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Full text of "Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome"

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BIBLIOTHÈQUE 



DES 



ÉCOLES FRANÇAISES D'ATHÈNES ET DE ROUE 



FASCICULE HUITIEME 



RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. - I. CORFOU 
Par M. Othon Riemann. 



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TOULOUSE, IMPRIMERIE A. CHAUVIN ET FILS, RUE DES SALENQUES , 28. 




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RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 



SUR 



LES ILES IONIENNES 



I. — GORFOU 



PAR 



OTHON RIEMANN 



ANCIEN MEMBRE DE L'ÉCOLE FRANÇAISE D'ATHÈNES , MAÎTRE DE CONFÉRENCES 
A LA FACULTÉ DES LETTRES DE NANCY 




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1 



PARIS 
ERNEST THORIN, ÉDITEUR 

LIBRAIRE DES ÉCOLES FRANÇAISES D'ATHÈNES ET DE ROME 

DU COLLÈGE DE FRANCE ET DE L'ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE 

7, RUE DE MÉDICIS, 7 

1879 



INTRODUCTION 



Le mémoire qui suit, ainsi que d'autres mémoires sur 
Céphalonie, Zante et Cérigo (i), qui seront publiés prochai- 
nement, sont les résultats d'un voyage que je fis aux îles 
Ioniennes pendant l'été et l'automne de 1876. Ce voyage avait 
pour but de relever et de décrire tous les restes antiques qui 
existent aujourd'hui dans les Sept-Iles, en vérifiant et en com- 
plétant les observations des voyageurs antérieurs. Ces restes 
antiques sont en général peu considérables; si Gorfou possède 
des antiquités importantes , mais déjà plusieurs fois décrites, 
dans les autres îles Ioniennes on ne rencontre guère que 
des débris de murs , des tombeaux , et surtout des restes 
d'enceintes fortifiées, appartenant en général au système de 
construction connu sous le nom de cyclopéen ou de pélas- 
gique, et marquant l'emplacement de villes anciennes. Les 
inscriptions, les monuments figurés sont rares et presque 
toujours insignifiants. Tout ce qui avait quelque valeur et 
(lui pouvait être déplacé a dû être emporté par les Vénitiens 
ou par les Anglais. Néanmoins , si rares et si peu importan- 
tes que soient les traces de l'antiquité qui ont subsisté dans 
ces îles, elles n'en fournissent pas moins d'utiles renseigne- 
ments pour la connaissance de la topographie ancienne, qui 
ne se doit pas tirer seulement des textes des auteurs , mais 
aussi de l'étude des lieux. 



(1) Je laisserai de côté, pour le moment, Leucade et Ithaque, où j'ai moins 
séjourné que dans les autres îles Ioniennes. 

1 



2 INTRODUCTION. 

Au point de vue de la géographie moderne, une bonne 
carte des îles Ioniennes serait encore à faire. Les Sept-Iles 
no sont pas comprises dans la carte du royaume de Grèce 
levée par l'état-major français. Les cartes de l'amirauté 
anglaise sont d'excellentes cartes marines, mais elles sont 
insuffisantes pour l'intérieur des pays, et les noms propres y 
sont altérés d'une façon incroyable. Les remarques de ce 
genre que j'ai eu l'occasion de faire formeront la matière 
d'un appendice spécial , qui sera publié après le mémoire sur 
Gérigo. 

En transcrivant les noms propres grecs, dont l'orthographe 
est souvent incertaine, je tâcherai de représenter le plus 
fidèlement possible la prononciation; je transcrirai y ou y u 
par yi, ayioç par ha y os, S par dh, y. par k, % par kh ou ch. 

On pourrait former une bibliothèque avec les ouvrages de 
toute sorte qui se rapportent aux îles Ioniennes ; je crois utile 
de donner ici une liste de tous ceux que je connais, au moins 
de nom; je ferai suivre d'une courte appréciation le titre de 
ceux dont je me suis particulièrement servi. 

Bondelmonte , lifter insularum Archipelagi [XV e siècle] (publié par de Sinner, 1824). 

Benedetto Bordone, Isolario , Venise, 1534. 

T. Porcacchi da Custiglione , L'isole pin famose del mondo, etc., Venise, 1590. 

Spon et Wheler, Voyage d'Italie, de Dalmatie , de Grèce et du Levant, Lyon, 1678. 

Wheler . Voyage de Dalmatie , de Grèce et du Levant , La Haye, 1723. 

Coronelli, Memorie istorioyrafiche delli regni délia Morea e Negroponte e luoghi adja- 
centi, 1086. 

Grasset de Saint-Sauveur, Voyage historique, , littéraire cl pittoresque dans les iles et pos- 
sessions ci-devant vénitiennes du Levant , Paris , an VU. — Intéressant et bien fait pour 
ce temps-là. 

Rulhières, Essai sur les isles île Zante, de Cérigo et Cêrigotto et des Strophades, Paris, 1799. 

Bellaire, Précis dus opérations générales de la division française du Levant, Paris, 1805. 

G. A. Olivier, Voyage dans l'empire ottoman (Paris, 1807), chap. XV (t. VI, p. 487). 

Castellan , Lettres sur la Morée et les iles de Cérigo, Jdra et Zante, Paris, 1808. — 
Intéressant , parce qu'on y trouve la description d'antiquités aujourd'hui disparues. 

Holland, Travels in the Jonian isles, Albania, Thessaly, Macedonia, etc., Londres, 1815. 

Vaudoncourt , Memoirs on the Ionian islands , Londres, 1816. 

William, Travels in Italy , Greece and Ionian islands , Londres, 1820. 

Goodisson , An hislorical and topographical essay upon the islands of Corfu , Leucadia , 
Cephalonia, Ithacaand Zante, Londres, 1822. — Ouvrage qui mérite peu de confiance. 

Christ. Millier , Voyage en Grèce et dans les iles Ioniennes (traduction française d'Astouin) , 
Paris, 1822. 

De Bosset, l'arga and the Ionian islands, Londres, 1822. 

— Description des monnaies d'Ithaque et de Céphallonie , Londres, 1815. 

Kendrick, The Ionian islands , 1822. 



INTRODUCTION. à 

Bory de Saint-Vincent, Histoire et description des iles Ioniennes, Paris, 1823. — Ouvrage 
qui n'a aucune valeur , non plus que l'atlas qui l'accompagne. 

J. Bennen, Sketches of the médical topography of the Mediterranean comprising an account 
of Gibraltar, the Ionian islands and Malta , Londres, 1830. 

W. Gell , Rrobestùcke von Stàdtemauern des alten Griechenlands , 1831. 

C. J. Napier, mémoire sur les colonies et les îles Ioniennes en particulier (texte anglais), 
Londres, 1833. 

Leake , Travels in Northern Greece (1834), t. III. — Très bien fait. 

Dodwell, Views and descriptions of cyclopian or pelasgic remains in Greece and Ualy , 1834. 

Gifford, Visit to the Ionian islands, Athens, Morea , Londres, 1837. 

Murray, Eandbook for travellers in the Ionian islands, Londres, 1840. 

Petit-Radel, Recherches sur les monuments cyclopéens et description de la collection des mo- 
dèles en relief composant la galerie pélasgique de la bibliothèque Mazarine , Paris, 1841. 

Forbiger , Handbuch der alten Géographie , Leipzig, 1842. 

Will. Mure , Journal of a tour in Greece and the Ionian islands, Londres, 1842. — Il n'y 
est question que de Corfou et d'Ithaque. 

Davy , Notes and observations on the Ionian islands and Malta (avec carte d'Arrowsmith), 
Londres, 1842. 

Davy, On a curions phénomène observed in the island of Cefalonia and on the proximate 
cause of earthquakes in the Ionian islands, Edinb. new. philos. Journal, XX, lie. 

Gandar, Lettres , p. 131 et suiv. 

Liebetrut, Reise nachden ionischen* Insein der nôrdlichen und der mittleren Grappe, etc., 
Hambourg, 1850. 

Cusani , La Dalmazia , le isole Ionie e la Grecia , visitate nel 1840 , etc., Milan , 1847. 

P. W. Forchhammer , Veber die cyclopischen Mauern Griechenlands u. die Schleswig- 
Holsteinischen Felsmauern , Kiel , 1847. 

L. Lacroix , Les iles de la Grèce , Paris, 1853. 

Alb. Mousson, Ein Besuch auf Korfu u. Cefalonien im Sept. 1858, Zurich, 1859. — Inté- 
ressant , surtout pour l'histoire naturelle. 

Gardner, The Ionian islands, 1859. 

Unger, Wissenschaftliche Ergebnisse einer Reise in Griechenland u. in den Ionischen Insein, 
Vienne, 1862 (avec une carte de Corfou). — Très intéressant, surtout pour l'histoire 
naturelle. 

Ansted, The Ionian islands in the year 1863, Londres, 1863. 

Whyte-Jervis , The Ionian islands during the présent century , Londres, 1863. 

Kiickwull , Four years in the Ionian islands, Londres, 1864. 

F. Lenormant, Revue des Dette-Mondes, L" janvier 1864 : La Grèce depuis la Révolution 
de 1862. I. L'annexion des iles Ioniennes. 

Mardo, Saggio di una descrizione geografico-storica délie isole Ionie, 1865. 

Bursian, Géographie von Griechenland, t. II, troisième partie, Leipzig, 1872. — On y 
trouve, pour les iles Ioniennes, un bon résumé des travaux antérieurs. 

H. XtwTY)ç, 'Iaxoptxà àTCO[xvr,[j.ovcvp.aTa , I, Corfou, 1849. II, 1858. III, 1S64. 'laxopia 
toO 'Iovîou xpaTOv:, I, 1874. 

Postolaka , KaxàXoyo; twv àp/aîtov vo^ispiâTtov twv v/|<7wv KEpxupaç, Asv/.âoo:. 
'16àxr,: , K&tpctXkiriiou; , ZaxOvOou xat KuOrjpwv , etc., Athènes, 1868. 

Isambert, Itinéraire de l'Orient (Grèce et Turquie d'Europe). — Sans prétentions scienti- 
fiques, mais assez bien informé. 

E. Reclus, Nouvelle géographie tiniverselle , t. I, p. 107 et suiv. — Tableau intéressant, 
mais trop sommaire ; quelques inexactitudes. 



RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 



SUR 



LES ILES IONIENNES 



I. — CORFOU, 



§ 1. — BIBLIOGRAPHIE (1). 

A. Mustoxidi, Délie cosecorciresi, vol. I, Gorfu, 1848 (le 2 e volume 
n'a pas paru). — Ouvrage très important ; livre I : temps fabuleux ; 
1. II (p. 40) : temps historiques (jusqu'en 1061 après J.-C.) ; 1. III 
(p. 97) : religion, gouvernement, institutions, arts, etc.; 1. IV 
(p. 101) : inscriptions; 1. V (p. 233) : suite; 1. VI (p. 376) : mon- 
naies; 1. VII (p. 385-464) : suite de l'histoire jusqu'à l'époque des 
Angevins. Appendice : documents (i-lxxii) ; notes (p. 643-695). 

A. Mustoxidi, lllustrazioni corciresi, 2 vol., Milan, 1811, 1814. 
(Ne contient rien , je crois, qui ne soit dans l'ouvrage précédent.) 

A. Mustoxidi ,-Notizie per servire alla storia corcirese dai tempi 
eroici fino al secolo 12. Corfu , 1804. 

Observations sur l'île de Cor fou (par G. H. Dui'our?) , Dibl. uni- 
vers., t. II, p. 193 (1816). 

Détails sur Corfou, Corfou , 1826 (par le baron Teotoclir 



(l) Nous ne citons ici que les ouvrages qui traitent uniquement de Corfou ; 
pour ceux qui parlent en même temps île quelque autre des Sept-Iles, voyez la 
bibliographie générale (p. 2-3). 



6 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

W. Vischer, Archdologisches u. Epigraphisches aus Korkyra, 
Megara u. Athen, Basel, 1854. 

W. Vischer, Erinnerungen u, Eindriicke aus Griechenland , 
Basel, 1857 (p. 13-24). 

G. C. A. Millier, De Corcyrseorum republica, Gôttingen, 1835. 

J. Janske, De rébus Corcyrœorum p. /, Breslau, 1849. 

G. Botta, Storia naturelle e medica dell'isola di Cor pu, Milan, 1823. 

Gomme ouvrages plus anciens on peut citer : 

A. Marmora, Delta Historia di Corfu, Venetia, 1672. 

Quirinus , Primordia Corcyrx, Brixiee, 1738. 

§. 2. — CARTES. 

Les cartes dont nous nous sommes servi sont : 1° la carte an- 
glaise du capitaine Mansell (1863-64) ; 2° la carte de l'Epire et de la 
Thessalie de Kiepert, qui donne pour Gorfou une réduction de la 
carte d'Unger (1862); 3° une copie manuscrite de la carte de 
Rivelli (1850), avec addition d'un certain nombre de noms, par 
M. Teodoro Devari; 4° une carte manuscrite anonyme, en grec 
et en italien, datée de 1848 et qui se trouve à la bibliothèque 
de l'École française d'Athènes. Pour la valeur de ces différentes 
cartes , nous renvoyons à l'appendice qui paraîtra plus tard sous 
ce titre : Rectifications au texte des cartes des îles Ioniennes. 

La carte qui est jointe à ce mémoire est une réduction de la 
carte de Mansell, avec un certain nombre de corrections pour les 
noms propres ; je n'y ai guère mis du reste que les noms pro- 
pres qui se rencontrent dans le mémoire lui-même. 

§ 3. — DESCRIPTION PHYSIQUE DE L'ÎLE. 

L'île de Gorfou est formée par deux massifs montagneux situés 
l'un au N., l'autre au S. , et reliés ensemble par une chaîne de 
collines. 

1° La chaîne septentrionale va du N.-E. au S.-O. ; son point 
culminant est l'extrémité orientale, le mont Pandokratoras (San 
Salvatore) , qui a une hauteur de 946 mètres selon Kiepert, de 
3,000 pieds anglais = 914 mètres selon Mansell. Cette chaîne 
s'abaisse vers l'O. ; l'endroit le moins élevé est le col d' c 'Aywç Ilav- 
teXetiijuov (San Pantaleone) , au-dessus du village de Skripero , où 
elle est traversée par une route de voitures (1). La chaîne se ter- 

(1) A l'O. de Korakiana ; la carte anglaise indique la route, mais elle ne 
donne pas Skripero, qui est cependant un des villages importants de l'île. 



I. — CORFOU. 7 

mine au-dessus des ports d'Alipa et Saint-Spiridion (Palaeokas- 
tritsa). 

2° De l'extrémité 0. de cette chaîne en part une autre qui court 
du N.-O. au S.-E., en suivant de très près la côte occidentale; 
cette chaîne est peu élevée ; Mansell donne les hauteurs suivan- 
tes : mont Saint-Georges, 1288 pieds = 392 mètres; colline de 
Pelleka, 893 pieds = 272 mètres ; enfin plus au S. une hauteur de 
785 pieds seulement. 

3° Vers le S. cette chaîne se relève et forme un second massif 
montagneux couvrant toute la largeur de l'île, qui est très rétrécie, 
il est vrai, à cet endroit; le sommet le plus élevé est la mon! 
des "Aytot AÉxa (carte anglaise : Santa-Dena ! ) , 580 mètres, selon 
Kiepert , 1859 pieds = 566 mètres selon Mansell. 

L'espace compris entre ces trois chaînes , que l'œil peut em- 
brasser admirablement du haut de la colline de Pelleka , est une 
grande vallée au terrain fortement ondulé, parcourue en tout sens 
par de toutes petites chaînes de collines , qui enferment entre elles 
de petits vallons et augmentent de hauteur à mesure qu'on appro- 
che de la chaîne occidentale; je n'ai point vu de plaine qui fût 
d'une certaine étendue, si ce n'est celle de Roppa , au N.-O. de 
Pelleka. 

Ce qui donne aussi au paysage un caractère particulier , ce 
sont les oliviers. La plantation en a été vivement encouragée par 
les Vénitiens , qui donnaient, dit-on, aux habitants un sequin 
pour chaque plant d'olivier. A une certaine distance de la ville, les 
oliviers commencent et couvrent toute la vallée , tantôt interrom- 
pus par des vignes ou de petits jardins , qui occupent le fond des 
vallons, tantôt formant une vraie forêt continue, d'où l'on voit 
sortir çà et là des maisons de campagne et des villages perchés 
sur les hauteurs. 

Je n'ai pas été, pendant mon séjour à Corfou, au delà des deux 
chaînes de montagnes; la partie N. et la partie S. de l'île sont 
occupées par des collines, et sont, à ce que j'ai entendu dire, 
moins peuplées et moins cultivées que la partie du milieu. 

La carte de Devari partage l'île en trois régions : 

Corfou (région moyenne allant au S. jusqu'au delà de la baie de 
Khalikiopoulo,au N. jusqu'à la fin de la baie de Govino) ; — Mez- 
zaria (région du S.) ; — Oros ou Yirou [de -ytïpoç, yopoç] région duN.). 

La plus grande rivière de l'île est celle de Potamos, au N.-< >. 
de la ville ; à la différence de la plupart des rivières grecques, 
c'est vraiment une petite rivière, mais elle n'a presque pas de 
courant, et l'eau en paraît tout à fait immobile. On peul encore 



8 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

nommer celles de Mesonghi (carte anglaise : Mirangi !) et de Po- 
tami sur la côte S.-E., et celle de Dissopotamos sur la côte N. (1). 

Sur les produits de l'île et sa fertilité , voyez les Détails sur 
Cor fou, qui célèbrent les charmes et les avantages du pays avec 
une emphase un peu déclamatoire , mais qui contiennent maint 
renseignement utile. 

La plus grande partie de l'île est parcourue par d'excellentes rou- 
tes carrossables , qui sont dues aux Anglais. 

La ville de Gorfou comprend deux parties très différentes d'as- 
pect. La ville proprement dite est une agglomération de petites 
rues pour la plupart tortueuses et sales , qui rappellent les quar- 
tiers populaires de certaines villes d'Italie. Le beau quartier de la 
ville est le quartier de l'Esplanade [Spianata] , charmante promenade 
créée par les Français à l'extrémité de la ville, au-dessus de la mer, 
entre le port actuel et la baie de Kastradhis , au delà de laquelle 
on aperçoit la riante presqu'île, maintenant couverte de villas, où 
était l'ancienne Gorcyre. Cette promenade, ainsi que la route qui 
descend de l'Esplanade vers le faubourg de Kastradhis, le long de 
la mer , est l'endroit où tout le monde vient respirer le frais pen- 
dant les soirées d'été , et les Corfiotes l'appellent « les poumons » 
de leur ville , o! ■nveuf/.oveç ttjç Kspxupa;. 

Devant l'Esplanade s'élève le bizarre rocher à deux pointes où 
se trouve la forteresse actuelle et qui a donné son nom à la ville 
moderne , laquelle à l'origine ne s'étendait pas au delà. On sait 
en effet que le nom de Corfou (eîç toùç Kopcpouç) est l'accusatif de 
Kop(u)cpoi; dans un acte grec du quatorzième siècle, que possède 
M . Romano , professeur au gymnase de Gorfou , la ville est appe- 
lée ttoàiç twv Kopucpwv; cf. Nicetas Ghoniata, De Man. Comn., 2, 1 : 

T7|V TS K£pXUpy.lO)V OCXpaV , Y) VUV £7U>C£XÀY]Tai KopUCptô , TY]Ç £X TOUTCOV 

àTraÀAai-et cppoupaç. Voyez, pour plus de détails sur l'origine delà 
ville moderne, Mustoxidi , p. 9 (2). Anne Gomnène appelle 
l'île entière^ Kopujpw, voyez Tafel, Symbolarum criïicarum geogra- 
phiam byzantinam spectantium pars prior, p. 54. 

On trouve au gymnase de Gorfou une bette bibliothèque assez 
riche en ouvrages anciens. Il y a aussi des archives. D'autres 
documents relatifs au moyen âge sont entre les mains de M. Ro- 

(1) C'est sans doute la même que G. von Eckenbrecher, Archdol. Zeit. , 1845 , 
p. 139, appelle Typhlos. 

(2) Il ne faudrait pas conclure des acrias Phxacum arces de Virgile {En., 3, 
391) que ce rocher ait été fortifié dès l'antiquité -, on sait que le mot arx se dit 
de tout sommet fortifié naturellement. 



I. — CORFOU. U 

mano , savant très verso dans l'histoire des îles Ioniennes pen- 
dant lo moyen âge, et à l'obligeance duquel je dois beaucoup do 
renseignements précieux. 

§ 4. — CORFOU EST-ELLE LA SCHÉRIÉ D'HOMÈRE ? 

Nous n'entrerons pas dans les détails de cette question, qui ne 
fait point partie de notre sujet. L'identité de Gorfou avec l'île des 
Phéaciens a été particulièrement soutenue de notre temps par 
Mustoxidi {Délie cose corcir.), G. von Eckenbrecher, Archàol. Zeit., 
1845, p. 133 et suiv. , et Schliemann (dans l'ouvrage intitulé Ithaque, 
Troie et le Péloponèse) ; elle a été combattue surtout par Welcker, 
Die Homerischen Phaaken u. die Insein der Seligen (Rhein. Mus., 
II, p. 219-283); Kestner , Dissertatio inauguralis de Phxacibus 
Homeri, Gôttingen, 1839 ; Marino Metaxa, Sulla Feacia di Omero, 
Gorfu, 1814. La question est bien résumée dans l'article de Wes- 
termann , Real-Encyclopddie de Pauly , s. v. Phxaces. 

Les habitants de Corcyre prétendaient que leur île était celle 
des Phéaciens (voyez Thuc, 1 , 25, 4), et cette opinion avait fini par 
être généralement reçue dans l'antiquité. Il y eut cependant des 
savants qui ne l'adoptèrent point , par exemple Eratosthène 
(voyez Strabon, 1, 2, 37. 7, 3, 6). 

Pour nous, il nous semble que la question a été en général mal 
posée. On peut se demander si la légende des Phéaciens, telle 
qu'elle est chez Homère , se rapporte à l'île de Corcyre ou à un 
autre pays réellement existant; mais ce qui, croyons-nous, ne peut 
pas faire l'objet d'un doute, c'est le caractère légendaire et mer- 
veilleux de cette description , et dès lors il nous paraît absolu- 
ment chimérique de vouloir y retrouver une exactitude géogra- 
phique dans les détails (1). Les Phéaciens sont un peuple tout à 
fait extraordinaire : ils habitent loin des hommes, au bout du 
monde, au milieu de la mer; ils n'ont aucune relation avec les 
autres peuples, et sont à l'abri de toute incursion ennemie, parce 
que les dieux ont pour eux une amitié toute particulière (Odyss. , 
6, 8. 201 et suiv.). Le palais d'Alcinoùs, dont l'intérieur brille 

(1) M. Schliemann remarque sérieusement qu'il ne reste plus de traces du 
palais d'Alcinoùs, mais il croit en avoir retrouvé l'emplacement. Il va a la 
source de KpvisiSa, au S.-O. de la baie de Khalikiopoulo, et marche pendant 
une demi-heure dans l'eau pour aller voir deux grosses pierres qu'une de ces 
traditions populaires modernes, comme il s'en forme encore aujourd'hui à cha- 
que instant en Grèce , lui a désignées comme étant celles où Nausicaa lavait 
son linge (p. 6 et suiv.). 



10 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

« comme le soleil ou la lune , » et où tout est en or , en argent , 
ou en cuivre, a tout à fait l'air d'un palais des Mille et une Nuits 
(7,84 et suiv.). La façon dont les Phéaciens naviguent a quelque 
chose de magique et de surnaturel : leurs vaisseaux n'ont ni 
timonier ni gouvernail; ce sont presque des êtres animés, qui 
savent où l'on veut qu'ils aillent et qui connaissent tous les 
pays ; ils vont , enveloppés d'un brouillard , avec la rapidité de la 
pensée, et jamais il ne leur est arrivé malheur, quoique Poséidon 
soit fort irrité contre eux, parce qu'ils rapatrient tous les nau- 
fragés. C'est ainsi qu'ils ont reconduit Rhadamanthe en Eubée, 
et malgré la distance ils sont allés et revenus le même jour (7,36. 
321 et suiv. 8, 555 et suiv.). Voilà des détails que personne ne 
songe à prendre à la lettre : pourquoi veut-on que la description 
topographique du pays ait une exactitude scientifique que n'a 
point le reste du récit? La situation de Schérié, loin de tout pays 
habité, ne convient pas du tout à Corfou. Des détails topographi- 
ques que donne Homère aucun ne se rapporte d'une façon évidente à 
Corfou , excepté , si l'on veut , le double port de chaque côté de la 
ville (6, 263). Aussi ceux qui ont cherché à retrouver sur les lieux 
l'emplacement de la ville homérique l'ont-ils mise aux endroits 
les plus divers, à Pakeopoli, à Kasopo , à Palseokastritsa , etc. 
Je crois que les uns et les autres ont perdu leur temps. J'admet- 
trais volontiers que des marins d'Ionie , étant allés à Corfou , ont 
pu rapporter chez eux le souvenir d'une île lointaine , très riante , 
très fertile, peuplée d'excellents marins, et que ces contes de 
matelots, transformés par l'imagination populaire, ont pu deve- 
nir une légende merveilleuse; mais ce n'est que dans cette 
mesure que j'identifierais Corfou avec l'île des Phéaciens. 

§ 5. — TEXTES ANCIENS RELATIFS A LA TOPOGRAPHIE DE CORFOU. 

Caps. — Strabon , 7, 7, 5 : Si l'on descend la côte d'Epire , on 
rencontre le port d'Onchesmos , xaô' ov xà Suufjuxà axpa t?îç Kopxu- 

pataç (1) àvTi'xeiTat , xal toxXiv à'XXoç , Ka<7<7i07C7] , acp' ou iizl Bpevrcartov 
vt'Xiot IxTaxotrioi axaStoi • oï 8'iffOt xoù èVi Tapavxa âizb aXXou àxpwTr,piou 
vOTttoTEpou xvjç Ka<Jfft07ty|ç, S xaXouai <I>aXaxpov. Msxa oè "Oy/;/",(7;xov Hoffei- 
Scov xcà BouOpwxov ETct rai <jto[/.octi xou IIï)Xc.oôou; xaXouj/ivou Xcpivoç — xai xà 
iuêoxa ' eîffl Se VY]oîSe; xà 2uêoxa , tyjç f/iv 'Hraipou [juxpov aTC/ouaat , xaxà 
Se xo Icoov axpov xrjç Kopxupai'aç xr,v Asuxi f/.p.a v (1. Asuxtfx^av) xei[/.evai. 

(1) K6pxupa (Corcyra), et non Képxupa, est la forme constante sur les monnaies 
et les inscriptions corcyréennes. 



I. — «ORFOU. 11 

Ptoléméo , 3,4, 11 : r, te Képxupa , <xzyxl-/} ou?* , xarà Treptypot'i^v 
TOiaur/-,v • KacTtOTtr) tto'Xcç xoù àxpa • II tu /(a • Képxupa ttoXiç • Aeu- 
xi(A[ia àxpa • 'Aaotr-^vo; axpx • <I>ocXaxpov axpov. 

Le promontoire de AeuxtW/] , vçisin des îles SuêoTa , est aussi 
mentionné par Thucydide, I, 30. 47. 51. 3, 79. 
Pline, Hist. nat., 4, (12) 19 : « a Phalacro Corcyrae promunturio 

scopulus, in quem mutatam Ulyssis navem a simili spccie fabula 
est. » 

Le nom de Gassiope s'est conservé dans le nom moderne do 
Kasopo (sur la côte N.-E. de l'île) ; de mémo le nom de VeuxtptfjLoc 
se retrouve dans le nom du cap Léfkimo. Quant au cap Phala- 
cron, le détail mentionné par Pline permet d'en fixer la position. 
Près delà côte N.-O., entre les îlos Samothraki et Diaplo , il y a 
un petit îlot rocheux, nommé aujourd'hui to KapdÉêi, qui, vu ilu 
col d'Hayos Pandeleïmon et éclairé par le soleil, ressemble tout 
à fait h un calque qui navigue avec sa voile triangulaire déployée. 
Le cap Phalacron serait d'après cela le cap que la carte anglaise 
appelle Kephali et les autres (Kieperl (1), Devari, carte manuscrite 
anonyme) Arilla. Au S. de ce cap, cà quelque distance, la carte 
anglaise indique un cap Palacrum (2) , dont je n'ai point vu le 
nom ailleurs; les autres cartes l'appellent cap Saint-Ange. — Le 
cap Amphipagos, que Ptolémée nomme après le cap Leukimma, 
est sans doute le cap Asprokavo ou Bianco (3) (voyez toutefois 
plus loin, p. 16, une autre opinion). 

Il faut remarquer du reste que Strabon ne se faisait pas une 
idée exacte de la position de Gorcyre, puisqu'il se représentait le 
cap Cassiope comme l'extrémité occidentale de l'île et le cap Leu- 
kimma comme l'extrémité orientale. 

Procope, De bell. Goih., 3, 27, mentionne un autre cap de Cor- 

Cyre : ex TiaXatou [/iv wvo'u.aaav £7uywpiQi xuvo; XECpaÀrjv axpav tyjv u.iav 



(1) Kiepert fait du reste une erreur : il ne donne pas de nom au cap Arilla, 
et il appelle cap Arilla la pointe d'Aphiona, qui est un peu plus au S. 

(2) Bory de Saint-Vincent identifiait aussi le cap Saint-Ange avec l'ancien 
Phalacron. 

(3) Cela semble résulter des degrés de longitude et de latitude qu'indique 
Ptolémée : 

Ville et cap de Cassiope. 

Ptychie. 

Ville de Corcyre. 

Cap Leukimma. 

Cap Amphipagos. 

Cap Phalacron. 



Longitude. 


Latitude 


45° 05' 


3S<> 15' 


45» 30' 


38° 


45° 40' 


37° 55' 


46» 20' 


37° 45' 


45» 30' 


37° 40' 


45» 


38° 



12 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

Kepxupaç tyjç vyfaou, ^ 7rpoç ivioyOYta. r^tov e<mv. On a supposé que 

c'était peut-être le cap Hayos Stephanos (?). 

Montagnes, rivières. — Thucydide, 3, 85, 4 : àvaêavxeç I; xo opoç 
xr)v laxtovrjv, xei/o; IvotxooojAYicàiASVot l'cpôetpov xoùç lv xrj 7ioXet xal ttî; 
Y?iç Ixpaxouv. 

4, 46, 1-2 : èaxpaxeuffav (Jiexà xîov ix xr,ç 7toXsa>ç etc\ xoù; iv xS ope» 
x9jç 'Iffxcov7]ç Kepxupaicov xaOtSpujjivoui; , oî xoxs jxsxà x^v crxaatv Siaéàvxeç 
expaxouv xe xrjç yy^ç xai 7roXXà è'êXaTixov. npoffêaXo'vxe; Se xo f/.ev xeiyt<7f/.a 
elXov • oi SE àvSpeç xaxaTCcpeuYo'xeç àôpo'ot 7rpoç [Aexewpov xi ^uvsêTiaav , etc. 

Etienne de Byzance : IcxoW, • opoç irpoce^èç xîj Kspxupa. 

Il y avait sur cette montagne un sanctuaire des Dioscures , 
C. /. G., 1874 : OsoTç Atoaxopotç ïffxwvaiot;. 

Kiepert , dans son atlas de la Grèce antique , identifie l'Istoné 
avec le Pandokratoras (Saint- Sauveur) , la plus haute montagne 
de l'île. Cette identification paraît difficile à admettre ; car il res- 
sort des passages que nous venons de citer que l'Istoné était assez 
près de l'ancienne ville , laquelle était située bien loin du Pan- 
dokratoras , sur la petite presqu'île entre la haie de Kastradhis 
et la lagune de Khalikiopoulo (1). Il est plus vraisemblable que 
l'Istoné était la montagne des "Ayioi Aéxa ou bien un des sommets 
voisins (2). 

Apollonios de Rhodes, 4, 1150, nomme aussi l'opoç MeXtnfiïov; la 
position de cette montagne est inconnue , ainsi que celle de PAî- 
yaio; 7roxa;xdç mentionné au vers précédent (scholiaste : Aîyaïoç 
7toxa|Ao; Trepl Képxupav ; était-ce la rivière de Potamo?). 

Ville de Corcyre. — L'ancienne ville (3) se trouvait sur la pres- 
qu'île située entre la baie de Khalikiopoulo et celle de Kastradhis ; 
cette presqu'île porte encore aujourd'hui le nom de Paleeopoli. 



(1) Xa>,ixi6Ti:o\;).o; est l'orthographe dont se sert M. Romano dans un article de 
l'"Qpa, n° du 24 septembre 1877 ; un autre habitant de Corfou écrivait Ka).).'./.i6- 
ttou),o<;; suivant Bursian et Mansell, il faudrait écrire Kalikiopoulo ; enfin l'or- 
thographe qu'on rencontre le plus souvent est l'orthographe italienne Calichio- 
pulo (Callichiopulo). Ce nom est celui d'un ancien propriétaire de la lagune. 

(2) A l'extrémité 0. de la chaîne septentrionale, entre Spagous et Makradhes, 
il y a un village du nom de Vistona ; mais l'éloignement de ce village par rap- 
port à la position de la ville ancienne ne permet guère de penser à identifier 
ce nom avec celui d"'I<TTwvvj. — [Dans un document grec inédit de l'an 1347. 
que m'a communiqué M. Romano, le Pandokratoras est appelé du nom de'HtipoO.] 

(3) Saccagée par les Goths au sixième siècle (Mustoxidi, p. 95 et suiv.), l'an- 
cienne ville resta abandonnée ; les Vénitiens en tirèrent du marbre et des pier- 
res pour bâtir les forteresses de la ville actuelle ; M. Romano m'a dit que Mus- 
toxidi assurait avoir vu dans les murs de la forteresse des pierres avec des 
lettres. 



I. — CORFOU. 13 

Apolloiiios do Rhodes, 4, 1174-1175, oî S' à-Korr^ou | Kôlym Maxpt- 

5iv)ç èrà ireipast ^epviqa-oio. Scholiaste : V) xwv Kepxupai'ojv ettI /epaov^uou 
xeTxat. <I>7](7tv oùv IffToptxSç oxi [/.axpàv aTro rTjç 7to'XEu>; èizi xou aiyiaXou r^ç 
yepo-ovrçaou rjdav âv -^ eaxiv -^ ttoXc; , w; 'AiroXXwvt'Sviç ev tw Hepi7cXoi xîjç 
E5pco7rr)ç. 

76«'rf., 983, àjAtpiXacp^ç Titecpa Kepauvt'vj etv àXl vt-coç, etc. — Scholiaste : 
«{/.cpiXaçî) ÔÈ xov Xt{AÉva etpvptev xov âfjuporé'ptoôev 7cp(foop|jt.ov iyovxa , ov KaXXi- 
ixa/oç àf/.ç(SujjLov eItcv. Iffxoptxwç Se AtoXâcovioç à{jicpiXaa>ïî xôv Xtuéva cprjffl 
Travxa/o'Ôev 7rpo<ropijiov ej^ovra. IaxopsT âeitepl xou Xi ( u.évoç twv Oataxwv 'AuoX- 
Xiov(Sr,ç ev tw UepizXto x9jç Eupci)7ry]ç. 

ThllC, 3, 72, 3 : ô plv SîjfJioç eç t^v àxpoiroXtv xal xà [/.exe'wpa ttj; iwJXewç 
xaTa<peuyei xal aùxou ijoXXeYelç ïopuôï] xal xov TXXaïxov Xifjiiva eTyov • oï §£ 
(=oï ôXiyoi) rrçv x£ ayopàv xax£Àa€ov , ourap 01 tcoXXoI coxouv auxwv , xal 
xov Xtuiva xbv rpo; aux?) xal 7cpoç xr,v jjjicetpov. 

Eustathe, Comm. in Dion. Perieg. (Geogr. Gr. min., éd. Didot, II, 
p. 310) : Suo SE Xifiivaç 't\ Oa'.axlç v/zi , wv 6ax£po; 'AXxtvoou XÉyexai. 

Il résulte de ces passages que la ville de Corcyre avait deux 
ports : l'un , appelé port Hyllaïque , était la lagune actuelle de 
Khalikiopoulo ; l'autre , qui était sans doute le port d'Alcinoùs 
mentionné par Eustathe, était la baie de Kastradhis. L'agora (1) 
et le quartier des riches se trouvaient près de ce dernier port ; par 
conséquent ils devaient être dans le terrain plat qui s'étend à 
l'entrée de la presqu'île. 

L'acropole se trouvait sur le haut de la chaîne de collines qui 
forme la presqu'île, vers le hameau de Haya Analipsis. 

Scylax, Périple, 29 (Geogr. Gr. min., I, p. 34), dit en parlant de 
la ville de Corcyre : Xtuévaç ly outra xpeï; xaxà x-)jv toXiv • xouxwv ô et; 

(sans doute la lagune de Khalikiopoulo) xXetdxo'ç. Le troisième port 
devait être la rade actuelle de Gorfou. 

Xénophon , Hell., 6, 2, 7 : èWxa SI xaxeaxpaxoTCSôEutjaxo xîo |x!v tcÇw 

ïrà Xo'-pw à7T£/ovxt xvjç toXecoç <*>; TOvxe cxaota ( sans doute une des col- 
lines qui sont au N.-O. de la presqu'île, à l'O. ou bien au S.-O. 
de la ville actuelle ) , 7rpo tyjç y/opaç ovxi , otto); a7rox£[ji.voixo evxeïï6£v et xt; 
èVt xvjv ycopav ,xwv Kepxupaicov eijfoi ■ xo Se vauxixbv et; xarcl ôaxepa xrjç 
ro'Xeoj; xaxeaxpaxoTOûeutrev (peut-être au S. de la baie de Khalikio- 
poulo?) , evOev wex' av xà •jtpoaitXéovTa xal TrpoataôaveffGat xal StaxcoXuetv. 
IIpoç 8è xouxotç xal ItcI xw Xtjxévt (peut-être dans la baie de Kastra- 
dhis?), ôîtoxe pt/J) /£tawv xioXuoi , Icpcop^ei. § 20 : 8 S'eral 7rapexàijaxo , aùxo; 
jxÈv xoùç xaxà xàç ruXa; xwv toXeijucov xpe^apievoç £7t£ouox£v • oî S'etcI ly^; 
xou xei^ouç lyevovxo, àveaxpÉ^ovxo xe xal arco xwv (xv/)u.axtov à'ëaXXov xal 

(1) Cf. Plut., Cat. min. t 38, 2. 



44 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

-fcovTiÇov. — Il y avait donc un cimetière à la porte de la ville , au 
N.-O. de la presqu'île (cf. plus loin , p. 21 et suiv.). 

ThuC. ,3,74,2: oeiaavxeç oî ôXîyot txr, ocuToéoet ô Oïjaoç xoïï — vscopiou 
(cf. C. I. G. , 1838 b) xpaxvfcsiev ItiÔSm — IfMtncpaat xàç oîxiaç xàç sv 
xuxXo) xyjç àyopaç — otuoç jji.7) vj scpoSoç — , w<tt£ xoci yp'r\iK<xx<x 7roXXà l[j.7:opcov 

xaTExauOri. — Ce vawpiov était-il situé du côté de Kastradhis ou du 
côté de Khalikiopoulo , comme le croit Bursian? 

Nous connaissons aussi par Thucydide un temple d'Héra , qui 
se trouvait près du rivage, vis-à-vis d'une petite île. 3, 75, 4 : xaôt- 

Çoucrtv Iç xo Tlpaïov txexou x.oà yiyvovctxi oux IXactiou; xsxpaxocicov. X) Se 
otïhoç , Sstaaç (jlvi xi vEcoxspi'ffojffiv , àvi'ar/jct xs auxoùç rat'a-aç xal otaxoij.i^£i I; 
xy]v 7tpb xoïï 'Hpatou vr^ov. Cf. 1, 24. 3, 79. Diodore , 13, 48 : (Kovwv) 
xaOtopixtŒÔï) 7rpo; xS r^ç "Hpa; xefxlvs'.. — Quelle peut être cette île ? Ce 
n'est pas Ptychia , qu'ailleurs Thucydide nomme par son nom 
( d'après le passage de Ptolémée cité plus haut , Ptychia semble 
être l'île actuelle de Vido ). Bursian croit que c'est le petit îlot de 
Pondikonnisi, situé à l'entrée de la lagune de Khalikiopoulo. Mais 
M. Romano m'a assuré que cet îlot, qui , dans son état actuel, 
paraît déjà un peu petit pour recevoir quatre cents personnes , 
n'existait que depuis quelques centaines d'années (1); auparavant 
ce n'aurait été qu'un écueil ; on y aurait apporté de la terre pour 
y construire le petit monastère du Sauveur qui s'y trouve aujour- 
d'hui ; ce fait serait attesté par une inscription conservée dans 
le monastère môme. M. Romano pense, avec Miistoxidi (p. 150), 
que l'île dont parle Thucydide est aujourd'hui réunie au conti- 
nent et fait partie de la ville moderne ; peut-être était-ce la cita- 
delle actuelle ; le rocher de la citadelle est en effet encore aujour- 
d'hui une île séparée de la ville par un canal très étroit , il est 
vrai , mais qui pouvait être beaucoup plus large dans l'antiquité. 
Dans cette hypothèse, le temple d'Héra aurait été là où est aujour- 
d'hui le fauhourg d'Anemomylos , du côté de l'église de Saint- 
Jason. 

Thucydide mentionne encore : 3, 70, 4, le ts^evo; de Zeus et 
celui d'Alcinous; 3 , 75 , 3 , l'tspov des Dioscures; 3, 81, 5, l'Upov 
de Dionysos. 

L'inscription n° 1840 du C. I. G. nous donne un certain nombre 
de noms se rapportant à la topographie ancienne de Gorcyre : 

(1) Les Détails sur Corfou disent également que ce petit rocher, appelé à tort 
par certains auteurs « île d'Ulysse », n'existe que depuis deux ou trois siècles. 
Il ne faut entendre cela que de l'îlot dans son extension actuelle ; car I'écueil 
qui a servi à former l'îlot est déjà mentionné par Bondelmonte , qui vivait au 
commencement du quinzième siècle. 



I. — CORFOU. 15 

Ligne 4 : l(x MoXoxavTt (sans doute une colline?) aWXwv ra'Xeôpa 

Sexk , Iv tw 7t£0t'to (cf. 1. 18. 20. 21) àvraXtov T£Tpa7i£XE0ptav. 

L. 1 1-12 : àvra'Xcov [^XlOpa EtxaTt Suo iv M ivw ta Trottai Tropw £a[/Jàxtp 

(texte selon Ahrens et Mustoxidi). 

L. 14 : àvzéXwv TETpa7;Xsfk)tav Iv tS vacrw ( selon Bursian , la pres- 
qu'île en général; je croirais plutôt, avec Musto.\i<li . qu'il s'agit 
de Vîle située vis-à-vis du temple d'Héra). 

L. 15 : eVt AtTrotpa àvraXtov TETpotTrXeOpt'av. 

L. 16 : otxi'av Iv xa 'HpaiSt (le quartier du temple d'Héra). 

L. 17 : >j/tXa; -Xs'Opa il wo[t]t3 xwijlixoïï (près de la maison ou de 
la terre du poète comique ). 

L. 22 : àv-ÉXcov SmXeOptav Iv 2/_tvoupt. 

L. 23 : otxtav [Iv] tS 'AXXavt'St x[w][/.a. 

Voyez aussi C. L G., 1845, 1. 52 : 7:poxapu!javTEç Iv KapuxTa; 1. 53 : 
ypr,aaTi^ovTEi; ttoti toiç ApuiaT£<7<7t. 

Cassiope. — Celte ville, dont la position est fixée par le nom 
moderne de Kasopo , n'apparaît qu'à l'époque romaine. Il y avait 
là un port et un temple de Zeus Kasios. 

Pline, HisL nat. , 4, (12) 19. Gic, Ad fam., 16, 9, 1. Suét., 
Ner., 22. Aulu-Gelle, 19, 1, 1. 

Ulpien, Digeste, XIV, I, 1, 12. 

Procope, De bell. Golh., 4, 22 (p. 629, A. B). 

Mustoxidi, Inscriptions, LXXV et LXXVI (Jovi Casio). 

PûStolaka , KaTaXoyo; tcov àpyatwv voat<7[jiaTwv , etc., n os 370-392 
(ZEYG — KACIOC). 

Mustoxidi, p. 142, cite plusieurs noms de localités modernes , 
qu'il considère comme ayant une origine antique : Korissia (1) , 
'ApaxXïi (2), "EpijiovE; (3). 

§ 6. — TEXTES MODERNES SUR LES ANTIQUITÉS DE CORFOU ET FOUILLES 
FAITES DANS CE SIÈCLE. 

Bondelmonte, Liber insularum Archipelagi , p. 54 (éd. de Sin- 
ner) : 

« in Amphipoli (lisez Amphipagi? ) vero promontorio 

oppidum Sancti Angeli munitissimum erigitur (sur la côte N.-O. 

(M Lac sur la côte S.-O. 

(2j Village au N. de Palœokastritsa. Ce nom, qui n'est pas rare en Grèce, 
paraît être une corruption de 'HpâxXeiov. Près d'Harakli est le village de La- 
kones, dont le nom a également une physionomie antique. 

(3) Baie sur la côte 0. 



16 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

do l'île) (de l'autre côté de l'île) planities amœna et multamm 

habitata gentium ampliatur, et in ea olim Cercyra urbs deleta cer- 
nitur, tormentisque columnis ampliata (?). Phalarius nions (lisez 

Phalacrus) altissimus ab ea videtur in radicibus autem mon- 

tis hujus scopulus est, quem ad similitudinem Ulyxis navem 
laisse dixere vetusti (il veut parler du Phalacron avec le rocher 
d'Ulysse mentionné par Pline; la carte de Mansell appelle égale- 
ment l'îlot de Pondikonnisi Vlysses I. ; sous sa forme actuelle, cet 
îlot n'a aucune ressemblance avec une barque). Prope vero Leucin- 
nam promontorium Cassiopis mœnibus erectis et jam a piratis olim 
desolata videtur, etc. » — On voit que Bondelmonte se trompe sur 
la position du cap Phalacron et du cap Leukimma , et il ne faut 
pas non plus attacher grande importance à son opinion sur la 
position du cap Arnphipagos (1). 

Spon et Wheler, Voyage d'Italie, de Dalmatie, de Grèce et du Levant 
(16"?8), I, p. 128 : 

« La grande quantité de marbre qui s'en tire (de la pres- 
qu'île de Palœopoli) fait voir que c'étoit une ville magnifique 

elle avoit un beau port, où l'on void encore l'endroit de la chaîne 

qui le fermoit il y avoit un aqueduc qui passoit de la ville au 

port, pour fournir les galères d'eau, et nous en vîmes la sortie 

on y trouva , il y a quelques années , une statue de Germanicus 
qui fut emportée à Venise par le provéditeur Vallier; mais nous 
vîmes l'inscription de la base. On y découvrit aussi un grand trou 
couvert d'une pierre de taille, plein d'une prodigieuse quantité de 
médailles de cuivre de plusieurs empereurs, mais principalement 
de la famille de Sévère. » 

Quirinus, Prirnordia Corcyrœ (1738), p. 156 : 

« Rxstant quidem in ea Corcyra? urbis regione quam incolse 
Palrcopolim vocant rudera queedam antiquioris ac magnificae ci- 
vitatis vestigia. » 

Marmora, p. 26 et suiv. : 

« Délia città, per opéra de' Goti, che la destrussero, non si veg- 
gon che le rovine. Ma i residui magnifici di templi, di archi, di 
teatri, di scolture, di farbbriche, ancorchè caduti, sollevano la glo- 
ria di una illustrissima terra. « Après quoi , pour montrer « les 
vicissitudes des choses humaines, » il donne un plan magnifique 

(1) Les Détails sur Corfou identifient l'Araphipagos avec le cap Aphiona. 



I. — CORFOU. 17 

de« Ghersopoli, hora Palcopoli, » qui est tout entier d'imagination, 
et où l'on voit les rues de la ville ancienne, les maisons, les édi- 
fices publics, le palais du roi Ghersocrate , la monnaie, le tri- 
bunal , les temples des différents dieux, les statues des empereurs 
romains , etc. ; il représente la presqu'île comme percée par un 
canal, que traversent deux ponts et un aqueduc au milieu. 

Goodisson, dont le livre sur les îles Ioniennes est de 1822, parle 
de colonnes trouvées dans la mer à Perama (le détroit par où l'on 
entre de la mer dans la lagune de Khalikiopoulo), et il renvoie au 
rapportées ingénieurs français (l)qui avaient commencé, en 1811, 
à creuser un fossé pour percer l'isthme, à l'entrée de la presqu'île. 

» Sur tout cet espace (dans la presqu'île), dit Goodisson (2), il y a 
des fragments épars de colonnes cannelées, doriques pour la plu- 
part, quelques-unes ioniques, des débris de poterie d'un excellent 
travail et avec de beaux ornements, des mosaïques, de grandes mas- 
ses de pierres de taille et des fondations de grandes constructions. 

» Les ingénieurs français, dit-il encore, rencontrèrent en 
creusant leur fossé, sur trois points, un aqueduc dont la source 
devait être au mont Sainte-Hélène (3). M. Prossalendi croit que 
depuis la construction de l'aqueduc les conditions topographiques 
ont dû changer, car à présent il n'y a pas de source à cet endroit. 
La ligne suivie par l'aqueduc conduit sur une colline plantée d'oli- 
viers, qui descend par une pente raide à la baie de Govino (4) et 
où il n'y a aucune source. L'aqueduc alimentait la fontaine d'un 
temple dédié à Apollon. Une colonne oblongue, conique, de pierre, 
dont la moitié inférieure est cannelée et cylindrique [sic], marquait 
la place, avec l'inscription poo; TIuOaTo;, en caractères très anciens. 

» Cette colonne, d'environ douze pieds de haut, se trouve au mu- 
sée de M. Prossalendi, avec d'autres fragments intéressants d'ar- 
chitecture et de sculpture. 

» On trouva deux branches de l'aqueduc ci-dessus mentionné qui 
conduisaient à la base de la colonne, et auprès il y a un temple 
dont la place est marquée par les plinthes d'une colonnade qua- 
drangulaire (5). 



(1) J'ignore où est ce rapport; je ne l'ai pas trouvé à Corfou. 

(2) Par le signe » « j'indiquerai ici et ailleurs que, je ne fais pas une citation 
textuelle, mais un résumé. 

(3) Les personnes à qui je me suis adressé à Corfou n'ont pas pu me dire 
quelle était la colline qui portait ce nom. 

(4) Au N.-O. de la ville actuelle. 

(5) Quel est ce temple? est-ce celui de Kardaki (v. ce qui suit)? Les rensei- 

2 



18 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

» Beaucoup de monnaies et d'inscriptions précieuses sont en- 
tre les mains de familles vénitiennes. « 

Détails sur Cor fou (1826), p. 131 et suiv. : 

» Sur l'emplacement de l'ancienne ville , on voit partout des 
murs et des restes de bâtiments. Les plus beaux dans ce genre 
sont un temple et des réservoirs d'eaux, dernièrement découverts 

par un simple hasard On a trouvé des têtes de marbre bien 

conservées, beaucoup d'images sculptées sur des urnes, beaucoup 
de médailles, etc. On a aussi découvert, à dix paumes sous terre, 
une statue d'Ilithye du plus beau style. « 

Le temple auquel le baron Teotochi fait allusion est sans doute 
le temple dorique trouvé àKardaki (forme italienne : Gardachio), 
au-dessus du rivage E. de la presqu'île , par des ingénieurs an- 
glais, en 1822. Sur la découverte de ce temple, voyez : Railton, 
The newly discovered temple at Cadachio [sic] , dans le 4 e volume 
(volume supplémentaire) des Antiquities of Athens and other -places 
in Greece, Sicily, etc., Londres, 1830. Cf. un article de Lunzi, tra- 
duit en allemand par Brônsted, dans le n<> 73 du Tilbinger Kunstblatt 
de 1823 (je ne connais ce dernier article que par les citations qu'en 
donne l'édition allemande des Antiquities of Athens) (1). Voici com- 
ment Railton rapporte la découverte du temple : 

» En 1822, les sources de Gardachio (sur la pente E. de la chaîne 
de collines qui forme la presqu'île) , où la flotte anglaise allait 
prendre de l'eau, étant beaucoup plus pauvres que de coutume, le 
colonel Whitmore fut chargé de faire des fouilles. Ce fut à cette 
occasion qu'on découvrit les ruines d'un temple dorique orienté 
de l'E. à l'O.; du côté de l'O. les colonnes étaient encore en place; 
il en restait cinq du côté S. et deux (2) du côté N., mais en très 
mauvais état. Des murs de la cella deux assises seulement étaient 
conservées. A l'intérieur du temple, il y avait des restes bizarres, 
peut-être d'un autel (3). Le reste du temple était tombé dans la 
mer avec la pente rocheuse qui le supportait (4). « 

gneraents que donne Goodisson sont toujours assez confus et l'on ne peut 
jamais s'y fier entièrement. 

(1) Bursian renvoie encore, pour le temple de Cardachio, à Krell , Geschichte 
des dorischen Styls, Stuttgart, 1870. 

(2) Trois selon Lunzi. 

^3) Selon Lunzi , cette petite construction , divisée en deux . où arrivait un 
canal souterrain, ne pouvait pas avoir servi seulement d'autel ; — selon Bursian , 
elle aurait peut-être servi à prendre des bains (?). 

(4) Outre ces restes, décrits par Railton, Lunzi mentionnait, paraît-il, deux 
marches, un mur de la cetla, haut de G pieds, et d'autres débris encore. 



I. — CORFOU. 19 

Dans les mômes fouilles on trouva , selon Railton : 
Plusieurs tètes de femme et une petite jambe en terre cuite; 
des cônes en terre cuite ; un pied de statue ; des flacons ;'i parfums 
ou a libations; des patères de bronze; des scarabées; de peti 
boules de verre; de l'ivoire, du cuivre, du fer et du plomb; une 
roue en bronze à quatre rais (symbole de Némêsis); des poids; 
des pointes de flèches ; des morceaux de boucles d'oreilles ; une 
quantité de monnaies d'Epire, d'Apollonie, de Corinthe, de Syra- 
cuse, de Gorcyre. 

Le temple avait un toit couvert de tuiles, sur lesquelles étaient 
écrits des noms (ceux des magistrats en fonctions pendant la cons- 
truction ou la réparation?). Railton donne les noms suivants : 

'ApiffTOt/ivriç , 0£f <7ta; , Aafxtov , 'Af tcrréa; , <l>tXo)viûxç , AptffTOxXrjç , EOtto- 
Xejxo; , IlavOEUî ( 1 ) . 

Après sa découverte , le temple fut enterré de nouveau sous la 
terre amenée par les eaux. Il fui déblayé une seconde fois au 
printemps de l'année 1825, et mesuré par Railton, qui en a donné 
une restauration. — » C'était un temple périptère hexastyle, avec 
une entrée sans antes [sic] d'un seul côté ; le nombre des colonnes 
latérales ne peut être déterminé que par conjecture. « 

Selon Railton , la forme des caractères des inscriptions gravées 
sur les briques , qui portent entre autres le nom d'Aristomène , 
lequel, selon Mustoxidi, Illust. Corcir., II, p. 70 et suiv. . aurait été 
magistrat pendant la guerre du Péloponèse, et les proportions ar- 
chitecturales (2) indiqueraient pour la construction de ce temple 
une époque assez ancienne (3). 

Railton croit que l'inscription du C. I. G., n° 1838 (« titulus non 

(1) Railton ou le traducteur allemand car je ne connais l'article de Railton 
que par la traduction allemande) a peut-être ici commis quelques erreurs : Mus- 
toxidi , Inscr., XXXVII, donne ©spsiaç ; XXIV, 'Apurxox/ô; Ejtjoasjiov ; XLI, 
Iïavr.iLto;]. Le temple de Cardachio n'est du reste pas, à ce qu'il semble, le 
seul endroit de l'ancienne ville où l'on ait trouvé de ces briques, voyez Mus- 
toxidi. p. 218. 

(2) Amincissement de la colonne = 1/4 du diamètre inférieur; hauteur de la 
colonne = un peu plus de 11 fois le demi-diamètre inférieur ; hauteur de l'en- 
tablement = probablement près de 2 fois le diamètre inférieur. — D'autre 
part Railton avoue que l'écartement des colonnes est très grand, contrairement 
aux règles ordinaires de l'ordre dorique ; il rapproche à ce point de vue le 
temple de Cardachio du portique de Philippe à Délos et du temple dorique de 
Cnide. 

(3) Selon Lunzi au contraire , le temple ne serait pas très ancien ; de même 
Ottfried Mùller, Hall. Literaturzeituwj , 1835, n° 106, cité par Vischer, Erin- 
nerungen u. Eindrùcke , p. 22 , aurait conclu de l'écartement des colonnes que 
le temple était postérieur à Alexandre. 



20 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

valde antiquus») , qui est un fragment d'une liste de dépenses 
pour la construction d'un temple d'Esculape ou d'Apollon 
(6, ligne 17 : eîç xb lepov toïï 'A...) , se rapporte au temple de Car- 
dachio. — » Ce serait , selon lui , plutôt un temple d'Apollon que 
d'Esculape; car autrefois , dit-il, à 700 yards de la conduite d'eau 
actuelle, il y avait un puits, alimenté probablement par les mêmes 
sources, venant du mont Sainte- Ascension, et où se trouvait l'ins- 
cription ^ooç IIuOaToç , transportée depuis au musée Prossalendi. « 
Tout cela est une pure hypothèse ; l'inscription du Corpus est au 
musée de Vérone , et on ne sait en quelle partie de Gorcyre elle a 
été trouvée ; quant cà la place primitive de l'inscription pooç Iïu- 
GaToç, les témoignages sont contradictoires; selon d'autres, elle était 
près de la chapelle de Neranzica , très loin de Gardachio , voyez 
§ 11, no 2. 

A Corfou, l'opinion vulgaire est que le temple de Cardachio 
était un temple de Poséidon ; l'origine de cette croyance, c'est que 
sous les ruines du temple , sur la pente , il y a les restes d'une 
chapelle de saint Nicolas, saint qui , comme on sait , est généra- 
lement le remplaçant de Poséidon , 

Railton rapporte encore qu'aune distance de 10 pieds des deux 
côtés latéraux du temple on trouva deux puits ayant 30-40 pieds 
de profondeur et aboutissant à des conduits souterrains de 6 pieds 
de haut, de 2 pieds 6 pouces de large, qui furent explorés sur 
une longueur de plus de 1,408 pieds. 

Lunzi décrit ainsi ces puits et ces canaux antiques : » Des deux 
côtés du temple, à une distance de 20 pieds, il y a deux citernes ; 
toutes deux sont en ligne droite avec la petite construction à l'inté- 
rieur de la cella; elles sont carrées, ont 40 pieds de profondeur , 
et aboutissent à deux chambres , d'où partent des canaux ; l'un , 
passant sous la cella, réunit les deux citernes (1) ; il est prolongé 
de l'autre côté de chaque citerne par un autre canal ; on a déblayé 
celui du côté N.; il se sépare en plusieurs branches, dont l'une 
se continue vers la ville sur une longueur de plus de 1,000 pas ; 
ces canaux ont 7 pieds de haut, 3 pieds de large. « 

Mure (Journal ofa tour in Greece, I, p. 17), qui visita Gorfou en 
1838, ne trouva plus à Gardachio qu'une colonne en place, qui, 
dit-il , n'était pas sans doute restée dans cette position depuis l'an- 
tiquité , mais avait dû y être remise lors des fouilles ; les restes 

(1) Les gens de l'endroit m'ont dit la même chose ; il y avait là , m'ont-ils 
dit, « un souterrain, avec des statues (?) ». 



r. — CORFOU. 21 

de plusieurs autres, avec des fragments du fronton et de l'enta- 
blement, étaient disséminés dans le voisinage. D'après une tradi- 
tion qu'on lui rapporta , les autres colonnes auraient été renver- 
sées par les midshipmen d'un bateau de guerre anglais, mouillé 
au pied des rochers. 

Vischer, qui vint h Gorfou en 1 853, décrit ainsi les restes du tem- 
ple (/. /.) : » Le mur de la cella est encore en grande partie con- 
servé , sauf le côté E.; au coin S.-E., une colonne cannelée est 
encore debout , entièrement conservée . avec son chapiteau ; plu- 
sieurs autres et beaucoup d'autres fragments d'architecture sont 
épars , en partie couverts à demi par la terre. A l'intérieur de la 
cella il y a un espace particulier , clos de murs , avec une seule 
ouverture donnant sur la cella, du côté N. « 

Nous donnons plus loin la description des restes , bien moins 
considérables encore, qui existaient en 1876 (voyez p. 35 et 
suiv.) (1). 

§7. — Après la découverte du temple de Cardachio vint en 
1843 la découverte de la nécropole antique , voyez les articles 
d'Orioli dans la Gazetta degli Stati Uniti délie isole Ionie (2), 1843, 
n os 668, 669, 673. 1846, n° s 74 , 77 , 78 , 83 ; ces articles sont ré- 
sumés comme il suit par Mustoxidi, p. 271 et suiv. : 

» En octobre 1843 , on démolissait le fort du Sauveur (au S. de 
Gorfou, à l'entrée de Kastradhis) , quand, sur la pente orientale 
du monticule et dans le terrain qui s'étend de là à la mer, on 
vint à découvrir un cimetière antique. On trouva d'abord des 
monnaies vénitiennes au nom d'Agostino Barbarigo (1486-1501) 
et d'Andréa Gritti (1523-1539), [mis au-dessous, dans une cou- 
che formée de débris , des fosses pouvant contenir chacune un 
cadavre, rectangulaires, revêtues de briques sur les côtés et au fond, 
et recouvertes d'un toit de briques en forme d'échiné d'âne (3) , 
avec de la terre par-dessus. Au-dessous venait une couche de 



(1) Railton donne aussi le dessin d'un chapiteau dorique trouvé, dit-il, dans 
une église ruinée à l'intérieur des lignes françaises. J'ignore quel est ce chapi- 
teau et quelle est cette église. 

(■2) On trouve la collection de cette gazette a la bibliothèque de Corfou. 

(3) 184G, n° 75, Orioli dit : « Çà et là, sur la colline, il y a aussi des fosses 
quadrangulaires, revêtues intérieurement de briques, et d'autres fosses qui pré- 
sentent la forme d'une échine d'âne renversée, revêtue et recouverte ancienne- 
ment de la même façon au moyen de briques. » — Mustoxidi semble ici avoir 
transcrit inexactement cette phrase^d'Orioli. 



22 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

terre argileuse , également transportée en cet endroit , dans 
laquelle étaient ouvertes des fosses plus ou moins irrégulières , où 
l'on trouva, avec des fragments de vases , peut-être remplis à 
l'origine de matières grasses et résineuses , des os et du char- 
bon , et de l'argile cuite et roussie par le feu à une profondeur de 
3-4 doigts tout autour. Il y avait aussi des fosses où le charbon 
n'était pas bien brûlé et où l'on avait ajouté , dans la fosse ou 
par-dessus, de la chaux, pour achever de consumer le corps 
d'abord brûlé imparfaitement. 

