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Full text of "Bibliothèque de l'École des hautes études: Sciences religieuses"

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BIBLIOTHÈQUE 

DE l'École 

DES HAUTES ÉTUDES 

Dr MrNISTKIlE DE L'INSTRUCTION PUBUQUIS 
SCIENCES HISTORIQUES KT PHILOLOGIQUES 

CEHT CINQUANTE-DEUXIÈME FASCICULE 

L'iiRKlINE KES OSSAMIIS l'AR JEAN l'Aî-SV, AKCHIVISTE DES «AS SES -PYRÉNÉES 
(1866-1898), lilVK.MiE HEVr, l'UUPLÉTÉ ET I>I(É1>ARÊ l'I'IR l.\ l'UltU- 
CATION PAR I>\l'l. l'ASsV. ]>lHt:CTEl'll AnJUINT A L'ÊC'IiLE DES HAUTES 

ÉTl'UES 




l'A Kl S (2') 

LIBKAIKIE EMILE BOUILLON, ÉDITEUR 
67, KOK IIK KICIIKI.IKU, AU l'IlKMltiK 

11104 



L'ORIGINE 



DES 



OSSALOIS 



141 221 



L'ORIGINE 



OSSALOIS 



Jean PASSY 

Arclliviilc dm ïkitKt-Pjrénm 

(iSeti-iSgS) 

ItVUE IIE\[I, <:OMI'LËTË ET l'HËhAUli l'OLn LA 1-UULIC\1 



Vxvi. PASSY 

tlireclcur idjoint t, l'Ecole dea lUulei I 




l'AHIS (2') 
LIBKAIRIK ÉMILK BOUILLO.N", ÉDITKUH 

«7, HUt DE ItlCIIbLlKlT, A II l'IltMlKlt 
1904 

Tgu droiU riHrvdi. 



AVANT-PROPOS 



L'ouvrage de mon frère Jean Passy, que j'ai eu le doulou- 
reux honneur de revoir, de compléter et de préparer pour la 
publication, lui avait servi de thèse pour TÉcole des Chartes 
on 1802. A cette époque, ses maîtres MM. G. Paris et P. Meyer, 
reconnaissant d'une part la valeur de ce travail, et d'autre 
part constatant les très nombreuses lacunes qu'il présentait, 
«avaient vivement encouragé mon frère à reprendre ses re- 
cherches et à mener son étude à bonne fin. Des occupations 
multiples d'abord, la maladie ensuite, ont empêché la réali- 
sation de ce projet; mais Jean ne l'avait pas perdu de vue, et 
j'ai retrouvé dans ses papiers l'ébauche d'un plan d'explo- 
ration dialectale par lequel il avait espéré y arriver. 

Lors de sa mort en 1898, ceux qui l'avaient aimé et qui 
s'étaient intéressés à ses travaux ont vivement senti tout ce 
qu'il y aurait de fâcheux à laisser périr une œuvre, incomplète 
il est vrai, mais absolument originale, et qui, si elle avait été 
publiée, aurait constitué le principal titre de notoriété scien- 
tifique d'un homme auquel des ouvrages de moindre impor- 
tance avaient déjà donné une belle réputation dans le monde 
des linguistes. Nous avons pensé, mes parents et moi, à en 
confier l'achèvement à quelque jeune romaniste qui aurait pu 
reprendre et achever les recherches commencées. Nous 
n'avons pas trouvé l'homme qu'il aurait fallu. Alors je me 
suis décidé à entreprendre moi-même ce travail. Le président 
de notre section de l'École des Hautes Etudes, M. Gabriel 
Monod, m'a fait obtenir de la direction de l'enseignement 
supérieur une subvention de 500 francs pour mon travail ; un 



— VIII — 

généreux ami hollandais, M. Ten Kate, y a ajouté 200 francs. 
Avec cet argent» je suis parti pour le Béarn en juillet 1898, 
emportant le manuscrit inachevé de mon frère, et une énorme 
quantité de cahiers de noies et d'autres documents. 

J'ai passé le reste de Tété et l'automne à travailler sur 
place, en prenant comme centres d'opérations, d'abord Aas- 
en-Ossau, ensuite Pau. 

J'avais de toute manière une rude tache. Je ne suis pas 
romaniste, comme l'était Jean; et je n'avais pas comme lui la 
pratique du Béarnais — mon premier travail a du être d'ac- 
quérir au moins une pratique superficielle de ce charmant 
idiome. A mon âge, accompagné de ma femme et de mon 
enfant, je ne pouvais pas adopter précisément la vie nomade 
du véritable explorateur dialectologue. Enfin mon temps était 
bien limité... Cependant j'aurais pu mieux faire, sans un 
accident irréparable et qui est resté pour moi inexplicable. 
Tandis que le manuscrit de mon frère était retrouvé soigneu- 
sement mis de côté et empaqueté — tandis que des notes et 
des papiers en grande partie inutiles subsistaient — nous 
n'avons jamais pu retrouver les cartes dialectologiques dont 
le manuscrit était accompagné. 

Quand, après de longues recherches, il a fallu considérer 
ces cartes comme définitivement perdues, j'ai un moment 
désespéré de l'entreprise. Pourtant, comme les notes d'après 
lesquelles elles avaient été faites subsistaient, j'ai repris cou- 
rage et me suis remis à l'œuvre. Je suis arrivé à les refaire, 
en grande partie du moins (il y en avait 28, je n'en ai que 22*), 
et même à les compléter sur plus d'un point. Mais que de 
regrets ne me laisse pas le temps que j'y ai passé, et que 
j'aurais si bien pu employer autrement ! 

Mes recherches, du reste, ont été facilitées par l'aide bien- 
veillante que j'ai rencontrée partout, principalement chez les 
amis que Jean avait laissés dans le Sud-Ouest. Je citerai en 
premier lieu son « frère » Michel Camélat, aujourd'hui maire 
d'Arrens, devenu pour moi aussi un ami bien cher; puis 
MM. Gérez, instituteur à Aas; Polisson, d'Arette (le félibrede 
Barétons); Soulice, bibliothécaire à Pau, Camilou, etc. 

« 

1. Réduites à 6 dans la publication. 



— IX — 

De retour de mon voyage, avec mon bagage de notes, de 
cartes et d'observations, j'ai fait de VOrif/in^ des Ossalois 
le sujet d'une de mes conférences à l'Kcole des Hautes Ktudes, 
pendant Tannée 1898-91). De la sorte, j'ai pu profiter de la 
critique et de la collaboration des étudiants, malheureuse- 
ment peu nombreux, qui ont pris part à cette conférence; 
parmi eux, je citerai M. Saroïhandy, qui m'a apporté un 
concours précieux, gnice à sa connaissance de l'Espagnol et 
de la dialectologie générale. 

M'aidant de tout ce que j'avais appris soit pendant mon 
séjour en Béarn soit après, j'ai revu très soigneusement tout 
le manuscrit de mon frère, complétant autant que possible 
les parties inachevées, corrigeant l'argumentation sur certains 
points, ajoutant parfois des paragraphes, voire même un 
chapitre entier*. Je crois être arrivé maintenant à lui donner 
une forme sans doute très défectueuse à bien des égards, 
mais qui ne pourrait guère être améliorée qu'après une nou- 
velle enquête faite sur place — enquête que je n'ai pas le 
moyen d'entreprendre. 

J'ai donc eu la joie de pouvoir annoncer à ma mère quel- 
ques jours avant sa mort (18 novembre 1900), que le travail 
de son plus jeune fils était terminé et pourrait sans doute être 
publié prochainement. 



wSi maintenant je cherche à me rendre compte, avec autant 
d'impartialité que possible, de la valeur de cet ouvrage, je 
crois pouvoir dire qu'elle est grande, moins par les résultats 
positifs de l'enquête entreprise, que par la méthode scienti- 
fique employée. 

La thèse elle-même que mon frère a cherché à établir — 
les Ossalois sont les descendants des habitants de Lescar, 
chassés par les Normands — cette thèse est démontrée, je 
crois, d'une manière irréfutable; mais c'est là un fait histo- 
rique d'une assez mince importance. Ce qui est intéressant, 

1. Le chapitre sur les monuments préhistoriques est entièrement de 
moi. Jean m'avait parlé des articles de P. Raymond et de la diUiculté 
qu'ils soulevaient ; mais il n'avait rien écrit à ce sujet. 



— X — 

c*est le fait même d*avoir, pour l'établir, appliqué la dialec- 
tologie à l^ histoire. Sauf erreur, c'est là un fait nouveau : on 
avait bien appliqué la linguistique à l'histoire, mais non la 
dialectologie. De cela, Jean avait toujours gardé une certaine 
fierté, bien légitime, me semble-t-il. En 1895, après un séjour 
en Franche-Comté, je lui écrivais que mes recherches sur les 
patois de la région m'amenaient à penser que les habitants du 
Val d'Ajol sont des descendants des Comtois de Fougerolles, 
qui ont remonté la vallée de la Comboauté, et se sont ensuite 
trouvés séparés de leurs anciens compatriotes et entraînés 
dans révolution des patois lorrains. « Si tu publies quelque 
chose là-dessus, m'a-t-il répondu, n'oublie pas de parler do 
rOrigine des Ossalois, et de dire que je suis le premier qui 
ait appliqué la dialectologie à l'histoire. » 

Ce fait, je crois, a une importance suffisante pour appeler 
sur le travail de mon frère Tatteniion des linguistes et des 
historiens. Cette pensée, plus encore que le sentiment de piété 
fraternelle qui m'a poussé à en entreprendre la revision, 
m'encourage à le publier. 

Paul Passy. 



NOTICE SUR L'AUTEUR 



Jean Passy, fils de Frédéric Passy et de Blanche Sageret, 
est né le 12 août 1866 dans la propriété de mon père, au 
Désert de Retz, près de la foret de Marly (Seine-et-Oise). 
Il y a passé sa première enfance et y est souvent retourné 
ensuite ; mais, nos parents s étant fixés à Neuilly-sur-Seine 
après la guerre de 1870-71, c'est là qu'il a surtout été élevé. 
Sa première éducation a embrassé, outre les branches ordi- 
naires, la connaissance pratique de l'anglais, de l'allemand 
et de l'italien, langues auxquelles il a ajouté plus tard l'espa- 
gnol, le portugais et le béarnais. Quant aux études classiques, 
il ne les a poussées que jusqu'au baccalauréat es lettres. 

Quant il s'est agi pour lui de choisir une carrière, il atout 
naturellement pensé d'abord à l'enseignement des langues, 
et a pris en 1886 la direction d'un cours d'anglais dans 
l'école de garçons de la rue Montgolfier, à Paris (cours com- 
plémentaire). Il enseignait d'après les principes que préco- 
nisait V Association jjhonêiique internationale^ nouvellement 
fondée, c'est-à-dire méthode directe et transcription phoné- 
tique. Il s'est montré d'emblée pédagogue de premier ordre. 
Dans le Maitre phonétique, auquel il collaborait activement, 
il rendait souvent compte de ses expériences et proposait des 
essais nouveaux. Plus d'un des progrès de détail qui sont 
devenus depuis le patrimoine commun des « réformateurs », 
est dû en grande partie à son initiative; ainsi c'est bien lui, 
sauf erreur, qui a vu le premier le parti qu'on peut tirer de 



— XII — 

la dictée phonétique \ Il a aussi collaboré pour une bonne 
part à la fixation de Talphabef phonétique international, 
presque universellement adopté aujourd'hui. 

Malheureusement, il était mal servi par une santé qui 
n'avait jamais été robuste, et qu'une fracture de la clavicule, 
occasionnée par une chute de cheval, avait rendue plus déli- 
cate encore. wSa poiti'ine, surtout, supportait difficilement la 
fatigue de l'enseignement public. Les médecins ont fini par 
le lui interdire complètement; et, en 188S, il a dû donner sa 
démission de professeur, tout en continuant à donner des 
leçons particulières très appréciées, notamment des lecjons 
de prononciation française aux étrangers. 

C/est en 1888 qu'il a fait, en compagnie de mon frère 
Jacques ^ un voyage en Portugal et aux Açores qui lui a 
permis d*étondre notablement ses connaissances linguis- 
tiques. 

Réformé du service militaire, il se décide à suivre les 
cours de l'Ecole des Chartes, en même temps que quelques 
cours de TEcole des Hautes Etudes. Dans 1 une et dans 
l'autre, il sait gagner l'estime et l'affection de ses camarades 
et de ses maîtres, en particulier de MM. Gaston Paris, Paul 
Meyer et Gilliéron, et se distingue par des travaux remar- 
quables dans le domaine do la philologie romane. Mais ce 
qui l'intéressait le plus, c'était la dialectologie et la phoné- 
tique. C'était un observateur d'une grande finesse, comme 
l'ont prouvé, entre autres, ses Notes de phonétique française^, 
où il donne pour la première fois les lois du déplacement de 
notre accent, et son Etude sur le patois d'Eaux- lionnes *. 

En 1889, il prend part à la campagne pour la réforme 
orthographique dirigée par M. L. Ilavet. Il s'y engage avec 
une ardeur inouïe, un enthousiasme qui fait sourire les cham- 
pions les plus résolus de la réforme. C'est qu'à vrai dire, 
comme il me l'a expliqué depuis, ce travail de propagande 
est pour lui une révélation : il y goûte pour la première fois 
la jouissance du travail absolument désintéressé, du combat 

1. Maître phouètique, 189'i, p. :j'i et 50. 

2. Mort en novembre 1898. 

3. Phonetische Sludien, vol. lll. 

4. Revue des patois galle 'romans. 



— XII! — 

pour le bien, pour le progrès social, pour les enfants, pour 
les autres enfin. Cette passion n*a fait que grandir jusqu'à sa 
mort. Il a écrit sur Torthographe bon nombre d'articles, dont 
une partie seulement ont été publiés. 

En 1890 et 1891, il entreprend dans le Béarn les voyages 
d'exploration qui aboutissent à la rédaction du présent ou- 
vrage, par lequel il conquiert son diplôme d'archiviste paléo- 
graphe. J*ai pu suivre de loin ses observations, grâce à une 
correspondance très active. J'ai pu constater que, malgré 
l'ardeur qu'il apportait à ces recherches, il s'intéressait aux 
hommes encore bien plus qu'à leur parler. Il avait pour le 
paysan du Sud-Ouest une sympathie toute particulière, au 
point que le Béarn est devenu pour lui une petite patrie dans 
la grande ; et s'il a été, depuis ce moment, un ardent défen- 
seur des patois et des coutumes locales contre le nivellement 
cosmopolite, c'est beaucoup plus par conviction de philan- 
thrope que par intérêt de savant ou de littérateur. 

Ici se place le fait qu'il a toujours considéré comme le plus 
important de sa vie : sa conversion au christianisme. 

Jusqu'en 1891, en effet, Jean n'avait eu aucune conviction 
religieuse. Il avait bien reçu les instructions d'un pasteur 
protestant, mais n'avait pas du tout été convaincu; aussi, 
avec une sincérité trop rare, avait-il refusé, à 18 ans, défaire 
sa <r première communion ». La philosophie spiritualiste, 
qu'il avait étudiée pour le baccalauréat, avait eu encore moins 
de prise sur lui. « Les démonstrations qu'on donne de l'exis- 
tence de Dieu, me disait-il, ne tiennent pas debout: il faut 
vraiment qu'une cause soit bien mauvaise pour être défendue 
par des arguments pareils. » — Il n'avait gardé de ses études 
qu'un vague déterminisme. 

Mais son incrédulité n'était pas celle d'un sceptique ordi- 
naire : il souffrait de ne pas croire, et surtout il gémissait de 
ne pas posséder, pour faire le bien, la force que donne la foi. 
Les lettres qu'il m'écrivait du Héarn montrent d'une manière 
touchante cette nostalgie du divin qu'il m'avouait de plus en 
plus franchement, à mesure que nos travaux littéraires, scien- 
tifiques et pédagogiques nous rapprochaient davantage. 

Il a raconté lui-même sa conversion dans le Réveil il'hrai'd 
d'avril 1894. Je dirai seulement ici qu'elle a été due surtout 



— trv — 

aux études bibliques de la h Société fraternelle n que je pré- 
sidais à Neuilly, à la lecture du livre de H. Druramond, 
Saturai Law in (lie Spiritual World, et à une brochure de 
0. Godet, Sur ifuni ri:posf notre foi. C'est le jour de Pâques 
1891 qu'il a faille pas décisif. Sa conversion a été radicale et 
complète, et aussitôt il s'est montré chrétien actif. Peu de 
temps après, il s'est joint à l'église baptiste, qui lui semblait 
la plus conforme an modèle apostolique, et aux principes de 
laquelle il est toujours resté Ëdèle, tout en se montrant de la 
plus grande largeur, tant vis-à-vis des chrétiens d'autre déno- 
mination que vis-à-vis des hommes de bonne volonté de toute 
croyance. 

A partir de co moment, il a collaboré à divers journaux 
religieux, surtout à VEchu de la Vérité. 

Dès 1890, Jean avait été nommé bibliothécaire de la ville 
de Toulon, et il s'acquittait de ses fonctions avec un zèle et 
une exactitude qui lui avaient valu l'estime et même l'affection 
de ses supérieurs et de tous ceux auxquels il avait affaire. 
Chose curieuse étant donnés ses goûts, il ne s'est pas mis, 
pendant sou séjour, à l'étude des patois provençaux modernes. 
11 faut dire que le caractère des Provençaux ne lui était pas 
sympathique comme celui des Béarnais et des Gascons, 

Révoqué en 1892 pour une cause éminemment honorable, 
il occupe une situation provisoire à la bibliothèque de la 
Chambre de commerce à Paris. Il reçoit ensuite une offre 
dont l'acceptation aurait comblé tous ses désirs ; celte du poste 
de secrétaire de l'Union chrétienne de Bordeaux. Mais, cédant 
au désir très catégorique de nos parents, il renonce à ce 
projet pour prendre la place d'archiviste du département des 
Basses-Pyrénées. 

Installé à Pau, il accomplit sa tiWhe à la satisfaction de 
tous, et se fait universellement aimer et estimer, comme j'ai 
pu le constater d'une manière bien touchante en 1898. Son 
travail d'archiviste lui laissant certains loisirs, il les occupe 
par des travaux scientifiques, notamment en collaborant au 
BiiUetin de la Société des parlers de France, et par une par- 
ticipation active à diverses œuvres chrétiennes et sociales, en 
particulier la Croit BlanclielW^ne pourlapuretédes mœurs). 

Mais il ne devait pas conserver longtemps ses fonctions. 



— XV — 

Déjà, en effet, il était touché du terrible mal qui devait rem- 
porter: la tuberculose, contractée au commencement de 1893, 
et aggravée par le travail souvent malsain des archives. 
Malgré une prodigieuse énergie de résistance qui a pu faire 
croire, par moments, à la guérison possible, elle ne devait 
plus le quitter. 

Pendant Tété de 1895, une atteinte plus grave que les 
autres a montré que Jean devait absolument quitter son 
travail. Après avis médical, on Ta envoyé essayer de la cure 
d'air à Davos, dans les Grisons. L'altitude a paru d'abord 
lui faire du bien : il a repris des forces, s'est remis à donner 
des leçons ; un moment on l'a cru guéri. Mais une terrible 
rechute a eu lieu à l'automne de 1896 : la maladie s'était 
jetée sur les intestins. 

Alors a commencé un véritable martyre. Il a du subir plu- 
sieurs opérations, les unes peu importantes mais doulou- 
reuses, les autres très graves. Ne pouvant presque jamais 
se lever, il lui a fallu pourtant être traîné de Davos à Lau- 
sanne, puis à Leysin, puis de nouveau à Lausanne. Pendant 
des semaines entières, il souffrait pour ainsi dire sans inter- 
ruption. 

Il travaillait pourtant ! C'est pendant Tété de 1895, au 
moment où la maladie faisait le plus de progrès, qu'il écrivait, 
comme une sorte de testament moral, sa brochure Comment 
nous unir, où il a mis tout ce que son Ame avait d'ardent 
amour du bien. C'est à Davos qu'il a terminé, en collabo- 
ration avec notre ami commun A. Rambeau, alors professeur 
à l'Université Johns Hopkins de Baltimore, la Chrestomothie 
française phonétique qm a été si bien accueillie par les pro- 
fesseurs de français, de la Finlande au Chili. Plus tard encore, 
il écrivait des articles dans VÉcho de la Vérité, le Bulletin 
des Unions chrétiennes du Sud-Ouest, le Bulletin de la 
Croix-Blanche; jusqu'en février 1898, il in en a envoyé un 
qui a paru dans le Mattre phonétique du mois suivant; sans 
compter une foule d'écrits inachevés. Enfin, il étudiait : il 
lisait autant que ses yeux déjà affaiblis le permettaient, sur- 
tout sa Bible, mais aussi des commentaires, des ouvrages de 
science, d'histoire, de géographie, de pédagogie; et il lisait 
en prenant des notes, en classant, en complétant : il a du 



— XVI — 

amasser, pendant sa maladie, une prodigieuse somme de 
connaissances. 

Mais la fin approchait. Pendant Tété de 1897, il a eu la 
joie de voir quelques-uns des membres de sa famille, et 
quelques-uns de ses anciens camarades do la « Fraternelle » 
de Neuilly : c'était comme des points lumineux, des oasis 
dans le désert de sa solitude. 

En février 1898, il subissait à Lausanne une dernière opé- 
ration. Peu de temps après, le cerveau était atteint à son 
tour, et tout espoir de guérison disparaissait. 

11 y a eu encore, pendant la crise fatale, des souffrances 
atroces. Pourtant les derniers jours ont été calmes, et Jean 
a pu jouir de la présence de ses parents, de deux frères et 
d'une sœur, venus pour assister à son agonie. Il a vu arriver 
la délivrance avec joie, avec désir, mais sans impatience ; 
d'ailleurs, il pensait peu à lui-même ; mais jusqu'au bout il 
n'a pas cessé de prier pour sa famille et pour ses « petits 
enfants » spirituels. Il s'est éteint le 19 avril, laissant le 
souvenir d'une vie courte, mais vraiment bien remplie. 

Paul Passy. 



L'ORIGINE DES OSSALOIS 

ÉTUDE DIALECTOLOOIQUE ET HISTORIQUE 



SOMMAIRE 



Introduction. 

On n*a guère soulevé jusqu'ici la question de Torigine des habitants 
de la vallée d*Ossau (Basses- Pyrénées). On s'est contenté de les iden- 
tifier avec les Osquidates Moniani de Pline. 

Cependant, Tétude des patois actuels montre que les Ossalois ne 
peuvent pas être la population originaire de la vallée, et qu'ils y sont 
venus de la plaine à une époque ancienne. 

Cette thèse a pour objet la démonstration de ce fait. 

Vu le silence presque complet des documents écrits, je m'appuierai 
principalement sur la dialectologie comparée qui fournira une solution 
approchée (Première partie). 

Je chercherai ensuite à confirmer et à préciser les résultats ainsi 
obtenus par Texamen des relations sociales des Ossalois. et par l'étude 
de quelques textes historiques (Deuxième partie). 



Première partie. 



Etude dialectologiqiie. 



Chapitre I. — L article. 

On sait qu'au point de vue de l'article, la France se divise en deux 
régions bien distinctes. Dans les Pyrénées et la plaine subjacente, 
depuis le pays basque jusqu'au pays de Foix, la forme régionale do 
l'article est e/, eU au masculin, era, eras au féminin. C'est-à-dire qu'il 
dérive comme el en espagnol, il en italien, de ille traité comme tonique. 

Au Nord, l'article dérive de ille traité comme atone; c'est /m, la. La 
ligne qui sépare les deux articles passe au Nord de Monein, Nay, 
Pontacq (Basses-Pyrénées) ; Ossun, Tournay (Hautes-Pyrénées) ; Bou- 
logne-sur-Gesse (Haute-Garonne). 

Au Sud de Pau, la continuité de l'article et, era, est interrompue par 
une longue bande où on dit lu, la, qui s'élève jusqu'à la frontière d*Es- 

Passy. — L' Origine des Ossalois, 1 



— 2 — 

papne, entre Monein et la vallée d'Aspe d'un côté, Nay et les vallées du 
Labedan, de l'autre; c'est la vallée d'Ossau. — Trois communes où on 
dit et, era, interrompent à leur tour cette bande, Arudy, Izeste et 
Castet. 

La divergence du traitement de l'article dans la plaine et dans la 
montagne remonte aux premiers siècles de notre ère. 

Nous ne pouvons pas déterminer directement par l'étude des textes, 
de quelle époque date ce curieux entre-croisement d'enclaves. Les 
chartes sont rédigées en un Bramais lHlèram% encore vivant aujour- 
d'hui, que les curés et autres orateurs parlent en chaire et aux ma- 
riages, que les poètes de toutes localités préfèrent pour leurs compo- 
sitions, que les paysans de la montagne imitent on parlant aux étrangers, 
parce qu'il est a moins grossier », « plus fin ». Ce dialecte littéraire 
est à peu de chose près celui dos environs de Pau, et n'admet pas et, 
era ; de sorte qu'il n'y a pas un seul exemple de l'article de la mon- 
tagne dans les documents rédigés en pays montagnard béarnais. 

A défaut de preuve directe, on peut du moins faire les remarques 
suivantes : 

1° La géographie de l'article ne peut pas résulter du développement 
normal du latin ; car un pareil entre-croisement d'enclaves pour un fait 
aussi ancien est sans exemple, et contraire aux résultats les plus cer- 
tains de la dialectologie. — La présence de lu, La en Ossau ne peut 
donc être due qu'à une invasion de forme ou de population. 

2® Une invasion de forme est inadmissible dans le cas présent. 
Depuis 150 ans au moins, d'après le témoignage des vieux, tout Ossau 
dit lu, la, à l'exception d'Arudy, Izesto, Castet. D'autres faits, où l'in- 
vasion de forme est certaine, nous montrent toujours ces trois villages, 
situés presque dans la plaine, envahis avant ceux du llaut-Ossau, dont 
quel(iues-uns sont retranchés en pleine montagne. Il n'y a aucune 
raison d'admettre, pour l'article on particulier, une dérogation à une 
marche aussi constante. 

3° Une émigration, au contraire, n'a rien d'improbable, et on en 
connaît beaucoup d'autres en France et ailleurs. 



9 

Chapitre II. — lUude de quelques faits dialectaux. 

Ce chapitre n'est pas de nature à être résumé. — Des cartes dialec- 
tologiques en facilitent la lecture. 



CiiAiMTHK III. — Les dialectes da)is le Sudthfest. 

Les limites des caractères étudiés s'entre-croisent au Nord du Gave 
sans qu'il en résulte aucune limite dialectale. Cela seul indique que 
les patois s'y sont développés normalement. 

Dans la région, au contraire, qui va du Gave à la frontière espa- 
gnole, elles se superposent pour circonscrire nettement plusieurs dia- 
lectes : celui d'Aspe-Barétous- Monein ; celui d'Ossau ; celui du Labedan ; 
— celui de la plaine au Nord d'Ossau, qui va rejoindre sans transition 
bruscjue les patois de la vallée du Gave. 

La limite dialectale la plus marquée est celle d'Ossau avec le Labe- 



— 3 — 

dan ; puis celle d'Aspe avec Ossau : celle de la Plaine avec le langage 
montagnard entre Ogeu et Monein-Parbayse ; celle de la Plaine avec 
Ossau. Notons que cette dernière limite ne coïncide pas avec la limite 
administrative d'Ossau ; elle laisse Hourat, Lys, Rébénacq, Buzy, dans 
le parler de la Plaine. 

En comparant entre eux ces divers dialectes, on voit : 1» que ceux 
du Labedan et d'Aspe-Barétous sont plus semblables entre eux que l'un 
ou l'autre avec celui d'Ossau ; ils concordent surtout pour les faits 
anciens: 2® que les Trois-Villages concordent, tantôt avec le Labedan, 
tantôt avec Aspe-Barétous, tantôt (pour les faits les plus anciens) avec 
ces deux régions, tantôt enfin (pour presque tous les faits récents) avec 
le reste d'Ossau ; 3° qu 'Ossau, moins les Trois-Villages, concorde avec 
la Plaine pour les faits les plus anciens et une partie des faits récents ; 
que pour d'autres, il marche avec Aspe-Barétous, et qu'il suit un déve- 
loppement spécial pour un petit nombre. 

D'où on peut conclure : 

1° Que le dialecte du Labedan était primitivement uni à celui d'Aspe- 
Barétous par l'intermédiaire de la vallée d'Ossau ; 

2<» Qu'Arudy, Izeste et ('astet conservent l'ancien dialecte parlé par 
la population de la vallée, considérablement modifié, pour les faits 
récents, par l'influence du langage englobant ; 

a»» Que le dialecte du reste de la vallée, et ceux qui le parlent, sont 
venus de la Plaine à une époque que les patois permettent de consi- 
dérer comme notablement antérieure au xii« siècle ; 

4<» Que par suite du mélange probable des immigrants avec l'an- 
cienne population, et de la cohésion administrative et sociale avec les 
Trois-Villages, Aspe et Barétous, le dialecte ossalois a été entraîné, 
pour une partie des faits récents, dans le développement propre aux 
vallées béarnaises. 



Chapitre IV. — Lieu iVnriyine possible des Ossalois. 

Les Ossalois ne peuvent évidemment pas venir du territoire où on 
dit et y era. 

Ils ne peuvent pas non phis être venus de la plus grande partie de 
la région comprise entre Ossau et le Gave. Une limite dialectale très 
marquée sépare en effet Ossau de ce territoire. La toponymie (Las- 
seube, Mifayet, Bosdarros, etc.), la date de fondation des villages quand 
elle est connue, prouvent, si on les examine à la lumière de la dialec- 
tologie, que la plus grande partie de cette région était autrefois cou- 
verte d'une forêt dont il subsiste d'ailleurs des restes imposants ; et 
qu'elle n'a été défrichée qu'à une époque relativement récente par des 
colons venus du Nord, de la vallée du Gave. 

Enfin, le lieu d'origine des Ossalois ne peut pas être extérieur à une 
ligne quittant le Gave à Baudreix et passant à l'intérieur de Montaner, 
Lembeye, Claracq, Geaume; car à l'Est de cette ligne, le rf intervo- 
calique des verbes cadere, euadere, credere, uidere^ etc., est tombé ou 
s'est changé en z tandis que le / intervocalique donne d; à l'Ouest, au 
contraire, comme en Ossau, d et t intervocaliques se .sont confondus. 

A l'Ouest, la limite, quoique bien moins nette, peut être tracée à 
l'intérieur de Hagetmau et d'Orthez, et probablement de Locajunte et 



■ 4 - 

d'Arthez. De ce côté du Béarn, en efTet, comme dans la Chaloase et les 
Landes, a poBttonique donne » et non -a ou -o comme à l'Est et en 
Ossau. Or -o n'est pas une étape du passage de -a â -», mais un déve- 
loppement dilTérenl; d'ailleurs l'alTaiblisseraent de -a en -j remonte 
très haut, probablement jus<|u'au xi' siècle. — D'autres faits, quoique 
sans doute moins anciens et moins probants, sont aussi traités autre- 
ment qu'en Ositau, un peu plus ou un peu moins â l'Ouest que cette 
ligne. 

En résumé, !a dialectologie indique comme lieu d'origine presque 
certain la région comprise dans une ligne intérieure à Lagos, Arthez, 
Hagetmau, Geaume, Claracr;, Lembeye, Montaner. Luquet, Nay, Las- 
seube, Lacommande et Monein. — Dans ce territoire, les patois de deux 
régions, celle de Séby et Mialos, d'une part, celle de Lescar, Laroin, 
Aubertin de l'autre, présentent le plus d'analogie avec le parler 
d'Ossau. 



Deuxième partie. 
Elude Inslorique. 



Chapitre 1. — Ossau el le Poiil-Long. 

I.a dialectologie ne donnant qu'une délimitation approximative, il 
s'agit de chercher si l'histoire n'indique pas. dans le territoire d'origine 
possible des Ossalois, un point spécial comme iieu de départ plus pro- 
bable de l'émigration. 

Or, de temps immémorial, les Osaaioia exercent sur le Ponl-Long 
des droits de prupriélé. Il a dû en être ainsi dès le x' siècle, car d'après 
la tradition, ce serait en échange de la cession par les Ossalois du terri- 
toire sur lequel a été construit le premier château de Pau, qu'ils ont 
reçu le privilège de siéger au haut bout de la salle du château, quand 
la cour féiHlale s'y rassemblait. Dès le .\iii' siècle, les textes montrent 
les Ossalois faire acte de propriétaires, et cet état de choses s'est main- 
tenu, malgré de nombreuses contestations, jusqu'au .xix' siècle, où il a été 
régularisé par divers jugements. Il est remarquable que dans leurs 
revendications les Hssalois ne s'appuient jamais sur un texte écrit, 
mais seulement sur le fait dune possession immémoriale. Il semble 
donc que leur possession ne dérivait ni d'un achat, ni d'une concession. 

Celle situation ne serait-elle pas toute naturelle si les Ossalois étaient 
les anciens habitants, non pas du Pont-Long, qui est marécageux et 
inhabitable, mais d'une localité voisine du Pont-Long ? Il y a la une 
première conlîrmalion des données de la dialectologie. 



- Beiiekariium. 



mille qu'une énii,i,'ratii 
1 milifii lies monlagm 



des violences. Or, avant le xi*" siècle — époque où l'émigration devait 
avoir lieu, car dès lors la vallée d'Ossau est gouvernée par des vicomtes 
particuliers — il y a eu dans le Sud-Ouest plusieurs invasions, causes 
habituelles des émigrations. Celles des Germains, des Vascons et des 
Sarrazins ne semblent pas avoir produit une perturbation sut!isante 
pour produire un déplacement de population. Celle des Normands, au 
contraire, a détruit les cités épiscopales de Beneharnum, Oloron, 
Tarbes, etc. La violence a été telle qu'elle a produit l'exode en masse 
des habitants de Beneharnum ; car au x^ siècle, quand le duc de Gas- 
cogne, Guillaume Sanche, fondait Téglise de Lescar, il ne trouvait sur 
l'emplacement de Beneharnum ' que l'église détruite de Notre-Dame, 
« ancien siège épiscopal », au milieu d'une épaisse forêt. 

Ainsi l'histoire montre une émigration partie de Beneharnum, c'est- 
à-dire d'une des localités indiquées par les patois comme lieu d'origine 
des Ossalois ; et la dialectologie montre une immigration en Ossau, 
venue apparemment des environs de Beneharnum. Le seul rappro- 
chement de ces deux faits permet de conclure que les Ossalois sont les 
descendants des émigrés de Beneharnum. 

Ainsi s'explique la possession du Pont-Long par les Ossalois, immé- 
moriale et sans titre. 



Chapitre 111. — Leè monuments préhistoriques. 

Il y a dans la vallée d'Ossau des cercles de pierres préhistoriques, 
situés à l'entrée du chemin qui conduit en Aspe et en Barétous. La dis- 
position et le nombre de ces cercles font penser qu'ils ont servi aux 
réunions des représentants de ces trois vallées, qui sont restées confé- 
dérées pendant tout le Moyen Age. Mais alors, Ossau devait être peuplé 
à peu prés comme plus tard, et uni aux vallées voisines par des liens 
semblables à ceux qui ont existé pendant les temps historiques. Ceci 
n'infirme-t-il pas l'hypothèse de l'invasion ? — Nullement ; il faut seu- 
lement admettre que l'invasion a été pacifique, et s'est produite à un 
moment où Ossau avait été dépeuplé par une cause inconnue. 



Conclusion 

Nous regardons donc comme démontré que l'ancienne population 
d'Ossau, restée compacte dans les Trois -Villages, a été remplacée dans 
le reste de la Vallée par une immigration pacifique des habitants de 
Lescar et environs, qui avaient été chassés par l'invasion des Nor- 
mands. 



1. L'identité de l'emplacement de Lescar et de Beneharnum ne fait 
plu^ de doute aujourd'hui. 



INTRODUCTION 



1, Un matin de septembre 1890, j'ai pris mon bâton ferré 
et mon sac, et je suis parti d*Eaux-Bonnes pour Arrens en 
Azun*. Je venais d'étudier le patois du Haut-Ossau, puis celui 
des vallées d'Aspe et de Barétons, situées plus à TOuest, et 
je voulais maintenant en suivre les modifications graduelles 
vers l'Est. 

Sans avoir cherché à m'imaginer ce que pourrait être le 
patois d'Arrens, je m'attendais à le trouver plus différent de 
celui de Barétons et d'Aspe (jue de celui d'Ossau, qui, par sa 
position, est intermédiaire. Aussi, lorsqu'en dégringolant les 
sentiers raides qui semblent couler vers Arrens, je me suis 
mis à causer avec les paysans, j'ai été étonné. Il me semblait 
surprendre, dans la rapidité d'une prononciation à laquelle je 
n'étais pas encore habitué, l'article et, eaa, un des faits 
caractéristiques qui distinguent le patois d'Aspe et Barétons 
de celui d'Ossau. 

2. Le soir même, grâce à M. lecuréd'Arrens, je me suis mis 
en relation avec un jeune homme, qui est devenu mon ami, et 
plus tard un dialectologue et un poète distingué, M. Michel 
Camélat. Je ne m'étais pas trompé : on disait bien et, eaa ; et 
d'autres formes azunoises encore semblaient sauter par-dessus 
les montagnes et la vallée d'Ossau pour se retrouver en Aspe 
et Barétons. Comme là-bas on disait ke'de « c'est » au lieu 
de kcï; on disait «es « six » au lieu de /sis. 

Ce qu'il y avait de plus curieux, c'est que les formes ossa- 
loises correspondantes étaient identiques à celles de la Plaine 
béarnaise : dans les deux régions on disait lu, la, kei, /eis. 

Toutefois, si j'en croyais M. le curé de Louvie-Soubiron 

1. Canton d'Aucun, Hautes-Pyrénées. 



(canton de Lai'iin.'^), un aurait dit el, eja à Castet (canton 
d'Anidy). 

3. Comment expliquer cette bizarrerie, qui contredisait un 
des faits les mieux établis par les recherches dialectologiques, 
la gradualité des changements lingiûstiquiïs? n Kaul-il croirfl». 
écrivais-je k mou frère Paul, que les habitants de la Htaineî 
se sont peu à peu avancés dans la vallée d'Ossau, en refoulant 
dans les valléeK latérales les anciens habitants'^ Ou bien, s'il 
est vrai qu'on dise et. eia à Castet, qui est près de l'embou- 
chure de la Taillée, y a-t-il eu dans le Haut-Ossau une inva- 
sion qui 3 respecté le bas? — Mais pour l'inslaut, ajinitais-je, 
je ne veux pas faire de théories qui me rendraient partial, 
je veux simplement constater co qui est, sans idée pré- 
conçue. » 

4. Cependant cette anomalie continuait à me préoccuper 
l'étnde, bien superficielle, j'en conviens, que j'ai faite les 
semaines suivantes du patois des autres vallées du Labedan et 
de la Barège, puis de celui de la plaine et de l'embouchure 
d'Ossau, me confirmait en effet dans l'idée d'une immigration ; 
constamment je voyais la vallée d'Ossau interrompre, comme 
no coin, la continuité de faits linguistiques qui paraissaient 
communs à une grande partie de la chaîne et se retrouvaient 
â l'Ouest comme à l'Est. Je la voyais au contraire présenter 
régulièrement les formes correspondantes de la plaine. 

Pourtant, il n'était guère probable qu'un fait aussi impor- 
tant que l'émigration de 6 à 10 iX)0 habitants ait pu passer 
inaperçu. Depuis d'Anville, tout le monde admettait que les 
Ossalois sont les enfants des Osqiiidafes monlani de Pline. 
Ni Walckenaer, ni l'abbé Menjoulet, ni Paul Raymond, ni 
M. Desjardins, ni M. Luchaire, ni LéonCadier, ni M. Capdevielle 
n'avaient relevé sur ce point rien d'anorinal. Ils avaient 
fouillé les textes avec une sagacité et un soin qui m'ôtaient 
toute confiance en moi-même; ces textes ne disaient donc 
rien. Cela seul rendait mon hypothèse improbable. 

5. Quand même elle aurait été juste, les patois fourni- 
raient-ils le moyen de lui donner une précision suffisante? Il 
était â craindre que non. Cependant j'ai compris bientôt 
qu'en étendant les indications très vagues jusqu'alors que 
m'avait fourni la dialectologie, elles pourraient éclairer puis- 



— 9 — 

samment certaines relations sociales trop peu remarquées, 
certains textes encore non utilisés. Il me semblait en un mot 
qu'en combinant Tétude des patois et celle des documents, 
on pourrait retrouver les grandes lignes de cette histoire. 

6. Aussi j'ai été bien heureux, lorsque, grâce à une mission 
de TEcole pratique des Hautes Etudes, j'ai pu, pendant 1 été de 
1891, diriger, spécialement on vue d'éclaircir cette question, 
une nouvelle enquête. Cela m'a permis, malgré le temps trop 
court dont j'ai pu disposer, malgré des erreurs de méthode 
qui m'en ont fait perdre une partie, d'arriver aux conclusions 
suivantes, qui sont l'objet de cette thèse : 

1<* La vallée d'Ossau était occupée à l'origine par une po- 
pulation dont le patois possédait tous les traits caractéristiques 
des parlers montagnards de l'Est et de l'Ouest ; 

2** A une époque ancienne, cette population a été remplacée, 
sauf dans trois villages, par une émigration venue de la 
Plaine ; 

S** Cette population avait quitté Beneharnum lors de la 
destruction de cette ville par les Normands, au ix' siècle. 



PLAN 



7. Les divisions du présent travail sont dictées par la 
méthode suivie dans Tétude du problème. 

Dans la première partie, je ferai la géographie de l'article, 
seul fait dialectologique sur lequel je puisse m'appuyer en 
toute confiance, et j'en tirerai les conclusions qui en ré- 
sultent. Je traitei'ai en même temps quelques questions 
accessoires. 

Drus Isideu^rlème partie, j'étudierai un certain nombre de 
faits linguistiques propres au Sud-Ouest; je délimiterai les 
dialectes de la région, je vérifierai et j'étendrai les conclusions 
de la première partie. 

Dans la troisième partie enfin, j'examinerai à la lumière 
de la dialectologie quelques données historiques qui préci- 
seront les résultats des deux premières. 

La conclusion générale se dégagera d'elle-même. 



BIBLIOGRAPHIE 



I. Partie dialectologique. 

8. On trouvera des indications bibliographiques générales 
sur les dialectes du Sud-Ouest et les livres écrits en patois 
dans les ouvrages suivants : 

I® Behrens (Dr.-D.). — Grammatikalische und lexiko- 
graphische Arbeiten liber die lebendigen Mundarlen der Lan- 
gue d*oc tmd Langue d'oïl. 

2® L. Soulier. — Catalogue de la Bibliothèque de Pau, 
Histoire locale. Pau, Véronèse, 1886, 8°. 

3® Lespy et Raymond. — Dictionnaire Béarnais ancien et 
moderne. Montpellier, 1887, 8**. 

Je me contenterai donc de citer ici les travaux qui m'ont 
été d'un secours fréquent : ceux qui ne m'ont servi que pour 
un point spécial seront indiqués en leur lieu. J'omets les 
ouvrages généraux comme les Grammaires de Diez et W. 
Meyer, les Dictionnaires de Diez, Littré, Korting, les Ency- 
clopédies philologiques de Grôber et de Korting, Romania, 
les Revues des Langues romanes, de Gascogne, d'Aqui- 
taine, etc. 

LucHAiRE (Achille). — Étude sur les idiomes pyrénéens de 
la région française. Paris, 1879, 8". 

Recueil de textes de l'ancien dialecte gascon^ d'après des 
documents antérieurs au xiv* siècle, suivi d'un glossaire. 
Paris, 1881, 8«. 

Lespy et Raymond. — Ouvrage cité plus haut. 

Lespy. — Grammaire béarnaise, suivie d'un vocabulaire 
béarnais-français, 2" édition. Paris, 1880, 8°. 

Meyer (Paul). — Étude sur une charte landaise de 1268 
ou 1269, dans Romania, III : 433-42, et IV : 462-64. 



— 14 — 

Plainte du vicomte de Soûle contre Simon, comte de Lei- 
cester. Texte vulgaire du pays de Soûle (1252), dans Roma- 
nia, V : 367-72. 

Compte rendu de Luchaire, De lingua acquitanica, dans 
Romania, VII : 140. 

9. La nature de mon sujet ne m'a permis de trouver dans 
ces ouvrages qu'un bien petit nombre de renseignements uti- 
lisables. Les ouvrages de M. Lespy, qui ne prennent guère 
en considération que le dialecte littéraire du Béarn et le dia- 
lecte de Pau, qui est celui de l'auteur, ne m'ont guère servi 
qu'à préparer mon questionnaire. L'Étude de M. Luchaire, 
quoiqu'elle dénote un esprit d'une grande perspicacité, m'a 
paru si peu digne de confiance pour les régions que j'ai étu- 
diées, que j'y ai toujours eu recours avec crainte pour celles 
que je ne connaissais pas. Son Recueil toutefois (et surtout 
son glossaire) m'a été d'un grand secours ainsi que les études 
de M. P. Meyer. 

10. C'est donc presque uniquement avec des matériaux 
recueillis par moi-même (jue j'ai dû travailler. Ceux-ci sont 
de nature et de valeur très différentes. 

La plus grande partie de beaucoup a été recueillie par moi 
et sur place en 1889, 1890 et 1891 . Mais ma dernière enquête 
seule a été conduite avec un peu de méthode, et dans un but 
précis. En 1890 j'avais recueilli surtout des documents litté- 
raires, dont la valeur dialectologique est quelquefois très 
faible ; et en 1889 je n'avais fait qu'étudier quelques exemples 
du patois mélangé d'Eaux-Honnes*. Mais l'habitude, prise 
pendant ces études préliminaires, de parler patois avec les 
paysans, m'a été très précieuse dans la suite. 

Une partie de mes documents aussi a été recueillie soit à 
Paris, pendant l'hiver de 181X)-1891, soit dans le Sud- 
Ouest, sur des sujets qui avaient quitté leur village depuis 
plus ou moins longtemps et que le hasard me faisait ren- 
contrer. Ces renseignements, de valeur très inégale, m'ont 
servi surtout à diriger mon enquête ; mais quelques-uns res- 



1. Voir Revue des patois Gallolhmaus^ dirigée par Gilliéron et 
Houssclot, IV : 106. 



— 15 — 

teraient à contnMer*. Heureusement, ils n'ont qu'une impor- 
tance secondaire pour le sujet qui m'occupe. 

Enlin j'ai reçu par correspondance un nombre considérable 
de renseignements, dont une partie m'a été très utile. 

11. II est bien entendu que je n'ai fait d'enquête dialec- 
tologique tant soit peu complète sur aucun point du terri- 
toire étudié : mon objet étant de faire non pas la dialectologie 
du Sud-Ouest, mais la carte de certains faits propres à carac- 
tériser les dialectes de l'arrondissement de Pau et des régions 
limitrophes, j'ai simplement dressé un catalogue des mots 
et des formes qui pouvaient le mieux me servir, et je les ai 
étudiés en totalité ou en partie partout où je passais. Sur 
d'autres points, j'ai naturellement pris des notes souvent 
abondantes ; mais je ne pourrais faire la monographie com- 
plète d'aucun patois particulier. 

12. Voici quelques-unes des règles de critique que j'ai 
suivies dans l'emploi de mes documents. 

13. 1" Documents recueillis par moi-même, — J'accorde 
plus de confiance à ceux de 1891 qu'à ceux qui avaient été 
précédemment recueillis. J'en accorde très peu à tout ce qui 
a un caractère littéraire, sauf pour les faits inconscients qui 
n'y sont que bien rarement modifiés. 

14. J'ai toujours eu soin de m'assurer si mes sujets 
offraient toute garantie au point de vue de la pureté du 
patois. Dans certaines régions, c'est l'exception. A Eaux- 
Bonnes il serait peut-être impossible de trouver une famille 
qui ait résidé deux générations dans le pays. 

15. Mais les circonstances extérieures ne sont pas seules 
importantes : il faut tenir compte de l'équation personnelle. 
J'ai quelquefois noté comme v bon sujet » un homme qui 
avait fait son service militaire et beaucoup couru dans le 
Sud-Ouest, ou encore un jeune homme instruit parlant sou- 
vent français ; — comme sujet détestable un vieillard igno- 
rant qui n'avait pas quitté son pays, et dont les parents y 



1. Notamment ceux que j'ai recueillis sur les patois de Perpignan, 
Béziers, Castanet (canton Sauveterre, Aveyron), Aurillac, Saint- Hippo- 
lyte-du-Fort (canton Alais, Gard), Nice, Montcarret (canton VélivesJ et 
Eyresse (canton Sainte-Foy, Dordogne), Buglon (Lot-et-Garonne), Sabres 
(Landes). 



étaient nés. A Précilhon (canton d'Oloron) j'avais commencé 
à travailler arec un cordonnier de 65 à 70 ans, d'une ancienne 
famille de l'endroit, et qui n'avait guère couru. Son patois 
était un affreux mélange ; il donnait parfois pour le même 
mot, deux formes, étrangères toutes les deux. Son fils qui 
avait habité Pau et Paris me renseignait déjà mieux. Mais 
j'ai trouvé tout b. fait mon affaire chez le maire et sa famille ; 
et pourtant son père seul était de Précilhon, il avait beau- 
coup lu, et avait passé 20 ans en Amérique. 

Il est généralement assez facile de juger de la valeur d'un 
sujet. La fierté du patois local ; la. netteté des réponses ; des 
indications justes et contrdiables sur les patois voisins, ou 
au contraire l'ignorance de tout ce qui est extérieur au vil- 
lage, en particulier du Français ; un air de franchise; l'in- 
térêt qu'on prend à vos recherches, sont de bonnes indica- 
tions. 

Il y a aussi des expériences qu'on peut faire. Souvent je 
demandais si une forme que je savais étrangère à la localité, 
y existait. De crainte de me contredire, quelques-uns répon- 
daient, ke n )'a ki ad 'dizen ■ •• il y eu a qui le disent ». 
D'autres, « nanil pazasi! >> a non, pas ici •>. L'homme éner- 
gique et hardi vaut sûrement mieux que le timide. 

16. Chez les individus résidant depuis longtemps hors de 
leur village, les faits inconscients, les nuances qui échappent 
à l'observation, se conservent mieux que les gros faits con- 
scients, parce que l'entourage remarque ces derniers et s'en 
moque. L'article et bjb, spécial à la montagne, se perd bien 
vite en plaine. — A Mont (canton do Garlin), unjeune homme 
à qui je demandais pourquoi il disait ju " je », bilajje u village», 
m'a répondu qu'il venait de passer six mois à Lembeye, v où 
on parle parj. Maintenant », ajoutait-il, " il va falloir que je 
reprenne le 3, « — II n'aurait pas varié ainsi s'il y avait eu 
dans son patois un intermédiaire entre | et 5, qui aurait été 
admissible à Lembeye. 

Ceci montre aussi, que, chez les individus dépaysés, on ne 
peut considérer comme appartenant sûrement à leur pays 
d'origine que les faits qui diffèrent dans leur lieu de rési- 
dence. 

Voici un exemple qui montre tout le parti qu'un peut tirer 



de ce genre de sujets. A Fichous (caiitou d'Arzacq). une 
femme née et élevée â Botimuurt (canton d'Arthez) me donne 
les luuts nio, n«(t) " brebis, août»; son fils qui a toujours 
vécu à Fichous dit 'oâAo, oùst. Comme cette différence entre le 
langage de la mère el celui du fils ne peut l^nir qu'au patois 
environnant, qui a agi sur un enfant et non sur une femme de 
25 ans, j'en conclus : l'qu a Fichous ou dit 'oâîo, oùat; 2° qu'à 
Boumourt on dit 'nio, n8(t). Cette conclusion a été vériflèe par 
l'étude d'autres sujets, el s'est trouvé juste. 

17. 2° Documents communiqués par correspondance. — 
Gnice à la connaissaoceque j'ai des patois du Sud-Ouest, ces 
renseignements ont élé utilisables, mais dans une faible me- 
sure en général. Malgré les indications minutieuses que je 
joignais à mes questiounaires, les réponaes dénotent souvent 
une grande négligence. Lorsque je m'adressais à des curés 
ou à des instituteurs, ce qui a eu lieu très souvent, je leur 
demandais aussi les formes en patois de leur village : ce qui 
différait alors dans les deux localités me paraissait plus digne 
(le confiance que ce qui concordait. 

Je dois citer toutefois, cotnmo particulièrement bonnes, 
les notes que m'ont fourni M. Camélat, un tout jeune homme 
(l'Arrens (canton Aucun, Hautes-Pyrénées), que j'ai mis, en 
1890, au courant des élémL^nts de la phonétique descriptive, 
et qui manie aujourd'hui très bien la transcription; M. Ar- 
nandin, de Laboubeyre, qui s'est formé tout seul par un tra- 
vail acharné, et possède une connaissance très méritoire, 
réellement étendue, et surtout très mûre, des patois landais; 
M. Paul Labnmche, qui m'a très bien renseigné sur la géo- 
graphie de l'article; M. Larricq, docteur on médecine de 
Bedous (canton d'Accous); MM. les curés d'Aas (canton de 
Laruns), de Gurmeuçon (canton d'Olnrnn), do Pontiacq (can- 
ton de Montaner), de Monein'. 

18. Je saisis cette occasion de remercier tous mes colla- 
borateurs, ainsi que M. Lospy qui s'est fait un plaisir de me 
monter en ouvrages béarnais, et M. de Lailbacar, qui a mis 



1. Iri rtt ailleurs, r^uand je parle du curé ou de l'instituteur 
maire d'un village, sans indiquer de date, il s'agit de celui qui 
jt.ces fonctions en 1891. De m^me ijuaiid j'indique l'agi- d'un 
nnùgcen \m\. 
pASSV. —l.'UrigÎHe dea UssaloU. 2 



a du 



— 18 — 

à ma disposition la plus belle bibliothèque qu'il y ait peut-être 
à Paris pour le Béarn. 



II. Partie historique. 

19. Je simplifie la bibliographie historique comme celle 
de la dialectologie. On trouvera des bibliographies étendues 
sur l'histoire du Béarn dans le Catalogue de M. Soulice, et 
dans les Etats de Béarn de Léon Cadier. 

Je me contente donc de donner la liste des ouvrages qui 
ont le plus spécialement trait au sujet du présent travail : 

P. DE Marca. — Histoire (lu Béarn. Paris, 1640, fol. in-4**. 

Dictionnaire archèolofjiqae de la Gaule y époque celtique. 
Paris, 1875, in-4°. 

LoNGNON. — (iéof/rap/iie de la Gaule au vi*' siècle. Paris, 
1878, in-8". 

Bulletin de la Société des sciences, lettres et arts de Pau, 
1887, 88, 89. 

Les Fors de Béarn, éd. Mazure et Ilatoulet. Pau, 1842, 
in-4^ 

Les Fors d'Ossau, éd. Mazure et Hatoulet. Pau. 

F Capdeveille. — La Vallée d'Ossau, état social, 1891. 

J.-B. Bonnecaze. — Carte delà Vallée d'Ossau, 1876. 

Bascle de Lagrèze. — Le château de Pau, son histoire 
et sa description, 4® édition. Paris, 1862; 5^ édition, 1885. 

Arrêt du Conseil d'Etat du Boi sur la propriété et les 
usaf/es du Pont-Long (19 décembre 1782). Pau, 1783, 
in-4^ 

Mémoire pour la Vallée d'Ossau, représentée par le sieur 
d'Espalungue, contre l'État, représenté par M. le Préfet. 
Pau, Véronèse, s. d., 1826, in-4\ 

Observations sur ce mémoire, par le D*" Mayniel, habitant 
de Pau. Août 1830, in-4^ 

Menjoulet. — Chronique d'Oloron, 

Extrait du Cartulaire de Lescar. 

Depping. — Histoire des Expéditions rnaritimes des Nor- 
mands, 2* édition. Bruxelles, 1844, in-8". 



— 19 — 



Coup d'œil d'ensemble sur le système phonique des 

parlees béarnais. 

20. Je crois utile de faire précéder mon étude d'un rapide 
exposé des principaux traits qui caractérisent les parlers 
béarnais dans leur ensemble, du moins au point de vue pho- 
nétique; ce qui touche à la morphologie et à la syntaxe a 
moins d'importance pour mon travail. 

Rappelons d'abord que ce groupe de parlers appartient au 
groupe plus vaste des parlers romans du Sud-Ouest de la 
France ; il occupe avec eux une position intermédiaire entre 
le français et l'espagnol. Il est limité au Sud-Ouest, d'une 
manière absolument nette, par le territoire des parlers bas- 
ques. Au Sud, la crête des Pyrénées le sépare des patois 
aragonais; j'ignore jusqu'à quel point il y a là une limite lin- 
guistique tranchée. A TEst et au Nord, il n'y en a pas; des 
parlers béarnais aux parlers gascons, le passage est toujours 
graduel, et il est impossible d'isoler les uns des autres dans 
une étude scientifique. Ce que je vais dire s'applique donc, 
d'une manière générale, aux papiers du Béarn et à ceux de la 
région voisine, Bigorre, Armagnac, Chalosse. 

Ici et dans toute la suite, je me servirai de la transcrip- 
tion de VAssociadon phonétique internationale. 



Force, durée. 



21. Force. — La plupart des mots portent l'accent de 
force sur la dernière syllabe : mai'zà « maison », djumi « dor- 
mir », kan'ta « chanter », kan'sat « fatigué ». 

Mais il y en a aussi un bon nombre d'accentués sur l'avant- 
dernière: mnn'tajio « montagne », gabe « torrent », 'omi 
a homme », plujo « pluie », kjabo « chèvre », arbe « ar- 
bre ». 

22. Durée, — La durée des voyelles est peu marquée. 



— ?0 — 

D'une manière générale les voyelles des syllabes fortes ou-l 
vertes sont plus longues que celles des syllabes faibles oui 
des syllabes fermées ; surtout quand ce ne sont pas des syl- I 
labes tinaies. Ainsi les voyelles fortes des mots 'gabe, 'ami, T 
■plnjo, pourraient s'écrire longues ou du moius demi-longues. 
Mais celte durée, peu marquée et qui n'est jamais distinc-> 
tive, peut se négliger dans un travail de ce genre. 

23. Il y a un certain nombre de consonnes doubles à l'iu- | 
térieur des mots, comme dans byrre " beurre i 
'< flamme ". a'masso « ensemble » ; et beaucoup entre deux | 
mot^, par suite d'assimilation (v. § 44 et suiv.). Mais ces | 
consonnes dffubles sont souvent simplifiées dans un parler 
rapide : on dit toi lui 'amis ou ta Inz omis « tous les hommes » 



Sons. 



24. Dans la région étudiée, le système des voyelles est ] 
extrêmement simple et très fixe. Autant que je sais, ce n'est 
que vera les Landes, surtout la Maremme et le Marenain, 
aussi vers la Garonne, du côté de Marmande, de Saînte-Foy, 
que le développement en est rapide et varié. 

Les consonnes aussi n'éprouvent qu'une variété relative, 
quoique plus grande que celle des voyelles, 

25. On peut résumer le système de sons comme suit, en 
prenant le langage des environs de Pau comme base. 



P b 



(K) 



(C) J /3JS2 (il) (") w 



36. Voyelles. — Tutiles ci-s voyelles peuvent être fortes 




ou faibles, sauf o, o, a qui n'existent que faibles, i est tou- 
jours fort en Béarn ; en Labedan il y eu a une variété moins 
ouverte qui peut être faible. 

87. (u> oscille entre un son à peine plus ouvert que notre u 
de tant et un son à peine plus fermé que notre o ; le prenaier 
existe en Labedan, le deuxième, par exemple, à Lauréde [can- 
ton de Mugron, Landes]. En Béarn il me parait en général 
tout â fait intermédiaire entre mon (a) et mon (o). Exemple : 
bon 1' fontaine », Inp " loup «; — azu " àne •>, marrn " bé- 
lier 1'. 

Il eat consonant ilaus aûlnju « olét'un ». où bk « au lieu •>, 
diû « Dieu ». 

28. (o) est moins ouvert que notre (o), mais plus que 
l'intermédiaire entre (o) et (o). — Exemples : omi « homme ", 
hort " fort ». Posttonique il remplace a posttonique latin 
dans certaines régions (v. §§ 141 et suiv.). 

S9. (a) est intermédiaire entre notre l,«] de pas et 
notre (a) de bras. Il varie peu ; à Etcbartès pourtant il est 
très voisin de notre >). 

30. \t. est ouvert, très voisin du ,îe; anglais di^ cat n chat ». 
U est légèrement diphtongue dans les finales en -Et : be'tft 
" veau ■', plus exactement betiât; kas'Ut « château •>, plus 
exactement kas'uàt; mais cette nuance peut se négliger. 

31. (e) est plus ouvert que notre (a) de été. Faible, comme 
dans 'libre «. livre », il est encore plus ouvert, sensiblement 
intermédiaire entre (o) et (ei. Comme (ei, il est légèrement 
diphtongue dans la terminaison -et: bn'ket, plus exactement 
bnkeàt <• bouquet ". — Dans les Landes cet (b) est régulière- 
ment remplacé par (oa). 

38. (i) est en général presque identique au nôtre, peut- 
être une idée moins fermé. Il est consonant dans Idt « lait », 
luii- fait ». 

33. (y) aussi est sensiblement identique au nôtre. C'est la 
seule loj'elle anormale (palatale arrondie, du Béarnais. C'est 
par (y) que les Béarnais remplacent les (ob) des mots français 
qu'ils adoptent: bla'gyr " blagueur ». — Consonant dans 
gcys u hibou n. 

34. Le son que j'écris (a) n'est pas identique au (o) fran- 
çais de me, jf. Vers Salies, Orthez, c'est (é) intermédiaire 



entre les deux voyelles atones du portugais, (a) de cama 
a lit », et (I) de mf, te, très semblable au e allemand de 
gabe « don ". Dans les Landes, il est plus voisin de notre (e), 
mais les lèvres sont peut-èlre plus avancées. 

(a) et (d) sont des întemiédiaires entre (a) et (é), (o) uu (s) 
et<é). 

Ces Iroîs voyelles (o), (à), (d), avec diverses nuances, 
jouent toutes, suivant la région, le rôle de vityplb- neutre, 
remplaçant te a posttoni'jue latin ; ainsi un dit mnntajia en 
Ossau, mantajiô à Pau, muntajis à Ortliez. Dans les textes et 
lu où une grande exactitude n'est pas nécessaire, j'écrirai 
a, 0, pour a, â. 

35. Dans une grande partie du Déaru, les voyelles peuvent 
être nasaléos, et elles le sont régulièrement quand elles 
étaient autrefois suivies d'un » séparable latiu : pâ <• pain ", 
bâ « bon u, hfi " foin ». Ailleurs, par exemple à Nay, cette 
nasatité a disparu. Dans les Landes, au contraire, le ti sub- 
siste encore sous la forme (n) en môme temps que la nasala- 
tiou de la voyelle ,v. gg 40). 

36. Consonnes. — (t) (d) sont dentales, souvent interden- 
tales. 

37. (b) (d) (g) n'existent que lorsqu'ils sont initiais de 
pbrase, appuyés â certaines consonnes, ou rédoublés. Entre 
deux voyelles, entre voyelle et (I), <r) ou (a), et entre <1), 
(r) ou (i) et voyelle, (h d g), se changent en fricatives 
(i> d g}. Toutefois pour (g), le changement a lieu plus difficile- 
ment que pour les deux autres. Le (d) surtout passe nette- 
ment à (d ), qui n'est du reste pas identique au (i) anglais 
de there « là ». — Le {r) et le (g) entre voyelles vélaires res- 
semblent beaucoup à (w). 

Cette alternance de (h d g) et de [v S gj, qui est absolu- 
ment inconsciente, et se transporte dans le français régio- 
nal ', varie d'ailleurs non seulement avec la nature des a 
voisins, mais encore avec la netteté de l'articulation. Je n'en 
tiendrai pas compte ordinairement, mais écrirai toujours 
(b d g). 

38. l'cj est la plosive palatale soufflée; le lieu d'articula- 



I 



. Ja 



■ntendu un Landais de Sabres dire pera^ra pntir perdre. 



— ?3 — 

tion est donc le même que celui de (i), (ji), (j) ; le mode d'arti- 
culation le même que celui de (p), (t), (k) ; c'est le son de q 
dans notre mot qui tel qu'il est prononcé dans beaucoup 
d'endroits de la Normandie, par exemple. Il est noté kh par 
Arnaudin dans ses Contes de la Grande Lande, gt par Daniel 
Lafore dans les Lettres béarnaises du Démocrate libéral d'Or- 
thez, yt et th par d'autres littérateurs béarnais; dans les 
anciens textes, il est écrit g pour les mots où il provient 
de // latin. 

On surprend dans le Béarn tous les intermédiaires de l'évo- 
lution c>/, comme elle a eu lieu par exemple dans notre 
cheval de caballum (v. § 126). Je les note cç, c/ (c'est le 
tch d'Arnaudin), t/, /. Cette évolution provient d'un avan- 
cement de l'articulation, qui, produite d'abord par le contact 
de la partie moyenne de la langue avec le milieu du palais, 
en arrive à être produite par la pointe et la région immé- 
diatement postérieure ; en même temps l'élément fricatif, qui 
est d'abord un pur son transitoire, se développe graduelle- 
ment et finit par survivre seul '. 

39. (j) est la vocalique correspondante, telle qu'on la 
trouve dans la prononciation normande de notre mot gai. Il 
est noté habituellement par les écrivains béarnais, tj/ dans 
les finales -ajje, -i|je (du latin -aticum, idicum), et simple- 
ment y quand il est initial. C'est qu'il y a entre (|) et (j) une 
relation analogue, quoique pas tout à fait identique, à celle 
qui existe entre (b) et (v), (d) et (^ ), (g) et (g). 

A l'initiale, la présence ou l'absence du (j) est subordonnée 
aux circonstances syntactiques. Initial de phrase ou forte- 
ment accentué, un (j) est pres(jue toujours précédé de (j) • 
ijn « je ». Au contact d'un son précédent, ce (|) disparait 
ordinairement : kem a dit a ju, u il m'a dit à moi » ; mais si 
le son précédent est (t), ce (t) s'assimile et on a un (j) ^^' 
doublé : akennpk pour aket juok, <( ce jonc ». 

Ainsi (j) et (jj) s'échangent d'après une règle syntactique; 
or chaque fois que deux sons permutent de cette façon, ils 
ne font qu'un pour la conscience linguistique des patoisants. 
Quant au (|j) médial, il est l'analogue de (bb), (dd), (gg), — 

1. Voir P. Passy, Changements phonétiques, §504 s. 



(ji) passe à (dj) dans certaines régions, comme (cç) h (t/J, et 
perd aussi son <d). Les inlerraédiaires se retrouvent pour Oj) 
initial ; pour (j) raédial je n'ai pas pu suivre la transformation. 

40. (n) est It! ttf/ germanique. Dans la Chalosse et daas 
les Landes, il subsiste parfois, très affaibli, comme repré- 
sentant du II séparable latin ; la voyelle qui le précède est 
alors lêgèremeiitnasalée ; bùn a bon ", bèo h bien », pào u pain ». 
Ailleurs (n) n'existe que devant (k) on (g), comme en italien . 
et en espagnol : Iniik « long "■ engweao " encore ■>. 

41. Je note (r) et (j) deux variétés de r, linguales toutes 
deux, mais néanmoins très différentes, (r) est fortement roulé; 
il est initial, final, redoublé ou suivi de consonne, (j) (Consiste 
en un seul battdmeut de langue, avec fermeture incomplète 
sur les côtés, de sorte qu'il ressemble beaucoup à (1) ; il pro- 
vient ordinairement de r simple ou de il suivi de voyelle. 

Notons, à propos de (j), le phénomène curieux de meta-- 
thèse qui s'est produit à peu près partout où un r latin se. 
trouvait dans le corps d'un mot: ce r est remonté jusque im- 
médiatement après la consonne initiale: din'mi » dormir » de 
^o;7ntr^,lunm'pa>< acheter >< de camparare/ltiiiabo <•. chambre » 
de rameram, binmba « se rappelw ■) de memorare. 

42. <■) est souvent plus ou moins palatalisé. c'est-à-dir»- 
qu'en le prononi;ant avec la pointe de la langue placée comme 
chez nous, on lève en mémo temps le milieu de la tangué' 
comme pour (j) ; il faudrait donc rigoureusement écrire (s'). 
Cette consonne ressemble assez à (/), elle y aboutit parfois, 
par exemple à Lescun, à Esfaing. — Un ancien groupe («J) 
est toujours devenu (/), certainement par l'intermédiaire {s'}. 

43. (h) est une forte aspiration. Comme en vieil espagnol, 
<h) a partout remplacé le / latin : hort " for! ". hnn « fon- 
taine » hnck t< feu ». 



44. Assimi/ation. — Comme je l'ai montré dans mon travail 
sur le patois d'Eaux-Bonnes, le Béarnais est extraordinaire- 
nient sujet aux influences assiniilatives. Je ne peux pas entrer 
ici dans des détails qui me conduiraient trop loin ; voici 
quelques remarques générales. 

45. Les consonnes initiales, en général, échappent à l'as- 
similation. Cependant, comme je l'ai di(, (b) (d) (g), deviennent 







régulièrement (l'i Mi (g) après une voyell« : et ce phénomène 
est aussi régulier d'un luut sur l'autre (ju'à l'intérieur d'un 
mot: hil •• beau », j vti omi « un bel homme ». dia •< jour ». 
y'iMa « un jour », gu jat « gari;on », lu b'u'jat « le gar(;.on ». — 
J'ai dit aussi que je négligerais ce pliénuiuène dans mes 
transcriptions. 

J'ai aussi indi'jué la chute de (j) initial après un autre son 
(§3t»|. 

Enfin (h) initial s'assimile à un (s) précédent : dys sil /' " deux 
fils ". pour dysbil/'. 

46. Les consonnes finales, au contraire, s'assiraileut pres- 
ipie toujours aux consonnes initiales des mois suivants. Voici 
les principaux cas : 

47. Une plùsivo finale suiTio d'uae plusive initiale aboutit 
au redoublement de la deuxième : akek kap pour aket kap, 
" cette <ete » ; a'keg gn jat pour aket gii jat, " ce gan;on ». 

Une plosive suivie d'une nasale ou d'une latérale aboutit au 
redoublement du deuxième son : aken Dum pour aket num, « ce 
nom "; ah em mande pnur aketmunde » ce monde »; akel lup 
pour aket lup i^ cl- lôup » ; akeXXiit pour aketi^lt <i ce lait ". 

Une plosiïe suivie de (r) s'assimile, mais moins régulière- 
ment : on dit aket ni ou aker ri! ou aked ai'rv u ce roi ». 

Devant (s), une plo^ive s'assimile ordinairement quant au 
lieu d'articulation, mais reste plosive : ke t se'det pour ke pe 
ledet, " vous voas assoyez » ; n at «:1 pas pour n aksiîpas, u je 
ne sais pas ça » '. — De même devant un (b) de flexion ; 
eikl9p " sabul », ypa d eskioti a une paire de sabots u (cepen- 
dant on di( aussi esklops <.iu eskbs}. 

48. Une nasale suivie d'une consonne quelconque, sauf 
(h), s'assimile toujours quant au iii'U d'articulation, mais 
reste nasale : y 'kan kas'tyt pour y kam kua tyt <• un champ en 
pente » ; ke 1 am mun tat pourke 1 an mun'tat " Ils l'ont monté » ; 
ke ji 'iebi pour ke me ^ebi " je me lève » ; ke n sedi pour ke me 
■edt u je m'assois ' ». 



2. Les verbes simplement affirmaiifs sont toujours procédés, en 
Béarnais, de la particule ke: ke auj "je suis •>, ke 'bjeoea "la viens». 
C'eit une particularité toute récente, dnnt on ne trouve que peu de 
traces dans la poésie chantée et dans la littérature des siècles passés. 



49. (b) s'assimilfl ordinairement à une latérale suivante : 
tn] toi InB pour tus lus Ins " tous les loups ». 

50. Bien entendu, une consonne finale soufflée derieat 
toujours vocalirjue devant une consgnne vocalique initiale: 
pas pas " ; n il pas buo " elle n'est pas belle ■■. 

51. (s) passe de ménii? à (e) entre deux voyelles : nu a j a 
'pas n il n'y en a. pas », mais paz a ju •• pas à moi ». 

Les autres consonnes finales ne sont pas vocalisêes devant 
les voyelles, si ce n'est dans l'extrême Est du Béarn, vers 
Asson et Arthez, dans le Sud de la Bigorre, et en Labedan ; 
là on dit aked snii pour akel ami « cet homme » ; py'jad enu n 
'son pour py jat enta u sun « montez jusqu'au sommet » ; k ag 
d bis pour k ak û bia «je l'ai vu >' ; do kab a'kiu pour de kap 
a'kin " vers là bas ». 

51. Il y a souvent assimilation réciproque d'un (i) final 
et d'un (li) initial, aboutissant à (3,1) : dyj 50!/ pour dyx 
}v]/ H deux genoux ». 

53. Telle.s sont ^n résumé très sommaire les lois d'assi- 
milation de consonnes dans la région voisine des Pyrénées. 
Mais plus on s'en éloigne, plus l'assimilation perd de force. 
La Chalosse est intermédiaire entre le traitement béarnais et 
landais. Dans ce dernier, l'assimilation est l'exception, les 
nasales particulièrement restent telles quelles. 

54. Il est à noter que le grand nombre des assimilations a 
une grande influence sur la grammaire elle même. 

Le Béarnais, en effet, a conservé un grand nombre de dési- 
nences que le Franijais a perdu : il est. sous ce rapport, à 
peu prés au même degré de développement que l'Kspagnol- 
Aînsi II distingue le singulier du pluriel : y beUt " un veau w, 
dyBbeLts, n doux veaux ". il a une fornu' spéciab- |nj[ir cha- 
cune des personnes du singulier des verbes: ke bjeni ■■ je 
viens ■■, ke 'bjenes » tu viens ». ke bjebe •< il vient ». Mais, 
à cause des assimilations, les désinences sont souvent dégui- 
sées au point d'être inutiles pour le sens : ainsi tut et tnu 
deviennent également tul devant un 1. 

L'emploi dos désinences peut même nuire à la clarté du 
langage : kat « cou •• et kop « coup » font également au plu- 
riel kou. 

55. Le Béarîiais en est donc arrivé ii la période où il faut 



— ?7 — 

marquer par des mots séparables ce qui est indiqué par des 
désinences à une époque plus archaïque. Il est probable que 
s'il continuait à se développer d'une manière spontanée, il 
perdrait prochainement la plupart de ces désinences devenues 
inutiles. 

56. Je vais maintenant transcrire un même texte — la 
parabole de l'Enfant Prodigue — en plusieurs dialectes béar- 
nais caractéristiques, de manière à donner un idée tant du 
caractère général du langage que des différences les plus 
frappantes entre les dialectes. 

V Lescar, — y omi k a'be dys sil/. lu msï 5W£n doûz 'dys 
ke di'^u a su 'paï, « 'paï, 'dam me la 'par doû bè ki m 
re'bjsn ». — e lu 'paï k oûs parta'd5a lu su bè. 

e kaukez 'diaz après, lu m£Ï5wen hi^f, kwan s at abu 'tup 
pjsp'^yt, ke s en a'na ta y 'peis estian^s ; e a'kiu ke s am 
min5a 'tut en se diber'tin. 

e a'pres ki ad abut tum min'5at, k arri'ba yo yran fa'mino 
dcnz akep peïs; e ke komsn'sa d es'ta den la mi'zui. ala'bets 
ke s en a'na baî'let en so d v omi de l En'daet, ki 1 embia den 
lus kans ta ^war'da lus ports, e k abre 'pla bu'lyt arreyu'las 
de las 'tekos ki luç 'ports min'sabon ; mez ar'res noû ne ba'Xabon . 

aprez a'be refle'/it, ke z di'yu, « kwan nù 5 'a de baî'lets den 
la maïzu dou me 'paï, ki am inei de 'pà ki noùz ne 'kaû ; e 
'5U a'si ke kjebi de 'hami ! — ke boùpar'ti, e ke m m ane'jsï 
ta 'kazo, e ko dize Jeï ou me 'paï, 'paï, k sï pe'kat kuntjo lu 
seû e kuntje 'bus, e nù 'soï paz md dijie d est ape'jat boste 
'hi.C : tje'tam me kum y baî'let ». — e ke z ^feba, e ke s en 
tur'na ta lu. 

e kum ej en'ywsjo 'Iweji, lu su 'paï k ou be'du arri'ba, e k 

ou he dou ; ke s si'ke a kurre, ke z 5£'ta ou su 'kot, e ke l 

embja'sa. e lu su 'hi.f k irdi'-yu, « 'paï, k eï pe'kat kuntie lu 

seû e kuntje 'bus, e nfi 'soï paz nuï dijie d est ape'aat boste 

hi/f ». — mel lu 'paï ke di'r/u oûz de 'kazo, « pur'tal la meï 

bejo 'raijbo, e hi'kal li ; me'tel lu ta'bé yo 'ba«7 où 'dit e yo 

kaù'syro 'nab oùs pes ; e a'nijal lu be'tsl lu nuï '^aas e ty'al 

lu ; min'sera e re5ui'sen se , per'mu ke lu me 'hiX k ejo 'murt, 

et k eï resysi'tat ; k ejo psr'yyt, e ke 1 abem retiv'bat. » 

ç ke s si'ken a s re'swi. 

(D'après M. Patau.) 



— •?« — 

2° Pan. — y 'omi k a'be dj3 'sil/. e lu raeï jwen diiz 'djs 
k(! di'ju où su 'paï, <• 'pat, 'ba.Co m la 'par doû 'be ki m deù 
[■e'bjene n. — e lu 'paï k us parta'jja lu be, 

e tiu kad do kauke?. 'dius. In 'hll lu mû J^^'eu, apj^z a'be 
aoia'sat sa de 'su, kea en a'iia pla 'Iwen deiizy pe'izestja;fi';jï; 
» a'kiu ke s mi'jija lu 'be eu 'ham nialo 'bitn. 

e 'kwan n a'bu paz mû ar're, k arri'ba deuz akep pe'iz yo 
^jam mi'zui. e ke kuiiiensu a s t.ni'ba di^n lu be'ziiji. e ke s 
a'na hi'ka m ser'bisi d y 'arai de I cn'd-iet, ki 1 embi'a den lus 
'kanstaha 'pE/£ luspors. e k abeje 'pla bu'lyt arreju'la z de 
las 'tekos ki lus porsmi'jijabon, niez ar'resn où ne 'dabon. 

mez en i pensam 'pla, ke z di'ju, o 'kwan de bai'lets doû 
me 'paï kî s 'sartan a 'uuste, e 'ju a'si ke 'kJebi de 'hami ! e 
'dun, ke m em 'hou a'na tju'ba lu me 'paï, e k où dize'jEÏ, 
paï, k îï pe'kat kunUo lu 'scù e kuntao 'iy, e uu sui paz md 
'dijie d Est ape'jat lu tu 'hiiC; 'pjsm me kuiii y bai'lot ». — 
e ke z jfe'ba, e ke s en a'na tiu'ba lu su pai. 

o kum eu ep'kwEJO 'Iwsii, lu su 'paï k où be'du, e k où he 
doù ; ke kur'ru e ke z je'ta où su 'kot, e ke 1 embja'sa, mez 
lu 'hi-C k où di'yu, « 'pai, k si pe'kat kuntjo tu 'ssù e kuntao 
'ty, e nu suï paz mEÏ 'dijie d sst ape'jal lu tu 'hî^ », — mez lu 
'pai kedi'f/u où suz bai'lets, « apurtab 'biste lamei 'bîjo 'raùbo 
e bes'til lu ne ; hi'kal lu y a'uel où 'dit e suljes oùs 'pss ; ami'al 
lu be'tïl lu msi 'b£t, ty'al lu ; e mi'jijem e sjep kun'tens ; de 'so 
ki lu me 'hii ki ejo 'murt, k eÎ tui-'nat a la bit'i ; k ejo psr'yyt, 
e k ù retJu'bat ». 

e ke s si'keu a s reju'i. 

(D'après M. Camilou.) 



3° Nay. — y 'omi k a'be dys 'sil/, lu mïï 'jwïp ke di'^u a 
sum 'pai, « pa'pa, 'dam me la 'par du 'be ki m re'bjsa ». — 
e lu 'pai k us parta'jï lu su be. 

e 'kaukez 'dias a'pjçs, lu xaû jwçn 'hi^, ki abe 'tut ama'sat, 
ke s en a'iu de'Lojo denz y 'piis ellwE'jiat; e k i miji'jî lu su 
'be en Lule'jan. 

a'p.us k i abu 'tud despe'nyt, k arri'be yo 'yjano mi'z^jo 
en akep 'pda, e ke ba'du 'biste 'p,iaube. ala'bets ke s en a'ne 
e ke debjen'yu bai'let dey 'omi d akep 'peis, ki 1 sm'bJE dellus 
80S 'bes eta ha 'ps/e lus 'parts, e k a'bie bulyp 'pla iirrei/u'laz 



— 29 — 

de lai laba'dyjos ki lus 'ports miji'jabon ; mez ar'res nu ne 
'dabom pas. 

a'pjêz abe pen'sat en et 'msmo, ke di'^u, « kwaji j a d aù'bjes 
en 'so de pa'pa, ki am 'pa 'mû ke n u 'kaû, e 'ju a'si ke 
mu'je/i de 'harai! ke ji Xebe'jeï, e k ani'jd de 'kap a pa'pa, 
e k u dize'jeï, pa'pa, k si pe'kat kuntjo lu 'seû e kuntio 'bos, 
e nu soi paz meï 'dijie d est ape'jat lu boste 'hiif ; tas^tam me 
kum y duz bostez baï'lets ». — e ke X ^e'bs, e ke s en a'ne 
de 'kap a sum 'paï. 

e kum £j ep-kw€JO Iwsji, sum 'paï k u be'du, e k este tu'kad 
de pi'tjat ; e ke kur'ru de 'kap a 'et, e ke z je'ts a sup 'kot, e 
k u 'he pu'tus. msl lu su 'hiX k u dïgUj « pa'pa, k d pe'kat 
kuntjo lu 'scû e kuntjo 'bos, e nu soi paz mû dijie d estape'jat 
lu boste 'hiiC ». — mel lu 'paï ke di'gu aùs sos baï'lets, 
« apur'tal la mû be'jojo Vaubo e abi'ifal lu ne ; e me'tel lu yo 
'ba^ au Mit e kaii'syjos aùs 'pes ; e apur'tal lu hettg 'gaas e 
tya'l lu ; e miji'jsm e dibâr'tin se ; per'rau ke lu me 'hiX ki û 
a'si, k ejo 'mur, e k si tur'nat a la 'bito ; k sjo per'jyt, e k £Ï 
retiu'bat. 

e ke kumen'ssn az dibsr'ti. 

(D'après M. Gérez.) 

4* Aas-en-Ossau. — y 'omi k a'be dys sils. e lu me3 'swsn 
dsiiz 'dys ke di'yu a sa 'paï, « 'pai, 'dam me lum mez 'daets 
ki si mi 'token ». — e lu paï k uz parta'3a lu bé. 

e kaûke 'di a'pjes, lu me3 '3W£n deùz 'dys ke s aple'^a tul 
lu 'bê, e ke s sn a'na ta y ps'is estaan'ss ; a'kiu ke despe'nu 
lu so 'bé en se maû 'tjenen. 

e kwan a'bu 'tud despe'nyt, k a'bu ya ^jan 'hami en a'kep 
pe'is ; e ke komen'saba d abe be'zuji. e ke s en a'na ta 'y d 
a'kep ps'is, k u n embi'a nta us 'kans t ana ha 'ps/e lus 'pors. 
e ke s cje bulyt har'ta de lai laba'dyjas ki lus 'pors min'3aban ; 
mez ar'res ke nùn ne 'daba. 

e ke s pen'sa, « en 'so de 'paï ke 3 a 'hsja de bai'lets k an 
'pà tap k em 'bos tap k en 'as, e '311 a'si ke 'krsbe de 'hami ! 
— ke m boï Xe'ba, e ke m em 'bo ta 'paï, e k u dize'jeï, 'paï, 
k e p'ekak kuntia du bun 'diu e kuntia 'bus, e nu so pam mez 
'dijie ke m ape'jel lu 'boste 'hiif ; tie'tam me kum a 'y duz 
bostez bai'lets ». — e ke if iCe'ba, e ke n a'na de 'kap a sa 'paï. 



— 30 — 

e ke n 'eja paz enj/wî.! arri'bal, âv Uo\ 'i-wtji sa 'paî k u 
'bi, eke Sïpjaù'sa, e ke kurrue lanaya'ha au 'kot/, ek u se 
ijain'3aba de pu'lus. e lu 'hiA* k u di'yu, « 'pat, k i pe'kak 
kunLia du liiin 'diu e kunLin 'bus, e nû so pam imz 'dfjie ke tn 
ape'jîl lu boste "iiiA ■>. — mel lu 'pai ke di'yu aùs saz bai'Iets, 
« pur'lal lu ma be'jsj abi.Ca'men, e abi'^al lu ; bi'kal lu ya 
'bay au 'dit e y 'pa de su'.fsa aùs 'pcs ; rai'al lu be'lîl lu m=s 
pjijpa'jal po'lal lu ; e ke 'barn miu'^a i> /. 'bam arnv'/a ; per 
mu ke lu ra= 'hi.f a'ai k eja pîr'jyt. e ke s = rekoue'jj 1 ; k e.ia 
murt, e k £ reayai'tat ». 

( D'après M""' SofSTRADE.J 



5" Isrste. — y 'ami k a'bs dj-s 'ails, e m me^ 'swîii ke di'ju 
a l sd 'paî, « pa'pa, 'dam m eja 'par d eb bè ki m re'bjen >>. 
— e p 'pai k us parla'^a s sa bê. 

'kaùke 'di a'pjss, em meg 'gwsu de sas 'hits. a'p.ui( abe 
'tut ama'sal, ke par'ti ta _v pdl 'Iwtji ; e ke z en em'bja ez 'bês 
en yo 'bito de ilez'baù/o. 

e a'pjES ke 3 abu 'tud despe'nyt, ke 3 arri'ba yo yjau 'hamî 
ad akep 'peî^, e ke kamen'sa d ea'la er) 'yjani mi'zEJo. c ala'bets 
ke s en a'na en 'so de y 'ami d akep 'pns, ki 1 cinbi'a ta k kan 
t ana ywar'da s 'pars, e k abe' je plà bu'lyt arreju'la z dab 
ejal laba'dyjas k es 'pars min'jabon ; mez ar'res ke nû jie 
'dabon. 

e ala'bets k en'dja en 'em iiie'diy, e ke di'yu, « 'kwan de 
bai'Iets en 'sa de pa'pa k am 'pâ 'plys ke noùz n ep kaii; e 
'5U a'si ke 'kjsbi de 'hami ] — ke ji Xeba'-id, e k ani'jei en 'so 
de pa'pa, e k u dize'jii, pa'pa, k eÎ ps'kat kunljo lu 'seii e 
kuniio 'bus, e nû soi pax mez 'dijie d est ape'jal eb baste hîl ; 
Uï'tam me kum y d ez basiez bai'Iets », — e ke z .Ce'ba, e ke 
s en a'na en 'sa de sa 'pai, 

e k ej ep'yWEJo 'Iweji, e t sd 'pai k n be'du, e k u he 'dnû ; 
e ke kiir'ru 3e'ta s a 'kat/ , e ke 1 eniKia'sa. mez et 'hil k u 
di'çu, « papa, k eï pe'kat kuntjo lu 's£Û e kuntJO bus, e nîi 
sai paz mez 'dijie d est ape'jat eb bjste 'hil ». — mez ep 'paî 
ke di'gu a s sas baï'lets, « pur'tat em mei 'hdj aIjiXa'men e 
abi'A'al lu ; hî'kal lu yo 'bay a d 'dit. e kaii'sai lu ; e hst arri'ba 
em mil 'bïb be'tit/ e aii'sidil lu ; e rain'jam e diber'tin se ; 



— 31 — 

psr mu k em me 'hil k eao 'mur, e k eï resysi'tat ; k ejo 
per'dyt, ke s eï rekoneyyt. 

(D'après Marie-Jeaime Breilh, femme Arnoldo.) 

6" Bedous-enAspe. — ; y 'umi k a'be dys sil/. e m me33wen 
ke di'^u a t so 'paï, « 'paï, 'dam m eja 'par d eb bê ki m 
re'bé ». — e p 'paï ke i parta'ja t so bé. 

e 'kaùke 'di a'pjes, em me swsn 'liiX, apj£/ ahe 'tut ama'sat, 
ke par'ti ta y pa'is 'hsjo Iweji ; o k ez en embi'a ez 'bês en 
vo 'bito de dez'baù /'o. 

e a'p.i£S ki abu 'tud despe'nyt, k i arri'ba \:> V/jam mi'z£jo 
en akep pa'is, e ke kumon'sa d es'ta era be'zuji. o aja'bes ke 
s em ba 'i en 'so d y 'umi de kep pa'is, ki 1 embi'abo ta k kan 
ta i war'da es 'pors. e k abae plà bu'lyt ompli'a s eb 'bento 
dab ejas laba'tyaas d es 'pors ; mez ar'res ke n ù jii 'dabon. 

aja'bes k en'daa en em ma'deî/, e ke di'yu, « 'kwan d 
aù'bjes ke sun emple'yats en 'so d em me 'paï, e k am 'pâ 
'mes ke nuz ip 'kaû, e 'ju a'si ke 'muji de 'hamen ! — ke ji 
Xeba'jîï, e k i'j£Ï de 'kap a m me paï, e k sï dize'.i£Ï, 'paï, 
k £Ï pe'kat kundjo t 's£Ù e kundjo 'bus ; e nù suï paz mez 'dijie 
d est ape'jat eb boste 'hiX; tJî'tam me kum' y dez bostez 
baï'lets ». — e ke s .fe'ba, o ke s em ba 'i de 'kap a t so 
pai. 

e k ti:^ dep'ywcJO 'iweji, et so 'paï k u be'du, e ke i lie 
'doû ; e ke kur'ru je'ta s en so 'koc, e ke i he 'pots, mez et 
'hJA ke i di'^u, « 'paï, k £Ï pe'kat kundjo t 'seù e kundjo 
'bus, e nû suï paz mez 'dijie d est ape'jat eb boste 'hiiC ». — 
ep 'paï k ape'ja s soz baï'lets, e ke iz di'yu, « pur'tat ez mez 
'b£Ï/ abiXa'mens e hi'kal luz i ; hi'kaj ji s'd 'hivgo en 'dit e 
kaû'syjos en s 'pets ; e 'het arri'ba eb be't£C em mez 'yjas e 
aù'sidil lu ; e maji'jjam e diber'tin ze ; pje'mu k em me 'hiA* 
ki c 'kiu k eJO 'mur, e k e turnab 'biu ; k £jo p£r'yyt, e k £ 
stat tiu'bat. 

(D'après M™^ Aperet Cazanobe.) 

7® Arette-en-Barétoiis. — y 'omi k a'be dys 'sils. i em m£3 
'5W£n ke à\'g\x a sa 'paï, « 'paï, 'dam me so ki m re'bê ». — 
i ep 'paï ke is par'ti t so 'bé. 

e 'kaiikez 'diaz a'pj£S, a'kem m£3 3W£n hiA, kwan abu tut 



ama'sat, ke s em ba i en v pa'is est-ie'nial, un Jespenu t sa 
bêkum y haju'U. 

e 'kwan abii 'tub barre'jat, k arri'ba _v yjan mau tens en 
a'kep pa'is, e aja'bps ke kiiiuen'sa d esta nii'nabie. e ke z ba 
'i la'ga. en 'sa de y 'msste <i a'kep pa'is. ki u n enibi'a ta 
de'hsj? ta 'î war'da s pors. e k aûje 'plà bu'lyt emplî'a s eb 
'béate de 'so kl dema'jaba e ki s psrs man'd^aban ; mez 
ar'res ke nû ji i 'daban, 

a 's^ibuas de pen'sa i, ke z àVgu, >< 'kwan de bai'lets ke j a 
a 'noste ki n an bua de de'mes, e 'p a'si ke kjsbi de baïui ! 
e 'dut) k en E 'b£t, ke baû 'i tJiiba 'paî, e ke i dize'.iE, « 'pal. 
k î pe'kat kontja 'diii e de kap a bus, e nùin me'jiti d est 
ape'jat eb baste 'hi.f ; tiet'tam me kurei y dez bastez bai'lets « . 
e ke f ^e'ba, e ke a £in ba 'i de 'kap a sa 'pai. 

e de _v .yj^i t-'^î' 1"*'-Ji ^'nS' sa 'pai k u be'du, e ke ii abii 
pie'tat ; e ke Htur'ru de kap ad et/, s 1 seta a k kot/, e k u se 
man'd^a de 'pats, i et 'hi:( ke i di'yu, i< 'pai, k t pe'kal 
kantja 'diu e de kap a 'bus, e nùin me'jiti d est ape'.iat eb 
b^tste 'bi^ •', — mes sa 'paî ke d'i'gu a t 93 'munde, « pur'tat 
eja mez bsja 'barda e bu'tal la i ; bii'tal 11 >'a 'berya n 'dit, e 
'dal li de ke kaiVsa s ; 'It ssr'ka ed ^atse he'Uif e aùsi'del lu ; 
e naan'dgem e diber'tin se. psr mu k em me 'hiif k sja 'mur ta 
'J3, e 'wEÎ k u me 'bei a'si ; k sja per'yyt, e ke m e tur'nat. 
(D'après M. H. Pélisson.) 



8° Arretis-en-Azfm. — y 'ami k aje dys 'if. i m mes SW^n 
dïi! 'dya ke di'/u a su 'paî, » 'pai, 'dam m cia le'i^itima ki s 
ea toka. £ p pai k uz sspar'ti b 'bè. 

e 'pod de 'dias dss'py/, a'kem mo swer 'hi ke s ag aple'yi 
tut, e ke s sn a'ui ta y pa'is e'jaût, un dîspen'se zbêsem 
bi'bin En salu'pe. 

e kan a 'tud dEspsn'sat, ya 'f/dAna 'harai ke syz'bîu en a'kep 
pa'is, e ke kamen'ss a j es'Ie m be'zuji. e ke s a'ns ajy'ma 
dab '5' d a'kep pa'is, ki 1 Embi'c ta sas 'kans pur'ke. o k ^e 
'plâ bu'lyt bar'ta se d en iie'dei ki s par miji'jjaban, mez 
ar'reh nû ne 'daba. 

e ke s pen'sE n em ma' de/, •< 'kantez bai'lets En 'sa de 'pai 
an ep 'pâ tante ne 'bas tante ke n 'as, e 'ju a'si ke kjebe de 
'hami ! — ksji .Ce'bsje, k a'aeje de 'kab a pai, e k n dlze'jci. 



— 33 — 

'pai, k eï pe'kat kuniia t 'seû e kuntia 'bus, e nu soi mez 
'dinne de j est ape^jad eb boste 'hi ; trat'tam me kum ad 'y 
dez bostez baï'lets ». — e ke z iCe'be, e k a'ne de 'kab a su 
'paî. 

e kum a J£j «p'koja n 'na, su 'paï k u 'bi, e ke s epg^uryu'si ; 
e k u kur'ru a k 'kot, e k ja py'ne. et 'hi k u di'/u, « 'paï, k 
d peTtat kuntia t 'seû e kuntia 'bus, e nù soi mez 'dinne de 
jest ape'jad eb boste 'hi ». — mez ep paï ke di'/u a s soz 
baïlets, « pur'tad eaa mez beaa 'peXa e bes'til lu ne ; hi'kal 
lu ya 'bergsL n 'dit e y kaû'se s 'pes ; ami'ad eb be'ded 
apjsstat, e aû'sil lu ; e 'mijijjem e arri'j'am, per'mû k em me 
'hi ki 'bet, ke jua 'mur, e ke s e rebisku'lat ; ke jsaa per'dyt, 
e ke s e tiu'bat ». 

(D'après M. Camélat.) 

57. Cet aperçu général des dialectes béarnais permettra 
de comprendre plus facilement les développements qui vont 
suivre. 



Passy. — L'Origine des OssaloU. 



PREMIÈRE PARTIE 



L'article. 



CHAPITRE I 



GÉOGRAPHIE DE L* ARTICLE. — Ses FORMES 



P Géographie de l* article, 

58. Au point de vue de l'article, la France se divise en 
deux régions bien distinctes. 

Dans les Pyrénées et dans la plaine subjacente, depuis le 
pays basque jusqu'au pays de Foix, la forme de l'article est et, 
eu, au masculin; eaa, eaas, au féminin. C'est-à-dire qu'il dérive 
comme el en espagnol et en catalan, il en italien, de illum, 
illam^ traité comme tonique ; il conserve l'accent sur la syl- 
labe accentuée latine. 

Cette région est bornée à l'Est et au Nord par celle où 
l'article dérive de illum, illam traité comme atone, comme 
/o, la, en italien, la en espagnol*. C'est cette dernière région 

1. Sur le mélange des articles masculins tV et lo en italien, voir 
l'article de M. Caix, dans le Giornale di FHologia Romanza, janvier 
1879. 

En espagnol, on trouve dans quelques textes anciens les formes d'ar- 
ticle elo, ela. Plus tard, elo est partout devenu el; mais au féminin, 
tandis qu'on a changé ela traité comme atone, en la, devant les con- 
sonnes et les voyelles autres que a : la mujern la femme », la casa « la 
maison », la Espana « TEspagne » ; — on a simplement élidé le a devant 
un a: el aima « l'âme », el àguila « Taigle », el 'Africn « l'Afrique ». 
Actuellement, il n'en est ainsi que devant un a accentué, mais on a dit 
longtemps de même el aguja « l'aiguille »J el America « l'Amérique». 
Je dois ces renseignements à M. Saroïhandy. 

11 est curieux qu'en italien comme en espagnol, la forme tonique de 
l'article n'ait persisté qu'au masculin ; tandis que dans la montagne 
pyrénéenne, elle existe pour les deux genres. 



— 36 — 
qui comprend tout le reste de la France romane, sauf une 
partie du Roussîllon et peut-être du Cuuserans et du pays de 
Foix. 

59* La carie n" 2 montre aussi exactement que j'ai pu 
l'établir la limite des deux formes. Je l'ai reconnue moi- 
même, commune par commune, de Monein à Urron et Barzun. 
Mon collègue, M. Labroiiche, archiviste des Hautes-Pyrénées, 
a bien voulu me communiquer de quoi la continuer d'une façon 
assez exacte jusqu'à la Haute-Garonne. Dans le canton de 
Castetnau-Magnoac, elle a été reconnue soigneusement par 
notre confrère, M. Boue, qui en a dressé la carte. Je remarque 
que M. Labrouche place Juillan dans la région de la, la, 
tandis que la parabole en patois de Jullian publiée par Lu- 
chaire présente le mélange des deux articles. Ce seul fait 
montre combien la source à laquelle Luchaire a puisé était 
mauvaise, 

60. Depuis la Haute-Garonne la limite n'est pas tracée. 
M. Labrouche m"a écrit qu'elle laisse BouIogne-sur-Gesse au 
Sud et qu'elle traverse la vallée de la Save au Sud de l'Ile-en- 
Dodon ; mais, dans l'extr'^me Est, il n'est pas pins renseigné 
que moi. Pour mon objet présent, une limite approchée suffit 
d'ailleurs, 

61. Dans ce territoire il y a, à ma connaissance, deux 
enclaves de l'article la, la. L'uneosfcsignalée par l'archiviste de 
l'Ariège. M. Pasquier, on ces termes : « Si l'on s'en rapporte 
« à la géographie et i l'histoire. Massât appartient au Cou- 
" serans. Les ruisseaux qui traversent la commune sont 
H tributaires du Salât ; on est séparé par de hantes montagnes 
« du Comté de Foix, avec lequel on communique par dos 
« cols situés Ji une assez grande altitude. Cependant le patois 
!■ de Massât n'est pas le gascon, il se rapproche plutiit du 
Il languedocien. Le fait est d'autant plus digne de remarque 
a que dans le bas canton, c'est-à-dire à partir de Soulan, on 
« parle le dialecte du Conseraus. Le languedocien n'est eu 
« usage qu'à Massât el dans les villages de la banlieue : 
« Biert, Praf, Rienprégon, Boussenac. Bornons-nous à 
« constater le phénomène, qui sans doute a pour cause une 
« migration de Languedociens venus pour peupler la haute 
1' vallée. 




— 37 — 



« On dit: 



A MASSAT A SOULAN A SAINT-GIRONS 



Le feu le foc le houe etch houec 

La femme la fenno la ou era henno la ou era henno 

La fille la filho la ou era hilho la ou era hilho 

Le fils le filh le ou etch hilh etch hilh 

« A Massât, l'f initial subsiste, tandis qu'à Soulan on le 
« remplace par Th aspiré. On voit que Tarticle dans le haut 
« canton est comme dans la vallée de TAriège, et que celui du 
« bas canton ne diffère pas de celui du Saint-Gironnais ^ » 

Ces renseignements sont trop sommaires et trop peu surs 
pour permettre de dégager les causes du fait. Une enquête 
personnelle que je n'ai pas pu faire m'aurait seul permis do 
trouver à Massât un point de comparaison pour la seconde 
enclave. 

62. Celle-ci consiste en une large bande de territoire, qui 
s'élève du Sud au Nord entre Nay et Arrens à l'Est, Moncin 
et Accous à l'Ouest ; elle comprend la vallée d'Ossau, puis 
son embouchure et la plaine jusque vers Pau. Trois communes 
interrompent à leur tour cette bande : Arudy, Izeste et Castet, 
qui se rattachent par un point à la région de l'Ouest où on 
emploie l'article et, eja, mais sont complètement séparées de 
celle de l'Est. 

63. Les deux formes de l'article étant ainsi délimitées, 
j'appellerai /?a/ow de la Montagne celui où l'article est et, 
eja ; patois de la Plaine, celui où l'article est lu lai '.patois des 
Trois- Villages, celui d'Arudy, Izeste et Castet ; patois d'Os- 
sau, celui du reste de la vallée. 

2** Di/fé rentes formes de l'article. 

64. Avant de chercher à expliquer le curieux entre-croise- 
ment d'enclaves que présente la géographie de l'article, je 
veux dire quelles sont les formes de celui de la Montagne et 
comment s'explique ce que quelques-unes d'entre elles peu- 

1. Massai, C/iansons, danses, usages et charte communale , diaprés la 
monographie de M. Ruffié, avec préface et notes de M. Pasquier. Foix, 
1889, in-8, p. \ et 5. 



- 38 - 
vent avoir de surprenant. Je laisse de côté dès maintenant la 
région située à l'Est du Labedan. fjue je n'ai pas étudiée 
personnoUement, 

65. Dans la plus grande partie du patois montagnard du 
Béani, cuninie dans. celui du Labedan, l'article est et, eta au 
masculin, -eja, eias au féminin '. Cela est régulier pour la 
Bigorre et la plaine do Naj' où // dnal est devenu t ; mais 
dans tout le domaine montagnard béarnais, //donne c, if au 
singnlier, t/, î/, îts au phiriel [Voir la carte). On devrait donc 
avoir ec, et/, etc. 

66. Mais cette exception est plus apparente que réelle, et 
elle n'a rien d'extraordinaire si on considère que jamais l'ar- 
ticle ne se présente isolément dans lo discours. Il en résulte 
que dans un pays où la puissance assimilative est aussi forte 
que dans la région montagneuse du Sud-Ouest, sa forme varie 
avec chaque combinaison syntactique, 

D'après les lois d'assimilation que j'ai établies avec d'autres 
mots ayant en latin // linal roman, l'article oc suivi des diffé- 
rentes consonnes, devait donner naissance aux combinaisons 
syntactiques suivantes: 

fll-Up 

BT-rsî 

ed arrîi 

ef-lryl 

et-Bark 

ei iwsn nini 

ed ,)Witi ami. 



Unp, un t, un k final s'assimilent de la même façon*, de 
sorte qu'il est impossible de dégager à coup sur de ces combi- 
naisons syntactiques, la forme pleine du premier mot*. 

67. La trouvons-nous entre voyelles? Non, car dans celte 
région ]e li de i[fe-\-votjelie a été traité comme tout/Zinter- 

I. ejes dans la vallée île Lus el la liar^ge, ou a |iOHtlDnii|ue passe à 
e devant s : eja baka, ejez bakes. 
■i. Je n'en suis pas absoluKienl cerlaîn pour p, t. k, devant r, 1, et J 



le père 


ep pal 


le loup 


le vin 


eb bt 


le lit 


le temps 


et-tens 


le roi 


le jour 


ed- dia 


le frui 


la tële 


ek-kap 


le san 


le hibou 


ag-gabys 


le jeu 


le mont 


em-mnn 


ou 


le nom 


en-nnm 





— 30 — 
vocal et a donné r : iiliim hominem donne ej'umi, comme 
bella Aonne bua. 

68. En résumé l'article dérivé A'Ule n'apparaissant jamais 
que sous une forme syntactique, sa forme pleine n'a pas de 
tradition historique, et lorsqu'on veut, par exception, désigner 
le mot isolé, c'est sur les comliinaisons syntactiques qu'on le 
reforme. Rien d'étounant donc à ce que ce soit par t qu'on 
l'ait terminé. Mais cette forme du singulier n'est pas bien fixe. 
et les variantes fournies par les paysans sont amusantes à 
enregistrer. On m'a dit plus d'une fois : « a'ai ke parlam per e; 

eb-be uc, ek-ka'mi, ke hi kam e ad da'ban de ludz em mnts. a'kiu 
ke I bikan lu ; lu be'tEC, lu ka'mî » (Ici nous pai'lons par 8 : h 
ipaii. le chemin. Nous mettons e devant tous le.s mois. Là-bas 
ils y mettent lu : If veau, le chemin). 

Enfin si mes notes de 1890 sont bien exactes, on m'a ditec, 
■en à Sarrance, quand J'ai demande de séparer les mots dans 
eUen, " le saint ». — Ce désordre de formes est bien la preuve 
d'une absence de tradition. 

69. En somme, quand nous disons que l'article est et, 
cela signifie simplement qu'il est e suivi d'une consonne indé- 
terminée ; et que lorsqu'on cherche à isoler cette consonne, 
on en fait généralement, mais pas toujours, un t. 

Au pluriel, le t s'est introduit, sans doute par analogie au 
singulier, dans tout le territoire, Je crois. Mais il tombe sou- 
vent, et on dit, par exemple, es kaos n les champs ». 

70. Dans la région Est, ainsi que la région médiale (c'est- 
à-dire là oïl la terminaison en -t serait phonétiquement régu- 
lière), le t s'est introduit aussi entre voyelles, puis vocalisé: 
sd onti " l'homme a. 

Cela est tout à fait régulier en Labedan, où tout t final 
suivi de voyelle est vocalisé : py'jad enta t 'snm « montez jus- 
qu'au haut ", au lieu de pyjat. 

Dans les Trois-Villages, la vocalisation du t final se trouve 
encore à ma connaissance pour le pronom neutre at : ainsi 
ktpadadit pour kipeataditH qui vous l'a dit ». Elle n'a pas 
lieu ailleurs. Mais la vocalisation du t final de et et de at me 
parait être la cristallisation d'un fait autrefois universel, et 
qui n'a subsisté que pour eux, par suite de la cohésion intime 
de ces proclitiques avec le mot suivant. De nos Jours en effet, 



— 40 — 

rassirailation diminue dans le Sud-Ouest, et si M"** Sarthou *, 
âgée de 89 ans, dit kipadadit, ses petites-filles disent kipatadit. 
Tout récemment la forme de Tarticle suivie de voyelle a 
changé aussi dans les Trois- Villages ; tandis que M"® Sar- 
thou dit encore ed omi comme les Labedanais, ses petites- 
filles disent ej'omi comme les Barétounais. La forme de 
rOuest a remplacé la forme autochtone, par simple substi- 
tution évidemment. 



1. En 1891. Morte depuis. — M. Camélat, du reste, ne croit pas que 
rassimilation diminue. 



CHAPITRE II 

Valeur des chartes pour la géographie dialectale. — 
Le dialecte littéraire dans le Sud-Ouest. 

71. Ayant fait la géographie de Tarticle montagnard et 
indiqué ses différentes formes, la première chose à faire,' 
semble-t-ii, devrait être de rechercher par les chartes si 
Tétat actuel est ancien. 

Malheureusement les chartes n'apportent sur ce point 
aucune lumière. Celles de Laruns ou de Bielle offrent bien 
uniquement l'article lu, la, comme le patois qui sy parle 
aujourd'hui; mais celles d'Arudy, de Barétons, d'Aspe, d'Olo- 
ron ou de Monein ne contiennent pas non plus un seul exemple 
de et, era. Partout c'est, à bien peu de chose près, le même 
béarnais, et à comparer les chartes de Pau ou d'Orthez avec 
celles d'Accous ou d'Arette, on ne pourrait pas se douter des 
divergences profondes qui existent entre les patois, et dont 
quelques-unes remontent jusqu'au latin. 11 y a, en effet, et 
il y a eu en Béarn, dès une époque reculée, un dialecte litté- 
raire qui s'est imposé, — comme ailleurs le Français, — aux 
notaires de toutes les localités. Seulement, le champ de 
bataille étant plus petit, la victoire du dialecte littéraire dans 
le Sud -Ouest a précédé les plus anciens textes qui nous sont 
parvenus, tandis que le Français ne règne seul en France 
que depuis la Révolution. Cette question a une importance 
suffisante pour que je m'y arrête un instant. 

72. Actuellement, le Béarnais littéraire n'est pas, comme 
le Français, l'Allemand, l'Anglais, une langue qu'on enseigne 
dans les écoles, la grammaire à la main. C'est plutôt un dia- 
lecte, qui, soit en vertu d'une tradition, soit parce qu'il est 
celui de la capitale, soit parce que, réellement, il a quelque 
chose de particulièrement harmonieux, a pris de lui-même la 



i2 - 

suprématie sur les autres, et s'impose volontiers, comme 
l'ancien Provençal, aux littératenrs et aux orateurs locaux. II 
n'a pas, bien entendu, une forme absolument définie ; i] subit 
dans son vocabulaire, dans sa grammaire et surtout dans sa 
prononciation, l'influence du patois natal de ceux qui le par- 
lent. C'est uuo tendance plutôt qu'un fait concret. Cependant 
le Béarnais littéraire actuel serait assez exactement repré- 
senté par le patois des environs de Pan, Gan. Morlaas, si on 
remplaçait un petit nombre do localisrocs de cette région par 
des formes plus générales. 

C'est ce patois qu'un nous présente dans le Sud-Ouest 
comme le modèle du Béarnais. .laitaaii» personne, dans cette 
région, ne m'a dit qu'il préférait le patois de tel autre 
endroit. « lu nulbe'joi patw^s, k ù gan », me disait à Oan 
M. Morujeii, répétant l'opinion de son parent M. Garet, curé 
doj en de Salies', n a'Bi k il Inbeii'table pa'twca », m'a dit un 
homme de Lasseube. C'est le Béarnais de Pau, qui est son 
propre patois, que M, Lespj a pris pour modèle dans sa gram- 
maire et son dictionnaire. 

83. En dehors de cette région, soit en Béarn, soit même 
dans les pays voisins, dans toute ta Gascogne, on trouve cer- 
tainement des gens qui vous disent que leur propre patois est 
le plus joli ; mais c'est toujours celui de Pau et environs qu'ils 
mettent en second. D'autres le mettent en premier. M. le curé 
de Lasseube. originaire des environs de Lerabeye, me disait 
que là où l'on parlait le plus joli Béarnais, c'était à Gan. à 
Pau [où pourtant on le mélange un peu avec le Français), à 
Morlaas, à Leacar. M™' Dupouy, la maîtresse de l'hôtel du 
Commerce à Arzacq, me parlait avec enthousiasme du patois 
de Pan. A Saraadet canton do (^leaune), M"" Dupin, pro- 
priétaire de l'hôtel, me disait : '< la bjar'nes k il far mA ht'xa] 
ke lu pa'tW£B de p^rnasu u. A Arrens (cauton d'Aucun, 
Hautes- Pyrénées) le propriétaire de l'Hôtel de France, 
M. Lorret. me disait la même chose. M"" Carite. d'Ossun, 
établie à Pau, s'exprime ainsi : " lu palwes de paû, k li md 
be jol k a nnsle. in:a tu ty a ans;, k im pa j^,/ k ;1 m;i be'jsi ke 
hen lus bi lagjes d où tar ; m^S k d m:l fi lu bjar nés. " 



k 



1. Le même qui a publié des .Nocis patois, 



À 



— 43 — 

84. Ce qui est plus probant que des appréciations for- 
mulées expressément, c'est l'influence exercée par les formes 
du dialecte littéraire. En effet, on les voit s'imposer mùme à 
ceux qui prétendent préférer leur patois natal. 

Les curés, dès qu'ils montent en chaire, parlent en Béar- 
nais littéraire. M. le curé de Gurmençon (canton de Sainte- 
Marie), né à Lées (canton d'Accous, en me confirmant ce fait 
que j'ai souvent observé, me l'expliquait comme suit : « Nous 
autres curés, nous quittons notre village avant d'en bien con- 
naître le patois; nous nous trouvons, au séminaire, avec des 
Béarnais de toutes les régions ; puis, nous changeons de 
paroisse plusieurs fois. Nous adoptons ainsi un langage qui 
est la moyenne de tous ceux que nous entendons parler. 
D'ailleurs les paysans eux-mêmes riraient de nous entendre 
employer un patois tout à fait local. Ils n'y sont pas habitués. 
Il y a quelque temps, j'entendais à Lées M. X... faire une 
petite allocution en patois à un mariage. Il est de Lées, et n'a 
rien voulu abandonner du patois de son village. Eh bien, 
moi-même qui suis de Lées et passionné pour mon patois, j'en 
étais étonné ; et je voyais bien des gens qui riaient. » 

85. Je vais montrer par quelques exemples cette conta- 
gion du dialecte littéraire de la Plaine. 

Ses principaux caractères sont les suivants : 

ij à l'initiale, j à la médiale ou après consonnes, et non 
^5. 5 : iju a je » ; py ja « monter » ; ezbar'ja « effrayer, et 
non d5u, py'sa, ezbar'3a. jj et non d5, 5, Ï5, dans les termi- 
naisons -aticym, -idicum, -inicum : biladjje « village », 
hi|je (( foie », di'menjje » dimanche », au lieu de bilad5e, 
bila5e, bilai5e, etc. 

d provenant de d intervocal, et non z ou Tune des formes 
résultant de la chute du d: kade « tomber », au lieu de kaze, 
kaje, ksi ou ke. 

t à la 2^ personne pluriel des verbes, et non ts: ke kan'tat 
« vous chantez », au lieu de ke kan'tats. 

t au singulier, ts au pluriel correspondant à // final en 
roman, et non c, t/au singulier, t/, /, ï/, ïuau pluriel : be Ut 
a veau », betits, non betcc, beUt/, etc. 

l/au pluriel des mots qui ont L au singulier, et non une des 
autres formes: bjd/u vieux », non huAs, bjdts, etc. 



correspondant â a postLooiquelalin, et non a ou a : beluo 
« génisse », nonJie'tija ou beUie. 

In, la et non et, aia ; — k d h il est », et non ko do; — /ila 
« six », el non si» ou b)(s ; — omi ic homme », et non ami; 
— bjrrre " beurre », fji'nesto « fenêtre ■a, jje h hier ». et non 
bu'de, arrjssta ou hJEStia, JErmo ; — bjene, tjene, kc bienJ 
« venir, tenir, je viens » et non bî, lî (bi, ti), ke bjepk ou ke 
bjBl, etc. 

En outre, le patois littéraire ne conserve de l'n séparable 
latin que tout au plus la nasalitton de la voyelle précédente : 
pB ou pa « pain ", et non pan. 

Je n'ai fait qu'indiquer les faits les plus importants, ceux 
qui sont les plus caractéristiques du dialecte littéraire. Pour 
entrer dans les détails, il ne faudrait rien de moins qu'une 
étude comparative de tous les patois du Sud-Ouest. 

86. Voyons maintenant eoiiimcnl ces caractères chassent 
tes autres. 

Eaux-Bonnes est une enclave du dialecte littéraire en pleine 
vallée d'Ossau. L'étude de son parler est malheureusement 
très difficile, parce qu'une foule de patois se mélangent dans 
cette station thermale, fille de sa source, et qui ne s'est déve- 
loppée que depuis une cinquantaine d'années. La population 
d'Eaux-Bonnes est venue un peu de toutes les parties du 
Béarn et de la Bigorre; de Bruges, d'Arthez, d'Asson (canton 
de Naj), de Ferrières, d'Arbéost (canton d'.\ucun, Hautes- 
Pyrénées), tout autant que d'Aas ou de Lanins. Parmi ces 
gens de provenances diverses, les uns — ceux qui sont venus 
déjà âgés, ou les Ossalois qui hivernent dans les villages 
voisins — conservent en général leur patoi.<i relativement 
pur; mais lorsqu'ils l'altèrent, c'est pour se rapprocher du 
langage de la Plaine. Les autres — les plus jeunes, et ceux 
qui ne retournent guère chez eux — adoptent un parler 
hybride, mais bien plus semblable à celui de la Plaine qu'à 
celui d'Ossau. 

Il faudrait, pour démontrer ceci, avoir recueilli le parler 
d'un grand nombre d'habitants d'Eaux-Bonnes de prove- 
nances diverses, et comparer leur patois actuel à celui d'Os- 
sau, en notant les différences, puis comparer les formes extra- 
ossaloisea ù celles de leurs villages d'origine, pour voir ce 




45 



qui est une simple conservation; le reste donnerait la mesure 
de l'action littéraire. Je ne peux faire, ce travail que d'une 
façon rudimentaire, mais voici quelques faits significatifs. 

Une femme de 25 à 30 ans, née à Goust (canton de Laruns), 
et n'ayant guère quitté la vallée, ditjja, ramajje, py ja, ezbar'ja, 
kas'ut, bétels comme dans la Plaine, au lieu de 5a, ra'ma5e, py'5a, 
ezbar'5a, kaa'Ut/, be'tcits comme à Goust et dans tout Ossau. 

Augustin Lanusse, 54 ans environ*, d'une famille d'Aas, 
ayant séjourné à Pau bon nombre d'hivers, termine la 2® per- 
sonne du pluriel par t comme dans la Plaine et non par ta 
comme dans la Vallée : kampje'net, kumbu Xat, au lieu de kam- 
pje'neU, kamba'Xata. 

M. Lablangue*, né à Arbéost, mais élevée Eaux-Bonnes 
depuis rage de 1 an, fait l'a posttonique latin =^ comme vers 
Pau, au lieu de a comme en Ossau et dans son village. 11 rend 
•it-f-8 par -1/ comme dans la plaine (y bjs-^, dyz bjd/) au lieu 
de 'if comme à Arbéost (y bjd, dyz bjcïy), et de -ïts Uts, comme 
en Ossau (bjdts, bjdlta, bjslts, bjcla). 

Je peux donc donner comme un minimum le tableau sui- 
vant, qui montre Eaux-Bonnes se séparant régulièrement 
d'Ossau pour marcher avec la plaine. 





KN VIRONS DE PAU 


EAUX-BONNKS 


OSSAU 


(// tinal) 
(// final -h s) 

(/; -h «) 


t 

u 

1; 


t 

ta 
1; 


C, t; 

lia 

Hs, Uts, la 


-aticum 

j initial 

j médial ou appuyé 

-lis verbal 


-aije 

• • 
• 

J 
t 


-ajje 

• • 

|]. ] 

• 

t 


-aoe 

d3. 3 

5 

ta 


a posttonique 








a 



87. Eaux-Bonnes est à son tour un centre du parler litté- 
raire qui infecte les villages voisins. A Aas, ^ Laruns, cette 
influence est très marquée ; dès qu'on s'observe un peu en par- 
lant, on emploie certaines formes littéraires, telles que aute- 
men ou aatede'men pour aade'men « autrement ». Quelques- 

1. En 1891. Mort depuis. 

2. Cest le père de Léopold dont j*ai étudié le patois dans la Revue 
des Patois, lli, 106. 



DJALUQUE 



LITTÉRAIRE 



— 46 — 
unes de ces formes deviennent déflnitivea ; ainsi ba'de 
11 beurre » a été remplacé à Aas par byrro, tandis qu'il sur- 
vit encore à Béost, Bagès et Loavie Soubiron, 'jni sont plus 
luin d' Eaux-Bonnes. 

88. En Azuii (c'est la vallée du Labedan nii sont Aucun 
et Arrens), on peut bien se rendre compte de l'invasion du 
dialecte littéraire. » Tous les morceaux de littérature orale 
se disent en Béarnais plus ou moins pur ». écrit Camélat. 
On pourra juger de la profonde différence qui existe en A/un 
entre le patois et la langue littéraire, par le petit dialogue 
ci-joint, dont Camélat m'a fourni et la version courante, et 
la refaçon bien locale. Il est très populaire dans la vallée. 



VERSION P*T013E 

i d ûji jjeb 'bus ? 
E de ^u'daii. k ç! de 
'UtAz amidz a yu'daa. 
e 'ju ta'bë. 
EJem maji'dfttf 
E wi, wi. 

i kin s a'pçja ja 'bnsla 'hènna? 
i ma'jia. 
i ja 'nu ta'bë. 
t se 5'a'je bçja 'nosa ? 
'o se ne ya'je, se ne ya'je, 
frai/, SOS, pa'jeus, a niits, 
'wsk ke 'jîjàni de 'tuts ; 
k a'jem 3a kartar'rota 
de ha'^aj. ke hajep 
'kjusta de'bat. 'kjusta de'sys, 
E 'wEp picçar'iMts de bl. se 
mes n a'sam s'yt, mes. 
ke n 3jàm bœ'bœt. 



£ d un Eb 'bus ? 

êde yii'daû . eî de 

Ibsdz a'midz a ^u'daîî. 

£ kiim JU a'taù. 

£ JÊm maji'datï 

£ wi, wî. 

E kin 3 a'pEja bssta 'spuza ? 

E ma'ji. 

E la 'mjena ta'bê, 

= se j a'bî btaa 'nosa^ 

'o se n j a'bs, se u j a'b;, 

frais, SOS, pa'jens, a'mits, 

'wïk k 'tjàn de 'tuts ; 

k a'bôm va kartar'rota 

de ba'jCar, ke hazep 

'kjusta de'bat, 'kuusta de'svs, 

£ 'w£p pit/ar'rats de bî. se 

'rnës n a'busàm a'byl, mes 

ke n 'o.iani he'gyt. 



Traduction 

— Et d'où êtea-vous? — Et de Goudau ; j'ai beaucoup 
d'amis k Goudau. — Et moi aussi, — Et étes-vous marié ? — 
Eb oui. oui. — Et comment s'appelle votre femme ( — Eh 



47 



Marie. — Et la mienne aussi. — Et s'il y avait belle noce ? — 
Oh s'il y en avait, s'il y en avait, frères, sœurs, parents, 
amis, huit nous en étions de tous ; nous avions un cinquième 
d'hectolitre d'orge, nous faisions croûte dessous, croûte des- 
sus ; et huit double-litres de vin. Si plus nous en avions eu, 
plus nous en aurions bu. 

Bien qu'il y ait dans la forme courante de ce morceau des 
archaïsmes (el de bedz amis, au lieu de k ci) Tet des traces de 
l'influence du Français ('mjena) les modifications du patois 
sont dues surtout au Béarnais littéraire. 

89. Tous les caractères cités plus haut n'ont pas une égale 
importance. 

3, ds sont tolérés même en poésie, grâce à Navarrot qui 
était d'Oloron, où ces formes sont seules courantes ; c ou cç, 
ou t/ est une forme admise dans les ouvrages patois de 
rOuest*, à cause de l'importance de Salies et d'Orthez comme 
centres littéraires. Mais sur la limite de la région où // final 
donne c et de celle où il donne t, entre Précilhon et Peyre, 
j'ai eu souvent bien de la peine à déterminer à quel domaine 
appartenaient les villages ; dans un grand nombre, en effet, 
on mélangeait t et c d'une façon qui permettait de voir 
clairement une influence littéraire. — Les Chalossais, qui 
n'arrivent guère en parlant à se défaire de leur n (=^ n sépa- 
rable), écrivent pan, bin, même en poésie. En Ossau, d'au- 
tre part, on évite même 5 et t/, dès qu'on veut parler bien. 
A Neuilly-sur-Seine, j'ai une fois lié conversation avec un 
de ces chevriers béarnais qu'on rencontre un peu partout. Il 
disait: iju, be'tst. « Et d'où êtes-vous ? — De Laruns. — Mais 
à Laruns, on dit 3U, be'Ut/. » C'est à peine s'il a voulu le 
reconnaître. « ke n ja ki ad dizen », répétait-il. « 11 y en a 
qui disent comme ça. » — L'adoption par les Ossalois do 
formes béarnaises comme bilaije est d'autant plus remar- 
quable que t'influence du français, qui n'est pas non plus négli- 
geable, tendrait plutôt à faire conserver la forme bi'lase. 

1. On écrit -IÇy Ih, -igl, ty : nabely « nouveau », c'est-à-dire nabec. 
Dans sa séance du U*^ avril 1900, la Commission administrative de 
rEscole Gaston FébiiR a adopté la moins mauvaise de ces graphies, 
celte par-//i, que proposait M. Bourcier : nabvth. 



umi, Gj^s ou Bûs, ke de, bnde, bi, tî, arr);sla ou hjfSUa, ne 

sont employés ni en littérature, ni en con*ersatioD par ceux 
qui veulent parler fin. Sur beaucoup de points, l'ancien ferme 
n'est plus qu'un souvenir, ou du moins tend à disparaître. 

Voici l'histoire de bnda à Pè de Hourat (canton d'Arudj). 
d'après le propriétaire de l'établissement thermal, M. Ort 
(50 ans): 

11 la 'm£ yjan'tanto ke ài'zt bu'de : ke bas 'sa lu bu'de. hiz 
'uriklez de pa'pa, bu'de ta'bê. lu pa'pa ke di'ze 'byrre, 
per'mu k £jo mjïXe 'dit. kwam be'n=œ bu'de a 'paù, laz 
arkar'dsjos ke di'z=n, 'kwam bu'Ied de keb 'hyrre'i — ala'bets 

I abi't^yde de 'dize 'byrre ke 'bje de 'kiu. " — C'est-à-dire : 

II Ma graud'tante disait « bu'de » : « tu vas faire le beurre jj. 
Les oncles de papa, ■< bu'de » aussi. Papa disait " bjTre ", 
parce que c'était mieux dit. Quand on vendait du beurre à 
Pau, las revendeuses disaient : « Combien voulez-vous de ce 
beurre. " — Alors l'habitude de dire h bjrre » vient de 
là. « 

11 wii ", m'a dit un propriélairL- d'Estialesq (canton d'Olo- 
ron), M. Armagnac, " dezempy/' kinze a bint ans, ke kn'meoflon 
de ibi'ja a dize de umi enta ami. ■■ — Aujourd'hui, depuis 15 
ou 20 ans, on commence à se tourner à dire « omi » pour 
Il uroi II. 

Il y a, naturellement, des influences contraires. Tandis que 
omi envahit Olopon, les gens d'Arette, dont la forme native 
est précisément omi, apprennent à diro umi pour parler 
comme à Oloron, qui est leur chef-lieu. De même, ils rem- 
placent leur ijo 11 je ■>, dfi sans doute à une vieille influence 
espagnole, par le gu d'Oloron, plutôt que par le jju de 
Pau. 

90. et, sja, doivent étro étudiés avec plus de détail. Leur 
recul est imminent. MM. les curés de Béost et de Louvie- 
Soubiron (canton de Lariins), nés à Castet (canton d'Arudy) 
où on emploie l'article ruontagnard, l'ont abandonné com- 
plètement. Beaucoup d'autres, nés en plein patois monta- 
gnard, habitant une paroisse de la montagne, ne conservent 
l'article tonique qu'en conversation, mais disent lu, la, dès 
qu'ils montent en chaire. M. le curé de Buziet, né près 
d'Oluron, trouvait et, eia grossiers, ii Vous savez », ajou- 



— 19 — 
lail-îl par manière d'exiiUcitioii, i< i;a ue se dit que dans un 
tout petit territoire ". A Arbéost. et dans bieu d'autres vil- 
lages uiriDtagnards, uii fommeni;ait par répondre à mes ques- 
ti<ms : laz aûias, Inz arbes ; et il me fallait tourner <:ette ma- 
nie en ridicule (personne n'est plus sensible à la moquerie 
qu'un Bé^arnais) pour les faire revenir à leur patois naturel. 

Dans ([uelques régions où ou emploie et comme article ordi- 
naire, on le remplace par lu pour les noms qu'on prononce 
avec respect. A Izeste, M"" Arnoldo m'a donné une série de 
testes sans jamais employer l'arlick de la Plaine ; mais 
quand, traduisant la parabole de l'Enfant Prodigue, j'ai pro- 
posé k :1 pe kak kanti et scû, elle m'a tout do suite arrêté avec 
un geste pittoresque de dénégation: kanuo lu sm. De même, 
elle veut In bundin el non eb bundiu » le Hori Dieu ». 

A Béoéjacq (canton do Nayj. j'ai eu peine à faire avouer JL 
mon premier sujet qu'on disait et, eia ; et même après, mal- 
gré son liésir de me bien renseigner, il revenait constamment 
k in, la. Il faut dire qu'il avait été soldat douze ans, son père 
était de Mourens, sa femme de Beuste, et il avait vécu par 
conséquent dans une atmosphère de In, la ; néanmoins, ce 
n'était qu'avec les étrangers, et comme pour leur faire hon- 
neur, qu'il changeait ainsi son patois. 

Le même mépris pour l'article de la montagne ressortait 
clairement de ce que me disait un niumenl après un homme 
avec qui je faisais route vers Bordeaux. 11 disait toujours In, 
la, quand même j'employais et, eja. Je lui ai demandé d'où il 
était; il m'a répondu qu'il était de Bénêjacq : seulement il 
avait couru pas mal, et il allait vendre tous les ans à Pau. 
Alors, comme il disait, " ou se met à la portée de ceux qui 
on suit le vice », et on parle 



que E 



sont moins paloi 
comme à Pau. 

" Mais à Bénéjacq, avec les paysans, comment dites- 
vous i a 

" n. eja, toujours, o 

" Et avec les étrangers vous dites In, la ? » 

X Oui, qu'est-ce que vous voulez, pour être un peu moins 
grossier! " 

Généralement les deux articles sont mélangés ; on emploie 
l'un ou l'autre comme cela vous vient à la bouche. Ce nié- 

l'AWï. — /.'0.igiae iltt Oisû/uia. i 



— So- 
lange est surtout fréquent dans la littérature orale. Voici par 
exemple quelques vers extraits d'un an'jsBt ou chant funèbre 
Aspois que j'ai transcrit à Sarrance en 1890. 

soi arri'bata ta pun'sizai, 

ep'jwua ke nû haze 'klaau. 

soi arri'bata en 'suii de la tano, 

k si eude'nyt et tiylt de la kam'pano. 

91. Dans la littérature proprement dite, on ne trouve 
guère que In, la. M. Henri Peiisson, d'Arette, " leFétibre de 
Barétoua », a bien écrit quelques poésies où les articles sont 
mélangés comme dans la littérature orale barétouuaise ; mais 
ces tentatives n'ont pas eu de suite. Ainsi une fort jolie 
chanson qu'il avait publié d'abord sous le titre Eih *(' df Mar~ 
lerou « le soir de Toussaint >i, a paru dans l'Almana deu hou 
Biarnés de 1899 sous la forme revisée Lou se de Marlerou. 

Quelques tentatives pour écrire en patois vraiment local 
n'ont trouvé aucun écho. La plus sérieuse est la publication 
d'un recueil de poésies de grand mérite, en pur Azunois, par 
M. Camêlat, sous le tilre Et piu-fjiu d era me lagiila, c'est- 
à-dire le gazouillement de ma /ttUe'. Cette œuvre a eu un 
succès d'estime mérité parmi I(?s spécialistes, mais ne s'est 
absolument pas vendue. Depuis, Camélat écrit en Béarnais 
littéraire, et ses poésies sont fort appréciées : ti^lle sa char- 
manie idylle Beline'. — Pourtant, d'après Camélat, l'in- 
fluence du Béarnais diminue dans le Labedan. 

92. Je pourrais ajouter beaucoup d'autres exemples. Ce 
que j'ai dit suffit à prouver qu'il existe actuellement en Béam 
un dialecte littéraire, qui est celui de la Plaine, et particu- 
lièrement celui des environs de Pau ; qu'il est parlé en chaire 
parles curés; que les paysans l'emploient ou cherchent à 
l'employer dès qu'ils parlent à un étranger ou dès qu'ils font 
oeuvre littéraire; qu'il tend même à envahir le patois jour- 
nalier et intime. 

93. Or cette situation existait certainement autrefois, Oa 
peut croire qu'elle avait à la fois plus de force et moins d'ex- 
tension. Moins d'extension, parce que. les relations et les ma- 



— 51 — 

riages lointains étant plus rares ^ la manie de la mode moins 
forte, rattachement aux traditions plus universel, un petit 
nombre de personnes seulement était exposé à l'influence 
littéraire. Plus de force, parce que ceux qui y étaient exposés, 
— c'est-à-dire ceux qui écrivaient, notaires ou autres, — 
avaient étudié dans les centres littéraires, adopté la tradition 
graphique et le jargon professionnel de leur école. 

« On sait qu'au moyen âge le Béarnais a été très usité 
même en dehors de ses limites actuelles; grâce à l'union des 
pays de Foix et de Béarn, il a été employé longtemps comme 
idiome officiel dans une grande partie de la région pyré- 
liéenne, et beaucoup d'actes des xiv® et xv* siècles, relatifs à 
la Bigorre, au Nébouzan, au Comminge et au comté de Foix, 
sont écrits en Béarnais *. » 

Un coup d'œil sur les textes anciens suffit pour faire voir 
qu'ils sont soumis aux mêmes influences, — littéraire d'une 
part, locale de l'autre, — que j'ai pu surprendre sur le vif. 

Pas plus que MM. Peyré et Montant*, Navarrot^ qui était 
d'Oloron comme eux, n'emploie ei^era, dans ses écrits. 

Dans les poésies de Marie Blanque, chanteuse funèbre 
aspoise du siècle dernier, les deux articles sont constamment 
mélangés^. 

Despourrin, né à Adast, près Argelès, et qui a passé toute 
sa vie dans le Labedau, ne montre pas dans ses chansons un 
seul exemple à' et, eva. 

On le trouve au contraire seul employé dans un récit 
trouvé sur le mur de l'église d'Os (Ariège). 

Mais dans la Cansou de la Bei'tat, la Croisade des Albi- 
geois^, la Guerre de Navarre, le Nouveau Testament albi- 
geois du Palais Saint-Pierre à Lyon, et le Débat dlzam 



1. Léon Cadier, article Béarn, dans la Grande Encyclopédie. 

2. Voir Concours Navarrot, août i890. Pau, Garet, 1890. 

3. Né en 1799. Voir Le Chamonnier d'Oloron, Navarrot. Pau, Garet, 
1890. 

4. Voir Vignancour, Poésies béarnaises ^ avec la traduction française. 
Pau, 1860, in-8, t. I, p. 266. 

Les vers cités plus naut (§ 90) sont probablement d'elle. 

5. Ces exemples ont été réunis par Roque-Ferrier, Vestiges d'un 
article archaïque^ conservé dans les patois du Midi de la France. Mont- 
pellier, 1879, m 8. 



et de Sicart i/c Fitj>iciras\ l'article tonique est en infime 
minorité. 

94. Voilà pour les textes littéraires. Dans les documents 
d'archives, les exemples de l'article Ionique sont plus rares 
encore. lis se ti-ohvent ^iniquement dans la région Est du patois 
montagnard, où l'influence béarnaise a toujours été moins forte; 
et encore est-ce dans les noms de lieux seulement. M. Lucbaîre 
n'eu a trouvé d'exemples que dans le Cartulaire de Bigorre * 
et dans celui de Lézat *, Il faut ajouter cependant le mande- 

■ ment d'un évêque de Comminges du xvni'' siècle où et. era sont 
presque seuls employés'. 

95. On voit que l'immense majorité des textes écrits en 
pays de la Montagne n'ont que l'article atone; quelques-uns le 
mélange des deux articles, et un tiês petit nombre l'ai'ticle 
tonique seul. Or comme il eu est exactement de même dans 
les textes littéraires actuels de cette région ; et comme nous 
savons que l'article tonique est le seul qui y soit employé en 
conversation par ceux qui ne singent pas la Plaine, nous pou- 
vons conclure qu'alors comme aujourd'hui le seul article de la 
Montagne était et, eJa, mais que la tradition littéraire dont 
nous tenons le dernier chainon, existait déjà, et agissait, 
plus fortement qu'aujourd'hui, sur la langue écrite. 

Cette explication du mélange des articles dans quelques 
textes littéraires est conforme à celle que M. Caix a donné des 
articles l'/et lo en italien*, et la vigoureuse argumentation du 
savant italien donne de la force à la mienne. 

96. Il est impossible de croire,' comme semble le faire 
M. Koque-Ferrier, qu'il y a eu mélange d'articles dans la 
langue parlée. Un tel mélange n'aurait été possible que par 
suite d'un mélange de dialectes, que rien ne permet de sup- 
poser. En tous cas on ne peut pas admettre que ille ait pu 
donner dans la même région deux formes différentes, ayant 
toutes les deux le même sens. On voit en effet que dès qu'une 
langue se trouve en possessiou de Jeux articles, par suite 



. Voir flomunia, IX, 15". 

. Elude, p. 229. 

, Becueil. n"* 3, 5, G el Glossair 



mie tli l'itoloyia Honiniiin. ydj 



— 53 — 

d'une évolution de sens éprouvée par d'autres raots, elle en 
laisse tomber un : c'est ce qui a lieu en Gascogne, pour l'ar- 
ticle es, sa dérivé de ipse, ipsa *. 

97. De ce qui précède, on doit conclure que les chartes 
n'ont de valeur en Béarn (je ne cherche pas, bien entendu, à 
généraliser) que pour Tétude du dialecte littéraire et du 
développement général du latin dans la région ; et qu'elles 
n'en ont pas pour la dialectologie locale. 11 serait en tous cas 
complètement inutile d'y chercher la géographie ancienne de 
l'article, et, pour la déterminer, il faudra recourir à d'autres 
moyens de preuve. Ce sera l'objet du prochain chapitre. 

98. Note. — Il serait intéressant de déterminer les dia- 
lectes qui ont surtout concouru à la formation de la langue 
littéraire. Je n'ai là-dessus que des données vagues. Je suis 
disposé à croire que le foyer littéraire a été d'abord les Landes, 
puis Orthez. Cela concorderait avec l'histoire de l'inttuence 
politique. Puis le Béarnais littéraire offre des faits qui appar- 
tiennent à cette région : 

La notation e pour a posttonique ne convient encore aujour- 
d'hui, où l'assourdissement n'a pu qu'avancer, qu'à l'Ouest et 
au Nord-Ouest du Béarn et aux Landes. 

La notation ihyef/, thyaitsscr, etc., exprime une pala- 
talisation du k par le j suivant qu'on trouve dans cer- 
taines parties des Landes, et sur laquelle je n'ai que peu de 
données géographiques qui toutes m'ont été fournies par 
M. Arnaudin. 

Quant à la notation aa, oo, re, ii, correspondant à a, o, c, i 
plus n séparable, elle ne peut au contraire pas être née dans 
les Landes où ce n est encore conservé sous la forme d'un n 



1. On pourrait objecter Texisten ce de deux articles, hinn, hin, hiô 
et «rï, sûy pad en islandais. Mais outre qu'ils sont d'origine différente, 
ils ont un rôle distinct, hinn s'emploie devant un adjectif, suivi ou non 
du nom : hinn ûngi(maôur) a le jeune homme » ; ou sous la forme faible 
-inn -m -id après le nom : maôur-inn « l'homme ». C'est seulement 
sous cette dernière forme qu'il est vraiment article; la forme forte a 
gardé un peu du sens démonstratif ; d'ailleurs elle n'est plus guère 
usitée que dans le langage écrit. — sd s'emploie devant un nom ou un 
adjectif, mais le sens aéraonstratif est souvent encore très apparent : 
sa gôÔi hestur « ce bon cheval ». C'est surtout devant un adjectif sans 
nom qu'il devient un véritable article, parce que dans ces conditions 
on ne peut pas mettre -inn final : sa vundi « le mèciiant » (Satan). 



— 5'i — 

plus ou moins affaibli. Il est même bien étonnant qu'elle ait 
pris naissance en Béarn, où actuellement encore la voyelle est 
plus ou moins nasalée dans la plus grande partie du pays *. 

1. L'orthographe adoptée par la Commission de VEscole Gaston 
FéhtiSj sur l'avis de M. Bourcier, le !«''• avril 1900, marque la nasala- 
tion des voyelles par un accent circonflexe : hi « vin », hé « foin », 
pâ « pain ». 



CHAPITRE III 



Comment peut s'expliquer la géographie actuelle 

DE l'article. 



99. Un fait paraît certain à la simple inspection des cartes : 
c'est que la géographie de l'article ne peut pas résulter du 
développement normal du latin dans le Sud-Ouest. On ne peut 
pas admettre que toute la chaîne et une bonne partie de la 
plaine appartiennent sans interruption au domaine de et, eja, 
et que tout à coup ce domaine soit rompu par une bande 
étroite et longue qui s'enfonce jusqu'à la frontière. C'est 
d'autant plus impossible qu'on trouve, presque à l'embou- 
chure d'Ossau, les Trois-Villages, qui sont comme les témoins 
de l'existence, à une époque ancienne, de l'article tonique en 
Ossau, et relient entre elles les vallées latérales*. 

On peut donc regarder comme certain qiie la la s'est intro- 
duit en Ossau postérieurement à la divergence de traitement 
qu'a subi ille dans le Sud-Ouest. 

100, Il s'agit donc de déterminer comment lu la s'est in- 
troduit. Y a-t-il eu invasion de formCy et si oui, de quelle 
région est-elle venue? ou invasion de population, et si oui, 
quel est son lieu d'origine, sa date, son histoire? 

Je vais passer en revue les hypothèses qui peuvent se 
produire. 

1. On pourrait croire que le patois des Trois-Villages est dû à une 
invasion récente venue de la vallée d*Aspe, à laquelle leur territoire 
tient par un bout. Mais la forme ed o'mi, qui est remplacée erï Aspe 
par ej 'umi, rattache plutôt les Trois-Villages au Labedan. Voir pour 
plus de détails, § 223. 



1. — Commimaulé d'origine des Osguidates montani 
el campextres . 

101. SuivanI en uelad'Anville, MM. Raymonil', Liichaire', 
Cadier* placent les Osquidates montani dans les vallées 
d'Ossati, Aspe et. Barétoua, et les Oxtjnidaifs campestres dans 
les Landes du Pont-Long pt dans colles de Baras, Bordeaux. 
On pourrait attribuer, et on a effectivement attribué, les ana- 
logies linguistiques à l'identilé de la race. 

Cette hypothèse ne parait reposersur rien de solide. D'ahord 
on ne sait rien de précis sur le lieu de résidence des Osqui- 
dates soit montani soït campestres. La similitude du nom 
Ossau — dont on retrouve le radical ailleurs, par exemple 
dans les mots Osse, Ossim — n'est pas une preuve suffisante 
pour affirmer que les Osquidates montani aient habité la 
vallée. Quant aux Osquidates campestres, c'est uniquement 
sur les relations avec le Pont-Long et les Landes, des Ossa- 
loîs, successeurs présumés des Montani, et sur leur commu- 
nauté de race prohafile avec les Campestres, qu'on a fondé la 
localisation de ces derniers'. Mais les possessions des Ossa- 
lois en plaine peuvent tenir à d'autres causes, et je proposerai 
• pour les expliquer une hypothèse qui nie parait plus vrai- 
semblable. 

D'ailleurs, quoi qu'il en suit de cette parenté réelle ou sup- 
posée, il est impossible de lui attribuer sérieusement la res- 
semblance de dialectes en question. Pour autant qu'on sait, 
l'influence des langues prélatines sur le Latin ne s'est exercée 
que pour déterminer des tendances phonétiques ou sjntac- 
tiques générales. 

2. — Inpitenre de l'Amijon. 

108. Si l'article, en Aragon, était, ou avait été, la, la, 
Ossau aurait pu adopter cette forme. 



3. Grande Eneyclopidie. 

4. MenjouJet place les Campfstres vera Arudy. 



— 57 — 

L*hypothèse vaut à peine qu'on s y arrête. Je ne connais 
pas la dialectologie aragonaise ; mais alors même que la, la, 
existerait sur le versant Sud des Pyrénées, Aspe et Barétons 
auraient adopté cet article avant Ossau. Le port d'Ossau, en 
effet, est peu praticable et n'a jamais été bien fréquenté. Le 
Pas d'Aspe, au contraire, a été traversé par une grande route 
depuis Tépoque romaine. Une forte influence d'outrè-monts 
est d'ailleurs sensible dans les patois d'Aspe et de Barétons, 
et augmente plus on approche de la frontière. Pourtant Aspe 
et Barétons n'ont que l'article tonique, ce qui prouve qu'en 
Ossau la la ne vient pas de T Aragon. 

3. — Influence de la Plaine, 

103. « La vallée d'Ossau, dit M. Luchaire, moins isolée 
que les deux autres (celles d'Aspe et de Barétons), à cause de 
ses relations directes et constantes avec Pau et du grand 
nombre d'étrangers qu'y attirent ses stations thermales, a 
subi, et subit de plus en plus tous les jours dans sa phonétique 
et son lexique, l'influence du Français et celle du Béarnais 
parlé à Pau. Ainsi le patois de Bielle ne connaît plus l'article 
pyrénéen et era, qu'il remplace par le béarnais ordinaire 
loUy la^ .y> 

M. Luchaire, qui ne paraît pas avoir soupçonné l'entre- 
croisement d'enclaves existant, comprend d'ailleurs Aspe, 
Ossau et Barétons dans un même sous-dialecte a de la mon- 
tagne », en sorte que pour lui l'Ossalois paraît n'être que de 
l'Aspois mélangé. 

