prioratu de Gumeriis, qui movet et est subditus priori 
de Rivis, prior trahit ibidem moram et etiam débet ibidem morari 
unus monachus; modo non est, quare divinura offîcium non fit. 

(Original sur papier. Bibl. nat., lat., nouv. acq. 2271, n" 78.) 



XII. 

Relevé' ge'néral des visites de l'Auvergne 
des xiii^ xiv% xv* et xvi* siècles. 

Ce relevé des visites de l'Auvergne qui existaient autrefois aux 

1. Chateldon, Puy-de-Dôme, arrondissement de Thiers, chef-lieu de canton. 
Gilles Aycelin, seigneur de Montaigu-sur-Billom et de Chateldon, obtint du roi, 
au mois de septembre 1344, la création d'un marché à Chateldon, le samedi de 
chaque semaine. Voyez Registres du Parlement, Xia 8735, fol. 254. La ville de 
Ris obtint du roi Louis XI l'établissement d'une foire en 1482 et le changement 
du jour du marché pour le fixer au mercredi de chaque semaine. Cf. Dict. hist. 
du Puy-de-Dôme. 



U2 VISITES DES MONASTERES 

archives de l'abbaye de Gluny est extrait d'un manuscrit intitulé : 
« Privilégia abbatise et ordinisGluniacensis^ » et renfermant l'inven- 
taire de tous les privilèges et exemptions donnés à l'abbaye de Gluny 
par les papes, les empereurs et les rois. Il fut rédigé par Jean de 
Dompierre [de Donna Petrà), prieur de Saint-Étienne de Nevers et de 
Froidefontaine, et vérifié par lui le \6 mars •ISJ-I (-^3^2), A cet inven- 
taire est jointe la liste des visites ainsi que la pancarte ou description 
des abbayes (dite Poullier) , vue et collationnée par Jean Maure, tré- 
sorier de la Ghambre, et Glaude Budet, notaire, le ^6 avril -1580. 

Au folio vi^^ X ^°, on lit ce qui suit : 

« In caméra Alvernie et provincia Provincie^- 

Visitatores Alvernie anno Domini iVIillesimo 11^. 
Anno Domini Millesimo 11= LXXVIII. 



Anno 



M" 


II<= LXXXI. 


M» 


Il" LXXXII. 


M» 


Ih LXXXVI. 


M» 


II<' LXXXVII. 


Mo 


Il<= LXXXVIII. 


M" 


11° LXXXIX. 


M" 


II«LXXXX(H- 


M" 


IP LXXXXI. 


M» 


IP LXXXXII. 


M» 


Ile LXXXXIII. 


M" 


I^ LXXXXV. 


M" 


II<= LXXXXVII {bis). 


M*» 


I^ LXXXXVIII. 


M» 


II<= LXXXXIX. 




M" III<=. 


M" 


II^ II". 


M" 


IIP Vo [bis). 


M» 


IIP VP. 


M» 


IIP VHP. 


M» 


IIP X" [ter). 


M» 


IIP XP. 


Mo 


IIP XIIP [bis). 



1. Bibl. nat., ras. lat. 13873. 

2. On voit au fol. vixx vu v° que les Visites d'Auvergne remplissaient un petit 
coffre : [Visitationes] Alvernie in uno coffreto. Elles sont divisées par siècles, 
nous les avons classées par années pour faciliter les recherches. 



DE 


L ORDRE DE CLDNT. 


M» 


111° XIV». 


M» 


III<= XVP {bis). 


M° 


III« XVIIP. 


M» 


ni" xix«. 


M" 


III« XX». 


M" 


IIP XXP. 


M" 


IIP XXIP. 


M° 


IIP XXIV°. 


M° 


IIP XXVIIP. 


M» 


IIP xxx°. 


M" 


IIP XXXP [ter). 


M» 


IIP XXXIIP [ter] 


M° 


IIP XXXIV» [bis] 


M» 


IIP XXXVIP. 


M" 


IIP XXXVIIP. 


M» 


IIP XXXIX". 


M" 


IIP XL". 


M° 


IIP XLIIP. 


M" 


IIP XLIV». 


M» 


IIP XLVP. 


M" 


IIP XLVIP. 


M» 


IIP LIIP. 


Mo 


IIP LVIP. 


M" 


IIP LXXXXIV". 


M" 


IIP LXXXXVIP, 




M» IIIP. 


M» 


IIIP IIP. 


M" 


IIIP LXXIXo. 


M" 


IIIP LXXXIIP. 



U3 



Anno 



On remarquera que plusieurs de ces visites étaient en doubles et 
même en triples exemplaires. On lit à la suite : 

« Tresdeeimalie visitationes sine data. Millésime IIIP nonagesimo 
quarto-, vide Libello de Bothone in coiïro Lugdunensis provincie in 
quo visitatur {sic) aliqua monasteria in Alvernia'. » 

1 . Au XVI* siècle, et peut-être dès la fin du xv*, la province d'Auvergne était 
jointe à celle de Lyon. Voy. A. Bruel, les Chapitres généraux de l'ordre de 
Cluny, p. 15 du tirage à part. 

^89^ 8 



^^4 VISITES DES MONASTÈRES 

« Alie plures visitationes Alvernie in rotulis visitationura commu- 
nium in turri privilegiorum. » 

a In coffro provincie Provincie que continet a Vienna descendendo 
usque per totam provinciam et totum Delphinatum et de Sabaudia 
usque ad Géhennes. » 

« Fuerunt plures visitationes per diverses annos in singulis 
rotulis (?). » 

a Nam de anno Domini M° 11= usque ad M" 111° et ab anno M» 111^ 
usque ad M° Ullc et ad M° V" plures. » 

« De annis M" 11° et cetera usque ad M. IIIc. » 

« Sunt xxviii" visitationes per xxviii rotules. » 

ce Item alie in turri privilegiorum sunt cum aliis de eodem (?). » 

M. IIP. 

a M. IIIc usque ad M. IIII^ sunt xliii visitationes. 

a Item alie plures sunt cum aliis provinciis in armario turris privi- 
legiorum a dextris. » 

M. IIIK 

« M. IIIIc sunt XVIII et alla. » 

« Aliam nota ampla[m] visitationem in parvo libro M. IIII^ LXII, 
Quia bonum est. » 

M. y^. 

a Est una M. Vc VII. 

« Item alie plures antique sine data. 

« Hec omnia inscripta sunt in uno libro papiri in coffro reperto*. » 

1. En résumant les données qui nous sont. fournies par le ms. 13873, à la 
suite du relevé des visites année par année, que nous avons donné ci-dessus, 
on voit qu'il y avait encore à Cluny, dans la Tour des privilèges, un assez grand 
nombre de visites relatives à l'Auvergne. Qu'il ne faille pas les confondre avec 
celles que nous avons énumérées, cela nous semble résulter de ce que parmi 
celles-ci ne se trouvent pas quatre de celles que nous publions, savoir celles 
de 1264, 1280, 1285 et 1294. Ainsi, sans compter les visites communes à plu- 
sieurs provinces [rotuli visitationum communium), on conservait encore en 
rôles séparés {in singulis rotulis) 28 visites pour le xiii" siècle, 43 pour le xiv% 
18 pour le xv°, une pour lexvi", et enfin une de 1462, une de 1494 et 13 visites 
sans aucune date, soit 105, qui, ajoutées aux 62 relevées déjà, forment un total 
de 167 procès- verbaux de la province d'Auvergne. Ce chiffre n'a rien d'exorbi- 
tant pour une période de 229 ans, de 1279 à 1507. 



DE l'ordre de cluny. -H5 

TABLE DES MONASTÈRES VISITÉS. 



(Les chiffres romains désignent les visites publiées dans le présent travail. Les 
lettres A et B se rapportent aux visites de 1286 et de 1310 imprimées dans ce 
recueil en 1877. Elles se trouvent maintenant à la Bibliothèque nationale, fonds 
lat., nouv. acq. 2270, n° 23, et 2271, n" 55.) 

Arona, Arumpna. Arronnes, Allier, arrond. de la Palisse, canton 
et commune de Mayet-de-Montagne^. B, 14: IV, 11; VI, 1- VII 2* 
VIII, 6; IX, 13. ' ' ' 

Augerolae, Augeroliae, Augeroles. AugeroUes, Puy-de-Dôme, 
arrond. de Thiers, cant. de Gourpière. A, 16; B, 10; II, 1; VII, 7: 
VIII, 2 ; IX, 11 ; XI, 4. 

Belac. Benac (?), m. is., Haute-Loire, arrond. de Brioude, cant. de 
Langeac, comm. de Ghanteuges. VII, 11. 

Bonnac. Bonnac, Gantai, arrond. de Saint-Flour, cant. de Massiac, 
et non Bonnat, Puy-de-Dôme. A, 7. 

Bortum. Bort, Gorrèze, arrond. d'Ussel, chef-lieu de canton. B. 6 • 
IV, 7 ; V, 8, note; VII, 14; VIII, 13; IX, 12 ; XI, 8. 

Bredon. Bredon, Gantai, arrond. et cant. de Murât. 

Le prieuré de Bredon dépendait immédiatement de l'abbaye de Mois- 
sac et médiatement de Gluny. VIII, en note au-dessous du titre. 

Brenac. Brenat, Puy-de-Dôme, arrond. d'Issoire, cant. de Sauxil- 
langes. A, 9. 

Brolium. Le Breuil, Puy-de-Dôme, arrond. d'Issoire, cant. de 
Saint-Germain-Lembron. III, 4. II ne faut pas confondre le prieuré de 
Saint-Barthélémy du Breuil avec le prieuré dit Saint-André du Pont- 
du-Breuil, qui dépendait de l'abbaye de Saint-André de Glermont. 
Voyez notre Pouillé de Glermont, n"^ 620 et 621. 

Caranaco (Decanatus de). Garennac, Lot, arrond. de Gourdon, 
cant. de Vayrac. VIII, note au-dessous du titre. 

Castrum de Montanis , in Montanis. Ghàtel-Montagne , Allier, 
arrond. de la Palisse, cant. de Mayet-de-Montagne. B, 15; IV, 11 • VII 
1; XI, 13. 

Celsiniae, Celsigniacus , vel Salsiniae. Sauxillanges, Puy-de- 
Dôme, arrond. d'Issoire, chef-heu de canton. A, 5; B, 8; II, 3; IV, 5; 
V, 3; VI, 3; VII, 15; IX, 3; X, 4; XI, 5. 

1. Voir dans notre premier travail les extraits du Caialogus abbatiarum 
relatifs à chaque prieuré. Lorsque le nom de lieu se présente sous plusieurs 
formes, nous les classons par ordre d'importance ou d'ancienneté. 



M6 VISITES DES MONASTÈRES 

Ghaçac. Sanssac-l'Église, Haute-Loire, arrond. du Puy, cant. de 
Loudes. Cette localité est nommée quelquefois Ghatzac. Cf. Recueil des 
chartes de Cluny, nos 3029 et 3895. 

Golaminae. Saint- Pierre-Golamine, Puy-de-Dôme, arrond. d'Issoire, 
cant. de Besse-en-Ghandesse. B, 1. 

Dreturers. Droiturier, uni à la chambrerie de Mozat. Allier, arrond. 
et cant. de la Palisse. XI, 14. 

Gensac, Genssac. Saint-Biaise, dit, autrefois, Saint-Biaise de Gensac, 
Haute-Loire, arrond. du Puy, cant. de Solignac-sur-Loire, comm. de 
Gussac; et non Genzac, cant. de Ghomette. B, 3. 

Grasac, Gresac, Gresacus, Greysac. Grazac, Haute -Loire, 
arrond. et cant. d'Yssingeaux. B, 2; IV, 9; VH, 9; VHI, 10; IX, 
9;X, 7. 

Gumerise. Gumières, Loire, arrond. de Montbrison, cant. de Saint- 
Jean-Soleymieux. IX, 16. 

Harona. Vide Arona. 

Joriac. Ghauriat, Puy-de-Dôme, arrond. de Glermont-Ferrand, cant. 
de Vertaizon. A, 10. 

Lende. Lempdes, Haute-Loire, arrond. de Brioude, cant. d'Auzon. 

A, 8. 

Mailac. Mailhat, Puy-de-Dôme, arrond. d'Issoire, cant. de Jumeaux, 
comm. de Lamontgie. A, 13. 

Marchiacum, Marsac. Marsat, Puy-de-Dôme, arrond. et cant. de 
Riom. A, 2; I, 2. 

Mauziacum, Moziacum. Mozac, Puy-de-Dôme, arrond. et cant. de 
Riom. A, 1; B, 17; I, 1; II, 2; III, 1 ; V, 2 ; VII, 16; IX, 4; X, 3; 
XI, 11. 

Mons Acutus. Montaigut ou Montaigut-le-Blanc, jadis Montaigut- 
sur-Ghampeix, Puy-de-Dôme, arrond. d'Issoire, cant. de Ghampeix. 
XI, 10. Gf. notre Pouillé de Clermont, n° 707. 

Nigrum Stabulum, Nicrum Stabulum. Noirétable, Loire, arrond. 
de Montbrison, cbef-lieu de canton. A, 17; B, 11; II, 8 ; IV, 1 ; V, 8; 

VII, 17; VIII, 3; IX, 1; XI, 3. 

Pons Gastri. Pont-du-Ghàteau, Puy-de-Dôme, arrond. de Glermont- 
Ferrand, chef-lieu de canton. II, 6; V, 6 ; VIII, 1. 
Rivi. Ris, Puy-de-Dôme, arrond. de Thiers, cant. de Ghâteldon. 

B, 13; IV, 11; VH, 4; VIU, 5; IX, 5; X, 1; XI, 15. 

Roserise, Roserii, Rosers. Rozier-Gôtes-d'Aurec, Loire, arrond. de 
Montbrison, cant. de Saint-Bonnet-le-Ghàteau, autrefois Roziers (Gas- 
sini) ; et non pas Rosières, Haute-Loire, comme nous l'avions indiqué 
par erreur dans notre premier travail, Voy. la brochure de MM. Vin- 
cent Durand et A. Vachez, Étude historique et archéologique sur le 
prieuré de Rosiers, 1880, in-8», 47 pages. B, 1; lU, 6; IV, 10; VII, 8; 

VIII, 11; IX, 10; X, 8. 



DE L ORDRE DE CLUNY. H7 

Rupesfortis. Rochefort, Cantal, arrond. de Saint-Flour, cant. de 
Massiac, comm. de Saint-Poney. C'était une dépendance de la Voûte. 
B,l. 

Salsiniae, vide Gelsinise. 

Sanctus Ferreolus. Saint-Ferréol-des-Gôtes, Puy-de-Dôme, arrond. 
et cant. d'Ambert. A, 12. 

Sanctus Florus. Saint-Flour, Cantal, chef-lieu d'arrondissement. 
A, 3; B, 5; II, 5; IV, 5; V, 5; VII, 12. 

Sanctus Hylarius, Ylarius. Saint -Alyre, domaine, comm. de 
Veyre-Monton, Puy-de-Dôme, arrond. de Clermont-Ferrand. Ce prieuré 
dépendait de celui de Sauxillanges. II, 2; III, 3 ; X, 4. 

Sanctus Johannes de Calma. Saint-Jean-la-Chalm, Haute-Loire, 
arrond. du Puy, cant. de Cayres. XI, 7. 

Sanctus Marcellus. Saint-Marcel, Puy-de-Dôme, arrond. de Cler- 
mont-Ferrand, cant. et comm. de Vertaizon. A, 11. Il y avait aussi en 
ce lieu une église dédiée à Sainte-Marcelle {Dictionn. histor. du Puy-de- 
Dôme, à ce mot). 

Saxeniae, Salsiniae, vide Celsinise. VI, 3. 

Selviniacus, vide Silviniacus. 

Sende. A, 8. Corr. et vide Lende. 

Silviniacus. Souvigny, Allier, arrond. de Moulins, chef-lieu de can- 
ton. B, 16; IV, 11; VII, 3; VIII, 7; IX, 14 ; X, 2; XI, 12. Cette loca- 
lité était certainement du diocèse de Clermont et non pas du diocèse 
d'Autun comme le porte par erreur le Catalogus abbatiarum imprimé 
dans la Bibliotheca Cluniacensis, col. 1736 E. Souvigny était le chef-lieu 
d'un archiprêtré. Voy. notre Pouillé de Clermont, p. 90 du tirage à part. 

Talvse. Tauves, Puy-de-Dôme, arrond. d'Issoire, chef-lieu de can- 
ton. A, 6; XI, 9. 

Thyernensis abbatia, Tiernum, Tyerium, Tyernum. Thiers, 
Puy-de-Dôme, chef-lieu d'arrondissement. A, 15; B, 12; II, 7; IV, 2; 

V, 7; Vn, 6; VIII, 4; IX, 2; XI, 2. 

Vantadorum, Ventodorum. Moustier-Ventadour, Corrèze, arrond. 
de Tulle, cant. d'Égletons. B, 7; VI, 2; VII, 13; VIII, 12; IX, 12. 

Vanna, Veyna. Laveine, Puy-de-Dôme, arrond. de Thiers, cant. de 
Lezoux, comm. de Crevant. A, 14; B, 9; II, 1; IV, 6; V, 1; VII, 5; 
VIII, 1; IX, 6; XI, 1. 

Vivayrols. Viverols, Puy-de-Dôme, arrond. d'Ambert; chef-lieu de 
canton. XI, 6. Ce prieuré se nommait Sainte -Marie -Madeleine de 
Viverols. 

Volta et quelquefois Vota. La Voûte-Chilhac, Haute-Loire, arrond. 
de Brioude, chef-lieu de canton. A, 4; B, 4; II, 4; III, 5; IV, 4; V, 4; 

VI, en titre; VII, 11 ; VIII, 8; IX, 7; X, 5; XI, 7. 



LES 

MONNAIES DE BEAUFREMONT 



MM. Plantetet Jeannez ont parlé, les premiers, du monnayage 
des seigneurs de Beaufremont et attribué à Gautier P^ mort en 
1430, un demi-gros, frappé à VauvillersS dont voici la des- 
cription : 

+ IBI FIDES • IBI • AMOR. Main étendue, posée en pal, 
supportant une fleur de lis ; le tout dans un trèfle formé de quatre 
quarts de cercle. 

r/. MO AR SVP VVSIS. Croix à branches égales coupant la 
légende ^ 




Poey d'Avant a accepté cette attribution tout en faisant remar- 
quer que, s'il était hors de doute que les Beaufremont aient pos- 
sédé Vauvillers , il ne devinait pas comment ils avaient pu y 
frapper monnaie ^. 

Que ce demi-gros ait été frappé à Vauvillers, le fait est indis- 
cutable. La légende qu'il porte se lit à peu près identique sur les 
pièces émises dans cette localité par Nicolas du Chastelet : SVP • 
VVLIS, ou VVLIS, ou VVSIS. Son type n'est pas étranger à 

1. Vauvillers, Haute-Saôae, arrondissement de Lure. 

2. L. Plantet et L. Jeannez, Essai sur les monnaies du comté de Bourgogne, 
p. 240, pi. II, n° 13. 

3. F. Poey d'Avant, les Monnaies féodales de France, t. III, p. 166, 
pi. CXXVII, n" 4. 



LES MONNAIES DE BEAUFREMONT. 



-^9 



la famille du Chastelet ; en effet, la dextre supportant une fleur 
de lis fait penser à son blason : d'or à la bande de gueules 
chargée de trois fleurs de lis d'azur. 

Jusques à ce jour, on a signalé des monnaies de Nicolas II du 
Chastelet qui, au milieu du xvf siècle, fabriqua à profusion des 
pièces en or et en argent d'assez mauvais aloi ; lui-même, ou son 
maître monnayeur, cherchait par une habile imitation à les faire 
confondre avec les monnaies de ses voisins. Le 17 avril 1553, le 
Parlement de Dole décriait ces pièces et en interdisait la fabrica- 
tion. Le roi Henri II en faisait autant quatre mois plus tard ; nou- 
veaux arrêts du Parlement de Dôle le 18 juillet et le 13 août; 
nouvelle prohibition du roi de France le 11 juillet 1556. 

Le demi-gros attribué à Gautier II de Beaufremont semble, 
par son style et sa fabrique, destiné à courir avec des monnaies 
contemporaines de la première moitié du xvf siècle émises à 
Thann, à Vieux-Brisach , à Colmar, àFerrette, etc. Je donne 
deux demi-gros des deux premières villes ci-dessus énumérées, et 
on peut constater que leurs revers sont semblables à celui de la 
pièce en question. 







Je suis très porté à penser que la pièce qui nous occupe est le 
produit d'une timide tentative faite par Nicolas P% aïeul, ou Erard, 
père de Nicolas II du Chastelet, l'un mort en 1519, l'autre en 
1525, alors que devenus seigneurs de Vauvillers, fief divisé avant 
eux entre plusieurs propriétaires, ils voulurent profiter de ce 
qu'ils tenaient une terre de surséance. 

A cette époque, et pendant un laps de temps assez long, 
quelques terres de cette région restèrent, au point de vue féodal, 
en litige entre le duc de Lorraine et le comte de Bourgogne. Leurs 
détenteurs, tels que les du Chastelet, les Montjoie, les Gilley, se 
trouvant, par le fait, sans seigneurs supérieurs, s'attribuèrent, 
comme souverains, le droit de faire de la mauvaise monnaie pour 
affirmer une indépendance qui était factice et conditionnelle. 

Voici un autre demi-gros, toujours avec le même revers et qui 



^20 LES MONNAIES DE BEATIFREMONT. 

porte les armes du Chastelet; c'est encore une tentative, mais 
plus hardie : le blason y est, mais le nom n'y figure pas : 

-\- MO ARG SVP VVSIS, moneta argentea supremitatis 
Vauvilarensis. Ecu parti du Chastelet et d'or à la fasce de sable 
qui est Cicon dont était la femme de Nicolas I". Si cette pièce appar- 
tient à Nicolas II, il faut croire qu'il prit le blason de ses aïeux 
pour former un type imitant quelque pièce de son voisinage. 

r/. QVI est MIC LAB, qui est michi labor. Croix parta- 
geant la légende en quatre. 




Cette rectification que je propose m'amène tout naturellement 
à signaler un fait assez curieux au double point de vue numisma- 
tique et diplomatique. Je veux parler d'un diplôme de Frédé- 
ric T"" confirmant le droit de frapper monnaie, en 1168, au sei- 
gneur de Beaufremont. En abordant ce sujet, je n'entends, en 
aucune manière, contester l'antiquité et l'illustration de la mai- 
son de Beaufremont. Seulement il est arrivé, comme dans d'autres 
familles historiques, qu'un Beaufremont a été victime de la super- 
cherie d'un fabricant de titres apocryphes comme il y en eut plu- 
sieurs au siècle dernier. Et cependant il n'avait pas besoin de 
recourir à cet industriel pour augmenter le prestige du nom qu'il 
tenait de ses ancêtres. 

Généralement les titres apocryphes composés au siècle dernier 
et au commencement du xix'' sont très imparfaits dans leur rédac- 
tion et déplorables dans la forme; de nos jours, les fabricants de 
ces sortes de documents sont plus habiles ; quelques-uns sont arri- 
vés à une perfection qui exerce la sagacité des paléographes. 
Nous avons vu, il y a quelques années, des spécimens nombreux 
de leur art lorsque sévissait le désir de figurer à Versailles, dans 
les salles des croisades. Là, au moins, la maison de Beaufremont 
présentait un titre d'une authenticité indiscutable. 

Dernièrement, M. Delisle * a parlé de titres fabriqués par un 

I. L. Delisle, Instructions adressées par le Comité des travaux historiques 



LES MONNAIES DE BEAUFREMONT. 424 

certain abbé Guillaume, au milieu du siècle dernier, pour se con- 
cilier la bienveillance du prince de Beaufremont. 

« L'abbé Guillaume, » dit mon savant confrère, « déposait 
les copies légalisées des documents composés par lui dans les 
chartriers d'abbayes, dans les archives publiques. Les intéressés 
se faisaient délivrer des expéditions authentiques de ces pièces, 
par exemple par la Chambre des comptes de Bar et Nancy en 
1761. Du reste ce mode de se procurer des copies authentiques de 
documents suspects était plus ancien. Au xiv^ siècle, on trouve 
des vidimus dont les originaux étaient supposés ou d'invention 
moderne. » 

C'est justement ce qui arriva à Pierre de Beaufremont, lieute- 
nant général des armées, gouverneur de Seyssel, qui se procura, 
à cette date, entre autres copies, le texte du diplôme de 1168 par 
lequel Frédéric P'' confirmait à Hugues de Beaufremont le droit 
de frapper monnaie dans son château, en vertu d'un privilège 
obtenu par ses ancêtres. Cette copie est faite sur un vidimus 
donné par l'official de Toul, aux calendes de juillet 1360. 

Il faut remarquer que c'est un vidimus de la même date et du 
même officiai qui fournit le texte d'une charte fausse de 1218, 
publiée par M. Delisle; même observation pour des diplômes et 
chartes de 1152, 1202, 1206 et 1236 que j'ai eu occasion de voir 
au Cabinet des titres de la Bibliothèque nationale; toutes ces 
pièces ont évidemment l'abbé Guillaume pour auteur. 

Si l'on étudie le texte du document de 1168 que je donne à la 
fin de cette étude, on constate que la date ne concorde pas avec 
la présence, parmi les témoins, de Eberard de la Tour-Saint- 
Quentin, qui devint archevêque de Besançon dans le second 
semestre de 1171, ni avec celle de Henri, comte de Bar, qui suc- 
céda à Renaud II, son père, en 1170, ni avec la mention du titre 
de vicomte de Besançon, donné à Gislebert de Faucogney, qui, 
en réalité, était vicomte de Vesoul; ni enfin avec l'indiction qui 
devrait être la f* et non la xf . 

La plupart de ces anachronismes disparaîtraient si, au lieu de 
1168, la date était 1178; mais les faussaires ne pensent pas à 
tout. D'ailleurs il y a un fait auquel il est impossible de répondre. 
C'est qu'il existe un autre diplôme de Frédéric I", de la même 

et scientifiques aux correupondants du ministère de l'instruction et des beaux- 
arts. Littérature latine et histoire du moyen âge, p, 53. 



122 LES MONNAIES DE BEADFREMONT. 

date, avec les mêmes erreurs, rédigé évidemment par la même 
main et qui n'intéresse en rien la maison de Beaufremont. 

Ce diplôme, jusqu'à ce jour, n'a pas été soupçonné. Il est repro- 
duit dans maints ouvrages spéciaux depuis D. Galmet^ Il s'agit 
de la concession du droit de battre monnaie conféré à l'évêque 
de Toul. J'avoue ne pouvoir deviner quel mobile a pu pousser 
l'abbé Guillaume à inventer cet acte, au milieu du siècle dernier, 
alors que, depuis trois cents ans, les évêques de Toul avaient 
cessé de battre monnaie. On en est réduit à se demander s'il a 
voulu satisfaire la curiosité de quelque collectionneur lorrain qui 
tenait à avoir une histoire du monnayage épiscopal de Toul. 

Un fait est venu à ma connaissance, grâce à l'obligeance de 
M. Delisle, qui m'a signalé un document inédit, cette fois très 
authentique, des Archives de Meurthe-et-Moselle; ce fait a pu 
laisser, dans le pays, un souvenir de monnaies en or et en argent 
frappées à Beaufremont. 

En 1444, le roi René était informé que Pierre, seigneur de 
Beaufremont et de Ruppes^ avait « forgiê monnaie » dans un de 
ses châteaux. Il saisit ses terres et ordonna à Pierre du Mayel, " 
lieutenant du bailli de Bassigny, de se transporter dans toutes 
les places appartenant à Pierre et de faire, en personne, une 
enquête. Sans tarder, Pierre du Mayel, accompagné d'un tabel- 
lion, se rendit au château de Ruppes, et là il recueillit, au sujet 
du fait incriminé, des indications que le document signalé par 
M. Delisle nous fait connaître en détail. 

Peu de temps après « la bataille de Buligniville^, où le roi de 
Secille fut prins, » — cette bataille fut livrée le 2 juillet 1431, — 
un monnayeur, nommé Girard Navut, accompagné de quelques 
aides, parmi lesquels était un graveur du nom de Johannin, fabri- 
quait des monnaies en argent dans une forge établie dans les fos- 
sés du château de Beaufremont. Le témoin qui révéla le fait en 
eut connaissance par hasard. Passant dans le voisinage et enten- 
dant travailler dans cette forge, il avait pensé y trouver des 
maréchaux, — lui-même était maréchal à Brancourt^, — occu- 



1. D. Calniet, Histoire de Lorraine, 2' édit., t. VI, pr., p. 16. 

2. Vosges, arrondissement de Neufchâteau, canton de Coussey. 

3. Bulgneville, Vosges, arrondissement de Neufchâteau. 

^. Brancourt, Vosges, arrondissement de Neufchâteau, canton de Coussey. 



LES MONNAIES DE BEAUFREMONT. -123 

pés à forger quelque ouvrage en fer, comme auparavant il y avait 
vu fabriquer « un veuglaire en fer, en la compagnie de Huet de 
Bar, bonbardier. » Mais, au lieu d'un maréchal, il trouva un mon- 
nayeur qui faisait des monnaies en argent, à deux écussons, au 
coin du roi d'Angleterre et que, dans le pays, on désignait sous 
le nom de « monnoie de Bourgonne. » Il s'agit ici de ces blancs 
aux écus frappés de 1422 à 1453 par Henri YI d'Angleterre*. 

Pierre de Beaufremont se tira de ce mauvais pas en établis- 
sant qu'il était complètement étranger à cette fabrication frau- 
duleuse. Nous trouvons dans Dufourny une analyse de lettres 
ducales qui nous met au courant de la suite de ce procès ^: 

« Lettres de René, roy de Sicile, duc de Bar, portant qu'au 
mois de septembre 1444, à la requête de son procureur général 
du duché de Bar, qui disoit estre informé que son amé et féal 
chevalier Pierre, seigneur de Beffroymont et de Ruppes, avoit 
esté agent et consentant avec autres personnes de faire battre et 
forger monnoye fausse audit Beffroymont et autres lieux en ses 
pays, iceluy chevalier ait esté adjourné à comparaître en per- 
sonne devant luy, ou les gens de son grand conseil en la ville de 
Bar pour répondre sur ledit cas, sur peine de bannissement ; et, 
pour ce qu'il n'a comparu et que le cas étoit criminel capital, fut 
mis en deffault et, à sa poursuite, les chasteaux, villes et sei- 
gneuries de Beffroymont et de Ruppes, mouvans des fiefs du duché, 
eussent été mis en la main du Roy et depuis venus en celle dudit 
chevalier sans que ladite inquisition ait été décidée. 

« Et pour ce qu'il s'est tiré vers le Roy, le suppliant de don- 
ner fin à ladite cause, affirmant n'avoir jamais esté consentant 
ni coupable en aucune manière dudit cas. Sur ce, considéré ses 
noblesse, prérogatives et de ses prédécesseurs, seigneurs dudit 
lieu, les grands secours qu'ils ont fait à ses prédécesseurs ducs 
de Bar et même à ceux qui lui a fait en des guerres, affaires 
et autrement et espère qu'il fera à l'avenir, il déclare iceluy 
chevalier estre en cause d'absolution dudit cas d'avoir battu 
et forgé, ou fait battre et forger, ou avoir esté consentant à battre 

1. Voici la description dé ces blancs : FRANCORVM : ET : ANGLIE : REX. 
Les écussons accolés de France et d'Angleterre; au-dessus HERICVS. ly SIT : 
NOMEN : DNI : BENEDICTV. Croix entre une fleur de lis et un léopard; 
au-dessus HENRICVS. — Des blancs anglo-bourguignons frappés à Dijon por- 
taient comme différent une véronique ou saint suaire, et à Màcon un trèfle. 

1. Cabinet des titres, dossiers bleus, Beaufremont, liasses 953-973. — Dufourny, 
t. L, p. 3236, n° 39. 



^24 LES M0N3VAIES DE BEADFREMONT. 

et forger la fausse monnaye par faute de preuve ou cas satisfai- 
sante, l'absout des demandes de son procureur ; lui remet toutes 
peines, amande corporelle, criminelle et civile du passé jus- 
qu'aprésent ; lève la main mise de la moitié de la ville d' Ange- 
ville' et vingt livres sur les tailles de Parcy^ et Saint Ouain^. 
Donné en la cité de Marseille, le 23 juin 1453. Signé : René; 
sur le reply : par le Roy en son conseil, auquel estoient le duc 
de Calabre et de Lorraine, son fils. Ferry, m. de Lorraine, l'évêque 
de Marseille, le sire de Beauvau, sénéchal d'Anjou, le sire de 
Fenestrange, maréchal de Lorraine, le chancelier de Provence 
Daniel Arrige et autres. » 

L 

Nos officialis curie Tullensis notum facimus universis présentes 
litteras inspecturis quod nos vidimus et de verbo ad verbum legi- 
mus et transcribi fecimus quasdam litteras sanas et intégras non 
vitiatas, non cancellatas et omni suspicione carenles quarura ténor 
sequitur et est talis : 

Federicus Dei gratia imperator Romanorum et semper augustus, 
omnibus fidelibus salutem. Gum ad nostre perlineat celsitudinis alti- 
tudinem fidèles imperii in suis justis petitionibus exaudire ad con- 
gruum ipsis prebere attentum, dignumfuitutpetilionem fidelis nos- 
tri Hugonis domini de Bafrimont bénigne reciperemus et congrue sus- 
piceremus. Noveritis itaque quod cum predictus Hugo jus habeat 
libère faciendi monetam in Castro suo de Bafrimont et in terra que 
sui juris est, nobis humiliter suplicavit qualiter jus suum auctori- 
tate imperiali confîrmaremus et sigilli nostri munimento attestare- 
mus-, cujus precibus salubriter annuentes petitiones predicti Hugonis 
inclinati supradictum jusmonetesicutapredecessoribus suis pacifiée 
et quiète transmissum est ipsi et successoribus suis pacifiée in per- 
petuum confirmamus et futuris temporibus valiturum decernimus. 
Si quis autem et successores suos super hoc inquietare presumpse- 
rit centum marcas reus nostre majestati exsolvet medietalem in fis- 
cum regium et aliam medietatem predicto Hugoni et insuper iram 
nostram imperialem se noverit incursurum. Hoc autem supradictum 
jus confirmamus, salva per omnia imperiali justitia. Fada est bec 
nostra confirmatio in presentia fidelium nostrorum, Evardi Visun- 

1. Aingeville, Vosges, arrondissement de Neufchâteau, canton de Buigniville. 

2. Parcy-Saint-Ouen, canton de Saint-Ouen-les-Parcy. 

3. Sainl-Ouen-les-Parcy, Vosges, arrond. de Neufchâteau, cant. de Buigniville. 



LES MOIVIVAIES DE BEAUFREMONT. -125 

tinensis episcopi, Balduini Trajectensis , Henrici comilis Barrensis, 
Gisleberti vicecomitis Vesuntinensis , Theobaldi de Novo Castro, 
Ulrici de Nuefviler. Datum Besuntii, xviii calendas octobris anno 
domini millesimo G LXVIII, indictione xi. 

Et nos offîcialis predictus huic présent! transcripto ab originali 
sumpto ad preces et ad requisitionem nobilis viri Huonis de Befro- 
mont militis in testimonium visionis nostre sigillum predicte curie 
nostre duxiraus apponendum. Datum xiii calendas julii anno Domini 
millesimo CGC sexagesimo. 

(Bibl. nat., nouv. acq. lat. 2085, fol. 21 v"; 2« copie identique, fol. 24 v».) 

IL 

Federicus , Dei gratia Romanorum imperator augustus. Gum ad 
nostram pertineat celsitudinem fidèles imperii in suis justis petitio- 
nibus exaudire et in hls precipue quod ad ecclesiarum Dei spectat 
utilitatem ; dignum fuit ut petitionem fîdelis nostri Pétri Leuchorum 
episcopi bénigne susceperemus et ad effectum perducereraus. Nove- 
rint itaque fidèles et amici imperii quod cum praedictus episcopus 
Petrus castrum ecclesiae suae quondam dirutum reediflcavit, quod 
Liberdunum dicitur, laude et assensu nostro hoc fecit, et nos libère 
faciendi ibidem monetam suam et etiam successoribus suis assen- 
sum praebuiraus, et ut castrum sicut et cetera quae sui juris sunt, 
ipse et successores su* episcopi decreto in pace possideant, et preci- 
pimus autoritate imperiali et sigilli nostri attestatione conflrmamus. 
Quicquis autem eum et successores suos super hoc molestare pre- 
sumpserit, reum lesae majestatis se esse cognoscat et condignam 
debere subire vindictam. Facta est haec no»tra confirmatio in prae- 
sentia fîdelium nostrorum, Everardi Bisuntinensis archiepiscopi, 
Arducii Gebennensis episcopi, Theodorici Metensis electi, Balderini 
Trajectensis, et Ugonis ducis Divionensis, Henrici comitis Barrensis, 
Ludovici comitis de Ferettes, Odonis Gampaniensis, Brocardi bor- 
gravii Madiburgensis, Gisleberti vicecomitis Vesuntinensis. Datum 
Bisunt. xviii kal. octob., anno Domini M. G. LXVIII, ind. xi. 

(Benoît, Hist. eccl. et politique de Tout, Preuves, 30.) 

IIL 

Informacion faicte par moy Pierre du Mayel, lieutenant de mons"" 
le bailly du Bassigny, commissaire ordonné de par le roy de Secille 
par son mandement patant duquel la teneur s'ensuit : Régné, par la 
grâce de Dieu, roy de Jherusalem et de Secille, duc d'Anjou, de Bar 



J26 LES MONNAIES DE BEAUFREMONT. 

et de Lorrainne et marchis, marquis du Pont, conte de Provence, de 
Forcalquier et de Piémont, à nostre chier et bien amé Pierre du 
Mayel, lieutenant de notre bailly de Bassigny, salut. Gomme il ne 
loise à aucun de nos subgiés entreprendre de forgier ou faire forgier 
monnaie d'or ou d'argent en nos pais et seignoriez de Bar et de Lor- 
raine, sy non ceulx qui de par nous y sont commis ou députés, et 
s'aucuns ont fait le contraire en ont esté reprins et pugnis par nous 
et nos prédécesseurs ; ce non obstant puïx aucun temps ença Pierre 
de BefTromont, chevalier, a forgié ou fait forgier monnaie d'or ou 
d'argent au lieu de BefTromont ou autre part et lesdites monnaies 
desduites ou fait desduire à son proffit; pour occasion duquel délit 
nous avons fait prendre et mectre en nostre main les seignories de 
BefTromont et de Rupes, ensemble tout ce qu'il peult competer et 
appartenir audit chevalier estant soubz nostre seignorie. Et affm que 
lesdiz cas ne demeurent impugnis et pour emplement estre informés 
d'iceulx, vous mandons et expressément enjoingnions que, sur les cas 
dessusdiz et les despens d'icelles appallacions, ung de nos tabellions 
avec vous vous informés bien et dehuement en vous transportans en 
tous les lieux de nosdictes seignoriez de Bar et de Lorrainne et autre- 
part ou que saueres que gens sont qui de ceste matière saueront à 
parler ou averont aucune cognoissance, et lesdictes informations par 
vous faictes et ledit tabellion renvoyez clouse et scellée soubz vostre 
seel devers nous où que soyons en nosdicts pais de Bar et de Lor- 
rainne pour, sur ladicte information et autres que avons, procéder 
selon raison. Et ou cas que aucuns feront difficulté, de déposer de 
ceste matière par devers vous et ledit tabeUion , nous voulons et 
expressément vous commendons que à iceulx assigner jour à estre 
et comparoir par devant vous et les gens de nostre conseil, où que 
soyons en nosdicts pais de Bar et de Lorrainne, à painne de cent mars 
d'argent ou cas quilz seroient deffaillans de ce faire, vous donnons 
povoir, auctorité et mandement especial; mandons à tous nos bail- 
lifs, prevosts, seneschaulx, maires et tous autres nos justiciers, offi- 
ciers et subgiez, prions tous autres que à vous en ce faisant obéissent 
et entendent diligemment et vous prestent, baillent et délivrent 
consoil, confort et ayde se mestier en avez. Donné en nostre ville de 
Nancey, le deixyesme jour de janvier l'an mil llllc quarente et 
quatre. Ainsin signé : par le Roy à la relacion de mons"" le gouver- 
neur ou le bailli de Chaumont, mess""' Jehan le Gilleur et plusieurs 
autres estoient. Warri. Par vertu desquelles lectres, je, Pierre du Mayel 
commissaire dessus dit, appallé et mené avec moy Jehan Thomassin, 
tabellion juré et establi de par le roy de Secille en la seneschaussée 



LES MONNAIES DE BEAUFREMONT. ^27 

de la Mouthe et de Bourmont, me suix transporté ou chastel de 
Ruppes et a requis à Jehan de Gorsy, chastellain et ayans la garde 
de ladicte maison et le gouvernement de la terre dudict Ruppes, qu'il 
mandât quérir Guiot Mousan, demorant à Brancourt, pour icellui 
examiner sur le contenu oudict mandement ce que je montray audict 
chastellain, et incontinant envoya quérir ledit Guiot, qui vint audict 
Ruppes le venredi xv^ jour de janvier, l'an mil IIII« quarente et 
quatre, et en ma présence et es présences dudict tabellion, dudict 
chastellain et de Collin Duc et aubelestier commis à la garde dudict 
Ruppes, dit et dépose ledict Guiot Mousan en la manière qui s'ensuit : 
Guiot Mousan, demorant à Brancourt, mareschal, et agié de 
soixante ans ou environ, tesmoing juré aux sainctes euvengiles de 
Dieu et diligemment examiné sur le contenu ou mandement dessus- 
dict, dit que ung poul après la bataille faicte près de Buligneville, où 
que le roy de Secille fut prins, il fut au lieu de Beffromont, ouquel 
lieu estoit Girart Navel, monnoier, et autres ses aydes quilz forgoient 
monnoie d'argent au coing du roy d'Angletaire et la nommoit on 
monnoie de Bourgoinne. Requis en quel lieu ilz forgoient icelle mon- 
noie, dit que c'estoit es foussez dudict Beffromont, en une forge qui 
y est, en laquelle ledict Guiot, ung pou devant ladicte bataille, avoit 
adié à fere ung veuglaire de fer en la copaignie de Huet de Bar, 
bonbardier. Encores requis commant il savoit quilz forgoient en 
icelle forge ladicte monnoie, dit que le scet parce qu'il se transporta 
en ladicte forge, cuidant que se feussent mareschaulx quilz forgaissent 
aucun ouvraige de fer, et ledict déposant vit et cognut que cestoit 
monnoie dargent à deux escus que Ion appale ou pais environ Bef- 
fromont monnoie de Bourgoinne; de lui requis qui estoient ceulx qui 
estoient avec ledict Girart Navet, monnoier, qui luy adoient à forgier 
ladicte monnoie, dict que ung nommé Jehan Grisel y estoit, et les 
amena maistre Jehan d'Orliens, et si y estoit ung nommé Jehannin 
le graveur, lequel Jehannin, comme pence ledict déposant, fut pour 
ceste cause prisonnier au lieu de Nancey, et par la justice de Nancey 
fut marqué ung poul après l'exécution dudict maistre Jehan d'Or- 
liens. A luy requis s'il n'a point veu distribuer de ladicte monnoie 
faicte audict Beffromont, dit qu'environ la Saint Rémi ensuigant 
après ladicte bataille, ledit déposant vendit un cheval à mons"- de 
Beffromont la somme de douze frans audict lieu de Beffromont et 
commenda mondict s"- de Beffromont à messire Didier, prestre, filz 
Perrin Mouroy de Marcey soubs Bricey , qu'il baillait de Targent audict 
déposant, lequel messire Didier mena ledict déposant en la chambre 
de retrait près de la chambre de mons"" de Beffromont et lui bailla 



428 LES MONNAIES DE BEAUFREMONT. 

cinq frans de monnoie neufve faicte au coing dessusdict. Requis quil 
fil d'iceulx cinq frans, dit qu'il devoit de l'argent à Regnault de Nouroy, 
clerc juré apresent du Neufchastel, auquel il bailla iceulx cinq frans, 
lequel Regnault les renvoya audict déposant en lui mandant quil les 
avoit monstres à Perresson le Louche, du Neufchastel, qui lui avoit 
dit que c'estoit mauvaise monnoie, et que lui renvoyât de la monnoie 
de Lorraine. A lui requis quil fil depuis de ladicte monnoie, dit que 
ung nommé Le Nou Parmentier, qui portoit les armes de feu messire 
Jehan de Tinteville, seigneur Deschasnelz, vint à Brancourt, auquel 
ledit déposant bailla lesdicts cinq frans de monnoie dessus dicte à 
eschange de monnoie de Lorrainne. Ancores requis se il vit point 
forgier ne qui saiche que len ait forgié audict Beffromont escus, 
salus, florins ou autre monnoie que celle dessusdicte, ne que mons"" 
de Beffromont ait fait desduire grant nombre de monnoie, dit qu'il 
n'en scet riens fors ce que dessus est dit. Requis s'il scet point que 
la Taillarde de Beffromont aidai à forgier ladicte monnoie ou quil 
en sceut aucune chose, dit qu'il ne scet point que ladicte Taillarde 
aidoit à forgier ladicte monnoie, mais bien scet y que y fut quantoit 
cotidiennement avec les dessus dicts monnoiers, et tient ledict dépo- 
sant quil savoit tout le faict de ladicte monnoie. A lui requis se le 
prevost de Beffromont et Nicolas, chastellain de Ruppes, aidoient à 
desduire lesdictes monnoies comme la déposition de feu maistre Jehan 
d'Orliens le dit, respont que n'en scet riens. Requis s'ilz sont ancor 
en vie et oîi qui demeurent, dit quil ne scet, mais on le poura savoir 
à Aingeville, Medouville ou Joindreville, qui sont des villes de la 
terre de Beffromont, et plus nen scet ledit Guiot sur tout diligem- 
ment interrogué. D^ j^^yel. 

Et je, Jehan Thomassin, tabellion juré au Roy de Secille en la 
seneschaucié de la Mouthe et de Bourmont, certiffie à tous que en 
ma présence et présence des dessusdiz, Guiot Mousan dessusdict a 
déposé les choses cy dessus escriptes en sa déposition et chacune 
d'icelles ainsin et par la forme et manière que ladicte déposition le 
contient, ledit jour de venredi xv^ jour de janvier mil IIIP quarante 
et quatre, tesmoing mon signet manuel cy mis l'an et jour dessus 

^^^^^*' Thomassin. 

t. M. Duvernoy, archiviste de Meurtlie-et-Moselle, a eu l'obligeance de coUa- 
tionner la copie de ce document sur l'original. 



QUEL EST LE VÉRITABLE AUTEUR 

DE LA 

CHRONIQUE ANONYME DE LOUIS XI 

DITE LA SCANDALEUSE? 



Cette recherche est vieille de trois siècles. En 1584, Lacroix 
du Maine, reproduisant, en ses Bibliothèques françaises, une 
indication sommaire fournie l'année précédente par le Trésor 
des histoires de France de Gilles Corrozet, n'hésitait pas à attri- 
buer la paternité de la précieuse et déjà célèbre chronique à un 
« historien français, du temps de Louis XI, nommé Jean de 
Troyes. » Où Corrozet avait-il puisé ce renseignement? On l'a 
ignoré jusqu'à ce jour, mais son assertion a fait fortune, et c'est 
à peine si, actuellement, les érudits mieux renseignés ont fini par 
abandonner le personnage fabuleux qu'il a créé pour reporter 
leurs préférences sur des candidats d'existence moins contestée^ 

C'est M. Aug. Vitu qui, le dernier, a traité la question des 
origines de la Chronique de Louis XP. Il l'a reprise, ab ovo, en 
s' appuyant sur les données fournies par la Bibliothèque histo- 
rique du P. Lelong, qui rapporte que cet ouvrage a été attribué 
à un greffier de l'hôtel de ville de Paris, à Jean de Troyes ou à 
Denis Hesselin. Partant de là, M. Vitu a montré, pièces en main, 
qu'aucun de Troyes n'a pu, dans la seconde moitié du xv® siècle, 

1. Une discussion complète de l'origine et de la valeur historique de la Scan- 
daleuse est réservée pour l'édition critique que vient d'en entreprendre la Société 
de l'Histoire de France. Il ne s'agit ici que de jeter quelque lumière sur un des 
problèmes, non le moindre, que soulève cette chronique. 

2. La Chronique de Louis XI, dite la Chronique scandaleuse, faussement 
attribuée à Jean de Troyes, restituée à son véritable auteur. Paris, Jouaust, 
1873, in-S" de 92 pages. 

4894 9 



"130 QUEL EST LE VÉRITABLE AUTEUR 

tenir le greffe de la ville. Mieux encore, il a découvert que ce 
poste avait été occupé de longues années, de 1477 à 1500, préci- 
sément par Denis Hesselin, élu de Paris et prévôt des marchands. 
La conclusion s'imposait : toutes les chances semblaient être pour 
que le greffier Hesselin et le « faitiste » de la chronique ne fussent 
qu'une seule et même personne, d'autant que, ainsi que l'a si spi- 
rituellement noté M. Vitu, ce fonctionnaire paraît intervenir dans 
le récit « un peu plus souvent qu'à son tour » et n'est jamais men- 
tionné qu'avec toute révérence. 

La démonstration est nette. L'auteur l'a présentée avec un réel 
talent. Elle a satisfait nombre de gens, et j'avoue que, jusqu'à 
présent, elle me paraissait fort acceptable. Mais voici qu'il en 
faut rabattre, et, pour cette fuis, le vraisemblable ne doit pas être 
le vrai. En m'attachant, après tant d'autres, à l'examen du pro- 
blème, je crois avoir découvert, du même coup, pourquoi le Trè- 
sor des histoires a attribué la Chronique de Louis XI à un pseudo 
de Troyes, et le nom véritable et tant cherché du chroniqueur. 

En dehors de l'édition princeps imprimée à Lyon, probablement 
pendant le règne de Charles VIII, la Bibliothèque nationale pos- 
sède de la Scandaleuse deux manuscrits, écrits sur papier au 
xv"^ siècle, et qui portent respectivement les numéros 2889 et 5062 
du fonds français. Le premier est désigné au catalogue sous le nom 
vulgaire : la Chronique scandaleuse. L'autre porte un titre 
plus vague, qui lui a été attribué à une date déjà ancienne : His- 
toire de France de 1461 à 1479. Ces deux volumes ont été 
cités (sinon consultés) par M. Buchon dans la médiocre édition 
qu'il a donnée de notre chronique ^ Le manuscrit français 2889, 
très correct dans le fond, bien que d'une exécution commune, a 
été lacéré en plusieurs endroits, et pourrait bien avoir perdu une 
cinquantaine de feuillets, dont une dizaine au commencement, car 
il débute au milieu du récit de l'entrée solennelle de Louis XI à 
Paris, le 31 août 1461. Il s'arrête brusquement, après d'autres 
lacunes qui le déparent, à la fin de la bataille de Guinegate, au 
mois d'août 1479, sans qu'il soit possible de dire, vu la disparition 
des dernières pages, si la narration était, comme dans l'édition 
imprimée, continuée jusqu'à la mort de Louis XI. Au reste, ce 
manuscrit ne fournit aucun renseignement sur l'origine contro- 
versée de la Chronique scandaleuse. 

1. Collection du Panthéon littéraire. 



DE LA CHRONIQUE SCANDALEUSE? 431 

Il en va tout autrement du fr. 5062, auquel son titre peu précis 
a valu de passer plus inaperçu, bien qu'il soit de tous points supé- 
rieur à son confrère. Ce n'est pas que le texte même en soit beau- 
coup plus correct, caronjurerait qu'une même personne s'est atta- 
chée à apporter aux deux manuscrits des corrections identiques ; 
mais, outre que le fr. 5062 ne présente que les faibles lacunes que 
je vais indiquer, il est tracé avec infiniment de soin, d'une excel- 
lente écriture courante du xv'' siècle, et divisé en paragraphes mé- 
thodiquement distribués. Défait, il n'y manque probablement que 
deux feuillets, le premier et l'avant-dernier. Le récit s'arrête, il 
est vrai, au mois de mars 1479 (n. s.), c'est-à-dire à la fin de 
l'année 1478, suivant l'ancien comput, mais ce n'est point à l'insu 
de l'auteur. Dirai-je maintenant qui a écrit, au moins, la dernière 
page du manuscrit ? C'est celui qui l'a terminée par ces mots : 
Eœplicit ce présent petit volume qui parle seulement depuis 
l'an de grâce M CGC C LXJusques en M CCCC LXXIX, et 
qui a signé : /. de Roye, non sans accompagner son nom d'un 
parafe d'allure notariale. 

Ou je me trompe fort, ou voilà l'origine du trop célèbre Jean 
de Troyes, né de quelque faute de lecture de Gilles Corrozet, ou 
de l'erreur typographique d'un prote du xvi^ siècle*. 

Reste à éclaircir le point le plus intéressant. Ce .T. de Roye 
a-t-il été le rédacteur de la Scandaleuse ? On accordera que d'en 
avoir tracé au moins une page (je ne me prononce pas pour le 
reste) et d'avoir signé le volume, constitue au moins un com- 
mencement de preuve en sa faveur. Mais il y a mieux : tournons 
quelques feuillets et reportons-nous au mois de mars 1478, après 
Quasimodo. Le cardinal-archevêque de Lyon, Charles de Bour- 
bon, festoyé à l'hôtel de Bourbon M"'' d'Orléans, son fils le duc 
Louis, et d'autres grands personnages. Un souper magnifiquement 
servi réunit la noble compagnie dans la fameuse galerie dorée ; 
mais M""" de Narbonne (Marie d'Orléans), alors « fort grosse, » son 
mari, Jean de Foix, et six de leurs intimes, pour être plus à l'aise, 
soupent en une chambre basse, au logis de Jehan de Roye, 
secrétaire de Mgr le duc de Bourbon (Jean II) et garde 
dudit hôtel de Bourbon. C'est bien là notre auteur, et j'ajoute 
que, son nom et ses fonctions une fois connus, la Chronique s'éclaire 

t. Gilles Corrozet était mort depuis près d'un demi-siècle lorsque son fils 
Galliot imprima son Trésor des histoires de France. 



-132 QUEL EST LE VERITABLE ACTEUR 

d'un jour nouveau. Depuis longtemps, on avait remarqué que les 
Bourbons, jeunes et vieux, y jouaient un rôle considérable, à tel 
point que les auteurs de la Bibliothèque historique de la France 
ont émis la supposition (très fondée) que le chroniqueur anonyme 
devait être un serviteur de la maison de Bourbon. M. Vitu lui-même, 
qui naturellement repousse cette hypothèse, sous le prétexte que 
l'auteur de la Scandaleuse est certainement Parisien et qu'il ne 
quitte pas Paris, M. Vitu, dis-je, ne disconvient pas que la 
Chronique se montre invariablement respectueuse et attentive 
envers les membres de la maison de Bourbon ^ Il serait plus exact 
de dire que l'attachement de l'auteur pour les membres de l'illustre 
famille, et plus spécialement pour le cardinal, éclate en maint 
endroit et que les scènes qui sont décrites avec le plus de complai- 
sance sont celles qui se déroulent à l'hôtel de Bourbon ou dans ses 
environs. Je ne citerai qu'un exemple entre plusieurs. Pourquoi, 
si le rédacteur de la Chronique n'est pas le garde de cette belle 
demeure, déplore-t-il si fort le temps « pluvieux et mal venant » 
qui, le jour où le cardinal fêta les ambassadeurs flamands, en 
janvier 1483 (n. s.), endommagea « la belle tapisserie et le grand 
appareil fait en la cour dudit hostel » ? 

Un mot encore. Jean de Roye nous a lui-même appris que son 
manuscrit a été arrêté à la fin de 1478 ; mais tout lecteur atten- 
tif reconnaîtra facilement , en parcourant les dernières années 
du règne de Louis XI , dans un des exemplaires imprimés de 
la Chronique, que c'est la même main qui a complété le récit. 
Le manuscrit français 2889, tout mutilé qu'il est, n'est-il pas là, 
d'ailleurs, pour prouver que son rédacteur avait franchi l'époque 
où finit le fr. 5062? L'explication est aisée. On sait que, en 1477, 
à la suite des révélations plus ou moins sincères du duc de Nemours 
(il les rétracta en partie avant de monter sur l'échafaud), Louis XI 
conçut de terribles soupçons contre le duc de Bourbon, et que le 
cardinal, son frère, jusque-là le favori et l'un des plus employés 
des serviteurs du trône, dut quitter Paris pour un temps, complè- 
tement disgracié, tandis que les officiers de Jean II, poursuivis 
devant le Parlement, étaient emprisonnés, soumis à de sévères 
interrogatoires, et finalement relâchés. Quoi d'étonnant si dans 
de pareilles circonstances le fidèle Jean de Roye jugea bon de 
remettre à des temps meilleurs l'achèvement de son œuvre? Il 



1. P. 74. 



DE LA CHRONIQUE SCANDALEUSE? 433 

la reprit plus tard et la compléta, mais ce fut après la mort de 
Louis XL De là, la rapidité avec laquelle notre Chronique, rem- 
plie auparavant de détails sur les événements parisiens, résume 
les quatre dernières années du règne ; de là aussi le changement 
de ton de l'auteur et ses appréciations sur certains actes du roi. Je 
n'insiste pas. Tout cela est aisé à vérifier, et si on veut une preuve 
certaine que nos deux manuscrits n'ont pas été écrits à la même 
époque, qu'on les ouvre aux journées qui suivirent la bataille de 
Montlhéry (août 1465). L'auteur flétrit la lâcheté des serviteurs 
du roi et vante le courage de Louis XI qui ne demandait qu'à se 
battre, « car il est », porte le fr. 5062, « assez et trop vaillant » : 
« car il estait », reprend le fr. 2889, écrit après la mort du roi. 
Je conclus. Le rédacteur de la Chronique scandaleuse est Jean 
de Roye, secrétaire du duc Jean II, et j'ajoute serviteur proba- 
blement plus intime du cardinal-archevêque de Lyon que de son 
frère. Sa Chronique, toute parisienne, a été écrite à Paris, et, au 
moins jusqu'à la fin de 1478, à l'hôtel de Bourbon, dont il était le 
garde. Après la mort de Louis XI, Charles de Bourbon, affaibli 
par la maladie, se retira à Lyon, où il passa les dernières années 
de sa vie à protéger les sciences, les arts et tout particulièrement 
les imprimeurs. Est-il surprenant qu'un manuscrit delà Chronique 
de Louis XI ait été transporté à Lyon et imprimé dans cette ville 
peu de temps après la mort du prélat, survenue en 1488? 

B. DE Mandrot. 



BIBLIOGRAPHIE. 



Historia bibliothecx Romanorum pontificum tum Bonifatianœ tum 
Avenionensis, enarrata et antiquis earum indicibus aliisque docu- 
mentis illustrata a Francisco Ehrle, S. J. Tomus I. Romge, typis 
Vaticanis, -1890. In-8% xvi-787 pages, S planches. [Biblioteca 
delV Accademia storko-giuridica, vol. VIL) 

Antérieurement à la constitution de la bibliothèque du Vatican telle 
qu'elle existe aujourd'hui et dont les origines ne datent que du xv^ siècle, 
le saint-siège a possédé deux bibliothèques dont les livres ont été dis- 
persés au xiv° et au xv" siècle. La première, dont les vicissitudes peuvent 
être suivies pendant un demi-siècle, depuis 1295 jusqu'en 1345, doit être 
appelée Bonifaciana, du nom de Boniface VIII, sous le pontificat duquel 
elle fut organisée. La seconde, fondée à Avignon par le pape Jean XXII, 
a duré jusqu'au pontificat de Martin V, en 1417. C'est de ces deux biblio- 
thèques que le R. P. Ehrle a entrepris d'écrire l'histoire, dans un ouvrage 
monumental, dont le premier volume, le seul qui ait encore paru, con- 
tient la partie du travail qui concerne le xiv« siècle. 

La bibliothèque de Boniface contenait environ sept cents livres, qui 
furent portés de Rome à Pérouse en 1304, et, un peu plus tard, avant 
l'année 1319, de Pérouse dans le couvent des Cordeliers d'Assise, où ils 
devaient être encore en 1345. Après cette date on en perd la trace. Le 
R. P. Ehrle a retracé l'histoire de cette première bibliothèque, en mettant 
surtout à contribution les quatre inventaires qui nous en sont parvenus, 
savoir : l'inventaire dressé à Rome en 1295, l'inventaire dressé à Pérouse 
en 1311 et les deux inventaires dressés à Assise en 1327 et 1339. Le 
premier et le dernier de ces inventaires ont été publiés en 1885 dans 
VArchiv fur LiUeratur und Kirchengeschichte (t. I, p. 21, 307 et 324). L'in- 
ventaire de l'année 1311 {Recensio Perusina) est donné tout au long dans 
le volume que nous annonçons (p. 24-102). 

La seconde bibliothèque pontificale, celle des papes d'Avignon, était 
beaucoup plus considérable que la précédente. Des débris importants en 
sont aujourd'hui conservés à la Bibliothèque nationale de Paris, au 
Vatican et dans la bibliothèque Borghese. Le P. Ehrle en a reconstitué 
l'histoire avec un luxe de détails qu'on ne saurait assez admirer, et dans 
un ordre si parfait que, avec un peu d'attention, le lecteur n'est jamais 



BIBLIOGRAPHIE. 435 

embarrassé par la longueur des développements. Pour cette partie du 
travail, les éléments d'information ont été puisés à des sources très 
variées, mais également sûres : les livres mêmes qui sont conservés à 
Paris et à Rome; — les lettres des papes contenues dans les registres 
pontificaux du xiv° siècle; — les comptes de la chambre apostolique; 
— les inventaires des biens dévolus au saint-siège en vertu du droit de 
dépouille; — les inventaires des livres conservés au palais d'Avignon 
en 1369 et en 1375. 

Aux textes des documents, qui sont reproduits avec la plus scrupu- 
leuse exactitude, l'auteur a joint des résumés qui seront lus avec le plus 
grand profit par tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des livres au 
XIV' siècle. Rien n'a été épargné pour faciliter l'usage de cette riche col- 
lection de textes. Outre les explications dont beaucoup de textes ont 
été l'objet, on appréciera les tables de noms d'auteurs et des titres d'ou- 
vrages anonymes qui accompagnent l'inventaire de l'année 1311 (p. 109), 
les extraits des registres pontificaux, des comptes et des inventaires des 
dépouilles (p.. 251), de l'inventaire de 1360 (p. 438) et de l'inventaire 
de 1375 (p. 561). Ces tables seront d'un usage très commode pour aider 
à retrouver l'origine d'un assez grand nombre de manuscrits des papes 
d'Avignon que la Bibliothèque nationale a recueillis dans le fonds de 
Golbert. Je viens d'en faire l'expérience sur le ms. latin 7293. La pre- 
mière pièce de ce manuscrit (fol. 1-18) est un traité astronomique qui 
se termine par cette souscription : « Explicit tractatus instrument! 
astronomie magistri Leonis judei de Balneolis, habitatoris Aurayce, ad 
summum pontificem dominum Glementem VI, translatus de hebreo in 
latinum, anno incarnationis Ghristi 1342, et pontificatus dicti domini 
démentis anno primo. » Elle formait jadis un petit volume distinct, 
dont le feuillet initial a disparu, et dans lequel on lit au haut du second 
dacione, et au bas de l'avant-dernier in puncto enim. Si nous nous repor- 
tons à l'article LEO de la table dont le P. Ehrle a fait suivre l'inven- 
taire de la bibliothèque d'Avignon dressé en 1369, nous serons renvoyés 
à l'article 880 de cet inventaire, qui est ainsi conçu : « Item liber magis- 
tri Leonis de astrologia, coopertus samito livido, qui incipit in secundo 
folio dacione, et finit in penullimo folio in puncto enim. » Il suffit de 
rapprocher de cet article la première pièce de notre ms. 7293 pour avoir 
la certitude que cette copie du traité de Léon de Bagnoles était dans la 
bibliothèque pontificale dès l'année 1369, et que c'est très vraisemblable- 
ment l'exemplaire offert en 1342 au pape Clément VI. 

Mais ce n'est pas seulement pour l'histoire des livres qu'il faudra 
souvent recourir à l'ouvrage du R. P. Ehrle. Sans parler d'un travail 
très étendu et très neuf sur les constructions du palais des papes, qui 
n'occupe pas moins de 114 pages (p. 586-700) et auxquelles sont jointes 
huit planches, on trouve, d'un bout à l'autre du gros volume, une foule 
de renseignements très variés sur différents points d'histoire littéraire. 



J36 BIBLIOGRAPHIE. 

J'espère en avoir assez dit pour faire entrevoir l'importance du travail 

dont les anciennes collections de livres du saint-siège ont fourni le sujet 

au R. P. Ehrle, et qui ont pour nous un intérêt tout particulier, puisque 

la bibliothèque des papes d'Avignon est une institution essentiellement 

française. 

L. Delisle. 



Études d'histoire du droit, par Rodolphe Dareste, membre de l'Ins- 
titut, conseiller à la Cour de cassation. Paris, Larose et Forcel, ^ 889. 
In-S", 4'! 7 pages. 

Tous les lecteurs du Journal des Savants connaissent et estiment à 
sa valeur cette série d'articles sobres, précis et attrayants que M. Dareste 
a consacrés en ces dernières années au droit égyptien, au droit hébraïque 
et au droit musulman, au droit hindou, au droit persan, au droit slave, 
au droit germanique et au droit Scandinave. 

Ces études, si remarquées et si remarquables, ont été réunies en un 
volume que nous recommandons à toute l'attention de nos lecteurs. 
M. Dareste ne nous offre pas une reproduction pure et simple des essais 
publiés dans le Journal des Savants. Notre éminent confrère a revu ces 
articles avec soin : il a entièrement refait l'article Bohême et l'article 
Pologne. Toutes les qualités qui distinguent à un si haut degré les tra- 
vaux de M. Dareste, netteté et simplicité du style, étendue et sûreté des 
informations, se retrouvent ici. Ce livre, toujours mesuré et prudent, me 
semble fait pour gagner au droit comparé les esprits difficiles que ces 
belles études effrayent encore. 

Je tiens pour vraie telle solution que M. Dareste adopte dans cet 
ouvrage, et que, moins bien inspiré, il a depuis lors abandonnée, ou, si 
l'on veut, enrichie d'un commentaire inexact à mon sens : je fais allu- 
sion au rôle des rachimbourgs dans le prononcé du jugement pendant 
la période franque. Dans le Journal des Savants, M. Dareste a accepté 
sur ce point les explications de M. Fustel de Coulanges; elles ne m'ont 
jamais satisfait. Les rachimbourgs sont tout simplement des juges, 
comme l'avait fort bien dit M. Dareste dans les Éludes d'histoire du droit*. 
La distinction du droit et du fait, introduite ici par M. Fustel de Cou- 
langes, est, à mes yeux, forcée et arbitraire. En revanche, il me paraît 
difficile de parler encore (p. 389) des quatre bancs de pierre, placés en 
carré, sur lesquels les juges francs auraient pris place. M. Fustel de Cou- 
langes a définitivement renversé ces vieux bancs de pierre^. 

Il manque à cet important ouvrage une table alphabétique des matières. 

1. P. 389. Comparez Journal des Savants, 1889, p. 330. 

2. Fustel de Coulanges, Recherches sur quelques problèmes d'histoire. Paris, 
1885, p. 385, avec la note 5. 



BIBLIOGEAPHIE. 437 

Quelques lecteurs trouveront qu'il y manque aussi, non pas des indica- 
tions bibliographiques, — elles sont très complètes et très précieuses, 
— mais des renvois continus aux divers textes de lois utilisés. 

Paul ViOLLET. 

Les communaux et le domaine rural à l'époque franque, réponse à 
M. Fustel de Coulanges, par E. Glassox, membre de l'Institut, 
professeur à la Faculté de droit de Paris. Paris, Pichon, \ 890. In--! 2, 
483 pages. 

Cet essai est vrai au fond (je ne me permettrais de contester que cer- 
tains détails), piquant en la forme. L'auteur y développe contre M. Fustel 
de Coulanges les conclusions que j'exposais ici même en 1872. Ce sont 
aussi celles de M. E. deLaveleye, celles de M. Aucoc, celles de M. Rod. 
Dareste, celles de M. Paul Fournier, celles de M, Maxime Kovalevsky^. 
M. Fustel de Coulanges les a, comme on sait, contestées à diverses 
reprises, de son vivant. Il les a même combattues, après sa mort, dans 
des ouvrages posthumes où M. Glasson a été attaqué avec une vivacité 
extraordinaire 2. M. Glasson n'a pas cru devoir laisser passer sans 
réplique ces publications insolites. Attaqué énergiquement par M. Fus- 
tel de Coulanges mort, il a répondu énergiquement. En le lisant après 
M. Fustel de Coulanges, on se procurera un supplément d'information 
qui, vraiment, est nécessaire. Il n'est plus possible d'étudier la période 
franque sans recourir au livre de M. Glasson. 

Pris à partie moi-même par M. Fustel de Coulanges 3, malade, mou- 
rant, je gardai le silence, ayant déjà suffisamment polémisé avec le 
savant auteur en santé. Je me contentai d'inviter les lecteurs de M. Fustel 
de Coulanges à se reporter à mes articles sur ce sujet*. Ils suffisent. 
Mais je ne saurais blâmer la décision contraire prise par M. Glasson. 
Placé dans les mêmes conditions que lui, j'aurais probablement agi 
comme lui. 

L'essai que j'ai publié en 1872 dans la Bibliothèque de l'École des chartes 
ayant été, avec le beau livre de M. E. de Laveleye, le point de départ de ces 
discussions, quelques-uns de nos lecteurs me demanderont peut-être de 
les aider, au moins, à suivre cette polémique, aujourd'hui très dispersée. 
Voici l'indication de quelques publications récentes qu'il sera bon de 
joindre au très remarquable volume de M. Glasson, ainsi qu'aux ouvrages 
et aux articles de M. Fustel de Coulanges : 

Paul Fournier, Le dernier livre de M. Fustel de Coulanges, Paris, Palmé, 

1 . Sans parler des savants qui nous ont précédés. 

2. Fustel de Coulanges, L'alleu et le domaine rural, 1889, 1 vol. in-8". 

3. Revue des questions historiques, avril 1889. 

4. Paul Viollet, Broit public, Histoire des institutions politiques et adminis- 
tratives de la France, t. I", 1890, p. 313, note 1. 



438 BIBLIOGRAPHIE. 

1886 (extrait de la Revue des questions historiques, juillet 1886). — E. de 
Laveleye, La propriété collective du sol en différents pays, Bruxelles, 
Librairie européenne, 1886 (extrait de la Revue de Belgique, 15 nov. 
1885). — E. DE Laveleye, La propriété primitive dans les townships écos- 
sais, dans Séances et travaux de V Académie des sciences morales, nouvelle 
série, t. XXIV, p. 364 et suiv. — E. de Laveleye, De la propriété et de 
ses formes primitives, 4^ éd. Paris, 1891. — Thévenin, Études sur la pro- 
priété au moyen âge. Les communia (1886). — Lécrivain, La propriété fon- 
cière chez les Gaulois, dans Annales de la faculté des lettres de Bordeaux, 
1889, no2, p. 182 et suiv. — Lamprecht, Fustel de Coulang es économiste, 
dans Le moyen âge, juin 1889, pp. 129-132. — Th. Reinach, Le collectivisme 
des Grecs de Lipari, dans Revue des études grecques, 1890, pp. 86-96. — 
D'Arbois de Jubainville, Réponse à M. Fustel de Coulanges, dans Recherches 
sur l'origine de la propriété foncière et des noms de lieux habités en France, 
Paris, 1890, pp. xxiii-xxxi. — Maxime Kovalevsky, Tableau des origines 
et de l'évolution de la famille et de la propriété, Stockholm, Samson et 
Wallin (Skrifter utgifna afLorénska Stiftelsen, n° 2, 1890). — R. Dareste, 
dans Journal des Savants, année 1890, pp. 74-77. — Esmein, La propriété 
foncière dans les poèmes homériques, dans Nouvelle revue historique de 
droit, 1890, pp. 821-845. J'omets, avec intention, pour ne pas grossir 
cette liste, les publications indiquées par M. Glasson p. 11, note 1; 
p. 96, note 1. Paul Viollet. 

Beginonis abbatis Prumiensis Chronicon cum continuatione Treve- 
rensi. Recognovit Fridericus Kurze. Hannoverae, 1889. In-8°, xx- 
-196 p. [Script ores rerum Germanicarum in usum scfiolaruîn ex 
Monument is Germaniae Iiistoricis recusi.) 

A en croire les Annales Prumienses, la famille de Réginon était noble 
et habitait le village d'Altrip, sur le Rhin, en aval de Spire. Le témoi- 
gnage de ces Annales paraît tout à l'ait digne de foi : Altrip était un 
prieuré de l'abbaye de Priim, et on comprend que Réginon fut tout 
naturellement amené à faire partie de ce dernier monastère. Il en fut 
élu abbé en 892, lors d'une invasion normande qui pénétra jusqu'à Bonn 
et effraya tellement l'abbé Farabert qu'il se démit de ses fonctions. 
Réginon ne gouverna pas longtemps l'abbaye de Priim. En 899, il fut 
déposé, à l'instigation de ses ennemis, qui firent nomm.er à sa place 
Richer, frère de Gerhard et de Mahtfried, comte de Metz. M, Hartung, 
s'appuyant sur un passage du Chronicon Hirsaugiense de Trithème, a 
soutenu que Réginon fut chassé à l'instigation de Charles le Simple, qui 
s'était arrêté à Priim en 898, dans une expédition contre Zwendibolc, 
roi de Lorraine^; l'éditeur de Réginon, M. F. Kurze, s'est rangé à cette 

1. Forschungen zur Deutschen Geschichte, XVIII, 362-368. 



BIBLIOGRAPHIE. 439 

opinion. Dirai-je qu'elle me paraît peu fondée? L'autorité de Trithème, 
qui a rédigé sa Chronique au xv« siècle, est très faible; si Réginon, 
comme le font observer les savants allemands, ne dit pas de bien de 
Charles le Simple, il n'en dit non plus aucun mal. Que Richer, le rival 
de Réginon, ait été nommé évêque de Liège par Charles le Simple en 
922, cela ne prouve en aucune manière qu'il fût son partisan vingt- 
quatre années auparavant; aux ix^ et x« siècles, les hommes changeaient 
de parti plusieurs fois par an. Chassé de Priim, Réginon se réfugia à 
Trêves, où l'archevêque Ratbod lui confia l'administration de l'abbaye 
de Saint-Martin, ruinée par les Normands ^ Les dernières années de sa 
vie durent cependant s'écouler à Saint-Maximin de Trêves, car c'est là 
qu'il mourut, en l'an 915, et fut enterré, comme l'atteste l'inscription 
de sa pierre tombale, retrouvée en 1581. 

Réginon est l'auteur des trois ouvrages suivants : 1» une dissertation 
sur la musique, Epistola de harmonica institutione, dédiée à son protec- 
teur l'archevêque Ratbod 2; 2" Libellus de synodalibus causis xcclesiasii- 
cisque disciplinis, curieux manuel de l'évêque en tournée pastorale, 
entrepris à l'instigation de Ratbod, et dédié à Hathon, archevêque de 
Mayence-^; S» enfin, une Chronique, son ouvrage le plus précieux do 
beaucoup, et qui doit particulièrement nous occuper. 

Cette Chronique s'étend de la naissance de Jésus-Christ à l'année 906 
et est divisée en deux livres. Le premier, terminé à l'année 741 et inti- 
tulé Libellus de temporibus dominicee incarnationis, n'offre rien d'origi- 
nal; l'auteur s'est borné à copier, abréger ou paraphraser Bède, le mar- 
tyrologe d'Adon, les Gesta pontificum Romanorum, les Gesta regum 
Francorum, les Gesta Dagoberti, Paul Diacre, les Annales S. Amandi 
(716-741), différentes Vies de Saints, etc. Le second livre, intitulé Liber 
de gestis regum Francorum, va de 741 à 906, et peut se diviser, à son 
tour, en deux parties : l» de 741 à 813, rien d'original; c'est la copie 
des Annales Laurissenses majores dont Réginon semble mépriser l'incor- 
rection, et qu'il se vante d'avoir remis en bon latin -i; 2° depuis la mort 
de Charlemagne, Réginon n'a eu d'autres sources que des Annales brèves 

1. Vita S. Magnerici, dans les Monumenta Germanise, Scriptores, VIII, 208. 

2. Publié par Coussemaker, Scriptores de Musica medii œvi, Paris, 1867, II, 
1-73. 

3. Migne, Patrologia, série latine, CXXXI ; édition de Wasserschleben, Leip- 
zig, 1840. Cf. Tardif, Histoire des sources du droit canon, p. 162-164. 

4. Voyez à l'année 813 : « Haec quae supra expressa sunt, in quodam libello 
repperi plebeio et rusticano sermone composita ; quae ex parte ad latinara regu- 
lara correxi, quaedam eliam addidi quœ ex narratione seniorura audivi. » Cette 
dernière affirmation ne laisse pas que de surprendre, car nous ne voyons pas 
que l'auteur ajoute rien aux Annales Laurissenses. A la date de 755, il a encore 
utilisé la Revelatio facta sancto papx Stephano (Monumenta Germanise, 
Scriptores, XV, 2). 



^40 BIBLIOGRAPHIE. 

de Prûm, un recueil de lettres relatives surtout au divorce de Lothaire 
et de Theutberge, enfin, pour les dernières années, ses propres notes et 
souvenirs. L'auteur avoue du reste (à l'année 813) que, pour le règne 
de Louis le Pieux, les livres et les récits des vieillards ne lui ont fourni 
que fort peu de choses. Quant aux Annales brèves de Priira, si elles 
ont disparu , elles semblent bien avoir été également la source des 
Annales de Stavelot' et d'une copie latine faite à Priim en 922^. 

Dans cette dernière partie, la Chronique de Réginon, par la richesse 
et la variété de ses informations, constitue un document des plus pré- 
cieux pour l'histoire, non seulement de l'Allemagne et de la Lorraine, 
mais de la France et de l'Italie, dans la seconde moitié du ix« siècle et 
les premières années du x'' siècle. Réginon s'intéresse à tout ce qui se 
passe dans l'empire d'Occident, aussi bien dans l'Armorique et la Pro- 
vence que dans la Franconie ou la Lorraine. Pour la France, il sert à 
contrôler et à compléter les Annales d'Hincmar et de Saint-'Vaast; de 
900 à 906, il est la source, à peu près unique, pour cette période du 
règne de Charles le Simple. La chronologie est malheureusement incer- 
taine, cela tient au mode de composition de l'ouvrage. Réginon n'a pas 
rédigé ses Annales année par année, au fur et à mesure des événements, 
comme ont fait par exemple Hincmar au ix« siècle, Flodoard au x^ siècle. 
Il composa sa Chronique d'un seul coup, de 907 à 908, et la dédia, en 
cette dernière année, à Adalbéron, évéque d'Augsbourg (887-910). Aussi 
les erreurs de date abondent, même pour les dernières années. Qu'il fasse 
mourir, par exemple, en 862, Noménoé, roi des Bretons, qui en réalité 
périt en 851, cela n'a rien de bien étonnant; il s'agit du souverain d'un 
pays lointain, et d'une époque déjà reculée; mais, à une époque très 
rapprochée, il met en 896 l'arrivée de Louis l'Aveugle en Italie, qui eut 
lieu en 898 ; il le fait couronner empereur en 898, au lieu de 901 ; il place 
en 901 une invasion hongroise en Italie qui se produisit deux ans aupa- 
ravant, etc. Cette incertitude chronologique fùt-elle le seul reproche 
qu'on dût adresser à Réginon, il faut avouer qu'il est grave. 

La Chronique de Réginon a été continuée, de 907 à 967, par un moine 
de Saint-Maximin de Trêves, en qui les érudits allemands, depuis Pertz, 
et surtout depuis Giesebrecht-^, s'accordent à reconnaître Adalbert, 
moine de cette abbaye, plus tard archevêque de Magdebourg. Cet auteur 
ne semble vraiment original que pour les dix dernières années ; jusqu'à 
940, ses sources sont les Annales Laubacenses, Sangallenses majores, 
Augienses (Reichenau). Il semble avoir aussi utilisé des Annales brèves 
de Fulda et autres documents aujourd'hui disparus; c'est ce dernier 
point qui fait la valeur de cette continuation, qui contient un certain 

1. Monumenta Germaniœ, Scriptores, XIII, 39. 

2. Monumenta Germanise, Scriptores, XV, 1289. 

3. Geschischie der Kaiserzeit, I, 778. 



BIBLIOGRAPHIE. ^4^ 

nombre de faits intéressants pour l'histoire de France, notamment aux 
années 939, 948, 965. Adalbert commençait l'année à Noël, comme on 
peut s'en assurer en lisant au hasard un paragraphe quelconque de ses 
Annales (voyez, par exemple, les débuts des années 960-967). 

La Chronique de Réginon, avec la continuation d'Adalbert, a été 
insérée dans les Annales Nienburgenses (ouvrage qui a péri, mais dont 
la copie nous a été conservée par les Annales Magdeburgenses et l'Anna- 
lista Saxo)^ et reproduite par les Annales Hersfeldenses, Hermann de Rei- 
chenau, Otton de Freisingen, etc. La Chronique de Réginon, sans la 
continuation, a été interpolée, à la fin du x" siècle, dans les Annales 
Metteuses, et mise à profit par Marianus Scottus, Hugues de Flavigny, 
les Gesta Trevirorum, etc. 

La Chronique de Réginon est contenue dans plus de trente manus- 
crits, qui se divisent tout naturellement en deux classes, A et B, selon 
qu'ils renferment ou non la continuation. Tous les manuscrits ont pour 
type deux autographes aujourd'hui disparus. A (Réginon, avec la con- 
tinuation d'Adalbert), selon M. F. Kurze, est représenté par trois 
manuscrits dont tous les autres de cette classe sont des dérivés : !<> A^, 
manuscrit 6388 de Munich, x« siècle (dont dérivent dix manuscrits); 
2o A2, lat. 5018 de la Bibl. nat., xi« siècle; 3° A^, lat. H851 de la Bibl. 
nat. (manuscrit autographe de VAnnalista Saxo, qui a interpolé l'œuvre 
de Réginon dans sa Chronique). De même B est représenté par trois 
manuscrits, sources de tous les autres : 1» B', n» 359 de la bibl. d'Ein- 
siedeln, fin du x« siècle; 2° B^, n° 109 de la bibl. de Schaffhouse, fin du 
xe siècle (onze manuscrits en dérivent); 3° B^, lat. 5017 de la Bibl. nat., 
xie siècle. 

La direction des Monumenta Germanise a eu une excellente idée en 
faisant rééditer en un format commode une chronique qui intéresse 
presque autant l'histoire de France que l'histoire d'Allemagne. Le savant 
chargé de ce soin, M. Frédéric Kurze, déjà connu par une bonne édi- 
tion de Thietmar publiée récemment ^, nous paraît s'être chargé de cette 
tâche avec tout le soin et l'érudition désirables. Ses notes historiques 
sont sobres, mais précises et exactes. Elles sont d'ailleurs empruntées, 
pour la plupart, aux excellents travaux de M. Dûmmler. Suivant un 
procédé général en Allemagne, qu'on ne saurait trop recommander, 
l'auteur a fait imprimer en petit texte les parties de la Chronique de 
Réginon qui sont dépourvues d'originalité, en indiquant, en marge, la 
source dont ces passages sont tirés. Mais la partie qui nous semble la 
plus neuve et la plus louable du travail de M. Kurze, c'est la classification 
des manuscrits; c'est ce qui rend son édition supérieure à celle que Pertz 
publia en 1826, dans le tome !«'' des Monumenta Germanie. M. Kurze a 
étudié tous les manuscrits qui contiennent la Chronique de Réginon et 

1. Voyez Bibliothèque de l'École des chartes, LI, 1890, p. 156. 



442 BIBLIOGRAPHIE. 

la continuation d'Adalbert, et s'est occupé d'en établir la filiation. Pertz 
n'a connu qu'une douzaine de manuscrits qu'il n'a pu ou voulu classer; 
aussi, son édition ne donne pas toujours les leçons les plus anciennes et 
les plus correctes. Celle de M. Kurze la remplace donc très avantageuse- 

n^s"^*- Ferdinand Lot. 

The Song of Lewes. Edited, with introduction and notes, by G. L. 
KiNGSFORD. Oxford, at the Glarendon press, -1890. In-46, xxxvi- 
i 68 pages. 

Le Carmen de bello Lewensi, qui forme l'objet de la présente publica- 
tion, a été publié pour la première fois, mais avec peu de soin, par 
Th. Wright, dans les Political Songs of England (Camden Society, 
1839). Il existe dans un seul manuscrit ancien, le manuscrit Harl. 978 
du Musée britannique, qui paraît avoir été écrit à l'abbaye de Reading 
par divers moines du xiii^ siècle. M. Kingsford en a donné la descrip- 
tion minutieuse dans l'introduction (p. xi-xvii) ; il contient des antiennes, 
des préceptes de médecine, des poésies goliardiques, des lais de Marie 
de France, etc. Quant au poème sur la bataille de Lewes, il compte 
968 vers de treize syllabes, rimant deux à deux. 

Ce poème parait avoir été composé peu après la victoire remportée 
par Simon de Montfort et les barons révoltés sur les troupes du roi 
d'Angleterre Henri III, qui, on le sait, fut pris après le combat avec 
son fils aîné, son frère et son neveu (14 mai 1264). M. Kingsford sup- 
pose qu'il a été composé par un frère mineur, chaud partisan du comte 
de Leicester ; que ce moine faisait même partie de la maison {house- 
hold) du comte et qu'il assistait à la bataille de Lewes. Tout cela est 
possible, mais, en réalité, nous n'en savons rien et l'on pourrait tout 
aussi bien émettre l'opinion que c'était un clerc attaché à la personne 
de l'évêque de Chichester (Etienne de Berkstead), un des rares parti- 
sans du comte que l'auteur du poème désigne par son nom. D'ailleurs 
l'intérêt de l'ouvrage ne réside pas dans ce qu'il dit de la bataille, mais 
bien dans les réflexions morales et dans les théories politiques dont il 
est rempli. A cet égard, M. Prothero l'avait déjà mis à profit et utile- 
ment commenté dans sa biographie de Simon de Montfort^. 

M. Kingsford a publié le texte avec un soin méticuleux : toutes les 
lettres qui, dans le manuscrit, étaient représentées par des abrévia- 
tions, sont imprimées en italiques ; les particularités orthographiques 
du manuscrit sont conservées, ce qui n'est pas toujours le cas pour les 
publications de textes du moyen âge en Angleterre ; mais la ponctua- 

1. The Life of Simon de Montfort, earl of Leicester, with spécial référence 
to the parliamentary history of his time (1877), p. 178 et 375. Cf. Bémont, 
Simon de Montfort, comte de Leicester (1884), p. 219. 



BIBLIOGRAPHIE. 443 

tion est moderne, ce qui est indispensable. Suit une traduction anglaise 
qui est très fidèle. 

L'importance du volume réside dans les notes et dans l'appendice. 
Ces notes sont très abondantes (p. 55-122) ; elles commentent par le 
menu les détails que le poème fournit sur Simon de Montfort et sur 
sa victoire, à l'aide des récits assez nombreux et variés que les con- 
temporains nous en ont laissés. L'auteur cite même fréquemment 
des extraits de chroniques inédites, comme celles de Douvres, de 
Rochester et de Lewes. Il traite aussi tout au long certains faits 
importants, par exemple la situation des étrangers en Angleterre sous 
Henri III (p. 72-78), le caractère de Simon de Montfort (p. 79-83), la 
nomination des sheri/fs, des gouverneurs des châteaux -forts et des 
ministres (p. 91-98), la nature du pouvoir royal (p. 101-122). Je ne sais 
si cet étalage d'une érudition, d'ailleurs étendue et précise, ajoute beau- 
coup à ce que nous savions déjà, par exemple par MM. Gneist et Stubbs, 
Prothero et Gh. Plummer^; mais, s'il y a un peu d'excès en tout cela, 
on n'ose pas trop le blâmer. 

Dans l'appendice, M. Kingsford reprend ce qu'il avait déjà dit en 
partie dans ses notes des théories qui avaient cours, au moyen âge, 
sur la nature du pouvoir royal ; il analyse les principales de ces théo- 
ries, celles de Jonas d'Orléans 2, d'Hiucmar, de Hugues de Fleury, de 
Jean de Salisbury (qui mourut, non en 1183, mais le 25 octobre 1180), 
de Giraud de Barry, de Vincent de Beauvais, de Guillaume Pérault, 
d'Alexandre de Haies, deBracton, de saint Thomas, de saint Bonaven- 
ture, de Jean de Galles (qu'il appelle John Walleys), de Gilles de 
Rome, etc. Là encore, on ne trouve rien de bien neuf, mais le chapitre 
se lit avec intérêt. 

L'appendice n» II est une sorte de calendrier des événements poli- 
tiques de l'année 1264. Enfin, dans le IIP appendice, M. Kingsford 
a publié un poème comique en français d'un certain Richard, intitulé 
« la Besturné » ; il a eu doublement tort, car le poème ne se rapporte 
en rien à la bataille de Lewes et il n'est même pas, comme le croit 
l'auteur, inédit. L'index est très complet; on appréciera au mot Bible 
la liste des citations empruntées aux livres saints qui se trouvent dans 
le poème latin. En résumé, si ce travail n'est pas très original, s'il 
n'ajoute pas beaucoup à nos connaissances, il est l'oeuvre d'un bon 
ouvrier et peut servir de modèle pour commenter un texte à la fois 
historique et littéraire du moyen âge. pi^ R'- n 

1. John Fortescue, the Government of England, otherwise called the Diffé- 
rence beiween an absolute and a limited monarchy, éd. Ch. Pluramer. Oxford, 
Clarendon press, 1885. 

2. Le De institutione regia de Jonas a été publié au tome CVI de Migne, 
p. 118 et suiv. L'indication donnée par M. Kingsford n'est pas tout à fait exacte. 



Hi BIBLIOGRAPHIE. 

Études sur les biens ecclésiastiques avant la Révolution, par L. Bour- 
GAi!v, professeur à la Faculté catholique des lettres d'Angers. Paris, 
L. Vives, ^890. ln-8°, 402 pages. 

C'est une entreprise très dangereuse que celle d'écrire un livre d'iiis- 
toire avec l'idée préconçue de soutenir tel ou tel système particulier, 
surtout lorsque le sujet que l'on aborde a d'étroites connexités avec des 
questions qui passionnent ou irritent les hommes de nos jours. On 
s'expose à ne pas avoir la liberté d'esprit nécessaire pour juger impar- 
tialement les choses; on laisse de côté une multitude de faits qui embar- 
rassent la thèse; on groupe des chiffres choisis intentionnellement 
d'une manière spécieuse et habile pour amener à une conclusion néces- 
saire et prévue ; en un mot on fait un plaidoyer : on ne fait pas une 
œuvre purement et simplement scientifique. 

Ce sont là les réflexions qu'inspire la lecture de l'ouvrage que vient 
de faire paraître M. L. Bourgain sur les biens ecclésiastiques avant la 
Révolution. M. Bourgain s'est proposé de démontrer dans son travail 
(nous citons les titres de ses chapitres) que l'Église était propriétaire 
sous l'ancien régime, et non les pauvres, et non l'Etat; que personne 
n'a pu démontrer que l'Église n'était pas propriétaire; que l'Église 
payait des droits de mutation considérables ; qu'elle a payé des impôts 
considérables sous Philippe le Bel, François I^"", Henri II, Louis XV, 
Louis XVI; que, sous l'Assemblée constituante, elle a fait tous les 
sacrifices pécuniaires possibles, et qu'enfin la régale n'a été qu'une 
longue suite d'empiétements sur les droits de l'Église. 

La simple énumération de ces titres indique la méthode qu'a suivie 
nécessairement l'auteur. Il faut dire qu'il s'est occupé des propriétés 
ecclésiastiques depuis Constantin jusqu'à Louis XVI, ce qui est un 
sujet un peu vaste, dans lequel on soulève une foule de questions très 
délicates et dont la plus grande partie sont loin d'être définitivement 
résolues. Nous ne pouvons suivre M. Bourgain dans ses discussions, 
qui sont plus du domaine des polémiques de presse que des comptes 
rendus d'une revue d'érudition. Nous ne disons pas que toutes ses 
assertions soient contestables. H y a dans son travail des faits inté- 
ressants que nul ne songera à révoquer en doute et des passages curieux, 
comme ceux qui ont trait aux sommes données par l'Église aux rois, 
ou la partie consacrée à la régale, qui renferme quelques idées person- 
nelles et originales. Mais nous ne pouvons nous arrêter à un livre qui 
n'a pas un caractère plus nettement scientifique. 

Ajoutons, en terminant, qu'il était deux questions que, d'après le 
titre de l'ouvrage, nous nous attendions à voir traitées dans cette étude : 
l'état exact des biens de l'Église avant la Révolution et la manière 
dont étaient perçues dans le détail les impositions du clergé aux xvii® 
et xvnie siècles, seconde question peu éclaircie et qui demanderait de 



BIBLIOGRAPHIE. 445 

nouvelles recherches. Mais notre espérance a été déçue; M. Bourgain 

a laissé de côté ces deux séries de faits. 

L. Mancest-Batiffol. 



Histoire d'Ahbeville. Abheville avant la guerre de Cent ans, par 
E. Praroivd. Paris, Alph. Picard, -189^. In-8°, xxxv-402 pages. 

On serait heureux de posséder aujourd'hui une histoire définitive 
d'Abbeville. Les documents intéressants publiés par MM. Aug. Thierry 
et Gh. Louandre, dans le tome IV du Recueil des monuments inédits de 
l'histoire du tiers état (Collection de Documents inédits), suffisent pour 
montrer que ce ne sont pas les éléments à mettre en œuvre qui feront 
défaut. Cette histoire raconterait les origines de la ville, mettrait en 
lumière les commencements de la commune, la juridiction des éche- 
vins, etc. Sur ce dernier point, deux manuscrits conservés dans les 
archives communales d'Abbeville, le Livre blanc et le Livre rouge, don- 
neraient une grande quantité de renseignements, tant pour le civil que 
pour le criminel^. Ce qui intéresserait vivement, ce serait encore l'ex- 
posé de la lutte, qui commença vers la fin du xni^ siècle, entre le roi 
de France et le roi d'Angleterre, comte de Ponthieu, pour la possession 
de cette ville. Cette lutte fortifia la commune, en ce sens que, pour 
s'attacher exclusivement les bourgeois, chacun des deux rivaux les 
comblait de privilèges et de franchises. Abbeville présentait, en outre, 
cette particularité curieuse, que les trois juridictions communales 
d'Amiens, de Gorbie et de Saint-Quentin intervenaient souvent dans 
les affaires municipales, soit pour établir des points de droit, soit pour 
confirmer ou casser les sentences des échevins, soit enfin pour mettre 
un terme aux discordes civiles. Il y a donc là matière à un travail 
intéressant, portant sur bien des points neufs. 

M. Prarond a-t-il réussi à nous satisfaire dans son Histoire d'Abbe- 
ville ? Je ne le pense pas. Son travail n'est ni suffisamment complet ni 
suffisamment critique. Il néglige d'abord tout ce qui concerne les ori- 
gines et les premiers temps d'Abbeville et commence son histoire en 
1133, avec un personnage qu'il croit avoir été le premier maire connu 2. 

1. Voir les quelques documeals publiés dans le t. IV des Monuments inédits 
de l'histoire du tiers état, p. 28, 29, 52, 53, 55, 56, 62, 65, 66, 67, 69, 70, 71, 
etc., etc. 

2. Est-il encore bien sûr que le Guillaume ou Willerme que M. Prarond donne 
comme maire d'Abbeville en 1133 Tait été effectivement? M. Prarond s'ap- 
puie sur le P. Ignace, qui indique ce nom d'après le Cartulaire de Saint-Pierre, 
p. 316. Ce Willermus major était témoin dans une charte de confirmation de 
l'abbaye de Saint-Pierre. Mais doit-on traduire par Guillaume maire, ou par 
Guillaume Vaine? Même observation pour le Guillaume de 1144, le Pierre de 
1152, etc. 

4894 40 



^46 BIBLIOGRiPHIE. 

Depuis cette époque jusqu'en 1337, il donne le texte, l'analyse ou l'in- 
dication des principaux documents qui concernent la ville et le comté. 
Mais ces documents ne commencent guère qu'en 1184, date à laquelle 
la charte de commune fut octroyée aux bourgeois par Jean I", comte 
de Ponthieu. Ils sont empruntés principalement au Livre blanc, au 
Livre rouge, au Terrier du Ponthieu (Bibl. nat., ms. latin 10,112), à 
dom Grenier, à Waignart, au P. Ignace, à MM. Aug. Thierry et Charles 
Louandre, et aux notes que le marquis Le Ver a ramassées dans les 
archives de l'Hôtel-Dieu. Malheureusement, le dépouillement de ces 
collections est loin d'avoir été fait d'une façon complète. J'ai remarqué, 
dans la seule collection Grenier, plus de documents sur l'histoire d'Ab- 
beville que M. Prarond n'en a recueilli. Il n'a pas vu les pièces indi- 
quées par Gocheris, dans son Catalogue des manuscrits sur la Picardie 
(2^ série, tome U des Mémoires de la Société des Antiquailles de Picardie, 
in-8°), comme se trouvant à la Bibliothèque nationale ou aux Archives 
nationales; il s'est contenté d'en reproduire l'analyse. Même chose 
pour les notes du marquis Le Ver. 

En outre, M. Prarond s'est à peu près dispensé de tout travail de 
rédaction originale. Il aligne les documents bout à bout; pour les uns, 
il donne le texte complet; pour d'autres (ce sont souvent les plus impor- 
tants), il se borne à l'analyse ou à l'indication, en renvoyant à la source. 
Il y mêle des dissertations historiques sur les événements d'Abbeville, 
dues à un certain Formentin, qui, de son aveu même, est un auteur 
dénué de toute valeur. Quand il se présente des difhcultés de textes, 
Fauteur ne fait que les signaler et en laisse la solution à d'autres écri- 
vains plus heureux. Ce n'est pas là ce qu'on peut appeler écrire l'his- 
toire d'une ville. 