» Entre ces fosses, à différents niveaux, on trouva un bon nom- 
bre de vases , grands ou petits , de terre cuite sans vernis , dans 
le genre des vases à vin ; les petits finissaient quelquefois en 
pointe comme les amphores , mais n'avaient ordinairement pas 
d'anses; les grands, semblables à d'immenses jarres, pouvaient 
contenir deux hommes debout ; à l'intérieur il y avait de l'argile, 
du sable do mer, de petites coupes qui y avaient été mises exprès 
pour remplir le vide , des os calcinés ou entiers , des crânes , quel- 
quefois des vases ronds en cuivre où étaient recueillis des restes 
de cadavres carbonisés, plus souvent, près de ia bouche du grand 
vase , d'autres vases en général brisés, d'argile grossière , souvent 
peu cuite, sans vernis ou avec un vernis noir peu adhérent. Les 
formes de ces vases étaient diverses ; il y avait des vases à par- 
fums , des §ojj.ëuXat, des X^xuôot, des TzzkUoii, des oatoci , des nasitemse 
avec leurs couvercles triangulaires, etc., tous de fabrique très 
ancienne, avec ou sans enduit rougeâtre ou noir , avec des pein- 
tures à bandes sur un fond de terre naturelle et avec la grecque 
sur les anses. On rencontra aussi des vases ou fragments de vases 
soit de couleur peu brillante, soit de travail plus soigné, avec 
des peintures rouge d'ocre sur fond gris , représentant des fleurs 
ou des animaux et monstres bachiques (lionnes, tigres, léopards, 
cygnes, sphinx), séparés par des branches de vigne, et de style an- 
tique , ou bien quelqu'une de ces longues processions de person- 
nes couvertes d'un manteau qui se tiennent ou veulent se tenir 
par la main , à contours mal dessinés, à couleur en général effa- 
cée, reconnaissables seulement pour un œil exercé. La grande 
jarre était tantôt inclinée, dans sa position primitive, tantôt ren- 
versée , le couvercle en bas ; elle était tantôt couverte d'une 
grande tuile , tantôt d'une grande pierre ronde ou polygonale , 
tantôt aussi d'un autre vase en forme de cône tronqué ou de 
demi-sphère , dont les larges lèvres ouvertes s'appliquaient à la 
bouche du vase qui était placé dessous. Ces divers couvercles 
étaient soudes au vase avec de l'asphalte , du sable mêlé d'as- 



i. — noRFOU. 23 

phaltc . do la chaux ou de l'argile: ailleurs . le couvercle ne tenait 
pas du tout au vase. On trouva aussi des vases en forme de mor- 
tier, contenant des os calcinés et recouverts de demi-coupes 
en cuivre , dont les bords avaient été recourbés à coups de mar- 
teau. Un vase à vin de capacité extraordinaire , rempli d'os calci- 
111''?, de gravier et de charbon, était brisé et rajusté au moyen 
de vergettes de plomb, passées dans des trous pratiqués dans les 
fragments contigus et unies deux à deux en dedans et en dehors 
par des traverses également en plomb. Ce vase avait dû servir 
d'abord aux usages domestiques; puis , comme il avait été brisé , 
on l'avait raccommodé et utilisé comme vase funéraire. Un autre 
de ces vases avait pour couvercle une pierre circulaire et crei 
renversée , qui avait dû servir à l'origine pour presser des olives 
ou du raisin. 

» A part ces vases, on rencontra peu d'objets curieux : des mor- 
ceaux de verre émaillé à plusieurs couleurs; an miroir en petits 
morceaux, sans aucune figure ni inscription ; un bracelet de cuivre 
formé d'un serpent qui faisait différents tours sur lui-même , et en 
grande partie rongé par l'oxydation. Au bas delà pente, on trouva 
un grand sarcophage de marbre avec un couvercle en forme de 
fronton ; il n'y avait ni bas-relief, ni inscription ; au dedans étaient 
des os et trois vases à vernis noir , très fins et très légers , mais 
sans figures. 

» Enfin, à peu près au niveau de la mer, sur le sol primitif, on 
découvrit le célèbre tombeau de Ménécrate , et non loin de là la 
lionne archaïque , qui est aujourd'hui au palais. Du côté opposé . 
on trouva une autre grande base , également quadrangulaire , 
destinée sans doute à supporter aussi quelque œuvre de sculp- 
ture ; il n'y avait au-dessous aucune fosse, et l'on peut supposer 
qu'elle avait peut-être quelque relation avec l'épitaphe d'Arniadas, 
qui fut mise au jour près de là , ainsi qu'une grande jarre enterrée 
dans le sol et contenant une belle ôSpia, à vernis noir, pleine d'os 
brûlés. Encore plus près de la ville ancienne, une belle amphore 
renversée, brisée au milieu, servait de couvercle à une Copia 
semblable à la précédente et contenant également des os. Ce qui 
esl plus remarquable , c'est que dans le sol du même terrain plat, 
à deux pieds de profondeur sous la base du monument de Méné- 
crate, on trouva encore des jarres immenses et d'autres vas 
surtout dans quelques jarres de beaux vases peints de style phé- 
nicien ou égyptien, quelques-uns avec des figures humaines en 
noir ou en rouge foncé sur fond jaune et rouge. Il y avait aussi 
doux fûts de colonnes doriques brisés. 



24 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

» On fit ensuite une tranchée profonde partant du pied de la col- 
line et se dirigeant vers la mer; on rencontra d'abord des tom- 
beaux de gens du peuple , puis au-dessous une rangée des vases 
à vin habituels , avec du sable et du gravier à l'intérieur , ainsi 
que des os et des crânes. 

» Un bon nombre des jarres, des vases et des autres restes anti- 
ques se perdirent , jusqu'à ce qu'on prit soin d'en déposer une 
partie au musée du gymnase et au palais. « 

Pour compléter ces renseignements , nous donnerons un résumé 
des articles publiés par Orioli , pendant l'année 1846 , sur la con- 
tinuation des fouilles de l'ancienne nécropole et sur d'autres 
fouilles faites en divers endroits de la ville ancienne : 

N° 68 (18 avril) (1). — » Fouilles de la nécropole ; découverte de 
l'inscription d'Arniadas. 

N° 70. — » A un endroit qui devait être un faubourg de l'an- 
cienne ville , près de Sainte-Euphémie , on trouve , en creusant , 
des restes de vases très fins de terre et de vernis , avec de très 
belles figures en noir, représentant des sujets bachiques (Satyres, 
Bacchus barbus , etc.) ; le tout était en morceaux et ne provenait 
pas d'un tombeau ; peut-être y avait-il là , à une époque très 
reculée, une fabrique de vases. 

N° 74. — » Près de Sainte-Euphémie, on déterre un vase avec 
environ 150 monnaies d'argent, que celui qui les avait trouvées 
s'empresse de vendre. D'après ce qu'on a pu savoir , c'étaient des 
monnaies de différents modules, pesant en tout 23 colonnati; 
elles appartenaient à l'époque de l'autonomie ; il y en avait d'Epire, 
de Gorcyre, de Leucade et des colonies corinthiennes d'Acarnanie ; 
quelques-unes présentaient des types inédits. 

» En creusant la nouvelle route qui, au-dessous de Sainte-Euphé- 
mie, va droit à la mer, au pied de la colline où devait être l'an- 
cienne acropole, on rencontre un tombeau, profondément creusé 
dans le tuf sablonneux, avec des os. Tout autour, on trouve des 
fragments de vases d'un art plus avancé que ceux des autres tom- 
beaux découverts précédemment : pâte très fine ; figures noires, gra- 
cieuses , sur fond rouge-jaune; vernis brillant à la façon des vases 
de Noie ; scènes bachiques : Satyres , Dionysos couronné de pam- 
pre, assis, avec une corne à boire; le tout en morceaux. La plu- 
part de ces vases étaient des tasses. Il y avait aussi une pofxëuXri d'un 
très beau verre bleu , presque entière, à pâte un peu granuleuse. 

(1) La gazette ionienne paraissait une fois par semaine. 



I. — COIIFOU. 



25 



Un peu au delà, vers le N., on trouve d'autres fragments de 
vases moins fins et des têtes, des corps ou des jambes de statuet- 
tes de terre-cuite d'espèce commune, des lampes brisées, des 
fragments de métal, etc. Sur une antéûxe en brique on voit, en 
relief, une tète dont il n'existe que la partie supérieure, au profil de 
polichinelle, c'est-à-dire au visage écrasé avec un béret de poli- 
chinelle, semblable à la coiffure d'Ulysse; cette tête est enfermée 
dans le vide d'une corniche, au-dessus de laquelle est gravé le 
mot ME.NE[x]PATE02 avec un autre mot h \ ieu près effacé ; ce nom est 
sans doute celui de l'artiste. Il semble que cette tête soit un mas- 
que. Une autre antéfixe porte une tête de Bacchus barbu; une 
troisième, plus endommagée que les deux autres , semble porter 
une tète de Jupiter. 

» A l'occasion de ces fouilles, on a aussi pu reconnaître un peu 
mieux la position de la colonnette à inscription archaïque (opFoç 
Hiacp'ç, etc.) trouvée près de là l'été passé (1). Huit ou dix pas plus 
loin, vers la colline , on a découvert un puits et un conduit anti- 
que allant du puits à la colonnette. 

» Continuation des fouilles de la nécropole. 

» En différents endroits on trouve de vastes substructions ; un 
pavage à grandes pierres quadrangulaires dans les jardins du pa- 
lais, sur l'Esplanade ; un autre semblable dans les jardins qui sont 
devant la maison de campagne de lord Seaton; un troisième dans 
les terres situées au-dessous de la route du Canon (2), c'est-à-dire 
au cœur même de Palœopoli. 

» On nomme une commission archéologique ainsi composée : 
Orioli, Stamo, Gangadi, Andréa Mustoxidi, Interino, Padovani. 

No 75. — » S Lir les 150 monnaies d'argent, il y a environ cent 
types différents ; une dizaine de ces monnaies sont inédites et plus 
de 80 sont si rares que celui qui les a achetées , et qui a la plus 
riche collection connue de monnaies de ces îles, n'avait pas pu 
se les procurer jusqu'ici. 

» La commission archéologique va faire une promenade et voit : 

1° Le vaste pavage qui s'étend de ia route qui longe intérieure- 
ment le village de Molino-a-Vento (àl'E. de Kastradhis) vers 
l'église de Notre-Dame de Palseopoli ; ce pavage est fait de très 
grandes pierres, dont quelques-unes ont près de sept pieds de 



(1) Voyez plus loin, § 11, n° 4. 

(2) On appelle il Cannone l'extrémité de la presqu'île, parce qu'il y a eu la 
une batterie du temps des Français. La route du Canon suit le versant occi- 
dental des collines de la presqu'île. 



26 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

long et la moitié de large. Près de l'église de Palseopoli, on a dé- 
couvert aussi des traces d'une colonnade ancienne. 

2° De là on passe derrière le monastère des Santi-Teodori (au 
S.-O. de l'église de Palaeopoli) , et l'on voit un morceau de mur 
antique qui semble avoir appartenu à l'enceinte de la ville. Ce 
mur, dans son état actuel, est peu élevé; il est formé de pierres 
quadrangulaires d'assez petites dimensions; une de ses arêtes, 
qui est conservée, est très intéressante parce qu'à cet angle vien- 
nent se réunir deux faces , dont l'une est à peu près verticale , et 
l'autre inclinée en courbe de façon à s'appuyer contre un fort 
talus. On aperçoit, dans la terre encore accumulée par-dessus, les 
traces de la continuation de ce mur. 

3° De là la commission se transporte au lien nommé Neranzica 
(au S.-O. du précédent); là il y a les restes d'un mur encore plus 
beau, qui semble avoir été un môle. Ce mur, d'excellente cons- 
truction, avec du ciment, supporte un terrain plus élevé, où il y 
a une masure, qui était jadis une église; la partie inférieure de 
cette construction est en grosses pierres rectangulaires, pendant 
que le reste est d'un âge plus moderne. On voit, encastrés dans le 
mur, un beau fragment d'inscription grecque funéraire (1) , une 
autre inscription, et le devant d'un couvercle de sarcophage. 

4° La commission termine sa promenade par les fouilles de la 
nécropole. 

» Près de l'un des deux pavages mentionnés dans le numéro 
précédent , on a trouvé une inscription grecque de l'époque ro- 
maine, relative à une prétresse; mais on n'a pas su la retirer sans 
la mutiler d'une façon barbare. 

N° 76. — » Découverte, aux fouilles près de l'église de Pakeopoli, 
de deux inscriptions : Kopxupaiwv Ttxov, etc., et Te(p£)v(Tta)vav, 
etc. (2). 

» Un peu plus du côté de Kastradhis, à gauche de la route, on 
trouve les restes d'un magnifique édifice , qui malheureusement 
sont saccagés, comme à l'ordinaire, par les marchands de pierres. 
L'un des blocs du pavé mesurait 19 pieds, avec une épaisseur 
proportionnée. Parmi les pierres éparses , on voit des traces de 
colonnes, de substructions qui portaient les murs et les colonnes, 
d'une architrave et d'un grand canal quadrangulaire. Etaient-ce 
des bains? 

N° 78. — » Continuation des fouilles de la nécropole. Les fosses 



(1) Cf. p. 31. 

(2) V. plus loin, § 11, n" 8 et 22. 



I. — CORFOU. 27 

qu'on trouve sont très nombreuses à toutes los hauteurs et sont, 
par conséquent, de tous les temps. 

» Sous l'église de Palaeopoli , los fouilles ont mis au jour : un 
puits avec sa margelle, formée d'une espèce de chapiteau dorique 
renversé; un morceau de colonne cannelée : des pierres taillées en 
rond, qui devaient former le mur de quelque chambre circulaire; 
un fragment de masque de fontaine représentant une tête de lion ; 
des fragments d'ornements à feuillage ou à corniche, qui semblent 
de l'époque romaine. Au milieu d'une aire circulaire peu étendue, 
circonscrite par une bordure en pierre, on trouve une voûte dont 
le haut s'élève au-dessus du sol et sous laquelle est un souterrain 
qui était rempli de charbon et qu'on est occupé à vider. 

N° 80 (2 juillet). — » On découvre au même endroit d'autres res- 
tes de constructions plus importants; le bâtiment semble avoir été 
grandiose et de riche architecture, mais déjà de l'époque romaine. 
Non loin du souterrain, on trouve des morceaux de corniche bien 
taillés, provenant d'une salle de forme circulaire. Du reste le 
vaste édifice dont les ruines sont mises au jour renfermait plus 
d'une partie en forme de cercle ou de demi-cercle. Dans le même 
terrain on déterre une petite tessère en marbre blanc grossière- 
ment taillé, ayant la forme d'une colombe et semblable à tant 
d'autres que les archéologues considèrent comme ayant eu le môme 
usage que nos billets d'entrée. 

» A l'O. de l'église de Palseopoli, on trouve l'enceinte extérieure 
et postérieure d'une portion d'hémicycle. Çà et là des morceaux 
de soubassement et d'entablement. Au milieu de la courbe, il 
semble qu'il y ait les traces d'une petite salle, et sur le palier où 
conduisent les quelques marches qui sont là commence un pavé 
fait de grosses pierres et une bande de mosaïque faite de petites 
pierres naturellement colorées. 

» Fouilles de la nécropole; découverte d'un diptyque en plomb 
avec inscription (1). 

« Il paraît que nous avons à Corcyre une autre Pompéi , dans 
ce sens qu'au moins les fondements de presque tous les édifices 
paraissent intacts, avec une petite partie de leur élévation, si bien 
qu'il n'y aura point de difficulté pour bien reconnaître ce qu'il y 
avait en chaque endroit (2). » 

» Dans la cour du vieux monastère (3) on trouve : un chapiteau 



(1) Voyez Mustoxidi, Inscriptions, n° LXXII. 

(2) Aujourd'hui il ne reste à peu près rien de cette « nouvelle Pompéi. » 

(3) De Palseopoli sans doute ; comme on le voit, ces articles d'Orioli sont quel- 



28 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

dorique de dimensions extraordinaires, d'autres chapiteaux dori- 
ques plus petits, des tambours de colonnes cannelées; en outre, 
de nouveaux fragments de corniche , de soubassements , et des 
pavés de très grandes dimensions. 

» A la nécropole, on rencontre, dans un tombeau situé très haut 
et par conséquent plus récent , une tasse brisée de terre cuite 
rouge, à la façon des vases d'Arezzo, avec des dessins d'orne- 
ment très fins en bas-relief. 

N» 81 (16 juillet). — » Dans le district de Pagous [ou Spagous, 
au N.-E. du cap Saint- Ange], des paysans, travaillant la terre, 
rencontrent des pavés, des murs, des morceaux de marbres diver- 
sement colorés. Orioli se rend sur les lieux. Il voit, près d'un 
tronçon de route (1), qui , selon toute apparence , conduisait à 
Aphiona , et à deux milles environ de cette localité , sur les bords 
d'un ruisseau , l'enceinte d'une fontaine ou récipient d'eau quel- 
conque avec des canaux en terre cuite; autour, des pierres, des 
briques , des fragments de marbre , des morceaux de colonnes ; 
près de la fontaine était un édifice pavé de marbre. 

» Un peu au delà dans la vallée, vers la mer et, à ce qu'il 
semble , dans le prolongement de la même route , Orioli voit de 
grosses pierres quadrangulaires unies sans ciment et formant 
un mur. 

» A l'église de Palœopoli, on continue à déblayer la mosaïque. 

N° 82 (23 juillet). — » La mosaïque formait, à ce qu'il paraît, 
le pavé de deux salles, l'une petite, l'autre plus grande et située 
à un niveau plus élevé. D'après les objets représentés sur la 
mosaïque (2) on pourrait croire que la construction où elle a, été 
trouvée était soit le marché , soit la salle des agoranomes. Les 
dimensions des constructions déblayées jusqu'ici seraient in- 
suffisantes pour un marché. 

» Au-dessous du pavé, il y a des ruines de constructions encore 
plus anciennes. 

» Malgré le style, déjà un peu barbare, des colonnes représentées 
sur la mosaïque , le travail considéré dans son ensemble est bon. 
Les fragments d'architecture trouvés tout autour sont d'une bonne 
époque. Le tout doit être du temps des premiers empereurs 
romains. 



que peu confus et ne permettent pas toujours de se rendre compte de l'endroit 
exact où les différents restes antiques ont été découverts. 

(1) Antique, je suppose. 

(2) V. plus loin, § 12, 1. 



I. — CORFOU. 29 

» Le comte Zancarol , dans un terrain qui semble avoir été 
situé à l'extrémité de la ville ancienne , du côté de Kastradhis . a 
trouvé une partie de l'enceinte extérieure des murs ou peut-être 
une partie d'un môle. 

» Continuation des fouilles de la nécropolo. 

» Une partie de la mosaïque mentionnée ci-dessus est brisée par 
un tombeau que l'on considère comme chrétien ; c'est un compar- 
timent quadrangulaire dont le haut est juste h fleur de terre. 

N° 83 (30 juillet). — » Continuation des fouilles de la nécropole. 
On trouve différents vases, entre autres une belle olpé ou nasiterna 
avec des peintures en forme de bandes sur un fond de terre natu- 
relle cendrée; style égyptien ou phénicien : tigres et sphinx. Cou- 
vercle triangulaire «en forme de chapeau de prêtre catholique.» On 
découvre aussi des fragments d'autres vases du môme style, mais 
d'une exécution plus soignée : sur un fond grisâtre de terre natu- 
relle , des tigres entre des fleurs, des sphinx, des oiseaux aquati- 
que. On remarque surtout une bande avec des cygnes, peints en 
rouge d'ocre sur noir, et une anse avec des grecques peintes, qui 
sont fort belles. 

» On trouve aussi un fragment de figurine en terre cuite , qui 
représentait un animal, peut-être un jeune bœuf. 

» Sous la portion de mur d'enceinte que le comte Zancarol 
avait découverte , on rencontre du sable de mer, ce qui prouve 
que ce terrain a été conquis sur la mer et date d'une époque rela- 
tivement récente. « 

Vischer, p. 23 et suiv., parle d'une nécropole différente de celle 
du tombeau de Ménécrate , située beaucoup plus à l'O. , à peu de 
distance du fond de la baie de Khalikiopoulo ; on avait trouvé à cet 
endroit, dit-il, beaucoup de sarcophages de pierre, dont il vit 
encore plusieurs sur le terrain. Mustoxidi lui apprit aussi qu'on 
avait trouvé du même côté de petites inscriptions funéraires, grec- 
ques ou romaines, ainsi que des monnaies romaines. Cette 
seconde nécropole aurait donc été d'une époque beaucoup plus ré- 
cente que l'autre (1). 

§8. — ÉTAT ACTUEL DE L'EMPLACEMENT DE L'ANCIENNE VILLE. 

Les vestiges antiques qui subsistent encore sont pour la plupart 
insignifiants. 

(I) Cf. plus loin, fin du g 11. 



30 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

Tombeau de Ménécrate. — En sortant de la ville, à l'entrée du 
faubourg de Kastradhis (ou G-aritsa) , on aperçoit le célèbre tom- 
beau de Ménécrate, qui a été laissé en place. Ce tombeau ayant 
été souvent décrit, je renvoie, pour plus de détails, à Mustoxidi, 
CIII , p. 374 et suiv. ; Archdol. Zeit., 1846, no 48; Ross, Jahrbb. f. 
Philol. u. Pàdag., t. LXIX, fasc. 5. Chacun de ces articles donne 
un fac-similé de l'inscription gravée sur le tombeau. 

Le tombeau de Ménécrate , dont le dessin a été plusieurs fois 
publié, est une assez grande masse cylindrique (1), élevée sur une 
marche et composée de six assises de pierre ; l'assise supérieure 
est en saillie; le tout est surmonté d'un tronc de cône. Aujour- 
d'hui la partie inférieure du monument est de nouveau enterrée. 
Les blocs dont se compose la masse cylindrique sont bien tail- 
lés; les joints sont parfaitement verticaux et très exacts; il n'y a 
pas de ciment. Les blocs sont de dimensions inégales ; un des plus 
longs forme un arc de l m 63 de long, la hauteur de l'assise étant 
de m 23. Les joints alternent avec les pleins. 

L'inclinaison du tronc de cône est très faible ; sa base supé- 
rieure est un petit espace plat ; les plaques qui forment la surface 
du tronc du cône sont inégales de dimensions et irrégulières de 
forme ; il y a des endroits où elles sont unies avec de la chaux 
(ajoutée récemment?). 

L'inscription est gravée au-dessous de l'assise qui fait saillie ; 
elle forme sur le monument une seule ligne , qui se lit en allant 
de droite à gauche tout autour de la masse cylindrique. La plan- 
che 2 jointe h ce mémoire reproduit le fac-similé de Mustoxidi, 
auquel nous avons fait les corrections suivantes : 

Le point au milieu de la lettre se rencontre ligne 1, lettre 13 ; 
ligne 2, lettres 1 et 23; ligne 5, avant-dernière lettre, et, à ce qu'il 
me semble , ligne 6 , lettres 24 et 28 ; ailleurs, sans point paraît 
certain, par exemple ligne 3, lettre 8 ; même ligne, lettres 13 et 23, 
le point est douteux. A la fin de la première ligne, je n'ai pas vu 
les trois points que donne Mustoxidi. 

Ligne 3, lettre 9 et lettre 30, la forme du \ et celle de l't sont 
inexactes chez Mustoxidi. 

L'inscription étant exposée à toutes les intempéries de l'air, 
il y a toute une partie, très lisible autrefois, qui ne l'est plus 
maintenant. 
Ainsi ligne 2, les lettres 27, 30, 33 sont effacées en partie. 

(1) Diamètre, environ 16 pieds anglais, d'après une lithographie faite à 
Corfou. 



Bibl.iicsEc . Fr .d'Athènes et deTtane 



Kieinaun , (or fou. . P I 2 



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Erhard Se. 



I. — CORFOU. 31 

Ligne 4, la lettre 1 ne se distingue plus; — après la lettre 17 , 
jusqu'à la fin de la pierre, il reste un espace de m 25 où l'on ne 
distingue plus rien. 

Ligne 4-5 : sur tout le 'cinquième bloc , on ne distingue plus 
rien, si ce n'est, avec assez de peine, les lettres 10-11 et 13-17 
de la ligne 5; — sixième bloc : les neuf lettres suivantes ne se 
distinguent que très difficilement; les huit lettres qui viennent 
après, difficilement. 

Ligne 6 : les lettres 1-4 se distinguent difficilement, 5-6 (fin du 
sixième bloc), très difficilement; 7-11, difficilement; le reste (lin 
du septième bloc et commencement du huitième) est très lisible. 

O Huiou TXaataFo MsvexpaTeo; xooe tâtj.% [ • ] 
OîavO^o; (= -étoç) ysveâv • toSe S'aùxot (— -5>t) SSp.oç e-oiei ; 

~Eî (= 3;) Y"? TCfOÇEvFoÇ SotfJLOU CptXoÇ , àXX' £Vl 1T<$VTo[l | ] (= Wt) 

okz-zo (= wXeto) • Sajxofftov Ssxa. . . [ : ] 

Ilpaljiuive; (= -Y)ç) S'aÔTOt (= -On) «([ai'a]; àrco roxTpfôoç Ivôov (== wv) \ 
(jùv Sa ( w.[o]i (= -wtj too£ aafxa xaui^éxoto (= xaffiyv^T.) îcovéOs (= -ovt'Ot)) j 

Cette inscription appartient à l'alphabet corcyrôen primitif, 
ainsi que l'inscription d'Arniadas (§11, n° 1) et celle de Xenvarès 
(§ 13); l'alphabet des n 0: 2 , 3 , 4 de notre § 11 est d'une époque 
beaucoup plus récente, v. Kirchhoff , Sludien zur Gesch. d. griech. 
Alph. (3" éd., 1877), p. 92-94. 

Pour le commentaire et pour les différentes restitutions du 
vers 4 qu'on a proposées , voyez les articles cités plus haut. 

Chapelle de Neranzica. — Plus au S., vers l'entrée de la pres- 
qu'île, du côté de la baie de Khalikiopoulo, derrière le cimetière 
grec, on rencontre la chapelle ruinée de Neranzica; deux des 
murs de cette chapelle , faits de blocs de pierre do dimensions 
inégales, mais taillés régulièrement et ajustés avec soin , sans 
ciment, ont peut-être appartenu à une construction antique. 

A gauche de l'entrée de la chapelle , dans le mur moderne , est 
encastrée une pierre portant une inscription mutilée et très effa- 
cée. Le haut et la gauche manquent. A la ligne 1, il y avait peut- 
être [I]twv; à la ligne 2, [/Jeu (?) P ete . Puis, après une ligne en 
blanc, on distingue, après d'autres lettres effacées, AE. Ce semble 
avoir été une inscription funéraire. 

Au-dessous de la butte de terre où est la chapelle, vers la mer, 
on voit un fragment de mur (byzantin ou vénitien ?), fait à la chaux 
et d'une très bonne construction, avec des trous quadr angulaires 



32 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

pratiqués dans son épaisseur et des traces d'autres murs qui par- 
taient du premier à angle droit pour aller vers la mer. Suivant la 
tradition populaire, qui n'a pas grande valeur, un fer, autrefois 
fixé dans ce mur, aurait servi anciennement à attacher les ba- 
teaux, dans un temps où la mer venait jusque-là. 

Église de Palseopoli. — En allant de là vers l'E., on rencontre les 
traces du fossé creusé par les Français pour percer l'isthme ; au 
delà de ce fossé, au S. du faubourg d'Anemomylos , qui prolonge 
à l'E. celui de Kastradhis , se trouve l'église de Notre-Dame 
de Palœopoli. De chaque côté de la porte moderne est encastrée 
dans le mur une colonne ou plutôt , à ce qu'il me semble, une 
demi-colonne corinthienne antique. La distance d'une colonne à 
l'autre est de 2 m 58. Le périmètre de la demi-colonne est de m 62. 
Les deux colonnes ne sont pas cannelées entièrement, mais seu- 
lement sur une longueur de l m 62 à partir du chapiteau. Au-des- 
sous , la concavité des cannelures est remplacée par des surfaces 
convexes , et les listels plats , par de petits arcs de cercle égale- 
ment convexes; cette partie non cannelée a, au-dessus du sol 
actuel, où les colonnes sont enfouies, une hauteur de l m 45. Les 
deux colonnes sont d'une pièce ; les chapiteaux forment deux 
morceaux séparés; ils n'ont pas de volutes. Au-dessus, l'entable- 
ment antique, formé de deux assises (architrave et frise; corniche), 
est conservé ; chacune de ces assises est composée de trois blocs. 
Le tout est en marbre. 

Sur la frise et l'architrave il y a l'inscription suivante , qui 
porte le nom de l'empereur Jovien ( Mustoxidi , p. 406. C. I. G., 
8608) : 

-}- Auxr) ^ 7ru)v7] xoïï Kupiou , oixeoi iiGiktûaoYzt sv «ùx^ £1 

puis au-dessous, en lettres beaucoup plus petites : 

Iliaxiv lycov [iaffi'Xcav I^mv jxEvÉtov eruvépiOov, 
col , ;xaxap 6'|n[j.£oov , xo'vS' îspov exxttra vy)OV , 
'EXAiqvwv xe[A£V7] xal (3o>{jioùç HjaXaTraSjaç , 
£Sipo; arc' oùxtoavïjç 'loêcavoç zovov avaxxi. 

Forme des lettres : C , G , co , 2 (= S) • 

Le vers 1 et le vers 3 sont gravés à gauche , l'un au-dessus de 
l'autre ; le vers 2 et le vers 4, pareillement à droite. Le vers 1 est 
précédé et les vers 2 et 3 sont suivis d'une croix. 



I. — COR FOU. 33 

Sous le pavé du sanctuaire de l'église est , paraît-il, un souter- 
rain dont l'entrée est aujourd'hui fermée. Selon M. Romano , on 
croit qu'il y a des catacombes sous l'église; l'ouverture aurait été 
condamnée parce que quelqu'un y niant descendu y atrrâil péri. 
Dans les Détails sur Cor fou on lit : « A quelque distance des aqùé- 
ducs souterrains on voit un temple assez vaste... Les cryptes ou 
catacombes de ce temple méritent d'être visitées. L'entrée est dans 
le temple. Depuis quelque temps on l'a fermée, sur des bruits 
populaires. » 

Quant aux restes antiques qui avaient été trouvés près de 
l'église, on n'en voit plus trace aujourd'hui. La mosaïque est au 
musée du gymnase. 

Dans plusieurs terrains voisins de l'église de Palœopoli, on 
aperçoit des blocs de pierre taillés ou des tambours de colonnes 
doriques. Un peu plus haut que l'église , sur le chemin qui va 
au Canon, est le terrain de M. Grollos, où auraient été trouvés, au 
dire de M. Romano, tous les décrets corcyréens qu'on possède (?). 

Église de SS. Jason et Sosipatros. — Au N. de l'église de Palaeo- 
poli, en descendant vers Anemomylos, est l'église de SS. Jason 
et Sosipatros , construction byzantine (1), que Mustoxidi (p. 405) 
attribue au douzième siècle; à l'intérieur, on voit trois belles co- 
lonnes anciennes, dont deux en marbre noir veiné de gris et l'au- 
tre en marbre blanc grisâtre , toutes trois d'un morceau . De cha- 
que côté de la porte d'entrée il y a une inscription byzantine, 
très difficile à lire, parce que beaucoup de lettres sont effacées ou 
maladroitement repeintes en noir. Ces deux inscriptions ont déjà 
été publiées par Must., /. /., et dans le C. I. G., 8802 (d'après Mar- 
mara, p. 144), mais avec de singulières inexactitudes. 

A droite de la porte : 

xal Oeuov aTtocTOÀoiv | ô Trpiv axo<r|x,oç Ive [sic] ux/.zoz-f-.i ïceXiov | 
vïïv 7T£ptxaXXrjÇ xal TiEpioo^o; toepôr) • | xaXXei 2re<j>ocvoç ô xXcvo; 
QuvjTïôXoç | toûtov xaTEXoaavjaEV EÙcE^O'jpo'vco; | et; Xu-pov 

5 ^Mx,'*^ o]'-pX£?[ji.aT[(o]v ocutou 

(j.vr^u.Y)v dcve7c0k|?[7crov] xal (îp- 

MOIC? KA?eW 

Ligne 2, lisez h ; 1. 5, 6^Xr,;xaTcov ; 1. 7, xXso;. 
(1) La seule qui soit à Corfou. 



34 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

Les lettres entre crochets ne sont pas visibles ; les lettres capi- 
tales suivies de points d'interrogation sont douteuses ; les traits 
verticaux marquent la fin des vers. 

Dans le C. I. G., la fin de l'inscription est donnée comme il 
suit : 

eÎç Xu<hv ocutou 'jio/ixwv ocpXïipiaTwv 
(jlv^jjlyiv t' àvETuXemTOv xal (ïpoTwv xXÉoç. 

A gauche de la porte : 

Mvr)f/.o<7UV7]ç to'Ss TEÏÏiJEV YTTGPTGP TOCpOV 

Epyov ixÉcpavo; Ouenro'Xoç à|/.7tXa[x]v)[[xaT(«)v] '| u /jfc 

7:oixtXo{Jiop^ov twv ayt'wv KAINO.^N?? [Itt?]1 @eo- 

cpàvou; 7rpos'ûpou £CGTPG AH MATA?? p^v)ç. 

Ligne 1 , après urapTEp- , 5 ou 6 lettres illisibles ; on dirait que 
les dernières sont epvj ; uTCEpTs'pa /_spi ? 
Le C. I. G. publie ainsi cette inscription : 

Kotî ToSe TEÏÏ^EV U7TO XptffTW 2<J)TYJpi 

(jocpov Epyov ^TECpavoç ô 6ut]tioXo; 

Et; Xuatv auroïï 7ioXXtov àjjLTrXaxv)aaTWv. 

IIotXlXo|J.Op^OV — TECpaVOU TOÏÏ TTpoÉSpOU 

supu 7Tovr,|i.a vaov xaXXispyrjcrctt 
cruj/.Tcpaçs Xiav âXeixrou epyov f/.vrç|/.y)ç. 

Dans le parc de la villa royale de Monrepos, dont l'entrée est en 
face de l'église de Palseopoli, on trouve un peu au delà de l'église 
qu'on a à gauche en entrant, sur un terrain en pente, des restes 
d'une construction rectangulaire qui est peut-être de l'époque 
romaine; ce sont des murs faits d'assises alternatives de briques 
et de ciment, les briques étant placées tantôt en long, tantôt en 
large ; le haut de la construction est un mélange irrégulier de 
pierres , de briques et de chaux. 

Temple de Cardachio. — De l'église de Palœopoli, une route 
monte au point culminant de la presqu'île , où est le hameau 
de c Aytà 'AvaX^iç ; c'est au-dessous de ce hameau, sur la pente E. 
de la presqu'île , qu'est l'endroit appelé KapSaxi (Cardachio) , avec 
les ruines du temple dorique. 

Sur la pente de la colline , à une certaine hauteur au-dessus de 



I. — CORFOU. 



35 



la mer , se trouve un petit plateau , protégé du côté de la colline 
par le mur ABC , qui soutient la terre d'un talus escarpé, et qui a 
une hauteur actuelle d'un peu moins d'un mètre. AB = 7 pas 1/2, 
BG = 22 pas. Ce mur, qui est fait de pierres rectangulaires , de 
dimensions inégales , plutôt petites que grandes , unies sans 
ciment, est sans doute moderne. C'est sur ce plateau qu'était le 
temple; aujourd'hui il n'en reste plus que des vestiges insigni- 
fiants. Nous donnons ci-joint un plan approximatif de l'état des 
lieux. 



Eàyà Analip»b 




LT=- 



I , colonne dorique mutilée sortant de terre , à 3 pas 1/2 de BC. 

ab et bc , restes du mur de la cella ; ab est à 6 pas 1/2 de distance de 
BG. On peut suivre bc sur une longueur de 14 pas. C'est un mur formé 
de beaux blocs de pierre rectangulaires très bien ajustés , sans ciment. 
Il reste plusieurs assises superposées ; les assises inférieures sont en- 
fouies en terre. Les dimensions des pierres sont inégales, surtout d'une 
assise à l'autre (1). 

A une distance d'un pas de bc est la trace du mur fg (ô pas de long) ; 
gh, 2 pas 1/2 à peu près. 

A une distance d'un pas de gh, trace du mur b*c l bW, qui correspond 
évidemment à bc. 

A 3 pas de 6«c«, restes de soubassements, de, dont la construction dif- 
fère de celle de bk l , en ce que les blocs sont ici plus gros (2). Sous 



(1) Voici les dimensions de deux pierres de l'assise supérieure : L. 0,88; 
1. 0,33 ; h 0,54. — L. 1,50 ; 1. 0,23-28 : h. 0,53. 

(2) Une des pierres de b l c l a 0,78 de long, ce qui correspond à peu pivs aux 
dimensions de bc ; — dimensions d'un bloc de de : L. 2,27; 1. 0,70; h. 0,33 
environ. 



36 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

une première assise, on distingue les traces d'une autre, enfouie eu terre, 
plus large que la première et avançant sur elle du côté extérieur ; il y avait 
là peut-être un escalier. 

II , long morceau de colonne dorique couché et sortant de terre ; la 
colonne était, à ce qu'il semble, d'un seul morceau. 

Les pierres qui composent ab ont sensiblement les mêmes dimensions 
que celles de bc et de b x & &2 C 2 ; les trois murs faisaient partie d'une 
même enceinte. 

A 3 pas de bc, d l e l , qui correspondante ; même construction : de très 
gros blocs, peu élevés ; deux assises, dont la seconde avance sur la pre- 
mière , de façon à former deux marches d'escalier ; au-dessous de la 
2 e marche, il y en a une 3 e , qui n'avance sur la 2 e que de 2 ou 3 cen- 
timètres; la surface extérieure de cette 3 e marche n'a pas été polie. La 
première assise a 0,70 de large ; elle est située plus bas que l'assise cor- 
respondante de de; peut-être le sol s'est-il affaissé du côté d l e i . 

de et d'e 1 étaient les soubassements qui portaient les colonnes. 

III, IV, colonnes enfouies sortant un peu de terre. 

Après d'e 1 vient un grand trou creusé sans doute par les eaux. Au 
delà de ce trou on voit un morceau d'architecture enfoui en terre et très 
endommagé, qui parait avoir été un chapiteau. 

Les citernes qui étaient de chaque côté du temple sont comblées. 

Le long de ab sont enfouis en terre plusieurs blocs de pierre qui de- 
vaient appartenir au fronton ; le bloc du milieu contient le sommet du 
fronton. 

Tout le terrain du temple est couvert de blocs taillés, dont quelques- 
uns faisaient sans doute partie de l'entablement. 

La seule colonne du temple qui soit entièrement conservée à 
ma connaissance , et qui ait encore son chapiteau , se trouve près 
du gymnase, où elle supporte une lanterne. Elle est d'un seul 
morceau , sauf le chapiteau. Ni les chapiteaux doriques qui sont 
au musée du gymnase ni un fragment de chapiteau dorique 
qu'on rencontre sur un mur à droite en allant à Gardachio ne 
peuvent avoir appartenu au temple dont il s'agit. 

Avant d'arriver à c Ayià 'AvaX^t; on aperçoit à droite un ter- 
rain où l'on a trouvé un grand nombre de blocs rectangulaires , 
de grandes dimensions", qui formaient , à ce qu'on m'a dit , des 
espèces de cellules quadrangulaires. Il y en a encore quelques- 
uns dans le terrain , ainsi qu'un fragment de colonne ionique et 
un autre de colonne dorique. 

Au pied de l'autre versant de la colline de c Aytà AvaX^t;, du côté 
de la baie de Khalikiopoulo , à un endroit nommé xVproupia , on a 
aussi trouvé sous terre des matériaux de construction antiques , 



I. — CORFOU. 37 

qui sont encore sur les lieux; ce sont des blocs rectangulaires en 
pierre, taillés de la même façon que certains fragments d'archi- 
tecture qu'on voit sur remplacement du temple de Cardachio ; 
plusieurs de ces blocs portent des traces de couleur rouge très 
visibles. On a trouve au même endroit un petit fragment de 
colonne dorique, encore conservé, et deux briques avec inscrip- 
tions; sur l'une on lisait, paraît-il : sV 'Ap/ia lui Asovtoç. 

On me montra aussi une petite tête de marbre (tête d'homme 
barbu avec de grands cheveux ; figure effacée) qu'on avait décou- 
verte dans le même lieu. 

§ 9. — AUTRES RESTES ANTIQUES DANS L'ÎLE DE CORFOU. 

Kasopo. — Je n'eus pas le temps d'aller à Kasopo. D'après Mus- 
toxidi (p. 148), « des colonnes cannelées, des fondements d'édi li- 
ces, des monnaies impériales romaines sont les seuls vestiges qui 
restent de Gassiope. » Les Détails sur Corfou parlent du temple de 
Jupiter Cassius, « consacré aujourd'hui (?) sous l'invocation de la 
S. Vierge Cassopytra. » Selon M. Romano, il n'y a à Kasopo 
que les ruines de la forteresse byzantine qu'on aperçoit du bateau 
à vapeur (1). 

Aphiona. — Selon les Détails sur Corfou, il y aurait près 
d'Apbiona «les ruines d'une ville ancienne (?). » M. Romano ne 
connaît pas ces ruines. Voyez toutefois l'article d'Orioli cité plus 
haut, p. 28. 

Benilsa. — Le village de Mtovitotc (anciennement IhviTaa, plus 
tard Bsvixaa , au dire d'un homme de l'endroit) est situé sur la 
côte E. de l'île, au S. de la baie de Khalikiopoulo, sur une plage 
ravissante , avec de magnifiques jardins d'orangers , un peu des- 
séchés depuis qu'on a pris une grande partie de l'eau de Benits;i 
pour la conduire à la ville. 

On a trouvé dans un jardin de ce village , il y a quelques an- 
nées, des ruines de bains romains, qui n'ont pas encore été dé- 
crites et dont nous donnons ci -joint un plan approximatif (2). 

(1) Dans la partie S.-E. de l'île il y a un endroit appelé PaUeokhori (carte an- 
glaise : Polochore!), où l'on voit aussi, dit M. Romano, des ruines d'une 
ville du moyen âge. Sur la côte 0. on rencontre les ruines de deux châteaux du 
moyen âge : le château Saint-Ange et Palseokastritsa. 

(2) Ce plan , comme les autres plans semblables , a été levé à la main , sans 
instruments de précision, et n'a aucune prétention à une exactitude scientifique; 
il est seulement destim ; à faire comprendre le texte en représentant d'une façon 
sensible la disposition générale des lieux. 



38 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 




1° AA est un reste de mur, dégagé seulement du côté tourné vers B; 
B est un trou comblé maintenant , où l'on a trouvé des charbons , du 
bois brûlé, etc. 

2° CCOO est une salle qui était probablement le caldarium (CC\ 6 pas; 
Ce, 7 pas, à l'intérieur), aabb est une marche en pierre descendant de 
l extérieur à l'intérieur. De chaque côté il y a un reste de mur, en forme 
d'arc de cercle, se prolongeant un peu au delà de l'extrémité supérieure 
de la marche. Dans la pierre, sur le haut de la marche, on voit des rai- 
nures dans In sens de la longueur. — Largeur de cm, 2 pas. 

Les murs de la salle sont faits d'assises régulières de petites briques 
allongées et minces alternant avec des couches de ciment ; les briques 
ont à peu près toutes la même grandeur ; les joints alternent régulière- 
ment avec les pleins. Vers le haut viennent des parties où ce mode de 
construction est remplacé par un mélange irrégulier de pierres, de bri- 
ques et de ciment. 

Les deux angles de droite, O et c, dont l'arête devient courbe vers le 
haut, montrent que la salle était voûtée. 

Les murs avaient un revêtement en marbre ; on en voit des restes 
près du sol. 

On a aussi trouvé dans la salle de petits fragments d'architecture qui 
y sont encore. 

Sur le mur Ce et sur celui d'en face, à hauteur d'homme, on remarque 
plusieurs ouvertures rectangulaires régulièrement disposées. 

O est une ouverture quadrangulaire, pratiquée dans le sol, et entourée 
d'une bordure de briques. Au-dessous existe un souterrain peu profond, 
où l'on voit des espèces de piliers qui supportent le sol de la salle et qui 
sont formés de couches alternatives de briques et de terre glaise. 

A l'angle C, à gauche en entrant , on a brisé le pavé de la salle, pour 
voir ce qui était dessous. On a trouvé un couloir souterrain, qui fait le 
tour de la salle, à l'exception de la portion ooo'o', laquelle est fermée. Ce 



I. — CORFOU. 39 

couloir est voûté ; les murs en sont faits en partie de briques régulières, 
en partie d'un mélange irrégulier de pierres et de ciment. 

dd est un tuyau de plomb qui traverse le couloir souterrain et vient 
sans doute du souterrain central, lequel est séparé du couloir par des 
murs, pour se prolonger de l'autre côté sous terre et aller sortir plus 
loin dans la direction de la mer. 

Aux quatre angles des quatre murs qui séparent le couloir du souter- 
rain central et au milieu de chacun de ces murs, des conduits en briques 
font communiquer le couloir avec le souterrain. Près de l'angle c, dans 
le mur même de la salle, O, on rencontre l'ouverture très large d'un 
autre conduit en briques , donnant dans le même couloir souterrain. 

Le pavé de la salle est une jolie mosaïque , entièrement conservée , 
sauf le coin C, qu'on a détruit ; elle est faite de petites pierres blanches , 
noires, rouges et jaunes, formant des dessins géométriques de beaucoup 
de goût ; le travail me semble plus fin que celui de la mosaïque qui est 
au musée du gymnase. 

ce est un petit mur montant un peu plus qu'à la hauteur du genou. 
Ce mur sépare du reste de la salle un espace en forme d'hémicycle, dont 
le niveau est inférieur, à ce qu'il me semble, au niveau actuel du sou- 
terrain, et qui ne paraît communiquer avec rien. On l'a trouvé rempli 
de charbons et de bois brûlé. 

A gauche de l'hémicycle est une espèce de niche aujourd'hui ruinée, 
qui semble avoir formé deux marches. La niche correspondante qui 
devait exister à droite est ruinée complètement. 

3° D est un trou dont les parois sont maçonnées. De là , dans une 
direction parallèle à OC , s'étend , dit-on , sous terre un canal assez 
large, enfermé entre deux murs et couvert en haut au moyen de pla- 
ques de pierre, dont plusieurs ont été retirées et se voient près de là. 

4° OO'EE' est une seconde chambre, ou plutôt un couloir, ayant 
6 pas de long et 1 pas 1/2 de large. Vers C"E il reste une partie de la 
voûte en berceau qui le recouvrait. Le sol est de plain-pied avec le sol 
extérieur. Sur les deux murs, on voit des ouvertures rectangulaires dis- 
posées suivant une ligne régulière. 

5° FF'G', etc., est la 3 e salle (sans doute le frigidarium). Les dimen- 
sions que j'ai prises sont : FF' (la porte) , un peu plus d'un pas; GG', 
5 pas 1/2 ; GX , 5 pas 1/2 ; HH', un peu plus de 4 pas; ouverture IL , 
3 pas 1/2 ; ouverture MM', un peu moins de ?, pas. Cette salle était éga- 
lement voûtée : il reste en haut un arc très hardi, allant de Nà V. 
l'arête de l'angle H devient également courbe vers le liant. — A cet angle, 
près du sol , il y a des traces d'un revêtement en marbre noir. — Vers 
le milieu de la salle , on voit les restes d'un pavage grossier, fait à 
une époque postérieure avec des morceaux de marbre blanc et noir, 
parmi lesquels il y a môme des fragments d'architecture, le tout placé 
bout à bout. — En un endroit on aperçoit des restes d'un pavé en 
mosaïque (noir et blanc); mais ce n'est que sur un très petit espace, 
couvert en partie de terre. —A l'endroit em on trouve, en nettoyant le 



40 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

sol , un bloc Je marbre formant un carré de m G8 de côté, encastré dans 
le pavé en mosaïque. A l'intérieur du carré on distingue un cercle de 
m 58 de diamètre. Au point f, il y a aussi dans le sol un morceau de 
marbre circulaire, entouré d'une bordure quadrangulaire. Ce sont sans 
doute deux bases de colonnes; il devait y en avoir quatre. — Du reste , 
tout le sol de la salle est couvert de décombres et de terre. 

HH' est un petit mur ayant un 1 pied de haut du côté de la salle. De 
l'autre côté se trouve un réservoir d'eau (piscine), HH'E'E", où l'on 
descend par un escalier situé à l'angle H ; en prenant le petit mur de 
séparation pour l re marche, on en a quatre à descendre, dont les deux 
dernières s'étendent tout le long du mur de séparation. 

Tout autour du réservoir, un petit rebord court le long des murs à la 
même hauteur que HH'. Sur le mur E'E", il y a une espèce de petite 
niche quadrangulaire, ii, et, un peu au-dessous, l'orifice d'un conduit 
rond en briques qui servait sans doute à remplir le réservoir. Sous l'es- 
calier , à gauche en descendant , se trouve un autre trou , qui servait 
sans doute à le vider. Sur les murs E'H et H'E" , à des hauteurs cor- 
respondantes, sont, pratiquées des ouvertures rectangulaires. La voûte en 
berceau (dans le sens de HE' à H'E") est encore entièrement conservée. 

Les murs de la 3 e salle, y compris le réservoir, semblent avoir été 
revêtus de stuc. Le rebord qui court autour du réservoir est en stuc ; la 
voûte est revêtue de stuc, avec des traces de couleur rouge. Même à 
l'angle H, où il y a en bas des traces de revêtement en marbre , j'ai cru 
voir plus haut des traces d'une espèce de stuc, avec des restes de cou- 
leur rouge. 

Sur le mur HH', à l'angle H' , il y a un fragment d'une vasque ronde 
en pierre , qu'on a trouvé là ; elle pouvait avoir m 95 de diamètre. 

Du haut de la voûte du réservoir jusqu'au sol de la salle, il y a envi- 
ron 5 m 90. 

6° Tout autour de la 3 e salle la terre n'est pas encore enlevée ; les 
murs FG'I, LN'M , M'N ne sont dégagés que du côté de la salle ; les 
ouvertures IL et MM' sont entièrement fermées parla terre. Si l'on monte 
en haut de cette masse de terre , on voit, sortant du sol , des restes de 
murs, LP, R.S , TT' ; l'ouverture RP est couverte par un arc de voûte. 
Dans tout le terrain adjacent on aperçoit des traces de murs antiques. 
Il y avait là, selon toute probabilité , une villa romaine ayant ses bains 
particuliers (1). 

Dans la l re salle on a trouvé, dit-on, un pied de lion en marbre (pro- 
venant d'un fauteuil?) et un fragment de marbre blanc avec les lettres : 
[•/JAIPE. 

Dans une rue de Benitsa, appelée anciennement, au dire de 



(1) A Benitsa, la croyance populaire a baptisé ces ruines du nom de « bains 
de Néron. » 



I. — CORFOU. 41 

mon guide, xaXûëcoc twv AîyuTm'ow ou 7rapontoTau.t'a , iidiii qui Indique 

qu'il passait autrefois par là un ruisseau , ou voit d'ans le sol les 
traces d'un four à briques antique. II y en a ou il y en avait plu- 
sieurs ciutres dans les jardins voisins. 

Sur toute cette côte E. , du côté de Mesonghi , on trouve, se- 
lon M. Romano, des restes antiques. Il est probable que cette 
côte, qui est si jolie , était couverte de villas romaines. 

A Yarypatadhes (au S.-E. de Pelleka), on a trouvé, au dire de 
M. Romano, un vase rempli de monnaies de cuivre; M. Romano 
n'a pas pu me donner de détails. 

§ 10. — ANTIQUITÉS CONSERVÉES DANS LA VILLE DE CORFOU. 

Lionne archaïque. — Sur la découverte de cette lionne , voyez 
plus haut, p. 23. Elle a été portée, par les soins de M. Romano, à 
l'entrée des salles de réception du palais royal. Ce monument, qui 
est d'une haute importance pour l'histoire de l'art grec, et qui 
n'était connu jusqu'ici que par de mauvaises lithographies, a été 
publié récemment dans les Comptes rendus de V Académie des ins- 
criptions et bettes- lettres , 1876 , p. 271 , d'après une photographie 
que j'ai fait faire pendant mon séjour à Gorfou. On trouvera au 
môme endroit la lettre dont M. Dumont , directeur de l'Ecole 
d'Athènes, a accompagné l'envoi de cette photographie. 

L'intérêt de ce monument est qu'il est très ancien et semble 
appartenir à l'époque de transition entre l'art oriental et l'art grec 
original. Le caractère général de la sculpture, où il y a fort peu de 
détails anatomiques indiqués , et l'expression fixe , étrange de 
cette tôte lourde et massive , entièrement dépourvue de vie , font 
penser à l'art oriental. D'autre part, cette même tôte témoigne 
déjà d'un travail original ; elle est légèrement inclinée à droite , 
ce qu'on peut considérer comme un effort pour donner à la 
sculpture un peu de mouvement ; de plus , contrairement à la 
manière dont est traité le reste du corps , l'artiste s'est appliqué 
pour la tôte à marquer la structure osseuse et les replis de la peau ; 
mais la raideur et la dureté grossière avec lequel ce travail a été 
fait dénotent un art encore très primitif. 

Musée du gymnase. — C'est une espèce de magasin , où tout est 
pêle-mêle. Voici le catalogue des objets qui s'y trouvent : 



42 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

§ 11. — A. INSCRIPTIONS. 

Elles sont toutes publiées dans Mustoxidi. 

N° 1. — Must., il» CI V, avec fac-similé. Ross, Jahrbb. f. Phil. u. 
Pâd., t. LXIX , fasc. 5 (fac-similé). Archàol. Zeil. , 1846, n° 48 
(fac-similé) (1). 

Grande plaque de pierre quadrangulaire , cassée en deux mor- 
ceaux; celui de gauche a m 85 , celui de droite l m 07 de long. 
Hauteur, m 55. — L'inscription est écrite pouarpocp^Sov. — Au-des- 
sus et au-dessous de chaque rangée de lettres , il y a une ligne 
finement tracée déterminant la hauteur des lettres. — Sur la dé- 
couverte de cette inscription , voyez plus haut, p. 23. 

Ci-joint un nouveau fac-similé. 

ri M\ "iaIa n -i o^^i/^Ajni)^ 1 ^ ^ 
/r^npJp\©@05opao^MrH norro 

Dajxoc too£ 'ApvtaSa ■ yaporàç tovS' oXssev (= toX.) Apec (— -y]ç) , 

papva;xevov îrapà vaualv etc' ApaôOoio pHoFatcrc , 

ttoXXov (= wv) àptaxsuTOVTa (sic) xaxà crovoFecrav àFirrav. 

A en juger par mon estampage, il n'y a pas de points au milieu 
des O, si ce n'est peut-être dans papvatj.evov. 

No 2. — Must., LXXXVI. C. I. G., 1877. Archàol. Zeil., I. I. 

poo; HuOaToç. 

Caractères archaïques ; f> = p , D = o ; carré . avec deux dia- 
gonales. 

Cette inscription se lisait sur deux colonnes trouvées en 1813, 
« près de la colline où était située la chapelle de la sainte Vierge 
in Neranzica ; comme non loin de là on découvrit des bases d'au- 

(1) Sur L'alphabet des inscriptions 1-4, v. Kirchhoff, Stud. s. Gesch. d. griech. 
Alph., p. 92-94 de la 3 e éd., et cf. plus haut, p. 31. 



COUFOU. 



43 



très colonnes ordonnées de façon à former la perspective d'un 
temple, le premier éditeur en conclut que le ruisseau était con- 
sacré aux besoins du culte de quelque dieu » Mus t.) (1). — L'une 
de ces deux colonnes est aujourd'hui au musée du gymnase : 
Mustoxidi en donne une représentation; elle est cylindrique, 
non cannelée , et vers le haut elle se rétrécit en forme de tronc 
de cône. 

No 3. _ Must., LXXXII. Arch. Zeit., I. I. 

Fragment de colonne ; le long de la colonne on lit, de droite à 
gauche : 

A&ufatç (=Av£.?) 

Caractères archaïques ; 3 = e- 

Autour de la colonne, on lit , de gauche à droite, en caractères 
de l'époque postérieure : 

AtOT/.O'jpiOV. 

N° 4. — Must., LXXXIII. Bergmann , Hermès, 1867 , p. 13 ( J. 

HopFoç Htapoç Tôtç 'Axptaç. 
Caractères archaïques ; = o ; C = F ; deux fois P, une fois p. 

Il m'a semblé distinguer le 1"' H 

Le tronc de cône qui porte cette inscription a été trouvé en 1846, 
au pied de la colline où est le monastère de Sainte-Euphémie à 
Pakeopoli , pendant qu'on travaillait à la nouvelle route le long 
de la mer. Cf. plus haut, p. 25. 

No 5. — Must., CXVII (2). 

Acovudfa , /ocTps. 
La représentation de la stèle chez Mustoxidi est assez exacte. 

No 6. — Must., LXXI. 

Pierre brisée en haut et divisée en deux compartiments ; l'ins- 
cription est écrite seulement dans le compartiment supérieur. 

(1) Cf. toutefois plus haut, p. 17 et 20. 

(2) Pour cette inscription et les inscriptions suivantes, qui sont d'une 
époque postérieure, la forme des lettres n'a en général rien d'intéressant. 



44 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

Celui d'en bas ayant m 58 de haut , et ce qui reste de l'autre en 
ayant ni 30 , si les deux compartiments avaient les mêmes dimen- 
sions , il manquerait à peu près 8 ou 9 lignes de l'inscription. 

2Ô£[vc]tt[7:]oç 'AyaOoxXeoç 
TifJiwv ^/rpaxcovoç 
©...foov 'AfjicptffGsveoç 
Aa[f/.]aiveTO; <ï>tXavSpiSa 
5 ..àSaç 'ApiffToxXéo; 

KaXXiaç Api<TTOxpaTso; 
...tffôévY]; [xocyipoi; 

-pOÇ UTTYipÉTaç 
-U)V CCO^QÇ 

10 -avo; ol[v]oy6oç 

Ligne 3, il manque deux ou trois lettres; ligne 5, il manque 
deux lettres; ligne 7 , deux ou trois; ligne 8 , ligne 9, ligne 10 , 
cinq ou six au plus. — Chez Mustoxidi, il y a quelques inexac- 
titudes. 

La forme des lettres indique une époque antérieure à l'époque 
romaine. 

No 7. — Must., GXX. 

Eipava . 

N°8. — Must., LXII. 

Trouvée en juin 1846 , près de l'église de Notre-Dame de Pa- 
lseopoli . 

yj to'Xiî $|] Kopxupaitov Titov OXaêtov Apisxo- [<piX- 

oxaiaapa xal cpiXorcarpiv , àytovoOsfT'/icjavTa x- 

aà 7rpuTav£uiravTa xal Traaav ap/rjv 

ç cptXoT£t[xr|6£VTa , àp£Trjç [svexev xa- 
\ eùvoiaç tyî; eîç aur^v, ôsotç. 

Ligne 4, ; est la fin d'un adverbe en -wç. 

N° 9. — C, I. G., 1907 bb, Addenda, avec cette mention : « In 
Museo Prossalendi. » 

M. Romano a entendu dire à Mustoxidi que cette inscription 
était de Céphalonie. 

Aujourd'hui que les lettres ont été maladroitement repeintes en 
rouge, elle est illisible ; l'estampage ne donne rien non plus. 



I. — CORFOU. 45 

N° 10. — Must., LXI. C. I. G.. 1879 h. — Pierre brisée à 
droite et à gauche. 

AuTOJxpatopa KaiTapa , 0[eoîi 
c A3piavo]u wCo-j , Osoïï Tpaïavo[u uî- 
uivov , Oeou Nepoua [exyov- 
ov, AiXtov 'Aopiavov ['Avtcov- 
eTvov 2sêa<7Tov , dpyt£[péa 
jji]É'yi7TOv , or ( aap/ ixyjç l[çou- 
Tia? to p' 
à u]oXi; à Kopxupat'tov xo[v 
éajuraç swnjpa. 

N° 1 1 . — Moulage d'une inscription de Céphalonie, dans une 
caisse en bois. 

AÙToxpdcTopa Kaiff[a- 
pa ^£§a(7Tov EÙTîêrj 
Aoux'.ov Se'Tmf/.iov 
Heouïjpov riepTtvaxa 
'Apao'.xov 'Aocaëvjvixov , 
àp^ '.spî'jt u.Éyt7TOV , 

Publiée par Vischer , Archaol. u. Epigr. aus Korkyra , Bâle, 
1854. 

N° 12. — Must., CXI. C. I. G., 1881. 

Il ne reste plus aujourd'hui que deux fragments de cette ins- 
cription , qui se lisait , selon Mustoxidi (1) : 

napixevijfjxov A«x[i7tTïou tov 
éocuTrj; ajvSpa 'A[pi<7Ta 
Au<7av(o[u 

N° 13. — Must., GXXXVI. 

K022YOA 

Publiée dans le Corpus, 1930, c, avec les inscr. n 09 7 et 16, comme 
étant de Céphalonie. 

(1) Je mets entre crochets la partie qui n'existe plus maintenant. 



46 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

No 14. — Must., CXXXIX. — C. I. £., III , 579 , qui sépare 
mal les lignes et donne T. au lieu de L. — Trouvée à Palseopoli , 
en 1786. 

L ' JElius ' Priscus 

Priscillo 

filio ' suo • fecit 

N° 15. — Must., GLXI. 

Publiée dans le Corpus , 1930 d, comme étant de Géphalonie. 

No 16. — Must., GLVIII. 

<I>ouxuA£ , yatp£. 

Ce fragment vient du village de Saint-Théodore (canton de 
Lefkimo) . 

N° 17. — Must., GXLIII. — Corpus, 1910 6, Add. 
• Me • IIoÔivï) 

STMV * \ ' 

__ • X aTps • 
Me Supcpopoç 

excov Çp 7TC 

Les trois dernières lignes sont en caractères plus petits que les 
trois premières. 

No 18. — Must., LUI. C. I. G., 1849. 

Trouvée en 1813. Mal repeinte en rouge; il est très difficile de 
reconnaître ce qu'il y avait primitivement sur la pierre. 

<ï>]iAoi;evoç Aî<7[y_f]uovoç 
x]at <7uvapyo[i 'Ap|Ta|AtTt 

N° 19. — Must., LIV. C. L G., 1849 , b. 
Trouvée en 1813. 

7:pirravEu]ffxç x*[t] ol auvap/ot 

ZwiXou , ÏIoirAtoç Aeuxîou, 

toxa , OeoTç. 



I. — CORFOU. 17 

No 20. — Must., GXLVII. 

nOAEOC 

NlXOCTTTpa- 
TOÇ ÈTW- 

v • H /a?ps 

Mustoxidi lit : EuJxoXefto];, mais la pierre est complète, et il n'y 
a pas trace de lettres effacées. 

No 21. — Must., GXV. 

AJau'.ç > 

STIOV 

< -s > 

< /'/Tps > 


N°22. —Must., LXIV. 

Trouvée en juin 1846, près de l'église de Palœopoli. 

