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Full text of "Bibliothèque des écoles françaises d'Athènes et de Rome"

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BIBLIOTHÈQUE 



DBS 



ÉCOLES FRANÇAISES D'ATHfilS ET DE ROME 



FASCICULE VINGTIEME 

U TRIÉRE ATHENIENNE, par M. A. Cartault. 



TOULOUSE. — UfPRUfKB» A. CBAUVm VT FILS, KUE DES SALENgCES, 29. 






LA 



TRIÈRE ATHÉNIENNE 



ETUDE D'ARCHEOLOGIE NAVALE 



1>AR 



A. CARTAULT 






AB DE l'école FRANÇAISR D'ATBÈITES , PROFESSEUR 
RHÉTORIQUE AU LYCÉE CHARLENAGNB. 




PARIS 
ERNEST TUORIN, ÉDITEUR 

I.IBE41RB DBS ÉCOLES FRANÇAISES D*ATBÈNB8 ET DE ROME 

DD OOLLÉOE DB PRANCB BT DE L'ÉCOLB NORKALB SUPÉRIEDAB 

7, nUB DE MÉDICIS, 7 



1881 




INTRODUCTION. 

LES BRLLSRSS Bt ENTIIK LES HELLENES LES ATBÉHIBHS BOIfT AVAHT TODT 

UK PEUPLE 08 KAVIOATBDRS ET DE MARINS I-XXVE 

CHAPITRE PREMIER. 

DCl SODRCRfl D'iKPOlUfATION nStATIVBfl AU SUJET. OOCDMBNTS AMOUMS KT 

TRATAUX MODBIUIES. 1-1 1 

CHAPITRE DEUXIÈME. 

DBS OONSTRUCTlOlfS NAVALES A ATHÈNES EN GÉNÉRAL. 

I I. Des matériaux servant aux constructions navales 12-17 

I ?. Sur les constructeurs de navires et sur l'acUvité qui régnait dans 

Icâ arsenaux uthc^nicns « 17-21 

I 3. De la difTdroncc entre la marine mltitairc et la msrine marchande. 

Les (Asxpal vflft< et les trrpoYY^Xai vj|e<. Le TptT]pixi; tûttoc 91-^ 

CHAPITRE TROISIÈME. 

DE LA OOQDB DE LA TOIÈRF. 

I t . La cale de construction. Les chantiers. Le ber 20-39 

l 2. Pièces principales de la charpente du bAtimcnt. La quille, l'étrave 

ot rétambol 29-36 

H 3. De la membrure du b&timent. Les varangues. Les allonges, les 

c6tes et les couples 36*40 

I 4. Les baux. Le pont supérieur et le faux-pont. L'entre-pont et la 

cale 40-46 

{5. Le gaillard d'avant et le gaillard d'arrière 47-52 

9 û. Le revêtement intérieur et extérieur du bAtlment. Les préceintes. 

Les bypozomata. L'h/pobléma b2-57 

I 7. Les parties supérieures de la carène.. &7-6S 

145708 





TABLE 



DES MATIÈRES CONTENUES DANS LE PRÉSENT VOLUME. 



INTRODUCTION, 

LES HELLSnES ET ENTRE LES BBLLft.^Ea LES ATOitTrENS BOUT AVANT TODT 

DK ^BQPLB DE NAVIOATEORS ET DE MAMKS I*XXVI 

CHAPITRE PREMIER. 

DES S00RCE8 D'IHFOIIUATION nELATIVBS AU SUJET. 00CDMBNT8 AMCUERS ET 

TRATACX ICODERlfES 1-1 1 

CHAPITRE DEUXIÈME. 

DBS OONSTRUCTIOnS NAVALES A ATBSNB9 KN GÊNénAL. 

9 1. Des matériaux servant aux constructions navales 12*17 

] 2. Sur les constructeurs de navires et sur l'acUvittS qui régnait dans 

leâ arsenaux athéniens 17*21 

I 3. Do la différence entre la marine militaire et la marine marchande. 

Les littxpal tfftz et tes Gx^oyy<i\%i vJle;. Le ipivipixà; ruico; 21*25 

CHAPITRE TROISIÈME. 

DE LA OOQUE DE LA TlUÈaE. 

j£ I. La cale de construction. Les chantiers, l^e ber. . 26-29 

I 2. Pièicca principales de la charpente du bAtimcnt. La quille, l'étrave 

et létambot 29-36 

13. De la membrure du b&timent. Les varangues. Les allonges, les 

c4tcs et les couples 3G-40 

1 4. Les baux- Le pont supérieur et le faux-pont. L'entre-pont et la 

cale «-«G 

gf>. Lu gaillard d'avant et le gaillard d'arrière 47-62 

g 6. Le rcviUcmcnt intérieur et extérieur du bltimeat. Les précelotes. 

Les liypozomata. L'hjrpoblénia 52 -S7 

l 7. Les parties supérieures de la carène 57-63 

145708 




TABLE DBS MATIËRRR CONTENUES DANS CE VOLUtfE. 

CHAPITRE QUATRIÈME. 

l'avavt bt l'arrièrb. 

2 1. PriDcipcs de la construction et caractère de l'avEnl 64-70 

g 2. L'éperon et le npotitCôXiov. 70-79 

I 3. Le ït6>o; et les *Axpo(rr6Xun 7S-86 

I 4. Ijcs amarres et les ancres 86-93 

g 5. Principes de la construction et caractfcie de l'arrière. Les apblasta. 93-101 

1 6. Les gouvernails 101-108 

g 7. Sur les noms donnés à Athènes aux navires 108-119 

CHAPITRE CINQUIÈME. 

LSa RAMBS. 

i I. La force motrice de la trière. . * . 120-124 

? 2. De ce que nous apprennent les textes et les monuments fignrés sur 
la disposition des rameors h bord de la tnère. hea trières apbractes 
et ies trières katnphractcs 121-142 

2 3. Examen de l*hypothèse de Graser 142-152 

2 4. De la rame en elle*mérne et de ses accessoires 152-100 

2 5. Du maniement de la rame- Des olBciera et des sous-offlciers qui 

commandaient la manœuvre IGO-109 

CHAPITRE SIXIÈME. 

LRS UjLTS bt les VOILES. 

2 I. Du mAt en lui-même et de ses diverses parties t70-l7*J 

1 2. Le nombre des mâts de la trière et leurs noms 179-185 

g 3. Le» vergues 185-190 

2 4. La voile et ses accessoires 190-200 

2 5. Du nombre et de la nature des voiles de la trière 200-203 

CHAPITRE SEPTIÈME. 

LES MjHICEDTttES. 

J I. Les manœuvres dormantes 204-212 

2 2. Loi manoeuvres courantes 212-223 

CHAPITRE HDITIÈME. 

fiOUtPAQI, rOIUiR» DlICEnSIONS, TONNACE, VITKSSK, QUALITÉS MILITAIRES ET NAU- 
TIQDBS DB LA THIËRB. 

9 I. L'équipage 224-239 

2 2. Forme, dimensions, tonnage de la trière . 239-260 

2 3. Force d'impulsmn évaluée en cbevaux-vapeur. Vitesse. Qualités 
militaires et nauli^ues de la trière 231-256 

INDEX 
Des mots grecs cités et expliqués dans le présent volume 257-260 

rilt DE La table des MATliaSS CONTENDES UAITS le PaÊ^BPtT VOLDHB. 



INTRODUCTION 



LES HBLLÈNBS BT ENTRE LES HELLÈNES LES ATHÉNIENS SONT AVANT 
TOUT UN PSLTPLB DE NAViaATBURS BT DE UAHINS. 

Parmi les recherches archéologiq^ties qui ont pour but. de re- 
conHtiUier lu physionomie du peuple grec , aucune ne louche plus 
directement à son caraclère et à sa vie que celles qui ont pour 
objet la marine. Kn effet, les Hellènes sont avant tout un peuple 
de marins; c'est à ce point de vue qu'il faut se placer pour bien 
comprendre leurs destinées et leur histoire* 

Disséminés sur les rivages de la Méditerranée tout entièi*e , 
ils ne considéraient pas uniquement comme leur pairie l'clroile 
presqu'île, à laquelle l'arbitraire de la diplomatie n'a ajouti'' que 
ses déi^endances les {Aas proches pour former la Grèce moderne. 
Ils se croyaient chez eux au fond de tous les golfes où venaient 
mourir les (lots de la Méditerranée. » Nous habitons, disait Pla- 
ton (1) , du Phase aux colonnes d'Hercule , une étroite bande de 
terre qui longe la mer et nous sommes comme des fourmis ou 
des grenouilles autour d'un étan;^'. »• Gicéron (2) écrivait avec son 
élégance habituelle : « Parmi les colonies grecques d'Asie , de 
Thrace, d'Italie, de Sicile et d'Afrique, quelle est, excejtté 
Magnésie, celle que ne baiRue point la mer? La Grèc-e est donc 
comme une frange qui boi-de les pays barbaies. » 

I^ Méditerranée était à leurs yeux « la mer intérieure (3) , » 

ils se rendaient compte de l'importance qu'elle avait sur la 



(1) fhédtm, p, 109 B. 
1^) De Hep., Il, 4. 



tl 



INTRODUCTION. 



configuration même de leur patrie. « G*est principalement la 
mer, disait Strabon (1), qui façonne les continents et leur donne 
leur aspect géographique, en formant dos golfes, des étendues 
d'eau, (les détroits ei aussi des isthmes, des presqu'îles, des pi*o- 
montoii*es... » Ailleurs, citant l'opinion d'Ephore : « la mer a 
dans la configuration des lieux une importance capitale (2), » il 
ajoute qu'il partage cette manière de voir et déclare , en commen- 
çant la description de la Grèce, que, « pour se conformer à la 
nature du pays, il faut suivre les indications données par la mer.» 
Ainsi la véritable patrie des Hellènes, c'est la Méditerranée , dont 
les fies , les presqu'îles, les villes côtières ne sont pour eux que 
l'appendice. 

Ce n'est pas qu'ils occupent autour de la Méditerranée une 
bande de terre continue. A chaque instant, au contraire, la ligne 
de leurs établissements est interrompue par de vastes espaces où 
l'intolérance des barbares, l'insuffisance du coniineir-e et les con- 
ditions géogra[ihiques de la contrée les ont empt'^chés de prendre 
pied. Mais h moins (ju'ils n'aient affaire à un peuple rival et com- 
merçant comme ouï, les PhiTiiciciis par exem[ile, qui ne les souf- 
frent ni sur la côte de la Syrie ni dans toute la partie occidentale 
de la Libye, lis fondent partout des rumptoirs qui sont c^mmeles 
têtes de ligne fies routes du commerce continental, le point de 
départ et d'arrivée des caravanes. Si la llellade proprement dite 
et les îles de l'archii^el les plus voisines sont toujours considércos 
comme le centre et le cœur même de la patrie, ils couvrent de 
leurs colonies les cotes de la Macédoine, de la Thracc , du Bos- 
phore, du Pont-Euxin, de l'Asie Mineure. A l'o[iposé, le nombre 
de leurs comptoirs fait prendre à l'Italie méridionale le nom de 
Grande-Grèce, et ils arrachent aux Phéniciens une portion consi- 
dérable de la Sicile. Ils cherchent à s'ouvrir l'Egypte et fondent 
des colonies qui fleurissent , à peine nées , en Afrique , en Espa- 
gne , en Gaule. Un peuple ainsi répandu [lar essaims devait 
forcément être un peuple maritime. 

S*U n'y a jamais eu de race plus dispersée que la race helléni- 
que, il n'y en a f>as non plus qui ail conservé plus vivace la con- 
science de sa communauté d'origine et de son unité. Les Hellènes 



(I) Il , 9, 17 t icXcroTOv S'4| ddtXarra fUiyf^a^tX %n\ &)iTi^txitti tV|v y^v, xôXxoUc 

('2j Vtll ,1,3! ...iV)fciu>vtxôv Tl ti^v ûô^aTTav xptvwv Tipô; Ta; TOTtofpaçtot; , 

oCtw xal y)|iCv 9rpo9t,xst àxo).ouOoO<n t) ^ûaci xd&v TÔnuv (nJ|i£ûvXov icotcïff^ai Wlv 
QdLXourffttv. 



INTRODUCTION. 

divisenl las races humaiiieH on doux grandes familles, eux d'une 
part, les barbares de Taulre (1), et, des colonnes d*Hercule à l'ena- 
boucbui-e du Phase, ils se sentent frères. Désireux dose revoir 
et de se n^niiir, ils considèrent la Méditerranée comme la grande 
voie de communication qui existe entre eux. Ils en connaissent de 
bonne beure les humides chemins « Cc^p^ xtUJix^ » et la bénissent 
comme i'unii]ue moyen de rajiprochcmont entre leurs tribus épar- 
ses. Cest pour eux la source de toute leur prospérité (2). 

La nature du pays lui-même favorisait d'une façon merveilleuse 
les goUls navigateurs des HoIIùiies. Nulle ])art la terre et l'eau ne 
soûl plus intimement mêlées Tune à l'autre. C'est un des carac- 
tères de la Méditerranée de pénétrer profondément le continent, 
de .s'y arrondir en golfes, de se resserrer on détroits, de se laisser 
découper par des caps aigus, interrompre par de grandes iJes pit- 
torcsi|uement groupées, de sorte qu'il y avait bien peu d'Hellènes 
qui du haut de leurs montagnes n'aperçussent la mer et* souvent 
de plusieui-s c6tés à la fois. Il est curieux d'étudier ce phénomène 
en allant du grand au petit et de voir commetil la Méditerranée 
se subdivise en une foule de bassins qui reproduisent tous , avec 
des dimensions plu» restreintes , la nature de ce grand lac inté- 
riour. A l'ouest, elle s'étend d'abord sur une vaste surface termi- 
née ù SOS deux extrémités par des détroits , celui de Gibraltar à 
Touest , le canal de Malte à l'est. Les côtes .septentrionales , sans 
être profondément rentrantes et dentelées, se ci-eusent en golfes 
spacieux ï çà et là sont semées de grandes Iles, les Baléares, la 
Sardaigue, la Garse, la Sicile ; ces trois dernières forment une 
ceinture qui enserre un autre bassin plus petit et presque ,séi)aré 
du premier, la mer Tyrrhénieune. Mais c'est surtout à pailLj* du 
cauiilde Malle en allant vers l'est, que s'accusent les phénomènes 
Sjrôciaux qui doiuient à la Méditerranée un caractère si original. 

L'immense bassin qui s'étend de la Sicile à la côte de Syrie est 
étranglé en son milieu par la proéminence de la côte d'Afrique 
remontant vei*ï^ le nord, et par les dernières ramiûauions dos 
montagnes de la Hellade qui ont poussé vers le sud l'Ile de Ki'ète. 
Chacune do cas subdivisions mérite d'être considérée à part. 

Dans la première, les côtes méridionales s'ouvrent et s'arrondis* 



(I) titrabon, t . 4, 9 : toù; tix«t Ôtsipoûvtat à-nm xh tiàv dvQpwTnttv n).iSUo; lie ti 

{t} Var conu-n , une UAiliiion rf^^ïAuJuû Aam l'AntiquiUÎ voulait que l'Océan 
ue fût put navigAbl*». J. SclicfTer, De mil, nar., l>. 1. r)t. I, p. 4, cf. Ilor^, 
Carm,, I, 3» v. 1\, ^tquicquam^ipus abuidù I*ruden9 Oeeano tiisu>etabiU Terrnt. 



IV 



INTIlODaCTION. 



sent poar donner naissance à de larges golfes, ceux do Hamma- 
met , de Cabès , de la Syrio. Au nord s'enfonce , entre la Gi-oce à 
Test et l'Italie à l'ouesl, une mer jilus étroite et plus resserrée en- 
tre les continents , la mer Ionienne. Celle-ci envoie à son tour à 
Test le golfe do Korinlhe étroit , sinueux , bordé de petites baies 
paisibles et traversé en son milieu par deux promontoires qui 
viennent à la rencontre l'un de l'autre; au nord , par le canal 
d'Otrante , ello pi-ojetle comme un grand bras allougé l'Adriati- 
que, qui découpe toute la côto de Ttllyrie on îles, en péninsules» 
en promontoires décharnés de forme bizarre et capricieuse. Enân, 
le dernier membre du grand corps méditerranéen est limité au 
sud et à Test par les cotes monotones de la Cyrénaïque, de 
l'Egypte et de la Syrie ; mais , au nord , la cote sinueuse d'Asie 
Mineure donne naissance aux golfes d'Alexandrelto et de Salaîie, 
et vers le nord-nord-ouest se développe rArciiipel , enloui-é sur 
trois cotés par des continents et presque formé au sud [i.tr les îles 
do Candie, de ScarpauLo et de Khuiies; c'est le llièàJro principal 
de l'activité des Hellènes. 

11 comniiinique à sou tour avec, d'autres bassins. Au nord-est, 
un nouveau détroit, celui des Dardanelles, nous conduit dans une 
mer nouvelle, celle de Marmara, terniinéo à son extrémité nord- 
est par le Bosphore île Thraco, et la merde Marmara est nue Mé- 
diterranée en i>etii; car elle a des îles , celles do Marmara et des 
Princes ; des priisqu'îles , celle de Gyzique ; de grantls golfes , 
ceux d'ismid el de Moudania. Puis, si nous franchissons le Bos- 
phore , nous ti-ouvon.s encore une vaste nier libre , la mer Noire, 
dans laquelle s'avance une grande prosqu'ilo dtuitoiée, la Crimée» 
et , [jar un dernier détroit , nous arrivons dans une autre mer 
intérieure, la mer d'Azof. Ainsi , la Méditerranée , pénétrant lea 
continents comme une matière molle, s'y i*épand en irapiisîs liqui- 
des enserrées de toutes i>art3 de caps aigus , qui s'avancent paieils 
à des jetées do ports; semée do milliers d'iles, d'îlots, de rochers, 
c'est une sorte d'élénienL indéllnissable qui participe k la fois de 
la tofre et de la mer. 

Elle mérite surtout d'attirer notre attention dans les eaux plus 
particulièrement helléniques. Si vous examinez ce qu'on appelle 
la Grcce continentale, vous verrez que c'est une série de prcs- 
fju'îlas de plus en iilus décharnées et rattachées les unes aux 
auti-es par des isthmes de plus en plus minces. C'est ainsi que la 
péninsule hellénique , détachée du massif des Balkans et projetée 
vers le sud au milieu dos ilôts, est successivement resserrée par 
(Jes golfes qui vont au-devant les uns des autres , comme si les 



INTHODUCTION. V 

inei*s qui l'entoureut s'efforçaient, de se rejaindi's pour la d^ron- 
per en autant d'îles. Elle est étraiifçlt'^o entre les golfe;? de Yolo el 
d'Aria , outre le golfe Maliaquo et celui de Krisa , entre l'Euripe 
d'une part et rextri^niit6 la plus orientale du j^olfn do Korintho de 
l'auti-e. en sorte que la [)éninsule .itlique oslladernitre expros- 
sioti do la contlguratîon du sol hellénique. Enfin, au sud de l'At- 
tiquc, les eaux de la mer Ionienne el celles de rArcliipel, apr6s 
avoir creu?é les deux golfes profonds qu'on apjielle golfe de Ko- 
rinthe et golfe Saronique, sont séparées par un isthme si faible, 
que la main de l'homme Je percera sûrement quoique jour. C'est 
par cette langue de terre qu'est suspendu au continent le Pélo- 
pon^se, «* ilécoupr* comme une feuille de platane (1). » 

Ce cai-actère péninsulaire des terres helli^niques se manifeste 
to\il autour de l'Archipel , où nous trouvons successivement les 
presqu'îles de Magnésie . de la Chaicidiquc , la Chersonnèse de 
Thrace, la péninsule de Troado, celles d'Erythrée, de Milel, 
d'Halicarnasse , de Knide , la Pérée rhodienne. ^Irahon a bien 
compris ce caractère de la Hellade lorsqu'il dit (2| « que l'aspect 
on est diversifié par de nonibi-oux golfes el caps, et , ce qu'il y a 
de plus i*eniarquahlo , par de grandes presqu'îles qvii se succèdent 
les unes aux autres. » Il semblait donc que la mer ^int trouver 
l'Ht^llône jusque chez lui [tour le solliciter A s'embarquer, pour le 
séduii*e par le miroir brillant de ses flots bleus. Cicéron [3) exag^^e 
un pou quand 11 écrit : « Le Pélojwnëse est presque tout entier bai- 
gné d'eau; excepté Phhonte, il n'existe pas de cité dontlotorritoire 
ne touche à la mer. Hors du Pélopontse , il n'y a que les OEnia- 
nes , les Doriens et les Doloi>es qui soient éloignés d'elle. • En 
eiïct. la Grèce renferniait de vastes plaines comme la Béotie, des 
contrées escarpées et sépai-ées de la mer par des montagnes 
comme l'Arradie, des villes purement continentilos comme Thè- 
hc»s, Orchomène, Tégée, Mantinée, Klilor, etc. Nfais il ajoute avec 
raison ; « Parlerai-je des îles de la Grèce, qui , entourées par les 
eaux , semblent flotter à la surface avec leurs constitutions et 
leurs mœurs? » 

Si l'on joint à celte disposition géographique partic\iliëi*o le fait 
(juo le sol hellénique est généralement rocheux el peu productif , 
on comprendra pourquoi il faut appliquer à la race grecque tout 



fi) Vin .1,3: x4>7iot; Ti, xai ixpau iio)aoCî xoii toU OTijxfiwÎECTdnoi^ , ztppO' 
{i}De A«p., 11,4. 



TNTRODlICTtON. 

enlîëre ce que Justin (I) dit des Phocéens : « c*est sur mer plus 
que sur iarva qu'ils oiU déplovft leur activité, > ot l'on reconnaîtra 
avec M. Elisôe Reclus (2) la profonde influence qu'a eue la Médi- 
terranée sur l'accomplissement des destinées des Hellènes : « La 
Grèce est une par la mer qui la bai^^ne, la jiénôtre, la découpe en 
franges et lui donne un développement de cotes extraordinaire. 
Los golfes et les innombrables ports de l'IIellade ont fait de leurs 
riverains un peuple do matelots , des « amphibies , n ainsi que le 
disait Strahoit; ïes Grecs ont pris quelque chose de la mobilité 
des flots, n 

La navigation dans l'Archipel n'est pas seulement favorisée par 
la tendance de la Méditerranée à se subdiviser en une foule de 
bassins presque fermés et à s'introduire dans l'intérieur du pays 
en longs rubans liquides; elle l'est aussi par cette multitude d'îles 
qui émergent du sein des vagues, diverses de forme et de gran- 
deur , pour oJTrir à chatjue instant un refuge assui'é au marin 
battu par la tempête. Les unes , comme l'Eubée , s'étendent le 
long du continent qu'elles protègent et dont elles sont seule- 
ment séparées par un large fleuve. Les autres, comme les Cycla- 
des , qui continuent les chaînes de montagnes de l'Eubée et de 
l'Atlique, sont réunies en groupes pressés, et l'on passe insensi- 
blement (le l'une à l'autre. D'autres enfin , comme los îles de la 
côte de Thrace et les Sporades, s'élèvent en avant du continent, 
sur le prolongement des caps et semblent aller au-devant du 
marin pour lui aiuioncer l'approche de la terre forme. Au milieu 
de ce labyrinthe d'îles semées à profusion dans la « mer par 
excellence, »• dans l'Archipel, le matelot ne se voyait jamais 
perdu entre la terre et l'eau; il était toujours siir de trouver 
le soir une baie pour abriter sa barque, un village jwur y 
acheter des provisions, uno cabane pour dormir tramiuilie. Aussi 
n*éprouvail-il pas, en quittant son pays, l'oifroi qui saisit le ma- 
rin prêt à s'aventui-er dans les terribles solitudes do l'Océan. H ne 
s*enibârquait jamais que pour de courtes traversées, et, au moment 
où la terre disparaissait derrière lui , une autre se montrait en 
face, hosjiitaiîAre comme colle qu'il venait d'abandonner. 

En outre, les diverses plages occupées autour de l'Archipel jmr 
la race hellénique , quoique appartenant ^i des continents divers, 
semblent se tourner et s'incJincr l'une vers Tautro. Séiwirées du 
reste de la terre ferme par de hautes et infranchissables barrici-es, 



(1) 43. 3 : Stufiiosius mare quam terrai exercuere^ 

(2) Europe méridien., cli. IV. 



INTBODUCTION, 



VIÎ 



I 
I 



elles ont enU*e elles les rapports et les communications les plus 
faciles. [iaThrare, la Macédoine, la péninsule holléinque ont der- 
rière elles au nord des massifs de montagnes si hauts et si impra- 
ticables qu'elles semblent tourner le dos au reste de l'Europe. Au 
contraire, c'est vers l'Asie que leurs fleuves s'écoulent, c'est l'Asie 
que regardent les pentes douces de leurs fertiles vallées (1). Aussi 
M. Rrnsl Curtius (2) insiste-t-il avec beaucoup de bonheur sur la 
merveilleuse correspondance qui existe entre des pays on appa- 
rence séparés et distincts, en réalité étroitement reliés par les 
routes humides de la mer. « Les pays qui bordent des doux côtés 
l'Archipel se rap[tortent comme les deux moitiés d'un tout... L'œil 
se promène d'île en île; des traversées commodes conduisent cha- 
que jour d'une bnie à l'autre... Le Grec insulaire est aussi bien 
chez lui à Smyrnc qu'à Nauplie ; Salonique est eu Europe et c^eat 
pourtant une échelle du commoiTC du Levant ; malgré tous les 
changements politiques, Byzance passe encore aujourd'hui pour 
la métropole des de\ix côtés do l'Archipel... » 

Ce n'est pas l'Asie Mineure tout entière, c'est seulement 
l'étroite bande de terres formant les côtes qui était entrée dans le 
monde grec. Le centre (3) de l'Asie Mineure consiste en un haut 
plateau terminé de toutep parts par des falaises escarpées ; mais il 
y a le long de la mer une bordure de terrain d'un caractère tout à 
fait différent de l'intérieur: de sorte que la séparation vraie entre 
l'Europe et l'Asie est formée non par la mer Egée, mais par une 
ligne qui irait de Constantinople A la mer Lyciennc eu suivant le 
degré de longitude. Le pays îi l'ouest de cette ligne a été de tout 
temps habité par des populations parliculi^res , qui ont eu leur 
histoire et qui ont défendu leur indépendance contre les maîtres 
de l'intérieur du pays. Des rapports commerciaux s'établirent na- 
turellement entre les deux rivages de l'Archipel ; taudis que des 
côlos de l'Eubée, de l'Altiqucdu Péloponèse, les Helltmcs étaient 
attii-és vers les villes florissantes du littoral asiatique , les baies 
profondes et les nombreux mouillages, qui s'ouvreut de l'ombou- 
rhui'e du Slryniun au raj) Malée provoquaient Tarrivôe et l'éta- 
blissement des Grecs insulaires. 

La mer elle-même était hospitalière ; elle est si calme peudant 
lea mois d'été qu'elle ressemble k ud beau lac; on sait d'avance 



{{) Elisée KeduB. Europe méridionaU, ch. III . i 3« et ch. IV. | 1. La Grk«, 
(?) QrxHhuche CeuhiehU, S'** AuUage, Berlin. 1868; P'" Band. !••" Buch, l, 
ÙAnd und Volk, p. 3. 
(9) IMd., p. S. 




HJCTION. 

l'époque où sa sérénité sera troublée parle mauvais leinps et les 
orages; la nature semble indiquei" aux hoMiuies l'ouverture et 
le terme de la navigation. Enlin , ce qui |K>ur lo marin est un 
grand avantage, les vents sont fljtos. Au printemps, chaque matin, 
les Etésiens descendent sur la mer; ils sont parfois violents pen- 
dant le jour , mais ils tombent au coucher du soleil et alors s'élève 
l'Embiilt's, le vent célébré par les poètes, qui peraiel au marin de 
veuii' en quelques heures d'Ëgine au Pirée (1). ^ La régularité de 
toute la vie do la nature, des mouvements de l'air et de l'atmos- 
phiu'o , le caractère doux et amical de la mer Egée irouLribuèreul 
essentiellement à ce que les habitants s'abandonnèrent à elle, à 
ce qu'ils vécurent sur elle et avec elle. » 

Ce n'est pas seulement avec le Levant que la Hellade est appelée 
à entretenir des relations maritimes rapides et continuelles : « La 
Grèce n'a [»as comme la Tui*quîe le désavanl.itre d't^tre à peu près 
complètement privée de rapports directs avec l'Occident par une 
large zone de montagnes difficiles et des côtes abruptes. La mer 
d'Iouie, à l'ouest duPéloponèse, est, il est vrai, relativement large 
et déserte ; mais le golfe de Corinthe, qui traverse toute l'épais- 
seur de la péninsule hellénique, et la rangée des îles Ioniennes 
d'où l'on aperçoit au loin les montagnes.de l'Italie, devaient inci- 
ter h la navigation des mers occidentiiles... Les Grecs devinrent 
Si'ins peine les civilisateurs de tout le monde méditeri'anéen de 
l'Occident (2).» 

D'accord avec la conûgui'ation géographique du sol , les pre- 
miers faits de la légende et de l'histoire, la religion et la mytho- 
logie nous montrent les Hellènes comme des navigateurs et des 
marins. C'est de la mer que leur viennent les premiei*s éléraeals 
de la civilisation, et, tandis que leur génie sommeille encore , ils 
sont tirés de cet engourdissement par les Phéniciens, qui s'éta- 
blissent dans toutes les îles, sur toutes les plages, et, pendant uiiô 
longue i>ériode de l'histoire, tiennent entre leurs mains le trafic de 
*la Méditerranée. Habitant une étroite langue de terre entre le Li- 
ban et la mer , les Phéniciens étaient les intermédiaires naturels 
entre la cultui-e orientale et égyptienne d'une part, les Hellènes 
de Tauti-e. Aussi nos premiers renseignements nous les moutrent- 
ils fixés sur un grand nombre de points de l'Archipel , à Chypre , 
il Rhodes, eu Krète, àTéiiédos, sur les rivages de la Thrace, de 
la Béotie , dans le canal de l'Eubée , en Attique et dans les baies 



(t) Ihid.. p. 13. 

(7) EllK^e Reclus. Europe méridionaU, ch. IV : 



La Grèce, { 1. 



INTRODUCTION. IX 

de l'Argolide et de la Laconie , à Gytheion ei à Kythéra , partout 

en un mol où une île voisiiio du continent offre un abri suret 
(d^B relations faciles avec la ten-e ferme. Ils péchont les coquilla- 
qui fournissent la pourpre et les traitent dans leurs pêcheries 
ni^naes; ils découvrent et exploitent les mines et travaillent les 

■ métaux ; ils ajiportent chez des [>eu|iles encore dans l'enfance les 
produits maoufacturé!=de leur industrie. Nous les voyons à l'oeu- 
vre au d<''hut de l'histoire d'H^'Podole (I) sur la côte de TArgolide. 
» Comme le font encore aujourd'hui les insulaires qui apportent 
daus des calques au Pirée les produits de leui* pays , ils amarrent 
leur liarque au rivage et i»lnlont leurs mîirchandises. Les ache- 

>teurs viennent pour les examiner, et au bout de cinq ou sis jours 
la cargaison tout entière est vendue; iiouh voyons également 
que les Phéniciens amassaient à l'occasion en véritables corsaires, 
el qu'Us enlevaient, comme un précieux butin , des femmes des- 

Itinêes jiux harems de l'Orient. 
Les Phéniciens ajiportaient aux Hellènes les cjjnnaissances 
usuelles élémentaires : alphr'ibel, numération, ()0ids, mesures, etc. 
Beaucoup de villes sont , d'après la légende ^ colonisées par des 
Phéniciens ; c'est ainsi que Kadmos nous apparaît à Thèbes 
comme le i-eprésontant de la civilisation orientale. La religion 
Bgrecjjuc elle-même subit l'intluence étrangère, et les Hellènes 
"empruntent aux Phéniciens leurs dieux voyageurs ou forment les 
leurs sur le même modèle (2). Ainsi , Aphnjdile est l'Astarté phé- 
nicienne. Adorée d'abord sur les côtes, où elle est propagée [wr 
Iles marins de Sidon . c'est pi-ès des mouillages que se trouvent 
ses temples. Elle coîiserva longtemps le caractère de déesse de la 
■mer, prolectrice de la navigation. Mélikerlôs. adoré â l'isthme de 
Korinthe et qui figura plus tird d;uis le cortège de Posidon , n'est 
autre chose que le dieu tyrien Melkarlh. Les dieux plus particu- 
lièrement grecs ont eux aussi- ce c-aractère maritime. « Excepté 
Zeus , dit E, Curtius (3) , ou trouverait h [>eine une divinité 
Igrecquo qui no fat |wts conçue comme voyageuse el dont le culte 
ne se rattachât pas à des légendes et ii des usages antiques ayant 
leurs racines de l'autre côté de la mer. » C'est ainsi que le grand 
Bdieu des Ioniens est le dieu de la mer , Posidon ^ et l'on sait que^ 
même dans ses t<»m|»Ies situés .'i l'intérieur des terres, on cnten- 
daiï mugir la mer au fond d'un gouffre. Les divinités do son cor- 



(I) I, I. 

(î) E. Curtiiw. Or. Ge$ch.. \'*» Buch, II, Die Vortett der HeiUnen. 
(3} fWti., p. 4t. 



X INTHODUCTrON. 

tège, Protée , qui connaît les chemias de la mer, Allas, père de^ 
de l'éLoilo dos navigateurs, indiquout un peuple de marins ayautS 
des connaissances géographiques étendues. A quai bon rap|.oIur^ 
la légende d'Hérakli's? Apolloa lui-nuMue, le dieu grec par excel- 
lence, n'était-il. pas venu du dehors (I)? « On ne le connaissait^ 
en Grèce que comme arrivant de l'étranger : ses sanctuaires les^ 
[Jus importants étaient à l'extrémilé des chemins par lesquels il 
Atait arrivé, et ces routes sont, les routes maritimes qu'il a par- 
courues accompagné de dauphins; s'il vient par terre, c'est de 
côte, où s'cK:vent tout près du rivage , dans les haies rocheuses] 
et à. l'embouchure des lleuves, ses plus anciens autels fondés 
les navigateurs Cretois, lyciens, ioniens primitifs. » 

Si donc les Hellènes se peignent dans leurs dieux, nous voyon^ 
qu'initiés à la navigation pai* les Phéniciens , ils n'ont pas tardé 
à les imiter, et, comme il y eut bientôt entre les deux races une 
ardente rivalité, ils ont entrepris de les chasser de leurs eaux ; ils 
les relfîgnont en effet dans des parages lointains, d'où ils m 
purent jamais les expulser, ceux de Tyr et de Karthage. 

Ce n'est ici le lieu de uous étendre ,- ni sui* cette première 
époque où les Phéniciens étaient les maîtres des îles et des 
côtes helléniques , ni sur la période si peu connue où, grâce à_ 
leurs efforts énergiques^ les HolR-nes les refoulèrent et se substi-H 
tuèrent à eux presque partout. Si nous considérons l'état social" 
de la Grèce légendaire, nous voyons , dès l'origine, des rapports, 
incessants noués entre les deux côtés de l'Ai-chipel. Dès l'origine, 
ce sont des peuples frères que nous trouvons établis sur les côt 
et dans les îles. Les Pélasges ont laissé d'aussi nombreux mouu* 
ments de leur architecture en Asie Mineure et en Italie que di 
la Grèce proprement dite , et nous trouvons les Ioniens k la fois' 
en Asie Mineure et dans l'Altique, qu'ils avaient peu à peu ioni- 
sée. Un fait curieux, c'est que, da côté de l'Orient, la race sémi^ 
tique et la race aryenne se confondirent et produisireut d'intéi 
sauts mélanges. A Chypre , en Lycie , en Karie , il se forme aim 
de ces peuples mixtes qui ont adopté jusqu'à un certain point la 
culture phénicienne. Parmi les voyagcui-s qui apportent la civi- 
lisation aux Hellènes de la terre ferme, beaucoup, comme le fait 
remarquer avec raison M. E. Curtius , ne sont pas desPhéniciei 
pur sang : ce sont des individus de race hellénique et barbai 
mélangée. Voilà pourquoi ils sont reçus si facilement sur le con* 
tinent. Du reste, de la Hellade proprement dite part un courant 



(l}Ibid., p. 51. 



INmODUCTION. 



xr 



I 



en sens contraire qui nous montiv? que les relations éUiient réci- 
proques entre los deux côtés Je l'Archipel. C'est ninsi que les 
Miiiyens, élalilis antoin'du golfe de Pagaseset delà rade d'IolliOB, 
construisent avec les bois du Pélion le vaisseau qui les portera 
jus<:[u'aux embouchures du Phase. C'est ainsi, comme le fait si 
justement remarquer Thucydide il), que les Achéens devaient 
(^tendre leur domination sur une partie des îles de l'Archipel, et 
qu'Agamemnon possédait vraisemblableinoiil une nombreuse 
marine; sans quoi il n'Hiiv^it pris ('It^ rlmisi ruminp le chef de l'es* 
péditiou conti-e Troio. 

An milieu de ce double couivini d'expédiLioiis parlant de l'Cï^t 
pour aller à l'ouest , ou se dirigeant au contraire de l'ouest vers 
rept, le véritable centre du monde hellénique, c*esi une île, Délos, 
où on accourt de tontes p;irts comme à un sanctuaire el comme 
à un marché (2j. « Il croirait voir des êtres immortels el inacces- 
sibles à la vieillesse, celui ^y rendrait quand les Ioniens y sont 
!*éunis. îl verrait la grAce de tous et sentirait son cœur réjoui en 
ai»ercevant ces honmies , ces femmes à la belle ceinture, les na- 
vires rapides et les norabreiu trésors qu'ils apportent avec eux. ■ 

C'est cet étal social, ce sont ces relations continuelles entre tous 
los points de l'Archipel qui expliquent les pi-omiers faits attestés 
do l'histoire. Au début, les eaux helléniques apparaissent h Thu- 
cydide [3] comme sillonnées en tous sens par des barques de cor- 
saires. De chaipie refuge sortent h tout inrstant des liommes ar- 
més , chassés de chez eux par la stérilité du sol et le manque de 
moyens d'existence . qui saccadent les villes sans défense et 8*em- 
pai-ent de la moisson d'autnii. Les premiers peuples dont le nom 
émcr^re de ce chaos sont dos r»<?uple5 maritimes, el les premiers 
em|»iresqui se fondent ont pour objectif la domination do la mer. 
C'est ainsi qu*h une certaine époque les Krétois étendent au loin 
leur influence, que Minos commande aux Cyclades dont il renou- 
velle la population et dont il fait autant de petites principautés 



1(1)1.9. 
(î) Hymn 



Unm«r. i^d. A. Baumcister. EU *Aff6». A^>,, v. 151 et suiv. 



(3) t. â. Od voit par \k combien est ancienne dan4 l'ArchipH tn pirateHe, qui 
n'en ■ pas encore dup&ru do nos jour». Cf. J. Stibcffer, De milit. Nar , L. 1 , 
l , p. 7 et suiv. 




INTRODUCTION. 

vassales, qu'enfin iJ oxtermino la pir»ilerie autant qu'il est en soi 
pouvoir de le faire. 

Après les dominations maritimes qui se s^ucct'dent , l'invudloi 
dorienne vient t>ul>itement bouïevciser le iiioiidê hellénique et U 
coutro-noup de ce mouvement de tribuR qui , dos sommets moui 
tâgneui de l'Epire et de îa Thcssalie, se jjrécipiteiit vers le sud," 
ce soûl do nouvelles migrations accomplies en toute hâte à travi 
TAi-chipel , et , celte fois , toutes dirigées franchemejU de Toi 
vers Test (11, Les anciens possesseurs du sol, brusquement dô^ 
possédés, sont refoulés vers les côtes, et^ obligés do s'embr 
quer, ils vont fonder les colonies éoliennes, ioniennes, doriennes 
en Asie Mineure. Il ne faut pas croire (jue ces éniigraiits se 
groupent bien rigoureusement par nationalité; il est vraisem^ 
blable que les chefs d'expédition appellent à eux tous les débi 
des anciennes races liouleversées par l'invîtsiou , et que les colo^ 
nies se distinguent surtout par Torigiite de Vwkiste qui les dirige 
et ()ar le i»ort d'embai-quement. 

Il s'établit alors trois grands courauts princii>auï : les Eoliei 
se tournent vers le nord et suivent la côte de la Thrace, s'ari 
tant sur tous les points et dans toutes les îles qui leur offrent di 
conditions de séjour favorables. Enfin, ils arrivent sur la côte dj 
la Troade, et là , trouvaiU nu sol plus fertile el une contrée pli 
hospitalière , ils s'établissent en groupes serrés , do manière 
former non des comptoirs épars , mais une population dense 
homogène; ils prennent possession de l'Hollespont , colonisent 
l'île de Lesbos et desceudent le long de la côte, jusqu'à ce qu*i 
rencontrent les Ioniens. 

Partis on général d'Athènes , métropole incontestée des Cycli 
des, de Milet et d'Ephèse, les Ioniens reviennent sur le sol occu| 
jadis pai' leurs aïeux; ils y retrouvent ces grandes îles, Ghios 
Samos, qui, détachées du continent, semblent des sentincU* 
avancées qui surveillent l'Archipel ; ils retrouvent les gollos pi 
fonds, dans lesquels se jettent THcrraus, le Kaystre, le Méaudr* 
si heureusement disposés pour recevoir les grandes villea 
Smyrne , d'Ephèse, de Milet, et où semblent naturellemeol 
appelés les navires à la rencontre des convois de marc.handisCvS 
qui viennent du centre du continent. 

Enfin, de la côte du Péloponèse partent de^ colonies condnilep 
parlesDorienseux-raêmes; elles couvrent d'émigrants les Cycla.Jt'- 
du sud et viennent aboutir aux îles fertiles de Kos el de Rhodes, 



(I) B. Curtiui, Gr. Guch,, 1 . IV, Die Wandemn^en und Ufnsiedelungen. 



INTRODUCTION. 



xin 



et, sur le contiuent , à de grands promontoires maigres el dente- 

fcés y SUT lesquels ne tardent pas à s'élever iialicarnasse et Knide. 

C'est ainsi que, dans la HeJlade primitive, tout semble se réunir 

pour inspirer aux habitants le goût de la navigation , ramoui' des 

I [voyages et l'habitude des déplacements, non seulement entre les 
ûùiis. rives de l'A-rcbipol , mais d'un bout k l'anlre de la Môdiler- 
tanée. Ce caractère mobile du peuple hellénique , ce transport et 
ce mélange continuel des races, des mœurs , dos idées , propre à 
à une nation de marins, nous le retrouvons dans le développe- 
ment de leur civilisation et de leur esprit. 
B La Hellade n'a pas une ca[)italc iiiLoIIectnelle : elle ou a vingt, 
"fce qu'on appelle la culture hellénique est un merveilleux composé 
auquel toutes les parties du monde grec ont contribué parleur 
apport. C'est en lonie que la poésie épique commence à déroiiler 
^ces récits de combats, d'aventures, de voyages qui attachent pen* 
Hdant des générations un peu[iIo do navigatoui's et de guerriers. 
Ces récits volent de bouche en hourhe, traversent les flots sur 
des navires, viennent charmer raème les rudes Dorieus et rcçoi- 
"•eul à Athènes, parles soins des Pisistratides, leur forme dernière 
ït littéraire. Plus tard, c'est sur un autre point, ilans la docte 
lexandrie , que ces épopées errantes rencontrant lem* Arislai*- 
[Ue , leurs commentateurs et leurs correcteurs les plus érudits 
plus sérieux. 

Eoliens, si voisins géographiquement dos Ioniens leurs 
►res, inventent un genre nouveau , el Lesbos devient le centre 
lie Técole poéliquo ou fleurissent Alcée et Sapho. Celte poésie 
[lyrique . si originale et si nouvelle, se répand partout où il y a 
ftdes oxeilles \iO\n Tente ndre , et par ses imitateurs latins, par 
^Catulle et par Horace, elle arrive enfin jusqu'à nous. 

Lrs graves ut l'cligieux Dorions produisent !i leur tour la poésie 
dos choeurs, qui, exécuiée par un ensemble de chanteurs au 
sou des instruments et avec accompagnement de mouvements 
rythmée , exprime devant une assemblée nombreuse les élans 
'enthousiasme d*un peuple entier el sa piét<t pour les dieux. 
1 ne faut pas croire que Pindare, In plus illustre des poètes 
fchohqnes , ait trouvé son public en LJôotio , parmi ses conci- 
toyens. £1 chante pour les vainqueurs accourus «le tous les points 
la Méditerranée il Olynipie ; ses odes éLaicnl chantées soleu- 
iiellement en Sicile h la cour d'IIiéron, et il nous [larle souvent 
du vaisseau couronné de lîeurs qui va {wrler de sa part j'i l'heu- 
reux triomphateur un salut enthousiiiste et l'cs|>éranco de l'im- 
tuortalilé. 




» 



XIV 



INTRODUCTION. 



Si TÂlliquâ , au cinquième siî^clo, semblo la capitale reconnue 
de l'esprit grec, c'est qu'elle est momcatanéraeal le centre où tous 
les membres de la f.'iiuille lioliénique, dispersée sur les rivages de 
la Méditerranée, apportent incessamment leurs idées et leurs créa- 
tions. Les œuvres mémos les plus particulières du génie athénien 
ne se seraient |jas produites sans ce concours universel de toutes 
les intellii^ences , et, loin de s'expliquer f»ar elles-mOmes . elles 
portent sans cesse la trace des emprunts. Le dithyrambe d'où est 
sortie la tragédie venait d'Asie, avec le culte de Dionysos, ol 
n'appai'teuaît pas en i>ropre à Athènes. Si ses poètes passent pour 
avoir inventé le drame proprement dit, c'est-à-dire le dialogue 
tragique, il y avait cependant à ce sujet des réclamations des 
Doriens. C'est aux Doriens , sans contestation, qu'on devait les 
chœurs, et , chose bizarre , c'est devant des oreilles altiques qu'à 
un moment donné on interrom[>ait la marche de l'action pour 
faire entendre des chants, où, tlans une langue de convention, on 
sentait pourtant encore rinfluencc du dialecte primitif. De 
môme, avec la mobilit<è d'une race vouée aux i*elations mari- 
times, les Ioniens d'Athènes avaient akindoimé la cigale d'or 
et les vêtements tïottants de leurs anc^-^ti-es pour adopter le cos- 
tume plus court et plus agile des Doriens. Et si, sui- l'Acropole, 
Athéné Polias était adorée dans un riche sanctuaire- ionien , la 
merveille de la citadelle était pourtant le temple d'Athéné Par- 
thenos, fils des vieux iemplos doriens que nous admirons encore 
en Sicile et à Paisium. 

Ce mélange domine dans toute la civilisation d'Athènes. Si les 
anciens logographes ioniens fondent l'histoire , c'est Hérodote 
d'Ilalicarnasse, ville dorieune, qui , après avoir voyagé dans une 
grande partie du monde connu , vient l'acclimater en Attifjue. Si 
la philosophie balbutie on lonie ses premièi*es vérités et ne perd 
dans des rechei-chos aventureuses et prématurées sur l'origine 
des choses et sur le système du monde, c'est un Athénien , So- 
crale , qui la ramène à lotudo féconde de l'âme humaine. L*élo- 
quence semble plus particulièrement le champ réservé au génie 
allique ; elle naît pourtant de la sophistique, qui était une in- 
vention étrangère importée par Gorgias de Léontium et d'au- 
tres. Ainsi, les productions les plus originales de l'esprit athénien 
ne se comprennent pas sans les éléments divers qui leur ont 
donné naissance, sans l'auditoire actif et intelligent venu de 
toutes les parties du monde grec pour en avoii* les prémisses. 

Athènes même, tout en restant par ses écoles un centre célè- 
bre de savoir et d'éducation , s'épuise vite , et c'est ailleurs , au 



INTRODUCTION. 

intact d'autres peuples , «jud le géaie gfec se développe d^uae 
m nouvelle. Uae lois l'OrieQt ouvert par les conquêtes 
d'Mexandre , les capitales des royaumes foudés par les succes- 
seurs du conquérant macédouieu deviennent comme autant de 
vastes caravansérails scientiQques où , en présence d'idées abso- 
^■pmeni nouvelles . la curiosité s'éveille et les facultés critiques 
^vaiguisent. C'est surtout à Alexandrie que , grâce à la protection 
Hidairéedes Ptolémées, des milliers de volumes s'entassent à la 
bibliothèque, et qu'au musée de nombreux professeurs ouvrent 
les cours sur toutes les branches lu savoir humain. La critique 
les textes, les études sur la grammaire, sur la. langue, sur les 
itiquités de toute esp^^ce , sur la géographie , ?îur les religions , 
fur la philosophie, font des pingivs tels , que , sans le secours de 
'érudition alexandrine, il nous manquerait bien des lumières 
à l'intelligence des œuvi-e§ de la grande époque. Si 
te n'acquiert pas une célébrité égale , elle a pourtant , elle 
buesi , ses savants, et donne naissance à une école de sculpture 
[ui nous a laissé des chefs-d'œuvre. 
A quoi bon insister ? I«e génie grec n*est pas plus attaché k un 
lint particulier du bassin méditerranéen que le navii^e ne l'est 
jjorl. A chaque instant il se déplace. Après avoir brillé dans 
Graude-Grèce et conquis Rome, qui lui doit tout son éclat litté- 
raire et artistique, il revient, une fois l'empire mmain tombé, 
concentrer de nouveau autour de TArcbipel ; mais si , trans- 
trmc par ie christianisme, il éclaire d'une lumière nouvelle 
d'Asie aujourd'hui désertes , alors si florissantes et si 
, peu- à peu . devant la barbarie , il se resseiTe et se ren- 
ferme dans Byiance. C'est là que s'accumulent les manuscrits , 
les statues, les lableaui , toutes les merveilles qu'on peut arracher 
au sol de la Grèce livrée aux invasions des Barbares ; c'est de là 
qu'au quinzième siècle le génie grec, changeant enœre une fois 
de patrie , s'échappera de Constantinople pour venir rayonner 
tur rOixidenU Aujounl'hui même c'est, i»our \Grj Hellènes, Cons- 
itinoplequi est la capitale vraie de la Grèce. Sur quatre millions 
l'iudividus duut se comftose la race grectjue , un million et demi 
culenmnt habite ce qu'on est convenu d'appeler la Helladetl)* Les 
lires, riches et prospères, ont fondé de nombreuses communau- 
à Salonique, â Constantinople, k Smyrne , à Alexandrie, au 
'Caire, à Marseille; presque toutes les villes grecques sont des 
ports incessamment reliés entre eux par des centaines de navi- 



(l) Ceci était ^rlt &vaat les d^iaious de la cooféreace de Berlin. 



xtv 



INTRODUCTION. 



Si l'Atlique . au cinquième siècle , semble la capitale reco: 
de l'esprit grec, (''osUju'elie est niomontaïK'miiat Je centre où tous 
les raembi-os de la famille hellénique, dlspcisôo sur les rivages 
la Méditerranée, apportent incessamment leurs idées et leurs cré 
tions. Les œuvres mômes les plus particidi^ros du gôniealhéni 
ne se seraient pas produites sans ce concours universel de tout 
les intelligences, et, loin do s'oxplii]uer \tav ellos-mémcs , ell 
portent sans cesse la trace des emprunts. Le dithyrambe d'où ost 
sortie la tragédie venait d'Asie, avec le rulte de Dionysos 
n'appartenait pas en jtropi*e à Athènes. Si ses poètes passent po 
avoir inventé le drame proprement dit , r'est-k-dire le dialo; 
tragique, il y avait repeiidant k ce sujet des réclamations deî? 
Doriens. C'est aux Dorions, sans contestation, qu'on devait les 
chœure, et , chose bizarre , c'est devant des oreilles attiques qu'à 
un moment donné on ititerrom^Kiit la marche de l'action pour 
faire entendi-e des chants, où, dans une langue de convention, o 
sentait pourtant encore l'iïiflueuce du dialecte primitif, 
môme, avec la mobilité d'nne race vouée aux relations ma 
times, les Ioniens d'Athènes avaient abandonné la cigale d' 
et les vêtements flottants de leurs ancêtres pour adopter le co 
lume plus court et plus agile des Doriens. El si, sur rAcropol 
Alhéué Polias était adorée dans un riche sanctuaire- ionien 
merveiLe de la citadelle était pourtant le temple d'Athéné Par- 
thenos, fils des vieux temples doriens que nous admirons enco 
eu Sicile el à Piestum. 

Ce mélange domine dans toute la civilisation d'Âthcnes. Si l 
anciens logographes ioniens fon<leJit l'histoire , c'est Héi*odoi 
d'Iialicarnasso, ville dorieune, qui , ajtrôs avoir voyagé dans 
grande partie du monde connu , vient l'acclimater en Attique. 
la philosophie balbutie en lonie ses premières vérités et se pe 
dans des recherches aventui*euse8 et prématurées sur l'origine 
des choses et sur le système du monde , c'est uu Athéiiien , So- 
crate , qui ia ramène k l'étude téconde de l'àme humaine. L'élo^J 
quonce semble ]»las particulièrement le champ réservé au géni^H 
attique; elle nait pourtant de la sophistique, qui était une in- 
vention étrangère importée par Gorgias de Lêontium et d'au-^J 
très. Ainsi, les productions les plus originales de J 'esprit aihéoiedH 
ne se compreiuiont pas sans les éléments divers qui leur out^ 
donné naissance , sans l'anditoire actif et intelligent venu de 
toutes les parties du monde grec pour en avoij* les prémisses. 

Athènes nicme, tout en restant par ses êooles un centre célc- i 
bre do savoir et d'éducation , s'épuise vite , et c'est ailleurs , au 



INTHODOCTION. 



X? 



^ 



coatact d'autres peuples, que le géuie gfec se développe d^une 
fawri nouvelle. Uae lois l'Orieut ouvert par les conquêtes 
d'Alexandre , les cuipitales des royaumes loudés par les succes- 
seurs du conquérant macédonien deviennent comme autant de 
vastes caravansérails scientifiques où , en prônence d'idées abso- 
lument nouvelles , la curiosité s'éveille et les facultés critiques 
fi^aiguiseul. C'est surtout à AJexandrie que , grâce à la pi*()tectiou 
éclairée des Ploléméos, des milliers de volumes s'entassent h la 
bibliotbêque, et qu'au musée de nombreux profeî*senrs ouvrent 
des cours sur toutes les branches du savoir humain. I^ critique 
des textes, les éludes sur la grammaire, sur la. langue, sur les 
antiquités de toute espèce, sur la géographie , tiuv les religions , 
sur la philosophie, font des progn^s tels^ (|ue , sans le secours de 
l'érudition alexandrine, il nous manquerait bien des lumières 
nécessaires k l'ititelligence des œuvres de la grande époque. Si 
Pergame n'acquiert pas nue célébrité égale , elle a pourtant , elle 
aussi , ses savants, et donne naissance à une école de sculpture 
qui nous a laissi'i des chefs-d'œuvre. 

A quoi bon insister ? 1^ génie grec n'est pas plus attaché à uu 
point particulier du bassin miVlilerranéon que le navire ne Test 
au jiort. A chaque instant il se déplace. Après avoir brillé dans 
la Grandc-Grèc-e et conquis Rome, qui lui iloit tout son éclat litté- 
raire et artistique, il revient, une l'ois l'enipiro romain tombé, 
se concentrer de nouveau autour de l'Archipel ; mais si , trans- 
formé par le christianisme, il éclaire d'une laraitn'e nouvelle 
ces pliiges d'Asie aujourd'hui désertes, alors .si Qorissiintes et si 
peuplées , peu- à peu , devant la barbaine , il se resserre et se ren- 
ferme dans Byzanco. C'est là que s*accunuilenl les manuscrits, 
les staLue.S| les Uibleaux , toutes les merveilles qu*on peut arracher 
au sol de la Grèce livrée aux invasions des Barbares ; c'est de là 
qu'au qninzii:^mo siècle le génie grec , changeant encore une fois 
de patrie , s'échappeni de Constantinople pour venir rayonner 
sur rOccideat. Aujouid'hui même c'est, ixiur les Hellènes, Cons- 
tantinople qui est la capitale vraie de la Grèce. Sur quatre millions 
d'individus dont se compose la race gi*ecque , un uiilUou et demi 
ieulement habite ce qu'on est rx}nvonu d'appeler la Hetlade (t). Les 
autres, riches et pros{>èros, ont fondé de nombreuses communau- 
â Saionique, ii. Constantinople, à Smyrne , à Alexandrie, au 
, h Mai'seillej presque toutes les villes grecques sont des 
incessamment reliés entre eux [>ar des centaines do navi- 



(Ij C«ci était écrit Avani les d4ciaiout d« Ia conférence de Berlin. 



XVI 



INTRODUCTION. 



res. Tout Hellène est familier avec la mer , et, dans le royaume 
de Grèce môme , l'aride rocher de Syra , où se croisent phisieurs 
routes maritimes, a presque conquis l'importauco d'une capitale. 
Ainsi, à quelque point de vue qu'on étudie les Hellènes, si ToD 
. veul les connaître à. fond , on est amené à les considérer comme 
ctaut foncièrement et inTtvoc.iblement marins. 

Parmi eux j le peuple le [ilus voyageur, le plus aventureux , 1^ 
plus adonné à la mer, ce sont les Ioniens; c'est à Athènes 
le caractère ionien a reçu son plus complot développement et qii*il 
a manifesté toutes ses qualités et tous ses défauts. * L'Attique. 
dit M. E. Curtius {!), forme la liaLsoit entre le pays des Balkans 
et TAsie Mineure ; le continent propremont dit se termine avec la 
chaîne du Kithérou et du Parnès ; tout ce qui se trouve situé 
plus au sud n appartient plus an système septentrional. F^e Pen- 
télique et l'Hymcttc sont , comme l'île escarpée do l'Eubée , des 
fragments de ce grand système luontagneus qui , disti'ibué en 
groupes d'iles , traverse la mer dans la direction de l'Asie Mi- 
aeui'e... C'est [tav suite de la formation récente, qui a donne nais- 
sance au noyau de la GHîco propi-emont dite, que l'Attique esl 
devenue un membre du continent septenlHonal ; par sa natui*e, 
la [téninsuie est loujoui's restée partie iulé^jM-aiite du monde des 
îles, it 11 dit ailleurs (2) : « L*Attique, qui s'avance complètomenl 
dans la mer, est une péninsule rirlie en golfes , un pays dont le 
sol sec et rocheux n'est lei'ouveit que d'une mince couche de 
terre ; elle est entourée par ratraosphère Lranspai-eate et brillante 
du monde des îles , auquel elle appartient par sa position et parj 
son climat. Ses montagnes se cintinuciit dans la mer et formenl 
la rangée intérieure des Cyclades, nomme la rangée extérieure 
xine prolongation de l'Eubée. i> 

On sait que le Pirée était primitivement une île rattachée ph 
tard au continent par le retrait de la mer et par les alluvioas, 
donnèrent naissance h la plaine basse et marécageuse do Pha- 
lèi*6 (3). Les grands hommes d'Etat, qui comprirent si admira- 
blement le rôle que devait jouer Athinie-, regrettèrent sans doute] 
vivement qu'elle ne fiit pas restée une île, ce qui eût dunné h sOU 
histoire une ressemblance encore plus grande avec celle de TAfl-J 



(1) Siebeii Harien lur Topographie von Àtli^n. tiotiia 18B8 ErUutemde Tt^\ 

p. 5. 

(2) Griech. Gesch., I. I , p. 9. 

(3) StraboD . l, 3, Iti : t6v Hstpaid vt^^tUîCovtoi irpâtepov %aX lUpeiv t4}; AR|tJ 
ttct^uvov oCto»; fOffiv ô^o)Ji«9ft))v<xi. fline. U. jV., li, Ko. Suidas, x. r. {jtGapo; ■ ^' 



INTIIODUCTIOM. 



XVII 



gleterre dans les temps moderues. Nous savous que ces rep;rots 
étaient coinmuaémout exprimés pai- les Athéniens eux-mêmes , 
qui avaient une conscience exacte de la mission historique de 
l'Attique. « Si les Athéniens, maîtres de la mer, hahitaient une 
iie, » disait un de leurs publicistes (1), • ils pourraient à leur gré, 
tant qu'ils domineraient sur mer, faii'e du mal à leurs adversaires 
sans s'exposer eux-mêmes, sans laisser ravager leur pays cl sans 
avoir à craindre une invasion... Cette faveur leur ayant été re* 
lusée dès l'origine, voici ce qu'ils font : forts de leur empire 
maritime, ils déposent leui's biens dans les îles et abandonnent 
l'Attique à la dovast^ition, certains que s'ils se laissent émou- 
voir par ces ravages, ils se verrout privés de biens plus im- 
portants. » 

Les chefs de la politique athénienne se montrèrent eu effet 
préoccupés avant tout de faire d'Athènes et du Pirée une sorte 
d'îli» arliliciello inaccessible du côté de la terre et en communi- 
cation assurée avec la mer, Thémistocle ^2), en rebâtissant après 
le dépai't des Perses les murs d'Athènes, entoura la péninsule du 
Pirée d'un mur qui enfermait les ports et la ville et qui suivait 
tout le contour do la côte. Vingt ans après environ, on dérida de 
iréuuir h la ville non seulement les nouveaux bassins, mais l'an- 
cien \iOvi de Phalère , et l'on construisit pour cela un mur de 40 
Stades de long {v> poptiov tiîx^ç) , depuis le mui- sud-ouest d'Athènes 
jusqu'au niur d'enceinte nord du Pirée, et un second long de 35 
jusqu'A l'extrémité est de la baie de Phalère (-ri «taXïiptxîïv 

p;). Plus lard, sur le conseil de Périklès et pour empêcher que 
['ennemi n'interrompît les comnuinicaliuns en se glissant entre 
ces murs trop écai-tés , on on construisit un troisième {rh 5iât [u<joo 
TiT/oc ou t6 voTtov tïîx^ç I qui d'Athènes coui'ait pai^aliclement au 
,inur nord, dont il était distant d'environ 600 pieds, cl allait re- 
juindre les rem|»arls du Pirée au-dessous de racropole de Muny- 
rdiio. Le vérilablo rôle de cet ensemble de fortiûcations était 

isoler Athènes du continent et de la réunir h la mer. Aussi 
lularque a*t-il dît, en parlant de Thémistocle i3) : « Il fil dépen- 
ia ville du Pirée et la terre de la mer. * 

On comprend dès lors à merveille cette xwliliqnc ou apiwirence 
[désespérée, dont il fut Tauteur au moment de lluvasion des Por- 



(1} [Xén,] De rtpubl. atk.. î, 14 et IC. 

(2) C. Bur«(&n, G^ograptiit non Criêchêniafui , Leipitig , 186-J . 1" toI., g 11 * 

(3) Vit. TKtm., c. l'J : tV iE<i)tv ^4** ^^û TliipattA; xal tV)v t'Iv x1^ 6%>iTir,;. 

2. 



XVIII 



INTRODUCTION, 



ses et qui consistait à abandonner, en vertu d*un oracle obscuri 
le sol de la patrie et à ne compter que sur la flotte. C'est cette 
même [MDiitique que suivit avec tant de succ^^s Périkiès, au début 
de la guerre du P6Ioi>onèse . quand il fit entrer toute la popula- 
tion dans l'enceinte fortillée et, assurant avec un soin Jaloux la 
domination maritime d'Athènes, laissa impitoyablement sac- 
ca^or rAtti(|ue. C'est cette poliiique qu'Aristophane fait expri- 
mer par Eschyle dans le stylo un peu amphigouri(iuo des ora- 
cJes (M : « Les AthiMiieus seront paissants lorsqu'ils regarderont 
le territoire des ennemis conmie le leur et le leur comme celui 
des ennemis , leur flotte comme leur vraie richesse et leurs fi- 
chasses comme rien. » Kt en effet Athènes ne réside pas en Atli- _ 
que; elle est sur la Hotte qui croise dans ]'Archi[>e1. Cela est sifl 
vrai qu'à la Un de la guei re du Péloponèse la faction oligarchique 
qui s'était emparée du pouvoir à Ath&nes no put s'y maintenir, 
parce qu'elle avait contre elle l'escadre stationnant <^ Samos. C'est 
vraiment sur la flotte avec la multitude des rameurs et des mate-, 
lots qu'est l'Ame (^Ath^n0S. 

Si Ton veut se rendre un compte exact de ce qu'était Athèm 
au cinquième siècle avant l'ère clu'étienne, il faut lire le mémoire 
de M. Kôhler sur l'histoir-e de la ligne délo-athonieune {2\ et jeter 
un coup d'œii sur la carte, dont il a accompagné , dans ses /n-s-j 
ci'iptiotu aliiques, la fiubjication des documents relatifs aux tributs. 
Athènes est en ce mouient le centre d'une '^vaxnXù confMêration 
maritime divisée financièrement eu cinq provinces et qui coin-< 
prend : les lies, la Thrace, rHellespont, l'Ionie et la Karie. C'esti 
de cet empire maritime que dépend la puissance d'Athènes, à 
fois si eitraordinaire et si fragile : son existence m^me repose suri 
la durée de ce vaste édifice , qui ne peut être maintenu que par] 
une Hotte nombreuse, et voilà pourquoi la prospérité d'Athènes 
est suspendue au caprice des flots, des vents, aux chances d'un dé- 
sastre maritime. Sans les ressources mises à la disposition d'Athè-] 
nés par celte coalition de presque toutes les villes maritimes groo^ 
ques sous sa direction, sa grandeur est inexplicable; la perte] 
pi*esque instantanée de cette grandeur ne s'explique à son tour 
que par le peu de solidité d'un tel empire. 

Après avoir contribué plus que personne à défendre contre les 
Perses l'indépendance hellénique, Athènes se trouvait désignée. 



(l)Cf«i., V. 1463 tlôtl). 
(2) PhHnUiyûchî und hislorùctie Abhandiungen der konigiieken Akadêmiê' 
Wiisemchaften iu BMin, t809 , 3*'- Abtheiiung , p. 1-210, 



niTROOUCTION 



XfX 



I 



par le nombre iJe aes ua vires , par réminence de ses stratèges et 
de ses hommes d'Etat , par son ilôvouemont al par rêclal de ses 
victoires, pour prendi-o en main la continuation de la guon-e 
contre les barbares. Aussi quand les Spartiates, traliis par 
leurs généi-aux et dégoûtés d'expéditions lointaines pou con- 
formes à leurs habitudes , se retiK^rent de la lutte , Athènes fut 
nalurellemont appelée au premier rang par les sympathies des 
Ioniens. La grande habileté des hommes politiques d'Athènes 
consista à transformer une ligue passagère on une association 
l>ermanente et à diminuer de plus en plus Tinlluence des alliés 
l>our accroître celle de leur (latrie. Us surent leur pei-suadcr que, 
pour tenir détinitiveuieut en échec les lloUos phéniciennes et 
leur interdire Tacccs de TAi-chipol, toutes les villes maritimes 
devaient mettre en commun leurs ressources et former une es- 
cadre combinée toujours prête à pi-ondrc la mer. Aj'istide déploya 
beaucoup d'équilc, d'adresse, de sens politique pour jeter, âi la sa- 
tisfaction de tous, les hases linancièi'es de ce grand établissement. 
Le transfert de la caisse de Délos à Athènes (454 av. J.-G.} marqua 
iS la ligue une véritable révolution causée par la prépondérance 
16 cesse ]>lu& grande d'Athènes et par la substitution de son au- 
torité à la volonté libre des alliés. 

Sous Périkjès, malgré les haines et les jalousies soulevées par 
d'inévitables exc^s» ujaigrô la ri''sistanco des cités autonomes k 
acc^pter^ le danger une fois évanoui, des sacrilices pécuniaires et 
une suprématie étrangère, on vil se produire un n?marquabîe 
spectacle. De Chalrif? U Smyrne , de Théra à la Thrace s'étendait 
un vaste empire maritime qui reconnaissait Taulorité d'Athènes. 
Des esr^res où le nombre des alliés était devenu insignifiant, 
dont les navii-es sortaient des chantiers du Pih^o et qui étaient 
montées par la population de TAttique, croisaient sans cesse, mon- 
trant sur toutes les oîtes le pavillon athénien. Elles levaient les 
tributs ^ effi-ayaient les villes retardataires, punissaient souvent 
arec un égoï-^me cruel les révoltes, réprimaient la piiaterie et pro 
tégoaient le commerce en le dirigeant autant que possible vers le 
Pirée. Do tous les i>oinl8 de l'Archifiel , l'argent, les sciences, les 
arts convergeaient vers Athènes, comme vars la rapitale naturelle 
'do la Grèce ; les alliés semblaicîit avoir renoncé h leur indépen- 
dance et se reposer de tout sur la glorieuse cité qiii les protégeait 
mti-e les retours urtuiisifs des barbares. 

Non seulement Aibcnes était présente [»artout par ses flottes, 
laxs elle fuiv^il s-os sujets k venir sans cesse au Fii-ée pour sou- 
leitrd à son arbitj'ago toutes leurs affaires importantes. Si ellû 



XX 



lyrRODUCTION. 



leur avait laissé leur autonomie politique , elle avait confisqué k 
son profit leur ind<^pondance judiciaire. On a beaucoup ri do la 
constitution des tribunaux athéniens , où des juges faméliques se 
pressaient [mr milliers, avides de toucher leur triubolo, comme si 
l'esprit de chicane régnait à Athènes plus qu'ailleurs. On n'a pas 
vu qu'il s'agissait non d'une ville isolée , n'ayant à régler que les 
contestations nées entre ses citoyens, mais d'mie caiiitale où tous 
les procès un peu considérables do la Helladc maritime venaient 
se dénouer. Tous ces citoyens, qui avaient laissa* mettre leurs 
noms dans Turue et subi la dokimasie, administraienl en i*éalité 
une grande {«irtie du monde grec. C'é.lait un instrument de do- 
mination que cette juridiction si étendue d'Athènes. Gi-âce à elle, 
on n'avait pas besoin d'envoyer dos gouverneurs dans les villes 
soumises , et pourtant celles-ri sentaient toujours présente la 
main du grand peuple qui les dominait. « Si dans les villes, » di- 
sait l'auteur de V Ecrit sur l'Eiat drs AMniens (l) , « l'autorité est 
entre les mains des riches et dos puissants, l'empire de la démo- 
cratie athénienne sera do courte durée. » Il faut donc, continuait- 
il, atteindre ceux qui sont défavorables aux intérêts d*Athènos» 
«Or, sans nous déranger, nous avons le moyen d'administrer les 
villes alliées, el c'est grice à nos triltimanx que nous pouvons ])ro- 
téger les amis de la démocratie et perdre ses ennemis. « 

Cette situation toute parliralière d'Athènes n'explique pas seu- 
lement son organisation judiciaire et riinporlanco de ses tribu- 
naux, mais aussi sa constitution politique et les progn'^s de la 
démocratie. Son histoire intérieure reçoit directement le contre- 
coup de toute son histoire extérieure. Chose di^ne do remarque ! 
Les descendants dos anciens Eupatrides ne s^associérent jamais de 
cœur au développement de la puissance maritime do leur fiatrie, 
et, tandis que les républiques cominenvintcs de ritalio, an moyen 
âge, avaient à leur tcte une puissante oligarciiic, ici c'est la dé- 
mocratie qui a fait et soutenu la grandeur navale d'Athènes, dont 
le sort était indissolublement lié h son existence. On n'a pas assez 
réfléchi, dans les critiques qu'on a faites de la démocratie athé- 
uioune, qu'elle est une conséquence nécessaire des circonstances 
historiques. Elle aurait pu éti-e meilleure et plus sage ; mais il 
fallait qu'elle fût, et, sans elle, Athènes n'aurait pas existé. C'était 



(l) De W«yi. aih., I, U : il ii i^^iJ^ouaiv qI tc)io'j(Iioi x«l loxypol iv rate :riîts<nv « 



INTRODUCTION*. 