104. Cette manière de voir semble au premier abord se 
concilier assez avec ce que j'ai dit plus haut de l'influence du 
dialecte littéraire, et notamment du recul de et, eia devant lu, 
la. Je n'ai constaté, il est vrai, que des individus isolés intro- 
duisant l'article de la Plaine dans des villages montagnards. 
Mais rien n'empêche absolument de penser que la limite puisse 
reculer, ou que des enclaves puissent se former. 

105. Mais il faut avouer qu'il serait bien bizarre de voir 
une invasion de formes sauter par-dessus trois villages situés 

1. Étude, p. 286. 



— 58 — 

presque en plaine, pour s'emparer d'autres villages, situés 
au milieu de la montagne, et dont quelques-uns, comme Goust, 
Louvie-Soubiron, Bagès, Listo, se trouvent loin des routes. — 
On verra plus luiri, que, quand il y a une invasion de formes 
certaine, elle s'empare d'Arudy avant d'atteindre le Haut- 
Ossau ' (voir §§ 199 s.). 

En admettant même que cotte marche puisse subir des.' 
exceptions, il faudrait prouver encoFe que l'inttuence est assez 
ancienne et assez forte pour avoir chassé ot ej& d'un terri- 
toire aussi étendu, et dont les Hancs étaient gardés. J'ai pu 
m'assurer eu consultant les vieux, que depuis 150 ans au 
muins. In la existe seul en Ossau, sauf dans les Trois-Villages. 

Or en Aspe-Barétous, et jusqu'à Parbajse et Monein, 
c'est-à-dire tout à fait en plaine, et oja subsistent, et subsiste-. 
ront encore bien longtemps selon toute apparence. Il faudrait 
donc supposer, flans l'hypothèse de M. Lucbaire, qu'il y a eu 
entre Ossau d'une part, .\spe-Iiarétous et la plaine jusqu'à 
Monein, de l'autre, une différence de relations avec les patois 
ayant lu la, assez grande pour que depuis 150 ans Ossau ait 
été envahi, tandis que l'autre groupe commence tout au plus 
à élre entamé. Mais il est de toute évidence que le patois 
montagnard qui s'étend en plaine comme une sorte de cap, 
entre .\rbus et Pardies, Lacommande et Navarrenx, est infi- 
niment plus exposé aux attaques du patois littéraire que le' 
haut de la vallée d'Oasau. 

Bien plus, h ne considérer que les vallées d'Aspe et d'Os- 
sau, il semble que s'il y a une différence entre elles âce point 
de vue, c'est la vallée d'Aspe qui est le plus exposée au 
contact de la Plaine. Les conditions d'existence, à la vérité, 
sont à peu près les mêmes. Tout propriétaire, ou presque, est 
pasteur-, tout berger passe à peu près six mois en plaine, du 
commencement de novembre jusqu'en mai, A vrai dire, les 
vaches, en Aspe, hivernent dans la vallée, tandis qu'en Ossau 
quelques vachers passent trois mois eu plaine, de mars jus- 
qu'en mai ; d'autres louent des prairies ou achètent du four- 
rage à Arudy, où les prés sont étendus ; à Bilhères où la 

I. Cela n'a rien d'étonnant; en dehors d , „ ^ 

.Vnidy efil avec Laruns le principal centre ouvrier (i'OsBBu. 
plus le siège d'un marché important qui a Heu par quinzaine. 



— 59 — 

plaine du Benou fournit beaucoup de fourrage, les vachers 
ne quittent pas. 

Il peut donc y avoir, de ce chef, un peu moins de contact 
avec la Plaine en Aspe qu'en Ossau. Mais d'un autre côté, 
TAspois est plus coureur, plus indépendant que TOssalois; 
celui-ci ne quitte guère son troupeau ; il revient avec lui au 
printemps. L'Aspois, au contraire, celui de Lescun surtout, 
quitte volontiers son pays pour plusieurs années, et va s'établir 
comme laitier dans telle ou telle ville éloignée*. 

106. D'ailleurs il ne faut pas exagérer l'influence que les 
rapports des montagnards avec les gens de la Plaine ont pu 
exercer sur leur parler. Nous avons, à ce point de vue, une 
indication précieuse. 

Il y a en Aspe un point qui depuis une époque reculée a eu 
avec la Plaine des rapports constants ; c'est Sarrance. 
M. l'abbé Menjoulet en a fait l'histoire dans une petite bro- 
chure que je résume ici au point de vue qui m'occupe'. 

Sarrance a été probablement la plus ancienne dévotion de 
la contrée. C'est entre 1319 et 1343 que ce lieu a commencé 
à être visité. La chapelle a été desservie de suite par des reli- 
gieux tirés de l'abbaye de Prémontré de Saint-Jean de la Cas- 
telle, du diocèse d'Aire. Ces religieux hébergeaient dans une 
hôtellerie les voyageurs pour l'Espagne, et les pèlerins. 

Au xV" siècle, Sarrance était une des dévotions les plus 
renommées du Midi : les rois d'Aragon, de Navarre et de 
Béarn s'y sont trouvés réunis. Beaucoup de seigneurs* de la 
Plaine y avaient des pied-à- terre. En 1 493, le concours journa- 
lier de pèlerins était si grand que la prospérité des deux villes 
voisines et rivales, Oloron et Sainte-Marie, dépendait en 
partie du fait de leur passage par l'une ou par l'autre ; et cet 
état de choses a duré sans grand changement jusqu'à la Révo- 
lution, pour reprendre plus faiblement de nos jours. C'est 
Lourdes maintenant qui remplace Sarrance. 



1. Je résume ici divers renseignements que m'ont fournis, soit mon 
observation personnelle, soit M. A. Cadier, pasteur à Osse (canton 
d'Accous), soit surtout M. Bonnecaze, syndic du Haut-Ossau, Thomme 
le mieux au courant de tout ce qui concerne les Vallées béarnaises. 

2. Chronique de Notre-Dame de Sarrance, dans la vallée d*Aspe. 
Oloron, 1859, in-12. 



— BO- 
OM se rend compte facilement de l'action quo cet atHux 
constant de gens venus de tous côtés pouvait exercer sur la 
langue. Il semble, si l'iuvasion de formes était une chose si 
facile, que Sarrance devrait iHre en Aspe une enclave du 
langage de la Plaine, comme Eaux-Bonnes en Ossau. Or il 
n'en est rien : le patois de Sarrance présente tous les traits 
caractéristiques de celui d'Aspe. En général, le parler des 
gens qui venaient s'y fixer a été absorbé par l'environnement; 
celui des pèlerins a été sans action ; et ce fait, comparé à ce 
que j'ai dit d'Ëaux-Bnnnes, prouve bien que les patois 
offraient autrefois plus de résistance à l'invasion qu'aujour- 
d'hui. 

107. Sous d'autres rapports que celui du langage, Aspe 
parait plus disposé à adopter les modes de la Plaine, C'est ainsi 
qu'on ne connaît pas do costume particulier à cette vallée, 
tandis que dans le haut de la vallée d'Ossau, j'ai pu voir moi- 
même des hommes (je ne parle pas des femmes qui ont toutes 
conservé leur costume] porter la culotte et la veste courte de 
gros drap foncé, les guêtres brunes et les cheveux longs en 
arriére qui parait avoir été l'uniforme ancien du Béarn'. Or 
on sait que la conservation du costume va généralement avec 
celle de la langue. 

lOS. Il est donc légitime de conclure de tout ce qui pré- 
cède, que la vallée d'Aspe i>sit au moins aus.si exposée à l'in- 
vasion de formes que la vallée d'Ossau, sinon plus; et que, 
cette invasion ne s'étant pas produite en Aspe à l'heure qu'il 
est, on ne peut absoluun-at pas admettre qu'elle se soit prû- 
duilo en Os^au il y a L50 ans. 



4. — Invasion de population. 

109. Reste donc l'hypothèse d'une invasion de population 
venue de la Plaine. 

A première vue, elle ne parait offrir aucune difficulté. Elle 
expliquerait très bien la singularité géographique que j'ai 
signalée. Il y aurait eu autrefois dans toute la chaîne un seul 



t. Le 




à 



— 61 — 

article. Puis une invasion venue de la Plaine aurait rompu 
cette continuité, mais en respectant trois villages où la popu- 
lation indigène aurait conservé Tancien article de la vallée. 
Les déplacements de population sont d*ailleurs une chose 
assez fréquente. Il y en a eu en Charente et Gironde, où la 
population de langue d'oui s'est avancée vers le Sud; il y a les 
deux Gabachories, vers Monségur et Duras ; il y a une colonie 
saintongeaise autour du Verdou, dans la Gironde ' ; une 
colonie limousine en Saintonge, à Saint-Eutrope* ; une colonie 
provençale à Celle di S. Vito dans la Capitanata ; une colonie 
de Vaudois dans le Wurtemberg ; une colonie piémontaise 
en Sicile^; une colonie française en Hongrie*, une autre à 
Magdebourg^ On sait combien la Révocation de l'Édit de 
Nantes en a créé. M; Pasquier explique de môme l'enclave 
formée par Massât (voir plus haut). 

Pourquoi Tune des causes de ces déplacements-là n'aurait- 
elle pas agi en Béarn ? 

110. Mais il faut ici plus que des possibilités; il faut voir 
si, soit dans les patois, soit dans Thistoire, on peut trouver 
des faits qui confirment ou infirment cette hypothèse. Il faut, 
si elle se vérifie, faire autant que possible son histoire. 

C'est ce que je vais tenter, d'abord par les patois, puis par 
les documents. 



1. Jouannet, Slah'stiaue du département de la Gironde, I, 182. 

2. Boucherie, Une colonie limousine en Saintonge. Montpellier, 1876, 
in 8. 

3. Kd. Meyer, Grammaire, p. 10. 

4. Schuchardt, dans Zeitschrift fur rom. Philologie, XIV. 

5. Tollin, dans Gœttingische gelehrte Anzeigen, 1888. 



DEUXIÈME PARTIE 
Étude dialectologiqiie. 



CHAPITRE 1 
Étude de quelques faits dialectaux. 

m. Il est clair, que si, pour d^autres faits linguistiques 
que Tarticie, le Labedan, Aspe-Barétous et les Trois-Villages 
d*une part, Ossau et tel point de la plaine d'autre part, mar- 
chaient constamment ensemble, Thypothèse d'une invasion 
de population serait prouvée. Je vais donc faire la géogra- 
phie, et, quand je le pourrai, Thistoire, d'un certain nombre 
de faits et de mots- qui éprouvent dans la région que j'étudie 
des traitements assez différents, pouvant pour cette raison 
caractériser les dialectes. J'en induirai les caractères géné- 
raux de la géographie dialectale. — Puis j'étudierai à un 
point de vue critique les caractères généraux ainsi tracés, et 
j'examinerai si les conclusions qui ressortent de cette étude 
appuient ou contredisent l'hypothèse suggérée par la géogra- 
phie de l'article. 

J'ai choisi les caractères que j'étudie en vue de la ques- 
tion spéciale que je me proposais de traiter. J'ai donc négligé 
d'une part ceux qui sont communs à tout le Sud-Ouest, d'au- 
tre part ceux qui sont trop récents ; et je me suis attaché 
surtout aux faits, qui, dès une époque ancienne, ont subi un 
traitement différent selon les lieux, dans le Béarn, la Cha- 
losse, et la partie limitrophe de l'Armagnac et de la Bigorre ; 
j'en ai ajouté quelques autres qui m'ont paru importants pour 
diverses raisons. 

Quant à Tordre suivi, il n'a aucune valeur théorique ; il 



chercbe simplement à évilei' les redites et les renvois à de; 
chapitres suivants. 



1. 



Trailemmt de i+s [Carie 2). 



112. Il R'agit du pluriel des mots se terminant au singu- 
lier par i. Ce X provient de cl, tl, ou // ou le suivis de 
voyelle : vii u uail n de ocuhnn, h\il « viDu\ » de uetuliim, 
hiiC « lïls » de (itium. 

La forme primitive -Et, est consei-vée dans les Laudes. A 
Lahoulieyre, Sabres, Laurède. ïlaurut, Castelnau-Tursan, les 
mots hii « fils n, b)îi a vieux ». tiui « pressoir », font au 
pluriel liiXs.bjiXs, truis. 

Sur uiir ligne ijui part des l'uviroiis flf Geauue et qui suit 
à peu près la frontière du Béarn avec la Chalosse, IWrnia- 
gnac et la Bigorre, i tend à se changer en j nu en i. Il en ré- 
sulte des formes qui oscillent entre -is et -is', et qui peuvent 
se not«r ainsi : hUs, bjfUs, trnUa. Mais le l ainsi dé<toul>lè 
peut passer â l sous l'intluence du s, d'où bjciis, ^nlli, comme 
à Purlet et à Samadet. 

D'autre part £. peut s'assimiler à s avant toute naissance 
de j : Mis, bjds, tnila. C'est ce que j'ai trouvé i Monein et à 
Cuquereau d'une part, à Castetpujon, Baliracq. Ribarrouy. 
d'une autre ; peut-être à Lys (le sujet est douteux) ; puis dans 
la vallée d'Ossau ; mais ici le procédé est probablement diffé- 
rent. 

113. Dans la vallée d'Ossau je trouve à Aas, chez une 
vieille de 87 ans, et à Bilhéres chez une autre de 50 à 60 
ans, — l'un des meilleurs sujets que j'ai rencontré, et qui 
conserve une foule d'archaïsmes, — les pluriels bjtlts, ^îts, 
anaita, wdu, ar'nelts, tiu, malti. Une forme où le 1 reparaît se 
rencontre aussi, plus facilement après un i qu'ailleurs ; chez 
la vieille d'Aas, hilu, tils, à cote de hits, lits. Puis chez sa 
petite-fllle l'igée d'une vingtaine d'années, soilu, wiilts, ka'b^Ilta, 
tilu constamment. Chez celle de Bilhéres, titta, 



— 65 — 

A Louvie-Soubiron, chez Cousté (70 à 80 ans) je trouve 
bien bJEits, a'nuits, mais aussi bjeiits ou bjcils, a'nallts, hils. 

Le fait qu*à Aas l'I ne se trouve presque jamais chez la 
vieille, et toujours chez la jeune, du moins quand elle me 
parlait; qu'à Louvie-Soubiron il y a tantôt X, tantôt 1, qui est 
tantôt suivi d*un t, tantôt seul (ce qui paraît indiquer que sa 
présence n'est pas habituelle), me fait penser qu'il a été 
introduit par analogie au singulier. Probablement la pronon- 
ciation habituelle de Cousté est bjdts, et c'est par une imita- 
tion du langage des générations suivantes, qu'il cherche à 
rétablir 1, quand il parle clairement à un étranger. 

Dans les autres villages, on oscille entre Its et Is. A Arudy, 
M'"*' Sarthou et les Labordo disent hilts, bjdu, wslts; M"" 
Sarthou hils, bjsls, wds. Nous assistons donc là à la chute du 
t entre 1 et s, ce qui décharge la fin du mot. A Izeste c'est 
hilts ou hils, bjslts, weHs. Enfin à Asté et à Louvie j'ai hils, 
511IS, bJEls. 

1 14. L'histoire de X -h s en Ossau me paraît pouvoir se ré- 
sumer comme suit. Entre X et s il s'est développé un son 
transitoire t. Le procédé physiologique est très simple et 
dérive d'une trop grande dépense d'énergie. La partie 
moyenne de la langue doit toucher en son milieu au palais en 
laissant passer Tair de côté, pour articuler le Â. Puis la pointe 
de la langue doit effleurer les dents pour articuler s. Mais 
dans cette opération difficile elle peut dépasser un peu cette 
position, et s'appliquer contre les alvéoles ou les dents. Dès 
lors, le passage de l'air étant complètement fermé, il ne 
peut s'ouvrir que par une petite explosion en t ; d'où bjeXts. 

Cela étant, A passe facilement à ï, à cause de l'accumula- 
tion des consonnes, et on a bjdts comme à Aas, Bilhères, 
Louvie-Soubiron. 

, Par analogie du pluriel au singulier, les générations ré- 
centes ont cherché à réintroduire X, bJEUts ; mais la présence 
du t qui est dental, l'assimile à sa naissance : bjdlts. C'est 
rétablir la complication de consonnes ; on la simplifie suivant 
la nouvelle tendance analogique : bj£ls. 

D'où le tableau : 

is > Xts > ïts > Uts > ïlts > Ils > Is. 

Je crois donc qu'on peut ranger la vallée d'Ossau (sauf 

pASSY. — LOvigine des Ossalois, 5 



— 66 - 

Rébénacq, Btizy, Mifaget, Pé do Hourat, probablement Lys, 
Eaux- Bonnes et peut-être Eaux-Chaudes) dans le lerritoire 
de i-(-8 > tt«'. 

115. Un autre traitement s'observe dans la plus grande 
partie du Béarn. Là, i palatalise le a suivant; s passe ainsi 
à /, sans doute par un intennédiaire comme si. En même 
temps mi ensuite, i. sV-st dépalatisé. et aboutit à 1, d'où la 
terminaison -1/. Oa a ainsi iy.i, bj»!/, etc. 

116. D'autre part, à Gez, Silhen, Arrens, Arbéost. Fer- 
rières, Etchartès, le i a aujourd'hui abouti à i quand il n'est 
pas suivi de voyelle, et on a chez les vieux: bjei, pluriel bjei/'. 

On ne peut pas savoir ici si le passage de s à / est dû k l 
ou à i issu de jC. En effet pal a père », mai « mère », font 
au pluriel paiy", mal/, comme bjol fait bjei/ ; et ici le chan- 
gement de 3 pn / est évidemment dû à 1. 

[A Arrens, la jeune génératiou, conformément k la ten- 
dance analogique qui devient si forte yvec le développement 
de l'instruction, dit pals, mais, bj£ls.) 

117. 11 me reste, pour être complet, à sigualer un chan- 
gement de i en ji que j'ai trouvé à l'Ouest des Landes, entre 
le Sen et Montgaillard. An singulier le son varie entre ji et t>, 
et semble lendfe vers n surtout après i el chez les jeunes : yp 
biji ou 7n bip u un SU » ; yi) b)iji « un vieux >i. Au pluriel, le 
8 est on général siniplcmenl palatalise, et le ji ou n subsiste : 
Ini sijisi ou lus sip&i h les fib " ; lus IijcjjbJ >i tes vieux ». Quel- 
quefois on a b)£ji./'. bip/. 

Ce changement me parait dû au retour des organes à leur 
position naUirelle : le voile du palais, au lieu de rosier re- 
levé comme l'exige la prononciation de £, reprend s.i posi- 
tion normale pour permettre à l'air de passer par te nez. Il 
en résulte un i nasale, qui est bien voisin d'un ji. Ce qui 
me fait penser que telle est la cause, c'est que des nasalisa- 
tions semblables ne sont pas sans exemples, et tnujours à la 
finale. M. Oilliérou en a relevé dans son étude sur le suffixe 
-eilum dans le Nord'. 



2, Hevue dei Patois 



— G7 — 

Moi-même, je dis plus souvent : s e 83rp:rm ! que : s e sy- 
ptrb ! ; et il m'est facile de me rendre compte que chez moi le 
changement est du à la reprise de la respiration. 

118. L'histoire de Xh- s dans la région peut donc se ré- 
sumer comme suit : 

•Xts — Us — -ms — ïlts — ils 
^ ils 







2. — Traitement fin j primaire ou secondaire (Carte 3). 

119. Il s'agit ici du j béarnais, qu'elle qu'en soit la pro- 
venance : j latin (jwm « jeune », de juvenis) ; y suivi de e, 
i (juX « genou », de genucuhis) ; i ou e en hiatus (plnja 
« pluie », de pluvies) ; diphtongaison de e initial (je « hier », 
de heri) ; etc. 

C'est ce j qui est conservé dans une partie du pays, tandis 
qu'il passe ailleurs à 3, soit dans toutes les positions, soit 
dans des cas déterminés. 

119. A, — j initial et médial, — La géographie du 
initial et celle du j intervocal est presque la même. Ce 
j n'est que dans une partie de la vallée d'Aspe, à Estialesq 
et Précilhon (canton d'Oloron), peut-être à Mialos (canton 
d'Arzacq) que j médial subsiste, tandis que j initial est 
déjà 3. A Uzein j initial est devenu 3 ; j médial est3J. Ces 
localités étant presque toutes situées à la limite du j et du 3, 
on peut croire qu'elles nous montrent la marche régulière ; 
et que partout, j initial a passé à 3 avant j médial. 

120. La géographie de ce fait est des plus curieuses. Le 
Nord des Landes (jusqu'à Bordeaux) et l'Est, ainsi que TAr- 
magnac, appartient au 3, qui pousse une pointe jusqu'à Thèze 
et Viven, et rejoint probablement Caixon (Hautes-Pyrénées). 

Au Sud de Thèze sont deux villages où on a j, Doumy et 
Bournas. Puis deux ou trois où on a 3, Caubios, Sauvagnon, 
peut-être Montarion. 



68 - 

Ensuite une nouvelle région étcndne où un a 5. Eile com- 
mence à Poey, Lescar et Lons pour finir avec Ogeu. Deux 
villages encore (Buzîet et Buz_v] la séparent de la vallée 
d'Osaau (|ui a 5, sauf Rébénacq, Btizy et Ëaux-Bonues, mais 
y compris Bruges. 

121. Comment a eu lieu le passage de ] à 3 ? — Le chan- 
gement si fréquent de c, | en tf, âj, pourrait nous porter i 
l'attribuer au i, qui, ainsi que nous l'avons vu (§ 39], pré- 
cède d'ordinaire un j initial. Le changement aurait eu lieu 
d'abord à l'initiale (ce qui est bien le cas comme je viens dft 
le dire), puis se serait étendu à la position intervocaliqiifi 
par une sorte d'analogie phonétique. Naturellement, ij aurait 
d'abord donné A$, qui se serait ensuite simplilié en 3 comme 
en Français. 

Mais cette explication est probablement fausse. En effet, 
nous allons voir que la terminaison -aticiiiu, qui a donné 
-aijB dans l'ensemble du pays, aboutit à -ad^e presque par- 
tout oii j donne 5 ; c'est seulement en Ossau qu'on a -a,^B. 
Dès lors, puisque jj aboutît àd'; dans cette terminaison, on nai 
voit pas pourquoi il aboutirait ailleurs à 5. Il est donc pro- 
bable que j initial et médiat a donné 3 par simple déplace-' 
ment de l'articulation , par Vintermédiaire 3J. dont j'ai men- 
tionné l'existence à Uzein. 

122. H, — j afipuyi^. — esbar'ja « effrayer », on esbar5a. 
— La carte de ce phénomène coïncide k peu près .-ivec celle 
de j initial. 

123. r. — l.a finale -ulicum. — La finale -utt- 
ruiii donne -ai(e, presque partout on ] subsiste à Tinitiale; 
bi'lajje » village ", ru ma; je » fromage ". Seulement à Buzy, 
Buziet. ,\ydius, -ajje se simplifie en -aje : bi'laje, etc. Dan» 
la région où j passe ;i 5, un a presque partout -ad;;;e : bi lad^o, 
rn'mad5e. 

En Ossau, c'est -858, presque partout, probablement par 
simplification du groupe dg; ou peut-être par changement de. 
-aje en -a,3e. 

En6ii dans quelques villages de la vallée d'Aspe (Lées, 
Accous, Osse), on a -aise. Le i est sans doute un développe- 
ment secondaire, car dans ces villages. / et 5 paraissent 
toujours développer un l ik-vant eux : bai/" île fifis^uttu , ma- 



— 69 — 

taï/o de mataxa, psï/ de piscem, ^ûf de exit (à côté de 
5e'/i, exire) ; ailleurs ba/, ma'ta/a, pe/. 
En résumé on aurait eu : 

ad^e 
aticum > •-atjo — ajje < . > a5e -— aï5e. 

a] 6 



3. — La désinence verbale de la 2® personne du pluriel 

(Carte 1). 

124. La forme primitive de cette désinence est -ts du tis 
latin ; ce -ts s'est conservé dans la Montagne béarnaise, 
c'est-à-dire dans les vallées d'Ossau, Aspe et Barétous : ke 
bats u vous allez », ke kantats ou kandats u vous chantez ». 

Dans la Plaine béarnaise et dans le Labedan, le s est 
tombé ou tend à tomber, on dit ke bat, ke kantat. 

La forme montagnarde se simplifie souvent par chute 
du t. C^tte simplification est régulière devant consonne : ke 
bas ta paù « vous allez à Pau » ; ce qui est du reste naturel, 
puisqu'on dit de môme ya be'joja buts « une belle voix » ; ya 
be'joja bus ta kan'ta « mie belle voix pour chanter ». — Il en 
résulte que la deuxième personne du pluriel est parfois sem- 
blable à celle du singulier, comme dans la phrase citée plus 
haut qui signifie aussi « tu vas à Pau » ; aussi on dit parfois 
dans la plaine que les Ossalois tutoient tout le monde. 



4. — Le!i mots latins en -elluin (Carte 2). 

125. Au point de vue des mots du type castrllum, uitel- 
lum, etc., le Béarn se divise d'abord en deux régions bien 
tranchées. 

Dans tout le Nord et l'Est, c'est-à-dire dans la Plaine à peu 
près tout entière et dans le Labedan, ces mots se terminent 
en -£t : kasut « chriteau », be'tst « veau ». Le pluriel se forme 
régulièrement par l'addition de -s : kas Uts, be'tets. 

Dans le Sud-Ouest, au contraire, c'est-à-dire dans les val- 
lées d'Ossau, Aspe et Barétous, dans la plaine subjacente et 
dans la région voisine d'Orthez, ces mots se terminent en -£C, 



— 70 

ou bien ont une terminaison évidemment dérivée de -tc. Mais 
cette région se subdivise en deux parties bien distinctes, en 
ce qui concerne le pluriel. 

126. Dans les vallées d'Ossau et de Barétons, à lembou- 
chure d'Asjie et dans la plaine jusqu'à Monein. on a au singu- 
lier -;o ou une l'orme dérivée ; au pluriel c'est partout -its : y 
kas Uc, dfs kas tilts. 

Le c du singulier, qui s'est conservé à Aas et à Goust, au 
moins chez les gens âgés, subit ailleurs diverses altérations : 
il devient t/ k Lanins et à Louvie-Soubiron, même / chez 
les enfants. On a donc au singulier bette, ba ut/ ou be'tt/; 
au pluriel partout be'tdtB. 

127. Dans toute la vallée d'Aspe moins l 'embouchure, 
dans les villages situés entre Buzy et Ëscoul. et dans toute 
la région voisine d'Orlhez et Bellocq, le singulier suit les_ 
mêmes développements qu'en Ussau, mais plus lentement. 
La région voisine d'Ortbe/. a conservé -se ; à Sarrance, Osso 
et Lescun on a-£cç; àAsasp, Lourdios, Borce. -it/. 

Quant au pluriel, sa forme primitive est -:l/, qui se con- 
serve intacte dans la région d'Orthez et à Buzy et Buziet, ainsi 
qu'à Aj'diiis. A Ogeii, Escou, Asasp. le t est tombé, on a 
-:/. .\ Osse, Accous, Lourdios, Borce, Lescun, c'est ûf, 
par l'épenthèse de i, qui est rëguliêre devant /3 (voir § 123), 

On dit donc, à Orthez, y heUc, djn haut/ ; à Asasp. y 1»- 
ut/, ijzhoUf; àLourdios, y betit/, dys ba'Uï/. 

11 est évident que la forme du pluriel a exerce une in- 
fluence conservatrice sur celle du singulier: -;c n'est devenu 
-(t/ au singulier que dans la région où ~itf était déjà devenai 
-I /■ au pluriel, de sorte que les deux formes ne se sont coa- 
fonducs nulle part. 

138. En résumé le Sud-Ouest du Béarn a partout au sin^ 
gulier -ec ou une forme dérivée ; au pluriel il a tantôt -Et/ oo 
une forme dérivée, tantôt -îits. 

129. li faudrait maintenant établir la relation qu'il y a 
entre les deux formes du pluriel : -it/ et -ilts. 

it/ parait dériver très naturellement de ch-b, par une évo- 
lution analogue à celle de i + s > If: c qui est comme £ un 
son palatal, aurait, comme lui, palatalisé le i suivant, et l'aa- 
rait fait passer à sj, puis à /; il se serait en même temps 



— 71 — 

dépalatalisé, et serait devenu alvéolaire ou dental, comme A est 
devenu 1. On peut établir la proportion : 

C-hS>t/ = X-f-8>l/. 

£ït8 parait être de même un développement de c-+-s, ana- 
logue au développement de iC-hs dans la vallée d'Ossau. Le c 
se serait dépalatalisé en s'assimilant au s, et il aurait laissé 
dans le ï précédent la trace de son ancienne articulation pa- 
latale. Ce qui me le fait croire, c'est qu'un traitement iden- 

4 

tique a eu lieu pour c dans d'autres cas : Le nom de lieu et 
d'homme Bellocq se prononce bdlok, bailok : c'est pour bsc 
lok « beau lieu ». Castelner (canton Hagetmau, Landes) se 
prononce kasUine : c'est kastec ne'. 

Le fait que la forme -sïts se trouve précisément en Ossau, 
où -ÊA a évolué d'une manière analogue, achève de rendre 
cette hypothèse vraisemblable, et en fait pour moi une certi- 
tude. 

130. II s'agit maintenant d'étal)Iir la parenté qui unit les 
formes en -st à celles en -se, et de chercher comment les 
unes et les autres dérivent de -ellum latin ^ 

J'avais espéré découvrir dans les patois des intermédiaires 
indiquant la parenté : j'avoue que je n'ai rien trouvé. Il y a 
bien, sur la limite, entre Précilhon et Peyre, une grande 
hésitation entre -et, -ets et -et/, -eïts d'abord ; entre -et, 
-îts et -ec, -et/ plus au Nord. Mais cette hésitation qui se 
produit dans les villages frontières de l'Ouest ne rentre dans 
aucune loi et me paraît due à l'influence du dialecte litté-, 
faire. En effet, -ec apparaissait généralement dans le lan- 
gage peu soigné, en conversation, surtout en conversation 

1. Si le t n^apparait pas dans ces mots Cbntlok, ^kasteïtne), c'est 
que suivant les lois d'assimilation du Sud-Ouest, il s*as.Mmile au 1 
ou n suivant. Rien d'étonnant d'ailleurs à ce que la gémination de la 
consonne qui résulte généralement de l'assimilation, ne se soit pas 
conservée dans les noms de lieu ; en effet, elle s'affaiblit ou disparait 
souvent même entre deux mots qui ne sont pas confondus en un seul : 
et + pal devient eppal, mais souvent aussi epal (V. § 23). 

2. [C'e qui suit a été complètement refait par moi, mon frère ayant 
défendu une théorie que des recherches ultérieures m'ont amené à 
rejeter comme certainement erronée. Comme c'était une des parties 
les plus soigneusement étudiées de son travail, j'ai reproduit sa dis- 
cussion dans un appendice spécial; ici je n'ai fait qu'indiquer ses con- 
clusions avec les raisons qui me les font rejeter. — P. P.) 



animée ; -ft quand j'interrogeais et qu'on surveillait ses 
réponses. 

131. Je suis donc forcé de chercher ailleurs des éléments 
de preuves qui seront naturellement moins sùre-s que l'obser- 
vation directe. 

-Et ne peut évidemment pas êfre l'ancêtre des autres for- 
mes. Je ne crois pas qu'on ait jamais vu t passer à c par 
un développement spontané. Cela est inadmissible dans te 
Sud-Ouest surtout, où i, loin de tendre à une positioii alvéo- 
laire ou prépalatalt», comme en .\nglais, est, au contraire, 
dental, presque interdental. D'ailleurs si // avait d'abord 
passé à t, il se serait dès lors confondu avec le t Knal d'au- 
tre provenance, et bn'ket aurait suivi le même développement 
que be't^t, 

Au contraire, on pourrait très bien admettre que -il dérive 
de -;c par Tintermédiaire -rt./. Nous avons vu (§ 124) que 
pour la deuxième personne du pluriel des verbes, -ta qui tend 
â se simplifier en -a dans la Montagne béarnaise, est. au 
con(raire, devenu -t dans la Plaine el dans le Labedan. Il 
serait naturel d'admettre que do même, -t/ qui tend vers -/ 
dans la Montagne béarnaise, ait abouti à -t daus la Plaine et 
le Labedan. Ou pourrait figurer le raisonnement par la pro- 
portion suivante : 

ts>s _ t.l' > J (Monlagne) 
is >l~tx >t (Plaine) 

Il serait seulement étrange que sur une partie du terri- 
'loire, les formes en -it soient voisines de celles en -te, sans 
qu'on trouve partout rinlermédiairo -it/, qui seul expliquerait 
le passage do -ec â -it. 

133. Mais, si cette hypothèse était exacte, comment -te, 
ancêtre des autres formes, dériverait-elle de -cZ/Hm latin? 

Voici une explication proposée. 

\ia latin déjà, // se distinguait de / simple par un timbre 
plus clair, semblable à celui de / suivi do i. Cette tendance à 
la palatalisation s'est accentuée en Espagnol et en Catalan, où 
// passe régulièrement à i'; eccuUiay- a'keia « celle-là ». 



Les patoU el les anciens textes pernieltent de penser f)u'une 
jiroDunciation identique ou tout au moins voisine s'est étendue 
sur une partie du Sud-Ouest de la France. 

On peut donc admettre que cfistelliim avait abouti à kas'tfi 
ou à quelque chose de semblable. 

Au pluriel, ce kastii devait donuei' kasUjCs, qui, par l'ad- 
dition d'un son transitoire, pouvait devenir i^u'Ulu. Puis le 
L aurait palatalisé le t et en aurait fait c ; lui-même serait 
tombé : de là la forme kastscs. L'analci(,ne aurait alors formé 
sur kail^cB le singulier kaa'tîC, ancêtre de toutes les formes 
actuellement existantes. 

133. Celte théorie séduisante, qu'on trouvera développée 
tout au long dans l'appendice 2. se heurte à une difficulté 
capitale. 

Si nous admettons rjue // latin a abouti à i, il a dû se con- 
fondre avec le i provenant de //, cl, ou /+i; 'kastii se ter- 
loiiiail comme bjfi, et si Vla^uL aboutit à kast^c, kasut /*, kastit, 
on ne voit pas pourquoi bjci n'aboutirait pas à *bj;c, 'bj^t/, *bJEt. 

Il est bien vrai que la palatalisatinn de // ne marche pas 
nêeessairoment do pair avec celle de cl. tl, l-\- i ; de fait, des 
pays oii elle a lieu, c'est le Koussillou seul qui confond les 
lieux articulations (be'dei " veau <> de uiletlum, bei v vieux » 
de tielulum). 

Mais ailleurs, nous voyons partout que la palatalisatiou de 
r/. //, / + (, est plus énergique ou plus ancienne que celle de 
//. Kn France, en Italie, elle existe seule, // n'est pas pala- 
talisé iuflulam > Tj!i, mais bellnm > bil}. JJaiis la Marche 
et Le Languedoc, il y a eu palatalisatiou de II, mais elle a 
disparu en laissant seuleuienl une trace de son existence, 
tandis que la palatalisatiou de <7, //, l-\- (subsiste. Kn Espagne, 
//aboutità i.; maîsr/, f/, /+>' ont dùèlrepatatalisès bien plus 
ancienneroeni, puisque le son qui en est résulté a suivi une 
longue évolution par 5, /, enlin i : ortilum > 0x0, uelultim "> 
}àna,filinm >- ixo. 

Or l'hypothèse d'après laquelle castellum aurait abouti à 
kait^c, suppose au contraire que // a été palatalisé assez an- 
ciennement et complètement pour sitbir la longue évolution 
indiquée plus haut — tandis que el, il, l-\-i en serait encore 
à l'étape i. 



— 74 — 
Cela n'est pas admissible, et il nous faut chercher une 
autre explication. 

134. Celle qu'a proposée M. W. Forster dans une série de 
brochures et d'articles ' rattache directement kaa'ut au laliu 
caslellum. M. Forster rappelle qu'en Sicile et en Sardaigne, 
//se change endd'; kasted^u, kavaddn, beddu. Supposant une 
parenté de race entre les Gascons et les Sardo-siciUens, il 
admet que les mots en -rlluin ont du subir le même sort en 
Gascogne ; caHelhim aurait donc abouti à 'kaa'Ud, ou à kaatct. 
puisque dans cette région une consonne finale est toujours 
dèvocalisée; puis le t serait redevenu un t ordinaire, d'où la 
forme kas'tii. 

Voilà qui est bien plausible ; mais alors comment expli- 
quer kas'ttc?M. Forst«r y voit un développement totalement 
différent, la palaialisation du //; il ne dit pas du reste quelles 
auraient été les étapes Je cette transformation. En tout cas il 
faudrait admettre alors, que le traitement de // a été, dès une 
époque très reculée, autre dans la Montagne béarnaise que 
dans la Plaine et dans le Labedan. 

135, Mats n'est-il pas possible de rattacher -£C '^ la même 
forme régionale que -st, c'csl-â-dîre à -td ou -n comme ancêtre 
commun? 

Il existe â l'autieboutde la France un groupe de dialectes 
ayant certainement eu, à une certaine époque, une série d'ar- 
ticulations cacuminales t, 4> ^' c, dus à un r précédent une 
consonne linguale ; ce sont les dialectes lorrains et comtois '. 
Si nous ne nous, occupons que de ! et de d, nous constatons 
que ces articulations sont redevenues t d en Lorraine, tandis 
qu'elles ont abouti â c j (ou t/ dj, ou même fz) en Franche- 
Comté : *pn'!a « porter ••, 'wa'da •< garder «, sont devenus là 
pn'tc, wa'di, ici pu'ca, wa'ja (ou put/a, wad3a, etc.). Dans le 
patois intermédiaire du Val d'.Ajo, i d deviennent td à la 



1. Camerie philologique (^\x\\e\\niXe la Société Raniond, 1898, p. 158. 
Flagnères de-Bigorre) : — Nnchln'ige zum BiMot-nuftoli {ZfH»ehrift 
fur romanitche Philologie., t. XXII. u. 509). 

2. Je note ainsi un (a) oacuminal, c'est-à-dire prononcé la pointe 
de la langue relevée contre le palais. 

'A. Et aussi divers dialectes du Jura suisse, d'après un intéressant 
article de M. Ganchat dans le Bulletin dei Parleri de la SuiMie 
romande. 



I 



— 75 — 

finale, tfd^ ù la médiale : £ pwo:t » il porte », £ wa:d « il 
garde », mais put/a « porter », wad5a « garder* ». 

Ne sommes-nous pas en présence d'un traitement analogue? 
Et ne devons-nous pas admettre que le kas'tsc des monta- 
gnards béarnais, comme le kas'Ut de leurs voisins de la Plaine 
et du Labedan, remonte à*ka8'Ut ou ^kasud, forme dérivée de 
castellum comme le Sicilien kasteddu ? 

On pourrait alors figurer la filiation des formes ainsi : 

kast£t 



I , I 

kastfc kasUt 



I 
kasUt / 

I 
kast£ / 

Quant aux formes du pluriel, l'explication en a déjà été 
donnée. 



5. — Plosives soufflées intervocales (Carte 4). 

136. P, T, K intervocaux se sont vocalises partout sauf 
en Aspe et Barétons, jusqu'à la latitude de Sarrance et d'Ara- 
mitz. On a : 



LATIN 


▲8PE-BAHiTOU8 


BKARN 


plantatam 


plan'dato 


plan'dado ou plan tado 


capram 


krapo 


krabo 


*sequire 


se'ki 


se'gi 



Mais il y a des difiiérences entre les trois plosives. La vo- 
calisation de k remonte plus haut que celle de p et de t : se'ki 
ne se trouve que tout en haut des vallées. 

6. — Groupe It (Carte 4). 

137. Le 1 est vocalisé partout. Quant au t, il subsiste dans 
la plus grande partie de la Plaine. 

1. Voir, pour plus de détails, Revue de philologie française, 1892, 
p. 143. 



. 76 ■ 

En Aspe, Barétous et Ossau (sauf Rébénacq et Eaux- 
Bonnes), au Nord-Est d'Ossau vers Naj, Bordères, Luquet, t 
passe à d, 

En Ossau et dans la Plaine, cette vocalisation pourrait être 
récente, puisque les plosives intervocales se vocalisent : 'aûde 
peut être un développement de 'aùte. Mais en Aspe et Barétous, 
comme les plosives restent soufflées entre voj'elles, la voca- 
lisation du t est due au contact de 1 ; elle est donc anté- 
rieure au changement de 1 en n. 

138. Or celle-ci remonte 1res haut: en Plaine, elle était 
siirement faite au XII'' siècle. On trouve au, aus en 1256 à 
Auch ; en 1240 à Sauve-Majeure (Gironde) ; 1290 à Oloron ; 
— cmiqtit- à Bagnères-de-Bigorre en 1260, à Bordères (Hautes- 
Pyrénées) en 1272; — auler, autre ou aute, à Bayonne en 
1259. à Ortbez en 1246, à Oloron eu 12iX); — antni, à Auch 
en 1259'. Le retard de l'écriture sur la parole recule beau- 
coup la date du phénomène. 

On peut donc affirmer que le passage de l à d dan^ le groupe 
// estantérieur à 1180 on 1200 en Aspe-Barétous. 



7. /'/o.« 



luf/léi's appuyées à une nasale (farte 4). 



139. Elles se sont vocalisées dans un territoire un peu 
plus considérable que //, puisqu'il comprend Munein. Ainsi 
plantare, coniprare, dimuent kanta, krnmpa lians la Plaine, 
kan'da, krum'ba dans la Montagne et jusqu'à Monein. — 
Ainsi le langage d'Aspe-Barétous est, ;i cet égard, l'inverse 
de celui de la Plaine; il dit krapo, krum'ba, au lieu de krabo, 
krum'pa; et ce détail suffît à lui donner une physionomie 
originale. Ossau et la Plaine de Nay, où on dit krabo, kmm'ba, 
occupent une position intermédiaire. 

On voit qu'Aspe-Barélous traitent de même les plosivos 
appuyées à une nasale, et / appuyé à /. Cela permet d'attri- 
buer à la vocalisation de nasalf^ -f- plosioe la même date 
approximative que celle do la vocalisation du i Aq II : la 
2' moitié Ju xii* siècle au "plus tard ; même il est probable 



1. Voir le Giotiaire du Recueil de Luckaire. 



k 



— 77 — 

que ce phénomène a précédé Taulre, puisque son aire est plus 
étendue. 

140. Lingua a dans le Nord-Ouest du territoire que 
j'étudie, et en Labedan, subi une dévocalisation du g que je 
ne m^explique pas bien : on y dit : lepka, lepko, etc. 



8. — a posttonique (Carte 3). 

141. C'est vers TEst et le Sud que Va posttonique latin 
s*est le mieux conservé ; vers l'Ouest et le Nord, qu'il a 
évolué le plus tôt et le plus loin. 

J'ai pu suivre cette évolution dans les vallées du Labedan 
et dans celle d'Ossau. 

L'observation en présente d*assez grandes difficultés; en 
effet, Tinfluence du parler littéraire, dont il a été parlé plus 
haut, tend à faire adopter partout o comme voyelle postto- 
nique; or cette influence est beaucoup plus forte dans la jeune 
génération que chez les vieillards ; on peut donc entendre 
dire mnntajia par les vieux, mnntajio par les jeunes, croire 
qu'on est en présence d'un fait d'évolution, et s'apercevoir 
ensuite que les jeunes ont simplement adopté la forme de 
la Plaine. 

142. Cependant il y a des faits que l'influence littéraire 
ne peut pas avoir causé. On remarque, en effet, que l'ébranle- 
ment de a posttonique se produit de différentes manières selon 
les consonnes et les voyelles qui le précèdent. 

A Aas-en-Ossau, a posttonique est presque toujours con- 
servé, du moins chez les vieux ; mais il passe à o après con- 
sonne labiale, ou quand il y a un u dans la syllabe précédente : 
krambo « chambre », haùdo « haute », kaûdo <( chaude », 
ki'raolo « couleuvre ». 

A Arudy, la posttonique est encore plus instable. C'est a 
après a suivi de consonne indifférente : a après a suivi de 
consonne palatale, ou après e, i, y suivi de consonne indiffé- 
rente; après consonne labiale ou quand u précède. Chez les 
jeunes c'est partout o ou même o. 

Même traitement à Bescat, Buzy, Buziet, et surtout à Pé 
de Hourat, où la qualité précise de la posttonique, chez un 



— 78 — 

homme de 60 ans, varie pi'esijne iudéfiniment suivant les son» 
qui la précèdent. 

143. Le même phénomène, ou à peu près, se trouve bien; 
loin (lo là, â Montgatllard (canton de Saint-Sever, Landes], 
Là aussi a posttoniquc, après voyelle indifférente, tend vers 9, 
tandis qu'il tend vers o après voyelle ou nonsontie labiale. Or 
Montgaillard est environné de régions ort a posttonique est 
devenu e, tandis que les villages mentionnés d'abord touchent 
il une région où a posttonique est devenu o ou o. 

144. Je crois donc pouvoir conclure comme ceci. Le a 
posllonique. en raison de la faiblesse avec laquelle il était 
articulé, a été partout extrêmement sensible à la force assi- 
milative des sons ■précédents ; il s'est modifié en se rappro- 
chant tantôt de b, tantôt de o. 

Puis, dans la région du Nord-Ouest, l'analogie rétablît 
l'unité au profit de e, tandis que, dans le Sud, elle la rétablit 
au profit d'un o qui était primitivement di*!, non pas à une 
évolution spontanée de Xa posttonique, niais à une assimila- 
tion de cet a aux sons voisins, 

145. L'intérêt de co fait pour mon étude est celui-ci : on 
ne doit pas considérer la posttunique o ou o comme un acbemï- 
neinent de l'o postionique vers o. C'est un développement diffé- 
rent, et 9 comme o remontent directement à s. 

146. Les textes prouvent que l'assourdissement de l'a 
posttoniquc est un fait ancien dans les Landes et l'Ouest du 
Béarn. 

On trouve are, « hora », à Bayonne dès le xii' siècle; 3i 
Casteljaloux, 1256; abenlwe, Auch. 1256; Bagnères, 1260; 
Anglade, Lucq, xii' siècle; amme n anima -i, Auch. 1256; 
anine, Bajonne. 1259;Beynes, V^Q; A^sitjtiade, 1259; 
miberyade, Castelj, 1270: Aumosni'. Bordères. Hautes-Pyré- 
néea. 1272; bague, Bordeaux, 1275, etc. Bt ce qui prouve 
bien que ce n'est pas là un simple fait graphique, une notation 
affectée ii la posttonique, c'est que l'a protonique de l'article 
la est traité de même: lecau, Montsaunès, 1235; lequal, 
Bayonne, 1259; le, les. Rayonne, 1149; Sordes, paasim ; 
Bayonne, 1247; Beyries, 1256; Casteljaloux. 1270'. 

I. I.uctiaire. Glossaire, 



— 79 — 

Ce n'est pas uniquement dans le tefritoire actuel de a < « 
posltonique latin, que se trouve la graphie e. Mais c'est là 
qu'elle apparaît en premier et reste longtemps le plus fré- 
quente. On peut attribuer les autres exemples, appartenant au 
territoire actuel d'à ou d'o à l'inHuence littéraire des Landes. 
L'adoption de la graphie landaise a dû se faire d'autant plus 
facilement qu'elle distinguait à l'œil des mots comme : laure 
lauja « il laboure » et laura laù ja « labourer » ; pour des 
patoisants, elle était claire. 

147. On voit que dès le xi® siècle le Béarnais du Sud- 
Ouest et le Bigourdan devaient se distinguer nettement du 
Béarnais de l'Ouest et du Landais*. 



9. — d intprvocal (Carte 3). 

148. L'histoire du d intervocal est difficile, et compli- 
quée par Tinfluence des sons environnants et de l'analogie. 
Elle contient aussi des faits dont je n'ai pas encore pu trouver 
la loi, des exceptions tout au moins apparentes, qui sont 
peut-être dues au mélange de formes étrangères. Une nou- 
velle enquête, une étude très soigneuse pourrait seule tout 
éclairer. 

149. Pour simplifier je prends deux mots qui peuvent 
servir de types, et dont le traitement concorde en gros avec 
celui des autres. C'est caderr, euadere. Le second a perdu 



1. Voici un fait que me communique M. l'abbé Rousselot, sur le 
patois charentais, et qui confirme tout à fait ma manière de voir: 

Dès 1076 environ, les textes montrent réquivaionce de a posttonique 
et de la voyelle d'appui posttonique à Cellefrouin. Saint-CIaud et 
Lussac, situés à 5 kilomètres plus à l'Est, devaient offrir le même trai- 
tement, car le développement du patois est à ce point de vue tout à fait 
le même dans ces trois villages. Or, à •% kilomètres environ plus à 
l'Est, à Suaux et aux Chaumes (hameaux de la commune de Nieul), l'a 
posttonique existe encore aujourd'hui sous la forme 9. 

Ainsi depuis le xi* siècle, la limite de 9 < a posttonique n'a pas 
avancé. — M. Rousselot considère et e dans sa région comme des 
développements indépendants de a latin. 

Ce rapprochement permet de croire qu'en Béarn la limite de e et de 
n'a guère varié. Cependant mes notes ne me fournissent pas sur ce 
point, délicat et difficile entre tous, de quoi trancher absolument la 
question pour le Sud-Ouest. 



son premier e Jaris t&ul le torritoire éludié ; il a pris le seas 
de n naître ». 

160. Dans presque tout le Béarn ces mots ont pris la 
t'tinne kade, bade, Le (/ s'est confondu avec le t întervocali- 
qiie, par exemple dans 'poli^tf >pnde, et dans les participes 
en -âta > -ada, 

Mais an Nord-Est vers Garliii, Geaune, d latin aboutit à z, 
et / latin seul donne d : nos deux verbes sont kaze, baze ; et 
de même on a krese rreilcre, beïe ni(lfi'c\ nyza uiida ; huzika 
fodicare; — mais pn'de *potPrp ; ba'Eyde Piuidulam, -ad« 
-alam, etc. 

Sur ime bande qui part des environs de Garliu, passe par 
Lembeyp, suit la frontière du U^arn et de la Bigorre, et se 
dirige ensuite sur Luquet et Ëspoey, sur Lourdes et Argelès, 
on a kaje, baja '. Le d latin êtaiil tombé, les voyelles se sont 
trouvées en contact, el par un renforcement disjonctif, le j 
s'est produit (comparez les formes françaises telles que 
cerapejë). 

A Arrons on a kd, à Ferrières et Salies k.= [puadpre est rem- 
placé dans cette région par iiascere > na/a). Cette forme 
suppose, comme kaje, la chute du d ; puis le e en contact 
avec a tonique s'est peu à peu fermé par dissîmilation, jus- 
qu'à i ; cet i a agi sur i"a comme toujours pour le faire passer 
à e' et est ensuite tombé". 

151. Ce traitement prouve que jamais ni dans le terri- 
toire de rf>B, ni dans celui de sa chute, rf et / n« se sont 
confondus; tandis qu'ils se sont confondus à l'Ouest de ce 
territoire. 



lu. — Le mol Feneslm (Carte 13). 



15S. Lt; latiu fenestra se retrouve actuellement aoua 
4 formes au moins: arrjista, hjistia, fiinsito, le'miUe. 



1. A Andresl: 'keje, 'beja, elc. 

2. laetin» > Wt, facio > h ' ' 



e région, on dit hd o fait », kw.-t « cuit », e 



— 81 — 



A. — irinssio, fe'mstje. 

153. Iri'msto, qui se trouve dans la plus grande partie du 
Béarn, et fe ncstia, qui existe à Bayonne, n'appartiennent pas 
au développement normal du latin : ce sont, soit des impor- 
tations venues d'un dialecte éloigné, soit des formes savantes: 
en Béarn le f devait tomber. L'invasion est d'ailleurs évidente, 
ce n'est en général que sur ma demande expresse et après 
m'avoir dit fjinEsto, que j'obtenais Tune des formes bien 
béarnaises : ar'rjssta, hjsstaa ou knrre'teaa*. 

Souvent les vieux conservent la vieille forme, les jeunes 
adoptent la nouvelle. A Asté le sens est différent: le vieux 
mot reste attaché aux vieilles lucarnes des anciennes mai- 
sons, le mot nouveau désigne les belles fenêtres des maisons 
neuves '. — Ailleurs le mot ar'r)£8ta a disparu, mais il en est 
resté le diminutif arris'tu, appliqué à une petite lucarne par 
laquelle on fait passer la tête des bœufs pour leur donner à 
manger. 

B. — hjesUa. 

154. hJEStia dérive do fenestra par la chute régulière de 
la nasale entre voyelles, d'où Meestra; l'aspiration du f, et le 
passage de e en hiatus à i, j. 

Cette forme existe à Lescun\ à MoneinS à Arudy, Izeste, 
Etchartès (canton de Laruns, près Ferrières, Hautes-Pyré- 
nées) ; Ferrières, Arbéost, Arrens, Estai ng (canton d'Aucun); 
Gez, Silhen (canton d'Argelès) ; Saligos (canton de Luz) ; 
Bagnèros-de Bigorre ; Asté (canton de Campan). Elle paraît 
donc appartenir au patois montagnard, tant de l'Est que de 
l'Ouest. En effet, si je ne l'ai pas trouvé plus souvent dans 



1. Du moins dans le Béarn, car dans le Labedan hjfStxa est mieux 
conservé. 

2. Le maire d'Asté (80 ans?) me disait: en yâ mai'zù kj ei hu an- 
sjinâ, i ki nu 8: paz bu'/adâ la iiiHiStâ, op ke 1 a puâ 1 arrj<8tâ « dans 
une maison très ancienne, et qui on ne lui a pas nettoyé la fenêtre, 
on rappelle l ar'rjestâ. » 

3. D'après M. Larricq de Bédous et M. le curé de Gurmençon. 

4. D*après M. le curé de Monein. 

Passy. — L'Origine des Ossalois. 6 



— 82 — 

les vallées d'Aspeet de Barétous, c'est qu'elle a été remplacée 
par kurre'tejo, qui tend à son tour à être remplacé par fji'msto. 
kurre'tejo est la forme aspoise de l'adjectif verbal* du verbe 
courir, qui serait *kurre'dejo dans le reste du Béarn, corre- 
doira en ancien Provençal. Le sens est bien conservé encore 
aujourd'hui, et un paysan me disait que le terme était bon 
« parce que les personnes curieuses couraient tout de suite à 
la fenêtre ». On comprend que ce sobriquet expressif ait 
remplacé l'ancien terme qui ne. disait rien. 

Monein et Lescun sont les témoins de l'ancienne extension 
du mot hjcstja. 

La géographie de hjsstja ne correspond pas exactement 
avec celle de l'article, puisque Arthez-d'Asson et Asson disent 
ar'rjssta. 



C. — ar'rjesta. 

155. ar'rjssta dérive Aq finies tr a par la chute de la nasale 
et une de ces métathèses du r si fréquentes dans le Sud- 
Ouest, d'où *friesta dont le /"passe régulièrement à h. Mais 
devant r cet h est peu sensible, et *hri'£8ta passe facilement 
à rjcsta ; le r initial amène dès lors la prosthèse régulière 
d'un a ^, d'où arrjssta. 

156. Ce développement nous fournit un moyen de dater 
approximativement la divergence de traitement qu'a subi 
frneslra : la prosthèse de l'a n'a pu se produire qu'après une 
série de transformations ; raétathèse du r, aspiration du/ en 
h, chute complète de ce //. 

Or la prosthèse de l'a est un fait très ancien. Le cartulaire 
de Saint-Pierre de la Réole ^ en offre des exemples dès 986, 
c'est-à-dire, si on tient compte du retard forcé de récriture 
sur la langue, que le fait était accompli au moins 40 ou 50 ans 
auparavant. Pour que fencstm ait suivi le même développe- 

1. Voir sur cet adjectif verbal : Paul Meyer, Encyclopedia Brilan- 
îiira, article Provençal langiiage; — Titkin, dans Grundriss de Grôber; 
— Bourcier, dans.l/l/i. Fac. Bordeaux. 1890, p. 200. 

2. ar're « rien » do ro.m, arra'zim « raisin », etc. 

W. Archives historiques de la Gironde^ V, et Luchaire, Hecueil, p. 
115 : an-eilort, acte de 986 : Orgemundo, acte de 990; arreinaldOy acte 
de 1026-1030. 



— 83 — 

ment, il fallait donc que la métathèse du rait eu lieu assez 
longtemps avant cette date, pour que Tamuissement complet 
du /ait eu le temps de se produire; c'est-à-dire qu'on peut 
la reculer au bas mot jusqu'avant 850. 

157. On pourrait dire, il est vrai, que la prosthèse du a, 
tout en commençant très tôt, a pu se continuer pour les r ini- 
tiales secondaires qui entraient dans la langue. Mais on sait 
par ailleurs que l'aspiration du f est ancienne. Le plus ancien 
exemple écrit que j'en connaisse est de 1385. Le dictionnaire 
topographique de Raymond donne pour un hameau de Lescar 
les formes suivantes : Flayoo, 1319 ; Flayon, 1350 ; Eslayoo, 
1384 ; Eslayon, 1675. Pour une commune du canton de Mor- 
laas, Eslourenties-Dabant : Florenthies-Davanty 1385; Eslo- 
renthieS'Davant, 1402, 1546 ; Eslorenties-Daban, 1727. Es- 
lous, commune de Lanrecaube-Meillac, est écrit Flos en 1385. 
Les formes qui présentent s ne sont pas autre chose que des 
graphies inverses, qui ont pour cause la confusion de /et de s 
en une seule prononciation, h. Le dictionnaire de Lespy offre 
un grand nombre de ces graphies inverses : enla, enladure, 
enlaïnbrèCy entame, enloucha — esta, esladure, eslambrèCy 
estante, estouc/ia, sont ou des graphies ou des prononciations 
inverses qui dérivent de l'assimilation de /, s, n à /*. 

158. Voilà donc Taspiration de / reculée au moins jus- 
qu'au commencement du xiV siècle. Mais ce que montre 
cette graphie, c'est seulement la date où /+ 1 et s-+-t se sont 
confondus ; l'une de ces consonnes pouvait avoir devancé 
l'autre. Or il est probable que f avait une avance considé- 
rable. Son aspiration couvre en effet tout le Sud-Ouest jus- 
que vers la Garonne, et l'Espagne entière ; l'aspiration du s 
au contraire est sporadique et subordonnée aux sons voisins : 
en Espagne, le Nord ne la connaît pas ; en Gascogne, s sub- 
siste toujours vers Salies, tandis qu'en Chalosse il disparaît 
devant toutes les consonnes sauf t. Tous les intermédiaires 
se retrouvent. 



1. On sait qu'il y a non seulement des graphies inverses, mais des 
prononciations inverses : Funmculus a donné régulièrement eUu'rupk; 
plus tard, on a pu croire que c'était là une prononciation rapide pour 
eilumpk, et on a rétabli cette forme, qui est usitée, par exemple, à 
Lescar. 



— 84 — 

On peut donc, en* tenant compte toujours du retard de 
récriture sur la parole, reculer beaucoup l'aspiration du i. 
On peut en tout cas affirmer qu'elle est beaucoup plus an- 
cienne que celle du s, et la date que j'attribuais à la prosthèse 
de Ta dans arrjssta devient ainsi moins invraisemblable. 

159. En résumé, la divergence du traitement de fenestra : 
arrjesta, hjsstja peut remonter au latin, et ne peut guère avoir 
commencé après le xu® siècle. 

160. Il n*est pas téméraire, je crois, de dire que ar'rj£8ta 
a été la forme de la Plaine. 

J'ai déjà dit que fjinssto est une forme étrangère au Béar- 
nais, et de plus douée d'un pouvoir envahissant dont on voit 
les effets dans les vallées. Nous pouvons donc dire que ùi- 
nesto recouvre une forme plus ancienne et régulière, soit 
arrjesta, soit hjsstia. Or hjssUa ne se trouve actuellement qu'en 
pays de montagne, et arrjesta la limite au Nord à Arthez, 
Capbis, Asson, ce qui semble faire de ces villages les der- 
niers retranchements d'une forme autrefois générale vers le 
Nord. En outre, le dérivé arris'tu existe sur quelques points 
de la Plaine. 

161. Les textes confirment ces inductions: on y trouve 
fries/e (Lespy, au mot frineste), et je ne crois pas qu'on y 
trouve une forme analogue à hjcstja, ce qui prouve, si l'on se 
reporte à ce que j'ai dit sur le dialecte littéraire et les patois 
qui ont concouru à sa formation, que frieste (ou plutôt Mji'ssta 
en interprétant le e final) était usité en plaine. Or *lii'£Sta est 
une des étapes de feiièstra > arrjesta*. 

1. On trouve, il est vrai, cette forme frieste dans des textes récents, 
et par conséquent d'une époque très postérieure à celle où la prosthèse 
de l'a s'est produite. Lespy en cite un exemple dans Les Artistes en 
Bcarn, de Paul Raymond, qui ne contient pas, je crois, de textes anté- 
rieurs au xiii« siècle. Deux explications sont possibles. Ou bien frieste 
n'aurait dans les textes relativement récents qui le conservent qu'une 
existence traditionnelle et ne répondant pas à une prononciation con- 
temporaine; le langage littéraire aurait conservé dans la graphie une 
étape ancienne de l'évolution, tandis que les patois la continuaient 
jusqu'au bout. Ou bien la prononciation fjiesta a réellement existé, et 
s'exj)iiquerait par une réaction exceptionnelle contre l'aspiration du f, 
réaction destinée à le préserver d'une chute inévitable devant a. La 
question ne pourrait être tout à fait élucidée que par l'étude de tous 
les mots ayant /*/• initial. Mais je crois ce groupe toujours dû à une 
influence littéraire ou étrangère. On voit dans les patois fjai « frère », 
remplacer rai, fjyt « fruit» remplacer hyjyt; et de même la flu « la 
ileur » remplacer la hlu. 



— 85 — 

162. Je crois donc qu'on peut limiter Thistoire de fenes- 
tra entre les deux développements suivants : 

/frëesta -*!riE8ta -^hriesta -•rjesta -arrJESta 
fenestra / 

\*fèe8tra -Hiêestra -Hiiestra -hjestia. 

Ce qui est intéressant pour ma thèse, c'est de trouver la 
forme lijEStja en Labedan et en Aspe-Barétous ; la forme 
ar'rjesta en Plaine et en Ossau. 



11. — Im i^ et la 3^ personne du singulier présent 

du verbe être (Carte 1). 

163. Dans tous les pays de Plaine que j*ai étudié, et en 
Ossau, y compris les Trois- Villages, la deuxième personne 
du pluriel du verbe « être » a la forme k £8 ; la troisième est 
k ei ou k e. Mais à Aramitz, Arette, Lourdios d'une part, 
d'autre part dans le Labedan et la Barège, c'est ke'des, ke'de. 
Cette ressemblance entre les deux dialectes est une des plus 
frappantes, avec Tarticle, une de celles qui ont dès Tabord 
appelé mon attention. 

Mais quelle peut bien être Torigine de cette forme bizarre? 
Et tout d'abord, le d doit-il se rattacher au premier mot ou 
au deuxième? Faut-il couper idéalement kedes ou ke des? 

164. Ce dernier point devrait être facile à fixer ; il n'y 
a qu'à chercher les phrases où le verbe « être » n'est pas 
précédé de la particule ke, et à voir si lo d existe ou non. A 
vrai dire, ces phrases ne sont pas très nombreuses, puisque le 
Béarnais actuel met ke avant tout verbe affirmatif ; il v a 
cependant l'interrogation simple, et les phrases où le verbe est 
précédé de nù, « ne pas », 8e « si », un ou aun « où », kwan 
<c quand ». 

165. Mais précisément, il y a hésitation et contradiction 
pour ces formes. A Arrens, et je crois ailleurs en Labedan, 
le d n'existe pas pour la forme interrogativc; on dit eh la8Î 
« es-tu fatigué? », e las? « est-il fatigué? », etc. En revanche, 
nà'des « tu n'es pas », nù'de « il n'est pas » ; — se 'des « si 
tu es » (ou « es-tu ? »), 8e'de « s'il est » ; — un'des « où es-lu ? » ; 
un'de « où est-il? ». 



— 86 — 

A Ârette, le d n'existe pas avec ann et nu : aun es a où 
es- tu? », aun e « où est-il ? » ; — n es pas « tu n'es pas », 
n e pas « il n'est pas » ; — mais pour la forme interrogativc 
il existe, à la troisième personne seulement : ez arribat « es-tu 
arrivé ? », e'de arribat « est-il arrivé? ». 

A Aramitz, la série est plus complète ; edes « es-tu », ede 
(( est-il », nudes pas « tu n'es pas », nude pas v il n'est pas », 
sedes <( si tu es », sede « s'il est ». 

Au contraire, à Issos et à Lourdios, on dit bien ke'de « il 
est », mais à la deuxième personne on a la forme sans d, 
k es « tu es » ; le d ne se trouve dans aucune autre forme. 

166. Il semble résulter de tout ceci, que le d faisait à 
l'origine partie du deuxième mot, et s'employait devant celui- 
ci ; et que plus tard la conjugaison a été régularisée par la 
suppression de ce d. qui s'est conservé seulement dans kedes, 
kede; encore est-il en train de disparaître pour ces formes, la 
troisième personne résistant plus longtemps que la deuxième. 

167. Cette hypothèse d'une plus grande fréquence de la 
forme avec d autrefois, me seml)le encore ressortir d'une 
histoire plaisante qu'on raconte dans le Haut-Ossau, pour 
expliquer l'origine du mot bu'de « beurre » (voir §§ 199 s.). 
La voici, telle qu'elle m'a été contée par un laitier de Béost 
— autant que je m'en souviens, car malheureusement je ne 
l'ai pas notée. 

« Peu de temps après le déluge, les hommes, qui commen- 
çaient à se répandre sur toute la surface de la terre, possé- 
daient des troupeaux de chevaux, de vaches et do moutons ; 
ils employaient le lait, mais ne savaient pas en faire de beurre. 
Un jour quelques-uns d'entre eux étaient allés à cheval traire 
des vaches qui paissaient sur une montagne assez éloignée; 
ils ont mis le lait dans des vases en bois bien fermés, les ont 
chargés sur leurs chevaux, et sont rentrés chez eux. Quelle 
n'a pas été leur surprise, en ouvrant les vases, de voir flotter 
sur le lait des petites boules jaunes, do la forme et de la gros- 
seur de noisettes ! C'était du beurre ; mais ils n'en savaient 
rien. Toutefois, l'un d'eux y a goûté; et tout de suite il a 
dit: « bu'de », c'est l}on\ cardans ce temps-là, au lieu de dire 
k d bu, on disait bu de. Les autres ont gonté aussi, et tous 
ensemble se sont écriés, bu de! bu de! De là vient que nous 



— 87 — 

appelons le beurre « bu'de ». — Je n'étais pas né quand c'est 
arrivé », a prudemment ajouté mon conteur, avec le sourire 
malicieux caractéristique des Béarnais. 

Dans cette histoire fantastique, je suis convaincu qu'il y a 
un point de vrai, c'est l'emploi ancien de bu de pour k eï bu, 
qui ne peut pas avoir été inventé ^ Il ne faudrait pas croire, 
toutefois, que ce soit en Ossau qu'on ait pu dire ainsi ; la 
forme e pour eï suffit à indiquer une origine étrangère. C'est 
évidemment une forme labedanaise : à l'époque où le conte a 
pris naissance, on devait dire bu de en Labedan, et les auteurs 
ont voulu faire entendre, qu'à Tépoque de l'invention du 
beurre on parlait comme les Labedanais. 

Je crois donc pouvoir conclure que la forme du Lubedan 
et d'Aspe-Barétous de ces dcMix personnes du verbe « être », 
était autrefois partout des, de. 

168. Maintenant, d'où peut venir ce d ? Serait-ce im son 
de liaison, ilestiné à éviter l'hiatus, et introduit par analogie 
à des cas où il est étymologique, comme ad eja « à elle » do 
ad illaiiii Mais la consonne de liaison labedanaise est j; au 
pluriel on dit kejem « nous sommes », kejet « vous êtes ». 

Il est plus vraisemblable que le d appartenait d'abord à un 
mot qui précédait souvent es, e ; qu'on l'a rattaché mentale- 
ment au deuxième mot au lieu du premier ; et qu'alors il en 
est devenu partie intégrante. Plus récemment l'analogie des 
autres formes du verbe « être », où il n'y a pas de d, aura 
agi sur les deux personnes en question, et celles-ci ne se 
maintiennent plus que dans des expressions pétrifiées et de 
moins en moins nombreuses. 

169. Mais quel est le mot précédent qui a ainsi prêté 
son d ^ — Il faut rejeter d'emblée celui auquel on est porté à 
penser tout d'abord en entendant dire ke'des, ke'de, le mot 
latin yw/V/; carie d final de (juid avait disparu longtemps 
avant que n'ait commencé l'habitude, toute récente, de placer 
cette particule devant les verbes. 

Les deux seuls mots qui remplissent les conditions vou- 
lues sont iinde, et quando. On a du dire, en effet, quelque 



I. Remarquer l'absence de la particule ke, dont l'emploi est récent 
comme je l'ai dit. 



— 88 — 

chose comme •und es « où es-tu ». Comme d'autre part led 
devait tomber régulièrement devant consonne : am lias « où 
vas-tu », etc., on a pu très facilement le rattacher mentale- 
ment au mot suivant, et couper an des. Le d se sera ensuite 
généralisé. 

170. Quoi qu'il en soit, il demeure que nous trouvons, ici 
encore, un fait très caractéristique et probablement ancien, 
commun aux parlers d'Aspe- Barétons et du Labedan, et qui 
ne parait pas avoir jamais existé en Ossau, pas {(lus que dans 
la Plaine. 



12. — Le mot hominem (Carte 1). 

171. Dans toute la Montagne Ouest, de Parbayse et 
Monein au Nord, à Ogeu, Aydius et Lescun au Sud-Est et au 
Sud, et d'autre part dans le Barège, c'est umi. 

Dans toute la Plaine, en Ossau, y compris les Trois- 
Villages, dans le Labedan à Arrens, Gez, Silhcn, c'est omi. 

La limite de omi et umi coïncide donc exactement entre 
Monoin, Ogeu, Aydius et Lescun avec celle de et, eja. 

172. 'umi est la seule forme régulière, ô latin passant 
à u devant une nasale (Cf. bonus > bun, pontem >• pun, mon- 
lem > mun). 

Il y a bien sur les confins des Landes et du Béarn, une 
région où deux mots ayant + nasale échappent à ce traite- 
ment : on y dit pon, lopk (conservant par conséquent le timbre 
du latin classique). 

Ces formes existent à Pimbo (canton de Geaune, Landes), 
Arzacq, Louvigiiy, Claracq, Kibarrouy, Mont. — Elles sont 
remplacées par pun, lupk à Latrille, Geaune, Castelnau-Tursan, 
Peyre, Piets, Caubios, Auriac, et probablement beaucoup 
plus près des villages cités en premier. 

173. omi serait donc régulier dans cette région; mais 
on ne peut pas supposer que de là, il a envahi tout son terri- 
toire actuel. Quelle apparence y a-t-il que la forme spéciale 
à un territoire si petit et qui ne contient aucun centre impor- 
tant ait eu une pareille force envahissante ? Il est plus vrai- 
semblable que omi est une forme savante ou demi-savante 



— 89 — 

qui a envahi les patois de la Plaine à une époque déjà 
ancienne, comme elle continue de nos jours à envahir ceux 
de la Montagne. 

174. Ce qu'il y a de sûr, c'est que la coïncidence rigou- 
reuse de la limite de l'article et de celle de umi à l'Ouest, ne 
peut pas être l'effet du hasard. D'autre part, si dans le Labe- 
dan omi couvre une grande partie de la Montagne, cela tient 
sans doute à une influence littéraire moderne. L'unité géné- 
rale du Labedan est telle, qu'en trouvant dans un ou deux 
de ses villages une forme dont la naissance est manifeste- 
ment ancienne, dans d'autres une forme qui est celle de la 
Plaine, on peut conclure à coup sûr que la première, générale 
à l'origine, a été refoulée par la deuxième. 

Nous trouvons donc, ici encore, un fait commun au Labe- 
dan et à Aspe-Barétous, inconnu en Ossau. 



13. — Mots à déplacement <V accent. 

175. J'arrive maintenant à un groupe de mots dont je 
dois dire un mot en général avant d'entrer dans des détails. 
Ils ont ceci de commun, qu'ils ont à la tonique une diphton- 
gue, et que l'accent originairement placé sur l'élément qui 
était susceptible de devenir semi-voyelle, s'est porté dans une 
partie du Sud-Ouest sur l'autre élément. Ce sont les dérivés 
de ouicula, ranucula, agnstus, pagensem, et le mot qui 
signifie « hibou » dont l'étymologie m'est inconnue'. 

176. Pour ne prendre que les formes typiques et celles 
qui sont nécessaires à l'objet présent, on trouve dans uoe 
certaine région : 

a'uiCa, gja'uia, ans, pais, ga'hys ; 

dans une autre : 

'oûia, 'gjâûia, oûs, peis, g€^8. 



1. J'avais cru ces mots très importants pour ma thèse, considérant 
le déplacement daccent comme ancien, datant de l'époque latine. 
M. Giiiiéron m'a montré qu'il peut fort bien avoir été récent. Je les 
retiens néanmoins; ils sont intéressants en eux-mêmes, et à cause des 
tendances générales qu'ils indiquent. 



— 90 - 

177. Le déplacement d'accent a eu lieu aussi, mais sur 
tout le territoire, pour le mot pavôrcm, qui se trouve écrit' 
anciennement /)cw, paijor, />aho' et qui est partout aujour-' 
(l'hui poù. 

La graphie pai/or esl li'és claire ; elle indique un renforce- 
ment qui existe dans le Sud-Ouest pour d'autres mois analo- 
gues (a'waio aguio; gjawiuCo. gja'goiÏD}, et prouve que le mot 
était anciennement accentué sur la finale, La graphie /(«^i 
également son analogue dans la prononciation d"Arodjr;' 
gja buito. Tout le Sud-Ouest a donc subi, pour ce mot. on reculi; 
d'accentuation qui n'est pas universel pour les autres, 

178. D'autres mots nous montrent actuellement le même. 
changement d'accent : nif/».iiadonné nit eu Béarnais commun;; 
mais à Arudy il y a diphtongaison : niët. A Bilhéres et Gér* 
Delesleii, l'accent se porte sur l'élément le plus différent de 
la semi-voyelle, et on arrive à nlït ou njit. A Lescun, 
donné aies qui est devenu sjeb à Osse (§ 197), 

179. Je vais maintenant prendre ces mots séparément, en 
gloser la carte, et en expliquer les formes. 

A. — Grcwiiilh (Carte 5). 

180. Le mot a grenouille » adans le Sud-Ouest des formel 
très variées, qui peuvent se classer en quelques types da 
développements 

181. gia'njCa dérive directement de raïuieula par la pros- 
thése générale du g et la chute régulière du n médial. Elle' 
s'est conservée dans divers villages de la vallée d'Aspe, 
Aydius, Bedous, Osse ; puis entre Oloron et Pardii 
Orthez, Bonnut et dans la région intermédiaire. Dans ce 
même voisinage, elle s'affaiblit eu gjuita à Laurède, confor- 
mément à une tendance très marquée dans la région 

Elle se renforce au contraire en gja wuia à Labouheyre, 
d'oii par de nouveaux renforcements gjagn^a (Labouheyre) et 
gja'buiCQ (Aramitz), Les formes gargoXo, gurguio (Lescun), 

1 . Factionnaire l.e»p\f, mot pou. 

3. A l'antétonique. in, au se râduiHent toujours à u: hure, ailleurs 
hfO're « février «. u'ka " oison ", à cM de aiiks n oie u. LId même aussi 
M.La pour au£ft " brebis 



— 91 — 

engar'goio (Gurmençon), prouvent que dans une partie de la 
vallée d*Aspe aussi, le hiatus a déterminé la formation d'un w 
disjonctif qui s*est renforcé en g ; une métathèse a ensuite mis 
le r et le g en contact. 

182. Revenons maintenant à gja'uia ou plutôt remontons 
à la forme ancienne, qui était nasalée par la chute du n : 
gjà'uia. En effet, celle des autres formes qui paraît en dériver 
le plus immédiatement, 'gjaûia, a généralement conservé la 
nasalité. On voit que le changement d'accent dont je parlais 
a eu lieu. 

Cette forme est celle des confins du Béarn et de la Bigorre, 
entre Vidouze et Lourdes. Elle se trouve aussi à Barzun, 
Labatmale, Bénéjacq, Buzy, Boscat, Hourat, S. Colonne, 
Arthez d'Asson et Aas. Deux formes en dérivent. La première 
est 'gjoâio, formée par un simple arrondissement de l'a dû à 
Tu suivant : on la trouve au Nord et à TOuest de 'gjâuio, vers 
Arzacq, Garlin, Aubous. 

L'autre est gji'ààia, qui se trouve en Ossau à côté de gjàûiCa, 
et dans la plus grande partie de la Plaine, jusque vers Serres 
(canton d'Orthez), Doumy (canton de Thèze), Morlaas, Luquet- 

183. gji'àùia est embarrassant à expliquer. Cette forme 
me paraît devoir dériver de gjâûia. Pourtant nulle part le 
groupe gjà- n'a donné gjià- *. 

C'est sans doute à gji'aàia que remonte la forme gj^oia qui 
se trouve sur les confins de la Chalosse et du Béarn, jusque 
vers Arthez : Ta a dû passer à e comme dans les groupes al 
[factum > hdt) et ïa [habebai > 'abia > a'bi). 

184. Quant à gjmce qui limite cette forme au Nord-Ouest, 
cette forme se rattache à gjsuia par sa voyelle, et aussi par 
le c, qui dérive évidemment de L par un changement analogue 

1. Ce n'est pas quMl soit difficile de concevoir gjià- dérivant de gjà-. 
M. Rousselot me suggère, de ce fait, sous toutes réserves, l'explication 
suivante : Les inscriptions de son système graphique montrent que 
lorsqu'une vovelle nasale suit une consonne, le nez est un peu en 
retard sur le larynx. Une voyelle nasale qui suit une consonne est 
donc à proprement parler une diphtongue naissante. La nasalité a 
d'ailleurs pour effet Je rendre un son plus grave ; gjàâàia, pouvait 
donc facilement faire à l'oreille lefTet de gjeàùiCa, et de là à gji àùXa le 
développement est normal. — On pourrait encore trouver d'autres 
explications, là n'est pas la difficulté. Mais ce que je ne m'explique pas, 
c'est que Tinsertion uu i ait eu lieu dans ce mot et pas dans d autres. 



— 92 — 

à celui qui a amené kas'tsc de castellum. Mais je n*ai vu aucun 
autre mot où cette transformation ait eu lieu ailleurs qu*à la 
anale. Il y a bien le mot mnca « molle », mais ici le c est 
introduit par Tanalogie du masculin mue, où il est régulier ^ 
Tandis que je n'ai vu nulle part qu'il y ait, ou qu'il y ait eu, 
un masculin grenc. 

185. Enfin gra'weiCa, gra'beia, dérivent évidemment de ra- 
nicula, variété de ranucula obtenue par substitution de suf- 
fixe. Ces formes se trouvent à Arrens, Arbéost et Ferrières, 
dans la vallée d'Azun. 

186. La filiation des diverses formes du mot « grenouille » 
peut se figurer par le tableau suivant : 



ranucla 





•gja'nuiCa 
j 




*raniela 

1 




•gjâ'uiCa 

1 




1 
gja'veiCa 

. 1 


1 




1 


>3 iCa 


gaa'uiCa 
1 




gjâûiCa 




uAa gaa wuAa 

1 


1 1 
gjaûiCa gji'âuiCa 

'gjoùXô 'gjeùiCa 




1 




gua'buiCo gja'guiCa 




gjeûca 




gar'guÀo 









I 

cpgar'guiCo gur'guiCo 



187. Le point intéressant, c'est que la position primitive 
de l'accent a été conservée en Azun et en Aspe-Barétous, et 
changée dans la Plaine, et en Ossau. 

B. — Brebis (Carte 5). 

188. Le mot latin ouicula se retrouve sous la forme a'weXa, 



1. Dans la région où // final a donné t, c'est généralement mut, 
muda qui montre une analogie semblable. 



— 93 — 

a'weio, enBigorre, à peu de distance de la frontière du Béarn; 
je Tai notée de Riscle à Testât. 

A Juiilan (canton d'Ossun) et dans les vallées d'Aspe et 
Barétous, jusqu'à Gurmençon, c*est we^a, weiCo (gweio à Les- 
cun). 

L'a d'a'weiCa comme celui d'a'uXa dont je vais parler, s'ex- 
plique par la tendance dissimilative qui a fait dire aussi nan, 
de novem, plaù de plovet. 

189. Parmi les autres formes, la plus ancienne qui soit 
actuellement conservée est a'ula dont l'a s^explique comme l'e 
de gja'beiCa, par une substitution de suffixe ; c'est du moins 
l'avis de M. P. Meyer. Cette forme s'affaiblit en nia, qui 
n'en est qu'une variante syntactique conservée dans la plupart 
des mêmes villages, et qui dans un petit nombre a remplacé 
la forme plus ancienne. 

190. La limite de ces deux formes coïncide, d'Ogeu et 
d'Oloron au Gave, avec celle de gja'nXa. Puis elle tourne plus 
à TEst jusqu'à Poey et Sauvaignon, retourne brusquement à 
l'Ouest, puis de nouveau à l'Est entre Labeyrie et Bonnet par 
Hagetmau, Geaune, Aire. 

a'wuiCo, a'gnio, qu'on trouve sporadiquement, en sont des 
renforcements. 

191. De a'oiCa dérivent par un déplacement d'accent 
analogue à celui de 'gjaoiCa, la série auia, 'ouia, oia, qui cou- 
vrent le Labedan, Ossau et la Plaine. 

Voici donc le tableau historique de ce mot : 



ouicula — a we^fa — weiCa — gwe^a 

\ i a'wuiCa — a'guiCo 

• ouucula — a'uiCa ] uiCa 

'aùXa — oûiCa — 'oiCa. 



La substitution de suffixe remonte sûrement très haut, cer- 
tainement avant le ix® siècle. 

192. En comparant la carte de ce mot avec celle du 
précédent, nous constatons une ressemblance frappante, avec 
cette différence pourtant, que pour ce mot-ci la forme avec 
déplacement d'accent a envahi le Labedan presque tout 
entier. 



— 94 — 



C. — Août. 
193. On a la filiation : 



USt <Cna 

Aguslus — * a'gust — a'ust < , . " 



ut 
us 
aûst — 'oùst. 



La forme avec recul d'accent est beaucoup moins générale; 
elle se trouve dans deux territoires, l'un comprenant Ossau 
et la Plaine jusqu'à Lescar, et limité par Hourat, Lys, Nay 
et Morlaas à TOuest, et à TEst toujours par la même ligne ; 
l'autre qui en est séparée par une large bande de (a)'ii8(t) en- 
toure Arzacq. 

D. — Pai/s. 

194. La filiation est : 

n " ( pe'is 

Paqensem — pa is ] ^ . 

^ ^ ( pais — peis. 

Mes notes sont très incomplètes; d'ailleurs il y a pour ce 
mot une grande incertitude. D'une manière générale pais est 
la forme labedanaise comme celle d'Aspc-Barétous ; psïs celle 
d'Ossau et do la Plaine. 

E. — Hibou (Carte 5).- 

195. J'ignore tout à fait l'étymologie du mot patois signi- 
fiant (( hibou ». C'est ga'ys ou ga'hys en Aspe-Barétous et 
dans le Labedan. Puis à l'Ouest la limite suit toujours celle 
de et, eja, et tourne ensuite à l'Ouest vers Orthez. 

On retrouve ga'hys et ga'ys à l'Est, sur la limite de la 
Bigorre. Au Nord, c'est gs'ys, à Samadetet Geaune, et dans 
le reste des Landes une foule d'autres formes, toutes accen- 
tuées sur la finale. 

A l'intérieur de cette limite, c'est-à-dire en Ossau et dans 
presque toute la plaine béarnaise, l'accent a reculé sur la 



— 95 — 

première voyelle, on dit gsys au Sud et à TEst, gey/ au Nord 
et à rOuest. 

Exception, bizarre au premier abord: Bilhères-en-Ossau 
dit ga'kys. C'est évidemment une forme aspoise, introduite 
par la route qui mène d'Aspe en Ossau à travers le Benou. 
Bilhères est en effet le premier village ossalois sur cette 
route. 

196. La comparaison des quatre mots que nous venons 
d'étudier, est extrêmement suggestive. Non seulement nous 
voyons que pour chacun d'eux, il y a en somme concordance 
entre la Plaine et Ossau d'une part, entre le Labedan et Aspe- 
Barétous de l'autre ; mais ils nous montrent une tendance 
générale à conserver la position primitive de l'accent dans 
le Labedan et Aspe-Baré tous, à reculer au contraire la place 
de l'accent dans la Plaine et dans Ossau. Il y a là une coïnci- 
dence qui serait tout au moins bizarre, même si elle ne venait 
pas s'ajouter à toute une série d'autres faits. 



14. — Le mot sex (Carte 2). 

197. Dans tous les dialectes de la plaine que j'ai étudiés, 
en Ossau, y compris les Trois-Villages, et en pays de mon- 
tagne au moins jusqu'à Gurmençon et Ogeu à l'Ouest, Arthez 
d'Asson, Gez, Silhen, Argelès à l'Est, le mot latin sex se 
trouve sous la forme /eis. 

A Lescun, Etchartès, Ferrières, Arbéost, ArrensetSaligos, 
c'est '8Û8. A Osse et à Estaing, sjes. 
Le tableau suivant résume la parenté de ces formes. 

( sjns — Jcis. 

198. Le i issu du k à.Qsex (seks) a produit la diphtongaison 
de Vè (cf. léctum^ Ailt pourMïdt; médius^ mjd; liëdera^ 
Eidra* £irajeira, etc., etc.). 

1. Cette forme s'est conservée dans la vallée d'Aspe, du moins à 
Osse. 



— 96 — • 

'aies montre que l'accent portait sur le premier élément de 
la diphtongue ainsi formée, et le mot, après avoir simplifié sa 
triphtongue par la chute du ï final, s'est conservé longtemps 
en Aspe et en Labedan. Ce n'est qu'à une époque récente, 
qu'a eu lieu dans plusieurs villages un déplacement d'accent* 
qui a fait passer 'sies a sjes. Au contraire, /eïs indique qu'à 
une époque ancienne, antérieure à la chute du ï, mais que je 
ne peux pas préciser autrement, l'accent s'était déplacé, d'où 
sjêïs. Le groupe sj devait dès lors passer à /, comme dans 
adi'/at « bonjour » de a 'dinsi'ats « à Dieu soyez ». 



15. — Le mot beurre, 

199. Le mot latin butyrtim a donné deux formes bien 
tranchées : bu'de, qui suppose un primitif *Aw/m/m ; et byrre, 
qui vient de 'hutlrum comme le français beurre et l'italien 
burro. 

Il y a donc ici, non pas glissement d'accent comme dans la 
catégorie de mots que je viens d'étudier, mais un véritable 
déplacement d'accent remontant au latin*. 

200. bu'de est la forme actuellement employée en Labe- 
dan. Elle l'est encore, quoique moins que byrre, dans le Haut- 
Ossau \ A Bescat, Hourat, Mifaget, Haut de Bosdarros, elle 
existe encore à l'état de souvenir ; mais dans l'usage, byrre l'a, 
je crois, tout à fait remplacé. A Arudy, les vieux mêmes ne se 
rappellent pas avoir jamais entendu dire bu'de. Enfin dans la 
vallée d'Aspe, le seul endroit où j'ai pu retrouver les traces 
du mot ancien, c'est Lescuii, « où », m'écrit M. le curé de 
Gurmenron « on disait autrefois bouté ». — En eff'et, bute 



1. Voir§ 178. 

2. Comparer l'italien butirro à côté de hvrro. 

3. Le maire d'Asie- Béon me disait : « wsï ep'gwua ad a'kestez 
bi la5ez de haûut, bjost, lu bia de haut, la'jyns di .£su e as, ke 'parlan 
eu du de. » « Aujourd'hui encore, à ces villages d'en haut, Béost, 
Louvie-Soubiron, Laruns peut ùtrc et Aas, on parle du bondé. » — 
M»»*^ Berdou, 83 ans, mo disait : « ansjena'men ke diim lu bu'de. » 
Voir aussi î^ 81 l'histoire de bu'de à Pe de Hourat. — On a vu plus haut 
(§ 167) l'histoire pittoresque par laquelle on rend compte de l'origine 
de ce mot. 



— 97 — 

serait la forme aspoise de ce mot, d'après ce que nous avons 
vu au paragraphe 136. 

201. — La simple présence de bu'de à Hourat, Mifaget, 
et surtout Haut de Bosdarros, prouve que ce mot n'est pas 
spécial aux hautes vallées, et fait supposer qu'il était autre- 
fois beaucoup plus répandu. Cela est confirmé par la puissance 
d'invasion dont est doué byrre. bu'de paraît aussi avoir existé 
dans le pays de Foix, car on trouve boder dans VElncidari 
et la traduction d'Albrecassis. M. Lespy, consulté à ce sujet, 
m'a écrit : « Boudé est le vrai mot béarnais ; burre nous est 
venu du dehors, il est d'un usage bien plus fréquent que boudé, » 

Ces faits sont intéressants en ce qu'ils nous montrent le 
recul certain d'un mot qui avait autrefois un domaine consi- 
dérable, devant un autre, venu sans doute du Nord*. Autre- 
ment, il n y a rien à tirer de la répartition géographique de 
ba'de -byrre au point de vue de ma thèse. 



16. — Venir, tenir. 

202. Comme pour le mot bu'de- byrre, nous pouvons suivre 
pour la conjugaison de ces verbes l'invasion de formes se 
propageant de proche en proche. 

A l'origine, tant dans le Béarn que dans la Bigorre, la 
conjugaison de ces verbes avait perdu la nasale, avec nasali- 
sation de la voyelle précédente — nasalisation qui a ensuite 
disparu dans une partie de la région. — Cette chute de la 
nasale est régulière entre deux voyelles. C'est un fait très 
ancien, car il s'est produit avant la chute de la voyelle inter- 
tonique, qui a pu dès lors se conserver dans certains cas ; 
c'est ainsi qu'on a se'mjâ (ou su'mjâ, sa'mjâ) « semer », de 
seininare, le i s'étant conservé sous la forme j ; de niorao 
ezdeja'â (vers Labouheyre ehdia'â) de *eœdisjejunare. Je pense 
que la chute de la nasale a dû se produire avant le vi*^ ou au 
plus tard le vu' siècle. 

203. Mais la conjugaison sans nasale a reculé et continue 
de reculer devant une autre conjugaison, dont j'ignore le lieu 

1. On sait que les Béarnais rendent par y le œ d'un mot français, 
§ 33. Comparer, toutefois, le mot basque burra. 

Passy. — L'Origine des Ossalois. 7 



— 98 — 

d'origine, et qui a partout conservé la nasale. Je donne ici en 
regard, la conjugaison sans nasale à Osse et à Arrens, et la 
conjugaison de la Plaine. 



Infinitif. 



Présent. 



Infinitif. 



Présent. 



OSSE 


ARRENS 

i» venir. 




bi 


bî 


'bjene 


ke bsl 


ke bèçk, ke bèji, ke bel 


ke 'bjeni 


ke bes 


ke bês 


ke 'bjenes 


ke be 


ke bê 


ke bjen 


ke bim 


ke bèm 


ke bje'nem 


ke bits 


kebêt 


ke bje'net 


e ben 


ke bén 
2o tenir. 


ke 'bjenen. 


ti 


tî 


'tjene 


ke tel 


ke tëok, ke têji, ke lêi 


ke 'tjeni 


ke tes 


ke tés 


ke 'tjenes 


ke te 


ke tê 


ke tjen 


ke tim 


ke tîni 


ke tje'nem 


ke tits 


ke tît 


ke tje'net 


ke ten 


ke tën 


ke 'tjenen. 



204. La conjugaison moderne ne paraît nulle part avoir 
déplacé Tancienne tout d'une pièce. Partout où on peut suivre 
la marche de Tenvahissement, on voit que certaines formes 
sont remplacées avant d'autres. Je n'ai pas les données néces- 
saires pour présenter de cet envahissement un tableau à peu 
près complet; voici cependant quelques faits. 

A Aas-en-Ossau, on trouve chez les vieux les conjugaisons 



suivantes : 



bi 

ke bjepk 
ke bjes 
ke bjo 
ke bjem 
ke bjets 
ke bjen 



'tjene 
ke tjepk 
ke tjes 
ke tje 
ke tje'nem 
ke tje'nets 
ke 'tjenen. 



On voit que la conjugaison ancienne a été conservée intacte 
pour venir, tandis que pour tenir la conjugaison moderne a 
envahi l'infinitif et le pluriel. Chez les jeunes, la conjugaison 
ancienne est à pou près perdue. 



— 99 — 
A Gurmençon-en-Aspe, veîiir se conjuge ainsi : 

'bjene 
ke bjei, ke 'bjeni ke bje'nem 

ke bjes, ke 'bjenes ke bje'nets 

ke bje ke 'bjenen. 

Ainsi Tinvasion est complète pour le pluriel, et en voie 
d'accomplissement pour les deux premières personnes du sin- 
gulier; la troisième du singulier est restée intacte. 

De même à Arudy-en-Ossau, les vieux disent encore : 

ke bjeDk, ke bjei ke bje'nem 

ke bjes ke bje'nets 

ke bje ke bjenen. 

tandis que les jeunes ont introduit n partout. 

A Buziet et à Précilhon, on emploie toujours pour tenir la 
forme avee nasale, sauf à la troisième personne du singulier. 

A Boeil, Bezing et Monein, on dit encore à l'infinitif bje 
et tje, mais plus souvent 'bjene, 'tjene. 

A Pontiacq, d'après M. le curé, la troisième perrsonne du 
pluriel seule a le n : ke bjenin. 

A Hourat, M. Ort dit encore bje. 

206. Même là où la conjugaison sans nasale a complète- 
ment disparu, on voit par des expressions pétrifiées qui n'ont 
plus avec le verbe d'où elles viennent qu'un lien vague, que 
la conjugaison actuelle est due à une invasion. On dit dans 
tout le Béarn, dans la Chalosse et dans une partie des Landes, 
sabi ou sa! « viens ici » ; sa'bjet « venez ici », tjet ou tjets 
« tenez ». 

206. Deux choses ressortent clairement de ces faits, si 
incomplets qu'ils soient : 

1** La conjugaison de veriir, tenir, avec chute de la nasale, 
a eu autrefois une grande extension. Elle a reculé et conti- 
nue à reculer devant une conjugaison qui a gardé la nasale. 

2** C'est au pluriel que l'invasion commence ; elle s'empare 
ensuite du singulier, probablement de la première personne 
d'abord ; en tout cas c'est la troisième personne qui résiste 
le plus longtemps. 



— 102 — 

même conjugaison qu'à Roquefort-Montaner, sauf que le k 
manque à la troisième personne. 



ke kan'tEi 


ke kan'tem 


ke kan'tES 


ke kan'tet(s) 


ke kan'U 


ke kan'Un. 



Mais à Gurmençon on trouve aussi la conjugaison en -a; à 
Monein, Arthez d'Asson, Asson, etc., la troisième personne 
du singulier est indifféremment en -s ou en -a. 

Enfin dans une foule de localités, on a certaines personnes 
avec -£, d'autres avec -a; alors la troisième personne du sin- 
gulier est presque toujours en -a. Ainsi à Lescar, Riupeyrous, 
Luquet, Ger, Cièdes, Rebenacq, etc., on dit : 

ke kanVi ke kan'tsm 

ke kan'Us ke kan'tet 

ke kan'ta ke kan'Un ou kan'tan. 

Ce n'est qu'àGarlin que, d'après l'instituteur, M. Casteg, 
on trouverait un type ayant e partout sauf à la troisième per- 
sonne du pluriel. A Lembeye ce sont la deuxième et la troi- 
sième personne du singulier qui sont en -a. A Casteide Can- 
dau, c'est la troisième du singulier et du pluriel. A Arthez, 
toutes les personnes sont en -a, sauf la première du singulier 
et la deuxième du pluriel. 

213. Si toutes ces formes sont authentiques, nous sommes 
en présence d'un grand désordre dans la conjugaison. A la 
vérité, je ne suis pas bien sûr, ni de mes notes, ni de celles 
qu'on m'a fourni*; certains types de mélange, celui de Garlin 
par exemple, pourraient résulter de la coexistence dans une 
même localité de deux formes de parfait, employées l'une par 
les vieux, l'autre par les jeunes. Mais en tout cas, une chose 
est certaine ; c'est la troisième personne du singulier qui est 
le plus rarement en -s. 

214. Quant à l'origine de ces formes si diverses, une 
chose saute aux yeux tout d'abord, c'est que le parfait est 
soumis à des actions analogiques. Mais d'où vient l'analogie ? 

Trois hypothèses se présentent: 

V Extension géographique du parfait en -t — quelle qu'en 
soit l'origine — qui aurait rayonné de TEst vers l'Ouest ; 



— 103 — 

2* Action analogique, dans chaque localité, du parfait de 
€iare, stare; 

3« Action analogique, dans chaque localité, de la première 
personne du parfait de la première conjugaison. 

216. J'avais cru d'abord que la première hypothèse était 
la plus probable. Mais si elle était vraie, Tinvasion aurait dû 
se faire de proche en proche, et les formes en -s devraient 
^tre de plus en plus rares à l'Ouest. Or à Saint-Agnet, Portet, 
-Aurions, Lembeye, Vidouze, Monségur, Riupeyrous, Abère, 
Xuquet, Ger, c'est-à-dire tout près de la région à troisième 
personne en ek, on a une ou plusieurs formes en -a ; tandis 
qu'à Gurmençon, Monein, on a -s à toutes les personnes. 

216. La deuxième hypothèse n'est pas plus plausible. En 
Béarn, le parfait de dare, stare, ne peut pas avoir agi sur les 
autres. Car dans beaucoup de localités, on dit avec e fermé : 



k estai 


ke dei 


k es'tes 


ke des 


k es'te 


ke de 


k es'tem 


ke dem 


k es'tet 


ke det 


k es'ten 


ke den * 



Cette conjugaison se trouve à Pontiacq, Ger, Lalongue, 
Monein, Précilhon, Herrère, localités où le parfait de la pre- 
mière conjugaison est en -e soit à plusieurs personnes, soit 
partout. De plus, ea'teï, deï, loin d'être doués d'un pouvoir en- 
vahissant, sont sujets au contraire à Tinvasion analogique 
d'autres parfaits. A Orthèz, à Samadet, esta a adopté le par- 
fait en a : 



k estai 


k es'tum 


k es'tus 


k es'tuts 


k es'tu 


k es'tun. 



A Monein, Lalongue, ce parfait existe à côté de k esteï. A 



1. Il n*en est pas ainsi partout. En Azun, c'est k estci, -es, -t, >em, -et, 
-m; kedfi, etc. — L'e est étymologique pour la première personne, 
éf H- I donnant ei, comme a -h t donnent d. Aux autres personnes c'est 
e qui est étymologique. La première personne a donc agi sur les autres 
dans le premier domaine ; les autres ont agi sur la première dans le 
second. 



— 104 — 

Casteide Candau, on a la même invasion, mais une forme un 
peu différente : 



k es'ty 

k es'tys 

k es'tU) k este 



k es'tum 
k es'tuts 
k es'tun, k es'ten. 



217. Reste i^hypothèse d'une invasion analogique de Ts de 
la première personne. Sur le conseil de M. Tabbé Roussçlot, 
j'ai recherché comment marche en général l'analogie dans le 
Sud-Ouest. Il y en a, pour ne parler que du parfait, deux 
genres bien différents. Dans les Landes, le r de la 3" personne 
du pluriel s'est généralisé à toutes les personnes, sauf la 
troisième du singulier ; on dit à Labouheyre, Sainte-Eulalie, 
Saint-Paul-en-Born, Pontenx, Escource, Commensac, Tren- 
sacq, Sore* : ^ 



ke kan'teri 
ke kan'teras 
ke kan'Ut 
ke kan'tErdm 
ke kan'Urat 
ke kan'uran 



k a'wuri 
k a'wuras 
k a'wut 
k a'wuram 
k a'wurat 
k a'wuron 



ke fî'niri 
ke finiras 
ke finit 
ke fi'niram 
ke fi'nirat 
ke fi'niran. 



Il y a donc ici action de la troisième personne du pluriel 
sur les autres, à l'exception de la troisième du singulier, qui 
est toujours la plus résistante de toutes. 

218. D'autre part, dans la Chalosse, le parfait en -uï passe 
à -uï, puis à -yï ou y, par assimilation de l'u au ï avec chute de 
ce dernier. Malaussanne est dans la période de transition *. 

L'y ainsi formé envahit les autres personnes, mais en res- 
pectant la troisième du singulier : à Clèdes, Mant, Peyre, on 
dit: 

ke pu'dy(i) ke pu'dym 

ke pu (lys ke pu'dyt(s) 

ke pu'du ke pu'dyn. 

219. La simple comparaison du parfait en -y, -u, avec 
celui en e, -a, suffit à montrer que pour l'un comme pour l'autre. 



1. La conjugaison en -ji, -ss, -s subsiste vers Commensac, Le Sen, 
Geloux, Arjuzaux. — Presque toutes mes notes sur la conjugaison dans 
les Landes sont dues à M. Arnaudirf. 

2. Le i linal a pu soit persister, soit ôtre rétabli par analogie. 



— 105 — 

c'est la première personne qui a peu à peu envahi le reste de 
la conjugaison, excepté la troisième du singulier. C'est ce qui 
ressort admirablement du tableau suivant des deux parfaits 
tels qu'on les trouve ensemble à Clèdes : 



ke ka'zy 


k a'ns 


ys 


— &8 


— u 


— a 


— ym 


— em 


-— yts 


— ets 


— yn 


— sn. 



C'est aussi, à n'en pas douter, la vraie explication des 
formes de parfait où on trouve -s à certaines personnes et -a à 
d'autres . 

220. Il va de soi que la troisième personne du singulier 
peut finir par succomber aux attaques de l'analogie, de sorte 
qu'on arrive à la conjugaison toute en -« de Gurmençon, Mo- 
nein, et des confins de la Bigorre. Je n'ose pas dire que sur 
les confins de la Bigorre cette conjugaison soit sûrement due 
à l'analogie de la première personne ; peut-être y provient- 
elle de l'analogie de dèdi, stëti, etc. ; un même résultat peut 
être obtenu par deux procédés diflférents. Mais en Béarn, ce 
n'est certainement pas cette analogie qui est en causée 

t. Voir sur le parfait dans les textes, Bourciez, La conjugaison gas- 
conne (Annales de la Faculté des Lettres de Bordeaux, 1890). 



CHAPITRE II 



Les dialectes dans le Sud -Ouest (Carte 6). 



220. Dès 1875, c'est-à-dire à une époque où les études dia- 
lectologiques étaient encore bien dans Tenfance, M. P. Meyer 
avait on quelque sorte vu par avance et appliqué la méthode 
de cette science ; il l'avait, au cours de sa discussion avec 
M. Ascoli, formulée avec une netteté lucide*. Depuis, ses 
idées, discutées bien des fois, ont été reprises notamment par 
M. GilliéronS qui en a démontré l'exactitude dans un exposé 
plein de connaissance pratique et de faits. Enfin la théorie ou 
plutôt le fait concret de Y indépendance des caractères lin- 
guistiques a été résumé avec une clarté convaincante par 
M. G. Paris ^ C'est aujourd'hui un des axiomes dialectolo- 
giques les mieux établis. Il revient à dire qu'une limite dia- 
lectale est un fait anormal, et résulte toujours, soit d'une fron- 
tière naturelle, soit d'une limite sociale, soit d'une influence 
littéraire, soit d'un déplacement de population, ou d'une autre 
cause perturbatrice. 

221. Me conformant aux principes de M. Meyer, j'ai 
cherché dans ce qui précède, « non pas à tracer des circon- 
scriptions marquées par tel ou tel fait linguistique, mais à 
indiquer sur quel espace de terrain règne chaque fait ». Je 
me suis efi'orcé en même temps do dater ces faits d'une façon 
approximative. J'ai voulu « faire la géographie [historique] 
des caractères dialectaux plutôt que celle des dialectes ». 

Je vais maintenant envisager d'ensemble les limites de 



1. Bom., IV. 29'!. 

2. hom., XII, 393. 

3. l.es parlers français, discours prononcé au Congrès des Sociétés 
savantes, 1888. 



— 107 — 

caractères que j'ai tracées ; examiner leurs concordances et 
leurs divergences ; voir en un mot s'il résulte de leur superpo- 
sition des dialectes, ou bien si leur enchevêtrement ne laisse 
place à aucune unité linguistique. 

222. Un simple coup d'oeil sur l'ensemble de mes cartes, 
ou mieux sur la carte générale qui résume la concordance des 
limites (n** 6), montre à ce point de vue une profonde diffé- 
rence entre le Nord et le Sud de la région. 

Au Nord du Grand Gave, « les phénomènes linguistiques 
ne s'accordent point entre eux pour couvrir la même superfi- 
cie géographique. Ils s'enchevêtrent et s'entrecoupent à ce 
point, qu'on n'arriverait pas à déterminer une circonscription 
dialectale ». Tout au plus y a-t-il, vers la Chalosse et surtout 
vers la Bigorre, une marche plus rapide des caractères, c'est- 
à-dire, pour emprunter un terme à la peinture, une ligne 
fondue au lieu d un modelé. 

Au Sud, tout au contraire, les limites dialectales sont 
nombreuses et parfois très fortes. Elles séparent l'un de 
l'autre des territoires, dont la plupart, considérés séparément, 
présentent à leur tour l'enchevêtrement de caractères que 
nous considérons comme caractérisant le développement nor- 
mal; mais l'un de ces territoires — la vallée d'Ossau — se 
fait remarquer par son unité linguistique relative, surpre- 
nante surtout en pays de montagnes. 

223. Mais voyons les faits en détail*. 

Voici d'abord le tableau des concordances dans l'ensemble 
du pays : région montagneuse et plaine : 



1. Dans les tableaux suivants, je ne donne en général que les formes 
régionales et dépouillées des accidents trop locaux qu'on trouvera pour 
la plupart au chapitre ii. — Dans la première colonne, je donne entre 
parenthèse le mot français ou l'ancêtre roman des formes patoises, 
lorsque j'ignore l'étymologie ou que c'est plus commode. 



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— 109 — 

224. Ce tableau apprend bien des choses : 

1* Il montre entre le Labedan et Aspe-Barétous une unité 
de développement qui prouve avec évidence Tunion ancienne 
de ces patois par l'intermédiaire d'Ossau. Fenestra, sex, es est, 
hominem, pag€ns€m,agustuSf ouicula, ranucula, sont en effet 
traités delà même façon ou de façon analogue; et pour j, le 
développement en est presque au même point. Or la plupart de 
ces faits sont anciens, probablement antérieurs, ou de peu 
postérieurs, à Tépoque présumée de Tinvasion. La concordance 
de développement interrompue par Ossau ne peut donc s*ex- 
pliquer que par un commencement de développement en 
commun, ou par des prédispositions communes qui ont agi 
même après la séparation, et peuvent agir encore aujourd'hui *• 
Quant aux. points, quelques-uns anciens, sur lesquels le 
Labedan diffère d' Aspe-Barétous, ils ne prouvent pas à ren- 
contre, car il est clair que, à côté des faits généraux à toute 
la chaîne, il devait y en avoir de spéciaux à chaque vallée. 

2** Il montre aussi que les Ïrois-Villages sont le reste de 
l'ancienne population de la vallée ; hjestiâ en effet les rattache 
aux deux autres groupes montagnards et les sépare d*Ossau, 
presque aussi nettement que l'article ; gja'huXô (qui dérive 
comme gja'bniô en Barétons, gaj'guXô, epgajguXô en Aspe, de 
gja'aXâ), les rattache au groupe de l'Ouest ; tandis que la 
forme intervocale de l'article ed et la désinence verbale de la 
deuxième personne du pluriel -t les rattache au Labedan*. 

Ici, ce sont des faits relativement récents, je le crois du 
moins, sur lesquels je m'appuie ; mais on ne peut attribuer 
cette concordance qu'à l'action de cette prédisposition dont 
j'ai parlé; et ce dont on peut s'étonner, c'est qu'elle ait été 
assez forte pour résister tant d'années après à la force énorme 
de Tenvironnement. 

Rien de plus naturel que l'accord complet de développe- 
mont, qui, sur tous les autres points, existe entre les Trois- 

1. Sur cette question des prédispositions linguistiques, voir l'appen- 
dice I. 

2. gjahuid n'existe, je crois, qu'à Arudv, -t au lieu de -ts n'existe 
qu'à Castet. Mais l'identité du patois des Trois-Villages étant attestée 
par l'article et hjcstift, on peut considérer comme certain que l'absence 
de ces formes dans les autres villages est due à l'influence de l'envi- 
ronnement, qui a vaincu, ici sur un point, là sur un autre. 



— 110 — 
Villages et Ossau, et le désaccord, sur certains de ces points, 
entre les Troîs-Villages et les deux autres groupes monta- 
gnards. Il j a eu. eu effet, un fait extérieur considérable qui est 
venu modifier les prédispositions intérieures des Trois- 
Villages : c'est l'invasion. Mis en contact à une époque où le 
latin n'avait subi qu'un petit noinbrode modifications, et des 
modifications générales pour la plupart k un territoire étendu, 
les deux patois d'Ossau ont dû se greffer l'un à l'autre d'au- 
tant plus facilement qu'il n'y avait entre eux qu'un petit 
nombre de différences. Us devaient aisément s'agripper en 
une seule masse linguistique, et se développer ensemble dans 
un même sens. 

Je suis donc en droit de conclure que les faits linguistiques, 
qui diffèrent entre Ossau et les Trois-Villages, sont les seuls 
sur lesquels on puisse établir une argumentation solide. Ces 
faits prouvent avec évidence que les Trois-VilIages occu- 
paient entre les vallées latérales la position linguistique inter- 
médiaire que leur situation géographique faisait prévoir. 

3" Enfin le tableau confirme ce fait déjà prouvé par la géo- 
graphie de l'article seul, que le patois d'Ossau, exception 
faite des Trois-Villages, vient de la Plaine. 

Peu importo ici encore que des faits dont j'ai démontré 
l'ancienneté, commu la vocalisation des plosives appuyées, 
diffèrent en Ossau et dans la Plaine. 11 faut en conclure sim- 
plement que les émigrés arrivés en Ossau avant le début de 
l'évolution ont sur ce point suivi le développement de la 
population autoch-tone et de celle d'.^spe-Harétous '. Mais 
l'identité de traitement qui existe en Ossau et dans la Plaine 
pour fene.itra, sex, es, est, homiuem, jmgensem, « hibou ", 
agusius, raniicula, ouîcuia, confirme suffisamment la certi- 
tude que donnait àéjh la géographie de l'article, pour que 
rien ne puisse l'ébranler. 

aS6. En somme, l'examen détaillé que j'ai fait de cer.- 
tains faits linguistiques du Sud-Ouest n'a fait que rendre 



1. Ossau, Aspe et Barélous se trouvaient rapprochés non seulement 

fiar le même genre de vie, mais par In vie sociale et administrative ; 
n. cité, le dioci'-ae. la vieomié d'uioron les comrircnaienl dans im même 
ensemble. F.lles étaient unies d'ailleurs sous le nom de tes Moiitaiint» 
DU • las Vais ». (Raymond, Dicliimnaire lapo(jriipMi/ue.) 



— 111 — 

plus évidentes les conclusions tirées de la géographie de Tar- 
ticle seul. 

226. Je rappelle ces conclusions en les précisant. Toute 
la montagne était couverte à Torigine par un ensemble de 
dialectes se modifiant graduellement de vallée en vallée, et 
pbssédant dans leur ensemble certains traits caractéristiques, 
qui les distinguaient des dialectes de la Plaine. 

Les dialectes de la montagne ont été, à une époque reculée, 
ootipés en deux par une population venue de la Plaine, qui 
s'est établie en Ossau, où elle s*est probablement fondue avec 
la population autochtone, et s'est amalgamée sûrement dans 
les Trois-Villages avec la population montagnarde qui y sub- 
sistait compacte et y subsiste encore. 

Les dialectes d'Ossau et des Trois-Villages sont la résul- 
tante de cet amalgame et de la cohésion politique et sociale 
avec les vallées d'Aspe et Barétons : pour certains faits les 
envahisseurs l'ont emporté, soit en imposant aux envahis les 
évolutions ou les formes déjà établies, soit en dirigeant les 
évolutions qui se faisaient; pour d'autres ce sont les envahis, 
et cela sans doute en raison du nombre de chaque fraction 
et de la force des prédispositions ; — pour d'autres enfin, la 
vallée entière a suivi un développement tout à fait original, 
résultant peut-être de prédispositions existantes au lieu d'ori- 
gine des Ossalois. 

Il est du reste très naturel que la population autochtone 
ait subsisté plus compacte dans les Trois-Villages, situés plus 
ou moins dans la plaine, et qui ont dû être bien plus peuplés 
que les parties hautes de la vallée. 



CHAPITRE III 



Lieu d'origine probable des ossalois dans la plaine 



227. Je voudrais maintenant tenter de restreindre, autant 
que cela est faisable par Texaraen des patois, la région d'où 
il est possible linguistiquement que les Ossalois soient origi- 
naires. 



P Les Ossalois ne viennent pas de la plaine subjacente. 

228. L'hypothèse qui au premier abord semblerait la plus 
probable, celle qu'on serait tenté d'adopter d'emblée et sans 
discussion, est celle-ci: les Ossalois senties habitants de la 
plaine subjacente, qui ont peu à peu remonté la vallée, en 
refoulant, en subjuguant ou en absorbant la population 
autochtone. Mais un coup d'oeil jeté sur la carte h"* 6 défend 
de l'accepter. 

Il y a en effet entre Ossau et son embouchure, une limite 
de dialectes, limite môme très marquée, si on considère 
qu'une fois cette limite franchie il n'y a plus que des chan- 
gements insignifiants et très espacés jusqu'à la frontière 
d'Espagne d'une part, jusque vers la Chalosse de l'autre. 

229. Voici les faits qui constituent cette limite. Je la coupe 
en plusieurs tronçons, et j'examine d'abord la portion qui va 
de la frontière des Hautes et Basses-Pyrénées jusqu'un peu 
au Nord-Ouest de Lys. Je n'ai malheureusement sur Saint-Pé 
aucun document. 



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— 113 — 







LTS, BOORAT, 










OSSAU 


MirATBT, 


CAPBIS 


ASSOR, 
ARTOEX 


LABKOASI 






BKUGKS 








1 llum, -am 


lu, la 


lu, la 


lu, la 


et, 'eja 


et, eua 


^<cnestra 


ar'rjestà 


ar'rJEStà 


ar'rjsstâ 


ar'rjfstâ 


hJEStiâ 


C!^adere 


kade 


kade 


'kade 


kade 


k<i) 


5^ ex 


Sus 


./'«ïs 


/sis 


/êÎS 


'sicS, SJES 


^st 


ksi 


kei 


k£i 


ktl 


ke'de 


l^ominem 


omi 


omi 


'omi 


'omi 


'umi 


sfe.lter 


aude 


aude 


'aude 


'aude 


'aute 


cisomparare 


kjum'ba 


kjuiu ba 


kjum'ba 


kjum'ba 


kjum'pa 


fDlantare 


plan'da 


plan'da 


plan'da 


plan'da 


planta 


1 ingua 


'Iweppâ 


'iwep«7Ô 


Iwep^ô 


'lepyo 


'lepkâ 


liane ad horam ep^Wcjà 


ep'//wejà 


ep'^wejà 


ep'^wuà 


ap'kojâ 


fDagensem 


p£is 


psls 


pns 


psi s 


pais 


aigustus 


oiis(t) 


(a)'us(t) 


(a)'us(t) 


(a)'us(t) 


(a)'u8(t) 


Chiboii) 


gzys 


lysys 


^sys 


^cys 


^a'hys 


s^iuicula 


oûiCâ 


oùA-d 


oûiCâ 


oûXà 


OiCâ, awe^â 


ranucuia 


i7J(i)'àuiCà 


<7.i(i)'auiCâ ^j(i)'auiCâ 


^j(i)'auiCâ <7ja'beiCâ 


-aui 


-a 


-a 


•a 


-a, -e 


-6 


castellain 


kas'Uc 


kas'tst 


kas'Ut 


kas'tst 


kas'tst 


Ci -h 8) 


-Us 


-1/ 


-1/ 


-1/ 


-i/ 


-tis 


-ts 


-t 


-t 


-t 


-t 


(j) 







• 

J 


• 

J 


• 

J 



230. De ce tableau on peut conclure ce qui suit : 
V La plus grande partie des faits qui distinguent le Labedan 
d'avec Ossau suit la limite des vallées qui est aussi celle des 
deux départements ; je ne les retrouve pas dans les Basses- 
Pyrénées ; 

2** Parmi les autres, presque tous suivent une même ligne, 
intérieure à Ossau : Hourat, qui est un hameau de Louvie- 
Juzon ; Lys qui n'a été séparé de Sainte-Colome qu'en 1858, 
diffèrent d'Ossau par les faits suivants : agiistus, -ellum, iC-h», 
tis verbal. Bruges et Mifaget qui sont ou étaient extérieurs à 
Ossau n'ajoutent aucun caractère à ceux-ci, quoique la limite 
d'Ossau soit ici très marquée au point de vue social*. Capbis 



1. Elle correspond à la limite de la cité, du diocèse, du pagus, de la 
vicomte d'01oron,de l'archidiaconé et du bailliage d'Ossau. — « Rébé- 
nacp et Mifaget, dit M. Bonnecaze, sont tout à fait étrangères à la vallée 
d'Ossau. » Kn effet, Mifaget était un hameau de la commune de Bruges, 
et n'a été réuni au canton d'Arudy qu'en 1791. Uébénacq ressortissait 
au bailliage de Nay et a été réuni également en 1791 au canton 
d'Arudy. — Voir Raymond, Dictionnaire topographique : — Bonne- 
caze, Carte de la Vallée d'Ossau. 



Passy. — UOrigine des Ossalois. 



8 



— 114 — 

n'en ajoute qu'un seul, j au lieu de 3 (et -aije au lieu de -ase). 
Asson et Arthez d'Asson en ajoutent un autre : et, eaa au lieu 
de lu, la. 

231. Nous rencontrons donc ici un fait bien anormal : 
deux sections de communes séparées de leurs chefs-lieux par 
une limite de dialectes, et unies à d'autres communes — qui 
en sont pourtant séparées par une limite sociale très forte — 
en une même unité dialectale. J'ajoute que la distance n'est 
pas suffisante pour expliquer en aucune façon cette anomalie, 
et qu'il n'y a pas entre Hourat et Louvie ou entre Lys et 
Sainte-Colome plus d'obstacles naturels qu'entre ces hameaux 
et Bruges. 

Je me contente de signaler ici le fait qui trouvera son expli- 
cation plus tard. 

232. Entre Rébénacq et Ossau, je parle bien entendu 
d'Ossau linguistique*, autre limite de dialectes, mais formée 
par des caractères différents. En voici le tableau : 





OSSAU 


RÉBÉNACQ 
(rtttaehé au caoton d'Aradj en (791.) 


alterum 


'aude 


'aute 


comparare 


kjum'ba 


kjum'pa 


plantûre 


plan'da 


plan'ta 


-aui 


-a 


-a, -6 


-ellum 


-£C 


-et 


-ellos 


-£it8 


-EtS 


(iC + s) 


-its 


-1/ 


-tis 


-ts 


•t 


G) 


3 


J 


-aticum 


-ase 


-ajje. 



On ne peut pas chercher la raison de cette limite dialectale 
dans l'existence d'une limite sociale, puisque cette même 
limite a été sans effet aucun entre Hourat-Lys et Bruges- 
Mifaget-Capbis ; ni dans les obstacles naturels : c'est par 
Rébénacq que passe la grande route de Pau en Ossau. 

233. Mais continuons notre tournée. 



1. G'est-à dire, moins Eaiix-Bonnes, Eaux-Chaudes, les Trois- Vil- 
lages, Lys, Hourat. Mifaget, Rébénacq et Buzy. 



— 115 — 

Après Rébénacq, la limite dialectale se ramifie, comme le 
fait voir le tableau suivant : 



OSSAU(LIllGUI8TtQU 


1) BUZT-BUZIET 


LASSBITBETAT 


OGEU-ESCOD 


illum, illam 


lu, la 


lu, la 


lu, la 


et, 'eaa 


hominem 


omi 


'oiiii 


omi 


'umi 


alterum 


aude 


aude 


'aude 


'aude 


comparare 


kjum'ba 


kjum'ba 


kjum'ba 


kjum'ba 


plantare 


plan'da 


plan'da 


plan'da 


plan'da 


ouicula 


oûiCâ 


oûiCà 


'oùXà 


(a)'uXà 


ranucula 


^j(i)'âuiCa 


^jâu/Ca 


^jiâuXa 


^jiâuiCa 


-ellum 


•se 


-60 


-et 


-60 


-ellos 


-eUb 


-st; 


-ets 


-s/ 


(iC + s) 


-Us 


-1/ 


-1/ 


-i; 


•tis 


-ts 


-t 


-t 


-t 


(j) initial 


3 


• 

J 


3 


3 


-aticum 


-ase 


-aje 


-adge 


-ad^e. 



234. Ce tableau montre Buziet, qui est hors d'Ossau, et 
Buzy, qui est en Ossau, marcher toujours ensemble, et géné- 
ralement avec Ossau. Ils s*en écartent franchement pour six 
faits. La limite est donc moins forte qu'entre Ossau et Rébé- 
nacq, d'autant moins que pour les faits qui paraissent les 
plus anciens et par conséquent les plus importants, je veux 
dire pour le traitement des plosives appuyées, Buzy-Buziet 
vont avec Ossau. 

D'autre part, Buzy-Buziet se sépare de Rébénacq pour : 
aller f comparare, piantare, -ellum et -ellos ; -aticum ; — de 
Lasseubetat, pour -ellum et -ellos, j, -aticum ; — d*Ogeu- 
Escou enfin pour -illum, illam, hominem, faits anciens ; et 
pour ouicula, j, -aticum. 

Enfin Ogeu-Escou vont avec Lasseubelat pour j et -aticmyi ; 
ils en diffèrent pour tous les autres caractères. 

235. En résumé, nous trouvons dans ce petit coin, len- 
chevétrement, non pas do caractères linguistiques, mais de 
limites dialectales. 

236. D'Ogeu à Monein, la limite d*et, eaa est doublée de 
la limite d'une foule d'autres caractères qui constituent une 
forte limite dialectale ; mais dans le territoire même de 
et, eja, il y a bien quelques limites de caractères assez espa- 
cées; des limites de dialectes, pas. 



— 116 — 



OGEU-ESCOU 


PRÉCILHON 


ESTIALESQ-liONEIK 




LASSBCBE-ARBUS 


et, 'eja 


et, 'eja 




et, 'eja 




lu, la 


'umi 


'umi 




'umi 




'omi 


? 
(a)'us 


? 
(a)'u8 




hjsstia 
(a)'us 




? 

9Ù8 


f/eys 

(ayuiCa 

(/jiâuiCa 


gtys 

(a)'uiCa 

^ja'u/Ca 


gtys 


^a'hys 
(a)'uiSLa 
gdB.'u£& 


gtys 
^ji'âuiCa 


-£C 


-£C 




-£C 




-Et 


-sj* 


-sits 




-EltS 




-ets 


-1/ 


-1/ 


1/ 




-Is 


-1/ 


3 (init.). 
5 (méd.). 


5 

• 

J 









Ù 

5 



Il y a ici une remarquable unité, dans le patois montagnard 
d'une part, dans celui de la plaine de l'autre. La ligne qui 
sépare Estialesq-Monein de Lasseube-Arbus, en particulier, 
est d'une grande netteté. 

237. Après Monein, la limite, bien affaiblie par une 
brusque inflexion vers TOuest de tous les caractères anciens, 
continue très sensible pourtant entre Tarzacq et Arbus. Passé 
le Gave, elle s'effiloche en divers sens, et tout redevient nor- 
mal. 

238. Ce qui nous intéresse pour l'instant, dans ces consta- 
tations, c'est l'existence, outre la limite entre le patois de la 
Plaine et celui de la Montagne, d'une autre limite, moins forte 
assurément et constituée par des caractères tout différents, 
mais néanmoins très réelle, entre le patois de la Plaine et 
celui d'Ossau. C'est la limite qui va d'Artliez à Ogeu. 

Nulle part cette limite ne coïncide ni avec une limite 
sociale, ni avec une barrière naturelle ; ou si cela arrive, 
c'est par hasard. On ne peut pas non plus l'attribuer à une 
influence littéraire, dont l'action aurait été tout autre, à 
laquelle par exemple Hourat et Lys auraient certainement 
échappé. 

239. Il doit donc y avoir là juxtaposition de deux dia- 
lectes originairement séparés, par suite d'un déplacement de 
population. Donc, ce n'est pas de la Plaine immédiatement 
subjacento que sont venus les Ossalois. De même que leur 
langue n'est pas la continuation ininterrompue de celle qu'on 



— 117 — 

parle à Bruges, à Rébénacq, à Lasseube, à Buzy, de même 
ils ne sont pas les frères de ceux qui habitent ces villages. 

240. Faut-il croire alors que la limite dialectale entre 

-Arthez et Ogeu provient de ce que les Ossalois ayant envahi 

Ossau, leur langue ne s*est pas amalgamée avec celle de leurs 

"%roisins de la Plaine? Que Hourat, Lys, Rébénacq, Buzy, 

étaient peuplés à leur arrivée, et que le contact n*a pas été 

rsuflfisant pour déterminer un développement commun? Cela 

^n'expliquerait pas que le développement de Lys et Hourat, 

"hameaux de Sainte-Colonne, et de Louvie-Juzon, aient subi, 

a tout prendre, pour les faits récents, un développement 

beaucoup plus différent do celui d'Ossau-Plaine, que les 

Trois- Villages. Cela expliquerait moins encore la grosse limite 

ciialectale qui sépare, d*Ogeu à Monein, le langage de la Plaine 

<3e celui de la Montagne, et celle qui va de Monein au Gave. 

Ici aussi on voit la trace d'un mouvement de population qui 
a mis tardivement en contact des dialectes déjà formés. 

241. La vraie explication doit être, qu'il y a eu sur ce 
point une marche vers le Sud et l'Ouest, des habitants rive- 
rains du Gave. Cette marche a dû se faire à une époque rela- 
tivement tardive, longtemps après le peuplement d'Ossau. 
Elle a amené la population originaire des bords du Gave à se 
trouver eu contact, d'une part avec la population k patois 
montagnard de la plaine d'Estialesq à Monein, d'autre part 
avec la population ossaloise. 

242. Cette hypothèse est pleinement confirmée par la 
toponymie. Dans ce golfe de patois de la plaine, on trouve 
Lasseube « Sylva » et Lasseubelat ; Bosdarros « boscum )),et 
Haut de Bosdarros \ Mifaget « Médium Fagetum ». Le plus 
ancien nom de Lacommande est « Hospitale de Faget et 
Domus Albertini ». Plusieurs de ces noms prouvent que le 
village est récent : Bos d'Arros est postérieur à Arros ; Haut 
de Bosdarros, à Bosdarros ; Lasseubetat à Lasseube ; Arthez 
d'Asson, àAsson. Ensemble, ils indiquent assez qu'une grande 
forêt s'étendait sur leur territoire. On comprend dès lors que 
les populations aient attendu de se sentir à l'étroit dans la 
belle et fertile vallée du Gave, si régulièrement arrondie entre 
ses deux rangées de collines, avant de s'engager dans la 
pénible colonisation du terrain houleux et sauvage qui leur 



— 118 — 

barrait la voie du Sud ; qu' ils aient voulu tirer tout ce qu'ils 
pouvaient du large lit d'alluviou où ils étaient, avant d'entre- 
prendre le défrichement de la grande foret dont on rencontre 
encore aujourd'hui les restes imposants. 

243. On connaît d'ailleurs quelques dates de fondation. 
Lacommande et Mifaget aont d'anciennes commaudories, 
fondées l'une en 1128, l'autre en 1100. Bruges est une bas- 
tide, sa grande place carrée et ses rues d'équerre le disent 
assez. Capbisest po'stérieur à Bruges, carlesjurats de Bruges, 
dans les nombreuses instances engagées avec Capbis, ont 
toujours soutenu que les terres de cette commune avaient été 
distraites de leur territoire'. " Peut-être peot-on conclure 
qu'Aubertin et Rébénacq sont de fondation relativement 
récente, du fait qu'ils appartiennent ecclésiastiquement 
Oloron, tout en étant situés en dehors des limites du bassin 
du gave d'Otoron -. » Lasseubetat. Hourat, Lys, Arthez 
d'Asson, ne figurent pas au censier de Béarn de 1385: ils 
étaient donc moins importants que Capbis et Mifagel qui figu- 
rent dans le total des feus de Bruges chacun pour trois foux ; 
ou peut-être n'existaient-ils pas encore. 

244. Il me semble qu'un pourrait donner à ces faits plus 
de généralité et de certitude encore, en comparant le rapport 
du nombre de feux en 1385 à celui des habitants en 1886. Eq 
prenant en effet le rapport pour des villages qui, étant da 
fondation très ancienne, n'ont pas dû augmenter beaucoup 
par immigration, nous obtiendrons avec une approximation 
suffisante le chiffre d'habitants qui, en 1886, correspond 
normalement à un feu en 1385. Eu comparant ensuite ce rap- 
port à celui des villages que nous supposons de date récente, 
nous verrons si dans ceux-ci le rapport est plus fort, c'est- 
à-dire l'accroissement plus rapide. 

845. .-V ce point de vue. nous pouvons choisir Gan d'uni 
part, quelques villages d'Ossau, pris au hasard, de l'autre, 



. tlittoii-e d'un village aux tempt anriens. Notice 

B Brugex. Asson et autres ci rcon voisin es, par un indigën 
Signé : Eloua. t>au, 1886. in S. 

2. L'abbé Menjoiilet, Chroitir/uf. — Le nom Bébénacq qui diiriva 
d'un nom roman par le suffixe -aeut ferait cependant penser que le 
village s'nst groii[^ autour d'un ancien fundm. Mais le noyau [râuvaM 
être tout il fait ûisignilianl. 



— 119 — 

comme types normaux. Gan, en effet, est fort ancien, car on 
j a trouvé des antiquités romaines. Quant à Ossau, l'émigra- 
tion est évidemment très antérieure à 1385, et elle a dû se 
faire en une fois puisqu'elle vient d'un lieu éloigné. 

Je sépare Buzy et Buziet des autres villages du golfe de la 
Plaine, à cause du rapport sensiblement différent qu'ils pré- 
sentent. 

feux en 1385 population en 1886 

1°Gan 175 3 274 

2" OsSAU 

Arudy 86 

Bescat 14 

Sevignacq 29 

S. Colonne avec Lys 91 

Bielle 84 

Bilhères 56 

Lazuns 114 

"ItÎ 8 421 

3® BuzY ET Buziet 

FEUX EN 1386 POPULATION EN 1886 

Buzy 55 1 558 

Buziet 24 626 







2 027 






398 






724 


S. 


Colonne 


589 




Lys 


962 

890 

403 

2 428 



79 2184 

4» Golfe de la Plalne et Arthez d'Asson 

Aubertin-Lacommande. ... 44 1 166 

Lasseube 12 2 468 

Bosdarros-Haut de Bosdarros. .71 1 619 

Bruges 52 1 574 

Capbis .'{ 220 

Mifaget 3 209 

Rébénacq 25 924» 

Asson et Arthez d'Asson. ... 57 3583 

267 11763 



1. Le rapport de Rébénacq, qui est de 37 en chiffres ronds, confirme 
ce que j'ai dit plus haut sur l'ancienneté probable de son origine. 



— 120 — 

En divisant le chiffre de la population par celui des feux, 
on voit qu'un feu en 1385 correspond en 1886, 

A 18,6 habitants pour Gan, 

A 17,5 — — Ossau, 

A 27,6 — — Buzy et Buziet, 

A 44 — — le golfe de la Plaine. 

246. En admettant mémo que ces chiffres ne soient pas 
très exacts, par suite de Témigration qui s'est produite dans 
les dernières années dans des proportions peut-être plus 
fortes pour Ossau que pour la Plaine, il faut reconnaître 
toutefois que l'accord presque complet entre Ossau et Gan 
d'une part, l'écart considérable entre ces deux localités et 
Buzy-Buziet, mais surtout le Golfe de l'autre, les rend pro- 
bants, d'autant plus qu'ils confirment les autres données four- 
nies par la toponymie et l'histoire des communes. 

On voit en effet que l'augmentation de population est beau- 
coup plus forte dans le Golfe qu'à Buzy-Buziet, beaucoup 
plus forte à Buzy-Buziet qu'à Gan et en Ossau ; et qu'en 
prolongeant en arrière la courbe de développement des villages 
du Golfe, on arriverait rapidement à zéro. 

Cela, joint aux autres faits allégués, rend absolument cer- 
taine la colonisation relativement récente du territoire entre 
Gan et Ossau, par les riverains du Gave. 

247. Mais il y a plus: la direction des limites de carac- 
tères dialectaux nous apprend que le foyer de colonisation a 
été une ligne et non un point: toutes, en effet, sont dirigées 
parallèlement du Nord au Sud. Reproduisant en petit ce qu'a 
produit en Espagne la croisade chrétienne, les riverains du 
Gave ont apporté avec eux les traits caractéristiques de leur 
parler, dans la croisade de défrichement contre la grande 
forêt. Ceux de Nav ou d'Asson fondent Arthez ; ceux de 
Bâliros ou Saint-Abit fondent Haut de Bosdarros, Bruges, 
Mifaget, Lys, Hourat, Capbis; ceux de Rontignon, Jurançon, 
Gan fondent Haut de Gan, et peuplent Rébénacq; ceux d'Ar- 
tiguelouve, de Laroin, fondent Lacommande,Lasseube, Las- 
seubetat. 

248. A Buzy-Buziet on peut entrevoir l'entre-croisement 
d'influences diverses, la lutte des prédispositions diverses 



— 121 — 

qu'apportaient sans doute les éléments hétérogènes qui sem- 
blent s y être rencontrés et fondus avec un noyau de popula- 
t.ion ossaloiseplus ancienne. Comme en Ossau, à Lasseubetat, 
é, Rébénacq, on y dit lu, la ; omi ; griània, oùia ; comme en 
Ossau et à Lasseubetat, on y dit aude, kaudo, krum'ba, plan'da. 
Comme à Ogeu, -ec subsiste non ébranlé, et ellos donne et/. 
Comme à Ogeu, Lasseubetat, Rébénacq, X-t-s donne 1/, -tis 
Terbal donne t ; comme à Rébénacq, j et -a|je subsistent. Si 
on remarque en outre que le rapport des feux à la population 
actuelle est intermédiaire entre celui d'Ossau-Gan et celui du 
Golfe de la Plaine, et que de plus Buzy appartient à Tan- 
cienne circonscription d'Ossau tout en ayant un langage 
notablement différent, il semble qu*on puisse supposer ce qui 
suit: Buzy aurait été peuplé parla même invasion qu'Ossau; 
mais depuis sa population a été considérablement augmentée 
par des émigrés venus de Rébénacq, ou appartenant à la même 
souche. Buziet, comme son nom l'indique*, serait le produit 
d'un essaimage parti de Buzy. 

249. Le mélange d'ailleurs a dû être fréquent dans ces 
villages nouvellement fondés sur des défrichements. Tous les 
bras courageux pouvaient s'y créer une propriété. Aujour- 
d'hui encore, le mélange continue : à Hourat les mariages 
avec Louvie-Juzon sont bien fréquents. A Mifaget j'ai appris 
à mes dépens combien les étrangers affluent : il m'a fallu 
courir près de deux heures pour trouver un sujet présentant 
par les antécédents de sa famille des garanties à peu près 
suffisantes. Il paraît bien évident, que si la limite de -5,-ad3e 
tourne à l'Est à partir de Bescat, pour englober Hourat, 
Mifaget, Lys et Bruges, — dérogeant seule ainsi au parallé- 
lisme des caractères dans cette région — , cela tient précisé- 
ment à un mélange de la population venue du Nord avec celle 
d'Ossau: « Le chemin ossalois », lo camî ossalés^qn on trouve 
mentionné déjà en 1456, partait en effet de Sainte-Colome 
pour passer probablement (comme la route d'aujourd'hui) par 
Mifaget, et sûrement par Bruges et Asson vers Nay-. Ainsi 
s'expliquerait aussi que Capbis, par suite d'un plus grand 

1. Cest by'iwsc dans le pays; c'est-à-dire un diminutif analogue à 
ceux qui viennent de -eUum. 

2. Raymond, Dicliomiaire, p. 127. 



isolement d'avec Ossaa, ait encore gardé son j, -aije, lorsque 
Bruges l'a depuis longtemps changé. 



' Les Ossalois viennent de la portion de f arrondissement 
de Pau sittiée au Nord d'Aubertin et de Gan. 



250. J'ai été amené, à propos du lieu d'origine possible 
des Ossalois, à essayer d'osquisser l'histoire de la population 
d'entre le Gave et Ossau. Il suffît de retenir, pour l'objet 
spécial de cette thèse, que les Ossalois oe peuvent pas venir 
de cette région, par la raison qu'elle a été peuplée après l'in- 
vasion. 

Ils ne peuvent pas non plus, bien entendu, être venus du 
territoire où on dit ot, au. C'est donc dans la plaine, au 
Nord d'une ligne qui passe près de Nay, qu'il faut chercher 
leur lieu d'origine. 

261. Pour le préciser il s'agit de chercher d'aboni dans 
ce territoire des faits anciens qui soient contraires au déve- 
loppement d'Ossau, et par conséquent qui limitent intérieure- 
ment d'une façon certaine le Heu d'origine possible ; puis de 
chercher le point dont le patois est le plus semblable à celui 
d'Ossau, même par des faits récents ; en vertu dn principe de 
la persistance des prédispositions linguistiques, nous aurons 
le droit de le considérer comme le point d'origine probable. 
Ce sera celui dont nous devrons en premier étudier l'histoire 
pour y vérifier l'hypothèse. 

S5S. Vers l'Est, la limite extérieure est facile à tracer: 

Le parfait en -îk en fournit une première : il met en dehors 
Roquefort, Castandet, Aire. Viella, Madiran, Moncaup, 
Montaner; mais mon enquête n'a pas été poussée assez loin 
vers l'Est et le Sud-Est, pour que ma limite rejoigne celle de 
et eia. 

Une autre limite, intérieure à celle-ci, et peut-être plus 
sûre parce que le fait qu'elle circonscrit est à l'abri de l'ana- 
logie, c'est celle de la chute du'd'intervocal dans cadere, eva- 
dere, etc.. ou de son passage à z. J'ai dit, § 151, que jamais à 
l'Est de cette ligne, d iutervocal no s'est confondu avec / 



À 



— 123 — 

intervocal : c'est donc une limite des plus nettes, puisqu'Os- 
sau dit kade de cadere comme pu'de de potere, 

253. Vers TOuest, je suis plus embarrassé pour fixer la 
limite. Je ne trouve pas de ce côté de fait extra-Ossalois qui 
remonte à une époque évidemment antérieure à l'invasion. 

254. Toutefois nous trouvons de ce côté l'assourdissement 
de a posttonique en e^ qui est fort ancien, ainsi que je l'ai 
dit§ 146. J'ai dit aussi que la limite n'avait guère dû varier 
depuis le xii® siècle. Bien que ni Tune ni l'autre de ces con- 
clusions ne soit absolument prouvée, elles sont pourtant très 
probables. S'il en est ainsi, ce phénomène doit marquer la 
limite occidentale des lieux d'origine possible des Ossalois ; 
en effet, si les Ossalois étaient partis de la région où on trouve 
e pour a posttonique, ils auraient sans doute emporté avec eux 
cette évolution ou tout au moins le germe de l'évolution. Le lieu 
d'origine doit donc se trouver à l'Est d'une ligne allant du 
point où le Gave entre dans l'arrondissement d'Orthez, jus- 
qu'à Pimbo, en laissant Bouillon à l'Est. Je reconnais toute- 
fois qu'il n'y a là qu'une série de probabilités et non une 
preuve. Une enquête plus étendue vers l'Ouest m'aurait sans 
doute fait découvrir des faits extra-ossalois plus solides ; 
mais pour l'instant, il me faut avouer mon impuissance à fixer 
une limite certaine. 

255. Laissant donc un certain vague de ce côté, je vais 
maintenant chercher quel point spécial les patois indiquent 
comme lieu d'origine le plus probable des Ossalois ; autre- 
ment dit, quel est celui qui offre avec Ossau la plus grande 
conformité de développement. Je suivrai comme dans mes 
tableaux un ordre chronologique approché, sans me dissimuler 
qu'il est arbitraire sur plusieurs points, et sans y attacher une 
grande importance. 

256. Les mots pon, bpk, au lieu de pan, lapk, écartent une 
région qui entoure Louvigny, Arzacq, Pimbo, Mont, Claracq. 

257. Le traitement des plosives appuyées est contraire à 
celui d'Ossau dans toute la région délimitée plus haut. Il y a 
très peu d'exceptions. Vers Assat, Beuste, la plosive est voca- 
lisée dans quelques mots ; mes notes donnent en'dra à Lée, 
mais à Espoey on dit aate, aute'men. Le mot « encore » con- 
corde en Ossau et vers l'Est de la région délimitée; on y dit 



124 - 

opswuo, tandis que c'est «p fcwijo plus à l'Ouest. Le mot « lan- 
gue " au contraire présente vers l'Est (déjà à Morlaas, Lée) 
une forme lepga sans w; tandis que vers Uzein, Sauvagnon, 
NaTailles, Bournos, un troUTe la forme ossaloise Iwcn^. 
Enfin le mot on'ta {intusad? inde ad?\, ne conserve la forme 
ossaloise en'da que jusqu'à l.i latitude de Mazerolles et Lée. 
Ces indications étant toutes contradictoires, il n'v a pas s 
»n tenir compte. Notons seulement que les Ossalois ont dû 
quitter la Plaine assez longtemps avant le début de l'évolution 
des plosives appuvées. puisque leur mélange avec les monta- 
gnards d'Ossau et leurs relations avec les Trois- Villages et la 
vallée d'Aspe ont eu le temps de vaincre les prédispositions 
qu'ils apportaient, et d'imposer le développement montagnard : 
et cela, malgré l'inlluence du dialecte littéraire. 

268. Les mots à déplacement d'accenf couvrent des aires 
différentes. 

Les points les plus rapprochés où j'ai trouvé galiys vers 
l'Ouest sont Pardies el Orthez. Ailleurs, ce mot n'a pas d'im- 
portance, parce qu'il est extérieur à la région. 

L'emploi de pti« -pais est trop flottant pour en tirer rien de 
précis. 

gja'n.(o ne commence à se dire qu'à l'extérieur de la limite 
dn s : entre .Arthez et tJrlhez; Labeyreet Bunnut; Hagetmau 
et Hauriei . (a)'iu(o au contraire empiète dans une partie de son 
domaine sur la ligne de b posttonique. C'est la forme de Tar- 
sacq et Besingrand au Sud du Gave, do Poev, Sauvagnon, 
Bournos, Larreule, Pumps. Bonnut, Bazereles. Hagetmau, 
Samadet et Geaune. 

Enfin (a)us ne laisse à la forme ossaloise 9ùb que deux 
petits territoires, dont l'un entoure Arzacq et passe à l'exté- 
rieur lie Lonçon, Fichons, Ayet. Pevre, Monségnr, Clèdes et 
Mauries ; l'autre entoure Laroin, Arbus, Lescar, .\ressy. 
peut-être Narcastet. 



250. Le parfait ne doit pas être pris en considération ici: 
j'ai dit que le parfait eu -i est en Béarn le produit de l'ana- 
logie de la première personne. Le parfait en -a a donc dû 
couvrir anciennement tout le Béarn, el c'est un fait d'analogie 



— 125 — 

récent qui a produit la divergence actuelle. Les hautes vallées 
doivent naturellement être plus archaïques que la Plaine. 
Transporté dans la Montagne, le patois de la Plaine a dû y 
rester plus archaïque qu'à son point d'origine*. 

260. Il n'y a rien à tirer de la géographie de -elium -eilos, 
puisque toute la partie de la plaine où nous pouvons chercher 
le lieu d'origine des Ossalois a -£t, -ets contrairement à ce qui 
se passe en Ossau. 

De même le traitement de X-hs montre en Ossau un déve- 
loppement qui n'a eu lieu nulle part ailleurs. 

Pour 'tis verbal, Ossau a conservé la forme ancienne comme 
les deux autres vallées béarnaises, ce qui n'a eu lieu nulle 
part dans la plaine. 

Enfin j est traité comme en Ossau vers Thèze et Arzacq ; — 
à Caubios et à Sauvagnon ; — et à Lons, Lescar, Poey, 
Arbus, Artiguelouve, Laroin, Aubertin. 



S*"' Deux régions probables, 

261. En somme, deux régions paraissent convenir égale- 
ment bien au point de vue linguistique : Mialos et Séby d'une 
part; — Lons, Lescar, Artiguelouve, Arbus, Laroin de l'autre. 
Dans les deux, on dit, comme en Ossau : pun, lupk,.g£y8, psis, 
'graà^o ou gri'aà^o, oàio, oùb, 5U. A Mialos, on dit py'ja ; à 
Séby et dans l'autre région py'^a. — Partout dans ces deux 
régions c'est biladse, en regard de l'Ossalois bi'la3e. 