à ttoXiç Ts[p]£v[rta- 
vàv , Nîysou Y'Jv[aTy,a , 
ràv hpznsuo: c;av , OsoT; 

N° 23. — Briques avec des timbres en creux , portant des noms 
de prytanes : 

Trois qui portent ïrX A?<r/uXtcr/.ou (Must. , XV) ; une autre qui 
porte ce nom deux fois ; une autre avec le môme nom , écrit par 
2 au lieu de C , comme dans les précédentes ; 

Une autre qui porte EHIB///BA ; on peut hésiter entre B[ei]BA et 
B[ou]BA; cette dernière lecture est peut-être pins probable; cette 
inscription est peut-être le n° XXVIII de Must., et Bouêa est peut- 
être l'abréviation de BouëaXou (Must., XXX) (1). 

Il y a en outre un certain nombre d'inscriptions fabriquées par 
un faussaire qui les gravait sur des briques anciennes. Ce sont 
les suivantes : 

1. ÏXMjvuv [lévYi xai (ta^ou- (sur une brique de prytane, où il y a : -QNIAA dans 
un timbre); (3a<HXiav i\i.w> "EXWjvow (sur une brique de prytane, ou il y a : 
-MHAEOE dans un timbre en creux); sur un autre fragment : i\x.G>'i [isvécav et 

(1) C'est aussi l'avis de Vischer. 



48 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LÉS ILES IONIENNES. 

<Tuvépi8oi; sur d'autres : col [xapu^ifiiSov ; -ç ëSvov àvaxti ; x et P°? & K ' > e * -oêt- ; 
-xiSavîjç 3 I- et -io-. Voyez l'inscription de l'église de Palaeopoli , p. 32. 

2. TÉjJievoç iorxt Aiôç. 

3. Bcofio; xûv 'EXXyjvwv. 

4. Bw[xàç xoù 'AtcwXovoî. 

5. Képxupa Nixirçxpia. 

6. AneXkrfîz Mitrwvoç. 

7. Nixîa Asvxiou XP*)" 6 x°"P £ - Cf. Must., CXLVI. 

8. Kàô[Ao;. 

9. AiopjSYi; x°"P E Mlvxwp irocpwxaxe. 

10. -8ï)va. 

1 1 . Mevexpàxï)- 

'A6rivaïe 
XP?)<JTai X a 'P" 

12. lit! Noxo[xT)Sia. Cf. Must., XL. 

13. -Y)0-T6. 

14. IIau<TtXu7to viqôu(x- 

Oàvaxo. Cf. Must., CXLVI1I. 

15. ©eoSoxe 'Aiauvéou XP 7 )^ X a 'P e - 

16. AtoSwpou 

-pe 

17. 'AyaOoux).»); Mouaaiou. 

18. 'Etù Swerefou. Cf. Must., XLIII, CLXXV1II. 

19. -oxXéoç. 

J'ajouterai quelques mots sur plusieurs inscriptions de Gorfou 
qui ne sont pas au musée du gymnase. 

M. Engelmann a publié une inscription grecque de Gorfou dans 
le Bullettino delV Instituto di corr. arch., 1872 , p. 35. Je n'ai pas 
en ce moment le volume à ma disposition. 

Un autre article , Inschriften aus Korkyra, publié par M. Wachs- 
muth dans le Rheinisches Muséum , XVIII , p. 337 et suiv., n'est, 
au dire de M. Kirchhoff (p. 92 de la 3 e éd.), qu'un extrait du livre 
de Mustoxidi. 

M. Romano m'a communiqué une lettre que lui a écrite un 
Gorfiote, le 4 mai 1870 , pour lui faire part de la découverte d'une 
inscription funéraire ( hauteur , m 85 ; largeur , m 40 ; épais- 
seur , m 16) : 

<ï>iXaivo[u] AicovuffiE (sic ?) X°"P £ 

Pour la place du génitif, cf. Must., GLU. 
L'inscription aurait été transportée à Athènes. 

Enfin M. Romano a publié dans r"£2pa (no du 24 septembre 
1877), puis dans les Mittheilungen d. deutsch. arch. Institutes, 1877, 
3 e fasc, l'inscription suivante : 



I. — CORFOU. 49 

<ï>iXi'<7t[iov, x°"P £ ] ( en caractères doubles de ceux de l'inscrip- 

Aotal jjlÈv Ssxaoeç ai TsXetOTÔxwv êvtaorSv [tioil métrique]) 

y)07) xal rpixaTOu xuxXo; £7re?y£v eteu; 
fAKjyOfJiê'vav cpO[[j.£vo[(jt , <I>iXi'<rnov, àvi'xa «[evOoç] 

(i.axpi TroXoOp'iQvw xaXXmEç ApraxXia , 
5 Swfxa â''AptcrravSpoio XEXovyoroç axpixov al[<rav] 

xal T£X£a xpuepa Orjxaç lv ôpcpavi'a. 
'Ay^voç xXuxov aTixa as S'ocrrarov ut:vov êXd[vToç] 

7rtxpo; o§£ Co'fsp? xufxëo; eo£x[to xovet.] 

Ligne 7, on peut aussi restituer IXopuav], 

Pour la description de la stèle funèbre et le commentaire de 
l'inscription , nous renvoyons à l'article de M. Romano. Cette 
stèle a été trouvée , dit-il , sous un grand amas de briques anti- 
ques , sur le rivage méridional de la lagune de Khalikiopoulo , 
près de la pente de la colline appelée « KaxaxaXoïï. » Près de là, on 
avait déjà trouvé d'autres stèles funèbres, avec ou sans inscriptions, 
de nombreux tombeaux , s'ôtendant sur un assez grand espace de 
terrain et contenant des vases de toute sorte , des ornements d'or 
ou d'argent, etc. Non loin de là, au lieu dit xà xpt'a ytocpupta, on avait 
découvert , il y a peu de temps , une quantité de cercueils (çopoi) 
en pierre de Corfou, allant jusqu'à l'église de laPanaya Megalom- 
mata et au delà. Aussi M. Romano pense-t-il que l'ancienne né- 
cropole , qui commençait à la baie de Kastradhis, allait jusqu'à 
celle de Khalikiopoulo et jusqu'auprès de la colline appelée « Ka- 
TaxaXou. » 

§ 12. — B. AUTRES OBJETS ANTIQUES DU MUSÉE. 

1. Mosaïque trouvée en 1846 , près de l'église de Notre-Dame 
de Palœopoli , cf. p. 27 et suiv. 

On l'a enlevée par morceaux de l'endroit où on l'avait trouvée. 
Les morceaux conservés sont enfermés dans 59 châssis en bois , 
placés dans le musée pêle-mêle , par terre et le long des murs ; 
quelques-uns sont en fort mauvais état. 

Le musée possède un fac-similé de la mosaïque , fait par 
M. Atovu<uoç BÉyta, lorsqu'elle était encore en place. 

Ce fac-similé est intéressant, parce qu'il nous apprend quelle était 
la disposition de l'ensemble de la mosaïque. Pour le détail, il 
renferme beaucoup de petites inexactitudes , soit pour la couleur, 
soit pour le dessin. De plus, il donne l'idée d'un travail très fin , 
et, en réalité , le travail est assez grossier : les pierres sont irré- 

4 



50 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

gulières de grandeur et de forme, et les joints ne sont pas exacts , 
mais il y a entre les pierres de la terre ou de la chaux. 

Voici quelle était , d'après le fac-similé , 1a disposition de la 
mosaïque : 

Le fragment principal formait un grand rectangle entouré d'une bor- 
dure. Cette bordure représentait un portique composé de colonnes 
supportant des arcs en plein cintre ; chacune des arcades de ce portique 
remplit aujourd'hui un châssis; d'un côté du rectangle, 25 de ces ar- 
cades étaient conservées , d'après le fac-similé : des deux autres côtés , 
6 et 8. L'une de ces arcades, que j'ai mesurée, a m 59 de haut et m 50 
de large d'un pilier à l'autre. Sous ces différentes arcades, on voit des 
oiseaux de diverses espèces (coqs, poules, oies, dindons, etc.) , re- 
présentés dans diverses positions (quelques-uns sont dans une cage, 
d'autres mangent, etc.); sous une autre arcade se trouve un vase; sous 
d'autres encore , des chiens de chasse ou des chevreuils , etc. 

Quant à l'intérieur du rectangle, à en juger par deux fragments , qui 
sont conservés, et qui sont reproduits sur le fac-similé, il était divisé 
en petits carrés, sur lesquels étaient représentés des oiseaux ou des 
poissons. A un certain endroit du fac-similé on voit, à l'intérieur du 
rectangle, une portion de cercle ; ailleui'S est figuré un cercle complet , 
qui est rempli par des dessins d'ornement entourant un petit cercle con- 
centrique, où l'on aperçoit d'un côté une tète de paon avec un rameau 
près du bec; tout autour de ce cercle l'intérieur du rectangle était éga- 
lement divisé en petits compartiments carrés. 

Le fac-similé donne encore un autre morceau semblable de la même 
mosaïque , mais plus petit ; d'un côté il restait 4 arcades de la bordure , 
de l'autre une seulement. L'espace compris entre les deux bordures était 
divisé en petits compartiments carrés , encore conservés , sur lesquels 
sont représentés soit des oiseaux , soit des poissons , des espèces de 
coquillages , etc. L'un de ces carrés , que j'ai mesuré, a m 35 de large et 
(Jn>40 de haut (dimensions intérieures). 

Sur cette mosaïque, cf. Henzen , Bull. d. Insu, 1849, p. 87. 
Elle n'a jamais été publiée. 

2. Stèle funèbre en marbre. Hauteur, 045; largeur, m 54. 

Bas-relief : Scène d'adieu à trois personnages. A droite , le mort est 
debout, tourné vers la gauche, la jambe gauche légèrement pliée , le 
bras gauche pendant , la tète inclinée en avant. Au milieu la femme du 
défunt , tournée vers la droite ; elle vient d'arriver à lui : sa jambe 
gauche est en avant , sa jambe droite en arrière , légèrement pliée ; elle 
donne la main gauche à l'homme en signe d'adieu ; elle a le bras droit 
plié , l'avant-bras étendu , et tient de la main droite , au-dessus de leurs 
mains réunies , un objet assez volumineux. Entre l'homme et la femme 



I. — GORFOU. 51 

se trouve sur le sol un petit autel. A gauche, une jeune fille, tournée 
vers la droite ; son bras droit est replié , et la main droite , ouverte , est 
levée légèrement vers le ciel, de façon à arriver à la hauteur de la poi- 
trine ; la main gauche est plus bas , fermée , et le bras gauche enveloppé 
dans le vêtement. 

Les trois visages sont frustes ; les draperies sont bien travaillées ; 
l'attitude des trois personnages est très gracieuse. Le bas-relief me paraît 
être d'une assez bonne époque; mais il y a des parties qui semblent 
n'avoir pas été achevées. 

Au-dessus, une inscription effacée, que je n'ai pu lire ni sur le mar- 
bre ni sur l'estampage. 

3. Bas-relief en marbre. Largeur, m 70; hauteur , m 44. 

A droite, Esculape assis sur un lit et tourné vers la gauche ; son bras 
droit est étendu (la main manque); son bras gauche , appuyé sur les 
coussins , est replié vers la poitrine , contre laquelle il serre quelque 
chose. A gauche, Hygie assise à l'extrémité du lit, tournée vers la 
droite ; son bras droit manque; son bras gauche est étendu sur le lit , il 
semble qu'elle pose un objet sur les jambes d'Esculape. A gauche du lit, 
un homme, puis, plus à gauche, deux femmes à la file ; ils sont beaucoup 
plus petits que les deux dieux; ils sont tournés vers la droite, les mains 
jointes pour supplier. Devant eux, un garçon, puis, plus à gauche, deux 
jeunes filles, également à la file ; le jeune garçon amène un agneau. Au- 
dessus des suppliants, fenêtre quadrangulaire par où regarde une tête de 
cheval, tournée vers la droite. Un serpent grimpe sur le lit. A droite du 
lit. sur le rebord de la stèle, un jeune homme couronné est debout, 
tourné vers la gauche ; il est plus petit que les suppliants ; il a la jambe 
droite pliée ; sa main gauche tient un objet rond. Cette dernière figure 
est dessinée par un simple trait peu profond. 

4. Disque rond en terre cuite, cassé en deux morceaux. Dia- 
mètre, m 19 ouO m 20. 

Scène gravée au trait. Sacrifice à Esculape. 

Au milieu un autel , où le feu est allumé , et le long duquel grimpe un 
serpent. A droite , un homme tourné vers la gauche, ayant le bras droit 
étendu et tenant un objet qu'il va jeter dans le feu. Au-dessus, fenêtre 
quadrangulaire par où regarde une tète de cheval , tournée vers la gau- 
che. De l'autre côté de l'autel, un autre personnage (Esculape?) debout, 
beaucoup plus grand que l'autre, mais qu'on ne distingue pas bien. 

Travail grossier. 

5. Haut-relief. Toute la partie de gauche est mutilée. 

Femme debout ; vêtement serré à la taille ; jambe droite nue , sortant 



52 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

du vêtement ; bras sortant du vêtement et nus également ; le bras droit, 
levé, est appuyé sur une espèce de coquillage énorme (?). 

Hauteur de la figure, m 60 environ. 

Travail grossier. 

6. Tête de Zeus en marbre. Hauteur, m 28 environ. 

7. Buste d'un empereur romain ; mutilé; il y a la tête et une partie de 
l'épaule gauche. 

8. Petite tête de Pallas en marbre ; visage mutilé. 

9. Tête de femme en marbre. 

10. Visage de jeune femme ou d'enfant en terre cuite. 

11. Édicule à deux niches. Largeur, m 29 à0 m 31 ; hauteur, m 25 ou 26. 
Dans chaque niche , femme assise sur un trône. 

12. Jambes drapées d'une personne assise; grandeur naturelle à peu 
près ; en pierre. 

13. Homme drapé dans sa toge. La tête et les pieds manquent. En 
marbre. 

14. Fragment de terre cuite ; haut-relief; tête d'homme barbu avec un 
bonnet pointu. 

15. Vases : 

Vase rond en marbre; périmètre en haut, sous le rebord, l m 40 en- 
viron ; 

Deux très grands vases en terre : l'un a 4 m 46 de périmètre maximum, 
lmGG de hauteur extérieure, un peu plus de l m 45 de hauteur intérieure-, 
l'autre a 3 m 59 de périmètre maximum et environ l m 41 de hauteur exté- 
rieure ; ces deux vases ont dû servir de sépultures, v. plus haut, p. 22. 

Un vase rond en métal mince oxydé ; 

Un vase archaïque à embouchure triangulaire, avec un couvercle tri- 
lobé; périmètre vers le bas , m 69; dessins noirs sur fond jaune formant 
deux bandes superposées, mais très effacés , surtout ceux de la bande 
supérieure : animaux fantastiques qui marchent ; l'un est tourné à 
droite, le suivant à gauche, et ainsi de suite, de sorte qu'ils se font face 
deux à deux (cf. p. 29) -, 

Un petit vase cylindrique, plus large que haut, avec couvercle s'y em- 
boîtant ; dessins d'ornement noirs sur fond jaune; diam. , m 15; hau- 
teur, m 05 ; 

Des vases trouvés dans la mer et couverts de pétrifications ; des frag- 
ments de vases peints ; etc. 

16. Un fragment de marbre avec une guirlande en bas-relief. 

17. Un autre , avec des guirlandes et des bucrânes vers le haut. 

18. Un fragment de mosaïque grossière : pierres blanches , noires ou 
grises , non taillées. 

19. Fragments d'architecture : 

Fragment de colonnette dorique en pierre ; diam., 0,22 ; 
Chapiteau ionique d'une mauvaise époque (à 8 volutes), en pierre ; 
^Moitié de base de colonne en marbre; 
Un chapiteau corinthien ; 



CORFOU. 



53 



Un autre, mutile, qui semble être le même ; 

Un autre , qui est dilTérent ; 

Antéfixe en pierre ; 

Colonnette dorique , plus mince que la première ; 

Chapiteau toscan en pierre ; 

Chapiteau dorique ; 

Un autre, très endommagé, qui semble être le même; 

Un autre, très grossier, qui est différent ; 

Base de colonne en marbre ; 

Autre base de colonne ; 

Long morceau de colonne dorique ; 

Chapiteau de colonne ionique en marbre ; 

Petit fragment de colonne ionique en marbre ; 

Fragment de marbre avec une demi-colonne corinthienne en pilastre ; 
cannelures sur une longueur de m 39 ou m 40 ( le bas manque) ; puis, 
au-dessus, sur une longueur de O m 39 , des feuilles aux bords déchique- 
tés; puis, au-dessus , une nouvelle partie cannelée (le haut manque). 

20. Débris d'ossements; fragments de vases, de charbon, de métal 
rouillé ou oxydé ; petits vases et fragments de terre cuite ; cônes en 
terre cuite; morceaux de terre cuite ronds, convexes sur les deux faces, 
percés d'un trou; disque rond en terre cuite, percé de deux trous. 

21. Tuyaux en brique de différentes dimensions; le plus gros a m 27 
de diam. en comptant l'épaisseur des parois, m 16o sans cette épaisseur. 

22. Long fragment de marbre, avec une rigole quadrangulaire dans le 
sens de la longueur. 

23. Tuile ayant m 83 de long ; largeur à l'extrémité : m 41 suivant la 
corde, O m 44 suivant l'arc. 

24. Grand disque rond en pierre, avec un rebord tout autour; 1 mètre 
de diamètre. Calotte sphérique , également en pierre et de dimensions 
sans doute correspondantes. 

§ 13. — MAIRIE. 

Il y a à la mairie uno inscription archaïque trouvée en 1867 , 
dans le jardin de Tecopytoç AtTÇap8o7couXoç , dans le voisinage de l'an- 
cienne nécropole. 

Cette inscription est sur l'une des faces latérales de l'abaque 
d'un chapiteau dorique. L'abaque a ,n 76 de côté ; le diamètre du 
gorgerin cannelé est de m 37 ou 38. On voit sur ce gorgerin des 
traces de couleur rouge. Le gorgerin se termine en bas par deux 
moulures. 

L'inscription a été publiée, Hermès, II, p. 136, par Bergmann, 
qui en donne un fac-similé exac! , si ce n'es! que trois lettres y 
sont répétées à tort. Voyez aussi l'article que j'ai inséré dans le 
ïlapvaadoç , 1877, l rc livr. 



54 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

L'inscription forme une ligne horizontale qui se lit de droite 
à gauche ; mais les trois dernières lettres, faute de place, ont été 
écrites en descendant , dans un sens perpendiculaire au reste de 
l'inscription. 

2xaX« EevFapeoç toïï MHeiljio; etjjt.' eut tujjuh ( = tu(/.w ). 

La forme des lettres est à peu près la môme que dans l'inscrip- 
tion d'Arniadas ; il y a un point au milieu de tous les 0. 

Il faut remarquer la forme tu^oç = tu|/.6oç (cf. tum-ulus), et sur- 
tout le [x suivi de l'aspiration dans tou MHeiijioç ; s'il n'y a pas de 
faute de lapicide, c'est là un exemple tout à fait unique jusqu'ici. 

§ 14. — COLLECTIONS PARTICULIÈRES. 

Collection Woodhouse. — • Le chevalier Woodhouse, trésorier gé- 
néral du gouvernement ionien , avait réuni une riche collectiez 
d'antiquités, qui est aujourd'hui au British Muséum. YojezArchâol. 
Anzeiger, 1866, p. 260 et suiv. (d'après une lettre de M. Newton), 
et Archdol. Zeit., 1868, p. 76 et suiv. (article de M. Hercher). 
[Les deux tables locriennes en bronze publiées par M. Oixovojjuoy]ç, 

Aoxpcxvj; àvsxooTOu l7rtypacp^; oiacptoTictç , etc., Gorfoil, 1850, 'Eitotxta 
Aoxpwv ypafAfJwcTa , etc., Athènes, 1869, ne sont point au British 
Muséum , comme le dit M. Hercher , mais à Gorfou , chez 
M. Taylor , consul anglais.] 

Vischer , Archàologisches u. Epigraphisches ans Korkyra , etc., 
Bâle, 1854, donne une description sommaire de la collection 
Woodhouse : 

» 1° Riche collection de monnaies des Sept-Iles. 

2* Beaucoup de vases de style égyptien , à figures d'animaux , 
trouvés à Gorfou, en partie près du tombeau de Ménécrate. La 
question serait de savoir si ces vases ont été fabriqués à Gorin- 
the ou à Corcyre (1). 

(1) La seule manière de résoudre cette question serait d'examiner si la terre 
de ces vases est de la terre de Corinthe ou de Corfou. — Les vases connus 
dans l'antiquité sous le nom de Kopxupatxol ou Kopxupoùot à^çopeiç n'étaient 
peut-être pas fabriqués à Corcyre, mais à Hadria. Voyez 0. Iahn, Ber. d. sàchs. 
Ges. d. Wiss., 1854, p. 34 et suiv. — Il y a de la terre à vases à Kastradhis. — 
Pour les vases qui sont aujourd'hui au musée de Corfou, M. Dumont croit pou- 
voir affirmer qu'ils ont été fabriqués dans l'île. Les vases ou fragments de va- 
ses qui sont dans le musée sont faits de deux espèces de terre , l'une jaune , 
l'autre grisâtre , l'une et l'autre très fine. La terre jaune doit être celle de Kas- 
tradhis. Quant à la terre grise, elle se trouve, dit M. Romane- , près de Man- 
douchio (faubourg de Corfou, à l'O. de la ville). 



I. — CORFOU. 55 

Vase trouvé à Congo , dont le devant forme une espèce de tète 
de sphinx , de style égyptien, avec la coiffure ordinaire , mais le 
corps , au lieu d'être celui d'un lion , est celui d'un « canard » (1). 

Vases en verre , monochromes ou polychromes , tous trouvés à 
Corfou dans des tombeaux. 

3° Un camée en onyx trouvé dans un vase de verre polychrome, 
provenant d'un tombeau. Tête de Pallas tournée à droite, blanche 
sur fond brun. La déesse a un casque, sur le milieu duquel est 
assis un sphinx, qui porte la crête du casque; sur la partie du 
casque qui couvre l'oreille, on voit un Pégase. 

Une pierre blanche avec une tête de Zeus, qui réunit les attri- 
buts d'Ammon, les cornes de bélier, cà ceux de Sérapis, le modius 
et les sept rayons. — Vischer donne une reproduction de cette 
pierre gravée. 

Une belle pierre gravée de Gérigo , représentant un bouc , ani- 
mal qui a du rapport avec le culte d'Aphrodite. Voyez Pausanias, 
6, 25, 1. Plutarque, Thés., 18. 

4° Des terres cuites , dont quelques-unes sont de l'art le plus 
parfait , au lieu que d'autres sont intéressantes par leur style ar- 
chaïque : par exemple une petite tête de femme archaïque et une 
tête de Pallas dont le sourire absolument dépourvu d'expression 
rappelle tout à fait les têtes des plus anciennes monnaies attiques 
et les statues de l'école d'Egine. 

5° Des boucles d'oreilles d'or , grandes et petites , trouvées à 
Corfou, dans des tombeaux ; 

Différents strigiles ; 

Deux disques en bronze ; le plus grand est lisse ; sur le plus 
petit des figures sont gravées au trait comme sur les miroirs étrus- 
ques : d'un côté un athlète debout , ayant les bras tendus en 
avant et tenant un objet (un disque ?) dans ses deux mains ; de 
l'autre côté Vischer croit voir un athlète appuyé sur un genou ; 

Une épée de bronze , trouvée à Ithaque , d'environ un pied de 
long, à poignée fortement recourbée à droite et à gauche du côté 
de la pointe ; 

Plusieurs pointes de javelots émoussées. 

6» Des balles de fronde en plomb , une aussi en bronze [venant 
de Crète , v. Mustoxidi , p. 266]. 

Sur deux de ces balles , KaXXtaxpaTou ; sur plusieurs Kopiv[0iwv] , 
que Must., XGIV, lit Kopi'v[Qoi>]; sur plusieurs paaiAÉco;. 

Une autre , dont Vischer donne une reproduction , porte d'un 

(1) C'est sans doute une sirène. 



56 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

côté BIS, de l'autre SO (Koptvôîwv ou Kopxupauov) ; une autre enfin, 
dont il donne également une reproduction, porte d'un côté un scor- 
pion, de l'autre Eu<rxàvoi> ou peut-être, dit Vischer, eu axavou (?) (1). 
Les deux balles qui portent le nom de Gallistrate et une troi- 
sième, sans inscription , sont percées d'un trou près de l'une de 
leurs extrémités. Woodhouse supposait que c'était pour y atta- 
cher un billet destiné par un traître à faire parvenir aux ennemis 
des avis. Cf. Hérod., 8, 128. ^Eneas Taktikos, 31. Polysenos , 
STpaTYiy., 2, 29. De bell. Hisp., 13. 

,„ TT ,, , . ,. i.i Eni AEOTIA 

7° Une anse d amphore rhodienne avec le timbre : „ . _. . „,^„ 
1 IIANAMOY 

lui Aso[v]Ti8[a] ïlavaixoii ; à Alexandrie , on a trouvé des anses 

rhodiennes avec iirl Aeovn'Sa ou èVt Asovn'Sa AaÀîou. 

Des briques avec des noms de prytanes : 

èiA AajxodTpdcTOu (Must., XXXI) 

'AlJLtO^TOU (Must., XIX) 

— 'Eperon (cf. Must., XXXVI : EPIMNAS...) 

— Kcoô[tovo; OU -tovt'oa] 

MeVgtJTpOtTOU 

— IIpojx[ot/ou OU -a^i'Sa] 

— DOeviot» 

— TtjjLOxXsouç 

8° Deux tables de bronze, venant de Galaxidi (celles que M. Oîxo- 
vo|i.tèïiç a publiées). Deux autres de Gorfou (Must., LXIX et VI). « 

Vischer ne parle pas de la lampe d'argent avec inscription en 
boustrophédon qui appartenait également à Woodhouse (Must., 
LXXVII) (2). Les n os GXIII, GXVI, GXXVII, GXXX, GXLVI, 
GLX de Must. appartenaient à la même collection. 

§ 15. — AUTRES COLLECTIONS. 

Dans Bôckh et ailleurs il est question de la collection Prossa- 
lendi ; elle n'existe plus aujourd'hui , quelques-unes des inscrip- 
tions qui sont au musée proviennent de cette collection. 

Bôckh et d'autres parlent aussi de la collection Gangadi ; c'était 
surtout, d'après ce qu'on m'a dit, une collection de monnaies; 
elle contenait aussi des inscriptions, par exemple les n os LV , 

(1) Must., p. 266, lit E0<7x<£pou. 

(2) Selon Kirchhoif , Studien z. Gesch. ri. gr. Ali>h. , p. 131 de la 3" éd., cette 
inscription serait fausse. 



i. — corfou. 57 

LVI , LXII , LXV , CI , GXIX de Must.; on n'a pas pu me dire 
ce qu'elle était devenue. 

Il est probable qu'il y a à Corfou beaucoup de petites collec- 
tions particulières qui ne sont pas connues. 

Chez M. Varoungas, horloger, sous les arcades de l'Esplanade, 
j'ai vu un fragment de colonne octogonale , avec l'inscription : 

Àouxie 
XaTpe 

M. Themistoklis Saoulis possède un buste de femme en marbre, 
de l'époque romaine ; il a été trouvé à Patras et apporté à Corfou 
il y a environ quarante ans ; il est un peu plus grand que nature ; 
la femme a dans les cheveux , sur le devant de la tête , des fleurs 
(presque toutes des roses) et des feuilles. 

M. Panayotis Patrikios, qui demeure dans la partie supérieure 
de l'Esplanade, m'a montré une petite collection d'antiquités, pro- 
venant presque toutes de Corfou , quelques-unes aussi de l'Epire. 

1° Une petite colonnette en pierre, qui a été trouvée à l'O. de la lagune 
de Khalikiopoulo, sur la route de Benitsa. Elle a m 54 de haut et m l8à 
peu près de diamètre à l'une de ses extrémités. Sur la surface plane 
qui la termine à cette extrémité, il y a une inscription, qui est complète, 
mais que je n'ai pas pu lire : 

l re ligne : une lettre que je ne peux pas lire (on dirait un X 
enfermé dans une sorte de a carré, C), puis un O, puis, à ce qu'il 
me semble , un p (il y a une cassure qui a enlevé une partie de 
la lettre) ; 2 e ligne : K£IN. 

2° Un fragment de brique trouvé à Palseopoli , avec l'inscription : Aiovu- 
criov (les deux o sont plus petits que les autres lettres). 

3° Un joli vase à couverte noire , avec dessins d"ornement tracés à la 
pointe , trouvé à l'endroit appelé Palseokhora , un peu au-dessous de 
Gastouri , sur la route de Benitsa ; sur le bord du vase il y a l'inscription 
<In),t7t7rov tracée à la pointe. — On a trouvé ce vase rempli d'os. — 
Hauteur intérieure , m 33 ou m 35 ; périmètre , m 31 au col , m 75 ou 76 
à l'endroit où il est le plus gros. 

4° Un vase archaïque avec une bande d'animaux qui marchent. 

5° Une lampe de terre cuite avec deux figures : à gauche un soldat, 

5 



58 BECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

revêtu de son armure et de son casque , est assis , le corps vers la gau- 
che , la tête vers la droite ; son bras droit étendu tient une épée ; son 
bras gauche pendant porte un bouclier allongé ; — à droite un autre 
soldat , également assis , tourné vers la droite , tient dans ses mains un 
objet assez volumineux , peut-être sa cuirasse qu'il veut mettre (1) ; — 
au revers l'inscription AOÏXIOY (sic) . 

6° Une très jolie petite statuette en marbre, venant de Chypre : femme 
assise , les jambes repliées, tournées vers la gauche , le corps penché 
vers la droite, appuyé sur le bras gauche ; le bras droit est cassé. 

7° Une quantité de petits objets : 

Une foule de tout petits vases de terre (jouets d'enfants?) ; 

Des lampes de terre cuite ; un fragment de lampe, avec une figure de 
femme ailée (Victoire?) marchant vers la gauche ; 

Un petit soulier en terre cuite ; 

Des cônes ; 

De petits vases en verre ; 

De petites têtes en terre cuite ; 

De petites statues égyptiennes en pâte verte ou bleue ; 

Des pierres gravées , entre autres un scarabée et un empereur Othon 
à cheval ; 

Une statuette de pierre , représentant une espèce de monstre à tête 
humaine et à queue de lion, couché ; 

Des fragments de bijoux en or ; 

Un fer de flèche en fer ; 

D'autres petits objets en fer, par exemple un petit bœuf; 

Une petite tortue en pierre noire ; 

Une quarantaine de monnaies, presque toutes d'argent; 

Deux balles de fronde, avec des inscriptions que je n'ai pas pu lire. 

(1) Ce sont peut-être deux gladiateurs. 



BIBLIOTHÈQUE 



ÉCOLES FRANÇAISES D'ATHÈNES ET DE ROUE 



FASCICULE DOUZIEME 

RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. - II. CÉPHALONIE 
Pau M. Othon Riemann. 



TOULOUSE, IMPRIMERIE A. CHAUVIN ET FILS , RUE DES SALENQUES , 



RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 



SUR 



LES ILES IONIENNES 



II. - CÉPHALONIE 



OTHON RIEMANN 

ANCIEN MEMBRE DE I-'ÉCOLE FRANÇAISE D'ATHÈNES , MAITRE DE CONFÉRENCES 
A LA FACULTÉ DES LETTRES DE NANCY 




FI p 



PARIS 
ERNEST THORIN, ÉDITEUR 

LIBRAIRE DUS ÉCOLES FRANÇAISES d'aTHÈNES ET DE ROME 

DU COLLÈGE DE FRANCE ET DE L'ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE 

7, RUE DE MÉDICIS, 7 

1879 



il^lL^ 



RECHERCHES ARCHÉOLOGKjrKS 



srn 



LES ILES IONIENNES 



II. — CEPHALOME 



§ 1. — BIBLIOGRAPHIE 1). 

K. W. M. Wiebel , Die Insel Kephalonia u. die Meermùhlen von 

Arr/ostoli, Hamburg, 1873. — Excellent ouvrage pour la géogra- 
phie et l'histoire naturelle. — P. 1-27, géographie de l'île; p. 27-52, 
étude géologique; p. 52 et suiv. , étude météorologique et hydro- 
graphique ; p. 107-155, étude sur le phénomène des moulins ma- 
rins d'Argostoli. — Appendice bibliographique. — M. Wiebel 
n'est jamais allé à Céphalonie ; il a fait son livre d'après des ren- 
seignements envoyés par M. Migliaressi (2), docteur en droit, 
le propriétaire actuel des moulins marins. 

G. J. Napier, gouverneur de Céphalonie sous la domination 
anglaise, publia à Londres, en 1825 , un mémoire sur Géphalo- 



(1) Pour les ouvrages généraux relatifs aux îles Ioniennes, voir mon Mémoire 
sur Corfou , p. 2-3. 

(2) Il y a deux frères Migliaressi : le propriétaire des moulins et M. Antoine 
Migliaressi, docteur en médecine, que j'aurai plus d'une fois l'occasion de citer 
dans ce travail. 

I 



2 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

nie, où il parlait surtout des roules qu'il avait l'intention de con- 
struire. C'est un travail plein de renseignements précieux , mais 
difficile à trouver. Je ne le connais que par M. Wiebel (1). 

Marino Salomon , La statistica générale dell' isola di Cefalonia , 
1859. 

'Iovioç 'AvOoXoyia, 1834 , 3 e fasc. , p, 483 et suiv. ; 4e fasc, p. 747 
et suiv. ; 5 e fasc. , 1835 , p. 50 et suiv. : c I<rropixov Soxi'piiov tyjç v-nfaou 
KecpaXXviviaç ; il n'y a pas de nom d'auteur, mais on sait , à Cépha- 
lonie , que le travail est de Loverdos ; la traduction italienne et 
les notes sont, dit-on , de Mustoxidi. — Renseignements intéres- 
sants sur les antiquités trouvées dans l'île. 

II. Zervos YakovatoS , DuXXoy^ àp^a toXoyixcov Xei^avtov Trj; 
vviffoo KscpaXX7]viaç, Céphalonie, 1861. — Travail médiocre. 

Beeskow , die Insel Cephalonia , Berlin , 1860. — Compilation 
qui n'a aucune valeur. 

II. Tsitselis , rXcoaaapiov Ke:paXXir)vta; , Athènes , 1876. 

■II. Tsitselis. 'Ovo^axa ôsaetov Iv KscpaXXrivi'a, dans le Ilapvaffff^;, t. I, 

fasc.9-12, Athènes, 1877. 

§ 2. — CARTES. 

Les cartes que j'ai eues entre les mains sont : 1° la carte anglaise 
du capitaine Mansell (1867; corrections en 1872) ; 2° l'excellente 
carte qui accompagne le livre de M. Wiebel : « Karte von Kepha- 
lonia, nach den Kustenvermessungen des Capt. Mansell u. nach 
! .graphischen Aufnahmen des Hn. Kanelopulos zusammen- 
gestellt u. gezeichnet von G. Cramm » ; 3° une carte lithographiée 
de Jean Valsamos, publiée à Céphalonie ; 4° une carte manuscrite 
de reorges Valsamos, que j'ai vue dans une maison particulière 
cà Asso ; 5° une carte manuscrite anonyme , qui est à la Biblio- 
thèque de l'École d'Athènes (2). 

La carte qui accompagne ce mémoire est une réduction de la 
carte de Cramm ; la seule modification que j'y aie faite porte sur 
l'orthographe des noms propres. M. Cramm a transcrit chaque 
mot grec au moyen des lettres correspondantes de l'alphabet alle- 
mand (KriTOupta = Kepuriâ , <I>payxaTa = Phragkata) ; il me paraît 
plus logique de donner des transcriptions qui représentent la 
prononciation réelle (Kïpouria, Phrangata) , d'autant plus que 



(1) Il est aussi question de Céphalonie dans le mémoire de Napier sur les <m> 
lonies et les îles Ioniennes en particulier (Londres, 1833). 
[1) Cf. mon Mémoire sur Corfou, § 2. 



II. — CEPHAI.ONIE. 3 

l'orthographe de ces noms est souvent douteuse. .1 ai . rie plus, 
retranché de ma carte les noms propres qui ne se rencontrent pas 
dans le mémoire lui-même. 

§ 3. — DESCRIPTION PHYSIQUE DE L'ÎLE. 

L'île de Céphalonie est formée par une chaîne de montagnes 
qui la traverse dans toute sa longueur, de son extrémité S.-E. 
jusqu'à son extrémité N., et qui envoie ses ramifications dans 
toutes les parties du pays. 

Le point culminant de cette chaîne est la masse imposante do 
l'ancien iEnos, aujourd'hui « la montagne, la grande montagne, 
la montagne noire.» (1) (IXarou xo ffouvo dans une chanson popu- 
laire) (2), qui occupe l'extrémité S.-E. de l'île. La hauteur en a été 
évaluée de façons diverses; M. Wiebel cite les chiffres suivants : 
selon Smyth 5,246 pieds, selon Slater 5,306, selon Mousson 4,400, 
selon Unger (mesure par l'hypsothermomètre) 4787 (à 200 p. au 
moins sous le sommet) , selon Ansted 5,400, selon Mansell (me- 
sure trigonométrique) 5,218 = 1,590m, selon Napier (mesure ba- 
rométrique) 5,380 ; la carte de Grèce levée par l'état-rnajor français 
donne 1 ,620™ (3). Cette montagne s'élève d'une hauteur considérable 

(1) Je n'ai point entendu ce dernier nom dans la bouche des paysans grecs-, 
mais le nom italien de la « montagne » de Céphalonie est «. monte nero » et le 
nom anglais « black mountain ». 

(2) Awoexa ulot xou Aiyevf) 
■rcâve va xuvr)YiQO"OUv ' 
êTOjyav 'ç xov Ttaxépa xou; 
va uâpouv x^)v eùxï) xou. 

« Sûpxe., Ttaiôiâ (aou, '; xo xaXô, 

(TUpEXE 'ç X^V EÙxVj [XOU, 

x^ au' xoO ÈXàcxou xà pouvo, 
èxEÏOs (a9jv TrepâaÔe, 
ytàxt elvai ëva xaxo Gïjpiô, 
xaî Gà aà; çàsi ôXou;. » 

'Exetvoi È7tapâxouo"av 
xà Xôyia xoù 7taxÉpa xwv, 
xiP) èêyrjxs xà xaxô Gïjpiô, 
xr) ê<payé xou; Ô).ouç. 

Sur cette chanson populaire, que j'ai recueillie a Samos , cf. un article de 
M. Stamatelos (de Leucade), dans la Kôptvva, 1870, p. 141 et suiv. 

(3) Cette carte ne comprend pas les îles Ioniennes, qui ne faisaient point 
partie du royaume de Grèce à l'époque où la carte fuL levée ; toutefois les 



4 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES- 

au-dessus du reste de la chaîne ; le sommet, d'où l'on a un point 
de vue merveilleux, est une crête rocheuse et escarpée , composée 
d'une série do pointes aiguës , de plus en plus hautes , sortant du 
milieu d'une forêt de sapins, qui forme à la montagne une espèce 
de couronne. Quand on vient d'Argostoli et qu'après avoir gravi 
la pente blanche et nue qui s'élève au-dessus du monastère 
de Hayos Yerasimos on est arrivé à une hauteur de plus de 
1,000 mètres, on entre brusquement, sans transition aucune, sous 
l'ombre épaisse de cette forêt, aux grands arbres séculaires et aux 
frais tapis de mousse recouvrant les roches ; il semble que l'on 
marche dans une forêt suisse, et, au dire des botanistes, les plan- 
tes mêmes qu'on voit autour de soi appartiennent à la flore alpes- 
tre. Le sapin de la montagne deCéphalonie paraît former une va- 
riété particulière, qu'on nerencontrequ'àcet endroit (1). En 1797,1a 
forêt couvrait encore la plus grande partie des deux pentes ; en 
cette année ou l'année suivante un incendie terrible la dévora 
presque tout entière. Cet incendie dura plusieurs semaines; on 
raconte que les brandons enflammés allaient tomber jusque dans 
l'île de Zante, et qu'à Argostoli on y voyait clair pendant la nuit. 
Même depuis , on ne prend aucun soin pour conserver ce qui 
reste encore de cette forêt ; il y a des endroits où elle est déjà 
bien ôclaircie, et il est à craindre qu'elle ne finisse par disparaître 
un jour complètement. L'incendie de 1797 paraît avoir modifié 
d'une façon sensible les conditions climatériques de l'île : depuis, 
dit M. Wiebel, l'été est plus chaud, l'hiver plus froid, les fièvres 
plus violentes. La neige reste quelquefois surl'vEnos depuis la fin 
d'octobre jusqu'au mois de mai ; Davy assure qu'avant l'incendie 
elle y restait jusque vers le mois d'août. 

Au N.-O. de l'^Enos, au N. des villages de Pharaklata (2) et 
de Dhilinata (3) , la chaîne de montagnes qui est la continuation 
de l'iEnos forme un col, au delà duquel s'ouvre une vallée qui 
partage cette chaîne en deux massifs : au S.-E. le massif de 
l'Haya Dynati, qui s'étend jusqu'aux vallées de Pylaros et de Sa- 
mos (hauteur : 1,133m selon la carte de l'état-major, 3,132 pieds 



îles de Leucade, Ithaque, Céphalonie et Zante y sont représentées, sans les dé- 
tails de leur configuration physique , il est vrai , mais avec un certain nombre 
de noms, assez bien écrits en général, et avec quelques indications de hauteurs, 

(1) Cf. toutefois Orphanidis, cité par Postolaka (v. § 18), p. 121. 

(2) A Céphalonie, un grand nombre de noms de villages se terminent en -àta et 
sont dérivés du nom d'une famille : Pharaklas, Pharaklata ; Metaxas, Metaxata ; 
Phokas, Phokata ; Razis, Razata ; Zervos, Zervata ; Annino, Anninata, etc. 

(3) 'AScù'.vâTa ou AeOivàxa, selon M. Tsitselis. 



II. — CÉPHALONIE. 5 

= 955m selon Mansell, 3,182 selon Kanelopoulos , cité par 
M. Wiebel) (1), à l'O. et au N.-O. nu autre massif, pour lequel 
Mansell indique, sans donner de noms, les hauteurs de 2,901 pieds 
= 884m et de 3,212 pieds = 977»n (2). — Toute cette région , en 
allant de Dhilinata à Pylaros , est la plus nue el la plus désolée 
qu'on puisse voir. 

Au N. de ce double massif, on rencontre une vallée transver- 
sale , la riante vallée de Pylaros (3), qui coupe en deux la chaîne 
de montagnes et sépare la presqu'île d'Eriso ("Epiaoç) du reste de 
l'île. Cette coupure naturelle a donné lieu de supposer que peut- 
être cette presqu'île formait à l'origine une île distincte (le AouXfyiov 
d'Homère?) ; mais il suffit de voir la vallée de Pylaros, dont le 
haut (du côté de Dhrakata) est encore assez élevé au-dessus de la 
mer , pour se rendre compte que cette hypothèse est tout à fait 
inadmissible. 

Au delà de la vallée de Pylaros, la chaîne de montagnes recom- 
mence, sous le nom de KaXov opoç (2,601 p. = 793"» selon Mansell). 
Couvrant toute l'étroite presqu'île d'Eriso et descendant à l'E. et 
à l'O. dans la mer par des pentes abruptes, elle va, en s'abais- 
sant par degrés , jusqu'à l'extrémité de l'île ; là , à l'O. de 
Porto Viskardo (4), la carte de F état-major n'indique plus qu'une 
hauteur de 26 l«n. Sur la côte 0. de la presqu'île d'Eriso , au pied 
de pentes rocheuses, sauvages, tombant à pic dans la mer (5), sur 
lesquelles les Anglais ont construit en corniche une belle route 
carrossable, une petite presqu'île (410 p. de haut selon Smyth) se 
détache de la grande et porte la forteresse d'Asso. 

A l'E. de la grande chaîne qui traverse toute l'île, une chaîne 
moins élevée court dans une direction parallèle le long de la mer, 
du cap Kapri (ou Kapros) jusqu'à la presqu'île de Samos. Le point 

(1) Cramra donne 3,231 pieds ; est-ce une faute d'impression pour 3,132 ? 

(2) Selon M. Wiebel , le premier de ces deux sommets est le Xerakias et le 
second le Daphnias ; la carte de letat-major indique le Xerakhia, 1067 m , mais 
elle le place plus au S. et plus à l'E. que M. Wiebel ; les gens du pays que j'ai 
interrogés n'ont pas pu me dire exactement où était le Xerakias ; d'autre part, 
à l'endroit où M. Wiebel place le Daphnias, la carte de Smyth indique, parait-il, 
le mont « Maravilia » , 3311 p. = 1009 m ; enfin la carte de l'état-major donne, 
dans la même région : « mont Kardakata » (nom d'un villa-»' voisin), 99(3" . I In 
voit par cet exemple combien la connaissance qu'on a de la géographie des 
îles Ioniennes est souvent incertaine. — Selon M. Tsitselis, la ïerabhia sic 
serait située entre l'Haya Dynati et l'-Enos. 

(3) Nom de district ; village principal, Sainte-Euphémie. 

(4) Le nom actuel est plutôt Phiskardo ou Piskardo. 

(5) Les gens du pays les appellent â Xàpaxa;. 



b RECHERCHES ARCHEOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

le plus élevé de cette chaîne, que M. Wiebel appelle la chaîne de 
l'Atros (nom d'un monastère situé au N.-O. de la baie de Poros), 
a une hauteur de 2,658 p. = 800» selon Mansell, de 2,656 p. 
selon Smyth. Cette chaîne est reliée en deux endroits à la 
grande : 1° au S.-E. de la riche vallée de Samos , par la chaîne 
de Pyryi (sommet le plus élevé, eîç xà Sn/aXta, 2,500 p., selon 
M. Wiebel) ; 2» plus au S.-E., par les collines de Koronous (1). 
Entre ces deux chaînes transversales est enfermée la charmante 
vallée de Raidi (Harakli) , que les montagnes entourent de tous les 
côtés et qui ne communique avec la mer que par une fenteétroite 
entre deux murailles de rochers , la gorge sauvage de Poros ( au 
pied de l'Atros). Le pays de Rakli et de Koronous est la partie la 
plus pittoresque de l'île. De chaque côté de la région montagneuse 
de Pyryi , on rencontre un petit étang; l'un et l'autre s'appelle 
Avythos (a|3uôoç) ou Akoll ; dans le pays , la croyance vulgaire est 
qu'ils n'ont pas de fond. De l'un sort le ruisseau de la vallée de 
Samos , de l'autre le ruisseau de la vallée de Rakli. — Le S.-E. 
de l'île renferme les districts fertiles de Skala et d'Eleo (2). 

A l'O. de la grande chaîne, une petite chaîne moins élevée, 
dont le sommet, l'Hayos (ou Hais) Varvaros (3), a, selon Mansell, 
une hauteur de 2,800 p. = 853 m , s'étend parallèlement à elle, mais 
en se rattachant à elle au N.-O. et au S.-E. L'espace compris en- 
tre les deux chaînes est la vallée haute de Homala (Omala) ou 
Mala (xà ôfjiaXa?), où est situé le monastère de Hayos Yerasimos , 
le plus important de l'île. En avant de cette petite chaîne, à l'O. 
des villages de Dhilinata , Pharaklata , Razata , des collines ro- 
cheuses courent le long de la mer. 

La capi taie de l'île, Argostoli ( 'ApyocrToXtov) , est située sur le rivage 
occidental d'une baie profonde, qui offre un excellent port. C'est une 
jolie petite ville, bien propre, mais sans caractère particulier. Au 
S.-E. de la ville, une chaussée, construite par les Français, 
améliorée par les Anglais, unit les deux côtés de la baie. Le fond 
de la baie, une espèce de lagune marécageuse, s'appelle Kotavos (4). 

La presqu'île d'Argostoli est formée par une petite chaîne de 
collines, dont le point culminant est à une hauteur de 310 p., se- 

(l) Nom de district; villages de Anninata, Asproyeraka , Kornelo. 
(5) Skala est aussi un nom de village ; au contraire Eleo ou Elio (la région 
des oliviers?) est seulement un nom de district. 

(3) Ce sommet, que je n'ai point indiqué sur ma carte, faute de place, est si- 
tué immédiatement au-dessus de Pharaklata, entre ce village et le mont Evmor- 
phia (3,500 p. selon Cramm), lequel fait partie de la grande chaîne. 

(4) KoijTaêoç selon M. Tsitselis et selon Cramm. 



II. — CÉPHALONIE. 

Ion M. Wiebel; au S.-E. d'Argostoli, cette chaîne se conti 
le plateau deLivatho,qui va rejoindre à son extrémité B. li 
inférieures de la grande chaîne, tandis rjue dans ! i vallée, au N. 
du même plateau, s'élève la colline isolée du forl - 
(^,050 p., selon Mansell). Livatho (nom de district), où lord Bj 
séjourna en 1823 dans le village de Metaxata, esl 
plus riche et la plus riante de l'île. Rien n'est plus charman! 
exemple , que la vue qu'on a des hauteurs qui sont au S. du vil- 
lage de Phokata : on domine la mer, et l'on voit Zante dans le 
lointain ; autour de soi, ou a la région de la haute Livatho, tonte 
couverte d'oliviers, au milieu desquels on aperçoit quelques vil- 
lages; au delà se dresse la muraille grise de la grande chaîne de 
montagnes, en avant de laquelle se détache le fort Saint-Georges, 
.avec ses remparts vénitiens (1). 

La presqu'île de Lixouri ou presqu'île de Paliki est parcourue par 
une chaîne peu élevée, qui se rattache à la grande. Cette chaîne 
est coupée en deux parties par une vallée transversale, celle de 
Samoli , dans la partie N. de la presqu'île; au N. de cette vallée . 
un massif montagneux, pour lequel la carte de l'état-major indi- 
que une hauteur de 520n>, se termine au cap Atheras. Dans la 
partie S. de la presqu'île, M. Wiebel cite comme le sommet le 
plus élevé le Sokambos (1370 p. = 418m, selon Smyth), au N.-O. 
de Lixouri; la carte de l'état-major place dans la même région le 
mont Mylos, 437m. A l'E. de cette chaîne , d'aspect en général 
aride et désolé, s'étend le long de la mer une plaine fertile, où se 
trouve la ville de Lixouri, dont l'importance est bien diminuée 
depuis le tremblement de terre de 1867. 

La carte de Gramm divise l'île de Géphalonie en dix-neuf dis- 
tricts, qui sont indiqués sur notre carte par des chiffres (2) : 

1. Anoï. 6. Ikosimia. 

2. Argostoli. 7. Katoï. 

3. Eleo (Elio). 8. Koronous. 

4. Eriso (3). 9. Livatho. 

5. Hiraklion (4). 10. Misokhoria. 

(1) Le nom de Livatho (Ai6a8<ô) doit sans doute être rattaché au même 

cal que les noms de Livadhion, Livadhia (ià XtêàStov, xà hpâSia), qui sont fré- 
quents en Grèce. 

(2) Cette division ne correspond pas exactement à la division en il 
tuelle. 

(3) Eriso forme aujourd'hui deux dénies : Atto; au 8., lvS/:y 

(4) c Hpàvc),etov est le nom officiel , Rakli ou Arakli le nom vu! 



8 HECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

il. Omala (Mala). 16. Skala. 

12. Potamiana. 17. Talamies (1). 

13. Pylaro. 18. Thinea (0y)va(a). 

14. Pyryi. 19- Valtes. 

15. Samos. 

Certains noms de districts (Koronous, Pylaro, Samos) sont sou- 
vent indiqués à tort sur les cartes comme étant des noms de vil- 
lages. 

Céphalonie est moins fertile que Gorfou ; mais elle a une très 
grande richesse dans ses raisins de Corinthe. Après les raisins 
de Corinthe , les principaux produits du pays sont les olives et 
le vin. 

Certaines parties de Céphalonie manquent d'eau. Ainsi, dans la 
presqu'île d'Eriso, au N. d'Asso et de Pylaros, il n'y a, paraît-il, 
ni puits ni sources , et, quand l'eau de citerne fait défaut , on est 
obligé d'aller chercher de l'eau à Ithaque. 

§ 4. _ Au N. d'Argostoli, sur la côte E. de la petite presqu'île, 
sont les célèbres moulins qui ont donné lieu à tant de discussions 
parmi les géologues. Ces moulins, construits l'un en 1835, l'autre 
en 1859, sont tout au bord de la mer ; c'est l'eau de la mer qui les 
fait tourner , et cette eau, après avoir passé sur la roue , va se 
jeter dans un katavothre , pour aller on ne sait où. En 1835, 
M. Stevens, se promenant un jour sur le bord de la mer, remar- 
qua un bruit qui se faisait entendre sous terre ; il creusa et dé- 
couvrit que la cause de ce bruit était un courant d'eau salée qui 
allait se perdre dans le sol ; il eut l'idée d'utiliser ce courant pour 
faire tourner un moulin , et cet exemple fut imité en 1859 par 
M. Migliaressi, maintenant propriétaire des deux moulins. 

Ce phénomène semble être unique dans son genre ; les sa- 
vants ne sont pas d'accord sur l'explication qu'il convient d'en 
donner. Il a été surtout étudié par Mousson , Unger (2) , et en 
dernier lieu par M. Wiebel , qui lui a consacré tout un volume. 

Il paraît aussi, selon M. Migliaressi cité par M. Wiebel, qu'il se 
produit dans la baie d'Argostoli un flux et un reflux régulier ; de 
l'un à l'autre, il y aurait une différence de niveau de 2 à 6 pou- 
ces anglais. 

(1) 0aXa[Atou!; ou STodafjuou; selon M. Tsitselis , qui ajoute qu'il n'a jamais en- 
tendu employer ce nom aujourd'hui. 

(2) V. mon Mémoire sur Corfou, p. 3. 



II. — CÉPHALONIE. 9 

D'autres phénomènes hydrographiques intéressants s'observent 
dans la baie de Samos. 

Une autre curiosité naturelle est celle de la xouvoTieTpa (^Érpa 7coïï 
xouvietou). A l'extrémité S. de la presqu'île de Paliki , près du cap 
Akrotiri, on voit dans la mer une grande roche (I) à surface 
supérieure plate et horizontale; elle sort très peu de l'eau, et 
une fente large d'environ un doigt la sépare du mur de rochers 
que forme à cet endroit la côte. La roche qui est dans la mer a 
un mouvement d'oscillation dans un sens parallèle à cette mu- 
raille de rochers. Ce mouvement d'oscillation, qui n'est certaine- 
ment pas produit par les vagues , est très lent et assez difficile à 
apercevoir; on peut le constater en mettant dans la fente une 
petite pierre , qu'on voit alors très distinctement remuer (2). J'ai 
entendu dire qu'autrefois, avant le tremblement de terre de 1867 , 
le mouvement était beaucoup plus fort. 

§ 5. — TEXTES ANCIENS RELATIFS A LA GÉOGRAPHIE DE CÉPHALONIE. 

Géographie physique. 
Strabon , 10,2, 15 , décrit ainsi l'île de Céphalonie : . .. aaxpà 

û' àv/piouaa irpôç Eùpov, ôpstvr) • (jt-lytaTOv o' opoç Iv aÙTYJ <CAîvoç^>, sv w xà 
Atoç Àtv7](7iou kpov • xaô' o os (ttevcotoctï] Ictiv v\ vrjao; , xaTïctvov igQuov ttoieï, 
<.o<tQ' ôïcepxXuÇearôat TtoXÀaxt; Ix 0aAaTT7)ç sïç OaÀarrav • rclr^iov 8' eîal twv <tt£- 
vwv ev xâi xo^xco Kpavtoi ré xal IlaXeTç. 

Cette dernière assertion paraît tout à fait extraordinaire : il n'y 
a dans l'île aucun endroit pour lequel elle puisse être vraie ; 
l'isthme que semble désigner Strabon serait celui de c Aytà Kupiaxr], 
qui rattache la presqu'île de Paliki à la masse principale de l'île ; 
mais cet isthme est à plus de 500 pieds au-dessus du niveau de la 
mer. M. Migliaressi a émis l'hypothèse que l'île de Vardiani 
(Guardiana),qui est au S. de la presqu'île de Paliki, était peut-être 
réunie dans l'antiquité à cette presqu'île par une langue de terre 
mince et basse que la mer aurait fini par emporter (3) ; mais dans 

(I) Elle a 7 à 8 pas de long sur 4 à 5 de large. 

(ï) A ce qu'il m'a semblé, l'amplitude de l'oscillation n'est pas constante. 

(3) Une objection à faire à cette hypothèse , c'est que Pline nomme déjà , 
comme se trouvant a ante Cephalleniam », l'île de Letoia (cf. Ptol., 3, 14 , 13, 
ri AwT(£a vyjdoi; , long. 47°, lat. 36° 45'), qui doit être Vardiani, puisqu'à part 
cette île, il n'y a près de Céphalonie que des îlots insignifiants. Il est donc plus 
probable que Strabon n'a pas vu lui-môme l'isthme dont il parle (celui de 'Aytà 



10 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

ce cas Strabon aurait commis une erreur : car cette langue de terre 
n'eût pas été dans la situation qu'indique le texte de Strabon. 

L'AÎvoç avec son sanctuaire de Zeù; Aîv^sioç est aussi mentionné 
par le scholiaste d'Apollonios de Rhodes, B, 297. 

Etienne de Byzance : Bâta • opoç KecpaXXyjviaç (1). — Les Céphallé- 
niotes d'aujourd'hui identifient cette montagne avec le mont 'Ayià 
AuvaTTi (à l'O. de la baie de Samos) ; c'est une identification qui ne 
repose absolument sur rien. 

Aristote, Ueç>\ xà Çcoa laxoptwv 0', 28, 1 : xal Iv KscpaXXrjvta 7roxa- 
t/.o; ûtet'pyei, ou èià xaoe jaiv yivovxai xéVnyeç, sV Ixsïva S' où yivovxat. — Bur- 

sian pense que ce doit être le ruisseau qui se jette dans la baie 
de Samos; mais je ne vois pas pourquoi ce serait celui-là plutôt 
qu'un autre. 

Aristote, IIspl kuaan. àxouo-p;., 9 : aî iv K£yaXXr,v(a atyeç où 7t(vou- 
atv, wç £Oixev, w<T7T£p xal xaXXa xexpaTCOOa, xaô' r)|X£pav Se 7ipo; xb raXayoç àv- 
xia xà 7rpo'cto7ra ironq aaaat yaaxoufftv eiffSs^ojJisvai xà itveu[/.axa. Une an- 
cienne traduction latine , d'un auteur inconnu (v. éd. de Berlin , 
t. III, p. 403), porte : « in Gephalenia non bibunt caprae diebus 
singulis , ut videtur, pro reliquorum quadrupedum more , sed ad 
flantcm aurain conversse hiantesque hausto vento reficiuntur. » 
Le traducteur latin lisait , paraît-il : wtnusp xal xà'XXa xsxpaTOoa , 
xaô' 7]f/ipav, tooç ol xo raXayoç , etc., ce qui donne en effet un sens 
plus satisfaisant. 

Cf. Elien , Ils pt Çwwv, 32 : alye; 81 apa a! KecpaXXv)vi'Se; où «(- 

vouo-tv (jltjvwv i\. Valère-Maxime , 1 , 8 , 18 : « aut in Cephalenia in- 
sula, cum omnia ubique pecora haustu aquse cotidie recreentur, 
in ea pecudes majore ex parte anni ore aperto ex alto ventos reci- 
pientes sitim suam sedare. » 

La même croyance est mentionnée aussi par Loverdos (v. éga- 
lement, p. 17, le passage de Bondelmonte). Les bergers de Gé- 
phalonie assurent encore aujourd'hui que , lorsque leurs chèvres 
ou leurs moutons ne passent pas tout l'hiver enfermés dans des 
étables et trouvent au dehors une nourriture humide , ils ne boi- 



Kupiaxyj) et qu'il s'est laissé conter quelque fable. — Cette fable est répétée 
dans Vlsolario de Benedetto Bordone, Venise, 1534 : « ... et la parte che à l'os- 
tro è posta ô tutta montuosa et fra tutti uno ve ne altissimo, dove il tempio di 
Jove Enesio era, et appresso il detto monte è tanto bassa et stretta , che moite 
volte da l'una à l'altra parte il inar trappassa. » 

(l) KsçaXXYjvia est l'orthographe ordinaire, v. Rangabé, Ant. hell., n° 381, li- 
gne 6 (01. 100, 3), et cf. Eustathe, lliad. B, 031. Od. B, 105 ; Ke<paXï)via se ren- 
contre dans des inscriptions d'une époque postérieure, C. I. G., 340. 6190 b. 



II. — CÉPHALONIE. . 1 1 

vent point de tout l'hiver, à moins d'une sécheresse exception- 
nelle. — Cette croyance ne semble pas être particulière à Gépha- 
lonie ; je l'ai aussi trouvée à Leucade, 

Géographie poli h 

Thucydide , 2 , 30 , 2 : xv-xi ci r, KeçaXXrjvia xa-rà 'Axapvavfotv xal 
A.euxaSa, TeTpaTroXtç o0<ja, lia/.rj:, Kpàvioi, 2afxaïoi, Ilpowaïoi (I). 

Strahon, 10, 2, 13 : r>,v Se K£<paXX?iviav, TETpaitoXiv oûuav, oùVaur^v eï- 
prpcs tm vov ôvoaa-t (il s'agit d'Homère, qui appelait Céphalonie 1-rj.r 

oute twv •jioXetov ouceuu'xv, tîX^v puSç, site 2au.Y]ç eits 2au.ou, r, vuv uiv oùx- 

éV £<7tiv, i/vr, S' awTYJç Seixvorai xaxà as-rov tov tcoo; 'I6ax7) Tcop0u.ov aï 

S' aXXou xal vûv Etalv èri, [xixpal Tio'Xeiç Ttvéç, <IIaXeîç (2),> TIpoW^o; (au- 
tre nom de IIpSvvoi), xal Kpavioi (3). 'E<p' r.uôJv Se xal aXXv|v 7rpo<jéxTi<re faïoç 
'Avtcovioç , ô GsTo; Mapxou 'Avkoviou , fjvixa (puyàç y£VOU.evoç \j.srat tyjv &tox- 

TEl'aV $V (TUVYJpÇS KtXSpWVt TO) Ôr'TOp'. , EV TV] Ks<paXX7)Via StSTpi^Ë Xal t/v oXrjv 

vîj<jov uirrçxoov st/sv oç ÏSiov xT7)u.a • oux E<p6v| f/ivroi uuvoixiffaç, àXXa, xaôo- 
Sou xuywv, Trpo; aXXotç [/.eiÇociv wv xaiéXuce tov [Jtov. 

Etienne de Byzance : Kpaviot (mss. Kpaviov) , 7toXeç Iv KecpaXXï)via t9j 

vrçffto • TSTpdtitoXtç Se f\ vrjffoç à~o tov Ke<paXou 7ca(Sa)V , IIpovou (OU IIpwvou , 

v. l'éd. de Meineke , 2au.ou, rivico», Kpavtou. 