XX] 



^ 



lé résulUit forcé de Ja jiolitique extérieure inaugurée par Tbômis- 
iode, comme l'iadique Fiulaixjuo eu tenues assez dtklai>^neux (1) : 
■ U relera le peu|»le aux dé[>ens de l'aristocratie et Je remplit d'au- 
dace, car le pouvoir {>assa aux mains des matelots, des kêleustes 
«i des timouiers. » C'est ({u'cn ell'et ces matelots avouent sauré, à 
Salamine, la liberté hellénique; c'est que tous les jours ils par- 
couraient TArchipol , bravant les flottes ennemies et faisant la 
police des mers; ils >avaient bi«Mi qu'ils étaient en réalité la force 
ei le soutien de l'Etat. Ils leuaieat donc énergiquemenl à Téga- 
lilô. à l'eiercice de leurs droits de citoyens, à leur i>art do celte 
patrie qui leur devait son salut , sa prospérité, sa gloire. Aristote 
a eu raisou de dire (2| que, si la démocratie athénienne a grandi, 
« ce n'est i>ôiiU [lar la volonté de Selon , mais par le concours des 
circonstances ; eu effet , le ^teuple , ayant été la cause de la supé* 
riorilé d'Athènes sur mer pendant les guerres modiques, s'enot^ 
gucillit et écoula des démagogues dangereux , malgré Topposilion 
de» honnêtes gens. > Et ailleurs pj, l1 explique que la démocratie 
peut avoir différents soutiens; < ici ce sont les j>aysaus, là les 
gens de mer... comme les pécheurs â Tarentc et à Byzance; à 
Athènes, l'éi^uipage des trières. ■ Anssi l'auteur de l'Ecrit sur 
('Etat des AihtnUns insiste-t-il avec raison sur les conditions qui 
faisaient de Texislence de la démocratie une œuvre de justice 
et sur rattachement que lui portaient les marins de la flotte de 
guerre i4). « A Athènes, les pauvres et le peufJe ont plus d*in- 
fluence que les nobles et les riches, et cela est juste, f^arce que c'est 
le peuple qui rame sur les navires ci assure la puissance de la 
République; en effet, ce sont les timoniers, les kêleustes, les 
pcutékontarques , les proratai , les charpentiers qui ont lait la 
grandeur de la cité , bien plus que les hoplites , les nobles et les 
lionnêtes gens. Dans ces circonstances, il est équitable, semble-l-il, 
que tous i>articipent aux charges électives ou tirées au sort, et 
que tous les citoyens puissent à leur gré prendj-e la pai-ole. « 



(I) fit. TKem,, c. 19 : Wrv xai tôv S^^lov Tï-iÇtîO^i lorè t«v &p{<rcb>v xai Bpâocvc 
(î) Poi., Il . |-1> 4. 6d. P. Siiseinihl. Leipzig. I87'2 : çai^ctst 4'où urrà r^v £6- 

ivTîKoJkiTcuo^ivuiv lûv (TCietitûv, Cf. VI. 4, 3 : ^ tVtXi^ 6uv{i)li; xaivavrix'^ Irc 
jMKfiTnii' BÂiLfraY. 

t) t^id^^ VI , 4 . 1 , olov Sf,tA«u (tiv clîr,. iv ^-* ol "iitapfKtX, ... (Dlo hi Ta mpi 



XXil 



INTHODUCTIOW. 



Aussi Toyoîis-nous toujours le parti démocratique s'intéresSr" 
vivement à la grandeur niarilime tl'Ath6nes; c'est à la suite de 
désastres sur mer que Toligarchie reprend l^avanlage. Quand» 
à la Rn de la guerre du Péloiionèse , Théramène rapporte les 
coudilions de ixiiï offertes par les Larédémoniens, démolition 
des longs mura et de Tenceinte du Pirée, li\Taison de la flotte, ■ 
les stratèges ot les taxiar^jnes s'y opposent vivement ; « ce n*esl 
pas, dit Lysias (1| , qu'ils eussent pitié de ces murailles qui 
allaient tomber , qu'ils prissent souci do ces navires qu'on allait 
livrer aux Lacédémoniens (rien de tout cela ne les touchait plus 
directement que chacun d'entre vous); mais ils voyaient bien que 
de cette façon la démocratie succomberait, n Aussi le peuple 
athénien n'avail-il rien de plus cher que sa flotte; il la consi-^ 
dôraif conimo la condition môme de son salut, u Je pense, disalifl 
Déraosthène (2), ne pas rencontrer de contradicteurs en déclarant 
que la prospérité passée et présente de la ville ou ses malheurs h 
proviennent de la possession ou de l'absence de lri«*i-es... Nos| 
aucêtres , qui ont bâti les Propylées et le Parthénon , qui ont 
embelli avec le butin fait sur* les barbares les autres sanctuaires 
dont nous sommes tous justement flers, ont, vous le savex parla 
tradition, abandonné leur ville; enveloppés à Salaniine, c'est parce 
qu'ils possédaient des trières qu'ils ont pu , par une victoire na- ^ 
vale, sauver leurs biens et leur cité... Daus la guerre de DécéIie,B 
malgré les terribles désastres qui ont affligé la ville, ils ne furent 
atteints par la guerre qu'après Tanéantissemeut de leur marine... 
Dans les dernières hostilités contre les Lacédémoniens, vous sarez' 
à quelle extrémité la cité était réduite, quand on croyait que vous 
no pourriez pas équiper d'escadre; OJi vendait, vous vous en sou- 
venez, jusqu'à Ters. Une fois l'escadre on mor, vous avez fait la, 
paix comme vous le vouliez. • Ainsi , quand la jiuissance mari 
time d'Athènes était ébranlée, c'étaient la ruine et la famine qui 
menaçaient la cité ; on conçoit donc que le peuple dût y t 
comme h sa propre existence. 

Si la constitution démocratique d'Athènes dépend de sa domi- 
nation sur mer, il en est do môme de sa situation économique, 
do l'équilibre entre ses receltes el ses dépenses. Athènes, en effel, 
n'éLiit p,'is un Etiit tirant de son sol ou de sou industrie ses res- 
sources , ot gn\co à elles se suffisant à lui-môme. Elle atioudait 
(oui du dehors , el, quand ses tritures ne lui apportaient pas d' 



(!) C. À'joratot, { M. Cf. C. Ergoklés, { IK 
(î) C Amtrnt , p. f/)7 i^t stiiv. 



mTHODUCTION. 



xxw 



I 
I 
I 



geiii , ses réserves une fois épuisées, le ti-ésor restait vide. On se 
dcmaude comment un si (lelil peuple a pu élever les magnifiques 
Q^onuments qui décorent encore aujourd'hui l'Acropole, suffire à 
tant de |K)mpe9 sacrées , aux représentations théâtrales les plus 
brillantes et (jui pourtant étaient gratuites, enfin soutenir des 
guerres dont les (rais semblaient devoir être ruineux. C'est que la 
confédération détienne était une source inépuisable de revenus. 
Il y avait bi»3n à Ath6nes certaines taxes sur les mines , sur les 
marchandises vendues , des droits d'ancrage , etc. On avait con- 
servé la coutume d'imposer aux citoyens riches, — et souvent la 
charge était loui'de, — certaines liturgies, triérarchie, chorégie, 
gymnasiarchie, etc. , dont ils s'acquittaient souvent avec une pro- 
digalité ruineuse par amour-propre et pour se ménager la faveur 
de leuj's concitoyens ; mais, en réalité , la conception de la cité 
athénienne n'est pas celle d'un £tat dans lequel les membres de 
la communauté en supportent proportionnellement les charges. Le 
méi^que payait h l'Elai une taxe comme équivalent de la tolérance 
et de la protection dojit il était l'objet. Le citoyen athénien se fai- 
sait gloire non .seulement de ne pas payer d'impôt, mais do tirer 
de l'Etat certain» profita; et cette prétention se conçoit. Tandis 
qu'il manœuvrait comme ramem* ou comme matelot les trières 
de la République, il n avait point le temps de cultiver son champ 
ou d'exercer son commerce; pondant qu'il siégeait dans les tri- 
bunaux et qu'il faisait sentir aux alliés la puissance de sa patrie, 
il ne gagnait pas sa vie. Si donc il consacrait sa peine à conso- 
lider et à maintenir Tempire d'Athènes, il trouvait juste que l'Etat 
rémunérât ses efforts; il voulait s'asseoir gratuitement au théâtre 
de Dionysos, prendre part aux sacrifices, et, s'il croyait équitable 
d'«mpâcher qu'on ne louchât au fonds théorique, c'est qu'il 
l'avait gagné. 

Les véritables ressources d'Athènes consistaient dans les tributs 
levés sur les alliés , d'abord sous le uom de f<ifoi , ensuite , après 
les désastres de la guerre du Péloponèse, sous la dénomination 
plu» douce de ffuvrotUts; or, ces tributs, c'est le citoyen athénien 
qui, par sa bravoure et son activité, en assurait le paiement 
régulier : il voulait donc en avoir sji |iarl. Il exploitait avidement 
l<^s alliés, et leur argent était son bien. Périkiês ne faisait que 
poussera l'oxcts ce sentiment d'orgueil, lorsque, après avoir cons- 
truit tant d'admirables monuments aux frais des alliés, il déclarait 
n'avoir point de comptes à rendre. C'est à ce point de vue que se 
plaça toujours le peuple athénien, et de li'i vient le malentendu qui 
s'éleva entre lui et Démosthcne à la un du quatrième siècle. Après 



jair 



INTRODUCTtON. 



la dissolution de la seconde confédération maritinie, Athènes 
pouvait encore ^Ire jinissaiite ; mais k l'avenir elle n'avait plus à 
compter que sur elle ; îl lui fallait se restreindre, trouver ses res- 
sources en elle-même et régler ses dépenses. Désormais le fonda 
théorique n'avail plus de raison d'être , puisque , comme les au- 
tres cités , Athènes était réduite à demander h ses citoyens de la 
faire vivre. Mais le peuple ne sut pas le comprendre et» bercé par 
les souvenirs du passé , il contiiuia à se repaître d'illusions; il 80 
croyait encore au temps ou les tributs lui arrivaient de tous Ira 
points de la mer Egée. La grande réforme que voulait accomplir 
DémostliMïe échoua , et Athènes [lérit pour n'avoir pas su se 
transformer. 

II serait facile de montrer combien , pendant toute la ixniode 
de sa splendeur, Athènes portait, vivement imprimé, ce caractère 
de ville maritime, centre d'un grand empire. Il éclate dans les 
mœurs m^mes des Athéniens si souvent décrites et dans leur lit- 
térature. Ils apimlaient A eux toutes les idées du dehois, taudis 
que les Doriens restaient étroitement confinés dans leur territoire 
et dans leur nationalité. « Les Hollf^nes , * disait l'auteur de 
VEcrii sur CEtfii dru Àthénkns \{] , ont chacun leur langue, leur 
manière de vivre, leur aspect ; les Athéniens olfrenl un mélange 
de ce qu'on voit chez tous les Hellônes et mémo chez les barba- 
res. » Si en effet nous nous reportons à ces jours de fête si agréa- 
bles et si glorieux pour le citoyen athénien où l'on représentait 
les pièces de théâtre , nous voyons que c'étaient là des spectacles 
auxquels on accourait de la Grèce tout entière. Aussi le Démos, 
si patient d'ordinaire et si disposé à se laisser attaquer et bafouer 
par ses poètes comiques, leur défondait-il énergiqueraent de le 
calomnier devant les représentants des villes. Il y a avait \h un6 
raison d'Ktat on jeu ; le maftre ne doit pas se déconsidéi'or devant 
SOS sujets. 

8i mdme, dans ce grand public^ nous isolons par la pensôe 
le noyau des spectateurs athéniens, les pièces qu'on leur ofTi^ 
nous renseignent exactement sur leurs habitudes et sur leurs 
mœurs. Ceux qui s'asseyaient pour écouter les comédies d'Aristo- 
phane venaient de débarquer des trières ot allaient y remonter : 
c'est un divertinsenienl qu'on leur procurait entre tleux expédi- 
tions. Aussi une foule d'allusions et de métaphores qui nous ar- 
rêtent, qui nous semblent froides et obscures, devaient-elles faire 



INTHODUCTIOH. 



XXV 



rûssaîllir d'aise les derniers survivants de Salamine et de l'Eury- 

lédoo , les jeunes génératious coniemporaincs de Texpédiiiou de 

►icile , d'/î^os-Polamos et des Arginu^s. C'est uu miroir vivant 

|ue les comédies d*Aristophane, et voiI^ pourquoi les expressions 

nautiques y abondent; ses obscénités mOmes deraienl faire pâmer 

de Joie les matelots; c'est précisément dans les passii^cs les plus 

■ chargés d'ordures qu'il leur emprunte leur langue, comme si|dans 
tous les temps, l'efTetde la vie du bord devait t^lre do développer les 
loslincts obscènes et grossiers. Les comédies d'Aristophane sont 
H faites pour un auditoire de marins; cela explique bien des choses 
Vdout on s'est moqué sans les comprendre, peut-être Sophocle 
nommé amiral à la suite du succès d'une de ses tragédies, sûre- 

I nient les .stratèges choisis comme juges du concours dramatique 
à leur retour d'une expédition. Cela prouve que l'équipaKO avait 
conûance dau» ses chois. 
Athènes est donc au cinquième et au quatrième siècle avant 
Jôsuâ-Christ la ville maritime par excellence. C'est là qu'il faut 
étudier la marine grecque. Les Athéniens étaient extraordi- 
nairement fiers de leurs ports, de leurs arsenaux, de tout cet 
ensemble de constructions qui servit plus tard de modèle aux ar- 
chitectes de Rhodes et quand, dans les Oiseaux d'Aristophane (!}, 
la Hupt-e demande aux deux voyageurs : « Quelle est leur pa- 
trie* • , ils réjondent avec, assurance : « Le pays d'où viennent 
K les belles trières. > C'était l'expresaioa la plus claire et la plus aa- 
^turelle poui- désigner Athènes. 

C'est précisément de la trière athénienne que je voudrais m'oc- 

tcuper dans cet ouvi-age. Les grands monuments qui attestent la 
{fuissance d'Alhèjies, les teni[»les de l'Acropole, les Propylées, le 
théâtre de Dionysos subsistent encore; des architectes et des 
érudits les ont mesures et reconstitués. La trière, sans laquelle ils 
n'existeraient pas, éuùi plus fragile et a disparu. Elle s'est englou- 
tie, ouverte par Téperon ennemi, ou bien, après ses glorieux 
lexploits, elle a été démolie dans les arseuaux. Toutefois nous pou- 
voua être certains d'avance qu'elle iK>rtait dans sa construction 
[l'empreinte du génie attique» si industrieux, si habile à accommo* 
Moyens à la ttn , à faire dépendre la suprême élégance de la 
_e ?K)lidiié. Lii trière devait être une œuvTe de proportions 
loyouues . ingônieusemeul combinée et marquée de ce carac- 



tX) V. 106 



C6e. jftcv al vpi-^tK «t %aXai. 



XXVI INTRODUCTION. 

tère de perfection que l'Athénien imprime à tout ce qu'il touche ; 
il y a donc tout intérêt à étudier en lui-même et dans ses diver- 
ses parties ce navire, frêle instrument de la domination d'Athôneà. 
Quand j'aurai reconstitua la trière dans ses principaux membres 
et , autant que possible , dans ses proportions mêmes , il faudra 
examiner comment la marine était organisée et administrée à Athè- 
nes, ce que nous savons des ports, des arsenaux, du recrutement 
des équipages, du système financier par lequel on faisait face aux 
dépenses de la guerre , du commandement et de la discipline. En 
un mot , après avoir résolu la question technique de la construc- 
tion de la trière, restera à examiner Torganisation de la marine, 
qui tient une si grande place dans l'administration générale 
d'Athènes. Enfin , après avoir retrouvé le vaisseau de ligne des 
guerres Médiques , de la guerre du Péloponèse , des guerres qui 
ont relevé la puissance d'Athènes et de celle qui , engagée contre 
Philippe, en a amené la chute définitive, il faudra montrer la 
trière dans les batailles où pendant deux cents ans, sous des stra- 
tèges pleins de science et de valeur, elle s'est couverte de gloire , 
et refaire brièvement son histoire militaire. C'est là la double 
t;\che qui me restera à accomplir, si la première partie de ce tra- 
vail, la plus difficile et la plus aride, est accueillie sans défaveur. 



Là 

TRIÈRE ATHÉNIENNE 



CHAPITRE I". 



DES SOL'RGES D INFORMATION RELATIVES Al' SUJET. DOCL'MBXTS 
ANCIENS ET THATAUZ MODERNES. 



La questioD des constructions navales dans Tantiquité est une 
des questions les plus obscures de l'archéologie . et , bien qu'elle 
occupe les savants de{>uis la tin du quinzième siècle , elle est 
loin d'être résolue complètement et dans toutes ses parties. Les 
documents qui nous servent à l'étudier ne nous permettent pas 
d'arriver sur tous les points à des résultats précis et positifs : ils 
sont de trois sortes : les textes des auteurs et les explications des 
scoliastes et des lexicographes, les inscriptions et les monuments 
figurés. Il faut sans cesse contrôler les uns par les autres 
fOur remédier aux lacunes et aux împ>erfection« qu'ils présentent. 
C'est à ce prix seulement qu'on peut, en s'interdisant des conjec- 
tures faciles , mais f»eu concluantes . esî>érer en tirer tous les ré- 
sultats qu'ils contiennent. Il est donc important d'abord de se 
rendre compte de la nature de ces documents, du nombre et de la 
qualité des renseignements qu'ils nous fournissent et des lumi^ 
res qu'ïL^ ap[iortent à la question. 

Les seuls textes auxquels, dans un sujet pareil, on doive recou- 
rir avec une entière confiance sont naturellement les texte* des 
auteurs contemporains, c'est-à-dire, pour ce qai rei-'arde la trière. 
ceux des écrivains du cinquième etduquatrit^mesiffcleavant ^éi^n?.- 
Christ. Ceux-lÀ ont vu des trières manœuvrer et combattre: la 
plui/art les ont montées : beaucoup en ont eu sous leurâ ordres. 



LA THIÊHE ATlrtNrBNNH. 

Ils 6n parlent donc commed'unechoscparfaitemenlcoDnued'eu 
et i]s Htaioiit exactemenl au couranl des questions tochaiques qi 
nous nous proposons d'éclaircir. Au contraire, les écrivains jy^slo- 
rieurs avaiejiL sous les yeux une nmrine transformée et nouvelle, 
où la irièrc n'étail plus le vaisseau de ligne ]tar excellence. Nous ne 
pouvons donc accueillir leurs assertions que sous toutes réserve 
et quand , sur les [>oints qu'ils touchent, il n'est jma intervenu dé' 
modifications l'rofondes. Parmi les auteurs du cinquième et du 
quatrième siècle, aucun ne traite explicilemeut de la conslrurtioD 
do la trière; les plus considérablos sont naturellomenl ceux qui, 
comme Hérodote, Thucydide et Xénophon, nous montrent des es- 
cadres en croisière ou en ligne et nous racontent les nombreuses 
batailles dans lesquelles elles se sont couvertes de gloire. Malheu- 
reusement, si leurs témoignages sont précis sur certains points, 
ils ne sont ni aussi abondants, ni aussi complets que nous [«ur- 
rions le désirer, et cola pour doux raisons : d'abord, la trière était 
tellement familière aux citoyens d'Athènes, qui tous avaient Toc- 
c^sion de s'y embarquer souvent, qu'il n'était nul besoin de leur 
en ej£[iliquer les particularités ; ensuite les récits de guerre des his- 
toriens grecs ne sont pas conçus avec cette exactitude scientifi- 
que, qui est un des besoins de l'esprit moderne. Ce qui domiae 
cJiez eux ce sont les considérations psychologiques et morales, 
avec un vif sentiment de l'art et de la comitositioa littéraire. 
Quand Thucydide nous fait assister à une bataille navale , il 
peint à merveille les qualités et les défauts des hommes , leur 
attitude, leura dispositions, leur caractère; iious voyons i)ar les 
discours du commandant son influence s'exercer directement sur 
ses soldats , et , une fois l'action engagée , nous recQvons tour 
à toui' l'impression des sentiments divei-s, des alternatives de ilô- 
couragemont et d'ardeur, par lesquelles passent les combaltantaj 
une bataille ost donc i>our les historiens anciens comme un drara< 
où lesdifTcrentsporsonnages jouent leur rôle selon loui- caractèi 
ils sortent \'iclorieux ou vaincus de l'épreuve, selon qu'ils cal él 
faibles ou forts , protégés ou trahis par les dieux. Nous , au coi 
traire, nous voulons connaître non seulement les causes moral< 
mais aussi les faits matériels, qui déterminent Tissue du comJ 
les questions d'armement, la nature des instruments et des engi 
employés, les cîironstances physiques lionnenl chez nos hisl 
riens un rang qu'elles n'avaient pas chez les écrivains anciens. 

Cette différence de points de vue s'explique d'elle-même, 
l'antiquité, on offol, la guerre n'était pas encore devenue un p 
blême scientifique ; les eugùis mis en œuvre ayant moins de pt 



DES SOURCES D INFOaMATION UKLATfVKS AU SUJET. ô 

mc«, les qufilités individuelles du inaLelot, l'énorgio morale du 
combattant, la valeur personnelle du commandant avaient une 
importance cai>itale. Il est donc naturel que le.« historiens anciens 
insistent là-dossus; mais on comprend aussi combien, sur les 
questions techniques , les renseignements qu'ils nous donnent 
80nl pauvres et insuffisants , Lieu ipren plusieurs circonstances 
Thucydide nous parle dos qualités de la trière athénienne, ou 
môme de tel ou tel vice de construction qui la rend momentané- 

Fenl inférieure à ses adversaires (I). 
Heureusement ce n'est pas senlcnent chez les historiens qu'il 
faut chercher des informations sur la marine athénienne. L'habi- 
tude do la mer (Hait si profonde chez tous les citoyens qu'elle se 
traduit souvent de la façon la plus inattendue, par des compa- 
raisons et des métaphores instructives, dans Eschyle» dans So- 
phocle, dans Euripide, mais surtout dans Aristophane- Le langage 
des personnajyos de la comédie , qui est souvent celui du peuple 
et du bas peu(ile à Athènes , est à rhnque instant rempli d'allu- 
sions intéressantes à la Iritre ot d'expressions nautiiiues. Et ce 
ne sont pas ces flgures toutes faites, passées dans le grand courant 
de la lanjLfuo, comme celles rju'om[doieiit souvent nos j)offtes, sans 
avoir puisé leurs connaissances nautiques ailleurs que dans les 
livres ; co sont des détails précis, des termes techniques sortis de 
la bouche de gens ilu métier. C'est l'i du reslf, i»oar ne pas iusis- 
sr davantage, une i>ariiciilarilé qui se retrouve dans toute la lit- 
ttore attiquû & Vépoque qui nous occupe. Nous n'avons aucun 
TÎvain qui traitées profcs^o le sujet de nos rochorrhes; mai^cUei 
tus nous rencontrons des renseignements partiels épars çA et là; 
j en a janque dans Platon. La tri6re , sut- la4:]uolle reposait la 
lissanco de la cité, est [trésente dans toutes les œuvres du génio 
irni'^n. Si les orateurs, dans leurs plaidoyers et dans leurs dis- 
»ur^ lK)liti([ue5, ne nous donnent quo peu de détails sur sa con- 
LClion , p;irce qu'ils s'occupent surtout du droit public ou privé, 
l'administration générale et de la conduite des affaires, au 
loins sont-ils remplis d'informations précieuses sur l'ofganisa- 
111 de la marine, sur In recnUemeatdeséquipiiges, sur l'autorité 
les stratèges, sur la iriérarchio , sur les attributions du pou^ile et 
Conseil des Cinq-Cents. 

Les textes des autours sont souvent éclaircis et complétés heu- 
reusom'^nt par les scoliastos. Eusiathe, les scoliastes do Thucy- 
ide, d'Aristophane. d'Apollonius do Rhodes , olc. doivent être 



II) VU. 34 «136. 



6 



LA TRIÈRE ATHÉNIENNE. 



documents dans lesquels les Epi mêlâtes des ai-sonaox font uu 
compte exact des objets qu'ils ont remis au moment de leur entrée 
en char^re, et qu'ils transmettent à leurs successeurs. Dans cette 
série de pièces oCBcielles, nous trouvons mentionnée une foule 
d'agrès, et nous obtenons sur la flotte athénienne beaucoup de 
renseignements qu'on ne pouvait espérer rencontrer ailleurs. 

La découverte de ces inscriptions, en augmentant d'une faroD 
inespéréo la somme de nos connaissances, a donc permis de con- 
sidérer comme vieillis , quoique devant toujours être pris pour 
base et consultés avec soin, les ouvrages de Bayf, Scheffer, 
Carli , T^roy , Berghaus , Bûttiger, Minntoli , etc. |1). Les divers 
systî'mes proi>osés pour expliquer la disposition des rames A Tin- 
térieur du navire ont été rapidement exposés par B. Graser (2). 
Quant à VArchéologir nnvnïp de A. Jal (3) , nous sommes obligés 
d'en tenir peu de compte, puisque l'auteur n'était pas au courant 
des découvertes qui, à cette épocjne nn*ine, i-tiangeaient la face de 
la question , et qu'il éprouvait , malgré les assertions formelles 
des auteurs anciens, la plus grande l'épugnance à admettre la 
superposition des rangs de rames dans les navires antiques. Il no 
savait pas , du reste , assez exactement le latin et le grec pour 
pouvoir aborder avec succès la question de la trière (4). 

Hœckh accompagna la publii-atioii des Inscriptions navaUs d' 
commentaire développé , où il joignait à sa sagacité habituelle 
vaste érudition. Dans ce volume , qui forme le tome troisième i 
V Economie poli tiqufi des Athéniens^ il élucida la question si obscure' 
jusque-là des agrès de la trière, et arriva à des résultats dont 
Teusemble restera , malgré des erreui^ de détail. Mais il se borne 
strictement à expliquer les inscriptions dont la publication 



(Ij Voir U liste complète dans K.-F. Hermaim , l«hrbuch der gricchitufu 
PrivataUerthuiner. '2** Aullage... von K,-B. ttuirk , Ia70, | bï . noie 15 , 
Ajoutez U.-J. Hcller, fhUologHt, U XIX, p. 46Ô-576. 

(l) De re nayaii . ^ 70 et aiiiv. 

(3) 2 vol. in-4". Pari», 1840. M<5m. n" I , p, 1 19. « Je crois fermement que jus- 
qu'au jour où un helléniste habile aura , par une étude spL^cisle , fixé , doîs'Je 
dire dcviaé? le sena des moia de la langue mariUme grecque, tout à fait Incoo- 
aue aujourd'hui, la question dc« galères grecques et romaines restera îuaolu- 
ble. '• Jal u'accurde que Tort peu de eonûaoco aux textes et aux inonuments 
figurés. 

(4) ÂU9«i ne feron»-nous que mentionner , uns Hen lui emprunter dmns Ib 
cours de ce travail , la trirème construite »ous sa dirpclion , par M. Dupuy df 
Lùme, d'après lea ordres de rciuptiiuur Napoléon III , & l'occasion de la f%4 
de i'^tar. Comme elle cssl établie d'après des données purement arbitraires! 
elle ne noua apprend que peu de chose sur lea constructions navales de« al 
ciens. Elle n'a , du reste , jamiia manœuvré convenablemenL 



DES SOURCES D INFORMATION RELATIVES AU SUJET. 7 

avait 6iè roiifiée par le professeur L. Ross, el, par suite, il laisse 
complètement de côté des questions importantes , comme la con- 
struction de la coque, les dimensions du navire, el ne touclio 
qu'en passant au problème de la disposition des rames. D'aulro 
[*art, les copies qu'U avait entre les mains n'étaient pas parfaite- 
mont exactes, el, depuis, do nouvelles inscriptions onl été décon- 
verles. Ainsi , on peut corriger ou ajouter un certain nombre de 
noms dans le catalogue de navires qu'il a fait tlresser. Un pas- 
sage important , celui où il est question des mâts secondaires de 
la trière , n'a pas peul-(5tre 6té exactement lu par lui. Enfin , sur 
pi as d'un point, on peut repreudre ses rechei*ches et rectifier quel- 
ques-unes de ses assertions. 

C*esl rœuvre qu'p-ntreprLreol Smith (I) et B. Graser. D. Grâser, 
disciple de Bceckh , s'était imposé la tâche de traiter d'une 
façon complète la question de la trière antique. Des événements 
imprévus l'ont forcé h publier d'aboni sous ce titre : Df veterum 
re navali (2) , une partie de son travail , celle qui est relative à 
;euremont des rames. Il continua ses recherches eu s'occupant 
iagix>sdans le Phitologus{3]. B. Graser compiîL que, pour mener 
â bien son œuvre , U fallait joindre à l'éruditiùii |jrojireiiient dile 
rbal)itude des choses de la mer et certaines comiaissauces scien- 
tifiques réservées d'habitude aux ingénieurs. Ainsi préparé, il 
mAla tiardiment à l'étude des documents les calculs mathémati- 
ques et les coujectores, d'une façon quelquefois téméraire et 
Bouvonl heureuse. Or) peut lui i-epx-ocher d'avoir trop fait pré- 
dominer sur l'étude patiente des documents Posprit de système ; 
mais gi'âce à un ensemble hardi de conjectures et d'inductions, 
il eut une réi>ouse pi-éto à toutes les questions que soulève la 
trière. Il en drlermina la forme, les dimensions, le tonnage, 
presque la hauteur des mâts. Ainsi , l'originalité de son travail 
consista à (empiéter, jiar des hypothèses aussi vraisemblables 
que possible , les renseigaemonls que nous donnent les docu- 
ments. Les résultats fureul de recoustiluer de tontes pièces un 



(Il Thi voyagt and thiftwrrck af S* Paul wUh a dits, on th« thipa and ihi n<h 

lion of the annmit, Lundon , 18i&. Vtie partie de ce m(5riioirc u cHë Irndutte 

U. ThicrHcti, aoua ce titre : Veberdfn Hehi/fbau und dif JMutitchfn leiitun^ 

Qri^then und Humer im ÀUerthum. Marburg, lh&|. C<>t opuscule est loin 

d'4ir» complet . nuid il esi mn.innuihlr pur lesprit [irnliijiie et In ncuctc de» 

voM da l'auteur, 

C2)ûrrolioi, tHUk 

(3) I^hUoUnjHi. »iippl,« Hd. III hofl. î. Uni^nwhungpn Ûbft dot SêfiPftrn d« 
àUtrlhnmt. 



R LA TRIÈRE A.TFléMBNKB. 

bâtiment solide, bien construit, capable de naviguer, et qui parut, 
non le fririt des veilles d'un savant confiné dans son cabinet^ 
mais l'œuvre d'an bomme du mûtier. Poiirsnivanl ses études, il 
eut la satisfaction de leur voir donner un résultat pratique et 
matériel par rédific;ition d'un modèle de pentôre eatôculé sous sa 
direction , avec la collaboration du capitaine-lieutenant Weickh- 
manu do Dantzig. Ce modèle, construit {)our \£ Musée royal de 
Berlin , y est exposé. B. Grascr en a pul)lié un texte explicatif, 
accompagné de pholoj^-aphies en couleur (I). Ces travaux n'ont 
abouti natiircllemeiu qu'à une approximation , et nous signale- 
rons les points sur losiiuols elle ne nous paraît pas exacte; ils oui 
au moins le môrite de mettre sous nos yeux une représentation 
plastique de ce qu'était un navire à rames dans l'antiquité. 

Une autre classe très intéressante de documents, ce. sont les 
monuments figurés, dont il est inutile de faire ressortir l'im- 
portauce. Ici encore s'imixïsent quelques observiitions prélimi- 
naii'cs sur l'usage que nous devons en faire. Il faut d'aboni 
soigneusement distinguer les époques. Ainsi, on ne peut em- 
ployer qu'avec beaucoup de précautions et sous tontes réserves les 
birèmes de la colnurie Trajane A la reconstitution de la trière alht^ 
nienne. D'autre part, les navires aurions, qui figurent iLins les 
ouvrages modernes, ont été en général et jusqu'à nos jours des- 
sinés par dos artistes qui ne connaissaient pas la destination de^ 
différeiUs a^rès , et qui , ]iar suite, ont commis des omissions et 
des erreurs. Ils ont été reproduits avec une certaine négligence, et 
nous devons nous défier de res publications qui n'ont pas ou lieUj 
sous la direction d'un bomme <iu métier. Sans ÔMumérer ici li 
vaisseaux depuis longtemps publiés et connus , nous signaloronaj 
comme une des plus importantes découvertes failes sur le sujet qui 
nous occupe, celle du bas-relief représentant une trière , trouve 
par Lenormant sur l'Acropole d'Atbèuos en 1852 , et qui n'a été] 
connu do Graser qu'au moment où il terminait son De re nacalû 
Ce bas-relief, mutilé inalbonreusenjcnt à ses deux extrémités, 
nous montre la partie centrale d'une trière aph racle dans laquelle 
est visible la rangée supérieure des rameurs occu]>és à la pousser 
^igoureuscmcnt en avant. Nous n'avons plus besoin de nous re- 
porter aux représentations plus ou moins fidèles qui en ont été; 
données (2). Nous eu possédons des photographies très exactes et 



(I) Da» Model eiMn athenischfn Fûnfreilien*chif[s t*mtere ans (ter Zeii AUaêM* 
Atrt dei Grosien im kôniylicheit Musfum m Bnlin. Berlin . IbGG. 
(î) AnnaUn itr t'InuHut 'te çorrfspffndinre archt^ohgiqite , vol. 33, aance 1861) 



DES SOURCES B INFORMATION RELATIVES AU SUJET. 



9 



très nettes , el il ei» existe plusieurs moulages dont Vm\ peut se 
voir à l'Ecole des Beaux-^Vils do Paris. 

Un des mérites de Graser, ijui u'est pas moindre que celui do 
ses travaux théoriques ol pratiques, est d'avoir notablement aug- 
menté le nombre des navires ïinliquos publiés; ce qui permet 
de contrôler et de rectifier les résultats qu'il a obtenus. Il est seu- 
lement fâcheux pour lui que cette publication ait suivi et non 
précédé ses études techniques. II a donné, en 18fi7, la descrip- 
tion des pierres gravées du cabioct do Berlin avec deux planches 
contenant ti-eiiLe-deux représêiitaliOTis do navires (1). Mais, ce 
qui est plus important, il a recueilli sur les monnaies les types 
les plus anciens de vaisseaux grecs connus (2). Ce li-avail, qui 
lient CM quelques pîi^es et qui est accompagné de figures dont plu- 
sieurs sont reproduites plus loin, repose sur Pexamon de qua- 
rante-trois mille six cents monnaies grecques des cabinets de 
Berlin , do Paris et de Broslau; l'autoui' y a trouvé deux mille 
cent six représentations de navires dont l'intérêt est ti-ès grand , 
comme il le fait mmai-quer {'S). I^s monnaies sont en effet au 
nombre des monuments les plus sûi^ement datés : ce sont ceux qui 
nous sont parvenus dans l'état d'intégrité le plus parfait. Nous 
ne [ïouvons copotidaiit les accepter œmme des images en tout 
point fldMes de la réalité. En effet, l'artiste était obligé de tenir 
compte do la forme et de Toxiguïté de l'espace qui lui était 
assigné et de riniperfection des moyens dont il disposait. Ayant 
à représenter sur une surface ronde, qu'il fallait remplir suivant 
•les lois do l'art, un navii'o dont la prinrifiale dimension était 
la longueur, il ne pouvait guère en respecter les proportions. En 
outre, s'il eût voulu reproduire tous les détails d'un vaisseau 
aussi compliqué , aussi ingénieusement agencé que l'était la 
trière, il serait tombé dans une confusion absolue; il était donc 
fbroà de simplifier et ne pouvait qu'indiquer les traits principaux 
et assentiels de son objet ; voilà pourquoi les agrès ne sont d'ha- 



p. 327-330. G. Uenzen. Tar. d'agy. M., n. 2. Cf. Phitotogus , 19*' année lëÔ3. 
p. &6l-5Ti . H.-J. îleller. Tab. il , 7. GroMr a nigaalti les erreurs du dfuin dos 
annales de l'Institut daiis i'Àrchxoi. Ànteig,, XX.Ii, juin 18G4, n» lb6. Ueilage, 
II. p. 232. 

(t) Die (/«mmm des kànUjUchm Musmmê tu Heriin mit DartttUungen antiker 
Sehifft , von H. (irawr. iJcrlin . 1807. 

UirsuUungen anfantikfiit Kûiixen, namerUlich dit nUpgr- 
• IV M<;V» srn Veryleich mit d&h grifthiM-hen nnd den rvthiit- 

£Ken ItarttrUunyt H , von R. GraMr. Berlin , I87Û. 

^3; Pfid., p 6. 



10 



LA TRIÈHB ATUÊNIBNNB. 



bitude figurés que d'une façon sommaire ; certaines choses indis- 
pensables à l'existence du navire ne sont pas même indiquées, 
Enfiti, il est presque impossible, sur une médaille, de rendre la 
perspective et la profondeui- ; et c'est pour cela que souvent les 
agrës ne paraissent pas exactement à la place (ju'ils doivent 
occuper. 

Toutefois, eu tenaut compte de ces coudiiions matérielles, dout 
l'artiste ne pouvait à aucun prix s'affranchir, nous devons accor- 
der v\ son œu\Te une grande confiance; ce qu'il représente, en ef- 
fet, ce ne sont pas, comme sur las sceaux modernes, des navires 
de convention et de fantaisie, produits de son imagination et qui 
n'ont jamais eu la prétention ni ta possibilité de tenir la mer. 
Familiarisé dès TenfaïK-e avec les vaisseaux qu'il voyait chaque 
jour dans le port de sa patrie, le graveur en médailles de Tanti- 
quité s'efforçait de traduire, avec les moyens dont il disposait, 
rim[trossioa ressentie. Son œuvre est nécessairement iini>arfaite, 
mais elle est sincère : elle nous ofFre une image vi-aie d*un type 
daté, et nous devons ra^-cepter comme telle , exceiilé dans les ras 
où Ton s'est efTorré de reproduire un type antérieur qui pouvait 
alors subir dos altérations involontaires. 

Indépendamment des travanx do Grasor, la iiste des représonta- 
lions de navires s'est encore accrue dans ces derniers temps. I*e 
père A. GuglielmoLti (1) a fait connaître en IBtîtî les deux navires 
du ba.s-rnîief Torlonia qui sont si précieux pouj- la connaissauce 
des voiles et des cordages dans l'autiquilé. La Hevue archéologique (2) 
a publié d'une façon plus exacte et i^lns <'!inipli'lfi un bas-relief déjà 
connu et iMjrl;uiL denx navires, découvcrten Italie dans les fouilles 
faites pour rétablir l'ancien émissaire du lac Fucin. G. Hirsch- 
feld a publié» dans les Annales de Clnstitvi de correspondance 
archéologique (3i , deux cmûeux navires empruntés à un vase 
grec primitif et qui, pour leurs formes générales, ressemblent tout 
à fait à des cuirassés modernes. La plus grande partie des frag- 
ments do ce vase et d'autres est entre les mains de M. O. Rayet; 
on y voit des vaisseaux du même caractère, mais plus instructifs J 
encore ()Our Thistoire des constructions navales , entre autres un 
fragment de dière, dont la publication est ti*ès désirable. Enfui 



(1) Deilf. duc non Rtimane urolpite <»t btiMotiliêto Porluensf del principe 
lonia... A GugliHmntti. Konoa 1S66. 

(2) Tome 35. livr. de juiliel. Pi. un. 

(3) Tome 44. I87i. Vaai arcaici ateniesi. tnr, H'aggiitnin , I. k. cl Monumi 
toi. IX, pi \0 C77). 3 et (78) 4. 



DSS 80UHCK8 D INFORBUTION RELATIVB8 AU SUJBT. 11 

nous avons maintenant au Louvre les grands blocs de marbre 
ayant servi de base à l*admirable Niké, découverte en 1863 dans 
l'île de Samothrace par M. Ghampoiseau, vice-consul de France; 
ils ont été rapportés en 1878 par M. Ghampoiseau ; ils formaient 
un piédestal, représentant l'extrémité antérieure d'une trière, 
qui vient d*être reconstitué par les soins de l'administration du 
Louvre. 

Aidés de documents si importants , si divers et si nombreux , 
qu'il faudra sans cesse confronter les uns avec les autres, soutenu 
par les savants travaux de Bœckh et par les calculs ingénieux de 
Graser, j'espère pouvoir édaircir bien des particularités de la 
construction de la trière antique ; le but de ce livre est surtout de 
mettre en lumière les résultats qui semblent définitivement acquis 
à la science et de les dégager de toute hypothèse hasardée , en 
attendant que la découverte de nouvelles inscriptions et d'autres 
monuments figurés permettent d'arriver sur tous les points à une 
certitude complète. 



CHAIUTRE II 



DBS CONSTRUCTIONS NAVALES A ATHÈNES EN SÉNfeUAL. 



§ 1. — Des matériaux servant aux comtfnictions navales. 

Jo n'examiue ]>as ici commeut les Athéniens complétai eut et 
renouvelaient leur Hotte et guels moyens administratifs «étaient 
mis en pratique pour la construction légulière des trières. Je 
no m'occupe que des questions techniques; il faut donc chei^ 
cher quels matériaux servaient aux constructions navales, com- 
meut on se les procurait et quel était le [jrix de reWent des prin- 
cipaux objets. 

La construction du bâtiment s'appelait eu grec xotTaffxeuTÎ \I) , le 
radoub iTcwixtuT^ (2). Le radoub était souvent nécessaire, la trière 
étant construite plus légèremenl que les navires modernes et se 
trouvant eijiosée à souffrir beaucoup du mauvais temps el du 
choc des navires ennemis. 

Pollux 1.3) fait figurer [larmi les ni;ilières nécessaires aux cons- 
tructions navales ■< les itlanchcs, le fer, les clous, la pois, Tétoupe, 
les cordages, la cire, les chevilles, les rames et autres objets analo- 
gues, >• énumératiou faite un peu au hasard, puisqu'elle comprend 
à la fois et péle-môle des matières premières et des objets fabriqués. 



(1) Athén. . V, 37 ; ta Oxà Ot)on&Topo( flairtl^b); xaTeTH-EuaTiiévii cntifirt. Ibid., 
40 (eo parlant de i'Eikosoros d'Hiéron) : nX^ta çimyà xaTa<rxeua;6^evoç , wv Cv^ 
TJ); xaTaTxtui); (iv))a6^rro(iat. 

(ï) Thuc, 1, 52 : (dpb>vTe<) ii:nnts«i^v oOx oî*7a> xtôv vewv êv x***P^*f* ^pim*- 
Cf. Iiwcr. nor. passim : IrtKTxiMfi; Seoiuvii. 

(3] OiUtm , 1 , 84 , éd. [. Bekkcr . Dertin . 184t> : ta S'ei; x«ta<Txcu^v XP^'^^I^^' 
adtvfôiç. niÔTipoc. ^Xot, ttittâvia xotl nisTo , <rrJTîetov, xdi>oi. xt;pô;, ifô|iyoi , xwmt 
xai Ta avoToixa. riiTiivia ct ici^ria sont vraiseinblablcmenl deux espèces de poîx 
ou (le t(uiidrun dtlk^p'nU'S. 



DBS CON8TBUCTION8 NAVALES A ATHÈNES EN GÉNÉRAL. 



13 



L'auteur de l'Ecrit sur Cèiat des jUhéniens (1] cito lo bois, le lia, la 
cil*»:*, le cuivre et le ler. On avait surtout besoin do bois do cons- 
imclion; on les achetait d'avance et on en faisait provision dans 
Jes arsenaux. C'est ainsi que les inscriptions navales nous [xirlunt 
de bois de construction achetés par Eubule et qui avaient en gé- 
uéral cinq brasses de long i,2). Elles les désignent par le terme de 
wî«; c*est aussi le mot qu'emploiiitit les lexicographes (3) Euslathe, 
Hésî'chius, Suidas, Mteris, les Lex. Rhel. de Bokker, en Texpli- 
quaiil i>ar « bois ijui servent à la construction des navires. » 

L'Atliquo ne fournissait prcstjne rieu de ce «jui était nécessaire 
aui constructions navales. Encore aujourd'hui les villes grecques 
sont obligées de faire venir du dehors leurs matières premi(>res, 
non seulement pour l'édiflcatiou des navires, mais pour presKjue 
toutes leuj-s industries. L'auteur de VEcrit sur i'ètal des Alhéniats 
dût observer qu'il en était ainsi dos l'antiquité (4) : « Tous ces 
objets, dit-il. la mer me les procure sans que je me donne la 
f»einG de les demander à la terre ; il n'y a [tas une scuJe ville qui 
eu poss«*de deux à la fois, qui , par exemple, ijroduise on même 
temps du bois et du lin ; Ik ou lo lin pousse en abondance , le 
sol e8l plat et dé|HDurvu de bois; le for et le cuivre ne provieu- 

■ lient jias de la ni(5me ville : il n'en est pas une qui fournisse h la 
foi» deus ou trois de ces matières premières ; l'une se trouve ici 
et l'autre \h. » On voit par \k combien la flotte do commerce 
d'Athi'nes était nér^jssaire k Texistejice de sa flotte de guerre; 
cVlait la première qui allait chercher dans les différents [iays 
grecs cl qui apportait au Pii-ée tous le.*» matériaux nécessaires à la 
ronslruclion des trières, tandis que celles-ci à leur tour proté- 
geaient les Convois et assuraient la facilité des transactions en 
faisant régner la sécurité sur la mer. 

Toutes les puissances maritimes étaient obligées do se procurer 
par le coïnmoiv.e les objets nécessaires à leur marine, qu'elles ne 



I 



(t)2. Il et tr 

(2) Tf. 4fx- '"•«»'■. 3122. coL î, L 153 . ^v t^ AfX*^? axfwoWiîqsl veto xaivà 

(3J Bu»l., 8«3. 32 : v^tov Bk... ^^ow intT.itiûv lîç viîa. Hésych.. éd. M. Schmidt. 
IihiA. 1868-68: vtCa- Ç*j>a là Hz tVjv %^xotaxt\t^^ vïùiv iTtiT^Seta. El vi^iovvauTtr.Yiftai- 
|M> tvîû* xii cl; vcft>; xç^iia.-*^ %xi cû'Jetov. Suid.. M. I. fickkcT. Berlin. 185i : vi^i« * 
ta •*«wirTîTT'ït|i« Çu)«. Zt>n. T. -A. -il. Tittmaon. L«ip2ig, 1808 : viitov • ÇuXov vau- 
nr^fji^tyi t. Mckkcr. Arifcd. grxc. Let. Rhct., p. 283. 1. 12 : v«îa * tû>a « v«u- 
mrrnîïim- Mœrîs, Uarpocration et Maris. ï. Bekker. Berlin. Ib33, p. 204 vcîa • 
TA il: KsptaitAn^v CKataouiv^v ?) icXoiov (ûX&> 



14 * LA TBÏÈRK ATHÉNrKNNB. 

trouvaient pas dans leur pi-opre pays. Nous savons qu*on faisait 
venir certains agt-ès d'Egypte (1). Quand Hiéron veut faire cons- 
truire la fameuse Eikosoros ^ il met k contribution ta Sicile, 
l'Italie, l'Espagne, la Gaule. Le texte d'Atlïénée (2), qui men- 
tionne ces opérations, est altéré, mais il est facile de le rétablir : 
« Il fit couper sur l'Etna une quantité de bois qui aui*ait suffi à. 
édifier soixante trières ; quand il l'eut fait convertir en chevilles, 
en couples, eu montants des gaillards, il demanda à Tltalie et à la 
Sicile les auLi-tis objets nécessaires à la construction ; il fil venir 
pour les cordaKes une espèce de chanvre d'U>ôrie; une autre, 
ainsi que de la poix, des bords du Rhône, et le reste de tous les 
pays. t. I^ correction se justifie d'elle-même ; en effet, le premier 
membre de phrase est inintelligible si l'on ne supprime ek ; et si 
ou ne le rétablit dans le second , on fait dire au teste et il faut 
admettre que certains pays veadaiejil des chevilles, des couples, 
etc., façonnés d'avance et pouvant entrer tels quels dans la coiïs- 
Iruction du navire. Mais, outre que rien ne nous atteste le tait, ou 
ne nous permet de le supposer, cela n'est guère possible, puisque 
YEikosoros avait précisément des dimensions qui sortaient de l'or- 
dinaire. Il n'est pîis vraisemblable , A plus forte raison, que cer- 
tains peuples de raniiquilé aient fait le comaieir^ des navires, 
comme plus tard les Hollandais (3). Nous savons seulement 
qu'avant la guerre du Péloponèse les Korinthiens mirent à la 
disposition de^^ Athéniens sur leur demande des navires piour 
combattre les Eginfetes; il sombïo que le cas Fût prévu et permis 
parleurs lois (4). 

De celte nécessité où se trouvaient les Athéniens d'emprunter à 
l'étranger tout ce dont ils avaient besoin pour leur mai'ine résul- 
taient plusieurs conséquences. 11 leur falliiit(*onc.lai*e avec les pays 
étrangers des i*ojiventions qui permissent d'exporter les maté- 
riaux indispensables. C'étaient surtout les pays situés au nord de 

(Il Athén. ciUDt Uermipt», 1» 49 : ix S'Aly^n^wt Ta xpitutvTà ^<rTt« xal 
pû6).ou;. 

(2) V, 40 : [lUl OcT^v uàv ^>uv ix x%i AtTv7« icapc<rxcûa«To i(^vT« Tptïiptxm 
ffxafiïtv ïr>ï)6o; iit^yàj7a.a^ai îyvatii-vTiv ■ rî»c 3è toriÎTa iTotii-ûiiaTO (ek) ifiii^ouc te ii«i 
iYi(oi>ia xai Tra^iva^, xai tVlv lï; Ti^v dUtiv y.pitav "J^v, x^v \t,it iÇ 'It«>iih« ^ 
B'ix SixsXicu . ci; W rr^oivlat Xeuxalit ^ it 'Ifitipi*;, x<ivv«£!iv Si xal irivrav ix TCv 
Po5avoù «oTajtoO , xal xiW.a TravT» li ypsttj^ï*, T:o»«;^ô9ev 'jvv^y'T** 

(31 W. Wachainuth. HelUnische Àitrrthumxlntndf... V* Ausgabe. I'»' lUnd . 
39?. Halle, 1846. 

(4) Ht^rod.. VI , B9 : ot ii KopMiot, Ivov yé^ 9çt toOtov ràv ]^p6vov fOot skti 
jiAXiTra , \^(;vatoLT( di5oO<n Ϋo[*<vomti tUivri véa< , Stdoùit iï icEvroS^/tiouc ilieM* 
|»»qi * iwTfvr.v yàp i^t tt^y ^6y^ oùx i^v 2oûvai. 



DBS CONSTHUCTIONS NAVALES A ATHÈNES EN oéNÉRAL. 



15 



a mer Egôe dont les forets leur fournissaient les bois de cons- 
truction. Ils faisaient venir la rhai*|>ente de leurs vaisseaux de la 
Macédoine et de Iji Thrace, romnie leurs bléa dos piiys riverains 
du PoQl-Eusin. De là l'iinportance qu'ils attachaient à leurs co- 
lonies de l'Epithrare et les regrets que leur causa pendant la 
guerre du Péloponèse la [«rie d'Amphipolis, qu'ils espéraient en- 
core recouvrer à l'époque de Philip[)e. Ils chercWrreul toujours A 
éblouir et à séduire par la siipériorité de leur civilisation les rois 
demi-barbares de la Macédoine, et ils y réLis>irent quelquefois, 
comme à l'époque où Archélaos appela Euripide A na cour; ilsadop- 
lèrent donc vis-à-vis des souveraius du nord une politique de mô- 
h ifs; môme à l'époque de Dr^mosthêne, le [ieu[ili> éprouvai! 

li ■ l'Jerépugiianco /» rompredétinilivemeiit avec Philippeotse 

trouvait toujours disposé à ajouter foi h ses promesses. Bœckh (I) 
tait remarquer avec raison que les pays qui i>ossédaient du bi>i8 en 
Lbondanco ne le laissaient sortir que d'après des conventions très 
»2presses. Ainsi Amyntas [[ de Macédoine permit aux Ghalci- 
licus d'exporter de la [loix et du bois pour la construction de leurs 
naisons et de leurs navires, mais à condition que le bois de sapin 
iXiTtwtl no serait employé que pour les besoins de l'Etat, ap^^s 
^uttïutc pn^ialablc . le tout en payant régnlièi-ement des droits de 
douane- ('2I4 Andokidès (3) , en parlant de? pi^ces de bois dont on 
briquait les mmes> dit qu'Ai-chélaos, ayant avec son [1ère des 
eus d'hospitalité, lui avait permis d'en exporter autant qu'il If? 
oudrait. Il fallait donc ftour cela une autorisation spéciale. 
Parronlre, nous trouvons à Athènes un système de prohibi- 
ons concernant les objets nécessaires à la marine. Il était întor- 
l aux industriels et aux commerçants d'en faire profiter les es- 
(ïrcs ennemies, « .le signale col individu, dit Kléon dans les 
valUrs 14), et je déclare qu'il exporto des friandises pour les 
îëres dos Péloponé^iens. » Ces friandises, comme roxpliqiie le 



(l> SwaUhauthaUung.. . 'i*' Au8g»be. I"" Band . 1 . 9, p, 76. 
(i) Inftcript. Olj^nih. h Vienne dans Arneth, Besehreihung der xum k. k. 
tabinft gfhOrigen Statven m. t. m?. Vienne . 1846, p. 4t. Snuppe . Inter. Jfo- 
r/uafN<ir. p. 15 et sulv. 

,'^i Esvt. Ka4ï>5ov, I II, éd. lilass : 6vtoc p.01 'Ap^t^drau Ccvou noiTpixoO 

r|4) V. m 

T«ïai IIi)o7rovvT]<7(tMv Tpt^ptiji II'*>i'cOiiaTai. 
I CviMÔfutTv - Ta Ttiv viiiv xpttt^»*il. Uy«^»» î^ &;>« xoii XTjpA: xoii «(moc 



16 



LA T&l£:il£ ATHÉNIENNE. 



scoliastû, ca sont le bois, la ik)^^ la cii'e, les autres uiatêriaax in- 
dispensables à une flotte ; ou bien , par suite d'une rosseuEiblaace 
des deux mots en grec, ce sont peul-ôlix» des OTïoîwixaTot, 11 e&u «^jd- 
leinent question de cette contrel>uiide de gueri-e dans les Crc- 
nouiUfs (1). « Il fait sortir d'Egiue les marchandises défendues, 
comme Thorykion, ce misérable ]>erce]>teui* du vingtième, eu ex- 
piMiant ^'i Epidaure des askômes, du lin et de la ix)ix, » Pondant 
la guerre conti*e Philippe , Timarque avait fait passer uu décret 
(jui défendait aux armateurs atljéniens de vendre à l'ennemi des 
armes et des agr^s (2). Il s*agit ici de prohibitions pai-ticulifcreset 
qui devaient ne durer que le temps des hostilités ; fiiaia , comme 
le fait remarquer Bœcltb, Athènes était bien rarement en pais 
avec tout le monde ; il en résulte que c^ qui , au premier abord, 
semble avoir été l'exception devenait en réalité la rb^^le. 

Il est souvent question, dans les inscriptions navales, des dettes 
des triérarques et des reniboui-senients opérés [tnv eux à l'Etat 
pour les agrès qu'ils n'avaient pas i'endus ou qui se trouvaient 
détériorés. Malheureusement, nous ne savons ix>int si les chinres 
donnés représeiUenl. Ii^ prix del'olijot, ou indiquent, seulement un 
paiement [jartiel el qui doit être complété pur d'auti'es personnes, 
ou au contraire s'ils ne contiennent pas une amende infligée au 
triérarque et qui au^rmeute ainsi le reinhoursemonl. C*est donc 
uniquemeiit par curiosité que je i*elève dans Bœckh (3) les prix 
suivants empruntés par lui aux inscriptions navales. Les pièccsdo 
bois dont on fabriijne les rames (xwtceTç) sont comptées officielle- 
ment, à l'époque de Démosthëne, 3 dr. • Andukidcs [trélend qu'il 
aurait pu les vendre 5 à l'escadre do Samos, qui manquait de tout 
à la un de la guerre du Péloponése. Les rames en mauvais étal 
pour trières sont, à l'époque de Démostht'iie, conii»tées2dr. [ntxe. 
Les deux gouvernails d'une trière semblent avoir coûté 25 dr. Le 
plus petit des deux crocs est taxé au moins à 7 dr.^ le grand mât 
de la trière h 37 dr. , les deux grandes vergues vraisemblablement 
à 23 dr. Les quaU'e hypoxômes coûtaient probablement envii'OD 
475 dr. Le nombre total des askômos est taxé h 43 dr. 2 oboles. 
Quatre éperons de branzeavariéssont vendus un peu p]usde520dr. 



(1) V. 36t et luiv. : 

âaxû|Latot xal >tva nàl irfrTOv Staiiè{iffb}v il; 'F.iriSsupov. 

(3) Dém. : r. napanp., p. 433. 

{Z) SUMUhauihaUunff...^ P*" Baod, 1, 10, p. ISl et suiv. 



DBS C0NSTRGCT1ON8 NAVALES A ATBÊNEB BN OéNÉRAL. 17 

Ces données ne suffisent pas pour déterminer la valeur des 
agrès d'une trière ; on ne peut guère r.ontester que celle des agrès 
d*uue tétrère ait monté à plus d'un talent, et ce chiffre ne devait 
Wpas ^tre beaucoup plus faible pour une trière. Quant au prix de 
provient de la coque de la Irirîro, le chiffre d'un talent donné par 
Polyen pour l'époque de Thémistocle n'a rien d'invraisemblable. 
Ce chifFi-e devait être très sensiblement dépassé au temps de Dé- 
moslbfene où tont était devenu beaucoup pins cher. Nous voyons 
en effet, par les inscriptions, que la rôjar^ïtion totale d'une trière 
coûtait 5,000 dr. et 5,500 si elle «Hait destinée au transport de la 
cavalerie. Quand il ne s'agit que de la réparation habituelle, on 
»mpte 1,200 dr. poui* une trière et 1,500 pour une tétrère. 

I 2. — Sur tes constntcteurs de navires et svr f activité qui régnait 
dans les arsenaux athèniem. 

Si les Athéniens étaient obligés de faire venir de l'étranger 

ïs matériaux qu'ils utilisaient pour leurs navires, ils les met- 
tent en œuvre sur leurs chantiers. Parmi les ouvriers qui tra- 
Faillaîent le bois et les matières dures, et qu'on nomm.'ût t^xtoviç, 
y en avait qui s'appliquaient (tins particulièrement aux con- 
Iructions navales et qui prenaient le nom do vatuTn^^ou Foîlux (1) 
l'air de les confondre en disant : « On ai^peIle vx\jTn\fo( et t^xtoviç 
eiu (]ui travaillent ;iu navire. » Mais Kustailie (2) les distingue, 
n ilis;inl que, parmi les tixtovîç, les ^aumrifoi sont une classe à j»art 
plus spéciale. Sous ce nom , il faut comprendre ici , — et Ton 
lurrait citer en grec bien des e^emides analogues , — h la fois 
ïs ouvriers charpentiers et ceux qui les dirigent. Chez nous, où 
l'on observe une hiérarchie plus rigoui*euse, l'ingénieur, qui con- 
laft h foïid les mathérnaliqties et qui a roiiru le plan d*un b/lti- 
leul , est infiniment au-dessus des ouvriers qui l'exécutent. Il 
mt nous défaire de ces idées pour comprendre les mwurs et les 
^s des Grecs ; \h les sciences étant beaucoup moins dévelop- 
, ei lé sentiment de l'égalité déjnocratique très vif, il y avait 
moins de différence entre les hommes; Aminoklèsle Korinlhien, 
iwvrr,70c dont parle Thucydide |3| , était plus qu'un simple ou- 
Ler t et d'autre pai-t , daus Lucien (4) , le vctun^n^c égyptien , em- 



(?) 1633, H : %al Tcuttuv i vautrT;v^ 6v6(LaTi Ytvixt^. 

(3) I, 13 : *A|<.:tvox)^v K4p(vO;oc vavn\Yo;. 

(4) Ta itioXw , C. 2 et suiv 



18 



LA TRIÈRE ATHâNfBNNV. 



barque sur le narire de commerce VIsis, qu'il inoulre aui visî* 
teors, ne semble gut^re être qu'un maître charpeiitier. 

On peut donc supi>oser quo la plupart des trières aiht^Qii.- -l 
élaienl loul bonnement édifiées p:ir des maîtres charpentiers. Cela 
est d^autantplus vraisemblable que, si les tritres subissaient dft 
temps en temps des modifications, comme celle qui les transforma 
d'aphractos eu kataphraclos , toutes celles d'une même période se 
ressemblent et présentent exactement les ni^^mes formes et les 
mômes dimensions. Comme» d'auti-e part, elles étaient fort nom- 
breuses et qu'on on construis.iit pour ainsi dire conlinuelleraenl. 
les charpentiers devaient acquérir rapidement assez d'habileté 
pratique pour suffire au travail. 

Peut-être cependant avaient-ils au-dossus d'eux des ingénieurs 
qui joignaient des connaissances théoriques aux connaissances 
pratiques et qui présidaient précisément k ces transformations du 
navire de combat , en constatant les imperfections révélées par 
rexi>érience et les progrès à Caire. On les appelait sans doute 
ip/tT^-rovtç. Ainsi quand Hiéron a conçu l'idée de son Eikosàrot 
et qu'il veut la réaliser (l), « il réunit de toutes [lartsdes charpen- 
tiers et les autres ouvriers nécessaires, et choisit parmi eux Ar- 
chias le Korinlhien poui* conduire Tentreprise. » Ici lîiônie C€l 
Archias o^ placé sous les ordres du céI^bre mathématicien Archi- 
mMe (2), de manière h n'être plus gu^re que le chef des ouvriers; 
mais c'est là uu cas spécial, dout il ne faut pas tirer de conclu- 
sions générales ; il s*agil , en effet , d'un vaisseau de proportion* 
extraordinaires et (el qu*on n'en avait jamais vu. On conservait, 
en pareil cas , le devis et la description exacte du bAliment; c'est 
d'après un mémoire de ce genre d*un certain Moschion qu'Athé 
née décrit ÏEikosoros (3). 

Il y avait naiurellomont des constructeurs plus habiles et plut 
renommés les uns que les autres. Les plus célèbres attachaient 
leur nom au bâtiment sorti de leurs mains. Ainsi dans le SaukU- 
ros de Ménandre (4)» un personnage parlant d'un navire qui a 






» 



(1) Athén., V, 40 : «Whratre 8i xaiï yovicii'roiç x«* toO; 4Wwc ttxvftat, Jud i»-, 

6£>7Ôat -rii; xaT»iTX«wflç. 

(2) Ibid, i Ksi 'Apx^(^^^< ^ ^ Y6W(iiTpYic tKàwvriQ. 

(3) Ibid, : (rtYYpaiiiia hJi6\xoz Morryiuit'iOz "crvôç. 

(4) ÀUién.. XI . 48 : A. T^ vaKW asoà^irOat (loi >^£ic; 

T^v wiv cxcivTiv , V lirotT)7c KoXXixV^ç 
ô K«XO(LVtoc< 



DBS CONSTAUCTIONS NAVALES A ATHÈNES EN GÉNÊIUL. 19 

lappé au naoû-agô a soin d'ajouter qu'il était l'œuvre de Kalli- 
klès. Dans les iuscriptions navales, au nom do la tiière est ordi- 
uairemeat joint le nom de celui i^ui Ta consiruile. Parmi les 
ouvriers mêmes qui travaillaient sous la surveillance du maître 
charpentier, on distinguait plusieurs classes : les ouvriers propre- 
ment dits et les aides qui les servaient (I). 

Les navii-es étant plus petits et construits plus légèrement que 
de nos jours devaient être tei-minés en moins de temps. Pour- 
Lanl nous savons qu'on employa six mois à achever VEihosoros 
d'Hiéron , et qu'une fois le bâtiment mis à flot on y travailla 
eucoro &ii autres mois |2). La construction d'une trière devait 
naturellement dui-er moins longtemps. 

Elle exigoiiit le concours d'un grand nombre de corps do mé- 
tiers et de commerçants, Pollux (3) ajoute aux charpentiers, 
auxquels revieul le travail principal, les [leinlpos, les mar- 
chauds d'étoupe , les ouvriers en for et en cuivre , les fabricants 
de câbles de chanvre ou de cuir et les voiliers (4). Disons par cu- 
riosité quo les voiliers étaient pou considérés, si Ton en croit 
Suidaâ, puis«|ue leur nom était synonyme de cocjuins (Ô). 11 fau- 
drait ajouter bien des industries , si Ton voulait être complet et 
énuraérer toutes celles qui étiiient nécessaires à la coustruclion, h 
rcniretien , à rapprovisiounement de la flotte. Elles étaient géné- 
ralomeut exercées par des gens du Pirée. où vivail une population 
^rèA mélangée, accourue do tous les points «le la Grôce, subsistant 
Ip^re ii la présence de l'escadre athénienne, et parmi laijuelle se 
recrutaient les é4jui|».iges de la lîoUe et les ouvriers des ai'soDaux. 
Cette population grossière et turbulente . comiiosée en majeui'e 
partie de gens de mer, était bien diûérente de la [topulation plus 
humaine , plus éclairée et pins calme de la ville. C'était la tète la 
plu» avancée du parti radical de la démocratie. Parmi cette tourbe 
cosmopolite devaient se cacher bien des gens sans aveu , des 



(X) Athèn., Ibid. 

>ta. Vllf lUl 'Txoivto'n'p^o^O;, «t^oiviott^o^o;, ((tovioorpo^;... (ffriopdço;. 
il) A. Jtil . Clot9a%T« namiqur. Paris, \S\S. Art. Voilier. » ouvrier qui cixipe , 
et gnmit \cn voiles. •• T'est h cet ouvrage que j'emprunte tuiis les rensei- 
it» et dofliiitioiiB cuncfiroaut U marine* miMlerne. M. A. Jfti, historiogra- 
de là inArlae , cat un guide aussi sûr quand il s'Agit dcà navirra du moyen 
et de* temps moderne* qu il l'csl peu pour tout ce qui regarde \h tri^rc 
itique. 



20 



LA THIKRR ATHENIENNE. 



aventuriers et des âlous. Les habitants du Pim avaient mau- 
vaise réputation. Loi^sque, dans DéinoHlhène (1) , Démon envoie 
un habitant du Pir6e, jVristophou , pour surveiller un capitaine 
de navire qui le trompe, celui-ci s'euteud avec le capitaine, el 
l'orateur lait remarquer qu'il y avait au Pirt'îe des associations de 
coquins. Il devait y avoir aussi dos ouvriers très habiles > puisqtie 
Athènes élait un centre do constructions navales très important, 

Naturellement , los opérations que demandait la construction 
d'un navire étaient mulliplos. Pollux (2] ne signale que la part 
prise par los charpentiers, quand il cite, parmi les termes qui dî?- 
signent ces opérations, ceux de et cheviller, de clouer, d*assembler< 
d'assujettir: « Plutarquo désigne également rotTico des chari>eD* 
tiers quand il dit (3) : « Une holcade ou une IritSro no se conslnii- 
seul- qu'à force de coups; les marteaux et les clous la déchireat; 
il faut mettre en jeu les chevilles, les srios et les haches. » Mais 
il y avait bien d'autres travaux à accomplir : on enduisait de gou- 
dron le.s ïlancs du navire, afin de les préserver le plus possible do 
la imurriture [\). En outre, la tripro, qui portait l'empreinte d'élé- 
gance de toutes les œuvres attiijucs, était souvent très ornée ; elle 
était décorée do peintures et de sculptures qui ne [)Ouvaient ôlrt 
exécutées que par de véril.a]>les artistes (5J. 

U y avait donc sans cesse une foule d'ouvriers occupés sur ké 
chantiers d'AtJu'Mio^. Si l'on veut avoir une idée de Tactixitô qui 
y régnait, il faut se rappeler le tableau que fait i\ristophane du 
mouvement et du tapage qui se produisent dans les arsenaux kU 
moindre nouvelle d'un acte d'hostilité commis par les Lacédé- 
juouiens (*>). « L'arsenal est rempli du bruit des pièces de boiâ 
qu'on aplatit pour en faire des rames et des chevilles qu'oa 
enfonce avec fracas. » Il ne s'agit ici que d'i^uiper les trièi'es: 
qu'était-ce quand on les construisait? Le bruit assourdissant 
que faisaient les railUers d'ouvrière occupés sur les chantiers 
athéniens était tel , qu'il tHait devenu presque proverbial. Ausi 



(1) C. Zenothémis , p. 885 : itnU ipYaiffT^pta tjioxâY)pùv àvfipbjiuiiv ovvi^TTiMfM* 
iv Tt^ Ileipatet. 

(2) I , H4 : ipeT; 6ï yo^Lfaxi-t %ai tcïiyv^Iïiv xal iptiâCEtv xai Kat)tToù>« xail icimrwffiç 
Koi Ta à\u>ia. 

(3) Moraiia . p. 321 , D. 

{i} Zon. s. V. mtTOÛv ' xupttd^ x6 rà; nXatcfau vija^ rCmQ XP^**^- 

(5) Voir l'arrière de» nav. publiti» dans ï'Archxolog. 2eitung , année XXlT, 
DCl. et nov. 1860. Schilfskampfe auf Kelieft, \vxr Olto Jalin, pi crxiv. Cf. AttirD>i 
V, 37. Ovid.. Fatt., IV. 276. Vulér. PL. I, |-29 et smv. 

(6) Acharn., v. J52. 