262. Mais je n'attache pas une très grande valeur à cette 
restriction du point d'origine. La seule remarque importante, 
c'est que la plupart des faits étudiés s'accordent avec le trai- 
tement d'à posttonique, pour limiter vers l'Ouest le lieu 
d'origine probable par une ligne allant des environs de Lou- 
vigny vers Lagor en passant près d'Arthez. 11 paraît presque 
sur que les Ossalois sont venus du territoire compris entre 
cette ligne, celle de la chute de d intervocal ou de son pas- 



1. C'est un fait général que le développement linguistique est plus 
lent en montagne qu'en plaine. 



— 126 — 

sage à z, enfin celle qui sépare au Sud du Gave les villages 
anciens ou probablement anciens, et qui passe au Sud de 
Narcastet, Gan, Aubertin et à TOuest d'Arbus. 

Quant à la restriction du lieu d'origine probable aux terri- 
toires qui entourent Séby et Mialos d'une part, Lescar, Lons, 
Laroin et Aubertin de l'autre, elle se fonde sur des carac- 
tères trop peu sûrs pour nous dispenser de chercher à côté. 

263. Telles sont les données que la linguistique fournit 
pour la solution du problème. 



TROISIKME PARTIE 



Étude historique. 



RÔLE DE l'investigation HISTORIQUE. 

264. Les développements qui précèdent nous ont amené 
à ces conclusions : 1" que la vallée d*Ossau a été peuplée à 
une époque reculée par une invasion venue de la plaine béar- 
naise ; — 2" que le point de départ de cette invasion se trouve 
certainement dans un territoire délimité de façon approxi- 
mative par divers caractères dialectaux, et comprenant la 
vallée même du Gave entre Nay et Arbus, et la plaine située 
sur la rive droite, au Nord et à l'Est de Pau ; — 3® que les 
environs de Mialos et Séby d'une part, ceux de Lescar de 
l'autre, présentent le plus de probabilité pour être ce point 
de départ. 

265. Il s'agit maintenant de voir si ces conclusions, 
exclusivement tirées de nos recherches dialectologiques, sont 
confirmées par des faits historiques jetant quelque lumière, 
soit sur le lieu d'origine des Ossalois, soit sur l'époque de 
leur émigration. La marche à suivre est celle-ci : examiner si 
les documents ne montrent pas dans le lieu d'origine possible 
des Ossalois, un point spécial dont l'histoire paraisse révéler 
une émigration ; examiner particulièrement les deux régions 
plus spécialement désignées par les patois. 



CHAPITRE I 
OssAU ET LE Pont-Long 

266. Il y a, dans l'histoire des relations de la vallée 
d*Ossau avec la plaine béarnaise, une question sans cesse 
agitée depuis le xui* jusqu'au commencement du xix* siècle : 
c'est celle des droits de la Vallée sur le Pont-Long, et des 
luttes qu'elle a eu à soutenir pendant cette longue période 
pour la défendre contre de perpétuelles usurpations. 

267. Le Pont-Long est une bande de terre, principale- 
ment formée de landes, de marais et de prairies, situé au Nord 
du Gave. Sa contenance, qui n'est plus guère que de 15 000 
hectares, était autrefois beaucoup plus considérable et s'éle- 
vait à environ 56000 hectares au xv® siècle. Il s'étendait 
alors en longueur dos confins de la Bigorro jusqu'à ceux de 
l'évêché de Dax, et avait pour limites le Luy auNord, TOusse, 
le Gave et les coteaux d'Arthez au Sud*. C'est au Pont-Long 
que les troupeaux de vaches d'Ossau se rendent tous les ans, 
depuis le mois de mars jusqu'aux premiers jours de juin. Les 
vachers trouvent chez les propriétaires limitrophes du Pont- 
Long le logement et la nourriture, et laissent en échange le 
fumier de leurs bêtes '. 

268. Le Pont-Long n'est pas le seul territoire sur lequel 
les Ossalois exercent un droit de pacage : ils vont ou allaient 
aussi dans les Landes, jusque près de Bordeaux. Tous les 
montagnards, d'ailleurs, en font à peu près autant^. C'est la 



1. Voir Description de l'étendue et limites de la Lande du Pont-Long, 
manuscrit de la fin du xv° siècle (Trésor de Pau, par Barcle de La- 
grèze, p. 255). 

2. K. Capdevelle, La Vallée d'Ossau, état social, 1891, p. 37, 40. 

3. « Il y a un demi-siècle, des troupeaux de vaches de près de mille 
tètes descendaient jusqu'à la i)etite ville de IJazas (Gironde) pour y 
passer l'hiver. Ce droit immémorial semble être périmé aujourd'hui 



— 129 — 

conséquence nécessaire du régime pastoral, car les hautes 
vallées ne fournissent pas un fourrage assez abondant pour 
nourrir les troupeaux tout l'hiver*. 

269. Mais ce qu*il y a de particulier aux Ossalois, et de 
particulier au Pont-Long, c'est que les Ossalois y exercent et 
ont toujours prétendu y exercer leur droit de pacage à titre 
de propriétaires. Ils ont toujours considéré ce territoire, non 
pas comme une terre appartenant à d'autres, et grevée à leur 
profit d'une servitude rurale, mais comme un domaine général, 
dont les différentes communes d'Ossau étaient coproprié- 
taires, et dont l'accès devait toujours leur être librement 
ouvert *. 

270. Des droits aussi étendus leur ont souvent été con- 
testés, soit par les agents administratifs des vicomtes de 
Béarn ou des rois de Navarre, soit par les seigneurs, les 
villes et les villages voisins du Pont-Long. Mais ils les ont 
toujours revendiqués avec énergie et succès. C'est ce qui 
résulte d'une longue série de documents historiques qui vont 
du xiii* au XIX* siècle, et dont il suffira d'énumérer les prin- 
cipaux. 

271. Le plus ancien est un jugement de la Cour majou, 
rapporté dans les Fors de Béarn, et postérieur à 1220 (date 
de création de cette Cour). Il constate que les Ossalois étaient 
venus en armes et corps d'armée, avec enseignes déployées 
(ab armes et host feyt, et senhes desplegats) pour se main- 
tenir en possession du Pont-Long ; et les condamne à donner 
des otages ou cautions [thiaussers) pour les violences et 
méfaits qu'ils ont commis à cette occasion ^ 

Plus tard, en 1337, 1487, 1515, 1546, nouveaux actes de 
violence pour détruire les obstacles mis à leur possession ; 



})Our les gens d'Ossau qui n'ont pas su ou pu résister aux mille vexa- 
tions des indigènes Landais. » IbiiL 

1. Dans la vallée de Barétous. moins abrupte que celles d'Ossau et 
d'Aspe, les vaches restent pendant l'hiver. 

2. Actuellement, les villages du Bas-Ossau ont aliéné leurs parts 
dans les propriétés communales du Pont-Long ; ceux du HautOssau 
ont seuls gardé les leurs; de sorte que l'étendue des landes où ils 
envoient leurs troupeaux n'est plus, d'après le recensement de 1876, 
que de 1062 hectares (Carte de la vallée d'Ossau, dressée par J.-B. 
Bonnecaze, 1876, notice). 

3. Fors du Béarn, éd. Mazure et Hatoulet, art. 33, p. l'i. 

Passy. — L'Origine des Ossalois, 9 



— 130 — 

en 1325, 1443, 1449, 1463, ce sont de simples protestations 
par acte juridique *. 

Leurs droits sont reconnus ou confirmés en 1319 par la 
régente Jeanne d'Artois; en 1348, par Gaston III; en 1435, 
par jugement du sénéchal de Béarn ; en 1463, par Gaston de 
Foix; en 1505 et 1508, par Catherine, reine de Navarre; en 
1522, par Henri II de Navarre; en 1598, par Henri IV; en 
1612, par Louis XIII. 

Les transactions ou les arbitrages entre les Ossalois et les 
habitants de Pau, de Lescar, de Morlaas, etc., au sujet des 
limites du Pont-Long ou des droits des voisins sont innom- 
brables (1277, 1373, 1425, 1465, 1468, 1472, 1487, 1545, etc.). 

Enfin, les Ossalois font des concessions de droits sur le 
Pont-Long en 1451, 1479, 1543, 1772; ils prêtent hommage 
au roi de Navarre pour la possession de cette terre en 1539, 
1667. 

272. Au commencement de ce siècle, divers jugements 
ont mis fin à ces longues contestations, en reconnaissant le 
droit de propriété des Ossalois (30 août 1828, 18 août 1836) 
et en délimitant d'une façon définitive les cantonnements du 
Pont-Long entre les 17 communes d'Ossau, propriétaires, et 
30 communes limitrophes, ayant des droits d'usage (25 février 
1830 juin 1842-44)-. 

273. Mais ce qu'il y a de remarquable et de particulière- 
ment intéressant au point de vue de mes recherches, c'est 
que, dans leurs revendications les plus anciennes comme 
dans les plus récentes, les Ossalois ne s'appuyaient sur aucun 
titre écrit originel. Ils se disaient propriétaires, non pas en 

i. Voir pour ces actes et les suivants : Bascle de Lagrège, Le trésor 
de Pau, Archives du Château, p. 253-56. — Voir aussi : Supplia ue à 
^Nosseigneurs de Parlement, adressée par les Syndics de la Vallée 
d'Ossau contre les entreprises des Pères Barnabites qui prétendaient 
annexer à l'hôpital de l'I^^spiau le quartier de Dessous, situé sur le Pont- 
Long. Pau, Vignancour, 1776, in-fol. (Bibl. nat. F^, fol. 294, pièce 
12 201); — Arrêt du Conseil d'Etat du Roi sur la propriété et les usages 
du Pont-Long (19 décembre 1789). Pau, 1783, in-4 ; — Mémoire pour 
la Vallée d'Ossau, représentée par le Seigneur d'Espalungue, contre 
l'Etat, représenté par M. le Préïet. Pau, Véronése, S. D. (1826X in-4 ; 
— Observations sur ce mémoire par le I)'' Mayniel, habitant de Pau, 
août 1830, in-4. 

2. Capdevielle, ibid., p. 46. — Cf. Procès-verbal des opérations de 
canlonni'mcnl du Pont Long, du 21 juin 1842 au 25 juin 1844 (extrait des 
miimtes du Tribunal de l'« instance de Pau). Pau, Tonnet, in-4. 



— 131 — 

^ertu d'un contrat ou d'une concession formelle des vicomtes 
de Béarn ou d'un autre seigneur laïque ou ecclésiastique, 
mais en vertu d'une possession immémoriale \ qui aurait été 
tout au moins antérieure au x'' siècle. Car, d'après la tradi- 
iion rapportée par Marca, et qui s'est conservée jusqu'à nos 
Jours, la Vallée d'Ossau aurait déjà été propriétaire du Pont- 
Long, quand fut construit vers le milieu du x® siècle le pre- 
mier chîiteau de Pau (Castel Monou) ; elle aurait alors cédé 
au seigneur de Morlaas le terrain nécessaire à cette construc- 
tion, et ses représentants auraient reçu en retour le privilège 
d'avoir une place distincte au haut bout de la salle du chfi- 
toau, lorsque la Cour féodale s'y rassemblait ^ 

274. Comment s'expliquer cette croyance à une possession 
immémoriale du Pont-Long, si les Ossalois avaient toujours 
habité la Vallée qu'ils occupent? Pourquoi, descendant de 
leurs montagnes avec leurs troupeaux, auraient-ils précisé- 
ment choisi, pour s'y fixer chaque année, cette lande maré- 
cageuse où l'herbe est moins fine qu'ailleurs, puisqu'on n'y 
mène paître que les vaches et non les brebis"'. 

Que l'on admette, au contraire, que les Ossalois ont com- 
mencé par habiter la plaine béarnaise, non pas sur le Pont- 
Long même qui n'était guère habitable à cause de ses marais, 
mais sur ses confins, le long du Gave, dans ce territoire de 
Lescar dans le dialecte duquel nous avons constaté tant de 
ressemblances avec le dialecte d'Ossau, ou de l'autre côté du 
Pont-Long vers Mialos et Séby, alors tout s'explique. On 
comprend aisément qu'à cette époque primitive, le Pont-Long, 
situé aux portes mêmes des localités qu'ils habitaient, soit 
devenu, par l'occupation permanente, par l'usage habituel 
qu'ils en faisaient pour l'entretien de leurs troupeaux, leur 
propriété exclusive et incontestée. 

275. Il est vrai qu'on a cherché à expliquer autrement les 
droits des Ossalois sur le Pont-Long : on les a fait remonter 
à la confédération ancienne, toute hypothétique d'ailleurs, 

1. Voir notamment sur ce point la Supplique de 1776, citée phis haut 
en note. 

2. For d'Ossau j art. 26 (éd. Mazure et Hatoulet, p. 227) ; P. de Marca. 
HiAloire du liéarn (1640), p. 551 : Bascle de Lagrè^^e, Le Château de 
Pau, son histoire et sa descriptioiiy V' éd. Paris, 1862 ; S»' éd., 1885. 

3. Capdevielle, ibid., p. 36. 



— 132 — 

des Osquidates Montani et des Osquidaies Campestf*es. 
Mais cette hypothèse est formellement contredite par les 
données de la linguistique, puisque, comme on Ta vu précé- 
demment, il faut nécessairement admettre, pour expliquer les 
formes exceptionnelles de Tarticle dans cette partie de la 
région pyrénéenne, qu'il y ait eu dans la Vallée d'Ossau un 
déplacement de population postérieur à l'époque romaine \ 
Elle doit donc être écartée. 

Les données de l'histoire semblent donc s'accorder avec 
celles de la linguistique pour placer dans les environs du 
Pont-Long le lieu d'origine des Ossalois. 

1. Voir§ 101. 



CHAPITRE II 



Beneharnum 



276. Je vais tâcher maintenant de déterminer Tépoque 
vers laquelle a eu lieu Témigration des Ossalois de la plaine 
vers la montagne, et les circonstances qui l'ont amenée. 

277. Remarquons d'abord que l'époque de l'émigration 
est circonscrite entre l'époque où le Sud-Ouest de la Gaule 
a été complètement romanisé, et le xi*' siècle. A cette époque, 
en effet, l'émigration avait déjà eu lieu, car la Vallée d'Ossau 
était gouvernée par des vicomtes particuliers \ et les docu- 
ments deviennent trop nombreux pour laisser passer inaperçu 
un fait de cette importance. 

Il faut ensuite remarquer que cette émigration ne peut 
s'expliquer que par des circonstances violentes, telles qu'une 
invasion ou une guerre d'extermination, qui auraient pu déter- 
miner l'émigration des habitants de la plaine ; car il n'est pas 
vraisemblable qu'une population établie dans la plaine béar- 
naise ait volontairement quitté le territoire riche et fertile 
qu'elle occupait pour se confiner dans les gorges de la vallée 
d'Ossau, où la vie était moins facile et les moyens de commu- 
nication plus rares. Il faut donc chercher dans la période 
qui va du iv* au xi* siècle, un fait historique assez important 
pour expliquer comment une tribu nombreuse (puisqu'elle a 
peuplé Ossau) s'est trouvée réduite a se réfugier dans la mon- 
tagne. 

278. Du reste, pendant cette période, les invasions ont 
été fréquentes dans cette partie de l'Aquitaine. Celle des 
Vandales, des Alains et des Suèves, puis celle des Visigoths 
au V* siècle, ne paraissent pas avoir amené des troubles pro- 

t. p. de Marca, Histoire de Bcarn. 



— 134 — 

fonds. Mais à partir de la fin du vi' siècle et pendant le vir, 
les Vascons, puis au viii' siècle les Sarrazins, enfin îiu ix" 
les Normands, y ont exercé des ravages. 

Toutefois, les Vascons, qui ont fondé dans ce pays un éta- 
blissement durable (duché de Vasconie G06)ne se sont installés 
en masse que dans la Soûle, la Basse-Navarre et le Labourd ; 
ailleurs, ils ont respecté la population indigène et n'ont (ui 
que des garnisons. 

L'invasion des Sarrazins, victorieusement repoussée par les 
Francs, a duré peu et ne paraît pas avoir laissé de traces sur 
la rive droite du Gave. 

Au contraire, les incursions des Normands à une époque 
où Taffaiblissement de la monarchie franque laissait sans 
défense la population des territoires envahis, ont été beau- 
coup plus terribles, et le souvenir qui en est resté dans les 
chroniques locales attestent l'étendue de leurs ravages. 
D'après l'ancien cartulairc de Lescar, cité par Marca\ ils 
ont détruit vers 845 les villes épiscopales de Beneharnum, 
à'Olororiy de Tarbes, à' Aire, de I)ax et plusieurs autres : 
c'était une extermination générale, qui a ruiné cette région 
pour longtemps. 

279, Parmi les cités détruites, celle de Beneharnum était 
précisément la ville la plus importante du territoire d'où les 
Ossalois semblent originaires. Il paraît, en efl*et, démontré 
aujourd'hui que Beneharnum s'élevait sur l'emplacement actuel 
de Loscar-, 

La destruction de cette ville épiscopale a été si complète 
qu'au X* siècle, lorsque le duc de Gascogne, Guillaume 

1. Histoire de Bèarn. Comparer Dei)ping, Histoire des expèditiotis 
des Normands. 2« édition, 18'i3, p. i03. 

2. Marcadéjà avait proposé cette identification et Pavait appuyée de 
preuves très fortes (p. 44 et 40). 

Voir aussi, p. 214, l'extrait du cartulaire de Lescar; les mots : que 
fuit sedes [aposlolica] indiciuent vraisemblablement l'église épiscopale 
de Beneharnum. Ni avant, ni après M.irca, aucune hypothèse plausible 
n'a été ])roposée ; celle do l'abbé Lartigun (Revue de Gascogne, iX) ne 
repose (jue sur une série d'erreurs. Les fouilles exécutées pour la 
Société des Lettres, Sciences et Arts de Pau, par André Gorce, sont 
venues confirmer d'une façon si convaincante les arguments de Marca. 
qu'aucun doute n'est plu.s ])()ssil)le. Voir liulletin de la Société des 
Snenres, Lettres ri Arts de Pan, 1887, 1888, 1881). — Voir aussi Dic- 
tionnaire archéologique de la Gaule, époque celtique, p. 143; — Lon- 
gnon, Géngraphic de la Gaule au vi" siècle, p. 594. 



— 135 — 

Sanche, pour expier un crime qu'il avait commis, fondait 

l'église de Lescar, qui est devenue le noyau d(T la nouvelle 

-ville, il n'y trouvait, dit la chronique de Lescar, « qu'une 

épaisse forêt* »; toute la population fincienne avait disparu. 

280. Ne peut-on pas rattacher, avec une grande vraisem- 
blance, à cette destruction de la ville de Boneharnum, Témi- 
^^ation des Ossalois, qui précisément occupaient, comme tout 
le fait supposer, le territoire dont Beneharnum était la ville 

rincipale ? 

281. Fuyant devant les envahisseurs, ils se seraient réfu- 
iés en masse dans la vallée, où il leur était plus facile de 

se défendre que dans une plaine ouverte. Les indigènes, peu 

xiorabreux sans doute, qui occupaient avant eux cette vallée, 

auraient été absorbés par la foule des nouveaux venus, et 

«'auraient subsisté en groupes que dans les trois villages 

d'Arudy, Izeste et Castet; et depuis lors la vallée d'Ossau, 

presque totalement, aurait été habitée par des gens de la 

plaine, parlant, sauf dans les trois villages précédemment 

indiqués, un dialecte différent de celui des montagnards des 

autres vallées. 

282. Mais, de leur nouvelle résidence, les Ossalois n'au- 
raient pas abandonné leurs droits au territoire qu'ils avaient 
précédemment occupé dans la plaine. Sans doute, ils ne pou- 
vaient prétendre à aucun droit sur les villes nouvellement 
créées dans ce territoire, et peuplées aux® siècle, comme celle 
de Lescar, par une population nouvelle ; mais ils reven- 
diquaient pour les besoins de leur régime pastoral les terres 
du Pont-Long, qui leur avaient autrefois appartenu, et qui 
d'ailleurs n'étaient sans doute pas utilisées par la nouvelle 
population de Lescar, d'éléments différents et dont les mœurs 
et les besoins n'étaient pas les mômes que ceux des Ossalois. 

C'est ainsi qu'on peut mettre d'accord, par une conjecture 
plausible, les données parallèles de la dialectologie et de 
l'histoire. 



1. Marca, p. 21'». — Voir aussi Jean de Hordenave, L'Eclat des 
Eglises catholiques et collégiales. Paris, in-fol., 1643, p. 68. 



CHAPITRE III 
Les monuments préhistoriques 

283. Mon devoir étant de rassembler tous les documents 
qui peuvent servir à éclaircir la question dont je m'occupe, 
je dois parler ici d'une objection qui s'est présentée à moi 
avec assez »de force pour ébranler un moment ma conviction 
sur rhistoire du peuplement d'Ossau, tel qu'elle paraît res- 
sortir de toutes nos autres données. Il s'agit du témoignage 
des monuments mégalithiques situés sur le territoire de Bil- 
hères. 

284. Ces monuments ont été découverts* par M. l'abbé 
Chateauneuf, alors curé de Bielle, et explorés avec un soin 
minutieux par M. Paul Reymond, archiviste des Basses- 
Pyrénées, qui a consigné ses observations dans un article de 
la Revue archéologique de 1867, intitulé Dolmen et Crom- 
lechs situés dans la Vallée d'Ossau ^ Je ne peux pas mieux 
faire que de reproduire la plus grande partie de cet article. 

a Ces cercles de pierres, au nombre de quarante-trois y sont 
tous situés dans la circonscription de la commune de Bilhères 
(canton de Laruns), sur des terrains indivis entre elle et la 
commune de Bielle. Ils sont partagés en trois groupes dont 
l'altitude au-dessus du niveau de la mer varie de 800 à 1 000 
mètres ^ Le groupe le moins élevé est placé près de la cha- 
pelle de Hondas (la fontaine), sur un vaste tertre circulaire 



1. A quelle date? Je n'ai pas pu l'établir. Bévue archéologique , nou- 
velle série, t. XV, p. 342-345. 

2. Le dolmen se trouve dans la commune de Buzy et ne nous inté- 
resse en aucune façon. 

3. La feuille 239 de la Carte du dépôt de la guerre n'ayant pas encore 
été publiée, je ne puis donner que des hauteurs approximatives, mais 
je me tiens au-dessous de la vérité. 



— 137 — 

couvert de chênes gigantesques, à droite d'un ruisseau. Ce 
tertre est naturel, comme Tont prouvé les fouilles, mais il est 
possible que la main des hommes lui ait donné sa forme cir- 
culaire. 

a Ce lieu, d'un aspect vraiment grandiose, situé à l'entrée 
du haut pâturage appelé le Benoit, passe encore pour être 
hanté par les esprits, c'est le quartier des Fées. 

(c L'ensemble des cercles de pierres porte dans le pays le 
nom de Couraus de Hondas (cercles de la fontaine). Les 
enceintes du premier groupe sont au nombre de vingt-quatre ; 
le total des pierres qui les forment est variable, les unes en 
comptent treize, d'autres quatorze, d'autres vingt. La hauteur 
de ces pierres, brutes à l'extérieur du cercle, est très inégale : 
elle varie de 0°,25 à 0",60. Nous avons remarqué que les 
enceintes sont parfaitement rondes à l'intérieur. Les dia- 
mètres sont très divers ; voici les mesures recueillies : un des 
cercles a 2",60; quatre 3 mètres; un 3*", 12 ; deux 3",30; un 
3",40; deux 3'°,50; un 3"',70; un 3'", 80; un 4'",10; un 
4"',15; un 4"'30; deux 4™,50; un 4'»,90; deux 5 mètres; 
trois n'ont pu être mesurés exactement. 

« Au centre de chacun de ces cromlechs, sous le sol, se 
trouve un second cercle d'environ 1 mètre de diamètre qui 
contient des restes de foyer, des charbons de bois de sapin, 
à une profondeur de 0"',30 à 0™,60. Le centre de presque 
tous les cercles a été sondé autrefois par les habitants de la 
localité, dans un but tout à fait étranger aux recherches 
archéologiques. 

(( Les cromlechs de Hondas sont groupés autour d'un autre, 
placé à peu près au sommet du grand tertre qui les porte 
tous. 

« Le second groupe est placé sur les bords d'un ruisseau 
qui forme un peu plus bas VArriu-Beig (le Beau- Ruisseau). 
Les cercles sont au nombre de six, dont deux sur la rive 
droite et quatre sur la gauche. Les diamètres sont les sui- 
vants : un mesure 4"™, 50; un 4°, 90; un 5™, 25; un 5'", 40; 
un 5™, 70; un 6™, 80. On remarquera que la moyenne des dia- 
mètres de ce groupe est plus élevée que dans le précédent. 

« Pour atteindre le troisième groupe de cromlechs, il faut 
gravir pendant vingt minutes une côte abrupte, qui conduit 



au quartir dit Courrétfe de Cal'is ou Acaii.i. On domine de ce 
point toute la vallée d'Ossau. 

« En ligne, sur une étendue de 200 mètres environ, se 
dressent treize enceintes rondes dont les pierres sont plus 
grosses et plus serrées que dans celles que nous venons de 
décrire. Là aussi, au centre, à pou de profondeur, se ren- 
contre un second cercle souterrain et des charbons do bois de 
sapin. Les pierres qui forment les cromlechs ont de 1 raêtre 
à l^.iO de hauteur, elles sont enfouies environ de moitié; 
leur nombre varie de 18 à 23 pour chaque cercle. 

« Un des cromlechs a '3 mètres de diamètre ; un autre 
4 mètres; un 5 mètres; trois 5",IÎ0; un 5'",50; un 6", 40; 
un 8 mètres; quatre n'ont pu être mesurés à cause des ronces. 

« Quelle a été la destination de ces monuments ? Pourquoi 
celte division en trois groupes? Pourquoi cette différence 
dans les dimensions des pierres et des enceintes ? Voilà autant 
de problèmes qui se présentent comme insolubles dans l'état 
actuel de la science. 

<< Ces cromlechs donnent lieu à plusieurs remarques. 

« La terre transportée a peu de profondeur : à 0"',00, ou 
rencontre le sol naturel. 

« La surface est au même plan que le sol environnant. 

11 II n'y a ni ossements ni traces d'inhumation. 

« Les pierres qui forment les enceintes offrent une face 
unie à l'intérieur, ou peu s'en faut, mais la face extérieure est 
brute. 

« Les cercles de Cai>s sont plus solidement construits que 
ceux des quartiers inférieurs ; les pierres y sont plus hautes. 
Peut-être faut-il attribuer la meilleure conservation de celles- 
ci à l'altitude du terrain qui les rend moins sujettes à être 



11 En rédigeant ces notes, mon intention a été de rapporter 
fidèlement ce qui existe, pensant rendre ainsi plus de services 
à cette branche de l'archéologie qu'en proposant quelque 
vague hypothèse. C'est par un ensemble de faits précis et de 
vérifications sérieuses, dégagées de tout système, que l'on 
parviendra du moins il faut l'espérer) à jeter quelque lumière 
sur l'usage auquel ces monuments étaient destinés. » 

285. ' Ui voit qu'à cette époque, P. Reymond ne proposait 



— 139 — 

i=iacune explication sur Torigine de ces cromlechs, et ce nous 
€3st une garantie de Texactitude de ses observations, notam- 
xnent en ce qui concerne le nombre d'enceintes groupées sur 
chaque point. 

286. Mais quelques années après, il proposait une expli- 
cation dans un article de V Indépendant des Basses- Pyrénées 
du 5 mai 1871, intitulé Observations sur fantiquité des cen- 
dres de population des vallées d'Ossau, Aspe et Barétous, 

287. M. Reyraond nous dit dans cet article avoir lu dans 
\e Bulletin delà Société des Antiquaires de l'Ouest un compte 
rendu des explorations de cromlechs en Kabylie, dont Tau- 
teur, M. Letourneux, déclarait qu'il y a 150 ans, ces enceintes 
servaient aux réunions des clans confédérés. 

Raisonnant par analogie, et partant do ce double fait, que 
les trois vallées d'Ossau, Aspe et Barétous ont formé, pen- 
dant tout le moyen Age, une confédération connue sous le 
nom de Les Montagnes, et que Bielle a été le chef-lieu d'Ossau 
depuis un temps immémorial, M. Reymond se demande si 
les pierres des cromlechs de Bilhères n'ont pas servi, elles 
aussi, aux réunions des délégués de tous les villages de la 
région. 

288. Et, fait vraiment saisissant, il trouve que non seu- 
lement le nombre des groupes de cromlechs correspond au 
nombre des vallées, mais que le nombre des cromlechs con- 
tenu dans chaque groupe correspond au nombre des centres 
de population de chaque vallée — des centres anciens, s'en- 
tend, car il y a eu depuis des créations de centres nouveaux 
et des annexions. 

Voici, en effet, la liste des centres anciens : 

Ossau : Arudy, Bescat, Buzy, Castet, Izeste, Louvie-Juzon, 
Sainte-Colonne, Sévignac, Meyrac, Aste, Béon, Béost, Bagès, 
Bielle, Bilhères, Aas, Assouste, Gère, Belesten, Laruns, 
Geteu, Gètre, Louvie-Soubiron, Listo. — Total, 2i. 

Aspe : Accous, Aydius, Bedous, Borce, Cette, Eygun, 
Escot, Etsant, Lées, Athas, Lescun, Osse, Urdos. — Total, 13. 

Barétous : Ance, Aramits, Arettc, Féas, Issor, Lanuo. — 
Total, 6. 

Comme nous l'avons vu, le nombre des cromlechs dans 
chaque groupe est respectivement de 24, 13 et 6. 



Ce qui amène M. Reyinond à dire : " La conclusion serait 
que les centres de population des trois vallées existaient 
avant l'époque romaine et dès la plus haute antiquité, et que 
Bielle a été non seulement le chef-lieu d'Ossau. mais aussi 
le Heu de réunion des peuplades d'Aspe et de Barétous. Enfin 
que les cromlechs sont des enceintes où s'asseyaient lea 
anciens de chaque peuplade. » 

289. On comprend ma perplexité en lisant ces lignes, 
Commeol, en eflFet, l'hj'pothèse de M. Rejmond peut-elle 
s'accorder avec la mienne? D'après mes recherches, Ossau a 
dû être peuplé au ix' siècle par des émigrants venus de la 
plaine, absorbant une population peu nombreuse et qui n'a 
subsisté compacte que dans les Trois-Villages. D'après les 
recherches de M. Ueymond, Ossau a été peuplé dès la plus 
haute antiquité, la population était distribuée de la même 
manière qu'au moyen âge, et elle avait avec celles d'Aspe et 
de Barétons des rapports semblables à ceux qui ont duré jus- 
qu'à l'époque moderne. Et pourtant, mes conclusions me 
semblent très solidement appuyées; celles de M, Reymond 
sont au moins très vraisemblables. Qui s'est trompé ? 

290. Après un examen aussi impartial que possible de 
tijute la question, je crois pouvoir dire que nous ne noua 
sommes trompé ni l'un ni l'autre, et que l'hypothèse de 
M. Reymond peut se concilier avec ta mienne; seulement, 
elle doit la modifier en un certain sens, et par là même elle 
permet de faire un pas de plus dans cette voie de reconsti- 
tution de l'histoire nou-écrite de la région, que la dialecto- 
logie a permis d'amorcer. 

291. Il nous faut simplement admettre que les fugitifs 
venus de Lescar et des environs n'ont trouvé le Haut-Ossau 
ni à l'état de pays k peu près désert et qu'ils ont dû défri- 
cher, ni à l'état de pays habité par une population compacte 
qu'ils auraient dû exterminer ou soumettre ; mais bien à 
l'état de pays ayant été habité, et récemment en grande 
partie dépeuplé par une cause inconnue, guerre, épidémie 
ou émigration, Dans ce pays dépeuplé, ils ont dû s'établir 
non en conquérants, mais en alliés; on leur a d'ailleurs cédé 
de préférence les villages de la haute montagne, tandis quo 
les anciens habitants se groupaient dans la plaine, aux Trois- 



A 



— 141 — 

Villages, dont Tun, Castet, est resté le lieu de résidence de 
leurs vicomtes. Et les nouveaux venus ont pris tout simple- 
ment la place des autochtones, soit dans leurs rapports avec 
ce qui restait de ceux-ci, soit dans leur alliance avec les 
habitants des vallées voisines d*Âspc et de Barétons. 

292. Il faut avouer qu'il semble y avoir quelque chose 
d'un peu hasardé à supposer ce dépeuplement momentané 
d'Ossau par une cause inconnue ! 

Mais, à y bien penser, c*est encore la seule réponse satis- 
faisante à une autre question que nous ne pourrions pas, 
sans cela, ne pas nous poser. Pourquoi les fugitifs partis de 
Lescar sont-ils venus se fixer précisément en Ossau plutôt 
que de coloniser une partie de la plaine située entre la vallée 
du Gave et Tembouchure d'Ossau — région qui, nous l'avons 
vu, est restée à l'état de forêt jusqu'à une époque relative- 
ment moderne ? 

293. Si Ossau avait été inhabité, quelle apparence que des 
habitants de la plaine aient traversé, sans s'y arrêter, une 
région ouverte et relativement facile à défricher, pour venir 
faire choix précisément de ces gorges abruptes et sauvages 
où la lutte contre la nature devait être infiniment plus rude? 
— Et si Ossau était déjà peuplé, voit-on ces malheureux 
fugitifs, encore sous le coup de la terreur que leur avaient 
inspirée les Normands, du reste probablement mal armés et 
accompagnés de leurs femmes et de leurs .enfants — les voit- 
on entreprendre la conquête des hautes vallées, si faciles à 
défendre pour les montagnards — quand ils n'avaient qu'à 
prendre, pour s y établir, un point quelconque de la région 
intermédiaire inhabitée? C'est bien peu vraisemblable! 

294. Tout s'explique, au contraire, si nous admettons 
ridée d*un établissement pacifique, d'une immigration s'opé- 
rant sur l'invitation d'une population amie. Nous pouvons, 
si nous le voulons, supposer que des relations existaient entre 
les autochtones d'Ossau et les riverains du Pont-Long — ce 
qui n'offre pas de difficulté, et rien n'empêche, si on y tient, 
de faire intervenir ici la très hypothétique confédération des 
Osquidates Montani et des Osquidates Campestres, Nous 
pouvons encore, si nous le préférons, admettre que les fugi- 
tifs de Lescar ont d'abord parcouru la région au Sud du (Wive 



— 142 — 

à la recherche d'une patrie nouvelle, et qu'ils sont alors 
entrés en relations avec quelqu'un des chefs montagnards. 
L'imagination peut ici se donner libre carrière, mais les 
données scientifiques ne permettent pas de rien affirmer. Ce 
qui demeure solidement établi, c'est la venue des fugitifs 
dans un pays déjà habité, mais plus ou moins dépeuplé pour 
une cause inconnue. 



CONCLUSION 

295. L'enquête, en partie dialectologique et en partie 
historique, à laquelle je me suis livré, aboutit, en somme, à 
la fixation d'un certain nonâbre de points qui peuvent, désor- 
mais, être regardés comme acquis. Bien des faits accessoires, 
il est vrai, restent obscurs, et sans doute on n'arrivera jamais 
à les éclaircir complètement. C'est à l'imagination d'un 
romancier ou d'un poète qu'il pourrait incomber de remplir 
les lacunes laissées par l'investigation scientifique : qui sait si 
l'idée d'écrire un récit complet de l'émigration ne séduira pas 
un jour quelqu'un des jeunes écrivains béarnais qui se sont 
groupés autour de VEscole Gaston Fébus'i Pour mon compte, 
m'en tenant aux résultats de la recherche purement scientifi- 
que, je crois pouvoir affirmer, comme bien démontrés, les 
faits suivants, résumant tout le travail que je termine par 
leur énumération : 

1* Les hautes vallées pyrénéennes, à l'Est du pays basque, 
étaient peuplées, après la romanisation, par une population 
sensiblement homogène et parlant une série de dialectes très 
voisins, dont les parlers actuels de Barétons, Aspe et Azun 
sont les continuations directes ; 

2^ Les trois vallées d'Ossau, Aspe et Barétons étaient 
réunies en une confédération semblable à celle qui a continué 
à exister entre elles pendant tout le moyen âge ; 

3** Vers le ix® siècle, la vallée d'Ossau a été dépeuplée en 
grande partie par une cause inconnue ; 

4' A la même époque, une invasion de Normands ravageait 
la plaine béarnaise au Nord du Gave, ruinant, entre autres, 
la ville de Lescar et les villages environnants ; 

5* Les habitants de Lescar et de la région voisine, chassés 
par cette invasion, se sont réfugiés en Ossau, où ils ont été 



— 144 — . 

bien accueillis par ce qui restait des autochtones, et n*ont 
pas tardé à se mélanger à eux ; 

6® Cependant les anciens habitants d'Ossau, conservant 
pour euK la partie la plus fertile de la vallée, se sont groupés 
dans les trois villages d'Arudy, Izeste et Castet, laissant 
auK nouveaux venus les villages de la montagne; aussi le 
parler montagnard persiste-t-il jusqu'à nos jours dans les 
Trois- Villages, tandis que le reste de la vallée parle un dia- 
lecte originaire de la plaine ; 

7** Les nouveaux habitants d'Ossau ont continué à se regar- 
der comme les propriétaires légitimes des Landes du Pout- 
Long, et ils ont réussi, au travers de bien des vicissitudes, à 
y maintenir leurs droits jusqu'à Tépoque contemporaire. 



APPENDICE I 



NOTE SUR LES PREDISPOSITIONS LINGUISTIQUES 



Il parait bien certain que les changements linguistiques se font 
par suite de prédispositions qui existent longtemps avant que le 
changement s'annonce, et que ces prédispositions subsistent chez 
des individus séparés du groupe. On dirait un champ semé d'une 
même semence, qui produit une récolte uniforme quoiqu'on Tait 
coupé en deux par un mur. On ne peut pas expliquer autrement 
le parallélisme de développement chez des peuples de même ,ori- 
fpne, séparés depuis longtemps ; par exemple, le phénomène de 
Yumlaat chez tous les peuples germaniques, phénomène qui ne 
peut pas remonter à Tunité germanique, puisqu'il n'existe pas en 
gotique. D'autre part, M. l'abbé Rousselot me fournit sur ce point, 
si important pour mon sujet, les notes précieuses que voici, et qui 
ont trait surtout à l'histoire du £ en Saintonge ^ « Tout en se 
transportant à Saint-Claud, dans un lieu où le £ n'était pas encore 
ébranlé, ma famille n'en a pas moins emporté avec elle les germes 
mêmes de l'évolution, et quoique nés sur un sol étranger, mes 
sœurs et moi, nous sommes restés soumis aux influences qui se 
sont fait jour à Gellefrouin. Chez moi (né en 1846), i reste intact. 
Mais ma sœur Marie-Louise (née en 1850), bien qu'elle soit capa- 
ble de prononcer £ dans toutes les positions, ne le conserve qu'a- 
près k g: Juliette (née en 1852) n'a plus la faculté de prononcer £ 
que dans ce dernier cas, et le remplace toujours par j. 

« Un enfant (1872), quoique né aux Pradelières, où i a disparu 
depuis plusieurs années, mais de parents issus de Chalais où £ est 
conservé, et habitant les Lélots, c'est-à-dire Cellefrouin où aucun 
enfant de son âge ne le possède, mélange dans son parler les £ et 
les j. Il le fait toutefois dans des proportions telles qu'il est pos- 

1. Tous ces faits ont depuis été consignés dans le grand ouvrage de 
M. Rousselot, Modifications phonétiques du langage. Paris, Welter, 
1891. 

Passy. — U Origine des Ossalois. 10 



~ 146 — 

siblc d'y découvrir en partie les étapes de révolution. 11 dit bjâ, 
tabj, portpjœm, Umi], p£J, pjœja (« plier ») et aussi piœja. Mais à 
côté de kja « clé », goj « bouc », il dit plus souvent kiCa, kXo, go^. 
Il y a donc chez lui plutôt retard dans le mouvement, que mélange 
proprement dit des formes. Chez son frère, plus jeune d*un an et 
demi, le j a complètement triomphé. 

a A Lascoux, le j a fait son apparition chez les petits-enfants de 
M"'^ Lavaud (1882 et 1886) dont le mari est du Chatenet (il pos- 
sède i, mais £ s'est perdu au Chatenet plus tôt qu'à Cellefrouin). 
Mais £ se maintient chez Louise Mayou (1887) dont le père et la 
mère sont du village. 

« A Saint-Claud, les familles Bourgeâtre et Laville habitent la 
même rue à quelques portes Tune de l'autre. Elles remontent à 
un arrière -grand-père commun. Leur condition sociale est la même: 
peut-être les Laville ont-ils eu des relations un peu plus élevées, 
ce qui devrait les prédisposer à un développement plus rapide. 
Tout au contraire, £ commence à se perdre après les labiales chez 
l'aînée des demoiselles BourgCt^itre qui a 24 ans ; il est complète- 
ment perdu chez la troisième qui en a 17 : il vit encore dans toutes 
les positions chez le petit-fils de M"*^ Laville qui a 14 ans. Il n'y a 
entre les deux familles qu'une seule différence, c'est que le père 
de M'"*' Laville était Périgourdin, c'est-à-dire d'un pays où £ est 
parfaitement conservé. » 

Quoique ces observations soient des infiniment petits, ou peut- 
être pour cela, et pour le soin intini qu'elles dénotent, on peut y 
voir clairement l'influence de l'hérédité. Il est permis d'en con- 
clure que le germe d'une évolution peut être porté dans le sang. 

C'est ce qui ressort encore des observations de M. Gilliéron sur 
les patois du Nord de la France. M. Gilliéron trouve que les patois 
de la Normandie et de la Picardie ont offert autrefois, sous divers 
rapports, une grande ressemblance de développement : mais 
aujourd'hui, tandis que les parlers de la Picardie se transforment 
encore, ceux de la Normandie presque entière sont morts, c'est- 
à-dire qu'entravés dans leur marche par linfluence du Français, 
ils ne présentent plus do caractères nouveaux. Seuls ceux du 
Colentin se développent encore; et il se trouve que leur dévelop- 
pement coïncide, sur plusieurs points, avec celui des patois picards. 
Comment expliquer ce fait, sinon par une prédisposition hérédi- 
taire existant autrefois dans toute la région du Colentin à l'Artois, 
j)rédis|)osilion qui n'a pas pu agir dans la partie centrale à cause 
de l'arrêt de vie des patois, mais qui a produit des effets semblables 
partout où le langage s'est développé librement ? 



— 147 — 

Les faits observes par M. Roussclol, pas plus que les autres, ne 
disent combien de temps le germe d'une évolution peut dormir 
avant d'éelore. Toutefois, quand on voit la date d'une évolution 
hâtée ou retardée par le fait d'un grand-père, il est permis de 
croire qu'une populatien entière peut porter bien des générations 
le germe d'une évolution. « Rien ne se perd, rien ne se crée » ; 
et si aucune influence extérieure ne vient modifier la force latente, 
si longtemps qu'elle reste cachée, elle ne peut pas être détruite. 



APPENDICE II 

NOTE SUR LES MOTS EN -ellum 



[Comme je Tai dit, § 130, note, j'ai été amené à rejeter complè- 
tement, sur un point, les conclusions auxquelles était arrivé mon 
frère. Mais comme l'argumentation par laquelle il avait cherché 
à établir ces conclusions est extrêmement serrée et donne sur 
beaucoup de points des aperçus intéressants, je crois devoir la 
reproduire ici telle quelle. — P. P.] 

J'avais espéré découvrir dans les patois la naissance de cette 
forme et sa parenté avec les autres. J'avoue que je n'ai rien trouvé. 
Il y a bien sur la limite, entre Précilhon et Peyre, une grande 
hésitation entre et, eU et ety, sïts d'abord ; entre et, -ets et -se, 
-ety* plus au Nord. Mais cette hésitation qui se produit dans les 
villages frontières de l'Ouest ne rentre dans aucune loi, et me 
parait due à l'influence du dialecte littéraire. En effet, -se appa- 
raissait généralement dans le langage peu soigné, en conversation, 
surtout en conversation animée ; -et quand j'interrogeais et qu'on 
surveillait ses réponses. 

Je suis donc forcé de chercher ailleurs des éléments de preuves, 
qui seront naturellement moins sûres que l'observation directe. 

-et ne peut évidemment pas être l'ancêtre des autres formes. Je 
ne crois pas qu'on ait jamais vu t passer à c par un développement 
spontané. Cela est inadmissible dans le Sud-Ouest surtout, ou t 
loin de tendre à une position alvéolaire ou prépalatale, comme en 
anglais, est au contraire dental, presque interdental. D'ailleurs, 
si // avait d'abord passé à t, il se serait dès lors confondu avec le t 
final d'autre provenance, et ba'ket aurait suivi le même dévelop- 
pement que be'tet. 

Le développement de -ts verbal — groupe analogue à ty, puis- 
que tous deux se composent de plosive et fricative — rend au 
contraire très vraisemblable la simplication de tf en t. Dans les 
vallées béarnaises, en effet, le développement de ces deux groupes 



— 149 — 



est identique : tf se simplifie en f^ comme ts en s ; c'est la plo- 
sive qui tombe devant la fricative. Dans la plaine et le Labedan, 
et suivant des lignes qui coïncident sur une grande longueur, ts 
s est simplifié ou se simplifie en t, et t correspond à // latin. N'est- 
il pas bien vraisemblable que t «< Ils vient de tf^ comme t <^ (s 
vient de ts? On pourrait figurer le raisonnement par la propor- 
tion suivante : 

tl?^i=:: -AIJ^::^J (Vallées), 
ts IM- 1 \ÎS ) 3M-" t (Plaine). 



Je n'ai parlé jusqu'ici que du singulier. Au pluriel, deux hypo- 
thèses sont possibles : le territoire actuel de -t, ts pouvait avoir 
autrefois soit le pluriel ty*, soit le pluriel Us. 

Dans le premier cas, l'évolution a dû être la même pour le sin- 
gulier que pour le pluriel, mais se produire plus tôt. La présence 
du s de flexion donne, en elTet, au pluriel une certaine avance. 
Comme à Ogeu, Escou, Aydius, Osse et Lescun, la réduction à / 
a eu lieu au pluriel avant d'avoir lieu au singulier; de même dans 
la plaine, la réduction à t doit avoir commencé au pluriel : on 
aurait donc passé par une période où on aurait eu tf au singulier, 
t au pluriel. Mais il est clair que l'analogie devait réintroduire le 
s au pluriel. 

Dans le second cas, le passage de ty* à t n'aurait eu lieu qu'au 
singulier, et on aurait eu la déclinaison : -t, Its. Le 1 aurait pu 
tomber ensuite par analogie au singulier. Mais cette petite diffi- 
culté, aussi bien que l'existence du pluriel tf à Ogeu-Buzy qui paraît 
bien un reste d'une grande région englobant Lasseube, Pau, Lescar 
et Orthez, rend la première alternative plus probable. 

La parenté de toutes les formes actuellement existantes dans la 
région que j'ai étudiée, peut donc se résumer comme suit : 

•c, es 
I 



Arrondissement 
d'Orlhez 



I 

•CÇ, C/ 



I 

cç, its (Aas vieux) 



(Aydius) 
(Ogeu, Escou) t/, / 



c/ ' 1/ 

I 



I 



•c/, t/ 

I 
•IJ, t 



l/, its (Aas jeunes) 



(Plaine de Pau, 
Landes, etc.) 



(Osse, Lescun) 



/, its (Louvie, enfants) 



— 150 — 

La notation g = Il final (casteig), si fréquente dans les textes 
béarnais, confirme cette parenté. Le g était au moyen âge aiïecté 
à la notation des sons j et }j (qui d'une façon générale n'ont qu'un 
signe). Il Test encore aujourd'hui dans certains noms de lieux : 
Gez = ijeis (canton d'Argelès) ; Ger = ijeir (canton de Pontax) ; 
Gédre = }jedrà. (canton de Luz), etc. 

Le g intervocal latin ayant passé à j, il était naturel, d'après 
cette loi d'inertie qui est celle de l'orthographe, que le signe g 
conservât cette signification. Puis, j et |j permutant régulièrement 
dans certaines positions, n'étaient plus qu'un seul et même son 
pour les oreilles gasconnes; g devait donc prendre ces deux signi- 
fications. Dès lors, il pouvait être aiïecté à la notation du c final, 
correspondant soufflé de |, car il est impossible à un homme du 
Sud-Ouest de distinguer à la finale la soufflée de la vocalique. 
(Comparer l'alternance de < et J pour un son qui était toujours 
soufflé.) 



E. — Comment c, es dérivent-ils de 11 latin. 



Il s'agit maintenant de rattacher c, es, ancêtre de toutes les 
formes actuellement existantes dans le Sud-Ouest, au // étymolo- 

En latin déjà, il y avait entre // et / une différence autre qu'une 
différence de longueur ou de vigueur ; l simple avait quelque chose 
de plus grave, et exerçait sur la voyelle précédente une action 
semblable à celle du / grave du portugais, où alto se prononce 
presque outu, l tendant vers û, et a vers o. 

Il avait un timbre plus clair, semblable à celui de Z -I- «. On peut 
croire que // avait une position se rapprochant davantage de la 
position palatale de X*. ' 



1 . « ^ devant / de la première syllabe s'altère régulièrement en une 
voyelle labiale, ô quand cette voyelle termine la syllabe, ù quand / 
fait partie de la syllabe en question: ô/imû = eXata, o/cra = Arch. 
helusa, côlo pour que lo (cf. inguilinus), ailumba pour quel- (cf. iiiXiia); 
coins pour *qiielns (JLour^ puis, quenouille) de la rac. de n€ko\L(x\, nepi- 
TtXoaevo;, noXo; et xjXtto ; uolo (cf. uelim). 

« L f* subsiste : 1° devant //, ainsi mellis (cf. refello de falfo, mais 
tnsuLws) ; 2" devant li, ainsi mi^lior (cf. Sicilia de i^ixeXt'a, mais Sicù- 
lus); 3" après c (non issu de qu) ou g : celer, cëleber, scèlus, gëlu, 
celsHS. » Louis Havet. dans .Wm. Soc. Linguistique ^ V, 46, note 1. 



— 151 — 

Celle lendance à la palalalisalion s'csl accenluée en espagnol el 
en catalan, où // passe régulièremenl à i. 

Les palois et les anciens textes permettent de voir qu'une pro- 
nonciation identique ou tout au moins voisine s'est étendue sur 
une partie du Midi. 

 =z II existe actuellement à Nicdessos (arrondissement de Foix, 
Ariège)*, comme dans le Houssillon ^. 

A Cayre (Haute-Loire), 'elliim donne régulièrement tï: vedsi 
viiellum, et d5ai galluni '. (Cet ï ne peut pas venir d'un dévelop- 
pement de la voyelle, car qaadraium donne ka'ra; parietem, pars. 
Ce ne peut donc être que la vocalisation d'un ancien i.) 

Il en est de même à Brioude, Massiac, Langeor, où on dit tsa'vcl 
ca bal lu m *. 

Knfin A a laisse dans la Creuse, au Sud de Guéret, des traces 
certaines de son existence. Là, d'après iM. Thomas'*, une épen- 
Ihèse se produit dans les terminaisons féminines, après un e suivi 
en latin de / simple, mais non de //. On a, selon que la syllabe est 
tonique ou atone, bi'alo « bêle », bie'la « bêler » , mais bslo u bclla », 
ty*aro'm£lo « calamillat ». 

Ceci indique une différence entre le timbre de / roman selon 
qu'il provient de / ou de // latin. Ce n'est pas, en effet, que // ait 
fait position, car la position n'entrave pas Tépenthèse : dans le 
même pays, elle a lieu devant rr et pas devant r. D'ailleurs, on 
sait qu'elle lient à l'action de / grave, c'est-à-dire modifié par une 
élévation de l'arrière-langue vers le voile du palais. J'ai entendu 
moi-même la naissance de celte épenthèse dans la prononciation 
açorienne du nom « San Miguel » : sâô migsal. De même, chez des 
paysans artésiens: baal, seUal « belle, c'est elle ». 

A Saverdun (arrondissement de Pamiers) ®, à Albi '', à Castanet 
(canton Sauveterré, Aveyron)*, à Bozouls (Aveyron)', à Aurillac*®, 

1. Luchaire, Etude, p. 3't4 elh « illum », anelh « anellum », bedelh 
« vitellum », elkU « illos ». 

2. Au moins jusqu'à la latitude de Saint- Paul-de-Fenouiliet. V^oir la 
parabole de l'Enfant Prodigue, de Luchaire, Elude..., p. 350. 

3. Notes communiquées par M. Gilliéron. 

4. Communiqué par M. 1 abbé Roussselot. 

5. Rapport sur une mission philologique, Archives des missions 
scientifiques et littéraires, 3« série, t. V, 1879. 

6. Luchaire, Etude, p. 345. 

7. Revue des Patois, 1888, p. 285. 

8. D'après la prononciation de M. Tabbé Collinet de l'Ecole des 
Carmes. 

9. Documents recueillis par M. Gilliéron. 

10. D'après la prononciation de M. l'abbé Courchineux de l'Ecole des 
Carmes. 



— 152 — 

à la Grande-Combe (arrondissement d'Alais, Gard)*, // a donné 
1. Mais nous verrons que ce 1 peut provenir d'un ancien i. 

Passons maintenant aux textes anciens. 

M. Chabaneau a étudié les provenances du z final en français et 
en langue d'oc, et déterminé sa prononciation, qui jusqu'au xiii*^ 
siècle environ était ts*. L'une de ces provenances est iC -h s, et 
l'une des provenances de  est // latin ^. « Ce cas, dit M. Chaba- 
neau, est de beaucoup le moins fréquent, parce que le groupe // ne 
s'est mouillé que dans peu de dialectes. En langue d'oc où ce phé- 
nomène est le moins rare, il parait plus particulier aux dialectes 
du Nord (limousin, dauphinois). En français, les seuls exemples 
constants qu'on en retrouve sont dans la Passion, texte à demi- 
provençal. Ex.: Passion: jalz = gallus, manlelz = rnanlellos, 
helzj elz « illos » celz, nulz. Exceptions : eh (3 fois), ccls (une 
fois) et l'article delsy als, constamment. Ni Alexis, ni Roland, ni 
même saint Léger n'ont de semblables formes. On trouve elz 
« illos )> dans les Rois, nulz dans saint Thomas, mais ce sont des 
exceptions. 

Boëce : silz « si illos », pelz « pellis » nulz. Pas une seule 
exception. 

Chartes valentinoiscs, xi*" siècle : delz, elz, celz, agnelz (très 
fréquent) ; par exception, une seule fois agnels. 

Cartulaire de Romans : celz, delz. 

Sermons limousins, xii^ siècle : alz, elz, acquclz, anzelz, mais 
non moins fréquemment par s. 

Gérard de Roussillon : cabelz = capillos, mais aussi castels, 
cheval s. » 

Les exemples de régime singulier ou de sujet pluriel qu'ajoute 



1. Documents recueillis par M. Gillièron. 

2. Bévue des Langues romanes, 1874, t. V, p. 330 et t. Vï, p. 9i. 

3. M. Chabaneau explique ce .5 = ts par « une combinaison du j en- 
gagé dans la consonne complexe Ih (^) qui se détache de 1 pour s'unir 
à s, et donner à celte consonne de quoi former un son plus sifflant ». 
— C'est trop faire de la phonéti(|ue comme de la chimie. Les sons n ont 
rien de commun avec les atomes d'un corps qui peuvent se détacher 
d'un autre corps pour s'unir à un troisième. Ce sont les produits de 
l'activité de nos organes, et c'est dans l'examen des articulations qu'on 

y eut trouver le comment et le pourquoi des changements phonétiques, 
'ai proposé une explication de la naissance du t entre 1 et s. 



— 153 — 

M. Chabaneau montrent bien que le / y était mouillé, et que c'est 
à cette mouillure qu'est due la présence du t révélé par la j;ra- 
phie z : « vell, ell, sill (Boëce), deli, chaslell, Polverell (Charte 
valcntinoise), ell (traduction de Tévan^çile de saint Jean), où // 
représente certainement le son dont Ih devint plus tard le sij^ne 
le plus ordinaire. » 

Ces exemples concordent bien avec les indications fournies par 
les patois, et font voir qu'au moyen Afje comme aujourd'hui, il y 
avait vers la Marche, l'Auvergne, le Limousin, le Bourbonnais, le 
Lyonnais, le Dauphiné, une vaste réj^ion, où // avait donné A au 
moins pour un temps. 

Voici d'autres exemples, tirés d'autres documents : 

Dans la chirurj;ie d*Albucassis, qui semble avoir été écrite dans 
le bas Pays de Foix *, je relève : folh « follis », colh « collum », 
à côté d'un nombre beaucoup plus fçrand d'exemples ou // est 
rendu par /. 

Dans le Leudaire de Savcrdun, 1327* : caualh, mais tonel. 

Dans les statuts et coutumes de Foix, 1387 ^ : auzelhs, tiquelh, 
aquelha, mais aquels, œl, dels beaucoup plus souvent. 

Dans le Cartulaire de Saint-Victor de Marseille vers 1080 * : 
delhz. 

Cela concorde encore avec les patois pour montrer dans le pays 
de Foix une région où // a passé à i. Peut-être la région était-elle 
même plus étendue qu'aujourd'hui, car i peut perdre son articu- 
lation palatale *. Les Leys d'Amors et le Donal Provençal semblent 
confirmer cette extension. 

« Aquesta letra /, disent les Leys d'Amors^, sona fortamen 
coma caulelay sala, mal^ mala ; en autra maniera sona suaumen 
coma piucela^ renoela, canal, cala ; perque caulela e hela no fan 
plazen rima, ni caulela am piucela, ni caual am mal, ni mala am 
cala, e en ayssi de lors scmblans. » 

Cela prouve clairement que le résultat de / et celui de II ne se 
confondaient pas. Les termes fortamen et suaumen ne sont pas 
très clairs. Cependant A parait généralement être considéré comme 
plus doux que L 

1. Revue Lantj. rom., 1, 8-11. 

2. Luchaire, Etiiffe, Xi\. 

3. Luchaire, Etudt', 33 'i. 

4. P. Mcyer, Renteil, 1, ri" :UL 

5. Cela a eu lieu en Artois, où on dit traval « travail ». J'en citerai 
plus loin d'autres exemples. 

6. 1, 38. 



— i54 — 

Le Donat Provençal *, d'ailleurs, est plus explicite. Il montre 
d'une façon constante . 

traité autrement que \ ^' , ^ -n 

f voy. -f- 1 et^mouillure -+- s. 

i® Vov. -h H. -^ s < 

X xx l ^'oy. -t- It -h s. 

traité comme ] '^ ,. 

/ voy. -f- Ij -h s. 

2« Voy. -h U -h a ti>aité comme voy. -h 1 -h a. 

Ainsi la série de rimes en -als ne contient que des mots ayant 
/ simple en latin. Celle en -altz, des mots ayant en latin ails, 
ald'sy al'x, alcj, ails. Celle en -alhz, des mots ayant al -h mouil- 
lure -4- 5 ou ail -h mouillure -h s. Celle en -ala ne contient, il est 
vrai, que des mots ayant / simple en latin, mais celle en -ela mé- 
lange // et /. 

D'où il paraît résulter : 

1° Que // s'est mouillé dans le ou les dialectes pris en considéra- 
tion par Taïdit ; puisqu'il s'est produit un t transitoire qui ne se 
produit pas entre l et s ; 

2° Que cette mouillure n'a pas été complète, puisque II -i- s ne 
s'est pas confondu avec / -h voyelle. Le fait n'a rien d'étonnant, et 
peut s'expliquer par une différence de date, ou plus probablement 
d*articulation. Il y a des variétés de X' plus ou moins voisines de 
1 ou de j, plus ou moins énergiques. On peut croire que // avait 
produit un £ peu palatal, mais fortement articulé, tandis que 
/ -\- mouillure avait produit un £ tout à fait palatal, mais faible- 
ment articulé, dont le contact avec le palais était peu énergique. 

Une note ajoutée à l'énumération des -altz est intéressante : 
« E totz los podes uirar in autz, dit Taïdit en parlant des mots 
qu'il a énumérés, for « hallz .i. corola .i. corea », e trait cauallz 
.i. caballus, ualz .i. uallis, autreualz .i. interuallum et galz .i. 
gallus. » Tous les mots énumérés ont II en latin, sauf ballz « bal- 
teus ». Mais comme rien ne justifie pour balleus un traitement 
autre que pour baldus, du moins en ce qui concerne l'I, — il est 
peut-être permis de voir là une erreur des manuscrits. Si cela est, 



1. Edit. Stengel. Il importe peu ici que le Donat ait été écrit en 
Italie. Les faits que je considère ne tiennent ni à une influence ita- 
lienne, — car ils n'existent pas en italien, — ni à une insuffisance de 
renseignements, car cela se manifesterait par un certain désordre dans 
le classement dos rimes, désordre qui n'existe pas. 

2. J'ai eu occasion d'entendre bien des variantes de l dans le Sud- 
Ouest. A Hauriet c'est presque j. Dans l'Est du Bearn, X + s est sou- 
vent bien près de 1, sans se confondre tout à fait avec lui. 



— 155 — 

que faul-il en conclure ? Que Taïdil prononçait auts dans certains 
cas tout en écrivant aZ/z? La chose en elle-même n'aurait rien 
d'invraisemblable, mais il est plus probable que Taïdit, écrivant 
non pas la grammaire de son dialecte personnel, mais celle du 
provençal littéraire, a admis, comme également classiques, les 
formes d'un dialecte qui voyellisait / devant t's, cj's. Cela expli- 
querait pourquoi dans ce dialecte all's ne deviendrait pas aats 
comme all's : all's devenu -ails n'aurait passé à alts qu'à un 
moment où ails d'autre provenance avait commencé à passer à 
-aats. Les deux / ne se seraient donc pas confondus dans ce dia- 
lecte, et le retard de // sur / dans le chemin de la vovellisalion 
serait une nouvelle preuve de l'articulation palatale de // latin. 

Ces inductions me paraissent confirmées par l'examen des patois. 
En effet, à la Grande-Combe, à Saint-Hippolyte-du-Fort, à Sauve- 
terre (Aveyron), à Bozouls, à Aurillac, Il et / -f- mouillure se 
comportent de même quand ils sont finals : le 1 de fil est identique 
à celui de bel. La dépalatalisation qui n'avait atteint que  <Z II k 
l'époque de Taïdit, a donc envahi aussi i <C / -h mouillure. Mais 
dans les mêmes localités, // -h voyelle >• 1, tandis que / -h mouil- 
lure -h voyelle >> i ou j. Ici la différence de traitement accusée 
par Taidit dans les tableaux de ses rimes masculines et féminines 
subsiste tout entière. 

D'autre part, / simple latin s'est voyellisé dans une partie de 
ce domaine, à Aurillac, la Grande-Combe, Saint-Hippolyte-du- 
Fort, ce qui prouve que £ <Z II ne l'avait pas encore rejoint à 
l'époque de cette voyellisation. A Sauveterre et Bozouls, / final et 
/-f- consonne subsiste comme 1 <C H * swol, sol, dwol, dolel, kal- 
kyn a quelqu'un ». Le premier domaine correspond à celui où, 
selon Taïdit, les rimes en -allz peuvent se changer en -auiz, sauf 
'àltz <C all's. Le second, à celui où / subsistait tant pour all's que 
pour all's. 

Mon interprétation du texte de Taïdit étant conforme à ce que 
présentent les patois se trouve ainsi confirmée. 

Voici donc comment l'histoire de // latin me paraît pouvoir être 
résumée dans la région que j'étudie : 

// latin se palatalise dans toutes les positions : i° en Espagne, 
Catalogne, Roussillon (Couserans?), Haut-Pays de Foix, Limagne, 
Nord-Est de l'Auvergne, Velay, la palatalisalion est complète. 

A. — En Espagne, // ne s'est pas confondu avec / H- mouillure 
qui, en raison sans doute d'une palatalisation plus ancienne ou 
plus forte, ou d'une articulation linguale plus faible, avait pris les 



— 150 — 

devants, et est aujourd'hui passé à x: ixo fi Hum, oxo oculnm, 
mais akeiCa eccuilla, 

B. — En Roussillon, en pays de Foix, // et / -f- mouillure se 
sont confondus et subsistent sous la forme iC : bd'deX uilellus, bei 
ueluliis *. 

2° Dans les pays de Langfuedoc, entre la Grande-Combe, Sa- 
verdun, Aurillac et vers la Marche, la paiatalisation a été moins 
forte, Tarticulation plus énergique. 

A. — Dans la Marche, // revient à l, mais en laissant dans le 
traitement de la voyelle précédente, la trace de son ancienne arti- 
culation. 

B. — Dans le Languedoc, // -h voyelle aboutil à 1 de très bonne 
heure, et se confond avec / -h voyelle. Ils développe un t transi- 
toire: puis iC passe à 1. — Dans un domaine, ce groupe se confond 
avec U's'. c'est ce qui a eu lieu à Sauveterre (Aveyron). — Dans 
Tautre all's avait déjà commencé une évolution qui Ta conduit à 
-auts ; c'est ce qui a eu lieu à Aurillac et Saint-Hippolyte-du-Fort. 

Malgré l'insufFisance de mes renseignements, je crois avoir établi 
que la Gascogne a été entourée, du moins vers le Sud, l'Est et le 
Nord-Est par une région où // s'est palatalisé au moins partielle- 
ment. N'est-il pas bien probable dès lors que la Gascogne elle- 
même a éprouvé ce traitement? 

Le sort de // -}- voyelle confirme cette hypothèse : // -h voyelle 
donne r. 

Or, il semble que la présence d'un i ait une tendance à amener 
des permutations entre 1, d et r, et surtout, comme Ta démontré 
M. Paris, à faire passer à r un d ou un P. En Gascon, les deux 
seuls exemples que je connaisse du passage de 1 simple à r ont lieu 
devant un i : sujeX « soliculum », et liai « lilium ^ ». 

On voit qu'ici comme en latin, // et /i vont ensemble, et comme 

i. D'après la prononciation de M"»*^ Dumas de Perpignan. 

2. Romnnia, VI, 129. J'ai entendu une dame italienne dire skuri 
pour ,scu^/i. M. Arnaudin, de Labouhcyre, dit kumbiui pour kum'budi 
« j'invite », quand il ne s'observe pas. — J'ai surpris le changement 
inverse chez un paysan de Lescat, qui me disait successivement 
'pcijos, 'psiios, 'pcidos, et des intenncdiaires(petra8). — Ceci me fait 
penser qu'il n'est peut-être pas nécessaire de supposer un intermé- 
diaire \\ entre dj et rj, mais que le changement peut être direct. Pour- 
tant (lili, fjiri, artimalie, paraissent probants. 

3. M. Luehaire à qui je les emprunte (Kt., p. 213) en cite un troi- 
sième ka'aa « se taire » de ra/are (voceni). Mais en rapprochant ce mot 
de l'espagnol ka^ar qui a le même sens et de kàlar qui veut dire 
« abaissée », on voit que ce mot s'était dédoublé, et qu'il avait pris // 
dans le sens de « se taire ». 



^ 157 — 

il parait très probable que la modification qui a fait passer li à r 
était une légère palatalisation, cela confirme Thypothèse déjà bien 
probable d'une palatalisation de // en gascon. 

Eprouvons maintenant cette bypotbèse par ses conséquences et 
considérons les mots en i au pluriel. 

J'ai exposé dans ce qui précède un grand nombre de traitements 
différents, qui tous existent dans le Sud-Ouest ou le Midi. Je vais 
reprendre avec plus de détails la forme -iCts. Plusieurs traitements 
sont possibles : £ peut s'assimiler à t et se dépalataliser, puis t 
tomber, et c'est ainsi que z en est venu à représenter s. — Ou bien 
c'est 1 qui tombe, et on a comme dans Got : sotez, œz, — Ou bien 
1 se voyellise, et on a euz comme dans Boëce (à côté de silzy 
pelzy nulzy qui peuvent être des archaïsmes de graphie) ; euz, 
deuZy aqueuz (à côté de e//), comme dans l'Evangile selon saint 
Jean * . 

Nous avons vu qu'en Ossau £ se voycllisait avant sa dcpalatali- 
sation et passait à j. 

Un autre traitement est encore possible : le t peut être palatalisé 
soit par le j produit par la voyellisation du X, soit par ce £ lui- 
même avant sa réduction à j. On sait que ci a donné ce résultat 
en Espagne (etyo de faclum, etc.), et en France, dans une région 
considérable (à l'intérieur d'une ligne qui passe au Nord de Nar- 
bonne, Toulouse, Gontraux, à l'Est de Libourne, et de là se dirige 
vers Die et Briançon). La Gascogne, il est vrai, ne connaît pas ce 
traitement: faclum donne hslt. Mais cela peut tenir soit à une dif- 
férence de date dans la voyellisation de c et de i, soit à ce que £ 
peut avoir agi avant sa voyellisation et par conséquent exercé une 
action assimilatrice plus forte. 

L'espagnol présente la même palatalisation de Mue évidemment 
à un j ou un £ précédent, issu lui-même de / : as'katya ascultal ; 
knt/iio cuUeUum; put/a puUa\ mut/o multum; put/es 
pâlies ; moty^o motulum (sans doute par l'interversion mollum) : 
i^ou i a fait passer t à c qui, suivant une marche tout à fait géné- 
rale, a abouti à t/. 

Il parait donc très probable qu'en gascon caslellos ^■^- kasUis 
> kasUlts a passé à kasUcs. 

Nous voilà donc arrivés à la forme de pluriel que les patois mo- 
dernes m'avaient fait supposer. Ce serait donc au pluriel que le c 



1. Revue Lang. rom., 1874 (t. VI, p. 98, IH. Le traitement français 
de ^ -h ft est analogue, seulement la voyellisation de 1 > u a eu fieu 
après la réduction de j == ts à s : travaX travo. 



* . 



— 158 — 

aurait pris naissance, et un moment on aurait eu la déclinaison 
JEas'tcX, kasUcs. 

La régularisation de cette déclinaison par une analogie du sin- 
gulier nu pluriel ne fait pas difTiculté : on sait que la tendance du 
roman a été de ne dilTércncier le singulier du pluriel que par la 
présence ou Tabsence d'un 8^ 

Telle me paraît avoir été l'histoire de // final en gascon. En ré- 
sumé : palatalisation de // >> c ; formation entre i et s d*un t tran-' 
sitoire ; iU ; palatalisation du t par i qui disparaît en même temps: 
C8 ; formation analogique du singulier sur le pluriel : c, es. Puis 
dans les patois, des développements dont les étapes sont presque 
toutes conservées. 

Je n'ai la prétention de donner cette explication que comme 
une hypothèse, mais comme une hypothèse dont tous les points 
sont étayés d'exemples analogues. Elle est aussi plus conforme 
aux faits actuellement conservés dans les patois et aux tendances 
phonétiques du Sud-Ouest que celles qui ont été présentées jus- 
qu'à présent '*. 

La seule objection sérieuse à cette théorie est signalée, je croîs, 
par M. Ed. Meyer : si c est né du contact de i avec 8, comment se 
trouve -t -il donc de'bac, de'baty*, de'bat de valle qui ne paraît pas 
avoir eu de s? Il est possible toutefois que de'bac soit une formation 
romane, et date de l'époque où vallem, valles avaient donné bac, 
bacs. 



1. Des exemples de ce fait ont été si nombreux qu'il est presque 
inutile d'en citer. Voir entre autres P. Meyer, Botn., VU, 107 ; Cna- 
baneau, Hom., Vill, 110; Philippon, Hom.j 1889, 565. — Beaucoiip de 
ces analogies s'expliquent sans doute comme celle que M. Gilliéron a 
étudiée à Honneval en Savoie. Là, t final subsiste , mais il tombe devant 
s, et on a : 

frigidum > fr«t 
frigidoa > fres 
Par analogie, on a formé sur (fors diurnos, le singulier <fort, par un 
raisonnement qu'on peut figurer: 

mor s /i>rs 

mort ((fort) 
(Cours de M. Gilliéron à THcole des Hautes Etudes.) 

2. Voir Luchairo, Eludes, 213; — H. Latapie, Hnnte du Béarn (psiriie 
historique do la Hevue des Basses- Pyrénées), t. IV, 66; — Ascoli, 
Archivio, IN, 78: — Beauquier, Hom., VIII, 117; — Ed. Meyer, 
(rvmH., ^ 545. — M. Ascoli s'accorde toutefois avec moi pour chercher 
le point de départ du traitement gascon de // final, dans X -+- s. L'opi- 
nion d'un maître tel que lui. dont je n'ai eu connaissance que lorsque 
ma théorie était constituée dans ses grandes lignes, m'a beaucoup con- 
firmé dans ma manière de voir. 



TABLE 



Pages. 

Avant-Propos vu 

Sommaire 1 

Introduction 7 

Plan 11 

BiBUOGRAPHIE 13 

1© Partie dialectologique 13 

2o Partie historique 18 

Coup d'œil sur le système phonique béarnais 19 

PREMIÈRE PARTIE. - L'article. 

Chapitre I. — Géographie de Farlicle. Ses formes 35 

Géographie de l'article 35 

Différentes formes de l'article 37 

Chapitre II. — Valeur des chartes pour la géographie dialec- 
tale. Le dialecte littéraire dans le Sud-Ouest. 41 

Chapitre III. — Comment peut s'expliquer la géographie de 

l'article 55 

O^qUidates M'ontani et Campestres 56 

Influence de l'Aragon 56 

Influence de la Plaine 57 

Inva.sion de population : les Ossalois viennent de la Plaine. 60 

DEUXIÈME PARTIE. — Étude dialectologique. 

Chapitre I. — Étude de quelques faits dialectaux 63 

1. Traitement de it -H s 64 

2. Traitement du j primaire ou secondaire 67 

8. Désinence verbale de la 2« personne du pluriel. . . 69 

4. Des mots latins en -ellum 69 

5. Plosives soufflées intervocales 75 

6. Groupe II 75 



— 1G0 — 

7. Plosivcs soufflées appuyées à une nasale 76 

8. a posttonique 77 

9. d intervocal. 79 

10. Le root feneslra 80 

11. 2« et 3" personne du singulier du verbe être. ... 85 

12. Le mot liominem 88 

13. Mots à déplacement d'accent 89 

Vè. Le mot sex 95 

15. Le mot beurre 96 

16. Venir, tenir 97 

Remarque sur riiivasion de formes 100 

17. Parfait de la l"**» conjugaison 100 

CiiAPiTRK IL — Limites dialectales dans la région 106 

CiiAPiTKE m. — Lieu d'origine probable des Ossalois dans la 

Plaine 112 

1» Ils ne viennent pas de la Plaine subjacente. . . . 112 
2" Ils viennent de la porticm de Tarrondissement de 

Pau située au Nord d*Aubertin et de Gan. . . . 122 

3" Deux régions probables 125 

THOISIKME PARTIE. - Étude historiqne. 

Rôle de l'investigation historique 127 

Chapitre I. — Ossau et le Pont-Long 128 

Chapitre II. — Beneharnum 133 

Chapitre IIL — Les monuments préhistoriques 136 

CO.NCLUSION 143 

Appendice .\. — Note sur les prédispositions linguistiques. . . 145 

Appendice B. — Note sur les mots en -^//«m 148 

Table 159 



CIIMITKKS. — IMI>HIMERIE DURAND, RUE FULBERT. 



CARTE :7 . 







«44 nx. 






9 K»^**>*<*«- 



A -et* ][*•'•' 



Cf^RT£M-l 



O Bon au t 
O ^ 



> Orthmz 



O Hs¥9rrtnr 



OQrin 






O ^*J 



ëttnêu 



O Sêmêtkt O Ge^ttne 



O CmatéJffér 
<y A 



o làmnt 
-o- + 



Q M or/s frit M 
-O- A 



Q^rzac 






O Arthmx 



J^tfA7 



Ow^'-/ 



/Jlf 












OTërtëc 
-O A 



"S'i 









O lescsr 



5 /^f 



uero/i 



Q Lêcommandë 



^ EattafêAo 

9^ X ^ Lésseube 

■^Jttcilhon ^ ♦• 

Oûlerpn Escûut 

O"" S-J^escau 



-o -I- 



^Carlin ^ 

6* <kfi*'^"mbooa 



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BIBLIOTHEQUE 

DE L'ÉCOLE 

DES HAUTES ÉTUDES 

I^BLIËE SOUa LES AUSPICES 

DU MINISTÈRE DE L'INSTRL'CIION PUBLIQUE 



SCIENCES HISTORIQUES ET PHILOLOGIQUES 



CENT CIKQUANTIÎ-TROISIËMË FASCICULE 

LA BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 
PAR MARIO SCHIPP 




PARIS (2') 

UBRAIRIE EMILE BOUILLON, ÉDITEUH 

67, RUK DB RICHELIEU, AU PR)^MiER 
iTOUa UIIOITS nE:BKIlVËlll 



.." J»in 



V. 



LA BIBLIOTHÈQUE 

MARQUIS DE SANTILLANE 



MARIO SGHIFF 




PARIS (2*) 

LIBRAlKIE ÉMII.K BOUILLON, ÉDITKUK 

G7, HUE DB HICHKLIHL', AU l'IIKMIEK 

(ToHS droits rrsercedl 



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^ 1 



Sur Tavis do M. A. Morel-Fatio, direcleur- 
adjoint des Conférences de philologie romane, et de 
MM. G. Paris et E. Chatklain, commissaires i*es- 
ponsables, le présent mémoire a valu à M. Mario 
ScHiFF le titre à'Elcre diplônw de la Section d'his- 
toire et de p/titolof/ie de rEcole prati(/iœ des Hautes 
Efiuies. 

Paris, le 3 novembre 19J1. 

Le Directeur-adjoint de la Conférence, 
Sif/né: A. Mokel-Fatio. 

Les Commissaires responsables, 

Sir/ né : G. Paris. 

E. Châtelain. 

Le l'résident de la Section, 
Signé : G. Monod. 



AVANÏ-PROPOS 



Le 14 août 1884 les députés espagnols votèrent une 
loi autorisant le Ministre de l'instruction publique à 
acquérir la bibliothèque des ducs d'Osuna et de Tln- 
fantado(l). A partir de cette époque, cette célèbre 
collection est incorporée à la Bibliothèque Nationale de 
Madrid (2). 

On sait que l'ancien fonds de la bibliothèque de 

1. En 1841, à la mort de D. Pedro Aleântara de Toledo, trei- 
zième duc de rinfantado, le titre de l'Infantado et les biens de 
cette maison passèrent à l'aîné des fils de sa nièce, D. Pedro Tellez 
Giron, onzième duc d'Osuna, et, après la mort de celui-ci, à son 
frère D. Mariano Tellez Giron, douzième duc d'Osuna et quinzième 
duc de rinfantado (D. Francisco Fernândez de Béthencourt, 
Ilistoria genealôgicn de la wonanjuia eHpnhola^ Madrid, 1900, 
t. If, p. 605 et suiv.). 

(( D. Mariano Tellez Giron, héritier... de biens immenses et de 
)) titres innombrables, a, par de folles prodigalités et une admi- 
» nistration déplorable, anéanti pour toujours ce patrimoine prin- 
») cier, dû à la réunion sur une seule tèt« de plusieurs des plu*« 
» riches et des plus célèbres majorats de la vieille Espagne. Ce 
») douzième duc d'Osuna est mort en son cliâteau de Beauraing 
» (Belgique) le 2 juin 1882 » Morel-Fatio, Ktiidea sur rEaparune, 
deuxième série, p. 195-196). 

2. Les manuscrits restèrent tous à la Biblîotlièque Nationale de 
Madrid; des imprimés, on ne retint que ce qui manquait à la pre- 
mière des collections espagnoles, le reste fut distribué aux autres 
bibliothèques de Madrid et à des bibliothèques de province. 



Xll BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANT1LLANE 

rinfantado comprend les manuscrits qur Don liiifro 
Lopez (le Mendnza. marquis t\o Santillane et eomte du 
Real de Manzanares, avait réunis dans son ehàteau de 
Guadalajara. Aniador de Ins Rios a étudiO cette bi- 
Itliothéque dans un important appendice de son édition 
des œuvres d'Ini^o Lopi'z de Meiidoza(l). L'édition 
des œuvres du Marquis est un des meilleurs travaux 
de l'auteur de VHisttiria CrUira, mais son étude 
de la bibliothèque de Guadalajara laisse beaucoup à 
désirer. Los Rios confond souvent les œuvres on les 
auteurs cités par Sanlillane avec les manuscrits que 
e*lui-ei a rcellemont eus sons les yeux, et rien chez 
lui ne sépare l'hypothèse du fait démontn''. Tout^'tois 
il faut admirer la iniiltiplicité des ennnalssanees dont 
il tait preuve. Si Sii reconstitution de ta bibliothèque 
du Marquis ne nous satisfait pas. il n'i'st que juste de 
reconnaître qu'il a été le premier à la tenter, et (^'est 
à lui que nous devons l'idée du travail que nous avons 
entrepris. Comme il a étudié les manuscrits de la bî- 
liliothèque de l'Infantado cinquante ans avant nous, il 
a eu la bonne fortune d'y voir encore des volumes 
disparus depuis et pour lesquels nous avons trouvé 
bon de citer textuellement ses notices. Nous lui devons 
aussi la conservation d'un certiiin nombre d'anciennes 



1. Obru» de Don Ini>/o Lop'-i dr Memloza. man/i>è=< d,- Snnfi 
llana,ahofapor ra primera rriiiipilndas de losrijdi'ces oiigïnnles, 
é il)i»tradae con la nda drl outor, notas ;/ commcntm-ios por Don 
Jrjsè Amador de las Rios, Madrid. 1852. La Tahla nlfabètica de 
los anlore* inencionado» en. esliut obra» occupe les pages 591 à 845 
et compte cxviii paraKraptie»< ; elle porte le sons titre de Biblialeea 
dei Marqué» de Santillana. 



AVANT-PROPOS XIII 

cotes, qui se trouvaient sur les feuillets de garde de 
inanuscrits reliés plus tard pour le duc d'Osuna par 
le relieur Binet, feuillets que ce dernier a supprimés. 
Il existe deux inventaires sommaires des manuscrits 
de la bibliothèque Osuna. L'un est inédit: il fut dressé 
par les conservateurs du département des manuscrits 
de la Bibliothèque Nationale de Madrid lors de Tac- 
quisition de ce nouveau fonds. L'autre a été imprimé; 
son auteur est Don José Maria Rocamora, ex-conser- 
vateur de la bibliothèque du duc d'Osuna et de 
rinfantado (1). Ces deux inventaires sont insuffisants 
et le second est souvent erroné ; ils nous ont cependant 
beaucoup servi. En les comparant entre eux, nous 
sommes arrivé à trouver les cotes de presque tous 
les manuscrits antérieurs au XVP siècle que conser- 
vait la bibliothèque Osuna (2). 

1. Cntàlof/o ahreoiado de hat mannscritos de la hihlioteca del 
Exvmo. Senor Dnrjiœ de Oaunaê Infaniada, hecho por el oonHer- 
cador de elln don Joaè Maria Hticamorn, Madrid, 1882. Les nu- 
méros de ce catalogue reproduisent la cote Osuna moderne (chiffres 
arabes). Partout où nous avons trouvé la cote ancienne (Plut. 
N*', etc.), nous l'avons relevée; enfin nous donnons la cote que 
portaient les manuscrits de la Bibliothèque Nationale de Madrid 
au moment où nous les avons étudiés (1896-1897): ces cotes ont 
été récemment remplacées par une numérotation suivie qui com- 
prend tout le dépôt, mais on a eu soin de dresser des tables de 
concordance qui permettent de retrouver les volumes cités d'après 
l'ancien classement. Les trois manuscrits qui ont fait partie de la 
bibliothèque des ducs d'Osuna et de l'Infantado. et qui ont été 
acquis par la Bibliothèque Nationale de Paris, ne sont pas men- 
tionnés dans le (Mtalogue de Rocamora. Ils proviennent de Bel 
gique (Cf. Notice ix, ms. D., p. 60 ; Notice xlix, ms. *C., p. 328, 
Ibidem, ms. *I, p. 340). 

2. Nous avons pu, ^râce à l'obligeance de M. Paz y Mélia, chef 
du Département des manuscrits de la Bibliothèque Nationale de 



XIV BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTiLLANE 

Nos recherches d'inventaires anciens de celte bi- 
bliothèque ont été vaines (1). Nous ne pouvons citer 
ici que les Nofirias de la Biblhteca del Dm/iw do 
Osiijia y del InJ'antfido^ pour nous peu intéressantes 
et qui ont été imprimées dans le tome CIX de la Co- 
lecrion de Doriimcntos in Mitas para la /listorla flf 
Espana{2); elles datent d'une époque où les titres 
d'Osuna et de l'Intantado étaient encore séparés et ne 
nous renseignent que très sommairement sur l'état de 
la bibliothèque qui nous occupe. 11 est. en outre, à 
propos de remarquer que. par le mariage de D. Pedro 
d'Alcantara Tellez Giron, marquis de PeAafiel, neu- 
vième duc d'Osuna, avec Dofla Maria Josefa Pimen- 
tel, douzième comtesse de Benavente, mariage effectué 
en 1771 (3), des livres ayant fait partie de la bibliiv 

Madrid, examiner les Sches de l'inventaire sommaire, et parmi 
ces fiches ligure celle d'un manuscrit demeuré jusqu'ici inirou- 
vable et qui e»t ainsi décrit dans Rocamora : « N. 136. Hegesi[>- 
11 puM. — De bello judaico et urbis Hierosolymitana (aie] excidio. 
11 Hippocrates. — Epistolse super cura democriti. Aristoteles. 
)i — De muodo liber, ad Alexandrum. Traducido del grieito al 
)i latin..-. Sigio XV. Encuadernacion de la época. )i 

1. Les Archives des ducs d'Osuna et de l'Infantado sont la pro- 
priété des créanciers du dernier duc, Lora de notre Méjour â Ma- 
drid, les chargée d'affaires de la liquidation faisaient dresser un 
inventaire sommaire des pièces. Nous avons obtenu l 'autorisation 
d'entrer dans les archives, mais l'absence d'ordre y rendait les 
recherches impossibles. Nos eSorts pour retrouver les liasses de 
papiers des archives de l'Infantado ont été inutiles, tout ce qui 
avait traie au marquis de Santillaneayant disparu. Los Rios avait 
encore vu ces papiers. Les retrouvera- t-on ? L'inventaire sommaire 
a été achevé depuis, mais il n'a pas encore été publié. 

2. Madrid, 1894, p. 463-477. 

3. Morel-Fatio, Êtuden mu- l'Eupayne, deuxième sCr/e, p. I2i. 
note 1. 



AVANT-PROPOS XV 

thèque des comtes de Benavente (1) auraient pu passer 
dans celle des ducs d'0suna(2). Toutefois, parmi les 
manuscrits que nous avons examinés, il n'en est qu'un 
que nous puissions désigner comme provenant à coup 
sur de la bibliothèque du château de Benavente, et 
celui-là n'a pas fait partie de l'ancien fonds de la bi- 
bliothèque Osuna(3). 

La première des pièces imprimées dans le tome CIX 
de la Colecrion r/r Dorujnrnfos InAlifos contient 
l'histoire sommaire de la bibliothèque del Ejrmo 
Sr. DfU/iie de Osuna, desde sa estahleriniienio hasfa 
la mxwvte de su primer Direct or D. Manuel de 
Uriarfe. Nous n'y trouvons rien qui ait trait à l'an- 
cien fonds de cette collection. On v mentionne l'achat 

«' 

1. Fray Liciniano Saez, Demostracion histàrica del verdadero 
calor de todas laa monedas que corrian en Cantilla durante et 
reynado del senor Don Enrique III , Madrid, 1796. Note XIIÏ. 
On trouve là un inventaire de la librairie du château des comtes 
de Benavente. 

2. Dans la bibliothèque particulière de Don Marcelino Menéndez 
y Pelayo à Santander, nous avons examiné des manuscrits pro- 
venant de la maison d'Astorga et qui pourraient avoir fait partie 
de la bibliothèque des comtes de Benavente. 

3. C'est le manuscrit li-78 delaBiblioth. Nat.de Madrid (Cf. Ho- 
camora, u9 67 et R. Menéndez-Pidal, La Let/enda de los infanten 
de Lara, p. 394, Q). Ce volume contient IdCrônira de UH4, Une 
rubrique finale nous donne le nom du copiste et celui du seigneur 
pour qui il a travaillé. Esta primera parie desta coronica de 
Eupaha acabo Manuel Rodrigues de Seuilln, por mandado del 
sefior conde de Benauente^ Don Rodrigo Al/onso Piinentel, l(^ 
ciial acabo en la dirha villa de Benauente a quinze dia» de marçodel 
nascimiento de nuestro nenor ihu, xpo, de mille quatrocientose 
treynia e quatro ahos (1434). Nicolas Antonio connaissait déjà 
ce manuscrit qui appartenait, lorsqu'il le vit, à 1). Juan Lucas 
Cortés(Cf. Bihlioiheca Vêtus, t. II, 1. X, c. m, n« 125). 



/.. 1. 



XVI BliiLlOTHEQL-l': DU MARQUIS DE SANTILLANE 

de « mue 11 os y buenos nianuscritos h à D. Isidro dol 
Olnio et aussi l'acquisition de la bibliothèque de 
D. Miguel Vidal composée d'ouvrages d'histoire et 
de généalogie : 

« En que habia buenos nobîliarios uiiinuscritos, mucluis 
M noticias genealôgicaa originales de Reyes de Armas de 
» Espana. mas de ;tO tomo.s gniesos en foliu de otms suvhs 
H (de D. Miguel Vidal) y una série de caballnros de lus 
I) ordenes militares de estes ûltiinos dos siglos y medio, 
u con su ascendenria hasta sus abuelos â lo m^nos, etc. » 

Don Manuel de Uriarte fut remplacé pjir Don Diego 
Clemeucin, nommé directeur de la hil)liotlièque du 
duc d'Osuna en février 1798. Le nouveau directeur 
signale l" janvier 1799, un Infhrnu- sobve cl cs/nrln 
de la B((j/iofeca dol E.crmo. S' . Ditqiti' de Osiaifi à 
Jinct dcl ano 1798. Clemeucin, en rendant compte 
des travaux qu'il a fait faire en vue de rendre la bi- 
bliothèque accessible au public, selon le désir du duc. 
nous donne quelques détails intéressants. Il dit(l) : 

« W misino tiempo que .'Vcedo tomaba à su cargo el mn- 
a netario, se pusoal del otro bibliotecarîo D. Juan Bautista 
n Guiturt, la tiomisinn de examinar, clasificar y |»uner eu 
» indice los manuscriUis de la Biblioteca, que liacinadns 
» confusamente segun se liabian ido adquiriendo, apenàs 
» eran eonoeidos ni aun por enciiua. Por su exàinen se lia 
» i-econocido que la Bibliotet'aposeeunacoleccionapreciable 
« de manuscritos, pertenecîenles en gênerai à nuestra his- 
1) toiia, inuchos de ellns originales, distinguiendose entre 
)) los mas importantes de estos ultiuios la vida del Car- 
11 denal Mendoza, por D. Francisco de Médina; el libro de 



1. roir,' 



, •/,■ iloi 



.t. (MX.p. 47:^. 



AVANT-PHOl'OS XVH 

)) armas y l)lasones de Kspafla do Mosscn Diego de Valera; 
)) la esteganogratia o arte de la cifra, dirigidaal coudestable 
» de Castilla por Luis Vallc de la Cerda ; varias obras 
genealôgicas da Pellicer ; gran sunia de eartas. ordenes, 
» instiiiceiones y oficios de Carlos V y de la lCmp(*ratriz, su 
)) mujer. â varios emhajadores y ininistros. Entre los dénias 
») manus<*ritos no originales, son dignes de aprecio dos 
» diarios, uno en italiano y olro en espaflol, del gobierno 
» del virey d** Nâpoles, D. Pedro Giron, teraM* DiKjue de 
)) (Jsuna, una i-oliMxrion de obras cspiritualivs de KSan Fran- 
» risco d<* l^orja escrita en vida dol ►Santo ; las SiHiras 
)) de Juvcnal // de Persio^ hermosaniente escritas en 
)) vilela 1) ; varios opnsndos Jilosô/icos de Ciceron, eserilos 
» del mismo modo, (|ue parecen haber sido de Leonardo 
» Aretino(2); una traduccion antùjidsima del ('atHina 
» <lc Salustio y oira de varios trozos de VegecioiS), 
» lieelia de ôrden del rey D. Juan el Segundo, por fray 
» Alonso de San Crislôbal, aulor que noconoeiôD. Nicolas 
» Antonio; las cortes del mismo D. Juan el Segundo en 
» los anos 1430, 1436, li42; las ordenanzas de los Guardias 
» Antiguosde Castilla, hei-has por Felipe II; varios papeles 
)) curiosos perteneci(nitesal coneilio de Trento y al segundo 
») y cuarto mejicanos ; la eorrespondencia diplomâtica de 
)) D.Juan de Chumawro. desde Roma, con Felipe IV, y la 
» de D. Luis de llaro, durante las eonfercncias que pre- 
)) eedieron â la paz de los Pirineos; miiclias memorias 
» rclativas â los ministres y sucesos del Du(]ue d(îLerma, 
» del marrpiés do Siett» Iglesias. d(îl <'ond(* Du(|ne de Oli- 
» vares, de D. José Patiflo, del marquiVs de la linsenada y 
» del conde de Floridal)lanca; varios dietâmenes v esci'itos 
» deD. Melehor de Maeanaz, d<* D. Josi' del Campillo, de 
^) D. Miguel Antonio de la (iàndar:i, d(^ D. Pablo Mora 

1. Hocam. nM38 ; T3iblioth. Nat. Madrid, Rêscrv. 8^ 12. 

2. Uooain. n" 53; Biblioth. Nat. Madrid. Ii-I51. 

3. Cf. Notice XL p. 68. 

n 



XVIll BIDLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

n Xaraba, y del conde de Campomanes; inflnitos pnpele.s 
» genealiigicos, de ellos originales, en especiai, registros du 
u cédulas de concesioii de habitua y finalmente, un sîu- 
)) nùmcro de comcdias tte nuestros postas antiguos, iiiuch:is 
H de ellas de letra de 1ns inismos autores, como de Lope 
ïi de Veg;i, Caldernn y olros do los mâs famosos, con las 
fl enniiendas de su propio puflo, las aprobaciones origî- 
« iiîiles de los censores y las licencias para reprcsentarsc ; 
11 coleccion que hubo de ser caudal de alguiia célèbre 
u companiu cùniifa del siglo pasado, y que examiiiada con 
n menudencia ofrecerâ uoticias curiosas y picantes para 
n la liistoria do nuestro Teatru. » 

Il riJsultc d(î cet Informe qu'il y avait fort peu de 
manuscrits d'ancienne littérature dans la bibliothèque 
du duc d'Osuna. Dans cette étude, un a laissé de 
côté les manuscrits des satires de Perse et de Juvénal 
et des traités de Cicércin qui sont tous deux en latin, 
mais on a cru devoir retenir le manuscrit contenant 
les versions castillanes de Salluste et de Végècc, 
parce que ce volume, quoique n'ayant pas Tait partie 
de la bibliothèque de Guadalajara, nous fournit d'in- 
téressants renseignements sur le mouvement littéraire 
de l'époque qui nous occupe. 

Pour réunir les matériaux utiles à notre étude, 
nous avons examiné tous les manuscrits antérieurs 
au XVP siècle provenant de la bibliothèque du due 
d'Osuna et de l'Infantado. Une (ois cette preiuière 
sélection opérée, nous avons soumis chaque volume à 
un minutieux examen et nous avons écarté ceux qui 
portent des noms d'acquéreurs, des dates d'achat 
ou d'autres signes de propriété permettant de con- 



AVANT-PHOPOS XIX 

statcr qu'ils sont entrés dans la bibliothèque de 
Guadalajara après 1 158, date de la mort du marquis 
de Sautilla ne. 

Notre premièn^ pensé(> était d(* diviser en trois 
grouj)es les manuscrits qui font Tobji^t de notre tra- 
vail. Le groupe A devait réunir tous les volumes por- 
tant le nom, les armes, la devise, Temblème ou la 
reliure de Don Inigo Lopez de Mendoza, i)remi(n* mar- 
quis de Santillan<% et les ouvrages originaux ou l(»s 
traductions à lui dédiés; le groupe /i, lc*s manuscrits 
dont les auteurs s<* trouvent cités dans les (x^uvres 
d'Inigo Lopez et qu'il a certaincMuent consultés, soit 
dans les (*xem|)laires que nous décrivons, soit dans 
d'autres de même caractère et de la mémo époque; 
le groupe (^ les manuscrits qui ne portent ni les 
armes ni le nom du Marquis et (|u'il n'a pas men- 
tionnés dans ses (t»uvr(^s, mais dont nous avons 
trouvé des exemplaires ant(h*ieurs à la lin du 
XV'' siècle dans la bibliothèque du duc d'Osuna et 
dont le contenu n'était pas étrangler aux goûts ni à la 
curiosité du marquis de Santillane. Nous avons 
aljandonné ce classement, parce qu'il amenait forcé- 
ment des répétitions et qu'il dispersait les manus- 
crits d'un même ouvrage ou de diilerents ouvrages 
dus au même auteur. 

11 nous a paru plus pratique d'adopter, tout en res- 
pectant le cadre des languies, Tordre chronologique. 
Lorsque nous avons h* texte* original et dillerentes 
versions en langues vulgaires d'un même ouvrage, 
nous plaçons celles-ci à la suite do l'original et 



\ 



XX miJLIOTHEQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

nous employons les lettres de l'alphabet pour désigner 
les différents manuscrits d'un môme auteur. Pour 
plus de clarté nous avons mis un astérisque en tôte de 
toutes les notices consacrées à des, manuscrits dont 
l'étude nous a permis d'affirmer qu'ils ont appartenu 
au marquis de Santillane. Nous indiquons les initiales 
enluminées des manuscrits de luxe en nous servant 
de majuscules grasses, et quand la place des capitales 
est restée vide nous les rétablissons entre crochets. 

Un travail comme celui que nous avons entrepris 
reste toujours incomplet. Nous ne nous faisons pas 
d'illusions à cet égard. Nous nous bornons à souhaiter 
qu'il puisse être de quelque utilité aux crudits qui 
j s'occupent de bibliographie espagnole et d'histoire lit- 
"' t^raire. L'impression de ce livre a été longue et la- 
borieuse; nous avons, pour des raisons de famille, dû 
renoncer à en corriger les épreuves en Espiigne, et 
souvent des motifs de sauté ont entravé la marche de 
* nos travaux. Que le lecteur nous pardonne, s'il trouve, 
comme c'est notre espoir, que, malgré les taches 
nombreuses qui le déparent, l'ouvrage que nous lui 
présentons no manque pas de nouveauté. 

Il nous est impossible de citer ici tous ceux qui s(î 
sont intéressés à notre étude et qui nous ont aidé. Ce- 
pendant nous ne saurions taire ce que nous devons à 
M. Alfred Morel-Fatio et à D. Mareelino Menéndez y 
Pelayo. D. Antonio Paz y Méliaetses collaborateurs 
du Département des manuscrits de la Bibliothèque 
Nationale de Madrid ont droit à nos plus sincères 
remerciements. M. le comte de las Navas, Ijibliolhé- 



AVANT-PROPOS XXI 

cuire du roi cVEi^pagne, et le Père Beiiigno Fernândcz 
derEscurial nous ont accueilli avec bonti's D. Fran- 
cisco de Uhagôn a libéralement mis à notre disposition 
sa bibliothèque particulière. A ces noms nous voulons 
joindre encore celui d'un ami, qui est déjà un maitre, 
D. Ramôn Menéndez Pidal, dont l'affectueuse com- 
plaisance nous a été si précieuse (1). 

1. La Bibliogvafia hi^pano latina rlâsica que M. Menéndez y 
Pelayo publie dans hi Bcrista de ArchiroA^ BibUoiecas y Muhcos a 
commencé de paraître quand notre impression était déjà avancée. 
Nous regrettons particulièrement de n'avoir pas pu utiliser cette 
importante publication pour la rédaction de nos notices sur les 
manuscrits de Boèce, de César et de Cicéron. 



I ■ ■ . 



i ■.->;, -..-:— .15:^.^ 



INTRODUCTION 



CHAPITRE PREMIER 

La vie de D. Ifiigo Lopez de Mendoza 

Don Iftigo Lopez de Mendoza, premier marquis de 
Santillane et comte du Real de Manzanares, a été un 
homme heureux. S'en est-il douté, lui qui aimait à 
disserter de tita hoata et qui a consacré d'innom- 
brables strophes au néant de notre terrestre existence ? 
Il s'est tressé une couronne de gloires militaires et 
poétiques; il est mort pleuré de tous et comme en 
odeur de sainteté, puisque pour le peuple espagnol 
il resta longtemps le moraliste par excellence, le 
« marquis des Proverl)es ». 

Second fils de Don Diego Hurtado de Mendoza, 
amiral de Castille, et de Dofta Leonor de la Vega, Don 
Ifligo naquit à Carrion de los Condes le 19 août 1398. 
Son frère. Don Garcia, mourut en 1403, et l'année 
d'après, il perdit son père, ngé d'à peine quarante 
ans (1). A sept ans, Tenfant était déjà seigneur de Hita 

1. Dans le chapitre ix des Generacionea y Semblanzas, le sei- 
gneur de Batres trace, avec son charme habituel, un portrait ra- 
pide e% certainement fidèle de l'AmiraJ : a Hombre do muy sotil 



XXIV BIBLIOTHEQUE DC MARQUIS DE SANTILLANE 

et Builrago, tilre qu'il devait illustrer plus lard. 
L'amiral avait i^lérhommc le plus riche de Caslille. 
Lui mort, ses parents et ses vassaux tentèrent de faire 
main basse sur son bien. Dofta Leonor de la Vega siil 
les en empêcher. Avec une indomptable énergie, une 
vision nette des réalités et une habileté consommée, 
elle défendit les droits de ses enfants et leur conserva 
l'héritage paternel. Prudente, avisée, très tenace. 1res 
intéressée, très dévouée aux siens, Dofta Leonor veilla 
avec un soin jaloux à l'éducation de son fils, elle l'éleva 
pour la lutte, comme le ooiiimandaient la Iiaditioii et 
les eirconslances, elle l'éleva aussi dans le culte de sa 
race et prit soin d'orner son esprit en lui faisant donner 
une instruction brillante et pratique comme la 
devait avoir alors un jeune homme destiné à la 
vie de cour. Nous savons qu'loigo Lopez piissa les 
années de son enfance dans la maison do sa grand'- 
mère maternelle Doila Mencia de Cisneros, veuve 
de Garcilaso de la Vega, et que c'est là que son 
esprit s'ouvrit à la poésie. Fils et petit— fils (1) de 



1) ingenio, bien" razonado, muy gracioso en su decir, osado é atre- 
" vido en su liablar lanlo que el rey Don Enrîque el Tertero se 
» quexaba de su sollura é atrevimiento... Amô mucbo d su 
M lînage, é allégé con grande amor â sus parienles, mas que otro 
Il grande de su liempo. Placiale mucho hacer edidcios. é bizo 
n yiuy buenas casas, coino quier que no por hombre muy fr.Tnco 
I) fuese avido; pero lenla gran casa de caballeros y eseuderos- En 
i) el liempo dél no habla cabaltero en Castilla tanto heredado. » 
Nous verrons que ces traits d» caractère paternel se relrouvenl 
très marqués chez le fils. 

1. Son grand-père Pedro Gonzalez de Mendoza, le héros d'Ai- 
jubarrota, qui mourut pour sauver le roi de Caslille et qui, son 
petit-fils nous le dit lui-même, <( Hço buenas eançiones, é entre olras : 



INTRODUCTION XXV 

poète, il ne tarda pas à montrer du goiit pour les 
vers. Nous savons par lui-même qu'on parlait litté- 
rature dans la maison de sa grand'mère. Il y vit sans 
doute le vieux chancelier Pero Lopez de Avala, chro- 
niqueur et poète, qui était son grand-oncle et qui fut 
son tuteur, et il est probable que les conseils d'un 
homme aussi instruit furent précieux pour Doîla 
Leonor de la Vcîga. Le Marquis se souvint plus tard 
des causeries alors entendues et il en parle avec com- 
plaisance dans sa célèbre lettre à Don Pedro, conné- 
table de Portugal : (( Je me souviens, lui dit-il, 
» quand j'étais encore petit garçon et que je vivais 
)) chez ma grand'mère Dofta Mencia de Cisneros, avoir 
)) vu, entre autres livres, un grand volume de chan- 
)) sons, pastourelles et dits portugais et galiciens dont 
» la majeure partie était due au roi Denis de Portu- 
» gai (qui fut, je crois, votre bisaïeul). Et ceux qui 
» lisaient ces œuvres, les louaient de subtile inven- 
» tion, et les trouvaient composées de mots gracieux 
» et bien sonnants (1). » 

« Pero te sirro sin arte, é otra a las monjas de la Çaydia, quando 
» el rey don Pedro ténia el sitio contra Valençia : comiença: A las 
)) riberaa de un rio » ( Lettre au connétable Don Pedro, § XWl/Jbrati 
del MarquéH^ p. 13). De Tarn irai son père, on connaît aussi des 
chansons amoureuses que nous a conservées un chansonnier de la 
bibliothèque particulière du roi d'Espagne. 

1. « Acuérdome, Senor muy manifico, seyendo yo en edatnon 
» provecta, mas assaz pequeno moço, en poder de mi abuela doua 
)) Mençia de Cisneros, entre otros libres aver visto un grand vo- 
» lumen de cantigas, serranas, é deçires portugueses é gallegos, de 
» los quales la mayor parte eran del rey don Donis de Portugal 
» (creo, Sefior, fué vuestro bisabuelo) ; cuyas obras aquellos que 
» las leian, loavan de invençiones sotiles, é de graçiosas é dulçes 



mni-ioTiir-QUF, iicmarqi^is uf. pantillane 



Dec 



> (lato aussi la 



profonde qui lo 



: 



te éi>nque ( 

lia, sa vie durant, à. son eousin Fernand Alvaiez de 
Tolcdo, comte d'Albe, amitié touchante et rare, en un 
temps où, |K>ur des querelles de parti ou d'intérêt, la 
diî>eorde ravageait les fainillos. Cette alTeetlon pour 
son cousin fut une des beautés de la vie de Don Irtlgo. 
Toujours unis, ils agissaient de commun accord, et 
_ lorsque le comte d'Albe, susi>ect au fout-puissant 
connétable Alvaro do Luna, fut jeté on prison, le 
Marquis iffusa de prendre part aux conseils de la 
cour, pour se retirer à Guadalajara, où il composa lo 
Dinhf/o (h Bias contra Forhina, destiné à con- 
soler son cousin détenu et à le fortifier ])ar des consi- 
dérations philosophiques et morales. Cette intimité, 
faite de mutuel dévouement, frappa leur entourage, ot 
Pedro Diaz doToledo, ehai>elain du Marquis, dans son 
Diâfof/o (^ /'n~imriniit'n(f) l'ti la naip/'tc dr! Mart/iirn 
(le Saniillana, consacre le douzième chapitre â 
l'examen de la question suivante : « Où Ton étudie 
combien il y a d'ospôces d'amitié, combien do vrais 
amis il y a eu depuis lo commencement du monde 
jusqu'aujourd'hui, et si lo Marquis et le Comte 
peuvent être mis au nombre de ceux-ci (1). » 

» palabras » (LeUrc au connétable Don Pedro, § XV. Obrim dcl 
Marquas, p. 12.) 

1. Après avoirénmnéré tous les cas d'amitiés célôbres qpe pri^- 
scnle Ibisloire religieuse ei profane, le docte Pedro Diaz conclut 
répondant au Comte son interlocuteur: ii E se^und lo que se 
i) conoce deste Senor Marqués é de vos, bien se puede decir que 
» podés ser pueslos por dos amigos fieles, é numerarvos i! contar- 
II vos con los de sut-o escrîplon. é (jue vuestra amislança, como la 
») de los suso escriplos. sea conoscida en cl présente siglo é por 
Il venir ». (Paz y Mélia, Opâaeuloa liierarioa, p. 296). 



INTKODUCTTON XXVII 

Dnftn Lconor de la Vof^a, soucieuse de fni-iner pour 
ses enfants une ufliance îivanla^eusfi et digne de leur 
naissanee, obtint pour sou lils la main de DoAa Cata- 
lina de Figueroa et accorda celle de sa tille, Doila 
Elviru, il tJoniez Suarez de Figueroa. L'union des 
enfants de l'amiral Don Diego Hurtado de Mendoza 
avec les enfants de Don Loronzo Suai-ez de Figueroa, 
grand uiaitre de Saint-Jnequcs, un des plus [luissants 
seigneurs de son temps, fut décidée le 17 août 1108, 
à Ocaila, où l'on dressa les contrats. Le mariage de 
Don Ifligo avec Doila Catalina, conclu en 1412, ne 
fut consommé que le 7 juin 1416 à Salamanque. Deux 
ansavant, en MM, InigoLopez de Mendoza, seigneur 
de Ilita et Buitrago, avait débuté dans le monde en 
se joignant au cortège des nobles castillans qui 
accompagnèrent l'infant Don Fernand de Castille, cl. 
de Antfiipœm, apjwlé à s'asseoir sur le trône d'Ara- 
gon. On célébra à cette occiision de grandes et ma- 
gnifiques fêtes, et ce fut alors, sans doute, que Don 
Ifligo fit la connaissance de Don EnrlquedeVillena,cet 
homme singulier, qui dut lui inspirer une profonde 
admiration et qui exerça sur lui, au point de vue 
Jittémire, une InHuence considérable. En effet, En- 
lique de Villena ouvrit au futur marquis de Santillane 
la voie nouvelle de l'allégoi-ie dantesque, le renseigna 
sur les lois et niuf unies du Consistoire de Toulouse en 
écrivant a. son intention El A ric tic frahar, et traduisit 
à sa demande la Diririf Co/m'-c/if du Florentin et 
VÉnrHdo de Virgile. Ce long commcree littéraii-e 
explique la douleur d'Iùigo Lojwz de Mendoza en 



XXVIU RIBLIOTHEQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

apprenant la mort de celui qui fut un peu son maître, 
il consacra à sa mémoire un laborieux poème intitulé : 
Defunssion de Don Enriqiit' do ViUfria, scfior do/to 
(' de eJccellente ingcnio. (1) 

liiigo Lopez do Mendoza ayant atteint sa majorité, 
prit possession de l'héritage paternel et s'occupa de 
régler des différends qui divisaient ses vassaux ef de 
mettre ordre à certains détails de la succession qui 
avaient motivé des procès. Élevé par sa mère dans 
l'idée qu'il fallait soutenir toutes les prétentions de 
sa maison et étendre sans cesse ses domaines, Ifli^o 
Lopez fut un administrateur modèle, et l'intérêt per- 
sonnel le guida, sa vie durant, dans les grandes 
comme dans les petites choses. C'est pourquoi sa 
carrière politique offre si peu d'attrait. Le nouveau 
roi d'Aragon, conseiller fidèle et dévoué de la reine 
régente et tuteur du roi de Castille, mourut en 1416, 
et deux ansaprôs, Catherine mourait aussi, laissant le 
roi presque encore enfant aux mains des favoris. 
Jean II avait quatorze ans : rêveur aimable, sensible 
aux jolis vers, affectueux avec ceux qui ne le tour- 
mentaient pas trop, il fut dès le début ce qu'il resta 
toute sa vie, un être faible, intelligent d'ailleurs, mais 
incapable d'aucun effort et indifférent aux affaires de 
son royaume. Il eut un seul ami, un seul conseiller 



I 



1. Dansées 180 vers, il y en a trots simples et sentis, ce sont les 
seuls qu'il convient de citer ici : 

Il Sabida la maerte d'aquel mucho amado 
•• Mayor de los sabioa del tiempo pressente, 
a De ilulor pungido, llorâ trîstemeiite. d 

lObras del Manques, p. 248). 



■_>^.- -.' 



INTRODUCTION XXIX 

animé d'un véritable idéal politique et qui peut-être 
aurait pacifié la Castille, si le Roi, qui lainiait cepen- 
dant, Teiit soutenu dans la tempête. 

Les luttes entre Aragonais et Castillans com- 
mencèrent par le coup de main de Tordesillas où 
rinfant d'Aragon Don Enrique s'empara de la per- 
sonne du Roi. A Avila fut célébré le mariage de 
Jean II, roi de Castille,avec Tinfante Marie d'Aragon, 
sœur de Finfant Don Juan, le futur roi de Navarre, et 
de l'audacieux Don Enrique, grand maître de Saint- 
Jacques. Ce dernier, tcMiant son cousin le roi de Cas- 
tille en son pouvoir, le força de consentir à son mariage 
avec rinfante de Castille Doiïa Catalina, mariage qui 
fut célél)ré à Talavera. 

Cependant Jean II réussit à gagner la forteresse de 
Montalvan, où il se retrancha poursuivi par les sei- 
gneurs du parti de Don Enrique, qui, n'osant l'attaquer 
ouvertement, s(^ contentèrent de le bloquer pour 
l'obliger à se rendre ; le roi de Navarre accourut à 
son aide avec d'autres vassaux. Alors les partisans 
du grand maître de Saint-Jacques, parmi lesquels se 
trouvait Inigo Lopez de Mendoza, gagnèrent Ocafla 
et de là retournèrent dans leurs terres. Ceci se passait 
en 1421. L'année suivante, Don Enrique, attiré à 
Madrid où siégeaient les Cortes, fut arrêté et jeté en 
prison. Le seigneur de Ilita et Buitrago s'était pru- 
demment retiré à (juadalajara ; il n'y fut pas 
inquiété, et d'ailleurs il s'efforça de ne pas attirer 
rattention de ses ennemis. Il s'occupa d'affaires de 
famille, et il partagea ses loisirs entre l'étude, les 



XXX UIDLIOTHECJUE DU MAUQUIS DE SANTILLANË 

tournois et les fétos, dont plusieurs furent bril- 
lantes. 

La paix relative dont jouit alors la Castille ne fut pas 
de longue durée. L'infant Don .luan, devenu roi de 
Navarre en 1425, par suite de la mort du roi Charles, 
son beau-jwre, s'unit à son frère Don Alonso, nii 
d'Aragon, |>our obtxînii' de leur eousin do Castille la 
libération de Don Enrique. grand maître di' Saint- 
Jacques. A peine celui-ei fut-il sorti de prison, que 
les troubles recomniencêrenl. Il retrouva ses i^rti- 
sans, et dans un eiinseil tenu à Valladolid ccux-ei 
forcèrent le Roi k éloigner de sa cour le tout-puissant 
connétable Alvaro de Luna. que la noblesse voyait 
toujours de mauvais œil. Ii^igo Lopez de Mendoza 
faisait naturellement partie de cette coalition. Dès que 
les grands se furent éloignés, Jean II rappela le 
Connétable et tout recommença. En 1428, naissait à 
Guadalajara le sixième enfant du seigneur de Hita 
et Buitrago, celui qui devait être un jour le Grand 
Cardinal d'Espagne. La guerre inévitnl)le entre les 
rois de Navarre et d'Aragon et l'infant Don Enrique 
d'une part, et le nn Jean II de Castille d'autre pa.rt, 
éclata en 1429. Les grands qui se préparaient à guer- 
royer contre les Mores partirent pour la frontière 
d'Aragon. Jean II s'y rendit lui-même ; le Connétable 
l'y avait précédé. Déjà l'abstention de Don Inigo 
Lopez de Mendoza avait été remarquée, lorsque se 
décidant enfin, évidemment à contre-gré, il rejoignit 
le Roi, lui jura fidélité et s'excusa si habilement de 
son retard qu'il dissipa les soupçons du souverain. 



1 ' 

« ■' 



INTRODUCTION XXXt 

La campagne fut brève et heureuse ; Jean II ne tarda 
pas à rentrer dans son royaume, mais par précaution 
il laissa des forces derrière lui. Au seigneur de Hita 
et Buitrago échut la mission de garder la frontière à 
Agreda^ où il campa avec neuf cents hommes. C'est 
pendant cette guerre, durant laquelle il put appliquer 
ses connaissances théoriques puisées dans les ouvrages 
de stratégie et dans la lecture des histoires, que Don 
Ifligo partit avec trois cents hommes à la recherche 
de Ruy Diaz de Mendoza, un aventurier qui avec ses 
soldats, mercenaires du roi de Navarre, faisait des 
incursions dans le pays. La rencontre eut lieu dans 
les champs d'Araviana, célèbres par le souvenir des 
sept infants de Lara. liligo Lopez, attaqué par une 
troupe trois fois plus forte que la sienne, ne recula 
pas : il combattit, fut défait et se retrancha avec une 
poignée d'hommes sur une colline, où sa résistance 
fut telle que ses ennemis découragés repassèrent la 
frontière. Les fatigues de cette campagne n'empê- 
chèrent pas le Marquis de rimer son Derir contra 
los Arcujonesci^, et au moins deux^'cvva/t///a.s(l). 

1 . CeUe qui commence par : 

'f Serranillas de Moncavo 

» Dios vos dé bueii ano entero. » 

{Obras dal Marf^ucs, p. 464). 
et qu'il date en disant : 

« Aunque me védes tal sayo 
)) En Agreda soy fruntero. » 

Et une autre qui débute ainsi : 

« En toda la su montaûa 

» De Trasmoz à Veraton 

» Sor\ vi tan gentil serrana. u 



« .liï^ V_ 



XXXn BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

Une trêve ayant été eonclue, les Castillans it^i- 
ti'èrent chez eux, et le roi Jean II confisqua tous les 
biens que les infants d'Aragon possédaient sur ses 
terres. Pour s'attacher les grands qu'il savait garder 
des sympathies pour ses ennemis, il leur distribua li- 
béralement les seigneuries séquestrées, et iDïgo Lojwz 
de Mendoza fut un de ceux dont le dévouement, 
quelque peu suspect, reçut une ample réeoinpenso. 
Cela fait, le roi de Castille réunit ses vassaux pour 
marcher contre les Moi-es de Grenade. II leur livra la 
l'udc et glorieuse batiille de Sierra Elvîra â laquelle le 
seigneur de Hita et Buitrago, resté malade â Cordoue, 
ne prit point part p(!rsonn,elIemcnt. Ses gens cepen- 
dant s'y distinguèrent. Iiligo Lopez fit retour à Gua- 
dalajara pour se remettre et c'est là qu'il apprit lem- 
prisonaeraent de plusieurs de ses parents et de ses 
partisans accusés d'entretenir de secrètes intelligences 
avec les princes d'Aragon. Inquiet et prudent, comme 
toujours, il se fortifia dans son château d<^ Hita, où il 
attendit les événements, répondant par de vagues 
pro|>os au Roi et au Connétable qui lui faisaient savoir 
qu'il n'avait rien à craindre. La mort de DoHa l_,eonoi- 
do la Vega, survenue en août 1432. appela Irligo Lo- 
pez de Mendoza â Valladolid, où il eut à régler l'héri- 
tage maternel conformément au testament que la noble 



et où, après diverses indications de lieu, le poi'^tc s'adresse en 
ces termes à la. bergère : 

B Dixp: DioB 1* salvu, hermaiia,: 
unfiue venga» d'Aragon, 



1 Dcsla seras oastellann. 

(Ohras (M Mai 






ÎNTHODUCTION XXXIIl 

daine fît la veille de sa mort, et en vertu duquel il se 
voyait investi du titre de Seigneur de la Vega qu'il 
portera dorénavant. En même temps, il héritait des 
biens de sa mère dans les Asturies de Santillane et de 
Santander, biens si souvent contestés, dont la posses- 
sion avait donné tant de fil à retordre à Doila Leonor 
et qui devaient lui causer, à lui-môme, tant d'en- 
nuis (1). 

L'année suivante les Certes étant réunies à Madrid, 
le seigneur de la Vega demanda et obtint du Roi l'au- 
torisation de célébrer un grand tournoi dont lui-même 
et son fils aîné Don Diego furent les mainteneurs avec 
vingt hommes de leur maison. Alvaro de Luna répon- 
dit à l'appel avec soixante chevaliers. Cette fête brillante 
se termina par un banquet auquel Ifligo Lopez convia 
tous les jouteurs et ))eaucoup d'autrc^s gentilshommes. 

Malgré les inimitiés qui couvaient impatientes 
sous la toute-puissance du connétable Don Alvaro, la 
paix régnait en Castille. Ifligo Lopez de Men- 
doza, partagé entre le culte des Muses et celui de son 
intérêt, allait des unes à l'autre, garnissant les rayons 

1. Les anciens biographes répètent l'erreur commise par Fer- 
nando de Pulgar dans ses Claros Vamnes où il est dit, en parlant 
du marquis de Santillane: « Muertos el Almirante su padre, é 
» Doua Leonor de la Vega, su madré, 6 (juedando bien pequeûo 
» de edad, le fueron ocupadas las Asturias de Santillana. » 
Amador de los Rios, dans sa Vîrfa rbd Marqués de Santillnna, 
rétablit les faits. Il prouve, par des documents tirés des archives 
de rinfantado, que Doua Leonor de la Vega administra pendant 
longtemps le patrimoine de ses enfants et le sien propre et qu elle 
mourut en 1432. (Cf. Ohras del Marf/ncs, p. lv et lvi, et n. 57 
et 58. ; 

lûigo Lopez de Mendoza s'était rendu lui- môme dans les 

111 



XXXIV BIBLIOTHÈQUE DU MAKQUIS DE SANTlLLANE 

de sa bibliothéquo on uièine lonips qu'il (^tendait i^os Ho- 
maiiifi^i ol ai'roiuiissail ses iwonus. En décembre ll^^l, 
la mort lui prit sou fjrandauii Don Enriqtu'de Villena 
(( ci uiayor de los saliios del tieuiito pivseiite ». et 
nous avons dêjàdit coiultien il le pleui-:i(l). Mais luie 
nouvelle querelle l'arraelie à ce deuil : lu dueliesse 
d'Arjona étant morte, Diego Manrique sou parent ré- 
elama son héritage, ef s'empara sans faf.-ons de l'or et 
des bijoux de la détunte. Cela sutîit pour faire prendre 
les armes au seigneur de la Vega, qui n'aimait ni les 
manières brusques, ni les gestes trop vifs. Heureuse- 
ment le roi s'en mêla à t<'mps jmur emix-eher (]u"on 
en vint aux mains. Il séquestra les biens île la IHi- 
chesse el i-emit à sa justice le soin de régler ce diifé- 
rcud. liligo Lopez n'y perdit rien, car il était au iuoins 
aussi habile homme (^af^aire^' que vaillant guerrier. 
En attendant que la justice fit son œuviv, et sans doute 
dans le dessein de bien disposer le Roi à sou égard, 
liiigo Lopez de Mendoza reçut les souverains et toute 



Asluries de Santillanci pour prêter Diain toric îl sa more, au prin- 
temps de 1430. (C[. lie. cit., p. li, document cilé daoïii la note 47). 
C'est à ce voyag:e sans doute que nous devons la <• Scrranilla >i (|ui 
commence par: 

« Mo^uela de Bores 

n Alla.'sa la Laui& 

» Pusom' CD ainores. « 

(Ohms di-l Mnrqiù-s. p. 475). 
Menénde/ y Pelayo croit que cette pasiourcllefut certainement 
écrileà Liébana (.4n(o/o,7/ff rfp Pvetas Liriros.t. V, p. xcix(. 

1. L'année 1434 est par conséquent la date extrême quu l'on 
puisse assigner à la composition d'iûigo Lopeu de Mendoza, inti- 
tulée : Prpt/iiiila ih Nohlrs que^ço ri Marquéx du Snntillnna A 
Don Enrique, Sfnor de Villenn. 



INTRODUCTION XXXV 

leur cour dans son château de Buitrago avec un 
grand déploiement de luxueuses réjouissances. Peu 
après survint la nouvelle imprévues du désastre de 
Gaëte où les Génois capturèrenl et défirent, près de 
Tile de Ponza, la flotte aragonais(^ Les trois frères 
Alphonse, roi d'Aragon, Jean, roi d(> Navarre et 
l'infant Don Enrique furent faits prisonniers. L'im- 
pression profonde que ei^tle nouvelles causa en Cas- 
tille eut un douloureux écho dans h c(rur du 
seigneur de la Vega, resté très aragonais do sympa- 
thies. C'est alors qu'il con(;ut et commenc^a son 
poème allégorique, la Cniiwdirtn de Ponrciy auquel 
il semble avoir travaillé pendant longtemps, puisqu'il 
y prédit les succès et la revanche d'Alphonse V, dont 
rentrée triomphale à Naples n'eut lieu qu'en fé- 
vrier 1443. Dans sa lettre dédicatoire à DoAa Violante 
de Prades, datée du 4 mai Mil, il déclare^ que ce 
poème, quoiqu'il lui eût été plusieurs fois demandé 
l)ar de grands personnag(*s, n'était point encore jus- 
que-là sorti de ses mains (1). En 143G, le seigneur de 
la Vega fêta à Guadalajara le mariage de son fils aîné 

1. « Miiy noble Senora: (luaiulo aqueUa batalla navall acaesçiô 
M çercade Gaieta, la quai fué asy grande que, despues que el rey 
)) Xerxes figo la puente de naves en el mar 0(;éano, por ventura 
» tantas é tan grandes naves non se ayuntaron sobre el agua, yo 
)) coniençéuna obra, à laquai llanié (( Comedieta de Ponça »... 
)) La quai « Comedieta », niuy noble Senora, yo continué fasta que 
» la traxe en fin. K certificovos, à fee de cavalière, que fasta oy 
» jamàs non ha salido de las mis manos, non embargante que 
» por los mayores sonores, é di.'spues por otros grandes ornes, mis 
» amigos desle reyno, me sea estada demandada. » (Prohemio de 
la Comedieta de Ponça, § II et lil, pasaim. Obras del Marquén^ 
p. 93, 94). 



XXXVI IIIBLIOTIIEQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

Don Diego, le futur duc de l'InfatUado. avec Doila 
Brianda do Luna, fille d'une cousine du Connétable; 
le Roi lui-même voulut être le témoin de cette 
union. Don Alvaro assistait à ces ïéfes, et Jean II 
put croire un instant que la haine d'un des plus 
puissants adversaires de son favori s'était évanouie. 
C'est à cette occasion sans doute que le Roi insista 
une fois de plus auprès du seigneur de la Vega, 
dont la renommée littéraire était déjà grande, pour 
obtenir de lui l'achèvement du recueil moral des Cent 
Procerhci^ et sa dédicace au prince héritier Ilenri(l). 
Ou dit que cet ouvrage fut offert au fils de Jean II dans 
es premiers mois de 1437 (2). Le succès de ces Pro- 
cerbios de ;/lon'osn dotrina ('• frurttu}sa ensetlança 
fut si considérable qu'il ne leur manqua môme pas 
cette consécration des œuvres vraiment populaires: la 
parodie (3). 

En 1438, le seigneur de la Vega qui, depuis près 
d'un an, guerroyait par ordre du roi de Castille sur la 



1. u El quai texio penssé Irahcr <l la vuc^tra noble memoria, 
por moslrar é nolificar à la Vuestra Alteça las pressentes mora- 
» lidades é versos de dolrina, dirigidos 6 diferidos à aquella ; é 
» que non sin cabi>a liayan seydo, coino algunas veçes por et muy 
I) illuslre, poderoso, maniBco ê muy vîrtooso seùor rey, don 
» Johan segundo, padre vuestro, me fuesse mandadu los acabasse 
1) é de parte suya a la Vuestra ExçoUençia los présentasse. » 
(Prôlogo de los Proeerhios, § I, Obras del Marguëx, p. 21)- 

2. Mvm. hist. de Dun Alonso el Noble, apénd. 16, p. cxxv, 
d'aprÉ-s Los Rios, Obras del Marqués, p. lxvii, n. 23. 

3. Procffrliiij» de lion Apostol de CnutilUi para sh kijo Don 
Aliinau de CuxtUla ronlrnliecbfis à ha r/ite him ri Manptrs de 
Snniilln„a. (.\. Pa/ v MOlia, -St/'-b o-pnfmhs. t. I. Madrid, 1S90, 
p. 235.) 



INTUODUCTION XXXVII 

frontière de Cordoiie et do Jaon, reinporta, aidé de ses 
fils, un important succès. Après avoir fait d'heu- 
reuses incursions sur les tc^rres du roi de Grenade il 
défit devant Iluelnia un de ses meilleurs généraux et 
s'empara de la place, [.a chronique de Jean II rap- 
porte à ce sujet qu'il y eut grande discussion entre les 
contingents divers (jui formaient larmée de Don Ifiigo 
pour savoir à qui reviendrait Thonneur de planter, 
le premier, son étendard dans la ville. Pour 
trancher ce différend, Inigo Lopoz se souvint de ses 
lectures, et sa sagesse lui suggéra un heureux expé- 
dient: il prit les étendards, les noua en un faisceau et 
les fit porter ainsi tous ensemble dans Huelma(l). Le 
château de Bexix tomba également aux mains du 
seigneur de la Vega(2). Effrayés par l'énergie de ce 
capitaine, les infidèles demandèrent une trêve qu'Inigo 
Lopez de Mendoza lui-même fut chargé de négocier. 
Les préliminaires en furent laborieux, car les condi- 

1. (( En este conbate se ovieron valienteinente dos hijos dcstc 
» notable cataUero Ifii^o Lopez de Mendoza, el uiio llamado 
» Pero Laso, y el otro Inigo de Mendoza; é como en Jaen y en 
» todas las eibdades de su obispado se supo como Inigo Lopez 
» estaba sobre liuelma, vino todala gente délias en socorro suyo, 
)) é como llegaron juntas hubo gran contienda por quai vandera 
» entraria priinero: é como Inigo Lopez fuese no ménos discrète 
» caballero que esforzado, por los quitar de debate tomô todas las 
» vanderas é hizolas un haz, y asi juntas las mandé meter dentro 
)) en la villa donde en el dicho coinbate murieron algunos chris- 
)) tianos aunque no hombres defacion.» (Chron. de Don Juan II, 
année 1438, chap. ii". 

2. La prise de Bexix, dont les histoires ne parlent pas, est 
afiQrmée par le texte d'un privilège du roi Jean, daté de 1448, qui 
se trouvait dans los Archives de l'Infantado (caj. 0, leg. I, 
Dura. 16, cité par Los Uios, Ohras dcl Mdrfjiif'a, p. lxix, n. 27). 



XXXVIII niRLIOTHKQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

lions posées par Inigo étaient exceptionnellement 
dures. Cependant ses amis lui firent savoir que son 
absence prolongée laissait libre j<ui à ses ennemis et 
que ses biens comme ses droits n'étaient pas absolu- 
ment respectés. Pressé de niellre ordre à ses affaires, 
il accorda au roi More une trêve de trois ans, qui fut 
signée le 11 avril 1439. Après quoi, il regagna au plus 
vite Guadalajara pour prolester contre la conduite du 

Roi et du Connétal)le à son égard. Très occupé, durant 
son expédition sur la frontière de Cordouc et de Jaen, 
le seigneur de^la Vega n'oul)liait cependant pas ses 
études. Durant son absence, il fît exécuter le renia- 
niement castillan d'une version aragonaise des His- 
i()ii''os de Paul Orose (1). VA dans ses œuvres nous 
trouvons une (( serranilla » composée évidemment à 
cette époque (2). 

Il était revenu juste à temps pour prendre part aux 

1. Cf. Notice XXIX, ms. *B, p. 166. 

2. ('elle (jui coininciicc: ' 

«< Entic Tori-es c Canena 

» A çerca do 8allo(;ar, 

)) P'alle moça de Bcdmar, 

» Sanct Jiillan en biicn ostrcna. » 

Et plus loin, le poète précise mieux encore les circonstances et 
les lieux : 

« Dixo : Non vades sennera, 
» ScM'i()ra,quo esta niafiaua 
» Ilan coprido la ribera, 
» AqucMîde de (juadiana 
» Moros de Valdepurchena 
» De la iruarda de Abdiibap, 
» CmL <le vei'vo>i mal i)a.ssap 
)) Me séria grav(» j>ena. » 

(Ohnts drl Marr/uès, p. 470). 



INTRODUCTION XXXIX 

guerres civiles qui allaient nouvellement se déchaîner 
avec une extraordinaire violence. Elles commencèrent 
par une coalition de nobles, à la tête desquels s étaient 
mis Tinfant Don Enrique et le roi de Navarre, dans le 
dessein de chasser de la cour le connétable Alvaro 
de Luna dont la puissance constituait pour eux un 
danger perpétuel. Exilé pour un temps, le Conné- 
table ne tarda pas à rejoindre le Roi. Cependant les 
nobles obtinrent le mariage du prince Don Enrique 
avec Blanche de Navarre, fille du roi de ce pays. Ils 
espéraient que cette union donnerait au roi Jean de 
Navarre plus d ascendant sur son cousin de Castille 
et que l'influence de Don Alvaro en serait diminuée. 

Inigo Lopez de Mendoza fit partie de la députation 
des grands seigneurs envoyés à la rencontre de Tin- 
fante Dofla Blanca. A cette occasion, il rima une chan- 
son pour la jeune princesse et une (( serranilla » (1). 
Les mécontents gagnèrent à leur cause le prince 
Henri et sa mère, semant ainsi la discorde dans la 

1. La chanson commence par : 

« Quanto mf\s vos niirarùn, 
» Muy ex<,*el lente pringesa, 
» Tanto mâs vos loaran. » 



« Tal navarr-a nin françesa 
» Nunca vieron, nin veriïn. » 

{Ohras dcl Marques^ p. 447). 

Et la (( serranilla » qui reflète ses impressions de voyage à la 
frontière du pays Navarrais débute ainsi : 

« l)c Vytoria me partia 

» Un dia desta semana, 

» Por me passar â Aie^ria. » 

(Ohms (Irl Mnrqiirs, p. 477). 



XL BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

famille même de l'infortuné Jean II . Pour frapper 
Ifiigo I..opez de Mendoza et pour détaclier le pi-ince 
Henri du ii:nuipe de ses ennemis, le Roi son père lui 
donna Guadalajara. Comme on pouvait s'y attendre, 
le seigneur de la Vcga refusa de livrer la ville, et sa 
rancune contre le Connétable, dont il devina l'inten- 
tion, ne fît que grandir. 

Dans cette même année 1-141, Ifiigo Lopoz s'em- 
para d'Alcalji de Hciiares. Ceci amena des repré- 
sailles, dont le résultat fut une rencontre près du 
Torote où les troupes de Juan Carillo de Toledo l'em- 
portèrent sur celles du seigneur de la Vega et où ce 
dernier fut dangei-euscnient blessé. 

Les nobles, soutenus par la reine et par le prince 
Henri, forcèrent Jean II d'approuver la sentence par 
laquelle ils condanmaicnt Alvaro de Luna à se retirer 
de la cour pendant six années. Inigo Lopcz de Men— 
doza fut chargé do rester auprès du roï, durant l'exil 
du Connétal)le, afin de veiller aux inlérèlsde la no- 
blesse. Mais Jean II, énergique sur ce seul point, 
rappela Don Alvaro et annula la sentence que la coa- 
lition des grands l'avait forcé d'accepter. Les mécon- 
tents se retirèrent alors dans leurs terres, et loigo 
Lopcz revint à Guadalajara. Deux ans après, le roi do 
Castille, fait prisonnier par Jean de Navarre, appela 
ses vassaux â son secours. Ce fut à qui aurait l'appui 
du seigneur de Guadalajara; des deux côtés pour 
prix de ses services, on lui offrait la possession défi- 
nitive des états des Asturies de Santillane, dont une 
partie avait été cédée au comte de Castafieda en 1438 



INTRODUCTION XLI 

pendant qu'Ifligo Lopez se battait contre les Mores 
sur la frontière de Jaen. Le prince Henri s'étant ré- 
concilie avec son père, Ifiigo Lopez jugea plus pru- 
dent et plus avantageux de prêter main forte au prince. 
Il réunit ses honnnes, et en juillet 1 144, se joignit à 
Burgos aux partisans du prince et du roi de Castille. 
Celui-ci fut rai)idenient délivré et pour s'assurer l'at- 
tachement des seigneurs qui étaient accourus à la voix 
de son fils, il fit pleuvoir sur eux les l)énéfices et les 
donations. Don Iftigo, outre la confirmation du décret 
qui lui assurait les vallées des Asturies de Santillanc, 
obtînt la cession d(* TAlcazar de Guadalnjara. L'année 
1445 mit nouvellement en présence le roi de Castille 
et ses cousins. La l)ataille d'Olinedo fut un grand 
triomphe pour les armes castillanes ; Jean II et son fils 
Henri, entourés de leurs partisans, au premier rang 
desquels brillaient le Connétable et le seigneur de la 
Vega, défirent après une lutte acharnée Tinfant Don 
Enrique et le roi de de Navarre. Le premier* alla 
mourir à Calatavud des suites de ses l)lessures, le se- 
cond se retira dans son rovaume, et le roi de Castille 
essaya de gagner les sympathies des grands qui les 
avaient soutenus, (mi leur pardonnant. Dans cette mé- 
morable lutte, le (.'onnétable gagna la graiurmaitrise 
de Saint-Jacques vii le s(Mgneur de la V(^ga les titres 
de marquis de Santillane et de comtiî du Real dé 
Manzanares. Mais cette victoire n'assura pas la paix. 
Le roi d'Anigon leva des troupes pour soutenir les 
prétentions du roi de Navarre son frère et de ses par- 
tisans. Les Aragoiiais entrèrent en Castille, les Cas- 



XLII ninl.lOTHKQi;E l)i: M,\HQU1S uv. santillane 

tillans en Aragon, et dus deux eûtes des fhàteanx 
furent pris. Eu août 1447, rai-che\'èque de Tolède 
Alonso Cai'ilto do Acuila et le marquis de Sautillane 
reconquirent pour Jean II la forteresse de Torija. Do 
leur côté, ceux d'Aragon prirent le cliàteau de Pefia 
de Aleazar près de Soria. Ces escarmouches de p;irt 
et d'aud-e auraient amené une guerre sérieuse, et 
déjà Jean II s'y préparait, si les troubles intérieurs et 
les bruits de ligues hostiles au Connétable, et par con- 
séquent au Roi, n'avaient rappelé celui-ci à Valladolid. 
Copendant le second mariage du roi de CastiUe avec 
Dona Isabel de Portugal négocié par Don Alvaro fut 
célébré avec poini>c à Madrigal. Ifligo Lopez y assista 
et sa muse lui dicta une chanson à l'adresse de la jeune 
reine (1), qui, trompant les espérances du Connétable, 
devait, entre les mains de ses ennemis, devenir l'ins- 
trument de sa ruine. 

Pour cou|>er court à la conjuration menaçante des 
nobles, le Roi, le princ« Henri et Don Alvaro de Luna 
décidèrent de jeter en prison les chefs de l'opposition. 
Le 11 mai, Alonso Pimentel, comte de Benavente, 
Fernan Alvarez de Toledo, comte d'Albe, Henri, 
frère de l'amiral, Pedro et Suero de Quiflones furent 
arrêtés. Le marquis de Sautillane, inquiet pour lui- 
même et très irrité de la prison de son cousin et frère 



1. Cani.-iijn à la sefiora Réj/na: 



K Diox vos Eaga, virtiiosa, 
> [ti?yntLbicjia,veiiturada. 
u Quaiito vos t\(;o [ermosa, i 



fM M.a-.iurs. f,. ^50J. 



INTRODUCTION XLIII 

(l'tirnies, le eomto cfAlbc, se retira à Guadalajara, où, 
nous Tavons vu, il composa pour consoler son parent 
le (( Dialoi»:ue de Bias (*ontre la Fortune ». C'est aussi 
entre 1M5 et 1419 (1 ) qu'il a dii écrire sa célèbre lettre 
à Don Pedro, connétable de Portugal, un des plus cu- 
rieux monuments de Thistoire littéraire du XV'' siècle, 
[^a coalition des nobles ne tarda pas à s'organiser 
de nouveau, le prince Henri et le roi de Navarre y 
adhérèrent et le Marquis fut, avec Pero Fernândez de 
Velasco, comte de Haro, placé à la tète du mouvement. 
L'lial)ile Connétable sut déjouer les projets de ses 
ennemis, il provoqua la défection du roi de Navarre 
auquel, pour ce faire, il offrit de sérieux avantages. 
La reprise des hostilités contre TAragon et la Navarre 
attira lattention sur les frontières où Jean II jugea 
prudent d'envoyer des capitaines parmi lesquels se 
trouvait Iftigo Lopez de Mendoza, qui reprit la forte- 
resse de Torija tombée une seconde fois aux mains de 
l'ennemi. De retour à Guadalajara, il y reçut une 
lett]*i> du comte de Placencia qui lui demandait aide 
et secours contre le Connétal)le. Le marcjuis de San- 
tillane donna deux cents lances à son fils Diego Hur- 

1. Lorsque Inigo Lopez de Mendoza écrivit cette lettre, il était 
déjà marquis de Santillane, comme l'indiquent les rubriques des 
manuscrits qui nous ont conservé ce traité. En 1445, le Connétable 
avait 16 ans et pouvait fort bien s'adresser à Santillane pour lui 
demander un chansonnier. Le père du Connétable, lïnfant Don 
Pedro, duc deCoïmbre, mourut à la bataille d'Alfarrobeira (1449). 
Comme Amador de los Kios l'a observé ( Obras (tel Marqués^ p. xc), 
Ifiigo Lopez, dans sa lettre, parle de l'infant Don Pedro comme 
d une personne vivante, par conséquent cette lettre a été écrite 
avant 1440. 



XLIV BIBLIOTHEQUE DD MAHQUIS DE SANTILLANE 

Udo, qui s'unit à Don Alvaro de Estufliga, fils du 
conilp,, qui en avait trois cents, et tous deux mar- 
chèrent sur Valladnlid pour s'emparer de la personne 
du Connétable. Celui-ci, averti à temps, se réfugia à 
Burgos auprès de Jean II, qui, sous la pression 
des nobles et de la reine, avait consenti à laisser 
tendre un piège à son favori ; mais au dernier mo- 
ment il eut dos remords et tenta de le faire évader. 
Le Connétable ne voulut pas profiter de l'occasion et, 
peut-être pour frapper d'efïroi ses adversaires, tua le 
jour du vendredi saint de l'année 1453 Alonso de 
Vivero, grand trésorier du Roi. Le 5 avril, la maison 
où demeurait Alvaro de Luna fut cernée et, après 
une faible résistance, le Connétable, auquel un billet 
du Roi promettait qu'on respecterait sa personne, se 
rendit. Son procès, perdu d'avance, fut vivement con- 
duit, car les grands craignaient encore de voir Jean II 
les priver du fruit de leurs efforts. Le 5 juillet 
Luna fut exécuté à Valladolid. Don Ifligo Lopez prêta 
main-forte au Roi pour conquérir les villes et les châ- 
teaux des terres de Don Alvaro, puis il se retira 
à Guadalajara afin de méditer sur le néant des 
choses humaines. C'est à. ce moment que Santillane 
écrivit « le Doctrinal des Favoris », réquisitoire pas- 
sionné où la rancune personnelle perce sous les consi- 
dérations philosophiques et morales. Le marquis de 
Santillane n'a vu en Don Alvaro de Luna qu'un cour- 
tisan gorgé de richesses, il n'a pas su deviner en lui 
le seul homme dont l'énergie et le sons politique au- 
raient pu faire du règne de Jean II autre chose qu'une 



I 



•wc^y'-.-'r 



INTRODUCTION XLV 

époque de guerres civiles et de mesquines compéti- 
tions. Lui, qui tant de fois a demandé à Dante des 
vers à imiter ou à paraphraser, n'a pas même songé à 
appliquer au Connétal)le du roi Jean II les strophes 
magnifiques qu'Alighieri consacre à Pierre délia 
Vigna, le malheureux et fidèle chancelier de Fré- 
déric II : 

(( r son celui che tenni ambo lecliiavi 
» Del cuor di Fcderigo, c che le volsi, 
» Serrando e disscrrando, si soavi 

» Che dal scgreto suc quasi ogni uom tolsi. 
» Fede portai al glorïoso ufizio, 
» Tanto cil' io ne perdei le vene e i polsi (1). » 

Alphonse, roi d'Aragon, ayant appris le supplice de 
Don Alvaro de Luna, envoya un ambassadeur au roi 
de Castille pour le prier de conclure avec lui un traité 
de paix. Jean II chargea Iftigo Lopez de Mendoza et 
quelques autres seigneurs de se mettre d'accord et de 
négocier cette alïaire. Mais le Roi, dont la santé était 
ébranlée depuis quelque temps, mourut à Valladolid le 
20 juillet 1454 (2). Son fils Henri lui succéda et ce fut 
lui qui fît la paix avec les rois d'Aragon et de Navarre, 

1. Inferno, chant XIII, vers 58 à 63. 

2. Nous savons que Jean II souffrait de fortes fièvres intermit- 
tentes, ce qui fournit au marquis de Santillane le sujet de son 
étrange composition, Sobre la quartana del Sefior Rey Don 
Johan II : 

(( Porque la que nunca venga 
)) Al sefior roy se le vaya, 
» Cont^crtemos una arenga, 
» Tal que de menos non tcnga, 
» Nin de niâ.s nada non aya. » 

{Obras del Marffucs, p. 264). 



XLV! BIBLIOTllfeQUE DU MARQLIS DE SANTII.LANE 

moyennant le rcnonconient de la part de ceux-ci et do 
Don Enrique. fils de l'infant Don Eni-îque d'Aragon, à 
toutes leurs prétentious sur des état'î ou des dignités en 
Castille. Avant mémo que l'on eût procédé à son cou- 
ronnement, Henri IV avait déjà fait remettre en liberté 
le cousin du marquis de Santillano, Fei-nand Alvarez 
do Toledn. Puis le Roi réunit les Cortes à Cucllar [X)ur 
y proclamer son intention de combattre les intîdéles qui 
depuis longtemps n'avaient plus été inquiétés. Ilitar- 
titen 1455 à la téted'ime armée considérable où figu- 
raient aussi li^igo L/jpez de Mendoza et ses- lils, suivis 
de leurs vassaux. I^a campagne était à peine engagée 
que le Roi, satisfait de ces premiers succès, R'vintcn 
Castille. Le marquis de Santillane, jar Séville etGua- 
dalupe, où il alla en pèlerinage, regagna'Guadalajara. 
II apprit à son retour la mort de son tils Don Pedro 
Las so de la Vega, et à la fin de cette même année 1455 
il perdit sa fcnune Dorta Cafalina de Figueroa. L'année 
suivante priva le Marquis d'un de ses meilleurs amis, 
le poète Juan de Mena, auquel il éleva, dit-un, un 
somptueux tombeau dans l'église de Torrelaguna (1). 
En 1457, le Roi pensa reprendre la guerre contre les 
Mores; il demanda au Marquis de l'accompagner, 
mais celui-ci le pria de l'excuser, car il se sentait vieux 
et il voulait se préparer à la mort. Il prit encore part 
à une réunion de nolïlcs pour attirer l'attention du Roi 



1. Gf, Toinas Autonio Sanchez : Notii-ian para ta rida rfe 
Don làiffo Lopes de Mendoîa, § XXX et XXX[ tColePcion dr 
poesia» castelltinas anleriot-es fil aîgloXV, l. I(, — On sait le grand 
cas que Juan du Mena faisait du Marquis t'omme poMe. érudit et 
guerrier. Il nous en a laissé un viljraut témoignage dans La Co- 



Introduction xlvii 

sur les clêsordrcs qui désolaient la Castille. Henri IV 
leur promit de convoque^' les Cortes afin de chercher 
un remède aux maux qu'ils lui signalaient. Ce fut là 
le dernier acte de la vie publique du marquis de San- 
tillane qui rendit son àme à Dieu le 25 mars 1458. 