Polybe, 5,3,3: avayOsi; (Philippe) ex xwv IlaTfwv xaTa r>,v <yûVraç"iv 
ÉitXei, xal irpocEff^E xîjç Ks<paXXY]viaç xa-ca Ilpovvouç. [4] c OpSiv os to te to>- 
X'.TaaT'.ov touç Ilpovvouç SuoTtoXcopxrjTOv 3v xal tt,v £iopav OTevrjv, 7rapsirXei ra 
(jtoXci) «al xaÔwpu-icÔY) -npoç r>,v twv IlaXaiswv (forme incorrecte nu lieu 
deOaXétov; on rencontre aussi le gén. plur. IlaXeioiv , v. C. /. G., 
1629, et cf. plus loin, § 10) to'Xiv. [5] SuviSàv Se rau-oiv t->,v y^topav yÉu.00- 
aav ffiTOu xal 8uvau.év7)V TpÉ<psiv sTpaToraSov , t/,v uiv Suvau.iv Ixêiêaffaç rcpoc;- 
earpaToraSeuffe tyj uo'Xet [6] Â.utoç Se 7cspt>îet t/v -o'Xtv, Itcktxotcwv ttwç 

(1) La vraie orthographe parait être npwvvaîot : les monnaies portent npwvvmv, 
cf. Rangabé, Ant. hell., n° 381, lignes 6-7 (dans une inscr. de l'Ol. 100 , 3) : Ki- 
çaXXrjvtDV npôvvoi (Pape accentue IIpwvvoî , mais v. le passage de Polybe cité 
plus loin, où il y a Dpovvot, c'est-à-dire IIpûvvoi)- — Au lieu de Ilpajvvaîoç, Ly- 
cophron et Tzetzès (lequel fait allusion au passage de Thucydide) ont l'ethnique 
Opc&vtoç (lisez IIpwvvio:), v. le dictionnaire des noms propres grecs de Pape. 

(2) Ce mot manque dans les mss. ; dans un autre passage de Strabon (10, 2, 
14, oOoà na>.Eï; to Aov).iy.ov) Ilalsï; semble être pour r, IlaXÉwv TtôXiç. Cette ville 
est appelée par Polybe ô IlaXoûç, -oûvtoç (5, 5, 10; ; Le scholiaste de Thucydide 
(1, 27) la nomme II<xXy| (var. IlaX^) : JtoXiç 8è r, Uïrr, tt)ç Ke<paXXï)v£aç • TexpaTro- 
)■.: T i f èffTiv r, KeçaXXïjvia, IIocXti , Kpàvaia (sans doute Kpavaia, c'cst-a-dire ri 
Kpavaîa yr)), lâjjLa-.a (1. Sa(iaCa), Ilpwvaia (1. Ilpwvvaia). 

(3) Cette ville s'appelait aussi Kpàvri, car quelques monnaies portent un K 
surmonté d'un H, cf. plus loin, g 18, n u 3. 



12 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

Suvaxov £?7] Trpoaaystv Ipya xat jjiriyavàç 4,2: <7uvG£wpwv 81 xà f/iv 

aXXa p.£p7] xrjç 7ioX£Wç xà f/iv QaXàxxT), xà Sa xpTjtxvoiç Tr£pt£/o;x£va, ëpa^ùv ô£ 

TtVa X07TOV £7rt7T£OOV OCUT/jç U7tàpy(OVXa XOV 7tpOÇ TrjV ZaXOVÔOV £(7Tpa[X[JI.£VOV , XYJO£ 

St£vo£tTO upoirayEiv Ipya xal xtjSe xtjv oXïjv <7uvicxa<79ai TroXtopxiav [6] Twv 

ôÈ -rrpoç ty)v TroXtopxiav r)TOi i u.airu.£Vcov , StaÔEiç xà psXvj xoù xobç raxpoêoXouç 

xaxa xouç àpiAoÇovxaç xotouç Tcpoç xo xojXuecv xoùç a;xuvo;xsvouç 7rpo<77JY£ 

xàç [nq/jxvàç xotç xei^effi [7] Tayù Se xoïï xsfyouç stci Suo 7tXé0pa xp£{/.a- 

(TÔevxoç, etc. [8] Ip-êaXtov irup xoïç speiaixasiv ojjlou 7:âv xo St£<7XuXto[x£vov 

xaxÉëaXfi xzijoq. 

Un passage dont le texte est très incertain se lit chez T.-Live , 
38 , 28 , 6 ; il a donné lieu à une erreur de Kiepert (Neuer Atlas 
von Hellas, 1872 , carte VII). Les manuscrits donnent : « obsides 
inde imperatos pro viribus inopes populi (mauvaise variante : 
inopis populi) vicenos autem Grannoni (variantes : Granoni, Gra- 
nonii, Gramoni ; lisez : Cranii) et Palenses et Samaei dederunt; » 
au lieu de autem l'édition de Bâle (Frobeniana) de l'an 1535 donne 
Nesiotse. Ceux qui ont admis ce dernier texte ont voulu identifier 
cette ville, dont il n'est point question ailleurs, avec la ville mo- 
derne d'Asso, située sur la côte 0. de la presqu'île d'Eiïso. Il y 
a en effet à la forteresse d'Asso une inscription latine de la fin du 
seizième siècle (voyez plus loin, § 14), où il est dit, en parlant de 
la fondation de cette forteresse , que l'endroit où elle fut bâtie 
s'appelait Naxos (1) ; ce nom paraissant ancien , on a pu croire 
qu'on avait là l'emplacement d'une ville antique, qui pouvait être 
celle que mentionnait T.-Live dans le passage en question. Aussi 
Kiepert indique-t-il sur sa carte antique de Céphaionie , avec un 
point d'interrogation , il est vrai , une ville de Nesos , qu'il place 
exactement à l'endroit où est Asso ; d'autre part , des personnes 
de Céphaionie voudraient lire , dans le passage de T.-Live, Na- 
siotx ou Naxiotie. — Cette opinion me paraît inadmissible; beau- 
coup de textes prouvant que le territoire de Céphaionie était par- 
tagé entre quatre villes, npwwoi ou Iïpwvriaoç, 2a[X7], IlaXïi ou ÏIocXeiç, 
Kpavv] ou Kpavioi, et les trois dernières (2) se trouvant mentionnées 
dans le texte de T.-Live, ce ne peut être que la première qui man- 
que, quel que soit le texte qu'on adopte. Si on lit autem (Madvig, 
Weissenborn dans l'éd. qu'il a publiée chez Weidmann) , il faut 

(1) « Admirab. Naxi locum consid. favente Deo omnes hic urbem eedifi. sta- 
tuer. » — Coronelli appelle cette forteresse Asso ou Nasso. Nous dirons plus 
loin ce que nous croyons qu'il faut penser de ce nom de Naxos. 

(2) Toutefois M. Madvig remarque qu'il n'est pas évident que Grannoni soit 
pour Cranii ; Grannoni pourrait aussi être une corruption de Pronnxi ; dans ce 
cas ce serait Cranii qui aurait été passé. 



II. — CÉPIIALONIE. 13 

admettre qu'avan! vicenos le nom des habitants de Pronnoiavec le 
chiffre des otages qu'ils donnaient a él é i »assé : « XXXX (XXX, X ?) 
Pronnxi, XX autem , etc. » Si l'on adoptait le texte de l'éd. de 
Bâle (Weissonborn dans l'éd. qu'il a publiée autrefois chez Teub- 
ner) , il faudrait corriger : « Proncsiotœ et ; » Pronesiotx pourrait 
être l'ethnique de IIpi-V^oç ( 1 ) . 

T.-Live , 38 , 28 , 7 : « Samœi desciverunt. [8] Quia opportuno 
loco urbs posita esset timuisse se ajebant ne demigrare cogeren- 

tur ab Romanis [10] Oppugnari deinde, postquam nihil pa- 

cati respondebatur , cœpta urbs est [11] duobus igitur locis 

admoti arietes quatiebant muros. — 29, 1 : Nec ab Samœis quic- 
quam , quo aut opéra aut hostis arceri posset , prsetermissum est. 
[2] Duabus tamen maxime resistebant rébus , una , interiorem 
semper juxta validum pro diruto novum obstruentes murum, al- 
téra, etc. [9] Quattuor menses obsidionem Same sustinuit. Gum 
ex paucis cotidie aliqui eorum caderent aut vulnerarentur et qui 
supererant fessi et corporibus et animis essent, [10] Romani nocte 
per arcem quam Gyatidem (Weissenborn : Cymatidem, Madvig : 
Cyneatidem) vocant — nam urbs in mare devexa in occidentem 
vergit — muro superato in forum pervenerunt. [11] Samasi post- 
quam captam partem urbis ab hostibus senserunt , cum conjugi- 
bus ac liberis in majorem refugerunt arcem. Inde postero die de- 
diti, direpta urbe, sub corona omnes venierunt. » 

Pline , 4 , 19 (12) : « Same diruta a Romanis, adhuc tamen op- 
pida tria habet. » 

Agathèméros , 23 (Gcor/mphi Grœci minores , éd. Didot , t. II , 
p. 484) : KecpaXXv)via vvjso; TETpaTroXiç. 

Pausanias. 6, 15, 7 : naXscç, »j reTap-ni K£'iaÀÀ-/ivwv i/.oïpa • o&toi Se ot 
IlaÀstç l/.aXouvTO Ao'jÀ'.yisïç xà àp/atoxepa. 

Il ne peut pas y avoir de doute sur la position de ces quatre 
villes. Les ruines de Paie se voient au N. de Lixouri , sur une 
petite colline , au milieu d'une plaine fertile ; toute la presqu'île 
s'appelle encore aujourd'hui Paliki. Les ruines de Krané sont au 
S.-E. d'Argostoli, sur une colline qui domine la lagune de Kota- 
vos et au-dessous de laquelle est une vallée nommée encore au- 
jourd'hui Krania. On voit encore les restes des deux citadelles 
de Samé sur la côte E. de la baie de ce nom ; le district a con- 
servé le nom de Samos. Quant à Pronnoi , l'emplacement en de- 
vait être dans la partie S.-E. de l'île , à l'O. et au N.-O. du cap 

(I) Sur tout ceci, cf. Madvig, Emendationes Livianse, 2° éd. (1877), p. 546-547. 



14 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

Kapri. Il y a là une petite baie de Poros, que les Géphalléniotes 
un peu lettrés commencent à appeler Pronos , et non loin de la- 
quelle on trouve les ruines de deux forteresses , placées aux deux 
extrémités opposées de la vallée de Rakli ; la situation de cette 
baie vis-à-vis du golfe de Patras , la position extrêmement forte 
des deux citadelles , le caractère montagneux du pays répondent 
très bien aux indications de Polybe. 

Le passage de Strabon sur Samé présente une difficulté : il dit 
que de son temps cette ville n'existait plus et qu'il n'en restait 
que des ruines ; Pline parle également de Samé comme d'une 
ville détruite ; or les ruines qu'on voit aujourd'hui à Samos prou- 
vent qu'il y a eu là une ville à l'époque romaine. Il faut donc ad- 
mettre qu'à l'époque de Strabon et de Pline cette ville romaine 
n'existait pas encore et que, l'ancienne ville grecque étant en rui- 
nes, il n'y avait là pour le moment qu'un village ne méritant pas 
le nom de ville. 

Ptolémée , 3, 14, 12, dit : r\ KecpaXX7ivi'a vrjaoç, '/)ç ôjjuovufjioç 7roXiç, 

etc. 

Il n'est pas question ailleurs de cette ville de Céphallénie , ca- 
pitale de l'île. Peut-être est-ce le nom que reçut précisément 
cette ville romaine qui s'éleva sur l'emplacement de l'ancienne 
Samé. Quant aux autres villes grecques , si Ptolémée n'en parle 
pas , c'est sans doute qu'elles n'avaient plus grande importance 
de son temps ; déjà Strabon les mentionne comme de petites villes. 
L'ancienne édition de l'atlas de Kiepert plaçait Kephallenia , avec 
un point d'interrogation, sur le plateau actuel de Livatho , au S. 
d'Argostoli (1) ; au contraire la carte XIII de l'éd. de 1872 (2) 
semble mettre la ville de Kephalenia sur l'ancien emplacement de 
Samé. 

C'est là en effet ce qui semble résulter des indications de lon- 
gitude et de latitude que Ptolémée donne pour la ville de Céphal- 

(t) Beeskow dit que l'ancienne ville de Cephallenia était peut-être là où s'éleva 
plus tard « la forteresse de Céfalonie. » Il veut parler du fort Saint-Georges , 
niais ce fort, construit au moyen âge, ne s'est jamais, que je sache, appelé Cé- 
phalonie. 

(2) Cette carte, qui représente les pays grecs suivant l'idée que Ptolémée se fai- 
sait de leur configuration, est construite : 1° d'après l'édition critique de Ptolémée 
commencée par Wilberg et Grasshof (1838-4Ô) ; 2° d'après des cartes ancien- 
nes médites contenues dans quelques-uns des meilleurs mss. de Ptolémée. — 
Cette carte confirme l'opinion que nous avons exprimée dans notre Mémoire sur 
Corfou , p. 11, sur la position des caps Phalacron et Amphipagos (Amphipygog 
sur la carte XIII de Kiepert). Sur la même carte Ptychia est une ville (!) située 
sur la côte à une petite distance au N.-O. de Corcyre. 



II. — CÉPHALONIE. 15 

lénie, pour la pointe septentrionale de l'île et pour la pointe mé- 
ridionale : 



Longitude. 


Latitude. 


Ville de Géphallénie : 47o 40' 


37° 10' 


Pointe septentrionale : 47° 40' 


37° 30' 


Pointe méridionale : 47° 45' 


36° 40' 



Quant à la ville dont G. Antonius avait commencé la construc- 
tion, on ne sait rien sur son emplacement; on a supposé qu'elle 
pouvait être sur la côte S.-E. de l'île, où l'on a trouvé en effet des 
restes de l'époque romaine ; mais c'est là en somme une pure hy- 
pothèse. 

Antipatros de Thessalonique, Anthologie, éd. Jacohs, t. II, p. 99, 
parle encore d'un port de Panormos : 

Ooïos, KeœocXX^vtov X11j.sv05y.07re, 8~vx llavôpjjLOu 

VOCUOV, TpYJY^etalÇ àvTl7r£p7)V Iôaxvjç 

Cf. Artémidore cité par Porphyre , De antro nympharum , 4 , 
p. 114 de l'éd. Barnes (1), et une inscription grecque publiée dans 
VArchâol. Anzeiger, 1846, p. 358, et dans le C. I. G., 6190 h. 

Ce port de Panormos devait être situé, d'après le texte de Y An- 
thologie et celui d'Artémidore , sur la côte E. de la presqu'île 
d'Eriso ; on a voulu l'identifier avec Phiskardo. 

Deux questions assez difficiles sont de savoir : i°1Pil y a en à 
Céphalonie une ville de Taphos ; 2° si le AouXi'xiov d'Homère était 
une partie de l'île de Céphalonie. 

Selon Strabon, la Tobo; d'Homère est la plus grande des Ta<pu«>v 
vîiffot, situées entre Leucade et le continent (10, 2 , 14 et 20) ; de 
son temps , dit-il , Ta<poç s'appelait Touptoïïç (Pline , 4 , 19 (12), l'ap- 
pelle Taphias, cf. Etienne de Byzance, s. v. Tacpoç) ; c'est l'île ac- 
tuelle de Meganisi. D'autre part, Etienne de Byzance nomme, à 

CÔté de cette île de Tà<poç, Tacptoïïç OU Ta<piaç : « Tacpo;, ttoXiç KecpxXXr,- 

viaç • vuv Se Ta<pioû<r<ra. •» Or, près de la côte O. de la presqu'île de 
Paliki , il existe aujourd'hui un monastère nommé Taphio, et la 
montagne qui le domine s'appelle xb Ta-^tov opo;. Aussi Kiepert 
a-t-il placé, carte VII, en cet endroit, une ville de Taphos. — Il y 
a toutefois plusieurs raisons qui me font considérer l'existence de 

(1) D'après ce passage, ce port était à l'O. d'Ithaque, à une distance de 12 stadea. 



16 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

cette ville de Taphos comme douteuse. Elle n'est connue absolu- 
ment que par le texte d'Etienne de Byzance ; or Strabon men- 
tionne, pour la réfuter (10, 2, 14) , une théorie qui identifiait la 
Taphos d'Homère avec Géphallénie ; on peut donc se demander si 
cette fausse identification admise par certains auteurs n'a pas in- 
duit Etienne de Byzance en erreur. D'autre part on ne doit peut- 
être pas attacher grande importance au nom moderne de Taphio ; 
suivant l'explication donnée par les gens du pays , l'origine de 
ce nom devrait être cherchée dans ce fait qu'un petit vallon situé 
dans la montagne au-dessus du monastère a la forme d'un 
cercueil. Ajoutons que les antiquités qu'on a trouvées dans les 
environs sont trop insignifiantes pour qu'on en puisse rien con- 
clure. 

Quant à AouXfywv, quelques anciens l'identifiaient, soit avec Gé- 
phallénie tout entière , soit avec la presqu'île actuelle de Paliki , 

voyez Strabon .10,2,14: 'EXXavaoç — AouXt/tov r)|V KecpaXXYjviav Xs- 
ytov ours TTJç KecpaXXvjviaç to AouX(/cov, toç Avopcov cpy]<7i oùùk IlaXetç 

AouX(/tov — wç Ypa^pst OepsxuûY); (cf. le passage de Pausanias cité 
plus haut). Je ne sais sur quoi reposaient ces théories. Strabon dé- 
montre très bien qu'Homère ne faisait pas cette identification , et 
il renvoie aux deux passages suivants : Iliade, B, 625 et suiv. 
Odyssée, II, 247 et suiv. D'après Strabon comme d'après Homère, 
Doulichion était une des Echinades , qui, du temps de Strabon, 
s'appelait Dolicha, v. 10, 2, 19. Gomme on ne sait où retrouver 
cette île aujourd'hui, on admet qu'elle a été réunie au continent 
par suite des alluvions de l'Achélous. 

Les Géphalléniotes d'aujourd'hui croient que Doulichion était 
la presqu'île d'Eriso (cf. la note (3) de la page 7) . L'origine de cette 
opinion, c'est que, sur la côte E. de la presqu'île, au S. de Phis- 
kardo , il y a une petite baie qui s'appelle Dholikha (AouXr/a selon 
M. Tsitselis, cf. la carte de Gramm). 

Une autre tradition relative à AouXfyiov est rapportée par Pouque- 
ville. Voyage de la Grèce, t. IV, p. 308 : « En prolongeant la côte, 
je pus me convaincre que toutes les Echinades font maintenant 
partie du continent. Les marins qui nous conduisaient nous in- 
diquèrent des bas-fonds du côté de Céphalonie , qu'ils appellent 
Dulichium. C'est une opinion commune que cette île qui faisait 
partie des domaines de Laërte est engloutie dans cet endroit. » Il 
n'y a sans doute à attacher aucune importance à ce témoignage. . 
Pour peu qu'on ait voyagé en Grèce, on sait très bien comment 
lés légendes s'y forment ; le mot de «. tradition populaire » ne peut 
en imposer que de loin. Un voyageur passe dans un village grec ; 



II. — CÉPHALONIE. 17 

en présence clés paysans qui se sont attroupés pour voir « l'étran- 
ger ». il exprime ses opinions sur les antiquités du pays, sur le nom 
ancien de l'endroit, etc. ; toutes ses paroles sont recueillies et de- 
viennent un article de foi pour ces gens ignorants, pleins de res- 
pect pour un homme qui a lu tout ce qu'il dit « dans les livres »; 
qu'un autre voyageur passe dix ans plus tard au même endroit, il 
rencontrera une « tradition populaire » très bien établie, et il aura 
peut-être la naïveté de la prendre pour un souvenir des temps 
antiques. 

Du reste l'imagination des Grecs est prompte à voir des restes de 
constructions submergées là où il n'y a que des bandes d'écueils 
à fleur d'eau. Peut-être le Dulichium de Pouqueville est-il tout 
simplement le banc d'écueils de Kakava, sur la côte S.-E. de Cé- 
phalonie, dont nous aurons occasion de parler plus loin. 

Bondelmonte, Liber insularum Archipelagi, p. 58 : 

« ... cujus in medio mons elatus erigitur, hodie Léo (1), sine 
flumineque scaturiginibus aquarum dicitur. En quo multitudo 
fagorumque pinorum per circuitum insurgunt, et, quod plus est, 
silvestria non pauca errantia sine potu et nusquam aquam inve- 
nientia ore aperto auram e montibus recipiunt in potum asstatc 

illa Ad occiduum ergo Viscardus portus, a Roberto Viscardo, 

domino Apulise, dictas, apparet. In qua olim Pétilla, ubi Chilon , 
Lacedœmonius philosophus , aliquibus annis stetit , ut dicit Epi- 
phaniusCypricus, et tantœ exstitit auctoritatis industrieeque quod 
in templo Apollinis aureis litteris hsec scribi fecit : Nosce te 
ipsum Contra vero Ithacam Samus est. » 

Cette prétendue ville de Pétilie est aussi nommée par Porcac- 
chi, p. 96 : 

« Al capo di Guiscardo ch' è nella pertinentia d'Erisso vedesi à 
marina che similmente vi fu una città chiamata anticamente Pé- 
tilla ed al présente v' ha in esser moite ruine d'edificii. » 

Je ne sais pas quelle est l'origine de cette croyance (2). 

(1) L'Atlas de Bory de Saint-Vincent appelle également l'yEnos monte Leone. 
Selon M. Wiebel, lequel, il est vrai, ne cite pas ses autorités, ce nom aurait 
été en usage à l'époque vénitienne. Si le fait est vrai , ce nom de monte Leone 
provient peut-être d'une traduction inexacte du nom de Eleo (ou Léo, v. Co- 
ronelli), que porte un district situé à l'extrémité S.-E. de la montagne, sur la 
pente S.-O., vers la mer (v. plus haut, note (2) de la page 6). 

(2) Selon Beeskow, Grasset de Saint-Sauveur (t. III, p. 67) appellerait Pi 
Ja ville qu'avait fondée C. Antonius (?). 



18 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

I. KRANÉ. 

§ 6. _ Si les divisions politiques de l'île dans l'antiquité cor- 
respondaient aux divisions 'naturelles , le territoire de Krané de- 
vait comprendre tout le versant occidental de la grande chaîne , 
depuis l'isthme de 'Aytot Kuptax^ jusqu'à Kateleo. 

Ruines de la forteresse de Krané. 

Ces ruines se trouvent au S.-E. d'Argostoli, tout au fond de 
baie. Elles occupent le sommet de plusieurs collines rocheuses 
situées entre la vallée de Razata (au N.-E.) et celle de Krania 
(au S.-O.) et formant une espèce d'amphithéâtre, lequel s'ouvre 
sur la lagune de Kotavos par un ravin étroit et escarpé, que j'ap- 
pellerai D. 

lo Le côté le plus fortifié de l'enceinte est le côté N.-E. , qui 
donne sur la vallée de Razata. C'était en effet de ce côté que les 
habitants de Krané avaient le plus à redouter une attaque enne- 
mie; car les défilés qui sont au delà de la vallée de Razata sont 
la route par où l'on arrive de Samos à Argostoli. 

Du haut d'une colline située à l'E. de la lagune de Kotavos 
et qui est le point le plus élevé de toute l'enceinte (colline A) , un 
mur hellénique descend , du N.-O. au S.-E., jusqu'à une espèce 
de ravin (0) , où se trouve une entrée de la ville ; voici la disposi- 
tion de cette entrée : 

Un peu en arrière sur la ligne des murs , on voit la place de 
deux portes, séparées par un massif de construction; en avant de 
ces deux portes , du côté de Razata , s'étend un espace rectan- 
gulaire , lequel était protégé à droite et à gauche par deux autres 
massifs de construction quadrangulaires, s'avançant hors de la li- 
gne des murs ; aujourd'hui l'un est ruiné en partie , l'autre est 
entièrement reconnaissable. 

Au delà du ravin le mur d'enceinte remonte le long de la crête 
de la colline, fait un angle vers le S., et on peut le suivre jusque 
près d'un sommet rocheux qui forme l'extrémité S.-E. de toute 
cette chaîne de collines (B). 

Ce mur, A O B, est flanqué sur toute son étendue d'une série 
de tours rectangulaires, éloignées d'environ 40 pas l'une de l'au- 
tre et faisant saillie du côté de la vallée de Razata. Le mur lui- 
même a environ cinq pas d'épaisseur ; il est revêtu sur ses deux 
faces de très beaux blocs de pierre, taillés avec soin et ajustés sans 



II. — CÉPHALONIR. 19 

ciment ; l'intérieur est formé de pierres plus petites, non taillées, 
ftmpilées les unes sur les autres. Du reste le système de construc- 
tion n'est pas le môme dans toutes les parties du mur : le mur B 
se compose d'assises régulières de grands blocs rectangulaires il), 
tous également hauts dans une môme assise , sans que toutes les 
assises soient de hauteur égale ; mais , dans la partie de B qui 
est voisine du ravin , la forme des blocs qui composent le mur 
devient de plus en plus irrégulière ; les massifs de construction 
situés des deux côtés de la porte sont faits de blocs presque tous 
irréguliers (2) , et , de l'autre côté de la porte , en allant vers A , 
tout le mur, je crois, est fait de blocs polygonaux. Il semble 
donc que la portion de mur qui est vers le sommet B a été re- 
construite à une époque plus récente. 

Le mur A traverse , assez loin de 0, un petit creux planté 
d'oliviers qui s'appelle encore aujourd'hui ayopa. 

2° La partie S.-E. de l'enceinte , qu'on retrouve à quelque dis- 
tance à l'ouest de B, en suivant toujours la crête de la chaîne de 
collines , est formée par un mur composé de blocs moins grands 
que ceux du mur A B , tout à fait irréguliers , et dont la plus 
grande partie ne semblent môme pas avoir été taillés. 

Ce mur va du N.-E. au S.-O. ; puis, à un point que j'appelle- 
rai G, au milieu d'un plateau dont l'extrémité S.-O. domine la 
vallée de Krania, il tourne à angle droit vers le N.-O. et suit une 
direction à peu près parallèle à A, du S.-E. au N.-O. (3). 

De distance en distance on aperçoit des blocs polygonaux 
marquant la direction du mur. Bientôt il descend , en suivant le 
versant N.-E. d'une colline dont le versant S.-O. donne sur la 
vallée de Krania, et on en peut reconnaître les traces jusque dans 
le ravin D. A quelque distance au-dessus de ce ravin j'ai re- 
marqué une portion de mur qui est très bien conservée : ce sont 
de très grands blocs polygonaux , dont quelques-uns portent la 
marque de l'instrument tranchant avec lequel ils ont été taillés ; j'ai 
mesuré un bloc qui avait plus de 3 m de long, plus de 2 m de haut. 

Du côté du N.-O. (A D), il ne reste, paraît-il, aucune trace du 
mur qui devait compléter l'enceinte en réunissant A à D. 



(1) L'un des plus petits a l m 35 de longueur, ,n 65 d'épaisseur, un peu plus 
de l" 1 de hauteur ; un autre, 2 m 55 de longueur, 0"'75 d'épaisseur, l m 30 de hauteur. 

(2) Quelques-uns de ces blocs sont énormes ; il y en a un qui ;i près de 3 m 50 
de long ; un autre, qui n'est pas dégagé dans toute sa longueur, a près de 3 m 80 
de long pour la partie qu'on peut mesurer. 

(3) Au point C j'ai cru voir les traces d'une tour avançant du côté du S.-O. 



20 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

Au S.-O. du ravin D, au bord de la lagune et en dehors de l'en- 
ceinte ABGD , est une petite colline (E) , moins élevée que les 
collines occupées par cette enceinte , et qui s'appelle aujourd'hui 
to Kaaxpo ou to KaaxeXXi (l'ensemble des ruines se nomme to Ila- 
Xatoxaaxpo, comme toutes les ruines de forteresses) (1). On y voit 
un mur qui suit le haut de la pente parallèlement au fond de 
la baie et qui descend ensuite dans la vallée de Krania ; ce mur 
est fait de blocs également polygonaux, mais dont les dimen- 
sions sont très ordinaires. Sur la même colline E on rencontre 
aussi des murs faits à la chaux, de l'époque romaine (2). Il sem- 
ble donc que cette colline en particulier a servi de citadelle sous 
les Romains. 

Sur le versant S.-O. de la même colline E, lequel tombe dans la 
vallée de Krania , on trouve les restes d'un petit escalier à pente 
très douce , creusé dans le roc , et descendant vers la vallée. Plus 
loin vers le S.-E. , toujours sur le même versant, on voit divers 
endroits où le rocher a été taillé de main d'homme, peut-être pour 
servir de mur naturel à des maisons. Tout en bas de la pente, au 
N.-O. d'une cabane de paysan , on a découvert , en creusant , de 
très grands blocs de tuf rectangulaires, joints sans ciment, qui 
formaient sans doute les fondements de quelque construction. 

Sur le même versant encore, à différentes hauteurs et en diffé- 
rents endroits , et aussi tout en bas de la pente , on rencontre les 
restes de plusieurs murs polygonaux , courant tous dans une di- 
rection horizontale le long de la colline. 

L'enceinte ABGD semble avoir été surtout une enceinte for- 
tifiée, pouvant servir de refuge aux hommes et aux bestiaux en 
cas de guerre. La ville proprement dite était peut-être sur le pla- 
teau que le mur C D laisse au S.-O. et sur le versant qui descend 
vers la vallée de Krania. 

Voilà ce que j'ai pu observer par moi-même. Ces ruines ont du 
reste été décrites par beaucoup de voyageurs ; pour compléter mes 
observations personnelles , je vais donner ici un résumé de ces 
différentes descriptions. 

Goodisson (3) : » A deux milles environ d'Argostoli , ruines de 

(1) Suivant le lexique de M. Tsitselis , l'emplacement de l'enceinte fortifiée 
de Krané s'appellerait aujourd'hui KoxxîXia. 

('2) Dans l'un de ces murs on remarque une grande cavité ; mon guide me dit 
qu'il y avait là autrefois le tombeau d'un roi et d'une reine , et qu'on y avait 
trouvé une inscription , un collier et divers autres objets précieux. 

(3) Par le si«ne » « j'indique que je ne fais pas une citation textuelle , mais 
un résumé. 



II. — GICPHALONIE. 21 

Cranii , sur un sommet très escarpé. On peut tracer toute L'en- 
ceinte... Le mur du S. peut être suivi sur une longueur d'environ 
508 pas, celui du N.-E. sur une longueur d'environ 800 pas... 
Du côté de l'E. est une vallée s'ouviv.nl dans le grand ravin qui 
sépare la chaîne de montagnes moyenne de la chaîne moins élevée 
qui borde le lac et dans lequel sont les villages de Dillenata \sic] et 
de Faraclata. A travers cette vallée, en arrière do la ville , s'étend 
un mur de courtine, construit avec des pierres en partie quadran- 
gulaires, en partie polygonales. On en peut tracer le parcours sur 
une longueur de 776 pas. Restes de 21 tours carrées en saillie, 
ayant chacune 8 pas de front (11. « 

Leake : » L'enceinte , de forme quadrilatérale , et qui avait tout 
au plus un peu moins de 3 milles de circonférence , suivait les 
crêtes de quelques sommets rocheux , entourant un creux élevé , 
qui s'abaisse vers l'extrémité S.-E. du golfe d'Argostoli... La plus 
haute des montagnes ci-dessus mentionnées s'élève en face d'Ar- 
gostoli à l'E. (2). Sur la crête de cette montagne, qui formait le 
côté N.-O. de la ville (3), il n'y a presque pas de trace de mur ; 
mais à son extrémité intérieure commence le côté N.-E. (4), pour 
lequel la partie inférieure des murs et des tours est entièrement 
conservée ; au milieu est la porte principale, située en arrière de la 
ligne des murs, et ayant devant elle un dromus quadrangulaire, 
comme celle de Platée, d'environ 15 yards carrés. Les côtés S.-E. 
et S.-O (5) sont également bien conservés en partie. A l'extrémité 
du second , le mur descend brusquement des hauteurs et se ter- 
mine à l'extrémité de la baie d'Argostoli, près d'un terrain ma- 
récageux et de quelques sources. La colline du S.-O., la moins 
élevée (6) , avait une double enceinte à son sommet. A l'angle (7) 
il semble y avoir eu aussi une enceinte ou citadelle. 

» Les murs du côté N.-E. sont un spécimen complet de la cons- 
truction polygonale ; une des tours a dans" ses fondations un bloc 
long de 12 pieds, haut de 8, et épais en proportion. Sur les côtés 
S.-E. et S.-O. la maçonnerie est en partie plus régulière (8) Sur 
le côté extérieur du mur du N.-E., près de l'angle E., on voit les 



(1) Description peu exacte et peu intelligible. 

(2) Colline A. 

(3) Côté AD. 

(4) Côté AB. 

(5) Leake veut sans doute parler des côtés BC et 01). 

(6) Colline E. 

(7) Je ne sais de quel angle Leake veut ici parler. 

(8) Ceci n'est pas exact 



22 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

restes d'un mur perpendiculaire à l'enceinte et s'étendant jusqu'à 
un ruisseau au pied de la colline (1). Comme dans les autres for- 
teresses helléniques, la beauté de la maçonnerie n'existe que pour 
le dehors ; tout l'intérieur du mur ('/ 3 de l'épaisseur) est formé 
de pierres brutes et de mortier. Dans l'intérieur de l'enceinte , 
aucune trace de construction... « 

Loverdos : » L'enceinte a une étendue d'environ 3 milles. Murs 
cyclopéens du côté de Rosata (2) et de la montagne de Xerrizo- 
menon (3). Redoutes faisant saillie, situées à portée d'arc l'une de 
l'autre et à intervalles égaux... En dehors (4) des murs qui regar- 
dent la plaine de Rosata, endroit appelé àyopa. « 

Beeskow : » Les ruines sont à 3 milles (5) au S.-E. d'Argostoli. 
De grands blocs, dont une partie ont 12-18 pieds de largeur (6)... 
On peut reconnaître encore l'enceinte avec toutes ses tours. Le mur 
du S. a 1500 pas de long, celui du N. 800 pas. Un autre mur de 
défense avec des tours court au travers de la vallée qui est du côté 
de Samos, et on peut le suivre sur une longueur de 1776 pas (7). « 
Beeskow donne aussi la description de Holland, que je résume 
d'après sa citation : » L'enceinte avait une étendue d'environ 2 
milles. Du côté du N. elle est bâtie avec beaucoup de régularité. 
Restes d'une grande porte, et de plusieurs petites entrées (8). 
Grands blocs allongés, etc. « 

YaJwvatos : » L'enceinte a une étendue de plus de 2 milles. Elle 
se trouve sur deux collines rocheuses (9). Restes de l'enceinte au 
N. et à l'E. Entre les deux collines , il y a une petite plaine qui 
servait d'agora. Sur la plus petite des deux collines , dont les 
pentes finissent au rivage de la mer, on voit encore vers le N.-O. 
et le S.-O. (7rpo; Çéçupov xal Xu^av) (10) les traces de deux longs murs 
allant vers la mer, lesquels enfermaient la ville (11). En dedans il 
y avait une fontaine. Sur le sommet de cette colline, restes d'une 
construction romaine. De môme sur la grande colline, qui est 

(1) Je n'ai point remarqué ceci. 

(2) Lisez Razata. 

(3) Située au S.-E. de la vallée de Razata. 

(4) Le creux qu'on m'indiqua sur les lieux comme portant le nom de àyopà 
est situé en dedans de la ligne des murs. 

(5) Chiffre exagéré. 

(6) Chiffre exagéré. 

(7) Description peu intelligible empruntée peut-être à Goodisson. 

(8) Je ne les ai pas vues. 

(9) Indication vague. De quelles collines s'agit-il ? 

(10) Sans doute Xîêav (= Xi'ga) ? 

(11) Je ne vois pas bien de quels murs l'auteur veut parler. 



II. — CÉPHALONIE. 23 

vers l'E. (upo; eupov), dans la partie S., on voit l'angle des murs qui 
entouraient l'acropole. Quelques-uns de ces restes de murs sont 
de travail cyclopéen (1). « 

Unger : » Le mur polygonal commence au fond de la baie , à 
une faible élévation au-dessus de la mer. On peut le suivre pres- 
que sans interruption. Tantôt il va en ligne droite, traversant des 
hauteurs rocheuses ou des ravins, tantôt il suit une ligne plus ou 
moins brisée ; enfin il monte en droite ligne jusqu'au sommet d'une 
montagne (2), qui s'élève au delà de la baie, à l'E. d'Argostoli. 
Là le mur disparaît, et on ne peut plus retrouver la ligne qu'il de- 
vait former pour rejoindre la mer. L'étendue de toute l'enceinte 
peut bien être de plusieurs heures (3). A l'intérieur de cette en- 
ceinte on en peut reconnaître une autre beaucoup plus petite, 
qui servait sans doute d'acropole (4). Dans les murailles, il n'y a 
aucune trace de galeries, de cavités creusées dans la pierre, etc.. 
Les deux faces de la muraille sont faites de blocs polygonaux , 
polis en dehors ; l'intérieur est formé de pierres plus petites em- 
pilées au hasard. L'épaisseur de la muraille est de 10 pieds au 
moins ; les plus grands blocs ont 12 pieds de long et 1 1 de haut; il 
n'y en a pas qui aient moins de la moitié de ces deux dimensions. 
En certaines parties, le mur a encore une hauteur de 2 toises, et, 
à en juger par la quantité des blocs qu'on voit à terre, la hauteur 
ancienne pouvait être de 4 toises. 11 y a des endroits où les blocs 
semblent avoir été un peu disjoints par les tremblements de terre. 
A des intervalles en général réguliers , de 20 à 30 toises , on ren- 
contre de petites redoutes carrées en saillie, qui sont reliées au mur 
polygonal , mais qui sont construites avec des blocs en forme de 
cube ou de parallélépipède et doivent être par conséquent d'une 
époque postérieure (5). On peut aussi reconnaître , à des intervalles 
réguliers, des endroits où l'appareil polygonal du mur est inter- 
rompu par des blocs rectangulaires ; c'étaient sans doute des 
portes qu'on murait en cas de danger (6). « 

§ 7. — Pour la question des constructions à appareil polygonal 



(1) Description inexacte et peu intelligible. 

(2) La colline A. 

(3) Exagéré. 

(4) Je n'ai point remarqué ceci. 

(5) Je n'ai point vérifié si toutes les tours sont construites en appareil rectan- 
gulaire. D'autre part , dans la partie de l'enceinte qui est vers H , le mur aussi 
bien que les tours est fait de blocs rectangulaires. 

(6) Je n'ai point remarqué ceci. 



24 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

connues sous le nom de constructions pélasgiques ou cyclopéen- 
nes , nous renvoyons aux travaux suivants : Petit-Raclel, Re- 
cherches sur les monuments cyclopêens et description de la collection 
des modelés en relief composant la galerie pélasgi que de la bibliothè- 
que Mazarine , Paris, 1841. Gell , Probestùcke von Stàdtemauern 
des alten Griechenlands (mit 47 Abbildungen) , Miinchen u. Stutt- 
gart, 1831. Dodwell, Views and descriptions of cyclopian or pelasgic 
remains in Greece and Italy, London and Paris, 1834. Forchham- 
mer, Ueber die kyklopischen Mauern Griechenlands u. die Schleswig- 
Holsleinischen Felsmauern, Kiel , 1847. — Voyez aussi Goodisson, 
et Unger, qui renvoie à Braun, Gesch. d. Kunst, t. II, p. 53. 

Dans l'histoire de la construction polygonale, on peut distinguer 
4 époques : 

1° De grands blocs non travaillés sont entassés les uns sur les 
autres, avec de petites pierres intercalées dans les joints, pour bou- 
cher les vides ; c'est la forme de construction décrite par Pausa- 

llias, 2, 25, 7 : TC7roiy]Tai SE àpywv Ai'Otov. .. Xi'Ota Bl Ivr'pixocrTat toxAou , w; 
[xolXksvx auxwv exaarov àpt/.oviav xoTç [xsyaXotç Xiôotç eîvai. 

2° Les blocs sont travaillés , et môme travaillés avec beaucoup 
de soin ; ils ont reçu une forme polygonale (le plus souvent pen- 
tagonale) et ils sont ajustés très exactement les uns aux autres, 
sans qu'il y ait le moindre vide. C'est à ce mode de construction 
que semble se rapporter le passage d'Aristote, 'H8. NixofA.., 5, 14 (éd. 

de Berlin, t. II, p. 1 137, B , 1. 29) : toïï yàp àopiarou àopiffTo; xoà ô 
xaveov icTiv , toTTrep xal xrjç Aeerêiaç otJtooofAYJç ô [JLOAiëotvoç xaveov • 
Tcpoç yap to G/r'iiJ-'x xou Ai'ôou [/.eraxiVEtToa xal où uivet ô xavwv. Forrhham- 
mer, l. I. , explique comme il suit le procédé auquel Aristote fait 
allusion : 

» Aux époques et aux endroits où l'on a exploité des carrières, on 
a dû être amené de bonne heure à se servir de blocs rectangulai- 
res , avec lesquels la construction est plus facile; on n'a sans 
doute eu recours à la construction polygonale que là où l'on a 
employé comme matériaux des blocs de forme tout à fait irrégu- 
lière trouvés à la surface du sol. Après avoir commencé par em- 
piler ces blocs les uns sur les autres, sans les tailler, on fut con- 
duit à les façonner et à leur donner une forme polygonale, pour 
avoir des joints exacts. Voici le procédé qu'on semble avoir em- 
ployé à cet effet. Le mur une fois commencé et plusieurs blocs 
polygonaux ayant été placés l'un à côté de l'autre , on appliquait 
sur la partie supérieure des blocs restée libre une plaque de 
plomb flexible . de façon à prendre exactement les angles que ces 



II. — CÉPHALONIE. 25 

blocs faisaient entre eux: on choisissait ensuite, parmi les blocs 
qu'on avait à sa disposition, ceux dont la l'orme naturelle se rap- 
prochait le plus des angles voulus, et on les façonnait de manière 
à leur l'aire remplir ces angles exactement. « 

3° Il y a des assises régulières, parfaitement horizontales; mais 
il n'y a pas encore, d'une façon régulière, des joints verticaux. 

4° Les joints obliques deviennent verticaux; la transformation 
de la construction polygonale en construction rectangulaire est 
achevée (1). 

Ces quatre formes de construction ont deux caractères com- 
muns : l'absence de ciment, et les dimensions extraordinaires des 
blocs employés (2) . 

On trouve de beaux spécimens de ces quatre formes de con- 
struction dans plusieurs des îles Ioniennes (Leucade, Ithaque, Gé- 
phalonie , Gérigo). 

§ 8. — RUINES DANS LA VALLÉE DE KRANIA. 

Loverdos :• » Les murs trouvés sous terre au S. de la colline (3) 
ne doivent pas être très anciens. Ce sont de grands blocs de tuf 
rectangulaires, joints sans ciment, en partie travaillés d'une façon 
grossière , et qui semblent pris d'une autre construction. Ils for- 
ment deux rangées distantes d'environ 4 pieds, et l'espace intermé- 
diaire est divisé par des blocs d'égale grandeur en autant de cais- 
sons remplis de terre. 

» Il semble donc qu'à l'époque romaine les habitants de Krané, 
n'ayant plus rien à craindre des habitants de Samé , transportè- 
rent leur ville dans la plaine , où l'on voit encore des fragments 
de colonnes et de chapiteaux, et des fondements de diverses cons- 
tructions faites à la chaux. Ils transformèrent ensuite en fort la 
partie de l'ancienne ville située sur la colline qui pouvait servir 



(t) Quoique l'emploi de la construction polygonale soit en général un signe 
d'antiquité, on en rencontre cependant aussi des exemples à des époques où. la 
construction rectangulaire était connue depuis longtemps. En Asie-Mineure, la 
construction polygonale resta en usage jusque sous l'époque chrétienne (v. Un- 
ger). Ce mode'de construction a aussi été employé parfois de nos jours, par 
exemple dans les murs de défense élevés sur les côtes de la mer du Nord. 

(2) Il paraît que certains paysans grecs d'aujourd'hui croient que les blocs 
énormes dont se composent les murs pélasgiques ne sont pas d'un seul morceau, 
mais que les anciens Grecs connaissaient une eau merveilleuse qui avait la pro- 
priété de colier si bien les pierres que les joints n'étaient plus visibles. 

(3) Je no sais de quels murs Loverdos veut parler. 



26 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

à défendre La plaine; on voit encore les murs de ce fort, construits 
également à la chaux (1). 

» A différentes époques on a trouvé à Krané des statues de mar- 
bre mutilées , des pierres gravées et des camées , des lampes de 
terre cuite, des vases lacrimatoires en verre opaque , des miroirs 
d'acier, des monnaies grecques ou romaines, d'argent ou de cui- 
vre. 

» Au N. de Krané , dans un terrain au bord de la mer, à l'en- 
droit appelé xoXowatç (2), on voit les restes d'une longue construc- 
tion, avec des piliers quadrangulaires , faits à la chaux , qui ser- 
vait sans doute de chantier de construction pour les vaisseaux. « 

M. Kharalambos Yennatas Tsimaratos, qui demeure à Haya 
Thekla (presqu'île de Paliki) , possède un plan manuscrit (à 
l'échelle de 0n>13 pour 100 pieds vénitiens), fait, dit-il, par un in- 
génieur anglais , et représentant des restes antiques (peut-être les 
restes d'un môle?) qu'on voyait autrefois au pied des collines de 
Krané (3). Ces restes antiques n'existent plus aujourd'hui ; on en 
a pris les pierres pour construire le tribunal d'Argostoli. Sur le 
plan, il y a une note indiquant que les murs qui y sont représen- 
tés étaient faits de grands blocs rectangulaires « hauts de 8 à 10 
pieds (4). » 

Les vestiges antiques qu'on trouve actuellement dans la vallée 
de Krania sont de peu d'importance. 

Au S.-E. de la lagune de Kotavos, si l'on suit la vallée pa- 
rallèlement à la chaîne de collines où sont les ruines de Krané , 
on rencontre bientôt , à peu de distance de ces collines , sur les 
bordsd'un petit ruisseau, les fondements d'un mur épais d'environ 
1 pied 7 2 et fait de grands blocs de tuf rectangulaires, unis au 
moyen de chaux très dure. Un de ces blocs est creusé de façon à 
former une sorte de cheminée. Tout près de là, sur la surface su- 
périeure d'un autre reste de mur, parallèle au précédent , on re- 
marque deux rigoles, remplies aujourd'hui de terre, l'une toute 
petite, l'autre de près d'un demi-pied de largeur. 

Le premier de ces deux murs est conservé sur une longueur d'en- 

(1) Ce sont les murs conservés sur la colline E. 

(2) On n'a pas pu sur les lieux rn'indiquer cet endroit. 

(3) M. Tsimaratos n'a pas pu me dire exactement à quel endroit. 

(4) Plusieurs personnes m'ont assuré que, dans le terrain plat qui est au delà 
de la lagune de Kotavos, on avait trouvé dans la terre des fers qui avaient dû 
servir à attacher des bateaux. 



II. — CÉPHALONIE. 27 

viron 30 pas; au delà on peul en suivre encore le prolongement, 
dont on rencontre eà et là des traces dans la terre. A quelque 
distance, ces traces sont coupées par les traces d'un autre mur , 
perpendiculaire au premier et sedirigeanl vers la collinede Krané. 
Au pied môme de cette colline , on voit on plusieurs endroits 
une quantité de gros blocs de tuf taillés. C'est de ce côté qu'est le 
terrain de M. Kondomikhalos, où l'on a trouvé un grand nombre 
de monnaies (1). Dans ce terrain est aussi un puits antique creusé 
dans le roc. 

Tombeaux. — Au S.-E. des collines qui portent l'enceinte fortifiée 
de Krané est un ravin , au delà duquel s'élève une autre colline. 
Sur la pente 0. de cette colline, à une faible hauteur au-dessus de la 
vallée, il y a un endroit nommé Dhrakospilia (caverne du géant). 
On y voit les restes de plusieurs chambres funéraires. L'une 
d'entre elles est parfaitement conservée. C'est une chambre rec- 
tangulaire, de hauteur d'homme, taillée dans le roc, à plafond 
plat, avec une porte tournée vers l'O. Dans le sol de cette cham- 
bre, à droite en entrant, on aperçoit une cavité rectangulaire, 
assez grande pour recevoir un corps ; vers la gauche , le sol n'est 
pas à découvert ; il est caché par des pierres. — A droite et à gau- 
che de cette chambre il y avait des chambres semblables , aujour- 
d'hui ruinées. De celle de droite il ne reste que le mur de gauche 
et celui du fond. Sur ce dernier est gravée une inscription, qui est 
trop effacée et placée trop haut pour que je l'aie pu lire ; j'ai cru 
distinguer les lettres suivantes, mais je ne puis garantir l'exacti- 
tude de ma lecture : 

KXa.... /a... otTO 

X,«tps 

Cette inscription doit être celle qui est publiée dans le C. I. G., 
1930 e, Addenda (2). — De la chambre de gauche, il reste la paroi 

(1) En tout un millier, selon M. Antoine Migliaressi, qui croit se rappeler que 
c'étaient des monnaies de Krané, de Pronnoi, de Leucade, d'Athènes, d'Égine, 
de Corinthe. 

(2) KXauSio 'Ovocjipwio Nrj | <tiwtou {xvjxYip | x°"P e » d'après une copie de Forchham- 
mer. 'Ova<jî(j.oto a été changé par Bockh ; d'autre part NT)<rtwTow me paraît sus- 
pect (cf. ce que j'ai dit plus haut, p. 12, du passage de T.-Live, 38, 28, 6). Je 
serais tente de supposer qu'il y a une inexactitude de lecture, sous laquelle se 
cache peut-être l'ethnique de IIpcovYiao;; (?). 



28 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

du fond et celles de droite et de gauche ; on voit également une 
fosse rectangulaire dans le sol. 

Une autre fosse semblable se trouve à quelques pas en avant 
des trois chambres, un peu plus bas ; elle est taillée dans le rocher, 
à ciel découvert. 

Ces différentes tombes contenaient des ossements. 

Dans la partie S.-O. de la vallée de Krania, on a aussi trouvé 
des tombeaux. Loverdos parle de » différentes tombes ouvertes, 
faites de tuf , situées sur la route du monastère de Saint-André , 
et de catacombes, profondes d'un pas et demi, découvertes sur la 
route de Livatho. On y a trouvé, dit-il, des os humains, un 
crâne de cheval , une lame d'épée en cuivre, courte, à deux tran- 
chants et avec une pointe. « 

Voici ce que j'ai vu par moi-même : 

Si l'on sort d'Argostoli par la route qui suit l'O. de la vallée de 
Krania, on rencontre à peu de distance, là où la route commence 
à monter, un endroit où l'on remarque, à droite et à gauche, des 
traces de fosses rectangulaires taillées dans le roc , qui ont été 
détruites lors de la construction de la route. 

Des restes plus importants se voient plus au S.-E., dans la 
même direction , derrière le village de Mazarakata , situé sur le 
plateau de Livatho. L'endroit s'appelle '; rà p-vv^axa. Au-dessous 
de la route, à gauche en sortant du village, on aperçoit un espace 
à peu près circulaire, d'une vingtaine de pas de diamètre, décou- 
vert, entouré par des parois de tuf taillées de main d'homme. Au 
fond de cet espace s'ouvre dans le tuf une chambre rectangulaire 
de plus de 2 m de haut, de 7 à 8 pas de long sur 3 à 4 de large. L'une 
des parois contient une petite niche en plein cintre , très grossiè- 
rement exécutée. Deux portes en forme d'arc surhaussé font com- 
muniquer cette chambre avec l'espace circulaire découvert ; une 
troisième donne accès, de l'autre côté, à un couloir taillé dans le 
tuf, qui monte et conduit au dehors du massif de rochers. Un 
peu en avant de cette même chambre, on voit un autre couloir 
parallèle à celui dont il vient d'être question , également taillé 
dans le roc et faisant communiquer également l'espace circulaire 
avec l'extérieur. Près de là , il y a peut-être sous les rochers en- 
core une autre chambre, dont l'entrée serait obstruée ; du moins, à 
un certain endroit, l'on voit , à fleur de terre, une ouverture, qui 
en est peut-être la porte. A l'entrée de l'espace circulaire, on re- 
marque dans le sol plusieurs fosses rectangulaires qui y sont 
creusées. Enfin, à côté de la chambre qui est conservée , la mu- 
raille de tuf présente des cavités où il est facile de reconnaître 



II. — CEPHALONIE. 



29 



des traces de niches aujourd'hui détruites. Tout l'espace circu- 
laire qui est maintenant à découvert semble avoir été couvert au- 
trefois et partagé en plusieurs chambres; M. Antoine Migliaressi, 
avec qui j'ai été voir ces tombeaux, m'a assuré qu'il en était en- 
core ainsi il y a une vingtaine d'années. 

Autres endroits du territoire de Kranè où l'on a trouvé des traces 

d'antiquités. 

Au delà du fort Saint-Georges, près de la route de Kateleo, sur 
une petite colline appelée KoXujxtto; , on a découvert , au dire de 
M. Antoine Migliaressi , des tombeaux , des restes de construc- 
tions, des morceaux de terre cuite. 

A Lakithres, près de Phokata (Livatho) , on a trouvé des mon- 
naies (1). 

En face d'Argostoli , au delà du pont qui traverse la lagune , à 
Drapano, on a découvert, dans le cimetière grec, un pavé en mo- 
saïque (avec dessins d'ornement) , aujourd'hui détruit. Dans le 
même endroit on aurait trouvé encore, d'après ce qu'on m'a dit : 
deux statues en marbre (« deux apôtres » ), qui auraient été en- 
voyées à Athènes; des monnaies byzantines ; des os enterrés sous 
deux tuiles inclinées et appuyées l'une contre l'autre ; des fonde- 
ments de constructions à la chaux. D'après la tradition locale, ce 
seraient les ruines du monastère de S. Niccolo di Drapano. 

Près de la côte S. du district de Livatho, au S.-O. du cap Liakas, 
est un petit îlot rocheux , appelé Dhia. Selon la « tradition » , 
fondée sans doute uniquement sur la ressemblance des noms , il 
y aurait eu là un temple de Zeus. Il existe sur eet îlot un petit 
monastère , mais on n'y voit aucun reste antique (2) , d'après ce 
que j'ai entendu dire. 

§ 9. — INSCRIPTIONS DE KRANÉ. 

1. La plus intéressante est l'inscription archaïque publiée dans 

(1) Une quarantaine, selon M. Antoine Migliaressi, qui croit se rappeler que 
c'étaient des monnaies de Paie , de Pronnoi , d'Athènes , de Philippe et 
d'Ali'\andre. 

(2) Selon M. Tsitselis , des restes antiques douteux (xa{ tivocç à.[>.yi$ôlo\j tcrxo- 
p£aç itéxpaç). Il ajoute que le peuple appelle le monastère actuel f| navayîa xoù 
Atâç ou f, xupà à?' t6 Ata. Je doute qu'il y ait rien à conclure de ces dénomi- 
nations. 



30 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

le C. I. G., n° 1928. M. Kharalambos Tsimaratos dit qu'elle a été 
trouvée vers 1829; il m'en a montré une copie, qui est évidem- 
ment celle de Grawfurd , que Bôckh a eue à sa disposition (1). 

2. Corpus , 1930 , e, Add., cf. plus haut, p. 27. 

3. Mazarakata (Livatho) , maison de Jean Mazarakis, inscrip- 
tion encastrée dans le mur à droite de la porte : 

Xatpeocç 

-Xo 

KXeu[/.ax,[e] 

youpexe 

4. Mazarakata, maison d'Antoine Mazarakis, inscription encas- 
trée dans un mur : 

Ot'Xcov X, a ^P £ 

2i|i.ocxoç manque dans le dictionnaire des noms propres de Pape. 

5. Trouvée à Krané; copie de M. Tsimaratos : 

^ IIIIE (?) X «Tp S 

toxu<t<xç 8sxa xal oxtw ett). 

6. Stèle en marbre trouvée à Spartea ou Spartia (Livatho); 
aujourd'hui chez M. Tsimaratos : 

'HpaxXstov c HpaxX£Ovtoç 
Xatpe 

n]appï]<7ta 'HpaxXsovxoç yuvai 
X aT P e 

Au-dessus de l'inscription, fronton; au-dessous, tête de femme 
(à gauche) et tête d'homme imberbe (à droite) , toutes deux de 
face ; le bas de la stèle manque. La femme a sur la tête une 
espèce de fichu retombant des deux côtés sans être attaché sous 
le menton, comme en portent encore aujourd'hui les paysannes 
grecques dans les îles Ioniennes. 

(I) Gell , Probestucke von Slàdtemauern, etc., planche XV, donne une repré- 
sentation d'un mur pélasgique de Céphalonie. En avant du mur, on voit sur la 
planche deux blocs, dont l'un porte l'inscr. n° 1928 du Corpus et l'autre des 
lettres que je ne peux pas lire. 



II. — CÉPHALONIE. 31 

IL PALE. 

§ 10. — Le territoire de Paie devait comprendre la presqu'île 
actuelle de Paliki. ' 

Ruines de Paie. — Ces ruines (appelées aujourd'hui Palœokastro 
ou Douri) (1) sont à une demi-heure au N. de Lixouri, sur une toute 
petite éminence descendant vers l'E. et vers le S. par une pente assez 
douce , mais tombant à pic du côté de l'O. , où une partie de la 
colline s'est peut-être éboulée. Les restes antiques qu'on voit sur 
cette colline sont insignifiants. Loverdos explique que, comme il 
n'y a pas de carrières dans les environs, les pierres de la ville an- 
cienne servirent à bâtir les maisons voisines et la ville de Lixouri. 
Ainsi, vers le sommet de la colline, du côté du S., j'ai vu une mai- 
son abandonnée, et, un peu plus haut, une petite église ruinée, qui 
ont peut-être été construites en partie avec des matériaux antiques. 
Dans les ruines de l'église il y a aussi des fragments d'archi- 
tecture , entre autres le chapiteau d'un pilastre d'ordre ionique. 
Vers l'extrémité N. de la crête de la colline , on rencontre un roc 
où est creusée une fosse rectangulaire (2). Leake a aussi vu 
sur ce sommet une citerne taillée dans le roc ; elle est aujour- 
d'hui comblée. — Sur la pente E. de la colline, on trouve un 
reste de muraille allant de l'O. à l'E. ; hauteur , un peu plus de 
2 mètres; épaisseur, environ lm50. La partie conservée a une 
dizaine de mètres de long ; le mur est formé d'un mélange de 
pierres et de briques unies avec de la chaux ; le revêtement 
extérieur n'existe plus. Un vieillard dit h Leake que c'était à cet 
endroit qu'avait été trouvée l'inscription qui est le n° 1929 du 
CI. G. — Dans les vignes qui sont situées sur la même pente , 
on a découvert des tombes. 

D'après le passage de Polybe (5,4, 2) cité plus haut, la ville 
ancienne couvrait cette pente et était protégée à l'E. par la mer, à 
l'O. par l'escarpement de la colline ; une petite partie de la ville 
s'étendait dans la plaine, au S. ou au S.-E. de la colline. 

Au N.-E. du Palœokastro , on voit une petite langue de terre 

(1) Nxoijpr), sans doute de l'italien torre. M. Tsitselis paraît distinguer le Pa- 
liokaslro de l'endroit appelé Douri, qui est situé, dit-il, près de l'ancienne l'aie, 
et où sont conservés des restes de fortifications romaines et vénitiennes (?). 

(2) Selon la tradition populaire, c'est le tombeau du Vasilopoulos, — « fils de 
roi. » Cette fosse était, m'a-t-on dit, fermée par une plaque sur laquelle il y 
avait une inscription. 



32 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

s'avançant dans la mer ; c'est l'endroit appelé Kapapo<7ra<iiov. Loverdos 
rapporte qu'on y a trouvé des restes antiques; on m'a aussi parlé 
de fers servant à attacher des bateaux qu'on y aurait découverts 
dans la terre. 

» A' mi-chemin entre le Palaeokastro et Lixouri , dit Leake , on 
voit quelques fragments de colonnes doriques, de petites dimen- 
sions, et un morceau de corniche, trouvés en creusant les fonda- 
tions d'une chapelle. Un peu plus près de la ville il y a une cata- 
combe , et à côté trois fosses comme celle qui a été mentionnée 
précédemment, taillées dans le sommet d'un grand roc. « — Je 
n'ai point vu la chapelle dont parle Leake. En fait de tombeaux, 
j'ai remarqué , non loin de Lixouri , cà l'E. de la route du Palaeo- 
kastro , un rocher isolé nommé Dhrakospilia , avec quatre fosses 
rectangulaires qui y sont creusées (1). 

Inscriptions de Paie : C. I. G., 1929. 1930, b. — M. Tsimaratos 
m'a montré une copie d'un fragment d'inscription provenant 
également , m'a-t-il dit, de Paie : 

$i 7ioXtç IlaXeîtov 
TTJÇ Ke'^aXïjviaç IXeuOspa; 

Toutefois ce fragment a bien l'air d'être emprunté à l'inscrip- 
tion d'Athènes publiée dans le C. I. G., n° 340. 

Le Jahresbericht de Bursian de 1878 (1 er fasc, p. 70) signale 
une inscription funéraire archaïque , qui se trouve aujourd'hui à 
Athènes et qui , dit-il , « provient sans doute de Céphalonie » : 
Aa[Aouv£To(u) to(u) IlaXeoç (= éwç). Elle a été publiée par M. Kirch- 
hoff , Studien zur Gesch. d. gricch. Alphabets, 3 e éd., p. 156. 

» Aux environs de Paie , dit Loverdos , les laboureurs trouvent 
souvent des monnaies antiques; sous les Vénitiens, on y a décou- 
vert divers objets rares, qui ont été emportés par eux. Les tom- 
beaux de Paie sont pour la plupart taillés dans le tuf; il s'en con- 
serve encore beaucoup dans le district d'Anoï (2). « 

(1) Selon M. Tsitselis (au mot Apaxo<7TtY|).v)à) , il y aurait beaucoup d'autres 
tombes semblables clans les environs. 

(2) Selon Beeskow et M. Tsitselis, qui renvoie à Grasset de Saint-Sauveur, t. III, 
p. 57, on trouva au siècle dernier, en nettoyant un puits situé en dehors de 
Lixouri, sur la route de Paie : » un vase de inarbre dont le pied était endom- 
magé ; une inscription où il était question de la mort soudaine d'un jeune homme 
de dix-huit ans, ami de C Ântonius; la tête d'une statue de femme, de la 
meilleure époque de l'art grec (?) -, des monnaies ; des tablas de bronze avec des 



II. — CÉPHALONIE. 33 

§ II. Entre Dhematora (au N.-O. de Lixouri) et Monopolata, il 
y a, paraît-il, des mines, appelées, au dire de M. Georges Foresti, 
par les gens du pays tyjç aupia; xo xaaxpo (1). Selon M. Antoine Mi- 
gliaressi, ces ruines , que je n'ai pas eu le temps d'aller voir, se- 
raient de l'époque byzantine. 