Deux questions de chronologie, importantes pour le sujet spécial que 
traitait M. Prarond, n'ont été résolues ni l'une ni l'autre d'une manière 
satisfaisante. D'une part, il admet que les maires et les échevins ont 
été installés en charge, chaque année, le 24 août : mais ce système 
l'embarrasse souvent; il lui arrive de trouver jusqu'à deux et trois 
maires différents pour une même année échevinale. A mon avis, cette 
date du 24 août est absolument imaginaire et ne peut se justifier, au 
moins pendant les premiers siècles de la commune ^. D'autre part, il 
pense que l'année de l'incarnation, dans l'usage d'Abbeville, commen- 



1. Pour prouver que le renouvellement des maires avait lieu le 24 août dans 
les premières années du xiv" siècle, M. Prarond (p. 353) donne deux textes qui 
ne me semblent pas bien convaincants. Ils sont rapportés dans les Monuynents 
inédits de l'histoire du tiers état, p. 85 et 95. Ils prouvent seulement que les 
comptes de la ville étaient rendus le 24 août, mais ils ne parlent pas du renou- 
vellement de 1 echevinage. M. Prarond dit lui-môme (p. xiii et p. 259) qu'il a 
beaucoup de doute sur la date d'élection des maires au xii'^ et au xiii« siècle. 



BIBLIOGRAPHIE. 447 

çait à Pâques : là encore, il rencontre des difficultés insurmontables 
(p. 191, 250, 266, 275). Contrairement à son opinion, je suis fort porté 
à croire que le premier jour de l'année était le 1^' janvier. M. Prarond 
donne lui-même un texte assez précis (p. 266) : « Le nuit de Van, en 
« l'an de grâce mil CGC et sept, feri Jehanés Haymars d'Espaignete 
« Maroie, femme Jehan de Pardieu... dont ele morut de chu caup, et 
« en sonna on les trois clokes, le jour del invencion saint Fremin » 
(13 janvier). Il cite aussi (p. 192 et 348) une vente qui eut lieu le mer- 
credi après l'Annonciation de 1284. Or, si l'on avait suivi le style de 
Pâques, l'année 1284 aurait commencé le 9 avril pour finir le 25 mars, 
et il n'y aurait pas eu, cette année-là, de « mercredi après l'Annon- 
ciation ». 

La lecture de ce livre ne peut que faire désirer encore plus vivement 
une bonne histoire d'Abbevilie. Il ne faut pas désespérer que, dans un 
avenir plus ou moins prochain, un bon historien éclairasse un peu 
l'obscurité que M. Prarond, pas plus que ses devanciers, n'a réussi à 
dissiper. 

H. Lâ.bânde. 

Les Travaux des ports, les marins et la pêche au pays de Caux pen- 
dant le moyen âge. Notions inédites, publiées par A. Hellot, 
notaire honoraire. Rouen, Lestringant; Paris, E. Dûment. Mars 
^89^. In-ie, 32 pages. 

Cet opuscule, malgré son peu d'étendue, doit être recommandé à 
l'attention de nos lecteurs. Il renferme de très curieuses et très nou- 
velles informations sur plusieurs points de l'histoire de la marine nor- 
mande, du xni^ au xvi'' siècle. L'auteur, à l'aide des archives de l'ab- 
baye de Fécamp, nous fait connaître l'origine et les vicissitudes des 
ports de Saint-Valery-en-Caux et de Veulettes. Le paragraphe relatif à 

la pêche du hareng est particulièrement intéressant. 

L. D. 

Étude sur les comptes de Macé Darne, maître des œuvres de Louis P% 
duc d'Anjou et comte du Maine (l367-i376), d'après un manus- 
crit inédit du British Muséum, par André Jodbert. Angers, 1890. 
In-8°, 93 pages. 

M. André Joubert donne dans ce volume d'intéressants extraits du 
manuscrit des comptes de Macé Darne, qui fut maître des œuvres de 
Louis I^"", duc d'Anjou et comte du Maine. Ces comptes embrassent 
une période de neuf années et vont du 1" mai 1367 (date de l'entrée en 
fonctions) au 7 mai 1376 (date de la mort de maître Macé). 

M. A. Joubert a divisé son livre en quatre chapitres. Le premier 
comprend les recettes, dont le « Trépas de Loire » est une des sources 



UÛ 



BIBLIOGRAPHIE. 



les plus abondantes; les trois autres chapitres sont consacrés aux 
dépenses et donnent les renseignements les plus précis sur les diffé- 
rents travaux de construction ou de réparation entrepris par Macé 
Darne aux halles d'Angers, au château de la Roche-aux-Moines, à la 
Chambre des comptes d'Anjou, au château d'Angers et au château de 
Saumur; on trouve en particulier d'intéressants détails sur la cons- 
truction de la chapelle neuve du château de Saumur (1367-1376). 

Usages et salaires des ouvriers, prix des denrées, valeur et nature 
des matériaux, modes et procédés usités à cette époque dans les divers 
travaux par les différents corps de métiers, noms de quelques sculp- 
teurs habiles à « ouvrer en bestes et en felaiges, » voilà ce que nous 
découvrent les comptes de Macé Darne. M. A. Joubert a fait suivre son 
étude d'une table des noms de lieux et de personnes. 

Jean Virey. 

Archives historiques de la Marche et du Limousin, publiées sous la 
direction de MM. Alfred Leroux et René Fage. Tome IL Chro- 
niques ecclésiastiques du Limousin, publiées et annotées par l'abbé 
A. Lecler, curé-doyen de Gompreignac. Tulle, imprimerie de Jean 
Mezeyrie, 1890. In-8% 493 p. 

A part quelques courts extraits empruntés aux annales du couvent 
des Dominicains de Limoges, les textes qui figurent dans les Chroniques 
ecclésiastiques du Limousin se rapportent uniquement au xvii^ ou an 
xvine siècle. On peut se demander si tous étaient de nature à prendre 
place dans une collection de documents historiques. La « Chronique 
des Ursulines d'Eymoutiers », par exemple, qui occupe près de cent 
pages du volume, était, dans l'esprit de son auteur, un ouvrage destiné 
exclusivement à l'édification des religieuses du monastère; en dehors 
d'un court passage relatif à l'éducation que les Ursulines donnaient 
aux jeunes filles, nous ne voyons pas quel parti l'historien pourrait 
en tirer. 

La « Relation de ce qui s'est passé à l'établissement de l'Hôpital 
général de Limoges, de la maison de la Mission, du Séminaire et du 
petit couvent de Sainte-Glaire, par Monsieur de Savignac et la Révé- 
rende Mère du Calvaire », offre aussi les caractères d'un ouvrage de 
piété, mais au moins y trouve-t-on quelques renseignements sur la 
fondation de ces différents établissements et sur l'organisation de la 
Congrégation des sœurs de Saint- Alexis, destinée à desservir l'hôpital. 

La « Chronique des Ursulines de Limoges » est plus vivante et 
fournit d'assez abondants détails sur les relations du couvent avec la 
société civile, sur les travaux artistiques qui y furent exécutés, etc.; 
quant à celle des Ursulines de Tulle, elle ne consiste guère que dans 
rénumération des sœurs qui furent reçues comme novices et de celles 



BIBLIOGRAPHIE, 449 

qui firent profession. Ces deux longues listes peuvent être utiles pour 
l'histoire des familles du pays; mais, comme naturellement ce sont 
presque toujours les mêmes personnes qui figurent dans les deux caté- 
gories, on aurait évité d'inutiles répétitions en fondant ces deux réper- 
toires en un seul. 

Le document le plus intéressant de ce recueil est, en réalité, le 
« Tableau ecclésiastique et religieux de la ville de Limoges ». Son 
auteur, François Bullat, mort en 1836, était vicaire dans cette ville en 
1789. Pendant toute sa jeunesse, il avait eu sous les yeux les édifices 
dont il fait la description et avait vécu de la vie qu'il dépeint. Il est 
facile de comprendre que, si ses dissertations historiques ont peu de 
valeur, ses souvenirs personnels sont très précieux au contraire pour 
faire connaître dans tous leurs détails les usages locaux, les cérémo- 
nies du culte, l'organisation des confréries. Ils fournissent également 
d'utiles matériaux pour l'histoire du clergé pendant les premières années 
de la Révolution. 

Léon Le Grand. 

Une Famille de grands prévôts d'Anjou aux XV IP et XV IIP siècles. 
Les Constantin, seigneurs de Varennes et de la Lorie, par André 
JouBERT. In-8°, xi-363 pages. 

Le travail de M. Joubert retrace à grands traits l'histoire d'une famille 
importante de l'Anjou, et comprend une assez longue période (1652- 
1799). Les archives des Constantin de la Lorie ont fourni à l'auteur 
bon nombre de documents inédits qui, analysés et classés, forment le 
fond de l'ouvrage. L'histoire de la famille se trouve en quelque sorte 
reléguée au second plan, la première place restant occupée par le récit 
des incidents nombreux de la vie des grands prévôts. Les détails 
abondent, souvent curieux, mais on aurait aimé trouver en eux les 
bases d'une étude plus générale sur les fonctions mêmes de grand 
prévôt. 

Le volume est complété par une série d'héliogravures, dont quelques- 
unes fort remarquables; le portrait d'Anne Pelletier, dame de la Lorie, 
peint en 1652, est l'œuvre d'un maître, bien qu'il n'ait été prisé que 
11 livres dans l'inventaire de 1683. A signaler également deux très 
belles statues ornant le grand escalier intérieur du château de la Lorie. 

Dans les pièces justificatives, les plus intéressantes sont des inven- 
taires après décès, datés de 1683. Dans l'un d'eux, on rembarque cette 
mention : « Un petit tableau à quadre doré, représentant ledit deffunt 
S'' de Varennes, ledit tableau marqué fait par le s"" Nanteuil, en l'an 
1662, prisé 6 louis d'or. » Plusieurs de ces inventaires contiennent des 
indications intéressantes relatives au prix des bestiaux et des grains 
en 1683 et en 1700. 



^50 BIBLIOGRAPHIE. 

Lettres d'un cadet de Gascogne sous Louis XIV. François de Sarra- 
méa, capitaine au régiment de Languedoc. Publié pour la Société 
historique de Gascogne par François Abbadie, ancien magistrat. 
Paris et Auch, -1890. In-S», xix-90 pages. 

François de Sarraméa naquit, le 21 juillet 1677, àBonrepaux, aujour- 
d'hui Bourrepeaux (Hautes-Pyrénées). Sous-lieutenant, à l'âge de seize 
ans, dans le régiment de Languedoc, il y servit près de cinquante ans. 
Le 4 juillet 1703, il devint capitaine. En janvier 1735, il fut nommé 
major. Il avait épousé, le 9 février 1724, Gatherine-Josèphe d'Asson 
d'Argelès. On ne sait quand il mourut. 

Un de ses descendants, M. François Abbadie, ancien magistrat, a 
jugé utile de publier les lettres de Sarraméa, qui étaient restées aux 
mains de la famille. Elles embrassent une période de vingt-huit années, 
passées presque sans interruption à l'armée, aux avant-postes de Flandre 
ou d'Allemagne, et fournissent, par suite, plus d'un renseignement sur 
la vie d'un officier au xvii« et au xviii^ siècle. 

Le recrutement et l'habillement étaient, on le sait, à la charge des 
capitaines ; l'État ne fournissait que la solde et la subsistance. L'hiver, 
quand les troupes prenaient leurs quartiers, chaque capitaine levait 
quelques soldats pour réparer les pertes de la campagne précédente. 
Sarraméa parle plus d'une fois dans ses lettres des « hommes » qu'il 
fait à grands frais, des recrues qu'il conduit au régiment, recrues qui 
s'échappent souvent ou désertent et qu'il rattrape parfois, au galop de 
son cheval, le pistolet au poing. 

Les valets d'un officier lui appartenaient personnellement. Ils étaient, 
par suite, en dehors de l'effectif, ne portaient pas l'habit du soldat et 
n'avaient pas droit « au pain du Roi. » Sarraméa n'était pas exigeant 
pour son service, à en juger par une lettre à son père, du 15 décembre 
1701 : « Si vous pouviez trouver, » lui dit-il, « un garçon de ma taille 
« pour me servir, qui sceut raser ou seulement qui fût de bonne volonté 
« pour valoir quelque chose, envoyez-le moi pour me servir. Je pourrois 
« peut-estre luy faire plaisir un jour, surtout s'il sçavoit lire et escrire. » 

Sarraméa a constamment besoin d'argent et chacune de ses lettres à 
son père débute ou se termine par une demande de fonds. Il est « sans 
« un sol, ny tente, ny bast, ny coffres, ny lit, ny habit, ny marmite, 
« ny plat, ny assiette. » (Lettre du 19 mai 1695.) « Il me faut un che- 
« val, une tente, un lit, un valet, de la vaisselle, du linge, » écrit-il 
ailleurs à son père, « sans compter que, pendant la campagne, je n'au- 
« ray que 4 sols par jour. Tout le monde s'efforce à paroistre riche 
« dans la conjoncture présente pour estre capitaine. » (Lettre du 22 avril 
1701.) Renouvelant, dans une autre épître, ses appels de fonds, « vous 
« aymez assez mon avancement, » mande-t-il à son père, « pour m'ay- 
« der à y contribuer par une honeste despence. » (Lettredu 18 juillet 1701.) 



BIBLIOGRAPHIE. 454 

Ce besoin perpétuel d'argent a son bon côté : il ne permet pas à Sar- 
raméa d'oublier sa famille. Notre officier, d'ailleurs, a bon cœur. Il 
suit avec sollicitude les projets de mariage dont il est question pour 
ses sœurs. Il s'intéresse sincèrement à la santé de son oncle, de ses 
tantes, de ses cousines, et même au sort de la mule de sa mère. Quand 
il revient au pays, il rapporte toujours quelques souvenirs pour les 
siens. Très respectueux pour ses parents, comme on l'était alors, il 
n'appelle jamais son père que « Monsieur mon très honoré père, » et 
signe, d'ordinaire, les lettres qu'il lui adresse : « Moy, qui suis, avec 
« un profond respect, vostre très humble et très obéissant serviteur. » 

Sarraméa a l'esprit pratique; à vrai dire, il n'en a pas d'autre. Il sait 
se rappeler à l'attention des personnes influentes capables de l'ap- 
puyer un jour. Il n'a jamais une critique pour aucun de ses supérieurs 
hiérarchiques. Mais, avec ces bonnes dispositions pour arriver, il n'est 
guère servi par les circonstances et ne rencontre pas de ces occasions 
heureuses qui mettent un officier hors de pair. 

Quelques détails instructifs, d'un intérêt général, se rencontrent de 
loin en loin dans ces lettres. Ce sont des indications sur la valeur des 
chevaux. Sarraméa en vend un douze écus, un autre quatorze écus; 
ailleurs, il en perd un qu'il estime valoir deux cents livres. Ce sont 
encore des renseignements sur les moyens de communication. En qua- 
torze jours, les valets de notre officier se rendent de Paris dans les 
Pyrénées, et Sarraméa s'étonne d'une marche aussi rapide. Une lettre du 
27 décembre 1706 parle de la misère à faire trembler qui sévit à Paris, etc. 
Peut-être ces lettres seraient-elles plus intéressantes si l'éditeur les 
avait publiées intégralement. Une note de l'introduction dit que l'on 
n'a cru devoir rien ou presque rien retrancher des lettres de Sarraméa. 
Ce presque rien nous inquiète. Il fallait, croyons-nous, en cette circons- 
tance, ne rien publier ou bien publier tout. 

Que l'éditeur nous permette encore une critique. Pourquoi donc 
a-t-il intitulé ces lettres : Lettres d'un cadet de Gascogne? Ce titre 
fait attendre, ce semble, quelque chose de vif, de piquant, un style 
alerte, un tour original, et Sarraméa apparaît malheureusement dans 
sa correspondance comme le moins Gascon des Gascons, comme 
l'homme le plus dénué de verve et d'esprit qui se puisse imaginer. 

Ces réserves admises, il nous reste à féliciter M. Abbadie de la 
manière intelligente et consciencieuse dont il a compris son rôle d'édi- 
teur. Un court mais substantiel récit unit les lettres les unes aux autres 
et précise les renseignements qu'elles présentent (trop rarement) sur les 
événements historiques auxquels Sarraméa se voit parfois mêlé. Des 
notes rédigées avec soin, au prix de recherches souvent originales, 
éclairent çà et là les points obscurs de la correspondance. Pourquoi 
faut-il que le texte réponde si peu à tant de soins et que la mise en 
œuvre l'emporte autant sur la matière ? p_ Bonnassieux. 



452 BIBLIOGRAPHIE. 

Chartularium Universitatis Parisiensis. Sub auspiciis Consilii gène- 
ralis facLiltatum Parisiensium, ex diversis bibliothecis tabulariis- 
que collegit et cum autlienlicis chartis contuliL H. Denifle, 0. P., 
in archivo apostolicse sedis Romanae vicarius, auxiliante E. Châ- 
telain, bibliothecœ Universitatis in Sorbona conservatore adjuncto. 
Tom. I, ab anno MGG usque ad annum MGGLXXXVI. Parisiis, 
ex typis fratrum Deialain, anno MDGGGLXXXIX. In-4°, xxxvi- 
7^3 pages. 

L'Université de Paris attend encore son historien. Ni Du Boulay, ni 
Crevier, ni le continuateur de Du Boulay, l'érudit Gh. Jourdain, ne 
suffisent aujourd'hui aux exigences de la science. L'ouvrage du pre- 
mier, rédigé en latin, est peu accessible à la majorité des lecteurs; 
ceux des autres sont ou trop abrégés ou restreints à une époque. Une 
collection essentiellement parisienne, celle de l'Histoire générale de Paris, 
publiée sous les auspices de l'administration, ne renferme encore aucun 
travail d'ensemble sur l'instruction publique à Paris. Un volume sur 
les Petites-Écoles, par M. Gréard, est annoncé depuis longtemps, mais 
non publié. Il est donc nécessaire de reprendre cette histoire, mais il 
fallait auparavant en rechercher les sources lointaines, les épurer, les 
recueillir complètement et les mettre à la disposition d'un futur histo- 
rien. C'est ce travail que le P. Denifle, auteur d'un savant livre sur les 
Universités du moyen âge, avait entrepris en recueillant, aux archives 
du Vatican et ailleurs, tous les actes depuis le xni« siècle relatifs à 
l'Université de Paris. Lorsque l'éminent recteur de notre académie, 
qui, avant de diriger l'instruction publique à Paris, a été l'un de ses 
plus brillants et plus solides professeurs, en eut été informé, il s'em- 
pressa de réclamer pour la France et pour Paris l'honneur de faire, aux 
frais de l'État, la publication projetée, et voilà comment, sur la propo- 
sition du Conseil général des Facultés, l'œuvre du P. Denifle est deve- 
nue officielle et a trouvé, pour la révision des textes et l'établissement 
des notes, la collaboration de M. E. Châtelain, conservateur-adjoint de 
la bibliothèque de la Sorbonne. 

Le cartulaire débute par une Introduction, dans laquelle les éditeurs 
font connaître en quoi leur publication doit modifier les idées reçues 
au sujet de l'Université. Après avoir montré l'insuffisance des travaux 
de leurs devanciers et la nécessité de recueillir à nouveau tous les textes 
relatifs à l'Université de Paris, ils abordent, dans le chapitre n, un 
exposé clair et succinct de ses commencements ; il ne sera peut-être 
pas inutile de les résumer brièvement ici d'après le P. Denifle. C'est 
seulement à partir de 1200 que l'on trouve les écoles réunies et les 
maîtres groupés avec leurs élèves en corps d'université [Universitas 
magistrorum et scolarium). C'est en 1208-1209 que ce mot Université 
des maîtres apparaît pour la première fois dans une bulle d'Innocent III. 



BIBLIOGRAPHIE. 453 

On la voit figurer comme personne contractante dans une donation faite, 
en 1221, aux Frères Prêcheurs : « Nous, Université des maitres et éco- 
liers parisiens, » et cette formule subsiste jusqu'à ce que le recteur des 
Artiens soit regardé comme le recteur de l'Université. C'est aussi la 
formule placée sur le sceau de l'Université, qui date à peu près de cette 
époque. 

Les facultés sont nées du groupement des maitres de chaque ensei- 
gnement ou disciplina. Le mot faculté apparaît pour la première fois 
dans des lettres d'Honorius III de 1219 avec le sens d'enseignement; 
c'est seulement en 1255, dans le statut des Artiens, qu'il signifie l'en- 
semble des maîtres; leur état avait été consolidé par la bulle de Gré- 
goire IX, de 1231, Parens scientiarum, etc., qui est comme la constitu- 
tion de toute l'Université. La première mention d'une faculté est celle 
de la faculté de théologie; l'existence des doyens était déjà ancienne, 
en 1264, pour la théologie, le décret et la médecine. Les Artiens seuls 
n'avaient pas de doyen, mais ils étaient présidés par le recteur. 

En retraçant la longue lutte qui se produisit entre l'Université nais- 
sante et le chancelier, et de laquelle celui-ci sortit amoindri tandis 
que l'Université devint plus forte qu'au commencement du xui^ siècle, 
les éditeurs ont trouvé occasion de rectifier certaines idées erronées ou 
peu exactes sur la formation de l'Université. C'est un grand tort, suivant 
eux, de croire que l'Université s'est formée en luttant contre le chan- 
celier; cela est vrai pour les Quatre-Nations et non point pour l'Uni- 
versité. Au contraire , le chancelier vit son autorité augmentée parce 
qu'il était à la tête de l'Université; ce que les maitres attaquaient, ce 
n'était pas le pouvoir du chancelier, mais seulement l'excès de ce pou- 
voir. En effet, les maîtres et écoliers soustraits à l'autorité du prévôt 
de Paris furent soumis à l'official. Après diverses péripéties, dans les- 
quelles le chancelier voulut agir en vertu d'un prétendu statut fait par 
Octavien, légat du pape, et par Eudes, évèque de Paris, les droits res- 
pectifs des écoliers et du chancelier furent réglés par la constitution 
de Grégoire IX de 1231, déjà citée ci-dessus [Parens scientiarum, etc.), . 
le pouvoir du chancelier fut limité; il promet, quand il est institué, de 
ne donner la licence en théologie qu'à des sujets dignes de ce grade, et 
de même dans les autres facultés ; il se voit enlever le droit d'avoir une 
prison. Mais il perdit bien davantage : jusque-là, il avait siégé dans 
l'Ile, entre les deux ponts; à partir de 1231, quelques maîtres et éco- 
liers quittent la Cité et vont se placer sous la juridiction de l'abbé de 
Sainte-Geneviève; ce qui fit bientôt surgir un autre chanceher, celui 
de Sainte-Geneviève. Ce fait donne occasion aux éditeurs d'étudier cette 
question : où s'est formée l'Université? Dans l'Ile, entre les deux ponts, 
ou bien est-elle née de la réunion des maîtres et écoliers de l'Ile, de 
Sainte-Geneviève et de Saint-Victor, comme le dit Du Boulay et d'autres 
d'après lui ? Les éditeurs rappellent que la plupart des maîtres et des 



^54 BIBLIOGRAPHIE. 

écoliers habitaient dans l'Ile au moment de la naissance de l'Univer- 
sité. Que trouve-t-on à Sainte-Geneviève? L'école d'Abélard, qui ensei- 
gnait avant la formation de l'Université. La substitution des moines de 
Saint- Victor aux chanoines séculiers-de Sainte-Geneviève fit prédomi- 
ner l'enseignement de la théologie dans les écoles claustrales de Saint- 
Victor et de Sainte-Geneviève. Aucun maître es arts n'habitait alors la 
montagne.' Leurs écoles n'étaient pas davantage dans la rue Galande, 
qui n'avait pas encore de maisons à la fin du xn^ siècle. La rue du 
Fouarre ne fut construite que de 1202 à 1225. L'accord de ces faits avec 
les titres de l'Université, qui montrent les maîtres et écoliers en diffi- 
culté seulement avec le chancelier de Notre-Dame, autorise les éditeurs 
à conclure que l'Université a été formée des maîtres habitant dans l'île 
de la Cité entre les deux ponts, et que là, sous l'ombre de Notre-Dame, 
il faut reconnaître le berceau de l'Université. 

Les procès fréquents avec le chancelier de Paris d'une part, la mul- 
titude des chaires d'autre part décidèrent les écoliers à quitter l'Ile et à 
monter sur la montagne Sainte-Geneviève, où les Artiens s'établirent 
de 1219 à 1222, les théologiens et les décrétistes ne vinrent qu'après 
1227. Ces écoliers n'eurent un chancelier spécial qu'à partir de 1255; ce 
fut celui de Sainte-Geneviève, qui était surtout le chancelier des Artiens. 
Le chancelier de Paris perdit donc beaucoup par ses procès avec les 
élèves, par la concurrence que lui fit l'abbé et ensuite le chancelier de 
Sainte-Geneviève, et enfin par l'autorité naissante du recteur. Mais, au 
xni« siècle, c'était encore, de l'aveu du pape, la plus haute autorité dans 
l'Université. Sa puissance venait de ce qu'il était le chancelier de l'église 
de Paris; aussi, tandis que les chanceliers de Sainte-Geneviève sont à 
peine connus, nous trouvons dans le Gartulaire la liste complète des 
chanceliers de Notre-Dame de 1164 à 1284 (page xix, note 3). 

Quelle est l'origine des Quatre-Nations? Du Boulay pensait qu'elles 
étaient nées avant la constitution des quatre facultés, et que l'ancienne 
Université était composée de nations différentes ; il en concluait qu'il y 
avait en 1206 un statut des Quatre-Nations pour l'élection du recteur, 
mais ce statut est supposé. Il est certain qu'au xn^ siècle il y avait à 
Paris des écoliers de diverses nations, mais ils vivaient sans liens entre 
eux. Suivant les éditeurs, les Quatre-Nations ou leurs procureurs furent 
établis entre 1215 (où Robert de Courçon, légat apostolique, leur accorda 
certains privilèges) et 1222. La première mention des Quatre-Nations, 
dans le Gartulaire, est de 1249. Il faut en conclure que les Nations ont 
été établies après les facultés. Dans l'origine, la faculté des Arts n'était 
pas la même chose que les Quatre-Nations. En effet, les Quatre-Nations 
étaient composées des maîtres es arts et des écoliers des autres facultés, 
pourvu qu'ils fussent Artiens. Les maîtres es arts avaient donc alors un 
double caractère : ils formaient entre eux une faculté, et, réunis aux 
écoliers de toutes les facultés, ils formaient les Quatre-Nations (anglaise, 



BIBLIOGRAPHIE. ^55 

française, normande, picarde). Bientôt la faculté des Arts et les Quatre- 
Nations furent confondues; la faculté se servit du sceau des Quatre- 
Nations, dont la première mention se trouve dans le document déjà cité 
de 1249 (p. xxi). 

Ceci nous conduit à parler du recteur, qui domine bientôt toute la 
hiérarchie universitaire. Le recteur procède du procureur qui devait être 
élu chaque année pour chaque nation. Mais, à la tête des Quatre-Nations, 
était un recteur; on le trouve pour la première fois en 1245, au sens 
propre de ce mot. Le recteur cependant, quoiqu'il ne figure en tête dans 
aucun statut des Artiens avant 1274, fut créé certainement aussitôt 
après l'établissement des Quatre-Nations (p. xxin) ; il ne présidait pas 
encore à toute l'Université, mais seulement aux Quatre-Nations, et bien- 
tôt il fut recteur de la faculté des Arts, les autres étant gouvernées par 
des doyens. Les éditeurs exposent ensuite les fonctions du recteur et 
comment il est devenu le chef de l'Université, en s'appuyant sur de 
nombreux textes de 1249 à 1275. Dans l'origine, le recteur faisait les 
affaires des autres facultés, il avait plus d'importance que les doyens, il 
était nommé reclor universilalis magistrorum et scolarium Parisiensiicm ; 
le recteur se plaça peu à peu au-dessus des doyens des Décrets et de la 
Médecine. Il eut plus de peine à surpasser celui de la Théologie, qui 
occupa pendant longtemps le premier rang, avant le recteur, dans les 
assemblées générales de l'Université. C'est seulement au siècle suivant, 
en 1341, que fut réglé définitivement l'ordre de convoquer le doyen et 
les maîtres de théologie, en sorte que satisfaction fut donnée au recteur 
contre le doyen. Dans leur serment, les Artiens juraient d'observer le 
statut relatif à la place du recteur. De là la formule : rector et univer- 
sitas magistrorum et scolarium Parisiensium. Les causes de la fortune 
du recteur des Artiens se trouvent dans ces circonstances : qu'il faisait 
les affaires des autres facultés; que les écoliers des autres facultés, quand 
ils étaient Artiens, appartenaient à la réunion des Quatre-Nations pré- 
sidée par le recteur; que les maîtres des facultés supérieures étaient liés 
par leur serment envers le recteur, quand ils avaient été Artiens, enfin 
que les Artiens étaient plus nombreux que les autres. En 1249 on décida 
de n'élire qu'un seul recteur, qui dut l'être par les procureurs des Quatre- 
Nations. En 1279, le légat prescrivit qu'il ne serait plus élu que quatre fois 
par an, et la seule condition requise du candidat était qu'il fût régent es arts. 

Ayant ainsi retracé les origines de l'Université, les éditeurs nous 
entretiennent de l'enseignement des sciences dans les écoles de Paris, 
des méthodes et des professeurs célèbres. Les facultés de droit et des arts 
avaient reçu une vive impulsion d'Abélard, dont la méthode y était 
suivie. Cet illustre philosophe donna une nouvelle force à la méthode 
d'Aristote, dont il observait les règles sans les connaître. Sa doctrine se 
résume dans la célèbre formule du sic et non, qui présentait en chaque 
question les arguments pour et contre. Les cours de théologie se fai- 



^ 56 BIBLIOGBAPHIE. 

saient à Paris avant la fondation de l'Université; la théologie se déve- 
loppa beaucoup au xin^ siècle, et c'est à cause de cet enseignement que 
les ordres religieux affluèrent à Paris. Ce fut là l'origine de la maison 
de Sorbonne, qui fut fondée pour les pauvres Artiens qui étudiaient en 
théologie. Les écoles des Arts, qui étaient regardés comme le fondement 
de toutes les sciences, eurent une grande célébrité aux xii^ et xni' siècles. 
Le Gartulaire montre l'établissement, la discipline et le régime de cette 
faculté. Nous arrivons à la troisième des facultés. Avant 1219, non seu- 
lement le droit canon, mais les lois civiles étaient enseignées à Paris. 
Après l'interdiction des cours de lois portée par Honorius III en 1219, 
on nomme encore à Paris des bacheliers apprenant le droit en 1251. La 
culture du droit civil n'était pas entièrement abolie, puisque vers la fin 
du xnie siècle, pour arriver au Décret, il fallait d'abord avoir appris les 
lois pendant trois ans. La moins renommée de toutes était la faculté de 
médecine, pourtant elle est mentionnée dans les premiers actes du Gar- 
tulaire. Gilles de Gorbeil ou de Paris a conservé les noms des maîtres 
en médecine de Paris au xii« siècle. 

On trouve dans l'Index du Gartulaire les origines et les premières 
destinées des collèges séculiers et réguliers, en commençant par le pre- 
mier, étabU en 1180, celui des Dix-Huit, et en continuant par ceux de 
Saint -Thomas du Louvre, de la Sorbonne, du Trésorier, des Bons- 
Enfants, de Saint-Nicolas du Louvre, etc. 

Les éditeurs ont passé sous silence les vicissitudes de la longue lutte 
de l'Université avec les ordres mendiants, principalement avec les Frères 
Prêcheurs, à l'instigation de Guillaume de Saint-Amour, quoiqu'ils 
aient réuni plus de textes que qui que ce soit pour écrire cette histoire; 
celui qui voudra le faire n'aura qu'à puiser dans le Gartulaire. 

Les éditeurs terminent leur savante Introduction par quelques consi- 
dérations sur le mouvement des esprits au xin^ siècle, mouvement qui 
se révèle dans certains textes qui montrent les erreurs auxquelles quelques 
maîtres s'étaient laissé entraîner. (Gf. n"» 486, 543, 556.) Le grand ali- 
ment des discussions se trouvait dans les œuvres d'Aristote, qui furent 
alors traduites en latin, et dans ses commentateurs, Avicenne et Aver- 
roës. Les théologiens eux-mêmes employèrent la méthode d'Aristote 
pour débrouiller les questions théologiques. L'ancienne école, représentée 
par Guillaume d'Auxerre, Geoffroi de Poitiers et PhiUppe de Grève, ne 
ressemble plus à la nouvelle qui se trouve dans la Somme d'Alexandre 
de Haies et dans l'ouvrage de Guillaume d'Auvergne. Les ordres reli- 
gieux eux-mêmes se divisent entre les deux écoles. Les lettres de Jean 
Peckham, archevêque de Gantorbéry, publiées dans le Gartulaire, ren- 
ferment les traces de ces dissentiments. Enfin la conclusion du travail 
des éditeurs est celle-ci : au xui^ siècle, ce sont les théologiens qui furent 
les commentateurs des œuvres d'Aristote, preuve manifeste de la supré- 
matie qu'exerçait alors la théologie sur les arts! 



BIBLIOGRAPHIE. 157 

Après la partie historique de l'Introduction, nous trouvons le plan et 
le système de l'édition. Ce premier volume s'étend depuis l'origine de 
l'Université jusqu'au grand schisme d'Occident. Une partie introductive 
sur les temps qui ont précédé la formation de l'Université comprend 
cinquante-cinq pièces, depuis une bulle du pape Alexandre III, en date 
du 19 mai 1163, jusqu'à l'an 1200. Gomme il s'agit, dans ce volume, du 
premier siècle de l'Université, les documents sont donnés in extenso; 
pour les autres volumes, que les éditeurs nous promettent, en nombre 
indéterminé, à cause du grand nombre des documents, les actes de 
moindre importance ne seront que mentionnés. Le P. Denifle nous 
annonce une autre série, qui comprendra les actes de la nation anglaise 
au xiv^ siècle avec les rôles conservés au "Vatican et qui sont déjà pré- 
parés pour l'impression. On n'a pas inséré les actes relatifs à des maîtres 
parisiens, mais dans lesquels il s'agit de faits étrangers à l'Université; 
on n'a pas donné non plus, sauf de rares exceptions, les chroniques et 
les écrits du même genre, qui n'ont pas le caractère de documents. 
Quant aux ordres religieux, les éditeurs ont dû se borner à insérer les 
actes relatifs à leur fondation, à Paris, et des extraits des actes qui se 
rapportent à l'Université et aux facultés; il a été fait de même au sujet 
des collèges séculiers, dont quelques-uns, comme la Sorbonne, par 
exemple, pourraient remplir à eux seuls plusieurs volumes. En ce qui 
concerne les Studia generalia, ou universités, les éditeurs ont suivi pour 
règle de ne donner que les documents qui intéressent celle de Paris. 

Pour le texte, les documents originaux, quand ils ont été trouvés, 
ont été imprimés tels quels, sans aucune variante, sauf celles des 
registres du Vatican. En l'absence de l'original, les éditeurs ont recouru 
à d'autres manuscrits et alors ils ont donné les variantes. L'orthographe 
des documents a été conservée. Lorsque les chartes que donnent les 
éditeurs sont déjà dans Du Boulay, ils ne manquent jamais d'y ren- 
voyer; quant à celles qui sont inconnues à cet auteur et se trouvent 
dans d'autres, ils renvoient aux auteurs les plus sérieux, mais sans 
relever les variantes. Les documents tirés seulement d'imprimés sont 
rares. On ne peut citer que les n^^ 380, 381, 384, 480, 524 et 525. 

Les notes renferment beaucoup d'explications du texte, des identifi- 
cations des personnages et les variantes ; on y a accumulé de nombreuses 
sources ; mais, en général, elles se renferment dans de justes limites, 
sauf quelques-unes de longueur exceptionnelle (n» 473 sur Siger de 
Brabant et ses 219 propositions erronées). 

Nous n'essayerons pas de faire connaître tous les manuscrits consul- 
tés par les éditeurs pour former leur Cartulaire ; l'énumération seule 
ou la description sommaire n'occupe pas moins de six grandes pages 
de l'Introduction. On peut dire qu'ils ont exploré toutes les bibliothèques 
de l'Europe et qu'ils n'ont négligé aucune source d'informations sur 
l'Université, ses collèges et les ordres religieux. Nous ne pouvons en 
donner ici qu'un très court aperçu. Les éditeurs classent ainsi, par 



-158 BIBLIOGRAPHIE. 

ordre d'importance, les établissements qui leur ont fourni des manus- 
crits. D'abord les Archives nationales, qui en ont la plus grande par- 
tie, les archives de l'Université (à la Sorbonne), celles de Dijon, de 
Troyes, de Marseille, pour les ordres religieux; les archives du Vati- 
can, pour les registres du Vatican, remplis de documents dont il n'y a 
pas trace ailleurs ; ils ont consulté ensuite les registres de Philippe- 
Auguste, à la Bibliothèque nationale, et aux Archives nationales les 
cartulaires de l'église de Paris, si bien publiés par Guérard que la col- 
lation avec les originaux encore existants n'a, pour ainsi dire, pas 
fourni de variantes; quelques cartulaires des maisons religieuses; pour 
les collèges séculiers, le Gartulaire et les Statuts de la Sorbonne; les 
manuscrits comprenant les privilèges des ordres mendiants et les cha- 
pitres généraux de ces ordres, etc. 

Les éditeurs mentionnent, avec le plus grand détail, les cartulaires 
de l'Université, car chaque faculté, au xni^ siècle, avait le sien; mais, 
on n'a que ceux du xiv^ siècle, savoir : un Codex Vatic. Reg. 406 et le 
Codex de Gheltenham, moins complet; mais ces manuscrits, surtout 
celui de la reine Christine, renferment des documents du xni^ siècle. 
Les éditeurs signalent encore quelques manuscrits précieux pour le 
xiv^ siècle, tels que le manuscrit des archives de l'Université qui a 
appartenu à la nation d'Angleterre; le manuscrit de Chartres 662, dit 
d'Harcourt, parce qu'il a été rétabli par un élève d'Harcourt en 1698; 
le livre du Recteur, aujourd'hui au British Muséum, etc.; enfin de 
nombreux manuscrits qui se rapportent à un âge postérieur, sauf les 
serments des Suppôts qui remontent au premier siècle de l'Université, 
sans compter, à l'occasion, beaucoup d'autres manuscrits des diverses 
bibliothèques, surtout de celles de Paris. 

On voit par ce qui précède avec quel soin, au prix de quel long tra- 
vail, la présente publication a été faite, et l'on trouvera naturel que 
nous n'ayons que des éloges à décerner aux éditeurs, principalement à 
celui qui a conçu l'idée et le plan de l'ouvrage, et qui a eu la plus large 
part du labeur, nous voulons parler du P. Denifle, qui a acquis ainsi de 
nouveaux titres à l'estime du monde savant. Les documents importants 
sont nombreux, tous sont publiés d'après des sources manuscrites, sauf 
quelques-uns indiqués ci-dessus; beaucoup sont inédits, un tiers envi- 
ron, d'après le relevé que nous en avons fait, la plupart provenant du 
Vatican. Ne pouvant tout faire connaître, nous citerons, parmi les 
documents qui nous ont paru les plus curieux, soit au point de vue de 
l'Université, soit au point de vue parisien, les chartes sur les origines 
de l'Université (5, 8, 29, etc.), sur les rues de Paris où il y avait des 
écoles, comme la rue du Fouarre (n" 2), les statuts des Artiens de la 
nation anglaise (1252, n°^ 201 et 202), plusieurs actes relatifs à la Sor- 
bonne, notamment celui qui passe pour être l'acte de fondation du col- 
lège en février 1257 (n» 302), un autre de 1259 (n» 329), un autre sur la 
chapelle de la Sorbonne qu'Urbain IV permit de construire en 1263, et 



BIBLIOGRAPHIE. 159 

qui existait en 1281, tandis que Gocheris l'a confondue avec une seconde 
cliapelle construite seulement en 1326 et dédiée en 1347 {n° 388, p. 430- 
431, note), puis les statuts primitifs inédits de la Sorbonne, antérieurs 
à 1274, et qui ont échappé à Du Boulay (n° 448); enfin, pour terminer, 
la réunion de 219 propositions erronées de Siger de Brabant et autres, 
condamnées par l'évèque de Paris en 1277 (p. 543-558). Tous les actes sont 
en latin, sauf le serment du prévôt de Paris (no 67) et deux autres pièces 
fort courtes (no^ 153 et 464, de 1246 et 1275). 

Nous n'aurons que quelques légères observations à présenter. D'abord, 
à propos du classement des pièces. Dans la partie introductive, les actes 
ne sont pas classés chronologiquement, mais on trouve dans l'ordre 
suivant : les bulles des papes, les chartes des souverains, les lettres des 
théologiens et des évêques, celles des particuliers, puis des prieurs, etc. 

Dans le Gartulaire lui-même, où l'ordre des dates est régulièrement 
suivi d'ordinaire, on pourrait relever quelques inexactitudes. Ainsi, en 
général, lorsque la date est comprise entre deux chiffres, l'acte est placé 
à la date la plus moderne, 1215, 1208-1216, 1210-1216, 1217, etc. Au 
contraire, nous trouvons plus loin : 1235-1238, 1236, 1237; le premier 
acte aurait dû passer après les autres. Page 349, n° 302, l'acte daté 1257, 
mense fcbruario, l'aurait dû être ainsi : 1256 (1257 n. s.). 

Nous signalerons quelques omissions dans les tables. On n'y trouve 
pas le nom latin de certaines localités, de PlaijUiaco, p. 561, de Fonte 
mortuo, p. 562, qui figurent seulement sous les noms français Plailly et 
Mortefontaine. Était-il bien nécessaire de donner sous des numéros 
distincts (405 et 466) les formules de vîdimus de pièces qui sont imprimées 
in extenso, d'après des originaux, aux n°^ 20 et 66? 

L'ouvrage est complété par une Tabula cartarum, p. 651-681, qui 
reproduit l'analyse latine des chartes et renvoie aux pages du volume, 
puis par un Index generalis par noms et prénoms de personnes, avec les 
matières importantes, p. 683-713; enfin par les Corrigenda et Addenda. 

Ainsi se termine ce très beau volume, correctement et luxueusement 
imprimé par les frères Delalain, qui travaillaient pro domo sua. Nous 
avons dit sous quels auspices l'ouvrage a vu le jour; outre M. Gréard, 
il a eu pour parrains MM. Himly et Lavisse, et ce patronage lui portera 
bonheur. Il vient d'ailleurs à un moment où la vie renaît dans l'Univer- 
sité parisienne enfin installée dans un palais digne de ses destinées. Le 
P. Denifle met à la disposition des hommes d'étude des matériaux, sinon 
tous nouveaux, du moins choisis avec soin aux meilleures sources; 
lorsque cette œuvre sera achevée, il sera possible au savant éditeur de 
reprendre le plan d'une histoire de l'Université de Paris ; il aura du 
moins l'honneur d'avoir préparé tous les éléments de ce monument 
nécessaire et depuis si longtemps attendu. 

A. Bruel. 



-1 60 BIBLIOGRAPHIE. 

LIVRES NOUVEAUX. 

SOMMAIRE DES MATIÈRES. 

Généralités, 11. 

Sciences auxiliaires. — Épigraphie, 44, 89. — Paléographie, 45, 111. 

— Bibliographie, 23; manuscrits, 34, 102, 117; imprimés, 43. 
Sources. — Chroniques, 73, 108, 124, 148. — Archives, 5, 26, 38, 

65, 72, 81, 123, 129. — Recueils d'actes, 29, 98, 107. — Lois, 30, 97. 

Biographie et généalogie, 2, 43, 115, 146. — Saint Adrien, 132; 
Béatrix, 32 ; Galixte II, 29 ; Charles VII, 13 ; Clément V, 74 ; Dante, 78 ; 
Du Gueschn, 8; Farcy, 59; saint Gilbert, 150; Got, 74; Grégoire VII, 
131; Hohenstaufen, 103; Innocent V, 22; Jeanne d'Arc, 53 ; Joinville, 
53; La Trémoille, 90; saint Léger, 54; sainte Livrade, 33; Louis XII, 
101; Parler, 113; Richement, 73; Salis, 139; Savoie, 60; saint Servais, 
124 ; Tonnoy, 70. 

Droit, 7, 15, 30, 43, 63, 97, 127. 

Institutions, 1, 9, 16, 28, 62, 66, 91, 100, 126, 128, 143, 144, 151. 

Moeurs, usages, 64, 84, 94. 

Religions. — Judaïsme, 133, 138. — Catholicisme, 155; hagiogra- 
phie, 2, 34; papauté, 22, 29, 74, 93, 131, 133; évêchés, 48, 60, 77, 116, 
118; chapitres, 106; paroisses, 76, 92, 136; ordres, monastères, 14, 21, 
117, 153. — Croisades, 6, 105. 

Archéologie, 17, 71, 125, 140. — Architecture, 69; édifices civils et 
militaires, 18, 24,40, 52, 75; édifices religieux, 12, 14, 46, 57, 89, 113. 

— Sculpture, 36. — Mobilier, 121. — Costume, 105. — Blason, 4, 27, 
82, 146. — Numismatique, 56. — Musique, 114. 

Langues et littératures. — Grec, 45. — Latin, 115, 142, 155. — 
Langues romanes : italien, 78; français et provençal, 68, 86, 87, 154, 
157. — Langues germaniques : allemand, 142; néerlandais, 80. 

SOMMAIRE GÉOGRAPHIQUE. 

Allemagne, 20, 25, 93, 143. — Alsace-Lorraine, 103. — Bavière, 107, 
147. — Brunswick, 112, 145, 151. — Prusse, 46, 49, 158. 
Autriche-Hongrie, 83, 95, 108, 113, 138, 142, 159. 
Belgique et Pays-Bas, 48, 51, 81, 123, 129, 149, 156. 
Espagne, 109, 111, 152. 



BIBLIOGRAPHIE. Hi 

Frange. — Bretagne, 85 ; Gâtinais, 9; Lorraine, 10; Sud-Est, 62. — 
Ain, 19; Allier, 99, 146; Charente-Inférieure, 8, 130; Gôte-d'Or, 40; 
Drôme, 121 ; Eure, 24, 27,39; Garonne (Haute-), 88; Gironde, 7; Indre- 
et-Loire, 110; Loire (Haute-), 89; Lot-et-Garonne, 127; Maine-et- 
Loire, 9; Meuse, 58; Nord, 50; Orne, 55; Pyrénées-Orientales, 136; 
Saône (Haute-), 14; Sarthe, 91, 92, 120, 135; Savoie et Haute-Savoie, 
60, 106; Seine, 44, 52, 63, 65, 122, 141; Seine-et-Marne, 72; Seine- 
et-Oise, 41, 128; Sèvres (Deux-), 18; Tarn, 31; Vendée, 79; Vienne, 
53, 57 ; Vosges, 17, 61 ; Yonne, 125. 

Grande-Bretagne. — Angleterre, 3, 75, 153. — Irlande, 2. 

Italie, 102. — Piémont et Ligurie, 26, 36, 67, 117; Lombardie, 21, 
35, 96, 98, 137 ; Vénétie, 5, 12, 38; Rome et Italie centrale, 10, 42, 118, 
119, 133; provinces napolitaines, 132. — Sicile, 16, 28. 

Suède, 100. 

Suisse, 37, 38, 94, 104, 106. 

Orient, 6, 105, 134. 

1. Abdy (J.-T,). Feudalism : its rise, progress, and conséquences. 
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2. Acta sanctorum Hiberniœ ex codice Salmanticensi, nunc primum 
intègre édita opéra Caroli de Smedt et Josephi de Backer, auctore et 
sumptus largiente Jeanne Patricio marchione Bothse. Lille, Société de 
Saint-Augustin. In-4°, iv-979 p. 

3. Amphlett (J.). a Short History of Cient. London, Parker. In-8°, 
186 p. 5 s. 

4. Ancien Armoriai équestre de la Toison d'or et de l'Europe au 
xve siècle. Fac-similé contenant 942 écus, 74 figures équestres, en 
114 planches chromotypographiées , reproduites et publiées pour la 
première fois, d'après le manuscrit 4790 de la bibliothèque de l'Arsenal, 
par Lorédan Larchey. Nancy et Paris, Berger-Levrault. In-fol., xxvi- 
292 p. 

5. Antichi Testamenti tratti dagli archivî délia congregazione di 
carità di Venezia. Série IX. Venezia, 1890. In-8% 45 p. (Publié par 
J. Bernardi, « per la dispensa dalle visite [di capo d'anno], 1891 ».) 

6. Apografo veronese-vaticano (F) sull' impresa di Saladino contro 
Terra Santa, pubblicato da Carlo Gipolla. Gasale, Carlo Cassone, 1890. 
In-8o, 22 p. 

7. Archives municipales de Bordeaux. Livre des coutumes, publié, 
avec des variantes et des notes, par Henri Barckhausen. Bordeaux, 
Gounouilhou. ln-4°, liii-800 p., planche. 

1891 H 



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vue de l'art et de l'histoire. Sous la direction du professeur Camille 
Boito. Traduction d'Alfred Gruvellié. ï^'' partie. Venise, Ferdinand 
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13. Beaugourt (G. DU Fresne de). Histoire de Charles VIL Tome V : 
le roi victorieux (1449-1453). Paris, Picard. In-8°, 480 p. 

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abbatiale, étude historique et archéologique. Besançon, impr. Jacquin. 
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des Memorie storiche intorno alla città di Siracusa daW anno 13k a. C. 
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geoisie et corporations de ladite ville depuis le commencement du 
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fentlicht von E. Stengel. 88.) 2 m. 40 pf. 

158. WoLTER (F. -A.). Geschichte der Stadt Magdeburg von ihrem 
Ursprung bis auf die Gegenwart. 2« Auflage. Magdeburg, Faber. 
Gr. in-8o, x-375 p., 15 planches, 6 plans. 7 m. 50 pf. 

159. ZiLLNER (F.-V.). Geschichte der Stadt Salzburg. Ile^Buch. Salz- 
burg, Heinrich Dieter. Gr. in-S", xxv-796 p. 5 flor. 



CHRONIQUE ET MÉLANGES. 



Dans sa séance du 30 avril 1891, la Société de l'École des chartes a 
procédé au renouvellement annuel de son conseil, qui se trouve cons- 
titué de la façon suivante pour l'année 1891-1892 : 

Président : M. Deprez. 

Vice-président : M. Gourajod. 

Secrétaire : M. Guilhiermoz. 

Secrétaire-adjoint : M. Teulet. 

Commission de publication : membres ordinaires, MM. Delisle, de 
Lasteyrie, Omont; membres suppléants, MM. J. Havet, Valois. 

Commission de comptabilité : MM. Bruel, Morel-Fatio, Rocquain. 

Archiviste-trésorier : M. Tuetey. 

— Les élèves de l'École des chartes ont soutenu leurs thèses le 26 et 
le 27 janvier 1891. Leur travail portait sur les sujets suivants : 

Max Bruchet. Essai sur le Bourbonnais sous le duc Louis II (1356- 
1410). 

Léon Dorez. Donat : étude sur ses ouvrages, ses commentateurs, ses 
imitateurs et ses traducteurs. 

Henri Duchemin. Les sources du Livre des faits et bonnes moeurs du 
sage roi Charles V, de Christine de Pisan. 

Philippe Feugère des Forts. Notice biographique sur Pierre d'Oriole, 
chancelier de France (1407 ?-1485). 

Paul Marichal. René II, duc de Lorraine, et l'héritage de la maison 
d'Anjou. 

René Merlet. Essai sur les comtes de Chartres, de Ghâteaudun, de 
Blois et de Troyes au ix^ siècle. 
Henri de Roux. La chancellerie du roi René en Anjou et en Provence. 
Frédéric Soehnée. Étude sur la vie et le règne de Henri I^"", roi de 
France (1008-1060). 

Par arrêté du 2 février 1891 , ont été nommés archivistes-paléo- 
graphes, dans l'ordre de mérite suivant : 
MM. Merlet. 
Marichal. 
Bruchet. 
Dorez. 

Feugère des Forts. 
Duchemin. 



CHRONIQUE ET MELANGES. 175 

Ont été nommés archivistes-paléographes hors rang, comme appar- 
tenant à des promotions antérieures : 
MM. DE Roux. 

SOEHNÉE. 

— Notre confrère M. Léon Aubineau vient de mourir en sa soixante- 
seizième année, emporté avec cette rapidité qui a été le caractère de 
tant de morts en ce terrible hiver. 

Léon Aubineau était né à Paris, le 3 octobre 1815, et fit partie, à 
l'École des chartes, de la promotion de 1840, où il eut pour camarades 
M. Audren de Kerdrel, qui a tant de fois témoigné de son amour pour 
l'École et l'a arrachée à plus d'un péril, Duchalais, l'éminent numis- 
mate, A. -E. Dareste de la Gha vanne, Deloye, Gabriel Demante et 
Ludovic Lalanne. 

Il fut un des premiers archivistes départementaux qui sortirent de 
l'École et fut placé à la tête de l'important dépôt de Tours ; mais ses 
goûts très vifs pour le journalisme militant ne tardèrent pas à triompher 
de sa vocation de chartiste, et il entra résolument à l'Univers, près des 
deux Veuillot et de Dulac. Il ne nous appartient pas de raconter ici les 
campagnes qu'il y fit, et encore moins de les juger. 

Malgré des occupations aussi passionnantes, l'ancien élève de l'École 
des chartes eut le loisir de se recueillir plus d'une fois pour composer 
de véritables livres d'histoire : une réfutation d'Augustin Thierry dans 
la Bibliothèque nouvelle et une étude sur la révocation de l'édit de Nantes. 
Quant aux articles de tous les jours, il avait eu la joie, avant de mou- 
rir, de les réunir en un certain nombre de volumes auxquels il avait 
su donner des titres charmants : Parmi les lis et les épines; Au soir ; 
Épaves. Le dernier parut quelques jours seulement avant sa mort. 

Il est deux domaines où Léon Aubineau était passé maître, et per- 
sonne ne connaissait mieux que lui la littérature du xvii^ siècle, les 
œuvres charitables du xix«. Ses deux meilleurs livres sont incontesta- 
blement ses Notices littéraires sur le XVIl^ siècle et ses Serviteurs de Dieu 
qui ont eu plusieurs éditions. 

Léon Aubineau était parfois d'allures un peu brusques; mais tous 
ceux qui l'ont connu savent quel brave cœur se cachait sous cette appa- 
rente rudesse. Dans toute la force de ces deux mots (je n'en connais pas 
de plus beaux), c'était un honnête homme et un chrétien. 

Léon Gautier. 

— Par arrêté préfectoral, notre confrère M. Goyecque a été nommé 
paléographe attaché à la préfecture de la Seine. 

— Notre confrère M. l'abbé Paradis a été nommé chanoine honoraire 
de Paris. 

— Par arrêté du 31 janvier 1891, notre confrère M. Goville a été chargé, 
jusqu'à la fin de l'année scolaire 1890-1891, d'un cours d'histoire et 
antiquités du moyen âge à la Faculté des lettres de Gaen. 



^76 CHRONIQUE ET MELANGES. 

— Le premier prix de la fondation Thérouanne a été décerné par 
l'Académie française à l'ouvrage de notre confrère M. Jules Lair : Nico- 
las Foucquet, procureur général, surintendant des finances, ministre d'Etat 
de Louis XIV (Paris, 1890, 2 vol. in-8°). 

— Le 6 février 1891, la Société de géographie de Paris a décerné une 
médaille d'or à notre confrère M. Tardieu pour la traduction de Strabon 
dont il vient d'achever la publication. 

FAC-SIMILÉS DES MANUSCRITS GRECS DATÉS 

DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 

Les Fac-similés des manuscrits grecs datés de la Bibliothèque nationale, 
du /Je au XJV« siècle (Paris, E. Leroux), que vient de publier notre 
confrère M. H. Omont, forment un album de cent planches grand in-folio, 
offrant cent vingt et un fac-similés de manuscrits grecs à date certaine, 
tirés exclusivement des collections de la Bibliothèque nationale. Tous 
les manuscrits datés du ix^ au xm» siècle, conservés à la Bibliothèque 
nationale, et un choix de ceux du xiv^ siècle, portant sur plus de la 
moitié d'entre eux, sont représentés dans ce recueil. L'introduction, qui 
précède la notice des planches, contient une bibliographie des différents 
travaux relatifs à la paléographie grecque, parus depuis le livre fonda- 
mental de Montfaucon jusqu'à nos jours. A la suite, se trouve un 
tableau chronologique de fac-similés de manuscrits grecs datés, du viii^ 
au XVI* siècle, publiés dans différents recueils et pouvant servir à l'étude 
de la paléographie grecque. Nous reproduisons la table des planches, 
qui permettra de juger de la composition du recueil. 

IX«-X^ SIÈCLES. 

Planche I, ms. grec 1470. Vies de saints, de l'an 890. 

PI. II, ms. grec 451. S. Clément d'Alexandrie, etc., 914. 

PI. III, ms. grec 781. S. Jean Chrysostome, Homélies diverses, 939. 

PI. IV, ms. grec 492. S. Basile, sur Isaïe, etc., 942. 

PI. V, ms. grec 668. S. Jean Chrysostome, sur S, Matthieu, 954. 

PI. VI, ms. grec 497. S. Basile, Homélies diverses, 966. 

PI. VII, ms. grec 724. S. Jean Chrysostome, sur S. Jean, etc., 974. 

PI. VIU, I, Suppl. 469a. Commentaire sur S. Grégoire de Nazianze, 
986. 

PI. VIII, II, ms. grec 1089. Dorothée, Doctrines ascétiques, 990. 

PI. IX, ms. grec 438. S. Denys l'Aréopagite, Œuvres, 992. 

PI. X, ms. grec 1085. S. Anastase le Sinaïte, Questions théologiques, 
1000. 

xr SIÈCLE. 

PI. XI, ms. grec 784. S. Jean Chrysostome, Homélies diverses, 1003. 



CHRONIQUE ET MELANGES. -177 

PI. XII, ms. grec5l9. S. Grégoire de Nazianze,B.omé\ies, diverses, 1007. 

PL XIII, ms. grec 529. S. Grégoire de Nazianze, Homélies diverses, 
1020. 

PI. XIV, I, ms. grec 375. Lectionnaire, 1021. 

PI. XIV, II, Goislin 213. Euchologe, 1027. 

PI. XV, I, ms. grec 990. S. Grégoire de Nazianze, Poèmes, 1029. 

PI. XV, II, ms. grec 675. S. Jean Chrysostome, sur S. Matthieu, 1033. 

PI. XVI, Goislin 265. S. Jean Climaque, Échelle du paradis, 1037. 

PI. XVII, ms. grec 698. S. Jean Chrysostome, sur S. Matthieu, 1042. 

PI. XVIII, I, Suppl. 911. Évangile selon S. Luc (grec-arabe), 1043. 

PI. XVin, II, ms. grec 1068.^. /ea?i Climaque, Échelle du paradis, 1044. 

PI. XVIII, III, ms. grec 973. Sermons extraits de S. Basile, 1045. 

PI. XIX, ms. grec 223. Épîtres de S. Paul, avec chaîne, 1045. 

PI. XX, ms. grec 662. S. Jean Chrysostome, sur S. Matthieu, 1047. 

PI. XXI, ms. grec 598. S. Ephrem, Opuscules ascétiques, 1049. 

PI. XXII, Suppl. 905. Lectionnaire, 1055. 

PI. XXIU, ms. grec 1499. Vies de saints, 1055-1056. 

PI. XXIV, Goislin 28. Épîtres de S. Paul, avec chaîne, 1056. 

PI. XXV, ms. grec 637. S. Jean Chrysostome, sur la Genèse, 1057. 

PI. XXVI, I, ms. grec 1097. S. Maxime, Opuscules et Lettres, 1055, 

PI. XXVI, n, Goislin 263, S. Jean Climaque, Échelle du paradis, 1059. 

PI. XXVI, III, ms. grec 40. Psautier, 1059. 

PI. XXVII, ms. grec 1477. S. Jean Climaque, Échelle du paradis, 1060. 

PI. XXVIII, ms. grec 1590. Ganonarium, 1063. 

PI. XXIX, ms. grec 805. S. Jean Chrysostome, Homélies diverses, 1064. 

PI. XXX, Goislin 248. S. Cyrille d'Alexandrie, Trésor, 1065. 

PI. XXXI, ms. grec 710. S. Basile, Exhortation au baptême, 1065. 

PI. XXXII, ms. grec 289. Lectionnaire, 1066. 

PI. XXXIII, Goislin 91. S. Jean Damascène, de la foi orthodoxe, 1069. 

PI. XXXIV, Suppl. 1096. Lectionnaire, 1070. 

PI. XXXV, ms. grec 164. Psautier, 1070. 

PI. XXXVI, ms. grec 1617. Ménologe, 1071. 

PL XXXVII, ms. grec 1598. Opuscules et apophtegmes ascétiques, 
1071. 

PL XXXVIII, I, ms. grec 1078. Antiochus deS.-Sabas, Pandecte, 1072. 

PL XXX Vin, II, ms. grec 1215. HoméUes en l'honneur de la Vierge, 
1080. 

PL XXXIX, I, ms. grec 81. Évangiles, 1092. 

PL XXXIX, II, Suppl. 482. Prochirondes empereurs Basile, etc., 1105. 

XII' SIÈCLE. 

PL XL, ms. grec 1324. Nomocanon, 1104. 

PL XLI, Goislin 212. Gonstitutions apostoliques, 1111. 

PL XLII-XLIII, ms. grec 1531. Vies de saints, 1112. 

4894 ^2 



478 CHRONIQUE ET ME'lANGES. 

PI. XLIV, I, ms. grec 2659. Lexiques, 1116. 

PI. XLIV, II, ms. grec 1116. S. Jean Damascène, de la foi orthodoxe, 
1124. 
PL XLV, ms. grec 1570. Menée, 1127. 
PL XLVI, ms. grec 243. Lectionnaire, 1133. 
PI. XLVII, ms. grec 891. S. Théodore Studite, Sermons, 1136. 
PL XLVIII, ms. grec 83. Évangiles, 1167. 
PI. XLIX, I, ms. grec 90. Évangiles, 1176. 
PI. XLIX, n, ms. grec 11. Job, Livres Sapientiaux, etc., 1186. 
PI. L, ms. grec 633. S. Jean Chrysostome, sur la Genèse, 1186. 

XIII^ SIÈCLE. 

PI. LI, ms. grec 301. Lectionnaire, 1204. 

PI. LU, I, ms. grec 2089. Porphyre, Introduction sur Arisiote, 1223. 

PI. LU, n, ms. grec 997. Nicétas d'Héraclée, sur S. Grégoire de 
Nazianze, 1231. 

PL LUI, ms. grec 1139. Collection ascétique, 1236. 

PL LIV, ms. grec 1571. Menée, 1253. 

PL LV, ms. grec 194 a. Théophylade, sur les Évangiles, 1255. 

PL LVI, I, ms. grec 857. Paul, Collection ascétique, livre IV, 1261. 

PL LVI, II, ms. grec 117. Évangiles, 1262. 

PL LVII, Coislin 5. Commentaires sur l'Octateuque, 1264. 

PL LVIII, I, ms. grec 1023. S. Jean Chrysostome, Homélies diverses, 
1265. / 

PL LVIII, n, ms. grec 999. S. Grégoire de Nysse, sur le Cantique, etc., 
1272. 

PL LIX, ms. grec 443. S. Denys l'Aréopagite, Œuvres, 1272. 

PL LX, ms. grec 734. S. Jean Chrysostome, sur l'Épître aux Romains, 
1273. 

PL LXI, ms. grec 2654. Etymologicum magnum, 1273. 

PL LXII, ms. grec 1115. Collection théologique, 1276. 

PL LXIII, ms. grec 2723. Lycophron, Cassandre, 1282. 

PL LXIV, I, ms. grec 1547. Vies de saints, 1286. 

PL LXIV, n, ms. grec 2572. Manuel Moschopulus, Schédographie, 1296. 

PL LXV, ms. grec 1715. Zonaras, Annales, 1289. 

PL LXVI, I, ms. grec 118. Évangiles, 1291. 

PL LXVI, II, Coislin 364. Collection canonique, 1295. 

PL LXVII-LXVIII, ms. grec 1671. Plutarque, Œuvres, 1296. 

PL LXIX, ms. grec 708. S. Jean Chrysostome, sur S. Jean, 1296. 

PL LXX, ms. grec 856. Paul, Collection ascétique, livres III -IV, 
1296. 

PL LXXI, I, Suppl. 681. Opuscules et fragments divers, 1298. 
PL LXXI, II, ms. grec 448. S. Denys l'Aréopagite, Œuvres, 1299. 
PL LXXII, ms. grec 2207. Paul d'Égine, Collection médicale, 1299. 



CHRONIQUE ET MÉLANGES. 179 

Xive SIÈCLE. 

Pi. LXXIII, ms. grec 2707. S. Grégoire de Nazianze, Passion de J.-C, 
1301. 

PI. LXXIV, Coislin223. Synaxaire, 1301. 

PI. LXXV, Coislin 13. Psautier, 1304. 

PL LXXVI, ms. grec 1186. Yies de saints, 1306. . 

PI. LXXVII, I, ms. grec 2210. Pauld'Égine, Collection médicale, 1312. 

PI. LXXVII, n, ms. grec 214. Jean de Chalcédoine, sur les Évangiles, 
1316. 

PI. LXXVIII, I, ms. grec 1131. Jean de S.Sahas, Barlaam et Joa- 
saph, 1321. 

PI. LXXVIII, II, ms. grec 1601. Josèphe, Antiquités des Juifs, 1323. 

PI. LXXIX, I, ms. grec 341. Menée, 1325. 

PI. LXXIX, n, ms. grec 2133. Nicéphore Blemmide, Physique, 1332. 

PI. LXXX, Coislin 112. Opuscules des S8. Pères, 1329. 

PI. LXXXl, Coislin 73. S. Jean Chrysostome, sur les Actes, 1333. 

PI. LXXXII, ms. grec 311. Lectionnaire, 1336. 

PI. LXXXni, ms. grec 2243. Nicolas Myrepsus, Recettes médicales, 
1339. 

PI. LXXXIV, I, ms. grec 1163. Jean de S.-Sabas, Barlaam et Joa- 
saph, 1348. 

PI. LXXXIV, II, ms. grec 1129. Jean de S.-Sabas, Barlaam et Joa- 
saph, 1353. 

PI. LXXXV, ms. grec 1360. Constantin Harmenopulus, Manuel de 
jurisprudence, 1351. 

PI. LXXXVI, Coislin 215. Règle du monastère de S.-Sabas de Jéru- 
salem, 1360. 

PI. LXXXVII-LXXXVIII, ms. grec 135. Commentaire sur Job, 1362. 

PI. LXXXIX, ms. grec 450. iS. Justin et Athénagore, Opuscules, 1363. 

PI. XC, I, ms. grec 2915. Eumathe, Hysmines et Hysminias, 1364. 

PI. XC, II, Suppl. 1034. Constantin Blanasses, Chronique, 1364. 

PI. XCI, ms. grec 2661. S. Cyrille d'Alexandrie, Lexique, 1366. 

PI. XCII, ms. grec 723. S. Jean Chrysostome, sur S. Jean, 1368. 

PI. XCIII, ms. grec 1241. /oa.çap/i, [Jean Cantacw^é/ie], Opuscules, 1369. 

PL XCIV, ms. grec 1585. Nicéphore Calliste, Synaxaire, 1369. 

PL XCV, ms. grec 1242. Joasaph [Jean Cantacuzène] , Opuscules, 
1370-1375. 

PL XCVI, ms. grec 1634. Hérodote, Histoire, 1372. 

PL XCVII, I, ms. grec 1081. Antiochus de S. Sabas, Pandecte, 1374. 

PL XCVII, II, ms. grec 967. Opuscules des SS. Pères, 1377. 

PL XCVIII, ms. grec 2632. S. Cyrille d'Alexandrie, Lexique, 1380. 

PL XCIX, I, ms. grec 2607. Manuel Moschopuhis, Schédographie, 1385. 

PL XCIX, II, ms. grec 351. Opuscules ascétiques, 1389. 

PL G, ms. grec 348. Horologion, 1390. 



480 CHBONIQDE ET MÉLANGES. 

SIGNETS DES ANCIENS NOTAIRES DE TARN-ET-GARONNE. 

M. le capitaine Poussy a publié dans le Bulletin de la Société archéo- 
logique de Tarn-et-Garonne, t. XVIII (Montauban, 1890, p, 177-188) , 
un très intéressant relevé, accompagné de sept planches lithograpbiées 
comprenant quatre-vingt-neuf fac-similés des signets des notaires des 
localités formant actuellement le département de Tarn-et-Garonne. 
Les actes étudiés par M. Poussy s'étendent de 1260 à 1540. D'abord 
très simples aux xm^ et xiv^ siècles, les signets publiés deviennent 
de plus en plus compliqués; formés d'abord de croix et d'étoiles, de 
comètes et de fers de lance, on y voit, en 1299, apparaître la fleur de 
lis, que, pendant la domination anglaise, Jean Fournier, notaire à 
Saint- Antonin, remplace, depuis 1356, par une croix pattée. En 1316 
et 1320 figurent les premiers écussons sur les signets de notaires de 
Moissac et de Montauban. En 1387, Pierre de Galmont place sa signa- 
ture P. de Calomonte au milieu de son signet. Sans être très fréquent, 
cet usage se retrouve, à diverses reprises, dans les actes suivants. 
En 1449 apparaît, sur le signet d'Arnulphe Le Guy, notaire aposto- 
lique de Moissac, le premier exemple des clefs de saint Pierre en sau- 
toir, qui ne tarderont pas à devenir la marque caractéristique de ces 
officiers. Au xvi« siècle, les noms occupent la place principale dans le 
signet et, comme le fait remarquer M. Poussy, la marque illustrée n'est 
plus que l'accessoire de la signature, en attendant le moment où ces 
dessins feront place aux paraphes compliqués des notaires. 

M. Poussy rappelle dans son travail la publication analogue, faite sur 
les signets des notaires de Toulouse dans la Revue archéologique du midi 
de la France, en 1866, et fait remarquer que, bien que Montauban et 
une partie de sa région aient appartenu au comté de Toulouse jus- 
qu'en 1271, on n'y rencontre jamais la croix de Toulouse si employée 
dans les signets des notaires toulousains. Comte de Marsy. 

ÉGUSSON SCULPTÉ 

DANS LA COUR DE l'ÉGOLE DES CHARTES. 

Depuis les observations de M. Roman, dont nous avons rendu compte 
dans notre précédent volume (p. 380), cet écusson a été examiné par 
M. Palustre, qui ne croit pas pouvoir l'attribuer à Marie Le Fuselier, 
veuve d'Engelbert Glausse, procureur du roi à Paris, mort le 12 août 1545. 
Il n'en paraît pas moins établi que les armoiries placées en haut à gauche 
de cet écusson appartiennent bien à la famille Glausse. Les observations 
de M. Palustre sont dans le Bulletin de la Société nationale des Anti- 
quaires de France, année 1890, p. 114. 



GAIGNIÈRES 

SES CORRESPONDANTS 



ET 



SES COLLECTIONS DE PORTRAITS^ 

{Suite.) 



Ces lettres de Fénelon, où l'estime la mieux sentie se joint à 
un véritable attachement, font grand honneur à Gaignières, dont 
les liaisons avec les membres du clergé les plus distingués par 
leurs vertus et leurs talents, sont prouvées surabondamment dans 
d'autres parties de sa correspondance. 

Fléchier, qu'il avait félicité lors de sa promotion à l'évêché de 
Lavaur, lui écrit de Rennes, le 15 décembre 1685: 

Je n'en ay pas douté, Monsieur, que vous n'ayiés pris part à la grâce 
que le roy m'a faite, j'ay éprouvé en d'autre occasion l'amitié que 
vous avez pour moy et j'ay bien cru que vous n'auriés pas moins de 
bonté en celle-cy. Je vous prie aussy d'estre persuadé, Monsieur, que 
j'en ay toute la reconnoissance que je dois, et que je suis très véri- 
tablement 

Votre très humble et très obéissant serviteur 

L'abbé Fléchier, nomé à l'évêché de Lavaur 2. 

Le 7 décembre 1697, Bourdaloue lui adresse un billet d'une 
bonne grâce et d'une politesse achevées : 

Ce samedi 7 déc. 
Je vous envoie, Monsieur, ce que je vous ai promis, et je me fais 

1. Voyez le volume précédent, p. 573. 

2. Bibl. nat., ms. fr. 24987, fol. 99. 

i891 i3 



J 82 GAIGNIÈRES. 

un très sensible plaisir de trouver cette petite occasion pour vous 
marquer, non seulement l'estime particulière que je fais de votre 
personne, dont j'honore parfaitement le mérite, mais Textrême envie 
quej'aurois d'avoir un peu de part à Thoneur de votre amitié. Je 
vous la demande, Monsieur, et vous supplie de croire que Ihorame 
du monde qui vous est le plus acquis est sans exception 
Votre très humble et très obéissant serviteur, 

BOURDALOUE, S. J.^ 

Au dos est écrit : « Pour Monsieur de Gagnières, à l'hostel de 
Guise. » 

Voici un billet plein d'urbanité du Père de la Chaise, confesseur 
de Louis XIV et, lui aussi, collectionneur distingué : 

A Fontainebleau, le U O^re ^682. 
Monsieur, 
De quelque manière que vous me témoigniez prendre part à ce qui 
me regarde, je vous en suis toujours également obligé, et vous avez 
si bien sceu me faire sentir vos bontés par la letre obligeante que 
vous avez eu la bonté de m'escrire sur mon afiiction, que vostre pré- 
sence n'eust pu rien ajouster à mon extrême reconnoissance que le 
plaisir de vous assurer de vive voix que je suis très parfaitement. 
Monsieur, 
Votre très humble et très obéissant serviteur. 

De la Chaise, S. J. 
M'' de Gaignières^. 

Moreau, dont il est question dans la lettre de Fénelon du 
7 mars 1697, fut longtemps, comme on le sait par Saint-Simon, 
premier valet de chambre du duc de Bourgogne. C'était un des 
grands amis de Gaignières, qui lui dut le beau manuscrit de la 
Guirlande de Julie; ses lettres, très nombreuses, forment 
presque tout un volume 3. Elles présentent un réel intérêt et 
répondent à l'idée avantageuse que Saint-Simon donne de ce per- 
sonnage. 

Il partageait le goût des portraits, et Gaignières lui prête sou- 
vent les siens pour les faire copier. En parlant d'un M. de Flo- 
rensac qui avait un cabinet rempli de portraits de famille, Moreau 

1. Bibl. nat., ms. fr. 24985, fol. 371. 

2. Id., 24986, fol. 33. 

3. Id., 24989, fol. 1 à 202. 



GAIGNIÈRES. \8S 

ajoute : Il en est « plus passionné que vous et moi^ » Ailleurs il 
dira : « M"*^ de Longueville est en place et le petit peintre n'y a 
« pas trop mal réussi. Il travaille présentement au portrait de 
« M'"'^ de Montbason ; lors que M""" de Chevreuse aura pris son 
« rang, on vaira d'un coup d'œil toute la guerre de la Régence, 
« et cela par vous^. » 

Le 12 janvier 1696, il écrit : « Mes petits portraits, Monsieur, 
« sont faits et mis en place, et, si je ne me trompe, vous en serés 
« content, surtout du connestable de Luines, que mon pintre 
« a habillé par merveilles ; il luy a donné un pourpoint de satin 
« blanc à fleurs d'or, avec une petite dentelle à sa fraise qui en 
« font un très agréable portrait^. » Il est évident que, dans ces 
copies de portraits, prêtés entre amateurs, on ne se piquait guère 
d'exactitude, au moins quant au costume. 

Entre autres fantaisies de collectionneur, Moreau avait celle de 
réunir les portraits des maîtresses des rois de France : « J'espère 
« que vous ne m'abandonnerez pas, » écrit-il à Gaignières, « sur 
« le projet des maîtresses que je prétents assembler ; vous ne 
« devez pas en faire scrupule, » ajoute-t-il agréablement, « puisque 
« je ne les cherche que pour les faire pendre*. » 

Moreau donne fréquemment des nouvelles du duc de Bourgogne, 
qu'il suivait partout. On apprend notamment que le prince et son 
gouverneur, le duc de Beauvilliers , visitent les collections de 
Gaignières ^ qui leur donne les explications que son expérience, 
ses voyages et son instruction lui suggèrent. L'élève de Fénelon 
paraît désireux de tout voir, de tout connaître, et c'est avec 
quelque impatience qu'il attend l'explication des belles verrières 
que Gaignières vient de découvrir à Chartres^. Il s'agit sans 
doute des magnifiques vitraux de la cathédrale que nous admirons 
aujourd'hui, mais qui étaient moins appréciés au xv!!*" siècle. 

Le duc de Bourgogne contribua personnellement à embellir le 
cabinet de Gaignières. Rigaud venait de faire un magnifique por- 
trait du prince lorsque Moreau écrivait à son ami, le 13 mars 1703 : 
« Dans le moment que je receuvois vostre lettre, Monsieur, j'avois 

1. Bibl. nat., ms. fr. 24989, fol. 25. 

2. Id., 24989, fol. 126. 

3. Id., 24989, fol. 151. 

4. Id., 24989, fol. 183. 

5. Id., 24989, fol. 5. 

6. Id., 24989, fol. 132 et 138 v°. 



-184 GAIGNIÈRES. 

« la plume à la main pour vous dire que j'avois l'hordre de Mon- 
« segneur de vous faire faire une copie de son portrait, qui est 
« le plus beau que Rigaud ait jamais fait*. » 

Ce portrait étant à Versailles dans l'appartement du duc de 
Bourgogne, l'on ne pouvoit travailler à la copie que pendant les 
voyages de la Cour à Marly. Une autre lettre de Moreau, du 
16 mai 1703, nous informe de cette particularité, en même temps 
qu'elle fait connaître le nom du copiste, qui était Hellart^ : « Entre 
« tous les chagrins que l'accident qui est arrivé à Madame la 
« duchesse de Bourgogne (a causés), il y en a un qui n'est que 
« pour moy tout seul, qui est que, sans ce funeste malheur, vous 
« auriez il y a longtemps votre portrait, mais, comme il a fallu 
« garder neuf jours le lit, on n'a pu achever ce qui restoit à faire. 
« Nous partons demain pour Marli, et la première chose que Hel- 
« lar fera sera de le finir et de vous le porter ; il est païé et ne vous 
« demande que la permission de luy laisser voir vostre cabinet 3. » 

Dangeau note une fausse couche de M'"" la duchesse de Bour- 
gogne au mois de mai 1703^; cette circonstance nous permet de 
dater la lettre, qui, comme presque toutes celles de Moreau, ne 
porte que la date du mois. 

Quant à Hellart, dont les œuvres sont peu connues, il fut de 
l'Académie de peinture, et, dans un acte de 1725, mentionné par 
Jal, il est qualifié, par sa veuve, peintre de Monseigneur le duc de 
Bourgogne. Il mourut à Paris, en juin 1719. Jal lui a consacré, 
dans son Dictionnaire critique, un article où il ne cite de lui 
que le portrait qui nous occupe. 

La copie était terminée au mois de juin, car, le 20, Moreau, qui 
avait accompagné le duc de Bourgogne à l'armée du Rhin, écrit 
à Gaignières : « Vous ne m'avez point mandé si M'' Hellard vous 
« a voit porté le portrait de Mgr le duc de Bourgogne, comme je 
« le luy avois présisément ordonné, en le luy paient, et comme 
« il me l'avoit promis^. » 

1. Bibl. nat., ms. fr. 24989, fol. 33. — Le catalogue de l'œuvre gravé de Rigaud, 
publié dans les Mém. sur les membres de l'Académie de peinture (Paris, Dumou- 
lin, 1854), mentionne en effet, t. II, p. 183, un portrait du duc de Bourgogne, en 
1703. Il a été gravé, en 1707, par Suzanne Sylvestre, femme de Lemoine. 

2. Moreau écrit ce nom Hellar ou Hellard; Jal a montré, dans son Diction' 
naire critique, qu'il faut mettre un i à la fin. 

3. Bibl. nat., ms. fr. 24989, fol. 57. 

4. Mémoires de Dangeau, t. IX, p. 187 et 193. 

5. Bibl. nat., ras. fr. 24989, fol. 55. 



GAIGNIERES. -1 85 

Nous avons été surpris, après des indications aussi précises, 
de ne pas retrouver la copie faite par Hellart dans la liste des 
portraits peints possédés par Gaignières que nous donnons à la fin 
de cette étude. Nous y voyons bien, sous le n° 37, un portrait du 
duc de Bourgogne ; mais il est qualifié d'original et attribué à 
Van Scup. Il doit s'agir ici de Jacques Van Schupen, fils de l'ha- 
bile graveur Pierre-Louis, qui, laissant le burin pour le pinceau, 
devint un élève distingué du célèbre portraitiste Largillière. Ce 
portrait du duc de Bourgogne a donné lieu à une note de Fénelon 
à Gaignières trop curieuse pour ne pas être reproduite. 

Je préférerois, Monsieur, le dessein du numéro quatre, mais j'ôte- 
rois le perron; je fairois commencer l'architecture plus bas, en sorte 
qu'on verroit en haut un ordre chorinthien, marqué avec une corniche. 
Je reculerois tant soit peu sur la droite ce bastiment qui serviroit de 
repoussoir à tout le reste. Je mettrois derrière le prince un parterre 
simple de gazon et de fleurs, au-dessus duquel je représenterois un 
petit rocher, sur la croupe d'une colline d'où tomberoit une cascade 
qui fairoit un petit canal derrière le parterre. Au-dessus, ou à coslé 
droit du rocher, je fairois un petit bocage frais et tendre; sur la gauche, 
j'osterois la palissade et les statues pour n'y mettre qu'un lointain 
paisage. Voilà ma pensée; je puis me tromper, mais vous estes assez 
bon, Monsieur, pour souffrir que je me trompe. Vous savez à quel 
poinct je vous honore sans compliment ' . 

L'abbé de Fénelo.\^. 

La note de Fénelon était accompagnée de la lettre suivante 
écrite par Moreau à Gaignières : 

M"- l'abbé, Monsieur, vous mande son sentiment sur les dessins 
que vous nous avez envoyé à examiner, il est conforme au jeuge- 
ment que M. l'abbé de l'Angeron [sic, pour de Langeron) , M'' de Niert 
et moy en avions fait avant que de les luy montrer ; il est approuvé 
par Monsegneur le duc de Bourgogne qui me demande souvent des 
nouvelles de son portrait et témoigne bien de l'impatience de le voir; 
ce sera un mérite considérable pour M"" Van Sculpe [sic] de la satis- 
faire, car vous scavez que le plaisir diminue chez les princes avec 
l'impatience. On s'attent issi à voir quelque chose de très beau. Je 
suis, Monsieur, plus à vous que je ne scaurez vous l'exprimer^, 

1. Au verso est écrit de la main de Gaignières : « M' l'abbé de Fénelon et 
M"^ Moreau, 21 janvier 1695. » Et au-dessous : « Portr. de Mgr le D. de Bg°. » 

2. Bibl. nat., ms. fr. 24987, fol. 78. 

3. Bibl. nat., ms. fr. 24989, fol. 165. 



486 GAIGNIÈRES, 

Cette lettre, dans laquelle Fénelon est évidemment désigné par 
les mots : M. l'abbé, ne porte ni signature, ni date autre que celle 
du 21 ; mais elle est écrite de la main de Moreau et la date du 21 
répond à celle du 21 janvier 1695 mise par Gaignières au dos de 
la note de Fénelon. 

Le portrait fait par Van Schupen nous paraît avoir été men- 
tionné, bien que le peintre ne soit pas nommé, dans la relation de 
la visite du duc de Bourgogne à Gaignières, donnée par le Mer- 
cure, au mois d'avril 1702. En effet, nous y lisons : « Il (le prince) 
« y vit le sien (son portrait), mais tel qu'il l'avoit donné à M. de 
« Gaignières lorsqu'il lui fit l'honneur d'aller chez lui à l'hôtel de 
« Guise il y a dix ans. » 

De 1695, date de la note de Fénelon, à 1702, il y a sept ans et 
non dix ; mais nous pensons que cette dernière indication ne doit 
pas être prise à la lettre et signifie simplement plusieurs années. 

Quant à savoir ce qu'est devenu ce portrait et s'il existe encore 
dans quelque collection publique ou privée, nous avouons notre 
complète ignorance. Nous pouvons dire seulement qu'il fut, en 
juillet 1717, vendu à vil prix comme presque toutes les peintures 
si laborieusement recueillies et si amoureusement conservées par 
le grand collectionneur. 

Le duc de Bourgogne ne se contentait pas de donner à Gaignières 
une copie de son portrait parRigaud, il lui faisait aussi cadeau de 
ses propres essais artistiques, comme en témoignent plusieurs des- 
sins paraphés de sa main que l'on conserve au département des 
Estampes K 

Voici, à ce sujet, un passage d'une lettre de Moreau à Gaignières 
sans autre date que celle du 16 mai : 

La nouvelle que j'ay à vous mander est que Monsegneur 

acheva hier le dessein qu'il vous avoit promis, qu'il est tout des plus 
beaux qui soient sortis de ses mains; il est revêtu de toutes ses 
formes, c'est-à-dire qu'il est adressé, datte et paraffé. Je puis ajou- 
ter qu'on l'a fait de bon cœur par raport à vous ^... 

Ces dessins ne sont que des œuvres d'écolier fort médiocres, 
mais ils sont paraphés et adressés à Gaignières. Cette circonstance, 
jointe à la lettre de Moreau, confirme l'opinion que Gaignières 
avait été attaché à l'éducation du duc de Bourgogne et de ses 

1. Sous la cote : Ad2, Réserve. 

2. Bibl. nat., ms. fr. 24989, fol. 147. 



GAIGNIERES. i 87 

frères, car il existe dans le même portefeuille des dessins de ces 
princes. 

Les visites du duc de Bourgogne auraient suffi pour mettre en 
réputation le cabinet de Gaignières, si nous ne savions combien 
le goût de la haute curiosité était répandu dans le grand monde. 
Les dames de la Cour font le voyage de la rue de Sèvres, surtout, 
peut-être, pour y feuilleter ces curieux portefeuilles de modes 
anciennes qui devaient plus tard faire à Marly, comme on le verra, 
la distraction du grand roi, devenu vieux et malheureux. 

Au nombre des amateurs et visiteurs du cabinet de Gaignières, 
nous trouvons une personne que l'on ne s'attend pas à rencontrer 
ici. C'est M""" de Montespan, dont les relations, déjà anciennes, 
avec l'aimable collectionneur avaient peut-être pris naissance 
chez les Noailles, qui étaient fort de ses amis, comme le montre 
sa correspondance avec le duc et la duchesse, publiée par M. Pierre 
Clément. Dans une lettre en date du 7 juillet 1699, elle parle ainsi 
de Gaignières à la duchesse : « Ganière [sic) est toujours incom- 
« mode de la jambe ; il ne laisse pas de travailler tout le jour ; il 
« est ravi de ce qu'il trouve ici (à Fontevrault), et ceux qui le 
« voye sont ravis de ce qu'il fait. Vous croies bien que je lui 
« montrerai l'article de votre lettre. Il étoit déjà très convaincu 
« de vos bontés, mais ce que vous me mandés n'y gastera rien et 
« me fait beaucoup espérer que vous luy procurerés quelque chose. 
« Ce n'est pas purement pour luy que je le souhaite, c'est par ce 
« désir général de voir toujours faire le mieux qui ce peut*. » 

On voit que les deux grandes dames honoraient Gaignières 
d'une bienveillance qui, chez M""^ de Montespan, remontait à plus 
de dix ans. Il paraît, en effet, par une lettre de l'abbé Testu, du 
mois de juillet 1689, qu'elle avait parlé au roi des soins que 
Gaignières avait « pris pour l'excécution de l'ouvrage qu'elle veut 
« entreprendre 2. » Quel pouvait être cet ouvrage dont le principal 



1. Cette lettre était à la bibliothèque du Louvre, incendiée par la Commune 
en 1871. Elle a été publiée par M. P. Clément dans Madame de Montespan et 
Louis XIV. 1 vol. in-8°. Paris, Didier, 1868. 

2. Bibl. nat., ms. fr. 24991, fol. 434. —L'abbé Testu, membre de l'Académie 
française, mort en 1705, était un abbé spirituel et mondain qui, malgré ses 
hautes amitiés, ne parvint pas à un évêché, Louis XIV ne le trouvant pas assez 
dévot. Selon M"" de Sévigné, il gouvernait fort M""^ de Fontevrault, mais la 
malicieuse marquise n'aimait guère M""^ de Montespan, ni tout ce qui lui tou- 
chait de près. Voir Cousin, Madame de Sablé, p. 200. 



4 88 GAIGNIERES. 

et gracieux auteur n'est pas sans nous causer quelque surprise ? 
On a peine à se représenter la belle marquise entourée de paperasses 
et tachant d'encre ses jolis doigts. Il est permis de supposer qu'il 
s'agissait de la publication d'un choix de ces vieilles modes dont 
Gaignires avait réuni une remarquable collection, depuis le 
xrv® siècle jusqu'au temps de Louis XIV, et dont plusieurs avaient 
été copiées par le peintre Boudan pour M™^ de Montespan. 

Une lettre de l'abbé Girard, plus tard évêque de Boulogne, 
dénote de singulières intermittences dans les idées de M"^ de 
Montespan et fait pressentir que la publication restera à l'état de 
projet. Il écrit à Gaignières de Versailles le 9 février 1690 : 

Je suis chargé, Monsieur, de vous faire des excuses que vous n'au- 
rez pas grand peine à recevoir. C'est de Madame de Montespan qui, 
après une si longue interruption du commerce sur les petites figures, 
ne veut pas vous donner la peine de luy en aller reparler et montrer 
à Saint-Joseph, que je ne vous aye dit, de sa part, qu'eUe est bien 
faschée d'avoir esté si longtemps à vous les demander. Elle m'ordonne 
donc, Monsieur, après ce compliment qu'elle ne manquera pas sans 
doute de vous faire elle-mesme et asseurément mieux que moy, de 
vous prier, de sa part, de l'aller trouver samedy, à une heure après 
midy, à Saint-Joseph \ et d'y porter ce que vous avez de fait, avec 
ce bon esprit et ce bon goust qui vous suivent partout^. 

Ce projet de publication explique pourquoi les modes étaient, 
dans les portefeuilles de Gaignières, classées avec plus de soin 
que les autres collections, ainsi que l'a remarqué M. Delisle. 
Quoique non réalisé par la suite, ce travail devait multiplier les 
rapports entre les deux collaborateurs. 

M"*^ de Montespan, désireuse peut-être de reconnaître les soins 
qu'avait pris Gaignières pour satisfaire un caprice, lui avait fait 
cadeau de deux belles miniatures. C'est ce que nous apprend une 
lettre de Moreau à Gaignières, du 15 juin 1702, où nous lisons le 
passage suivant : « Je viens de dire à Monsegneur que la joye 
« vous avoit tellement transporté au récit de l'action de Nimègue 



1. Maison religieuse à Paris, rue Saint-Dominique, où a été établi le minis- 
tère de la guerre pendant la plus grande partie de notre siècle. M°" de Montes- 
pan y faisait élever des jeunes filles, qu'elle mariait et dotait, Elle y avait un 
appartement avec un seul fauteuil dans le salon. 

2. Bibl. nat., ms. fr. 24987, fol. 243. 



GAIGNIERES. i 89 

« que vous estiez allé sur-le-champ à Nostre-Dame, où vous aviez 
« chanté un Te Deum , vous tout seul, à basse notte ; il m'a ordonné 
« de vous remercier. Vous ne croiriez pas que j'ay pensé à vous 
« dans le temps de cette action, et que je souhaite le pintre en 
« miniature qui a peint les deux que M"" de Montespan vous a 
« donné, lorsque je vis d'un coup d'œil deux grandes armées en 
« bataille dans une belle plaine terminée parla ville de Nimègue. 
« Avouez que cela bien représenté feroit un tableau qui ne vous 
« déplèroit pas*. » 

Les miniatures données à Gaignières par M"** de Montespan 
représentaient donc des événements militaires, probablement du 
temps de Louis XIV. Or, nous savons par Dangeau que, le der- 
nier jour de 1684, M'"^ de Montespan offrit à Louis XIV un livre 
relié d'or, contenant les vues en miniature de toutes les villes de 
Hollande qu'il avait prises pendant la campagne de 1672. Ce 
merveilleux cadeau, qui avait coûté dix mille pistoles, environ 
deux cent mille francs d'aujourd'hui, était comme un souvenir 
des triomphes du prince et du règne de la belle marquise. Il est 
permis de supposer que les miniatures auxquelles Moreau fait 
allusion avaient été faites pour le précieux livre destiné au roi, et 
qu'une circonstance inconnue les empêcha d'y figurer. On ignore 
ce qu'est devenu ce riche album, et il est à regretter que Moreau 
n'ait pas nommé le peintre, qui était certainement connu de lui 
et de Gaignières. En l'absence des œuvres eUes-mêmes, il est 
impossible de risquer une attribution. On peut cependant penser 
à Van der Meulen, ou à quelqu'un de ses élèves. Il ne faudrait 
pas croire, d'ailleurs, qu'il y eût là de véritables chefs-d'œuvre. 
Dans la seconde moitié du xvn^ siècle, l'art de la miniature était 
bien déchu de ce qu'il avait été au xv" et au xvf siècle. V Entrée 
du roi à Lille, que l'on trouve dans l'inventaire des tableaux 
de Gaignières avec la mention grande 7niniature, et qui est 
citée comme une des beautés de son cabinet dans le récit fait par 
le Mercure de la visite du duc de Bourgogne, était sans doute 
une de ces deux miniatures ; l'autre était probablement Ventrée 
du roi à Dunkerque , qui porte la même mention à l'inven- 
taire. 

M"*^ de Montespan n'avait point affaire à un ingrat ; Gaignières, 
qui lui a survécu, fut jusqu'à la fin de ses fidèles. Le 14 juin 1703, 

1. Bibl. nat., ms. fr. 24989, fol. 41. 



4 90 GAIGNIÈRES. 

écrivant à M""^ de MarsayS alors aux eaux de Bourbon avec 
M"^ de Montespan, il dit, à propos de ses obligations envers la 
marquise : « J'ose vous assurer aussy, Madame, que je les ressens 
« comme je le dois. Vous m'en pouvez croire, puisqu'il n'y a pas 
« de jour que je n'y pense, je dis même ceux que je n'entre pas 
« dans mon apartement, car, pour ceux que j'y habite, croiriez- 
« vous que j'y puisse voir aussy souvent ce qu'elle y a mis sans 
« penser combien je le mérite peu et combien par là je le ressens 
« davantage? Est-ce le mériter que de n'avoir pas oublié les obli- 
« gâtions que je luy ay il y a si longtemps! Non, assurément, je 
« n'ay fait en cela que ce que je me dois à moy-mesme^ » 

Dans une autre lettre du 9 septembre 1703, il écrit encore : 
« Je vous suplie. Madame, de continuer à faire toujours bien ma 
« cour à Madame de Montespan. L'on ne mettra jamais au nombre 
« de mes défauts l'ingratitude^. » 

Gaignières a donc eu avec M°'® de Montespan de longs et excel- 
lents rapports ; au ton de sa reconnaissance, on pressent qu'il ne 
lui fut pas seulement redevable des deux miniatures dont parle 
Moreau. Mais nous n'avons à cet égard aucune indication précise, 
les portefeuilles de Gaignières ne contenant qu'une seule lettre 
de M"^ de Montespan. Probablement, la belle marquise, dont 
l'écriture et l'orthographe étaient fort défectueuses, aimait peu à 
écrire; avec les sentiments que Gaignières avait pour elle, il n'eût 
pas manqué de garder ses moindres billets. Voici cette lettre, qui 
est une réponse aux condoléances que Gaignières lui avait adres- 
sées à l'occasion de la mort de sa sœur, M"^ de Thianges : 

A Fontevrauld, ce 27^ septembre 4693. 
An quelque temps que ra'arive les marque de vostre amitié, Mon- 
sieur, g'i suis toutjours fort sansible. Cette occasion ycy est bien 

1. Denise-Hyppolite Catar, gouvernante du duc de Penthièvre, femme de 
Jean-Charles Acton, seigneur de Marsay. (Filleau, Familles du Poitou, v° Acton.) 

2. Bibl. nat.', ras. fr. 24987, fol. 167 v°. Minute. 

3. Bibl. nat., ras. fr. 24987, fol. 168 v°. Minute. — La reconnaissance de Gai- 
gnières paraît avoir survécu à M"'^ de Montespan, raorte le 27 mai 1707. Nous 
croyons, en efifet, qu'on doit lui attribuer un article sans signature du Mercure 
de juin 1707, dans lequel, après avoir fait l'éloge de la charité de la marquise, 
l'écrivain ajoute : « Elle aimoit les beaux-arts et protégeoit ceux qui y excel- 
« loient. Elle a donné de l'occupation à quelques-uns jusqu'à son dernier 
« moment. Les grands et les petits, les riches et les pauvres, les savants et les 
8 habiles artistes ne manqueront pas de lui donner les louanges qu'elle mérite. » 



GAIGNIERES. 494 

faicte pour moy, elle m'est mesme arivée dans le temps que je m'i 
atandées le moins. La mort surprans toutjours pour soy ou pour les 
austres, et an ogmente ancore par là le déplésir. Je vous rans mille 
grasse de la part que vous prenés au mien. Croies, je vous suplie, 
que je vous conserve la reconnessance que je dois avoir de toute vos 
honnestetés dont je vous demande la continuation; nous en avons 
mesme de grans besoins, mais je suis trop triste pour pouveoi rentrer 
an matierre sur des suject qui ne regarde que la vanité et le plésir. 

La signature manque, mais le cachet noir encore intact porte 
les armes des Rochechouart et, en haut, on lit de la main de Gai- 
gnières : Madame de Montespan^. 

Cette lettre indique des relations habituelles. On remarquera 
les mots : nous en avons mesme de grans besoins, qui dénotent 
une sorte d'intimité et semblent annoncer des confidences aux- 
quelles coupe court la phrase suivante. 

Gaignières entretenait aussi des relations avec la sœur de 
M'"* de Montespan, la célèbre abbesse de Fontevrault, dont Saint- 
Simon a dit : « Elle avoit encore plus de beauté que M""^ de Mon- 
« tespanet, ce qui n'est pas moins dire, plus d'esprit qu'eux tous, 
« avec ce même tour que nul autre n'a attrappé qu'eux, ou avec 
« une fréquentation continuelle, et qui se sent si promptement et 
« avec tant de plaisir. Avec cela très savante, bonne théologienne, 
« esprit supérieur pour le gouvernement. Ses moindres lettres 
« étoient des pièces à garder 2. » 

Celles que Gaignières nous a conservées et qui vont du 10 fé- 
vrier 1700 au 9 janvier 1704 confirment l'appréciation de Saint- 
Simon. Nous les aurions reproduites si elles n'avaient été publiées 
par M. Pierre Clément dans l'ouvrage qu'il a consacré à cette 
femme supérieure ^. Nous ne résistons pas au désir de donner ici 
une lettre que la belle abbesse écrivait à Gaignières au sujet de 
son propre portrait, qui venait d'être placé dans la galerie de la 
rue de Sèvres : 

A Pontevrauld, 29 \ O^re { 702. 