DBS CONSTRUCTIONS NAVA.LBS A ATllÈNBâ BN GËNÂRAL 



21 



.ristophaue, ou parlant de hi coiislruction de Népkélococcygie ne 
lanquo-t-U pas de dire (I) : « Les haches mises an mouvement 
Li<;aient un tel tapage qu'on 86 serait cru dans un chantier de 
instruction, » 

3. — De la différence entre la marine tnaTChandt et la marine 
mUiUiire. Les jxaxpal vT^e; el les orpo^uXai vrit;. Le TpiTjpotoç Ttîitoç, 

Au premier abord , on peut se dem;ind6r sMI existait un type de 
. la trii.'re. Nous savons, en efTet, rjiie la construction de la trière 
KtqçuI chez chai]ue peuple des modiftcations importantes et des 
Bperferlionnemonts qui en changèrent l'aspect. Dans les trières 
■aphracles , comme celle de l'Acropole , les rameurs du rang supé- 
^Krieur sont h déc-ouvert , ot par suite exptosns aux coups de Ten- 
^nemi. Au contraire . dans la trii-re kataphracte , tous les rameurs 
Mtiint protégés par le borda^'C, l'ennemi ne pouvait les mettre hoi's 
[de combat, et le triérarquo disposait pendant l'action d'une force 
^motrice qui n'était pas soumise à de l'Acheux accidents; ainsi était 
assurée la i-égularité de la vogue. Une modification analogue s'est 
-|ii-oduite de nos jours dans la marine à vapeur, quand, au navire 
à aubes. on a substitué le navire à hclir«; lo premier est dans un 
■combat pins facile à désomi>ai*er et h immobiliser, puisque avec 
IVirtilIerie on atteint plus aisément les roues , que l'hélice cachée 
^£ous l'oau. Nous avons conservé le souvenir de ipielques perfec- 
!lionnemenls datés de la triëre. Ainsi, ]>endant la guerre du Pélo- 
jont'so. il !iH trouva que les trières athéniennes avaient les façons 
tlo l'avant trop élancées et trop fines, et étaient facilement avariées 
par ]o8 trières péluponésîennes plus massives qui les abordaient 
lie front; pour parer à cet inconvénient, on rendit leur avant plus 
court ot plus trapu (2). Nous pourrions iiiuUiplier les exemples; 
ea vuiU assez pour montrer que la trière du temps de Démosthëne 
devait ditrérer sensitilement de celle qui, dans les eaux de Sala- 
mine, anéantit la Motio perse. 

Si nous comparons les marines dos différents peuples et que 
nous jetions un coup d'œil sur les monnaies publiées par Graser , 
nous n «us rouvaincron- que les escadi-es des puissances navales 
de là Grèce étaient com|)osées de vaisseaux très divers d'aspect. 



iU Oii., V. 1156 z 
(î>Thuc, vil, 31 Cl 36. 



22 



LA THIÈRK ATHÉNIENNE. 




i 



Pour ne prendre qu'un exemple , nous voyons que le 
primitif de Satnos avait une forme d'avant toute particulière, et 
que sa proue était semblable à uno hiirc de sanglier. Le fait ne 
nous est pas attesté seulement par les monuments figurés, mai 
aussi par les lexicographes. Didyme , cité jKir Hésychius (1), 
eu effet < que lus navires do Samos sout d'une structure partie 
lière i ils ont la i>anse (tlus larjj^e et réporou obtus , de far- 
que leur avant ressemble à un groin de cochon. Voilà pourquoi 
on a dit d*un navire pareil r un vaisseau rapide de Samos qui a 
Taspect d'un sanglier. » La trière primitive de Samos est trps 
différente de celle de Knide. Quant aux trières athénienne* , 
qui durent à leur agilité et à la supériorité de leurs manœ 
vres la plus grande partie de leurs succès , ce sont leui's propo 
lions ingénieusement calculées qui leur donnaient cette préci 
sion d'évolutions , autant que la discipline et la vigueur de i 
équipages. 

Mais bien que les changements survenus dans les constru 
tions navales soient assez sensibles [lonr rendre li-ès diverses de 
trièi'es d'époque et de nationalité différentes, ces dissemblances a 
sont pas telles qu'elles effacent complètoment l'unité de type d 
trières. L'existence de ce type est attestée par Suidas (2), qui dit' 
en parlant des liburues : « C'étaient dos navii^es donl l'aspocl 
8*éloignaitdu type de la trière; ils ressemblaient plutôt aux barques 
des corsaires, étaient armés doperons d'airain, solides, katajihrac- 
tes, et d'une vitesse inimaginable. » U y avait donc un type de la 
trière, tpiviptx^K tutîoc, et il ne faut pas confondre ce mot avec celui 
dexpôîtoî, bien que la confusion puisse exister dans les manuscrits : 
Tp^:co« s'applique aux particularités de la construction et aux modi- 
fications accidentelles , xvkoç à ce qui , chez tous les peuples et à 
toutes les époques , a constitué l'essence de la trière. Ainsi, il y 
avait des trières qui reproduisaient le caractère de la construction 
athéuieniie, et d'autres celui de la construction samienuc (tp^itoclt 



(I) Hésychius -. £a(uaiuK TpÔRO< - ... AUv(u>c H Tà< £a|iaiva< tAïaiTepav naps tM 
âXintii vtxOc TT)v xaTaoxcu^v ^civ * eùpÙTtpat lùv yaç tlat to^ ja.(rxipaç, toOc 6i i^€ir 
SkONK (Tiaii&wvTu . fit; SoxeTv ^\ixt^<ny ût5v 6)MtM; xftTCTxevaoQct (xaO otov voir|WfoU( 
civai. fiiÀ xai itti T(oi)auT'r>; Xiyc-at - >aù; &c tk tîixunopo; Xtt|iia Oà( cISoç Ixcnioa. 
Cf. Ik^ycU. : £àiiatva. et Phot., S.-A. Nnbiîr. l.tfyJe, 1804-66 : Sdiut^a ei 
ïafAioxov Tponov. 

{<) AiGupvixai ' vfiii rjoav où KaTà -ràv Tptijpix^v iaxv)(UiTiQiiiva,i tuitov , èX>.à Xfiv- 
rptitÛTcpat, xtt''J^lik6oXoi tc %%i t^x^paii x%i xotTâppoiKTot %xi x6 xi/pz diciTtoi. Cf. V* 
Xî^tpva ' ilSo; n).o(ov, xotpô^ioi. " lliiÇa(jL2vo; Apo|i«da.; Tpiaxovr^pctç XifitpvtSMv Tv«f.> 
Graser. U. H. N.. ^ 50. 



OBS CONSTRUCTIONS NAVALES A ATHÈNES EN GÉNÉRAL. U 

maiSf malgré les dilVérences de détail, c'étaient des bîltiraeiits du 
même type (tuiçoc). 

Il reste donc à dclerminer en quoi consistait précisément re 
lype. Dès le début, les Hellttues ont distingué les navires de 
commerce et les vaisseaux de guerre (1). Ils désijutuaienl les pre- 
miers sous lo nom de oTpoYyûXa irÀoîa ou crpofpiXai vyjeç, les seconds 
sous celui de (jwotfi lîXoîat ou jxotxpal v^eç. Ces termes mômes indi- 
quent la ditréi-ence capitale entre ces deux classes de b.Uimonts. 
La dimension qu'on choiv^hait surtout à accroître chfiz les premiers, 
c'était la largeur ; chez les seconds, c'était la longueur. Arrien, cité 
parSuidafi (2), voulant désigner un navire d'une construction [>ar- 
liciili»n*e, dit qu*il avait ii peu près la longueur d'une Lricre,la lar- 
fçeur et la profondeur d'une holcade. C'était donc le résulLil d'un 
iîorapifimiB enti-e les doux systèmes. D'après le scoliasto do Tliu- 
rydido (3), on nommait TtpofyuXri lo navire de commerce, f*arce que 
Jo8 vaisseaux de guerre étaient pi-oportionnellement plus longs. 

On voit en quoi dilTéraiout principalement ces deux espèces 
de bâtiments. Le na\ài-e de commerce destiné à Irans^iorter des 
marchandises doit avoir une grande capacité pour on contenir la 
plus forte quantité ^wssible. Aussi le constructeur Jirroiulira-t-il 
ses flancSf quitta ti lo rendre plus loui*d et moins ]>on marcheur ; 
en effet, le navire n*est jkos tenu d*arriver ii jour fixe, oL, comme 
il faut viser surtout à l'économie, c'est le vont, force motrice 
gratuite, qui servira à le faire avancer ; d'autre part, il est né- 
ire que sa coque soit dévelopf)ée et pesante pour faire 

rtre[)oidfl à l'cnbrt du vent sur la voiluro. On ne lui donnera 
[qu'un trèfi petit nombre de rames, poiu* aider à la manœuvre 
'en cas d'avarie et dans des circonstances extrômes. Au contraire, 
Id vaisseau de guorni doit avoir avant tout une marche rapide ; il 
faut qu'il puisAo secourir ii Timpraviste une place meuacée , sur- 
prendre ronnomi au mouillage^ se jeter sur lui pendant Tactiou, 
lui échapper par des évolutions rapiilos. Lacoijuii n'a pas besoin 
l'offrir une cai)acité aussi grande que celle du biUiment de com- 

'cc, puisqu'elle ne contient que réqnii>age et quelques provi- 

i»; c«s provisions étaient du reste beaucoup moins cijnsidéra- 



II) PolL» l, 82 : twjtfi n>ota. vtçAxr^^a. K. tU3 : iv ii tofç ATKHOitpitOH 

(2) Kvx .' 'Appt3ivo; a .... el/^t II tt v«ù; \t^%oz ^v xn-zà Tpi^pT) tfcé).itft«, E^poc tk 

{%) Tttuc-, 11. 1)7 : vT)l trz^oyyvX^, Bcol. . ax^ùy^'k^] t^nopix). ftiÀ ta iio3it|MiU 
«vrm. CL Ut, Htut., Btkk., Anêed., p. 279. lU. ' 

4. 



LA miÈBE ATHÉNIENNE. 

bles que de uos jours. Enfin , ou aura recours, pour lo lai 
mouvoir , non pas ;i l'impulsion capriciousc du veut , mais 
un force plus docile et plus disciplinée, celle de l'homme. 

C'est de ces considérations que la construction se dcduirtk| 
d'eile-mî-mo. En cIFet , les lamours ôLiint rangtis le long du bord,j 
si on veut augmenter la force d'impulsion , il faut en accroître le! 
nombre et par suite allonger le navire. Un navire long et un na- 
vire r:ipiile deviennent par coi}séquont des termes synonymes {!). 
D'autre part» plus les façons du navire sont fines, moins Teali lui' 
oppose de résisUince et plus il se'déplace facilement. On dira donc, 
volontiers, on [arlant de la tri6ro ou d'une auti-e espèce de val*-; 
seau de guerre, qu'il est mince et aigu , àÇuç (2). Le navire perc 
(évidemment eu stabililû ce qu'il gagnera en vitesse ; maiscomni< 
dans la trière il fallait avoir sui'toui en vue les qualités de com- 
bat et qu'au moment de l'action on n'employait qu'une partie de] 
la voilure, lo fait n'avait que peu d'importance. 

Gomme dans tous les temps la marine de guerre, ci cause delà 
puissance des moyens do destruction dont elle dispose , s'est ar- 
njgé la supériorité sur la marine de commerce , on iv^sorva pour 
elle lo mot noble do vaûç, tandis que les navires de commerce po^ 
laiont simplement le nom de Tc^oTot. Les doux mots sont souvent 
employés l'un pour l'autre dans les auteurs et cousidéi*és comme 
éciuivaleats (3). Mais Didyme, cité parEustathe (4), dit que la dif- 
léreut-e outre viùn et tiXoÎov, c'est que le premier est un vaisseau da, 
guerre et le second un liAtiment de commerce. Ainsi, de nos 
jours, la marine militaire s'est réservé le mot de vaisseau. 

Dès l'origine, cbez les Hellènes, lo navire de guerre fut un vujs- 
seau long. Le naviro Argo lui-môme porte ce litre et est conçu 
sur ce modèle. Ce vaisseau long, comme le montre riusi)ection 
des monnaies publiées [tar Graser, dérive du vaisseau phénicien 
de la Méditerranée et n'a pas de rapports avec les bâtiments égyi>- 
tiens de la mer Rouge. Les vaisseaux longs primitifs u'avaienl 
qu'une rangée de rameurs , et les plus usités avant les guerres' 
modiques étaient les Triakoutores et les Pentckonlores qui comp-! 



(1) Poil., 1 , 83. Cf. 1 , 119 : Ts Si Ti)c vav|iax{ac. al |Aiv çepovaai tpt^^u, 
(toxpà riota. Taxcîat v))ec. xaTÔçf^ftKTa TT>ota. 

('2) Appiea. V, lOC ; là xoO^a x«l o^ia Stx{»TK Ai6vpvi2a; xalioùot, el plus li>ia i' 
^ &l Kttl ta Txd^ notinYki(f> m^v (îpax^Ttpa xal xoù?ii xat oEca , ciCti par Gruer, 
U. R. N., I 39. 

(3) Suid. I vi)c< ta nXoTa. 

(4)G84, 29 : AiSufto; iv ttrtoptxi^ tffflf* ôk Sta^^oiwt vî)t( nXotwv , Art «( |iHJ 
{TA'|liv7} itot TCfiOiTvXat (oTpo'pn^lai'), al li crpsTuaTiSM. 



DES CONSTRUCTONS NAVALES» A ATHÈNES EN OENIiHAL. 



25 



s pi-emii-res quinze , les secondes viaf^t-cimi rameurs de 
chaque bord. Si uous on croyons Pline TAncien , c'est Erythrsp , 
\'illc ionionuo, qui eut la première des vaisseaux h deux rangs de 
rames ou diores (IJ. Thucydide nous apprend que ro furent lès 
Korinthiens qui invenlcrent la trière (2). «i Les premiers, d'aprfcs la 
idition, les Korinthiens so rapprocliôrent dans les conslructioas 
lavaJcs du syslème actuel , et c'est k Korinthe que furent bâties 
îs premières trières ; il semble prouvé que le constructeur Ami- 
lokîts de Korinthe édifia pour le compte des Samiens quatre trié- 
es, il y a do cela environ trois cents ans jusqu'à la Un de la guerre 
tuclle. » C'est donc à la fin du huitième ou au commencement 
iliiièmo siècle que la trière hellénique fit soti apparition dans 
lUX de l'Archipel. Mais l'invention nouvelle, nialgnWoiis 
!S avantages, fut longtemps à se répandre; car, d'après Thucy- 
ide (3), ce n*est que peu de lem[»s avant les guerres médiques 
ii'on rencontre des trières en grande quantit)^ dans les deux ma- 
rines les plus o^nsîdérables de Tépoque, celles das lymns de Sicile 
ït des Corcyri^ens. Les jjuissancos maritimes aatérieiu'es ne pos- 
iaient que des Peu tékon tores et d'autres vaisseaux longs 
instruits d'apn.'s le môme système. Quant aux Athéniens, c'est 
lémislocle qui leur persuada de construire des trières dans leurs 
terres contre les Eginètes ; ce furent celles cjui combattirent 
;nt les guerres mô*1ique8; encore n'êtaient-elles pas pontées 
19 toute leur longueur. 



(I) If. iV.. Vil , 5fi. 
(î) I. t3. 



A PITRE m. 



DE LA COQUS DE LA TRIËRK. 



9 1 — La cale de nonstruction. Les cliantiers. Le ber^ 



On appelle cale de constntdion (1 ) « un plan incliné fait en ma- 
œnnerio.solideineiil. établi, long et large, sur ioquol on constrnit 
les naA'iros qui, lorsqu'ils soiiL achevés, en descendent pour aller 
prendre (jûssûssion do la mer. v Quand on veut édifier un bâli- 
raeiit, on commence j>ar disposer sur ce massif les chantiers. Lee 
cliantiers sont des [liècos de bois i^quarries qui , t mises les une* 
au-dessus des nnlres, forme uL des piles plus ou moins hautes, 
espac/»es enti^ elles et solidement attachées au sol. Sur ces piles 
s'élal)Iil la quille d'un navire qui s'y développera , y grandira oi 
s'y achèvera avec le temps (2). » On a contracté l'habitude d'éten- 
dre le sens du mot et de l'appliquer h tout endroit consacré aux 
conslrnrlions navales. Pris dans cette acception , « nu chantier 
peut contenir plusieurs cales de constmction ou plusieurs éta- 
blissements et files de chantiers. » 

Pour mettre uji navire sur les chantiers, on commence par édb 
lier le hn (3), « espi^cede lit compos»'' de fortes pièces de iHiis et 
construit autour du navire (ju'on doit lancer i\ la mer. Il est formé . 
de ruittrs ou tinfjuiilrs^ pi(»ces composées de pinsienis autres pla- 
cées larallclement à la quille du vaisseau ei qui doivent glisser 
sur le chantier, quand le vaisseau et son brr seront abandonnés ik 
leur pmpre poids. Ces coittes reçoivent par leurs pieds les ('»tais 
nommés colomhiers, soutenant par leurs têtes le vaisseau sous sa 



{{) liai, Gloisair* nautiijuf, arL CaU, 
(l) Ibid., art. Chantier. 
(3) Ibid., art. Bvr, 



OB LA COQUE DE LA TRIËRS. 27 

caK'ue. La ventrière est une pioce courbe qui épouse la forme du 
ventre du bAtimeuL. » Une fois mis à flot, le vaisseau se débar- 
rasse de son ber. 

Ces coostructious préliminaires indispensables devaient être 
exécutées par les Alhénieus du cinquième et du quatrième siècle 
avant Jésus-Christ, comme elles le sont de nos jours. Les chan- 
tiers du Pîrée (vauTni^ta) contenaient sans aucun doute des cales 
de construction analogues aux nôtres. En effet, on a retrouvé au- 
tour des bassins de Zôa et de Muuychie les fondements des abris 
couverts (vtw<rotxoi), où la flotte était mise à sec lorsqu'elle no navi- 
guait pas (1). Ce sont des rampes inclinées, à moitié taillées dans 
le roc vifot complétées par de la maçouncrio, sur lesquelles on 
halaJt et où on amarrait les trières (2), Il est vraisemblable qu'il y 
on avait de semblables pour les constructions navales, mais il n'est 
gu^re admissible» à cause de l'exiguïté de l'espace, ({ue les trières 
ftt9.<ioul précisément édiflôes dans ces abris, comme le sont chez 
nous les navires dans les chantiers couverts. 

Ijes lexicographes nous ont transmis les noms dos parties piin- 
ri|iales dont se composait le ber. Nous retrouvons les colombiers 
dans les Âpuo^oc. En effet, les 5puo/ot sont , pour Suidas et Zona- 
ras (3)| tt des étais dont on se servait pendant la construction du 
ttAtiment. • T^ grand Etymologique (4) y voit : « des pièces do 
ïioi» verticales, des supports qui soutiennent la quille du vais- 
seau qu'on édifle. n Eustathe (5) entend par là : « des étais dis- 
jkosôs ou file et sur lesquels repose la quille du b;\timent en cons- 
ti-uciion, afin qu'elle ail une forme régulière. « Il ajoute qu'ils 
mainlionnent la oarèno des deux côtés el l'entourent do soutiens 
continus. Platon, dans le Timéc (6), donne du mol S^6o/oi une ex- 
plication courte, mais parfaitement nette. Co sont : « des apjiuis 
qui servent pondant la construction du bAtimont. n Hésychius (7), 
qui emploie la forme ^wxk, les définit d'une fa«;on plus vague : 
« pièces de bois qui supportent la quille du navire. » De même le 



(I) BoBCkb, Urkunden, du VI. 

Cl) Mtine Musungfn in den aU-athenischen Kri^Çihafen. v. B. Gnuer. Phi" 
hUgUi. i. 31. 187?. 

(S) 8, V, 9p<ïo^0L • nârraXoi &l «vTtOé(ievoi vauiniYOWM-*'*''!^ vtfû;. 

(1} nymol- mtiffnum^ èiX.'Thoma» Gaisford. Oxford. IStS. 8. v. : âpuo^ou;* 

(i) BJ. rom., p. 1878, 03, et 1879, 1 . Tï««jaa),o4, cçj'wv noi/^Siv «iaTsOet|iêv«v 
4 t^intii f<7T«t«i x6tt xatvoupYOU(Uvu)v K>oiuv 4iî UÔTrja. 
{t] P. 8!, D : ffTTipiY|i«Ta r^; mjYWjuvtn v<u>ç. 



LA TRIËRB A.THÈXIHNNB. 

scol. ri'A[ioilonhis t.\o. Rhodes (i) ; « piccos de bois si 
on ôtahliL la quille. » Plus loin il confond à tort les 5puo/ot avec 
les cétes du bâtiment. Malgré cela, toutes iics oïfilications sont 
suffisamment claires et concordantes pour qu'il faille adructlro 
sans hésitation l'idcntiflcation des ^pooyot avec ïios colombiers. 
C'est par erreur que Graser (2) traduit le mot 5puo/ov par carlingue. 
Il a sans doute été trompé par Pollux (3), qui cite le opiio/ov parmi 
les parties constitutives du navire immédiatement avant la quille. 
Il faut noter cette confusion et remplacer du reste, dans le pas- 
safc'e do Polhix, îpi>o/ov par Spuo^cw, In mot n'étant guiïro oznployâi 
qu'au pluriel, h cause de la pluralité des colombiens (4). 

On ne trouve rien qui corresponde à la ventrière, mais il est 
vraisemblable que les coittes existaient sous le nom d*sYxwiûi<, 
imiyxevCStç. Eustalhe (5), il est vrai, entend par co mot ■ dô3 
planches qui vont de l'avant à l'arri&re du navire, » et désisrne 
môme l'une d'euti*e elles la totétière. Hésychius (6) n'est pas moins 
explicite; ce sont pour lui « les planches clouées tout lo long du 
navire. • Enfin Suidas ^7) et Zonaras (8) disent qu'elles font partie 
du navire. Mais, d'autre i>ai-t, les i-mr^Yxtviôcç désignent aussi chez 
les lexicographes les poutres qui composent un radeau. Pour le 
grand Etymologique (9), ce sont simi>ïfimenta des planches trans- 
versales; « pour Zonaras (10), « de longues piiicos de bois étendues 
en long. » Enfin le grand Etymologique (11) confond les ^gox» 
avec les ^zt,yxêv(5ê;. L'identification est impossible, puisque le pre- 
mier mot désigne des étais verticaux et le second des poutres ho- 
rizontales; mais l'erreur du grand Etymologique s'explique tout 
naturellement, si l'ou admet que les i-rrri^tvi^i; , tout en ayant un 
sens plus général, on prennent poj'fbis un tout particulier et s'ap- 
pliquent à cette jiartie du ber qui porte chez nous le nom de coittes 
ou auguilles. 



il) L. 1, V. 7ï3, éU. Merkel : h olc xaTafr^fricTai f, Tpôntc |û>oic- 
(3) De Re Naraii, § 81 , et Dat HodH l'inrit athenischen Filnfreihensehiflt^ 
p. 3. 
(3) 1. 8&. 

(4} Ooni Plut., Mot., p. 3^1, E, lis. Spuàxwv uu lieu de Spud^uv. 
(K) 1533, 39 : <ravtSe; ix Tipwps; tu; iipû|i.vxv T&Ta}i£vatt. 
(6) 8. V. iirr.-pttvtîi; - al el< (ii}xo; %a.ÙT^.oiii^vta.i <ravt£tc< 
(7)3, V. iy^i-ii&ti. 

(8) 8. V. ^Y^tt^^^^ * [AÉpo; TV Toû nXoEou. 

(9) S. V. iyxivià2^ • rù.axi<ii aavWïac. 

(10) S. V. i7rriyv.vik ' tô éiciji^xt; ffa{>«TïTa;itvoi» ÇOXov. Jiyouv ^ |ioixpâ 

(11) 8. V. âpuô^ovc 



DE LÀ COQUE DE LA TniËRE. 

S chantiers portaient le nom de TpoTriwa, .sans que le mot ait 
iris l'oxUHisinn i|n'oii lui a tlonnée en fraur-îiis, ol (jifil ait jamais 
ignifiê l'endroit réservé dans un [tort aux constructious navales 
iwtuTTfiYt»). ^t Polliix (I) range les Tpoic(otat parmi les parties cous- 
ilulivcs du vaissam, c'est par suite d'une erreur analogue à celle 
uo nous avons signalée pour les 5puo/ot. Pour le grand Elyniolo- 
iijue et (lour Photius (21, le mot Tp^wtîSta désigne les pi^ces do bois 
*îstin6es à recevoir la quille et , ce qui est encore plus signi- 
iculif , ils ajoutent qu'on entend aussi par Ih la place mémo où 
'on jtosG la (juille au moment de la construcLion du bAtimont : 

xaX TOTWî, l^* o5 TfOeTott -fi -t^éziç (3), » 

Concluons : les substructions retrouvées au l'u-éc nous aulo- 
isenl à croire que les contemporains do Périklès et de Démos- 

ène connaissaient l'usage des cales de construction, L'idcniinca- 
lou des rpoTcfôta avec les cliantmrs , des 5puo;^oi avec les colombiers 
5t certaine; celle des imrjYxtvfot; avec les coitlc.-! est extrémcment 
raisemblable. 



'2. — Piècts principales de la cfiarpente du bâtiment. La quiUe, 
l'étrav^ et l'étambot. 

Examinons maintenant la coque du bâtiment. On entend par 
i |4| « le corps du navire lorsiju'il est sans mâture, sans voilure, 
ans agrfcs, sans chargement et s.'ins lest. » Dans l'antiquité roinme 
e nos jours, on ne construisait sur les chantiers que la coque du 
lAtimcnt : on le gréait une fois lancé à la mer. Athénée l5> nous 
ipprcnd que VEthosoros d'Hiôron fut mise h Hot après qu'on y 



(2] H, V. Tpoicitia - TOC cU tp^tv vtî^c cOOeToOvxa (uXa. C'est bien dans ce sens 
u'il Hul prendre eOOtioûvTa. — Cf. Diod. 6ic., S, 12 i u\iyÀva^ Tttîc tiAxpaî; 

p) put., Ltg,, VIT, p. 281 [803. A]. — Le paAsoge tel que le donnent les édi- 

nr^^é^txai xû'i trXoiwv TX-^ii«Ta, n'ollrr pas de sens. Il finit lire : olov fii^ tt; vav- 
^f^i, 7LifS9$<ù>'>iw*t>i 'à Tpiîîîi6(», (rtîOYpôçeTxi twv nXotfov T^^^^ti : un construc- 
tur, An ^'UI>tlA8ant ws chimtiers, dessine d''JJi la formv des bAtimcnts qu'il 

édiùet, T-^v Ti); vaurn^ta; âf}/,i^v est une glose cxplicftnt xà. Tpoiïidta, qui 

(ndûinent intrrMluiie dAns le texte. 

(4) J»l, Cl.n., »rt fo7«#. 

(5) V. 40 : tvOto ^iv oùv Ta (i^poç kL; ti^ 6^1X0700» iuifti>xetv irp(KrtWraxTo , ti^ 
iiKr.v KaTavxcvqv K'ixcî Xa|LCiviq.,. xat ta )omà (Upri Tq; vtAi; iv i»i)i< il tu]vt 



30 



LA TRJÈRE ATHÉNIBNNB. 



eul IravaiJlé six mois; il fallut six autres mois pour Ifl lorminer, 
mais c'était un navire de proportions extraordinaires; la construc^ 
tion des tri&ros marchait beJiucoup plus rapidement. 
. Comme le fait remarquer avec raison Démosthcne (l), ce sont 
les parties basses du vaisseau qui demandent à Ôtre bâties le plus 
solidement; c'est sur elles que doit porter toute l'attention du 
constructeur. On commence un navire par la quille (Tpôxiç), ajoute 
le Scoliaslo (2) , comme une maison par les fonderaeiits. La quille (3| 
est a une forte pièce de bois ou une réunion do pièces ajustées 
sur laquelle ou fixe les varangues, l'ôtambot et Tétrave, et qui, 
base do la construction du navire (4), est la première qu'on place 
sur le chantier. » Mais la quille ne répondrait qu'imparfaitement 
à co cfii'on attend d'elle, si elle n'otail doublée d'autres pièces qui' 
en augmentent la solidité et le poids. Cela ('Lait d'autant plus né- 
rossaire dans les trières athéniennes, que ces navires étant fré- 
quemment halos i'i terre, la iiuille y était plus exposée à s'user et 
k se disjoindre. En outre, les trières étant très longues et très 
étroites, comme nous le veri-ous plus tard, elles auraient manqué 
de stabilité k la mer, si elles n'avaient été poui-vuos d'una.j 
quille pesante et qui leui* donnAt de l'assiette. La ([uillo est conso- 
lidée [niv la fmisse-quiHe (5), u pièce de bois ou planche é[)aisso 
clouée sur la face inférieure do la quille , tant pour la garantir 
dans les échouantes où elle aurait beau'*onp à souffrir, que pour* 
la préserver en partie des attaques dos vers, et aussi pour ajouter 
h la largeur et A la surface du gouvernail , ou pour corriger len 
défaut qu'a le navire de dériver beaucoup, lorsque, n'ayant pas 
jissoz (\c pied dans Tean, la quille ne suffit pas h ofïVir un plan 
vertical résistant aux efforts du courant et du vent. » D'autre' 
part, la quille serait trop alTaiblio, si Ton y pratiquait les cavités' 
qui doivent contenir le pied dos côUs du bâtiment. On la fortifie 
donc en dessus par la contre-quille ou carlingue (6). Ces deux- 
termes synonymes désignent une suite de planches épaisses qu*on 



(1) OIyn(/t., B, 21 : otxEo; ... xal fc>o(ou xal tûv dt),Xb>v ti3v toioOiwv ta tAxtJ^v» 

(?) L. c. : xittitOiv àiT6 OitKXtfciv kftX ta irna oixo£o{ietTaio txoc. â|»(»uK di uâ vgeik 
iicà T^c Tp6ni2oc. 

(3) Jol, Gl n... art. Quiik. 

{K\ VAuctor brer. sehol. ad thm, Orf., B. 4^8 . dit presque dsna les mi 
termes que la quillo wrt une pièce de Iwiis qui sert do base h la construction de| 
tout le bâtiment : t^ Tf-omfit tf); véiôc, ènci ntipttùzipa ttùv oavï^uv vrrâp^et • <iri< 
yàf €vXt() TOtity tuitïtf iiri OcjuXU}) nvi éiçotxû^otieîtat ta iXXa îw>.a tij; vtw;. 

(5) Jal. Gi. n., art. Fauue-qitHle. 

(6) Ihid., art. Carlingue et art. CotUrs-çuittir. 



DB XA GOQtB DE LA TRIÈI1B. 



31 



piplifjne (ians l'intérieur «lu navire sur la quille pour on lier so- 
Wciïient les diverses parliez. Elles s'asseoient sur le milieu dos 
mrangues qui sont les bnses des oôles du UUimeut, et les reçoi- 
aot au moyen d*une entaille où ces varangues s'introduisent. 
La quille i)Ortait chez les Grecs le nom de ':^r,iç. On entend par 
mol, dit Hésychius (II, « la partie la plus basse du navire. »> 
ts Ux. Bhei. d'I, Rekker (2) nous apprennent iju'on donnait le 
im de Tp^Eic aux « pièces de bois qui, dans les navinîs, vont de 
v*nt à l'anitre, où sont implantées les chevilles , et sur les- 
ucUcs repose tout le reste du bâtiment. » C'est, presque mot 
ur mot, la définition do Jal; il est donc inutile d'insister sur 
ne identification qui s'impoHc d'ello-m^me. D'après Tliôo- 
bntste \^\s la qudle dos tritres était faite do chêne, alin de mieux 
Hïster aux heurts et aux ser^ïusses quand on les halail à teriv 
iidisque celle des bAtimentsde commerce ôtait de bois do .-^al»i^. 
Ija fausw-quillc, qui la fortifiait par dessous, i^rlail le nom do 
Pivff|Aa. Ou appelle ainsi , dit Pollux (4) , u les planches clouées sous 
quille et qui terminent le bâtiment par en dessous pour pré- 
Tvor la qiiilliidns frotlomenls. n Cette explication fOiironle exao 
ment avec celle d'IIésyrhius (5), qui entend par ce mot« la piècu 
3 bois clouée sous la quille poui* l'empAcher de fatiguer quand 
1 haie le bAtimont i\ terre. » D'apK'S Théophrîiste (r») , la fausse- 
uille éttait faite d'une espèce de sapin. 
Malgi-é rexjiression de Pollux, qui regarde la fausse-quille 
uuue terminant iiiférieurement. lo navire »■ t^ TeXevcotïov, ^. il est 
ermis do supposer, en vertu des conditions parliculièros atix- 
8 devaient répondre les parties basses de la tI'i^rc, que la 
]uille était encore protégée par un assemblage de pièces 
bois qu'on ap|>elait àvri/E'Xugjjwe. On ne peut guî-ro donner un 
Dire seoB à la close d'flésychins : - fltvnyfluijfwi ' (x^po; triç f/axpîç 
ne. • 
A rinlérieur du bâtiment étfiil appliquée sur la quille la conti-e- 



(I) &. V. TfoiiK - ii xotTÛToiTOv rf); veû;. 

(ÎJ P. 307. Û ; Tôt Ç«>a va K\fi*-*r*'^^ inà «pwp»; tic npOnvav, U iin oî Y^p^t *«1 " 

>« f,prf,*T«i. 

(3) H. Pt., 5, 8 p, î et 3] : n^v di t{>m«v. Tpti^pe^i lièv 8putvT)v, tvo 4vTixTl «P^ 

te viwXxivc, tmk U à>x«/n 7rcvM(vy)v. 

(il I « â6 - TO £'tmà Ti)v Tpbictv ts)evtatlov icp«ai^Xtfu(L<vov . X9^ ^ift Tp{6t(r9at r^v 

1 3) S. V, x^v'l^* ' f ^ itpd'ni)'>ûpicvQv t^ xpômi (u>ov, Ivixa toO {i^ novcTv râ C0^« 

(01 L. C. 



32 



LA TRIÈRB ATHÉNIENNE. 



quUle OU c«ir]inguc. Les, Grecs la désignaient soua le nom de se- 
conde quille K Ut/riptt Tpoici(. u Le tct*me est assez explicite pour 
permettre de lui-même ridentiflcatioa ; mais cette idoniifiiatiju 
est nniilue {ilus certaine encore par le coutexto du [lassago de 
PoUux (l) : « On appelle contre-éirave la pièce de bois appliquée 
sur Vi'trave. C'est de îa conire-élrave que part la seconde quille. » 
En eilbt, la i:oiitre-quiî!6 et la coutro-étravo sont prccisémcnt dflosj 
le prolongement Tune de l'autre. 

Nous voyons par l'i combien étaient fortes les parties basses' 
la trièro athénienne. Il y avait trois et mcnie vraisemblablemenl 
quatre épaisseurs de poutres superposées, soit, en allant de haut 
en bas : la contre-quille ou r.arlinguo (Srjrepflt Tf«îiH(), la quille (Tpoiïtç), 
la faussc-(]uille (//au5|x«) et probai>]eme.nt ràvrt/eXuffpia. Ce puissant 
assemblage de pièces de bois était nécessaire, d'abord pour que le 
navire ne souHrît point quand on le lii-ait à terre, ensuite pour 
lui donner plus de stabilité à la mer, enfin pour que la carène 
résistât h la serousso formidable qu'elle recevait, quand on enfon- 
çait Téperon dans le flanc du navii*e ennemi. Nous montrerons 
plus loin que l'arme la plus terrible de la triëre était l'éperon, et 
que le navire tout entier était construit do façon à lui donner 
toute sa puissance. 

Pour ce qui et*t do la forme miîme , la quille était autrefois trfeai 
renflée (2). Elle a conservé longtemps ce renflement primitif, 
comme Tindiquent une belle monnaie d'Antigonos Goaatas et des 
monnaies de Phasélis, de Leukas> de Corcyre, de Samos, etc. (3). 
II est beaucoup moins sensible sur une monnaie de Séleucus l4) 
et semble absolument nul sur* une monnaie de la république 
romaine (5). Toutefois je n'oserais pas afllrmer aussi résolument 
que Graser, dans son De ir navoli, que la quille de la trière athé- 
nienne fût entièrement horizontale, La trière était plus lourde et 
avait un plus fort tirant d'eau à Tavant qu'à l'aiTière. La quille 
était vraisemblablemeitt renflée en dessous et formait avec Vêtant 
bot une ligne courbe continue. 



(1) I. 85 : TA Sè T^ arsipe^ 7cpo<m>oûtuvov fA>.KT];, if'oiï ii Semepa rpôYO;. L. éf'oft' 
av. Hcmsterhuls et G. Oindorf an lieu de l>p'o^ d'I. Békker ; en effet, la con-^ 
tre-quille Uit suile h. la contre-étrave ou récipruquement. 

(2) CeUr i-ourbnre de In quille lui nvait fait donner on nom parUctiHcr. 
Hésych. : x«5,aivïi • ... xal f. tpÔTïi; tiJi; viwc 8ià tô iicnta^Lici;. 

(3) Graser, Dt> àXiesten SchiflsdartuiiHngen auf antik^n Jfitnnn. FI. Â.j 
W 171 V PI. B. n»* 422 \ 253 \ 2I0\ 392 ^ etc... 

(4)/bid., PI. C. 444*. 
(5) Ibid.t Pi. A, I (. \a plupart des pièces dont il est ici question sont tepto--^ 
duites dans le cours du préseot ouvrage. 



DB LA COQUE DE LA THIËIII;. 



33 



Iraiv u'éuit pas nîoiiis inifX)rlante ol ne devait p;is être moins 
leolidenient construite que la quille. On ;ipi.oIlo étravc (1) « une 
[pièce de bois forte, recourbée en dedans et planli^^ k rcxtrémité 
lauténcuro ot dans îe plan de la quille qu'elle continue. C'est sur 
celle ()iêce,<ïui souvenl , au lieu d'iHrc d'un seul morceau, est 
[Com|>osée de plusieui-s pi^ces unies p&v des i^carts pratiqués h 
lUis, que repose en [iariie l'ôdiftce de la construction de la 

k,'* L'étrave fatigue l)eauroujt dans tous les navires, puisque 
[c'est elle qui, pendant la marche, rei:oit le choc de la vague; elle 
[floit surtout lîlre solide dans un na\ire k éperon dont l'avaul est 
lestiué à aborder l'ennemi. Elle est donc renforcco j)ar la contre' 
[itrave (21 . « piëce de bois dont on double l'étrave en dedans pour 
consolider, ot pour lier ensemble le brion et les pificos compo- 
[saiitos de Tétrave, qiiand celle-ci est composée. Dans les f^ands 
■navires, la contre-ètrave est une suite de morceaux solidcmoat 
iatK>utés Tuu à l'autre. » 

Fig. 1. 




AJ. Extrémité de la quille. 
\T. Brion 00 Riniïcot. 
FB . EC. Pièces délriw. 
BA. Cootre-étitve. 

La fleure t , empruntée au iUosnaire nautique do Jal , article 
Kirave, représente une élravo moilerne. 

L'étrave portait chez les Grecs le nom de <m7p«. Les lexicogra- 
phes la confondent à lorl avec la quille dont elle est en réalit*» le 
prolongement, et avec laquelle elle forme un angle qui varie 
selon le système de la construction. C'est une erreur dans laquelle 



Çl) ttid., *rt. Conirt'^trûVé^ 



34 



LA TRIÈRE ATHÉNIENNE. 



Eustatho est lombé (I), « ateTpav Se tJiv Tp4:rtv Xlrtt, « Suidas doQue 
de ce mot la môme explication (2), « xal i?j xpû^ti; toû tîXoîo'j. •- Le ver* 
m^ine d'Horaère qii*iis iuLerprètent (3) aurait dû les melUc eu 
garde contre celle erreur : 

Et. pendant la course du navire, le flot sombre retentissait bruyammuat cod-J 
tre l'étraTe. 

En effet, ce n'est pas contre la quille, c'est contre Tétrave qne' 
le flot écume et se brise pendant la marche du bAtiraenl. Pour* 
Hésycliius, qui n'a point partagt^ p.etto erreur, la TwTpat est une 
pièce de bois proéminente à l'avant dans le plan de la quille: « -^ 
ili'/w -riiç Tpwfw; ÇiiXov xït^ t^jv Tp^mv (4). - La conti^e-i^trave, destinée 
h renforcer IVUrave, s'appelait îpaXxT^;, comme le dit ciprcssémrnl 
Pollux (5), qui entend par ce mot « une pièce de bois appli(fuéc 
surl't^trave et de laquelle part la carlingue. L'extrémité de Tétrave, 
vei-s l'avant, s'appelle TtpoetxSoW; : au-dessous de l'étrave ï5e trouve 
l'épei-on ; l'étrave est précisément comprise entre la -ïtpofiJLÇoXf; cl" 
l'éperon. » Nous verrons, quand nous nous occupemns de la 
forme de l'avant, romhieii cette définition est exacte et claire. 
Nous verrons égalemont que IVîtravedes navires ancieus difléraiij 
sonsUilement, par la forme, de celle des navires modernes. 

L'étrave, telle que nous venons de la décrire, ne serait peut-^ti 
pas suffisamment i*obuste dans un naviits h éperon comme la 
trjffe. Cette considération nous permettra de corriger un passaj^^ 
de Pollux resté jusqu'à présent incompréhensible. Polhix. reve- 
nant siu' l'étrave et sur la coiitrc-étrave au chapitre SB du livre T. 
dit : « T^i 5è (TCtipet -ïcpOffTiXoÙTOt 6 x*Xoofx«voç «paXxY^C ' Iv^oTEpo» 8i ivw 
IxatépwOev r, i^ohK.U\ ^v xal ^ivon7ip{«v xaXouaw. " Le mOt £^o).xîc. tfui 81* 
giiifie une chalou[)0 l'cmorqnéc parmi navire, n'offro évidommenl 
aucun sens ici, et il a été introduit dans le texte à la place d*un 



(l)P. 139,40. cf. 14W. 14. 
(7) 8. V. oTtlpoi. 

(3) II., K, 481 : 

(4) Uésjrch. , 9. V. (rrcîpa. Pent-Ôtre faut-il lire : xi 4Î<X*^ '^lî tpéiïiAo; K^OV; 
xaTÀ Ti^v irptôpocv, la pièce de bois qui pArl de la qiit|t« jt l'avaDt. 

(5) 1, 85 : ta Se T^ «rtEÎpa ftpû'rri>oO|icvov , ^dû.xr^, d^'oû V] ScuTÎpa t^ÂKi;» .« 

ti); icpoe(i^XlSoc xal toO ^(i^Àou f, atsïpa xaUTToiu Je lis aùtiyc au lieu de acùnv. 
Ceflt en effet à la tête de l'étrave et non de ta contre*étrare qne se trouve lâ^ 

1Cp0t(L60>[{. 



DE LA COQUE DE LA TRrÈRB. 



35 



lot dans lequel entrait vraisemblablement le radical de tp^Xxvic. 
Or, nous lisons dans Hésychius tàvrt^oWç • [iipoç -nj; iroXejiotîiç vewç. 
Il est probable qu'il faut lire dans les deux passages dtvTtîpa)jtti; et 
entendre par là une pièce de bois destinoe à arc-houler à droite 
et à gauche la contre-étrave. 

Ainsi Tavanl de la trière avait pour membre principal, suppor- 
tant tout le reste de la construction et en pai-r.iculier l'éperon, un 
assemblage de trois pièces de bois qui se renforcent Tune l'autre : 
l'élrave (^ oncjpa), la contro-éLrave (i oa)ariOi et l'dtvrtîpflÉXx'nc qui main- 
lient et solidiûe la contre-étrave (II. 

Kyarrière était édifié sur ïélanibot. comme Tavanl sur l'étrave. 
Vn appelle étamhot (2) « une pièce de bois droite et forte qui, éle- 
vée à l'extrémité de la quille d'un vaisseau , termine l'arrifii-e de 
sa carène et sou plan diamétral. » L'étambot est fortifié par le 
contre-éiambût {31, « pièce de bois dont on recouvre IVîtambot soit 
à l'iulérieur, soit à l'extr-rieurdii navire. Le contre-étarabot exté- 
rieur fortifie l'étambot» ea môme temps qu'il porte les ferrures du 
gouvernail; le contro-ctambot intérieur fortifie à la fois rôiarabol 
et l'arcasso* » L'arrière de la trière avait, comme nous le verronSi 
Oe« formes assez différentes de celles du navire moderne, mais 
nous retrouvons dans PoUux la mention de deux des pièces de 
charpente princii)alos que nous venons de décrire (4) « : tb uiwv 3è 

« Ija pièce de bois qui partage l'arrière en deux est rètambol{àQ^' 
ivan)i sa i>artie intérieure est le conirrMiamhoL intérieur (M^fAtov^^ 
Quant à rhyj)0thèsc de Graser (5), qui identifie rèTcmetov avec le 
eontrc-éiavibot extérieur ^ elle se justifierait à la rigueur par le texte 
de PoUux, eu repoussaiU la correction deJungermann que j'ai 
■àoptée ; mais elle n*est pas nécessaire. Nous verrons plus loin 

ni) lÀêitit alDSi les deiuc passages de Poltux sur lesquels repose ce chapitre : 

T, 85 . lUpTî ii v£<i»; • Spoo^ot, TpoictSia , TpAicu; . iTcIpa . rpoicoi ■ t6 8i t^ TTcipa 
it^»Tft>6vtuvov çd>Kii: , &i^'oO t SivTÉpQt TpoiTu ' xaVcTtai Si ovTOc xai >.(aCiov mvI 
Xx)it^vt) Kftl xyuxtiii^jiiot ■ tÀ as KfltTiXi^ov vùv^c. tn'i n^v npûpav npoc{iCoXi; . xù Ai 

M : T^ 61 TTtipq^ iEpio<Tn)ovTat 6 *ti*.o\/\U'éOi fôXx-iic * ivSotipfii il iTtKU fixari- 

p^ li-mirae (1701) cité |Nir Jal. Gt, n,, art. Eiamhot. 
3) Jal, Çi. n., art. Contre-étamhot. 
> t , 90. I. Bekkrr Ut h tuii «rzvtttov au Heu de d^Av^tov . Wçon de Heois- 
ois ^t <le Dindorf Orascr. Pai ITwf^..., adopta irctatlov . que donnent 
C. A. lie tetond*^ iniiin. au lieu de imoii*>n. I^es manusrrits portent ÛKTiprriiu- 
; limfTTi(Livov est itw corrertion de Jungermann. 
J itûi VodW. ... p. 3. 



36 



La THIÈRK ATMÊNIBNNK. 



qu'il y avait dans !a construction de rarrière une pièco de chi 
pGiite spéciale à la mariuc grocque et assez importante r>our qn 
nous soyons tentés de lui chercher uu nom. C'est précisômeiif' 
00 uom que je trouve dans le passage de Pollui. 

§ 3- — />^ ^f- membrure du bâtiment. Les varangues. Les alloiiges, Us 
côtes et les couples* 

Fig. 2. 



Kl. Moilië d'un couple, Côte on Membre. 

NH. VaraD(,Tie. 

IG. Genou. 

HF, GB, FD. EC.nB. Mlonffes. 

KC, Allougo (le revers. 

La carène d'un navire est composée d*un certain nombre" 
grandes côtes implantées par leur pie^^l dans la carlingue, el qi 
sous Tenveloppe du bordage, forment la carcasse du bàtirueul. Ces 
cétes se rupoiidcnt exactement de chaque côté du navire , el deux, 
d'eutre elles tbrmenl un couple. Dans les grands navires, le coupk 
est composé de plusieurs pièces qu'où nomme varangues et 
ges, La varangue (1) est « une pièce de bois courbe qui, par soi 
milieu, se fixe sur la quille et sert de base aux allonges doul 
compose te couple. L'ensemble des varangues l'orme le squelet 
du fond du navire. » On appelle allonge (2) « toute pièco de bol! 
qui sert à ou allonger une autre. La composition des couples d'ui 
navire admet plusieurs allonges, [>arce qu'il est impossible d( 
faire d'un soûl morceau ces grandes cotes, soutiens des lianes di 
bâtiment, n Vallonge de revers est celle qui termine le toupie ti 



{!) Jal. Ci. n., art. Varangue. 
\1) Ihid.. art. AUotiçe. 



DB LA COQUB DB LA TRIËRB. 37 

.ie supérieure et rentre vers Tintérieur du bâtiment. Les ai- 
ne seraient pas suffîsaiument liées entre elles ni avec les 
ues, si elles n'étaient pas maintenues par des ^fffwwj; (I), 
« pièces de boLs courbes que, dans la construction d'un couple, 
on applique laU^raloment sur la varangue et l'allonge ou sur deux 
allonges successives pour les lier et les fortifier. » Ainsi la varau' 
yue avec les allonges et les ijenoux l'orme uue côte ; la cèle prend 
aussi le nom de membre; deux memhrps correspondants compo- 
sent un couple. L'ensemble des membres porte le nom de mem- 
brure. 
M La flgure 2 , empruntée au Glos$aire nauti/fue de Jal , article 
^llonge^ représente la moitié d'un couple. 

Graser (2) donne de ces diverses i>iôces des appellations en 

-grande partie erronées. S'il admet avec raison que les Grecs dési- 

Kiiaienl les couples par le mot d'eYxoiXtot, il croit que la dénomiuïi- 

tion technique était Tpozioiç, bien que ce terme fût peut-être 

y^servô aux allonges, que les allonges de revers s'appelaient rpo- 

Bâtxet les varangues ${o;(0(. Nous avons déterminé trop nettement, 

par le témoignage des lexicographes, le sens du mot TfxmiSta, pour 

nous arn^ter à démontrer maintenant qu'il n'a rien à voir avec 

les allonges de revers. Le sens donné par Graser au mot tpoin'Siç 

R'est qu'une conjectuie purement gratuite; nous avons rayé ce 
lot du passage de Pollux (3). Quant aux dfoxot, si.l'on veut s'au- 
toriser d'un texte de Procope (4) pour y voir les varangues, il ne 
faut pas oublier que, selon Tauleui' même, c'est un terme poéti- 
que, et que , d'après ridoutilication qu'il en fait avec les vo(xeî< , il 
signifie plutôt les couples. 

Ijo nom de côtes donné aux membres du bAtîment est une figure 

naliM'ellfl qu'elle se retrouve dans toutes les langues. Pline (5) 

iinpare ces pifeces de bois fixées sur la quille aux côtes de l'ani- 

lal qui j)artcnt de l'épine dorsale. Nous n'avons donc |>as k in- 

L«*ter sur l'identifiration des î-ptoiXta avec les oxiuples , qui se pi'é- 

ito d'elle-môme. Théophraste (fi) nous apprend qu'on les faisait 



|1 J«l, CI. tim art. Ormm. 
{7}Ùo9Modil..., p. Set 4. 

(4) B, G., i . 22 , p. 028 » A : td te net^ia ^Ot^icavra (û3ia U ti^ TçifKn /v«f - 
roi, 5ict(i ot t^v -RotiiTai fiiô^ouc (sic Ubri) xaXoûoiv, Erepot 6i vo(uac, i% Tot- 

ib)P. «.. 13, 10. 

(C) //. /t. 4« ï* S t ^ Sk (liXatva loxvpoxipa ti xai ôttixtoc ' 2ià xal £v tsTc vou- 
XpdvtM np&c TA iyxotïia aût^. Cf. Pline, 1. c. 



38 



LA TKIÈAE ATHENIENNE. 



d*épine noii^c, bois solide ol qui no pourrit pa.s facilement. C«rt 
par plaisanterie qu'Aristo[)haue (1) applique aux couples un uom 
analogue à leur nom lechniquo d'e^îtoiXiot, celui d'ivrtp^eta. Le 
Scol. dit qu'on entend par \h « les couples ou mieux les [lièr^ de 
bois dont ils sont composés. » D'après Suidas (2) , on appelle ainsi! 
tf les couples, c*est-à-dire des pières de bois qui jiartent de lu quille! 
dans une direction ascendante. » Pollux fait allusion au môme 
passage (3), en consLatiiut que le nom habituel des couples est 
ffxofXttt. I^e mot est du reste expliqué avec toute la netteté dési< 
rabîe par le texte de Suidas. 

On désignait également les couples par le mol vo}iet< (4). Notul 
lisons en effet dans Photius : « votAîiç • iyxolkit TtXot'oy. » Hésychius (â) 
les définit d'une manière un peu vague : • piiîces de bois cour- 
bes, iuXoc ':teft«£f?i. " Mais ailleurs (6) il esi plus explicite : m^mu 
,., lyxoOw Tûjv ïtXoiwv. G*est également le sens qu'il faut donnei 
à ce mot dans deux passages malheurousement altérés d'Héro- 
dote. 

Il s'agit dans lo premier (7) des barques (îuviales construites en 
Arménie, et sur lc3i[uolIo3 les habitants du pays apportent leurs 
marchandises à Babyloue. Elles sont rondes et entièi-ement re- 
couvertes de cuir, a On on fabrique les côtes, dit Hérodote, avec 
du bois de saille qu'on coupe; ou étend dessus, à jxLrtir du fond, 
des peaux de bétcs ijui forment le rev.Hemont extérieur; ces bar- 
ques n'ont ni arrière de forme distincte ni avant elîllé; elles soni 
toutes rondes, comme un bouclier. « Dans le second passage (8), 



(I) C/ieroi, V. 1185. Schol. ad h. l, : zà if%oi'>xa^ {tAttov de r^ tûv i^xoiXa* 
CXt|v Uysiv. 

(?) 8, V. ivTBpôveta • td iyxoO.ta , Ta Anb -ni; TpoTriSo; ôr/Epj^bp.iva ÇûIb , érttfi- 
vus «alcÎTtti. 

(3) 2, t\'l ■ évtfpuiivîda 3i Ta xa>(nj|uvst ^Y^oiXioi ta twv véwv 'Apurro^viïc "W' 
|uurev. 

(4j Graver, Dm JfodW..., p. 6, entend h tort par \h les pr^ceintes» 

(5) S. V. voftîaç. 

(6) 8. V. vo(Ut;. 

(7) \ , 191, éd. Didot ■ STitàv... vo[iia; HéTjî Ta|ji6|uv0i irOïii<rwvtoti , TrcptTsUou^i 
toÛTOtst à\^ip%z (TxtyiL^'cç^ièixi {;uOcv ÂTi^^dôçeoc, &*JT£ ïT^|ivv]v àTioxpuûvTt; oCts 
irpùpr^v ouvdYovre;, àÂX'â<mido; t^ônov xux)iOTip^a TrotT)(r3vTec. Je lis dTr'À&xçEOt au 
lieu de i6â^&o; Tp&icov, qui oc fait p;iB de sens et qui provieut d'une dislntcliuM 
da copiste, dont les yeux se sont portés sui* ÂmiÂoc ipoirov qui suit. 

{^) II. 96 : ix ... T^w ànivOvi; xotl'd^cwii (uXa £aov xt tim^yia. icXtv1h)£àv tn>vTtft(tffi« 
vsnnntTKOiuvot Tpônov Totov^e - nepl ^à^wz ^ntxvoùc xal (laxpov; n&ptEfpovm n 
tinr(]iiix çùXa ' 2it£àv ik tt^ tpb>t<}> toùttfi vauirrj'pivuvTai . Cu^À èntnoXiJ; Tcwouffi 



I.A nciQdi 

Ut^rudoCe dôrril aiiiRî la fnçon doiil Ji*s fc^gypticuN <on>truisciil 
leurs navire? : « Us coui»enl des morceaux de boi» d't'îpini'. Ion;;» 
de deux roiid»^, et les roiirhf*nl les uns sur les autres coniinc 
on faîl dus 2)riques; ces (lièces de bois soûl Iritverst^os par tU* 
Jon^cH el fiviiueutes nhoviUf-'S ; la rcmstruction lerrninéfi, on |t*s 
relie par en fiaiil au moyen (ie h/inx; ils ne foui pas usape des rou- 
pie»; h l'intérieur ils liouchent les jointures avec du japyriis. • 

Il ressort de tous cc^s pî«ss;t<<cs qiïc l'ensemble des i-ouples s*ap- 
peLiil tvxotÀwt, mot auquel Arislophano substitue pnr plai$.inleriu 
«ïlui d'rrTttôy4t«.Cha<iue inembie ou cote pren.tK fin^^i le nom de 

Je n'ai rien trouvé dans les lexicographes qui tTon-csiKDn'Ie an 
genou; mais Jious pouvons rendrtî aux varangut's leur vrriliible 
Dom. ijù» tnarins de tous les temps ont, par des fi^ure-f^ hanlies et 
pa|»ulaires, romparé le navire au corps de l'hounno ou des ani- 
iDAïUL tVest |>ar suite de retle disi«isition )|Vs|»rit que les Grers 
ïi{)f)6laient quelquefois la quille {i^r^- * La partie la plus intime 
du navire, celle qui est plus [»artirnlicrernenldeslin/îe à en n-Iier 
loulcs les i»arties, dit lo Scol. d'Aristophane ilj, cV-st la quille. 
Tp^xtc, que d'autres appellent aussi uiv^a. - Le fait e*t aiesté â peu 
pH^ dans les mêmes termes iwr Suidas t'J). Les exjtrpssions ilont 
•« sert le Scol. d'Aristophane nous permetienl du rétablir un 
{tikfiiage mutilé de Stral»on |31: " x>xo?rÀo£Èv -dt; vstk, «vûXoïc jtH iTRotn- 

Lisex : iTTvo'TTeTntr^uivx; , xotTtTxf'^ff^va; ii (Tuvi/oaivtjvj (î) à}&90TCpw- 
Ow... elc... : « Ces navii-es tiennent mal la mor, pan*o qu'ils ont 
une voiluro défectueuse et sont construits de manicre que les cî^te^ 
se rejoignent, sans qu'il y ait do quille. » Etant donné ce sons do 
liaft^, nous comprendrons facilement lo passade suivant de Pol- 

lUJt Ç>) * •> x«i TÔ iiht £mc^ t^; vew; (xarl) xûroc xai ^aT^ï xa't ôu^tar^Tpiov. * 



^ûCÏM. Lm dernière phntso est alti^D'e. civiiitnr rioiJiqdc le brii«qur chAngemciii 
6c. Uflips. On pounsil lire kvtùv au Hcii île tv ù*' . m&i« la cnrrmion cftt peni- 
MPe tnsuffisanU. 

(3) XV, 1, lU. C MiUli^r cl V. Dûliner, 6t\. Utilol. 

|4} i;vYfi][0(uvt9v Mt suggort^ par )<? Scol. d'AHstopti. citô plus baat : 5 ivr*. 
«w wmûtatov . 

(5) I. 1S7. Il faut ajouter xai avant xvro;-. Polhix nr v»>nt pas on eflel donner 
dan» ce j»a«îs:"|î« les niiiiw «livers •!<•- ri6xï<o:. 'E^o^; est un pUnchrr, ri xvto; 
«lirniBr r<^flrtiuTir. ïjt^ d*iit mftts n<» peuvi^nt («s #^trr <ynon}-in«. L* si-ns 
wt •* il j- a ttan» Ir navtre U«** parties qiiVm appullr IZiiq:. «Otï: , oic » 



40 



LA TRfftnB ATHÉNITÏNNR. 



Nous voyons que l'ifiituT^Tptov (lovait tenir de près au plaiifnrfr in- 
férieur el au reiiîïenitnU île la carcasse du IjAtiiiieiil. D'Hiitro part. 
Hésycliius (1) dit ([U'oii .-itiiwlle ainsi u les pièces do bois iniplan- 
lées sur la quille des deux côtés. » C'est là [irécisément la défini- 
lion des varangues; ridentificalion est du reste confirmée p 
rétymolofîiG du mot et par l'oxplicalion du Gramra. des .4m 
Ox, de Gi-amer {'2). U dit, eu elFct, que les dptçt^xiJTpfx sonl les pièt 
de bois qui so trouvent dos deux cotés de la quille, et que lour 
nom vieuL de jAi^Tpa- 

S 4. — Les baux. Le pont supérieur et le faus-pont, L'entrrptmt ei 

la cale. 

I^s grandes cotes du navire sont, par leur partio inférieure, 

assujet.lios dans les cavités de la carlingue. Ellns sont.. m\ onire. 
reliées entre elles h leur partie supérieure par Jes bawr ot \e% fc/tr- 
rots. On donne le nom de bau (3) « à chacune des poutrns qui hoii- 
liounenl les planchers ou ponts du navire. J^e hau ne sort paSj 
seuiomont à supporter un jhhiI; il fie l'un A l'antre les deux C( 
du bâtiment, ce qui explique le nom do chaîne^ qui lui a 6lé donn 
pendant le moyen Age. Si les baux lient les deux flancs, ils U 
empcchenl aussi de so rapprocher et jiar là consolident doublemei 
l'édifice. » Les barrots sont des solives qui remplissent le roômc 
office que 1ns baux, mais ils sonl moins pros. Dans un navire de 
grandas dimensions, les couples ont besoin d'être reliés en d'au- 
tres points qu'à leur extrémité supérieure , el , pour utiliser la 
cavité du vaisseau , il faut bien la |>arta^'or en éta^i^es par des plau- 
rhoi*s horizontaux. Oti établit donc à une certaine distance au- 
des.su8 de la cale une série de baux, qui supi>orle un pont allan» 
d'un bout à l'autre fin b.'Urment. Ce pont s'appelle le fatt^c-pont, e*_ 
les baux qui les su[iparient les faux-battj^. I/espace laissé outre 1< 
fnux-poni et lo poni supérieur soutenu i>ar bîs baux s'appelle l'cn-l 
ire-pont ou, i»ar abus, le fnv.c-ponL Les bau.x sonl assujettis auxj 
couples [inr dos courbes. On nomme courbe (4) « une pitce de hoii 
ou 'de fer <*.oudéc sous nu angle pins on moins grand. Elle sert daj 
liaison entre cerL;iint-'s ;iiiin*s fii.'-n-s: pi, par exemple, pourlitM- r*vi 



(t) s. V. *|i?i|iyiTpia • ta («T* Cx»tà OU àitçi i*) tt^v tp«tt(v tijc veàtc H iitau( 

Ci) Vol. î. p. 450, ï! ; t4 ixatlpMÔtv rfiz rpômo; AmtpiCTptft fK à(wift^i«| 
îlyawTtv âiti rij; p.T;Tpx;. 
(3) .lai, Ci. n., art. Bnv 
U) Ihiit , jirl. t'nutttr. 



DR T. A COOtnî DR r,A TTïfèRE. 41 

à U inm-aille du na^'ire, r»n établit des <:ourljeB dans l'angle 
par la muraille et chactuio des fwulros. » 
Le nom des baux nous a été conservé par Polliix (1). » On ap- 
(Ile TïftT(ivacov, dit-il, co qni n'Minit par en haut les deux flaiirs du 
mre. » Nons trouvons l/i uno do f4is métaiilionîiîi hanlies qui 
rment le fonds de la langue des matelots el sur lesquelles nous 
lirons îi chaque instant l'occasion do revenir. \a «'OncavilM itu 
avirc ét^iit comparée par les tnarins au ventre d'ini aniuiaJ : 
xuto; xai Yarrpa , - selon l'espression de PoUux (5). ï^ Scoliasle 
l'Apollonius do Rhodes dit, eu parlant du navire Argo, « qu'il reu- 
îrnjoceux qui le montent, comme unomùro porte ses enfaiiis dans 
ou sein. » Or le péritoine (îiift-rovatov) est une membrane qui ta- 
âsse tout le ventre fi riiitfM'ieur. On cx)mprond que les marins 
iont assimilé au [>ôritoino l'ensemble des baux et des i)arrotsqni 
iippurtent le pont supérieur. 

1! y avait loutclbis. itour désigner les baux, un autre lerme qui 
emontait aux premiers âges de la marine grecque, celui de l^jyé, 
lans les navii-es primitifs el non [jontés^les couples (!laienl,-A 
!ur extrémité supéricïu'o, réunis par dos poutres qui servaient 
Il même tom[»s k asseoir les rameui*». C'est ainsi qu'étaient cons- 
t'uiles l'Kiko.sore, la Triakontoin», l.i Pentékontore. T*a double fonc- 
ion des C^r^ est nettement iu4]i(|uéc par EusUithe (3) : « ils ser- 
ont â lu foifl il joindtss les flancs du bAtimont et k fournir une 
Jariî aux rameurs. *> Il s'oxjirime d*uue faœn aussi précise ail- 
urs (\) : a on appelle Çuvi ces longues pontros qui rattachent l'iui 
l'autre lesflancsdu navire el les mainlienneut comine un joug. » 
I dit encore que les ([uyô porlaionl aussi le nom de lùr^ètç, parce 
u'ds jouaionl dans la construction le i-6le do véritables clés , et 
IfUitiflo U>s épithMas Tro^uÇjyoç, TroÀÛE^poc, noXu)tXi^ et -rnXUt^u.oc. 

(t) I . HT. or l« fîcol. (t'AfHjll. Aft RbcitU» -. ^pa s&fft{i( £v tû «Ont. iK Iv 
(.1) 1731 , 04 - à^kt YÀp T«yT« au(i6Mvs4 ic(pï t« Cuy^* ^ouv %a\ xà t«ûç t&^ow; 

ivCm^ov viloi xnl Tt;^» îro>Vït)^i6a. Ailleurs 11 f^'niinii'ic ^'Aiilrc-^ tcniK^n, «riXim 

«iX;, qut servaient .'i d(^.htKitcr la UMMnr. |Mrlic< <lu navire. 1011, TS : {tti di ... 

... \6 \Wiftl''j T<ï»v Toix*''* "^iî "'*'^:- * **^ Ï^T^* **' «TtAl; x«)£ÏTaii, vs<)£îpoi 4v 

rJfTC/^o; voK»C' C^ cKpItoations si ncthrn ftnnl le meilleur <*uinuienlair(! 

plilt fitiirl itr l'n)|ii\. I, IW ■ toâé 'wyAv xiÏEttat «ai tOtiI; xsI rti>m«. 



r.A mifenR ATllftNIRNNR. 

Ainsi t\au9, la Imnjuo hann»i*i(iiio. (]uî iTtoit pns ponf^eSînMonifl 
s;i loiij.tiUîur, mais ijiii no (knail i»nVir qu'un iUmi-ftont h ohaqui» 
cxlrcmiUi, cl. qui avait tous sos ramour'S iang<^s h ta ni(^mè hautétitr 
le long de cliaque honl, îc nioï. Itrfé^ avait un doiiMc sons, celui de 
bau et colui de J)anc. La li^juro de la pi. I, ein()n]nlée à un vase 
grec peint provenant d*Athôues et remontant ii la plus h.nute an- 
tiquité (I), nous montre le navii'e primitif. Sur un fragment de 
vase inéiJil analogue , appartenant àM.O. Rayet, qui le fait i-e- 
mpnterà l'Ôiwque où les Karieus Ht<aient les maftresde l'Archipeli 
on voit tous les rameurs à lour poste, raug<5s le long du bord. 

A lY'poquo de la puissance d'Alïn'^nes, le mot Çuy*^ n'avait pas 
dispaj'U Je la langue maritime , tuais les dêui: objets qu'il dési- 
gnait étant devenus iH^s différents, il en est résulté une confusion 
qui n'a jias peu contribué h égarer les savants et .'i fausser les res- 
titutions de la trière. En effet, dans les navires h plusieurs nings 
Je rameurs supcri)Osés, la distance en hauteur entre les divers 
rangs devait être très petite ; si donc les rameurs avaient rontindè 
i^i cire assis sur les baux, il aurnit fallu mulliplior reux-ci sans 
nécessité et ils auraient rempli tout rentre-i»ont, de sorte qu'on 
n'3\irait su où loger l'équipage. îl en résulta que le mot Çuyc} ou 
quelquefois ^u^i désigna d^s lors des objets assez divers. Aga- 
thias l"') entend par là des baux quand il dit : « on établit en tra- 
vers el ijar en haut des piëces de bois droites faisant l'office de 
ÇiryârH recouvertes de planches ;3). u VA ipiund. dans Thucydide (1). 
les Goiryréeus, surpris jmr les Korinthiens , remettent leurs navi- 
res en état (Ccu&ivtsc), ils s*empressoiit de substituer des baux neufs 
aux anciens pour consolider ceux de leurs naxires dont la caréné 
était fatiguée. C'est l>ien ainsi que l*entend le Scoliaste : « C-JYwuaTn 
«ûxoiTç isfdv'stç tU xi auve/ecOxi, Wid, : iCey5«v SiaXfXujjiivatç ooffac xsV Çwyw- 
jAaTMv TcpoaStTjôeiffûfc t\ç «yvo/i^v. h Mais il.a le tort de confondre avec 
cette réjiaration une autre opération égalomeiU uér-essairo, et qui 
consiste à rfibMir les bancs des rameurs, qu'on enlevait habituai^ 
lement des navires, lorsque ceux-ci étaient retirés h terre et qu'on 

les dépouillait de K?.urs agn.'.S. Ihid, : « toÙ; Çuyouï apjjLÔTavrsç £v auTSK " 
xat yào fhç £/ou«v aïpttv «ÙTstic i^ T(Ôv où :tX«ou«rmv vft^iv. » Ou comprend, 



(I) Il est reproduit ici d'Apre les Monumrntt in/dili de VinHitut... Vol. TX 
PI. 40.3(77). 
{'2) 4 , 21 : TQTi M ^j/a iOvT«v^ x%^i «qu t^Y» *aï iY*'^^*î CnipftE xa- ^ :_ . , 

iZ) C'est i^i;nleiiicnt le sens que donne ou mot Ht^rodntP, If . "<î , iUiih le |w.-i- 
itHfnv viit' phiA haut : Ivyi ^mKo)ii; Tiivou«i aOTâv. 
\^) \. W. Si-nl, nd h. I 



»ni fllbl, iiu'oii dcliichti ion ïanicn dos rameurs ilcs ii^ivircs reiilri's 
dans ies arsciKUu ; mais rooimc]]! iraîi^iiitîr (ju'oii louchât à des 
parlios nussi cssoiUielles ijue les baux? 

Le niol ÎJ'jva ou î'jYwjjLaT* subsistait donc ;'i r»iiHj(|UO de la guerre 
du Péloponyse dans le sens de baux ; mais, puisiiue nous conuais- 
soDs par Polluï In dénorai nation dos baux suiMn-ieurs, il no nous 
reste plus qu'il a<lo|»ter I;i conjecluro do Gra.'^er (t), qui entend par 
mes iîiux-baux. Quant au mot ^rptimip par (otiucl Gratter dêsi^pio 
Ifis baux, il osl impossiblo de l'aceeplor; en ollet les baux sont de 
fortes pièces de bois qui vont d'un hoi-d du navire à Tautre; or, 
d'après Suidas el Harpolu';Uiou,on entend par orpwrîipw des solives 
légoros que , dans un êdilice, on pose sur les colonnes ou les 
gA»Sv*>es i»outres pour soulenir le loit : « -jt&wty^ ■ ri aixpi ooxKiît -ri 

T ' ■- pièces do charjMWilo qui conn)0.siiieju le Nàtinioni. de- 

vais i lès solideiuenl assemblées poxu- résister aux coups de 

mer, au choc du navire onnorai^ au fi-otteraenl conli-olesol quand 
les trières étaient tirées k terre, firaser (2) a cru rbronnaîti^ les 
courbcsdanslosYoiJty'>i, tornieliur^incniuiout employé dans la langue 
nautique. Ce n'est qu'une conjccturo tr^^s hasardôo. Ce ijuo nous 
.savons à coup srtr, c'est i[ue les corïStruct<jui-s anciens taisaient un 
grajid usage des chevilles de Ter et de bois. On appelle chevilla (3) 
• au morceaii de fer ou do Lois, cylindrique ou ipiadrangulaire, 
;î^iér4lemeaL [>cu gros et pou long, dont on se sort pour lier ensera- 
blc les pièces (jui ontronl dans la conii>usitîon d*nn navire et dans 
les ouvi-agcs de menuiserie. » Pollux (4) rite [»arnii les niaUVrtanx 
••■"■'-- Mics à la construction du navire ; Ç^oi, yojiï-oi. Le premier 
les chovillos de fer. Hésychins : ^Xoi • xotpçia ^(oy,p5. Nous 
voyons sur les monuments llgnrés Li ttMc de colles qui Bxonl lo 
hkordage sur le liane du navire. Le second s'apjiliquo aux clieviUes 
dû bois : Et. M. : yôfx^o; • )t'if.to>; to Jij).ivov xap-^t'ov Ç>). Kllosjouaient Un 
grand rôle dans la coiistruction dn navire. KscJiyle(6), on parlant. 

il'iiii i.tissc.iK . r;t[i|M'lIi' voijtvootTi'» vôc. Ai'oll.tnin^ ilc lUiodr- 1*7) 



m ibid., p. s. 