Le lexique de M. Tsitselis mentionne encore les noms de lo- 
calités suivants, qui annoncent peut-être l'existence de restes an- 
tiques : 'EXXvivtxa (dans le district d' Anoïl ; Aouxpo , à Typaldhata 
(près de Lixouri, au N.-O.). 

Sur la côte S.-O. de la presqu'île de Paliki, près du cap Teprf- 
YOfjnro (2), au S.-O. du monastère de KvjTroupia, sur une hauteur qui 
domine la mer, est un endroit appelé rk [av^iaoctoi, quoiqu'on n'y ait 
point, paraît-il, découvert de tombeaux. Le sol y est couvert d'une 
quantité de petits fragments de vases communs ; en creusant un 
peu on rencontre encore de ces vases ou de petites figurines en 
terre cuite. On pourrait croire qu'il y a eu Là une fabrique ou un 
dépôt de ces objets. Les moines de Kipouria se servent de la 
terre de cet endroit pour faire des tuiles; un peu plus haut, il y a 
aussi de la terre à vases blanche ; toutefois on ne rencontre pas 
d'eau dans le voisinage immédiat. 

Au N.-E. de Kipouria est le monastère de Taphio. Près de ce 
monastère on voit un rocher dans lequel sont creusées des fosses 
rectangulaires; ces tombes furent découvertes, à ce qu'on médit, 
par des Anglais, qui y trouvèrent des os, des bagues, des boucles 
d'oreilles (3). 

En montant derrière le monastère de Taphio , on arrive au 
creux en forme de cercueil qui a peut-être donné son nom à l'en- 
droit. C'est aussi près de là qu'on montre les restes antiques qui 
seraient ceux de la ville de Taphos. Ces restes sont tout à fait in- 
signifiants , et l'existence de cette ville ne me semble pas démon- 
trée. Mon guide me fit voir, dans le creux même, cà un endroit 
nommé Aocf/.oÏÏT<ja (4), une pierre qui aurait servi, dans des temps 

inscriptions grecques illisibles. « — M. Tsitselis ajoute que l'inscription funéraire, 
la tète de femme et divers autres objets antiques furent emportes par le prové- 
diteur Gradenigo. 

(1) Ce nom se retrouve en différents endroits de Céphalonie. Les gens du pays 
ne le comprennent plus, mais ttj; auptàç paraît être une corruption de xîjç 
tbpaîaç ou àpYjâç. V. plus loin, § 15. 

(2) repoY6[Mioç selon M. Tsitselis. 

(3) Leake mentionne ces tombeaux. 

(4) Ta Aaac/jTaa selon M. Tsitselis. 

3 



34 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

anciens (?) , à presser le raisin , avec une rigole destinée à laisser 
écouler le jus; puis, sur la pente de la colline située à gauche du 
creux (en montant), à l'endroit nommé rpuXAou;, une citerne; enfin 
ailleurs des traces de murs faits de pierres taillées , de dimen- 
sions très ordinaires et de forme irrégulière, juxtaposées sans ci- 
ment , restes qui sont trop peu considérables pour qu'on puisse 
affirmer s'ils sont antiques ou non. Sur le sommet de la colline, 
à un endroit nommé Tepaxapto (1) , on a trouvé des tombes ; là il y 
avait aussi, m'a dit mon guide, les ruines d'un toxXocio ywpto (?) , sa- 
voir des restes de murs faits à la chaux, qui furent détruits il y a 
une vingtaine d'années. La description de mon guide était trop 
vague pour me permettre de reconnaître s'il s'agissait de ruines 
antiques ou non. Quoi qu'il en soit, aujourd'hui l'on ne voit plus 
rien. M. Antoine Migliaressi, qui pense que c'était là l'emplace- 
ment de la ville de Taphos , dit y avoir vu des restes plus consi- 
dérables que ceux que j'ai trouvés ; il ajoute que les gens du pays 
appellent cette colline ^wpa, == «la ville. » 

III. SAMÉ. 

§ 12. Le territoire de Samé devait comprendre tout le N. de 
l'île, et le versant E. de la grande chaîne jusqu'au district de Pyryi. 

Ruines de Samé. 

Samos est aujourd'hui un nom de district ; le nom exact du 
principal village , appelé Samos sur les cartes , est '; to yialô 
(= «tytaXov) ; les ruines de la ville ancienne sont au S.-E. de ce vil- 
lage, sur deux collines séparées par un ravin et se rattachant à la 
chaîne de montagnes qui forme la presqu'île de Samos ; la colline 
septentrionale est la plus haute (2). Voici comment différents 
voyageurs décrivent les ruines de Samé. 

Goodisson : » L'acropole du S. était la plus considérable. On 
retrouve encore la plus grande partie de l'enceinte cyclopéenne qui 
faisait le tour de la colline. L'appareil est en général d'une con- 
struction régulière, très massive, avec assises horizontales et joints 
verticaux. Sur le côté E. de cette acropole un passage en pierre 
et un vestibule , avec une rainure pour la herse, sont conservés à 



(1) Tepaxapià selon M. Tsitselis. 

(2) Au lieu que la petite colline est un simple plateau se détachant en avant 
de la montagne, la colline septentrionale est isolée, et séparée de la montagne 
par une petite vallée. 



II. — CÉPHALONIE 35 

peu près on entier (1). AuN.-O., on voit un mur défeûdaûl l'ap- 
proche de l'acropole du côté du ravin qui sépare la colline coni- 
que de la chaîne de montagnes. 

» La seconde forteresse semble avoir été subordonnée à la pré- 
cédente (2). 

» Un couvent vénitien avait été bâti sur les fondements d'un 
temple ou d'un autre grand édifice en 1633 (3). La construction 
nouvelle tombe déjà en ruines , au lieu que l'ancienne muraille 
est toujours debout. 

■» Vers la plage on voit des fondations de constructions qui 
s'avancent de quelque 100 pas sous l'eau. Elles sont toutes en 
pierre de taille ; mais en outre il y a quelques massifs en brique, 
de l'époque romaine , par exemple les ruines d'un bain. Dans le 
voisinage on tire de l'eau des fragments de pavé en mosaïque. 
Entre autres restes antiques on peut remarquer une ligne formée 
par un mur qui s'étend à quelque 100 pas au S. des cabanes de 
pêcheurs aujourd'hui appelées Samo. Les gens du pays croient 
que ce mur faisait partie d'un bassin où l'on conservait les galères 
samiennes. 

» Derrière les ruines , un peu plus haut dans la vallée , est la 
nécropole. Beaucoup de tombes ont été ouvertes et l'on y a trouvé 
des bijoux en or, en argent, et une plaque de métal, probablement 
un miroir. « 

Leake : » Les ruines de Samos sont sur la pente N.-O. d'une 
colline à double sommet , au N. (4) de la rue qui forme la ville (5) 
actuelle. La ville occupait les deux sommets , le creux intermé- 
diaire, et leur pente jusqu'à la mer. Sur la colline septentrionale 
les fondations de l'enceinte de l'acropole sont entièrement conser- 
vées ; en certains endroits les assises de la maçonnerie sont très 
régulières; les pierres sont ajustées avec un très grand soin; 
quelques-unes forment des cubes de 6 à 8 pieds de côté. A l'in- 
térieur, le terrain est jonché de débris -de poterie. Au milieu sont 
les ruines d'une grande citerne faite de briques romaines. 

» Sur la colline méridionale est bâti le monastère des "Aytot <I>a- 
veVteç ; sur l'un des côtés de ce monastère on voit les restes d'une 
muraille hellénique. 

(I) Goodisson en donne un dessin. 

(ï) Goodisson a évidemment fait une confusion ; ce qu'il dit de l'acropole du 
S. se rapporte à l'acropole du N.. et vice versa. 

(3) Le monastère des "Ayioi 4>avévTeç, sur la colline du S. 

( i) Inexact. 

(5) Ce n'est pas une ville, c'est un tout petit village. 



36 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

» L'enceinte de la ville était de deux milles. Le mur du S.-E., 
qui unissait les deux citadelles , existe encore en partie sur la 
pente des deux collines ; on retrouve également en plusieurs en- 
droits le côté E. et le côté 0. de l'enceinte, comme aussi celui qui 
était parallèle à la mer. On peut remarquer particulièrement vers 
l'angle 0. un reste de mur d'une construction très régulière et 
d'un très beau travail ; le milieu de chaque bloc fait saillie, et il y 
a une assise étroite près du sol , selon l'usage ordinaire dans ce 
genre de maçonnerie. 

» Dans le creux entre les deux collines, on voit beaucoup de fon- 
dations anciennes. Près de l'angle 0. de la ville, quelques restes 
de môles , probablement reliés autrefois à celui des murs d'en- 
ceinte qui était du côté du rivage , s'avancent dans la mer. Au- 
près , il y a quelques ruines informes en brique , de l'époque 
romaine. D'autres ruines de même construction , vulgairement 
appelées « la zecca », ont été vues très loin de l'emplacement de 
l'ancienne ville, àl'E., près d'une métokhi du monastère. Les ruines 
d'une troisième bâtisse en briques se voient sur le côté 0. de l'en- 
ceinte antique, derrière la rue moderne ; c'étaient sans doute des 
bains , à en juger par les ouvertures pratiquées dans les murs. 

» Divers. tombeaux ont été découverts dans des champs cultivés 
adjacents à l'emplacement de la ville ancienne , et près de la zecca. 
A ce dernier endroit , un vieux moine se souvient qu'on a trouvé 
deux pièces d'or (1). » 

Loverdos : » L'enceinte a plus de deux milles; elle embrasse 
deux collines dont l'une est plus haute que l'autre. Les murs pa- 
raissent moins anciens que ceux de Krané. Ils sont faits de blocs 
rectangulaires très grands , joints sans ciment. L'un des plus 
longs, qui se trouve dans la muraille méridionale de la colline la 
plus élevée, conserve encore la marque du bélier : le coup a fait 
entrer l'une des extrémités du bloc d'environ 1 pied et demi dans 
le mur, et a fait sortir d'autant l'autre extrémité hors de la per- 
pendiculaire du mur. Au N.-E. de la colline la [dus élevée , 
immédiatement en dehors de l'enceinte, est un puits peu profond, 
très ancien. On a récemment trouvé un chemin souterrain allant 
du fort au puits. — Au pied de la môme colline, sur le rivage, il 
y avait une porte voûtée , taillée dans le roc , qui est à présent 
murée ; peut-être était-elle l'entrée d'un souterrain conduisant à 
la forteresse. — Près de là , dans la mer, on voit les restes d'un 
mouillage (vauXo/oç) pour les vaisseaux. 

(I) Certaines parties de cette description me semblent peu claire3. 



II. — CKPHALONIE. 37 

» Les tombes de Samos sont do forme rectangulaire ; six plaques 
en pierre dure ou en brique les ferment dans tous les sens ; quel- 
ques-unes portent sur le couvercle le nom du mort , qui est ordi- 
nairement une femme (sic). Dans beaucoup de tombeaux ouverts 
en présence de Loverdos on trouva : des monnaies grecques ou 
romaines ; des vases de terre rouges, jaunes et noirs, de forme et 
de dimensions diverses , et d'un travail élégant ; des lampes ; des 
vases lacrimatoires ; quelques miroirs ronds en métal, qui conser- 
vaient encore en partie leur poli. Dans une tombe on trouva trois 
squelettes : l'un avait sur la tête une couronne de myrte ; le cercle 
de la couronne, ainsi que les feuilles et les baies, étaient en terre 
cuite dorée, les fils qui soutenaient les baies et les feuilles, en cuivre 
doré ; la dorure était conservée en partie ; le travail était très fin. 
Le môme squelette, qui était peut-être celui d'un vieux prêtre, 
portait une ceinture de fer rouillé à beaucoup de replis , et trois 
bagues d'argent. Les deux autres squelettes , qui étaient à droite 
et à gauche du précédent, paraissaient être des squelettes de jeunes 
gens. Près des mâchoires de ces trois squelettes on trouva trois 
monnaies grecques d'argent ; vers le ventre, il y avait deux grands 
vases de terre peints ; vers la tête , une boîte ronde d'albâtre et un 
joli vase de bronze , de dimensions moyennes , dont lé" pied était 
dessoudé. Les pierres de ces tombes servirent à paver le marché 
d'Argostoli (1). 

» Sous les Vénitiens et plus tard on trouva à Samos beaucoup 
d'inscriptions, d'ornements d'or et d'argent, de camées et de pier- 
res gravées d'un travail très fin , de bas-reliefs , de statuettes de 
bronze ou de pierre, belles et curieuses (?) [wpaïa xal Tiapaoofc]. 

» Au S. de Samos est le district de Pyryi, où l'on voit des restes 
de fortifications antiques. « 

Beeskoiv : » Les ruines de la grande forteresse sont de construc- 
tion cyclopéenne ; ce sont de grands blocs taillés, ajustés sans ci- 
ment ni crampons. Au contraire les murs de l'autre forteresse 
sont faits de grands blocs rectangulaires placés de niveau, qui 
semblent être d'une origine postérieure (2). 

» Plus bas, vers le rivage, se trouvent d'anciennes tombes avec 
des niches taillées dans le roc (3). 



(1) Goodisson dit même avoir distingué des lettres sur quelques-unes des 
pierres qui forment le pavé de ce marché. 

(2) Peu clair et peu exact. 

(3) Beeskow renvoie à ce propos à l'ouvrage de Christ. Miiller sur les îles 
Ioniennes. 



38 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

» Parmi les antiquités trouvées en cet endroit, les vases de mar- 
bre, de bronze et de terre cuite sont une preuve de la perfection 
de l'ancien art samien. Plusieurs de ces vases, au dire de Gras- 
set de Saint-Sauveur, exhalaient encore une forte odeur de par- 
fum , lorsqu'on les déterra. D'autres ressemblaient à la poterie 
Cretoise (1). Du temps de la domination anglaise on a découvert à 
Samos et dans les tombeaux beaucoup d'objets divers : des mon- 
naies d'or, d'argent, de cuivre, des patères à libations, des brace- 
lets, des colliers, des bagues, de petits vases. Mais tout ce qui était 
en métal fut fondu à nouveau. « 

Yakovatos : » Il y avait quatre murs d'enceinte. Celui du N. , 
partant du mur occidental do la grande forteresse, allait en droite 
ligne jusqu'à la mer; à quelques pas seulement au-dessus d'elle 
il faisait un angle rentrant. Celui du S. allait de môme de la pe- 
tite forteresse jusqu'à la mer et formait sur toute son étendue trois 
angles. Deux autres murs, situés à l'E., partaient des deux forte- 
resses et se rencontraient près du torrent qui existe encore (2) ; 
à cet endroit il devait y avoir une porte ou un pont. L'enceinte 
était de 4 milles à peu près. 

» On voit encore des restes des quatre murs et des deux forte- 
resses (3). La porte de la grande forteresse , placée vers le N. , est 
également conservée. A quelques pas en dedans vers l'O. était 
peut-être l'agora (4). La porte de la petite forteresse était vers le 
S. Il y avait deux sources : l'une au N. de la petite forteresse, à 
quelques pas en dehors des murs, l'autre au N.-O. [npoç apyeVrYiv) 
de la grande forteresse, en dedans des murs, vers le rivage. — La 
ville avait aussi des puits nombreux. Le principal, qui existe en- 
core et qui a toujours de l'eau, est sur la hauteur, à l'E. de la grande 
forteresse , à peu de distance en dehors des murs. Il paraît que 
l'orifice en était couvert et qu'il communiquait par un souterrain 
avec la grande forteresse ; lorsqu'on le découvrit , il y avait en- 
core des traces de l'entrée de ce passage souterrain. 

» Sur une colline au N. de la grande citadelle, on voit des restes 
antiques, qu'on croit être ceux d'un temple, peut-être d'Apollon. 

» En dedans et en dehors de l'enceinte, on a trouvé des tom- 
beaux en divers endroits. 

(1) Ici il y a un renvoi à Grasset de Saint-Sauveur et à Christ. Mûller. 

(2) Dans le ravin entre les deux collines. 

(3) Yakovatos ajoute que dans ces murs certains blocs ont plus de 30 pieds 
de longueur et 12 pieds de largeur (?). 

(4) D'après le passage de T.-Live , 38, 29, 10, le « forum » était sur la petite 
colline. 



II. — CÉPHALONIK. 39 

» Sur la portion du rivage comprise dans l'enceinte, la ville 
avait deux ports, dont une partie est maintenant réunie à la terre 
ferme, pendant que d'autres débris se voient encore dans la mer. 

» Entre Samos et Pyryi, sur une colline au boni do la mer, on 
montre des restes antiques , qui marquent la place d'un temple , 
peut-être de Poséidon, L'endroit se nomme Pakeokastritsa. — 
On trouve des restes semblables en d'autres endroits du district 
de Samos. 

» La côte située en face du village de Samos, de l'autre côté du 
golfe, s'appelle encore aujourd'hui 'EÀXr^txa; il y a là aujourd'hui 
des carrières qui existaient peut-être déjà dans l'antiquité. 

» Dans les tombes découvertes à Samos on a trouvé : des mon- 
naies, des inscriptions, des ornements d'or et d'argent , des pier- 
res gravées, des bagues, des fragments de poterie, des couronnes 
d'or, des statuettes de bronze et de marbre. 

» En certains endroits on a découvert des puits , auprès d'eux 
des pavés de mosaïque commune, et, au-dessous, des espaces sou- 
terrains dont de petites colonnes en terre cuite supportaient le pla- 
fond. C'étaient , à ce qu'il semble, des bains. « 

Voici maintenant les restes antiques que j'ai pu voir moi- 
même : 

Sur la pente N.-O. de la petite colline, on rencontre en différents 
endroits et à différentes hauteurs des traces de divers murs : les uns 
montent, les autres courent dans une direction horizontale le long 
de la colline; il y en a qui sont faits de blocs rectangulaires, 
d'autres sont en appareil polygonal. Ce fait s'explique peut-être 
par un détail du récit de T.-Live : il dit en effet que, lors du siège 
de Samé, les habitants de la ville, à mesure que les Romains dé- 
truisaient un mur, en construisaient un autre par derrière. Un 
de ces murs peut être suivi sur toute la pente de la colline ;*il 
monte d'abord du N.-O. au S.-E. , puis il tourne vers le S.-O., 
puis, près du monastère des "Aytot <&avévreç, on le retrouve montant 
du N.-O. au S.-E. et faisant un angle vers l'E., de façon à arriver 
perpendiculairement à l'un des côtés du monastère. Dans la 
partie du mur qui est située vers le bas de la pente, l'appareil est 
rectangulaire (j'ai mesuré un bloc qui avait environ l m 80 de lon- 
gueur, l m 05 de hauteur, 0n>65 d'épaisseur); près du monastère, 
l'appareil est polygonal. 

L'enceinte du monastère est construite sur des fondements an- 
ciens, de même qu'une tour qui se trouve à l'intérieur. Dans la 
partie inférieure des murs l'appareil hellénique est encore conservé : 



40 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

ce sont de beaux blocs rectangulaires (l'un d'eux a 1 m 28 de longueur, 
m 70 de hauteur) , généralement bosselés, très bien taillés et ajus- 
tés avec le plus grand soin. Par-dessus vient un autre système de 
construction : les blocs sont moins bien taillés, les joints moins 
exacts; de petites pierres sont intercalées entre les grandes, ou 
bien celles-ci sont unies au moyen de chaux ; en certains endroits 
des restes de l'ancienne construction mêlés à la nouvelle montrent 
que celle-ci a été employée pour restaurer le mur grec , ruiné en 
partie , ce qui pourrait donner à croire que cette réparation a été 
faite à la suite du siège (1). La partie supérieure des murs est 
d'un troisième système de construction et date du moyen âge. 

D'après le passage de T.-Live , l'agora devait être sur le petit 
plateau qui est au S.-E. du monastère. 

Dans le prolongement du côté S.-E. du monastère, on trouve un 
mur qui va du S.-O. au N.-E., vers le ravin ; c'est le commence- 
ment du mur qui unissait les deux forteresses. L'appareil est rec- 
tangulaire, mais les joints ne sont pas tous verticaux ; la grosseur 
des blocs et le caractère massif du travail contrastent avec l'élé- 
gance du mur grec conservé dans le mur d'enceinte du monastère 
et indiquent une époque beaucoup [dus ancienne. Ce mur des- 
cendait dans le ravin, puis suivait celui-ci du N.-O. au S.-E., 
jusqu'à l'angle S.-E. de la grande colline, où l'on rencontre les 
restes d'un autre mur, qui va rejoindre la forteresse du N. Ce 
dernier mur est fait de très grands blocs rectangulaires, de forme 
allongée, superposés en assises horizontales. Un bloc, qui n'est 
pas, je crois, l'un des plus grands, a 2 m 90 de longueur, œ 85 de 
hauteur, m 65 d'épaisseur. Ces blocs ne forment d'ailleurs que 
le revêtement de la muraille du côté de l'E. ; du côté de l'O. on 
ne voit que les restes du blocage intérieur , c'est-à-dire une 
grande quantité de pierres plus ou moins grosses , mais aucune 
trace d'un revêtement en maçonnerie régulière (2). 

Vers le haut de la colline , sous un mur plus moderne fait à la 
chaux, qui va du S.-E. au N.-O. en longeant le sommet, on voit 
des restes d'un mur hellénique ; il y a même un endroit où ce mur 
est en appareil polygonal. A peu près vis-à-vis des "Aytot Oavévxeç, 



(1) On montre, dans le mur d'enceinte du monastère, des marques que les 
gens du pays croient avoir été faites par des boulets de canon ; ce sont peut- 
être des marques des béliers romains. 

(1) C'est dans ce mur qu'on montre le bloc dont parle Loverdos et qui aurait 
été enfoncé, selon lui, par un coup de bélier. Le déplacement de ce bloc peut 
aussi bien être attribué à un tremblement de terre. 



II. — CEPHALONIE. 



41 



on rencontre les traces d'un mur qui descend dans le ravin ; puis 
le mur d'eu haut, suivant toujours le sommet de la ponte, tourne 
vers le N.; enfin, à l'angle N.-O. de la colline, on trouve les restes 
d'un autre mur qui desrend du S.-E. au N.-O. 

Sur la pente S.-O. de la grande colline le sol est jonché de frag- 
ments de brique et de terre cuite. 

Au pied de la même colline, à l'entrée du ravin, on aperçoit 
des traces de murs allant vers la colline du S. (1). 

Dans le ravin même, sur les deux bords d'un torrent desséche, 
on voit dans la terre les restes d'un mur fait de grandes pierres 
de taille juxtaposées sans ciment. Les gens du pays croient que 
ce sont les restes d'un môle antique. 

Au S.-O. du ravin , dans un jardin qui est derrière le village , 
trois énormes blocs (2) rectangulaires placés à la suite l'un de 
l'autre marquent la trace d'un mur antique parallèle au rivage ; 
dans le mur moderne qui fait le fond du jardin sont conservés 
des blocs plus petits qui formaient un autre mur ancien parallèle 
au premier. Dans le même jardin , on a trouvé une colonne de 
granit noir, qui est maintenant dans la mer, tout près du rivage. 
Près d'une autre maison , au fond de la rade , on voit un mor- 
ceau d'une autre colonne d'un granit grisâtre, plus pâle que l'autre. 
Le village moderne finit au torrent desséché dont il a été ques- 
tion plus haut. Si, au delà de ce torrent, on remonte vers le N.-E., 
en suivant le bord de la mer, on rencontre , sur une étendue 
d'un kilomètre à peu près, des traces de constructions romaines 
encore enfouies sous terre. Divers murs, tantôt parallèles , tantôt 
perpendiculaires au rivage , se voient dans l'espèce de talus de 
terre qui est à droite du chemin, et quelques-uns vont jusque 
dans la mer, dans laquelle on aperçoit aussi en plusieurs endroits 
des pierres de taille. En haut du même talus apparaissent éga- 
lement plusieurs murs romains qui sortent du sol. — A un en- 
droit appelé Xourpov , on peut remarquer, sur le bord de la mer, 
l'orifice d'un conduit rond en briques, parallèle au rivage , et à 
quelques pas de là vers le S. , en montant du côté de la colline, on 
voit les ruines d'une construction voûtée encore à demi enfouie. 
— Au N.-E. de cet endroit, on a trouvé, sur le rivage, un pavage 



(l) La stupidité ou la mauvaise volonté de mon guide, qui m'assura qu'il n'y 
avait aucun reste antique sur le sommet de la colline du N., fut cause que je 
n'en vis pas davantage. 

(t) L'un d'eux a 2 n, 50 de longueur . l m 20 de hauteur , 0-55 d'épaisseur. 



42 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

en marbre blanc et noir fait de morceaux d'environ 2 décim. de 
côté, et aussi un pavé en mosaïque fait de pierres plus petites (1). 
En allant encore plus vers le N.-E., on rencontre les traces d'une 
chambre qui avait également un pavé en mosaïque. Ces divers 
restes de pavés ont disparu aujourd'hui. — Les ruines romaines 
appelées zecca par les gens du pays se trouvent , d'après ce qu'on 
m'a dit, à quelque distance au N.-E. ; ce nom leur aurait été 
donné parce qu'on y a découvert , il y a un certain nombre d'an- 
nées, des monnaies d'argent. 

Au S . -0 . du torrent , derrière le village moderne , on voit les ruines 
d'une construction romaine : restes de 5 chambres communiquant 
entre elles ; dans l'une (8 pas de longueur environ , 5 pas de lar- 
geur), une espèce de foyer dans le bas du mur; dans une autre 
(environ 4 pas de longueur sur 3 de largeur), débris d'un pavé en 
mosaïque : pierres blanches, noires, rouges ; dessins d'ornement. 
Dans les murs , à l'intérieur de plusieurs de ces chambres , une 
série d'ouvertures quadrangulaires. — Près de ces ruines , il y a 
un puits qu'on dit être antique. 

Au S. du village , une autre construction romaine est con- 
servée en partie ; on voit les restes de deux chambres dont les 
murs ont encore plusieurs mètres de haut. Dans ces murs , on 
remarque également une série d'ouvertures rectangulaires qui ne 
semblent disposées suivant aucun ordre régulier. A côté de l'une 
des deux chambres, mais à un niveau plus élevé, au-dessus d'une 
masse de terre entassée , de plusieurs mètres de hauteur , on 
aperçoit d'autres traces de murs dessinant aussi la forme d'une 
chambre ; le sol de cette chambre n'étant pas déblayé , on ne 
peut dire si la construction avait deux étages ou un seul. 

Au S. -0. de ces ruines , dans les vignes , on rencontre encore 
une petite construction romaine voûtée (de 3 à 4 pas de longueur), 
presque entièrement enfouie. 

Plus haut, vers le S.-E., j'ai vu une fosse rectangulaire, creusée 
dans une roche. 

Dans les vignes autour de la construction voûtée , on a décou- 
vert divers tombeaux, entre autres un sarcophage monolithe avec 
l'inscription ExXoAH (?) (2) /aïpe. 



(1) C'est aussi là, je crois, qu'on a trouvé un petit fragment de marbre avec 
une tête de lion, vue de face, en relief et un seuil de porte (?) en marbre qui se 
voient aujourd'hui dans le village. 

(2) Au dire de M. Zervos , maire de Samos ; EKAOAH n'étant pas un nom 
grec, il faut sans doute restituer 'Ex),o[y]^i- 



II. — CÉPHALONIE. 43 

La région où étaient les autres tombeaux est, selon M. Zervos, 
la partie du ravin qui est située au S.-O. du torrent, du côté de 
la petite colline. On en a aussi trouvé plusieurs dans le bois qui 
couvre la pente N.-O. de la petite colline ; M. Zervos se rappelle 
que l'un de ces derniers contenait 'les objets très riches; trois 
autres étaient situés exactement l'un au-dessous de l'autre et fu- 
rent découverts l'un après l'autre en creusant. 

Chez M. Zervos, maire de Samos, j'ai vu quelques menus objets 
antiques : 

Une monnaie d'argent : tête de femme tournée vers la droite ; 
raisins et feuilles dans les cheveux ; — revers : devant de vaisseau 
tourné vers la dr. ; un homme y est assis , tourné à dr. , la main 
droite en arrière, le bras gauche étendu tenant un bâton ; légende : 
EapSociéaw ; 

Une balle de fronde en plomb avec l'inscription : E1TEI [tou 
Sajjuxiou], v. Postolaka (t), n° 985 ; 

Des fragments de ceinturons en bronze trouvés dans des tom- 
beaux ; sur la boucle de l'un il y a un monogramme que je n'ai 
pas pu lire ; 

Poids (?) en marbre trouvé dans le jardin de M. Zervos ; il m'a 
semblé voir la trace d'une poignée soudée en deux endroits au 
moyen de plomb ; 

Fragment de bracelet en or : tête de lion creuse d'un assez joli 
travail ; 

Pierre gravée : lion debout sur un chevreuil qu'il a terrassé ; 
travail grossier. 

Inscriptions de Samé. 

1 . Inscription en l'honneur de Septime-Sévère. Le moulage est 
à Gorfou , au Musée du gymnase. V. mon Mémoire sur Gorfou , 
p. 45. 

2. C. I. G., Addenda, 1930 f. 

3. Ibid., 1930 g. Le Corpus donne ces deux inscriptions comme 
étant de Kranô ; Loverdos les mentionne comme ayant été trou- 
vées récemment à Samos. 

4. 'ExXoyr, (?) x«"ps, v. p. 42. 

5. C. I. G., 1925 h. Le Corpus donne cette inscription comme 
étant d'Ithaque. D'après une copie de M. Tsimaratos , elle serait 



(1) Kaxâ)oYoç xwv àpyatwv vojjUTfjKXTMv twv vyjtwv Kepxûpaç , Aeuxâôo;, 'I0âxY)?, 
Ke<paXXir)vfaç, ZaxûvOou xoù KuO-/ipwv, etc., Athènes, 1868. 



OiÀi; (OU OtXiç?) 
Kaaatç (= Kaaaioç?) 



44 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

de Samos. Cette copie donne Ka<ravSp(; et KasavSpeuç (par un seul <r), 
et la faute napjxeviovoç. 

6. Copie de M. Tsimaratos. 

AYTOMEAA (?) 

Eevvw 
<ï>(Xwv 
Nixiov 

7. Fragment conservé chez M. Tsimaratos, à Haya Thekla : 

OAAOI 

8. Chez M. Tsimaratos : 

A E AIN Al (=Aà«va?) 
X°"P e 

9. Chez M. Zervos : 

02 

N OAilPA 
OTOAIKA 
ITPATOZ 
12 

Incomplète à gauche ; à droite il ne manque rien, si ce n'est à 
la ligne 1 . 

L. 1 , M. Zervos se rappelle qu'il y avait OSTPATOS; — 1. 2 , 
il faut lire sans doute -voSwpa ; 1. 3 , le premier O est douteux ; 
1. 4 , A est peu visible. 

10. A Samos, dans une maison particulière : 

EevoxpaTetoc 

1 1 . Une autre inscription funéraire trouvée à Samos portait , 
au dire de M. Zervos : Ot'Xwv 4>i'Xojvoç. 

12. M. Zervos se rappelle avoir vu une pierre où il y avait le 
commencement d'inscription suivant : 



ANNE2 



M. Zervos, ayant appris que mon guide ne m'avait pas fait voir 



II. — CÉPHALONIE. ' 45 

tout ce qui restait de la plus grande des deux citadelles de Samé , 
me donna les renseignements suivants : 

y> L'enceinte de la grande citadelle, selon lui, est surtout conser- 
vée du côté du S.-O. ; vers le S. ou le S.-E. , il reste une porte 
couverte; à l'intérieur de la citadelle, il y a une citerne taillée 
dans le roc, qui communique, dit-on, avec un puits situé dans la 
petite vallée au S.-E. de la colline. — Au delà de cette vallée est 
une autre colline nommée Alpovouni, où l'on voit un espace plat 
pavé de pierres, qu'on croit être l'emplacement d'un temple d'Apol- 
lon (1). « 

M. Zervos me parla encore de ruines de fortifications antiques 
(xaffTpia) situées du côté de Pyryi. Ce que je vis était insignifiant. 

En allant du village \ to yivlô à Zanetata , on passe par une pe- 
tite éminence appelée 'ç rà ^apixapa. On a trouvé à cet endroit une 
tête de femme en marbre, qui est aujourd'hui chez M. Tsimara- 
tos , à Haya Thekla. Sur les lieux mêmes, je n'ai vu qu'une ci- 
terne, qu'on dit être antique ; des traces de plusieurs murs se cou- 
pant à angles droits et faits de grands blocs rectangulaires (l'un a 
près de 2^80 de long) ; à quelque distance de là, une rigole assez 
profonde, creusée de main d'homme dans un rocher en pente ; enfin, 
plus haut, beaucoup de fragments de terre cuite. Les roches qu'on 
voit sortir de terre à cet endroit sont une espèce de pierre qui se 
fend naturellement en grandes plaques minces , se détachant par 
feuilles ; à voir ces roches, on les dirait taillées de main d'homme, 
et les gens du pays y ont été trompés. On rencontre des roches 
semblables sur la côte N.-O. de la baie de Samos, près de la 
route de Samos à Pylaros ; on a voulu y voir des restes de carrières 
antiques; l'endroit s'appelle aujourd'hui Ta e EXX7)vtxa , sans qu'on 
y ait jamais trouvé, à ce que j'ai entendu dire , aucun objet an- 
tique. 

Après avoir vu les [xap^apa , je remontai la vallée de Samos du 
côté de Pyryi , en passant par Zanetata et Zervata. Vers l'extré- 
mité S.-E. de cette vallée, au delà du petit ravin boisé de 'Ayii 
Tptaç, on rencontre une montagne rocheuse se détachant de la 
chaîne qui longe la mer et s'avançant parallèlement à la chaîne 
de Pyryi ; c'est sur les contre-forts inférieurs de cette monta- 
gne que je devais trouver les xaorpca de M. Zervos. Mais, sur 
l'un de ces contre-forts, que mon guide me dit s'appeler 'ç xà àypa- 



(1) Cette croyance n'a sans doute d'autre fondement que le nom de cet endroit. 
Du reste les monnaies font voir qu'il y avait à Samé un culte d'Apollon. 



46 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

moaxi ((fypairfôi = poire sauvage), je ne vis aucun reste antique, si 
ce n'est des morceaux de briques sur la pente N.-E. ; et, sur un 
autre sommet moins élevé, situé au S.-E. du précédent, je ne 
trouvai qu'un petit espace plat, entouré de murs assez épais, faits 
de pierres non taillées , de dimensions ordinaires , empilées les 
unes sur les autres ; rien n'indiquait que ceci fût ancien. 

Tout en haut de la montagne à laquelle ces collines se rattachent 
il existe, paraît-il, un endroit où M. Zervos dit qu'on a cru re- 
connaître des restes antiques (?). 

Enfin , le papas du village de Koulourata, qui se trouve en face 
de cette montagne , de l'autre côté de la vallée , me parla d'un 
xa<7Tpo (ou xdcffrpta) situé dans le district de Pyryi , au-dessus d'une 
église de Saint-Nicolas. — Le district de Pyryi (to TOpyiov^àTuipyiV?) 
étant sur la limite du territoire de Saine et du territoire de 
Pronnoi , il est possible que l'une ou l'autre ville ait eu là un 
fort pour défendre l'entrée de son territoire. 

§ 13. Beaucoup plus intéressants sont des restes de fortifications 
qu'on voit sur les deux versants de la vallée de Pylaros , qui est 
la porte (ttuXyi) de la vallée de Samos du côté du N.-O. Ces ruines, 
qui m'ont été indiquées par M. Georges Phlorias , député de Py- 
laros, n'ont jamais été décrites, que je sache. J'ai seulement 
trouvé l'indication suivante dans Petit-Radel, ouvrage cité, p. 298 : 

a N° LXXI (de la galerie pélasgique). Mur de Palatia. » 

« Exécuté d'après les dessins de M. Words-Worth. » 

« Palatia , ville de l'île de Céphalonie , aujourd'hui en ruines 
dans l'île de Gefalonia , l'une des îles Ioniennes ; parmi ces rui- 
nes on voit le mur d'une maison de construction pélasgique. » 

Il n'y a jamais eu à Céphalonie de ville de Palatia ; ce nom est 
le nom moderne d'une ruine pélasgique qu'on rencontre dans la 
vallée de Pylaros. Ceux qui ont voyagé en Grèce savent que, pour 
les paysans grecs, toutes les ruines anciennes de quelque im- 
portance sont des palais , tous les tombeaux où l'on découvre 
quelque objet précieux, des tombeaux de rois ou de reines. 

L'endroit nommé toc c EXXv)vtxa ou xà radarca est situé sur le ver- 
sant N.-E. de la vallée de Pylaros , à peu de distance du port de 
Sainte-Euphémie et près de la route qui monte de Sainte-Euphé- 
mie à Dhrakata. 

Sur un petit plateau situé à une faible hauteur au-dessus de la 
vallée, on voit les ruines d'une espèce de redoute adossée au ro- 
cher naturel. Des restes des trois murs qui la formaient sont con- 
servés ; longueur (dans le sens parallèle à la vallée), environ 



II. — CÉPHALONIE. 47 

11 pas; largeur, 7 pas 1/2. La construction était divisée, dans le 
sens de la largeur, en deux parties presque égales par un mur 
dont on distingue la trace. 

La construction appartient à l'époque de transition entre le 
système polygonal et le système rectangulaire ; les blocs sont en 
général rectangulaires, mais on en trouve aussi dont la forme est 
irrégulière à l'endroit où ils sont ajustés l'un à l'autre. 

Les blocs sont de dimensions très inégales. Voici les dimensions 
de quelques-uns: longueur, 1«°37 ; hauteur, m 86 ; épaisseur, 
0m53 ; _ longueur, 065; hauteur, (M2-13 ; épaisseur, 0^49; — 
longueur, m 90 ; hauteur, f>55; épaisseur, 063. 

La pierre est une espèce de pierre calcaire appelée dans le pays 
àu.uyoyl6TztTç,oi, qu'on trouve employée dans la plupart des construc- 
tions antiques de Céphalonie. 

Les blocs sont travaillés et ajustés avec beaucoup de soin ; le 
devant des blocs qui sont vers le S.-O. est généralement bosselé. 

A l'un des angles , le mur de devant a une hauteur actuelle de 
3 m 15 jusqu'à la roche naturelle, sur laquelle il est bâti ; celle-ci a 
encore environ 1 mètre de hauteur. 

Dans le mur de devant, on voit deux meurtrières placées sur le 
môme niveau ; l'une est détruite en partie ; elles se rétrécissent 
en allant du dedans vers le dehors , et la surface inférieure s'élève 
dans le même sens, la surface supérieure étant horizontale. 

La redoute était adossée à une petite muraille de rochers peu 
élevée; on reconnaît les traces d'un mur qui avait été construit par- 
dessus. Un peu plus haut, il y a une grande muraille de rochers 
parallèle à la petite dont il vient d'être question. 

Au S.-E. de la redoute, sur le même petit plateau, on voit d'au- 
tres traces de murs. 

Sous le plateau , du côté S.-O. et du côté S. de la redoute , on 
remarque les restes de deux murs presque superposés , allant ho- 
rizontalement du N.-O. au S.-E. ; ils sont faits de grands blocs taillés 
grossièrement ou même non taillés, ajustés sans beaucoup de soin. 

Au S.-E. de la redoute , on distingue les traces d'un mur qui 
descend la pente , en allant du N.-E. au S.-O., jusqu'à la route. 

D'autres restes antiques sont conservés sur le versant S.-O. delà 
vallée de Pylaros. A une certaine distance au N.-O. du point qui, 
sur ce versant , fait vis-à-vis aux palalia que nous venons de dé- 
crire, la vallée de Pylaros s'élargit, parce que la montagne qui la 
borne au S. tourne brusquement vers le S.-O., formant une petite 
vallée perpendiculaire à la grande, la vallée de Dhrakopoulata. 



48 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

C'est à l'angle où la montagne tourne vers le S.-O. qu'on trouve 
des restes pélasgiques. L'endroit s'appelle 'ç rr\ aupia (cf. p. 33 et 
p. 53), c'est-à-dire 'ç r?)? upY]aç. A différentes hauteurs sur la pente 
et de différents côtés , on rencontre des restes de murs dessinant 
des espaces rectangulaires clos, très petits. Ces murs sont faits de 
grands blocs en général assez réguliers , ajustés avec moins de 
soin que ceux des palatia (1). 

Dans la vallée de Dhrakopoulata , au N.-O. de la montagne qui 
ferme cette vallée vers le S.-E., on voit les restes d'un grand mur 
qui va du S.-O. au N.-E., puis, arrivé près de l'angle de la mon- 
tagne, tourne vers le N.-O. ; il est fait de blocs assez réguliers , 
taillés et ajustés grossièrement. Ce mur, détruit maintenant dans 
sa partie N.-O., aboutissait, en formant une courbe, à l'extrémité 
S.-E. d'un endroit nommé to 'EXX/jvtxov ou to toxXocti. On peut re- 
connaître h cet endroit les traces de l'enceinte d'une grande con- 
struction rectangulaire. Longueur, 25 pas; largeur, 10 pas; des 
restes de trois murs sont conservés ; le quatrième manque ; à 8 pas 
de l'une des extrémités , traces d'un mur intérieur , dans le sens 
de la largeur. 

Au S.-O. de ce palati s'étend un espace plat, où l'on trouve des 
vestiges d'autres constructions bâties également sans chaux. 

Dans les vignes qui sont au pied de la pente de syria , dans la 
vallée de Dhrakopoulata , on découvre très souvent des tombes 
avec des os. Sous un chemin qui suit le bas de cette pente du 
N.-E. au S.-O., on a trouvé autrefois un tombeau fait de quatre 
plaques de pierre, et couvert de deux autres plaques. Plus haut , 
vers Dhrakopoulata, une autre tombe contenait une lampe en terre 
cuite , sur laquelle il y avait une croix. J'ai vu aussi les restes 
d'un tombeau à l'angle de la pente de syria ; il m'a semblé que 
c'était une fosse taillée clans le roc, maintenant remplie de terre. 
A cet endroit, on a trouvé sous terre du charbon, un vase à deux 
anses et une pierre si grande qu'on n'a pas pu la soulever. 

Dans les vignes qui sont au S.-O. du palati, j'ai vu un frag- 
ment de colonne. 

A l'angle de la montagne de syria, M. Phlorias m'a fait remar- 
quer un grand nombre de roches en pente , où une foule de peti- 
tes cavités , dont le bas est horizontal et les parois verticales , ont 
été creusées de main d'homme. Ces cavités sont disposées sur 
chaque roche d'une façon régulière. Je ne sais point à quel usage 

(1) Voici les dimensions de deux, blocs : long. l m 60, haut. û m G5, ép. m 55 ; — 
long. l m 60, haut. m 54, épaisseur maximum m 80. 



II. — CÉPHALONIE. 49 

cette série de niches, qu'elles soient antiques ou non, a pu servir. 
Entre syria et Sainte-Euphémie , au pied de la montagne, on 
rencontre plusieurs endroits (par ex. l'endroit nommé KaXavâapia), 
où il y a peut-être des traces de murs pélasgiques. 

M. Phlorias m'a encore parlé des restes antiques suivants dans 
la vallée de Pylaros : 

Murs pélasgiques entre Hayos Minas et Skalopati , sur la pente 
de l'Haya Dynati (au N.-O. de Dhrakopoulata), et à Vasilopoulata, 
sur la même pente, mais encore plus vers le N.-O. ; 

Autres murs pélasgiques sur la colline de Saint-Spyridon, près 
de Dhivarata, village situé vers l'extrémité N.-O. de la vallée de 
Pylaros, sur le versant N.-E. de cette vallée ; — à Dhivarata, on a 
aussi trouvé des monnaies romaines ; 

A Krini, au milieu de la vallée de Pylaros, dans un terrain ap- 
partenant à M. Phlorias, il y a quelques restes d'une construc- 
tion romaine (sans doute des bains) ; 

Des tombeaux faits de pierres grossièrement taillées ont été 
trouvés dans toute la vallée ; 

En creusant les fondations du nouveau monastère de Sainte- 
Euphémie (1), on a découvert une tombe faite de très grandes 
briques ; sur l'une, qui était brisée, on voyait la fin de mot ATTA ; 

Sur la pente du KaXov opo; qui est tournée vers Sainte-Euphémie, 
on a trouvé des vases de terre et des tuiles de très grandes dimen- 
sions ; sur la même pente on a aussi découvert des monnaies 
d'or byzantines ; enfin il faut remarquer le nom de ïpo'v que porte 
une zone cultivée s'étendant sur cette pente pierreuse , au N. de 
Sainte-Euphémie ; 

De l'autre côté du KaXov opo;, à Neokhori, on a trouvé une quan- 
tité de lampes de terre cuite (2) . 

§ 14. — ASSO. 

Il paraît qu'on n'a jamais découvert à Asso le moindre objet an- 
tique (3). L'inscription latine dont j'ai parlé plus haut , p. 12 , est 

(1) Ce monastère se vante de posséder les présents que les rois mages ap- 
portèrent à Jésus-Christ : une espèce de grille en fils d'or, un peu de myrrhe 
et un peu d'encens. 

(2) M. Antoine Migliaressi m'a aussi dit qu'on avait trouvé à Pylaros , dans 
une vigne, 20,000 monnaies romaines de Jules César et des premiers empereurs 
jusqu'à Hadrien. 

(3; Selon M. Tsitselis, qui renvoie à Coronelli, p. 178, et à M. Chiotis, t. III, 
p. 146, quelques restes d'une fortification ancienne auraient encore existé à 

4 



50 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

encastrée dans le mur de la forteresse , à droite de la porte d'en- 
trée ; la voici : 

Excelsa Ven. resp. princ Pasch Cucon ab 

oratorib Ceph exorata. ut fideliss. socios 

ab hostium imminenti peric. tueretur Barth 

Mauro. insulse prov. Johan. Mocenese cun [sic] 
5 regni Creta procons. revertenti ac Vinc Cana li 

Corcyra prov. et cap. commisit. ut communi 

saluti consulentes locum in insida ita mu. 

curarent. ne amplius tyrannicas incurs. 

paterentur quapropter admit ab. Naxi locum 
10 consid. favente Deo. omnes hic urbem sedifi. 

statuer, cujus quidem operis summam Rafaeli 

Raspono viro diligenti ampliss Patres 

imposuere. sexto Id. Novemb. MDVIIC. 
consiliariis 
15 Scipione Minio et Ambrosio Cornelio 

Post vero oint. Rasp 1 per exc m sénat, idem Corne us 

inv. prov. urbis. fuit deputatus. ipsoq. recen te 

studio et assiduitate. Pétri comitis Cabutii 

coll. viri in omnib. integerrimi ejusd. Rasp 
20 succès, adjunctis duob. necessariis Belocuar diis 

mœnia ad magis perfectam formam reducta 
fuere anno dni. M D V C 

L'inscription étant placée de telle façon qu'il est très difficile de 
la lire, je ne garantis pas les noms propres. 

Nous avons parlé plus haut de la prétendue ville ancienne de 
Nesos, Nasos ou Naxos (1) (v. ligne 9 de l'inscription) ; les Vénitiens 
auront sans doute entendu Nasso au lieu de Asso (à l'accusatif), et, 
comme en italien les deux s remplacent en général un x latin , ils 
auront traduit Nasso par Naxus. — "A<r<7oç est du reste, comme on 
sait, un nom ancien ; "Eptcroç peut-être aussi (pour "Epsaoç?). 

§ 15. — PORTO VISKARDO. 

A Phiskardo (Piskardo) , on rencontre beaucoup de restes de 



Asso lorsque la forteresse moderne fut fondée. Leake parle même d'un mor- 
ceau de mur grec conservé dans la forteresse moderne ; je ne l'ai pas vu. 
(1) Loverdos : « xo xoù "Aaovi, ôvot/.aÇ6[A£vov octïô toùç àp^aiov; Nà?oç. » 



II. — CÉPHALONIK. 51 

constructions byzantines, entre autres les ruines d'un fort à 
l'extrémité de la pointe qui est au N.-E. du port, et, au S. du 
village, devant le monastère actuel, des fondements de murs et un 
fragment de pavé en mosaïque ; dans la cour du monastère il y a 
une église byzantine ruinée avec des traces de peintures ; au 
môme endroit s'est aussi conservé un chapiteau byzantin carré. 

Les restes antiques sont insignifiants (1). 

Sur la pente E. de la colline qui est au S. du village, on voit 
dans la terre un très grand sarcophage en pierre, qui a une lon- 
gueur de près de 3 pas; il contenait des ossements. — Sur la 
même pente, un peu plus haut, on montre plusieurs petites cel- 
lules rectangulaires , tournées vers l'E. et entourées de restes de 
murs peu épais faits à la chaux ; elles paraissent avoir servi de 
sépultures, car on les a trouvées remplies d'ossements ; je ne sau- 
rais dire de quelle époque elles sont. 

A l'O. du village, au S. de la route qui monte à Markandonata, 
est un endroit appelé '; tb Xcepvt. Sur la pente N. d'une gorge, une 
espèce de chambre rectangulaire est creusée dans le roc ; l'entrée 
est vers le S. ; on arrive à la chambre par plusieurs marches lar- 
ges de 4 pas, également taillées dans le roc ; la chambre est longue 
d'un peu plus de 2 pas 1/2 (du S. au N.) et large de 1 pas 1/2, 
sans compter la largeur de deux bancs de pierre qui sont taillés 
dans le rocher de chaque côté. Dans la paroi du fond , à une cer- 
taine hauteur, on remarque une sorte de petite niche quadrangu- 
laire ; on dirait une place pour s'asseoir ; on peut monter à cette 
niche par un escalier pratiqué dans la pente du rocher, à côté de 
la paroi de droite ; à gauche de la chambre , un escalier qui cor- 
respondait à l'autre est ruiné. Cette chambre a peut-être servi de 
chambre funéraire ; toutefois elle n'est point couverte. Les gens 
du pays croient que c'était le trône de la reine Phiskarda , qui , 
selon eux, a donné son nom au village (2). 

Au S. de la chambre, on voit sortir de terre le haut d'une con- 
struction byzantine voûtée ; les gens du pays disent que c'étaient 
les bains de la reine. 

Sur la pointe qui est au N.-E. du port de Phiskardo on a dé- 
couvert des monnaies d'or; je n'ai pas pu savoir de quelle épo- 



(t) Leake parle de ruines romaines , « peut-être un temple d'Apollon abritant 
le côté N. du port et correspondant au temple semblable qui était situé sur la 
pointe méridionale de Leucade. » Je n'ai rien vu de pareil. 

(2) On sait que Viskardo (Phiskartlo, Piskardo ) tire son nom de Robert 
Guiscard (ou Wiscard) , qui y vint mourir en 1085. 



52 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

que elles étaient. Sur la colline au S. du village on a trouvé ré- 
cemment une pierre gravée, que j'ai vue ; elle représente Castor et 
Pollux debout devant leurs chevaux, la lance à la main, et tournés, 
l'un vers la droite, l'autre vers la gauche. 

Une inscription de Phiskardo a été publiée dans le C. I. G., 
n° 1933. M. Tsimaratos en a une copie un peu différente, qui 
semble être peu exacte , mais que je reproduirai néanmoins : 

Tito; <ï>Xaêioç Aiovtffioç, 
evopxi'Çojjisv aoi tov (xsêatffjuov opxov, 

|A7] 7TOTS aVOl'^U (?) TOV SOpOV 'OXuiA7uàSoç * 

e? tiç Se àvoiijei, 
d^oSoJTW 10 cpuatxov (!) Suvapta Sua^iXia 7tsv- 
Taxo'aia, xal ucpéçec Xo'yov aaeëiaç. 

Une inscription de Panormos, qui a été trouvée dans les îles 
Ponza et qui a été portée de là chez M. Onofrio Bonghi à Gaëte , 
est publiée dans le C. h G., 6190 b. 

IV. PRONNOI. 

§ 16. Le territoire de Pronnoi devait comprendre le S.-E. de 
l'île, depuis Pyryi jusqu'à Kateleo. 

Les descriptions qu'on a données des ruines de Pronnoi sont 
très incomplètes. 

Goodisson : » Dans toute la plaine de Raidi il y a des traces d'an- 
ciennes constructions ; des pierres de taille de dimensions énor- 
mes sont éparses çà et là , quelques-unes très enfoncées dans le 
sol. Sur l'un des pics qui sont au-dessus du village de Koronous, 
on voit les restes d'une forte citadelle (ville de Pronos) : enceinte 
cyclopéenne ; à l'intérieur, trois ou quatre citernes creusées dans 
le roc. « 

Loverdos : » Les ruines de Pronos sont sur une colline au-des- 
sus de Koronoi (corruption de Pronnoi ?). Les murailles sont faites 
sans ciment ; l'enceinte est peu étendue , mais la position est très 
forte. A l'intérieur de l'enceinte on voit diverses ruines ; on peut 
remarquer un siège taillé dans le roc (tribune pour haranguer le 
peuple?). — Les Pronéens , à la différence des autres Géphallé- 
niotes , mettaient leurs morts dans des vases de terre ronds et al- 
longés qu'ils enterraient dans une position horizontale (1 ) . En crou- 

(1) On verra plus loin, p. 55, qu'on a aussi trouvé h Koronous des tombes 
d'un autre genre. 



II. — CÉPHALONIE. 



53 



sant près de la ville , on a découvert ces sépultures. Les paysans 
trouvent de temps en temps des monnaies grecques ou romaines. 
— Près de la rade de Poros il y a des restes de fortifications 
antiques. « 

Yakovatos : » La forteresse de Pronesos était sur le sommet 
d'une colline située au bord de la mer ; la ville, entourée de murs 
et rattachée à la citadelle, était sur la pente. L'étendue de l'en- 
ceinte était d'un mille à peine ; il en reste peu de traces" — C'est 
peut-être Héraklès , divinité de Pronos , qui a donné son nom 
à 'Hpobàeiov, aujourd'hui 'ApàxÀeiov. « 

Rakli ou Harakli doit être en effet une corruption de c Hp xxletov, 
et l'on voit par les monnaies qu'il y avait un culte d'Héraklès à 
Pronnoi. — Kiepert, dans une ancienne édition de son Atlas, in- 
diquait, avec un point d'interrogation, une ville de Heracleia, qu'il 
plaçait assez loin de Pronoi. C'était là une erreur, qui ne se trouve 
plus sur l'éd. de 1872. Il ne devait pas y avoir à Rakli une ville 
distincte de Pronnoi, mais bien un sanctuaire d'Héraklès faisant 
partie de cette ville. La vallée de Rakli était sans doute riante et 
fertile dans l'antiquité comme elle l'est aujourd'hui. Elle était 
protégée par deux forteresses , dont Tune , au N. , dominait la 
gorge rocheuse qui déverse les eaux de cette vallée dans la mer, 
et dont l'autre, au S., commandait les routes de Valtes et de 
Skala , qui sont les deux entrées de la vallée de Rakli du côté du 
S. — Aujourd'hui Koronous est le nom d'un district dont font 
partie les villages de Anninata, Asproyeraka, Kornelo. 

La forteresse méridionale était sur une colline escarpée , sur la 
pente N. de laquelle sont maintenant Kornelo et plus bas, vers le 
N. , Asproyeraka. Les ruines s'appellent aujourd'hui t^ orupiaç 
(selon d'autres t9^ soupiSç) xo xafftpo (1), ou bien to ITaXaioxaurpo. 

Un peu au-dessus de Kornelo, à l'angle N.-O. de la colline, on 
rencontre les restes d'un mur pélasgique qui monte ; il est fait de 

(1) Corruption de Trj; wpr,à: (= wpaia;) xô xàaxpo. Les paysans de Koronous 
ont une danse populaire dont voici les paroles (cf. Passow, Popularia carmina 
Grœcise recentioris , 1860, p. 363-5 , M. de ^oguë a également recueilli près 
d'Ambélakia en Thessalie une chanson sur un sujet semblable, v. Revue des 
Deux-Mondes, 1 er janv. 1879) : 



xy) ô).a xà yiiptia ■ 

ffàv T? t i à>pv)âç xô xàcrxpo 

xàaxpo Sèv Y)upipca. 



Aîtt)oi, xpîrcXoi etvat of Ttûpyoi 
xr; 8X0 aîôïpa, 
xai r, ïrépxaiç àxaaXéviatç 
xai xà xXîiôiâ XP u<Ta> 



54 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

blocs polygonaux (généralement de 5 côtés) ajustés avec beaucoup 
de soin ; l'un d'eux a l m 70 de long , m 90 de haut ; le mur lui- 
même a une hauteur actuelle de 2-3 ra . Plus loin on trouve une 
partie du mur où les blocs semblent avoir été empilés les uns sur 
les autres sans avoir été taillés. Vers le haut de la colline ce mur, 
ijiii formait l'enceinte de l'acropole, cesse de monter et suit hori- 
zontalement la pente, du côté de l'O., tandis qu'un autre mur pé- 
lasgique", dont on peut encore reconnaître les traces , monte vers 
le sommet. Au même endroit, on voit aussi quelques restes d'un 
mur fait à la chaux , parallèle au mur d'enceinte et situé un peu 
plus haut.. Le sommet de la colline est un tout petit plateau. Sous 
ce plateau , au S.-O. et au S., on aperçoit les restes d'un second 
mur d'enceinte parallèle au mur d'enceinte inférieur. On retrouve 
les traces de ce dernier à l'angle S.-E., où il formait une espèce 
de redoute faisant saillie ; cette partie du mur a dû être construite 
ou réparée à l'époque romaine , car elle est faite à la chaux. On 
voit ensuite la continuation du même mur d'enceinte sur la pente 



Aèv y]jj.7Topsï xà xàuxpo Bàvst |xa|tXXapàxi, 25 

itoxi xov va 7tap09i, 10 7touv' ôvxe; yià xoiXià, 

[avjte jj.è xr)v àyaTrr) pàvei xai 5và axa|j.àxia, 

[wrçxe ji.è xà (T7ia()t. rcoSv' ôvxe; yià (3uÇiâ. 

Toùpxoi xà uo).ô[j.oùr7av Tàv rojpyo, mjpyo rcaei, 

Xpôvou; Swôsxa, xr) ô).o xXatovxaç, 30 

xy] dcXXouç Ssxaxeasàpouç 15 xrj ôXo vaixoyeXwvxaç , 

xà ToupxÔTtouXa. xai Xtavoxpvëovxaç. 

"Eva TratSi uatSàxt , « 'Avoii;' xe [/.ou, va ë(X7iw, 

Tovpxov tzoltzôl axvXi • xJjç papi6[AOtpY|;, 

« Sàv xt xà vjxpiTjj.à jj.au, Ô7roij[xai 'yyaaxpwfisvri 35 

xè xàaxpo va uapôri ; 20 uaiôi'çxàv jj.r]va |j.ou. » 

XîXi' ârrupa xr)v r,ijipa Ono v' àvoify y) uôpxa, 

y./) ëva àXoyo xaXo, yjXiot ÈfAërjxavs • 

xai rj xoprj uoôvai [xé^a, xr} ôao va xaXavoiipr], 40 

va vxr} sxsyavcofJw. » xà xàaxpo ÈTrijpave. 

J'ai reconstitué le texte de cette chanson en choisissant, parmi les nombreu- 
ses variantes que j'ai recueillies , celles qui étaient exigées par le sens ou par 
les règles de la versification; je crois inutile de donner ici une liste de varian- 
tes évidemment fautives : par exemple, vers 16 ot Sapaxiavot , vers 21 y^ ta 
çXwpià xou ôivovv, vers 24 yià yuvaixa xou. — Vers 8 , il faut accentuer xXeiôtà 
Xpviffa , et non xXetSià yjAitrà ; en effet , le 4 e vers de chaque strophe doit rimer 
avec le 2 e et lui correspondre pour la place du dernier accent : aiôepa , xXeiotâ 
Xpvcra. Pour la môme raison le texte est altéré au vers 34; xfjç (3apiô|i.oipr); n'est 
qu'un vers de remplissage substitué au vrai texte, lequel s'est perdu. 



II. — CÉPHALONIE. 55 

E. de la colline, au-dessous des restes d'un mur pélasgique des- 
cendant du sommet; le mur d'enceinte forme à cet endroit une 
autre redoute , située un peu plus bas que celle qui est du côté 
S.-E. ; puis il suit la pente dans une direction à peu près hori- 
zontale, pour tourner ensuite vers l'O., de façon à revenir sur la 
pente X. de la colline. — Tout le haut do la colline, en dedans 
de l'enceinte inférieure, est couvert de fragments de briques e1 
de vases. Sur le sommet il y a une grande citerne dont les parois 
paraissent faites (ou réparées?) à la chaux et deux autres qui sont 
comblées. Au point culminant est une petite chapelle ruinée de 
Saint-Elie, dans laquelle j'ai vu un tambour de colonne dorique. 
Du côté de l'E. ou du S.-E., le sommet où sont les restes an- 
tiques que je viens de décrire est séparé par un petit ravin d'un 
autre sommet moins élevé, nommé Takori. Au S.-E. du premier 
sommet , dont la pente , à cet endroit , s'appelle 'ç xà xauréXXia, on 
voit un reste de mur très bien conservé traversant l'extrémité 
S. du ravin et unissant les deux collines. L'appareil est ici rec- 
tangulaire; l'un des blocs a 2 ra 70 de long, l m 15 de haut; un autre, 
1^75 de long, lmlfj de haut. Le mur remonte ensuite sur la pente 
de la colline de Takori , où je ne l'ai pas suivi (1). 

A l'extrémité X. du môme ravin , en haut de la pente qui des- 
cend vers Kornelo, j'ai vu deux blocs de tuf taillés, qu'on avait 
trouvés sous terre, joints avec de la chaux. Les terrains situés sur 
cette pente appartiennent h M. André Annino, qui me dit qu'en : 
plusieurs endroits on avait rencontré des restes de constructions 
et des monnaies. 

A Kornelo, M. André Annino a trouvé plusieurs tombeaux an- 
ciens dans le terrain qui est derrière sa maison. Ces tombes 
étaient faites de quatre blocs de tuf taillés, avec un cinquième 
par-dessus ; au dedans, il y avait des ossements, des pyramides et 
des cônes de terre cuite percés de trous , de petits vases , lacrima- 
toires et autres, des monnaies qui sont aujourd'hui chez M. An- 
toine Migliaressi. — Dans le même terrain , on voit encore un 
grand couvercle de sarcophage et des fragments de stèles , savoir 
deux frontons et le bas d'une stèle sur laquelle il devait y avoir, 
en bas-relief , un fauteuil vu de face, car il reste deux pieds avec 
des griffes qui semblent être ceux d'un fauteuil. — On a encore 
découvert d'autres tombes dans des terrains situés plus haut, à 
l'O. ou au S.-O. de la maison de M. Annino, et l'on a aussi trouvé 

0) On m'a dit plus tard que dans cette partie du mur était une porte de la 
forteresse. 



56 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

de grands vases de terre contenant des ossements. Toutes ces 
sépultures étaient au S.-O. de Kornelo , sur la pente qui est au 
dessus de la route de Valtes. 