Ce n'est pas à vous, Monsieur, à me faire des remerciements sur 

1. Bibl. nat., ms. fr. 24988, fol. 288. — Cette lettre a été publiée par M. P. Clé- 
ment dans l'ouvrage cité plus haut, mais en corrigeant l'orthographe, ce que 
nous n'avons pas cru devoir faire. 

2. Mémoires de Saint-Simon, t. III, p. 83. Édit. Hachette. Paris, 1856, in-12. 

3. Une abbesse de Fontevrault au XVW siècle. Paris, Didier, 1869, in-8°. 



-192 GAIGNIÈRES, 

mon portrait, c'est à moi à vous remercier d'avoir eu la bonté de le 
souhaiter et de le recevoir si favorablement. Il m'est bien honorable 
qu'il soit placé dans un cabinet aussi précieux que le vostre, mais je 
suis encore moins touchée de cet honneur que du droit oîi il me met 
de compter sur vostre amitié, beaucoup plus précieuse que toutes les 
raretés que vous avés rassemblées chés vous. Je vous supplie, Mon- 
sieur, de me la vouloir bien continuer et d'estre persuadé que per- 
sonne ne connoit mieux que moi le prix de cette grâce et ne désire 
plus sincèrement de s'en rendre digne. M'" de Larroque ' peut vous 
respondre qu'il n'entre point de compliement dans les assurances que 
je vous donne là-dessus; j'avois souvent le plaisir de parler de vous 
avec lui, Monsieur, dans le temps qu'il a bien voulu me donner et 
qui m'a paru bien court, par rapport à l'utilité et à l'agréement qu'on 
trouve dans une société comme la sienne. Il n'y a rien à vous 
apprendre sur son mérite, non plus que sur ses sentiments pour vous, 
qui respondent bien en vérité à toute Testime qui vous est due et aux 
obligations essentielles qu'il vous a. 1! est triste que sa fortune se 
trouve disproportionnée à son mérite, et je suis bien certaine que 
vous ressentes ce malheur encore plus que lui. Vous n'avés point 
d'amis malheureux qui ne doivent se promettre de trouver ce senti- 
ment là en vous et d'en recevoir toutes les preuves qu'une amitié 
vive et ingénieuse peut fournir. Je ne Onirois pas sitost si je me lais- 
sois aller à vous donner toutes les louanges que vous mérités là-des- 
sus. Comptez seulement, Monsieur, que personne ne vous les donne 
de meilleur cœur que moi et n'est avec plus d'estime et de considé- 
ration que je le suis, votre très humble servante, 

MM. Gabrielle de Roghechouart, abbesse de Fontevrauld-. 

M™* de Fonte vrault n'avait pas contribué uniquement par l'en- 
voi de son portrait à enrichir le cabinet de Gaignières, ainsi que 
le prouve le passage suivant d'une lettre de ce dernier en date du 
13 décembre 1702 : 



1. Larroque, prolestant converti, fort apprécié par M"* de Fontevrault, 
était un homme instruit et lettré, qui, avant sa conversion, paraît avoir colla- 
boré à Londres avec Bayle. — Voir sur lui une note biographique de M. P. Clé- 
ment, dans Une abbesse de Fontevrault au XV W siècle, p. 205, note 3. — 
Diverses pièces du ms. fr. 24988, fol. 84 et passim, nous apprennent que 
Gaignières contribua, avec le maréchal de Noailles, à faire rendre à de Lar- 
roque une pension de 800 1. qui avait été supprimée. 

2. Bibl. nat., ms. fr. 24991, fol. 249. — Publiée par M. P. Clément, ouvrage 
cité, p. 233. 



6AIGNIÈRES. 493 

M»- de Larroque ne me pouvoit, Madame, procurer un plus sensible 
plaisir que celuy que vous m'avez fait de m'honorer de vostre portrait, 
si magnifiquement accompagné. Je voudrois bien quMl m'aidast aussy 
à vous en faire mes très humbles remerciemens. J'ay receu tant de 
marques de vostre bonté que j'espère, Madame, que vous aurez 
encore celle d'estre persuadée que je suis très sensiblement touché de 
tout ce que je reçois de votre part. 

Vous avez encore augmenté mon cabinet par les deux livres que 
M"" de Larroque m'a apportés. En vérité, Madame, cette attention pour 
tout ce qui me regarde me met hors d'estat de vous en pouvoir assez 
tesmoigner ma reconnoissance par mes services. Ils vous sont si 
véritablement acquis que je n'ajousteray rien aux protestations que 
j'ay eu l'honneur de vous en faire, que les assurances que je vous 
suplie de recevoir de la continuation de mon respect et de mon atta- 
chement très sincère, et que je suis. Madame, etc.^ 

Le 25 mai 1703, il écrit encore : « Vous ne perdez point 
« d'occasion, Madame, de me donner des marques de vos bontez. 
« Je crois mesme leur devoir les tableaux que M. le chevalier 
« du Bellay vient de m'envoyer. C'est tout au moins sa considé- 
« ration pour vous qui m'a attiré ce présent. Je ne scaurois me 
« fiater assez pour penser autrement sans dessein de luy en estre 
« moins obligé. Souferez donc, Madame, que je vous en fasse de 
« nouveau mes très humbles remerciemens, aussi bien que des 
« miniatures que le P. prieur avoit données à M" de Larroque 
« pour mètre dans mon cabinet^. » 

Gaignières ne craignait pas de mettre à profit l'obligeance de 
ses amis. La riche bibliothèque du savant Chevreau, mort à Lou- 
dun, sa patrie, en février 1701, contenait un volume qu'il con- 
voitait, et il avait prié M""® de Fontevrault, dont l'abbaye était 
voisine de Loudun, de le prendre pour lui. L'affaire n'aboutit pas, 
malgré la bonne volonté de l'abbesse. Nous lisons, en effet, dans 
une lettre de celle-ci, du 2 septembre 1701 : « On me dit hier par 
« hasard que Boudot^ s'en estoit retourné, qu'il avoit passé à 
« Saumur sans emporter la bibliothèque de M"^ Chevreau, qu'il 
« avoit pourtant achettée huit mille frans, mais qu'il avoit vendue 
« aussitost pour dix mille aux bénédictins de Saint- Jouin. Me voilà 

1. Bibl. nat., ms. fr. 24987, fol. 160. Minute de lettre. 

2. Id,, 24987, fol. 164. Minute de lettre. 

3. Fameux libraire du temps. 



^94 GAIGNIERES. 

« par là privée du plaisir de vous procurer le livre que vous dési- 
« ries, et j'y ai beaucoup plus de regret, Monsieur, qu'à ceux que 
« je m'estois promis d'achetter pour moi-mesme^ » 

Par réciprocité de bons offices sans doute, Gaignières avait 
indiqué à M™^ de Fontevrault des portraits de Santeul, qu'il pen- 
sait lui être agréables ; celle-ci répond : « Je ne profiterai point 
« de l'avis que vous avés la bonté de me donner touchant les por- 
« traits de Santeuil. J'aime fort les estampes, mais en tableaux 
« seulement et non pas en portraits. » Après cette franche décla- 
ration, elle ajoute poliment : « Vous avés raison d'avouer hardi- 
« ment vostre goust pour les curiosités, qui font vostre principalle 
« occupation ; c'est une passion, non seulement innocente, mais 
« encore louable et utile ^. » 

On voit quels étaient les rapports de Gaignières avec la savante 
et spirituelle abbesse. M. P. Clément ne les fait remonter qu'à 
1700, époque à laquelle commence la partie de la correspondance 
qui nous a été conservée. Mais ils étaient positivement antérieurs, 
puisqu'une lettre de M™*' deMontespan du 9 juillet 1699, citée plus 
haut et publiée par M. P. Clément, montre Gaignières installé à 
Fontevrault et y copiant sans doute le volumineux cartulaire de 
cette abbaye, aujourd'hui à la Bibliothèque nationale^. La liaison 
doit donc remonter au moins à l'avant-dernier voyage de l'abbesse 
à Paris en 1695, peut-être même à l'un des deux précédents en 
1679 ou 1675. 

Une phrase finale de la lettre de l'abbesse du 23 février 1701, 
dont nous avons déjà cité un passage, fait connaître l'époque à 
laquelle Gaignières quitta l'hôtel de Guise pour s'installer avec 
ses collections dans sa maison de la rue de Sèvres : « Vous faites 
« bien, dit-elle, d'habiter une maison qui esta vous et qui est très 
« belle. Si j'estois à Paris, je ne menquerois pas de vous rendre 
« une visite dans cette nouvelle demeure^. » Le 2 septembre de 
la même année, revenant sur ce sujet, elle ajoute : « Je m'imagine 

1. Bibl. nat., nis. fr. 24991, fol. 245. 

2. Id., 24991, fol. 244. 

3. Ce cartulaire, qui porte à la Bibliothèque nationale le numéro 5480 du fonds 
latin, contient à la page 14 du tome I la mention suivante de la main de Gai- 
gnières : « Ces extraits ont esté commencés le 26 juin 1699, après dîné, et 

« continuez pendant jours entiers, 3 heures le matin et 4 heures, et quel- 

« quefois 4 heures et demie l'après-dînée, et finis le » 

4. Bibl. nat., ms. fr. 24991, fol. 238. 



GAIGNIÈRES. -195 

« qu'il (M. de Larroque) va souvent vous voir dans vostre belle 
« retraitte, où je regrette bien que vous n'aïés pas esté établi pen- 
« dant que j'estois à Paris ^ » Le dernier voyage de M""® de Fon- 
tevrault à Paris eut lieu à la fin de l'année 1700. Elle dînait 
chez M"'' de Maintenon le 2 décembre, nous apprend Dangeau ; 
c'est donc entre cette date et le 23 février suivant que Gaignières 
s'établit rue de Sèvres. 

A une époque antérieure, paraît, parmi les spirituelles corres- 
pondantes de Gaignières, l'aimable M"*^ de la Sablière, si connue 
par sa bonté et son attachement pour La Fontaine. L'unique lettre 
d'elle que nous possédons est d'août 1685 ; elle indique une liaison 
ancienne : 

Samedy matin. 

Je vous envoyé un billet que M"^ de Noirmoutier m'a fait écrire, 
Monsieur-, il croit que je ne pars pas d'avec M'' l'abbé de Vertamont, 
parce qu'il fait bastir sur une de nos plasses. J'ay donc recours à vous, 
Monsieur, pour supplier vostre amy de voulloir bien aller voir M"" de 
Noirmoutier qui, estant aveugle, ne fait guère de visittes. Je ne vous 
fais point d'excuses, Monsieur, de la liberté que je prends; je crois 
estre avec vous au delà des sérémonies, puisque vous ne devés pas 
doutter de l'estime que j'ay pour vous et de l'envie que j'ay de 
méritter vostre amitié. Je suis, plus que personne, Monsieur, vostre 
très humble et très obéissante servente, 

M. Sablière^. 

La marquise d'Huxelles, mère du maréchal, dépeinte par Saint- 
Simon comme « une femme de beaucoup d'esprit, qui avoit de la 
« beauté et de la galenterie, qui savoit et avoit été du grand 
« monde toute sa vie, mais point de la Cour^, » tient une place 
importante dans la correspondance de 1705 à 1711, année qui 
précéda sa mort. Ses lettres la montrent très aimable et fort liée 
avec Gaignières. 

Elle écrit, le 5 octobre 1708, au sujet de son portrait placé dans 
le cabinet de la rue de Sèvres : 

C'est à moy de vous remercier, Monsieur, car vous me mettes dans 
le magazin de la gloire. N'ay-je pas leu dans une satyre de Boileau : 
Et qui scauroit sans moi que Gottin a prêché? 

1. Bibl. nat., ms. fr. 24991, fol. 246. 

2. Id., 24991, fol. 303. 

3. Mémoires de Saint-Simon, t. VI, p. 294. Édit. Hachette, in-12. Paris, 1856. 



^96 GAIGNIÈRES. 

Qui scauroit aussy sans vous que je n'ay point esté dans l'obscurité, 
puisque ma bonne fortune, plus que mon mérite, m'a donné des amis 
du premier ordre, en naissance, valeur et esprit * ? 

Une autre lettre du 10 avril 1709 contient un passage qui nous 
apprend que le fond de l'oraison funèbre du maréchal de Noailles 
appartient à Gaignières : 

J'ai leu. Monsieur, avec admiration l'oraison funèbre de Monsieur 
le mareschal de Noailles, car, sy vous avez fourny une belle matière, 
elle est bien mise en œuvre selon mon petit jugement 2. 

Il s'agit probablement ici de l'oraison funèbre du duc de Noailles 
prononcée le 27 février 1707, à Paris, dans l'église des Feuillants, 
par le P. de la Rue, jésuite, et qui fut imprimée en 1709. 

Mais la correspondance roule principalement sur la réalisation 
d'une idée de la marquise, à laquelle Gaignières s'était prêté avec 
son obligeance habituelle. Il s'agissait de faire transcrire sur un 
livre blanc, un album, comme nous dirions, les lettres reçues par 
M"^^ d'Huxelles pendant sa longue carrière, celles, du moins, 
qu'elle avait gardées comme ayant un intérêt particulier. La copie 
ne comprend d'abord qu'un nombre de lettres assez restreint ; puis 
la marquise en retrouve d'autres et renvoie le livre pour que l'on 
continue le travail : 

Vous avés mis, Monsieur, lui écrit-elle le 22 novembre ^1708, le 
dernier sceau à nostre ancienne amitié, car je suis sensiblement tou- 
chée du présent que vous me refaites, aimant bien mieux les origi- 
naux chez vous que chez moy, où j'aurai, à ma main, un caractère 
moulé quand il me plaira repasser dans mon esprit des souvenirs 
qui ne laissent pas de réjouir. Cependant, j'ose vous renvoyer ce 
Uvre afin d'achever d'user le papier 2. 

Ce thème revient souvent, toujours pour la dernière fois, avec 
mille excuses du ton le plus charmant. Gaignières ne perdait pas, 
on le voit, à cet agréable commerce; M""^ d'Huxelles, tout heu- 
reuse d'avoir sous la main de belles copies bien écrites, lui aban- 
donna les originaux. Ainsi s'explique la présence dans ses porte- 
feuilles de plusieurs lettres adressées à la spirituelle marquise. 

1. Bibl. nat., ms. fr. 24991, fol. 529. 

2. Id., 24991, fol. 548. 

3. Id., 24991, fol. 532. 



GAIGNIÈRES. 197 

M. E. de Barthélémy les a publiées pour la plupart, soit en entier, 
soit par extraits C'est de cette dernière façon qu'il a donné une 
lettre de M. de Jussac^ qui, par certains détails, nous semble 
devoir être reproduite dans son intégrité. Elle rappelle cette meur- 
trière bataille de Senef, dernier tliéàtre de la vaillance et de la 
gloire du grand Gondé : 

Du camp de Piéton, ce -12^ de juin. 
Nous fûmes voir hyer les champs de Pharsale, où Gaesar fit voir à 
Pompée qu'en fait de guerre il en savoit plus que luy. M"^ le Mares- 
chal d'Humière prit pour escorte la maison du Roy; beaucoup de 
ces messieurs, qui avoient esté à la battaille de Senef, reconnurent le 
terrein et nous montrèrent les endroits où les grandes actions s'es- 
toient passées. Ils ne tombèrent pas tous d'accord également des cir- 
constances des faits; cela fait bien voir que les historiens manquent 
souvent à la vérité, puisque ceux qui ont combattu, eux-mesmes, sont 
si différens en ce qu'ils en disent; mais ils conveinrent tous que feu 
Mgr le Prince se trouva partout à toutes les attaques, et qu'il donna, 
à proprement parler, douze ou quinze combats, en cette journée, 
depuis Senef jusqu'au Fay, distant de deux lieues. Il fut question de 
charger les ennemys de poste en poste et de les en chasser; tantost 
cavallerie, qui se deffendoit dans des chams de terre entourés de 
bayes vives, et tantost infanterie accompagnée de canon, qui faisoit 
un feu continuel dans ces bayes, si bien qu'on les conduisit jusqu'à 
cette fameuse ravine, qui n'est rien qu'un chemin creux, de trois ou 
quatre pies au plus haut, sur les hors duquel se rencontrèrent deux 
battaillons et deux escadrons aux aigles noires de mauvais augure, et 
cinq pièces de canon, qui désolèrent les gardes du corps et les cuiras- 
siers. La plaine où cette dernière action se passa va en pante^ elle 
est large d'une portée de mousquet, entre deux petits bois, et longue 
de la volée d'un canon, depuis le haut jusqu'en bas; les ennemys 
avoient la hauteur où estoit la ravine, et Mgr le Prince arrivoit par 
le bas, avec deux ou trois battaillons, deux escadrons des gardes du 
corps et un de cuirassiers. Il fit mettre quatre pièces de canon en 
batterie, et de part et d'autre on se tiroit à cartouche; cela dura jus- 
que à la nuit fermée, et les gardes du corps et les cuirassiers, portant 



1. La marquise d'Huxelles et ses amis, l vol. ia-8°. Paris, Firinin Didot, 1881. 

2. Claude, comte de Jussac, premier gentilhomme de M. le duc du Maine, 
aux côtés duquel il fut tué en 1690. Sa femme, dont Saint-Simon fait l'éloge, 
était gouvernante de M"' de Blois, fille de Louis XIV et de M™' de Montespan. 

4894 U 



498 GAIGNIERES. 

impatiemment le grand feu des Allemans, les chargèrent avec une 
extrême vigueur et leur tuèrent beaucoup de monde, mais enfin, ils 
furent contraints de revenir à leur poste, où ils souffrirent beaucoup. 
On nous monstra, le long de la haye, un chesne coupé, sous lequel 
Mgr le Prince se reposoit sur les genoux de Mgr son filz, à la gauche 
des troupes qu'il avoit postées pour combattre. Le champ est encore 
présentement semé d'ossemens d'hommes et de chevaux et inspire un 
je ne say quoy d'horreur et de pitoyable. 

On asseura hyer que les Hollandois estoient à Tilmont au nombre 
de quinze mille hommes. 

Mille très respectueux complimens aux illustres personnes qui me 
font l'honneur de se souvenir que je les honore infiniment'. 

Le passage de cette lettre, où il est question « du chesne coupé 
« sous lequel Mgr le prince se reposoit sur les genoux de Mgr son 
« filz, » méritait assurément de n'être pas négligé. Il rappelle une 
circonstance qu'utilisera peut-être l'historien des Gondés, lors- 
qu'il en sera venu à cette période de l'histoire de son héros. 

Tout un côté aimable et mondain de notre collectionneur ressort 
de l'ensemble de cette correspondance, notamment des lettres de 
la duchesse douairière de Noailles et de celles de Rollinde, per- 
sonnage attaché à la grande Mademoiselle, dont il est souvent 
parlé vers la fin des mémoires de cette princesse. Pendant les 
années 1689, 1690 et 1692, Rollinde écrit fréquemment à Gai- 
gnières pour le remercier, au nom de la princesse, des nouvelles 
qu'il envoie delà Cour et lui demander de continuer. Si passionné 
que fût Gaignières pour les choses du passé, il n'en avait pas 
moins l'œil et l'oreille ouverts sur la société brillante et animée 
de son temps. Il envoyait en province des nouvelles du monde 
parisien, de petites relations, des chansons qui étaient les gazettes 
de l'époque. On voit, par les réponses de ses nobles correspon- 
dantes, qu'il s'acquittait fort galamment de ce rôle de chroniqueur 
du grand monde, qui lui permettait de reconnaître d'une façon 
gracieuse et spirituelle la bienveillance dont on l'honorait. M"" de 



1. Bibl. nat., ms. fr. 24988, fol. 21. — L'adresse porte : « A Madame, Madame 
« la marquise d'Huxelles, près les Nouvelles-Catholiques, rue Sainte-Anne, à 
« Paris. » La lettre n'est pas signée, mais une main ancienne, probablement 
celle de Gaignières, a inscrit en tête le nom de M. de Jussac, et le cachet, en 
cire rouge, est à ses armes. La date, qui manque, doit être 1689, époque à 
laquelle le maréchal d'Humières commandait dans les Flandres. 



GAIGNIÈRES. ^ 99 

Montpensier avait des titres tout particuliers aux attentions de 
Gaignières. Héritière d'une partie des grands biens de M"'' de 
Guise, notamment de la principauté de Joinville, elle avait con- 
servé le gouvernement de cette ville à l'ancien écuyer de la 
duchesse. 

La revue de la correspondance de Gaignières nous a entraîné 
au delà d'une époque où il avait été à la veille de voir se réaliser 
un projet qui eût comblé ses vœux et couronné dignement sa vie 
d'érudit et de chercheur. 

En 1703, encouragé par la masse énorme de documents et de 
monuments figurés qu'il avait réunis, lui, simple particulier, dis- 
posant de médiocres ressources, il estima que, si le gouvernement 
entrait avec sa toute-puissance dans la voie qu'il avait ouverte, 
on atteindrait à de bien autres résultats. Une note exposant ses 
vues et les moyens d'exécution fut remise par lui à M. de Pont- 
chartrain, secrétaire d'Etat, qui fit bon accueil à cette ouverture. 
On dressa un projet destiné à être soumis à l'approbation du roi. 
Dans cette pièce, publiée par M. Duplessis ^ , le ministre se propose 
tout d'abord de veiller à la conservation des monuments relatifs 
à la maison royale, qui semble avoir été jusqu'à présent la plus 
négligée. 

On pourroit, ajoute-t-il, engager M' de Gaignières dans l'exécution 
de ce dessein, ayant fait des recherches pour la maison royale, et 
pour tout ce qu'il y a de plus curieux dans le royaume pendant plus 
de quinze ans qu'il a voyagé dans les provinces avec des dessinateurs 
et des écrivains. On en peut voir un eschantillon dans les desseins 
qui seront joints à ce mémoire. 

Il paroist nécessaire de luy donner un arrest du Conseil pour l'au- 
toriser à certifier les desseins qu'il fera exécuter. Il s'en servira avec 
discrétion, crainte de faire soubçonner que l'on eut quelque autre 
veue que celle de conserver les monumens Pour oster tout soup- 
çon, on pourroit le faire honoraire de l'Accadémie des Inscriptions, 
et, en cas que le Roy agrée ce projet, on pourroit commencer, au prin- 
temps prochain, par le Bourbonnois et la Bourgogne, où il y a plus 
de monumens de la maison de Bourbon^. 

1. Gaignières et ses collections, p. 13 du tirage à part. — Le texte de cette 
pièce se trouve dans le vol. 1032 de la collection Clairanibault (anciennement 
Mélanges 436), p. 727-729. 

2. Voir Delisle, Cabinet des manuscrits, t. I, p. 343. 



âOO GAIGNIÈRES. 

Tout annonçait une heureuse solution; cependant, il n'en fut 
rien. On était, il est vrai, au plus fort de la guerre de la succes- 
sion d'Espagne, les revers commençaient et allaient amener la 
France à deux doigts de sa ruine. Le roi, vieux et malheureux, 
avait d'autres soucis que ceux de songer aux origines de sa mai- 
son et aux tombeaux de ses ancêtres. Il avait à défendre son propre 
palais et le berceau de son arrière-petit-fils. On ne donna point 
suite à un projet qui eût rendu tant de services aux arts et à 
l'histoire. Il n'a été mis à exécution que dans notre siècle, trop 
tard, hélas! lorsqu'on a constitué, vers 1840, la commission des 
monuments historiques. 

Libre de sa personne après la mort de M"^ de Guise, Gaignières 
serait sans doute allé habiter immédiatement la maison qu'il avait 
fait bâtir rue de Sèvres, si, dans cette construction, il n'eût 
dépassé sensiblement ses ressources pécuniaires. Pendant quel- 
ques années , il se vit obligé de louer cette habitation qu'il 
s'était préparée comme une agréable retraite. Située en face des 
Incurables, elle a disparu et a été remplacée par des édifices 
plus modernes. M. Duplessis a eu la bonne fortune d'eu trou- 
ver, au département des Estampes, une vue à vol d'oiseau qu'il 
a reproduite dans les Nouvelles Archives de l'Art fran- 
çaise C'est, comme on peut le voir, un véritable hôtel, de dix 
fenêtres de façade, élevé de deux étages au-dessus du rez-de- 
chaussée, entre cour et jardin, avec une aile en retour d'équerre 
sur le jardin et de nombreuses servitudes dans la cour. Le jardin, 
qui s'étend jusqu'à la rue du Cherche-Midi, alors appelée du 
Chasse-Midy, est vaste et dessiné à la française. On s'explique 
parfaitement qu'une construction de cette importance ait été pour 
le propriétaire une lourde charge qui a pesé sur une partie de son 
existence. La portion du faubourg Saint-Germain choisie par Gai- 
gnières pour s'y installer était peu habitée vers la fin du xvif siècle ; 
le terrain devait y être bon marché. La création de l'hospice des 
Incurables, situé à peu près au milieu de la rue de Sèvres, ou de 
Sève, sur le côté nord, avait, dès 1637, commencé à peupler ce 
quartier, jusqu'alors occupé par des cultures maraîchères. Les 
troubles de la Fronde avaient interrompu ce mouvement, qui ne 
reprit ensuite qu'avec lenteur. En effet, dans le plan de Nicolas 
de Fer, qui donne la situation en 1697, tout le côté méridional 

l. Année 1874-1875. Nous la donnons, grâce à l'obligeance de M. Duplessis. 



GAIGNIÈRES. 201 

de la rue de Sèvres, en face les Incurables, entre les rues Saint- 
Maur, aujourd'hui de l' Abbé-Grégoire, et Saint-Romain, appa- 
raît jusqu'à la rue du Chasse-Midy, aujourd'hui du Cherche-Midi, 
sans aucune construction. Cependant, l'hôtel de Gaignières était 
déjà bâti justement en face des Incurables, mais il était probable- 
ment le seul. Dans le plan de La Caille de 1714, il ne paraît pas 
encore ; ce n'est que sur celui de l'abbé de Lagrive, en 1724, que 
l'on voit figurer, dans l'îlot compris entre les rues de Sèvres, de 
Saint-Maur, du Cherche-Midi et de Saint-Romain, deux hôtels 
dont les bâtiments donnent sur le côté méridional de la rue de 
Sèvres et dont les jardins vont jusqu'à celle du Cherche-Midi. De 
ces deux hôtels, celui dont le plan ressemble davantage à la vue 
dessinée par Boudan est le plus voisin de la rue Saint-Romain. 
On y retrouve l'entrée, la cour, les communs, le bâtiment princi- 
pal, l'aile sur le jardin et le jardin lui-même, de forme allongée, 
aboutissant à la rue du Cherche-Midi. Cette maison était donc à 
peu près sur le terrain occupé aujourd'hui par l'établissement des 
Lazaristes. 

Gaignières dut se consoler un peu de l'insuccès de son projet 
de conservation des monuments, en continuant à enrichir ses col- 
lections et en disposant toutes ses richesses dans sa belle résidence 
de la rue de Sèvres. Germain Brice, dans sa Description de 
Paris, donne sur ce cabinet, tout en taisant le nom du proprié- 
taire, une notice intéressante à reproduire : 

La grande maison de l'autre côté de la rue (de Sèvres, en face les 
Incurables) est fort remarquable par la distribution des appartemens 
hauts et bas qu'elle contient, et par les agréments qu'elle reçoit de 
rétendue de son jardin, un des plus réguliers et des plus agréables 
de tout Paris. 

Le maître, à qui cette maison appartient, occupe le plus bel appar- 
tement, qu'il a décoré de très beaux meubles, de drap d'or et de 
tableaux rares. Il ramasse, depuis fort longtemps, un cabinet sans 
pareil, si Ton considère qu'il contient une infinité de choses concer- 
nant les bas siècles qui ne se trouvent point du tout ailleurs. Il est 
rempli d'une très grande quantité de portraits de toutes les personnes 
qui ont laissé quelque nom, dont le nombre monte à 27,000, entre 
lesquels il y en a de très rares, plusieurs topographies enrichies des 
vues et des singularitez de chaque païs; avec ces choses, un grand 
nombre de livres, d'estampes, de cartes, de plans de ville, de batailles, 



202 GAIGNIÈRES. 

de pompes funèbres, de carrousels, de tournois, de ballets et de fêtes 
galantes. 

Le même cabinet fournit les dessins des plus considérables tom- 
beaux, de même que des vitres des plus belles églises de France, 
copiées très fidèlement avec leurs couleurs, ce qui n'a pu se faire sans 
bien des peines et de la dépense, et dont personne, jusqu'ici, ne 
s'étoit encore avisé, quoique, d'ailleurs, cette recherche, à l'exami- 
ner de près, ait de grandes utilitez pour les généalogies et pour les 
fondations. 

On verra dans le même lieu plusieurs volumes d'anciennes écri- 
tures originales de quantité de personnes illustres. Rois, Reines et 
Princes, qui ont signez de leur propre main à des traitez, à des dona- 
tions ou à des contrats de mariage 5 ce qui n'est pas inutile pour 
l'éclaircissement de l'histoire. 

On estime, entre les autres raretez de ce cabinet, un portefeuille, 
rempli de portraits en miniature de tous les princes de l'auguste 
maison d'Autriche, peints par une très excellente main. 

3Iais une des choses les plus singulières et des plus rares, au sen- 
timent de bien des gens, est un recueil de toutes les modes d'habit que 
l'on a portez en France, à la cour et à la ville, depuis le règne de saint 
Louis jusqu'à présent, pour toutes sortes de personnes, jusqu'à la 
livrée, tirées de diverses peintures anciennes avec un fort grand soin. 

Comme rien ne manque icy de tout ce que la curiosité la plus avide 
peut désirer, on y verra une nombreuse suite de jettons et un amas 
de jeux de cartes dont on se servoit il y a au moins deux cents ans, 
fort différentes de celles d'à-présent. 

Entre les portraits, on estime celuy du roi Jean, peint sur bois, du 
temps de ce bon Roy qui fut fait prisonnier par les Anglois à la 
funeste bataille de Poitiers, et un petit tableau sur cuivre, de l'ou- 
vrage de Porbus, qui représente un bal magnifique, où toute la cour 
d'Henri III danse devant le Roy, pour les noces d'un de ses favoris. 

La galerie à l'extrémité de l'appartement est remplie, depuis le 
haut jusqu'en bas, de quantité de portraits des chevaliers de Tordre 
du Saint-Esprit, depuis son institution. 

Les personnes les plus illustres du royaume sont souvent venues 
voir ce grand amas de singularitez instructives. 

Ce cabinet a été donné au Roy en Tannée iHV. 

\. Germain Brice, Description de la ville de Paris, 6' édit. Paris, Fournier, 
1713, in-12, t. m, p. 116 et suiv. 



GÀIGNIÈRES. 203 

Voilà un tableau assez fidèle, quoique incomplet, du cabinet de 
Gaignières ; nous en possédons un second de ces mêmes collections, 
alors qu'elles étaient à l'hôtel de Guise. Il est dû à un Anglais de 
passage à Paris en 1698, Martin Lister, qui écrit en parlant de 
Gaignières : Ce gallant homme est la courtoisie même et une 
des plus curieuses et industrieuses personnes de Paris. Ce 
dernier tableau est encore moins complet que le précédent, notre 
Anglais s'intéressant surtout aux choses d'Angleterre ; il a d'ail- 
leurs été publié par MM. Delisle et Duplessis^ 

Quoique émanées de contemporains, ces descriptions donnent 
une idée très imparfaite de l'abondance et de la richesse des col- 
lections réunies par Gaignières. Sa vaste demeure de la rue 
de Sèvres était remplie de livres, de manuscrits, de tableaux, de 
portraits peints, gravés et dessinés, de reproductions de verrières 
et de tombeaux, de médailles, de jetons et de curiosités de toute 
sorte. Ces objets, si divers, avaient un caractère commun. Ils 
étaient surtout français et concernaient toutes les branches de 
l'histoire de France. C'est là ce qui distinguait le cabinet de Gai- 
gnières de ceux de ses contemporains, principalement formés 
d'œuvres de l'antiquité ou même de l'extrême Orient. 

Il serait superflu d'insister ici sur la valeur et l'intérêt des 
manuscrits et des pièces historiques, après ce qu'en a dit M. Léo- 
pold Delisle, dont l'autorité en ces matières est hors de pair^. 
M. Duplessisa donné, de son côté, un aperçu suffisant des collec- 
tions iconographiques entrées à la bibliothèque du Roi. Mais il ne 
parle des tableaux, qui furent vendus il est vrai, que pour dire 
qu'on n'en trouve pas V inventaire'^. 

Plus heureux que notre savant devancier, nous avons décou- 
vert la liste complète des tableaux et portraits qui se trouvaient 
dans le cabinet de la rue de Sèvres, lors de la donation faite au 
roi par Gaignières en 1711''. Cet intéressant document énumère 
1,096 peintures qui témoignent de l'étendue des recherches de 
Gaignières et du bonheur qui les a souvent couronnées. 

1. Delisle, Cabinet des manuscrits, 1. 1, p. 341, d'après une ancienne traduc- 
tion conservée dans le ms. fr. nouv. acq. 340. — Duplessis, p. 11 du tirage à 
part de Gaignières et ses collections. 

2. Cabinet des manuscrits, t. I, p. 347 et 348. 

3. Gaignières et ses collections iconographiques, p. 5 du tirage à part, en note. 

4. Elle se trouve à la Bibl. nat., Clair. 1032, p. 645-673 et 705-718 (minute), 
et Clair. 1047, fol. 8-26 (copie). On en donnera le texte à l'appendice. 



204 GAIGNIÈRES. 

On n'y compte guère que des portraits, et ils n'étaient certaine- 
ment pas tous originaux, surtout ceux des chevaliers du Saint- 
Esprit, au nombre de 345 ; mais ils sont indiqués trop succincte- 
ment pour qu'on puisse se faire une idée exacte de leur valeur 
artistique. Les mentions qui accompagnent quelques-uns d'entre 
eux suffisent à prouver que le goût si français de notre collec- 
tionneur n'avait point dédaigné nos vieux maîtres, alors tombés 
dans un injuste oubli. Comme ils portent tous au dos un cachet 
en cire rouge aux armes de Colbert de Torcy, ainsi que nous 
l'avons dit précédemment, à propos du portrait du roi Jean, il 
sera désormais facile de les reconnaître dans les collections 
publiques ou privées, et de rendre au cabinet de Gaignières tous 
ceux que l'on avait jusqu'ici attribués à celui du grand Colbert. 

Le catalogue du musée de Versailles, rédigé avec tant de soin 
par M. Soulié, énumère une trentaine de portraits avec l'indica- 
tion du cachet de Colbert, à la collection duquel ils sont attribués. 
A l'époque où écrivait M. Soulié, cette attribution était très plau- 
sible, et il a fallu la rencontre que nous avons faite du mémoire 
de Clairambault et de la note autographe de Colbert de Torcy 
pour en démontrer la fausseté. 

Grâce à l'extrême obligeance de M. de Nolhac, conservateur 
au musée de Versailles, qui a bien voulu faire démonter, à notre 
demande, un panneau de petits portraits de la fin du xvi® et du 
commencement du xvii*^ siècle, nous avons constaté sur quelques- 
uns d'entre eux la présence du cachet révélateur. Nous citerons 
ceux de François" de Lorraine, duc de Guise, n"* 3211 du cata- 
logue du Musée ; Anne d'Este-Ferrare, duchesse de Guise, n°3212 ; 
Maximilien II, empereur d'Allemagne, n°3215; Claude Gouffier, 
marquis de Boisy, grand écuyer, n° 3225. Il doit y en avoir 
trente-six, avec le cachet de Colbert au dos. 

Au Louvre, M. Villot a négligé de mentionner cette particula- 
rité dans son catalogue; mais, sur nos indications, M. Durrieu, 
conservateur des peintures, a eu l'obligeance de faire décrocher 
quelques petits portraits, au dos desquels nous avons retrouvé le 
cachet de Colbert, notamment à ceux d'Ehsabeth d'Autriche, 
n° 108 du catalogue du Louvre ; de Henri II, n° 112; de Jacques 
Bertaut, n° 117; de Louis de Saint-Gelais, seigneur de Lansac, 
n° 118 ; de Diane de France, n° 1 19 ; de Jean Babou de la Bour- 
daisière, n° 121, etc. 

Parfois le cachet est tombé, et il ne reste plus qu'une trace de 



GAIGNIERES. 205 

cire rouge, comme au portrait de Claude de Beaune, duchesse de 
Roannez, n° 125; mais ridentification ne paraît pas douteuse. 
Tout vestige de ce cachet a même dû parfois disparaître, surtout 
lorsque le tableau a été parqueté à neuf, ainsi qu'il est arrivé au 
portrait de Juvénal des Ursins, baron de Trainel, n° 652, que 
nous croyons provenir de Gaignières. 

Il est moins facile d'arriver à connaître les portraits de même 
origine qui se trouvent dans les collections particulières. Nous 
signalerons cependant, chez M. le duc d'Aumale, celui du bâtard 
de Bourgogne, qui porte le cachet de Colbert et que nous trou- 
vons sur notre liste au n" 19 ; il n'est vraisemblablement pas le 
seul à Chantilly. Citons encore, chez M. le marquis de Biencourt, 
au château d'Azay-le-Rideau en Touraine, le portrait du duc 
d'Alençon, n° 24 du catalogue de l'exposition de Tours en 1890. 
Il devait s'en trouver également dans la curieuse collection, 
aujourd'hui malheureusement dispersée, du château de Chenon- 
ceau. Sans doute il en subsiste encore dans différentes mains un 
assez grand nombre que leur petite dimension aura fait conserver, 
malgré le discrédit où étaient tombées ces œuvres de notre vieille 
et charmante École française. 

Comme on le verra plus loin, tous les tableaux et portraits 
furent vendus après la mort de Gaignières, au mois de juillet 1717, 
sauf le portrait du roi Jean, réservé pour la bibliothèques et 
l'Assomption de l'Albane, remise, par une décision du Régent, à 
M. le duc de Noailles. Ceux qui se trouvent dans les musées 
publics ne peuvent donc y être entrés que par suite de rachats 
ou de donations. Cependant, deux au moins font exception : ce 
sont ceux de Charles IX et de sa femme Elisabeth d'Autriche, 
aujourd'hui au Louvre, que l'on sait avoir été rapportés de 
Vienne, en 1809. Leur présence dans la capitale de l'Au- 
triche ne surprendra pas ceux qui n'ignorent pas que le prince 
Eugène de Savoie, grand amateur, faisait faire à Paris des 
acquisitions d'objets d'art, à l'époque où fut mis en vente le cabi- 
net de Gaignières; peut-être ces deux peintures ne firent pas 
seules ce long voyage. Ces portraits , dans le catalogue dressé 
après la donation de Gaignières, sont simplement qualifiés d'ori- 
ginaux, sans indication de noms de peintre. Ils sont si beaux. 



1. Ce portrait est aujourd'hui à la Bibliothèque nationale, exposition de la 
galerie Mazarine, armoire X, n° 1 . 



206 GAIGNIÈRES. 

que d'excellents juges ont cru pouvoir les attribuer à François 
Janet. 

Le rédacteur de ce catalogue qui fut, comme on verra, Clairam- 
bault, a été du reste assez sobre d'attributions pour qu'on puisse 
avoir quelque confiance dans celles qu'il a faites. Probablement 
même, il ne jugea pas digne d'une mention spéciale nombre de ces 
vieux petits portraits recueillis par Gaignières, qui nous seraient 
aujourd'hui si précieux. Il suivait en cela le goût de son temps, qui 
ne prisait guère les œuvres de notre vieille École, si l'on en juge par 
les prix plus que modestes auxquels furent adjugées des œuvres 
exquises, qu'aujourd'hui l'on couvrirait d'or. Nous avons eu la 
bonne fortune de rencontrer, non seulement le catalogue des por- 
traits de Gaignières, mais encore les prix d'adjudication à la vente 
qui suivit son décès. On sait combien est rare, pour cette époque, 
un document de cette nature ; aussi le donnerons-nous dans l'ap- 
pendice. Nous avons relevé sur le catalogue deux Janet, six 
Corneille (sans doute Claude), huit Porbus, trois Van Dick, deux 
Paul Brill, un Van Schupen et un Mignard. Ces deux derniers 
peintres sont les seuls contemporains de Gaignières, et l'on a vu 
que le Van Schupen, qui représentait le duc de Bourgogne, était 
un cadeau de ce prince. Les Janet, qui seraient de François, 
peuvent être considérés comme fort douteux; les autres attribu- 
tions paraissent mériter plus de confiance. Nombre de peintures 
sont simplement dites originales, sans aucune attribution. Parmi 
elles, plusieurs devaient être de ces maîtres du xvi® siècle complè- 
tement oubliés au xviii% et dont les noms nous sont, de temps en 
temps, révélés par les chercheurs et les fouilleurs d'archives. On 
peut se faire une idée de la valeur de plusieurs de ces portraits 
anonymes par ceux que l'on connaît à Versailles, au Louvre et 
chez quelques particuliers. Leur nombre ira sans doute en aug- 
mentant, maintenant que l'on sait que les peintures portant au 
dos un cachet rouge, avec la couleuvre de Colbert, proviennent 
du cabinet de Gaignières. On se convaincra de plus en plus que, 
si les recherches et les acquisitions de notre collectionneur ont eu 
principalement un but historique et iconographique, le goût et le 
sentiment artistique ne lui faisaient pas défaut, et qu'il eut sou- 
vent la main singulièrement heureuse. 

Outre des portraits peints, Gaignières possédait des portraits 
dessinés aux crayons de couleur, qu'on appelait au xvif siècle 
des pastels. Cette portion de ses collections étant la moins con- 



GAIGNIÈRES. 207 

nue, mais non la moins curieuse, il nous sera permis d'y insister 
un peu. 

On sait quelle fut la vogue des crayons pendant le xvf siècle ; 
il était alors d'usage d'en composer des albums analogues aux 
recueils de photographies qu'on rencontre si fréquemment aujour- 
d'hui dans les familles. Cette vogue ne dépassa guère le premier 
tiers du xvif siècle, et l'on verra dans quelle piètre estime ils 
étaient tenus à la fin du règne de Louis XIV. 11 n'y a guère 
plus de trente ans que le bel ouvrage de M. Niel a ravivé le goût 
de ces productions légères et charmantes. Actuellement on les 
recherche avec passion, mais le nombre des heureux qui par- 
viennent à s'en procurer est fort restreint. Bien qu'il en ait été, 
au xvf siècle, immensément produit par les peintres et les dessi- 
nateurs de tout rang, depuis le premier jusqu'au dernier, on ne 
trouve plus guère aujourd'hui de ces anciens albums que dans 
quelques dépôts publics, et chez de très rares particuliers privi- 
légiés, trois ou quatre environ. 

Le département des Estampes de notre Bibliothèque nationale 
est incontestablement le cabinet le plus riche en productions de 
ce genre. Longtemps négligés, ces curieux recueils ont été 
récemment l'objet d'une étude complète et magistrale de la part 
de notre confrère M. Henri Bouchot'. On trouve réunis dans ce 
précieux dépôt plus de 800 crayons, dont 150 sont des œuvres 
hors de pair, dit M. Bouchot qui s'y connaît bien. Plus de la 
moitié, il est vrai, provient d'acquisitions ou d'accessions assez 
récentes ; à la fin du xviii* siècle, la liste donnée dans la Biblio- 
thèque de France par les continuateurs du père Lelong, en 1775, 
en compte à peine 300. Or, la plus grande partie de cet 
ancien fonds provient de Gaignières, comme nous allons le prou- 
ver. C'est encore là un des titres de notre collectionneur à la 
reconnaissance des curieux. 

L'inventaire dressé par Clairambault, après la donation, cons- 
tate la présence, parmi les collections de la rue de Sèvres, de 
cinq portefeuilles de crayons, ou plutôt de cinq albums, tous, 
sauf le dernier, étant désignés livres en blanc reliés en veau. 
Le premier contenait 135 portraits^ ; le second, 90 ; le troisième, 8 ; 

1. Les Portraits aux crayons des XVP et XV W siècles. 1 vol. in-8°. Paris, 
Oudin, 1884. 
1. L'inventaire n'en annonce qae 133, mais il y en a bien 135. 



208 GAIGNIERES. 

le quatrième, 27, et le cinquième, 19 ' , ce qui fait un total de 279 
crayons, nombre qui approche sensiblement de celui de 300 pos- 
sédés par la Bibliothèque vers 1775. Or, les cinq portefeuilles de 
Gaignières sont entrés dans ce dépôt. Il n'est point en effet question 
d'eux dans la vente ; ils sont au contraire portés comme livrés à 
la Bibliothèque, et nous établirons, dans l'appendice, qu'ils s'y 
trouvent encore aujourd'hui à peu près au complet. Les crayons 
qui manquent auront été perdus par suite du peu de soin qu'on a 
pris de dessins, tombés alors dans un tel discrédit que l'estimation 
qui fut faite des objets donnés par Gaignières porte cinq livres 
pour les cinq portefeuilles M Les listes données dans notre appen- 
dice et les constatations que l'on peut faire au département des 
Estampes édifieront complètement les connaisseurs sur le goût des 
estimateurs choisis par M. de Torcy , ou plutôt par Clairambault^. 

Les portraits gravés, qui montaient à près de 26,000, renfer- 
més dans 210 cartons, avaient été recueillis plus peut-être 
comme documents historiques et iconographiques que comme 
œuvres d'art ; un grand nombre cependant se distinguaient par 
leur beauté ou leur rareté. 

Gaignières, chez qui le poids de l'âge se fit sentir d'assez 
bonne heure, passa les dernières années de sa vie dans sa belle 
demeure de la rue de Sèvres, s'occupant à disposer et à mettre 
en œuvre à sa manière les trésors amassés avec tant de soins et 
une si louable ardeur. Non pas qu'il semble avoir jamais ambi- 
tionné la célébrité que peut donner l'érudition; son but principal 
étant d'amasser des matériaux pour les savants et les artistes. 
Mais, comme le dit M. Delisle : « Il ne faudrait pas s'imaginer 
« qu'il se soit contenté d'amasser et qu'il ait entièrement laissé à 
« d'autres le soin de choisir et de classer. Il avait entrepris la 
« rédaction de catalogues raisonnes, et toutes les pièces qu'il 



1. Bibl. nat., Clair. 1040, fol. 265-273, n" 132-136 des grands portefeuilles. 

2. Bibl. nat., Clair. 1032, p. 446-447, n°» 1161-1162 de l'Inventaire. Au milieu 
du xvii° siècle, les portraits aux crayons valaient encore cinq ou six livres la 
pièce, d'après M. Bouchot, ouvrage cité, p. 28. On voit combien ils avaient 
baissé, car ici on ne les estime pas deux sous chacun. 

3. Dans le Clair. 1032, p. 248, M. de Torcy écrit le 27 mai 1715 à Clairam- 
bault : « L'intention du Roy n'estant pas de garder les tableaux, il faut les faire 
« estimer par des peintres habiles affin de les vendre ensuite. » — Nous voyons 
dans la même lettre que de Troy fut un de ces estimateurs. Espérons, pour son 
honneur, qu'il demeura étranger à l'estimation des crayons. 



GAIGNIERES. 209 

« avait rassemblées, soit en original, soit en copie, avaient une 
« place déterminée dans le cadre qu'il s'était tracé, et qui, s'il eût 
« été rempli, eût présenté, classés méthodiquement, les documents 
« biograpliiques et iconographiques se rapportant aux membres 
« de la maison royale et à tous les personnages qui jouent un rôle 
« important dans nos annales religieuses, civiles et militaires ^ » 

C'est au milieu de ces agréables occupations que les infirmités, 
s'accentuant de plus en plus, vinrent avertir Gaignières qu'il lui 
faudrait bientôt quitter ses chères collections. Effrayé à la pensée 
qu'elles pourraient être dispersées après lui, désireux de les con- 
server à la postérité, il crut ne pouvoir mieux assurer leur inté- 
grité qu'en les donnant à la France, c'est-à-dire au roi. 

Comme il n'était pas dans les usages de l'ancienne monarchie 
que le roi acceptât un pur don de la part d'un de ses sujets, et 
que, d'ailleurs, Gaignières était loin d'être riche, dans l'acte de 
donation, qui est du 19 février 1711, M. de Torcy, ministre 
d'Etat, stipule, au nom de Sa Majesté, que, pour indemniser le 
donateur, il lui sera fourni un contrat de constitution de rente 
de 4,000 fr., plus, en argent comptant, 4,000 fr., et en outre, 
après son décès, « vingt mil livres à ceux en faveur desquels ledit 
« sieur de Gaignières en aura disposé, ou à ses héritiers ou ayans 
« causes^. » 

En cédant à de telles conditions toutes les richesses si labo- 
rieusement acquises, Gaignières faisait un acte incontestable de 
désintéressement et de patriotisme. Nous lisons en effet dans un 
mémoire adressé, peu de temps avant la mort de Gaignières, à 
M. de Torcy par le marquis de Puysieux : 

« Monsieur le marquis de Torcy n'ignore pas que le feu 

« roi Guillaume avoit offert cinquante mille écus du cabinet de 
« M. de Gainière, que M. le duc d'Orléans en a voulu donner 
« quatre -vingt mille livres; que M. de Gainière n'a voulu 
« entendre à aucune de ces propositions, mais qu'il n'a pu refu- 
se ser au désir que feu Monsieur le Dauphin a témoigné d'avoir le 
« cabinet en question ^ malgré le tort que ce traitté faisoit à son 
« unique héritier, M. le marquis de Blanchefort, petit-fils du 

1. Cabinet des manuscrits, t. I, p. 351. 

2. Bibl. nat., Clairambault 1032, p. 5-7. — Cet acte a été publié en entier 
par M. Duplessis, p. 14 du tirage à part. 

3. Le duc de Bourgogne mourut le 18 février 1712, un an après la donation 
de Gaignières. 



2i GAIGNIERES. 

« marquis de Puyzieulx*. » Suit une demande de réversion d'une 
partie de la pension sur M. de Blanchefort, demande qui ne paraît 
pas avoir été accueillie. 

Comme il arrive trop souvent, la générosité de Gaignières fut 
mal récompensée. A dater de la donation faite, les tracasseries de 
toutes sortes ne lui furent pas épargnées, à l'insu du roi il est 
vrai. Plus d'une fois, elles durent faire regretter au donateur la 
détermination qu'il avait prise. Le principal auteur de ces tra- 
casseries , on pourrait dire de ces persécutions , fut un ami de 
Gaignières, Clairambault, généalogiste des ordres du roi, chargé 
par Torcy de dresser un inventaire des objets cédés, comme étant 
le confident du donateur, qui n'avait communiqué le secret de 
cette convention qu'à deux de ses amis : Clairambault et un autre 
personnage que nous croyons bien être le fidèle Coulanges, d'après 
une lettre de celui-ci, où nous lisons ce passage : 

Votre cabinet mérite bien l'immortalité, et pour y parvenir vous 
ne pouviez mieux faire que de le joindre à celui de Sa Majesté ; mais 
je souhaite fort que, tant que vous vivrez, Elle vous donne largement 
des marques de la reconnoissance qu'ElIe en doit avoir; le présentie 
mérite bien. Je vous remercie par avance, Monsieur, de la grâce que 
vous voulez bien me faire de me dire comment tout cela s'est passé; 
vous ne pouvez en faire confidence à personne qui prenne plus d'in- 
térêt que je fais en tout ce qui vous regarde, qui vous estime et qui 
vous honore plus que je le fai aussi, ni qui soit plus sincèrement et 
plus tendrement que je le suis votre très humble et plus obéissant 
serviteur 2. 

Le brouillon de l'inventaire était terminé le 24 mars 1711 3; il 
reçut quelques additions postérieures, à mesure que l'on décou- 
vrait des objets oubliés. On voit, par les lettres de Clairambault 
à Torcy et par les réponses du ministre, qu'on se défiait de Gai- 
gnières qui, disait-on, voulait donner à des tiers des manuscrits 
compris dans la cession faite au roi. Il est même question, dans 
un mémoire de Clairambault, de faire interdire Gaignières^. On 
soupçonnait aussi ses domestiques, et l'on s'inquiétait si fort de 

1. Bibl. nal., Clair. 1032, p. 45. 

2. Lettres de i>i""= de Sévignéet de ses amis, 1. VIII, p. 168. Édition in-12. Paris, 
Hachette, 1865. 

3. Bibl. nat., Clair. 1032, p. 57. 

4. Id., 1032, p. 157. 



GAIGNIÈRES. 2U 

ce qui pourrait arriver entre le moment de sa mort et l'apposi- 
tion des scellés, qu'un agent, désigné par le lieutenant de police 
d'Argenson, fut chargé d'épier l'instant fatal et d'empêcher le 
pillage qu'on redoutait ' . Ces suspicions n'étaient pas faites pour 
adoucir la fin du vieillard, tourmenté par les agents du roi et, 
dans les derniers temps, par ses propres parents. M™" veuve de 
Chaugy-Mussigny, Barhe de Blanchefort, la plus proche parente 
de Gaignières, excluait les autres héritiers, mais elle devait céder 
ses droits à son petit-neveu, le jeune marquis de Blanchefort, 
dont la mère, fille du marquis de Puysieux, se rend auprès de 
Gaignières moribond, qu'elle croit pillé par ses valets. Elle est, à 
son tour, soupçonnée par Torcy, qui craint qu'elle ne détourne 
certains des objets donnés au roi, ce qui amène une lettre fort 
noble du marquis de Puysieux pour repousser cet injuste soup- 
çon ^ Une note de Clairambault le laisse cependant subsister en 
partie; mais ce personnage semble avoir joué, en cette circons- 
tance, un fort vilain rôle. A travers ses démonstrations de zèle 
pour le service du roi, on devine un homme mû par des senti- 
ments personnels singulièrement égoïstes. Il convoitait depuis 
longtemps le magnifique cabinet de la rue de Sèvres, et, lors- 
qu'après la mort de Gaignières il fut désigné par Torcy pour le 
mettre en ordre et choisir les pièces destinées à la Bibliothèque 
du Roi, Lancelot, un de ses amis, lui écrivait, dès le 7 mars 1715 : 
« Enfin, vous voilà le maistre, ou peu s'en faut, d'un des plus 
« grands dépôts qu'il y ait. 11 me semble déjà. Monsieur, vous 
« voir nager en pleine eau, ou plutôt vous abandonner à ce tra- 
« vail assidu et opiniastre dont vous êtes si fort le maistre^. » On 
verra que Clairambault se regardait si bien comme le maître des 
collections de Gaignières qu'il crut pouvoir s'en attribuer une 
partie. 

Poussé sans doute par Clairambault, M. de Torcy crut même 
devoir prendre des mesures extraordinaires pour la conservation 
des objets légués au roi. Sur un ordre de lui, M. d'Argouges de 
Fleury, lieutenant civil de la ville, prévôté et vicomte de Paris, 
se transportait, le 21 février 1715, rue de Sèvres, où il trouvait 
Gaignières « au second étage, en robe de chambre, assis dans un 
« fauteuil, au coin de son feu, dans un très grand abattement et 



1. Bibl. nat., Clair. 1032, p. 29. 

2. Ici., 1032, p.. 53. Lettre du 22 février 1715. 

3. Delisle, Cabinet des manuscrits, l. I, p. 354. 



2i 2 GAIGNIÈRES. 

« foiblesse*. » Après avoir donné connaissance de sa mission, il 
descendait avec le valet de chambre Rémy dans les galeries et 
cabinets, en faisait fermer les portes et remettait les clefs à 
Rémy, avec défense de s'en dessaisir et de laisser entrer per- 
sonne dans lesdites galeries. Ces précautions ne paraissent 
même pas suffisantes ; le surlendemain 23 , toujours sur un 
ordre de M. de Torcy, remis par Clairambault, M. d'Argouges 
revient rue de Sèvres , cette fois accompagné du commissaire 
Le Trouy Deslandes, à qui il enjoint de se transporter dans 
lesdits lieux, le lundi suivant, de fermer exactement et sûre- 
ment les portes et fenêtres des appartements, et de faire placer 
à chaque porte d'entrée deux serrures à différentes clefs, dont 
l'une restera entre les mains du commissaire et l'autre entre 
celles de Rémy. Conformément à cette injonction, le commissaire 
Deslandes, escorté d'un serrurier et d'un maçon, procède, pen- 
dant trois journées entières, à cette opération bruyante, dans 
laquelle on mit en place des barres de bois et de fer, et qui dut 
péniblement impressionner le pauvre vieillard , si affaibli qu'on 
puisse le supposer^. C'était, on en conviendra, une singulière 
récompense de sa générosité que cette sorte de saisine avant décès ! 
Ces tribulations allaient avoir une fin. Gaignières, qui ne 
pouvait plus marcher depuis le 25 décembre 1714, expirait le 
27 mars 1715, à sept heures et demie du soir, comme nous l'ap- 
prend la lettre suivante, écrite le lendemain même à Clairambault 
par la maréchale de Noailles : 

Ce jeudi matin. 
(Une autre main a ajouté au-dessous : 28 mars -1715.) 
J'apprens, dans le moment, Monsieur, que M" de Gaignières est 
mort d'hier au soir à sept heure et demie; ces gens ne m'ont point 
avertie, je vous prie de me mander sy vous avés esté chés luy, ou sy 
vous avés commis quelqu'un pour faire les choses nécessaires pour 
que rien ne s'esgarast, et sy Monsieur le lieutenant civil y a esté. Je 
suis surprise qu'il ne m'ait rien fait dire, car il m'avoit promis qu'il 
me feroit savoir ce qui arriveroit. Je vous supplie, Monsieur, de 
m'instruire, je vous en seray très obligée. J'auray l'honneur de 

^^"^ ^°'^- La Maréchalle de Noailles 3. 

(Suscription :) A Monsieur, Monsieur de Glérambaut. 

1. Nouvelles Archives de VArt français, année 1874-1875, p. 267 et suir. 

2. Bibl. nat., Clair. 1032, p. 65 et suiv. 

3. Id., 1032, p. 221. 



GAIGNIERES. 243 

La maréchale avait un intérêt particulier à être bien informée. 
Il se trouvait ciiez Gaignières un paquet à son adresse contenant 
des lettres de l'abbé de Vertot *, qui semble avoir excité sa très 
vive sollicitude. Nous lisons en effet dans une lettre de Clairam- 
bault à Torcy, du 9 avril 1715 : « Madame la mareschalle de 
« Nouailles vous tombera sur les bras, si eUe ne l'a desjà fait^. » 
Elle assista à l'inventaire. 

Gaignières avait fait, le 17 décembre 1714, un testament par 
lequel il léguait à Barthélémy Rémy, son valet de chambre, le 
fidèle compagnon de ses travaux, 10,000 livres, outre ses gages 
à 200 livres par an; à Françoise Lécluse, sa cuisinière, 4,000 livres, 
outre ses gages à 120 livres par an ; à Louis la Poule, dit Cham- 
pagne, son laquais, 3,000 livres, outre ses gages également de 
120 livres ^ Ces legs absorbant presque les 20,000 livres données 
par le roi, son héritier n'avait à recueillir que sa fortune per- 
sonnelle, évaluée par Clairambault à 5,000 ou 6,000 livres de 
rente. Comme les pensions viagères formaient plus du tiers de ce 
revenu, on voit que cette fortune était fort médiocre. 

Dans les registres de la paroisse Saint-Sulpice, détruits par la 
Commune en 1871, nous avons pu examiner, autrefois, l'acte de 
décès de Gaignières dont Jal a donné l'analyse. Il y est dit âgé 
de soixante-dix-sept ans environ, ce qui est un peu exagéré, 
puisqu'il était né en 1642. Les témoins sont : messire Charles 
de Chai, seigneur de Conevaisnes, président en l'élection de Beau- 
jolais, cousin du défunt, et François Dupin, intendant des affaires 
de M""® la princesse. 

Une heure après la mort de Gaignières, les scellés étaient 
mis, lisons-nous dans un mémoire de Clairambault à Torcy ^; 
l'agent aposté par d'Argenson avait scrupuleusement rempli sa 
mission. Toutes les collections furent transportées dans une mai- 
son de la place des Victoires, sous prétexte qu'elles seraient plus 



1. L'abbé de Vertot doit être compté parmi les correspondants érudits et 
lettrés de Gaignières. 11 était avec lui dans des termes tels qu'il lui écrit, à 
l'hôtel de Guise : « La semaine prochaine, j'yré ra'enfermer un jour entier avec 
« vous, si vous l'avés agréable. » Bibl. nat., ms. fr. 24991, fol. 482. 

2. Bibl. nat.. Clair. 1032, p. 233. 

3. Id., 1032, p. 39. 

4. Id., 1032, p. 227. — Le procès-verbal de l'opération commencée par Le 
Trouy Deslandes le 27 mars 1715, sur les neuf heures du soir, se trouve dans 
le ms. 1032 de Clairambault, p. 167 et suiv. 

\89\ 45 



2^4 GAIGNIERES. 

à proximité de la Bibliothèque du Roi. Or, cette maison appar- 
tenait précisément à Clairarabault, chargé du triage et des inven- 
taires. Cette particularité, rapprochée du fait que le cabinet de 
ce dernier se trouva renfermer à sa mort plus de cent volumes 
évidemment sortis de celui de Gaignières*, laisse planer de graves 
soupçons sur la probité du généalogiste des ordres du roi. Au 
cours même de l'opération du triage, les portefeuilles de modes 
furent portés à Marly, sans doute pour essayer d'amuser le vieux 
roi accablé de tristesse, et qu'à une époque plus prospère M"® de 
Maintenon, qui le connaissait bien, appelait déjà Y inamusàble . 
Ce fait nous est attesté par divers passages des lettres de Torcy 
et de Clairambault , et par les articles suivants du Mémoire 
de la recette et dépense pour le cabinet de M. de Gai- 
gnières : 

Du 8 juin -17^5, au sieur Ghastellain, pour une rame de papier au 
nom de Jésus, pour coller les modes envoyées en \ 2 grands volumes 
au Roi à Marly 40 1.45 8. 

Du 45 juin -1745, au sieur Boudan, pour aider à coller les modes 
portées à Marly 6 1.^. 

D'après une lettre de Torcy, du 27 mai ITIS^, on devait faire 
deux lots des manuscrits : le premier, de toutes les affaires de 
négociations, lettres, mémoires, traités, depuis la paix de Ver- 
vins, devait être porté au Louvre, à la secrétairerie d'Etat du 
ministère des affaires étrangères ; le second, contenant tous les 
autres manuscrits, de quelque nature qu'ils fussent, était réservé 
pour la Bibliothèque du Roi. Nous ne voyons pas que ce projet 
de division ait été réalisé ; tous les manuscrits paraissent avoir 
été déposés à la Bibliothèque. 

Quant aux imprimés, une partie, la moindre sans doute, fut 
attribuée au cabinet des affaires étrangères ; une autre fut recueillie 
par la Bibliothèque royale. La troisième, comprenant les doubles 
et les livres déjà possédés par cet établissement, fut livrée aux 
enchères. Les tableaux, les porcelaines et celles des estampes et 

1. Delisle, Cabinet des manuscrits, t. I, p. 355. 

2. Bibl. nat., Clair. 1032, p. 308-309. — En marge d'une lettre de Clairambault 
à Torcy, du 19 juillet 1715 {Ibidem, p. 257), on lit, de la main de ce dernier : 
« Le Roy a parcouru plusieurs des portefeuilles que vous m'avez envoyés. » Il 
s'agit évidemment ici des modes portées à Marly. 

3. Bibl. nat., Clair. 1032, p. 245. 



GilGNlÈRES. 2i 5 

médailles, qui ne pouvaient servir à combler les lacunes exis- 
tantes dans les séries du Cabinet du Roi, eurent le même sort. 

Cette dispersion des richesses recueillies par Gaignières était 
fâcheuse à tous égards. La vente surtout ne se comprend pas, 
malgré la pénurie du Trésor. Décrétée par arrêt du Conseil d'Etat 
du 6 mars 1717 ^ elle eut lieu le mercredi 21 juillet de la même 
année et jours suivants, ainsi que nous l'apprend l'affiche pla- 
cardée sur la porte de la maison habitée par Clairambault : 

Vente de livres, estampes et tableaux. 

Le public est averti que le mercredy, 21 juillet 4717, depuis huit 
heures du matin jusqu'à midy, et depuis trois heures jusqu'à sept du 
soir, et jours suivans, il sera procédé à la vente des livres, portraits, 
estampes, porcelaines, médailles, jettons, tableaux et autres curiositez, 
provenant du cabinet de feu Monsieur de Gaignières, à la place des 
Victoires, dans la maison de Monsieur de Clairambault, où pareilles 
affiches seront sur la porte 2. 

Faite par Denis, huissier du conseil, sous l'autorité de M. Tas- 
chereau de Baudry, maître des Requêtes, la vente produisit, avec 
quelques sommes accessoires, 16,761 livres 14 sous, qui servirent 
en grande partie à payer les frais nécessités par la rédaction des 
inventaires, le transport et l'installation des collections. Le reli- 
quat, montant à 5,569 livres 8 sous 9 deniers, fut remis entre 
les mains du garde du Trésor royal. C'était un bien mince résul- 
tat pour cette déplorable opération^. 

Dans la somme totale de la vente, les livres figurent pour 
3,410 livres 18 sous; les estampes, pour 1,661 livres 14 sous; 
les jetons, médailles et curiosités, pour 1,581 livres 11 sous 
3 deniers; les tableaux, pour 7,646 livres 17 sous, sans compter 
vingt-deux copies de grands portraits vendues à M. de Caumar- 
tinle 31 mai 1715, ayant produit 638 livres, et 720 livres 19 sous 
provenant de jetons d'argent vendus le 1'''' juillet^. 

Bien que les inventaires eussent été communiqués aux gardes 
de la Bibliothèque du Roi, il ne paraît pas que l'on ait pris la 
peine de confronter les éditions des livres, ni les épreuves des 

1. Bibl. nat., Clair. 1032, p. 259. Placard imprimé chez J. F. Knapen. 

2. Id,, 1032, p. 288-289. 

3. Id., 1032, p. 327-331. 

4. Id., 1032, p. 329. 



2^6 GAIGNIÈRES. 

estampes, et il est très probable que plusieurs des objets vendus 
n'étaient pas des doubles. 

Nous avons rencontré* un état abrégé de ce cabinet que nous 
reproduisons ici comme pouvant donner une idée de l'abondance 
et de la valeur des richesses de toute nature rassemblées par 
Gaignières. 

On compte dans la section des manuscrits 2,407 volumes esti- 
més 24,060 livres ; vingt-quatre portefeuilles de modes coloriées, 
contenant 2,231 pièces, estimés 2,400 livres ; trente et un porte- 
feuilles de tombeaux dessinés, 3,100 livres; cent trente-trois 
portefeuilles de géographie et de topographie, et deux cent dix 
de portraits gravés, estimés ensemble 8,375 livres. 

Tous les manuscrits et les portefeuilles de modes et de tombeaux 
furent gardés; mais on se contenta de choisir dans les deux 
articles suivants cent dix-sept portefeuilles de géographie et cent 
de portraits gravés ou dessinés ; le reste fut vendu. 

La seconde section comprenait deux mille neuf cent dix volumes 
imprimés, estimés 5,000 livres; deux globes de . Coronelli, 
100 livres; six médailles d'or, 55 livres; cent vingt-six mon- 
naies d'argent, 300 livres; trois mille deux cent trois jetons d'ar- 
gent, 2,040 livres; onze cent soixante-neuf jetons de cuivre, 
85 livres; porcelaines, etc., 190 livres 10 sous; six cent quatre- 
vingt-treize tableaux et portraits, 4,807 livres; trois cent cin- 
quante-cinq chevaliers du Saint-Esprit, 533 livres. Le total de 
l'estimation se monte à 51,046 livres; mais les évaluations sont 
évidemment très faibles, même pour le temps. 

Les articles du cabinet de Gaignières, remis à la Bibliothèque 
royale, ont formé, avec la donation de d'Hozier, le premier fonds 
du cabinet des titres et généalogies. Ils y sont restés jusqu'en 1740 
et ont été alors répartis trop arbitrairement entre les différents 
départements de la Bibliothèque, où ils se trouvent encore aujour- 
d'hui. Il y manque cependant ceux qui ont été volés vers 1780. 
Quant aux seize portefeuilles de dessins actuellement à Oxford, et 
dont la Bibliothèque possède depuis peu des copies, nous doutons 
qu'ils aient disparu à cette époque, comme on le pense générale- 
ment. Ils sont probablement sortis beaucoup plus tôt de la col- 
lection. Ils ne paraissent pas avoir fait partie des dessins portés 
à Marly en juin 1715. 

1. Bibl. nat., Clair. 1032, p. 263. 



GAIGNIERES. 217 

La délivrance des legs faits par Gaignières à ses domestiques 
donna lieu à de longs et scandaleux débats. M""® Barbe de Blan- 
chefort, veuve de M. Auguste de Chaugy-Mussigny, seule et 
unique héritière sous bénéfice d'inventaire, qui n'avait pas encore 
cédé ses droits au jeune marquis de Blanchefort, attaqua la vali- 
dité du testament, comme fait à une époque où Gaignières ne 
jouissait pas de toutes ses facultés. A sa requête, une ordonnance 
de M" Thierry, lieutenant civil, en date du 11 janvier 1716, 
prescrivit une enquête pour constater l'état d'esprit du testateur 
lors de la rédaction de l'acte. Des dépositions des témoins, qui 
sont loin de concorder, il résulte que, dès la seconde moitié 
de 1714, les facultés du donateur étaient fort affaiblies. Cepen- 
dant on ne parvint point à faire casser le testament, et ces tristes 
débats se terminèrent par une transaction formulée dans un arrêt 
du Conseil d'État, du 23 octobre 1717, décidant que : 

Il sera expédié et délivré des ordonnances de comptant de pareille 
somme (20,000 1.) sur le garde du trésor royal, scavoir : une de 
7,000 1., au profit de ladite dame de Blanchefort^ au nom et comme 

tutrice du sieur François-Philippe de Blanchefort, son fils ; audit 

Remy, une autre somme de ^ 0,000 1.; et auxdits La Poulie et 
l'Écluse, chacun une de ^,500 liv., conformément à la transaction 
passée entre eux et ladite dame de Blanchefort audit nom ^. 

Rémy, le valet de chambre et le copiste de Gaignières, eut donc 
son legs entier ; mais ceux du laquais et de la cuisinière furent 
réduits de moitié; tous les trois, du reste, perdant leurs gages 
échus. Une pareille transaction, imposée à d'humbles serviteurs, 
indique chez M""** de Blanchefort et chez le marquis de Puysieux, 
son père, peu de déhcatesse ou une grande gêne. 

Tout d'abord, les gazettes du temps ne parlèrent ni de la mort 
de Gaignières, ni de sa donation au roi. Le Fèvre de Fontenay, 
directeur du Mercure, s'étant adressé à ce sujet à M. de Torcy, 
reçut la réponse suivante : 

A Versailles, le 13« avril n^5. 
J'ay receu, Monsieur, votre lettre du i 2« avril. Vous pouvez parler 

1 . Au cours de l'instance, M"'^ de Chaugy-Mussigny avait cédé ses droits suc- 
cessifs au jeune marquis de Blanchefort, et celui-ci, ét'ant mineur, est représenté 
par sajïière et tutrice. 

2. Bi'bl. nat., Clair. 1032, p. 322. 



248 GAIGNIERES. 

de la mort de feu M*- de Gaignières dans l'un de vos premiers Mer- 
cures, et faire mention, si vous le jugez à propos, de sa naissance, 
de son mérite et de sesqualitez personnelles; mais il ne convient pas 
que vous parliez de la disposition qui a esté faite de son cabinet. 

Je suis, Monsieur, tout à vous, 

De Torcy ^ . 

Le Mercure garda le silence à cette époque ; c'est plus de deux 
ans après qu'on lit dans le numéro de juillet 1717, le mois même 
de la vente, le passage suivant : 

Monsieur le Chevalier de Gaignières, qui avoit ramassé avec beau- 
coup de soin et de dépense une suite très curieuse d'estampes et de 
portraits de tous les rois, princes et autres personnes illustres dans 
toute sorte de genre, a laissé, en mourant, son cabinet au Roi; entre 
les pièces les plus remarquables, on y voit le portrait du roi Jean, 
fait de son vivant. C'est le plus ancien tableau qui nous soit resté 
en France. 

Sans doute la consigne avait été levée. LeJou7mal des Savants 
et la Gazette de Renaudot furent encore plus discrets que le 
Mercure; il n'y est pas question de Gaignières ni de sa donation. 

Tel fut François-Roger de Gaignières, dont nous avons essayé 
de faire revivre la physionomie, en laissant la parole à ceux de 
ses contemporains qui l'ont pratiqué^. Ce que nous savons de ses 
collections, malheureusement dispersées, surtout ce qui subsiste 
à la Bibliothèque nationale, permet déjuger de ses goûts sérieux 
et variés , mais particulièrement tournés vers les choses et les 
monuments de la patrie. Ses hautes et précieuses amitiés, sa 
généreuse donation témoignent de l'élévation de son caractère, 
de la distinction et de la culture de son esprit, de la bonté de son 
cœur, de la sûreté et de la douceur de son commerce. Nous pou- 
vons donc nous faire une idée de sa personne morale ; elle est tout 
à son avantage. 

Mais il nous est impossible de nous le représenter au physique. 

1. Bibl. nât., Clair. 1032, p. 225. 

2. Nos extraits de la correspondance de Gaignières sont loin de donner une 
idée complète de l'étendue et de l'importance de ses relations. Un choix, fait 
avec discernement parmi les trois ou quatre mille lettres qui la composent, 
pourrait donner lieu à une publication fort intéressante, analogue à celle de 
M. Tamizey de Larroque sur Peiresc, qui fut un précurseur de Gaignières. 



GAIGNIÈRES. 2^9 

Jusqu'à présent, on ne connaît aucun portrait de cet homme, qui 
a rassemblé une aussi étonnante quantité de portraits de tous les 
âges, et pour le cabinet duquel tant de personnages illustres 
s'étaient fait peindre. Le seul renseignement positif que nous pos- 
sédions à cet égard est consigné dans une lettre de d'Hozier, qui, 
en lui recommandant un parent, ajoute : « Il est des mieux faits 
« du régiment, car il est aussi grand que vous*. » 

Gaignières était donc de haute taille, et il est vraisemblable 
que, dans sa jeunesse et pendant son âge mûr, il a dû faire hon- 
neur au bien que le bon abbé de Marolles disait de ses grâces et 
de sa beauté, alors qu'il sortait de l'enfance. 

Ce sont là les traits caractéristiques que devra offrir tout por- 
trait au bas duquel on pourra être tenté quelque jour de mettre le 
nom de Gaignières. 

Charles de Grandmaison. 

[La fin prochainement.) 

1. Bibl. nal., ms. fr. 24987, fol. 421. 



■ ^ î — -=^ 



REGISTRE 

DE BARTHÉLEMI DE NOCES 

OFFICIER DU DUC DE BERRI. 

(1374-1377.) 



Le registre publié ici fait partie des archives municipales de 
Clermont-Ferrand. Dès le commencement du xvii® siècle, nous le 
voyons mentionné dans 1' « Inventaire général des tiltres qui sont 
dans les archives de la maison commune de la ville et cité de Cler- 
mont, par Georges Bunyer... MM. Françoys Savaron... Etienne 
Dalmas, s"" de Mondésir... et Jean Dufraisse... cloz le 8 juillet 
1617 ^ . » Voici les lignes qui lui sont consacrées : 

Dans le second banc des archifs au sac coté : Esleuz du Roy... 
Un petit livre faisant mention comme monseigneur le duc de Berry 
et d'Auvergne esloit à Nonnette, faisant bastir le chasLeau, le 3 février 
1373, fîst faire advis des finences de tous ses pays en la présence de 
son conseil, et en la recepte dudit advis au chef des assignations se 
recognoist que la cour des esleuz des aydes et le receveur se tenoient 
à Glermont, en ces mots : du receveur des aydes de Clermont pour 
reste d'une assignation de huit mil francs, 3,333 francs. 

Audit livre est le vidimus d'unes lettres faisant mention comme le 
Roy avoit donné audit seigneur duc la rançon d'un Thomas de Parry, 
chevalier anglois qui estoit grand capiteyne, et le chasleau de Lexl- 
gnen, que les Anglois avoient pris j et pour les frays faits par ledit 
seigneur, le Roy lui donna la somme de quarente sept mille francs 
d'or à prendre sur le fait des aydes qui ont eu cours es diocèses de 
Bourges, Glairmont et S' Flour. (Foi. 27 v° et 28.) 

1. Archives municipales de Clermonl-Ferraad. 



REGISTRE DE BARTHÉLEMI DE NOCES. 22< 

Pour bien comprendre cette analyse, il faut se reporter à 
l'époque où vivaient les rédacteurs ; la rivalité entre Clermont, 
Riom et Montferrand était dans sa force, et chaque ville se dispu- 
tait avec passion le siège des juridictions royales. Ces préoccu- 
pations ont laissé leurs traces dans cet inventaire. Georges 
Bunyer a vu surtout qu'il y avait à Clermont des élus du roi 
en 1374. De nos jours, le même document a été signalé par 
M. Mazure, l'un des auteurs des Fors de Béarn. Dans son 
Auvergne au XIV siècle^, p. 322, il lui consacre les lignes 
suivantes : « Un petit registre in-4'' des lettres particulières du 
duc à divers princes de sa famille, plus particulièrement étran- 
gers à la France. » C'est une allusion aux lettres ayant trait au 
mariage de Bonne de Berri et d'Amédée de Savoie. 

Ce registre est un in-4" de 0"'253 de hauteur sur 0"^190 de 
largeur. Il contient cinquante- trois feuillets de papier; le fili- 
grane est une sorte de gantelet avec une seule gaine pour les 
quatre doigts, sauf le feuillet 7, dont le filigrane est le train de 
devant d'un bouc issant, pour employer un terme de blason ; il est 
recouvert d'une feuille de parchemin, lequel porte diverses men- 
tions, très probablement de la main de celui, quel qu'il soit, qui 
a écrit l'inventaire de 1617 : « Les esluz du Roy estoient à Cler- 
mont l'année 1373, vérifié » ; d'une écriture postérieure : « Six », 
et enfin d'une écriture moderne, celle de M. Mazure probable- 
ment : « A. a I. » En outre, sur une fiche autrefois collée à la 
première page avec un pain à cacheter, on lit ces mots en carac- 
tères du xviif siècle ou de la fin du xvif : « Sac... cote... (les 
chifî'res sont déchirés) . Registre contenant recette, assignation, 
dépense, gages et pensions des officiers du Roy pour remercier le 
duc de Berry de ses exploits », et au-dessous, probablement de la 
même main : « Sac esleuz du Roy. » En copiant la note ci- des- 
sus, nous ne nous chargeons point d'en expliquer le sens. 

Les cinquante-trois feuillets ne sont pas tous remplis. Il existe 
de nombreux blancs. Les pièces ne sont point transcrites dans 
l'ordre chronologique, et le registre a certainement été commencé 
sur divers points au lieu d'être mené de la première page à la 
dernière. L'écriture est soignée, sauf en quelques courtes men- 
tions, où la hâte est visible; il est à noter que le latin est médio- 
crement rendu. Le nom du rédacteur nous est livré par un 

1. Clermont, Auguste Veysset, 1845. 



222 REGISTRE DE BARTHELEMI DE NOCES. 

passage du feuillet 31. On y lit ces mots : « Copie de la cer- 
tifficacion que j'ay donnée audit Jehan Régnant de ce que Mon- 
seigneur lui doit. » Suit la teneur de la certification terminée 
par : « Ainssin signé : B. de Noces. » B. de Noces est donc le 
nom de celui qui vient de parler de lui à la première personne, 
par conséquent de celui qui tenait la plume. Sans pouvoir l'affir- 
mer absolument, nous croyons que toute l'écriture est de la 
même main. 

Ce Barthélemi de Noces fut un agent très employé du duc de 
Berri, dans les comptes duquel son nom reparaît souvent. Il 
semble avoir été originaire de Saint -Pourçain, alors une des 
bonnes villes d'Auvergne, quoique profondément enfoncée dans 
le Bourbonnais. Il était donc du groupe nombreux des Auver- 
gnats attachés à la fortune du duc de Berri, auprès duquel il 
occupa des postes divers. Notre registre (XXIX) nous le montre, 
le 15 novembre 1372, lieutenant du trésorier général du duc, 
Raymond CoustaveS très probablement son compatriote, charge 



1. Sur la vie de R. Coustave et sur beaucoup d'autres points, je dois à l'obli- 
geance de mon confrère M. Gabriel Ledos de très nombreux renseignements, 
tous ceux notamment 'qui sont tirés des Archives nationales ; qu'il me per- 
mette de lui en exprimer ici ma reconnaissance. — R. Coustave était d'une 
famille d'Auvergne. Audigier (extraits d'Audigier, bibliothèque de Clermont- 
Ferrand, manuscrits 587-9, tome I, fol. 159 v et suivants) donne d'assez longs 
détails sur ce personnage et sa descendance; les auteurs postérieurs n'ont 
fait que répéter ce qu'il a dit. D'après lui, R. Coustave fut receveur général du 
Languedoc et capitaine de Clermont. 11 avait épousé une femme appartenant 
à la famille Fauchier et fut anobli par le duc de Berri , anoblissement con- 
firmé par le roi en 1369. Dans les écrits restants d'Audigier, nous n'avons point 
les preuves des faits qu'il avance; il ne nous paraît cependant pas probable 
qu'il se soit trompé sur R. Coustave, puisque son récit est confirmé sur un 
point par les lettres de Charles V (septembre 1369, Sainte - Catherine , près 
Rouen), confirmant l'anoblissement de R. Coustave par le duc de Berri à Cler- 
mont en juin de la même année (JJ. 100, n" 20). Raymond Costavol, « prudens 
vir, civis et burgensis Claroraontensis, » arrêté comme coupable d'assassinat à 
la requête de Dalmas de la Garde, procureur de l'évêque de Clermont, fut ren- 
voyé innocent et absous par Durand Boynert, lieutenant de Bertrand de Roche- 
fort, gouverneur de la juridiction et justice temporelle de Clermont, le 1" jan- 
vier 1375 (Arch. nat., JJ. 106, n" 275). Mais s'agit-il du même personnage? 
Même sans tenir compte de la différence d'orthographe, il faut remarquer que 
plusieurs membres de la même famille ont pu porter le même prénom ; le tré- 
sorier du duc de Berri n'était pas le seul Coustave existant à Clermont au 
xiv^ siècle. Durand Coustave y était drapier en 1371 (Arch. nat., KK. 251 passim). 
— Quoi qu'il en soit, notre Raymond Coustave était trésorier du duc de Berri 



REGISTRE DE BARTHE'lEMI DE NOCES. 223 

qu'il exerçait encore le 3 novembre 1373 (XXX). Mais il n'en 
était plus pourvu à partir au moins du 8 mai 1375 (XXVII); 
il prend alors le titre de secrétaire et clerc de la chambre sur le 
fait des finances du duc de Berri (XXXV). A moins de lui suppo- 
ser un homonyme, il avait en outre la charge de chancelier et 
tenant le sceau de la baillie des montagnes d'Auvergne. Son nom 
paraît en cette qualité dès le samedi après la Saint-Jean 1374 * 
et s'y retrouve en 1380, 1381 et 1385^ et jusqu'au 30 avril 
1395^. Mais en même temps il poursuivait sa carrière dans 
les finances. En janvier 1376, Charles V l'anoblit par lettres 
datées de Vincennes et à la prière du duc de Berri, à la personne 
duquel notre registre le montre attaché jusqu'à la fin de l'année 
suivante. Le 26 août 1381 ^ il était trésorier des guerres; il 
l'était également en 1382^ Enfin, d'après M. A. Tardieu, il 
était trésorier de la Basse- Auvergne en 1389^ On vient de 

dès 1370 (Arch. nat., KK. 251, fol. 20 et passim). Il avait par jour deux francs 
de gages (KK. 252, fol. 79 v°). La famille Coustave se perpétua assez longtemps 
à Clermont (Audigier). M. A. Vernières m'a signalé un passage des épitaphes de 
Gaignières (Bibl. nat., ras. français n" 8230) sur un tableau de la cathédrale de 
Clermont, où Jean Coustave, chanoine de celte église, était représenté à genoux 
devant saint Michel; au bas était son épitaphe, portant qu'il était mort en 1447. 
D'après le même manuscrit, les armes des Coustave se trouvaient tant au bas 
de ce tableau qu'en plusieurs autres chapelles; elles portaient : au premier et 
au quatrième d'or au casque de sable, au deuxième et au troisième vairé d'or 
et de sable. Notons encore que Raymond Coustave est appelé Coustanc dans 
l'Histoire du Languedoc, édit. Privât, t. X, col. 1648. 

1. Archives généalogiques de la maison de Sartiges (Clermont-Ferrand, Fer- 
dinand Thibaut, 1865), p. 51. Par une erreur évidente, B. de Noces est là 
dénommé : « Ballivus Monlanarum Arvernie, » au lieu de : « Tenens sigillum 
in ballivia... » erreur qui pourrait faire douter de l'exactitude du résumé et 
partant de la date. 

2. Voici à l'appui quelques extraits des archives de Saint-FIour. Nous les 
devons à l'obligeance de M. le président M. Boudet : « Stephanus Chailada 
locum tenens boni et discreti viri Bartholomei de Nossis burgensis Sancti Por- 
ciani, cancellarii et tenentis sigillum in bailiiaMontanarum Arvernie pro excel- 
lentissimo principe, domino duce Biturie et Arvernie comiteque Pictavensi... die 
xviii maii, anno millesimo trecentesimo octuagesimo primo » (Arch. municip. 
de Saint-FJour, chap. ix, art. 2, n» 2). — « Bartholomeus de Nubciis burgensis 
Sancti Portiani cancellarius ac tenens sigillum in Montanis Arvernie » (acte du 
12 septembre 1385, Arch. municip. de Saint-Flour, chap. iv, art. 6, n" 8). 

3. Archives généalogiques de la maison de Sartiges, p. 53. 

4. Histoire du Languedoc, édit. Privât, t. X, col. 1655. 

5. Bibl. nat., pièces originales, dossier Duruif, n" 2. 

6. Histoire de Clermont-Ferrand, t. I, p. 479. 



224 REGISTRE DE BARTHÉLEMI DE NOCES. 

voir qu'il vécut au moins jusqu'en 1395, si le B. de Noces de la 
haute Auvergne et le nôtre ne font qu'une ,même personne. Il 
paraît avoir été l'artisan de sa fortune, car il avait un parent, 
peut-être un frère, qui exerçait les humbles fonctions de sergent 
de la ville de Montferrand. Nous trouvons en effet les mentions 
suivantes dans le livre de comptes des consuls de cette ville en 
charge de mai 1385 à mai 1386^ : « Item par Nicholes Mercier, 
sirvent, par ce que Thomas de Noces estoit aies vers Barthelomi 
de Noces qui donat à diner à Monseigneur le Sénéchal... 11 s. » 
Ceci devait se passer peu après le 7 juillet. Il est vrai que, vers le 
9 octobre, nous trouvons : « Item pour Steveni Rey, sergent de 
Messire de Berrv, pour ce qu'il fesoitlesexécucions, pour ce que 
Thomas ne voloit point servir. » Dans les diverses pièces que 
nous avons citées, le nom de Noces est écrit de plusieurs manières, 
mais toujours reconnaissable. Dans les titres des archives de 
Saint-Flour, c'est de Nocis et de Nubciis; c'est sans doute cette 
dernière forme qui, par erreur de copiste ou d'imprimeur, est 
devenue de Nubiciis chez M. de Sartiges. Le même auteur tra- 
duit en français ce nom par de Nuptes et V Histoire du Lan- 
guedoc par des Nottes. Il n'est pas douteux que de Noces soit la 
bonne forme, puisque c'est celle qui a été employée par le person- 
nage lui-même ; à défaut même de cette preuve topique, la manière 
dont le nom est latinisé suffirait à le démontrer 

Nous allons voir que ce registre est une sorte de mémorial 
pour l'usage personnel de son auteur. Cependant sa présence 
dans les titres des élus du roi, et de là dans les archives de la ville 
de Clermont, s'explique sans peine. Il est facile de croire qu'il y 
aura été apporté avec d'autres pièces concernant la charge de tré- 
sorier de la Basse- Auvergne exercée par B. de Noces. Quoi qu'il 
en soit, notre document commence par un budget dressé à Nonette 
le 4 février 1374 (n. st.), et finit par une note du 29 décembre 
1377 concernant des sommes dues à Alain de Garnapy, tailleur 
du duc de Berry. Tout le contenu tient entre ces deux dates. Il 
s'y trouve bien la reproduction de pièces antérieures, mais 
d'après des vidimus donnés pendant cette période. Il pourrait y 
avoir difficulté pour trois pièces, mais nous pensons qu'elles ne 
font point exception. L'une, du 16 décembre 1373, est la copie 
d'une certification de ce qui était dû à Hugues de Froideville, 

1. Arch. municip. de Clermont-Ferrand, fonds de Montferrand, en classement. 



REGISTRE DE BARTHELEMI DE NOCES. 225 

maréchal d'Auvergne, pour ses services en Poitou ; mais il est 
ajouté que c'est un duplicata, la pièce primitive étant perdue; 
l'autre est une certification de ce qui était dû à un certain Guil- 
laume Esnier, alias Ghaperoir, en novembre 1373; mais la pièce 
elle-même n'est point datée; la troisième enfin est encore une 
certification pour des sommes dues au maire de Poitiers , Jean 
Régnant, en date du 16 décembre 1373; mais elle se trouve 
avec d'autres pièces et actes concernant le même personnage et 
aboutissant à un règlement en date du 8 mai 1375. Il serait inad- 
missible que l'on eût pris un registre neuf pour y inscrire à inter- 
valles éloignés trois brèves mentions de comptes. Nous conclu- 
rons donc que la note concernant Hugues de Froideville a été 
inscrite pendant un des séjours du duc en Auvergne, postérieure- 
ment au 4 février 1374 ; celle qui concerne Jean Esnier, pendant 
que le duc était en Poitou, après la même date et probablement 
en mai 1374, et celle qui concerne J. Régnant, à la même époque, 
avec les autres pièces de son compte. 

Nous croyons donc pouvoir admettre que notre registre a servi 
du 4 février 1374 au 29 décembre 1377, c'est-à-dire pendant quatre 
ans environ. Il contient des pièces de nature fort diverse, et il est 
très probable que, non la communauté de matière, mais la com- 
munauté d'origine, les a réunies. Nous avons là sans doute une 
sorte de mémorial à l'usage de B. de Noces, qui aura gardé la 
copie des actes expédiés par lui ou de ceux dont il lui importait 
de conserver le souvenir. En faveur de cette opinion, il est 
à peine besoin de faire remarquer que nous ne pouvons avoir ici 
qu'une partie infime des actes de la chancellerie du duc pendant 
quatre ans, et que le nom de B. de Noces revient presque à 
chaque page. Gomme il était clerc de la Ghambre aux deniers, il 
est naturel que presque tous ces actes aient rapport aux finances ; 
mais, comme il était en même temps secrétaire, ce titre explique 
la présence dans ce registre d'actes ne portant point ce carac- 
tère, par exemple les lettres échangées avec la famille de Savoie 
au sujet du mariage de Bonne de Berri et ceUe de Gharles V. On 
remarquera à l'appui de cette hypothèse que, dans sa réponse au 
roi, le duc s'excuse de ne pas lui écrire de sa main, à cause de sa 
santé ; rien n'empêche donc que les lettres dont nous venons de 
parler aient été écrites par Barthélemi. 

Avant d'aller plus loin et de donner une idée sommaire de ce 
qu'il contient, nous devons dire quelques mots de l'ordre adopté 



226 REGISTRE DE BARTHE'lEMI DE NOCES. 

en publiant ce registre. On sait déjà qu'il a été commencé sur 
plusieurs points; à certains endroits, on a profité d'un blanc au 
bas d'une page pour insérer une note tout à fait en dehors du sujet 
traité avant et après. Il eût donc été sans utilité de conserver 
l'ordre de la pagination. Nous avons préféré suivre l'ordre chro- 
nologique. Pour les vidimus, nous avons pris la date du vidi- 
mus, comme se rapprochant davantage du moment de leur trans- 
cription ; nous avons même fait infraction à cette règle en rejetant 
un groupe de pièces un peu plus loin que la date ne le comporte- 
rait, pour ne point interrompre une série de même nature. Quant 
aux rares pièces non datées, nous les avons placées suivant la 
vraisemblance. En tête de chaque pièce, nous avons entre paren- 
thèses indiqué la place réelle qu'elle occupe dans l'original. 

Ainsi qu'il a été dit, le premier acte inscrit est un budget du 
duc de Berri pour l'année 1374 ou un « avis des finances » du 
duc de Berri pour l'année 1374, dressé à Nonette le 3 février de 
ladite année (I). Ce travail laisse voir la trace des efforts succes- 
sifs faits pour l'établir. Il commence par les recettes , divisées 
en recettes et en assignations du roi; l'importance du second 
chapitre, si l'on peut employer ce terme, étant beaucoup plus 
considérable que celle du premier; vient ensuite un avis de 
la dépense, assez court : la dépense du duc et de son conseil 
est en un seul article; elle monte à la somme considérable de 
30,000 fr., celle de la duchesse et de son fils à celle de 8,200 fr.; 
les autres articles comprennent quelques gages, 4,080 fr. pour 
la construction de Nonette, une subvention aux horloges de 
Bourges, pour leur établissement ou leur réparation sans doute; 
1,500 fr. pour le château de Clavers, nous ignorons s'il s'agit 
d'un achat ou d'une rançon ou d'une construction ; puis la somme 
nécessaire pour dégager deux chapeaux de pierreries en gage à 
Avignon, etc. Le total monte à 52,720 fr. Mais ce n'est là qu'un 
premier aperçu. Immédiatement après vient un « avis de gaiges 
et pensions », lequel est suivi d'un troisième. Après avoir ainsi 
peu à peu découvert de nouvelles dépenses, le duc ou les gens de 
son conseil ont sans doute éprouvé le besoin de se livrer à d'autres 
recherches sur les recettes, et nous en avons une nouvelle évalua- 
tion, suivie elle-même de quelques nouvelles dépenses omises. Bref, 
le total général est, pour les recettes, sans compter 1 ,396 septiers 
de blé, de 37,765 fr. 1/3, et, pour les dépenses, de 78,036 fr. 1/4; 
« ainsi monte plus la despense que la recette, 40,271 fr. »; mais, 



REGISTRE DE BARTHe'lEMI DE NOCES. 227 

avec un don de 300 fr. (pour 1,000?) fait par le roi sur les aides 
du Poitou, don évalué à 27,000 fr., le déficit réel restait à 
13,200 fr. en nombre rond. On voit que, si ce budget ne se balan- 
çait pas selon les principes d'une bonne économie, il était du 
moins établi avec une entière franchise. Il ne contredit point en 
tous cas la réputation de prodigalité donnée au duc par l'opinion 
commune. Il ne faudra point s'étonner, après une pareille entrée 
en matière, du nombre des pièces suivantes se rapportant à des 
opérations de trésorerie, assignations, engagements, cotes mal 
taillées, etc. 

Par ordre de date, après l'avis des finances dressé à Nonette, 
vient un acte de Clerraont, 16 février 1374 (n. st.) (II), par 
lequel le duc engage à Philippon de la Châtre, et pour sa vie 
durant, les profits des moulins de Vierzon et quatre tonneaux de 
vin sur les six qu'il avait à Ghâteauneuf-sur-Cber; le tout est 
estimé 50 liv. par an et donné en paiement de 450 liv. dues 
audit P. de la Châtre. Notre registre ne contient rien depuis cette 
date du 16 février jusqu'à l'automne de la même année. La série 
recommence par un acte du 2 octobre (III) qui nous reporte au 
lendemain de la capitulation du célèbre château de Lusignan, sur 
laquelle il nous donne quelques renseignements. Il permet d'abord 
de fixer d'une manière certaine le jour de la capitulation : « heri 
facta fuit. » Ce fut donc le l*^"" octobre qu'elle eut lieu. L'acte 
en question est un instrument notarié par lequel le duc de Berri 
reconnaît devoir au maréchal de Sancerre 15,000 fr. d'or pour 
la rançon de Jean Cressewell, capitaine anglais bien connu, l'un 
des chevaliers delà garnison de Lusignan, mais prisonnier dès le 
mois de juin de cette année* ; en d'autres termes, le duc se chargeait 
de payer la rançon due par ce dernier. Pour expliquer ceci, il faut 
se rappeler qu'alors la rançon des vaincus appartenait aux vain- 
queurs. Comme général et comme politique, le duc de Berri pouvait 
trouver préférable d'obtenir, en lui faisant des conditions avanta- 
geuses, que la garnison de Lusignan quittât la place plutôt que 
d'attendre qu'elle fut forcée de se rendre à merci ; mais il ne devait 
point priver son armée du profit qui lui serait revenu dans ce der- 
nier cas. Pour concilier ces intérêts opposés, les Anglais furent 
bien censés prisonniers jdes Français, mais ils n'y perdirent rien, 
car le duc paya leurs rançons, notre texte le dit formellement. 

1. Froissart, éd. S. Luce, t. VII, p. lxiv, en note. 



228 REGISTRE DE BARTHe'lEMI DE NOCES. 

Telle était la situation assez singulière faite au duc par les mœurs 
militaires du xiv'' siècle ; il était obligé d'acheter à son armée le 
droit de terminer par une négociation une opération de guerre. 
Un détail qui a son prix, c'est que, par les conventions faites entre 
J. Cressewell et le maréchal de Sancerre, ce dernier devait rece- 
voir 16,000 fr. , et qu'il consentit à n'en recevoir du duc que 
15,000, Mieux eût valu pour lui avoir pour créancier son ennemi 
que son suzerain. Il est vrai que celui-ci avait pu se montrer 
large en fixant une rançon qu'il savait ne point devoir payer. 
Pour ne point quitter ce sujet, disons ici qu'une pièce postérieure 
(XIII) confirme le dire de Thomas Walshingham, que la liberté 
de Thomas de Percj, pris devant Soubise le 23 août 1372*, fut 
une des conditions de la reddition de Lusignan. En efiet, dans ses 
lettres du 3 mars 1375 (n. st.) , Charles V rappelle qu'entre 
autres libéralités envers son frère il a donné la liberté à Thomas 
de Percy pour la délivrance de Lusignan, alors qu'il eût pu en 
tirer une grosse rançon. 