(St Jal. Cl. H.,nrUChctiik, 

\ti^ SuppL. y. MC*. 
(7> Ar^m., 3, 3W 



Iff^CtVH. 



HÈRE ATHÉMENNE. 

nous flit*jir«e]lesTnaiiilieniieiit les diverses piirtiGsdii iiHvin^ Ai^o, 
fleiaroii qu'il (misse braver relTorl de tous les ouragans (I). ^Cest 
:ui moyen de forles rhevilles do bois quY'laieni implantées sur la- 
(juille les diverses pièces de la njcnibrure du hûtimonl (?). 

Lh tri»M*e n'est [las assez élevée an-dessus de Tcan ni de dimen-' 
sions assoz rousidérahles, jionr (jufj nniis lui supposions anlni 
chose qn'nn fanx-pont et un poîii supérieur, Lea mots dont on se 
servait pour los désigner avaient eu, ai)pliqués aux barf|U€8 dfts 
temps primitifs cl m<^nie aux na\'iros do romnicrcc, un sens un 
peu dinréroui. Ainsi le fond de cale s'appelait fôotîpo;. C'est le terme 
qu'emploie Démosthi-ne (3), lorsqu'il pai'Ie du jvitron d'une barqne 
de commerce, Ht^^ostralos , qui v(?ut couler son navire en pleine 
mer et qui, pour cela, fait un trou à la cale : « Wxoxrt Toîi itÂotou tô 
ISk^oc. « Mais , d'autre part, ^Sot^oç sî^^niHant pi-oprement le sol, \A\ 
plancher (jue nous avons sous les pieds (4), rien n'empôrhe tlô 
l'appliquer au faux-pont des trièi*os. Quant au pont supérieur. 
on l'ap|»clait x(rra<rrpw[jLa. Dans les navires primitifs, ipii n*é(aionl 
pas pontés sur toute leur longueur, le mot s'employait au plu- 
riel et désignait les deux rf<'7;u-;>off/A- de l'avant et do l'aj'riêre (5). 
C*était le poste ofl se tenaient principalement los soldats pendant 
le combat (6). h 

lienirc-pont portait, d'après Polîux (7), les noms de xotXti vaniç, V 
xoTXov (jxd^oc. Ce sont 1â les expressions qu'on oppose [lerpétuelle- 
mont à celle de pont supérieur (8). Nos l'ensoiguemonts sont trfes 
pnuvros ((our ce qui concerne l'aménagement de rentre-poul des 
trières. Il est probable qu'il contenait des logements pour l'équi- 
page, bien que le navire ne lût pas, comme chez nous, conslam- 
menl habité et que l'équipage descendît à terivî le plus souvent 
possible. Il y avait, ainsi que dans le navire d'ITit^ron , mais évi- 
demment en moins grand nombre et de dimensions moins cx>nsi- 
dérubles, dos chainbi-es (olxr,îjLaTa) (9). D n'est pas viaisembluble que, 



(DAiUpurs. S, 79, il emploie l'expression Oook 76(1901;, que le Scolia^ 
expliqua pftr : hXi'ix. 
(2) Uz. ffM [. B«kk.» Att-^cd., 307. î). 
(S) r. lénothém., p. 883. 

(4) Poil., 1.8: x«>oCto 3*Av t* (lèv Otî^^ t^\>; noSa; Uaçâi- 

(5) JaI . (îl. n.. art Vtvii-i*ont. « Pont qni n'e^t pns établi sur toute Ia I<MI- 
guenr du navire -, (Minl construit h l'avant ou h inrri»>re d'une barque. •• 

(ft) H'^^TÏi, : itttTCUTTpfiiftata - rîi; vt^V |i!poc, it i Imt^Ti^ vaufia/oOai. 

(7) 1, y? : ElTTfti; 8'àv x.')'.>ï) vaOc, xoOov Tuéçoc 

(8) Hérod., Vlll, I ty ; to-j; it tov xixt^r:^tit\Ltf:ùz x«Ta8i€i4at iî« x^Unî» *i4u 
(0) Alh*'n,. V. V2 : xsTiTitc'JffTro 3i X7Ï otx^iuKra it>ct«i toîç iinWtT<i<x«lT«t€TÉî; 



OB LA GOQU& DE LA THIËRB. 

ia tnci*o foiitint, comine co navire de i>mii(M'tiuiis colossales (1), 
'iûsapparlemeuts composés do ftlutiieurs piôces (oiatTsct], 

1^ cale ost ('2) «t Tcspaco i|ui , dans rintùriiMir (l*uu navire, est 
f'onipris erilre la ciulinguo et le prciuicf poul ou laux-pont, de 
rétr«ive à IVUiinbol, c'est-à-dire dans toute la loit^ueur du bàti- 
menl. I^a calo osLdivisùo en plusieurs conipartinieuts. " La cale 
contenait d*abord le Utfi^ c'egt-à-dire un ;isseniblage de matières 
lourdes destiné à uu^menLor la slalnliLé du bâliuient. Lo lest s'a|>- 
IielaiL en grec Ip^ia. On désigao aiusii , dit EuslatUe (3), « oertiiiuos 
matières «lu'ou met dans le naWre. » Kt, complétant ailleurs (4) 
cette explication un peu vague, il ajoule qu'on entend par là^œs 
choses pesantes indUpcnsables pour empêcher le navire do cha- 
virer (5). » Uu des compartiments do la cale porto le nom do caU 
a eau, ]Mircui i^u'on y amarre les ciiisses remplies d'eau douce né- 
ccss;iîre.s à réiiuîpagc. Si nous transportons U la trière ce que 
nous >.ivon5 du navire il'Hiéron, nous conclui-ous que la cale à 
eau H'apjieUiit OfpoOfix?) (fî) et qu'elle était située à. Tavant. 

C'est é;^i*Ien)ent à l'avant ipio se liNjuvait la sentine^ comme nous 
l'appi'onfl lu [iassage, où Pollux(7),énuniêrant diverses fiartiosdu 
uavire et allant de rarrièi*o k Tavaiit, dit : (7^% -rrapt^ctf «ria , iyJ^Xw, 
«vT/ov. La sentine (8) est le i'ond do la c^ile où se réunissent les 
eaux qui entrent dans lo navire; on entend aussi par lii ïoiin 
croupie qui s'y corix>mpt. Nous savous que dans la marine grec- 
que un {>oste, pris parmi les hommes de lï^ijuipago, était chargé 
do veiller U ce que la senlinc ne fiil jamais ti-op remplie; ou les 
a|ipolait : o\ tÀc àvrXucc cfruXo^rrovrec (9). 

(I) Albi^D., V, il : tjTav 4è t*ï; (icffix ltap*«ow itap' fctirtpov tûv to*x**v *»«itw 

ij» vfvTtxouJsxs. f}x>àpiou: 5è rpcî; li^t TptxXvouç. 
p) Jat, ai. n . »rt. CaU. 
0) IV), 16 : oldxtisv tï xaf Tiva icloiou ÉvOc^iv tpiw liyo^tr/v. 

(4) 1075. 33 : ti îa/.piiè; pàpiiii« '-s iisl •*tM wpA: »* t*ift àvaTp£itwO«i el« to 
■kl». 

(5) Cr llénjcU. : àvcp^jiniTOC voûç * koOçt) ««Coupa;. 

(6J Aihén., V, 4'2 : f,v de xai ùîpoOi^xT, xat* n^v n^pav x> ewt»! on/^i'tny. |j.i-ïpr,Ta; 
Arx^t^^vT}, ex aavi^v xal rlT-rr; xal ftOovio>v v.o.xe.'nvjo.'j\iÀrtr,, — Cf. Luc, F, Wi<l., 
î. 1 ; tT%> vaOv incoxcvâCofU'', Oîcir; xi Ôti iïX»îffTOv étJ.6aX)op«vot . *«i t4).).« tlïrt^- 
fcM. — Ikid,, l« 3 : 'Sfiaip èvtlOtaOai. 

(7) 1. 92. 

(*) Jfi!, fit, n., »ru J^mitnti «t .S'«mm«. On »c !»ervRit cgal«inciil du mol «ï»- 
rifi' :[ier " lin |K'lit Imlcrtii (\e rivuVe qui servait h b i>Aciio et qu'on 

ci»^i _ -I comme bntonu ili: iiansay:- » — f*f. ITi'-^ych, ■ " 4vT).ia ' .. ««t 

(!i. Aili/ii V. i.'. — llf Aii^lii|i|i., t hmil. v'-^tav -u/à-tâi. 



4r» I.A TRIFKK ATHKNIKNMK. 

Le mot «vtm« sigiiitiait à la fois, comme le mol fi-anms setitiiie, 
les eaux ciou|titts du uaviiiï et J'eiuh-oiL où oUes s'ania.s.saieiit (I j ; 
ou enleiidail, en outre. ]mv là les sciiux qui servaient à les épui- 
ser (2). Il avait pour synonyme, ilans ces trois signilicalions, lo 
jnot «vtXo; on flfvT^ov, coniroo le constate 1q Grammairien pubjiû j^ai* 
î, Hekker (:>) : avTXoç • -^àvrXîa. Les souux [lori-aionï en<*oro les nonts , 
(le : ivTAiov, avTÎïiaot, 3tvT)vY;Tiip, àvTÀ'.avTÀ-ï;TrIp, àvT)T,r/jptov, xctSo;, Ka5i5Ttoc, 
Y«ûÀo; (4). 

La fOnlo ;i l.itjuelie ces seaujc étaient t-uspenilus s.ij»pfliiit laa; 
on IfjLovtot ; quand ils étaient en cuir, comme cela devait avoir iien 
d'oitlinaire pour »?vi ter qu'ils ne se brisassent, ils preiaaieut par 
extension le nom d'tjxovii fô). Quand on vidait la sentine, les eaux 
sortaient par un suboi-d siiécial qu'on nommait eùûiato;(6). Ce tra- 
vail 11*03 pénible iiic faisait probiïbfemenl avec accompagnement 
il'nn chant monotone et fortenu'iit rliythmé, comme ceux dont se 
servent encore aujourd'hui les matelots, pour accomplir ensemble 
• erlaines manœuvres qui demandent de l'unité. dans l'eJforl (7)., 
liC navire d'Hiéron était muni d'une machine <i épuisemeut in- 
ventée [»ar Archimtde, et qu'un seul honinio [►ouvail mettre qd 
mouvement bien que lasentine lût trl*s profonde (8), 



(1) 6col, d'ArUtoptl., Chrval,. v. i'i^ ; T<mo; ti« tow it>o(W lic 6v rô 'j-îtop aot- 
ptûttai lie Tiliv vaOv- — Cf. 8iiW. : éttXi» ' t^ tov ii).oi<>u el-rpiov 05i.»p. 

Ci) Kl. M. : àvzï.i9. • Tfî^ ^^ i "^^ ^'* '*? îri.oi<|> "yivoiuvov \îwt)p ânavt>où9tv ne 
WXfluitjfltv ■ Httl 4 vOv xa>.wiievoc xaâiirxo;. — Cf. I. Bekk., ^riecd.. p. '-M)3, 9, 
ol 41t. 9. 

(3) àntcd,r AQl, 4. Hiïéycb. : àvrXo'v ■ k46os, ivOrrr^pw-v. Knstath* dlé p»r le 
Th^$aur. au mot âvtX&c ' à tôkoï ivO« tÀ ^Sfiup mippûi, rd ti ôvwOcv tial t6 tt if* 

(4) EusL, IT28, .S7 : Xt-ystai 8s, ç-r.ffi, xal Tfav)o; ^, àvTXia ... xai tô àn«îi»v. ^ 
èYT>etT2i t4 Toio'jTov jôwp. àvTÀiov, yaçiv, ixa)ctTO, xatà 3é Ttva; àvT^i«VT>riT^p ■ 
Ho»ych. : àvTÎir.rr,p • lïàS&c vawTtxôc Poil., 10, 34 ' àvOia. xiBoi. 

(ô) Ëiist., 1453. 7 : t|Aovià %aTi ADiiov Atbvâmov Ifiôc, <r/Otviov <u v4<i»p èvrlov^tv 
— Kt. M. : l(ioviâ «nijtaivii rè âip^a si; o «vt/oûhev '6 OSwp ... oi ^àp àpx'^ot. 

t|x4vtÀ, Ti âvTXiirôptov. — HcBjrcb : (|iovtâ • ifi ^P'^*^^*^ '^F^ "^"^ «vvjiijffti; T^tv <»fe- 
■iwv. KvTcptot 3ê [|iâ< , iïyowv ta oxoivfa t«v &vTXTi|idT(i9V. — Cf. Seul. d'Arialoph.i 
EceU*.. V. J5l. ^ ^ 

(6) Phot. et Suid. : cCStato; ,.. xaî t4 tplliia Tïjç V£ti<. 8i' oO »; àvTXia Ix^cî* — 
Hësych. : sûStaiov ■ ti yjvatxcïo^ t^ôptov • iiï4 twv £v toî; ii).o(oi; Ytvojtcvwv tpif 
tiÂTUv 5ià TWj; *(i^pou;. — Poll.. I, 9'2 : n i'ôvotTojiivin ftuptc «U inpoi^v \oO CdoTOÇ 
iCS(atoc xaUitat. 

(7) fiuid- : tiMtîov ^^H» • ïô ir' ivTXiîTei Xi^ôiuvov. • 

(8) Alh^»., V. 43 : i dt àvT>,t«, xwtucp flâ'ioc ùnepRâi/ov ix^uaa, it 'iso; à«*p*« 



LA GOOÏ'R PE LA TRrKHK, 



47 



— Le 'jniUard d'amnl cl it ijntdnrd (VatTicrr. 

Il 'ApfK.'llH, flans l;i iiiuriiut niotUinio {\)^ iinillnrd d'troani et 

}itiUnrd iC tirrirre , deux pl,inrhei-s iiarLiels *)ui ne i-ccouvreni que 

[es extniiiiili^.s anU*rioiu*e f^l |>ost('u'inïuv d'un hùliiuiiiit à uiiû hau- 

!Ur de cinq ou six lùeds. On ein|iloy;nl MuLrofois dans ce sens le 

iiot ckdlcau, f]uî it vieilli et qui ;i dis|i;u n df l;i I rr^^io <\o lu mît- 

Irine â !a fin du dix-huiliêrae siècle. 

Ces chAleatix oxislaient sur les tr-ières, CDinine l'attestent les 

lOfiunients Usures, et s'appelaient, ainsi que nous l'enseigueut 

^les îcxîrographcs, txftot «pi'ipotç et ttpt« Trpujxvy^. On ontciidail par le 

mot txptov. d;ujîi hi Kantçue ordinaire, une œuslruclion en (liarjtentc, 

lun échafaudage, on particulier ces tribunes, d'où l'on assisLuit au 

léfiféd*Uiie pom^te religieuse ou aux j*opi*ésontations théâtrales, 

LVHiit qu'on n'eut établi des gradins en pierre. Ou conroil qu'on 

xil applique ne terme dans les navires aux construntions qui 

rehaussaient l'avant et l'arrière. 

C'est sur le gaillard d'arrière que se trouvait le poste du timo- 
nier. Le timonier avait d'autant plus besoin d'(5tre placé dans un 
[«adroit élevô , que ce n'était pas, comme chez nous, un simple 
matelot tenant la barre et obéissant aux ordres du capitaine. Dans 
la marine firecque, le xufiÊpv:^,; avait ranj; d'officier; c'est sur lui 
que retombait route la responsabilité de la marche du bâtiment. 
11 fallait donc quMl pUt, comme uolrc officiel' de quai*t du haut 
|do sa passerelle, embrasser d'un coup d'oeil tout lo navii-e et la 
luer alentour. Le [»osle du timonier s'a]tpelait . selon Hrillnx (S). 
\é»ptXt)i%. 11 semble que dans la marine primitive on lui donnait 
iplemcnt le nom d^ïjtpiov. H^sychius (3) entend par ce mot « le 
ûége du limonier, ou les farauds planchers transversaux du ua- 
, ou encore les poutres verticales, placées à larrièro et k 
Tavaiil, ainsi que les demi-jionts. » Ces oxplicatious coucoi'deDt, 
lînon dan» Ion rermes, an moins pour le sons giîneral. Eusï^i- 



{ly Jjil, €t. n., art. GaïUard d'arnnl et (iaiUarri d'arriéfv. 

îï> ^ V. : Upia ' t xa^Wpa tw xuîe.^vTJT'iw ... ot ^ê ^i n>,«Yu n.xi xn (ixxooi 9*- 

Eft9tpù(iârt3 «vtîi;. — Cf. raiiiour «iiuiiynie îles Tfrmcs dfsqutlt vn utr mr mn 
U parlrr (16HII. v\ié pAr J]il, Gl. n., arl. Ottntur . qui dit en parlant de l« 
!tti* : H C'«t Irt pliu hsiil t|(5 In poui».' Au naviri* : \h rsl la cliambrc* ilii 
rc'pilotv, ijui il^couvru de luiu les duoevr d'utt lui vient son nom. • 



48 LA THIEHE ^THÉNtRNNE. 

the (1) doilue également du mol plusieurs ex[>hc<ilions qui, «tu loud, 
raviciiueut au niénio. « I^s ucpta soiil, fjil-ii, les douû-pouts ou, 
cf3 *|ui est plus iilair, los phuicliei-îs do Tuvaut ot de l'arrièfe, ou 
i.»n«:(jro Itîs HxLréuiilô.s proLMiiinetilus des navires. » C« .soûl là dos 
laçotiS divofses d'exprimer la inùmo choso, rouiuie il le roconnail 
l'ormellcmunL du reste {"2) : « ou iippelle txow Ir*» denu-|»ouU du 
uavire, ou, cm qui rovieutaii niomo, les plauchers, « ol il ajoute 
tju^oii déâigue aussi par h m^^ue uiol i la partie du ^^tillai'd d*ar^ 
ricre où est le posle du Uaioiiior. " Les Ie.\ieo^'raj)hes ne varient 
guère, cl eu LeiuieiiL toujours par ce moL les domi-ponts ou les 
appuis verticaux qui les 80Ulîotiiieul(3). "Uptov est donc l'eiisoiuble 
de la coustruotîon en charpouLe qui ioruic les chAtciux d'avant 
et d'arrière (i). Gurlaïues pièces couatiLuLivcs do cet écludaudage 
tigurcnt sous lu nom d*Upio>TY,pe; [>armi les objets sortis des arse- 
naux athéniens et vendus (5). 

Graser (6) considère les txpta non comme des constructions ac- 
cessoires ajoutées après coup aux diinx exli*émitéH du hâtimeul^ 
mais comme des planchers rej)0sant sur la loto des couples de 
rarrière et de l'avant qui étaioiU plus élevés que ceux du milieu 
du navire. Il donne à ces couples paHicuiiers le nom de tmtiihu. 
Tout en JidopUint cette hypothèse pour kl construction des châ- 
teaux, on jH3ul se demander si l'identitic«Uiun qui l'accompaj^no 
est parfaitement eiacie. 

Nous remarquerons d'abord que le système do Gnisor sorablo 
justifie par les passages suivants d*Kustathe, qui confond les pièces 
verticales des ^i« avec los couples eux-mêmes (7) : « On appelle 



(1) IUJ7. 32 : Ixpis ti vt)ùv ... lâ xsTa<n;pb»(jLara - bt M Ta xaià npùpvv xai 
itpO(ivatv f7avi3(jj)AaT9. , âncp xal xpeïTTov ■■■ d»oi ^i ixptâ fa<7i ts i(c/âvTa tûv 
vntîn dbipa. 

(2) 1471, 66 : Ixpia ... xgrraoTpfo(jLaT« vi^iî • Toùtiv a'tîïrelv iTsvt5û|ixTS t»ï 

Toû %9XtnTSfiv^vtoz 6k TÔ îv icpi}|iV7] [iipcK , tvOa A TOO XUJScpWlTOV X^TCOC. 

(3) Zon. : txptov - xh ÀpOàv (û>ov ... -j] TAviSfiitutTa r^c vr,o:. — Kt. M. : ixpù ' 
&pOà ^j)a f) (Tavfdta (Us. oAviS(0[iaTa) vt^ôc- — biiid. ; Ixpfa - 6p0à ^iJXa ^ aaviÂco(UTa fl 

(4) W c«l poKsibIc, comme le veut n<eckh , UrktmH.^ p. 105, que Ixpnv ait 
aussi designé le poDt proprement dit. C'e<:l du resLi< c6 qu'indi()tic Kustalhr, 
1533, '10 : liLptov ... tô te <nl spû^vric xaTOffrpùnLa, iç' oO 6 xufiïpvTÏTTK tK^'cTT8t -.. 
xat -ri i^ti^n ^è x«ïiaTpw|j;« t^; vt^o;. Ce que nous allons dire de la oonslroclioo 
du {tont fera comprendre cette extension du sens. 

(5) Urkvnd., Inscript. XIV, e. I. 2(14. p. 5*)7. 

(6) Dos JVodel.... p. 5. 
(7> 1-V72, I .- UyovTai ôi Ixpia xai Ta cyxotïtot tiic v»i6;. !â2B. &tf : Uyti U \»p\n 

vûv àp4à ^la. xà xai éptoU^a. 1033 . 23 : ivrav^a d( Ixpw ôoxeî ta ip^&U.ts Xi* 



DB LA COOPB DE LA TRIÈRE. 

tupwi les couples du navire .. H nomme iri txpt» cc^ pièces de 
verlici»lt^8 Hui sunlanssi !os roni»les... l'i le mot (xfcnt îîflinble 
léAignei* les fouple?. » Il faut tlonr .idniolii-e f[iio les ?xpe« ne sont 
fKis toujours dislingnég iJeî^ roupleî? au souiniol dosquols ils soni 
iMuhlis. D'aulrc part, les roupies pjoftremciit dils ol les irttiiXHç 
aoiii deux choses distinitet*; car, parmi les mat*M*inux employés k 
ïa poiistrucliou du navire fi'Hi<>ron. Alhênée (I) cite yo,u.<?^vç Te x«l 
è-pcoîXttt ïcal fnKixïwMc. EiiMn la d»'liiiilion iju'en doiuien! leslexirogra- 
phes nous permet d'appli^pier ce mot aux moiitants verticaux fpii, 
prolongeant les roupies de l'avant ol de l'arriére, supportaionl. 
lo» jîîiillards. En elfet, pour le Grand Etyniolog. (?), ce 9oul « les 
demi-ponts sur lesifuels on se tient, r on, suivant l'explication 
d'Aristarqne, qui est plus nette et plus Juste, « dos pièces do bois 
verticales semlilahlos à des montants. «Zonaras s'exprime presque 
exactomenl daïis les niL^mes termes. C'est nvo. nxpHcation qui ne 
convient pas à de grands couples nécessairement courbes , mais 
qui peut s'appliquer à des allonges feclilip:nos.Eustathe nous donne 
du reste une idée parlaitomonr claii-c des ttïi/Tvïc (3). « Les écha- 
fiiudages verticaux qui forment les gaillards sont, dit-il, soutenus 
isiir tout lotir pourtour et à Textorieur par un grand nombre de 
ffTaf<.7vK qui, taisant l'office des Hls de la chafnc du tisserand, con- 
.Iribuenl à rédiiication du navire,.. Les anciens entendent par là 
de longues pij*ces de bois somhlahlcs à des montants qui, pla-* 
de chaque ctMédes txfta, les supportent. On dit aussi que ce 
dos pièces do bois verticales ipii . à la hauteur du plat-bord , 
font saillie de la muraille du navire. » Ces dernières lignes nous 
I>ermetient de donner le sons exact du mot rroi(jLtveç. Les couples de 
l'avant et de l'arrière se terminaient par des allonges verticales. 
ijui supportaient le plancher dos chAtcaux (ïxpta). Ce sont ces al- 
longes qu'on d^*signail par le mot tmifjiîviç. 

La forme de? gaillards est caractéristique et curieuse à étudier 
mrlcs monuments. Si Ton examine le navire primitif représenté 



— Cf. Sciiol. Med. , fM. , E . 103 : ixpia, râ ôp'iâ 5û)«, iç iv t« t^ viiUc 

m V, 411. 

I; ^■5 : 9fs>o^ SI Ôti. tniç é^Moli {xpioc^ ota xii TMt xpÂnoiK fC<piT(^C|Aev«i 



50 



LA TRIÏÎRK ATHÊNIKNNK. 



sur la pi. I, un voit iiu'il ohI t'oK bas sur Teau au iiulieu, [iIuhuIovô 
à Tavaul. et k l'arrière. Sur le ^aiUaj-d d'arritn*e était posté le Unio-i 
nier, coruniftriiidifiuoiil les doux ^njuvoniails tW's iiolleinoiil fii;u-' 
r*'^s à leur [ilac*?. Le gaillard d'avaiH est plus élov6 (jue le gaillard 
d'arrière et so coini)oso de deu3^,élages, Tétagc supérieur étani 
entouré d'une balustrade .^ jôuiT Cét^iit là un (tf»sle de combat' 
favorable, mais de iliiMejisiuïis fort restreiiilos. Aussi eut-on l'idée: 
de rejoindre les deux demi-poiits de l'arrioro et do l'avant i>ar un 
^M-and plani-tier fornuKit lo poiiL supérieur jj). C'est le prof^W's ijui 
nous ost attesté par le navire représenté sur la pi. II [i]. Bien <pio 
ce (>ont ne soit pus en pei-spectivc et que là naïveté du dessin eti 
ittnde la i>osilion difJiriio h romitrendro au premier abord, on voit 
qu'il courait d.ins toute retendue du uaviie à une cnrlaine hau- 
teur au-dessus du bord, et qu'il MM supporté par des potitres vét* 
tîcalea ayant vraisemlilahlcuieu! letir ided fixé dans les vâraWgiiôhli 



FLg. a. 



Fi-, i, 



\ 



Sur les montiaif (jui no nous représentent que Tavani lin na- 
vire » le y^aillanl y l'aspect d'une caisse de souJUeur ou d'une ca- 
pote de voilure qui 5e trouve eu arrière du tm^oç sans faire corp»| 
avec lui , et qui (larfois est ornée sur ses côtés d'arnbesques i)Cinlo«; 
ou sculptées, un fleumn, un dauphin, un serpeul, etc. Tel iwuslû 
voyous sur une monnaie de Déraétrios Poliorkélèô (3) et sur uneJ 
monnaie de Mégare |1| reproduites ici fig. 3 et 4. Quand cet es*j 
pace vide existe entre le <r:oAoç et le chAtcau , la pai-oi aulérieurd! 
du ^ailiai*d est verticale; soi* d'autres tyitcs, par exemple surlài 
monnaie do Sinopo (5) reproduite ici fig. 5, les d-'iix- iDombr-'* 
de kl construction sont ivunis ensemble. 



\X) Ptine. a. N.. vu, 57, 17 : « unvcneiuni) l«cta8 long»» Thatii ••"•• 
{tron tantum et pupfii pUKiiabatur. <• 

|î) Cu «"cond navire est cmiiruntp comme fo promicf » un fragnieia -le . 
î^rcc archaïque [irnVADATit d'Alhi'no^ et piibliV' d«ns )«s Vtmunn^nts inédûsde] 
l'Institut, toim- IX. pi. Hl, i (78). 

(S) Graser, Uia aUeitcn,.., |il. A, 17>. 

(4) tbid,, 2tM. 

(5) Ibid., 311". 



hr^tA "^ruTtnp. 



m 



Du n^t qui fait face à rarrièrc. ITxpiov pmseuto dans h» 
pareil Litéi-alc une gmnde échancrure, et lo iilaiiclior qifil suj»- 
porle s'itvAur<3 considéraLlcmeut au-doî=sus de la Mvilô du vais- 
seau- IJ forine ainsi un vasle n>duit sous Joijuel on pouvait 
déposer les agriis ou abiitet* les houïmes. En rappiochant rti.s 
uiûimaies d'un dessin de Lriùre du cavalier dal Pozza (rcproduil 
ici , pi. IV, suivant les rertifîcalions de Grascr), Graser (I) a fait 
une olmervalion rurieuse. Le pont pmpionient dit est dans le 
prolongement du plancher sup'Tiour liorizonUil de ce réduil 
concave. Le pont est donc ici de plain-pied arec! le gaillard. 11 
en élail sans Joulo ainsi dans les monnaies dont l'asi^rt ponr- 
rait nous tromper ,• pu-cc qu'elles nd repi-ésenleut que l'avant. 
Ainsi, en rciuTiit;, legaillanl d^avant,qui s'tdi*TO h la partie anté- 
ritsire du vaissean primitif, a rti^ le premier poste de combat; 
puis on imagina de le rejoindre au ;iaillard d'arrii.'i*e |tar un 
long plancher qui, soutenu par des poutres verlicalna, courait 
sûr toute retendue du navire. Le ftonl pouvait 5lro un iteu an- 
ilessous de la ligne liorizoïitale du gaillard, comme tlans lo vais- 
seau primitif de la pL II, ou dans son prolongement exact, comme 
dans le dessin de la pî. FV. 

Dans los deux navires primitifs de la pi. I et dû la pi. IT , lo 
gaillard est h deux étages. Quand le navii^ est poutô, le se- 
cond litige dn jîaillard fait encore saillie an-dessns du |»onl. Ou 
peu! aussi établir à Tavant des échafaudages ffui lo rehaussent et 
auxquels s'applique en pareil cas le tormo dtxfeoe. Nous ajKîi*cc- 
vons ces fetpci formés de montants h jour non revAtns de planches 
sur dos monnaies d'épo<jues tW's diverses et tjui nous présentent 
aussi bien des types tWrs anciens que des ty/jcs d'époque posté- 
riaiire« par exemple sur une monnaie de Samos (2) reproduiio 
ici, Ûg, ti, sur une monnaie de r^euaide ^.^1, fi^. 7, ainsi que 



^t) ÂrchMol. XHt. jV. F., T*" Band, 1875. p. "ï el siiiv. et pi. 
jp; Gfusi^r. Pi> alînim... PI. A. Wl*. 
XV Ibut. t»l h. ÎAS»- 



5? 



LA TRIÀRR ATHrtXfîîVNR. 



sur li'aulros qui li-ouvet-ouf place daus le coui-s *hi pr-éseri 
Qurrage^ 



Fig. 6. 



Fiu. 7. 



^m \ 



On alla plus tard jusqu'À ôlever dos tourelles sur cerLiincs 
lios du iiavirn i[ii'on voiilail ilrft^itdiT». Pollux (1) nous apprend 
fjue dans les vaisseaux kalai>]iractBs on ajouUùl, en los construi- 
sanl, des clKirpentes serrant à fiLabîir deux tourolles. Tune hir 
bord, i"auti*e à bâbord, au milieu desquelles se trotivait le x«t«« 
Tpw;iwt : il (10 iiiiîriso pas lo poiut cxact où elles s'tMevaieuliJ 
Abhôtiée (2}, dans sa doscription de VEikosoms d'Hiéron , di 
qu'elle L'tait munu* de huit tourelles, deux K ^ar^^^o, autant 
Tavant, et quatre au milieu. Chacune de r.es tourollcs avait uni 
inachiiio destinée h laïuer des pierres contre les assaillauta, 
était occujjée [>ar six hommes dont deux arehors. 

§ W. — Le re\4iemml inUrienr et exièrieur du hntiment. Lês 
eritues. Les hypozomnln. L'hfipohUma. 

l^oi-squ'on a construit lo squelette du navire, on le borde, c'c 
â-dire qu'on applique los hordatjes sur ses membres. Le hordage (3Jj 
est u une planche i»lus ou moins épaisso qu'on applique sur les ■ 
couples ou ct'ilesdu navire qu'elle croise, ou sur les liaux elles 
l)arrols des dilTôrerits rtai^os. Les bonla;j[es composent un rovêie-i 
meut extérieur soliile, et quVni rend impi!rm(''alilo à l'e-iu mu Iwuij 
rehaut avec de IV^loupo tous les vides que laissent outre elles les! 
planches placL'es an ImmiL l'une de l'autre et Tune au-dessus de 
I autre, y Par extension on appelle aussi bordagc « reuserahlc des 
bordâmes ou planches qui recouvrent extérieurement le navîrB, 
forment sa cariuie, ses épaules , ses flancs, ses fesses et sont sni 



m V, «. 



nR r.h GOQVK DK I.A TIîiftBK. 

Wcs ifiiiiine le Uerrne sur les miisclosilii cor[»s humain. » 
S ce v^'.vèiamnui «îxlprii^ur roïTMS]H>inJ un l'OvtHHiuiMit iriLérieur 
ai>i>Iiiiué sur la face interne des cou[)les': les planches dont il osl 
funaé jtortont le nom de vaigr^s. Pour solidifier l'ensemble de la 
construction, on ajoute sur les flancs du navire des préceintes. 
La préceinte est (I) « une série de bonlages de Ijois de chone, plus 
larges, plus éf»ais et par cela plus forts que les autres, qui sert 
comme de ceinture au navire dont elle entoure les côtes, pour les 
maintenir à leuis places respectives et les lier solidement entre 
les... Prtccintc basse ^ préccinte haute sont les deux déuomi- 
ions dont on se sert pour distinguer les préceintes Tune do 
kulre. « 

Ces diverses parties constitutives du navire se retrouvent dans 

marino grecque arec d'autres ixgvi-s qui ne sont plus on usage 

lo^ rnodorniis. La paroi ou le llanr du navire s'appelait toT/oç 

:àwf«. Les deux termes ôtaienl synonymes, ainsi (jue nous 

rintliquo Hi*s>'cliiuâ (2). II sejoblo touh^fois que le pi-emier était 

le terme technique (3). Comme chez nous, on dislin^'uail le côté 

^Ut)ii (toT/oç o8;toc) et le c6lô gauche (toï/o; côtivutjioc), en supposant 

k Biiectatcur \iïnc(i à l'arrière et it;^ardaut l'avant (4). Potu* co ijui 

est des /'onfa;;r.î et des vaigres. nous ne connaissons p^ts d'autre 

^miie que celui do caviocs (planches); c'qsÏ le premier objet que 

■ptQine PoUujf parmi ceux qui sont nécessaires à la construction 

^u bAliment (5), On distingue très uetlemeut chacun des bordagcs 

un naviro représenté sur un bas-relief trouvé dans dos fouilles 

îles pour rétablir l'ancien émissaire du lac Fucin, ot publié 

lus oxacteineut qu'il no l'avait été jusqu'Ici |»ar M. Gofïh)y qui 

voit une trirème (<î). 

La trière antique avait particulièrement besoin d'être entourée 
fortes préceintes. Gomme elle était de formes fines ot allon- 
ges, elle se trouvait moins solide et moins résistante qu'un 
fimeut plus ramassé; elle était .en outre, garnie d'un grand 
imbre de nimes, ot l'iriynt-i rio chacune d(î ces rames, agissaiil 

.... .. ■ - ■■■ M 'ij V' M ■ I ) 

rtl) iIaI. fii. n.. Art. Préeeince. 
{%} H. V. Tb^x^ ' "^^ nXotou V) nXtvpà. 

{%) Cust.» \*rl\ . 13 : 4ti it ô toîxo: xvptftXcxtEîtai xat ini v^z 5i)>ov, it o& x«i 
lyt^f,^ li-fitat i; vaO;. I7*29. 3 : TOt^it Si vew;, t« ixsTÉptoQev TT^àyia toù r/toioM, 
jfflfoc ii Kpût^vt} *al % ffpcù^. — Cf. AUiLMi.. V, 43 : ixaripti» oà twv to(x«v. 
{\) Coll., I » 8S t 4vO|UH7at; d'xv tol^ov ttk^^ %aÀ tviuvU[Jiov xai nt'kiiit xai 



(fi) l*oll.. I. si ! Ttt r/ùz T^v x«T«'ynsv^v"/f.r,'n|i« tavi^. (xW^po:... 
«1 Mn ri/r/if'.ii t VWV U\i <lr jinlli 1. |it. IX 



'ï^OtriWé'Hin ïipviér stîr ses parois pour vainrre I.i p»>Histanco' 
Tagaes et faire avnncer le navire, de\'aît Ringuliôremenf fati 
giier la membrure; ondn r*^poron fierait ôtre soutenu par d 
fortes pièces tle hois horixoutales donl il formait la tôte. L'exiî 
tênce des pn^ceinies intôiicures nous est attesr/H» par un jMWf 
d'ApnlIouiuK iln Rhodes (1). FI s'ajLril de la rorislructioti du navi 
Argo : « Sur les conseils d'Ar^os, ils coinmcnci'renl [lar lier foi 
temenl, h rintériour, les parties du navire par une pi-écoiiile qui 
on t'potisait la courhiirt.* el rpii s'étendait des deux côtes, afin qm 
les borda^'os, bii)u assujeilis pm- moà chevilles, résistassent ù l'eN 
fort dos flots. » Quant aux pr 'xUMÛeures, elles sont ipiN 

friNjUiMites sur les motuimonls U;,^uiv.s. Ainsi on en voit une lrÔ4(] 
large et Irôs forte le long de la carène du navire formant le pfé- 
doslal delà Xiké de Saraothrace (2), qui est i*eproduil , pU 
d*aprbs une photo/ïraphie de M. P. Dujnnlin. TI y en a ordiivdi 
ment doux prin^^ipali^s : l'ano i^ la hauteur de l'éperon, r.infro.^ U 

Fi'-r. M. 



^•^^ 



r-Ti 



haulour de la rpoeuuSoXt;. rrrmniQrpotis lu uioulriMil la inonnairiN 
DémétrioR l^oliorki'li^ï», ft^. 3 . c^IIr de Mi»parp. (Ig. i, et nnn 



(Il I. :m7 ■ 

, TStvd^uvat iKàtt^^z\, l'v- cv è^a^iutaTO llôti^oi; 

lihsckh, Vfkumî., p. I3t, n'a pas c6mprU en pnssîiRe. Il biit ctknwrvt^r tvifl- 
01^ i\n*\\ ïl<'»àjipprnnvc : ?Tt)ov mî mgftifli! i««( n*i<»c5MîpnmoM un cAblp, Ko ijiIW. 
les in^rri|i!. ntvnfc-i ilislmçîiwnl U*^ tiieOti ÇùÀtva ri trs nnt\jr, xpefAo-TTOt. ()f Prtlt., 
I, 93. «lit ! là ti Titttcavra ffxtùir; 6it>a KcùsÎTai. I.tt^rôccin1i' im''ii > i»'i- 

ci»i>tncnt un tic ces $«>a ou Txxvn SûÀivoi 

(2) V. sur coup Unso repn''Hpn(anl un :»VBnt «le nnvitv \a ftnue anWU., N.H., 
?!• aniu^. jaiiv. 1880. p. 1 1-17 et pi 2 . et A'bmp archroimfUch-n UrUertHchHn' 
gm auf SamAthrahr..., vtm A. Oorw. etc.. Wien, IftSO. |i 5î #•( anîV., H^^ 



DB LA COQUE DE LA TBtÈJlB. 

monnaie d'Anligouos Gonalaa (l), flg. 8. Elles sont également 
visibles et paraissent fort larges sur ki trière de l'Acropolù , jd. III, 
aijisî (|uc sur celle Jn cavalier dal Pokzo , i>l. IV. Les naviros 
ruarchaads du bas-relief Todoniu en oui le premier une et Tautrc 
deux; il y eu a quelquefois davantage, comme nous rapproinienl 
la inoiniaie de Leu&'tde , tig. 7 , où l'on en dislingue quatre ^ et 

Fis. 9. 



de Prusias-Kios, flg. 9 {^2), qui en présente trois. Enfin 
l'avant est quelqueibis fortifié par des denii-préceintes, comme 
on le voit sur une trirème de la mianiie Trajane (3). 

Ces préccintes sont ordinairement mais non pas toujours ho- 
rizontales. La prôceinte supérieure est supportée par des os|ïèces 
l'étais, dont le pied repose sur l'inférieure , et celle-ci , à son tour, 
réunie à la quille par d'autres étais de môme nature, ce qui 
mait à la coque une solidité plus grande. Ces appuis sont ver- 
ticaux dans la monnaie de I^eucade , ûg. 7, Ils sont penchés vers 
l'avant sur une monnaie de Samos (4), flg. 10, et vers farrièro 



Kif^. lu. 



ml 






imè monnaie d'Arados (5). Du reste, dans les navires de la 
fig. 4 et de hi lig. 10, ils ne sont pas parallèles, mais se rappro- 
chent de la verticale k mesure que, paria])t de la proue, on 
iiivanc4) vers le milieu du navire. 

Dans la trière de TAcropole, pi. III, les appuis qui soutiennent 

^laParodos et se fixent par leur extrémité sui* la préceinte supé- 

int environ deux fois plus gros que ceux qui i*elient les 



(I) Oruer, /h> aUtsirn,.., PI. A, 171*. 

(21 tbS4., PI. B, 320^. 

(3j W. Frœhncr.i. 3,t>l. 112. 

{I) GrùJUtr, DieulUitm .., PI. li, ^n' 



56 



LA TRIÈnS ATHÊNfSNNE. 



deux précoiiitcs. Les uns et les autres sont l'ortemcnl inclinés versi 
Tavant, et cotio iucHuaisoa se comprcad (I'cUe-u34ÎEnc. lot^nqu'oal 
songe à l'ctTorl que faisaient les rameurs pour ramener la iwigutV 
de l'aviron en arrière. Ce mouvement tendait sans cesse à i-cpor- 
ter eu arrière le point d'appui de l'aviron ; c'est contre cet effort; 
que rnsistaiûnt les montants, qui reliaient les précointes; pencbi^ 
en avant, ils faisaient l'oiîicc de véritnblcs arcs-Loul-auts. 

Graser(lJ ailopto pour Igs précointes le nom do vojteuc, mot qui, 
comme nous l'avoiLS vu, a une autre signification. Celui de ïawrrip 
est mieux justiQér Outre qu'il signiTic précisOmeut ceinture, 
Bœckh (2) cite le jwissage suivant d'IIéliodore qui est décisif : a Lu 
poids de la cargaison faisait monter l'ean ju&ju'à l.i trM-if'.v^' 
préccinto (ÇwcTTîfi'x). » 

Nous avons maintenant ù parler d'un agrt'S qui a beaucoup em- 
J)arrassé les savants et dont Iju^ckh a olal»li la nature d'une Uu^on 
rJaire et définitive (3). Il s'agit des uic(>Çw(jLata. J, ScliefTer (4), ùgan^ 
pur le Scol. d'Arislophano (5), les a confondus avec les pi-éceinles. 
En i^alilé ce sont de fc'ros câLlcs (6) vraisemblablement aplatis ol 
disjMjsés à une certaino distance les uns des autres- On pouvait Âi 
volonté les mettre et les enlever, et ils formaient autour delà 
trière de fortes ccinluros Jiorizontales (7). lis avaient sur les pré- 
cointes cet avantage que, dans un choc, ils no volaient pas en 
éclats. Un avant de navire en bronze, du musée do Berlin, publié 
par Beger (8), ijorte quatre 67?-^wfiwtTa, un à la partie supinnourr 
du bftliment, les trois antres à la hauteur de réi>oron. En général 
ces rAbles, ijui fotii tout le tonr du navire ot passent sons les jyou- 
vcrnails, sont assujettis des deux côtt!^ à la naissance des pointe» 
do ré-iieron. Tanltit les &7toCw[ÀaT« sont détachés du navire ot con- 
servés dans Tarsenal : on les donno au Iriérarque au moment de 
mettre le uavii-e à la mer; tantôt, au contraire, le navire romisû 



(1) VasUoâel.., p. û. 

(2) Vrkund. , p. 13G. Héliod., jfil/iiop., I 



l : th yàp âyÙOi 4xP* **^ ^t* tp(w 



CwoTîSpa rf,i vcâ); ta CSwp &viOXt€tv. * Cf. Const. Mao., Chron., p. 99 : Tpi'To> 

(3j Urkund., p. ta3-13S 

(4) De mil. nat .. 1. 4. 

(5) Cheml,, v. 279. 

(6) Lies inscript, nav. les rangent parmi lesntûnitpctAaaiÂ, Inscript., XfV 
1. 7â et suiv. 

(7) J. Smith, trad. par II. Thiersch . Ueber den SchifP>aH... etc. , p. 30 ei 
sniv.. rroit h tort quo los hypozonies ûtaiont ilfs cAhtos (pii rttto) traient la ca- 
rène tlii navire dans la diruclion verticale. 

(8) Th»>f. HrandcnO., U \U, p. 10C. 



DR LA COQUE DE LA TRfÊnE. 

Iflan? l'arsonal en est muni (1). Chaque irière avait quatre ^otôtim-m. 

■Quelquefois, pour uue navigation dangereuse et sur une décision 
expresse du ï>euple, le triérai'que en recevait deux do plus (2). La 
Teseérakontcro de Ptolémée Philopator en avait douze (3). 

* Un autre agrès dont il est question dans les inscriptions na- 
vales, et dont la nature n'est pas facile k déterminer, c'est Tôno- 
€).Fjiat. Bœckh (4) se borne h. faire observer que rOm^Tijxi étant 
loujours au singulier ijuand il ne s'agit que il'un navire , il est 

jprobable que chaque trière n'en possédait qu'un, qu'il n'en est 

'jamais question pour les tôtn;res, et qu'à partir de la quatritme 
ûDOce de la 113" olympiade l'Etat ne fournit plus cet agrès au 

llriérai-que, mt'me pour les trières. Graser (5) , s'autorisant de la 
|iréposition 6to>, qui entre dans la composition du mot, croit qu'il 

Vagit d'un prélart (6), qu'on appliquait sur la partie du navire où 
<u» trouvaient les sabords de nage^ pour emp(}chor l'eau do pénétrer 
dans l'intérieur, lorsque, par suite du mauvais temps ou pour 
mie autre cause» on avait rentré les avirons. Ce prélart était 

ftons doute assujetti, rommo les {i-:toî;t'>jjt«T« , à l'avant du navire et 
il le tour eu passant sous les gouvernails. 

5 7. — Les paHves sx^pèrieures de la carène. 

Il no taut pas oublier que la trière est uu navire construit d'une 

^Q toute spéciale, et par suite très différent des créations de 

[la marine moderne. La carène se partageait verticalement en 

[trois divisions : au milieu Tespaco garni de rames, puis l'avant 

[eirarrière, qui en étaient dépoui*vus. La partie garnie de ramos 

l'tBippelait (YKitrnov. AtUénéo |7) nous apprend que dans le navire 

l*HÏ6rQn l'fyxuTnv SB distinguait du reste du bâtiment par une or- 

lementatiou particulière, et il résulte do ses expressions qu'on 

indait par là le flanc du navire tout entier, depuis le pont jus- 



(I) tntcf. wor., IX . b, I- Î6 el c . I. 9. 
(1) Inter, nav,. XïV, a. I. II et suiv. 

(3) AUiéu . V. 37 ; (iiToCiotiaToi Âà aâ|t0ave itùàtM. — Plttton, Bép., X. p. GI6 c , 
Icompare ta voio Incti*e aux {m^vtAGtiot tics trières. 
(t) Vrkund.. p. !6U-1G1, 
(5) 0* R. AT.. I 82. 

fC) Jal, ftL n.. art. Prélart. .. Prëlart, prdiat, toile goudronnée ou recouvert/' 
\r prinliirf, dont on se sert pour couvrir los mardi nnditcit ou Ias pnnncAUX ot 
garantir de U plulo ou dp Tenu de mer. ■ 
(7) V, 57 : t4 4' Iriuanav 4ic«v (A<xP* "^^ Tpâxtwi uiff«iYT)v çu»â{fl xal Wpoou; 



i 



58 LA THlftHB ATHÉNIENNE. 

qii'Ma quillo. D'aprt»s Po]Iux, I^yxwttgv (tortiiit aussi le nom d( 
jtwTtwTf'p (I) : w Ou apf>elle xuj7ï6)TT;p l'espace 011 se Uv>uvent les 
mes. n Les deux parties du navire qui, à la poupe et à la ptouô, 
n'étaient pas occupées par les rames, portaient chacune le nom d( 
::afsîttp«ofa. Si Suidas (2) et Tlcsychius (3) désignent plus particu- 
lièrement par ]h Tavanl, cela vient du Scoliaato de Thucydide (4^^] 
qui parle d'un cas où il s*agit de la Ttapeçcifecta de proue : il m 
faut pas 8C[»arcr rcxplicatiou du passage expliqué. Ailleurs, ïii 
CJjntraire (">), le Scoliastc dil formellement qu'on nomme wtpcÇii- 
peafa « les parties du navire qui Jie sont pas garnies de rames, 
c'est-à-dii-o rextrémité de l'arrit^'e et de l'avant. » 

Dans le navire primitif, les rameurs se trouvaient rangés le long 
du plat-bord, sur lequel étaient appuyées les ramos. Lo piax-bord (6) 
est une i rangée de larges planches , qu'on fixe horizonlolcmeut 
sur le sommet de la muraille du navire dans toute sa longueur* 
EUea œcouvreiil la tête do tous les couples. Ou appelle aussi abu-i 
sîvement plat-bord — et celte confusion est 1res ordinaire-^ la 
rempart vertical qui s'élève au-dessus de la rangée de boi-dage» 
dont nous venons do parler. » Dans le navire primitif, les tolets^i 
auxquels les avirons étaient assujettis par Vestropt\ étaient plantés 
dans lo [ilaL-hord , ou phUût dans une planclie clouée sur ce plat* 
bord et qu'on appelle uylettènj ou poric-loUls. « C'est, dit Eusl^i- 
the (7), la longue plancho (l-trrrfKeviç) dans Ifiquollo sont ùxés Im 
lolels et qu'on appelle ordinairement -«ûfTovw, i»arce qu'elle coiirl:^ 
tout le long du hord. » La tokilèn portait ég.'deraontle nom dVnfr^ 
(jxaX^tc (8). Quant au j)lat'-bord, ou l'appelait t^^t^ (9), et, dans les 



(t) I, 92 : Kat t6v T^nov Aà t6v np6c TaTc xtincai; XMmdTfjpa xaXoO<riv. lift correc-*' 
tiou de Gmser, V« H. N., g 19, <iiibfttiUiant t^mtcôv k tôtcûv, moiiU'c qu'U a'a pas 
comprit ce passage, FoUux y décrit les diverses [jarties ilu iiilLimi'Ut, on allool 
de la poujw & U proue. 

(2) 8. V. 7tatpï5t;pi"ï(a«. 

(3) 8, V. irapeUip£v(av * ta xafà «cpûpav iTp6 twv kurûv * Ct^jtX X^yoi tk 

(4) VII. M. 

(5) Scol. Tbac. , IV^ 12 : -napeUipeaix imiv 6 S^ ttjc itpeaîoK xij; vcm; T«xa;,il 
xaO' 6 {iépo; oûx^Ti xû-nat; xé/^vtat ' lixi Si toOto x<t ixpôTxrov tîJ; rpû(ivr,; xal 
Tf)c Kpûpoc. — Cf. Suid. et Pbot. : Ka.piiii^in\w • xà Ucu tâv ipctfaôvTMv ' tt 

(U) Jal, C(. n.. art. Plat-Borâ. ' 

(7) 1533, 41 : î^i 5i <iTr,Yxe-<(;, fj xa6' fîv ol <ïxa>(iol îrfnfvvvTai, ^ ïhtcp icotvi^ ut-' 
ptTOvov X£ttt«i napà tè 3tiXow teUtijQai, 

(8) Poil., 1 , 87 : ta 4'Oïïô lov <r*a>(iôv, cri7ï3>(it:. — H«^ydl. r lltic 

(Si) ïiMycU. . Tpiyr.Ç ■ ... tt»ot TO T^ v£.^»ç )f£ri<>;. — Kt. M, >^p4fïït 



DE L/i COQVE DK Uh THIÉnE. od 

fis navires, cVUiituuûkilustriide sous laquelle ôLaionI percés 
sabords qui donnaîoiit passage iiiix avirons, à moins que 
câux-ci no fussent jïlacés entre les barreaux. 

Une (les parties do la Irièro qui constitue une des invontioni? 
originales <!es constructeurs gi-ecs, et dont rien, dans la marine 
rooflerne, no peut donner une idée, c'est la llapo^o; (I). 

Le rourotr don gaK'-res du moyen âge, sans être identique avo<; 
la Ilapodoc. la rappoll(j cependant jusqu'à un certain (>oinl. Dans les 
galères h rames, on ôtablissait sur le pont ou couverte des courJjes 
uoomiées '^accâ/â^ qui, fLxées par un© de leurs branches sur le 
pont, faisaient, par leur auli-e extrémité, saillie on dehors du ua- 
rire. La saillie êl^iut considérable, les baccalas étaient renforcés 
dessous pai- d'autres coui-bes moins longues qu'on ap[>olait 
t ra^ et portaient à leur eslrémité extérieure une longue et 
JflHe pièce de bois nommée apostis. Sur cotte pifcce do bois établie 
àfi cJiaquo r*3té du bAliinont, et en dehors de ses imrlies essentiel- 

«étaient plantés les escaximes des avirons. Entre les bancs de 
nmeurs et VapoHlis so trouvait un corridor très étroit qu*ou a|>- 
polait le fionroir cl où se tenaient les soldats. C'est h ce conroir 
ifue corrasifOiid, jusqu'il un certain point, la parodos des trières 
ath' 

i ne nous donuoni sur la paiodos que fort peu do ren- 

fleignoments. Follux (?) nous apprend que c'était * un couloir 
[ilarii le long de la rangée des rameui-s Ihranites. n Athénée (3) 
mesure la plus xi-aiido l.irgour du navire d'une parodos à l'autre ; 
^•itob wt^^Sou hA wâpooov •; il y en avait donc deux, une de chaque 
rôté du navire, h la hauteur de la rangée des rameurs thranitcs 
ou un peu au-dessous. Les monimients figurés nous l.i. repr<*îsen- 
leut comme un couloii'qui faisait saillie en dehors du bâtiment et 
«fui surplombait sur la mer. On l'aperçoit très nettement cl d'une 
façon lr»Vs liintructivo sur le pié^lcsïal de la Niké de Hamotiiraco, 
pU V. Ce couloir extérieur du navire est soutenu par des cou- 
Bolcfi supportées bahilnollcniont, h leur tour, par des a[)puis liont 
le pie<! est fixé dans nue préceinlc. Deux do ces appuis son' 
parfaitement visibles sur la monnaie de Ijoucade, tig. 7. 



tp^, x«i ti x(T)o; ToO n)o(ov, i^ ^ ol Txa>ti.ol xiO^uTai* 

[1 . Irnduil (^r II. Thierscli . Uei'tr Hen 5W(i/f6au...i p, V2. et sulV.i 

•n l uUlilo dfî 1.1 pupHlos. 

f3l V. 3Î- II<j»jcb. dit simpicracnl 1 nipoio: utfûc ti tf,: ■m',,:. 



60 LA TRIÈRE ATHÉNIENNE. 

Graser (l) croit à tort que la pai*odo3 n'existait pas daiis letfl 
trières aphractes. La Iriitme du lac Fuciu, dont nouB avons déjà 
parlé, est un navire a]thracle puisque l'on voit distinctement les S 
tétcsdes rameurs; et cei^endant elle est munie d'une pai'odos. Ou^ 
peut voir également la parodos dans deux navires aphractes re- 
présentes sur des monnaies de Corcyreetde Nikomédie(2). Enfiu 
elle est très visible sur la trière de i'Aoropole, pi. III. On ]»oiir- 
rait, au premier aboi-d, la confondre avec les préceiules qui cou- 
rent au-dessous d'elle le long du bâtiment; mais elle s'en dislin- 
gue par un relief plus prononcé très visible sur le moulage de 
lEcole dos Beaux-Arts , ot qui a donné sur la photographie uiie 
ombre fiortéo plus t^paisso et plus noire. Kilo est immédiatement 
au-dessous de la rangée des rameurs thraniles, dont elle laisse 
. apercevoir tout le corps à partir des genoux. Quant aux allonges 
de revers qu'on aperçoit entre chaque rameur, on voit, en consi- 
dérant avec soin le bas-rolief, qu'elles émergent non point de b 
parodos, mais du plat-bord qui est derrière; elles vont rojoindro 
le pont supérieur qu'elles soutiennent en [*ârtie. 

Ainsi la parodos, qui donne au navire grec un caractère toul 
particulier, existe dans les trières aphractes aussi bien que dans 
les kataphracies ot s'étend le long de lÏY»twT"v. Dans la kataphraclo 
les rames thranites sortent par des sabords au-dessous do la iwi- 
rodos. II eu est quelquefois de même dans l'aplu-acte; mais elles 
peuvent aussi être assujetties ii un tolet sur le plat-bord et tra- 
verser la paroi de la i>ai'Odos où elles ont assez do jeu entre les 
barreaux ou dans des trous pratiqués exprès; je ne crois point 
•in'il faille cbcrcbor sur la parodos ollc-mCme le point d'appui do 
l'aviron. Graser veut (|ue la cavité ovale repi-cseutéo dans la paroi 
do la parodos sur le piôdesU'il do la Niko de Samolhracc soit i)rc- 
cisémenl destinée à laisser passer la rame. Dans la trièro aphracto 
le bord du navire est relativement Ijas : il disparait donc dorrièro 
la parodos qui est à la môme hauteur que lui. Ainsi la trière do 
]' Acropole le laisse deviner, mais no le montre poiut; car, d'après 
les lois do la [»orsiKïntive, il est caché par la pai-odos. Au contraire, 
dans la birèmo de Préncste (3), la parodos n'a poiut do parapet cl 



[i)DfsH. N.. S 15. 

(2) Graser, Die àltesten..., PI. 1). li^ (ccrtAtns dvUils. U parodos en parti* 
culior, «ont ajoutés d'a[ir&s une autre monnaio du ttidmo type) et Z\9^. 

(3) G. Winckclinann, Monumenti inrrfift,.,. 2- rtliz., 1821, t. II, pnrl. IV. 
fNp. XV, [il. 207. — Li imhnc bir^ïnic ost reproduite plU3 oxACtemcnt duns 
Oiov. B»t. Pirancsi. Vaii, candciabri... cic, pi. 18. 



DE LA COQUK DU LA TUIÉllK. 61 

ilmix puorners y sont dobout. Derrièi-o est lo parapet fTpatçT)Ç) qui 
eulouro le poul. Comme c^était primilivoment iiuo pavesade et 
saufl doute ijour rap[)elor cotte oriKÎne de la constraclion , il esj 
orné df) loin on loin de boucliers. Bien i{uo sur lo dessin la 
perspective s<:>it loin dV^trc parfaitement o!)servée, on voit qu'on 
.wicAdait de la parodos au gaillard d'avant i>ar trois marches; au- 
'ï^'isons de Ua pai-odos est unbordagoplus(?paisque les autres, par 
I. quel sortent les rames de la rangée supérieure. DaiLS la triture 
kalAphracte les allonges de revers qui terminaient les couples et 
qui passaient pardessus la tête des rjimeurs tliranites pour sup- 
porter le f»out, étaient couvertes d'un bordage comme le reste du 
Ihltiment. Habituellement la parodos reste à sa place , maisio plat- 
Ijord (xçM'yrX', se trouve remontr» à la hauteur du pont supt^riciu'. 

Les ramcui*s et les combattants, dans les navires aphracics, les 
rombatt;iHls sntds dans les kaUipliractes, avaient besoin, pétulant 
U hit<U!lo, il'oiro protégés contre les traits de rcnnemi. Naturel- 
llemouton sonf;ead'al)oni à dûreiidro It i>artie du corps dos ra- 
-ail le ptai-hord au moyen des boucliers des com- 
,1 manœuvre qu'ordonne Jason dans le navire 
rgo (1 ) : « Que dans tout le vaisseau un homme sur deux prnnnc 
' manie l'aviron; que les antres les co»ivrcnt 
:f mi leurs boucliers de cuir ijui arrêtent les 
llmii», ctassiutînt ainsi uotro retour, » Un joli modèle de navire 
en terre mile, do style italo-groc, trouvé h Ardéc et exposé au 
Musiic du l^nvi-e , nous montre précisomonl tous les bouclici-s 
ruinés lo long du bord qifils exhaussent, do façon k [►n'ïserver au 
D I ' ■ dans un combat naval. Il fournit ainsi comme 

ilbi 'Mite naturelle du paasn^'C qui nous occupe. On 

peut, on outi-c, rapprocher do ce ivussago la;«Iose jUHiju'ici mal 

expliquée dMbV'^ychins : a itrtt'Mtr • t4ç irro/i; ttrtv iirf^htv • ïMil fiip'jç 

rr,< it«wc, TÔ rp; -pwjiw, *• Lcs iTî^titlt sout uuo ospôco de ptivcsado 
|0» HppHait ainsi dans l'ancienno marine française (3)* une raii- 
'dn boucliers ou p^ivois p!ac6s autour du naviit^ [lour rùro un 
li aux conibalLuit^: plus Uivrl élolfo, toilnùtcndue le Ion« 
inl |K>ur cacher à l'ennemi le pont du rLiviti^ parowiil»!*. »• 



iC^" r- • toi «i J40ïl9; 

Jft). Ci. n., art. Pnrcs'itir. 



6: 



LA TRJ&HE ATHÊNiBNyE. 



On se servit aussi longtemps dans la marine française du fiiel 
de bastingage* On nommait ainsi (1) «i un filet fait de bitoM et 
doubli! rie toile peinte, qu'on ilxait verLicîilemonl au-^lessus du 
*^lat-])ord d'un navire, et dans le^iuei les matelots rangeaient 
leurs sacs et louis hamacs, i)our composer avec ces éléments une 
pavesado molle contre le feu de renncmi. » Actuollcment ces 
lilclf* de bastingage ont étc remplacés par une mui*aillc haute et 
pleine, allant d'un bout du navire à l'autre et continuant ainsi 
voiiicalement le coté. 

La marine athénienne passa par des vicissilndes analogues : 
là aussi nous trouvons tantôt un rempart plein, tantôt une balus- 
trade protégée par des pièces d'étoffe. Laparodos semble terminée 
par une paroi massive sur le piédestal do la Niké de Samothrace. 
Un navire, représenté sur une gemme publiée par Graser(2), 
nous montre une pai-odos pleine, et au-dessus la balustrade A 
jour de la T(>dt(pr,Ç, Sur une monnaie de Nikomédio (3), la parodos 
est également pleine et recouverte d'ornements ronds sculptés qui 
ressemblent à des boucliers, Mais elle est à jour dans la trière de 
l'Acropole, pi. III; snr une monnaie de Corcyi'C (4), il semble 
([uo l'artiste ait voulu ligurer des barreaux entrecroisés. Sur nno 
monnaie de Tarse (ri) , représentant un navire de commeire , la 
tp«cpïii est composée do montants verticausr. Dans les vais.4oaux' 
de guerre , il fallait y suspeudn» , pendant le combat , de longues' 
bandes d'étoffe ou de toile; c'est ce qu'on faisait dans îa marine 
athénienne au quatrjîimo siècle avant Jésus-Christ. 

i^es inscriptions navales nous parlent do doux sortes d'agH's 
qui servaient à cet usage : les -kol^^P^vvx Tp{/^iv« et les -ropap^uîMtTTt 
IsMuâ (6). On les trouve au pluriel lorsqu'il ne s'agit que d'un 
navire (ïnscr. IV); de sorte qu'on peut conclui-c que chaque 
navire en ixissédait doux de chaque sorte. Los agrès de la pre- 
mière espèce devaient être identiques avec les peaux dout parle 
Polluz (7) ; ajoute que pour se préserver des grappins et des 



fil Jal, Gl. n... art. FHfi de bastingagn. 

(2) Graaer, Die Gemmen..., PI. I. 8?. 

(3) Grascr, Die àUesten,.., PI. D, 319*. 

(4) Ibid., 239\ 
{5) Jfrid., 429^. 

(6) Bœckh. Urkund., p. 159. 

(7) 1. 120, Ta U ôitXa ta {lè-v t>}; veà»; Si(i^Ei<, Ai^Sêpai ...t idt Ai xtQv i(LiK>eovToiv 
... ^«(iuSptirava , ytïçs^ «jifîîjpat ■ np^c ^è tiç «irtfioJà; otùtAv etvxEaofO^ovTt ^vp^ac 
Kpotm)ovvTt; npÀ; ta TotxiT(JiïTa tûiv vewv, ôni>K ô cifiripo; à).i9lïaiv^) icpiç tô ivxi» 
vjnot àvTi>afiV oOx c/.wv. — Cf. I , 'JJ , où Po!!. , parmi les «grès du navire, 
titc ■- li^^iii , StfOepai. Hûs^ch., Bé^pn • ôcpfia. {iûpTSi. ^i^pot ■ dcptis, {iOpax. 



DE LA GOQUB OB LA TTHÈRE. 



63 



faux emmanchées de ronnemi , on clouait du cuir contre la mu- 
raille, aûii que lo tranchant du fer glissât ot u'eûl pas ou m 
prondre. L'ùleiiliftcatioii avait déjà ol»^ faite par ïes lexirographos. 
Suid- et Phot. disent : ^x^appûjxatx ' St^si;, 7)c£7raff(«(T3e ; Hôsyohius, 
«fl^i^^uj^sTv ' dep^ui Les mipappûfjLit-nt T^/tva étaioat. sans conti'odit, 
den peaux iln IimUî, et les zoipotpfû[AaTa ).iux« des morceaux do toiie. 
Quant à la façon dont on les dispfjsait, nous sonmiGS réduits aux 
roujecturosw BcecKii peii3C (|u*uu les plaçait les uns dorriôra les 
autres i>our se renforcer n;ci]>roiïncmenl. Suivant colle indica- 
tion, tiraser (l) croit que los xxpoi^^'jjiaT^ Arjwf élaionl placés ;\ Tox- 
lérieur de la balustrade et les Twtpxpfû;xûtTat ipiytvot à rintérieui% lais- 
sant entre ouï ujî esitace vide ou devaient s'amortir les traits. 11 
me semble plus t-imple de supjKiftorque les uns étaient, ]iontianL le 
combat, appliqués à la rapo&oç et les autres h la TpdûpYiÇ. Faire celte 
roauŒUTre s'appelait TOfot^OuxtTx Tcap!(ÇâX>etv (2). louant aux Twtpa- 
Oi^fia'ne dont il est question dans Xénophon (3) et dans l'Inscr. II, 
K 31 ( Tt«p»CXi»iji.îtTa x«Tii>^Kî[«t] ) , ce sont , je crois^ ces mêmes agrès 
(teignôs non plus par leur nom tochniquo, mais par un nom plus 
f;<^néral. Bœckh et (îraser y voient à toit d'autres agrès analo- 
gufis aux premiers ^ et dont la nécessité n'est pas démoulrée. 

liO x*t«5Xti(mi est cité an singulier dans les inscriptions n£ivales, 
(|uand il s'agit d*un seul navire (4). Los têlrores l'ont comme les 
tfièrCH. Graser (5) entend par \k quelque chose d*aitalogue <'i notre 
tente, une toile étendue horizontalement au-dessus du peut avec 
des Irons pour laisse^' jKLSser les mâts, et destinée à prot(^gcr 
Téquipa^c des rayons du soleil ot des traits qui pleuvent pendant 
le ÇûOtbai. Rien uc s'op[>o&e à radoplion do cette conjecture. 



i\)pn$ HodM..,, |>. 18. 

(7) X<Siiopl}.. Ifellén., L 6. 19. 

{J)/&id.. II, t. '^2. 

(k) Boeckb. Urkun4., p. IGO. 

(fi) Doé JrmM..., p. 18. 



CHAPITRE IV. 



l'avant kt l'aruière. 



§ i*^ — Principes de la construction et caraciére de ravant. 

L'avaot du navii'e de guerre primitif ressemblait, au moins sur 
certains chantiers de TAixliipel, à une tôto d'animal. Euâtatho (1) a 
tort de croire que c*est par suite de simi^Ies figures poétiques qu'on 
disait, dans la marine gi-ecquc, les joues, le visage d'un navire, et 
qu'on empruntait d'autres noms aux diverses parties de la tcto et du 
corps. Outre que ces hardies métaphores ont été do tout temps farai- 



Fig. Il 



Fig..I?. 



Fig. 13. 





Fig. 14. 



Fig. 15 




i^^" 



hcrcs aux marins, elles trouvaient leur justification dans les prin- 
cipes mômes de la construction de l'avant. « Il y a, dit Pollux (?), 



(1) 308, 20 : ivteOOev Sa ol ironfitai 6p[Mi)(ievoi To).(it5ii xaî «flpeiàç )iY£iv î» 
Toiaùta nipTj xwv vyjiôv xoti upéatima ... irjjietMTÊOv 5ti où |iÔvov rft napetà èm&tëov- 
Xtwtai tU (lÊToiçopâv, à»à xal Ta >omà t^i; xeça).»);, Itt 6è xai ïi xaxà ô>.ov to 

(2) 1 , 83 : ÊffTt U Ttva iï).oîa AOxia ^eToiiEva xpiol xal x^éyoK, w; etxÂCEtv ôf. 
TOtovTÔv Ti icXoîov xat ô Toûpo; TjV 4 tViv Eûptômqv àicayaYwv. 



l'avant bt l'arbière. 



65 



narires iycioiis qu'on appelie des béliei-s ei des boucs; on peut 
ijeclurer que lo taureau qui enleva Europe était uu bâtiment 
rie ' *':o. » Hérodote (I), [variant des Saraions do répo<fue 

'de 1 '■ qui furent vaincus par les ICi'étois et les Egihètes , 

dit que res derniers détachêretil les proues des navirc-s ennemis 
qui avaient la forme d'uue hure. La hure s'appelait chez lés Grecs 
rforoar^ (2), ct nous la reli*ouvons sur les monnaies do Samos, pu- 
bliées par Graser (3) , que nous reproduisons ici f)g. ll^ 12, 13, 
14 et 15. 