(( Don Iftigo Lopez de Mendoza était de taille 
moyenne, ses membres étaient proportionnés, et beaux 
les traits de son visage. C'était un honmie fin et avisé 
et de si grand c(xnir que les grandes choses ne pou- 
vaient le troubler comme les petites ne savaient lui 
plaire. Son maintien et son discours étaient généreux 
et magnanimes. 11 parlait très bien, et jamais on ne 
l'entendait dire un mot qui ne fût à noter, soit pour 
la doctrine, soit pour le plaisir. 11 était courtois et pré- 
venant envers tous ceux qui venaientàlui, particulière- 
ment pour les hommes de science 11 était 

fort sobre. Sa vie durant, il eut deux occupations 

ronacion^ lou*^ poème consacré au Marquis, où Juan de Mena 
raconte qu'il le vit couronner par les Muses. Ce poème doit avoir 
été composé lors de la glorieuse expédition du Marquis sur la fron- 
tière de Jaen. 

XLI XLII 

a A la que vi en continente « Yo dixe : Nunea Dios quiera 

» De mayor autoridad » Ca yo le dexe bien sano, 

» Demande muy niansamentc » Capitan de la frontera, 

» Quién era aquel merecionte » Quando la vez postrimera 

» De tanta felieidad. » Metiô Iluelmadsaco mano. 

» Respondiô con gran falago : » Mas habcd miedo pop Dios 

» A quien tu ves que lia.ç<) » De decir tal cosa vos, 

» Tan gran despensa de honor » Ni al présente Dios io mande^ 

» Es de Mendoza senor, » Ca séria (la no tan grande 

» De la Voga* y de Buytrago. » » Quai no fué antes de nos. » 



XLVIll nmLIOTIlKQUE DLr MAKQlllS DE SANTILLANE 

favopitos, l'art militaire et l'étude. Et si les armes 
n'empêchaient pas rùtude, l'étude n'empiétait pas sur 
le temps qu'il consacrait à s'entretenir, avec les che- 
valiers et les écuyers de sa maison, de la forme des 
armes nécessaires pour la défense, et des armes 
nécessaires pour l'attaque, et de la fa(;on de frapper 
l'ennemi, et comment il fallait disposer les batailles 
et les camps, comment il fallait assiéger et défendre 
les forteresses et des autres choses que requiert l'exer- 
cice de la chevalerie. Ces sujets lui étaient agréables 
jmr la grande habitude qu'il en avait depuis son en- 
fance. Et pour que les siens sussent par expérience 
ce qu'ils entendaient par thi'orie, il ordonnait d'exé- 
cuter des joutes et autres exercices guerriers dans sa 
maison, afin que ses honun es accoutumés aux armes 
souffrissent moins des fatigues de laguerre( 1 ). h» Avant 
tout autre, il introduisit dans son pays beaucoup 
d'accoutrements nouveaux et d'insignes de chevalerie, 
beaucoup de nouveaux ap[mreils de guerre, et non 
content de les faire venir de l'étranger, il y ajoutait et 
les corrigeait, et lui-même inventa d'autres choses 



1. Voir Fernando de l'ulgar, Claros mroneu, lit. IV. et Juan 
deLucona qui, dans son De rila beata, fait dire à l'évoque de 
Burgos : « El Marqués jamis las desnuda (las armas), saluo 
» quando visie la toga : en anna;; extrenuo, disertissiino en letras, 
Il sy en lo uno trabaia, descansa en lo al ; ni las arma;? sus estu- 
» dios, ni los estudios empachan sus arina.s » (Paz y Mélia. O/jtia- 
Cldos litcrarios^p. 133!. 

Le Marquis lui-même dans ta préface de ses Pnwcrhes exprime 
celte même idée que les vertus militaires sont compatibles avec 
ie goût des éludes, et il le tait en ces termes : « La sçiençia non 
Il cmbota el fierro de la lani;a. nin face floxa el espadacn la mano 
Il del cavallero»(Oirrtsrf'.'iA/<(*7,[CN, p. 24). 



■Vi'»-^* r?i 



1 



INTRODUCTION XLIX 

qui causaient un grand étonncment à tout le monde et 
que})eaucoupimitèrent(l).)) «C'était un vaillant cheva- 
lier, dit encore Pulgar, avant l'action sage et mesuré, 
et une fois qu'il l'avait engagée intrépide et audacieux ; 
cependant son audace n'était pas sans circonspection et 
jamais à sa prudence ne se mêla la moindre crainte — 
Il gouvernait avec ha])ileté les gens d'armes de sa 
capitainerie et savait être pour eux à la fois seigneur 
et compagnon. Il n'était ni hautain dans le comman- 
dement, ni familier dans les rapports quotidiens. Car 
il avait une humilité intérieure qui le faisait ami de 
Dieu et au dehors il savait conserver l'autorité néces- 
saire pour se faire estimer des hommes. » Ses soldats 
l'aimaient « parce qu'il leur était, comme Marins le 
disait de lui-même, conseiller quand il fallait agir et 
compagnon dans le péril(2) ». 

Énergique et doux à la fois, il avait dans la vie 
privée une attitude plus franche et plus sympathique 
que dans la vie publique. Dissimulé en politique, si 
bien qu'on ne peut distinguer nettement si sa versatilité 
tient à son réel attachement pour les lîls de Don Fer- 
nando de Antequera, ou bien s'il n'est poussé à changer 

1 . Voyez la préface que Diego de Burgos a mise en tôte du 
Triunfo del -War9'(t(?8( Appendice 2, p. 463). 

2. Gômez Manrique, Cancionero, t. II, p. 8, édit. Paz y Mé- 
lia. — Manrique a dédié à Pedro Gonzalez de Mendoza, évêque 
de Calahorra, le poème qu'il a intitulé: El planto de las rirtndes e 
poesia por el mafjnijico aenor don Inlr/o Lopes de Mendoça^ 
marqués de Santillana e condo del Real, conpuesto par Gomez 
Manrique^ sa sobrino . Dans sa dédicace en prose Manrique parle 
des vertus du Marquis et de son caractère avec émotion et sincé- 
rité. 

IV 



L BIBLIOTHEQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

de pai'ti que jîar haine pour Alvaro db Luna, il est, 
dans sa vie privée, d'une moralité supih'îeure qui lui 
vaut l'estime de ses contouiporainti. Eu matière littt'- 
raire, sou honnêteté est parfaite ; il est scrupuleux 
dans l'indication de ses sources, et jamais il n'est 
tenté, comme par exemple Leonardo Bruni (1) ou Juan 
de Lucena(2) , do se parer des plumes du paon. En par- 
lant de l'amour de la vérité avec son grand ami 
l'évèque de Burgos, il s'écrie : « Foi de chevalier, elle 
est d'un philosopiie et non d'un enfant la vilhinelle qui 
dit: 

Il Même si je savait; d'en mourir, 
» La vérité je veux la dire (3). » i 

S'il n'a pas toujours su résister aux tentations vul- 
gaires de la vie, s'il s'est laissé emporter par la colère 
ou par laluxure(4), ou peut affirmer qu'il ne s'y est 
jamais complu et que les joies de l'étude l'emportaient 
pour lui sur le plaisir, comme l'amour conjugal l'em- 

1. On sait que Leonardo Bruni n'iilail pris scrupuieiix. Son 
De Bello italico ttdcer.ias Got/ion dérive de Procopc. '|u'il ne cite 
pas, ot ses Comrurntaria de primo bello pnniru dérivent de 
l'olybe qu'il ne cite pas davantage. 

2. M. l'az y Méli;i dans ses Opùnciilos lilcrarios, remarque, en 
parlant du De rila henta de Juan de Lucena. que l'auteur castil- 
lan a non seulement imîlé mais encore suivi pas à pasle/)in- 
lugtia de felieiiate vitœ. dédié au roi Alphonse d'Aragon par Bar- 
tolomeo Fazlo [l, c, p. ix). 

3. « En fe de cauallero, dephiliïsopho, no de rapaz, es aque). 
» viltancete: 

n Si mi/iirsc de niorir, 
ta ecrdal f/uicro dc^ir.a 

(De rilfi benia, l. c.,p. 165), 
•1. Fernando de l'ulfcar. Clnma rarones, tit. IV. 



INTRODUCTION LI 

portait dans son cœur sur Taniour buissonnier. 11 
aimait sa femme qui fut vraiment la dame de ses pen- 
sées et à laquelle il adressait ses vers. Elle lui donna 
sept fils et trois filles. Ifligo Lopez de Mendoza éleva 
ses enfants avec sollicitude. On ne lui connaît pas de 
bâtard, chose rare en son temps. S'il veillait surtout 
à l'instruction civique et militaire de ses fils, s'il prit 
soin de leur faire apprendre de bonne heure ce qu'il 
souffrait lui d'ignorer ( 1 ) , il ne fut pas moins tendrement 
attaché à ses filles auxquelles il a dédié un délicieux 
cillanrico (2). On le voit dans cette pièce, lier de leur 
beauté, et un peu jaloux de ceux qu elles aimeront. 
Et lorsque, dans le dialogue De rUahoata, le poète 
Juan de Mena, voyant le Marquis entouré de ses fils 
et de ses petits-enfants, demande à Tévèque de Burgos 
s'il ne croit pas que Ic^ bonheur soit dans la paternité, 

J. Fernando de Pulgar (Claroa ranirws, lit. IX), dit de Diego 
Ilurtado de Mendoza, tils aîné du Marquis: a Kra liombre bien 
» instruto en las letras latinas, é ténia tan buena meinoria, que 
» pocas cosas se le olvidaban de lo que en la Sacra Kscriplura avia 
)) leido.))Onsait l'enthousiasme de Don Ifiigo Lopez pour les études 
de son fils Pedro Gonzalez et les services qu'il lui demandait. 

2. VUlançico hecho por el Alarf/né^ de Santillana à unas trea 
/Uas stiijaa, 

I II 

a Por una gentil floresta « Por niîi-ar su fermosura 

»> De lindas flores é rosas ,> Destas ires gentilos damas, 

» Vide très damas fermosas » Yo cobilme conlas ramas, 

i) Que de amores Jian reqiiesta. ,» Mo.tlmo s6 la verdura. 

))• Yo con voluntit muy presta » La otra con grand tristura 

>» Me llegué ii coiiosçellas : » Començô de sospirar 

» Començô la una délias, » K declr osto caniar 

» Estacançion tan honesta : .> Con muy liouesta messura: 
» Aguardau â mi; » La nina que amores hâ, 

» Nunca taies guardas vi. » » Sola, ^ cômo dormira? » 



LU UIDLIOTHÈQUE DU MAHQIJIS DE SANTILLANE 

et que le docte prélat répond en énumérant toutes les 
souffrances que peut procurer la famille et rappelle au 
poète la mort douloureuse du quatrième fils de leur 
hôte, le Marquis .s'èerie : « Que Dieu te pardonne. 
Juan do Mena, çumine je te pardonne!... En i>ensant 
me faire plaisir, tu m"as valu de nouvelles souf- 
frances; lu voulais me glorifier et tu as ravivé ma 
blessure. Oh, mon très doux fils Don Poro Lasso ! 
Quand je me souviens do toi, j'oublie tes frères, j'ou- 
blie mes petits-enfants et la douleur de fa mort tue 
toute ma gloire ! Et il n'est pour mon âme autre con- 
solation que de penser que je te reverrai sans plus 
craindre que tu meures. Je t'en prie, oh Juan de 
Mena, n'afflrmo pas ce que tu ignores. Foi de loyal 
chevalier, je te dis que ces fils que tu vois, s'ils me 
font perdre un cheveu blanc, m'en font blanchircent; 
je serais moins heureux sans eux, c'est certain, mais 
aussi je souiïrirais moins, Dieu le sait(l). » 

« Vous devez à Dieu beaucoup do reconnaissance, — 
disait à liligo Lopez son vieux serviteur Anton Zo- 
rita, — il vous a donné une compagne sage, fidèle, 



IV 
■■ Desque ya uvicron caatado 
" Estas seâoros que digo, 
Il Yo sali descoiisolado. 
Il Como ome sin abrigo. 
N Elias dixeron : Amigo, 
" Non Boys vos el que buscîioioa ; 
" MiiSL'auUl, (mes que cantaujDs: 
» Sospirando yvala niila 

" È non por ml. 

a Que yo bien se ifrentendl. " 
(Orbns </•■/ Marquis, p. 461). 



m 

n Por DO les [a(;er turbanga 
n Non quise yr mas adelante 

A laa que cod opdenança 

• CaDtavan laa coDSonante. 
'■> Laotra coq buea semblaute 
D Dixo : Seftoras de estailo, 

1 Pues las dos aveisoautado, 
) A ini L'onvieue quccautc: 

iJ Dcjatlo, alvillatio peue; 
n Véugueuie Diosdellc. m 

1. De nia henta. l. r., n. 



INTRODUCTION LUI 

honnête, vertueuse et obéissante, telle que peu 
d'hommes en rencontrent. Et vous devez aussi lui 
rendre grâce de vous avoir donné en elle des fils in- 
telligents, courtois, honnêtes, déjà bons chevaliers 
pour leur ^ige, et très obéissants, et soumis à votre vo- 
lonté, et des filles honnêtes, gracieuses, charitables, 
humbles, humaines, enfin dotées par la grâce divine 
de pudeur virginale (1). » 

Le Marquis était religieux et bon catholique. 11 
lisait les Évangiles et fît sur la fin de ses jours un 
pèlerinage au sanctuaire de N.-D. de Guadalupe. Il a 
adressé des sonnets à la Vierge (2), à saint Michel 
Archange (3), à sainte Claire (4), à saint Chris- 
tophe (5), à saint Bernardin (6), à saint André (7), à 
saint Vincent Ferrer (8) et à son ange gardien (9) . Il 
a composé pour la canonisation cîe Vincent Ferrer, 
qu'il avait connu personnellement en Aragon, et pour 
celle du confesseur Pierre deVillacreçes, un long poème 
apologétique, où il fait défiler tous les princes du 
ciel(lO). Il a brodé sur les Joies de Notre-Dame (11), 

1. Préface d* Anton Zorita à sa version castillane de Y Arbre 
des batailles d'Honoré Bonnet (Cf. Notice LVIII, ms. *B, 
p. 375). 

2. Obras del Marqués^ p. 292. 

3. Ibid., p. 293. 

4. Ibid., p. 294. 

5. Ibid.^ p. 294. 

6. Ibid., p. 295. 

7. Ibid., p. 259. 

8. Ibid., p. 296. 

9. Ibid., p. 297. 

10. /6id., p. 299. 

11. Ibid., p. 308. 



LVl BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANK 

Dans la chapoUo de cet hospice se consen'e encore de 
nos jours un retable sur lequel se trouvent peints aux 
pieds d'une image de la Vierge, les portraits du mar- 
quis de SantiUane et de Doua Catalina de Figucroa 
dus au pinceau d'un artiste du XV*' siècle nommé 
Jorge Inglés (1). 



» syn dubda ella puede dezir con Geremias que es quedada syn el 
» como biuda seûora de génies » [Cnncionero, édit. Paz y 
Mélia, t. II, p. B|, et Diego de Burgos, dans sa préface du 
Triun/o del Marqués, s'écrie: (( Qui saurait louer comme il le 
mérite celui qui a fait tant de bien à sa patrie? » (Appendice 2, 
p. 463). 

1- Cean Bermudez parle de cet artiste dans son Dicclonario 
historico de tos 'iias iluslres profesores de las bellas artes en 
Espana, t. II, p. 309-:îl0 (Madrid, 1800). Voici la notice qu'il lui 
consacre: n Inglés (el maestro Jorge) pintor. D, Inigo Lopez de 
» Mendoza, primer marqués de Santillana, tan conocido por su 
» virtud y nobleza, quanto por au literatura y poesias, estando 
» en la vega de Granada, dispuso en su codicJlio, que otorgiS en 
» Jaen en 5 de Junio de 1455, que este protesor pintase el retabio 
I) mayor y colaterales de la igleaia del liospilal iS. Salvador) de 
» Builrago, que habia tundado, y que se colocase en el nicho 
» principal la imitgen de nuestra Seûora, que mandti traerdc la 
B (eria de Mcdina. 

« El retabio mayor consia de dos cuerpos ; en el prîmero y al 
i> lado del evangelio retratd cl maestro Jorge à D. Ifiigoarro- 
H dillado, en actilud de orar, algo raenor que el lamaûo "del 
» natural, y à un page detras tambien de rodillas; y al de la 
» epistola à au muger en la misma postura, y i una criada à la 
H espalda, Pinto enel segundo doceàngeles, vestidos con tunice- 
» las con unos pergaminos en los manos, y en cada uno esta 
» escrito uno de los doce gozos, Uamados de Sanla Maria que 
a compuso el marqués, y andan impre.sos en un cancionero 
'i gênerai con algunas variaciones de como estân aqui en los per- 
» gaminoh; y remata el retabio con S. Jorge de la misma mano. 
" No existen los colaterales, pero si las dos pinturas de Santiago 
H y S- Sébastian, que conlenlan, colocadas en los postes inme- 
)> dîatos à la capilla mayor; por unas y otras se viene en conoci- 



INTRODUCTION 



Mais ce qui fît que la renommée dont le Marquis 
jouissait de son temps dépassa les [rentières de la Pé- 
ninsule et se répandit en divers pays, ce fut son pro- 
digieux amour de l'étude et la large protection qu'il 
accordait aux letlrés(l). 

Zoriia, qui l'a bien connu et qui a pour lui usé ses 
yeux si fatigués par l'^e que même en chaussant ses 
Ixisiclos il arrivait mal à tailler ses plumes, lui dit: 



» raiento de que el maestro Inglés era uno de los mejores piolores 
11 de su tiempo en Espana, pues eslan pinladas con el acierto y 
" prolixidad qiieofrecian los conocimientos de aquella época. El 
H sefior duque del Infantado. patrono del hospital.ha liecho traer â 
» Madrid los citados retratos de los niarqueses para liinpîarlos, 
» y cou este motivo ha dispueslo que D. Fernando Selma gra- 
» base el del Marqués, que acaba de desempefiar con el acierto 
}> que acostumbra — Pons. » 

Nous trouvons encore une autre mention decesportraîtsduMar 
quis etde sa femme dans l'ouvrage de J. M. Quadrado, Rectierdosy 
bellexaa de Espana etc., CastiUa la Niiera.p. 174. Le Département 
des estampes de la Bibliothi>que Nationale de Madrid conserve 
un exemplaire du portrait d'Inigo Lopez f{ravé par Selma dont il 
est fait mention dans la notice copiée ci-dessus. Le portrait 
reproduit par Amador de Los Rios en tête de ses Obras del 
Afart/tiés est uno composition de Demelrio de Los Uios, mais les 
traits du Marquis sont empruntés k la gravure de Selma et 
dérivent également du portrait de Jorge Inglés (Cf. A. M. de 
Barcia, Catàlogo de retratos de personajes espanoles, p. 455, 
n" 1043-1-2). 

1. (( Il avait toujours dans sa maison des docteurs et des maîtres 
avec lesquels il parlait des sciences et des lectures qui l'occu- 
paient. 1) (Fernando de Pulgar, Clams rnroneu, lit. IV}. Le 
quatrième duc de l'Infantado parle dans son Mémorial de eoaaa 
notables du soin que prenaient ses ancêtres, et particulièrement le 
marquis de Santillane, d'enrichir leur bibliothèque et il remarque 
que « des hommes de valeur s'occupaient de traduire pour 
eux beaucoup de livres et qu'on les récompensait largement de 
leur peine ». (Cf. Appendice 3, p, 466). 



LVm niItLtOTllKQUF: DU MARQUIS DE SANTILLANE 

« Il est un joyau <iue vous possédez plus qu'aucun de 
vos égaux... c'est Tainoui- de la scienoe et vous l'ai- 
mez véritablement d'une telle affection, vous la i-e- 
cherchez avec tant de zèle, que quelque occupé et 
fatigué que vous soyez... il n'est jour au monde que 
vous ne lisiez les livres des philosophes ou des poètes, 
ou encore la Sainte-Écriture ou les histoires, volant 
du temps au repos et au plaisir de votre couche pour 
l'employer assidûment en cette honnête et louable 
occupation. Et vous traitez si respectueusement les 
hommes de science, quels qu'ils soient, que votre 
bonne i-enommée se répand non seulement dans les 
provinces voisines, mais aussi dans les pays très 
éloignés des nôtres et votre nom fortuné s'y fait con— 
naître; et pour qu'il en reste éternelle mémoire, il est 
cité dans beaucoup de livres par de savants et fidèles 
écrivains(l).)iUn autre de ses familiers s'écrio ru C'est 
lui qui a délivré nos Espagnes de Tavougle ignorance 
en les éclairant de la lumière d'une charité vérilal)le 



1. V. Anton Zorila dans la préface qu'il a mise ea tète de sa 
version de VArbre des lintaiUes de Uonnet. (Notice LVIII, 
ms. 'B, p. 375). — Juan de Mena dans la préface de sa Corona- 
cion (ici Marfjuès dit que V beaucoup d'étrangers, qui n'avaient 
pas d'autre raison de venir en Espa^^ne se rendaient en Castille 
attiré!' par la réputation du Marquis ». Et Pedro Gonzalez de 
Mendoza en adressant à son p&re la traduction de VIliade, que 
celui ci lui avait demandée, écrit ceci : « Je me suis soumis à la 
volonté et k l'ordre exprimés par votre seigneurie dans sa remar- 
quable lettre, en considérant que même ceux que l'éloignement 
de leur pays empêche de jouir de %'otre présence vous servent avec 
plaisir pour votre réputation, et que je vis dans noire province un 
grand nombre d'Iiommes qui avaient entendu parler de vous et 
qui ne venaient que jMur vous voir » (Notice I, p. 6}. 



I 



INTRODUCTION LIX 

et en ix)rtant à la connaissance de tous le plus grand 
bien que les hommes puissent ambitionner dans leur 
vie mortelle, c est-à-dire la science. Et ce ne sont pas 
les nôtres seuls, dans notre région occidentale, qui 
savent combien il sut tirer de fruit du savoir, mais 
aussi les honnnes des pays éloignés et des terres étran- 
gèi-es le reconnaissent et ne parlent pas de lui sans 
nous l'envier grandement. Combien d'hommesy avait- 
il avant lui dans notre pays, et quels étaient-ils qui 
connussent d'autres lectures que celles du droit civil 
ou du droit canon? Certes, je crois qu'ils furent 
rares, s'il y en eut, car la vieille et grossière l'outine 
les tenait et aveuglait d'erreur les intelligences. Si 
bien que non seulement les princes, les grands 
seigneurs et les hommes que Ton croyait instruits, 
étaient en Espagne sevrés du bienfait de la science, 
mais aussi la multitude des hommes de moindre 
condition où Ton aurait pu s'attendre à trouver un 
savant. Et lorsque cet homme de haut entendement 
vit que, depuis les temps de Lucain, de Sénèque, de 
Quintilien et d'autres anciens savants, sa patrie était 
privée d'une si grande richesse, il s'en affligea et 
travailla avec zèle, par ses études et par son talent, en 
composant des (ouvres nombreuses et distinguées, à la 
relever et à la mettre au niveau de la gloire des grands 
hommes d'Athènes, de l'Académie ou de Rome, en 
faisant venir une quantité de livres de toute espèce 
de philosophie, livres inconnus jusqu'alors dans nos 
régions. Lui-même les expliquait à beaucou|), et il 
{ivait autour de lui des liommes très instruits et qui 



1.x BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

rendaient plus fructueuses les lectures des autres en 
expliquant le sens et en tirant la moralité que les 
fictions de poètes contiennent sous une forme voilée. 
Ils montraient l'avantage que l'on peut recueillir de 
l'éloquence des savants et raisonnaient le plaisir que 
procurent les grandes et merveilleuses histoires qui 
invitent les âmes généreuses aux belles actions et à la 
vertu. Ils disaient aussi renseignement qu'on en peut 
retirer pour les infortunes humaines, donnant dans 
chaque matière les moyens de s'instruire abondamment 
aux hommes de toutes conditions. De sorte que, grEice 
au Marquis, notre Espagne rayonne de science (1)- » 
« Actif et jouissant d'une excellente santé, le Mar- 
quis était d'humeur égale, souvent joyeuse, et s'il est 
vrai que les vertus donnent l'allégresse et les vices le 
spleen, comme la plupart du temps ce chevalier était 
gai, on en peut bien conclure qu'il fut plus gouverné 
par la vertu que par le vice (2). » « Il était accueillant 
et d'un commerce agréable. Entouré de ses domes- 
tiques et de ses familiers, il conversait avec douceur 
et avec grâce (3). » Il goûtait les doctes discours 
pour se distraire des soucis de la vie quotidienne, et 
lorsqu'il était souffrant, les considérations pédantes 
de son chapelain Pedro Diaz de Toledo qu'il aimait 
entre tous le remettaient sur pied (4). Au cou- 



1. Diego de Burgos, préface du Triunfo del Marqués (Appen- 
dice 2, p. 461 , ) 

2. Fernando de Pulgar, Claros rtironcs, tit. IV. 

3. Diego de Burgos, /. c. (Appendice 2, p. 463.) 

4. Pedro Diaz de Toledo, Ratonamiunto en la mtierie del Mar- 
quis de Santillana, l. c, p. 250. 



INTRODUCTION LXI 

rant des modes et des coutumes de Tétranger, re- 
cherché dans sa mise comme dans son parler, il rece- 
vait volontiers ses amis et les conviait à des banquets 
philosophiques servis à la française, où Ton faisait 
(( el yantar à chirla come (1) ». 

Il s'était attaché le docteur Pedro Diaz de Toledo en 
qualité de chapelain; Diego de Burgos lui servait de 
secrétaire. Anton Zorita et le bachelier Alfonso de 
Zamora fréquentaient sa bibliothèque. Il voyait aussi 
avec plaisir Juan de Mena et le licencié Juan de Lu- 
cena, dont le père était son filleul. Gomez Man- 
rique, son neveu, était un habitué de Guadalajara, il 
y venait quêter des conseils poétiques et des encoura- 
gements. Lui-même nous raconte Taffection que lui 
poi-tait le Marquis, combien il le gâtait quand il était 
auprès de lui, combien il le louait, quand il était 
absent. L'oncle applaudissait de si bon cœur aux 
essais poétiques du neveu que celui-ci en était tout inti- 
midé, car il ne se sentait pas digne de dénouer les 
cordons de ses souliei*s. L'autorité respectée du Mar- 
quis était si grande aux yeux de Gomez Manrique 

1. Juan de Lucena, Lihro de vita heata (Opiisculos literarios 
publiés par D. Antonio Paz y Mélia, p. 182). — Ce n'est pas là 

le seul exemple de l'influence des modes françaises sur le Mar- 
quis. Sa devise Dios e Vos se trouve plus fréquemment sur ses 
livres sous sa forme française Dius et Vous que sous sa forme 
castillane. D'ailleurs, en matière d'héraldique, l'influence fran- 
çaise a duré fort longtemps en Espagne. L'auteur des Copias 
de la Panadera fait une allusion évidente au goût du Marquis 
de Santillane pour les choses de France, lorsque, parlant de lui, 
il dit: 

(( Con fabla casi straniera 
» Arinado conio francé?*. » 



LXII BlULIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

qu'il s'inclinait devant elle, renonçant à son propre 
jugement (1). S'il n'était pas exempt de vanité litt^ 
raire, Iiligo Lopez de Mendoaa était trop grand sei- 
gneur pour avoir des jalousies de métier, et s'il se 
sentait homme de lettres en écrivant, il redevenait 
Mécène pour juger l'œuvre d'autrui, et son enthou- 
siasme pour Enrique de Villena, pour l'évèquc de 
Burgos et pour Juan de Mena frise la vénération. 
D'ailleurs, Alonso de Cartagena était un de ses plus 
ehers amis. Il fit avec lui le voyage à la frontière de 
Navarre pour aller à la i-encontrc de la fiancée du prince 
Henri, ill'eut parmi ses hôtes de distinction lors des 
grandes fêtes célébrées à propos de l'élévation de son 
fils Pedro Gonzalez à la dignité d'évèque de Calaliorra. 
Au nombre de ses intimes, il faut encore citer le 
comte de Haro, allié politique du Marquis, qui devait 
doter d'une riche librairie l'hôpital de la Veracruz. où 
il finit sa vie dans la retraite (2). Quand Pedro Gon- 
zalez de Mondoza, le fils préféré du Marquis, revenait 
de Salamanque, nû il fut tour à tour élève et maître, 
Iftigo Lopez passait sans doute de longues heures à 
causer avec lui dans cette noble salle de Guadalajara 
où il aimait à s'entourer délivres (3). 

I. GomeK Manrique, Cancinnem, édit. Paï y Mélia,, I. II, p. 9 
(Lettre à l'cdro Gonzalez de Mendoza). 

a. M. PaJî y Mélia, ulief du Déparlemenl dea manuscrits de la 
Bibliothèque Nationale de Madrid, a étudié minutieusement la 
Bibliothèque du comte de Haro, dans une aôrie d'articles publiés 
par la flmsfa de an-himjs, bibUotecm ij iium;on (1897-1902). 

3. V. Anton Zorila dans la préface de sa version du livre d^ Bonnet. 
(Cf. Notice LVIH, ms. -B, p. 376.) 



Kr-r. 



CHAPITRE II 

I«e Marquis de Santillane a-t-il su le latin? 

Sanchez incline à penser, malgré le témoignage 
contraire de Juan de Lucena, que le marquis de San- 
tillane savait le latin (1). Amador de Los Rios 
laffirme : à l'en croire, Don Ifligo lisait les classiques 
latins dans roriginal(2). Don Marcelino Menéndez y 
Pelayo est plus circonspect : « 11 est cei'tain, dit-il, que 
le Marquis n'abordait la lecture des auteurs latins 
qu'avec une extrême difficulté et nullement celle des 
auteurs grecs (3). » M. Morel-Fatio s'en tient à ce que 
le Marquis lui-même nous dit dans la lettre à son fils 
Pedro Gonzalez, et il en rapproche l'opinion de Juan 
de Lucena et de Vespasiano de Bisticci. Kn résumé, 
il opine qu'Ifligo Lopez ignorait le latin (4). 

Ce sont les citations latines du Marquis qui ont 
formé la conviction de Los Rios. Voyons quelles elles 
sont et quelle est leur valeur. Une heureuse para- 
phrase du Beaiits ille d'Horace (5) se trouve dans 
les strophes xvi, xvn, xviii, de la Coniedieta de 
Pon^a. Dans la lettre au connétable Don Pedro, nous 
relevons un vers mal cité : « Ca asv como Oracio 
poeta dice : Qiieni nova concepil olla sercabit odo— 

1. Sanchez. L c, § XXXVII, XXXVIII, p. xxv, xxvi. 

2. Obrns del Marqués, p. cxxi, n. 16. 

3. Antologia, t. V, p. lxxxi. 

. 4 Les deux Omero castillans (Romania, t XXV, p. 121 et n. 3). 
5. Obrns del Marqués^ p. 103. 



LXIV BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

rem (1).» Dés le débutdc cotk> mémo lettre le Marquis 
invoque un passage de saint Paul : Cnm cssem par- 
eult/ti hqiwbar nf jiamihis, i^apichnin iif pamiki^, 
fo(/ifafmtn i(f pa/Tul(Ls{2).Kn marge du feuillet lxxiv 
du manuscrit Ii-110, contenant une version castillane 
do la Dwine Comrklie, Iftigo Lopez de Mendoza a écrit 
de sa main la note suivante: Claudlanits dlcH quia 
pressenr.ia Jfanuun minuit(3). Dans le « Dialogue de 
Bias contre la Fortune)), nous trouvons une réponse 
latine du philosophe : i< Omnia meahona mecum porto, 
que quiere deçir : todos los bîenes mios con migo los 
llevo(4).)) Enfin dans les vers religieux du Marquis on 
rencontre des souvenirs d'offices et de messes attentive- 
ment écoutés : Orapru i)te{b); E prlncipaliis à aqitel, 
FiliiDacid Hemanuel{Q) ; A ce(7); Concepisfi. Gaiide^ 
Yirtjo, Mater Xripsti (8) ; inciolata pormansiste[^) ; 
Gaiide, Virgo Mater Aima {10) Mater Dei (II) ; in 
aeterno(12); ah înîtio {13) ; JlatjeUum. Dei{ii); et 

1. iloTa,ce. Épître. 1,2, 69. 

2. Corinthiens, I. XIII, 11. 

3. NoticeXLVlI,ms.*D,p.295;NoliceXUX,ms.I!.p.335,n.l. 

4. Obras del Marqués, p. 153. 

5. Ibidem, sonnet XXXVII, p. 294. 

6. Ibidem, Canoniçaçion, etc., x, p. 302. 

7. Ibidem, H )) XXVI, p. 307. 

8. Ibidem Los Goços de Niieslra Serwra, I, p. 308. 

9. Ibidem n » » » III, p. 309. 

10. Ibidfim » » » Il IX, p, 311. 

11. Ibidrin H 11 » H X, p. 311. 
13. Ibidem » » » « XI, p. 312. 

13. Ibidem )i H H H XI, p. 313 et A 
Nuestra Senora de Guadalupe, I, p. 313. 

14. Ibidem, Prohemio del Diàhr/o de Bias contra fartuna, III. 
p. 149. 



INTHODUCTION LXV 

dans un sonnet il dit: « Si morire por vos, donna gentil. 
Non digo à fortiori, mas de grado ?(1 ). » 

Si l'intention du Marquis, en semant ces mots dans 
ses œuvres, était de nous faire croire qu'il possédait 
la langue de Virgile, on peut bien dire qu'il y a perdu 
son latin. Il ressort de ces citations mêmes que Don 
Ifligo Lopez était incapable de comprendre Horace 
dans Toriginal. N'oublions pas que la ComecUeta de 
Ponza est datée de 1444 et que la lettre au connétable 
de Portugal fut écrite entre 1445 et 1449 ; à cette 
époque, Pedro Gonzalez de Mendoza partait pour Sa- 
lamanque et déjà il devait être l)on latiniste. Et puis, 
sans compter son fils, le Marquis ne manquait pas de 
familiers capables de lui expliquer d'intéressants pas- 
sages d'auteurs non traduits. 

Toute sa vie Ifligo Lopez a regretté de ne pas savoir 
le latin. Lorsqu'il reçoit d'Italie la version latine de 
riliade, due à Pietro Candido Decombri, le Marquis 
s'adresse à son fils pour le prier de la lui traduire. 
« Je crois, lui dit-il, que ce sont les livres premier, 
deuxième, troisième ou quatrième et une partie du 
dixième (2).» Et répondant à une objection qui se pré- 
sente à son esprit, il ajoute : « Je sais bien que vous 
me direz ce que vous-même et d'autres m'avez ré- 
pliqué plusieurs fois déjà, à savoir que la douceur et 
la grâce demeurent presque entières dans les paroles 
latines qui les retiennent, ce que je ne puis savoir, car 



1. Ibidem, Sonnet XXI, p. 285. 

2. Obras del Marqués, El marqués de Santillana à su fijo 
Z). Pedro Gonzalez, § I, p. 481. 



LXVl UIBLIOTHliQUE UU MAUQUIS DE SANTiLLANE 

je n'ai pas appris cette langue {!).)) Plus loin le Mar- 
quis dit encore : u A mou âge et daus ma situation ce 
serait chose difficile «"(ue de vouloir ni'obstiucr au latin, 
maigre ce que TuUius affirme de Caton (Caton 
d'Utique, je crois) qui à quatre-vingts ans apprit le 
grec (2).» Enfin Ifiigo Lopcz s'écrie : « Puisque nous 
ne pouvons avoir ce que nous désirons, contenions- 
nous de ce que nous pouvons. Et si nous sommes 
privés des formes contentons-nous des matières (3). » 
Dans ces aveux, qu'il faisait certainement le cœur 
gros, éclate toute l'honnêteté littéraire du Marquis. 

Un de ses contemporains, qui se nomme Ludovîcus 
Bachalareus, dans la préface de sa version castillane 
du Dclnsif/niis ot Armis de Barthole, faite à coup 
sûr pour Ifiigo Lopcz de Mendoza, s'exprime en ces 
termes : « Comme il convient que toutes les pensées 
des serviteurs s'emploient à rechercher en quoi ils 
pourraient être agréables à leurs maîtres, je me suis 
décidé, moi minime serviteur de votre grâce, de tra- 
duire ce traité de latin en langue vulgaire à votre in- 
tention, et cela parce que, voué dés l'enfance à de 
rudes travaux, vous n'avez pas étudié le latin (4).» 

Et Juan de Lucena, dans son charmant dialogue, 
fait dire au Marquis qui répond à l'évèquo de Burgos, 
Alouso de Cartagena : m Je vois bien, mon révérend 
Père, que pour moi tu t'efforces de romaniser ce qu'on 
peut à peine exprimer en latin. La philosophie naquît 

1. Ibidem, i II. p. 482. 

2. Ibidem, p. 482. 

3. Ibidem, % III, p. 482. 

4. Notice XLIII, p. 231. 



INTRODUCTION LXVII 

en Grèce, Socrate la fit descendre du ciel. Après 
Socrate, au temps où Brutus délivra Rome, Pythagore 
la répandit en Italie, et toi maintenant tu la trans- 
plantes en Espagne. Bienheureux pays, heureuse 
Castille ! C'est pour elle que tu es né, non pour toi 
seulement. Tu as écrit en langue vulgaire des traités 
de chevalerie, de gouvernement et de religion, tu as 
vulgarisé les œuvres fameuses de notre moraliste Sé- 
nèque. Si tu étais en tête-à-tète avec Juan de Mena, 
vous parleriez latin. Je le sais, pour mon malheur! 
Quand je me vois ainsi dépourvu de lettres latines, je 
me sens encore un être humain, mais non pas un 
homme (1). » Et plus loin, abordant un pro])lème qui 
l'attire, lîiigo Lopez s'écrie découragé : (( Ce n'est pas 
là un sujet pour un chevalier illettré, je le remets à 
Monseigneur l'évéque, afin qu'il le traite un autre 
jour (2). » 

Le libraire florentin Vespasiano de Bisticcien par- 
lant du Grand Cardinal remarque que « son père, des 
premiers de son pays, était illettré mais qu'il compre- 
nait fort bien le toscan (3) ». 

Anton Zorita, le traducteur de VArhre des ha- 
tatlles de Bonnet, dit au marquis de Santillane dans 
sa préface? : « Cet ouvrage était écrit en langue gau- 
loise ou française. Bien que ce langage vous soit 

1. Cf. De vita heaia, dans les Opàsculos literarios de Paz y 
Mélia, p. 112-113. 

2. Ibidem, p. 186. 

3. « Avevail padre signorc de' primi di queUo regno, il qualc 
» non era litterato, ma intendeva benissimo la lingua toscana » 
{Vite di uomini iUustri delsecoloXV,, édit. L. Frati, t. 1, p. 1G9). 



LSVin UlbLIOTHÈQLE UL MAUQLIS DE SANTILI.A 

presque aussi familier que votre langue maternelle, 
comme il sied à qui, comme vous, lit des livres écrits 
en toscan, en vénitien et en d'autres langues encore 
que par la grâce de Dieu vous entendez fort bien, il 
n'en est pas de même pour tous les memlires de votre 
noble maison, ni pour beaucoup d'autres habitants de 
ce royaume d'Ilespérie, car le style de cet ouvrage est 
difficile; il en résulte qu'ils ne le comprennent pas ou 
qu'ils n'arrivent à profiter du contenu de ce livre 
qu'avec difficulté et à grand'peine {!). » L'admiration 
de Zorita pour son maître est telle, que s'il avait pu 
citer le latin au nambre des langues familières au 
Marquis, il n'y aurait certes pas manqué. Nous sa- 
vons par son témoignage qu'Iftigo Lopez lisait le fran- 
çais. De son savoir en toscan il nous a donné une 
preuve lui-même, lorsque dans la Comcdieta de 
Pon:;a, se souvenant de Dante et d'Arnau( Daniel, 
il fait parler Boccace en italien (2) . 

1. Cf. Nolico LVIII, ms. 'B, p. 377, 

2. " niustre Régine, île cuy el aspecto 

H DituosLra grand sitagiiu c magnill<;en;i& 
u lo vcgDo dal loco, ove è lo dilecto 
» Eterna, lagloriacBuniiua potençia. 
» Vegnolcliianialo de vosira exçellençia ; 
» Cha'l voslrn pianfire e reniarirare 
■ M'a fatosi tosto parlîre e cuytare, 
» Lassatu le gelo. a. vo^tra obedieiti;ia. » 

« lo veio li vostri sembianti cotait, 
» Che ben dimitetrale essor ruolestale 
Di quella Hegina, cite inlia li morlali 
1) Hegi et iudîca. de iurc e de facte. 
B Veiamo le casi eçiô che enarrate, 
" E vostri infortUQÎ contate perverai ; 
" Ca presto aeraQo prose, rime, o verai 
'I A vustro piaQere. ai çib comandate. » 

(Obraa dei Marqués, p- 104). 



INTRODUCTION LXIX 

Ici, et pour mettre fin à ces considérations, il n'est 
peut-être pas hors de propos de rappeler le jugement 
de Lope de Vega au sujet des services que la con- 
naissance de l'italien rendait aux Espagnols. « Cette 
langue, dit-il, a été fort précieuse à nombre d'Es- 
pagnols qui ne savent pas assez le latin. Ils copient 
et transposent de l'italien ce qui leur plaît, et puis ils 
disent : « traduit de latin en castillan, » mais je vous 
promets qu'à moi cela ne m 'arrive que rarement, 
et par pure inadvertance, et parce que j'ai mauvaise 
mémoire (1).)) 

1. « Esta lengua es muy dulce y copiosa y digna de toda 
)) estimaçion, y a muchos Espauoles ha sido muy importante, 
» porque no sabiendo latin bastantemente, copian y trasladan de 
» la lengua italiana lo que se les antoja, y luégo dicen : « tradu- 
» cido de latin en castellano ; » pero le doy palabra a vuestra mer- 
» ced de que pocas veces me suceda, sino es que se me olvida, 
» porque soy flaco de memoria. » [EL desdiehado por la Iionra). 



CHAPITRE ni 

L'CBUvre littéraire d'iùigo Lopes de Mendoza 

Nous n'avons pas l'intention d'analyser ici l'œuvre 
du marquis do Santillane, nous voulons seulement in- 
diquer les grands courants dont il a subi l'intluence et 
dégager de l'ensemble do ses vers et de ses proses ce 
qui constitue sa personnalité littéraire. L'originalité 
véritable d'Inigo Lopez de Mendoza est dans le choix 
de ses modèles. 

Poète lyrique, il a laissé sa muse, élevée au rythme 
des chansons de Galice, tirer de son chalumeau des 
sons ténus et gracieux. C'est l'inHuence galaïco-pro- 
ven(.'ale qui avant de mourir eut ix la cour de Jean II 
comme un été de la saint Martin. 

Poète didactique, instruit par ses lectures, il a su, 
[wrcevoir les nouveautés de la vision dantesque et son 
oreille a si vivement ressenti la l«'auté de l'hendéca- 
syllalxi qu'unissant le savoir à son talent naturel il 
en a tenté l'importation. 

Critique enfin, il a su dans ses préfaces, et particu- 
lièrement dans la lettre à son fils et dans celle qu'il a 
adressée au connétable Don Pedro de Portugal, 
raisonner ses impressions d'art, esquisser des classi- 
fications, peu nouvelles il est vrai, et émettre quelques 
idées esthétiquse. L'importance qu'il attache à la 
musique des vers a été relevée à bon droit par 



INTRODUCTION LXX! 

M. Menéndez y Pelayo comme une heureuse inno- 
vation (1). 

Dans Taperçu d'histoire littéraire, modestement in- 
titulé : Avant-propos et lettre que le marquis de 
Santillane a envoyé au ConmHable de Portugal 
avec ses œuvres (2), Don Ifiigo se montre très ren- 
seigné pour son temps et il fait preuve d'un esprit ou- 
vert et tolérant. Il voit juste en gros et, pour autant 
que nous en pouvons juger aujourd'hui, ses re- 
marques sur les œuvres et les auteurs qu'il a réelle- 
ment connus gardent leur valeur, car il était homme 
de goût, malgré l'enthousiasme pédantesque, bien 
excusable alors, où Tavait jeté la révélation, peut-être 
un peu brusque, de Thumanismc italien. 

Il rima ses serranillas lorsqu'il parcourait le pays 
à la tête de ses gens. Éloigné de sa bibliothèque, dont 
les rayons étaient encore peu garnis, il laissait chanter 
librement son àme de poète. Dans la grâce du rythme 
il savait enchâsser des l)ergeries, rapidement vues, 
légèrement notées, dont la fraîcheur n'a pas été ternie 
parles années. Les serranillas et le villanrico adressé 
à ses filles sont, de l'aveu de tous, le meilleur do 
l'œuvre du Marquis (3). 

1. « Este profundo sentido del ritmo musical, en relacion con el 
» ritmo poético es dote caracteristica del marqués de Santillana. 
» que à ella debio la excellencia de ser sin disputa el primero y mas 
» armonioso delos versificadores de su tiempo » (Antologia, t. V, 

p. LXXXVIl). 

2. Prohemio é carta quel marqués de Santillana envia al con- 
destable de Portugal con las ohras suyas, (Obms del Marqués y 

p' 1.) 

3. Le succès des serranillas du Marquis fut si eonsidérable 



J 



LXXll niIÎLIOTHEQIIE DU MAHQUIS DE 5.A.NTILLANE 

Dans les canriones e derires, où nous trouvons 
moins exclusivement des œuvres de jeunesse, l'ins- 
piration moins libre s'alourdit déjà, et l'on voit que 
d'attentives lectures du Roman de la Rose, d'Alain 
Chartier et surtout de Dante et de Pétrarque lui ont 
donné la notion du sublime, mMiocre et infime et 
l'ont détourné de ; « ces romances et chansons dont les 
gens de basse et servile condition se divertissent ( 1 ) ». 
Mais l'artiste qui était en lui subissait néanmoins le 
charme pénétrant des choses populaires et il sait se 
servir discrètement de ces souvenirs : 

i( La nioa que amores ha, 
I) Sola, ftComodorraini? I) 

Bon observateur, le Marquis sut apprécier dans le 
parler des gens de peu ces sentences de morale con- 
densée que sont les proverbes, et. en vers comme en 
prose, il les emploie à côte des maximes des philo- 
sophes. Parfois aussi un proverbe lui fournit, pour 
ainsi dire, le thème d'une chanson (2). On aime à se 

qu'on en trouve même une traduite en catalan dans le ms. II-D-10 
de la bibliothèque de l'Escurial- C'est la seconde. En tnda In su 
montanna.. (Cf. Los Rios, Ohms riol Marques, p. cxxxiv, n. 32). 

1. H Estos romances e cantares de que las gentes, de basa e 
aervil condition se alegran. i> {Ohms del Marquis^ p. 462-} 

2. • Uiio pien!*Bael vayn 

Il É otro el que to ensilla ■- 

(Obras del Marqués, p.255). 
<i Hà bien errada opinion 
■> QuJen dii.'c : tau lexoB d'ojos 
" Tao iëxo8 de coraçon . » 

(Obras del Mav'iws. p. 452). 
Juan de Lucena a bien miji en relief ce trait sitrnîticalif des 
goùls du Marquis lorsqu'il lui fait dire : " Ni vna f^olondriaa 



INTRDDICTION LXXIII 

le représenter en route pour l'Andalousie conversant à 
chaque halte avec vilains et rustauds et notant, dans 
sa mémoire ou sur ses tablettes, ces ])hrase3 courtes 
et colorées dont il devait faire plus tard, à la prière 
du roi Jean II, le précieux petit recueil intitulé : Pro- 
cerbes que les rieilles (Usent au coin (fa feu. classés 
clans l'ordre (le l'A. B. r(l). 

L'influence provençale directe sur le Marquis a été 
nulle: ce qu'il sait des poétiques et des règles du 
Gai/ saher, il le doit à VArlr de frobar, écrit pour 
lui par son maître et ami don Enrique de Villena. It 
n'a connu Arnaut Daniel que par Dante, et dans sa 
bibliotliêque nous ne Inuiverons qu'un volume ])ro- 
vençal : le Brcriari cCAinor de Matfre Ermen- 
gaud(2). Ni l'œuvre, ni l'auteur d'ailleurs ne sont 
cités par lAigo Lnpez de Mendoza. Par contre il a lu 
des Français; Guillaume Ap Lorris, Jean de Meun, 
Chartier et d'autres encore. 

Impérial a fait naître en lui le désir de connaître la 
Dii-ine Cunu'-die, et c'est encore à Enrique de Vil- 
lena que le Marquis s'adresse pour lui demander une 
version castillane du livre de Dante. Cette traduction 
littérale, écrite eu mar^çe d'un texte italien pour faci- 
liter à Ifiigo Lopez l'entendement de rorij^înal, lui fut 



M verano, senor Obispo. ni un dedo faze maDO » [De rita beata 
dans les Opûscaios Uteravios, p. 177). 

1. En voici le litre exact : Ihiyo Lnpei de Mendora, à ruegn dcl 
Rey Don Johan, ordenô ênUit vefranea que diçen las ciejaa Iras 
el/uego; é pnnordenadon por laôrden del A, B. C. (Obras del 
Marqués, p. 504). 

2. Cr. Noiice LX. p. 383. 



LXXIV BinLIOTHÊQUE D|i MARQUIS DE SANTILLANE || 

remise en 1427. Dès lors, il se détourna de la France ' 
et l'imitation directe, indireete ou voilée, souvent 
consciente et parfois aussi involontaire de Dante, le ," 
tient et le garde sa vie durant. 11 s'attache à ce mo- 
dèle parce que, confusément, il en a compris la gran- '' 
deur, l'importance et la nouveauté. Il s'y attache i, 
aussi parce qu'il considère les Italiens connue les hé- i 
ritiers de Rome et que les formeh: dont ils se servent ■ 
se prêtent aux réminiscences, aux évocations, au dé- ' 
ploiement du savoir livresque. 

Lui-même nous dit, sans se départir de son halji- 
tuelle modestie, pourquoi il préfère les Italiens aux | 
Fi-ançais, qu'il estiu;ie beaucoup cependant. « Sauf ,1 
l'avis de qui en sait plus que moi, écrit-il au connô- i 
table de Portugal, je préfère les Italiens aux Français, '' 
parce que leurs œuvres font preuve d'une plus haute I' 
inspiration et qu'ils les embellissent et les composent | 
d'histoires belles et peu communes (l) .» 

Iftigo Lopez de Mcndoza subit l'influence de Dante 
au point de lui emprunter même des choses qu'il au- 
rait pu trouver ailleurs et qui sont de toutes les litté- 
ratures médiévales. Les allégories du Roman de la 
Hose, les procédés du Lihro de Alexandre et sans 
doute aussi des autres oeuvres de Berceo, liligo Lopez 
les avait remarqués, mais it a retrouvé ces vieilles 
choses rajeunies, modifiées, souvent transfigurées par 



1. (( Los Itàlicos prefiero yo, sô emieada de quien mas sa.brà, s, 
I los Françeses, solametite, ca las sus obras se muestran de mas I 
il altos engenios, e adornanlas e componenlas de fermosas é pele- 
) grinas estorias. » {Obraa del Marqué», p. 9). 



J 



INTRODUCTION LXXV 

le génie de Dante, et il en a été comme hypnotisé. Il 
s'est imprégné de la Divine Comédie plus que de tout 
autre livre. Il en a propagé le culte et encouragé 
l'étude. Sans qu'il y ait plagiat dans des compositions 
telles que El Infierno de los enamorados ; la Coro- 
naçion de Mossen Jordi; la Comedieta de Port^a, 
presque tout y est dantesque, l'atmosphère, le ton, 
l'attitude des personnages, les questions, les ré- 
ponses, le décor et les gestes. A Boccace, à Pé- 
trarque, il doit beaucoup aussi, il les a consultés 
comme des manuels ou des dictionnaires, il leur em- 
prunte une foule de menus faits et de connaissances. 
Mais Alighicri lui était, suivant une expression chère 
à son temps et qu'il a lui-même employée, une biblio- 
tlieca de moral cantar (1). Il doit à Dante l'hendéca- 
syllabe, qu'il a eu le grand mérite d'importer en Es- 
pagne avant tout autre, et de même il a été le pre- 
mier à se servir en Castille du sonnet, qui devait, plus 
tard, en des mains plus habiles, trouver en Espagne 
comme une seconde patrie (2). Ses Sonetos fechos 
al italien modo dérivent de la Vie nouvelle autant 
que des sonnets de Pétrarque, et c'est sans doute à 
Dante encore que le Marquis a emprunté la coutume 
des petits sommaires explicatifs, dont il fait précéder 
les dix-sept premiers sonnets qui sont, suivant Amador 
de los Rios, ceux qu'il a envoyés en 1444 à dofla Vio- 

1. Defunssion de Don Enrique de Villena § /// (Obras del 
Marqués, p. 24). 

2. Morel Fatio, UArie mayor et V Hendécasijllabe [Romania, 
t. XXII, p. 224.) — Sanvisenti, I primi influssi di Dante, p. 175, 
ou l'auteur étudie avec soin la stcucture métrique des Soneioê. 



-*■» 



LXXVT IlIiîLinTtlKQLT. IH^ MARQUIS DE SANTILLANE 

lante de Prades en même temps qu'il lui faisait hom- 
mage de la CnmecUotadf Partira et des Procerljios(\). 
Les oiïorts qu'a du faire le Marquis pour plier une 
langue encore rude à des rythmes étrangers sont véri- 
tablement dignes d'admiration, et il a bien mérité la 
notoriété et l'estime que ce tour de force lui a 
values (2). 

Ses familiers, qui connaissaient sa pensée littéraire 
et sa suprême ambition, ne manquent pas de le com- 
parer à l'auteur de la Dîtino Coiin'die chaque fois que 
la fureur apologétique leur fait perdre la mesure : 

« Vous qui corrigez les œuvres de Dante et qui 
savez vous-même en composer de plus hautes, » dit 
Gomez ManriqucfS). Et Diego de Burgos arrache à 
l'ombre d'Alighieri cet aveu singulier : k Car si j'ai de 
la renommée, si je suis connu, c'est parce qu'il a bien 
voulu lire mes œuvres{ 1}. » 



1. Obran de! Marqués, p. 282. noie sur le sonnet XVII. 

2. Fernando de Herrera, Obras de Gnrci Lasso de la Vega, 
(Séville, 1580, p. 75). — Argote de Molina, Discurm sobre la 
poesia casiellana, publié à la siiile du Conde Lucanor (édit. 
Mili y Fonlanals. 1853, p, 1561. 

3. » Vos que pnipndays las ohn» del Dante 
" Ë otras mas allas sabeys componer ". 

Cf. "Copias que fiço Don Gomez Maorique, suplicandoal muy 
u maniflco sefior. marqués de Santillana, que le diesse un cançio- 
I) nero du sus obras d [Obras del Marauds, p. 326). 

4. <i Que si tengo fama. si soy conoscido 
» Es porqu'cl qaiso mis obras mirar. » 

Cf. El triunfo del Martjués [Cancinnerode If. del Castillo, t. I, 
p. 245). Voyez aussi les vers cilés ci-après. (NoliceXLVII.p. 308. 
309,) Si Diego de Burgos, en s*e\primant de cette manière n'en- 
tendait parler que de l'Espagne, on peut dire que c'est là un 
éloge mérité puisque le Marquis, plus qu'Impérial, et que Febrer, 



INTRODUCTION LXXVII 

El triunpheie de Amor, par son titre et par sa te- 
neur, procède plus spécialement de Pétrarque. Le 
Siceno et la Vision dérivent du Roman de la Rose, 
bien qu'on y trouve aussi des souvenirs de Dante. 

C'est encore Dante qui fournit au Marquis le cadre 
de son poème sur la mort d'Enrique de Villena, et 
ses vers en l'honneur des canonisés Vincent Ferrer 
et Pierre de Villacreçes ne manquent pas de rémi- 
niscenses dantesques. 

La Comedieta de Ponza a sans doute été un grand 
effort, elle compte cent vingt strophes de huit vers 
d'arte maj/ory mais elle n'a ni les mérites du Diàlotjo 
de Bias contra Fortunay ni l'originalité du Doctrinal 
de Privados, la seule création du Marquis dont le 
sujet soit intéressant et où la passion ait mis de la 
vie. 

Le Diàlofjo de Bias développe et soutient une 
maxime de la philosophie stoïcienne énoncée par Bias en 
ces termes, dans une de ses réponses à la Fortune : 
« Tu ne peux me nuire beaucoup car je porte mes 
biens avec moi(l).)) Cette donnée était habilement 
choisie pour permettre au Marquis de s'abandonner à 
rinspiration livresque que lui souflûaient de toutes parts 
les volumes petits et gros qu'il avait réunis avec amour 
dans sa bibliothèque de Guadalajara, où l'emprisonne- 

s'est préoccupé de vulgariser Tœuvre de Dante en faisant traduire 
en castillan la Divine Comédie et le commentaire de Benve- 
nuto da Imola. (V. Notice XLVII, mss. *D, p. 275 et •G, p. 306). 

1. « Poco me puedes dapnar: 

)) Mis bienes iievo conmigo. » 

(Obras del Marqués, p. 156). 



LXXVIIl BIBLiOTHEQCË 1)11 MARQUIS DE SANTILLANE 

ment de son cousin le comte d'Albe et le désir de 
sauvegarder sa liberté l'avaient fait se retirer. Dans 
ce dialogue, il passe en revue tout son savoir : Homère 
et VHisfnifp lU' Troie, Platon et Sênèque, Virgile 
et Dante, Tite-Live et la Phamate, les livres qu'il 
respecte et les livres qu'il aime. Son érudition fa- 
tigue ici moins qu'ailleurs parce qu'elle est moins 
déplacée. 

Le Doctrinal de Pricados est sans contredit 
l'œuvre maîtresse d'Ifligo Lopoz de Mendoza. L'idée 
en est neuve et hardie, un souille tragique soulève 
dans le sein du poète le tourbillon des passions et des 
haines qui éclatent wans vulgarité. Son imagination 
vivement frappée par la chute du favori de Jean II 
se détourne des livres et regarde la vie. Sans doute, il 
est injuste à l'égard d'Alvarode Luna, qu'il accable, 
mort, de ses meilleurs vers. Mais il est sincère, il 
croit ce qu'il dit. Dépourvu de sens politique, le mar- 
quis de Santilhinc n'a jamais compris la valeur de 
celui qu'il rendait responsable des trouilles de l'heure 
où il vivait. 11 n'a même pas reconnu son erreur lors- 
qu'il a vu la guerre civile et l'intrigue régner dans le 
pays, après comme avaut la mort d'Alvaro de Luna. 
Le Doctrinal, nous montre que la lecture des compila- 
tions indigestes et des interminables histoires n'avait 
pas complètement tué en Ifligo Lopez de Mendoza 
le poète de sa jeunesse. Si le Marquis sul'it quelque 
part la grande et haute influence de Dante, l'inHuence 
inconsciente qui fait que l'on oublie ses sources et 
qu'on les transforme dans la mesure de ses propres 




INTRODUCTION LXXIX 

forces, c'est dans cette farouche oraison funèbre du 
grand maître de Saint-Jacques. 

On ne connaissait jusqu'ici qu'un seul Doctrinal. 
Une heureuse découverte de M. de Uhagôn nous 
apprend qu'il y en avait deux(l). La haine du Marquis 
était si forte qu'une seule imprécation ne pouvait lui 
suffire. Ce nouveau poème est d'une violence inouïe. 
M. de Uhagôn a reconnu la valeur de cette composition, 
mais nous croyons qu'il fait fausse route lorsque, dans 
les réflexions dont il fait suivre ce nouveau texte 
publié par ses soins, il dit : « Como se ve, es una repeti- 
(( cion del Doctrinal de Pricados si cabe mâs fuerte 
(( màs dura y mâs saïluda que el mismo Doctrinal.)) 
Nous croyons, après une lecture attentive de ces copias 
del dicho sehor Marqués, qu'il s'agit ici d'une pre- 
mière rédaction du Doctrinal. C'est un violent et 
brutal chant de victoire où Ifligo Lopez de Mendoza 
insulte son ennemi et se laisseentrainerà des démons- 
trations de joie féroce, au point qu'il perd totalement 
la notion de la mesure. 11 est encore si vibrant de son 
récent triomphe qu'il en oublie complètement sa muse 
morale, son inspiratrice préférée, celle à qui partout 
ailleurs il prête une oreille complaisante. Ces vers 
ont du être écrits immédiatement après la grande dis- 

1. Un Cancionero del aiglo XV con carias poesias inêditas 
publicalo D. Francisco R. de Uhagôn. Madrid, 1900. Tirage à 
part de la Revista de Archicos, Bihliotccam ij MuseoSy p. 13. 
Dans ce chansonnier, la composition que nous nommons premier 
Doctrinal suit le Doctrinal de Pricados et porte pour cette raison 
le titre de : Otras copias del dicho senor Marqués sohrel mesmo 
cagso. 



LXXX UIBLIUTHEQUI; UU MAtlQUlS DK SASTILLANE 

grâce (lu Connétable, el si nous ne savions combien le 
marquis île Saiitillaiie était craintif, prudent et pré- 
voyant, nous croirions presque qu'il n'a pas attendu, 
pour les rimer, l'exécution de son rival. La versifi- 
cation des deux poèmes est la même, seulement le 
premier Doctrinal n'a que 398 vers tandis que le' 
second en compte 134. On voit que ces deux compo- 
sitions sont presque d'égale longueur. Elles traitent le 
même sujet, et cependant à peine ont-elles des vers 
communs. Dans son premier Doctrinal le Marquis 
exalte les vertus de la jeune reine de Castille et du 
prince Henri qui furent, on le sait, les complices des 
ennemis de Don Alvaro de Luna. Dans le second 
Doctrinal Iflign Lopez serre l'histoire de moins prés, 
il s'êlévo à des considérations générales, il entrevoit 
ce qu'il y a de tragique dans le cas du ("onnétable et 
les enseignements que l'on peut tirer d'une chute 
aussi retentissante. 11 a eu le temps de se ressaisir et 
de trouver des sentences et des maximes morales. 
Dans le premier Doctrinal, au contraire, la haine et la 
joie féroce éclatent sans retenue dès les premiers vers: 

De lu resplandor, o Luna, 
» Tehaprivado la fortuna. » 

Et si cette teuvre est certainement curieuse au point 
de vue psychologique, elle n'a pas, littérairement par- 
lant, la valeur du Doctrinal de Pricados que nous 
connaissions déjà. 

Les Pronerhioa de fflnrin.^a dntrina e fructitosa 
ensefiança, sont l'œuvre la plus [mpuUiire du Marquis. 
Souvent réimprimé, ce livre eut un long succès. C'est 



INTRODUCTION LXXXI 

une mosaïque de maximes morales glanées partout. 
Salomon est le guide et le modèle de Fauteur. La 
forme de ces proverbes est facile : ils restent sans effort 
dansTorcille de qui les a entendus. D'ailleurs, dans sa 
dédicace au prince Henri, Iftigo Lopez prend soin de 
nous déclarer qu'il n'a pas l'intention de faire passer 
pour sienne une sagesse qui, en définitive, n'est ni à 
lui, ni à personne, mais bien à tout le monde: 

(( Use pourrait, dit-il, que quelques-uns de ceux qui 
sont plus disposés à blâmer, critiquer et corriger qu'à 
créer eux-mêmes, disent que j'ai pris tout ou du 
moins la majeure partie de ces Proccrhes aux doc- 
trines et aux enseignements d'autrui, comme par 
exemple à Platon, à Aristote, à Socrat^î, à Virgile, à 
Ovide, à Térence et à* d'autres philosophes et poètes. 
Je n'y contredirai point, bien plus il me plaît qu'on 
le croie et qu'on le pense. Mais ceux que je viens de 
nommer ont emprunté ces maximes à d'autres, et 
les autres à d'autres encore, et ceux-ci enfin les ont 
prises à ceux à qui l'expérience d'une longue vie et 
une recherche subtile ont permis de discerner la cause 
des choses{l). » 

1. « Podria ser que algunos, los quales por aventura se fallan 
» mas prestes â las reprehensiones é a redarguir é emendar que â 
M façer nin ordenar, dixiessen yo aver toinado todo, 6 la mayor 
)) parte destos « Proverbios » de las doctrinas é amonestamientos 
» de otros, asy como de Platon, de Aristétiles, de Sôcrates, de 
» Virgilio, deOvidio, deTerençio é deotros philosophos ê poetas. 
)) Lo quai yo no contradictiria ; an tes me place que asy se créa é sea 
» entendido. Pero estes que dicho hé, de otros lo tomaron, é los 
» otros de otros, é los otros d'aquellos que por luenga vida é sotil 
» inquisiçion alcançaron las experiençias é cabsas de las cosas. » 
(Obras del Marques, p. 26). 

VI 



LXXXIl niBLIOTHHlQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

Comme il trouvait obscurs cei-taius de ses proverbes 
enfermés chacun dans une strophe de huit vers, le^^ 
Marquis s'avisa de les gloser et ce dut lui être une 
grande satisfaction. On sent, positivement, à ehatjui 
ligne de ces commentaires, le plaisir qu'il prit à 
sortir de sa mémoire les mille et une notes qu'il y avait 
accumulées, avec d'autant plus de fatigue qu'il n était 
pas un savant. Envisagé ainsi, son jjédantisme d'ama-i 
leur a (juelque chose de touchant et se fait par- 
donner (I). 



1. M. Savj-Lopez s'est occupé des Prenirsori spagnuoli di 
Dante {Giornale Danteu-o, IV, p. 360). Il fait danses travail de 
curieuses remarques sur des similitudes d'inspiration chez Bcrcco 
et chez Hante, qui une [ois do plus nous prouvent avec quelle 
prudence il faut s'avancer sur le terrain des influences. Une autia' 
brochure du même auteur s'intitule : Dante» Einjlitss luif »pa-' 
nische Dic.hter lie» XV Jahrhunderls (Naples, 1901). Peut être 
M, Savj-Lopez modifiera-t-il quelques peu ses opinions en 
voyant se multiplier les témoignages directs de l'influence consi- 
dérable du Florentin sur le marquis de Santillane et sur son entou- 
rage. 

M. Sanvisenli, dans son livre / primi influitsi di Dante 
Petmrcn e dfil Boccaccio sulln lelteratura xpnijniiola, con appen- 
dici di docttmenti inediti (Milan, 1903), consacre un chapitre 
(c- IV, p. 127-186, et n. p. 187-196) à l'analyse consciencieuse 
des œuvres du Marquis, faite en vue d'y surprendre les imitations 
et les influences dantesques. Le livre de M. Sanvisenli, utile 
comme introduction à l'étude delà dantologieen Espagne, groupe 
des renseignements bibliographiques dispersés jusqu'ici et qu'il est 
commode de pouvoir consulter facilement. La question des ori- 
gines, c'est-à-dire l'élude des versions manuscrites de la Dicine 
Comifdie, des commentaires et de traités tels que les Senlentias 
catfiolicaa de Jaume Ferrer de Blanes (Cf. Notice XLVII, p.309^| 
est un champ spécial où beaucoup de choses restent eni 
à découvrir. 



.it _ 

il 



•oa- _ 



CHAPITRE IV 

Lia Bibliothèque de Guadalajara 

La. bibliothèque du marquis de Santillanc est cer- 
tainement la plus intéressante des collections de 
manuscrits qui se sont formées en Espagne au 
XV"^ siècle. Son mérite principal n'est pas d'avoir été 
une des premières à ouvrir ses armoires aux con- 
quêtes de l'humanisme italien, ce n'est pas davantage 
sa richesse qui lui a valu depuis longtemps l'attention 
des érudits. Ce qui la caractérise et lui fait une place 
à part, c'est de n'être pas due aux hasards des hom- 
mages et de l'adulation de pauvres clercs en quête 
d'un protecteur. L'homme qui a réuni tous ces vo- 
lumes, les faisant souvent venir de fort loin, unissait 
au goût de l'étude le goût du livre. Il aimait les beaux 
exemplaires, le vélin sans tache, récriture nette et 
claire, les miniatures, les rubriques, les titres dorés, 
les médaillons, tous les petits luxes qu'un lecteur déli- 
cat se plaît à rencontrer sur les feuillets des muets 
compagnons de ses veilles ou de ses méditations. 
Pour les ouvrages qu'il fit relier lui-môme, il adopta 
une reliure spéciale, à la fois (dégante et grave, 
où son emblème s'enlève en relief sur le cuir des 
plats. Sur le premier feuillet des beaux manuscrits 
qu'il fît copier en Espagne et surtout en Italie, 
se trouvent ses armes, son heaume et sa devise. 
Ce grand seigneur, que les luttes de parti et la 



LXXXIV niBLIOTHEQUE DU MAKQtîlS DE SANTtLLANE 

défense de ses intérêts prt^occu paient cnnstatnment, 
n'oubliait jamais ses livres. Il profitait de son in- 
fluence et de SCS i-clations pour se pi-ocurer (ie nou- 
veaux volumes ou pour encoura^r les éi-udits ef les 
copistes. U fit traduire Platon (1) par son eliajx'lain, 
Virgile (2) et Dante (3) par un ami; il chargea son 
nt^dcciii de lui faire une version du commentaire de 
Benvenuto da Imola à hi Dwlne Coiiti'dlo{A). Martin 
d'Avila, un de ses écuyers, mit pour lui en castillan 
une œuvre italienne de Decemliri {ô}. Sou fils, le 
Grand Cardinal, traduisit à son intention VIliaih' 
d'IJonière (6). Alonso de Madrigal vulgarisa pour 

1. Notice 'H. p. 8, etNotiofiXIJX, m-;. M. p. MO. 

2. Nolice Xm. iiis. 'A, p. 89. 

3. Notice XLVII, ms. 'D, p. 275. 

4. IhIfh'M, ms. 'G, p. 306. 

5. Notice LUI. ms. 'C, p. 359. 

6. Notice*!, p. I. — !■' ranci SCO de Médina, Salazar de Men- 
doïa, et d'uulres biogniphes du Cardinal disent quil a traduit 
pour son père VOdysiée d'Homère, VÈniide de Virgile, quelques 
œuvres d'Ovide et de Salluste (Calalina Garcia, Biblintera de 
escrilores de la prorincia de Giiadnlaj'ara, Notice LXXXIX, 
n° 396, p. 174-176), Ces renseignements semblent être le résultat 
de multiples confusions. Four Homère, c'est sans doute de la 
version de VILiade qu'entendent parler les biograpties de Pedro 
Gonzalez. Quant à VÊneid-e, il paraît peu probable que le Car- 
dinal ail pu songer à la traduire, puisqu'il devailsavoir. mieux que 
personne, que Villenaravailtait.il en e.st sans doute de mAnie pour 
Salluste dont la version exécutée pour Fernan Ferez de Guzraan 
n'avait certes pas échappé à »a uurio.«ité. Enfin, si l'edro Gon- 
zalez a traduit (mur son père quelque œuvre d'Ovide, co n'était cer- 
tainement pas le I.ibro maj/or de las Trnnsformarinneit que le 
Marquis cite, avec Y Enéide et les Tragédien de Sénéqiie, comme 
ayant été vulgarisé à. «a demande. Si les Metamorp/iosen avaient 
été traduites par l'edro Gonzalez, le Marquis, qui en parle dans 
la lettre à son fils {'ibras del Mar(/iiès, p. 482), n'aurait pas 
manqué de le relever, 



INTRODUCTION LXXXV 

Santillanc son volumineux coninientaire (VEusèbcfl) 
et Tévéque de Burgos, qui avait noué au concile 
(le Bàle de précieuses amitiés, mit Ifligo Lopez de 
Mendoza en rapport avec les humanistes italiens. 
Pietro Candido Decembri a fait des vers latins sur la 
mort du Marquis (2), et son frère Angelo lui a dédié 
la version d'un traité d(> Bonacorso da Montemagno 
qu'il attribue à Plutarque (3). 

C'est Tévêque de Burgos qui engagea Bruni à 
écrire à Jean 11(4), c'est lui qui invita, Pietro Candido 
à dédier au roi sa version latine de V Iliade (5) ; c'est 
aussi lui, sans doute, qui procura à son souverain 
l'honneur de la dédicace d'une homélie de saint Ba- 
sile, traduite de grec en latin par l'illustre Bessa- 
rion (6). Jean 11 acceptait volontiers ces hommages et 
répondait à ces politesses littéraires avec muniHcence, 
mais rhomme le plus fier de ces honneurs rendus à la 
Castille était le marquis de Santillane. Dès que se 
publiait un ouvrage nouveau, il s'en procurait une 
copie, et transporté d'enthousiasme, il la remettait à 
l'un de ses secrétaires ou à l'un de ses familiers pour 
en faire exécuter la version castillane. 

C'est cette fièvre de traductions et de copies, cet 
intérêt toujours croissant pour le grand mouvement 



1. Notice VI, mss. *B, *C, *D. ♦E, *F, p. 40-48. 

2. Appendice 4, p. 468. 

3. Notice XVI, ms. D, p. 112. 

4. Notice LUI, ms. *D, p. 361 . 

5. Morel-Fatio, Lesi deux Omero castillans (Romania, t. XXV, 
p. 122-126). 

6. Notice XI. p. 68. 



^.^-■\r. 



LXXXVI BIBLIOTHÈQUK DU MAKQUIS DE SANTILLANE 

lointain, cet éveil de curiosité pour l'histoire romaine, 
pour la véritable histoire de Troie et pour la httéra— 
ture des deux terres classiques, qui ont fait de Guada- 
lajara le modeste berceau des nouvelles idées que 
l'humanisme italien communiqua à l'Espagne. C'est 
encore peu de chose: le moyen âge avec son lourd ba- 
gage de gloses, de postilles et de chroniques occupe en- 
core une largo place dans la bibliothèrjne du marquis 
de Santillane, mais c'est une aurore. Comme il arrive 
souvent en pareil cas. l'admiration a précédé la com- 
préhension; néanmoins le méritedeceuxqui ouvrent la 
porte à un nouveau courant d'idées, même s'ils n'en 
ont pas saisi toute la portée, reste toujours considé- 
rable. Le triomphe des armes aragonaîses à Naples 
faciUta les rapports entre les deux péninsules. Le 
voyage d'Italie devenait plus fréquent et par consé- 
quent les occasions de faire venir des manuscrits se 
multipliaient. Nous savons d'ailleure que le marquis 
de Santillane avait un ami qui séjourna longuement à 
Florence et qui fraya dans cette ville avec des huma- 
nistes et des libraires. Cet ami, Don Nuflo de Guz- 
man (1), resta même après son retour eu Castille en 
relation avec les Italiens. On verra, par la suite, les 
raisons que nous avons de voir en lui une sorte 
d'agent du Marquis. 

Un autre familier d'Ifligo Lopez, Juan de Lucena, 
séjourna â Rome où, sûrement, il ne resta pas étran- 
ger au mouvement littéraire, puisqu'il rapporta une 
adaptation d'un dialogue de Bartolomeo Fazio qui 



1. Appendice 1, p. 449. 



INTRODUCTION LXXXVII 

est presque un plagiat (1). Enfin nous savons que, 
lors de son avènement au trône de Castille, Henri IV 
envoya Iftigo Lopez de Mendoza, second fils du mar- 
quis de Santillane, ambassadeur à la cour de Rome, 
pour notifier au pape Nicolas V sa soumission et lui 
faire part de ses projets de croisade contre les Sarra- 
sins (2). Autant d'occasions dont le Marquis profita 
certainement pour faire venir des livres. Pedro Gon- 
zalez de Mendoza, nommé en 1454 évêque de Cala- 
horra, a sans doute eu, lui aussi, des relations avec 
r Italie, mais le libraire florentin Vespasiano de Bis- 
ticci se trompe lorsqu'il attribueau Cardinale de Men- 
doza spafjnolo une part prépondérante dans la forma- 
tion de la bibliothèque de Guadalajara. Vespasiano, 
qui écrivait entre 1473 et 1495 (3), a recueilli des 
propos qui ne résistent pas à la critique (4). 

1. Cette observation est de M. Paz y Mélia, l'éditeur du 
Libro de vida beata de Juan de Lucena (V. Opdsculos Lite- 
rarios). Dans ce dialogue, Juan de Lucena, qui se met lui-même en 
scène, se fait adresser par le Marquis les paroles suivantes : « lO 
hijo de mi ahijado ! Bien tornado de Roma, ^ no me tocas la 
» mano? » (/. c. p. 174). 

2. Los Rios, Obras del Marqués, p. xcvu et n. 33. 

3. Vite dt Uomini illustri del secolo XV, édit. L. Frati, t. I, 
p. 169, n. 2 (Collezione di opère inédite o rare. Bologna, 1892). 

4. Voici la notice que Vespasiano de Bisticci consacre au Grand 
Cardinal d Espagne : « Messer Piero di Mendoza, ispagnolo, di stirpe 
» nobilissima, f u fatto cardinale da papa Sisto per la sua virtù« Ebbe 
)) notizia universale cosi in iure canonico, come in questi studi 
)) d'umanità e filosofla e teologia. Istette più annî in corte di 
» Roma, e quivi fu molto stimato ed onorato. Faceva continova- 
» mente fare libri, e comperava, cosi sacri come gentili, in modo 
» che ragunô grande quantité di libri, per voler fare una libreria. 
» Aveva il padre signore de' primi di quello regno, il quale non 
(( era letterato, ma întendeva benissimo la lingua toscana; e per 



V *■• •• ' ■ " 



LXXXVIII BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

Lorsque mourut le marquis de Santillane, Pedro 
Gonzalez de Mendoza, évêque de Calahorra, n'avait 
pas quitté rp]spagne. Ses nombreux biograplies ne 
mentionnent point le séjour prolongé que, d'après Ves- 
pasiano, il aurait fait à Home(l). Il était si nécessaire 
à son pays comme prélat, politique (*t guerrier, qu'il 
ne pouvait môme pas songer aux longues absences. 
Quand Vespasiano de Bisticci écrivait sa notice, le 
marquis de Santillane était mort depuis prés de vingt 
ans et il n'a pas Tair de s'en douter. Peut être a-t-il 
confondu Don Pe<lro, le futur (Irand Cardinal, avec 
Donlnigo, le futur comte de Tendilla, qui, nous le 
savons, fut ambassadeur du roi de Castille auprès des 
papes Nicolas V et Pie II (2). Quoi qu'il en soit, les 

» (lucsto fe' fare il cardinale qui in Fircnzo grandissiuia ((uantità 
» di librl in lcn*(ua toscana, per transfcrirli per suo piacere in 
)) spaj^nolo; e fece fare in lspa*^na in casa sua una Ubreria di 
» lihri toscani, die voile clie fussi coniune a chi ne voleva. 
» K niessor Pietro c tutta la casa sua, casa d' uomini nobilis- 
)) sinii, edati tutti alla virtû; edèo^^iin ïspaynade" primi uomini 
» di (]ucllo re^no. Di poi che fu fatto cardinale, non o mai veuuto 
» in corte di Homa. Délie opère clie ha composto non ho noti/.ia, 
») per (piesto non se ne fa men/ione. )> 

1. M. Catalina (iarcia, le plus récent bio-graphe du Cardinal, ne 
dit rien de ce pn'*iendu voyage de Home dans la longue notice 
qu'il consacre à IVdro Gon/ah^/ et à ses biographes dans sa/i//;//o- 
ti'ca (/(.' f'ifrnlorrs dr hiprorinn'ft ^/fG/zv/rA/A^yV/yv/, Notice LXXXIX, 
n'« 301 .Sî)7, p. 170-170 (Madrid, 1891)). 

2. I/i i)remicre ambassade du comte de Tendilla totube entre 
juillet 1451, date de la mort de Jean II, et mars 1155, date de la 
mort du pape Nicolas V. L'ambassade auprès de Pie II fut plus 
lon^'ue puisque Ini^^i Lopez de Mendoza prit part au concile de 
Mantoueen U5Î) et que ce concile dura près de huit mois (V. Ma- 
riana, Ilisi. r/fn clr E^sjiurui, Madrid, 18 18, t. II, 1. XXIII, c. i, 
p. 499-500). 



INTRODUCTION LXXXIX 

rcnscigneincnts que nous fournit le libraire florentin 
restent précieux, parce qu'il était nécessairement bien 
informé des choses con(*(H*nant son commerce. Ils con- 
firment l'origine florentine de la plupart des manus- 
crits italiens du Marquis, et ils indiquent qu'à côté des 
manuscrits spécialement copiés pour Don InigoI/)pez 
on procédait pour lui à des achats, ce qui explique la 
présence de manuscrits italiens, portant d'autres armes 
que celles des Mendoza, dans les armoires de la l:)i- 
bliothéque de Guadalajara. Que les émissaires du 
Marquis, en Italie et ailleurs, achetassent des manus- 
crits d'occasion, cela no fait pas le moindre doute; 
nous en trouvons la preuve à plusieurs reprises sur 
des volumes dont les armes primitivc^s ont été grattées 
pour faire place à celles du nouvel acquér(>ur. De 
même, sur des manuscrits provc^nanl de la bibliothèque 
de Fernândez de Ileredia, grand maîtn^ de l'Ordre de 
Sa in t-Jean-de- Jérusalem, nous avons trouvé que 
Ton avait non seulement gratté hs armes du Grand 
maître, mais encore la croix de Jérusalem qui ornait 
le manteau do, Juan Fernândez sur les miniatures qui 
le représentent. Beaucou[) de manuscrits italiens, la- 
tins ou français furent acquis pour servir d(^ ti^xte 
aux traduct(Hirs du Marquis el souvent nous trouvons 
Toriginal et la version cote à côte sur le même rayon, 
comme c'est par exemple le cas pour le ))eau manus- 
crit français de» VArhfu* drs ha failles Ao Bonnet, orn('^ 
de dessins et d'armes étrangères, o\ sur lequel travailla 
Anton Zorita(l). Le lils aine du Manpiis, Don Diego 

1. Notice LVllI, ms. *A, p. 373 et ms. *B, p. 374. ' 



XC 1llIiL10THflQ|:E DU MAMQL'IS DE SANTILLANE 

Ilurtado de Mendoza, premier duc de Plnfantado, prin 
un soin (oui particulier de la liibliothèque do sou pèrejj 
il en fil, par testament, un bien inséparable du lîtK 
d(^ sa maison. Cetto sage mesure évita la dispersion 
des livres du Marquis et éveilla l'intérêt des ducs de' 
rinfantado pour le trésor dont ils avaient la garde. 
Don Ifiigo Lo[x>z de Mendoza, quatrième duc de l'In- 
fantado, estima hautement ce précieux héritage. Plus! 
qu'aucun de ses prédércsseurs il s'occupa d'augmenter. 
In bibliothèque et dans la préface de son Mémorial de 
cnnaa notahles. par lui dédié à son fils, il fait l'éloge da 
ses ancêtres et plus particulièrement de celui, qui « è 
lui seul éclipsa la gloire de tous les autres Mendoza ( 1 ) ». 
En 1702, un incendie éclaUi dans le château dé 
de (hiiidaliijitra et s'étendit à la liibliothéque et auî 
archives de la maison (2). Les dégâts causés par loi 
flamnu's furent-ils eonsidéraliles? Nous ne lesavcni 
pas. Mais il est cei'tain qu'il y en eut e1 ainsi s'expli- 
querait l'absence de quelques livres, qui étaient danl 
toutes les bibliothèques de l'époque, tels que 
version castillane du LKht de ci/a et moribu 
pliilnsofilioruni de Walter Burley(3), et celle da 
Ê(i/nudt)/jics de saint Isidore de Séville. Ains 
s'explique aussi la disparition du Lihra maj/or di 



1. Appendice 3. p. 165. 

2. Los Hios, IJbniit di-l Man/iw-^, p. ri.xvii, et Mayans y Sise: 
dans sa préface au Paslor rli} Filirta de Luis Galvez de Moi 
talvo (Valence, 1T!W). 

3. Knust, dans son édîlion du De riln et imirihux en latin et I 
casiîllan (Tûbingen, 1887; a démonlrii que toutes les fois (jne li 
Marquis cite Laeri;io il faut lire Burley. 



INTRODUCTION XCI 

las t frisformar innés [\) d'Ovide et des Tfr((/r(Urs(2) 
de Sénèque, que le Marquis était si fier d'avoir fait 
traduire avant personne en Castille(3), comme aussi la 
perte des œuvres de Don Iftigo lui-même, dont il pos- 
sédait certainement plusieurs exemplaires et dont nous 
n'avons retrouvé que la seule Comedleta de Pon^a 
dans un volume de mélanges qui n a pas fait partie de 
l'ancienne bibliothèque de Tlnfantado (4). Nous ne 
pensons pas toutefois que l'ancien fonds de cette cé- 
lèbre bibliothèque, celui qui fait Tobjet de notre étude, 
ait été très appauvri. Nous avons pu retrouver la trace 
de la plupart des ouvrages que le marquis de San- 
tillane a vraiment possédés. Sa grande sincérité et la 
netteté de ses indications ont été pour nous de précieux 
auxiliaires dans des recherches souvent délicates, 
parfois difficiles. Toutes les fois que le Marquis se sou- 
vient des lectures qui lui ont fourni un fait, une date 
ou un nom, il nous le dit. Quand il Tomet, le ton et la 
manière dont il présente ses connaissances indiquent, 
le plus souvent, à qui Ta un peu pratiqué, si ses ren- 
seignements sont de première ou de seconde main. 

1. Peut-être InigoLopezen citant les MêtafnorphoseH a-t-il voulu 
^^.rler de VOcide moralisé de Hersuire (Notice XII, p. 84). 

2. Dans la bibliothèque du Marquis, nous avons trouvé une tra- 
duction toscane des dix tragédies de Sénèque (Notice XVI, ms. C, 
p. 111). C'est sans doute ce texte qui aura servi au traducteur cas- 
tillan auquel le Marquis fait allusion dans la lettre à son fils. Car 
il s'agit certainement ici d'une traduction différente de celle qui 
fut faite sur la version catalane d'Anton Vilaragut (KIY*^" siècle) et 
qui ne comprend que neuf tragédies (Notice XVI, p. 125 et 130). 

A Lettre àD. Pedro Gonzalez. [Obvas del Marr/ucs, p. 482.) 
4. Cf. Notice XI, p. 68. 



*I 



IIOMERK 

Homère, Iliade, traduite en castillan sur le texte latin de 
Pietro Candido Decembri. 

M. Morel-Fatio a publié sur Thistoire des versions castil- 
lanes d'Homère et en particulier sur celle qui nous occupe 
ici un important article intitulé : « Les deux Omero cas- 
tillans ») (Romania, t. XXV, année 1896), et M. P. de 
Gayangos, dans son Catalogue des manuscrits espagnols du 
British Muséum, a donné la description du manuscrit qui 
contient la traduction de la version de Candido Decembri. 
N'ayant pas encore pu examiner nous-môme le manuscrit de 
Londres, nous nous en tiendrons au cabilogue de Gayangos 
pour la partie descriptive. L'étude de M. Morel-Fatio nous 
fournira aussi de nombreux et précis renseignements. Citons 
tout d abord M. de Gayangos: 

« Add. 21, 245 paper, in folio tî. 97, xv cent. 
La Iliada de Homero, en romance. 

1. A translation of the Hrst, second, tliird, fourtli, and 
tentli books of Homers' Iliad, made at the command of, 
and dedicated to, the marques de Santillana [D. lûigo 
Lopez de Mendozal from the Latin version of Pietro Can- 
dido, with finely illuminated initiais and borders besides 
the portrait of the translator a Bénédictine monk?) at the 
beginning. 

2. The life of Homer, translatcd from the said Candido, 
fol. 58. 

3. El verdadero argumento de la istoria troyana, fol. 
636. 



3 niBLIOTHÈQUE DO MARQUIS DE SANTILLANE 

4. At't'dunt and description of Rome; its goYcrnment, L'tc. 
in old times, fol. 63, 

5. Description ot Asi:i. Afriat, and Europe, f()l.7"i. 
G. Glnssary of Latiii wurds, cliîefly relating lo a indu- 

mentaria» idress'. osplaiued in Spanisli, fol. 82 b. 

7. Letter said to liave been written to tlie Eniperor Nero 
by a king of Arabia, nained Kuax, upon tlie propertips of 
precious .stonos, fol. 85 (Catalogue qf (hc manuscripta in 
llic Spanish language in Ike BritisU Muséum, t. I, p. 9j 

M. Morel-Fatio ooininente ainsi le n" 1 de la notice 
que nous venons de copier: n Quelques passages de la 
préface de cette traduction rastillane de VIliade latins 
prouvent que D. Pascual de Gayangos ne s'est pas trompé 
en y reconnaissant une entreprise suggérée par le marquis 
de Santillane, dont la lettre à son Hls devait, je le crois, 
prccéder dans le manuscrit original lavant-propos du tra- 
ducteur, puisque ce dcrnii.T y fait allusion comme à quelque 
chose qu'on vient de lire: mais, ou le manuscrit de Londre» 
est incomplet d'un feuillet au commencement, ou celui qui 
l'a transcrit a omis de nous conserver ce morceau, ii 

En effet, le passage de la préface du traducteur cité par 
M. Morel-Fatio contient d'évidentes allusions il la lettre' 
(jue le Mar<|ui.s écrivit à son tils Pedro Gonzalez de Meo- 
doza, étudiant à Salumanque, où il lui demande, entre^ 
autres services littéraires, la traduction des livres I, II, IH," 
IV et X de VIliade d'Homère traduits en latin par Pietro; 
Candido Decembri et offerts par lui au roi de Castilte Jean IL 
La traduction contenue dans ce manuscrit est donc, très. 
probablement, due a Pedro Gonzalez de Mendoza, et sinoa^ 
il liii-inémo, tout au moins il un lettré qui travaillait sou» 
sa direction. Nous n'hésitons pas ii partager l'opinion do 
M. Morel-Fatio, qui nous paraît tout à fait démontrée, le 
traducteur anonyme se trahit à chaque pas dans sii préface, 
et c'est bien le lil.s du Marquis. 

Quant à la date de cette version, on iiu peut guère la pré- 
ciser, la lettre d'InigoLope/ à son lîls n'étant malheureu-- 
sèment pas datée. Tout ce qu'on peut dire, et c'est encore 
M. Morel-Fatio (jui nous en fournit la preuve, c'est que' 
Pietro Candido reçut en 1442 une lettre par laquelle Alonso. 
de Cartagena l'engageait à dédier y. Jean II de Castille sa Vfj| 



I. HOMERE 3 

d'Homère et Sii traduction de V Iliade, Decembri répondit 
par une lettre du 30 avril de la même année, et il expédia 
peu après probablement encore en 14 12) sa Vie iVHomùre 
dédiée à Jean II et ses extraits de Y Iliade, M. Morel-Fatio 
croit que c'est l'année même de l'arrivée de ces nouveautés 
littéraires en Espagne, ou peu après, que le maniuis de San- 
tillane en eut connaissance. 

Nous croyons utile de reproduire ici le texte du prologue 
du manuscrit de Londres (lue nous empruntons à Tarticle de 
M. K. Vollmôller intitulé : Eine unbekannte altspanische 
Uberset^unc/ der Ilias (publié en 1893 dans les Studien 
zur Litteraturfjesc^liichte Michael Bernaijs rjeœidinet von 
Schulern und Freunden, p. 233-249) : 

Si a umanas no<;essidades niandaniientos diuinales se prefieren, 
yllustre e muy inagnifico senor, enbaldc escusaciones |x)riic a la 
carga que uuestra senoria por la précédente cpistola me inpone, 
acatadas la nouedat de mi tienpo e baxeza de ingénie que grandes 
cosas non sufren, graue e quasi insoportable, mandando me los 
çinco libres de la grande Yliada de Homero, conuiene a saber: 
primero, segundo, tercero, quarto e decimo, ya por Pedro Candido 
excelente orador del griego traduzidos en prosaycaoraçion al latin, 
en nuestra maternai lengua- traspasse. En los quales aqueste ingo- 
niosissimo poeta tanta dio a los vencedorcs gloria, quanto de los 
uençidos fue cstendida la fama. Altos escriptores acpiesta estoria 
por muchas e diuersas causas escriuieron. Unes connno Seneca 
tragedo queriendo demostrar quand breues c caducos los prinçi- 
pados c poderes son deste mundo c (juand ligeramente los que en 
la mas al ta cunbre de la fortuna se asicntan pueden cîier. Otros 
commo Uirgilio por auer e alcancar beniuolençiade algunos, grandes 
principes y enperadores que asi de los Troyanos commo de los 
Gricgos des(;endieron, loando si ngular mente a aquel de cuva pro- 
sapia uenian. Otros connno Guido de Colupnis por comendar una 
tan estrenua conquista que en cl mundo fasta el présente tienpo 
ygual non se falla . Otros como Eusebio muchas cstori«as suma- 
riamente passando, uiendo a<iuesta tan mémorable non era de 
callaren sus obras, ingcniosamente laasentaron. Otros como Titu 
Libio queriendo los grandes fechos romanes desde su primer 
comienço contar commo desoendientes de los Troyanos. La présente 
ystoria escriuieron diuersos otros por dyuersos fines. Los libres 
de los quales so muy çierto uuestra senoria aya mas estensa e parti- 
cularmente leydo queyo en genero [fol. 1 v**] agora pudiese dezir. 



4 mULIOTHEQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

Mua qutcn con Homero se puode ygualar, por el quai escriptor 
los fechos do Achiles pueslo que niurio desaslrada c mala niuerl 
lo liainamos bien fortunado? A quien no desdeùo seguir el grai 
poeta latino. Antes, seguiid Pedro Candido abaxo recuenta, Ian( 
lourle dia{l), que como entre lo^ mortates por manarca de 1( 
poetas latynos ^ca auido, no se alrcuîendo aqucllos mis 
en latyn escreuir que en el Griego lloinero auia conpucsto, dei 
figurât! uamcn te por el : quis auferet clauam de nianu Herrults' 
que qiiierc dezir: quien osara tirar la maça d'arniasdela 
de Hercules? Por lo quai no sîn causa uuestra scûoria quiere m 
obra de (an e\<,'elente uaron, el quai en solos los Alhenienses fuei 
grand cosa ser un lienpo numerado e nieresçio para sienpre 
todos los Ciriegos ser por exyelencia llamado poeta. I'aresi,'e 
grande eminençia suya e fainoso nonbre on la controuersîa q^i 
los antigos CAcriptores, do lieuipos asi Griogos oonio tdtiiM 
ouicron por salier su Iiedad, unos di^iendo auer sido en tienpo 
Oitias rcy septimo de Ysrael e de Agripa rey onzono en los Lati 
e de Joas rey dezlmo de Judu, profctizando en Jlierusaleni 
sanlo profeta EUseo, .seyendo principe quinto en Athenaji Meradt 
e Key de Arain Azael e de los Egipçianos Suseûe e de los La( 
denioniosArchislao Key septeno, sicndo entre clIosLigurgofî 
reynando en los Corintios Eudenius septimo rey e en los Asir» 
Octorapes Hey XXXV". Asi se [alla en laestoria latyna, Apolodi 
e Kuforbo escriptor de ystorias lo pusieron antes de la Itomana 
funda^-ioncientoe ueynte equatro afios. Cornclto Nepos di.\o auer 
sido anIesdelaOlinpia primera vient aùos.Oirosdeitian poco ani 
de la decendida de los P>aclitas, (de los) |[ol. ^] do los quali 
fuo une Socrales. ArUtotiles lo puso despues de la captiuîdal 
Troya çieiit aâos. Arîstarco en este mcsmo tienpo o en la tuyda 
los lones de su (ierra. Phirocolo en tienpo de Ari,'ipo principe de 
Altieuas, despues de la subuersiou de Troya çlenlo y oohcnta aûos 
en la Irasmigracion o pasada de los lones de su tierra. Apolodro 
Atheniense afirnio auer sido dozicnlos e quarenta anus despues 
del perdiniienlo de Troya. Arçîlogo en la veynlc y très Oilnpiade, 
reynanlc en los Medos Uciodos [2] rcy quinto. Algunos dixeron auer 
sido poL'o anlc que las olimpias couionçasen, quatroticntos anus 
quasi despues de tomada Troya. Otros lo pu^ioron en aquel tienpo 
que por irayçion de Macliareo siteerdoie do Aptjlo en la ysla Deltoti 
Drestes niato a Pirro. Aquesta grand discordia de tan singulai 
uarones sobre cl tienpo de nuestro poeta Uomero muestra la 



i 



1. Mm. de Dio. 

2. Md. de Iodes. ' 



I. nOMÈHE 5 

grande heminençia. Ca no es de créer estudios de tan senalados 
sabios se quisieran ocupar en luenp:a altereaçion de un uaron tan 
solamente si uua de dos causas no les niouieran : o perfecto conos- 
çiniiento e s(;ien(^*ia de su famosa elef<ançia, o a su [)roposito de 
ystoriarno fuera muy neçesario sienilo como prinçipio de ystoria 
donde el proeeso nasce o fin en quien se concluye. Asi comnio 
uemos mucha contradigion entre los interpetres e otros estoria- 
dores con los Ebreos que dizen desde el primer padre fasta el 
na<;imiento de Abraham auer sido mill e nueneçientos e quarenta 
e nueue aûos. Los otros con los interpetres atîrman auer sido très 
mill e çiento e ochenta e quatre anos. Paulo Orosio e el bien 
auenturado Kusebio en los prologos primeros que cada uno faze a 
sus libros, el priniero a la orden e oromesta del niundo, el otro a 
la coronica de los tienpos con los interpetres contra los Ebreos 
aeuerdan. Pues asazes claro [fol. 2 v"] a todos que de Uomero ni 
dependen estorias ni con el se çierran, queda que solamente su gene- 
rosafama aya entre los nonbrados uarones causado disconueniençia 
e desacuerdo, aunque de su elegangia muy poca e delgada notiçia 
en la obra présente tornada por mi en romance podemos auer, 
eoinmo ya por muchas manos passada aquella biueza no retenga 
que en la primera lengua alcanço. Afirmalo Sant Geronimo que 
faziendo grand dificultat en el traduzir de Griego por inposible 
conparaçion puso que alguno prouase ni aun para si solamente 
interpretar a Uomero que tornade a otra lengua, comoel dize, en 
aquel mas éloquente de todos los poetas no paresçiese una orden 
burlosa e digna de escarnescjer, mayormente que Uomero aquesta 
obra canto en uersos de los quales la prosa suelta no resgibe con- 
paraçion, bien (pie en ella aya hordenadas e distintas cadeni^ias. 
Pero, comme uuestra senoria sin emienda en el prologo gênerai a 
todas sus obi as al yllustre condestable de Portogal escriue, los 
açentos, cuento e medida no se guarden commoen el uerso, porque 
muy grand parte de su fermosunl pierde la dul(,-e ora(;ion. Asi 
mesmo, comme Pedro Candidoayuso dira, aquesta obra no fue por 
el traduzida palabra por palabra dando por causa lo suso dicho, 
que si Uergilio a lo tal no se atreuio, mucho menosel ni ninguno 
de los biuientes. Delo quai se sigue no la eloquençia como trompa 
résonante e arte famosa suya, mas algund tanto de las altas 
inuençiones e sentençias podamos conosçer. Es otra razon y muy 
légitima por que asi no podemos conosçer su perfection, passando 
aquesta obra a nuestro uulgar, (jue nos no auemos tan conpcn- 
diosos uocablos para que en pocas palabras pudiessemos conpre 
hender grandes sentençias. Commo sea que la eloquençia de 
fuerças caresca quando el ydioma uocablos no padesçe diuersos 



6* RIDLIOTIIËQUE DU MARQTITS DE SAXTILLANK 

respectos significantes. l*or aqueslas cosas e por euilar algunos 
yerroM que en la interpretaçion, atteiilo lo que dîcho he [fol. 3] arriba. 
podriau caer si digno me faera aqiiesta carga yo quisiera mucho 
tuyr. De mas desto que se uuestra sefioriji lia inuy bien uisto e 
leydo iina pequeùa e broue suma de aqueste Homero de latyn 
singularmenle interpetradaa nuestrosuulgares por elegregio poeta 
Jolian de Mena. Por la quai sin dubda conoscera qiiaato el uaron 
de Estnirna sobrepuia todo el genero poetal, pospuestas pero estas 
causas mas que miradas, muy uirluoso seûor. La çierla uoluntat e 
mandamiento de vuestra senoria espressados en la mny insigne 
epistola me forçaron la inposigion suya a^eptase, consîderando 
que aun aquellos queladislanqia do las lierras de uuestraingenua 
preseni,'ia partiçipe^^ nu les Qzo, por la tama ^•ola oyda, con plazer e 
seruir te desean, commo ya de muclios d'estos lan solamenle por 
aquella nueslraproninçia, iii(l) seruisitada. A.si comme a Paulino 
el santissimo Geroiitmo escriuia de Apolonio, aquel niaguo, o, 
segund los Pîtagoriuos quieren, philosofo, que por uer Aliarca que 
en el trono de oro se asentaua e de la fuente de Tantalo 
auia beuidn, el monte Caucaso e muy grandes reynos de India 
peD«>tro. E dende passada la muy ancha agua o Riu Phison aporto 
a los bragmanas, donde entre pocos dîsçipulos del eurso de dias e 
eatrcUa-s le Fallo enseria[ii)te. Tuuo, de/la (îeronimo, aquella liedal 
grande e digna de çelcbrar niarauilla de todas las génies. Que 
aquellos que por contemplai;iou suya las prouinçias asi no leuaron 
fama de un .solo «nbre los truxo. V, asi no uieiios la présente con 
uuestro preclaro nonbre aura gloria en los uenideros que por el 
grande Yarclia aquolla fue remenbrada en los passades, mas para 
que ya en palabrais me detengu si la uuestra grand sinçeridat e 
perfec(;ion loar non oso? Uulgado prouerbio es ; el alaban<;a en la 
propia boca ensordeçe. Que si por mi fuesse fablada manifiesto 
es de aquella exçelen te persona])aresç6riaen ella mis [fol. 3 v] ma 
se tornaua. Ë por esso me detengo. Pues si los lougincos aaquella 
dessean los eontlnes auian e los nuestros adoruu, commo yo a 
quien la umana naturalezaoliliga en todos scruiçios podre recusar 
las mo.saycas leyes <ion mano dîuina escriptas. Que sou en mi 
uuestros mandamienlos solo en la région de los biuos de mi mas 
temedero seûor, por loqual el ingénie al trabajoela mano exeeu- 
tandoel mandamiento deuuestra seûoriapusealapluma, conlian- 
do asy mesino no tanto de mis fuergas commo que por aquella sean 
corregidos los yerros, Por que loa sabios que aquesia interpctra- 
çion o uulgar por mi fecho leyeren commo ya passade so correct 



1. 11 estiivident qu'il laulici c<irri(ier n;'< 



I. HOMERE 7 

de tanheminentesçiençiapierdan cuydado dehemendarmisfaltas. 
^on me faziendo nunçio de algunos maliçiosos, de todo rétracta- 
dorés, que no los prouechos e cosas singulares de los libres, mas 
>iamas donde se tengan para blasfemar los que en conponer o 
interpretar trabajan con grande acuçia andan buscando. De los 
quales faziendo lo que deuo me descuydo con aquel que dixo. Digan 
los ombres lo que quisieren, en tanto que mesma mi conçiençia 
non me acusa, los sieruos con obediençia satisfazer e yo con 
testîmonio de aquella me contente, pues con afecçion e diligencia 
por la obra lo confirme. Quien Homero e de que naçion o calidat 
aya sido e quand gloriosa uida lue la suya segund philosuôa, por 
que abaxo despues de su prohemio Pedro Candide copiosamente 
lo escriue, e las dubdas que en el libre pueden uenîr, no euro des- 
planar en lo présente (1). 

M. Vollraôller n'indique pas l'auteur probable de cette 
traduction. Mais après une lecture attentive de cet intéressant 
prohemio, il est impossible de ne pas conclure avec M. Morel- 
Fatio que cette version est Toeuvre de Pedro Gonzalez de 
Mendoza, lorsque le futur grand cardinal d'Espagne était 
encore étudiant à Salamanque. 

1. M. Vollmôller nous dit que, pour la ponctuation, il a suivi les 
indications que donnent les traits rouges et bleus dont le manuscrit est 
semé. Cela n'aurait pas dû Tempôcherde faire quelques correctionn qui 
sautent aux yeux et qui auraient amélioré un texte souvent altéré par 
le scribe. N'ayant pas eu sous les yeux le manuscrit de Londres, nous 
avons dû reproduire le texte publié par M. VollmoUer. 



(Rocara. N* 179; Bibliot. Nat. Madrid Heserv. 6'-2). 

1. Platon, le Phêdon. 2. Saint Augustin, De Beata Vt'la.i 
3. Discours d'un em-oyé de l'empereur Frédéric II aa\ 
pape Ho/iorius III^ 4. Coluccio Saî-UTAto. Déclamations 1 
de Lucrèce. Kn castillan. 



Ms. de 95 feuillets de vi^lin, plus 1 feuillet blanr. ji laJ 
fm, non foliott^ réglé à 28 lignes, écriture espagnole du^ 
XV^ siècle. Format 250X191 mm. Reliure moderne de Binot 
avec le chiffre et la couronne du duc d'Osuna, Ce manus- 
crit est orné d'encadrements do style flamand. Celui du 
fol. 1 porte dans le bandeau inférieur les armes du Marquis, i 
soutenues par deux anges. ,Si l'on compare ce.s anges A ceux! 
de la Chroniijue Générale li, des ressemblances frappanta 
de manière, de couleur et d'expression semblent indique^ 
la mémo main. 

I. Le premier texte, sans rubriques, commence par le pn 
logue d'une traduction du Phédon. La capitale enluminée qiwl 
ouvre la page représente Socrate prenant la cigué, entoun 
de ses disciples. Quel est ce traducteur et à qui s'adresse- ^ 
t-il ? Le manuscrit 2. N. 3. de la Bibliothèque particulière du 
Roi, contient la même traduction, et la préface du traducteur 
y porte le titre suivant: Inlroduçion dcl tibro de PlalonÀ 
llnmado Fedron de la Ynmortalidal dol aima, par el\ 
dotor Pero Dia; (ranladado e dcrlarado. Un manuscritl 
deParis(Bibt. Nat. Fonds espagnol, n" 458), quia fait partiel 
de la bibliothèque du Marquis, contient IMj-/oc«s, dialogue I 



lî. PLATON y 

longtemps iittrilmt^ à Platon, .suiis li; titre tic : IiUroibifçinn 
al lihro de Platon, Uainado Fcdion, en ijne se Iraeta de 
como la muerte no es de U'iner, romanrado por^el dnrlor 
Pero Dias de Toi edo, para c/ mnij gencroso e cirlnoso 
spilor singiilw suyo, sc/lor Yiiîrjo Lapes de Mrndoça, 
seilofde la Vef/a. 

M, Menéntle/ y Pelayo dan^ son discours sur los vicissi- 
tudes de la pliiiosophie piatouicieniie en Espagno (p. 90. 
note l)(li explique l'erreur du manuscrit de Paris par une con- 
fusionducopistequi. BOUS le titre du P/i^rfon, mirait transcrit 
rAj.((M-KS, traduit, suivant toute probalùlit*', par le même 
Pedro Diax-, c.liapelain du Marquï-s. M. Moicl-Fatio, qui 
le premier avait attiré l'attention sur 1' A.iiorhus de Paris 
[Romania, t, XIV, p. 97), se nittiiclie à l'opinion de 
M. Mencndcz y Pehiyo (Romania, t. XIX. p. 140). La 
forme Fedron n'est pis du fait de Pedro DiftK, puisqu'on 
la trouve déjîi dans un manuscrit latin contenant la version 
de Leonardo Bruni, sur laquelle Pedro Diaz a fait su tra- 
duction (cf. Morel-Fatio, Roinania, t. XIV. p. 97, note 2); 
ffitte forme iKirltare t'tait populaire au XV" siècle, comme 
le prouve son emploi par Juan de Lucena dans le De Vita 
fi'lici (voy. Par, y Mélia, Opûscnlos Lilerarios. p. 106). 
Revenons au manuscrit Reserv.6"2: Le prologue commence 
par: « De la iumortiilidad del aima diuersos adores en 
diuersa mnnora sinlieron e fablaron, » et finit au foi, 3 v" 
par: « Pues dexemos va de prolongjir mas la Tabla e en- 
tendamos enla traduçion del diclio liliro de Platon llamado 
Fedron. n Ce prologue est illustré de notes dues au tra- 
ducteur espagnol. Suit la traduction du prologue de 
Leonardo Bruniadresséiilnnocent VII, qui occupe les feuillets 
y v"-5. Fnlin les feuillets 5-59 contiennent le Phédon: 
incipit : » Ecliecnites ; tu Fedron fueste présente aquel dia 
que Socrates l)euio el vino en la cartel o oystelo de alguno 
otro. I» K\piicit : n aqueste fue el meior honln-e e mas 
sabio de aqnellos con (luien nos conuersamos e contriicfamos. 
luiic operi finis. JJro f/raçifis. n Les feuillets 59 VetOO 
sont blancs. 



1. De la» eicisitutten >h la .ftlosofiii pltitônlcii .-n E»/>iiihi. dan^ /■.n- 
soiio» df erlticafiloBifirii. Madrij, 1892. 



10 



hiuliotiièque do marquis de santillase 



II, Fol. 61. Encadrement gracieux, grande initiale sanSi 
peinture, pas de rubrique. Incipit : n Viirnn muy humano et 
de graod virtud Tlioodoro, sy el viage e camino que ron 
RiKon se deue premitir e presuponcr e lu mosma voluntjid- 
nos troxesse ul puerto de la philosophia por el quai M 
honbre viene en la région e patria (?) de la vida bien auen- 
turada... » Fol. 81 v". Explieit: « K yo le dixe; de cada 
dia podeys hauer deste manjar si cada dia vos tornades a 
Dios. E assi acabada nuestra disputacion, puesto fin 
nucstro razonar nos partimos. Deo fjfattas. — huic operï 
finis. » Ce traité est le De Beata Vila de saint Augustin. 
Qui en fut le traducteur? Peut-être Podro Dian de Toledo, 
la matière et le style ne démentent pa.s cette supposi- 
tion. 

III. Fol. 82 blanc. Fol. 83 sans capitale ni rubrique, 
Incipit: « Muy bien auenturado e niuy gran poutifiçe. 
Commo Moysen vnron de Dios ordenasse suçessor por aï 
a Josue su fijo... uFol. 90 v". Esplifit: « gloriosissimo 
obispo, claros e illustres son los titulos de ti que fezi.ste la 
union, otorgaste el jubileo, coronaste al Çesar, pero el 
titulo del pusaaje sera mas digno e mas duradero. El quai, 
porque non lo deses a tu sucçessor, la piedad del Çosar te 
amonesta e toda la cristiandad lo suplica, que ya coronado^ 
por ti el eraperador, aunque muchos grandes e al los negoçios' 
tengas, enpero non hay cosa de que mas prouecbosa e glo- 
riosamente puedas fazer que dol pasaje. — huic operijinis 
— Deo gracias.)) — Ce morceau est un discours prononce 
par un ambassadeur de l'empereur Frédéric II k la cour dei 
Rome, au sujet de la fameuse croisade de ce prince. Ce' 
discours s'adresse à Honorius III qui couronna Frédéric le' 
22 novembre 1220. 

rV. Fol. 91-95. Ces [euillcts sont écrits d'une autre main; 
ils paniisscut un peu antérieurs aux précédents, le demi- 
encadrement et l'initiale sur fond d'or du fol, 91 sont d'un 
autre style que les autres ornements du manuscrit. De plus,, 
ici nous avons une longue rubrique écrite avec soin: £,«-; 
creciajija de Esptirio Lucreçio e mujer de Colatino Tar-- 
qiiinoforçada de Se,vlo Taj'qaino Jijo del rey Tarquino 
dando ella logar contra su Doluntad a lafuerça solo por 
teinor de la ïn/'ainia por quanto Tarquino segund 



II. PLATON 11 

amena:;atia dixo que degollavia un esclauo e lo poniia 
con ella de consuno en la camava, llamo al padre e a 
su mari do e contoles el fecho e jho con ellos que le 
prometiesscn vengança del e despues ella queriendose 
matar, el padre e el marido gela estranaji segund se 
contiene en lo tnfrasrripto, » Incipit: « mi lucreçia 
non te quieras afligir nin atribular. » Explicit : « que por 
si mesma se dio la pena e tormento meresçido por los cul- 
pados. » Fol. 9.2 \°: Siguesse la oira parte de la declama- 
çion, conuiene saber la de Lucreçia en contrario. Incipit: 
« O mi biien padre e tu mi marido a mi mas caro... » Ex- 
plicit: (( (jue ellas por aiusa mia entiendan ser liçito beuir 
a inugeres non castas. » Fol. 95. Explicit: a Fenesçenlas 
declamaçiones de CoUuçio chancelier de Florençia, çerca 
de Lucreçia. » — Ces deux discours ou déclamations se 
trouvent dans les manuscrits et dans les imprimés fré- 
quemment mêlés aux lettres d'^Eneas Sylvius, mais il est 
bien avéré qu'ils sont de Coluccio Salutato. On a aussi 
voulu voir dans ces déclamations deux morceaux de vieille 
rhétorique latine, et on les a édités comme tels; cf. 
II. Millier, Bhicterjïlr das Bayerische Gymnasial und Real- 
schulwesen, t. XIV, p. 371, mais cette attribution est restée 
sans écho. (Voigt, Wiederbelebung des classischen Aller- 
thums, S'' éd., Berlin, 1893, t. II, p. 438 et 439, note 1.) 

L'introduction de Pedro Diaz de Toledo à la traduction 
du Phédon est intéressante à divers points de vue et mérite 
d'être reproduite, la voici: 

Introduçion del libro del Platon llamado Fedron de la 
ynmortalidat del aima por el dotor Pedro Dias trasladado 
e declarado{l). 

De la inmortalidad del ama diuersos actores en diuersa manera 
sintieron e fablaron. Caalgunos de los philosophos que se llamaron 
epicuros negaron el anima ser inmortal e dixeron que muerto el 
honbre el aima pereçia e délia non quedaua sustancia alguna. E 
la opinion de aquestos introduze Seneea en lasesta tragedia donde 
introduze al coro, que si preguntan las animas de los deSuntos 

1. Nous empruntons ce titre au ma. du Palais. 2 N^ 3. Dans le nis. de 
la Bibliot. Nat. Reservado 6' 2 ce prologue n'a pas d'entôte. 



13 



BIOLIOTHftOUE on MARQUIS DE SANTILLANF. 



(iondc estan, di^e que rcsponde, que donde estan las cosas que 
non son naçidas. Quierc dczii- quo asy commo lo non naçido non 
[ieni^ ser nin susiancia alguna que csso mesmo se dira de ]as 
animas de lo3 dcffiintos- fil dize quedizen aqucstos que lo que se 
dize comunmenlo que ay infierno e que se penan endu les malos, 
que a este àcï.\r son nueuas vanas *emejaiUcs al sucfio que faze at 
honlire cuydoHO por algun mal que sono, e commo cspierla non 
lalla cosa rie que tuma. Asy decir que ay iiifierno e que se penan 
endolos malos, aquesto pniie mierioc e^panlo. E dezîan aquestos 
que non ay lai cosa. AquesUi opinion introduze el sabio rey Sa- 
lamon en el libro del eclesi.asles suyo, al fin del tercero capilulo. 
donde dize que era opinion de algunos que u[io e esse mesmo (in 
es del honbreede labeslîae egual es la condiçion de ambosa dos, 
Asy que estos, segun esie rii-zir, non oreyan la inmorlalidnd del 
aima pueit dezian que ygual era la lin e muerte del honbre e de In 
besiia; I! commo el spirilu u anima rie la bestîa se lornu [fol. '2] en 
nada, que asy Faziael spiritu del lionbre: lo quai ningunocrca que 
fucdeentinçion deldicho rcy Salamon, segun cscriuc sobre la diclia 
abloridad macslrc Niuliolao de Lira, e paresço por lin del diclio 
libro eclesiasUis donde dize que Dioa lia de Iraor a todo honbrc a 
juyzio por las cosas quo tara, lo quai non podria aersyol anima 
non fnesse inmorUil. De aquesia peruersa e daûada opinion eran 
los Saduceos, los quules. por que cri'yan que las animas non eran 
inniortales, negauan la resu rreçion, aej^un que se escriue en el acto 
de los nposioles.en los veynto e quairocapiiulos. 

Otros philosopbos Tueron que se llaniaron peripaieticus, el cab- 
dillo e maestro do los quales lue Arislolites. Kl quai on su philo- 
sophia natural nin moral non tablo cosa çcrca de la inmorlalidad 
del animii abiertamenie. caso qun algunos doelores lo quieran 
concluyr de algunos dichos suyos en los libros quo coinpuso del 
anima. Olros philosophes oiio que se lamaron Stoycos, el maestro e 
el cabdillo de nqueslos fue Platon. El quai, masquuolropliilosoplio 
alguno, afirmo el anima ser inmortal, e las animas de los buonos c 
virtuoses auer galardon en el olro muudo. c las animas de ios 
ma los auerpena. Epara mostrar abierlamonteaqueslo iniroduzo a 
au maestro Socrates on aquesie libro que disputa con sus disçi- 
pulos. l'in persona del quai Socralcs. Plalo, por discurso c manont 
dedialogo, prueua el anima del lionbre ser inmortal por muchas 
razones e prueuas assaz conjeciu raies, 

Ecaso que non lleguedel lodo ala vordaddenuestra Ee, es mucho 
de marauillar que honbre philosophe, ain fe, solamente atraydo 
por la razau e lunbre nalural, viniessuen tan graniconocimietilo. 
Aquesto pu [tol.3]doser que lo aya causado, por que, commo dize sant 



II. PLATON 13 

Geronimoen la epistola que se intitula a Paulino, laquai se pone 
por prologo de la bliblia, Plato descendio en Egipto por verlos 
libros de la ley e de los prophetas, los qualcs vido e pudo ser que 
inforniado delà sacra escritura fue induzido a fablar del anima mas 
verdadera e catholicamente que otro philosophe alguno. Algunos 
dizen, la opinion de los quales introduze Macrobio, sobre el sueno 
de S^ipion, que uno que se llamo Feres Pan fi lus, del quai fabla 
Valerio en el libre primero en el titulo de los miraglos, el quai 
dize que murio en una batalla, c que estouo muerlo diez dias 
apa[r]tada el anima del cuerpo, que despues ressuçito e que reuelo 
muchas cosas del otro mundo, eu espegial de la inniortalidad 
de las animas, e que de aqueste honbre ressuçitado houo Plato el 
fundamento e doctrina que en aquesle libre introduze. De aquesta 
opinion fue Tulio, el quai, segun dize el dicho Macrobio, por 
postrimera de todas sus obras e libros escriuio el dicho sueno 
de Sçipion, donde introduze a Soi pion el asyano (sic) e a otros 
grandes e virtuoses honbres fingiendo que aparescieron despues 
de la muerte e dixeron de los premios e galardones que las animas 
do los virtuoses honbres han e lienen en el cielo e las penas que 
los malos padecen. Aquesla opinion esso mesmo introduze Ver- 
gilio en el sexto libre de los enoydos donde escriue quando Kneas 
vino a los eanpos elisios, que son los canpos de Parayso, e fallo 
ende a Anchises su padre e a los olros mayores e antecessores 
suyos. E de aquesta opinion fueron todos los philosophes que se 
llamaron stoycos. La quai opinion es grand confirmacion de 
nuestra[fol. 4] santa fe e confussionde los malcreyentes : que sy el 
dicho philosoplio e Plato e todo los otros sequaces e discipulos 
suyos, atraydos solamente por razon e lunbre natural, creyeron e 
conoçieron que las animas eran inmortales e que muertos los 
honbres avrian premio las animas de los buenos e gloria, e las 
animas de los malos padeçeriaii penas crudas e sin fin, mas son 
obligados a lo créer los que allende de la razon e lunbre natural son 
informados de la ley que Dios die e publico asy por Moysen e por 
los otros santos prophetas como por los sermoncs e doctrina que 
nueslro saluador Dios e honbre por sy mismo en persona predico e 
demostro con grand razon. Pues Loonardo de Areoio docte e sabio 
honbre on las letras griegas se trabajo a traduzir en nuestros 
tienpos del griegoen la lengualalina aqueste libre llamado Fedron. 
Del quai, case que santo Agostin e los otros santos doctores 
fazian mençion del en grand reuerençia e actoridad, mas non se 
fallaua traduzido en la lengua lalina. E por un precioso don lo 
remilio al papa Inoçençio septimo segun que el dize en su intro- 
ducion. 



14 



BIBLIOTHÈQUR DU MARQUIS DE SANTILLANE 



Muy docto e muy generoso seùor, a quien los nego^-jos non hun 

fuRrça nîn vigor de eobargar nin inpedir t'i ogio de vucstroesiudio, 
por rccrea^ion de los trabajos corporales vuestms, me di^puso a 
iradiizir en nuestro valgar casieMano, aqueste lihro de l'Ialon lla- 
jiiado Fedrou o lo rciniiir a la sabia discr»;ion viieslru. por que 
allendede los calholicoa actorcs que anodes leydo c leedcs. loades 
afjuesle philosofo gentil. F, vuoslro spiriiu generoso se anime e es- 
fuerçe a conportar Irabajos e peligros corporales en acios e exer- 
çidoH virtuoses. Por que el anima se delibre e descnbargue a. 
cntender en si mesma e entendiendo en si enlen | fol . ■'j] dera en qtiieii 
laerio e redimioe la ha desaluar. Verdades que la magestad de la 
fabla quo el diubo Plalo touo ou el gricgo non pienso que se pudo 
guardar por Loonardo, en la dicha traducion que (i/o. segund que 
sant Geroniino dize en un protogo de labliblia escusandose que el 
non podria Iraduzir la sacra eseriptura de ebrayco en latin con 
aquelia mngesiad de eloquençiaeduK-or de fablar que cnel propîo 
lenguaje la Sacra escripiura Icnia. E por consiguiente mcuos podre 
yo guardar en aqucsta ini indocia rude lradu<,'ion la eleganlc o cu- 
riosa manera de fablar en la quai Lconardo ai diubo libro iraduxo 
on la longua lalina, aay por la magestad del fablar de Platon c de 
las ylustres senleni;ias suyas commo porque non se sy muchas de 
BUS razoncs se pueden bien aplicar al nucslro vulgar castellano. E 
casu que de muchos pbilosophos se dîga que touieron ardua e sin- 
gular manera en fablar, solamente de Plato.sogund escrJue Plu- 
larco. se dizc que en su fabla non era nienor que el dios Jupiter. 
l£ bien se mosiro on su nasi^imiento quien auia de ser aqueste pht- 
losopbo Pliilo. que segund escriue Valerio en el libre primero en el 
lilulodobs pronosiieaçiones, que seyeiido niûo Plato e-tando en 
la cuna las abejas vinieron a (aiter panai de miel en su boca, de lo 
quai todos los sabios prenosticaron que aqucl nifio bauiadescr 
muy suauc e dulce en su tabla. Asy mesnio se escriue en el 
Policralo, en el libro primero en el capitulo dezisiete, que dor- 
miendo Socrales en .Acadeœia vido en sucùo que del ara del 
tenplode Venus le oFresc;inn un ^isne riue su cnello llegaua al 
çielo e eon su rostro locaiia a lus estreilas e que trasçcndia el mirar 
de lodo bonbre e que cantaua tan du[l]cemente que a todo el 
mundo ponia en pla/er e en alegrîa. E dize que al syguienie dia 
.\ristDn padro de Plato iraxo e presenio a Socrales a su lîjo Plalo 
de pequei'ia hedad para que le ensenase e mostrasso lasçiençiasquc 
sabia. E dize que como Socrales vido al moço c acato su dis- 
posiçioQ que dixo: eiortamente aquuste es el cisne que yo vi en 
Buenos que me oliecian del ara del lenpto de Venus, de las quales 
prenosticaçiunes se conjectura bien quien fue Plato en su fablar e 



II. PLATON 15 

cogDOsçese euidentemente por las sentençias suyas. Pues dexemos 
ya de prolongar mas la fabla e entendamos en la traduçion del 
dieho libro de Platon llamado Fedronfli. 

1. Ce prologue a été récemment inséré par D. Adoifo Bonilla y San 
Martin dans les préliminaires dont il fait précéder sa traduction de 
VIon publiée à Madrid (1901), sous le pseudonyme de Afanto Ucalego. 
Pour VAxlocUs, traduit par le môme Pedro Diaz de Toledo, voyez la 
notice XLIX. 



III 



THUCYDIDE 

(Osuna: Plut.ILit. xN,n"15; Rocam. nM9; Bibliot Nat. Madrid, Ii-68). 

1. Thucydide, Discours tirés de r Histoire de la yuerre du 
Péloponèse, 2. Guido de Colonna, Histoire de Troie 
(extraits). En aragonais. 

Ce manuscrit comprend 194 feuillets de vélin plus 1 feuil- 
let blanc au commencement et 2 à la fin, non folioté, écrit 
à deux colonnes, réglé à 30 lignes, minuscule gothique de 
la seconde motié du XIV*' siècle. Format 420 X 300 mm. 
Ce manuscrit est doré sur tranches. Le fol. 1 est orné d'un 
demi-encadrement de style français. Le Thucydide n'a ni 
titre, ni rubricjues, chaque discours commence par une ca- 
pitale de couleur. L* Ystoria Troyana porte un titre général 
et un entête à chaque chapitre avec capitales ornées de 
traits calligraphiques. La reliure en cuir sur plats de bois, 
dos lisse, est ornée de fins dessins de style mudéjar; sur 
les deux plats, aux quatre coins, on voit les heaumes du 
Marquis de Santillane en cuir repoussé et au centre, sur 
un écu, les armes d*Iûigo Lopez de Mendoza ; Técu du 
plat inférieur est vide. Au verso du feuillet de garde, on 
lit en écriture du XV" siècle : Oraciones de Grieyos e 
Troyanos. 

I. Fol. 1. Incipit : « Senyores la embaxada comesaa uoso- 
tros(l) por los Athenienos no era ni es de responder ni con- 
trastar a las présentes proposiciones plantas e querellas de 
vuestras amistades mas por otras cosas... » etc. Fol. 69 v^. 
Explicit : 

c( et los Athenienos por leuar de aquesti caymiento el 
grant poder de nuestra ciudat son los honbres. Et no los 

1. CuiTig. nosolros. 



m. THUCYDIDE 17 

grandes muros desiertos nilos lenyos buytos. ))Ces soixante- 
neuf premiers feuillets contiennent une traduction arago- 
naisedes discours de V Histoire de la guerre du Péloponèse 
de Thucydide. Comme nous Tavons indiqué ci-dessus, ces 
discours n'ont pas de rubri(iues. Les voici dans Tordre où 
les donne le ms. Ii-68 qui d'ailleurs respecte Tordre de 
Thistorien grec : 

Livre I : 
Chap. VIII : Discours des ambassadeurs d'Athènes au sénat 

de Lacédémone. 
IX : Discours du roi Archîdamus aux Liicédé- 
moniens contre la guerre. 

X : Discours d'Esténelcide qui décide la guerre 

contre Athènes. 
XIII : Discours et proposition des Corinthiens au 

sénat de Lacédémone. 
XVII : Discours de Périclès au sénat d'Athènes. 

Livre II : 
Chap. III : Discours d'Archidamus, roi de Sparte, aux La- 

cédémoniens pour la guerre. 
IV : Discours de Périclès aux Athéniens. 
Vn : Discours de Périclès en Thonneur des morts. 
IX '.Discours de Périclès au peuple d'Athènes. 
XVI : Discours de Formion, capitaine des Atliéniens. 

Livre III : 
Chap. II : Discours des gens de Mitylène. 

V : Discours de Teutiaple d'ÉIée à ses compagnons. 

VI : Discours de Cléon au sénat d'Athènes. 

VII : Réponse de Diodote à Cléon. 

IX : Défense des Platéens devant les juges de Lacé- 
démone. 
X : Discours des Thébains contre les Platéens. 

Livre IV : 
Chap. I : Discours de Démosthène aux Athéniens. 

II : Discours des Lacédomonîens aux Athéniens 
demandant la paix. 

VIII : Discours d'Hermocrates de Syracuse aux Si* 

cîliens. 

XI : Discours de Brasidas aux Acanthîens. 

2 



18 



BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 



XI; Discours dePagondasaus Béotiens. 

XII: Harangue d'Hippiicratc aux Athéniens. 

XVII : Discours de Brasidas aux troupes du Pélopo- 

nèse. 

Livre V : 

Cliap. II : Discours deBrasidasauxtroiipesduPélopouèse. 

Livre VI ; 

Cliap. III : Discours de Nicias devant le sônatet le peuple 

d'Atliènes, 

IV : Discours d'Alcibiade aux Atliéuiens. 

V: Discours de Nicias aux Athéniens. 

VII ; Discours d'Hermocrate au sénat de Syracuse. 

VIII :Discour.sd'Atlii''nagore aux Symcusains. 

XII : Harangue de Nicias aux Athéniens. 

XIII : Discours d'Hermocrate aux Syracusains. 

XIV ; Discours d'Hermocntte aux Cainarinéen.s . 
XV : Discours d'Euphémus, député d'Athènes, aux. 

Camarinéeus, 
XVI: Discours d'Alcibiade aux Lacêdémoniens. 
Livre VII ; 
Cliap. XI : Discours de Nicias aux Athénien». 

XII ; Discours de Gylippe aux Syracusaine. 
XIII: Discours de Nicias aux Athéniens. 
II. Fol. 70 blanc. Fol. 71, capitale en or et couleurs, avec; 
répétition de l'encadrement du fol. 1. Rubiique : 

Aqiii comiencan las oraciones el arenguas de la ystoria 
troyana asi de conseilos como de conueniendas et tratta- 
mientos hauidos entre los griegos et los Troyanoe et olras 
naijiones que incidcntalment tovaron a la diclm ystoria.. 
Rubrica. 

Texte : « Siguese lu primera orai-imi pont entendiraiento 
de la quai vos deuedes presuponcr que Jasou fue lilIO' 
de Heson el quai Heson seyendo agrauado... » Fol. 94, 
col. B. Expticit : « por do millor pueda seyer recomen" 
dada a la memoria. F.xplicit Deo gracia*, n 

Cet extrait de la Historia troyana d'après Guydo de 
Cotumna, que le traducteur appelle Hugo de Colupnis, est, 
comme l'ouvrage antérieur, écrit en aragonais. 

A première vue. on reconnaît dan» ce manuscrit tous les 



m. THUCYDIDE 19 

caractères distinctifs des volumes exécutés par ordre et par les 
soins de Juan Fernândez de Heredia grand maître de TOrdre 
de Sain t-Jean-de- Jérusalem. 11 est vrai que nous ne trou- 
vons dans cet ouvrage ni les armes, ni le portrait dont le 
grand maître aimait à orner les livres écrits sous ses auspices, 
mais laphysionomie des manuscrits de cette provenance est si 
particulière qu'on ne peut s'y tromper. D'ailleurs, l'ornemen- 
tation du premier des deux ouvrages contenus dans le Ii-68 n'a 
pas été finie, et c'est précisément dans l'espace compris entre 
l'encadrement et le texte que les miniaturistes mettaient, 
dans une grande capitale carrée, le portrait du grand maître. 
Les encadrements, le vélin, le format, l'écriture (une mi- 
nuscule gothique grande et droite}, la réglure, les colonnes, 
tous les signes extérieurs frappent par leur identité, lors- 
qu'on compare le Ii-68 aux manuscrits de la fameuse Chro- 
nique de Heredia. Les caractères internes sont tout aussi 
significatifs. D'abord, la langue aragonaise commune à tous 
les livres de Juan Fernândez, puis le contenu du manuscrit, 
le choix des œuvres qui révèle, une fois de plus, la constante 
préoccupation du gi-and maître de Saint-Jean-de-Jérusalem, 
dont l'esprit, toujours tourné vers la Morée, tâchait, par tous 
les moyens possibles, d'éveiller pour la Grèce l'intérêt de ses 
contemporains et d'apprendre, le mieux qu'il pouvait, les 
choses de ce pays. 11 avait fait traduire les ViesAe Plutarque 
pour connaître la biographie des Grecs illustres, il fit tra- 
duire Thucydide pour connaître les discours des grands capi- 
taines et des grands orateurs dont il savait la vie. La manière 
dont ce volume est composé prouve combien l'esprit de 
Heredia était à la fois curieux et actif. Il n'avait pas le 
temps de s'attarder aux longues lectures, et c'est sans doute 
pourquoi il fit traduire, de Thucydide etder///sto//'6'6/^ Troie, 
les discours qui résument les situations et contiennent la 
substance de ces livres. 

Ce manuscrit de Heredia est, nous l'avons vu, relié avec les 
heaumes et les armes du Marquis de Santillane sur les plats. 
Ceci nous prouve, et c'est important, que le Marquis a eu con- 
naissance des travaux humanistiques exécutés sous les aus- 
pices du grand maître etqu'il apu acquérir des manuscrits de 
cette provenance. En effet, maintenant que nous avons trouvé 
un manuscrit Heredia sous la reliure de Santillane, il n'y a 



20 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

plus de raison pour douter <jue le Marquis n'ait possédé tous 
los manuscrits du grand maître conservés dans la biblio- 
thèque Os una. Amadorde los Rios {Obras del marqués de 
SantUlana, p. 609, ne s'est même pas douté de l'existence des 
discours de Thucydide, et il ne mentionne pits les extraits de 
VHistoria (royana en parlant des autres manuscrits de cet 
ouvrage. Pourquoi Santillane a-t-il faitrelier ce manuscrit 
et non pas les autres de même provenance ? C'est que les 
autres, comme nous le verrons plus loin, portaient des 
signes de propriété qu'il eût été difficile de taire dis[>iirditre 
sans abîmer le livre. 

Corame le fait remarquer M. Morel-Fatio, dans la préfac© 
de son édition de la Cronica de Morea {Orient latin, 
1885 . les testes aragonais publiés sont encore peu nombreux, 
c'est pourquoi nous donnons ici un extrait de chacun des 
deux ouvniges contenus dans notre manuscrit. Comme 
pour les Vifs de Plutarque, la traduction a dû être faitesur 
le grec directement, puisque ce n'est qu'en 1452 que Laurent 
Valla remit au pape Nicolas V la première traduction la- 
tine de Thucydide [Cf. Voigt, Widerbel. d. class. Alter- 
thiims. 3" édit., Berlin, 1893, t. II. p. 184). 

Comme pour les Vies de Plutarque l'auteur de la version 
de Thucydide a sans doute été \e /ilosajb greco diiamato 
Domitri Talodiqtii, dont nous parlent tous les manuscrits 
de la version italienne des Vies de Plutarque faite sur 
l'aragonais. A quelle époque furent traduits ces discours 
tirés de Thucydide? Nous ne pouvons le dire. Par une 
lettre de Jean I*' d'Aragon au grand maître Juan Fer- 
oàndez de Heredia nous savons qu'en 1384 ce dernier avait 
auprès de lui ix Avignon un philosophe grec qui lui tradui- 
sait ses livres. Voici les teimes mêmes de la lettre royale : 
Olrossi hauemos cntendido que Dos hauedes aqui unfilosoffo 
de Grecia qui cos trans/ada Hbros degrech ennuesfra'len- 
ffua. M. Antonio Rubirt y Lluch( 1 ) admet, sans hésitation, que 
le /llosqffo de Grecia, dont parle Jean I", est XeJUosafo greco 
desmanuscrîtsitaliens.à savoir Domitri Talodiqui, qui aurait 
ainsi suivi le grand maître de l'Ordre de Saint- Jean-de-Jéru- 



1. tïomcnaje ûMeaéndety Petai/o, t. H. La hngua i/la c 
lanat en Grceia, p. 111. 



III. THUCYDIDE 81 

salem de Rhodes à Avignon. Cela est fort probable en effet, 
mais les données dont nous disposons ne nous permettent 
pas encore de l'établir absolument. Nous savons, grâce aux 
rubriques des manuscrits du Plaiarqiie italien (1), que ce 
texte, traduit de grec anci(Mi en grec moderne par Talodiqui, 
fut retraduit de grec moderne en aragonais par undominicain 
resté anonyme, dont on nous dit seulement qu'il était versé 
dans les sciences, instruit en langues et bon historien, et 
qu'il fut évoque de Tudrrnopoli (on trouve aussi les formes 
Lndernopoli, Lnclercopoli, AndrinopoU) 2). 

Les discours tirés de Thucydide ont-ils aussi passé par 
le grec* moderne avant d'être traduits en aragonais ? Ru))i6 
y Lluch, se fondant sur les moti^ de rjfcr/t en niu^tralenr/ua 
de la lettre de Jean V^ d'Aragon, croit que le traducteur grec 
savait Taragonais. Il est certain qu'à l'époque où Talodiqui 
fit en grec moderne, et à Rhodes, la version des Vies de Plu- 
tarque, il ne savait pas Taragonais. L'a-t-il appris par la 
suite, et, s'il Ta appris, le sut-il jamais assez bien pour tra- 
duire en cette langue des œuvres difliciles, et put-il jamais 
se passer de l'évéque de Tudernopoli ou de tout autre colhi- 
boniteur ? 

Rubiô y Lluch, dans son article consacré iila lenfjna ij la 
culturel ratai anas en Greria. en eJ si(/lo XIV {Homenaje a 
Menénde^ y Pelayo, t. II, p. 119), publie une lettre latine 



1. Citons, pour donner un exomple de ces rubriques, celle du ma- 
nuscrit 1568 de la Bibliot. Riccardi de Florence : ms. du XV' siècle, 
fol. 4 : 

Quicomincla la cronlr/ifitli Phittircho^ la r/ufflo fut* tntslalaln di 
(jraiiuiticlia f/rcf/Iia in ttoh/an' ;/rnco in Rudi per itno ft/osfifo f/rcro 
chianiato Domlfrl T(i!odif/ni, o di f/rrco fit trnshtiata in aniffoncse 
por nno frafe prodir/uftora unschoiio di Tudernopoli, molto sofficicnic 
grecho e choricho in diucr.sr iscirn^io o (/randt* istoriof/rafo o sperto in 
diucrse linf/ftuc, pci- roinundunirnto drl molto viurronto in Christo 
pddrersinfjniorr /ncsstva //-(dr Giouunni di Choledra (sic) perla (jra:?ia 
di Dio maestro e sinf/niore dello ispedale di Santo Giouanni di Gie- 
rusaleni la f/itale cronieha, etc. Cf. Morp^rg^, Cal. des mms. de la 
Bihliot. Riecardi, vol. I, fasc. 7, n"* 1567 et 1568. Voyez aussi \m\v 
ce» rubriques Randini, t. V. pour les mnis. de la Laurentienne, 
et celui qui pi*ovient de Santa-Ci-oce et se conserve également à la Lau- 
rentiennc. 

2. Qaétif et Ech^rdy S criptoros, t. II, p. 994. 



22 



nmLioTnÈQrF, nu marquis de santillane 



écrite par le roi Jean I" d'Aragon le 24 mars 1396, où il 
exprime aux prieurs de l'Ordre de Saint-Jean en Aquitaine, 
en Auvergne, àToulouseet à Saint-Gilles, son regret de ta 
mort du grand maître Juan Fernàndez de Heredia. et où il 
les prie de lui faire tenir les livres que celui-ci possédait, à 
savoir : /es Vies de P/utarque> la Grant Crônica de E$- 
panya, la Crônica de Moren et ia Grant Crônica de toa 
conqueri dores. 



Liei'e II, chapitre IX: Discours de Périclés anpeiiple d'Athènes. 

(Fol. 19 V") Apleguados los Alhenienos Pericles se metiocn média 
et dixo : Alhenienos ya sabia yo anles que scria blasmado, por la ' 
quai coaa vos he fecho aple^uur aqui por recordar vos et encara re- 
prender vos porque ni a nii blasiuades justament ni soes paçientes 
en la adiiersidat ear yo pionso que qiiando prospéra la çiudat mas 
leugerament podrîe ayudar a cascun de sus ciudadauos ; si es 
aducrsidal en que no podrîe cada un çiudadano prosperando ayu- 
dar a su ciudat quando vcniese de toto en aduersidat ; si la comu- 
nidat prospéra et la çiudat viene a menos o algiino de sus Qiuda- 
danos no se désespéra seyeudo ayudado de su lierra pues la(;iudat 
puede portar la aducrsidat de cada uno el uno solo no puede aup- 
portar la aduersidal de la ciudat porque es conueniblc cosa que 
sea ayudada de todos mas todo^ vosotros et cada uno seyendo 
vencido de su proprio dolor aues abandonado vuestro comun sal- 
uamiento. Et yo so represo porque vos conselle la empresa de ' 
aquesia guerra et encara reprendes vuestras proprias personas 
pues que todos fuestes en la congreguaciou et uonsenlimiento del 
dieho (loi. 30) consello. Et agora blasmades a mi que si liuuies l 
conoscido la inconueniençia la auria tnagniFestada a la congre- 
guacioD como aquel que anio el bien de mi tierra et no me cor- i 
rumpo por moneda porque qui sabe el siente el prouecho et no la 
dize a sus ciudadauos tanio vale como si no se auisas ni lo sopiea i 
et qui lo siente et lo dixe si no ama de l>uen coraçon su tierra bien ' 
lo dira mas no como se deue dir et si por venlura lo dira como se 
deue si es cobdîcloso de moneda sus virludes no valen ren la[s] quales 
vîrtudes no vos deuen semblar que yo lasaya_el pues que Tuestes 
contentos del consello que vos di sobre aqdesfa guorra no me deues 
agora inculpar ni blasmar. Porque granl follia vos série si entra- 
sedes en esta guerra que neçessarlo no vos (ucs mas necessario 
era que una de dos casas se fizies que nos diusmetiesemos a la 
senyoria de nuestros enemigos o por fuerça de batalla saliesemos 




[H. THUCYDIDE ?3 

■laerra de lur subiecîon et senyorïa. Aquel deue seyr inculpado et 
represo que squiua la Ruerra mas no qui la mantiene. Et quanto 
yo so de una opinion ({iio no la ei^quiue ni la lire açagua. Ma^i 
vosoiros aues mudado consello et entençion porque nolo yinagi- 
nastes quando no auiedes nenguna tribulagion et agora que aues 
ouido passion vos arepentides et dezides que mi consello no era 
bueno no por otra cosa sino por la inconstançia de coraçon et pen- 
samiento, mas el çaguero aduenimiento de prouechoeneara noes 
magnifiesto a lodos, afilaqueçiendo (fol. 20 v°] vos assi grandament 
por poca cosa que no podes sofrir nenguna cosa segunt la animo- 
sidat que mostrauades en el prinçipio el es verdat que el sfuerço 
humilia todas las cosas que auienen subitament speçialment si es 
cosa înrazonable como es stada aquesta i)es(ilencia enipero segunt 
la grandeza et tuerça de nuestra ciiidat la quai es grande et pode- 
rosa el husada en los lienipos passados a protiperidades et a tribu- 
latiooes nos conuicne agora sofrir la aduersidat et las cosas graues 
por lai que nuestra flaqueza no fagua pcrder la dignidat de nueslra 
Ciudal de que se nos sîgue en luguar de anliguo honor nueuo 
blasmo porque los honores egualment iudguau a blasmar un ^iu- 
dadanu de una famosa çiudat que por su pu^iilamînidat se muestra 
coharl etaquellos quese lienen no deuidamenl sino son de famosa 
Ciudal porque daqui aiiani cada uno deue dexar su propria Irîbu- 
laçion et dolor et dar buena diligençia en nuestro comun salua- 
miento. Et si vos dubdaes que la guerra sera trop luengua et no lo 
podres durar va vos he dicbo que no lo pensaes bien porque vos 
quiero dezir una rasa que iamas no la huystcs la quai no dixe 
alcomencamiento ni la diria agora porque sembla grantloor, sino 
porque vos veo de lodo smagnados el fuera de virtut; vosoiros 
ymaginades que no senyoreades olra cosa sino aquellos que auedes 
en vuestra ligua et amistad, mas-yo vos mostrare que de las cosas 
que son mayores el mas neçessarias en esli mundo son assaber 
|fol. 21] : el mar et la lierra, senyorcades la una de todo aquesta 
es la mar porque no ya {sic) emperador ni ninguna olrageate que 
sea sufiçienl a resislir nuestra tuerça marina porque a conpara- 
cion de asi granl poder no es res lo que pensaes auer perdido en 
casas el en possessioues et mostraes que sodés detechos por aquesta 
perdida assi que no fecha mençion de taies perduas deues auer en 
memoria que si seredes diligentes a saluar la liberlal de vuestra 
çiudal reaquistaredes con bonor lo que aues perdido. Et si vos dius- 
metedes a otri con el vituperio que aduze la subiecçion perdres 
encara aquello que auedes pues no vos querades mostrar, en 
aquestas dos cosas, menores de honor que vuestros parientes los 
quales lo cooquislarou con grant treballo de lurs persoaas en las 




34 



BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SAKTILLANE 



neçessidades. El saluandolo con grant diligencia lo dexaron avoso- 
trusporherelageencaraosmasdeïihoiiora un hcobrepcrderaquello 
ha que si pierde lo que demanda viniendo a nienos de su entençion 
porque no nos deuemos mouer contra nuestro» eneniigos no sola- 
ment con sperança inaa encara monospreçiandolos car ïlgunas 
veguadas el honbre lemeroso toma sjieranca quua viene en alguna 
prosperidat sin prouedimento aquel deue nienospreçiar su enemt({o 
que es çierto que lo aobrepuya de seso el quai seso se dize que 
régna mas eu nus que en todos ]o!> otros pues seso et despreçio en- 
semble dan audaçiaseguraet la sperança es inciertade prosperar; 
masel seso (toi. 21 vo)noesinçiertoporquenoes sin prouediniiento. 
Deues pues ayudar a la dignidal devoestra çiudat no queriendo 
fuyr al treballo en aquesia cosa, deues dar grani diligencia por tal 
que on luguar de libertat no seades lechos sieruos et deues auer 
cura de no perder la senyoria por la quai si la perdes seres des- 
Iroydos de lodo, et porque la aues conquistada liranescamenl 
parère injusta delenerta, mas dexarla es nianiHesto pertglo et 
los que piensan el contrario nolo piensan bien, lo^ quales con lur 
(con lur) consello podrien liugerament feruenir|?) los enemigos et 
combatir nuestraciudat encara aqueslos solos serien sufii<;ienles 
a destroyrla si huuiessen cabo de senyoria pues no seades enguan- 
yados de tal çiudadano ni querades auer mala voluntat contra mi 
porque los enemigos liaii guastado lo que han podtdo segunt la 
husanca de la guerra porque no vos quisiesles subiuguar a lur 
senyorya, vosoiros me queres mal por razon de la guerra et de la 
enfermedat a sinrazon porque la guerra comunament la consin- 
tiestes, por la pestilencia de enfermedal porque assi como si vos 
fues ventda alguna prosperidat no auriedes pensado que endo fues 
stado causa, lanpoco no deuodes echar la culpa de la enfermedat 
sobre mi, masconuienenosde neçessidat sofrir la disciplina de los 
dioses con Immildal et la (uerça de los enemigos vigorosament 
car Duestra çiudat es husada a laies cosas de grant tiempoenl'aqua 
et por aquesto es famosa porque no se abandona ni se humilia 
(loi. 22) a los conirarios aduenimientos de la quai remandra me- 
moria perpétua encara que agora viniesse ha menos porque natu- 
ralment todas las cosas; del mundo vienen a menos, encara diran 
que liabitamos la mas rica grant et famosa çiudat de la Ëlada. Et 
yo se bien que a los que plaze beuir pacificameni me reprehendran 
de lo que yo digo, mas qui es diligente el animoso lo loam et si 
dezides que somos mal queridos aquesto han todos aquellos que 
aman senyorear, car sabet ^'ierlament que qui no abandona la 
dignidal por occasion de enuidia es bien cunsellado porque la 
eouidia no dura, mucbo mas la dignidal del honbre que ama houor 



I 



I 



IH. THUCYDIDE 25 

tara et es perpétuai a todos tiempos. Pues considerando el honor 
que auies après et de quanto deshonor seres f uera mostrando agora 
vuestra prudencia et bondat, seyet magnanimosdeconquistar faraa 
et loor en el tiempo présent por al tieinpo aduenidero et no queraes 
enuiar embaxadores a los lacedemonyosni magnifestar les el dolor 
de la passion sdeuenida sobre vos porque aquellos de los quales la 
entencion no se vencedel dolor et son pacientes en las tribulaçiones 
son fuertes a vençer lurs eneniigos. 