Trois jours après, le 5 octobre (IV) , le duc de Berri ordonnait de 
payer Guillaume Bonnet, chevalier, chargé de faire les montres et 
revues des garnisons de Poitou-; sa commission du 8 avril 1374 
est reproduite dans notre acte. Par un procédé dont nous retrou- 
verons d'autres exemples, le duc compose avec lui. G. Bonnet 
consent à recevoir un mois de gages au lieu de deux qui lui 
seraient dus. L'acte suivant (V) est une obligation de 6,000 fr. 
d'or empruntés à Charles V par Guillaume l'Archevêque, sei- 
gneur de Partlienay, et Jean Régnant, maire de Poitiers. Toute 
cette somme ou sa plus grande partie^ fut cédée par les emprun- 
teurs au duc de Berri et employée à la reddition de Lusignan, 
comme nous l'apprend la pièce qui suit. Les deux chapeaux de 
pierreries dont il a été question dans le budget dressé à Nonette 
étaient revenus d'Avignon. Ascehn de Mâches, secrétaire du 
duc, et Harpin, son valet de chambre, qui étaient allés les cher- 
cher, témoignèrent qu'on eût pu les vendre 12,000 liv. Le 5 no- 
vembre, ils furent mis en gage chez Denis Gillier, bourgeois de 
Poitiers, pour la sûreté des ofiîciers du duc, de B. de Noces entre 



1. Hist. Angl., p. 317, dans Froissart, édit. S. Luce, t. VIII, p. lxiv, en note. 

2. Froissart, édit. S. Luce, t. YIII, p. xxxvni et 60. 

3. L'acte du 5 novembre parle de 5,500 écus et le compte de Jean Régnant, 
que nous trouverons plus loin, de 6,000. 



REGISTRE DE BARTHELEMI DE NOCES. 229 

autres, lesquels s'étaient faits cautions envers G. l'Archevêque et 
J. Régnant. J. Régnant était maire de Poitiers et chef du parti 
anglais lorsque la ville se rendit à Duguesclin et au duc de Berri le 
7 août 1372*. On voit que celui-ci ne lui en garda pas rancune. Le 
prêt fait par Charles V est du 16 septembre, mais nous avons cru 
devoir le placer à côté de l'engagement des chapeaux de pierreries 
à Denis Gillier, pour ne pas séparer deux pièces se rapportant au 
même objet. En outre, cet engagement dut suivre de près l'emprunt 
du duc de Berri au sire de Parthenay et au maire de Poitiers ; en 
rangeant donc là l'obligation de ceux-ci envers le roi de France, 
on la met vraisemblablement à sa place d'inscription dans le 
registre. L'ordre chronologique amène ici un vidimus, en date du 
13 novembre 1374, des lettres de Charles V (Paris, novembre 
1369), donnant ou plutôt redonnant le Poitou au duc de Berri. 
Avec les progrès que faisait à ce moment dans cette province la 
domination française, les occasions ne manquaient point au duc 
d'avoir besoin de ses titres de propriété, et peut-être est-ce à 
cause de Lusignan même que ce vidimus a été fait (VII) . 

C'est à ce séjour en Poitou que nous rapportons la mention 
des sommes dues à Guillaume Esnier, dit Chaperoir (VIII). Nous 
avons déjà dit les raisons pour lesquelles il nous paraît impos- 
sible qu'elle ait été inscrite avant le budget dressé à Nonette ; il 
est également impossible qu'elle date du séjour fait par le duc en 
cette province dans l'été suivant, car, lors de l'insertion de cette 
note, Barthélemi de Noces était lieutenant de Raymond Cous- 
tave, ce qu'il n'était plus au mois de mai 1375. 

A partir de ce moment, aucune addition ne paraît avoir été 
faite à notre registre pendant un espace d'environ trois mois; 
une nouvelle série de pièces se succédant régulièrement jusqu'au 
mois de juin recom^mence, le 11 mars 1375 (n. st.), par un acte 
notarié assez compliqué entre le duc de Berri, la comtesse 
d'Etampes et le vicomte d'Harcourt, celui-ci représenté par un 
écuyer nommé Jean de Bedon (IX) . On sait que Louis d'Harcourt, 
vicomte de Chàtellerault, vendit sa soumission au roi de France 
en novembre 1372^. Notre acte se rapporte à l'accomplissement de 
quelques-unes des conditions de ce traité. La comtesse d'Etampes 
s'engage à payer à L. d'Harcourt 5,000 fr. d'or restant dus sur 

1. Froissart, éd. S. Luce, t. VIII, p. 60. 

i. Froissart, éd. S. Luce, t. VIII, p. lv, ea note. 

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230 REGISTRE DE BARTHELEMI DE NOCES. 

les 10,000 fr. que le duc de Berri lui avait promis en traitant de 
son retour sous l'obéissance royale, et dont 5,000 fr. lui avaient 
déjà été payés par Charles V. En revanche, L. d'Harcourt rend 
à la comtesse les terres et châteaux à elle appartenant qu'il déte- 
nait encore en Poitou. La part du duc de Berri dans cet acte 
consiste à donner son consentement à ce que M"® d'Étampes entre 
en possession des châteaux ainsi rendus, et à s'engager à la gar- 
der indemne si le roi lui réclamait les 5,000 fr. d'or déjà payés 
par lui roi au vicomte d'Harcourt. Il semble donc que le roi 
et, comme apanagiste, le duc de Berri pouvaient prétendre 
quelque chose sur les terres rendues à la comtesse d'Etampes, et, 
en y renonçant, le duc échappait à l'obligation, toujours difficile 
à remplir pour lui, de payer 5,000 fr. d'or. D'autres stipulations 
accessoires interdisent à la comtesse d'Etampes de déshériter sa 
fille, M°® de Sully, et accordent au duc un droit de préemption si 
la comtesse d'Etampes venait à vendre ses autres terres, celles 
qui ne devaient point revenir à sa fille. 

Ensuite vient un groupe de pièces plus ou moins connexes qui 
pourraient s'analyser en deux mots : affectation des ressources 
obtenues de la générosité du roi au paiement d'une partie des 
dettes du duc de Berri. Le 26 mars 1375 (n. st.), Charles V 
accorda à son frère le droit de lever 12 deniers pour livre sur toutes 
les marchandises vendues en Poitou (X). Le consentement des 
états de la province est toutefois réservé. Le 3 mars 1375 (n. st.), 
Charles V avait déjà donné à son frère la somme de 47,000 fr. à 
prendre sur les aides des diocèses de Reims et de Châlons et sur 
les arrérages de celles des diocèses de Clermont et de Saint-Flour 
(XIII). Cet octroi était destiné à remplacer le tiers des aides des 
diocèses de Lyon, Mâcon, Autun et Chalon-sur-Saône, dont le 
duc n'avait pas joui, et qui lui avaient été d'abord accordées en 
compensation de l'Angoumois et de la Saintonge, dont la posses- 
sion lui avait été donnée, puis retirée. La chronologie exigerait 
que cet acte fût placé avant les deux précédents ; si nous le met- 
tons ici, c'est qu'il nous apparaît entouré d'autres actes posté- 
rieurs et dont il est impossible de le séparer. Cette générosité 
royale fut sans doute pour quelque chose dans la remise au tré- 
sorier général du duc, le 14 mars 1375 (n. st.), d'un rôle de 
dépenses à payer (XI). On y remarque un bassinet et une cou- 
ronne d'or du poids de deux marcs donnés à l'empereur Charles VI . 
Non compris cet objet, qui n'est pas évalué en francs, le total 



I 



REGISTRE DE BARTHELEMI DE NOCES. 23i 

dudit rôle s'élève à 32,800 fr.; mais aucune affectation spéciale 
de recette n'est jointe à cet état ; aussi plusieurs des articles qui 
y sont contenus se retrouvent dans un autre rôle de dépenses 
que Barthélemi Spifame s'engagea à payer (XII) ; mais cette 
fois le duc lui assignait 34,000 fr. sur les aides que le roi venait 
de lui accorder (XII). Moyennant cette somme, B. Spifame 
devait payer 28,183 fr., ce qui laisse encore près de 6,000 fr. 
pour l'intérêt des avances d'argent. Ce Spifame était un Italien 
établi à Paris ; le nom de sa famille est bien connu dans l'bistoire 
de France. Il a été dit qu'une partie des articles portés sur le rôle 
donné à Raymond Coustave se retrouve dans celui de B. Spi- 
fame. Quant à la nature de ces dépenses, beaucoup sont des rem- 
boursements des sommes avancées par les officiers du duc, 
presque toutes les autres des dépenses de luxe. On trouvera donc 
là d'abondants renseignements sur les oeuvres d'art commandées 
par le duc de Berri, qui, et à bon droit, intéressent tant aujour- 
d'hui, d'autant plus que les sommes dues à l'orfèvre Symonnet de 
Dammartin, inscrites pour le total de 2,300 fr. dans le rôle de 
Barthélemi Spifame, sont détaillées dans un rôle spécial (XIV). 
Une note nous apprend que le Parlement ne voulut pas enregis- 
trer les lettres contenant l'assignation faite à B. Spifame, parce 
que, selon l'usage du Poitou, où l'année commençait le 25 mars, 
le duc les avait datées de 1375, et que, selon l'usage de P'rance, 
il eût dû les dater de 1374, et les lettres furent refaites à Poitiers 
le 24 avril. Le duc y était dès le 14, car, ce jour-là, il confirma 
deux lettres antérieures établissant une rente au profit de P. de 
la Châtre sur les revenus des eaux et forêts de Berri (XVI). 
Cet acte est daté : « Le xv*" jour d'avril l'an de grâce mil 
CCCLXXIIII, selon l'usaige de France. » Selon l'usage de France, 
il y a eu deux 15 avril 1374. Mais le 15 avril 1374 de notre 
manière de compter n'amènerait point une discordance entre 
l'usage poitevin et l'usage français; il s'agit donc ici du 15 avril 
1375, Pâques, cette année-là, tombant le 22 avril. 

Quelques jours après, le duc, accomplissant un vœu fait l'an- 
née précédente, constitua une rente d'un marc d'or au profit de 
l'église de Saint-Germain-des-Prés (XVII). Artiste jusque dans 
sa dévotion, le duc voulut que ce marc d'or fût employé à l'or- 
fèvrerie de l'église. Le vœu ainsi acquitté avait été formé au 
moment même où se traitait la reddition de Lusignan, comme 
nous l'apprend la donation, dont les termes montrent l'impor- 



232 REGISTRE DE BARTHe'lEMI DE NOCES. 

tance attachée à cette place. Le préambule est un éloge de saint 
Germain et raconte une légende relative à son voyage en Angle- 
terre. Tout un passage, depuis ces mots : « et sibi et sociis, » 
jusqu'à ceux-ci : « dominentur genti Brittorum » est tiré presque 
textuellement de la Légende dorée*. On remarquera le curieux 
emploi que le rédacteur en a fait, et comment, en l'intercalant 
dans son texte, il arrive à faire descendre Edouard III d'un por- 
cher, mû certes moins par le désir de rehausser la récompense 
de l'hôte généreux de saint Germain que par celui d'abaisser 
l'ennemi héréditaire des rois de France. 

C'est ici que nous plaçons les lettres échangées entre le comte 
de Savoie Amédée VI, le comte Vert, et sa femme, d'une part, le 
duc, la duchesse de Berri et leur fille Bonne, d'autre (XX à XXV), 
touchant le mariage projeté entre le fils d' Amédée VI, plus tard 
Amédée VII , et Bonne de Berri , mariage qui s'accomplit en 
effet. On le fixait généralement au mois de décembre 1376, d'après 
VArf de vérifier les dates. lia été réellement célébré le 18 jan- 
vier 1377. Une quittance du fiancé, Amédée de Savoie, du 17 jan- 
vier 1377 ^ apprend que Charles V avait voulu que le mariage eût 
lieu le « dimanche suivant. » En outre, dans les comptes du duc de 
Berri, on trouve cette mention : «... A Ray mont Coustave, tré- 
sorier général de monseigneur, pour argent... qu'il avoit baillé à 
Mad. Bonne le dimanche xviij" jour de janvier, que elle espousaà 
Saint Pol, que elle offry à la messe, que luy bailla en sa main Mar- 
guerite de Cousy (Coucy) eniiifransLxs. t. »^. Les lettres du comte 
de Savoie et de sa femme sont respectivement du 6 et du 8 avril, 
les réponses du duc et de sa famille du 2 mai. Aucune ne porte la 
date de l'année. Nous les plaçons en 1375, parce que le duc de 
Berri y parle des guerres du roi qui peuvent retarder le mariage ; 
or, en mai 1376, il y avait une trêve convenue jusqu'au l'^"' avril 
1377, et il nous paraît que ce serait faire remonter trop haut ces 
négociations matrimoniales que de les reporter à 1374. En outre, 
notre registre montre qu'au mois de mai 1375 le duc était à Poi- 
tiers, d'où sont datées les lettres en question. Quant à leur texte, 
il se borne malheureusement aux compliments de style ; l'impor- 
tant fut sans doute dit de bouche par le messager Guillaume de 

1. Fol. cvii, col. 4 de l'éd. de Claude Davost, Lyon, 1504. 

2. J. 186, 89. 

3. KK. 252, fol. 132 r. 



REGISTRE DE BARTHE'lEMI DE NOCES. 233 

Bourbon. Le duc de Berri resta environ deux mois et demi en 
Poitou, car notre registre contient des actes datés de cette pro- 
vince jusqu'au 29 juin. Ils se divisent naturellement en deux 
classes : comptes avec divers particuliers; comptes avec les capi- 
taines de différents châteaux. A la première appartiennent plu- 
sieurs pièces du commencement de mai, concernant un règlement 
avec Jean Régnant, le maire de Poitiers (de XXVI à XXX) ; 
d'après des objets fournis, il semble que Jean Régnant était sur- 
tout marchand de draps ; cependant on y trouve aussi du vin, un 
cheval et, à diverses reprises, de l'argent. Il n'est que juste de 
reconnaître qu'une partie de ces draps et de cet argent avaient 
été pris pour l'entretien des gens d'armes. 

Ce compte est clos le 7 mai. Le même jour, le duc de Berri 
donna à son chambellan Hervé le Coch les droits appartenant à 
la charge de connétable et de portier de Cognac, c'est-à-dire les 
hôtages (XXXII). Ce don paraît avoir été fait pour remplacer un 
droit pareil dont le donataire avait joui sur la ville de Saint-Jean- 
d'Angély. Le lendemain, nous trouvons un mandement au rece- 
veur de Berri, Guillaume de Saint-Germain, pour qu'il paie les 
gages de 50 liv. dus à Philippe de la Châtre comme maître des 
eaux et forêts de Berri, quoique, par suite de l'absence du tréso- 
rier général et de ses lieutenants, l'exécutoire manque aux lettres 
de retenue (XXXII). 

Viennent ensuite les comptes avec divers capitaines de châ- 
teaux du Poitou. Celui de Jean de Contes, capitaine de Chizé, est 
assez compHqué (XXXIII à XXXVI). On y voit qu'aucune 
montre et revue n'avaient été faites à Chizé depuis le 17 mars 
1374. Le compte se règle par une cote mal taillée, et à l'avenir, 
à partir de la Saint-Jean prochaine, Jean de Contes se paiera 
avec les revenus de la châtellenie de Villeneuve dont il est nommé 
châtelain. Dans son mandement, le duc prévoit le cas où le rece- 
veur de Poitou ne pourrait payer entièrement la somme due. Avec 
une dépense excédant la recette, un pareil état ne doit point 
surprendre. Aussi dans les mandements du duc, après l'ordre de 
payer, la restriction : « Ou faites tant qu'il s'en tiengne pour 
content » revient fréquemment. Cette affaire fut réglée le 10 mai. 

Deux jours après avoir écrit au comte de Savoie, le duc de 
Berri comptait avec Huet Le Prévost, châtelain de Pons 
(XXXVII) . Nous pensons qu'il s'agit ici du château dont Frois- 
sart a raconté la reddition (éd. S. Luce, t. VIII, p. 75) à l'armée 



234 REGISTRE DE BARTHE'lEMI DE NOCES. 

française, où se trouvait son seigneur Renaud de Pons. L'acte 
nous apprend que H. Le Prévost n'en était plus châtelain depuis 
le 27 avril et nous révèle l'existence d'une ordonnance faite à 
Niort le 16 octobre 1374, par laquelle plusieurs châtelains, celui 
de Pons en particulier, avaient été réduits à plus petits gages. 
Après le compte de Huet Le Prévost, un mois s'écoule sans nou- 
velle inscription. Ce temps fut employé par le duc à une chevau- 
chée devant Cognac dont les historiens contemporains ont conservé 
le souvenir. Les Anglais, qui tenaient cette ville, avaient promis 
de la rendre si elle n'était point secourue avant le mois de juin. 
Ce fut pour l'occuper que le duc s'y rendit avec Duguesclin, qui 
venait de délivrer Montmor dans l'île de Ré*. Dans la prévision 
sans doute d'une entrée triomphale dans Cognac, la duchesse fit à 
cette occasion présent d'un chapeau de perles à son mari^ Ce fut 
le l*"" juin qu'eut lieu la reddition de cette place. Les comptes de la 
Chambre aux deniers du duc sont pleins de mentions ayant rap- 
port à cette affaire. Comme concernant des personnages dont nous 
avons eu à parler, nous mentionnerons un prêt de 800 liv. fait 
par Denis Gillier, le 24 mai, pour la chevauchée de Cognac^, et 
un autre fait par Barthélemi Spifame pour la même causée Notre 
registre contient une lettre de félicitations de Charles V à son frère 
(XXXVIII) : après l'avoir complimenté sur sa beUe conduite, il 
ajoute que : « les messages du pape sont venus aujourd'hui de 
Bruges, » où se trouvent encore les ducs de Bourgogne et de Lan- 
castre, ce qui nous reporte aux négociations qui aboutirent à la 
trêve du 27 juin^ La réponse du duc fut portée par un chevalier 
du nom de Renaud de Montléon; beaucoup plus longue, eUe ne 
contient rien à noter, sinon que le duc s'excuse de ne pas écrire 
toute la lettre de sa main parce qu'il vient d'avoir la fièvre, mais il 
prévient le roi que son messager est chargé de lui exposer diverses 
choses de sa part, « et aussi ledit raessire Regnaut a à faire par 
devers vous pour son fait. » Il est possible que le duc de Berri 
l'ait chargé de traiter de quelque requête financière, car, le len- 
demain 13 juin, il envoyait aussi à Paris au chancelier de France 
et à son procureur le messager Perrinet, « touchant le fait de 

1. chronique des quatre premiers Valois, p. 252. 

2. KK. 252, fol. 62 v°. 

3. KK. 252, fol. 43 r°. 

4. KK. 252, fol. 84 r. 

5. Froissart, t. VIII, p. cxxv, cxxxiv, cxxxv et cxlii. 



REGISTRE DE BARTHe'lEMI DE NOCES. 235 

l'imposition du Poitou*. » Comme il existe un acte de Charles V 
confirmant à R. de Montléon des terres confisquées en Poitou sur 
Robert de Grantonne^, il n'est guère douteux que nous ne con- 
naissions l'objet des demandes personnelles qu'il avait à faire. 

A Poitiers, le duc s'occupa encore du règlement des dépenses 
de ses garnisons. Le compte de Léonet de Pannevaire, châtelain 
de Lusignan (13 juin), est détaillé avec le soin que comporte l'im- 
portance de cette forteresse (XL à XLII). En 1374, L. de Pan- 
nevaire avait pour ses gages 25 fr. par mois ; ses hommes d'armes 
étaient payés 12 fr. et ses arbalétriers 8 fr.; à la même époque, 
les arbalétriers de Pons n'étaient payés que 6 fr. On voit donc 
que leurs gages étaient dépendants en une certaine mesure du 
risque encouru. Aussi avons-nous déjà vu qu'en octobre 1374 
le duc ramena plusieurs châtelains à plus petits gages. Le duc 
retint ensuite Léonet de Pannevaire à de nouvelles conditions 
(14 juin). Le nombre des hommes d'armes, en octobre 1374, était 
de vingt-neuf, et celui des arbalétriers de dix ; il avait depuis peu 
à peu diminué; la nouvelle retenue prévoit seulement neuf 
hommes d'armes, dont les uns sont payés 8 fr. et les trois autres 
6 fr.; les arbalétriers ne sont plus que trois, payés 6 fr. Cette 
double diminution, dans le chiffre de la garnison et le chiffre des 
gages, en dit long sur la sécurité croissante du pays pendant le 
règne de Charles V. 

Nous trouvons ensuite un compte avec un certain Philippon 
Jaques (XLIII à XLIV). Les dépenses consistent surtout en 
argent ou provisions avancées pour l'hôtel ou les frais de la 
guerre. Citons en outre la somme de 38 liv. 7 s. 6 d. pour avoir 
gardé un certain temps « deux beux , un cerf et les oiseaux » 
du duc; il s'agit là de quelques-unes de ces bêtes dont nous le 
savons si curieux. Les oiseaux sont sans doute des oiseaux de 
volière ; la somme est trop petite pour se rapporter à la faucon- 
nerie. En outre, le duc avait à Poitiers un jardinier, comme nous 
l'apprend le mandement pour payer J. de Montdorin (21 juin) 
(XLV). 

La dernière pièce datant du séjour que fit le duc en Poitou au 
printemps 1375 est encore une cote mal taillée avec Perce val de 
Culoigne (XL VI). Le duc promet de lui payer en bloc la somme 

1. KK. 252, fol. 72 r'. 

2. JJ. 100, n- 117. 



236 REGISTRE DE BiRTHELEMI DE NOCES. 

de 1,200 fr. Perceval de Culoigne avait rempli diverses missions 
militaires depuis le mois de novembre 1374, où il avait été engagé 
pour chevaucher par tout le pays du Poitou pour le défendre ; 
depuis il avait assisté à la journée de Cognac, toujours avec un 
certain nombre de chevaliers. Les gages de chevaliers sont comp- 
tés à 30 fr. et ceux d'écuyers à 15 fr.; mais, en somme, P. de 
Culoigne reçut un paiement en bloc. 

Ici finissent les pièces que nous fournit le séjour du duc en Poi- 
tou au printemps de 1375. Par ordre chronologique suivent des 
lettres de rémission accordées à un bouvier de Cebazat près de 
Clermont, qui, par imprudence, avait causé la mort d'une vieille 
femme. Cebazat étant en Auvergne, on pourrait, d'après le lieu, 
supposer que le duc à ce moment-là était dans cette province ; 
toutefois le nom de lieu est absent de la date. On sait que les 
lettres du 14 décembre 1357, instituant le duc deBerri lieutenant 
général en Languedoc, lui concédaient le droit de donner des 
lettres de grâces 

Au mois de mars de cette année avait été réglé un litige exis- 
tant entre le roi et le duc de Berri au sujet des apanages de ce 
dernier. Lorsque celui-ci était otage en Angleterre, Charles V, 
alors régent, avait institué des baillis ou sénéchaux pour y 
juger des cas royaux. Par ses lettres du 3 mars 1375 (n. st.), 
il confirma son frère dans la possession de ses apanages, déclara 
à nouveau que les officiers qu'il y avait établis n'auraient juridic- 
tion que sur les cas royaux, et enfin qu'ils ne résideraient point 
sur les terres du duc (XLIX). Sauf ce dernier point, on ne voit 
pas trop en quoi cet acte innovait. Toutefois, comme il nous est 
présenté comme un accord ou une concession, il est probable, ou 
que les officiers royaux empiétaient sur leurs attributions, ou 
que leurs fonctions n'étaient pas aussi bien définies que le dit 
l'exposé des motifs. Dans notre registre, cette pièce est précédée 
de la donation de l'Auvergne au duc de Berri par le roi Jean, son 
père (XLVIII) . On s'explique assez de voir ces deux pièces jointes 
à cause de leur connexité, mais nous ne voyons pas à quel 
moment ni à propos de quoi elles ont été insérées. Elles sont 
transcrites d'après des exemplaires revêtus de plusieurs formules 
de vidimus, dont la dernière porte le nom d'Ascehn de Mâches, 
que nous connaissons déjà comme secrétaire du duc, et que nous 

1. Histoire du Languedoc, édit. Privât, t. X, col. 1134-35. 



REGISTRE DE BARTHÉLEMI DE NOCES. 237 

retrouvons comme garde du sceau établi en Auvergne, c'est-à- 
dire à Riom, et est datée pour les deux actes du 16 mai 1375. Or, 
à cette époque, le duc et B. de Noces étaient à Poitiers. On ne 
pourrait donc la classer à cette date précise, car il faudrait tenir 
compte au moins du temps nécessaire pour aller de Riom à Poi- 
tiers. Devant cet élément d'incertitude, nous avons préféré placer 
ces pièces après les lettres de rémission de G. de Cerlède. Comme, 
d'après les formules de vidimus, elles ont été copiées pour quelque 
affaire d'Auvergne, cet ordre a l'avantage de réunir des pièces 
concernant le même pays, peut-être même de se rapprocher du 
moment réel de leur inscription dans notre registre, si le duc de 
Berri est venu dans cette province pendant l'été de 1375. Enfin 
l'ordre des pièces rédigées en Poitou n'est point coupé par une 
pièce d'ordre différent. C'est également ici, faute de mieux et par 
les mêmes considérations , que nous plaçons le duplicata de la 
quittance de Hugues de Froideville (L). 

Ici le registre nous fait sauter brusquement plus d'une année, 
et nous transporte du mois d'août 1375 au mois de décembre 
1376. Le 15 de ce mois, à Mehun-sur-Yèvre , le duc donnait 
un mandement pour faire payer 400 fr. à Jean de Lussan, gou- 
verneur de Civray (LI). Le texte semble révéler un des expé- 
dients financiers dont le duc était coutumier. Les 400 fr. dont 
il est question étaient primitivement dus à Louis de Saint- Julien 
pour reste de plus grande somme pour laquelle le duc lui avait 
d'abord engagé la terre du Blanc. Or, Louis de Saint-Julien 
était lui-même débiteur de Jean de Lussan. Le duc de Berri se 
chargea de cette seconde dette, se substituant à Louis de Saint- 
Julien comme débiteur de Jean de Lussan, celui-ci donna quit- 
tance à L. de Saint- Julien, et le duc de Berri manda de payer 
Jean de Lussan. Ce changement de la personne du débiteur, suivi 
d'un ordre immédiat de payer le créancier, se comprendrait mal 
n'était la réserve habituelle : « ou d'icelle le assignez, si et par 
telle manière qu'il s'en tiengne pour content »; en fait, le duc à 
un créancier pressé s'en substituait un plus patient. De la Sale, le 
18 décembre 1376, le duc mande de payer 600 fr. à Jean de 
Bueil, reste de 1 ,000 fr. dus pour la rançon d'un prisonnier anglais 
(LU) ; il est probable qu'il s'agit encore là d'une des clauses delà 
reddition de Lusignan. Les lettres d'attache des gens des comptes 
du duc pour ce mandement sont seulement du 25 janvier 1377. 

L'année 1377 n'est représentée dans notre registre que par 
deux groupes de pièces. Le premier concerne la donation faite 



238 REGISTRE DE BARTHE'lEMI DE NOCES. 

par Charles V de tous les profits à provenir pour deux ans de la 
recherche des biens acquis par les ecclésiastiques dans les domaines 
du duc. Il est à remarquer qu'en faisant ce don le roi pourvoit à 
la nomination des officiers chargés de faire les recherches et de 
percevoir les droits. Pierre Berieu ou Berieuf fut chargé à la fois 
de l'office de faire les recherches et d'être receveur, et il partagea 
ce dernier office avec Etienne Duchâtel. Comme P. Berieu était 
de Clermont, il semble bien qu'il était proposé par le duc de Berri, 
et qu'en retenant pour lui sa nomination le roi n'était point mû 
par un sentiment de méfiance contre son frère (LUI à LVI). 

Avec les dernières pages, nous revenons aux engagements de 
joyaux que nous avons déjà vus au début. Le 29 janvier 1377, le 
duc, pour la somme de 6,200 fr., donnait en gage un certain 
nombre de bijoux soigneusement énumérés à un Florentin demeu- 
rant à Paris, nommé Bernard de Chinon. Chose curieuse, cet 
emprunt était lui-même destiné en partie au paiement de diverses 
pièces d'orfèvrerie commandées à Simon de Dammartin, et de 
vaisselle plate (LVII et LVIII). Le duc engageait des bijoux pour 
en acheter d'autres. Parmi ceux-ci on remarque un reliquaire 
pour les reliques de sainte Catherine donné à M™ d'Orléans ; on 
y voit aussi un bijou donné à la belle-fille du valet de chambre 
du duc, Harpin, probablement à l'occasion de son mariage. Fidèle 
à ses habitudes, le duc avait d'abord pour cela engagé un rubis 
servant d'enseigne à Harpin lui-même. Bernard de Chinon était 
probablement un changeur ; parmi les 6,200 liv. que lui devait le 
duc entrent en compte certaines pierres précieuses. Ensuite nous 
voyons le duc descendant purement et simplement chez les usu- 
riers (LIX à LXII), ce qui nous vaut une nouvelle hste de somp- 
tueux joj^aux. Les uns furent portés, le 8 mars 1377, chez une 
juive nommé Précieuse, puis, satisfait sans doute de la somme 
prêtée sur ce gage, le duc en envoya d'autres le lendemain ; les 
uns et les autres devaient être retirés le 1^'" mai. Mais ils y étaient 
encore à la fin d'octobre. En fait le duc empruntait à 68 7o- Le 
nom de Précieuse la juive n'est point inconnu ; il en est question 
dans les extraits des journaux du trésor publiés par M. H. Moran- 
villé^ 

Nous voici arrivés à la dernière pièce; c'est un compte de 
quelques sommes reçues par le tailleur du duc, Alain de Garnapy 
(LXIII). La dernière mention, commençant ainsi : <.< Item plus 

1. Bibliothèque de VÉcole des chartes, t. XLIX, p. 375. 



REGISTRE DE BARTHELEMI DE NOCES. 239 

que je Barthelemi lui baillé ce xxix décembre l'an dit », a le 
double mérite de fournir une nouvelle preuve que Barthelemi de 
Noces est bien l'auteur du registre, et une date précise pour le 
moment où il cessa d'être en usage. 

Si, au bout de cette rapide analyse de ce registre, le lecteur 
désire en avoir une vue d'ensemble, il remarquera qu'il contient 
cinq groupes de pièces espacés entre le 3 février 1374 et le 
29 décembre 1377. Le premier se compose des budgets dressés à 
Nonette et d'une ou deux pièces secondaires. Un intervalle de 
plusieurs mois le sépare du second. Celui-ci nous transporte en 
Poitou de septembre à novembre 1374 ; il est composé de pièces 
de compte relatives à la reddition de Lusignan. Le registre ne 
sert plus de nouveau pendant plusieurs mois, mais, à partir du 
11 mars 1375, il reçoit de nombreuses pièces jusqu'au 29 juin. 
Ce troisième groupe forme, à proprement parler, le corps du 
volume. Pendant ce temps-là, le duc est à Paris, et les actes ins- 
crits sont des libéralités royales, des assignations pour le paie- 
ment de diverses dettes, puis à Poitiers, et les actes sont alors 
des lettres relatives au projet de mariage de Bonne de Berri avec 
Amédée de Savoie, des comptes avec divers créanciers et aussi avec 
plusieurs capitaines des places de Poitou. Le quatrième groupe 
est un peu une dépendance du troisième ; il comprend des lettres 
de grâce, les vidimus de la donation de l'Auvergne au duc de 
Berri et d'un accord avec le roi sur les droits des baillis royaux 
dans ses apanages, pièces indiquant peut-être un séjour du duc 
en Auvergne. A partir de ce moment, les inscriptions deviennent 
plus rares, et un intervalle de plus d'un an se passe sans qu'il 
en soit fait de nouvelles. Le dernier groupe ne comprend que 
quelques pièces, et il s'étend du 15 décembre 1376 au 29 dé- 
cembre 1377, on y trouve deux règlements avec des officiers du 
duc, Jean de Lussan et Jean de Bueil, quelques actes relatifs au 
don fait au duc de Berri par Charles V touchant les droits de 
franc-fief dans ses apanages, puis des engagements de joyaux, et 
enfin une mention touchant les sommes dues à Alain de Garnapy 
clôt à la fois le registre et sert sans doute de trait d'union avec 
quelque autre. Elle a été cancellée, et une note marque qu'elle est 
inscrite ailleurs. Comme elle porte la marque de l'intervention 
personnelle de B. de Noces, il y aura présomption que le registre 
où elle se trouvera sera aussi son œuvre. 

E. Teilhard de Chardin. 



240 REGISTRE DE BARTHe'LEMI DE NOCES. 



I (Fol. 4 a 7). 

C'est l'avis des finances de monseigneur le duc, de tous ses pais, 
tant des ordinaires comme extraordinaires, de tout un an, à com- 
mencier le premier jour de janvier l'an mil CCCLXXIII, fait de 
mondit seigneur à Nonnète, le iij^ jour de février ensuivant, en 
la présence de tout le conseil. 

Recepte. 

Premièrement, de l'ordinaire de Berry, ij" frans. 
Du tiers des aides de Berri, rabatu ce qui est dehu au receveur, 
environ viij" v<= frans. 
Des rentes dez blés, rabatues les charges, ij'= xvj septiers. 
Du tiers dez aides d'Auvergne, environ viij'" frans. 
De l'ordinaire d'Auvergne, environ xij'' frans. 
Du grenetier de Riom, des blés, ix'= septiers. 
Du grenier de Montferrant, despensé. 
Du grenier de Nonnète, des blés, ij"^ iiij''^ septiers. 
De luy en argent, xl 1. 

Du tiers dez aides de Saint Plour, ij"" ix<= frans. 
De l'ordinaire de Poitou, environ iij"* frans. 

Assignacions du Roy. 

Du receveur dez aides de Clermont, pour reste d'une assignacion 
de viij"^ frans, iij" iij'= xxxiij frans, j tiers. 

De luy, pour une assignacion de messire Estienne Roucy, lieute- 
nant de Jehan le Mercier, xij'^ frans. 

Du receveur des aides du diocèse de Bourges, pour assignacion 
dudit messire Estienne, viij'^ iiij'^'' xij frans. 

Du receveur des aides du diocèse de S' Flour, pour assignacion 
dudit messire Estienne, xij'^ frans. 

Du receveur de Mascon, pour le semblant, ij"' ij^ frans. 

De maistre Jehan des Bordes, lesquieulx il doit apourter de Paris, 
xiiijc frans. 

De la viscontesse de Thoart, mil frans. 

De l'aide novelle des Montaignes, xiijc frans. 

De l'aide novelle d'Auvergne, ij"" frans. 

Somme : xl'" c Ixv frans j tiers, et de blés xiij'= iiij'^^ xvj septiers. 



REGISTRE DE BARTHE'lEMI DE NOCES. 244 

Avis de la despense dudit an. 

Pour la despense de monseigneur ordinaire et extraordinaire et 
pour les couz et fraiz de son conseil, xxx"" frans. 

Pour la despense de madame et de Charles monseigneur, en toutes 
chouses, environ viij'" ij" frans. 

Au viconte de Ghastelleraut, ij" c frans. 

Pour les joyaux de monseigneur qui sont à Avignon, mil frans. 

A messire Jaques Loup, pour le chastel de Clavers, m v<= frans. 

A Jehan de Lusson, pour ses gaiges, Ix frans. 

Au sire de Nantoillet, sur ce qui lui est deu pour sa rente de Tous- 
sains derrenièrement passée, ccc frans. 

A messire Pierre de Sémur, 111]"= frans. 

Au sire de Bellenave, 1]*= xx frans. 

A messire Guillaume de Villebeuf, par messire Guischart de Marzé, 
ij'' frans. 

A Guillemin de Nade, c frans. 

A maistre Régnant le fuzicien, v^ frans. 

Aux reloges de Bourges, iiij<= iiij'^'f frans. 

Aux charges de l'église de Bourges, iiij<= frans. 

Au bastiment de Nonnète, iiij™ ij'= Ix frans. 

Aux chappellains de monseigneur, ij"" v^ frans. 

A eulz sur leurs restes, v^ frans. 

Uj"» vijc XX frans. 

Avis de gaiges et pensions pour an. 
A monseigneur de Sanceurre, xijc frans. 
A monseigneur le chancellier, mil frans. 
A monseigneur de Cousant, viijc frans. 
A monseigneur de Nantoillet, vjc frans. 
Au chastellain de Nonnète, ij^ frans. 
Au trésorier de monseigneur, vjc frans. 
A Barthélomi de Noces, ij° frans. 
A Colas Mengin, cl frans. 
Au paieur des euvres de Nonnète, c frans. 
Aux ij clers de la Chambre des comptes, Ixiiij frans. 
A Jehan le Masle, contrerouleur, l frans. 
A messire Guy de Montigny, c frans. 
Au vicaire de Clermont, ijc xl frans. 
A messire Guischart de Marzé, vj^ frans. 
Au cardinal de la Tour, v^ frans. 



242 REGISTRE DE BARTHE'lEMI DE NOCES. 

A Jehannin l'orfèvre, iij<= frans. 

A Eslienne Lanelier, iij<^ frans. 

A Pierre la Coste, c frans. 

A maislre Guy de Dompmartin, c frans. 

Aux gens des comptes, iijc frans. 

Au chastellain de Vierzon, l frans. 

Au chastellain de Mehun, l frans. 

Au chastellain de Dun le Roy, l frans. 

Au receveur de Berri, c frans. 

Au conseil de Paris, viij^^ frans. 

Aux grenetiers de Riom et Montferrant, xl frans. 

Au chastellain de Grèvecueur, l frans. 

Au receveur d'Auvergne, c frans. 

A Maupas, l frans. 

A maistre Jacques le Biccon, xl frans. 

Aux trois contrerouleurs des aides de Berri, d'Auvergne et des 
Montaingnes, cl frans. 

A Madame Gile de Gaumont, iiij'^'' frans. 

A Jehannet du Char, c frans. 

viijmi yc xxiiij frans. 

Somme toute despense : Ixj"" ijc xliiij frans. 

Ainssi monte la despense plus que la recepte, environ xxj'"iiij" frans, 
senz l'aide du Roy que monseigneur doit prendre, de vj^^ p. pour 
moys, et senz les blés, qui montent xiij'^ iiij^^^ xvj septiers. 

Autre avis d'autre despense de gaiges d'officiers pour l'an devant dit. 

A monseigneur de Senceurre, pour ses gaiges, xi]*: frans. 

A messire le Ghancellier, mil frans. 

Au sire de Gousant, viij= frans. 

Au sire de Nantoillet, vj«: frans. 

A messire Jaques Loup, ij"^ frans. 

Au trésorier, vj^^ frans. 

A Barthelomi de Noces, ij^ frans. 

A Colas Mengin, cl frans. 

A Guiot de la Forge et Thomas de la Ghaux, Ixiiij frans. 

A Jehan Bouton, paieur des euvres de Nonnète, c P. 

Jehannin le Masle, contreroleur, pour un an, l 1'. 

A Jehannin l'orfèvre, pour an, liit: frans. 

1. Le texte porte viijxx. L'addition donne 8564 au lieu de 8524. 



REGISTRE DE BARTHe'lEMI DE NOCES. 243 

A Estienne Lanelier, iij^ frans. 
A maistre Jaques le Breton, xl frans. 
Au vicaire de Glerraont, ij^ xl frans. 
A messire Guy de Montigny, c frans. 
A Pierre la Goste, c frans. 
A Denis Giilier, c frans. 
A messire Guischart de Marzé, vj<^ frans. 
Aux iiij cardinaulz, mil frans. 
A maistre Guy de Dompmartin, c frans. 
Aux chappellains, ij™ "v<^ frans. 
Aux gens des comptes, iij= frans. 
Au bastiment de Nonnete, iiij"' ij<: frans. 
Au vicaire de la tour de Bourges, l frans. 
Au chasLeilain de Vierzon, l frans. 
Au chastellain de Mehun, l frans. 
Au chastellain de Dun le Roy, l frans. 
Au receveur de Berri, l frans. 
Au conseil de Paris, viij''^ frans. 
Aux grenetiers de Riom et Monlferrant, xl frans. 
Au chastellain de Crèvecueur, l frans. 
Au receveur d'Auvergne, l frans. 
A Maupas pour an, l frans. 

Aux chastellains de la Salle et de Goncressaut, sur leurs huifîruicz. 
Aux seneschaux, baiUifs, advocas, procureurs et chanceliiers, sur 
les exploiz. 
Aux secrétaires, sur les émolumens de la chancellerie. 

Gouz et fraiz par journées ^ 

A monseigneur de Sanceurre, pour jour, vj frans. 

A monseigneur le cliancellier, pour jour, iij frans. 

A monseigneur de Gousant, pour jour, iiij frans. 

A monseigneur de Nantoillet, pour jour, iij frans. 

A mestre Régnant, pour jour, j franc et demi. 

Au vicaire de Glermont, pour jour, ij frans; pour demi an, 
iij'= Ixv frans. 

Somme : xix" viij<= Iij frans xv s. 

Pour la despense monseigneur, ordinaire et extraordinaire, 
xxx™ frans. 

1. En marge : « Et valant pour an vj"" iijc iiijxx vij frans et demi, mes par avis 
l'un pour l'autre pourra servir demi an qui valent iij" c iiijxx xiij frans et xv s. » 



244 REGISTRE DE BARTHE'lEMI DE NOCES. 

Pour la despense de madame, viij" frans. 
Somme : Iviij" ij frans xv s. 

Pour madame, qu'elle devoit en Berri, environ viij'" frans. 

Aux joiaux de monseigneur à paier à présent, mil frans. 

Au visconte de Chastelleraut, ij" c frans. 

A Jehan de Lussan, Ix frans. 

A messire Jaque Loup, m v^ frans. 

Pour les vj litz envoyez à Nonnette, iiij'"^ viij frans demi. 

A Jehannet de Brioude, vj^'' frans. 

A Barthelomi, pour la despense monseigneur depuis qu'il vint en 
Auvergne, la somme de ij"" ix^ Ixv frans. 

A monseigneur de Nanloillet, que lui sont deuz pour le terme de 
Toussains derrenièrement passé, iij<^ frans. 

A messire Pierre de Sémur, iiij<= frans. 

Au sire de Balenave, ij<^ frans. 

A messire Guillaume de Villebeuf, ij<= frans. 

A Guillemin de Nade, c frans. 

A Ghauvigny, qu'il a surpaie, m v<= frans. 

Somme : xviij'" v<: xxxiij frans et demi^ 

Recepte. 

Le tiers des aides de Berri, valant environ x"" frans. 

L'ordinaire de Berri, environ ij" frans. 

Les rentes des blés et des moulins, paies les charges, xviij'"^ 
froment. 

Le tiers des aides d'Auvergne, environ viij" frans. 

Le domaine d'Auvergne, en argent, xij'^ frans. 

Les greniers de Riom et Montferrant, ix= septiers de blés. 

Froment et avoyne, car cellui de Montferrant est despendu ceste 
année ; le blez grenier à Nonnette, xiiij'^^ septiers. 

Item, en argent, environ xl P. 

Item, plus le grenier de Riom, viij tonneaux de vin qui sont euz 
donnez à Jehan de Noval les vj . 

Item, le tiers des aides du diocèse de Saint Plour, environ iij" frans. 

Du domaine, nient. 

Les exploiz nient, car les officiers s'en paient de leurs gaiges. 

1. Le total est ramené au nombre rond, l'addition donnerait 48 francs de moins. 

2. La lettre m est peut-être ici l'abréviation de muid. 



REGISTRE DE BARTHELEMI DE NOCES. 245 

Assignacion du Roy. 

Du receveur des aides de Glermont, de reste d'une assignation de 
viij" frans, iij"' iij^ xxxiij frans. 

Dudit receveur, pour assignacion de Jehan le Mercier, xij^ frans. 

De Ghauvigny, pour assignacion de Jehan le Mercier, viij<= iiij'^'^ 
xij frans. 

Du baille de Saint Flour, pour assignacion dudit Jehan le Mercier, 
xij<: frans. 

Du receveur des aides de Mascon, par semblable assignacion, envi- 
ron ij"" iijc frans. 

Du subside nouvel des Montaingnes, environ xij^ frans. 

Du subside d'Auvergne, ij"" frans. 

Somme : xxxvj™ iij<: Ixv frans j tiers, et tous bléz xiij^ iiij'f^ 
xvj septiers. 

Item, plus, que mestre Jehan des Bordes doit apourter de Paris, 
xii!j<: frans. 

Somme toute : xxvij™ vijc Ixv frans j tiers. 

A maistre Régnant, v^ frans. 

Au reloige de Bourges, v^ frans. 

En toutes autres charges d'Églises et laiz, environ v^ frans. 

Somme toute de despense : Ixxviij"" xxxvj frans j quart. 

Ainsi monte plus la despense que la recepte, xl°' ij^^ Ixxj frans. 

Dont monseigneur prendra sur le Roy, asséné au pais de Poictou, 
iij': paies pour vj mois, qui valent xxvij" frans. 

Et reste xiij™ ijc frans. 

II (Fol. 23). 

Jehan, filz de roy de France, duc de Berri et d'Auvergne, conte de 
Poitou , de Xantonge et de Engoulesme. A touz ceulz qui ces pré- 
sentes lettres verront et orront, salut. Savoir faisons que, comme, 
pour les bons et aggréables services que nostre amé Phelippon de la 
Ghastre, mestre d'ostel de nostre très chière et très amée compaigne 
la duchesse et mestre de noz eaux et forestz en nostre sénéchaussée 
de Berri, nous a faiz du temps passé, fait encore senz cesser de jour 
en jour et espérons qu'il nous fera ou temps avenir, et aussi en 
récompensacion de la somme de quatre cens cinquente livres tour- 
nois, que nous lui devions et estions tenuz, et pour la cause contenue 
en certainnes noz autres lettres, lesquelles il nous a aujourduy ren- 

^89^ 47 



246 REGISTRE DE BARTHe'lEMI DE NOCES. 

dues et mises par devers nous es mains de nostre chancellier, nous 
à ycellui Phelippon de la Ghastre donnons et avons donné par la 
tenneur de noz présentes lettres pour le cours de sa vie et tant comme 
il vivra, cinquante livres de terre, à prandre et avoir en la manière 
qui s'ensuit : c^est assavoir que nous lui baillons et avons baillié 
noz moulins de Vierzon et les proufîs et émolumens d'iceulz pour la 
somme de quarente livres tournois, et sur les vj tonneaux de vin que 
nous prenons et avons acoustumé à pranre et que nous doivent les 
hommes et habitans de Ghastelneuf sur Cher, deux tonneaux de vin 
chacun an pour dix livres tournois; lesquieulx noz moulins de Vier- 
zon ledit Phelippon de la Ghastre nous a promis et juré et nous' en a 
obligié soy et ses biens et les biens de ses hoirs à les tenir et main- 
tenir en bon estât à ses propres coux et despens, tant comme il vivra. 
Si mandons et commandons à Raymont Goustave, nostre trésorier 
général, etc. Donné à Glermont en Auvergne soubz nostre grant seel, 
le XVI'"* jour de février l'an de grâce mil CGG LX et treze. Ainssi 
signé : par monseigneur le duc, présent son conseil, auquel mon- 
seigneur le conte de Sencerre, vous et monseigneur de Nantoillet 
estiés : B. de Noces. 

III (Fol. xvir et xviii). 

In nomine Domini, amen. Per hoc presens publicum inslrumen- 
tum cunctis pateat evidenter, quod, anno ejusdem millesimo GGG° 
septuagesimo quarto, indictione xii*, die secunda mensis octobris, 
pontifficatus sanctissimi in Ghrislo patris et domini nostri domini 
Gregorii divina providencia pape undecimi anno quarto, régnante 
inclito principe et domino nostro domino Karolo, Dei gracia Franco- 
rum rege, anno sui regni xi""", cum per tractatum inter illustrem 
principem et dominum , dominura Johannem régis quondam Fran- 
corum fîlium et dicti domini nostri régis germanum, ducem Biturie et 
Alvernie et comitera Pictaviensem ex una parte, et dominum Thomam 
dePerci, militem, et Anglicos munitionis seu garnisionis castri Lesi- 
gnaci ex altéra, habitum et inhabltum super expedicione et libera- 
cione, que heri facta fuit eidem domino duci de Castro predicto, pre- 
fatus dominus dux, ut dicebat, redempciones omnium captivorum 
seu prisionariorum municionis seu garnisionis predicte solvere tenea- 
tur, cumque Johannes Gressewaille anglicus, olim unus de garni- 
sione predicta, prisionarius dilecti nostri Ludovici de Sacrocesare, 

1. Le manuscrit porte a non. » 



REGISTRE DE BARTHÉLEMI DE NOCES. 247 

militis, marescalli Francie, eidem marescallo in summa sexcies mille 
francorum auri pro redempcione sua teneretur, hinc est quod, in 
mei notarii publici et testium subscriptorum presencia, personaliler 
constitutus prefatus dominus dux, sciens, prudens et sponte, non 
vi, non dolo, non metu ad hoc inductus confessavit et in veritate 
publiée recognovit, se légitime debere prefato domino marescallo, 
licet absente, me notario publico predicto présente, stipulante et reci- 
piente, nomine, vice et ad opus ipsius et omnium aliorum quorum 
interest, intererit seu interesse poterit in futurum, summam quin- 
quies mille francorum ex causa redempcionis dicti Johannis Gresse- 
waille, pro qua surama idem dominus marescallus vult prefatum 
dominum ducem, ut ipse dominus dux asserebat, esse quittum de 
dicta summa sexcies mille francorum auri : quam quidem summam 
quinquies mille francorum auri prefatus dominus dux et in defTec- 
tum ipsius Raymondus Goustave, thesaurarius ipsius et Bartholo- 
meus de Nuptiis, secretarius et clericus camere fînanciarum ejusdem 
domini ducis, et uterque eorum in solidum, qui se ad requestam 
ipsius domini fecerunt et constituerunt erga dictum dominum mares- 
callum, licet absentem, principales debitores, redditores et pagatores 
pro dicta summa quinquies mille francorum auri, promiserunt bona 
fide sua, et quilibet in solidum, per fidem suam in manibus mei 
notarii predicti ut supra stipulantis prestitam, et sub obligacione 
omnium bonorum suorum, mobilium et immobilium, presencium et 
futurorum quorumcumque, reddere et solvere prefato domino mares- 
callo seu ejus certo mandato ad terminos infrascriptos : videlicet in 
festo Ascensionis Domini proximo, mille francos auri; in festo 
Omnium Sanctorum postea immédiate sequenti, alios mille francos 
et sic deinceps in quolibet festo Ascensionis immédiate et Omnium 
Sanctorum mille francos, usque ad plenam et integram satisfaccio- 
nem summe quinquies mille francorum auri predicte. Pro quibus 
omnibus firmius attendendis et complendis prefati principales, et 
uterque eorum in solidum, promiserunt, quod in casu quo esset 
defectus in solutione predicta, quod absit, ipsi et uterque ipsorum 
personaliter se transférant ad tenendum hostagia suis propriis sump- 
tibus in villas vel Sancti Agniani ', vel de Gellis^, seu in castrum de 

1 . Saint-Aignan-des-Noyers (?), Cher, arrondissement de Saint-Amand-Mon- 
trond, canton de Sancoins. 

2. Selles-sur -Mahon(?), Indre, arrondissement de Châteauroux, canton 
d'Écueillé. 



248 REGISTRE DE BARTHELEMI DE NOCES. 

Sagona', in illum videlicet dictorum locorum quem dictus creditor 
duxerit eligendum, eL abhinc non recédant, quousque de summa seu 
summis débita vel debitis, pro terrainovel terminisjam elapsis, prefato 
domino creditori fuerit plenarie satisfactum, una cum dampnis, inté- 
resse, missionibus et expensis, quas dictum dominum creditorem ob 
deffectum dicte solucionis facere contingeret. Super quibus voluerunt 
credi suo simplici verbo, etc. Acta fuerunt hec Pictavis in palacio 
dicti domini ducis, presentibus venerabili et nobilibus viris, dominis 
Stephano Loypeau, presbitero, primo cappellano, Petro de Semuro 
cambellario, et Regnaudo de Monteleonis, magistro hospicii, militi- 
l)us, consiliarlis dicti domini debitoris, testibus ad hoc vocatis et 
rogatis, anno, indiccione, die, pontificatu et regno predictis, et pro 
majori securitate omnium predictorum prefatus dominus débiter 
promisit bona fide sua ut supra prestita servare dictos principales 
super predictis indampnes, volens et ex nutu expresse consenciens, 
quod ubicumque et quocienscumque prefati principales seu alter 
ipsorum reperient seu reperire polerunt fmancias ejusdem domini 
debitoris, usque ad summam pro quolibet termino debitam, ipsi, et 
uterque ipsorum, illas fmancias in solucione illius termini vel termi- 
norum et non alibi convertendas recipere, capere et exigere valeant, 
sine difficultate quacumque, absque eo quod, per ipsum dominum 
debitorem seu gentes sui consilii, qui nunc sunt vel pro tempore fue- 
runt, in hac parte impedimentum aliquod apponatur. Quod quidem 
impedimentum reverendus et nobiles viri domini abbas^ de Nobi- 
liaco^, Petrus de Giaco cancellarius et Guichardus de Marziaco miles, 
consiliarii dicti domini debitoris, bona fide sua in manibus meis dicti 
notarii prestita , non ppponere promiserunt , sed illud pro viribus 
impedire. Et prefatus dominus debitor promisit sub fide predicta, 
quod si contingat ipsum alias gentes in suo consilio habere pro tem- 
pore, ipsefaciet et procurabit, quod ipsi promiltanL capcionem, recep- 
cionem et exaccionem prediclas nuUatenus impedire, sed ut ita fiât 
dabunt opem et operam quas poterunt efficaces. 



1. Sagonne, Cher, arrondissement de Saint- Amand- Mon trond, canton de 
Sancoins. 

2. André de Montjean, Gallia christiana, t. II, col. 1243. 

3. Nouaillé, Vienne, arrondissement de Poitiers, canton de Villedieu. 



REGISTRE DE BARTHe'lEMI DE NOCES. 249 

IV (Fol. 39 a 40). 

(Copie.) 

Jehan, filz de roy de France, duc de Berry et d'Auvergne, conte 
de Poitou, à nostre amé et féal général trésorier Ray mon Goustave 
ou à son lieutenant, salut. Gomme monseigneur le Roy par ses lettres 
ouvertes et pour les causes contenues en ycelles, lesquelles lettres 
furent exéqutés par noz chiers et bien araés les généraulx esleuz de 
mondit seigneur, desquelles lettres de mondit seigneur et des exécu- 
toires d'icelles les teneurs s'ensuivent : 

« Charles, par la grâce de Dieu roy de France, à noz amez et féaulx 
les généraulx conseillers à Paris sur le fait des aides de noz guerres, 
salut et dileccion. Gomme noz améz et féaulx chevaliers et conseillers 
les mareschaux de France, occupez d'autres noz besoingnes, aient 
ordené en lieu d'eulz et commis Guillaume Bonnet, chevalier,' à aler 
veoir et recevoir les monstres et reveues des genz d'armes par nous 
ordenés demorer es pais de Poitou, Xantonge et Berry, soubz le 
gouvernement de nostre très chier et très amé frère le duc de Berry, 
nostre lieutenant esdiz pais, auquel chevalier, pour plus seurement 
faire son fait, nous avons ordenné avoir et tenir en sa compaignie 
dix hommes d'armes, sa personne comprise, ens et du nombre des 
genz dVmes que ordenez avons esdiz pais soubz ledit gouvernement; 
dont pour et ou lieu d'un homme d'armes, nous voulons qu'il puist 
avoir et tenir un clerc pour faire les escriptures appartenant à son- 
dit fait. Si vous mandons, que receu par vous dudit chevalier le sere- 
ment de bien et loialment veoir et recevoir les monstres et reveues 
desdites genz d'armes, estans soubz le gouvernement de nostredit 
frère, selon noz instruccions et ordennances faites sur ce, lesquelles 
nous voulons que par vous lui soient leues et monstrées, afin que, 
par faute de ce, il ne puist prétendre ignorance, vous à ycellui pour 
lui et ses gens jusques audit nombre de dix, comprise ens sa per- 
sonne, et dudit nombre, comme dit est, faites faire paiement, tant 
comme il vacquera et demourra oudit fait, par Jaque Regnart, tréso- 
rier de noz guerres ; c'est assavoir à ycellui chevalier de quarente 
frans d'or pour mois, jà soit ce que gaiges de chevalier ne montent 
que à trente frans pour mois, et aux autres genz de sa compaignie 
jusques audit nombre les gaiges ad ce ordenez. Et par rappourtant 
ces présentes, la monstre dudit chevalier pour lui et ses dites genz 



250 EEGISTRE DE BARTHe'lEMI DE NOCES. 

et quittance sur ce de luy, nous voulons et mandons à noz amez et 
féaulx genz de noz comptes à Paris, que tout ce que ainssi paie aura 
esté par nostredit trésorier, ilz allouent en ses comptes et rabatent 
de sa recepte senz contredit. Donné à Paris, le viij^ jour d'avril après 
Pasques, l'an de grâce mil CGC LXXIIII et de nostre règne le 
onziesme. » 

« De par les généraulx conseillers à Paris sur le fait des aides de la 
guerre, Jaque Renart, trésorier des guerres du Roy nostre sire, accom- 
plissez le contenu es lettres dudit seigneur, que nous vous envolons 
atachées à ces présentes soubz Tun de noz signez, par la manière 
que ledit seigneur le mande, en prenant de monseigneur Guillaume 
Bonnet, nommé esdites lettres, la monstre de luy et de ses genz, que 
ordenez lui sont par ycelles lettres, soubz son seel tant seulement. 
Donné à Paris soubz noz signez, le xj'^ jour d'avril, l'an de grâce 
mil CGC LXXIIII après Pasques. » 

Eust retenu ledit messire Guillaume Bonnet à dix hommes d'armes, 
sa personne comprise ens et oudit nombre, des genz d'armes ordenez 
es pais de Poitou, Xantonge et Berry soubz nostre gouvernement, 
sur certainne forme contenue es lettres de mondit seigneur dessus- 
dites, et ledit Guillaume Bonnet ait juré et affermé devant nous que 
il a vacqué oudit office et tenu ledit nombre de genz d'armes à lui 
ordenez par touz les mois d'avril et de may derreniers passés, senz 
ce que d'iceulz ait eu compte ne paiement, et ait volu et consenti 
d'avoir compte et paiement pour l'un desdiz mois tant seulement, et 
pour tant à lui compté et paie sera content. Nous vous mandons que 
audit messire Guillaume Bonnet, ou à son certain commandement, 
vous faciez compte et paiement des gaiges de lui et des dessusdiz 
hommes d'armes, selon le contenu des lettres de mondit seigneur 
dessusdites, pour l'un des dessusdiz mois tant seulement, en la 
manière qu'il appartiendra, et par rappourtant ces présentes lettres 
de recognoissance dudit messire Guillaume, tout ce que ainssi aurez 
compté et paie vous sera rabatu de voz comptes et déduit de vostre 
recepte, ou de cellui à qui il appartiendra, par noz genz des comptes, 
senz aucun contredit, ordennences, mandemens ou déffenses non 
obstant au contraire. Donné à Nyort, le xvj'= jour d'octobre, Fan de 
grâce mil GGG LXXIIII. Ainssi signé : Par monseigneur le duc à la 
relacion de son conseil : Ascelin. Gollacion est faite. 



REGISTRE DE BARTHÉLEMI DE NOCES. 25< 

V (Fol. XIV v° et xv). 

Copie de l'obligacion de vj^ frans d'or, que le Roy presta à mon-' 
seigneur Guillaume VArcevesque, seigneur de Partenay, et à 
Jehan Regnaui, maire de Poictiers, à paier à la Saint-Andrieu 
prouchain venant CGC LXXIIIIau Roy ou à ses gens, ou au pour' 
teur d'icelle. 

A tous ceuls qui ces lettres verront, Hugues Aubriot, garde de la 
prévosté de Paris, salut. Savoir faisons que pardevant Giles Blan- 
chart et Barthelomi Aignel, clers, notaires jurez du Roy nostre sire, 
de par lui establiz en son chastellet de Paris, furent personnelment 
establiz noble homme monseigneur Guillaume l'Arcevesque, cheva- 
lier, seigneur de Partenay, et Jehan Regnault, maire de la ville de 
Poictiers, en leurs propres et privez noms, lesquieulx affermèrent en 
bonne vérité, que à leur supplicacion simple, prière et requeste, le 
Roy nostre sire de sa bénigne grâce leur avoit et a preste la somme de 
six mille frans d'or du coing du Roy nostredit seigneur, comptans, 
pour leur propre fait et à leur très grant besoing et nécécité, laquelle 
somme de six mille frans d'or dudit coing yceulz chevalier et maire 
confessèrent devoir chascun pour le tout, sanz division, save l'un de 
l'autre, au Roy nostre sire pour la cause dessusdite, etc. En tesmoing 
de ce, nous, à la relacion desdiz notaires jurez, avons mis a ces lettres 
le séei de la prévosté de Paris, l'an de grâce mil CGC. LX. et qua- 
torse, le samedi seize jours de septembre. 

VI (Fol. 28 v''). 

Mémoire de deux chapeaux que Denis Gilier ost de monseigneur 

de Berry. 

Le v^ jour de novembre, l'an mil CGC LXXIIII, en la ville de 
Poictiers, présens messeigneurs de Sanceurre, de Ghastelleraut, le 
chancellier de monseigneur le duc de Berri et d'Auvergne, conte de 
Poitou, le trésorier, monseigneur Golas Mengin et plusieurs autres, 
mondit seigneur bailla à Denis Gilier^ bourgeois de Poitiers, deux 
grans chapeaux d'or, garnis de grans rubis, esmeraudes, saffirs et 
perles, lesquielx ledit trésorier, maistre Ascelin de Masches, secré- 
taire de mondit seigneur, et Harpin, son varlet de chambre, avoient 
apourtés de Avignon, où monseigneur les avoit, et tesmoigne ledit tré- 
sorier que qui eust voulu vendre lesdiz chapeaux audit lieu d'Avi- 



232 REGISTRE DE BARTHE'lEMI DE NOCES. 

gnon, que l'en en eust eu xij"" frans; louteffoiz mondit seigneur les 
a bailliés audit Denis, comme prédit est, pour la cause que s'ensuit. 
C'est assavoir que monseigneur de Partenay et le maire de Poictiers 
avoient emprunsté à Paris du Roy nostre sire la somme de vj" frans 
d'or, de laquelle somme lesdiz monseigneur de Partenay et le maire 
de Poictiers prestèrent à mondit seigneur le duc la somme de cinq 
mille six cens frans d'or, pour convertira la délivrance de Lésignen. 
Et pour ycelle somme paier et rendre ausdiz créanciers, furent pièges 
lesdiz monseigneur Ghastelleraut, monseigneur le chancellier, le tré- 
sorier, ledit Denis et Barthelomi de Noces dedens le terme de la 
Saint-André prouchain venant; et pour ce que lesdiz pièges soient 
seurs de eulx acquitter pour mondit seigneur, mondit seigneur leur 
a baillié, c'est assavoir audit Denis, pour eulz touz ensemble, les 
chappeaux dessusdiz en gaige pour ladite somme de v"" vj^ frans d'or, 
senz ce que en ne les puisse engaiger à aucune usure, fors tant seu- 
lement pour ladite somme, et touteffoiz mondit seigneur a ordenné 
comment la finance sera paiée en France avant ledit terme, se faire 
se puet, en aucune manière senz y convertir lesdiz chapeaulx ' . 

VII (Fol. 34 V et 35). 

Copie des lettres du don, vidimus du don que le Roy a fait à mon- 
seigneur le duc de Berry et d'' Auvergne, conte de Poitou, de la 
conté de Poitou. 

A tous ceuls qui ces présentes lettres verront et orront, Guillaume 
Gabereau, garde du seel aux contraux establi à Poictiers pour mon- 
seigneur le duc de Berry et d'Auvergne, conte de Poitou, salut. Savoir 
faisons nous avoir veu unes lettres du Roy nostre sire, patentes, 
scellées en laz de soye et en cire vert, sainnes et entières, non can- 
cellées, non viciées, ne en aucune manière corrumpues, contenant 
la fourme que s'ensuit : 

« Charles, par la grâce de Dieu roy de France, savoir faisons à tous 
présens et à venir, que, comme pour cause et occasion de la guerre 
que nous font Édouart d'Angleteri'e et Édouart son filz, en venant 
contre la fourme et teneur de la paix, laquelle ilz ont jurée sur le 
corps Nostre Seigneur sacré, les terres, pais, héritaiges et biens quelx- 
conques de nozdiz ennemis, estans en nostre royaume, soient et dolent 

1. En marge : « Ledit Denis a renda lesdiz joyaux à monseigneur. » 



REGISTRE DE BARTHELEMI DE NOCES. 253 

estre à nous appartenans et confisquez, nous attendens le très grant 
désir et affeccion, que nostre très chier et très amé frère Jehan, duc 
deBerri et d'Auvergne, conte de Mascon, lequel est moult petitement 
héritié selon son estât, a à nous et aux biens et prouffiz de nostre 
royaume, considérans aussi que la cité, conté, terres et pais de Poi- 
tou, que tiennent et possident ad présent nozdiz ennemis en nostre- 
dit royaume, furent autreffoiz bailliés par nostre très chier seigneur 
et père, que Dieux absoille, à héritaige à nostredit frère, avecques la 
terre de Belleville\ nous ladite cité, comté, terres et pais de Poitou, 
ainssi par la guerre et rébellion dessusdites ou autrement en quelque 
manière que ce soit à nous appartenans ou qu'elles nous puissent ou 
doivent appartenir ad présent ou en temps avenir, à nostredit frère 
en accroissement de son héritaige pour lui et ses hoirs mâles et légi- 
times perpetuelment, qui ystrontdeluy, avecques les noblesses, fiez, 
avantfiez, hommaiges et vassallaiges, droiz de patronages et colla- 
cions de bénéfices ecclésiastiques quelconques, chasteaux, villes, 
lieux et forteresses et toute juridiccion haute, moyenne et basse et 
segnories, renies et revenues, appartenances et deppendences quelx- 
conques des cité, conté, terres et païs dessusdiz, touz droiz royaulx 
exceptez tant seulement, avons donné et donnons de nostre certainne 
science, grâce espécial et royal puissance par ces présentes, à tenir, 
avoir et possiderycelles cité, comté, terres et païs de Poitou, avecques 
leurs appartenances et deppendences quelconques dessusdites et ses 
hoirs mâles légitimes perpetuelment, comme dit est, et en pariage, 
exceptez touz droiz royaulx, tant seulement à une foy et hommaige 
en souverainneté et ressort de nous et de noz successeurs roys de 
France, par ainssi toutevois que, s'il c'est que nostredit frère ou ses 
hoirs masles dessusdiz auront paisiblement la possession et saisine 
de la cité, comté, chasteaux, terres, lieux et païs de Poitou avecques 
leurs appartenances et appendences quelconques dessusdites, ou 
que il ne fausist ou restast que deux ou trois forteresses que nostre- 
dit frère n'eust paisiblement la conté et païs, terres et lieux dessus- 
diz, icellui nostre frère et ses hoirs masles dessusdiz seront tenuz de 
renoncier et desjà pour lors ou cas dessusdit nostredit frère de son 
consentement et par exprès renoncie es six mille livres de terre, que 
promises lui avons par noz autres lettres asseoir à héritaige, au plus 
prés de ses terres et païs de Berri et d'Auvergne dessusdiz et nous 

t. Belleville, Deux-Sèvres, arrondissement de Niort, canton de Beauvoir. 



254 REGISTRE DE BARTHÉLEMI DE NOCES. 

rendre et restituer lesdites lettres. Si donnons en mandement par 
ces présentes à noz amez et féaulz les gens de noz comptes à Paris et 
à touz les justiciers, officiers et subgez desdites cité, comté, terres et 
chasteaux, villes et lieux et pais et autres quelconques de nostredit 
royaume, présens et avenir, si comme à eulx et à chascun d'eulz 
appartiendra et pourra appartenir, que nostredit frère et ses hoirs 
masles légitimes descendens de son corps dessusdis et chascun d'eulx 
perpétuelment, comme dit est, facenl et sueuffrent joir et user pai- 
siblement de la cité, comté, terres et païs et appartenences dessus- 
dites, selon la fourme et tenneur de ces présentes, senz le molester 
ou souffrir estre molesté ou empescher aucunement au contraire, 
nonobstant quelconques autres dons ou assignacions à nostredit 
frère, à héritaige, à vie ou autrement faites, ou pour quelconques 
causes que ce soit, par nostre très chier seigneur et père, que Dieux 
absoille, ou par nous et que autrement expriméez et déclairées ne 
soient en ces présentes, ordonnances, mandemens ou déffenses quel- 
conques ad ce contraire. Et adfln que ce soit ferme chouse et estable 
à tousjours, nous avons fait mettre nostre seel à ces présentes, sauf 
en autres chouses nostre droit et en toutes Tautruy. Donné à Paris, 
ou mois de novembre, l'an de grâce mil CGC soixante neuf et de 
nostre règne le sixiésme. Par le roy : P. Michiel. » 

En tesmoing desquelles chouses, nousdit Guillaume Gabereau, garde 
dudil seel, ycellui à ces présentes par manière de vidite avons mis et 
appousé. Donné et fait le xiij^ jour du mois de novembre, l'an mil 
CGC LX et quatorze. Ainssi signé : J. Branjared (?). Par manière de 
vidisse et collacion faite. 

VIII (Fol. 34). 
[Copie.) 

Monseigneur le duc de Berri et d'Auvergne, conte de Poitou, doit 
à Guillaume Esnier, alias Ghaperoir, la somme de vint et quatre frans 
d'or, qui lui furent promis à paier par messire Guillaume Gaillaiel, 
chevalier et chambellain de mondit seigneur, en novembre l'an LXXIII 
et furent rabatus audit messire Guillaume sur ce que monseigneur 
lui povoit devoir à cause de ses gaiges. Et je, Barthelomi de Noces, 
clerc et lieutenant de sire Raymon Goustave, trésorier général de 
mondit seigneur, le certiffle par ces lettres signées de ma main^ 

l. En marge : « Poitou. » 



REGISTRE DE BARTHELEMI DE NOCES. 235 

IX (Fol. ^2 v° a H). 

Copie de lettres, pour monseigneur le duc de Berri et d'Auvergne, 
de certain traictié fait entre lui, d'une part, et madame d'Es- 
tampes, d'autre part. 

A tous ceuls qui ces présentes lettres verront, Hugues Aubriot, 
garde de la prévosté de Paris, salut. Savoir faisons que, par devant 
Jehan Fourcquant et Pierre de Saint Omer, clers, notaires jurez du 
Roy notre sire, de par lui establiz en son chastellet de Paris, pour ce 
furent personnelment establiz très noble et puissant prince monsei- 
gneur Jehan, duc de Berri et d'Auvergne, conte de Poitou, pour lui, 
d'une part, et noble el puissant dame madame Jehanne de Eu, con- 
tesse d'Estampes et duchesse d'Atheinnes, pour elle en son nom, 
d'autre part, aiant ycelle dame plain povoir, auctorité et licence de 
gouverner et administrer le sien, ses terres vendre, donner, obliger, 
se il lui plaist, et faire de soy plusieurs autres chouses, si comme plus 
plainnement puet apparoir par lettres de auctorité et licence, à elle 
données et octroyées de noble et puissant seigneur, monseigneur le 
conte d'Estampes, son seigneur et mary, scellées, si comme il appa- 
roit, de son grant séel, desquelles la teneur s'ensuit. 

« Nous, Loys, conte d'Estampes et de Eu, faisons savoir à touz, 
que nous avons donné congié, auctorité et licence et donnons par la 
teneur de ces présentes lettres à notre très chière et amée compaigne 
la contesse, que elle puist de son auctorité prendre et faire prendre 
touz les fruis, rentes et revenues quelconques de ses terres, etc. 
Donné à Paris soubz notre seel le xxj* jour de septembre Tan mil 
CGC et soixante. Ainssi signé. Par monseigneur le conte : Tours, 
S.* Marne. » 

Lesquelles parties, es noms que dessus, de leurs bonnes volontez, 
propre mouvement et certainne science, par bon adviz et meure déli- 
béracion eue sur ce, si comme elles disoient, recongnurent et confes- 
sèrent avoir fait traictié et accordé l'une partie avecques Tautre et 
par devant lesdiz notaires de bonne foy traictèrent et accordèrent ce 
qui s'ensuit. C'est assavoir que ladite dame sera tenue et promist 
paier du sien et satisfîer plainnement noble homme monseigneur 
Loys de Harecourt, chevalier, viconte de Ghastiauleraut^, de la somme 

1. s., dans le texte, porte un signe abréviatif. 

2. Châtellerault, Vienne, sous -préfecture. — Voir, sur les conditions aux- 



256 REGISTRE DE BARTHÉLEMI DE NOCES. 

de cinq mille frans d'or, qui deue lui est de reste de dix mille frans 
d'or, qui promis lui furent par ledit monseigneur de Berri, comme 
lieutenant du Roy nostredit seigneur es parties de Poitou, et par noble 
et puissant homme monseigneur Bertran du Guesclin, connestable 
de France, tant pour cause de retourner en l'obéissance du Roy nostre 
sire, comme pour certainnes causes plus à plain contenues en Tac- 
cort et traictié sur ce fait. Et ad ce que dit est, fu présent en sa propre 
personne par devant lesdiz notaires Jehan de Bedon, escuier, lequel 
en son propre et privé nom se fist, constitua, ordena et porta fort et 
plaiges dudit viconte, que parmi paiant yceulz cinq mille frans d'or, 
comme dessus est dit, ledit viconte rendra, baillera et délivrera et 
fera rendre, baillier et délivrer à plain, royalment [sic] et de fait à 
ladite madame la contesse, ou à son certain commandement pour elle 
et ou nom de elle, louz les chastiaulz, forteresses, terres et revenues 
et autres chouses quelxconques , qui sont et appartiennent à ladite 
dame oudit pais de Poitou et que ledit vicomte a tenuz, tient ou fait 
tenir. Et quant est aux autres questions, debaz et demandes, qui à 
cause et pour raison desdiz chasteaulx, terres, forteresses et revenues 
sont ou pourroient naistre ou mouvoir entre ladite dame et ledit 
viconte et qu'il [sic] pourroient faire ou demander l'un à Pautre pour 
cause de ce, ladite dame et viconte prandront et eslyront chascun de 
sa partie deux chevaliers, telx comme il leur plaira, ou autres souffl- 
sans hommes, qui sur ce pourront veoir, congnoistre, juger et déter- 
miner à plain et en seront creux. Et, ou cas que les chevaliers ou 
autres personnes, qui seront esleuz et prins par ladite dame et viconte, 
ne seroient et pourroient estre d'acort et d'une volenté et ordennance 
à faire ce que dit est, ladite dame en tant comme a elle touche et 
ledit Jean de Bedon pour et ou nom dudit viconte, dont en son propre 
nom de tout ce que dit est, qui touche et regarde ledit visconte, se 
flst et pourta fort, vouldrent, consentirent et accourdèrent, que ledit 
monseigneur de Berri y puisse sur ce pourveoir; mesmement ladite 
dame, ou cas que ledit viconte se obligera et souzmetlra sur lesdiz 
esleus et sur ledit monseigneur de Berri, en cas de descort, par la 
manière dessusdite et que ledit vicomte, parmi lui paiant les cinq 
mille frans dessusdiz, rendra et délivrera de fait à ladite dame ou à 
son certain mandement et commandement lesdiz chasteaulx, terres 

quelles L. de Harcourt rentra sous l'obéissance royale, Froissart, édit. S. Luce, 
t. VII], p. Lv, note. 



REGISTRE DE BARTHELEMI DE NOCES. 257 

et forteresses. Et ledit monseigneur de Berri, dès maintenant en la 
présence desdiz notaires, à tant comme à lui touche, voult, consenti 
et accorda que la possession et saisine des chasteaulx, forteresses, 
terres et revenues, dont ci dessus est faite mencion, que ledit viconle 
tient ou fait tenir, et qui sont et appartiennent à ladite dame oudit 
pais de Poitou et autres chouses à elle appartenant, soit bailliée et 
délivrée de fait à ladite dame ou à ses commiz et députez et de ce 
baillier et délivrer à ladite dam.e ses lettres et mandement adréçans 
audit viconte et aux cappitains et gardes desdiz chasteaulx et forte- 
resses; et aussi ledit monseigneur de Berri aidera à pourchasser de 
son povoir lettres et mandement du Roy nostredit sire adréçans audit 
viconte sur ce. Et se il advenoit que le Roy nostredit sire ou autres 
feissent demande à ladite dame desdiz cinq mille frans, qui de par 
le Roy furent premièrement païez et baillez audit viconte sur ladite 
somme de dix mille frans, ledit monseigneur de Berri en acquittera 
et promist acquiter, garentir et délivrer ladite dame envers tous. Et 
ladite madame d'Estampes, par vertu de ladite auctorité et licence, 
promist et convenança expressément es mains desdiz notaires, que 
elle ne vendra, transportera et aliénera en quelque manière la part 
et porcion, qui après son deceps puet et doit venir escheoir et appar- 
tenir à noble dame madame de Sully et à madamoiselle sa fille, à 
cause de elle, desdites terres, chastiaulx, forteresses et revenues, 
dont cy dessus est faite mencion, sauf retenu et réservé à ladite 
madame d'Estampes, que sur ycelle part et porcion elle puisse prandre 
et avoir et faire ordennance pour le salut et remède de l'âme de elle 
de cent livres de terre tant seulement, et que ou cas que ladite madame 
d'Estampes seurvivroit ladite dame de Sully et madamoiselle sa fille, 
ladite madame d'Estampes pourra faire et ordener d'icelles terres à 
sa volenté; et sauf aussi retenu et réservé par ledit monseigneur de 
Berri que ou cas qu'il auroit paie devers le Roy ou autres lesdiz cinq 
mille frans, dont il doit acquitter ladite dame, comme dessus est dit, 
ycelle madame d'Estampes, oudit cas qu'elle seurvivroit ladite dame 
de Sully et sa fille, sera tenue, promist et gaiga rendre et restituer 
audit monseigneur ladite somme de cinq mille frans ou ce qui paie 
en auroit esté par ledit seigneur. Et oultre ladite madame d'Estampes 
voult, consenty et expressément accourda par devant lesdiz notaires, 
que elle ne puisse mettre ou faire mettre ezdiz chastiaulx et forte- 
resses capitainnes, se ilz ne sont du païs de Poitou ou de France, 
lesquieulx seront tenuz de faire serement à ladite madame d'Estampes 



258 REGISTRE DE BARTHELEMI DE IVOCES. 

et audit monseigneur de Berri pour souvrainneté, que bien et loyal- 
ment ilz garderont lesdiz chastiaulz et forteresses. Et s'il advenoit 
par aucune adventure que ladite madame d'Estampes voulsist vendre 
ou aliéner l'autre terre que elle a oudit pais, qui n'est pas du costé 
de ladite madame de Sully, en ce cas elle sera tenue et promist loyal- 
ment le faire savoir audit monseigneur de Berri, lequel pourra avoir 
et prendre ycelle terre devant touz autres, se il lui plaist, pour autel 
pris comme ladite dame en porra avoir d'autres personnes, senz fraude 
et senz ce qu'elle le puisse ou doie contredire ou débatre en aucune 
manière. Promettans lesdiz monseigneur de Berri, ladite madame 
d'Estampes et ledit Jehan de Bedon, chascun pour tant comme à lui 
touche et appartient, par leurs seremens pour ce faiz es mains desdiz 
notaires et par la foy de leurs corps, faire, tenir, garder, entériner 
et acomplir les chouses dessusdites et chascunes d'icelles, etc. En 
tesmoing de ce, nous, à la relacion desdiz notaires, avons mis à ces 
lettres le seel de ladite prévosté de Paris, l'an de grâce mil CGC LX 
et quatorze, le dimenche, unse jours du mois de mars. 

{A suivre.) 



PONS D'AUMELAS 



On lit dans VHistoire littéraire (t. XXVII, p. 374) : « Un 
conseiller de Philippe le Bel, qui paraît avoir été non moins intel- 
ligent, non moins actif que Pierre du Bois, mais dans un sens tout 
opposé, est Ponce d'Homelas. Homelas est un village du dépar- 
tement de l'Hérault, dans le voisinage immédiat des terres qui 
furent assignées à Nogaret*. M. Boutaric doit nous faire connaître 
ce curieux personnage comme il nous a fait connaître Pierre du 
Bois. » 

M. Ernest Renan, qui a signé ces lignes en 1877, a donné les 
renseignements qui précèdent sur la foi d'une communication orale 
de M. Boutaric. Il a bien voulu nous affirmer que M. Boutaric ne 
lui avait dit rien de plus. M. Boutaric est mort sans avoir rien 
publié sur le personnage en question, et aucun de ses confrères n'a 
entendu dire qu'il ait laissé des mémoires manuscrits ou des notes. 

Avant que j'eusse remarqué la note de VHistoire littéraire 
(qui a valu à « Pons d'Homelas » l'honneur d'une mention dans 
l'utile Répertoire de M. l'abbé Ulysse Chevalier), je connais- 
sais à peine l'existence de ce mystérieux émule de Pierre Dubois. 
Son nom se trouve très rarement, en effet, dans les actes du 
temps de Philippe le Bel. Il n'est pas impossible, cependant, de 
restituer les grandes lignes de sa biographie, et j'ai réuni quelques 
textes à cet effet . Les voici : 

Pons d'Aumelas (en latin Pondus de Omelacio), chevalier, 
docteur es lois, exerçait, au commencement de l'année 1308, les 
fonctions de juge mage de la sénéchaussée de Rodez; il était 
depuis longtemps déjà, à cette date, au service de la couronne 
de France. Une lettre de Bérenger, cardinal du titre des saints 

1. Il n'y a de lieu dit Homelas que dans le département de la Sarthe (commune 
de Verneil-le-Chétif). Il faut écrire sans doute Pons d'Aumelas. Aumelas est 
une commune du département de l'Hérault, arr. de Lodève, cant. de Gignac. 



260 PO\S D^AUMELAS. 

Nérée et Achillée (Bérenger de Fredol, le célèbre canoniste), qui 
nous l'apprend, montre que ce personnage s'intéressait à notre 
homme et travaillait à l'introduire sur un plus vaste théâtre. Cette 
lettre, adressée à Philippe le Bel, est datée du 23 mars [1308] *. 

Excellenlissimo principi domino suo carissimo domino Ph., Dei 
gratia régi Francorum illustri, Berengarius, miseracione divina tituli 
sanctorum Nerei et Achille! presbyter cardinalis, salutem, et votive 
felicitatis continuum increraentum. 

Sapiens et nobilis vir dominus Poncius de Omelacio, miles, vester 
legum doctor, judex major senescallie Ruthenensis, ab olim regiis 
mancipatus obsequiis, sic se, prout ab experte didici, in ipsorum obse- 
quiorum prosecutione fidelem et ministeriosum exhibuit, continuatis 
devocionis ac sincère fidei afîectibus sic ad regia servicia desideran- 
ter anhelat quod propterea ipsum apud regiam majestatem dignum 
fore conjiciens fiduciosius pro eo pênes vestram celsitudinem inter- 
cède. Porro cum idem miles a jam diu in officie judicature majoris 
senescallie Ruthenensis diligenter et fideliter serviverit, nec sibi exinde 
juxta suorum meritorum et probitatis decenciam fruclus utilitatis 
condigne provenerint, magnifîcenciam vestram duxi presentibus 
affectuosius exorandam quatenus, attendentes prudenter quod tune 
regalis solii culmen extollitur, cum regia munificencia illis in retribu- 
cionibus primorum liberalem se exhibet quos fidei claritate conspi- 
cuos inserviciis regiis frucluosos claris semper judiciis experitur, dicLo 
mihti, nostre intercessionis intuitu sueque bonitatis et serviciorum 
obtentu, de alio meliori officie sibi juxla mérita sue probitatis ac 
comodo dignemini de sohta munificentia providere. Datura Pictavis, 
xxrii die Mardi. 

Pons d'Aumelas , pendant l'hiver de 1309-1310, était juge 
mage de la sénéchaussée de Toulouse 2. Ayant été chargé, par le 
sénéchal Alfonse de Rouvray, d'exécuter à sa place une sentence 
de la cour du roi contre le comte de Foix^ le procureur de celui-ci 

1. Bibl. uat., lat. 10919, fol. 98. Ce document a été imprimé par Baluze, Vitx 
paparum Avenionensium, II, c. 116. 

2. « Nobili viro Poncio de Horaelacio, militi domini nostri régis Francorum, 
judici majori et locum tenentl senescallie Tholose et Albiensis. » (Bibl. nat., 
coll. Doat, 179, fol. 116 \\) 

3. Pons d'Aumelas avait délégué lui-même ses pouvoirs, en cette circonstance, 
à « Henricus Daltor » (coll. Doat, 179, fol. 116), qu'il avait dû amener de 
Rouergue (Notices et extraits des manuscrits, XXXIV, l" partie, p. 351, note 2). 



PONS D AUMELAS. 26^ 

le récusa. S'il faut en croire ce procureur, le juge mage aurait 
été le familier et le commensal du comte d'Armagnac, ennemi 
capital de son client : 

Senescallus Tholose predictam causam comittere nequivit diclo 
domino Poncio, ex causls legitimis dicto domino meosuspecto... Dic- 
tus dominus Poncius, suspectus pro eo vi délicat quia erat et est ante 
tempus dicte commissionis et post, socius, comensalis, familiaris, 
domesticus et de raubis dicti comitis Armaniaci, inimici capitalis dicti 
domini mei, fuit ex parte ejusdem domini mei légitime recusatus'. 

L'avancement de la dignité de juge mage dans les sénéchaus- 
sées du Midi à celle de conseiller intime de la couronne paraît 
avoir été presque régulier sous Philippe le Bel. La fortune de 
Guillaume de Nogaret suivit cette filière. Pons d'Aumelas imita 
en cela son célèbre compatriote ; mais, tard venu dans la compa- 
gnie des chevaliers palatins, il ne semble pas qu'il y ait joué un 
rôle très éclatant. On ne le trouve point mêlé aux grandes affaires 
politiques ou diplomatiques, je ne dis pas comme Nogaret ou Plai- 
sian, mais même comme Guillaume de Marcilli, Hugues de la 
Celle, Jean d'Arreblay, ou vingt autres. On le voit pour la pre- 
mière fois chargé, en 1313, d'une mission en Aquitaine {Olim, 
éd. Beugnot, III, 909), d'enquêtes, d'actes d'exécution, et de 
juger en province, au nom du Parlement, certains appels en 
matière criminelle^. En 1316, le nom de Pons d'Aumelas paraît 
sur le repli de quelques lettres royales 3, et il siège « en la cour 
de parlement, » tantôt comme « jugeur des enquestes^ » tantôt 



L, Coll. Doat, 179, fol. 130. Cf. Histoire générale de Languedoc, édit. Privât, 
IX, p. 320. 

2. Boutaric, Actes du Parlement de Paris, n° 4173 ; cf. n° 4406 : « Commis- 
sion à Pons d'Omelas, chevalier, et à Pierre Peitavi, juge de Villelongue, de 
connaître de l'appel porté par Michel de Nogaret, notaire commun de la cour 
du roi et du sire de Prouille à Castanet, d'un jugement prononcé contre lui 
par la cour du viguier de Toulouse pour avoir rédigé un acte d'assignation con- 
trairement au style de la cour. » Voyez une commission analogue du 15 avril 1314, 
ibid., n" 4279. 

3. Histoire de Languedoc (édit. Privât), X, c. 557. Lettre royale du 27 mars 
1316; sur le repli : « Per dominum episcopum Briocensem et Pontium de Orae- 
lacio. » 

4. Actes du Parlement, n- 4482 a : en juillet 1316, « messire Ponz de Orne- 
laz » est au nombre des « jugeurs des enquestes. » 

i89i iS 



262 PONS d'aumelas. 

comme membre laïc de la Chambre des requêtes de la langue 
d'oc^ 

En 1317, notre personnage reçut plusieurs commissions assez 
importantes : il fut chargé par ses collègues du Parlement d'in- 
former sur les excès commis par les gens de la comtesse de Yen- 
dôme au préjudice du comte de Comminges ; il fut investi , en 
même temps que Bertrand de Roquenegade, du droit de juger en 
dernier ressort toutes les causes criminelles dans l'étendue de la 
sénéchaussée de Garcassonne ; et, envoyé comme enquêteur-réfor- 
mateur dans la même sénéchaussée avec B. Gervais, juge de la 
sénéchaussée de Périgord, il reçut l'ordre de faire une enquête 
spéciale sur les articles criminels proposés au roi contre Aymeri 
de Gros, sénéchal de Garcassonne^ Pendant toute l'année 1317, 
il parcourut le midi de la France en qualité d'enquêteur-réfor- 
mateur; on relève ses traces à Rodez le 31 mars^ à Garcas- 
sonne en avril, à Toulouse^. Gette année-là, il épousa Sibille de 
Vesins, veuve de Jourdain de Rabastens, sire de la Gardiole. 
Nous avons une lettre de Philippe V relative à leurs conventions 
matrimoniales^ : 

Ph. Dei gratia Prancorum et Navarre rex. Nolum facimus, etc., 
quod, cum diiectus et fidelis Pondus de Omelacio, miles nosler, et 
Sibilia de Vicinis, relicta Jordani de Rapistangno quondam domicelli, 
qui, sicut dicitur, non est annus quod ab hac luce migravit, matri- 
monium conlrahere inter se intendant, nos eidem domino et Sibilie 
dictum inter se contrahendi matrimonium ac eciam consummandi, 
non obstante quod dicta Sibilia sit infra annum iuctus a morte dicti 
Jordani, sine jurisinfamia, quodque pêne legum super hoc constitute 
eidem Sibilia, tam super augmento dotis ipsi Sibilie constituto per 
eundem Jordanum quam super donatione facta eidem mulieri prop- 
ter nuptias seu sponsaUcium terapore contracti matrimonii inter eos, 

1. Ibid., n° 4490 b : en décembre 1316, « monseigneur Ponces de Ourmelois » 
siège aux Requêtes de la langue d'oc. 

2. Ibid., n"' 4565, 4582, 4702. 

3. La sentence arbitrale de G. Durand, évêque de Mende, qui établit le 
pariage de Rodez entre l'évêque et le comte, fut rendue le 31 mars 1317 (n. st.) 
avec le concours du sénéchal de Rouergue, de Pons d'Aumelas et de Robert de 
Roye, « commis et députés par le roi à la réformation de son domaine de 
Rouergue » (Bonal, Comte et comté de Rodez, Rodez, 1885, in-16, p. 285). 

4. Coll. Doat, 52, fol. 1-5. Cf. Histoire générale de Languedoc, IX, p. 377. 

5. Arch. nat., JJ 53, n" 223, fol. 94 v. 



PONS d'admelas. 263 

quam etiam super donatione facla eidem Sibilie inter vivos per ipsum 
Jordanum de omnibus suis bonis mobilibus, nocere non valeant quo- 
modolibet, non obstantibus quibuscumquejuribuset legibus novis et 
antiquis in contrarium editis, specialem concediraus licentiam, ac cum 
eisdem super hoc de nostre potestatis plenitudine et speciali gratia ex 
certa sciencia dispensamus. In cujus, etc. Aclum apud Livriacum in 
Alnelo, anno Domini M° GGG° XVII, mense junii. 

Cette union, contractée avec une veuve de si fraîche date, fut 
traversée. Les registres du Parlement parlent, dès le 25 août 
1317, d'un certain Jean de Lentillac, sergent du roi à Puy-Lau- 
rens, familier et domestique de la maison de la Gardiole, « soup- 
çonné d'avoir empoisonné le puits de la maison qu'occupait 
noble femme Sibilie de Vesins, veuve de Jourdain de Rabastens, 
actuellement épouse de Pons d'Aumelas, chevalier et conseiller 
du roi\ » 

Pons continua, en 1318, à s'acquitter de diverses besognes 
judiciaires. Il fit enquête, notamment, sur des malversations 
imputées à un ex-juge mage de la sénéchaussée de Beaucaire et 
au châtelain royal de Cabrières^ Après 1319, son nom disparaît 
des archives parlementaires ^. 

On ne le retrouve plus dès lors qu'en 1336. A cette date, les 
gens du roi réclamèrent aux héritiers de Pons d'Aumelas, établis 
en Languedoc, certaines sommes non employées de l'argent à lui 
remis pour ses dépenses pendant qu'il était enquêteur dans la 
sénéchaussée de Carcassonne (sans doute en 1317)^. En 1343, le 
roi de Majorque vend à Guérin de Ghâteauneuf, seigneur d'Ap- 
chier, le village de Saint-Côme, qui avait appartenu au fils de feu 
Pons d'Aumelas, chevalier, pour la somme de douze cents écus 
d'or^. 

Nous ne savons rien de plus sur Pons d'Aumelas. Jamais l'idée 
de relever le cursus honormn d'un personnage si médiocrement 
intéressant ne nous serait venue si M. Boutaric n'avait point dit 

1. Actes du Parlement, n» 4995. 

2. Ibid., n" 5046, 5650. Cf. Olim, III, 1293. 

3. Il vivait encore en 1321 : Actes du Parlement, n" 6368. Ordre au sénéchal 
de Toulouse d'ajourner Sibilie de Vesins, femme de Pons d'Aumelas, chevalier, 
pour voir adjuger le profit du défaut prononcé contre Bernard de Castelnau. 

4. Arch. nat., JJ 68, n" 99; cf. Histoire générale de Languedoc, X, c. 761. 

5. Histoire générale de Languedoc, IX, p. 551. 



264 PONS D AUMELAS. 

en 1877 à M. Renan que ce Languedocien fut un écrivain de la 
race des Nogaret et des Pierre Dubois. 

Trois hypothèses sont possibles : 

Ou bien M. Boutaric s'est avancé imprudemment; la précision 
singulière des renseignements consignés dans V Histoire litté- 
raire laisse bien peu de vraisemblance à cette première hypo- 
thèse ^ 

Ou bien M. Boutaric a eu des raisons d'attribuer à Pons 
d'Aumelas un ou plusieurs traités anonymes. Lesquels ? 

Ou bien M. Boutaric a eu entre les mains un manuscrit des 
œuvres de Pons d'Aumelas qui a jusqu'ici échappé à toutes nos 
recherches. 

Nous proposons ce problème d'histoire littéraire aux lecteurs 
de la Bibliothèque de V École des chartes, persuadé que, s'il 
est susceptible d'une solution, il sera résolu par eux. 

' Gh.-V. Langlois. 



1. Il est difficile de croire, cependant, que Pons d'Aumelas ait écrit « dans 
un sens opposé » à celui de Dubois. S'il avait polémiqué contre les vues du roi, 
soutenues par Dubois, dans l'aifaire de Boniface ou dans celle des Templiers, 
il n'aurait point été employé dans les parlements de 1313. Peut-être n'écrivit-il 
qu'après la mort de Philippe le Bel. 



HONORÉ BONET 

PRIEUR DE SALON 



Un des meilleurs ou des moins mauvais écrivains de la fin du 
xiV siècle, Honoré Bonet, auteur de V Arbre des batailles, du 
Somnium super materia Scismatis^ei de l'Apparition maître 
Jean de Meung, est constamment appelé par les contemporains, 
et s'intitule lui-même, dans ses ouvrages, dans ses harangues 2, 
dans ses lettres 3, « le prieur de Salon. » 

Que ce prieuré de Salon fût situé en Provence, il n'était guère 
possible d'en douter après avoir lu la dédicace au duc d'Orléans 
mise par Bonet lui-même en tête de l'Apparition*. Il semblait 
donc tout naturel de rattacher le bénéfice d'Honoré Bonet à la 
seule ville de Provence qui porte le nom de Salon. Salon au dio- 
cèse d'Arles, Salon chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Aix, 
dans le département des Bouches-du-Rhône, était, à n'en point 
douter, le siège du prieuré illustré par l'auteur de l'Arbre des 
batailles. Les érudits, et notamment M. Paulin Paris ^ se ran- 
gèrent à cet avis. « Salon, » comme l'expliqua M. le baron Pichon^ 

1. Cf. l'article tout récent publié dans V Annuaire-Bulletin de la Société de 
l'Histoire de France (t. XX Vil, p. 193) sous ce titre : Un Ouvrage inédit d'Ho- 
noré Bonet, prieur de Salon. 

2. Discours adressé au roi des Romains Wenceslas [Fontes rerum Austriaca- 
rum, t. VI, 2^ partie, p. 174-187). 

3. Quatre lettres d'Honoré Bonet ont été publiées à la suite de l'article déjà 
cité, etc., p. 216, 217. 

4. Cependant, Casimir Oudin (De scriptorlbus Ecclesix aniiquis, t. III, 
col. 1271) transporte en Normandie et identifie avec Gaillon le prieuré d'Honoré 
Bonet. 

5. Les Manuscrits français de la Bibliothèque du roi, t. VI, p. 249. 

6. L'Apparition de Jehan de Meun ou le Songe du prieur de Salon, par 



266 HONORÉ BONET, PRIEDR DE SALON. 

« renfermait encore au xviii® siècle plusieurs établissements reli- 
gieux dont quelques-uns existaient sans doute dès le xiv® siècle et 
étaient susceptibles d'être dirigés par un prieur. » Bien que j'aie 
partagé sur ce point l'opinion ou, plutôt, l'erreur commune, il 
me restait un scrupule ^ Bonet appartenait à l'ordre de Saint- 
Benoît : or, j'avais consulté les plus anciennes descriptions de la 
Provence, compulsé les plus anciens états de décimes du dio- 
cèse d'Arles (ces états, il est vrai, ne remontent qu'au xvi*^ siècle), 
sans trouver trace d'un prieuré bénédictin de Salon. 

Toute hésitation doit disparaître en présence d'un document 
que je viens de trouver, dans un Liber supplicationum, aux 
Archives du Vatican. Il s'agit d'un très long rôle contenant les 
suppliques des ecclésiastiques de Provence, séculiers ou réguliers. 
Présenté par Louis P', duc d'Anjou, au pape d'Avignon Clé- 
ment VII, ce rôle reçut, sous forme de « fiât, » l'approbation 
pontificale à la date du 14 mai 1382. Je transcris seulement le 
passage relatif à Honoré Bonet : 

Item Honorato Boneti, licenciato in decretis, presbitero, monaco 
expresse professe monasterii Insuie Barbare, Lugdunensis diocesis, 
ordinis Sancti Benedieti, priori prioratus de Sallono, Ebredunensis 
diocesis, de beneflcio ecclesiastico , dignitate, administratione seu 
officie, etc., etiam si curala ecclesia aut convenlualis existât, etiam 
elecliva, ad cellacionem, etc., cemmuniter vel divise abbatis et con- 
ventus monasterii Sancli Victoris Massiliensis, ejusdem ordinis, cujus 
fructus, etc., secundum taxationem décime, ccc Jibrarum valorem 
annuum non excédant, eidem Honorato cum translatione dignemini 
misericorditer previdere, non obstante predicte bénéficie de Sallono, 
quod paratus est dimittere, dum, etc., cum ceteris non obstantibus 
et clausis ut supra ^. 

Ce n'est donc pas au diocèse d'Arles, mais au diocèse d'Em- 
brun, qu'il faut chercher le prieuré, peu considérable d'ailleurs, 
qu'Honoré Bonet désirait échanger dès 1382 et dont, en 1398, il 
déplorait encore la « petite value. » Aucun Salon ne figure dans 

Honoré Bonet, publié pour la Société des Bibliophiles français (Paris, 1845, 
in-4°), préface, p. vi. 