Ces proues , de construction primitive, sont précieuses, ivirce 
[qu'elles noua indiquent le point d'où sont partis les Grecs, par 
'quels prop-i'S ils ont passé et quelle était la signification originelle 
|dc ces ancieas termes, qui subsistaient encore dans la marine 
[Athénienne du cinquième et du qualrièmc siècle avant Jésus- 
[Chrt>it, bien qu'ils n'eussent pcut-étr« plus qu'un rapport assez 
ïoinlain avec la chose signifiée. Toutefois dans certaines binâmes 
do la colonne Trajane (W, Frœhner, t. III. pi. JOOel 115), l'avant 
rappelle encore oxaclement la forme dune hur*i de sanglier. 
L'écubier est représente par un œil [kirfaitement ressemblant et 
dont on distingue la prunelle, les paupières, les sourcils. Co 
n'est donc pas sans raison qu*Apollonius de Rhodes (î) dit, en 
parlant des premiers nanres grecs : « Et dans les prairies maré- 
cageuses les borgei-s abandonnaient leurs nombreux troupeaux, 
épouvantés à la vue de ces vaisseaux semblables à dos monstres 
énormes sorlAnl de la mer qui en est peuplée. » 

On appelle avant dans un navire (5) « la partie comprise entre 
l'étravo et le milieu de la longueur, qui est à pou près placé au 
mallro-bau. Quelquefois on désigne |)ar les mots avant et protie 
la pîirlie antérieure do celte moitié du navire. » La [irouo de la 
trièro s'appelle spûpa (Ij). De cliaque coté do l'oLrave est un rouilc- 



(2) batiUs, s. V. : TtpoToiMti - .-. xvpftts àï M x&i àXoytot Wtà^ ^ n^ftiaiài^ Xi^t- 

0) Dii àUttUn,.,, PI. B. 3W. 3«6^ 400^. 380", 155". 
(t) Argon,, 4,316 t 

J*l, Cl. n.. art. AtAnt. 



66 



LA TRifiRE ATHÉNIENNE. 



mont do(iL la partie située au-dessous de la ligne d'oau est, pour 
le marin moderne , Vcpanle ; au-dessus est la joue. « On appelle 
joue on nilff , dit Polhix (1), rhaciinn des deux moitiés do 
Tavant. « De là rexpression homérique ticXTOTcapiriot, on parlant des; 
navii-es rjuL avaient, suivant l'ancien usage, \qs joues colorées on 
vermillon (2). 

Au-dessus do la jonc devait natui-ollcmenl se imuver Tceil (4^ 
fe^jA^ç), qui con-ospondh notre êciibier. On appelle écnbier (3) < vA 
ii-nii horizontal et. rond peroé à Tavant du navire, à droite où ft' 
gauche de réiravc, pour le passage du c;lble attaché à une ancre. 
Les vaisseaux h trois ponls en ont deux ft la hauteur de la hattetis 
basse, et un h la seconde batterie. ^ TTcsychius nous parle de na-' 
vires anciens qui en avaieïit quatri? (4). Certaines monnaies nous 
en montrent an moins deux sur un seul côté du vaisseau, placés 
k des étages diilércnts. Jal (5) reproduit l'avant d'un navire pris 
d'une j>eintnre de l^ompôi et qui y étant vu [le trois quarts, laisse 
apercevoir deux écahiers» un do chaque côté de Télrave. Pollux 
dit simplement ((î) : « Il y a une partie du navire qu'on appelle 
é^XuLoç et TTTy/jc. C'est là qu'ini inscrit le nom du navire. » Celte 
explication ti-op concise a induit en erreur les commentateurs ^ 
qui ont confondu Técnsson portinil le nom du vaisseau avecTéctt^* 
hier. FiMîjAaXixoç est éxidemmcnt IVril de l'animal, tel que nousTè~ 
montrent les anciennes monnaies de Samos. C'est par la peinture 

Fig. 16. 



qu'on donnait à 1 éiuhior cetto fornio d'œil qu'il conserve sur 
grand nombre de monuments (7'i ; lorsqu'il est réduit h n'étro plus J 



(t) t, 89 : 1-^c ôi ic^a: Ta <xaT£pto9iv napetà xaJieîTai xoil mt^. — Cf. Suid. . 
nopfctâ • ... xai |iipo; Tt z^ç vtw;. < • 

(%) Hësycb. : (itXroicâpTjot * (iO/tônpupot, rà Si ixaiépuOiv xiji lïpvfivr); xgri xptâ* 
pa^ (U|u>Tuijiva i^o\>nt\ * al H aûtai xai çoivtvoicipcioi cIcyovto. — Cf. Ui^rod., III. 
58 : ta fil ica)ativ éinoaat al -vin laav |AiXTT)>i?<i<. 

(3) Jal. 6i. n.. art. Eeubier. 

(l) Uésych. : TCtpat,).(x(>>it&; * T^ffo-apoc 6f0a0i{LQÙ( c](»U(r(a)t vaO<. 

(5) G(. n..Brt. Galère. 

(6) 1 1 86 : ^ TtuxU ÀvoiAÔCsTat xnl 67Qa)|iô( , àKfAt xal TftOvO(ia t^ vcùk émy^ 

ÇOTffl. 

(T)EasUtb., 1039, U. 



l'avant et l'ahbièbk, 67 

iiu'uue simplo ouverlure dounaiU passage au câble de l'ancre, il 
ij'esl pas loujourç de raCrae forme ui à la môme place. Sur la 
monnaie de Samos, %. 14 , ol sur celle de Knide (I), reprodinie 
ici hg. Il), il. se trouve Lros bas^ entre la préceinle »lorit la Irlo 
(orme Tépei-on ol celle qui fait suite au TrpotpiêoXtov. 

Dans un aulre navire do Samos . 11;;. 10 , c'est une ouverture 
horizontale eiliptiijue praliqui'îo au gaillai-d d'avant ; sur le navire 
clcJ^-eucade, ûjj. 7, c'est un trou cUipLiqne incliné en avant et i:>ercô 
dâus le bordage du crroXoç. Sur la luoaiiaic de Déinétrios Polior- 
kélès , fig* J, 1 ocubier est circulaire cL platv immédiatement au- 
dessous de la préceinte duT^pGcjA^&ltov. II y a donc des divei^enceâ 
assez notables» suivant les pays et les ^ipoques. Dans les trières 
athéniennes (2), l'écubier semble avoir été muni sur tout son i>our- 
tour d'une garniture métallique, pour éviter l'usure produite par 
le frolleraent du cAble- C'est probablement de l'absence de cette 
gai'nitnre que veut parler l'inscription nav;iJe(3), qui dit, on par- 
lant d'un navire, qu'il n'a point iragrès et que les écubiors man- 
quent ; « MÛtt, dx&iûç i/ii ooO^v, o-jt' ol ^^Oa/jjxil ^vciaiv. v Quand Cette 
g^uiture était en mauvais état, on disait : " o:^0xXfii6c xaTt'ayiv, il y 
a Qji écubier avarié (4). " Entre les deux écubiers et à la partie 
îtiTéheure du vr^Xo; s» tiouvait un écusson que Pollux appelle 
3mr/jc et Ëu.slaliie Trru/y, (5). 11 ne faut pas confondre cet objet avin; 
r^^Àfiô; , bien qu'il on fiU très rapproché et que les» commenU- 
tuurs no les distinguent pas toujours avec une netteté parfaite. 

Je doute que le mot (lirwTtoy ait Jamais, comme le veut Oi-a- 
tr (6), désigné une partie spéciale de l'avant; c'est, comme nous 
rapprend le Scoliasle de Thucydide (7j , une métaphore qui si- 
gnifie la proue. 

Dans les bâtiments modernes, on se sert pour lever les ancres 
des OosioirSj soutenus par des consoles qui s'appuient sur la joue 
un ua^iro. Le bossoir (B) est 'i uue forte pièce de bois ûxée par sa 
queue sur le gaillard d'avant et couchée non pas tout à fait hori- 



(I) Orftser. Die AUesten..., PI. B. 415\ 
(t) Bo»cklj, Vrkund., p. 10M03. 
(8) *£?. âfz, 0*3146,1.23. 
t4)ll»W.. Q" 3176, I.G8et75. 

(5) lOS9, 43 . irruxi^ ai éiriv, ^ov oT tî ô^OgtXii&i Cwy^ofoûvTsi xai îg tii; v:<o,- 
ivo(ux 4ici|pdlf«tai. — Cf. âcol. ApuU. de lUioil,. Arffon.t 1. 1U8'J. 

(6) 00 ». iV..S»0. 

(7) Il . 00 -. rit YÔf ^itMXOv T^ vbd{ ^ n^ûp^ t«rtt ... ta |UTun« , i im ta ir^* 
tnmfia Twv vtùv. 

\H) Àà\ . Gl, n., art. Bouofr. 



68 



LA TniéRE ATHÈNIBNNB. 



zontalemeut, mais de icllu sorte iiu'olle se reUrosec un peu par sa 
tele saiJlanlo hoi's de k proue on arriûro du beaupro, » Ce qui 
correspond au bossoii*. dans les navires antiques, re sont les tittott^î, 
qui servent, elles aussi, à suspendre l'ancre. Euripide (I), en pai*- 
laut des divei-ses manœuvres auxquelles donne lieu le départ d'un 
uavii'o, dit que « les marins attachent l'ancre aux épolides. » 
Mais, ainsi que nous îillons le voir, elles servaient surtout à com- 
pléter le système des défenses de l'avanl. Polhu (2) se lx)rne à 
les nommer en disant qu'on les appelait aussi atx^-ojTfôcc ; elles sont 
définies par le Scoiiaste de Thucydide (3), ]iar le Grand Et^-mo- 
logique et par Suidas (4), des pièces de bois qm forment saillie 

de chaque côté de la proue : - ir,v>viitz tWi ri ixat/pwÔïv T:p«ôpoiç è;i- 

/ovT« ÇOXa. " Elles sont soutenues extérieurement par des étais qui 
portent sur le lînnc du navire et arc-boutées h l'inlériour : ce sys- 
tème d'ôlais ou d'arcs- boutants s'appelait àvrrjpfôtç. Quand , pendant 
la guerre du Péloponèse (5), les Athéniens sont maltraités [)ar les 
navires koriiUhiens, qui avaient un avant plus solide et des époli- 
des plus puissantes, ils transforment h leur toui* leurs vaisseaux 
sur le modèle des vaisseaux ennemis, a Ils raccpurcisseot et ren- 
dent plus solides les proues de leurs bâtiments et y plantent de 
fortes épotides soutenues intérieurement et extérieurement, à une 
distance d'environ dix coudées de la paroi du navire, par des an- 
lérides massives qui venaient s'y appuyer. » Le Scoiiaste (6) ex- 
plique parfaitement la position de ces étais : * Il y en avait, dit-il, 
deux par épotide , un intérieur et un extérieur, dont le pied était 
appuyé sui' la muraille du vaisseau et dont le haut était assujetti m 
à réjwtide. " Si les i-nwiiUn étaiejit si massives et si solidement ^ 
établies, c'est qu'on les considérait comme un engin de guen-e» Le 
passage do Thucydide (7) nous fait comprendre en partie rutilité 
de ces fortes poutres sailîanles. Les Korinthieus et les Athéniens 



(IJ iphiy. Vaur.. v. 1350 •- 

Ol d' iKWTÎdwV 

r2) 1, 83 : xxt vcù; 6i izunilti r^vofudCovro Xftl i|jt9WTf£c;. 

<3) va, 3i. Cf. Scol. Ttiuc. Vil, 36, o(i il faut ôriilemment lire frpt&pf aà"^ 

(i) ts. V. ^TEbiTtSe;. 

(5) Thuc-, VII. 36. 

(6) L. c. : dvTsptf^aTa xaO' ht^Tniv ^iruxt^a SOo , i?rà xtnt Ivtàc xa) ixràc {li- 
p<wK . Toû TE TtpA; Tô ttîxo; Tf,^ vr,6ç xat tov ffpô; 7à •xcXo'Yo; • to (liv ovv «âTé» |U" 
po; tûv dtvtcpct9^«T«i>v l9T7)Tav lui Toû tc^x^tv; T^; vipiÔc > Ti ^i ^*> èyôtifwaw ct( 

(ï) Vn. 34. 



t'AVANT KT l'aJIBIÈRB. 69 

4'éUiU abordés par l'avant , coux-<'i ont vu leur na&c^etpc^ia , moins 
soUJ«;monl conslmito, fracassée |iar \os époLûIcs dosvaiiîseaux en- 
nemis. Nous savons, en outre, 'juo les iritTCP offraient sur leurs 
Jeux flancs dea x>arlics délicates et IVagilcs, la galerie extérieure 
qu'on appelait îrapooo; et rensemblo des avirons; il suffisait, sans 
mi/mo aborder la trière, de passer en sens inverse ^ une trî'S petite 
distance iK>ur briser sos rames et sa parodos et pour la mettre 
bûr« de combat. Le flanc du navire avait donc besoin d'être pi*olé^ 
par ces îiîwtw« , qui , faisant saillie U Tavant, juste à la hauteur de 
la (>arodo9, arrêtaient l'ennemi on enfonçant ses bordages et ren- 
liaient moins meurtrier le choc de I'opei*on. Une trifere du Musée 
Bourbon , dont Tavant est reproiluîl ici , fip:. îf» , d'a|nv3 Jal (1), 
uouH njonlre l'épolide ayant la forme d'une poire à iKJudre et fai- 
MUt saillie devant la parodos. Bien que le dessin no pai'aisse pas 
iK'- -les pi'0|tortions ne soient peut-.»»tre j>as tr*^s rigoii- 

n*i rvttea, nous pouvons, en y jetant les yen\ , nous 

r^iro \me idée de cet engin. 

Fig. 17. 



.^M 



Quand le navire était vu de face, les ^potides formaient comme 
deux oreilies et complétaient la ressemblance de Tavant avec une 
t»Vi' (l'anima!. Slrabon nous en fait comprendre l'aspect , lorsqu'il 
«lit du promontoire 3,'Uire, en citant rimpressioa j»crsonnelle d'Ar- 
témidorc (2) : < Ce promontoire s'avance dans la mer et ressemble 
à un navire ; il est complété par treis petites ilcs , dont l'une 
occujie la place <lo IVîperon et les autres cj^IIos des épotides ou 



(i; J»], Ci. fi,.art. Calére. 



71) 



hK TRI&RK iVTU&NlENNE. 



ofH'ant pour le mouillée des anses du dimonsions ordinaires. 

Dans le navire du piédestal de la Niké de Saraothrace , pi, V, 
nous trouvons nnc pnnive i(ue la piirodos avait J»osoiii drlrc pro- 
U'g(^o à sa jjarlio anLôriouio couUo le choc des navires ounemis^ 
ûl pout-ctre aussi contre Les coups de mer. Dans la proéminent 
qui la termine, il faut sans doute reconnaître réf)Olide soutenue 
par sou aiitéridc; mais ici l'eiisemble de ces poutres proleclrio 
est recouvert d'au Lordage, ijui ajoute à l'élogaucedo la conslruc- 
lion sans ou diminuer la force ol cjui lui permet de Caire coi 
avec la parodos elle-même. Ce système est du reste ici plus d< 
fensif qu'offensif. Ij'épotide , en effet , au lieu de s'élancer mena- 
çante vers l'avant, est renversée en ai-rière, de façon à laisaeej 
glisser les coups. C'est nu sysLcnie au.ilo^ue^ tjuoiqu'uii peu dif« 
feront, i]ui a pi-évalu dans ]a bii-ème de Préueste. La parodos u' 
point p]'olagée par des époLides ; mais la partie supérieui-e de U 
carfene s'élai'gil et s'évase à l'avant. Comme elle surplombe sur U 
mer, elle est soutenue par des cousules; quand le navire était vi 
de face, cet évasemonl cachait entièremenl la parodos. 11 est ter^j 
miné par troiït fers de lance j qui sont un ornement plutôt qu'uni 
défense. 

Si maintenant nous nous transportons sur le pont de la trière 
nous y ti*ouverous le poste du Proreus, qui correspond au jjosU 
du Timonier à l'arrière (1). Ce poste est appelé par llésychius 
OpwTT^p (2). Les monuments figurés nous représentent assez sou- 
vent des chevilles plantées à l'avant ou à l'arrière dans lo plat*bu] 
et qui font l'ollice de taquets, c'est-à-dii-e qu'elles servent à aman 
des manœuvres (t'nKrrfio^aïi) (3). 

^i 2. — Vt"p(Ton ri le npoejjiê^Xtov. 

Ce qui caractérise surtout l'avant de la trière, c'est la présent 
de l'éperon. On s^iil (jue depuis l'invention de la marine à vapeur^ 
l'éperon u i-epHs, dans nos constructions navales, l'iniportânce 
qu'il avait dans l'antiiiuité. La trière est donc actuellement fori 
intéi'essante à étudier; eJle offre plus-de ressemblance avec le na- 



(I) Poil., 1 , S9 I loTi fit Tt ifiwXwv itpb)paTix6v . i^^oO iiifhrrai (A icpbipcvO* J< 
cori'igc Binai i^'oû xdtrnvTat. qui lut prê.siïntn pas de scus. 

[l) Hétycli. -■ -ctpOptonip ' â-nou ù lïpwpïù; npobp^ ta h t^ bsAâGoij. 

f3) V. Ann. de ilmt. de corresjt. arch., t. XLIV. \m, Tav. tl'Agg,, il, 
le ikftvlrc reproduit ici pi- U, ainsi >|ue plusieurs monnaies. 



L'AVâNT ET l'arriére. 

vire moderne que les vaisseaux construits il y a ceut ou deux 
cents ans. Aujourd'hui, romiuc à l'époquo de la guerre du P61o- 
poihîse, l'arme la plus formidable du navire c'est l'éperon , et Ton 
romprend â me^^'eillc cette expression d'H6rodotc (1), qui dit on 
I>arlant de Miiments de guerre : « Ils étaient hors de combat, car 
lours éperons se tiouvaiont faussés. >• 

I^es loxtes ne nous ajjpreunont que peu do chose sur r<?peron. 
-Vous Siivons par Eustaibe (2) qu'il était h. l'avaal du navire et 
qu'il affectait une forme aiguë. Le Scoliaste de Thucydide (3) et 
Hèsychius, s. v. ^fiGoXov, nous disent que c'était un engin de cuivre 
ftlé à l'aTant du vaisseau : ■< rèv -nî; vewc ?î*€û>ov ta /aXxtoii^, to iteptri- 
%é%u'0'^ r.«T« TÎiv rpwpav. •■ Suidas (4) et Zonaras (5) ajoutent qu'il était 
(ait d© cuivre soumis à Taction du feu {T.tr,\}^M^i\ov] . Mais le enivre 
l'Kaiil ua métal mou, on lui substitua le fer. Suidas : u £[x6o>.oç • ,,.K«t 
-^ -n^H th TmXz^of.w ot^TÎoiov. » L'éperon était complété par un autre 
flfigin que les inscriptions navales nomment rpoe|x6rfXiov , les lexi- 
oograiihes -îc-woLfioXo;, icpoeV^^ov, TtpoïtxCoXtç, et sur lequel ils no nous 
donnent que des renseignomeuts tout à fait insuffisants. D'après 
8uida$ (6), le -rtpoifiSoXov claiL à l'avant du bAtiraent. Uésychius (7) 
nous dit simplement que c'était une partie du navii'e. Nous avons 
heureusement sur Tcperon et sur le TtioejiÇoXwv un passage très net 
de Pollux (8), dont les monuments figurés nous permettent de 
consteUïr rexaciitude : t. A lavant, dit-il, et à l'extrémité supé- 
!e l'élrave se trouve la TTpoî[jL€o>tç , à son extrémité inférieure 
. _r-^'"*. l'élrave s'étend précisément euti-e la TtpotfjtêoXf; et l'épe- 
rDfi« * Ainsi, dans ce système de construction , Téperon est h la 
ïjow et le npo«fA6o).tov à la tête do l'étrave , le premier dans les par- 
lies Lasses, le second dans les [Kirties hautes de la carcnc. 

BcBckh (9) fait remarquer que Téperon faisait partie intégrante 
du navire, et qu'il est très rarement mentionné à part dans les 
inscriptions navales. Les doux éperons déposés dans les arsenaux 



Ani^T&dçaTo Y&f> tciO< <(â<t4>6u,' 



y- 

(4) b. V. iitColoc 
(&)8. V. l^^M%. 

(Q 1 , 8^ : t6 u %-xzxfiifrrt «vT^ {ctui oinsl iiu'il raiit lire au liru Ut> aÛT«Ci \ 

Orkwn4.. p lOO-lOI 

7. 



72 



LA THIÈRB ATHÉNIENNE. 



et qui figurent à rinventaii-e (l] peuvent Atro des éperons de 
change, qui n'ont pas encore étO- employés, ou au (contraire d 
«éperons détachés do naviï*es hors de service et auxquels on n'a 
encore assigné do doslinalioii. Quant aux tricrarquesqui ont prî 
devant les tribunaux rengagement de fournir à l'Etat des trie 
neuves, et qui ont livré les navires, mais sans les éperons, c'est 
sans doute que les éperons n'étaient pas encore terminés (2). A cett 
époque, comme nous le verrons plus loin, l'éijeron était un 
garniture métallique destinée h former la tète d'un ensemble d 
pièces de charpente solidement liées entre elles. Quant au -n^iitCi 
>tov, qui n'avait ni la même masse ni la mrme imj>ortancô, c'étiii 
un accessoire qui se détachait plus faoilemeat du navii'e. Lorsijull 
est question, dans les inscriptions navales, de vaisseaux avariés 
et qui ont besoin de réparations, on ajoute assez souvent que 1 
7rpo6|i6o>iov manque (3). 

Si maintenant nous consultons les monuments figurés, nous y 
trouverons des renseignements pi-écieux et d'une clarté parfaite 
sur la place qu'occuiiaicnt, dans le navire, ces deux engins et snt 
les diverses formes qu'ils affectaient. ' 

"'La l4^te de fauve , qui a fourni le modèle de Tavaiit du naviri 
grec primitif, nous montre toute la force de l'animal concentrée 
dans sa puissante mâchoire; c'est cette partie inférieuï*e de la 
hure, proéminente et redoutable, que %ui'e Péperon, à la solidité 
duquel conrourt toute la structure de l'avant (4). Toutefois Tépe- 
ron n'est pas toujoiu^ établi h la même hauteur ni supporté en 
arrière de la môme façon. 

Dans un des types d'avant que nous présentent les mon- 
naies, l'épei-on n'est que l'extrémité de la série horizontale des 
poutres qui forment la base du navire, de la quille. C'est c^ 
que nous voyons dans le navire de Samos i\ l'avant en forme 
de hure, iîg. {'2, dans un ancien bâtiment phénicien reproduit 



(1) *Ep. àpx-, ^^^^'t ^^7t • <^o' U l- iO et suiv. : èiJL663iov« irapeXi^fiev -na^a 
vcuf(uv Jic(|ie)i;Tûv 1T [xjai -Ka^c'^o^iev II. 

(*2) n»W., co!. i, I. 152 et suiv. : otS» xdv tpiy]f.dp-/u)v t(Sv A(io>oy7i«AvTwv K TV* 

Tpi^pet^ «i-RoJifiuxaa^ivl' 

(3) Jhid., 317&. cul, 6, I. G ot suiv : jntffiuvii; ftco(iév[nJ. iïpùi)iAôXi«v oCgw' 
[l]yovotu Col, 7, I. 31 et suiv. ■ Ènivitcfu^ç fiiop.^vTi|. nf>oe)j[(îô>iov] owk 2[z«v«a]. 
intcr., 3IT7, cot, 2, I. '*1 , T;p]oiii6ôXi&y (ovk lyw'sa], po«im. 

(4) L'éperon faisait tf^llcinent corp<i .ivec le bAtiment qu'on ne Ion dôtarbnii 
que quand le navire étnit dëuioli. Btilagt xu MUtheilungen d. arch. /im(.» iV, 
p. 79 A, ool. 1. 1. 11 : rijy ik naXatàv fita'AÛactv xaî tà^ J|i£oXov àno^ûoetv «t< té 
viwpia,.., et pam'ffl- 



l'avant bt l*abrièhk. 



73 



(1) , fig. 18, et à une autre époque dans deux vaisseaux de 
mstmcUoM romaine (2), fi^. 19 el 20. Dans ce cas l'éperon est 

irofondémoni sous l'eau, tout à fait à la partie inférieure du bâti- 
leni , sur le prolongement de Tun de ses membres les plus solides 

M Idâ plus résistants. 



Fig. 18. 



Fig. 19. 



Fig. 20. 






.ir^^ 



autre sysfôme de construction consiste h placer l'éperon au 
ict de Tanglo aigu formé par la quille fortemouL courbée cl 
[par i*ôti*ave inclinée en arrière*, la hauteur de l'éperon étant natu- 
lemeut variable selon le rcnflemonL plus on moins prononcé 
[dft la quille, il peut se trouver soit sous l'eau soit à Heur d'eau. 
iC'eitt le ayaUimc que nous voyous adopté dans un ancien navire 
Ipbénician (3), Hg. 21. 



Fig. 21. 



Fig. 



Of) 



rtirgit quelle force du résistance oU'rail le sommet do cet 
angle aigii formé d'énormes piccos do cliarpyntc , (*l quel coup 
.lAtrible il devait |>orter à la coque du vaisseau ennemi. T/angb> 
'<isl encore fortifié par des précoinles qui conrcnt le long de cha- 
nin dos lianes du bîltiment. Tanlôl ces préceinles sont horizonta- 
les; c'est ainsi que nous les voyous dans un ancien navire do 
Bamos, fig. 6, dans celui de Mégarc , lig. 4, sur la monnaie 
(l'Antigonas GoiuUis, lig. 8; réi>er0M est alors horizontal comme 
\ûhn% le cas pK'cédent ; rarement il alTccle une direction plon- 
uile comme sur la monnaie d'Aniiochos II (4), fig. ^^ Tanlôr, 



(OOrurr, Di« àlWitm..,, pi. A, bSU. 
i7)md., lÀ. A. l'iît |.l I», \T 
($}l6Mi..pl. A. &&?•. 
CM Ihiii., pi, D. m^ 



.k TRIËRB ATHÉNIENNE. 

au contraire, la préceiiUo s'inrliuc des ijarties moyûunes do la 
caii'iio vci-s les parties basses, comme uous lo moaU*eiU les ua-» 
viius do Knide , Rg. 16 et 23 (1) , un navire phénicion de Tan 13^ 
avant Jésus-Christ ('2), fig. 24, le vaisseau de SLnopc, flg. 5, 
ceux de Phaselis (3), fig. 25 el 26, Ici , comme précédemment, 
la prôceinte est souvent rattachée à la quille par des montants 
verticaux ou inclinés vei^e Tavoni nu vers l'arrière. 



Fig. 23 



1 ./ 1. .. ; 

Fig. 25. 



Fig. 2(j 



.^'^if* 



Nous ne pouvons parj ici ue. pas appeler l'attenlion sur réi>ei^ 
des deux navire?» ^vms primitils puJtiiéîi pi. I el 11. Les pai'ticu^ 
larités de la coustrucliou ae nous sont point représentées a^seK 
on détail pour ijuo nous puissions voir comment il taisait corps 
avec les aulros parties du hàtimeiiL. Mais on .sera i'rappii diï la 
ressoniLIauce qu'ollVe l'avant de ces deux vaisseaux avec celui ite 
nos cuirassés modernes. L'épei'on paxalt peut-être un peu plus 
long qu'on ne le désirerait pour sa solidité. 11 est à tleur d'eau y 
car il semble que l'artiste ait voulu nous montrer non point lo 
navire tout entier, mais seulement les parties supérieuiUH à l4 
ligue d'eau. 

Enlin — et c'est encoi'e un autre système de construction,^^ 
répcron peut Otre adapté ii l'étrave verticale ou formant avec 
la quille un angle de 70 degrés, à une hauteur arbitraire, et dire 



(DGraMT, Die ^Uetkn... pi. A. 410» 

(t) ftid.. s^y*. 

(3) Iftid.. m*- fll pi. B, 4Î2^ 



L*AVANT ET L'AIlRlèRB. 



75 



^i sonlcnti eu arrière par des préceintes fiorizontale$. 

C. ^ :. ,..;.ri qu'est construit un navire de Corcyre (I), Qg. "27, dans 
fetpiel ryperon so trouve bien au-dessus de la ligne de nottaison. 

Fig. 27. 



C'est évidemmcut de cette fat^ou que l'éperon eslle plusinoflen- 
^f, ol qu'il ^n' h^ Tuoifis corps avec les pui'ties essentielles du Jia- 

ire qui c . l'vu f?). Daus l'exemple cité , on voit très dis- 

tinctement les tûtes des clous métalliques qui Gxont la préceinte 
sur le bordage du bâtiment. 

Quelles que soient les diverses manières d'adapter Téperon au 
iiavire, c'est, on le voit , la partie r^pîlalc de l'avant ; c*esl à lui 
donner toute î'ôfllcacîté possible quo devaient s'appliquer les 
oonstructeurA, comme le but supivme de la tactique navale (Mait 
de lui faire [jroduû'O ses redoutables effets. Le {joint de vue au- 
quel nous nous sommes placés nous permettra peut-être de jeter 
quelque jour sur deux passages obscurs de Pollux. En parlant 
H' lies do la cbarpenie du bâtiment, Pollux (3) 

fiu,j..:i.. ........ .vomcnt la qiiille et Té l rave ; viennent ensuite 

}m tf^mi. Ailleurff (4) il dit : oX U -wpi t^v Twîpotv ixgcW&h>6<v TOtfw- 
?e<vôjuv9t Tp^not Tf^)?^ xii âevrepo;, 6 xat feXafitoç. Or comme dans co 
chapitre il est précisément (fuestion des raraos, on a cru que lo 
mol tym^ sipmiflait ici l'estropc do l'aviron, ce qui ost ôii eirol 
•■t: Un pîissa^'e do la ilcsiTiptiori du navire d'Hié- 

II- .1.1. -il': Ci) fait l'Ci^ser loule incertitude à cet é-ganl. 

\Ab* r^fifKW dont i] y ent ([uesLion sont des pautrrw qui font Haillio 
#V5ch I *' du navire d des inioi*vallo égaux ol sur ]esr|uelM 

ou a ] : 'lo pei:it> réduils pour It:s t^ervire^ de la cuÎHÎue. 

CTCâtéri-lemmonl Ift lo sons du mot daus Pollux. tes Tpaiw sont 



{%} GnMcr. DU (Utftten.,-. pi. U. 227*. 

(l) Coi Le s/sl^mc qui a éié adopte par Grascr il«iis le Modei... 

(3) \, ^ 

(4} I, M. 



7fi 



LA TBIÈAE ATHÉNIBXNB. 



des poutres qui J'ortifient rôtravo de chiique r.ôtê. Pout-êtro faut-il 
es reconnaître sur plusieurs monnaies, où l'on aperçoit ou avant 
do l'ôcubier ries piocos *le hoi? obliques qui rcnforrenl la prouo 
idu navire. Dans la binmie do Prénoste , on voit tivs uettemenl 
partir do la pn>cointe (lui consolidait toute la carcîno les poutre» 
qui s'y appuyaient et qui renforcaionl l'éperon. Ce sont sans 
doute des espèces de TpûVou Quant à l'éperon, il ept h trois pointée 
et dans le prolongement horizontal do la quille. 

Nous arrivons mainïorjaut ;t déterminer quelle éUûi la forme 
habituelle de Téporon. L'éperon pouvait n'être qu'une forte pièce 
do bois saillante h l'avant qui, agissant comme un instrument 
rontondanl, fracassait la carène du navire ennemi. C'est ainsi 
qu'il est fltruré sur le vaisseau phénicien et sur c^lui de Knide 
cités plus haut, ûg. 18 et 23, ainsi que sur le vaisseau primitif 
de la pi. I et sur celui de la pi. TV. On le voit nettement sur une 
monnaie do Corcyro (1), fig. 28 , où il affecte une forme carrée. 
Le plus souvent c'est uu assemblage do poutres, conmio nous le 
voyont; iiur une monnaie d'Ambracic (2), flg, 29, et sur !a mon- 
naie de Lyon , fig. 20. 



l'^ig. 28. 



Fig. «9. 



ÏÂi nombre ordinaire de ces poutres est de trois. Un dernier 
Itorfoctionnemont consista à muuir ces trois poutres <lc fortœ 
[jointes mélalliqnes qui s'enfonçaient plus aisément dans le 
hordagc du vaissoau enucmi. C'est évidemment de coâ éperoue: 
mélalliqucs qu'il est question dans les inscTiptions navales citées 
plus haut. Co sont dos c|>erous de cette espèce qui sont vendus 
sur une décision du Conseil des Cinq-Cents par los nuigislralh 
ayant autorité sur les arsenaux (3). S'ils étaient plus nmurU'ici-s 
que l'éperon on bois primitif, ils avaient en rovfnïclio un incon- 
vénient : c'est que parfois ils se détachaient et restaient dan* 
l'ouverture faite au liane du vaisseau ennemi (4). L*épcron mtî^ 



(1> OftMr. DieàUcttm..., pi. €.208' 

Vi) Ih0{., pi. H. \W. 

»3) *t^. àf,/., tnscT,. .Vilti. r.»|. J . 1. fiO cl iiiiv. riii T«,'ïE}«fi«|uv ict«^«|iié«« 



l'avant BT l'ARRFÉBK. 

'îHîvait n'avoir ffif iinf> pointe, comme dau» le valî^seau 
il- I M.ie ou tJan^ celui de Kaide, llg. '-.H et lig. 16 ; il en a 
deux sur une rnoiinaie de Bmyrne, flg. 30, et anv une aulro de 
*' *'* (\). La forme porfectionnôc do l'éperou , c'est réporoii à 
pointes tloiJl uiio monnaie phénicienne (2), flg. 31, nous 
Otbe un bel exemple. On voit très nettement les trois gros clous 
li servaient ;t i*H.ssujettir aux flancs d« navire. On lo remar- 
iera également sur la monnaie d'Aniigonos GoioataB , fîg. 8 , et 
8«r un grand nombre d'avants de navii-os reproduits dans cet 
ouvrage. 



Lft* proprii^tCîï. de Téperon ont été étudiées avec soin, depuis que 
le principal but du commandant d'un vaisseau est, mainlonaiii 
f;oraine aulrel'ois, d'aborder son adversaire et de le couler ; nous 
avon^i vu dans les derniëres batailles navales des navires soraltrer 
» quelques minuteti aprôs avoir reçu un coup d'éperon. Or on a 
îconnu que 1 un i\oà dangers que courait Tassaillanl , c'était de 
voir son éperon s'engager ivo^ profondément dans la carcasse du 
uaviro ouriomi ot par suite do couler bas avec lui. On avait pi-évïi 
ce péril dan?i la tritro, fjui était en son genre un na\ire tr6s per- 
fectionna, et le npoeuSoXtdv (3) avait k la fois pour fonction de com- 
plétor Taîuvre do destruction on fracassant le:* parties hautes du 
vxifiBeau attaque et d'arrêter lo navire dans son (>lan une fois lo 
œup d'6j»cron porté. Dans les monnaies pbônicienues , phisieur» 
liii^Q» de bois fout saillie h l'avanl du navire indôpendamniont 
«ic l'ôperon. Lunoost inimodintemenl au-dossus de l'époroiij l'au- 
tre est tout à fait à la partie snfiériouro do la carène. Dans les ftg,* 



(h «îranoi. Die allesUn...^ pi. 0, 272* «t 348''. 
f2>lbid.. pi. B. :»56\ 

(3) Gnuer a public, dAns lÀrchaoUigitfhfi Zcilung , Nniir Tnlgc, .%'•' Bancl. 
[1^73, pi. Gî, un bronze trouvé h Actiuni . nctudloinent h Lroodmsr qni raprc- 
itc iinr PâlUs nu une Roino .tvcc loa «UrihiilH de PalUft; co hron/.o ncinblc 
Ar .t*^ u |tro«inU>(ioa tl'un lUodoM du imvirc ulTort dans un tcnipl<^. on 
1 -ip|KU-l«nBUl b uiM coloone rosu-ale, bien qu'un puiitw y voir aussi 

Un ■'! Ji'.iiirut («rmîlULDt \t 716)0;. 



7a 



LA. TRIÈRE ATHÉNIENNE, 



24 et 32 (I) , par exemple , lo proenibolion supérieur a une dirtwi-^' 
tion légèrement plongeante; ailleurs (2), il ost parfaitement bbri-' 
zouLaL Sur lo navire des fig. 24 et 32, le proenibolion inférieur' 
o&t à {jeu près Bur la momc ligne verticale que Téperon , lo' 
proemLoIiou supérieur étant sensiblement «n retraite. D'atitr^s' 
monnnies, au conlraire, naus les montrent tous rlonx ^mfîuOilB*^*. 
meut en retraite (3) > ou bien (4) c'es( le proombolion supérieur* 
qui est au niveau de l'éperon» tandis que l'inférieur est sensLbleNÎ' 
ment en arrièiv. 



Fie 



Fig. 3:i 



1 ''^r-}? ( 

\ 



Nous retrouvons dans les navires grecs des parliouhu-itéî* dw 
roiislruction analogues. Sur les anciennes monnaies de Sanins, 
flg. ti oL 13, lo proenibolion ^ Au lieu flV;trc horizontiil mnunu 
réperon, se relève et se redrosse; vers les parties hautes de la 
rarène. Il on est de m^-mo dans la monnaie do llorryre (j), !ig. 33. 
Une monnaie de Prusias-Kios , lig. î), nous montre dos prc- 
ceintes horizontales étroites (|ui courent le long du navire et se 
terminent .'i l'avant par des piiîces de bois on saillie. C'est égale- 
ment ce que nous voyons sui* la monnaie do Lcucade , flg. 7 , où 
ces pièces de bois sont plus sensiblement eu arriéra de l'éperou, 
liC;^ prôceintcs qu'ellci^ terminent wuit reliée*^ entre, cllcï? et aui 
préceiutes do léporon par des montants verticaux (fi). 11 y a quel^" 
quefois deuxTipoijAÇoAw, un do chaque côté du naviro, comme 
l'iiidiqucul les ûg, 4 et 13, mais ordiuaircinciit il n'y en a qu'un 
lorniaui la iC'.Ui de la préceiatequi court mmis h jiMtivîn^, un [i 
Vif il / 

(t) tiraser, On nttetten..-. pi. B, SiV , 

(3)i6»d.. 539". 

(4) |6id., 560\ 

(5)IWd., pi. A, 1\\. 

(6) Dana h trière desaiode par W. cavalier dnl Pozzo r\ rcprothiit*! ici pi. I^ 
rép<ron est au-dessus de U ligne d'eau et. fortifté par une largv préceinte hori^ 
zonUle. L'cxtrtSmitii en est carrée, comme celle d'une {Miitre ordinaire. Ao* 
dc&suH se trouvent trois autres poutre» dont I<:a extrémités Clément cai-T^M' 
sont en retraite l'une sur l'AUlrc cl forment comme les àef^és d*iin e9Cali<!T. ^] 
C'est lo proembolion. 



L*AHRttnE. 



79 



au-desëOUb, par conséquent, de la ligne horizontale du jioiH. Co 
bystcme de consti'uctiou justifie â raervoillo le pa.^sage où Pollux 
place lu 7fO£jA^oÀK k l'eacU-cmité 8upérieuro do T^trave ot l'ôperon' 
à roxtréxniLê iulérieure. L'assei-lion de Pollux ne s'applique pas 
à .l(iu& Ifis* uavii'Oé grec» de Ions les temps et de tous les pays , 
<Xui prfcoaieut dr noUihlo'? diffcronces dans leur structure. Mai»* 
elle est parlaiioment ju>io pour louto une catégorw de ces na^ 
virûti, et elle n'olfre eu olle-nicme aucane obscurité.'^" "*"' '^'^ **'»' 
Cjuant à la forme du pi-oembolioii, oUo n'est pas loujoui^sei' 
trloul idenli(]ue. Tantôt c'est une simple poutre rondo ou carrée 
a îKïn eitrémilc, commiî dans les flg. 4 , 7, Î4, 56, etc.. Tantôt, 
comme sur la fig. :\\ (1), cotte [toutre o.-t munie d*utie ti^Le d'aai- 
nial agixsint conirnn I;i machine de f^'ucnti rpion apjiclait nn 1*6- 
lier. Tantôt om jrte xina garnitiii^ mêtaUl^o à deux ou 

m^me ;*i trois pH:i imme l'i-poron Ini-mPriYè, Voir les (ig. 3, 

5, 19, clc 



* ',;.—/' -TToXoç cl les àxfOTro/.t.'i. 

►u^ Irouvous flau* la marine cnnlcraporairuvun ongin id<'n*- 
r'''îipjy)n delà, m^u'iiie alhêHÎeiiJiOt il n'en ô^t jus de môm^'l 
d' ijuenon ue jMppoUe ni do près ni de loiw otijui sul'H'^'P 

r.^ -cul [iour donucu- à l'avaul du vâiH^oau wrec une phy*' 

M ..".,i;ii,. Il -rupo jusqu'à uncortain [ioiuLîa |4acudU^I 

)^ [>as un mAl. Il n'est [»as non plus sans 

.liialu^ie avec la iioulaiuo (2), sans pouvoir loutofoiiî èti'e idealifté 
4VCC elle. Nous lui lai>tserons donc .son nom gœc, puisque la lan- 
gue de nos marins ne nou^ olTre rien qui traduire le moc exacte'-; 
ment. C*est une question délicate que de déterminer cO qu*fitail' 



\Xiy i*t 1 Gii n„ Art. Pmttainc. « Nom '|ii« porte ta snillic de^ pièces de conK- 

•— *" ir,,.u,r.t «0 «vaut du coUis d t\u\ sont montées sur fit cnMu 

I * » Bi«nâU« d« raram du imvîre... • JHtt. de mari' 



MU. 



IKJilllCl' 



i ... 



1818. 



80 



LA. TBIÈBE ATHÉNIENNE. 



]e stolos. Los Hcoliatîtes et les lexicographes nous ont laissé but C€ 
sujet des textes qui ue sont pa» absolument corrects et dans les 
(juela ac sont glissées des erreurs. Ces erreurs, loutefoi?, pouveni 
<5tre découvertes et corrigées; nous verrons que les textes resti 
tués s*accordent à mervoillo avec lee monuments ûgurés pouij 
nous faire connaître la position, la forme et la dostinatiou du 
oT^;. Nous acquerrons ainsi une idée juste de cette partie du 
navire, on repoussant l'oxplication de Graser qui est de tout point 
inexacte. 

Commençons d'aboi'd par os;iniiner ce qu'on entend par les 
àxpooTttXtaetenquoi ils se distinguent des a^XaTra. Au premier couf) 
d'œil jeté sur les monumtuits Ogurés, nous voyous que l'arrii'ro et 
l'avant du navire se terminent par des ornements très délicats, par^ 
des volutes gracieusement recourbées sur la forme desquelles n0u8 
insisterons pins tard. Pour les désigner, nous trouvons dans les 
lexicographes des mois qui> au premier aboi^d , semblent à peu prèa 

synonymes : dcxpooroXia, ac^XoTta , ofxpoc xôpupL^ , xo^ttTvi]. En ofibt I 

î'Et. M. (1) et Zonaras (2) expliquent les deux premiers termes 
l'un par l'autre : « dtçXotr:» , xi àxforroXiï xr^ç itr^ç, » Ëustatbe (.1) 
nous pai'le de navires qui ont les aphlastes de Tavant et de Taiv 
rière recourbés. Les Lex, rfut. d*ï. Bekkor (4) entendent parl'acrob^ 
tôle d'une triôrc * rcxtrémilé de l'arrière, celte partie supérieiu« 
qui s*élcvo. n Au contraire, le Scol. d*Apollonius de Rhodes (5j 
et l'El. M. (6) placent l'acrostole à l'avant, mais en Tideutiflan] 
avec l'aphlasle. Hcsychius (7) fait également de Taphlaste le sy- 
nonyme de l'acz-ostole, mais il le mot à l'arrière. Pour Suidas, les 
acrostoles sont simplement les extrémités du navii-o : « ixpoorûXwï^ 

Nous iHîtrouvons cette nit-me confusion et ces momas divergen* 
ces d'opinion dans ^explication Ue^ - ^pa xopufjtÇw - homériquos, 
Suidas (8) et Zonaras (9) disent que ce sont» les acrostoles des na 

(1) s. V. dyXaiTov. 

(2) S. V. â^Xa^TT». 

(3) 73, Î2 : vijtî ... Ta âç*acta ta xatà icpû^sv xat KpO|ivau ... (1:1x941.1 

(4) P. $02 . 24 : dntpooTÔXtov TptnfMuç to «btpov tr}; irpùitvvKi t4 AvaTK«|ùvbv d 
t6 âvtd [i£po;. 

f5) 1, 1089 : ÊTTtv 0^ enipootôXlov to dçXaurcov xats rifé frptûpav. 
(G) S. V. dtxp09T6>.tov. 

(7) 8. V, dhpXgcoTov ■ xo àxportoXiov . to âxpov ri^ xpûtivin iitoT«ToifUvM 
24«oc 

(8) S. V. âxpa XQpV[iéa4 

(9) 8. V- âKpoîcôpw{i6» ■ Ti ixpo'TTO)i5i -xût* vïjMv, ta i^ixo-^tx ÇvXa ^xt» ■npOi 



l'avant et l'abrière. 81 

î^'SPi-dire les pièces do bois qui font saillie à l'arrière et à 
l'avanl et sur lesquelles on reprcseulail les dieus protecteurs. » Pour 
Hésychius les àxpwt^pufiêa no sont pas autre chose que les acros- 

toi6.S : « axpoxof'jjjL^a • ri axpoTroXtat tiov vewv. « Ailleurs (I) il recon- 
naît qu'Us ont place à l'arrière aussi bien qu'à Tavant. Le Grand 
Elymolûgiquo (2) invente une distinction quin'estguërejustiôée; 

il dit ou [«riant de r^^Xocrrov : « fîta^epei ol Toiv xopujxÇwv • «cpXaffTot 
arv Xl^VTrxt ti TipyjAin^TW, XOfUfJiÇoi 61 ta TTpwpijTta. » AÎUSi , d'aprÔS lui , 

l'apblasto serait h Tarricre et lo corymbe h. l'avant. 

Quant au mot KOfwv>i, nous ne le frouvons guëro appliqué qu'au 
prolongement de rarriîrro. Zonaras {'\) dit, en itarlanL de Vi^ltvtw: 
• ffnp ÎL^yt-nit xai xoptiv^i. b L'épillii.'to xopwviSeç , appliquée par Ho- 
tnhte aux navires, est unanimement traduite chez les commenta- 
teurs (h) p;ir « qui a l'arrière recourbé. i> 

Voici maintenant, sur la question qui nous occupe, des don- 
nées plus précises. Suidas (5] désigne Taphlastc comme étant 
l'cxlrémilc de la poupe. Pollux (H) n'est pas moins net : « On ap- 
l"ono aphiaste, dil-il, rextréniité do la poupo. » Quant à la confu- 
sion faite par certains gi-ammairiens entre l'aphlaste et l'acms- 
lole, elle avait été déjà relevée dans Pantiquilé. Le Scoliasto 
d'Apollonius de Rhodes (7) proteste contre cette erreur, et fait 
remarquer avec raison que Tacroslole n'est pas autre chose que 
l'extrémité du «rttîXo;. Or nous savons que le tt^oç était à l'avant 
du navire. Eustathe (8) dit formellement que les deux mots difRj- 

f| %pâ^m, iv ote ta oe$ô[uva ivi^paçov. — Cf. Eustalb., 750, 35. qui dit «n 

(I) I&. V. : x^v|LAa ' rà Oir^ «vton âfXxn-ca, rà A^pooTÔXia, ra âx(Mt tu'iv spu^- 

fî) 8. V. dç>a^ov. 
(1)8. v. tfçXatcca. 

(l)Zon.«*. V. xopùvri ... xopwvtiiv. à £aTt A0t|i7ni).onpii{j.voi(. — Kt. M. . x&pu- 
n * ... iRwa^nsu i/,oÛ9«t; tac (ixpa^. — Cf. Ilûsjrch., s. v.v. xopfMvtâc^ et xopwvt;. 

(6) B. V. 4plft<Tt6v ' to éx^iw T^c TtpuiivirK. 

t<) I, 90 : ta il *xp3 Tij; npvitvr,; 9î).a<na xoticrtai. 

(7) 1 , lûfiQ : ^AmiOLÛVLo; iv taU Aiivn à:codtdMKEv ct^Xvorov ta dix{>o9Tâ'Xtov - 

éXl^i^ t6 4xpOTC6).tôv J7Tt T<i dxpOV tOÛ TTÔÎIOU. 

(9) I03d. 37 : 49)41910-' 61 fvti^ «Ox^ t6 àitpo«TÔ).toy , fttatpipoutrt yip al )i(cu> 
m«rà âbSu^wv , 10^ Y^m Ilon/aavU; , to énl irpûtivi^; •&va-r<Ta(i{vov cU '^'V^ 'k 
iAatmv £nlxcx1^lLplévcl>v ... fnalv ^ At$u(&o: ftrt tô ^cyoïuvov ^xpoix^liAv 
frt Asfoc «TftXo;. - Cf. I. B«kk., iln^d., p. 171, 19 . dy/airtai • ta àxpo<rç6Xt« ■ 
; II. *.\ico).3iû)ito;) ' 6 ^t j1î4u|xoï t6 inl r^; «pwttviK tU v^]/o; ix X9vev(<i>v 

ICXa)AfLtVUV. 



I-A TIITÈRB ATHÉNIENNE. 

rent, et^ d'api-ès Didyrae cïlé par Pausauias, il doûail l^p! 
par ces inots : •» les pièces de i»is larges et plate q,ui s'clèv 
se ri^uLrbenl à la poupe , n Landi? que Tacroâtolo est l'exkémi 

du (TtÔXoç. 

De ce (jui précède nous pouvons conqlui'e que les Grecs avai 
deux mots distincts pour désigner les exti-émiléfi /souvent 
différentes, de l'avant et de l'arrière de leurs navires. Ces t 
techniques étaient dfçtXaora pour l'arrière, àxfîOffToXta pour l'a*' 
Quant aux dbtpot xopupi^a , c'est une expression poétique oL génôralâi 
qui s'applique aux uns aus-si bien qu'aux autres (1). Le lornu 
dî^ïXaoTov avait un auti-e synonyme j)OCLi(iue dans le mol »î*p<Gvr, 

Il nous l'esté maintenant h nous rendre compte de ce qu'était l 
Tw)^Qç. Le Scdl. d'Apollonius do Kliodes (2) eu donne un«5 eipli 
cation qui no sonible point piôscnter de sens; c'est, dit-il, la |jit)q 
de bois qui pai-t de la imr/ri ol qui travei-sc jusqu'à l'avaut ; « tto 

Xbç èl Xi'^t'ni ^h iiiyo'f àiio t^; tttu/^^î xai Ôtîjxov oty^i ttjî Tiptup^; ^uXov 
xwj(^ïi Se ^êyeTcii 5-o.> xô ttjî vstuç iTn-^â^tvi: ovûjxa. " La glosc UO .signiU 

rien, puisque, coramo nous l'avous Y^t^'^ "^"^'li "îtait à l'avai 
comme le ffroXo^ (3). Nous la retrouvons dans /ouaras dansu 
état d'incorrection plus grand encore, mais qui nous pei-uiet d*a, 
river ?i une restitution : « le stolos, dit-il, est une pièce de boisqi 
fait saillie de l'ai-rière el qui traverse la proue, croXoç y^ Xâ^tt»'. i 

ifp«t^Toti ^t^. « Oa^voit maiuteuaut commejit la^doso s'est o^ 
i-ompue : « d/pi "OU « iU-/jft •■, qui semblaient naturollomonl amQi 
nies poiir correspondre <i «tto oui été ajoutés devant Tifiwp*;, et <U 
plus wpuijivyiç a clé substitue à 7nu/yiv('i), dû sorte que Je vz^X 
est devenu uuc pièce de bois partant do l'arrièro et iravcrsiinl toi 
lo navij'O jusqu'à Tavanl. Eu rualitô , il faut lire ainsi qu'il suit 
« ffxoXo; Si ^Éyf^*^ ■" iléy^"* «itû "rî^c T^^/l? i^»* Siîjxov i^c «fwpaç 5»i^««3 
lé stolos est uno pièie de bois qui [>arl de la irr^/ri el qui [Mria^; 
l'avant on doux. " On verra par la description dos monuments tlgu 
l'es combien est juste celle dôlJnition. Eustathe (5) reste un (uîï 
trop dans le vague loisqu'il se borne h dii*e que « le otO^oç est uu 
large pièce de lM:>is ipii p:u*l do la ^rw/i^. n II a, du rcsto, tort d 

{[} On conçoit qu'ApoUga. de Khod., irffon., '2 , 6Q1 , ait pu dire h ^ivn^ 

(2) l, i089. 

(3) Elle ao rotrouvo à&ns l'Ët. M. , oU « dxpi >• e4t l'oniplftctf par « ii^^i 
•t irtvx^ ^i ••• fiftov » pAr '< ivOa. •• 

(t) V. Kix datis le Thtsaurus au mot &xp6(rtft>io^. 

{h) 1039, \1 : "TtôXo< il ivTi t6 ànà -ni; >ryo^ivTK itryxii ;v''/'' Tt>-orrj 



l'avant KT L'ABniÈHE. 



83 



lonner un pou auparavant, comme le fait Zonaras, une définition 
pen prî»s identifjuL» Jcrar,roslûle, ce qui fait que certains onidits, 
i ir exemple, ont chcrchô Vacrostolc dans le voisinage de 

11 où se lisait le nom du navii-e. Enfin il n'explique pas 
issez nettement comment une autre définition du ttoXoç, en ap- 
' r?îs différente de la promièro, y revient en réalité : <t d'au- 
li: ■ ..j.j.ollent ffTTÎ>oç une pièce de Iwis mince et qui se termine çri 
)i!ile (1), Le stoîos était largo à sa base et pointu à son oxtré- 
fmilé qu'on appelait rdtxpoTrrîXtov (2). Tl prenait naissance ti la hau- 
lioarde la Tmr/n^, largo bordage dont nous avons déjà parlé, qui 
portait le nom du navire, <5l, suivant Eustathe, cette décoration 
[peinte qui faisait ressembler les écubiei's à des yeux. 

Nous pouvons maintenant restituer k coup sûr un passage de 
FoUux (3) qui jusqu'à présent n'offrait aucun sens, et qui ét^ii 
3wt^ mutilé, bien que la correction en fiM Tacile. TTemsterhuis et 

tC. Dindorf liseiU : - t^ fiJ jj-ttaïù tc«; «ulIwXoj vjxX Trpo«j>L(>o>(ôo; i crt^Xo; 

IfirK tn^p xh TTiTpav, •> cc qui ne s'âccordè pas avec le conlett'e. En^ 
Iliix vient de dire, au chapitré précédent, que l'étravo 
• la TTpoetASoMç et réperort; il ne peut donc pas ajouter 
niMnlenanl qtie le ttAo; est précisément à cette place et qu.' 
il ost au-dessus de rétrave. I. Bokkor a rétabli , au lieu 
.y, " la leçon - oroXoo ■■ du manuscrit et marqué une 
IftCdue après « itpoiufioXttoc. » Or cette lacune doit itro comblée par 
le ni ' '""-j; M qui était répété, et la' leçon fautive - crtS^ou - du 
loaii i»it être remplacée par dxporroXtou, do façon que tout le 

se lise ainsi : • t4 4t [icwçb toS âxpârroAÎ^u xai -nie 7rpoep.Go>too; 
oXAî ' h <rro).oc î^lorlv 6rlp TTiv orsifav, î; xatl Tttf(xi^»).«(x xaXeiTat • 

•wft«pL4 lîjç vEftiK îTtrfpoi^o^î. Entre Vacrostolo et la proembolls .■ 

; J«> ttolos est au-dessus de Tétrate et' s^appellé aussi j.imi- 
beA (5); sou extrémité supérieure est l*acrostole. On appelle 

féCHSéon et écubier Tendroii ott l'bri iirsiîril le nom du ii:imi.-. 






,t,. 1-: ^jLi 



: li ju<itili(^ Ci)t Autre {«assago d'Eusiulhe, 6G7, M ïaTi(>^ -,. 

(S) l. 86. 

H) O***! ftiOftf qu'U fktit lire*, ià 8*&Trlp r6 npoO^ov est une r(?[))?Utiou rtula- 

droiCc de U in^me id6c: le texte est du reste visiblement corrompu. 

(5) O nom lui vcnAit |ieutt>tre de ce que. Ia prulongulion Uc 1 ôtravi" est sou* 

eouronnéo duno ttHo càiiquée, comru*i ditns les monnaies de la grns Lu- 

i«. H. OraiMtr, Ar<^h. ZHt.^'Mi* année, 1873, Vat BfQnU'Sttghild einn an(i!ktn 



84 LA TniÈRB ATHÉliXENNB. 

Jetons maintenant un coup d'œil sur les monuments figuré* 
Dans le navire jiriinilif do SamoSf Ug-^* ll>1^^t 14» dans lequel 
l'étrave, renversée ou arrière, forme avec la quille un angle aigi 
nous apercevons , à la pai-Lio supérieui-c de l'avant , une pièce d( 
bois proéminente et lormanl, avec la ligne horizontale du [X)n(, un 
angle obtus d'environ 120 h 140 degrûs. Gel accessoire avait pouc] 
but de relever l'avant qui aurait paru LropLas, et peut-^tro de four- 
nil* un point d'attache à certaines manœuvres. C'est là l'origine di 
!^l*oIos. Nous l'apercevons très ni»lteni(!Ml sur les navires primitifi^ 
représentés ici pi. I et II, où il protège l'étage supérieur du 
château d'avant et s'élève ensuite en formant une courbe gras] 
fieuse. On croit découvrir sur le vase, bien que la petntnn^ soit. 
assez sommaire, des chevilles Loulos voisines de son extrémité, ei 
qui pouvaient servir ii fixer le bout do certains cordages. IjO stûloi 
se développe et prend dans hi navire perfectionné une grande, 
importance. C'est im ensemble do pièces de bois recouvertes dfti 
bordages qui , établi à la této de l'étrave , au-dessus de la pi 
ceinte qui porte le proembolion, termine l'avant à sa partie 9upé*n 
rieure. Il affecte ù. sa naissance une Ibnno bonil*éo cl proéminente^ 
et ressemble assez exactement à une cûrne d'animal, fîg. 7, 9, !0.^ 
Ou aura une idée exacte de ce qu'éUût le cto/oî, en examinant 
l'avant de la trière desiiinéo par îe cavalier dal Pozzo , pi. IV. Le 
stolos s'élcve k partir du proembolion sur lequel il est en relraUe;^ 
il est bombé an milieu et termine aiusi le navire à l'avant par^ 
des surfaces courbes ; raci-ostole manque. Une pouti*e qui pari' 
du stolos et va jusqu'à la préceinte qui fortiûait Téperon est sans| 
doute une do celles qiie Pollux nomme Tpouw- La pareille se trouveij 
évidemment de l'autre cuté du navire. 

Dans le navire de Leucade et dans celui de Prusias-Kios, tig. 
et 9, on distinguo netlcmeiit dos ospcces de ceintures en plajicheR] 
(X)uvranl et fortiliant le point i>ar lequel le stolos se rattociie â< 
Tavanl. Eu effet , le stolos i-este toujouts uuo pièce de rai»port im- 
plantée sur l'iUravc et destinée à pi'otéger les parties hautes do la 
carène. Quand on en a examiné la structure et l'utilité , on com- 
prend que l^jjhix, dans le passage cité plus haut, lui donne aussi 
le nom de nptxsijiotXaia. En effet, Hésychius nous appi-end qu'où 
enlendail par ro mot : « une perruque, une partie du navire, un 

casque ; TZi^Mv^oûaix * »i il xpt/ôiK ytyurJix itEptfeni " Jt«l îiif oc Tt rr^ç vewç • 

^ xfl(aow. « Or, le stolos peut ôlre coïnparé â un casciue qui recoii-' 
we le haut de l'avant du navii'o et sa partie su]Ȏrieurc k uius^ 
aigrette. En arrière du stolos et défendu [tar lui sedrossait le chô' 
teau d'avant. Souvent ces deux parties du navire sont iudépen-' 



l'avant et l'arriêrb. 



85 



i'«t ne se louchent pas , \\g. 7 , !0 , 14 , etc. Mais la dis- 
asaez petite > et dans d'aiiti-os cas Je château d'avanC est 
lyé, [lar son extrémité antérieure, à la partie moyenne du 
iloBf comme nous le voyons dans les monnaie? de Sinope et de 
Corcyre, fig. 5 et '27. Le stolos vient alors compïétor à bAbord et 
tribord , par deux parapets pleins, le château d'avant. Sur Cè 
]' 'fu'on appelle OwpotxsVov, on peut (»tablir un petit plancher; 

isemLlablement VirAfh^ij^t Owpaxtfou dont parlent les inscrip- 
ICons navales. 

Quant au développement suiiérieur du stolos et ;i la forme de 
[l'acroslole, Graser semble y avoir attaché tropd'import^'ince, puis- 
ju'il n'y avait là qu'une question d'ornementation dans laquelle 
[Jas goilts d'élégance et le sentiment artistique du roustructenr 
poiivaiont se donner carrière. Nous distiîigucroits Lonlefois deuJC 
[classes assez différentes d'aci-os tôles. Ji'acrosiolo se recourbe 
vers l'avant ou vei-s l'arrière. Dans le premier cas, ou bien il af- 
|feclo simplemonl la forme d'une corne d'animal, (Ig. 7 et 9, ou 
■bieu il se déroule grarieusement comme un cou de cygne (I) ol 
termine mÔme quelquelbis par la tête de cet animal (2). Il 
Iportajt alors le nom de x^.vfoxo;. Sur une gemme publiée par Gra- 
\9er (3) , Tacrostole a la forme d'un serjicnt qui se dresse. Sur la 
monnaie do Pbaselis, fig. '^0 , il atfecte des formes anguleuses et 
en zigzag. Ce sont là des particularités sur lesquelles nous n'avons 
pas à nous arrêter. Dans le second cas, Tacrostole rentre vei-s 
rintérieur du bâtiment et se termine oi'dinai rement par une sorte 
[do disque ou de lentille ér>ais3c (4), fig, 8, 17, 27, 34, ou bien 
[Kir une volute, ou même par une tête de cygne repliée sur le coi 
le ranimai (5). 

C'est h peine s'il est nécessaire de réfuter maintenant rcrreur 
le Graser, qui voit dans le (rrrî>oc une forte ceinture horizontale 
jUi enveloppe Tavatit et supporte le irpoi|xe(fXtov (0). Nous .ivon^ 



^1/ ijratcr. Die dUtUm.... pi. B, 295... 25&^. 
{!) iirnser, /)i> Gemmen..., pi. 1 . 73. — Cf. Et. M., ». v. xi^*fl**î' 
(31 Di' Gemnum.,.. pi. U. 55. 

i\) Vie ikcrtm..., pi. C. îtî\ 475^. pIc... ViëQtmmtn., ].l. I. C7, 83, ctr 
\)hu Gemmn..., pi. I, h(ï. 73 ; pi. II. 53. 

i>ai ÈtoiUi.,.. p. lÂ. Il ne faut évidominool pas attaclier d'importanco h 
rUon isùléfl cl erronôe d'iléftychiu» : «Ttoi»; • ... xaï 6 tiî; vcùk l\ifio\oç, t4 
ou-'CTCpafi^vov >•. lut confusioa i^tait O'autant plus facile pour uti Icxico* 
peu au fait lies rhosea Je lu inarinc. que dons certains navirea, oti l'épc- 
»n uVinit pa» lr^« proéminent, le stolos jouait aussi un rôle daus l'abordage, 
ilnai , d«n« le« Pft$t$. v. \\1 et «ulv., Eschyle dit, en parlant du combat de 



LA TBIÈRK ATHÉNIENNE. 

trouvé dans les lexicograplies et dans Pollux uuu description 
cr6Xoz absolumcDi difFé!H3nte , et c'est lo seul mol qui convienne 
à cet ensemble de pièces de bois mi generis debout à l'avant de la 
tritro ; mais en outre les mots !3xûottoXiov et TTpoeîxSoXtov ne sont pas 
synonymes. Agatbias, cité par Suidas (t)» les distingue formel- 
lement. Ou ne s'expliquerait pas non plus la confusion constante 
faite par les lexicographes entre les acrosloles et les apblastes . 
dont la nature nous est pariaitemcnl connue, ui l'usage des an- 
ciens de détacher des navires vaincus les acrostoles jwur les con- 
sacrer dans les temples. L'acrostole était toujours un ornemeni 
fait avec soin et caractéristique, tandis que Je jïroenibolion nVstaîL 
souvent qu'tuie simple poutre saillante. Enfin , quand Phitar- 
quo (2) dit, on pai-lanl du navire de PhilO[»at.or , qu'il mesurait» 
jusqu'il l'acrostole quarante-huit coudées de hauteur, comment 
supposer t^ue l'acrostole u'ost point la partie l.i plus élevt»e Ou 
navire <'i l'avant? 

^ \. ^ Les amarres et les ancres. 

Lorsqu'on veut attacher un navire à la terre, on se sert de 
cordages qu'on ajipellc cdbies et qui sont noués h des ancres ou 
assujettis à un point solide du rivage. Ces câbles portent aussi le 
nom d^amarres. Une u amarre à Urre w ou « amarre à quai ■ o&t 
« une amarre que, du bord d'un navire, on envoie k terre, où aile 
est tournée ii un pieu , k un rocher, à un canon , au fer d'une 
boucle, etc. (3)... » On distinguo les « amarres de prour p et les 
« amarres de poupe , » selon que le câble qui va s'attacher à un 
objet fixé à terre pour maintenir le bAtimeut part de l'avant ou de 
l'arrière. 

Pour mouiller le navire eu pleine mer ou prës du rivage , on 
emploie les anci^es. L'anci'e moderne se comjjose d'une longup 
verge à l'une des extrémités de laquelle sont fixés deux Oras termi- 
nés le plus souvent par une pelte on palle de forme triangulaire. 



Bftiamine : •> Aussitôt lefl navires entrechoquent leur slolus k>^iù il'Airain . 
c'rst un navire hcllt^nique <|ni donne le signal de l'ahonlage ; il (rncuSK titUft 
les orDcmenu de l'avant <l'an navire pltcnicitMi, " 

(1) Buid,, s, V. ■Rpi3<{j.€f)>tt - TOC np^c t^ -npopa xijz vcti'i;- •< (Agalh.. S, 21) ûoitt^ 
àx{>oa^ô>i3 xai npoè|A6*)>a tx[iiji7iTâiiEv'ïi. ■• 

(2J D<*m(îlr., 43 ; C^î^o; Si ita; AxpoirroÂCou (s- ent. trn/bivî rfivrTnùv^a îutiv 

(S) J&l, Gi. n.. art. j4mafTr à terre ou à quai. 



l'avant et L*ARnrÈRE. 



8T 



queîquôfois par une simple pointe destinée à entrer profondement 
dans la lerro pour assujettir l'ancre au fond. La pomte du bras ou 
de la jw»« se nomme le bec , et chacun des autres angles do ce 
iriaijglo s'appelle Voreille do la paUe, A Tauti-e extrémité de la 

Fig, 35. 






^- 




AB. Verge de l'ancrti. 
BE. LesbriB. 
FR. Les pattes. 



ER. Le» becs. 
G. L'ïrganeau. 
m. Lejas. 



[«est perc6 un œillet qui donne passage à un anneau nomme» 
\eau. Au-dessous do l'œillet se trouve le jas, traverse com- 
posée de deux pièces accolées et liées qui, étant dans un plan por- 
pendiculairo à celui des pattes , rxmtraiiil l'ancre h mordre par un 
do ses becs. Dans les marines européennes, les ancres sont faites 
do fer forgé. 

La figure 35 représente une ancre moderne d'après A. Jal (1). 

Lofi marins grecs habitués h la navigation côtièro n'aimaient 
[ios à mouiller au large, surtout la nuit et (juand la mer était 

»s«î. Ils no le faisaient qu'en cas d^absolue nécessité (2), et, par 

tnfi6quent, 50 servaient moins des ancres qu'on ne le failactuol- 
Icracnt. Ils s'abritaient d'habitude dans les norabreui refuges quo 
leur offVaiont les côtes dentelées et les îles de l'ArchipoI. Lorsqu'ils 
no reliraient pas h terre leur naviiiî, ils l'amarraient au rivage au 

lyen de cAbles qui portent, dans les inscriptions navales, le 



(t) Ci. n., nrt. itncrr. La Ugure très imparfaite du ffl. n. a ctô revue et cor- 
^^ d'Apre nature. 
(Z) D^. c, Polycl-t p. 1213 . ivorptoitov ^ I-k* ^Yxiipo; inovaXcveiv nf^v vvNTa 



88 LA TRIÈRE ATHÉNIENNE. 

nom de c/otvfa i-T^iyrM (1) , ot chez les lexicographes ceux de t^oUol 
i^Cyost, àTro^ua, do yuaia, de TTt^oîJLaTa OU do TtpujAVi^'çta. PolIliX nOUS 
Apprend que ce dernier terme clait poéli(jiie {2} ; en tout cas le 
mot nous indique que ces amarres parlaient généralement de 
l'arriôre. C'est eu ofTet par rarnî?rc que devaicnl de préférence 
accoster des navires , qui , à cause do leur éperon , avaient à 
l'avant un tirant d'eau plus fort qu'à l'arrière, et qui ne pou- 
vaient Kucro aborder par le travers à cause dos avirons qui gar- 
nissaient leurs flancs. Ces amarres sont souvent mentionnées par 
les lexicographes, dans lo texte desquels nous pouvons, grhcQ aux 
inscriptions navales, introduire Torthographo véritable du mot (3). 
Les triiîres atliéniennos de la secondf» moitié du quatrième siè- 
cle avant Jésus-Christ possédaient quatre de ces amarres. Quand 
il n'est question que de deux ou do trois, c'est, selon Bœckh, que 
le nombre n'en est pas complet ('i). A l'époque homérique, les 
marins avaient coutume de passer leui*s amarres dans un ti-ou de 
rocher ou dans de grosses pierres percées (5). L'usage se i)erpétua 
h réit0(]uc hïstoriijue et , dans les grands ports du monde grec , 
les matelots trouvaient sur les quais et sur les moles, près desquels 
ils aimaient h s ahriLer, nos anneaux de pierre qu'on appelait 5ax- 
■niXtot (15). Toutefois, le mot SoxtuXhx: étant, dans un autre passage 
de PoUux, appliqué à un objet tout différent et ayant le sens d'an- 
jieau de fer (7), on peut supposer qu'il y avait au Pirée non seu- 
leinoiil des pien-es trouées, mais aussi des anneaux do métal 
semblables à ceux que nous voyoîis scellés dans nos quais. 



(1) Bœckh. Urkund,, p. IGl-ICÎ. 