Narraeion fecha por Ullxen al Rejj Idiiuxeu de lom desnuentu- 
rados cason esdeuenidos a el despnes que se anin pariido de Tror/a, 

(Foi. 90 v") Verdat es senyor Rey que despues que Troya fue 
presa de la quai prision sin falta yo fuy una grant partida yo me 
meti en la mar con muchas naos mi as plenas et cargadas de mu- 
chas riquezas e con grant copia de oro ci de argent de lo de los 
Troyanos et con grant companya de mis familiares et seruidores. 
Et primerament nauegando por muchos dias prosperament aplegue 
a hun puerto que comunment es clamado Mima et alli (y) deualle 
en tierra con los mios por recrear. A do yo stuue segurament por 
algunos dias por como non trobe ninguno que fizies ningunt enoyo 
a mi nin a los mios. Et après yo me parti del dicho puerto et 
auiendo buen viento vine al puerto clamado Colbothofagos et alli 
semblantment con los mios estuue algunos dias. Mas como los 
mintirosos et enguanyosos vientos me mostraron buen viento et 
pacitico, yo me parti del dicho puerto et quasi por très dias 
siguientes yo nauegue prosperament, mas la hora subitament se 
leuanto una tempestat de vientos et el ayre de sereno que era a so 
hora et se torno escuro et me aturmento con grant mortaldat de 
tempestat echando me agora aca agora alla nin sabia ado naue- 
gaua nin a quai part yua. Et final ment a la cagueria aquella tem- 
pestat me costrinyo por fuerca et contra mi voluntat de arribar en 
Sicîiia a do yo passe muchos traballos et enoyos. (Onde deuedes 
saber que en Sicilia a do yo passe muchos treballos et enoyos). 
Onde deuedes saber que en Sicilia eran dos hermanos Heyes de los 
quales ei uno era cliamado Sorgon (sic) et el otro Cicople. Aquestos 
dos reyes vinieron contra mi et vidiendo mis naos plenas de tan tas 
riquezas metieron las por fuerca a robo. Et quanto trobaron en 
ellas todo lo sacaron et lo aduxieron con granf multitut de sus 
caualleros armados et lo peyor fue que sobreuinieron dos filios 
suyos caualleros muyt strenuos et muyt batallosos de ios quales ei 



S6 



BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 



UDO era clamado Alisan et ellotro Potifemus. Aqueatos corrieron en 
mis caiialleros e[ malaron cîenlo de ellos et prendieron a mi et a 
Allenor uno de mis companyeros et metieron nos a entramos en 
carcel en hun castillo. Et aquei^ti l'olifemus auia una hermana 
muyt bella et auiendo la visto Altenor se enuendio en su amor. Et 
enlazado de sn amor torno mucho sin seso. El desta manem me 
tuuo el diclio Polifemus en Sioilia presopor VI nieses. Empero 
que despues me fino granl prouechoet lionrra. Mas Altenor en 
tanlo raetio su diligencia cerca de su grant amor que de noehe 
el saco la hermana de PolKemus depoderio de un secrotarlo de su 
padre et la aduxu cou sigo, la quai cosa venida a la noticia de los 
suyos mucho se contristaro. Por la quai co^a el dicho Polifemus 
aquella noche una otra vegada tomo armas et con muyt grant 
companya de caualleros corrio contra (fol. im v") mi et contra los 
mios. Et los suyos recobraron la hermana de Polifemus el quai 
ânalment corrio eontra mi et yo reststiendo le por me deffender 
quebre le un ollo et la hora con aquellos mis companyones que 
auian escapadoyo me reculli conaquellosmiosenmis naueset me 
parti con ellos aquella noche de Sicilia. Et après nauegando dere* 
oliament el vientopor fuerca me lancoen la isla Eolides contra mi 
volunlat. Et en aquesta isia auia dos mocas hermanas muyt bellas 
lasquales eraii senyoras de la dicha isla et eran huuidas por muy 
iustruydas el ensenyadas en la art de la ingromancia (sic) et de 
los encaiitamenies. Onde a qualesquier mareantes que la fortuua 
echaua en aquella isla ellas los retenian et los trauauan tan fuerr- 
ment non tan solament con muyt grant beldat como encara con 
lurs magicos encantamentos que los que alli enirauan non auian 
aperanca mas de poderse partir de aquella isla et lodos los otros 
cuydados se oblidauan entanto que si alguuos trobauauan [aie] 
rebelles a sus mandamienlos de continent los transformauan en 
bestias. Pues que asi es la una délias este es aquella que mas ado 
trinadaeraenesta sçiençiaera clamada Ciroes et por otro nombre 
encara Calipsa asi que en poderio de aqueslas dos me aduxo la 
fortuna, de las quales la una, eslo es Circes se embriago en mi 
amor et me dio sus beurages et con las celadas do sus encanta 
(fol. I9'i) mentes asi locament me ligo que por hun anyo entrego 
non huue poderio de partir me délia en el quai aiiyo ella se em- 
prenyo de mi el concibio un fillo el quai despues que tue nascido 
crecio e fue varon muyt batalloso. Mas yo meti cura et dilipeneia 
en mi proposilo como me pudiesse partir, mas Circes fue por ende 
mucho airada quando lo sintio et penso detenerme con sus artes 
magicas, mas yo qui de aquella arte semblaniment era bien adoc- 
trînado con contrarias obras yo destruy e anuUe todos sus experi- 



III. THUCYDIDE 27 

mentos et desta manera una arte es enganyada e tnifada por otra 
art con contrarias operaciones et argumentes. Et en tanto valieron 
effectualment mis artes que yo con mis coiipanyeros que alii eran 
me parti de Circe la quai era muyt triste. Mas que me aproueclio 
aquelia parti da pues que era turbado ei mar e el viento me écho 
enlatierra de la Reyna Calipsa la quai con sus artes asi ligo a mi 
et a los mios que mayor tiempo que yo non quisiera me detuuo con- 
sigo. Empero aquelia tardanca no me fue muyt enoyosa por la 
beldat de la dicha Reyna que era muyt marauellosa et por las 
affecciones plazenteras que yo trobe en ella la quai muyt mucho 
se esforco de complazer a mi et a los mios. Et a la cagueria por la 
industria de mi seso yo fize que délia me parti saluo. Empero que 
con muyt grant pena me parti et con treballo como seya verdat que 
las mis artes apenas pudieron resistir contra las suyas. Et après 
yo (fol. 192 v°) nauegando con mis conpanyeros vine a una otra 
isla en la quai estaua un santo oratorio que por gracia diuinal daua 
ciertas respuestas et verdaderas a los qui le demandauan. Onde 
con grant studio yo demande muchas cosas a esti oratorio entre 
las quales yo le demande affectuosament que se fazia de nuestras 
aimas despues que eran exidas de nuestros cuerpos. Et de todas 
las cosas que le demande huue del cierta respuesta, sacado del 
periglo de las aimas que non pude auer del ninguna cierta res- 
puesta. Et como un viento que creya que fuesse bono buffasse yo 
me parti del dicho oratorio et aquel viento me costrinyo de pasar 
por un lugar muyt pleno de periglos. Onde yo vine a aquel mar ado 
andan las Serenas que son unas marauillas del mar. Et son estas 
Serenas del ombligo arriba de forma de muUer e han la cara de 
virgen. Et del hombligo enta yuso han comun forma de pex. Et 
aquestas son muchas et resueluen sus cantos con marauelloso son 
en tan dulces melodias que tu te penssarias que sobrepuyassen a 
los cantos celestiales en sones et concordancia de bozes entanto que 
los misérables qui por alli nauegauan reguardando a ellas asi son 
liguados et presos de tanta dulcedumbre de sus cantos que deuallan 
las vêlas de sus naos. Et dexan los remos leuantados en alto et 
cessan de nauegar. Et por ende en tal manera aquel canto em- 
briaga los coracones qui los misérables qui lo oyen todos (fol. 193) 
los otros cuydados pierden e tanto les falaga et les recréa al oyr 
la dulcedumbre délias que quasi del todo se oblidan a si mesmos 
et nîn demandan comer nin beuer et el coracon se les caye en un 
sabor de suenyo por el quai del todo vienen a dormi rse, a los quales 
decontinent que las Serenas los sienten dormir trastornan et ane- 
gan las naos que estan desam paradas de gouernadores et de remeros 
en tal manera que los mareantes durmiendo en ellas son anegados 



28 



BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANF. 



por aquel desauenturado periglo. Pues asi es yo cay en aquestas 
Serenas et por tal que mis companyeros non se reboluiesen en 
semblanl error de suenyo CDmiyo yo alape et cerre con mis artes 
tanfuerment ol oyr mio et de los mios que de lur canlo yo et mis 
companyeros non oymos res. Et asi laa vencimos et niatamos 
délias ma» de milieo tal maneraque nos passâmes saluosaquellos 
lugares onde ellas estauan et Iiiemos librados de lurs [jeriglos. Et 
après naiie{jando un desauenturado (raso nos metio entre aquel 
periglu de la mar clamado Slila ado son las allas rocas et entre el 
olro clamado Carilidis ado los j^olfos de la agua trimcan los nauîltos 
et entraînes por XV stadios en aquotlos tragaderos periglos ado 
mas de la meytat de mis naos fue sorbida por la quai cosa mis 
companyeros que en ellas yuan todos perecieron en aquel perîglo 
et yo con la otra meytat de mis naos tihrado de aquel periylo vine 
nauigando a prora ado (robe ttranya de (fol. 193 v") maraueliosa 
gent la quai corrio contra mi et conlra los mios et la mayor part 
dellos meiio a fïucliillo de\ados pocos dellos et todos los biencs que 
la hora auia comigo en las naos me tomaron et prendieron me a 
mi et a los que romauieron de low mios et nos melieron en duras 
carceres. Et a la çagueria por la voluntal de los dioses yo fue 
librado et aquellos qui auian seydo encarcerados eomigo et non 
me reslîtuyeron res de lodas mis cosas. Por la quai cosa yo so 
andado très anyos en uiuyt grant pobreza et so arribado a la oague- 
ria en aquesia tierra fecho pobre el menguado segunt que veyes. 
Pues a^ora te he contado todos los casos que me sdcuinieron 
despueti que me parti de Troya et porquc so aducho en pobreza. 
El aqui fizo Ulixes fin a suis paraulas mas el rey Idunieo auiendo 
grant compassion de la noble/a el industria de Ulixes en tanto 
quaulo estuuoen Creti grant lionor le fl/.o el le dio habundantment 
lodas las cosas que le Szieron nicnester. Et despue> quando Ulixes 
ae quiso partir de L'rela el rey le dio dos naos bien fornidas de todas 
las cosas necessarias con las quales el naue;iasse a su re^no cl 
eneara le dio muchos dons et oro et argent que le abasiassc entro a 
que fuesse en su regno. A la fin tue niuerto casualmeni por Tliela- 
gono su fillo al quai auia engendradoen Circes segunt que larga- 
ment lo mete la istoria. Onde aqui nos (azemos fin a la présent 
obra non curando de oontar las fortunas {Toi. l!)4)et periglos et 
perescimienlos et vario.s casos que sdouinieron a los olros Griegos 
en la loruada de sus lieras despues que se partieron de Troya nin 
finalment de sus muerles el cageros acabamientos. Mas si de todas 
las cosas quisieres auer perfecta nolicia leye a Dares et a Dites et 
aVirgilioel a Oinero el a Ouidio et a Cornelio et a Hugo de 
Colnpnis los quales quai mas quai meno^ agora concordantes 



ni. THUCYDIDE 29 

agora discordantes se troban auer escripto las gestasdelosGriegos 
et de los Troyanos et las otrascosas que incidentalment tocaron 
a la dicha istoria. Mas nos en la présent obra seguimos al dicho 
Hugo de Colupnis por tal como aquesti examinadas todas lascosas 
que de la guerra de los Troyanos et de losGriegos fueron escriptas 
apuro aquellas que trobo mas conformes con la razon resecando 
aquellas que trobo superfluas discordantes et sospechosas agora 
fuessen dichas por fauor agora por hodio o por otra razon quai 
quier.Onde porque del nuestro proposito non es tractar aqui a pleno 
la dicha istoria por tanto nos mandamos sacar los fundamentos et 
puntos de la sustancia de clla afin que non tan solament el senti- 
mîento de las oraciones proposiciones et arengas en ella conte 
nidas millor se ofrescan entendibles a los que las leyeren hoc 
encara que qualquier puedaauer compendioso sumario de la dicha 
istoria por do millor pueda seyer recomendada a la memoria. 

Explicit Deo gracias. 



IV 



ARISTOTE 



(Osuna : Plat. V. Lit. N, n*32; Rocam., n" 19; Bibiiot. Nat., Madrid, Ii-9.) 

Aristote : 1. Morale à Nicomaque, version anonyme. 
2. Éthique, livre VI du Trésor de Brunelto Latini. 
En italien. 

Manuscrit de 56 feuillets vélin, non folioté, écrit à deux 
colonnes, réglé à 36 lignes, écriture de la fin du XIV° siècle. 
Encadrements, lettres ornées, miniatures. Rubriques des 
chapitres, mais pas en tête des livres. Format 310 x 215mm.; 
reliure de Binet avec les initiales du duc d'Osuna. 

Fol. 1. Riche encadrement de type un peu archaïque, et 
raide. Dans le bandeau inférieur une miniature, où Ton voit 
Aristote dans une haute chaire lisant sa leçon aux élèves 
assis devant lui sur des bancs. A gauche de cette miniature, 
un peu d'armes portant d'or à cinq bouquets de fleurs 
feuillées, au naturel. 

I. — « Incipit: Secondo clie dice Aristotile ne loprincipio 
de la metaphysica uecchia ciascuno huomo naturalemente 
desidera di sauere e d'intendere c questo desiderio e innato 
al huomo da parte deir anima. . . » 

Fol. 30. Explicit : « Et tucto questo fa Aristotile nel 
primo libre de li elenci sicome determinando de lo silo- 
gismo sofistico e do le fallacie e de le cautele. Et ne lo 
secondo insegna di dissoluere le fallacie. 

Finito libre referamus gratia christo* » — Fol. 31 et 32 
blancs* 



>,jri 



IV. ARISTOTE 31 

II. — Fol. 33, encadré archaîquement, têtes, feuillages, 
arabesques. La colonne A ouvre par une miniature sur 
fond d'or représentant Aristote royalement vêtu, assis sur 
une sorte de trône à lutrin, une main sur le livre qu'il 
explique; devant lui quelques élèves appliqués. 

Incipit : a Ongne arte e ongne doctrina e ongne opera- 
çîone e ongne electione pare adimandare alcuno bene. 
Adunque bene dissero li filosofi chello bene sie quello lo 
quale desiderano tutte le cose. . . » 

Fol. 56 v°B. Explicit : « El buono ponitore de la leggie si e 
quelli il quale sae le regole uniuersali le quali sono diter- 
minate in questo libro e sannole congiungnere a le cose par- 
ticulari le quali uegnono altrui intra le mani percio che 
bene ordinare le leggi sie mistieri ragionare experiença. 
Explicit. Eticha Aristotile linita est Deo gratia. » 

Cette traduction de VÉthique est une version du livre 
VI du Trésor de Brunetto Latini due à messer Bono Giam- 
boni. Elle a été imprimée à plusieurs reprises (cf. Zambrini, 
Opère volg. a stampa, col. 37 et 38). 



B 



Osuna: Plut. V. Lit. N, n'21 ; Rocaïu., n" 22; Bibliot. Nat., Madrid Ii-19. 

Aristote: 1. Ethique, 2. Economique, En castillan. 

Manuscrit de 230 feuillets, plus 5 au commencement et 
5 à la fin, ces feuillets sont couverts de notes étrangères au 
texte; papier, réglé à 23 lignes, écriture du XV" siècle, 
belles marges chargées de sommaires. Rubriques, place des 
initiales en blanc. Format 390 X 218 mm. Reliure de par- 
chemin. Au dos : Eticas de Aristoteles, en romance, 

I. Fol. 1 : En el nombre deDios amen en gros caractères 
noirs et rouges. En marge, une note : Aqui comiença el 
P capitulo deste P libro de las eticas en el quai elftlosofo 
muestra que en las cosas humanas es algunfin intento. 

Incipit : a Toda arte, toda dotrina por semejante acto e 
elecçion paresçen ser. . . » 

Liv. I fol. 1-19; liv. II fol. 19-33 ; liv. III fol. 30-56; 



BIBLIOTHÈQUE OD MABQUIS DE SANTILLANE 

tiv. lVful.56-7S;liv. V ruL7fi-I02; liv. VI fol. 102-118 V; 
liv. VII fol. 118 v''-144 v; liv. VIII fol. 144-167; liv. IX 
fol. 167-188; liv. X fol. 188 v"-212 V. 

F.xplicit : « V. ([uale.s sun la.s Icycs t.- costuubrcs (jue iisaii. 
E por taiitu dircmos (.■oinem.'yndo. » 

IL Fol. 213 Sigtiesse cl primera libro de la eticonomica 
de Aristotiles et au-dessous en grus caractères noirs et 
rouges : h La re familinr o la rcpublioa Iian entresi dSfe- 
rençia non Bolamente en ((Uiinto es que lo iino. . . » 

Explicit : « Ca estando por tal manei'a non sera nesçessario 
trabajar muclio por las buscar. » 

Fol. 221 V; Siguesse cl seijundo libro de la Eticonomica 
capitulo primera. 

Incipit : « Lii buena umger conuiene a olla sertorear toda.« 
las cosas rjue son. . . » 

Explicit : fol. 230 V ii e a los lijos, e a los genitores. 
Deo gracias — Morillo. » — A partir du fol. 38 v° et 39, 
livre IX, il y a erreur du rubriniteur dans l'indication des 
cliapitres, et la vraie numération est ajoutée à l'encre, en 
marge ou à cùté de la rubrique. A partir du chapitre 10, 
livre IX, l'ordre est rétahli. 

Des cinq feuillets qui précèdent le teste, le premier, le 
second et le recto du troisième sontoccupès par des citations 
de maximes d'Arîstote en latin, avec renvois au livre et au 
chapitre, Ba., premier feuillet:" Quatrogradosay de anima 
el primero vegetatiuo e el segundo seusytiuo secundum 
locum motiuo el tercero sensytiuo secundum locum niotum 
progresyue, el quartogrado es intelcctyuo, etc., etc. Suivent 
des explications touchant ces ii grados ». 

Fol. 3. « Difiniçion del libro arbitrio segund el Agustino 
e otros catoticos doctorea... Définition del gcnus c de la 
espetie, «etc. 

Fol. 4, Contient dos indications généalogiques sur la 
maison de la Vega et sur Dona Leonor, que nous copions, à 
titre de curiosité, à la suite de cette notice. Puis les maximes 
reprennent. Fol. 5. Définitions do traydor et à'aleuoso. 
Conditions auxquelles doit se soumettre qui veut combattre 
sur terre ou sur mer : la première est de promettre au roi 
de tuer, blesser ou faire prisonnier celui qui portera l'éten- 



IV. AKISTOTE ' 

«jard de l'ennemi, n prometer aiite el rey su seflorde tnatar, o 
fferir, o prcndem, etc. 

Les cinq feuillets de hi fin sont couverts d'indications, ci- 
tations, maximes et définitions en hitin et en castilluD. 
Lea feuillets 2 et 3 contiennent des tableaux qui, par une 
combinaison de chiffres arabes et nimains avec les lettres 
(jui forment le nom d'un malade, rendent possible de savoir 
s'il guérira ou non. Et ces recettes permettent aussi de 
dire si une femme enceinte donnera le jour k une fille ou à 
un gardon. Fol. 3 v" et fol. 4, les citations, maximes, etc., 
reprennent. 

Gènènlat/ie lie ta Ataimon de la ï'",'/" 

Dos heriniino» del Key de Frnnciii que al uno llamauan Micer 
Kuys e al otro Johan Uuys nbieron guerra con el dicho Rey su 
hermano sobre cierlos senorios que les queria loinar e tomo y no 
podiendo sufryr el grand poder del Key su hermano tomaron 
eiertas naos e vinieroose a Caslilla y aportaron a Asiurias de 
Ohiedo e dcsenbarcaron en un puerto que se llama Lastres ; 
Iraxeron grandes rîqucyas de dineros e joyas. \ticer Uuys se fue 
al Key de Caiitilla; el olro Johan Ruys se quedo alli en Asturias 
de Obiedo. El el Rey de Caslilla al micer Ruys flso muy buen 
recebimiento biendo de la sangrc que era e le fasia muchas 
honrras e niercedes e flsole inerced de aquel puerlo de Lastres 
que es buen puerto de mar e de muchas tercias de iglesias e 
heredades en aquel principado de AslurJa» de Obiedo. Este micer 
Kuys non bino sino 1res aiios despuc» que a C'astilla bino el otro 
Jolian Ruys que quedo en Asturias de Obiedo como abemos dicho. 
Despues de la muerte de su hermano ouo muchas questiones et 
leuantaronse contra el los de (Juiros y Baldes e de Miranda que a 
la sahon eran poderosos en aquella lierra y el viendose syn 
hermano y syn fijos binose a la vega y alli conienço a hacer aquel 
aolar y al de Çaballos que eslaua cerca ally de la bega pesole 
con el y ouo (entrellos) muchas questiones entre ellos y al fin por 
ïiaser las pasos ouo de casar con una flja del de (/aballosy ouo 
en ella un hîjo que llamaron (jarcilaso y este nonbre le pusieron 
por que un dia bcniendo de correr monte benia muy cansado e 
di\ole su abuelo el de (,'aballos: o como bénis laso. Este Garcilaso 
casQcon una hija de don Uutierre de Ë^^calante que era mayordomo 
mayor del Rey de Caslilla y mandaua este don Gutierre de 
Escalante toda la Costa de la mar. Este Garcilaso fue muy noble 
cauallero y muy rico e este Hr'o e aeabo todo lo que agora esta 



34 



BIBLIOTHEQUE DU MARQUIS DE SANT!LLAKU 



fccho en la casa de la Bega e fiso el caKiillo de Lientres e al 
castillo de Comillas e la muger deste se llamaua dofia Teresa 
de Escalante. El este Garcila^o obo en esta dofia Teresa olro 
Garcilaso que caso con [una] Sja del sefior do Ayalu e ouo ( 
ella dos fijos e al imo desiati Garcilaso e al otro Goiitjalo Ruy 
Este Garcilaso fuc el que niato al de la Morcuera en la puonte de 
Baldestillas. Este caso con dqna Mènera de Clsneros e ouo en ella 
a otro Garcilaso que mataron en Burgos e a doTia Leonor de la Deg« 
su liermana que caso con el almirante don Diego P'urlado de Men- 
doça el quai dicho almiranle ouo en ella eslos fijos : el marques don 
Ynigo Lopes de Mendoça e Gonçalo Ruys de la Bega e a dona 
Aldonça madré del conde de Castafiedaedel condede Osorno. Aqui 
no facenios cabdal syno de los priniogenitos que eredaron el solar 
de la casa de la Ilega. Gonçalo Kuys de la Bega el que paso el estado 
de sese|l) syn generaciou. Et io!- heredamîentos que estos seûores 
de la casa de la Bega tenian en Asturias de Obiedo diolos cl 
marques don Ynigo Lopes a Johan de Caso e de aquella herenoia 
non le quedo syno a Santa Maria de Yerno que esta cabo Cortes 
y esta quedo de aquella lierencia. 

Doua Leonor de la Bega car^n dos beses : la primera con don Juan 
fijo del conde don Tello hermano del Rey don Knrrique que tomo 
el Reino al Rey don Pedro el quai don Juan ouo una fija en ella 
que se llanio doua Aldonça la quai ca.so con don Garcia Ferrandes' 
conde de Castaîîeda padre del conde de Castaûeda don Juan Manr- 
rique y del conde de Osorno don Gabriel Manrrîque coniendador 
mayor de Caatilla; segunda bes caso con el almirante don Diego 
Furtado de Mendoça el quai ouo en ella a don Yùigo Lopes de' 
Mendoca marques de Santillana conde del Real e a Gonçalo Ruys 
de la Bega e a doua Eluira Laso niuger que fuc de don Uome!| 
Suares de Figueroa fljo del marques de Santiago don Lorenco 
Suares de Figueroa e otra fija que c:iso con Aluaro Carrillo padre 
de Gomes f 'arrillo senor de Torralua p Bctela. 

C 

(Osuna: Plut. V.Lil.N.ira3;Ruc'am, u" 21 ; Bibliut. Xal.Maili-id JM4 

1. Aristote, De animalibus. En castillan. — ?. Sex. 

JuLius Frontinus, Slrategematon. lin aragonnis, 

Manuscrit de 142 feuillets, plus 5 feuillets blancs ali 
commencement et 1 * lu tin, papier, folîotO jusqu'au 
feuillet 93, où finit le [nemier traité; l'êr lit lire des deux 



1. Corrig. die 



^e{?) 



IV. ARISTOTE 



35 



ouvrages est du XV* siècle et de deux mains. Premier 
traité presque sans marges, ni rubriques, ni capitales. 
Second traité, marges bien marquées, rubriques et initiales 
absentes, mais leur place est restée en blanc. 

Format 285 X 210 mm. Reliure de parchemin. 

I. — Fol. 1, titre en noir: « En nombre de Bios aqui co- 
» mienra el primera lihro de Arislotiles intitulado el libro 
» de Animalibus en el quai se cuenta la qualidad del 
» engendrar de todas las animal tas e la qualidad de las 
» que délias se enfjendran sin ayuntamiento de macho con 
)) Jenbra especialmentc tractando de los mienbros délias 
» intrinsicos e extrinsicos e abreuiacion de las obras délias e 
» de sus fechos e de sus prouechos e daàos e como se caçan 
n een que logares estan e quando se mueuen de logar a 
» logar asi por el estio como por el inuierrno e de que biue 
» cada una de las animalias asi montesinas como las vola-- 
» aies e las que nadan asi como los peçes de la mar e de 
» las otras animalias que en la mar otrosi biuen de 
» aquellas casas que nadan, » au-dessous : « aqui comiença 
» el libro primera: Algunas partes de los cuerpos de las 
» animalias... » 

Livres: I, fol. 1-5 v«; II, fol. 5 vMO v^ III, fol. 11-18 v^; 
IV, fol. 18 V--26; V, 26-28 v«; VI, fol. 28 vo-31; VII, fol. 
31 v«-38 v«; VIII, fol. 38 vM6 ; IX, fol. 46-51 ;X, fol. 51-54 v^ 
XI, fol. 54 v«-59; XII, fol. 59-62 v^ XIII, fol. 62 v«-71; 
XIV, fol. 71-80; XV, 81 v"-85; XVI, fol. 85-89; XVII, 
fol. 89-91 v^ XVIII, 91 ^^-92; XIX, 92 v«-93. 

Explicit : « por causa del principio mouedor. Aqui 
se acaba el libro decimo nono de animalibus de Aristotiles e 
por consiguiente todo et libro, laus et gloria Ihû amen. » 

Fol. 93 \\ 94, 95, 96, blancs. 

II. — Au fol . 97 commence sans titre le traité de Frontin. 
Prologue « [G]omo a componer sciençia de arte de caua- 
lleria uno del nombre... » 

Fol. 97 V® Texte: « [MJarcho Porcio Catho pensando que 
las ciudades de Spanya ...» 

Ce traité finit au fol. 142 v® sans explicit, mais il est 
complet . 

Derniers mots : (( e por batalla de mar e de tierra, fueron 
vencidos. » 



36 SIBLIOTHËQUE DU MARQUIS DE SAKTILLANE 

Cet opuscule sans nom d'auteur est « Et arte de caua- 
Ueria » de Frontin. Dans le petit prologue il est parlé de 
la division du truite en trois livres (Cf. la notice XX). 

La traduction du De animaUbuK n'est pas mentionnée dans 
les répertoires bibliographiques que nous avons consultés, 
c'est pourquoi nous en donnons ci-dessous un fnigment : 

Aristoliles ; De nniiualilms. 

Capitula terçero de la disponi'.-îon dr los niicnlims /le/ucni de 
peçes e ciikbras. (Fol. 8 v.) 

Nenguna ospeçia de peçes tiene cuello, iiin verya, iiin geiiitiuos 
del todo, nin tetas. Hl goiliya engendt-a animal e por e^Co lia tetas 
ma.1 non ençiiiia ma» çei'ca (Col. !)) de las junturas e non liene 
peçones manifleslos mas tiene dos cosas profundas semejanles a 
canales e de alli sale la leclie e por aquellas da Icche al ttjo e esto 
vieron muclios. Las espccias de los peçes uenguna es que ttinga 
te(as sej;mi ante dixiinos nin via» de cuytu manifiestas e tîenen 
orejas en la cabeça por las quales atralieii el agua c despucs la 
ectian, e algiinas maneras de peçcs lienen quairo alas solameate 
segun el peçe luengo e seguo rrenrrelir (?) e algunos lieneo dos 
solamenle nerca de las a^ullas e un peçe luengo nan lia alas del 
todo agiiltas; las agullan de los peçes se dinersiBcan por que 
algunos tienen cotiertura e algunos non. E qualquier que lia cober- 
lura ha agullais. Ë la rana marina tiene agallas déclinantes a una 
parle e liene cobertura e son asperas semejantes a espinas. E 
en la génération de los pcce^ e de los otros animales ay dtuer- 
sidad. Ca los peçes non han pelos segun olras animalias que 
engendran animalias nin (otras engendrantes animalias| lian 
scamas segun las oacamas de la;^ animalias de quatro piess que 
ponen hueuos ni pluma» segun que lasaues; mas muchos peçes 
son que se descortesan e algunos son de aspero cuero, Todas las 
maneraS de los peçes han dienles agudos diucrsos do muchas 
ordenes. E algunos peçes lian dientes sobre la lengua e es dura e 
aspera scmejante ha espina e esapticada a la bocaasi queninguno 
piensa que es lengua. E algunas animalias son de grande boca 
fendida asi como algunas animalias de quatro pies que engendran 
animalias e non ban instrumontos manillestos de senlido saluo los 
ojos ca non ban orejas ni narise.'s mas tienen la via del oyr e del oler 
solamenle e non tienen paJpebras pelosas ca las patpebras dellos 
son duras o de dure cuero. E son algunas maneras de peçes que 
tienen sangre e algunos ponen hueuos e algunos engendran ani- 
males, etc., etc. 



V 



POLYBE 

(Osuna : Plut. V. Lit. N., n" 44; Rocam., n" 177 Bibliot. Nat. 

Madrid, Ii-168) 

PoLYBE, traduit en italien par Pietro Candido Decembri. 

Manuscrit de 88 feuillets, fin vélin, écriture ronde du 
XV** siècle. Ce texte était folioté, mais la rognure a fait 
disparaître presque tous les chiffres. Réglé à 26 lignes, ru- 
briques, lettrines ornées. Grande et belle initiale ouvrant la 
dédicace. 

Format 263 x 192 mm. Reliure de parchemin. 

Fol.l. Rubrique : Incominciael prologo sopra li comen- 
iarii di Polibio autore (jreco, de la prima cjnerra ira li 
romani e cartarjinesi haunta, in uulfja/ e traducta al pres- 
ianiissimo et opiimo Jacobo da Biate, ducale camerario 
per P. Candido felicemente. Suit la table. Le prologue et la 
table occupent 7 feuillets. 

Fol. 9, texte. Incipit: « La prima guerra d'Affricache dal 
populo di Roma cum grande instantia contra... » etc. 

Fol. 36 v« finit le livre I; livre II, du fol. 37 au fol. 60; 
livre III, du fol. 60 au fol. 88. Explicit: «... quasi detutala 
regione excepti pochi lochi fureno astrecti a partirse. » 

A rintérieur du plat supérieur de la reliure on lit une 
rubrique du même caractère que les autres et de la même 
main : Isle liber est Polibius autor Grecus et est mei 
Domini Ynici de Daualos, 

lûigo D'Avalos est un des grands seigneurs aragonais 
qui s'en furent en Italie avec le roi Alphonse d'Aragon. Ce 
volume a-t-il fait de bonne heure partie de la bibliothèque 



I 




38 



BIBLIOTHEQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 



de Guadalajara? Nous ne pouvons le dire, mais nous ne 
l'avons pas éciirté, parce qu'il contient un ouvrage traduit 
par Pietro Candido et que les relations très suivies d'Inigo 
Lopez de Mendoza avec pet humaniste et avec Angelo, 
son frère, ne permettent guère de douter qu'il ait connu la 
version dont nous parlons ici. 



• • 



VI 



EUSÈBE 



(Osuna: Plut. IV. Lit. N, n- 31 ; Bibliot. Nat. Madrid, Ii-106). 

EusÈBE, De praeparatione euangelica, traduit du grec en 
latin par Georges de Trébizonde, pour le pape Ni- 
colas V. 

Manuscrit de 176 feuillets, papier, 1 feuillet de garde, 
non folioté et sans signatures. Réglé à 30 lignes, écriture 
du XV^ siècle. Espaces en blanc pour les initiales. Ms. ru- 
brique portant en titre courant le numéro des livres. Format 
283x214 mm. Reliure de parchemin. Au dos : Pamphilus 
Eusebio en latin, de mano : de Euangelxca preparatione , 

Feuillet de garde écriture du XVII® siècle. Traduçion 
de Usebio. 

Fol. 1. Rubrique: Ad sanctissimurn papam Nicolaum 
quintum Georgii Trapesuntii in traductione Eusebii prae- 
fatio, 

« [E] usebium Panphili de euangelica preparatione latinum 
ex graeco beatîssime Pater jussu tuo efîeci ... » 

Cems. contient les quatorze livres d'Eusèbe. Au fol. 176, 
le texte finit par « posse comprehendi docentes magno uisu 
omnium explosi sunt. Finis quartidecimi. Gundisaluus de 
Trugillo scripsit ». 

Cette traduction, fort mauvaise, dont Bessarîon et Perotti 
firent observer au pape les lacunes et les imperfections, fut, 
à la demande de Nicolas V, corrigée par un certain Andréa 
Contarini. Elle a été plusieurs fois imprimée . (Cf. Voigt, 



BIBLIOTHEQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

Die Wiederbel. d. ctass. AUerCkums, 3' éd., Berlin, 1893, 
t. II, p. 140). 



: Plut. lII.Lil. N, n'12: Rocam.. 
Madrid, KK-22) 



' 113; Bibliol. Nat. 



EusÈBE, Chramijue tinicerselh', traduite du latin de Saint- 
JÉRÔME par Alonso de Madrigal, dit el Tostado, pour 
Inigo Lopez do M(?ndozii, marquis de Santillane. F.ii cas- 
tillan. 

Manuscrit de 75 feuillets, 1 fouîllet blanc au commen- 
cement, papier, non folioté, k deux colonnes, écriture du 
XV' siècle. Capitales et rubri(|ues, Format 400x285 mm. 
Reliure de parchemin. 

Fol. 1. Ruitrii|ue : Ai/ui comienra la Interpretacion o 
trasfacion del libro de las cfonicas o (îenpos de Eusebio 
Cesariensse de latin en J'ahla caslellana con su comiento 
o exposicion de las cosas cscuras la quai por si es enjin 
de la Iraslaiion. Este es prologo del autor que lo inter- 
préta et comento et dije dé la dijictdtad et de la condtcîon 
de la obra. Ce prologue, les préliminaires du traducteur, le 
prologue de sîiiut Jérôme et un avertissement de Prosper 
occupent les deux premiers feuillets et une partie du troi- 
sième. Le prologue d'F.usèbe suit celui de saint Jérôme, il 
commence au fol, 2 et finit au fol. 3 B. 

Fol. 3 B. : Aqui comiença el Ubro de Eusebio et contiens 
desde la création del mundofasta acabw el diluuio. Capi- 
tula se.Tto. 

Fol. 5 commencent les tables cluonologiques qui occupent 
tout le reste du manuscrit. 

Fol. 75 v": Cronica de Eusebio et de J/œronimo con las 
adiliones de Prospéra .te acaba. Deo grattas. 

Texte; Prologue d'Ëusèbe: Incipit; m Moysen de lagente 
de losindios... » 

Fol. 3 B. Explicit : « las quales todas en sus logares con 
muy grande breuedad pornemos, h 

Fol . 3. Incipit : v Comieni;aii los tienpos de todo el siglo et 
todoB los reyes,.. « 



VI. EURÈBE 



41 



Fol. 75 v°. Explicit: " Valontinijuio VI et Nom» coiisules. 

Ce volume porte au dos: Quarta Pcuie de Eusebio Cesa- 
riense Croni ca, de mano. Cette tomaison est erronée, comme 
nous le verrons en décrivant les volumes du commentaire. 

Nous avons copié la dédicace du Tostado au Marquis, 
parce qu'elle est intéressante pour noua, la voici: 

Fol. 1. Prologo. 

Rubrique : Aqut comienca la intcrpretacion o trnulaeion del 
llbro de las ci-onira* o (tempos de Eusebio resariensse de latin en 
fabla faute lia na con su fwiiento o exposicion de las rnsas escums 
laqtialpor ai es enfin de la tranlarion. Este es prologo del aulor 
ijue la interpréta et coiiiento et dise de la fUJtriiltad et de la can- 
dirion de la obra. Capitnlo pHiiieiii. 

Aunque mas sean las ocupaliones que las Tuerças et tnas los 
ciiidados que el in{<enio et segun la condicion de mi c^tado et vida 
sea a mi muy mas ligero taltar el tienpo que les aeeessarios el or- 
dinarios Irabajos, o muy magniHeo seûor don Yûîjço Lopez de 
Mendoça, digniâsimo marques de Saiittllana et L'onde del Real de 
Mancanares, non puse por excusa, las suso dichos verdaderos 
inpedimentos, aunque mas que raitonabtes et peremplorios podiaa 
seer dichos cierlamento, para non recebir la carga que vuestra 
seûoria me muclio encomendaua cerca de la inlerpretacion o 
Iranslacion delà lengua latina en la comun del libre de Kuseblo 
cesariensse llamado de las eronicas o mas abiertameute de los 
tiempos, mas con muy prompta voluntad et deseo de seruir la 
acepte. Aunque sin los relatados inpedimentos o estorias la na- 
tural condition del libro podia asa»; el mucho tubar la deseada por 
mi exécution de obediencia. ca lo que al glorioso varon Jeronimo 
por el quai de griego fuelrastadada on latin la mencionada obra 
de Eusebio commo en el profogo se fuen ta f ue diflcile, a mi es commo 
inposibile commo esa misma o mayor dificultad sea lornar de latin 
en fabla castellana que degriego en latin. Et la primera causa de 
la mayor dilicultad es por que la lengua griega et latina son 
abastadas de palabras signilicantes para exprimir et declarar los 
uonçibimienlos et esto ansien los nombres principales que Itaman 
primitiuos commo en los que vienen por formation o deriuation 
lo quai non reçibc lengua alguna vulgar por non seer los vocables 
subjeclos a alguna arte commo en el latin et griego son subjectos 
a las reglas de la arte gramatical. 

La segunda causa es ca aunque en el vulgar et en el latin o 
griego sea egual muchedumbre de nombres inuchas mascoiiaset 
conçibimienlos se pueden signiQcar por la lengua latina o griega 



43 BIBLIOTHEQUE DU MARQUIS DE SANTILLANF. 

que por la vutgar et la razon es porque las dos lenguas dichas 
eslan en Qierta arte de fabla con mucha» flgura^ et modos por los 
quales se inultiplîca la ï^ignifloacion ansi en la oracion commo en 
la diction sinpie o sola lo quai en la vulgar lengua non se faze o 
es muy menos et esto lodo a los cognot^cientos la condition de la 
lengua latîna es manitlesto. 

Por lo quai toda translation de latin en vulgar para se fazer pura 
et perfectamente esj di&cile si se faze por nianera de interpretacion 
que es palabra por palabra et non por inanera de glosa la quai 
es absuelta etlibre de muchas grauedades et en la présente trans- 
lation es mucho mayor dtficultad que en las comunes por las 
especiales causas de dificultad las quales se fallan en cada una de 
las partes de esta obra et non fue necessario nîn complidero al 
présente de las declarar. 

Ënpero pospuestas todas grauedades someti mi coracon a 
aceptar esta carga aunque a mi rauy graue et a la poner en possible 
exécution : lo primero por contonplation de vuetUro mandainiento 
el quai cerca de mi es de mucha reuerençia, lo segundo por la 
condition de la obra ca verdaderamenle digna era de publicacion 
et cumunicacion la lan excelenle cosa, la quai non solamenlees 
ystoria mas es llaue et glosa et perfection îngeniosamente buseada 
de todas las ystorias, tal que a los entendidos abasia et a los 
curiosos ella sola contenta, a la quai non ay otra obra egual en este 
linage de ystorias mas seer régla artificio et conpliuiienCu breue 
de todas. Et a mi parecio conueniente seer que entre todos los otros 
mis trabajos que de algun prouecho o luemoria pueden seer tuesse 
este uno en renouar et aluuibrar los ingenios de los a todo el 
mundo famosos varones Eusebioet Jeronimo. Et bien parecio la 
alteza del ingento de vuesCra seûoria on desear et acatar sobre 
la tal obra a todo el mundo por la su dificultad quasi ya oluidada 
et desusada ca esto non podiera seer si la aliéna del ingenio non 
concordara con la biueza de la obra. Ca, commo el grande AHslo- 
tiles quiere en las ethicas, quai es cada uno Cal pienssa, dize et (aze 
et non es possible auer conplazimienlo amistança, commo plaze 
al mencionado Aristotiles, sin auer semejança agora sea natural, 
agora por actes causada. Et ya, dando fin a esto. declarare mas ini 
entention. 

Rubrique : De la condicion del proccsso que tienc el 
inierpretador et do fa condicion de la obra principal el del 
autor. Capitula sc(/undo. 

Aprèsce chîipitre.oi'i l'auteur traite de la dilTérence qu'il 
y a eutre traduction mot à mot, £^lose et commentaire, on 



VI. EUSÈBE 43 

trouve^ au verso du fol. 1, un petit chapitre qui précède le 
prologue de saint Jérôme sur Eusèbe. 

Rubrique: Req uerimiento quejizo Prospéra a todos los 
que escriuiessen este libro. Capitula tercero : Conjuro o 
requiero a ti qualquier que estos libros escriuieres por 
nuestro sefior Jhu Cristo et por la su gloriosa venida en la 
quai verna ajudgar los viuos et los muertos que conciertes 
lo que escriuieres con el libro por onde escriuieres et lo 
emiendes con grande diligentia eso mismo te conjuro que 
escriuas este linage de conjuration en qualquier libro de 
estos que escriuieres. 



*C 

(Osuna: Plut. III. Lit. N, n* 8; Rocam., n* 113; Bibliot. Nat. 

Madrid. KK-19) 

Eusèbe, Chronique universelle, commentaire fait par 
Alfonso de Madrigal, dit el Tostado. En castillan. 

Manuscrit de 202 feuillets, plus 2 feuillets blancs au com- 
mencement, papier, non folioté, à deux colonnes, compte en 
moyenne 54 lignes par colonne, écriture du XV* siècle. Capi- 
tales et rubriques. Format 400X285 mm. Reliure de' par- 
chemin. 

Fol. 1. Rubrique: Comiença el comento o exposicion de 
Eusebio de las cronicas o tienpos interpretado en vulgar. 
Capitula prijnero del prologo en el quai se pane la enten- 
cion del auior, 

(( Comiença el comento : Proposito mio fue en el comienço 
del trabajo en esta interpretaçion de Eusebio. » 

Fol. 202 V® B. : « de estas cuentas de interprètes e de la 
letra hebravca diremos abaxo. » 

Rubrique : Aqui se acaba la primera parte del comiento 
de Eusebio, Au-dessous la seconde partie commence tout de 
suite jusqu'au bas de la colonne, mais ce fragment est sans 
importance, puisqu'il est répété en tête du second volume 
du commentaire. 

Au dos : i* parte del comento de Usebio. 

NouB avons copié ci-dessous le prologue du commentaire 



42 



ninLIOTHÈQtlE DU MARQUIS DE SANTILLANE 



que por la viil^ar et la razon e? porque las dos lenguas dichas 
estan en çierla arte de fabla con muchas figura^; et modes por les 
qualea se muUiplïi^a la ^îgniQcaciaD ansi en la oracion commo en 
la diction sinpie o sola lo quai en la vulgar lengua non se faze o 
es muy menos et esto todo a loa cognoscienlos la condition de la 
lengua latina es manitlesto. 

Por lo quai loda translation de latin en vulgar para se lazer pura 
et perfec ta mente es diScile si se faze por manera de interpretacion 
que es palabra por palabra et non por manera de glosa la quai 
es absuelta etlibre de muchas grauedades et en la présente trans- 
lation es mucho mayor diDcultad que en las comunes por las 
especiales causas de diflcultad las quales se fallan en cada una de 
las partes de esta obri, el non tue necessarto nin complidero al . 
présente de las declarar. 

Enpero pospueslas todas grauedades someti mi coraQon a 
aceptar esta carga aunque a mi muy graue et a la poner en possible 
exécution : lo primero por contenpiation de vuestro mandamiento 
el quai cerca de mi es de mucha reuerençia, lo segundo por la 
condiçion de la obra ca verdaderamente digna era de publicacion 
el comunicacion la tan excelente cosa, la quai non solamenle es 
ystoria mas es llaue et glosa et perfection iogeniosamente buscada 
de todas las ystorias, tal que a los entendidos abasta el a los 
curiosos ella sola contenta, a la quai non ay olra obra egual en este 
linage de ystorias mas seer régla artiHcIo et conplimiento breue 
de todas. Eta mi parecio conuenicnle seer que entre lodos los olros 
mis trabajos que de algun proueeho o memoria puedon seer luesse 
este uno en renouar et alumbrar los ingénies de lus a tudo el 
mundo famosos varones Eusebio et Jeronimo. Et bien |>arecio la 
alteza del ingenio de vuestra seîioria en desear et acatar sobre 
la tal obra a lodo el mundo por la su diflcultad quasi ya oluidada 
et desusada ca esto non podiera seer si la alleza del ingenio noa 
concordara con la biueza delà obra. Ca, commo el grande Aristo- 
tiles qiiiere en las ethicas, quai es cada uno tal pienssa, dize et faze 
et non es possible auer conplazimiento o amislança, commo plaza 
ai mençionado Aristotiles, sin auer semejança agora sea natural, , 
agora por actes causada. Et ya, dando Qn a esto, declarare mas mi 
entention. 

Rubrique : De la condia'on del processo rjue tiene el ' 
interpretador et de la condicion de la. obra principal et del , 
aiitor. Capitulo scrjundo. 

Après ce chapitre, où l'auteur traite de la différence qu'il 
y a entre traduction mot à mot, glose et cammeotaire, on 



« 



VI. EUSÈBE 43 

trouve^ au verso du fol. 1, un petit chapitre qui précède le 
prologue de saint Jérôme sur Eusèbe. 

Rubrique: Requerimiento quejizo Prospero a iodos los 
que escriuiessen este libro. Capitula tercevo : Conjuro o 
requiero a ti qualquiev que estos libros escriuieres por 
nuestvo seflor Jhu Cristo et por la su gloriosa venida en la 
quai verna ajudgar los viuos et los muertos que conciertes 
lo que escriuieres con el libro por onde escriuieres et lo 
emiendes con grande diligentia eso mismo te conjuro que 
escriuas este linage de conjuration en qualquier libro de 
estos que escriuieres. 



♦C 

(Osuna: Plut. III. Lit. N, n* 8; Rocam., n* 113; Bibliot. Nat. 

Madrid. KK-19) 

Eusèbe, Chronique universelle, commentaire fait par 
Alfonso de Madrigal, dit el Tostado. En castillan. 

r 

Manuscrit de 202 feuillets, plus 2 feuillets blancs au com- 
mencement, papier, non folioté, à deux colonnes, compte en 
moyenne 54 lignes par colonne, écriture du XV* siècle. Capi- 
tales et rubriques. Format 400X285 mm. Reliure de par- 
chemin. 

Fol. 1. Rubrique: Comiença el comento o exposicion de 
Eusebio de las cronicas o tienpos interpretado en vulgar. 
Capitulo primero del prologo en el quai sepone la enten- 
cion del autor, 

(( Comiença el comento : Proposito mio fue en el comienço 
del trabajo en esta interpretaçion de Eusebio. » 

Fol. 202 v° B. : « de estas cuentas de interprètes e de la 
letra hebrayca diremos abaxo. » 

Rubrique : Aqui se acaba la primera parte del comiento 
de Eusebio, Au-dessous la seconde partie commence tout de 
suite jusqu^au bas de la colonne, mais ce fragment est sans 
importance, puisqu'il est répété en tête du second volume 
du commentaire. 

Au dos : i* parte del comento de Usebio. 

NouB avons copié ci-dessous le prologue du commentaire 



42 BIBLIOTHEQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

que por la vulgar et la razoa ef. porque las dos lenguas dichas 
estai) en çierta arte de fabla con muchas figuras et modos por tos 
quales se niultiplica la «igni&cacioD ansi en la oracion commo en 
la diction sinple o sola lo quai en la vulgar lengua non se (aze o 
es muy menos et est» lodo a los cognoscientos la condition de la 
lengua lalina es inanifieïito. 

Por loqual loda trani^lation de latin en vulgar para se fazer pura 
et perfec ta mente es dificilc si se (aze por manera de interpretacîon 
que es palabra por palabra et non por manera de plosa la quai 
es absuelta et libre de uiuchaïi grauedade.« et en la présente trans- 
lation es mucho mayor dificultad que en las comunes por las 
especiales causas de diticultad las quales se falian en cada una de 
las partes de esta obra et non Eue necessario nin complidero al 
présente de las declarar. 

Ënpero pospueslas lodas grauedades someti mi coraçon a 
aceptar esta carga aunque a mi rauy tiTAue et a la poner en possible 
exécution : lo primero por contenplation de vuestro mandamienlo 
el quai cerca de mi es de mucha reuerençia, lo segundo por la 
condigion de la obra ca verdaderamente digna era de publicacion 
et comunicacion la lan escelente cosa, la quai non solaraenle es 
ystoria mas es llaueetglosaet perreclion ingeniosamente buscada 
de todas las ystorias, ta! que a los entendidos abasia et a los 
curiosos ellasola contenta, a la quai non ay otra obra egual en este 
linage de ystorias mas seer régla arlificio et conplîmiento breue 
de todas. Et a mi parecio conuenieule seer que entre todos los otros 
mis trabajos que de algun prouecho o memoria pueden seer fuesse 
este uno en rcnouar et alumbrar los ingenios de lo^ a tL>do el 
mundo fainosos varones Eusebioet Jeronimo. El bien parecio la 
alteza del ingenio de vuestra senoria en desear et acstar sobre 
la tal obra a todo el mundo por la su diScultad quasi ya oluidada 
et desusada ca esto non podiera seer si la alleza del ingenio non 
concordara con la biueza de la obra. Ca, commo el grande Arislo- 
tiles quiere en las ethicas, quai es cada uno tal pienssa, dize et Faze 
et non es possible auer conplazimiento o amistanga, commo plaze 
al mengionado Aristotiles, sin auer semejanga agora sea uatural, 
agora por actos causada. Et ya, dando fin a esto, declarare mas mi 
entention. 

Rubrique : De la condicion <M proccsso que tiene el 
interpretador et de fa condicion de la obra principal et del 
aiitor. Capitula segundo. 

Après ce chapitre, où l'auteur traite de la différence qu'il 
y a entre traductioa mot à mot, ^lose et commentaire, on 



trouve, au vorso du fol. 1, un petit chîipitre (|ui [irécéde le 
prologuede saint Jérûme sur Eusèbe. 

Rubrique : Reqtierimiento queflao Prospéra a todos los 
que esrriuiessen este libro. Capitula iercero : Conjura o 
rfijuiero a (i (jualt/ui'er tjue estas libres escriuieres par 
nunsiro sefior Jhu Cristo et par la su gloriosa venida en la 
quai oerna ajudgar los oiuos et los muerios que conciertes 
lo que escriuieres con el libro par onde escriuieres et lo 
emiendes con grande diUgentra eso mismo te conjura que 
escriuas este linage dr conjtirotion en qnalquier libro de 
estas que escriuieres. 



(Osuna: PInt. III. Lit. N, n' 8; Rocara-, n" 113; Bibliot. Nat. 
Madrid. KK-19) 

Eusèbe, Chronique universelle, commentaire fait par 
Alfonso de Madrigal, dit el Tostado. En castillan. 

ManuBcrit de 302 feuillets, plus 2 feuillets blancs au com- 
mencement, papier, non folioté, à deux colonnes, compte en 
moyenne 54 lignes par colonne, écriture du XV* siècle. Capi- 
tales et rubriques. Format 400X285 mra. Reliure de par- 
chemin. 

Fol. 1. Rubrique: Comiença el comento ex/iosicion de 
Eusebio de las cronicas a tienpos interpretado en vulgar. 
Capitula primera del prologo en el quai se pone la enten- 
cion del autor. 

H Comiença el comento : Proposito mio fue en el comienço 
del trabajoen esta interpretaçion de Eusebio. ji 

Fol. 302 V" B. : « de estas cuentas de interprètes e de la 
letra hebrayca diremos abaxo. » 

Rubrique : Aqui se acaba la pri niera parte del comiento 
de Kusebio. Au-dessous la seconde partie commence tout de 
suite jusqu'au bas de la colonne, mais ce fragment est sans 
importance, puisqu'il est répété en tète du second volume 
du commentaire. 

Au dos : /» parte del comento de Usehio. 

Noua avons copié ci-dessous le prologue du commentaire 



43 



BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 



que por la vulgar et la razon es porque las dos lenguas dichas 
estan en çierta arle de fabla con muchas figuras et modos por los 
quales se luultiplica la ^igniflcacion ansi en la oracion commo en 
la diction sînple o sola lo quai en la vulgar lengua non se (aze o 
es muy menos et esto todo a los cognoscientos la condition de la 
lengua lalîna es maniflesto. 

Por loqual loda translation de latin en vulgar para se fazer pura 
et perfectamenle es di&cile si se faze por manera de interpretacion 
que es palabra por palabra et non por manera de glosa la quai 
es absuelta etlibre de muchas grauedades et en la présente trans- 
lation es mucho mayor difieultad que en las comunes por las 
especiales causas de diflcultad las quales se fallan en cada una de 
las parles de esta obra. et non lue necessario nin complidero al 
présente de las declarar. 

Enpero pospiiestas lodas grauedades someti mi coraçon a 
aceptar esta t.arga aunqiie a mi muy fçraue et a la poner en possible 
execuEion : lo primero por contenpiation de vuestro mandamiento 
el quai cerca de mi es de mucha reuerençia, lo segundo por la 
condition de la obra ca verdaderamenle digna era de publicacion 
et comunicacion la lan excelenle cosa, la quai non solamentees 
ysloria mas es llaue et glosa et perFeclion ingeniosamente buscada 
de lodas las yslorias, tal que a los entendidos abasta et a los 
uuriosos ellasola contenta, a la quai non ayotraobra egual en este 
llnage de yslorias mas seer régla artlRcio et conpliiniento breue 
de todas. Et a mi parecio conueniente seer que entre todos los otros 
mis trabajos que de algun proueclio o menioria pueden seer (uesse 
este uno en renouar et alumbrar los ingenios de los a todo el 
mundo famoïiosvarones Eusebioet Jeronimo. Et bien parecio la 
alteza del ingenio de vuestra senoria en desear et acatar sobre 
la tal obra a todo el mundo por la su diflcultad quasi ya oluidada 
Gtdesusada caeslo non podiera seer si la alteza del ingenio non 
concordara con la biueza de la obra. Ca, commo el grande Aristo- 
tiles quiere en las elhioas, quai es eada uno tal pienssa, dize el faze 
etnon es possible auer conpiazimiento o amistança. commo plaze 
al uiençionado Arisloliles, sin auer semejança agora sea natural, 
agora por ados causada. Et ya, dando fin a esio, decl.trare mas mi 
entention. 

Rubrique : De la condicion del processo que tiene f:/ 
inierprelador et de la condicion de la. obra principal et del 
auior. Capitula segundo. 

Après ce chapitre, où l'auteur traite de la dîHérence qu'il 
y a entre traduc tion mot à mot, glose et commentaire, on 



VI. EcsKue -13 

trouve, au verso du fo!. 1. un petit chapitre qui procède le 
prologuede saint Jérôme sur Eusèbe. 

Rubrique: Het/iierimienio quejizo Prospéra a (ados los 
fjue escriuiessen ente libro. Capitula terrero : Conjura o 
rei/uiero a ti qualquier que estas îibros escriuieres par 
nuestro sefiar Jliu Crislo et par la su gloriosa venida en la 
quai cerna ajudgar los viuos et los muertos que conciertes 
lo que escriuieres can et libro par onde cscriuieres et la 
cmiendes con grande diligentia esa mismo te. conjura que 
escriuas este linage de ron/uration en qualquier libro de 
estas que escriuieres. 



(Osuna: Plot. III. Lit. N. n" 8; Rocam., u" 113; Bibliot. Nat. 
Madrid. KK-19) 



ËUSËBB, Chronique universelle, commentaire fait par 
Alfonso de Madrigal, dit el Tostado. En castillan. 



Manuscrit de 202 feuilleta, plus 2 feuillets blancs au com- 
mencement, papier, non folioté, à deux colonnes, compte en 
moyenne 54 lignes par colonne, écriture du XV' siiicle. Capi- 
tales et rubriques. Format 400X285 mm. Reliure de' par- 
chemin. 

Fol. 1. Rubrique: Comiença el contenta oexposirion de 
Eusebio de las cronicas o tienpas interpretado en vulgar. 
Capitula primera del prologa en el quai se pane la enten- 
cion del autor. 

i( Comiença el comento: Proposito mio fue en el comienço 
del trabajoon esta interpretaçion de Eusebio. » 

Fol. 202v" B.: " de estas cuentas de inttjrpretes o de la 
ietra hebrayca diremos abaxo. » 

Rubrique : Aqui se acabn la primera parte del comiento 
de Eusebio. Au-dessous la seconde partie commence tout de 
suite jusqu'au bas de la colonne, mais ce fragment est sans 
importance, puisqu'il est répété en tète du second volume 
du commentaire. 

Au dos : /» parte del camenlo de Usehia. 

NouB avons copié ci-dessous le prologue du commentaire 



44 



BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE 3ANTlLLA>fE 



d'Eusèbe où Alonso de Madrigal déclare ses intentions et 
nous y avons ajouté les remarques que nous a suggérées la 
comparaison du manuscrit du Tostado sobre Eusebio avec 
l'ouvrage imprimé(l). 

Comiença el comento o expost'cion de Eusebio de las cronicas o 
tieinpos interpretadu en cidgav. Capiiulo priniero del pititogo en 
el qnitl sepontt la entenclon del aiitiii: Comienra el comento : 

Propoaito mio fue en el comienço del trabajo en e.sla interpreta- 
çion de Eusebio escripuiralgunoscomenlosobreues glosas por las 
quales alguna» de las cosas obsjcuras o menos eniendidas mas 
abierto podiesen ser conoQidas. A lo quai ansi el mandainiento suso 
pueslo comma la razoïi inclinaua seyeudo la obra de tal condicioa 
que aRora por breuedad de palabra agora por diiiersidad de cosas 
al(iunas obscuridades nes«;essario oiiiese de contener. Nin fue nii 
entinçion proseguir en e^^te vulgar t^omenlo toda la exposi<:ioii que 
las cosas por Eusebio locadas rreçebîr podrian.Ca esto séria rrelatar 
por menudo las ystorias de todas las génies coniino Eusebio las 
suceâstoues de iodos lus faiiiosos rreynos fasta au tieopo aya es- 
cripto. Ca eslo nin se podria acabar nin fteria prouechosa obra 
rrelatar lo que todos los otros va diclio ouiei<sen, nia^ tanto pensse 
ser aqui prouechoso dezir quaiilo abasiase para poder conprehender 
la entençion de la letra de Eusebio. Otrosi non cuyde aqui escriuir 
todas las declaragiones et doclrinas que en los comentos por mi 
fechos en palabra latina sobre el testo de Eusebio latino largainente 
prosegui coninio el eslilo vulgar non rreçiba muchas cosas las 
quales la palabra latina non solamente suEre mas aun por necesudad 
demanda mayormente que al que ploguiere mas largo et curioso las 
declaraçioues de las diclias cosas veer podra los mentionados co- 
mentos latiiios leer. Nin por esto pensse o este comento ser dema- 



1. El Tothido aolira Emvbiii mlnenil de Mra» dirini'n // huiunniix 
irn la Hinlorin General de lodos lo» lirmpoa y rri/ito« del miindo xe^/nn 
los foiiientaiiaa del ilustrisisinio t/ renemhle doelnr /«.- de lit li/lusiii, 
1/ de la Cliftslinndad, Don Alonso Tiialado ob'iapn iiwfiin de Arila 
aolire los liliro.1 de Hislurins ;/ Clironolagiaa i/tw de.ru escrilos el 
grandi' Euseliio oliispo de Cenriren en Palealïna reeiipilndas, rediteîdos 
!l contpuextos ai modo // cnlîla deslos tieinpos, can au» Adieiows g 
ùlosaa li lit margen para cl ima dn Inn l'erdlcnrlnrea ;/ ron liva tablas 
Ttueramente afiodidns por el rfiîn l'adre Maestro Fi-aïf Joseph deAtmo- 
auiid del Orden de S. Bernardo, etc., etc., etc. 2 vol. in-ft'I. Madrid. 
Mutchor Sauchez, 1677-79. — Il existe du commentaire du Toslado nne 
édition complète en 6 vol. ÎD-tol. imprimée par Hans fJyaser de Sil 
genstal. a Salamanque, 1506-1507. (Cf. N. Aotonio, Blbl. Velus, t. Il, 
Uv. X. chap. Vil.) 



VI. EU3ÈBE 



45 



siado o el lalino ser mas de rrazon largo. Ca aquel contiene lodo 
lo que al eslilo latino pareçio seer comieniente conlener et este 
lieue lo que a la vul^ar interprétation abaïïta quanto maa por estos 
diuerssos oomenios seer fechos para diiierssosesladosel condiçiones 
de perssonas. Mas aun nin por esta créa el que touiere el latino 
comenlo seer demasiado este vulgar. Ca este non es interprétation 
de aquel nin parte stiya mas cosa por si fabricada leineoCe otros 
algunos congebimientos o doctrinas que aun a los conoçientes la 
palabra latina et usados por el latino comento puede este asaz seer 
prouechoso ansy coinnio otra aparlada exposition. Et porque cada 
una co^a sea mas pre!^(ameQte fallada sera esta obra de comento 
partida por capîlnlos non solanienle tantoa qiianlos en el leslo son 
mas aun por mas menuda dinisioa porque los capitiilos non ayan 
de ser niiiy largos et corn mo suso dixîmos laxemois sus virgulas et 
trunoationes de vermcllon an&i en el texlocommoenel comento (1) 
sobre .iquellas partes sobre las quales la glosa comengane porque 
sea presto a cada uno saber cada parte del testo quai glosa le res- 
ponde. El esto abaste por breue prologo de e.'ile comenlo etiuego 
començare a exponer el primero prologo del libro el quai es de 
l'rospero. 

Voir dans le tome I du Tosiado sobre Eusebto le : Pro- 
logo del ilustrissîmo Doctor Don Alonso Tosiado, en el 
comento (jnî hho â la Historia General de Eusebio Cesa- 
riense : En el quai sepone la iniencion del aiitor. 

Ce prologue est identi(iue à celui du ms. KK-19 copié 
ci-dessus, la forme en a ("'té un peu, très peu, abrégée ou 
modernisée, le sens est strictement le même. 

A côté de la phrase : h Tampoco lie cuidado de escrivir 
aqui todas las dechirac-innes, y doctrinas, que en mis Co- 
mentos Latiuos se hallaran, pues al curïoso que gustare ver 
las diciias déclarai iones mas por extenso, y dilatadas. las 
hallara en los Comentos citados, w il y a en marge une note 
de l'éditeur que noua reproduisonsi'S). 

Le commentaire du Tostado est imprimé à partir du fol. 
115, A. du ms. KK-19, première ijartie du commentaire 
sur Eusèbe, au chapitre qui dit ; n Comiença aqui el libro 
de Eusebio de los tiempos acabado el prologo suyo et pone 



1. Ceci a trait aax rubriquet de la qn&triâme p&rtie et prouve que 
c'èhi la première. 

2. EstoB Comeatoa Latinos uo bati aalido û la luz de la imprenta. 



46 



BIBLIOTHEQUE DU MAHQUIS DE SANTILLANE 



primera todas las cosas de que eiitiendi? tractar en mnncra | 
de titulo o rubriai. Capitulo sotenta et dos. h 

L'imprimé commence donc par le prologue du fol. 1, puis 1 
il saute au fol. 115. 

La quatrième partie, qui manque dans le ms., .se trouve J 
dans l'édition, et le commentaire imprimé, comme le ms. 
s'arrêtent après la cinquième partie. Maisdans l'édition il y i 
une sixième partie qui s'intitule ; Seala Parte, las Ques-y 
lioncs dcl Tosiado, où le Tostado répond à quatre ques- 
tions que lui a posées l'évèque de Falencia, «para cuya de- 
claracion brevemente recopila con maravitloso estilo todos 
los libros de laSagrada Escritura del Nuevo y Viejo Tes- 
tamonto ». 

Le premier volume imprimé comprend les li'ois premières 
parties, le second les autres. 



• 113; Biblîol. Nat. 



Miidiid. KK-aO) 



EusÈBE, Chronique unicerselle, commentée par Alonso de 
Madrigal, dit el Tostado. En castillan. 

Manuscrit de 217 feuillets, papier, foHotation défectueu.se, 
à deux colonnes, compte en moyenne 5'1 lignes par colonne. 
Écriture du XV" siècle. Rubritjues. Format 400x285 mm. 
Reliure de parchemin. 

Fol. 1 : A(/ui comieni;a la segundn parte dcl comento ' 
del libro de las cron'cas o de los ù'enpos de Eiiscbio capi- 
tulo pi-im{er]o. Del comienço de la sef/unda edad et commo 
J'ue muy conuenienie fjue ccniessi' el dilunio seyendo Noe 
de seyscientos aïlos et non en olra manera. 

Incipit : h Et faeron, continua aqui Eusebio su libro 
comiençando lus (^osas de la segunda edad ca puso suso las 
cosas de la primera edad. » 

Fol. 317 v A. Explicit : « aunque en tienpo alguno de 
todas ellas fue tomada Troya. » A(jui se acalia la segunda 
parte del noniento nobrc Eusebio de los Henpos. 



(Osiiii^: Plut. III. Lit. N. n- 10 ; Rotiim.. 
MjLJrid, KK-21) 



113; BiUi.it. N.11 



KusÈBE, Chronique jinicerselle , commentée piir Alonso de 
Maduigal. dit EL TosTADO. Kii ciistiHai). 

Manuscrit de 170 feuillets plus3 feuillets de garde blanrs 
au commencement et 2 à la fin, papier, non folioté, à deux 
colonnes, compte en moyenne 60 lignes par colonne. 
hATiture du XV* .«i^'cie. initiales et rubriques. Format: 
400x285 mm. Reliure de parchemin. 

Fol. 1, encadrement à la plume en rouge: A'iui comicrira 
la tercera parte del coinento de Enscbio. Capituh primo. 
Torna cl comenlador a segnir la linca de /o.* Sicioniosfnsta 
Troya tomada. 

Incipit : n Sicionos, agora acalmda la linea de los Assirîos 
fasta Troya tomada... n 

Fol. 170 v, F.xplicit : h este logar era mui famoso e por esso 
es tan nonhrado por las scripturas. » 



Osuna; Plut. III. Ul 



' 113; Biblîot. Nat. 



KusÈBE, C/ironi(/ue uni ocr selle, commentée j*ar Alonso de 
Madrigal, dit el Tostado. Kd castillan. 

Manuscrit de 246 feuillets, 1 feuillet blanc à la lin, pa- 
pier, non folioté, ii deux ooltjnnes, compte en moyenne 
55 lignes par colonne. Rubriques et initiales, dans le dernier 
tiers du volume elles font défaut. Kcriture du XV' siècle. 
Format: 400x285 mm. Reliure de parchemin. 

Fol. 1. Rubrique : Aqui camiern-a la quinta parle del 
comento de Eusebio, capitula primera: las fabulas de Tri- 
toloino e de las seruientes de Ccres segun Lactancio. 

Incipit : » Tritolomo, esta istoria pone Eusebio sobre la 
linea de los Atbenienses... » 



48 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

Fol. 246 v". Explicit : « e en esto se acaba la narracion de 
los f échos de Persseo . )) 

De cet examen il résulte que la quatrième partie du com- 
mentaire est perdue et qu'on Tavait remplacée, en donnant 
au texte même d'Eusèbe, qui ne fait pas partie du commen- 
taire proprement dit, le titre de quatrième partie. 

Ni Amador de los Rios, dans sa Bibliothèque du Marquis, 
ni Pellicer dans son Ensayo, ni avant eux, Nicolas Antonio 
dans Sel Bibliotlieca Vêtus (t. II, liv. X, chap. vu) n'ont fait 
mention de la dédicace au marquis de Santillanede la tra- 
duction du texte d'Eusèbe et de tout ce long commentaire 
où le Tostado utilise l'œuvre d'Ovide de telle sorte qu'on 
peut dire que les Métamorphoses entières se retrouvent dans 
son livre. Le Marquis a dû se servir beaucoup de ce Tostado 
sobre Eusebio et y puiser de nombreux renseignements 
mythologiques. 

Dans YHistoria criticade la Lit, Esp, (t. VI, p. 40, note) 
Amador de los Rios cite l'édition de, 1507 du Tostado sobre 
Eusebio, mais il ne dit pas un mot du manuscrit Osuna; 
il n'a pas dû le voir. 



VII 



SAINT JEAN GHUYSOSTOME 



(Osuna: Plut. IL Lit. N, n' 25; Rotam. n' 104; Bibliot. Nat. 

Madrid, Ii-1(>5) 

Saint Jean Chrysostome, Sermones contra Anomios, tra- 
duits en latin par Ambrogio Traversarl 

Manuscrit de 60 feuillets de vélin, 2 blancs au com- 
mencement et 2 à la fin. Réglé à 23 lignes. Écriture italienne 
du XV^' siècle. Ornementation de style toscan. Format 
233 X 150 mm. Reliure à dessins mudéjar sur ais de bois. 

Fol. 1, demi-encadrement, dans le bandeau inférieur les 
armes du marquis de Santillane. 

Rubrique : Joltannis Chrysostomi arcinepiscopi contra 
Anomios, fjue Deus incomprehensibilissit, senno primas, 
inabseniia episcopi habitas, incipit, c r/reco per fratrem 
Ambrosium ordinis camaldalensis in latinani uersas, 

Incipit : a Quid est hoc... » 

Fol. 10 V**, sermo primas explicit. Fol. 22 v", explicii 
sermo ,serandas. Fol. 34, cxplicit sermo tertias. Fol. 46, 
ejp/icit sermo qaartas. Fol. 60 v" : Johannis Chn/sostomi 
constantinopolitani archiepiscopi sermo qaintas et ultimus 
explicit. Féliciter lege. 

Ce manuscrit et VHistoria Gothira de Tarchevêque don 
Rodrigo sont les seuls textes latins de cette bibliothèque 
portant des signes de propriété, armes, reliure, etc., du mar- 
quis de Santillane. Lems. Ii-165 ne porte, il est vrai, ni les 
heaumes, ni la devise, mais il fait bien partie, cependant, du 

•1 



50 



BIBLIOTHÈQUE DD MARQUIS DE SANTILLANE 



groupe de manuscrits tosains que nous avons examinés et 
qui furent copiés en Italie pour iQigo Lopez de Mendoza. Le-, 
titre donné dans la rubrique il Traversari permet de croire 
que ce manuscrit fut exécuté avant le 26 octobre 1-131. date 
de l'élévation d'Ambrogio au généralat de son Ordre par le 
pape Eugène IV. 



. tV. Lil. N, n* 33 ; Itfxrari 

M;iili-id, li-S:() 



M" im. Biblini. Nut. 



Saint Jean Ciibysostome. Œucres, en lalin. 

Manuscrit de ^7 feuillets de vélin, 1 feuillet de papier 
au commencement et 1 A la fin, non folioté, écriture du 
KV° siècle àdeux colomie». Réglé à «19 lignes parc^loiuiu.. 
Rubriques, capitales en oret couleurs. Foriuat29&x212 mm. 
Reliure de parcbemin, au dos : S. Joannis Chrisostomi Epis- 
tolof. 

Fol. 1. Vm marge, un bandeau tléeoratif et au pied de la 
page, dan.-s ud médaillon d'or, mti éeu p<jrtant : d'or, tieF<'.é 
faeces, de billette» uouchéex de gueule et de billette» 
coitcViée» de sable, Ijordée* d'argent, , 

Rubrique : Incipit epistolabeadJohannis C'ri»aoatomi ad 
TUeodorum anticum fapsèuin capitulum primuin, 

Incipit : o Si Celufl )x>»M3t e[tj gemiius per litteru 
noni;iari . . . n 

Fol . 217 A, ExpHcit de tout le volume : « gloria et impw 
rium in saecula siieculorum amen, h 

1%D marge, (|Ueli|ues Dole« en latin. 

Ce IDanuscrit contient : 1 Ad Theo'foruin nmicitin, fol, 
l^v";2 Ad Helechinm de coitpunrtîotte, fol, &v"-13v°| 
3 Ad Demetrium de compunclione, fol. l^v'-Sâv" ; 4 Quod 
nemo leditur nï-'ii a semetipso, fol. 23 «"-35 ; 5 De repa^ 
raiione ïapnî, (ol. :35-5ô v" ; 6 E.rpositio /luper euan- 
i/eiium iienti Matkei. fol, 55vo-2i7 (25 homélies;. 

Leti 5 premier" traités ont été traduit» par Anibrogia 
Traver^^ari (Cf. Bsindîni, i'at. cod. lut. bihliol. Med. Latir.. 
t. i, 0)1. Û65, et Me\m*, Ambrusii Travertarn Vild). 



. VII. SAINT JEAN CIIRYSOSTOME 51 

Quant aux 25 homélies sur Tévangile de saint Matthieu, 
ce sont œllcs que Georges de Trébîzonde n'a pa» traduites^ 
parœ qu'elles l'avaient été avant lui : « ab Aniano qui 
teïïiporaifi suorum eloquentissîmus fuit./, ita aunt ôroate 
atqUe eleganter fraductî » (Cf. ms. D). 



C 



(O^nna: PInt. II. Lit. N. ii"9; Rocam. ii" 103; Bibliot. Nat. Madrid,Ii-133) 

Sain'T JÊÂNCHRV.sosto\iE, en latin. 1. De Det prouideniia^ 
traduit par Ambrogïo Traversari. 2. De Pœnitentia 
homilta V* traduit par (jREGOrio Tifernas. 3. Ho- 
milia sUpei* psàlmum (j utruiuafiesimum, 4. Éptstola de 
lapsis ad Theodorum.tmdvût par Ambrogïo Traversari. 
5. LfLluS TïPîïÊRî^AS (Giglîodeglî Archifibellidî Cittâdï 
Castello) : Sanctîsstmo patri Caltsio tertio in laudem 
constanUflôpotitane ciuitatiset grecorum untoncs eptstota, 

^Mamismt de 14S fettîHcfs, plus 3 Mancs au cominen^^e- 
ment, papier, non folioté. Kégfé à 32f lignes. Écriture îte- 
Henriedu XV'siècfe, âèjk un peu anguïérdse. Befles marges, 
rabriqtfe?? et e.tpKcits, capitales ornées sur fonds de coiffeur. 
Format 207 X 2i9uiïii. Refiure du temps encuiriympaiiisé, 
sans ais de bois. 

ï. Fol. 1 sans rubrique. Incîpit: « Suntquîdeni plurîma 
que. ï> Fol. 1 1^; cette préface finit par: « et nimium dilecte 
âeaprmcep^. » 

(Test VEpistota ad Petrtim Prlnclpem Lusitaniae, par 
laqaelfer Ambrogio TraVersari dédie à ce prince sa version' 
latine dn De Dec proutdentia de saint Jean Cïirysostome 
(V. Bandini, loc, cit., 1. 1, col. 565). 

Fol. 1 v^ RnbTÎque: InrJpit liber primas beati Joannis 
(ihrim^tGmi Archiepx^r:opi Constanttnopolitani ad Sia- 
qtrium monachum arreplidum, Leyc pheliciter. 

« Oportnerat qtrîdem o niihi amantissime. » 

Le livre H oce«j>€f te» feuiH*el« 2*^43^. 

Fd. fil. Explicft du ïirre* ïïl : (c aduersî'ssîûîis câsfbois 
frangi uel defjjïcî uaïebis. Deîeî {sic) gracias. » 



52 



U1I3LI0TI1ÈQLE DU MAHÛUIS DE S.\NTILLANE 



II. Fûl. 63. Rubrique : Sanctî Jo/iannîs Crîsostomi de 
peniientin .Job. 

Incipit: o Ita iiobishodie festiuaquet^elebritas soliloque... » 

Fol. 126. Explicit : « et spiritui sancto nunc et aeraper et in 
secula set-ulorum. Anion. » 

Cette homélie porte dans la Patrologie grectjue de Migoe 
(T. XLIX, col. 305i le titre suivant : Homilta de Jejunio et 
in .lonam Prophetam. et Daniefeiu, et très pueros, et de 
Poenîtentia, Dicta est autem in saci-orum Jejtiniorum 
ingressum. La rubrique de ce traite^ répétée en titre 
couraat au haut des pages est erronée. Il s'agit bien ici 
du De Poenitcnlia, maisaucunetnetit du Job de patientia. 
L'erreurdela rubrique provient sans doute de ce que le 
rubricateur ou le copiste aura eu sous les yeux un ma- 
nuscrit où se trouvaient traduits ces deu.\ traités. Dans la 
plupart des manuscrits, et par conséquent dans les pre- 
mières impressions de ces ouvrages, ces versions sont 
attribuéesâLilius Tifernas, de Città di Castello, appelé de 
son vrai nom Lilius Archilibelli, dont une tradition fait 
l'élévede son concitoyen Gregorio Tifernas', helléniste pro- 
tégé par Nicolas V, En réalité, ces versions de Clirysostome 
sont l'oDUvrede Gregorio, qui les termina en 1449 et les otîrit 
au Pape à l'occasion du prochain jubilé de 1450. La confusion 
entre ces deux hellénistes naquit, il est facile de le com- 
prendre, de ta ressemblance de leurs noms. 

m. Fol. 127. Rubrique: fîeaïiVo/ionnfs Crîsostomi Omelia 
prima super psalmum fjuinf/uugesimutn leyc pheliciler. 

Incipit :« Mense hestorue reliquias Eratres carissimi... » 

Fol. 138 V. Explicit : n ut bona eterna cousequamur 
gratia et humanitate domini nostri ihu. Christi qui cuni 
pâtre et spiritu sancto uiuit et régnât in secula seculoruni. 
Amen. » 

Dans la Patroloyie grecque de Migae (tomeLV, col. 575) 
nous trouvons cette homélie parmi les Spuria in psalmum L. 

rV. Fol. 138 v°.-Rubrique: /nc(/Hî epislola de lapsis heati 
Johannis Chrisoslomi ad Theodorum lege phoeliciter. 

1. Voyez sur Gregorio Tifernas et son activitiS littéraire, l'article de 
M.Del&raelle ; Cite eird'IiamiinistriiiiJ^V' sidrli^(MvIan</i-/i d'Archèit- 
logie el d'Hïsiaù-c [lubli^ par l'Ëuolu fraJi^aise de Rome, l. XIX, p. 9- 
33). 



VII. SAINT JEAN CHRYSOSTOME 53 

Fol. 139. Incipit : Si fletus poseel et gemitus per épis 
tolasnuntiari. . . » 

Fol. 145 v°. Explicit : « maximam letitiam esse uenturam. 
Deo gracias. » 

Ce traité a été très probablement traduit par Ambrogio 
Traversari (Cf. B'àndiui, ouvr. cit., vol. I,p.565, cod. XXV, 
n** VI, et aussi Melius : Ainbrosii Traversarii Vila, 

p. CCCXC;. 

V. Fol. 146. Rubrique : LyUus tyffernatiis Sancttssimo 
patri Calisto tertio in laudem Constantinopolitane Ciuitatis 
et Grecorum unionis ^ . 

Incipit : « Patruin sanctissime quamquam infra plura... » 
Fol . 148. Explicit : « ita romane ecclesie apostoliceque 
sedis majore gloria consecuti sumus. » 



D 

(Osuna: Plut. II. Lit. N, ir21: Roeam. n" 102 ; Bibliot. Nat. 

Madrid, Ii-158) 

Saint Jean Chrysostome, Homélies sur VcvarKjile de 
saint Matthieu, traduites en latin par Georges de 
Trébizonde. 

Manuscrit de 226 feuillets, plus 5 de table, dont 3 au com- 
mencement et 2 à la fin. Vélin et papier, mal folioté : entre les 
feuillets 7 et 8, un feuillet d'une écriture un peu postérieure 
à celle du reste du volume a été intercalé, il ne porte 
pas de numéro, mais c'est le vrai fol. 8; plus loin, deux 
feuillets 18, dont le second est naturellement le feuillet 19. 
Il y a aussi deux feuillets 53, mais le foliotateur s'est aperçu 
de Terreur, puisqu'il met le n"^ 55au feuillet suivant. A par- 
tir du feuillet 207 le foliotateur s embrouille, il écrit 207, 
206, 207, 208, 209, etc., et cette erreur court jusqu'à la fin 
où il marque 221 au lieu de 226. Nombre de lignes irré- 
gulier. Petites capitales en couleurs. Ecriture italienne du 
XV*^ siècle. Format 236 x 152"^"^. Reliure moderne. Au 



1. Cette épître est bien réellement de Lilius Archilibelli de Città di 
Castello. 






B4 



niBLiornÉQUE du marquis de santillane 



dap : Sanctus Joannes Chri/sostomits libri in Eudngeliuftt 
.S" Malthri. 

Fnl. 1 en marge: Ad beatissimum patrem et gunimuit^ 
ptmdjici'i» Nicolaum quintum Qeorgii T''apcsuntii in tra- 
duciionçin /,X[ V] librorum Chrysosloini super Matheum 
pre/acio. Nous avons rétabli le V (jui a <ili être rogiié, 1^ 
rliiftres ayant éiè (écrits sur l'extrème bord du feuillet- 

Lapréface(îeG«nrg«B dç TrébiitoDdç comioeoe*! par: » Jub- 
sisti beatjssimc pat^r ut ^oio^inta tjujoquc boiitt Jojiajitiû 
Chryeostomi libros..., » et finit au v" iju même feuiilfit psf 
Il quare hiis omissis Clir^sostomum ipsuro jam stwiia- 
mus. a 

GeorgesdeTrLihizondessoJn dc oou» avertir, dans sa pré^ 
Eaœ.de cequ'il ne eommencesa traductiou qu'au livre XXVI: 
11 Deinde (juia viglnLi ([uin([ue,ut dictum est, libri abAniano 
([ui tempiiruiTi siioruin eloquentissimus fuît... ita sunt 
ornate alqueelegantertniductiutnichiladdi. nicliîl detralii, 
nicjiil mutari {nm^ uidrabir, h 

Fol. 2: " Beat! Johanots Crvfiostomi liber XXVI supei; 
Matlieum iucipit féliciter. « Le texte commence par l'hgw 
mélle (livre) XXVI, !e numi^ro des homélies se trouve en titra 
cmiraiitau verso de tous les feuillets, dans la marge (J'ei 
liaut. 

Fol. 236. lixpljtrit: « pacisatque cura*, » 

Au bas du même feuillet on lit ; u. detjcjt ijoa ç$or.taçio, ï 

Le verso du premier feuillet. Icseco/id tout entier tt (erecÉfli 
du troisième, eu tête du volumCj ,soiil ijrcujti's p;ir l;i l;il>l 
des rubriques margiijajes; c'est la l^il'i'' ^\--^ hnDn-lii-r. I.r 
(oj. 1 v" et 3 sont d'une autre main ijiic l.r jr-i.' ijr l;i uJ>l(= 

Les deu,\ feuillets de la fin coHtiejijjw.nt la tajjk- ^i-s t*ïs,t^ 
de saînl Matthieu groupés par livres, ces festes sojit sou^ 
Ijgaé» en rouge dans le manuscrit, j) / a aussi ^w h éSfm^ 
feuillet des renvois à dirt'éregts piissaees. 



VIII 



HISTORIA DE PRAELIIS 

<Osuna: Plut. IL Lit. M, n^ai; Rocam.nM; Bibliot. Nat. Madrid, li-3) 

Libei^ degestis Ale^<mdri Maitedoms^ appelé communé- 
xnent Historia de praelns, tirée du Pseudo-Calltsthènes et 
traduite en latin par 1 archiprètre Léo'. 

>fauu:scrit de 16 feuilleti» de vélin, 1 feuiliet de 

"X'élin blanc au commencement et 1 à U fia, ce dernier 
porte deux notes, non folioté. Réglé à 41 lignes, l^'.critur^du 
XCV* «ièele. Rubrique», capitales rouges et bleues. Format 
S80 x^ao»"». Reliurede Tépoque, en peau. Au dos : Afejt?a«- 
dri de Gestis, et «ur une étîquettede parchemin fixée «ur 
lo plat supérieur: Alexandre en latin. L'ouvragée est in- 
<>xHnplet. 

Fol. le Incipit lil)er de f/esù's Alerandri Maredonis. 
Rubvica. 

Imiipït ; a Sapiisatisisiîmi quippe Egiptii scieates mem;unim 
\evTe nnàdJU{\xe maris et cclestiuin ordinem ... h 

Fol. 16 V**. Explicit: « Quia si J>ene cooi^ideramus illa 

luatcr,.. » 

Au ver»o du fol. blanc de la lin, on lit la recette suivante : 
« Para la muela que esta foradada toma miel, cal biua e pi- 
mien ta, meecla todo en uno e ama^ado fas como una me- 
chuela e metela dentro en el agujero e mortificara luego el 
dolor. » 

Et au-dessous : « Vasco Fernandes seruidor de la casa del 
Duque de Bregança lieua cargo de me despachar on cor te 
una notaria. » 

1. Cf. Paul Me ver, Aloxandro le Grand dans la liitércUiire fran- 
çaise du moi/en (hjr. Tome !I: Histoirf^ de la Idgcndo, p. 34, § 5. 



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CICKRON 



(Osuna : Plut. II. Lit. N, n" 1 ; Roeam. n'52; Bibliot. Nat. 

Madrid, Hh-70) 



p 1. CicÉRON, Orationcs. 2. Discofirs concernant le couron- 

nement de Vempereur Frédéric III et ses raports aaec 
Rome, En latin. 



Manuscrit de 248 feuillets, 1 feuillet blanc au commen- 
cement et 1 à la fin, vélin fin, non folioté. Nombre de 
È, lignes variable. Écriture de la deuxième moitié ^u 

t XV*^ siècle. Capitales en or et couleurs, miniatures dans les 

grandes lettres, encadrements, pas de rubriques. Format 
316 X 217 mm. Reliure de maroquin rouge exécutée pour 1q 
V duc d'Osuna. 



I. Fol. l.Incii)it: « Quamque michi semper frocjuenscons- 
pectus uester multo jocundissimus hic autem locus ad 
agendum amplissimus. . . » 

Fol. 248. FiXplicit : « scelerum penas luat. Datuni, etc. » 
Ce manuscrit contient des plaidoyers et des discours de 
Cicéron. 

1. Fol. 1-8. Discours en faveur de la loi Maiiilia. 
^ 2. Fol. 8-21. PourMilou. 

; 3. Fol. 21-34. Pour Cn. Plancius. 

V 4. Fol. 34-46. Pour P. Svlla. 

r • 

^^ 5. Fol. 46-50. Pour Archias. 

i 6. Fol . 50-53 v**. Remerciement à César pour le rappel 

de Marcel lus. 

7. Fol. 53v«"58 W PourLigarius. 

^. Fol. 58 v<*-64. Discours pour le roi Déjotarus. 



IX. CICÉKON 



57 



9. Fol. 64-90. Pour A. CluentiuM. 

10. Fol. 90-102 V. Pour P. Quintiiis. 

11. Fol. 102 v°-116 y. Pour L. Flaccus. 

12. Fol, 116 v''-120 V". Disiiours de Cicéron au peuple, 
après son retour. 

13. Fol. 120 v''-126. Discours de Cirérou au stinitl. aprte 
son retour. 

14. Fol. 126 v°-133. Discours do Quintus Cicéron à son 
frère M. TuIHus, sur la pétition du consulat. 

15. Fol. 133-137. Incipit : u Si quando inimicorum im- 
petum propulsare ac propellere...» A la fin : E.rplicit 
oratio Tullii, pridie qiia iret in e.rih'uni. Petriis de 
C. srrtpsiC, 

16. Fol. 137-139 V. Discours de Cicéron au p(ni[)le, après 
son retour. Ne commence pas par le commencement : ■■ Quod 
precatus a loue Optimo, n mais par une des premières 
phrases : « Quiritesetsinichil esthominimagis optandum...i) 

17. Fol. 139v°-161 v°. Pro domo sua. 

18. Fol. 161 ¥'-165. Discours contre Vatinius. 

19. Fol. 165-175. Pour M. Celius. 

20. Fol. 175. la fin au fol. I9l. Pour ^ 
Sextus Roscius d'Arménie. 

21. Fol. 181, la lin au fol. 219. Discour-s suri 
les provinces consulaires. l disooursso 

2S. Fol. 219, la fin au fol. 180 v". Discours 1 lerve, 
sur la réponse des Haruspices. 

23. Fol. l'JI-207. Pour Muren;i. 

24. Fol. 207-219. PourC. Biilbus. 

25. Fol. 238-240 v". Discours pour P . Sextius (incomplet). 

II. Fol. 341, place en bliiuc pour la rubrique. Incipit : 
« Sunt ijUGs inuictn te stare (?) Rex Romane uides uenerandus 
uicei-amerarius, illuatris SenatorXonseruatores'raagnificiet 
magistratus urbis ceteri, cum quibuspopulus Romimus, ad 
salutandum te, nos ciues suos misit, raeque jussit apud te 
gaudiumquodeisaduentus tuusactulit detegere u, etc., etc. 

« Gaudet Auguste princeps Ronianus populus, exultât et 
gloriatur, quod te Imperatorem bal)ere et intra urbera cer- 
nere sibi contigit. » 

Fol. 242 v°. Explicit; « et Nicolaua quintus Roraanus 



se BlBLIOTuftClUE M! MAI«J1J(6 DE SANTILLANE 

Pontifex et Fedoricus toFitiy» Imi>«i'jil«r Riumsnus icco- 
lumes erunt. Qui ;unl«) ul ad fSHtôsimiim et «mpiius iaco- 
lûmes penieniatis annum optanjus. 'Suplifctaïue precamur 
gâeo{\m triflUsetuHus Ix.'oedictus oui in liecu]», ain^n- ■) 

Ce discours qui célèbre le couronnement de TeMipMreur 
Pnâdérie Ul (1440), est suivi Ûfi Ui U'Uédiction du {lape 
Eugène IV envoyée à Frédéric III. 

Fol. 243. lacipit : « San.cttfi'^iiaus lu- àfo a^-C!ef)ti6«iuius 
pnntiri\'c summum, doœinus o<o«ter, dotn'miiK F^u^^enfus, Cue 
ralsitudiiii, tui» p{'iaeipibu«. tuo lîeguo, Ijemtik'iioois gra- 
tinm iiupartitur... » 

a Si Bolus huit- oneri summisfiioiusiiHMwni, ii«l sj pi^opief 
ariam domostii-am autpriuatani ciiusam oraturus.accedyerum 
cn&tianifleioiâ Râgum a ^oatmima pâtre no^tro Kugt'iiio 
(|ui nos UMtiiro ju««it impetraiti iiiurassem ut alïum JfUem- 
piamHe^anli/)ritiingeniisu.'Cajnindii)mcloquii tra.n£Uii«i«ttât 
qui fomorthuiiurguaientifi... u 

Fol. 246. F.xplicit : u lilterabis ttignam niaivcdctn u^ci' 
pies. 1) Fini». 

Fol. 246 V" est occujié par la lettre, si souvent aopiéft au 
moyen âge de Publius Lentulus, préfet de Judée, au aénat, 
où il est parlé de la personne du Clirist. 

Fol. 246 ^'*' i *248 «ont étTlts d'utie auU'e main qiw. tout 
le resta du manuscrit. Ces feuillet» coutieuaeot une li?tiro de 
Frédéric? ÏÏI nu roi de Pran<'« pour i'invit^-'r à entreprendre 
une croisade contre les Ture.». 

Incipit: a Federicus, diuina fauente clemfmitia Roamnorum 
imperator semper aiigustuu, itorcniestino pcincipi KaroJo, dei 
gratta Francorum regt, fratri noBtro carissiino saluteni et 
amores. . . a 

KxplJcit ; u »C4?loruill pcijHK liiat. Diitujn, etc. » 



B 

(Osiinn : Plut. III, I.jt. M, n" 6 ; lîoc;iiii. n' 50; Jlibliof. Xat. 
MayJfid. Hli-181) 

CicÉBOK, DeOraiore. En latin. 

Manuscrit de65 feuillets, plus 2 lilancs su comoienrciiîent, 
VéUn, non folioW. Réglé d 38 lignes. Écriture itatienue du 



IX. CrCÉRON 



59 



epremier feuillet dp garjje porte la cote Osuna, 
et fiu-dessous: Orationes de oratorihus ad Brutirm. Fol. 1 
ot foi. 41 v", grandes initiales en or et eouiours. Format 
979 X 182""". Reliure de maroquin plcjn, au dos ; Cirera 
dia/of/i de Oraiorc Oratnr. 

Fol. IiuHpit: Oogttiinti mûïiii liiepeiiunu^ro «tni«4noria...)> 
Fol. 62. E^plieit ; « otjseifui iLerseundia ly^ndi »crî>' 
bendi me inprudentiam susee])isse, » EarpUeit Ufiefdi' f)ra~ 
tore ati Brutitm. 
Fol. 05 vMilane. 



(Omud-i : Phil. V. I.it. N, n' 39; Hocnrii. n' :>! ; Biblint. N;i(. Miiilrid. 



CicÉHON, 1. De Offiriis. 2. De AmieM'm, -X De Parfulo.ris, 
4. iic Si'iu'cfn-te. Fji italii^n. 



Maaiwccit de JjfiS rewjllcts, jjJus l bianc, y/Hio, régl(^ à 
30 lignes. Écrifuje Pt dik'fljatio» fkire»tine« (lu XVeiècJft. 
Fooiiat37&xl90)uni. ReJjure uwdef n*. 

FoJ. î, encadrement de. style toscan, avflf les ((uatre 
iMauoxea, la devise Dius cl nos et. i;n bas, Vécu d'arajôs 
d'iQig» Lope/ (Jfi Miîiidoai. ]îi?])e initûiJe enlmniijée wij- 
teoiaot liî iwrtrajl di; Cicéron .»vec sf^n jwpi ; Miveo TuIUq 
C'ieeronv. 

1. Rubrique en lettres capitales: Incomineia un lihro 
di Marco TuUio Cicérone, decto de ()(ficiis, ad Marco siio 
_fif/liuolo, da certo volgarissato. 

Imipït: t [Ajduongha Dio, o hUrci) ligliijolo, cttegia uno 
anoo aueudo tu udito Cratippo ot questo in Atlu'ne,., » 

Livre II, fol. 42 ; livre IIl, fol. 68. 

Espiicit du De Officiis : « essore piu caro se tu ti rai- 
legheri'aj di tali precepti et mioi ricordi. m. Finis. 

IJ. Ruitrj/jue en lettres (lapitaJes : Incominein el libro di 
l^arcQ TuHn Cici'rom délia amiciiia, daluifiomposlo- 

lucipit fnl. 101 : « [Q]uinto Mtitio Augurio Sceuola era 
usatn di fa^eontare.. , » 



60 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

Explicit : « pensate o crediate nelle cose essere migliore 
che(l)la amistade. » Finis. 

Rubrique on lettres capitales : Finisce il libvo composto 
(la Marco Tulio Cicérone, in vol gare decto délia amicitia, 
ad Actico suo an^cissimo, Laus Deo. 

III . Rubrique en lettres capitales : Incomincia il lihro 
délie paradoxe composto da Marco Cicérone^ ad Bruto, da 
altrui volgarij^ato. 

Fol. 131. Incipit : « [SJpesse uolte, o Brute, io conobbi che 
quando Catone. . » 

Explicit: u ma anchora poueri et mendichi. » Finis. 

Rubrique en lettres (ijipi taies : Qui Jinisce il libro chia- 
mato délie paradoxe composto da Marco Tullio CiceronCy 
ad Bruto . 

IV. Rubrique en lettres capitales : Incomincia il libro 
chiamato la Senectu composto da M. T, Cicérone ^ ad Ac- 
tico, da altrui volgarizsato. 

Fol. 144. Incipit : « [S]e io alquanto, o Tito, taiuto et lie- 
uoti la molestia che... » 

Fol. 168. Explicit : « chcuoi possiate lodare prouati infacti 
quelle cose le quali uoi hauete udito dame. » 

Rubrique en lettres capitales : Finiscie il libro délia 
Senectu, composto da Marco Tullio Cicérone, cl quale 
insieme col libro degli ufficH, paradoxe, e suto tradocto, 
nella magnijica citta di Firen^e, di latino in lingua toscana, 
ad petitione del magnijico et gcneroso caualicre messere 
Nicholops (1) (Inigo Lopez) de Mendo^a marchese di 
Sanctigliana . 

D 

(Osuna: Plut. III. Lit. M. n" 7; Bibliot. Xat. Paris. Fonds Italien, 

n" 1703) 

CicÉRON, Tusculanes. Kn italien. 

Manuscrit de 162 feuillets de vélin. Réglé à 27 lignes. 
Écritur(> ronde du X\^ siècle. Encadrement avec, dans le 
bandeau inférieur, un médaillon. Format 268 x 189 mm. 

1. Il est évident quMci le rubricateur pensait à « Niccol^». 



IX. CICÉRON 61 

Reliure de cuir tympanisé avec encadrements dorés sur 
ais de bois, tranche dorée avec incrustation de dessins. 

Fol. 1 et 2 blancs. Fol. 3 porte au verso en lettres capi- 
tales d'or et d'azur cette inscription : Incominciano le 
Tusculane cli Tulio clarissimo Oratore Tradoctedi Latino 
in Volgare Fiorentino a Pititionc di Messcre Niujnio 
Gusmano Ispagnuolo, 

Fol. 4. Encadrement florentin, initiale miniaturée re- 
présentant Tauteur tenant son livre. 

Incipit: Titre en capitales d'or: Incomincia ilpvoemiodi 
JXIarco Tullio Cirerone n[e]lle quistioni tusculane felice- 
^^^i.ente. 

Texte: « Essendo io, o in tutto o in maggor parte, qualclie 
cita liberato dalle fatiche délie difensioni... » 
Fol. 162. Explicit: « alcuno altro alleggerimento non 
potuto essere stato trouato. 

Titre en rouge : Fine del quinto et ultimo libro délie 
uestioni tusculane di M, TuL Cicérone di latino tradocte 
r'n volgare toscano, in Firen^e MCCCCL VI (1456) . 

Livre, I fol. 7-44 v^ livre II, fol. 45-67; livre III, fol. 67 
v-o-96 v^ livre IV, fol. 96 vM24 v^ livre V, fol. 125 à 
1» fin. 

Ce volgari^^amento a été publié à Venise, en 1544, par 

Fausto da Longiano qui Ta retouché, par endroits, pour le 

xnoderniser. M. Morel-Fatio, dans Tétude qu'il a consacrée à 

Trois manuscrits de la Bibliothèque d'Osuna ,dans la Ro- 

mania, t. XIV, 1885), en parlant de cotte version (p. 102) (1), 

1. M. Morel-Fatio, qui cite cet avertissement aux lecteurs, d*aprè.s 
Paitoiii et Argelati, croit que c*est un fragment de la dédicace de Fausto 
da Longiano à Jérôme Pallavicino, seigneur de Cortemaggiore. Cela 
n*C8tpa8 tout à fait exact. L'avertissement est distinct de la dédicace, 
il est placé à la dernière page, tandis que l'épi tre dédicatoire ouvre le 
Volume. Voici le passage de 1 epître dédicatoire qui a trait à la version 
des Tusculanes et où Guzman n'est pas nommé : 

A lo illustrissimo sùjnorc e patrone osscrcandiss., a'I suj, Htero^ 

nimo Marchese Pallacicino Sif/nure di Cor(eniafj(/iore, etc. Il Fausto 

da Longiano : 



« E non pure io le sono tenuto de le cose mie proprie, ma anchora 
» dogn'altra, che per qualunque modo pro(;edesse da mè. Cosi sendomi 
» in sorte capitate ne le mani le Tusculane quistioni di M. T. Cice- 
» pone donate à le muse Italiane m' ho*avisato, poi ch' elle andavano 



62 



OIDLIOTHEQUE DU MAltQUIS DE SANTILLANE 



cite l'intéressant avertissement (jue l'éditeur, Faiisto divLon' I 
g;îano adresse k se» lecteurs, à la der&ière page du peUI j 
volume des Tusculanes, p. 144: // Fausloài Lrtlori :« Non J 
» fû di miû costume giamai per ni»litia sopprimere i nomi de ' 
» gl'iiutori de l'opère passate per le mie mani, emenocon la 
u conciaturadi qualche paroluccia à clausoletta vestirfuide 
I) gl'altrui honori, levandone il proprio nome de raulore« 
Il ripouendovî il mio. Qiwsta iuterprotatione txlecapitdin 
1) mano di M. Vicenzo Vaugrîs, corne ao posHoifo molti (u ' 
* fede. Comprendiamo perô per congiettura Wser« statft j 
11 d'un genlif huomu Fiorentino. ad instanza d'un guntif 
» huomo spîignuolo, dette il S. Nugno Gnsmano, di eui n 
M le^evuuo queste poche parole in casligliitnu, che »u<H)iino 
n in lingua nosti'a: « Piegovi, adewio » come aUnivoltay 
I) chemi rechiate in liiigwi vostra le Tusciilane di CtceroDe : 
n e non per modo parafrasticn, ma per via di verii tmdot- 
» tione, bt, in quanto che la lingua il porti, di |>ai'nUl in 
» parola. » 

Ce passage prouve donc bien ([tic les TusrtUane» ont été | 
traduites spécialement ji la demande de NiTflode Oo/mao, | 
et DOU8 avons vu cpril eu a été de méntp pour le» DÉdama- 
lions de QuiutJlien, dnnt la version dillère de celle <|Ue ««>- 
servent pluftieuii* ninnii^rila italien-* et f|ui est attritfD^ 
au notaire Andtea Liiucia, MoiiK^ heureine ffiie la vemion 
des TiinriJam-s, («llf des Dérlainationn e*t (ïemeraréein^* , 
dite. Le adi'n^o »i comi' uUtn oolia })eiraet d'admettre (ftw 



H vaguido senza'l nonio iievUt 'ie'i *inj aiilore, lU frogîjwfc' to't liliirt* drt I 
n noroé vostru, cutue cbe a,llvu aua conosea pîù défini, piu iUiMti«. pill 
Il gtoriosD. Kt in i^nwtA gaisa îo speru vhe non pitre Inbbia i rvimtloAg 
a &H(l«giKirjiat()re, se per avonliiva hoggtdt Irn, vivi <i ln>Tft,m*« 
» vaâi ticl» o altiero. che le suc fikliulie ricevino i.-usi lar^ heiMtCr] 
» corne lor vi'ene tia l'&inpiexsi de vattwi boaon. E poi «h* da U n 
" mîn. tanlu boucficfo roiiMieDoe. bù lepmA eradesKt. tfae mé n'baMMs É 
1) vulur benc. e rîagKitîftre apresBo: e in un trïtto atttopriifi, * <!Sn^ 
» ogni tiiinîll4 iiichïnarsi n'I baïcîo de la, lelice, e ^(lorkMft iaanO'M»MJ 
>' que!<t() geatitc epirito, •'> vivcndo non vuole iliiuuslmrsi, ù pm iiaM>T 
» [uasL' più tr;i nui, Vengo io ïd aua vew divuUniente ad nllei-ire a 
■< ginoL-chia inchina à i sacri altari dicati à la vertili vostra. Ç|ueata piv^ 
ciol&fatîca ,.,, ^t... ..•. 

" £faVinegial'Qiliniod*6tt.jbfe ne'lXLI!II. . 



IX. CiCÈHOS 63 

!Nufio avait eliargé le mémo traducteur d'exécuter pour lui 
oei deux travaux. 



(Rocam. n" 54 ; Bîbifot. Xat. MacfpîJ, Ii-2l) 
CiCÉKON, 1. De OJficiis, et 2. De Amicitia, Kn aragonais. 

Manuscrit de 148 feuillets, plu.s 7 de ktble et 1 feuillet 
degarde^ portant sur le verso en gros caractères gothiques: 

tabula pvesentLs lihri de OJfiais. Entre la table et le texte 
S feuillets blancs. Papier, folioté et portant en rouge la 
numération des livres. Réglé à 26 lignes, hxriture du 
^XV** siècle. En marge, très rares notes. Rubriques des 
f^hapitres complètes, espaces en bhuic pour les initiales. 

Format 292x210 mm. Reliure de Binet. initiales du Duc 

ot couronne. 

I. Liv. I. Fol. 1-52: Pvologo del primero libro de 
OJ/iciis, Incipit : « [Y> sia que tu Marco fijo mio por 
espacio de un anyo luis hoydo a Cratipo philosofo, e aquesto 
en la ciudat de Atenas...» Explicit. Fol. 3: « e aposaremos 
de la« fuentes dellos acjuello (pie sera visto a nuestro ju- 
dicio e arbitrio. » 

Incipit : « [E] por tanto, pues toda la futura disputacion 
es de ofiicio, plasenos ante dilinir que es ollicio la quai cosa 
me marauillo seyer pretermisa por... » 

Explicit: « mas aquesta (juestion^ segunt ya lie diclio, fue 
por Paniecio pretermitida. E de acjui auant procidamos a 
otras cosas. » 

Livre II, fol. 52 v°-83. Incipit : «[Ejn que manera, Marco 
fijo, prociden los ollicios de lahonestat e de cada unaespecia 
de virtut ...» 

Explicit: « e daqui adelant prosigamos e tractemos de 
las cosas restantes. » 

Livre III, fol. 83 v°-118. Incipit : « [S]epas, Marco lijo, 

queCaton, el quai fue casi egual en sauiesaa Pul)lioCipion.. .» 

Explicit: « si con semeiantes amonestaciones e préceptes 

tu te alegraras e hauras plazer... » Ffinito es el tercero 

libro de Officias, Deo (jrucias. 



•Sf. 



64 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

Fol. 118 v^ blanc. 

Fol. 119. Pologo del libro de Amicicia. Incipit: «Guinto 
Nucio augur Ceuola solia muchas vegadas narrarme moral- 
raente de Gayo Lelio suegro suyo... » 

Fol. 148. Explicit: « que estimedes e reputedes que, 
excepto aquella, no es cosa mas noble que la ainicicia. » 



CicÉRON, De Sencciute. En itiilien. 
CL Notice XLIX, ms. Ii-33. 



JULES CI'^SAR 



(Osuna : Plut. III. Ut, N, n- ] ; Koc-ani. n" 49 ; Bibliot. Nat. 
Madrid, n-37) 

Jules César, Commentaires, Iraduifs en Ciistillmi. par un 
anonyme, sur k version italienne de Pier Candido De~ 

cembri. 

Manuscrit de 125 feuillets, plus 1 au commencement et 
1 à la lin, papier, folioté, sans signatures ni titres en rouge, 
nombre irrégulier de lignes, écriture du XV'' siècle. 
Quelcjues notes marginales. Format 29o X 215 mm. Re- 
liure do parchemin. 

Fol. de garde: Al serenisimo principe e inuy e-rcelenle 
sefior P/iilipjio Maria, duqiie de Milan, cmide de Pauia e 
di: Animera, e Senor de Geiioua, prolo'jo de P. Candido 
sobre loda la hysloria de C. JulHo César. 

« Muelios lian va seydo illustrissimo prin(;ipe los quales 
por i>oca noticia...» Cette dédicace de Decembrî et tes 
cinq premières lignes du prologue sont écrites d'une autre 
main que le texte. 

Fol, 1. Livre I. Incipît : « Muclios lian ya seydo ylustri- 
simo prini,'ipe los (juales,.. » 

Fol. 2 \° : Comiença la historia de C. Jullio Çesar 
cmperador maxinio, continua consul e perpétua diclador, 
de las hatallas de Galiia, escriptas del mesmo c ordenadas 
en libros. Libro primcro comiença bien aucnturademente. 

Fol. 3. Ineipit: « Italia toda es dyuisa en très partes, una 
de las quales... » 

Fol.30v%liv. II; fol. 44, Uv. III; fol. 54, liv. IV; fol. 65, 
liv. V ; fol. 84 v", liv. VI ; fol. 99, liv. VH. 



66 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

Fol. 185. Explicit: Fcnesce el scptimo c ultinio lihro de 
C, Jullio Çesar emperador ma^timo, continuo consul, per- 
petuo dictador, de las hatallas de Gallia, descriptas dcl 
mesmOy traducidos ca vu!fjar, al sercnissiino principe Filipn 
Maria, duquc de Milans conde de Pauia e de A nr/ niera, e 
senor de Genoua, por Pedro Candido Decenihi-e, su sieruo, 
feliceincnte. Deo gratias amen. 

Dans la Biblint/f^r/ur de r Ecole des C/iartes (tome LV. 
18SM) M. Morel-Fatio a publié un article intitulé: La tra- 
duction des Commentai res de César par Pier Candido Dr- 
cemhri, où, ré|)ondant à M. Borsa', (jui cite Ci'^sar paimi 
les traductions perdues de Pier Candido Deceml)ri, il si- 
gnale un manuscrit italien de la version du 7)6* /ic//o//a///co 
de César faite par cet humaniste lombard. C'est un ma- 
nuscrit du XV<^ siècle, qui se conserve à Paris sous le n"* 121 
du fonds italien (ancien fonds, n" 7725) de la Bibliothèque 
Nationale. 

Pour trouver le destinataire de cette version iA l'auteur, 
qui n'y est pas cité, M. Morel-Fatio donne la préface du 
manuscrit 124 et la compare à celle du manuscrit Osuna 
(Bibliot. Nat. Madrid, Ii-37), qui, dans sa rubri(|ue, cite clai- 
rement Filippo Maria Visconti comme destinataire et IMer 
Candido Decembri comme vulgarisateur. 

Le manuscrit castillan de Madrid, comme le manuscrit 
italien de Paris, ne contient que les sept livres du De Bello 
(jallico, \hiis du prologue de I^ier Candido ressort (|u'il 
avait rintention de traduire non seulement les sept livres 
du De Bello (jallico, mais encore le huitième livre de llirtius, 
les trois livres du De Bello civili et encore le Bellum 
Aleœandrinum, AJ'ricanum et HispaniensCj i[i\i[ ixtivUmc à 
Hirtius. 

Voici le passage du prologue de Pier Candido relatif à ses 
projets : 

Mas por tornar agora a César, priniero emperador. de ([iiien 
al présente (e) siunamente es recordado este nombre e la gloria, e 
seyendo el elejrido por los Homanos para que la prouincia de 
Galia ordenase, la quai de nosotros se llaina Francia, e dada 



1. Pirr Candido Decembri r V Uinnnrsimoin Lninbardiu, dans VAr- 
chirio afurico Lonibardoy 1893, vol. X, anno XX. 



X. JULES CÉSAR 67 

aquella orden en cinco anos, despues confirmada en otro tanto 
tîempo por el Senado e pueblo de Roma, aquellas cosas que por 
el en este espacio de diez afios fueron ordenadas e fechas, todas 
las recogio en siete libres, a las qualesnon seyendo dada com pli da 
descripcion, asi como claramente se ve, uno de sus capitanes 
iTiucho famoso en los fechos de armas, Aulo Hircio llamado por 
nombre, afiadio a aquellas el octauo libre. Despues seyendo de 
Oesar, en très libres, descriptas las batallas cibdadanas que 
fueron entre el e Pompeo en diucrsos lugares, las quales de Lu- 
oano des pues en versos, mas poeticamente que verdadcras, fueron 
escriptas, el ya nombrado Hircio, por complir la primera e la 
^^egunda historia, très libres por semejant a aquella ayunto, en los 
<2uales las batallas de Alexandrîa, de Africa e de Espafia se con- 
'(îenen, segun que en este volume en vulgar se traduciran. 

Cette traduction castillane des Commentaires de César, 
ne fut pas imprimée. Mais, au XV® siècle encore, nous trou- 
"v^ons une autre version castillane de César, imprimée à To- 
lède en 1498, un an après la mort du prince Don Juan, fils 
<3es Rois Catholiques, à qui son auteur, Diego Lopez de 
Toledo, commandeur de Castilnovo, l'avait dédiée. Cette 
<:raductîon fut plusieurs fois réimprimée (Cf. Pérez Pastor, 
JLa Imprenta en Tolcdo, Madrid, 1887, n^ 11, et Pellicer, 
JEnsayo, p. 52). 



XI 



SALLIJSTE 

(Osuna : Plut. VI, n" 5, d'après Los Rios; Bibliot. Nat. 

Madrid, KK-46) 

1. Salluste, De conjuratione Catilinae. En castillan. 

2. Diego de Valera, Lettres, 

3. Hernando de Talavera (?), Lettre relative à la suc- 
cession d'Henri IV, 

4. Diego de Valera, Et Cérémonial de principes. 

5. Saint Basile, Homélie traduite sur la version latine 
de Bessarion, 

6. lîsiiGO Lopez de Mendoza, Comedieta de Ponça, 

7. Diego de Valera, El Doctrinal de principes, 

8. Saint Bernard, Epistola a Reymundo susobrino. 

9. Inondations de Cordoue et de Séville. 

10. Lettres de Sancho de Torres et de Fernando de la 
Torre, 

11. Diego de Valera, Tratado de prouidencia contra 
fortuna, 

12. Juan Jukre de Auvergne, Harangue au roi de Por- 
tugal. 

13. Vegèce, traduit par Fray Aljbnso de Sant Cristobal. 

14. Lettre de Don Fadrique et de Don Alonso Pimentelà 
Don Aloaro de Luna et à V archevêque de Tolède. 

15 . Réponse à ladite lettre, 

IG. Diego de Valera, Fragments du Cérémonial de 
principes, 

17. Lettre des rois catholiques à Diego de Valera. 

18. Réponse à ladite lettre. 



XI. SALLUSTE 69 

Manuscrit de 151 feuillets, au commencement 2 feuillets 
blancs et 2 de table sommaire, papier, foliotation ancienne 
en rouge, (|ui a été malencontreusement rognée et remplacée 
par une foliotation moderne défectueuse. Ce volume con- 
tient différentes écritures, mais toutes du XV** siècle. 
Format 282 x 200 mm. C'est un recueil factice relié au 
XVIIP siècle, en veau marbré, avec étiquette rouge au 
dos portant Salustio, tranches dorées. 

Le premier ouvrage contenu dans ce volume est une 
traduction du De Corijuratione Catilinac et d'un chapitre 
seulement du De Bello Jufjuri/nno. 

I.Fol. 1. Rubrique: ^7 m* comienca el Ubroilamado Ca- 
theUnario e Jagurtino en que contiene alguna suma de los 
fechos romanos el actor. Cet ouvrage est écrit à deux co- 
lonnes, avec rubriques et initiales de couleur. Le prologue 
commence par une capitale ornée à la plume d'arabesques 
violettes et rouges. 

Fol. 1. Prologue du traducteur Vasco de Guzman à 
Fernan Ferez de Guzman, seigneur de Batres. Incipit : 
« Segund cuenta Sant Geronimo. . . » 

Fol. 1 v^'.Fin du prologue, au-dessous commence le texte : 
« Todos los honbres que quieren ser mas que las otras 
animalias . . . )) 

Fol. 34 V** A. Explicit : « e llanto e gozo. Aqui ha fe- 
nesçido la conjuraçion de cathelina y fenesçieron sus 
dias. » 

Au-dessous, sans autre titre que El actor, commence 
le De Bello Jugurthino: (( Sin razon se quexa el linaje hu- 
mano de la su naturaleza... » 

Fol. 36 B. Explicit du premier chapitre, le seul de cet 
ouvrage que contienne ce manuscrit : « e yo con mayor 
libertad ma^ altamente lo considère quando he verguença 
de las maneras de la çibdad de las quales so enojado. » 

Fol. 36 V' blanc, fol. 37-42 coupés, fol. 43-48 blancs. 

IL Fol. 49, 50, 51, sont occupés par des lettres de Mossen 
Diego de Valera, seulement Tordre des feuillets a été altéré, 
il devrait être 49, 51, 50. 

Fol. 49. Titre: Thenor de una carta que Diego de 
Volera enbio al Rey nuestro sefior estando su seàoria en 



70 



BIBLIOTHEQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 



Auila aiîo de quarenta e uno afioB ante que Médina del 
Canpose entregase por el Rey de Nauara ynfante {liset: 
e por el ynfante). 

Incipit : « Mtiy alto e muy escelente principe poderoso 
Rey e senor: la douida lealtad de sùbdito no me consienle 
caUar,.. » 

Fol. i\ v. Kxpticit : « vos de los vuestros amado e 
temido. » 

Cf. Epistolas de Mosen Diego de Volera iSociedad dô 
Bibtiôfilos F,sp.). publiées par José Antonio de Balenchaoa, 
p. 3-9. 

'Fol. 51 v": Otra carta quel dicho Diego de Valera en- 
bio al dicho seàorRey estando su Seàona en Tordesyllas, 
y con el el seiïor principe {el seUor), el aiJo de quando 
se hico la concordia entre amos a dos. 

« Da pacon {sic) in dîebus nostiis. n « Qiiantos y tjuan gran- 
des maies do iagiierra sesygen muy yncUto Rey...». 

Fol. 50 v". Explicit : h dias de gloria perpétua, e loable 
memoria Reay[s] merecïente n (Cf. Epistolas de Moscn Diego 
de Valera. ouvr. cit.. p. 10-13). 

Fol. 50 V : « Otra carta quel dicito Diego de Valera 
[enbio] a un amygo suyo qup le reprehendio por que escri- 
iiyo al Rey don Joltan la didia epistola : Tu letra, no 
potti deseada, recebi por la quai sygnyfîcaste auer te des- 
placidft de la epistola... ». 

Cetle lettn.' incomplète Unit par : c al quai la racon 
nos oblign y amor eotranabli; al my nuestro seûor... « 
(Il eii man(|U(' les deux tiers, voyez Balencbana. éd. cit., 
p. 14-16). 

Fol. 53.53,54 blancs. 

III. Fol. ^. 56, 57, 58 sont occupés pu* une lettre au roi : 
(1 Muy altii e excelente principe y poderosm rey tni aeûor : 
FJ muy reuereudo padro urçobispo du Lisbona me mostro 
la copia de la justicia que estos mensîtgeros de los cituallCFOs 
de CaBtilla traen... ». 

Fol. 58. Esplicit: « esto veemos que estas ynclinado a 
fazer. u Le conlonti est rohitif à la succession d'Henri IV. 
En marge du feuillet 55 une main du XVD* siècle a mis la 
note suirante : « No dudo de que esta carta sea del S'" Arço- 



XI. SALLUSTE 71 

ÏDÎspo de Granada fray Hernando de Talauera por pare- 
o^ersc muclio al estilo do las obras del Santo y por que el 
Cue a Portugal a esto y interuino en estas materias, y por 
^^tras^ conjeturas. » — Nous n'avons pas j)u vérifier l'opinion 
^e cet anonyme; dans les œuvres de Fray Hernando que 
jious avons vues, cette lettre ne figure pas. 
Fol. 58 v%59, 60 blancs. 

IV. Fol. 61. : Comiença el çivimonial de principes con- 
jpuesto por Mosen Dier/o de Valera, al tnuy manijico e 
jjaclito setlor don Juan Pacheco, marques de Villena, 

etc., etc. (folioté à part). 

Incipit : « Si acjuella sentençia de Seneca es verdadera, 
muy manifico setlor, que dize la cosa que es buena o bien 
es la sabiduria de las cosas, e la cosa que es mala o mal es la 
ynorançia de aquellas... » 

Fol. 66. Explicit : « mis fuerc^is ynteriores ser asi aparc- 
jadas vuestro mandado conplir como las exteriores lo son 
quîindo espirmentar lo queies .s/c, lisez : querreys). (Cf. Ba- 
lenehana, éd. cit., p. 307-322). 

Fol.66v", 67, 68 blancs. 

V. Fol. 69-71 V**: [E]n la sifjidcnte escrilnra se contiene 
una obra trasladada, de fjriego en latin, por el padre 
muy renerendo llamado Basirion (sic) Viceno (sic) de 
f/recia, presbitero cardenal de la basilica o yr/lesia de Ins 
dose apos tôles, e signese /frimera mente el proloyo l'echo por 
el mesmo cardenal al sefîor Hey don JoJian a cuia altej^a 
el endereça la tralarion de la tal obra. 

En marge on a corrigé Basirion en Bessarion et Viceno 
en Xiceno. 

Suit un prologue de Bessarion au roi de Castille, Jean II. 
Incipit : a [A]! serenisimo e ylustrisimo princ^ipe e excelen- 
tisimo seûor don Johan... ». 

Kxplicit : «bien auenlurado serenisimo principe e ylus- 
trisimo senor. » 

Au-dessous, titre : [S]yyuese la omelia de Sant Basilio, 
arçobispo Cesariense, sobre afjuella actoridad que dise: 
Para mientes sobre ti mesmo, ayuardate que por veîitura 
no entre en ti escondi dam ente mal pensamiento. Et au 
verso de ce fol. 6 commence l'homélie : 



72 



BraUOTHÊQUE DO MARQUIS DE SANTILLANE 



H [K'] sefior Dios ciiador e fa^edor nuestro nos dio ei 
uso del fablar piira qiio por ei reiielemos unos a otros los 
secretos de iiuestros coracones, e para que por el comunicar 
de la iiatura piieda cadu iino sacar e dezir sus pensamien- 
tos... I) 

Fol. 74 V". F.xplîrit : " al (jual sea lioiira o gloria en los 
siglos de los siglos amen. « Qui'n escripsil cscrihal scin/irr 
rtini domino ciuat. amen. Tradiic-teQi' espagnol imoiimi; 
serait-oe Pedro Dîaz de To]edo? 

Fol. ra-80 blancs, fol. 81 coupé très bas. 
VI. Fol. 82: Comedicla de Ponça, écrite â trois huilains 
par page, 
incipit : h O vos dubitantes crecd las ystorias. » 
Fui. 94 blanc. 

Fol. 102 v°. Fin de la Comedicla de Ponça. F.splicit: 
H despues conuertido en tanta alegria. » 
Fol. 103-106 blancs. 

VII. Fol. 107: Prologo en cl Doctrinal de principes, di- 
rii/ido al miiy alto e muy eœcelvnte principe scnor don 
Fernando, pur la diuinal pnmidencia, reij de CastiHa e 
de l£on e de Cen'lia, primo r/eniCo heredero de los veynos 
de Aragon, conpuesto por Mosen Diego de Valera su 
maculresida e del .su consejo. 

Incipit : « Entre los caualleros fue antigua costumbre, 
muy serenisimo principe, que quando sefior nueuamente 
recebian cada uno se esforçaua a algun agradable seruiçio 
le fazer e como la tal costumbre loable me pareçiese e a 
nuestro senor aya plazido merced tan ynmensa fazer nos 
de vos dar estos reynos, que por légitima subcesion de la 
muy alta e muy esclarecida priuçesa reyna e seflora 
nucstra dofia Ysîibel con quien por la diuina gracia soys 
por casamiento aylujntados, . . n Ce prologue finit au 
fol. CVII v» par : « quantas maueras son de virtudes e 
cada una délias quautas partes tiene e quales son sus 
diterencias, lo quai respondido se dara (in a la obra pré- 
sente. Il 

Teste : u Capitulo primero doude se diriua este nombre 
rey : A.si digo xri[sti]anisimo prin(;ipc que este nombre 
rey se diriua o deçiende. . . » 



XI. SALLUSTE 73 

Fol. 123 v«. Explicit : « ni pierda la gracia de los onbres 
con demasiada fioreza o rigor. » 

(( Aqui do fin a mi sinplo ti*atado, muy sorenisirao principe, 
siiplicando liumilmente al espiritii santo de donde todos 
los bienes decienden (jue tanto vos faga prudente e sabio 
e exçelente en toda vertud (|uanto vos fizo de muy pre- 
clarisima e alta estirpe nacer, por (|ue estos reynos, que 
asi luengamente han estado en tanta confusion e discordia, 
por vuestra mano sear reformados en paz, e concordia, e 
justiçia légal por (|ue a muy luengos tienpos de gloria 
perpétua e loable memoria seays mereçiente. » 

Ce traité est accompagné de copieuses notes marginales. 

Fol. 124-128 blancs . 

VIII. Fol. 129 : Comicnça la epistola de san Bernai do 
a Reymundo cauallero, su sobvino, de la maneva e forma 
que sedeue régir lapersona e la casa eja^ienda e dhe asi : 

«Virtuose e generoso cauallero. pedistes me os escriuiese 
la forma e manera del regimiento quel onbre deue tener 
en su persona, e casa, e fazienda, a lo quai respondo e 
fago saber que aunque todas las cosas del mundo e todas 
las negoçiaçiones esten sujebtas a la fortuna, segun lo 
dizen los philosophes ...» 

Fol. 131. Rxplicit: « beuera con el tal marido cl vaso 
de dolor que ella deseo e busco a lo quai la traen en los 
mereçimientos de su mala vejez. Deo gracias. » 

Fol, 132 blanc. 

IX. Fol. 133: (( Las cosas que acaeçieron en Seuilla e en 
Cordoua e su tierra de que no ay memoria de tan grandes 
daûos etçetera. » 

« Primeramente acaesçio en Seuilla que subio tanto la 
creçida que con un palmo que subiera mas pereçiera toda 
lacibdad. )) 

Description des dégâts causés par Tinondation à Séville. 
Après la première description, un autre paragraphe : (( Lo 
que se perdio al derredor de Souilla : Perdieronse mu- 
chas mercaderias que estauan en fustas amaradas a los 
muros de la çibdad e perdiose un lugar (lue se dize ...» 

Fol. 133 v°. Explicit : « salio un ombre del meson a 



74 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANK 

una venta a tomar una barca e febatolo el agua e Ueuolo un 
tiro de piedra. » 

Fol. 134 blanc. 

Fol. 135 et 136 sont occupés par deux lettres. 

X. Fol. 135. Carta de Sancho de Torres a Fernando 
de la Tore quando partia a Jencsalen e despues a Rodes 
para tomar el abito de la horden de San Juan, 

« Mi buen senor e gracioso e verdaderoamigo, va crco que 
sabes como inediante nuestro seflor yo fago e tengo en- 
treprendido, con deliberaçion e mandado del condc mi seûor, 
cl viage siguiente, priraeramente a la cibdad de Seuilla e 
alli enuarcar fasta Genoua e despues a Ronia e a Jeru- 
salen (sic) y en conclusion a la cibdad de Rodes. . . » 

Explicit : « al tienpo que yo me parto para Jerusalen 
e Rodas. » A la suite : Repuesta de Fernando de la ToiTe: 
(( Que partimiento de amores^ o quai absençia de debdos, o 
que desterramicnto de recre[a]çion (?) natural mi singular 
senor e grande amigo ...» 

Fol. 136 v'\ Explicit : « escrita e malhordenada del sitio 
e real çerca de Benauente, a diez dias de raarço de qua- 
renta e nueue anos. » Suit une pièce de vers composée do 
quatre strophes de dix vers et d'un envoi de six : «Por (in 
de la carta : 

» Vuestra partida senor 

» Para tan estrana parte. . . ». 

Fol. 137. i:xplicit: 

« A Castilla os tome Dios 

» De Torres don Sancho e nos. » 

XI. Fol. 139: Tratado de proutdençia contra fortuna 
conpuesto por Mosen Dicfjo de Valera, dirigido a. , . 

« Acuerdome, muy magnilico senor, auer leydo un dicho 
de Sen[e]ca (jue dize : entonçes los consejos saludables 
busca (juando la fortnna mas rionte se te muestra, ca la 
fortuna es de vidro (î (juando mas resplandeç^ entonces 
se cjuiebra, e con esta dotrina concuerda Caton di- 
zicndo. . . ». 

Fol. 112. Kxplicit : « que un coraçon de leal amigo o fiel 
seruidor no se j)uede por preçîo conprar. » 



XI. SALLUSTE 75 

Fol. 142 v« et 143 blancs. 

XII. Fol. 144 : c< Si(/iiese una proposicion o arenga pro^ 
j)uesta en latin antel muy y lustre principe don Alonso 

rey de Portugal, la quai es lapriinauera (sic) de très perpu- 
siçiones que antel fueronfeclias, por Juan Jufre de Au^ 
lœrgnese, enbaxador de los senores duque e duquesa de 
Borgofla, e fue propuesta en Euora, a veynte e quatro de 
nouiembre afîo de mil e quatro çientos e quarenta e nueue, 
traaladola de latin en romance castellano, Martin de Auila, 
^or seruirio del muy mani/ico seflor don Inigo Lope^ de 
Memloça, marques de Santillana, C onde del Real. » 

Texte : « Tenprança por çiorto difiçile y tal que segun 
veo vncLirrira en varies e diuersos razonamientos, muy exea- 
lente rey, demanda y reciuiere el cargo e mandado a nos 
ynpuesto, ca nos son delante pro[pjiiestas dos muy diuersas 
y diferentes. . . » 

Fol. 150. Explicit: « tu que aun pcrdonarias a tus cne- 
migos no denegaras misericordia al i.s^'ci sangre tua. » 

Fol. 150 v^ blanc. 

XIII. Fol. 151. Texte sur deux colonnes, petite écriture: 
Vegerio de re militare. Prologue du traducteur, Fray Al- 
fonso de Sant Cristobaj, maestre en theologia. 

Incipit : « Muy alto e muy claro principe poderoso don 
fiDrique. . . » 

Explicit : « que es perpétua por ynlinita secula, amen. » 

Au-dessous : « La primera parte desta o})ra os declarar e 
romançar los libros e dichos de Vcgecio segun que lo dize, 
e por ende es a saber que Vejeçio toda su obra parte en 
quatro libros e cada libre parte por capitules e cada libre 
faze un prologo, que es como arenga, segun costumbre de 
los sabios que conponen obras e anle que vengan a tratar 
en estes libros, faze un prologo comun a toda la arte de 
caualleria, el prologo (^omun a todos los libros suyos e a 
toda la arte es este (|ue se signe; (Prologue de Vegêcej 
Todas las cosas por costumbre de cada dia e por uso apro- 
uechan e se acreçientan e esto os vcrdad non solamente. . . » 

Fol. 151 v°. Explicit: « de los dichos de los otros, espe- 
çialmente destos que suso son nonbrados.» 

Suit un commentaire du traducteur, suivi par un autre 



76 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

commentaire allégorique et spirituel celui-là : « Spiritual- 
mente fablando,sigun,las batallas corporales, deuemos usar 
de îirte de caualleriamuchomas en las batallas espirituales 
que auemos con el diablo, ca toda nuestra vida es caualleria 
e continua batalla segun dize Job, en el su libro en el capi- 
tulo citado. » Ce commentaire allégorique finit au fol. 151 
v" par « para pelear contra los cnemigos espirituales. » 

Suit la table des IV livres et des 27 chapitres du livre I, 
cette table occupe lo recto du fol. 152. 

Fol. 152 v°. Prologue du livre I de Végèce : « Costunbre 
fuo en los tienpos antiguos de mandar los principes e los 
grandes senores que los grandes cstudios. . . » 

Explicit : « e por que tu en esta obrezilla falles todas 
aquellas cosas que son neçesarias para esta arte. » 

Même folio, B. Commentaire ordinaire du premier cha- 
pitre de Végèce : « No fallamosotra cosa porque losRomanos 
ouiesen sojuzgado todo el mundo saluo por uso grande 
de las armas ... » 

Kxplicit, fol. 153, A.: « aparejada para la muerte. » 

Le commentaire allégorique suit et va jusqu'au fol. 153 v®. 

Chapitre ii de Végèce, même verso. Incipit : « Para que 
ordenadamente vava. . . » 

Explicit : « en las posadas viles falleçe el buen seso 
en la lid. . . )) 

Suivent les deux commentaires. Ce fragment de Yégèce 
finit par les derniers mots du commentaire allégorique du 
chapitre ii : « . . .ca sienpre les remuerde e no la traen clara 
mas negra. )) 

Fol. 154, 155, 156, blancs. 

XIV. Fol. 157. Titre : La caria primera . 

« En el nonbre de Dios e de la bien auenturada madré 
suya e del apostol Santiago lo que vos Querella porse- 
uante, diredes a Don Aluaro de Luna condestable de 
Castillaeal arçobispo de Toledo su hermano, de parte de 
de nos Don Fadrique Almirante mayor de Castilla e Don 
Alonso Pimentel conde de Benauente, es esto que se sigue : 
Que nosotros supimos que ellos eran venidos sobre Casa- 
ruuios lugar de mi el dicho almirante e aunque ellos e 
algunos de los que en su compania venian.. . » 



XI. SALLUSTE 77 

Explicit : <t fecha en Guadarama a vente e un dias de 
hebrero ano del nacimiento de nuestro senor Jlis. de mill e 
quatre cientos e quarenta e una, nos. » 

XV. Respuesla de la primera : « En el nonbre de aquel 
en cuva virtud biue e reyna el rey e prospéra e vence todos 
aquellos.. . ». 

Incipit : « Lo (jue vos Auanguarda auedes de dezir a Don 
Fadrique Almirante inayor de Castilla e a Don Alonso 
Pimentel conde de Benauente mi [lire su; hermano, aunque 
no quiera, es lo (juc se signe : que les fago sab<T que Que- 
rella pasauante 1) me trayo una carta suya, de amos a 
dos, firmada de sus nonbres e sellada con sus sellos, en la 
quai se contenia que elles auian sabido como mi seûor her- 
mano el arçobispo e yo eramos sobre Casarubios lugar del 
Almirante ...» 

Fol. 157 v°. Explicit: « e por que desto seades creydo 
firme en esta carta mi nonbre e sellada con el sello de mis 
propias armas. » 

XVI. Fol. 158. Fragments du Cérémonial de Principes de 
Diego de Valera; tous ces fragments, sont relatifs au titre 
de marquis, à ses origines, à son importance et aux céré- 
monies qui accompagnaient l'investiture du titre. 

XVII. Fol. 158 v** : Traslado de una caria del rey e reyna 
nuestro[s\ senores para Mosen Diego de Valera : 

« El rey e la revna. » 

(( Mosen Diego de Valera, porque nos queremos fazer 
merçed al mavordomo Andres de Cabrera de titulo de 
marques, con todas a(|uellas cirimonias e actos con que 
se acostumbra y deuedar, y vos esto sabeis mas que algu- 
nos otros, vos mandamos que por seruicio nuestro luego 
nos enbies por escrito la forma que en ello se deue tener... » 

Signé : « Fernan Aluarez por el rey e la reyna, » daté 
de Tolède « a seys de Julio de ochenta anos ». 

XVIII. Fol. 158. Réponse : « Muy altos e muy esçelentes 
principes serenisimos rey e reyna nuestros seflores. Oy 

1. Ici pasauante est certainement mis pour porseuantc que nous 
trouvons plus haut et tous deux doivent se lire/)(?/*ser«/i^c. 



78 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

domingo a mediodia reçebi una letra de vuestra alteza 
por la quai me manda en espreso. . . » Ktc. 

Suit un bref exposé des origines du titre de marquis. Il 
expose qu'autrefois on préférait le titre de marquis au titre 
de comte, et il décrit a nouveau la cérémonie, à peu près 
comme elle est décrite dans la pièce du manuscrit Ii-136, où 
est racontée la cérémonie dans laquelle on conféra à Ifligo 
Lopezde Mendoça le titre de marquis de Santillane. 

Cette lettre de Diego de Valera finit au fol. 159 par : 
« esto es muy poderosos principes lo que en este oiso he 
leydo e visto algunas vezes en obra |)oiierse. De Segouia, el 
dia que la letra de vuestra rejil magestad, que nuestro 
seflor a su seruicio muy luengamente conserue e prospère 
sus revnos e scfloriosacrecentando. » 

Fol. 159 \^ blanc. 

Nous avons copié dans ce manuscrit un certain nombre de 
pièces (jui nous ont paru intéressantes pour Tliistoire litté- 
raire du XV*^ siècle et que nous publions à la suite de cette 

notice dans Tordre suivant : 

I. Prologue de Vasco de Guzman, traducteur du De 
conj uratione Catilinae, adressé à Fernan Ferez de Guzman, 
seigneur de Batres. 

II. Dédicace que Bessarion fait, au roi Jean II de Castîlle, 
de sa version latine d'une homélie de saint Basile. 

III. Prologue de fray Al fonso de Sant Cristobal, traduc- 
teur du De re militari de Végèce, au roi Henri IV. 



Aiivi roniienra ci libvo llamado Cailiclinavio e Jufftcrtino en 
f/iœ condcrw (ilguria suma de lus f échos Romanos el actor, 

Seguud cuenta saut Geronimo los ingenios pequenos non sufren 
grandes niaterias. E como quier que loentiendo començar a grande 
ruego e atincamiento de ti Feriiand Perez de Guzman caualiero 
noble c zelador de saber los grandes e antiguos fechos perla sabidu- 
ria de los quales el entcndimiento de los que, con derecha voluntad, 



XI. SALLUSTE 79 

estudian de acresçentar el bien publico. Ë auisaiido a mi, rudo e no 
platico de los fechos, sea graue por auor de fazer aquello a que mi 
penola no basta, al quai conuenia anfes, con Geremias, dezir ; 
Seûor Dios no se fablar, ca moço soy, (jne non, con Yhayas, ofre- 
çerme a dezir mandamiento. Pero eonfiando en aquel que las len- 
guas de los ninos faze sor bien fabladas, e que los labrios de la sin 
razon asna abrio, que abrira a mi el cntendimiento para que pueda 
fablar lo que entiendo escreuir a su seruiçio, usando a mancra de 
nino o tartamudo los quales quieren e oobdigian fablar lo que oyen, 
aunque no puedan fornflar la palabra acabadamcnte, auiendo esso 
misnio fiuza que parte de los yerros tomara en cargo Ja nobleza, o 
para losemendar, o los defender de las saetas de los que non saben 
si non mal fablar a los (juales quanto de mi parte uua palabra do 
un viejo |x>eta les pongo deJante que dize ; dexen el mal dezir 
porque no conoscan sus malos fe^'lios. Cayo en poco tengo ser 
juzgado de los que dizen del mal bien e del bien mal, segund dize 
sant Pablo. Pero todauia someto mi obra a seso y juyzio de los 
mas entendidos aparejando, como Sant Agostin dize, a ser ense- 
fiado de chiquito de Vil ano|s], que quiere dezir chiciuito en 
çiençia.Ca tu sabesbien, varon noble, que, si tus ruegos cessaran, 
presunçion no hiziera mouer la pendola folgada, pues sabia que 
al que enfermos mienbros ha, la carga ligera le es graue. Pero 
no te puedo negar lo que mi flaqueza pudiere. Kesçebiras, por 
ende, tu e los que leeran, la voluntad con que se fizo, mas que la 
obra enojosa, no en si, mas por mengua de trasladador . 

Voici ce que l'infant DonGal)riel de Borlnni dit des pre- 
mières traductions espagnoles de Salluste, dans la préface 
de sîi version publiée magnifiquement à Madrid, chez Joa- 
chim Ibarni, en 1772 : 

P. 2 et 3 : « Y quando todavia los Griegos no luivian re- 
)) novado en el Occidente el buen gusto de la Literatura, va 
)) entre nosotros Vasco de Guznian, a ruego del célèbre Fer- 
» nan Ferez de Guzman seflor de Batres, havia heclio la 
» tniduccion Espaûola de este autor, (|ue cito algunas veces 
» en mis notas, y se halla nianuscrita en la real biblioteca 
» del Hscurial G. Plut. III, n« 11) obra verdaderamente 
» grande para aquellos tienipos, y d(^ que no tuvo nolicia 
» I). Nicolas Antonio. De ella desciende U\ (lue en el uHo 
» 1529 publico el maestro Francisco Vidal y Noya el (puil, 
» especialmente en el Jugurta. a penas hizo otra cosa, (|ue 
» copiar a este autor auncpie no le nonibra. Otra hizo Ma- 



80 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

» nuel Suoiro, (|ue se impriinio en Amberes en el atlo 1615. 
» Y es bien de notar la estimacion con (jne se recibieron en 
» Espana estas traducciones: pues la del maestro Vidal y 
» Noya, o bien se llame de Vaseo de Guzman, se imprimio 
» très veces en poco mas de treintu aûos. » 

Ici Tinfant Don Gabriel s'est trompé: le sueci^s de cette 
traduction a été beaucoup plus considérable (]u'il ne le pen- 
sait, et il faut ajouter, aux trois éditions c^u'il cite (Logroflo, 
lo29 — Médina del Cainpo, 1548 — Amberes, 1554), celles 
de Saragosse chez Paul Ilurus de Constance, en 1493. celle 
de Valladolid, chez Juan de Burgos, 15(X)(Salvâ, Catalofjo, 
p. 434, notes au n° 2791, tome II), et celle de Valladolid 
chez Guillen Biwar, en 1519 (Cf. Gallardo, t. IV, c. 1043, 
n**4292; sous le n^ 4291, Gallardo cite aussi l'édition de 
Saragosse, de 1493). Toutes ces éditions contiennent, comme 
nous l'avons vu, la version de Vidal de Noya, qui n'est qu'un 
remaniement de celle de Vasco de Guzman. 