1. Un Ouvrage inédit d'Honoré Bonet, p. 207, note 4. 

2. Arch. du Vatican, Reg. Supplicationum démentis VII antipapx, anni IV 
pars I, fol. 141 s". 



HONORÉ BONET, PRIEUR DE SALON. 267 

les nomenclatures de paroisses ou d'écarts du diocèse d'Embrun. 
Mais je trouve au canton de Seyne, dans une partie du départe- 
ment des Basses-Alpes qui appartenait à la circonscription du 
diocèse d'Embrun, un village de Selonnet. Selonnet, Sellonnet, 
Sello7inelte ou Salonnet, telles sont les formes qui se rencontrent 
dans les imprimés et dans les manuscrits de notre époque ou du 
siècle dernier. Or, dans un texte latin de l'année 1516S la même 
localité est appelée Salonum, et je ne doute point que plus ancien- 
nement l'unique forme du nom fût Salon. Il a dû se passer ici le 
fait que M. Aug. Longnon me dit avoir souvent constaté parti- 
culièrement dans le midi de la France : la formation d'une sorte 
de diminutif par suite d'une comparaison établie entre deux loca- 
lités de même nom et d'inégale importance. Pour mieux se distin- 
guer de Salon, la ville de la plaine. Salon, le village de la mon- 
tagne, est devenu Salonnet, comme Barcelone, dans la même 
région, est devenue Barcelonnette , Saint-Jean Saint- Jeannet 
(Basses- Alpes), Avignon Avignonet (Haute-Garonne), Saint- 
Paul Saint-Paulet (Ariège), etc. 

On sait d'ailleurs qu'il y avait anciennement à Selonnet un 
prieuré bénédictin. L'abbé Albert, auteur d'une Histoire géo- 
graphique, naturelle, ecclésiastique et civile du diocèse 
d'Embrun^, en a constaté l'existence en l'année 1306, et il 
résulte d'un document analysé par Bouche ^ que ce prieuré 
dépendait alors de la grande abbaye de l'Isle-Barbe, au diocèse 
de Lyon^ à laquelle appartint également, jusqu'en 1518, la haute 
justice de Selonnet ^ Ces renseignements concordent bien avec 
ce que nous savions du prieuré de Bonet. Notre écrivain pas- 
sait déjà, au temps de Cl. Le Laboureur, pour avoir été moine de 
l'Isle-Barbe^, fait établi d'une manière positive par le document 



1. Arch. nat., G»* 1, fol. 222 v% et G»* 241, fol. 282 v. 

2. 1783, in-8°, t. I, p. 476. 

3. Chorographie ou Description de la Provence, t. I, p. 938. 

4. Le même fait serait établi par une bulle de Lucius III qu'a imprimée 
Cl. Le Laboureur {les Mazures de l'abbaye royale de l'Isle-Barbe, 1681, in-4°, 
1. 1, p. 115), si l'on pouvait avoir quelque confiance dans un texte évidemment 
interpolé (voir ibid., p. 122). 

5. Abbé Albert, loc. cit. Abbé J.-J.-M. Féraud, Histoire, géographie et sta- 
tistique du département des Basses-Alpes (Digne, 1861, in-8°), p. 251. 

6. Op. cit., t. II, p. 78. 



268 HONORE BONET, PRIEUR DE SALON. 

que je viens d'extraire des Archives du Vatican. On s'explique 
aisément que Bonet ait possédé un prieuré dépendant de son 
monastère. Ce prieuré n'était autre que celui de Selonnet (Basses- 
Alpes). 

A la biographie d'Honoré Bonet, le rôle du Vatican n'ajoute 
guère d'autres traits, si ce n'est qu'au mois de mai 1382 notre 
auteur était déjà prêtre et licencié en décret. On connaissait seu- 
lement jusqu'à présent la date de sa réception au grade de doc- 
teur (23 octobre 1386). 

N. Valois. 



LA PREVOTE 

DES 

MARCHANDS DE PARIS 

A LA FIN DU XIV' SIÈCLE ^ 



Le règne de Charles VI est pour l'histoire de la municipalité 
parisienne une période extrêmement troublée. Le défaut d'unité 
de vue et de direction dans les conseils de ce prince, les change- 
ments fréquents du personnel qui entoure le roi ont eu cette con- 
séquence que la royauté, à ce moment, n'a aucun plan arrêté, 
aucun dessein nettement défini à l'égard du Corps de ville des 
Parisiens. Les droits et les privilèges de Paris sont au début du 
règne une première fois reconnus et confirmés, puis, à la suite de 
la révolte des Maillotins, on les supprime complètement, sans 
qu'il en reste la moindre trace. Quelques années après, le Conseil 
royal semble vouloir revenir sur cette mesure radicale, mais il 
se garde de rendre en une seule fois toutes leurs institutions 
municipales aux Parisiens. Ce n'est que peu à peu et comme par 
lambeaux que ceux-ci rentrent en possession de leurs droits. 
Toutes les fois que la royauté fait une concession, elle paraît, 
pour ainsi dire, le regretter, et de cette incertitude, de cette hési- 
tation inquiète du roi résultent dans les faits une grande confusion 
et dans les institutions qui sont rétablies un manque absolu de 
précision et de netteté pour ce qui est des charges et des attribu- 
tions des magistrats. 

Nous n'avons pas l'intention de faire l'histoire détaillée de la 
municipalité de Paris pendant le gouvernement de Charles VI ; 

1. Lecture faite à l'Académie des iascriptions et belles-lettres dans la séance 
du 3 octobre 1890. 



270 LA PRÉVÔTÉ DES MARCHANDS DE PARIS 

nous nous proposons seulement de rechercher, avec toute la pré- 
cision que peut permettre l'état des sources dont nous disposons, 
de quelle manière fut administrée la ville de Paris pendant les dix 
dernières années du xiv* siècle, et, en particulier, quel était le 
personnage que l'on désignait à ce moment sous le nom de « garde 
de la prevosté des marchands pour le roy », quels étaient ses 
droits et ses devoirs, en quoi il ressemblait au prévôt des mar- 
chands ordinaire, en quoi il en différait. On sait combien la solu- 
tion de toutes les questions ayant trait à l'histoire municipale de 
Paris est devenue difficile depuis la perte de nos archives com- 
munales. C'est donc par des moyens indirects que nous parvien- 
drons à établir le rôle et les fonctions de ce personnage, dans la 
mesure où il est possible de délimiter les attributions d'un magis- 
trat dont les pouvoirs ont été laissés à dessein dans le vague et 
l'indécision. 

A la suite de la répression qui avait marqué le retour des princes, 
oncles de Charles VI, après la révolte des Maillotins à Paris, avait 
paru une ordonnance, à la date du 27 janvier 1383 (n. st.), aux 
termes de laquelle tous les privilèges de la ville étaient rigoureu- 
sement supprimés pour punir les habitants des insurrections dont 
ils avaient été les fauteurs, non seulement sous le règne présent, 
mais encore du vivant du roi Charles V. Le roi « mettoit dans sa 
main » la prévôté des marchands, l'échevinage et le greffe, ainsi 
que la juridiction, les biens et les revenus ; tout était transmis au 
prévôt de Paris, qui allait remplacer le prévôt des marchands dans 
ses droits et ses attributions. L'ordonnance abolissait également 
les maîtrises et les communautés de métiers, défendait aux gens 
de métiers « de faire des assemblées par manière de confrairie 
demestier... » et prescrivait que le prévôt de Paris nommerait 
des prudhommes dans chaque corporation pour visiter les mar- 
chandises, avec le titre de « visitateurs ». Enfin, les quarteniers, 
cinquanteniers et dizainiers étaient supprimés; le roi déclarait 
qu'il veillerait lui-même à la sécurité de la villes 

Le roi Charles VI faisait donc table rase de toutes les institu- 
tions municipales de Paris ; la commune parisienne n'existait 
plus ; elle devenait un simple domaine royal administré par le 

l. Voy. le Recueil des ordonnances des rois de France, édit. Laurière, t. VI, 
p. 685. 



1 LA FIN DU XIV* SIECLE. 274 

fonctionnaire ordinaire de la royauté, celui qui remplissait dans 
la capitale les fonctions des baillis en province, le prévôt. Les 
bourgeois n'avaient aucune part au gouvernement de leur ville, 
soit directement, soit indirectement; on avait même pris la pré- 
caution de supprimer tout corps constitué qui piit prendre la 
parole au nom des habitants, défendre leurs intérêts et réclamer 
leurs privilèges. C'était la ruine de toute vie municipale et la fin 
de l'existence communale de la ville de Paris. 

Tant que les oncles de Charles VI demeurèrent au pouvoir, les 
choses restèrent dans cet état sans aucune sorte de changement. 
Nous ignorons si les Parisiens firent un effort quelconque pour 
faire rapporter au roi tout ou partie des mesures rigoureuses qu'il 
avait prises ; les chroniqueurs sont muets à cet égard et les docu- 
ments ne nous donnent aucun renseignement formel sur ce point. 
Il est permis de penser que les bourgeois, n'ayant plus de repré- 
sentants à aucun titre, se trouvèrent dans l'impossibilité de faire 
parvenir leurs doléances au trône royal. 

L'arrivée à la direction des affaires de ceux que l'on désigne 
dans l'histoire du nom de « Marmousets » modifia l'attitude de la 
royauté vis-à-vis des Parisiens et apporta de notables change- 
ments à la situation poHtique de la ville. Nous n'avons pas à rap- 
peler ici dans quelles circonstances Charles VI remercia ses oncles 
de leurs bons offices et les pria de ne plus s'occuper du gouverne- 
ment du royaume, comment il appela auprès de lui un certain 
nombre d'hommes nouveaux, quelques-uns anciens ministres de 
son père, presque tous personnages intelligents ayant le sens pra- 
tique des choses et une connaissance précieuse des affaires ^ Cette 
révolution dans le Conseil royal se place dans les derniers mois 
de l'année 1388. 

Il semble que, suffisamment instruits des causes de l'impopula- 
rité du gouvernement auquel ils succédaient, les Marmousets aient 
cherché à prendre le contre-pied de la politique suivie par leurs 
prédécesseurs. Dans ces conditions, une des premières mesures à 
laquelle ils avaient à songer était de plaire aux Parisiens et de 
gagner leurs sympathies en leur rendant leurs libertés et les droits 
qui leur avaient été enlevés. C'était, d'une part, faire œuvre de 
prudence et de sagesse, étant donné le rôle, quelquefois important 

1. Voy. la Chronique du Religieux de Saint-Denis, édit. Bellaguet, 1. 1, p. 556 
et suiv. — Jean Juvénal des Ursins, Histoire de Charles VI, p. 69. 



272 LA PRÉVÔTÉ DES MARCHANDS DE PARIS 

et souvent dangereux, que jouait le peuple de Paris en face de la 
royauté depuis un certain nombre d'années, et, d'autre part, il 
pouvait être conforme aux tendances particulières et aux vues 
politiques des nouveaux ministres de favoriser et d'étendre les 
droits des Corps municipaux. 

Il paraît , cependant , que des raisons graves empêchèrent le 
Conseil royal de réaliser sur ce point les projets, au moins dans 
leur entier. Peut-être se défiait-il des habitants de Paris ; peut- 
être, plus probablement, craignait-il d'exagérer, dès le début, 
l'œuvre de réaction contre la politique des ducs. Toujours est-il 
qu'on se borna tout d'abord à une demi-mesure, qui était de 
nature à satisfaire provisoirement les bourgeois, sinon dans leurs 
intérêts, au moins dans leur amour-propre; car, ainsi que nous 
allons le voir, la concession qui leur était faite se réduisait, dans 
le fond, à fort peu de chose. 

On institua une charge communale nouvelle à laquelle on donna 
le nom de « garde de la prevosté des marchands pour le roy ' » . 
Et encore on entoura cette nouvelle création d'un certain nombre 
de précautions, de façon qu'elle passât pour peu importante. 

Nous avons vu que le prévôt de Paris avait hérité de toutes les 
attributions et fonctions de l'ancien prévôt des marchands. On 
profita, pour mettre à exécution les modifications projetées, de la 
mort d'Audoyn Chauveron, qui, depuis 1383, remplissait la 
charge de la prévôté de Paris. Celui-ci, en efî'et, mourut le 
25 janvier 1389 (n. st.)^ c'est-à-dire trois mois environ après 
l'arrivée au pouvoir des Marmousets. Or, le surlendemain, 27 jan- 
vier, le Conseil du roi nommait en son lieu et place deux magis- 
trats : l'un, Jean de Folleville, comme prévôt de Paris; l'autre, 
Jean Jouvenel, comme « garde de la prevosté des marchands pour 
le roy 3 ». C'était, jour pour jour, six ans après l'ordonnance de 
Charles VI qui supprimait l'échevinage de Paris. 



1. Voy. Juvénal des Ursins, p. 70. 

2. Voy. les Antiquités de la ville de Paris contenant... la chronologie... des 
prévosts, gardes de la prevosté de la ville et vicomte de Paris... (par Malingre), 
Paris, 1611,ia-fol., p. 679. 

3. Arcli. nat., PP 117, an 1388 (a. st.), 1052, 1056; Méraorial E, fol. 180. — 
Bibl. de Rouen, vol. VII, fol. 99 r°. — Le texte des Archives nationales nous 
donne la date de l'année, celui de la bibliolhèque de Rouen la date du jour. 
Malingre {loc. cit.) confirme ces deux renseignements. M. Moranvillé (Étude sur 
la vie de Jean le Mercier, p. 101), qui cite le registre de la bibliolhèque de 



A LA FIN DU XIV^ SIÈCLE. 273 

Juvénal des Ursins raconte, dans son Histoire de Charles VI, 
que le Conseil royal rétablit la prévôté des marchands parce que 
Jean de Folleville, prévôt de Paris, exposa aux ministres « les 
charges, peines et travaux qu'il a voit pour le gouvernement des 
deux prevostez de Paris et des marchands, et que bonnement les 
deux ensemble ne se pouvoient pas bien exercer*. » Cette expli- 
cation n'est pas rigoureusement exacte, s'il est vrai, comme nous 
le prouvent les textes, que Jean de Folleville fut nommé en même 
temps que Jean Jouvenel ou tout au plus deux jours auparavant. 
Il faudrait supposer que le nouveau prévôt de Paris eût pressenti, 
plutôt que jugé par expérience, la lourdeur des deux charges 
dont il assumait simultanément la responsabilité. Le Religieux 
de Saint-Denis est plus sûrement dans le vrai lorsqu'il dit que le 
Conseil du roi agit comme il le fit pour gagner la faveur du peuple 
de Paris ^ 

Quoi qu'il en soit, les Parisiens avaient donc à leur tête un nou- 
veau magistrat qui semblait annoncer par son titre un retour vers 
les anciennes libertés communales. Que valait au fond cette con- 
cession de la royauté? Qu'était le prévôt des marchands? 

Il ne faut pas s'attendre à trouver, dans le recueil des ordon- 
nances des rois de France, une lettre royale indiquant avec pré- 
cision les attributions et les droits de cette magistrature. Il n'est 
pas de l'esprit du temps d'apporter une réglementation si minu- 
tieuse dans les institutions pohtiques, et, d'ailleurs, il paraît très 
vraisemblable que le Conseil royal se fût abstenu d'une pareille 
mesure, afin de laisser dans le vague et l'indécision un pouvoir 



Rouen, infère de la fausse date de 1385 que porte ce document (c'est un extrait 
de la Chambre des comptes conservé par une copie de Menant, dans la collec- 
tion Leber, Mémorial E, fol. 180 : un double du registre conservé aux Archives 
nationales) que Jouvenel fut prévôt en 1385. Trop de textes et de faits s'opposent 
à cette assertion pour qu'elle puisse se justifier. Nous nous bornerons à obser- 
ver que Jean de Folleville n'a sûrement été nommé prévôt qu'en 1389 (n. st.); 
Y Histoire de Charles VI de Juvénal des Ursins (p. 70), le Religieux de Saint- 
Denis (t. I. p. 571), le registre de la Chambre des comptes, des Archives natio- 
nales s'accordent à donner, pour l'institution de Jean Jouvenel comme prévôt 
des marchands, la date de 1389 (n. st.); il n'y a donc pas à hésiter. — Voy., 
pour les raisons qui nous font adopter les formes Jouvenel et Juvénal des 
Ursins, notre article sur le nom de la famille Juvénal des Ursins dans la Biblio- 
thèque de l'École des chartes, t. L, 6^ livr., pp. 537 et suiv. 

1. Juvénal des Ursins, p. 69. 

2. « Ad favorem civium. » Religieux de Saint-Denis, t. I, p. 570. 



274 LA PRÉVÔTÉ DES MARCHANDS DE PARIS 

qu'il rétablissait, à tout prendre, pour éviter un mal plus dange- 
reux. La méthode la plus sûre et qui conduise à un résultat cer- 
tain est tout d'abord de nous rendre compte des fonctions dont le 
prévôt des marchands n'était pas chargé ; nous pourrons ensuite 
plus aisément faire le départ de ce qui lui était personnellement 
réservé. 

Nous avons vu quelle était la portée de l'ordonnance du 
27 janvier 1383 (n. st.). Le roi s'était attribué la juridiction et 
les revenus de la ville de Paris et il avait supprimé la prévôté, 
l'échevinage, le greffe, les quarteniers, les dizainiers, etc. Les 
conséquences de cet acte étaient simples : il ne restait plus rien 
de la commune de Paris. 

Si nous nous reportons à la date du 20 janvier 1412 (n. st.), 
époque à laquelle le roi Charles VI rendit pleinement leurs droits 
communaux aux Parisiens et rétablit d'une manière complète 
tout ce qui avait été supprimé en 1383, nous trouvons, dans 
une ordonnance qui consacre la restauration de la municipalité, 
les déclarations qui suivent : « L'empeschement et mainmise, 
ainsi que dit est, par nous mis esdicte prevosté des marchans, 
eschevinage, clergie, maison de la ville, parlouer aux bourgeois, 
juridicion, cohercion, privilèges, rentes, revenues et droiz appar- 
tenans d'ancienneté à ycelle prevosté des marchans, eschevinage 
et clergie de nostre dicte bonne ville de Paris, avons levé et osté, 
levons et ostons à plain de nostre certaine science et propre mou- 
vements » 

La réflexion qui vient à l'esprit est que, si le roi « lève et oste » 
en 1412 sa mainmise sur les institutions dont il est ici parlé, c'est 
que cette main était mise à l'époque qui a précédé la date de l'or- 
donnance en question. Nous en devons déduire cette conséquence 
que le garde de la prévôté des marchands, qui a été magistrat 
municipal de 1389 à 1412, n'avait ni échevinage, ni clergie, ni 
parloir aux bourgeois, juridiction, droit de coercition, rentes, 
revenus ou droit. Nous ne devons donc trouver auprès de lui 
aucun échevin ; nous ne devons le voir présider aucun tribunal ; 
il ne doit jamais être question de son greffe. Et, en effet, dans les 
documents ou dans les chroniques, nous ne lisons rien qui con- 
tredise cette première constation. Juvénal des Ursins rapporte 
dans son Histoire que son père, Jean Jouvenel, s'employa acti- 

1. Ordonnances des rois de France, t. IX, p. 668. 



1 

A LA FI!V DO XIV^ SIÈCLE. 275 

vement à empêcher les hanses rouennaises d'accaparer, sur la 
navigation de la Seine, les droits des marchands de l'eau de 
Paris. Mais nous voyons bien que le procès auquel donna lieu 
cette affaire fut réglé par le Parlement de Paris et non par un tri- 
bunal municipale Le registre criminel du Châtelet de Paris men- 
tionne à cette époque la présence de Jean Jouvenel à certaines 
audiences comme juge^. Mais nous savons qu'il était conseiller 
au Châtelet avant d'être prévôt des marchands 3. Ses nouvelles 
fonctions ne l'ont pas empêché de continuer à remplir ses anciennes 
charges. Il n'y a aucun rapport entre son titre de garde de la pré- 
vôté et sa qualité de juge au Châtelet. Partout ailleurs nous ne ren- 
controns aucun fait précis et suffisamment formel qui aille à ren- 
contre de ces premières indications . 

Une seconde ordonnance, datée du l^'mars 1389 (n. st.), nous 
éclaire d'une manière plus nette sur les attributions administra- 
tives du garde de la prévôté. Cette ordonnance débute de la 
manière suivante : « Comme à nostre prevost de Paris "^ seul et 
pour le tout appartiengne par nous et doye appartenir à cause de 
son office principalement et non à autre la cure et le gouverne- 
ment de nostre bonne viUe de Paris, pour ycelle tenir et garder en 
telle et si bonne justice, ordenance et police de toutes choses que 
ce soit à la louenge de Dieu, à notre honneur, au bien et decora- 
cion de ladicte ville et à l'utilité de la chose publique... » Le 
ton de cette lettre royale nous autorise à penser que le garde de 
la prévôté avait cherché à exercer indûment des attributions 
d'un caractère administratif. Ce que nous savons, du reste, de 
l'activité que déploya Jean Jouvenel pendant toute la durée de 
ses fonctions, des efforts qu'il tenta pour accroître et étendre ses 

1. Juvénal des Ursins, p. 70. Arch. nat., Xia 83006, foi. 64 v et 65 r. 

2. Voy. Duplès-Agier, Registre criminel du Châtelet de Paris, t. I, p. 468. 
Samedi 10 septembre 1390 : « ... furent assemblez en jugement sur les quar- 
reaulx du dit Chastellet raesseigneurs maistres... Jehan Jouvenel, advocat au 
Parlement... » Ibid., t. II, p. 119 et sqq. 

3. Il fut nommé le 8 janvier 1381 (n. st.) au lieu et place de maître Simon 
de la Fontaine. Voy. le P. Anselme, Histoire généalogique, t. VI, p. 403. 

4. Il faut bien distinguer le prévôt de Paris du prévôt des marchands, ce que 
n'ont pas fait suffisamment certains historiens, qui s'exposent ainsi à des erreurs 
du genre de celle qu'a commise M. Leroux de Lincy, désignant à tort Jean de 
FoUeville comme prévôt des marchands. Voy. Leroux de Lincy, Histoire de 
l'Hôtel de ville de Paris, p. 204. — Ordonnances des rois de France, t. VII, 
p. 243. 



276 LA PRÉVOTÉ DES MARCHANDS DE PARIS 

droits, de ses intentions non dissimulées de rendre à la prévôté 
des marchands son ancien éclat, explique et justifie cette déclara- 
tion royale. Mais nous apprenons en même temps que le prévôt 
des marchands n'avait pas à s'occuper de l'administration de la 
ville de Paris et de la police des voies publiques. Cet office appar- 
tenait exclusivement au prévôt de Paris, et c'était pour avoir 
tenté sur ce point d'outrepasser ses droits que Jean Jouvenel s'at- 
tirait cette décisive remontrance. Ce qui confirme l'indication que 
nous venons de donner, c'est que des lettres royales datées du 
24 décembre 1398 informent le prévôt de Paris qu'on pourra ren- 
fermer à l'avenir les prisonniers dans le petit Châtelet lorsque le 
grand Châtelet sera trop encombré ^ . Il n'est pas question du pré- 
vôt des marchands dans ce document que le roi adresse au prévôt 
de Paris. Jean Jouvenel n'avait donc pas à s'occuper de la direc- 
tion des prisons, et M. Et. Georges a par conséquent commis 
une erreur dans le travail qu'il a consacré à ce personnage lors- 
qu'il avance que Jouvenel veilla à ce que les prisonniers de la 
Tournelle et du Châtelet fussent bien nourris et chaudement 
vêtus 2. 

Le garde de la prévôté n'avait pas davantage à veiller au 
pavage de la ville de Paris en général. Nous avons un certain 
nombre de règlements et de déclarations royales concernant cette 
question pendant la période qui s'étend de 1389 à 1412 ; tout est 
adressé au prévôt de Paris comme seul exécuteur des volontés du 
roi sur ce point; le garde de la prévôté n'avait donc aucune attri- 
bution en cette matière ; au prévôt de Paris incombait en entier la 
responsabilité de l'entretien des chaussées de la ville ^. 

L'examen des ordonnances que nous venons de faire nous a 
appris ce que le garde de la prévôté n'avait pas ; on peut se 
demander quelles fonctions pouvaient bien rester à ce magistrat, 
étant donné que le prévôt de Paris avait seul qualité pour agir et 
administrer la ville. 

Nous trouverons la réponse à cette question dans une ordon- 
nance du 12 août 1405 adressée au successeur de Jouvenel, 
Charles Culdoë. C'est en 1400 que Jean Jouvenel a quitté la pré- 
vôté des marchands pour devenir bientôt après avocat général du 

1. Ibid., t. VllI, p. 309 et 311. 

2. Et. Georges, Juvénal des Vrsins, dans l'Annuaire de l'Aube, 1860, p. 74. 

3. Ordonnances des rois de France, t. VII, p. 243 (!='■ mars 1389 [n. st.]); — 
t. VIII, p. 319 (5 avril 1399); — Ibid., p. 381 (28 mai 1400)..., etc. 



À LÀ FIN DO XIV^ SIECLE. 277 

roi au Parlement. Il ne paraît pas que rien ait été modifié à l'état 
des fonctions qu'il venait de remplir. En tous cas, nous n'avons 
rencontré aucun texte qui nous permette de supposer le contraire. 
Nous devons penser que Charles Guldoe est devenu garde de la 
prévôté des marchands dans les mêmes conditions que Jean Jou- 
venel et qu'il n'a eu ni plus ni moins de droits et d'attributions que 
son prédécesseur. Si donc nous rencontrons une lettre royale fai- 
sant mention des charges qu'avait à remplir le garde de la prévôté 
en 1405, nous pouvons présumer que ces charges étaient les mêmes 
pendant les années qui ont précédé cette date. 

Le roi accorde, par une ordonnance de 1405, au garde de la 
prévôté la disposition provisoire de certains revenus qui apparte- 
naient à la ville de Paris avant la suppression de la municipalité, 
pour les raisons suivantes qu'il expose au début de la lettre : 
« Receue avons l'umble supplicacion de nostre bien amé Charles 
Culdoe, garde de par nous delà prevosté des marchands de nostre 
bonne ville de Paris, contenant que comme à cause de son dit office 
il soit de par nous commis et lui appartiengne de visiter, faire 
soustenir et réparer toutes les choses qui sont de nécessité à faire 
en nostre dicte bonne ville pour la fortifficacion, decoracion et 
bonne police d'icelle, tant es portes, pons, fontaines, tours, murs, 
bastides, esgouz, chaussié et Ibssez comme autrement en quelque 
manière que ce soit... », etc.*. 

Aux termes de cette déclaration, le garde de la prévôté aurait 
donc à veiller à l'entretien des monuments publics, des fortifica- 
tions de la ville de Paris, des égouts que l'on venait de construire 
depuis très peu de temps, des ponts, des fontaines et, en général, 
de tout ce que l'on désignerait de nos jours du nom d'édifices 
publics. Il semblerait au premier abord que tout cela dût être 
l'office d'un sous-ordre du prévôt de Paris. Étant donné, en outre, 
les pouvoirs de celui-ci et son rôle dans l'administration de la 
ville, il y a apparence que ses attributions et celles du prévôt des 
marchands devaient s'enchevêtrer de manière à provoquer à tout 
moment des discussions et des conflits. Mais on sait qu'à cette 
époque c'est le cas de toutes les institutions de n'avoir point de 
limites précises et d'empiéter les unes sur les autres sans règles 
déterminées. On ne doit donc pas s'étonner de ce que les fonctions 
du garde de la prévôté pouvaient avoir de flottant. 

1. Ordonnances des rois de France, t. I\, p. 703. 

4894 49 



278 LA PRÉVÔTÉ DES MARCHANDS DE PARIS 

Il faut remarquer que dans le texte que nous venons de citer il 
est question de « chaussiez ». Cela semble en contradiction a^'ec ce 
que nous avons affirmé plus haut. Si le prévôt de Paris a seul la 
charge de la surveillance et de l'entretien du pavage de la ville, 
on se demande pourquoi le roi indique dans son ordonnance que 
le garde de la prévôté doit veiller sur les « chaussiez ». Nous 
avons l'explication de ce fait dans l'ordonnance que nous avons 
déjà citée et qui est datée de Vernon du l^"" mars 1389 (n. st.). 
C'est la lettre royale par laquelle Charles VI donne pouvoir au 
prévôt de Paris de faire nettoyer les rues de la ville et d'y entre- 
tenir le pavé ; il se plaint de l'état lamentable des chemins, qui 
sont effondrés en plusieurs lieux, et des ordures et boues que cha- 
cun laisse devant sa porte ; « et sont les choses en très grant 
esclandre, vitupère et deshonneur d'icelle ville... », sans compter 
que « l'infeccion et punaisies » des ordures ont occasionné des épi- 
démies. Le prévôt est donc chargé de pourvoir à ce que la ville 
soit propre et bien pavée, à ce que chaque habitant nettoyé le 
devant de sa maison et refasse « les pavements des chaucies de la 
dite ville... » 

« Exceptez toutevoies », ajoute le texte, « ceuls de la croisiée 
d'icelle ville et d'aucunes rues et places qui y appendent et lesquelz 
doivent estre faiz et soustenuz par celui qui est establi de par nous 
au gouvernement de la prevosté des marchans...^ » 

Le garde de la prévôté aurait donc encore dans ses attributions 
à veiller sur l'entretien des rues dans un certain périmètre déter- 
miné. Cela ne s'accorde guère avec les déclarations formelles du 
roi qu'on a vues plus haut et aux termes desquelles au prévôt seul 
« pour le tout » et « non à autre » appartient « la cure et le gou- 
vernement de nostre bonne ville de Paris. » Le prévôt des mar- 
chands agira-t-il dans le cas présent comme subordonné du pré- 
vôt de Paris ou en pleine indépendance et liberté? Le fait n'est 
point mentionné. 

Ce vague se retrouve encore dans le ressort qui est dévolu au 
garde de la prévôté. On sait ce qu'on entend par le mot de « croi- 
siée de la ville ». C'était, comme le nom l'indique, une croix for- 
mée de deux grandes rues se coupant à angle droit et divisant 
Paris en quatre secteurs plus ou moins inégaux. Le centre de 
cette croix ou croisée était au grand Châtelet ; de là partaient 

1. Ordonnances des rois de France, t. VII, p, 243. 



A LA FIN DU XIV® SIECLE. 279 

quatre artères dans quatre directions contraires. Vers l'ouest, la 
croisée allait par le Louvre jusqu'au bout des murs du clos des 
Quinze- Vingts, où elle atteignait l'enceinte de la ville; du côté de 
l'est, elle gagnait l'église Saint-Antoine-aux-Ghamps par la rue 
de la Tisseranderie ; au sud, elle comprenait le pourtour du Châte- 
let, la rue de la Calandre, et aboutissait à la porte Saint-Jacques; 
enfin, au nord, elle gagnait la croix du Trahoir, par la rue Saint- 
Denis, la rue de la Causonnerie, la rue de la Charronnerie, et de 
là se prolongeait jusqu'à la bastille Saint-Honoré' . Si le roi avait 
simplement déclaré dans son ordonnance que le garde de la pré- 
vôté n'avait à s'occuper que de la croisée, le texte eût été suffisam- 
ment précis, mais il ajoute : « et d'aucunes rues et places qui y 
appendent », ce qui, évidemment, par l'incertitude de l'expression 
et le sens très large ou très étroit que l'on pouvait y attacher, 
simplifiait ou compliquait extrêmement la charge du garde de la 
prévôté. Nous ignorons, du reste, ce qu'il en fut dans la réalité, 
faute de documents et de preuves. 

Telles sont les fonctions d'un caractère déterminé que le prévôt 
avait à remplir. On voit qu'elles se réduisaient à l'entretien des 
édifices publics et d'un certain nombre de rues. Les ordonnances, 
sur ce point, nous ont permis d'arriver à un résultat suffisamment 
formel. 

Ici se présente une question subsidiaire, qui est celle de savoir 
avec quels fonds le garde de la prévôté pouvait faire face aux 
dépenses qu'il devait engager de ce chef. Nous allons voir que 
Jean Jouvenel n'eut pas l'argent nécessaire pour s'acquitter con- 
venablement de ses fonctions. 

Il faut dire tout d'abord que chaque habitant était tenu de net- 
toyer le devant de sa maison et « de refaire le pavement des chau- 
ciées de la ville ^ » . Le devoir du garde de la prévôté était donc 
de veiller en premier lieu à ce que, sur ce point, les règlements 
royaux fussent strictement exécutés. 

Mais cette ressource ne suffisait pas et la prévôté avait à sa 
charge un certain nom-bre de voies publiques dont eUe devait, à 
ses frais, entretenir le pavage directement. De tout temps on avait 
destiné à cette dépense un fonds spécial que l'on désignait sous le 

1. Voy. une description de la croisée en 1400 publiée par Delamare dans son 
Traité de la police, t. IV, p. 173. 

2. Ch'donnances des rois de France, t. VII, p. 243. 



2S0 LA PRÉVÔTÉ DES MARCHANDS DE PARIS 

nom de « revenus de la ferme du Barrage* ». Seulement cette 
ferme était presque toujours entre les mains du « visiteur du 
pavé », et celui-ci, ayant intérêt à dépenser le moins possible, 
laissait les chaussées « en très grant ruine et demolicion^ ». 
A maintes reprises, le roi avait été obligé de donner des sommes 
d'argent à la municipalité parisienne, au temps de Charles V et 
au début du règne de Charles VI, pour lui permettre d'entretenir 
convenablement le pavé de Paris ^. 

A part cette source particulière bien précaire, comme on le voit, 
l'ancien prévôt des marchands, avant 1383, avait d'ordinaire pour 
payer les dépenses la moitié des amendes et des confiscations que 
prononçait le tribunal du parloir aux bourgeois, les revenus de 
la ferme du Criage, concédés par Philippe-Auguste en 1220, la 
ferme des Chaussées et un certain nombre de coutumes et de 
droits suffisants pour conserver les fortifications et les empêcher 
de tomber en ruine^. Nous avons vu que le parloir aux bourgeois 
était « dans la main » du roi et que Charles VI avait confisqué 
tous les revenus de la ville. Jean Jouvenel, ne pouvant disposer 
d'aucun fonds régulier, s'est donc trouvé dans l'impossibilité de 
gérer convenablement sa charge. A-t-il cherché à obtenir du roi 
une faveur quelconque pour pouvoir remettre les choses en état? 
Nous l'ignorons ^ Peut-être a-t-il demandé et n' a-t-il rien obtenu ; 
peut-être n'a-t-il pas osé, sa situation étant si peu sûre, présenter 
une requête qui aurait eu pour eff"et d'indisposer le Conseil royal 
à l'égard de l'unique magistrat municipal qu'on avait donné à la 
ville de Paris. 

Nous avons la preuve de l'état d'abandon dans lequel furent 



1. Voy. Delamare, op. cit., t. IV, p. 173. 

2. Ordonnance du 21 avril 1407 établissant une aide de trois ans. Recueil des 
ordonnances, t. IX, p. 708. 

3. Voy. Fréd. Lecaron, Essai sur les travaux publics de la ville de Paris au 
moyen âge, dans les Mémoires de la Société de l'histoire de Paris, t. III, p. 123. 

4. Voy. Fréd. Lecaron, op. et loc. cit. 

5. Cependant, le texte suivant, emprunté au journal du Trésor, semblerait 
devoir faire supposer le contraire. « De eodem [de Jolianne Capella receptore 
denariorum ordinatorum per regem pro operibus et fortiffîcacionibus ville Pari- 
sius...] vc francos compt. per magistrum Johannem Jouvenel, custodem prepo- 
siture mercatorum ville Parisius in dictis francis, pro dono sibi facto per regem. » 
Lundi 6 mars 1390 (n. st.). Arch. nat., KK 13, fol. 105.— Il est vrai que nous ne 
pouvons faire qu'une hypothèse sur la destination exacte de la somme dont il 
est ici question. 



A LA F(N DU XIV^ SIECLE. 28^ 

laissés les édifices publics dans un fait que nous relevons quelques 
années après le départ de Jean Jouvenel. 

En 1405, le garde de la prévôté, Charles Culdoe, dont nous 
avons déjà parlé, se décida à présenter au roi une « umble sup- 
plicacion », le priant de vouloir bien le mettre à même, en lui don- 
nant des ressources suffisantes, de s'acquitter convenablement de 
ses fonctions. Les monuments publics étaient, à ce moment, dans 
un état lamentable de délabrement; « et il soit ainsi, disait-il, que 
de présent il soit très grand nécessité de y pourveoir et de y faire 
très grans repparacions , soustenemens et emparemens... » Il 
déclarait au roi qu'il ne serait pas trop pour cela que « toutes les 
rentes, revenues, cens, admendes, forfaictures, criages et scelle- 
rages, hanses, coustumes, maisons, gardes de portes, tours, 
bastides, fossez, la clergie de la ville et les fermes des chaussées, . . . 
rabatues les charges,,., soient reçues par le dict garde ou son 
commis pour tourner et convertir par l'ordonnance d'icelle garde 
es reparacions, soustenemens et autres choses nécessaires de la 
dicte ville... » Le roi accorda au garde de la prévôté ce qu'il 
demandait^ Nous savons, par l'ordonnance qui rend à la prévôté 
des marchands ses droits et revenus, que ceux-ci s'élevaient 
annuellement à la somme de huit cents livres. Le chiffre était 
relativement minime. Il faut croire, cependant, que la municipa- 
hté parisienne s'en contentait avant la date de 1383. Mais Culdoe 
ne le trouva pas suffisant. On avait à remettre en état tout ce qui 
avait été abandonné pendant une douzaine d'années ; il fallut 
chercher de nouvelles ressources; et, le 21 avril 1407, sur la 
requête du garde de la prévôté, Charles VI établit pour trois ans 
une aide particulière dont le produit serait employé à la répara- 
tion des chaussées de la ville de Paris. Le texte de la lettre royale 
constate que « les chauciées de la croisiée [sont] cheues en très 
grant ruine et démoli cion » et ajoute que les revenus affectés à 
cette dépense sont complètement insuffisants 2. 

Il résulte de ce que nous venons de voir que Jean Jouvenel a 
dû, faute d'argent, laisser sans soin les monuments dont l'entre- 
tien constituait pour lui l'occupation la plus précise de sa charge. 
Comme on le voit aussi, le Conseil royal, au moins dans l'état 
actuel de nos connaissances, n'a point cherché à régler cette con- 

1. Ordonnances des rois de France, t. IX, p. 703. 12 août 1405. 

2. Voy. Delamare, op. cit., t. IV, p. 173. 



282 LA PRÉVÔTÉ DES MARCHAIVDS DE PARIS 

tradiction que pouvait offrir le fait d'un homme ayant certaines 
fonctions et ne pouvant pas les remplir. 

A part ces attributions concernant les travaux publics de la 
ville, le garde de la prévôté ne nous parait pas avoir d'autre rôle, 
dans les documents où il est encore question de lui, que celui 
d'agent d'exécution du roi. Nous voyons son nom figurer dans un 
certain nombre d'ordonnances au rang des officiers royaux char- 
gés d'exécuter les décisions royales sur des sujets, du reste, variés 
et inégalement importants. 

Ainsi, le 9 octobre 1392, Charles VI révoque par lettres royales 
toutes les permissions données jusque-là de percer les conduits 
qui mènent l'eau dans les fontaines des Innocents, de Maubué et 
des Halles pour embrancher des tuyaux particuliers qui donnent 
de l'eau aux hôtels voisins. Il excepte des effets de cette mesure 
prohibitive les hôtels du roi, ceux des ducs de Berry, de Bour- 
gogne, d'Orléans ou de Bourbon. Or, il charge de l'exécution de 
son ordonnance le procureur général du Parlement, le prévôt de 
Paris et « le commiz à gouverner l'office de la prevosté des mar- 
chands de nostre dicte ville*. » Le garde de la prévôté est bien ici 
assimilé à un fonctionnaire ordinaire qui reçoit mandement du roi 
d'agir de telle ou telle façon au même titre qu'un agent royal 
quelconque . 

C'est à cette conclusion, en effet, que nous sommes amenés. Le 
garde de la prévôté n'est qu'un simple officier royal ; il est nommé 
par le roi, ce ne sont pas les bourgeois qui le choisissent ^ Il n'a 
que les attributions qu'a bien voulu lui donner le roi et qu'on a 
retirées au prévôt de Paris ; il est comme le second du prévôt de 
Paris, une sorte de vice-prévot. D'indépendance personnelle, il 
n'en a point ; révocable à volonté, il est nommé sans doute pour 
un temps illimité, mais il doit scrupuleusement obéir à tous les 
ordres que lui donne le roi directement ou indirectement. Dans la 
situation indécise et incertaine où il se trouve, une seule chose 
est sûre, c'est qu'il ne peut rien et que tout a pouvoir sur lui. 
Voilà, au moins en théorie et pour le fond, l'état exact dans lequel 
se trouve le garde de la prévôté. 

Pour la forme, il apparaît bien qu'il est à l'égard des bourgeois 
un véritable prévôt des marchands. On trouve dans les textes deux 

1. Ordonnances des rois de France, t. VII, p. 510. 

2. Juvénal des Ursins, p. 70. — Le Religieux de Saint-Denis, t. I, p. 570. 



A LA FIN DU XIV« SIÈCLE. 283 

dénominations simultanément employées pour le désigner : tantôt 
le véritable titre, celui qu'emploie le roi : « Custos prepositure 
mercatorum ville Parisius^.. », et qui indique bien que notre 
personnage n'a pas la propriété de sa charge, mais qu'il n'en a 
que la garde, d'où son nom de « garde de la prévôté ^ » ; tantôt 
simplement aussi l'expression de « prévôt des marchands de 
Paris 3. » Du reste, les Parisiens le considèrent comme un véri- 
table prévôt des marchands ; il habite l'hôtel de ville de Paris ^; 
il a le dépôt et le soin de trois livres contenant les antiques privi- 
lèges de la commune parisienne^. Dans toutes les cérémonies et 
les processions, il figure à la même place que l'ancien prévôt des 
marchands, il en a le costume, il en interprète le rôle; il est le 
véritable chef des Parisiens. 

Le Religieux de Saint-Denis raconte longuement l'entrée solen- 
nelle que fit à Paris la reine Isabeau de Bavière le dimanche 
22 août 1389. Il nous dépeint tout le cortège princier magnifique- 
ment paré, la reine revêtue d'une robe de soie semée de fleurs de 
lys d'or, les plus nobles dames du royaume suivant dans des chars 
peints et dorés, les officiers et serviteurs du roi faisant la haie 
entièrement vêtus de rose. Puis il nous décrit les notables bour- 
geois de Paris qui sont venus au-devant de leur souveraine, à 
cheval et recouverts de superbes costumes verts. Or, celui qui les 
conduit, qui marche à leur tête, parle en leur nom, et apparaît 
comme leur représentant, c'est le prévôt des marchands Jean 
Jouvenel, également à cheval et vêtu de vert comme les autres, 
mais plus brillamment^. 

Froissart ajoute que les bourgeois voulurent profiter de cette 



1. Arch. nat., KK 13, fol. 105. 

2. Voy. Félibien, Histoire de Paris, t. I, p. 628. 

3. Arch. nat., Xia 8849, fol. 98 v°. « Maistre Jehan Jouvenel, prevost des 
marchans de Paris. » Accord avec Jehan l'Aloue et Jacques l'Alemant. — 1390. 

4. Bibl. nat., ms. franc. 4752, p. 112. — Voy. Juvénal des Ursins, p. 70. 

5. Arch. nat., PP 117, p. 1056, an 1388 (v. st.). « Inventaire de trois livres 
concernant la prevosté des marchands de Paris délivrez par ordre de la Chambre 
[des comptes] à Jehan Jouvenel, garde de la dite prevosté. » — Bibl. nat., ms. 
franc. 4752, p. 121. « Inventarium trium librorum traditorum magistro Johanni 
Jouveneli, preposito mercatorum Parisiensi, continentium anliqua privilégia et 
alia plura notabilia pro burgensibus ville Parisiensis. — Enregistré au registre des 
chartes du greffe de la Chambre des comptes à Paris, commenceant 1381 et 
finissant 1394 au feuillet ixxx du dict registre. » 

6. Le Religieux de Saint-Denis, t. I, p. 613. 



284 LA PRÉVÔTÉ DES MARCHANDS DE PARIS A LA FIN DD XIV* S. 

circonstance pour chercher à se concilier la faveur royale par 
des présents magnifiques. Trois jours après l'entrée d'Isabeau, ils 
vinrent lui apporter une table recouverte d'un superbe tapis de 
drap d'or et toute chargée de vaisselle d'or ; ils offraient en même 
temps aux duchesses de Berry et de Lorraine des joyaux de grande 
valeur. Ce fut encore le prévôt des marchands qui prit la parole au 
nom des notables parisiens ^ 

On trouverait, dans Y Histoire de Charles VI de Juvénal des 
Ursins ou dans la Chronique du Religieux de Saint-Denis, un 
certain nombre de faits attestant que Jean Jouvenel ou son suc- 
cesseur Charles Culdoë, bien que simples officiers royaux, surent 
à différentes reprises profiter du vague de leur situation pour agir 
avec indépendance, prendre en main les intérêts des Parisiens et 
les défendre avec autant d'ardeur et de zèle que s'ils étaient les 
mandataires élus des bourgeois, et qu'au lieu d'avoir la garde de 
leur prévôté ils fussent véritablement les prévôts des marchands 
de Paris. 

L. Mangest-Batiffol. 



1. Voy. Froissart, édit. Kervyn de Lettenhove, t. XIV, p. 5-25. — Félibien, 
Histoire de la ville de Paris, t. II, p. 708. — Godefroy, le Cérémonial françois. 
t. I, p. 637 et suiv. 



LA MISSION DE PERON DE BASCHI 

A VENISE 
D'APRÈS DES DOCUMENTS VÉNITIENS 

(1493). 



Les registres des délibérations secrètes du Sénat vénitien ren- 
ferment quatre documents relatifs à la mission de Pérou de Bas- 
chi à Venise en 1493; quoique les deux premiers aient déjà été 
signalés par RomaninS Cherrier^ et Rawdon Brown^, tous nous 
ont paru mériter d'être publiés ; ils offrent, en effet, prises sur le 
vif, les impressions de la Seigneurie quand Péron lui fit part des 
desseins de son maître sur le royaume de Naples ; ils révèlent la 
profonde émotion dont elle fut agitée en les apprenant ; enfin, au 
soin qu'il met à élaborer une réponse qui, sans le compromettre, 
pût satisfaire Charles VIII, on peut déjà pressentir les dispositions 
hostiles du gouvernement vénitien, dispositions qui devaient se 
manifester en 1495 quand, non content de se déclarer ouvertement 
contre la France, il prit l'initiative de la Sainte-Ligue. 

Péron de Baschi, qui devait visiter Florence et Rome comme il 
avait déjà visité Milan, arriva à Venise, accompagné d'un secré- 
taire du duc de Milan, le 7 juillet^. Conformément à la pratique 
ordinaire, il fut reçu par la Seigneurie ou Collège^, qui, le 8 du 

1. Storia documentata di Venezia, Venezia, 1856, t. V, pp. 26 et 27. 

2. Histoire de Charles VIII, Paris, 1870, t. I, pp. 359 et 360. 

3. Calendar of state papers, Venetian, London, 1864, n" 630 et 631. 

4. Malipiero, Annali Veneti, dans Archivio storico italiano, 1'^ série, t. VII, 
p. 315, Firenze, 1843. 

5. Le Collège ou Seigneurie, qui représentait en quelque sorte le pouvoir 
exécutif à Venise et donnait en cette qualité audience aux ambassadeurs, coin- 



286 LA MISSION DE PÉROiN DE BASCHI A VENISE. 

même mois, rendit compte au Sénat des communications que lui 
avait faites l'ambassadeur français. 

Ce compte-rendu (le premier des documents que nous publions) 
est rédigé avec une attention extrême ; il a pour titre : Summarium 
expositionis magnifici domini Peroni oratoris Christianis- 
simi domini régis F^^ancorum. Après les compliments d'usage, 
Pérou remercia la Seigneurie d'avoir inséré la réserve de l'alliance 
française dans la ligue qu'elle venait de conclure avec le pape et 
le duc de Milan i; il notifia ensuite les différents traités que 
Cliarles VIII venait de signer avec les rois des Romains, d'An- 
gleterre et d'Espagne. A ces notifications, le doge répondit comme 
il convient en pareille occurence. Puis, ces préliminaires épuisés, 
on congédia les assistants qui n'étaient pas membres du Collège et 
les serviteurs de Pérou ; il continua ensuite son exposé. Il expliqua 
que Cliarles VIII ne s'était accommodé avec tous ses voisins que 
pour être plus libre de revendiquer le royaume de Naples, qui lui 
appartenait de droit; la prise de possession de ce royaume n'était, 
du reste, dans la pensée du roi que la préface d'une plus vaste et 
plus noble entreprise; il entendait, en effet, imiter ses ancêtres et 
diriger ensuite ses armes contre les Turcs. Il espère que Venise 
ne lui refusera ni son appui, ni son concours, ni ses conseils. Le 
doge répliqua qu'on répondrait à cette triple demande après l'avoir 
soumise au Sénat, Péron reprit alors la parole ; il insista pour que 
cette réponse lui fût rendue dans le plus bref délai possible et par 
écrit, pour qu'il pût l'envoyer à Cliarles VIII, qui réglerait sa 
conduite d'après elle. Il ajouta que la République avait à la cour 
de France de nombreux ennemis, mais que, jusqu'à présent, ils 
n'avaient pas réussi à lui nuire dans l'esprit du roi. — Quand 
Péron se fut retiré, on introduisit l'ambassadeur milanais, qui 
parla dans le même sens que lui et lut une lettre par laquelle le 
duc de Milan priait la Seigneurie d'accueillir favorablement les 
ouvertures du roi de France. 

Ce ne fut que quatre jours après, dans sa séance du 12 juillet, 
que le Sénat délibéra sur la réponse à faire à l'ambassadeur fran- 

prenait 26 membres : le doge, ses 6 conseillers, les 3 chefs de la quaranlie cri- 
minelle, les 6 sages du conseil, les 5 sages de terre ferme el les 5 sages aux 
ordres. (Bibl. nat., ms. fr. 5599, fol. 37 v°.) 

1. Il s'agit de la ligue conclue le 22 avril 1493. Arch. de Venise, Commemo- 
riali, t. XVII, fol. 49. Cf. Romanin, op. cit., t. V, p. 11. 



LA MISSION DE PÉRON DE BASCHI A VENISE. 287 

çais ; cette séance fut longue et mouvementée ; la tâche que s'im- 
posait le Sénat était, en effet, assez ardue : il voulait à la fois ne 
pas mécontenter Charles VIII et cependant ne pas prendre d'en- 
gagements. Nicolas Mocenigo, Dominique Morosini, Paul Barbo, 
sages du conseil, et les sages de terre ferme présentèrent un pre- 
mier projet, que nous analysons avec d'autant plus de précision 
que c'est sur ce projet que s'engagea la discussion. Après avoir 
chaleureusement félicité le roi d'avoir conclu la paix avec ses 
voisins et l'avoir remercié de la bonne amitié qu'il avait pour la 
République, on aborderait la question qui, dans les préoccupations 
de Charles VIII et de la Seigneurie, primait toutes les autres. En 
ce qui concerne les conseils sollicités par le roi, eUe se récuserait 
d'en donner, sous le prétexte que conseiller un prince aussi sage 
et aussi expérimenté serait de la présomption. Quant à la demande 
de secours, le roi ne devait pas douter des sentiments affectueux 
et dévoués qui animent Venise envers lui, mais, obligée de tenir 
sur pied une armée considérable pour défendre ses possessions 
orientales contre les Turcs, la République est par là -même 
astreinte à de si énormes dépenses qu'elle ne pourrait en assumer 
d'autres sans déranger l'équilibre de son trésor ; elle attesterait 
enfin son désir de maintenir et conserver la bonne et sincère 
union et l'antique aUiance qu'elle avait avec lui et promettrait 
de ne jamais la violer. 

Au premier tour de scrutin, cette rédaction ne réunit que 
soixante-neuf voix. Alors Constantin Priuli, conseiller du doge, 
proposa un amendement : il acceptait tout le début du projet pré- 
cédent, c'est-à-dire toutes les formules de courtoisie, mais il vou- 
lait qu'à la demande de secours la réponse fût encore plus évasive, 
plus dilatoire. Péron de Baschi se rendant à Rome, on lui dirait 
que la Seigneurie ne voulait s'arrêter à aucune résolution avant 
d'avoir consulté le pape, « le chef, non seulement de toute l'Ita- 
lie, mais encore de la chrétienté. » — Cette motion n'obtint que 
trente-neuf voix. 

Une troisième rédaction fut alors soumise au Sénat par Ber- 
nard Bembo, un autre conseiller du doge. Les modifications qu'il 
réclamait, comme celles du préopinant, portaient uniquement sur 
la demande de secours ; après lui avoir certifié que la République 
agirait de son mieux pour être agréable au roi, on ferait cependant 
remarquer à l'orateur que les dépenses considérables auxquelles 



288 LA MISSION DE PÉRON DE BÂSCHI A VENISE. 

l'oblige le voisinage des Turcs de ses possessions orientales pour- 
ront peut-être l'empêcher de se comporter envers Charles YIII 
comme elle le désirerait, mais que, toutefois, il peut en être per- 
suadé, elle observera le traité qu'elle a avec lui^ Au premier 
tour, ce texte eut cinquante-neuf voix. 

La majorité ne pouvant se fixer, Marc BoUani, sage du con- 
seil, mit aux voix un quatrième projet; comme les précédents, il 
faisait sien le premier projet jusqu'à la demande de secours exclu- 
sivement; mais, par une étrange aberration, il s'imaginait que le 
Sénat avait accueilli si mal les trois autres déclarations parce 
qu'elles répondaient trop froidement aux ouvertures du roi de 
France. Il proposa en conséquence de donner à Péron l'assurance 
que la République respecterait avec une fidélité inébranlable la 
bonne et sincère union et alliance qui existait entre lui et elle et 
en remplirait strictement les obligations. L'échec fut complet : 
17 sénateurs seulement admirent sa manière de voir. 

Après ces quatre scrutins, l'incertitude était la même; il 
importait cependant de prendre un parti sans plus tarder ; Péron 
attendait, pressé de partir, et on ne pouvait le laisser s'éloigner 
sans un message. Pour ne pas perdre de temps, on convint d'écar- 
ter les deux projets qui avaient réuni le moins de sufirages (par 
conséquent le deuxième et le quatrième), et le scrutin recommença 
sur le premier et le troisième. Ce fut ce dernier qui l'emporta à 
ce second tour avec quatre-vingt-seize voix, tandis que l'autre 
était rejeté avec quatre-vingt-six voix. 

Il semble que la Seigneurie donna immédiatement connaissance 
de la décision des Pregadi à Péron; celui-ci, qui, paraît-il, igno- 
rait les termes du pacte qui existait entre Charles VIII et Venise, 
fut très surpris en les entendant énoncer ; aussi, le 13 juillet, les 
sages du conseil et Dominique Bollani , François Tron et Jean-Fra n- 
çois Pasqualigo, sages de terre ferme, conseillèrent-ils au Sénat 
de députer à Péron Jérôme Zorzi, ancien ambassadeur vénitien 
en France, avec un secrétaire qui lui lirait le traité en question. 
Trente-trois de leurs collègues seulement furent de cet avis, tan- 
dis que cent vingt acclamèrent François Foscarini, opinant pour 

1. C'est le traité du 23 septembre 1484; nous l'avons publié ici même, t. LI 
(1890), p. 630 et suiv. 



LA MISSION DE PÉRON DE BASCHI A VENISE. 289 

qu'on s'en tînt purement et simplement à la résolution adoptée la 
veille*. 

La mission de Péron de Baschi eut un tardif et curieux épilogue 
qui prouve que la Seigneurie ne lui avait pas délivré un extrait 
de la déclaration qu'elle lui avait faite. Après que l'envoyé fran- 
çais eut rejoint son maître, celui-ci écrivit à la Seigneurie, le 
4 octobre, une lettre^ qui fut lue le 4 novembre au Sénat; elle 
provoqua un certain étonnement. Il ressortait de cette lettre qu'en 
passant par la bouche de Péron les explications de la Seigneurie 
avaient été dénaturées, soit qu'il les eût mal comprises, soit qu'il 
eût voulu flatter Charles VIII en ne lui rapportant rien qui pût lui 
déplaire ; il semble, en effet, que le roi croyait pouvoir compter sur 
l'appui de Venise, et sa lettre avait sans doute pour but de savoir 
comment et dans quelle mesure cet appui lui serait accordé. Les 
sages du conseil et François Tron, Pierre Balbi et Laurent Priuli, 
sages de terre ferme, considérant qu'il était difficile de faire par 
écrit une réponse convenable au roi et que tous les états de l'Ita- 
lie, sans en excepter Ferdinand de Naples, entretenaient des 
ambassadeurs à sa cour, invitèrent le Sénat à remettre au cour- 
rier français une lettre à Charles VIII lui annonçant le prochain 
départ pour la France d'un orateur vénitien qui l'instruirait des 
intentions de la Seigneurie ; ils mettaient en même temps aux voix 
l'élection immédiate d'un orateur ; mais soixante-seize sénateurs 
seulement se rangèrent de leur côté. Alors Dominique BoUani et 
Léonard Lorédan, sages du conseil, André Venier et Louis de 
Molin, sages de terre ferme, présentèrent une autre solution qui 
rallia cent dix voix, c'est-à-dire la majorité ; au lieu d'expédier 
en France un ambassadeur, on adresserait à Charles VIII une 
lettre où seraient résumées les déclarations faites à Péron ; le texte 
qu'ils avaient préparé ressemblait beaucoup à celui que le Sénat 
avait accepté le 12 juillet; la différence essentielle consistait dans 
la langue : la lettre était en latin, tandis que la délibération était 
en italien. 

En somme, comme M. Delaborde l'a justement remarqué^, rien 



1. Le même jour, le Sénat décrétait de donner dix-huit bras de velours noir à 
Péron. (Arch. de Venise, Senato, Terra, t. XII, fol. 13.) 

2. Cette lettre a jusqu'ici échappé à nos recherches. 

3. L'Expédition de Charles VIII en Italie, Paris, 1888, p. 276. 



290 LA MISSION DE PÉRON DE BASCHI A VENISE. 

n'était plus vague que la réponse de la Seigneurie. Si Charles VIII 
l'eût examinée de sang-froid, il n'eût conservé aucune illusion sur 
le rôle que jouerait la République quand il envahirait l'Italie : 
pour quiconque connaissait les habitudes du gouvernement véni- 
tien, sans avoir besoin de lire entre les hgnes, il n'y avait pas de 
doute à garder : la Seigneurie entendait ne pas sortir d'une pru- 
dente neutralité tant que la fortune ne se serait pas prononcée. 

P. -M. Perret. 



I. 

Délibération du 8 juillet 4493*. 

M CCCC LXXXXIII, DIE VIII JULII. 

Summarium expositionis magnifîci domini Peroni, oratoris chris- 
tianissimi domini Régis Francorum. 

Primo, post generalia, gratias agit de reservatione facta per illus- 
trissimum dominium in liga nuper inita cum Sanctissimo Pontifice et 
statu Mediolani confederationis quam habet cum majeslate sua, prout 
prius egerat per hteras regia maj estas, et gratulatus fuit de conclu- 
sione ipsius lige : notificavit pacificationem factam cum serenissimis 
regibus vicinis majestali sue, videlicet cum rege Anglie, rege Maxi- 
miliano et ejus illustrissimo filio archiduce, cui restituerai duos 
comitatus, in quibus est comitatus Burgundie, remanentibus tamen 
fortiliciis in manus régie majestatis Francorum , quoad prefatus 
archiduca pervenerit ad etatem legitimam jurandi fîdelitatem eidem 
majestati, et quod, si inter eos in fulurum oriretur aliqua differentia, 
componi debeat medio judicum et concordii non autem armorum, et 
quodmajestas sua restituerat etiam prefato arcliiduci sororem suam. 
Dixit etiam de serenissimo domino rege Hispanie, cum quo minima 
quedam resLabant concordanda, et ad eum regia majestas miserat 
nuper nuntium suum pro accipiendo juramento et componendis 
omnibus, et quod illi decreverat restituere comitatum Rouciglioni 

1. Arch. de Venise. Senato, Deliberazioni secrète, t. XXXIV, fol. 179. On 
trouvera de cette pièce une copie exécutée sous la direction de Paul de Musset : 
Bibl. nat., ms. ital. 17. 



LA MISSION DE PÉRON DE BASCHl A VENISE. 291 

{sic] , et addidit quod in dictis tractationibus regia majestas non 
fuerat oblita illustrissimi dominii. 

Ad hec, per serenissimum principem responsum fuit cum verbis 
generalibus affectuosis et accomodatis pro rei exigcntia. 

Licentiatis deinde omnibus non existentibus ordinarie de Gollegio 
et familia dicti oraloris, is continuatus dixit regiam majestatem deve- 
nissead pacem et concordiam cum omnibus suprascriptis, quiaomnino 
deliberaverat per omnes modos et vias mundi adipisci regnum Nea- 
polis sibi omni jure et justicia spectans, et quod his rationibus ad 
hoc inducebatur, videlicet ne videretur sibi déesse animum acquirendi 
id quod suum erat, ut faceret partem et accomodaret suos amicos et 
servitores, ut medio ipsius regni imitatus vestigia christianissimo- 
rum progenitorum suorum facere possit aliquid contra infidèles qui 
tôt terras et loca christiana occupa verant, et tôt christianas animas 
in captivitatem detinebant; rogabat ideo illustrissimum dominium 
ad dandum super hoc régie majestati auxiUum, consilium et favorem, 
ob quod regia majestas illi foret maxime obligata : et insuper pro- 
mittebat eam facturam evidens signum benivolentie et gratitudinis 
erga illustrissimum dominium. 

Responsum fuit ad hoc per serenissimum principem quod de more 
consuleretur senatus, ex cujus deliberatione fîeret responsum ad dic- 
tam propositionem. 

Dixit deinde orator et institit quod quamprimum expediretur, quia 
sic ei fuerat commissum a regia majestate, et quod ei daretur respon- 
sum in scriptis mittendum ad ipsam majestatem ut posset deliberare 
que sibi viderentur necessaria. 

Deinde subjunxitidem orator fuisse complures et magnos viros qui 
nixi fuerant suggerere maium et inducere odium régie majestati erga 
illustrissimum dominium, et quod regia majestas non potuit ab ali- 
quo induci ad videndum aliquod malum, et quod perseverabat et 
persreverare intendebat in optima dispositione et proposito suo erga 
illustrissimum dominium. 

Fuit ad omnia convenienter responsum a serenissimo principe, et 
postea discessit orator regius, ingressusque orator Mediolani presen- 
tavit literas domini sui commendantes negotia tractanda ab oratore 
regio prefato, locutusque est in consonantia ipsarum literarum, cui 
etiam similiter per serenissimum principem fuit accomodatissime 
responsum. 



292 LA MISSION DE PÉRON DE BASCHI A VEIVISE. 

IL 

Délibération du 42 juillet 1493*. 

M CCCC LXXXXIII, DIE XII MENSIS JULII. 

Ser Nicolaus Mocenigo, procurator, ser Dominicus Mauroceno, 
procurator, ser Paulus Barbo, sapientes Consilii, sapientes terre 
firme. 

Quod magnifico domino Perono, oratori christianissime majestatis 
Francorum, adpropositionem factam ab eo sub flde literarum creden- 
tialium ejusdem majestatis et nunc declaratam huic consilio per rela- 
lionem serenissimi principis respondeatur in hec verba. 

Magnifico ambasador, si come nel primo congresso a vos^.ra magni- 
ficentia dechiarissemo, cussi al présente cum el senato nostro ve 
replicamo tanta esser la observantia nostra verso el serenissimo et 
cbristianissimo signor re vostro, principiata senza memoria de initio 
verso tutti li sui serenissimi progenitori et de tempo in tempo conti- 
nuala, che ogni suo représentante vedemo cum taie piacere et satis- 
factione del animo nostro quanta dir possamo, et molto piu la magni- 
ficentia vostra per le sue dignissime virtu et conditione a nui ben 
note. Risponderemo al présente ad le propositione factene per vostra 
magnificentia per nome de la prefata regia maesta. Et primo non 
e necessario la maesta sua ne rengratii che nuovamente nela liga per 
nui inita cum la Sanctita del Ponteflce et lo illustrissimo stato de 
Milano habiamo reservata la bona amicitia, allianza et intelligentia 
nostra cum sua maesta conclusa cum la felice memoria del serenis- 
simo suo padre et poi cum quella instaurata et confirmala, perche 
cusi e sta conveniente a la summa affeclione et reverentia portamo 
ad la maesta sua : gratissimo et jucundissimo a nui e stato l'intender 
che quella se sii pacifiata cum li serenissimi signori re de Engelterra, 
Spagna et de Romani et cum lo suo illustrissimo fiol archiduca, per- 
che de ogni quiète, gloria et félicita de la prefata maesta tanto ne 
restamo aliegri et zojosi come de ogni honor et comodo del proprio 
stato nostro. Habiamo intexo quanto vostra magnificentia da poi 

1. Arch. de Venise, Senato, Delib. secr., t. XXXIV, fol. 179 v°. On en trou- 
vera une copie : Bibl. nat., ms. ital. 17. 



lA MISSrON DE PÉRON DE BASCHI A VENISE. 293 

comunicalane et dechiarita la deliberatione et proposito de la regia 
maesta ad la impresa del regno de Napoli ne recercha per nome de 
quella, videlicet che nui vogliamo circa ciô prestargli l'adjuto, favor 
et conseglio nostro. Ad questa parte dicemo, comenzando primo 
dal conseglio la ne dimanda, che cognoscando nui la maesta sua 
sapientissima et piena de ogni practica et experientia de] le cosse, 
a nui pareria assumer tropo grande graveza quando se ponessamo 
ad voler consegliarla sicome la ne rechiede Q. Circa veramente 
lo adjuto et favor nostro, credemo, anzi certissimamente tenimo ad 
essa maesta esser notissime le condition nostre cum Turchi acerrimi 
et potentissimi inemici del nome christiano, che quantunque l'appari 
nui haver pace cum quel signor, nientedimeno non essendo securo 
conseglio de fidarsi et commetter le cosse sue a chi non ha fede a 
nui, e stato et e necessario ogni anno mandar fuori valida armada 
sul raar per defension dei luogi nostriet ulterius tenir continuamente 
tutti li luogi et terre nostre marittime, che sono moite et per grandis- 
simo spacio confînano cum i luogi del dicto signor, ben in ordine et 
munite de zen te d'arme, et el medessimo convenimo far de molti 
luogi nostri terrestri che sono expositi a le incursione de dicti Tur- 
chi, i quali molto piu che alcuna altra potentia hanno comodita de 
invader Italia et occuparla, adeo che in questo necessaria et assidua- 
mente exponemo grandissima quanti ta de oro, che e non solum per 
defension del stado nostro ma etiam dei altri christiani, dei quali i 
luogi nostri sono propugnaculo et riparo, come ognuno intende et 
molto meglio la maesta sua, che per esser christianissima, non dubi- 
tamo habi molto grate siraele opération nostre concernente, insieme 
cum la nostra, la sainte etiam de molti christiani : per queste raxone 
la maesta predicta per la sua sapientia et bonta cognosce quanto a nui 
sia necessario esser reguardosi et cauti per non intrar in nuove gra- 
veze, che non séria senza pericolo de le cosse nostre; ma ben certifi- 
camo l'antedicta maesta cum ogni largeza, et per el simel la magnifi- 
cencia vostn- per nome de quella, che nui siamo per observar intégra 
et inviolabilmente la bona et sincera unione, allianza et intelligentia 
habiamo cum la maesta sua, ne da la continentia et obligatione de 
quella siamo per alcun modo ne in algun tempo per partirse, cusi 
convenendose a la observantia, culto et reverentia habiamo a la maesta 
prefata. 

De parte — 69 — 86. 

^S91 20 



294 LA MISSION DE PÉRON DE BASCHI A VENISE. 

Ser Constantinus de Priulis, consiliarius. 

Vult partem lectam usque ad O , et poslea sequatur : Girca veramente 
lo adjuto et favor noslro, invero se persuademo a la regia maesta esser 
indubitata la singular observantia et affectuosissima disposilione 
nostra et de tutto el senato nostro verso de quella, ma lassando da 
canto i pericoli quali continuamente sono minazati al stato nostro da 
Turchi potentissimi inimici del nome christiano, che, quantunque cum 
quel signor l'apparl nui haver pace, pur ne e necessario, non volendo 
star a sua discretione, cum incredibile spexe tignir continuamente 
tutti li luogi nostri muniti et potente armata fuori per defensione de 
quelli, consideramo et vedemo non esser conveniente che al présente 
nuiexprimamo alcuna particuliarita circa questa propositione, essendo 
vostra magnificentia destinata al Summo Pontefîce, che e capo non 
solum de Italia, ma etiam de tutti christiani, a la cui Santita nui 
meritamente deferimo quello honore et reverentia che se li convene 
da chadauno cattolico e christiano principe 5 ma ben certificamo Tan- 
tedicta regia celsitudine, etc., ut in fine partis sapientum. 

De parte — 39. 

Ser Bernardus Bembo, consiliarius. 

Vult primam partem usque ad O, postea sic dicatur : Quanto 
veramente apartien a lo adjuto et favor quale ne rechiede la maesta 
antedicta, quella se po liberamente persuader et esser certissima che 
per la affection et observantia li portamo, siamo desiderosi de ogni 
bene, honor et prosperita sua, per la quai in ogni evento volamo far 
qualunque effectuai demonstratione, et de questo se rendemo certis- 
simi che sua regia maesta christianissima non recevi alcuna dubita- 
tione : vero e, come a tuto el mondo e notissimo, nui siamo talmente 
conditionati cum el Turco signor potentissimo, inimico et sitibondo 
del sangue de christiani che necessario ne e star cauti et reguardosi, 
et, quantunque Tappari nui esser in pace cum el prefato Turcho, nien- 
tedemeno per non star a la discrétion sua, siamo constrecti tignir cum 
grande presidio le terre nostre a lui vicine, quale sono moite et per 
longo spacio cum li soi luogi confinante, per mazor securita de le 
quai etiam convenimo tenir al continuo potente armata non senza 
excessiva et incredibel spexe. 

Queste cosse, de la sorte et grandeza le sono, come vostra magnifi- 
centia puol per sua prudentia considerar, meritano esser bene et 
maturamente pondérale ; tamen certificamo et assecuramo la maesta 



LA MISSION DE PÉRON DE BASCHI A VENISE. 295 

sua che sempre et in ogni caxo, nui siamo per observar et exactamente 
exequir Falianza et bona intelligentia habiamo cum quelia per la 
summa observantia et affection li portamo. 
De parte — 5^ — 96. 

Ser Marcus Bollani, sapiens consilii. 

Vult partem primam usque O, et postea sequatur : Girca veramente 
lo adjuto et favor nostro invero se persuademo a la regia maesta esser 
indubitata la singular observantia et affecluosissima disposition nos- 
tra et de tutto el senato nostro verso de quelia, et pero certificamo 
la maesta sua cum ogni largeza, et per el simile la magnifîcentia vos- 
Ira per nome de quelia, che nui siamo per observar intégra et invio- 
labilmente la bona et sincera unione, allianza et intelligentia habiamo 
cum la maesta antedicta, ne da la continentia et obligatione de essa 
siamo per algun modo ne in algun tempo per partirse, cusi conve- 
nendole a la observantia, culto et reverentia portamo a la maesta 
prefata. 

De parte U — De non \ — Non sinceri \ — 4, 

III. 

Délibération du 43 juillet 4493\ 

M CCCC LXXXXIII, DIE XIII JULII. 

Sapientes consilii ; ser Dominicus Bollani, ser Pranciscus Trono, 
ser Joannes Franciscus Pasqualigo, doctor et miles, sapientes terre 
firme. 

Ex relatione nunc facta intellexit hoc consilium successum respon- 
sionis facte magnifico oratori christianissime majestatis Francorum 
et quid ille responderit, et quoniam, ob ignorationem capitulorum 
lige nostre cum illa regia majestate, is orator confusus remansit; 
iccirco, ut bene contentus discedat intelligatque expressius sensum 
responsionis nostre juxta intentionem hujus consilii ; — vadit pars 
quod, medio viri nobilis Hieronimi Georgio, equitis, cum quo vadat 
unus secretarius GoUegii nostri, prefato oratori declaretur et legatur 
forma capitulorum colligationis et intelligentie nostre cum christia- 
nissima majestate Francorum. 

De parte — 33. 

1. Arch. de Venise, Senalo, Delib. secr., t. XXXIV, fol. 180 v". Bibl. nat., 
ms. ital. 17. 



296 LA MISSION DE PERON DE BASCHI A VENISE. 

Ser Francis Fuscarenus, consiliarius. 

Vult quod stetur super parte capta heri in hoc consilio nec aliud 
innovetur. 
Départe — ^20. 
De non — 0. 
Non synceri — i . 

im. 

Délibération du 4 novembre 4493*. 

M CCCC LXXXXIII, DIE IlII NOVEMBRIS. 

Ser Nicolaus Mocenigo, procurator, ser Federicus Cornario, procu- 
rator, ser Dominicus Mauroceno^ procurator, ser Tiiomas Trivisano, 
procurator, ser Hieronimus Vendramino, ser Antonius Grimani, 
sapientes consilli; ser Franciscus Truno, ser Petrus Balbi, ser Lau- 
rentius de Priolis, sapientes terre firme. 

Cupit et petit regia maj estas Francie literis suis lectis huic consi- 
lio, ut in illa materia tanti momenti et ponderis, quanti unusquisque 
dijudicare potest, licet magnifico Perono abunde et copiose declarata 
fuerit intentio status noslri, illa tamen replicetur et in scriptis ad 
ipsam majestatem mittatur, que etiam in dictis suis literis narrât 
relationem ei factam a prefato Perono longe diversam a responsione 
nostra ipsi oratori facta et sepius eidem relecta dum hic reperiretur : 
exquibus omnibus facile deprehenditur objectum majestatis prefate; 
cum igitur responsio nostra literis sufficienter fieri non possit ad 
propositiones in dictis literis regiis contentas, nec sine productione 
alicujus magni inconvenientis, et e converso oretenus satisfieri con- 
venienter possit justificationi dominii nostri, et insuper presentia 
alicujus representantis dominium nostrumapud illara regiam maies- 
tatem in lantis rébus quante nunc occurrunt, preterquara nos cum 
veritate certiores reddemus illorum successuum, esse quoque posset 
causa complurium bonorum, apud quam quidem majestatem repe- 
riuntur oratores omnium potentatuum italicorum, ac etiam régis 
Ferdinandi ; — iccirco vadit pars quod antedicte régie majestati per 
cursorem qui attulit iiteras suas respondealur in hac forma. 
Serenissimo régi Francie. 

Reddite nobis sunt litere christianissime majestatis vestre proprio 

1. Arch. de Venise, Senato, Delib. secr., t. XXXIV, fol. 197. 



LA MISSION DE PÉRON DE BASCHI A VENISE. 297 

ipsius cursore allate, diei iiii" preteriti mensis, a nobis accepte et 
perlecte eodem afFectu animi quo ob nostram in vestram celsiludi- 
nem observantiam singularem omnes ipsius literas légère consuevi- 
mus. Non dubitamus vestre régie majestati plane innotescere pro- 
pensissimum animum et optimam erga eandem et omnes res suas 
dispositionem etpropositum nostrura, quod illi sepius literis nostris, 
et aliis pluribus mediis affatim declaravimus. Ut autem cumulatius 
adhuc majestati vestre id aperiamus et pariter illi convenientes gra- 
tiarum actiones agamus, quod in tractatu pacis, unionis et amicitie 
superiori hoc tempore inter majestatem vestram et serenissimos 
dominos Romanorum, Hispanie et Anglie reges inite et concluse, 
nos comprehendi et includi vestra regia majestas voluerit, prout 
tune suis literis nobis significavit, elegimus ad eam oratorem nos- 
trum, quem ilico expediemus et destinabimus ad christianissimam 
celsitudinem vestram. 

Et ex nunc captum sit, quod de presenti per scrutinium hujus 
consilii eligatur unus solemnis orator noster ad prefatam regiam 
majestatem, cum omnibus modis, conditionibus, stricturis et pénis 
cum quibus electus fuit vir nobilis Hieronimus Georgio, eques : 
discedat immédiate cum ea commissione que ei dabitur per hoc con- 
silium. 

De parte — 76. 

Ser Dominicus Bollani, ser Leonardus Lauredano, procurator, 
sapientes consilii; ser Andréas Venerio, ser Aloysius de Molino, 
sapientes terre firme. 

Volunt quod serenissimo domino régi Francorum scribatur, et ad 
literas suas nunc lectas respondeatur in hac forma : 

Serenissimo régi Francie. 

Reddite nobis sunt litere christianissime majestatis vestre proprio 
ipsius cursore allate diei iiii*' mensis preteriti, a nobis accepte et per- 
lecte eodem affectu animi quo ob nostram singularem in vestram 
regiam celsitudinem observantiam et cullum omnes ipsius literas 
légère consuevimus. Non dubitamus vestre majestati plane innotes- 
cere propensissimum animum et optimam erga eamdem et omnes res 
suas dispositionem et propositum, erga omnes serenissimos ipsius 
progenitores, semper habitum et in majestatem vestram continuate 
et diligentissime servatum. Quod autem attinetad responsionem nos- 



298 LA MISSION DE PERON DE BASCHI A VENISE. 

tram factam raagnifico Perono, dum apud nos ageret oratorem majes- 
tatis vestre, qui post declaratam ipsius deliberationem veniendi ad 
recuperationem regni Neapolis, petiit ut in ea re prestaremus auxi- 
lium nostrum, ad liane propositionem, predicto oratori respondimus 
etpatefecirausurgentissiraos respectus etiraportantissimos non soluni 
statui nostro, sed et ehristiane religioni : ex quibus, licet cum domino 
Turco in pace reperiamur, nihilominus ne illius arbitrio statum nos- 
trum dimittamus, maximas et assiduas impensas, et terra et mari, 
subire cogebamur, ideoque necessarium nobis erat cautissime ince- 
dere in cunclis rébus nostris : verum eidem oratori conclusimus, id 
quod (ut requisitioni régie sublimitatis vestre satisfaciamus) presen- 
tibus replicamus, esse nos ejusdem mentis cujus semper fuimus erga 
raajestatem vestram observandi firmiter et inviolate amicitiam et 
aliigalionem nostram cum serenissimo vestre celsiludinis genitore 
initam et cum ea postea confirmatam et instauratam. 

De parte — UO. 

De non — 4. 

Non sinceri — 5. 



UNE 

ASSOCIATION ENTRE PROFESSEURS 

POUR L'ENSEIGNEMENT DES ARTS 

A PERPIGNAN 



Association faite à Perpignan entre deux maîtres es arts 
et un bachelier en médecine pour l'enseignement des arts 
à Perpignan. 

1458, 4 décembre. 

In nomine Domini, amen. Capitula facta, inhita et concorda ta 
inter reverendos magistrum Johannem Andream, artium profes- 
sorem, et Bernardum de Ecclesia, magistrum artium, et Johan- 
nem Ribes, baccallarium in medicina, super regimine scolarium. 

1. Primo, fuit concordatum inter nos quod fecimus societatem 
indissolubilem , incipiendo die sancte Katerine xxv* mensis 
Novembris anni m' cgcc' Lvra', usque ad diem sancti Luce anni 
sequentis, anni CGCCLvmi. 

2. Item, fuit pactatum quod facimus societatem pro dicto tem- 
pore solum de scolaribus futuris ab illa die advenientibus succes- 
sive alicui nostrum, non includendo présentes scolares. 

3. Item, concordamus quod omnia emolumenta, salaria et pro- 
ventus que evenient a dictis scolaribus dividentur inter nos per 
partes equales, secundum Deum et bonam conscientiam, bonum, 
fidèle et légale computum largiendo. 

4. Item, quod nullus habeat concurrere cum alio in actu vel 
lectione generali, nisi de conssensu et voluntate alterius, pro qua- 
licumque causa. 

5. Item, quod nullus nostrum habeat sumere vel acceptare sco- 
larem alterius aliquo modo vel forma, directe vel indirecte. 



300 UNE ASSOCIATION ENTRE PROFESSEURS 

6. Item, quod in omnibus actibus alicujus nostrum omnes sco- 
lares, cujusvis sint, possint intervenire sine aliquo obstaculo. 

Hec omnia predicta quilibet nostrum promittimus et juramus 
inviolabiliter observare, sub pena quindecim librarum. 

Die Dominica, mi^mensis Decembris, anno a Nativitate Domini 

M°CCCC°LVIII°. 

Testes : Petrus Hosteles, loci de Cocholibero*, Jacobus Jalceu, 
ville Perpiniani, studentes in artibus. 

(Archives des Pyrénées-Orientales, série D, orig. pap.) 

Le document publié ci-dessus me paraît intéressant, mais l'in- 
terprétation n'en est pas aisée pour qui n'est pas versé dans la 
connaissance des choses universitaires du moyen âge. Les stipu- 
lations du traité sont malheureusement très brèves, et une simple 
lecture ne permet pas de voir les difficultés que soulève ce texte. 

Ces difficultés, les voici : 

1° Quelle est la nature de cette association? 

2o De quel enseignement s'agit-il dans l'acte? 

3° Comment expliquer les §§ 5 et 6 du traité, qui sont en con- 
tradiction ? 

1". — L'association contractée entre les trois professeurs est une 
association dont le but est le partage des bénéfices résultant d'un 
enseignement; et je dis tout de suite de l'enseignement des arts. 
Si le but de la société se comprend à première lecture du docu- 
ment, il n'est pas aussi aisé d'en saisir l'objet. Le texte ne semble 
fournir que contradiction sur contradiction. 

Ainsi, il semble bien qu'il n'y ait pas là une société pour l'en- 
seignement, puisque chacun enseignera de son côté (§5). Et 
cependant chacun n'enseignera pas de son côté, puisque, si le § 5 
défend à un des associés à^acceptare scolarem alterius, le § 6 
lui prescrit, au contraire, de le recevoir : ... omnes scolares, 
cujusvis sint, x>ossint hitey^venire... Bien plus, on peut se 
demander comment même il peut y avoir des bénéfices et un par- 
tage de bénéfices. Comment supposer un partage de bénéfices, si 
chaque maître conserve pour lui ses élèves? Comment même 
trouver matière à bénéfices? Car on ne peut guère admettre 
qu'un maître ayant beaucoup d'élèves s'associera avec d'autres 

l. Collioure. 



A PERPIGNAN. 304 

maîtres pour leur verser simplement une certaine part de ses pro- 
fits, sans restreindre la charge de son enseignement, en diminuant 
le nombre de ses élèves. Dans ce cas, le maître gardera tout pour 
lui. Le contraire serait un non-sens juridique. Ce qui m'amène à 
dire que, dans notre acte, on ne voit pas du tout, à première vue, 
ni l'objet de l'association, ni la source des bénéfices à partager, 
ni surtout l'intérêt de chaque associé. 

Pour comprendre ce texte, qui devient incompréhensible quand 
on l'analyse même avec soin, voici ce qu'il faut, je crois, admettre : 
les trois professeurs sont tous trois professeurs à l'Université de 
Perpignan^; mais, à côté de leur enseignement à l'Université, ils 
organisent par ce traité ce qu'on appelait une tutela^, sorte de 

1. Cela résulte du g 4, dans lequel il est question de lectio generalis et de 
concitrrere in actu, et des §g 5 et 6. 

2. Dans les statuts de l'Université de Perpignan, qui sont imprimés au n° 1485 
du tome II de mon ouvrage : les Statuts et les Privilèges des Universités fran- 
çaises, il n'est pas question de ces tutehv; mais il en est question dans d'autres 
statuts d'Universités, bien que les textes sur cette matière soient assez rares 
avant le xvi" siècle. Le sens du mot tutelle est indiqué dans Ducange au mot 
tuiela, et j'ai publié, dans les statuts de la Faculté de droit d'Angers, un texte 
important sur ces tutelx. Voy. les Statuts, I, n» 492, c. 30 : « Inhibemus 
pedagogis et tutelas in dicta Universitate tenentibus, ne tempore lecturarum 
doctorum regentium aut substitutorum eorum in scholis, lecturas aliquas in 
suis pedagogiis faciant; sed scholares in suis tutelis manentes ad lecturas dic- 
torum doctorum et eorum substitutorum diligenter audiendas accedere moneant 
et procurent, junioribus tamen justinianeis et majorum lecturarum incapacibus 
exceptis, (pjibus dicti pedagogi tutelara tenentes, etiam tempore lecturarum 
dictorum doctorum regentium, si eis bonum videatur, légère poterunt » (1494). 

De même à Orléans, le § 25 de la grande ordonnance de réforme de 1447 
s'occupe de ces tutelx. Voy. le texte de cette ordonnance, qui était inconnue 
jusqu'à ma publication, dans les Statuts, I, n" 294 : « Et primo statuitur circa 
doctores, licenciatos et bachalarios et alios quoscumque scolares pensionem 
tenentes, quod eos moribus et doctrina diligenter instruant, et a vagatione per 
villam et inhonestis societatibus, rixis, conlentionibus cobibeant ; et de nocte 
presertim eos domum exire nullatenus permittant, ipsos sepius et eorum came- 
ras visitando et inter cetera procurando quod scolares predicti arma non défé- 
rant, vel habeant, libros non vendant, vel impignorent, quodque tutorès predicti 
scolares et pensionarios alterius tutoris non sollicitent, aut inducant tutorera 
dimittere preelectum. » Il est facile de voir que la fin du texte est conforme au 
§ 5 de notre traité. 

Enfin, le g 28 de la môme ordonnance pour Orléans est également à peu près 
conforme au g 4 du traité : « ... statuitur quod nulli bachallarii vel alii legant 
in domibus vel scolis, tempore lectionum ordinariarum... » 

La conformité de ces différents textes sur les tutelx prouve encore que notre 
traité avait pour but d'organiser une tutela ou pensio. 



302 UNE ASSOCIATION ENTRE PROFESSEURS 

pensionnat dans lequel ils recevront des élèves qui pourront être 
des internes, et qui laisseront ou pourront laisser à l'association 
des bénéfices. 

Cette interprétation lève toutes les difficultés. On voit tout de 
suite et l'objet de l'association, et la source des bénéfices, et l'in- 
térêt de chaque associé. On peut aussi concilier les §§ 5 et 6 du 
traité, qui semblent se contredire. Le § 5 concerne les élèves de 
chaque professeur à l'Université*, mais qui ne font pas partie de 
la tutela; ceux-là, chaque maître les conserve, et au besoin est 
prêt à les revendiquer^. Le § 6 vise, au contraire, les élèves de 
la tutela, qui pourront sans empêchements suivre les cours et 
autres exercices des trois professeurs^. J'ajoute que cette inter- 
prétation permet seule d'axpliquer le § 2 du traité qu'on ne peut 
pas comprendre sans cela. Chaque maître, avant de contracter 
l'association, avait sans doute déjà un certain nombre d'élèves 
qu'on appelait des socii. Les trois maîtres s'associent donc pour 
l'avenir, mais conservent chacun leurs socii*. 

Il reste une difficulté. Étant admis que le traité a pour but 
d'organiser une tutela, on peut se demander si on enseignait 
dans cette tutela. On pourrait admettre que les étudiants étaient 
seulement logés et nourris. Je n'admets pas cette opinion. Notre 
traité est très bref et ne parle pas formellement des leçons faites 
par les trois associés ; mais il faut l'interpréter en tenant compte 
de ce qu'on sait sur des institutions semblables. Je pense donc que 
ces trois maîtres faisaient dans la tutela des cours ou des répéti- 



1. A l'égard de ces élèves, les usages universitaires s'appliquent, et le g 5 
n'est que la constatation d'une règle certaine dans toutes les Universités. 

2. Certains statuts d'Université sont très sévères à l'égard des professeurs qui 
cherchaient à enlever des étudiants à leurs collègues. Voy., par exemple, pour 
Orléans, le statut du 30 juin 1307, g 18, et le statut spécial du 11 septembre 
1336 dans les Statuts, I, n- 23 et 116. 

3. A l'égard de ces élèves, qui, selon moi, sont ceux qui faisaient partie de 
la tutela, les traditions ordinaires des Universités sont modiflées. C'est juste- 
ment là l'effet du traité qui a bien une action sur l'enseignement. 

4. Les renseignements sur ces socii sont très rares. Il y est fait allusion dans 
un arrêt du Parlement de Paris qui relate les détails d'une émeute contre l'Uni- 
versité d'Orléans : «... alii frangebant portam domini Johannis de Matiscone 
legum doctoris et Pétri de Saveysiaco insimul commorantium... qui cum eorum 
sociis... fugerunt... » Voy. les Statuts, I, n° 215. N'y avait-il pas entre Jean de 
Mâcon et son collègue insimul commorantes une association dans le genre de 
celle de Perpignan? Je serais porté à le croire. 



A PERPIGNAN. 303 

tions, comme à Orléans ou à Angers ; et j'ajoute que je trouve une 
singulière confirmation de mon opinion dans le § 4 du traité. Il y 
est dit que les trois associés ne pourront pas concurrere cu7n 
alio in actu vel lectione generali. Cela signifie, à mon avis, 
que, dans leur tutela, ils ne pourront pas donner en même temps 
le même enseignement qu'un regens in actu, ou (\\i mi professer 
ordinarius, qui faisait une lectio generalis ; mais cela signifie 
aussi qu'ils enseignaient. Ce sont là, d'ailleurs, exactement les 
mêmes prescriptions qu'à Orléans et à Angers*. 

L'interprétation que je propose me paraît expliquer toutes les 
difficultés d'un texte trop bref. Je conclus donc : 1° qu'il s'agit 
bien d'une association faite entre trois maîtres pour partager les 
profits d'un enseignement privé ; 2" et d'une association qui a un 
certain effet sur l'enseignement, soit privé, soit à l'Université, 
puisque chacun des trois maîtres ne peut concurrere cum alio 
in actu vel lectione generali, puisque chacun des trois maîtres 
doit recevoir à ses cours les élèves de ses coassociés, aux termes 
du § 6, et contrairement aux usages universitaires rappelés dans 
le §5. 

2°. — De quel enseignement s'agit-il? — Le texte du traité est, 
pour ainsi dire, muet sur ce point et ne fournit aucune preuve 
directe. On pourrait donc soutenir que les trois associés rece- 
vaient dans leur tutela tous les étudiants. Ce n'est cependant 
pas mon opinion. Voici ce qui me fait penser qu'il s'agit dans le 
traité d'une tutela pour l'enseignement des arts. 

On ne peut admettre que les associés recevaient les étudiants 
en droit, puisque aucun n'était gradué en droit. De même pour 
la théologie, dont l'enseignement ne fut d'ailleurs organisé qu'en 
1459. Restent les arts et la médecine. Je ne crois pas qu'on puisse 
dès lors hésiter; car l'enseignement de la médecine ne fut jamais 
très florissant à Perpignan, qui avait ici à lutter contre le renom 
de l'Université de Montpellier. Il s'agit donc dans le traité d'une 
tutela pour l'enseignement des arts ; ce qui est confirmé par ce 
fait : 1° que deux des associés sont magistri in artibus, et que 
le troisième, bien que baccalarius in medecina, était aussi gra- 
dué es arts ; 2° que les témoins du traité sont tous deux studentes 
in artïbus^. 



1. Voy. les textes cités à la note 2, p. 301. 

2. Une autre preuve très forte de mon opinion résulte des trois documents 



304 UNE ASSOCriTION ENTRE PROFESSEURS A PERPIGNAN. 

30, — Quant à la contradiction apparente entre les §§ 5 et 6 du 
traité, elle est levée à la suite des explications précédentes, sur 
lesquelles je n'ai pas à revenir. 

Je termine en faisant observer que cette association est faite 
entre deux magistri in artibus et un baccalarius in medicina ; 
c'est un fait qui prouve l'unité de la science au moyen âge et la 
pénétration réciproque de tous les ordres d'enseignement. On 
parle aujourd'hui beaucoup de la pénétration des enseignements, 
alors que la chose n'est plus possible, parce que la division extrême 
du travail a brisé tous les anciens cadres. Mais, au moyen âge, 
c'était un fait réel et vivant. Toutes les sciences concouraient au 
même but et trouvaient leurs premiers principes et leur couron- 
nement dans la théologie. C'était une conception peut-être factice, 
mais grandiose. 

Marcel Fournier. 



inédits que je publie dans mon recueil : les Statuts, II, n" 1486, 1487, 1488. 
Ce sont trois rotuli adressés par l'Université de Perpignan à Benoît XIII pour 
obtenir des bénéfices en 1394. Or, dans ces trois rotuli, il ne figure que des 
étudiants en di'oit (135) et des scolares artiste (206). 



BIBLIOGRAPHIE. 



Chevalier (le chanoine Ulysse). Œuvres complètes de saint Avit, 
évêque de Vienne. Nouvelle édition, publiée pour les Facultés catho- 
liques de Lyon, Lyon, librairie générale catholique et classique, 
^890. In-8°, Lxxix-363 pages. 

Parmi les hommes les plus instruits et les plus considérables par leur 
rôle religieux et politique à la fin du v" et au commencement du vi'= s., 
il faut certainement placer saint Avit, le plus illustre des évoques de 
Vienne. Au point de vue littéraire, il fut le représentant de l'anti- 
quité classique devenue chrétienne, et, au point de vue politique, il se 
montre à nous comme le conseiller de Gondebaud et surtout de son fils 
Sigismond, qu'il avait converti au christianisme. Au point de vue reli- 
gieux, il réunit le célèbre concile d'Epaone, auquel assistèrent vingt- 
cinq évoques. Quoique d'origine arverne, et parent de Sidoine Apolli- 
naire, il était devenu bourguignon, et il prit en tout temps la défense 
des intérêts des Burgondes, mais il fut surtout le partisan de la paix et 
de la justice, qu'il s'efforça de faire régner autour de lui. Le nouvel édi- 
teur place la mort d'Avit, non point en 523, comme le portent tous les 
dictionnaires biographiques, mais en 518, suivant l'opinion qui prévaut 
actuellement. C'est le seul point nouveau de cette partie biographique. 

Il était bon de rappeler en quelques mots l'importance de saint Avit, 
pour justifier une nouvelle édition de ses œuvres; elle était devenue 
nécessaire depuis les travaux de déchiffrement et de critique de 
MM. L. Delisle et Rilliet sur les fameux papyrus qui renferment les 
homélies de notre auteur, car l'édition savante donnée dans les Monu- 
menta Germaniae historica par M. R. Peiper est loin d'être sans reproche, 
et n'est pas d'un abord facile. 

La seconde partie de l'Introduction concerne les écrits d'Avit. Les 
meilleurs manuscrits qui nous en sont parvenus sont les manus- 
crits français, que l'éditeur divise en trois classes, d'après les auteurs 
réunis à saint Avit dans le même volume; parmi ces manuscrits, celui 
qui a le plus de valeur est à Leyde. Les mss. allemands forment une 
seconde famille, dont les principaux sont à Munich. La renaissance 
négligea Avitus. L'édition princeps de ses poésies (qui est de 1507) 
passa si inaperçue que Jean de Gagny crut faire œuvre nouvelle en les 
publiant en 1536, avec une déformation du texte qui se continua jus- 



306 BIBLIOGRAPHIE. 

qu'à Sirmond en 1643. Le travail du savant jésuite fut fait sur un ms. 
de la seconde famille, et il a été reproduit ainsi jusqu'à nos jours. Le 
nouvel éditeur, désirant faire une publication destinée à l'enseignement, 
l'a affranchie d'un appareil scientifique trop développé. Préparé à cette 
œuvre par ses travaux antérieurs, notamment par ses études concernant 
les fragments sur papyrus de saint Avit, il a pu légitimement exprimer 
l'espoir que « la classification et la collation attentive des meilleurs 
manuscrits lui a permis de reconstituer d'une manière à peu près par- 
faite le texte primitif de l'auteur. » 

M. U. Chevalier a donc classé les œuvres de saint Avit dans l'ordre 
suivant : 1« les poésies en six livres, dont les trois premiers sont rela- 
tifs à la création, au péché originel et au jugement dernier; 2° les lettres. 
Le recueil en avait été fait par Avit lui-même, mais la collection est 
incomplète, et le texte difficile à établir. L'éditeur fait ressortir l'impor- 
tance de ces lettres qui jettent un grand jour sur la société du v^ et du 
vi« siècle, et indique les correspondants d'Avit. Elles sont au nombre 
de 87 dans le ms. de Lyon que suit l'éditeur, plus 7 lettres dédoublées; 
3° les dernières sont des traités théologiques qui se trouvent mêlés aux 
commentaires sur les écrits de saint Paul par Florus, diacre d'Agen. 
Elles se trouvent dans deux mss., dont un de Vitry-le-François que 
l'éditeur est le premier à signaler; 4» enfin les homélies. Avit avait 
publié lui-même un recueil de quelques-unes de ses homélies ; l'éditeur 
croit le reconnaître dans les fragments conservés par les célèbres papy- 
rus de Saint-Jean de Lyon. Si ces homélies sont rares, c'est qu'au 
moyen âge on ne savait plus les lire et que personne ne les copiait. 
J. Bignon, le premier, en fit une transcription qui entra à la Biblio- 
thèque Nationale en 1719. Sirmond les publia, mais d'une manière 
incomplète; M. le chanoine Chevalier a eu la pensée de les joindre aux 
œuvres de saint Avit, mais il en fait remonter l'honneur à M. L. Delisle, 
qui en a retracé l'histoire et qui en a publié une partie en 1866, dans 
le volume intitulé : Études paléographiques et historiques sur des papyrus 
du F/« siècle, etc. 

Cette introduction est suivie de trois appendices. Le premier, à l'imi- 
tation de ce qu'ont fait les Bénédictins, et par exemple D. Marrier dans 
la Dibliotheca Cluniacensis, réunit, sous le titre de Testimonia, tous les 
témoignages rendus à saint Avit par la postérité, depuis son contempo- 
rain Ennodius de Paviejusqu'au commencement du xvi° siècle. Outre son 
épitaphe, des textes choisis dans Grégoire de Tours, Fortunat, saint Isi- 
dore de Séville, B. Alcuin, saint Agobart, etc., dans les bréviaires de 
Vienne, montrent en quelle estime il est tenu par les siècles passés, et ces 
textes sont suivis de la bibliographie de tous les auteurs qui ont parlé 
d'Avit depuis 1536 jusqu'à son dernier éditeur M. R. Peiper en 1883 
(p. xv-xxvn). 