(2) Poil.. I, U3 : Ttef9(uitx. i:n6yvi, 7Tpu|AviÎ9ta ' lyxutpiX yàp Ttp ôvôtiort x( 

(llj ïlésych. : ântYvtov - tûv Trpu|ivr,<7ttdv xâ><i>v, & xtvc; i:ciff(jiaTa xoXoteiv. 
VicfTua * Ta :rpu(jLv7iTtot. rûata • à^rÔY^a o/oiMfa, tœ itpvjivr.aia, £it(iua. — 8uid. : 
littY^oïc • "toi; àuQ f^;. — Suiil. et Uarpukrat. : i'xiyuo'* • ti rpyjivi^'jta SiK^va 
fi-Efav. — Suid. : rpufiviiffiûv • tô àicùf^ùv iryoïvitytt. — Et. M. Cl Ziinar. : Ttpvjtv^- 
01» * ta àn'jyua cy_o:vta, ol^ tx -ri}; Trpû^tvT;; iz^o'jlitryAixtxt ^ vav; irpà; t% y^, 

(l) 'Eç. âpX" if^cr- 3145, col. G, 1. '21 : l;(otvta • 'AxpoTtpa iniyyt9t Ull , 
'HSCcTQ littipia I, NavKpiïTtfii tTït-pja IMI, "Ev^i iitiyvix. II. Ibid., 2n$er. 3123, col. 3, 
1. 18 : <rxoivlwv iTttfYlûwv 111. 

(5) Ht^-sych. : TpTitoio aBoio * elûOaaiv inl twv litUwov Tpuirâv X{6oii;, K« ît 
aÛTMv ta àïtÔY^a ayù'^^id f^diCTuTiv, 

(6) PolL, X, 131 : SaxTÛXtot ■ o*3t(i) toùî TeTp)](jivou; )iOou; {Ï>vd[iql(ov, iv ti Ki(a- 
pAxa U^fiouv. — Cf. Hésjch. : CantrJXioi • ol TJTpTjjiivot >((toi iÇ iv ri àiroT«» 
•jxotvia ïÇàTCTiTai. Lc Gr. Etym. ol Zon. s. v. SaxtûXwc discal exncteraenl U 
mémo chose. 

(7) PotU, I, ti7 : ol èk aidfipot xux>oi, dt* iSv StcCpovtai td ^(at. ScuiTùXtoi. 



L'AVANf »rniiRifenB. 



I 
I 



Quant aux câbles de rancrc , on les appelait cyoïv^a i-yxopeta (I). 
Chez nous, le cAblo (2) « est composé de trois grelins comjio>^.iis 
eux-milmes do trois corda;^os commis i>n hansi^iôre ; ainsi il est 
fait de neuf haussières commises trois à trois. Or, comme chaque 
haussière a [)0ur ôlêraenls trois torons ou masses de fil c^i-el 
tordu, le câble compte vingt-sept torons, » Les câbles, chez las 
anciens, étaient également composés de plusieurs éléments, ainsi 
que l'indique le nom des ouvriers qui les fabriquaient : o/oivioawfi- 
60U1JÎ, T/oîvioarp^f^ (3). 

Chaque tiiëre possédait quatre tr/otvtx àyxupsta (i). Mais à partir 
de rinscription désignée dans Breckh par le n^ XI, les dénomina- 
tions de T/oiv(a ^lyua et de (r/otvt« iy%}j^tifx disparaissent, pour faire 
plar^î à celles de oyowtx IÇÔoxtjaiï et de T/oiv(a ixTwSaxTuXa. Ainsi 
nous savons que les triérarques, qui avaient reçu le nombre com- 
plet des agrès fournis par TEtal, disposaient de quatre câbles 
àtTu&ucTu>^ et de quatre câbles USaxtuXa (5), dénominations ipii 
nous font counaître la grosseur de ces câbles, mais qui ne nous 
donnent aucun renseignement sur leur destination. Les inscrip- 
tions navales nous apprennent seulement qu'ils étaient fabriqués 
spécialement pour les trières (6). Si nous adoptons l'opinion de 
Bœckh, qui croit que ces termes s'appliquaient non au diamètre, 
mais à la circouférence, les premiers avaient 0™,15îl, les seconds 
0«,11G do lour (7). Bœckh suppose que les promiei-s étaient, sous 
un autre nom, les tr/oivit liiifjot et les seconds les T/çtvtit â-pcuptta. 
Graser (W) identifie avec plus de raison les o/oivïa âxToi&itxTu^a avec 
les câblea de rancro, et les ff/otv(a UÔaxtvXa avec les amarres â terre. 
GsUos-ci, en effet, destinées à maintenir le navire à quai en eau 
tranquille, fatiguaient mains et devaient être moins grosses que 
les cibles de l'ancre qui fixaient le navire en pleine mer on sur 
tuie cdte ouverte par le ffros temps 



i\) Bflcckh, Vrkund.. p. I62-I6G. 
(2) J»l. m. n., art. Câble. 

l»olL, Vil, tGO. — Cf. Aristoph., Paix, v. 30. et le Scol. T. Bekker, Àntc- 

/_. , /nifcr. ;i|45, col. 1 , I. Ï9 et suiv. : linlj t^v *H8i(tttiv («rxlotvia: 
; /liid., 1. fi7 -. [cyûivtla |âyK]0;îeta IHl. 
{^} kl%d., Irucr, 3I!i2, col. 3, I. Ii*i : J^tI^» tc'cK rpivipàp.yuv [tIitP^IIÏ^^oi ticiv 
r*c tlc«lov^ évtî/>i ffxr/if) xpëfiaTt» .-. râîe i/wîtv ... <iyotvt« ôxTwS»xrj>a IIM 
tXHxw'ka lUI iifirjpa; <itft»)pà; II. 

t&j ffrid., roi. 3. I. lot : Tyjuisla TpivipiiTiKi 4xTMfi4xTv}« IIII , i|9âxTv)« flll. 
p) HoUMh, Itarolngic, p. ?U8. Ub. It, À. 
iH\ (i«f Itiifift..., ji. li et 15. 



90 



LA TniÈRB ATHÉNrSNNB- 



Les ancres n'étaient pas connues aux époques primitives de la 
marine grecque. On y supr»léait en jetant au fond de Peau de 
grosses pierres, des sacs pleins de cailloux ou do sable, des mas- 
ses métalliques pesantes liées à des cAbles. Ce sont là les engins 
ql^Hom^^e appelle £Ùva( (!) et qu*Enstathe confond à tort avec 
les ancres proprement dites. L'ancre primitive ne fut sans doute 
qu'une sorte de crochet et navait qu'un seul bras : car PoUux (2) 
distingue des ancres à un et à plusieurs bras; elle était vrai- 
semblablement en bois, et l'usage des ancres en bois se perpétua 
longtemps dans la marine grecque, puis^iue VEikosoros d'Hiéron 
avait quatre ancres de bois et huit de fer (3). Les unes et les 
autres étaient donc concurremment eu usage, et nous savons que 
l'ancre en fer fit sou apparition d'assez bonne heure : il en est 
question dans Hérodote (4), Los inscriptions navales nous ap- 
prennent que l'Etat fournissait deux ancres de fer par tricre (5). Il 
est assez vraisemblable que les triérarques se procuraient, de leur 
côté , une ou plusieurs ancres eu bois. Si nous adoptons la pro- ■ 
[K^rlion observée dans VEikosoros d'Iîiéron , nous attribuerons h 
chaque trièi*e une ancre en bois seulcmonl. Une inscription na- 
vale (6) estime à 45 mines au plus, soit 19 kilogr. 647 gr, P), lo ■ 
poids d'une ancre en fer ; ce qui est extrêmement peu et c^ qui 
semble à peine admissible, bien que nous ayons déjà fait remar- 
quer que les marins grecs se retiraient en général pour mouiller 
dans un abri siir ou nn^me traînaient leur navire à soc sur le sa- 
ble. La chose paraîtra toutefois plus acxreplable , si l'on songe 
que les anciens ajout^^ûent au poids de leurs ancres en y prati- 
quant des cavités où ils coulaient du plomb (8). 

Les trières, ainsi que nous venons de le voir, avaient au moins 
deux ancres en fer, qui étaient sans doute de grosseur difTérente, 
L'une devait correspondi-c à celle que nous appelons l'ancre de 
miséricorde^ Vancre de salut ^ Vancre maUresse et qui est la plus 
lom-do de toutes; on ne s'en sert que dans une situation très cri- 
tique et en cas d'absolue nécessité. CelJe-ci portait chez les an- 



(1) n. A, V. 43C, Eiiauth., ad h. i. 

(2) I, ÎJ3 : 4-piijpai ân^Cfio),ot, àjif iffToiioi , i-z€p6>rtO[uau 

(3) Alhôn., V, 43 : dyxwpat fii ^la^ Êû>ivat [ièv Térrapt; . çtâTjpaT 8' dxTÛ. 

(4) IX, 74 : ytxXxt^ iXùii 5zit\iévr,v ÂYxvpvv triÔTipériv. 

(5) *Ep. àpx., Inacr. 3in. col- 3, I. 79,; Inser. 3ti5, col. 7, L 6: àyxu^&v 
àpt[eM.4cl AITUI. «vToti YiY[vovTai] iizi vaOc nilll i\vxtUïi\. 

(6) ibid., Intcr. M^, col. 2, I. 83 : ày%v^9^ o^^ylp[o; fflT«0(iàv ^vai AA.., 

(7) Uultach, MttroL, p. 307, Ub. XII, A. 

(8) Diûd. Sic, V, 35, 4. 



L^AVANT ET l'aIIHIÈIIB. 



9V 



I 
I 



ciens le nom d'ancre sacrée ou do dernière ancre (I) ; Tautre était 
i'équivalonl do noire seconde ancre. Ou peut voir dans l'ollux (2) 
les termes dont se servaient les marins grecs pour désigner les 
deux manœuvres qui consistent h jeter l*ancro et à la lever. Dans 
la marine moderne, pour assurer solidement un navii'o contre le 
Ilot, il est d'usage, après avoir jeté la première ancre, d*en 
mouiller une autre à i|uelquo distance de la pi-emière. Cette se- 
conde anci'e porte le nom d'ancre d'affourche (3) , pai-ce que, 
l'une étant mouillée à tribord et l'autre à Mbord , les câbles qui 
les retiennent forment outre eux un angle et comme une espèce 
de fourche. Cette manœuvre était connue des Grecs. Pollux (4) 
cito l'expression usuelle : « nous étions mouillés sur nos ancres , 
h'vfjoj^ûtt wpfit^ajuOoi. - Le mot était mémo passé <lans la langue 
de tous les jours, et l'on disait communément qu'on avait 
mouillé sur deux ancres pour signifier qu'on avait pris toutes 
.précautions et qu'on se crojeit on sûreté (5). 



Fig. 36. 




Fig, 37. Fig. 38. Fig. 39. Fig. 40, 



W 



f 



4- 



1 



Fig. 41. Fig. 4-2. Fig. 43. Fig. 44. 



Fiî?. 45. 



î ^ 




I 



Los ancres que nous voyons sur les raonumonls Ûgurés (0) ont 
^Wl'aucro moderne une grande analogie. Dos dix ancres réunies 



(I) f*oil., I, 93 : uai iy^-'^P* ^^P*» "C X**p<; dtv^-ptri; où y^bivrat. Scol. Eur. Héc«, 

^<t^, èv [Lffitt f,t' otùtfiv âv07w;tv, ini t^ TcXcuvata t«; «XtïWaw Ix^uat 
(î) 1. 103 01 104. 
(S) J«l. Ci, n., nri. Ancre. 

Il) I, 103. Cf. tliirip. Pluctli., fr. 4. I ; vaOv toi (it' i.yx\t;,' ov6a|ib^ «fôCïiv Wu. 
Ci) Plut-, Sohn, l'J : oli|Asvo< lui flu«7l ^>atï woiïcp ÂTXUpat; ^pttovMav ^ttov it 

Dictionnaire da antiquités, par Ch. Daremberg oi Edm. SAglIo, art. 



m 



LA TUlÈIlb A.THÉNIHNNB. 



ci-joiut, ng. 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 45, el qui sont cm- 



iblos sont 



pniiitôos A des monnaies (I), les neuf ontioremeat 
|X>urvue3 du jas. En oITol, aussitôt que Taucre eut été inventée, on 
dul sentir l'ulililé du jas, qui force ia pointe du bras ou le bec de 
la j»atte à mordre cl saus lequel rauci'e lomherail h [ilul au fond 
de la mer. Si le jas nous apparaît ici comme étant dans lo mémo 
plan que les bras, cela tient sans doute uniqueniônt à ia dii'iiculté 
d*uno ropi-ésentation perspective daus les conditions imposées au 
gravour. En eiTol, si le jas n'était point dans un plan perpendicu- 
laire il celui des bras, il peindrait toute utilité. Quatre de nos an- 
cres, flg. 36, 37, 40 et 43, nous présentent également l'arganeau. Il 
est possible que le triangle qui termine Tune d'entre elles, Cg. 38, 
ail été creux et par consi'iijucnt ait rempli le mémo olfice. La 
fig. 39 nous montre au lieu do l'arganeau deux traverses 
formant un angle, autour desquelles on pouvait nouer le câble. 
Dans les tig. 41 , 4*** et 44 , il devait s'enrouler autour de la cix)ix 
formée par la verge et par le jas. Toutes nos ancres oui des 
braSj mais elles n'onl point de pattes; il n'eu faudrait toutefois 
pas conclure que les pattes triaugulaii-es tussent inconnues dos 
anciens : car nous les voyons figurées aillcui-s (2). Dans trois 
de nos ancres, les bras sont rigides et forment un angle aigu 
dont lo sommet se trouve au point de l'ancre qu'on apjtclle le 
diamaîU. Dans les sept autres, ils sont recourbés eu dehors, co 
qui est assez extraoï-dinaire, puisque évidemment une ancre ainsi 
confonnée doit quitter lo fond an moindre offert. Faut-il voir là 
une imjjorfeclion de la technique ancienne ou une fantaisie do 
rartisto visant mal à proposa l'élégance? — Quatre de nos an- 
cres, flg. 36, 40, 43 et 44, sont munies d*un anneau soudé ou 
forgé à la croisée des bras. Lo triangle qui so trouve à la mérao 
place dans deux d'entre elles, Vv^. 37 et 38, i>ouvait, s'il étiiit percé, 
en tenir la place. Quanl à l'usage de cet anneau , ou bien il ser- 
vait il suspendre Tanci-o î'i répotido le long du bord (3), ou bien 
pu y nouait un coMage , Vorin , auquel était attaché un corps 



\\) Graser, Die attcUtn..., pL U ô'Z" KU-urie. 06' Ptcstum . 31U" Abydoa (rancre 
est complétée d'après d'autres monnaies]. t03^ et lit*' Bruuîum, L53^ Alexan- 
dre, 440'* Scleukos, 446'- et 453'- AotiocboB, Wy Nikopolis. 

(2) Sur une lUtSdailIe de Pauorme, Torrcmuzza, Sicilir vetnes nwnmi, pi. 60, 
et sur une médaille impi^riale, J. Schcffer, De milit. nar., p. UG. 

(3) L'ancre dans leti navires anciens se trouvait babituellemenl h l'avant 
Cependnnt, dans une birtmc de la colonne Trajaac (W. Fruehner, t. 3. pi. 117), 
nous voyous une ancre suspendue par-dessus le bord k la partie postérieure du 
navire. 



l'avant et l'aabiëre. 



93 



flottant , une bouée , qui indiquait l'eudroit où était mouillée 
Tancre. 

Je ne veux point terminer cos considérations sur la construc- 
tion et sur Taspect de Tavant dos navires do guerre , sans mettre 
oncoro sous les yeux du lecteur quelques proues de vaisseaux de 
nationalité et d*époquos différentes ; elles reproduisent plusieurs 
des particularités expliquées dans ce chapitre , ot figurent ici 
sous les n»» 46 , 47, 48, 49, 50, 51, 52 (1). 



Fig. 46. 



Fig. 47. 



Fig. 48. 



Fig. 49. 



Fig. 50. 



Fig. 51 



Fi«. 5:>. 





S 5. — Principes de ta construction et carackrc ffc l'nrrirrc. 
Les apfilasta. 

L'arriére (2) est « l;i parlio posU''ricurc d'un navire r[u'on nninino 
ïtiissi poupe. Elle est comprise entre le maîtro-h.ui, (pii ost In uio-* 
sure de la plus grande largeur du bâtiment ot rexlréinité do la 
construction élevée sur lo bout de la quille. » Dans la langno ho- 
mérique on disait -repuav^, vaïï; pour indiquer rotto [tartitMlu navin». 
En effet, nous dit Eustathe, ^tpavo; i?ignilio va qnï ost h; dornici': 
de là rapplication de ce mot à l'arriére <lu J)atinicnl : « Trpufivôv ^è to 
£r/«TQV.., 8$ïv xat vr,oç icpufivr, (3). » La poupc ost dosi^nécî à l'ôpoquo 



(t)Gnier, IHeàiieiien..., pi. H, 8G'' et k7^ Tarcntc, iSV' KoiinUiu, i>l. C, 
417^ Rhodca, 444^ Scleukos, pi. D, 40-2''Sainos sous Doinn». Jal., Gt, n., art. 

{2) Jftl, GL n., art. Arriére. 

(3) S47, 45. Cf. 828, 38 : fiXco; tï eliceïv , icpu|ivôv tô Ît/oitov. 



94 



LA TRIÈRB ATHÉNIENNE. 



historique par le mot 7rpii(Ava : ou entend par Ih , dit le Gr. 
Etymolog., l'arritTe du vaisseau (1). 

Lu poupe do l;i trit;ro avait une phyt^ionomte aussi caractérisée 
que la proue. Nous kouvons là certains détails do cousLruotiou 
auxquolft rien no correspond dans la marine moderne. Et d'abord 
Tavant et l'arrière de la trière no 'se distinguaient point d'une fa- 
çon aussi tranchée que cela avait lieu dans la marine oua-opéeune 
des siècles derniers. Eu voici la raison : uu LALiuieut h voiles peut, 
suivant les besoins, incliner à droite ou à gauche; mais il lui est 
impossible de s'arrêter et de changer instantanément de direction, 
comme le fait un navire h rames ou h. vapeur, pour aller d'avant 
en arrière. Dès lors , si le constructeur est tenu de donner à la 
proue des façons assez Unes pour qu'elle fende facilement la va- 
gue, il peut élargir TaiTière, l'asseoir sohdemeut sur Teau et y 
ménager pour l'étal-major de spacieux appailements. Grâce à sa 
poupe carrée, le navire d'il y a cent ans était une véritable 
maison flottante ; la trière , au contraire , est uu simple engin de 
combat, et tout y est disposé pour qu'elle réponde le plus 
exactement possible à sa destination. Donner à son arrière une 
forme cannée, c'eût été lui enlever, par un véritable contro-seaa, 
une partie de ses précieuses qualités en diminuant sa facilité 
d'évolution. La poupe de la trière était donc mince et fine comme 
Tavant , afin que le navire pût manœuvrer librement, et marcher 
en arrière au premier signal donné aux rameurs. ^ 

Toutefois y Graser a raison do combattre (2) l'opinion de Smith, ^ 
qui veut que la poupe et la proue des trières fussent absolumont 
identiques, et il a eu tort de sembler abandonner ses propres 
idées dans sa restitution do la ponLère atbcuienne (3). On voit, 
eu effet, par les mouuraeuts, que le navii*e grec à éperon avait 
généralement l'avant plus plongeant que l'arrière : la proue , ki 
cause de l'éperon et du (noenibalion, éUit plus solidement cons- 
truite, plus lourde, et avait un plus fort tirant d'eau. Comme c'était 
la partie sur laquelle on comptait pour fracasser le na\ii*e ennemi, 
elle devait naturellement être robuste et pesante : c'est à cotte con- 
dition que ses coups devenaient terribles et meurtriei*s. Au con- 
traire, on pouvait soulager l'arrière. Là l'étambol formait avec la 



(l) 8. V. e^puixvot • xaXà; ic{»j(iva< Ijf^^Mtjai -npv^va yàp Ta 6icta6ev (upv) tAhi 
veâv. Cf. Hësych : npûi&vif) • tA 6nh<ù, fl ti ti^oc tov tc>oEôu. 

(-2) De n.N,. 8 39. 

(3) Dai ITode/..., pi. II. L'avant et l'arrière sont coDstruita exactemoat d'aprte 
les mômefl princlpea. 



l'avant bt l'akaiérb. 



95 



quillo un angle obtus et so relevait par une courbe insensible, de 
faijon <:jue dans un déban|uoment le navire pilL s'échouer sur une 
plage de sable incliiiêe en ponte douce (1)» Nous no savons si ^ 
pour désigner ces parties qu*on apj)elle (:hez nous les hanches et 
les fesses y les Gi*ecs avaient emprunté au corps des animaux dos 
métaphores analogues à celles qu'ils appliquaient à l'avant. 
Toujours est-il que la triêro avait les fesses minces ^ les hanches 
effacées cl fuyantes. 

Autour do l'ai-rière s'étendait une galerie analogue îi celles qui, 
dans les derniers siècles, décoraient avec tant de luxe la poupe des 
iraùseaux de Louis XIV et de Louis XV, mais naturellement 
beaucoup plus simple. Cette galerie, visible sur uq bâtiment de 
commerce d'Ilcrcavonia (2) , Test aussi sur une poupe antique re- 
produit© ici d'après Jal (3). Dans ce dernier spécimen elle est in- 
clinée d'arrirro on avant et protégée [»ar nno balustrade A jour; 
son planciier repose sur des consoles. Ces galeries ou peut-ôtro 

Fig. 53. 



r 



V 



lement les pièces de bois eu saillie qui les supportaient s*ap- 
{>elaient chet les Grecs, d'après FoUuz, ircpttovoitot (4). 



(I) C'est ainsi que sont t'choutîs les trois navires visibles sur un bas-relior 
puliU"î par VÀrehxolog. Zeit., ann. XXIV. oct. ot nov. 1860. pi. CCXIV, et qui 
rcpn«cntc nn combat au moment du dëburqucment , ou plus vraisemblablement 
U iléfftttc de l'auaUlant obligé de remonter sur ses navires, comme le veut 
Otto Jahiu Cf. pi. CCXV, I. On so rendra un compte exact do la dilTërcnce de 
con»truction de l'avant et de l'arrière en examinant le navire primitif repro- 
duit ici, pi. I. L'arri6rc est relevé et l'étauibot forme un arc de cercle. 

Cl) Graser. Die aitmai..., [il. D, W. Cf. Àrch. Z^itung , ann. XXII, janv. et 
fév. \é&\. rcfrracoWm in CanUrbury, Ad. Midiaclis, pi. CLXXXI. Elle ûffuro 
noiammeui sur les birèmcs de la colonne Trajanu i W. Frwhncr, tome 2 , pi. â7. 
&9. tome 3. pi. 10b et panim). Elle «st taulût assez forlemcat inclinée, tantôt 
presfiue bori^oulale. 

(3) GL n.. art. GaUre. 

(1) l« 69 : ti àt iv»pi r^v icpw(ivav npoOxovia CO)iai iciptxovua xaXsîTOit. 



9tt LA TRIÈRE ATHÉNIENNE. 

Nousavous vuquo ['(îtanibot formait avec la (luillc un angle 
Irps obtus. A la hauteur du pout environ, il était surmonté par 
un ensenîJ)Ie fie pièces de charpente qui se rai»proch;iil do la ver- 
liciilo, puis formait une courbe rentrante vers rinlérieur du navire; 
do rextrômité de ce prolongement de Tétambot partait une série 
de gracieux cl k%ors ornements i}u*on appelait les aphlastos , ot 
qui s'étendaient au-dossu3 d'une [tartio du gaillai-d d'arrière. 
Comme nous avons donné le nom de trroXoç à la construction qui 
snrnimite; l'étrave à Tavanl et qui se termine p<ir ràxpoffTûXtov, il 
semble naturel de chercher un terme spécial pour designer co 
prolongement do Tétarabot, qui se termine par les a^Xaffta; peut- 
être faut-il lui donner celui d'I-TîTsTov. PoUux dit en effet (I) : ■ 
tt L'étambot forme le milieu de la proue : sur sa face inlérieuro 
est le contre-êtambol, au-dessus de réiambot est r««i«îov. •■ 
L^Tîtffiîov, qui jusi^u'à présont n*a pas trouvé sou explication véri- 
table^ est donc un membre du navire ancien qui n*a {vis son 
équivalent dans le navire moderne. Il remplit à rarrièro lo mémo M 
office que lo tcoXoç à l'avanl. C'est pour ne s'être pas suffisamment ' 
rendu compte des [irincipes do la construction de l'avant et de 
rarrièro do la trièi-e que les ôrudils et Grascr lui-mémo se sont, 
on méconnaissant los explications très nettes do PoUnx, complé- 
tcroonl trompés sur le sons do ces deux mots. En effet, dans lo 
passage cité ci-dessus, Vi-t<7ilQv se trouve entre Tétarabot ol les 
aphlastos, comme lo stolos esl cuire l'élravc et l'acrostolo. 

Nous avons distingué plus haut les apbbtstes de l'acrostole, les 
mis étant .^i l'arrière le coin-onnomcnt do l'eTîtaeTov, l'autre à l'avant 
l'exti-émité du sto/o;. 11 nous rosto maintenant à déterminer leur 
forme , co q\ii n'ott're point do diiliculté , attendu que los textes ot 
les monuments figurés concordent ici parfaitement. L'aphlasto. 
suivant Kustatiio cit^tnt Didyme d'api-ès Puusanias , s'élève h 
l'arrière; il est composé do planches recourbées avec lesquelles 
se croise uno autre planche qui les réunit et qui rejwsc sur un 
support Ûxé derrière le timonier. A ces planches et h la traverse 
qui les relie est suspendue uno flamme qui est Temblèmo da 
navire (2). Quant à Pollux , il dit : « Les aphlastos sont Textré- 

(1) 1, 00 : t6 (UffQv fié xi^ nçflj^'rni iadvfiiov , oC ti ivtiç ivQi|itov, tô ô'éinipTiï- 
(livov ovT^ im*T£Îûv - ta ii dxpa ttjc «pOfivïi; âfXwTTOt xaïeTTai, «v évTÔç {*J>ov ApOét 
nimiY^v, ô xoXoOori <rïv7i5» ■ où tô i% jiiaou Kpe|xdiicvùv péxoç Taiv(a 6vo(iÀ(rrat. 

(2) 1039. 37 : âyAKOTOv &i„. xaTS AtSunov, it; çtiffi nayaavt»; , -rt i-rri npùnvii; 
àvaTKOi|A«vov tic C<\ioz «x xavovtMv Tr).aT£eov iiîix£jta}i.[jLévo>v , Smîxov'îo; 8i* ïvrâv 
n^cttio; xavoviov , ùiïtïpeitïuvow Toûttji cTyXicxou ôiïioOtv loO xuCepvïJTOu. KfisçLâv- 
vwTa; t' U -lûv xavoviuv xal toù Opavt&v taivta, tU ffaf«^,(iov dr,>a£yi ^c vi)ô;. 



L*AVANT ET l'aHHIÈHE 



97 



mité do la poupe ; en derà dos aplilastes (1) est iilantce uiio pièce 
[de bois verlicalo, au milieu de lai^uoUo est suspendue uiio llanime 
qu'où api>ollo lœnia (2). » 



Fig. 54. 



Fie. 55, 



Fig. 56. 




A maintenant nous considérons les aphlasies l'oprôpontés sur 
la monnaie de Phaselis (3) , fig. 54 , sur celle de rHit^tia'oLis [i] , 
fflg, 55, ot sur uno monnaie phénicionne (5), âg. 56, nous ver- 
rons qu'ils consistent on effet, comme le dit Euslathe , eu un 
ceri;iin uonihro do plauclies recourbées les unes au-dessus des 
i»utro3 ot asscr distantes à leurs extrémités. Ces découpures, 
qui ajoutent à rêléganco de cet omomoiU si délicat, lui enlovent 
eu mi^o temps une iKirLio do sa solidité (6); lo.s parties luincas 
qui le composent ont doue besoin d'ôtro reliées par uno traverse ; 
c'ô^l do cette traverse qu'il est question dans Euslathe , et elle est 
^:ii^i souvent représentée, en i»articulier sur lcsfl^^ r>5ct5fi. Mais 
celte travei-so, qui retient ensemble ]qs divers élémontH de l'aphlaste, 
n'em|Hkhc jiaï* le tout do sniplondjor d'une faron monaranto au- 
dessus du poul, sur lequel l'apldasle pourrait s'aballrc s'il ne re- 
posait pa? sur un élai. Col étai , appelé par Pollux ttvàk et par 
Euslathe ffTuXtffxoç, est visible sur la monnaie de Ph.Hselis, lig. 54 ; 
c*&il avec raison qu'Euslathc nous dil qu'il est fiïé derrière le ti- 
moaicr et (]ue Pollux le place eu deçà des aphlastos , si l'on^so 
lient sur le pont. 



L4 leos du mut OpavCov nous est doanû par Pollux, K, \6 : Opaviov... ' *AptTto- 
ixiritoLa^i Xiywv . ti(« (Uv yàç èTviv ditô xdXu xal Opovfou. Kvîtoi |U w Xi>T,9w 

(Ij Eviduoiiiiviit eu se plaçant sur lo |K>nt du navire. 

(î) 1 . 90. 

(3) GrtMr, DU àlusun.,,, pi. A. 420^. 

{i) llfid., pi. c, m*. 

(5)iftMl., pi. A. 10(K. 

46) Kt. M., s. V, dçXwiov • ipXaora... t* 4xpoffT6Xt« t^; ifïjôç, »t«t* Âvtifpavtv • 
véliknax% y^. Cf. Zooar., s. v. &^>ojrta. 



98 



LA TRIËRB ATHÉNIENNE. 



Sur cette monnaie et sur une mannaie d'Apaméo sous Com- 
mode (1), ûg. 57, c'est tout simplemouL un appui vertical. 

Fig. 57. 



Ailleurs, par exemple sut* lo navire phéniciou de la fig. 56, il ei 
penché en avant, et sou eïtrémilé domine les aphlaste^. Une par- 
ticularité qui est à, noter et que ne nous révèlent ui Eu&tatho ni 
PoUux , c'û>t que souvent ces étais sont doubles, l'un parlant do 
tribord Tautro de Mbord. 

Fig. 58. 



Une gemme publiée par Graser (2) et reproduite ici fig. 58, 
nous montre ainsi les apfilastes, tri^s simples d'ailleurs mais 
très longs et très inclinés vers l'avant du navire, maintenus 
entre doux supports verticaux qiii s'élèvent au-dessus d'eux. 
Dans les navires du lac Fucin , mais surtout dans l'un d'entre 
eux, ces montants sont penchés vers TarritTe de façon à arc- 
bouter l'aphlaste , et aux deux tiers environ de leur hauteur 
flotte la flamme qu'Eustalho et Pollux désignent sous lo nom 
de Toiivta (3). Nous pourrions noter bien des {Kirlicularités cu- 
rieuses, si nous voulions passer en revue uu plus grand uombi*e 



(IJ Graser, Die al/«ten..., pL C. 314'*. 

(2) Die Gemmen,,., pi. I, 79. Cf. ibid.. 56. 

(3) Dans un nav. public' par H. Jordan, Ànn. de l'!nttit. de eorretp, arcftdoi,. 
t. 44, 1852, Tav. d'agg. B, les deux étais qui soutieonenL l'aphlaste sont couchés 
presque horizontalement el réunis & leur cTLtrémilé par uuo Ixavcrse. Ils De 
portenl point de banderolle : mais une flamme flotte au sommet de rftT(MmT&; 
du m&(. Ca nsvtre ressemble beaucoup, comme aspect géQcxai, À ceux du Ue 
Fucin. 



t7a.VANT BT L'ARBlènB. 



99 



de monuments figurés ; mais peut-être les artistes se sont-ils 
donné une certaine liberté dans leurs représentations. Dans une 
peinture de Porapéi du muî?6e de Naples (î), les deux montants 
sont recourbés en arrière comme dos cornes d'animal ; ils sont 
verticaux dans une seconde. Dans un bas-relief du même musée 
n' 612 , la arSkiç est unique et terminée en fer de lance; elle porte 
la flamme aux deux tiers de sa hauteur environ; mais, contrai- 
rement an mode de construction indiqué par Pollux , elle est en 
derrière des aphlastos, qu'elle ne consolide pas. Qu'il nous suffise 
d'avoir indiqué son double emploi, qui est do maintenir les 
aphlastes et de porter une flamme ^ on rappelant qu*elle manque 
dans un grand nombre do navires, qu'elle est double dans d'au- 
tres et qu'elle présente diverses particularités sur lesquelles il est 
inutile d'insister. 

La forme même des aphlastos pourrait donner lieu à un certain 
nombre de remarques. Souvent, comme dans les navires du lac 
Fucin, dans une des gemmes citées plus haut, etc... c'est une 
simple pièce de bois courbe sans ornementation spéciale. Sou- 
vent aussi ce sont deux pièces de bois clouées l'une au-dessus de 
l'autre, comme dans la monnaie d'Apamée, ou placées côte à côte. 



Fig. 59. 



Fig. 60. 



Fig. 6t 



Fig. 62, 



Fig. 63. 



Fig. 64. 



Fig. 65. 



le sur l'une dos pointures do Pompéi reproduites par la Revur 
}lofjiiiU€ (-2). Quand l'apldaste prend une forme plus compli- 



(t) Bmie archéoit t. 35 . livr. de juillet, 
(î) l e. 



100 LA THIÈBK ATHÉNIENJfK. 

quoe, nous pouvons, dans Igb exomplos [tuliiliés par Graser, distin- 
guer doux cjitégorics assez ilifTîîi'eiitns. Dans la premii're, Topiséion 
s'épanouit en un certain nombre de jets en forme do plumes qui 
se développent les uns au-dessus dos autres. Le nombre n'en est 
pas constant et varie de trois à cinq , fig. 59 (1) , 60 (2) , 61 (3) , 
62 (4), 63 et 64 (5). M 

Ce bouquet do plumes est comme la terminaison naturelle dos " 
pièces do bois qui forment l'épiséion, ou bien il part d'un bourre- 
let ou d'une lentillo assez semblable h coHo qui termine l'acros-S 

lolo, fig. 65 (6). ■ 

Dans les spécimens de la seconde classe , on dirait une tige 

végétale d'où se détachent dos branches plus ou moins enroulées 

et recourbées et dont le nombre varie de trois h cinq, fig. 6G, 

67, 68. 69, 70, 71, 72, 73, 74, 75 (7). 

Fig. 66.. Fig. 67. Fig. 68. Fig. 69. Fig. 70. 



Fig. 71. Fig. 72. Fig. 73. Fig. 74. Fig. 75. 



Dans une des [teintin-es do Pomp^ii de la Revue urchrologùjM (8), 
l'aphlaste est im véritable bouquet de longues feuilles souples et 
acérées. Quelquefois il est remplacé par le /viviaxoc. On voit, par ce 
qui précède, que Tapliiasto éUut surtout conçu dans un but d'or- 



(1) Graser. Die àluttm,.,, pi. B. Wî^, Phtiaclîs. 

(2) Ihid., pi. C, «4^ PhawHa. 
(3)/bid.,pLC. G12''. 

(4) Ihid., pi. C, 46". 

(5) Jbid., pi. C, M?" et 160". 

(6) Ibid., pi. C. \lh\ D(*m<!lrios U. 

(7) Ibid., pi. C. Î-Ti* Coro^re, 607" Bidon , 89>' et 90'' TftrcTil«. 309* B\W 
m^ Aleunflre. QOV PtolOfflée l. 4ti2>' Alexanilre Bala. 171" D<tméUiu5, I6ft\ 

(8) L c. 



l'avant bt l'arrièrb. 101 

lenientalion. Il devait ccpcndaut avoir auBsi une utilité réollc et 
pouvait servir do point d'attache à diverses manœuvj'es. 

Au-dessous des aphlastes se trouve la cxï)vi^ , représentée dans 
un grand nombre de monumonts- Nous savons [)ar Kustatho que 
[J'arriére, dans la marine grecque comme dans la marine conlem- 
poraino. était Tondroit du navire le plus honorable et le jwsle du 
commandant. « 'Ap/txôv ^ Tûu[x'/a otA xàv xu^epvr^Tiriv. y> Ce n*élail 
pas seulement la place du timonier, mais aussi celle du triôrarque 
Oii>au besoin, de l'amiral, qui avaient là, dit Pollux, lem* loge- 
ment [\y, La cabine, en forme de berceau visible sur le navii*e du 
|lac Fuciu , sur la poupe antique reproduite fig. 53 et sur d'autres 
imonuments (2) , pourrait être ce logcmcnl devant lequel se trou- 
verait le t)0ste du timonier. Toutefois sur beaucoup do navires, et 
en particulier dans les navii'os de commerce, la cabine de poupe 
semble uniquement destinée à abriter le limonier. L'une dos bar- 
ques du bas-relief Torlonia porto à Tarriùre une construction 
lassez va8te qui devait servir d'appartement au patron du navire 
et h sa famille. 

8 6. — Les gouvernails. 

la marine moderne , chaque navire u'a qu'un gouvernail. 

est composé de deux jâèces (.'{) , la mèche et le safran , solide- 
ment liées ensemble et suspendues à Tùtambot au moyen des fer- 
rures. Le gouvernail au repos est dans le plau vertical qui passe 
par rélamhjot et la quille. Lorsqu'on veut faire opérer au navire 
un mouvemenlde rotation horizontale à droite ou à gauche, on fait 
tourner le gouvernail sur ses gonds , au moyen d'une barre en 
,lxûs ou en fer implantée dans la tdte de la mèche. La barre est 
'franche dans les petits baleau.x , c'est-à-dire que le limonier la 
mauœuvre k la main et sans aucun engin qui Taide. Au contraire, 
dans les navires d'une certaine dimension , la barre est mise en 
mouvement par un gros cordage passant sur des poulies llxes et 
qoi s'euroule autour d'un treuil garni d'une roue manœuvrée 
par un ou plusieurs matelots. Ce cordage s'appelle la drosse du 
gouvernail. 

Le système employé par les Grecs pour diriger leurs navires 
était absolument diû'érent du nôtre. Au lieu d'un gouvernail 



(I) I, 69 : ixif Itou xal «ntïjvii Qvo|WseTXi t6 irnr»''il^«vov orpsTiiYV ^ Tp>npApx<f'- 
(t) Elle osl Ûgurdti sur Ia plupart ilcs birùmot Ur* la colunnti Trajniic. 
(3) Jal . Cf. n.. art. Gouvfrnûil et Uarre. 



102 LA TniÈRE ATHÉNIENNE. 



BDX.V 



unique accroché à rélambot , chaque vaisseau en avait deux , 
comme nous le voyous sur les monuments figurés et comme nous 
Tattestent pour les triôres les Inscr. navales (I); ce:^ deux gouver- 
nails étaient placés à l'arrière et le long des flancs du bâtiment, 
Tun à tribord et Tautre à bAlx)rd , et s'appelaient rT,îot>ia, otaxec , 
oôy^vK. Les trois mots étaient synonymes, comme nous le mon- 
trent de nombreux passages des lexicographes , et souvent em- 
ployés Tun pour l'autre (2). On s*en servait habituellement au 
pluriel, parce que chaque navire possédait deux gouvernails. 
Toutefois , il y avait entre ces trois termes une différence primi- 
tive de sens, comme l'indique Eustalhe (3) en parlant du m)5o£Xtov. 
o Quelques personnes considiirent comme un synonyme de ce 
mot celui d'aù/rX ainsi que le montre le terme usuel ol^vhq^. On 
trouve dans un Lfxicon rheloricon la glose suivante : oï«$ • -zr^hw^ 
«ô/iiv. Mais, ajoute l'auteur, Diogenianos entend par otaxtç les bar- 
res qui fout mouvoir les gouvernails, c'est-à-dire la tige rigide et 
les anneaux par lesquels passent les courroies. On emploie encore 
aujourd'hui le mot otoxe; en ne l'appliquant qu'à une partie du 
gouvernail. Parmi les mots nautiques est on effet celui d*oIaxi<K, 
signifiant des barres de bois au moyen desquelles on fait tourner 
le gouvernail suivant les règles du métier. » Ainsi, d'après Eus- 
talhe, (luoique les deux mots se prennent l'un pour l'autre , le 
sens propre de nr]5a>(av, c'est celui de ffouvernail , tandis que 
YoXoil est la barre. Celle distinction est conûrmêe par la glose du 
Grand Etymologique : « ofeÇ * 6 xavilliv oi' o^ t6 Tnri5«Xeov (ju-nr?) ^'prrat.. 

T^ç vTiàc if' o5 ((xcTa?) fifCTai ^ vawç » (4). Zouaras entend par oTotx«ç 



(O'Eç.ipX, '"'C''- 3116, col. 2, I. ÎSetsiiiv. :ir7iea>(«vAptO|i4;HHHHr*UmiU 
taùTa YtYvttat iicl vav^ UIIAAAUU xal èv in;2d:3itov. Cf. /nier. 3124, col. 1,1. 7 et 
8uiv. et pattim. 

(îl Buld. : icrfiéù\a • oIkhcc , a<^i'*ii, Olaxec • nrjîiiia, où^évcC' Zon. : imWita • 
aù^tvia. Phot. : ofaxe; • ini3i>ia, aù^t^ti. fî-rfidliii ■ olaxe-; , avii^tc^, Hénych^ : 
oHita ' «T,iâ>.io , ■'ivioi, otxxt;. nr.SaXot; ■ otaCiv. n7]Sgi>t'>u)'ogtLEvot • xvCcfvûp.rvo*. 
trapÀTÀ irT,fiâiiov, 6 ^ttiv oûx^''' OX'xl • mrifiiitov, Wiiyd;. Ova;iv * aù;^iv(ot;,frr,^a>(OK, 

(3) 1533. 46 : là «Ori fia napà tiai xaî aûxii^. ••'! ^l^oî tÔ KaftwjiÛT.iiévov oùy^tfviov. 
KcïTai Yoy^ iv ihiTopixî^ '/ectxût toOt» ■ otoS ' ffrÔâ>iov, «OyrjV. Ato-^fiviovà; 6i, yr^v, 
oloxot >£Y** ûl; Ta irri5â>ia ifftirpêsouaiv, J^youv xavova^ xal xpUov; 5t* âv ({juftvTc< 
SuipovTat - xal fCptTst pixpi xal vOv ri tmv olâxuv >,c!i; oûx iicl 6>ov toO in)fi«>jou - 
Xéftxax Y<^P (^v) TDtc vovttxoTc oldxia ÇvXi^çiA nva fit' uv orpt^oUTi Tcx^tHû; t6 
in)Sd>tov. 

(I) Zon. s. V. ol^n'tov dit exactement la mi^mc chose. Cf. Ilësjrch. : otau^ - 
in)8d>ta, <iToi oux^vi*i *«1 ** tout» InKrcpiçovrc; xavôvc;, xat xpixoi fti* £v ot 
tftdvTtc fi(c(fovTai. 



I 



i 



l'avant et L*ABR1ÈRE. 



103 



les pièces de bois adaptées aux gouvernails pour les faire raanœu- 
rrer, et qui se ti-ouvenl dans les mains des tioioniers : ^ otscxc; * ta 

h ;^cfffl Tùv î9uvTr,fcov (1) ^^^Tr^fiiva ^uÀczpia toT; 7n)SaX(otç, SiViv Ttep'.âyeTat 
•à-Kjfitù^ta (2). > 

Les autres parties du gouvernail nous sont connues par un 
passage important de Pollux (3) , dans lequel nous avons à rele- 
ver une faute de texte qui a induit en erreur les commentateurs : 

t TQ di duc^ TWJ 7rr,âaX(ou oti\ * xal tj> tiSv Si ota; Te xal 7rr,ScÉÀtov x'xXetTOie * 
?i oi fxc90v aCtTOÛ çOeîp ?| pî^a vl L»7rô^b)p.« ' rh 5^ «XeuToiTov rrep uy'ov i tÔ Si 
)^tTTiv «i^KÎv. » Ainsi lu le passage signifie qu'une partie du gou- 
vernail, celle que Pollux nomme ipOjip ou f£îot, porte également le 
nom d'ÔTtoÇwfjtat , ce qui est un non-sens, puisque nous avons mon- 
tré que les hypozomes sont d'énormes cubles aplatis qui font 
horizontalement le tour du navire eu lui servant de préceiotes, 
el n'ont rien de commun avec le gouvernail. La restitution de ce 
texte consiste uniquement à rétablir ^ au lieu de i devant uTroCwiia. 
Il signifie alors : « L'extrémité du gouvornâil est l'ototÇ ; mais les 
deux mots otai et TTfioaXwv s'emploient pour désigner le gouvernail 
tout entier; sa partie moyenne , à la hauteur où se trouve l'hy- 
pozome, se nomme ^e(p ou f (Çot ; son extrémité inférieure est le 
«TifuYiov ; le reste est l'aCi/T^v. n Dès lors l'expUcalion de FoUux 
devient parfaitement claire ; la tige du gouvernail, qu'il appelle 
^£p ou (ii^if et qui en constitue la partie moyenne, est suspendue 
le long du flanc du bâtiment, précisément à l'endroit où s'éleudeut 
les bypozomes. La pale du gouvernail s'appelait, d*après Pollux , 
xnçvyiov. On la nommait aussi TTr^pu^t; au pluriel, parce qu'en 
effet elle se composait de deux parties el comme de deux ailes (4). 
hesto à déterminer ce qu'était l'aù/i^v , ou , pour employer un 
mol plus usuel, ro(ù/&vtov , quand on n'entendait point par \îi le 
gouvernail tout entier. Le texte de Pollux esta ce sujet assez con- 
fus et rédigé avec une certaine négligence. En effet, si IV«5 est 
la partie supérieure du gouvernail, le ^Oit'p ou pt^n la partie 
moyeime, et le irrtpuytov la partie inférieure, on ne voit pas ce 
qui reste pour l'ocù/Viv. Mais , si nous nous reportons aux textes 
d'Ëustathe et des lexicographes cités plus haut, nous romarque- 



(t) Je lia ainsi au lieu d'î&'jvnt^Cbiv. 

La baiTe manque quelquefois, par exemple dans une birJïme de la colonne 
me {Vf. FrœbDcr, t. !2 . pL. 59). Le timonier as&is tient dans ses mainK In 
\t aupérienre de 1a liampc du gouvernail. 

f}} 1 . 89. 

(4) fîésjch. : irxfpvfu • eiOvvtflpu, Ta iniMXiŒ... anXoî tï x«l twv ïnî8«>tuv rà 

9. 



104 



L\ TRIÈHK ATHÉNIBWNK. 



roiis que Pollux ne donne pas de Tota; une définition absolument 
exacte. En effet , Votai n*est pas la partie supérieure du gouver- 
nail , mais une barre transversale fixée dans celte i>ârlie su|jé- 
rieure, qui sert à le mouvoir. D'antre parL, les otaxeç et les «o/^eç 
sont souvent cités en même temps, comme deux objets distincts à 
la vérilé, mais voisins. Les uns et les autres se Irauvaieut au- 
drssns dti pont (I). On disait «. (*tre assis ati\ aiV/^^veç. » comme 
noua disons « être à la barre (2). » Si mainleuaut nous nous re- 
portons au sens primitif du mot «û/i^v, nous savons qu'il signilie 
« le cou , n c'est-à-dire une portion supérieure et étroite du corps 
humain^ et qu'il se prend souvent dans un sens métaphorique, 
LVCyiiv ne peut donc pas être autre chose que la partie supérieure 
de la hampe du gouvernail , dans laquelle est implantée la barre. 



Fig. 76. 



Fig. 77. 



Fig. 78. 



Fig. 79. 



Ce double gouvernail, qui a la Torme d'une grande rame, est 
assez souvent représenté sur les monuments tigurôs. Sa tige 
n'est pas absolument verticale, mais inclinée vers l'avant. Si le 
navire est vu du côté dé tribord, ou aperçoit parfois au-dessous 
de l'arrière le bout du gonveruail do. bilbord , et léciproquemeni, 
fig, 82. Quelquefois la barre manque , et il est manœuvré comme 
un simple aviron^ fig. 7G (3) ; mais le plus souvent la barre existe. 
Elle est visible sur une gemme publiée par Graseï* (4), fig. 77, et 
sur la tiirôme du musée Bourbon (vol. J, pi. 44), dont nous 
avoua reproduit l'avant fig. 17, et dont nous reproduisons ici 



(1) Pollen , 3, Il , U : Ta in)2^tQt... toùc oùx^vetc l^ovrot xat toit; otoxoc </và^ 

Tov xaTaaTptt>p.aTo<. 

(2) Chryiost. in 2 ad Cor., p. 78 : tok vonjTdit; Rapaxt>xuô(Uvoc» inl tùv aO](i 

(3) Grasor, Dit aUnten.... pi. D. 491>*, Ber/tos sous EUg&b&l. 
(h) DieGmmen.»,, pi. 11,71. 



l'avant kt l*arhière. 



105 



^ar^i^^e , fig. 78 (I). Nous la reconnaissons également sur une 
monnaie de KorinLhe (2), fi^v 79 ; mais il faut remarquer que le 
dessin n'est pas en perspective. En effet , la barre se trouve dans 
le même plan que la pale; or, dans la rame-gouvoniail, la barre 
maniée par un seul homi: i' . î^urtout sur un navire de grandes 
dimensions, doit être dans un plan perpeudiculaire à celui de 
la pale. La rame-gouveruail se trouvant dans sa position nor- 
male, la pale est parallèle au plan vertical passant par l'axe du 
n&vire et la barre perpendiculaire. La forme de lextrémité du la 
barre pri^senle également sur la fig. 70 une particularité digne 
d'attention. Elle se recourbe et ressemble à un anneau, ce qui 
nous permet d'expliquer une glose d'Hésychius : èotxvSktoç • Kal toû 
rrtfiaXicu ri dbepov, et de l'Kt. Magn. : 5cexTVÀto;... y.tytr(n x«l toû :t7]5a- 

X&w ri dUpw. Le mot SoxtuXioç ayant le sens d'anneau s'applique 
tout oaturellemeut à la boucle qui termine notre barre. D'autre 
part, dans les grands navires, la barre des gouvernails devait 
être trop grosse pour que la main d'un homme piM facilement la 
saisir ; il devenait donc nécessaire d'y adapter un anneau métal- 
lique que pût embrasser sans peine la main du timonier. 



Fig. 80. 



Fig. 81. 



La pale, d'une forme élégante, est composée de deux ailes au 
milieu desquelles se prolonge la tige. Bien que les gouvernails 
représentés sur les monnaies soient de tlimensions très petites, on 
reconnaît que les deux moitiés de la pale n'étaient pas égales. Si 
l'on examine les flg. 80 (3) et 81 (4), on remarquera que l'une 
des deux moitiés de la pale était plus large que l'autre , et pré- 
seotail ime surface plus considérable. La différence est parfaite- 
ment visible dans la flg. 78 ; la partie antérieure de la [)ale est 
•ensiblement plus petite que la partie postérieure. Cette particu- 
larité était absolument nécessaire, afin que, pendant la marcbe 
du oarire , l'action môme et la résistance de la masse liquide 
maintinssent la [lale , quand elle n'était pas sollicitée d'ailleurs. 
parallèle au plan vertical passant par l'axe du bâtiment , ce qui 



(tj Jal, Gl- n.. Arl. Galère. 

(f) Gruer. f>t> alMUn..,, pt. C» 285S 

P) rfcid.. pi- C, 3i8*. Kymé. 

\%) ibid., p). D, l92^ ApoUonia nous Gt^tA. 



106 



LA TRIÈnE ATHÉNIENNE. 



était sa positiou normale- ainsi construite, elle restait facilement 
maniable pour le timoaier , sans qu'il y eût à craindre qae l'im- 
pulsion de l'eau lui fît opérer autour de son axe une ou plusieurs 
révoUitiOQS complètes. Il est possible que les deux parties de 
la pale fussent reliées entre elles par des garnitures métalliques 
analogues à celles qui chez nous réunissent la m^che au safran. 
HésychiuB (I) semble les désigner sous le nom de [iT,v(ffxoi. Dans 
l'un des navires du bas-rolîef Torlonia, la paie est percée à droite 
et à gauche de la tige de deux trous donnant passage à des câbles, 
qui l'assujeltisBaiont au tlanc du navire et l'empochaient de s'en 
écarter. 

Les gouvernails pouvaient, comme les avirons dans les navires 
de construction primitive, passer simplement par-dessua le bord 
et être accrochés à une grosse cheville (2) au moyen d'une estrope 
(rpoTtco-nlp) , ou passer entre les barreaux de la balustrade, flg. 82 (3), 
ou sortir d'un saliord. Nous voyons alors très nettement com- 
ment fonctionnaient les deux gouvernails. Ils étaient manœuvres 
par un seul homme, ce qui était nécessaire à l'unité de la direc- 
tion à imprimer au navire. Le timonier est ordinairement assis; 
mais il se lève au besoin quand il faut faire effort. 

Fig. 82. 



Nous sommes plus embarrassés quand il s'agit des grands na- 
vires kataphractes. Ici, en effet , les monuments figurés ne nous 
guident plus; les monnaies et les gemmes se bornent à nous 



(1) 6. V. ^ijvCtrvot - ... xal xà /oXxw^LaTa tûv irviJltaXtbix. 

(2) L'estrope seule est visible sur le nav. d'Ulysse publitï dans VÀrckâol. ZH- 
lunffi BQD. 1864. Jbdt. et Tév.. TcrracoHm in Canierhury , i>ar Ad. Micbaelis, 
pi. CLXXXJ. 

(3) Graser, Die Gemmm.,., pi. 1, 82. La trirème du musde Bourbon, flg. 78, 
nous montre le gouvem&il sortant d'une ouverture pratiquée dans le plnt-bord. 
Dans IcN birèoies de la colonne Trajane il y a habituellement un intervalle 
entre l'extrémité postérieure de la balustrade h Jour du |>ont et l'cxtrêraitL^ an- 
térieure de celle de la galerie de poupe I^c gouvernail est appuyé sur le bord 
et retenu j>ar une large lanière de cuir fixée par deux clous dans la paroi du 
navire ( W. Froehner. t. î, pi. 59) , ou bien il paaae entre deux t>arres hori- 
zon Ules ( L 3, pi. 108). 



L*AVANT ET l'aRRIÈRB. 



107 



montrer la partie inférieure du gouvernail et la hampo qui s*en- 
gnge daus un grand sabord analogue à celui des avirons. Il est 
bien certain que le linionior se trouvait sur le ponl; peul-ôtre les 
deux barres situées dans un plan perpendiculaire à celui du gou- 
vernail êlaienl-elles assez longues pour qifil pût les manœuvrer 
Tune de la main droite, l'autre de la main gauche, au moyen 
d'anneaux ou de lauières de cuir. Un passage d'Eustathe cité plus 
haut (1) nous indique que les anciens connaissaient quelque chose 
d'analogue à ce système, puisque, d'après lui, Diogenianos appelait 
otxxcç à la fois la pièce de bois rigide constiluanl la barre et les 
anneaux dans lesquels étaient passées les courraîefi. Ou peut 
aussi résoudre la difficulté de la façon quindique Graser (2). 
D'après lui les deux barres situées dans le même plan que les 
deux pales se trouvent dans l'iutérieur du navire, sous lo gaillard 
d'arrière. Elles sont assujetties à un cdble/ans fin qui passe sur 
deux poulies fixes, traverse le pont et vient courir au-dessus du 
gaillard sur deux autres poulies également fixes. Dès lors, en 
faisant mouvoir le cdble à droite ou à gauche, le timonier placé 
sur le pont entraînait les deux barres à la fois et dans le même 
sens. Graser donne à ce cALle le nom de /aXtvoç (3). Le /aXivôç 
Ogure eu elTet parmi les -rarteta dans les inscriptions navales (4), 
mais sans aucune indication particulière qui nous permette de 
deviner à quoi il servait. Bœckh en a donné une explication tout 
à fait erronée (5i, en entendant par là un prétendu cordage, qui 
aurait servi à hisser ou à amener en même temps la vergue et 
la voile. L'hypothèse de Graser est d'autant plus vraisemblable 
que le seul agrès du navire rju'on puisse comparer à un frein est 
le gouvernail. Le rapprochement u'avail pas échappé aux lexico- 
graphes. Nous lisons en ellet dans Hésych. : iOum^p • yaXivo; , tni- 
WXrov... (6). ïi'existence du /aXivô; et la nature de sa fonction nous 
«ont du reste indiquées par un passage décisif d'Oppien (7). Il 



tl) IW3, 18. 

(î; Defl.iV. pi. IV, flg. 19. 
(î) tbiâ.. i 70. 82. etc. 

I*) 'Ef. *px» ''^w- 3Ï22, col. l, l. 143, 160. 180; ln$er. 8144, col. l. I. m ; 
tnttf. 31)5, cul. 2. 1. 65, et panim. 
(5) Crkund., p. 157-158. 

(6.1 Cf. 8uid. s. V. tOuvrfip et Zonar. s. v. E6vvTf)pi:. 
(7) ffadVvf.. I. V. 229. 

... -RpvfjLVT] ^'tni fcàvra x<k''iv« 
îlïwn^ft Àvdjaiv , iitiQiTcpx<'iv ôJov di>|jiT)c ' 



108 



I.A TniÈHB ATHÉNIENNE. 



s'agit de ce petit poisson fabuleux, l'i/evriiç, qui, d'après des récils 
men'cilleux, arrêtait un navinï quand il s'atlachait h sa carène. 
Le poète dépeint alors les elfbrts de l'équipage tout entier ftour 
remettre le navire en marche; arrivé au timonier, il dit -. « Â 
Tarrière , le timoiiier lîlche absolument les yaXiw , pour hâter la 
course du vaisseau; mais celui-ci n'est plus sensible au gouvernail.» 
Ce passage et l'explication du Scoliaste montrent bien que le /«aiWç 
ét;iil DU câble destiné k la manœuvre du gouvernail sur lequel il 
avait action. Quant au mouvement que prête le poète au timonier, 
il s'explique de lui-même. Lorsque le timonier laissait aller le 
/otXtvoç, qu'il y en eût uu seul courant sur des poulies ou deux 
tenus à la main, les gouvernails reprenaient leur [rosition nor- 
male , c'est-à-dire la pale parallèle à l'axe du navire; ils n'oppo- 
saient plus par conséquent aucune résistance à sa marche. C'est 
vraisemblablement de ce câble qu'il est question dans Pline (tl, 
lorsque cet auteur , citant les inventions navales des divers peu- 
ples, dit que Tiphys trouva « adminicala gubernandi. ■ 

Les fig. 83, 84 et 85 (2) nous donnent sui' la iwsiLion^ rindinai- 
son et les diverses formes des gouvernails des renseignements 
instructifs et curieux. 



Fig- 83. 



Fig. 84 



Fig. 85. 



S 7. — Sur les noms donnés à Athènes aux navires. 

On voit dans la Disputalio dt tutells et insignibus navinm,,. par 
J. Enschedé, insérée dans les Opvscula de Hubiiken (3), et qui est 
datée de 1770, combien était petit le nombre dos noms de navires 
grecs connus à la fui du Jis-huilii'îmc siècle. La découverte deaj 
inscriptions navales a augmenté ce nombre dans des proportions 
inespérées. En efl'et, la liste publiée par Bœckh dans ses Urkun- 
den (4) ue contient pas moins de 237 noms certains ou restitués 



{I) H, N., VU, 57, t7. 

(2) Grmer, Die Gtmvien I, b\): Die àtteMten..., \A.C, 5-2R; DieGfmfnen, 11. 70.1 

(3) T. I, I.ugduni BMUvorum . 1823. Celle disserlalion a *■!« publiée par] 
l'auteur avec do nombreuses correctiuiis et aiMilions h UArlcni, 1780; in-8* 

(♦) P. 8t ot suiv. 



L'AVAWT BT L*AJIRIËRK, 



t09 



d'une façon plus ou moius vraisemblable. Mais celle liste a besolu 
d'ôtre revue i;l corrigée d'après la copie plus exacte des iascrip- 
lions navales donnée par l"Cfi';{x<fU stp^a[oX<^txi( (1), les frag- 
meols nouveaux publiés par le même journal, qui portent les 
n- 1355-1356 (Uaugabé, Ànl. fiellén., 9343 a et b) et 3B62, 
eaâUf les fragments assez considérables des mêmes inscriptions 
publiés dans les Mittheilunqen des dentschen archâolofjiscfifn Jnsli^ 
luus in Àtken (4^' Jahrg. 1""" heft. 1879, et S^*"* Jahrg. 1»^ heft, 
1880). L'examen de ces documents nouveaux permet de retran- 
cher de la liste de Bœckli un certain nombre de noms l'aussemeJU 
restitués et d'en ajouter d'autres. Nous aurons ainsi le catalogue 
le plus complet connu jusqu'à ce jour des noms portés par les 
navires qui composaient la flotte d'Athènes. Comme ces noms 
«ont empruntés à plusieurs ordres d'idées absolument ditléreuts, 
il est indispensable de les diviser en diverses catégories, en ea 
recherchant autant que possible l'origLue (2). 

PIŒMIÈRE CATÉGORIE. 

Noms empruntés aux qualités générales de la trière^ à son aspect, aux 
circonstances de la comtructiony etc. 

'H 'A-pt^.. La Bonne, C'est aussi un nom de femmo et un nom 
frapliique. 

'H 'Axporepa. La Supérieure. 

'H *\i«(A7rro«. L'irréprochable. 

^ *Av(hr,pa. La Flevrie. 

'H 'AvOoûffa. L'i Florissante. C'est aussi. un nom de fenime. 

'H 'Ap^TTj. Celte qui plaît. Nom de femme. Peut-être i\ 'ApsT^. 
La \rrlu, 

'H ^VlpQTni. La Meilleure, Surnom d'Arlémis h Athènes et nom 
(lo femme. *Eç. àp-/., Inscr. 8126, col. 3, 1. 137. 

'H l'vtiHTTii. bj Célèbre. 

'H Ao^a. Lu Gloire, Nom de femme. 

'H 'Evij. L*Ancienne. 

'H 'Eûo>jjLjvï). L'Aimce, 

H tCtiKiaovwi, Le Bonheur. 



(t) AnuoG IR57, livr. hb et suiv* 

(Z) La plus grnndc [lartic Je ces noms est citi>cct cxpliqii<^c par Pape-B«D- 
•fl«*r . Worierhuch dtr Grwchischrn t-ujennnment 3"* Auflago. nraunschvroig i 
19^-1870. Maie il y a iiaturcllciueul dcii Ucuiies. 



nu 



Là thiêhb athénienne. 



'H EùooxtfjLoc. La Considérée. 

'H Kux>«cï. La Gtoriruse. C'est aussi un sunioiii (rArlémis el 
un nom de femme. Deilage IV zu MiUk. d, arch, Insi., V» 
p. 41, c, 1. 10, 

*H EoirpeTniç. BelU-d'Aspeci. 

*H EuTu/;^;. /-7/eureiwe. 

'H Eùrj/t'a. La Bonne-Chance. Nom de femme. 

Il Ei^^r^ixia. La /Jonnff-/î«iommte. Nom de femme. 

'H Eùysativoudot. C Egayante. 

'H KÙDfoïtlvifi. [.a Gaieté. L'une dos Charités et nom de femme. 

*e E^^. La Bien-Née, Beilage IV zu MUih. d. arcK. InsL, V, 
p. 44, d, 1. 53. 

'Il Eu/api;. La Gracieuse. Nom de femme. 

*ll "Ef/iCoî. La Jeune. U'Etf. «p/., Insct\ 3124» col. 3, l. 31 , lit 
sans nécessité : v) 'E:pTi6o[Ù]ff[a]. 

'Il 'HitTot. L* Agréable. Nom de femme. 

'Il 'liStTt'a. ^I^. àf/.., V/wcr. 31 i5, col. 4, l. 55. 

'H 'lUiarri. f.a Charmante. Nom de femme. 

'H HaUooaa. /.a V'iV^ourciwe. Nom de femme. Beiiage III xu 
3titifi. d. arch. Inst., V, p. 44, a, 1. 57. 

'H KaX/(i^va. La Belle-Etrangère. Nom de femme. 

'H AijiTîpoî. La Brillante. 

'H Moxapfx. Aa Bienheureuse. Nom de plusieurs personnages 
mythologiques cl nom de femme. 

'Il MrficTTj. Art Très Grande. Nom de femme. 

'H Nîàvi;. La Jeune-filte* 

*H NstoTaTï), La Toute-Nouvelle, 

'H riaXotiâ. L\Anciennc. Nom géographique. *E^. Apx*» ''Wff'"' 3146, 
col. 2. 1. 42. 

*H Ilavrapi-rrr,. La M ei Heure -de- toutes . 

'H IloX-japt^Tï). L'Excellente. 

'H llpeWjaa, La Convenable. 'Ef, àp/., /rwcr. 3177, col. 3, l. 5. 

'H UpwTFi. La hemierB, Nom de femme. 

'H [2:)£(i[vr;]. La Hespectahle. 'E^. ip^-, /««cr. 3177, col. 4, L 5, 

'Il -TiX€ouffa. L'Etincelunte, 

*ll Tp'jttwoa. L'Orgueilleuse. Nom de femme. 

*H 'Vitiffli'/jAT;. La Pointue. G. F. Schœmaua, Opuscula academlca, 
t. I, p. 301, range le mot daos la classe des adjectifs. 

'Il 'Vxret[ix]. L'Insolente. *Eo. àp/., /ni<;r. 3123, col. 3, l. 68. 

'Il ^htryr,. La Brillanic. «UxtW est une des Charités. 'Ef. àpy., 
hiscv. 31*15, col. 5, 1. 37. 

'H (lhiv[(jp«. L'Evidente. 



l'avant et l'arrièiie. 

'Il *Ibî[i.T,. La Renommée, 
H XfTi-rrr;. LUUU OU La Vertueuse. Nom de feuitue. 



111 



DEUXIÈME CATÉGORIE. 

Noms emprunlès aux qualités de combat de la trière , à ses succès 
remportés ou attendus, 

'H 'AvaOovtxT,. Bonne pour la Victoire, Nom de femme. 

*H 'AYoiOtrt:o>.£[[Aoç]. lionne à la Guerre. 

*H *Aîiiivoixév7|. La Combattante, 

*H 'AvofMtY*^**' ^" Vaillance. 

*H *Av5p«iot. La Bravoure. 

*H AÇtovLxni. Z7î//n£ de Vaincre, 

*H *ApiTrovuyi. Lu Meilleure pour Ja Victoire. Nom <le lemmo. 
'£>^. àf/_., //i^rr, 312-1, col. 2, l. 61. ' 

'H riwafa, /-a Ka/<Mir«w«. 

'H AjvapLtç. £,0 Puissance, Nom de femme. 

*H Awxrn. La Puissaiite. 

'H 'Eiïtwr)5wa«. L^ Assaillante, 

'H Opaitta. VAudacieuse. 

*\\ *Ix«vr;. /.o Suffisante, Nom de femme. 

'H KaÂXevtxï) et KotXX(v(xTi. />a flW/e Kir/onVastf. Nom de femme. 

'H Kx/XirTfa-nri. La Belle Guerrière. Nom de femme, 

'H KfA]£ovt[KTi]. Glorieusement Victorieuse, Nain Je femme, 

*H KXîOTTpâtïi. La Glorieuse Guerrière, Nom de femme. 

'H KfwtTxmi. La Très Puissante. 

'H KpaiTouTa. ta Puissante. 

'Il Krr|Cb>. La Conquérante, Nom de femme. '£f. âp/., /n^rr, 
3145, col. 7. l. 17. 

'Il A£aiv«. La Lionne. Nom de femme. 

'Il Aïty^xovÛT,. La Blanche Victorieuse, 'Ef. dlp/., fw^cr. 3176, 
1. i2. — Boickli lit fauLivemeal : 'A^tovixvt. 

*H ^iaoxp«T0ÔTO. Victorieuse des Navires. 

'H Nix«p£ffnr|. Excellente pour la Victoire. Nom de femme. 

'H NtxTi- La Victoire. Surnom d'Atliéué et tiom do femme. 

*ll Mo(T,a(o. La Victorieuse. Nom de femme. 

'Il NuYj^oç. Celle qui apporte la Victoire. 

*H >ixw<rï. La Triomphante. Nom de femme. 

'Il n«cîvwii. Qui donne la Victoire. 

'M IloXeaovt'xy). Victorieuse u la Guerre. 

'U Ih/^îxvi. Souvent Vicioricuse, Nom de femme. 



112 LA. TRrÊRE ATFrèXîBNNK. 

'H 'Pt.)(jLr,. La Force, Nom de femme. 

,_ _ . Celle qut couronne. 

"H STpatovixTi. Ki>/orï>WAr à r.4rrn<f^. Nom de plusioiii'SpersonïïiS 
ges mythologiques et nom de femme. 

«Ti «^', l ^«''« l^i sauve» Noms de femme. 

a 2i(oQouao(. ) 

'H ^ffiTcoXt^. Celle qui sauve CEtal. 

*H 2wT2ipa. i^fl Proteclrice. L"E^. ipx-, ^'w*^'*- '^l*5> "^l- *i ï- *7, 
lit 2w7rip«, Surnom dû plusieurs diviiiilcs, entre autres d'Athéné^ 
ol nom de femme. 

'H 2wTT,f>ia[. Le Salut. 

*H TcQTTaîa. Celle qui met en fuite. 

'H <I>£{;£vtxTi. Celie qui apporte la Victoire. 

*H ^^t>ovîxT). Aviie de la Victoire. 

TROISIÈME CATÉGOKIB. 

Nojtis emprunlis auj: qualités nautiques de la trière^ à ses fondions 
aux opérations navales. 

'H 'AYpftuouffa. Qui donne la chasse. 

*H 'AxoTÎ. L'Ouïe. Nom de femme. 

*H *AXfjL[uf{;]. Raignée par i eau salée. C'est iiu^si un nom 
gni[ihiquo. Beilaqe IV zu Mitth. d. arch. InsL V, p. 44, d, I. 75, 

'H *'A(jitX)jt. La Joute. 

"H 'Airofiaat;. Le Débarquement. 

*H 'AffxQvaot. L'Active. 

•H RoV,0£tï. L'Expédition, 

*H tTtfStiEiç. La Revue, 

'E EùXt}jt£Vï|. Facile- Au~Mouillage. C'est aussi lo nom d'un< 
Néréide. HeiUuje fil zu Mitth. d. arrk. fnst. V,p. 44, a, 1. 75. 

'H £o7:Xota. L'Heureuse Traversée. Nom de femme et sniiiOi 
d'Aphrodite Knidienno. *E». ipy., [user. 3124, col. 3, 1. 76. 

'H e»îp«. £,a Chasse (I). 

'H 'Imtï. L Allante ^ La Bonne- Marcheuse. 

*H 'l:nTaY*^Y^î' '-* Transport- Ecurie. 

'H 'I:nn;Yo«. Ltf Transport- Ecurit, 

'M Kou^TaTïj. Lfl Légère, 

(I; Pour fi. p. Sch(cinann . OfiiucuJa aeademica , t. I. p. 301 , e'cft un "»•■ 
géographique : l'île de Théra. 



l'avakt et l*arrièrb. 113 

'H Ilac£o^>a. Oui chasse aux esclaves. 
H n«v6^. La Chasseresse, 
*H [na]f»Ta^c. VOrdre-de-BatatUe. 
'H ni(0[o](Aiwi. UObéissanU, 

*H Qc-cofiivii. La Volante. 

*H mûa. Ltt Naviguante. 'E9. àp/., 7nscr. 3177, col. 4, 1. 7. 

'H [DoXopJpoOoç. Ba«ue |ïar /« va<;wes oa Qui fait force de rames. 
ïç. ipy.., /n5cr. 3177, col. 4, 1. 32. 