Amador de los Rios [Ohms (Ici Marques^ p. 634, Biblio- 
tcca, § C; consacre à Salluste l'étrange notice que nous 
reproduisons ici : « C. Salustio (Cayo Crispo). Este liisto- 
» riador romano, tan digno de elogio i)or sus obras como 
» de re[)i'ension por sus costumbres, fué traducido al cas- 
» tellanoâ instancia del mar(|ués de Santillana por su hijo 
>) Pero Gonzalez de Mcudoza ((^/'ônica (Ici Gran Cavdenal, 
)) cap. xvij. Consérvasc (^n la bibl. de Osuna, bien (|ue sin 
» haber pcrtenecido à la del Infantado, un excelente codice, 
» castellano, fol. menor, escrito en papel à lînes del siglo XV 
» 6 en losprimcrosaHos (Ici siguiente, elcuallleva portitulo 
» Salustio^ y s(î juzga sev la traduccion referida. » 

La dédicace du tiaducleur à Fernand Perez de Guzman 
ii'aurail-elle pas dû, dès les pieniicres lignes du fol. 1, 
avertir l'auteur de Vllistoria critica qu'il était sur une 
fausse piste ? 



ij* 



XI. SALLUSTË él 



II 
Prolof/0 (1) 

[A]l serenisimoe ylustrisimo principe e excelentisiino senordon 
Johan, por la gracia de Dios Rey de Ca$tiila e de Léon etçetera, 
Basarion, presuitero cardenal de la yglesiade lossantos dozeapos- 
toles, Viceno(2) degrecia. Como, por comun testimonio de todos, 
serenisîmo prinçipeesenor,yo aya entendido la religion, deuoçion, 
piedad, raansedunbre easimesmo la alta clemençia e las otras vir- 
tildes con las quales adornaste e guarneçiste cl tu animo, pense en 
comoyo esoinismo dièse alguna cosa de nueuo a la tu religion e 
deuoçion, por ende de las fuentes de los griegos, donde mano toda 
la çiençia, traslade en latyn el présente tratado por gracia de tu 
serenidad, el quai, como sea lleno e copioso de moralisimas e 
muuchas (sic) graues sentençias e tu seas muy honrador e 
amador de virtudes, pareçiome, si no so enganado, aure bien 
considerado ser a ti conuiniente este pequeno présente el quai 
conpuso aquel niuy bien auenturado e muy santo Basilic, de los 
griegos sapientisimo doctor, arçobispo çesariense, para unaexpla- 
naçion de una actoridad tomada del XV" Capitule de Utcvono- 
mino (3) la quai se ha en latyn por taies palabras : guardate por 
ventu[ra] no entre ascondidamente en ti mal pensamicnto e oigas 
en tu coraçon: acercase el ano seteno de la remision, mas si alguno 
quiere trasladar la tal actoridad segund que en griego yase, dize 
en griego : para mientes sobre ti mesino que por ventura non se 
faga en tu coraçon oculto o mal pensamicnto e digas: acercase etc. 
K caso que ambas estas trasladaçiones tornan en una mesma cosa 
e por quanto el bien auenturado Basilic la espone segund la 
griega escriptura, otrosi, por quanto la su explanaçion se apropia 
mas a est<5 seso, por ende nos esomesmo lo trasladamos asi, e, en 
lugar de la palabra que dize guardate, posimos para mientes sobre 
ti inesmo e por quanto principalmente se funda sobre aquesta 
palabra toda esta escritura. Toma pues, principe serenisimo, este 
pequeno présente a ti ofreçido, por çierto de gran fuente de caridad 
e de afecçion açerca de tu serenidad, e cuenta entre los tuios al 
ofreciente. rey bienauenturado, serenisimo principe e ylustrisimo 
sefior. 

1. Très mauvaise copie, lo scribe, certainement un Espagnol du XV' siècle, 
semble avoir copié sans comprendre. 

2. Corp. Niceno. 

3. Copp. Deuteronomio » 

6 



88 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

Ce prologue est intéressant surtout parce qu'il noua 
apprend (jue le grand cardinal fut en relations littéraires 
directes avec le roi Jean II de Castille. 



III 

Pi*vhffo 

Muy alto e muy claro principe» poderoso don Enrique, por la 
^^ra(;ia de Dios rey de Castilla, de Léon» dcToledo» de Gali^ia^ de 
Seuilla, deCordoua, de Murçia, de Jaen, delAlgarue, de Âlgeeira 
seùor de Vizcaya e de Molina, al quai Dios dexe beuir e reynar 
por nuielios tieiipos a su 5cruiçio,yo fray Alfonso deSant Cristoba] 
maestro eu tehelogia (»(>), vuestro seruidor e vuestro deuoto orador^ 
beso liomihnentc vuestros pies e vuestras manos c me eiicomicndo 
en vuestra muy alta merçed coino de mi sefior natural . Sefior por 
quanto fue la vuestra merçed de me mandar romançât /vei libro) en 
vuestro lenguaje, el libre e la obra que fizo Vegeçio de la caualleria 
e de la artc de las batallas. e yo vicndo e considerando que non tan 
solamente auedes vos, e(en^ todos losfieles catolicos, batalla corporal 
contra los enemigos que veemos que son corporales, inas aun 
contra los enemigos que no veemos que son espirituales, segun 
dixo el apostol sant Pablo en la epistola que enbio a los Kphesio[s] 
en el capitule sesto ado dize asi : « non este nobis coUutatim 
dauersos carnen et sanguinem solun sed aduersos principes ed 
j)otestates tenebrarun qui abritabit yn celestibus » (sic) que quiere 
dezir que no solamente auemos guerra rontra los enemigos que 
son de carne e de sangre mas aun auemos guerra contra los prin- 
cipes e poderios que moran en el ayre tenel)roso que son los ene 
migos del aima ; otrosi considerando que en el fecho de la eaualleria 
e de las peleas no solamente fablo Vegeçio mas otros muchos sabi- 
dorcs dixeron muy muchas (!osas en esta razon que concuerdan 
coula (pie dixo Vejecio. porende ayudando me el seûor Dios {)ensc 
de partir esta obra en très partes : la primera parte fablara c dira 
lo que dixo Vejeçio en sus libres, començando los mas elaros mente 
(jue yo piuliere (rorrif/c: : comentandolos [lo] mas claraniente 
(juc yo pudiero). la segunda parte sera bien como giosa puesta en 
la margeii del libro, que es de diehos de los sabidores que con 
cucrdan con lo ([ue dize Vejeçio e declaran sus dichos en algunos 
lugares, la terccra parte sera puesta ayuso. ([ue îablara espiritual- 
mente traycndo los dichos de Vejecio a las vezes a las virtudes e a 
los pecados e a las costumbres desta vida eu que beuimos t asi 



Xi, SALLUSTfi 83 

sera esta obra en algunos lugares de batalla espiritual, porque no 
tansolamente sepades sefior quai es la çiençia de pelear corporal- 
mente mas espiritualniente, en nianera que el vuestro espiritu se 
délecte en el senor Dios, que es vida perdurable para sienpre, en 
guisa que reynedes en esta vida por muchos tienpos a su seruiçio, 
despues en la otra vida que es perpétua per ynfinita secula, amen. 

Dans la bibliothèque de Don Marcelino Menéndez y Pe- 
layo nous avons pu voir un autre manuscrit du XV^ siècle 
du Végèce de fray Alfonso de San Cristôbal dédié au roi 
Henri IV. Tandis (jue le KK-46 no nous conserve de cet 
étrange travail (ju'un chapitre entier et le tiers environ du 
chapitre 11, le manuscrit deSantander est complet, les quatre 
livres y sont traduits ; le premier seul est accompagné de 
gloses spirituelles. Alphonse a épuisé dans cette première 
partie toutes les ressources ^de rallégorie moralisatrice, et il 
se contente de traduire^ sans plus, les trois derniers livres. 

Nicolas Antonio {BibL nova, t. I, p. 792) cite une tra- 
duction de Végèce faite, vers 1601, par le capitaine D. Juan 
Venegas Quixada et qui est restée inédite. 

Le seul Végèce en castillan qui soit imprimé est celui de 
D. Jaime de Viana, cadet du régiment de la garde royale 
d'infanterie, (jui Ta dédié à ses condisciples; cette version 
parut à Madrid, en 1764. 



«•>-^>- 



OVIOK 



V. LiL N, n- 20; R^ntt 
Madriil, li-<J7) 



PiEHEJE BEii(;L-iriE, Morales île Ouiilio. Eu castillan. 

Miinuscrit de 227 feuillots, plus 3 feuillets blancs au débûï7 
et 1 â la Hn, papier et volin, non folioté, numération des 
livres en rouge. Signatures 1-6, de A à T. Beaucoup de 
lettres ont disparu. Écriture du XV' siècle. Format 
288X213 mm. Reliure de parclieinin. 

Fol. 1. Le texte ouvre par un A énorme, enjolivé de des- 
sins à la plume. 

Incipit : « Algunos de la verdal dcsuian su oydo e con- 
uertense a las fablas... » 

Ce prologue occupe les folios 1, 2 et quelques lignes du 
fol. 3 ; au-dessous commence l'ouvrage. Rubri(]ue : Figura 
de .Saturno e su mornlhaçion. Texte : « Como los autigos 
muchos Dioaes ouiessen puesto, e algunas virtudes de las 
cosas dioaes creyeron ser e asi les llamaron, nsi como el 
tienpo quclo euteudieron ser por Saturno, e la durnbilidat 
por Jupiter... n. 

Fol. 226 v°. Explicit : " de Uis fablas o traetar, e asi 
es la fyn, a Dios gracias. Amen. » 

Fol. 227. Ce feuillet porte des maximes d'Aristotc. Ovide 
et Caton écrites avec le plus grand soin. Au-dessous, en 
lettres gntliiquey ornées : 

(( Alfonsus Zamnrensis me escripsit in decrotls bucUa- 
larius. » 

Fol. 227 V. Rubrique : Liciera Bononicnsia. Omnium 
habere memonam et in nullopenitus crrare pocius diuini- 



A 



XII. OVIDE 85 

tatis (jnam liumanitatis est, Zamorensif^ Aljbnso Barlia- 
lan'us. 

Ci-après nous donnons la table, telle que nous l'avons 
dressée en parcourant Touvrage, avec la première rubrique 
de chaque livre. Ce volume a été certainement une des 
sources où le Marquis a le plus puisé pour se renseigner 
sur les sujets mythologiques. On reconnaît fréquemment 
dans ses citations la manière de Pierre Berçuire. 

Morales de Ouidio, Prologo, fol. 1-3; figura de Saturno 
e su moral uaçion, fol. 3-7 y"^; figura de Jupiter c su mora- 
lisaçioriy fol. 7 \^-10\'';Jigura de Mars e su morali^açion, 
fol. 10 v'^-ll y^'yjigura del solcon su moralisarion, fol. 11 v**- 
15 y^\Jigurade Vénus e su morali^açion, fol. 15 v<*-17 v**; 
figura e morali:^açion de Mercurio, fol. 17 v<'-19 v^\ figura 
e morali:^açion de Diana, fol. 19 v°-20; Jigura e niorali- 
^açion de Miner ua^ fol. 20-21 \^\ Jigura e morali:sarion de 
JunOy fol. 21 v°-23 \°; Jigura e morali^aç.ion deSibeles^ fol. 
23v«-24v^ Vulcano, fol. 24 v*»; Neptuno, fol. 24 v«-27; 
^gura e moralizarion de Priali, fol. 27-28 y"", figura e mo- 
rali^açion de Bacho, fol. 2S \'*'29; Jigura e morali^açion 
de Pluton, fol. 29-34; morali^arion de las penas infer- 
nales, fol. 34-35 vo; Belides, fol. 35 v«-38. 

Fol. 38 V®, livre I: Aqui comiença el capitula segundo 
del primer lil^o. Suite de la moralisation des dieux. 

Fol. 49 V®, livre II : De laj'abrira de la casa del sol. 

Fol. 67, livre III : El libro terçero e capitulo cuatro 
côm!>fi(?a; «Jamquedeposita, etc. Dize Ouidio que despues 
que Cadino fijo del rey Agenor. » 

Fol. 79 V®, livre IV : Aqui se pone toda la estoria de 
Piramo e Tisbe, E nota que aqui ya^e sot il mente orrultado 
el secreto de la alquimia. 

Fol. 101, livre V: Como entre Perseo e Andromeda, 
librada por el de la bestia, solenpnes bodas fueron çere- 
bradas. 

Fol. 112, livre VI : De como Palas torno a Aragnes en 
aroÂa. 

Fol. 125, livre VII r De Jasson e sus companeros o de 
lo que les acaesçio en la ysla de Colcos con el rey Fynço. 



86 



niRI.IOTHftQUE D« MARQUIS DE SANTILI.ANE 



Fitl. 1-U V, livre VIII; De como Minas, par irayrion 
drila l'ija dr Niso, mafo aAVso e le corto la cnhv.ça e de lo 
que, etc., elc. 

Fol. 108 V", livre IX ; Aqui se dise de como Athcolonon 
dioft del Hio conlo a Theseo la conquista, etc., elc. 

Fui. 173, livre X ; De Orfi-o c de Erudiçen «h muger e 
de como ton su melodiono taner la saraua de las infiernos 
e de romo la/wrdio. 

Fol. 186, livre XI : De Midon et ilc su lova pelieion ni 
dioB Baro. ote. 

Fol. 193 V", liviv XII : Di'l suefio de Eticidxi enpieiiada 
de Paritt. 

Fol. 800 V", livre XIII : De aquî addanle foda lo mas 
tabla de lo>i Jcchos de la eatoria troi/ana, porque son romtt- 
nesnon los intitulo. ^^ 

Fol. SIO, livi-eXIV. ^H 

.Fol.sa* vMivi-eXV. ^H 

J.-B. IIiiur(hiii, dans pou Mémoire sur un commentaire 
des MétnmorphoRes d'Oride {Mémoirca de l'Académie des 
InNcripiioiiti et tielhs-Lellres, tome XXX. 2' partie), a 
luinineusdintnt UémniUrL^ que ce commciittUrc si goi*it6, 
itttiibuti à NicolaB Trivetli, à Robert llnlkot, à Thomas (In 
Galles ou Thomas Walleys, cité par Culard Maiisioii dans 
sa traduction Erjuiçaise de vei ouvrage en 1484, et imprimé 
sous son nom. en 1511, par Josse Bade, est IVrUvrede Pierre 
Beryuire, k.' traducteur bien connu do Titc-Lîve. 

Ce eommentaire forme le XV livro du Reduetoriam du 
Mviint hf^nddictin, ami do Pétnu'(|iki. Borouiro a fait de ce 
comment-lire deux rédactions, 1» premlèro a ôti^ (Vrîte ft 
Avignon, où il séjourna do i:J30 à 1340, entre i:J37 et 
1340; la seconde a cti't terminoe W Paris on 1342. La version 
cjiwtillanc qui nous occupe a été faite sur un manuscrit de 
la deuxième rédaction. Kn ollet, on Biiit (|ua dans lo prologue 
de la première rédaction, Pierre Berçuire dît : v. Non mo- 
» veat tamcn aliquem quod dicunt aliqui fabula.-; poetarum 
» ulias fuisse niorulizatusetadinstanciam domine Johanne, 
» quondam regine Francie, dudum in ritlimum giilHcuni 
» fuisse translatab, quia rcvera opus illud neqnaquam me 
» legisse memiai; ie quo beoe doleo, quia ipsum inveiijro 



 



XII, OVIDE 87 

» nequîvi. Illud onim lttl)ûres moo» quam pluriinum rol)0- 
» ra«80t, ingoniummeiim etiam adjuvasiset. Non enim fuis» 
)) «em dedignatus expomieioiios in partibuH miiltia sumere et 
» auctoreni earum humiliter allegare. 

Berçuiie fait ici allusion à Y Ovide moralisé de Chrétien 
Legouais de Sainte-Moro, près Troies. Voyez sur ce poème 
de près do 70.000 vers, et aussi sur Bcrruins la magistrale 
étude de M. Gaston Paris [Histoire littéraire de la France, 
t. XXIX, p. 455-525 : Chrétien Legouais et autres imitateurs 
d: Ovide), 

Dans la seconde rédaction, le passage du prologue de 
Pierre Berçuire, cité ei-dessus, a été modifié conmie suit : 
(( Non moveat aliquem quod fabule poetarum alias fuerunt 
» moralizate et ad instanciam illustrissime domine Joanne, 
)) (luondam regine Francie, dudum in rithmis gallicis trans- 
)) late, quia levera opus illud non videram (juousque trac- 
» tatum istum penitus perfecissem. Quia tamen, post(iuam 
)) Avenione redivissem Parisius, contigit quod magister 
» Pliilippus de Vitriaco, vir utique exeellentis ingenii, 
)) moralis philosophie historiarumque et anti(juitatum ze- 
)) lator precipuus et in cunctis mathematicis scientiis eru- 
» ditus, dictuin gallicum volumen mihi obtulit, in quo 
)) proculdubio multas bonas exposicion(\s tam allegoricas 
» quam morales inveni; ideo ipsas, reccMisitis omnibus, si 
» cas antea non proposueram. suis in locis omnibus assi- 
» gnare curavi, quod satis poterit perpendoro i)rudens lec- 
» tor. )) VA voici comment ce passage du ])i"ologue (k* la 
seconde rédaction a été rendu par l'anonyme tiaducteur 
castillan. Ce fragment suffira à donner un aperçu de la 
littéralité de cette version. 

(Foi. 2) « Knpcro non se miieua alguno adezirque las fablas de 
los poetas otra vez fueron moralizadase acontenplavion delà muy 
esciare<;ida(fol.2 \^) dona JuaiKi,que fue reynade Frangia, cstonçes 
en riniicos dezires fueron trasladas. Ca la verdat es (;a aquella 
obra yo non viera fasta que aquestc tractado yo del todo ouiesse 
fecho, mas, despues que de Aviùon tome a Paris, acaesçio que 
maestre Filipo de Vitriaco, varon en verdat de exceilenfe iugenio, 
de la moral philosopliia e de las antiguas estorias adelantado y 
en todas las mathematicas giençias bien entendido, ei quai el franges 



88 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

volumen me traxo, en el quai sin duda muchas buenas exposi- 
çiones asi allegoricas como morales falle. E por tanto ellas [lire 
e las) reuisitadas todas, en caso que antes non las propuse, en su 
lugar cure de las asignar lo quai asaz puede entender el prudente 
lector, ca comunmente quantas vezes del dicho libro alguna cosa 
tomo de lo espremir o alegar non pospongo, » etc. 



islîlhiii par Knr'{(|i]i 



■f'f.s ('.yirjiinnls i/c ta liHj/iul/ii-ijU: 
par M. Moi'el-Fiitio cite snu 



Virgile, Knviilc. tiadiiîtc 
Vilieim. 

Le Catalor/uc lies muruisri 
Nationale de Pari.t, puhhè 
I.' n" 618 : 

" Di Eneydii do Virgilio. " Cii manuscrit cmiticnt les 
» livres IV 'd XII de la traduction en prose d'Eiiriquo de 
•> Aragon. 

1 Deux lacunes, de deux feuillets chacune, entre les fol. 
» 30 et 33, 303 et 306. Quelques gloaeî! marginales en latin. 
D Souscription finale fol. 311 : « Este diclio libro de la 
a Eneyda escrivio Juan de Villena criado del senyor Inyigo 
» Lopez de Mendoça, senyor de la Vega, e lo acabo sabado 
» primero dia de setiembre, en la villa de Guadalfajani, 
n annyo del nasçimiento del nuestro Salvador Jesu Clirîsto 
» di' uiîll e quatni^'ientos e treynta e seys annyos. » 

» Le fol. 1 contient le commencemeut du chap. XIII du 
» livre IV jusqu'aux mots : « Guay que. " le verso est 
1) blanc; ce m*ime chapitre se trouve, d'ailleurs, en entier à 
" sa place, au fol. 16. » 

On sait que Ochoa, dans son Catalogue (p. 375). en parlant 
(le ce manuscrit, a pris le copiste pour le traducteur. Aniador 
de los Rios (Hist. crit., t. VI, p. 30) a relevé celte erreur. 
Dans la lettre a son fils, le Marquis dit : " A ruego é ins- 
" tjinçia mia, primero que de olro alguno, se haii vulgii- 
» riçado en este royno alguiios poemas, asi como la Eneyda 
a de Virgilio ». etc., etc. Or. on s;iit, par 1' " Advertencia » 
f|ui précède sa traduction, qu'Rnrique de Villena traduisit 
l'Knéideà la prière de l'infant D. Juan, nû de Navarre et 
plus tiird d'Aragon, qui. s'ùtiuit fait lire l;i Dioîni' Comédie, 



90 



BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLAÏTE 



fut frappé du rûlc qu'y jouait Virgile ot désira l'onnaitre 
IVouvre de ce poète. Ceci eut lieu en 1427. 

D'autre part, dans ce qui nous reste de l'^/'/e rfe trobar 
écrit vers 1417. nous trouvons déjà la traduction de Virgile 
mfinlionnée parmi les nombreux tnivaux de don Enrique. 

Pour explii|uer les paroles du inLirtjuis de Santitlane, 
Amador de los Rios suppose que Inigo Lopez joignit ses 
prières â celles de don Jusm pour obtenir la traduction de 
Virgile, ou que peut-être ce fut lui qui donna au roi l'idée 
de s'adresser à Enrique de Villemi. 

Nous croyons que M. Cotarolo y Mori dans son 6tude 
Bur Enrique de Villena i p. 87, n . la donné la solution de 
ce petit problème. « Si. dît-il. nous pouvons nous lier k 
VArtede (rohar, don Enrique aurait été engiigé. h traduire 
l'œuvre de Virgile, deux fois en dix ans : la première fois 
par le marquis de Santillane l'ii 1417, et la seconde fois par 
le roi de Navarre en 1427. « 



(Rocam. n- 206; Bihliot, Nat- Madrid, Ii-IU2) 

1. VmoLLE, Ahn'-iiC' dr l'KiitHde. 2. Giordanû RufFu, 
Maavalnc Ei/iiurum. Kn italien. 

Manuscrit do 53 feuillets, plus 1 blanc, vélin, griiudes 
marges, très mené, réglé à 41 lignes, à doux coloiuios, écri- 
ture du XV" siècle. LotCi"es oinées, au Imudu fol. 1, un écii 
d'armes portant : d'or, à cinq bouquets de lleurs feuillées uu 
natui-el (cf. notice XLIX. ms. Ii-3.3 — notice IV, ms Ii-9 — 
notice XXVI, ms. Ii-36). Format 340X340 mm. lîeliuro de 
parchemin . 

I. Fol. 1. Incipit : Jncontinriasi il h'hfodi Vnyflio, il 
quale parla il't'uea troiano : « Arbitiusti che li excollonti 
facti e le uirtuose opère delli antichi Ronuuù. . . » 

Fol. 3U V. Explicit : n con pianlo fugge indegnata per 
lombre. — Finince lastracto delleneyda. — Di questo PnJIas 
serine frate Martino, nellH sua cronica Martiniami de papi et 
delli Impenidori, clic nel tempo del secondo Enrico dolla 
magna , il quaie liori passati M . anni et piue dalla incarmtioae 



XIII. VIRGILE 91 

di Xpo, elielli si trouoein uno auello nel paese di Roma tutto 
arinato lacui fedita apparia ancora frescha et auea una lu- 
cerna tutta ardente sopralcapo laqiiale con grande industria 
sispense.» — Fol. 31 blanc. C'est la vulgîirisation de TEnéide 
due à ser Andréa Liincia, notaire florentin, dont le texte a 
été publié par Fanfani, en 1851, sous le titre de: Compi- 
lazione délia Enéide di Vivfjilio Jatta volfjare in sal pvin- 
cipio del sec. XIV da ser Andréa Lancia notaro Fioren- 
tino (Cf. Zambrini, Opère Voh/ari a stampa dei secoli 
XIII eXIW col. 1054:. 

n. Fol. 32 : Incipit liber Mascalcie Eqaorum, « [CJoncio 
sia coga che intra tucti 11 animali creîiti ...» 

Fol. 50, B. : (( [Qjuesta opéra fece lo caualiere cAlaurese 
cum grandissimi studi. » Suivent des recettes. Fol. 51, la 
moitié manque. Fol. 52, la marge est endommagée. Môme 
folio V® A. Rxplicit : « et incontenente fie guarito o questa 
e eosa prouata. » 

Compiuto e lo libro de la maschalcia de'raiiallij lo quale 
contiene in se inolto huone medicine e molto htione cure de 
lepiujini e de le pin nptimr del rnondo. Deo gratias — 
Anum. 

Il s'agit ici d'une version du fameux Liber de cura equo^ 
rum, compositus a Jordano Rajj'o milite calabrensi etfami" 
liari Fn'derici II Imperatoris, si répîindu au moyen ftge. 

U Hippiatria Jordani Raffi Calabrensis a été publiée 
par Girolamo Molin à Padoue, en 1828. in-8**. L'éditeur parle 
des traductions italiennes de cet ouvrage. 



XIV 



TKOGUE POMPF.E 

(Osuna : Plut. V. Lit. N, n* 30; Rocam. n' 178; Bibl. Nat. 

Madrid, Ii-130) 

1. Justin, Ahi^égc de Trogue Pompée. 2. Sénèque, De 
morihus. En castillan. 

Manuscrit de 226 feuillets, plus 5 feuillets blancs au 
début, 2 à la fin, papier, non folioté, réglé à 26 lignes, écri- 
ture du XV<* siècle, à deux colonnes, rut^riques. Capitales 
ornées et initiales de couleur. Format 287^209 mm. Reliure 
de parchemin. 

I. Fol. I A. Rubrique : Aqui romienra cl libro primer o 
de Troijo Pompeyo e de conirno AV/ios, pîimero rey de los 
AstrioSfpaso la costumbre antigua por nueua cobdicia de 
YniperiOy (»tc. 

Incipit : (( 1^1 rey Ninos mouio primeramente. .. » 

Fol. 217. Explicit : « estoque mas fuertemente e asi se 
murio. Deogratias amen. » Le dernier chapitre (chap. 207), 
est intitulé : De las scnalcs (jue araesçieron despues de 
la uiHcric de Çcsar e de la desmanparada muerie que 
Ca,sio e Bruto fezieron. 

Fol. 217. Au-dessous de l'explicit nous trouvons une 
notice écrite auXVIP siècle : « Trogo Pompeo estoriografo 
de la nas(;ion d'Fspana floresrio en tiem])0 del Emperador 
Antonio Pio, compuso en largo sermon las estorias de 
todo el mundo, desd(» (0 tiempo de Nino rey de los Asi- 
rianos liasta A monarcha César, diuidiolas en quarenta y 
((uatro libros. La Epitoma, es a sab(M* la abreuiacion de los 
dichos libros, compuso Justino su dis(;ipulo, segund visto 
espor este libro. » 

Fol. 217 v« blanc. 

Fol. 218 porte : « Seneca, w en gros caractères rouges. 



XIV. TROGUE POMPÉE 93 

II. Fol. 219. Rubrique : « Aqui comiença un tractado de 
Seneca cl quai se yntitula : obra e tractado de Costumbres. 

Incipit : « Todo pecado es action. .. » 

Ce traité finit au verso du fol. 226 par : «plogo fue licita.)) 

Le manuscrit Ii-130 contient un arrangement médiéval 
de labrégé de Justin. Il règne dans cette rédaction un tel 
désordre qu'il est difficile de s'y reconnaître. Voici la 
rubrique entière (jui intitule le livre : Aqui comiença el 
libro pi'imero de Tror/o Ponipeyo e de comrno A^inos, pri- 
mero Rey de los Asirios, paso la coatumbre antigua pov 
nueua cobdiçiade Yrnperio. Et dando primeramente yuerra 
a sus ve^indades subjurjo los pueblos que eran vudos por 
defenderse contra los terminos de Libia, Otrosfuevon mas 
antifjuos es asaber Usoys rey de Eyipto, Tafis rey de 
Sichan, de los quales el uno conqtiisto a Ponto y el oti*o a 
Ethiopia. 

Quant au livre de Sénècjue intitulé De Moribus, on sait 
que, comme le traité des Quatre vertus, il n*est ni de Sénèque, 
ni de saint Martin de Braga, aucjuel la Patrologie de 
Migne l'attribue encore (cf. notice XVI, A;. 

La traduction castillane de V Abrégé de Trogue Pompée 
fait par Justin, est (cuvre d'un anonyme; il s'en conserve 
plusieurs manuscrits (|ui sont tous du XV« siècle, ce qui 
permettrait de penser (jue la version est de ce temps-là. 

On sait, par le catalogue de ses livres, que Martin P*" 
d'Aragon possédait une traduction catalane de Y Abrégé de 
Justin. Peut-être cette version était-elle aragonaiseet celle- 
là même qui avait été exécutée sur l'initiative de Juan Fer- 
nândez de Heredia, grand maître de l'Ordre de Saint-Jean- 
de-JériiSîilem. On connaît la lettre que le roi d'Aragon, Don 
Juan I", écrivit au grand maîtnî le 17 novembre 1381 (1), 
où il lui dit entre autres choses : Otrossi hauemos enten- 
dido que ros /tauedes aqui I libro nombrado Trogo 
Pompeo,,, V\i plus loin : Rogamos vos muy caramente que 
embiedes el dito libro de Trogo Ponipeo. 



1. M. Antonio Rubiô y Lluch dans sa contribution à VHomenajo 
àMenèndcz y Pckujo (t. II, p. 95-120), intitulée LaLongua y la Cultiii\i 
catalanas en Grccla en el s'ujlo A'/V, publie le texte de cette lettre 
(p. 118). 



94 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

Nul doute que Juan Fernàndez de Heredia ne se soit em- 
pressé de déférer au désir de son souverain. Il se pourrait 
donc fort bien que l'exemplaire de Justin vulgarisé qui figu- 
rait dans la bibliothèque du roi D. Juan I*' d'Aragon eût 
passé dans celle de son successeur, D. Martin P'. Nous 
savons qu'il en fut ainsi de la bible vulgarisée du grand 
maître de l'Ordre de Saint-Jean, qui, probablement, après 
avoir appartenu au roi Jean, fit partie de la bibliothèque du 
roi Martin (Cf. Bulletin critique, janvier 1886, article de 
l'abbé Douais). 

La traduction castillane de V Abrégé de Justin parue à 
Alcalà, en 1540, est due à Jorge de Bustamantc, elle a été 
plusieurs fois réimprimée. 



r 



XV 
TITE-LIVE 



(Uocam. n" 117; Bibliot. Nat. Madrid, li-146) 
Flokus» Epitoma in Titam Uiiiiun, l«ln latin. 

Manuscrit do 121 feuillets, plus 2 feuillets blancs au com- 
mencement et 9 à la fin, vélin, non folioté, les signatures ont 
été rognées. Écriture italienne du XY° siècle. Rubriques et 
capitales simples; belles marges. Le prologue commence par 
une lettre ornée, en or et couleurs. Format 152X113 mm. 
Reliure moderne aux initiales du Duc. Au dos : L. An, 
Florus Epitoma in Tituin Liai uni. 

Fol. 1. Rubrique: Lacii Annei Flovi epitoma in Titam 
Liuium libri quattiior incipiiint, — o Proemium : Populus 
romanus a rege Romulo in Caesarem Augustum septin* 
gentos per annos. » 

Dans la marge inférieure, une couronne de laurier por- 
tant sur fond rose un écu d'azur sur lequel on a gratté les 
armes. 

Fol. 2. Le texte commence : « Primus ille et urbis et 
imperii conditor... » 

Fol. 121. Explicit : « ipso nomine et titulo consiicm- 
retur. » Au--dessous, on lit cette rubrique: « •:t>vo<. Anave'- 
p/ialeosis Lacii Annei F/ori libroram qaattiior factoram 
memornbilium ab urbc condita usquc ad tempora Cnesarix'i 
Augusti Secundi imperrdoris finit féliciter. Phoeniœ, — 
MCCCCLVII die XiP Aprilis descripsi ML 17 est inscrit 
dft&s Tm. 

Nemo uerius \ . .. r r i i -^ * ^ ^ 4. 

^. . , / scripsit Lam [...], le reste du nom est 

Nemobreuius \ ^ . 

*. , _ . . l efface. 



96 BIBLIOTHÈQUE DU NiÀRQUiS DE SANTILLANË 



B 

MJsuna : Plut. I. Lit. M. n" 9; HiKaïu. W 140; Bibl. NaL 

Madriil. KK-12. 

TiTE-LivE, Premirrr Décaf/r. \\n castillan. 

Manuscrit do 2G4 f<»uillots, plus l^ blancs, papier, folioté 
au bas des feuillets, vers la fin du voUiuk» tous les nuincro.s 
ont été ronges. Nombre de lign<»s irregulier. I*>riture du 
XV* siècle, à deux eoloiuies, lubricjues. espaces blancs pour 
capitales. Format lOOX <î90mm. Reliure de cuir tympanisê, 
sur ais de bois. Sur le plat supérieur de la reliure un 
carré de parehemin avec le titre : Primera Dccarla rlc 
Tito Liiiio. 

Fol. 1, détaché, contient le prologue du traducteur Pero 
Lopezde Ayala. 

Incipit : « \L'\\ el nombre d(* Dios am<Mi, muy alto et 
excelente principe <*t muy [)oderoso ley... » 

Ce prologue finit au fol. 2 A ; au-dessous, la table des 
chapitres qui finit au fol. 3 B. Plus bas, titre en noir : 
Aqui comirnçff ri /ihm fie Titus Liuinn de his tjstnrins 
et coronicas romanns el f/ual lihro trash/do de Intin en 
. f'rnnces maestre Pedro Jicrrcfii. mrf/tf/e de la nrden de 
.sfinf I^criifo, prifjr dt'l mntinstrrin de sniit Yhtt'ift en Pnris 
et frnslf/dfidff a prliçinn rf innfvliiinicntn del Pcij don 
Jtdian de Françin. 

Proli.jgue de Pierre B<M\:uire tiaduit en «astillan. Incipit : 
« AI i)rin(*i|><* (h» muv alla eict^lmcia ivv de Fianria don 
Johan, mi soberano seftor rn^y, Pedro Ik'iv<*ur, |)iit>r de 
îSant Ylori de Paiis, t-on toda humildat e nniereiieia et 
subjei-eion se enrlina... ■>. Ce pii»loLru<' sr icimine au 
fol. 3 V". 

Fol. 3 V '-On'* H: <f Dcrlararion d«' los vorablos rt pala- 
bras (jue Titus Liuius usa en este lil»r<». » 

Fol. G V B: Titre en noir:_-l7/// mmitnrn ri jtri^ 
mero lih/'n de In jtj'iinti'ii dcradn de Titus Uni us il filial fne 
en cl (irnj/ft de his ip'tiruhs hatniins ijtw furj-im entre Jidlyo 
Çe^ar e Ponjdo et Jue csrc Titus Liuius nntural de la 



XV. TITE-LIVE 97 

rihdnt (Ic Padaa. Incipit : « Si yo iiio pongo. a escreuir 
las cosas... » 

Livres de la [)reinière décade. Chaque livre est précédé 
de sa tal)Ie des chapitres. 

I, du fol. 6 V" B au fol. 33 A ; II, du fol. 33 B au fol. 60 
V" B; III, du fol. 60 v« B au fol. 89 B; IV, du fol. 89 v" A 
au fol. 118 v« A; V, du fol. 118 v- A au fol. 147 B; VI, du 
fol. 147 B au fol. 168 v*» A; VII, du fol. 168 v° A au fol. 190 A ; 
VIII, du fol. 190 A au fol. 209 v^> A; IX, du fol. 209 v" A 
au fol. 239 A; X, du fol. 239 B au fol. 264 B. 

Explicit : « fueron fechas grandiîs rrogarias e suplica- 
eiones a esculapio. » 

Rubrique finale : [A]qai se (taiha cl dc^cno lihro delaprl- 
mera dccada de Titiis Liuius . 

Ce manuscrit de la preniiêre décade a sans doute servi de 
modèle au copiste du marquis de Santillane, qui a exécuté 
le ms. KK-14, qui contient la deuxième décade de la tra- 
duction Berçuire-Ayala . Nos deux manuscrits, qui se 
complètent Tun Tautre, se ressemblent par le format et par 
la disposition des textes. 



(Osuna; Plut. III. Lit. N, n« 5; Rocam. n« 145; Biblioth. Nat. 

Madrid, KK-4, corrigez: KK-14) 

TiTE-LivE : Seconde Décade. Mn castillan. 

Manuscrit de 433 feuillets, papier, folioté, à deuxcolonnes, 
réglé à 30 ou 34 lignes. Iv*riture du XV^ siècle. Belles marges, 
les premiers feuillets sont rebordés. Rul)ri(iues dans le 
texte, espaces blancs pour l(s initiales. Format 390^280mm. 
Reliure de parchemin. Titre au dos : Tito Lliiio en 
romande, de mano. 

Fol. 1. Incipit : ///.s. Pi'iniero lihro, ~ A(/iii comienra 
la scf/anda [decodft] de Titus Liuio sobre las estorias Ro- 
manas. 

Fol. 433 V" A, le texte finit suivi par Texplicit : Aqui 
se acaba la segunda decada Titus Liuius, de las batallas 
que ^fueron entre Borna e Cartayo. 

7 



98 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

Este libro manda trasladar Ynif/o Lopcs de Mendoçafijo 
del cdmirante don Dier/o Furtado. Et qui .sériait scriuat 
et aemper cum domino biuaty amen. 



D 

(Osuna : Plut. III. Lit. N,ir 4; Rwain. n" 114; Biblioth. Nat. 

Madrid, KK-13) 

TlTE-LivE : Ahréf/é, En castillan. 

Manuscrit (1(» 284 feuillets, plus 8 de tables. Les feuillets 
7 et 8 niîin<|uent. Manuscrit sur papier, foliotation ancienne, 
rr{r\ô à 40 lignes. Ivriture du XV*' siècle, à deux colonnes. 
Grandes marges. Beaucoup de rubricpies, grandes et petites 
ciipitales bien dessinées et peintes en rouge et en bleu. 
Format 395^275 mm. Reliure de parcli(»min. 

Fols. l-III, tables; fol. I recto et verso A occupé par la 
Deelaracyon de los vocablos; c'est un petit glossaire. 

Fol. II : Afjai comienra la tabla de los capitulos del 
primera libro de la primera decadade Titus Libius, 

Fol. 1 : Arjui comienra el primera libro de la primera 
decada, etc. 

Le texte commence i)ar um» IwWe initiale. 

Fol. 6 v° B, cliap. 24 : Como muerto el rreij Numa 
rrer/nia Atulius Ostilius e coma cenrio al rrey de Alba. 

Fols. 7 et 8 perdus, ils contenaient les chapitres 25, 2G, 
27, 28, 29, 30 et la lin du clia])itre 21. 

Fol. 9 commence» par : Capitula 31 como el rey Tulius 
cençio los Sauinos e coma par un rrayo fue /nuerio. 

Fol. 284 v°, A, nous trouvons la dernière rubriciue du 
manuscrit : Af/ui comienra el décima libro de la terrera 
decada de Titus Libitis, etc. Au bas de la col. B, le texte 
s'îirrcte bi iis((Ui?ment, au milieu d'uniî phrase interrompue 
par un Dca yratias. 

hiXplicit : « (pie le plazia obc^descer al senado. » 

L(* manuscrit FlvG de l'ancien fonds de la bibliothèque 
d(î Madrid contient le même texte, avec une courte préface 
(jui nous en (îxpliipie l'origine. Cette préface que nous co- 
pions ici nous montre (pie nous avons affaire à un a])régé 



XV. TITE-LIVE 99 

des trois premières décades de Tite-Live, fait par don Ro- 
drigo Alfonso Pi men tel, comte de Benavente, en 1439, sm* 
la traduction Berçuire-Ayala. 

(( A(|ui comien^-an las très decadas de Titus Libius prime- 
ras que se cuentan e relatan las muy altas batallas, fechos 
e otras cosas que fezieron los romanos desde la funda(;ion 
de Roma de que fueron fundadores Romulus e Renius. I'] 
por (juanto el actor e conponedoi* dellos cuenta todos los 
fec'hos por estenso commo acaescieron, por que los (juc 
despues venieien lo mejor puedan entender, assi que ay 
en ellos muclias prolixidades o longura de escriptura. l'-^l 
(|ual actor fue en el tienpo de las grandes batallas (|ue 
ouo entre lullio Cessai* c Ponpeo e fue natural de la cib- 
datdeCapua. K commo el noble e cientifico cauallero don 
Rodrigo Alfonso Piment(»l, conde de Itenauente, viese (»1 
grand volumen de razones (*n estos libros contenidas se 
trabajo e aplico a las acopillar e poner, non amenguando 
la sentencia e realidat délias, en la forma siguiente. La 
quai acopilacjion el fizo e ordeno en el ano del nascimiento 
del nuestro senor lesus Cristo de mill e quatro cientos e 
treynta e nueue aAos, rreynante en Castilla e en Léon el 
muv noble sancto e virtuoso rev don lolian nuestro senor, 
Hjo del muy illustre rey don Knrri(|Ue de gloriosa me- 
moria qu(? dios aya ; e la reyna dona Maiia su muger, lija 
del noble rey don Ferintuido de Aragon Infante de Cas- 
tilla; e el princijx» don iMUTiipK* su lijo primogenito lie- 
redeio; c la princesa doila Blanca su mujei', lija d(»l rey don 
lohan (le Nauarra (1). » 

Pour icsumer notre e\am(Mi des tiois volumes de Tite- 
Live, tous trois du XV'* siècle, (|ui font paitie du fonds 
Osuna, nous les classerojis ainsi : 

1* KK-12, contenant la première décade avec prologue 
du traducteur espagnol, Pero Lopez de Ayala, chancelier de 
Castille,et prologuiî du traducteur français, Pierre Berçuire, 
au roi de France Jean. 



L Le KK.-13 comme le EE-6 finit ;in inilioU dii 1" chapitre du 
X* livre de la troisième décade. Dernière phrase das deux mss. : « Est;us 
asperascoKas en tanto ronpieron el cora(;on del rey que respondioque le 
plazia obedesçer al senado. . . »> 



100 niBLIOTIIÈQUE DU MAF^QUiS DE SANTILLx\NE 

2"" KK-14, écrit d'iUK.» autre main (|n(3 le précédent, mais 
également du XV'* .siècle, (ît exécuté par ordre du marcjuis 
de fSantillane. Il contient la seconde décade, traduction 
Bercuire- Avala. 

t> KK-1»^ (|ui contient l'abrégé des trois décades, fait 
par Rodrigo Alonso Pimentel, comte de Benavente, et (|ui 
s'airéte au milieu du chap. I, livre X,de la troisième décade, 
exacteuKMit comme le ms. Klv6 de Tancien fonds (jue nous 
avons cité j)our son prologue. 

La traduction de Pero Lopez de Avala fut imprimée ano- 
nyme à Salaman(|ue, en 1497, sans nom d'imprimeur, 
mais on sait (pie ces impressions de Salamanque sortent du 
même atelier (|ue le Villadiego : Tractatics contra Uereticnm 
pravitatcm de 1496, imprimé par Leonardo Aleman et fray 
Lope 8anz de Navarra (Salvâ, Catâ/of/o, n** 2785). 

Un anonvme catalan de la tin du XIV* siècle, ou du siècle 
suivant, a traduit en catalan la version française de Ber<;uire. 
M. Paul Meyer, qui a découvert cette traduction au British 
Muséum, dans le ms. Harley 4893, en a publié la préface 
au roi Jean, en mettant le texte fiançais en regiU'd du texte 
catalan {Cî.Arc/tives des Missions, 2' série, t. III, p. 278 et 
327). 

Une nouvelle traduction des décades 1, 3, 4, augmentées 
(le rabr(''géd(^ Florus, due au Révérend Père fray Pedro de la 
Vega, de l'Ordre (l(i Saint-Jérôme, fut imprimée à Zara- 
gosse en 1520, par. les soins de Georges Coci (Salvâ, Cala- 
lofjo, n" 2786). 

Le même texte retouché, corrigé et augmenté par Fran- 
cisco de lùizinas, parut à Anvers chez Arnold Byrcman, en 
1553. I.e titre de cette édition est : « Todas las Decadas de 
» Tito l.ivio Paduano, (|ue hasta el piesente se hallaron y 
)) fucron im[)iessas en latin, traduzidas (»n Romance caste- 
» llano, agora nuevamente reconoscidas y enmendadas y 
)) anadidas de mas libros sobre la vieja transladacion (c'est 
)) de la traduction de Pedro de la Vega (ju'il s'agit). Ven- 
» dcse la present(^ obra en AnviMvs, en casa de Arnoldo 
» Byrcman, à la ens(»na de la Gallina gorda. » Dans um» dédi- 
cace à Philij)pe (principe de las Espaflas) où Enzinas, qui 
ne pouvait se nommer comme protestant, parle au nom de 
l'éditeur Byrcman, il dit (pie, pour la première fois, il tra- 



T»-- 



XV. TITE-LIVE 101 

duit les cinq derniers livres de la 5"* décade en langue vulgaire 
et qu'il ajoute k cette traduction la version de Tabrégé des 
(|uatorzc décades de Tite-Live, dû à Florus et traduit en 
castillan par Francisco de Knzimis, déjà publié à Strasbourg 
en 1550 (Cf. Gallardo, Ensatjo, t. II, \f 2080 ; Menéndez 
Pelayo, Hctvrodoros Espnnolcs, t. II, p. 241, note 1). Une 
réinipression de cette traduction parut à Madrid 1793-1796 
en cinq volumes, avec le nom de l'éditeur Ainold Byrk- 
man, au lieu de celui de Flnzinas. 



XVI 



SKNKQIJE 



(Uocam. n» 190; Riblioth. Xat. Madrid, Ii-64) 

Sénkque, Œuvres. Kn latin. 

Manuscrit do 253 feuillets, vélin, non folioté, réglé à 
57 lign(\^ Mcriture de la première moitié du XIV® siècle, 
à deux colonnes. Rubriques, lettres et lettrines en or et 
couleurs, titres courants, mouillures aux premiers feuillets. 
Format 362x210 nmi. Reliure moderne exécutée pour le 
duc d'Osuna. 

Incipit. Hul)ri<jue : Sanrtiis leronifmfs r/c Scnern in 
r(ithalo(jo sftîif'fornin . 

Fol. 1 : (( Lucius Anncnis Seneca cordubensis. . . » 

Fol. 253 V''. Kxplicit : « ad liniMn huius libri uocatusiibro 
de quatuor uirtutibus cnpitulo de continentia uscjue ubi 
dicit esto uiciorun). » ExpUrit Uhvr Senvre de Icfjalihns 
institiitis, Dca gracias. 

Ce manuscrit contient : 

I. Les fausses lettres de Sénècpu» à saint Paul et de saint 
Paul à Sénè(|ue; fol. 1-2. 

IL L(^ De élément ia, 2 livres; fol. 2-8. 
m. Les f^'tf/'es à Lncilius; fol. 8-104. 

IV. Le De remediisfortnitonun, longtemps faus.sement 
attribué à Scncque et dont Tauti^ur reste inconnu; fol. 10-1- 

105 \\ 

V. Le De liheralihus arfihns; fol. 105 v°-107 v**. 

VI. Le De (jiuttttnr virtutibus; fol. 107 v<»-109 v*. Cet ou- 



XVI. SÉNKQUF 103 

vrago extrait du Liber do copia rcrbornm, a ùté attribué 
d'abord à Sénôque, puisa Martin, évéqucdeBraga.'Hauréau 
Notices et Extraits de (juel(/ues manuscrits latins de (a 
Dihl. Nat.y t. II, p. 202) prouve que révoque Martin a plagié 
1 auteur anonyme de ce traité, qui a été tiré, avec quehjues 
modifications, du De copia verhontm, qu'IIauréau at- 
tribue à Tauteur anonyme de la correspondance de Sénèque 
et do saint Paul. 

VIL Le Liber dec/amationuni (neuf Viwres), de M. Annaeus 
Seneca,père du philosophe; fol. 109 vM28 v®. 

VIII. Le De (jaestionibiis naturalibus (six livres); fol. 
128 vM62 v^ 

IX. Les Proverbia, compilation dont un très petit nombre 
de sentences sont de Sénèciue, tandis que la plupart sont 
empruntées soit aux iambiques, soit aux trochaïques de 
Pul)lius Svrus et au traité De moribns. dont lauteur 
n'est pas Martin de Braga, mais un anonyme (Cf. llauréau, 
/. c, t. I, p. 233-234, et t. V, p. 17G); fol. 162 vo-lfiô v«. 

X. Le De moribtis^ imprimé tour à tour sous le nom de 
Sénèque et de Martin, évécpie de Braga. llauréau (/. r., 
t. V, p. 176) dit que ce traité n'est ni de Sénèque ni de 
Martin; fol. 166 vM68 v^ 

XI. L(* De beneficiis (sept livres); fol. 168 vM82 v«. 

XII. Le De providentia (deux livres); fol. 182-190 v". 

XIII. Le De beata rifa ; fol. 190 v"-197 v". 

XIV. Le De tranf/uillitate animi ; fol. 197 ^^-203 v". 

XV. Le De breritate cite : fol. 203 v"-2l2. 

XVI. Le De ira; fol. 212-228. 

XVII. Ad Martiam de consolatione Jilii sui ; fo\, 228-234. 

XVIII. Ad Helbiam matrem de eonsolatione; fol. 234- 
239 W 

XIX. Le De conteniptii bonoram temporal itun et volupta- 
inm; fol. 239 v'*-240. Suivent des fragments sur Tamitié, 
la foi, la justice. C'est une compilation des dits de Sénè((ue, 
qui termine le volume et occuper les feuillets 240-253 v°. 



104 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 



(Osuna : Plut. III. Lit. X, n' 16; Rocani, 11° 195; Biblioth. Ncat. 

Madrid, IIh-57; 

Sénèque, 1. hpitfvs. 2. Do Providentiel Dci.^Ln italien. 

Manuscrit de 139 foiiillets de vélin, écrits à deux colonnes, 
réglé à 50 lignes. Ecriture italienne du XIV^ siècle. Orne- 
mentation riche et abondant(s lettres ornées, encadre- 
ments, initiales miniaturées, etc. Dans les l)andeaux courent 
des inscriptions (ît d(\s devises d'or ou d'azur, en carac- 
tères gothiques. Format 350x;?53 mm. Reliure de par- 
chemin . 

I. Fol. 1 : Qui cominciano le rubriche délie pistoledi tutto 
il lihro (li Seneca xiniuevsalmente, Rubrica délia prima 
pistola del primo libro. Suit la table des épitres. 

Fol. 4, B. Introduction où sont exposées la supériorité, 
la beauté de la philosophie et la noblesse du but qu'elle 
poursuit. Dans Tencadrement sont écrits en or des versets 
des psaumes : « Qui caritatem non habet, nichil habet. 
Aque multe non potuerunt extignere caritatem. Fides. 
Spes. Cari tas. » 

Fol. 6v°. Fin de l'introduction; elle est glosée en marge 
par le traducteur; le texte et les gloses sont de la même 
main ; et au-dessous nous trouvons une courte biographie de 
Sénèciue. Dans les marges, en caractères gothiques ornés : 
« Ista sunt VII j^eccata mundi : Superbia, Ira, Auaricia, 
Gula, Lussuria, Inuidia, Accidia, ») et un peu plus loin 
« Vana gloria ». 

Texte de la notice sur ^Sénè(lue : « Seneca fu un sauio 
uomo discepolo d' uno filosafo ch' ebbe nome Fotion délia 
setta degli stoiciani. I quali diceano che uirtude e sourano 
IxMie e che neuno j)uote essere bene auenturato e beato 
san(;a uirtude. F non per quanto egli mette e mescola 
spesse uolte tra' suoi detti le s(Mitentie d' un filosafo ch'ebbe 
noine Kpicuro che dicea: che dilecto e sourano bene tutta- 
uia in tal modo che tornasse a onestade ; e si fu questo 



XVI. sftNftQUE 



105 



l*',pii-iiro uoiiKi di mollit grande iistinençia c m^l |jiu dcllusiia 
iiîtii non niiingiauii altro che pane e iUMjua ed crtit' iTudfi. 
Qiiiîsto Senw;! fu iiato di Spagnii d' una citta clie si (.'liia- 
maua Cordubsv, e fii t;io di Liiainuil popta, uomo di grande 
littfriitura e ulta, li di giandc astinen<;ia et maeKtro di 
Ncroiie il crudclo Iinpcnitoredi Roma chel'fwi; poseia uo^'i- 
drre, Questo Seiieca auca uno siio gnii)dii>sinin anaico il 
(]Ualc aum nome Lut-illo e fii d' una rontmda la quale aliora 
suchiamaua campagna l- la (juale e ciiiamata terra di lauorn, 
d'una citta cli'eblie nome Pom|)ei.i, posta iissai prosso di 
Napoli. la ijuale nabisso ai corne Seneea niodesinio raccontu 
nel liltro délie (|iieMtîoni naliirali. Quclln Lueillo era pro- 
eiiratore det wenato e del [jopolo di Roma iiell' ywohi di 
Cicilia al (pialw Sencca mimdopiu e piu exiere cpislolfpieiie 
dibtioniinsegnameiiti eadottrinauifuti, i qualisegui(ano(jui 
di sotto, le cjuali pistole e insegnumenti fe(^ tmslat;in? in 
liugua fiorentina Riccardo Pétri cittadino di Firem;e a utîli- 
dade e correction? e bene di tutti rnloro che in ([uesto libro 
leggerranno eosi traslatato. Nel (|iiale le dette pistole co' 
suoiinsegnampnti eaddottrinamentt per ordino sono scripte, 
si corne neU'originale del detto Seneca furon trouate. h 

Fol. 7. Rubrique de la première épitre; C/tefl'uomo dfe 
ricogliere e rritencrc il /'uggimcnCo del iinnpo, e. che ejue- 
ijli non p poupro a cuipocn cosa basta, e chel/'uomo dee il 
tempo diligentcmentc gunrdare if ijuale si perde in tre 
manière. ItaJ'ac mi Lucilli. Au-dessous le texte cnmineneo 
par une magnifique capitale nu est repr^isenti! Sênêque 
écrivant les premiers mots de l'épltre : (clta fac... u Ce 
/ouillet est assez grossièrement encadré de trois lian- 
doiiiix d'ara Iwîscpies. F.n bas, la peinture primitive a été 
grattée et remplacée par l'éeu du marquis de Santillane 
porté par deux anges. Dans le coin de droite en liaut et 
dans les deux coins d'en bas, les heaumes du marquis ont été 
maladi'oilement appli<iués sur le feuillage primitif; nu voit 
que le parchemin a clé gnitté au-dcssnus. C'est donc un 
manuscrit (|ue l'on a revêtu de la livrée du Manjuis, mais 
qui n'avait piis été exécuté pour lui. 

Entre les deux colonnes du feuillet court uneinscription 
qui explique peut-être pourquoi l'on a choisi ce feuillet pour 
y peindre les armes du Marquis : « Ave Maria gratia pleua. 



\ 



106 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

Dominus tecum,l)enoclicta tu in inulioriluisct ])cne(]icla tu.» 
Ici rornoment ost coupé ])ar Tccu (Vlnigo Lopoz. 

Los feuillets 7v", 8, 9, 10 et 11 sont décorés d arabos((ues 
et d'inscriptions entre les colonnes, comme les précédents 
feuillets. Les feuillets 19 et 25 v° sont également ornés. 

Fol. 130 v" : Compiutv sono le pistole di Seru*ca, Deo 
f/rntias amen. Même verso R : Qncsta e nna pistolaj'atta 
in persona di Lucillo per alcnno cittadino di Fircn^e lo 
(jualc se chiama ser Andréa Lancia^ per la (/nale sir/ni/ica 
ehe Seneca non diffini la qaistione delV uhriaco sufflcien- 
tcmente la quale e nella LXXXIII pistola, Incipit : 
(( Seneca Lucillo sainte. lo disideraua di sapere corne tu... » 
Fol. 13L l^Aplicit : w sobrietate e tomperanca si corne 
ornamento e necessaria uesca de mortali. » 
Les feuillets 131 \\ 132 et 133 sont blancs. 
IL Fol. 131 A. : Qnesto e uno libre cliejece Seneca et 
ehiamasi De Pronideniia Dei, Incipit : « [D]oinandasti... » 
Fol. 137 : E.rplicit liber de prouidentia dei, Deo (jratias 
amen. 

Fol. 138: Incipiunt Epistole Beati Aitrjustini ad Boni-- 
Jaeinm Corn item. Et Bonifacii ad Arir/nstinum, Et primo 
Auf/ustini ad Bonifacinm. 

Incipit : « [D^omino... » Fol. 139 v** A : E.rpliritint 
epistole Aiif/nstini ad Boni/'acium et e eonnerso. — Deo 
f/rarias amen. Quel(|U(*s notes marginales <*t int<M*linéaii(*s 
(jue Amador de los Rios 'cf. ()bras del martpiés de San- 
tillana, p. 638-cx) supj)ose à tort être de la main même 
d'Inigo Lopez ; elles sont d'ailleurs sans intérêt. 

L(* rolfiari^^amento de Sénèque (|ue nous venons de dé- 
crire a été imprimé à Florence on 1717 sous le titre de : 
Seneca L. Anneo, volfjari<:^amento délie pistole e del 
trattato délia provviden^a di Dio (cf. Zaml)rini : Le Opère 
rolf/ari a stampa dei secoli XIII e XIV. Bologne, 1884, 
p. 9::?6 '1'. Les éditeurs, Tommaso Buonaventuri et Giovanni 
Bottarî, dans une substantielle introduction, qu^ils n'ont pas 
signée, nous racont(Mit l'histoire de la version par eux pu- 



1. Zanibrini, op. ci Uw. cit.^àW qu'il existe une édition des Epistole 
qui nous occupent dattHi du V*i avril 1194 et impriiuôc à Venise, mais 
qu'il ne l'a pas vue. 



:CVI, SrtNf^QUF 



107 



hlinp. Nous y voyons qm- li-s ('>fiKlits cliargéfi, en 1j7S, pur la 
f'ruscniin Iii rorm-tion du I)éfiim>H-(mi\{' noccflci' piirli'nt. 
daiiR leurs iinnotminni, (['• l'i't iiiu-ifii pnluarh-^nniento t\e. 
Sèf\L'(\UQ et oj)iiiont (in'il a dil c'ir'e fait avîiiit 1335, piircc 
(|U(î dans le plus ancien des deux mamiscrits par eux cxu- 
minèa, !«' tniduiitpui' déclare avoir tntvailU'- pour Riccjirdn 
Pplri, rir.lm négociant de la famille tics Filipctri, (]ui mou- 
rut en 1325 (1 ). Ils rrurent, £i première vue, que leur deuxième 
iimiiusfrit contenait une version diffiVrento, mais après un 
examen approfondi, ilu reconnurent que ce Iflxte n'était 
(pi'un liabil" remaniement du premier, exécuté vers 1380 
environ. Les éditeurs de 1717 n'ont pas vu les manuscrits 
cités ]»ir les correcteurs de lD7;i, il« n'ont conliu que les 
deux manuscrits anciens mentionnés par Salviati dans ses 
Arcerti menti delta Unijua soprn '/ JJecamernne (Venise, 
1584), et dont cet auteur dit : « V Rpistole di Seneea, clio 
» d'antica scrittui'a, e corretla ha uiesser Ilaccio Valori, 
11 furono tnitte dal provenzale avanti 1' anno 13^, corne 
11 ne' loro discorsi niasti-ann ajjerlamente quei del settan- 
1) tatre. Il ipial lihroaltrcttiinto stimiamo, e pii'i, clie si fac- 
» ciano (|Uci valent' liuomini : e (juanto alla (avena,e (|uanto 
» alla scrittura, tni le iniglior prose del miglior secolo, 
]) crodiam.elie sia dariporla. Kbencln'ssparBO vi sia perentro 
Il (pialclie voce grammaticale, e alcunaandie ven'abbiadelle 
» fnmcBsclie. sono tuttavia picciul numéro verso le tante 
)i |}ure,enatiR,ciiecontinnuo vi siritrovano.ogmu ricclie/na 
» del volgar nostro in quel volume è i-accliiusa. Le mede- 
» sime in tutto, clie questedel Valori. e délia stess:i mano, 
11 e bnntà, son (|uelle, t^he nella libroria di;' Modici sono 
M stiite riposte (2). a 

Buonaventuri et Bottari ont étudié le manuscrit Valori, 
devenu Guii'ciiirdini, et le manuscrit médicéo-laui'entîen 3). 



I. Bon&veiituri et Itottari ajouteni que dans une vereîon cdalillBiierte 
ces tettre», publiée k Alcala en 1529, Pétri est filtd comme l'auteur de 
lu lr;iiliu'liDn italienne, 

■i. Sulviiili, np. cit., t. I, p. 112-113. 

a. Cf. Tar^oln délie abbi-erititurr dcgli autori e ttift fe»ti ri"' ■imili 
.wnij (rcili ijU eacmpi ritati nrl Vocnboln-ria rirgli Acmdrm'fi iMIti 
Cntsra. Kiréiize. 1862, p. 171-172 : Si cit^ un te»to che lu di B.vr-jo 
Valori, poi de' Guicrla.itlini.fjuindi de" Pauciatiuhl, e an l'alatinn l'ol 
n- 78 meutrt' servi alla d«U itamim il codioe Lauremiann n" 68 del 



J08 



BIRLIOTliftQCE DU MARQUIS DE SANTILLANE 



Ils ont trouva il la fin du manuscrit de la Laurentienne une 
sorte de calendrier perpétue! raisonné dont tous les exemples 
se rapportent à l'an 1313, d'où ils ont tins la couclusion que 
le volume devait avoir été écrit vers 1313. C'est lo laurentîeu 
que reproduit l'édition de 1717, mais les éililrnrs se sont lar- 
gement servis du Guicc^iardinien (1), anijncl, |i:ii' iixciuple, ils 
ont emprunté les rubriques italiennesdr.s i-li;L[)ilii's i-l les sont 
latines dans le laurentien). Les éditeurs de 1717 assignent 
la même ancienneté aux deux manuscrits, mais ils croient 
ditTérentes les versions (]ui y sont conservées, (juoique leur 
source h toutes deux suit une traduction rran(;uise. Il suHit 
de lire attentivement te fragment de la lettre XXXVIU 
publié par eux, suivant les deux manuscrits et â l'aiipui 
de leur thèse, pour voir qu'ils ont fait erreur. Le texte 
médieéo-laurentien n'est qu'un rj'/iict'/nenfo, un peu abrégé, 
du texte plus archaïque du manuscrit Guiceiardini(3}. On 



banco LXXVI . La («>le du maiiuscril Palatin consupvé à la Biblioth. 
Nat. 'le Florence est crninéc dan» le renvoi de la CruHca; ve n'est pas 
1p Palatin n' 78, mais biun le PaJatin aect. Pancialichi. olïm 68, 
liodie "16, qui ivutecme le ri>lifnri:zaincnto dcllv PisColrrli Sritei-a, La 
l'Ole du manuscrit imyicéo-Iaurentieu est exacte. 

1. Cf. Zaïnbrini, op. Ht., p. WJ, cite un Votgnrhiamçnto rfp/ir tre 
prima pistolv [di Soneoaj s/icondo il testa Giùcciai-dini, liiitto da un 
i-odici- Udinese c dn duo Murciani. Vene/ia, 1820, Cette publication, 
due à Cicogna, fut suivie do celle des lettres IV ft XXX. 

S. Afin de tuurnir une preuve de t-e que noiiH avançons, nous ernynna 
utile de transcrire ici uu court fragment de la Prr.mih-r Mire et le 
début du trailiJdea Si-pt Arts Ubomiij^. d'après les deux manuscrits en 
tjuestion : 

Première letli 



Nat. de Florence: Palatîno-Pan- 
ciat. n- 56. Fol. 6 A. Cosi fa arai- 
clioniioLucitlorichoueraeraquista 
temedesimoa teccboglieghuarda 
il Wnipo che daquinci adietro lera 
toltii o inbnlato o fuggito per tua 
lollia. EeredimiehogliecourioLi 
.scriuo. AlchuDo t«nipo ci e tulto. 
ak-liuno inbolatiie atchuno fuggito) 
ma sopratuttA e uitiiieiwo e 
nnloso il danno del lempo che noi 
pcnliamo piT noslra négligent la, 
Kt se tu vuogli bene atl«ndere e 
porre mente nnagr.indissiniJi parte 
(iella viui disi.'lioi-ii' e jiassa a cho- 
lorocbe maie l'anno, grande pai'le 



^ à Lncille. 

Mediceo-Lauren^ianoiPlnt. 
l.XXVI, cod. 58. Fol. 11 A. Amico 
mio Lucillo fa cosi raquinla te a 
tte medeaimo e rripigla e guarda il 
tempo che per adietro fera tolto 
o 'nibolatn u ffugito per taa folllae 
credimi cliegl'e coni" îo ti scnuo, 
Alcun tempo cie lolto, alcunn îm- 
bidatu c alcun» fuffgilo. Masopra^ 
tutti e iiiH.,«-nK,. il d.tnno del 

teiujmili'- M..1 Il- ["'!■ nostrs 

ncgl)li,i;.-ii . II. ,. ,nrii bene 

ment.' lu u.' ii.n ■ ...m ,i.iriilissima 
parle iii-l;i niUi si-tur-f a nnlorfJClie 
mal lanno, gran parle a coloroclie 
ne«Nte faunu. lutta a colore caltr* 



XVI. SÉNÈQUE 109 

voit qiKî si, â notre avis, BuonîivcMiliiii et Bottiiri ont tort, 
►Salviati n'a pas non plus tout à fait raison. Ces deux manus- 
l'rits, dilïêr(Mits di? ceux (juc) virent les correcteurs de 1573 
:,puis(^ue Riccardo P(»tri n'y est pas cité et (|ue Salviati, (jui a 
i!onnu personnc^llenient les correcteurs, n a pas recoiuni un de 
leurs mss. dans les siens), nous semblent avoir dû se com- 
porter l'un vis-à-vis de l'autre comme le manuscrit antérieur 
û 13::i5 vis-à-vis de celui de 1380. 

Les éditeurs de* 1717 expliquent ((ue Salviati en disant 
I rovencal entendait dire vieux français et (|u'enson temps la 
confusion entre ces deux termes était fré((uente. Pour 
établir l'origine francais(i de cette version des lettres de 
Sénè(|ue, prouvée d'ailleurs par d'autres raisons, les éditeurs 
donnent une liste de mots certainement venus de France*, 
comme : trahclio, traairo, traorf/of/h'oso, trabaonOy volaf/io, 
borhofjlioy cernbv, conostuboltere^ciambcrlaiey etc., etc. Il 
est évident que la version italienne j)rovient de la version 
française conteime dans le manuscrit 12235 du fonds français 
delà Bibliothèque Nationale de Paris (Ancien Suppl. franc. 
468*1. 
MM.Delisle 1) et Omont (2) décrivent tous deux ce ma- 

a choloro olie neente fanno, tutta cosa fanno. Quai uomo mi [K)trà tu 

la uita a choloro che altra cosa mostrai-ochemetta pregioal temix) 

fanno. Cliui mi mosterra tu che e clie stiraie dea pregio al di cche 

metta progio al tcmix); il quale pongha mente e 'ntenda che muore 

extimi e metta progio al di e che ciascundi. 
intenda e pongha mente ehegli 
muore ciasqundi. 

Traité des Sept Arts libéraux. 

Nat. de Florence: Palatino-Pan- Mediceo-Laurenziano:Plut. 

ciat. n" 50. Fol. 4 H. De liborali LXXVI,cod.58. Fol. 6A. De'libe- 

Btudi disideri di sapere quello che rali studii desideri di sapei-equello 

io sento. Neuno ne riceuo, neuno chi'scnto. Neuno ne riceuo neun<i 

n'anouero tra' boni il quale intcndc n 'annouoro tra' béni il qualo in- 

a moneta. Meritorii artifici sono tend(î a moneta. Meritorii artifici 

l)er adietro utili s'elli apparoc- sono |K'radietro utili s'elli apparo- 

chiano lo 'ngogno e non lo rat chiano lo 'ngegno e nollo ratten- 

cughono inpenio cho in quosti gono i)orocho in quosti studii tanlo 

studi tanto e da dimorare quanto e da dimorai*e quanto 1' animo 

l'animo neuna cosa maggiore puo neuna cosa magiorc puo tare, 
fare. 

1. Inrcntairr f/cncr<il et mct/todit/ue des nifuiusrnf s français, p. 167. 

2. CatidoqHc des inanusci-iis français , ancien supplément franrais, 
t. II, p. 477-478. 



110 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

nusoiit et dans les mêmes tiennes: « Epistres de Sénèque à 
)) Lucilh», Iniduites (Ml français par un Italien, à la requête 
» de Bartholomy Singuileyf(î de Naples, conte de Caserte 
» (»t grant ehambellenc du roiaume de Cezile. — Lettres de 
» Sénèque à saint Paul avec les réponses, traduction ita- 
» lienne(fol. 132;. XIV'' siècle. » 

Voici un passage; du prologue du traducteur (jui contient 
des renseignements inl<h(»ssants pour nous : Fol. 1 : « Por 
)) c(> (jue cil (jui les translata ne fu pas de la langue fran- 
)) coise ne de si haut enging, ne de si parfonde scienco 
» come a la matière ali(îrt, il s'excuse a tous ceulz qui luevre 
)) Vivront, (|u'il ne le blasment se il a failli en aucune part 
» diî la propriété d(» la langue ou ans sentcMices de Taucteur 
» et leur priiî luunhlement (jue par leur bonté et par leur 
» franchise len wcûllent corrigier (ît amender en Tun et en 
» l'autre*. Car il confiasse bien qu(» ce fu trop grant pré- 
» sumption d'emprendre si haute chose a tran^slater, mes il 
» ne le list pas de son gré Car mis/re Bîirtholomy Singui- 
)) lerfe deNaj)les, conte de Caserte etgrant chambellenc du 
)) roiaume de Cezile l'en pria et li commanda, l^t por ce 
» que il le tenoit a son seignor, il ne l'osa refuser, ains 
)) emprist a foro chose contre son pooir (»t contre sa force. » 

M . Léon Cadier > 1 , dans son Ksstii .sur radminiafration du 
royaume dr Sicile sous ChorJrs h^ et Clutrles II d'Anjou, 
nous ap[)rend (jue Baftoloinrf) Sif/inul/o di Xapoli, comte 
de Telese, l'ccut, W 20 novembre l.'KW, les capitoli de Tollice 
de grand (•hainl)rier, ollice rétabli en sa faveur [)ar le r(»i 
Charles 11. Le oO septembriî 1308, il fut fait comte de 
Caserte. Après la mort du roi, poursuivi |)oiir tentative 
d'assassinat sur la personne du princtî de Tan»nte, capi- 
Uxine général du royaumis il fut condanuié par contumace 
au bannisstîment et à une forte amende, le 30 décembre 1310. 
11 p(M(lit s(»s biens et sa charge et mourut en Sicile vers 131(). 

Il résulte de ce cpii précède (jue la version fran(;aise des 
lettres de Sénè(jue a dii être exécutée, ou du moins terminée, 
entre le 30 septembre i;308 et le 30 (léc(*ml)re 1310. Il est 
donc possibh^ et vrais(?mblal)le que le texte italien de la 

1. l*aris, 18î)l, in-N" ; Jiihl.'nthcffUf^ des Ecoles françaises (T Athènes 
vt de Hoiiiv, fasc. 51), p. 224, texte et notes» 



XVI. SÉNÈQUE 111 

LauionlieniH^ ait éiô écrit dès 1313. La version française, 
duo à un Italien et faite en Italie entre 1308 et 1310, aura 
été tiiuluite, ])resque immédiatement, à la prière deRiecardo 
Pétri de' Filipetri (ît peut-être ])ar 1 auteui* de la version 
fnineaise. l^t voilà riiistoire singulière de ces lettres de 
JSénèque qu'un Itali(»n traduit de latin en français, ((ui 
du français sont retraduites en italien et d'itiilien passent 
en castillan, par ordre de Fernan Père/ de Guzman qui Icî^ 
croyait traduites directement de latin en lcn(/aa florcntina. 
Le De Procidcntia Dei se tiouve dans 1(* manuscrit de la 
Laurentienne, publié en 1717, comme dans notre lIli-57. 
Les éditeurs le jugent de la mêin(î épocjne, de la même 
main et, peut-être, du mêuK» traducteur (|ue les lettres. La 
lettre à Lucille de Ser Andréa Lancia a été publiée par 
Pieiro Fanfani dans h» tome I'*^ du journal VEii'uria (1851 
et, avec des variantes, dans le Propuf/natorc (2*^ année; 
cf. Zambrini, op. cit., p. 538». 



C 

(Oî«una : Plut. III. Lit. N, n" 21; Kiwam. N" 189; Biblioth. Nat. 

Madrid. Reserv. 5*-12) 

SÉNÈQUE : J/w/tW/c.s. 1mi italien. 

Manuscrit de 192 feuilh^ts, plus 2 feuillets d(î garde, 
vélin, ni folioUition, ni signatures, réglé à 39 lignes. Fcri- 
ture du XV'' siècle à deu.v colonn(^s. Rubritpies et lettres 
ornées, encadrements, bell(»s marges. Format 31 1 x22o mm. 
Reliure de maro(|uin roug<\ 

Les rubriques sont en latin. Fol. 1: Lucit Anney Scncce 
Tragedia prima incipit ; Anjiunrntam : « E da sa{)ere cliel 
libro de le Tragédie. . . » 

Fol. 1 v". Autre rul)ri(iue : Incipit prima Tragcdija 
Lucii Anney Senece Corduhensi.s que dicitur Hercules 
furens. 

Fol. 2 Incipit : « Soror thonantis solo (juesto nome a me 
e lassato cliio so chiamata sorella del thonante. . . » 

Fol. 20 v*' B. Ejpl ici t prima Trayedya fjuc dicitur Her- 
mlesJurerhSy incipit secunda (jae dicitur Thiestes, 



• r 



112 BIBLIOTIIKQUE DU MAHQUIS DE SANTILLANE 

Fol. 37. A. Krplirit secunda trafjedya que dicUur 
IViicstes tcrfia f/ur dicitur Tliays (sic!. 

Fol. 18. A. K.rplirit IrtKjcdia tertia (juc dicitur Thchai/fn 
incipit ffcif/cdia (juarta (jm diciiuv Ypolitus. 

Fol. 67 A. Kxplicit quarOt, ctc, inn'pit quinta que di- 
citur Edipus. 

Fol. 83 A. Ku'plicit (juinta,,. inrjpit sc.rta que dicitur 
Tro/tas, 

Fol. 101 A. E.rplicit se.rla,,. incipit t^epti ma ([ue dicitur 
Medca, 

Fol. 123 A. Erplicit septinin.,, incipit octaua que di- 
citur Afjame/nnon. 

Fol. 1 11 A. EjLpIicit octaua .. incipit nona que dicitur 
(Jctauia, 

Fol. 159 V" l)lanc. Fol. 160 A. Ejplicit nona. . . incipit 
décima que dicitur Hercules Octheus, 

Fol. 192. Kx[)licit do la dixièmo tragôdio et du livre : 
« le eose mostriiose, mandarai piu forteinente le sagecte elie 
non fa esso Joue t uo ginitore e padre. o 

Ejplicit liber ira(/ediarum :Senece Deo gracias, amen. 
Einito lihro, ref'eramus f/ratiam Christo, 

CluH|ue tragédie est [)récédêe de son argument. 



1) 

(Ril)Ii()th. de Don r'nincisco de», lîhagôn) 

1.-3. SÉNÈQUE. Trois traites: 4. Léonard Ahetin, De la 
('/leralerie, traduit par P" dk la Panda ; 5. Plutakque, De 
toda la condition de la Xoble^a, traduction faite sur la 
version italienne d'Angelo milanais, fière de Pi<T 
('andido I)eceml)]i, \mvU) imiince de Viane. En castillan. 

Manuscrit de53 f(Miillets, pa|)ier. Fcritur<*du XV"*^ siècle. 
Grandes margi^s, rongées au début du livre, rul>rk]ues, 
espaces j)]ancs pour initial(»s. Format 290x222 mm. Reliure 
niod(»rne. 

C(* vokune, dont nous retracerons ^histoire ci-après, fait 
actu(»l]em(Mît partie de la })ibliothè(|ue particulière de Don 
Francisco de Uliagôn. 



XVI. SÉNÈQUE 11.*^ 

I. Fols. 1-7. Las (jaatro cirludes c doctrinas (jue co/n- 
paso Sencca, 

Inripit : « [L]as (juatro virtudes |)or seiitençia de muclios 
sabidores. . . » 

Kxplirit : « o de cahei* en couardia mcnguada (Cf. la 
notice du ms. Ii-64, n° VI). 

II. Fol. 7-11 \^, Los reniedios de los rontrarios de For- 
tuna,({ Kste lil)ro compuso Seneca muynol^leo éloquente para 
un honibre mui sauio (jue auia nombre Galion contra todos 
los ingenios e adueisidades de la fortuna... » 

Explicit : « se falla esta bienauenturanca » (Cf. la notice 
dums. Ii-61, n"IV). 

III. Incipit : « 'L]^H:ura es a liombre atreuersea ((uicm mas 
puede (|ue el . . . )) 

Explicit : « Pues no pugiies muclio ademas en las cosas 
que amares, ca por auentura non se encimara el bien que tu 
cuydas. 1^ otrosi non ayas miedo aun(|ue te venga con qui? 
te pesé car por auentura venir te a grant bien por ello. I\ 
dizen que el yrado nunca sera rico ni su cora(;on folgado. )) 
Aqueste libro compuso Senecn. Ce traité sans titre 
occupe les fol. 11 ^^-17. C'est un centon intitulé Los pro- 
uerbios de Sencca llamados vicios y virtudes^ dont une 
autre traduction se trouver à rivscurial dans le ms. II-S-13. 
Ici le traité est incomplet. 

IV. Fol. 19. Leonardo Aretino, Traité delà Cheoalerie, 
traduit par Mossen Pedro de la Panda, Rubri(|ue : lactra 

J'ec/ta por mosen Pedro de la Panda al muy ilustre conde 
Don Rodrigo Manrrifjue, Incipit : « Muy nianilico Sefior 
passando por Florencia para tornar en Fspana, curioso de 
traher algunos libros de los autores del tiempo, me vino 
a las manos u!i breue tractado (|U(^ Leonardo Darc^tco isrc) 
orador mui grande» c» como prin(;i])e de los de nuestra 
edat... » 

Fol. 20. Ineij)it du prologu(Mle Leonardo Bruni d'Arezzo: 
« Quiero (jue sepaes mui claro X'aron (ju(î a mi mismo. .. » 

Fol. 34 v". Explicit « auemos diclio todo es ya esplicado 
aqucllo de (pie posymos a fablar (Mi (»1 i)rin(;ipio. E pues 
que asi es fagamos fyn de dezir. » 

Au bas du même verso, d'une autre main, et d'une autre 

8 



%. *' 



1Ï4 BIBLIOTHÈQUE mi UARQOIS DE SANTlLUkNB 

cruTi' (]ni' If texte, mais d'itno écriture du XV" sifrelo (*g;i- 

leraent, un lit la souscription suivante : 

M. El tflste ayn aspcraiira M. ' 

de Figueroa 

NoiiK verrons, en parlant du manuscrit Ii-13 (notice LUI) | 
que le Traité de la Ckecalerie de Leoimrdo Arotino 
fui traduit d<'ii\ fiiiri )tu xv siiTlo. Nou,-* croyons la Ira- , 
dui'tioii du ma, li-l^ nutf'rieiire à oi^lle de Pedro de la ' 
Panda. La [HX'mif're vt-rsion es^t aiiouyiu<?. Amadm- de Jos 
Rios, sans le démoulror d'ailleurs, dit qu'elle fut faite \mx , 
Aiouso de Cartiigeiia (Cf. Hisl. criC, t. V'II, |i. 65, ii. 1). 
Nous ae le croyons pas, l"<n tous cas, en mars 1444, dans sa i 
réponse à la Question que lui posiiit au sujet de la elie- 
valerie, le seigneur de la Vega, l'évéque de Burgos dit : 
« Deijidea, seûor muy araado, {[Ueen un liljm qneLtxjnatdo 
» de Are^io compuso, para demostnir dondc el nfiein de la 
I) eavalleria aya proçedido e avido comien^o, entre otras mi- 
1) Htares-dottriniis face mençionde (,'ierlo juriiuiento, que los I 
)i cav-alleros fa^'ian, é non lo deelaro tiinto, como vos (juisiè- 
» rades, é to que et dexô de cle*;ir quisiéiades vos de mi lo 
» saver. E y» pur cvtu ejai.sieravercujuelsutrachtdoi^omo 
H de un disei-eptii oradur, mi nuiy especialamigo, con quien 
» por ej)istal;is ove duli'e conien;iii. . . » et jdus l»as dans la 
liiéme lettre Alonso de Cartagena dit expressément: pues 
sn escriptura non vi {Obras di;l inart/itéx de SantiUana, 
p. 493-494). 

V. Fol. 35-53. Plutareo, De todacondidon de lanoblcM. 

Kol. 35. ProUigue du prince de Viane, qui dit avoir tra- 
duit ee traité d'italien eu ciistillan pour puii-er dans celte 
occupation une dislruflion ;'i ses peines .voyez ci-iiprés * 
ce prologue) (1). 

Fol. 35 V. Prologue. d'Angelu Uecemhri. Cet liumanïste 
traduisit ee traitédu latin en toscan pour l'olïrir au marquis 
de Santillane. Rubrique ; Al mny nun/nifiro r podcroso 
seàor e virtuosn e! margnes de SantlUann nmdi- det n-nl, 
(TTMfcw/orff Anijflo omdor ytttfinno mifancs. 

1. M. G. DusileviNcs du Dezert ognnhiK, <Iuim naa livro «ar Don 
Ctirlox il' Aragon, Uii nliapilre aiiitiineu do Viniie écrivain, il noiiien- 
tionnc j)as cette tradiiclion parmi les travaux littémîres de son auteur. 



XVI. SÉNÊQUE 115 

Angelo ex[)li(|ue ([uo cet oiiviage, éirit on grec par PIu- 
biniue, fut traduit en latin j)ar Bonacorsso, et (|ue lui 
entreprend la version italienne pour en faire don au 
Manjuis ;voyez ei-dessous ee second prologu(V. 

Fol. 35 V®. Prologue. Ineipit: « Pensando ((ual peijue- 
ûuelo... » 

Fol. 36 \". T<;xte. Ineipit : a lui el tiiMipo antigo (juando el 
muy [)oderoHo imperio de Ronra ilorcMjia. .. » 

Fol. 53 V". Explieit : « ni el t(?mor de adultcnar el matri- 
inonio... » 

Ce manuserit est ineoniplet, le dernier feuillet en a été 
arraché parce qu'il portait \r sceau de la lîibliothè(|ue 
Colomhine. Voilà un iiouveau fait à ajoutera la trop longue 
liste des « fuites » (|ue M. Hariss(^ signale dans son 
opuscule intitula» : (rra/Klrtu' rt Dccttdcnce dv /a Bihlio- 
t/icyue Colo/nbine, 

Une copie de ce traité (jui se trouve dans W ms. \-2^0 
de la }îibli()thèqu(* Xational(* de Madrid, copi(» faîte au 
XVir* siècle sur le t<.*xte, alors (»ncon^ coniphît, de la Co- 
lombine, nous p(M*niet d(* dire ipi'il nian(pi(» 31 lignes au 
manuscrit de M. de Uhagôn. Le véritable explieit est : 
« Por end(» (jual de* anios a dos sea (*1 jnas loable o j)adres 
quo escrij)tos m vuestra senb^ncia s<* p(*rniite. Asi (jue 
por actoridad del 8(»nado como por voluntad d(^ Lucrecia 
<»lla fu<» dada |)or nuig(M' a Cîayo Klamiulo. Dco fjnUias. » 

Un autre manuscrit, \r (xi-3G de la même JJibliothè(|ue 
Nationale conti(Mit une c()pi<' faib» au XVIil'* siêele du 
traité de Leonardo Aretino tra(Uiit par i^Mb•o d(* la l^anda. 
Une c()Uit(* préfaci' à crWi' copi(», due peut-êtn» à Don 
Tonias Tamayo de X'argas, (pu* sigiw» d'autres pièc(*s,de ce 
recueil tout (Mitier d<* la même main, nous prévient (jue si 
la notice (|ue N. Antom'o donne du manuscrit de SévilU» 
(Bfhl. le/., t. II, lib. X, cap. xvi) est inexacte, c'est 
(ju'il a été mal icMiseigné i)ar le chanoine» Don Juan dcî 
Loaysa, cpii se» boina à lui copier les titres (|ui se trouvaiiMit 
au dos du voIuuk» de la Colombine, actuellement dans la 
bibliotliè((ue de M. de Uhagôn (1). lui efïet, la notice de 

1. Un êi-lio de ces errours sa trouve clans le ('«lUilo^'Uc dos niss. clo hi 
Biblioth. Nat. de Madrid, publié par Gallardo, au tuine II de \'lùisnf/o, 



* a.» 



116 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

Nicolas Antonio est erronée, la voici: « N^ 924. Petrus de 
» la Panda inscrriptus legitur cuidam volumini antiqui 
)) charact(*ris, sed qui luiius temporis est, tria opuscula 
)) continenti : (|Uod asservatur ms. in bibliotiiccn Hispalensis 
» Ecclesiae(|uae Ferdiiiandi Columbi, seu Coloni, fuit. Primi 
» opusculi titulus : Las rjuatro virtudes 6 doctrinal, que 
» rofnpiiso Scncca, Secundi : LctruJ'crha poi' Mosscn Pedro 
)) de la Panda al miuj il astre conde D, Rodritjo Manrique 
)) (coines fuit d(^ Pared(»s, niagnaiiimus. (ît ex heroibus 
» sacvuli huius). ÎSequitur e|)istolam libellas Leonardi 
» Aretini... ab eodem Panda ex latino in veniaculum S(t- 
» monem versus ac: De la orden de la Cavalteria voc^itus. 
)) Tertii : De la condicion de la nohle^a, N. de Angelo 
» inediolanensis, translati (juocjue, ut existimo, ab ipsomet 
)) Petio Panda, et 8antillanae niagno marchionidedicati. » 
On voit (|ue Nicolas Antonio passe sous silence deux traités 
de fSénè(iue et (|u'i] attribue à Pedi'o de la Panda la tra- 
duction du prince de Viane. La preuve irréfutable de 
ridentité du manuscrit de la Colombine avec celui de M. de 
Uhagôn est que la copie du traité de Leonardo Bruni con- 
tenue dans le nis. Q-36 d(» la Nationale de Madrid finit j)ar 
la souscription: M. El triste synesperança M, de Fif/ueroa 
et ((u'unc» not(» au bas de la page nous dit (|ue ces mots sont 
écrits d'une autre main (jue le textt* dans le manuscrit de 
Séville. 

Voici les (extraits ([ue nous avons tirés du manuscrit de 
Don Francisco de Uhagôn : 



Prolofiur du prince Don ('(trios d'Aratjon à sa traduction de 
Plutanjuc. 

]{iibri(iue: FA prinripc do Ntauirm : 

Veamos (juc vos vala dios si aljjjunas vezes el pensainiento e 

p. 8 de rAppîMHlico s. v. Arotino (Looiiardo) où nous lisons : Tratado 
f/r h( rdUalIrrla , trddacido dcl hit in rn castcliano par el principe 
1), Ccrfos dr Vi((iia // fals(unrn(r (itrihtddi} d Pedro de lu Panxla^ 
Q-36. L'erreur de Nicolas Antonio portait, nous l'avons vu, sur ropus- 
cule De iodu condicion de lu noblc^u, et non sur le Tratado de In 
cahdllerin» 



XVI. SKNKQUF. 117 

îmaginaeion de lo que cobdiciades si vos a las vezes tanto délecta 
<juanto si por la obra alcançasses vuestro deseo. E por que verda- 
derainente esto es mucho a todo*< notorio no me cal al presuponer 
si no que puedo dezir afimiadamente que tanto délecta la imagi- 
nacion en el tiempo del pensamiento quanto la obra en su lu^ar. 
E pues va me son absentes de la persona la libertat, del animo el 
arbitrio, del uso la exeiuK^ion por privaçion de endonde poder 
obrar; sola mi occupacion es de necessidat se détermine a la 
parte fjHeptiefle(A)' Ca si mi pensamiento con la memoria se junc- 
tamente conformasen en solamente pensar en la tristeza que posseo 
perpétua me feriasu durada e en tanto grado que la vida me pri- 
uarian. E por espediente de me procurar algun e necessario pasa- 
tiempo volui los ojos en la présente escriptura la quai, por ser tanto 
breue, el leer la solamente no me basto a la dilaçion de mis con- 
Pfoyos trabajos. E por sola razon de non obedecer a mi contraria 
fortuna contristando me siempre, délibère la trasladar de toscane 
en nuestro romance. E por dar alguna folj^anga a mi ymaginaçion 
que balançea en el peso del pensar en mis contraries acaesçi- 
mîentos. » 



Al mut/ mar/nifico e poderoso scnor e rlrtnoso el marques de 
Santillana, conde del real, traslado de Anfjelo, orador ytaliano 
milanes. 

Pensando quai pequenuelo donatiuo podiese enbiar digno de la 
excelençia vuestra, muy magnifico e poderoso Sefior, me vino en 
la voluntad cierta e una muy gentil obrezilla conteniente en bre- 
uidat e con muy pesada sentençia toda la condiçion de la nobleza, 
la quai obra primeramente fue en lengua griega por el doctissimo 
auctor Plutarco compuesta, e despues en latin trasladada por 
Bonacorsso orador ytaliano, finalmente sera por mi Angelo, por 
el présente e por amor de vuestra senoria, en toscano romance 
transferida. E por quanto asaz vegadas fue de aquella nobleza por 
los nuestros antigos disputado la mayor parte syn dubda de aquella 
colocaron en la antiguydat de linage, otros en la muchedunbre de 
las riq.uezas, e algunos en la sola virtud del animo. La quai materia 
por que me paresce mucho bella por lo que se en ella coritiene de 
excelente philosophia e ystoria e digna de letrada o magnanima 
senoria, por ende a vuestra .alteza, mejor que a otro senor, consi- 

(A) Quopnodo osasabor de la contoinplacion ca aunqiic por la obra o 
présent; ial m en te non se alcançcn la cosas deseadas la yniaginaçion con- 
templando cierto es que prcx^ura algiMiadelectaçion. 



118 niBLIOTHKQUK DU MABOUIS DE SANTILLANE 

dero (louer la intimar, a la quai oîertamente y por fama e por 
experionQÎa conosco asi oomo una singular luz do ingenio en toda 
la ulterior o çiterior espana, e on mayor grado delectarse en 
e^itudio de letras, a la (jual virtud se suele eneomendar la gente 
popular (|uant<) es de eon mayor alaban^a e celobraçion eontemplar 
en eseogido principe, por lo (|ual (lueriendo se menear el razona- 
miento de la nobleza o despues a (pial senoria se podria mas dili- 
gentoniente atribuyr <iue a vuestra gracia a la quai, asi por natural 
ingenio (;onio por industria continua de estudios, eso niesmopor 
bien auenturan(;a y gloria de estado, toda la representaçion parti- 
c-ular e gênerai de la nobleza lia en si coniprehendida. Edcaquclla 
se puede conio de espejo luziente la verdadera estimation de 
aquesta nobleza contenij)lar. Pero si de la lindeza del linajc 
dezimos, quai senor temporal es a (piien no se pueda (>omparar la 
generosidat de la senoria vuestra, o por la antiguydat de los 
mayores o por la alt(^za de vuestros parientes. E si de las faeul- 
tades o ricpiezas queremos dezir, fallar se a asaz vuestro anîmo 
abastado, si por iirmeza e constante fe de sus vassallos e subditos 
otrosy por su nic^sma o ardiente bienqueren(,'ia que tienen a vos. 
K si de las nobles virtudes del animo penssamos, tantoesel amon- 
tonamiento de a(|U(îlla> en la (;elssitud vuestra (pianto qualquier 
|H»rssona jmpularo sefiorii puede desear bonestamente. No di 
remos por lo présente de vuestra justi(;ia, piedat e clemençla, fe, 
libéra lidat, por que agora no basta cl tiempo ni el lugar de lo 
esplicar Por todos los (pialcs e muy bonestos enxieniplos e res- 
pe<'los ne\*essarios me costn^nyan non (?) a la excolenvia vuestra de le 
enbiar dignament(^ la dieba disputaçion de nobleza a laquai e a 
su arbitrio dexando la sentcn^ia de aquella a quien como muy 
fiel seruidor bumihnentc e sus manos besando me encomiendo. 



E 

(Osuna: Plut. III. I,it. N. n" H: Uocani. n" 192; Ribliolh. Nat. 

Ma(bi(U Kk-lO) 

Sknhqi.'K, Liittirs à LnriVe, V\\\ castillaii. 

Manuscrit de 8S reuill(»ts, plus A de table, 1 de gard(» (»t 
11 à la lin du volume. Papi(M^ (*t vélin, blcritun* do lu pn*- 
mière moitié du XV' siècle, à deux colonnes. Format 
î)98x!iî7H mm. Heliure de parchemin. 

Au verso du feuillet do garde on lit la rubrique suivante : 



XVI, SÉNKQUE 119 

En este libro ay setenta e çinco capitulas las cjnales son 
yntiUdados epistolas de Seneca a Lurilo, las quafesjablan 
muy altamente, e el que leer aUjuna délias (/uerra, la tabla 
le dira a cjuantas/ojas cada iina délias J ail ara. 

Suivent 4 feuillets de tiible à deux colonnes. A lu fin de lu 
faible, lu rubrique suivante : E asy son las epiMolas que en 
este oolumen se contienen en çiento, las quales son de 
Greyorio Rodrifjue:;,rlerigQ e noiaria vecino deBuvyosque 
Dios dcre bien acabar ; amen. 

Ce nom de Greyorio Rodrir/ue^ a été sul)stitué à un autre 
(]ui a été complètement gratté ; le nom primitif était en 
rouge et Greyorio a ajouté le sien à Tencre noire. 

Fol. 1, vélin. Prologue ; « Seneca fue un «ubio omne dis- 
cipulo de un pliilosopho que ouo nombre Focion. . . w 

Le fol. 2 porte len" 25, il manque donc à notre texte 23 
ou 24 feuillets, car le prologue ne porte jiaH de numération. 

Incipit : (( ... (|ue aquellos que refuyen e ban recursao a 
el esperando encobrir. . . » C'est la fin ducbapitre xxi. Dans 
la même colonne commence le cbapitre xxn. 

Fol. 108 A. Les lettres à Lucille finissent avec la fin du cba- 
pitre Lxxv, par : « por nescesidat aya e tome sin demasia e 
sobni. » 

Fol. 108 v** A. Lettre de Plutarque à Ti*ajan, son dis» 
ciph». A la suite un « dicho de Mario Maxime pliilosopho. » 

Fol. 108-112. Huit lettres de Sénèque à saint Paul, six 
de saint Paul à Sénè((ue, cinq de saint Augustin au i»omte 
Boniface et cincj de Boniface à saint Augustin. Fol. 113 v*' 
Explicit : « porque la salud tuya ])or algund tienpo nos 
sea otorgada. )) 

A la fin, 6 feuillets do papier dont doux sont 0(»eupéP par 
une généalogie des rois gotbs d'Espagne et de» rois de Léon 
et de Castille, et denJamoMOH caualleroM el ronde donFernan 
Gon::ale2 de Caatilla y el Çid Brui Dias de Vibar, 

Sur l'avant dernier feuillet on voit des dessins de lames 
d'épéoa avec les maniues et les noms de six armuriers. C'est 
un curieux document. A droite dans la marge, on lit : SenAles 
de las buenas espadon antiyuas, et en curacté*res curiBifs : 
Piero. Antonio, y Cafaldofueronlosprinj/ipales maentros e 
eMtoH Hon HUH disripulos. Suivent les nonis et les mar(|ues. 

Ce manuscrit contient la version castillane du volyarij" 



120 



HIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SAMTILLANE 



znmi'iito i|ijp tjt fiiire Rîcciirdo Pétri de Florpnce. sur une] 
tiaduction tranriiise (cf. la notiii' ilu manusfrit Hli-57), hiea^ 
(|ue notre exemplaire porte expressément: las tpiafes t'pi- 
stolaxJizQ trattladav dp tati/i vn Ictifiua Jlorpnlina Hicarda I 
Pcdm, etc. Le miiniiscril itiilien dit an même endroit : h I 
f[nali pistole <• ium'unauH-nli J'eci". traslatare in linfiaajio-k 
rcnlinn Rirrardo Pétri, ctc'. Il faut sans doute voir drnis 
liiliii une .TreiH- du li;i<hir(rur riistillan, (|ni étjiil iusul 
saninicut iensfigui'. 



: Plut. V. Lit. N. N- T,; Uwaii 
Mailrul, li-ri8l 



N- 19-1; niUioili. N.-il 



Sénèque, Œtwres diverses, tnidiiites en eastillan par 
Alonso de Cartagena. 



Manuserit de 167 feuillets, au commeneeuient 3 feuillets j 
de garde et à la lin 3 feuillets blancs d'un autre papier qu6 1 
ceux du inanusrrit. Papier, folioté en bas iv droite. Beaucoup f 
de feuillets usés ont été rebordés, l-^-riture du XV' siêele. 
Notes et gloses dans les marges, de la môme êei-iturc (pie le 1 
texte. Format ?83X214 nini. Reliure de parelieTuin. 

Ce manuwerit contient : 

1 De la prouidi'nria dcuinal. 

2 Di: la clvmen<;ia. 

3 BiTuc fnpilat,-ion que de sus dic/ioa fnefecho. 

4 Libro de amoneMa(;ioneK e dotrinos. 

5 Lihro de las stpHc artcs lilteralcs. 
Fol. 1. Préface d'Atonso de Cartagena an roi de Casti!le:l 

H Quand dulçe os la i,-ien(;ia niiiy eatolico principe. . . » 
I. Fol. 2 v". F,.v])licit : « la entrodu(;ion seguente. w 
Même feuillet : Introdnrion u Ue la prouidençia deumal 

muclios sonlosque (ablaron asy catolieos eomo gentilea...u 
Fol. 4. Explicit: « (juando conbatyr nos (julsiere incli-rj 

nemos la oreja e eseucliemos a Seneea. » 
Seneca a Ludlo : « Preginitaste me Lut;i!o pues el mundol 

se rrige por la prouidençia de Uios porque acaes^en muebos 1 

maies... » 



XVI. SKNKQUR 121 

Fol. 20. lv\pli('it : w con la lanra de la rrazon diziendo 
asy. » Lo livre I compte 16 chapitres. A la suite et sans 
<»\'pli(*it spécial commence le livre II : Senrca a Ser^erw : 
<( Piiedo con rrazon dezir o Seuero (jik*. . . » 

Fol. 45. lv\plicit : (( d(» la rrepuhlica e del linaje luimanal ». 
Le livre II <'ompte 19 chapitres. Ar/ui se araba el libro 
s(*f/itnclo de Senecrt de la prouidencia de Dios a Si'veno. 

II. Au-dessous: Libro priniero de Luçio Anneo Seneca 
de la Cleinenria al enperador AWo, 

Fol. 45 : Prolofjo en la trasiaçion. Incii)it : « Muchas cosas 
son prinçip(* muy esclarescido (|ue fazen al rrey . . . » 

Fol. 47. lv\plicit : « la yntroducion cpie se sygue. » Suit 
l'introduction du traducteur: « [D]os libros Hzo Seneca de 
la clemencia amos vntitulados a Nero. . . » 

Fol. 47.Explicit: «labre Seneca sus floreaduras. » Seneca 
al enperador^ Nero, Capitulo primero. 

Fol. 49. Incipit : « Aeorde de te escriuir o Nero Çesar de 
la virtud ((ue se llama clemencia. . . » 

Fol. 80 \^: « de tenplos o de fuego muy grrande e gênerai. 
Ar/ni se acabn el libro primero de Seneca de la Clemencia 
;24 chapitres . 

Au-dessous : Libro sefjundo de Seneca de la Clemencia 
al enperador Nero, Introdurion: ]\n este segundo libro de 
la clemencia aunque ... » 

Fol. 31 v". Explicit : u que en ella nos quiso dar Se- 
nec;i. » Seneca al enperador Nero : « Una palabra que 
mienbra, o Nero Çesar, (jue te oy me apremio. . . » 

Fol. 88 V". Explicit : « se enderesce e torne derecho. 
Aqui se acaba el serpindo libro delà Clemencia de Seneca al 
enperador Nero. 

III. Suit : En este ([uaderno estan al(/nnas declamaciones 
(jue Jueron saradas de diuemos lof/ares del original de las 
Declamaciones, 

Fol. 89. (( [\\\\\ iA libro d(* las D(»clamaciones la déclama- 
tion ((uarta que se llama la (leclama(;ion de acpiel cpie con 
las armas que tomo d(» la sc^joltura fue vençedor. Propone 
contra el acjuella action (pie se llama del sepulcro of(Misado. 
E el caso es este : una cibdat auia guerra con otra e un 
cauallero . . » » 



122 RIBLIOTIÎKQUE DU MARQUIS PE SANTILLANE 

Fol. 145 v". Kxpli(*it : a o nin ongana a otro nin ella es 
cnganada. )> 

Fol. 146 : Aqui se acaba una breue copilaçion de algu^ 
nos dichos de Seneca sacculos de una grant copilctçion que 
de sus dichos e dotrinas fuefeeha. Efuevon tornadds de 
latin en lenguaje castellano por mandado del muy alto 
principe e t/iuy poderoso rey e seflor nuestro sefïor el rey. 
E non van sytuadospor ordenanra por quanto fueron acaso 
seyunt que cada uno en leyendo le bien paresçio, E ana- 
dieron se a las glosas algunas adiçiones en loa logares donde 
el dirlio senor rey mando. 

IV. Fol. 147: Lihro de Seneca de amonestamienios e do- 
trinas. (( [N]on liay cosa tan mortal a los yngonios humano» 
coino la luxLiria. » 

Fol. 155 v^. rA'plicit : « tu abstinonçia de las viandas 
suzia e vil. » Aqui se acaba el libro de los amones- 
iamientos e doctrinas, e comienra el libro de las syete 
arfes libérales en que muestra Seneca, fablando de cada 
una délias, que non ponen en nuestr^o coraçon la cirtud 
mas aparejan le para la rresçehir. 

V. Fol. 156 : Libro de las syete artes libérales. « [DJoseas 
sahor cjuc es lo que me paresçc de los estudios liJ)ei^Ies c 
para désir te verdat. . . » ^ 

Fol. 167 V". Kxplieit : « mas nun dixieron cpie non pode- 
mos salxT, que non sahemos nada. » 

Aqui se acaba el libro de Seneca que llaman de las artes 
libérales, 

L(»s notes et les gloses de ces textes sont intéressantes ; 
elles donnent des renseignements sur les jeux, les coutumes, 
I(» droit et Thistoire, elles confirment la sûreté et Tétendue 
de Tcrudition de l'évèque de Burgos, si célèbre et si admiré 
au XV*' siècle. 

G 

(Kocam. N" 19H; Hiblioth. Nat Madrid, li -55) 

Sénèque, Œuvres diverses. En castillan. 

Manuscrit de 223 feuillets, papier, les premiers feuillets 
sont très abîmés par Thumidité, folioté avec soin jusqu'au 



XVI. SKNtoUF. 123 

fol. 87; h partir do co fouillot nno orrour so glisse dans la 
lîumf^ration, le fol. 88 porte le n" 89, or, lien n'est omis 
dans le texte; il y a donc omission du n" 88, cette faute 
d'une unité court jus(|u'au fol. 200, c'est-à-dire 199 oîi la 
foliotation cesse tout à fait. Iv'iiture du XV'' siècle, ru- 
briques et initiales ornées. Format 283X210 mm. Reliure 
moderne en basane à filets d'or. Les 2 premiers feuillets sont 
ocvupés pour un<* table très détaillée. Ce manuscrit est en 
tout pareil au ms. Ii-58, c/(*st pour(|Uoi nous ne parlerons 
ici que des traités qui ne se trouvent pas dans l'autre 
manuscrit, et nous nous contenterons d'énumérer ceux que 
nous avons déjà déciits. Dans les d(»u\ textes, c'est à la 
version d'Alonso de Cartag(Mia avec s(\s p:loses ot ses com- 
mentaires que nous avons affaire. 

Fol. 3: A(fui comienrn el lihvo de Seneka qiio es llainndo 
De Vita beat a. 

Prologue dédicatoin^ : 

Incipit : a Si los bienes mundanos pi'încipe muy poderoso 
pueden dar bienandanca ... » 

Fol. 4 V^. Explicit: « que la yntroduçion que se signe 
dira. » 

Prologue du tniducteur : a Grande cuydado pusieron los 
sabios gentiles en catar quai era el mayor bien. . . » 

Fol. 6. Explicit : « quantoa este fin le podemosoyr. » 

Texte, incipit : « Todos desean o Galion bermano ))iuir 
bienauenturàdamente. . . » 

Fol. 49. Kxplicit : « Pues en todaslas mares, por la mayor 
parte, sobreuiene algunas vezes tormentn. » Aqiii se acaha 
el If'bro de Vita hcata. 

Fol. 49 v>-98 :c'est-à-dire 97', 2 Libros de la Prow- 
dentia de Dios. 

Fol. 98-138 ic'est-à-(lir(^ 137). 2 Libres de la Cle- 
menria. 

Fol. 138-150 (149). IJbro de hfs Artes libérales. 

Fol. 150 v*'-158 v^ (157), Libro de Amonestamientos e 
doetrinas . 

Fol. 158-221, Breue copilarion de atgnnos diclios de 
Seneca (nous (empruntons ce titre au ms. li-58 . 

L'ordre de cette brève compilation n'est pas absolumojit 
le même dans les deux manuscrits. Dans le ms. Ii-55 il v a 



124 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

dos erreurs dans Tordre des feuillets qui rendent la col- 
lation difficile, mais le contenu de cette partie des deux 
manuscrits est le même, et c'est la même traduction. 

Fol. 221-224 v"*. De quatro virtudes. 

Fol. 221 : «Do las espeçias de quatro virtudes por senten- 
ciasdo muchos sabiosson definidas por las [quales] el animo 
umano afeytado pueda a honostidad allegar» {sic). 

Fol. 224 V" (en réalité 223 \^), l^'.xplicit: «en lasaduersy- 
dades firme en las virtudes del anima. Fin » (Cf. la notice 
du ms. Ii-64, VI). Les quatre derniers mots sont de la 
main (|ui dans le texte a fîiit par endroits des retouches. 

Il 

rOsuna : IMut. V. Lit. N, n" 12; Rocam. n» 191; Biblioth. Nat. 

Madrid, Ii-8(>) 

Sknèque, De Vitaheata, Kn castillan. 

Manuscrit de 34 feuillots, papier, nombre irrégulier de 
lignes. Fcrituro du XV* siècle. Grandes marges, notes et 
gloses, pas de rubriques, mais des initiales et des lettrines 
en couleur. Format 286^216 mm. Reliure de parchemin. 

Ce manuscrit contient le De Vita heata en castillan. 
C'(»st la traduction d'Alonso do Cartagena que nous avons 
déjà examinée dans le manuscrit Ii-55. 

Fol. 1. Prologue-dédicace au roi. 

Im)1. 2. Prologue du traducteur. 

Fol. 3. Incipit : « Todos desoan o Galion hermano beuir 
bionauenturadamente. . . » 

L'ol. 34 v°. L(» traité inachevé (init par : « e esto pares(;e 
bien por(|U(* F[)iarro (\\w fuo ol principal. ») 



Sknkqik, De Morihns, Kn castillan (Cf. notice XIV,n"ir. 

Tr(((l licteurs et lirtdiwtions de Sénè(/ne en Espaf/ne 

Sénécpie (^st une dos grandes autorités du moyen âge 
espagnol, on le cite partout et à propos de tout. A son mé- 



XVI. SÉNÈQUE \2T) 

rite propre s'ajoute l'aiiréole patrioticjue (|ue lui vnut sa 
naissance à Cordoue. De même ((ucî Lucain, son neveu, Sê- 
nècjue est considéré comme Ivspagnol 1). Les (luivres du 
stoïcien sont dans toutes les bibIiotliè(jues, souvent on les 
y trouve à plusieurs exemplaires et en (juatre langues : 
en lutin, en italien, en castillan et en catalan 2). Les plus 
anciennes traductions castillanes de cet auteur conservées 
à Madrid et à l'Escurial ont été exécutées au XV*' siècle 
pour les rois Jean II et Henri IV, pour Fernan Perez de 
Guzman, et une ancienne version a été retouchée pour dofla 
Inès de Torres, femme de Louis de Guzman, grand-maitre 
de Calatrava. Dès les premiers temps de l'imprimerie, les 
éditions de Sénèque abondent : Séville, Médina del Campo, 
Zaraora, Tolède, Alcalâde llenares et Anvers en ont fourni. 
La Catîilogne avait précédé de quelques années la Castille. 
Kn effet, Villanueva (VVa/yc, XVIII, 210), cite un manus- 
crit du XI V<^ siècle contenant une version catalane de VEr/-- 
positio des ouvrages de Sénèque par le dominicain Lucas 
Manelli(3). Du XIV^ siècle aussi date la traduction des dix 
tragédies de Sénècjuc faite i)ar Anton Vilaragut et dont 
une partie seulement nous est parvenue. Antoni Canals 
traduit entre 1393 et 140G le De Prorû/cntiff, Le Sumari de 
Senecn de Père Mollâ est de la fin du XI V^ siècle ou du 
commencement du XV'', et TEscurial conserve dans un ma- 
nuscrit du XV* siècle une traduction catalane des Afora/m. 
KnHn, les lettres du stoïcien furent traduites du français en 
Ciitalan : « translatades de lati en franccs, e puys de frances 



1. Rodriguez de Castro : BihlûUeca ospfuiola^ t. II, p. 32-62. 

2. Le prince de Viane j)()ssédait une traduction fraïK-aise des Lettres 
à Lucille : « Epistohi» Seneca» en frances (les epistoles de Seneca. en pa- 
per, no acabades). » Cf. G. Destleviscs du Dczert, Don Carlos d'Arof/on^ 
appendice XV, p. 453. Les nicMucs lettj:es, en fiançais également, sont 
mentionnées sous le n"18 du catalogue delà Ribliothèciue du connétable 
de Portugal Don l'edro. Cf. A. Balaguery Morino, D. Pedro ri condr- 
staldc de Portu<i(tl, Gerona, 1881, p. 23. 

3. Villanueva et Kubio v Llucli font de « fiai-o Luchas » un Catalan ; 
c'est M. Morel-Fatio qui a rc<^'onnu en lui le dominicain Luc^s Manelli, 
auteur d'une « Exposition »> latine des lettres de Sénèque et de sa phi- 
losophie morale. Cf. Grundriss der Roniunisrhcn Philologie de Gtohetf 
IIBand, 2Abt., p. 103. 



126 



BIBLIOTHÈQDE DU MARQUIS DE SANTTLLANE 



(.*n cullial&i I). » hee truilu<'tinn8 ciisIillaiK-« du XV* 
pcuvpiit se iltvîser en cini) groujien )ini)(.-i(>;tu\ : 

1" Les Iraduetions dues à Alonso de Cartagoiia. i>véc|i»o I 
de liurgos. 

3" Celles qu'a faites Pedro Diaz de Tolède. 

3" Celle (|iie fit exécuter IVi-ez de Gu/inan. 

4* La e^ipie d'une aneieiiue version du Ih- It-n, i<*-riUi \ 
piir Fr. Gonzalo et corrigée d'apié» IViriginal latin jBirNufci 
de Guzman. 

5" Vei-sious dont l'auteur n'est piis eoniiu. 

I. Alonso de Alinela, disciple et serviteur de don Alonso «lu 
Cjutageiia, nouî* dit daiit son Vnlrrîo rfc las liistoriivi tnie 
rèvc<|uc »t tornô de latin fii nuestro \ ulgiir doee lîhr»>s de 
Seneca ofCf. Amadorde losRioi?, (tf}ra« '//■/ Mttrqm-M, p.SÏS, 
et Hintorin critira. t. V'I, p. 3:), n. I . Iji ))!upart dw om- , 
nu&crils qui nous eonscrvcut les Iniduetîons de Sénèquo ■ 
dues à don AUniso contiennent : 

1. De la Di'ila bivnaceniura/lfi idédiéau roi Jean II). 

2. Uhropriiwroilv laprociilvnria ilirinal ) 
y. IJhru si'yiuiilii 

4. IJhro nrimi'rn tlt- la riemi-mia i i>r.>ii>giio a» mi Jean il J 
j. Uhro .s4-f/uini'> / ,i.,„ dt »«p.ïiB. 

6. Liijifj */(■ li'SsifU- tu-li:s lilM-ntli-n 



k: 



•lopictto r 



7. Uhrit dr funoiifsfaiiu'i'ntus c dtUnnns. 

8. IJhro lie ri'mcdiw iimtra ndvrrsnfortnmi. 

9. tJbi'o dv Inn ffuatro cirfndrs cardirinli'.s. 
Saut im,\ (tas i|uc Ifjs Déi-lainalimm de Mare, MltfilfiKÎesà 1 

WD fil» peiidant longtem]*, ont et** Iraduit<« r(. GaJIardi». 
Enxayo. t. IV, colonne Hît9 . sihis le tiliv de />(x tUfltt- 
marioiu-s y m-nti-nriax ron stLs ijlux'tx. Dans le même volume J 
se trouvent au«eî le traité Dt- lu proridj-nria dv l)im et les I 
livres Dr lu rleiiw/icia. D'autre paît. dau« le iimiiueci'it lî-âS j 
de la Bililiotli.Nat.de M»dn<l,nouti tntiivonKijueUjU<w«d4cla- 
lliations tirées de l'original des Uêclamalioits it. 



1 . Nous euiprimUins (ses îiidioUJuiiH rdatîve!' k S<f iièque daiit la IHt£- < 
mtuFc uttaliiue, ï In KiilalanUi-he LitUiniar Je M- Mi^el-Fatin, A 
le GrumbÎM (.Ct. /. c. ii. 1U3, 104). 



XVI. SÉNÈQUE 



127 



a- miinitsi-rit ne L'i)iitiiMit([ue des tr.iîtt^s tnidnits par Aliuisn 
di- CcU'tagciiJi, mius [louvons émcltie riiypotlii'S» i]ii(; l«s 
Lh'riainationK atiniiil été traduites pîir IVvéque de Buigos . 
I! est probable aussi qu'Almela compta c-omine faisîint 
partie des douxe livres la Bn-cc nijiUttcion (fe alf/uiw-v idchns 
lie Scima faite pjir !'êvê(|ue pour le roi Jeiui II. 

l'eut-iinattrihiier àAInnso de Ciirtagona l'une des deux 
traduitions des Prorcrhioa de .Si-tiPca Unmados ciritm y 
ivr/iidcs, (jui sont anonymes? Nous en reparlerona tout à 
I'heiire(l), 

II. l'edrn Diay. de Toledo, cliapelaiii du UKU<|uis de San- 
tillane, tnidiiit et eoinuientr pour le roi Jean 11. les soi-di- 
sant l'roriT/>ee de S^ni^que et le Du morihun. Or, nous «i- 
viins que S«ni.'(]ue n'est pour presque rien dans les ProrvHùa 
Svni'civ. Quant au D<- nion'hint, il n'est ni de Sénéque, ni 
de Martin, ùvèqtie de Itraya, auijucl un lu luuyteiupri alliî- 

bué. 

III. Fernun Penv. de Guzman lit tj'aduircen castillan les 
Lettres ù Lucide sur la traduction italienne faite au mia- 
inenceinent du XIV" siùcle, h Florence, par oidre d'un 
grand uiareliiuid de cette viilo, Ricardo Pétri iVoir ci-Ue«- 
8Us les notices des mas. B, llh 57 et E, KK-16 de la lii- 
bliotliéque de Madrid}. Aniador de kis Rios (cf. Obras lU-/ 
Mtirqués, p. 6.'i8) ci-oit que la traduction des épitrcs de 
Sénèfiuc pourmit étiv muvre du seigneur de Itiitres lui- 
même. Il n'en est rien, Feruan Perez de Gu/inan fit sans 
doute exi'futer wtte versiou par uu de ses familiers 

C'est encore Aiiiador de los Hios [HUtoria crUictt, t. V], 
p. 394, uote 3) qui pfirle d'une tfîiduclîon des lettres de 
Séni'que due à Aljdionw.' V d'.Vragon. Ses preuves se ré- 
duisent à deux jtassages du Paiiormita et du prince de Viane, 



1, llodrigae«ilB('iiBlM(Ô»W('(rf. (■»p.,t. Il, p. 48) donne la lifîti? !'ui\anio 
d(.'s>£uvr«i(]i.^S<.'niH)ue|ouàIui«ttribuLW,v'ue4parluid4nsd«iiiunu»cj-ilH 
de l'Esourial {tout du XV' sii-cle) i-l triicluites, dil-il, pur AlnuHO di' 
OLFlagenii : '■ Ealaa i>bras son : Uw libri);: de la ritUi Uirjiaccnlnrada ; de 
la divina praridenera : de l<t elfinenci^ : de lan rrmedio» dr la Jar- 
iuna : los Prorcrbtos y doi'lriniin : el tralado dv lit gitcrra ! ln.i decld' 
madones : l'I trutado de lux sieli- arles liheriili'ii I cl de las ifuatro rir- 
imites .au'éimUn If «ua^apertW r M dr ta ttmitMd jr dct nmigo eoino se 
hado nanttr : i/ ton dichas en cl nrlu di- tatavaitcria.. ii 



BIBLIOTHÈQUE DU MAHQUIS DE SANT1U.ANE 

il'où il n-sulte (]Uc le ruï iiimail â lire les lettres à Lm-ilir, 
rien de plus. 

IV. Deux manuscrits de l'Ksrurirtl conservent le i?t' /m 
c-n HiNtillau. Ces deux manuscrits siint du XV" siècle, L'ua 
(le II-N 8) est t^crit sur vclin avec grand luxe de rubrique* 
et de eapitales enluminées; l'iiulrc (le lII-T-3i est plus mo- 
deste, il est écrit sur papier, et la |)l;ice de ses aipilttles 
est demeurée lilandie. Ces deux manuscrits de même for- 
mat (gr. in-1") contiennent le même texte. Voici comment 
les mentionne te eutalogue manuscrit de l'Kscurial sous 
les mots Yra et TvaUuto : « TniUtdo de la ira ij snna Irml. 
a! rasl. li scrdcio tiv iiuvslrn svfiur i-l rci/ D. Sanclin ; 
Eserito en papel, à inediados del siglo XV.. . Trntado <h 
St-iu'ca contra la ira tj nana, Irasladuilo ih-l latin por Fr. 
Goit^alo ij corri'fjido pur A'uiio d.v Guz-inun. l'^scrito en 
papel, ano de 1445. » 

Rodriguez de Castro {BihlioL ?.■*/;., t. Il, p. 45), relève 
dans le ms. III-T-3 le nom du copiste Pedro de Medîna (1). 

La traduction est |trécèdêe d'une sorte de préface très 
intéressante, dont nous donnons des fragments dans notre 
étude sur Nufto de Guxman (Appendice I). De cette préface 
publiée tout entière par Rodiigue/ de Castro {toc. ciV.), il 
résulte clairement qu'un certain Fmy Gnnijalo, cliapcluiu 
de dona Inès de Torres, femme de I.uis de Gu/.man, mallro 
de Calatrava, /■cro/jm le De Ira sur uneanciemie traduction 
castillane. Pcul-êtra (îorrigea-t-il un jieu l'ancienne version 
déligurée par des cojjistes ignorants et fruit du labeur d'un 
médiocre humaniste, mais ce devait être fort insuffisant, et 
de profondes altérations de texte subsistaient, puîs<)ueNiiao 
de GuKman, qui paraît être l'auteur de cette préface et y 
parle à la première iwrsonne, prit la peine de revoir cette 
veryion et d'en corriger la forme, comme le fond, d'après le 
texte latin de Sénèque, iju'il dit avoir beiUicou]i pratî<|Ué. 
Il dit aussi (jue cette versi<in est si défectueuse, (|ue pour 
l'améliorer réellement il aurait fallu la refaire de fond en 
comble, et (pie, ne s'en croyant pa-s capable, il a fait de son 
mieux pour la rendre moins obscure. La prétare débute par 



I 



A 



XVI. SÉNÈQUE 129 

ces mots: Este libro cscriuio fray Gonçalo siijicicnte orto- 
Urafo. Cette déclaration, conlirmée par les explications de 
Nuno de Guzman, nous paraît sullisante pour refusera fray 
Gonçalo le titr<î de traducteur (jue lui accordent le cata- 
lop:ue de TKscurial Castro, /or. rit,) et Ainador de los Rios 
'Historiacritica, t. VI. p. 34, note 1 de la pnge précédente). 
Fray Gonçalo a copié la vieille traduction du De Ira faite 
!cf. ms. III--T-3, fol. 2\ al pro comun de todos .senalada- 
mente a serairio de nnestro seflor el Rey don Sanr/m [IV 
de Castilla], Nous ne pouvons apprécier les modifications 
subies par le texte de la versi(m du XIII" siècle, puisque 
nous n'avons connaissance (jue des deux manuscrits dont 
nous venons de parler, cpii contiennent tous deux le vifari- 
mento du XV« siè<'le. 

Quant à Pedro de Médina, faut-il voir en lui le copiste de 
Tancien manuscrit copié et un peu retouché par Gonçalo, 
ou bien a-t-il été le copiste du manuscrit lII-T-3? 

V. Un manuscrit provenant de la bibliothèque de Don 
Pascualde Gayangos Biblioth. Nat. Madrid, cote provisoire, 
n'^ 108) contient une traduction castillane de r^ATroxoÀoxuvxwçi; 
de Sénèque. Fier Candido Decembri, Tépitre dédicatoire 
nous l'apprend, a traduit cet ouvrage en italien pour l'offrir 
à Nuno de Guzman dont il fait un grand éloge (Cf. Ap- 
{)endice I). Qui est Fauteur de la version castillane de ce 
Jueyo de Claudio enperador faite sur le texte italien de 
Decembri? Rien ne Tindicpie, mais il est permis de supposer 
que, si ce n'est pas Nuno lui-même, c'est un de ses ser- 
viteurs. 

Dans le manuscrit (jui fait partie de la bibliothèque 
particulière de M. de Uhagôn, nous avons trouvé un frag- 
ment d'un centon de Senècpie différent des Proverbia 
Senecaedii Pedro Diaz, différent aussi des Admonestaciones 
y Doctrinas de révecpie de Rurgos. La bibliothècjue de 
l'Escurial conserv<» dans le tonw de va/'ios^ II-S-13, le 
même traité complet. H occupe 36 feuillets et porte le titre 
suivant : Los P/'overhios de Senera llaniados vicios y vir- 
tudes. Seulement nous avons affaire à deux traductions diffé- 
rentes. Celle du manuscrit de TEscurial a un tour plus 
ancien, quelque chose de gauche et d archaï(iue; celle du 

manuscrit de M. de Uhagôn est mieux écrite et son style 

9 



XVII 



VALKRK-MAXIMK 



A 



(Osuna: Plut. III. Lit. N, n" 20; Rocam. N" 203 ; Blblioth. Nat. 

Madrid. Keserv. 5'- 10) 

Valfre-Maxime. Rn italien. 

Manuscrit de 173 feuillets, plus 2 blancs au commence- 
ment et 1 à la lin. Vélin. Réglé à 34 lignes. Écriture et 
ornementation florentines du XV<^ siècle, rubriques et lettres 
ornées. Trace de deux feuillets blancs coupés à la fin. 
Format 325x330 mm. Reliure de parchemin. L'encadre- 
ment florentin porte les quatre heaumes, la devise « Dios e 
Vos )) et en bas, dans une couronne de laurier et sur fond 
d'azur^ les armes du marcjuis de Santillane portant : Saice 
Ma/'ia fjrada phna. 

Titre: Incominria il libro di Valcrio Maximo de farti 
c dviti dcf/ni di nwnioria. Ce titre est écrit en capifciles 
d'or. 

Le texte commence par une lettr(> ornée contenant le 
portiîiit de Valère-Maxime, son livre à la main : « Li facti 
e li (l(»cti li (luali sono degni di memoria délia. . . » 

Kxi)licit : (( giusto tormento fue costretto d'essere dato. » 

Fol. 173. Rubrique en capitîiles: Finis —Finiscc il nono 
et ultinio libro di Valcrio Maai mo de facti e decti merno- 
revoli ad. Tiberio Cesare. — Laus Deo, 

Fol. 1-21 v^ livre I ; fol. 11 v", fin du livre II ; fol. 60 v°, 
fin du livre 111 ; fol. 80, fin du livre IV ; fol. 100 \\ fin 
du livre V; fol. 119, fin du livre VI; fol. 135, fin du 



XVII. VALÈRE-MAXIME 133 

livre VII; fol. 153 v^ fin du livre VIII ; fol. 173, fin du 
livre IX et dernier. 

Tous ces livres sont précédés d'une table rubriquéo de 
leurs chapitres, et suivis d'un explicit. 

Il s'agit ici d'un volgajij::^amenioh\onconnu du XIV*^ siècle 
attribué à Andréa Lancia et publié en 1867 à Bologne, par 
Roberto de Visiani sous ce titre : De fatti e detti dcyni di 
memoria dclla ciità di romn e délie striante ejenti; testo di 
linrjua del secolo XIV viscontrato su mol ti codici (Zam- 
brini, /. r., col. 1039 et 1040). 



B 



rOsuna: Plut. III. Lit. N, n" 1; Rocam. N''202; Biblioth. Nat. Madrid 

KK-17) 

Valère-Maxime, traduit en castillan à la prière du roi 
Jean P' de Castille,parFray AntoniCanalssur la version 
en valencien faite, par ce même Canals, pour don Jacme 
d'Aragon, cardinal de Sainte-Sabine, évêque de Valence. 

Manuscrit de 191 feuillets, papier, non folioté, à deux 
colonnes. Kcriture de la première moitié du XV^ siècle. 
Sans rubriques ni capitales. Quelques notes marginales. 
Format 394x280 mm. Reliure de parchemin. 

Fol. 1. Lettre d'envoi du cardinal, évêque de Valence, 
aux conseillers de la ville de Barcelone pour leur offrir un 
exemplaire du Valère-Maxime, traduit à sa prière par frère 
Antoni Canals. 

« [M]uy amados amygos como nos, estudiando algunas 
vegadas.. .» 

Explicit: « Et muy caros amigos el espiritu santo vos 
quiera ténor en su guarda. Dada en Valen(;ia priim^T) dia de 
deziembre ano del nascimiento del nueslro senor Dios de 
mill e CCC.XCV anos. » 

Suit la réponse et les remerciements des Barcelonais au 
cardinal. 

Fol. 1 v". Lettre du traducteur au cardinal Don Javme. 

« Al muy reuerendo padre en Cristo e seilor mio muy 
alto.. . » Celte lettre, comme l(\s précédentes, est connue et 



134 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

a (>té en partie publiée (Morel-Fatio,CV/^a/o<7//6' da^ rnss, espa- 
gnols, p. 42'. Relevons cependant au fol. 2 R, le passage 
suivant : « Por que yo a mandamiento de vuestra senoria o 
lo traydo \\q] latiin en nuestra aeostumbrada lengua 
materna valenciana, asy breue coino pud(?, ya sea ((ue otros 
lo ayan tniydo d(» latini en ronianee catalan. » Mt plus 
loin^ parlant du style dilîus de son auteur et de la longueur 
de ses récits, il ajoute : « Considère que, por tirar enojo e 
por satisfazeren el tiernpo auenideroa losentendiinientosde 
niuchos. traxese (»1 dicho Valerio e lo coinprendiese en 
breue tractado pros(»gui<MKlo las estorias segund la sentencia 
literal acostandom<» al testo asy tan cerca como pudo mi poca 
suficiencia. » 

Kxplicit : « en continua simidat poi* hiengos tiempos 
prosperando. Amen. » 

Fol. 4 V". Texte. Incipit : « Por socorr(»r y ayudar al ird- 
bajo de los ornes. . . » 

Fol. lui. Ivxplicit: « d(*l dicho Cesai' (jue biue on fama y 
en gloria por sicmpre jamas. » 

Este lihro es ncahadn, dios ayn looi* ij huen fjrado. 
Amen. Qnis srrijtsit scrihat sempe/' en m domino hiitat. 

Sur Antoni Canals, voycv Antonio-Baycr liihl. hisp. 
rc///.v, II, 178, 189, 237). 

L(* succcs de Valère-Maximc* en Mspa.Grnf* a été (N)nsidé- 
rabl(\ On a vu (pic fiér<* Antoni Canals pailr» de vrrsicms 
catalanes, perdues, antéricuies à la sicMinc De nonibi'<Mix 
manuscrits nous conservent l<»s vci'sions valcncicnnc et cas- 
tillani* du savant dominicain, <|ui n'ont pas <"'t<'* impriméi^s. 

Par contre, dés 1493, parut à Saiagossc, pai'h^ soins d(» 
Paul IIuiiis, une version castillane de X'alere-Maxime, faite 
vers 1167, par Mossen Hugo de Uiiii^s, grand s('ign<*ur 
diplomat(», (pii tiavailla sur la v<»rsi')n franeais<' de Simon 
de Hesdin. 

(Pellicer, Ensayo, p. 85; Latass;i et Gome/ Criel, 
Bihiiot. de Esrrif. Anif/oneses^ t. III, p. 29*5 . 



FLAVIUS JOSKPI 



(Rocam- a' 137 ; Biblioth. Nat. Madrid, Hli-T7J 
Flavius Josèpiie : Antiquitatea Judaicae. L-'ji kitin. 

Maiiusirit do 198 feuillets, plue 2 blancs à la tin, vélin, 
folioU', ri'glé à 47 lignes. Kcriture du XV* siècle, ii deux 
coloiines. Pas do rubriques, lettre* ornées, enwidremontsen 
or lit i-oiileurs, IcttrincH et capitales. Format 287X;gl5nim. 
Roliuro mnilerne, 

Fdl. 1. lùiciidroinent d'orncmontation ita-lienno, dans lo 
i)aiHif'iiii infi'rieur, une couronne de laurier encadrant un 
(■'(■Il d'armes surmonté d'une mitre d'abbé (d'argent, à 
3 bandes (uidées d'azur,'. Colonne A ; table du premier 
livre; en marge <iuelques notes. 

Incipit : Il I-storiam con^cnlicre disponentibuK non unam 



Le feuillet 156 est blanc; on y lit au recto ; h Nibi! 
déficit error fuit scriptoris, n 

Fol. 198 V". Kxplicit : « Aliud facere permitemur aliud 
proiiibeniur. d Finis eut huic lihro, t/hria ri laitn l/n'sit. 

C/iriKlo. 



XIX 



LUGAIN 



(Rocam. 152; Riblioth. Xat. Madrid, Ii-66) 

M. A. LuCAîN : La PharsaU\ En latin. 

Manuscrit de 101 feuillets, vélin, non folioté, réglé à 
41 lignes à la fin, au commencement nombre irrégulier 
de vers par page. Écriture italienne du XV® siècle assez 
différente au commencement et à la fin du poème. Ni titres, 
ni capitales, des numéros au haut des feuillets indiquent les 
livres. C'est un palimpseste. Format : 342 X 250 mm. 
Reliure de Binet aux initiales du Duc. Au dos : M. Ann, 
Lucani Pliarsalia, 

Le feuillet 1 est occupé par un fragment de traité juri^ 
di(iuc écrit en latin dont les marges sont criblées de notes; 
le texte comme les notes sont d'une écriture de la lin du 
XIl^ siècle. 

Los il. 2-101 V" conti(Minent la P/tarsa/e de Lucain en 
latin, écriture du XV'" siècle; ce texte est glosé en marge 
et entre les lignes jus(iu'au fol. 58 v'*. Le texte est précédé 
de la fameuse épitaphe de Lucain : 

(( [Cjorduba me genuit, rapuit Nero, prelia dixi. » 

Même feuill(H, ligne 5. Incipit : « [B]ella per Emathios 
plus (juam ciuillia campos. w 

Fol. 101 v«. Explicit du livre X et de tout le poème : 

(( Obsedit mûris calcantem nienia magnum. Finito 
Ubro, sit laus et (/lort'rr cristo. Amen, )) 

Au fol. 2, dans la marge du haut nous lisons ces mots dont 
récriture indique rextréme fin du XV® siècle ou le com- 



XIX. LUC AIN 137 

raencement du XVI* siècle : « Ad usum fratris Lodouici do 
Vicentia. » 

Ce manuscrit, ainsi que nousTavons indiqué ci-dessus, est 
un palimpseste. Le fol. 1 contient un texte juridique du 
XIIP siècle, écrit sur deux colonnes avec titre en rouge 
et commentaire. Ce feuillet était d'un format plus grand 
que celui du ins. Ii-66, il a été mutilé, le texte coupé en 
luiut en fait foi. Un examen attentif nous a permis de recon- 
naître que la Pliarsale a été écrite sur quatre différentes 
sortes de feuillets. D'abord des feuillets neufs et seconde- 
ment des feuillets écrits qu'on a grattés très habilement, et 
dont la lecture, diflicile toujours, est par endroits impossible. 
Nous indiquons par la lettre A les feuillets frères du 
fol. 1. écriture du XIIP siècle. Par la lettre B les feuillets 
qui portaient un texte latin, écriture du XIV*^ siècle sur 
deux colonnes; ces feuillets-là sont placés à l'en vers. 
Enfin, la lettre C désigne des feuillets portant des actes 
notariés du XIV® siècle avec souscriptions et seings manuels 
de notaires; ces feuillets ont été tellement frottés à la pierre 
ponce qu'ils sont à peu près indéchiffrables. 

A. Fol. 1, 4, 5, 6, 7, 28, 29,30, 31, 34, 35, 36, 37, 41, 42, 
43, 44, 45, 46. 

B. Fol. 32, 33,47. 

C. Fol. 2, 3, 8, 9, 38, 39, 48, 49, 96. 

Le feuillet 40 a été tellement gratté qu'on ne peut le 
classer, il en est de même pour les feuillets 87, 94, 95 et 
101. 

Amador de los Rios n'a pas reconnu la nature de ce 
manuscrit (Ohra^s dcl Marqués^ p. 620, § 69). Il émet l'hy- 
potlièse, que d'ailleurs rien ne justifie, (pie les notes mar- 
ginales et interlinéaires qui accompagnent le texte de Lucain 
jusqu'au feuillet 58 v", pourraient être de la main du 
Marquis; et il en tire la conclusion que si ces notes étaient 
du Marquis, elles prouveraient que le latin ne lui était [as 
aussi étranger ([u'on Ta dit. Sans doute, mais ces notes 
ne sont pas de la main du Marquis. Du reste, comme lin- 
(lir|ue la note de propriété relevée ci-dessus, ce manuscrit 
na pas faitpaitie du premier noyau de la bi])Iiothè(jue de 
Guadalajara. 



138 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 



(Osuna : Plut. II. Lit. M, n" 33) 
LuCAiN. Manuscrit perdu. 

Amador de los Rios dans sa liihlioteca (loi marqués de 
Santillana [Ohms del Mnrquôs, p. 621), mentionne un 
manuscrit italien du XV" siècle, aujourd'hui perdu et que 
José Maria Rocamora n'indique pas dans son Catàlogo 
ahrevindo de los manuscrit os de la hiblioteva del E.rrmo, 
Sefior Dwjue de Osuna. (?e manuscrit portait sur son 
premier feuillet un encadrement luxueux, très proba- 
blement de style florentin, avec les lieaumes, la devise et 
les armes .du Manjuis. T/ccriture en était très soignée et 
sans doute sem])lable à celle des autres manuscrits italiens 
de grand hixe que nous avons décrits. Los Rios transcrit la 
rubri(|ue initiale et l'explicit de ce volume: Ineomincia il 
primo lihro di Lucano de facti di Homo et di Puf/lia et 
di ('esare, tradnrto di latino verso in prosa volf/are, — 
Finito é il decimo et nitimo lihro di Lucano traducto di 
latino in roh/are. » 

Ce manuscrit, ])rol)abI(»ment écrit et (Miluminé à FlonMice, 
contenait sans doute la même version italienne de la P/m/'.wa/t* 
({ue renferme le manuscrit Ricciirdien n" 1548, (|ui semble 
être la seule ancienne version du poème de Lucain en langue 
italienne'. Ce manuscrit est écrit sur papier au XIV® siècle, 

1. M. K. (i. Parodi, dans sa savante ctiido intitulée : /.^.s7orï> rf( 
Coaarc nrlhr Irticraturd it<iH<i.n(i dci priini scculi, dit ce qui suit, après 
avoir longuement traité des versions italiennes des Faits des Homains: 
(( Ma elle fuori délia cerchia dei dotti essa (c'est-à-dire la P/tarsalr) 
godesse di molta poi)olarità, certo non basta a provare ï uso che ne 
fecero Armannino e V ignolo autore del poenia in ottave; ment 1*0 una 
prova in contrario, negativa ma assai importante, abbiamo nel fatto 
che nessuna tradnzione délia Fai»saglia ci puo ofîrire la nostra lettera- 
tura dei primi secoli. Ma a distogliere ognuno dell' opéra, certo non 
agevole ma non priva nepj)ured'allettAmenti, non avrà par nuUa contri- 
buit^) il romanzo IrancescV Xoi credianio di si, giacche osso .stosso si 
presentava come una traduzionedi Lucano. del quale una dclle sue parti 



\ XIX. LUCAIN 139 

c'est un exemplaire ordinaire; au verso de son dernierfeuiilet 
on lit la date 1361 (Cf. Ministcro délia Publica Istru^ione : 
Indici e catalorj/n XV, I manoscritti dclla R. Biblioteca 
Riccardiana di Firerue, Vol. I, facs. 7, p. 545, Rome, 1897). 



G. 

(Osuna: Plut. III. Lit. N, n* 2; Rocam. N" 15:h Biblioth. Nat. 

Madrid, KK-15) 

Lucain: La Phavsale. Imi castillan. 

Manuscrit de 181 feuillets, papier et vélin,' folioté, nombre 
irrégulier de lignes. Ecriture du XV^ siècle, à deux colonnes, 
titres en rouge, onciales en tête des chapitres. Format : 
398 X 285 mm. Reliure d<^ parchemin. Les feuillets 1 et 2 
.sont occupés par la table des troisième, quatrième et cin- 
quième livres. Kt comme la foliotation, qui est ancienne, 
indique comme premier feuillet celui où se trouve la table 
du livre III, nous en concluons que la table du livre P' 
doit manquer depuis longtemps. Examinons les rubriques 
de ces deux premiers feuillets de tables : 

Aqui se comiençan los titulos det icvçero libro que fi^o 
Lticano Marjneo. 

Aqni se acaba et terçero libro de Lucano Mar/neo en que 
fabla de las rra^ones de la estoria de Julio Çesar e de 
Ponpeo, 

Dans toutes ces rubriciues nous trouvons la forme Magneo, 
qui n'est autre chose, pensons-nous, qu'une contraction de 
M. Annaeus. Amador de los Rios (Obr^as del Alarqués, 
p. 621, § 69) a déjà fait cette remarque. Inigo Lopez de 
Mendoza dans ses vers sur la mort de Don Enri(iue de Vil- 
lena s'écrie : 

Perdimos à Livio é al Mantuano, 
Macrobio, Valcrio, Salustio, Marjneo, 



di gran lunga la più vasUa o lapiù oonsidcrcvole [X)rtava anche il nome» 
(Studj di Fi/olof/ia Romança public, da Evncsto Monnet, Fase. 11, 
p. 495). Le manuscrit Riccardien 1548, donne un démenti à cette asser- 
tion. 



140 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

C'est Lucain qu'il veut dire et naturellement on est tenté 
de penser que c'est le manuscrit même que nous étudions 
qui lui a fourni ce nom. 

Fol. 3. Encadrement, avec, dans la colonne A, une ini- 
tiale élégante sur fond d'or, qui commence un court résumé 
de l'ouvrage. 

(( Este libro fizo en latyn Lucano un sabio de Espafla 
que fue natural de la çibdat de Cordoua. » 

Colonne B. Incipit : « Aqui dezimos las batallas rro- 
manas ...» 

Nous ne trouvons aucune indication sur le traducteur. Le 
manuscrit contient les dix livres complets, il ne manque au 
volume que la table du livre 1®'. 

Fol. 181 A. Explicit : « los muros abiertos. » Ce dernier 
feuillet a été coupé en large et rapiécé. 

Livres : I, Fol. 3-15 v*^ A, suividela tiibledes chapitres 
du livre II. 

II. Fol. 16-29 v«A. 

iLes tables des livres III, IV, 
et V occupent, nous l'avons 
vu, les deux premiers feuil- 
{ lets du texte. 

V. Fol. GO v« A-79 A, suivi de la table du livre VI. 

VI. Fol. 79 B-94 v<> B, suivi de la table du livre VII. 

VII. Fol. 95 A-113 v« B, suivi de la table du livre VIII. 

VIII. Fol. 111 A-136 v« B, suivi de la table du livre IX. 

IX. Fol. 137-146 B, suivi de la table du livre X. 

X. Fol. 146 v*^ A-181 A. 

Ainador de los Rios {Historia critica, t. VI, p. 21, 
note 1) insinue, sans donner pour cela aucune raison ac- 
ceptable, (|u'il en aurait été de ce Lucain comme du Valère- 
Maxime d(> Canals, qui passa du latin en catalan. Or, rien 
n'autorise cette hypothèse; on ne connaît pas, jus(|u'ici, 
d'ancienne v(M\sion catalane de Lucain. 



XX 



FUONÏIN 



A 



(Osuna : Plut. V. Lit. N, n'^ 16; Rocam. N" 115; Biblioth. Nat., 

Madrid, Ii-27) 

Sext. Julius Frontinus. En castillan. 

Manuscrit de 55 feuillets, plus 1 blanc à la fin, papier, 
folioté. Ecriture du XV« siècle, ni rubriques, ni capitales, 
places en blanc. Format: 284X210 mm. Reliure de parclie- 
min. 

Incipit : Prolayo (sic) de Sesto lullio Frontino : « [A]lle- 
gueme yo a ensenar la aiualleria asi como uno de aquellos 
que en ella estudiaron et pares<;eme que con mi trabajo 
satisfize algunos ...» 

Le prologue finit au fol. 1, la t<ible des matières le suit. 
Uouvragc est divisé en trois parties ou trois livres : « En 
el primero se pornan los exemplos que pertenescen an te 
de la batalla comen(;ada. » 

« En el segundo lo cjue pertenesçe a la batalla mcsma e 
abenin\ientos e posturas que en ella se fazen. » 

(( El terçero conterna sotiles enxenplos para çerarre para 
fazer leuantar la cerca. » 

Fol. 15 v"*, fin du livre I et commencement du livre II. 

Fol. î}3 v% fin du livre II et commencement du livre III. 

Fol. 55. Explicit : « E vençieron los otra vez e mataron 
muchosdellos. Aqui se acaba cl libro de lullio Frontino,)) 

Ici, comme dans le manuscrit Ii-14, c'est à une version du 
Strategematon de Frontin que nous avons affaire, seulement 



^ 



142 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

ce sont deux traductions différentes. Lii version du ma- 
nuscrit Ii-14 est en îiragonais. Ni l'une ni l'autre ne nous 
livrent le nom de leur auteur. Toutes deux, ou du moins 
les niss. (jui nous les conservent, sont du XV^ siècle. 



• B 

Sext. Julius Fhontinus : Straterjcmaton. En aragonais. 
Cf. notice IV, ms. Ii-14, C. 



QUINTILIEN 

'Osiiiiji: ['luî. V. Ut. N, ir50; Ki«;im. N'183; Bîbliotli.Nal, Mjwirid. 
Reserv. 6'-3) 

QuiNTiLiKN : Di'trJamaliuns. 1mi itiilieii. 

Maiiiisnit de 199 fciiilk'tH, plus 1 rciiilli^l Av. gnnU', non 
fdiiolf''. rrgif! !i S8 ilî^iHîs. Kcritiu'e ilaliciinc du XV" siwie, 
laiges niiuges. Orm- do rapitales carrêfs cii uv et coulcuis. 
Format; 25r»*< 175 mm. Itcliuri- de parcliemin. 

Fol, 1 V" encadri; de torsades olégjuites, le eciiliedc l'en- 
Ciulrcineiit j)ortf on grandes capitales or ut l)leii, alternant 
il cliaiiiie ligne, le titre .suivant: Int-oiniwian le Dedaina- 
lioiii di Quiiililiano Caldfjoiitano truilocfv di latiiio iii 
vuhjiire Fioventino a pUttionr di Mcsseiv Xiujnio Ous- 
intino .Sjintfiiiio/o. 

Le rorli) du fol. i est iirné de trois bandeaux do style 
iloreutiii. Fii li;is, au centre, une coununie de lanricM' des- 
tin l'e à rerevoii' les armes, m;iis dotneurée vi<le. Imi liant, le 
litre en petites eupitales d'or: Princtpio »lcUo. Di-rlnma- 
tioni ili M'irro Jùdtio Qainliliiuio et jifiin'i : il rier/io in 
suff iisfio. 

Ineipit : « Tras.so un gi()uan<> dello incendio dolla casa sue 
padre . . . i) 

Fol. 199. l'Aplicit: ii io .so (piello clic me a tormentiito 
il) lusero et taeoro. Finis. Voir/are Toscano in Firense 
MCCCCLVI {U'ôG). 11 

Table (les a D(;elai!iatiuni » contenues dans ee manuscrit: 

1. il eiecliii insuir uscio. — 2. \i\ muro colla forma délia 
palina délia manu insaiigliuinata. — 3. E binatiinfermi. — 



144 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

4. El ricclio accusato. — 5. Le pecchie dcl pouero. — 
G. FA l)euerone. - 7. Dcl medesimo beuerone. — 8. K dua 
amici malleuadori. — 9. El iieleno sparto. — 10. Lo infa- 
mato iniierso la inadrc. — 11. Del medesimo giouane infa- 
niato iniierso lo madré. — 12. Lo inferino ricomperato. — 
13. VA corpo morlo gittato. — 14. El .soldato di Mario. — 
15. VA inatliematico. — 16. VA torinento del pouero. — 
17. VA gladiatore. — 18. 1^1 sepolcro incantato. 

Ce manuscrit parait vraiment, comme Tindique la ru- 
bri(|ue, (^ontenir une version des Dcr/amations faite spécia- 
lement à la prière de NuAode Guzman. Elle n'a rien à voir 
avec c(»lle ([ue contiennent les n®** 1340, 1015, 2272 de labi- 
bliotliê([ueRiccardiet de la Lauren tienne (Bandini, /. c, t.V, 
p. 238, iv) qui est attribuée au notaire florentin Andréa 
Lancia et qui commence : « Uno giouane trasse il padre. . . w 



XXll 



PLINE (l'Ancien) 

Osuna : Plut. V. Ut. N, n* 36 ; Rocam. n' 181 ; lïiblioth. Nat. Madrid, 
Ii-134) 

Pline, Historia naiuralis. En latin. 