L'appendice B (p. xxviii-lxiv) renferme la description savante et pré- 



BIBLIOGRAPHIE. 307 

cise, comme sait les faire l'éditeur, de 63 mss. dont beaucoup (24) ont 
malheureusement disparu, mais que l'auteur a recherchés avec patience 
dans les catalogues des anciennes bibliothèques. Ils sont classés suivant 
l'ordre alphabétique des noms des villes où ils sont ou étaient conservés. 
Des notices succinctes nous donnent l'historique des mss., les vicissitudes 
qu'ils ont subies, avec l'indication des auteurs qui s'en sont servis. Nous 
citerons seulement ceux de Charleville, employé par Sirmond, de Ghel- 
tenham (provenant de la Grande-Chartreuse), quatre de Gluny, aujour- 
d'hui perdus; mais le ms. de Vitry-le-François cité ci-dessus provenait 
de l'abbaye de Trois-Fontaines, qui était cluniste; enfin les huit mss. 
de Munich, et un nombre égal à Paris, parmi lesquels se trouve, sous 
le n» 44, le célèbre ms. lat. 8913, qui renferme les 15 feuillets sur papy- 
rus, en cursive mérovingienne du vi^ siècle. On sait que Jacques de 
Thou se les procura à Lyon en 1582, et que le 15" feuillet a été trouvé 
de nos jours à Paris, dans un manuscrit qui provenait également de 
Lyon. 

L'appendice G (p. lxv-lxxix) énumère les éditions de saint Avit, 
entières ou par fragments; il ne comprend pas moins de 44 numéros, 
depuis 1507. L'édition princeps de Miilingen a été imprimée à Strasbourg 
par Grùninger. L'éditeur a soin d'indiquer, pour chaque édition, les mss. 
d'après lesquels elle a été faite, la manière dont elle a été exécutée, s'il 
y a des changements dans le texte, et si l'éditeur a su profiter des mss. 
qu'il avait à sa disposition. L'édition de Sirmond est de 1643; Baluze 
a donné en 1678 une édition plus correcte des lettres publiées par Fer- 
rand en 1661. En 1717, les Sermons paraissent dans le Thésaurus novus 
anecdotorum de D. Martène. Quant aux vers, ils font partie de beau- 
coup de recueils des poètes latins du moyen âge. Un mot seulement de 
la dernière édition allemande, celle de M. R. Peiper : M. le chanoine 
Ghevalier déclare « qu'il est trop redevable aux recherches de M. Peiper 
pour se permettre de faire ici la critique de son édition. » 

On trouvera dans l'édition de M. Ghevalier les ouvrages suivants de 
saint Avit : 1° Les poèmes. Le texte en est établi sur onze manuscrits 
et deux éditions, celles de Sirmond et de R. Peiper; c'est de là que sont 
tirées les variantes qui accompagnent ces poésies. 2° Les lettres, traités 
et homélies sont publiés d'après sept mss. et sept éditions. Cette partie 
de l'ouvrage est enrichie de notes historiques et bibliographiques, quel- 
quefois très développées. Les poèmes comprennent six livres (p. 1-114). 
Les lettres sont au nombre de 87 (p. 115-269); l'éditeur y a joint la 
concordance des numéros qu'elles portent dans les éditions de Sirmond 
et de Peiper, et leurs dates (p. 360-361). Elles sont suivies des Traités, 
au nombre de trois, et de divers fragments (p. 270-286); en dernier lieu 
viennent les homélies, au nombre de 31 (p. 287-345). Le volume se 
termine par un Index des personnes, des lieux, choses et mots (p. 347- 
356). 



308 BIBLIOGRAPHIE. 

Telle est la physionomie de cette édition qui nous paraît destinée à 
devenir classique dans le haut enseignement littéraire, et qui n'en est 
pas moins un travail digne de l'érudition française ; elle met entre les 
mains de tous les œuvres, aussi complètes que l'on puisse espérer, d'un 
des hommes les plus illustres du haut moyen âge français; la forme de 
ce volume est en rapport avec le fond, car l'impression ne laisse rien 
à désirer comme netteté et comme élégance. 

A. Bruel. 



Recherches sur l'origine de la propriété foncière et des noms de lieux 
habités en France (période celtique et période romaine), par 
H. d'Arbois de Jcbaipjville, membre de l'Institut, avec la collabo- 
ration de G. DoTTiiv, secrétaire de la rédaction de la Revue celtique. 
Paris, Ernest Tborin, -1890. In-8o, xxxi-703 pages. . 

L'ouvrage de Jules Quicherat, De la formation française des anciens 
noms de lieu, a paru en 1867; pour traiter ce sujet à toutes les époques 
de l'histoire de France, notre regretté maître n'avait employé que 
84 pages. M. d'Arbois de Jubainville a repris une partie étroitement 
limitée du même sujet : il a écarté d'abord les noms des fleuves, des 
montagnes, des bois, pour ne s'attacher qu'à ceux des lieux habités, 
ensuite tous les noms de formation postérieure à la conquête franque : 
son exposé, ainsi réduit aux lois de la formation des noms des lieux 
habités en France pendant la période celtique et la période romaine, 
occupe 410 pages. Ce chiffre montre les développements qu'ont pris et les 
progrès qu'ont faits, depuis vingt-cinq ans, les études d'onomastique 
géographique inaugurées chez nous par Jules Quicherat. Il permet aussi 
de juger du soin minutieux avec lequel M. d'Arbois de Jubainville et 
son zélé collaborateur se sont astreints à approfondir, dans le moindre 
détail, les questions que soulève le thème d'études choisi par eux. 

Un labeur de ce genre ne se prête pas à l'analyse. Les savants auteurs 
ont fait le relevé de tous les radicaux, noms propres ou noms communs, 
de toutes les finales, suffixes ou désinences, qui entrent dans la compo- 
sition des noms de lieu gaulois et des noms de lieu romains; à chacun 
de ces éléments, ils ont consacré un paragraphe, où ils ont rassemblé 
le plus grand nombre possible d'exemples de l'emploi du radical ou de 
la finale en question : exemples tirés à la fois des inscriptions antiques, 
des chartes du moyen âge, des dictionnaires géographiques modernes, 
de manière à faire toucher du doigt la filiation des formes et leurs 
transformations d'une époque à l'autre. Des tables détaillées et com- 
plètes facilitent l'usage de ce précieux répertoire, qui devra être entre 
les mains de tous ceux qui étudient les antiquités locales et la géogra- 
phie historique. On ne devra plus se risquer à proposer, pour un nom 
de lieu français, une étymologie gauloise ou une étymologie romaine, 



\ 



BIBLIOGRAPHIE. 309 

sans avoir vérifié chez M. d'Arbois de Jubainville si l'hypothèse qu'on 
avance se justifie par l'analogie des exemples comparables. 

La majeure partie de ces noms de lieux ont leur origine dans des 
noms de personnes : on a donné, à chaque domaine rural, un nom 
composé ou dérivé de celui du propriétaire. Ceci suppose la propriété 
individuelle du sol. Depuis quand cette sorte de propriété existe-t-elle 
sur notre territoire? L'examen de cette question fait l'objet du livre !'='■, 
qui précède les pages consacrées à l'histoire des noms de lieu. Ce sont 
deux sujets connexes, mais distincts : le titre du volume accuse net- 
tement cette dualité. M. d'Arbois de Jubainville estime qu'avant la 
conquête romaine chaque peuple gaulois était propriétaire du sol qu'il 
occupait, sauf à concéder l'exploitation de certaines fractions à des 
tenanciers qui en jouissaient à titre précaire : les Romains, les premiers, 
auraient substitué à cette propriété collective et à ces tenures précaires 
la propriété individuelle du sol. 

Je ne veux pas quitter ce livre sans citer deux pages de la préface, 
deux pages exquises, qui montrent en M. d'Arbois de Jubainville, en 
même temps qu'un de nos plus savants érudits, un causeur aussi 
aimable que délicat : 

« J'espère qu'un jour les nombreux travaux entre lesquels M, Lon- 
gnon se partage lui laisseront le loisir de reprendre le même sujet pour 
remplacer mon œuvre par un travail définitif, et qu'en se servant peut- 
être un peu d'elle il la fera oublier : c'est le sort ordinaire des leçons et 
des livres. Un écrivain qui, au moyen âge, avait fréquenté l'université 
de Paris le constatait déjà : 

« Dis-moi où sont maintenant tous ces maîtres que tu as bien connus 
« quand ils vivaient et qu'ils brillaient par les études. Déjà d'autres 
« touchent leurs appointements, et je ne sais si ces docteurs nouveaux 
« pensent à leurs prédécesseurs. Ceux-ci, pendant leur vie, avaient l'air 
« d'être quelque chose et maintenant on ne parle plus d'eux <. » 

« Un grand nombre de ces vieux maîtres n'écrivaient point; mais à 
quoi sert un livre qui, remplacé par un meilleur, ne se lit plus? Il a pu 
être quelque temps utile, comme l'œuvre obscure du laboureur qui trace 
des sillons et qui ainsi, travaillant pour sa part à l'alimentation annuelle 
de ses concitoyens, collabore à la vie d'une grande nation, puis meurt 
oublié. Tel est le sort de la plupart des livres d'érudition : dans l'avenir, 
leur seule notoriété est celle qu'assurent les recueils bibliographiques ; 
l'immortalité qu'ils confèrent à leurs auteurs peut être comparée à celle 

1. « Die mihi ubi sunt modo omnes illi domini et magistri, quos bene novisti, 
dum adhuc viverent et studiis florerent? Jam eorum prsebendas alii possident 
et nescio utrum de eis recogitant. In vita sua aliquid esse videbantur, et modo 
de illis tacetur. » {De Imitaiione Christi, liv. I, chap. m, § 5.) 

1894 24 



3^0 BIBLIOGRAPHIE. 

que donnent aux potiers de l'empire romain les Index du Corpus inscrip- 
tionum latinarum. 

t Post'Scriptum. En corrigeant les épreuves de cette préface, j'ap- 
prends que M. Fustel de Goulanges a été enlevé par la mort aux lettres, 
à l'attachement et à l'admiration de ses élèves. Il est dans la vie un âge 
oii c'est sur des tombeaux qu'ordinairement le regard s'arrête, quand la 
pensée se reporte aux maîtres, souvent même aux compagnons de tra- 
vail et aux émules qu'on a entendus, qu'on a aimés, dont on a plaint 
les malheurs ou quelquefois peut-être envié les succès. Cet âge sérieux, 
c'est le mien. 

« La bibliothèque d'un érudit est toujours une sorte de nécropole; 
les livres des morts y sont bien plus nombreux que ceux des vivants, 
et la plupart des titres ressemblent à des épitaphes; mais ce qui, dans 
ma bibliothèque, est surtout émouvant pour moi, c'est que presque sur 
chaque rayon il y a un livre écrit par un défunt que j'ai personnellement 
connu, qui a été pour moi soit un maître, soit un ami, quelquefois tous 
les deux : je ne puis jeter les yeux sur ses œuvres sans voir se dresser 
à côté de moi sa figure bienveillante et douce qui semble me sourire 
comme autrefois et m'encourager dans mes travaux, en attendant que 
j'aille le rejoindre dans une autre vie. Pardessus, B. Guérard, F. Gues- 
sard, Natalis de Wailly, Ad. Régnier, Gh. Jourdain, E. Benoist, 
E. Desjardins, P. Paris, Henri Martin, Pitra et combien d'autres dont, 
en ce moment, le nom m'échappe, mais qui font battre mon cœur chaque 
fois que des travaux analogues aux leurs me ramènent à leurs livres. 
Ils n'avaient ni les mêmes croyances, ni le même genre de vie, mais 
tous étaient dominés par le même amour pour la science et pour la 
vérité historique; et aujourd'hui leur carrière littéraire est terminée, 

comme va l'être bientôt la mienne » 

Julien Havet. 



Histoire de l'Europe, et en particulier de la France, de 395 à ^270, 
rédigée conformément aux programmes officiels pour la classe de 
troisième, par G. Bémont et G. Monod, Paris, chez F. Alcan, 'I89'l. 
\ vol. in-i6 avec 63 gravures ^i \\ cartes. 

Ceux qui ont le pénible honneur de faire, comme on dit, passer leur 
baccalauréat à cinq ou six cents jeunes gens, chaque année, savent 
seuls à quel point il est permis d'être ignorant sur les hommes et les 
choses du moyen âge. On ne constate point sans mélancoUe que les 
meilleurs élèves, — ceux qui sont visiblement intelligents et appliqués ^, 

1. Je ne parle pas de ceux (30 Vo environ des candidats admis à l'oral, 
d'après un calcul qui repose sur les observations de six années, faites dans 



BIBLIOGRAPHIE. SH 

— n'ont pas la plus faible notion des résultats obtenus par l'activité 
scientifique qui s'est exercée depuis cinquante ans dans le champ de nos 
études. Les fables traditionnelles dont la critique moderne a fait justice 
ont encore en eux des fidèles; ils sont un bel exemple de l'incroyable 
vitalité de ces mauvaises herbes de l'histoire. Ces jeunes gens sont 
cependant l'élite du public de demain ; pour qui donc travaillons-nous, 
si pas une goutte de nos conclusions ne filtre jusqu'à eux? Je n'en ai 
jamais vu un seul qui fût capable de répondre une phrase raisonnable 
à des questions sur les universités au moyen âge, sur l'art roman, sur 
l'art gothique, sur l'histoire des villes du nord de la France, sur les 
origines du Parlement d'Angleterre, sur la théorie du saint empire 
romain germanique , sur le caractère de la royauté capétienne. Ils 
semblent voir tous le moyen âge à travers je ne sais quel Anquetil abrégé 
et dépareillé. — Ce n'est pas leur faute : c'est celle de leurs livres classiques ; 
car, à l'autopsie de l'examen, on ne retrouve guère dans leur estomac 
que des morceaux non digérés de ces livres. Si la nourriture avait été 
meilleure, l'assimilation s'en serait faite plus aisément ; elle aurait été 
plus profitable. Il faudrait, par conséquent, que les élèves eussent entre 
les mains un « Manuel » de sage et solide vulgarisation où les résul- 
tats acquis par l'érudition et les « idées générales » seraient dosés par 
une main expérimentée , un Manuel où les savants ne trouveraient 
point d'erreurs graves à reprendre et qui serait approprié, cependant, 
à l'intelligence enfantine. Pour écrire un pareil ouvrage, si utile, de 
rares qualités seraient nécessaires : beaucoup de science, beaucoup 
d'expérience pédagogique, de l'exactitude, de la simplicité, de la cons- 
cience. La conscience des auteurs devrait s'affirmer jusque dans les 
détails d'exécution, d'ordinaire si négligés : les bibliographies jointes à 
chaque chapitre, sans être amples, seraient critiques; les gravures 
seraient choisies ; on se garderait des illustrations de fantaisie ou enta- 
chées d'anachronisme. 

A l'occasion de la mise en vigueur du nouveau programme de 1890, 
accompagné par M. Lavisse de considérations si élevées, notre confrère 

trois académies) qui croient Godefroi de Bouillon contemporain de Charlemagne, 
ou qui, interrogés sur l'empereur Frédéric II, se répandent en discours sur sa 
correspondance avec Voltaire. L'ignorance totale du moyen âge n'est point 
considérée, du reste, comme un motif d'exclusion. Il n'y a pas bien longtemps 
qu'on reprochait aux examinateurs de « prendre en traître » les candidats s'ils 
les interrogeaient exclusivement sur le « cours de troisième », c'est-à-dire sur 
l'histoire du moyen âge, par exemple sur Clovis, Charlemagne, saint Louis et 
Jeanne d'Arc; le candidat avait quasiment le droit de compter sur une question 
du « cours de rhétorique, » c'est-à-dire relative à l'histoire des deux derniers 
siècles. — Ce droit est formellement reconnu par les programmes officiels depuis 
la session de juillet 1891 : il nous est désormais interdit d'interroger sur les 
événements antérieurs à l'année 1610. 



3^2 BIBLIOGRAPHIE. 

M. Ch. Bémont a voulu, sous la direction et avec la collaboration de 
M. G. Monod, doter l'enseignement secondaire du livre qui lui man- 
quait. Il y a parfaitement réussi, bien qu'il n'ait pas (peut-être pas assez) 
visé à plaire par cette élégance de la forme qui a conservé tant de par- 
tisans au « Duruy ». Son « cours de troisième » est sans comparaison 
le meilleur qui ait été publié jusqu'ici. Espérons que, d'ici à quelques 
années, les effets bienfaisants s'en feront sentir sur les futures généra- 
tions d'hommes cultivés. Certains chapitres (notamment celui qui est 
relatif à l'histoire d'Angleterre du ix'au xiri" siècle, pp. 452-477) pour- 
raient être lus, du reste, avec profit ailleurs encore que dans les lycées. 

Gh.-V. Langlois. 



Histoire de Charles VII, par G. du Fresive de Beaucodrt. Ouvrage 
honoré du grand prix Goberl par l'Académie des inscriptions et 
belles-ietlres. Tome V : le Roi victorieux, 'I449-'1453. Paris, Alph. 
Picard, 1890. In-8°, 476 pages. 

A l'époque où commence ce nouveau volume, Charles VII touche à 
l'apogée de sa puissance. La trêve avec l'Angleterre vient d'être rompue 
et le roi se prépare à la conquête de la Normandie et de la Guyenne. 
Son armée entre bientôt après en campagne, et une longue suite de vic- 
toires force les Anglais à abandonner les deux dernières provinces qu'ils 
possédaient encore en France. La Guyenne, anglaise de longue date, se 
donne encore à eux en 1452; mais la victoire de Castillon les oblige 
bientôt à se retirer pour toujours. L'histoire de ces opérations militaires, 
auxquelles M. de Beaucourt a consacré trois chapitres, est trop célèbre 
pour que nous nous y arrêtions ; d'autant plus que, pendant les cinq 
années dont ce volume contient l'histoire, il s'est passé une foule d'évé- 
nements intéressants et peu connus sur lesquels M. de Beaucourt a 
recueilli des renseignements inédits qui lui ont permis de les présenter 
sous un nouveau jour. 

Un mot d'abord sur la cour de Charles VII à cette époque. Agnès 
Sorel était morte à Jumièges pendant la campagne de Normandie et le 
roi n'avait pas tardé à la remplacer par une nouvelle favorite. Antoi- 
nette de Maignelais, cousine d'Agnès, n'avait ni l'esprit ni la capacité 
de celle-ci. Elle n'eut point sur le monarque l'influence plutôt heureuse 
qu'avait exercée la dame de Beauté, et son règne sur le cœur de Charles 
fut le prélude des hontes qui devaient déshonorer la fin du règne. En 
même temps qu'une nouvelle maîtresse, de nouveaux favoris, de nou- 
veaux mignons paraissent à la cour : c'est André de Villequier, le com- 
plaisant mari de la favorite, Jean de Lévis, Antoine d'Aubusson, Louis 
de la Rochette et d'autres. La cour de Charles VII est, à cette époque, 
extrêmement brillante. Le roi se promène de château en château, allant 
des Montils-lez-Tours à Montbazon, à Taillebourg, à Villedieu, à la 



BIBLIOGRAPHIE. 34 3 

Guerche, emmenant avec lui une suite nombreuse de grands seigneurs, 
d'évêques et de conseillers. 

Tandis que le monarque s'adonne aux plaisirs, ses capitaines expulsent 
les Anglais et de graves affaires s'accomplissent dans l'intérieur du 
royaume. Le Dauphin, toujours en hostilité contre son père, s'était éta- 
bli en Dauphiné comme un souverain indépendant. Nourrissant des 
visées ambitieuses du côté de l'Italie, il résolut de s'allier au duc de 
Savoie et d'épouser sa fille Charlotte. Les premières conventions réglées 
avec le duc, il envoya demander le consentement du roi son père. 
Charles YII refusa : la princesse lui semblait trop jeune et l'alliance ne 
lui agréait pas; il désirait pour l'héritier de la couronne une fille du roi 
de Portugal. Gela ne faisait point l'affaire du Dauphin, qui, passant 
outre, épousa sans tarder Charlotte de Savoie, Ce n'était qu'un grief de 
plus ajouté à tous ceux que le roi pouvait avoir contre son fils. Le duc 
de Savoie lui donnait en même temps lieu de se plaindre, et il résolut 
de profiter de ce que son allié François Sforza, duc de Milan, était en 
guerre presque ouverte contre le duc de Savoie pour entreprendre une 
expédition qui lui permettrait en même temps de châtier ce dernier et 
de secourir son allié. Mais le duc réussit à détourner l'orage ; il se rendit 
à Feurs auprès du roi et obtint de lui son pardon. De son côté, le Dau- 
phin, craignant que son père ne songeât aussi à punir sa conduite, crut 
prudent de chercher à l'apaiser et employa à cette négociation l'influence 
du cardinal d'Estouteville, légat du saint-siège. 

Il semble probable que la conduite et les menées du Dauphin contre 
son père eurent pour conséquence la disgrâce éclatante qui se produisit 
alors dans l'entourage de Charles VIL Jacques Cœur, le célèbre argen- 
tier du roi, que ses richesses, la faveur dont il jouissait et les services 
qu'il avait rendus à la couronne semblaient assurer contre les retours de 
la fortune, était arrêté soudainement par ordre du roi et emprisonné au 
château de Lusignan. Les détails du procès sont mal connus et les 
motifs apparents de cette arrestation ne semblent pas avoir été les 
motifs réels. Jacques Cœur fut condamné pour concussion et exaction, 
pour avoir vendu des armes aux infidèles et transporté dans leur pays 
de grandes quantités d'argent et d'or monnayés. Le roi lui fit grâce 
de la vie, mais il dut expier ses fautes par une détention perpétuelle. 
N'y eut-il pas à sa condamnation une cause secrète? C'est ce qu'ont 
pensé la plupart des historiens, et il est facile de voir que M. de Beau- 
court penche aussi de ce côté, quoiqu'il se défende de rien trancher 
dans un problème qui lui semble insoluble. Il laisse voir qu'au fond il 
est de l'avis de Michelet, qui a dit : « Jacques Cœur prêtait de l'argent 
au Dauphin ; l'argent prêté au Dauphin pour troubler le royaume fut 
peut-être son véritable crime. » 

On a vu que le cardinal d'Estouteville avait négocié en 1452 un rap- 
prochement entre Charles VII et son fils. Ce haut personnage se trou- 



3i BIBLIOGRAPHIE. 

vait alors en France comme légat du saint-siège. Sa mission avait plu- 
sieurs objets. D'abord, Nicolas V l'avait chargé d'essayer de rétablir la 
paix entre la France et l'Angleterre, afin de détourner les forces de ces 
deux puissants royaumes contre les Turcs, qui menaçaient de plus en 
plus Gonstantinople. C'était le duc de Bourgogne qui, craignant pour 
la sûreté de son comté de Flandre si Charles VII, victorieux des 
Anglais, parvenait à reconquérir Calais, avait jugé prudent de détour- 
ner vers de lointains pays l'orage qu'il redoutait pour ses possessions, 
et avait engagé le pape à susciter une nouvelle croisade. Le cardinal 
d'Estouteville éprouva sur ce point un refus déguisé auprès de 
Charles VII, un refus formel auprès de Henri VI. Mais sa venue en 
France avait un but qui tenait encore plus à cœur au souverain pontife : 
c'était l'abolition de la Pragmatique Sanction de 1438. Des négociations 
s'engagèrent à ce sujet entre lui et Charles VII, et des assemblées du 
clergé de France furent convoquées, d'abord à Chartres, ensuite à 
Bourges, pour traiter cette importante question. L'épiscopat français se 
trouvait divisé à cette époque en partisans des libertés de l'Église galli- 
cane et en défenseurs des droits du saint-siège. Le résultat de ces con- 
férences fut la confirmation de la Pragmatique ; mais ce qu'il y eut de 
curieux, c'est que ce résultat ne fut obtenu que par la production devant 
l'assemblée d'une fausse Pragmatique attribuée à saint Louis et inven- 
tée de toutes pièces par un gallican peu scrupuleux. Le cardinal d'Es- 
touteville retourna en Itahe sans avoir atteint les deux principaux 
objets de sa légation. 

Le duc de Bourgogne, avons-nous dit, craignait que Charles VII, 
victorieux des Anglais, ne tournât contre lui les forces de son royaume. 
Il n'avait pas tort. Charles VII pensait depuis longtemps à abattre ce 
vassal trop redoutable, et la lutte contre la maison de Bourgogne, dont on 
a fait tant d'honneur à Louis XI, avait été commencée par son père. Les 
projets de Charles VII se dévoilèrent clairement dans l'affaire des Gan- 
tois, bien que son intervention n'eût amené aucun résultat et que l'issue 
en eût été plutôt humiliante qu'honorable pour lui. Ceux-ci s'étaient 
révoltés contre Philippe le Bon et avaient imploré sa protection. Charles 
envoya à cet effet une ambassade au duc de Bourgogne pour apaiser le 
différend et pour tâcher d'obtenir en même temps la restitution des 
villes de la Somme cédées au duc par le traité d'Arras. Les négocia- 
tions, mal conduites, tournèrent à l'avantage de Philippe. Une seconde 
ambassade n'eut pas un meilleur résultat, et le débarquement de Tal- 
bot en Guyenne força le roi à tourner ses regards d'un autre côté, au 
moment même où il allait se décider à une intervention armée du côté 
de la Flandre. 

Ce n'était pas seulement vers le nord que Charles VII songeait à 
tourner ses armes : l'Italie l'occupait également. Le duc de Milan, son 
allié, soutenu des Florentins, était alors en guerre contre les Vénitiens 



BIBLIOGRAPHIE. 315 

et contre le duc de Savoie. Il avait vu avec satisfaction le roi s'apprêter 
à passer les monts. Lorsque la soumission du duc de Savoie eut arrêté 
Charles VII, les ambassadeurs de Sforza, joints à ceux des Florentins, 
sollicitèrent vivement le roi d'envoyer en Italie un corps de troupes 
pour les soutenir contre les Vénitiens. Charles VII y était assez disposé 
sans cependant qu'il y eût pour lui un protit évident dans cette expédi- 
tion, et, le H avril 1453, il signa un traité aux termes duquel le roi 
René devait aller secourir le duc de Milan. René d'Anjou s'y rendit, 
en effet, avec deux mille chevaux et aida Sforza à reconquérir le Bres- 
cian ; puis, sentant le duc se refroidir à l'égard des Français, il rentra 
en France après une campagne de cinq mois. Le Dauphin n'avait garde 
de ne point profiter de cette occasion pour pêcher en eau trouble. M. de 
Beaucourta raconté en détail son étrange conduite. D'abord, il menace 
le duc de Savoie pour le forcer à livrer passage au roi René; puis, quand 
ce dernier a obtenu de passer par le territoire de Gênes, le Dauphin 
marche sur cette ville dans l'intention de s'en emparer. Arrêté par les 
représentations du roi René, il cherche à s'aUier secrètement aux Véni- 
tiens contre Sforza, puis à Sforza contre les Vénitiens, s'exerçant ainsi 
à la politique tortueuse qu'il devait constamment pratiquer pendant son 
règne. 

Tel est le résumé des principaux événements racontés dans le cin- 
quième livre de l'Histoire de Charles VII. Suivant son habitude, M. de 
Beaucourt y a joint un chapitre, qui n'est pas le moins instructif de 
tous, sur l'administration de 1449 à 1453. Mais le volume que nous 
avons entre les mains contient encore les deux premiers chapitres du 
livre VI : Charles VII pendant ses dernières années (1454-1461). Le 
premier de ces chapitres a trait au procès de réhabilitation de Jeanne 
d'Arc. Nous ne savons pourquoi M. de Beaucourt ne l'a pas joint à son 
cinquième livre, puisque Charles VII s'occupa de cette réhabilitation 
dès le commencement de 1450, au lendemain de ses victoires en Nor- 
mandie. Quoi qu'il en soit, l'auteur venge le roi des accusations formu- 
lées contre lui à propos de ce procès : puisque tout le monde reconnaît 
que la réhabilitation de Jeanne a été une bonne action de la part du 
roi, une œuvre de probité de la part des juges, pourquoi venir incrimi- 
ner les intentions et prétendre que Charles n'aurait obéi qu'à une pen- 
sée toute personnelle, c'est-à-dire jeter un voile sur ce qu'on a appelé 
ses trahisons à l'égard de la Pucelle? — Le second chapitre du livre VI 
se rapporte aux projets de croisade de Charles VII et surtout du duc de 
Bourgogne après la prise de Constantinople, projets bien vagues et bien 
incertains de la part du roi. Le temps n'était plus où l'Europe tout 
entière se levait pour la défense du saint tombeau, et l'Angleterre ins- 
pirait encore trop de craintes au roi de France pour qu'il put quitter 
son royaume et en diriger toutes les forces contre les infidèles. Ces 
craintes étaient exagérées, ainsi que le montra la suite des événements; 



3i 6 BIBLIOGRAPHIE. 

Charles VII passa en paix les dernières années de son règne. Mais il ne 

convient pas d'anticiper sur l'histoire de ces derniers temps, que M. de 

Beaucourt doit raconter dans son sixième volume, et nous attendrons 

ce moment pour savoir quel jugement il conviendra de porter sur 

Charles VII et sur son règne. 

Léon Lecestre, 



L'École de calligraphie et de miniature de Tours, des origines au 
X^ siècle^ par M. l'abbé L.-A. Bossebceuf. Tours, L. Péricat, 'ISO-I. 
In-8°. (Pages 303-434 du tome XXXVI des Mémoires de la Société 
archéologique de Tour aine.) 

L'an dernier, la Société archéologique de Touraine a, pour son cin- 
quantenaire, ouvert une exposition qui a fait quelque bruit. Grâce au 
zèle de MM. Delaville Le Roulx et L. Palustre, les principaux organi- 
sateurs de cette exposition rétrospective, l'art ancien s'est vu, pendant 
plusieurs semaines, fêté dignement à Tours. Les manuscrits ne for- 
maient certes pas la section la moins intéressante de l'exposition. Ils 
avaient été réunis par les soins de M. Delaville Le Roulx, et M. l'abbé 
Bossebœuf a très justement pensé qu'il y avait là une occasion unique 
de faire une étude comparée des fameux manuscrits de l'école de 
Tours. Tous ceux qui connaissent les beaux travaux que notre confrère 
M. L. Delisle a consacrés, à maintes reprises, à ces manuscrits touran- 
geaux qui ont dans notre siècle été si maltraités, par Libri notamment, 
applaudiront à la pensée qu'a eue M. l'abbé Bossebœuf. Cette pensée, 
il la formule en ces termes dans l'avant-propos de son livre. Après les 
travaux de M. L. Delisle, « il reste, dit-il, à réaliser un travail d'en- 
semble consistant à grouper dans un cadre plus large les divers éléments 
de l'école (de Tours), pour en mettre la physionomie en plein relief et en 
retracer l'histoire à ses différentes époques. » Tel est le double but que 
s'est proposé M. l'abbé Bossebœuf : faire l'histoire de l'école calligra- 
phique tourangelle jusqu'au x' siècle (car l'auteur s'arrête là), et dégager 
l'aspect des manuscrits de cette école. Voyons comment il a réalisé son 
projet. 

Il n'est pas bien facile de s'en rendre compte, car M. l'abbé Bossebœuf 
a une façon d'écrire qui peut réjouir les amateurs de phrases, mais qui 
est vraiment inadmissible dans une dissertation. Les fleurs de rhétorique 
recouvrent si bien la pensée dans le livre dont nous parlons qu'il faut 
parfois se donner une peine réelle pour découvrir cette pensée. Impo- 
sons-nous cette peine, et voyons comment l'auteur a fait l'histoire de 
l'école de calligraphie de Tours avant Alcuin, sous Alcuin, après Alcuin, 
car ce sont là les grandes divisions de son livre. Antérieurement à Alcuin, 
M. l'abbé Bossebœuf ne peut guère que signaler l'existence de cette 
école. Mais, dès qu'apparaît Alcuin, il est permis de quitter le champ 



BIBLIOGRAPHIE. 3-17 

des hypothèses. L'auteur n'y manque pas; et nous allons le voir prendre 
successivement le Virgile de Berne, la Vie de saint Martin du gymnase 
de Quedlinbourg, la Bible de Charles le Chauve et le Penlateuque de la 
Bibliothèque nationale, le Sacramentaire d'Autun, etc., etc., et nous 
décrire longuement ces monuments calligraphiques célèbres, ces chefs- 
d'œuvre si connus. On ne saurait blâmer M. l'abbé Bossebœuf d'avoir 
reproduit les descriptions qui existaient de ces manuscrits tourangeaux. 
Il n'en pouvait être autrement, puisque tous ces manuscrits ont été 
l'objet de dissertations nettes et précises de la part de l'administrateur 
de la Bibliothèque nationale. Mais s'il est une critique qui puisse être 
adressée à l'auteur, c'est celle d'avoir souvent assombri par ses phrases 
la lumière qui avait été répandue sur l'école de Tours. 

On doit aussi regretter que l'auteur n'ait pas dit quelques mots de 
l'histoire des manuscrits qu'il a décrits. Certains lecteurs auraient 
cependant désiré savoir comment, par exemple, le Virgile était passé à 
Berne et la Vie de saint Martin à Quedlinbourg. Il y a là évidemment 
une lacune. N'y en a-t-il pas une autre dans le dernier chapitre du 
livre, celui où M. l'abbé Bossebœuf résume les caractères de l'école de 
Tours ? Il nous semble, en effet, que l'auteur n'a pas insisté comme il 
l'aurait dû sur les couleurs employées pour la décoration des manus- 
crits de cette école. Les couleurs, cependant, aident à reconnaître les 
manuscrits sortis d'un même atelier calligraphique et en sont certaine- 
ment un des principaux caractères. 

Nous pourrions pousser plus loin la critique du livre de M. Bossebœuf 
et lui reprocher, par exemple, l'insuffisance de ses citations dans presque 
tous les cas : Nouv. acq. lat. no ...? (p. 333, note 1); d'Achery, Spicileg., 
t. V, p. ...? (p. 403, note), etc. Mais il nous tarde d'en arriver à recon- 
naître les mérites de ce livre. Il en a, suivant nous, deux indiscutables : 
1» celui de rappeler et de résumer les savants travaux de M. L. Delisle; 
2° de nous présenter, condensés dans un même opuscule, tous ces travaux 
si divers et jusqu'ici épars dans les Mémoires de l'Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres, dans la Gazette archéologique et ailleurs. Mais il 
ne faut pas chercher dans le livre de M. l'abbé Bossebœuf ce que son 
auteur nous avait annoncé. Car, s'il a à peu près esquissé l'histoire de 
l'école calligraphique de Tours, il est, croyons-nous, permis de trouver 
qu'il n'a pas réussi à mettre en plein relief la physionomie d'une école 
qui, « pareille à ces belles journées d'été dont le crépuscule demeure 
empourpré des reflets du soleil couchant même après la disparition de 
l'astre du jour, ayant atteint la splendeur de son midi à l'époque d'Al- 
cuin et de ses premiers successeurs, gardait encore sur le soir quelque 
chose du rayonnement de ses heures de pleine et rutilante lumière dont 
elle dorait le firmament et les hautes cimes du x° siècle » (p. 415). 

Armand d'Herbomez. 



3^8 



BIBLIOGRAPHIE. 



F. DE MÉLY. Le Trésor de la cathédrale de Chartres. Chartres, >I89I. 
In-16, 29 pages. 

Les lecteurs de la Bibliothèque de l'École des chartes connaissent le 
livre que M. de Mély a publié en 1886 sur le trésor de Chartres '. Il 
nous en donne aujourd'hui une réduction ; il s'agit cette fois, non plus 
de retracer l'histoire de ce trésor célèbre, mais seulement d'en décrire 
sommairement les épaves, celles qui sont encore à la cathédrale de 
Chartres et celles qui sont conservées au Musée de Chartres et à la 
Bibliothèque nationale. M. de Mély a voulu faire œuvre de vulgarisa- 
tion, mais de bonne vulgarisation ; il s'adresse non pas tant aux éru- 
dits qu'à ce qu'on appelle le grand public. Son petit livre est un guide 
du voyageur dans le trésor de Chartres. C'est donc un livre très utile et 
estimable. Car le seul moyen d'assurer la conservation de nos monu- 
ments, c'est d'y intéresser tout le monde. Ce guide est bien conçu, très 
court et très précis, d'un format commode, d'un prix accessible aux 
bourses les plus modestes, et, — ce n'est pas le moindre de ses mérites, 
— illustré de vignettes représentant tous les objets décrits. M. de Mély 
a reçu l'approbation de Mgr l'évêque de Chartres. Il serait à souhaiter 
que tous les prélats français se montrassent ainsi jaloux de répandre la 
connaissance des richesses qu'ils ont encore dans leurs églises. 

M. Prou. 



Compte rendu des séances de l'administration provinciale d'Auch, 
avec notes et documents par le marquis de Galard- Magnas. 
-1787. Agen, impr. veuve Lenthéric, ^1887 [1890]. Grand in-8o, 
630 pages. 

Le titre adopté par M. le marquis de Galard-Magnas ne donne de son 
travail qu'une idée imparfaite et incomplète. Le compte rendu des 
séances tenues à Auch en 1787, même si l'on y joint les notes supplé- 
mentaires sur les membres qui y prirent part, comprend à peine le 
quart de l'ouvrage ; le reste se compose de documents sur l'histoire de 
la Révolution et n'a qu'un rapport très indirect avec l'administration 
provinciale. 

Le sujet, d'ailleurs, même dégagé de cette partie étrangère, n'est pas 
traité complètement. L'auteur parait avoir ignoré l'existence du Procès- 
verbal officiel des séances de l'Assemblée provinciale de la généralité d' Auch 
(à Auch, chez J.-P. Duprat, imprimeur du roi, 1788, gr. in-S» de vn- 
189 p.). Deux exemplaires de ce procès-verbal se trouvent aux Archives 
départementales du Gers ; l'un d'eux a sans doute appartenu à l'abbé 

1. Voyez le compte rendu de notre confrère M. H. de Curzondans la Biblio' 
thèque de l'École des chartes, t. XL VII, p. 298. 



BIBLIOGRAPHIE, 349 

de Faudoas, chanoine du chapitre de Pessan, à la famille duquel l'auteur 
a consacré une notice. 

A défaut du compte rendu officiel, M. le marquis de Galard-Magnas 
nous donne un Bulletin pour M. le chevalier de G... relatif à ce qui s'est 
passé dans les séances de r administration provinciale d'Auch. Gomme on 
doit s'y attendre, ce bulletin, rédigé par divers membres de l'Assemblée, 
est moins complet que le texte officiel; mais, par contre, il n'a pas non 
plus la sécheresse d'un procès- verbal. Il est écrit avec verve, il nous 
présente nettement la physionomie de la séance, l'éclat qu'on voulut 
lui donner, l'indifférence du peuple : « Les valets de ville allaient dans 
« les boutiques, invitant les gens à accourir aux séances : personne ne 
« s'émut. Le peuple, qu'une longue expérience avait rendu défiant, 
« regardait toutes ces choses-là comme une belle représentation dont il 
« allait payer les frais » (p. 51). Cette opinion du peuple, on peut le 
dire, s'est trouvée justifiée par le peu de résultats qu'a donnés la créa- 
tion, sans doute trop tardive, des administrations provinciales. 

Et pourtant la bonne volonté ne manquait pas, non plus que le talent, 
trop souvent rendu inutile par des compétitions personnelles. « L'As- 
« semblée travaillait tous les jours, divisée en bureaux ou en séance 
« générale. » Elle était investie de pouvoirs étendus, surtout en ce qui 
concernait les ponts-et-chaussées ; la vicinalité fut l'objet de ses préoc- 
cupations les plus constantes. On voit dans le procès-verbal officiel que 
le « bureau des grands chemins » ne déposa pas moins de huit rapports, 
qui forment un traité complet sur la matière. Le gouvernement croyait 
accorder un grand bienfait par la conversion de la corvée en une pres- 
tation en argent; mais le peuple ne vit que la charge de cinq cent mille 
livres, qui allait grever la province, pour les travaux publics des routes. 
Cédant au vœu général, l'Assemblée supplia le roi de donner aux com- 
munautés la liberté de faire des travaux en nature. Le Bulletin se fait 
l'écho du mécontentement populaire, et c'est sur la question vicinale 
que reviennent sans cesse les correspondants du chevalier de G... 

Pour apprécier exactement les travaux de l'administration provinciale 
d'Auch, il faudrait lire aussi les rapports du bureau du bien public sur 
le haras, sur l'école d'agriculture, sur les messageries, et celui du bureau 
delacomptabilitésur les frais d'administration. Tous ces textes officiels 
donnent une idée assez nette de l'état matériel de la province, état, en 
somme, satisfaisant. Le Bulletin pour le chevalier de G... vient les com- 
pléter de la manière la plus heureuse en nous renseignant sur l'état des 
esprits en Gascogne à la veille de la Révolution. 

M. le marquis de Galard-Magnas fait précéder le compte rendu d'une 
description géographique de la généralité d'Auch, description qui se 
trouve là on ne peut mieux placée. Il rappelle les bienfaits de l'admi- 
nistration de M. d'Étigny et son dévouement longtemps méconnu. 
D'ailleurs, « malgré tout ce que le régime des intendants avait excité 



320 BIBLIOGRAPHIE. 

« de murmures, de haines et de mécontentements, l'administration 
« paternelle de l'Assemblée provinciale n'obtint pas grâce aux yeux du 
« peuple » [Bulletin, p. 54). 

Les Noies supplémentaires, etc., seront utilement consultées par tous 
ceux qui s'intéressent à l'histoire de la noblesse dans nos contrées. Les 
Documents qui suivent fournissent une foule de renseignements des plus 
variés sur différents points curieux de l'histoire révolutionnaire. Une 
table très complète, qui ne comprend pas moins de cinquante-six pages, 
vient faciliter l'usage de cette précieuse collection. On doit savoir gré à 
M. le marquis de Galard-Magnas d'avoir mis à la portée des érudits et 
des chercheurs les richesses contenues dans ses archives de famille. 

P. TiERNY. 



Le baron de Boxnault d'Houet. Pèlerinage d'un paysan picard à 
Saint-Jacques de Compostelle au commencement du XVIIP siècle. 
Montdidier, impr. A. Radenez, 'ISOO. In-8°, xxxviii-2^8 pages et 
une carte. 

Autant furent fréquents au moyen âge les pèlerinages, autant sont 
rares les documents écrits qui les concernent. Gela est particulièrement 
vrai pour le célèbre pèlerinage espagnol de Saint-Jacques de Compos- 
telle. Aussi est-ce une bonne fortune que de rencontrer le journal d'un 
pèlerin, non pas certes du moyen âge, mais d'un siècle plus rapproché 
du nôtre, récit naïf, sincère, amusant même par endroits, d'un homme 
du peuple qui a su voir et décrire ce qu'il voyait. Il a trouvé dans 
M. de Bonnault un éditeur érudit et consciencieux qui a publié son 
journal avec autant de soin qu'il aurait pu le faire pour un document du 
xni^ siècle. 

Il l'a fait précéder d'une ample Introduction, dans laquelle il a retracé 
les origines du pèlerinage de Saint- Jacques, la fondation de la ville 
auprès de l'endroit où fut trouvé le corps du martyr, Campus Stellae, 
d'où Compostelle, énuméré les pèlerins célèbres, parmi lesquels la 
légende plaçait Charlemagne lui-même, montré le saint personnifiant 
la lutte contre les Maures, et désigné comme Matamoros, les routes 
romaines réparées pour les pèlerins, les hospices fondés pour eux en 
Espagne, en France et même en Belgique, de pieux chevaliers de Saint- 
Jacques établis dès 1161 pour protéger les pèlerins, le culte du saint se 
répandant en France, où se fondent de pieuses confréries, dont une des 
plus célèbres est celle de l'église de Saint-Jacques-de-la-Boucherie de 
Paris, enfin les pèlerinages survivant à la Réforme et se continuant 
aux xvi«, xvn« et xvni^ siècles. C'est à ce dernier siècle qu'appartient le 
journal publié par M. de Bonnault, qui cite beaucoup de témoignages 
de pèlerinages pour la Picardie, où l'on trouve de nombreuses églises 



BIBLIOGRAPHIE. 321 

dédiées à saint Jacques, mais presque aucun document relatif à ces 
pieux voyages. 

L'éditeur nous donne une courte notice sur son voyageur. Guillaume 
Manier, né à Carlepont près Noyon en 1704, partit avec trois compa- 
gnons après s'être muni d'un laissez-passer du maire de Noyon et d'un 
passeport du gouverneur de Paris. Désirant échapper à des dettes qu'il 
avait contractées envers son capitaine de milice, ses sentiments religieux 
le portèrent à partir en pèlerinage. Son journal est, au rapport de l'édi- 
teur, le meilleur guide qui existe pour le voyage de Saint-Jacques. Sans 
doute, Manier a copié des détails dans les guides antérieurs ; mais il 
décrit la mer, les montagnes, le paysage ; il note les monuments, sans 
oublier jamais les fontaines, si utiles au voyageur pédestre. Il nous fait 
connaître le genre de vie des pèlerins ; les ressources qu'ils trouvent sur 
leur route, les gîtes bons ou mauvais. En France, ils voyagent isolément 
pour ne pas attirer l'attention sur eux; en Espagne, ils sont plus libres, 
mais ils ignorent la langue et la monnaie. La beauté des femmes espa- 
gnoles le frappe autant que la malpropreté des hommes le révolte. Un 
des mérites de ce journal, c'est que Manier raconte avec bonhomie tout 
ce qu'il voit; c'est, dit l'éditeur, un paysan honnête, religieux, prati- 
quant. Quoique son journal soit surtout celui d'un pèlerin, et qu'il parle 
principalement des églises, dont il décrit amplement l'architecture et 
les reliques, il se mêle quelquefois de politique et paraît au courant des 
événements : il sait, par exemple, que la reine, veuve de Charles II, 
est dans une sorte de prison. C'est seulement dix ans après son 
retour que Manier a rédigé son voyage; le ms. autographe se compose 
de deux volumes in-12, dont le voyage d'Espagne n'occupe que 131 pages. 
Le reste renferme un voyage en Italie. On doit la conservation de ce 
curieux récit à M. Victor de Banville, qui l'a recueilli on ne sait où. 

Un mot sur le travail de l'éditeur. M. de Bonnault a publié ce journal 
avec beaucoup de soin, il l'a enrichi de nombreuses notes, qui expliquent 
tous les passages obscurs ; il a fait ressortir les détails intéressants au 
point de vue archéologique, comme cette description de l'église d'Au- 
nay en Poitou, qui était restée presque ignorée jusqu'à ces derniers 
temps avant l'étude de notre confrère M. de Lasteyrie. L'éditeur a res- 
pecté l'orthographe des noms de lieu et des noms propres, mais il a mis 
l'orthographe actuelle partout ailleurs, et ce n'était pas toujours chose 
facile. L'identification des noms de lieu a dû exiger de longues 
recherches. Enfin, pour contrôler le tracé de Manier, il a réuni en 
appendice trois itinéraires : le premier, tracé d'après l'ouvrage d'Ai- 
meri Picaud en l'honneur de saint Jacques de Compostelle, dont le 
quatrième livre forme le Codex qui donne la route suivie par les pèle- 
rins du xne siècle ; le second est extrait de la Nouvelle Guide des chemins, 
publiée par Nicolas Bonfons, 1583; enfin le troisième est tiré d'un petit 
livre fort rare intitulé : les Chansons des pèlerins de Saint-Jacques, qui 



322 BIBLIOGRAPHIE. 

a été réimprimé en 1718 d'après un texte du xviii* siècle. Pour rendre 
plus saisissables ces itinéraires, l'éditeur a tracé une carte d'Espagne 
sur laquelle sont marquées toutes les localités visitées par Manier en 1726. 
En résumé, la lecture de ce journal de voyage est fort intéressante ; elle 
est devenue aussi facile que possible par le zèle que M. de Bonnault a 
mis à le publier, et fort agréable enfin par la netteté de l'impression, 
faite à petit nombre sur beau papier vergé. 

A. Bruel. 

Université de Louvain. Recueil de travaux publiés par les membres 
de la conférence d'histoire, sous la direction de M. le professeur 
Ch. MoELLER. — 2* fascicule ^ : la Querelle des investitures dans 
les diocèses de Liège et de Cambrai^ par Alfred Gauchie. — 3^ fas- 
cicule : les Droits de Charles-Quint au duché de Bourgogne, par 
Alfred de Ridder. — Louvain et Paris, \ 890. Iu-8", xcir-'l 24, \ 60 p. 

Si l'histoire a toujours été cultivée en Belgique, jamais elle ne l'a été 
avec une méthode aussi scientifique que depuis la création des cours 
pratiques dans les universités. Sous la direction de maîtres tels que 
MM. Frédéricq, Kurth, Moeller et Pirenne, les étudiants belges sont 
entrés dans la bonne voie ; ils se montrent maintenant tout aussi sou- 
cieux de la précision que leurs voisins de France et d'Allemagne. Je 
n'en veux pour preuves que les dissertations historiques publiées par 
les universités belges depuis quelques années. Dès 1883, M. Frédéricq 
a fait paraître le premier fascicule des Travaux du cours pratique d'his- 
toire nationale qu'il dirige à l'université de Liège. En 1888 a été pubUé 
par M. Kurth, professeur à la même université, un recueil de Disserta- 
tions académiques. En même temps, l'université de Gand inaugurait sa 
série de Travaux de la Faculté de philosophie et lettres, qui se compose déjà 
de trois volumes. L'année suivante, en 1889, l'université de Bruxelles 
entrait dans l'arène avec ses Annales de la Faculté de philosophie et lettres. 
L'université de Louvain arrive la dernière, mais, à en juger par l'un des 
deux mémoires dont nous voulons dire quelques mots, elle ne tardera 
pas à se mettre au niveau de ses sœurs par l'excellence de ses publica- 
tions historiques. 

Malgré les études nombreuses et approfondies dont la querelle des 
investitures a été l'objet, M. Gauchie a pensé que la matière n'était pas 
épuisée et qu'on pouvait encore y revenir, à condition toutefois de n'en 
considérer qu'une partie. Souvent ainsi les monographies viennent 
après les ouvrages d'ensemble; le contraire serait plus logique. Mais 
peut-être n'est-il pas mauvais de réviser dans les détails les ques- 
tions sur lesquelles des conclusions générales ont été données. Il y faut 
une condition, c'est que l'auteur de pareilles monographies ne soit 

1. Le 1" fascicule, intitulé : Aux archives Vaticanes, est sous presse. 



BIBLIOGRAPHIE. 323 

pas étranger à l'histoire générale, que son érudition ne soit pas limitée 
à la région qu'il étudie plus spécialement; c'est le cas de M. Gauchie. 

Parfaitement instruit de tout ce qui a été écrit sur la querelle des 
investitures, il a pu relier l'histoire particulière des diocèses de Liège 
et de Cambrai à celle des autres diocèses de l'empire, marquer la place 
et le rôle des épisodes qu'il raconte, et des personnages dont il a fait le 
portrait, dans les péripéties de la lutte du sacerdoce et de l'empire. Dans 
une intéressante introduction, il insiste sur l'alliance étroite du pouvoir 
épiscopal et du pouvoir impérial. Les évêques au x^ siècle apparaissent 
comme les plus fidèles alliés des empereurs. Créatures du souverain, 
tenant de lui leur dignité, il était naturel qu'ils se montrassent les 
défenseurs énergiques des droits régaliens. Si, vers le milieu du xi*' siècle, 
l'empire atteignit l'apogée de sa puissance, ce fut grâce surtout au 
dévouement du clergé. Malheureusement, ces préoccupations politiques 
des prélats n'allaient pas sans de graves inconvénients. Le caractère 
religieux de l'évêque finit par s'effacer devant son titre de seigneur tem- 
porel; il ne fut plus qu'un fonctionnaire impérial. Pareille situation 
parut intolérable aux réformateurs qui voulaient assurer à l'Église son 
indépendance. De là, la querelle des investitures. L'évêque de Liège, 
Wason, fut un des premiers à revendiquer, au xi° siècle, la liberté des 
élections épiscopales. M. Gauchie me parait toutefois avoir exagéré son 
influence. Les pages qu'il a consacrées à la réforme des monastères dans 
les diocèses de Cambrai et de Liège sont instructives et fortement 
documentées. Un chapitre, qui serait peut-être mieux intitulé : appen- 
dice, est consacré à l'examen de deux opuscules de Sigebert de Gem- 
bloux, les Dicta de discordia pape et régis, et VEpistola adversus laicorum 
in presbyteros conjugatos calumyiiam. M. Gauchie n'a encore publié que 
la première partie de son travail sur la querelle des investitures, car il 
s'arrête à l'année 1092. Une petite erreur à signaler : le légat Hugues 
n'était pas évêque de Dié, mais de Die. 

Je ne m'arrêterai pas aussi longuement au mémoire de M. Alfred de 
Ridder sur les droits de Charles-Quint au duché de Bourgogne. C'est 
l'œuvre d'un juriste, disons le mot, d'un avocat, plutôt que d'un histo- 
rien. M. A. de Ridder a puisé chez les meilleurs auteurs la connais- 
sance qu'il a du droit féodal; Du Gange, Brussel, Henrion de Pansey, 
Fréminville ont été ses guides ; mais il semble que ses relations avec 

eux soient bien récentes. 

M. Prou. 

The Finding of Wineland the good. The history of the Icelandic dis- 
covery of America, edited and translated from the earliest records 
by Arthur Middleton Reeves. Londres, Henry Frowde, 4890. In-4° 
avec planches. 
Ce livre est destiné à résumer les faits concernant l'histoire de la 



324 BIBLIOGRAPHIE. 

découverte de l'Amérique effectuée vers le xi« siècle par les Islandais. 
Il était depuis longtemps admis d'une manière certaine, quoique un 
peu vague, que les Islandais avaient, dès un temps fort reculé, dans 
leurs navigations vers l'ouest, atteint et exploré une partie des vastes 
pays qui ont reçu postérieurement le nom d'Amérique. Ces notions un 
peu vagues et confuses ont sérieusement attiré l'attention depuis la 
publication consacrée à ce sujet en 1837 par un savant danois, M. Gharlcs- 
Ghristian Rafn. Malheureusement, le livre de M. Rafn n'est pas tou- 
jours exact; c'est un mélange de faits historiques, que l'on doit admettre 
comme certains, et d'assertions ou de théories plus ou moins hasardées. 
La nouvelle publication a pour objet de vérifier les faits avancés par 
M. Rafn, et de les compléter au moyen des Sagas historiques Scandi- 
naves. Afin de faciliter le contrôle du fond même de ces Sagas, l'éditeur 
a donné des fac-similés photographiques des manuscrits qui les con- 
servent. La critique aura à en examiner plus tard la valeur historique, 
ce que nous ne nous hasarderions pas à entreprendre. Nous nous bor- 
nerons à signaler trois textes qui nous ont paru surtout remarquables. 
L' Icelanders Book, écrit par un prêtre nommé Ari, né en 1067, la Saga 
d'Eric le Roux, écrite, paraît-il, vers l'an 1334, et le texte du manuscrit 
que l'on appelle Hatey Book, du nom d'une terre ayant appartenu à l'un 
des anciens propriétaires du ms. C'est dans la Saga d'Eric le Roux qu'on 
trouve le récit le plus détaillé de la découverte des nouvelles terres 
reconnues au loin et à l'ouest de l'Islande. On y raconte que Leif, fils 
d'Eric Thorwaldsson, fut envoyé par le roi Olaf Iryggvason dans les 
pays qu'on appelait déjà le Groenland pour convertir les habitants au 
christianisme; il s'avança jusqu'au 49° degré de latitude et séjourna dans 
un pays qu'il appela Vinland, parce que des vignes y poussaient. Plus 
tard, un autre Islandais, Thorfum Thordassen, dit Karlsfui, poursuivit 
les explorations de Leif; il traversa un pays stérile qu'il appela Hellu- 
land, et s'arrêta dans une région boisée où il trouva du blé sauvage et 
des raisins. Le Hatey Book parle de l'évêque Eric, siégeant au Groenland 
en 1121, et des voyages qu'entreprit ce prélat vers le sud pour recon- 
naître et évangéliser de nouvelles régions. Les monuments ecclésiastiques 
constatent d'autre part qu'il y eut au Groenland jusqu'à la fin du 
xne siècle une série d'évêques institués par les papes ou leurs délégués, 
qui occupèrent les sièges de Gardar et Hamiar (Gams, p. 334). 

Des événements inconnus, des révolutions politiques ou purement 
physiques interrompirent plus tard les relations entre les deux hémi- 
sphères; mais tout autorise à penser, sans que ce fait amoindrisse en 
rien la gloire et le mérite de Christophe Colomb, que la connaissance 
de ces antiques relations détermina l'illustre navigateur à s'avancer 
résolument dans les mers occidentales jusqu'à ce qu'il eût atteint cette 
Atlantide dont l'existence était depuis si longtemps pressentie. 



BIBLIOGRAPHIE. 325 



Choix de lettres d'Eugène jB^rnoM/" (1825-1 852), suivi d'une biblio- 
graphie avec portrait et fac-similé. Paris, H. Champion, ISO-I. 
1 vol. in-S", xvii-585 pages. 

Ce volume, que nous devons à un profond sentiment de reconnais- 
sance, est avant tout un touchant hommage rendu par la fille aînée 
d'Eugène Burnouf à la mémoire de son père. Outre le mérite qu'il a de 
rappeler le souvenir d'un homme de grand cœur et de grand esprit, il 
offre un réel intérêt au monde savant, car tout ce qui est tombé de la 
plume d'Eug. Burnouf a droit au respect ou commande l'attention. Nos 
confrères en particulier seront heureux de retrouver dans ce livre l'image 
d'un homme de génie qui a appartenu à l'École des chartes. Eugène 
Burnouf est en effet l'un des glorieux représentants de notre deuxième 
promotion, qui comprit avec lui Pétigny, Guérard, Barbie du Bocage, etc. 
Il était entré à l'École en février 1822, ainsi que le fait est constaté par 
une lettre du baron Dacier, qui n'est pas sans intérêt pour l'histoire de 
l'École elle-même : en informant Eugène Burnouf que le ministre de 
l'intérieur, par une décision du 8 de ce mois et sur la présentation de 
l'Académie des inscriptions et belles-lettres, l'a nommé élève de l'École 
des chartes pour le cours qui doit s'ouvrir aux Archives du royaume, 
M. Dacier l'invite à se présenter « à M. le Professeur de ce cours, » 
afin de se faire inscrire et de connaître les jours et heures des leçons 
(l^e pièce de l'Appendice au Choix de lettres,^ p. 477). 

C'est surtout pour l'histoire des études orientales et des rapports lit- 
téraires de la France avec l'Allemagne que les lettres d'Eugène Bur- 
nouf fournissent des renseignements intéressants et variés. Ses corres- 
pondants étrangers sont principalement, de 1825 à 1839, Christian 
Lassen, François Bopp, Auguste-Guillaume de Schlegel; les lettres 
qu'il leur adresse traitent presque uniquement de questions de philo- 
logie indienne, et elles sont précieuses par les indications qu'elles nous 
donnent, soit sur l'origine et le plan de ses premiers travaux, soit sur 
sa manière de travailler, sa merveilleuse sagacité et sa puissance d'ef- 
forts pour arriver à ses découvertes. Il fut également en relations avec 
beaucoup d'orientalistes qui avaient suivi à Paris son cours de sans- 
crit, ainsi qu'avec un nombre considérable d'autres savants, tels que les 
frères de Humboldt, Frédéric Creuzer, des hommes illustres de l'Inde ou 
de l'Angleterre ; malheureusement les tentatives faites pour retrouver 
cette partie de la correspondance sont restées jusqu'à ce jour sans résultat, 
et, aux noms que je viens de citer, le Recueil n'ajoute que ceux de Pott, 
Prinsep, Benfey, Bétant, Hodgson. Comme traitant des mêmes matières, 
nous signalerons aussi les lettres écrites par Eugène Burnouf à M. Jules 
Mohl, qui lui était si étroitement uni par le même genre d'esprit, les 
mêmes goûts et presque les mêmes études. 

\S9\ 22 



326 BIBLIOGRAPHIE. 

Les lettres de voyage, intimes et familières, forment un groupe de 
renseignements des plus piquants sur l'Allemagne et sur l'Angleterre. 
En 1834, Eugène Burnouf alla de Paris à Bonn en passant par Stras- 
bourg, Bade, Heidelberg, Francfort, et il eut soin d'observer très atten- 
tivement la vie et le caractère des Allemands. Ceux qui connaissent 
l'Allemagne trouveront une saveur particulière aux lettres qu'il adresse 
à M'ne Burnouf, et ils pourront y relever des réflexions aussi fines 
qu'exactes, des observations aussi justes de nos jours qu'à cette époque, 
des traits vifs et acérés à la façon de Heine, des descriptions d'un écri- 
vain du meilleur goût. Les récits de ses voyages à Londres (1835) et à 
Vichy (1837) sont également de véritables documents sur les mœurs de 
son temps, les hommes qu'il fréquente, les pays qu'il visite. Du reste, 
il n'y a pas une lettre adressée à un membre de sa famille ou à un de 
ses amis qui n'offre quelque intérêt historique. Cet intérêt se complète 
par un Appendice qui comprend des lettres d'étrangers, et une biblio- 
graphie des travaux imprimés d'Eugène Burnouf, ainsi que par des 
notes qui accompagnent les lettres et qui donnent, fort à propos pour 
les lecteurs de notre temps, de sobres explications sur les sujets qu'elles 
traitent ou sur les personnages qui y sont nommés. 

En résumé, ce recueil, qui sera du plus grand prix pour tous ceux 
qui étudient le mouvement historique et philologique de ce siècle, est 
un complément indispensable des biographies d'Eugène Burnouf. Si 
toutes celles qui lui ont été consacrées nous montrent bien comment 
il a, selon le mot de Naudet, ranimé la parole morte et opéré la résur- 
rection de l'idiome des ancêtres de Zoroastre, la correspondance que 
nous avons sous les yeux permet seule de saisir le secret de ses décou- 
vertes, et, tout en peignant le savant, elle fait connaître le père de famille, 
l'ami, l'homme de bien, et elle apprend ce que valent dans la vie et 
pour la postérité la tendresse du cœur, l'aménité du caractère, la recti- 
tude du jugement, la sûreté de l'amitié. C'est par tous ces côtés que ce 
livre nous semble destiné à sortir des limites que lui assigne la modes- 
tie de l'éditeur. Il rendra des services et fera du bien au delà de « ce 
cercle intime d'une famille où la mémoire des parents est l'objet d'un 
culte pieux. » 

Jules Roy. 



Correspondance du marquis de Croix, capitaine général des armées 
de S. M. C, vice-roi du Mexique, ^737-^786. Nantes, Emile Gri- 
maud, -189^. In-4°, xr-336 pages. 

Charles-François de Croix, marquis de Croix, né à Lille en 1702, et 
fils cadet d'Alexandre-François de Croix, marquis d'Heuchin, a fait une 
brillante carrière au service d'Espagne. Ayant débuté dans les gardes- 
wallones, puis passé de ce régiment dans la compagnie flamande des 



BIBLIOGRAPHIE. 327 

gardes du corps, il prit part aux campagnes d'Italie de la première 
moitié du xviii^ siècle, fut successivement nommé, après son retour 
en Espagne, gouverneur de diverses provinces de la péninsule, en der- 
nier lieu de la Galice (1755), et, dix ans plus tard, pourvu de la vice- 
royauté du Mexique, qu'il quitta en 1771. Pour le récompenser de ses 
bons services, le roi Charles III le nomma, en 1777, vice-roi du royaume 
de Valence. Ce fut sa dernière charge. Il mourut à Valence le 28 octobre 
1786. Au point de vue militaire, son avancement fut aussi très rapide 
et très honorable. Enseigne aux gardes-wallones vers 1720, il avait déjà 
atteint le grade de lieutenant général en 1745 ; puis, par une faveur 
insigne et rarement accordée, Charles III l'éleva, en 1770, au grade 
de capitaine général de ses armées. 

La correspondance du marquis de Croix est adressée à son frère aîné, 
Alexandre-Maximilien-François, marquis d'Heuchin. Elle roule sur les 
incidents divers auxquels a été mêlé Charles-François de Croix pendant 
sa longue carrière militaire et civile. Les campagnes d'Italie, la cam- 
pagne de Portugal en 1762 et le gouvernement du Mexique y occupent 
une place prépondérante. Il y est parlé aussi, incidemment, de deux 
neveux du marquis : Philippe-Charles-François, comte de Croix, qui 
servit dans les troupes wallones d'Espagne et mourut gouverneur de 
Zamora en 1775, et Théodore-François, chevalier de Croix, plus connu 
que son frère par les charges qu'il occupa, car il parvint au grade de 
lieutenant général, exerça, de 1784 à 1789, la vice-royauté du Pérou et 
fut nommé, à son retour, colonel des gardes-wallones. Il mourut à 
Madrid, non pas en 1792, comme il est dit dans la Correspondance, mais 
le 8 avril 1791. 

Les lettres qui composent ce volume ne reproduisent pas intégrale- 
ment les originaux; ce sont des extraits. Voici, au reste, comment 
M. le marquis de Croix, auteur de cette publication, explique qu'il a 
procédé en éditant la correspondance de son arrière-grand-père. « La 
« forme épistolaire a été maintenue ; ce qui concernait des affaires per- 
ce sonnelles ou de famille a seul été retranché, pour ne conserver que 
« ce qui était empreint d'un caractère historique. Quelques lettres des 
« neveux du marquis de Croix ou d'officiers ayant servi sous ses ordres 
« ont été intercalées par ordre de date; elles complètent sa correspon- 
« dance et mettent mieux en lumière certains des faits qui y sont 
« racontés. » 

Malgré le soin apporté par l'éditeur à sa publication, quelques erreurs 
se sont glissées dans ces pages si remplies de faits et de noms. Il peut 
paraître utile de signaler celles qu'une lecture rapide a révélées. 

P. 150. « Le marquis à'Anabate. » Il s'agit du marquis d'Anavete. — 
Ibid. « Le Père Joseph Dolcmos, franciscain, archevêque de Ninive et 
confesseur du Roi. » Le Père Joseph Calzado ou Casado (on trouve les 
deux noms), premier confesseur de Charles III, né à Bolanos (prov. de 



328 BIBLIOGRAPHIE. 

Giudad Real) et à cause de cela communément appelé le Père Bolahos, 
fut évêque de Nisibis. Ayant passé en Espagne avec Charles III, il 
mourut à Madrid le 7 avril 1761. — P. 53 et suiv. « Le marquis de 
Castellar. » Lire : marquis de (ou del) Castelar, c'est-à-dire D. Lucas 
Patino, neveu du fameux ministre de Philippe V, D. José Patifio. — 
P. 151. « Don Ventura de Cordona. » D. Ventura de Côrdova y Spinola, 
fils de D. Nicolas Fernândez de Côrdova, dixième duc de Medinaceli, 
nommé patriarche des Indes et cardinal en 1761, mort le 6 mai 1776. 

— P. 188 et suiv. « Le marquis de Cruxillas. » Cette forme fautive a 
été corrigée dans l'errata en Gruillas. On écrit aujourd'hui Cruilles. 
Voir, par exemple, la Biografia del Excmo Sr. teniente gênerai Don Joa- 
quin Monserrat y Cruilles, marqués de Cruilles, virey de Nueva Espana 
de 1760 à 1166, por su biznieto el marqués del mismo titulo (Valence, 
1880, in-8o), où est racontée la vie du prédécesseur du marquis de Croix 
dans le gouvernement de la Nouvelle-Espagne. — P. 114. « Le fameux 
marquis de la Ensehada. » Lire Ensenada. — P. 172. « Le comte de 
Fuendara. » Lire Fuenclara. C'est le même nom que Fonclara; on trouve 
les deux formes. — P. 213 et 257. « Régiment d'Iberia. » Il n'y avait 
pas alors de régiment à^Iberia dans l'armée espagnole. Il s'agit du régi- 
ment dlbernia ou Hibernia, l'un des régiments irlandais créés en 1709. 

— P. 173. « M. de la Ideaguez. » Lire Idiaquez. — P. 152. « Marquis 
de los Balbales. » Lire Balbases. — P. 150 et suiv. « Duc de Lozada. » Lire 
Losada. — P. 129 et 131. « M"e de Potit. » Léopoldine de Lorraine, 
femme du duc de Béjar, était appelée, avant son mariage, M"e de 
Po7is, etc. 

Ces légères inexactitudes ne diminuent en quoi que ce soit la valeur 
de cette correspondance très instructive, qui sera utilement consultée par 
les historiens du xvni« siècle. 

Alfred Morel-Fatio. 



L'abbé F. Marchand. Les monnaies de Confranchette. Milan, 1894. 
In-8°, 63 pages. (Extrait de la Rivista italiana di numismatica, 
IV^ année.) 

Les monnaies étudiées par M. l'abbé Marchand ont été trouvées en 
décembre 1888, près du village de Confranchette (Ain). Cette trouvaille 
comprenait environ dix-huit cents pièces, toutes de billon, la plupart 
savoisiennes et inédites. Charles II, Emmanuel-Philibert et Charles- 
Emmanuel sont les seuls ducs de Savoie dont le monnayage était repré- 
senté. Les autres pièces se répartissaient entre l'évéché de Sion, Genève, 
Henri III, roi de France, Besançon et Philippe II, roi d'Espagne. L'en- 
fouissement avait eu lieu probablement en 1595. 

M. P. 



BIBLIOGRAPHIE, 329 

Société archéologique et historique de l'Orléanais. Cinquième con- 
cours quinquennal. Séance solennelle du 7 mai 1890, sous la pré- 
sidence de M. Léopold Delisle. Orléans, impr. de G. Jacob, -1890. 
In-8°, 34 pages. 

Le 7 mai 1890, la Société archéologique et historique de l'Orléanais 
décernait, en séance publique, les prix et médailles d'honneur de son 
cinquième concours quinquennal sur l'histoire et les antiquités de la 
province. Ce concours, au jugement des rapporteurs, fut très brillant; 
de nombreux et savants mémoires s'étaient disputé les récompenses 
proposées. Les mérites de ces divers travaux ont été exposés par 
MM. Guerrier et Vignat dans la brochure dont nous venons de trans- 
crire le titre. Nous remarquons, parmi les noms des lauréats, celui de 
notre confrère M. Jules Doinel, archiviste du Loiret; son mémoire, 
intitulé : Jeanne d'Arc telle qu'elle est, a obtenu l'un des deux pre- 
miers prix. 

Notre confrère M. Léopold Delisle, membre honoraire de la Société, 
avait accepté la présidence. L'allocution par laquelle il a clos la séance 
est reproduite à la suite des rapports. 

Un sixième concours quinquennal, sur l'histoire et les antiquités de 
l'ancien Orléanais, est ouvert pour être jugé en 1895. Le délai de rigueur 
pour l'envoi des manuscrits est fixé au 30 septembre 1894. 



LIVRES NOUVEAUX. 



SOMMAIRE DES MATIERES. 

Généralités, 249. 

Sciences auxiliaires. — Épigraphie, 222, 226. — Paléographie, 274. 
— Chronologie, 202. — Bibliographie : librairie, 200 ; bibliothèques, 
172, 285; manuscrits, 260, 270, 276; xylographes, 235; imprimés, 
290, 299. 

Sources. — Chroniques, 168, 193, 220. — Lettres, 215. — Archives, 
212, 216, 273, 289; chartes, 186, 190, 203, 204, 258, 287. 

Géographie et topographie, 228. 

Biographie, 165, 267. — Agobard, 203; Aigueblanche, 267; Albe 
204; saint Bernard, 191; Bonet, 303; Calixte II, 292; Colomb, 167 
Geoffroi de Vendôme, 196; Gerbert, 295; Gonzague, 194; Hopyl, 299 



330 BIBLIOGKÂFHIE. 

saint Hugues, 175; Hugues Capet, 230; Jeanne d'Arc, 250, 265; 
Louis Xn, 168; Merle, 183;Odoric, 307; Orléans, 240; Peiresc, 270; 
Robert, 230; Sambin, 188; Yinci, 302. 

Sciences, 189, 298. 

Droit, 164, 210, 211, 284. — Droit canon, 269. 

Institutions, 201, 209, 219, 230, 232, 252, 271, 298, 304, 308. 

Religions. — Judaïsme, 162. — Catholicisme, 221 ; papauté, 279, 292, 
305; diocèses, 190, 231; ordres, 215; monastères, 160, 174, 203, 207, 
229, 262. 

Archéologie, 185, 223, 248, 294, 297. — Architecture, 165, 180, 188; 
édifices civils et militaires, 166, 169, 195; édifices religieux, 181, 199, 
217, 222, 226, 246, 256, 280, 283. — Sculpture, 198. — Peinture, 224. 
— Luminaire, 163, 173. — Numismatique, 170, 177, 178. 

Langues et littératures. — Français, 179, 236, 241, 251, 260, 268, 
300; provençal, 291, 300; italien, 194. — Langues germaniques, 243, 275. 

SOMMAIRE GÉOGRAPHIQUE. 

Allemagne, 286, 305. — Alsace-Lorraine, 173, 227, 233, 287. —Bade, 
234. — Hambourg, 259. — Prusse, 232, 263, 281, 284. — Saxe, 237. 

Autriche-Hongrie. — Galicie, 192, 264. — Hongrie, 174. 

Belgique, 220. 

Espagne, 161, 166. 

France, 278. — Franche-Comté, 253 ; Gascogne, 176, 288; Normandie, 
257; Picardie, 241. — Ain, 214, 296; Aisne, 181, 195; Ardèche, 256; 
Ardennes, 187; Ariège, 197; Aube, 248; Charente, 160; Charente-Infé- 
rieure, 201 ; Gorrèze, 283; Côte-d'Or, 191 ; Doubs, 223, 261 ; Eure, 306; 
Hérault, 229; Indre-et-Loire, 186, 210, 258; Isère, 178, 190; Loir-et- 
Cher, 186, 258 ; Loire, 239 ; Loiret, 221 ; Lot-et-Garonne, 225, 231 ; 
Marne, 262 ; Marne (Haute-), 182 ; Mayenne, 242, 247 ; Meuse, 226, 282 ; 
Morbihan, 246; Nord, 216; Pas-de-Calais, 206, 213, 280, 297; Pyré- 
nées (Hautes-), 217; Rhône, 266, 293; Saône (Haute-), 222; Sarthe, 
244; Savoie, 267; Savoie (Haute-), 180, 214; Seine, 205, 211; Seine- 
et-Marne, 254, 285, 301 ; Seine-et-Oise, 171, 207 ; Sèvres (Deux-), 169 ; 
Tarn, 185; Vaucluse, 165, 178, 290; Vienne, 209, 245, 250, 289. 

Grande-Bretagne-et- Irlande. — Angleterre, 175, 260, 267. — 
Irlande, 164. 

Italie, 162, 172, 208, 218, 273, 270, 277, 308. — Sicile, 177. 
Pays-Bas, 272. 
Pologne, 264. 



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In-8<>, 138 p. 1 pes. 50 c. 

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178. Blancard (Louis). Sur les marcs de Grenoble et de la cour romaine 
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tenant les mots vieux français hors d'usage, leur explication, leur éty- 
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In-8°, xx-466 p. 16 fr. 

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Revue et coUationnée sur les manuscrits et imprimés latins et français, 
ornée de gravures, avec des notes, une introduction sur le moyen âge, 
sur la vie et les œuvres de Guy de Ghauliac, un glossaire et une table 
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comte de Flandre (1127-1128), suivie de poésies latines contemporaines, 
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Henri Pirenne. Paris, Picard. In-8o, xl-209 p. (Gollection de textes pour 
servir à l'étude et à l'enseignement de l'histoire. N" 10.) 

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253. Maag (R.). Die Freigrafschaft Burgund und ihre Beziehungen 
zu der schweizerischen Eidgenossenschaft vom Tode Karls des Kiihnen 
bis zum Frieden von Nymwegen, 1477-1678. Zurich, S. Hôhr. In-8°, 
366 p. 5 fr. 

254. Marcus (l'abbé E.). Étude historique sur Saint-Barthélemy-en- 
Beaulieu (Seine-et-Marne). Goulommiers, impr. Brissot. In-S", vi-131 p. 

255. Maulde La Glavière (René de). La Conquête du canton du 
Tessin par les Suisses (1500-1503). Laval, impr. Jamin. In-8°, 51 p. 2 fr. 

256. Mazon (A.). Quelques Notes sur l'origine des églises du Vivarais. 
Tome ler. Privas, imprimerie centrale. In-16, 331 p. 

257. Mélanges. Documents publiés et annotés par MM. Ch. de Beau- 
repaire, A. Bligny, F. Bouquet, Ch. Bréard, P. Le Verdier, l'abbé 
Sauvage, V. Toussaint, l^^^ série, Rouen, Lestringant. In-S", 504 p. 
(Publication de la Société de l'histoire de Normandie.) 

258. Métais (l'abbé Ch.). Marmoutier. Cartulaire blésois. Blois, impr. 
Moreau, 1889-1891. In-8°, cxLm-540 p., planches. 

259. Meyer (E.-L.), Tesdorpf (O.-L.). Hamburgische Wappen und 
Genealogien. Hamburg, Boysen und Maasch. In-S», xvi-xxvi-496-vni p., 
74 planches. 25 m. 

260. Meyer (Paul). Notice sur quelques manuscrits français de la 
bibliothèque Phillipps à Gheltenham. Paris, imprimerie nationale. 
In-8o, 114 p. (Extrait des Notices et Extraits des manuscrits, t. XXXV, 
l''*' partie.) 

261. Meynier (le D' J.). Essai historique sur Ornans. 1" fascicule : 
origine à 1566. Besançon, impr. Dodivers. In-8<», 100 p. (Extrait des 
Mémoires de la Société d'émulation du Doubs.) 

262. Millard (l'abbé). Histoire de l'abbaye d'Andecy. Ghâlons-sur- 
Marne, impr, Martin et F. Thouille. In-S", vii-284 p., plan. 

263. MoHR (H.). Geschichte der Stadt Kônigshiitte in Oberschlesien. 
Aus Urkunden und amtlichen Aktenstiicken bearbeitet. Beuthen, 
Freund. In-8o, 372 p., 1 plan. 3 m. 

264. Monumenta medii aevi historica res gestas Poloniae illustrantia. 
Tomus Xn : Codicis epistolaris tomus H (1382-1445). Gracoviae. 
Gr, in-8°, lxxvii-531 p. 6 flor. 

265. MouROT (l'abbé V.). L'Authenticité de la maison de Jeanne d'Arc 
à Domrémy-la-Pucelle. Orléans, Herluison. In-S», 50 p. 

266. Mouterde (René). Un Épisode lyonnais de la fin de la guerre de 



BIBLIOGRAPHIE. 339 

cent ans. L'affaire des quatre coursiers du prince d'Orange. Lyon, impr. 
Mougin-Rusand. In-S", 69 p. 

267. MuGNiER (François). Les Savoyards en Angleterre au xni^ siècle 
et Pierre d'Aigueblanche, évèque d'Hereford. Paris, Champion. In-S", 
32i p., planches. 3 fr. 50 c. 

268. Naetebus (G.). Die nicht-lyrischen Strophenformen desAltfran- 
zôsischen. Ein Verzeichnis, zusammengestellt und erlàutert. Leipzig, 
Hirzel. In-S», x-228 p., 1 tableau. 5 m. 

269. NiJRNBERGER(A.). Ucber eine ungedruckte Kanonensammlung aus 
dem 8. Jahrhundert. Recensio collectionis canonum, quae continetur 
in codice Sangermanensi 938, unacum speciminibus integris. Maguntiae, 
Kupferberg. In-S^, v-80 p. 1 m. 20 pf. 

270. Omont (Henri). Les Manuscrits et les Livres annotés de Fabri de 
Peiresc. Toulouse, Privât. In-S», 27 p. (Extrait des Annales du Midi, 
t. I", 4889.) 

271. Ordonnance (F) cabochienne (26-27 mai 1413), publiée, avec 
une introduction et des notes, par Alfred Goville. Paris, Picard. In-S», 
xii-207 p. (Collection de textes pour servir à l'étude et à l'enseignement 
de l'histoire.) 

272. Oudste Stadsrekeningen (de) van Dordrecht 1284-1424. Uitgege- 
ven door Ch. M. Dozy. S-Hage, Mart. Nijhoff. In-8% ii-vni-180 p. 
(Werken uitgegeven door het Historisch Genootschap gevestigd te 
Utrecht. 3^ série, n° 2.) 2 flor. 50 cents. 

273. Pansa (Giovanni), Piccirilli (Pietro). Elenco cronologico délie 
pergamene e carte bambagine pertinenti ail' archivio délia pia casa délia 
SS. Annunziata di Sulmona, descritte e coordinate a cura dell' ammi- 
nistrazione. Lanciano, R. Garabba, 1891. In-S», xxn-175 p. 10 1. 

274. Paoli (Gesare), Le Abbreviature nella paleografia latina del 
medio evo. Saggio metodico-pratico. Firenze, Le Monnier, 1891. In-80, 
41 p. (Pubblicazioni dell' Istituto di studi superiori, etc.) 

275. Passy (Paul). De Nordica lingua quantum in Islandia ab anti- 
quissimis temporibus mutata sit. Paris, Firmin-Didot. In-80, 64 p. 
(Thèse de doctorat es lettres.) 

276. Pélissier (L.-G.). Notes sur quelques manuscrits d'Italie. Paris, 
Leclerc et Gornuau. In-8°, 42 p. (Extrait du Bulletin du bibliophile, 1890.) 

277. Perret (P. -M.). L'Ambassade de l'abbé de Saint-Antoine de 
Vienne et d'Alain Ghartier à Venise, d'après des documents vénitiens 
(1425). Paris. In-S", 10 p. (Extrait de la Revue historique, t. XLV, 1891.) 

278. Pfister (H. von). Vom Ursprunge der Franken unter Bezugnahme 
auf Trittenheims Ghronik, sowie auf Aethikus Histrius. Darmstadt, 
V. Aigner. In-8% 43 p. 75 pf. 



340 BIBLIOGRAPHIE. 

279. PiNTON (Pietro). Le Donazioni barbariche ai papi, loro importanza 
per l'ordine del potere temporale délia chiesa e per le condizioni poli- 
tiche di Roma nel medio evo. Studio storico. Roma, G. Civelli, 1890. 
In-8o, xii-231 p. 6 1. 

280. PLA.NCOUARD (Léon). Études pour servir à l'histoire du Ponthieu. 
l^^ partie : Monographie de l'église de Berck-sur-Mer. Montreuil-sur- 
Mer, Fontaine; Berck-sur-Mer, Macquet, Fournier; Paris, Picard, 
LechevaUier. In-S", 69 p. 1 fr. 

281. Plônnis (A.). Die Geschichte des Stiftes Mûnstereifel, sowie der 
ijbrigen Kirchen und Klôster der Stadt. In Beitràgen dargestellt. Bonn, 
Hanstein. In-8o, 100 p. 1 m. 50 pf, 

282. Pognon (l'abbé). Histoire de Montfaucon-d'Argonne depuis son 
origine (597) jusqu'à nos jours. Sedan, impr. Sohet-Laurent. Gr. in-8o. 

283. PouLBRiÈRE (l'abbé J.-B.). L'Église Saint-Martin de Brive. Paris, 
May et Motteroz. In-8°, 23 p., grav. et plan. 

284. Pyl (Th.). Beitràge zur pommerschen Rechtsgeschichte. Die 
Verwaltung und die Gerichtsbarkeit des Greifswalder Rathes, nach den 
urkundlichen Quellen des Greifswalder Archivs dargestellt. II. Greifs- 
wald, Bindewald. In-8o, viii-152 p. (Vereinsschrift der riigisch-pom- 
merschen Abtheilung der Gesellschaft fur pommersche Geschichte und 
Alterthumskunde.) 1 m. 60 pf. 

285. Quentin-Baughart (Ernest). La Bibliothèque de Fontainebleau 
et les livres des derniers Valois à la Bibliothèque nationale (1515-1589). 
Paris, Ém. Paul, Huard et Guillemin. In-S», 239 p. et grav. 25 fr. 

286. QuETscH (F.-H.). Geschichte des Verkehrswesens am Mittelrhein 
von den àltesten Zeiten bis zum Ausgang des achtzehnten Jahrhunderts. 
Freiburg, Herder. In-8'', ix-416 p., ix pi. contenant 42 figures. 7 m. 

287. Rappoltsteinisches Urkundenbuch 759-1500. Herausgegeben von 
K. Albrecht. I. 759-1363. Golmar, Barth. In-4°, xv-707 p. 32 m. 

288. Rébouis (Émile-Hippolyte). Des prénoms usités au moyen âge 
dans la région garonnaise; Raymond VII et Gastelsarrasin. Montauban, 
impr. Forestié. (Extrait du BuUeti7i archéologique de Tarn-et-Garonne.) 

289. Rédet (Louis), Richard (Alfred). Inventaire sommaire des 
archives départementales antérieures à 1790. Vienne. Archives civiles, 
séries A, B, G, D. Tome I^»". Poitiers, impr. Biais. In-4o, glxi-284 p. 

290. Requin (l'abbé). Origines de l'imprimerie en France (Avignon, 
1444). Paris, 117, boulevard Saint-Germain. In-8°, 37 p., fac-similés. 
(Extrait de la Bibliographie de la France, journal général de l'imprime- 
rie et de la librairie, 1891.) 

291. Restori (Antonio). Manuali Hoepli. Letteratura provenzale. 
Milano, Ulrico Hoepli, 1891. In-24, viiii-220 p. 



BIBLIOGRAPHIE. 341 

292. Robert (Ulysse). Histoire du pape Galixte II. Paris, Picard. In-8% 
xxvi-262 p., planche. 

293. RoziER (Louis). Agobard de Lyon, sa vie et ses écrits. Montau- 
ban, impr. Granier. In-8°, 64 p. (Thèse.) 

294. ScHLOssER (J. von). Beitràge zur Kunstgeschichte aus den Schrift- 
quellen des friihen Mittelalters. Leipzig, Freytag. Gr. in-S», 186 p., 
3 pi. 4 m. 50 pf. 

295. ScHULTEss (K.). Papst Silvester II. (Gerbert) als Lehrer und 
Staatsmann. Hamburg, Herold. In-4o, 55 p. 2 m. 50 pf. 

296. Souvenir historique de Bourg-en-Bresse. Ouvrage orné de 
16 phototypies, avec un plan inédit de Bourg vers 1750. Bourg, impr. 
du Courrier de VAin. In-4o, 79 p. 

297. Statistique monumentale du département du Pas-de-Calais. 
Inventaire des monuments du Pas-de-Calais intéressant l'archéologie 
ou l'art. Mobilier des égUses rurales. Arras, impr. Laroche. In^", 
vni-33 p. 

298. Statuts et Privilèges (les) des universités françaises depuis leur 
fondation jusqu'en 1789. Ouvrage publié, sous les auspices du ministère 
de l'instruction publique et du conseil général des facultés de Gaen, par 
Marcel Fournier. Tome II, li-« partie, moyen âge : universités de Mont- 
pellier, Avignon, Gahors, Perpignan, Orange, Grenoble, studium de 
Reims, Lyon, Narbonne, Gray, Alais, Pamiers, Gaillac, Albi, Nîmes. 
Paris, Larose et Forcel. In-4o, xii-835 p. 

299. Stein (Henri). L'Atelier typographique de Wolfgang Hopyl à 
Paris. Fontainebleau, impr. Bourges. In-4o, 31 p. (Om het huwelijk 
Paul Bergmans, Louisa Claes.) 

300. SucmER (H.). Le Français et le Provençal. Traduction par 
P. Monet. Paris, Bouillon. In-8°, xii-224 p. 

301. Thoison (Eugène). Petites Notes d'histoire gâtinaise. (Fontaine- 
bleau, Moret, Nemours, Larchant, Melun, etc.) Paris, Picard. In-12, 
iv-154 p., grav. et fac-similés. 

302. UziELLi (Gustavo). Leonardo da Vinci e le Alpi, con sette carte 
antiche in fac-similé. Torino, G. Gandeletti, 1890. In-B", 76 p., 2 pi. 
(Extrait du BoUettino del Club alpino italiano, vol. XXIII.) 

303. Valois (Noël). Un Ouvrage inédit d'Honoré Bonet, prieur de 
Salon. Paris. In-8°, 38 p. (Extrait de l'Annuaire- Bulletin de la Société 
de Vhistoire de France, XXVII.) 

304. Vâlroger (Lucien de). Étude sur l'institution des consuls de la 
mer au moyen âge. Paris, Larose et Forcel. In-B», 68 p. (Extrait de la 
Nouvelle Revue historique de droit français et étranger, 1890.) 2 fr. 50 c. 

1894 . 23 



342 BIBLIOGRAPHIE. 

305. Vatikanische Akten zur deutschen Geschichte in der Zeit Kaiser 
Ludwigs des Bayern. Auf Veranlassung Seiner Majestât des Kônigs 
voa Bayern herausgegeben durch die historische Kommission bei der 
kôniglichen Akademie der Wissenschaften. Innsbruck, Wagner. Grand 
in-8«, xxiv-926 p. 30 m. 

306. Veuglin (V.-E.). Notes historiques sur le canton de Bernay. 
Bernay, impr. Veuclin. In-8°, 72 p. 

307. Voyages (les) en Asie au xiv" siècle du bienheureux frère Odoric 
de Pordenone, religieux de Saint-François. Publiés avec une introduc- 
tion et des notes par Henri Cordier. Paris, Leroux. Gr. in-8o, CLvni-608 p. 
(Recueil de voyages et de documents pour servir à l'histoire de la géo- 
graphie depuis le xm^ jusqu'à la fin du xvi^ siècle. X.) 60 fr. 

308. Williams (William-Klapp). The Communes of Lombardy, from 
the sixth to the tenth century : an investigation of the causes which 
led to the development of municipal unity among the Lombard com- 
munes. Baltimore, the Johns Hopkins press, 1891. In-8^, ni-86 p. (Johns 
Hopkins University studies, 9**» séries, n^^ 5, 6.) 50 cents. 



CHRONIQUE ET MÉLANGES. 



Les examens de fin d'année de l'École des chartes ont eu lieu du 13 
au njuillet 1891. Ils ont porté sur les textes et les questions qui suivent : 

Première année. 
Épreuve orale. 

1° Paléographie latine : Lecture d'un passage du manuscrit de la 
Bibliothèque nationale, nouv. acq. lat. 496 (xiv^ siècle). — Détermina- 
tion de la date d'un manuscrit du ix^ siècle. 

2" Question de chronologie historique : Dates de cinq ou six grandes 
batailles de la guerre de Cent ans. 

3° Le texte latin à traduire était une charte empruntée aux Layettes 
du Trésor des chartes, n» 4362. 

4° Paléographie française . Lecture d'un passage du registre des 
Archives nationales MM 132 (xiv^ siècle). 

5° Philologie romane : Indiquer les formes romanes du latin circare 
du nord au midi de la France. 

Épreuve écrite. 

1" Texte latin à transcrire d'après le fac-similé n» 320 du fonds de 
l'École. 

2" Texte catalan à transcrire d'après le fac-similé n' 266 du fonds de 
l'École. 

3° Texte latin imprimé à traduire : 

Gonquerentibus abbate et conventu Maciacensi quod Guillermus de 
Galvigniaco miles dominus Gastri Radulfi in prejudicium et gravamen 
ipsorum ab bâtis et conventus et in detrimentum nundinarum suarum 
que ab antique sedere soient apud Maciacum in festo nativitatis béate 
Marie virginis ibi prope apud Roneium in dicto festo de novo nundinas 
fecerat et hominibus terre sue inhibuerat ne ad nundinas ipsorum 
abbatis et conventus venirent eodem Guillermo ex adverso proponente 
se esse in possessione pacifica nundinas in terra sua faciendi et se et 
antecessores sues a longe retroactis temporibus super hoc usos fuisse 
negante etiam nundinas esse in dicto festo apud Maciacum sed solum- 
modo congregationem hominum causa devocionis et ob reverenciam 
gloriose virginis Marie in cujus honore fundatur ecclesia dicti loci ibi- 
dem conveniencium auditis partibus et habita super propositis delibe- 



344 CHRONIQUE ET MÉLANGES. 

racione diligenti in quantum tangebat curiam pronunciatum fuit per 
jus quod dictus Guiilermus nundinas novas facere non poterat absque 
domini régis licencia preceptumque fuit baillivo Bituricensi quod face- 
ret bas cessare. 

(Actes du Parlement, Reg. de Nicolas de Chartres, Notices 
et Extraits, XXIII, 2^ partie, 117.) 

A° Texte provençal imprimé à traduire : 

I L'arcivesques de Narbona Et aqui on Valor? s'empren 
Nil reis non an tan de sen E Garitatz esperona 
Que de malvaiza persona Malvestatz es per nïen 

4 Puescon far home valen 8 Quant amb ellas tensona. 

Dar li podon aur et argen 

E draps e vi et anona IV Tais a sus el cap corona 

Mas lo belb ensenhamen e porta blanc vestimen 

8 A cilh cui Dieus lo dona. Quel voluntatz es felona 

4 Gum de lop o de serpen 

II Quar ab renda gran e bona E qui toi ni trais ni men 
Sai ieu un caitiu dolen Ni auci ni empoizona 
Que no fai condutz ni dona Ad aquo es ben parven 

4 Ni somo ni acuelh gen 8 Quais volers hi botona. 

Anz conquier mal e pietz despen 

E sil donavatz Baiona y Ar diran que ieu despona 

Non despendrial renden Mon sirventes a la gen 

8 Si cum valors fayssona. Quais qu'ieu ai lengua bretona 

4 Que negus hom no m'enten 

III Valors vol quez hom somona Assatz m'entendran li'ntenden 
E meta e gast e prezen Et a l'autra gen bricona 

Et a una companhona Ghantarai dels filhs Narsen 

4 Garitat que loi cossen 8 E de Bueves d'Antona. 

5" Questions tirées du cours de bibUographie : I. Indiquer quels sont 
les éléments de la notice d'un incunable. — IL Rédiger les fiches de 
catalogue méthodique et alphabétique d'un incunable. L'incunable 
choisi pour l'épreuve pratique de la fiche de catalogue était le Liber 
pastoralis du pape saint Grégoire, in-4° par cahiers encartés de huit 
feuillets; signatures a-o; caractère gothique arrondi; daté, à la fin, 
de 1482 ; sans lieu ni nom d'imprimeur ; le dernier cahier de six feuil- 
lets. Hain, n» 7986; le caractère paraît être celui d'Ulric Zell, à 
Cologne. 

Deuxième année. 

Épreuve orale. 

1" Paléographie latine : Lecture d'un passage du manuscrit de la 
Bibliothèque nationale, nouv. acq. lat. 496 (xiv« siècle). — Détermina- 
tion de la date d'un registre du Parlement du xiv^ siècle. 



CHRONIQUE ET MÉLANGES. 34S 

2o Question de diplomatique : Quelle a été la suscription des actes 
des rois de France depuis l'époque mérovingienne jusqu'à la fin du 
xvme siècle? 

3» Question d'histoire des institutions : Entre quelles juridictions était 
partagée l'autorité judiciaire, du xyi^ siècle à la Révolution? 

4° Questions relatives aux sources de l'histoire de France : 

I. Quelle est l'origine de la dénomination de la Chronique de Moissac? 

IL Quelles sont les dates extrêmes de cette compilation? 

III. Quel en est le caractère, surtout au point de vue de l'homogé- 
néité et de la valeur critique? 

5" Question tirée du cours de classement d'archives : Dans quelles 
séries des archives départementales se classent les fonds d'archives 
civiles de l'ancien régime? 

Épreuve écrite. 

lo Texte à transcrire d'après le fac-similé n- 348 du fonds de l'École. 
2° Texte latin imprimé à traduire : 

Karolus Dei gratia Francorum rex dilectis et fidelibus gentibus nos- 
tris camere compotorum Parisius salutem. Pro parte magistri Beren- 
garii de Solacropo judicis nostri de Competro nobis expositum extitit 
quod licet per alias nostras litteras non eidem dedissemus judicaturas 
montanarum Ruthenensium et castri de Competro que per unum et 
eundem judicem consueverunt ab antique régi et gubernari ad vadia 
.xl. librarum Turonensium tamen quia omnia castra et castellanias ac 
loca judicature dictarum montanarum dedimus et concessimus perpetuo 
dilecto et fîdeli consanguineo nostro comiti Armaniaci non potuit idem 
judex nec poterit de cetero nisi officio judicature de Competro deservire 
cui deservivit per sex annos jam elapsos sine aliquibus vadiis quia esti- 
mata et taxata non erant que et qualia habere debeat pro dicta judica- 
tura de Competro super quibus supplicavit per nos sibi provideri. Quo- 
circa vobis mandamus quatinus vadia que eidem judici suffîcere et 
competere videbitis pro servicio judicature de Competro pro quota 
habendo respectum ad vadia dictarum .xl. librarum que haberet si 
ambas judicaturas ut erat consuetum tenuisset et eisdem deservisset 
bene et légitime taxetis et ordinetis seu per senescallum Ruthenensem 
vel ejus locumtenentem taxari seu ordinari faciatis. 

In requestis hospicii 

J. BoiL. 
(Mandements de Charles V, n» 1205.) 

3° Texte imprimé à analyser : 

Venerabili domino et patri W. Dei gratia Pictavensi episcopo 
A. archidiaconus et G. thesaurarius Nannetensis salutem et sincère 



346 CHRONIQUE ET MÉLANGES. 

devotionis affectum. Paternitad vestre significandum duximus quod 
cum prior de Fontanis adversus Samuelem burgensem de Glicio parro- 
chianum nostrum coram nobis super quadam summa debiti .x. et .ix. sci- 
licet libris et dimidia quas idem Samuel Herberto quondam priori de 
Fontanis de lana sibi a priore veudita dicebatur debere deposuisset mul- 
totiens questionem tandem inter eos fuit de assensu.utriusque sub exa- 
mine nostro condictum quod scilicet predictus Samuel jurare debebat 
quantum ipse solverat pretaxato priori de debito memorato. Alii quoque 
duo nominati Garnerius scilicet Golardi et Gaufridus Guischeti quos 
ille solutioni interfuisse dicebat simul cum eo jurare debebant et sub 
juramento taxare summam ipsius solutionis. Soror quoque ejusdem 
Samuelis Claricia post illos jurare debebat quod ipsi sanum juramentum 
fecissent sicut ipsa credebatet de illa summa quam ipsi jurassent pres- 
criptus Samuel liber existeret et immunis. Prior autem litteras de rati 
habitione abbatis Majoris Monaslerii et capituli debebat habere. Ad hoc 
autem sicut prediximus penilus prosequendum diem peremptoriam assi- 
gnavimus Nannetis coram nobis vel coram mandato nostro secundam 
dominicam post festum Pentecostes jam transactum. Verum priore pre- 
dicto ad suum terminum veniente a memorato Samuele et aliis ut dixi- 
mus recipere juramenta parato Samuel nec venit nec aliquem pro se ad 
excusandum saltem destinare curavit. Nos itaque in negocio quantum 
de jure potuimus procédantes paternitati vestre duximus significandum 
quod nos sepefatum Samuelem qui in vestro dicitur episcopatu fugisse 
in expensas condempnetis quas prior de Fontanis in presentia vestra 
taxabit atque ipsum Samuelem ad juramentum sicut prescriptum est et 
ille propria voluntate promiserat faciendum vel ad solutionem debiti 
memorati faciendam priori par districtionem ecclesiasticam compellatis. 
(P. Marchegay, Cartulaires du Bas-Poitou, p. 130.) 