'H IIpÂcXooç. L' Avant-Garde. 

*H TIcoTtowi. L'Ailée. 

*E So&ô. Ctf/te ^tii c/i055« devant elle. *Ey. àp/., /«5cr. 3146, col. 1, 
l. 70. 

*H STpoTTiYK. L'Amirale. 

'H Ta/tîa. La Rapide, 

'H 'Uxeia. La Vêloce. L"E^. àp/,., /twcr. LM24, col. 3, 1. 95, donne 
aussi ['ajx{a. 

QUATHIÈME CATÉGOAIE. 

Homs d'armes ou dHnstruments dont quelques-uns nont avec la 
marine qu'un rapport éloigné. 

'H Xl/}Ll^. La Pointe. 
*B 'AicoTOîxdîç. Le Javelot. 
*H AajATcaç. La Lampe. 
*H \ôrf/ri. La Lance. 

*H Aupa. La Lyre. Nom de femme. *Ey. àp/., /nscr. 3145 , col. 5, 
1. 3. BoBckh lit Aupa. 
'E0l<n6ç. La Flèche. 
'H Jlayonkiot. L'Armure. 
'H laXriY;. La Trompette. 
'H lo6v]. Le Chasse- Mouche. 
'E ^jvctfptç. L'Attelage. Nom dcfcirnnc. 
'H S^voow). La Fronde. 
'E Tpia[i]va. Le Trident. 

CINQUIEME CATÉGOHIE. 

^oms empruntés à des idées abstraites , à des qualités morales , la 
plupart sans grand rapport avec la marine. 

'E AUaX{[<x]. La Flatterie, de aUaUu? 'E?. àpx-i !nscr. 3145 , 
c6L4,l. 59. 



114 



LA TRIÈRE ATHÉNIENNE. 



*H "Avufftç. UEffei^ Ui Fin. 
.'H BX[3(€]ïi. Le Dommage, 'K^, dp/., huer, 3176, 1. 70, Bœckh 
avait supposé *H 1Wx/y| : la Bacchante. 

*H IVojxïj. La Pensée ou la Resolution. Nom de femme. 

*H AtxatomivTj. La Justice. Nom de femme. 

'H ElpTÎvTj. La Paix. Une des Heures , la déesse de la Paix, 
Nom de femme. 

*H EùÊTT)pta. L'Année (T abondance. Nom de femme. 

'H Eûxapm'a. LWbondante récolte. Nom de femme et nom gôo^^ 
graphique. Reilage Iflzn Mitth. d. arch. Intl. \\\ p. 79, A (1), L 16. 

'H ILuvoia. La Bienveillance. Nom de femme. 

*H Eùrop^a. L' Abondance. Nom de femme et nom géographique. 

'H 'Oaovotot. La Concorde. Nom de femme. 

*H llpofrj|j:ta. L'Elan, 

'B lipovoia. La Prévoyance. 

*H lo^ta. ^a Sagesse, Nom de femme. 

*H Tê/vT,. UArt. 

SIXIÈME CATÉGORIE. 



Soins ernprunlès à certaim usages d'Aihcties^ et particulièrement 

la religion. 



'H 'AvôiTmatava. L Exercice de cavalerie. Bcilage III za Mîlth. di 
arch. Inst. V, p. 44, b, 1. 65. 

'H Hewpî;. Le Navire thcorigue. Nom de femme, 

'H 'lepa. Le Navire-Sacré. 

'H *l7nraîp/7i. L'flipparque. 

'H MTiT;o5po[xîx. La Course de ckevaitx. HeUage IV zu Mitlfi. 
arch. Inst. IV, B (I), 1. G8. 

*H Ktt>iA4;)ô[{«] . La Comédie. 

'H MuoTt; L'Initiée. Nom d'un .personnage mythologique. 

•H X>XuiiL7:ta[ç]. VOlgmpiadc. Nom de femme et nom géogra- 
phique. 

'H TIîivTÎY'-'piî- ^'ï ^cfe- religieuse. Nom de femme 

'H IIop.7ni. /-a Procession. 

'H 2T«:{MtvT,^i(x, le Por(-d<ï-Courortric» Nom de femme. 

'H 'V^otyM^in, La Tragédie. 

*H TftiTviptç. La File triennale. 



l'avant et l'arriére. 



115 




8BPTIËUE CATÉGORIE. 

empruntés à la consUtuiion cl à Vempive maritime des 

Athéniens* 

'H AT.(i.oxpotTia. La Démocratie. 

'H 'EJtfyOfifw. La Liberté, Nom de femme. 

'H 'Hvejxovîat. L'Hc<fémonie. 

'H 'Hyr.TtTroXiç. Celle qui Commande à la HUe. 

'H 'H^ïiow. Celle qui commande. Nom de femme. 

'H liiîi.jia/t«, L'Alliance, Nom de femme. 

'H îiyvTaÇiç. La Contribution, 

HUITIÈME CATÉGORIE. 

^mTempruntés aux aspects de V atmosphère et de la mer , et à 

certaitxs animaux, 

'E *Axt£;. Le Rayon. Nom de femme. Nom géographique 
d'après Schœmaiin, L c. 

'B 'AÂx'jwv. L'Alcyon. 

H Au^in. V Eclat'de-C Atmosphère . iufri, est aussi un personnage 
mythologique , entre autres l'une des Heures. 

*H Aufot. La Brise. Mythologiquement fille de rioroe. 

'H Eiota. Le Calme, Etiota est aussi un personnage mythologique, 
^'une des Néréides. 

*H Eùï^ïxcpfa, La Sérénité, 

*H [t^ujiXXii. La TempPte. La leçon est incertaine. Il faut peut- 
^tre lire *EX/ï;, la fille d'Athamas. Cependant, d'après le nom- 
*>fedes lettres , eûcJOa est plus probable. 'E®. ^px-» '"^cr. 3216 , 
501 J, 1. lU. 

'H IIsfiTrtfx. La Colombe. Nom de femme. 

'FI <K>«. La Lumière, 

'H tl>ti)iY<îpoc. L'Eloile-dn-Matin. Surnom d*.\rtémis. 

'Il *U(xx. Z.a Belle-Saison, C*08t aussi un nom mythologique. 

NEUVIÈME CATÉGORIE. 

\th à la myiholoffie luUmique et pim pariiculièremefU 
a»'x dieux et aux htros qui se rattachent directement ù la religion 
t^ àla légende athéniennes. 




116 



LA TRIÈRE ATFfÉNIEKNB. 



'H Aîavrefa. CoiisacrRe k Ajax, liéroa éponyrao de rAlavrfe, phyl6 

Athénienne. 

'H 'A[XiytTp(T7i. L'Amphitrite. 

'H 'Apr^pM- E^. %., Insf^r. 3146, col. 2, 1. 67. Bœckh. I, b, 
1. 67, lit *ApYup[î], nom de nymphe et nom géographit[iie. 
*H 'Apïfa. Personnage mythologique. 

*H 'ApTCfjLeffia. Consacrée à Ariémis. Nom de la femme de Mau- 
sole et d'aulres femmes. 

'H \VTxXr.Tiac. Consacrée à Asklépios. Nom de femme. 
'H 'AT«>avni. Nom de plnsicurs personnages myi!iologirju( 
en particulier de la fille do Schœneus et de celle d'Iasios et nom 
de l'enimo. Heilage lll zu Mitth, d. arch. Imt.^ V, p. -44, b, 1. 55. 
*H 'A^poiiffïa. Consacrée à Aphrodite. Nom de femme. 
'H 'A/iXXsCot. L' Achilléenne. 
'H r«XaT£(a. La Gaialée. Nymphe. 
'H r[cvtTuXX(;]. Surnom d^Aphrodite. 'E^. àpy., Inscr. 3145» col. 
4, l. 51. Nom conjectural déjà restitué par Bœckh. 

'H [rop]Yw. La Gorgone. 'Eç. àpx-» ''wcr. 3178, col. I, 1. 7. Nom 
de femme. 
'H ropY^Tiç- Surnom d*Athéné. 

"H [AjsX^tvfa. Surnom d'Artérais. Schœmann, rc, range le mot 
dans la catégorie des noms d'animaux. 

'H AcDpU. Fille de TOcéan et de Nérée, mère dee Néréides. 
Nom de femme. 

•H Etpic Lins. 'Ef . dp/., Inscr. 3145, col. 3, 1. 63 et col. 4, 1. 5. 
Bœckh a eu tort de lire une fois *Epiç. 

'H 'EpuOeia. L*une des Hespérides, et nom géographique. Mitlh, 
d. arch. Inst. IV, Ikilage I, A. (I), I. 56. 
'HEùpoi^i- L'Europe. 
*H "Ewç. L'Aurore. 
'H 'Her.. Hébé. 

*H 'Eft^YTi. L'une des Charités à Athènes. C'est aussi un sur- 
nom d'Aphrodite et d'Arlémis. 

'H UTrtdvr,. Déesse do la guérison. Femme d'Asklépios. 
'H 'BfaioTta. Surnom d'Athéné et nom géographique. 
'H Bé^ni. La Théinis. 
'He^Ttî. La Théiis. 
'E *Is9b). Déesse de la santé. Fille d*Amphiaraosou d* Asklépios. 
'H 'IiTTîia. Surnom d'Athéné, d'Hôra, etc. 
*H 'Imro&wvriç. Nom d*onephylé athénienne. Du héroséponyme 
Hippothoon. 

*H "liDtwwfjLiTïi. L'Hippocampe, 



l'avant et L'ARRIÈnB. 117 

'H KaUiTwi. Fille deLycaoïi, changée un ourse par JuuoQ. 
iom de nymphe et nom de femme. 

*H KevTvupoE. La CetitaureMe. 

'H Kêxfozfç. Nom d'une phylé athénienne. Du héros éponyrae 
[ékrops. 

H KÀ[ei]b> cl 'H KXciô. La Muse de l'histoire. 

"H K'Jhs^U, Surnom d'Aphrodite. Pour Scliœmann , /. c, nom 

réûf;rapliiquc. 
'H \xt«TTp[uYovi'3t]. La Leslrygonifnne. 
'H Aa(i-i:tTta. Fille de Nécera et d*IIypérion. 

■ 'H Aihïvrfç. Nom d'une phylé athénienne. Du héros éponyme 

'H Natç. La Naiade. Nom de femme. *E(p. dpx»i inscr, 3145, 
.fioî. 3J. 41. 

*H Nr^.U. La mrixde. 

'H 'Opetk. Miiih. d. arch. Inst. IV. Beilage !J1, A, (1), 1. 76. 
*0^ta est une des Ûlles d'Hyakinlhos à Athènes. 'Opdt'a est un 
I Juraom d'Artémis, 
H 'H Tlavâxcts. Fille d'Asklépios. 
~ *H ïlav^w. Fille de Zeus et de Séléné. 
'H Ilcn/dfopa. La Pandore. 

'B IlapOtvo;. Surnom d'Athénéet d'autres déesses. 
'H nciQu. La déesse de la Persuasion. Surnom d'autres déesses 
6t Dom de femme. 
'B IloX.oîç. Surnom d'Athénô. L"E(p. dp-/» '^^''''- 3145. col. 4, 
^m 1- 16, donne DoWc. 

B 'H flfox-wm) |Personnages mythologiques bii^n connus dans la lé- 
Y 8 np^xfu i gende athénienne. 
f 1\ icifT^v. La Sirène. 

U ïtfin'fe. Héroïne OIT nymphe d*après Bœckh, Urkund,,p,82. 
Nom de femme. 
'B TotofwcoXii. Surnom d'Arh'-mis TauriqiH». 
*H Tp([T]oYevi^ç. Surnom de Pallas. L'^E». àp/., /mer. 3123, col. 
2, 1 05, donne THNTPI^OIT.NH. 



*H n'Yt« et 'H 'Y^ittt. Surnom d'Athéné. 

*H <t»aèOoi>ff(a). Fille de Néaira ei d'Hypérion , sœiu' de Lampé- 
lîa. Nom de femme. 

*H 4»oi6T). La Phébé. 

'F 4><AXfç. Nom de plusieurs personnages mythologiques, en 
|Wf...;uher do la fille du rui do Thracû Sithun, et nom do fornmo. 
fift/ûflff II! zn Mitth, d. nrck. Inst. V, p. 44, h, I. 5i), 

'H Xopcç. La Chariie. 



lia 



LA TRIÈRE ATHÉNIBNNB. 



'H Xpwrîi. Surnom d'Aphrodite. 

*H ^J'atfjwiOifi. L'une des Néréides. Nom de femme. 

•H ^Up6£eii[t]o(. Fille d'Erechthée. 

DIXIÈME CATÉGORIE. 

A'ams géographiques empruntés soit an territoire de t'Âttifjue, soit auarj 
contrées avec lesquelles tes Alhéniens eniretenaient des rapports] 
particuliers , religieux , commerciaux , etc. 

'H AïOcoTciç. L'Ethiopienne. 

'H AlOiom'a. L'Ethiopie. 

'H 'A{jL:rpaxtfaiTi;. L'Ambraciote. 

*H 'Ajx^iTroXi;. Amphipolis. 

'H \\ptïv[Tfl. L^ Ariane. Contrée de la Perse. 'Ef. dlp^M ^w*rr. 3f 
col. 5, l. 38. 

'H 'A:ppo5i(T(ac. Aphrodislas. Nom de plusieurs villes. D*api 
Schœmann, /. c, nom mythologique. 

'H AtX^C;. La Delphique. Nom d'aaimal d'après Schœmann, /. 

'H lt)Xtfliç. La Délienne, 

'H AîiXoç. Délos. 

*H A(«. Nom d*un grand nombre de pei*sonaages mythologi- 
queâ et de localités géographiques. 

■fl 'E).Wç. Eleusis, 

*H 'Endi. La Hellade. 

'H *Iwvtxi^. L'Ionique. 

*H Kpn-n;. Za C/èï*'. 

'H KwXtaç. Le Cap'Koiias. 

'H NawtpŒTt;. Naukratis. 

*H Ncfifiaç. Z.a Néméenne. A cause des jeux Néméens. 

'H llaXXTivtç. Le nom peut venir de la presqu'île de la Pallène 
ou du démo flot/Àiivi^ de la tribu Auliochide. 

*H UapaXfa. La Paralienne. 'H [ïlaJpotXêfa. 'E:p. ip-/., Inscr, 3U5, 
coL 7, 1. 3S. 

'H Dtpfffc. La Perse. 

'H n«[X£a]. Nom d'un dème de la tribu OEnéis. 'Es», dp;,^.. /fw(?r. 
3123, col. 5, l. 65. 



'H [2]oyvt«ç. Le Cap-Sunium. 

'H Tp^a. 'Kp. àpxM /HJcr. 3145 , col. 5, I. 40. 'Vpta est im nom 
géographique. 



L*AVANT ET l'aRATÊRE. 

Nous avons ainsi sous les yeux deux cent soixante-trois noms 
^tories à rép04]iie de Dénioslbène par des navires athéniens, lis 
sont tous féminins à cause du genre dos mois Tpnr^ïi;, TtrprîpT,;, ntc. 
C^rammaticalement ce sont ou des substantifs ou, en plus grand 
xiombre , des adjectifs et des participes. Un coup d'œil jeté sur cette 
liste sufflra pour convainrn* jue les Athéniens ne nommaient pas 
leurs vaisseaux d'après des principes fixes. Les dix catégories que 
nous venons d'établir ne sont sans doute pas d'une rigueur abso- 
lue cl certains noms [ioumiieut passer de l'une à l'autre sans 
inconvénient. Toutefois chacune d'elles correspond à un ordre 
d'idées différent. La classe la plus nombreuse est celle qui se 
compose des appellations mythologiques. Peut-être était-ce là 
l'antique usage , qui di5parut peu à peu par suite des progrès de 
Tincrédulité. Les claasps qui viennent ensuite pour le nombre des 
noms sont celles dans lesqui^lles lo mot fait allu.sion aux i]ualitt>s. 
à Taspect du navire et renferme un de ces présages de succès 
auxquels les anciens attachaient tant de prix. Les autres noms 
rappellent les incidents, les circonstances de la navigation, les 
lieux que les Athéniens fréquentaient le plus ordinairement, 
leurs usages politiques, religieux, militaires. Quelques-uns n'ont 
Traiment aucun rapjjort avec la marine. Dans ces circonstances , 
bien que ces dénominations soient curieuses et iuléressautes à 
relever, elles ne permettent d'établir aucune théorie. 



lu. 



CHAPITRE V 



LES BAMËS. 



i 



— La force motrice de la trière. 



Rien u'infîuo plus directement sur lo3 constructions navales ,j 
sur la tactique et sur les opérations d'une escadre que la forc< 
motrice dont dis^jose le vaisseau. Quand il est nui par le veut, ou' 
peut jusqu'à un certain point, et SHtis craindre de le rendre mau- 
vais marcheur, augmenter sa largeur et sa capacité. Il suffit,! 
pour lui conserver uiio bonne vitesse, de développer sa vniluro^ 
et d'offrir ainsi (jIus de surface à l'action naturelle cl sans limites^ 
du vent. Il faut même que la coijue soit forte ot pesante pour fai 
équililire h TefTort de la brise sur la toile; sans cela le navire 
manquerait de stabilité et courrait risque de chavirer. Si au con- , 
traire la force qui lui communique Timpulsion est produite par M 
Tindustrie humaine, comme olk a dos limites fixes, on doit 
l'économiser et lui faire produire tout son effet utile. Il devient 
donc nécessaire de diminuer la résistance de la masse liquide on 
donnant h l'avant du kUiment des façons effilées et tranchantes,^ 
à la coque tout oniiôro des formes sveltes et allongées. En outre, ■ 
c'est sur le coriis mémo du vaisseau , et non plus dans ses par- 
ties hautes, que se trouvent les propulseurs destinés à le mettre 
en mouvement. De là, dans sa structure, des dilféreuces notables, 
dont on peut se rendre compte, si l'on coniivii-e les galères du 
moyen âge aux vaisseaux de haut-bord des siècles derniers. Lea 
galères naviguant dans la Méditerranée avaient conservé ju.S(]u'à 
un certain point, bien que très défigurées, les traditions de 
rantiquité et manœuvraient surtout au moyen des rames. Los 
vaisseaux provenant des marines du Nord, et construits pari 
peuples riverains de l'Océan, étaient obligés, pour se mouvoir, do 
recueillir les sonfflcs du vent au moyeu d'une voilure savamment 



LES RAMB8. 



121 



I. Eniïn , de nos jours, la ilécouvorto flo la vapeur et son 
appliraLion .'i la marine ont apporté dausi les coiisfruclionfî na- 
vales des changements considérables. CIioso singulière! i.e vais- 
saiu moderne d'il y a cent ans prôsentîut avec la trière antique 
les différences les plus profondes. Au coutraii-o, nos paquebots à 
roues contemporains s*eii ■ ^jprochent par leur système de cons- 
truction, parce qu'ils ont, comme la trière grecque, leur foi^ce 
motrice agissant de chajjue côté du navire, à une certaine dis- 
tance de l'arrière et do l'avant. Les mr^raes causes [iroduisanl les 
tnémea elîotï! , loulc notre Hotte s'est transforméo , et l'ingénieur 
auHuel, obligé de compter avec la vapeur comme le constructeur 
grec avec la rame, a dû rendre plus étroite et plus longue la coque 
du liïUimenl. 

La trière élail un bâtiment mixte, qui pouvait à volonté mar- 
cher k la voile ou à la ramo. On se servait d'expressions différentes 
pour iiiijiquor ces doux modes do locomotion. Un personnage de 
VAssemfflée des femmes (I), employant une de ces métaphores era- 
Iirunlées à la marine, si frcquonles chez Aristoiihano, pour dire 
que les affaires de la ville ne vont pas, s'écrie : « vûv piv -y^p otiTe 
t^uv ouT'èÀawo{i.ev. » Lc Scoliaste oppose à r^tto expression lo pro- 
verbe usuel : '• âx'dp-yupcov ^, ttsytcx OiT lùXauvervi , ^ et explique lo pas- 
sage en question par ces mots : « Nous n'allons plus ni h la voile, 
ni à la r;imo, ouT« «véuotç out« xurnai; TîAiojAcv. » On se servait donc de 
CCS deux termas dill'érents, selon qu'on voulait désigner Timpul- 
slon communiquée au navire par le vont ou par les rameurs, lo 
]iremier ox[irimant bien la course facile du vaisseau entraîné par 
la briso, lo second l'elTorL nécessaire, pour le i>ousser eu avant. 
Ainsi la trière avait à sa disposition pour naviguer la double 
Mirce des voiles et des rames , et elle employait les unes ou 
autres selon le service auquel elle était affectée. Kn offet, la 
trièro romplissait au besoin les diverses fonctions dont s'acquit- 
tent aujourd'hui les vaisseaux de ligne, les avis^os, les transports, 
Ifh ifâtimcnts armés eji course. Loi-squ'oUo était chargée d'une 
minffiou pressée, le commandant usait naturellement de tous les 
ïQoyinis mis k sa disijosition , et eniplaynit concurremmoni la 
voile et la rjuue p<>ur obtenir toute la vitesse possible. Nous en 
ivous un oxomplo dans une circonstance célèbre do la guorx*e 
^u Péloponèse, lorscju'au moment de la ftrise de Mytilèno les 



(l) V. 109. Cf. BtMtnUi., UG2. tÛ : Uyn fia & itottit^; (nopeiOjJvat ràv kôvtov. ir^ 



LA TlUEnR ATHÏWTRTOnï. 

AthénieTis, ayant envoyé à leur stratège Pachfes une trière pour 
lui oi-donner de passer les halutaiit.s de la ville an fil de l'épée, en 
exftHdienl le lendemain iino seconde portant coiUro-ordre. II était 
de toute ini[tortance d'arriver à temps, et la première trière avait 
vingt-quatre heures d'avance, i^es ambaasadeui*s de Mytilène à 
Atliênes firent do grandes promesses à l'équipage, et erabarqufe- 
ront une forte quantité de farine et de vin pour que les hom- 
mes eussent d'ahondantes rations. Aussi les rameurs s'arrangfe- 
rent-ils jiour ne pas interrompre In nage môme pendant les repas. 
Pour ce qui est du sommeil, ils étaicnl divisés en doux escouades 
dont Tuno dormait tandis que TauLrc continuait h ramer. Grâce à 
ces efforts et h la direction favorable du vent (I), ils purent rega- 
gner leurs vingt-quatre heures de retard, li est donc hors de doute 
que, dans les cas où l'on voulait obtenir une vitesse eiceplionnelle, 
mais seulement dans ces moments, on réunissait les deux forces 
destinées à [xjusser la liière en avant. Poïlux fait mention de ces 
deux sysl^mes différents de navigation, et nous rappelle en même 
temps qu'on pouvait les utiliser concurremment (2), 

La nature munie des choses nous indiqu<nlans ([uelles circons- 
tances on donnait la préférence à la voile sur l'aviron ou à l'aviron 
sur la voile. Dans une longue navigation on allait gônôraloment 
à la voile. En effet, la nage était extrêmement fatigante (3); si 
robustes et si bien dressées que fussent les chiourmos athénien- 
nes, il ne fallait jias compter uniquement sur leurs bras pour faire 
traverser à une flotte de vastes espaces de mer, surtout quand le 
vent n'était pas favorable. Les trières athéniennes étaient donc 
moins libres rie leurs mouvements (jue ne le sont aujourd'hui nos 
bateaux h vapeui* et dépendaient bien davantage des conditions 
atmosphériques. Nous voyons, parexemplo, que les vents étésions 
joueront un grand rôle dans la lutte des Athéniens contre Phi- 
lippe. « Philippe dans sa conduite, dit Démosthène (t), tient graud 
compte des vents et des saisons; c'est à eux qu'il doit un grand 
nombre de ses avantages; il attend , pour ses enti'cprises , le mo- 



(t) ThucytI. , III, 49 : xaxà Ty/niv fti 7ntv(iaTo; oùSev6; ivavTiw'iivTO; 

Cl) 1 . 103 : 7ti(>l ToO tib> 7c3ioO, «IpciCa n>.iTv, dcvifitfi icXiïv ' cl^Tai tï xsl Ittio- 

{'S) A|joU., ÀrQon,, 2, GCl , Mit en parlant de 9es Mro9 : v^vcfiov iKa^iÀngnv 
éit«^^ûo'vT' £).«qi<nv ; et il les compare îi des bœufs couverts de sueur, qui tra- 
cent péniblement leur sillon. 

(4) Phtiipp., I , p. 48 : toCc frvivjisat xal Ta?c â^pat; toù Itovc ta KoXXà Ti(>o)a(i* 
Câvuv fiianpcÉtTtTat <^t)t'r^:oc xal ^^«(i; toOç ivr^ia^ 9i tâv x^^l^v^ ^'^^X''^^^' i 
^tx' âv tii^tïi v-ii ôuva(p.tOs txcïas ôçtxèvOat. 



LES RAUES. 



123 



imI dos vents étésicns ou l'hiver, alors qu'il nous est impossible 
do [>arvenir jusque chez lui. » De mrme, dans lo Discours sur la 
Ihcrsoncscj l'oraleui* demande qu'on étîiblisae une division navale 

demeure dans les parages du Bosphore; il craint , ou effet, que 
Philippe u'attende la saison dos vouts élisions pour assiéger By- 
tance; il serait alors imiiossible aux Athéniens de se rendre sur 
le Ihéûtre des hostilités {I). Ainsi les Athéniens considéraient 
comme impraticable, avec les moyens dont ils disposîiient, d'en- 
voyer rapidement, par un temps défavorable, une (lotte du Pirêe 
dans la mer Noiie. Ils navignaient donc k la voile et du considé- 
raieul les rames quo comme un secours auxiliaire, qu'on employait 
lorsiiuele vent faiblissait ou devenait contraire ft). 

On s'en servait ùgalement [lour ^'agiicr ou pour quitter le 
mouillage ou pour franchir un passage difhcile, dans des cas 
spéciaux et pour un trajet de [teu de durôe. C'est ainsi que nous 
sont représentés les marins du navire Argo ; ils utilisent les voiles 
lant que le veut leur est propice, puis ils mettent à la rame 
et se dirigent vers la tori-e (3). C'est égalomeut à la rame qu'ils 
s'éloignent de terre pour aller chercher la brise au large (4). 
Quelquefois, quand le vont fait défaut, ils font un certain trajet 
à la rame (5). Les trières des temps historiques se comportaient 
évidemraeul ainsi : un proverbe que nous avons conservé nous 
lo prouve. Quand on voulait [larlor d'une chiourme qui faisait 
bien son devoir et nageait avec vigueur et régularité, on disait: 
« 'Amxbç ^ h\tÂvi (ti) , c'est un Athénien qui rentre au port. » 
CV'tait, comme l'oxpli^jnent les lexicogi'aj)hGs, un pen par coquet- 
lerie et |)Our montrer l'excellence do leurs équipages, quo les 
Alhénions mettaient à la ramo on pareille circonslauce. De nos 
jours méiue , le cuunnandnnt d'un naviie veille à ce que tout soit 
en bon ordre à bord, il ce quo la manœuvre soit précise et élé- 



(Ij Dtfmosth. , p. 93 : iiv oùv 7c«piH-e(vo« toù; Ir^ta; IvX BuCffamo-* éWûv «o- 

(2i 8uid. s. V. : de^ttepo; icXoùc ' Ôte âLttoruj^ûv tk oO()(ou tilù»ku^ ffXfiû 

(3) A.poU.. Af<jon., I, (iOÔ cl 135». 

(i) tlnd.,2. 89» et suiv. 

{h)lbid„ I. nj6;*, 1G3I. 

(fi) Hés/di. : iz tiv >t)iêva ' cl; tiv Xtiièva 'A^iirofâvr,; h BaiCu>(irwlot; ■ KBpà 
ti)* m^iiiiw ■ 'AttiKÔ; i; ).i(itva. 01 yap 'Atbivaïoi «wvtovw; Vjlayvov xaT«ic).iOvn< 
9ut TÔ «cwpctTtait (ma twv i% rij< y^;. Cf. iMhLni., XU, i9, parlaiil du rolour J"Ai- 
Clblftilc Udiia ta patrie : f, Si -pfi\pT,^ , i?' i,i aùtà; x«Teît>.ci , (ic/pi |Uv «wv lOtiOpiov 
«V n<ip«U(i»; itpoiTpr/tv dagyp^otî totiou • w; 6t tvri; ^v «où Ta; xwiîa; £>afev 
«t i^i%*\ Ole... 



124 



LA TRIÈKB ATHENIENNE. 



gante au moment ou iJ entre au port. Mais les Athéniens avaient 
une autre rai^ou pour n^^ir ainsi : ils se proposaient do rendre la 
manœuvre plus facile et plus silro, et iréviter do grands dangers 
en se soustrayant aux aipricos du veut. 

C'est surtout ])endant la bataille tpie les rames étaient utiles. 
La trière était avant tout un instrument do combat ; c'est pour 
cela qu'elle était ronstrnite, plus rjuo pour faire de longues nan- 
gations et i>our tenir la mer par tous les temps. Nous avons vu 
(juo les Athéniens donnaieitt parfois des noms d'armes à leurs 
navires; ils les appelaient la Lancr ^ le Javdoi ^ la Flcche^ otc... 
Lii trière agissait en effet presque comme une arme de jel ; grâce 
aux avirons qui garnissinenl des doux cotés rfpcuncov, quand 
tous les rameurs étaient A leur poste, ou pouvait à voloïité et ^w 
un simple commandement la lancer on avant, l'arrêter, la rejeter 
en arrière , la faire louraer à droite ou k gauche dans un cercle 
d'un très petit rayon. Aussi la direction du vent, qui a joué un 
si grand rôle dans les batailles navales des temps moilernes, n*en 
jouG-t-elle pour ainsi dire aucun dans les batailles do Tantiquilô. 
Quand on voulait être pi^él t»our le combat, on laissait 'a terre les 
grandes voiles comme un poids encombrant cl inutile ; on ne con- 
servait que les voiles «>toÎT£t« , pour ne p;is être absolument h la 
mei-ci de l'ennemi, ai l'on recevait quelque avarie dans ses avi- 
rons. C'est ainsi qu'agit Iphicrate allant secourir Corcyro contre 
les Lacédémonions on Tan 373 avant Jésus-Clii'isl (I). Il l^uvait 
dans ce mode de navigation l'avantage d'exercer son équipage et 
d'être plus maître de ses mouvements. 

La trière était donc un naviro ft voiles et i\ rames. Mais elle était 
surtout construite pour manœuvrer à l'aviron pondant le combat; 
c'est donc une question de grande importance que de sitvoir com- 
ment ces avirons étaient disjiosés k l'intêrieui" du bâtiment, 

I 2. — De et que nous apprennrnt les textes et les mini'unents fign-' 
rés sur la dispoxition des rameurs à bf^rd de la IrUre, Ln irieres 
aphractes et les trières kalaphractes. 

On sait que les galères du moyeu âge, héritières des traditions 



(I) Xfînoph. , UritM.. VI, Î27 : ô 8è IçixpâTYic creÎ i^pîato toO TrtpirJLOu d|*« 

liTia ï'Jtoù xaTÊ>,m« , toz iici vsv^a/tai ;i>i<dv • xotï toi; &x«Teioi; 8«. xaï «i ^pÂv 
meO|ia tiïi, ôîiY« ^XP^'"* ' ^ ^* xuHfiQ tèv nXoSv -noioOficvo;, ct|icivôv ti ti vùiiftTft 
txew «atl â|Utvov ta; vaO; tiltU jnotsi. 



LES HAHBB. 135 

I^^BSnnes antiques, naviguaient à la nimo. Il y avait pour la 
di8(»osition do ces rames des systèmes assez difFêreiits. Dans cer- 
tains types do galères, les bancs soûl perpeudiculaires à l'axe du 
naWre, et sur chaijue banc sont assis deux , quatre, cinq ou six 
hommes manœuvrant une grosse ratuc, qui uaLuiellemcnt n'a pas 
toujours le même [joids et la môme longueur et qu*on appelle 
remo di scatoccio. Dans d'autres types au contraire, le banc est 
oblique avec Taxe du navire et portr», doux, trois, quatre, cinij ou 
H six hommes qui se trouvent en retraite l'un sur l'autre à mesure 
^ qu'on va de l'intérieur au flanc du navire. Chacun manœuvre 
une rame 16giVro uonimôc ramo a zcnzile^ l'hommo le plus éloigné 
du bord ayant naturellement la rame la plus longue ; chaque 
groupe de rames sort d'un seul sabord de nage. Toutefois, en 
, constatant les rapports qui existent entre la marine ancienne et la 
marine du moyen âge , il ne faudrait pas vouloir reconstruire la 
Incrc sur le modèle do la galère, sans tenix- compte des change- 
iDCQts ijui se sont nécessairement produits dans uu laps de douze 
ii quinze cents ans. Ce serait faire fausse route que do se laisser 
guider par des analogies souvent lointaines et dos comparaisons 
daQgercast'3. Les erreurs de Jal dans sou Archéologie navaie^ 
daus sou Glossaire naïUiguc , dans son Yirgiiius nauticus et 
dans la reconstruction de la trirème (1), entreprise par ordre 
de l'ompereur Napoléon III , proviennent de ce que, counaissant 
h fnnd la marin»» du moyen Ago, il a voulu appliquer à la marine 
grec/jue des prijicipes adoptés à une époque tonte différente. Il 
ôUit loin de connaître suffisamment les textes et les monuments 
qui nous donnent des reuscignements précis sur les navires des 
aij<!ieus, ol, du reste, il était de parti pris peu disiM>3é à leui* 
accorder la confiance qu'ils méritent (2). 



(I) Celle IrironiT*, après avoir mauœuvré Hur U Beiac, avait été on deraier 
Ucu envoyée h Cherbourg, oti un i^latmajor ol ua ôquipage spécial lui ctaient 
affectée; elle vient li'y élre déuiolie. La tentative ôtait intéressante; mnis elle 
D*a pas proiluil tous les résultats qu'on en pouvait attendre. M. Jal. chargé de 
fooruir Ir» données prcminreset les renacignemonlsarchéclogiqiifs, n'était pas 
k uiéuie de remplir convenablement sa tâche. Eu outre, l'empurcur Napulikm III 
It des tdéo» préconçues qu'il Gt prévaloir. Aiost le célèbre ingénieur des 
-uctionff navale* M. Dupuy do \,6wg fut d'une part assez nul renseigné 
•ci iTauirc part n'eut point toute liberté d'agir. Ce n'est donc pu h lui qu'il 
faut linpu)r>r 1rs erreurs de celte rcsUlution. Ajoutons qu'il s'agissait de cons- 
Uuirc une tnrèmu romaine el que nous nous occupons uoiquenieol ici des 
[Vki^cft Atbi^nicnneii. 

l.'amiml Jurieïi de la Gravière, dans ses article* de la Wrme des t)fux- 
I, réunis depuis en volume ta marine de invenir et (a marine ttn 



12G LA TRIÈRE ATHÉNIENNE, 

Au lieu <lo s'engager dans cotte voie aventureuse , il faut re- 
cueillir avec soiu, échiirr.ir et rliscuLor tous les témoignages d'une 
valeur incontestable qui nous restent sur la question et eu tirer 
lej conclusions les plus cojiformes à la réalité des faits. 

Si nous examinons le navire grec primitif, nous voyons que 
chai]ue rameur est assis le long du bord sur \iu banc qui traverse 
le bÂtiment dans toute sa largeur et fait l'office do bau. Chaque 
banc porte donc deux rameurs , Tuu à tribord , l'autre k bAbord, 
et ces ramoLU-s, assis l'un derrière l'autre à distance égale, 
forment deux liles hurizonUiles le luag des flancs du navire. 
Lorsqu'il s'agit d'armer le navire Argo, ou tire les bancs au sort 
en assignant doux i*ameurs à chaque banc; le banc du milieu , 
considéré sans doute comme la place d'honneur, est exc-eplé du 
sort et réservé îi Héraklès et à Aucée (l). 

Dans les barques de faibles dimensions, comme nous le voyons 
encore aujourd'hui chez nous, chaque rameur maniait quelque- 
fois deux avirons qui s'a[»puyaienl sur les deux bords du bAti- 
ment. Thucydide (2) appelle nu de ces bateaux txxs^Tiov djjt^ixdv, 
et le Scoliaste nous apprend que c'était nue barque armée d^avi- 

ancienê, adopto pour la reconetniction de la trière le système de Barras de U 
Penne, d'après lequel u les thranîtes. loa zygites et les tbalamites n'étaient 
]MiS pUcds sur de^ gradins distiitcLs . Us dtaicot rangea les uns devant les au- 
tres, Biu' toute la longuciir du navire. •> Ils ne se trouvaient (kis tous k la m^me 
hauteur; les Ibranites uu rameurs de [ruupe fêtaient les plus <^lev(5B , le^ ihala- 
miles ou rameurs de proue les plus bas. n Cette différente (Slrfvalion des rameurs 
produisait t'inôgalilé des rames : les Lhalamiles maniaient lus plus courtes, les 
Ihranites les plus longues. ■ l/autcur ajoute : <« il ne m'avait pas encore ëté 
donné connaissance des manuscrits du sieur Barras de la Penne que dc^Jh mon 
insUnct de marin s'était spontanément arr(it<5 h la solution dans laquelle se 
complaisait, en 1715, la vieille expr^rience du capitaine des galiTAS du roi. n 
{Hevut des UetU' K ondes . tome 30, la doc. I87ti). U dit (îgalemenl. tome 32. 
15 mars 1879 : ■< Jusipi 'b prdsf-ut nous n'avons rien rencontr^ï sur notre route 
qui nous permette de supposer qu'il exislAt une dilTérence quelconque entre la 
marine de l'antiquitt* et ta marine du moyen Age. •> Evidemment la route 
suivie par M. Jurifn do la Gravi^re ne l'a pas conduit dans le domaine de 
l'archéologie navale. Ailleurs, t. 35. 15 octobre 1879, il considère la quia- 
quc^rème comme « une galhre sur laquelle chaque aviron se trouve manoeuvré 
par cinq rameurs. » 

{X) Argon., 1 . 395 : 

wXïitSoK (tèv icpt5ta icé.ï.ut itstioip^Tovro , 
dtvfip' ivTvvoE|iivw Soif^i [iiav ' fx l'àpa |iC99T)V 
{ip£ov *Upxx).îii xal ^,(>ûb»v dTsp d>X(ov 
"Aptaiv. 

(î) IV, 07. bcol. : îi/oiAptov éxatépwftev ipwffô^ievov . it ^ ^tftvTo; twv £Xttuvôv¥w> 



LBS RAMES. 



127 



rons de chaque coté et dans laquelle chaque rameur on manœu- 
vrait doux. Nous trouvons dans Hésyrhius rattestalioii do cet 
usage (I); mais, si nous en croyons une plaisanterie obscfcno 
d'Aristophane (2), il était considéré comme fort incommode, et 
du roslo on ne pouvait raîipîi(|uor qu'à do très petits navires. 

Tous les bAtimeuts de guerre grecs de l'époque priraiiive sont 
construits selon le système décj'it par Apollonius de Hhodes ix)ur 
le navire Argo. Ils ont deux files horizontales de rameurs, une le 
long de cha^jue bord, et, comme le nombre île ces rameurs varie, 
leur nom est formé d'un nom deinjnjbre rpii en indique le chiffre 
ot du suffixe opoç. Ainsi Poilus nous parle (3) d'HécalonLoros , do 
Penlckonlores, d'Eikosores; ce sont des banques qui ont le long de 
rhaque boi'd cinquante, vin^»t-cinq ou dix rameurs. Nous trouvons 
on effat dnns le»Anecdota d*I. Bekker (4) cette définition de l'Eiko- 
»re : « C'est un navire qui a vin^t rameurs, comme la Penté- 
intore en a cin(iuanle et la Triakontore Ironie. » Cotte expliai- 
tion est confirmée par le Scoliaste de Thucydide (5), par Suidas , 
par Harpokralion (G), fiarlo Grand Etymolo;;. (7). Chaque rameur 
ne maniait qu'un aviron. Si nous rapprochons la définition que 
donnent Suidas (8), le Grand Etymolog. (1)} et tlésychius (10) do 
IVuoffofoc de celle que nous trouvons dans EusLathe (llj, nous 
voyons qu'on disait indifféromment : «vingt rameurs» ou « viii^t 
krirons. ^ Ceci exclut l'idée que la rame filL manœuvrée i^ar plu- 
Sieurs hommes, et d'autre part la vue des monuments figurés no 
{lOrmct pas do croire que les rames fussent acconplées à tant par 
banc. En efi'et , nous apei'cevons au-dessus du bord les rameurs, 



(I) S. V. : à^iftpn; • vJJfi; &|ji70TifK»4Ev 4p|j.w(ievai ^ Êpt'jaûiitvai. S. v. : &(jifTi- 
p>tx^ dnériov * )i;<7Tpix<>v, iv ^ cl; i).acvvetSûo xûiroc. 

i^i Ud jeune bomme (|u'un veut obliger b satisfaire deux vieilles s'écrie , 
J^^icntu.. V. lUVO : 

nû; oùv Atxwn&îv à{i9{iTipa( {uvi^70(Aac ; 
(3) 1 . 82 : ixattivKpo; , ncvrr.xôvTOpo; , etxoaopo;. 
(♦.1 I'. Î46, 2'2 : eixàTop'îv vaOv ■ ti^v (ma eïxoaiv spKi7*T0|jivYiv va&v , &<mep itw- 

mWVTOpOV >iYOjitv TTjv Ù1C6 «6VTT11C0VT« X«i TpiUXOVtOpOV X^\ Offà TptdbtOVÏQL 

(&} I, W ffivTT.xovtopô; iTTi vaû; ii-rth rKvnîxovtoi èp«<jTO|j.tvT,. 

(G) $ui(1. et Harpokmt. s. v. iccvTTixôvTOfx^;. 

(T) H. V. 1 ipcrr,; * ... xgii ttevn^xbvropo; vaû; ^ ixw9% iccvt^vta épéroc. 

(V) S. V. : ifiKÔrïopo; vaOc ' xol ittxo^Qpoio vnô; - \f^ slxgasotaonou. 

{I}) ï$. V» . UtxoaôpotG. 

(10) 8. V. : clxtKrûpoio. 

(IIJ IG3J, 28 ' ipiAfivda 4i ToO u Uixôoopo; » to icUooiv ÎTafpou; i^*^^ ipi?9ovT0K 



LA TRIÈRS ATHÉNIENNE. 

à distances égales les uns les autres , formant une longue rang< 
horizontale et maniant cliacun un avifou passé par-dessus lo 
bord (!}, 

Il est utile d'avoir pn^sents h l'osprit ces di^buts des constmc- 
tions navales rhez les Grecs , pour se rendre compte des perl'ec- 
tioniiuraents qu'on y apporta dans la suite et qui transformèrent 
les bawjuos primitives en navires beaucoup plus petits et moins 
puissants que les nôtres, mais soigneusemeut aménagés et qui 
portent au (dus haut degré la marque du génie gi*oc. La simpli- 
cité des moyens et leur ingénieuse adaptation à la fin proposée 
font de ces navires do véritables chefs-d'rpuvre. 

Dans le bateau [irimitif . si l'on voulait obtenir une force mo- 
trice plus considérable, il fallait de toute nécessité augmenter lo 
nombre dos rameurs rangiVs le long des flancs du navire. MJîa cet 
accroissement avait une limite qu'on atteignait vite, sous [>oino 
de doinier au bAtiment une longueai* disproportionnée , ce qui 
aurait présenté de graves incouvénieiïls. On songai donc à super- 
poser les files de rameurs : l'on eut dès lors une nouvelle classe 
do navires, plus compliqués que les précédents, et qu'on dési- 
gnait par dos mois formés d'un nom de nombre et du sufUxe 
TipTîç; l'on alla ainsi depuis la (Aovi^pTriç , la Str^pTiç , la Tpt>îp7iç , etc..., 
jusqu'aux îxxottSexTlpetî de Dôuiéti-ios Poliorkélès et à la -nffoapaxov- 
Tr'pïjî de Ptolôméc Philopator. Ici le nom de nombre désignait 
non plus la quantité des rameurs, mais colle des rangs de rames 
su|ierposés. Ces mngs s'appelaient (myot ou rûtpîo'ijiaT» (2). 11 y on 
avait nalurolleraent trois dans la trière, et les rameurs qui les 
coinposaienl jtorU'iienl les noms de Op'jevÎT»!, do l^\r(iQi ou Çu^înt, et 
de (hEÀdffxtot, OaWÏTat ou 0«>«(j.axeç. Los [ii'ouvcs de la superposition 
des raugs de rameurs dans la marine militaire grecque sont si 
explicites el si abondantes qu'il serait h peine utile d'insister, s'il 
ne s'était trouvé, il y a quarante ans k i>eino, des gens qui , 
comme Jal, ont louglomps refusé de se rendre â cette idée. Quant à 
l'amiral Jurien do La Gravière, il a (>ris parti dans la qucsliou sans 
examii»er sérieusenionl les sources. Le Scoliaste d'Elieu cité par 
Graser (3) dit en effet : u La triakonlore et la tessarakontore sont 



(I) Dans Thncyd.. U, ai, li?s PdupontVien» traversent rnpidcincnl l'isthme 
(Je Korinlhc peiidaut In nuit iM chaque rameur {Kirlu Sit rame. 
Çli pull-, I, 'J3 ; ol 8é cri^oi twv x«i»T:wv Tapiùiiaxa xDoûvTaL 
(3) Ùr H. N., i^ : u f, Tpt«x6«o?o; xal Têa^rapaxovTofo; ^^"«4 x»Tà tô KXfJQa: 
lùv x'iyr.h^y , jj pxrff\çfrii xal Sti^pvi; xal éffi^t; xatd toÙw orix^^ ^^^ ^^^ ^^ 'H^C 



LBB HAMBH. 



m 



ainsi npram6es du nombre de leurs rames , la raonèrc, la dière, 
e*c... du nombre dos raiips de rames su|torpo8t>s on hauteur. » 
passaKO indique dairemont tjue les divers rangs do raineui*s 
ient à nue hauteur dilfêrento; mais Ton iiourrail à la ri.^ueur 
admuUre qu'il» élaionl disposes sur une sorte d*estrade élevée sur 
1p [Kiiil du navii-e el iiirlinôe do façon tjue les rameurs de la pro- 
mièi'O nie fusstMit tout |nùs du plal-Lord, ceux de la socondo 
un pou {ÛQS éloignés ot assis plus haut et ainsi de suit^. Voilà 
ixjuniuoi Ion n'en peut rien conclure d'absolument pi*écib, non 
plus que du pass;ige de Thucydide (I), dans lequel il est dit qu'au 
moment do l'expédition de Sicile les Iriéranpies ajoutèrent de leur 
argent un supplénienl à la solde des Ihranilos, parce quo, fait ob- 
_s«rver lu St-oliasto, « ceux-ci employant dos rames plus longues 
lient plus do jKiinc que les autres. » Le passage du Grind Ety- 
iolog.(2;, d'apn'^s loiïuel on nommait OaUjAio; le i-ameur placé le 
du«b.-tii, str^toç colni du milieu cl ôp«v(Tr^; lu [dus rievé, nous laisse 
lemeut dans le vague et dans rinceriiiude. SuidîLs f3) dit la 
\me chose, U peu pW'S dans les méme.s lormos, ainsi qn'Hésy- 
cbius (4/, L'asscnioM do Pansanias cité par Euslalhe [5) pourrait 
Icmenl donner liou k des discussions. « Le thranite a lo siôgo 
plus élevé ; le second est occupé par lo xygius , et le Iroisièmo 
par le »«Xiatoç. j> Eustallie est fdus explicite quand il rap[*ellû (6) 
que les OaXotiitTat ou OaÀâjjt^x*; étaient a7(-(/ciïo»4- dos ôp^vï-n» , bien 
qu'ici encore le mot puisse paraître pnîter à [ilusieurs inlerpréla- 
lions. Il n'en e,^l |ki8 de mt^me du passage ainsi conçu du Scoliaste 
d'Art:f^tophane (7) : « Oji appelle .proprement OiXauta lo sabord do 
nago qui, d.ins lo navire, se trouve à In [Kirlio intérieure. » 

En effet, les monuments Ûgurés nous monlreid plusieui-s rangs 
do HaiiordH su£>er[i0:^és qui doivent nécossairemeni correspoudre à 



it) Vi, 31. bcol. ad h. i. : q\ ik ftpavTTXi, (ietà piaxpoTipoiv KwnAv ipérrovTC(, 
{1) H. V. :0»)«^.;ôioi (l.Oaiiniai) xtlmat ■ ... ô x^-rùrfato; ipivfii OaXdpiiO; Uifttai, 
(3) ti. V. : ftpavlrrt; >.£(^; - ... tcAv yap épetTÔvttûv ol fitv âvu ftpavlTOii XiyovTli, ot 

Ifct'KK Cviv>ï, i Si ivt>'»TaT9; Qf^vt-nj;. S. V. : QoiXd|jLiat xw-nai * a( xaitrciTt» - x«î ol 



fID Falff, V. Vli'l : TiM^iua y^P ^ ^é.tu r^; vcû; TpMT>.n Oaùaii.tai Xr^ftai. 



130 



LA. TRIÈRB ATHÉNIENNE. 



des files «Je rameuiij étagêca iiitérieuromeal le long du flanc du 
navire, de sorte iiue, si l'on considère la carène à pai-tir de la ligne 
d'eau jusqu'au pont, il faut so figurer dorriôro le bordage el dans 
touLe la hauteur du bâtiment des files de ranieui'S placées les unes 
au-dessus des autres. C'est ce que rondeuL parfaitement clair les 
expi-essions du Scnliaste d'Aristophaiio (1) : « On aiijielle ôaiXafia; 
l'homme qui rame à la partie inférieure de la trière. Les dyXiiMouç 
recevaient une solde ]ilus faible que les rameurs des autres divi- 
sions, ijarco iju'ils se servaient de rames rourLes, iHant plus prfes 
do l'eau. Il y avait trois divisions de rameurs : colle d'en bas, les 
thalamites ; celle du milieu, les zygitos; celle d'en haut, Ie& thra- 
nitos. H Ainsi los files de rameurs sont disposées le long du liane du 
naviœ, qui, comme nous l'apprend Pollux (2), était dinsé en trois 
parties dans sa hauteur. » Le thalamos , c'est Tondi^oit ou rament 
les thalaraioi ; les parties moyennes du navire s'apjKilleul zygu; 
c'est l('i que sont assis les zygioi ; autour dn pont est le OpSvoc, 
siège des thranitos. v 

Après avoir indiqué la façon dont on formait les noms de toute 
cotte classe do navires , il faut en mentionner d'auti-os que portaient 
les bâtiments des trois premiers degrés de celte classe et qui soiiti 
instructifs. La monère, la dière et la trière étaient aussi appelées 
|jtovd)tpoTo; , ûLXfOToc, TpfxpoToc. « On nomme oûcpoTo;, disent les Lex. 
rkei. d*L Bekkcr ('À) y le uavire qui a deux rangs de rameurs, 
comme la trièi-e en a trois. » Lo mot fait bien comprendre la nature 
du btUimeut ; on oflet, dans Ja StxpoToç , ou voyait très nettement 
les deux rangées de rames frapijer la mer de leurs pales à une 
distance difl'érente de la paroi du navire , et Xénophon (4) a pu 



(1) Grtnouili. , v, It06 : ttït 9a>d|iaxi ' x^ xuicvi^QtxoOvTi iv t^ xkw i^LCpci TiK 
Tpir,(>ou;. 01 li loOtà^axe; ôXyov i>(ipL6avov [itoBàv ôta tô xo>.o£aï; y^piîffdai xcôtrai; 
Tcapdt Ta; àXXoQ ["zptU] Tfl(U« twv èptt(ii> Ôtt (jLâ»ôv tîoiv cyr^; tqv» CdaTOc ■ tiaory 21 
Tpct; Titei; T(ûv ipiTôiv ■ xal i^ [jiv xiTo) baXa{itTat^ ^ de iuth ÇvYttott , i, îi drvu 
OpovtTau Le premier TpEï; est à supprimer cl provient éviiiemraenl d'une coo' ., 
fusion du copiste entre les deux membres de phrase semblables. Cf. Suid. s. v.^l 
OaXd^xec. ^1 

(2) l , S7 : xa>,otTO 5'àv xai Q^Xafto; o'j oi Oxiâjiiov éf.cT-;ouoiv t» &ï \Ucix t^ç 
viwç Çwtà, o4 ol C'JT^ût xdOirivrai xit iï TîËpi -jà xaTd-TTpwpix Ôpi-^; , où oi dpavÏTai. 
Cf. Arriea , Exp., VI , &, \ -. Sixpoiot... ta; xdTu» xùicc; ovx inl ico>ù Uo> iywmn] 

toù ÛdaTQÇ. 

(3) Ânecdot., p. 240. 9 : ^(xpoTo; voù; * ftixpoTo; vaûc éirtv *, Bûo *TTOt);*u; (sri- 
XW;?J ipKâv £](0U9a. wTittp Tpi^pn;r, TptU- Cf. Etym. Jfuyn. s. v. BixpoTo; vm«e, 
Btrab., Vil, 7. 6 -. xotl veûpi«, it oU &v£OY]xt Kat9«p r^v fiixavatav ixpftbtvtw^] 
dnô (iovoxpOTou m-'XP^ ârxi^ipou;. 

{\) BeUén., 'l, l, 18 : è<n|(iavcv 2; tàc vaQ; ^OcTvxsTà xpdtroc , 8tiaxcio»|MYi»v 



LES RAMHS. 



131 



employer les mots jAovoxfOToç et Sûcpvroç jioiir les applitjuer îi des 
trières gui sont surprii*es par l'ennemi , tandis que les équipages 
(Dt h terre, et qui demeurent pret^que dt^sarmées, les unes étant 
•nies seulement d'un rang, les autres de deux rangs de ramoui*s. 
Graser (I) explique bien pourquoi des noms composés do cette 
façon n'ont [kis servi à désigner les navire? d'un degré su[»érieur 
Atu tn^res. Kn cfTet, lorsqu'on regardait do profil un de ces Mti- 
nients, les rames se recouvi-ant réciproquement n'étaient pas toutes 
visibles, et Ton ne distin;;uait plus le coup frappé par la rame 
de la ijuatriènio rangée. Il |}Ouvait donc y avoir des Tetp^ipcic , des 
TKVTiiPfiç, etc.. ; mais l'œil du spectateur ne percevait que des 

TpgtfOTOt. 

Nous avons un ensemble im[»osant de preuves qui attestent, de 
façon a ne laisser aucun doute, que la trière était mise en mou- 
vement par trois rangs de rameurs superposés (2). Nous distin- 
guons, dans un certain nombre de monuments, les hommes du 
rang sufiérieur : les tbranites. Ils sont assis, comme nous l'indi- 
quent du resl« les textes (3), la tête tournée vei-s l'arrière et ra- 
ment par conséquent en ramenant l'aviron des deux mains vers 
la poitrine. C'est ce que montre l'inspection do la Irièi-e de 
l'At-ropoie (PI. III) et de celie du Cavalier dai Pozzo (PI. IV) (4); 



êft Twv i^^tirKtAv , al \tkt tûv veiAv StxpOT&t ^(Tfliv. al tk {lavâxpûTOi , at 5è iravTi).t3c 
X.IY3E. Dans AriatiJ., vol. I. p. 539, le mot triire n'a plus que le sens de navire 
de guerre : Tpti^pci; M toOtoi; OTrijpxsv Id£Tv StxpÔTOuc «al TptxpÔTov; x«î elc litxà 
xmi lie évvéa 9T0t;^c>u; 

(I) DtB./f.,iV 

(^) Un passatjG de l'Emp. Lôon, Taetka , XIX, g 7, 8 <p. 323, éd. de 
Meur«uis), di^crit Ir^s neUement pour les dromons la 5Uper|K>sition des deux 
rangs de rameurs alignas le long des |>arois du bf^timcnt. « "Exaittoc 6ï tûv ftpo- 
tiw*«im .. l/uv )Uv To; XcYotiivex; iXota^o^ fiOo , T7)v te xdtta) xat r^v dcvu, ixAtrrri tk 
tXwifo it^'^ta CwTO^C t6 iW/urtov tr^Tt xaï clxoviv . <v oU ot xu»nY)>tiTai xa(fiffH- 
Oûvrai... xaO'iva ftc aùrùv fiûo xaiit^a^tùua^ ol x(«Rt;)iaTOùvTec, fU piv 6tiià^ cU tï 
àpvntçA 

:3) lU ont les genoux ploies, comme nous l'apprend ceUe étymologic , er- 
ron6e du rc^tc, donnée par le Gr. Ktym. ; xXi^tfiec - ai tûv ipca96vtwv xaO^dpat , 
nsfs Ti^v x}^aiv tûv ^ovirciiv, ^v noioOvTxt ot xaflcCà^iivoi. Cf. Zon. s. v. x>intflcc. 

(Ij Graser. Àrch. Zeiiung , N. K. 7^*' Band \H7b , p. 71 et auiv.. ne donne 
enalheurcuwnient aucun d<5uil sur l'original aujourd'hui perdu qui a éxé dessiné 
par le Cavalier dol Poxzo. Plus on compare le dc&sin , mâuie avant les correc- 
tiona de Urasor. avec la trit>rc de l'Acropolo , plus on se sent disposé k admettre 
qne Tarant de navire reproduit un peu librement et avec des erreur» par le 
GATiiller dal Pozzo et ta tri^rc de l'Acropole ne formaient primitivement 
qu'un seul et même monument, brisé k une époque qui ne nous est pas 
connue. 



132 



LA TniÈHB ATHÉNIENNE. 



c'est ainsi du rosio que Virgile décrit la nage dans VEtiéide (I, 
« La mer écumo. déchirée qu'elle est par les avirons ramenés en 
arriôro et par los t'opérons h. trois [lointes. » M 

Mais nous avons besoin de renseignements plus précis qui nous " 
indiquent exactement la disposition des rangées de rameurs par 
rapport les unes aux autms. En effet, certains érudits ont pré- 
tendu que les rang;? de rameurs étaient séparés par des [lonts; 
d'autres, que ces divers rangs n'étaient point placés porpendicii-l 
lairement les uns au-dessus des autres, mais qu'ils (itaient d'au- 
tant plus rapprochés de l'axe du bAtimenl qu'ils éUiienl plus 
élevés. Enfin , ni on les supj)Ose perpendiculaires , de telle façon' 
que les rameurs de cbacune des trois files soient exaclemenl au- 
dessus les uns des autres en suivant la verticale, on est embar- 
rassé par la hauteur qu'il faut assigner k la paroi du navire. 

Ces questions ne laissent pas que d'Ôtro délicates ; en effet , les 
monuments figurés ne nous prôsoutanl jamais que l'extérieur do 
la trière , nous ne pouvons, dans les cas les plus favorables, aper- 
cevoir que la imrlio supérieure du corps des Ihranites. Les zygites 
et les thnlamiles sont toujours soustraits à nos r0iraï*ds ; et, pour 
nous rendre compte de leur position, nous en sommen réduits à 
former do5 conjectures d'après la place des saboi-d;? de nage. Ou 
pourrait être induit ù supposer que les trièrcs étaient des vais- 
seaux .'i trois ponts et que chaque [lont supportait une ranf.;ée de 
rameurs. Lo Grand Etymolog. (2) nous apprend qu'ApoUodoi-e ap- 
pelait fiiëres et trières dos navires i\ deux et à trois ponts. Mais cette 
glose ne peut s'appliquer à l'époque qui nous occupe. En effet, 
dans les moiiumeuts figurés , dans la trière de l'Acropole par 
exemple, la distance verticale enti-e le point où chacun des avi- 
rons sort du fianc du navire est trop petite pour que les rameur» 
puissent or.nuper, dans Tintérieur, différents étages séparés par des 
pouts (3). Ensuite > quand nous examinerons au moyen de qud 
gystL'me les rameurs étaient supcritosés dans Tintérieur du bAti- 



(I) vm. ¥.689. 

Una orones ruere ac tutum âpumare revuUis 
(k)nvulsum remis rostris^iuo tridenlibua ie4|uor. 

{1) 6. T. : di^pT); ' ... >ito>X6âb>poc fia xst tàc vkù; t«c Ix'où'jaLi Mo t Mil Tpctc 
vnrfoi fit^pti; xai Tpt^pcK Xrrit. Uf. Zoiiar. a. v. lifjÇiK. 

{:\) G. Ucn/ea, Ànnali deW ln4ttlulo..,, t. 33. IMil , p. 31*1), croU encore que 
dan« Ift trirre He l'Acropole lea trois rangs de ranieure sont iépar<^ft por des 
ponts. H.-.I. HuUei*. PhUologu* . l. Ï9. I8f»3. p. 568 et suiv., Boparo Je* zygilM 
d«s thulAmitca par un pont. Ctsl le système qui a iHti auivi par M. Oupiijr 
<ie L6me daûs la trirème conslrutte aux frais de l'empereur Napoléon Ul. 



LBS riAUBS. 



133 



ment, nous verrons que ce système asL lout à fait indépeudiuit de 
la construction du pont lui-mt^me. Enfin , dans les Grenouilles 
d'Aristophane (t), Dionysos, pai'lant des mœurs grossières des 
vieux marins d'Atiiènes el émimôrant (luoUpies-uncs de leurs ha- 
bitudes, ajoute : xal TrsooTcafottvY'ti; tÔ orojA* lôi OaÀotfxotxi. Gl*aser, s'eni- 
pfiraiil de celte plaisanterie obscèiie , on a conclu (ju'il 6Uùt im- 
possible qu'il y eiil des planchers outre les rangs do rameurs, que 
ces rangs devaient étro oxactenient perpendiculaii*es l'un h l'autre, 
mais que, dans chaque ûle horizontale, le rameur inférieur cor- 
respondant au rameur supérieur n'était pas verticalement au- 
►us de lui , mais un peu on arrière, et de telle façon qu'il eût 

tête à la hauteur du derrière de son camarade. Si doiic on tire 
une ligne passant par les sièges du premier thranite, du premier 
zygitc et du premier liialainilc OJi partant de la [)0Upe, on aura, 
non pas une verticale, mais une oblique. 

Examinons maintenant la trière de TAcropole. Nous voyons 
qu'en effet les avirons des diverses rangées horizontales no sont 
pas verticalement les unsau-dessonsdes autres, mats sur une ligne 
oblique. Si donc nous essayons de nous représenter les rameurs 
correspondants des diverees Qles, nous devrons les imaginer 
comme en arrière les uns des autres et en retraite à mesure qu'on 
descend, ce qui nous permet d'expliquer certaines gloses qui, 
IX)ur les érudits, ont )'»té cause de nombreuses erreurs ("2). Dana 
le iKissiige cilé plus haut, le Scoliasto d'Aristophano ajoute à sa 
dt^flnition (3) : « Ou appelle donc thranite le rameur ijui osl vers 
U poiii»e ; lygito cxïliti du milieu , et thalamios celui qui est vers 



(t) V. 1106. 

(31 L'arairnl JuHcn iIp In Oraviôro , nex^ue drt Dnix-Kondei , t. 33 , 15 juin 
\ti9, *c (ait l'ôctio d'une erreur dcpuîR loiigteiDps n-rulcc, quand il dit, en 
parUnt dt^ ihranKcs, di^s zy^iles et dos tliAlarnjtes : <• Cta trois dftsses n'ont pu, 
à tuon «4^08. constituer i:|uc trois poi tiuns du la cbiourino de$tio<*es h ae reliyer. 
KIttt f^uiienl dintnbnces, dans l'ordre oti je les ni noninides, de l'arri6re à 
r»irftnl. Liïfl bancs qu'occupaient Ic^ thranitcs prèa de la poupe, les /ygilesau 
ecjitre, les thalaïuites h la proue Otaicnt'ils de niveau? Y avait-il au contraire 

un reftuut h chacune des trois divisions de la vogue? J'inelinoruij... k 

écarter cette concession iu>>uie. La Iriêre , suivant moi , n'a étû qu'une pcnté* 
ecmtore à couverte... » C'est \k une opinion qui ne i>eut plus Otre soutenue en 
préMncc du ti?ni«>ignagc concordnnt de*^ textes et des monuments figurés. 

9fii^,)imd, s. v. Oi>a(L3xcc ' ••• 4 ftpacitij; 4 npi; nlt> itpûtiva'v. 8. v 'i^avirriç 
ttr,; A Ttpùi T^v Tîpûiivav . CuifWiî; 6 ^ao; . Ua).i(iiQ; 6 Ttf»6« rç itpùpau Zonar. : 



134 



I^ TRIÈHB ATHÉNIENNE. 



la proue , >• explication qiio nous retrouvons dans Suidas et dansi 
Zonaras, et qui est parfaitement conforme à la réalité des faits. Si] 
nous prenons les rameurs non [»Ius par Aies horizontales, mais par' 
séries obliques, comme nous riiidiipio la disposition des ramos,.] 
nous voyons que le premier thranilo est plus voisin do la poupe] 
que le premier zygîte, el- que le premier zys^ite, k son tour^ est 
plus voisin de la poupe que le premier thalamilo. U en est do 
môme si nous prenons les séries suivantes, celles qui sont formées, 
par le deuxième thraiiiie, le dcnxii/nio zyî<itc, le deuxième thala-i 
mite, par le troisième thranite, le troisième zygite et le troisi&ma 
iha]amit6i et ainsi de suite. On pouvait donc dire d'une façoni 
générale : le Lhivinite est le rameur le plus rapproché de ^arri^^e, 
le zygite occupe une position inLerraédiaire et le thalamite est 
le plus rapproché de l'avant. Les deux oxplicaLions citées par le 
Scoliasto d'Aristophane ne se contredisent pas» elles se r.omplîi- 
tent ; telle est la solution très rationnelle et tr(>s simple d'un pro- 
blème resté longtemps insoluble. 

11 est très intéressant pour nous de chercher à connaître le nom- 
bre des rameurs composant chaque file horizonlale, les séries 
obliques étant naturellemeut de deux hommes dans la dière , de 
trois dans la trière, de quatre dans la tétrëro , et ainsi do suite. ^ 
Los monuments ne nous a[);»ronnent rien h cet égard ; les uns H 
en effet, comme la trière do l'Acropole, ue nous sont parvenus 
que mutilés; les autres se présentent dans des conditions telles 
qu'ils sont une image sommaire de la trière plutôt qu'un© repro- 
duction exacte. Le graveur eu médailles, étant donnée la surface ■ 
restreinte dont il disposait, ne pouvait représenter séparément" 
chacune des rames sans tomber dans une grande confusion. D se 
borne donc à indiipier arbitrairement un certain nombre d'avi- M 
rons, sans qu'il faille attacher d'importauce au chifFre loi-mÔme. ™ 
Heureusement les inscriptions navales nous donnent à ce sujet 
dos renseignements précis (I). Bœckh fait remarquer avec jus- 
tesse que si les chiffres donnés à ce sujet dans les inventaires des ^ 
arsenaux varient considérablement, c*est qu'il était rare que lesfl 
navires eussent leurs avirons au complot ; quand cela avait lieu, 
cette parlioularité était notée par la mention suivante : « ra^j^ 
IvnXi^c. ^ D'autre part, il est certain que l'Ëtat no fournissait 
qu'un aviron par rameur, et que, si les Iriérarques voulaient 
avoii- des rames de rechange, c'était à eux de se les procurer. 
Nous pouvons donc accepter, comme étant l'expression do la vé* 



(1) BoBckb, Urkundn p. U7-1S1. 



LES RAMES. 



!35 



filé, les chiffres les plus 61ev6s que nous doinienl nos inscriptions 
pour chaque rangée de rames et coiiduro, quand ces chilfres 
ne sont fias atteints, que l'armeuient de chaque flie n'est, pas au 
coTDplel. Or les nombres les plus élevés que nous rencontrions 
dans DOS inscriptions, c'est pour les rames thranites G2, pour les 
zygitcs 58, pour les thalamites 54 (1). Comme il n'y a aucune 
raison pour rejeter, ainsi que l'a fait r3œckh, le nombre 58 des l'a- 
mas Eygites, qui h la vérité ne nous est duuné qu'une fois, il 
faut conclui-e qu'il y avait de chaque côté de la trièi*e 31 rameurs 
thranites, 29 zygites, et. '21 thalamites, c'est-à-dire que chaque 
rang inférieur comptait deux rameurs de moins que le rang su- 
périeur. 

Re(Jortons-nons maintenant à la disposition que nous avons 
adoptée iK)ur les rameurs. Nous avons vu qno le premier thra- 
nite, le pi'cmier zygito et le premier thalamite , en partant de la 
|>oupc , 6t;iient en retraite les uns snr les autres et formaient 
une ligne oblique. Cette disiwsilion avait [»our premier avantage 
de diminuer l'espare qui devait exister entre les iiles horizontiilos : 
entre deux nmiours de la rangée supérieure, on pouvait loger le 
haut du corps d'un rameur de la rangée inférieure. Elle était en 
outre commandée par la structure mémo du Jiavire. En elFet , à 
mesure que, partant du nuître-bau, nous nous j'approchons de 
^a^ri^^e, les parois du navire convergent pour se réunir à l'étam- 
bot. Elles convergent égaicmentdans la direction voj'ticale en allant 
du pont à la quille, de suite que le navire devient plus élroil à 
mesure qu'on s'avance vers l'arrière ou qu'on descend vers la cale. 
Or, à rejiln^mitô de Tf^xtoTrov, il y a encore [»Iaco pour un rameur 
à la hauteur du pont : c'est là le siège du premier thrauitc; mais 



(I) Iç. àpx'. Intcr. 3146, col. t, I. 15, Oùaii-ïa; AAAJkTTirn. àSoxtfiou; 11; 1. 18, 
u[ai] AAAAmi, i5ÔKt^tu>t] mi; \.12, OaXot|i(ï; m, èÂoitt;iouc Hll; I. 31^ 
[nmKVi QpaivtTildv;! lÂHlMll, à5oxi|Mi III; 1. ^^ I^ut'I^ l^l'i i^>'»ii[ioi llll , UaXz- 
pi9i rîl. iftixitiot lUI- Jf duis avertir toulefois qtu* l'iç. &px- ^Mcr. I33(i, cvl. 1, 
t. 16 et suiv. donne Iv cbilTre ti4 comme CLont cului des ruines ttiranitcs : xùna , 
^9v(T\(6e;) lÀlAIIIl , tqOtwv dS6xi(tJ>ot) AAA Nous Uoiivons aussi le chifTre G 3 
AUribUl) deux fois aux rames Ihraniltis, Beilaye / et II su Mitth. d. arck. tnst., 
V, p. SI, col. t», ) \ti et SUIV. : xù»fîGK 9p[aJvi[TidjQL; |Â|A , ôdoxi^iov; III (le troi- 
aiànifl I e*t elfacé sur In pierroi mais 1» resUlutiun semble cvrUiiiie), ol 1. 38 
<tt«iliv. : KÛitx; •p[avtTi5jï; IIIAIII à5oxi^tou; (.. S'il n'y a pas erreur du Upirido 
<M du cupmlti , le ieal moyen de Koitlr de la dilIiculU^ osl le HuivatiL. Les triÈrcs 
doai il e9( ici qur^tiou Ayant leur;; avirons en mauvais i^tAl , on avait pu en 
ikire refaire ipinlques-tin» , «Ans supprimer complètement les avirons hors de 
service C'est ce qui expliquoriiit qu'il y en eût un ou doux de plus que le nom- 
br> r^lemeotAîre. 

n. 