Sur la pente S.-E. de la colline de Takori est un endroit nommé 
'ç zb Xtôapc ou bien rapvapoTOTpa (de Tapvapi'Çw = balancer). C'est un 
grand bloc de rocher, ayant environ 1^80 de long, et posé hori- 
zontalement sur un autre, lequel est creusé naturellement au mi- 
lieu et sur l'un des bords. En penchant la pierre supérieure du 
côté où il y a un espace vide entre les deux blocs, on lui imprime 
facilement un mouvement d'oscillation qui produit un bruit assez 
fort, analogue à celui d'un moulin. La croyance populaire est 
que cette pierre servait , en cas de guerre , à avertir la forteresse 
de l'approche des ennemis. — Plus à l'E. ou au S.-E. , à peu de 
distance de la TapvapoTrexpa , au-dessus d'une petite vallée , on voit 
les fondations d'une tour carrée, de belle construction polygonale; 
c'était sans doute un ouvrage avancé, dépendant encore de la for- 
teresse. 

La forteresse qui défendait la vallée de Rakli du côté du N. était 
sur une colline située à l'O. de la baie de Poros. Le sommet de 
cette colline , appelé 'ç to à-ravco ua/vi (sommet A), est au-dessas de 
la baie même, vers le S.-O. ; de là la colline s'abaisse vers le N.-O. 
et forme, au-dessus de la gorge de Poros, une pointe qui s'appelle 
? to xaxo) Tra/vi (sommet B). Le sommet A est un petit plateau. 
Sur le côté S.-O. de ce plateau , on voit les restes d'un mur poly- 
gonal (1) ; à l'angle 0. une porte couverte est conservée. Elle a la 
hauteur d'un homme, environ lm20 de largeur et 2n»50 d'épaisseur ; 
les côtés sont faits de gros blocs polygonaux, qui forment un mur 
de m 80 d'épaisseur (dans les joints sont intercalées de petites 
pierres) ; en haut la porte est couverte au moyen de trois grands 
blocs rectangulaires , dont l'un a lm90 de longueur, 0^75 de hau- 
teur, 0m70 d'épaisseur (2). — Au delà de la porte, le mur polygonal 
descend vers la gorge , en suivant toujours le haut de la même 
pente ; une partie de ce mur, située plus bas , vers le sommet B , 
est très bien conservée. A l'E. de la pointe B et tout près de cette 
pointe, on voit encore des restes de la continuation du même mur. 
— D'autre part, à l'extrémité S. de la colline A, à l'endroit où 



(1) Dimensions d'un des blocs : l m 40 de long, plus de 1 mètre de haut. 

(2) Cette porte se trouve dans la galerie pélasgique , v. Petit-Radel , p. 299 : 
<« LXXII. Porte de l'Acropole de Pronœ. Exécuté d'après les dessins de 
M. Words-Worth. » 



II. — CÉPHALONIE. 57 

le plateau se termine, on trouve, outre les ruines du mur qui 
suit le haut de la pente S. -0., les fondements d'un autre mur, de 
3 pas 1,2 d'épaisseur, qui descendait du sommet du plateau. Ces 
traces de murs s'arrêtent à l'endroit où la pente de la colline , vers 
le S., devient escarpée (1). 

M. Travlos , médecin h Asproyeraka , m'a parlé d'un endroit 
situé au delà d'Anninata, sur la pente qui regarde la mer, où il 
y a, m'a-t-il dit, plusieurs xaffffsXXoTOxpaiç ; c'est le nom sous lequel 
les gens du pays désignent ces fosse- re< angulaires taillées dans 
le roc qu'on rencontre si souvent à Céphalonie. L'une de ces xacr- 
56ÀXo7:£Tfat; avait pour couvercle une plaque de pierre si lourde 
que l'on n'avait pu l'emporter. 

Près d'Anninata est aussi, dit-on, un endroit nommé 'OXu^ou;, 
où l'on a trouvé des monnaies. 

§ 17. D'autres ruines se voient du côté de Skala. Goodisson et 
d'autres en font mention. 

Goodisson parle de fondements et de ruines éparses d'un tem- 
ple, de tombes creusées dans le roc , de restes de bains romains , 
avec un petit temple adjacent, en briques. 

» Les bains sont sur la rive gauche d'une petite rivière, main- 
tenant à peu près desséchée, mais qui semble avoir été plus grande 
autrefois. La petite chapelle dépendait des bains ; on peut re- 
connaître les ruines d'environ huit de ces derniers. Tout autour 
on trouve des pavés en mosaïque ; celui de la petite chapelle est à 
peu près entier, car il a été protégé par les débris de la construc- 
tion, qui l'avaient recouvert.. . A peu de distance des bains est une 
ancienne carrière de tuf , d'où proviennent les pierres du temple 
et d'autres constructions encore. Les ruines du temple sont à un 
endroit appelé S. Georgio (2), près de la plage. Elles ressemblent 
à celles du temple d'Apollon à Leucade ; l'un et l'autre temple est 
au S. de l'île (3) : l'un et l'autre est en tuf; dans l'un et l'autre on 
remarque la même disproportion entre la longueur et la largeur. 

(1) Suivant la croyance populaire, toute cette forteresse a été bâtie par les 
opày.ovxe; (géants). 

(2) Ce temple fut découvert à 6 pieds au-dessous de la surface du sol. 

(3) Ceci est peu exact; le temple de Skala n'est pas à Yextrémité S. de l'île , 
comme celui de Leucade. Pour ce qui est de ce dernier, qui était situé sur la 
pointe S. de Leucade, appelée aujourd'hui cap Doukato sur les cartes et 
'; tô xcçàXt par les gens des 'environs, il n'en restait en 1876 qu'un certain nom- 
bre de blocs de tuf rectangulaires, épars sur le sol. 



58 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

Peut-être était-ce le temple de Zens Enos (1)... A trois milles du 
rivage de Skala, dans la mer, on dit qu'il y a une ville engloutie 
sous l'eau. Des gens disent avoir passé sur l'écueil et avoir vu 
dans la mer, par un temps clair , des fondations de constructions 
en pierre de taille. L'écueil s'appelle xaxapw (2). Goodisson a été 
en barque à l'endroit en question , par un temps où l'on distin- 
guait très bien le fond de la mer ; il n'a vu que de longues ban- 
des de rochers , qu'on a pu prendre , dit-il , pour des restes de 
constructions. « 

Loverdos -. » En 1812 , on a découvert dans la campagne de 
Gradou (district de Pronoi) un temple ancien , dont une partie fut 
transformée en église grecque. Les journaux de Malte de l'épo- 
que en ont donné la description (3). « 

Bursian renvoie, pour le temple de Skala, à un article du major 
du Bosset , publié dans une revue de Zante et cité par Holland , 
p. 533 et suiv. 

Le cap Saint-Georges est au N.-E. de Skala. Il y avait là, au dire 
des gens du pays, un temple antique bien conservé, avec son pavé 
et des colonnes en place ; il était un peu plus petit que l'église ac- 
tuelle, qui peut avoir, je crois, environ 10 mètres de longueur. Ce 
temple fut détruit, me dit-on, par les Anglais vers 181 1 ou 1812 (4), 
parce qu'ils voulaient faire des fouilles au-dessous. L'église mo- 
derne fut construite à ce moment , et on y employa les grands 
blocs de tuf rectangulaires avec lesquels le temple était bâti. Au- 
jourd'hui on voit seulement, près de l'église, des tambours de co- 
lonnes doriques, dont l'un a m 58-0 m 60 de diamètre. Dans l'église, 
la table de l'autel est supportée par un morceau de colonne , sur 
lequel est posé un chapiteau dorique. Le morceau de colonne a 
ln»10 de périmètre, mais les cannelures sont complètement usées (5) . 
Le chapiteau dorique a un abaque octogone ; le haut de l'échiné , 
sous l'abaque, a 2^90 de périmètre; le gorgerin, seulement 1^30. 



(1) Erreur évidente ; s'il y a eu un temple de Zeùç AlvriTto:, il devait être sui- 
te montagne. 

(2) Lisez Kàxaëa. 

(3) Je suppose que le temple mentionné par Loverdos est celui de Skala ; du 
moins je n'ai pas entendu parler d'un autre temple découvert dans cette région. 
L'indication que donne M. Tsitselis , « TpacoO ■ f)s<ri: èv KaxeXïito tvj; Kpàv»|<; , 
Ô7rou sûpéâriTav ib 1812 Xet^ava àpy_aîou vaoù, » doit être inexacte. 

(4) Cette date doit être inexacte, v. le passage de Loverdos cité plus haut. 

(5) Selon Goodisson , qui en donne un dessin , ce* serait un morceau de co- 
lonne ionique. Goodisson donne également un dessin du chapiteau dorique. 



II. — CÉPHALONIE. 59 

A l'E. de Skala, près de la mer, sont les ruines de l'église 
byzantine de Saint-Athanase. A l'intérieur de cette église, il y a, 
paraît-il, un pavé en mosaïque (avec dessins d'ornement . main- 
tenant caché.sous les décombres. Dans les environs , on voit des 
restes de murs faits à la chaux ; on a aussi trouvé, dans le terrain 
situé au-dessus de l'église , des tombes avec des os et des mon- 
naies. Ces sépultures se composaient toutes de deux tuiles (de 
4 pieds de longueur sur 2 pieds de largeur , en moyenne) incli- 
nées l'une contre l'autre. Le mort était couché au-dessous , avec 
une pierre sous la tète ( 1 ) . 

Au S.-O. de cette église, on rencontre un endroit appelé Pal?eo- 
kastro. Ce sont des carrières de tuf, qui ont été, dit-on, exploitées 
par les anciens, et dont les grandes masses, taillées à angles 
droits, ont , en effet, quelque ressemblance avec les ruines d'une 
forteresse. 

Sur le même plateau, on montre un Xyjvoç ancien ; c'est une masse 
carrée, bâtie avec de la brique, des pierres et de la chaux ; c'est 
là qu'on aurait écrasé le raisin ; auprès, on voit les traces de deux 
cavités creusées dans le sol, qui auraient servi à recueillir le jus. 

Plus au S. est un petit ravin, sur la pente N. duquel on voit les 
restes d'un fourneau antique, des traces de murs romains, de très 
grands vases enterrés; dans l'un d'eux j'ai vu des ossements. Il 
semble qu'il y ait eu là une fabrique de tuiles et de vases grossiers ; 
on trouve de la terre à tuiles dans les environs. L'endroit s'appelle 
Xot/rpaxt ; les gens du pays s'imaginent que les grands vases ser- 
vaient à prendre des bains. 

Les restes d'un autre fourneau antique se voient à quelque dis- 
tance au S.-O., à l'entrée du plateau que forme le cap Mouda. 

Près du cap Mouda s'étend dans la mer , jusqu'à une distance 
de six milles, dit-on, l'écueil de Kakava; c'est là que la tradition 
populaire veut qu'il y ait une ville engloutie (2). Mais Napier, 
Colonies, etc., p. 335 , dit que pendant plusieurs semaines une de 
ses canonnières fut occupée dans ces parages pour placer une 
bouée et examina le fond de la mer par un temps tout à fait 
calme ; qu'il croit pouvoir assurer qu'il n'y a là que des rochers 
et absolument aucune trace de constructions. 

(1) D'après la description de Goodisson, ce serait là qu'il aurait cru voir des 
ruines de bains. 

(2) Sur cette tradition, v. encore Porcacchi et Grasset de Saint-Sauveur. 



60 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

De mon côté , je puis dire qu'on m'a montré au cap Mouda de 
prétendus restes d'un môle antique , qui n'étaient certainement 
que des bandes de roches naturelles. 

Sur la pente O. d'une colline qui est à l'E. de Kateleo (1), près 
de la mer, à l'endroit appelé SpaxovTo^vïifjia ou \ toc c EXÀ7]vixa, on voit 
des xacrceXXoTCTpou; (fosses rectangulaires) taillées dans le roc et di- 
rigées les unes de l'E. à l'O., les autres du N. au S. ; une rigole, 
également creusée dans le roc, qui est en pente , servait peut-être 
à l'écoulement de l'eau de pluie. 

En bas, j'ai remarqué des traces de murs, de construction ro- 
maine, et dans un champ voisin les restes d'un grand sarcophage 
(2 pas 1/2 de long, 1 pas 1/2 de large). 

Non loin de là , derrière l'église ruinée de Saint-Constantin , 
on a trouvé, sous le niveau actuel de cette église, des restes d'une 
construction romaine , et un fragment de pavé en mosaïque , 
qu'on a transporté devant l'entrée de l'église. A côté de l'église on 
montre un grand sarcophage antique. 

L'^Enos paraît avoir fait partie du territoire de Pronnoi. Cer- 
taines monnaies de cette ville portent une tête de Zeus couronnée 
de lauriers, et, au revers, une pomme de sapin, de l'espèce qui est 
particulière à la montagne de Céphalonie. Si l'on fait l'ascension 
de eette montagne , on s'assure facilement que l'tEpov de Ztbç 
AiV/faioç dont parle Strahon ne pouvait pas être un temple , mais 
que ce devait être simplement un endroit consacré avec un autel. 
Le sommet de la montagne est une crête étroite formant cinq 
ou six pointes aiguës ; sur aucune il n'y a de place pour un tem- 
ple, sans compter qu'il eût été fort incommode de transporter à 
une pareille hauteur les matériaux nécessaires. Les deux sommets 
les plus élevés sont vers l'extrémité S.-E. de la crête; sur celui 
qui est , je crois , le moins élevé des deux et qui est au S.-E. de 
l'autre (2) (la crête de toute la montagne se termine , au S.-E. de 
ces deux sommets , par une dernière pointe moins haute) , les 
pierres qui couvrent le sol sont mêlées d'une quantité de petits 
fragments d'os pétrifiés , où les naturalistes ont cru reconnaître 



(1) Ou Katelio, Katoleo. 

(2) Ce dernier, c'est-à-dire le point culminant de toute la montagne, s'appelle 
\ ib Twfio, '; TÔ fxéya <rtop6 (sans doute parce qu'il est surmonté d'une pyramide 
de pierres). 



II. — CÉPHALONIE. 61 

des os de chèvres, de brebis et de cochons de lait. On croit, d'après 
cela, que c'était là l'emplacement de l'autel de Zens ^Enésios. 

Goodisson et Mousson parlent aussi de ce fait. Je ne sais pas 
où Goodisson a vu que le sommet de l'/Enos fût un plateau de 
60 pas de circonférence. — C'est à tort que Napier, dans son livre 
sur les colonies, p. 335 , affirme qu'il n'y a pas de restes d'os sur 
l'iEnos. J'en ai vu et j'en ai rapporté. 

M. Tsitselis mentionne un endroit situé sur ITEnos et appelé 
KoXowa, où l'on aurait trouvé une espèce de colonne ou fragment 
de colonne (xiovcoS^ç XiGoç), qui était sans doute, dit-il, un reste an- 
cien. Je ne sais quel est cet endroit. 



V. COLLECTIONS PARTICULIERES. 

* 

§ 18. Goodisson parle du musée Valsamaki , à Argostoli. J'ai vu 
cette collection , qui contenait autrefois , m'a-t-on dit , quelques 
antiquités , mais qui n'en contient plus maintenant. C'est un ca- 
binet de géologie et de minéralogie ; on y voit aussi des os d'élé- 
phant fossile qui sont , paraît-il , très rares , une collection de 
zoophytes et une collection de préparations anatomiques en bois 
ou en cire. 

Collection de M. Antoine Migliaressi , docteur en médecine , à 
Argostoli. 

a) Riche collection de monnaies des îles Ioniennes. 

Nous ne décrirons que les types ou variétés de types qui 
manquent dans la collection de l'université d'Athènes , dont 
M. Postolaka a publié un catalogue (KaTaXoyoç twv àpyaiwv vojxkt- 
jxàxwv twv vt^gcov Ksoxupaç , AeuxaSoç, 'Iôaxyjç , KeyaXtopiuç , ZaxuvGou xat 

KuOrjfWV, OtofïlOî'vTWV.. TW IGviXC}).... IIaVg7H<JTY)fAl<{> , AthèllOS , 1868). 

KRANÉ. 

Argent. 1. Divers exemplaires du n° 902 de Postolaka. En re- 
tournant la face de la monnaie, l'arc figuré au revers se présente 
tantôt horizontalement, tantôt verticalement , tantôt dans une po- 
sition oblique, etc. , selon la manière dont la pièce a été frappée. 
— Tantôt l'arc est accompagné d'un point , tantôt il est sans 
point. — L'inscription KPAN manque sur plusieurs pièces. — 



62 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

Enfin , à la différence de la monnaie de Postolaka , l'arc n'est pas 
ici à l'intérieur d'un creux rectangulaire. 

2. N° 905 de Postolaka ; mais autour du pied de bélier il y a : 
en haut PA , en bas K tourné à gauche. 

3. Tête de bélier tournée à droite ; au-dessous , K couché. 
Revers : grand H , entouré des lettres K , P , A , N qui sont 

gravées en bas, à gauche, en haut et à droite de la lettre du milieu ; 
N et A sont très peu visibles. 

Cuivre. 4. Deux exemplaires du n° 910 de Postolaka; en re- 
tournant la face , l'arc qui est au revers se présente dans une po- 
sition verticale , sur l'un avec la corde à g. , sur l'autre avec la 
corde à dr. 

5. Cf. Postolaka, n° 920. Bélier tourné à g. ; — revers : H (cou- 
ché) ; N à gauche de H , en haut ; K en haut , entre les deux bran- 
ches de H. 

6. N° 915 de Postolaka, mais au revers le K est tourné à g. 

7. N° 919 de Postolaka, mais au revers H est couché. 

8. N° 910, mais le bélier est tourné à g. ; en retournant la face, 
on a l'arc dans une position oblique , et il est à l'intérieur d'un 
creux rectangulaire. 

9. Tête d'homme barbu (Poséidon) tournée vers la droite ; — 
revers : hache à deux tranchants; — cf. Postolaka, n 03 926, 927. 

10. Même type, travail un peu différent. 

11. Bélier tourné à g. ; — revers : tête de jeune homme tour- 
née à g. ; à dr. de la tête , arc , dont la corde est tournée vers la 
droite. 

12. N° 917 ou 918, mais au revers monogramme couché, com- 
posé de K et de H. 

13. Tête tournée à g. ; — revers : arc à l'intérieur d'un creux 
elliptique. 

Plomb. 14. Tête de bœuf, de face ; — revers : tête de femme tour- 
née à droite. 



PALE. 



Argent. 15 et 15 bis. Cf. n° 3 930 et suiv. Tête de Déméter cou- 
ronnée , tournée à dr. ; — revers : Géphale nu , tenant une lance 
dans sa main gauche, est assis, tourné vers la g., sur une chlamyde 
étendue sur un rocher. — Autre exemplaire : Géphale est tourné 
vers la dr. et tient la lance dans sa main droite. 

16. Tête de femme tournée à g. ; ses cheveux sont dans une 



ri. — CÉPHA.LONIE. 63 

espèce de bonnet; en bas , à droite , monogramme composé de II 
et de A. 

Revers : Pégase volant vers la g. ; entre ses jambes, nn koppa. 

Monnaie d'alliance entre Paie et Gorinthe (?). 

17. Autre exemplaire : bonnet différent, ne couvrant pas entiè- 
rement les cheveux ; à g., en bas, monogramme différent ; à dr., 
en bas , petit rameau. 

Revers : comme la monnaie précédente. 

18. Autre exemplaire : bonnet différent ; à dr. et à g., traces de 
lettres effacées. 

Revers : comme la monnaie précédente. 

19. Autre exemplaire : à dr., lettre effacée. 

Revers : partie de devant de Pégase tournée vers la g. ; en bas, 
un koppa. 

l' a ivre. 20 et 20 bis. Tète de Déméter couronnée, tournée à dr.; 
— revers : Géphale nu , assis , tourné à dr., et tenant un arc de 
la main gauche. — Cf. Postolaka , n° 942. — Autre exemplaire 
semblable , si ce n'est qu'ici Géphale a sa main droite posée sur 
le rocher où il est assis. 

21. Tète de Déméter (?) tournée à g. ; — revers : Céphale assis, 
tourné à g., la main g. sur le genou, la main dr. tenant un arc (?). 

22. Tête d'homme barbu couronnée, tournée à g. ; — revers : 
Céphale assis, tourné à g., tenant un arc des deux mains. 

23. N° 943 de Postolaka ; mais au revers l'A du monogramme 
est différent. 

24. Plusieurs variantes du n° 943, où, en retournant la face, le 
monogramme du revers (II et A) se présente dans des positions 

diverses. 

25. Autre exemplaire ; mais la tête est tournée cà dr. et le mo- 
nogramme est encore dans une autre position. 

26. Variantes du n<> 949 ; au revers, le II avec le grain d'orge 
qui y est enfermé se présente dans des positions diverses. 

27. Variantes du n° 946 ; au revers, le n avec le grain d'orge se 
présente dans des positions diverses. Sur l'une de ces monnaies , 
il m'a semblé distinguer, à droite du grain d'orge, en haut, un pe- 
tit A. — Une autre de ces monnaies est remarquable par sa forme. 

28. Tête d'homme barbu tournée cà dr. ; — revers : monogramme 
composé de II et de A. 

\ . N° 945 ; mais, au revers, le n avec le grain d'orge et le dau- 
phin se présentent dans une position oblique. 



64 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

PRONNOI. 

M. Migliaressi n'a que peu de monnaies de Proimoi. Elles sont 
toutes dans le catalogue de Postolaka. 

SAMÉ. 

Cuivre. 30 et 30 bis. Devant de vaisseau tourné à dr. ; — revers : 
tête de bélier , à ce qu'il semble , tournée à dr. ; au-dessous on 
distingue les lettres aiov. — Autre exemplaire, où on lit ou« (?). 

31. Cf. n° 980 de Postolaka. Tête de Pallas tournée àdr. ; — re- 
vers : 2 A (?) dans une couronne. 

32. Même type, mais la tête est tournée à gauche. 

33. Tête d'homme barbu , à ce qu'il semble , tournée à dr. ; — 
revers : 2 dans une couronne. 

34. Tête de jeune homme imberbe tournée à dr. ; — revers : 
2 dans une couronne. 

35. Tête d'homme tournée à g. ; — revers : comme la monnaie 
précédente. 

36. Tête d'Apollon couronné, tournée à dr. ; — revers : comme 
la monnaie précédente. 

37 et 37 bis. Tête d'Apollon couronné, tournée à dr. ; — revers : 
chien assis, tourné à dr. — Cf. Postolaka, n° 971. — Autre exem- 
plaire , où le chien a devant lui un objet allongé qui semble être 
un fer de lance. 

38. N os 966 et suiv. Plusieurs exemplaires d'un même type : tête 
de jeune homme tournée à dr. ; — revers : chien assis , tourné 
à dr. — Sur deux de ces monnaies , le chien a un fer de lance 
devant lui ; il y en a une autre où l'on distingue , à gauche du 
chien , les lettres [2 ?]a[/.at. 

39. D'autres exemplaires du même type, où la tête est tournée 
à g. ; sur l'un, le chien lève la patte droite de devant. 

40 et 40 bis. Tête de jeune homme tournée à dr. ; — revers : 
chien marchant vers la gauche. — Autre exemplaire : le chien 
court au lieu de marcher. 

41. Autre exemplaire ; — revers : chien courant vers la dr. (?). 

42. Tête de jeune homme tournée h g. ; — revers : chien cou- 
rant vers la g. — Autre exemplaire. 

43. Cf. Postolaka, n os 962 et suiv. Tête de Pallas tournée à g. ; 
— revers : bélier tourné à g. — Autre exemplaire. 

44. Tête de Pallas, de face ; — revers : bélier debout, tourné à 



II. — CÉPHALONIE. 65 

dr. ; traces de lettres : en haut IM (?) ; à droite , dans le sens ver- 
tical : A(?)IÛN. 

45. Autre exemplaire , où à dr. de la tête il y a des lettres effa- 
cées , et où le bélier est tourné à g. 

46. Moitié de vaisseau tournée à g. ; — revers : 2 A dans une 
couronne. — Cf. Postolaka, n 08 976 et suiv. 

47. N 09 981 et suiv. Tête de bœuf de face ; — revers : mono- 
gramme que je n'ai pas pu lire. — Je ne suis pas du reste tout à 
fait sûr que ce soit une monnaie de Samé. 

47 bis. Sur une autre variante des n 06 981 et suiv. de Posto- 
laka, j'ai cru distinguer, à droite de 2A, en haut, un petit K (mon- 
naie d'alliance entre Samé et Krané?). 

M. Migliaressi dit qu'il possède en tout 29 monnaies de Paie , 
30 de Krané, 6 de Pronnoi , 36 de Samé. 

ITHAQUE. 

Cuivre. 48 et 48 bis. Tête d'Ulysse tournée à dr. ; — revers : coq 
tourné à dr. — Cf. Postolaka , n° 899. — Autre exemplaire sem- 
blable, plus petit , lettres effacées à dr. et à g. de la tête. 

49. Tête de Pallas tournée à dr. ; — revers : homme debout, un 
peu tourné à g., la main droite appuyée sur une espèce de bâton ; 
à g. on distingue AI UN; peut-être 5 I8]à[x]wv? — Cf. Postolaka, 
n° 896. 

CYTHÈRE. 

Cuivre. 50. N° 1044 de Postolaka. Tête d'Aphrodite tournée à 
g. ; — revers : colombe volant vers la dr., entre les lettres K et Y. 

zante. 

Argent. 51. Tête d'Apollon couronné, tournée à g.; — revers : 
trépied entre Z et A. — Cf. Postolaka, n os 993 et suiv. 

Diverses monnaies de Corfou et de Leucade. 

Différentes monnaies grecques , romaines , byzantines, près de 
2,000 en tout , au dire de M. Migliaressi. 

b) Autres objets : 

Balle de fronde en plomb : d'un côté EYFEI , de l'autre T0Y2 

( = EùyeiTou Sapuou, v. Postolaka, n°985). — Autre balle de fronde, 
portant d'un côté 1AI , de l'autre, à ce qu'il me semble, un mo- 
nogramme composé de X et de A , puis peut-être la partie supé- 

5 



66 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

rieure d'un 2 (le reste de la lettre a disparu). — Balle de fronde 
de Gérigotto , avec deux inscriptions que je n'ai pas pu lire. 
Pierres gravées : Pénélope et Télémaque (trouvée à Ithaque , 
dans un tombeau) ; 
Hippocrate, avec le serpent autour d'un bâton ; 
Hélène ; 

Le char d'Achille; 

( léphale assis , tourné à g. , avec un arbre en 
face de lui. 
Un disque de terre cuite, concave et percé d'un trou ; dessin à la 
pointe : cheval avec guerrier debout à côté de lui (trouvé à Samos). 
Disque de pierre trouvé à Pronnoi; sur l'une des faces, qui est 
convexe , une foule de petits trous ronds ; sur l'autre , qui est 
plate, l'inscription <I>tXorraç. 
Un grand anneau d'argent (pour le pouce?) trouvé à Krané. 
Une clé trouvée à Samos. 

Des figures grotesques en plomb (jouets d'enfants?) trouvées à 
Samos. 
Deux têtes, vues de face, sur deux plaques de plomb plates. 
Divers fragments de terre cuite venant des p/i^ara situés au-des- 
sus du cap Yorogobo (v. p. 33). 

Statuette de terre cuite (homme), venant de Cythère. 
Lampe de Samos : grappes de raisin séparées par des feuilles 
(autres que des feuilles de vigne) ; — au revers : KAÀAIGTON. 

Autre lampe , où est représentée une croix dont le haut semble 
former une tète de Christ entourée d'un nimbe (?). 

Petit bas-relief de Samos : jeune homme debout , nu , le corps 
dirigé vers la g. ; il tourne la tète à gauche et lève le bras droit, le 
poing fermé ; à droite , un chien saute sur son bras gauche , qui 
est enroulé dans un vêtement ou peau de bête. 

Autre petit bas-relief (en marbre), trouvé également à Samos : à 
g. , un cheval , et un homme qui le tient par la bride ; tous deux 
sont tournés vers la dr. ; au milieu , un autel avec du feu ; à dr. , 
une tète de cheval semblable, tournée vers la g. ; la partie de droite 
du bas-relief manque. Représentation de Castor et Pollux; bon 
travail (1). 

Tête de femme en marbre , trouvée à Samos ; le haut de la tête 
est couvert de draperies tombant des deux côtés. 



(1) Selon M. Kavallieratos, ce bas-relief a été découvert à Samos, dans l'église 
de Haja Marina, à Livatinata (entre Poulata et Vlachata) , à un endroit où il 
y a aussi des tombeaux anciens. 



II. — CKPHALONIE. 67 

Fragments d'un grand vase découvert à Samos; peintures rou- 
ges sur fond noir. 

De petits vases sans intérêt. 

Un morceau de bras d'une statuette en marbre, trouvé à Itha- 
que, près de Stavros, dans la propriété de M. Metaxa Zani. 

Un fer de hache à deux tranchants , provenant d'un tombeau 
d'Ithaque. 

Un cône et plusieurs pyramides de terre cuite , et deux mor- 
ceaux massifs de terre cuite en forme de petits vases ; le tout 
trouvé à Samos. 

Un bas-relief byzantin en marbre : fond doré; saint Jean-Bap- 
tiste avec des ailes , tourné vers la g. , le bras droit levé , la main 
gauche tenant un rouleau de papier sur lequel il y a des lettres ; 
il marche sur des rochers; traces de peintures sur ses vêtements; 
— bon travail. 

Une peinture sur bois byzantine : Madone avec l'enfant, qui est 
vêtu en archevêque. 

Ms. sur papier, du quinzième ou du seizième siècle (?) : F. 1 : 

AaepTiou Atoyévou; filon xal yvcouwv twv lv cptXoffoœiat eu8oxi[/.7]ffavTa>v xal twv 
sv IxauTY) aîpeaet àpecavrcov twv e?ç oixa to tccotov. — F. 315 : îowv to 
TÉpi-ta ty]v /apiv 8ew St'oov [sic], — F. 316 : Aouxiavoû p^Topoç AvjpuovaxTOç 
Pt'o;. — F. 317 : 7rpo; QX^Ôcova r, irept xvjç BiêXou. — F. 321 : olÏoz v.giv ai 
yvcoTOeTira'. î-nctpyiai r, carpaTreTai t9jç oixou(/.évr]ç. EwptOTnjç ptlv TttvaÇ tomtoç , 
etc. — F. 323 : les mois avec les figures du zodiaque et leurs signes 
astronomiques , en grec ; f. 323 verso : figure représentant la 
course annuelle du soleil. — A la lin : Ayipyipioç "EàXyjv AaxeSaijxovtoç 

r, BuÇavTioç. 

§ 19. Collection de M. Kharalambos Yennatas Tsimaratos . à Haya 
Thekla (presqu'île de Paliki). 
a) Monnaies. 

PALÉ. 

Ila- 

Cuivre. 1 . Tête barbue tournée à dr. ; — revers : Xet- dans une 
couronne de laurier. wv 

KRANÉ. 

Argent. 2. Tête d'homme de face; — revers : bélier, le corps di- 
rigé vers la g., la tête retournée à g. sur son dos. Au-dessous un 



68 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

monogramme difficile à lire; au-dessus quelques lettres (je dis- 
tingue AN). — Je ne suis pas sûr du reste que cette monnaie soit 
de Krané. 

Cuivre. 3. Cf. Postolaka , n° 915. — Tête de bœuf de face ; — 
revers : K. 

4. Tête barbue tournée à dr., avec une couronne ; à g., mo- 
nogramme composé de K , P , A ; — revers : hache à deux tran- 
chants. 

5. Cf. Postolaka, n os 926 et suiv. Tête barbue tournée à dr. ; à 
g., monogramme composé de K, P, A ; — revers : hache de forme 
différente, avec un manche ; au-dessous : [P]roculi 

SAMÉ. 
I 

Cuivre. 6. Cf. Postolaka, n° 971. Tête d'Apollon couronné, tour- 
née à dr. ; — revers : chien assis , tourné à dr. , une des pattes 
de devant levée ; devant lui, fer de lance. 

Beaucoup d'autres monnaies grecques , romaines , byzantines ; 
— en tout plus de 1000. 

b) Manuscrits. 

1. Les quatre Evangiles. — Parchemin, deux colonnes par 
page ; ancienne minuscule (antérieur au treizième siècle , à ce 
qu'il me semble) ; format petit in-4° (1). 

2. Les quatre Evangiles arrangés selon le rite grec ; parchemin ; 
antérieur au quinzième siècle, à ce qu'il me semble. 

3. Vies de saints. — Parchemin, deux colonnes par page (quin- 
zième siècle?). 

4. Psaumes de David. — Parchemin , jolie écriture du quator- 
zième ou du quinzième siècle (?) ; dimensions : m 08 sur m 06. 
Incomplet. — Trouvé , au dire de M. Tsimaratos, dans la pres- 
qu'île de Paliki , à l'intérieur d'une pierre creusée (?) 

5. Logique de ©eo^iXo; KopuSaXeuç. — Vélin ; moderne. 

6. Vies de saints , par EôspYexivoç. — Papier ; moderne. 

7. Livre ecclésiastique contenant, à ce qu'il semble, des considé- 
rations religieuses (?). — Papier; treizième ou quatorzième siè- 
cle (?). — Provenant du monastère de Kipouria. 

(I) M. Tsitselis (au mot Kri^oûpia) parle aussi de deux mss. très anciens des 
Évangiles, sur parchemin, conservés à la bibliothèque du monastère de Kipou- 
ria ; ils sont ornés, dit-il, d'images dorées (ôt' È7ri)(pv<Twv eîxovtajiàxtov) et le texte 
est accompagné de la notation musicale en usage dans l'Eglise grecque. 



II. — CÉPHALONIE. 69 

8. Lois ecclésiastiques. — Papier ; moderne. — Çpiy, 3 e indic- 
tion (1). 

9. Lois ecclésiastiques. — Papier; moderne. 

10. Fragments de règlements d'église. — Vélin ; quinzième ou 
seizième siècle (?). 

1 1 . Mapxou 'Ecfisou tou Eùyevtxoïï xs^aX-xta <7uXXoy'.7Tixà Tr,ç alpÉCEio; tcov 
àxivSuvtadTwv, irepl Staxpt<rea)ç ôei'a; oûffiaç xal Ivepyewcç. — Papier; mo- 
derne. 

12. Vies de saints. — Vélin ; peut-être de la même époque 
que le n° 2 ; parties récrites à une époque plus récente. 

13. MaçtfJio; Σpo|AOva/oç ô IIeXo7tov^<jioç xoTç à-xvTa/oïï EuptaxoiiÉvotç 

/pt<TTovu;xotç Xaoîç, etc. — Vélin ; seizième siècle au plus tôt. 

Même ms. : KaTwvoç Pcoixatou yvwjj.at 7rapaiv£T[xai (avec une para- 
phrase en marge). 

Même ms. : yveou-x». l«.ovo'<tti/o'. Ix àiacpopwv -rtotyjTwv (avec notes en 
marge). 

14. 'O xxvtov r7,ç Xpt<rcoy yEvvr'ffEio;, , Ko(r 1 |jia xuptou Koau.5 ; — ÉTEpo; xa- 
viov îauêixo; 'Iioavou u.ova/oïï ; — 6 xaviov tcov ÔEO'.pavEicov (par Cosmas) ; 
— tou eùxyy£Xi<7u.ou (par Jean) ; — tcov (iaitov (Cosmas) ; — i9jç àyi'aç 

jjLEyaXT)? B*; (Cosmas), etc. — Moderne. 

15. Ouvrage de Bixévtco; Axu.ooo; sur la logique d'Aristote; — 
Rhétorique de MocxoirouXoç. — Moderne. Ce sont deux Géphallé- 
niotes du milieu et de la fin du siècle dernier, v. le livre de Yako- 
vatos. 

16. Prologue en l'honneur de Géphalonie , composé à l'époque 
des Vénitiens ; — TiTtapt; ou rûroxptç, comédie pastorale ; — xou-eStix 
poStxoKa tou KaTÇouu.7rou ; — 4 intermèdes, dont voici les personnages : 
dans le 1 er , le roi de Jérusalem, le Turc; dans le 2 e , FxXaêioç, roi de 
la mer, et TÇipOÇs ; dans le 3 e , MeSeoc , Jason ; dans le 4 e , Agamein- 
non , Ulysse, l'ombre d'Achille , IIupoç îw? tou A/iXeo; , Polyxène , 
Hécube, Gai chas ; — le tout en vers populaires rimes ; — moderne. 

17. Il sacro tesoro archiépiscopale greco delà Gefalonia Zante et 
del Thiachi ; — Raccolta di moite decisioni , etc. ; — Catalogo de 
tutti li prelati greci che sono stati in Geffalonia, Zante, e Thiachi. 
— Parchemin , puis papier. — Moderne. 

18. Règles ecclésiastiques. — Vélin; quinzième siècle (?). — 
Vient du mont Athos, au dire de M. Tsimaratos. — Format in-12. 

19. Hymnes ecclésiastiques, entre autres : Kavùv xatp£Ti<ru.bç elç^v 

U7repaytav Oeoto'xov , r.oir^j.'x tou EÙceêECTaTOU |3a<JiXÉco? xuptoû 0£o3copou tou 
AàcxapT) (1255-1259). — Papier; quatorzième siècle (?). 

(1) L'an 7113 après la création du monde, c'est-à-dire l'an 1605 de notre ère. 



70 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIBNNES. 

20. Lois ecclésiastiques. — Moderne. — Vient du mont Athos, 
selon M. Tsimaratos. 

21. Vies de moines. — Papier; seizième siècle. 

22. Artidoro et Erneglida [sic], roman italien (1798). 

c) Autres objets. 

Une petite colon nette ayant servi de pied de table (?) ; — des 
fragments de statues , entre autres une tête de femme en marbre 
trouvée à Samos (v. p. 45) ; — différents petits objets en terre cuite ; 
— un beau canthare à deux anses, blanc, sans peintures, provenant 
de Krané; — une ou deux haches apportées d'Ithaque ; — quel- 
ques inscriptions , que nous avons publiées plus haut. 

M. Constantin Phokas , juge à la Cour d'appel de Corfou , pos- 
sède , à ce qu'on dit , certaines antiquités trouvées près de la for- 
teresse de Krané. 

On m'a parlé aussi de la collection Katsaïtis, à Lixouri ; je ne 
l'ai pas pu voir. D'après ce que m'a dit à Sainte-Maure M. Sta- 
matelos, ce serait surtout une collection d'antiquités de Leucade. 

J'ai vu à Argostoli, chez M. Kavallieratos, une intéressante sta- 
tue en marbre , provenant de l'église de Saint-Nicolas , qui est 
dans la ville. 

Elle a environ m 70 de hauteur. Elle représente un homme nu , 
une draperie autour des reins , les bras derrière le dos , les 
mains et les pieds liés à un tronc d'arbre. Cheveux abondants 
avec des espèces de boucles relevées à droite et à gauche par der- 
rière; jambe gauche dans la position naturelle, jambe droite légè- 
rement pliée au genou ; tête renversée un peu en arrière ; traits 
contractés par une expression de souffrance ; muscles du visage , 
du cou , de la poitrine , du ventre nettement dessinés ; — bon 
travail. — Cette statue est sans doute un saint Sébastien. 



liiM-tm daalitvlea/mui&uaardXtliineaet ./<■ //< 



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BOMSDESJHSTBICTS DE CEPHAF.ONIE ( d'après Cramm) 



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CARTE 

DE L'ILE DE CÉPHALONIE 

D'après la. Carte <le Crainm 

(1873) 



Gravé par Krhard 



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E. Tliorin. Editeur 



BIBLIOTHÈQUE 



DES 



ÉCOLES FRANÇAISES DATHÈNES ET DE ROME 



FASCICULE DIX-HUITIEME 

RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES.- III. ZANTE, - IV. CÉRIGO. 
V. APPENDICE, par M. Otho.n Riemann. 



TOULOUSE. — IMPRIMERIE A. CHAUVIN ET FILS, RUE DES SALENQUES, 28 



RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 



SUR 



LES ILES IONIENNES 



III. ZANTE. - IV. CÉRIGO 
V. APPENDICE 



OTHON RIEMANN 

ANCIEN MEMBRE DE L'ÉCOLE FRANÇAISE D 'ATHÈNES , MAITRE DE CONFÉRENCES 
A LA FACULTÉ DES LETTRES DE NANCY 



OS^3>. 




PARIS 

ERNEST THORIN, ÉDITEUR 

LIBRAIRE DES ÉCOLES FRANÇAISES d'aTHÈNES ET DE ROME 

DU COLLÈGE DE FRANCE ET DE L'ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE 

7, RUE DE MÉDICIS, 7 

1880 



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RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 



SUR 



LES ILES IONIENNES 



III. — ZAKTE 



§ 1. — BIBLIOGRAPHIE. 
II. Ximty); , IcTopixà (XTOU.V7];xov£u;jiaTa. Tome I, Corfou , 1849. 

T. II, 1858. T. III, 1864. 

Le même, dans lo ZxxuvOioç àvOcov du mois d'août 1876. 

Les archives de Zante possèdent un manuscrit où un notaire 
appelé Barbiani (f 1866) a réuni une foule de renseignements 
relatifs à l'île , qu'il enregistrait dans ce livre au fur et a mesure 
qu'ils lui tombaient sous la main. 

Je dois plusieurs autres renseignements à l'obligeance de 
M. Ghiotis. 

Carte de l'amirauté anglaise, par le capitaine Mansell (1867; 
corrections en 1872). — La carie qui accompagne ce mémoire 
(pi. 1) en est une réduction : j'y ai rectifié l'orthographe de quel- 
ques noms propres et supprimé ceux qui no se rencontrent pas 
dans le mémoire lui-môme. 

1 



2 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

§ 2. — DESCRIPTION PHYSIQUE DE L'ILE. 

L'île de Zante se partage en deux régions d'aspect bien diffé- 
rent : 

1° La région occidentale , formée par une grande chaîne de 
montagnes, qui traverse l'île dans toute sa longueur, du N. au S., 
et dont le sommet le plus élevé est le mont Vrachiona (2724 p. 
= 830 mètres selon Mansell ; la carte de l'état-major français n'in- 
dique pas le Vrachiona , mais un sommet voisin, le Yeri, 756 m.) ; 

2° La région orientale , qui est une grande plaine , bordée du 
côté de l'E. par deux groupes de collines : l'un , qui se termine 
au S. par la colline où est la citadelle de la ville actuelle , atteint 
son point le plus élevé à Yerakaria (797 p.) , l'endroit de l'île d'où 
l'on a , dit-on , la plus belle vue ; l'autre groupe de collines est le 
massif isolé du Skopos (1621 p. = 494 mètres selon Mansell) (1), 
à quelque distance au S.-E. de la ville. 

On connaît le proverbe vénitien : Zante , fior di Levante. L'as- 
pect de la campagne de Zante contraste d'une façon singulière 
avec la sévérité ordinaire des paysages grecs. Rien n'est plus 
riant que la vue qu'on a devant soi , quand du haut de la citadelle 
on regarde vers l'O. Au dernier plan s'élève la chaîne de monta- 
gnes , blanche et nue ; en bas , elle est comme bordée dans toute 
sa longueur par une série de villages placés les uns à la suite des 
autres , à un kilomètre d'intervalle ; au-dessous des villages , un 
grand bois d'oliviers forme une longue bande parallèle à la mon- 
tagne, et s'en va rejoindre les collines de l'E., qui sont entièrement 
couvertes d'oliviers , comme aussi les collines qui entourent le 
Skopos. Au milieu s'étend la plaine ; les plantations de raisin de 
Corinthe, qui en occupent la plus grande partie, forment un fond 
d'un vert tendre, sur lequel se détachent çà et là soit des maisons, 
soit des bouquets d'arbres, soit des taches blanchâtres, qui sont des 
champs de blé. Tout ce paysage rappelle d'une façon frappante 
certains traits d'un paysage que décrit Lucrèce, 5, 1368 et suiv. : 

Inque dies magis in montem succedere silvas 
cogebant infraque locum concedere cultis , 
prata , lacus , rivos , segetes vinctaque Issta 
collibus et campis ut habcrent atque olearum 

(1) 458 mètres selon Bursian , 1509 p. = 460 mètres selon Slater cité par 
Wiebel , 39G mètres selon É. Reclus , 1220 pieds selon Daniel. — Daniel et 
É. Reclus indiquent le Skopos comme étant la plus haute montagne de l'île (!). 



III. — ZANTE. O 

cxrala distinguens inter plaga currere posset 
per lumulos et convallis camposque profusa : 
ut nunc esse vides vario distincta lepore 
omnia , quse pomis intersita dulcibus ornant 
arbustisque tenent felicibus obsita circum. 

§ 3. — TEXTES ANCIENS. 

Homère , Odyssée, A, 246 : AouX^i'u) xe Saixv) ts xal ôX^evtt Za- 

xuvôio. 1 , 24 : AouXfyto'v Te 2à;xY] Te xal ôXv]e<j<ja ZaxovOoç. Cf. Verg. , 
/£n., 3, 270 : nemorosa Zacynthos. 

Pline, 4, 19 (12) : « Gum oppido magnifico et fertilitate prseci- 
pua Zacynthus... mons Elatus ibi nobilis. » 

Strabon, 10, 2, 18 : 'YXmSyjç [Jiiv , euxap-Jtoç Se' • xal ^ itdXi; à^dXoyo; 

ÔjXWVUjXOÇ. 

Hérodote, 4, 195 : Ec<rl [xèv xal 7tXeïïveç al Xi'fxvai auxo'ôi, -7) S' wv (Aeyi<JX7) 
aùxeoiv eë5o i a-/ixovTa 7toSiov 7tavxv) , (ïaOoç Se Sidpyuto; e<ro. TEç xauxvjv xovxbv 
xaxteTat âVôcxpco (xupaivYjv TtpouSvfaavxEç xal eraixa àvacpépoixyi ttj [/.upaivri Tidr» 
<yav, ôSjx^v jxèv eyoïxjav aacpaXxou, xà S' aXXa r^ç ntEpix^ç 7u<iG7]ç àp.e(vco • 
ecr/eouai SE Iç Xdxxov opwpuyjjiivov ày/ou xyjç Xt(j.V7]ç ■ e7teàv Se a6poi<rco<jc 
au/v^v, ouxoi Iç xoùç àixcpopéaç ex xoïï Xàxxou xaxa^eouat, O xt S'av l<77te<7Y) Iç 
x^jv Xifjivriv, uto yyjv ' tov àvacpaivexai ev xî) ôaXaacr/) • 7) Se àra^ei wç xeajepa 
oraSca àrco xvjç Xijjlvyjç. 

Gtésias , p. 81 b de l'éd. Didot : Kal h ZaxuvOw xpvjvTSai; fyOoo'-po'pou; 
elvat i\ àv aipexai Ttcaffa. 

Héliodore , Aïô t oit . , 5, 18 : 01 8è xî]? vvfaou itpoç xov oppiov oïxoïïvxeç , 
àra)(ovxa où TtoXù x?)ç 7toXetoç. 

Scylax, Périple, 43 (44) (Geogr. Gr. minores, éd. Didot, t. 1 , 
p. 39) : Nyj<joç ZàxuvOoç , ev ^ xal 7to'Xtç xal Xijx^'v. 

Ptolémée, 3, 14 , 13 : Kal -^ ZàxuvÔoç , ev fi xal Ôjxojvujxo; 7to'Xi; (long. 

47o 30', lat. 36» 30'). 

T.-Live, 26, 24, 15 : « Urbem unam eodem quo ipsa est nomine 
habet ; eam prseter arcem vi cepit. » 

Pausanias, 8, 24, 2 : "Ecxt Se xal Zaxuvôi'cov xîj àxpo7toXet Wcocplç ovofxa. 

Plllt., Dion, 23 : Tto S' ATtdXXtovi ôuai'av fjLeyaXoTrpeTtYJ •Jtapaaxeuaaaç... 
(j.exà xyjv ôuatav ev xco cxaSi'w xwv Zaxuv6îcov xaxaxXiôe'vxaç aùxoù; eïaxia. 

Denys d'Halicarnasse, Ant. Rom., 1, 50 : <r)uou<nv AcppoSi'xr] Ttpbç xw 
xaxaffxeuacrQévxi tepto Ouutav , ^v e'iç xooe /po'vou cuvxeXoïïat xocvrj ZaxuvOtoi, xal 
àywva 7totou<7cv iyfôoiç xcov xe d£XXo)v àycovc<j|j(.àxu)v xal Spo'ixou • xb Se vixy)xti- 
piov ô towxoç IXôwv et; xbv vecov Xaijiëavet. Aeyexai Se Atveiou xal A'fpoSixir]; ô 
Spo'[j.oç , xal Ijoava xouxwv êW/pcev àf//.pox£pwv. 

Diodore, 15, 45 : Toïïxov ouv 7tapa<7XY]<Ta;ji.evoi auvepybv xal StaêiêaaOévxeç 
eîç xV vyjaov Ou' auxou xaxeXàëovxo ^wpiov é/^upbv Ttapà OaXaxxav , 3 7tpoariyo- 



4 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

peuov 'ApxaScocv. 'Ex toutou S' opu.tou.evot xal pov)6ov eyovTeç tov Tiu.o6eov ixa- 
xotoiouv toÙç iv r?] -rcoXei. 

C /. A., II , 17 : Zaxuv[G]i«v ô Svju.oç ô ev tw N^XXm. 

On admet généralement que YElatus de Pline est le Skopos 
d'aujourd'hui ; c'est une hypothèse qui est assez vraisemblable , 
si , dans le passage de Pline , on entend nobilis non dans le sens 
de « connu , célèbre » , mais dans le sens de « facile à remarquer , 
qui frappe les yeux » ; le Skopos se voit de très loin et attire l'at- 
tention par sa masse isolée ; il frappe aussi par sa forme : le som- 
met du Skopos , la ToïïpXa , est un grand rocher s'élevant comme 
une tour , et d'un aspect bizarre quand on le voit d'en bas. — Le 
nom deElatus (1) semble indiquer que le Skopos, qui est aujour- 
d'hui presque entièrement nu , était couvert dans l'antiquité de 
forêts de pins ; les montagnes de la chaîne occidentale devaient 
être aussi boisées , à en juger par l'épithète de îik-ffiaact ou &Xc6Sy]ç 
qu'Homère et Strabon donnent à l'île. 

La ville , avec son acropole et son port , était sans doute là où 
est la ville actuelle. 

Les sources de bitume existent encore aujourd'hui, près du 
rivage de la baie de Khieri. 

Kiepert (Neuer Atlas von Hellas) place Arcadia avec un point 
d'interrogation au pied de la chaîne occidentale , à la même 
latitude que la ville (par conséquent un peu au N. de Bouyato). 
Il n'a pas fait attention que Diodore dit que cet endroit fortifié 
était sur le bord de la mer. D'après cela, je pense qu' Arcadia était 
plutôt sur quelqu'une des collines de l'E. 

D'autre part M. Chiotis parle d'une « 6/upà ôéatç 'ApxaStavo'v , » 
située « non loin de la baie de Khieri et à peu de distance du Pa- 
lœokastro et du temple d'Artémis » (c'est-à-dire de Melinadho , 
v. § 5). Mais M. Chiotis m'a dit lui-même que ce nom de 'Apxa- 
Siavdv venait du nom d'une famille moderne , 'ApxaSyj. 

Les exilés zacynthiens qui rentrèrent dans l'île avec l'aide de 
Timothée, en 374, et s'établirent à Arcadia (Diodore, /. /.; Xén., 
Hell. , 6, 2, 2) sont sans doute les mêmes que l'inscription du 



(l) Peut-être 'EXaxoùç.-oùvTo; (?), quoique ce mot ne se rencontre dans les 
dictionnaires ni comme nom propre ni comme nom commun : cf. 4>otvtx.oî3ç , 
nXaxavKTToûç, etc. La formation d'un nom en -oûç (== 6-etç) tiré d'un primitif 
de la première déclinaison (êXàTY)) ne serait pas sans exemple : cf. ï),aioùç (de 
i),oua) , Ilopçupoûaija (de nopçijpa). — "EXaxo? , que donne Pape, ne parait être 
qu'un nom d homme; il est vrai qu'à côté de 'EXaioùç on trouve aussi le nom de 
lieu "EXouoç. 



III. — ZANTE. 5 

C. I. A. appelle « ZaxuvOi'iov ô or^oq ô lv xôi Nr^XXto ; » en ollot , dans 
cette inscription , qui est de l'an 378 , le nom des Zacynthiens et 
les autres noms qui sont dans la môme colonne ont été ajoutés 
après coup. 

M- 

L'ancienne ville de Zacynthe devait être sur le même empla- 
cement que la ville actuelle de Zante. Porcacchi , au seizième siè- 
cle , a encore vu « sotto il castello moite antichità di fabbriche di 
lastricati , di mosaico , ed altre cose di qualche momento. » Les 
restes antiques qu'on aperçoit aujourd'hui sont insignifiants. 

A l'église S. Dimitri di Cola, on aurait trouvé, selon M. Chiotis, 
« des restes de murs et trois colonnes, dont l'une, dit-il, sert en- 
core aujourd'hui de seuil à l'une des portes. Un chapiteau prove- 
nant de là est resté jusqu'à présent par terre, près des murs, à 
côté d'autres pierres. » De tout cela, je n'ai plus rien vu , si ce 
n'est les marches des deux portes de l'église, qui sont peut-être des 
morceaux antiques. 

Église de S. Maria di Picridi. — « Vers le milieu du siècle , dit 
M. Chiotis, en creusant pour la reconstruction de l'église, on 
trouva un hypogée de sept brasses de profondeur, de construction 
rectangulaire; dans les environs, huit colonnes doriques ; dans 
l'hypogée même , une statue de Bacchus. L'une des colonnes, de 
14 pieds de hauteur, est encore aujourd'hui debout devant l'église ; 
trois autres sont enterrées sous une des fenêtres ; les autres ont été 
détruites. Dans l'intérieur de l'église actuelle, il existe un hypogée 
ou puits, ouvert il y a quelques années, et où l'on a trouvé une 
uopta. » — La colonne qui était debout devant l'église se voit en- 
core aujourd'hui ; ce n'est pas une colonne dorique , mais une 
colonne toscane de marbre blanc cipollin. 

Citadelle. — Je n'y ai vu qu'un fragment de colonne ionique en 
marbre, qui se trouve dans une église, à droite en entrant, et en 
divers endroits de petits fragments d'architecture, pour la plupart 
byzantins. 

Ce qui est plus intéressant, c'est Yêglise de la XpurjoT.r^r h qui est 
située au N. de la citadelle et au-dessous, mais sur la même col- 
line. Cette église renferme une ancienne peinture byzantine, re- 
présentant la Vierge avec l'enfant ; malheureusement, le tableau 
est couvert d'une espèce de chape d'or enrichie de pierreries , si 
bien que les deux têtes sont seules visibles ; en bas , il y a l'ins- 
cription suivante : 



6 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

Kau^ax' rj TcoXtç Zaxuvôou avouera 
Xpuoro'rtïiY^; xe xotàS' eixova 
êxxaxo<HCj) xexpaxtç Sexa 
exec YpatpeTaa fxexà Xpiaxou y 6. 

Cette inscription est moderne ; mais M. Ghiotis m'a dit que la 
chape qui couvre le tableau cachait une inscription plus ancienne, 
qui donnerait aussi la date de 840 (?), ainsi que le nom du peintre, 

IlavtaaXxoç (?). 

Au N. de la citadelle , sur une colline qui en est séparée par 
un ravin , tout près du hameau de Pochalis , est un endroit 
nommé Aringo ou 'AvxiXaXoç. On a voulu conclure de cette dé- 
nomination que c'était là l'emplacement de l'ancien stade ; on a 
môme supposé que les deux petites chapelles de Saint-Michel- 
Saint-André et de Saint- Jean qui s'y trouvent pourraient mar- 
quer l'emplacement des anciens temples d'Apollon et d'Aphrodite. 
Tout cela est une hypothèse qui ne repose sur rien , et qui n'est 
autorisée ni par la configuration du terrain ni par aucune décou- 
verte archéologique. Selon M. Ghiotis, le nom de Aringo vient 
des Vénitiens , qui auraient fait à cet endroit des courses de che- 
vaux, tournois, etc. 

A différentes époques, on a découvert des objets antiques aux 
environs de la colline de la citadelle. 

Du temps de Remondini on trouva au pied de cette colline des 
balles de fronde en plomb, qui portaient ACKÀHniOAflPOY. 
M. Ghiotis a vu deux autres balles de plomb dans la collection 
Barbiani : sur l'une était une figure de serpent , sur l'autre les 

lettres IMHTO (?)• 

Barbiani rapporte qu'au dix-huitième siècle les Vénitiens dé- 
couvrirent près de la forteresse un groupe représentant Apollon , 
Aphrodite et Artémis. Ce groupe aurait été transporté à Venise , 
au musée Tiepolo. 

Au S.-O. de la colline de la citadelle , du côté du bourg de 
Gaô'tani, Btxévxioç Myjvoxyiç trouva en 1803 , puis en 1813 et en 1826 
divers tombeaux , faits de quatre pierres entourant un espace rec- 
tangulaire et couverts d'une cinquième pierre; au môme endroit, 
on rencontra aussi des restes de constructions. M. Ghiotis parle 
de ces fouilles dans son livre et dans l'article du ZaxuvOioç àvôwv; 
les deux récits qu'il donne ne s'accordent pas tout à fait entre 
eux. — M. Stevens, consul anglais, propriétaire actuel des ter- 
rains qui avaient appartenu à Minotis , y a trouvé également de 



III. — ZANTE. ' 

gros blocs de tuf , des tombeaux , des bagues , une pierre gravée ; 
011 y rencontre encore tous les jours des fragments de brique an- 
cienne. 

« Du même côté, dit aussi M. Chiotis, dans la propriété de 
rpa^uocTixoTTouXoç , plus tard de Kap ép^ç , où selon Remondini on 
avait trouvé une monnaie d'argent , on découvrit un autre tom- 
beau , contenant un collier et un anneau , qui passèrent entre les 
mains de M. le comte Roma. — En 1870, feu Nicolas Metaxa 
Santorini trouva dans sa propriété une tombe de pierre , longue 
de deux mètres, couverte d'une plaque de marbre ; elle renfermait 
deux vases et une lampe. — Non loin du môme village de Gaè- 
tani , à l'endroit nommé H-^poëouvia, M. André Kokkinis rencontra 
en creusant dans un plant d'oliviers , en 1872 , des fragments de 
colonnes et un chapiteau ionique. A peu de distance du môme 
endroit, il trouva au mois de mars 1876 , à une profondeur de 
1^,50, cinq grands vases en forme d'amphore , debout l'un à côté 
de l'autre, en cercle ; ils avaient lm,50 de hantenr, (V,50 de dia- 
mètre , et ils étaient couverts ; ils contenaient des os et de la cen- 
dre. » 

D'autres tombes ont été trouvées , paraît-il, à Aringo (1). 

§5. 

Au pied de la chaîne de montagnes , à un kilomètre environ 
l'un de l'autre, sont les deux villages de Bouyato et de Melinadho 
(le second au sud du premier). 

Derrière le village de Bouyato , près de l'église de Saint-Jean 
et h l'intérieur de cette église, on voit différents fragments d'ar- 
chitecture, ayant appartenu , les uns à une église byzantine , les 
autres à une construction antique. J'ai remarqué, entre autres, 
trois fûts de colonnes couchés ; ils sont d'un seul morceau , sans 
cannelures ; deux sont en marbre gris cipollin et ont, l'un envi- 
ron 2 mètres de longueur, l'autre 1^,95 de longueur, 0^,28 et 
0m,325 de diamètre à ses deux extrémités ; le troisième est en 
granit blanc et noir et présente à peu près les mômes dimensions. 
On voit aussi une base de colonne (sans plinthe) (demi-diamètre 
supérieur, m ,23) , qui est en place, et un chapiteau ionique (lar- 
geur au-dessus des volutes, 0.50), avec des traces de peinture 

(!) M. Chiotis rapporte qu'on en trouva quatre en 1852; elles étaient faites de 
morceaux de tuf, et avaient une forme rectangulaire. Sur l'une était une in- 
scription, v. §8, n° 5. 



8 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

violette sur les deux faces où sont les volutes ; ce chapiteau ne 
semble pas être d'une trop mauvaise époque. — A l'intérieur de 
l'église, une inscription encastrée dans le pavé apprend que 
l'église de Haya Paraskevi (l'église byzantine sur l'emplacement 
de laquelle est aujourd'hui l'église de Saint- Jean) a été bâtie (ou 
restaurée?) en 1418 (,aucV)« Sur les murs, on distingue des traces 
de peintures. 

A Melinadho, dans le portique qui est à côté do l'église do 
S. Dimitri , j'ai vu quatre fûts de colonnes de marbre cipollin , 
d'un seul morceau, sans cannelures; les chapiteaux manquent; 
les colonnes ont des bases , avec des plinthes rectangulaires. Dans 
l'église même , on voit sortir du sol une espèce de chapiteau ioni- 
que , de 0m,40 de diamètre , de style tout à fait barbare , sous 
lequel il y a, dit-on , aussi un morceau de colonne. C'est dans 
cette église qu'est l'inscription du Corpus, n° 1934 : 'Ap^txXîi; 

'Apt<7TO[/ivso; xal 'AXxt- | Sap.a 'Ap/cxXsoç KXr]Vi7nrav xàv au- | xwv ôuyaTÉpa 

(koxoXr'frauav 'ApTs'fjuTi | X>Tznaioi. On suppose, d'après cela, qu'il y 
a eu là un temple d'Artémis. 

Entre Macheradho et Romiri, au sommet d'une colline ro- 
cheuse , on trouve un petit plateau nommé Palœokastro ; ce nom 
vient des ruines d'une tour du moyen âge qu'on y voit. 

Au pied des montagnes , entre Romiri et Mousaki , s'étend une 
région appelée Paleeokhora ; il paraît qu'on y a trouvé des tom- 
beaux. 

A quelque distance au N.-O. de Bouyato , dans la propriété de 
M. Nicolas Metaxa à Skoulikadho, j'ai vu une espèce de borne 
en pierre, haute d'un peu plus de 1 mètre, large de 0,45, épaisse 
de On», 15 ; elle est sur une espèce de piédestal ; sur l'une des faces 
de la borne on lit (1) : 

La l re ligne occupe une largeur 

VJAZ de 0m,18 (il manque à dr. m ,08 et à 

g. m ,20 environ ) ; 2 e ligne : m ,25 

| ANf (il manque à dr. m ,05, à g. 0^,145) ; 

3 e ligne (complète à g.) : m ,36, ou, 

EllAINI depuis l'E , m ,32 ( il manque à dr. 

0n>,07). 



(1) Le livre de Barbiani, folio 19, donne la copie suivante, qui est fort 
inexacte : VAS | IAMQ | EIIAIMIC | AA • A. 



III. — ZANTE. ï» 

Et beaucoup plus bas : M. Chiotis , 1 , 213 , lit : [oTJva; 

IISv, lTOx(ve[i], M. Stamatclos, Néa 

lïâvàopa, t. Z, 11° 164 : [a]va* Flâv 

£tc«v£ (?). On voit qu'il n'y a point du 
tout Ilàv sur la pierre; du reste je ne 
sais comment lire l'inscription. 
Cette borne a été trouvée à un quart d'heure environ à l'E. ou 
au N.-E. de Skoulikadho , à l'endroit nommé Maupoyevia. C'est 
un chemin creux dans un bois d'oliviers ; on y voit quelques 
restes de constructions, qui semblent être de l'époque romaine , 
et qui ont été, paraît-il , plus considérables ; on apercevait , dit-on, 
autrefois à cet endroit deux bornes semblables à celle do M. Me- 
taxa , un peu plus petites et plus larges , avec des inscriptions , et 
à quelque distance vers le N. plusieurs autres bornes, plus pe- 
tites (1). 