40 Questions de diplomatique et de chronologie : 

I. Des signatures dans les actes émanés de la chancellerie des rois 
de France. 

II. Déterminer la date exacte des documents suivants, et indiquer 
brièvement la marche suivie pour obtenir le résultat : 

Charte d'Arnoul, comte de Looz, ainsi datée : « Actum anno Domini 
Mo GC" XL" quarto in crastino beatorum Jacobi et Ghristofori. » Dans 
un vidimus de l'évêque de Liège ainsi daté : « Datum anno Domini 
Mo GCo XLo quarto feria quarta post Lœtare Jérusalem. » Un exemplaire 
de l'Art de vérifier les dates est à la disposition des candidats. 

50 Questions d'histoire des institutions : 

I. Exposer sommairement l'histoire des généralités. 

IL Quelles modifications la Convention a-t-elle fait subir à l'admi- 
nistration départementale qu'elle trouvait en fonctions en 4792? 



CHRONIQUE ET MELANGES. 347 

Troisième année. 
Épreuve orale. 

lo Paléographie : Lecture d'un passage du manuscrit de la Biblio- 
thèque nationale, nouv. acq. lat. 496 (xiv« siècle). 

2° Questions d'histoire du droit : 

I. Quel est, au moyen âge, le sens juridique du mot Université? 

IL Quelles sont les collections canoniques dues à Yves de Chartres 
ou attribuées à cet auteur? 

3° Question d'archéologie : 

Quelles sont les plus anciennes basihques chrétiennes existant aujour- 
d'hui ou sur lesquelles on possède des renseignements iconographiques 
précis ? 

Épreuve écrite. 

1° Texte à transcrire d'après le fac-similé n» 349 du fonds de l'École. 

2° Question de droit : 

Quand et comment ont été rédigées ofQciellement les coutumes? 

3» Question d'archéologie : 

Quelles sont les principales églises sur plan rond ou polygonal que 
vous connaissez? Quelle est l'origine de ce type d'église? Quelles en 
sont les principales variétés? 

4° Questions relatives aux sources de l'histoire de France : 

I. Résumer très succinctement la vie de Suger. 

IL Indiquer les titres, le contenu et la date de rédaction de ses divers 
ouvrages. 

III. Apprécier ces ouvrages au point de vue de la valeur historique. 

A la suite des examens et par arrêté ministériel du 23 juillet 1891, 
ont été admis à passer en deuxième année (ordre de mérite) : 

MM. 1. Jacob. 

2. Laurain. 

3. RiGAULT. 

4. MiROT. 

5. Vautier. 

6. COLLON. 

7. JoiN Lambert. 

8. Chavanon. 

9. Goubaux. 

10. ViLLEPELET. 

11. Petit. 

12. Le Bègue de Germiny. 



348 CHRONIQUE ET MELANGES. 

Ont été admis à passer en troisième année (ordre de mérite) : 
mm. 1. guibert. 

2. Daumet. 

3. Gérard. 

4. Glaudon. 

5. D'Arbois de Jubainville. 

6. GOULON. 

7. De Peretti de la Rocca. 

8. Lemoine. 

9. SOYER. 

10. Salles. 
H. Dunoyer. 

Ont été admis à subir l'épreuve de la thèse (ordre alphabétique) : 
MM. 1. Anchier. 

2. Bléry. 

3. Bourel de la Roncière. 

4. Gourteault. 

5. De Croy. 

6. Deloye. 

7. Forgeot. 

8. Henry. 

9. hoppenot. 

10. Le Brethon. 

11. Lequatre. 

12. Maisonobe. 

13. De Vaissière. 

14. Vautier. 

DÉCRET RECONNAISSANT LA SOCIÉTÉ DE SECOURS 

DES ANCIENS ÉLÈVES DE l'ÉCOLE DES CHARTES COMME ÉTABLISSEMENT 

d'utilité publique. 

Le président de la République française, 

Sur le rapport du ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, 

Vu la demande formée par la Société de secours des anciens élèves 
de l'École des chartes à l'effet d'être reconnue comme établissement 
d'utilité publique ; 

Vu les statuts de cette Société, l'état de sa situation financière et les 
autres pièces produites à l'appui de sa demande ; 

Vu les avis favorables du préfet de la Seine et du vice-recteur de 
l'Académie de Paris ; 

La section de l'intérieur, des cultes, de l'instruction publique et des 
beaux-arts du Conseil d'État entendue, 



CHRONIQUE ET ME'LANGES. 349 

Décrète : 
Art. ler. — La Société de secours des anciens élèves de l'École des 
chartes, fondée en 1875, est reconnue comme établissement d'utilité 
publique. 

Art. 2. — Les statuts sont approuvés tels qu'ils sont annexés. Aucune 
modification ne pourra y être apportée sans l'autorisation du gouver- 
nement. 

Art. 3. — Le ministre de l'instruction publique et des beaux-arts est 
chargé de l'exécution du présent décret. 
Fait à Paris, le 13 juin 1891. 

Signé : Carnot. 
Par le président de la République : 

Le ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, 
Signé : Léon Bourgeois. 

STATUTS DE LA SOCIÉTÉ DE SECOURS 

DES ANCIENS ÉLÈVES DE l'ÉCOLE NATIONALE DES CHARTES. 

Article l"'". — La Société de secours des anciens élèves de l'École 
nationale des chartes, fondée en 1875, a pour but de venir en aide aux 
anciens élèves de cette école qui se trouveraient dans le besoin. 

La Société a son siège à Paris, à l'École des chartes. 

Art. 2. — La Société se compose de membres titulaires et de membres 
ho7ioraires. 

L'admission des membres est prononcée par le Conseil d'adminis- 
tration. 

Peuvent faire partie de la Société en qualité de membres titulaires 
les anciens élèves qui ont passé une année, au moins, à l'École des 
chartes. 

Peuvent faire partie de la Société en qualité de membres honoraires 
les personnes que leurs études ou leurs relations rattachent à l'École 
des chartes. 

La cotisation des membres titulaires, comme celle des membres hono- 
raires, est fixée à cinq francs au minimum. 

Cette cotisation est rachetable au moyen du versement d'une somme 
de cent francs au minimum. 

Art. 3. — Le Conseil d'administration se compose de douze membres 
nommés pour trois ans par l'assemblée générale des membres titulaires. 

Il est renouvelable par tiers chaque année. Les membres sortants 
sont rééligibles. 

Le conseil élit chaque année son bureau, composé d'un président, d'un 
vice-président, d'un secrétaire et d'un trésorier. 

Le président sortant n'est pas immédiatement rééligible. 



350 CHEONIQCE ET MÉLANGES. 

Le Conseil se réunit toutes les fois que le président le juge nécessaire 
et au moins une fois chaque trimestre. 

La présence du tiers des membres du Conseil est nécessaire pour la 
validité des délibérations. 

Les délibérations ayant pour objet une allocation de secours sont 
secrètes. 

En cas de partage, la voix du président est prépondérante. 

Il est tenu procès-verbal des séances. Les procès-verbaux sont signés 
par le président et le secrétaire. 

Art. 4. — Les délibérations relatives à l'acquisition d'immeubles et à 
l'acceptation de dons et legs sont soumises à l'approbation du gouver- 
nement. 

Art. 5. — Les délibérations relatives aux aliénations, constitutions 
d'hypothèques, baux à long terme et emprunts ne sont valables qu'après 
l'approbation par l'assemblée générale. 

Art. 6. — Le trésorier représente la Société en justice et dans tous les 
actes de la vie civile. 

Art. 7. — Toutes les fonctions de la Société sont gratuites. 

Art. 8. — Les ressources de la Société se composent : 1° des cotisa- 
tions de ses membres ; 2° des dons et legs dont l'acceptation aura été 
autorisée par le gouvernement ; S" des subventions qui pourraient lui 
être attribuées; 4° du produit des ressources créées à titre exceptionnel 
avec l'autorisation du gouvernement; 5° du revenu de ses biens et valeurs 
de toute sorte. 

Art. 9. — Les fonds disponibles sont placés en rentes nominatives 
3 p. o/o sur l'État ou en obligations nominatives de chemins de fer dont 
le minimum d'intérêt est garanti par l'État. 

Art. 10. — Le fonds de réserve comprend les sommes versées pour le 
rachat des cotisations. 

Ce fonds est inaliénable; ses revenus peuvent être appliqués aux 
dépenses courantes. 

Art. H. — Le Conseil ne peut, dans les attributions de secours, 
engager l'avenir, ni par conséquent accorder des secours sous forme de 
pension. 

Art. 12. — A égalité de droits, et en cas d'insuffisance de fonds, les 
secours sont accordés de préférence aux anciens élèves de l'École des 
chartes munis du diplôme d'archiviste-paléographe. 

Art. 13. — Le Conseil rend ses comptes annuellement à l'assemblée 
générale des membres titulaires. 

Le compte annuel renferme l'indication des recettes et dépenses, sans 
mentions de noms, et contient la nomenclature des fonds placés avec 
la désignation de leurs numéros. 

Art. 14. — L'assemblée générale se réunit une fois par an pour les 
élections et l'approbation des comptes. 



CHRONIQUE ET MÉLANGES. 35< 

Son bureau est celui du Conseil. 

Art. 15. — La qualité de membre de l'association se perd : 

lo par la démission; 

2° par la radiation prononcée, pour motifs graves, par le Conseil d'ad- 
ministration, à la majorité des deux tiers des membres présents. 

Art. 16. — Les statuts ne peuvent être modifiés que sur la proposi- 
tion du Conseil d'administration ou de vingt-cinq membres, soumise au 
bureau au moins un mois avant la séance. 

L'assemblée extraordinaire spécialement convoquée à cet effet ne peut 
modifier les statuts qu'à la majorité des deux tiers des membres présents. 

L'assemblée doit se composer du quart, au moins, des membres en 
exercice. 

Si l'assemblée ne comprenait pas ce nombre minimum de membres, 
une seconde assemblée extraordinaire serait convoquée un mois après 
qui statuerait, quel que soit le nombre des membres présents. 

La délibération de l'assemblée est soumise à l'approbation du gouver- 
nement. 

Art. 17. — L'assemblée générale appelée à se prononcer sur la disso- 
lution de la Société et convoquée spécialement à cet effet doit comprendre, 
au moins, la moitié plus un des membres en exercice. Ses résolutions 
sont prises à la majorité des deux tiers des membres présents et sont 
soumises à l'approbation du gouvernement. 

Si l'assemblée ne comprenait pas ce nombre minimum de membres, 
une seconde assemblée serait convoquée un mois après qui statuerait, 
quel que soit le nombre des membres présents. 

Art. 18. — En cas de dissolution, l'actif de la Société serait attribué, 
par délibération de l'assemblée générale soumise à l'approbation du 
gouvernement, à la Société des anciens élèves de l'École des chartes. 

Art. 19. — Il sera procédé de même en cas du retrait de l'autorisation 
donnée par le gouvernement. 

Art. 20. — Un règlement intérieur, adopté par l'assemblée générale 
et approuvé par le préfet de la Seine, arrête les dispositions de détail 
propres à assurer l'exécution des présents statuts. Il peut toujours être 
modifié dans la même forme. 

— La Société de l'École des chartes, dans sa séance du 25 juin 1891, 
a élu M. Eugène Lefèvre-Pontalis archiviste-trésorier de la Société, 
pour l'année 1891-1892, en remplacement de M. Tuetey, démissionnaire. 

— Le premier prix Gobert de l'Académie des inscriptions a été 
décerné à notre confrère M. Paul Fournier pour son ouvrage sur le 
royaume d'Arles et de Vienne. 

Le second prix de la même fondation a été obtenu par notre confrère 
M. Ulysse Robert pour son Bullaire du pape Gahxte II et pour son 
histoire du même pontife. 



352 CHRONIQUE ET Me'lANGES. 

— Notre confrère M. Victor Mortet a obtenu la deuxième mention 
honorable au Concours des antiquités de la France. 

— L'Académie des inscriptions a décerné le prix Brunet à notre 
confrère M. Henri Omont pour un travail sur les copistes de manuscrits 
grecs. 

— L'Académie des inscriptions a décerné le prix de numismatique 
de la fondation Allier de Hauteroche à notre confrère M. Babelon, pour 
son Catalogue des monnaies grecques de la Bibliothèque nationale, t. L 

— L'Académie des inscriptions, dans sa séance du 15 mai, a désigné 
notre confrère M. Enlard, membre de l'École française de Rome, pour 
recevoir la grande médaille que la Société centrale des architectes 
français décerne annuellement comme récompense de travaux archéo- 
logiques remarquables. 

— Par arrêté ministériel du 15 juin 1891, notre confrère M. de 
Grandmaison a été nommé sous-bibliothécaire au département des 
manuscrits de la Bibliothèque nationale. 

— Par arrêté du même jour, notre confrère M. Ledos a été nommé 
stagiaire au département des imprimés de la Bibliothèque nationale. 

— Par décret en date du 2 juin 1891, notre confrère M. le marquis 
de Ripert-Monclar a été nommé envoyé extraordinaire et ministre 
plénipotentiaire de la République à Caracas. 

— Par arrêté du 25 mai 1891, notre confrère M. Fernand Mazerolle 
a été nommé auxiliaire à l'administration des monnaies et médailles. 

— Par décret en date du 11 juillet 1891, notre confrère M. Hanotaux 
a été promu au grade d'officier dans l'ordre de la Légion d'honneur. 

— Par arrêté du 27 mai, notre confrère M. Tranchant, vice-président 
de la section des sciences économiques et sociales du Comité des tra- 
vaux historiques et scientifiques, a été nommé officier de l'instruction 
publique. 

— Ceux de nos confrères dont les noms suivent figurent sur la liste 
des officiers d'instruction pubUque et des officiers d'Académie nommés 
par arrêté mmistériel du 19 juillet 1891, savoir : 

Officiers de l'instruction publique : 
MM. Louis Farges, sous-chef du bureau historique au ministère des 
affaires étrangères; 
Paul Guérin, archiviste aux Archives nationales; 
Hiélard, vice-président de la Chambre de commerce de Paris ; 
Jules Roy, professeur à l'École des chartes. 

Officiers d^ Académie : 
' Charles Bémont, maître de conférences à l'École des hautes études ; 
De Flamare, archiviste de la Nièvre; 



CHROIVIQUE ET MELANGES. 353 

Morel-Fatio, secrétaire de l'École des chartes; 

Nerlinger, attaché au catalogue de la Bibliothèque nationale ; 

Prou, sous-bibliothécaire à la Bibliothèque nationale. 

— Conformément aux conditions du legs fait par M. Lucien Fouché, 
la Société libre d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres du dépar- 
tement de l'Eure décernera en 1893 un prix de 600 francs au meilleur 
mémoire sur un sujet d'archéologie intéressant le département de l'Eure. 
— Les mémoires devront être adressés, franco de port, au secrétaire 
perpétuel de la Société à Évreux, avant le l^" avril 1893. Ils porteront 
une épigraphe ou devise répétée sur une enveloppe cachetée qui con- 
tiendra l'indication des noms de l'auteur. 

— Le 11 mars 1891, la Cour centrale criminelle de Londres a con- 
damné à deux mois de prison un généalogiste qui avait frauduleuse- 
ment ajouté des noms dans un manuscrit du fonds harleien au Musée 
britannique. 

PROJET 
D'UN ENSEIGNEMENT HISTORIQUE ET DIPLOMATIQUE 

A LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE SOUS LA CONVENTION. 

— Notre confrère M. Servois, garde général des Archives nationales, 
veut bien nous communiquer le texte d'un projet qui fut soumis au 
Comité d'instruction publique de la Convention par le citoyen Maugard, 
et qui tendait à fonder à la Bibliothèque nationale une sorte d'ensei- 
gnement historique et diplomatique; ce projet, qui, par certains détails, 
touche aux origines de l'École des chartes, mérite de sortir de l'oubli. 
Nous le reproduisons d'après le document conservé aux Archives natio- 
nales sous la cote D. XXXVIII. 2, liasse 20 : 

« Dans le préambule, il sera bon, après avoir parlé de l'objet du rap- 
port, de faire sentir l'importance de l'étude de l'histoire, non seulement 
pour l'instruction, mais encore pour consoUder la Révolution, en entre- 
tenant dans le cœur de tous les citoyens l'amour de la liberté par la 
peinture fidèle des mœurs des anciens François, et, pour justifier la 
Révolution aux yeux des nations étrangères, faire remarquer que l'his- 
toire ne se trouve point dans les livres qui en portent le titre, où la 
vérité est altérée à chaque page ; qu'elle n'est que dans les anciennes 
annales et autres monuments; que, pour arriver à ces sources pures, 
il faut détruire les obstacles par des travaux préUminaires qui ne peuvent 
être bien faits que dans le dépôt des manuscrits de la Bibliothèque natio- 
nale. En attendant l'organisation définitive de ce dépôt, la Convention 
peut décréter provisoirement ce qui suit : 

« 1° Il y aura un professeur d'ancien langage françois, qui sera en 
même temps garde des manuscrits de la Bibliothèque nationale. 



354 CHRONIQUE ET MÉLANGES. 

« 2° Il donnera ses leçons dans le dépôt des manuscrits, qui sera ouvert 
tous les jours à partir du prochain ; savoir, le 3«, 6^ et 9« de 

chaque décade, depuis 9 heures jusqu'à midi, à tous les citoyens que la 
curiosité pourra y conduire, et, depuis midi jusqu'à 2 heures, à ceux 
qui se seront fait inscrire pour prendre des leçons; les autres jours, à 
l'exception du décadi, depuis 9 heures jusqu'à 2, à tous les citoyens 
qui désireront y travailler ou s'exercer à la lecture des manuscrits sous 
les yeux du professeur, qui les aidera de ses lumières et de son expé- 
rience. Il faudra se faire inscrire et avoir une carte d'entrée. 

« 3° Les leçons ne seront pas gratuites. Elles auront pour objet, non- 
seulement les éléments du langage et la lecture des anciens ouvrages, 
tant en vers qu'en prose, mais encore la connoissance des différents 
caractères d'écriture qui ont été en usage, et généralement tout ce qui 
peut aider à faire connoître l'âge et l'authenticité d'un manuscrit, d'un 
diplôme, d'une charte, etc. 

4" Nul ne sera admis à une place de bibliothécaire et d'archiviste 
national dans les différents départements s'il ne justifie, par une attes- 
tation du professeur, qu'il a suivi ses leçons pendant un temps suffisant 
pour n'être embarrassé à la lecture d'aucun manuscrit ou livre imprimé 
en caractères gothiques. 

« 5° La garde des manuscrits sera conférée au citoyen Maugard. 

« 6° Personne ne pouvant mieux que lui composer les livres élémen- 
taires et le dictionnaire dont il a donné le plan, il s'occupera dès à 
présent de ces ouvrages, avec tel nombre de collaborateurs qu'il jugera 
à propos de choisir, et sous la surveillance du Comité d'instruction 
publique. Il lui sera accordé pour ces travaux une indemnité de 
francs qui lui sera délivrée aussitôt qu'ils seront achevés; et, 
attendu qu'il a déjà recueilli une grande quantité de matériaux pour 
le dictionnaire, qu'il y a employé beaucoup de temps, ainsi qu'à d'autres 
travaux d'une utilité reconnue, et qu'il a fait à la Révolution des pertes 
considérables qui n'ont point affoibli en lui l'amour du travail, il lui 
sera donné un secours provisoire de 

« 7° Le tableau dont il a fait hommage à la Convention, ouvrage unique 
en ce genre, étant précieux, tant par son objet que par le choix de ses 
morceaux, il sera imprimé, et l'original manuscrit sera encadré et 
conservé au Comité d'instruction publique. 

« 8° Le mémoire qui l'accompagne étant le fruit de recherches qui 
annoncent une connoissance approfondie des anciens monuments de 
droit public et d'histoire, la Convention charge son auteur de diriger, 
sous la surveillance du Comité d'instruction pubhque, les travaux qui 
seront ordonnés pour le perfectionnement de l'histoire. » 

Antoine Maugard était un ancien feudiste qui avait travaillé dans 
différentes archives de Lorraine et qui avait entretenu une correspon- 
dance active avec l'historiographe Moreau en vue d'être associé aux 



CHRONIQUE ET MELANGES. 355 

travaux historiques entrepris sous les auspices du garde des sceaux au 
Cabinet des chartes. On peut voir à ce sujet un dossier très curieux 
qui forme les fol. 6-63 du volume 350 de la collection Moreau. Une 
lettre du 19 juin 1778 nous apprend que, dès cette époque, Antoine 
Maugard songeait à former des élèves en diplomatique pour lesquels il 
voulait obtenir l'exemption du service de la milice. En indiquant les 
lettres de recommandation qui lui semblaient nécessaires pour le succès 
de son entreprise, il demandait qu'il fût question de ce privilège dans 
une lettre que le ministre aurait écrite à l'intendant : 

« Il seroit nécessaire, disait-il, de parler dans la lettre de M. l'inten- 
dant de l'exemption de milice pour mes commis et les élèves que je 
formerai. Vous sentez. Monsieur, que je ne puis prendre indistincte- 
ment le premier venu ; il me faut des personnes d'une probité reconnue 
et qui sachent plus qu'écrire. Il seroit bien désagréable, pour moi, de 
voir prendre pour soldats de milice des sujets que j'aurois choisis et 
formés avec soin et d'être, au moment que je m'y attendrois le moins, 
dans le cas de perdre le fruit de plusieurs années de peine et de travail. » 

Dans sa correspondance, Antoine Maugard fait allusion à plusieurs 
des travaux qu'il avait exécutés en Lorraine : 

Dépouillement des archives du chapitre noble d'Epinal. 

Mise en ordre des archives de l'abbaye de Beaupré. 

Inventaire des titres du marquis de Raigecourt-Gournay au château 
de Friauville près Metz ; — des archives du comte de Ghamusso ; — 
des archives du comte de Gourcy; — des archives du marquis du 
Hautoy, etc., etc. 

Collection de 20,000 extraits de titres et livres anciens, tant manus- 
crits qu'imprimés, qui devaient servir à composer un dictionnaire pour 
l'intelligence des anciennes chartes. 

ANCIEN REGISTRE DE SAINT -REMI DE REIMS. 

Dans un volume de mélanges qui paraît venir de sir Henry Spelman 
et qui se trouve aujourd'hui dans la bibliothèque de J.-H. Gurney à 
Keswick Hall, près de Norwich, se trouve la copie de documents qui 
ont peut-être un réel intérêt pour l'histoire de Saint-Remi de Reims. 
Il pourrait s'y trouver une transcription du polyptyque de Saint- 
Remi, envoyée à Spelman par un savant français. En voici l'indication 
telle qu'elle se lit dans un inventaire des manuscrits de J.-H. Gurney, 
publié par William Dunn Macray (Historical manuscripts commission, 
Twelfth report, Appendix, part IX, p. 153) : 

XXIX. Miscellanea. 

[No 116. 13.] Fol. 1-65. Extraits d'anciens cartulaires monastiques 
français. 



356 CHRONIQUE ET MELANGES. 

I. Charte de dotation par Gharlemagne pour les religieuses de Notre- 
Dame à Soissons. 

IL Notitia census debiti villarum Sancti Remigii quantum solvitur 
ab ipsis quibusve terminis. 

III. Liber Sancti Remigii Remensis; vol. LIX. Registre des posses- 
sions de l'abbaye. 

TRAITÉS DE COMMERCE ENTRE LES ROIS D'ANGLETERRE 
ET LES DUCS DE BOURGOGNE. 

Plusieurs pièces des archives des ducs de Bourgogne ont été com- 
prises dans un morceau des collections de sir Thomas Phillipps qui 
ont été vendues aux enchères, à Londres, le 15 et le 16 juillet 1891, 
par les soins de MM. Sotheby, Wilkinson et Hodge. En voici l'indi- 
cation d'après le catalogue de vente {Bibliotheca Phillippica. Catalogue 
of the collection of valuable english and foreign autograph leiters and 
liistorical documents of the late sir Thomas Phillipps, bart. London, 
1891 [15 et 16 juillet]; in-8o de 57 p.; 542 articles) : 

251. Traité de commerce conclu entre les ambassadeurs du roi d'An- 
gleterre et ceux du duc de Bourgogne. A Calais, 19 janvier 1404. Ori- 
ginal, avec les sceaux des quatre ambassadeurs anglais. 

252. Articles de la conférence tenue à Calais entre les ambassadeurs 
de Henri V et ceux du duc de Bourgogne , touchant la prolongation 
d'un traité de commerce et d'autres affaires d'État. A Calais, 14 juillet 
1419. — Avec cinq beaux sceaux des six ambassadeurs anglais sir Wil- 
liam Bardolf, John Estcourt, Richard Bokeland, Wilham Bray, John 
Ghurche et John Pykering. 

253. Lettre de sauvegarde accordée par Henri VI aux sujets de Phi- 
lippe, duc de Bourgogne, qui venaient commercer en Angleterre en 
vertu du traité de commerce conclu entre les deux princes. Westmins- 
ter, 13 décembre 1450. — Scellé du grand sceau royal d'Angleterre. 

254. Promesse du maire et de la corporation de Plymouth de main- 
tenir le traité de commerce conclu le 24 février entre Henri VH et 
Philippe, archiduc d'Autriche. 24 mars 1495. — Scellé du sceau com- 
mun de Plymouth. 



Vient de paraître à la librairie de M. Alph. Picabd le Livret de l'École 
des chartes, 1821-1891, publié par la Société de VÉcole des chartes; nou- 
velle édition refondue et augmentée de la bibliographie des thèses (1849- 
1891); vol. in-16de313p. 



NOTES 



SUR LE 



DÉPARTEMENT DES IMPRIMÉS 



BIBLIOTHÈQUE NATIONALE 



Dans les notes qu'on va lire, j'ai essayé de réunir des rensei- 
gnements exacts sur la composition des collections du Département 
des Imprimés, sur les accroissements qu'elles ont reçus dans ces 
derniers temps, sur les travaux de catalogue qui s'y poursuivent, 
sur les communications qui s'y font au public, sur les moyens 
d'accélérer et de multiplier ces communications , enfin sur la 
nécessité, de plus en plus urgente, de terminer les constructions 
et d'utiliser les terrains achetés à grands frais en 1880 à l'angle 
des rues Golbert et Vivienne. 

Il m'a semblé nécessaire d'initier le public à ces détails, de le 
mettre au courant de ce qui est fait comme de ce qui reste à faire 
et de l'intéresser à des questions dont il peut faire hâter la solu- 
tion. Je pense aussi accomplir un acte de justice : le simple exposé 
de la situation fera apprécier, je l'espère, les services, trop peu 
connus, rendus par le conservateur du Département, M. Thierry- 
Poux, et par ses collaborateurs de tout ordre, qui, s'inspirant des 
exemples de leur chef, consacrent leur savoir, leur intelligence et 
leur activité au développement, à l'aménagement et au bon emploi 
des collections qui leur sont confiées et dont l'ensemble forme la 
partie la plus considérable de la Bibliothèque nationale. 

^89^ 24 



358 NOTES SUR LE DÉPARTEMENT DES IMPRIMe's 



ETAT DES COLLECTIONS. 

Il est difficile d'évaluer rigoureusement le nombre des volumes 
ou des pièces dont se compose le Département des Imprimés ; tou- 
tefois, les progrès de l'inventaire général donnent le moyen de 
l'établir avec le degré de précision que comporte un problème 
aussi compliqué. 

Pour donner une base solide aux calculs, j'ai soigneusement 
revisé et mis à jour les chiffres du recensement de 1885. En 
publiant ce recensement dans le Bulletin des bibliothèques, 
année 1885, n° 4, j'avais averti qu'il devait laisser beaucoup à 
désirer, puisqu'il comprenait un assez grand nombre de séries 
dont les articles étaient irrégulièrement cotés ou même absolument 
dépourvus de cotes. Cette source d'incertitude a disparu sur la 
plupart des points. 

Les tableaux suivants font connaître en détail quelle était, au 
mois de janvier 1891, la composition de chacune des trente divi- 
sions principales du Département des Imprimés. 

A. Écriture sainte. 

2^55 ouvrages in-folio, cotés A.. 1-21^7, et 2292-2999 (Réserve). 

33^5 in-quarto, cotés A. 230^5600, ^ 800^-'l 8032, eH 6993-1 6999 
(Réserve). 

2028 thèses in-quarto, sous la cote A. 5600. «, avec 2028 sous- 
chiffres. 

10163 in-octavo, cotés A. 5601-15000, 15001-15105 (série élimi- 
nable), 17967-17999 (Réserve), et 20001-20625. 

Total des cotes employées : 1 7661 . 

B. Liturgie et conciles. 

1422 ouvrages in-folio, cotés B. 1-1403, et 1480-1499 (Réserve). 

2027 ouvrages in-quarto, cotés B. 1500-3500, 28988-28999 
(Réserve), et 29001-29014. 

23459 in-octavo, cotés B. 3500-24809, 25001-27130 (série élimi- 
nable), et 27882-27900 (Réserve). 

Total des cotes employées : 26908. 



DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 359 

G. Pères de TËglise. 

^066 ouvrages in-folio, cotés G. ^-^06^, et ^395-^399 (Réserve). 
968 in-quarto, cotés G. -1400-2367. 
2634 in-octavo, cotés G. 2500-5'! 2^, et 5988-5999 (Réserve). 
Total des cotes employées : 4668. 

D. Théologie catholique. 

3020 ouvrages in-folio, cotés D. -1-3007 et 3487-3499 (Réserve). 

7858 in-quarto, cotés D. 350^^^336, et -I -1 578--! -1 599 (Réserve). 

60503 in-octavo, cotés D. -14 600-67935, 67936-67999 (Réserve), 
6800-1-70079 (série éliminable), 80001-80065 (Réserve), et 80501- 
82460. 

Total des cotes employées : 7\ 38-1 . 

D^. Théologie non catholique. 

4-14 ouvrages in-folio, cotés D^. -1-4-14. 

3547 in-quarto, cotés D^ 520-3200, 320^-4000*, et 40001-40066. 
12396 in-octavo, cotés D^ 320-1-15562, et 15966-15999 (Réserve). 
Total des cotes employées : 16357. 

E. Droit canonique. 

3 ouvrages grand in-folio, cotés E. 1500-1502. 
1177 in-folio, cotés E. 1-1163, et 1686-1699 (Réserve). 
1881 in-quarto, cotés E. 1700-3567, et 3987-3999 (Réserve). 
5367 in-octavo, cotés E. 4000-9315, et 9949-9999 (Réserve). 
Total des cotes employées : 8428. 

*E. Droit de la nature et des gens. 

I. 5431 volumes ou pièces du fonds ancien et du fonds inter- 
médiaire, savoir : 

201 in-folio, cotés *E. 10-210. 
1058 in-quarto, cotés *E. 211-1268. 
4172 in-octavo, cotés *E. 1269-5440. 

II. 431 pièces provenues de la collection qui était jadis connue 
sous la dénomination de Recueil Z. Elles sont cotées : 

*Ez. 51-400 (in-quarto), et *Ez. 501-581 (in-octavo). 

III. 610 ouvrages ou pièces du fonds nouveau, savoir : 
6 ouvrages in-folio, 25 in-quarto, et 458 in-octavo. 

2 pièces in-folio, 15 in-quarto, et 104 in-octavo. 



360 NOTES SUR LE DE'pARTEMENT DES IMPRIMÉS 

IV. 427 volumes de la Réserve, savoir : 
iH in-folio, cotés Réserve *E ^-^^4. 
i6i in-quarto, cotés Réserve *E. 200-360. 
-152 in-octavo, cotés Réserve *E. o00-65^. 
Total des cotes employées : 6899. 

F. Jurisprudence. 

I. Environ 60000 volumes ^ du fonds ancien et du fonds intermé- 
diaire, savoir : 

3003 volumes in-folio, y compris le très grand format, cotés 
F. 4-5003. 

48224 in-quarto, cotés F. 3404-23324. 
Environ 37000 in-octavo, cotés F. 24004- 

II. 6602 pièces appartenant à l'ancien fonds et au fonds inter- 
médiaire, savoir : 

429 grand in-folio, cotées Fp. 4-429. 
463 in-folio, cotées Fp. 204-279 et 3304-3886. 
2269 in-quarto, cotées Fp. 304-4233, et 6304-7844. 
3739 in-octavo, cotées Fp. 4 304-3239. 

III. 2239 pièces provenues du Recueil Z, savoir : 

43 in-folio, cotées Fz. 4-4 3. 

4292 in-quarto, cotées Fz. 404-4392. 

934 in-octavo, cotées Fz. 4 304-2434. 

IV. 33674 pièces de Fancien recueil des faclums, savoir : 
47343 in-folio, reliées en 422 volumes. 

33234 in-quarto, reliées en 4 320 volumes. 
3093 in-octavo. 

V. 6348 pièces de la nouvelle série des factums (247 in-folio, 
3374 in-quarto, et 937 in-octavo). 

VI. Environ 42000 thèses, classées en 382 paquets suivant l'ordre 
alphabétique des noms d'auteurs. 

VII. 9342 ouvrages ou pièces du nouveau fonds, savoir : 

46 ouvrages grand in-foUo, 449 in-folio, 680 in-quarto, 6003 in- 
octavo. 

l. L'évaluation faite eu 1885 ne s'élevait qu'à 35486. Les progrès de l'inven- 
taire ont montré que l'évaluation primitive était fort au-dessous de la vérité, 
puisqu'on a trouvé 23224 volumes dans les séries de l'in-folio et de l'in-quarto, 
primitivement évaluées à 1 1466. 



DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 36^ 

32 pièces grand in-folio, i 38 in-folio, 630 in-quarto, i 662 in-octavo. 

VIII. -1988 volumes de la Réserve, savoir : 
787 in-foliO; cotés Réserve F. 4-787. 
466 in-quarto, cotés Réserve F. 801-1266. 
735 in-octavo, cotés Réserve F. 4504-2235. 
Total des articles : i 52360. 

G. Géographie < et histoire générale. 

I. 30989 volumes ou pièces de l'ancien fonds et du fonds inter- 
médiaire, savoir : 

258 grand in-folio, cotés G. 4-258. 
4642 in-folio, cotés G. 404-2042. 
5084 in-quarto, cotés G. 3004-8084, 
24038 in-octavo, cotés G. 9004-33038. 

II. 4858 ouvrages ou pièces du nouveau fonds, savoir : 

4343 volumes, dont 43 grand in-folio, 408 in-folio, 477 in-quarto, 
et 2923 in-octavo, plus 822 placés dans la série éliminable. 

535 pièces, dont 5 grand in-folio, 47 in-folio, 80 in-quarto, et 
433 in-octavo. 

III. 4 970 ouvrages de la Réserve, savoir : 
4 grand in-folio, coté Réserve G. 4 000. 
676 in-folio, cotés Réserve G. 4-676. 

406 in-quarto, cotés Réserve G. 4004-4406. 
887 in-octavo, cotés Réserve G. 2004-2887. 
Total des cotes employées : 3784 7. 

H. Histoire ecclésiastique. 

I. 20434 volumes du fonds ancien et du fonds intermédiaire 2, 
savoir : 

2299 in-folio, cotés H. 4 -2299. 
3744 in-quarto, cotés H. 2300-6043. 
44420 in-octavo, cotés H. 6044-20434. 

II. 4 630 pièces du fonds ancien et du fonds intermédiaire, cotées 
Hp. 4-45, 404-435, 204-473, 504-4807. 

1. Il n'est point question ici des collections qui forment la Section géogra- 
phique. 

2. En 1885, ces deux fonds n'avaient été évalués qu'à 17536 volumes; le 
chiffre que nous donnons aujourd'hui est rigoureusement établi d'après les 
cotes assignées aux volumes. 



362 NOTES SDR LE DÉPARTEMENT DES IMPRIMES 

III. J732 pièces de l'ancien Recueil Z, cotées Hz. ^-40, \(H- 
4 327, et nOI-2185. 

IV. 7666 pièces du recueil des procès de canonisation, réparties 
en 790 volumes. 

V. 2725 ouvrages ou pièces du fonds nouveau, savoir : 

2204 ouvrages, dont 32 in-folio, 438 in-quarto, et 2031 in-octavo 
(470 de ces derniers rangés dans la série éliminable et cotés 
8° H. 4001-4470). 

524 pièces, dont 40 in-folio, 64 in-quarto, et 453 in-octavo. 

VI. 4 734 ouvrages ou pièces placés dans la Réserve et cotés : 
Réserve H. 4-405, 504-4405 et 4 500-2225. 

Total des articles de la division H : 35684 . 

J. Histoire ancienne, etc. 

I. 34 342 volumes ou pièces de l'ancien fonds et du fonds inter- 
médiaire, savoir : 

347 grand in-folio, cotés J. 4-347. 
444 4 in-folio, cotés J. 604-2044. 
4798 in-quarto, cotés J. 3004-7798. 
44843 in-octavo, cotés J. 40004-24843. 

II. 3546 volumes ou pièces du nouveau fonds, savoir : 

4 802 ouvrages, dont 45 grand in-folio, 402 in-folio, 4 87 in-quarto, 
et 2025 in-octavo, plus 473 rangés dans la série éliminable et cotés 
8« J. 4504-4973. 

74 4 pièces, dont 3 grand in-folio, 47 in-folio, 449 in-quarto, et 
575 in-octavo. 

III. 2557 volumes de la Réserve, savoir : 
44 grand in-folio, cotés Réserve J. 4000-4044. 
820 in-folio, cotés Réserve J. 4-820. 

64 4 in-quarto, cotés Réserve J. 4204-4844. 
4079 in-octavo, cotés Réserve J. 2004-3079. 
Total des articles : 27445. 

K. Histoire d'Italie. 

I. 4 3986 volumes de l'ancien fonds et du fonds intermédiaire, 
savoir : 
98 grand in-folio, cotés K. 4504-4598. 
4064 in-folio, cotés K. 4-4064. 



DE LA BIBLIOTHEQUE NATIOIVALE. 363 

3765 in-quarto, cotés K. J 704-5465. 
9062 in-octavo, cotés K. 7001 -46062. 

II. 3200 ouvrages ou pièces du nouveau fonds, savoir : 
2563 ouvrages, dont 49 grand in-folio, 465 in-folio, 368 in-quarto, 
et 2044 in-octavo. 
637 pièces, dont 24 in-folio, 95 in-quarto et 524 in-octavo. 

m. 844 volumes de la Réserve, savoir : 
24 grand in-folio, cotés Réserve K. 304-324. 
475 in-folio, cotés Réserve R. 4-475. 
334 in-quarto, cotés Réserve K. 504-834. 
344 in-octavo, cotés Réserve K. 4004-4344. 
Total des articles de la division : 48030. 

L. Histoire de France. 

Nombre des cotes 
principales : 

1. Préliminaires et généralités (L'-L''^) 4435 

II. Histoire par époques (La^-La''*^) 2347 

III. Histoire par règnes (Lb^-Lb^^) 73224 

IV. Journaux et publications périodiques (Lc'-Lc^'^). . 40694 
V. Histoire religieuse (Ld'-Ld'^^) 47994 

VI. Histoire constitutionnelle (Le^-Le^^) 34462 

VIL Histoire administrative (Lf^-Lf2G9) 46007 

VIII. Histoire diplomatique (Lg'-Lg^) 4 064 

IX. Histoire militaire (Lh^-Lh») 4234 

X. Mœurs et coutumes des Français (Li^-Li^^) . . . 3250 

XI. Archéologie française (Lj'-Lj^^) 6420 

XII. Histoire locale (Lk'-Lk'") 45303 

XIII. Histoire des classes en France (Ll^-LPS). . . , 982 

XIV. Histoire des familles françaises (Lm^-Lm^) . . . 2545 
XV. Biographie française (Ln^-Ln^'^) 44862 

Total des cotes employées 260887 

M. Histoire d'Allemagne, etc. 

I. Environ 35000 volumes du fonds ancien et du fonds intermé- 
diaire. Dans l'évaluation de 4 885, la division M avait été comp- 
tée pour 28390 volumes, chiffre beaucoup trop faible puisque 
la rédaction définitive de l'inventaire nous a fait constater la 
présence de : 

295 volumes dans le très grand format. 



364 NOTES SDR LE DEPARTEMENT DES IMPRIMÉS 

2745 dans l'in-folio. 

i0^8C^ dans Fin-quarto, soit en tout 13496 pour ces trois formats, 
alors que le recensement sommairement fait en 4 885 n'arrivait qu'au 
chiffre de 7932 (230 pour le très grand format, 2375 pour l'in-folio, 
et 5327 pour l'in-quarto). 

IL 5566 pièces de l'ancien fonds et du fonds intermédiaire, savoir : 

39 grand in-folio, cotées Mp. 4-24, et 6004-6018. 

445 in-folio, cotées Mp. 404-285, et 6404-6330. 

4 768 in-quarto, cotées 3Ip. 504-2268. 

3344 in-octavo, cotées Mp. 2604-5944. 
m. 4562 pièces provenues du Recueil Z, savoir : 

228 in-folio, cotées Mz. 4-228. 

3564 in-quarto, cotées Mz. 304-3864. 

770 in-octavo, cotées Mz. 4004-4770. 

IV. 9939 ouvrages ou pièces du nouveau fonds, savoir : 

8347 ouvrages, dont 40 grand in-folio, 447 in-folio, 979 in-quarto, 
et 6884 in-octavo. 

4 592 pièces, dont 40 grand in-folio, 86 in-folio, 345 in-quarto, et 
4454 in-octavo. 

V. 44 50 volumes ou environ dans la Réserve, savoir : 

4 000 ou environ dans le fonds ancien et dans le fonds intermé- 
diaire (266 in-folio, cotés 4-266, et 363 in-quarto, cotés 304-663). 

4 49 dans le fonds nouveau, dont 6 grand in-folio, 4 7 in-folio, 
20 in-quarto, et 406 in-octavo. 

Total des articles de la division M : 56247. 

N. Histoire de la Grande-Bretagne, 

Cette division comprend 24 chapitres, dont voici les rubriques, 
avec le nombre des cotes principales contenues dans chaque 
chapitre : 

N. Descriptions générales, 44 3. 

Na. Histoire générale, 470. 

Nb. Histoire par époques, 304. 

Ne. Détails de l'histoire, 3327. 

Nd. Journaux politiques, 274. 

Ne. Annuaires politiques, 4 09. 

Nf. Histoire rehgieuse, 579. 

Ng. Histoire constitutionnelle, 744 . 



DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 363 

Nlî. Histoire administrative, 398. 

Ni. Histoire diplomatique, ^ 90. 

Nj. Histoire militaire, 333. 

Nk. Mœurs et coutumes, 257. 

NI. Archéologie, 268. 

Nm. Histoire d'Ecosse, 425. 

Nn. Histoire du pays de Galles, 35. 

No. Histoire d'Irlande, 499. 

Np. Histoire des provinces et comtés, ^33. 

Nq. Histoire des diocèses, 39. 

Nr. Histoire des îles anglaises, 405. 

Ns. Histoire des localités, 678. 

Nt. Histoire des colonies, 2448. 

Nu. Histoire des classes, 63. 

Nv. Histoire généalogique, 498. 

Nx. Biographie, 2233. 

Le total des cotes principales s'élève à 444 86. 

0. Histoire d'Espagne et de Portugal. 

Espagne. 

0. Descriptions générales, 356. 
Oa. Histoire générale, 246. 

Ob. Histoire par époques, 457. 

Oc. Détails de l'histoire, 4807. 

Od. Périodiques, 494. 

Oe. Histoire religieuse, 470. 

Of. Histoire constitutionnelle, 4 07. 

Og. Histoire administrative, 4 49. 

Oh. Histoire diplomatique, 44. 

Oi. Histoire mihtaire, 239. 

Oj. Mœurs et coutumes, 59. 

Ok. Archéologie, 83. 

01. Histoire locale, 4 239. 
Om. Histoire des classes, 58. 
On. Histoire des familles, 76. 
Oo. Biographie, 4 069. 

Portugal. 

Op. Descriptions générales, 86. 
Oq. Histoire générale, 96. 



366 NOTES SUR LE DE'pARTEMENT DES IMPRIMÉS 

Or. Détails de l'histoire, 467. 

Os. Périodiques, 43. 

Ot. Histoire religieuse, 70. 

Ou. Histoire constitutionnelle et administrative, 59. 

Ov. Histoire diplomatique, 20. 

Ow. Histoire militaire, 70. 

Ox. Mœurs et archéologie, 24. 

Oy. Histoire locale, 235. 

Oz. Histoire des classes, des familles et des individus, 247. 

Total des cotes principales sous lesquelles sont classés les ouvrage's 
de la division : 7403, dont 5990 pour l'Espagne, et 1443 pour le 
Portugal. 

02. Histoire d'Asie. 

0^. Asie en général, 776. 

O^a. Asie Mineure, 265. 

O^b. Arménie, 152. 

O^c. Caucase, 87. 

OM. Région de TEuphrate, 267. 

O^e. Syrie, 362. 

O^f. Palestine, 806. 

O^g. Arabie, 515. 

O^h. Perse, 441. 

O^i. Indo-Perse, 78. 

O^j. Turkestan, 77. 

0%. Inde, 931. 

0^1. Indo-Chine, 221. 

O^m. Thibet, 106. 

O^n. Chine, 866. 

0^0. Japon, 307. 

02p. Iles Kouriles, 5. 

0-q. Mongols, 96. 

O^r. Tartarie, 41. 

O^s. Biographies asiatiques, 151. 

Total des cotes principales de la division 0^ : 6550. 

0^. Histoire d'Afrique. ^ 

0^. Afrique en général, 780. 
O^a. Egypte ancienne, 746. 
O^b. Egypte moderne, 682. 



DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE. 367 

O^c. Ethiopie, 77. 

OM. Nubie, 2i . 

0^6. Abyssinie, 73. 

O^f. Désert de Lybie, 16. 

O^g. Barbarie, 42. 

O^h. Régence de Tripoli, 24. 

O^i. Régence de Tunis, 280. 

O^j. Empire du Maroc, US. 

0%. Désert du Sahara, 79. 

0^1. Sénégambie, i9. 
O^ra. Soudan, 60. 

O^n. Guinée, ^02. 

O^o. Congo, 60. 

O^p. Pays des Hottentots, -12. 

O^q. Gafrerie, 43. 

O^r. Mozambique, 9. 

O^s. Iles Gomores, 7. 

O^t. Zanguébar, ^0. 

O^u. Royaume d'Adel, 42. 

O^v. Biographies africaines, 4^. 

Total des cotes principales employées dans la division 0' : 3343. 
P. Histoire d'Amérique. 

P. Amérique en général, 820. 

Pa. Ganada, 37. 

Pb. États-Unis, 3357. 

Pc. Amérique espagnole en général, 409, 

Pd. Mexique, 555. 

Pe. Guatemala, 34. 

Pf. Honduras, 34. 

Pg. Salvador, 44. 

Ph. Nicaragua, 68. 

Pi. Gosta-Rica, 27. 

Pj. Colombie, 54. 

Pk. Nouvelle-Grenade, 485. 

PI. Equateur, 22. 

Pm. Venezuela, 94. 

Pn. Pérou, 298. 

Po. Bolivie, 44. 

Pp. Chili, 429. 



368 NOTES SUR LE DEPARTEMENT DES IMPRIMES 

Pq. Confédération argentine, 485. 
Pr. Paraguay, 53. 
Ps. Uruguay, 272. 
Pt. Antilles en général, -18. 
Pu. Haïti, 352. 
Pv. Guyane en général, 7. 
Px. Brésil, 3^8. 
Py. Terres magellaniques, 44. 
Pz. Biographies américaines, 7^ 5. 

Total des cotes principales employées dans la division P : 8^39, 
et 8889 en y comprenant les articles de la collection Angrand. 

P2. Histoire d'Océanie. 

P2. Océanie en général, 427. 

P^a. Malaisie, e\. 

P^b. Australie, 50. 

P^c. Micronésie, ^. 

P^d. Polynésie, 84. 

Total des cotes principales employées dans la division P^ : 323. 

Q. Bibliographie. 

I. 9U0 volumes de l'ancien fonds et du fonds intermédiaire, 
savoir : 

412 in-folio, cotés Q. 1-412. 

2324 in-quarto, cotés Q. 448-2772. 

6374 in-octavo, cotés Q. 3101-9474. 

II. Environ 60000 catalogues de ventes et de librairies. Cette col- 
lection, dont les articles sont marqués du signe A, contient : 

71 1 S catalogues venus de la bibliothèque d'Anisson-Duperron, cotés 
A. 1-7118. 

3362 catalogues venus du legs du duc d'Otrante, cotés A. 7119- 
10480. 

9468 catalogues avec prix marqués à la main, provenant pour la 
plupart du hbraire Juilien, cotés A. 10481-19948. 

Environ 40000 catalogues de provenances diverses dont la numé- 
rotation et l'inventaire ne sont pas encore terminés. (On a inventorié 
les articles cotés A. 30001-30116, in-quarto, et les articles cotés 
A. 32001-33316, in-octavo, c'est-à-dire 1432 articles.) 



I 



DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 369 

III. 2993 ouvrages ou pièces du nouveau fonds, savoir : 

21 6J ouvrages, dont 5 grand in-folio, 89 in-folio, 465 in-quarto, 
et ^602 in-octavo. 

832 pièces, dont 2 grand in-folio, 30 in-folio, -130 in-quarto, et 
670 in-octavo. 

IV. \ 022 ouvrages de la Réserve, savoir : 

903 de l'ancien fonds et du fonds intermédiaire (HS in-folio, 
cotés i-n35 276 in-quarto, cotés 201 -476; 454 in-octavo, cotés 50^- 
954). 

'H9 du nouveau fonds, dont \ de très grand format, {8 in-folio, 
37 in-quarto, et 63 in-octavo. 

Total des articles de la division Q : 73^ 35. 

R. Sciences philosophiques, morales et physiques. 

I. 54500 volumes de l'ancien fonds, savoir : 
19 grand in-folio, cotés R. 1-49. 

1263 in-folio, cotés R. 51-1313. 
7378 in-quarto, cotés R. 1500-8877. 
45800 in-octavo, cotés R. 9001-54345 ^ 

II. 12269 pièces appartenant à l'ancien fonds et au fonds inter- 
médiaire, savoir : 

92 grand in-folio, cotées Rp. 1-25 et 12001-12067. 
248 in-folio, cotées Rp. 100-165 et 12101-12282. 
2216 in-quarto, cotées Rp. 300-745 et 12401-14170. 
9713 in-octavo, cotées Rp. 1001-10713. 

III. 3241 pièces, provenues de l'ancien Recueil Z, savoir : 
67 in-folio, cotées Rz. 1-67. 

2559 in-quarto, cotées Rz. 101-2659, 
615 in-octavo, cotées Rz. 2801-3415. 

IV. 15687 ouvrages ou pièces du nouveau fonds, savoir : 

1 01 63 ouvrages, dont 1 grand in-folio, 1 96 in-folio, 899 in-quarto, 
et 10058 in-octavo. 

5524 pièces, dont 24 grand in-folio, 108 in-folio, 752 in-quarto, et 
4640 in-octavo. 

V. 3070 ouvrages de la Réserve, savoir : 

2714 du fonds ancien, dont 700 in-folio (cotés 1-700), 980 in-quarto 
(cotés 701-1680), et 1034 in-octavo (cotés 1701-2734). 

1. Il reste à coter une petite série supplémentaire, qui occupe douze tablettes. 



370 NOTES SUR LE DEPABTEMEIVT DES IMPRIMÉS 

356 du fonds nouveau, dont 5 grand in-folio, 12 in-folio, 41 in- 
quarto, et 298 in-octavo. 
Total des articles de la division R : 88767. 

S. Sciences naturelles. 

I. 36243 volumes de l'ancien fonds et du fonds intermédiaire. 
Ce chiffre est encore approximatif. L'inventaire a fait consta- 
ter la présence de 306 volumes grand in-folio (S. -1-306), de 
1987 in-folio (S. 351-2337), de 6646 in-quarto (S. 2351-8996)-, 
l'inventaire de la série in-octavo est en cours d'exécution. 

II. 12556 pièces, appartenant à lancien fonds et au fonds inter- 
médiaire, savoir : 

78 grand in-folio, cotées Sp. 1-52, et 12000-12026. 
161 in-folio, cotées Sp. 101-180, et 12101-12181. 
1980 in-quarto, cotées Sp. 501-1250, et 12301-13530. 
10337 in-oclavo, cotées Sp. 1501-11837. 

III. 558 pièces provenues de l'ancien Recueil Z, savoir : 
3 in-folio, cotées Sz. 1-3. 

235 in-quarto, cotées Sz. 101-335. 
320 in-octavo, cotées Sz. 501-820. 

IV. 14562 ouvrages ou pièces du nouveau fonds, savoir : 
8528 ouvrages, dont 54 grand in-folio, 451 in-folio, 1167 in-quarto, 

et 6856 in-octavo. 

6034 pièces, dont 15 grand in-folio, 80 in-folio, 826 in-quarto, et 
5113 in-octavo. 

V. 980 volumes de la Réserve, savoir : 

881 du fonds ancien et du fonds intermédiaire (37 grand in-folio, 
277 in-folio, 290 in-quarto, 277 in-octavo). 

99 du fonds nouveau (dont 14 grand in-folio; 17 in-folio; 12 in- 
quarto; 56 in-octavo). 

Total des articles de la division S : 64899. 

T. Sciences médicales. 

Cette division comprend 9 grands chapitres, subdivisés en sec- 
tions, dont le nombre s'élève à environ 580, savoir : 
T. Préliminaires et généralités. 54 chapitres, dans lesquels sont 
employées 7620 cotes principales. 
Ta. Anatomie. 64 chapitres : 2039 cotes principales. 



DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 374 

Tb. Physiologie. 78 ciiapitres : 3268 cotes principales. 

Te. Hygiène. 55 chapitres : 44 25 cotes principales. 

Td. Pathologie. UO chapitres : 17319 cotes principales. 

Te. Thérapeutique et matière médicale. 165 chapitres : 20989 cotes 
principales. 

Tf. Médecine légale et jurisprudence médicale. 21 chapitres : 
H80 cotes principales. 

Tg. Art vétérinaire. 38 chapitres : 1571 cotes principales. 

Total des cotes principales employées : 58111. 

Une collection de thèses forme un appendice considérable de la 
division T; elle se compose de 2278 volumes reliés et de pièces iso- 
lées qui couvrent une longueur de rayons de 29™50. 
La série des volumes de thèses est ainsi constituée : 

France. Recueil factice in-folio, 7 vol. 

Paris. Recueil factice in-quarto, 15 vol. 

Collections ofQcielles : Paris depuis l'an VII, 1224 vol. 

— Montpellier, 435 vol., plus 10 vol. d'un recueil factice. 

— Strasbourg, 116 vol. 

— Bordeaux, 27 vol. 

— Lille, 6 vol. 

— Lyon, 46 vol. 

— Nancy, 25 vol. 

Thèses étrangères, 367 vol., non compris les thèses provenant des 
échanges universitaires et rangées sous le signe dans la division Z. 

Le nombre des thèses de la division T s'élève à plus de 85000. 
Y. Sciences et arts. 

I. 55100 volumes du fonds ancien et du fonds intermédiaire, 
savoir : 

920 grand in-foUo (V. 1-920). 
4578 in-folio (V. 1401-5978). 
12037 in-quarto (V. 6001-18037). 
55100 in-octavo (V. 18101-55665). 

II. 28884 pièces de l'ancien fonds et du fonds intermédiaire, savoir : 
175 grand in-folio, cotées Vp. 1-76, et 22001-22099. 

1254 in-folio, cotées Vp. 301-902, et 22201-22852. 
9917 in-quarto, cotées Vp. 1001-3577, et 23101-30440. 
17538 in-octavo, cotées Vp. 3601-21138. 



372 NOTES SUR LE DEPARTEMENT DES IMPRIMES 

III. <595 pièces provenues de Tancien Recueil Z, qui sont 
cotées Vz. ^-^20 in-folio, Vz. ^ 01 -1230 in-quarto, etVz. 1600- 
2044 in-octavo. 

IV. 30792 ouvrages ou pièces du fonds nouveau, savoir : 

18724 ouvrages, dont 248 grand in-folio, 2409 in-folio, 2970 in- 
quarto, et 13097 in-octavo (y compris 886 articles placés dans la 
série éliminable). 

12068 pièces, dont 55 grand in-folio, 674 in-folio, 3224 in-quarto, 
et 8115 in-octavo. 

V. 3576 ouvrages de la Réserve, savoir : 

3096 du fonds ancien, savoir -. 86 grand in-folio (1-86), 624 in-folio 
(101-724), 1147 in-quarto (801-1947), et 1239 in-octavo (2000-3238). 

480 du fonds nouveau, dont 19 grand in-folio, 79 in-folio, 75 in- 
quarto, et 307 in-octavo. 

Total des articles de la division V : 119947. 

Vm. Musique. 
Cette division renferme -. 

Dans le fonds ordinaire environ 16600 volumes et 3800 cartons 
contenant environ 185000 morceaux; 
Dans la Réserve environ 600 volumes. 

L'inventaire a déjà porté sur 14362 volumes du fonds ordinaire, 
ainsi répartis : 

Vm'. Musique religieuse, 1788. 

Vm^. Opéra français, 963. 

Vm^. Opéras étrangers, autres que les italiens, 274. 

Vm^. Opéra italien, 954. 

Vm^. Opéra comique, 3102. 

Yj^sbis Opéra comique, parties orch., 200. 

Vm^. Ballets et divertissements, 147. 

Vm'^. Cantates, chansons, etc., 3323. 

Vm^. Traités théoriques, 1272. 

Vm«a. Méthodes de chant, 251. 

Vm^b-z. Méthodes pour divers instruments, 1973. 

Total des volumes de la division : environ 16600 volumes, dont 
14411 inventoriés, plus les pièces classées dans les cartons et dont 
le nombre peut être évalué à 185000. 



DE LÀ BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 373 

X. Linguistique et rhétorique. 

I. 36047 volumes ou pièces de l'ancien fonds, savoir : 
21 grand in-folio, X. -1-24. 
-1448 in-folio, X. 31 H 478. 
4388 in-quarto, X. 4479-5866. 
30460 in-octavo, X. 5901-36060. 

IL 8738 ouvrages ou pièces du nouveau fonds, savoir : 

7709 ouvrages, dont 3 grand in-folio, 74 in-folio, 357 in-quarto, 
et 494 7 in-octavo, plus 2358 rangés dans la série éliminable. 

4029 pièces, dont 49 grand in-folio, 30 in-folio, 400 in-quarto, 
880 in-octavo. 

III. 2950 volumes de la Réserve, savoir : 

2834 de l'ancien fonds et du fonds intermédiaire, dont 660 in-folio 
(4-660), 984 in-quarto (664-4 644), et 4 490 in-octavo (4645-2834). 

4 46 du nouveau fonds, 44 in-folio, 49 in-quarto, et 83 in-octavo. 

Total des articles de la division X : 47705. 

Y, Poésie et Théâtre. 

I. Fonds ancien et intermédiaire. — Au recensement de 4 885, les 
articles de cette division compris dans Pancien fonds et dans 
le fonds intermédiaire avaient été évalués d'une part à 
68697 volumes, dont 24 grand in-folio, 844 in-folio, 7950 in- 
quarto, et 59885 in-octavo ; d'autre part, à environ 46000 pièces, 
soit un total de 4 44697 articles, non comptées les pièces de 
théâtre qui forment une subdivision spéciale. 

Un nouveau rangement, dans lequel les volumes et les pièces 
sont groupés par langues, est en cours d'exécution. C'est seu- 
lement quand il sera terminé qu'on pourra substituer aux 
chiffres approximatifs de 4 885 des chiffres rigoureusement 
exacts. 

Sur les 44 sections entre lesquelles sont répartis les volumes et 
les pièces de la division Y, huit ont été traitées et sont aujour- 
d'hui constituées comme il suit : 
Yb. Section grecque, terminée. 5033 articles, savoir : 

64 volumes in-folio, cotés Yb. 4-64. 

643 in-quarto, cotés Yb. 404-743. 

4263 in-octavo, cotés Yb. 804-5063. 

93 pièces, cotées Y. 54 00-54 96. 

4894 25. 



374 NOTES SUR LE DÉPARTEMENT DES IMPRIMES 

Yc. Section latine, contenant -13056 volumes, plus des pièces qui 
restent à coter. Les volumes sont répartis comme il suit : 
273 in-folio, cotés Yc. ^1-273. 
3409 in-quarto, Yc. 50i-4409. 
9374 in-octavo, Yc. 4 601 -i 3974. 
Yd. Section italienne, terminée. 9193 articles, ainsi répartis : 
170 in-folio, cotés Yd. 1-170. 
1538 in-quarto, cotés Yd. 301-1838. 
7485 in-octavo, cotés Yd. 2001-9485. 
Ye. Section française. Le travail n'est pas encore assez avancé pour 
qu'on puisse donner une évaluation exacte. L'inventaire a porté 
sur 18267 articles, savoir : 

4 volumes grand in-folio, cotés Ye. 1-4. 
347 volumes in-folio, Ye. 11-357. 
474 pièces in-folio, Ye. 501-974. 
3957 volumes in-quarto, Ye. 1001-4957. 
2085 pièces in-quarto, Ye. 5101-7185. 

11400 volumes in-octavo, ou environ, Ye. 7201- On est 

arrivé au titre Choix de fables dans la série alphabétique du 
fonds intermédiaire. 
Yg. Section espagnole et portugaise, terminée. 3686 volumes, 
savoir : 

40 in-folio, cotés Yg. 1-40. 
2259 in-quarto, Yg. 41-2309. 
1387 in-oclavo, Yg. 2501-3887. 
Yh. Section allemande. Il n'y a encore que 122 volumes invento- 
riés : in-folio, Yh. 1-62; in-quarto, Yh. 301-360. 

Yi. Section néerlandaise. 339 volumes inventoriés : in-folio, Yi. 1- 
93; in-quarto, Yi. 306-546. 
Yk. Section anglaise et écossaise. 84 volumes in-folio inventoriés. 

IL Théâtre. — Une série spéciale distinguée par la marque Yth. 
est consacrée aux pièces de théâtre publiées isolément. Elle 
comprend, sans parler de la Réserve : 

29730 pièces françaises, dont 5667 in-quarto et 24063 in-octavo. 
276 allemandes. 
648 anglaises. 
688 espagnoles. 



DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 375 

3578 hollandaises. 

909 italiennes. 

302 portugaises. 

Soit un total de : 36-1 3^ pièces. 

III. Fonds nouveau, subdivisé en seize chapitres, dont voici la 
composition : 

Y. Introduction et généralités : \ 9 articles, savoir : 

3 ouvrages in-quarto et 464 in-octavo. 

-16 pièces in-octavo. 
Ya. Section orientale : 406 articles, savoir : 

5 ouvrages in-quarto et 83 in-octavo. 

3 pièces in-quarto et ■la in-octavo. 
Yb. Section grecque : 392 articles, savoir : 

2 ouvrages in-folio, 7 in-quarto et 288 in-octavo, plus 21 rangés 
dans la série éliminable. 

3 pièces in-folio, 8 in-quarto et 69 in-octavo. 
Yc, Section latine : 435 articles, savoir : 

14 ouvrages in-quarto, 320 in-octavo, plus 32 rangés dans la 
série éliminable. 

10 pièces in-folio, 19 in-quarto et 60 in-octavo. 
Yd. Section italienne : 197 articles, savoir : 

7 ouvrages in-folio, 12 in-quarto et 127 in-octavo. 

3 pièces in-folio, 7 in-quarto et 41 in-octavo. 
Ye. Section française : 5659 articles, savoir : 

1 7 ouvrages in-folio, 98 in-quarto, 2605 in-octavo, plus 223 ran- 
gés dans la série éliminable. 
10 pièces in-folio, 322 in-quarto, 2384 in-octavo. 
Yf. Théâtre français (non compris les éditions de pièces isolées 
qui appartiennent à la série Yth. mentionnée ci-dessus) : 824 articles, 
savoir : 

37 ouvrages grand in-folio, 73 in-folio, 63 in-quarto et 501 in- 
octavo, plus 20 rangés dans la série éliminable. 
2 pièces in-folio, 8 in-quarto et 116 in-octavo. 

Yg. Section espagnole et portugaise : 165 articles, savoir : 
2 ouvrages in-folio, 8 in-quarto et 119 in-octavo. 
2 pièces in-folio, 4 in-quarto, 30 in-octavo. 



376 NOTES SUR LE DÉPARTEMENT DES IMPRIMÉS 

Yh. Section allemande : 404 articles, savoir : 

4 volume in-folio, i 4 in-quarto et 350 in-octavo, plus 5 rangés 
dans la série éliminable. 

7 pièces in-folio, 2 in-quarto et 25 in-octavo. 
Yi. Section néerlandaise : H7 articles, savoir : 

4 volume in-folio, U in-quarto et 424 in-octavo. 

4 pièces in-folio, 2 in-quarto et 8 in-octavo. 
Yk, Section anglaise et écossaise : 4-10 articles, savoir : 

7 volumes in-folio, 28 in-quarto et 307 in-octavo, plus 42 ran- 
gés dans la série éliminable. 

4 pièces in-quarto et 62 in-octavo. 
Yl. Section Scandinave : 49 articles, savoir : 

d volume in-folio, 4 in-quarto et 35 in-octavo. 

i pièce in-folio, i in-quarto et 4 in-octavo. 
Ym. Section slave : 7\ articles, savoir : 

7 volumes in-quarto et 54 in-octavo. 

2 pièces in-quarto et 8 in-octavo. 
Yn. Section celtique : 23 articles, savoir : 

9 volumes in-octavo. 

2 pièces in-quarto et 4 2 in-octavo. 
Yo. Mélanges ne rentrant pas dans les subdivisions précédentes, 
-16 articles, savoir : 

2 volumes in-quarto et 6 in-octavo. 

4 pièces in-quarto et 4 in-octavo. 
Total des articles du nouveau fonds : 8834. 

IV. Réserve. — Suivant le recensement de 4 885, il y aurait 
dans la Réserve, pour l'ensemble de la division Y, i 0730 vo- 
lumes de l'ancien fonds et du fonds intermédiaire, dont 
•H grand in-folio, -1 -135 in-folio, 2964 in-quarto, et 6620 in-oc- 
tavo, plus 82 cartons renfermant environ 3280 pièces. Ces 
articles, sauf ceux de la section latine, au nombre d'envi- 
ron 3000, n'ayant pas encore reçu leurs nouvelles cotes d'in- 
ventaire, les chiffres du recensement de 1885 peuvent être 
provisoirement maintenus, mais avec une réduction de 3000, 
pour tenir compte des volumes latins qui ont été réunis à 
ceux du nouveau fonds, comme on le verra tout à l'heure. 
Nous évaluerons donc à H 000 le nombre des volumes ou des 



à 



DE LA BIBLIOTHÈQOE NATIOIVALE. 377 

pièces de l'ancien fonds et du fonds intermédiaire de la divi- 
sion Y qui sont placés à la Réserve. 

Réserve du nouveau fonds : 3867 volumes, savoir : 

Y. Introduction et généralités : 3. 

Ya. Section orientale : -I . 

Yb. Section grecque : 3. 

Yc. Section latine, dans laquelle le fonds ancien et le fonds inter- 
médiaire ont été confondus avec le fonds nouveau : 3537 volumes, 
dont 7 grand in-folio, ^f 0^6 in-folio, -fon in-quarto, et -(497 in-octavo. 

Yd. Section italienne : 24. 

Ye. Section française : 209. 

Yf. Théâtre français : 55. 

Yg. Section espagnole et portugaise : 6. 

Yh. Section allemande : 4. 

Yi. Section néerlandaise : J2. 

Yk. Section anglaise et écossaise -. ^ 3. 

Re'sume' : Ancien fonds et fonds intermédiaire : •lueg?. 
Théâtre (Yth.) : 36^3^. 
Nouveau fonds : 8834. 
Réserve : ^4867. 

Total général des articles de la division Y : ^4529. 
Y2. Romans. 

I. 75000 volumes ou environ de l'ancien fonds et du fonds inter- 
médiaire, savoir : 

4 grand in-folio, cotés Y^ ^-4. 

429 in folio, cotés Y^ 2^-449. 

5795 in-quarto, cotés Y^ 20^-5995. 

Environ 69000 in-octavo, cotés Y^ 6004- Le nombre des 

volumes in-octavo est encore incertain, l'inventaire n'ayant pas encore 
dépassé le n° 53935. 

II. 158 pièces appartenant à l'ancien fonds et au fonds intermé- 
diaire, savoir : 

56 grand in-folio, cotées Y^p. 4-56. 
85 in-folio, cotées Y^p. j 04-4 85. 
466 in-quarto, cotées Y^p. 304-466. 
4354 in-octavo, cotées Y^p. 504-4854. 



378 NOTES SUR LE DEPARTEMENT DES IMPRIMES 

III. 468 pièces provenues de l'ancien Recueil Z et cotées Y^z. 24- 
29 (in-quarto) et Y^z. 54-209 (in-octavo). 

IV. 24848 ouvrages ou pièces du nouveau fonds, savoir : 

23444 ouvrages, dont 4 grand in-folio, 89 in-folio, 4738 in-quarto 
(plus 464 rangés dans la série éliminable et cotés 2004-2464), et 
44450 in-octavo (plus 6672 rangés dans la série éliminable et cotés 
40004-4 6672). 

4434 pièces, dont 46 grand in-folio, 53 in-folio, 255 in-quarto, et 
4440 in-octavo. 

V. 3020 volumes de la Réserve, savoir : 

2758 dans l'ancien fonds et dans le fonds intermédiaire. 
262 dans le nouveau fonds, dont 4 grand in-folio, 24 in-folio, 
22 in-quarto, et 24 8 in-octavo. 

Total des articles de la division Y^ : 4 04694. 

Z, Polygraphie. 

I. Dans le recensement de 4 885, les volumes de l'ancien fonds 
et du fonds intermédiaire de cette division ont été évalués 
à 65772, chiffre qui ne doit pas être éloigné de la vérité. L'in- 
ventaire a fait constater la présence de 299 volumes grand 
in-folio, de 24 4 4 volumes in-folio, et de 7934 volumes in-quarto ; 
on a de plus vérifié et coté 25000 volumes in-octavo. 

II. Collection de 4220 pièces, savoir 4525 in-quarto et 2695 
in-octavo. 

III. 7554 ouvrages ou pièces du nouveau fonds, savoir : 

6793 ouvrages, dont 9 grand in-folio, 325 in-folio, 579 in-quarto, 
5880 in-octavo, y compris 849 articles de la série éliminable, cotés 
8°Z. 3004-3849. 

758 pièces, dont 5 grand in-folio, 25 in-folio, 4 05 in-quarto, et 
623 in-octavo. 

IV. 3856 volumes de la Réserve, savoir : 

3434 du fonds ancien et du fonds intermédiaire, dont 490 in-folio, 
823 in-quarto, et 24 4 8 in-octavo. 

425 du nouveau fonds, dont 3 grand in-folio, 46 in-folio, 43 in- 
quarto, et 393 in-octavo. 



DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 379 

V. A la division Z se rattaclient les collections ou séries sui- 
vantes : 

4° Collection de Morel de Thoisy, composée de pièces manuscrites 
et imprimées, principalement relatives au droit et à l'histoire de 
France : 5-13 volumes. 

2° Collection de Fontanieu, composée principalement de pièces 
fugitives relatives à l'histoire de France : 368 volumes. 

3° Collection de Beuchot, relative à la vie et aux ouvrages de Vol- 
taire : -1996 volumes et 2i cartons. 

4° Autre collection voltairienne, formée et donnée par M. Ben- 
gesco : 408 volumes. 

5° Collection du docteur Payen, relative à la vie et aux œuvres de 
Montaigne : i440 volumes. 

6° Série d'impressions xylographiques : 5i articles. 

7" Série de livres imprimés en tout ou en partie sur vélin : 2594, 
dont 30 grand in-folio (n"^ ^-30), 755 in-foUo (n°^ 5^-805), 337 in- 
quarto (n"^ 90^-'l237), et -1472 in-octavo {n°' -1 404-2872). 

8" Série de textes purement orientaux, à laquelle a été affecté le 
signe n : 453 ouvrages et -15J pièces, plus 3 volumes de la Réserve. 

9° Collection de dissertations et écrits académiques provenant des 
échanges avec les universités étrangères à partir de Tannée 4882, 
collection à laquelle a été affecté le signe : environ 4 5500 articles, 
sans compter les envois des deux dernières années dont les pièces ne 
sont pas encore cotées. 

i 0° Collection de livres de très petit format, que, par suite de l'exi- 
guïté de la taille, il a fallu placer à part pour en assurer la conser- 
vation : 500 volumes. 

àV Collection de livres obscènes qui sont réunis dans une armoire 
spéciale et qui peuvent être exceptionnellement communiqués après 
avis du Comité consultatif : environ 864 volumes, dont Ui dans le 
nouveau fonds. 

Total de la division Z : 4 05397. 

Les détails qu'on vient de lire peuvent être résumés dans un 
tableau qui présentera en même temps le degré d'avancement du 
catalogue ou de l'inventaire général dans chaque division. 



380 



NOTES SDR LE DEPARTEMENT DES IMPRIMES 



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382 NOTES SUR LE DÉPARTEMENT DES IMPRIMÉS 

La première colonne du tableau est un résumé des détails pré- 
cédemment donnés sur la composition de chaque division. Elle 
fait connaître le nombre des articles ou, pour mieux dire, le 
nombre des cotes simples employées pour numéroter les différents 
articles de la division. Les chiffres de six divisions, dans lesqueUes 
la cotation n'est pas entièrement terminée, présentent encore 
quelque incertitude; mais ils ne s'éloignent guère de la vérité. 

Les chiffres portés dans la seconde colonne indiquent le nombre 
des volumes de la division. Ces chiffres ont été obtenus en multi- 
pliant le nombre des articles de certaines divisions, ou de quelques 
parties de certaines divisions, par des coefficients répondant à 
la moyenne du nombre des volumes que chaque article représente 
dans ces divisions ou ces parties de division , un tiers ou une 
moitié suivant les cas, comme il a été exposé dans le rapport de 
1885 sur les collections du Département des Imprimés. 

Ces chiffres sont fort au-dessous de la réalité, si l'on tient 
compte de toutes les pièces classées sans être inventoriées une 
à une. 

Ainsi, même sans parler de l'Histoire de France et des Sciences 
médicales, le nombre des recueils factices rattachés aux différentes 
divisions de notre cadre s'élève à plus de 3000. Or, dans notre 
recensement, chacun de ces recueils est compté pour un article, 
majoré de 1/3 ou de 1/2 au plus, alors que plusieurs d'entre eux 
contiennent plus de 20000 pièces. Par exemple, le recueil con- 
sacré aux Sociétés de secours mutuels (R. 33) occupe 23 mètres 
de rayons et comprend environ 17000 pièces. Les recueils rela- 
tifs aux Compagnies de chemins de fer (V. 40, 52, 202, 203 et 
204) couvrent 53 mètres et renferment plus de 22000 pièces. 
Dans un autre ordre d'idées, la série de cartons, au nombre d'en- 
viron 4000, où sont classés les petits morceaux de musique 
(romances, chansons, quadrilles, valses, etc.), doit contenir envi- 
ron 185000 pièces différentes ; nous la comptons pour un seul 
article. De même, la collection des papiers parlementaires de la 
Grande-Bretagne, qui forme dans la division N un groupe d'au 
moins 1500 volumes , dont beaucoup renferment chacun un 
nombre plus ou moins considérable de documents de nature tout 
à fait différente. 

En évaluant à deux millions le nombre des volumes du Dépar- 
tement des Imprimés, nous restons donc beaucoup au-dessous de 
la vérité. Le chiffre de trois millions serait assurément dépassé si 



DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 383 

le recensement devait tenir compte de tous les volumes, fascicules 
ou cahiers constitués isolément, et si l'on faisait entrer en ligne 
les exemplaires doubles et les collections affectées au service de 
la salle publique de lecture. 

IL 

ACCROISSEMENT DES COLLECTIONS DE 1885 à 1890. — ORIGINE 
DE CES ACCROISSEMENTS. — BROCHAGE ET RELIURE DES LIVRES 

NOUVEAUX. 

La comparaison du recensement de 1891 avec celui de 1885 
fournit des données positives sur les accroissements des différentes 
divisions. Le nombre des articles nouveaux pour les six dernières 
années est de 119300, qui se décompose comme il suit : 



A. 


573 


0. 


639 


B. 


865 


02. 


740 


G. 


83 


0^ 


557 


D. 


2640 


P. 


2420 


D2. 


4 89 


P2. 


53 


E. 


299 


Q. 


4309 


*E. 


ne 


R. 


5083 


F. 


10465 


S. 


5443 


G. 


4 876 


T. 


6534 


H. 


4044 


V. 


4 4 443 


J. 


4454 


X. 


3047 


K. 


4347 


Y. 


9440 


L. 


48806 


Yth 


3292 


M. 


3975 


Y2. 


9280 


N. 


4229 


Z. 


4 5899 



Ce relevé ne tient compte que des articles nouveaux : il ne 
comprend ni les pièces qui se classent dans les recueils ancienne- 
ment constitués, ni les suites d'ouvrages dont la tête a déjà reçu 
une cote, ni les années successives des publications périodiques 
(journaux, revues, recueils académiques, administratifs ou par- 
lementaires), ni même dans les séries rangées méthodiquement 
les nouvelles éditions qui s'intercalent à côté des éditions anté- 
rieures. 

Les articles dont les différentes divisions du Département des 



384 NOTES SUR LE DÉPARTEMENT DES IMPRIME's 

Imprimés s'accroissent tous les ans proviennent, pour la majeure 
partie, de trois sources : le dépôt légal, les acquisitions et les 
dons. 

Dépôt légal. 

Le service du dépôt légal, pendant les six dernières années, a 
enregistré, en dehors des feuilles ou des livraisons appartenant à 
des publications périodiques, les nombres d'articles portés sur ce 
tableau : 

Années. Paris. ^ Départements. Pièces de musique. 



^885 


7404 


43458 


5446 


4886 


7442 


4 2254 


5796 


4887 


6959 


44454 


5787 


4888 


6835 


43975 


6425 


4 889 


7248 


45863 


6443 


4890 


7054 


44665 


6404 



La question des réformes à apporter au service du dépôt légal 
est trop compliquée pour être abordée incidemment. Il suffit de 
rappeler ici que, malgré la fréquence de nos réclamations et mal- 
gré le concours empressé des bureaux du ministère de l'intérieur, 
beaucoup de publications françaises n'arrivent point à la Biblio- 
thèque ou n'y sont représentées que par des exemplaires plus ou 
moins défectueux. Le mal serait encore plus grand si beaucoup 
d'auteurs et d'éditeurs, pour assurer la conservation dans un 
dépôt public de tous les produits de la librairie française, ne com- 
blaient pas souvent des lacunes résultant, les unes de la négligence 
des imprimeurs, les autres des procédés actuellement employés 
pour la constitution des livres à planches et des ouvrages de 
longue haleine dans lesquels entrent des éléments très divers. 

Acquisitions et dons. 

Après le dépôt légal, c'est aux acquisitions et aux dons que le 
Département des Imprimés doit la plupart des volumes qui s'in- 
corporent annuellement dans toutes les divisions du cadre biblio- 
graphique. Voici le relevé numérique des articles qui ont été 
inscrits pendant les six dernières années sur les registres des 
acquisitions et sur ceux des dons : 

Années. Acquisitions. Dons. 

4 885 4347 2885 
4886 4386 3022 



DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 385 



^887 


4263 


3046 


^888 


4n4 


2726 


4889 


4286 


2628 


4890 


4415 


3595 



Le chapitre des acquisitions suggère une réflexion sur laquelle 
on ne saurait assez insister. Les crédits mis à la disposition de la 
Bibliothèque nationale sont d'une insuflisance notoire. La part 
qui est actuellement affectée aux acquisitions du Département des 
Imprimés ne s'élève jamais à 100000 francs par an. Avec cette 
somme, il est absolument impossible d'acquérir, comme il le fau- 
drait : 

1" Tous les livres réellement utiles qui paraissent à l'étranger : 
le nombre en augmente chaque année dans tous les pays civilisés, 
et le prix s'en élève considérablement par suite de la perfection 
qu'on demande aujourd'hui aux ouvrages de science, d'art, d'ar- 
chéologie, d'histoire naturelle, de médecine, de voyages, etc.; 

2° Les recueils périodiques de quelque importance : pour toutes 
les branches de la science, ils se multiplient suivant une progres- 
sion qui effraie les travailleurs autant que les bibUothécaires ; 

3° Les livres français et étrangers nécessaires au service de la 
salle de la rue Golbert ; 

4° Les livres de tout genre, dont les exemplaires mis à la dis- 
position du public s'usent au bout d'un certain nombre d'années 
sous les doigts des lecteurs qui les feuillettent avec plus ou moins 
de précautions : souvent ce sont des ouvrages considérables et 
assez rares dont le remplacement est fort coûteux ; 

5° Les livres anciens dont il n'y a pas d'exemplaires à la Biblio- 
thèque; ils sont infiniment plus nombreux qu'on ne se l'imagine : 
l'absence en est plus facile à constater depuis que nous avons des 
inventaires plus exacts, et le besoin de les posséder se fait plus 
vivement sentir au fur et à mesure des progrès de la bibliographie, 
qui permettent de suivre pas à pas la marche des connaissances 
humaines dans les siècles passés. Notre série des monuments de 
tous les anciens ateliers typographiques présente encore, elle 
aussi, beaucoup de lacunes à combler. 

Reliure. 

Les publications de tout genre dont s'accroissent annuellement 
les collections du Département des Imprimés nous parviennent, 
pour la plupart, soit à l'état de volumes ou de fascicules brochés. 



386 NOTES SUR LE DEPARTEMENT DES IMPRIMES 

soit à l'état de feuilles volantes. Pour en assurer la conservation 
et pour en rendre la communication possible, nous avons à les 
faire relier ou du moins assembler. Malheureusement, même en 
adoptant les procédés les plus économiques et en renonçant à peu 
près absolument aux reliures pleines, nous ne pouvons pas faire 
exécuter les travaux les plus indispensables. Beaucoup trop de 
volumes, même parmi ceux qui sont souvent consultés, restent 
brochés et subissent de graves détériorations. La reliure de beau- 
coup d'autres n'est pas réparée en temps utile, et le parti auquel 
il a fallu s'arrêter d'empaqueter les journaux publiés dans les 
départements expose à des chances de destruction un certain 
nombre de feuilles qui mériteraient un meilleur traitement. 

L'état suivant montre ce que l'état des crédits a permis de faire 
dans les six dernières années : 

État des travaux de reliure exécutés soit a l'atelier intérieur 

SOIT EN dehors DE LA BIBLIOTHEQUE. 

V Dans l'atelier intérieur. 



Années. 

^885 


Cartonnages. 

4604 


Brochages et réparations. 

40443 


4886 




2362 




44200 


4887 




4030 




42985 


4888 




2057 




42947 


1889 




2493 




4 4526 


4890^ 




4434 




42858 


2° 


Dans les ateliers extérieurs. 


Années. 

4885 


Demi-reliure Demi-reliure 
en en chagrin, 
maroquin. toile, basane, etc. 

2465 2406 


Cartonnages 

en 

papier ou toile. 

5950 


4886 


2403 




2253 


5250 


4887 


2358 




2254 


5400 


4888 


4 838 




24 08 


4300 


4 889 


2030 




4 804 


4800 


4890 


4744 




3636 


6850 



1. Les relevés des années antérieures portaient sur le nombre des articles 
envoyés à la reliure; à partir de l'année 1890, ils indiquent les articles rentrés 
à la Bibliothèque, sans tenir compte de ceux qui sont encore entre les mains 
des ouvriers. 



DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 387 

Ce qui donne pour chacune des six années les totaux suivants : 





Intérieur. 


Extérieur. 


Total. 


^885 


42044 


40524 


22535 


4886 


43562 


9908 


23470 


4887 


44045 


9709 


23724 


4888 


45004 


8246 


23230 


1889 


46749 


8634 


25333 


4890 


43992 


42497 


26489 



III. 

CATALOGUE DES LIVRES NOUVEAUX. 

Dans les travaux du catalogue, il faut distinguer ceux qui 
portent sur les anciens fonds et ceux qui ont pour objet les livres 
ou les brochures qui arrivent tous les jours à la Bibliothèque. Il 
doit d'abord être question des travaux de cette dernière catégorie : 
ils priment en effet tous les autres, puisque, depuis 1876, nous 
nous sommes imposé comme premier devoir de coter et de catalo- 
guer d'une façon définitive, au moment de l'arrivée, tout ce qui 
provient du dépôt légal, des acquisitions et des dons. 

Le bureau des entrées remet périodiquement au bureau du 
catalogue les volumes ou brochures qui sont en état d'être placés 
sur les rayons. Ces volumes ou brochures reçoivent au bureau du 
catalogue la cote qui leur convient, ils sont inscrits avec cette 
cote sur les feuilles d'inventaire, et il est procédé à la rédaction 
des notices par lesquelles ils doivent être représentés dans les 
différents catalogues ou répertoires. 

Les notices relatives à la plupart des volumes ou brochures 
qui entrent chaque mois à la Bibliothèque sont imprimées dans 
deux bulletins périodiques, consacrés l'un aux livres d'origine 
étrangère, l'autre aux livres d'origine française*. Ce dernier bul- 
letin donne aussi la notice des livres anciens, c'est-à-dire anté- 
rieurs au xix^ siècle, que la Bibliothèque reçoit par don ou par 
acquisition et qui complètent nos vieilles séries. 

Comme on a vivement critiqué l'impression de ces bulletins, il 
est indispensable d'en démontrer ici l'utilité. 

1. Le premier est rédigé sous la direction de M. Julien Havet, le second sous 
celle de M. Marchai. 



388 XOTES SDR LE DÉPARTEMENT DES IMPRIMES 

Avant tout, il convient de rétablir la vérité sur le montant des 
frais d'impression. Ils se sont élevés : 





Pour le Bulletin 


français : 


Pour le Bulletit 


1 étranger : 


En 1884 : 


: à 


4489 fr. 




4225fr, 




En ^885 : 


: à 


4082 


30 


4605. 




En 4886 : 


: à 


4597 


50 


4342 


30. 


En 4887 : 


: à 


4433 


30 


4238 


75. 


En 4888 : 


: à 


4270 




4494 


75. 


En 4889 : 


à 


44 33 


50 


4033 


05. 


En 4890 : 


: à 


4473 




4346 


30. 



Le Bulletin français a donc coûté en moyenne une somme de 
4274 francs pendant les sept dernières années. Il y a loin de 
là au chiffre « de 40000 ou 50000 francs par an » qu'un hono- 
rable député mettait en avant dans un discours prononcé le 21 no- 
vembre 1890 lors de la discussion du dernier budget. Cette inexac- 
titude méritait bien d'être relevée. 

Immédiatement après avoir exprimé son mécontentement de 
voir affecter une somme de 50000 francs à un travail qui en réa- 
lité n'absorbe pas une somme de 4300 francs, l'honorable député, 
dont j'ai le regret d'avoir à contester les allégations, reproche à 
notre Bulletin français de n'être « qu'une copie imparfaite et 
« incomplète du Journal de la librairie. » Sans discuter la jus- 
tesse de la comparaison, je me permettrai de soutenir l'utilité du 
Bulletin. 

A plusieurs reprises déjà on avait songé à utiliser le Journal de 
la librairie pour en tirer les éléments du catalogue des h vres d'ori- 
gine française que nous apporte le dépôt légal. L'expérience en a 
été faite pendant plusieurs années à la Bibhothèque nationale. 
Nous avons dans nos tiroirs des milliers de cartes sur lesquelles 
sont collées des découpures du Journal de la librairie; mais, pour 
pouvoir en tirer parti et pour obtenir l'uniformité indispensable 
dans un immense répertoire bibliographique, il a fallu ramener 
les articles du Journal de la librairie aux règles rigoureuses qu'on 
suit, de longue date, au bureau du catalogue ; il a fallu rétablir 
la date de publication, systématiquement omise dans le Journal ; 
il a fallu surtout ajouter la cote sous laquelle l'ouvrage est classé 
dans nos collections. Nous avons reconnu que la mise au point et 
l'appropriation des articles du Journal de la librairie demandaient 
tout autant de travail que la rédaction d'une notice prise directe- 



DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 389 

ment sur le volume ; par surcroît, la transformation aboutissait 
toujours à un assez médiocre résultat. Nous avons donc renoncé 
à cette pratique, et quiconque verra dans nos boîtes les cartes 
provenant de découpures du Journal de la librairie nous félicitera 
d'avoir abandonné un mode de travail aussi défectueux. 

Cette question incidente vidée, il faut examiner directement 
l'utilité de notre Bulletin. D'accord avec les fonctionnaires les plus 
dévoués aux intérêts de la Bibliothèque et les plus familiers avec 
tous les détails du service, je crois indispensable, par les motifs 
suivants, de faire imprimer tous les mois la notice des livres qui 
arrivent au Département des Imprimés : 

1° L'impression nous dispense de faire à la main les copies de 
chaque notice dont nous avons besoin pour alimenter nos diffé- 
rents catalogues ou répertoires, copies dont le nombre dépasse 
parfois la douzaine. 

2° L'impression nous évite les minutieuses vérifications aux- 
quelles chaque copie devrait être soumise si l'on voulait éviter les 
erreurs dans la transcription des noms propres, des dates et des 
cotes, erreurs qui sont parfois aussi préjudiciables que la perte 
d'un volume, puisqu'elles peuvent empêcher de trouver sans de 
longs tâtonnements le livre dont on a besoin. 

3" L'impression est le plus sûr moyen d'assurer la fixité des cotes. 

4° L'impression fournit des éléments de catalogue d'une lecture 
très facile et dont la netteté abrège la durée des recherches. 

5° L'impression porte à la connaissance du public les ouvrages 
qui arrivent à la Bibliothèque ; elle lui donne le moyen de les 
demander avec précision et parfois de signaler des lacunes que, 
dans la mesure du possible, nous nous efforçons de combler. 

Ce qui suffirait pour montrer les avantages de l'impression des 
articles de catalogue, c'est que l'usage tend à s'en généraliser. Il 
y a une dizaine d'années que l'administration du Musée britan- 
nique a substitué des bulletins imprimés aux bulletins autogra- 
phiés, et les avantages du nouveau système ont été dès le premier 
jour reconnus par tous les lecteurs qui fréquentent la grande 
bibliothèque de l'Angleterre. En Italie, la forme de nos bulletins a 
été adoptée par la Bibliothèque Victor-Emmanuel à Rome et par 
la Bibliothèque nationale à Florence. A Paris, elle est imitée 
depuis quelques mois par la Bibliothèque de Sainte-Geneviève ^ 

1. La revue The Library, organe de l'Association des bibliothécaires de la 
4894 26 



390 NOTES SDR LE DÉPARTEMENT DES IMPRIMe's 

Contester la supériorité du Bulletin imprimé sur le Bulletin 
manuscrit serait aller contre l'évidence. Cette supériorité est telle 
que, pour s'en assurer la jouissance, il ne faudrait pas reculer 
devant un léger sacrifice pécuniaire. Mais il n'y a pas même lieu 
de s'imposer un tel sacrifice. Le prix de l'impression ne doit guère 
dépasser, si même il le dépasse, le prix des multiples copies qu'il 
faudrait faire exécuter et collationner pour entretenir tous les 
répertoires. 

Ce n'est pas tout. La principale raison qui nous a décidés à 
imprimer nos catalogues courants, c'est le désir d'en faire profi- 
ter le public. Nous lui faisons ainsi connaître, mois par mois, les 
titres et les cotes des ouvrages nouveaux qui viennent prendre 
place dans chacune des divisions du Département des Imprimés, 
et, ce qui montre que notre publication répond à un véritable 
besoin , c'est que , dans les jours qui suivent la publication de 
chacun de nos fascicules, beaucoup des demandes de communi- 
cation faites par les habitués de la salle de travail portent sur 
les ouvrages annoncés au dernier Bulletin. 

Mais, ce qui doit être surtout apprécié dans nos Bulletins, ce 
sont les ressoui'ces qu'ils nous fournissent pour établir deux 
répertoires dont l'utilité n'est peut-être pas encore suffisamment 
connue. 

Les découpures de chaque article des Bulletins sont montées 
sur des fiches hautes de 11 centimètres, larges de 17, et ces fiches, 
assemblées dans des reliures mobiles, d'un système très simple, 
servent à constituer des répertoires dans lesquels les intercala tions 
sont relativement faciles et qu'on peut livrer au pubhc sans qu'il 
y ait danger d'y voir s'introduire le désordre. Il faut que la 
simplicité du système de montage et d'assemblage ait été bien 
reconnue, car il a été adopté dans plusieurs établissements, et 
tout récemment encore une grande bibhothèque étrangère a 
exprimé le désir d'en avoir un modèle. 

Le répertoire dont il est ici question ne forme pas moins de 

Grande-Bretagne, dans le n° de juin 1891, en rendant compte des derniers tra- 
vaux exécutés à la bibliothèque Bodléienne, s'étonne que l'usage d'imprimer les 
matériaux de catalogues n'ait pas encore été adopté dans cet établissement : 
« We feel some surprise that transcription should still be maintened, and that, 
« for the multiplication of titles, recourse should neither hâve been had to 
« the prinling press, as at Cambridge and London, nor to Ihe type writer as at 
« Dublin. » {The Library, vol. III, p. 245.) 



DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 39^ 

866 petits registres in-folio. Il se divise en deux parties distinctes. 
Dans la première, les ouvrages sont enregistrés suivant l'ordre 
alphabétique des noms d'auteurs ou des premiers mots du titre 
quand il s'agit de publications anonymes. Dans la seconde, les 
mêmes ouvrages sont enregistrés suivant l'ordre alphabétique 
des noms de sujets. Le même ouvrage est relevé à tous les endroits 
où. le lecteur peut avoir intérêt à le trouver. Le répertoire par 
noms d'auteurs donne à leur ordre les noms des auteurs, des édi- 
teurs et des annotateurs. Ainsi la Chronique du parlement de 
Bordeaux , de Jean de Métivier, publiée par Arthur de 
Brezetz et Jules Delpit, figurera trois fois dans le Répertoire 
des noms d'auteurs, à Brezetz, à Delpit et à Métivier. 

Il en est de même pour le Répertoire par noms de sujets. Le 
titre complet d'un ouvrage sera répété à tous les mots caractéris- 
tiques contenus dans ce titre. Par exemple, le livre de M. Paul 
Fournier, le Royaume d'Arles et de Vienne, sera enregistré au 
mot Arles et au mot Vienne. Celui du professeur Fr. X. Kraus, 
Die Miniaturen des Codex Egherti in der Stadtbibliothek 
zu Trier, sera relevé à Egbert, à Miniatures et à Trêves. 

Dès maintenant , ce double Répertoire constitue , pour les 
publications des dernières années, une abondante source de ren- 
seignements, à laquelle peuvent librement puiser tous ceux qui 
fréquentent la salle de travail. Quelques exemples donneront la 
mesure des services qu'on est en droit d'en attendre. 

Voici le nombre d'articles que le Répertoire parnoms d'auteurs 
mentionne sous les noms suivants : 

Arbois de Jubainville (Henri d'), i4. 

Bertrand (Joseph), 9. 

Corneille (Pierre), 23. 

Musset (Alfred de), 14. 

Pasteur (Louis), 7. 

Zola (Emile), 26. 

L'autre Répertoire fournit l'indication de plus de 500 publica- 
tions récentes qu'on peut consulter sur huit sujets dont j'ai pris 
les noms au hasard : 

Carnot (Lazare), 18. 
Charlemagne, \8. 
Hoche (Lazare), 7. 



392 NOTES SUR LE De'pARTEMENT DES IMPRIMÉS 

Lyon^ 250 au moins. 

Pasteur (Louis), 27. 

Rage, 39. 

Tonkin, \2S. 

Torpille et Torpilleur, 24. 

. C'est là l'embryon d'un immense Répertoire qui doit un jour 
embrasser l'ensemble des collections de la Bibliothèque nationale 
et dont nous élaborons les matériaux en rédigeant l'inventaire 
général dont il va être question. 

Mais avant d'arriver à la question de l'inventaire général, je 
ne crois pas inutile d'insérer ici une observation sur le principe 
même de l'impression des catalogues de la Bibliothèque nationale. 

On est unanime à reconnaître que l'impression des catalogues 
est indispensable pour maintenir l'ordre dans une bibliothèque, 
pour en mettre toutes les parties en valeur et pour en faciliter 
l'usage au public. Or, c'est par millions que se comptent les objets 
de littérature, de science et d'art accumulés dans les quatre dépar- 
tements de la Bibliothèque nationale : livres imprimés, cartes et 
plans, manuscrits, miniatures, chartes, lettres, sceaux, dessins, 
gravures, lithographies, photographies, médailles, antiquités, etc. 
Croirait-on que les gardiens de pareils trésors, chargés de les 
classer et d'en faire profiter les lettrés, les savants, les artistes et 
tous les amis du vrai et du beau, croirait-on que ces gardiens 
trouvent à peine chaque année dix ou douze mille francs pour 
imprimer des catalogues, ou plutôt d'arides inventaires \ qui font 
vraiment triste figure à côté des travaux similaires publiés par 
des établissements étrangers ou par de simples amateurs? Encore 
avons -nous été accusés de prodigalité pour nos impressions de 
catalogues! Si de tels reproches avaient pu troubler nos cons- 



1. Au Département des Imprimés, pas plus que dans les autres Départements, 
la matière ne manquerait pour publier des catalogues développés et ornés de 
planches, qui sont en même temps des ouvrages de critique et d'érudition. 
Il sutDt de citer un exemple. A l'occasion de l'Exposition de 1889, le Ministère 
a chargé M. Thierry-Poux de faire paraître, à la librairie Hachette, le beau 
volume intitulé : les Premiers monuments de l'imprimerie en France au 
XV^ siècle (in-fol. de 40 p., avec 40 planches en héliogravure). Cet ouvrage, 
l'un des plus précieux que nous possédions sur l'histoire des premiers ateliers 
typographiques de la France, est en réalité le catalogue raisonné d'une série 
de livres de la Bibliothèque nationale, puisque, sur les 167 volumes que l'au- 
teur y a décrits, 163 sont classés dans la Réserve du Département des Imprimés. 