Manuscrit de 473 feuillets, papier, réglé à 39 lignes. 
Ecriture du XV** siècle. Ni rubriques ni lettres ornées. 
Format 287x218 mm. Reliure de parchemin. Au dos Plinii 
Vita ex Cathalogo ijHustrium. 

Fol. 1. Vita Plinii ex catalogo uirorum H/usiriiim 
Tranquilli tncipil. Cette courte biographie est suivie du 
Prologus de Pline: « Plinius Securtdus Vespaciano sue 
salutem, n et finit au fol. 3 par: « in librisquot Epopthydon 
Bcpip.sit. >' 

Incipit ; n Infinitus mundus. » 

Fol. 373. Explicit : « ad omnium obseruacionem. » 
Plinius nataralis historié explicit . 



'Si 



XXIII 



QIJINTE-GURGE 

(Osuna : Plut. V. Lit. N, n" 19; Rocam. n* 99; Biblioth. Nat. 

Madrid, Ii-90) 

1. QuiNTE-CuHCE, traduit en castillan sur Titalien de Pietro 
Candide Dccembri . 2. Pedro Candido, Comparacion de 
Gayo Julio Çesa7\ enperador Maxirno, e de Alixandre 
MagnOy rrey de Macedonia. 

Manuscrit de 276 feuillets, plus 13 feuillets de tables au 
début et à la fin 5 feuillets blancs, papier, non folioté, 
réglé à 20 lignes, écriture du XV® siècle. Rubriques et 
initiales. Notes en marge. Signatures 1-6, de A à X, avec 
répétitions de certaines lettres. Format 290 x 210 mm. 
Reliure de parchemin. Le texte répète les rubriques im- 
portantes de la table. 

I. Fol. I. Rubrique: Comiençase la y storia de Alixandre 
el mar/nOj Jijo de Phelipo rrey de Macedonia^ escripta de 
Quinto Curçioy ystorial muy éloquente^ sacada en vulgar 
^fielmentc de Pedro Candido, en la quai ay dose libros e este 
es el terrero libro e menrjuan el primero e el segundo libros 
que en la nucstra hedad no sefallan. 

Fol. 30 Fenesçe el lihro tercero de la y storia. 

Fol. 31-80. Quarto libro, 

Fol.80v°-119v". Quinto libro. Les feuillets 119 et 120 
portent la rubrique suivante : En esta parte ^ o por dejecto 
de los nuestros mayor^es, o por poca cura de los cstudios 
e de la letradura, es perdida la fin del quinto libro e el 
prinçipio del sesto syguiendo e en ningunt libro de Cur^-io 
entre los latinos se /alla al présente, e por que la estoria 



XXIII. QUINTE-CUUCE 147 

de la muer te [de] Dario era inper/'ecta, Pedro Candido, 
rrebuscada en los libros de Plutarco, maestro de Trajano 
enpcrador, lealmente la ha transfarda (lire transfcridà) 
en lengua latina ; en esta forma syyue : « Capitulo de la 
muerte de Dario, que fue saciida de (o) otro libre, de otro 
abtor. )) 

Fol. 110 V**. Autre rubriciue : A(/ui mengiia el prinçipio 
del sesto libro, como lie dicho, syrjuese una batalla, syn el 
su prinçipio asy mesmo, dada del rey Antipatro perfecto 
de Alixandre en Afaredonia, contra los LaçcdemonioSj en 
la quai Agis, rrey de la Maçedonia, muy famoso capitan 
en fechos de armas, utilmente batallando fue muerto, 
estando Alexandre en las partes de Oriente, Aqui mcngua 
algunacosa del testa, e asy esta en todos los libros comenta- 
rios de Quinto Curçio que se llaman (sic) en nuestra liedat. 

« Capitulo II del sesto libro que flabla como Alexandre se 
dio a los placeres e vicies. » 

Fol. 142. Fenesçe el sesto libro. 

Fol. 142-174. Septimo libro. 

Fol. 174-214. Octauo libro. 

Fol. 214-245. Noueno libro. 

Fol. 245-253 v®. Deçimo libro. Rubrique : En aquesta 
parte fallesçe la fin del libro deçimo, e el undeçimo todo, e 
el prinçipio del do^eno, e asy esta en todos los otros 
enxenplos que sejallan en la nuestra hedat donde sepierde 
una grant poj'te de muy fermosas ystorias, E por que el 
proçeso de la enfermedat de Alexandre antes de la su 
muerte por ial de/'ccto non se puede entender, Pero Can- 
dido aquella parte de los libros del Prutarco, de griego en 
lengua latina, lealmente la ha trasj'erida en esta forma : 
« La muerte de Alixandre : » . 

Fol. 254. Rubrique : Syguese el rrestante del do^eno libro 
de Quinto Curçio Rruf'o en cl quai paresçe alguna diffé- 
rencia de las palabras de Plutarco suso escriptas por que, 
antes que Alixandre la bas pcrdiesc, diçe que el cou las 
sus gantes darmas antes de la muerte ouo fablado como 
ne sygue segunt en cl testa. . . 

Fol. 267. Rubrique: En el nonbrc de Dios todo pode- 
rosofenesçido el do^eno libro de la ystoria de Ali./andre 
Magno, fijo de Felipo rrey de Maçedonia, escripta de 



I s 



\ 



148 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

Quinto Currio Rru/b, matj cnsehado e mutj abondoso en 
todos, c.^acdda en viihiar al muij sereno principe Felipo 
Maria, torrio duqae de Milan e de Pauia, e conde de An- 
r/uera, e seflor de dénoua, par Pedro Candido Dizienbre su 
syeruo, a no 1 137 , a veynie eun dias del mes de Abril en 
Milan, Deo (jratias. 

II. Fol. 267. Pedro Candido, Comparacion, etc. Rubrique: 
Al inuy noble esclaresrido principe e muy exçelente sefior 
Felipo Maria, dfKjue de Milan e de Pauia, conde de 
Anyuera, e senor de dénoua : Encomiença la conpa" 
racion de dayo Julio Çe^sar, enperador majuimo, e de 
Ali.randre niayno, rrcy de Macedonia, de Pedro Can- 
dido, hordenada con el su Juy^io en uno prosperamente. 

Fol. 276 : Fenesce la conparaçion de Gayo Jullio Çesar, 
enpenulor ma.iimo, e de Alixandre magno,rrey de Ma- 
çedonia. Deo yralias por syenpre. 

Ce volume est très endommagé par Tencre corrosive qui 
en a jauni et détérioré les feuillets. 

L'absence du nom du traduc teur espagnol du Quinte-Curce 
fit eroireà plusiinirs (jue Decembri était Fauteur delà version 
castillane, cette opinion ne mérite pas d'être discutée. 
Nous savons c[ue le Quinte-Curce italien fut de bonne 
heure traduit en catalan-valencien et imprimé dans cette 
langue dés 1 181 à Ifcircelone. Voici Texplicit de Tincunable : 
« La présent ehîgantissima (» m«)lt ornada obra de laliys- 
» toria (h* Alexandre, per Quinto Curcio Rufïo liysstorial 
)) fon de gr<.H' en lati e per Petro Candido de lati en tosca 
» per Luis d<^ Fenolleten lapres(Mit lengua valenciana trans- 
» ferida, e ara ab lo dit lati, tosc:a e encara castella e altrcs 
» lengues diligcntment corregida, emprentada en la noble 
)) ciutat de Harcc^lona, per nosaltnîs Père Posa, preuere 
)) catalîi.e P(*re l^ru, sauoyench, companyoïis; a setze del mes 
wdeJuliol, del any mil cjuatre cents vytanta lui feelment. 
» Deo gratias amen » vCf. Mendez-IIidalgo, Tipoyrq/iaesp,, 
|). 49 — Gallardo, Ensayo, W 2172. — Salvà, CataL, 
n" 3111). 

La traduction castillane, (pii d'après Mendez-IIidalgo 
^l'ipfff/rff/iff c,s/>., p. 319, ne scMait (pi'une version de la 
traduction d<' Luis de Fenolh^t, a été imprimée à Sévilleen 
1496. Imî voici !<? titre: « Historia de Alexandre magno, 



XXIir. QUINTE-CURCK 149 

» escripta de Quinto Curcio Rufo muy cnsenado e muy 
» abundoso en todo, e sacada en vulgar, al muy Sereno 
» principe Felipo Maria, tercioduque de Milan... por Pedro 
»Candido Deciml>re, su siervo. Kl cual fue impreso en la 
)) muy noble y leal cibdad de Sevilla por Meynardo Ungut, 
)) aleman, e Lançàlao Polono, companeros, a 16 de mayo 
» ano de mill v cuatrocientos v noventa v seis. » 

Le traducteur s'est-t~il servi de la version de Luis de Fe- 
nollet? Nous ne pouvons Taflirmer n'ayant pas vu ces deux 
incunables. En tout cas, notre manuscrit n'est pas comme le 
texte de Fenollet précédé d'un morceau de Plutarque a fins 
enaquella part on lo Quinto Curcio Ruffî comença ». 

En 1534, parut une nouvelle traduction de THistoire 
d'Alexandre faite directement du latin par Gabriel de Cas- 
taûeda; « Aqui liaze lin la hystoria de Alexandre magno, rey 
)) de Macedonia e uniuersal monarclia segun que la escriuio 
)) Quinto Curcio auctor muy autentico como a todos es no- 
)) torio. Esnuevamente traduzida de latin en castellano por 
» claro y apazible estilo. Va assimismo suplido loque del 
» Quinto Curcio no parece...Seuilla en casa de JuanCrom- 
)) berger en el mes de Enero ano de mil e quinientos e 
)) treynta y quatro » (Cf. Gallardo, Ensayo, n° 1659; Salvâ, 
n^ 3440). 

Enfin, en 1699, Don Matheo Ibanez de Segovia y Orellana 
publie à Madrid une nouvelle traduction directe de l'histoire 
d'Alexandre ; c'est la seule (jue mentionne Pellicer dans son 
Ensayo de una biblioteca de traductores. 

Dans un manuscrit du KM^ siècle de la Bibliothèque de 
l'Escurial (7-111-4), on trouve, à la suite de la traduction 
de divers traités de Sénècpie, due à l'évéque Alonso de Car- 
tagena, des extraits de Quinte-Curce intitulés : DicJios mo- 
rales y o sentençias de Quinto Curcio, que Rodriguez de 
Castro (Bibliot. esp., t. II, p. 251) et Amador de los Rios 
[Hist. cn'tica, t. VI, p. 39, note 1) attribuent à l'évéque de 
Burgos. 



XXIV 



SLhTONE 

(Rooara. n" 197; Biblioth. Nat. Madrid, Ii-2G) 

Suétone, Vita de' dodici rmperadori. En italien. 

Manuscrit de 118 feuillets, plus 1 feuillet blanc à la fin, 
vélin, écrit à deux colonnes, réglé à 42 lignes. Écriture du 
XV^ siècle. Rubriques et petites lettres ornées, une grande 
initiale au début des livres. Grandes marges. Format 
306x220 mm. Reliure de parchemin. 

Fol. 1 A. Rubrique : Qui comincia lo libro di Gaio 
Suetonio Tranquillo délia vita de' XII imperaxlori. Libro 
primo del diuino Iidio Ce.sarc. 

Texte : « Giulio Cesare perde lo padre rimanendo in 
(n)eta di sodici anni et sotto. . . » 

Livre II, fol. 16 A. Oftauiano Augusto imperatore. 

Livre III, fol . 37 B. Tiherio Cesare, 

Livre IV, fol. 52 v° B. Gato Ghaticula e di Germanico 
suo padre. 

Livre V, fol. 66 A. Diuino Claudio, 

Livre VI, fol. 77 A. Claudio Neronc. 

Livre VII, fol. 90 v" B. Sergio Galba, 

Livre VIII, fol. 96 B. Olto Sihiio. 

Livre IX, fol. 99 A. Vitello, 

Livre X, fol. 103 B. Vespasiano, 

Livre XI, fol. 109 B. Tito, 

Livre XII, fol. 112 A. Doniitiano, 

Le XTI* livre et 1(^ manuscrit finissent au fol. 118 B. 
Explicit : « o per lo reggimento delli imperadori che 
seguiro. » 



XXIV. SUÉTONE 151 

Rubrique finale : « Quijimsce lo dodecimo e ultimo libro 
di Ghaio Suetonio TranquiUo : Délia uita de dodici impe- 
radori ; Et di Domitiano imperadore. E qui ejinito tutto 
il libro, )) 

Cf. Bandini {Cat. cod. bibliot, Med. Lauv., t. V^ col. 240, 
n^ VIII), qui décrit un manuscrit du commencement du 
XV® siècle contenant la même version de Suétone. Kn note 
Bandini ajoute : Latet adhuc nomen interpretis, 

Argelati [Bibl. di trad,, t. III, p. 421), cite ce même 
manuscrit : Suetonio fatto volgave da Incognito, Le même 
auteur (/. c.) parle, d'après Fontanini, du manuscrit d'une 
version de Suétone faite par Jacopo Cassola da Parma 
en 1372, pour le marquis Nicolô da Este. 



XXV 



PALLADIUS 

(Osuna: Plut. III. Lit. M. n" 3 ; Rocam. n* 170; Biblioth.Nat. 

Madrid, Ii-57) 

Palladius, L'ArjriciiUure, traduite en castillan par Ferrer 
Sayol, catalan. 

Manuscrit de 245 feuillets, papier, bien folioté en bas à 
droite, sauf une erreur: le feuillet 191 est marqué deux fois 
ce qui répercute Terreur sur toute la fin du ms. ; le feuillet 
244 qui est le dernier, est donc en réalité le 245. lîcriture 
de rextrôme fin du XIV« siècle. Ni rubriques, ni capitales. 
Format 285X20'.) mm. Reliure de parchemin. 

Fol. 1-4. Prologue du traducteur Ferrer Sayol, cibdadano 
de Barçelona, que nous copions ci-après pour les rensei- 
gnements divers qu'il nous fournit. 

Incipit : « [P] alladi Ruculi (sic) Emiliani fuo noble 
lîombre de la cibdat de Roma » 

Kxplicit: «e por dilecçion de la cosa publica. » Ffuetica- 
bado de romanrar en el mes de Jullio, ano a naiiuitate do- 
mini 1385, E fae començado en nouiembre del anyo 1380, 

Au-dessous : Aqui comiençan las rubricas del primer 
libro de Pcdladio, La table du livre I occupe les feuillets 
4 et 5. 

Fol. 5. Livre I. Incipit : « [L]a primera parte de sauieza es 
que hombre d(Hia considerar. . . » 

Fol. 42 v°. Kxplicit : « es a saberque las espinas non les 
fagan danpno, » et à la suite: (( [Pjues que la primera par- 
tida del libro del l^dladio es acabada, la quai tracta de la 
lauor e de las cosas nesçessarias a agricultura e lauor, 



1. '». _ V 



XXV. PALLADIUS 153 

eonuiene que agora, continuando la materia del I libro, 
tractemos aquello que en cada un mes del anyo se per- 
tanyc e eonuiene de obrar. E primeramente començaremos 
en el mes de Enero que es el primero mes del anyo. » Table 
des chapitres. » 

Fol. 44 v°. Incipit: « [E]n el mes de Enero deue hombre 
descobrir las cepas de las vinyas.» 

Fol. 58. Explicit : « a vigas e a palos quando sean 
grandes. [A]qiieste mes de Febrero {lire Enero) en el espaçio 
de las horas es semejant al mes de Nouienbre. » Suivent les 
heures du mois de janvier. 

Fol. 58 v°. Chapitres du mois de février. 

Fol. 60. Ineipit:(( [E]n aqueste mes de Febrero deue 
hombre guardar los prados...» 

Fol. 98. Explicit: « podras plantar çepas o parras que 
faran semblantes uuas. » 

Fol. 98 v*^. Heures de février et chapitres du mois de mars. 

Fol. 100. Incipit: « [E]n aqueste mes de Marco, en los lu- 
gares frios...» 

Fol. 129. Explicit: « nin de mala olor, nin salsas cozientes.» 
Suivent les heures de ce mois et au v® les chapitres du mois 
d'avril. 

Fol. 130. Incipit : [E] en aqueste mes de Abril, enlaseras 
que abras y a cauadas. . . » 

Fol. 135 v^ Explicit : « en las casas de las abejas.» Sui- 
vent les heures de mai et les chapitres de ce mois 

Fol. 137. Incipit: « [E]l panizo e cl mijo sembraras en 
aqueste mes de mayo, en los lugares frios.» 

Fôl. 144 V®. Explicit: « e asy auras aquellas verdes. » 
Suivent les heures et les cliapitres du mois de juin. 

Fol. 145 v°. Incipit : « [E]n aqueste mes de Junio deucs 
aparejar...» 

Fol. 155. Explicit : « E conseruar se ha grant tiempo. » 
Suivent les heures et les chapitres du mois de juillet. 

Fol. 155 V®. Incipit: « -EJn aqueste mes de Julio se deuen 
tornar a labrar los canipos.» 

Fol. 160 v<*. Explicit : « E usaras délia quando te querras.» 
Suivent les heures et les chapitres du mois d'août. 

Fol. 161 v**. Incipit : « [A]la çagueria del mes de Agosto 
deues arar o labrar el ranpo... » 



154 



HIDLIOTIIÈQUE nu MARQUIS DE SANTILLANE 



Fnl. 168, Explicit : (i proueclioso al cuerpo e assi sea 
guardado. » Suivent les heures et les chapitres du mois de 
septembre. 

Fol. 168. V. « [E]n aqueste mes de Sctienibre se deucn 
labrar otra vcgada los campos ...i> 

Fol. 175. Explicit: a que defienden las uuas del sol c de 
la pluuia e do la frior. » Suivent les heures d'octobre et les 
chapitres dudit mois. 

Fol.175 v'.Incipit: " [R]n aqueste mes de Ortnhre deiies 
sembrar una simien t(^. . . » 

Fol. 191. F.vplicit : « e apretadas e estreclias. » Heures et 
chapitres du mois de novembre. 

Fol. 191 bis, c'est-^-dire 192. Incipit: « [Eln aqueste mes 
de Nouiemhre podras... » 

Fol. 208. Explicit: « por razon que el mosto pucda va- 
porar.» Heures et chapitres du mois de décembre. 

Fol. 209 Incipit : « [E]n aqueste mes de Deniembre po- 
dras sembrar trigo e çeuada. h 

Fol. SIO. Explicit : h R en el tiempo de agora podras parar 
lazos e redes a los tordos e a otras aues semblantes. E podras 
lo continuar fasta el mes de Marco. » 

« IS]i quiere.s ijue el arbol que plantaras faga fructo en 
el aflo mesmo que le plantams, tu escogeras la rama de 
quai arbol te querras e tajaras en un golpe la manyana de 
Navidat, quando el sol querra salir, n 

Suivent de courts chapitres ou paragraphes : « [S\î quîeres 
saber de la carestia o largueza del anyo. , . u 

Les feuillets 211-218 sont occupés par un traite sur la ma- 
nière de planter les arbres, les plantes et les légumes, et d'en 
obtenir la graine. 

Fol . 218. (( [E]n toda buena composta e acabada se deuen 
o se pueden meter de cada una de las cosas sîguientes es a 
saber: poncems, peras, priscos e naboa, espinacas, toron- 
gas, meiones, codouyas, coles, e muchas otras fructas, 
tiernas. E solamentc diremos aqui de aquellas que aqui 
aucmos nombradas. h 

Fnl. 221: « [Dlespiies que auras prcparadas todas las cosas 
de suso diclias, o alguna de aquellas, en la manera que de 
susoauemos mostrado, tu deues apparejar las cosas siguientes 
que son nesçesarias a la conserua de la conpostit. e fazcn 



XXV. PALLADIUS 155 

apparejar algunos singularmcnto, segunt que de yiiso es cs- 
cripto.» 

Ce traité sur la conservation de la compote, occupe les 
feuillets : 218-224. 

Au feuillet 224, commence un traité de la greffe et de la 
conservation et production du vin; il est inachevé et oc- 
cupe les feuillets 224-245. 

Fol. 224. « f A] qui comiença el tractado de plantar o en- 
xerir arboles o de conseruar el vino segunt Albert, otros 
dizen segunt Enclides [lire Euclides). R que de quai ac- 
tor sea el dictado se demuestra por los capitules que se si- 
guen. El primero capitol es de la manera como se pue- 
den enxerir los arboles. E aqueste capitule segunt IX 
maneras e vias de enxerir puede ser departido en IX doc- 
trinas de la dicha obra. » Incipit: « La primera e la mas 
acostumbrada...» 

Fol. 245. Explicit : « Saluo que conuiene poner mayor 
quantidat segunt que mas o menos aura de. » 

Fol. 245 V*» blanc. 

On sait que le livre XIV de V Agriculture de Palladius 
est un poème sur Tarboriculture, dédié à un certain Pasi- 
philus (cf. Teuffel, tnid. franc., t. III, p. 141). Nous n'avons 
pas su le retrouver dans la traduction de Ferrer Sayol. 

Cette traduction n'a pas, croyons-nous, été signalée jus- 
qu'ici. Elle est intéressante à plusieurs points de vue. 
Dabord, le traducteur nous apprend que lorsqu'il entreprit 
sa version nouvelle, le livre de Palladius avait été déjà ar- 
romançado. Pourquoi le traducteur qui est catalan s'est-il 
appliqué à traduire Y Agriculture, en castillan ? On sent 
l'effort que cela lui coûte et, de temps en temps, il retombe 
dans le catalan, particulièrement quand il énumère des 
arbres ou des fruits. Quant à la personne même du traduc- 
teur, qui devait avoir quelque importance, puisqu'il a été 
protonotaire de la reine Eléonore d'Aragon, nous ne savons 
guère que ce qu'il nous en dit. A-t-il eu une activité litté- 
raire en son temps? Lui doit-on autre chose que cette 
version de Palladius? A-t-il écrit dans sa langue natale? 

Tout ce que nous avons pu réunir sur Ferrer Sayol nous 
le devons à l'amabilité de Don Francisco de BofaruU^ chef 
de V Archiva gênerai de la Corona de Aragon, à Barcelone. 



156 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

Ce sont deux notes extraites d'un registre de la chancellerie. 
Les voici '- 

I. (( Ollici de prothonotari e tinent los sagells. » 

» Ferrer Sayol prothonotari e tinen los sagells. — III bes- 
[tias]. » 

» Fin Barcelona, a VIII dies del mes de Noembre anno a 
Nativitate domini M**CCC*'LXV, la Senyora Reyna mana 
a mi quel servis per prothonotari seu e tinent los seus 
sagells a la dita racio » (1365). » 

(Registro de cancillcria, n" 1561, fol. 21.) 

II. (( Confirmacion de una venta hecha por Bertrand de 
Salanova domostico de la InfantaJuana, hija de Don Pedro, 
por valor de diez libras Barcelonesas, pagaderas cada aûo el 
dia de San Juan, en favor de Ferrer Sayol, protonotario 
de la Ilustre Rcina de Aragon DoAa Leonor, diciendo 
que se avise al Baile de Clariana y que todos la cumplan. 
Dado en Barcelona XI de iMiero del aflo de la Natividad 
del senor de M« CCCLXVI » (1366). 

(Archive de la Corona de Aragon. Registro numéro 912. 
fol. 75.) 

Voici le prologue (]ue Ferrer Sayol met en tête de sa 

version : 

[Pjalladi Ruculi Kiniliani fuc noble hombre de la çibdat de 
Homa. K por la grant afccçiou que el liauia a la cosa publica, non 
tan solaniento de la çii>dat de Honia, mas encara a todas las par- 
tidas del inundo, la quai cosa publica non es durable nin sepuede 
sustener, inenos de labradorcs e personas que labren c conrreen la 
tierra, nienos de industria de los quales los honibres non podrian 
auer conuiniento vida para elles inesmos, nin para los animales 
los (juales le sonnesgesarios, va sea que se lea (jue en los primeros 
tiempos los honibres biuian de los fructos de los arboles, en 
tienipo, es asaber antes del diluuio, quando los hombrcs non eran 
tantos en numéro como son agora, por la quai rrazon Palladio ouo 
consideraçiou que non tan solamente los fructos de los arboles 
antes aun los espleytos de la tierra eran nesçessarios para alimen- 
tar non solamente los hombres e mas aun los animales a elles 
nes(;essarios, asi (îomo son diuersas aues, bestias cauallares, asi- 
ninas, mulares, perros, e gatos, eotros, queya sea que cadauno en 
su iiatura pudiese venir en los boscages estando e remaniendo sai- 
vages, euipero non aprouecharien mucho a los hombres que los 
lian nesçesarios a su prouecho e deleyte. Por la quai razon, e aun 



XXV. PALLADIUS 157 

por tal como muchos nobles e exçelentes liombres e de grant 
estamiento como son papas, enperadores, reyes, condes e otros 
grandes hombres, asi clerigos como legos, e otros de menor esta- 
miento, asi por su deleyte como prouecho se delectauan en enno- 
blcsçer el mundo; e algunos dellos hedificauan palaçios,castillos, 
casas, fîortalezas, c^ibdades e liigares ; otros plantauan viûas, ar- 
boles fructifîeros, criauan boscages e prados que siruian a sus 
nesçesidades e plazeres e encara a la cosa publica, querientes 
seguir la manera que touo Salomon, el quai fazia su poder de 
ennoblesçer el mundo, ço es la tierra, la quai Dios espeçialmente 
auiaasignada e dada a los fijos de los liombres. E paresçe que tal 
doctrina ouiese querido dar el profet'i su padre Davit, en el CI II 
psalmo del salterioen el quai escriuio un verso el quai comiença: 
« Hoc mare magnum et spaçiosum manibus scilicet contractan- 
dum », quasi que quiere dezir que aquesta grant mar e ancha que 
es la tierra deue ser tractada e ennoblesçida por las manos de los 
hombres hedifîcando e plantando e expleytando aquella. E por 
todas aquestas razones Palladio partie personalmente de la çibdat 
de Roma e (;erco grant partida de greçia, do fueron antiguamente 
los grandes filosofos, e grant partida de Ytalia, e quiso leer muchos 
e diuersos libres que algunos filosofos auian oscriptos e dexados 
en memoriaen el fecho de agricultura o labraçion. E por ojo quiso 
prouar e ver la manera c practica que los labradores e los forafios 
tenien en hedificar sus casas e tierras o en plantar sus vinas e sus 
arboles, e como los cnpcltauan o enxirian, c los tiempos en que 
sembrauan e cogian c conseruauan cada simiente, e los nombres 
de cada una, e como criauan sus bestiares gruesos e menudos, e la 
natura dellos, e por sy quiso esperimentar e prouar muchas cosas 
las quales auia leydas vistas e oydas. E après, por caridat que auia 
en Dios, e por grant amor que auia a la cosa publica, copilo e or- 
deno el présente libro en latin, fuerte, corto, e brève, e entricado, e 
mucho sotil, no contrastant que en el prohemio e prôfaçio de su 
libro ouiese pretestado e diclio que laartede la agricultura deue ser 
tractada por hombres groseros e labradores, a los quales non deue 
el horabre fablar subtilmente asi como sy cran hombres de sçieu- 
çia. E es çierto que el libro do Palladio, por la grant suptilidat, e bre- 
uedat, e vocables que non son en uso entre nosotros en Catalufiya, 
nin aun en Espana, era e es mucho aborrido, e repudiado, e menos- 
presçiado por tal que non lo podian entender, ya sea que algunos 
se sean fechos arromançadores, los (piales non han auido cura de 
arromançar muchos vocables, los (juales non son conosgidos nin 
usados en nuestrolenguaje, mas han los puestos sinplement segunt 
que los han fallados escriptos en el latin, en tanto (juc si poco son 



158 BIBLIOTHÈQUE DU MAUQUIS DE SANTILLANE 

eiitendidos en el latin, asy tan poco son entendidos en el romance. 
E aun en muchas partidas del romance non han expresado nin 
dicho el entendimiento de Palladio, antes han puesto el contrario 
en forant derogac^ion e perjuyzio de Palladio, el quai solamentc 
por copilar a tal libro meresçe auer grant gloria. Por que yo, 
Ferrer Sayol, cibdadano de Barçclona, que fuy prothonotario de la 
muyalta senora donya Leonor, reyna de Aragon, de buenamemoria, 
la quai fue muger del muy alto seûor rey don Pedro, rey de Aragon 
agora régnant, e fija del rey don Pedro, rey de Çîçilia, veycndo 
los grandes desfallesgimientos los quales eran en los libros arro- 
mançados del Palladio ( 1), c veyendo aun que este libro es muy hutil 
e prouechoso a todos los hombres, asy de grant estamiento como 
baxo, que quieran entcnder en agricultura o lauor, a laquai natu- 
ralnieiitc son inclinados en su vejez, en espeçial los hombres que son 
cstados en su juuentut de grant e noble coraçon, e han trabajado e 
entendido en fecho de armas eotros notables fechos a utilidat de la 
cosa publica, segunt que recuenta Tullio en un su libro intitulado de 
vegez, en el ({ual recuenta grandes perrogatiuas, e grandes plazeres, 
e delectaçiones, e proueclios en la agricultura o lauor, que es 
conrrear la tierra, la quai, segunt que el dize e asy es verdat, que 
non sabe tornar a su labrador aquello que le encomienda menos 
de usura, quasy que diga que la simiente que ay siembra le resti- 
tuye en niayor, e en mucho mayor numéro que non la siembra, e 
muchas otras marauilhis las (lualesserian largas de escriuir; e mas 
resc^ita en actuel mesiiio libro iiiuehos sabios, e antigos hombres, e 
piiilosofos de grant estamiento (lue en su vegez labrauan e fasian 
labrar e conrrear sus tierras; eel mesmo faze testimonio disiendo: 
que cosa en el nuindo non es mas délectable al hombre viejo de 
grant estamiento que faser conrrear las tierras e obrar obras de 
aquellas ; emj)ero entiende lo dezir que se quiere secrestar e apar- 
tar alcxar en su vegedat de los aferes mundanales e pensar e 
contemplar (jue la gracia diuinal faze engendrar la tierra sola- 
nuînte a seruigio del hombre; ca Dios todo poderoso non ha me- 
nester de los espleytos de la tierra sy non el hombre solament, e 
remirando, c contcmplando aquestas cosas, e rendiendo gracias a 
Dios todo poderoso la vegez ha puyado e subido el primer grade 
o escalon de contemplation en Dios; e despues podra sobir mas 
ligera mente cl segundo e-^calon de contemplar con Jésus Cristo 

1. IVut ôtr«' Snyol f;nt-il ici .'illusion à la version de Palladius, dont 
un oxeniplairo lui acquis on l'Ml par le roi I). Juan I" d'Aragon. Fr. l^o- 
faruU y Sîins. Apfinirs hihliof/rùjicos^ p. 514 (cité par Bccr, Hnnd- 
sr/trtf(rnr/n'i(^rr Spanicns» p. 01, n" 51), parle d*un Palludi acquis en 
l'HT par le roi Jean 1" d'Aragon. 



XXV. PALLADIUS 159 

Dios e hombre, feeho nuestro hermano tomando natura humana ; 
despues podra contemplar el çaguero e terçero escalon, el quai es 
contemplar en el gozo que auran en parayso les amigos de Dios, los 
quales auran trabajado por su seruiçio e de la cosa publiea del 
mundo del quai el es cabec^a e niayor principe. E yo, por todas 
aquestas cosas, hequerido nueuamentearromançare declarar, tanto 
quanto la mi groseria e insufiçiengia ha bastado, el dicho libro de 
Palladio, tomando aquel nueuaniente de latin en romance. E su- 
plico a todos los leedores de aqueste libro que non me noten de 
presumpçion, ea a buen entendimiento e a prouecho de la cosa pu- 
bliea lo he fecho. E sy por auentura yo non lie bien interpretados 
algunos vocables de simientes, e de arboles, o de otras cosas aquesto 
ha seydo porque non los he fallados expuestos nin declarados en 
algunos libres, asy de gramatica como de medeçina, ya sca que 
diligentemente en elle aya trabajado, e dexolo a correcçion de 
mayor e mejor interpetradorque yo, que le plegasuplir, e corregir, 
e emendar los desfallesçimientos que y son, porculpa mia, por tal 
que en los traslados, si alguno fara faser, non se sigua error. E 
aquesto, por caridat de Dios e por dilecçion de la cosa publiea, ffue 
acabado de romançar en el mes de jullio aûo a natiuitate domini 
1385, e fue començado en nouiembre del afiyo 1380. 



XXVI 



JEAN GASSIEN 

(Rocam. n»58; Biblioth. Nat. Madrid, Ii-109) 

1. Jean Cassien, CoUationes Patrum. 2. Francesch Exi- 
MENis, Doctrinade dure a cascuna persona. Eu catalan. 

Manuscrit de 107 feuillets, plus 3 de table et 2 blancs 
au commencement, vélin et papier, folioté régulière- 
ment jusqu'au feuillet 77; le ms. est divisé en cahiers et 
porte ses signatures, l^criture du milieu du XIV® siècle. 
Sont en vélin les feuillets : 1 de la table et les 2 blancs; 
du texte les feuillets : 6, 7, 14, 15, 21, 22, 30,31, 38, 39, 46. 
47, 54, 55, 62, 63, 70, 71, 78, 79, 86, 87, 94, 95, 102, 103. 

Format 295 X 215 mm. Reliure moderne. 

Les CoUationes Patrum occupent les feuillets 1-77. La 
table appartient à ce premier ouvrage. 

I. Fol. 1. Rubrique: Comenren les rubriques apellats 
collarions dels Sants Pares, ro es a saber los conseils de 
sancta vida que J'aliien los sants pares monges e her- 
mites, e los bons eximplis e la bona doctrina que donauen 
ah al très. 

La table renvoie non aux chapitres, mais aux feuillets. 

Fol. 1. Rubricjuo du texte : Començen les collacions dels 
sants parcs ^ les quais Jbren escrites per alguns dexebles 
lurs aperdurabla memoria dels esdeuenidors, Incipit : « No 
es negun dupte lo mon ...» 

Fol. 77. Ivxplicit : « ro es amor de Deu, la quai cosîi es 
sobre tots los altrcs bons. Deo gracias. Amen. » Finito li- 
bro sit la us et fjloria Cristo amen. Benedictum sit nonwn 
domini nostri Jhu. xpi. et ploriose virginis Marie matris 
('Jus et omniuvi sanctorum in eternum et ultra. Amen. 



XXVI. JEAN CASSIEN l6l 

IL Le second ouvrage commence au feuillet 79. 

Rubrique : Aci comença la abreuiada e compendiosa 
doctrina de dure a cascuna persona, Incipit : « En nom 
de nostre senyor Deu e de la virge nostra dona sancta Maria 
mare sua et de tots los sants e santés de Paradis. » 

Fol. 107 v** B. Explicit : « E en aquesta manera e ab aquesta 
condicio ho compli lo dit frare quin haja bon guardo de 
nostre senyor Deu. Amen.» 

Au verso du 2" fol. blanc du début on trouve écrite, pos- 
térieurement au texte, une liste de rubriques de la Abre- 
uiada e compendiosa doctrina de viure a cascuna persona. 

Cette Doctrina d'Eximeniz a été publiée, d'après un ma- 
nuscrit incomplet du commencement, dans la Coleccion de 
doc. del Archico de Aragon, t. XIII, p. 311 et suiv. 



Il 



XXVII 



SAINT AMBROISE 

(Osuna: Plut. IV. Lit. N, n* 34; Rocam. n* 13; Biblioth. Nat. 

xMadrid, Ii-10). 

Saint Ambuoise, Œuvres morales. En castillan. 

Manuscrit de 89 feuillets, plus 1 feuillet blanc au commence- 
ment et 2 à la (in, papier non folioté. Écriture du XV*" siècle 
avancé. Ni rubriques ni capitales. En marge, indication des 
chapitres et quelques notes. Format 285x214 mm. Reliure 
de parchemin . 

Fol. 1. Incipit: «Porque entre los fijos...», et en marge : 
Prologo quej'aze el santo dotor Ambrosio en el prinçipio 
de su obra. 

Au bas du premier feuillet on trouve le titre du 2® cha- 
pitre : Que forma et orden deue orne tener en el callar, oyr 
e fablar. 

Fol. 86 v". Le livre finit par : « et declarada mucha ynsti- 
tuçion e auisamento trae. » 

Fol. 87, 88. 89. Table générale. 

Ce livre compte xcii chapitres. Ce sont des méditations 
ou leçons morales sur le silence, Tamitié, la chasteté, etc. 
Exemple, chap. xvi : « Non conplir ome algunas vezes 
aquello a que es obligado es ofiçio de bien faser. » 



XXVIII 



SAINT AUGUSTIN 



A 



(Roeam. n' 7; Biblioth. Nat. Madrid, Hh-80) 

I 

Saint Augustin, Sermons. En latin. 

Manuscrit de 104 feuillets, vélin, folioté tard et incom- 
plètement, réglé presque partout à 24 lignes. Initiales 
rouges, pas de rubriques, grosse écriture du XIV® siècle. 
Quelques feuillets endommagés ont été réparés, les trous 
sont bouchés, mais les lettres n'ont pas été récrites sur le 
parchemin. Format 277x177 mm. Reliure moderne aux 
initiales du duc d'Osuna. 

Fol. 1. Dans la marge d'en haut on lit en petits caractères : 
« Sancti spiritus adsit nobis gratia — Sancta Maria ora pro 
nobis. )) 

Incipit : « Sermo sancti Augustini de uerbis domini in 
euangelio secundum Matheum : Agite penitentiam appro- 
pinquabit enim regnum celorum. » Indication des versets 
cités et table des textes. 

Au feuillet 97 commence le dernier sermon du manuscrit 
dont le texte est: « Si uisuenire ad uitam serua mandata. » 

Fol. 104 V®. Explicit : « Transibat dominus et illi clama- 
bant... » Ce manuscrit est incomplet de six sermons, la 
table nous indique que l'ouvrage complet devait contenir 
vingt sermons. 



164 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 



*13 

(Uocam. n- (>; Bibliotli. Nat. Madrid, Reserv. 6'-5) 

Saint Augustin, De Vita Christiana, Kn ifcilicn. 

Manuscrit de 21 feuillets, plus 2 blancs à la fin, vélin, 
non folioté, réglé à 27 lignes, ^xriturc italienne du 
XV'- siècle. Ornementation florentine. Aux quatre coins les 
heaumes du manjuis de Santillane et dans le bandeau infé- 
rieur deux anges portant ses armes. Format 240x170 mm. 
Reliure moderne. 

Fol. 1. Rubrique : Inconiincia il proemio del volgcu^ha- 
tor(\ 

In('ipit:(( Riuolgendo io alcuni ecclesiastici libri uennemi 
aile mani una gentile operetta del glorioso doctore Au- 
gustiiio la (juale egli mando alla sorella... » 

Explicit : « sara cagione incitare lanimo mio ad man- 
darti dellaltre cose maggiori. » 

Au-dessous, en lettres dor, comme la première rubrique, 
on lit celle-ci : Incomincia il libro di Santo Agostino delta 
Vita Cristiana, alla sorella, rerato di latino in volgare. 

Fol. 1 V". Incipit : « Se io peccatore etinfimo, pîu insi- 
piente oi piu imperito... » 

Fol. 21. Kxplicit : « dare in pre.sentia ti diamo inabsen- 
tia. Deo gratias. » 



*C 



(Osuna: Plut. III. Lit. N, iv 19; R<x.'am. n» 5; Biblioth. Nat. 

Madrid. Hescrv. 5a-ll) 

Saint Augustin, Confessions, En italien. 

Manuscrit de 137 feuillets, plus 2 feuillets blancs aj 
coinmenceiiKMit, vélin, réglé à 40 lignes. F.criture italienne 
du XV'' siècle. C'est un manuscrit de grand luxe orné et en- 
luminé avec un soin extrême. L'encadrement du fol. 1 répète 



XXVIII. SAINT AUGUSTIN 165 

avec élégance tous les motifs des décorateurs florentins, 
chasse, jeux d amours dans les branches et au travers du 
fouillis des arabesques. Aux ;uatre coins, dans des médaillons 
carrés, les heaumes du Marquis (celui d'en haut à droite a 
disparu), à droite et à gauche la devise a Dius e Vos » court 
dans les bandeaux, et en bas deux anges soutiennent une 
couronne de laurier où la place des armes est demeurée 
vide; les pieds de l'ange de gauche et le sol ou les nmiges où 
ils devaient poser n'ont pas non plus été terminés. Quelques 
notes en marge. Format 325x225 mm. Reliure moderne. 

Le titre dit : Comincia cl prolofjo cli santo Ac/usUno nel 
primo lihro délie suc con/'cssioni. Incipit: « Tredici libri 
délie mie confessioni... » La capitale qui commence le pro- 
logue est finement enluminée, on y voit saint Augustin au 
premier plan, avec sa mitre, sa crosse et ses gants, assis, les 
mains jointes et vêtu de pourpre, dans sa chaire épiscopale; 
la miniature, parfaitement dessinée, ne semble pas tout à 
fait achevée . 

Livre L fol. 1; liv. II, fol. 9; liv. III, fol. 13 v^ liv. IV, 
fol.l9v«;liv. V, fol. 27; liv. VI, fol. 34 vMiv. VII, fol. 43 v«; 
liv. VIII, fol. 53; liv. IX, fol. 62 v°; liv. X, fol. 72 v"; 
liv. XI, fol. 91 v"; liv. XII, fol. 102 v«; liv. XIII, fol. 113. 

Explicit : « in questo modo si riceuera, cosi si trouera, 
cosi sara aperto, amen. » 

Fol. 126 v° : Comincia il libro disancto Agustino, a Pau- 
lino, délia cura la quale sidebha aucre pei morti, Incipit : 
« Longo tempo, o uenerando uescouo Paulino, sono stato 
debitore a restituire.. . )) 

Fol. 137. Explicit : « senza dubio la mia risposta sarebbe 
manchata alla tua dimanda. Dco gratias, w 

D 

Saint Augustin, De Beata Vita, En castillan. 
Cf. Notice II, ms. Reserv. 6^-2. 



XXIX 



PAUL OROSE 

A 

(Roeam. n" 129; Biblioth. Nat. Madrid, Ii-119) 

Paul Orose, Paidi Orosii hispani presbyteri historiarum 
libri septem. En latin. 

Manuscrit de 79 feuillets, vélin, non folioté, réglé à 43 
et 44 lignes. Ecriture du XIV® siècle, à deux colonnes. Ini- 
tiales et rubriques, pas de titre. En marge, notes de la 
même époque que le ms. Format 287x204 mm. Reliure 
moderne. 

Fol. 1. Notice sur Orose tirée de Gennadius: « Horosîus 
presbiter hyspani gencris, uir eloquentissimus et ystoriarum 
cognitor, scripsit aduersus querulos christiani nominis... » 

Texte, incipit : « Preceptis tuispius {sic) beatissime pat€r 
Augustine...» 

Fol. 7*J. B. Explicit: Pauli Horosii presbiteri, ad Au- 
gust[in]um Episcopum , historiarum contra accusaiores tem- 
porum c/iristianorum liber septimus explicit féliciter. 

*B 

(Osuna: Plut. II. Lit. M, n^l.) 

Paul Orose. En Castillan. Manuscrit perdu. 

Amador de los Rios dans son édition des Œuvres du mar- 
quis de Santillano, p. 627, § lxxxiv, cite, en parlant de 
Paul Orose, un manuscrit vu par lui dans la Bibliothèque du 



XXIX. PAUL OROSE 167 

duc d'Osuna et qui ne se trouve ni dans le catalogue de 
Rocamora, ni à la Bibliothèque Nationale de Madrid, C'est 
probablement un des manuscrits de Tlnfantado qui ont été 
vendus à l'étranger quelque temps avant que le gros de cette 
bibliothèque ne fût acheté par le gouvernement espagnol. 
Voici la description de cet Orose : 

(( Tambien poseia el marqués otro côdice aun mas rico, en 

fol. mayor, limpiay hermosa vitela, escrito â dos cols., con 

orlas en que aparecen sus armas, marcadoPlut. II, lit. M, 

n"*?, el cual tiene este encabezamiento: Aqui comiença el 

primero libro de las Ystorias de Roma de Paulo Eurosio, 

sacado de ytaliano en aragonés (lemosin) et de aragonés 

en castellano : el qualjiso tresladar estante en la cibdat de 

Paris frey Pedro de Palmerola, comendador de Villel. 

Et otrosi lo manda tresladar del dicho lenguage aragonés 

en castellano el strenuo cavalier oint go Lopez deMendoça, 

Senor de la Vega, seyendo capitan mayor en la fron- 

tera de Jahen en contra de Granada por el serenissimo rey 

don Johan de Castilla, etc. Tiene algunas notas y en- 

miendas que parecen de mano del marqués,?), y al final 

diçe: Aqui es fenecido de escrebir el libro de las ystorias 

romanas de Paulo Eurosio que contiene XVI libros. Et 

trasladelo yo el Bachiller Alfbnso Gomez de Çamora, por 

mandado de mi senor Inigo Lopez de Mendoça, senor de la 

Vega, é seyendo capitan mayor contra Granada en là 

frontera de Jahen por el serenissimo nuestro senor rey don 

Johan, en el ano del nasçimiento de Nro. Salvador Jhu. 

Xpo. de mill CCCC é treynta y nuece anos : Deo gracias 

amen, Terminada esta obra, hay un tratado original de Za- 

mora : « Sobre el provecho que causa del malicioso, et que 

daûo ô mal del neçio, et que significan estos dos vocablos.» 

C 

(Osuna : Plut. V. Lit. X. n' 18; Rocam. n" 128; Biblioth. Nat. 

Madrid, U-125 ) 

Paul Orose. En aragonais. 



Manuscrit de 174 feuillets de papier, non folioté. Ecriture 
du commencement du XV^ siècle. Ni titres en rouge, ni 



168 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

capitales, ni signatures. Format 286x217 mm. Reliure de 
pardiemin. 

Le premier feuillet porte une notice sur Orose: « Elhon- 
rrado Orosio spaïlyol ... » 

Fol. 1 V''. Prologue de Paul Orose : « Padre Sant Agostin 
en fazer. . . )) 

Liv. I. Fol. 2 v^. Rubrique: Aqui acaba el prologo et 
comiença el primer libro de Paiilo Orosio sobre los grandes 
factos del miindo, 

Liv. II. Fol. 21 v'*. Acaba el primero libro de Paulo 
Orosio prestre, recontador de las istorias contra los pa- 
ganos, c comiença se el segundo libro. 

Liv. III. Fol. 38: Acaba el libro IP de Paulo Orosio 
preste espanyol, recontador de istorias, e comiença el libro 
II1\ 

Liv. IV. Fol. 59: Acaba el libro lit de Paulo Orosio 
preste spafiyol, recontador de istorias, e comiença el libro 
IIII\ 

Liv. V. Fol. 86. Acaba el libro quarto e comiença el 
quinto. 

Liv. VI. Fol. 110 : De Paulo Orosio pestre, recontador de 
istorias, el libro V^ acaba e comiença el libro VI*^ 

Liv. VII. Fol. 135 V" De Paulo Orosio se acaba el libro 
VI^ e comiença el VII'' libro. 

Fol. 157 v**. Explicit du texte : « que tu condempnas. » 

Fol. 158. Rubrique finale: De Paulo Orosio, augustin^ 
obispo enbiadoy el libro VIP de las ystorias contra los 
acusadores de los tienpos de los cris tia nos se acaba muy 
bienauenturadamentj et a to facto translatar el muy exçel^ 
lent e Religioso senyor don Jray xJohanfernandeJS deredia^ 
humil castellan Damposta, e prior de Catalunya. Et ha la 
trasiatado Domingo de Garcia Martin seruidor suyo, 

F/inito libro sit laus gloriarristo, amen. 

Qui scripsit scribat semper cum domino bibant (sic) 
aiiu*n, 

« El (jual libro son XI cuadernos c dos fullos de papel.» 

Suivent trois lignes en caractères bizarres ; c'est sans 
doute une (écriture secrète. 

Fol. 158 v^ blanc. 

Le feuillet 159 commence par les mots : « de la ciudat el 



XXIX. PAUL OHOSE 169 

quai el se alabaua que refaria...» C'est un fragment qui finit 
au feuillet. 174 v'^par: a Siguese el terremotus espantable 
que muchas ciudades de Orient faziendolas todas las casas 
cayer con la tierra aplano. » 

Ce fragment que le copiste ou le relieur a oublié de 
mettre à sa place doit être intercalé entre les feuillets 
141 et 142, du livre VII. On lit au bas du verso 141 en marge : 
ft Require post XVII folia ad talc signum f » et plus bas 
ces mots encadrés : de la çiudat el quai else alabaua. 

Le feuillet 159 fait parfaitement suite au verso 141, mais 
le recto 142 ne fait pas suite au verso 174. Le cliapitre qui 
est indiqué au verso 174 n'est pa.s celui qui commence au 
recto 142. Or, la note du fol. 141 dit XVII folia, et du fol. 
159 à 174 il n'y en a que XVI, il manciue donc un feuillet 
au manuscrit. 

Dans la notice qu'il consacre à ce manuscrit dans sa Bi- 
bUoteca del marqués de SantilUma (Obras, p. 627, 
§. Lxxxiv;, Amador de los Rios ne fait pas mention de 
l'important explicit du feuillet 158 (1. Il ne s'est pas aperçu 
que ce manuscrit était précisément écrit en dialecte ara- 
gonais et, trompé par le désordre des feuillets, il l'estime 
incomplet. Rocamora dans son inventaire sommaire, tou- 
jours insuffisant, a cependant relevé la rubrique finale du 
feuillet 158. 

Nous croyons utile de publier ici des fragments tirés du 
manuscrit Ii-125 que nous venons de décrire, l'histoire de 
cette version en sera éclairée : 

[E]l honrrado Orosio Spanyol.apuesto fauladore amaestrado en 
istorias, fizo VII libros en los quales départie todoaqueste volutine 
et fizo departimiento contra les eristianos que dizian quel abaxa- 
miento de la grandeza de Roma cra vcnida por la fe cristiana. En 
los quales, faziendo memoria quasi de todas las miserias etribula- 
ciones que son estadas en el niundo, denuiestra este mayorment 
seyer : es asaber que contra el su mereçiuiiento dura aun el 
comun de Roma et queel imperio esta en piet por el obseruamiento 



1. Dans cette mémo notice, Amador de los Rios s'étonne que Nicolas 
Antonio ne mentionne pas cette traduction ; or, nous verrons plus ba« 
que la Bihliothcca Votas (t. II, p. 164) consacre une lon>çue notice à 
cette version que Los Rios attribue à un traducteur imaginaire. 



170 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

de la fc cristiana. Ond el, en el primero libro, déclara la dispoasi- 
cion del mundo cotno es çercado de cada parte del mar e Irauessa- 
mientos que tazii por la tierra ayunlado (!on cl Rio que es cla- 
mado Tanais, e los ordenamienlos e disposicion de los lugares e( 
las monlanyas, e el numéro e las coslumbrcs e la qiialidat de las 
génies, e los eocomençain ienlos de las batallas ; otrosi las de los 
senyorea los quales'se flKieron en el principio por derramamJenlo 
de sangrede la gent. sineiitendîniientoderaemoria. Kste Orosio el 
quai enbiado a sant Jeronimo de part de «anl Agoslin por aprender 
laciencîadc gracia disponiendo primerament trayo en occident las 
reliqutas de sant Esteuan martir que tueron falladas nueuament en 
el tiempo de Onorio Emporador e eslacosa manificsla la su bondat. 

El lilulo primero reaonla de gui' tracta nqitente Uhfo, agora , 
porte se el prologo de Paulo Orosi'o en que deimientra au humtldat. 

(Fol. 1 v). Padre Sant Agostin, en fazer aqueste libro he yo obe- 
decido a los tua mandamtentos e quisiesse lo Dios que atan con- ' 
plidament lo liuuiesse yo fecho coino lo fiz de grado. eonio quiere 
que me mueue muyt pooo, siquiere que yo lo aya fecho bien, sî- 
quiere no. Ë esto es purque tu mismo as ya dubdado que se pueda 
bien fazer aquelio que ta mandante. Mas en aquesto lomo muyt 
gran plazer que Srme la mi voluntaten quanio yo pudiesse ûbe- 
dezer los tus mandamienlos- Porqueen la casa de! rico padre que 
ay muyt granl familia, ya sea que ayanimalias de diuerssas gene- 
raciones para prouechamiento de su fazienda, es poca la cura de 
los canes los quales atau ^olamenl han de su natura obedecer e se- 
guir la voluntat del senyor, alli do le plaze de mo^trar gela o pur 
palauras o por senyales, esto por quanto han lo que ellos dcsean 
propriament, los quales en quanio ellos son mas nobles quealguaa 
de las olras auimalias en alanto son mas gracîossos e amaosirados 
por lahumanidal. Es asaber aconosçer el libro de Paulo Orosio, re- 
contador de las Islorias, por el honrrado Jolian Bueno, de grauia- 
lica en vulgar a instançia de micer Lauiberdo de los abades. e 
pone se en el comienço el prologo. 



Traducteurs et traductions de Paul Orose en Espagne ' 

Il nous parait utile, pour débrouiller ensuite plus aisé- ' 
ment l'histoire de ces versions, de rapporter ici le texte de 
la notai, p. 39 du tome VI de YHiMoria crilica d'Amador 
de los Rios, où à propos des Historias del espaiiol Orosio 
il dit : « Dos versiones de Orosio, iimbas custodiadas en la 
» Biblioteca del duquede Osuoa {P. V. Lit. N. nùm. 18 y 



XXIX. PAUL OROSE 171 

» P. II. Lit. M, nùm.7), poseyô el marqués de Santillana: 
» la primera hecha por un Juan Bueno, â instancia deLam- 
» berto de los Abades de gramâtica en vulgar (de latin en 
» castellano), y la segunda por el bachiller Alfonso Gomez 
» de 2^mora, de ôrden dcl mismodon InigoLopez, trayén- 
» dola del catalan al cual habia pasado de la traduccion 
» francesa de fray Pedro de Palmerola, comendador de Villel . 
» etc. » 

Voilà la légende. Voyons les faits maintenant. Tout d'abord 
puisque les rubriques du manuscrit perdu (Plut. IL Lit. 
M, n** 7), exécuté pour le marquis de Santillane, disent à 
plusieurs reprises qu'il fut d'aragonais mis en castillan, 
pourquoi Los Rios veut-il qu'ici aragonais ait le sens de 
catalan ou de limousin (1) ? Nous ne connaissons pas de 
version catalane d'Orose, tandis que le ms. Ii-125 nous a 
conservé le texte aragonais exécuté par Domingo de Garcia 
Martin par ordre de Juan Fernândez de Heredia, alors 
encore châtelain d'Amposta (2) et (jui fut ensuite grand 
maître de l'Ordre de Jérusalem. Ce manuscrit est comme 
une minute de celui qui fut ensuite luxueusement écrit 
et décoré et dont la Bibliotheca Velus de N. Antonio 
(t. II, p. 163-164) fait mention (3). 



1. Le plus curieux est qu'Amador de los Rios, après avoir déclaré, 
dans le tome VI de son Histoire, que le marquis de Santillane fit tra- 
duire Orose de catalan en castillan, et après avoir déjà noté eu marge 
du mot aragonès le mot Icmosin dans sa notice du ms. perdu (Plut. II, 
Lit. M, n* 7), disserte ensuite dans le tome VII (p. 475, note 2), sur 
el hahla avagonesa^ à propos du spectacle allégorique représenté pour 
fêter l'entrée de Fernando de Antequera (1414) à Saragosse. Il dit que les 
copias récitées en aragonais par la Justice, la Vérité, la Paix et la Mi- 
séricorde, étaient à mesure tornadas en palabras castellana^s, par Alvar 
Garcia de Santa Maria, qui nous le rapporte lui-même. Et comme 
preuve que de semblables castillanisations de textes aragonais n'étaient 
pas rares, il cite la version d'Orose que le bachelier Alfonso Gomez de 
Z&mora exécuta, en 1439, pour IiligoLopez de Mendoza. 

2. Juan Fernàndez de Heredia fut fait châtelain d'Amposta vers 1345, 
et grand maître de rOrdi*e de Saint-Jean -de- Jérusalem en 1377. 

3. a ArugonenHia Vihvi Pauli Orosii Historlaruni versio, e codice Bi- 
bliothecîe Collegii Sanctiss. Corporis Christi ^'aIent. 

Esta es la taula è su/nan'a annotaciô de los lihros rubrlcas è capi- 
tales del libro que Paulo Orosio de la nacion de Spanyafamoso poeta 
e ystorial copilô à Instanria è mandamiento dcl bienacenfurado sant 
AgosU : : : : Et por onde el mufjt rccerendo en Xpo padre e senr/or 
Don frai lohan Fernande:; de Eredia por la gracia de Bios maestro 



z.i.1. 



172 RIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

11 nous semble plus que probable que le manuscrit Ii-125 
aura été le texte môme que le bachelier Alfonso Gomez de 
de Zamora fut cliargr de castillaniser, en 1439, pour son 
maitre Don Inigo Lopez do Mendoça, seigneur de la ^'ega. 
Il est permis de sui)poser que le traducteur qui travailla 
à Paris, sur la version toscane, fut le même Domingo de 
Garcia Martin que « frey Pedro de Palmerola, comendador 
de Villel », chargea de ce travail, à la demande de Johan 
Fernandez de Heredia, qui fut, on le sait, lui aussi com- 
mandeur de Villel et qui était à l'époque châtelain d'Am posta 
et prieur de Catalogne. 

D'où Amador de los Riosa-t-il tiré la traduccion fran- 
ccsa de Fray Pedro de Pdlmerola, comendador de Villel!^ 
Le manuscrit Plut. II. Lit. M, n" 7, dit simplement que la 
version aragonaise fut faite à Paris sur un texte italien. 
Comment Amador de los Rios a-t il pu faire de ce commandeur 
aragonais l'auteur d'une traduction fran(;aise ? l^st-ce parce 
qu'étant à Paris il en fit exécuter une aragonaise sur un 
texte toscan? Voyons enfin qui fut Juan Bueno, qui, suivant 
Los Rios, traduisit Orose de (jramtttica en vulr/ar(de latinen 
castelIano).Nous savonscpie vers Tt^xtrême fin du XIIP siècle, 
ou plus exactement aux environs de 1291, un juge de Flo- 
rence nommé Bono Giamboni traduisit de latin en toscan, à la 
prière de Messer Lamb(*rto degli Abadi di Kirenze : Délie 
Storie contra i paf/dni di Paolo Orosio libri VII (1). Le 
traducteur aragonais a traduit l(vs noms trouvés par lui dans 

dv la Of'fim (le saut IoIkui do I/irlin. mjondo v. considerando (/iir 
fu/iK'sd /loriffU ntcmoi-idl c snnuirio dncmno.nt de los Jndicios de Dios 
« inurlids prrso/Kfs dr difci'cntrs /n'ofrssionrs e condlciones è waior- 
mfnt ft (nfiifllfis (/n<> non cran instructas en scirnrin cra ignuto c non 
rt's nicnfts f/tnisi non salndo nin otdo :por ianfo cl dicho Srnyoretc : : : : 
El primer titulo reronfn de que trarta aquesti libro : c Jizo esii iibro 
reparf(di) rn siffr Ithrcts.Qic. » 

Le iKiductoui' Domingt» de (larcia Martin, nommé dans le Ii-125, n'est 
pas cité dans la Blbllofheca VHu.s. 

1. Drllr sforie eonfrn i l\tijani di Paolo Orosio lihri VII roi- 
(jarizzainentt) di Bono (riftnihoni publieato ed illustrato cou noie dal 
Doit. Franresrtt 7V/.s\s7*. Firenze ])or Thoinniaso Baracch^, 1849, in-8*. 
C<'tto version avait été publiée déjà au XVI' siècle, sans date, mais 
vers 1535, à Venise. Kn 1531) et 15U4, on la réimprima, à Venise égale- 
ment, en l'aUribuant à Giovanni (iuerrini da Lanciza (cf. Zambrini, 
Le Opère roltjari a Stuntpa^ col. 727-728). Ce texte est conservé par un 
assez grand nombre de manuscrits. 



XXIX. FAUL CHOSE 173 

le manuscrit italien qui lui servit de texte, et c'est ainsi que 
Bono Giamboni est devenu Juan Bueno, Lamberto derjU 
Afearf/Lamberdo de los Ahndes et la formule si fréquente 
en Italie di (iramatica in vulr/are, de latin en castellano. 
En résumé, nous venons démontrer que les deux manus- 
crits d'Orose, Tun anigonais, l'autre castillan, conservés dans 
la bibliothèque Osuna, dérivent tous deux d'une source com- 
mune : la version italienne de Bono Giamlxmi. Bien plus, 
nous avons vu (jue le manuscrit aragonais contient la version 
([ue commanda Juan Fernândez de lleredia, nous avons 
montré quelles prol)abilités il y a de croire que la version 
(jue Pedro de Palmc^ola fit exécuter à Paris, sur le texte de 
Bono Giamboni, ne fait (juiui avec celle (jue Domingo Garcia 
Martin fit pour le châtelain d'Amposta. Le manuscrit perdu 
P. IL Lit. M, n° 7, que le marquis de Santillane fit cas- 
tillaniser piir Alfonso Gomezde Çamora, n'était très certai- 
nement qu'un remaniement de la version conservée par le 
manuscrit Ii-125. Amador de los Rios a donc vu une 
version française, modèle d'une version catalane, et une ver- 
sion castillane, faite directement sur l'original latin, là où 
il n'y avait qu'une version aragonaise, faite sur une traduction 
italienne, et un remaniement castillan de cette même version 
aragonaise. 



f. w. 



XXX 



BOECE 



(Osuna: Plut. V. Lit. N, n« 3; Hocam. n' 38; Biblioth. 

Nat. Madrid, Ii-36) 

BoÈCE^ De Consolationc. En^italien. 

Manuscrit de 46 feuillets, plus 2 feuillets de garde au 
début, vélin, non folioté, réglé à 36 lignes. Écrit dans la 
seconde moitié du XIV® siècle, à deux colonnes. Encadre- 
ment, enluminures, lettres ornée. Format 283x194 mm. 
Reliure de parchemin. 

Fol. 1. L'encadrement entremêlé de sujets et d'arabesques 
est curieux par les détails, sans être très artistique ;il appar- 
tient au genre d'ornementation italienne qui a précédé les 
admirables bandeaux florentins du XV® siècle. Dans le 
bandeau inférieur deux écus d'armes, un dans chaque coin, 
identiques à celui qui se trouve au fol. 1 de TAristote et 
de la Vita Dantis de Boccace : d'or à cinq bouquets de 
fleurs feuilh'^es, au naturel. La grande initiale est finement 
enluminée : on v voit Boéce écrivant son livre derrière les 
barreaux de sa prison. 

Fol.l A. Incipit: « lo Boetio lo quale inquadirietro perfec- 
tamente feci uersi dilecteuoli ne lo fiorito studio de la mia 
prosperita...)) 

Livre I. fui. 1-7; liv. IL fol. 7-15: liv. III. fol. 15-27; 
liv. IV. fui. 27-:^7 V"; liv. V. fol. 37 v- B.-46 A. 

Explicit : « quando uoi operate dinançi agliocchi del gîu- 
dice che tucte le cose uede ». 



« EjjpUfit Liber BoetH, Deo gratias amen . " Daos la cu- 
lonne B on lit : 

« Manushujusscriptoris, 
Saluetur omnibus oris, 
Memoria sit uobis. 
Micbaelis uestri soruitoris. n 

Chaque livre est ornii d'une capitale miniaturée avec Hoesse 
où l'on retrouve toujours une figure d'ange qui tient un livre, 
et lin vieillard, c'est sans doute la Philosophie, consolant 
Boéce; en plus de ces initiales, les feuillets qui ouvrent les 
livres nous présentent des demi encadrements. 

Le texte, nous l'avons remarqué ci-dessus, est précédé de 
deux feuillets de garde, le second porte dans la colonne A 
20 lignes d'une écriture du commencement du XIV" siècle; 
c'est un commencement de copie du texte italien de 
Boëce. La dillérence est très grande entre l'écriture 
de ce fragment et celle de notre texte. Au verso de ce môme 
feuillet, nous trouvons, d'une écriture italienne du 
XV" siècle, les vers que voici écrits sur deux colonnes : 

ti Uassi pensoso il seghator dell'erba, 
Crucciato contra Gioue e contra Marte, 
Ma la speranza clie amor gli serba, 
Montando in sulle sue leggiadre sarte, 
A pjine ed acqua, alla fer/a del soie, 
Cantando tuttauia, si corne suole, 
Che mai non stanclia ne giamai si duole, 
Co' ferri in collo corne uuol su arte, 
Per la cruda stigion cli'e stata accrba, 
Ciascheduu uil penser dal vA\r gli parte 
Chel porteranno in un bel prato d'erba. 
Menando il terro stara tiitto giorno 
Fa'l seghatore nel bel prato ïntorno 
Et poi la sera da di mano al corno ; 
Non lo fa per iscorno. 
Ma per franchezza sualetizia spande 
Sol pfT rispticto délia giornata grande, n 

Au-dessous de ces vers, mais de facture antérieure à ceux- 
ci se trouve une grande miniature de 20 centimètres, très 



176 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

HiKMiiont peinte et bien consiîivêe, représenUint le fauclieiir 
debout dans le» j)ré fleuri où Ton voit un lapin et un oiseau, 
la faux est sur l'herbe ainsi qu'un ta])ouret et un marteau; 
de la ceinture du faucheur pend un étui dans lequel on voit 
la pierre à faux. Le costume, très élégant, du faucheur est 
celui qu'on portait en Italie dans la seconde moitié du 
XIV^ sièchî, avec le chaperon à longue queue, qu'on re- 
trouve souvent dans les portraits de cette époque. 



B 



(Osuna : Plut. V. Lit. X, n" 20; Hocain. n» 37; Biblioth. Nat. 

Madrid, Ii-32) 

BoècFm De Consolatione. En castillan. 

Manuscrit de 1 19 feuillets, plus 3 feuillets blancs au com- 
inenc(»ment et 1 à la tin. papier, non folioté, réglé à 21 lignes. 
Ecriture du XV-' sièc^le. Titres en noir, initiales des cha- 
pitres en rouge Restes de signatures irrégulières. Format 
277x197 mm. Reliure de parchemin. 

1mi marg(î not(\s de la même main (juc le texte. 

Fol. I. Titre en noir, lettres ornées: Libro de la consolaçton 
nmantl de Boecio Roinano: e ronuença iina carta de Ruy 
Lopc^ de Dnualos al que h romanro. 

Incii)it : « Muchas v(v.es pienso, o mi verdadero amigo...» 
Cette lettres finit au fol. 2, et la réponse du traducteur, ((ui 
w. scnornuK» ])as, suit immédiatement et va jusqu'au fol. 4. 
Kxplicit : (( al sigui(Mitearguinento (|ue es de la Intenc^ionde 
a(juest<» libro ])rim(»ro. » Suit : la Intendon de aqiieste libro 
prinu'/v. Au r(M*to du fol. 5 finit l'exposition et commence 
h) fcxt<' : Coinienra el lihro jtnmero de la confiolacion na- 
tfu'fd de Anirio M(tidio Tonjuato Seueri no Boecio, extra 
eonsnl ordluario patriclo, verso primero: « Yo C|ue en otro 
ti(Mipo con florescientc* estudio acabe cantares ...» Fol.5 v**, 
Prosa primera. 

Fol. 30 v": Arahasi^e el lihro primera. 

Fol. 31 : Ai'f/nmento del libro sefjundo. 

Fol. 41 V": Aeah((.'<se el libro serjundo. 

Fol. 42: Comiençaelarfjumento del libro tercero* 



XXX. BOÈCE 177 

Fol. 73: Acabasse el terçero libro e coniiença el argu- 
mento del libro quarto . 

Fol. 100: Acabasse el libro quarto. 

Fol. 100 v^: Argumento del libro quinto. 

Fol. 119 V**: Acabasse el libro quinto, Deo gracias. 

Explicit : « como obra es ante los ojos del Juez acatante 
todas las cosas ». 

Amador de los Rios [Obras del marqués de Santillana, 
p. 597), émet l'opinion que la lettre du connétable Ruy 
Lopez de'Avalos pourrait avoir été adressée au chancelier 
Pero Lopez de Ayala, de qui seraient la réponse et la tra- 
duction de Boèce, traduction dont parle Fernand Ferez de 
Guzman, dans ses Gencraciones y semblansas, en énumé- 
rant les travaux littéraires du grand chancelier. 

Nous avons copié les lettres i[\xi précédent la version de 
Boèce parce qu'elles sont intéressantes pour notre étude : 

Libro de la Consolaçion natural de Boeçio Romano^ e comiença 
una caria de JRuy Lapes de Daualos al que la romança, 

Muchas vezes pienso, o mi verdadero amigo, qiian gran don es 
otorgado a los ensenados de la sabiduria, e no solaniente a quellos 
mas aun a les deseantes délia. E yo, discipulo pequeûo de los que 
dessean saber, venido nouicio ai estudio, soy ençendido a dessear 
el socorro de aquellos que, ante destos nuestros tiempos, en las 
sçiençias fueron complidos, de cuya doctrina no solo ami, mas a 
los que mucho saben, grande pro e claridat se siguen. Por esto pense 
con singular affection rogar a vos que trabaiasscdes en traer a 
nuestra lengua vulgar la consolaçion del sancto dotor Seuerino, 
que por nombre propio es llamado Boeçio, el qualyo creoaber de- 
clarado cosas de muy grande prouecho. Ecommo quier que yo he 
leydo este libro romangado por el ffamoso maestro Nicolas, no es 
de mi entendido ansi (;ommo querria. E creo que sea esto por faita 
de mi ingénie, y aun pienso fazerme algun estoruo estar mesclado 
el texto con glosas lo quai me trae una grand escuridat. E auria 
en especial gracia me fiiesse por vos declarado, en tal manera que 
mejor lo podiesse entendcr. guardando las palabras con que el 
actor se rrasona, senalando en la margen lo que vuestro ingenio 
podiere para ({ue yo syn conpanero el texto pueda entender. E fa- 
ziendo lo ansi resçebire de vos el niayor benefiçio que un amigo 
de otro puede resçebir, por ([ue las cosas tocantes al saber mayores 
son que todas las otras del mundo. Ansy lo dixo el monarcha de 
la sabiduria: que meior es la sçiencia que toda riqueza, e alg«na 

12 



178 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

joya no se egualara con ella. Mas si mi flaca razon no da logar 
a caber tanto comino pido, y a vuestro trabaio no conseguirie 
el fructo que nieresçe, podres muy bien dezir que no quedo por 
vos de enseûar comme respondio Platon al rey Rrofusta quandoera 
maestro de su fijo. Ansy, mi buen amigo, faziendo aquesto por mi 
tanto rrogado, podres auer gloria de bien ensenar e a mi queda 
el cargo del poco aprender. 

Acahasse esta carta e comiença ntra en su respnesta. 

Si alguna, virtuose cauallero, seùor mio, es la différencia entre 
rogar e mandar, de vos a mi por çierto no la siento. Que si vues- 
tras palabras comigo ouiessen logar de ruego, como pidaes lo que 
no puedo bien complir, seyendo negado auriades muy justa res- 
puesta nembrandouos aquello que dize Seneca en el libro de los 
bénéficies : que no auer dado la cosa es mucho menos graue que 
auer la dado mal. Mas comme al mandado vuestro no pueda yo 
rrefuyr, postpuesta mi inhabilidat, acorde seguir lo que man- 
dastes. 

E queriendo lleguar a la obra manifestauasse a mi mayor diffi- 
cultat de lo acabar tanto que ya dexaua de mirar al su comienço. 
E segun escriue Dante fingendo los espantos de la entrada infer- 
nal : ansy comme aquel que desquiere lo que quiere e por nueuo 
pensamiento trueca lo propuesto, ansy que del comencamiento 
todo se quita, tal me sentia yo en este que propusiera. Enpero la 
obediençia que mucho me apremiaua fazia dubdoso mi coraçon. 
E comme dize Terençio : quando el coraçon esta en dubda con, poco 
mouimiento es lançado aca y alla, ffuy determinado a seguir la 
parte mas graue por aquella doctrina de Tullio en las obras vir- 
tuosas, donde muestra que si alguna vez nos troxiere la nesçessi- 
dat a acjuellas cosas que no son de nuestro ingénie es de poner 
todo cuydado, pensamiento, e diligençiapor que, si no las podiere- 
mos fazer fermosamente, a lo menos las fagamos lo menos feo que 
podieremos. Por tanto, senor, si no acabare esso que mandaes, 
bastaine rcmirar a elio para ser quitado de culpay, aunque no 
a vuestro desseo, satisfare a vuestro mandado. Semejado a los ni- 
nos (jue cobdiçiando executar todo lo ([ue les mandan, tan bien 
lo inpossible, con la usada obediençia, descubren la inoçente sim- 
pleza que faze a su intençion no solo syn culpa mas aun mereçe- 
dora de gradc^çiiiiionto. K comino quier que al comienço de toda 
translaçion se deua antcponer algo, para meior entender la cosa 
de que se tracta, |)aros(;iMue sobrado fazerlo yo aqui por que vos, 
rfcûor, auiendo leydo assaz aquesta obra aures meior sabido la 
intençion de su actor, e para sentir mas pure el dulçor de sus 
razones, pues deseades gostar syn mezcla el sabor de su fablar. 



XXX. BOÈCE 179 

commo sea rauchas vczes que por la diuersidat de las lcn<^uas se 
fallen algunas palabras (juc no son mudables sin gran dano suyo, 
contesçiendoles commo *a las plantas nasçidas en su escogido 
logar que mudadas a otro pierden lo mas de su fuerça y aun a 
vezes se secan, donde tal diçion fallare quedara en su propio vo- 
cabio se trocara por el mas cereano que en nuestro vulgar yo 
fallare, poniendo de fuera otros en su fauor que al poder mio sos- 
tengan su mesma fuerça. K donde se toçare fiction o ystoria que no 
sea muy usada reduzirse ha breuemente, no para vuestra ensenança 
ca auiendo vos grande notifia de muchas leturas mejor podes dc- 
zirlo que inclinaruos a lo oyr, mas seruira a vuestra memoria que, 
instruyda de cosas diaersas, seyendo de algo oluidada nembrar se 
ha mas de ligero. E fallando alguna razon que paresca dubdosa 
en sentengia sera le puesta adiçion de las que el nombrado ma- 
estro en suletura ha declarado solo tocante a la letra. K porque los 
titulos son claridad a la via del procéder e no se entreponga al texte 
cosa agena, en comienço de cada libre se porna una rehiçion o ar- 
gumente que sefiale ali^o de lo contenido en sus versos e prosas. 
Agora, con la voluntad del guiador soberano, vengamos al siguiente 
argumente que es de la intençion de aqueste libre primero. 



C 



(Osiuna: Plut. II. Lit. M, n" 2i; Hoeam. n" 36; Biblioth. Nat. 

Madrid, Ii-35) 

Pedro de Valladolid, Commentaire de Boèce. Kn castillan 

Manuscrit de 82 feuillets, pi us 2 feuillets de garde au com- 
mencement et là la fin, papier, folioté en rouge, réglé à 
34 lignes, l^criture du XV® siècle, à deux colonnes. Pas de 
rubriques, petites capitales. Le commentateur ne suit pas 
les divisions de Boèce. Format 285x207 mm. Reliure de 
parchemin. 

Au fol. 1 commence, sans titre, la table des chapitres de 
tous les livres du De ("onsolatione : « En el primero ca- 
pitulo se contiene (luien fue Boeçio c porque e por quien fuc 
perseguido e donde fue cncarcjerado e porque fizo el aqueste 
libro... )) 

Au fol. 7 A., commence l'exposition des livres de Boèce : 
« A mayor e mas perfecta declaracion del dicho libro es cosa 



180 BIBLIOTHÈQUE DU MAKQUIS DE SANTÎLLANË 

notadora (jue Boeçio fue varoii inuy noble entre los çibda- 
danos de Rroma... » 

Fol. 82 v** B. Explicit: « por agora por todos tienpos yn 
secula seculorum amen.» 

Fol. 82 v** B. Au-dessous du texte et séparé de lui par une 
barre rouge, on lit, de la mémo main que le reste, la note 
suivante : 

(( Este libro fizo Pedro de Valladolid, criado del senor rev 
de Nauarra, c oficial suyo de pararle su tabla en que comiese, 
e las cortinaîs on que oya misa, e lizolo en la villa de Al- 
ciitiiz, en el ano de mill e quatroçientos e treyntîi e seys 
aflos en el mes de Setienbre ha veynte e un dia andados ; e 
este dicho dia era Sanlucas euangelista e auia de desceii- 
dir el senor Rey ha oyr misa a la yglesia mayor por la 
dicha fiesta, e por los grandes aferes que ouo no descendio 
e oyo misa en el castillo do posaua ». 

Au verso du premier feuillet de garde, on lit quelques li- 
gnes d'une écriture du XV^* siècle, plus moderne que celle du 
texte : « Jhs. Lunes, a vevnte e dos dias del mes de Jullio 
ano del nascimiento del nuestro senor jhu. Cristo de mill 
et quatroçientos o cynquenta e quatre anos, estando el 
Rey don Juan de Castilla nuestro senor, de esclaresçida 
memoria, en la noble villa de Valladolid dolientede su do- 
lentia natural, (luel nuestro senor Bios le quiso dar, fal- 
lescio este dia e lo lleuo nuestro senor Dios desta présente 
vida entra las nueue oras e las (lies. K alçaron por Rey 
luego el martes seguiente a su lîjo el principe don Enrique 
pr[imojgenyto, que se acaesçio al su finamiento, los caual- 
leros que onde estauan que fueron... »> 

Cette exposition de Boêce est différente de celle de Ni- 
colas de Tnîvetli, dont la Bibliothèque Nationale de Madrid 
conserve, sous la cote Bb -61, une version castillane. 

Traducteurs et traductions de lioèr.e en Espagne, 

On sait le succès (jue le moyen âge fit au livre de Boèce; 
ce succès ne fut pas moindre en Espagne qu'en Italie ou 
qu'en France. Nous allons grouper brièvement tout ce que 
nous pouvons dire de l'histoire du De Consolatione dans la 
Péninsule : 



XXX. BOÈCE 181 

I. La première en date des traductions connues de Boèce 
en Espagne est due à un dominicain F. Père Saplana, il lui 
manque le prologue et une partie du livre V. F.lle est écrite 
en catalan, c'est Villanueva iViaf/c, XVIII, p. 206 qui en a 
trouvé un manuscrit dans la bibliothèque du monnstère de 
Monserrat et qui nous en donne le titre: « Prolech de frare 
» Père Saplana, del ordre de Preycadors, conventual de 
)) Terragona, qui esplana aquest libre de lati en romanç, se- 
» gons lo començament (,/'. cornent) ég\os^ de Sent Tomas : 
» lo quai tremis al Infant en Jacme, fill del Rey deMallorca, 
» lo quai Infant era desheretat é tingut près en la ciutat de 
M Rarchalona per lo molt ait senyor Rey en Pcre d' Arago. » 
Après la dédicace du traducteur vient le prologue de 
Boèce et celui -ci porte en tête le titre suivant : Aci comenra 

10 prolech del libre appel! at Boeci de Consolaçio en lo quai 
proenii se conte la istoria de Theodorick rey dois Gots, lo 
quai fo arromanrat per /rare Anthoni Genebreda, de la 
orde delsj'rares preycadors. 

Ce qui a prêté à la confusion c'est que le manuscrit de 
rUniversité de Barcelone qu'a suivi M. Aguilô dans son 
édition de la Biblioteca Catalana, porte en tête de la 
lettre dédicatoire le nom de frère Anthoni Ginebreda. La 
préface de la traduction castillane imprimée (Séville, 1497), 
dont nous reparlerons tout à l'heure, éclaire ce mystère. 

11 en ressort que Saplana n'avait pas traduit l'histoire de 
Théodoric et la persécution de Boèce, non plus que la fin 
du livre V, où il est parlé du libre arbitre (Voir à ce sujet 
Vicente de los Rios dans sa préface aux Oeuvres de Don Rs- 
tevan Manuel de Villegas, t. 1, p. xxxni, note 78). Un 
certain Bernât Juan Doncel de Valence, qui avait un vif 
désir de connaître l'ouvrage tout entier, pria frère Anthoni 
Ginebreda de traduire ce qui manquait. Ginebreda se prêta 
à QjQ désir et compléta l'ouvrage tel que nous le trouvons 
dans la Biblioteca Catalana, Déjà Prospère Bofarull dans 
le t. XIII de sa Coleccion de docutnentos inéditos del ar- 
chiva de la corona de Arar/ôn, avait publié des fragments 
de cette traduction d'après un manuscrit du milieu du 
XIV* (?) siècle provenant du monastère de Ripoll. Le 
prince pour qui fut faite la traduction mourut en 1375. 
Ginebreda contemporain du traducteur Saplana, fut prieur 



1S2 



BIRLIOTllKQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 



du couvent de Suinlo-Calherine de Barcelone, puis arche-, 
véque d'Athènes (cf. Villanueva, Viage, XVIII, p. 206,, 
et Torr'es Amat, Mentonas paraformar un Diccionario dé 
fos escritores catalanes, p. 295). Ces deux auteurs ne soni 
pasd'accord surk date de lamortdeGinebredu. Pour Torresi 
Amat, il mourut en 1395; Villanueva au contraire affirme 
qu'il était archevêque d'Athènes en 1399. Quoi cju'il ■ 
soit, la traduction Cittalane de Boèce fut bien accueillie f 
on en fit une version castillane qui fut imprimée dès 1483 
à Toulouse (Mèndez-Hidalgo, Tîpoijrqfïa cspaiio/a, p. 377). 

La traductioi? Saplana-Ginebreda, qui porte le seul nom 
de Giuebreda, fut traduite en castillan et imprimée à plu-^» 
sieurs reprises, La première édition espagnole est de 1488, 
(Salvà n' 3854) : Boeçïo de cunsolarion iornado de latin eft 
rromançe por el muy reuerendo padre fray Anton Gcnebre- 
da maestro en la santa Theologia, de la orden de/osprû 
dicadores de Barçelona. Explidt : Aqui feneçe el libro 
de consolaçion de Boeçio el t/ual Jue jnpresso en Toloat 
de Françia por maestro Enrrique Mayer aliman e acaboat 
a qaatro dias del mes de Jullio. Ano del nasçimiento dt 
nuestro seUor iha xpo de mil e quatfoçîentos e ochenta i 
ocho atlos. 

Vient ensuite la traduction que cite Méndez d'après ElaiUj 
{lîepert. Biblioyr. t. I, p. 462) : 

Boctliius de contiolalione Philosophie hispanice versm 
ab Antonio de Ginebreda. Bardnonemti ex ordin. Predi- 
calor. J493 folio. Puis celle de Séville 1497, par Meynan 
VnfjtU alernan e Luni,-alao polono conpaneros a diej y ocko 
dias del mes de Hebrero'de Mill CCCCXCV/J aàos (cf. 
Gallardo, -Ensayo, n" 2333). 

C'est cette édition qui nous a fourni les renseignement# 
mentionnés ci-dessus. Elle commence ainsi : 

« Comiença el libro de Boccin : de la consolacion philoso- 
I» (ical ; Por que el libro de Boccio de consolacion es muy 
Il necessario a recréât loa omes que son en tribulacion i 
» a esercitar los a deuocion e a entender la alteza de loi 
n secretos diuinales. Por tanto algunos an fecho todo g) 
w poderio de roman»;ar el dicho libro : a instruccion de lu 
n que no saben scieneia e entre los otroa ovo uno e! quai l 
u enderesça al infante de Mallorca. 



XXX. ROÈCE 183 

» Porende En-Bcrnat Juan Doncel, habitadorde la cibdad 
)) de Valencia rogo a mi fray Antoni Ginebreda de laorden 
)) de los predicadores de Barçelona que por quanto el auia 
)) grand affection de aver la dicha obra conplida que yo 
» quisiese suplir los dichos desfallimientos por que obra 
)) tan solenne no remanicse inpcrfecta. 

» E por quanto. en la dicha exposicion liauia algunos 
» desfallimientos especial mente porque el diclio expone- 
» dor doxo del quinto libro la quarta e la quinta prosa 
)) e el tercero e el quarto métros. Kso mesmo por quanto 
» en el comen(;amiento del dicho libro no fuesse la hestoria 
» de Theodoric ni la persecucion de Boecio ni el titulo del 
» dicho libro. 

» E yo queriendo obedcçer a sus rogarias, e porque la 
» dicha obra fuese en la perfection escogida e debida segund 
» la flaqueza del mi ingenio lie suplido segund que pude 
» los dichos (desfallimientos rogando a aquellos que la 
)) dicha obra leeran que si cosa fallaren de desfallimiento en 
» ella que benignamente lo quieran corregir e pensar. Ca los 
» omes son desfallientes, etc. » 

Enfin Salvâ iCatdlofjOy n^ 3855), décrit une impression 
du môme ouvrage faite à Séville en 1499, par les mêmes 
imprimeurs, et qui paraît en tout semblable à la précédente : 

(( Acabada e imprimida fue la présente obra del Uergel 
)) de Consolacion : en la muv noble e muv leal cibdad de 
» Souilla por Meynardo Vngut aleman : e Stanislao polono 
)) compafleros : a spensa de guido d'iavezaris e juâ de 
)) porras e lazaro de gazanis mercaderos compaïleros a 
» XXIII dias dn mes de Octubre de mill CCCCXCIX ». 

Nicolas Antonio, qui n'a connu aucune de ces éditions, 
met Ginebreda, qu'il nomme Gincbrada, dans sa Bibliotheca 
Nova. 

II. La seconde traduction espagnole de Boèce est celle 
qu'Amador de los Rios (Historia Critica, t. V, p. 112, 
note 1), attribue à Nicolas de Trêve th. C'est une er- 
reur. Nicolas de Treveth, dominicain anglais (cf. Fa- 
bricius, Bibl. Med, et Infini. Latinitatis^ lib. XIII, t. V, 
p. 133), est l'auteur d'une Expositio in BocthUini de Con- 
solatione Pldlosophi((\ et le traducteur castillan a traduit 
avec le texte de Boèce la glose de Nicolas de Treveth. 



18- 



BIRLIOTIIEQUF DU MARQUIS DE SANTILLANE 



Amiidor de los Rios cite un manuscrit de cette version 
conservé à l'Escurial [h. II. 16); la Biljliotlii'f|ue Nationale de 
Madrid en possède un : le ms. Bb-61, qui fait partie du 
fonds du comte de Haro, récemment étudié par M Paz y 
Méliu dans la Reoista de Arrhiros ; et M . Menéndez y Pfr- 
iiiyo est, lui aussi, propriétaire d'un manuscrit de cette ver- 
sion. 

Le manuscrit de Santander occupe quatre-vingts feuilletS' 
d'un volume de mélanges, il est du XV" siècle, écrit sur 
papier, à deux colonnes. Nous allons le prendre comme type 
des manuscrits de la deuxième traduction. Titre : Aqai 
f'omiença el Ubro de Boeçio Seuerïno senador de Roma, et 
tjital J};o estfindo pressa par mandado de Tkcodorico, rrey 
de !o.s godos, e es Uamado este Ubro de consalaçion ej'ae 
declarado por un doctor en ia santa theologia que ouo 
nonbre frey Nicholatt Trcbet, delà ordendelosfraylesde 
Santo domingo. 

incipit : « Yo frey Nicolas Trcbet maestro liumilde'en la 
sancta escriptura, coci reuercncia soy atreuido a declarar 
el libro de Boeçio llamado de consolai;ion por obedesçer a 
mandamientos de algunos frayles mis hermanos, segund 
que so tenudo por la profession que fiite en la orden de 
ser ohcdiente a mayores e a mcnores. w 

Fol. 80 B. Esplicit : « E Dios conosce las cossas que son- 
por venir a nos ca del todo son a el présentes, ii 

Laus Deo et ej'us geniWicis Marie, quod jani perfcci hoé 
opusJliosQfie hoc est opus Boecii. In nomine patris etjiliis) 
et spiritus sancti. 

III. Ruy Lopez DAvalos connaissait la version accom- 
pagnée du commentaire de Nicolas de Treveth et la 
obscurités qu'il y trouva lui lîrent souhaiter une nou- 
velle traduction. Voyez à ce sujet la lettre et la ré- 
ponse du traducteur dans la notice où nous décrivons le 
ms. 11-32 de la Bibliothèque Nationale de Madrid, (jui Rt 
probablement partie du noyau de la bibliothèque de Gua- 
dalajara. Le ton atTectueux de la lettre du connétable a fait 
croire à Amador de lo.s Rios qu'elle pourrait bien étro 
adressée au chancelier Peio Lopez de Ayala. La réponse du 
traducteur révèle une véritable culture littéraire et beau- 
coup d'érudition, ce qui n'est pas contraire à l'hypothësa' 



XXX. BOÈCE 185 

de Los Rios {Obras del Marques de Santillana, p. 596-597, 
§XVi. 

IV, Lo mcinuscrit Ii-30 contient, nous l'avons dit, un com- 
mentaire du livre de Boèce, différent de celui de Nicolas 
de Treveth et qui a pour auteur ou pour copiste un certain 
Pedro de Valladolid. 11 est du XV^ siècle. 

V. Toutes les traductions que nous avons vues jusqu'à 
présent sont en prose, c'est au XVP siècle qu'appartient la 
première version de Boèce en vers et en prose, à la façon de 
l'original; cette traduction est due au dominiaiin Alberto 
de Aguayo, (cf. Gallardo, Ensayo, n° 43 ; Salvâ, n^ 467 ; 
Pellicer, Ensayo, p. 3). 

Le titre de l'édition princeps, Séville, 1518, est: Lihr^o de 
Boecio Seoerino, intitalado De la Consolaeion de la Filo- 
sophia, agora nueoainente tradacido de latin en castellano 
por estilo nunca ante visto en Espana. Va el métro en copiais, 
y la prosa por medida. 

Cette traduction obtint un vif succès et éclipsa les autres. 
Ambrosio de Morales, dans son Discours sur la langue cas- 
tillane (06ra« de Francisco Cervantes de Sala^ar, publiées 
par D. Francisco Cerdâ, Madrid, 1772, p. 23), dit à ce sujet : 
(( Mas ha de cinquenta ailos ({ue se imprimieron en caste- 
» llano los libres de Boecio Séverine del Consuelo de la 
)) philosophia en un t<in bueno estilo, que quakiuiera que 
)) tuviere buen voto, jusgarà como estava mejor en nuestra 
» lengua que en la latina. » 

Et Valdés, dans son fameux Dialogo de la Lengua, cite 
aussi la version de Aguayo en parlant des traductions : 
« Cuanto à la prosa dijo : que de los que han romanzado, hé 
» leido poco : porque como entiendo el Latin, i el Italiano; 
» no euro de ir al Romanze. D'eso poco, que hé leido, me 
» pareze haber visto dos librillos que me contentan, asi en 
» el estilo, el cual tengo por puro Castellano, como en el 
» exprimir mui gentilmente i por mui propios vocables 
» aistellanos, lo que hallaban escrito en Latin. El uno 
») d'estos es Boezio, de consoUuiôn : i, porque hai dos tra- 
» duziones, parâd mentes, que la que yo os alabo, es una 
» que tiene el métro en métro, i la prosa en prosa, i esta 
» dirijido al conde de Urena » {Dialogo de la Lengua, 
Madrid, 1860, p. 176). Ni Valdés, ni Morales ne semblent 



r 



186 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 



\ avoir noté que ce que Aguayo appelle « prosa medida '» 

consiste en vers octosyllal>es, écrits comme de la prose. 

VI. Le manuscrit P. -97 de la Bibliothèque Nationale de 
Madrid contient une traduction inédite de I^^êce, elle est 
du XVP siècle. Son auteur, Pedro Sanchez de Viana, ou 
D' Pedro Sainz de Viana, traduisit aussi les Métamorphoses 
d'Ovide. La traduction de Boèceest suivie de longues notes: 
une observation en marge nous apprend que le prologue 
qui précède les notes devrait se trouver en tête du livre. 

VII. Nous nous contenterons dénumérer les traductions 
de Boèce imprimées au XVII* siècle et dont plusieurs sont 
curieuses : Fray Augustin Lopez traduit et commente le 
De Consolatione, Valladolid, 1604, cette version est en 
prose ; mais l'auteur intercale après le livre II un poème 
anonyme, dû à un jésuite, qui porte le titre de E^siimulo 
del dicino Amor. Ce poème en rtdondiUas compte 1292 vers. 

VIII. Estéban Manuel de Villegas publie sa tradui^tion à 
Madrid en 1065. A partir de la troisième prose du livre V. 
il juge la matière délicate, cesse de traduire et cite, pour 
compléter louvrage, le texte latin. 

IX. Traduction de Don Agustin Lopez de Reta, gentil- 
homme navarrais, qui vécut au XVII' siècle et dut mourir 
peu après 1688, suivant l'éditeur de sa traduction. Vicente 
Rodriguez de Arellano. qui la publia à Madrid en 1805. 

X. Enfin Antonio Perez Ramirez, « racionero de la insiirne 
collégial de Ampudia », traduit et comnuMite Boèce, sous le 
titre bizarre de Armas contra la Fortuna, Valladolid, 1698. 



XXXI 



JUSTINIEN 

(Osuna : Plut. I. Lit. N, n" 18; Rocam. n'^eS; Biblioth. Nat. 

Madrid. Ii-72) 

Abrégé du Corpus juris civilis. En castillan. 

Manuscrit de 95 feuillets, plus 1 de garde au commen- 
cement, et 1 à la fin, vélin grossier, non folioté, à 
deux colonnes, l^criture serrée du XIV*^ siècle. Format 
365x245 mm. Reliure tympanisée, bois et cuir, traces de 
fermoirs. 

Le feuillet de garde porte une croix entre les branches 
de laquelle se lisent les mots suivants : « In principio erat 
verbum et verbum erat apud eum, dominus erat verbum .» 
Au v"" du même feuillet « libro de derecho. » A Tintérieur 
du plat inférieur de la reliure, deux petites chartes du 
XIV« siècle. 

Ce manuscrit contient un abrégé du Corpus Juris civilis 
de Justinien, le texte est identique à celui du ms. n® 19 
provenant de V Archiva histôrico Nacional, qui est aussi du 
XIV® siècle, mais de plus petit format et mieux rubrique et 
orné. 

Fol. 1-9. Rubrique : In nomine patris et filii et spiritus 
sanctiameriy indiuidue sancte trinitatis, Inçipit liber codicus 
conpositus a nobilissimo Justiniano imperatore. Primera- 
mientre deuemos dejsir de la sancta trinidat e de la sanctaffe 
catolica e non ssea osado ningun orne de desputar délia pu- 
blicamientre. 

Incipit: « De todas las cosas del mundo que son mas 
notables e mayores e meiores ...» 



188 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

Fol. 2 v"* B. Kxplicit: '« Al sieruo deuon tornar franco. » 
ExpUcit liber primo, incipit secundo. 

Livre //. Rubrique : Por quai razon orne deue deman- 
dar a su contendor ante que lo meta en pleito. « Pues 
nosauemos dezir el pleyto » 

Fol. 10 v° A. Explicit : (< assi como es el padre del bien 
de su tijo. » 

Livre ///. Incipit : « Pues que nos auemos dicho. ...» 

Fol. 18 v° B. Explicit: « non se pierde por menos de 
XXX anos. » 
Livre IV. Incipit : a Pues que auemos dicho de los juy- 

zios » 

Fol. 39 A. Explicit : « duquel termine adelante. » 
Livre V. Incipit: « Pues que nos auemos dicho de los né- 
gocies que. ...» 

Fol. 47 v" B. Explicit: « que elles non deuieron. » 
Livre VL Rubrique : a Aqui comiença el libro IV, 
De los sieruos que fuyen a sus senores, Incipit : « Agora 
digamos de los seruos. . . ». 

Fol. 66 v* A. Explicit : « por su mester a fuero de- 
monies(?i » 

Livre VII. Incipit : « Pues que es dicho de los contra- 
ries » 

Fol. 76 A. Explicit : « que le podra demandar. » 

Livre VIII. Incipit : a Si el aruol de un mio vezino. . . » 

Fol. 90 B. Mxplicit : a Fenece por menos de XXX anos. » 

Livre IX. Incipit : (( Equien roba alguna cosa idest » 

Fol. 94 v^ A. Explicit : a comunal de la cipdat. » 
Le ms. n° 19 de YArchivo Histôrico contient le livre IX 
complet, il a trois chapitres de plus que le ms. Ii-72, ces 
chapitres occupent ;iJ feuillets et finissent par: « de las qua- 
les ssaben que deuen preguntar a los testigos. Daniel dixit.» 
Fol. 93 A. Ce feuillet contient quatre paragraphes de for- 
mules pour conjurer les démons et éloigner les mauvais es- 
prits au nom de Dieu. 

(( Toid orne que troxiere estes nonbres consygo, o los 
leyere, o los viere cada dia, nunca mora a ffierro nyn aura 

myedo de rrayo nyn del spiritu malino » etc. Suivent 

les ditlérents noms de Dieu. 



XXXI. JUSTINIEN 189 

Autre paragraphe des sept noms qne doit prononcer 
raccouchée pour se préserver du danger, etc. 

Cette compilation est une traduction du Codi de Justinià, 
version catalane du texte provençal (inédit) dont nous trou- 
vons quelques fragments dans la Chrestomathie provençale 
de Bartsch, col. 293-298. L ^ roi Martin P' possédait un 
Codi en cathalà daté de 1309, qui porte le n<* 76 dans le 
catalogue de sa bibliothèque (Cf. Morel-Fatio, Grundriss 
de Grôber, Katal, Litt., p. 102). 

M. Suchier prépare depuis longtemps une édition du texte 
provençal de cet ouvrage qu'il nomme le Codi, pour mieux 
marquer que ce livre est une œuvre originale écrite primiti- 
vement en provençal. Il a publié en 1899 un travail préli- 
minaire intitulé : FiXnfneue Handschriften des Proven^a- 
lischen Rechtsbuches Lo Codi, et en 1900 il a publié une 
étude sur les deux manuscrits de la version castillane de ce 
texte : Die Handschriften der castilianischen IJberseizung 
des Codi, Dans les Annales du Midi (t. VI), M. Suchier a 
publié un article sur les Manuscrits perdus de la Somme 
provençale du Code de Justinien, qui est un peu une réponse 
à l'article que M. Tardif avait fait paraître dans les An- 
nales du Midi [t. V) sur le même sujet. 



XXXII 



SAINT GREGOIRE 



A 



(Osuna: Plut. III. Lit. N. ii" 27; Rocam. n* 124; Biblioth. Nat. 

Madrid,- Kk-27) 

Saint Grégoire, Morales sobre el libro de Job, traduit 
en castillan par Pero Lopez de Ayala. 

Manuscrit de 165 feuillets, papier, foliotation irréguliôre. 
Ecriture du commencement du XV® siècle, à deux colonnes. 
Format 400x290 mm. Reliure de parchemin. Le premier 
feuillet est occupé par une grande miniature représentant 
Pero Lopez de Ayala agenouillé devant le pape. Cette 
peinture à l'aquarelle est fort intéressante parce que c'est 
vraiment un portrait du chancelier qu'elle nous présente. 
Celui-ci remet au pape sa traduction des Morales et Gré- 
goire lui dit : (( Dios te guarde amen por la su gracia santii 
I pues que por su seruicio feziste obra tanta. » Et Pero 
Lopez répli(iue: « fSeflor de los peligros guardado en este 
mundo | sea (juien te presentii este libro segundo. » 

Ce volume est la seconde partie seulement des a Morales 
sur Job )). Les 3 premiers feuillets manquent. 

Fol. 4. Iiicipit : a La sapiençia fuera pedrica en las plaças 
de su bos, la (jual bos luego la enseila... » 

Livre XVIII, fol. 4-23 v° ; liv. XIX, fol. 25-40 A; 
liv. XX, fol. 41-6-3 A; liv. XXI, fol. 63-75 v«;liv. XXII, 
fol. 76-99 A; liv. XXIII, fol. 100-119 A; liv. XXIV, 
fol. 119v"-134v^liv. XXV,fol. 136 A-150 B; liv. XXVI, 
(le feuillet 151 manque; fol. 152-165 v° B. 



XXXII. SAINT GRÉGOIRE 191 

Explicit : « A este pequeïlo libro dainos fyn agora por 
que non nos estendamos mas de lo que deuamos. » Aqui 
se acaba el beynte y seys libro de los morales de Sant 
Gregorio sobre el libro de Job. 

Nombreuses notes en marge dans tout le manuscrit. 

Le premier volume de cet exemplaire des Morales fai- 
sait-il partie de la même bibliothèque? C'est probable, mais 
nous n'avons pas pu en retrouver la trace. La miniature 
intéressante du premier feuillet a été reproduite en couleurs 
en tête du livre de M. Catalina Garcia: Castilla y Léon 
durante los reinados de Pedro /, Enrique II, Juan I y 
Enrique III, 1. 1, Madrid, 1893. 



B 



(Osuna: Plut. I. Lit. N. N" 11; Rocam. n' 123; Biblioth. Nat. 

Madrid, KK-24) 

Saint Grégoire, Morales sobre el libro de Job, traduit 
en castillan par Pero Lopez de Ayala. 

Manuscrit de 273 feuillets, plus 2 feuillets blancs à la fin, 
vélin, réglé à 49 lignes. Ecriture du XV® siècle^ à deux co- 
lonnes. Mouillures attaquant le vélin, nombreux feuillets 
très détériorés. Titres en rouge et bleu, espaces blancs pour 
capitales. En marge rappels et citations de la même main que 
le texte. Format 400x278 mm. Reliure du temps. 

Fol. 1. Prologo de los morales sobre Job, Fol. 1 v** Prologo 
de Sant Gregorio que enbia a Ssan Leandro arçobispo de 
Sseuilla. Ce prologue occupe les fol. 1 v®. 2, 3, 4, à la suite 
Prejaçio e prologo segundo jusqu'au fol. 9. A la suite : Aqui 
comienca elprimero de los morales quefiso Sant Gregorio 
papa sobre el libro de Job, « [Vjaroneraen la tierra llamada 
Huz, el quai auia nombre Job. Con rrazon esta nombrada 
aqui la tierra donde este santo varon moraua... » 

Livrel, fol. 9-18v^ liv. II, fol. 19-36; liv. III, fol. 36 v« 
49; liv. IV, fol. 49-68; liv. V. fol. 68-90 v^ liv. VI, 
fol. 90vM06;liv. VII, fol. 106 vM21; liv. VllI, fol. 121- 
143 v^ liv. IX, fol. 144-167; liv. X, fol. 167 vMSl; 
liv. XI, fol. 181 v"-193 v^ liv. XII, fol. 194-204 v«; 



192 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

liv. XIII, fol. 205-215; liv. XIV, fol. 215 v^-230; liv XV, 
fol. 230-244; liv. XVI, fol. 244-260; liv. XVII, fol. 260- 
272 v°. 

Explicit : « quien podra catar el tronido de la grandeza 
del ». Aqai se acaba el XVII libro de los morales sobre 
Job, el quai ordeno el bien auenturado Ssant Gregorio, 



C 



(Osuna : Plut. I. Lit. X, n" 12; Rocani. ii° 123; Bibiioth. Nat. 

Madrid, Kk-25) 

Saint Grégoire, Morales sobre el libro de Job, traduit 
en castillan par Pero Lopez de Ayala. 

Manuscrit de 151 feuillets de gros vélin, écriture du 
XV*' siècle, à deux colonnes, ms en tout semblable au pré- 
cédent mais beaucoup mieux conservé. Il contient la suite 
des Morales. 

Fol. 1. Incipit : « [M]uchas vezes en la santîi escriptura 
îïlgunas cosas...» 

Liv. XVIII. fol. 1-23 V"; liv. XIX. fol. 23vo-39v^ liv. 
XX, fol. 40-60 V"; liv. XXI, fol. 61-71; liv. XXII. fol. 
71v«-87; liv. XXIII. fol. 87-102; liv. XXIV, fol. 102v^-115 
v«; liv. XXV, fol. 117-129; liv. XXVL fol. 130-151 v°. 

Kx|)licit : « porque non nos estendamos mas de lo que 
deuemos.» Acjui acaba el libro XXVI de los morales de 
San Gregorio. 



D 



(Osuna : Plut. I. Lit. N, n* KJ; Rocam. n" 123; Bibiioth. Nat. 

Madrid, KK-2G) 

Saint Grégoire, Morales sobre el libro de Job, traduit 
en castillan par Pero Lopez de Ayala. 

Ce manuscrit présente les mêmes caractères que lesVins. 
KK 24 et KK 25. Il compte 185 feuillets de gros vélin et 
contient la suite des Morales de saint Grégoire. 



XXXII. SAINT GRÉGOmt: 193 

Fol. 1. Incipit : « [Q]ualquier que se esfueira a toniar 
sçiençia...)) 

Livre XXVII, fol. 1-21; liv. XXVIII. fol. 21-34 v-. 
liv, XXIX, fol,. 35-44; liv. XXX. fol. 54-75; liv. 
XXXI, fol. 75vM03; liv. XXXII, fol. 103-119v^ liv. 
XXXIII, fol. 120-142; liv. XXXIV, fol. 142-157v"; liv. 
XXXV, fol. 158-171; liv. XXXVI, fol. 171-185. 

Explicit : « por quanto sienpre touo buena esperanra 
en Dios ». Aqui se acaba e se citnple et libro de Job segunt 
la trasiaçion del ebrayco. » 

Soit qu'il ait ignoré la traduction d' Avala, soit qu'il lait 
jugée insuHisante, Alphonso Alvarez de Toledo traduisit 
une seconde fois en castillan l'œuvre de saint Grégoire. 
^es Morales parurent à Séville, chez Cromberger, en 1513. 
et en 1534, chez Juan Barreda de Salamanca, à Salamanque 
Cf. Antonio-Bayer, BibL Xoi\, t. 1, p. 10). 

La traduction du Chancelier est restée inédite. 



13 



XXXIII 



PAPIAS 

^Osuna: Plut. II. Lit. M, n* 13; Roeam. n* 172; Biblioth. Nat. 

Madrid, Ii-105) 

Papias, Vocabulaire. En latin. 

Manuscrit de 235 feuillets de vélin, non folioté. Écritures 
du XIIP et du XV^ siècle, à deux colonnes. La partie an- 
ci(Mine est réglée à 38 lignes, la partie moderne compte un 
nombre irrégulier de lignes par page. La partie ajoutée au 
XV** siècle n'a ni rubriques, ni capitales, la partie primitive 
a SOS capitales refaites sur d'anciens modèles ou seulement 
ralïaicliies. Format 320^225 mm. Reliure du XV® siècle, en 
très mauvais état. Sur le plat supérieur de la reliure, une 
étiqu(»tte portant: Vocabulario en latin; au dos : Papiœ 
El en tenta Vocahuloriim. 

Fol. 1 A. Titre : Incipil Prolor/iis in elementarno voca- 
bidornrn Papiœ Doctoris : « Filii utique Karismi [sic). » 

Fol. 2 A. Le prologue finit par : « et ceterorum quos 
nunc snperredemus. » 

Fol. 3 blanc. 

Fol. 1. Le texte commence sans titre ni rubrique : « A, 
littcia ()nini))us gentibus ideo prior. . . » 

Fol. 235 v° 13. Explicit : « Patronomica grecum seruant 
uccentum qu(^ grecum seruant nominati[vu]m. Vbi uero 
mutatio sit littere. » 

Ce manuscrit se divise en deux parties distinctes : la 
prcmièro, écrite en caractères italiens du XV* siècle, va de 
A à L inclus et occupe les feuillets 4-122 v** B. Le feuillet 
123 est blanc. La seconde partie, de M à Z, va du feuillet 



XXXin. l'AlMAS 105 

124 au feuillet 235 v^. Elle est écrite sur un vélin jauni et 
date du XIIP siècle. On voit que, pour utiliser les l<»ttres 
M-Z et les observations finales, on s'est, au XV*' siècle, 
donné la peine de compléter le manuscrit en récrivant toute 
la première partie du dictionnaire. 



XXXIV 



HISTORIA HIEROSOLYMITANA 



(Osuna: Plut. II, Lit. N, n' 19 ; Rocam. n«25; Biblioth.Nai. 

Madrid, Ii-15) 

1. Baudri de Bouugueil, Historia Hierosolymiiana. 
2. LisiAHD DE Tours (? , Historia Hierosolymttana, pars 
secunda. Kn latin. 

Manuscrit de 111 feuillets, plus un feuillet de garde, 
vélin, folioté, réglé à 31 lignes. Écriture du XIV® siècle 
(première moitié). Capitales en couleur ornées de dessins à 
la plume. Au commencement une rubrique; dans l'intérieur 
du livre il n'y en a pas d'autre. Format 277X175 mm. 
Reliure de Tépociue, en cuir sur ais. 

I. Fol. 1. Rubrique : Alias uocatus Godofrede Buylon, 
et au-dessous nous lisons le titre de l'ouvrage : Incipit 
Historia lerosolimitana ab Balderico Dolensium oj^chi" 
episcopo édita. 

Incipit : « Baldericus Burgulensium abbas, postea uero 
Dei misericordia arcliiepiscopus Dolensium licet indignus, 
omnibus christianis pacem. » 

Fol. 79. I^xplicit : a Nos autem librum quartum historié 
istius, in pugnam post cai)tam ciuitatem infra paucos dies 
mirabiliter deuictam, opitulante Deo, claudimus et sic 
soluto promisso quiescimus. » 

Cet ouvrage a été publié à diverses reprises sous le titre 
de Bal dr ici Andefjarensis Historiae Hierosolymitanae 
libri IV Bongars, I, 85-138 ; Migne CLXVI, 1067-1152; 
Historiens occidentaux, IV, i-iii). M. Molinier pense que 



XXXIV. HISTORIA lïIRROSOLYMI FANA 197 

cet ouvrage a été composé un peu après 1107 (Cf. Les 
Sources de V Histoire de France, II, n^ 2120). 

II. Fol. 80. Incipit : « Cum audissent donnus Boa- 
mundus » 

Fol. 111. Explicit : « euasissent plane pauci nisi perse- 
quentes, ut dictum est, insidiarum reuocasset suspicio. » 

La première partie de cet ouvrage est perdue, la seconde 
a été publiée (Bongars, I, 591-625 ; Migne, CLXXIV, 
15891634 ; HiM. occid,, III, 545-585). C'est Barth qui a 
attribué cette histoire à Lisiard de Tours. Voyez aussi 
Molinier (/. c, n«2123-2«). 



XXXV 



PIERRE LE MANGEUR 

(Petrus Gomestor) 

(Osuna: Piiit. II. Lit. N. n' 5: Rocani. n" 132; Bibliotli. Nat. 

Madrid. 1M04) 

Pierre le Mangeur» Historia Scolastica, En latin. 

Manuscrit do 326 feuillets, plus 1 blanc au commence- 
mont, vélin, non folioté. Ecriture de la première moitié du 
XIV'' siècle, à doux colonnes. Rubriques et capitales, ornée* 
sobrement do traits calligraphiques. Format 325x214mni. 
Reliure du XV'^ siècle, on cuir sur ais. Ce manuscrit 
porte sur le dernier feuillet cette note qui indique sa 
j)rovenanc(^ : « Ist(^ liber est conuentus santi Anderii, » et 
au-dessous: « Ystorias escolasticas. » 

Fol. 1. Inci|)it: a Ilistoiia gonesis. » 

Fol. 299, Rul)ri(|U(»: Erpliciunt allégorie ueteris testa- 
menti, sccundiim maf/isiriém Petrum. 

Fol. 300. Rubricjue : Liber anderimas traetat de Euan- 
fje/iis, corttinens capitula quatorderim. 

Fol. 326. Iv\plicit : « largitur immutabiliter et summe 
bonc Deus. » 

Le relieur a altéré Tordre des feuillets, ainsi le fol. 312 
devrait êtr(^ |)lacé (Mitre le fol. 314, auquel il fait suite, et 
le fol . 315 (ju'ii précède. Et le fol. 313 devrait être le fol. 312, 
car il fait suite au fol. 311. 



■asr^a 



XXXVl 



IXNOGKNT m 

(Osana: Plut. V. Lit. iN, n''2; Rocam. n" 134; Biblioth. Nat. 

Madrid, Ii-127) 

Innocent III, IJbro de la Vileza de la humana condicion. 
En castillan. 

Manuscrit de 35 feuillc^ts, plus 1 blanc au commence- 
nent et 8, dont 2 de vélin, à la fin. Vélin et pai)ier, folioté 
jisqu'au feuillet 14 seulement, nombre de lignes variable. 
Icriture du commencement du XV*' siècle ou peut-être de 
lextrême fin du siècle précédent. Rul)rique et capitales. 
Sont de vélin les feuillets 6, 7, 14, 15, 22,23, 30, 31,38,39. 
format 286 x 217 mm. Reliure de parchemin. 

Fol. 1. Rubricjue : Ac/iii comicnca el lihro de la Vi- 
U^a de la humana condicion eompuesta del senor Lochario, 
laiita cardenal, que despursfue criado en santo padre lia- 
irado Ynnoçençio ferrio. El prolofjo comirnça en estaf/uisa: 

« [A]l senor santo Padre Pedro, ])or la gracia de Dios 
obispo del puerto, Lochario indigno, por la diuinal gracia 
en présente. . . » 

La table des chapitres occupe le verso du feuillet 1 et 
cinq lignes du feuillet 2. 

Fol. 3: Capiiulo primera, de la muy misérable entrada 
de la cil condicion humanal. «[PJara (jue salli delà natura 
de mi madré, para cpie viesse trabaio e doloi* e los mis dias 
fuessen consumidos en conlîusion. » 

Fol. 13. Fin de ce (ju'on peut appeler la première partie 
de ce traité : « E lampara es fecha en los pensamientos de 
los ricos, » 



i?00 niRIJOTlIRQUE nu MARQUIS DR SANTILLANE 

Esi)ace blanc pour la rubrique qui devait intituler la se- 
conde partie. Table des chapitres. Fol. 14. Rubrique: Ca- 
pitulo primero, del muy cu/pahle fallimiento de los 
hombres de la humanidat en susalida, 

(( Très cosas son las quales suelcn a les hombres aficionar 
e son estas : riquezas, deleytes, honrras.» 

Fol. 26. Fin de la deuxième partie. Au verso du même 
feuillet commence la troisième. Table des matières. 

Incipit : « Capitulo primero, de la misérable condicion de 
la humanidat en la sallida de los dolores que los malos pas- 
san en la muerte. » 

Fol. 35 v^. FA'plicil : « De lo quai nos quiera Dios 
guardar e guarde por la su santa presçiosa sangre. Amen. )) 

C'est la traduction du Liber Lotarii Leoite et Cardi- 
nalis (plus tard Innocent III) de vilitate conditionis hu- 
mane ou Liber miserie conditionis humane. Cette version 
est l'œuvre d'un anonvme. 



XXXVII 



GUIBEHT DE TOURNAI 



(Osuna : Plut. II. Lit. N, n" 7 ; Rocam. n* 2; Biblioth. Nat. 

Madrid, Ii-2) 

1. GuiBERT DE Tournai, De erudicione regum et princi- 
pum. 2. Saint Thomas d'Aquin, De regimine principum. 
3. Gilles de Rome, table des chapitres des trois livres 
du De regimine principum, 4. Vincent de Beauvais, 
Tractatus de morali principis institutione, 5. Vincent 
de Beauvais, De puerorum nobilium eruditione. 6. Vin- 
cent de Beauvais, De consolacione ou Epistola de morte 
amici consolatoria. En latin. 

Manuscrit de 150 feuillets, plus 2 blancs au commence- 
ment, vélin, réglé à 49 lignes. Ecriture du commencement 
du XrV® siècle, à deux colonnes. Capitales en couleur. 
Tranches dorées avec ornements peints sur la tranche. Ce 
manuscrit devait être le second volume d'un recueil de 
traités relatifs à l'éducation des princes^ puisque le fol. 1 
porte le n^ 132. Format 299x220 mm. Superbe reliure 
mudejar. Au dos : Aegidio de Roma, de Eruditione 
regum. 

I. Fol. 1 A. Rubrique : Incipit prologus generalis in 
regulis regum, Libellus de erudicione regum et principum; 
continet très epistolas. In prima agitur de reuerencia dei et 
diligencia sui; in secunda de disciplina débita potestatum 
etofficialium; in tercera de affectu et protectione subdi- 
torum. Suit un prologue et la table des chapitres. 

Fol. iv* A. Incipit : « 1^ epistole prologus et prime partis... 

Clementissimo domino suo L. dei gracia illustrissimo 



S02 BIBLIOTIlftQUR DU MARQUIS DE SANTILLANE 

regi Francortim f rater G. de Torn^acoJ de regno momen- 
taneo raignire féliciter ad eternum... » 

Fol. 13 A. Explicit : n qui uiuit et régnât in secula 
seculorum aineB. » 

Lj» deuxième épttre est divisée en deux parties. La pre- 
mière commence au f("uillet 13. 

Fol. 13 B. Incipit : k Postulastls clementissime domin« 
prelibatis. . . u 

Fol. 20 V" B. Explicit : h nihil reputans alïenum. » 

La seconde partie de la deuxième épitre commence au 
feuillet 20 B. : " Tetigimus aliqua de potestatum et ofiiri»- 
lium disciplina. . . » 

Fol. S5 V A. Explicit : « in secula eeculorum amen, m 

Troisième épitre fol. 25 v A. Incîpit : « Quoniam aspi- 
rante. . . » 

Fol. 28 B. Ksplicit : « Ai^tum Parisius apud fratrcs mi- 
nores, anno gnicie railleaimo ducentesimo quinquagesimo 
nono mense octobri in die octabarumbeati Francisii. Obse- 
cro iiutem eo.s qui lias très lecturi sunt opistohis siue tibrum 
istum.ut superliniai-es titulos in principio lihri apponant, ut 
esi que continental' iii eo et in consequentibus sci'ibuntur 
rapitulis euidencius uideant et agno^cant. a Ej'pUcit liber. 

IL F0I.28B. Incipit prologua fratris Thome de Aquino 
in tractatii sun df regiminr, prn rr^e n'pri inrhoato. sed 
non perferto morte prctienie.ntc . 

Incipit : " Cogitanti michi quid oITerrem régie cclsitu- 
dini. . . M 

Fol, 40 v" B. Explicit Iractatus de regimen (sic) prin- 
cipuin fratris Thome de Arrjuino, ordînis predicatorum, 

III. Fol. 41-44 eol. A. Ces feuillets sont occupés par la 
table des obapitres des trois livres du De rar/imine prin- 
cipitm de Gilles de Rome. 

IV. Au feuillet 45, commence sjins titre le Trarfatits de 
morali principis irtstitiUione, do Vincent dft Beauvaîs : « In- 
cipit prologus. Clarissimis ac religîosissimis in Christo 
uiris e illustrissimis domïnis, omnique honore ac reuerentîa 
dignis principibus, Ludouico, Dei gratia regî Francie, ac 
Thenbftido. eiusdem fauente clemencia rcgi Nauarre et eo- 
miti Campanie. frater Vineenciiis Beluacensis, deordine pre- 
dicatorum, salutem in omnium ealuatore. Olim dum la 



XXX vu. GUIBERT DE TOURNAI 203 

inonasterio Regalis Montis ad exercendum lectoris ofiScium 
iuxta sublimitatis uestre. . . » 

V. Fol. 65 A. Ici commence le De eruditione puerorum re- 
galium: « Serenissime ac reuerendissime domine sue, Franco- 
rum Dei gracia [regine], Margarete, frater Vincencius, de 
ordine predicatorum, (|ualiscumque lector in monasterio 
suo de Regali Monte, perpetuam in domino salutem etpa- 
ratam in omnibus ad eius obsequia uoluntatem... » 

Fol. 118 v*^ B. Explicit : « 0, inquit, sacre uirgines, horta- 
mentis uos mutuis excitatee multis de uirtute documentis 
ad gloriam prouocatc, durate fortiter, pergite spiritualiter, 
peruenite féliciter, tantum mementote nostri cum in nobis 
incipiet uirginitashonorari... » 

VI. Fol. 119. La même main qui a intitulé le traité précé- 
dent intitule De consola donc, celui qui commence ici : 
«Prologus. Dilecto Deo et hominil)us, illustrissime domino 
in Cristo sibi karissimo, diuina fauente clcmencia Francorum 
principi Lodouico, frater Vincencius Beluacensis, de ordine 
prodicatorum salutem, et luctum presc^ntis exilii consola- 
cionem in regno celostis patrie sempitcrnam ...» 

Ce prologue est suivi de la table et des xvi chapitres du 
traité. Fol. 150 A. Explicit : « Consolamini intérim in 
uerbis istis. Bcne ac diu ualeat in uobis modestia régie 
magestatis. Amen. » 

Au v° du dernier feuillet, 8 vers latins sans intérêt. 

Ce dernier traité dû, comme les précédents, à Vincent 
de Beauvais, porte dans les mss. Latin 16390, fol. 15, et 
Lîitin nouv. acq. 1 139 de la Bibliothèque Nationale de Paris, 
le titre suivant : Epistola de morte amici consolatoria, et 
c'est sous ce même titre qu'il a été publié par Jean de Ilam- 
merbachà Bàle en 1481, joint à d'autres ouvrages du même 
auteur. 

Amador de los Rios (Obras dd Marqués, p. 634 , parle 
d'un manuscrit latin du De regiinine priîiripam de Gilles 
de Rome, écrit sur vélin, à deux colonnes, qui comptait 
130 feuillets et (jui portait Tancienne cote Osuna: Plut. II. 
Lit. N, n" 6. Los Rios dit que ce manuscrit, aujourd'hui 
perdu, avait été exécuté en Italie et (ju'il était « exornado 
con las armas y empresa del marqués». Il est évident qu'il 
s'agit ici du premier volume du recueil que nous venons 



201 lUnLïOTIlftQUK DU MARQUIS DE SANTILLANR 

de décrire. Le manuscrit perdu était du même format que 
le Plut. II. Lit. N,n" 7, il contenait 130 feuillets, et le pre- 
mier feuillet du n^ 7 porte le n° 132. Ce manuscrit était-il 
du KIY*" siècle? Peut-être. Dans ce cas, les armes et Tem- 
blème du marquis de Santillane auraient été ajoutés après 
coup. Mais la vcqia mar/nificcnria et las bellisimas orlas 
qui, d'après Los Rios, décoraient ce manuscrit feraient plutôt 
croire que le Plut. IL Lit. N, n" 6, était un manuscrit ita- 
lien du XV« siècle. Quoi qu'il en soit, len" 6 et le n** 7 se 
faisaient suite, ils avaient une même cote et appartenaient 
à la même bibliothèque. 



XXXVIII 



SAINT RAYMOND DE PENNAFORT 

(Hocam. n* 184; Biblioth. Nat. Madrid, Ii-170) 

Raymond de Penafort, Summa Raymundi, Kn latin. 

Manuscrit de 294 feuillets, plus 2 feuillets au commence- 
ment et 1 à la fin qui sont d'un autre traité, vélin, réglé a 
29 lignes. Ecriture du XIIP siècle, à deux colonnes. Ru- 
briques, cîipitales en couleurs. Format 259 X 202 mm. Reliure 
de basane, tranches rouges. Au dos : Raymundi Suma, 

Ce manuscrit contient la Somme de saint Raymond de 
Penafort, encadrée de trois feuillets d'un ouvrage de 
chirurgie. 

Fol. 1. Avant-propos et table des chapitres. Rubrique: 
Incipit summa magistri Ramandi, (i Quoniam, ut ait 
Jeronimus, secunda post naufragium tabula est culpam... » 

Dans la marge d'en haut, une main de la fin du XIV« ou 
du début du XV* siècle a mis cette note dont la fin a été 
rognée à la reliure: « Jacobus glosauit sumam Rjiymundi, 
ut referunt. » 

Le foliotiiteur a fait une erreur d'un feuillet en numé- 
rotant 194, 196 deux feuillets se faisant suite. 

Fol. 295 v° A. Explicit : « set bennigno corrigat et 
emendat. Deo gratias, » et au bas de la glose: Explicit de 
matrimonio, Deo yratias. A la suite un arbre de parenté 
canonique d'une autre main que le texte, et de la mèmemain 
une table des chapitres, écrite en petits caractères, qui oc- 
cupe encore tout le fol. 296 et s'arrête au chapitre intitulé: 
De litifjiosis (/. religiosis) non ordinandis du deuxième 
livre. 



âÛ6 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLAXE 

Les deux feuillets du commencement et celui de la tin du 
volume sont d'une écriture du XIIP siècle peut-être un peu 
plus moderne que celle du texte de la Somme. Ils sont 
écrits à deux colonnes. Ces trois feuillets sont du même 
traité, mais le troisième ne fait pas directement suite aux 
deux premiers. Le dernier contient des recettes : « De 
élargi tione uulneris, delepra, » etc. Au bas de la colonne A 
du V® du dernier feuillet on lit Texplicit suivant: Explicitint 
notule supra cyrurf/iam mayistri RoycrH. Deo yratias. 
Dans la colonne B. Rubrique: « Incipit ars thaladie (sic), » 
et au bas de la même colonne» : « Explicit ors thaladie . » 

Le traité de chirurgie dont nous venons de parler est peut- 
être le commentaire de Roland de Parme à la chirurgie de 
Roger. On sait en effet qu'une des additions de Roland aux 
idées de Roger touche précisément la question de Taginn- 
dissemeut des plaies: «De élargi tione vulneris, » pour lequel 
ce chirurgien professait une aversion singulière (Cf. Portai, 
Histoire de VAnatomic et de la Chirurgie, t. I, p. 176). 



XXXIX 



LANFRANG 

(Osuna. Plut. III. Lit. M, n"27; Rocam. n'142; Biblioth. 

Nat. Madrid, Ii-155) 

Lanfrancus ou Alanfrancus, Chirurgie pratique, traduite 
parMAESTRE G. Salvâ. En valencien. 

Manuscrit de 118 feuillets, papier. Ecriture du XV« siècle. 
Capitales grossières, titres en noir. Format 212X150 mm. 
Reliure moderne. 

Fol. 1. Ce feuillet est endommagé, il contient un court 
prologue. Fol. 1 v« et fol. 2, tables. Fol. 2 v®, dédicace de 
Tauteur à Vlionrat amich. 

Fol. 1. Prologue du traducteur : « En nom de nostre se- 
nyor Jesu Crist, beneyt lie ait lie glorios, e de santa 
Maria, he a lionor de tota la santa corte celestial, yo 
maestro G. Salva, bacliil 1er licenciât de Monpeller en la art 
de medicina, a instancia de dos [c]ars amiçlis los quais ami 
Uoncii temps an pregat que yo, per amor dells, désigne una 
obra en lart de çirurgia raolt necessaria he vera(?) de lati en 
romanç esplanar, per ço com breument en la dita obra ple- 
nariament son posades poques coses mas certes heprouades, 
segons ques mostra al présent seguent; lie yo volent satisfer 
a la volentat de aquells, tôt treball récusât e postposat, 
vuU, per la lur cara amistat, complidament lie vera la dita- 
hobra demostrar, he no menys mostrar alguncs coses les 
quais son per mi prouades, les quales yo he agudes de 
maestres molt autentichs. He axi, appellada aiudade Deu 
sens lo quai nenguna obra no pot venir a perfectio, començare 
la dita obra posant primerament les rubriques de cascun 



208 BIBLiOTHÈQUB DU MARQUES DE SANTILLANE 

Capitol, iatsia que aço no sia en lexemplar. fag eu per 
^■o quel legidor pus... tmh lo capitol do. la miilultia qae 
voldni. ■' 

Fo!. 64. La moitiù de la page est restée en blanc; cet 
espace devait être occupé par une ptanclie. Au-dessus de 
l'espace blanc, se trouve le titre suivant ; Açi ha dcstar 
fanol/iomia de cènes y arteries, lion senyatadament se 
conefja perjigura de Ihomlur sagnia, lo desus capilol hv diu 
corn se ha a senyafar per dû de bon cfrurgici ho ineti/e, 
auisani lu pintor las Uoehs dicretanwnt . 

Fol.76.Explicit de l'ouvrage de Laiifranc: « Los profits que 
de las sagnies se seguexen, ton es axi fcyta com ter se deu. 
son aquests que son duinunt cscrits. Item nota ((ue en tôt çn 
que sie en lo libre que sic seuyalat de vermello, he que y ha 
escrit adicçion, es fora del test he es glosa del dit maestn; 
G. Salva trcslada lie ajusta alto, no es de Aleiifranch ans 
son receptes de maestres moltautenticlis. a 

Finito iibru sii Imis [et] r/hria Chrislo, amen. 

Des recettes anciennes occupent les feuillets 70 h 118 V. 
Explicit : <■ e ai;o per XIIII dies seguents per cert la 
doior sera fora de continent. Deo gratias. Uip-oÀo[uv;. h 

Ce Bartolomeus est sans doute un copiste. 

Cette traduction du livre, si apprécié au moyen âge. de 
Lanfranc, semble inconnue ; aucune des bibliograpliies que 
U0U9 avons consultées ne la signale. Et sur le D' G. Salvâ, 
n bachiller licenciât de Monpellercn la art de niedicina ». 
nous n'avons pu recueillir aucun renscignumenl . On sait 
que la cbirui^ie de Lanfranc milanais fut imprimée, en 
traduction française, à Vienne vers 1480 (Brunet, t. III. 
col. 816-817), et qu'une version castillane du même ouvrage 
parut, dès 1495, k Sêville chez Meynardo Ungut et Stanislao 
Polono Cf. Brunet, tor.îct., et Morejon, liislor. bibliof/r. 
de la Medicina Espai\<tla, t . I, p. 308). Ce dernier, en par- 
lant de l'édition de .Séville de 14&J, dit; « y se iraprimiô 
en ia ciudad de Sevilla por los trex alemanes companeros. » 



XL 



GILLES DE ROME 



A 



Osuna : Plut. II. Lit. N, n" 10; Rocara. n' 3; Biblioth. Nat. 

Madrid, Réserv. 5*-2) 

Gilles de Rome, Liurr dom gouuernament des rotjs et des 
princes, traduit par Henri de Gauchi. En français. 

Manuscrit de 146 feuillets, plus 1 feuillet de garde, vélin, 
non folioté, réglé à 37 lignes. Ecriture du XIV^ siècle, à 
deux colonnes. Titres en rouge, miniatures, lettres ornées, 
lettrines, demi-encadrements au commencement des livres. 
Format 287 X 215 mm. Reliure moderne. 

Fol. 1. L'A initial finement illuminé représente un roi 
sur son trône recevant un livre dos mains d'un moine. 

Incipit : « A son especial seignour, nez de lignée roiale et 
sainte, mon seignour Phelippe ainznez lilz et hoir mon- 
seignour Phelippe, très noble roy de France par la grâce 
de Dieu, frère Gile de Rome son clerc, humble et deuot 
frère de Tordre de Saint-Agustin salut. . . » 

Fol. 1 v^ A. Explicit du prologue : « si come vostre glo- 
rieuse noblece qui digne est de tote enneur et de tote re- 
uerence ma requis. »> 

Fol. 1 y" H. Rubrique : Ci cornencent les capitres en 
ordre de la priinierc partie dou primerai/n Hure don r/ou- 
uernament des roy s et des princes ,' 

« [L]e premier chapitre enseigne quele est la mainere de 
parler en la science dou gouuernament des roys et des 
princes. » 

14 



310 



BIBLIOTHEQUE DU MARQUIS DE 5ANTILLANE 



lucipit : « Li pliylosoplies dit(|ue la parole du sage lumif 
ne doit estre ne plus longue no plus Ijrieue qe la i'luis« 
dont len parle len requiet» {sic}. 

Fol. 1-16. Explicit de la 3* partie du III' livre et lin de 
tout l'ouvnige : 

n est henoit en ciel et en terre a permis a ses loianx 
cristiens, a ses loiaus amis. » 

Hnhrifiue : Ci fine le liurc dou i/ouuernement dcn rtitx cl 
des princes qiiefrere. Gile de Home, de l'ordre Saint A'jus- 
tins a Jet, letjel Hure mesCre Henri de Gauchi, par /e conmn- 
dcinent le noble roy de France, a laide Dieu, a trarislnie 
de latin enfrancltois. 

fol. 50 v"-93 A: liv. MI, U>\ . 



Livre I, fol. 1-50; liv. 
03 ^3-146. 

Cette traduction de \h 
Le traducteur a dédié son 
dcPliilippele Hardi. 



i de GiUii'hi esl fort 
reàPIiilippele Bel. di 



(n>;uiia ; l'iul. V. Lit. N, n' 4(J; Hix'Hiu . u" I; Hiblii.lh. N;il. 
MadrkI, IMj 

Gilles de Rome, Lihru de los principes ou Regimiento de 
lo» Principes, traduit en castillan par frère lohaii Garcia, 
sur l'ordre de Barnabe, évè([ue d'Osma. 

Manuscrit de 237 feuillets, papier, non folioté. Écriture 
du XV* siècle. Ni rubriques, ni sigiiiitures, espaces blanus 1 
pour capitales. Format 269 X 202 mm. Reliure de parchomin. 

Fol. 1. : [.4]^î»' comiença el libro de los principes Jecho 
de don Fray Gll de Rnma, de la. orden de Santo Agostin. 
E Jisolo trasladar de Intijn en romance Don Bernahe, 
ohispo de Osma, para hourra e ensenamiento del muy 
noble infante flnn Pedro. Jîjo priinero, heredero del muy 
noble don Aljonso, Rey de CasCilla e de Toledo e de Léon. 

E, priinero que otra casa diga, esta es la cai-ta que enbio 
el dicliQ Ffray GH al muy noble infante primoycnito don 
Phelîpe, heredero del reyno de Franeia, a cuyo rueyo el 
ponpusoeate libro de los dichos de lo» philosq/os e princi- 
palmente de Aristotiles, la quai carta e» esta. 



XL. GILLES DE KOME 



211 



Les feuillet!^ 1 i;t:i sont occupés pai' la préface ih'-. Gtllfsde 
Rome, par relie du ti-.iducteur et par la tîible des chapitres. 

Fol. 2. Cliapitrw I. lucipit : " Cnnuieiiu de saber t\un lu 
larguft-ja de los aeruiones ...» 

Livre 1, fol. 1-1;ï9; liv. il, fi.l. 139-2S7. 

Le livre II est incomplet, le chapitit- XXI et dcMiiicr de 
la deuxième partie de ce livre n'est pas (mit a fait lini. 
La troisième piirtie du livre II et li- livii- III (uut entier 
manquest à ce maiiuBcrït. 

Fol. 237. Explicit : « peleas e barajas entri.' los ornes. 
El tercero es que castiga la paz de los . . , n 

Cette traduction est augmentée d'exemples et de cita- 
tions. C'est une tniduction très libre. Clemencin {Efvgin, 
[}. 461) cite une édition de cette version {|ui aurait été im- 
primée dés 1490, mais il ne donne ni des(;ri]>tion, ni détails. 
L'édition de 1494 est niii'ux connue, elle fut imprima à 
Sévîlle par Meynardo Ungut et son compagnon IStaaislas 
(S. Antonio, Bibliot. Vêtus, t. II, p. 179; Salvâ, Catàlogo, 
n" 3986). La traduction catalane du De JRcgimine Princi- 
^«m conservée i l'pjicurial, dans un manuscrit écrit vers 
1430 environ^ est due à Arnaii Stanyol, frère de Senta 
Maria (ici Munt del Carme, (jui la fit à la prière del moU 
ait e ninr/ni/ich Priiicep lo Senyor Infant En lacmi', 
comte d'Urr/el e Vesco/nfe d'Ai/er !N. Antonio, Bibliot. 
Vcius, t. II. p. 223). Villanueva [Vinge, 1. XIX. p. 29i 
décrit un manuscrit sur papier de cette même version daté 
de 1433. C'est probablement ce texte (|iii a été imprimé à 
Barcelone en 1480 et en 149S (Méndez-IIidalgo, Tipografia 
espanola, p. 48 et 57). 

f: 



vre^ du Ik- reijiniinc 



Gilles de Rome, table des 
Principum. 
Cf. notice XXXVII. ms li-?. 

*D 
Gilles de Rome, i)c n-gintiDc prinripum. Kn latin. Ma- 
nuscrit perdu. 
Cf notice XXXVII. ms, Ii-2. 




XLI 



BERNARD GUI 



(Rocam. nM25; Biblioth. Nal. Madrid. Ii-93) 

Bernard Gui, Œuvres. En latin. 

Manuscrit de 250 feuillets, vélin, non folioté, réglé à 
42 lignes par colonne. Daté de 1331. Rubriques. Miniatures 
et lettres ornées. Format 321 X 226 mm. Reliure de par- 
chemin. 

Ce manuscrit est un recueil des écrits de Bernard Gui 
disposés dans Tordre suivant : 

I. Rubrique : Cathalogus Pontijicum Romanorum, du 
fol. 1 au fol. 118 V* B ; le texte s'arrête à la nomination du 
cardinal Talleyrand, évoque d'Auxerre, le 24 mai 1331 (Cf. 
le mémoire de M. Delisle, dans les Notices et Extraits des 
manuscrits, t. XXVII, part. II, p. 239). En marge de cet 
ouvrage, et plus rarement en marge des autres traités, il y 
a des notes chronologiques et quelquefois des corrections 
écrites de la même main que le texte. Il y a aussi, mais 
en marge du seul Cathalogus Pontijicum, des notes d'un 
Espagnol du XVI'' siècle qui a récrit les noms et les passages 
importants en regard du paragraphe qui les contient. 

II. Fol. 120; Rubrique: Hic est cathalogus breuis, per 
modum cronicorum^de Romanis Pontijicibus, a beato Petro 
usque ad dominum Johannempapam XXII, Pontijicatus sui 
anno A'V'^ dccurrente (1331), du fol. 120 au fol. 147 A. 
Cette partie porte un titre courant : Pontifices Romani, 
Du fol. 136 au fol. 142 le copiste s'est trompé et a mis: 
Imperatores Romani; le mot Imperaiores a été bilïé soi- 



XLI. BEHNAIU) Cil 2U> 

gneusement. Le titre eouraiit des feuillets 145 v°, 14G et 
147 est : Con/cssio erroruni antipapae, 

III. Fol. 148. Rubrique : De Origine Prima Francorum, 
et au verso du même feuillet : Arbor cjenealogie Regum 
Francorum, du fol. 148 au fol. 215 A. Au fol. 163, le titre 
est : De origine prima gentis Jrancorum et eorum pro- 
gressa. C'est la cinquième édition de Tarbre généalogique, 
qui doit avoir été exécutée au mois de mai 1331 (Cf. Delisle, 
/. c, p. 257, § 103). L'arbre généalogique des rois de 
France est curieux à cause du caractère archaïque des por- 
traits royaux. Tous les rois, reines et princes portent leur 
nom rubrique au-dessus du médaillon qui retrace leurs traits. 
Le feuillet 162 parait dû à un autre artiste que les précédents, 
les miniatures en sont moins fines. Le roi Philippe VI, 
appelé ici Philippe VII, commence un nouvel arbre. 

Dans la préface de Tarbre généalogique, fol. 148 A, on 
litqueTarbre va jusque: ad dominum Philippum hujus 
nominis septimum, les six dernières lettres du mot sep- 
timum ont été écrites sur le parchemin gratté, qui devait 
porter se^rtum. Les feuillets 216-220 sont blancs. 

IV. Fol. 221. Rubrique: Im.peratbrcs Romani, jusqu'au 
fol. 237 B. C'est l'édition de 1329. Voir le mémoire précité, 
p. 243, §82. 

V. Fol. 239. Rubrique : Comités Tholosani, du fol. 239 
au fol. 242 v", B. 11 y a des additions. Voir le mémoire 
précité, p. 266-268. 

VI. Fol. 243. Rubrique : De articulis Fidei Catholice, 
du fol. 243 au fol. 250 v^. Voir le mémoire précité, p. 362 
et 363. La fin de ce traité était sur le feuillet 251 qui est 

perdu. 

Le premier feuillet de ce manuscrit mérite une descrip- 
tion détaillée. Il est écrit, comme le reste du volume, sur 
deux colonnes. Dans la première colonne, nous trouvons la 
dédicace du Cathalogus au pape Jean XXII. Cette dédiciice 
finit dans la colonne B; au-dessous: Incipit Prologus, 
Bernard Gui se nomme dans la dédicace et dans le pro- 
logue. Le texte commence par le mot sanctissimo, dont 
la première lettre a dû être soigneusement miniaturée; 
malheureusement l'argent des vêtements des personnages 



211 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DR SANTILLANE 

s\\st fortement oxydé. Cependant, on distingue encore sur 
fond d'or un roi couronné, assis de profil sur un trône, un 
religieux à genoux lui offre un livre, deux autres religieux 
se tiennent debout derrière lui, Tun d'eux est vêtu d'un 
froc blanc encore assez bien cons(TVé. De l'S enluminé part 
un ornement qui encadn» la page presque en entier. Autour 
de la capitale et dans la barre d'où part Tenaidrement, il y 
a de petits lis blancs semés sur fond d'azur. En bas, deux 
singes assis sur l'encadrement tiennent une chaîne qui va 
de l'un à l'autre, (l'aversant toute la page; au milieu de la 
chaîne, on voit une sorte de petit arbre vert avec deux 
feuilles. A une des extrémités de l'ornement, se trouve un 
monstre ailé, une sorte de diable accroupi. Immédiatement 
au-dessous de l'encadrement il y a trois lignes, écrites de 
la mêm(^ main (|ue le texte. Klles contiennent la dédicace 
de l'exemplaire au roi Philippe IV : 

Régie marjestati illustrissimi principis domini Pldlippi, 
gratia Doi Francoruni régis ^ suas Jidelis frater B., mi- 
sericordic diuina episcopus Lodouensis^in prouinciaNar- 
honensiy presentem offert lihriun cronicorum Romanorurn 
pontificum et imperatoriun ac regum Franco rum, anno 
domini 1331 . 

Ce manuscrit est assurément un exemplaire original que 
l'auteur offrit (Mi 1331 à Philippe de Valois. C'est en 
quelque sorte comme l'édition définitive de Bernard Gui, 
puisqu'il est mort le 30 décembre de cette même année. 



XLII 



NICOLAS DE LIRE 



A 



(Osiina: Plut. I. Lit. N, n"*H; RocAm. n" 147: Biblioth. Nat. 

Madrid, Kk-3) 

N icoLAS DE Lire, Summa sobre el viejo y nueuo Testa- 
mento. En castillan. 

Manuscrit de 282 feuillets, plus 12 feuillets d'introduction 
et 5 blancs, dont 2 au commencement et 3 à la tin, papier, 
hxîriture de la première moitié du XV*^ siècle. Les 
15 premiers feuillets n'étant pas foliotés, nous leur avons 
donné des chiffres romains. Format 400 X 287 mm. Reliure: 
ais recouverts de cuir tympanisé. Sur le plat supérieur 
une étiquette ancienne porte: Nicolao de Lira, sobre el 
nueuo y viejo teslamento. 

Fol. I. Rubrique : Aqui comiença la suma sobre el viejo e 
nueuo testamento, sacada e copilada por el muy exsçelenie 
fvay Niculao de Lira, maestro edoctoren santa theologia, 
de la orden de Sant Francisco de los freyles menores. E 
antes que vcmja este sobre dicho maestro a la esposirion 
o declaraçion del tes to /eue dos colariones que son por 
modo o manera de rrecomendaçion del viejo e nueuo 
testamento, e por consiguiente de toda la byblia ; la 
primera declaraçion e arenga es esta que se sigue e estais 
colaçiones son dirham pfx>lagos (hic) . E este es el primero 
que se sigue, 

Incipit : « Todas estas cosas. .. » 

Fol. VI V®. Explicit: a e rreyna para sienpre amen, » et au- 
dessous: Aqui se acaba el primero prologo e collaçion del 



21G niBLIOTIlKQUE DU MAHQIMS DE SAXTILLANE 

sohrc (licho e.rrclente maestro Niculan de Lira, el rjual 
prolof/o es de la rreeomendaçion de la santa escriptnra en 
f/eneral. A lu suite: 

Acjui se comiença el sef/undo /trolofjo el quai es de la 
entenrion del actor, que esel sobre dicho imœstro Nieulao 
de Lira, la quai entençion del maestro suso dicho es 
declarar en este prologo el modo o manera de procéder 
en la santa escritura. 

Incipit: (( Vionla diestra del que... » 

Fol. Xll. Explicit: a e el testosegunt el seso literal. » 

Suit un avertissement où l'autorité de Sênèque est 
invo(iu(H? pour démontrer qu'il ne faut pas lire de Tœuvre 
de Nicolas plus (lu'on n'en peut comprendre, car c'est 
mépriser l'œuvre intellectuelle que d'en faire mauvais usage 
et qu'il faut la lire peu à peu pour ne pas surcharger sa 
mémoire, etc., etc. 

Les feuillets XIII, XIV, XV sont blancs. 