De l'autre côté de la chaîne de montagnes , cà Yolymes et à Ma- 
ries, on a découvert, m'a-t-on dit , des puits (?) ou hypogées anti- 
ques; on n'y a remarqué aucune trace de sépultures. 

Voici ce que dit M. Chiotis des restes antiques trouvés dans 
toute cette partie de l'île : 

a Au pied de la chaîne de montagnes qui traverse l'île , du côté 
des villages de Romiri, de Skoulikadho et jusqu'à celui de Vo- 
lymes , qui est à l'extrémité de l'île , on rencontre des hypogées 
ou puits , des fragments de colonnes, des lampes, des statues, des 
bas-reliefs, etc. M. Barbiani garde un fragment de marbre de 
Zante, des carrières du cap Skhinari, sur lequel est représenté, en 
bas-relief , un cavalier tenant d'une main un cheval , de l'autre 
une massue ou un fouet ; à côté de lui s'élève un autel, qui porto 
au milieu une tête de bélier. Le même Barbiani trouva en 1820 , 
à l'endroit nommé MaupoYsveia , une grande plaque brisée avec une 
inscription. Non loin de là on rencontra aussi une construction 
enfouie, se dirigeant vers le N. sous des oliviers, et faite de pier- 
res et de ciment. Près du même endroit , on a encore trouvé des 
tombeaux , des os , de grandes tuiles et des fondations d'autres 
constructions. » 

§ 6. 

Au-dessus de la porte du monastère de la Skopiotissa (2) , sur 

(1) En 1876, on a aussi trouve dans les environs un vase avec des os. 

(2) Et non à Melinadho , comme le dit le Corpus. 



10 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

le mont Skopos, on lit l'inscription suivante en caractères 
byzantins (C. /. G., 1935): 

ô cpôo'vo; ocÙtoç lauxov loïç peXseatJi SajxàÇei 

et au-dessous les lettres : 

T7KTO IG9WIA+ ABIATK 

Dans le livre de Barbiani , folio 15 , on trouve la singulière ex- 
plication que voici : 

» Sur le Skopos il y avait autrefois deux villages , qui s'appe- 
laient tous les deux Lambetti. Ces deux villages n'existent plus 
maintenant , et la tradition veut que par jalousie ils se soient fait 
la guerre jusqu'à s'entre-détruire. Les lettres inscrites sous le 
vers ô cpOovoç ocutoç éauTov êoTç (ïsXsefffft SajxaÇet seraient les initiales des 
noms des principaux chefs de famille des deux villages. D'autres 
toutefois racontent que les deux villages furent ruinés , soit par 
la peste, soit par les incursions des Sarrasins. « 

M. Chiotis dit avoir vu , au-dessus de la môme porte de la Sko- 
piotissa, l'inscription 'ApxÉjjuSi. Je ne l'ai point vue, et le papas de 
l'église , qui est né au monastère , ne se rappelle pas l'avoir vue 
non plus. 

Dans le monastère de la Skopiotissa on conserve de curieuses 
broderies byzantines , faites en grande partie avec des fils d'or 
ou d'argent : 

1<> Un àépaç , où est brodée une descente de croix ; 

2o Des manches brodées; on y lit la date ÇpiÇ (?) (7117 après la 
création du monde, c'est-à-dire 1609); le sujet représenté est 
l'Annonciation ; 

3° Une ^ojxcpaia également brodée, et qui semble du même 
travail que les manches : sous un trône , où est assise la Vierge 
avec l'enfant , entourée d'anges , on voit différents martyrs ou 
saints, entre autres Constantin et Hélène. 

Dans la même église on montre aussi : 

Une croix en bois de cyprès avec des sculptures sur les deux 
faces, représentant douze scènes tirées de la vie de Jésus (les douze 

T A 

grandes fêtes de l'année) ; on lit en haut, d'un coté —, de l'autre — ; 

K 

Enfin un calice en argent doré avec des bas-reliefs, ayant servi 



III. — ZANTE. U 

au culte latin , lequel avait autrefois un autel dans leglise de 
la Skopiotissa à côté du culte grec (1). 

Au-dessous du monastère du Skopos, sur la pente S.-E. de la 
montagne , se trouve l'église de Saint-Nicolas MeyaXou.uiaTY)ç. On y 
voit deux chapiteaux corinthiens (sans volutes), et les restes d'un 
pavé en mosaïque (pierres blanches, noires, rouges; dessins d'or- 
nement). — M. Chiotis parle aussi d'un grand hypogée trouvé à 
cet endroit, ainsi que de fondations de constructions et de tom- 
beaux qu'on aurait découverts dans les environs. 

Au cap Vasiliko, au S.-E. du Skopos, près de Xerokastello, est 
un endroit nommé rà 'EXXvjvtxa ; il paraît qu'on y a trouvé des tom- 
beaux dont il ne reste plus de traces aujourd'hui. 

Enfin à Lagana, près de Doxareïka, dans le district de Litha- 
kia, M. Chiotis raconte qu'en 1873 M. Pierre Yeladas a découvert, 
dans son plant d'oliviers, deux tombeaux couverts d'une plaque 
de plâtre (?) de 1 mètre de longueur ; dans l'un étaient des os 
d'homme , un grand vase contenant de la cendre , un vase lacri- 
matoire « (J-exà tociviSv |3eëaf/.[Jiiv<ov IpuQpwv, yç>xwj.iï>v Xo^oetowv xat Tptyw- 
vtxwv xo<7[j<.7];jt.àT«v », d'autres vases lacrimatoires , une lampe et une 
petite épée de fer longue de 2 paumes ; — l'autre tombe con- 
tenait des os de femme ou d'enfant , un vase de terre rouge , un 
vase lacrimatoire semblable à l'autre , et un petit cône de pierre 
percé d'un trou de haut en bas. 

Une partie de ces objets sont aujourd'hui chez M. Yeladas et 
chez M. Rossi. 

Dans le plant d'oliviers de M. Rossi, qui est contigu au pré- 
cédent, on voit les pierres d'autres tombes qui sortent de terre. 

§ 7. — COLLECTIONS PARTICULIÈRES 

Barbiani avait une collection , mais il l'a vendue. 

Collection du comte Cesare Roma. 

La plus grande partie des objets qui composent cette collection 
n'ont pas été trouvés à Zante. 

(1) Le papas du Skopos me fit encore remarquer que le pavé de l'intérieur de 
l'église, avec les pierres de couleurs différentes qui y sont intercalées, était 
une représentation symbolique du Christ en croix. — M. Chiotis, II, p. 608 , 
dit qu'autrefois l'église contenait un pavé en mosaïque. 



12 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

Dans la maison de campagne de M. le comte Roma, à Gaè'tano, 
j'ai vu plusieurs pierres gravées, entre autres une très belle agate, 
trouvée à Milo, qui est l'objet le plus important de toute la collec- 
tion : elle représente un bige , comme les anciens en avaient pour 
les courses de char ; le conducteur, vêtu d'un long vêtement , se 
tient debout , le corps en arrière, tirant sur les rênes pour retenir 
les chevaux qui s'emportent; le dessin est d'une grande pureté de 
style ; cette pierre gravée est évidemment d'une fort bonne épo- 
que. — La maison de ville de M. le comte Roma contient une 
collection de bas-reliefs funèbres avec inscriptions, dont j'ai copié 
quelques-unes; en outre j'y ai remarqué une statue de Bacchus 
appuyé sur un tronc d'arbre avec des grappes de raisin (la tête 
manque) ; une statue d'hermaphrodite (le bas du corps manque) 
coiffé d'un bonnet phrygien ; deux têtes de femme en marbre , 
trouvées à Athènes ; enfin différents petits objets , provenant de 
l'île : des vases à peintures noires sur fond rouge, qui m'ont 
paru peu intéressants ; des vases en verre ordinaire ou en verre 
colorié; de petites statuettes en bronze; une poupée en terre cuite, 
avec jambes et bras articulés ; une vingtaine de monnaies. 

Enfin le jardin de M. le comte Roma, situé sur le versant N. de la 
colline de la citadelle, renferme une petite statue de jeune garçon 
mutilée ; une autre statue de jeune garçon appuyé sur une corne 
d'abondance, qui servait de fontaine ; une tête de femme en mar- 
bre , d'un assez bon travail ; une amphore trouvée dans la mer ; 
une petite colonnette ionique en marbre ; en outre deux stèles 
funèbres : 

N° 1 . Femme debout , donnant la main à un homme debout ; 
près de la femme est un petit enfant ; 

N° 2. Femme assise à gauche, donnant la main cà un jeune 
homme debout ; entre eux , en arrière , un homme debout ; à 
droite , un petit garçon. Inscription : 

Eucppwv c Ep|xoccpiXou 
'AraXXa 0E[jt.i<7Ttovoç 

/_pYl<7T£ -/0"P e ' 

Le faussaire de Corfou (v. mon mémoire sur Corfou , p. 46-7) 
paraît avoir vu cette inscription , car une de ses briques porte : 
ATTEAAH0E MIIHN02. 



III. ZANTE. 13 

§ 8. — INSCRIPTIONS. 

i. C. I. G., 1934. Voyez p. 8. 

2. Ibid., 1935. Voyez p. 10. 

3. Ibid., Adcl, 1934, b. 

4. Ibid., Add., 1934 , c. Cette inscription , trouvée à Aringo, est 
conservée dans l'église de Saint-André-Saint-Miche] , à Aringo 
(voyez p. b). Je n'ai pas pu la voir. Dans la môme église , il y a , 
paraît-il , une autre inscription dont on ne peut lire que les let- 
tres HNA (selon Barbiani). 

5. KcffTtç (= KéVno; ?) 'IoucpTvo; yaps. 

Trouvée à Aringo en 1852 ; v. Ghiotis , II, p. 600. 

6. KPIT0AA02. 

Fragment trouvé autrefois à Bouyato (selon Ghiotis). 

7. Inscription de Skoulikadho, p. 8. 

8. Inscription du jardin de M. Roma , p. 12. 

9. Inscriptions de la maison de M. Roma, p. 12. J'ai pu co- 
pier les suivantes : 

2aTupe OiX- 'AttoXXwvis Kty)<7(|3ouXs 

tovoç Atoc- AttoXXcoviou 'AfJLVOÏÏ 

fjieu /,pr,(JT£ 2ei8wvie j^pYjOTè ArçXts yçr^ik 
xd(Xu7te /ocTpe. X. a 'P £ * X a 'p e « 

10. Inscription de la Xp^^^ , p. 6. 

11. M. Ghiotis parle d'une inscription qui aurait été trouvée 
à Zante en 1721 , TA0O2 OEOAnPOT TOT AOEOT. An 
nom d'athée , celui qui avait trouvé l'inscription aurait été pris 
d'une sainte indignation et aurait brisé la plaque en morceaux. 
Théodore l'athée est le philosophe dont parle Diogène de Laërte , 
2 , 8 , 86. Cette inscription , si elle a jamais existé , était évidem- 
ment une falsification. 

12. Il en faut dire autant du tombeau de Gicéron découvert à 
Zante en 1544. Que ce tombeau avec son inscription ait réellement 
existé, c'est ce qui paraît certain, car différents voyageurs disent 
l'avoir vu. M. Chiotis a entendu dire que les deux vases trouvés 
dans le tombeau étaient aujourd'hui au musée de Londres. Mais 
l'inscription avait évidemment été fabriquée. Voyez C. I. L., 
III , 22. 



IV. — CÉRIGO 



IV. — GERIGO. 



§ 1. — BIBLIOGRAPHIE. 

Niccolô Stai , Raccolta di antichc autorità e di monumenti storici 
riguardanti l'isola di Citera. Pisa, 1847. 

Nicolas de Nicolaï , Castellan, etc., voyez plus loin. 

R. Jaraeson, Notes on the natural history of the island of Ce- 
rigo, Edinb. new philos, joum., 1836, t. XXI, p. 263 et suiv. 

Cartes. 

Carte de l'amirauté anglaise : Venetico to cape Malea ivith the 
island of Cérigo, par W. H. Smyth et T. Graves, 1825-1844. 

Atlas avec carte de Gérigo , par Koronaeos. Lithographie à 
Cérigo en 1853. 

La carte qui accompagne notre mémoire (pi. 2) est une repro- 
duction de la carte anglaise , sauf en ce qui concerne les noms 
propres. 

M. Emmanuel Mormori , à Gérigo , a réuni un grand nombre 
de notes de toute sorte relatives à l'île ; je lui dois beaucoup de 
renseignements précieux. 

§ 2. — DESCRIPTION PHYSIQUE DE L'ÎLE. 

L'île de Cérigo est constituée par un seul massif monta- 
gneux, qui en couvre toute l'étendue. La partie centrale de l'île 
est ainsi une région assez élevée, composée de petites collines, qui, 

2 



18 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

vues de la mer, sont des montagnes, et de vallées qui s'ouvrent 
vers les côtes par des gorges profondes et escarpées. Au-dessus 
du niveau moyen de cette espèce de plateau central s'élèvent deux 
chaînes : l'une à l'E., qui forme deux sommets, l'Haya Moni 
(1660 p. = 506 m selon la carte anglaise), et le mont Saint-Georges, 
qui est un peu moins haut (1000 p.); l'autre à l'O., comprenant, 
du N. au S., la montagne de Mylopotamo (la carte anglaise n'en 
indique pas la hauteur ; peut-être est-elle aussi haute que l'Haya 
Moni), celle de Drymonas, enfin l'Haya Eleousa (IXeoutra) ou Elesa 
(point culminant : 1650 p., selon la carte anglaise). 

Vue de la mer , l'île de Cérigo présente l'aspect le plus désolé ; 
de quelque côté qu'on l'aperçoive , ce ne sont que côtes abruptes, 
nues et rocheuses , brûlées par le soleil. A l'intérieur, la campa- 
gne n'est ni plus ni moins aride qu'elle ne l'est en général dans 
les pays grecs. On rencontre quelques vallées très riantes et qui 
ont une fort belle végétation , par exemple celle de Karaya et sur- 
tout celle de Mitata. Cette dernière est une gorge profonde et 
étroite, resserrée entre deux montagnes abruptes au sommet cou- 
ronné de roches ; au fond coule un petit ruisseau ; les deux pentes 
sont tapissées d'orangers, de citronniers, de myrtes, de platanes, 
et , au-dessus de ce bois , on aperçoit deux villages en haut des 
deux montagnes , Viradhika et Mitata. 11 est vrai que ce qui fait 
beaucoup valoir la fraîcheur de ce paysage, c'est la sécheresse du 
pays environnant : ainsi, pour aller de Paliokastro à Mitata, l'on 
traverse pendant plusieurs heures des gorges rocheuses dont 
l'aridité n'est un peu égayée que par quelques lauriers-roses crois- 
sant dans le lit h sec des ruisseaux. Ces contrastes sont fréquents 
à Cérigo et donnent beaucoup d'intérêt au paysage. La ville de 
Cérigo, entièrement grecque d'aspect, avec ses ruelles étroites, 
ses petites maisons peintes en blanc et ses toits en terrasses , est 
située dans une des positions les plus pittoresques de l'île, sur la 
pente d'un contre-fort de l'Haya Eleousa , au-dessus d'une gorge 
profonde , qui d'un côté monte à la jolie vallée de Livadhia et 
descend de l'autre côté au port de Kapsali. Après Cérigo , le vil- 
lage le plus important de l'île est celui de Potamos. Non loin de 
Potamos est un des sites les plus beaux de l'île. Au S.-E. du vil- 
lage de Triphyllianika , une gorge escarpée descend vers la mer ; 
elle en rencontre une autre venant du S.-E. ; au point de jonction 
des deux gorges, sur la montagne qui les sépare, on voit les rui- 
nes d'un village fortifié du moyen âge ; la forteresse est perchée 
sur des rochers à pic, et de l'autre côté de la gorge ce sont encore 
de grandes murailles de rochers ; le site est des plus sauvages 



IV. — CÉRIGO. 19 

et a un très grand caractère. L'endroit se nomme Palœokhora. 

L'ancien nom du village était xwfjw) toïï c \--wj Ar,;j.r-o(o'j ; il lut bâti, 
dit-on, par des Grecs de Gonstantinople , après la prise de cette 
ville par les Turcs; en 153G , des pirates turcs descendirent à 
Gérigo, et emmenèrent tous les habitants du village comme 
esclaves (voyez Stai , 1. 1., p. 53 et suiv.). Les murs dos maisons 
sont encore debout; le rez-de-chaussée de chacune d'elles for- 
mait une petite chapelle, aux murs décorés de peintures. 

Il est à peine utile de remarquer que, si dans l'antiquité Cythère 
était l'île d'Aphrodite, ce n'était point à cause du charme du pays ; 
il n'y a pas lieu de se demander ce que sont devenus les bosquets 
fleuris de Vénus. Cythère fut de bonne heure un comptoir des 
Phéniciens, qui venaient y pêcher la pourpre (1) ; les Phéniciens 
y apportèrent le culte d'Astarté , que les Grecs identifièrent avec 
Aphrodite. 

L'île de Gérigo est intéressante pour un géologue à cause du 
grand nombre de pétrifications qu'on y trouve. Il faut citer parti- 
culièrement un endroit nommé tù. xdxxaXa , situé sur la côte S. , 
àl'E. de Kapsali, entre l'endroit appelé Khalkos et le cap Kapella. 
Il y a là une colline dont la roche est entièrement remplie d'os 
fossiles pétrifiés. 

Sur la côte à l'O. de Mylopotamo , on peut visiter la grotte de 
Sainte-Sophie, une immense caverne à stalactites, qui forme une 
foule de chambres communiquant entre elles et où il serait assez 
difficile de se retrouver sans guide. 

§ 3. — TEXTES ANCIENS. 

Pline, 4, (12) 19, « Gythera cum oppido ante Porphyris appel- 
lata. » Cf. Solinus, ch. il. 

Eustathe, Comm. in Dion. Perieg. (Geogr. Gr. min., éd. Didot, 
II, p. 310) : 'ExaXeïxo Se, cpacri, xxl IIop:pupou<7a (1. llopcpupoïïaaa ) tote 
Stot to xaXXi'cTaç èyecv -rcopepupaç. 

Etienne de ByzailCC : KoÔyjpa vyjto; ttoXiv ôixmvu[/.ov è/ousa exocXeIto 

Si ïlopcpupoucaa (1. riopcpupoïïffda) oià to xaXXoç to roxpà tcov iropcpupwv, wç 
'ApiffroTÉXTiç. 

Ptolémée, 3, 16 , 23 : Kufypa vyjaoç, r, xori tto'Xiç (Long. 51o 10', 
lat. 34o 40'). 



(1) É. Reclus, Géogr. univ., p. 100, dit qu'on a trouvé sur les eûtes des amas 
de coquillages provenant des ateliers phéniciens. 



20 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

Strabon, 8,5,1: Kuôrjpa — vy)<toç eôXijAevoç, tto'Xiv pouffa ôjmovujaov. 
Scylax, Périple, 46 ( Geogr. Gr. min., éd. Didot, I, p. 41 ) : 

KuÔY|pa vvjiTOç xal iroXiç xal Xi|xyjv. 

PaUSaniaS , 3 , 23 , 1 : Kufhjpa Se x£?xai piv aTOXvxixpù Botcov , iç Se 
IIXaxaviffxoïïvTa — IXa/^xov yàp xîjç 7)7t£i'pou Taux-/) 8ie<mjxev 7) v5)<70ç — lç 

xauxrjv xyjv axpav xov IIXaxavi<7X0ÏÏvxa anzo àxpaç xrjç TJTteipou trraSiwv TtXoïïç 

TEdaapaxovxa i<mv. 'Ev KuÔVjpotç 3È etu\ 6aXa<7<J7]ç ^xavSsta luxiv êWveiov, 
KuOvjpa Se r, tto'Xiç avafiavxi àrco SxavSei'aç axaSca ôç SÉxa. To Se tepov xr,ç 
Oùpaviaç ayitoxaxov xal tepcov ÔTOcra 'Acppooi'xY]ç Tiap' "EXXYjffiv laxtv àp/aioxa- 
xov • aux-)] Si v) Oeoç £o'avov wtcXktj/.é'vov. 

Homère, Z/iade, K, 268 : 2xdcv8eiavS' apa 8<5xe KuOrjpiw 'AfxcpiSa- 

[xavxi. 

Thucydide, 4, 54 : Tyjv ItiI 8aXa<j<77] Tto'Xiv 2xàvo£tav xaXoufxevriv atpoïïat ■ 
xw Se aXXto axpax£U|jiaxi àîtoêdvxeç xî)ç v/faou Iç xà Ttpoç MaXéav x£xpa|xp.Éva 

l/iopouv lia xrjv lui eaXaaaY] ( sur les difficultés que présente ce texte , 

voyez plus loin , p. 31 ) Tto'Xiv tSv KuÔY]pi'cov, xal Y]opov suObç auxoùç laxpa- 
xo7T£0£U[jl£VOuç à'itavxaç ■ xal fjur/7]ç y£vo[jiiv7]ç ôXiyov |aev xiva XP°' V0V ÛTre<jxY)(7av 

oi KuO^pioi, sTceixa xpa7TO(X£vot xaxécpuyov lç xv)v dvw Tto'Xt* Mexà Se xt> 

çuu.ëa<nv oî 'AôrjvaToi xyjv xe SxdvSEiav xo èrrl xîo Xtia.£vt TCoXia|/.a TtapaXaêovxeç 
xal xtov KuÔ-rçpwv cpuXaxrjv Ttoirjdajxevoi 

Xénophon, J/eM., 4, 8, 7 : c QpfMff8r| ty}? KuOripi'aç sic Ooivixoïïvxa. 

Hérodote , 1 , 105 : "Eaxi Se xoïïxo xà îpov (le temple d'Aphrodite 

Olirania à Ascalon ) , ioç lyo> TtuvôavotjiEvoç Eupt'cxw , Ttdvxwv àp/aioxaxov 
îpcov ô'ffa xauxvjç x9]ç ôeou • xal yàp xo Iv KwTtpo) îpov Ivôsïïxev gyévexo, wç aùxol 
KuTtpiot Xsyoudt, xal xb Iv KuÔripoiai Ooivixe'ç eîcri oî tSpuaafAEVoi Ix xauxvjç xv)ç 
2upi7]ç i6^xs.q. 

PauS. 1 , 14 , 7 (6) : IIpioxoiç 3È àvôptoTtiov 'Affdupioiç xaxE'tjXY] aé'êEffGae 
xv)v Oùpavt'av , [Jisxà 8s 'Acaupiouç KuTtpi'wv Ilacpioiç xal Ooivi'xwv xoTç Acxa- 
Xwva s/ouciv Iv xvj IIaXai<7xiV7] ■ Ttapà SE Ooivi'xwv Kuôriptoi [/.aOo'vxeç 
(jÉëouatv. 

Hésiode, Thèog., 198 : àxàp Kuôs'pstav, oxi Ttpo<7s'xup<Te KuÔ7)'potç. 

§ 4. — DESCRIPTIONS MODERNES. 

Bondelmonte, p. 64 : 

« Ad Chituriam vel Cythaream insulam accedamus , qua3 Citri 
hodie nominatur Quœ quasi per totum [in] montibus insur- 
git, in quibus oppidum Citeron aperte videtur, ubi Venus hono- 
riûce celebrata est , ex quo et Venus et insula nomen sumpsit. » 

Antiquités observées dans l'île de Cythère (Cérigo) par Nicolas de 



iv. — cémCtO. 21 

Nicolaï, allant en Turquie en 1551 avec Pierre d'Aramont, am- 
bassadeur du roi Henri TI à Constantinople (1) : 

« Après avoir beaucoup et inutilement cherché, je rencon- 
trai enfin un insulaire qui me montra , sur le sommet d'une 
haute montagne, quelques ruines qu'il disait être celles du tem- 
ple , et en effet on y voyait deux hautes colonnes ioniques , sans 
chapiteaux, avec cinq autres carrées, entre lesquelles apparaissait 
la forme d'un grand portail et, tout auprès , une statue de femme 
vêtue à la grecque, de grandeur démesurée, et dont un provédi- 
teur de l'île avait, quelques années auparavant, fait enlever et 
porter la tête à Venise , suivant le récit de mon guide. Les insu- 
laires affirment que cette statue représentait la belle Hélène , et 
c'est ce que confirme Jehan le Maire des Belges dans ses Illus- 
trations des Gaules, en disant que Paris, après avoir ravi l'épouse 
de Ménélas , prit avec elle , dans l'île même de Gythère , ses pre- 
mières licences. Un peu plus bas que le temple de Vénus, sur la 
même montagne, était situé le château de ce prince, qui était roi 
de Sparte et seigneur de l'île. Les vestiges de ce château sont en- 
core fort reconnaissables dans les restes des murailles qui s'y 
voient, murailles bâties en pierres do taille, sans mortier ni ci- 
ment, d'une longueur et d'une grosseur démesurées. Il renfermait 
dans son enceinte une haute tour carrée du haut de laquelle, par 
un temps clair et serein, on pouvait apercevoir, non seulement la 
ville de Sparte, mais encore la plus grande partie du Péloponèse... 
De ce château on descendait dans la ville de Cylhérée . qui était si- 
tuée du côté de l'Orient sur la pente de la montagne , où appa- 
raissent encore quelques fragments des anciens murs, et le meil- 
leur témoignage de son antiquité , c'est que les habitants de l'île 

appellent maintenant toutes ces vieilles ruines Paheopolis 

Au-dessous de ces ruines passe un petit ruisseau qui traverse un 
golfe pour se rendre à la mer, et sur les bords de ce golfe on voit 
dix-huit à vingt bains, grands et petits , taillés dans un énorme ro- 
cher avec un art merveilleux, la plupart accompagnés de canaux ou 
de gouttières pour conduire les eaux aussi bien que de cuves pour 
se baigner. J'aperçus un bain par un grand trou qui jadis servait 
de soupirail sur la sommité du rocher. La principale entrée était 
obstruée par de gros buissons et des arbrisseaux sauvages. 

» J'ai oublié de dire que, dès le premier jour de notre arrivée, 

(l) Je n'ai point eu entre les mains l'ouvrage même de Nicolas de Nicolaï, 
mais un extrait manuscrit où l'on avait rajeuni l'orthographe de l'auteur. 



22 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

l'ambassadeur ayant fait gravir par les gardes la montagne Saint- 
Nicolo, qui est fort haute, pierreuse et difficile à monter, j'y fus 
visiter deux chapelles bâties sur le sommet , et dont la plus grande 
est artistement pavée au-dedans et au-dehors en mosaïque avec 
figures de veneurs à cheval , de cerfs , de lions , d'ours , de chiens, 
et de divers oiseaux (1) » 

Spon et Wheler parlent du port Saint-Nicolas et des « masures 
de la ville ancienne du roy Menelaiis... Ce que nous y vîmes 
do plus entier est une voûte creusée dans le roc, que les gens du 
pays disent avoir été les bains d'Hélène. Gomme nous avions ouy 
parler des ruines d'un palais d'Hélène,... nous fîmes trois ou 
quatre milles pour y aller, etc. » Ils ne virent que deux colonnes, 
sans bases et sans chapiteau , qu'ils jugèrent d'ordre dorique. 

Francisco Piacenza Napoletano , Egeo redivivo ossia chorografia 
dell' Arcipelago , Modena , 1688 (2) : 

» Le temple d'Aphrodite était situé sur la presqu'île orientale 
do l'île; selon Aulenotti , il n'en reste plus qu'une lourde pierre, 
de grandeur démesurée , taillée en pilastre (?) , et quelques mor- 
ceaux triangulaires (3) de porphyre du pays , joints h trois ou 
quatre demi-colonnes (?), ainsi qu'un long fragment d'un pavage 
très ancien (un smisurato e grave sasso a modo dipilone incavato ed 
alcuni triangolari lavori di porfidi del proprio paese, uniti à S o 4 
mezzc colonne, ed una lunga concatenazione d'antichissimi commes- 
sati quadrelli îenacemente assieme congiunli). — Lauremberg , 
ajoute-t-il, dans ses tables géographiques, mentionne un autre 
temple, consacré à Hélène, et situé près de Porto Delfmo (= port 
San Niccolo). Selon Aulenotti , deux ou trois gros blocs de mar- 
bre de forme allongée, avec quelques inscriptions grecques ron- 
gées par le temps, qu'on voyait sur le sol à cet endroit, attestaient 
l'existence de ce temple. « 

Dapper , Description exacte des îles de V Archipel , Amsterdam , 
1703: 

Il rappelle ce que dit Spon de l'ancienne ville du roi Ménélaùs, 
des bains d'Hélène et du palais d'Hélène , puis il continue : 

(1) Depping, La Grèce (1823), dit qu'un siècle après Nicolas de Nicolaï il ne 
restait pins qu'une petite partie de la mosaïque. 

(2) C'est un résumé que nous donnons ici, et non une citation textuelle. 

(3) M. Mormon (v. p. 28, 1. 25) parle aussi de morceaux triangulaires qui, 
ajustés deux à deux, formaient des piliers carrés. 



IV. — CÉRIGO. "23 

« Wheler estime que ces masures paroissent être les ruines d'un 
ancien temple plutôt que d'un palais. On l'appelle maintenant 

en langue moitié Italienne et moitié Gréque Paleo-Castro 

Kootwyck place plusieurs bâtiments ruinez et de grands mon- 
ceaux de masures au côté Occidental de l'île , sur une mont a 
élevée, qui est située environ à trois lieues d'Allemagne à l'Occi- 
dent du port de Saint-Nicolas. On tient que ce sont les restes de 
l'ancienne ville de Cythère ; et c'est pour cela qu'on appelle en- 
core cet endroit en langue Gréque Paiopolis ou plutôt Palaeo- 
polis L'on remarque aussi tout près do là de fort beaux monu- 
ments d'un ancien temple, qu'on estime avoir été consacré à la 
Déesse Vénus. » 

Castellan , Lettres sur la Morée et les îles de Cèrigo , Hydra et 
Zante. Paris, 1808 (le séjour de Castellan à Gérigo eut lieu en 
janvier 1797). Lettres 3-4: 

« Nous avons remarqué, à peu de distance du fort (S. Niccolo) 
et sur le rivage , une carrière , d'où sans doute furent tirées des 
pierres qui ont servi à la construction de quelque ville. On dis- 
tingue les places où les masses de pierre ont été détachées ; elles 
ont été taillées en carré avec une patience infinie et qnelques-unes 
devaient être d'une grande dimension. Cette carrière présente un 
coup d'oeil régulier; on la prendrait d'abord pour les restes d'an- 
ciens bains ou pour les sièges d'un amphithéâtre... Cette carrière 
semble n'avoir servi que dans des temps très reculés, à en juger 
par la couleur noirâtre du roc et la nature du travail, qui, à coup 
sûr, n'a pas été exécuté par les Grecs modernes ni les Vénitiens, 
dont les maisons sont fabriquées avec les débris d'autres monu- 
ments... 

» Peu de moments après, nous avons fait une découverte plus 
importante, celle de catacombes antiques, taillées dans un roc 
perpendiculaire de plus de 100 pieds de haut, que les flots qui on 
battent le pied détruisent tous les jours. Ce roc forme l'extrémité 
d'une chaîne qui se prolonge à l'intérieur de l'île vers le nord. 
Il est situé cà peu de distance du fort de Saint-Nicolas, et du côté 
opposé domine les ruines de l'antique ville de Cythère. Il tant 
faire le tour de ce roc pour arriver au sommet où sont les tombes. 

» L'aspect extérieur n'a rien de curieux. Il est difficile de dire si 
les tombes ont été établies d'après un plan régulier, p.uro qu'un 
tremblement de terre, à ce qu'il paraît , a occasionné un aifais- 
sement qui a bouleversé le terrain. Plusieurs chambres sépul- 
crales de diverses grandeurs ont été fendues et séparées ; on en 



24 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

distingue néanmoins les parties correspondantes. Au milieu d'une 
plate-forme taillée dans le roc s'élève une masse carrée et isolée , 
d'un seul morceau ; le haut, qui est détruit, laisse voir deux 
places l'une à côté de l'autre pour deux corps. Vis-cà-vis de ce 
cénotaphe (?), une porte taillée dans le roc conduit dans une 
vaste salle souterraine (pi. III, fig. 2), carrée et entourée de pe- 
tites chambres, que séparent des pilastres régulièrement espacés, 
les uns isolés, les autres formant une espèce de cloison... Le 
plan do cette excavation diffère tout a fait de celui des chambres 
sépulcrales situées au-dessus, où l'on peut arriver en gravissant 
à travers des monceaux de décombres qui en embarrassent l'entrée. 

» Celles qui sont le mieux conservées sont presque toutes sembla- 
bles entre elles , aux dimensions près. En entrant , une chambre 
sans ornements qui semble avoir servi de vestibulo ; dans la salle 
du fond (pi. III, fig. 1, et pi. IV) les tombes sont disposées comme 
il suit : 

» Dans la partie qui fait face à l'entrée sont creusés , sous une 
arcade à plein cintre, deux sarcophages parallèles entre eux, mais 
dont l'un a quelques pouces de plus que l'autre en largeur et 
en profondeur. Sur les côtés du carré de la salle, sous des arcades 
semblables , on voit deux sarcophages semblables , un seulement 
de chaque côté. Le tout est taillé dans le roc. Il n'y avait de rap- 
porté que les dalles qui fermaient les ouvertures et dont nous 
avons trouvé des débris. Ces dalles reposaient dans une rainure 
pratiquée à cet effet. Les proportions de ces chambres sont régu- 
lières, le style simple et sévère. Il n'y a pas d'ornements d'archi- 
tecture , mais les parois intérieures semblent avoir été enduites 
d'une couche de mastic très dur, où l'on distingue avec peine des 
traces d'anciennes peintures, faites au trait en rouge et en noir. 
Les ornements ressemblent à ceux des 'plus anciens vases étrus- 
ques ou plutôt grecs. 

» Nous avons creusé le sol et nous avons été arrêtés à deux 
pieds de profondeur par le roc. Ces matières amoncelées sur le 
sol sont formées par la fiente des troupeaux et par les cendres des 
arbustes aromatiques qu'on y avait brûlés. Nous y avons trouvé 
des ossements , qui sont sans doute des ossements de troupeaux. 
Probablement ces catacombes ont servi de retraite à des ber- 
gers ; et en effet , dans la plus vaste de ces chambres , il y a des 
restes de tout petits murs en moellons , qui n'ont pu servir qu'à 
la distribution de cette espèce d'habitations. A côté de ces cham- 
bres , il y en a deux autres disposées suivant le même plan, avec 
la seule différence que sur les côtés de l'arcade du fond sont pra- 



iv. — cérigo. 25 

tiquées deux petites niches en hauteur . qui semblent n'avoir pu 
contenir que des urnes lacrimatoires , des lampes ou plutôt des 
vases cinéraires. Il est très remarquable que dans ces hypogées 
funéraires les Grecs ont pratiqué les mêmes trous cintrés qu'on 
trouve dans les columbaria romains. Ce sont des niches creusées 
régulièrement dans les murs, et qui contenaient les vases ciné- 
raires. Il y avait encore au lias de ces mêmes murs des arcades 
plus grandes , sous lesquelles étaient les sarcophages. La diffé- 
rence la plus remarquable de l'hypogée de Cérigo, c'est la double 
tombe qui existe sous la même niche. Cette réunion de deux sar- 
cophages , leur disposition parallèle , leur différence de grandeur 
et de profondeur semblent indiquer qu'ils contenaient les corps 
des deux époux, chefs de la famille, au lieu que ceux qui sont 
situés sur les côtés de la salle devaient être destinés aux enfants. 
Quant aux petites niches creusées au fond de la môme salle vers 
les angles , nous n'avons pas remarqué qu'il existât un vide inté- 
rieur où le vase cinéraire dût être scellé comme dans les tombes 
des Romains. Ces vases, s'ils ont jamais existé, n'ont pu être 
placés que dans le renfoncement de la niche, et non dans l'épais- 
seur du roc , où nous n'aurions pas vu les traces de leur 
violation. 

» Nous avons pénétré on rampant dans une grande quantité d'au- 
tres tombes. Une seule nous a arrêtés. Elle se trouve dans la par- 
tie la plus élevée de la montagne... Cette même montagne, taillée 
à pic du côté de la mer, présente beaucoup de petites ouvertures 
régulières, qui font présumer qu'elle est entièrement creusée par 
la main des hommes. Ces ouvertures appartiennent certainement 
aux hypogées... 

» Sur les bords de la mer, on voit les restes de l'ancienne ville 
de Cythère. Beaucoup de tours sont encore debout , et des restes 
de murailles en indiquent l'enceinte. La plupart des autres édifices 
ont été renversés et recouverts du sable qu'un petit fleuve a accu- 
mulé là à son embouchure. Les ruines descendent des catacombes 
jusqu'à la mer ; là aussi étaient la plupart des constructions, dont 
on ne découvre plus que le sommet. On assure que par un temps 
parfaitement calme la transparence des eaux laisse voir, à une 
grande profondeur, des restes de monuments antiques. 

» Nous avons ensuite grimpé sur les montagnes. La route est 
fatigante, au milieu do roches blanchâtres qui reflètent les rayons 
du soleil. Nous avons traversé plusieurs gorges profondes et étroi- 
tes, où la végétation n'est pas abondante; on n'y trouve que des 
oliviers, quelques vignes, et au fond de petits champs de blé. 



26 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

Nous avons suivi ensuite un joli ruisseau qui fait des cascades, 
et autour duquel croissent des lauriers-roses, des lentisques, des 
myrtes. 

» On nous a montré de loin une chapelle construite sur les res- 
tes d'un monument antique. 

» Nous sommes enfin arrivés au terme de notre voyage 
(pi. V) (1) ; mais nous n'avons vu qu'un champ cultivé, avec un 
petit nombre de colonnes , d'un seul morceau , rongées par le 
temps , sans chapiteaux , et la base sous terre , de sorte qu'il est 
difficile de dire l'ordre d'architecture et le plan du temple. Il en 
est de môme de plusieurs autres colonnes et de fragments infor- 
mes qui ont servi à la construction d'une petite ferme située comme 
le monument sur la plate-forme de la montagne. Ces colonnes 
s'élèvent du milieu des sillons ; elles disparaîtront probablement 
bientôt. 

» Du côté le plus escarpé de la montagne , il y a une vaste 
chaussée qui servait de base à l'édifice antique. On y retrouve 
aussi des pierres irrégulièrement situées qui peuvent en être des 
débris employés à réparer les brèches par où la terre végétale , si 
précieuse dans cette île , aurait pu se perdre. Cette considération 
importante préservera la chaussée d'une entière destruction. 

» A cet endroit on a fait des fouilles; notre conducteur nous 
dit qu'on avait retiré des objets curieux, et qu'on avait découvert 
des chambres construites en marbre ; les fouilles étaient alors 
remplies d'eau ; à travers cette eau nous avons cru voir les frag- 
ments d'une statue. En cflct nous avons réussi à en retirer une 
figure d'un beau marbre blanc, de proportions plus qu'humaines, 
mais très mutilée ; on ne distinguait plus que les épaules , cou- 
vertes d'une draperie ; la tête , les bras et le reste du corps man- 
quaient. Nous l'avons laissée sur place. 

v On nous a parlé d'une autre ville ancienne, appelée aujour- 



(1) Cette planche V représente « le Temple de Vénus (= palais de Ménélas) 
sur la colline Aplunori. » Voici la description de cette gravure : 

Petit plateau, derrière lequel on voit des montagnes plus hautes. — Sur le 
devant , à droite , une maison. — A gauche de la maison , le terrain descend 
en pente. 

Sous le plateau , sur la pente , dans le sens de la longueur de la gravure , un 
mur d'appareil rectangulaire qui, venant d'en bas, arrive un peu au-dessus 
du niveau du plateau. — Derrière le mur , sur le plateau , plusieurs colonnes ou 
fragments de colonnes en place ; elles sont rongées, sans cannelures visibles. 
En avant du mur , un autre fragment de colonne et un caisson carré prove- 
nant d'un plafond. 



IV. — CÉRIGO. 27 

d'hui Paleocora , où l'on trouve des restes de mosaïque , des mé- 
dailles , des pierres gravées , que les paysans vendent aux étran- 
gers... » 

A la fin de la lettre 2, Castcllan parle aussi des bains de Vénus 
ou d'IIélènc, une excavation où les vagues s'engouffrent , et d'an 
tombeau ouvert, taillé à la sommité 'l'un roc , « qui est, dit-on , 
l'endroit d'où la mère de l'Amour se lançait sur son char traîné 
par des moineaux. » 

Voyage de Dimo et Nicolo Stcphanopoli en Grèce, Paris , an VIII. 
— Mentionnons seulement à titre de curiosité la description 
que cet ouvrage donne des ruines du temple de Vénus , sur la 
colline Aplunori. Le caractère romanesque du récit et les inscrip- 
tions ridicules que l'auteur prétend avoir trouvées près du temple 
d'Aphrodite (xocp&wv ôeparcta, vaoç 'A<ppo8iTY)ç Qeôtç xupia Kuflr'pwv xai toxv- 
toç xoaaou , trupiiov àvaXiaceco;) prouvent que toute cette description 
est de pure fantaisie , comme le reste de l'ouvrage. 

Stai, l. I. (1) : 

» L'ancienne ville de Cythère devait être à l'endroit appelé au- 
jourd'hui Paliocastro, et non à Avlemona. Scandea était à l'en- 
droit appelé aujourd'hui Gastri ou Paliopoli. La distance est juste 
de 10 stades de Castri cà Paliocastro. L'espace de terre situé entre 
Gastri et Paliocastro devait être autrefois occupé par la mer et 
former un golfe , qui aura été comblé peu cà peu par les matières 
que les eaux de pluie auront détachées des pontes voisines. Le 
port devait être sous Scandea (= Castri). Aujourd'hui , par suite 
du changement physique des lieux , il n'y en a plus de traces. 
Il ne reste qu'une plage ouverte et sablonneuse. Dans cette plage 
on a fait des fouilles et l'on a trouvé enfouis des morceaux de tuf 
taillés, de la grandeur d'un pas et d'un pas et demi. On croit qu'il 
y a eu là, dans l'antiquité, quelque môle (2). A Paliocastro , l'on 
voit des traces de murailles et d'autres constructions ; en fouil- 
lant , l'on trouve des ustensiles , comme aussi quelquefois à 
Castri. « 

Mémoire manuscrit, rédigé en 1844 par M. Emmanuel Mormori, 
à qui le gouvernement avait demandé des détails sur l'état des 
ruines du temple d'Aphrodite : 

(1) Ici encore, ainsi que dans les pages suivantes, nous ne faisons que ré- 
sumer, nous ne citons pas textuellement. 

(2) M. Georges Mormori m'a également parlé de ces restes d'un môle antique. 



28 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

» M. Mormori, étant allé à Paliokastro , a pris des renseigne- 
ments auprès des propriétaires des terrains qui y sont situés ; ils 
lui ont raconté beaucoup de fables, qu'ils tiennent de leurs ancê- 
tres, sur le prétendu palais de Ménélas (les restes des murs de 
l'ancienne ville, qu'on voit à Paliokastro) ; mais ils se souviennent 
aussi de s'être assis plus d'une fois , en surveillant leurs trou- 
peaux, sur deux colonnes brisées (1). Aujourd'hui (en 1844) il ne 
reste plus que la moitié d'une, haute de trois pieds , qui fait par- 
tie du mur d'enceinte du terrain de Demetrio Viaro Malaco ; ce 
terrain s'appelle \ tocîç y.oXo'waiç, et il a toujours porté ce nom, 
comme le prouvent les documents que possède le propriétaire 
actuel. Ce terrain se trouve sur l'éminence qui domine Paliopoli, 
dont il est éloigné d'environ 1 mille 1/2 (= 10 stades). Le mur 
d'enceinte, comme d'autres murs voisins, est encore presque en- 
tièrement construit avec des fragments de tuf et d'autres pierres 
qui appartenaient probablement au temple ; il faut en dire autant 
des matériaux avec lesquels ont été bâties trois églises qui se 
trouvent autour, à 1/2 mille de distance, particulièrement celle de 
Saint-Cosme, construite avec d'énormes masses de tuf, carrées 
ou rondes, et celle de Saint-Basile et Saint-Nicolas, où l'on voit, 
en certaines parties du mur, des fragments de marbre et de tuf. 
Dans le terrain même de Demetrio Viaro Malaco , on voit encore 
sur place les fondements de cinq colonnes carrées, qui formaient 
le portique du temple (cf. Nicolas de Nicolaï). Ces colonnes 
étaient formées de grands morceaux de tuf triangulaires , taillés 
avec beaucoup de soin ; on voit les trous creusés pour introduire 
le métal qui servait à les assujettir. Ces restes du portique furent 
trouvés il y a seulement deux ans (2). 

» Dans un terrain voisin de celui-là, M. Mormori a aperçu les 
restes d'un pavé revêtu d'un enduit noir et rouge, semblable à 
celui des vases étrusques ; la terre était trop dure pour qu'on pût 
faire des fouilles en cet endroit. 

» A Paliopoli, M. Mormori a vu des ruines de petites cons- 
tructions et, çà et là, des tombes, pour la plupart ouvertes. « 

Une grande partie des tombes de Paliopoli , que décrit Gastel- 
lan, n'existe plus aujourd'hui. Le rocher où elles étaient a été 

(1) M. Emm. Mormon m'a dit qu'il se rappelait avoir encore vu lui-même 
à cet endroit deux tambours de colonnes , sans cannelures. 

(2) M. Emm. Mormori m'a dit avoir aussi remarqué autrefois dans les envi- 
rons un fragment de statue, une épaule, qui, vu ses dimensions, pouvait avoir 
fait partie de la statue dont parlent Nicolas de Nicolaï et Castellan. 



IV. — CÉRIGO. 29 

précipite dans la mer par le grand tremblement de terre du 18/30 
juin 1798. — Celles qui restent furent visitées en 1861 par un 
paysan, qui rédigea à ce sujet un rapport, que j'ai vu chez 
M. Mormori. Ce rapport est trop confus et trop peu clair pour 
qu'il soit utile de le transcrire ici. A un certain endroit, le paysan 
avait cru lire sur le rocher les lettres IEMIN- Il avait aussi rap- 
porté à M. Mormori un morceau de l'enduit intérieur d'une des 
chambres. Sur ce morceau l'on voit très nettement une bande 
peinte en rouge. 

Le môme paysan raconte que le gouverneur anglais , en 1833 , 
envoya huit hommes en cet endroit faire des fouilles ; ils trou- 
vèrent des « sceaux d'argent ; » mais « le diable leur apparut sous 
forme d'un bouc, ce qui leur fit prendre la fuite. » 

§ 5. — IDENTIFICATION DES NOMS ANCIENS. 

A part le port de <I>otvtxoïïç, l'identification de tous les noms an- 
ciens peut se faire d'une façon certaine. 

Le « cap des platanes » (IIXaTaviffrouç) est la pointe, aujourd'hui 
absolument nue, qui termine l'île au nord et qui s'appelle le cap 
Spathi. 

Leake (Travels in Northern Greece) a voulu placer Scandée 
à Kapsali et Cythère à Paliokastro , près de Avlemona. Cette 
opinion n'est pas soutenable; la distance de Kapsali à Palio- 
kastro est bien supérieure à 10 stades; on n'a trouvé à Kapsali 
aucun vestige ancien ; enfin , si Scandée avait été à Kapsali , 
Strabon aurait difficilement appliqué à l'île l'épithète de eùX{(*evoç: 
le port de Kapsali n'est praticable qu'en été; en hiver, quand 
souffle le vent du sud , les bateaux ne peuvent pas aborder ; 
la mer vient jusque dans les maisons, que le vent remplit de 
sable ; Kapsali est alors abandonné , et les bateaux touchent au 
port San-Mccolo , dans la baie de Avlemona (1) , qui est assez 



(1) Le port de Avlemona est célèbre par le naufrage des marbres du Parthénon 
enlevés par lord Elgin. — Voici sur ce naufrage quelques détails que m'a don- 
nés M. Emm. Mormori , d'après des pièces officielles qu'il a entre les mains : 

Le brigantin le Mentor, venu de Smyrne à Athènes sur l'ordre de lord Elgin , 
embarqua dix-sept caisses de marbres, que lui remit Jean-Baptiste Lucieri (un 
Romain que lord Elgin avait chargé de détacher les bas-reliefs). Il partit le 
15 septembre 1802. Le 16, il était au cap Matapan , lorsqu'il fut assailli par un 
vent d'O. qui, le lendemain matin , tourna à l'O.-N.-O. ; une voie d'eau s'étant 
déclarée , et le pilote ne connaissant pas les ports de la côte , on se réfugia 
dans le port de Avlemona pour y faire réparer le bateau ; c'est là que le naufrage 



30 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

sûre (1). Cythère avec son port Scandée ne peut-être que le Palio- 
kastro actuel, avec la vallée de Palœopoli. Seulement M. Stai re- 
marque avec raison que , la plage actuelle de Palseopoli n'étant 
pas du tout abritée , il faut admettre que la mer venait autrefois 
plus avant dans les terres et que le terrain situé près de l'embou- 
chure du torrent est un terrain d'alluvion. — On pourrait penser 
à identifier Scandée avec S.-Niccolo, mais S.-Niccolo est trop 
loin de Palœokastro , et de plus on n'a , paraît-il , trouvé absolu- 
ment aucun vestige d'antiquité sur la partie du rivage qui est du 
côté de S.-Niccolo. 

Quant au temple d'Aphrodite, le mémoire de M. Mormori cité 
plus haut en fixe l'emplacement, ou , pour mieux dire , il fixe 
l'emplacement de l'endroit , aujourd'hui dépourvu de tout reste 
ancien, où l'on a pendant longtemps vu des ruines considérées 
comme celles du temple d'Aphrodite (2). Il faut dire cependant que 
l'ouvrage de Castellan contient une carte (pi. V bis), faite par 
Barbie du Bocage d'après les notes de l'auteur, sur laquelle la 
colline Aplunori, avec le temple de Vénus, est indiquée comme 
distincte de la colline de Paliokastro, et comme située au sud de 
celle-ci. Mais, cette carte présentant d'autres inexactitudes , on 
peut admettre qu'il y a ici une erreur , d'autant plus que cette 
indication est en désaccord avec celles de Nicolas de Nicolaï. 

Pour ce qui est du port de Ootvtxouç , comme il est dit dans le pas- 
sage de Xénophon que Gonon vint mouiller à4>oivocoïïç et que les 
habitants de Cythère, craignant qu'il ne prît leur ville de force, 
l'abandonnèrent, on peut conjecturer que ce port n'était pas loin 

eut lieu, le 17. (Procès-verbal fait le 18 septembre 1802 devant Calucci , vice- 
consul anglais.) 

Un an après , quatre caisses furent retirées et envoyées à Smyrne , pour être 
de là expédiées en Angleterre ; douze autres furent retirées et embarquées pour 
Malte le 16 février 1805. Il n'y a que la dix-septième caisse pour laquelle on 
n'ait pas la feuille d'expédition , ce qui fait qu'on ne sait pas si elle a été re- 
tirée ou non. Comme, quelques années après 1806, on retira de la mer, à Avle- 
mona , une petite statue très jolie , qui fut envoyée en Angleterre , on supposa 
que la dix-septième caisse s'était peut-être ouverte et que le contenu s'en était 
répandu dans la mer. En août 1875 , M. Stamatakis , envoyé par la Société ar- 
chéologique d'Athènes , a fait des sondages dans le port de Avlemona ; il n'a 
retrouvé qu'un morceau de la carcasse du Mentor et un vase ordinaire. 

(1) Une troisième rade est celle de Dhiakophti , qui est beaucoup moins 
avantageuse que celle de Avlemona , mais où l'un des deux partis politiques 
entre lesquels Cérigo est divisé, celui des gens de la campagne , avait entre- 
pris, en 1876, de faire un port, pour nuire aux gens de la ville, dont le 
district comprend S. Niccolo. 

(2) Il est difficile de se prononcer sur la valeur de cette tradition. 



iv. — cÉniGo. 31 

de la ville , et Ton peut hésiter entre Dhiakophti et S.-Niccolo, 
à moins qu'on ne veuille supposer, avec Kiepert, que <I>otvixoïïî était 
un autre nom du port de Scandée. <I>otvocotiç veut dire « un endroit 
où il y a beaucoup de palmiers ; » il n'existe point aujourd'hui à 
Gérigo d'endroit qui réponde à ce nom : on n'y rencontre quo des 
palmiers isolés. 

Reste le passage de Thucydide, qui, avec le texte traditionnel, se 
comprend difficilement. Chez Pausanias il n'est question que de 
deux villes : la ville de Cythère proprement dite ou la ville haute, 
et la ville basse ou ville maritime, Scandée ; dans le passage de 
Thucydide il serait question d'une troisième ville, « la ville ma- 
ritime, » qui aurait été du côté de Dhiakophti, c'est-à-dire à une 
très grande distance de Paliokastro; cette ville aurait donc été 
tout à fait distincte de l'autre, et Thucydide n'aurait guère pu les 
considérer comme deux parties d'une même ville , rJjv in\ 6aXa<j<j7) 
iro'Xtv, Tr,v âvw to'Xiv (1). De plus, la côte près de Dhiakophti tombe 
presqu'à pic dans la mer; à part la petite plaine de Dhiakophti, qui 
aurait été occupée par tyjv èn\ OaXa<j<iY] iro'Xiv, il n'y a, je crois, aucun 
endroit où des troupes eussent pu débarquer et où les habitants 
de l'île eussent pu établir un camp. Toutes ces difficultés dispa- 
raissent, si on lit avec Stahl (v. son éd. de Thucydide, Leipzig, 
Teubner, avec notes en latin ) : xr]v àiro ôaXaa<77)ç noXtv (=t^v avw 
iroXiv) (2). Le sens est alors le suivant : une partie des Athéniens 
prend Scandée (la colline de Kastri , à Palœopoli); les autres 
vont débarquer à Dhiakophti et se dirigent vers la ville ( qui était 
à Paliokastro ) , en passant peut-être par le col qui est entre le 
mont Saint-Georges et le mont Haya Moni ; à peu de distance 
de la mer, ils trouvent les ennemis campés, les battent, les forcent 
à se réfugier sur les hauteurs où était la ville (Paliokastro) , et 
enfin les obligent à se rendre. 

§ 6. — RESTES ACTUELS DE L'ANCIENNE VILLE DE CYTHÈRE. 

I. — Dans la plaine. 

La vallée de Palœopoli ou Paliopoli , une des plus verdoyantes 
et des plus fertiles de l'île , est formée par le cours d'eau qui des- 

(1) Remarquez en outre que Thucydide a déjà employé l'expression tt^v èn\ 
8a).dw<Tfl ïc6Xiv en parlant de Scandée 

(2) Bursian avait proposé de supprimer les mots ircl Oa),àacr^; la correction 
de Stahl est plus satisfaisante. 



32 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

cend de Mitata, et qui est un des plus importants de Cérigo, bien 
qu'en temps ordinaire il soit à sec. — Au N.-E. de Paliopoli , sur 
le bord de la mer, est la petite éminence de Kastri ; au N.-E. de 
Kastri, le terrain redescend et forme une petite vallée, qu'on ap- 
pelle Vothona; puis, encore plus au N.-E., il remonte de nouveau 
et forme une masse rocheuse nommée Asproga dans sa partie S.-O. 
et Prasa dans sa partie N.-E. ; à TE. de Prasa vient le ravin de 
Skaphidi, qui est, du côté de S. Niccolo, la limite de la région où 
l'on a trouvé des restes antiques (v. la carte de la baie de Avlemona). 

Je dois dire d'abord qu'étant allé à Paliopoli par mer, je n'ai 
vu sous l'eau aucune trace de fragments antiques , bien que la 
mer fût très calme et que nous eussions emporté un instrument 
qui sert à regarder sous l'eau. 

Au N.-E. du ruisseau de Paliopoli , près de la mer, on voit les 
restes d'une construction romaine , qui comprenait plusieurs 
chambres, mais qui est toute ruinée ; comme, dans le bas de l'un 
des murs , on remarque l'orifice d'un conduit d'eau en briques , 
on suppose que c'étaient des bains , et les gens du pays appellent 
ces ruines les bains d'Aphrodite (1). 

Sur la petite éminence de Kastri il reste des vestiges d'un mur 
d'enceinte de l'époque romaine. Sur la pente N. ou N.-E. de 
la môme colline , on avait fait des fouilles peu avant mon séjour 
à Cérigo ; j'ai vu deux trous encore ouverts, dans lesquels on 
apercevait , sous le niveau du sol , des traces de murs ; on avait 
trouvé à cet endroit des tombes faites de briques et de chaux, des 
vases de verre , des vases de terre cuite. Près de là se remar- 
quaient aussi les restes d'un four antique, servant à cuire des vases. 

A Vothona, j'ai vu, dans un mur, deux tambours de colonnes 
doriques (l'un avait m ,75 de diamètre) ; il existait , paraît-il , à 
cet endroit d'autres fragments de colonnes , qui ont été brisés. 

A Asproga se trouvent les restes de la nécropole qu'a vue Gas- 
tellan. Les chambres funéraires sont presque toutes situées sur 



(l) On rencontre souvent des objets antiques a Paliopoli ou dans les environs: 
j'ai vu à la ville une petite statuette d'Isis en bronze , provenant de Paliopoli ; 
un paysan y trouva , parait-il . un petit cheval en bronze ; un autre , une sta- 
tuette de bronze, représentant un jeune homme qui tenait sa main sur ses lèvres. 
A Kastri, M. Cavallini a trouvé un fragment de marbre avec des bas-reliefs : en 
haut, des fruits, des grappes de raisin qui pendaient; au-dessous, trois petites 
figures , un homme et deux femmes , de trois côtés différents du fragment. A 
Kastri a été découvert également un pied de lion en marbre. 
- Un peu au N.-O. des bains, dans la vallée de Paliopoli, on venait de trouver, 
le jour où je la visitai , un pavage antique en marbre. 



iv. — cÉniGo. 33 

la pente S.-O. de la colline ; le roc où elles sont taillées est une 
espèce de grès. 

a) Sur cette pente S.-O., on voit d'abord, en allant du S.-E. au 
N.-O., trois chambres, que j'appellerai A, B, G, et qui sont l'une 
à côte de l'autre , à peu près au mémo niveau. Dans ces trois 
chambres, comme dans les autres que j'ai vues à Asproga, le mur 
du côté de l'entrée n'existe plus. La chambre A se divise en deux 
parties; on trouve d'abord une espèce de vestibule, qui était sé- 
paré de la chambre proprement dite par un mur , dont il reste des 
traces; puis vient la chambre principale, dont les trois murs sont 
occupés par trois niches cintrées, élevées d'une marche au-dessus 
du niveau actuel du sol de la chambre , qui n'est pas le sol anti- 
que; la niche du fond a une profondeur double de celle qu'ont les 
deux niches latérales; elle monte d'une marche au milieu de sa 
profondeur; elle remplit toute la largeur de la chambre, et a 2 mè- 
tres de largeur , l m ,37 de hauteur, l m ,40 de profondeur. Sur le 
mur qui fait le fond des trois niches , à mi-hauteur environ , il y 
a une espèce de rebord horizontal. Les trois niches étaient revê- 
tues d'un enduit. Dans la niche qui est à droite en entrant , on 
voit des traces de couleur rouge. 

La chambre B est ruinée en partie ; il ne reste que le mur du 
fond et le mur de droite ; de chaque côté de la niche qui se trouve 
dans le mur du fond, on peut remarquer une petite niche dont le 
sommet est de niveau avec celui de la grande , mais qui n'a que 
On», 55 de largeur sur m ,55 de hauteur et m ,40 de profondeur. La 
niche du mur de droite est égale en largeur et en hauteur à celle 
du fond , mais elle est moins profonde de moitié. 

La chambre G présente une disposition toute particulière. A 
droite de l'entrée, on voit en dehors, dans le mur, une première 
niche ; en entrant , on a à sa gauche les restes d'une seconde ; 
puis , entrant plus avant , on en trouve deux autres se faisant 
face, et situées l'une à droite, l'autre à gauche ; celle de gauche 
est presque entièrement ruinée; le fond de la chambre forme un 
étroit couloir, séparé de la chambre elle-même par un mur paral- 
lèle au mur du fond, qui n'occupe pas toute la largeur de la cham- 
bre et laisse à droite une ouverture donnant accès au couloir. 

Au N.-O. des trois chambres A, B, G, cà l'extrémité du plateau, 
on aperçoit , en se couchant, sous le sol , une chambre funéraire 
semblable avec des niches ; le mur du fond de l'une des niches 
est détruit , et l'on voit encore une autre chambre derrière. 

b) Sur un petit plateau situé à un niveau plus élevé, on rencontre 
une seconde série de chambres funéraires. Vers le milieu de ce 

3 



34 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

plateau sont deux chambres, D, E, situées l'une derrière l'autre et 
séparées par une espèce de pilier naturel, c'est-à-dire par un mor- 
ceau de rocher qui a été laissé comme support ; de chaque côté de 
ce pilier est une ouverture faisant communiquer la première 
chambre avec la seconde. Le sommet de ces deux chambres n'est 
qu'à un peu plus d'un mètre au-dessus du sol actuel ; on ne voit 
pas de traces de niches sur les murs. De l'un et de l'autre côté de 
cette chambre double , il y a deux petites chambres , situées l'une 
à côté de l'autre et séparées par un mur. 

Au S.-E. de la chambre double D, E on trouve, sur le môme 
plateau, une chambre semblable aux chambres A, B, avec trois 
niches ( celle de droite est ruinée ) ; à droite de l'entrée de cette 
chambre j'ai remarqué une espèce de rainure, profonde et large, 
qui est pratiquée dans une muraille de rochers perpendiculaire à 
celle où les chambres sont creusées ; peut-être faisait-on entrer dans 
cette rainure une plaque de pierre servant à fermer la chambre. 

Au N.-O. de la chambre double D, E on voit, sous le sol, en se 
couchant , une dernière chambre avec une niche au fond. 

c) Au N.-O. du petit plateau où sont les chambres décrites 
en dernier lieu , on rencontre une profonde déchirure de la 
colline, résultat d'un tremblement de terre; ce tremblement de 
terre semble avoir détruit d'autres hypogées semblables ; car , en 
un certain endroit , l'on aperçoit des traces de niches dans les 
morceaux de rochers. 

Au delà de cette déchirure, au N.-O., s'étend une espèce de pla- 
teau formé de grandes masses rocheuses disjointes et fendues par 
les tremblements de terre ; sur toute la surface de ce plateau, qui 
peut avoir une trentaine de pas de diamètre , on voit un grand 
nombre de fosses rectangulaires , parfois légèrement arrondies 
aux deux extrémités, taillées dans le roc ; elles ont en général la 
longueur et la largeur d'un homme , et environ m ,40 de profon- 
deur ; d'autres sont plus petites ; à l'entrée du plateau, j'ai re- 
marqué une espèce de croix (?) également taillée dans la surface 
du roc. 