DE LA BIBLIOTHÈQUE NiTIONALE. 393 

ciences, nous aurions été rassurés en ouvrant le Budget de la 
Grande-Bretagne pour l'année finissant au 31 mars 1891 , où 
nous lisons, à la page 251, que le Musée britannique peut dépen- 
ser en un an, pour l'impression de ses catalogues, non pas 
12000 francs, mais 206125 francs (8245 1.), ramenés à 
188625 francs (7545 1.) en prévision de retards dans l'accom- 
plissement du travail. On ne devra pas perdre de vue ces deux 
chiffres (12000 fr. d'un côté, et 206125 de l'autre') quand on 
voudra comparer le régime des catalogues à Paris et à Londres. 
N'insistons pas, et abordons directement la question du cata- 
logue de l'arriéré. 



IV. 

CATALOGUE DES ANCIENS FONDS. 

Le tableau dans lequel on a vu ci-dessus un résumé de l'état 
des collections du Département des Imprimés a montré que, sur 
les 1,720,169 articles dont se compose le Département, il y en 
avait, au mois de janvier 1891, environ 222000, dont le nouvel 
inventaire restait à rédiger. 

La note qui avait été soumise en 1890 au Ministère constatait 
le point auquel le travail était arrivé le 25 mars de cette année, 
dans les séries dont une portion était en souffrance. Je vais indi- 
quer avec une extrême précision ce qui a été fait pendant les dix 
mois écoulés, du 25 mars 1890 au 24 janvier 1891. 

C'est le meilleur moyen d'apprécier les progrès du travail. 

F. Jurisprudence. 

Ont été traités du 25 mars ^890 au 24 janvier -189-1 les volumes 
répondant aux cotes 16600-23321 et 2400-1-24753, soit 7475 articles. 
De plus, le dépouillement de divers recueils a produit 9303 cartes de 
catalogue. — Total des articles traités : -16778. 

Les dépouillements ont porté sur les recueils suivants : 

F. 4728-4794. Recueils d'ordonnances militaires formés au 
xviri^ siècle. — 3343 cartes. 

F. 5003. Arrêts du Conseil, dont on a traité les pièces 28-f-27-(0. 

1. Une augmentation de 100 1. st. est portée au budget de 1891-1892. 



394 NOTES SUR LE DÉPARTEMENT DES IMPRIMES 

F. 20964-20966 et 2^04^-2^057. Recueils d'ordonnances, arrêts du 
Conseil, etc., formés au xvii^ et au xviii^ siècle. 

H. Histoire ecclésiastique. 

L'inventaire du fonds ordinaire de cette division est entièrement 
dressé. Il comprend 20^34 articles, dont -163 seulement restaient à 
traiter. 

Il n'y a plus qu'à remplacer par Tinventaire définitif Tinventaire 
provisoire de la Réserve. 

M. Histoire d'Allemagne, etc. 

La cotation des volumes dans cette division ne marchant pas simul- 
tanément avec la rédaction des cartes d'inventaire, on ne peut pas 
évaluer avec une précision rigoureuse les progrès du travail. Mais les 
notes suivantes permettent de les apprécier. 

Au 24 janvier -1891, la numérotation des volumes était arrivée à 
la cote 23950, correspondant au mot Bergsoe dans la série des 
volumes in-octavo rangés alphabétiquement d'après les noms d'au- 
teurs ou les titres d'ouvrages. — La rédaction des cartes d'inventaire 
avait été poussée jusqu'au mot Geschichte dans la même série. 

Étaient donc inventoriés : -1° les volumes cotés -1-23950; 2° envi- 
ron 2400 volumes, classés alphabétiquement sous les rubriques 
Bergsoe-Geschichte et occupant 60 tablettes. Restaient à inventorier 
des volumes rangés alphabétiquement à partir de la rubrique Ge- 
schichte et occupant -18-1 tablettes. 

Du 25 mars ^890 au 24 janvier -1891, on a coté 9-190 volumes et 
on en a inventorié environ 6000. Il en reste environ 9640 à coter, et 
7240 à inventorier, en dehors de la Réserve. 

Q. Bibliographie. 

Dans cette division, il n'y a plus en souffrance qu'un chapitre con- 
sacré aux catalogues de ventes de livres et de fonds de libraires. 

Au 25 mars 4890, on avait traité -19948 articles de ce chapitre; ce 
nombre s'était accru de -1432 au 24 janvier -1894. 

R. Sciences philosophiques, morales et physiques. 

Du 25 mars 4 890 au 24 janvier -1894, l'inventaire a porté sur 
4 4 053 volumes et a atteint la cote 48855 du fonds ordinaire. 2203 vo- 
lumes de la Réserve ont été traités. Ces chiffres, ajoutés à ceux des 



DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE. 395 

années précédentes, donnent un total de 4851 5 pour le fonds ordinaire 
et de 2343 pour la Réserve. 

Il reste à inventorier environ 6270 volumes du fonds ordinaire et 
374 de la Réserve. 

S. Sciences naturelles. 

La numérotation des volumes est arrivée à la cote 240J0 et l'in- 
ventaire au n" 20567, en augmentation de 9526 sur le chiffre atteint 
le 25 mars ^890. 

D'après la supputation faite en 4885, il resterait 46235 volumes à 
traiter ; ce chiffre sera probablement dépassé. 

T. Sciences médicales. 

Les ouvrages de la division des Sciences médicales ont été décrits 
dans un catalogue méthodique qui remplit trois volumes in-quarto. 
Pour en faciliter l'usage au public, nous en préparons un répertoire 
alphabétique, dont les éléments sont fournis par la découpure des 
notices imprimées du catalogue méthodique. Le travail est arrivé aux 
deux tiers. Sur les 3000 colonnes dont se compose le catalogue, il en 
reste -1200 à transformer en matériaux du répertoire alphabétique. 

Nous avons aussi à terminer un répertoire alphabétique des sujets 
de thèses de médecine. Ce travail est fort avancé. Le nombre des 
thèses traitées à la date du 25 mars •1890 s'élevait à 48975. Ce 
nombre s'était accru de 921 7 articles au 24 janvier \ 891 ;- il atteignait 
donc 58192, le dépouillement étant arrivé au tome V des thèses de 
la Faculté de Paris pour l'année 4 885-1886. 

V. Sciences mathématiques. 

Au 25 mars 4 890, il ne restait plus en souffrance que 4059 articles 
de la Réserve à traiter. Cette lacune est comblée, et toute la divi- 
sion V est inventoriée, la Réserve aussi bien que le fonds ordinaire. 

Vm. Musique. 

Sur les 4 6000 articles ou environ dont se compose cette section, 
non compris les morceaux classés dans des cartons, 44444 sont 
aujourd'hui traités; Tan dernier, le travail était arrivé au chiffre 
de 4 4328; le progrès a donc été de 3083 articles. 

Y. Poésie. 

Des 44 chapitres dans lesquels sont ou seront répartis les articles 



396 NOTES SUR LE DEPARTEMENT DES IMPRIMES 

de Tancien fonds et du fonds intermédiaire de la division Y, les huit 
plus considérables sont attaqués, savoir : 

Yb. Poésie grecque. Terminé, à l'exception de la Réserve. Le total 
des articles est de 3033, dont ^965 ont été traités depuis le 25 mars 
4890. 

Yc. Poésie latine. Tous les volumes, au nombre de 43056, sont 
cotés. L'inventaire est arrivé au n*' -J 2358, en augmentation de 2428 
sur la cote atteinte le 25 mars 4 890. Restent à traiter -16'! 6 volumes, 
plus la Réserve et une série de pièces. 

Yd. Poésie italienne. Terminé, à l'exception de la Réserve. Le total 
des articles est de 9493, dont 2946 ont été traités depuis le 25 mars 
4890. 

Ye. Poésie française. Dans cette subdivision, dont l'étendue ne peut 
pas encore être évaluée avec précision, 4 8267 articles, ou plutôt 22526 
en y comprenant le dépouillement de plusieurs collections, sont inven- 
toriés; le travail accompli depuis le 25 mars 4 890 a porté sur 
8607 articles. 

Yg. Poésie espagnole. Terminé, à l'exception delà Réserve. Sur les 
3686 volumes traités, 464 Tont été depuis le 25 mars 4890. 

Yh. Poésie allemande. 422 volumes seulement sont inventoriés. 

Yi. Poésie néerlandaise. 339 volumes seulement sont inventoriés. 

Yk. Poésie anglaise. 84 volumes inventoriés. 

En somme, 54039 articles de l'arriéré de la division Y sont inven- 
toriés; sur ce nombre, 46622 ont été traités depuis le 25 mars 4890. 

Y2. Romans. 

L'inventaire est arrivé à la cote 53935, en augmentation de 42907 
sur la cote atteinte au 25 mars 4 890. 

Le recensement de 4 885 évaluait à 77848 les volumes des anciens 
fonds de la division-, suivant cette évaluation, qui est probablement 
un peu trop faible, il resterait 23943 volumes à traiter. 

Z. Polygraphie, etc. 

La numérotation des volumes est arrivée à la cote 35504 . Le nombre 
des articles inventoriés est de 24 494, répondant aux cotes 4-23245, 
2434 6-24572, 27070-28205, et 28773-33327. 

D'après le recensement de 4 885, il resterait à inventorier 4804 2 ar- 
ticles. 



DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE. 



397 



Pour chacune des divisions ou subdivisions dans lesquelles il 
reste de l'arriéré, le tableau suivant fera voir d'un coup d'œil les 
cotes atteintes le 25 mars 1890 et le 24 janvier 1891, le nombre 
des articles traités entre ces deux dates et le total des articles 
traités au 24 janvier 1891. 





Cote atteinte 

le 2S mars 

1890. 


Cote atteinte 

]e 24 janvier 

1891. 


Nombre des articles 

traités du 25 mars 

1890 au 24 janvier 

1891. 


Total des articles 

traités à la date 

du 24 janvier 

1891. 


F. 


^6599 


24753 < 


4 6778 


38293 


H. 


49974 


20434 


4 63 


20434 


M. 


U760 


23950 2 


40490 


34078 


QA. 


49948 


33346 3 


4 432 


24380 


R. 


394 74 


48855 


4 4053 


48545 


R Réserve. 


440 


2363 


2203 


2343 


S. 


40985 


20567 


9526 


20006 


V Réserve. 


2090 


3238 


4059 


3096 


Vm. 






3083 


44444 


Yb. 


3234 


5496 


4 965 


5033 


Yc. 


9930 


42292 


2362 


44374 


Yd. 


6569 


9485 


2946 


9493 


Ye. 


9660 


48267 


8607 


22526 


Yg. 


3726 


3887 


464 


3686 


Yh. 




360 


360 


360 


Yi. 




546 


546 


546 


Yk. 




84 


84 


84 


Y2. 


44028 


53935 


42907 


53935 


Z. 


42374 


33327^ 


44453 


24494 



Le nombre des articles traités pendant une période de dix mois 
s'est donc élevé à 99548, c'est-à-dire, en chiffres ronds, à envi- 
ron 10000 par mois. 

Dans le tableau résumé de l'état des collections du Départe- 
ment des Imprimés qui a été présenté un peu plus haut, le chiffre 
de l'arriéré a été fixé comme il suit : 



1. Différents recueils ont en outre produit 9303 articles de catalogue. 

2. Environ 2400 volumes non encore cotés ont été inventoriés. 

3. Les cotes 19949-30000 et 30117-32000 n'ont pas été employées. 

4. Restent à traiter les n°' 23246-24315, 24573-27069, et 28206-28772. 



398 NOTES SUR LE DEPARTEMENT DES IMPRIMES 



Dans la 


série F, 


35700 environ. 


— 


H, 


4734. 


— 


M, 


9800 environ. 


— 


R, 


6640 environ. 


— 


S, 


46500 environ. 


— 


Vm 


, 2489. 


— 


Y, 


75500 environ. 


— 


Y^ 


26000 environ. 


__ 


z, 


48000 environ. 



C'est, en chifîres ronds, un total de 222000 articles qui sont 
encore en soujSrance. L'organisation actuelle du bureau du cata- 
logue, dirigé avec beaucoup de zèle et de compétence par M. Mar- 
chai, conservateur -adjoint, nous permet de traiter environ 
10000 articles par mois. On peut donc affirmer que, dans un délai 
de deux ans, l'inventaire général des collections du Département 
des Imprimés sera à peu près terminé, et qu'alors tous les articles 
de ces collections seront régulièrement cotés et portés sur le 
nouveau catalogue. 

A ce moment, nous aurons à nous occuper d'opérations com- 
plémentaires très délicates : la fusion et la coordination de nos 
cartes d'inventaire, dont le chiffre s'élèvera à plusieurs millions, 
les mesures à prendre pour assurer la conservation de cet 
immense travail, pour en perfectionner certaines parties, pour 
en rendre l'usage sûr et commode, pour le tenir perpétuellement 
au courant des accroissements des collections, pour en tirer les 
éléments de répertoires spéciaux et surtout pour mettre cet inap- 
préciable instrument de recherches à la portée des lecteurs inté- 
ressés à s'en servir eux-mêmes. Nous entrevoyons déjà les solu- 
tions que comportent des problèmes aussi complexes. Bientôt 
nous serons en état de les exposer et de les livrer à la discussion. 

V. 

SERVICE DES COMMUNICATIONS. — INSTRUMENTS DE RECHERCHE 
MIS A LA DISPOSITION DU PUBLIC. 

Tous les travaux de classement et de catalogue auxquels nous 
nous livrons tendent à faire profiter le public des richesses amas- 
sées depuis des siècles à la Bibliothèque nationale, et de celles 



DE LA BIBLCOTHEQUE NATIONALE. 399 

qui viennent journellement s'y accumuler. L'importance des 
services qui nous sont demandés et que nous nous efforçons de 
rendre peut se mesurer par le nombre des lecteurs qui se pré- 
sentent annuellement dans les deux salles du Département des 
Imprimés et par le nombre des communications qui y sont faites. 
Voici la statistique des six dernières années : 

Nombre des lecteurs admis et des ouvrages communiqués. 

Salle de travail. Salle de lecture. 





Lecteurs : 


Communications : 


Lecteurs : 


Communications 


4885 


84632 


324485 


58534 


89805 


4886 


89462 


342343 


57306 


84774 


4887 


88073 


336404 


53839 


76847 


4888 


98656 


384409 


63832 


93775 


4889 


93722 


3764 58 


59643 


85475 


4890 


99442 


398466 


66678 


93874 



Les chiffres portés à la seconde colonne du tableau qui précède 
sont bien loin de représenter le nombre des livres qui sont con- 
sultés dans la salle de travail. D'une part, on n'y a pas compris 
de longues séries de volumes et de pièces qu'on apporte dans 
l'hémicycle, en bloc, avec des précautions particulières, pour 
servir à la préparation de grands répertoires bibliographiques 
qui deviennent pour nous de véritables catalogues accessoires 
quand les auteurs, comme M. Bengesco, M. LacombeetM. Tour- 
neux, ont l'attention d'y relever les cotes de nos exemplaires*. 
D'autre part, on ne peut tenir compte que des ouvrages qui, 
ayant fait l'objet d'une demande spéciale et écrite, sont cherchés 
par les commis dans les magasins dépendant de la salle de travail. 
A ces ouvrages doivent s'ajouter ceux que les lecteurs prennent 
eux-mêmes sur les rayons disposés dans l'allée centrale et autour 
de la salle pour recevoir un choix d'environ 7500 ^ volumes 

1 . Voltaire. Bibliographie de ses œuvres, par Georges Bengesco. Paris, Per- 
rin et C'% 1882-1890. 4 vol. in-8°. 

Bibliographie parisienne. Tableaux de mœurs (1600-1880), par Paul La- 
combe, parisien. Paris, P. Rouquette, 1887. In-8°. 

Bibliographie de l'histoire de Paris pendant la Révolution française, par 
Maurice Tourneux. Tome I. Paris, 1890. In-8°. 

2. Exactement 7462 suivant un recensement fait au mois de mars 1891 après 
la pose de nouveaux meubles qui ont permis d'augmenter notablement le nombre 
des livres de cette catégorie. 



400 NOTES SUR LE DÉPARTEMENT DES IMPRIMES 

usuels (dictionnaires, encyclopédies, répertoires chronologiques, 
biographiques et surtout bibliographiques, collections de textes, 
recueils académiques, judiciaires, etc.). Il faut encore y joindre 
les publications périodiques, au nombre d'environ soixante, dont 
les livraisons, placées sur une table spéciale, sont tenues à la 
libre disposition des lecteurs, au moment où chaque livraison 
paraît, ou plutôt arrive à la Bibliothèque. Il est peu d'habitués de 
la salle de travail qui, au cours d'une séance, n'aient pas à ouvrir 
ou à feuilleter deux ou trois de ces ouvrages ou de ces livraisons. 
C'est ainsi que le nombre des livres consultés chaque année dans 
la salle de travail dépasse assurément un demi-million ; il s'élève 
bien à 100000 dans la salle publique de lecture. 

Les 7500 volumes imprimés dont il vient d'être question, et 
parmi lesquels figurent tous les grands répertoires bibliogra- 
phiques imprimés en France et à l'étranger, ne sont pas les seules 
ressources à l'aide desquelles les lecteurs peuvent se procurer 
l'indication exacte des ouvrages qu'ils ont intérêt à consulter. Ils 
ont encore sous la main et peuvent librement feuilleter une série 
de catalogues imprimés ou autographiés qui remplissent deux 
grandes armoires à l'extrémité sud de la salle de travail. 

Je n'ai pas à revenir sur le double répertoire par noms d'au- 
teurs et par noms de sujets dont j'ai dû parler à propos de l'im- 
pression des Bulletins, et qui remplit 866 registres. Mais il 
n'est pas superflu de relever ici le nombre des articles de cata- 
logue qui ont été imprimés depuis 1874 pour faire connaître, 
même en dehors de la Bibliothèque, les livres qui s'ajoutent 
chaque année aux anciennes collections. 

Ouvrages modernes imprimés à l'étranger, entrés à la 
Bibhothèque depuis -1874 jusqu'en ^ 890 63477 

Ouvrages modernes imprimés en France, entrés à la 
Bibliothèque depuis 1882 jusqu'en ^ 890 63754 

Ouvrages anciens entrés à la Bibliothèque depuis -1882. 
(Le catalogue en est donné à la fin de divers fascicules du 
Bulletin mensuel des livres modernes d'origine française). 1686 

Pubhcalions périodiques étrangères (en deux fascicules 
imprimés en 1882 et en 1886) 1236 

Collection de thèses des universités étrangères reçues 
depuis 1885 jusqu'en 1888 15820 

A reporter 145973 



DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIOIVALE. 40^ 

Report 445973 

Collection de livres et de documents principalement rela- 
tifs aux colonies et à l'esclavage, donnée par M. Schœlcher. 4776 

Collection de livres principalement relatifs aux arts, don- 
née par M""^ la baronne Davilliers iU6 

Collection de livres relatifs à l'Amérique, léguée par 
M. Angrand 750 

Collection de livres provenus de la bibliothèque du palais 
de Compiègne 4233 

Total 4 50848 

Outre ces publications, outre les répertoires dont elles ont 
fourni les matériaux, les lecteurs admis dans la salle de travail 
ont encore à leur disposition des catalogues anciens ou nouveaux 
qui embrassent des divisions plus ou moins étendues des fonds 
anciens et nouveaux, dont voici la nomenclature abrégée, avec 
le nombre approximatif des articles compris dans chacun d'eux. 

Catalogue du fonds primitif des cinq divisions théolo- 
giques (A, B, C, D, D^) et des deux premières divisions 
juridiques (E, E*), en quatre volumes in-folio, imprimés au 
xviii« siècle 24000 

Catalogue des factums antérieurs à 4789; tome I, con- 
sacré aux pièces classées sous les trois premières lettres de 
l'alphabet 9444 

Inventaire alphabétique de la division de l'histoire géné- 
rale (G), en sept volumes autographiés 34000 

Inventaire alphabétique de la division de l'histoire d'Ita- 
lie (K), en cinq volumes autographiés 44400 

Catalogue méthodique de la division de l'histoire de 
France (L) , en onze volumes imprimés depuis 4 855 j usqu^en 
4 879. -— On y a joint une table alphabétique des noms d'au- 
teurs, dont les 624 premières pages, allant jusqu'au nom 
POISSON, sont tirées et livrées au service 240000 

Supplément au précédent catalogue, contenant les volumes 
ou pièces ajoutés au chapitre de l'histoire locale (Lk) depuis 
4863 jusqu'en 4880. Volume autographié, in-quarto de 
735 p. à deux colonnes 43000 

Supplément au même catalogue, contenant les volumes 
ou pièces ajoutés aux deux chapitres de l'histoire généalo- 
gique et de l'histoire biographique (Lm et Ln) depuis 4 865 



402 NOTES SUR LE DÉPARTEMENT DES IMPRIMES 

jusqu'en ^884. Volume autographié, in-quarto de 953 p. à 

deux colonnes 13000 

Supplément au même catalogue, contenant les volumes 
ou pièces ajoutés aux deux chapitres de l'histoire des mœurs 
et de l'archéologie française (Li et Lj) depuis 1861 jusqu'en 
1883. Volume autographié, in-quarto de 88 et 273 p. . . 5200 

Catalogue méthodique de la division de l'histoire de la 
Grande-Bretagne, autographié en 1878. Volume in-quarto 
de 671 p 12500 

Catalogue méthodique de la division de l'histoire d'Es- 
pagne et de Portugal, autographié en 1883. Volume in- 
quarto de 509 et 127 p 7000 

Catalogue méthodique de la division de l'histoire d'Asie, 
dont les 328 premières pages in-quarto, contenant environ 
3000 articles, sont autographiées 3000 

Catalogue méthodique de la division des sciences médi- 
cales. Deux volumes et demi, in-quarto, imprimés de 1857 
à 1889 42400 

Catalogue du fonds primitif des divisions des belles-lettres 
(X, Y, Y^ et Z), en deux volumes in-folio, imprimés au 
xviii' siècle 1 8000 

Inventaire de la collection du docteur Payen relative à la 
vie et aux œuvres de Montaigne, par G. Ricliou. Paris, 
1878. Volume in-octavo de xvii et 397 p 1440 

Catalogue des livres imprimés sur vélin publié par Van 
Praet, en six volumes in-octavo, de 1822 à 1828, avec l'in- 
ventaire complémentaire publié en 1877 2528 

Catalogue des livres exposés dans la galerie Mazarine . 700 

Total 407582 

La réunion de ces différents catalogues ou inventaires, qui, 
sauf de très rares exceptions, ne rentrent pas les uns dans les 
autres, donne donc un total de 407000 articles. 

En ajoutant ce chiffre à celui des articles de catalogue répon- 
dant aux accroissements des dernières années, fixé ci-dessus à 
150000, nous arrivons à un total de plus d'un demi-million, et, 
comme beaucoup des chiffres dont ce total est formé représentent 
des ouvrages en un grand nombre de volumes, il n'y a pas d'exa- 
gération à évaluer à environ un million le nombre des volumes 
ou brochures dont le catalogue est dès aujourd'hui mis à la dis- 
position des lecteurs qui fréquentent la salle de travail. 



DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 403 

VI. 

CAUSES DE LA LENTEUR DANS LE SERVICE DES COMMUNICATIONS 
ET MOYENS d'y REMEDIER. 

Maintenir l'ordre dans un dépôt de plus de deux millions et 
demi d'articles, dont beaucoup ne sont que des cahiers ou même 
des feuilles volantes, et dont le nombre s'accroît journellement 
dans des proportions considérables, trouver aux nouveaux arri- 
vants la place qui leur convient sans jeter aucune perturbation 
dans les anciens fonds, chercher pendant chaque séance un mil- 
lier de volumes ou de pièces disséminés sur des rayons qui n'ont 
pas moins de 40 kilomètres de développement, remettre en place 
chacun de ces volumes et chacune de ces pièces, telles sont les 
opérations auxquelles, en vue du service des communications, 
nous devons procéder tous les jours, souvent dans les plus déplo- 
rables conditions d'éclairage, obligés de recourir à des expédients 
toutes les fois que la maladie ou un cas de force majeure nous 
prive momentanément du concours d'un fonctionnaire ou d'un 
agent. 

Malgré la complication d'un tel service, nous arrivons à don- 
ner satisfaction à la très grande majorité des demandes qui sont 
faites dans la salle de travail ; mais le public se plaint souvent 
de la lenteur des communications, et il faut reconnaître que, du 
moins en apparence, les plaintes sont parfaitement légitimes. 

Il importe de rechercher les causes de cette imperfection. Les 
unes viennent de la façon dont les lecteurs font les demandes ; les 
autres tiennent à l'organisation du service. 

Tous les lecteurs ne savent pas encore tirer parti des ressources 
qu'ils ont à leur disposition dans la salle de travail. Beaucoup 
des bulletins qui sont présentés au bureau des bibliothécaires ne 
mentionnent pas les cotes sous lesquelles les ouvrages sont clas- 
sés, même quand ces cotes sont relevées dans les répertoires que 
les lecteurs ont sous la main. L'examen que j'ai fait des bulletins 
présentés au bureau de la salle de travail le 19 , le 25 et le 
26 mai 1891, journées prises au hasard, m'a permis d'établir les 
moyennes suivantes : 



404 NOTES SUR LE DE'pARTEMENT DES IMPRIME's 

Sur un chiffre total de 1000 demandes, on trouve : 

250 bulletins avec cotes ; 

430 bulletins sans cotes, mais avec des désignations suffisam- 
ment exactes (nom d'auteur, titre, date, format) ; 

20 bulletins avec cotes fautives ou incomplètes (ce qui est plus 
fâcheux que l'absence même de cotes) ; 

300 bulletins avec des indications plus ou moins approxima- 
tives, comme l'avouent parfois les auteurs mêmes des bulletins. 

Cette dernière catégorie de bulletins, dont beaucoup, soit dit en 
passant, présentent de véritables difficultés de déchiffrement, nous 
crée de très grands embarras. Les erreurs de tout genre qu'ils 
renferment, et qu'une lecture très rapide ne permet pas toujours 
aux bibliothécaires d'apercevoir au premier coup d'œil, amènent 
de fausses directions, nécessitent d'inutiles allées et venues, et 
occasionnent des recherches longues et souvent infructueuses. 
On a peine à s'imaginer la perte de forces que nous font subir 
les bulletins sur lesquels les titres des livres sont incorrectement 
et insuffisamment reproduits. Par exemple, rien n'est malheureu- 
sement plus commun que l'altération des noms propres. Pour en 
donner une idée, je citerai quelques erreurs relevées au vol en 
parcourant les bulletins du 19, du 25 et du 26 mai : 

Butler est écrit Boucler et Bukler. 

Gagnât — Gagnât. 

Gollin de Plancy — Gousin de Plancy. 

Descuret — Desemet. 

Despois — Depoix. 

Grarrucci — Garoudchi. 

Lebeuf — Le Bœuf. 

Le Blant (Edm.) -^ Blant [Edm.]. 

Mortreuil — Morteuil et Montreuil. 

Palliot — Paillot. 

Pothier — Potier. 

Régnier [Adolphe] — Régnier [E.]. 

Renan [Ernest] — Renan [J.]. 

Schwab — Straus. 

Wallon [Henri] — Vallon [Henri]. 

Witt [Gorn. de) — Wit [Gorn. de). 

Ceux-là seulement qui ont manié de grands répertoires alpha- 
bétiques savent quels tâtonnements occasionnent l'omission, l'ad- 



DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 405 

dition, le déplacement ou la substitution d'une lettre dans un 
nom propre. Le lecteur qui écrit Schmit là où il aurait dû 
mettre Schmidt ne s'imagine pas que, pour rectifier une erreur 
si légère en apparence et pour faire trouver l'ouvrage demandé, 
il faudra peut-être une heure de recherches dans des centaines 
de cartes rangées sous les noms de Schmid, Schmidt, Schmit, 
Schmitt, Schmitz, etc. Je laisse à deviner le temps dépensé sur 
des bulletins se rapportant à des livres qui n'ont jamais existé 
ou à des travaux qui n'ont point été publiés isolément et qui sont 
compris dans des recueils dont l'indication ne nous est pas don- 
née '. Que d'incertitudes résultent aussi de ce fait que beaucoup 
de lecteurs ne connaissent pas les règles bibliographiques suivant 
lesquelles sont classés les noms d'auteurs composés d'éléments 
multiples! Je ne parle pas des méprises, encore assez fréquentes, 
qui font omettre un ou plusieurs mots essentiels d'un titre. Dans 
les bulletins que j'ai sous les yeux, j'en vois un qui porte : La 
Semaine religieuse, année 1875, sans indiquer de quel diocèse 
il s'agit ; un autre vise un ouvrage de don Pascual, sans men- 
tionner le nom de famille de l'auteur don Pascual Gayangos. 

L'imperfection des demandes est une cause des lenteurs dont 
se plaint le public et que nous sommes les premiers à déplorer. 
Mais il en est une autre non moins regrettable, dont il est facile 
de faire comprendre la portée. Le nombre des fonctionnaires et 
surtout celui des agents chargés du service des communications 
est absolument insuffisant. 

Je prends pour exemple un bulletin parfaitement rédigé, por- 
tant même la cote de classement ; il s'agit, je suppose, d'un livre 
de droit ; le bibliothécaire qui reçoit le bulletin l'envoie par un 
gardien au monte-charge qui dessert le comble où sont placés les 
livres de droit ; le monte-charge fait parvenir le bulletin à l'un 



1. Beaucoup d'erabarras seraient épargnés aux bibliothécaires, si les auteurs 
qui font des citations d'après des tirages à part indiquaient exactement le 
recueil auquel appartient le morceau tiré à part. C'est pour suppléer à l'ab- 
sence trop fréquente d'indications de ce genre que, sans attendre les tables 
qui termineront la Bibliographie des publications historiques et archéologiques 
des sociétés savantes, dressée par M. Robert de Lasleyrie, nous avons dû décou- 
per, au fur et à mesure de l'apparition des livraisons, tous les articles de celte 
utile bibliographie pour en former un répertoire alphabétique qui nous fournit 
le moyen de trouver beaucoup de travaux non représentés dans nos collections 
par des tirages à part. 

\%n 27 



406 NOTES SDR LE DÉPARTEMENT DES IMPRIMES 

des deux commis ou gardiens chargés de tout le service dans un 
comble à deux étages où les ouvrages d'un usage courant rem- 
plissent 140 compartiments ouverts sur un corridor qui n'a pas 
moins de 140 pas de longueur. Pour atteindre le livre demandé, 
le commis, lors même qu'il n'a pas un moment d'hésitation sur 
la place occupée par le livre, peut avoir 75 pas à faire ; après 
avoir pris le livre sur le rayon, il a le même espace à parcourir 
pour venir mettre le livre dans le monte-charge. Le livre des- 
cendu au rez-de-chaussée est porté dans l'hémicycle ; il est alors 
présenté au bureau d'un inscripteur, qui en marque sommaire- 
ment la cote et le titre sur le bulletin où sont notées les commu- 
nications faites à chaque lecteur dans la salle de travail ; cette 
formalité accomplie, l'ouvrage est envoyé à la place indiquée sur 
le bulletin de demande. Dans les circonstances les plus favorables, 
toutes ces opérations demanderont au moins une dizaine de 
minutes ; mais cet espace de temps sera doublé ou triplé pour peu 
qu'il se produise à l'aller ou au retour des retards résultant de 
l'encombrement des services : le bibliothécaire n'a pas constam- 
ment sous la main l'agent qui doit acheminer les bulletins dans 
la direction voulue; le monte-charge n'est pas toujours dispo- 
nible (un homme n'y étant pas attaché en permanence) ; le com- 
mis peut être à l'extrémité du comble quand le monte-charge 
apporte un bulletin dans son service; mêmes causes de retard 
dans le voyage de retour, et de plus arrêt plus ou moins long au 
bureau de l'inscripteur auquel afïiuent de chacun des points des 
dépôts les livres à envoyer aux lecteurs de tout un côté de la salle 
de travail. 

Je prends un autre exemple. Le sous-bibliothécaire qui, dans 
ses multiples attributions, a tout le service de la Réserve, doit, 
quand un ou plusieurs livres lui sont demandés, gravir 39 mar- 
ches d'un escaUer tournant, très raide et à peine large de 55 cen- 
timètres, faire 56 pas sur un étroit balcon, ouvrir une porte, 
traverser une pièce longue de 18 pas, ouvrir une grille toujours 
fermée à clé, la refermer, consulter ses répertoires et chercher 
les volumes demandés à l'un des deux étages d'une galerie longue 
de 80 pas et divisée en 84 compartiments. Quand il a trouvé les 
volumes, pour revenir à son poste et faire parvenir les volumes 
à qui de droit, il a le même trajet à parcourir, les mêmes ser- 
rures à ouvrir et à fermer, les mêmes escaliers à descendre, 
portant parfois dans ses bras des volumes d'un poids très lourd 



DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 407 

et d'un format très grand ; il n'y a pas en effet de monte-charge 
pour la Réserve, et la disposition des lieux ne permet pas d'en 
établir. 

Une cause de la lenteur des communications dont il faut tenir 
grand compte, c'est que le même commis se trouve parfois avoir 
tout d'un coup une dizaine d'ouvrages différents à chercher sur les 
points les plus éloignés du service auquel il est préposé. Pour peu 
que la recherche de chacun d'eux prenne 3 minutes en moyenne, 
il s'écoulera une demi-heure d'attente avant que puisse arriver 
le tour du dixième bulletin. 

Pour tous ces cas, j'ai raisonné dans l'hypothèse de bulletins 
très correctement rédigés, portant sur des livres dont la place ne 
saurait être douteuse, et ne subissant pas des retards inévitables 
et souvent prolongés quand un bibliothécaire doit compléter ou 
rectifier les indications données parle lecteur, et chercher la cote 
de classement de l'ouvrage demandé. 

Gomme dernière cause de retard, rappelons le déplorable expé- 
dient auquel il faut recourir quand la maladie ou un autre cas de 
force majeure nous prive du concours d'un fonctionnaire ou d'un 
agent. La tâche de l'absent doit alors être accomplie par un de 
ses collègues, dont le service, déjà lourd en temps ordinaire, se 
trouve ainsi doublé. 

Signaler la cause des retards qui se produisent dans les com- 
munications demandées par les habitués de la salle de travail au 
Département des Imprimés, c'est, pour ainsi dire, indiquer le 
moyen de les diminuer, sinon de les faire disparaître. 

Les recherches des bibliothécaires seront plus promptes et plus 
assurées le jour où tous les nouveaux inventaires seront terminés 
et fondus en une seule série alphabétique. 

Les demandes des lecteurs seront absolument précises quand, à 
l'aide du catalogue général mis à leur disposition, ils pourront 
inscrire sur leurs bulletins les titres exacts des ouvrages dont ils 
ont besoin, avec la cote des exemplaires conservés dans les col- 
lections de la Bibliothèque. 

L'augmentation du personnel amènera une nouvelle réparti- 
tion du travail, dont le premier effet sera de diminuer assez 
notablement le temps compris entre la demande et la réception 
d'un volume. 

Enfin , l'achèvement des bâtiments de la Bibliothèque fera 
disparaître l'encombrement de certaines parties des dépôts et les 



408 NOTES SUR LE DÉPARTEMEIVT DES IMPRIMES 

enchevêtrements de services. L'installation dans les nouveaux 
bâtiments d'une seconde salle de travail, ouverte jusqu'à une 
heure avancée de la nuit, permettra de communiquer très rapide- 
ment les ouvrages habituellement demandés par les neuf dixièmes 
des lecteurs ; du même coup, les recherches réclamées en vue de 
travaux spéciaux et approfondis seront conduites avec plus de 
méthode et d'attention, puisqu'elles ne se confondront plus, comme 
aujourd'hui, avec des recherches beaucoup plus nombreuses por- 
tant sur des matières générales. 

Les remèdes au mal dont se plaint le pubhc sont donc au 
nombre de trois : achèvement du catalogue, augmentation du 
personnel, construction de nouveaux bâtiments sur les terrains 
de la rue Colbert et de la rue Vivienne. 

J'ai exposé plus haut ce qui reste à faire pour compléter le 
nouveau catalogue, dont les neuf dixièmes à peu près sont rédi- 
gés en manuscrit. Je ne reviendrai pas ici sur cette question; 
mais il importe de donner quelques détails sur la nécessité d'aug- 
menter le personnel et sur celle d'entreprendre immédiatement la 
construction des nouveaux bâtiments. 

VIL 

NÉCESSITÉ d'aDGMENTER LES CADRES DU PERSONNEL. 

La nécessité d'augmenter les cadres du personnel a déjà été 
suffisamment démontrée par les détails qui ont été donnés un peu 
plus haut sur les communications à faire journellement au public. 
Gomment d'ailleurs ne pas admettre cette nécessité quand on 
constate que le crédit annuel du personnel, fixé en 1869 à 
344000 francs, s'élève aujourd'hui à 436000 seulement? Si l'on 
défalque de cette dernière somme les dépenses répondant à des 
services qui n'existaient pas en 1869 (ouverture de galeries 
d'exposition ; surveillance de nuit ; atelier pliotographique ; tra- 
vail supplémentaire demandé aux commis et aux hommes de 
service par suite de la prolongation des séances, dont la durée a 
été portée de 6 heures à 9 ; annexion des collections de Fontai- 
nebleau et d'une partie des collections de Compiègne), si, dis-je, 
on tient compte des frais occasionnés par ces services nouveaux, 
on trouvera que le crédit affecté au personnel de la Bibliothèque 



DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 409 

a été à peine augmenté d'un sixième depuis vingt ans, alors que 
le travail s'est augmenté dans des proportions infiniment plus 
élevées. 

Le nombre des lecteurs, qui était de 81000 en 1869, a été 
de 165790 en 1890, c'est-à-dire qu'il a plus que doublé. 

De même, le nombre des communications, qui était de 229000 
en 1869, s'est élevé à 492000 en 1890. 

L'augmentation se traduit par des chiffres encore plus forts 
dans d'autres services : sur le registre des acquisitions nous rele- 
vons 1599 articles en 1869, et 4415 en 1890; sur celui des dons 
576 en 1869, et 3595 en 1890. 

Pour les cahiers ou les feuilles de revues et de journaux, il n'y 
a pas d'exagération à dire que le nombre en a plus que décuplé 
depuis l'année 1870. 

Le travail qui s'impose aux fonctionnaires et aux agents de la 
Bibliothèque, et que la plupart d'entre eux accomplissent avec le 
plus consciencieux dévouement, n'augmente pas seulement dans 
les proportions indiquées par les chiffres ci-dessus rapportés. Il 
devient de plus en plus compliqué, et la raison en est bien facile 
à comprendre. Il est beaucoup plus long et plus fatigant de cher- 
cher un volume ou une brochure dans une masse composée de 
50000 articles que dans une masse de 30000 ; or, beaucoup des 
séries sur lesquelles portent le plus grand nombre de communi- 
cations se sont accrues de plus des deux tiers dans les vingt-cinq 
dernières années. L'insertion dans les différents répertoires des 
cartes ou des bulletins de catalogue demande aujourd'hui moitié 
plus de temps qu'il y a seulement dix ans. Plus nos instruments 
de recherches acquièrent de force et de précision, plus le manie- 
ment en est délicat; plus il faut de soin pour en maintenir les 
rouages en parfait état et pour les mettre journellement en rap- 
port avec les développements des collections. 

Notre personnel est donc absolument insuffisant pour accom- 
plir d'une façon convenable la tâche qui lui est actuellement 
imposée. Il le serait encore bien davantage s'il était question 
d'introduire des réformes dont l'utilité est unanimement reconnue 
et qu'exigent les conditions dans lesquelles s'exécutent aujour- 
d'hui les travaux littéraires et scientifiques. 

On a fini par faire admettre en France que l'outillage de l'en- 
seignement supérieur devait être renouvelé. Sur ce point la cause 
est gagnée , et l'on s'étonne aujourd'hui qu'il ait fallu tant de 



4i0 NOTES SUR LE DEPARTEMENT DES IMPRIMES 

temps et tant d'efforts pour faire comprendre qu'il était urgent 
de reconstituer sur des bases nouvelles les laboratoires de phy- 
sique, de chimie, d'histoire naturelle, etc. Nous sommes beaucoup 
moins avancés pour nos bibliothèques. Combien, dans le grand 
public, y a-t-il de personnes à se rendre un compte exact des 
procédés qu'exigent aujourd'hui les travaux de toute espèce qui 
reposent sur l'étude des livres anciens ou modernes? Combien 
savent dans quelles proportions le développement de l'activité 
scientifique et littéraire a élargi le domaine bibliographique? 
Combien apprécient l'étendue, la délicatesse et la précision des 
recherches qu'imposent les méthodes modernes? De ce côté, il 
s'accomplit une véritable révolution, dont la portée ne saurait être 
méconnue. Tarder davantage à faire entrer nos bibliothèques 
dans les voies nouvelles, ce serait priver nos compatriotes de 
ressources que l'Etat doit leur fournir pour continuer leurs tra- 
vaux et pour lutter à armes égales avec leurs émules des pays 
voisins. 

Aucun sacrifice n'est épargné pour faire profiter nos arsenaux 
militaires des progrès de la science. Nos bibliothèques sont, elles 
aussi , des arsenaux dont l'organisation exige tous les jours de 
nouveaux perfectionnements, pour que l'ancien matériel, qui est 
déjà immense et qui ne sera jamais mis au rebut, puisse, sans 
perte de temps et de force, y être employé concurremment avec 
les miniers de pièces nouvelles que chaque année voit éclore sur 
tous les points du globe. 

Beaucoup des améliorations dont la nécessité s'impose resteront 
fatalement chez nous à l'état de projet tant que de nouveaux bâti- 
ments n'auront pas été construits sur les terrains de la rue Vivienne 
et de la rue Colbert ; mais plusieurs pourraient être réalisées à bref 
délai, dans les locaux actuels, si les cadres du personnel, surtout 
ceux des rangs inférieurs, étaient élargis et mis en rapport avec 
l'extension des services. L'indication en a été donnée à Monsieur 
le Ministre de l'instruction publique, à qui il appartient de déci- 
der dans quelle mesure et à quelle époque ces projets pourraient 
être mis à exécution. 

Quant aux grandes réformes qui restent subordonnées à l'achè- 
vement des bâtiments, il serait tout à fait oiseux de s'en occuper 
maintenant. Nul ne pourrait définir exactement les données des 
problèmes qui se poseront le jour, malheureusement encore fort 
éloigné, où seront inaugurés les nouveaux bâtiments. Comment 



DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. AU 

prévoir tous les détails d'organisation des nouveaux services, 
alors que nous avons à peine une vue d'ensemble des édifices qui 
seront affectés à ces services ? C'est à nos successeurs qu'incom- 
bera le soin de tirer le meilleur parti des ressources qu'ils auront 
à aménager. Eux seuls seront juges de la conduite à tenir dans 
des circonstances que personne ne saurait encore prévoir. Nous 
qui n'entrerons pas dans la terre promise, nous devons nous bor- 
ner à frayer la route qui peut y conduire et à tracer les grandes 
lignes des établissements qu'il y faudra fonder. C'est ce que nous 
avons toujours essayé de faire, convaincu, comme tous ceux qui 
ont étudié la question, que la plupart des embarras dans lesquels 
la Bibliothèque se débat depuis un siècle disparaîtront aussitôt que 
l'achèvement des bâtiments mettra un terme à de monstrueux 
encombrements et fournira le moyen de mieux grouper les collec- 
tions et de les mettre plus à portée des lecteurs. 

Les avantages qui découleront des nouvelles constructions ont 
été exposés il y a plus d'un an dans un rapport que le Comité 
consultatif a tout particulièrement recommandé à la bienveillante 
attentioû du Ministre et dont les parties essentielles peuvent être 
mises sous les yeux du public. 

VIII. 

NÉCESSITÉ d'achever LES BATIMENTS DE LA BIBLIOTHEQUE. 

En principe, la question de l'agrandissement de la Bibliothèque 
nationale est vidée depuis longtemps. Dès l'année 1879, M. Bar- 
thélémy Saint-Hilaire, au nom d'une commission instituée par le 
Ministre de l'instruction publique, a développé les considérations 
qui, aux yeux de la Commission, rendaient indispensable l'achat 
de plusieurs immeubles de la rue Colbert et de la rue Vivienne, pour 
isoler la Bibliothèque et pour recevoir les accroissements annuels 
des collections. La Chambre des députés et le Sénat furent immé- 
diatement convaincus : un crédit de 6,650,000 francs ayant été 
accordé parles lois du 28 décembre 1880 et du 15 juillet 1882, la 
première partie du programme fut aussitôt remplie. L'isolement de 
la Bibliothèque lui assura une sécurité que réclamaient depuis 
longues années tous les amis des lettres, des sciences et des arts. 
Mais la seconde partie du programme est restée en souffrance. 



JH2 NOTES SUR LE DEPARTEM&NT DES IMPRIMÉS 

Si nous sommes, depuis dix ans, à l'abri des craintes que 
devait inspirer le voisinage immédiat d'habitations particulières 
et d'industries dangereuses, nous voyons s'augmenter de jour en 
jour les inconvénients qui résultent de l'insuffisance des locaux 
affectés aux collections de la Bibliothèque nationale. 

Les bâtiments dont nous disposons répondent à peu près exac- 
tement comme superficie à ceux qui avaient été assignés il y a 
plus d'un siècle et demi à la Bibliothèque du roi. Il a fallu les 
efforts de plusieurs générations de bibliothécaires et d'architectes 
pour faire tenir deux millions et demi de livres imprimés (sans 
parler des manuscrits, des estampes et des médailles) sur un ter- 
rain qu'on estimait d'abord nécessaire au logement d'à peine 
150000 volumes. Aujourd'hui nous sommes à bout d'expédients; 
nous en sommes arrivés à la nécessité de placer, dans certaines 
séries, deux rangées de volumes sur une même tablette, ou bien 
de mettre des cartons sur des corniches à peu près inaccessibles, 
ou bien encore d'entreposer à terre, dans des passages très étroits, 
les suites de plusieurs collections très volumineuses. Ces incon- 
vénients, dont la gravité ne saurait échapper même aux personnes 
les moins familières avec l'administration des bibliothèques, se 
produisent surtout dans les galeries consacrées à l'emmagasine- 
ment des journaux. En 1890, nous avons dû empiler les séries 
de l'année courante sur les séries des années antérieures, au risque 
de rendre à peu près impossible la communication des liasses de 
certaines années précédentes. 

Nous sommes donc réduits à l'alternative ou d'obtenir l'agran- 
dissement de nos magasins ou d'interrompre la formation et l'en- 
tretien de collections dont la conservation nous est légalement 
imposée, et auxquelles ont souvent à recourir des particuliers ou 
des représentants de diverses administrations publiques. 

On avait cru un moment qu'on pourrait sortir d'embarras en 
reléguant plus ou moins loin de la Bibliothèque, et même de Paris, 
des collections aussi encombrantes que les journaux des départe- 
ments. Mais il est impossible de s'arrêter à cette idée * quand on 



1 . Si on ne peut, sans de grands inconvénients, éloigner actuellement de la 
Bibliothèque nationale les collections de journaux des départements, il y aurait 
tout avantage à en faire sortir beaucoup de volumes auxquels on n'a, pour ainsi 
dire, jamais besoin de recourir : doubles ou triples de certains livres théologiques, 



DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 443 

voit le nombre des communications auxquelles donnent lieu ces 
collections, et les conditions dans lesquelles se produisent les 
demandes, principalement au cours des périodes électorales, 
comme l'expérience en a été faite en 1889. D'ailleurs, toute ins- 
tallation à faire en dehors de la Bibliothèque entraînerait un assez 
notable accroissement de dépenses pour le personnel et pour le 
matériel. 

Il n'y a qu'une solution, et elle s'impose impérieusement : c'est 
de mettre à profit les terrains acquis en 1880 et d'y commencer 
des constructions définitives, dont le sous-sol sera aménagé de 
façon à abriter convenablement tous les journaux qui sortiront 
des imprimeries françaises pendant un demi-siècle. Plus tard, nos 
successeurs auront à décider si des journaux d'un ordre secon- 
daire, vieux de trente ou quarante ans, ne devront pas être sacri- 
fiés, c'est-à-dire envoyés hors de Paris, pour faire face aux nou- 
veaux venus, et s'il n'y aura pas lieu d'établir un roulement de 
mise au rebut ou de relégatioii, analogue à ce qui se pratique pour 
éviter l'encombrement dans les archives des départements et de 
diverses administrations publiques. Quoi qu'il en soit, personne 
ne peut songer maintenant à la suppression ou à la relégation 
des collections des dix ou vingt dernières années, et c'est pour 
assurer le rangement des journaux de demain, peut-être même 
d'aujourd'hui, qu'il importe de préparer sans aucun retard de nou- 
veaux magasins. 

Mais la nécessité de loger les collections de journaux est peut- 
être l'un des moindres arguments qui doivent être mis en avant 
pour réclamer de la façon la plus pressante la prompte réalisation 
du programme accepté en principe dès l'année 1880. Les amélio- 

doubles incomplets ou très fatigués d'ouvrages de tout genre, tirages faits sur 
clicliés, etc. 

Il faut assurément conserver tous ces volumes : ceux qui viennent du dépôt 
légal sont, à proprement parler, des pièces d'archives dont nous sommes mora- 
lement comptables vis-à-vis des auteurs ou des éditeurs. Les autres peuvent, à 
un moment donné, fournir le moyen de réparer un accident ou de combler une 
lacune dans des exemplaires appartenant à diverses bibliothèques de l'État. Mais 
c'est tout à fait exceptionnellement qu'il se présentera une occasion de les 
employer. En entreposant les livres dont il s'agit dans les dépendances de la 
bibliothèque du palais de Fontainebleau, comme le projet en a été soumis à 
M. le Ministre, on se ménagerait la faculté d'en tirer parti et on diminuerait 
l'encombrement de quelques parties de la Bibliothèque nationale. 



4-14 NOTES SUR LE De'pARTEMENT DES IMPRIMe's 

rations indispensables que nos principaux services attendent 
depuis de longues années sont toutes subordonnées à l'emploi des 
terrains acquis en 1880 et qui, laissés dans un piteux état d'aban- 
don, déshonorent un des plus beaux quartiers de Paris. 

Sur ces terrains, outre le magasin de journaux, nous pourrons 
établir le Département des Médailles tout entier, une grande salle 
de lecture pour le Département des Imprimés, une galerie complé- 
mentaire pour le Département des Manuscrits, et probablement 
aussi des ateliers et des bureaux pour des services auxiliaires. 

Le Département des Médailles occupe actuellement le local pro- 
visoire qui lui fut affecté, il y a bientôt trente ans, lors de l'arri- 
vée des incomparables collections du duc de Luynes. Ce local, 
très insuffisamment éclairé et tout à fait impropre au rangement 
méthodique des différentes séries du Cabinet, a été taillé au cœur 
même du Département des Imprimés, dont il entrave et complique 
le fonctionnement, puisqu'il faut contourner le Département des 
Médailles, à l'étage supérieur, pour faire arriver dans la salle de 
travail les innombrables volumes placés dans les combles du côté 
de la rue de Richelieu. Cet inconvénient disparaîtra le jour où les 
collections des Médailles et antiques seront installées dans les 
pièces qu'elles doivent occuper sur le jardin et sur la rue Vivienne. 

Le déménagement des Médailles nous fournira aussi le moyen 
de mettre la Section géographique en contact immédiat avec la 
grande salle des Imprimés, et de donner par là satisfaction aux 
travailleurs qui, dans beaucoup de cas, ont intérêt à consulter des 
livres en même temps que des cartes, avantage évident dont ils 
ne pourront pas profiter, tant que la Section géographique sera 
éloignée du centre du Département des Imprimés. 

La translation de la section géographique permettra de donner 
au Département des Estampes l'extension qu'il réclame au pre- 
mier étage. Les dessinateurs pourraient alors travaiUer dans une 
salle bien éclairée et facile à surveiller, conditions qui nous font 
actuellement défaut ; nous pourrions en même temps organiser au 
rez-de-chaussée une exposition qui mettrait sous les yeux des visi- 
teurs une histoire complète de la gravure depuis les origines 
jusqu'à nos jours, analogue à celle qui existe dans la galerie 
Mazarine pour les livres manuscrits et imprimés. Du même coup, 
nous rendrions au Département des Imprimés des pièces qu'il a dû 
prêter, il y a quelques années, au Département des Estampes, et 



DE LA BIBLIOTHÈQUE iVATIONALE. 443 

dont il na pas moins besoin que des pièces cédées provisoirement 
au Département des Médailles. 

Telles seront, pour le Département des Imprimés, pour la Sec- 
tion géographique, pour le Département des Médailles et pour celui 
des Estampes, les conséquences de l'installation du cabinet des 
Médailles et antiques sur les terrains de la rue Vivienne. 

Le Département des Manuscrits aura, lui aussi, un grand béné- 
fice à retirer de la réalisation du programme dont j'esquisse ici 
les grandes lignes et dont aucun détail n'a été perdu de vue dans 
tous les aménagements préparés et exécutés par l'architecte 
depuis 1876. 

Au premier étage, sur la rue Colbert, nous pourrons donner 
aux manuscrits l'installation confortable et définitive à laquelle 
ont surtout droit les volumes ornés de miniatures. Nos collections 
de manuscrits à peintures sont de beaucoup les plus riches qui 
existent au monde. On serait fondé à nous accuser de vandalisme 
si nous tardions à les soustraire aux chances de détérioration 
auxquelles nous sommes condamnés à les laisser exposés dans des 
combles inhospitaliers, sans défense contre le froid de l'hiver, 
contre la chaleur de l'été, contre la poussière de tous les temps et 
contre les chocs résultant du transport à l'étage inférieur et du 
déplacement ou du replacement des volumes voisins. La néces- 
sité d'assurer, autant qu'il est en notre pouvoir, la conservation 
des chefs-d'œuvre de la peinture d'une longue suite de siècles suf- 
firait pour justifier notre insistance à réclamer l'achèvement des 
bâtiments de la Bibliothèque nationale. 

Au milieu du terrain qu'il s'agit d'employer s'ouvrirait une 
vaste salle circulaire ou elliptique, pouvant recevoir quatre ou 
cinq cents lecteurs et garnie de 60 ou 80000 volumes choisis dans 
toutes les divisions du cadre bibliographique. Elle ne servirait 
pas seulement à remplacer la salle actuelle de la rue Colbert, qui, 
par tant de raisons, est indigne d'un pays comme la France et 
d'une ville comme Paris. Il serait facile de l'organiser dans des 
conditions telles que beaucoup de lecteurs la préféreraient à la 
salle actuelle de travail, où les porteurs de cartes ne trouvent pas 
toujours le moyen de s'asseoir et où l'attente sera toujours de 
quelque durée par suite de l'immensité des collections dont les 
livres demandés à cet endroit font partie. La nouvelle salle serait 
agencée de manière à recevoir le public dans la soirée, et pen- 



4^6 NOTES SUR LE DÉPARTEMENT DES IMPRIMES 

dant les séances du soir nous pourrions autoriser exceptionnel- 
lement à y travailler, sur des livres rares et même sur des manus- 
crits, les savants de la province ou de l'étranger dont le séjour à 
Paris serait de courte durée. 

Là ne se borneraient pas les services que les travailleurs de 
province seraient en droit de nous demander le jour où l'achève- 
ment des nouveaux bâtiments permettrait de réaliser toutes les 
améliorations que nous avons en vue. Nous pourrions alors orga- 
niser en leur faveur, sur une base très large, un système de prêts, 
dont l'économie générale a été exposée par Monsieur le Directeur 
du secrétariat et de la comptabilité dans une communication faite 
en 1890 à l'Académie des sciences morales et politiques. 

Les avantages que l'administration et le public retireraient du 
projet dont il est ici question peuvent se résumer en deux mots : 

1° Logement des collections de journaux et d'autres documents 
imprimés, pour lesquels l'espace fait aujourd'hui complètement 
défaut et qui ne pourraient être éloignés de la Bibliothèque sans 
un grave dommage pour le public. 

2° Concentration de toutes les parties du Département des 
Imprimés , aujourd'hui disséminées de différents côtés , ce qui 
entraîne souvent de grands retards pour la communication des 
livres demandés dans la saUe de travail. 

3° Installation de la Section géographique dans le voisinage de 
la salle de travail, ce qui permettra aux lecteurs de consulter en 
même temps les cartes et les livres se rapportant à une même 
question. 

4" Installation du cabinet des Médailles et antiques dans des 
locaux bien éclairés, où les différentes séries pourront être ran- 
gées suivant un ordre méthodique. 

5" Préservation des manuscrits à peintures, qui sont aujour- 
d'hui exposés à des chances multiples de détérioration. 

6° Facilités données aux savants, aux artistes et aux curieux, 
qui ont à étudier les collections du Département des Estampes et 
qui désirent se rendre compte de l'histoire de la gravure et de la 
lithographie. 

7° Ouverture d'une grande salle destinée, d'une part, à rempla- 
cer la salle actuelle de la rue Colbert, qui est tout à fait insuffi- 
sante, et, d'autre part, à recevoir le trop plein de la grande salle 
de travail, où les lecteurs munis de cartes ne trouvent plus tou- 



DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 447 

jours de places à occuper quand ils s'y présentent vers 2 ou 3 heures 
pendant les journées d'hiver. 

8" Admission de quatre à cinq cents lecteurs à des séances 
du soir. 

9° Organisation du prêt des volumes doubles, en faveur surtout 
des savants de province. 

Tels sont les résultats que nous assurera l'achèvement des bâti- 
ments de la Bibliothèque et dont l'importance compensera large- 
ment les sacrifices que l'opération doit entraîner. 

Ces sacrifices sont assurément considérables ; mais il ne faut 
pas oublier que la plus grosse dépense a été effectuée le jour où 
les maisons de la rue Vivienne et de la rue Colbert ont été expro- 
priées. Il convient aussi de faire observer que les travaux à exé- 
cuter sur les terrains acquis en 1880 s'échelonneront sur un cer- 
tain nombre d'années et que les crédits nécessaires se répartiront 
sur un nombre correspondant d'exercices financiers. 

La longueur du temps exigé pour la construction et l'aménage- 
ment des nouveaux bâtiments est un puissant argument à faire 
valoir pour obtenir à bref délai le moyen de commencer les tra- 
vaux. Si la fin du siècle n'en devait pas voir l'achèvement, la 
Bibliothèque nationale aurait cessé de tenir le rang qu'elle occupe 
depuis longtemps parmi les institutions savantes de l'Europe. 

Léopold Delisle. 



NOTE SUR UN CARTULAIRE 

EN FORME DE ROULEAU 
PROVENANT DE L'ABBAYE DE LA SAUVE-MAJEURE 



On sait que les cartulaires en forme de rouleaux sont rares : 
Mabillon, qui parle à deux reprises des documents de ce genre S 
cite uniquement les cartulaires en rouleaux de l'église d'Albi, que 
lui avait montrés l'abbé de Camps. Les archives des Basses-Pyré- 
nées^ possèdent un cartulaire de l'abbaye du Mas d'Azil, lequel 
est un rouleau en parchemin de 4" 15 sur 0"27. Il existe dans le 
fonds de Saint-Martin-de-Canigou, aux archives des Pyrénées- 
Orientales, deux rouleaux de dimensions beaucoup plus modestes 
(O'^eS X 0"^12 et O^eS X 0^060 à 0'°065), qui sont jusqu'à un 
certain point des cartulaires 3; ils renferment une copie abrégée 
des titres d'acquisitions faites par l'abbé Pierre (1172-1212)^ 

1. De re diplomattca, p. 7 et 40. — Cf. Nouveau Traité de diplojnatique, 
t. I, p. 432. 

2. Inventaire, E 475. 

3. Bulletin du Comité des travaux historiques, 1889, p. 251. 

4. Dans l'inventaire des archives de Sainte-Croix de Bordeaux, dressé en 1755, 
on lit : « Confirmation faite par divers papes des donnations faites au monastère 
par les ducs de Guyenne, en un rouleau de parchemin extrêmement long » 
(p. 378 et, dans une autre copie de ce même inventaire, f. 167). L'inventaire 
de 1784 est plus explicite .• « Extrait ancien en un rouleau de parchemin de la 
dotation de Guillaume, comte, et Aremberga, sa femme, de l'église de Saint- 
Laurens ou Saint-Macaire, de celle de Notre-Dame de Macau et Saint-Hylaire 
du Taillan ; plus d'une donnation faite par Anna, comtesse de Bordeaux et de 
Périgueux, à Soulac, en 1043, Gombaud abbé; d'une confirmation de la donnation, 
faite par Guillaume-Godefroi, de Soulac, par Guillaume, duc et comte de Guienne, 
son lils, lequel prend le monastère en sa protection avec Saint-Macaire; extraits 
de plusieurs bulles et procédures faites par les papes ou ses (sic) légats et com- 
missaires, pour raison de Soulac, que l'abbé de Saint-Sever prétendait lui appar- 
tenir au préjudice de ce monastère, auquel il est adjugé par tous ces titres, avec 
un vidimus fait en 1447 » (p. 1). C'est probablement ce rouleau qui fut présenté, 
le 14 mars 1687, par le syndic de l'abbaye aux trésoriers de France en Guienne : 



CARTULAIRE-ROULEAU DE LA SAUVE-MAJECRE. 4^9 

Le cartulaire-rouleau gardé aux archives de la Gironde dans 
le fonds de la Sauve-Majeure mesure 4'"95 de longueur sur une 
largeur de 0'"32 environ. Il est formé de dix pièces de parchemin 
cousues bout à bout, et il contient la transcription de trente-cinq 
actes relatifs aux possessions de l'abbaye en Espagne. La marge 
est sensiblement plus large à gauche, du côté où commencent les 
lignes. L'écriture n'est pas fort ancienne : c'est une minuscule 
espagnole du xvi"^ siècle, avec des en-têtes en onciales dont l'ar- 
chaïsme intentionnel n'est pas sans intérêt. La première pièce de 
parchemin, sur laquelle sont les documents 1 et 2, paraît avoir 
été ajoutée après coup, mais à la même époque. 

Quelques-uns des documents renfermés dans le cartulaire-rou- 
leau que j'étudie nous sont parvenus en original. Cette coïncidence 
nous permet de constater qu'ils ont été copiés en entier et très 
fidèlement ; le scribe a même reproduit avec assez d'exactitude le 
dessin des signa, ainsi qu'on peut s'en assurer en rapprochant, 
par exemple, de l'original les pièces 2 et 33 du rouleau ^ Certains 
de ces signa sont en caractères arabes : dans les chartes 4, de 
Pierre, évêque de Pampelune (1103), 7, du roi Sanche(?), 16, de 
l'évêque Pierre déjà nommé (1087) et 19, du même (octobre 1087)^. 

Les trente-cinq actes renfermés dans le cartulaire-rouleau de 

« Led. scindic des Bénédictins nous a représenté une pancarte escrite en par- 
chemin dans un rouileau contenant treize peaux attachées l'une à la suile de 
l'autre, de laquelle pancarte avons aussy extrait, vidimé et compulsé un titre 
commançant par ces mois : Ego enim, in Dei nomine, Wilhelmus, donum Dei 
cornes, etc., marqué à la fin d'une croix » (Arch. de la Gironde, C 4156). — Dans le 
catalogue des manuscrits de la bibliothèque de Clermont-Ferrand, que vient de 
publier mon confrère et ami M. C. Couderc, je crois trouver la mention d'un 
cartulaire sur rouleau : « 651. Recueil sur Aurillac et l'abbaye de Saint-Géraud, 

par Léonard Lagarrigue, notaire royal Fol. 159 v° : « Extraict d'un grand 

« tiltre, en vieux caractère, sur un rouileau de parchemin, trouvé dans les 
« archives de la communauté Nostre-Dame de la présant ville, concernant les 
« privilèges des francfiez et araortissemens accordés dans la terre de nostre grand 
« sainct et illustre saint Géraud. » 

1. Diplômes de Jacques d'Aragon des 3 avril 1226 et 6 mars 1209, nouv. style. 
— Ces actes sont datés comme il suit : « Datum Ylerde, ni nonas aprilis, era 
Ma CCa LXa quarta, » et « Datum in Turol, pridie nonas marcii, era Ma CCa XL» 
Via. » Je ne crois pas que la chancellerie d'Aragon fût, à cette époque, dans 
l'usage de dater les diplômes de l'année de l'ère d'Espagne. Sur l'original du plus 
ancien de ces deux documents, on a gratté la date après le mot marcii, et la 
formule primitive anno Domini apparaît encore vaguement. 

2. L'évêque Pierre a tracé son signum en caractères arabes au bas d'un docu- 
ment que M. l'abbé Douais a publié. Un arabisant a lu : signum Pétri, filii 
Sancii (Cartulaire de Saint-Sernin de Toulouse, p. 322). 



420 NOTE SUR m CARTULAIRE E\ FORME DE ROULEAU 

la Sauve sont analysés dans l'inventaire des archives de l'abbaye 
établi en 1621 , au chapitre des « tiltres tirés du latin, » fol. 224 v"- 
239 v°, sous la cote 276 : 

« Et plus ung roUeau en parchemin dans lequel sont contenus 
les tiltres qui s'ensuyvent : A sçavoir, le premier est certaine 
transaction, » etc. 

Ces actes sont aussi copiés, dans un ordre différent, sur les deux 
cartulaires de l'abbaye déposés à la Bibliothèque de Bordeaux, 
dont M. .J. Boucherie prépare la publication pour la Société des 
Archives historiques de la Giro7ide. Je ne puis pas songer à 
en donner ici le texte. Voici néanmoins une relation intéressante 
que dom Dulaura a utilisée pour son histoire inédite de la Sauve 
et que je n'ai trouvée ni dans les cartulaires précités ni dans un 
cahier en papier de 1500 environ, qui renferme la copie des titres 
copiés sur notre rouleau ; elle porte sur celui-ci le n° 3 et elle se 
trouvait en tête avant que l'on eût ajouté, comme je l'ai exposé 
ci-dessus, le morceau de parchemin qui renferme les deux pre- 
mières pièces. 

Vos devais saber que en el tiempo de la conquesta de la villa de 
Exeya^, en Tobispado de Seragoça, en el regno d'Aragon, laqualle 
estava en las manos de les Moros, losqualles azian muchos maies de 
ladicha villa en fuera a los Cristianos ; mas el rey d'Aragon llamado 
don Sancho metio el real delantes de ladicha villa de Exeya, cum 
grande excercito de gente. Siendo el real delante de ladicha villa, vinie- 
ron los senyores visconte de Guabardan y de Marçan, Guaston, conte 
de Beguorra, y don Guaston Despes, cum muchos cavalleiros de Guas- 
conya, a la suplicacion del senyor rey don Sancho, etvinieron a ladi- 
cha villa de Exeya, laquai era fuerla para todos los reys cristianos, 
por tal que estava guarniçida de triguo y otras cosas por dieze afios 
y bien guarniçida de gente y d'armas. Y depueis que el real uvo 
stado delante ung grande tiempo, veendo que no azcanse non guastar 
los vivres y tresoro, el dicho conte de Beguorra, aconsejado de todos 
los otros cavalières de Guasconya que ay estavan, y cognosciendo que 
la dicha villa de Exeya no se podia tomar senon que Dyos y obrasse, 
se fueron al senyor Rey et ly dixieron : « Senyor, corao qu'Iera qu' 
« esta loguar inexpugable y no se pueda tomar por vertut humana, 
« empero si Su Alteza quiere dar crédite a lo que ly dixieremos y 
« promete de lo azer todo observar y acomplir, nos otros nos obri- 

1. Ejea-de-los-Caballeros, ville de l'Aragon, prov. de Saragosse. 



PROVENANT DE l'aBBATE DE LA SAUVE-MAJEURE. 42'l 

a gamos, cum la gracia de Dyos, de tomar ladicha villa. » A losqual- 
les renspondio el Rey que era contiento de azer lodo lo que mandas- 
sen. Depueis que el dicho conte de Beguorra uvo oyda la respuesla 
del senyor Rey, disso en esta maneyra : « Senyor, es verdad que en 
« la tierra de Bordales, Entra-Dos-Mares, a ung grande y excellente 
« monesterio llamado Sancta-Maria de la Selva-Mayor, de la orden 
« de sancto Benedicto, en el quai se azen muy grandes biens, como ora- 
« çiones y otros, de nueche y de dia, y muchos milagres por la inter- 
« cession de la gloriosa Viergen sancta Maria y do glorioso amiguo 
« de Bios sanct Gérard, prumero abade do dicho monesterio de la 
« Selva-Mayor y fondador d'aquell. Et por tanto creemos ferma- 
« mente que si Vuestra Senyoria y todos nosotros de buen coraçon 
« y cum grande devocion nos encomendamos a Dyos y a sancta Maria 
« y ao glorioso sanct Gérard , prumiero abade do dicho mones- 
« terio de Sancta-Maria de la Selva-Mayor, y quiere prometer Su 
oc Alteza de dar todas las décimas y primiccias do dicho loguar y 
« senyorio de Exeya y fondar ung monesterio de monges en la dicha 
« villa de Exeya y lo dar a Dyos y sancta Maria y ao glorioso sanct 
« Gerad y a su monesterio de Sancta-Maria de la Selva-Mayor, luego, 
« cum la gracia de Dios y sancta Maria y do glorioso sancto avras la 
« dicha villa de Exeya y todos los Moros en tas manos. » Lasqualles 
cosas el senyor Rey prometio y juro de azer, y luego, la manhana 
seguente, se pueseron totos en devocion y se recomendaron a Dyos y 
a la gloriosa Viergen Maria y ao glorioso sancto y a las oraçiones 
dos religiosos do susdicho monesterio de Sancta-Maria de la Selva- 
Mayor, y luego fecha lo oraçion y recomendacion, deron l'assaut a 
ladicha villa de Exeya, y prestamente fue puesta en las manos del 
senyor rey don Sancho, y todos los Moros que dentro estavan, sen 
algun dano que oviessen los Cristianos que y estavan. Et en este modo 
fue conquistado el dicho loguar de Exeya y dado al dicho monesterio 
de Sancta-Maria de la Selva-Mayor, en la diocesa de Bordeus. Et fu e 
fecho secundo nonas aprilis era millesima noventa cinque. Y, esto 
fecho, el senyor Rey y el senyor don Guaston, visconte de Guabardan 
y de Marçan y conte de Beguorra y otros muchos cavailleros vinieron 
al dicho monasterio de la Selva-Mayor render gracias a Dyos y a 
sancta Maria y ao glorioso sanct Gérard. 

A. Brutails. 



i89i 28 



PACTE 

POUR LA PAIX ET LE COMMERCE 

ENTRE 

LA RÉPUBLIQUE DE VENISE ET L'ÉMIR DE MILET 

EN ASIE MINEURE. 



Le document suivant est transcrit sous ce titre, dans le dixième 
registre des Gommémoriaux de la république de Venise : Pax firmata 
cum Alies Bei, turcho, domino Mandachie, per ser Petrum Civrano, 
capitaneum Culphi. M. Predelii en a donné une fidèle analyse dans 
l'inventaire analytique de ce précieux recueil publié par ses soins 
sous la direction du surintendant général des archives de Venise ^ 

Il constate l'accord public conclu dans une ville désignée sous le 
nom de Pezona, par Pierre Givran, capitaine du golfe de Venise, et 
muni à cet effet des pouvoirs de la république, avec l'émir turcoman 
qui régnait sur la principauté de Mentesché ou Mentescha, l'un des 
États formés du démembrement de l'ancien empire seldjoucide 
dlconium. 

L'objet du pacte est d'assurer la sécurité réciproque et la liberté de 
séjourner et de commercer aux sujets des deux puissances contrac- 
tantes dans toutes les villes et dans tous les lieux de leurs souverai- 
netés respectives. 

L^émir dont il émane est Alias Bey ou Elias Beg. M. de Hammer^ 
qualifie ce prince de fils de Yakou Beg ; mais lui-même se dit fils de 
l'émir Mahmoud ou Machemet Beg, dans le présent document, comme 
dans le traité qu'il avait conclu à Palatcha, en -1403, avec le délégué 

1. I Libri Commemoriali délia republica di Venezia. Regesti, t. III, p. 374, 
n- 205. Venise, 1883. 
1. Hist. de l'empire ottoman, tr. fr., t. XVII, p. 98. 



PACTE ENTRE VENISE ET l'ÉMIR DE MILET. 423 

du doge de Crète ^ Peut-être les noms de Yakoub et de Machemet 
désignent-ils le même personnage. 

La principauté de Mentesché était située vis-à-vis de l'île de Rhodes ; 
elle comprenait toute l'ancienne Carie, et probablement une partie de la 
Lycie occidentale. Sa ville principale était Palatcha, l'antique Milet, 
près de l'embouchure du Méandre, et les populations latines dési- 
gnaient le souverain de ces contrées plutôt sous le nom de Seigneur 
de Palatcha, ou de la Palatia, que sous le nom de Mentesché-. 

On remarquera qu'au début du pacte l'émir parle directement et à 

la première personne : /o, Alies Bei, fio de Machemet , vene da 

Nu , etc. Peu après, l'envoyé vénitien prend la parole et l'acte con- 
tinue ainsi : Intro a lo ilhistrissimo e glorioso doxe^ etc., con meso 
Vui, excelso Seynor, Alies Bei. In prima, vuol la signoria de Veniexia 
che la Vostra Signoria abia H suo mercadanti venitiani, etc. 

Voici vraisemblablement l'explication des particularités de cette 
rédaction, un peu bizarre, qui diffère en effet du protocole ordinaire 
des traités synallagmatiques. 

Pierre Civran, capitaine du golfe adriatique, chargé par la répu- 
blique de renouveler les anciens accords conclus avec le seigneur de 
Palatcha, se rendit auprès de l'émir en ayant certainement devers lui 
un écrit sur lequel se trouvaient énoncés, en quelques articles, les 
desiderata ou les conditions de la Seigneurie de Saint-Marc. 

Cet écrit est probablement la partie de notre document commençant 
par les mots : Intro a lo illustrissimo e glorioso doxe, etc. 

Je crois que l'émir, pour accéder aux demandes vénitiennes, se 
borna à faire écrire en tête ou en marge du parchemin qu'on dut lui 
présenter, ou lui lire, les mots suivants, qui, en constatant son adhé- 
sion, suffisaient pour renouveler la paix et les traités antérieurs : 
Inperzo chel vene da Nu, etc. 

Puis, après un échange de serments, le notaire vénitien, adjoint 
certainement comme secrétaire à l'envoyé ducal, écrivit au bas du 
parchemin la date chrétienne : Fata fo la prexente sagramental 
scriptura, etc. 

Peut-être un sceau ou quelque cachet coloré fut-il apposé ou 
imprimé sur la pièce. 

Si nous avions l'instrument original du pacte de 4 4^ 4, il est pro- 

1. Trésor de chronol. et d'hist., col. 1802; Bibliothèque de l'École des chartes, 
t. XXV, 1864, p. 226. 

2. Pegolotti, dans Pagnini, t. III, p. 94. 



424 PACTE POUR LA PAIX ET LE COMMERCE 

bable que nous y verrions les preuves matérielles et paléographiques 
de ces diverses formalités diplomatiques, dont on ne fit pas mention 
en transcrivant la pièce dans les registres officiels de la république 
de Venise. 

Il reste à identifier le nom de la ville où l'accord fut conclu. Pezona 
ne peut être Trébizonde, comme on l'a cru. Les empereurs de Cons- 
tantinople conservaient encore, en -1 4i4, ce lambeau de l'Asie Mineure, 
que leur enleva Mahomet II. Et les possessions du souverain ou de 
l'émir de Milet, sMntitulàt-il sultan, ne s'étendaient pas, tant s'en 
faut, jusqu'au Pont-Euxin. 

Pezona est peut-être Passada, sur le golfe d'Assiri Kalessi ou d'Ha- 
licarnasse, non loin du tombeau de Mausole, dont les chevaliers de 
Rhodes firent leur Ghàteau-Saint- Pierre'. Le Mentesché d'ailleurs ne 
conserva pas longtemps son indépendance. 

En -1425, profitant de la mort d'Alias Bey, Amurath II l'annexa de 
force aux domaines ottomans et lui donna pour gouverneur un pacha 
turc. Il a formé jusqu'aux dernières modifications administratives le 
livah ou pachaUk de Mentesché. 

L. DE Mas Latrie. 



Paœ firmata cum Alies Bei, turcho, domino Mandachie, 
per ser Petrum Civrano, capitaneum Culphi. 

lo, Alies Bei, fio de Machemet Bei, segnor di luogi de Manda- 
chia, fazo sacramento in Dio, che créa cielo e terra, et in lo mio 
Machemeti, mio profeta, et in lisetemusafii^ de haver bona pase 
con lo comun de Veniexia, e con' li luogi e isole sotoposte a la 
signoria de Veniexia. 

In perzo chel vene da Nu el nobele ser Piero Givran, capetanio 
del Golfo, e feze pase con nui per nome del comun de Veniexia, 
in ora bona et ventura, e bona gratia, fazo, e confermo bona 
paxe per sempre. 

Intro a lo illustrissime e glorioso doxe de la signoria de Veniexia 
con meso vuii, excelso segnor Alies Bei, fiolo de Machemet Bei, 

1. Voy. Newton, A history of discoveries at Halicarnasses, Cnidus and Bran- 
chidse, ia-8». Londres, 1862, p. 72-3. Grand atlas. 

2. Li sete musafii. Ces mots, veut bien me dire M. Schefer, désignent les 
sept sages ou les sept personnages recommandables de l'islamisme, les premiers 
califes. 



ENTRE VENISE ET L EMIR DE MILET. 425 

signor de la Palatia, et de tutta la proventia de Mandachia, con 
li pati infrascripti. 

1. In prima, vuol la signoria de Yeniexia che la vostra signoria 
abia li suo mercadanti Yenitiani e subditi del comun de Yeniexia 
in le citade e isole vostre, che queli sia salvi e ferrai, se che, per 
nisuna caxon, non li sia fati algun adasto, ni anche farli far adasto, 
in lo avère ne in le persone, per parte de vuy, signor Alies Bei, ni 
per li homeni vostri, ni per alguni al tri homeni per vuii mandadi. 
E questo, vui ze promete per la vostra fede e vostra leze, et in lo 
vostro sagramento suprascripto. 

2. Anchora tuti li Yenitiani de la signoria del comun de 
Yeniexia, con l'a ver e le persone e navili suo, possa vegnir a mar- 
cantizar in li vostri luogi, porti, citade, le quai vuy bave, excelso 
signor Amira ; que li possa marcantizar, descargar, vender e 
comprar, partir emolto fiade retornar, seguri, senza alcuna novi- 
tade, incargo e vergugna, secondo li pati fati per li tempi passadi 
con li vostri antecessori, pagando ampuo li nostri Yenitiani 
quelo comerchio ordenado e fato per li tempi pasadi, e non altra 
cosa più. 

3. Anchora prometo mi, Piero Civran, capetanio del Colfo, se 
li vostri Turchi, e subditi vostri, vignera in li nostri luogi et isole 
nostre, che queli possa star salvi e seguri ; e alguna novitade, ni 
torto, non li sia fato; ni etiamdio eser corsizadi da li nostri Yeni- 
tiani, ne subditi del comun de Yeniexia, ni per alguni altri, per 
nome nostro, ne in lo aver, ne in le persone. E questo prometo 
per nome del comun de Yeniexia et in lo sagramento che ve fazo. 

4. Ancor tuti li Turchi e subditi de lo excelso signor Amira, 
con l'aver e persone, e navilii de la vostra signoria, che possa 
vegnir con le suo chose e mercadantie suo in li luogi, citade e 
parti nostri ; e che possa mercantizar, descargar, vender e com- 
prar, cargar, partir una e pluxior fiade, e tornar salvi e seguri, 
senza algun adasto ne incargo, sora a li pati fati per lo tempo pas- 
sado, cor la mia signoria, pagando etiandio li vostri Turchi 
intrando in li nostri luogi de Yeniexia omni comerchio fato e 
ordenado, per li tempi passadi, e non altra cossa plui. 

Fata fo la prexente sagramental scriptura, da lo milesimo de 
la Nativitate de Cristo, in 1414, de octobre a dî 17, in la città 
de Pezona. 



QUATRE DOCUMENTS 

RELATIFS AUX RAPPORTS 

DE FRANÇOIS PHILELPHE AVEC FRANÇOIS SFORZA 



Les biographes de Philelphe ' ont exposé son attitude ambiguë 
à la mort de son protecteur, Philippe-Marie Visconti (13 août 
1447) : le savant humaniste, dont le caractère et la moralité 
étaient loin, comme on sait, d'égaler le talent, se déclara d'abord 
en faveur de la République ambrosienne ; il appela ensuite l'em- 
pereur au secours des Milanais, puis Alphonse d'Aragon; enfin, 
il se rallia très chaudement à François Sforza quelque temps 
avant son entrée à Milan ^ (25 mars 1450). Nous avons trouvé à 
la Bibliothèque nationale de Paris (ms. italien 1584, fol. 330) un 
document qui nous paraît éclairer sa conduite à cette époque : c'est 
une lettre (22 septembre 1447) par laquelle André Birague^ recom- 
mande son ami Philelphe à Sforza et l'engage à attirer à lui un 
homme aussi renommé et aussi répandu. Cette lettre, écrite, selon 
toute vraisemblance, sous l'inspiration de Philelphe, indiquerait 
qu'un mois après la mort du dernier des Visconti, il était tout dis- 

1. Lancelot, Mémoires pour la vie de François Philelphe, duns Mémoires de 
l'Académie des inscriptions et belles-lettres, t. X (1736), p. 708. — Rosniini, 
Vilà di Francesco Filelpho da Tolentino, Milano, 1808, t. II, p. 38 et suiv. — 
Nisard (Charles), les Gladiateurs de la république des lettres aux XV", XVI" et 
XVIP siècles, Paris, 1860, t. I, pp. 64-65. 

2. Lancelot {op. cit., p. 709-710) estime que l'adhésioa de Philelphe à Sforza 
est postérieure au 13 août 1449, c'est-à-dire à sa lettre à la république de Flo- 
rence [Philelphi epistolarum libri XXXVII, Venise, 1502, fol. 44), mais qu'elle 
était accomplie à la fin de décembre de la même année. 

3. Sur ce personnage, qui fut un des négociateurs de la paix de Lodi entre 
les vénitiens et Sforza et qui mourut en 1455, consulter Mazzatinti, Inventario 
délie carte deW archivio Sforzesco, dans Archivio storico lombardo (1883), 
p. 224, note 3. 



RAPPORTS DE FRANÇOIS PHILELPHE AVEC FRANÇOIS SFORZA. 427 

posé à devenir serviteur de Sforza. Ce dernier, sans doute, ne mit 
pas un prix suffisant aux services du poète, ce qui expliquerait 
que Philelphe attendit près de deux ans pour s'attacher à la for- 
tune du futur duc de Milan. 

A la suite de la lettre de Birague, nous publions trois docu- 
ments qui témoignent des affectueux sentiments de François 
Sforza à l'égard de Philelphe. Le premier, dont M. Buzer^a déjà 
donné une ample analyse, est une lettre, en date du 25 novembre 
1451, par laquelle François Sforza commande à Philelphe le dis- 
cours que son fils Galéas Marie devait tenir à l'empereur Frédé- 
ric IV lors du passage de celui-ci à Ferrare. L'intérêt de cette 
pièce réside surtout dans les détails où entre le duc de Milan, afin 
que la harangue en question aborde tous les sujets essentiels 
propres à flatter l'empereur, et cependant soit assez courte pour 
ne pas surcharger la mémoire de Galéas Marie, âgé alors de huit 
ans à peine. 

Le document suivant (Milan, l"mai 1452) est un diplôme par 
lequel Sforza admet Philelphe au nombre de ses famihers, lui 
octroie à ce titre tous les privilèges dont ils jouissaient, ordonne, 
en vue de ses fréquents voyages, à tous les officiers du duché de 
le laisser passer partout avec une suite de douze personnes sans 
l'inquiéter et sans lui faire acquitter aucun droit, et invite les 
princes et les républiques alliés de Milan à en agir de même vis- 
à-vis du grand humaniste. Il semble résulter de cette pièce que 
François Sforza était moins opposé aux déplacements de Phi- 
lelphe que ne l'ont prétendu ses biographes 2, et au voyage qu'il 
fit à Naples dans le courant de l'année 1453. 

Quant au dernier document, l'objet en est moins clair : nous ne 
serions pas surpris que cette lettre de Sforza à Philelphe se rap- 
porte à une de ces nombreuses demandes d'argent dont celui-ci 
lassait tous ses patrons. Elle contient aussi une allusion à une 
maladie dont il souffrait à cette époque (27 octobre 1457). 

P.-M. Perret. 



1. Die Beziehungen der Mediceer zu Frankreich, Leipzig, 1879, pp. 54 et 55. 

2. Lancelot, op. cit., p. 714. — Rosmini, op. cit., t. II, p. 76. — Luzio-Renier, 
Filet fo e l'umanismo alla corte dei Gonzaga, dans Giornale storico délia 
letteratura italiana, t. XVI (1890), pp. 119-217. Voir notamment pp. 168-169. 
— Cf. Apostolo Zeno, Disseriazioni Vossiane, Venezia, 1753, t. I, p. Î85. 



428 RAPPORTS DE FRANÇOIS PHILELPHE AVEC FRANÇOIS SFORZA. 



I. 



Illustris et excellens domine honorande. Perche me pare essere 
cossa utile et necessaria a la Excellentia vostra havere presse de voi 
homini prudenli et doeti, como vostro benivolo et servitore, ve aviso 
essere qui lo egregio messer Francisco Filelfo da Tholentino, multo 
apto et honorevele a bisogni al continuo occurrenti ad la S. vostra; 
il quale, de quanta scienlia et eloquentia sia, benche io non habia 
buono juditio, pur me referisco ad la fama et reputatione, laquale 
vedo di luy essere grande et singulare in Italia. Oltra di questo, e 
pratico de piu cosse di grande importantia, et appresso gia bon tempo 
l'o trovato multo afîectionato et servitore de la Gelsitudine vostra. 
Per li quali respecti ve recordo et prego, ch'el vogliati havere ad li 
servitii de la S. V., ch'el vi sara fidelissimo et receveretine honore, 
utiUtate et piacere, et faretine piacere et benefitio non solo a luy, 
anchora ad mi proprio; il quale, per la sua vertu et suavissimi 
costumi, Tho sempre amato et amo. Datum Mediolani die xxii sep- 
tembris -1447. 

Celsitudinis vestre devotus : Andréas Biragus. 

(Au revers) ... et excelso domino honorando domino Francisco 
Sfortie Vicecomiti, ... chioni et comiti ac Crémone... necnon illu- 
strium dominorum generali capitaneo. 

(Bibl. nat., ms. ital. 1584, fol. 330. Orig. papier.) 



II. 



Domino Francesco Filelpho. 
Deliberando nuy de mandare de presenti lo inclito dilectissimo 
nostro filiolo, conte Galeazo Maria, accompagnato da notabilissimi 
gintilhomini de questa nostra provicia [sic] ad visitare la maiesta del 
imperatore ad Ferrara, dove de proximo, sccondo credemo havereti 
forse inteso, deve venire, et per majore honore nostro intendiamo 
ch'el prefato nostro inclito figliolo suo proprio ore explicha et dicha 
una oratione denanzial conspecto délia prefata mayesta, cognoscendo 
nisuno altro essere piu docto ne ydoneo accoraponere dicta oratione 
quanto vuy, pero vogliate, recevuta questa, componere et mettere in 
scripto dicta oratione, che sia de compendio ad plus de doy evangelii 



jâ 



RAPPORTS DE FRANÇOIS PHILELPHE AVEC FRANÇOIS SFORZA. 429 

de sancto Johanne, et etiam minore, s'el ve parera, maxime per casone 
il dicto nostro figliolo la possa raeglio mandare a la mente, quale sia 
ornata et dilucida, et habia in se queste tre parte principale : videli- 
cet, reallegrarse délia soa venuta, comendare la soa mayesta de quelle 
comendatione et laude se conviene, et la terza offerire nuy et ogni 
nostra faculta : et similiter parendogla de includerli altre parte 
necessarie o consuete, fate il parère vostro. Quale oratione vogliate 
mandare senza dilatione et darla al referendario nostro li, che ce la 
mandi ad Lode per messo proprio, non havendo vuy per chi raandar- 
cela. Datum Crémone die xxv novembris \A^\. 

(Bibl. nat., ms, ital. 1594, fol. 82 v°. Minute, papier.) 

m. 

Littere familiaritatis et passas domini magistri 
Francesci Philefi [sic] . 

Pranciscus Sfortia Vicecomes, dux Mediolani, etc. , Papie Anglerieque 
comes ac Crémone dominus. Cum accidere sepe soleat ut vir latine et 
grece eloquentissimus, philosophus et poeta clarissimus, dilectissimus 
aulicus noster, dominus Franciscus Philelphus, civis JVIediolanensis, 
per varias mundi partes iter faciat, cumque ejus egregia virtus pre- 
stantissimaque doctrina et singularis erga nos amor ac fides jure 
optimo videatur ac merito promereri ut ubique nostris favoribus, 
subsidiis et adminiculis uti posset, ideo, proprio motu et ex certa 
scientia, eundem dominum Franciscum Philelphum inthimorum 
aulicorum nobiliumque nostrorum celui ascribentes, volumus et 
mandamus ut omnibus illis privillegiis, immunitatibus, commodis et 
honoribus uti atque frui possit ad omne sue libitum voluntatis, qui- 
bus reliqui inthymi aulici nostri ac nobiles nobisque carissimi utun- 
tur et gaudent; ceterosque omnes excellentissimos principes atque 
dominos, florentissimasque respublicas ac comunitates attentissime 
rogantes, officialibus autem nostris, capitaneis, armorum ductoribus, 
stipendariis ac subditis expresse mandantes ut eundem dominum 
Franciscum Philelphum presentium ostensorem, cum universa ejus 
familia usque ad numerum personarum duodecim, tam pedester 
quam equester, nostra causa et intuitu, cum omnibus rébus et bonis 
suis universaque suppelectili , per omnes pontes, passus, portus, 
ci vitales, terras et loca, tam per aquam quam per terram, sine ali- 
qua solutione datii, pedagii, fundinavis, tranversi vel gabelle, omni- 



430 RAPPORTS DE FRANÇOIS PHILELPHE AVEC FRANÇOIS SFORZA. 

que alio impedimento remoto, transferre, stare, transire, ire et redire 
permittant, eidem providendo de scorta, guidis et tuto securoque 
conductu, si opus fuerit, et eidem duxerit requirendum. In quorum 
fidera et testimonium, présentes litteras perpetuo valeturas fieri et 
registrari jussimus, nostrique soliti sigilli munimine roborari. Datum 
Mediolani die primo maii M CCGG L secundo. 

CiCHUS. 

(Bibl. nat., ms. ital. 1594, fol. 210. Minute, papier.) 

IV. 

Domino Francisco Philelpho. 

Respondendo a le vostre lettere, primo a la parte del maie vostro, 
dicemo cli'el ne rencresse, et che vogliate attendere ad guarire et 
guardarve dali desordini. Le altre cose che ne scriveti Jiavimo inteso : 
per adesso nongli facimo altra resposta, ma presto sarimoadMilano 
et vederemo de farvi cosa che ve piacia. Datum ut supra (Crémone, 
27 octobris U57). Ghristoforus. 

(Bibl. nat., ms. ital. 1595, fol. 136 v°. Minute, papier.) 



LA FUITE ET LES AVENTURES 



DE 



PIERRE DE CRAON EN ESPAGNE 



DES DOCUMENTS INÉDITS DES ARCHIVES D'ARAGON 



Après que, dans la nuit du 13 au 14 juin 1392, Pierre de Craon 
eut tenté d'assassiner dans les rues de Paris le connétable Olivier 
deClisson, le meurtrier s'empressa, avec ses complices, de s'éloi- 
gner du théâtre du crime. Après avoir gagné Chartres, puis le 
château de Sablé qui lui appartenait, il ne se crut pas suffisam- 
ment en sûreté dans ses terres et se réfugia auprès du duc de Bre- 
tagne, son parent, qui se trouvait alors au château de Suscinio*. 
Le prévôt du Châtelet de Paris et messire Jean le Barrois des 
Barres, envoyés par Charles VI et le duc de Touraine sur les 
traces du fugitif, ne purent le rejoindre, trompés ou retardés par 
de fausses indications, et ne réussirent qu'à saisir trois des hommes 
d'armes de Pierre de Craon, qui payèrent pour leur maître et, 
amenés à Paris, furent décapités aux Halles. 

Suivant Froissart, à qui sont empruntés les détails qui pré- 
cèdent^, Pierre de Craon ne reçut pas un fort bon accueil du duc 
de Bretagne. Ce dernier, ennemi mortel de Clisson, reprocha à 
son parent sa maladresse en termes assez vifs; cependant, s'étant 
engagé avant le crime à sauvegarder le meurtrier, il lui renou- 
vela sa promesse, en lui disant de se tenir « tout coiement » 
auprès de lui ^ . 

1. Commune de Sarzeau, Morbihan. 

2. Froissart, liv. IV, éd. Kervyn de Lettenhove, t. XV, pp. 15'19. 

3. Ibid., p. 21. 



432 LA FOITE ET LES AVENTURES 

Il faut croire que Pierre de Craon n'eut guère de confiance en 
cette sauvegarde ; peut-être, en apprenant les préparatifs formi- 
dables que faisait le roi Charles VI pour marcher contre le duc 
de Bretagne, rendu responsable pour l'assassin, prévit-il que le 
duc aurait le dessous dans la lutte et qu'il était dangereux de res- 
ter auprès de lui. Toujours est-il qu'il dut quitter promptement 
la Bretagne. Ce qui nous permet d'avancer ce fait, c'est en partie 
le récit de Froissart * ; ce sont surtout quelques documents inédits 
trouvés aux archives de la couronne d'Aragon, à Barcelone, et 
qui, en rectifiant et surtout en complétant le récit du chroniqueur, 
permettent de suivre, pour ainsi dire pas à pas, dans sa fuite et 
ses aventures à l'étranger, le meurtrier de Clisson. 

Ces documents, pour la plupart écrits en catalan, présentent 
une authenticité incontestable ; ils sont en effet extraits de deux 
registres de chancellerie du roi d'Aragon Juan P"" el Cazador^ 
On sait que les registres de la chancellerie aragonaise comportent 
pour chaque règne un certain nombre de divisions, suivant la 
nature des affaires qui y sont traitées^. Les deux registres dont 
il est question ici appartiennent à celle de ces divisions qui est 
peut-être la plus intéressante et qui est classée sous le titre Curiœ 
sigilli secreti. C'est dans les registres de cette série qu'étaient 
enregistrés les lettres et les actes délivrés sous le sceau secret du 
prince; c'est là notamment que se trouve la correspondance par- 
ticulière des rois d'Aragon avec les autres souverains, et l'on voit 
par là quelle haute valeur offre pour l'histoire cette série de docu- 
ments diplomatiques et quel crédit on peut leur attribuera 



1. Les autres chroniqueurs contemporains ne donnent presque aucun rensei- 
gnement précis sur ce que devint Pierre de Craon. Le Religieux de Saint-Denis 
n'en dit rien. Quant à Jouvenel des Ursins (éd. Buchon, p. 376), il mentionne 
simplement les bruils qui coururent alors et d'après lesquels le meurtrier de 
Clisson se serait enfui en Allemagne, en Bretagne ou en Hainaut. 

2. Juan \" el Cazador succéda à son père Pedro III el Ceremonioso sur le 
trône d'Aragon le 5 janvier 1387, et mourut sans enfants mâles le 19 mai 1396. 

3. Cf. L. Cadier, les Archives d'Aragon et de Navarre (dans la Bibliothèque 
de l'École des chartes, t. XLIX, année 1888, p. 50 et suiv.). 

4. Les registres Curix sigilli secreti du règne de Juan l"el Cazador sont au 
nombre de dix-tiuit; ceux qui nous intéressent ici portent dans cette série les 
n" XII et XIII, et dans le classement général des archives de la chancellerie 
aragonaise, qui comprennent plus de 6,000 registres, ils sont cotés n°= 1963 et 
1964. — C'est à don Francisco de Bofarull y Sans, fils du savant et vénérable 
archiviste de la couronne d'Aragon, don Manuel de Bofarull y Sartorio, que nous 



DE PIEERE DE CRAON EN ESPAGNE. 433 

Pierre de Craon, après n'être resté auprès du duc de Bretagne 
que quelques jours, gagna donc l'Espagne. Le Chronicon Brio- 
cense, qui parle aussi avec quelque détail de cette fuite, déclare 
formellement que le meurtrier prit cette décision parce qu'il vit 
que le duc se refusait à le soutenir'. Quoi qu'il en soit des motifs 
qui le poussèrent à agir ainsi, Pierre de Craon arriva à Barce- 
lone dans la première quinzaine du mois de juillet; le Chronicon 
Briocense prétend qu'il y alla par mer^; mais les documents ne 
permettent de rien affirmer à ce sujet''. 

Ce n'est sans doute pas au hasard que Pierre de Craon choisit 
Barcelone pour asile. Barcelone était déjà, à la fin du xiv'' siècle, 
une des villes de commerce les plus importantes de la Méditer- 
ranée; dans la foule de marchands et d'étrangers qui devait 
s'agiter autour de son port, il y avait chance de passer inaperçu; 
il devait surtout être facile d'y trouver le plus rapidement pos- 
sible quelque navire en partance pour l'Italie ou pour l'Orient. 

A en croire Froissart^ Pierre de Craon serait arrivé à Barce- 
lone le 5 juillet. Du moins, dit le chroniqueur, le bruit en courut 
au Mans, où se trouvait alors Charles VI marchant contre le duc 
de Bretagne. On racontait que le roi avait reçu de la reine d'Ara- 
gon, Yolande de Bar, sa cousine^ une lettre l'informant qu'on 
avait arrêté à Barcelone un chevalier français, qui n'avait point 
voulu dire son nom, mais qu'elle supposait être Pierre de Craon, 
dont elle connaissait le forfait par une lettre de Charles VI ; ce 
chevalier avait essayé de s'embarquer pour Naples et la reine 

devons d'avoir entrepris le dépouillement de ces deux registres. Notre curiosité 
sur cet épisode de la vie de Pierre de Craon avait été éveillée par un intéres- 
sant article, publié par don Francisco de Bofarull dans la Revista de ciencias 
historicas (Barcelona, 1887, t. V, n° 1, p. 22 et suiv.), sous le lilre : Antiguos y 
nuevos datos veferentes al bibliofilo francés Juan de Francia, duque de 
Berry. Nous aurons occasion de renvoyer plus d'une fois à cet article. 

1. D. Morice, Mémoires pour servir de preuves à l'histoire de Bretagne, 
t. I, col. 67. 

2. Ibid. 

3. Voir aussi là-dessus une brochure parue en 1860 à Paris, sans nom d'auteur, 
sous le titre : Mémoire sur Pierre de Craon, dont l'auteur est M. le baron 
Pichon. Elle rapporte la fuite de Pierre de Craon, mais en traduisant simplement 
le Chronicon Briocense. 

4. Froissart, liv. IV, éd. cit., t. XV, pp. 32-33. 

5. Yolande de Bar, qui avait épousé, en 1380, Jean d'Aragon, alors duc de 
Girone, était f