Fol. 1 (numération ancienne). Rubrique : Capitol o primero 
el quai fabla de las sei/s dias que el sefîor Dios crio el 
mundo, e las cosas que fi^o en los dichos se y s dias. E 
romo fueron departidas e destintas cada una sobre sy, 

Incipit: (( In prinripio criaiiit Deus çelum et terra, 
quiere d(»zir Moysen e dize en comienço con el seflor 
Dios... » 

Le chapitre l et dernier finit au fol. 281 v^. Explicit : 
(( poi' el siglo de los siglos, por sienpre jamas amen. » 

Suit l'cxplicit du traducteur : 

(( [Ajqui se acaba la postilla e declaraçion sobre el 

g(Miesy fecha por frey Nicolao de Lira, maestro exçelente 

en santa teologia, de la orden de los frayles menores, la 

(lual fu(î trasladada de latyn en rromance, (a petiçion e 

istança del muy notable noble sefior don Alfonso de 

Guznian, senor de Lepee Avamonte, nieto del noble rrev don 

Knriiijue, (jue Dios de santo parayso'), e acobose {sic) de 

(v^crcuir viernes doze dias de jullio, ano del senor de 

mil! e (juatroçientos e vevnte anos. E yo frev Alfonso de 
* • • t. t/ 

Algezira, maestro en santa teologia, dicte la dicha decla- 

1. Lo«< mots (|uc nous ;ivons placés entre parenthèses sont biffée dans 
Je nîs. 



XLII. NICOLAS DE LIHE 217 

raçioii de latyn en rromançe, segunt lo ponc Nicliohio de 
Lira maestro sobre diclio, non desfalleçiendo en cosa 
ninguna do toda su declaraçion, an tes puse muchas 
adiçiones para bien declarar su opinion ; e fue por mi 
acabada de rromançar la diclia decLuaçion el dia e aïio sobre 
dicho ; e pido por merçed a (lual quier seilor, principe, o 
letrado que la dicha postilla o declaraçion leyere asy 
trasladada de latyn en rromanee, que sy algunt defectu o 
yerro fuere fallado en la dicha declaraçion, lo que el seilor 
Dios non (juiera, ([ue le plega de lo corregir beninamente, a 
la quai correçion me plaze de estar, segunt fue protestado 
en el prolago sic) segundo deste libre, e do fallare decla- 
raçion buena de la santa escritui-a plegale por bondat de 
dar loores al senor Dios, onde contieso, con el apostol 
sant Pablo, en el capitulo terçero del segundo libre de las 
epistolasque el enbiaua alos corintyos, que non somos bas- 
tantes pensar nin dezir cosa ninguna de nosotros^ mas 
nuestra sufîçiençia e sabiduria es del senor Dios el quai 
biue e rreyna por sienpre jamas amen. » 

Fol. 283 blanc; Fol. 284 manque; Fol. 285 blanc. Sur ce 
feuillet, dans le coin de droite en bas, on lit cette note : 
«en este libre estan escrites cinto e XL plyges e mas syete. » 
Knfin sur le feuillet de garde il y a une note en latin qui 
n'est qu'un exercice de plume. 



B 

(Osuna: Plut. I. Lit. X, n* 1; Rocani. n" 147; Biblioth. Nat. 

Madrid, Kk-4) 

Nicolas de Liue, Postules sur le Lécitique, En castillan. 

Manuscrit de 99 feuillets, plus 2 de garde au commence- 
ment et 2 à la tin, papier. Ecriture du XV* siècle. Espaces 
blancs pour capitales. Format 416x291 mm. Reliure: 
ais recouverts de cuir tympanisé. 

Fol. 1. Rubricjue: [A(j]ai romicnca la pastilla o decla- 
raçion sobre el lenitico, la quai fi zo e conposo el onrrado 
maestro en santa Teolo(jiaJ'rey NicolaodeLira.fraylede 
la orden de los frayles menores de sant Francisco. E 



318 BIBLIOTHÈQUE DU MAHQUrs DR SANTILLANF. 

comiença el primera capitula de! Leuitico asy : Li-nitico. 
Capitu/o primera el quai tracta. 

Incipit : n [L\ lama el ai-ilor Dios a Miujf^rn. Aqui doucdes 
saber... » 

Fol. 99 V. Explicit : c V. |):if(.H;e l;i Ictm. » Ce \<.liiinc 
compte xxvii cliapitifs. 

Suit l'explicit du tradurteui': 

(I Aqui se acaba la postilla o dedaraçion dcl lil»[" di^l 
louitîco dcl rrpuerendo e cçelonte maestro rii sinfa 
teologia, frpy Nicolao de Lira, frayle de la onU-ii de siiii 
Francisco, c fuc traslîulada de latyu eti rroma.ii;(;o. por 
mandamiento d^l muy noble senor don Alfonso de Gu/- 
man, senor de LppeeAyamonte, e met<i del noble rreyDon 
Knrrique, que Dios de santo par[a]iso; e fue acahada de 
ditar de latyn en noraançe por trey Alfonso de Algezîra, 
trayle de la ordeii de sant Francisco, e maestro en sauta 
teologia, maries die/ e siete dias de dezienlire. aoo del 
nas^'imiento del nuestro saUiador Jésus Cristo de uiîll e 
quatroçientos e veynte atlos. u 



(Osuna: l'im. I-Lii. N, rr2; R."-am, n" 147: Hilili^itli. Nnt. 
Mndriti, Kk-5) 

Nicolas de Liri;, PosîrV/tw sur Ir Horc des Nonibn-a cl sur 
le Deutéranome . En castillan. 

Manuscrit de 248 feuillets, plus 3 feuillets blancs h la 
tin, papier, lignes irrégulières. Écriture de la première 
moitié du XV" siècle. Rubriques, espaces blancs pour 
capitales. Format 416 x 291mm. Reliure: aîs recouverts 
de cuir tympanisé. 

Fol. 1. Rubrique: lA]qut ca/niença la poatîlla a l'Sposiçion 
e dpclaraçion sobre el libro de Ion ruentos Jeclia por el 
onrrado maestro en santa teoluijia J'rey Nicolao de Lira, - 
frayle de la arden de san Francisco. E syquese et primera 
capitula el quai camienra en esta manera : 

Incipit: u [F]ablo el seAor Dios a Muysen, de las cosas 
ante dir.has en los tibros ante dichos, parece que segunt que 
96 fecba... I) 



XLII. NICOLAS DE LIHE 219 

Los fcMiillots 7, 8, 9 sont détachés. 

Fol. 118 v«. Kxplicit : (^ e jiiysios quanto a las cosas jii- 
diçiales. » 

« Aqui se acaba la postilla o declaraçion sobre el deute- 
ronomio feeha por frcy Nicolao de Lira, de la orden de 
sant Franrisco, doctor e maestro e(;elente en santa teo- 
logia, la (|ual inando ditar de latyn en rromançe el noble 
senor don Alfonso de Guzman, senor de Lepe e Aya- 
monte, nieto del muy noble rrey don Knrrique, que de 
Dios santo parayso. Fi dioto este sobre dicho libro, oon 
todos los otros qiiatro libros de Muysen suso contenidos, 
frey Alfonso de Algezira, maestro en santa teologia e 
frayle de la orden de sant Francisco ; e acabose mier- 
coles dos dias de jullio, aflo del nasçimiento del nuestro 
saluador Jésus Cristo de mill e quatroçientos e veynte e 
un anos. » 

« Por mandado del dicho senor don Alfonso, yo Alfonso 
Martines del Puerto lo escreui . » 

Qui scripsit srribat semper cum domino viuat, Por 
mandado de mi senor don Alfonso de Gusman^ senor de 
Lepe e Ayamonte, yo Alonso Martines del Puerto escreui 
este libro ; Dios sea en mi ayudn. 

Fol. 120. Rubrique : [A] qui comiença el libro que es 
dicho Deuteronomio e siguese la postilla o declaraçion 
sobre este libro del eçelentcfrey Nicolao de Lir'a^ maestro 
en santa teolof/ia, frayle de la orden de sant Francisco, 
segunt suso es dicho, la quai declaraçion comiença en la 
manera que se sigue, 

Incipit : « [L]a declaraçion de las tus palauras alunbra e 
da entendimiento a los pequerlos, segunt que fue dicho en 
el comienco del exodo » 

Fol. 248 v°. Kxplicit : « por otro profeta como por Muy- 
sen en el viejo testamento. » 

« [A]qui se acaba la postilla o declaraçion sobre el libro 
de los numéros sacada por frey Nicolao de Lira, de la 
orden de los frayles menores, eçelente doctor en santa teo- 
logia, la (jual dicto de latyn en rromançe el rreuerendo 
maestro frey Alfonso de Algezira, maestro en santa teo- 
logia, a mandamiento de Don Alfonso de Guzman, 
nieto del noble rrey Don Enrrique, que de Dios santo pa-- 



220 HIBLIOTHKQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

ravso. l] fiie acabado sabado vevnte e nueue dias de março, 
aflo del senor de mill e quatroçientos e vevnte e un anos. » 
Por mnndado del dicho senor Don Alfonso, yo Al/onso 
Martines del Puerto lo escriui, qui scripsit scribat semper 
cum domino viuat, finiio libro sit lau[s] et glana Christo 



1) 

(Osuna: Plut. I. Lit. N, n*4; Rocam. n' 117; Biblioth. Nat. 

Madrid, Kk-6) 

NicoLA.s DE Lire, Postules sur Josué, les Juges, Ruth et 
le premier licre des Rois. En castillan. 

Manuscrit de 325 feuillets de papier, quelques irrégula- 
rités de foliolation, l'oubli d'un feuillet entre le 50 et le 60, 
la répétition du feuillet 85, entre le feuillet 296 et le feuillet 
298 il ne manque rien. Ecriture de la première moitié du 
XV^ .siècle. Format 416 X 291 mm. Reliure: ais recouverts de 
cuir tympanisé. A Tintérieur du plat supérieur de la reliure 
se trouve une sorte de table du contenu de ce volume : 

• 

(( Jusue. 

Juezes ha las LXXXIII fojas. 

Rrut ha las CLXVIII fojas. 

Rrey es ha las CLXXX VIII fojas. » 

Le volume est divisé en cahiers et les signatures vont de 
1 àl2. 

Fol. 1. Rubrique: Libro de Josue, capitulo primera el 
quai trarta : 

Incipit : « ^Alqui comiença el libro de Josue, capitulo 
primero : pornas dentro... » 

Fol. 82 V'* : « E non os en ebravco nin en los libros cor- 
regidos. » 

((JA(|ui se acaba la postilla o declaraçion sobre el libro 
de Josue conpuesta del miiy ecelente frey Nicolîio de 
Liia, maestro en sauta t(H)logici. frayle de la orden de sant 
Fianrisco o (l(^ los frayles menores, la declaraçion delà quai 
de latyn (ui rroman(;c a petiçion e rruego del noble seûor 
don Alfonso de Guzman, senor d ^ Lepe e Ayamonte, e 



XLII. NICOLAS DE LIHK 221 

nieto ciel muy noble rey don Enrrique, ([ue Dios de santo 
parayso, fizo e acabo frey Alfonso de Algezira, maestro en 
santa teologia, frayle de la dicha orden de sant Francisco de 
Seuilla. E acabose lunes veynte e cinco dias de agosto, aïio 
del naçimiento del nuestro saluador Jésus Cristo de mill e 
quatroçientos e veynte e un aûos. » 

Por mandado del dicho senor don Alfonso, yo Alfonso 
Martines del Puerto lo escreui, a onor de Dios e de la 
Virfjen santa Maria, 

Qui scripsit scribat scrnper rum domino viuai. 

Ce feuillet 82 est détaché . 

Fol. 83. Rubrique : [A]qui comiença el libro de losJueses 
e syguese el primero capitulo. Libro de los Jueses ca- 
pitulo primero elqual tracta : 

Incipit : « [S]uçito el senor los juezes. . . » 

Fol. 166 V*'. Explicit: « que non tomaron estas virgines 
de vuestra voluntad. » 

« Aqui se acaba la postilla o deolaraçion sobre el libro de 
los juezes del muy eçelente maestro en santa Teologia 
freyNicolao de Lira, frayle delà orden de sant Francisco, 
trasladada de latyn en rromançe a petiçion e manda- 
mientodel noble senor don Alfonso de Guzman, nieto del 
noble rrey don Enrrique, ([ue Dios de santo parayso, por 
mi frev Alfonso de Alfifezira, f ravie de la orden de san 
Francisco de Seuilla, e maestro en santa teologia^ el quai 
libro se aaibo de trasladar de latyn en rromançe viernes 
très dias del mes de otubre e vegilia de nuestro padre 
sant Francisco^ ano del senor de mill e quatroçientos e 
veynte e un anos. » 

Por mandado del dicho senor don Alfonso de Guzman^ 
[yo] Alfonso Martines del Puerto lo escreui. 

(( Vox audita périt, litera scripta nianet, dize: la boz 
oyda pereçe la letra escripta permaneçc. » 

Fol. 168. Rubrique : [A]qui comiença la poi<tilla o 
declaraçion sobre el libro de Rruth del eçelente maestro 
frey Nicolaodc Lira, frayle de la orden de sant Francisco, 
E comiença en esta manera. 

Incipit : « [E]n los dias de un jue:^, aqui conseguien- 
temente se pone ...» 

Fol. 181 v". Explicit : « suso en el capitulo segundo. » 



222 BIDLIOTHEQUE DU MAKQUIS DE SANTILLANE 

H Aqui se acaba la postilla o dec.lara(;ion sobrp pI Hbro 
(li; Rruth dt'l muy cçel(>nte maestro en teoingia, frt'y Ni- 
coiao de Lira, actada por ml, (rey Alfonso de Algezira. 
maestro en sauta theologia, fiayle de la ordeii de sant 
Francisco de Seuilla, F, acabose j'ueues niieue dias de otubre, 
afio del senor de mill e qiiatioi;ientos e veynti; e un anos. » 

Por inandado dvl noble senor don AlJ'omo, [yo\ Al/hnsn 
Martine» del Puerto lo f.screiii. 

Fol. 188. Rubrique : [A\qui comu'nra laposlilla o dvcla- 
rarion del eçelente maestro en santa theologia frey Ntcolno 
de Lira, sobre todos los rjuntro libros de fos rreyen... Lt'bro 
de los reyes, capitido priinero el quai tracta: 

Incipit; » [P}or mi rreynan los reyes, este dezir se 
nota...» 

Fol. 321. Explicit : « Vqv la niuerte do Saiil e d(? sus 
iijos. n 

« Aqui se acalHi la postilla oderlaraçion sobre el primero 
libro de los rreyes, declarada a ]ietit;ion del noble seUor 
Don Alfonso de Guzmaii, segunt suso difbo e.<, de latyn 
en rromançp por el rreuerendo maestro Alfonso de Alge- 
zira, maestro en santa teologia, frayle del monesterin de 
sant Frani^isco de Seiiilla. F, aoibose marte.-i veyntc e 
très dias de de/ienbre, ano del sefinr de mill e quatro- 
^■ieutos e veyiitet' un ailo-s... n 

Yo Aljij/in'i Martinet i/rl l'uerl-i lu rscreny. 



(Osunai Plut. 1. Lit. N. n" :!; Rncain. n" 1-17; liiblîotli. Nat. 
Madrid, KK-7) 

Nicolas de Lire, Pastilles tmr les licrcs II. lll. el IV des 
Rois. En castillan. 

Manuscrit de 282 feuillets, plus 2 de garde au commen- 
cement et 3 à la tin, papier, nombre irrêgulier de lignes. 
Écriture du XV^ -sif'L-le, sans titres en rouge, ni capitales. 
Format 416X291 mm. Reliure : ais recouverts île cuir 
tympanisé. 

Fol. 1. Rubrique: {Alqai se comiença la declaraç.ron 
o postilla sobre cl scf/imtto libro de los rreyes, Jecha por 



XLII. NICOLAS DE LIRE 223 

el eçelente frey Nicolao de Lira, maestro en santa teologia, 
fraylede la orden desant Francisco, E el capitulo priniero 
es este que se sigue, 

Incipit : « [Ojtrosy fecho es...») 

Fol. 96 v*^. Explicit : « K en el segundo libro de parali- 
pomenon capitulo très.» 

Fol. 97: « Acjiii se acaba la postilla o déclaration sobre 
el segundo libro de los rreyes, fecha por frey Nicolao de 
Lira, frayle de la orden de sant Francisco, muy e(;elente 
maestro en santa teologia, sacada de latyn en rromançe por 
mandado del dicho seHor don Alfonso por frey Alfonso 
de Algesira, maestro en la sobre diclia facultad o tlieo- 
logia. E acabose miercoles diez e oclio dias de ffebrero, 
ano del naçimiento del nuestro saluador Jésus Cristo de 
mill e quatroçientos e veynte e dos aûos. » 

Yo Alfonso Martines del Puerto lo escreuy. 

Les feuillets 97 \\ 98, 99, 100, 101 sont blancs. 

Fol. 102. Rubrique : « [A]qui comiença la postilla o 
declaraçion sobre el quarto libro de los rreyes, fecha por 
el eçelente maestro en santa tlieologia frey Nicholao de 
Lira. E siguese el primero capitulo. 

Incipit : « [E] trespaso o quebranto moab en isrrael, 
despues que es fecha mençion. .. » 

Fol. 171. Explicit: « en el siglo de los siglos amen en- 
tiendese verdaderamente. » 

« Aqui se acaba la postilla sobre los libres de los rreyes, 
fecha e copiada por frey Nicolao de Lira, frayre de la or- 
den de sant Francisco, e maestro rreuerendo en santa 
teologia. E fue sacada de latin en rromançe por frey 
Alfonso de Algezira, maestro en santa teologia, por man- 
dado del senor don Alfonso de Guzman, seflor de Lepe e 
Ayamonte, e nieto del noble rrey don Enrrique, que de 
Dios santo Parayso ; e acabose viernes quatre dias de 
agosto, aflo del senor de mill e quatroçientos e veynte e 
dos aAos. » 

Qui scripsit scribat senper cum domino biuat. 

Por mandado de mi senor don Alfonso^ yo Alfonso Mar- 
tines del Puerto lo escreui. 

Les feuillets 171 v", 172, 173, 174, 175, sont blancs. 

Fol. 176. Rubri(iue: Aqui comiença la postilla o déclara-^ 



224 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

çion sobre el tercero libro de los rreyes.J'echa por el eçelcntc 
maestro en teologia fray Nicolao de Lira, frayle de la 
orden de sant Francisco. E syguese cl primero capitulo. 

Incipit : « [E]l rrcy Dauid enuejeçiera o auia enuejeçido, 
en los libros précédentes o que son an tes. ..» 

Fol. 281 v<>. Explicit : « sean sueltas por las rreglas 
suso dadas.)) 

Fol. 282 : « Aqui se acaba la declaraçion del tercero libre de 
los rreyes fecha por el eçelente maestro en santa theologia 
frey Nicolao de Lira, frayle de la orden de sant Francisco 
scripta de latyn en rromançe por mandado del seflor don 
Alfonso de Guzman, nieto del noble rrey don Enrrique, 
sefior de Lepe e Ayamonte, e otrosy declarada por frey 
Alfonso de Algezira, maestro en santa theologia, frayle de 
ladicha orden de sant Francisco. E acabose jueues veynte 
e ocho dias del mes de mayo, ano del senor Jésus Cristo de 
mill e quatroçientos e veynte e dos anos. » 

Por mandado del dirJio scflor don Alfonso, [yo] Alfonso 
Marlines del Puerto lo cscrcui. 

Qui scripsit scribat senper cum domino viuat. 

F 

(Osuna : Plut. I. Lit. N, n" 5 ; Kocam. u" 117 ; Biblioth. Nat. 

Madrid, KK-8j 

Nicolas de Like, Postillcs sur les Psaumes de David. 
En ca.stiilau. 

MaiHisci'it d(î .'J30 leuillets, i)Ius 2 de garde au commen- 
cement el 2 à la lin, papier. Foliotation ancienne avec 
qiiel(|Uos err(MU's : (miIi'o I(»s f(Miillets 85 et 86 il y a 1 feuillet 
blanc, et aussi (»n(re los feuillets 111 et 115 ; 2 feuillets 
portent le n" 17() i'\ 2 autir's h» n" 210, il y aussi 2 feuillets 
256, el(Mitnî les reuillets 320 et 321 un feuillet n'est pas 
num<'r()l('\ Signatures (hî 1-12, avec beaucoup (rirrêgu- 
larités. Ecriture du XV*^ siècle. Format 416 >^ 291 mm. 
Reliure: ais recouverts de cuir tympanisé. 

Au verso du second feuillet de garde se trouve la tal)le : 

^( a las Dueue fojas fallaras la primera maytinada. 

a las och(»nta e dos la segunda maytinada. 



XLII. NICOLAS DE LIRE 225 

» a las çiento e veynte e una fojas fallaras la terçera may- 
tinada. 

» a las çiento e seseiita e dos fallaras la qiiarta inay- 
tinada. 

» a las çiento e nouenta e ocho fallaras la quinta may- 
tinada. 

» a las dosientas e quarenta e seys fojas fallaras la seys- 
mamavtinada. 

» a las dosientas e nouenta e una fojas fallaras la setiina 
maytinada. » 

Fol. 1. Rubrique: [A]qui comicnça la declaraçion del 
exçelente maestro en teolofjia fvey Nicholao de Lira^ de 
la Orden do sant Francisco, sobre el salterio. E sifjuese la 
colaçion que es dicha rrecomendaciion del noble rreij 
Danid e projeta, 

Incipit : « [P\rofeta grande se leuanto en nosotros, notase 
este désir por sant Lucas, capitulo siete, dado que el 
libre... » 

Fol. 330 V®. Explicit: « oen la otra vida por la su gloria 
amen.» 

Suit riiabituellc rubrique : 

(( Aqui por la gracia de Dios se acaba la declaraçion literal 
del salterio del muy exçelente maestro, frey Nicolao de 
Lira, frayre de la orden de sant Francisco, la quai declara- 
çion fue feclia al mandamiento e instançia del noble seilor 
don Alfonso de Guzman, nicto del noble rrey don En- 
rique e fijo del senor don Juan Alfonso de Guzinan, conde 
de Niebla, e fue declarado e tornado de latyn en rromançe 
por frey Alfonso de Algezira, maestro en santa tbeologia, 
frayre de la orden de sant Francisco de Seuilla, e acabose 
miercoles diez e siete dias de dezienbrc, aflo del nasçi- 
miento del nuestro saluador Jésus Cristo de mill e qua- 
troçientos e veynte e siete anos . » 

Grattas tibi . . . eic, 

Alfonso Martines del Puerto lo escreui, Dios sea loado. 



15 



XLIll 



FURTHOLK 



(Hocain. n' 21; Hibliolh. Nat. Mîuliid, Ii-136) 

1. Bah roi.us, Do insif/niis ci annis. 2. Juan Rodrigues 
DEL Padhon, La cadira de honor, 3. Juan Rodrigues del 
Paduon, Une lettre, 4. Traite des eonditions j^erjuises 
pour être bon héraut d'armes. 5. Itéeit, à titre d^exemple, 
de la cérémonie dan.s laquelle le roi Jean H éleva Iflif/o 
Lope^ de Mendo::a à la dit/nité de tnanjuis de Santillane. 
6. Diego de Valeha, Tratadi) de las armas ou Tratado 
de los rieptos e desa/ïos, 7. De lo.s ynfamados, tiiulo VI. 
8. Lei/ feeha en las cartes de Toledo, ano de 1480, sobre 
los cartel es, 9. Diego de Valera, Cérémonial de principes 
(prcstiiK^ coiiiph»!). 10. Kitraits de V Arbre des batailles 
d'Honoré Bonnet. 11. Frafjmcnt relatif à la violation des 
trêves, etc. 12. St/f/ucse la ordenacion de batallas que se 
f'a^en en rompo cerrado, scf/und la obseruançia del reyno 
de Ararpai. Vi, Alfonso el Sahio, h'speculo (libro tercero). 
14. LucENA, Tratado de los rjufdardones. 15. Dij- maximes 
morales. lO. J)e la belle^a o /termosttra que debe aber el 
caballo. Va\ ca.stillîin. 

Mîiiniscril (!<' '^319 feuillets, paiiici*, nombro variable de 
lif^nns. PVritures (livers(\<(lu XVsi^cle. Format (uiaxiinuui) 
215 X 150 mm. K<^liur<^ mo(l(Tne imitant la reliure d'Iûîgo 
Lo])ez de Mendoza ([ui porte un h(»aume en relief sur les 
plats. 

1. Fol. 1. PréfacM' du traducteur castillan du traité de 
Bartliole. 



XLlll. BAUTIIOLE 22*? 

Iiicipit : « ►S(înor (Nste otro (lia deleytandose vuestni iner- 
ced en aquello que a todo virtuoso. . . )) 

lixplicit: « Porende liuinillinente suplico lo resriba. Et 
mantenga Dios a vuestra senoria. » 

Fol. 1 v^ : Aqui comienrn cl fratado de Barthulo sobre 
las insignins e escudos de armas. 

Fol. 17. Explicit : « en la materia de la^* armas pueden. » 
— « De vuesti*îi nierced humill seruidor Ludouicus Baclia- 
lareus. » 

Les feuillets 17 v°, 18, 19, sont blancs. 

II. Fol. 30: Comienra la cadwa de honor ordenada par 
Juan Rodri(jues del Padron, ertado del cardenal de san 
Pedro, don Juan de Cervantes, J'eclta a ruego de ahjunos 
senores mancehos de la corte del rey don Juan elsegundo, 

Incipit: « [Jj uuentud, de buenos deseos, benigna e ami* 
gable ...» 

Fol. 47. Fxplicit : « trayan los ven(;edores (*n la su gloria 
amen. » 

III. Même feuillet : Sif/uese Una caria de Juan Rodri^ 
fjue:s, no se sahe para quien la aya escnpto, que paresre 
auerla hecho cuando se partio a ser J'rayle en el santo 
Sepulrro de Jerus(den, yendo desnaturado del Rey no, 

Incipit : a ; Ivstudiosa ocupacion niia ! Venida es al 
puerto, con dulce afan por ty.. . » 

Fol. 48. Fxplicit : « no seyendo de los res(;ebidos bienes 
desagradesçida. » 

IV. Fol . oO : Estas son las condyciones que ha de auer 
qualquier haraute que bueno lia de ser o parscuante para 
ser diyno de auer tan noble ojicio d'armas, 

« Primeramentc a de ser bijodalgocjne en otra manera no 
es dino de tal oficio ». 

Fol. 52. V". Fx|)licit : « De santa marya e d(î los santos 
principales. » 

V. Fol. 5.*] : Lo que se deuc (le::ir quafulo c/ Rey hase 
ftlyund grande de su rey no duque, marques, o conde, y asy 
lo diro el Relator quando el Rey don Juan el seyundo Ji^o 
ma/'ques de Santillana a Ynyyo Lope^s de Mendosa por 
las palabnts sifjuientes^ ano de 1143 (tnoSé 



I m 



22S BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

Incipit: « Seflor Varon, el Rey nuestro seûor. . . » 
Fol . 53 V**. Explicit : « que reparticsen entre sy . . . » 

VI. Fol. 54 : Intvodarion al muy allô scelente e miiij 
virtuoso principe don Aljbnso qiUnto deste nonhre, Rey de 
Portugal e del AUjarae, scflor de Çeuta, en el tractndo 
de las armas conpaesto por Mosen Diego de Valera. 

Incipit: « Si aquel diohode Socrates, principe muy exco- 
lente, deuemos créer que dize. . . » 

Fol. 86. Explicit: « al mi poco saber y noa voluntad de 
errar. » C'est le Tratado de las armas de Diego de Valera. 
On distingue nettement deux écritures dans ce manuscrit ; 
la première finit au fol. 73 v**; la seconde commence au 
recto suivant . 

Les feuillets 86 v**, 87 et 88 sont blancs. 

VII. Fol. 81) : Arjui se pone el tilulo de los ynjamados, 
tilulo VI. 

Incipit: « Ynfamadosssonalgunos onbresporotros ycrros 
que fazen que non son tan grandes como los de las tray- 
çiones e de los aleues ...» 

Fol. 91. Explicit : « que era verdad lo que auia dicho, 
prouandolo no aura pena . « 

VIIÏ. Fol. 92 : «Lev fecha en las certes de Toledo el aûo 

t/ 

de M.CCCCLXXX, sobre los carteles. » 

Fol. 92 v^. Explicit : « se reportanen la forma susodiclia. » 

IX. Fol. 93. Le Cérémonial de principes de Diego de 
Valera commence dans ce manuscrit par la fin de la courte 
préface de ce traité : « ... cosas muy an tiguas, deuemos 
estar, scgund lo nota el muy Reuercndo doctor Don Alonso, 
obispo de Burgos, en el tractado de las sesiones. . . » 

Fol. 102. Ivxplicit : « vuestro mandado complir, como 
las csterioros lo son (juando esperimentar lo querreys. » 

X. Fol. 103 : Comienra lo que sse pone en el libro lia- 
mndo el arbol de las hatallas, s^sobrr los rieptos e requestas 
ssegu/U las leyes cotnanes, ordenado e copilado por un yran 
doctor yn utroque llamado por nombre Honorai Boner. 
Ce sont des extraits de la traduction d'Anton Çorita. 

Incipit : « Si es possible cosa este mundo contar syn 
contiendas, quistiones . . . » 



\ 



XLIII. BARTHOLE 229 

Fol . 122 v^. Explicit « : e asi por esta razon se visten dello 
los religiosos que non an <:ura de vana gloria. » 
Les feuillets 123, 124, 125, sont blancs. 

XI. Fol. 126. Incipit : «... de su senor. Osydara treguas 
a alguno c dentro de aquellas treguas lo matara. . . » 

Fol. 136 v<*. Explicit : «... e las dichas cosas contenidas 
en todos los dichos capitulos. . . » 

Le feuillet 137 est blanc. 

Xn. Fol. 138 : Syguese la ordenacion de batallas que se 
fasen en campo cerrado, segund la obseruançia del reyno 
de Aragon. Incipit : « Nos don Pedro, por la gracia de Dyos, 
rey de Aragon e do Valençia ...» 

Fol. 138 v°. Explicit : « matara a su seûor o yazera 
con la muger. » 

XIII. Fol. 139 : Comicnça la tabla de los titulos e leyesque 
estan en este quaderno, sacadas del libro quejisoel rey don 
Alfonso deçimo deste nombre ^ que fabla de comoan devenir 
a las hues tes. 

Fol. 142 v^ : « Acabanso los tytulos eleycs de las huestes 
e de las caualgadas e partyciones. » 

Les feuillets 143 et 144 sont blancs. 

Fol. 145 : Comiença el libro terçero del libro llamado 
especulo. « Titulo primero de los que llamael rey. » 

Fol. 196 v**. Explicit: «alli truxere o sea echado de la 
caualgada. Aqui sse acaba cl libro tercero del libro llamado 
especulo. » 

Le feuillet 197 est blanc. 

XIV Fol. 198: Comiença un tractado que el protonotario 
de Luçena copilo de los gualardones que antiguamente sse 
dauan a los caualleros que auian seruido en las gueras, e 
del q/içio de los harautes ha^e primero un ra^onamienlo o 
exortaçion para la guerra. 

Incipit: « A todos los militares nobles varones, el proto- 
notario de Luçena. » Cette préface finit au feuillet 199, et au 
verso du même feuillet le traité commence : « Comiença 
lo que dyze el protonotario do Luçena de las antiguedades 
de los gualardones qiie dauan a los caualleros quando 11e- 
gauan a la vejez, e déclara en comienço el nonbre de harautes 
e de do ouieron comienço. )> 



230 ninLioTHÈQUK du marquis de santillane 

Fol. 204. 1^'xplicit : « y assy, unos usurpando ol ofiçîo de 
otros, iiy ay caualleros ny oficiales de armas quales con- 
ui(*ne. » 

XV. Fol. 205 v°: « Yo sienpro tome para my este consejo » 
o,t au-dessous so trouvent dix maximes morales en castillan. 

Le.4 fouill(*ts 20G à 218. sont blancs. 

XVI. Fol. 219: CapituJn que tnitn dr la hcllc^a o her- 
mosurn (jiic dchr ahcr ri cdhfttln. 

Le fol. 220 v° est blanc, mais au n^cto suivant, le même 
texte continue» par une énumération des maladies dos che- 
vaux, (»t il s'arrête au verso du feuillet 221, où finit le ma- 
nuscrit. 

Les traités cont<^nus dans ce volume ont tous été écrits au 
XV" siècle, le ])remier dans le second (juart de ce siècle, les 
autres ])lus tard. Plusieurs de ces opuscules, qu'une ana- 
logie de sujet a fait réunir en un même volume, ont été 
])ubliés. 

La Cddirn de honor et la lettnî d(^ Juan Rodriguez de la 
Camara ou del Padrôn ont été ])ubliées par Don Antonio 
Paz y Mélia, dans son édition des uMivres de cet auteur, 
Madrid, 1884. (Sorirdad de bihliôfilos espanoles^ t. XXIII). 

L(» Tratmhi de las armas et le Crri montai de principe^ 
se trouv(»nt dans \o volume (l(\s lettres et traités de Diego 
de Valera, publiés par Don José Antonio de Balenchana, 
Madrid, 1878. Sndcdnd de hibliôfihs. t. XVI). 

Le S/jccnluni du loi Alphonse le Savant a été publié par 
\os soins do V Acadcmia de ta Historia dans ses OpmculoH 
/('(/aies (Ici ficy Don Alfbnso el Sahio, t. I, Madrid, 
IH'AG . 

Ce recueil oM hriico : il (»st fait de pièces et de morceaux. 
ot il est évident qu'il n'a pas pu figurer, ainsi constitué, sur 
les rayons de la premier*» bibliothèciue de Guadalajara; 
d'ailleurs, il contient une pièce datée de 1480, ce qui suffit 
à prouver que, tel (pTil (»st, le manuscrit Ii-136 n'a pas 
ap[)art(inu au marquis de Santillane. Mais nous croyons 
(pril a ])ossédé (iuel(]ues-uns des traités qui composent ce 
volume, et en [)artieulier le récit de son élévation au mar- 
([uisat et la traduction du De Insif/niis et Armis de Bîir- 
tliole; c'est |)ourquoi nous copions ici la préface du truduc- 



XLIII. BARTHOLR 231 

tenr do ce traité, en raccompagnant de quelques commen- 
taires. 

Préface du tradarieur du a De insigm'is et armh » 

Senor, 

Este otro dia deleytandose vucstra merced en aquello que a todo 
virtuose conuicne, es a saber fazer libres et los leer seyendo de 
çiençia o arte buena et aprovada, por que por lo tal los non sables 
se fazen çientes et les çientes se fazen mas doctes et auisados, et 
la çiençia por la semejante continuation floresçe, et interçisa non 
continuada peres(^^e, comme dize el sabio. Et teniendo vuestra 
Senoria en las manos un libre, parte delà biulin, vi,en la priuiera 
plana de afpiel, pintadas sus armas de vuestra merced, las (piales 
eran et son una jarra blanca en campe azul de la boca de la quai 
sallian flores et frondas, propriamente diuisa de vuestra senoria, 
de quien prinu^ro origen et prinçipio eue. Et fcon]aquella vista eue 
memoria de un tratado (pie el nuiy excelente dottor Hartolo en 
latin conpuso sobre las deuisas et armas. Et porque a los seruidores 
conuieneque sus pensamientos todo[s) sienpre sean deynqueriren 
que conplazer podrian a sus seûores, et por tante yo, comme 
pequeno seruidor de vuestra merced, acorde et pense de declarar 
el dicho tractado et lo tornar et mudar de la lengua latina en el 
nuestro vulgar para seruigio de la vuestra merged. Et este por 
vuestra merced non se auer dado a la lengua latina cou ocupagion 
de otros arduos négocies (pie, desde su tierna edat, syempre touo. 
La fin del quai dicho tractado es para (lue vuestra mer(,^cd sepa 
quien puede traer armas et si sea permiso a cada une de las traer 
et, en el caso que sea permiso, comme se traeran o pintaranen los 
pendones et senas et en las ropas et comme en las (îamas et escudos 
et commo en las paredes de las casas et techos délias et otras ques- 
tiones ynerentes et mergentes dt» aquesta, lo quai, non syn causa, 
vos perteneçe saber, pues (\uq entiende vuestra merced en el 
estado militar et pues (pie en el e(lifi(;ar de casas et (»dificios en 
este revno le liizo Dios segundo i^rcoles. Por ende humillmente 
suplico le res(^iba. Et inantenga Dios a vue>tra senoria. 

Voici maintenant les raisons (jue nous avons dc^ croire 
que cette traduction a (H<'î faite par Ludovicus Baclialareus 
pour le marcpiis de Santillane et (jue la préface que Ton 
vient de liie s'adresse à lui. D'abord le traducteur montre* 
clairement qu'il écrit à un grand seigneur érudit et 



/ .■ 



232 



BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE 5ANTILLANE 



auteur lui-mi'me, que les occupations qui l'acciblèrenl 
dès l'enfance empêchèrent d'apprendre le latin, et (jue pour 
cette raison il songea à traduire ce traitt.^ à son intention. 
Ensuite le traducteur explique qu'il pense que ce trait*- 
pourra avoir un particulier intérêt pour le pcrsonniige auquel 
il l'offre. puis(jue celui-ci est chevalier et voué au métier 
militaire. Il dit encore que ce traité le renseignera sur la 
manière de placer ses armes sur les édifices qu'il fait 
construire. 11 s'agit donc évidemment d'un homme fort im- 
portant et tous ces traits, à l'exception peut-être du dernier, 
s'appliquent il merveille au marquis de Santillane. 

Reste à traiter un point capital. Le traducteur raconte 
qu'il vit entre les mains de son seigneur un livre, sur le 
premier feuillet duquel il distingua ses arme^ ; unajarra 
blnnca en campo aJii/ de In born dp. la quai snïlinn Jlnres 
eJ'rondas,propriamente diuisade vucstra scfion'a, dequlen 
primera oritjen e prinçipio ouo. 

Les armes ici décrites sont les armes de la Vierge : or, ou 
connait la dévotion spéciale que le Marquis professa pour 
la Vierge sa vie durant. C'est lui en effet qui, le premier, 
mêla aux armes des Mendoza celles de Vega avec la devise ; 
Ave Maria rjracia plcna; de plus on se souviendra de 
l'explication qu'il adonnée sur son lit de mort de sa devise: 
Dioa e Vos, qui signifie Dieu et la Vierge, comme nous le ra- 
conte Pedro Diaz de Toledo dans son Raçonamiento sobre 
la muerte de! Marqués. Voici qui déjà pourrait expliquer 
la présence du vase blanc aux lis en fleur sur fond d'azur, 
sur un livre ayant appartenu â Don lûigo Lopez de Men- 
doza. Nous savons que quelquefois les grands seigneurs 
usaient comme armes des insignes d'un ordre dont ils 
étaient revêtus. Et justement au XV' siècle, Fernando de 
Antequera, roi d'Aragon, restaura la Orden de (a Jarra de 
Nuestra Seflora, autrefois fondée par le roi de Navarre Don 
Garcia VI. Les insignes de cet ordre consistaient en un 
collier de fleurs de lis émaillécs auquel pendait h Jarra de 
a~ucenas. 

Fernando de Antequera fut couronné roi d'Aragon ou 
1414 ; or, nous apprenons par la Chronique du roi Don Juan II. 
que Don Inigo Lopez de Mendoza, seigneur de Hita et Bui- 
trago, assistait à cette fête en sa qualité de grand seigneur 



XLIII. BARTHOLR 233 

castillan. Kt Geronimo Zurita (Anales de la Corona de 
Aragon, lib. XII, année 1414) rappelle, à propos de l'en- 
trevue du Pape et du Roi, qui fêtèrent solennellement 
ensemble l'Assomption de la Vierge, que celui-ci avait fondé 
un Ordre spécial pour témoigner de sa particulière dévotion 
à la Sainte Vierge : « Celebrose par et Papa y par el Rey la 
fiesta de la Assumprion de nuestra Senora^ con mucha sole- 
nidad, por cuya devocion el Rey avia instituydo la orden 
de su devisa de la Estola blanca y collar de los Lyrios 
de Nuestra Senora con un yrypho colgado del collar ». Il est 
évident que les insignes de cet Ordre auront été donnés 
aussi au seigneur de Ilita et Buitrago, qui jouissait partout 
d'une grande considération et qui assista au couronnement 
du roi Don Fernando. 

Le manuscrit T. 130 de l'ancien fonds de la Biblioth. 
Nat. de Madrid contient le texte latin du De insiyniis et 
armis per dominum Bartulum 'lompositus, et au fol. 6 la 
traduction castillane du môme traité, mais le nom de Lu- 
dovicus Bachalareus et la préface manquent, et cette ver- 
sion n'est pas identique à celle du manuscrit qui nous 
occupe. 

Élévation de Don Irtirjo Lopez de Mendoza au marquisat. 

Lo que se deue decir quando el rey hace algund grande de su 
reyno duque, marques, o conde, y asy lo dixo el relater quando el 
rey don Juan el segundo fizo marques de Santillana a Ynygo Lopez 
de Mendosa por las palabras siguientes, ano de MCCCCXLV 
auos. 

Senor varon, el rey don Juan, nuestro senor, rey de Cas ti lia y 
de Léon, que Dios mantenga, que présente esta, commo sea cosa 
muy propia a los reyes y principes de hacer grandes mercedes 
a sus vasallos y subditos naturales v a los nobles de sus revnos, 
mayormente a los que bien, leal y fielmente lo syruen, y lo bien 
meresçen, commo vos lo meresceys ; y asy mesmo acatando a los 
muehos buenos, leales, y senalados seruyçios que aquellos nobles 
donde vos venis han liecho y hisieron a la real casa y corona de 
Castilla, asy mesmo a los seruiçios que vos con muy grand lealtad 
le aveys hechoy fasedes de cada dia, su alteza espéra que vos con 
los de vuestro linaje lo haredesy haran de bien en mejor de aqui 
adelante, y porque sea enxenplo y doctrina para los que lo vyeren y 



234 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

oyeren, porquo le ayan mas voluntad de seruir, a su alteza le plase 
y quiere de vos yllustrar, y decorar, y sublyinar, porque vos y 
vuestracasa y linaje seays mas onrrados; y es su voluntad, y le 
plase y quiere, de vos baser marques de Santillana y conde del 
Heal de Mançanares, y vos da las dichas dignidades, tanto quanto 
puede y debe, para que husedes y gosedes délias, en senal de las 
qualos su Real Senoria vos da esta vandera de las armas y ynsy- 
nias que trayan aquellos sonores donde vos venis, para que eon 
ella le syruays, vos y los que de vos vinieren, segund que su 
altesa de vuestra grand lealtad y prudencia confia. 

A todo esto el marques estuuo delante del rey de rodillas. Hes- 
pondio lo que se signe ; besando las manos a su altesa tomo la mano 
derecha al Hey y pusola sobre su cabeça en senal de sojubçion, y 
dixo que tenia-a su altesa en inucba mereed el grande honor y 
benefiçios que oy dia el y los desçendientes del de su alteza 
resçibian, y confiaua en nuestro senor que el y elles gelos meros- 
cerian en seruiçios y cargo. Tomo la vandera de la mano del Rey 
y diola a Gonçalo Ruis de la Vega, su hermano, el quai la tomo y 
touo desplegada ante el Rey, hasta tanto que los Reyes d'armas 
ouieron liecho y dicho su abto, y des pues el dicho Gonçalo Ruis 
la dio al haraute del marques. 

Y luego los Reyes d'armas dixeron a grandes boses lo que se 
signe : Noblesa, noblesa, noblesa, y honor, y mas estado que el 
muy podereso y muy exçelentc principe el Rey don Juan, nuestro 
senor, yl lustra y hace maniues de Santillana y conde del Real de 
Mançanares al muy noble varon don Yûigo Lopes de Mendoça, 
s(M*ior de la casa de la Vega, y de Ilita, y de Buytrago, noblesa, no- 
blesa. Luego tocaron las tronpetas del Rey y de los otros grandes 
senores que ende estauan, y luego el marques enbio todo lo que 
traya vestido a Toledo Rey d'armas, y trecientas doblas a los ofi- 
ciales d'armas y tronpetas, que repartiesen entre sy. 



XLIV 



BIBLE 



(Rocam. n'28; Riblioth. Nat. Madrid, Ii-18) 

Bible. Kn latin. 

Manuscrit de 428 feuillets, vélin, non folioté, écrit, presque 
partout, à 51 lignes. Kcriture du XIV'' siècle à deux co- 
lonnes, demi^encadrements, lettres ornées, gnmdes capi- 
tales ininiaturées représentant une scène du livre qu'elles 
intitulent. Manuscrit rubrique ; en marge quelques rares 
corrections proprement exécutées. Titres courants. Les 
20 derniers feuillets portent des traces de mouillures. Format 
332x215 mm. Reliure moderne. 

Ce manuscrit contient TAncien et le Nouveau Testament. 

Fol. 1. demi-encadrement, orné d'une miniature repré- 
sentant saint Jérôme. 

Incipit epistola Sancti Jeronimi presbitcri ad Paulinum 
de omnibus diuine hystorie lihris, 

(( Prologus: Incipit epistola sancti Jeronimi presbiteri. » 

Fol. 2 V®. La préface s'arrête aux mots : a quod inter- 
pretatur scientie plenitudo per. .. » Kntre le feuillet 2 et 
l'actuel feuillet 3, il y a une lacune. Le verso du fol. 2 
port« un Pro auquel devait correspondre au haut du feuillet 
suivant logus, au lieu de quoi, nous trouvons au haut du 
fol. 3 nesis^ fin du mot genesis dont la première syllabe se 
trouvait sur le v** du feuillet perdu. 

Fol. 3 A. Incipit : « . . . terra animam uiuentem in génère 
suo. » (verset 24 de la Genèse), Au feuillet 316 commence le 



236 BIBLIOTHÈQUE DU MAKQUIS DE SANTILLANE 

Nouveau Testament, qui finit par l'Apocalypse de saint Jean 
au feuillet 391. Les feuillets 392-428 sont occupés par une 
table alphabétique des noms : Incipiunt interpretationes he- 
braïcorum nominum incipientium perA, 



B 



(Rocam. n" 27; Biblioth. Nat. Madrid, Ii-71) 

Bible, Kn latin. 

Manuscrit de 411 feuillets, vélin, folioté au XVIIP siècle, 
réglé à 57 lignes, l^criture de la première moitié du 
XIV^* siècle, à deux colonnes, rubriques, numération bi- 
colore des chapitres. Initiales rouges et bleues, ornées de 
traits calligraphi(iues. Les feuillets 1 et 2 sont ornés de 
demi-encadrements de style byzantin. Grandes capitales sur 
fonds variés, en or et couleurs, d'un très pur dessin. Format 
358x255 mm. Reliure moderne aux initiales du Duc. Au 
dos : Bihlia Sacra. 

Ce manuscrit comprend l'Ancien et le Nouveau Testament, 
tous les livres sont accompagnés de la préface de saint 
Jérôme. 

Fol. 1. l^pitre de saint Jérôme à Paulin. Incipit: lero- 
nif/ius, et au-dessous: « Ambrosiustua michi minuscula... » 

Fol. 329 v". Fin de l'ancien Testament; fin du deuxième 
livre des Machabées. 

Fol. 330. Commencement du Nouveau Testament. Pro- 
logue do saint Jérôme à l'Évangile de saint Matthieu. 

Fol. 411 V" B. Kxplicit l'Apocalypse de Saint Jean: 
(( Gratia Domini nostri Jliesu Christi cum omnibus uobis; 
amen. » Au-dessous, on voit. une sorte de calendrier litur- 
gique indiquant quelle partie des Livres saints correspond à 
chaque partie de Tannée. Kxplicit: « In natale domini po- 
nunt epistole Pauli usque in septuagesimo. » 



XUV. BIBLE 237 



(Rocarn. n' 59; Biblioth. Nat. Madrid, Ii-124) 

Concordance de la Bible. En latin. 

Manuscrit de 338 feuillets de fin vélin, folioté récemment 
et sans soin, réglé à 65 lignes. Écriture de la fin du 
XIIP siècle, à trois colonnes. Rubriques indiquant les lettres. 
Signatures irrégulières, rognées en partie. Le premier 
feuillet porte le n® 17, le foliotateur a donc estimé qu'il 
manquait 16 feuillets. Le dernier feuillet porte le n® 352, 
on n'a donc tenu compte que de 336 feuillets; en réalité, le 
manuscrit tel qu'il est en compte 338. Format 295x205 mm. 
Reliure moderne exécutée pour le Duc d'Osuna. 

Fol. 1. Rubrique: an. ao. ap. 

Incipit A: « LXXVIIL.. bimus laudem tuam. » 

Fol. 338 v". C. Explicit: « ancillam tradidit marito. » 
Expliciunt concordancie. Deo gracias. 



D 



(Biblioth. derE-scurial, M-11) 

Les saints Évangiles et les Épitres de saint Paul. En 
castillan. Manuscrit perdu. 

Rodriguez de Castro, dans sa Biblioteca Espaàola (t. I, 
p. 439), décrit ce manuscrit en ces termes ; 

« Otro codice en foli ), escrito primorosamente en vitela, 
» con las iniciales delos aipitulos iluminadas, y sefialadocon 
» el numéro 11 ; con este titulo : Aqui comiençan los Santos 
» Euangelios en Romance los quales son Romançiados por 
» el Reuerendo dotor maestre Martin de Luçena elMacabeo 
» por mandado del exçelentissimo cauallero Ynigo Lopes 
» de Mendoça. 



238 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

» Al principio do cada Evangelio esta puesto un brève 
» resumen de la vida del l^lvangclista (lue le escribio: Kiu- 
» pieza por el l^vangelio de fS. Mateo; y despues de el de 
» S. Juan estân tambien traducidas las Epistolas de S. Pablo. 
» La inicMal de cada una de estas Kpistolas es de oro ; y estân 
)) cortadas las de las très primeras, y las de eiida uno de l<is 
)) (|uatro Evangelios. 

» La traduccion es literal : y por especinien se poiie acpii 
)) la de los primeros versiculos del eapitulo ten^ero de ?S. 
» Mateo . 

» Capitulo toi'cero : \\n (»sos dias veno Jolian bautista pre- 
» dicante en el d(»sierlo de Juda e disiente peniten(;ia fased 
» (jue se allegara el Keyno de los çielos. Aqueste es el (jue 
» es diclio por Ysayas el pi*of(îta disiente l)0s de llainante 
» en el d(»sierto aj)arejad la via del seflor dereelias fased sus 
» sendas. Aqueste Jolian auia vestiiuenta de pelos de ca- 
)) mellos e cynta de piel traya rercu sus loinos. E su corner 
» eian langostas o miel saluaje. Estonç;(*s salia a el Jérusalem 
» e toda Judea e toda Région cerea d(^l Jordan e bautisa- 
» uanse en el Jordan ])or el conosçientes sus peccsidos. » 

» Finaliza el Codice de este modo: 

)) Aqui se acaba laepistola de Sant Pablo ad ebreos que 
i) es la ])ostrimera do sus epistolas, syn lin gracias al glorio- 
)) sissimo nombre on cuva marauillosa orden superliberal 
» Rcspiandesce la subje(;cion a el deuida de todas las cria- 
» luras que (;s causa d(* ser eilas a(jU(îll() (juc son segund (jue 
» a el [)lase el (jual es cl nuiy sautificado nombre ihu. » 

Dans la Tilbliothcru Vctas, de Nicolas Antonio t. II, 
lib. X, cap. m. [). 214, iiol(î 2), nous trouvons: 

(( in Hibliotlicca ivs(*,urialensi int(T libros quorum 

)) lectio promiscue interdicta (*st n. II, exstat : Hispana 
)) rr/'sio sarri tcrlus (/Kdfuor Kcfinf/cliorum ; ac XIII Pauli 
)) Eplstolarutn . Interpn^te Doctot'e Marti no Lure'na cogno- 
» mento A7 Macliabeo : de cpio nos infra in Afldendis ad. 
)) (uuiuîii ci/'cifcr MCCCCL,. » 

l^t pag(? 215, not(* 2, sous WsAddcfidi ah anno MCCCCXL 
vt drincrps ns(/ne ad annam rirriter MCCCCL, nous 
lisons: 

(( IIuc reforo Dortorcni Mai*(intim de I.iucna, cogno- 
») mento Kl Marhahcu, cuius in Bibliotlieca Escurîalensi 



XLIV. BIBLE 239 

» înter IMbros quorum lectio promiscue interdicta est n. 14 
» exstat: Hispana versio sacri textus quatuor Eoangelio- 
» rum necnon XIII Pauli Apostoli Epistolarum, rogatu 
» illustris viri Eneci Luj)i de Mendoza Marchionis Sant 
)) Iulianensis confecta. » 

Voilà tout ce que Ton sait de ce manuscrit, cité par Cle- 
mencin (Elof/io, p. 438, notes aux n*** 18, 19, 20), d'après 
Rodriguez de Castro, (cf. Berger, Les Bibles castillanes, 
Romania, t. XXVIII, p. 408). A rEscurial nous avons 
recherclié inutilement cette traduction qui ne figui'e pas 
dans le catalogue actuel. Sur le rayon où sont placées les 
bibles espagnoles de la Bibliothèque de Saint Laurent, il 
manque un volume, et c'est probablement .celui qui conte- 
nait la traduction de Martin de Lucena. 



K 



(Osuiiii : Plut. I. Lit. N. n' 14; Hocam. n" 135; Biblioth. Nat. 

Madrid, KK-14) 

Prophéties de l'Ancien Testament avec les préfaces de Saint 
Jérôme. En castillan. 

Manuscrit de 225 feuillets, vélin, non folioté. Ecriture 
du XV'* siècle, à deux colonnes, rubriques et initiales. 
Format 400 X 280 mm. Reliure mudejar, cuir ouvré sur ais, 
tranche dorée. Sur les deux j)lats la croix i)attée de Jéru- 
salem. Au dos: San Geronimo exposition de algunos 
pasages de la Biblia, 

Ce manuscrit contient les pro])liètes avec les préfaces do 
Baint Jérôme. 

Fol. 1. Espace blanc pour miniature. Rubrique: Prqfeçia 
de Ysayas. Au-dessous, le texte commence par: « [0]yd 
^ielos e escucha tierra... )) 

Dans les marges le prologue» de saint Jérôme. 

Fol. 1-23, Isaïe; 23, Jérémie, prophéties; 50-73 V", 
Ezechiel ; 74-76 v^, Oseas; fol. 74 en marge: « Afiui 
comiença el prologo que fizo Sant Geronimo sobre los dos 
prophetas* » Fol. 76 V-78, Joël ; 78-80 v^ Amos ; 80 v^ 81- 



^'' 



240 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

^ yo, Jonas; 81 v«-83 \^ Mica; 83 v°-84 v», Nahumel; Oba- 
(lias;84v«-85\^ Abaciic; 85 v''-86v*>, Çafanias; 86v^-87, Acay; 
87-91 v% Zacharias; 91 v^-92 v°, Malachy. Fol. 93: « Aqui 
comiença el prologo (iiie (i/o sant Geronimo sobre el paralipo- 
menon» cette préface se lit en marge autour des colonnes 
Fol. 93-106 \^ Paralii)omenon, livre I ; 106 vM23 \\ livre II; 
124-154, les 3 livres des psaumes de David « segund la orden 
ebrayca » ; 154-165 v"*, 1(* livre de Job avec, dans les marges 
du premier feuillet, la préface de saint Jérôme; 166-168, 
lamentations de Jérémie ; 168-179, proverbes de Salomon. 
Dans les marges du feuillet 168 on lit la préface de saint 
Jérôme; 179-181, Canticjue des cantiques; 194-217, Ecclé- 
siastique. Il faut remarquer ici que le feuillet 216 doit 
occuper la place du fol. 217 et que le fol. 217 devient ainsi 
le feuillet 216: à la reliure, ces feuillets ont pris la place 
l'un de l'autre; 217-225, prophétie de Daniel, avec la pré- 
face de saint Jérôme en marge du premier feuillet; 225, la 
prophétie de Daniel et tout le manuscrit linissent par ces 
mots: (( al plazo de los dias. » L'explicit rubrique qui 
suivait ces lignes a été gratté, on ne lit plus que... rahle 
de sicnjive Bios de Ysrrael, 



F 



(Kocam. n" 20; Biblioth. Nal. Madrid, Ii-77) 

liihlc moi'cdisée, avec les préfaces de la Bible . En latin et 
en castillan. 

Manuscrit de 249 feuillets, |)lus 3 de garde au commence- 
ment et 2 à la lin, vélin, non folioté. Lettres et lettrines 
ornées, or et couleurs. Rubri(jues. Ecriture soignée de la 
lin du XIV^ siècle; les feuillets 1-7 sont écrits à deux 
colonnes, le feuillet 8 est blanc; au feuillet 9 commence la 
division sur trois colonnes. Colonne B, te.\te latin de la 
Bible; col. A, commentaire moral en latin; col. C, traduc- 
tion castillane du commentaire moral. Le texte est en 



XLIV. BIËLË 



241 



caractères plus gros que les commentaires. L'initiale qui 
ouvre l'ouvrage est accompagnée d'un demi-encadrement 
fort élégant en or et couleurs. Format 382x287 mm. 
Reliure moderne avec la couronne et les initiales du Duc. 

, Exemple de la disposition du texte à trois colonnes. 
Feuillet 9 : 



« Hoc significat 
quod illi qui ba- 
bent similitudi- 
nem Dei et sunt 
discretiores et sa- 
pientiores preesse 
debent aliis digni- 
tate in sancta ec- 
clesia. » 



(( Faciamus homi- 
nem ad simili tu- 
dinem nostram et 
presit piscibus ma- 
ris et uolatilibus 
celi et bestiis 
terre. » 



« Aquesto signi- 
fica que aquellos 
quelian semejança 
de Dios son mas 
discretos e mas 
sabios, deuen ser 
antepuestos por di- 
gnidat a los otros 
omes en la sancta 
eglesia. » 

Les 7 premiers feuillets contiennent les préfaces de saint 
Jérôme : 

1. Aqui comiença la epistola de Sant Jeroninio entrada 
a PauUno. Incipit : « Frey Anbrosio, a mi tus présentes 
trayendo, troxo abueltas tan bien tus muy suaues letras... » 

2. Prologue de saint Jérôme, 

3. Otro prologo al Penthateaco, sobre los çinco libros. 

4. Otro sobre el libro de Josae. 

5. Prologo sobre el libro I"* de los Reyes . , 

6. Prologo a Paralipomenon . 

Du fol. 9 au fol. 167 v°, s'étend le texte à trois colonnes, 
nous y trouvons des extraits de tous les livres de l'Ancien 
Testament. Chaque nouveau livre commence par une initiale 
ornée. 

La disposition à 3 colonnes cesse au feuillet 167 v^. 
Explicit de la traduction ciustillane: « reprehende e pone de 
yuso de los pies. » C'est un passage de Malachie. 

Fol. 168. Ici commencent les préfaces du Nouveau Testa- 
ment écrites à deux colonnes. 

1. Prologo : « La gloriosa Maria madré de Jésus Cristo... » 

2. Otro Prologo: « Muchos fueron los que el euangelio 
escriuieron. » 

3. Prologo de sant Marchos, 

16 



242 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANB 



4. En sant Lucas, que es el terçero euangelista non se 
fallo prologo ante de sus euangelios. 

5. Prologo de sant Johan apostoL 

6. Prologo de los Actos do Los Apostolos. 

7. Prologo Paulo. 

En un mot, toutes les préfaces aux livres du Nouveau 
Testament duos à saint Jérôme se trouvent traduites en cas- 
tillan dans ce volume, elles occupent les feuillets 168-171 v® A. 
Mxplicit : « apoc<ilypso quiere dezir descobrimiento. » Le 
feuillet 172 est blanc. 

Fol. 173. Extraits du Nouveau Testament. Texte à trois 
colonnes. 

Incipit: 

(( Hoc signiticat 
quod anima fidelis 
humiliter obedit 
promissisihu.xpi. 
et coedit quod non 
est supra uires 
suas. » 



(( Dixit Maria ad 
angelum : Ecce an- 
cilla domini fiât 
michi secundum 
uerbum tuum. » 



Fol. 249. Explicit: 

« ... et a pénis « et in femore suo 
géhenne liberan- scriptum rex re- 
dum. » gum et dominus 

dominancium. » 



« Este significa 
que el anima fiel 
obedesçe humil- 
mente a los prome- 
timientos de Jésus 
Cristo e crée que 
non es sobre sus 
fuerças. » 

(( * . . e por lo librar 
de las penas del 
infierno. » 



Deux feuillets de garde, l'un au commencement et l'autre 
à la fin portaient les armes de Castille et de Léon peintes à 
l'huile, à ce qu'il semble. Elles ont été effacées après 1771. 
Le deuxième feuillet de garde contient deux notes datées, 
l'une du 10 janvier 1771, l'autre du 3 février de la même 
année. Elles sont toutes deux de la même main, qui pourrait 
bien être celle de Don Juan Yriarte. bibliothécaire du Roi 
(t le 22 août 1771). 

Première note : 

(( Anonimo. Traduccion literal de los Prologos de S. Ge- 
ronymo à los libres sagrados assi del nuevo como del viejo 
Testamento. Exposicion paraphrastica, mystica y moral de 



XLIV. BIBLE 243 

varios versiculos de dichos libros, desde el Genesis hasta el 
Apocalypsi inclusive. Al principiode laexposicion delTes- 
tamento viejofalta una hoja y otra al principio del Testa- 
mento nuevo: en alguna de ellasestariaacasoel nombre del 
autor de esta utilissima obni . Parece se escribiô para alguna 
persona Real, como lo demuestra el escudo de las armas de 
Castilla y Léon, que se nota al principio y al fin. Su caracter 
y lenguage pertenece al siglo XIV. En suma toda la 
obra es sumamente apreciable, y digna de la luz publica. 
Madrid, 10 de Enero de 1771. » 

Seconde note : 

(( Nota. — He visto un codice manuscrite, de médiane 
tolio, enquadernado en tablas, escrito en pergamino, y con 
caractères del medio siglo 14. y con letra de los libros de 
coro. Este volumen, ô codice contiene toda la Biblia, esto 
es los libros del viejo y nuevo Testamento ; pero no conti- 
nuados, sino saltando versos, y assi no faltan hojas, sino que 
faltan muchos textos. El volumen no estâfoliado, ni estan 
numerados los versos de laEscritura. 

Comicnza por todos los prologos de san Gregorio (sic) à 
todos los libros de laEscritura. Cada hoja tiene 6 colunas, la 
1* y 2* en latin y la tercera 3' y 6" en el vulgar castellano* 

Los textos latines contienen la version antiguade la Biblia, 
antes de la Vulgata latina de Sixto V y otras versiones an- 
tiguas ; y las columnas castellanas contienen una pura ii^o- 
ralidad trivial para el uso de los predicadores. No hay 
noticia de quien liaya sido el autor de este codice. Se podrâ 
rastrear que ha sido algun valenciano, pues en el vulgar 
castellano no se usa la voz libertat, charidat, verdat etc. y 
solos los valencianos conservan este modo de hablar cortado. 

Este codice se debe apreciar finalmente por el contenido, 
por su antiguedad antes de la Vulgata Sixtina, y porque de 
el se podran escoger algunas voces castellanas. 

Finalmente, para que su letura sea util, se debe tener 
présente la Biblia del Padre Sabatier, bénédictine de San 
Mauroen 1751, que contiene la antigua version de toda la 
Biblia moderna, y despues las diferentes versiones de los 
Santos Padres. Es obra muy instructiva. 

He notado que en el caso de volver los Philisteos el arca 



244 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

del Testaïuento à Judea, se usa de la voz Saracenus coq 
impropiedad, pues solo Imn sido !os Palestiiios de Azoto, ù ■ 
los Pliilisteos. 



Madiid, 3 de Feljreni de 1771. » 

Siimtiel Berger a décrit ce manuscrit dans son mémoire' 
sur tes Bible» castillanes {Romania, t. XXVIII, p. 565), 
et déjà il eu avait étudié la nature dans un travail 
sur les Manuels pour l'illustration du psautier au XIU* 
siècle {Ej;tvait des Mémoires' de la Société nationale d^s 
Antiquaires de France, t. LVII). Voici le diagnostic 
formulé dans ce dernier travail sur le manuscrit qui nous 
occupe : H Le manuscrit de Madrid, dit Berger, est une 
» bible moralisée, mais sans images et ou if n'y a pas même 
1) place pour les peinturesqui pourtant forment le fond de ce 
H célèbre manuel de piété. Ces images sont, il est vrai, 
1» remplacées, pour le Psautier, par une description si exacte, 
» qu'onne pourrait désirer mieux. Telle en estla précision, 
« que nous pouvons dire sans liésiter à quelle famille de 
» manuscrits se rattache notre Psautier moralisé. Nous 
» savons, en effet, par l'étude de M . Delisle, qu'il y a deux 
» recensions dans le groupe des bibles moralisées {Liorei' 
u d'images destinés à l'instruction religieuse et au.z' exer- 
» cices de piété des laf</ lies, Hist. Lit. de la France, t. XXXI, 
» 1890. p. 213) : la plus ancienne est représentée par la grande 
1) bible du XIII" siècle en trois volumes, dont l'un est !©■ 
» ms. n560du fonds latin de la Bibliothèque nationale fleS' 
» deux autres sont à Oxford et à Londres) ; l'autre nous esl 
» conservée dans le ms. frani}ais 167 de la Bibliothèq 
w nationale, ce chef-d'œuvre de la peinture en grisaille da| 
a XIV" siècle. C'est sans contredit dans la famille la plus: 
» ancienne qu'il faut faire rentrer notre texte descriptif. 
» Telle est la ressemblance, qu'on pourrait se demander ai 
» notre description n'est pas prise directement sur le ms. 
» 11560. Il n'en est pourtant rien. Un grand nombre de 
» petites différences de détail, dont chacune est insignifiante 
» en elle-même, montrent qu'ici le texte descriptif est la 
» plus ancien et que les peintures du manuscrit de Paru 
» ont été exécutées d'après un thème manuscrit absolument 
a semblable i* notre teste. Seulement, par une circonstance 



XLIV. BIBLE 245 

» regrettable, le copiste a laissé de côté la description d'un 
» assez grand nombre de miniatures. 

» Le reste du manuscrit ne contient plus de descriptions 
» de figures ; c'est tout simplement le texte de la Bible mo- 
» ralisée, selon la recension du ms. 11560 (Berger, L c, p. 23, 
» 24). » 

Et plus loin, le compétent historien des bibles romanes 
dit encore: « Le manuscrit de Madrid se distingue de toutes 
» les bibles moralisées par une addition singulière, c'est 

» celle des préfaces des divers livres de la Bible 

» C'est une idée assez malencontreuse qu'a eue le libraire 
» d'accoler à une bible moralisée des préfaces qui n'ont 
» pas d'autre raison d'être que d'accompagner le texte 
». biblique complet. Ceci, du reste, est une légère erreur en 
» regard de la faute qu'il a commise, de copier le manuscrit 
» lui-même. Que signifie une bible moralisée sans images ? 
» C'est un corps sans âme, à moins qu'on n'aime mieux dire 
» une âme sans corps. Mais 'ce qu'il y a de plus étrange 
» dans le procédé du libraire castillan, c'est qu'au lieu de 
» figures, il nous a donné, pour le Psautier, le thème de ces 
» figures, tel qu'il a certainement été mis en écrit par le 
» théologien qui a conçu la Bible moralisée. Il a fait, en 
» grand, ce qu'on fait les copistes parisiens lorsqu'ils ont 
» écrit en une belle rubrique, dans les bibles françaises : 
» « Ci a prologue, » à l'endroit où justement il manquait une 
» préface, ou, dans les Établissements de saint Louis: « Ci 
» a grant letre ,») là où il aurait dû y avoir une grande ini- 
» tiale. Grâce à cette singulière manie de copier ce qui ne 
)) devait pas être copié, les copistes nous ont conservé, ce 
» qui est d'un grand prix à nos yeux, un texte d'auteur qui 
)) n'était destiné qu'au libraire et à ses ouvriers et qui nous 
» montre comment le théologien comprenait l'exécution de 
» son œuvre et comment il la dirigeait. Ce texte, s'ap- 
» pliquant à l'une des œuvres les plus célèbres de la litté- 
» rature chrétienne du moyen âge, est d'une réelle impor- 
» tance » (Cf. Berger, /. c, p. 27-28). 

Il est probable que le copiste espagnol, qui a écrit ce 
manuscrit avec beaucoup de soin et qui l'a fait orner de 



.%r 



246 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

rubriques et d'élégantes initiales, n'aura pas compris lui- 
même la véritable nature du manuel d'illustration qu'il 
avait sous les yeux, et le prenant simplement pour un texte, 
ou mieux pour un choix de textes de la Bible, il aura 
ajouté au modèle les prologues de saint Jérôme, afin de 
compléter un peu l'aspect du livre, dont le sens véritable lui 
échappait. 



■t j« ij 



XLV 



LEGENDA AUREA 



(Osun» : Plut. II. Lit. N,n'35; Rocam. n' 204; Biblioth. 

Nat. Madrid, li-59) 

1. Jacques de Varagine, Legcnda Aurea, 2. Fragment 
d'une vie de Jésus. 3. Traite des vices et des vertus. 

Manuscrit de 191 feuillets en papier, non foliotés^ réglé à 
31 lignes. Écriture du XIV* siècle, papier ce6^r, à deux co- 
lonnes, sans titresni capitales. Format 310^234 mm. Reliure 
de parchemin. 

La première partie de ce manuscrit est assez endommagée : 
fol. 1, piqué et taché; fol. 3, déchiré (recousu en partie); 
fol. 5, recousu et rapiécé; fol. 11, recousu ; fol. 12, la 
première colonne manque et la seconde est entamée; fol. 13 
et 14, rebordés ; fol. 25-30, rapiécés de blanc, lacunes 
considérables; fol. 78, déchiré, marge rongée, texte entamé; 
fol. 81, troué; mouillures et piqûres partout, le fol. 141 est 
détaché. 

I. Fol. 1 \'\ Table des Vies de saints contenues dans ce 
volume. 

Fol. 2. Incipit: « [Blienes conoscida cosa que lassegunda 
persecuçion fizo el enperador Domiçiano sobre los cristianos 
despues que la fizo Nero ...» 

Des48 Vies de saints indiquées dans la table des matières, 
la dernière que nous trouvions dans le manuscrit est celle 
de Sant Cossme e Sant Damian qui est inachevée; elle 
porte dans la table le n® 26 et finit au verso 140 B. par : 
« e por esto te encomiendo a sant Cosme e ^ sant Damian, e tu 



248 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

mora aqui en esti su casa e sy yo eabiase por ty por buenas 
sseoales vête para mi. tanto que el aquesto diso. . . n 

II. Le feuillet 141, dont l'écriture est moins serrée que 
celle des feuillets précédents, contient un fragment d'une Vie 
dp Jésus. 

Incipit n : E dîxieron los judins : en nuestra ley Jiiiemos nos 
que ninguno non trauaje de guareçer doliente en Siibado 
nin de fazcr al, e este pasa nuestni ley ca sano e sana los 
cosos e los gafos c los demoniadns e de todas las otras en- 
fermedades por sus raaios fechos. E dixo Pilato : que mal 
ha feclio ? A ([ue dixieron ellos (juc es encantador e por 
los diablos taxe lo que faze, c todos le obedeçen e andan a su 
mandado. «L'auteur cite comme sources. Nicomède et Saint 
Marc l'évangéliste. 

Fol. 148 v A. Kxplicit ; « ca la crus era feclia asi como 
tau que esd'esta guisaT, e Pilato fizn poner un fustepequeno 
tal... » 

m. Fol. 149 A. Traité des vires et des certus. L'écri- 
ture de ce traité est plus moderne que celle du Flos .Sane- 
torum. 

Incipit : [Eln el nonhre de Dios e de santo Maria quiero 
començar aj'aser unlibro,sy el me ayudare,porqifepudiese 
en este mundo buen enxenplo dar. que los que lo oi/ere[n] o 
lo leyeren por el valan mas e sean tenudos de a Dios por 
mi rrogar, amen. Johan, Anrnques me escripsyt. 

Cl Prîmeramente comiença (el) tratado de la soberuia 
porque todo tractado trae comienço délia... » Les trois 
premières parties de ce traité ont seules des titres. 

Fol. 119 A. : (1 Capitule del primer tractado de la soberuia 
e que cosa nasçe de el la : Soberuia es el alçamiento malo. , . » 

Fol. 156 v B. Explicit de la première partie : o de los ocho 
pecados mortales. m 

Fol. 156 V B. Seconde partie. Incipit: « Vvsta la primera 
parte tablamos de la segnnda segund que prometiomos en 
lo3 tîtulos e segund que dise Sant Agostia ; pecado es 
menospreciar orae a Dins. . , » 

Fol. 164 v° A, Explicit: a que en estas dos partes sobre 
dichaa son escritos. « Même verso. Troisième partie ; « Aqui 



XLV. LEGENDA AUREA 249 

comiençu la terçera parte . . . Estas las dos partes primeras 
que ...» 

Fol. 167 B. Explicit : « e asy se détermina la terçera parte 
en que ha syet tractados . . . que se contienen en las dos 
partes sobre dichas .» 

Fol. 167 B. Quatrième partie. Incipit: «Destas syet vir- 
tudes las très principales. . . ». 

Fol. 173 A. Explicit : « Et asy se termina laquarta parte 
deste libro. . . que se contienen en la terçera parte. » 

Fol. 173 A. Cinquième partie. Incipit: « Vysta la quarta 
parte en que se contienen las treze virtudes, segund que 
sobredicho es, conuiene que fablemos con la ayuda de 
Dios de la quinta e postrimera parte deste vergel en que 
se contienen otras virtudes e nobles cosas en que el aima 
auenturada tomara plaser » : « [C]onfesîon segund dise 
Sant Agostin...» Ce traité auquel il manque probable- 
ment fort peu de chose, finit, comme tout le manuscrit 
au fol. 191 A. Derniers mots : « e la mala aldança se que 
la sufren amidosmaguer non qeran. » 

Nous avons vu que le ms. Ii-59 ne nous conserve que 
vingt-quatre vies de saints. Celles qui portent les numéros 
V, XX, et XXVII-XLVm manquent. Il nous paraît à 
propos de citer ici l'article consacré au Flos Sanctorum par 
Amador de los Rios(06ras del Marqués, p. 613). Il s'agit, bien 
entendu, du manuscrit que nous étudions ici même : « Flos 
» Sanctorum. Entre los preciosos restes de la biblioteca del 
» Infantado, se conserva un côd. fol. reâl, letra del siglo 
» XIV, y escrito à dos col. , que contiene cuarentayocho vidas 
)) de santos, entre las cuales ocupa el capitule XLI la de 
» Santa Catalina, â quien se refiere el marqués, cuando cita 
» el Flos Sanctorum Es ms. digno de estima, no solo por 
» aparecer como monumento de la lengua, pues que esta 
» en castellano, sino tambien porque cada una de dichas 
» vidas puede considerarse como una produccion literaria, 
» donde campean bizarramente la imaginacion y la inven- 
» tiva.» 

Il serait difficile d'être moins exact; d'abord le volume, 
nous l'avons vu, contient deux ouvrages distincts : Los Rios 
a pris tout le livre pour un recueil de Vies, ainsi s'explique 
qu'il ait cru que les 48 vies de la table y étaient complètes. 



250 



BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 



De plus, lii Vie de sainte Catherine est justement une de 
celles qui manquent. Qu'elle ait figuré dans le livre, encore 
au XV* siècle, cela est très possible, mais nous n'en 
savons rien. Depuis qu'on a relié leIi-59, c'est-à-dire depuis 
la fin du XVl" siècle environ, le volume est dans l'état de 
mutilation que nous avons di^crit. 

La table, que nous avons complétée en indiquant, après 
les noms dos saints, dont le manuscrit contient les vies. le^ 
feuillets qu'elles occupent et les lacunes qu'elles présentent, 
comme aussi la Vie de Saint Biaise, que nous copions en 
entier, donneront une idée de la valeur de ce recueil. 

n [Ejstas son las estorias de tos santos [e] de las santas sse- 
gund en este libro son escriptas » : 
la primera de sant Jokan apostol euanijeliata, fol. 2 A, -7 lî. 

Complète. 
la segunda de t^ant Matins apostol, fol. 7 V A. -10 v" B. 

Complète. 
la III' de Sont Marros euangelisla, fol. 10 V B.-12 D. 
Incomplète. Cette Vie devait finir au recto B. nu au 
verso A., mais la seconde colonne du feuillet manque. 
la 1111' desant Felipe apostol. Cette Vie devait commencer 
dans la colonne perdue du fol. 12, il n'en reste que la 
colonne B. du f"12'", moinsquelques mots perdus au bas 
du feuillet. Incipit : « fuerija o de podere de salut a Expli- 
cit;(i e babtîzo todos. « 
la V' de sant Yago el menor. Manque . 
la VPde sant Pedro e sant Pablo apostolos, fol. 82 A.- 
89 V A. Incipit : " ençia non es i>. La fin est complète. 
la VII' de sant Yago apostol que Yase en gali^ia. Cette vie 
commence au fol. 89 v"A.; au toi. 92 v" B., elle est inter- 
rompue, la suite s'en retrouve au fol. 13, et elle finit au fol. 
24.Lesfeuilletsl3 à 24 contiennent le récit des miracles du 
saint. Toutefois, entre l'explicit du fol. 92 : » e bendixo 
alegrement, netl'incipitdu fol.l3:«elarçobispode cosUm- 
tinopla », il reste une lacune. 
la VIII' de sant Barthohme apostol, fn\. 24 A.-S9 B. Com- 
plète. 
la VII II' de sant Marcha apostol e euangelisla, fol. 29B.- 
35 v". B. Complète. 



XLV. LEGBNDA AUREA 251 

la X' de sont Simon e de sant Judas, fol. 35 v® B.-42 v° A. 
Complète. 

la XI^ de sant Andres e de sus miraglos, fol. 42 v** A.- 
55 V** A. Complète. 

la Xll^de la potion de sant Andres , fol. 55 v** A.-60 A. 
Complète. 

la XIII*^ de santo Tome, apostol, fol. 60 A. -69 v<* B. Com- 
plète. 

la XIIIP de san Esteuanprimero, martir, fol. 69 v® B.- 
72 v" A. Il y a une lacune entre le feuillet 71 et le feuil- 
let 72. 

la XV^ de sant Sébastian ede sant Fabian, fol. 72 v° B.- 
81 V® B. La suite de cette vie se trouve au fol. 93 B. et 
va jusqu'au fol. 96, seulement, entre Texplicit du fol. 
81 v<* B. « en que ouiste bonas m et Tincipit du fol. 93, il 
y a une lacune. 

la XVPde sant Viçent, martir,tols. 96 A.-100v**A. Com- 
plète. 

la XV W^ de sant Blas, martir, fol. 100 v^ A. -103 v*> A. 
Complète. 

laXVIIP de sant Tirso ede sus conpafieros, fol . 103 v* A . - 
112 B. Complète. 

laXIX^de sant Georgio, cauallero e martir, fol. 112 v**. A. - 
116 v^ B. Complète. 

la XX^de sant CristouaL Manque. 

la XXI^ de sant Pantaleon, fol. 117 A.-119 B. Incomplète. 
Incipit : «... murieron unas mugeres locas. » 

la XXIP de sant Felis, martipy fol. 119 A.-122 B. Complète. 

la XXI 11^ de sant Esteuan, apostoligo e mar^tir, fol . 122 B.- 
126 v« A. Complète. 

la XXIIII^ de sant Lorenço e de sant Sisto e de sus conpa- 
neros, fol. 126 v« A.-130 v« A. Complète. 

la XXV^de sant Adrian, fol. 130 v« B.-136 v" A. Com- 
plète . 

la XX V/' de sant Cossme e sant Damian, fol. 137 A.- 
140 v<>B. Fragment. 

laXXVII^ de sant Dionis, 

la XXV IIP de sant Mamede. 

la XX/* (erreur pr. XXIX') de sant Çirçe, 



1^8 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

la XXX' de santo Longino, el que dio con la lança a 

nuestro seilor en el costado. 
ta XXXP dp san(aComba{sic, po\irCoiamh&), virgen fmariir. 
laXXXII' desanla Agnes, virgene mariir. 
la XXXIII' de santa Afjata. virgen e niarlir. 
la XXXIIII' de Sanicolas (sic), confesor. 
la XXXV'desant Siluestre, papa, 
la XXXVI' de santa Tedosia (sic], virgen. e martt'r. 
la XXX VJJ* de santa Marina, mfgen e martir. 
la XXXVIII' de Cristîna, virgen e martir. 
lu XXXIX' de santa Alartha, vinjcn. 
la XL' de santa Fe, oirgen. 
la XLI' de santa Caterina, virgen e martir. 
la XLII' de santa Maria Magdalena, de su vida. 
la XLIII' de santa Barbara. 
laXLIIJI' de santa Luçia, virgen e martir. 
la XLV de santa Genouefa. de su vida, 
la XLVI' de lapasion de /es XI mill oirgineft de Colonia. 
la XL VII' de santa Anastasia. 
la XL VIII' de san Jtilian, 

Fmitur pasionis omnium sanctorum, 

A titre de spécimen, nous avons copié la Vie de saint 
Biaise, comme nous l'avons indiqué ci-dessua. 

[Vida de Sont Blas, martir]. 

I EJn la cibdat de Sabasten , que es en tierra de Capadoçia, ouo en 
aquel tlenpo muclios santos ornes e muchiis santas mugeres, que, 
por leuar adelanle la fe de Jésus Cristo, sufrieron trabajos e lazerios 
de miichas guîsas, e dieron sus cuerpos a paaiones e a muerte, e 
tantoy fizienin por que ouieron la corona perdurable. Eu aquella 
çibdal que vos dixiemos auie un orne, que era ende natural, a que 
llamauan Bla^ e era un onie que amauae lemie anuesiro seâor en 
todas guisas. C'a, asycomo dis la escrtpturadeJob. esta [Uiv era) 
este santo orne piadoso. tinpio, sabroso, de buen talente a toda 
criatura. verdadero, leal, omiJdoso, e sauiesebien sofrir de loda 
mala obra. Quando esto vieron aquello:^ que a nuestro sefior ama- 
uan e teniîen.econosçien las buenas obras del santo orne, fablaron 
aede con so uno [lire de oonsuno) e fiKieron io obispo que fue 
[lii-f fuese) su seûor e su maestro e que flziesen ellos su mandado 
e que se guiasen por el. (Juando esto oyo el santo orne, solliose 
daquella Qtbdal t fuese, a uua montaiiaque era gerça daquella çib- 



XLV. LEGENDA AUREA 253 

dat, que auie nonbre Aga. AUy se metio el en una cueua por faser 
sus oraçiones a nuestro ssenore por foyr a las vanas glorias e a las 
vanidades deste mundo. E el estando ally en aquella cueua vinien 
muchas bcstias brauas ael en la niontana e parauansele dela[n]te 
la cueua, e si auie y alguna que enfennedat ouiese non se qerie 
ende partir fata que el santo orne pusiese las manos sobrella e la 
bendixiesc, e tantoque el esto fazie eran luego sanas ellas e yuan 
se ssu via. 

[En a]quel tienpo era adela[n]tado un alto orne de aquella 
çibdat que auie nonbre Agricolano ; este enbio sus monteros e sus 
ornes a quella (sic) montana que caçasen y,e elles fizieron su man- 
dado, e quando llegaron a la cueua vieron en ella estar muchas 
bestias brauas a marauilla que atendien el santo orne que las ben- 
dixiesc, e quando esto vieron dixo un orne contra otro : que puede 
esto seer de tantas bestias e de tantas guisas de se allegar a este 
logar, e estonçe se allegaron tanto a la cueua que vieron a sant 
Blas, e tanto que lo vieron tornaronse al adelantado e contaronle 
lo que auiniera e lo que vieran. Quando esto oyo el adela[n]tado 
tomo caualleros e sergientes e enbiolos con aquellos que aquello 
vieran edixieran, e mandoles que todos los cristianos que fallasen 
en la montana ascondidos que gelos aduxiesen. 

[E]stonçe fueron los caualleros a la cueua e fallaron a sant Blas 
estando en oraçion, e dixieron que salliese fuera e fuese al adelan- 
tado que enbiaua por el. Quando el santo omeesto oyo fue muy 
alegre e dixoles : mis buenos fijos Yà.>;amos. nos agora, ca veo yo 
bien que sse mienbra Bios de mi^ pa en esta noche'meapareçio très 
vezes e en cada una vez me dixo : lieùate è faii me dç ti ofrenda; e 
vos mis buenos ftjos sodés agora los bien veïijdos, ca nuestro senor 
Jésus Cristo es con vusco. Estonçe sfe motio a-la .carrera, e do yua 
asy de consuno por la carre^fa' predicoles tanto el santo ome que 
los conuirtio, e nuestro seâbr fàzic por aquel santo ome muchos 
fermosos miraglos, e todos los dolientes que a el yuan oleleuauan 
tanto que el ponie sobre elles las manos e los bendizie luego eran 
sanos, asy como omes, o mugeres, o bestias; e si alguno yua que 
ouiese mal en la garganta o en la boca, de hueso o de espina que 
mal le fazie, asy como a ome auien muchas vezes por auentura, 
nuestro sefior lo daua sano por las oraçiones del santo ome. Onde 
auino, que aquel dia mesmo que el yua al adelantado, que una 
buènaduena,que auie unfijo, e non auie mas de aquel solo, que 
sseyea su mesa c dieran le [^scado que comiese, e asy como el 
ninocomio del, non se si très bocados o quatre, atrauesosele en la 
garganta una espina, tan afondon que ouiera de morir. 

[QJuando la madré vio el grant dolor que su fljo sufrie, e oyo 



254 



BIBLIOTHÈQUE DU MAKQUIS DE SANTILLANE 



fablur de lo?^ iiiiraglus que Uios fa/ie por sant Ulas, leuo el nîTiou 
cl, tal ya comq muerlo.ecomençoadarbozes eiillorandoe a de^tir: 
sieriio de Jésus Cristo aue nierçed de ini Hjo, ca mucho lie grant 
pe.sar del, e de mas por ({ne non he mas ditste. Entonçe començo a 
eontar al santo orne como auiniera a su tijo. e sant Blas puso la 
inano sabre la garganta de! niûo. e comeni;o en ella a faser la seTial 
de la cruK e bendiiiicndo gela, e cato conlral çlclo e di\o: buen 
seûor Jésus Cristo, yo te pîdo por merçed que ayas piedat de mi 
oracioo 6 que tuel^^as, por la tugrantviilud,laospmadclaKarganta 
deste niûo, e quel des viuo a su madré, por la tu saDia Maria pidote 
nierçed que sy da(|ui adelanle tal cosa aninierc a orne, o a muger, o 
a niûo, o a niûa, oaaue, o abesliaeyo ftiere llamadoen suayuda. 
que so lu sieruo, que el sea sano e que la tu piedat e la lu virlud sea 
y demostrada, por la oraçîon de! tu sieruo Blas e de los que ruegan 
a loor e a gtoria del lu santo gloriosu iionbre. Eslunce dix» una 
lio/ del çielo : Blas la lu oraçîon esoyda;eel nifio Sue liicgo gua 
rido, e sant Blas jmr este miraglo se eonoçio en muclias tierras. 

[Y]endo para el adelantado e una muger vieja con el, por oyr lo 
que el dizie, vino un lobo do pacien los puercose leuole un inarrano 
que aquella muger pobre y iraye, ca del otro auer del mundo non 
auie clla mas. Quando la inesquina lo sopo, querellose a sant Blait 
del lobo quel leuara su niarrano, e t-anl Blas, quando oyo a(|Uo)la 
querella, ssonrriyose edixo: non ayas pesar ntn tristeza ea tu 
puerco le sera tornado, luego aquella ora vlno el lobo e puso a la 
muger au marraiio delanle, sin Uaga e sin otro mal ninguno. 

[E]sto feclio. entro sant Blas en laçibdat deSabasten. e quando 
Agricolano lo sopo mandolo echar, anle que lovicse, en la carçel. 
K en otro dia niafiana mandolo venir ante sy, e tanto que lo vio 
fablo conel muy mesuradamenle, como afalagandolo, e dixole : Blas 
amigo de nuestros Uios sce ledo e alegre. Mas vos, buen adelan- 
tado, dixo sant Blas, poned alegria en vueslro cora^on e non ila- 
medes Bios aquellos que dezides que son Bios, ca ellos en el 
infierno son por sienpre, e todos aquellos otrosy que los oraren e 
siruieron. Quando esto oyo el adelantado Eue muy sanudo e man- 
dolo desnudare ferir, muy sin dueloesinpiedal. a varase a palos, 
e do lo firien asydixo al adelantado : omesin seso e tollido, cuydas 
me tu por esto partir del amor de Jésus Cristo. Sepasquenon 
podras, ca el me guarda e me da fuerça. Quando el adela[n]iado 
vio que en ninguna guisa non lo podîe vençer mandolo lornar a la 
carcel. E la muger a que sant Blas diera su puerco, quando sopo 
que sant Blas yazie preso, flzo matar el puerco e cozio ende los pies 
e la cabeça, e metiolos en una escudiella e desyen un çcsto, c pan, 
e fructa que le leuoalanarçel, errogoloquccomîese, eelgradeçio 



XLV. LEGENDA AUREA 255 

gelo, e bendixola, e dixole : mugertu acabaras mi rreraenbrança e 
por este seruiçio que me fezistejamas nontefallestra(ij/c)bienentu 
casa. E otrosy auerna a todos aquellos que por [tujexenplo e por tu 
fiança se rremenbraren de rai, auran la perdurable gloria ela ben- 
diçion de Jésus Cristo en todo tienpo de su vida, entonçe se partio 
la vieja del e fuese muy alegre para su casa, e asy le auino como el 
santo ome le dixo. 

[D]epues desto auino que el adelantado raando que troxiesen a 
sant Blas, e fablo con el apartadamente, e dixole : Blas, o tu aora (sic) 
nuestros Dios o si non moriras de mala muerte. Los Dios dixo, sant 
Blas, que non ftzieron nin çielo, nin tierra, nin otro bien, son per- 
didos, e los martirios con que me tu amenazas non temo yo nada, 
nin me fazen pesar, e ellos me faran aun plazer sin fin. Quando el 
brauo adelantado vio que lo non podie mouer en ninguna guisa, 
mandolo tomar e atar en una viga que estaua y alçada de sy, fizolo 
descarmenar con peynes de fierro e rronper toda la carne, e en 
aquel logar o le fazien todo aquol mal dixo al adelantado : oyes tu 
adelantado brauo e follon, cuydas me tu espantar por tus martirios 
que me fazes ssofrir, bien sepas que los non temo nada, ca nuestro 
senor me confuerta e me ayuda, e por estos martirios aure yo 
grandes alegrias, las que son prometidas [a] aquellos que en Jésus 
Cristo creen. Estonçe mando el adelantado que lo desatasen del 
madero en que estaua atado e que lo tornasen a la carçel, e o lo 
leuauan asy vinieron VII« mugeres que amauana dios e lo temien, 
e fueron cogiendo las gotas de la sangre que del cayen e untauan 
se délias ; quando los monteros esto vieron presieron las e leuaron 
las al adelantado, e dixieronle que eran cristianas. 

[E]l adelantado, quando las vio, dixo : dexat vuestra locura e fazed 
sacrifiçio a nuestros Dios; e ellas respondieron : si tu quieres que nos 
fagamos sacrifiçios a tus Dios e los créâmes vayamos a aquel canpo 
ffuera desta villa, e faz leuar y tus Dios eally los orareraos. Quando 
esto oyo el adelantado fue muy alegre e lizo leuar sus Dios al canpo 
do ellas dizien. Cabo daquel canpo auie una agua muy fonda, e las 
cristianas vinieron al canpo e mucha otra gcnte por veer. Quando 
ellas fueron an te los ydolos que estauan oriella del agua, 11e- 
garon se mucho çerca aellos, asy como silos quisieîsenaorar,e toma- 
ron los e dieron con ellos en el agua. Quando el adela[n]tado esto 
vio fue muy saûudo e començo a bâtir sus palmas e a faser muy 
grantduelo e dixo: mugeres malas por que non touiestes nuestros 
Dios que non cayesen. E los que y estauan dixieron : estas mugeres 
fablaron con vusco en engafio e por vuestro mal c echaron vuestros 
Dios en el agua. E las mugeres respondieron : el verdadero Dios 
non sufre engaûo mas los vuestros Dios lo sufren, que son d oro, e 



256 



BIBLIOTHÈQUE DU MAKQUIS DËSANTILLANÊ 



de plata, e de piedra, e ellos, e toda:i aquellos que uon ellos ouioren 
hu^a, seran destroydos. Qiiando esto vio el adelantado fue muy 
safiiido e iiiando calentar un (orno. por las mêler dent™, e do.olra 
parle flïo traer ploino que les echasen por çiriia de las cabotas, c 
de la olra parte mando traer peynes de fierro, e de la otra parle 
siete sayas daranbre e que gelas H/ie^en vestîr calieiites. Pues que 
las maneras de |os martiriQs tuoron allegados anie la» »anlas 
diieAaK, eladolantado'lcs dixo: o vo^uratnuestrosdiospurqueguar- 
dedes vuestros cuerpos de mal o sinon por todoa estos martirios 
pasaredos. La unadestas siete mii^ere^ auie très tijos, aquella tomo 
un pafio de lino que traya.e echolo (e echolo) en el fuego, e fue 
luego quemado ; eston(;e le dixierbn Iok fljos : Imenadueùa non de- 
xedes perder vuestra âlrua en esta liorra, mas asy cojuo nos crieste 
del sabor de lu lûolie asy nos pria e nos rrenueua{?) del sabor del 
rreVno çelestîal. Estonçe mando el adelantado que los {s/c) coljça- 
sen e que les partiesen las carnes deloshuesoscon aquellos peynes 
de fierro. E pues ellos (.■»/'■) fueron dcsnudos (nie) e asy decolgados 
{sic}, como el adelantado mando. los que y eslauan marauîllauariRe 
de lo que veyen de'las llagas, ca onde auie a sallîr sangre sallie 
leche, e los angeles vinieron que las librasen de aquel martirio e ■ 
dixieron : non iiyades micdo mas trabajaduos asy por que podades 
auer perdurable vida en el Heyno que non a auer fin. E el buen 
obrero es niuy alegre quando sirue todo el dia, e el senor de la obra 
lo bendize a las viesiieras por que labro bien e lo paga a su volun- 
tad. 

[E^tonge tomaron los mo[n]teros las santas dueùas e echaroo 
las en el forno e era el fuego muy grran pieça auie cnçendido |s/c). 
e tanlo que ellas y entraron murio toda la llama e el fuego, e ellas 
isallieron del forno sin ningun mal tormento. Quando esto vio el 
.adelantado, que dénatura era saùudo. dixolcs : dexat vuestraslocu- 
ras e orat nuestros Dios. E las Vil" dueùas dixieron : buen scnor 
Jésus Cristo, que reynas sin Hn.loor egrracias Cedamos por [que] 
te plogo de ineter nos en la carrera de piedall Uepues di\ieron al 
adelantado ; cuytale de dar çiina a lo que comenc-este ca nos estâ- 
mes gui[sa]das (?) de nos yr al reyno çeleslial. Quando esto oyo cl 
adelantado ouo ende grant pesar e maiidolas leuar do solien de- 
goliar les crisliauos que \a.s degollasen y. K los monteros lizieron 
lo e ellas rrogaronles que se sufriesen fata que ouiesen fechas 
sus oraçlones. e pues que ellos gelo otorgarnn flncaron ellas los 
ynojos en tierra e dixieron : ; quai Dios es (an grande como el 
nueslro senor Dios que nos tollio las tiniebras e nos dio lunbrel 
Buen aefior Dios nos terrogamosque nosmetascon panta Techa'. 



1. Sainte Thecla, vierge et mart., I" s. à. Séleucie. 



XLV. LEGtENDA AÛREA 257 

la tu primera martir, e que rreçibas el ruego de sant Blas, nuestro 
buen padre, que nos enseno e que nos dixo que por estos martirios 
verieinos las alegrias perdurables. Buen seûor rreçibe nuestras 
aimas, e estonçe dixieron los très mançebos a su madré : nuestras 
coronas estan aguisadas ante nuestro senor con nuestro padre sant 
Blas. Estonçe non quiso atender mas aquel que las auiede degollar 
e degollo las todas VI 1% e asy fueron las aimas para'l çielo. 

fDJepues que esto fue feeho mando el adelantado que aduxiesen 
ante'l a sant Blas. E quando lo vio dixole : i quieres tu orar nuestros 
Dios non los quieres orar, dime quai quieres destas rrazones 
tener? Catiuo, dixo sant Blas, çiego ères e non vees la lunbre del 
verdadero Dios. Quai orne série aquel fjue conoçiesc e fuese orar 
los ydolos sordos e mudos. Bien sepas que por la tu grant brauura 
que en ti ha e por la grant çeguedat del tu coraçon as tu dexado 
el verdadero Dios. E yo non temo de nada. Mas asy como tu qui- 
sieres e te ploguere asy me martiria mi carne que te es ya dada en 
poder. E el poderoso Dios a poder sobre mi aima. Estonçe le dixo 
el adelantado : tu aoras los diables e cuydas que oras a Dios e que 
seras por y saluo, dime agora i^ï te yo echarc en este pozo podra 
to librar tu Oisto? Mucho fablas sin guisa, dixo sant Blas, ca sin 
falla tu oras los diables e yo el verdadero Dios, por que sere saluo 
en la perdurable gloria. E esta agora, e mostrar te ael mi verdadero 
poderoso Dios su virtud. Estonçe lo mando el adelantado atar e 
echar en el pozo, que cra muy fonde. E sant Blas dixo a los (^ue 
estauan ay en la oriella del pozo : e sy vos auedes alguna fiuza en 
vuestros Dios echaduos comigo en esta agua e mostrad y la virtud 
dellos, e asy podemos veer el poder que vos an de ayudar e como 
elles faran y a vos e a mi; estonçe eeharon se \y omes enel agua, 
de aqucllos (jue mayor fiuza anien en sus Dios. E a la ora que y 
entraron fueronse afondon e murieron. E el angel apareçio a sant 
Blas e dixole : santo oine sal de aquesta agua c rreçibe la corona 
que te Dios tiene aguisada. Estonçe fue desatado sant Blas por 
sobre el agua como por tierra seca, e parose ante'l una tan grant 
claridat que todos los que la veyen eran ende tan marauillados. E 
el adelantado dixo : por esto que te a ti viene de quanto mal te yo 
fago todo se te torna en bien, por esto despreçias tu nuestros Dios 
e non los quieres adora r. E sant Blas dixo : catiuo, conoçe e sabe que 
yo sieruo so de Dios e non adoro los diables como tu. Estonçe) fue 
el adelantado muy saûudo e dixo a sus mo[n]teros : tomad a Blas, 
que nuestros Dios desonrra e despreçiae que a va mas de très mill 
omes que mugeres (^ue muertos que engaûados, e demas que lo 
fallo todo contra mi voluntad, e tajad le la cabeça e a los dos man- 
çebos que son con el. Estonçe los tomaron los monteros eleuaron" 



258 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

los al logar que era para aquello. E el santo oine fizo sus oraçiones 
e dixo: bucn senor Dios, que me libreste de los ydolos, yo te ruego 
(juc tu ayas nierçed de mi que so tu sieruo, que si alguno me 11a- 
inare en su oraçion que tenga hueso, o espina, o fuste, enlagarganta 
o sea maltrecho de otro doior, o aya mal andança, o cuyta, o pesar^ o 
peligro, pidote por merçed, buen senor, que tu rresçibas sus ora- 
<;iones e (juccuiiplas lo que te demandaren a los que me llamaren 
k>a(n)l mente en el tu santo nonbre. E depues que esto dixo vino 
nna nuue del çielo, muy fermosa e muy clara, que lo çerco en derre- 
dor, e fablole el nuestro senor délia e dixole: tu, que bien teconba- 
tistc por mi, sabebien queyo conplire tus ruegos c bendisdre todos 
aquellos (juc te llamaren e de ty remenbrança lizieron. Pues que 
esto ouo diclio la elaridat se partie del, e el que lo auie a descabeçar 
descabegolo a el, e a los très mançebos con el. E esto fue très dias 
andados de febrero. 

[L]a buena duena, que auie nonbre Elisa, tomo los cuerpos de 
los santos martires e soterroles de consouno en aquel logar do 
fueroii martiriados. E en aquel logar fizo Dios por elles muchos 
fermosos miraglos fata el dia de oy e fas aun. Asy ,como vos he 
diclio e contado, reçibio sant Blas martirio e fue con Jésus Cristo, 
que viue e rrcyna sin fin. Amen. ^ 



XLVI 



IIISTOIRK DE TROIE 



A 



(Osuna: Plut. II. Lit. M, n" 25; Rocam. n" 88; Biblioth. Nat. 

Madrid, Ii-99) 

BenoIt de Sainte- More, Histoire de Troie, En cas- 
tillan. 

Manuscrit de 305 feuillets, papier. Incomplet du commen- 
cement et de la fin. Ce manuscrit comprend des feuillets de 
la première moitié du XIV*" siècle et des feuillets du 
XV** siècle. La partie ancienne, très jaunie, est fort endom- 
magée; elle est écrite à deux colonnes. Elle contient des 
parties rimées et des rubriques. La partie plus moderne est 
beaucoup mieux conservée, mais elle n'a pas de grandes 
initiales et n'est pas toujours rubriquée; elle est écrite à 
pleines lignes. Ce sont des feuillets d'une Historia troyana 
du XV* siècle c|ue l'on a arrachés pour compléter l'an- 
cienne à qui il en manquait beaucoup. Le papier de la 
partie ancienne est grossier, celui de la partie moderne est 
beaucoup plus uni, il est homogène et régulièrement strié. 
Dans l'écriture do la partie moderne, on remarque comme 
un parti pris d'archaïser ; cette écriture doit être celle 
d'un copiste de la fin du XV^ siècle. Ce manuscrit était 
folioté, mais sur beaucoup de feuillets la rognure a fait 
disparaître la numération. Un grand nombre de feuillets 
de la partie ancienne ont été cassés, ce qui a fait perdre 
au livre plusieurs colonnes, La partie du XIV^ siècle que 



<*. 



260 



mULlOTHEQUE DU MAKQUIS DE SANTILLANE 



nous nommerons A, est régl<ie k 28 lignes par colonne; k 
partie du XV" siècle, ou partie B, jst réglée à 30 lignes. 
Format 288 X 234 mm. Reliure de parcliemin. 

Voici (jaus quel ordre li's feuillets A et les feuillets B 
sont répartis dans le corps du manuscrit : 

B. fol, 1-58 y. ; A. fol. 59-63 V (61 V blanc;; B. fol. 
64-67 V (entre le fol. G7 et te fol. 68 traces d'un vieus 
feuillet): A. fol. 68-69; B. fol. 70-71; A. fol. 7S-74 (entre 
le fol. 72 et te fol. 73 traces d'un feuillet coupé); B. fol. 7ô; 

A. fol. 76; B. fol. 77-79; A. fol. 80-83 (fragments de feuil- 
lets entre 79 80 et entre 80-81); B. fol. 84; A. fol. 85-87; 

B. fol.88ientre87 et 88 fragment de feuillet); A. fol. 89- 
109 (fol. 94, œ, 96, vers); B. fol. 110-112 ; A. fol. 113-123 
(le feuillet 116 est fendu et n'a plus qu'une colonne r° et v) ; 
B. fol. 124 ; A. fol. 125-134 (fol. 126 v". 127. 128, 130. vers:; 
B. fol. 135; A. fol. 136-147 (fol. 141 V, 142 demi-feuillet 
vers,; B. fol. 148-149 ; A . fol. 150-157 (fol. 151, 152 demi- 
feuillet, et 153 c. A. vers); B. fol. 158-162; A. fol. 163-178 
(fol. 163 demi-feuillet); B. fol. 179-181 (fol. 178 demi- 
feuillet); A. fol. 182-186; B. fol. 187; A. fol. 188-195; 
B. fol. 196; A. fol. 197-198; B. fol. 199; A. fol. 200-216 : 
B. fol. 217; A. fol. 218; B. fol. 219-220 (entre les fol. 220 
et 221 fragment de feuillet!; A. fol. 221-230; B. fol. 231- 
233 (entre les fol. 233 et 234 fnigment de feuillet) ; 
A. fol. 2:W-242; B. fol. 243-244 ; A. fol. 245-254; B. fol. 255; 

A. fol. 256-290; B. fol. 291-292; A. fol. 293-295: 

B. fol. 29.5- 3Cfi V. 

A partir du toi. 125. les feuillets A n'ont ni rubriques, ni 
signes paragrapliiques, ni petites capitales rouges. Les feuil- 
lets B sont rubriques jusqu'à la lin du manuscrit. Les der- 
niers feuillets n'ont pas été réencadrés, ils sont usés et fort 
détériorés. 

Incipit: « viniese algun querelloso. . . n 

Explicit : « e syenpre estariamoa en mal con ellos et . . , » 

Le vicu.\ manuscrit commence par le cliapitrc intitulé : 
Motoan era miiy argolloso e mwj loçano, et finit au feuil- 
let 295 v h, par un chapitre rubrique qui commence par : 
a Cuando Andiomaca oyo que la Mcnalao queria matar... n 

Les parties rimées do cette Hisloir.- de Troie sont re- 
marquables par leur caractère archaïque et pourraient faire 



XLVI. HISTOIRE DE TROIE 261 

croire à une ancienne version en vers dont le traducteur de 
la version en prose aurait intercalé des fragments dans son 
travail. M. Paz y Mélia, qui a publié avec soin ces poésies, 
dont une seule avait été imprimée déjà, quoique imparfai- 
tement, par Amador de los Rios (Historia critica, t. IV, 
p. 350-351), remarque avec justesse certaines analogies de 
vocabulaire, d'expression et de tournure entre la description 
de la sixième bataille et le Poema del Ciel (Voy. Poesias 
intercaladds en la Crônica troyana romanceada, publi- 
cadas por A. Pcus y Mélia, Revue Hispanique, numéro 17, 
premier trimestre 1899, p. 62-80). 



B 



(Osuna: Plut. I. Lit. N, n- 16; Rocam. n* 89; Biblioth. 

Nat. Madrid, Ii-67) 

Benoît de Sainte-More, Chronique de Troie. En galicien. 

Manuscrit de 185 feuillets de vélin grossier, peu blanchi 
et par endroits troué; folioté au verso des feuillets. Lacune 
au début, le fol. 1 porte le n° 9. Nombre irrégulier de lignes. 
Écriture du XIV« siècle, jaunie. Capitales bicolores dessi- 
nées à la plume et rubriques. Format 394X270 mm. Re- 
liure moderne. 

Dans ce manuscrit on distingue nettement deux écritures 
et quatre parties: I. Du fol. IX(l)au fol. C (92), réglure à 
34 lignes, sauf le XCIX v*» (91), et le C r« (92), qui sont 
réglés à 33 lignes. II. Du fol. CI (93) au fol. CXVIII (110 v^). 
III. Du fol. CXIX (111). au fol. CXXVIII (120 v^). IV. 
Du fol. CXXIX (121), au fol. CXCIII (185). 

Fol. 1. Incipit : « Agora diz o conto que os gregos ouuie- 
ron gran pesar quandolles Ercolan et Jaason contaron a gran 
desonrra et o gran pesar quelles auia fey to el Rey Leomedon 
de Troya ...» 

Fol. 92 le texte s'arrête aux mots : « que sofriaen lo co- 
raçon que cada dia » volue esta folla et acharas a estoria. 
Et au-dessous, encadrés de rouge, les mots : « Sabbean quan- 
tos este liuro viren, que eu Fernan Martins, clerigo et ca- 



tSitcVjrt^^T:''" 



2G2 



niRLIOTHEQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 



pelan de Fernan Père/ Dandrade, eecriuî este liuro des onde 
sse começa psta estoria ata aqui, et e-stTÎuî ayiida mays 
rtiitm f|uadenio en que ha dez fnllas que vay aro adeant, et 
escriuio per mandado do dito Fernan Perez. m Ce qui fait 
suite aétc^ eRacé et fi'otle ; les réactifs appliqués iei, nnus 
ont permis de lire ; " Et sauedee que Fernan Perez foi fillo 
de Roy freyre Dandrade, e por min creede de certo que a 
este lenpo, que este liuro foi escripto, que este Fernan Perez 
cra (I mellor homen queauia entoin;e en Galiza dos grande 
ou rrico lionies afora. Et sabcde que el a este tenpo era 
lioine de du/entos homens de caualo, armados a todo punto. 
Et era senor dii vila da Crufla et da vila de Betanços et da 
Pontdeume et Ferrol el a Pontdeume derallas el rrey por 
sua heredade et outrossy tanben era senor de Neda et de Çe- 
deyra, et de Sant'.ta Marta, et de Viueyro, et de Vilaiua et de 
todos seus termines de todas estas vilas et lugares et tanben 
das terras cliâas en todas estas comarquas, en guisa que 
(juantos lioraens morauau en todas las ditas vihts hOos et 
lygeyros et arredor... ii 

Fol. 92%-". Trace de 11 lignes frottiîesà la pierre ponce. 
Le réactif a fait paraitn; une date : « mill c quatroçentos et 
sete (?).» Au-dessous, emaidrê de rouge, on lit l'expUcit 
suivant : u Este liuro foy ucabado vynt dias andados do mes 
de Janeyro. Era de mîll et quatroçentos et onze annos. Et eu 
o dito Fernan Martins elerigo, rogo et peço. por lo amor de 
Dcusetpor saluamentode suas aimas et enpeniteuçiade seus 
peeados, a <iuantos este liuro viren etoyren.quedigan por la 
mina aima Iiun pater noster et liuna aue Maria aa onrra de 
de Deus padre, et de Deus (illo, et de Deus espiritu santo, 
(jue me queyra perdoar, et da virgen Maria, sua madré, 
quelle roge por min e por vos queo queyra assy œnprir et 
outorgar. » 

Le travail du copiste B commence au folio 93 qui fait 
exactement suite au texte du recto 92. Incipit; ft se me 
fazia negro et triste. Et os sospiro.s que eu daiia sem mKU 
grado. . . 1) 

Fol. 110 v°. Dernière ligne: n muy perdidoasos et moy 
tristes, n Ici réparait l'écriture de Fernan Martins, le copiste 
A, qui a écrit les dis feuillets dont il est parlé plus haut, les 
huit premiers réglés à 35 lignes et les deux derniers très 



XLVI. HISTOIRE DE TROIE 263 

serrés, pour finir. On voit que lescribc n'avait qu'un noni])re 
compté de feuillets et qu'il avait peur de n'y pas faire tenir 
tout ce qu'il devait y mettre, c'est visible surtout au verso 
du fol. 120, où il a tellement serré qu'il y a presque une demi- 
page blanche entre son travail et la reprise du copiste B. 

Fol. 111. Incipit: « Conta a estoria que esta trezoia batalla 
durou seit dias. » 

Fol. 120 v** Explicit : « auia vint mill caualeros. F.t aly » 

Fol. 121. Reprise du copiste B : a veeriades rreluzir ar- 
mas et esplandeçer escudos...» 

Fol. 185. Le manuscrit finit par : a ca sen falla eu escri- 
pui omays sen bandaria e mays verdadera mente que puyde. 
Et a noso seflor dou graças porque ma leyxou acabar. 

Este liuro mandou fazer o muvto alto et muv noble et 
muy eixelent Rei don Alfonso, fillo do muy grande Rey don 
Fernando et da Reyna donaCostança. Et fui dado descriuir et 
destoriar en lo tenpo que o muy noble Rey dom Pedro rrey- 
noù, ao quai mantena Deus en lo seu seruiço por muytos 
tenpos e bôos, et os sobreditos onde el ven seian herdeiros 
en lo rreyiio de Deus. Amen. Feito o liuro e acabado o pos- 
tremeiro dia de dezenbro era de mill et CCCLXXXVIII 
annos. 

Nicolao Gonçalez escriuan dos seus liuros scriueu per seu 
mandado (1).» 

Tout le long du manuscrit il y a en mai-ge des notules 
indiquant le contenu du texte. Le commencement de ce 
manuscrit correspond au chapitre xxxv du manuscrit Ii-99 
et au chapitre xxvi du manuscrit de l'Escurial. L'archiviste 
de La Corogne, M. Martinez Salazar, a donné de ce texte 
une édition complète, munie de notes, d'une grammaire 
et d'un glossaire. C'est la Deputacion Provincial de La 
Corogne (|ui a pris l'initiative de cette publication (2). 

1. Dans sa littérature espagnole du Grundrlsa àa Grôber (II Band, 
2 Abteilung. p. 438) M. Raist dit : " Von verwandteni Geist erfiillt 
» war Benolt's Roman de Ti'oi/r, don no(?li Alfonso XI .s?inemSelireiber 
» Nicolas Gonzales zu iibersetzen bofahl, woniit dieser im ei-sten Jahi- 
» seines Narhfolgers zu Knde kani. » C'est une erreur, Gonzalez n'est 
pas le traducteur du roman de Benoît do Sain te- More, il n'en est que le 
copiste. 

2. Crônica Trot/a na, càdice ijaUcçio drl sirjlo XIV de la Bihlioteca 
Nacional dr Madrid, con apunies (/ramaticalcs y rocahuUirio por 



•!• 



364 



HlRI.IOTHF.QU F, DU MARQUIS DE SANTILLANE 



M. Menénde/ y Peliiyo, darw sa belle bililiotlièque dp 
Santander, conserve un manuscrit ca-stillan-galicien do 
l'Hifitoire de Troie. L'étude de ce volume permet de com- 
bler Ips lacunes du ms. Ii-67 et nous fournit des rensei- 
gnements utiles. L'ouvrage se compose de 219 feuillets, dont 
139 en gros vélin et 80 en papier, l'écriture, disposée sur 
deux colonnes, est du XIV" siècle ; deux copistes ont travaillé 
à ce manuscrit bilingue : l'un castillan a écrit 140 feuillets, 
l'autre galicien en a écrit 79. Bien que les deux écritures 
de ce manuscrit soient du même siècle, l'écriture castillane 
est antérieure à l'autre, ce qui nous fait croire qu'il s'agît 
d'une Historia Troyana en castillan mutilée et dont les 
lacunes ont été comblées en galicien. Dans l'intérieur du 
volumequelques curieuses miniatures. Format 360 Xâ70 mm. 
Ce teste et celui du ms. li-67 ne présentent que peu de 
différences, c'est bien la môme rédaction. Le teste du ma- 
nuscrit de Santander commence pir l'histoire de Jason et 
deMédée; !a mcme liistoire devait occuper les huit premiers 
feuillets perdus du manuscrit de Madrid, 

Au feuillet 28 b. du manuscrit de Santander nous lisons: 
« quien quisiere oyr la mejor estoria de quantas y son et la 
obra quai nunea fue dicha por palabra, nin puesta en libro, 
segund que nos Benito cuenta como lo el fallo porDayres, 
que quiso saber las batallus (jue fueron fecbas en aquel 
tieupo et altas cauallerias, porque estonço los nobles cavial- 
leros que eran en aquella sazon fueron muertos. et de como 
fue destroyda la muy nobre çibdat de Troya, yo lo dyre toda 
la vordat. n 

A la suite vient le chapitre paroù commence le ras. Ii-67: 
(1 Agora dize el cuento que losgriegos... iiLe manuscrit cas!- 
tillan de l'Escurial (I-H-6) que cite Amador de los Rios 
(Historia crltica, t. FV, p. 345, note 2) et qui a servi de base 
aux traductions galiciennes, commence précisément par lo 
passage où il est parlé de Benoît de Sainte-Moie . Le ma- 
nuscrit de Santander n'est pas exempt de lacunes: par ' 

D. Manuel It. Rndri'jui.T, puhlicala. à rxpOTUias de la exciiia, diptita- 
ciàn de esta praeincia, Andréa Meti-tina Stitaiar. La Coruûa. Im- 
ppentadela C'ASttdeMiBericoi'dia. MDCCCC. 1900. Deux vol. in-fol. 
M. Cornu adoanfd'abondauta extraits de ce textedaBS la Mitrcllancn 
linguiatica in oimre di Graiiadio Ascoli, p. 95-188. 




XLVI. HISTOIRE DE TROIE 265 

exemple, il ne contient pas Texplicit circonstancié du ms. 
li-67. D'après la foliotation ancienne, effacée sur les derniers 
feuillets, ce manuscrit devait compter 354 feuillets. On voit 
donc que le Ii-67 et le ms. de Santander dérivent tous deux 
du poème de Benoit de Sainte-More. Avant d'appartenir à 
M. Menéndez y Pelayo, V Histoire de Troie castillan-gali- 
cienne faisait partie de la bibliothèque Altamira-Astorga. 



(Osuna : Plut. II. Lit. M. n* 23, d'après Los Rios, Histona critica, 

t. IV, p. 350 n.) 

GuiDO DELLE CoLONNE, Histoire de Troie. En castillan. 
Manuscrit perdu. 

Amador de los Rios (Obras del Marqués, p. 608 et 609) 
dit avoir vu quatre manuscrits de V Histoire de Troie dans 
la bibliothèque du duc d'Osuna, mais il n'en décrit que 
trois et ne nous donne même pas la cote du quatrième. 
Los Rios dit au commencement de la notice qu'il con- 
sacre à Dares et à Dites : « Los cuatro côdices que poseia 
» el marqués de Santillana, se conservan afortunada- 
» mente en la bibl. de Osuna. Como dijimos, son, uno en 
» gallego, otro en lemosin y dos en c^stellano. » Après avoir 
parlé des manuscrits qui contiennent la version galicienne 
et la version catalane, Los Rios reprend : « Las dos versiones 
» castellanas no son por cierto menos preciosas, aunque 
» algo mutiladas : la mas importante es la sefialada con la 
» marca antigua Plut. II, Lit. M, nùm. 25, porque sobre 
» contener canciones y romances, que alternan con la prosa 
» y leprestan mucha variedad, daâ conocer que no fué Pero 
» Lopez de Ayala el ûnico que à mediados del siglo XIV 
» puso en castellano la fabulosa Chrônica troyana, etc. » 

Une note du même auteur [Historia critica, t. IV, 
p. 349-350, n. 2) nous en apprend plus long au sujet de 
ce quatrième manuscrit. Après avoir parlé de la version ca- 
talane de Jacme Conesa, Los Rios ajoute : « Sin duda por 



m» . .1 



266 



HIBLIOTIIÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 



» este inismo tiempo la ponia en castellano, trayéndola de 
Il su oiigiual, el famoso canciller Pero Lnpez de Ayala ; 
a version que fué muy aplaudida y de(]ue poseyrt tambien 
» el docto marqués de Santillana un precioso codice. 
» «enalado hoy en la libieria de Osuna, P. II. Lit. M, 
niim, 23. » Ce manuscrit que Rocaranra ne signale point, 
ne se trouve pas parmi les manuscrits provenant de la bï- 
btiotlioque du duc d'Osuna (jue conserve la Bililiothèque 
Nationale de Madrid. Los Rios avait- il de sérieuses raisons 
de croire que c'était là la version du chancelier ? Nous ne 
le pensons pas, sans quoi il nous aurait sûrement fourni 
(les preuves à l'appui de son dire. Peut-être ce manuscrit 
contenait-il simplement la version castillane de Pedro de 
Chinchilla? C'est probable. Comme M. Mussufia [Uetter die 
spanisc/ieii Versionen der Historia Trojana, SUiun^s- 
brric/ite dfV K. Akademie. Vienne, 1871, p. 50-511 et 
M. Béer {H'indsc/infiensrkdtse Spaniens, n" 67} n'ont pu 
que citer le catalogue de la bibliothèque de Benavente où 
cette version est mentionnée, nous en donnerons ici une 
brève notice. Le manuscrit que nous avons eu sous les yeux 
provient du fonds Benavente (?)-Astorgji-Altamira et fait 
partie de la bibliothèque particulière de M. Menéndez y 
Pelayo. 

Manuscrit de 174 feuillets, papier, non folioté. Écriture 
du XV' siècle, à deax colonnes. Il est daté de 1443. Format 
385 X 27Ûmm. Reliure en cuir sur ais, avec fermoirs. 

Fol. 1. Rubrique : Aqui comiença el libro de la Ystoria 
Troyana seqund Gnido dd' Colupna copillo, In final tra-tlado 
dp latin al miestro romance Pedro de Chinchilla, criado de 
don Alfonso Pimentel, coude de Benauenle. e par su man- 
dado, e siyae primera el proemio feche por el Pedro de 
Chinchilla. 

Fol. 1 v" Incipit : « [E] sy de cada dia las eosas antiguas 
por las présentes se oluidan... » 

Fol. 174. K\pUcit : « aber seydo dos mill e quîuienlos 
los otros que siguîeron a Heneas. u 

Nous avons copié le prologue de Pedro de Chinchilla pour 
ajouter un document au dossier, déjà volumineux, de V His- 
toria Troyana en Espagne. 



XL VI. HISTOIRE DE TROIE 267 

[Y]a sea con razones légitimas e asaz justas escusar de la pré- 
sente trasladaçion me podria, mayormente consyderando como ya 
otros la ayan al nuestro romance tornado en asaz alto e diilçe 
estilo segunt la sufiçençia de nuestra lengua, eh la quai si los 
conçebimientos mentales en la latina ystoria contenidos non han 
seydo tan conplidamente declarados ninguna culpa a ellos ynpu- 
tada ser deue, mas a la insufiçiente lengua en la quai el dulçe e 
buen orden de fablar, segunt que en la latina, fallar non se puede. 
Pues yo, que nunca de la castalea fuente agua beui, me ponga a 
esto romançar es dar causa por la quai mi ygnorançia sea poblicada 
a quantos la leeran, e lo que oculto e secreto era, sy quiere por 
poeos sabido, a munchos (sic) sera publicado, mas aun que a 
mayor peligro de verguença me oponga por satisfazer e conplir 
mandado del muy noble e virtuose senor, mi senor Don Alfonso 
Pimentel, conde de Benauente, cuyo criado yo pedro de 
Chinchilla so, osare tomar la penola e con ella en la nuestra lengua 
escreuir, en el nuestro Romance, la troyana ystoria, sy quiere de 
los infortunios e mal auenturados acaesçimientos deuenidos a la 
troyana generaçion, que por razon de su grandeza sera su me- 
moria e recordaçion perpétua fasta el postrimero dia, segunt Guido 
de Colupnia en su volumen en la lengua latina copilo. E por quanto 
algunos ouo questa mismaystoria romançaron, syguiendo el proçeso 
de la cruda ystoria, munchas cosas délia dexaron, que ami paresçe 
fiquello ser lo mejor e mas util e que la muncho ennobleçe, e alegra 
los animes de los entendidos leedores, e manifiesta al actor sy 
quiere conponedor grant sufiçiençia, yo, en quanto podre, me 
esforçare de ninguna cosa en ella menguar, nin menos de mio 
anader, mas que por este traslado sea conosçido, a los quel latin 
ygnoran, en quanto conpuesto e plazible estillo esta ystoria el ya 
nonbrado ordeno. E bien creo que algunos aura que mi ynçufi- 
çençia saben [y] dexaran de leer esta trasladaçion , pero consi 
derando como el ya nonbrado mi senor al ocçio muy poco se de,e 
todo, o lo mas de su tienpo ocupe con vertuoso e alto deseoen vere 
saber la vida e costunbres de los antiguos varones, espeçialmente 
de los caualleros famosos que en el uso ç exerçiçio de las armas 
virtuosamente se ouieron, porque en aquella virtud su magnanime 
coraçon mas se esfuerça, le plazera esta mi obra leer porque de 
materia a su deseo conforme tracte. Lo quai asaz bénéficie es a mi 
que su juyzio discrète la lea, por cuyo mandado a la trasladar me 
dispuze, e yo me esforçare de la poneren tal estillo que a su merçed 
non sea muncho enojoso. E como en todo prinçipio la diuinal 
ayuda deue ser inuocada, syn el quai ninguna cosa bien auenturada 
ser puede, nin prospère fin auer, con deuoto animo e coraçon 



268 BIBLIOTHÈQUE DU MÀRQUÎS DE SANTILLANE 

omillde su yninensa clemençiainuoro, e suplico en esta pequena 
obra su diuinal gra<,-ia ynfluya en manera que los que en ella 
leeran reçiban dotrina de bien e virtuosamente beuir, en la quai, 
allende de la narra<;ioii de laystoria, ay asaz enxenplos de grande 
utilidad a la vida autiua (sic), e pido e suplico a la bien auenturada 
e gloriosa fija, es posa, e madré suya, que desta ynuocaçion a su 
ymenso e bendito fijo sea ynterçesora, la quai se començo en 
Benauente, quando la fructuosa encarnaçion del nuestro rredentor 
fue venida a los inill e quatroçientos equarenta e tresâùcs, faziendo 
el cuerpo solar su curso de luxo del zodiaco en el comienço del 
siguo de piçes. 



D 



(Osuna : Plut. III. Lit. M, n* 2; Rocam. n' 90; Biblioth. Nat. 

Madrid. Ii-112) 

GuiDO DELLE CoLONNE, Histoivc dc Trote, traduite en 
ciitalan par Jacme Conesa, en 13G7. 

Manuscrit de 168 feuillets, papier, le premier feuillet est 
endommagô et n^hordê, réglé à 30 lignes. Écriture du XV* 
siôcle. Rubri(iues et petites capitales. Cet ouvrage commence 
par une grande initiale noire. Format 285x201 mm. Reliure 
do parchemin . 

Préface. Incipit : « A istancia et a pregaries » 

Explicit : « en romauz axi com dit es, et comenz en la forma 
que segue. » 

Texte. Incipit: « latsia que tots dies los coses antigues 
sien... » 

Explicit. Fol. 168 : « Diomed(\s ocis lo rey Antipo et lo rey 
Kxterion, lo rev Prothonor et lo rev Obtomeno. Ffenito 
libro, sit laus ci gloria cristo. Amen, o 

Amador dc los Rios [Hisloria rritica, t. IV, p. 349, 
note 2) n'a connu (jue ce seul manuscrit de ce texte. La 
Bibliothcciuc Nationale de Madrid (ancien fonds F-112) 
conserve un manuscrit du même texte et du XIV® siècle, 
au({ucl man({U(Mit trois feuillets au commencement. 
M. J. Massé Torrents, (lui n'a pas vu notre li-112, consacre 
une notice au ms. F-112 de lancien fonds, dans ses Ma- 



XLVI. HISTOmE DE TROIE 269 

nuscrits catalans de la Biblioicca Nacional de Madrid^ 
p. 93. Joseph Ametller {Revista de Gerona, 1888) et Milâ 
y Fontîinals dans sa Notice sur trots manuscrits {Obras, 
t. III, p. 477) décrivent chacun un autre manuscrit de la 
version de Jacme Conesa. Récemment M. Sanvisenti a 
publié une notice de don Manuel de Bofarull sur un ma- 
nuscrit inconnu de ce même ouvrage (/ primi injlussi di 
Dante, etc., p. 389). Nous copions en entier la courte 
préface du protonotaire Jacme, parce qu'elle contient de 
curieux renseignements : 

A istancia et a pregaries de un noble honi et de gran compte qui 
desijaua auer en Romanz les istories Troyanes qui son en lati per 
coni hauia hoyt dir qui eren fort belles et que pertanyen a saber a 
tôt caualier,yo Jachme Conesa, prothonotari del senyor Rey, jatsia 
quefosasatsocupatdealtres majors afers et no agues belaer (sic) de 
ocopar me en aytals coses, enipero per satisfer a les sues pregaries, 
et car sabia que quell trobaua plaer en saber moites istories et 
molts fets antichs et era vollenteros en legir et saber fets caual- 
leros et aytals com las dites istories contenen, jatsia quel ell 
entesses queacom (?) de lati, empero car la suptilitat dels latins 
segons los quais les dites istories son compostes deya que no les 
podia perfectament entendre, per que non podia auer aquel plaer 
ni la entencio ques pertany del libre, et per complaure a ell, de 
aromancar aquelles, per aqueles entreuals de temps que poria, 
comenci diuenres a XVIII del mes de juny, del any M.C.C.C. 
LXVII, protestant que no sia prejudicat aies dites istories en lati, 
car veraiment lo Romanz de aqueles, en esguart del lati lo quai es 
molt aptament posât, es axi com plom enuers ffin aur. Et axi matex 
protestant que sialgunes paraules seran transportades, o que pare- 
gua que no sien conformes de tôt en tôt al lati, no sia inputat a 
ultracuydament de mi, masque cascu entena que aquel trasporta- 
ment o mudament es per donar antendre plenament e grosera los 
latins qui son soptils al dit noble hom et tots al très lechsqui après 
de les dites istories legiran. Et en cara mes pot esser imputât a 
[i]gno[ran]ciamia, qui segons la suptilitat de aquel qui les composa 
no so bastant ni suficient a fer tal traslatacio de lati en Romanz, 
mas confiant en la gracia de deu, et sabent que per fer alguna 
mutacio del dit lati en Romanz no pot esser a mi Reprensio qant 
a deu, atreueschme de fer a[que]sta obra, pregant ab gran istancia a 
tots los ligents, que si res hi aura que no les placia o que les torn 
anug que non donen carech a mi algun, com yo aytant com mils 



270 BIBLIOTHEQUE DU MAIIQUIS DE SANTILLANE 

pore me enteii a conformar al test de les dites ysfories. aytals com 
yo les he reduynt aqueles de lati en romanz, axi com dit es, el 
comenz en la forma que segiie. 



GuiDO DELLE CoLONNE, Hisloîvc (le Ti'oîe, lin anigonaîs. 
Cf. Nutic« III, ms. Ii-68 



Traducteurs et 



Traductions de» 
i'n Espagne 



Histoirt'n de Troie 



M. Mussafïa a divis«^ les Histoires de Troie espagnoles 
en deux groupes : celles qui sont des versions de Hennit de 
Sainte-More et celles qui sont des versions de Guido délie 
Colonne (Cf. Ueber dîc spanischen Versionrm dcr His- 
toria Trojana. Sitsanysherichte d. K. Akademîe, Vienne, 
1871). Des manuscrits dont nous avons parié (juatre: l'Ks- 
curial, I-H-6 (.astiHan, l'Osuna Ii-67 galicien, le castillan- 
galicien de Sautunder et: l'Osuna Ii-99 castillan, appartien- 
nent au premier groupe, L<i traduction de Jacinc Conesa en 
catalan, celle de Pedro de Chinchilla en castillan, et lax 
Oraciones et arenyuas de la y'storia Troyana eu aragonais, 
appartiennent au second groupe. 11 y aurait beaucoup à dire 
sur les textes dérivt-s de ces traductions, sur les imitations 
auxquelles elles ont donné lieu et sur l'infiltration de ces 
histoires dans les clironiques, mais c'est là un point qui 
demande une étude spéciale el (|ue nous ne pouvons pas 
aborder dans ce travail. Nous nous bornerons à rappeler 
la compilation de Delgado, qui dérive de Guido délie Co- 
lonne, comme l'ont montré M. Mnssatia et M. Morel-Fatio 
[Rotnania, t. IV, p. 85;. A titre de curiosité, et seulcDicnt 
pour indiquer combien longtemps l'Histoire de Troie a 
occupé les esprits dans lu Péninsule, nous citerons un rifa- 
cimento de la compilation de Delgado, écrit par un cer- 
tain Munuz Garcia Jorje y Mendom (Juan) qui date sa pré- 
face de Murcie, 8 décembre 1770 ; il dit s'être servi d'une 
compilation faite eu 1690 par Baltazar de Cliaves « natural 
de Miranda del Duero (Portugal), » Ce singulier manuscrit 
fait partie de la bibliotlié(|ue particulière de M, Menéndez 
y Pelayo. 



XLVII 



DANTK 



(Hooain. n' 106; Biblioth. Nat. Madrid. Reserv. 4^-7). 

Dante Alighieri, La /)âv>ia Commedia, Kn italien. 

Manuscrit de 222 feuillets, plus 1 blanc, vélin, grandes 
marges, rubriques, initiales et lettrines ornées, grandes mi- 
niatures très fines. Écriture et peinture du XIV® siècle, 
caractères gothicjues. Format 370x260 mm. Reliure mo- 
derne. 

Le verso du feuillet de garde est occupé par une minia- 
ture qui représente Dante, lorsqu'en se retournant au pied 
de la colline il aperçoit les trois fauves. Au-dessous de cette 
peinture, des armes d'azur portant un lion rampant d'ar- 
gent, couronnées d'un heaume d azur surmonté d'une pan- 
thère d'argent tachetée de sable. 

Fol. 1. Encadrement de feuillages, d'arabesques et d'oi- 
seaux, un peu lourd. Rubrique : Incomincia la comedia 
di Dante Allifjhieriy nella quai tracta délie pêne e puni- 
menti de' uiçii,et de' nieriti e de preniii délie uirtudi, Canto 
primo délia prima parte, la quai si chiama inf'erno, nel 
quale V autorefa proemio a tutta V opéra. Capitolo primo. 

L'N enluminé par lequel commence le texte nous 
montre Dante devant un pupitre où se trouvent un encrier 
et une plume, il tient son livre ouvert des deux mains* 

Incipit : a Nel meço dcl camindi nostra uita 
mi ri trouai per una selua scura, 
che la dritta uia era smarrita . )> 



. r 



2T2 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTÎLLANË 

Fol.7;^v*'. Fin de l'Hiifer. Fol. 71. Grande miniature qui 
représente le Purgatoire, on voit sur l'eau la barque pleine 
d'ànies conduite par l'ange, et sur le rivage, Dante, Vir- 
gile et Caton. Au-dessus, connue dans la première peinture, 
le ciel étoile. 

Fol. 71 v^. Kubri([ue : Comincia la seconda parte dclla 
comedia di Dante AUiijhieri di Firençe, nella quai sipur- 
f/ano i commessi peccati e nitii de' (juali ruomo e con- 
fessa et penéuto, co/i animo di satisj'actionc, et contiene 
XXXIII capitoli, Capitolo primo. 

Uencadnîment du feuillet 74 v** est plus riche que le 
premier, l'initiale du texte rei)résente Dante^ Virgile et 
l'ange à l'entrée du Purgatoire. 

Fol. 147 V". Fin du Purgatoire. Le feuillet 148 est tout 
occupé par une peinture où Ton voit, au sommet d'un mont 
entouré de ilammes Purgîitoire), Béatrice, Stace et Dante 
debout; dans le fond des arbres, au-dessus, sur des nuages 
roses, et dans un ciel étoile, la Vierge et l'enfant auréolés 
et (|uatre anges nimbés agenouillés à droite et à gauche. 
Fol. 148 v^. Rubrique : Comincia la terça cantica délia 
co média di Dante Allef/hieri di Firençe cliiamata Para- 
diso, nella (jical tracta de' beati et délia celestial fjloria et 
de' meriti et premii de' sancti, et deuidesi in noue parti 
come b/nferno. 

Ce feuillet M8 v^ est, comme les deux autres feuillets 
cités plus haut, encadré (rornements. L'initiale qui ouvre 
le texte de cette troisième partie est enluminée, on y voit 
la Vierge assise devant la cioix où intun-t son fils. 

Fn marge du feuillet 87 v" (Knfer, chant XXXII), un 

copiste a écrit entre les tercets 7 et 8, un tercet omis : 

(ï Pcrchio mi uolsi, et uidimi dauante 

e sotto piedi un lago, che pergielo 

auea di u<'tro, et non d' accpia, sembiante. » 

Fol. 191 (Paradis, chant XX.). entre les tercets 9 et 10, 
auti'c oubli (jui est n''|)aîé en marge: 

« Fecessi uocc (juinci, et quindi uscissi 

pcr lo suo becho in forma di parole, 

quai aspcctaua il chuor ou'io le scrissi. » 

Ces deux corrections en inar^e sont du XV*' siècle. 



XL VII. DANTE 273 



B 



(Rocam. n» 107; Biblioth. Nat. Madrid, Hh-76). 

Dante Alighieri, 1. Convioio. 2. Can::oniere, 3. Canz^oni 
délia Vita nuovaper Béatrice, En italien. 

Manuscrit de 84 feuillets, vélin, non folioté. Écriture du 
XV'' siècle, à deux colonnes. Encadrement et ornements 
de style italien. Lettres et lettrines de couleur. Ecu d'armes 
en blanc. Format 290 X 210 mm. Reliure moderne. 

I. Fol. 1. Rubrique : Conuiuio. Incipit : « Sicome dice il 
phylosofo nel principio délia metaphysica prima phylosofia : 
tutti gli uoinini naturalmente desiderano di sapere... » 

Fol. 73 B. Explicit : « e nel secretissimo délia diuina 
mente. Amen. » finis, 

II. Fol. 74 A. Rubrique : Qui incominciano le cançoni mo- 
rali di Dante Alighieri fiorentino poeta, e prima dello 
sprerjiare délia sua donna. 

« Cosi nel mio parlar uoglio essero aspro » 
Cançona seconda di Dante, délia intellif/ença et parla delV 
amor suo, 

« Voi cir entendendo il terço ciel mouete » 
Cançona terca, délie uirtu et délie betleçe délia sua donna. 

« Amor che nella mente mi ragiona » 
Cançona quarta, délia uera nohilta parla altaniente, 

(( Le dolci rime d' amor ch' io solea » 
Cançona quinta, delV amor délia .sua donna . 

« Amor chemuoui tua uirtu dal cielo »> 
Cançona sexta, dimostra [di] quanto amor, amor siapreso : 

(( Io sento si d' amor la gran possança » 
Cançona settima, dimostra che per la tenpo freddo del 
uerno non ama mena : 

« Al poco giorno e al gran cierchio d'onbra(t) » 

1. Cette pièce est la Sestina qui se trouve dans le Cansoniere de 
Dante. 

18 



274 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

Cançona optaiia, prieglia V aniore ch' amolisca la cru- 
delta ciel ta donna sua : 

« Amor tu iiedi ben chc questa donna » 
Cançona nona, diniostra c/ielle qualita e uarieta del tenpo 
non inutano i amor suo, 

(( lo son ueiiuto al punto délia rota » 
Cançona décima, [ra]maric.asi aile donne délia donna sua. 

« l^ m' increscc di me si raalamente » 
Cançona undccima, parla délia uera nobil ta al lamente. 

« Poscia eliamor dcl tutto m'a lasciato » 
Cançona duodecima, porge prieglii per pieta alla donna 
sua. 

« La dispietata mcnto che pur mira » 
Cançona tredeci ma, parla délie uirtu. 

(( Tre donne intorno al cor mi son uenute » 
Cançona qnaciordecima, parla contra a'uitiosi e singular- 
mente contro agit auari. 

« Doglia mi rccha nello core ardire » 
Cançona quindecima, si ramarica di crudelta d* una niai- 
uagia donna, 

« Amor dache conuien pur ch'io mi doglia » 
Fol. 3*3 13. Rubriciue : Finite le XV cançone di Dante. 

III. Cançona. di Dante, prima délia uita nuoua per Béa- 
trice, in lodadilei. XV L 

(( Donne ch auetc intellecto d* amorc » 
Cançona di Dante per Béatrice, seconda nella uita nuoua. 
XVII, 

« Donna pietosa e di nouclla etatc » 
Cançona di Dante prr la morte di Béatrice, e terça nella 
uita nuoua, XVIII. 

« Gli ochi dolenti per pieta del chore. » 



C 



Dante Aligiîieiu, Canzoniere, En italien. 



Cf. Notice XLIX, ms. Ii-33. 



XLVII. DANTE 275 



D 



(Osiina : Flut. IV. Lit. N, n" 30; Ilocain. n* 105, répété par erreur au 

.n*» 110; Biblioth. Nat. Madrid, Ii-110). 

1. Dante Alighieri, La Dicina Commedia, Texte italien 
accompagné de la traduction castillane de don Enriquc de 
Villena. 2. Pétrarque, Un sonnet. Texte italien et tra- 
duction castillane. 3. Trois nicujci mes morales. En latin avec 
la traduction ciistillane. 4. Dante Alighieri, Lo Credo, etc. 
En italien. Manuscrit de 208 feuillets de papier, non folioté, 
réglé à 39 lignes. Écriture italienne, datée de 1354. Écri- 
ture espagnole de la première moitié du XV<^ siècle. Ru- 
briques latines, traduites en italien au bas des feuillets, 
jusqu'au chant XXII de l'Enfer. Capitales ornées de traits 
calligraphiques. Format 290x216 mm. Reliure de par- 
chemin. 

I. Fol. 1. Ce feuillet a été refait, probablement le feuillet 
primitif avait été endommagé, déchiré ou sali. Il en a été 
de même du fol. 24. Ces deux feuillets sont écrits de la 
même grosse écriture carrée de la fin du XV* siècle, que 
nous retrouvons à la fin du volume où il y a un sonnet de 
Pétrarque. 

Rubrique : Incipit comedia Dantis AUef/erii Jlorentîni in 
qua tractai de pénis et punicionibus uiciorum. Et de me- 
ritis etpremiis uirtutum. Cantus primas qui uocatur infer- 
nus et in ista prima parte auctor facit prohemium suum 
super toto oper. 

Incipit : « Nel mezo dil camin di nostra vita. » 

Fol. 2. Ce feuillet, dont les marges ont été rognées, a 
été recollé, il s'était détaché probablement en même temps 
que le premier, sans être assez endommagé pour qu'on le 
récrive comme Tautre. 

Explicit : « e quindi uscimo a riueder le stelle. » 

Fol. 61. Rubrique : Comedia^ Dantis Adigherii dejlo- 
rentia, prima cantica que appelatur infernus explicit. Deo 
(jratias. Amen. 

Fol. 62. Rubrique: Incipit liber secundus, qui dicitur 



^ 



276 BIBLIOTHÈQUE DU MAKQUIS DE SANTILLANK 

jju/'f/atorinfn, contcdiarniti Dantis Allefjerii.ct est capitulum 
primat II trac tans de hiis rjui sr punjant a pecatis pcr cos 
coniissis et que confessi pcf lit aérant, 
Incipit : « Per correr miglor aajua alra le uele. » 
Kxplicit : (( puro e dispos to a salir a le stelle. » 
Fol. 1:^5. Rubri(|ue : Explirit liber secondas, de panja- 
torio, comediaram Dantis Adi(jherii, Anien, 

Fol. 126 (*t 127. Ces feuill<»ts sont occupc^s par le som- 
iiiain? en terziiies du Paradis, de Dietaiuve Mino di Vanni 
d'Arezzo, d'abord attribué à Bosone da Gubbio(l). 

Fol. 128. Rubri(|ue : Incipit liber tercias comediaj^uni 
Dantis AUefjerii de Jlorentia, q ai liber apelatur paradis as 
et est liber primas hajas tercii libri, 
Incipit : « Lii gloria di colui che tutto muoue. » 
Kxplicit : « amor che muoue il solo e laltre stelle. » 
Fol. 194 v". Rubri(|ue: Comediaram Dantis Adifjherii de 
flore/tria liber tercias, qai apelatur paradis as, expUcit.Dco 
f/rarias amen. Qai liber script as fait anno domini mille- 
simo CCCLIIII (1354^), qai quoqaefinitiui fuit die X no- 
uembris. Amen. 

II. Fol. 196. Rubri((ue: Soneto que fîso Mirer Francisco, 
por el f/rand desseo que aaia de obtener la poesia, afir- 
manda que otro deleyte o bien temporal no lo podrian tanto 
contentar la sidhando. volantad sajja, K fabla de amor me- 
t/ia/'oricanwnte entendiendolo de lo saso dicho, Incipit : 
(( Non po, tliesin, uaro, arno, adigc, o tebro. » 

Explicit : « ne la dolre ombra al suon del acqua 
scriua (2). » 

L(îs feuillets 190 v" -198 contiennent la traduction castil- 
lane de ce sonnent accompagnée d'un commentaire ; suit une 
note sur le mot Panica/n en latin et en espagnol. 

III. Fol. 199 V". Ce feuillet contient trois maximes la^ 
tines traduites en castillan, une de Cléobule, une de Cicéroii 
et une de Hoèce. 

1 . Cf. (\Mrl(> «* Loflovico Frati, Indice drilo carte di Pictvo Bltancioni, 
confrihuffi allfi hihlinfjrt/phiu dellf rime roi/ftiri de* primi ire, socoli, 
Bologna, 1889, j). 2r)8, VIII, n'M. — Cf. aussi Morpurgo, I codici Rie- 
cardifcni drllit Dirina Co/nnicdût^ p. 68. 

2. C'est lo xjniiet 116 do Pétrarque in cita di niadonna Laura, Edi- 
tion de Giovanni Mestica. Florence, Barbera, 1896, p. 222. 



XLVII. DANTE 277 

IV. Fol. 203. Rubrique : Qnesto e lo credo ^ perlofide- 
lissimo et cristianissimo Dante poeta coniposto^ inserto 
chon la dominical oratione et uirrjinal salutacionc, 
Incipit : « lo credo in un padre che puo fare. » 
Kxplicit : « che paradiso al uostro fin ci doni. » Finis, 
Deo f/ratias amen. 

La traduction castillane de la Divine Comédie (1) accom- 
pagne le texte, c'est-à-dire que les treize terzines de chaque 
page se trouvent traduites en marge, avec, pour chaque 
terzine, le numéro qu'elle porte dans le texte italien et qui 
est le numéro d'ordre. Par endroits la traduction en prose 
imite les vers et est écrite sur trois lignes, ailleurs de 
petits traits seuls indiquent où finit le contenu de chaque 
vers. D'assez fréquentes corrections de style, un mot effacé 
remplacé par un autre, des hésitations, comme par exemple 
la traduction d'un terme italien par deux ou trois syno- 
nymes entre lesquels le traducteur n'a pas su choisir le mot 
juste, tous ces signes donnent à cette version lallure d'un 
original. Un commentaire latin écrit en marge également 
explique quelques passages de V Enfer ; plus rares déjà en 
marge du Purgatoire, ces notes latines font complètement 
défaut au Paradis. En examinant ces notes, on peut y re- 
connaître deux écritures, l'une antérieure à la version ais- 
tillane, l'autre de la môme main que cette version. Déplus, 
nous relevons encore deux autres sortes de notes dans les 
marges si chargées de ce précieux manuscrit. 1** Des cor- 
rections ou améliorations de la traduction dues à un ano- 
nyme et à Don Inigo Lopez de Mendoza. 2** Des notes ex- 
plicatives et des remarques morales ou psychologiques que 
la lecture attentive du poème a suggérées au marquis de 
Santillane, qui les a écrites de sa main. Le Marquis se sert 
aussi, pour noter les passages qui l'ont frappé, et dont nous 
retrouvons en partie l'écho dans ses œuvres, d'un signe 
spécial . L'écriture des notes marginales où nous reconnais- 
sons la main du célèbre Marquis, est absolument celle des 
signatures autographes. Nous l'avons comparée aux signa- 

1. Cf. mon étude sur La première traduction espagnole de la Dicine 
Comédie dans Homenaje f Menèndc:: y Pelat/Oy estudios de erudiciàn 
espanola, t. \, p. 269. 



278 BIBLIOTHÈQUE DU MARQUIS DE SANTILLANE 

tures dlûigo Lopez fac-similisées dans le volume de ses 
Œuvres, publié par Amador de los Rios. Mais nous avons 
eu mieux qu'un fac-similé : le département des manuscrits 
de la Bibliothèque nationale de Madrid conserve, dans ses 
vitrines, une charte munie du sceau et de la signature auto- 
graphe du marquis de Santillane. La comparaison de 
récriture des mots c