Les habitants de l'île, qui prennent les chambres funéraires 
décrites plus haut pour d'anciennes habitations, réservent le nom 
de catacombes pour ces tombeaux à ciel découvert. On a trouvé, 
paraît-il , dans ces tombes des vases , des monnaies , des figures 
de terre cuite (1). 



(1) M. Cavallini possédait autrefois un petit Satyre, assis la tête entre les 
mains (un jouet d'enfant) , trouvé à Asproga. 



IV. — CÉRIGO. 35 

On m'a parlé aussi do deux paysans qui auraient découvert à 
Asproga doux lions on or, do très petites dimensions. 

A Prasa , on voit, à peine au-dessus du niveau du sol, le som- 
met de plusieurs chambres funéraires taillées dans le roc, dont 
l'entrée est tournée vers le S.-O. — Un peu plus vers le N., M. Ca- 
vallini se rappelle avoir vu un rocher où sont creusées des fosses 
rectangulaires à ciel découvert ; mais le jour où nous avons été 
ensemble à Prasa il n'a pas pu le retrouver. 

Au-dessus du ravin de Skaphidhi , on a également trouvé des 
tombes avec des vases et des monnaies ; on n'en voit plus trace 
aujourd'hui. — C'est à Skaphidhi que sont les anciennes carrières 
de tuf dont parle Gastellan (1). 

§7. 

II. — Sur les hauteurs. 

La montagne de Palœokastro ou Paliokastro se rattache au 
massif de montagnes central, mais elle est plus élevée que le ni- 
veau moyen de ce massif, et elle forme un sommet isolé, entouré 
par des ravins de tous côtés; des pentes rocheuses , surtout à l'E., 
au N. et au N.-O. , le rendaient facile à défendre. Les murs de 
l'ancienne acropole se voient sur la pente E. de la montagne, un 
peu plus qu'à mi-côte, au-dessus de la vallée dont l'extrémité S.- 
E. s'appelle Paliopoli. Ces murs, qui ont environ 3 m ,70 de hau- 
teur actuelle à l'endroit où ils sont le mieux conservés , sont 
faits de gros blocs de rocher (en moyenne 1 métro do longueur, 
m ,55 de hauteur) qui semblent n'avoir jamais été taillés ; les 
vides sont comblés au moyen de petites pierres. Cette muraille, 
interrompue çà et là par des roches naturelles, s'étend sur une 



(I) Les gens de Cérigo croient qu'à Kastri il y a des trésors caches-, mais ces 
trésors sont gardés par des géants , et pour faire des fouilles il faudrait le con- 
cours d'une personne qui connût « la science de Salomon (r, EoXo|«i>v»dj) » et put 
commander aux démons. Autrement, il est dangereux de faire tics fouilles, té- 
moin l'histoire suivante, que le maître d'école de Mitata me raconta très sérieu- 
sement : Un paysan , passant un soir par Kastri , fut arrêté par des démons 
qui avaient pris la figure de soldats; ils le conduisirent dans une salle souter- 
raine brillamment éclairée, où leur chef siégeait sur un trône; le chef des dé- 
mons demanda au paysan « pourquoi les hommes ruinaient leurs tombes, » et 
nul doute qu'on n'eût fait au malheureux un mauvais parti , si une femme, la 
sainte Vierge évidemment, ne fût intervenue et n'eût fait sentir le paysan, qui 
resta longtemps malade de la frayeur qu'il avait eue. 



36 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

longueur d'environ cinq cents pas ; on ne voit aucune trace de 
mur semblable ni sur les côtés N.-E., N., N.-O. de la montagne, 
où les rochers rendaient peut-être un mur de défense inutile, 
ni du côté S. et du côté 0. , où tous les terrains sont cultivés et 
où les traces du mur d'enceinte ont dû disparaître. 

Sur le haut de la montagne est l'église des "Aytot 'Avapyupot 
(Saint-Gosme et Saint-Damien). Les murs de cette église sont 
faits de gros blocs de tuf, qui doivent être antiques (1). A l'inté- 
rieur, on voit quatre colonnes doriques, qui sont badigeonnées en 
partie, ce qui empêche de reconnaître certains détails. Trois de ces 
colonnes sont pareilles, à ce qu'il semble ; la première à droite , 
en entrant , a un chapiteau d'un style différent. Du reste , toutes 
les quatre paraissent être d'une mauvaise époque. Dans le bas de 
la seconde colonne de gauche, on distingue des restes d'un revête- 
ment en stuc. Les colonnes ne sont pas cannelées, et l'on ne voit pas 
non plus de traces de cannelures sur ce fragment de revêtement. 
On trouve aussi dans l'église plusieurs tambours de colonnes, 
un chapiteau dorique , pareil à celui des trois colonnes sembla- 
bles , qui sert d'autel , et deux autres morceaux de chapiteau. 

Le terrain de Malakos , l'endroit appelé 'ç toi? xoXdwatç, c'est-à- 
dire l'emplacement présumé du temple d'Aphrodite , est au-dessous 
des "Ayioi 'Avàpyupoi, sur la pente S.-O. de la montagne. C'est un 
petit plateau , d'environ cent pas de long sur soixante de large , 
d'où Ton voit le mont Saint-Georges, la mer, Gérigotto et la 
Crète. Aujourd'hui il n'y reste plus le moindre vestige d'anti- 
quité, si ce n'est les gros blocs de tuf qui ont servi à bâtir une 
maison qui se trouve là. On a découvert , à différentes reprises, 
des objets antiques dans ce terrain, entre autres deux monnaies 
d'or de Philippe et d'Alexandre. Un puits situé dans le terrain 
au-dessus passe pour être antique. C'est dans les environs qu'on 
avait trouvé, quelques années avant mon passage à Côrigo, une 
belle tète de jeune fille en bronze, dont beaucoup de personnes 
m'ont parlé dans l'île; cette tête aurait été vendue au Pirée pour 
près de deux mille drachmes. J'entendis aussi raconter que dans 
le terrain des xoXowat; on avait découvert des statues de marbre, 
mais qu'on les avait cachées dans un puits ('?). Sur toute la 
colline de Pakeokastro , on h trouvé différents objets antiques , 
entre autres, selon M. Cavallini , beaucoup de vases en verre. 



(I) Sur une hauteur qui est séparée de la colline de Paliokastro par le ravin 
d<> Kalamitsi si- trouvent les églises de Saint-Basile et de Saint Nicolas , qui, 
paraît-il, smit aussi bâties en partie avec des blocs de tuf antiques. 



iv. — GÉniGO. 37 

§ 8. — MONT SAINT-GEORGES. 

Sur cette montagne il existe deux chapelles, consacrées l'une 
à la ITavayta, l'autre à saint Georges. C'est dans cotte dernière que 
j'ai retrouvé, avec M. Cavallini, ce qui reste de la mosaïque de 
Nicolas de Nicolaï. 

Il n'y a plus que trois fragments de ce pavé en mosaïque. Le plus 
grand, qui peut avoir environ 2 mètres sur lm,50, était couvert de 
terre et de chaux, de sorte qu'on n'y distinguait plus rien. On se 
rappelait par tradition que la mosaïque représentait un guerrier 
(saint Georges) cà cheval , et à un certain endroit on croyait re- 
connaître le casque du cavalier. M. Cavallini ayant fait nettoyer 
la mosaïque, le prétendu casque se trouva être une queue de lion, 
et peu à peu toute une scène de chasse apparut : à gauche, un 
lion tourné vers la droite , dans la gueule duquel un chasseur , 
debout, vêtu d'une tunique rouge serrée à la taille, enfonce une 
lance; au-dessus de ce chasseur, un autre chasseur, également 
vêtu de la tunique rouge, avec un bonnet rouge, et monté sur un 
cheval noir ; le cheval est tourné vers la droite, mais le chasseur 
regarde en arrière ; son bras droit étendu tient un long arc par le 
milieu ; de son bras gauche, recourbé au coude, il place sur la 
corde une longue flèche, avec laquelle il vise un but situé en de- 
hors de la mosaïque. A la droite du cavalier sont représentés une 
perdrix aux pattes rouges , une panthère, et plus à droite le com- 
mencement du corps d'un bœuf sauvage; le tout était entouré 
d'une bordure avec des dessins d'ornement. 

Un autre fragment, que nous fîmes également nettoyer, repré- 
sente, au milieu d'une bordure à dessins d'ornement, un autre 
chasseur debout, vêtu comme les deux premiers, avec des guêtres 
d'un rouge clair et des chaussures noires. A gauche , entre une 
fleur noire et une fleur rouge, on voit une perdrix. 

Un troisième fragment existe dans le sanctuaire de la chapelle; 
on distingue très nettement, à droite, sous une bordure ornée 
d'une grecque, une colombe. 

La mosaïque est faite do petites pierres noires , grises, blan- 
ches, jaunes et rouges. Le travail est soigné (I) et assez fin. 

La chapelle Saint-Georges est bâtie avec des blocs de tuf qui 



(1) Par exemple l'artiste a essayé d'indiquer , par une ligne grise, l'ombre du 
nez sur la figure du chasseur qui frappe le lion ; il a repre'i enti le sang qui coule 
de la gueule de celui-ci , etc. 



38 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

ont été, paraît-il, apportés de Paliopoli ; c'est aussi de là que 
viennent quelques petits fragments d'architecture, en marbre, 
qui se voient dans l'église. 

§ 9. — RESTES ANTIQUES DU COTÉ DE MITATA. 

Au N.-E. de Mitata, sur le plateau de Tholari , à l'endroit 
nommé BspyiSouvta, dans le terrain de Minas Phiropoulos , j'ai 
vu un caveau funéraire antique très bien conservé. 

Un escalier taillé dans le roc, de sept à huit marches, aujour- 
d'hui presque toutes ruinées , excepté les marches supérieures , 
descend sous terre et conduit à une porte, qu'on a trouvée fermée 
par une énorme plaque de pierre. Cette porte donne accès à une 
chambre rectangulaire oblonguo, d'assez petites dimensions, 
laquelle communique par une porte pratiquée dans le mur du 
fond , près de l'angle de droite , avec une autre chambre sembla- 
ble , et par deux portes latérales avec deux chambres plus petites, 
déforme presque carrée. Dans la première chambre, on a trouvé 
sept crânes , cinq dans celle du fond, et trois dans chacune des 
chambres latérales. Le sol antique n'est pas encore mis à décou- 
vert, à ce qu'il semble. 

Dans un terrain voisin, il y avait, paraît-il, une chambre sem- 
blable ; on en a fait une citerne, en fermant l'entrée et en ou- 
vrant un trou dans le plafond. 

A l'est de Mitata, dans la région de Gonia, à l'endroit nommé 
\ to 'EXV/ivixa, dans une muraille de rochers tournée vers l'est, on 
rencontre, en allant du nord au sud, les restes de différentes 
chambres funéraires : 

1° Dos traces do deux chambres ruinées, avec niches ; 

2° Une chambre semblable à celles d'Asproga , avec niche au 
fond et niches à droite et à gauche , égales en largeur et en hau- 
teur à la première, mais do profondeur moindre ; 

3° Une autre chambre semblable ; 

4° Une grande chambre , qui est peut-être la réunion de deux 
chambres primitives : 

Sur le côté intérieur du mur d'entrée, qui est conservé en 
partie, on voit les traces do deux niches; il y en a quatre dans le 
mur d'en face (celles de gauche sont moins profondes que colles de 
droite), et deux dans le mur de droite, ainsi que dans le mur de 
gauche. La différence de hauteur des deux parties de la chambre 



iv. — cérigo. : >9 

(à droite et à gauche) et la différence de dimensions des niches 
semblent indiquer que c'étaient deux chambres, et que le mur 
de séparation a été détruit. Entre les niches étaient des piliers, 
aujourd'hui presque entièrement rainés. On a fouillé une partie 
du sol, et on y a rencontré différentes fosses rectangulaires, qui 
sont encore ouvertes. 

5° Une grotte, dans le sol de laquelle on voit des fosses oblon- 
gues, arrondies à leurs extrémités. 

A Gonia et à Voukolio, sur la même colline , ont été trouvées , 
dit-on, différentes tombes, mais il n'en reste plus de traces (1). 

Au sud de l'endroit nommé \ xà 'EXXvivixa on montre, près d'un 
chemin, une rigole, large d'un pied, très bien taillée dans le roc, 
et dont on peut suivre la trace sur un espace de plusieurs mètres ; 
les gens du pays supposent que c'était une conduite d'eau anti- 
que , servant à amener de l'eau de Mitata à Paliopoli. 

§ 10. — RESTES ANTIQUES TROUVÉS EN D'AUTRES ENDROITS DE L'iLE. 

A l'est ou au sud-est do Livadhia, près de la chapelle de Ha va 
Theodora, se trouve, sur la même pente, une construction circu- 
laire formant une chambre d'un peu plus de trois pas de diamètre, 
un pou plus haute qu'un homme, avec une porte qui, étant donné 
le niveau actuel du sol, a un peu plus d'un mètre de hauteur. Cette 
construction est couverte d'une sorte de voûte qui semble formée 
par le roc naturel ; les mars sont maçonnés au moyen d'an ciment 
très dur. Je n'affirmerais point que cette construction est antique. 
Le sol a été fouillé à l'intérieur ; j'y ai vu deux espèces de fosses 
rectangulaires, à parois maçonnées, dont l'une semble se prolon- 
ger sous terre au delà du mur circulaire. 

L'église de Sainte-Théodore est bâtie en partie avec de beaux 
blocs de tuf qui sont antiques. 

Tous les endroits de l'île que la présence d'an peu d'eau rend 
fertiles aujourd'hui ont du être habités dès les temps anciens; dans 
presque tous on a rencontré dos traces d'antiquités. Nous avons 
parlé de Paliopoli et de Mitata. A Livadhia on a trouvé en diffé- 
rents endroits do petits objets antiques; M. Georges Mormori se 
rappelle que dans sa propriété, près du pont de Katouni, on a dé- 



(l) On a découvert dans la môme région de grands vases contenant des os. 
Un Anglais y aurait aussi trouvé autrefois, parait-il , un demi-cotyle , avec 
l'inscription : Fr)(xixoxûXtov (sic ?). 



40 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

couvert un tombeau avec dos vases. — Près de Karava, à l'endroit 
nommé Aouxpov, dans la propriété de M. Karydis, on a trouvé, pa- 
raît-il , des restes de bains et différents petits objets. — A Dhia- 
kophti on a rencontré des tombeaux. M. Romano , à Corfou, m'a 
aussi parlé de monnaies des Goths qui auraient été découvertes à 
Dhiakophti. — Enfin , sur la côte sud de l'île, à l'est de Kapsali, 
est une gorge rocheuse, nommée Khalkos, où l'on raconte qu'un 
Anglais a trouvé un tombeau avec des bijoux; à peu près vis-à-vis 
du tombeau, do l'autre côté de la gorge, il y aurait eu trois 
lettres hautes d'un pied (?) taillées dans le roc, tout près du sol. 
J'ai été à Khalkos, mais je n'ai rien vu. 

§11. — COLLECTIONS PARTICULIÈRES. 

I. — Collection de M. Emmanuel Mormori. 

Un petit lôcythc noir trouvé à. Voukolio, voyez Archàol. Anzeig., 
1854 , p. 283. Sur l'embouchure et sur le côté du vase il y a les 
inscriptions suivantes (probablement fausses) au graffito : 

<5axp(wv §or\ (1) et îktow Oeïov (2). 

Un fragment de terre cuite trouvé à Livadhia : tète de guerrier; 

Un petit vase noir venant de Paliokastro ; 

Un petit vase à parfums, en verre polychrome, venant de 
Paliokastro ; 

Un fragment de pierre trouvé h Paliopoli, avec le mot IEPOG; 

Un fragment de brique avec la fin do mot -iîN ; 

Deux lampes de terre cuite ; — un cône do terre cuite percé 
de deux trous; — cinq balles de fronde en plomb, venant de Céri- 
gotto; sur trois d'entre elles, inscriptions : etco», — [e]TOxi<r (^Itocc- 
<ia?); — je n'ai pas pu lire la troisième; 

Une balle de pierre , percée d'un trou ; 

Un petit instrument en fer, qui servait peut-être à o'uvrir une 
serrure : un petit manche , de quelques centimètres de longueur, 
supporte , à l'une de ses extrémités , une pièce garnie de quatre 
pointes formant deux rangées; 



(1) Cette inscription se lit d'e droite à gauche; après le mot (5orj il y a encore 
une lettre qui a l'air d'un ou d'un (?). 

(2) Cette inscription se lit de gauche à droite. 



iv. — cÉniGO. 



41 



Des pierres gravées : Paris et Hélène ( figures blanches en relief 
sur fond bleu) ; — Bacchus et Bacchante ; — les trois Grâces dan* 
saut (cette pierre gravée vient d'Athènes ; elle a fait l'objet d'un 
article dans la Iïavâwpa, 15 janvier 1857); 

Des empreintes de plusieurs pierres gravées do Gérigo : Her- 
m 5 S; _ tèto d'homme coiffée d'un casque (?) ; — la Renommée (?) ; 

Différentes monnaies trouvées à Cérigo, entre autres deux mon- 
naies de Cythère : Tune est le numéro 1045 du catalogue do Pos- 
tolaka (1) ; l'autre porte une tète d'Aphrodite tournée à droite, et, 
au revers, une colombe volant vers la droite ; 

Una colonnettc torse , avec un chapiteau à quatre petites volu- 
tes, qui vient do Paliokastro (2). 

II. — Collection de M. Cavallini à Kapsali. 



Do petits vases trouvés à Paliokastro ; 

Un vase trouvé à Prasa ; 

Différentes monnaies trouvées h Gérigo ou à Cérigotto; 

Des pierres gravées trouvées à Paliokastro : Satyre tenant une 
grappe do raisin ; — femme tenant une corne d'abondance ; — 
boucle d'oreille (avec des poissons gravés) ; — scarabée en pierre, 
percé d'un trou ; 

Des lampes : deux de Gérigotto, l'une avec un croissant, l'autre 
avec un cerf (?) ; une autre de Paliokastro, avec deux coqs qui se 
battont (?) et au revers les lettres 1T (?) ; 

Des fors do flèches, et des balles de fronde en plomb, trouvés à 
Cérigotto ; quelques-unes do ces balles ont des inscriptions : 

-xov-rt'So (x et vt douteux ) 
'-ovti'So (1 er o douteux) 

Er ) 

S7T0a > = £TOU<J0C ? 
STTOC ] 



(1) V. le titre exact du livre de M. Postolaka dans mon mémoire sur Corfou, 
p. V 3. 

(2) Autrefois, M. Mormori avait aussi plusieurs figurines de terre cuite , avec 
des cothurnes et des raies d'or autour des pieds, qui avaient été trouvées dans 
dae tombes, à Paliopoli. 



42 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

TH. — Autres. 

Chez M. Apostolos Theodorakakis , à Potamos : 

Différents objets, ne venant pas tous de Cérigo : une lampe avec 
////OYKIOY au revers ; une autre avec A au revers ; une autre avec 
un bouc ; une autre avec un bœuf ; une autre avec une croix ; 
une autre enfin avec un enfant et au revers une espèce de 
monogramme , que je n'ai pas pu lire; 

Divers petits vases, dont l'un, trouvé à Cérigo, porte un A 
tracé au trait ; 

Un cône de terre cuite, percé de deux trous ; il porte la lettre 
et au-dessus un timbre en creux ; 

Enfin un morceau de marbre de forme rectangulaire , avec 
manche , semblable aux poids que possèdent plusieurs musées , 
en particulier le Varvakion à Athènes. 

— Chez M. Kondoleon, en ville, à la forteresse, une espèce 
de colonnette de 0^,47 de hauteur , trouvée à Paliokastro. 

— Chez le maître d'école de Mitata , Emm. Leondarakis, deux 
chatons de bague trouvés à Kastri : l'un est une pierre non 
gravée ; l'autre, qui faisait partie d'une bague d'argent, porte une 
étoile et le croissant de la lune. 

— On a voulu me vendre à Cérigo une petite pierre gravée, re- 
présentant le char de l'Aurore. 

S 12. — INSCRIPTIONS. 

N os 1-4. Le C. I. G. ne contient pas d'inscription deGythère; 
M. Koumanoudis en a publié quatre dans T'AO^vatov, t. IV, p. 464 
et suiv., numéros 22-25. — J'ai vu à Cérigo un fragment qui fait 
évidemment partie du mémo décret de proxénie que le numéro 22 
de M. Koumanoudis; il a été trouvé à Avlemona (1), et il est 
aujourd'hui à Potamos , chez M. Apostolos Theodorakakis. 



oevoe 

Eota 
aveu 

i<7Te 



(1) Selon une autre personne, à Loutron , près de Karava. 



IV. — CÉIUGO. 43 

uffivau 
iove7rai 

VÊIUTE 

? SiaVJeXsï eî; 

àfxôv xai 10 

V ràv ocuxàv 
'i toV- ou roùlç àet roxpaiT 

1 7tpoijsVOV 

v KuOr) 

Se 7-J 15 

o-.,- K 
Xe 

Jusqu'à La Ligne 13, le fragment est complet à droite; les 
lignes 14-17 sont mutilées des deux côtés; 1. 8, il semble y avoir 
eu un A avant lo N ; 1. 10 , on voit avant le premier A un trait 
vertical précédé d'un petit trait horizontal, -|. 

Il est facile de voir que les lettres des cinq dernières lignes de 
notre fragment s'adaptent à celles des cinq premières de l'inscrip- 
tion de 1' \\0r;/y.'.ov ; ces cinq lignes se lisent ainsi : 

>. -ço;îvov 

? Kcei eùspyÉTrJv (l) Ku0r)[p(cû]v 
O-apj/î'.v Se aùpYjxot 
y.-ù t]oTç aXXotç KuOrjpi- 
oiç ? yaç xal oïxiaç eyxTadFJiv xal àccpàXeiav xai etc. 

L'inscription numéro 25 de l"AÔVjvaiov , qui est aujourd'hui chez 
M. Jean Zanni (en ville) , a été trouvée à Paliopoli. 

N» 5. Morceau de marbre rouge de Laconie (xpoxsarviç X(Ooç) : lon- 
gueur O», 23, hauteur 0^,275, épaisseur m ,125. Trouvé à Palio- 
kastro, dans un puits, et transporté de là dans le terrain d'Em- 
manuel Kontsoumbos, sous le sommet delà montagne, au-dessus 
du ravin de Kalamitsi , où je l'ai vu. 

N° 6. Le maître d'écolo de Mitata, Emm. Lcondarakis, se rap- 
pelait avoir vu un bas-relief trouvé à Paliokastro, qui représen- 
tait deux hommes semblables, debout, l'un à droite, l'autre à 
gauche , vêtus d'une tunique serrée à la taille et coiffés d'une es- 

(1) Ce ne peut pas être eûepYÉTav; il reste un petit trait vertical avant le v. 



44 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

pèce de casque. Au-dessus il y avait , disait-il , l'inscription 
suivante : 

MsvavSpoç 
aû[/.o<roip 

Tuvoaptoat 

Ce bas-relief est aujourd'hui à Athènes, au Varvakion ; l'ins- 
cription a été publiée par M. Mylonas dans le Bulletin de corres- 
pondance hellénique, t. II, p. 365; le souvenir que le maître 
d'écolo de Mitata en avait gardé était fort exact, si ce n'est que la 
[lierre porte Tivoapioa! par un i (1). 

On connaît le passage de Thucydide, 4 , 53 : AaxeSatfxovtot 3' s.la\ 
twv rapioixcov (oi KuGr'piot) , xal Ku6v)poStxv]ç ào/J\ Ix tt,ç DTcapTY)? Siéëouvev 
auTOde xxxà stoç etc. L'harmoste Ménandre ne peut donc guère être 
un Lacédémonien (2); serait-ce un harmoste athénien (3), établi 
à Cythère au cinquième ou bien au quatrième siècle? Cythère fut 
en effet occupée par les Athéniens à deux reprises différentes : 
lo de l'an 424 jusqu'en 421, v. Thuc, 4, 53-55. 56. 57. 118. 5, 14. 
18; 2o en 393, v. Xén., Hell., 4, 8, 8. 

Cette hypothèse qu'on pourrait émettre sur la date possible de 
notre inscription n'est ni confirmée ni contredite ahsolument par 
la forme des lettres. Le 2 et le M à branches écartées, l'A , le N 
avec le 2 e jambage descendant moins bas que le 1 er sont d'une très 
bonne époque; d'autre part TE, avec la barre du milieu plus 
courte que les deux autres , est moins bon , et l'O est plus petit 
que les autres lettres, surtout dans lo mot àpfxodXTip. Los caractères 
sont peu profonds, lo bas-relief très effacé. L'ôpigraphie do l'île 
de Cythère n'étant pas du tout connue jusqu'ici , rien no prouve 
(pie l'inscription ne puisse pas être du cinquième ou du quatrième 



(1) On attendrait TtvSapîàatç; , mais l'inscription est bien complète. 

(2) Au moins si l'on prend le mot de àpiLonrfc dans son sens habituel de 
« gouverneur d'un pays conquis, » v. Suidas, Harpocration, Démosthène, ITspi 
ttoû tfTecp., g 96, Diodore de Sicile, 13, 6G et 14, 10, Polybe, 4, 27, 5, Plutar- 
que, Lysandrc, 13, etc. On a voulu, il est vrai, conclure d'un passage du scho- 
liaste de Pindase que Sparte gouvernait aussi par des harmostes ses pays de 
périèques (v. Schol. ad Olymp., VI, v. 154 : xw âç,[).ocrtri tw iv.nz\).-Koy.évM e'iç riva 

nôïvt rjaav Se àp^onxal AaxeSatjxo viwv eÏxotiv); mais qui sait si le 

scholiaste n'a pas maladroitement copié un auteur parlant de vingt harmostes 
que Sparte aurait eus, à tel ou tel moment, dans différents pays conquis? 

(3) Nous trouvons dans les Helléniques de Xénophon un harmoste athénien , 
Nikophèmos, laissé par Conon à Cythère en 3<J3 (4, S, 8), et des harmostes thé- 
bains,!, 1, 43. 7, 3, 4 et 9. 



IV. — GERIGO. 



45 



siècle, mais il n'est guère possible de la dater d'une façon pré- 
cise (1). Toutefois, ce qui confirmerait peut-être notre hypothèse, 
c'est la forme àp^off-nip (génitif ap(/.o<7x9ipoç), qui semble avoir 
appartenu au dialecte ionien (2) et à l'ancien dialecte- attique ; il 
n'y aurait rien d'étonnant à ce que cette forme fût restée en 
usage dans la langue attique jusqu'au commencement du qua- 
trième siècle; d'ailleurs elle se rencontrait, paraît-il, chez Platon 
le comique , v. Meineke, Fragm. Com. Grœc. , 2, 658. Au con- 
traire , il serait peut-être difficile de considérer àppoerr^p comme 
une forme laconienne : la transcription laconienne de àp^odr^ç , 
avec le rholacisme , donnerait àpjxoaTap (3). 

N° 7. Sur un grand vase avec des os trouvé du côté de Gonia 
ou de Voukolio , on lisait, selon Emm. Leondarakis : 

evOa xetxai ? Ipiç. 

Près de Kapsali , à l'entrée de l'escalier qui monte à la cha- 
pelle de Saint-Jean-Baptiste (établie dans une grotte), on voit , 
au-dessus d'une porte, une inscription en caractères byzantins, 
très difficile à lire , parce qu'elle est placée hors de portée. 



(1) Je n'ai point vu moi-même l'inscription, mais j'en ai un estampage, que 
je dois à l'obligeance de M. Foucart. 

(2) V. Cobet. Novx lectiones, p. 388-9, et Mnemos., III, p. 219-220. L'emploi 
de formes telles que Yvwrtrjp (cf. Mœris , s. r. yvworTÎjpa;) , ooxrip, OspaTrevxrip , 
etc., est chez Xénophon un ionisme assez fréquent; àpixoTxôpwv se lit Hell., 
4, 8, 39. 

(3) Cf. imytloLctâLp chez Hésychios. 



V. — APPENDICE 



RECTIFICATIONS AU TEXTE DES CARTES DES ILES IONIENNES. 



V. — APPENDICE 



RECTIFICATIONS AU TEXTE DES CARTES DES ILES IONIENNES. 



§ 1. 



Dans le voyage que je fis aux îles Ioniennes pendant l'été et 
l'automne de 187G , j'eus plusieurs fois l'occasion de remarquer , 
non sans quelque surprise , que la géographie de ces îles était 
connue d'une façon insuffisante , et que la carte en était encore à 
faire. Depuis les travaux de l'amirauté anglaise (1), les côtes sont 
très bien connues ; mais la carte de l'intérieur du pays n'a jamais 
été levée d'après une méthode scienti Tique. De 1810 à 1814 , le 
général Dufour avait , paraît-il , fait faire une triangulation de 
toute l'île de Gorfou, ainsi qu'un plan détaillé des environs de la 
ville dans un rayon d'une heure de distance; mais il ne semble 

(l) On trouve une liste des cartes marines anglaises qui comprennent les îles 
Ioniennes dans : Mousson, Ein Besuch nuf Korfu u. Cefalonien im Sept. 1858, 
Zurich . 1859 . et Wiebel, Die Insel Kephalonia u. die Meermûhlen von Argostoli, 
Hamburg, 1873. Ils citent: les cartes levées, de 1817 à 1824, par W.-H. Smyth; 
— la carte des îles Ioniennes et de Malte, par J. Arrowsmith , publiée dans le 
livre de Davy , Notes and observations on the Ionian islands and Malta , Lon- 
dres, 18 W, 2 volumes ; — la carte de l'Adriatique et des îles Ioniennes avec les 
côtes voisines, par J.-S. Hobbs (1844 ; additions en 1855); — enfin les cartes du 
capitaine Mansell, qui sont les plus récentes : carte de Corfou avec la côte 
albanaise voisine (1863-64) ; carte (en 2 feuilles) de Leucade , Ithaque, Cépha- 
Ionie et Zante avec les côtes voisines (1864-65). — Cérigo fait partie de la carte 
anglaise du S. du Péloponnèse, par W.-H. Smyth et T. Graves (1825-1844). 

4 



50 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

pas que ce travail ait profité à personne. Plus tard sir Maitland 
fit lever une carte de Gorfou ; il avait l'intention d'en faire autant 
pour chacune des Sept-Ues, mais ce projet fut abandonné par son 
successeur, sir Adam. Napier, dans son livre The colonies... Of the 
Ionian Islands in particular, etc. (Londres, 1833), p. 605, se 
plaint qu'après seize ans de gouvernement anglais il n'y ait pas 
encore de carte des îles Ioniennes à laquelle on puisse se fier. Dans 
cet ouvrage (p. 2), il donne une carte de Céphalonie; il en avait 
publié une autre dans son mémoire sur Céphalonie ( Memoir on 
the roads of Cefalonia , Londres, 1825), pi. I; ces deux cartes 
diffèrent en bien des points , et lui-même déclare que ni l'une 
ni l'autre ne mérite confiance. Lors des travaux qu'il fit faire à 
Céphalonie par le capitaine Kennedy pour construire des routes , 
beaucoup de mesures furent prises , qui auraient pu servir pour 
une carte; mais il ne semble pas qu'elles aient été mises à 
profit (1). 

Aujourd'hui on en est encore à peu près au même point ; si 
l'on consulte plusieurs cartes des îles Ioniennes , on remarque 
entre elles des différences assez grandes , et il n'en existe point 
à laquelle on puisse se fier entièrement. 

§ 2. — Cartes générales de la Grèce : carte de ïétat-major français, 
carte de Kiepert , carte de Petermann dans C atlas de Stieler. 

a) On sait que la carte de Grèce levée par l'état-major français 
ne comprend pas les îles Ioniennes, qui n'ont été réunies au 
royaume de Grèce que plus tard. Toutefois les îles de Leucade , 
Ithaque, Céphalonie et Zante sont représentées sur cette carte, sans 
les détails de leur configuration physique , il est vrai , mais avec 
quelques indications de hauteurs et avec un assez grand nombre 
de noms, qui sont pour la plupart écrits d'une façon correcte. J'y 
ai toutefois noté quelques petites inexactitudes : 
Céphalonie : Aterra , lisez Atheras. 

S. Kiriakhi, — c Ayià Kupiax-rç (Haya Kyriaki). 

Guardiana , — Vardiani. 

Paléo, — Palaeokastro (?). 

Vlacata , — Vlachata. 

Cataleo, — Kateleo ou Katoleo. 

Porros , . — Poros. 

(1) J'emprunte les détails qui précèdent aux deux ouvrages cités plus haut, 
celui de Mousson et celui de Wiebel. 



V. — APPENDICE. 51 

Aenos est le nom ancien de la ^ montagne y> de Géphalonie, 
mais non le nom moderne. 

Zante : Skinari , lisez Skhinari. 

Mariée, — Maries. 

Ghiliomena, — 'yxocXito^vo (Ghiliomeno). 

Ronar, — Romiri (?). 

Musachi , — Mousaki . 

Litakia, — Lithakia. 
b) La carte de Grèce de Kiepert comprend les îles Ioniennes , 
mais il n'indique point de quels matériaux il s'est servi pour 
cette partie de sa carte. Il donne beaucoup de noms , dont un 
certain nombre manquent même sur les cartes de Mansell ; mais, 
outre que sa carte a de trop petites dimensions pour pouvoir être 
d'une utilité sérieuse, on peut y signaler des lacunes et des 
erreurs importantes : 

1° La configuration physique est représentée d'une façon très 
insuffisante et souvent inexacte. A Gérigo , Kiepert indique le 
groupe de montagnes qui se trouve sur la côte E. , mais il omet 
celui qui est en face , sur la côte 0. A Géphalonie, sa carte donne 
de petites collines dans différentes parties de l'île où il y a de 
hautes montagnes; en revanche le petit plateau de Livatho est 
devenu une montagne élevée. A Ithaque, l'isthme de Aïto , qui 
est formé par une petite montagne tombant de chaque côté pres- 
qu'à pic dans la mer , est représenté comme plat. 

2o Une des erreurs les plus singulières de la carte de Kiepert est 
le village de Modari qu'il place sur la côte 0. de l'île de Gérigo (1). 
Il n'existe , que je sache, aucun village de ce nom ; Modari (2) 
est le nom du phare qui se trouve à l'extrémité N. de l'île, au 
cap Spathi. Kiepert a peut-être pris cette erreur au mauvais atlas 
qui est joint au livre de Bory de Saint-Vincent , Histoire et des- 
cription des îles Ioniennes (Paris, 1823). Il est curieux de voir 
comme certaines erreurs passent d'une carte à l'autre , quelque- 
fois en s'aggravant. Ainsi Bory de Saint-Vincent indiquait à Gé- 
rigo la baie de Antémone (lisez Avlemona) ; Kiepert, voulant sans 
doute donner la physionomie d'un mot grec à ce qui n'était 
qu'une faute d'impression, corrige Andimona. 
Sur la côte E. de Leucade, Kiepert (3) place un village qu'il 

(1) La même erreur se trouve sur la carte de Grèce de Peter marin (atlas de 
Stieler, dernière édition), et encore sur la nouvelle carte de Grèce de l'Atlas 
universel de M. Vivien de Saint-Martin. 

(2) Ou plutôt Moudhari (MouSapt)- 

(3) De même Petermann. 



52 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

nomme Klymeno et, dans son Neuer Allas von Hellas, il indique à 
cet endroit une ville ancienne, KXu;xevov, qui n'est mentionnée 
nulle part. La vérité est qu'il y a à cet endroit une vallée qui 
s'appelle Englimeno (1); or on lit dans Thucydide, 3, 94, 1 : irpSkov 

ev 'EâAO|j.£VW tyjç AoJxaSiaç (2) cppoupouç xtvaç ÀoyvfaavTEç SiecpÔeipav ; les 
archéologues de Lcucadc ont admis que Englimeno était une cor- 
ruption clo Ellomenos ou Ellomenon , et aujourd'hui le district 
dont Englimeno fait partie, et dont le centre est le village de 
Katokhori, situé un peu plus au S., s'appelle dans la langue offi- 
cielle le dème d'Ellomenos. Kiepert est allé plus loin : il a cru que 
le nom moderne, qu'il connaissait mal , avait conservé la vraie 
forme ancienne , altérée par quelque copiste dans le passage de 
Thucydide; de là sa ville de KXuy.£vov (3). 

3o Un certain nombre de noms sont mal écrits sur la carte de 
Kiepert; je citerai les exemples suivants : 
Dans l'île de Zante : Litakia, lisez Lithakia. 
Volimus , — Volymes. 
Chilomena, — yxoiXtco^vo (Ghiliomeno). 
A Gôphalonie : Livadho, — Livatho. 

Mazaraki, — Mazarakata. 
Kataraka, — Kataracho. 
Keramis, — Keramies. 
Kularata , — Koulourata. 
Elatovouni, en parlant de la « montagne » ou « grande monta- 
gne » de Céphalonie, semble être un nom vieilli (4). 
A Gorfou : Yliapadhes, lisez Liapadhes. 

Lakonas, — Lakones. 
Dans l'île de Leucade : Kandarena, — Kodarena (5). 
Azani, — Athani. 

Kiepert appelle la capitale de l'île Amaxiki (6) ; c'est un nom 
vieilli : la capitale de Leucade s'appelle aujourd'hui Sainte-Maure 

(1) Peut-être 'Eyx>£t(j.£v6 , corruption de êpt£>d£i(j.Évov (?); en effet la vallée 
est fermée de tous les côtés , sauf du côté de la mer. 

(2) « Aeuxaôîa; tacitus Pal. In mss. pœne omnibus 'Apxaôia; » Stahl, dans 
son éd. de Thuc. (Leipzig, Teubner). 

(3) A Céphalonie, la carte de Petermann indique à tort la ville de Lixouri 
comme étant détruite. Lixouri a beaucoup souffert du tremblement de terre de 
1867, mais la ville existe toujours. 

(4) Cf. mon mémoire sur Céphalonie , p. 3. — Même inexactitude sur les 
cartes de Petermann et de M. Vivien de Saint-Martin, ainsi que chez M. É. Re- 
clus, où la montagne de Céphalonie est appelée, soit Elalo , soit Elatos. 

(5) Kandurena sur la carte de Petermann. 

(G) De même Petermann, Vivien de Saint-Martin, É. Reclus. 



V. — APPENDICE. ■""•'J 

proprement le nom do la forteresse) , nom qui est étendu à tort 
dans certaines géographies à l'île elle-même. 

4° Kiepert indique des localités insignifiantes, qu'il donne à 
tort pour des villages (ainsi à Céphalonie : Limenia, Poros , Ta- 
phio) , et au contraire il omet des localités importantes : 

A Cérigo : Kapsali est donné comme la capitale de l'île (1); or 
Kapsali n'est qu'un village de quelques maisons, situé sur le port; 
la ville, qui a le même nom que l'île (2) , se trouve sur la mon- 
tagne au-dessus. — Kiepert n'indique aucun village dans l'in- 
térieur de l'île, pas môme Potamos, la localité la plus importante 
après la ville (Bory de Saint-Vincent et Petermann placent à tort 
Potamos sur la cote E. ; ce village est presque au milieu de l'île). 

A Céphalonie : certains noms de districts sont indiqués, d'au- 
tres sont oubliés; — plusieurs noms de districts sont donnés 
pour des noms de villages : Samos, Pylaros (3), Léo (lisez : Eleo 
ou Elio). 

A Ithaque : Kiepert indique la baie d'Aphales , et oublie celles 
de Phrikes et de Kioni , qui sont plus importantes, parce qu'elles 
offrent un port. 

A Leucade : Yasiliki manque au fond de la baie de ce nom. 

5° Enfin certains noms sont mal placés chez Kiepert : 

A Céphalonie : le district do Homala (Mala) est au S.-E. de 
Dhilinata. 

A Leucade : Poros est sur la côte E. de la baie qui est à l'E. 
d'Evyero. — Kodarena est à l'E. du golfe de Vasiliki , à l'inté- 
rieur des terres , et non sur la côte 0. de ce golfe , où il n'y a 
aucun village (4). 

A Corfou : Gastouri n'est pas sur la pente qui descend à l'E. 
vers la mer (5). 



(1) Même inexactitude sur les cartes de Petermann et de M. Vivien de 
Saint-Martin. 

(1) II serait plus exact de dire qu'à Ccrigo, comme à Zante , la capitale de 
l'ile n'a pas de nom particulier; on l'appelle « la ville, r, y/ôpa. » 

(3) Pylaros et Samos sont aussi des noms de villages sur les cartes de Pe- 
termann et de M. Vivien de Saint-Martin. 

(4) Même erreur sur la carte de Petermann, ou le village de Vasiliki manque 
comme chez Kiepert et ou la baie porte à tort le nom de Vasiliko. 

(5) Dans l'île de Corfou, la carte de Petermann indique mal la direction de 
\x chaîne de montagnes dont le Pandokratoras est le sommet le plus élevé : 
cette chaîne passe au S. de Spagous, et non au X. 



54 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

§ 3. — Cartes du capitaine Mansell. — Carte de Cêrigo par Smyth 

et Graves. 

1° Les cartes du capitaine Mansell sont en général assez exactes 
pour la géographie physique ; toutefois même pour cette partie 
on peut y signaler quelques erreurs. 

Céphalonie : la presqu'île d'Eriso est séparée du reste de l'île 
par une vallée assez profonde , celle de Pylaros , qui coupe en 
deux la grande chaîne de montagnes; cette coupure n'est pas 
indiquée sur la carte de Mansell. 

Sur la carte de Mansell , l'Haya Dynati (marquée par le chiffre 
3132) forme un massif isolé; en réalité cette montagne se rattache 
à la grande chaîne au N. de Dhilinata (que la carte anglaise écrit 
Thilianata ) : après le col de Dhilinata , cette chaîne est en effet 
partagée en deux massifs par une vallée perpendiculaire à celle 
de Pylaros, et l'un de ces deux massifs est celui de l'Haya 
Dynati. 

D'après la carte de Mansell , on dirait qu'on peut remonter la 
vallée de Samos jusqu'à Rakli et redescendre de là jusqu'à Kateleo 
sans rencontrer de montagnes. En réalité la petite chaîne de 
montagnes qui longe la côte E. parallèlement à la grande est rat- 
tachée à celle-ci par deux chaînes transversales , celle de Pyryi 
et celle de Koronous , et la vallée de Rakli , comprise entre ces 
deux chaînes, n'a d'autre issue naturelle que la gorge de Poros. 
Quant au vallon de Kateleo , il est fermé de tous côtés par des 
montagnes , excepté du côté de la mer. 

De l'autre côté de la grande chaîne de montagnes , le couvent 
de S. Gerasimo se trouve dans une vallée élevée , entourée de 
toutes parts par des montagnes (vallée de Homala ou Mala). De 
plus , en avant de la chaîne de l'Hayos Varvaros (sommet indiqué 
sur la carte de Mansell par le chiffre 2800), une chaîne de collines 
escarpées court le long de la mer; dans sa partie S. cette chaîne 
s'élève assez haut , et elle va rejoindre le plateau de Livatho au 
fort Saint-Georges. Tout ceci est mal représenté sur la carte de 
Mansell (1). 

Le cours d'eau qui se jette à Poros ne prend pas sa source au 
S., mais au N., au pied des montagnes de Pyryi. Mansell aurait 
pu indiquer les deux petits étangs de Avythos ou Akoli , situés 
l'un au N., l'autre au S. des montagnes de Pyryi, et donnant 

(l) Pour l'orographie de Céphalonie, v. mon mémoire sur Céphalonie, p. 3-7. 



V. — APPENDICE. 55 

naissance l'un au ruisseau de Samos , l'autre à celui de Poros. 

Les routes de l'île de Céphalonie, marquées à peu près sur la 
petite carte de Kiepert , manquent sur celle de Mansell. 

Leucade : au S. de Katokhori , la vallée ne descend pas jusqu'à 
la baie de Poros ; la vallée de Katokhori est séparée de celle de 
Poros par une chaîne transversale. 

2° Pour ce qui est des noms de localités indiqués , les cartes 
anglaises sont très défectueuses : il y a une quantité de noms 
qui manquent, et sur ceux qu'elles donnent la moitié peut-être 
sont défigurés. Voici quelques exemples à l'appui. 

Carte de Cérigo , par Smyth et Graves. 

Karaya , lisez Karava. 

Trifili, — Triphyllianika. 

Milo , — Mylopotamo. 

Makri , — Makronisi. 

Ophidi , — Phidhonisi. 
La carte donne Katouni, village assez insignifiant; des localités 
plus importantes manquent , par exemple Livadhia. — Les noms 
des montagnes ne sont pas indiqués. 

Cartes de Mansell. 

Zante : Lukakia, lisez Lithakia. 
Rouniri, — Romiri. 

Machinato , — Macheradho. 
Bugato , — Bouyato. 

Skoliakado, — Skoulikadho. 
Volcinis, — Volymes. 

Vrachonis (1), — Vrachiona. 
Skinari , — Skhinari. 

Melinadho , entre Bouyato et Macheradho , manque. 
Céphalonie : les noms des montagnes ne sont pas indiqués. 
Aterra , lisez Atheras. 

Gheroghambo , — Yerogobo. 
Manzivinata, — Manzavinata. 
Haya Thekla, Dhematora manquent. 

(1) Vrakhonis sur la carte de M. Vivien de Saint-Martin, où cette montagne 
est placée trop près de la côte O. 



56 RECHERCHES AHCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

Thilianata, lisez Dhilinata. 

Razata manque. 
Le nom de Livatho manque , ainsi que celui de plusieurs des 
villages dont se compose ce district : Metaxata , Phokata , etc. 

Kerameis, lisez Keramies. 

Vlakata , — Vlachata. 

Cataleo , — plutôt Kateleo [ou Katoleo]. 

Mancopolo , — Markopoulo. 

Monda, — Mouda. 

Kakova , — Kakava. 

Coronose, — Koronous ; ce nom est du reste 
le nom d'un district , qui comprend les villages do Kornelo , As- 
proyeraka , Anninata. 

Dedinata est peut-être pour Anninata. 

Rakti , lisez Rakli ou Harakli. 
Pronos est le nom savant ; le vrai nom de l'endroit est Poros. 

Kalaracho, lisez Kataracho. 

Kapandati, — Kapandriti. 

Kachereseano , — Tsakarissiano. 

Gresitte , — Grizata. 

Cerbata, — Zervata. 

Kaliotata , — Khaliotata, 

Drogoretti , — Drogarati. 

Genetata , — Tzanetata. 

Samos est un nom de district ; le village situé sur la baie s'ap- 
pelle 'ç to yiaXo. 

Pylaros, et non Palaros. De plus ce nom est un nom de district; 
le village principal est Sainte-Euphémie, qui est située sur la côte, 
à l'extrémité E. de la vallée; mais il y a dans le môme district au 
moins quatre ou cinq autres villages. 

Marcondonata , lisez Marcandonata. 

Deskalio, — Dhaskalio. 

Enfin Mansell ne donne pas les noms de tous les districts dont 
l'île se compose. 

Leucade : Megonoro, lisez [jiya ô'po;. 

Sur la côte E. , la montagne pour laquelle la carte donne le 
chiffre de 2180 s'appelle Skari. 

Apolpina, lisez Apolpena. 

Karrotes, — Kariotes. 

Succalathes, — Tzoukaladhes. 

Freeni , — Phrini. 

Nighitas , — Nikitas. 



V. — APPENDICE. ■" 

Piathisani, lisez Pigadhisanous ; ce village, avec 
Lazarata et Spanokhori, forme 
le district de Sphakiotes. 
Kharia , — Karia ; c'est du reste un nom de 

district (1). 
Vaefkeri, — Vafkeri. 
Neophori , — Neokhori. 
M* Mie, — Mt S» Élic. 

Kobilio, — Komilio. 

Dragonas , — Dragano. 
Porro , — Poros. 

Là où la carte indique le mont Porro, il y a aussi un village 
de Poros, sur la côte E. de la baie. 

Mararokhori , lisez Marandokhori. 
Kodarina , — Kodarena. 
Syvros est au N.-O. de Yournikas, et non au S.-O. ; dans la 
montagne, et non dans la plaine. 

S' Pierre, Athani, Vasiliki manquent. 

Cor fou : Skripero , un des principaux villages de l'île , n'est 
pas indiqué. 

Peulades , lisez Perouladhes. 
Pellica, — Pelleka. 

Veripitades, — Varypatadhes. 
Smirades, — Sinaradhes. 
Santa Dena, — Hayi (= Santi) Dheka. 
Mirangi, — Mesonghi. 
Polochore, — Pakeokhori. 
Il ne serait sans doute pas difficile de grossir celte liste. 

§ 4. — Cartes spéciales, des différentes îles (2). 

Je citerai d'abord une série de cartes que possède la bibliothè- 
que de l'École française d'Athènes. Ce sont des cartes manus- 



(1) Je connais moins bien Leucade que Cérigo on Céphalonie; les indica- 
tions que je donne ici m'ont été fournies par le scholarque de Sainte-Maure . 
M. Stamatelos. 

(2) Les cartes de Corfou, de Céphalonie, de Zante et de Cérigo que j'ai pu- 
bliées n'ont aucune prétention à être des cartes complètes de ces quatre îles; il 
y manque beaucoup de noms; elles sont simplement destinées à faciliter l'in- 
telligence des mémoires auxquels elles sont jointes. 



58 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

crites des sept îles Ioniennes , sans nom d'auteur, en grec et en 
italien, avec la date de 1848. Elles sont fort mauvaises pour la 
géographie physique : la forme des îles et les proportions sont 
altérées de la façon la plus grossière ; mais elles donnent beau- 
coup de noms , qui paraissent en général correctement écrits, ces 
cartes étant faites, à ce qu'il semble , par un Grec. 

Une carte de Cérigo est contenue dans l'atlas de Koronaeos 
(lithographie à Cérigo en 1853). 

Céphalonie : carte lithographiée de Jean Valsamos; — carte 
manuscrite de Georges J. Valsamos (dans une maison particu- 
lière à Asso). 

« Karle von Kephalonia , nach den Kùstenvermessungen des 
Capt. Mansell u. nach topographischen Aufnahmen des Hn. Ka- 
nelopulos zusammengestellt u. gezeichnet von G. Cramm,» dans 
l'ouvrage de Wiebel cité plus haut. Cette carte, qui est à peu près 
la seule bonne que nous ayons pour les îles Ioniennes , a le tort 
de donner les noms grecs transcrits suivant leur orthographe et 
non suivant leur prononciation (1). 

Leucade : carte de Semitecolo, faite au siècle dernier (se trouve 
aux archives de Sainte-Maure ; copie h la sous-préfecture; — je 
n'ai point vu cette carte moi-même). 

Cor fou : « Carta topograûca dell' Isola Corfu. Sull' originale 
dell' Ing re S r P. -A. Gironci disegnato da Francisco Rivelli , » 
Paris, 1850 (lith. Kaeppelin, quai Voltaire, 17). Cette carte rend 
très bien le rslief du sol , et donne les routes; mais elle indique 
trop peu de noms. 

Unger , dans son livre : Wissenschaftliche Ergebnisse einer Reise 
in Griechenland u. den ionischen Insein, Wien, 1862, a publié une 
carte de Corfou , pour laquelle il a pris comme base la carte de 
Gironci , réduite aux deux tiers. La carte d'Unger est reproduite 
en réduction dans la carte d'Epire et de Thessalic de Kiepert. 
Cette carte de Kiepert donne ainsi une carte de Corfou bien 
meilleure que celle que contient sa carte de Grèce ; toutefois on y 



(l) Ainsi on lit sur cette carte Kyriake, Dunale, Lexuri, Kepuria, Libadi, Phrag- 
kata , Mxtnta, Gerogompo; or la prononciation est Kyriaki , Dynati , Lixouri, 
Kipouria, Livadhi, Phrangata, Mouda , Yerogobo. Le défaut le plus grave de 
ce système de transcription, c'est que l'e allemand y représente tantôt l'e (son e), 
tantôt I'y] (son i). Sur le système de transcription que j'ai suivi, v. mon mé- 
moire sur Corfou, p. 2. — Au lieu de Deskalio, sur la carte de Cramm, lisez 
Dhaskalio (ou Mathitorio); au lieu de Atheros , Atheras; au lieu de Paraskene , 
napaaxeurj (Paraskevi); Kranioi, Pronos ne sont pas des noms modernes 
(lisez Krania, Poros). 



V. — APPENDICE. 



59 



trouve aussi quelques petites inexactitudes : Krakiana au lieu de 
KoraJiiana, position de Gastouri mal indiquée, etc. (1). 

Enfin Mousson , dans l'ouvrage cité plus haut , parle de cartes 
spéciales , très détaillées, que le gouvernement anglais aurait fait 
faire pour plusieurs des îles Ioniennes; ces cartes ne seraient pas 
publiées, mais il en existerait des copies entre les mains des 
agents consulaires anglais. Je n'ai eu occasion de voir aucune de 
ces cartes. 

§5. 

Pouf terminer, je voudrais faire remarquer le désaccord qui 

existe entre les différentes cartes des îles Ioniennes pour ce qui 

regarde la hauteur des montagnes. 

Cor fou : M* Pandokratoras : selon Kiepert ( carte d'Epire et de 
Thessalie), 946 mètres; selon Mansell, 3000 pieds = 
914 mètres; selon Petermann , 2900 pieds anglais; 
selon M. É. Reclus, 1000 mètres. 
M» Hayi Dheka : selon Kiepert, 580 m. ; selon Mansell , 
1859 p. = 566 m. ; selon Petermann , 1736 p. 

Leucade : Mt Stavrotas (Nomali) : selon la carte de l'ôtat-major , 
1180 m. ; de même selon M. É. Reclus; selon Man- 
sell , 3700 p. = 1128 m. ; de môme selon M. Vivien 
de Saint-Martin ; selon Petermann, 3750 p. = 1143 m. 
Mt St Élie : selon la carte de l'état-major, 1035 m. ; selon 

Mansell, 3300 p. = 1006 m. 
Mt Mega oros : selon l'état-major , 1036 m. ; selon Man- 
sell , 3300 p. = 1006 m. 

Céphalonie : « grande montagne» : selon l'état-major , 1620 m. 
(de même selon M. É. Reclus et M. Vivien de Saint- 
Martin) ; selon Mansell , 5218 p. = 1590 m. ; selon 
Smyth (et Petermann), 5246 p. = 1599 m.; selon 
Slater, 5306 p. = 1618 m. ; selon Napier, 5380 p. = 
1640 m. 
Mt Haya Dynati : selon l'état-major, 1133 m.; selon 
Mansell, 3132 p. = 955 m. (2). 

(1) Kiepert (carte d'Épire et de Thessalie) écrit Valonia , Evrapouli, Kino- 
plastis (Mansell Velagno et Evropudus ) -, la carte manuscrite qui est à la biblio- 
thèque de l'École d'Athènes donne Valanio , Evropouli , Kynopiastes. 

(?) Sur le m 1 Xerakias , le m 1 Daphnias , etc., et sur l'incertitude où l'on est 
relativement à la hauteur et à la situation de ces montagnes, v. mon mémoire 
sur Céphalonie , p. 5. 



GO RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES. 

Zanic : M* Vrachiona : selon Mansell , 2724 p. = 830 m. ; selon 
M. Vivien de Saint-Martin , 829 m.; ce sommet n'est 
pas indiqué sur la carte de l'état-major. 
M 1 Yeri : selon l'état-major, 756 m. ; selon M. Vivien de 
Saint-Martin , 680 m. 
Petermann identifie sans doute le Vrachiona et le Yeri; sa 
carie porte : Yeri, 2274 p. (= 693 m.) (1) ; cf. Bursian (Geogr. 
von Grieckenland , II, p. 379) : Vrachiona ou Hieri, 760 m. (2). 



(1) 2274 serait-il une faute d'impression pour 2724, ou bien serait-ce la carte 
de Mansell qui contiendrait une faute d'impression? Wiebel, ouv. cit.\ p. 4G, 
note (7) , indique aussi comme hauteur du Vrachiona, « d'après Mansell,» 
2274 pieds. 

(2) M. É. Reclus ne parle ni du Vrachiona ni du Yeri et cite le Skopos 
comme le plu-- haut sommet de l'île , v. plus haut, p. 2. 



ADDITIONS ET CORRECTIONS. 



Corfou, p. 10, note (1) : Il est assez difficile de décider s'il faut admettre 
dans le texte des auteurs attiques la forme Kopxvpa ou la forme Ks'pxvpa : la 
première se lit C. I. A., 1, 179; II, Add., 49 b (dans un traité entre Athènes 
et Corcyre, de l'an 375/4), mais l'autre se rencontre aussi dans un décret de 
cette même année 375/4, C. 1. A., Il, 49. 

Céphalonie, p. 10, note (1) : Cf. Ks^a[).])r,vwv C. L A., II, 49 (375/4), mais 
Keça>r,vîa; se lit déjà ibid., II, 184 (323/2). 

Céphalonie, p. 27, note (2) : C'est tout à fait sans raison que Nyitiwtou m'a 
paru suspect ; rien ne prouve que ce soit un ethnique ; ce peut être un nom 
propre ordinaire. 

Cérigo, p. 41, vers la fin : Dans -xovxîôo et -ovti'ôo, que j'ai cru lire sur deux 
des balles de fronde de M. Cavallini , le v et le t sont réunis en une seule 
lettre. 



TABLE DES MATIÈRES 



RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES SUR LES ILES IONIENNES 

(Fascicules VIII, XII BT XVIII). 



Introduction. 



FASCICULE VIII. 



I. - CORFOU. 



1 



l 1. — Bibliographie 5 

g 2. — Cartes ... 6 

jj 3. — Description physique de l'île G 

| 4. — Corfou est-elle la Schériè d'Homère? 9 

g 5. — Textes anciens relatifs à la topographie de Corfou 10 

Caps (1) 10 

Montagnes, rivières l * 

Ville de Corcyre *" 

Cassiopè 1,) 

g 6. — Textes modernes sur les antiquités de Corfou et fouilles faites 

dans ce siècle 

| 7. - (Suite) u 

g 8. — État actuel de l'emplacement de l'ancienne ville 29 

Tombeau de Ménécrate 30 

Chapelle de Neranzica 31 

Église de Palœopoli 32 

Église de SS. Jason et Sosipatros 33 

Temple de Cardachio 34 

g 9. — Autres restes antiques dans l'île de Corfou 37 

Kasopo. Aphiona 37 

Benitsa 37 



(I) Cf. fascicule XII, p. 14, note (1). 



64 TABLE DES MATIÈRES. 

g 10. — Antiquités conservées dans la ville de Corfou 41 

Lionne archaïque 41 

Musée du gymnase. 41 

g 11. — A. Inscriptions 42 

g 12. — B. Autres objets antiques du Musée 49 

g 13. — Mairie (inscription archaïque) 53 

g 14. — Collections particulières 54 

Collection Woodhouse 54 

g 15. — Autres collections 56 

Planche I : carte de Corfou ; pi. II : inscription du tombeau de Ménécrate. 



FASCICULE XII. 

II. — CÉPHALONIE. 

g 1. — Bibliographie 1 

g 2. — Cartes 2 

g 3. — Description physique de l'île 3 

g 4. — (Suite) 8 

g 5. — Textes anciens relatifs à la géographie de Céphalonie 9 

Géographie physique 9 

Géographie politique « 11 

§ 6. I. — Kranè. 18 

Ruines de la forteresse de Kranè 18 

g 7. — (Les constructions h appareil polygonal) 23 

g 8. — Ruines dans la vallée de Krania 25 

Tombeaux 27 

Autres endroits du territoire de Kranè où l'on a trouvé des traces d'an- 

tiquités 29 

g 9. — Inscriptions de Kranè 29 

g 10. IL — Palè. 31 

Ruines de Palè 31 

Inscriptions de Palè 32 

g 11. (Autres restes antiques sur le territoire de Palè) 33 

g 12. III. — Samos. 34 

Ruines de Samos 34 

Inscriptions de Samos 43 

g 13. — (Ruines antiques à Pylaros) 46 

g 14. — Asso 49 

g 15. — Porto Viskardo 50 



TABLE DES MATIÈRES. 65 

g 16. IV. - Pronnoi. 52 

g 17. — ( Restes antiques du côté de Skala , de Kateleo , etc. ) 57 

g 18. V. — Collections particulières. 61 

Collection de M. Antoine Migliaressi 61 

a) Monnaies 61 

b) Autres objets 65 

g 19. — Collection de M. Tsimaratos 67 

a) Monnaies 67 

b) Manuscrits 68 

c) Autres objets 70 

Planche I : carte de Céphalonie. 



FASCICULE XVIII. 

III. — ZANTE. 

g 1. — Bibliographie 1 

g 2. — Description physique de l'île 2 

g 3. — Textes anciens 3 

g 4. — (Restes antiques dans la ville moderne de Zante) 5 

go. — (Restes antiques à Bouyato. Melinadho, Skoulikadho, etc.). . . 7 

g 6. — (Monastère de la Skopiotissa) 9 

g 7. — Collections particulières 11 

Collection de M. le comte Roma 11 

g 8. — Inscriptions 13 

IV. - CÉRIGO. 

g 1. — Bibliographie 17 

Cartes 17 

g 2. — Description physique de l'île 17 

g 3. — Textes anciens 19 

g 4. — Descriptions modernes 20 

g 5. — Identification des noms anciens *• • • 29 

g 6. — Restes actuels de l'ancienne ville de Cythère 31 

I. Dans la plaine 31 

§7 .— II. Sur les hauteurs 35 

g 8. — Mont Saint-Georges 37 

g 9. — Restes antiques du côté de Mitata 38 

g 10. — Restes antiques trouvés en d'autres endroits de l'île (I) 39 

(i) P. 40, 1. 2, lisez « Kharidis » au lieu de « Karydis. » 



G6 TABLE DES MATIÈRES. 

g 11. — Collections particulières 40 

I. Collection de M. Emmanuel Mormori 40 

II. Collection de M. Cavallini .....: 41 

III. Autres 42 

g 12. — Inscriptions 42 

V. — APPENDICE. 

RECTIFICATIONS AU TEXTE DES CARTES DES ÎLES IONIENNES. 

g 1. — (Introduction) 49 

g 2. — Cartes générales de la Grèce : carte de l'état-major français, carte 

de Kievert, carte de Peter ma un dans l'atlas de Slieler 50 

g 3. — Caries du capitaine Mansell. — Carie de Cériijo par Smijth et Graves. 54 

g 4. — Cartes spéciales des différentes îles 57 

g 5. — (Désaccord entre les cartes pour ce qui regarde la hauteur des 

montagnes) 59 

ADDITIONS ET CORRECTIONS. Gl 

Planche I : carte de l'île de Zante. 
— II : carte de Cérigo. 



Jii/i/ .//"■> /\'<>i. ./'■;//. \i-!?Atv.i > <•/ de /û>me 



FaJe AT/// _ /'/ / 







.S'koii/,A-<uJJt.>~' 



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Baie d.- 



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[LE DE ZANTK 

d'après la carte de M .m. se II 

réduite a 0, 3916 




Ernest Thorin Kditexu 



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fll.i DE CEHIGO (TSERIGO) 

a d après la carte de 
Siiix tli <•( Graves 

et à La même Echelle 






Ernest Thurin K.iiUur 



Gravé .-i Emprimë par Krliard 



C1RCVLATE AS MONOGRAPH 

D Bibliothèque des Écoles 

5 françaises d'Athènes 

B4 et de Rome 

fasc.8,12, 

18 



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