136 



I.A TUlfenE ATHÉNIENNE. 



plus bas les Haiirs du navire se resseri*eui , et Ton est obligé 
reiioWer sonsiblemenl vers le niiliou du navire le siëge du pre- 
mier zygite; do même pour celui du premier Ihaluraitc. IJ y a 
donc à cette extrémité de IVpcwTrov un zygite cl doux thalamilcs 
de moins. Co. »jue nous venons de dirr» île l'.u'riL'i'O est également 
vi*ai de l'avant ; là aussi la rangée des Ihalamites ue peut 
pas s'élendi-o aussi loin que celle des zygiles, et celle des zygilcs 
que celle dos Ihi'auiLcs. 11 y a donc .'i celte extiVimité de Tf^ocwitov, 
comme h l'anlro, un zygite et deux ilialamiles de moins, ce qui 
explique ]iart'aiLcmeut la proportion décroissante donnée par nos 
inscriptions : 31 ihranites, '2!) zygites, 27 Ihalamites (I). 

G*est de cotte particularité que se sont quelquefois servi les 
artistes anciens pour reproduire nn navire d'un nombre donné 
de rangs de rames |?). Pour la trière, p;»r exemple, ils figuraient à 
l'avanl et h Vavvi'ovc trois rames de longueurs dilTérenles. On con- 
çoit que pour représenter l'extrême complication des avirons, ils 
fussent obligés de recourir à dos moyens approximatifs. En oITet, 
une trière vue de jirofil offrait à TiPil trois séries de rames sortant 
de saboids de nage placés îi des hauteurs diiféreutes et plongeant 
dans Teau à des dist^inces diverses du navira. C'était là un effet 
de i»crs[>eçlive presque impossible h rendre sur une monnaie, sur 
une pieri'e gravée et très difficile à faire comprendre sur un bas- 
relief. Aussi quelquefois les artistes se borneal-ils à nous montrer 
une série compacte de rames toutes sur le même plan et qu'il faut 
remettre k leurs [)lans ros[rôctils par l'imagination pour qu'elles 
puissent se mouvoir. Parfois aussi l'artiste groupe les rames do 
façon qu'elles se détachent doux [>ar doux si c'est une di^re, 
trois par trois si c'est une tiiôre, et (ju'i! y ait un esj»;ice vide 
entre les groupes. Knfiu, il poul encore, ce qui du reste est le 
contraii-e de la vérité, supposer que les rames des rangs supé- 
rieurs snnl plus courtes que celles des rajïgs inférieurs; aloi-s 
roxlrémité de celles-ci se n^onlre au-dessous de l'extrémité de 
celles-là, comme cela a lieu dans le relief du musée Bourbon, 
fig, 17. Dans tous les cas, et c'est une vérité dont il faut bien se 
péuéli'er, ce ne sont là que dos à peu près auxquels l'artiste a 



(I) Il non esi pas (onjotirs ;iinsi t\nn^ les nnviics de la colonne Tnijane 
(W. l'rcchner, t. '2. pi, 71). La biW-ine repr«?senlêe t. 3, pi. 109, a bien, cuinme 
d«rnl**i*e rorac vers l'avant . une rame Ihrnnite . mais sur la iririme repr(^t?nl<*e 
intVne plaiirbç. on trouve, en partant do l'ayant, nne rame thalamiu?. puis uuti 
zygile , puis une ihranitr. 

(ît Orrt«wr. Ole Gifmmfn , p T. et 7 




LES RAM£S, 



137 

'objet à re- 



rdcours pour surmonter les diiliciiltés iubéreutes à 

râsenter. 

A tous les reiiseiguements déjà recueillis il faut ajouter un 
Uixlc pré<^icux qui nous fait coiinatlro la distance i]ui existait ou- 
tre deux rameurs de la rangoe horizoiU;i]e supérieure. Vitruve (1) 
dit que , de même que le corjis humain ost nu tout symétrique 

• eulrc les paj-ties duquel il existe des proportious (lxcs,.do môme, 
dans les constructions sorties des mains des hommes, certains 
membres peuvent faire retrouver les dimensions de tous les au- 

ttres. Ainsi toutes les dimensions d'un navire peuvent se déduire 
de Tospace compris entre deux lolets, qui est de deux coudées 
ou trois pieds, « in iiavibns ex inlersralmio, quod Si-oiyaùc^ dici- 
lui*. » Ai»pliquous ce [trincipe c't la trière : nous savons qu'il y 
avait 31 tolels thranites, ce qui fait 30 inlcrscahnia ; or 30 X 3 
= 90. Si maintenant nous ajoutons deux iiieds do plus vers l'ar- 
riére, afln que le [n-emier thranite ail de quoi étendre ses bras et 
ses jambes et deux autres pieds vei*s l'avant aflu que le dernier 
Ibranito piU se renverser en arrière dans le mouvement de la 
nage, nous arrivons à ce résultat que l'ryxwTrov d'une trièi*e mesu- 
rait à Six partie supérieure 94 pieds de long. Il va de soi que la 
distance entre les rameurs des rangées inférieures devait être 
également de trois pieds. 

liC j:»assago de Vitruve vise plus particuliiîrement les trières 
aphractes, qui seules avaient des tolets; mais quand nous aurons 
examiné ce qui dislingue celles-ci des kalaphrartes, nous verrons 
que rien n'empêche de l'appliquer également à ces dernières (2). 
'4çp«xT0î sijfuifie : <t qui est ouvert, qui n'est pas défendu, ^ tandis 
que jwtTâ^fïKTo; veut dire le conUaire, On a pensé qu'en op[»osaul 
les navires aphractes aux kataphractes (3), les anciens voulaient 
faire la différence entre les bateaux poutés et roux qui ne 
l'étaient pas. Mais un bateau ponté s'appelait ^(rreYotajuvov icXoTov. 
Dans un discmirs d'Anliphpn (4), l'accusé raconte qu'allant de 
Mytiléue à /Knos il a été obligé de changer de bateau sur un 
point du trajet, parce qu'il montait une barque non pontée et 
qu'il était incommodé par la pluie : >• iv ^ (jiv yip J^cXiofiiv , 



(Ijl.î. 

(t) V. lur la auosUon GrM«r. Oe R. S., | 13 cl suiv.. et DU Gmmm,>., p. 5 

(3) C. I. Cr,, VoL 2 . p. 39?. n" :blb . i : K « Taîç d^f^toi; *«! taïç ii«t«- 



138 LA TnifeRE ATHÉNIENNK. 

^wtï tqcût' ^v, " M. A, Duiuonl, dans son récent ouvrage sur 
VEph^ble (I), croit que les aphractes sont dos vaisseaux non armés, 
c'osl-;Wlire «jui iï*ont pas du machines do f5'UCiTC, tandis que 
Iris kiitapliraclcs imï otaioiit punrvus. M.iis PoHux, dans le passage 
sur lequel s'appuie vi-aisemblablcment Taul^jur (2), dit simple- 
ment que quand le navire est kaLiphraclo, on y construit douï 
tourelles; ces deux lourellos sont donc un accessoire du navire 
katnphracte, et non ce qui le constitue. Nous trouvons le mot' 
xaToifppatxToç appliqué, dans d'autres circons(ancas, A des soldats, h 
des cavaliers, à dos chevaux iiardés do fer et portant une armui-o 
complète qui les mettait absolument à l'abri dos coups (3). Or les 
vaissoiiux lon^'s dans les moiuimonts fipurôs se partagent on doux 
classes bien distinctes : dans les uns nous A'oyons lo haut du corps 
des rameurs supérieurs par-depsus ]o plat-bord; ils sont pontés 
et le pont s'étend entre les deux files des ramcuis supérieurs; 
mais ils ne sont ni fermés ni défendus, puisijuc toute une partie 
do l'équipage reste à découvert. Dans les autres, les avirons sor- 
tent par des sabords pmtiqués au-dessous do la i»arodos, et les 
rameurs sont compK>tûmoiit défendus par les parois pleines du 
navire qui rcjoi^nicnl lo pont au-dessus do leur télé. Connue lo 
soldat kalaphracle est invisible dans son armure do fer, ainsi les 
rameurs sont absolument enfermés dans l'intérjeur du bâliroeut. 
Le Scol. rie Thucydide 0) et les lexicographes expliquent xaT»- 
fpoMTei par «wvwwjxiva , c'est-à-dire garnis de planches. Ce revote- 
mont on planches montait latéralomcnt jus^^u'au-dcssus de la loto 
des rameurs qui, [»areu haut, étaient recouverts ]»;ïr le pont. Aussi 
Eustatlio (5) appliquo-t-il ce mot de jta-raîppaxTo; c'i une barque, dont 



{\\ Cifai ffvr i'Ephibie attiquf^ t. t, ch. 3, g 4 et la note. 

(2) 1 . 92 ; iiv 8'r, xatriippixxTov ti tïXoîov , inivtn^ffïîvoûvtat itvpY^'^X'** • ^^ 
«Crtûv TtvpYÎ^ta Suo. 1, 1 19 Pollux se borne h citer parini les navires de combat 
vordf paxTa nXota. 

(3) Eustutb., 907, 49 : ot napà toEc 'JTrtpov >fiYO|icvoi xard^paxtot , «rtp^nk tf 
icavonX{^ TivxoiCipwvoi. t20l , 32 -■ éx KoXaiTâfuv yàp ttt&fip*^ ^vav «at ot Inrot xa- 

TdçpoXTùl. 

(i) Tbuc, 1, 10 : 0Ù3* ai ta TtXoïa xaTttfpaxta l/ovroî. — ScoI. ; oûx tjv, Ç7ï«i, 
«noûcvtSti>(j.ivix Ta irXoTa. wore xàx<a pi-v Tiôévai toi Qff)a, otvtftv; 2è 4vti> ^tiyctv. — 
Suid. dit la mc^iue ctiusc s. v. ic>oïï xaTâ^paxta. Ia un de cette ^losc est Irèfi 
olMCure, il moins que par ôtiXa, qui sit;niflc d'une façon gt^némlc les agrès, oa 
n'enicnde ici uniiiuenrmnt les rames. Le sens est alors qu7i bord det« kala- 
phraclcs les rameurs sont h l'intorieur du t>Atituent (xâtm) et le^ coialwttUnta 
sur te pont (dtvt»), ce qui Mt la vérité. 



LISS tUMSS. 



t39 



ôr^xhausîîe le plat-Imrd avoc dos paillassons pour «e garantir de 
l'invasion du Hot, conitno le font trncore îiujounl'tmi ]os marins 
grecs dans leurs c<iïques. Les planches massives, qui, exhaussant 
lohord, protégeaient latéralement les ranietirs et qu'on appelait 
tatxn'^fiL'xrai « formetures, n n'avaient donc aurun rapport avec le 
pont, encore moins avec les machines de guerre. On comprend 
maintenant la situation des rameurs et l'explication jiar ITt^sy- 
chius dû cetro métaphore : « xara-spaxtotç '^yjii; \\\ , des Ames plon- 
gées dans la nuit et qui no voient point l'avenir. » Maintenant, 
au point de vue technique, en quoi consistait la diffôrence de 
construction dos aphractes et des kataphmctes? La trière de 
l'Acropole , qui est aphracto, nous le fora parfaitemont compren- 
dre. Le bord du navire est placé au-dessous des rameur;^ thranitos 
etdoil<}tre supi>0!=é en arrière de la parodos, et k la nK^mo hau- 
teur ou h peu pH's. Du plal-ljonl s'iMancent les allonges qui pas- 
sent parwîessus la ti'te des rameurs et sont réunies parles haux 
qui support.'iient le pont. Dans la trièi-e aphr.icle, l'espace compris 
entre ces allonges restait ouvert, et par suite les thrauites. non 
plus que la tiMe des zygites, n'étaient pas [>rotêgês. Au contraire, 
dans les navires kaUiphracles, de grands hordages assujettis sur 
ces allonges fei-maiont complètement les jours qu'elles laisisaioîit 
enti-e elles. Potu* transformer la trière aphracte de l'Acroiwle 
en kataphraclo, il suffirait donc de boucher avec de grands pan- 
neaux l'espîice qui reste vide entre les allonges. Uraser ("21 croit 
que ces cloisons on planches étaient mobiles, et qu'on ne les 
appliquait à l'intérieur des allonges que pendant le combat. Lo 
reste du temps on les enlevait fionr donner aux ramt^urs de l'air 
el du jour. Les reprèsentations de navires aphractes no sont pas 
rares : un curieux exemple est une barque chypriote en terre 
cuite . très grossière et très yirimitive . d(! la ('oUection de M. Al- 
"t Barre (3). 1-e pont est supporté par des poteaux massifs qui 
mt sur le plat-boiil et laissent entre eux de larges ouvertu- 
Ces ouvertures seraioni fermées, si le navire était kata|)hracte. 
On voit que le.»* trières kataphracles se distinguaient dos aphractes 



towiv ivTev'itv Tol; vftUTtxoT; xa).3^T^ )i'>ftTÛai 4 iKstipwOtv nepi t« x^*^'! '**'^ 

(I, 8. V. : xonci9p«xTat; '{^at; - rat; i9V0Ti^|Uvaic xal |«r) tô (uX^ov ilSutmc. 

tî) Die Cemmfn , I. c. 

{3} Àniiifuitéê çTfcqutf, ftc CntAlo^ue illustré, pnr M Krtrhuer. PaiiB. Avril 
l«T8. 



t40 LA TRIÈRE ATHitNIBXNB. 

par un détail do ronstrnction qui avait son importance, mais 
qui n'oxigcait pas de dilT<-^rencoR sensible? dans la disposition dos 
rameurs. Rion u'ompècho donc d'appliquer aux vaisseaux kata- 
phracics les mesures indiquées par Vilruve {^onv les aphractes. 

Nous savons que Tospaco accordé aux rameurs h l'intérieur dos 
tribros était, (jxlrémenieiit restreint. Dans VEcononwfue de Xéno- 
pKon (I), Tschomachos raconte avec admiration sa visite Jiun;ïrand 
navire de commerce phénicien, et, après avoir éimméré tous les 
objets qui y trouvaient [ilare, il ajoute que l'espace tiu'ils occu- 
paient Il était gutro plus prand qu'une salle réfîulicre pouvant 
contenir dis lits. F.a place n'était pas moins ménagée aux hommes 
qu'aux marchandise». Notons à co sujet que les anciens n'avaient 
pas les mômes haliitudcs do confortable et de commodité que 
noiis. Los [dans des maisons antiques, taillés dans lo roc vif 
dos collines d'Athènes, nous '"'tonnent par leur exiguïté, ot 
nous font presque doulor qu'on pilt habiter des demeures si 
étroites. Do m(}mo nous savons que les rameurs n'occu[»aient dans 
les trières que l'espace striclemonl nécessaire. « Pour no pas 90 
gf^ner nnitnollenient, dit Xénophon (2), ils sont obligés d'observer 
dans tous leurs mouvemenis une régularité parfaite, lorsqu'ils 
s'asseyent, qu'ils se penchent en avant ou en arriére, qu'ils ga- 
gnent ou quittent leurs places. » Cicéron est encore plus explicite 
lorsqu'il dit (3) : « Quand un navire est armé ol équijté, on no 
peut ajouter un seul homme à réquii»ago (4). » [,os rameui-s oc- 
cupaient donc complètement tout l'espace qui leur était réservé, 
et, sous [(oinede s'ontre-choquer, ils ne devaient exérulor quo des 
mouvements symétriques et coordonnés. 

Indépendamment dos rames thranitos, zygilesot thalamites» les 
inscriptions navales nomment encore los xwTtat Tzi^l^ftt^ (5), qui 



(1) VIII , 13 : xat 6<Tii yiytii iyia Tcivra r>vx êv -noX)^ Ttvt |u(l^ovi /.wpqL incito 
is ÎHax).[vi() «ïtfy^ "^mJLÉîpv. 

(2) (Eton., VIII, i) : &ià xi St dX3o SXuirot à>).^>.oic ilfth ot £iir>éovTe; ?, îiéti 4v 
Tiîst tttv xiOrivtai, iv xéttt 5t KpovcjoyTtv , îv TiÇs*. d'àvaîrtnrousiv . êv tiUi â'tji- 
Sa(voui7t xal ixéaivoucri'v. 

(3) Vfrrin., livr. V, ch, b\. g 133 : > Ea est enim rutio inslnictanim ornitta- 
rumquc Daviutn. ut non inudo |>lufc<t, scd ue singiilî quiilciii possint iicce<lerc •• 

(4j Si l'on vYamino les birftmc» de la colonne Trajaiu», celle, |iar enompl^i 
que reprësoule la pi. 57 , l, î de l'ouvrage Je W. ï'ruîhner, on verra que le» 
rameurs sont scm's les uns conire les nulres au ilc!^ mi^mc <Ic toutes le» pos- 
»ibilit<îs. Mais l'cxA^ôralion m.*n»e ilc l'cirtislo ju^liQe ce point de vue que, dans 
la reconuitution do? navires antiques, il no fout laisser aux mmeura que l'es-j 
p«co slrictemenl ntVtwsaire. 

(5) BoîclEh. iJrkund.. p. \1\-\i\. Graser. De B. N., l Î9. 




» 



LES RAMBS. 

cUiient au nomhrc do tronte (IJ. Qu'ciileiiflait-on i>;ir là? I.o 
' ftcoJiaslc de Thiicydido ol les Juxic.ograithos ("2) nous apprenueiil 
quG Tttpîviw appliqih'' aux hommes signifie Ie< jhîisoiiiios c|iu sont 
k bord en sus de T^iiiiipape: appliqué aux agrès, ce sont les 
objets (jiii 110 ligurynl («is nérfissairemeut dans lo gri^omonl 
rcgïomontaice. [>«s iwôftai TOp£v«j> nVVliiiont donc pas des rames de 
rochaiifiÇC destinées h i*omplacor rollos qui se hrisaient pondant 
la traversée T mais une witégorio sp<'riaIo do rames qtrou em- 
ployait seulement en cas de nécessité et dans dos cir<:onst;inrea 
extraordiiiairos. FI faudrait se garder de croire ipi'il y oiU h 
bord des rameurs -rrept'vKîi, comme il y avait dos thranitcs. dos 
«ygiles et dos Ih.ilamitos. Los ramos Tcept'vsw étnieni maiiœuvrocs 
au besoin par les raatelûls, par les soldais de marine ou les sol- 
dais embaninés. en un mot, par tous les hommes du bowl qiii 
ne nKnraii>nf. point parmi les rameurs. C'est un service oxtraordi- 
nuire <|u'on lenrdoinandail au bosoin. Hccckh renonce l'i détermi- 
ner sur quel point du navire agissaient les xcôicoti mp^vtcj». Graser 
flit qu'on les nïanœuvrait du haut do la parodos; mais il admet 
.lilleurs (pio la parodos n'avait île chaque ct^té du navire qu'un 
rtcmi-pioil de largo. Ainsi, dans sou système, quoique ces ra- 
mes fussent fort longues, elles n'auraient on qu*iin demi-pied nu 
plus de leur longueur totale à l'intérieur du navire, ce qui devait 
en rendre le maniemonl trèsincommodo; il est plus vraiscniblablo 
qu'on les déplnrail au besoin , qu'on les trausport/»it, suivant les 
cas, où la n('»cessit<> le deniandait, mais que leur posto le plus 
nsnel ^tait la iwptîctpeaCa de l'avant ou de l'arrière. Elles n'avaient 
rtonc {»oint do place fixe et n'étaient point assisnéos h des rameurs 
inf{vt(j). Ce sont les seubîs dont la< inscriptions navales nous fas- 
î»nl connaître le^s dimensions. Elles mesuraient !) coudées Va. 
wit II pieds */, ^i'"^^ (3). 

En ré«umé, nous i>ouvons détluiro de c^tte discussion ttn cer- 
tiin nombre do rôsult.'Us déflnilivement acquis et qu'il semble 
difficile de contesler : d:ins la frièn» alhénienne» les r.imours sont 
nnu^s lo louK du bord eu files horizonlnles cl occu[M3nt tout 



Il T.j. àpx ■■ f*^"^- ^'*'^' ^^^- *■ * ** ■ «P*"**"; Ainilll. Moxtaoc I. Inser. 
1217. col ?, 1 3 : tti^Nem A>*, passim. 

(t) firnl. Thiir., I. lÔ : ntpivtwîl 'Vjz icjpiTTow; iv Ttj vtjl mvWra; . oîov 8oOXou:. 
%ni*i trcpiTToOc xii IUa T»')^' ûirripitiiûv xa't itpnitou; lOiùtzaz... Cf. 8uid Pi T*llftt. 
•• V. ^tplvtuK Phi)t. ; iccpWiiiK ■ 4 fltÛTip*; Xtrtàç %a\ irAvTA t« «ipiTT». Ct. H<S»yeh. 
C0fri(îi5 ifnpn*^ Phntiiis. 

O) T-f. ipy... /firrr. IHfi.coï. 1, I. U:nilpt«f.»i AAIIMU . 4iô)ti(iftv ! , twia- 
tiffit^ tud (nii6«nl(ji) I. Wid„ t. 50 : ncpive*.» I . iwt»irTx«wv nal itriOaiii^;. (wiifim. 



142 



LA TRIÈRE ATHÉNIENNE. 



l'/vxiijTEov; ces ranf^t'es sont au iiombro de trois, ot ceux qui les 
composent portent, en allant de hnul en bns^ les noms de thra- 
nites, zygites et thalamitos. Chaque rameur occupe un espace do 
ti*ois piocls de Ion;?, et ramoassis, In face tournée vers rarrièro. Les, 
lllos horizontales de rameurs sont toutes dans le mt^mc plan vertical 
elexaclemouL l'une au-dessus de Tautre; mais les rameurs corres^l 
pondants de chaque flie sont en retraite Tun sur l'autre. Il y avait 
62 thraniles, 58 zygites et 54 Ihalamites; ce qui donne, pour la 
longueur i\o IVyjtoï-ov , h sa partie supérieure, 94 pieds. Los files 
horizontales de rameurs soûl verticalement peu distantes l'une 
de l'auti-e, l'espaco à l'intérieur ilu navire étant ménagé avec beau- 
coup de p;ircimonic. L'i ditTéren ce entre les trières aph racles ol 
les trières kalaphracics consistait en ce que, dans les unes, les 
rameui-s sup*îriours étaient en partie .'i découvert, tandis que,| 
dans les autres, ils étaient prot^igcs latéralement par le bord du! 
navire exhaussé jusqu'au pont. La kataphraclo était complète- 
ment bordée , tandis que Taphractc no l'était que parliellomont. 
Le nombre des avirons du navire, qui était de 174, était com- 
plété par 30 avirons supplémoulaires appelés xwz«t Trcpivetfi. 

I 3. — Examen de l'hypothèse de Graser, 

Il est iautile d'exposer ici tous les systèmes mis en avant 
les érudits depuis le seizième siècle pour expliquer la disposition 
des rames h bord des trières et do discuter les opinions de Bayf , j 
de Scheffer, de Garli , de Moibom , de Leroy, de Bcrghaus, defl 
Bôttiger, de Mellvill, do MiiuiLoli, de Rondelet» de Jal, de Bœckh 
et do Smiih (I). Boruons-uous à examiner le système qui est le j 
mieux d'accoi'd avec les faits tels que nous venons do les rappor-^ 
ter, celui de Graser, devancé du reste dans ses traits .uénéraux • 
par les essais do restitution «le Palmorius, de Raphaèl Fabrelus 
et du père de la Maugoraye dans le Dictionnaire de Trévoux. I^e 
principal mérite de Graser est d'avoir donné à ces idées une réa-, 
lilé technique, et l'on peut adopter sa théorie sur la disposition 
des rameura à l^onl de la irière, on éliminant toutefois un certain] 
nombre d'erreurs qui s'y sont glissées. 

Il faut d'abord se rendre com|ite do la hauteur nécessaire à h 
superposition verticale dos trois rangs do rameurs, en no perdant 
pas de vue ce principe qtio l'espace doit être aussi rigoureuse-. 



(1] V. un r(!sani(( île ces upinioni dans Bœckh 
Graser, Ù9 H. A.. 9 71 et suiv. 



arkund,. p. 114-110. et cfauM 



LR8 BAUBS. 



143 



ment ménagé que jiossihlo. Un homme de Uiille moyenne , assis 
sur an siège d'un pied do haut, a besoin, ijour la partie sup6- 
rieure de sou corps, d'un pou moins de trois pieds de haut , soit 
n tout quatre pieds. Si doue les rameurs dos fllos horizontales 
taient vei'ticalement les uns au-iiessus des autres, les trois ran- 
gées occuperaient une hauteur verticale de douze pieds au moins; 
mais nous avons établi (jue chaque l'ameur inférieur est on retraite 
ur le rameur supérieur; supposon^i ce recul d'un pied. Mettons 
maintenant le sitiffO du ]Komier zygite, à partir de la poupe, 
à un pied en arrière du siège du premier Ihranito et h deux pieds 
au-dessous seulement en prenant la distnuce vorticnle. Comme 
entre le itreniier et le deuxième tUrani(o il y a un espace lihio, la 
du |trcmier zygilo peut s'y loger commodément ; elle est juste 
la hauteur du bas des reins du premier ihranito et à un pied en 
«rrièro. Le deuiième zygite est dans la nirme position à l'égard 
ieuxième thranite, et ainsi de suite. C'est également la po- 
iUon du premier ihalamice à Tégard du premier zygite , du 
d thalamile à l'égard du second zygite, et ainsi de suilo. 
savons qu'un rameur a besoin d'avoir les pieds forte- 
ment arc-boutés ; s'il est assis sur un siège d'un pied do haut 
et qu'il soit de taille ordinaire, il ira chercher son appui ii un 
pied environ au-dessous de son siège et h nue distance horizon- 
tale d'environ trois pieds. C'est dans celte position que Grasor 
Buppose les rameurs, les jambes étendues en avant. Seulement, 
pour avoir un peu plus d'espace , il mol k^s rameurs de chaque 
rangé-e, non [dus à trois, mats h quatre pieds l'un do l'autre. Cotte 
dérogation au texte do Vitruvc fausse tout son système, puisqu'il 
est obligé do donner à I'/yxwttov une trop grande longueur; il 
arrive ainsi k construire une trière d'une longueur disproportion- 
née et qui l'étonné lui-même à plusieurs reprises. 



Ltôtc 



du 



Fig. 86. 



Si l'on jetlo un coup d'œil sur la figure 86 , qui représente le 
»yslfeme de Graser roctifté et tel qu'on peut le déduire exactement 
du pMsago de Vitruvo , c'est-^i-dirc chaque homme n'occupant 



LA TRIËRB ATHfiNIBNNE. 

qu'une longueur horizontale do trois piods, on verni que, matgr! 
uno CûmijIir,;ilion aiiiarenlu, les rainenrs n'en .iv.iionl |vik moins 
tout Tespiicc nôcess-iiro A leurs mouvcmonts. Prônons par exemple 
lo [iremier zygito .'i pariir rie la prouo : il a pour lo haut do soa 
corps lin espace verlicvil de trois pieds, co qui est plus que sulR- 
sant; ses épaules et sa t<}to sont entre les jambes écarlôes du; 
premier Ihranite et d.ijis nu os|Kire vide. Il fant matn(en*^nt' 
observer qu'avi.r des ramos lon^îues et posantes comme celles^ 
dos trières, le mouvement do la vogue iio devait paç ùlre ai 
allongé (juMI peut IVtro dans des canots et avoc des rames légères. 
C'est du reste ce qui résullo de Texaraen de la trière ilo l'Acro- 
pole, où les rnmeurs, roprésenlôs dans un des mouvomeiUs ex- 
trêmes de la vogue, la pale des avirons rejelt'O aussi loin que 
possible vor-s la proue, ont les bras étendus, mais le corps îi peine 
projeté eu avant. Le premier zygite ne pouvait pas se pencher 
beaucoup on avant, parce que son front se serait heurté coutro 
le siège du second thranite , mais rien no rerapéchail de so' 
jeter on arriére, puisipi'il avait Ifi \\n espace libre entre les jam- 
bes du premier thranite; au moment du reste, ou il exécutait 
ce mouvcmonl, lo premier thranite on exécutait un tout à faxti 
analogue, puisque tous les rameurs obéissaient h un signrd. IjO 
premier zygilc se renvei-sait donc en arrièi-o sans rencoulrer^ 
d'obstacle, ot, comme à ce moment il avait quitté sa position Jior-, 
maie, lo deuxième thranite pouvait lui aussi se p<încher en arrièroi 
sans crainte de l'oncontror la této du [»romier zygite. Il faut ad- 
mettre avec Graser (I) que dans le mouvement de la vogue lesj 
rameurs de la trière so penchaient uniquement en arrière et re 
venaient ensuite à la position verticale: il est donc iniililo de 
laisser un espace libre devant eux. 

Eu 80 fondant snr ces considérations, (jraser établit qtio les 
trois flics horizojiînics de rameurs ne devaient pas nçcu|>cr uu 
espace vertical do plus de huit pieds ; si nous admettons (fuo les 
pieds des rameurs thnlamitcs devaient reposer sur un [ilanchei" 
élevé de deux pieds nu-dossus du niveau do l'eau, afin que les; 
sabords Ihalamites fussent à trois [liods au-dessus do la ligne de] 
flottaison , et si nous laissons dans la trière katafihractc au-dos-' 
sus de la léto des thranilcs un pied ponr l éi»aisseui* du pont et 
pour les bnux, nous arriverons à ce résuli;il qne la trière avait; 
onze [deds de hauteur au-dessus de la ligne de floMaisou. Noua! 
ne diflérons de Graser qu'en co que nous donnons 94 pieds do 



(I) De H.N., 1184. 



LES IlAMfiS. 



145 



longft rfvxMTov, nu lieu ries V2\ qu'il lui assigne arl)i(rniremonl.. 
Voyous Tuaiutenaul couimiuil ou pout réaliser pratiquement 
celte di.S[K)SLtion. I^i ronjocturR lïe tirasor à ce sujet so trouve 
Irps henrcuscmeiit roiifirint^c par l'inspection <lcs monuments. 
Ei-imiiîons pour cela de plus [inVs les deux navires primitifs llgu- 
rfe sur les pi. I ol II. Le navire do la i-l. I , qui est évidoramont 
leplii^i simple» est, romtne ou le voit. 1res bas sur Tenu et la dis- 
laiic^j vorlicale outre la ligne do lloltaison et le plat-l)0i*d est trfcs 
Uble. C'est lo long du plat-bord i]ue dovaient Ôtre rangés los 
ramôin-s aïisenfs ici, mais qui figurent sur d'autres navires ar- 
cluïtjuus [u'ovcnant de fragments de vases peints actuellement en 
la fiossossiou de M. O. Rayet. N'otis remarquons, d'autre part, 
que los gaillards d'avant et d'arri^TO sont au contraire très élevés. 
Lii [)I. II nous représente !c mt^ine type de navire, mais cotte fois 
ponté; et, malgré los gaucheries de l'artiste et les fautes de pors- 
Itectjvo, nous voyons comment on a procédé pour arriver i\ cette 
nifKliflration, I,o pont a été élahli sur toute la longueur du na- 
vire ft la hauteur du gaillard d'arrière et du [iremier étage du 
gïillnrd d'avant; il est snp|)ûrté par des montants verticaux qui 
iwrlOnl du fond lurme du navire, cl doivent être implanlés dans 
les varatigues. Nous avons ainsi un vaisseau aphnicte dont lo 
plal-bord est très pou élevé au-dessus de Teau, tandis que le 
l'ont l'est beaucoup plus et qui reste ouvert sur ses côtés. Je no 
|*qU m'ompécher de rapjirochor co système île construction do 
c*lQi lies bateaux à vapeur qu'on appelle les Hivondelics ol iiu'on 
P^ol voir circuler sur la Soine, 

Un autre navire archaïque, rjui se trouve entre les mains de 

M- 0. Ravel et ([uo je regrette do no (touvoir publier ici , nous 

"**ll*|uc h morveillo couïmont les ramoui-s étaient disposés dans 

^n IwUimenl de celle sorlo : c'est luie dièrc. Ou aperçoit le long 

j^u [)Ial-l)ord une flie inférieure do rameurs, puis, à la hauteur 

pont ol au-dessus do la première, une fllo supérieure, ftup- 

^sez niaintrnant trois files superposées au lieu de <leux , vous 

[•vcïuuo trière. On voit dés lors très facilemont comment ou osl 

rite à la construction du navire kataiihrncte. En effet, si vous 

l«v<>2 le plal-bord , la première fllo do nimenrs di8i>araîtra , puis 

sw'oiido ; c'est ainsi que nous aii[Kirait la trière do l'Acrojiolo. 

Ltez maintenanl le pont au-dassus de la tôlo des rameurs 

imniles, comme il Tost ou réalité dans ce dernier exemple, et 

^«wusH(;a; encore le plat-lionl, tlo façon qu'il aille rejoindre lo pont, 

M voua avez la trière kataphraclo. 

Voici comment, dans la trière kalaphracle, Grasur a disposé 



146 



LA TRIÈRE ATHÉNIENNE. 



les trois fîles de rameurs, et son hy[ioih^se me semble de tout 
poiiU conforme à la réalité : le lonj,' do cliaifoo bord et parallclo^ 
ment à l'axe du navîi'o, il sniipose une cloison verticale qui pac^ 
du faux-i.ont h une distance cl'ati moins trois pieds de la pai-oi du 
navire, afin que le rameur thalamile ait pour se mouvoir uq^ 
espace minimum de trois pieds en lar^ijour; il aurait vu dans ^| 
navire priniilif de la ])l. II, s'iî l'avait connu, le germe de cette 
construclion ; les deux cloisons montent jusqu'au pont supôriei 
qu'elles supportent . et Graser les appelle 5t«yp«YjiiaTa ou nki^ 
noms contestables, car ils ne reposent que sur un texte très v; 
de Polluï et sur une glose obscure d'Hésychius (Ij. Quoi qu'il 
soit, il est difTicile que ces cloisons n'aient pas existé. En effe 
comme nous l'avons *U\\ii l'ail remarquer, il n'est pas possible 
que les bancs des rameurs aient traversé le navire de pari en part, 
surtout étant si pou distants l'un de Tautro, do façon à suppri- 
mer l'espace libre de l'enlreijont. Or, avec le syst(>me que 
résume , 1^ navire se trouve [)arta;5^é dans le sens de la longuei 
en trois parties : au milieu un rectangle fermé lat<)ralcment 
les deux cloisons parallèles à Taxe du bAtiniont, eu haut par 
pont^ eu bas par le faux-[>oiit; c'est rentrejiout; à droite ot 
gauche se trouvent deux espèces de couloirs compris entre U 
cloisons ot les parois du navire , entièj'oment fermés dans II 
navires kataphractcs, ouverts /i la partie supérieure dans ]{ 
navires a[thractes. Chacun de ces couloirs, qui olTre une ph 
commode aux rameurs, est apfielé îi (oi'l ÎJwYtofjtç par («ras 
d'après un passage mal intcrjiri'lè d'Athénée ('2i; nous n'en col 
naissons [>as le nom. Si maintenant nous nous n3[M)rtons 
texte de Vitruve, d'après lerpiel tonlos les dimensions du navij 
peuvent être retrouvées en s'appuyanl sur la dislance qui sé| 
deux tolels, nous pourrons supposer que les couples de lu Irii 
étaient k trois pieds l'un de rautrc^ l'intervalle étant riccupé 



(1) Poil., 1. 88 : 6vO|tduTaK 8'dîv totxov 5e(iÂv xol eOti^vuiiOv kcI acXiot %H nX\ 
tiyiz peut signifier ici , suivant le sen*) donné au mot par Gustaltio. banc de 
rameur; il y avait naturcUement les bancs de tribord et les bancs de bAbord. 
Cf. Hcsych. : xfvSuvo; •#; 'v icpwpîf oeiU ' oi TtoJ.É(itoi yàp Tt)v irpwpotv eùB^m; l;tJ- 
>ovTat • ntïii 6ê r, xadtôpa. — Hésych. : utJCit; * Ta |«Tat£y 2iaçpdy)txT« Tmv dtao- 
TFilWTCDv Tïj; vEw;. xaftârep xoti tv toi; [it^Atoi; Ta nc*aÇO "wv napaYpafô^v Si l'on 
songe que tcX; cl Çu^fôc rnjns sont donnés comme s^ninnymes et qur C\iY*ï signi 
à la fois bail et banc de ranitfur ( Euntath , lOtl , 21), oti appliquera |iliil0i1 
mot aux planchers horizontaux qui s^[>arent les (^Ud^s du navire qu'è 
cloiftonii vcrlicalm. 

(2) V. 37. 



LES BAMBS. 



147 



fdes couples de remplissage. Les [loutres verticales qui composent 

lôs d'»isoiis peuvent être également à trois pieds de distance. 

f6i dbs lors on rejoint à la hauteur voulue les couples et les pou- 

"es correspondaïUes par des traverses, on aura les sièges des 

Lbranites. Supposez maintenant quUndépendamment de ces ix)u- 

[ircîi vcrtiralcs, nos cloisons soient formées do salives inclinées 

[qui se croisent avec les itreniières et i'orment avec l'horizontale 

m angle de 62 degrés, vous aurez., ^i partir du banc des thra- 

lites, un recul d'un pied horizont-aî pour deux pieds de hau- 

[leur verticale. I)<*s lors joignez aux couples de remplissage ^ aux 

liuls voulus, ces solives par des traverses , vous aurez les bancs 

Ide^t zygites d'abord et plus bas des thalamites Les séries de 

CCS sièges formeront comme des échelles dont les marches au- 

lient deux pieds de haut et seraient en retraite d'un pied l'une 

[fiur l'aiitro. Il sera facile d'y accéder, soit par la cloison qu'on 

tut laisser à jour, soit par des écoiitilles [iratiquécs on haut 

mr le pont; mais, comme nous l'indique Je leste de Xénophon 

[cité plus haut, il faudra que les rameurs entrent et sortent dans 

le plus grand ordre, parce qu'une fois les sièges occupés, il n'y 

[iluftde filacc libre. Le seul point qui reste encore k traiter, 

'*esi la façon dont s'appuyoul les pieds du rameur. Nous avons 

lit que le rameur a besoin d'un appui à un pied environ au-des- 

[•OOR de son siège et A trois pieds de distance horizontale; comme 

[il doit avoir les jambes éc^irlécs, on peut établir ces supjïorts, 

d'une part à la cloison, de l'autre h la paroi du navire ou sur 

des montants Ûiés au banc du rameur antérieur de la rangée in- 

Iférieurc. 

La Ûg. 87 , empruntée à Grasor (!) , nous montre Tun des ra- 
lours vu de dos et installé à son poste. La place des pieds du 
•rameur de la rangée supérieure est iiidiquée sur les deux bari-es 
où Us trouvent leur point d'appui. 

Fig. 87. 



Laconsliuclion deGraser est donc ingénieuse et vraisemblable. 
On peut racceplôr, en rectifiant ses mesures |)ar le passage de Vi- 



1) p« H. N., PI. ï. fig. "20. 



LA TBIÈHE ATHÊKIBNXe. 

truve cité plus haut. Ou voit ce (jue seuil les tuyâ daus ce systti 
de simples traverses do trois pieds do loug ou davantage, suivant 
la hauteur, sur le&ijuelles les ranacufô prennent place. Dans 
trière kataphracte, c'est ]>ar ce mot (lu'on d»'^sigiie tous les ban< 
des rameurs. Nous eu avons la preuve daus une glose d'Hésy- 
cliius (1| , qui identifie purement et siniploineiit les Cuya avec h 
I3w>ta; or nous savous par le Grand Etymologique ('?) que c'était Ij 
le terme pi-opre pour d(5siguer les sièges des rameurs. Le mol Cv 
avait tellement, h IT-poque dos inscriptious navales, perdu son 
sens primitif, qu'on est obligé , pour indiquer un banc de rameur^ 
zygito, de recouiir î\ une expi-essiou particulière (3). Nous avoni 
également la pi-euve qu'il s'appliquait .-^ussi bien aiut siî»ges di 
Ihraniles et des Ihalamites qu'à ceux des zygites \\). Ces travers 
étant peu épaisses et légères, ou les enlevait facilomenl; un navii 
qui, dans les arsenaux, n'eu était pas garni, s'appelait îJ^uE (5), 
Quand elles étaient toutes en place, il semble qu'on lui donnait 
répithcto de SiâÇtiÇ , bien qu'il y ail des difficultés de lecture si 
ces mots (6). Toutefois les rameurs avaient conservé leurs noms 
de Ihraniles, zygites cl thalamilcs qui leur venaient évidemmeul 
des premiers essais de construction do la trière. En eiTot, nouj^| 
voyons par la dièro primitive du vase do M. 0. Rayel, dont nous 
avons déjA parlô, que la st^conde rangée de rameurs est assise à la 
hauteur du pont soutenu par les traverses qui portaient vraisem- 
blablement le nom de C^y». Les rameurs inférieurs, surtout si on^ 
rehausse le plat-bord de façon à les cacher entièrement, — et 
c'est ce qui arrivait dans les trières aphractes comme celle de] 
l'Acropole, — sont comme dans une c.spcf:n de grande chambre 
longue et étroite (OxXafioç); de là la dénomination de thalamiles, 
En&n, pour superposer d'autres rameurs aux zygites, il fallail 
asseoir ceux-ci sur des espèces d'esc-abeaux construits le long des| 
cloisons sui-élevées; or c'est précisément là le sens de OpSvoç. Voili 
sans doute comment se passèrent les choses dans la trière aphraclO' 
primitive (7), et c'est de là que sont venus les noms divers donnés 



(1) B. V. : UtiÂXta ' Ta ri^ç vtoi; Cuf^c, itf^ £v ol ipéaaovtc; xaftitto^tai. | 

(i) 8. Y. : éSù>ia ' ii^l tùv vBUTtxc2v xaQ^^fipeSv ' xuptwç iç* £v ot Ipéxtu xafliCovToi. 

(3) 'Eç. ipy... Jtucr. 3I7(>, l. 40 : [évStï) .. Itûpa^ x^thiç ÇuTÎa;. 

(4) tbid., 1. 73 : Tûv CuJTÙv x^xciiirri-wat fi , ôSoxtpLoi OpavÎTt; I. C^Y^b 1> OsXa^ial. 

(5) Bœckh, XlV, b. 1. 45. L'èç. àpx-, t^cr. 3141, cù\. Î, I. 45. lit ûôxi[jl]« 
:«[t4]. Cf. nœckh, XIU, a, I. y. 'E^>. àpx-. '"«r. 3-271, cul. 1. I, 10. 

(G) Bœckh. XVII. a. l. 149. 'Ey. àpx- /wcr. 3124, col. I, 1. 118. 
(7) ticol. Aristoph. Plut , v. 545 : 6pâxo; - vitoTr6£iov * xal vt]6( Opôvo;, ivOiv %a\ 
Opatvirri; - cntAoXoYtttai 8è Tr«pà x6 OopcTv âvu. — Suid. : Opâvoc ' Oiroicootov * i^fitv 



LES RAMES. ^^^m^ 14g 

aux rameurs, bien que dans la trière athénienne de rôpotjue dos 

inscriptions navales les sitges fussent pareils pour toutes les 

rangées. Nous savons iiue les riinienrs otaienl. diiromcnt assis, 

hieii qu'ils inissenl sur la jilauctiG qui leur servait «le siège un 

'coussin vraisuniiilableinout en cuir qu'on nommiiit b-rr^tv.w (t). 

Qu.md, dans les Chevaliers d*Aristo[tlir»ne ('?) , le marchand de 

ludins veut llaller le Demos, il lui met un coussiu sur les bancs 

u Pnyx, afin de ne pas user ce derrii.'re qui s'est tant fatigué et 

ui a tant soufTerl à Sitlamiiio. 

On voit que la disposition des rameurs est, dans les grands 

ivires, absolument ind«>pendante de celle du fau2-pont et du 

mt supérieur. C'est jfour ne s'olre pas suffisamment dtMaii de 

ïlle idée fausse que les ranieui*s sont assis sur des Imux , que 

raser a mêlé les deux questions (3). En réalité, dans la dière 

Tirnitive , les zygilos so trouvaient h hi ha\iienrdu pont; leurs 

loges et les baux étant identiques, portaient Ut Jioni de Çi^i. Mais 

[iKLiid on superposa des Lbranites aux zyyites, il fallut élever le 

i[il qui , sans cela, so soniit trouvé trop bas; les matelots et les 

imbaltants auraient perdu la vue de la mer et de l'ennemi, et 

Lq«i tbranites auraient été exposés aux coni»s sans pouvoir être 

lôfenduK. Aussi voyons-nous dans la IrieVc de TAcropoIo que 

lo pont est plus élevé que les thranites. C'est également ce que 

:<*f>nîîtate Graver en expliquant dans Y Archuiolotiische Zeitnng (4), 

|le <le*sin rectifié du cavalier dal Pozzo : « C'est la partie anté- 

•ienre d'une ancienne triêi-c grecque montrant la 6« partie de 

4 l^^viriK* Cf. Pbot. ». V, Opivo;. Ii«j9ycb. s. V. : iiçii^tX-nn • 6 Opavirri; • ççtla; 

1^^ tô rairtwiv ittppiov , T6 OttotcoÎiov • totoùto; tï xai 6 Ôp«Mo; ■ lyjn 6i -n^v dvtti 

'ïpatv. CcUc cxplicnlion esl conlirinije pnr l'inspecUon île la iri^rede l'Acropole. 

^ (tUc-bord rst ëvlilemiiicnt Jer^i^^« In imuoiIos el ù lu tuOme hauteur; par-dcs- 

lia paroilos on aevmU apercevoir au moins lu {Me âe» ^y^ilca que t'arUste a 

u (jour Dc pas prudutre du coofusion. Quant hux thraTiites, lU sont tîvt' 

iment a*s\A sur des sièges plue olcvt}s. oecrctchés k la cloison qui aiHillenl 

'* pont. Atni^i k ineMiro qu'un ajouta une rniigt^ dc rameurs de plus, on sui- 

**eif a les cloisons verticales oi le pont, raal^ non pas toujours cl dans le» 

B>4tnei propuitioQS le bord du bAtuacnt. C'est seulement dans \va navires katu- 

1>^ctc9 que le plat-bord rejoignit le pont. 

■ I1 Pull., I , tiH : To S''JTiâxsi(i£vov toi; ipfitat; , ûirnpéatov. &tltd, s. v. : 6-irr)p<- 

J^.pl ouvTptCc^Qai aO-cûv rà; itu^ok. Ui^&j'cli. b. v. : Onripè^ia - t(^ iUik9ni>tttoû\- 
Sip|uit& ttva , <û; npo<nttf âXata . sç' mv xaïtcCovTat.. 
V. '45 : xita xaSiCou |ia)Qcx(i>:. Na |iT) TptC)g; t^v iv ïoXa^ht. Scol. : tva ^•i^ 

Il D< A. N.. i 10 et 5uiv. 



150 



tA TRIÈHB ATHÉNIENNE. 



l'eiffiff^a, cinq rameurs sur trente et un de la rangée supérieui 
Elle est dî^pQixToç, c'esl-à-dirc que les ramours do lu jartie supé-1 
rieure ne sont pas protégés par un revôlemont en planches. Elle 
est xaTotTcpw-roc, et on aporcoii lo pont au-dessus do la tôle des ra-^ 
meurs. > 1 

Une partie hypothétique mais tort ingénieuse du systiîme de 
Graser est celle qui consiste à vouloir retrouver la dimension dos 
rames et la courbe do la paroi du navire. PcTrtaiît de ce fait que le 
siège du thrariile ilovail t^tre élevé de sept pieds, celui du zygite 
de cinq et celui du thalamite de trois pieds au-dessus du ni veau j 
de l'eau , et de ce que la poignée de la rame devait se trouver àf 
1 pied */• au-dessus du siège du rameur pour ôti-e manœuvrée 
commodément, Graser place la poignée de la rame thranite à 
8 pieds 7+ îtu-doasus de l'eau. Il conjecture que les rames Ihra- 
nites devaient avoir presque les mêmes dimensions que le 
itftp(v«|), soit 13 pieds '/s- Or» pour qu'une rame produise tout son 
effet sans qu'il soit trop fatigant do la mouvoir, le point auquel 
elle est fixée, c'ost-à-dire le tolcl ou le saNord, doit se ti-ouver au 
tiers do sa longueur totale en partant de rejctrémilé su|»érioure. 
Soit une ligne horizontale représentant le niveau de la mer; mar- 
quons sur une perpendiculaire, à ïa distance de 8 pieds Vi de l'ho- 
rizontale , un point qui indiquera la place do la poignée de la rame^ 
thranito dans sa position normale. Si de ce point nous menons àfl 
l'horizontale une oblique de 13 pieds 'A, nous aurons la rame 
thranile dans sa position normale : au tiers de su longueur totale, 
c'est-à-dire à 4 pieds Va de la poignée, nous marquons un point 
indiquant la place du sabord thranite. Prenons maintenant deux 
autres points de la verticale , à 6 pieds Vi ot à 4 pieds */« de . 
rborizontale, et menons i)ar ces points des parallèles à la précé-M 
dente oblique, nous trouverons la longueur des rames rygite el^ 
thalamite, soit 10 pieds '/a pour la pi^mière et 7 pieds '/«pour. 
la seconde; il est facile do déterminer la placo de leurs sabords 
et, en menant une ligne par les trois points trouvés, on obtient 
direction de la paroi du navii*o. 

Graser continue h superposer les rangs de rameurs suivant 
principe pour construire des létrèros, des penlèi-es, etc. C'est scu-^ 
lement à partir des dékêres de Démôlrios Poliorkét^s qu'il intro* 
duit certaines modifications à son système, afin de n'avoir pas 
— dans la lessarakonlère par exemple, — un (fitù'Kov d'une hau« 
teur démesurée. 

On voit maintenant comment se comporte l'ensemble dos rames 
de la trière; toutes les rames d'une même rangée sont parallèle^! 



LES nAMBfi. 



151 



entre elles et de mi^mo longueur, et frappent par conséquent la 
mor à la mtîmo distance du flanc du navire, on un i)oinl facile à 
ilétermiuor. Los rames des diverses rangées sont parallèles, mais 
do longueui's diirérentcs; il y a donc trois sillages distants l'un 
de l'autre do 2 pieds "/a- II u'y avait pas à craindre, avec des ra- 
meurs exercés qI bien commandés, que les avirons s'embarras- 
sassent les uns dans les autres. L'ai'C de cercle décrit pai- la rame 
(lialamite. la jtlus courte de toutes, était naturellement le moins 
étendu, ce qui explique la glose suivante de l'El. M., de Suidas et 

de Photius : 6QiÀa(i.tcit xûiTtai * ni ^f^fi^ot iXauvoixrat. 

Cependant, quoique la construction de Graser soit ingénieuse 
et facile à réidiscr, les anciens ne paraissent pas l'avoir exécutée 
dans sa rigueur mathématique, sans doute parce qu*elle n'était 
{Vis compatible avec la forme du bAtimont. En effet, Graser est 
obligé de sup[>oser que les deux parois du navire ont une direc- 
tion parallèle à son axe. Il n'en était vraisemblablement pas ainsi ; 
à partir du maîtro-bau qui marquait sa plus grande largeur, la 
trlèro allait se rétrécissant vers l'avant et vers l'arrière. C'était donc 
aui environs du grand mât que le couloir destiné aux rameurs 
i^lait le plus largo, et là seulement peut-être qu'on pouvait appli- 
quer cette proportion de I à 2 entre les deux parties de la rame, 
si favoraJjle à la vogue. Arislote (1) nous dit on efTet que, si ce 
sont les rameurs placés au contre du navire qui produisent Jo 
plus d'efiet utile, c'est parce qu'à cet endroit la portion intérieure 
do la rame est la plus grande. Ainsi celte partie décroissait h me- 
Buro qu'on avan<;ait vers l'avant et vers Tarrièro, et le levior que 
manœuviaient les rameurs fonctionnait moins utilement. Graser 
ne paraît donc pas avoir trouvé la vraie formule de la courbe ho- 
rizontale qui limitait le plan du navire. Il n'a pas déterminé non 
plus exactement la courbe verticale; car, d'après le passage de 
Thucydide cité plus haut et la scolie, la pr(q)0rtion de I à 2 sem- 
ble avoir été i-orapuc au détriment des thranites, et, pour qu'il en 
fi\t ainsi, il fallait que la paroi du bAtimeul fût plus rentrante que 
Gras<jr ne Ta supposé. Dans tous les Ck-ïs, les rames d'une mémo 
tllc horizontale avaient la lucmo longueur. Nos inscriptions n'éta- 
blissent cuire elles aucune diiïérence : une rame thi'auito était 
|V- ' ■' t exactd'uno autre rame tliranilc, cl elle était loujoui-s 
pli, I'.' qu'une rame xygitc. Nous voyons on effet {"2] un cor- 



(1) Uethan. . p- 4 : jiat nûio ol ^isovioi (Ld>t<na xiv«v«t 
(1,1 't^. àpX'* 'Accr. 317G. I. 60 : [dtSoxijtot MnWiat tipav(Tt£({.. 



\2 



152 LA THIÈHB ATHÉNIENNE. 

tain nombre de rames thranites, vraisomblableraent avariées ot 
devenues trop courtes, dont 10 seulement passent, de l'avis du 
DokimasUî, dans la caté^^orie des rames zygiles. Gommoat donc 
Aristote a-t-il [lU dii-e : (1) « C'est avec raison que le dernier doigt 
do la main est le plus petit, et celui du milieu lo plus long, comme 
la rame qui est au contio du navire? » Il faisait sans doute allu- 
sion au Siicctaclc que itiéseutaientlos rames h rintcTieur du bîUi- 
ment. Là, en effet, on n'apercevait que leur pîU'Lio intérieure, et 
celle-ci, plus lonf»nc au miliou du vaissoau , allait en diminuant 
vei*s les oxtrémilC's do Vt^xitmo^f, co qui reproduisait à peu pFt?s Tas- 
pccl d'une main horizontale ouverte. C'est ôgalomont ainsi qu'il 
faut entendre le passage do Galion (2), disant que toutes les rames 
d'une môme rangée plongeaient aussi loin dans la mer, bien que 
celles du milieu fussent les plus longues. 

§ 4. — De la rame en elle-même et de ses accessoires, 

« Tout le monde, dit Jal (3), connaît Vaviron ou rame, lovior fait 
do sapin, de hcLi-e ou de frêne ot du t^oniG de ceux que la statique 
range dans la deu^iit^me classe. Son paiut d'appui est a Tciiu , la 
puissance ijui le fait agir est A rextrémilé opposée h. celle qui s'ap- 
puie , la résistance est h Tendroil du navire ou il s'attache par 
un lien appelé esiropc h une chiiville nommée tolct. » Le tolrt (4), 
qui portait en vieux français le nom d'cscawjie , est une « cheville 
de fer ou de bois plantée verticalement dans le plat-bord du navire, 
ou, pour pnrler plus rigonrcnsoment, dans une planche clouée 
sui" ce plat-bord et qu'on nomme (okiirre ou portcHolels, » Quant 



(1) De part, anim., 4, 10. p. &il, 18 : xal 6 Io^stoc CfidbiTU>oc) ti (lupo; opOùc 

icepO.aii.SiiveaÔai xùxXc^ xatàt ^iétov 7if»ô; ta; i^faola^. 

[1) De usu partùim corporiu humani , livr. I , ch. 2\ : xotOdnEp oT(iai x«v vak 
Tpn^pEnt Ta ncpotTa Ttùv xcmccùv il; Icov èÇixvtÎTat, xaftoi y' ovx lawi* àxaaûvo07i^ • 
xai Tfàp oCv xàxeî ïà; (&c?ai; (xs-fÎTCoc iTrepYaîlovTai Ôià tb'Jtïjv rfjv aiTÎov. Cest 
sur ce passage de Gaticn et iur celui d'Arlstolc quo Smilh fonde parUcuHère- 
mcQt soD système, d'après lequel les rames zy^'ites étaient plus lonj^ues que les 
tiiranitcs; mais, bieu que ces passages soient embarrassants, ils iic peuvent 
prévaloir contre les autorités cittfes plus haut. £n outre, Smith rend la lua- 
Qcuuvre h peu prt» impossible en supposant que toutes les {lales des rames des 
trois rangées plongeaient dans la mer b <îgale dislance du nuvîre et sur une 
mi^Dc ligne horizontale. 

(3) CI. n., ait, Aviron 

(I) Ihtd., art. TotfL 



LB8 RA&ŒS. 



153 



à Vesirope (I), c'eat un « anneau de cordo plus ou moins grand , 
dont ou se sert pour entourer uno poulie, une cosse, un mar- 
gouillot, un aviron, etc. L*cstropo de Taviron est quelquefois uno 
lîinitre ou une corde de cuir, quelquefois un lion de jonc ou de 
branches déliées de bouleau. » 

L'ensemble des avii-ons d'un navire s'appelle, dans les inscrip- 
lions navales (?), xaff-ôç; quand ils sont au complot on dit ; Tap^oç 
imXTii, î-es deux gouvernails ne sont pas compris dans le ra^foç, 
qui Bgure au premier rang parmi les at,'n?s on bois {'.i). Quand le 
mol est au pluriel, c'est qu'il s'agit do plusieurs navires (4). Tou- 
lefois ce n'est {tas là le sens primitif du motTapfio'î, qui signifle 
propremenlla pale de l'aviron^ puis l'aviron lui-m5me. Hésychius 
^dil en effet : tk^oç * xwtttj... Eustatho définit le rap^ç ; a la rangée 
horizontale des ramem's (5). » C'est tigalcmeul ainsi que l'entend 
le Scoliaste d*Aristophano (6) : «ce sont, dit-il, les liles hori- 
Izontales des rames attachées à leurs lolets. » Enlln Suidas fait 
remarquer que le mol s'appli<[ue primitivement aux plumes qui 
uarnissenl les ailes des oiseaux, et ensuite h l'ensemble des avi- 
[rons rangés « conmae dos ailes sur chaque bord du uavire (7). r> 
Ijù mot Ta^|jLO( ou Tafffùifiot ost employé comme synonyme de 
T»f Jo«. Pollux dit qu'on appelle ainsi les aies do rames (8) . Photius 
et Zonaras (9) entendent par là Tensomblo des rameurs; nous 
avons déjà fait observer que, dans les navires antiques, on peut 
dire indifféremment « tant de rameurs » ou « tant d'avirons. » 

L'arirou lui-même porte le nom de xwrri. C'est ainsi qu'il ost 
idëaigné par nos inscriptious^par Pollux, par les lexicographes (10). 



(1) et. n.. art. Ettroiit. 

Çl) ikBckb, Urknnd., p. 112-113. '£9. àfX" ^^tcr. 3Ut>, col. l, 1. ti, en par- 
bat «le U trière KùcT7ip£<z : sût?] lyu Ta^^6v. 

(3) Xf. Âpx** Inur. 3145. col. 7, 1. 20 : -rt^v Ev)^Cvuv Ex^uvii] xa^^v, in)3dXia> 
itc... 

(*) Ibid-, col. 2. 1. 19 et suiv. : raji^wv àpiO(iè; ini vaO; HHAAAIII. Intcr. 3175. 
t<til.6, 1.21 et suîv. : xef^>atov Ta^^v iit\ vxv; AAIIIII, ^stnovTc; xunùv HIII^IIU. 

(6) 1625 . ! 8 : . . . xat Tdî{^^tii(&a , ^i xtûmi^aa^a -ca^^6; |àp , çûwiv , à (TtoÏx<*5 '^*û'' 
••**v. iicii iTTepoU toixaaiv. 

(8| NMéa, V. 226 : Tixfjioi x«l Tapool Xi-YovToi... xai ol (rcoîy,oi tôiv xbmb^v. xa*V 
^ «ï truaX^l mirïiTa/Tt • xoù (lovxvSvdTi; xal *ApiffTOfivTiç oûtuc • ol ^i^Topt; Tâ(^u(ici 

0)8. V. : 7ap<T6( ' xupfio; Tùv ipvtOuv ^ nTtfptiwic - àç^ o^ xal 6 tAv XAmûv 5|io(tK 
^tnf^f^ltM ' o^wt 'HpiîOTOC- 
(v) 1, 03 : ol ii 'j'slyfjt tûv xornâv tapaûiLoiTaxttXoOvTai. 

(9) PhoC. t. V. : Td^^^a ' tVlv XfayimXo^fav ' ovTtiK *Apt«TOf>âvii;. ZOD. 8. V. 
**^Ntui - fi XMin}>aa(«. 

(10) Bt. M. I. V. : xftfim "fi ton Ipttïtfv ' itapdt T6x6nTitv'cdC^wp. Cf. Zonar. «. v. 



LA TRtèRK ATïréNIEîTNB. 

• 

Le mot signifie proprcmenl poignée, et par suite poignée de la 
rame. C'est donc, comme lo fait rômari]uer Eustatlie (I), la partie 
qui a donne son nom au tout. IjC mot i^er^iôi; est une expression 
poétique (*2); il y eu a une foule d'autres pour désigner la rame, 
sur lesquelles il C5t ijuitile d'insister. 

Jal partage l'aviron en quatre parties : la poujnéc^îi laquelle 
s'attache la main du rameur; le manche ou bras, plus gros que la 
poignée et i]\\\ la suit, finissant au point d'attache sur le l>ord du 
uavii'e; la hampe, partie arrondie qui rommence où finit le man- 
che et finit h la naissance de la pale; enfin la pale^ partie plate h 
peu près semblafjlo h une pelle. Nous retrouvons dans Poilus (3) 
ces divisions fondamentales. « La partie de la rame que saisissent 
les matelots est l'iY/Etpt^iov ; la partie moyenne s'appelle oùpCax^ci 
rettrémité, -rrrtpa et rapooL » Ainsi la poignée de la rame porU'iit, 
chez les Grecs, le nom iVèy/si^ièiov (4). C'est la partie la plus ei- 
Ln;mc do l'aviron, et elle était sans dout*î amincie et ari-oudic, de 
façon que la main pût s*y appliquer sans peine et la tenir vigou- 
reusement. Toutefois l'exprossion était plus large (juo le mot fran- 
çais poi/;nfc, et désignait qnelquefois tonte la portion de la rarno 
comprise entre la main du rameur et la paroi du navire, c'est-à- 
dii'e le manche ou lo bras. On sait que le bras est façonné do ma- 
nière U former la [KU'tio la plus massi\*o de la rame, soit qu'on y 
laisse, en taillant l'aviron, une quantité de bois plus considé- 
rable, soit qu'oji y ajoute ua métal posant, de façon que la rame, 
ma]gi*é l'inégalité do ses doux parties, soit à peu prés eu équilibre 
sur le bord du navire; cela diminuait beaucoup la faliguo du 
rameur. Kallixénos, cité par Athénée (5), dit, en parlant du 
navire do Ptoléméo Philopator, « que les rames ihranites avaient 
trente-huit coudées de long; mais comme on avait logé du plomb 



(1) 89. 30 : xwfTYi, i\ ToO Çifouç Xaf/ri , |it;Mu; âvo(ia , JM)£v xal fite xwîTTiV xi; îtjqi 
T^v vauTix-^v , x'*m7) xal sx£lv7)i; xupîw; i) laCri , Aç^ #^ xal t6 ôXov bivô^aarat. 

(2) ticol. ÂpoU. Kbod., 2, 1?55 : i^ix\uiii , 6 im xuitotif. Bé&ych. s. v. : 4|Mr-> 

IIÂM - XÛITV). 

(3) I, OU : ti); tï x&'>nvic Ta fiiv où Xa{i£âvovTat ol vatvTttt, i^x'^i^^^im, ta £& i&ioov 
o6ptax^( t Ta Se TiXfiUTzTov frrcpà x«l rapcrol xwicûv. 

(4J BuBlath.. 1959, 66: iYX"P'3ioM, w; 6 'A&nvsto; <i)>o{, xat t6 Tii; OaXoimiac 

KCûTnK XpiTTifiltt. 

(5) V, 37 : xûicotç Opovitixàc àxtîti xal Tpi^ovra inixfiW [nz \ktyiTtiM/;] , al 6ii xi 
|iô),w€3ov {/iiv h Tftîç iYx**P^ÏO'î *»t ^Vfovittix )C«v %\<hù papeîoti xoiTi rftv t,ùywn^ 
eOiip«c irtT^PX'jv in\ TTj;xp«i*<- ^'Ca mois to; lurt-jTaç sont évidemment uneglo*» 
ttjoult^c par un commentateur nui voulait expliquer ce qu'on entendait par les 
rames tbrAnîtcs. 



i 



LSa HAftCBS. 



155 



Qurs iY/etpfôtB, et que la parlio inlôrioare était devAiuo très 
loiudo, oUos élaient ôquilibréos ot, par suite» d'un maniomonC fa- 
cile. > Il est vraisemblable que ccLle amélioration existait déjà 
■dans les trières, bien que nous n'ayons pas de i-cnseignemonts 
positifs k cet c^ard. C'est peut-tUro uniquement h une négligence 
de langage de PoUux et d'Athénée, qu'il faut attribuer le sens un 
peu large donné au mot iv/itpfotov. Nous trouvons en effet dans 
Hésychius (1) un autre terme, celui d'i^wiov. qu'il définit : « la 
portion intérieure de la rame, à |jartir du lolet. » C'est bien là le 
bras de l'aviron. 

La hampe s'appelait, d'aprrs I^ollux , oùpfcr^o; ; c'est le mot 
qu'llomère applique k la hampe de la lance, destinée à recevoir 
uji fer pointu qui servait à planter l'arme dans la terre quand on 
n'en avait pas besoin. 

La partie plate de l'aviron qui entre dans l'eau, la pale, rece- 
vait plusieura noms chez les Grecs : celui de -m^^i était le plus 
usité. 1 On appelle ainsi, dit le Scol. d'Aristophane (?), les parties 
a^ilaties de l'aviron, c'ost-â-dire l'extrémiLé qui plonge dans l'eau. ■ 
Cetlo explication est confirmée par ^Klius Dionysius, cité par 
Euslalbe, poi* Suidas, Photius, Zonaras et Hésychius (3). Toute- 
fuis la pale était aussi désignée par le mot TtXctTT,. « C'est , dit IJé- 
sychius (4), la partie inférieure do la rame, comme le haut s'ap- 
[telle xwxaiov, » et Euslatho (5) indique l'usage qui s'était établi de 
donner ce nom h la i*ame tout entière. 
Les avirons dans les bAtiments primitifs, et ordinairement ceux 
la rangée supérieure dans les trières aphractes, passent par- 
ais le plat-bord cL sont attachés au tolct au moyen de reslropo. 
Le lolet s'appelait ax«Àp.(i(; et l'estrope rpoTcoc ou Tp<m»Ti^p. « Lo 



il) S. y. : IvNiov - KomY]c (i<p<K î6 iv6 (correction do Graser. au lieu de iiU) 
Ï0& cxftX|iOû Ivôov it rç vr^t. 

l?) Ntt^eg, V. Z2G : To^^ot xat Tapvoi XcYovtat xal xà ic>BTÛ<rtiOTJ twv nwiciav 
^^Dwv T« 4xp« Ta T^ OÔfltTi i(i.(5«wT6tJLevx. 

f3) Euslnlli-, 1C25, 17 : AUto; 8s Aiovûoiô; çtjffiv 6tt ta^oî xal Tapaoi, TÔXvpot, 
&«l T« R)«TV9[i»Ttt tbiv xtontôv. Suîil. ct Pbot. a. V. : io^^qX %%\ tap^ot - jiXapni , 
loi ti w^irJTtwra twv x(duwv nai ovt6 t6 nripuijia. C'est ainsi qu'il faut lire nu 
li«u <lc Tap^oi • Tâ>apoi * xal Tftprioi * xa( ta n>arJ9(iaTa... etc.. Suid. et Pliol. 
lilsonc avec moins di; priJcision s. v. : tq((ïgoi - ... xai tx êÇto tùv xto-nii\. Hàiych 
I. f . : TBp9oi ' ... Kotl x^i xuixif); tà ixpov. Zonar. a. v. : tapaô; - ... xait ti ftXaxù 
t#ç xwinK. 

{%) tï, V, I xGjfc... tô âvuï xtÔTtaiov , TÔ Si xàtu 7î>,âTT;v. 

(&) 69, yi. Eu parltint des Utvcrs noniE <)(.• In r.iini-, il ujniilc xai Klém tt< 



156 LA TRIÈnB ATHÉNIENNE. 

axaXfjLoç, dit Poîlux (I) , est co k quoi los ramos sont assujetties ; 
co qui sert à les assujettir s'appelle TGomu-nip. On dit : cstropor un 
navire. » D'après Itf Grand Etymolog. (2) , le «Txa>!Jt.ô; est une che-. 
ville autour de l.iqucllo on attache la rame. « Qu'est-ce que le»] 
(TxaX}jLoi? disent les Lex. Uhct. (3). Ce sont des morce^uï do bois 
auxquels on attache l'aviron pour la nago. t» Le tolet portait aussi' 
le nom de )tw:r/;Ti^p (4) , et celui de tuXoc ipiand il consistait eu mu 
cheville eu fer (5). L'estrope était habituellement en cuir. « L< 
cstropcs , dit Hésychius (6) , sont Iob courroies des rames ou h\s\ 
liens de cuir qui los maintiennent pend.iiil la nage. » Les LcxJ^ 
nhet, cVJ, Bekker (7) et lo Grand Etymolog. (8) on donnent la mônii 
oxplicatioii. Eustatlio (9) nous ;q»iiroud quo le mot Tpo7ro( et celui 
de xpoîrwTT.feç sont synonymes, mais que lo second est plus usité. » 
L'esti-opc port^iit aussi le nom d'^içtxtwTrriTTlp (10). fl 

Dnus les grands navires » et particuIiÎTement ilans los na- 
vires kataphractes , les avirons n'étaient pns attachés h un lolcl, 
mais passaient par un trou pratiqué tout exprès dans la muraillal 
du navire et qu*on appelle sabord de nage. Ce sahord ixirlail^ 
ditTérents noms : Tp^ji-a, xpuTrrifjLoi , omî. « On appelle rpTifi^-nt, dit 
Pollux (11) , los trous par lesquels sortent los avirons. » Lo Sco- 
liaste d*Aristophano nous apprend qu'avant do mettre los navires. 



(t) 1 , 87 : xotl 60tv fiiv at xûnoit ixSIScvTai iTxa>[io( , u 21 ixfiifievvat TpoYctariip 
xal TpofftôaaoOvi voiOv. X, 134 : TxaXiioC . TponuTflpe;. Cf. UtSsych. , s. v. : t^* 

(2) S. V. : ?ya>iiô; • i«pl Bv 3c7|jLe'J0U7i Ta; xwttoî TtâitTaXo-rf... Cf. Zon., s. y, 
(!}) 1. Bckkcr. Ànrc4ot.. p. 302« 1 : (nia)|xol r^ve; lUi: ta ^Xa, uv éxS^ovtouj 
al xÛTTat Ttpèç t^-v eI^etiiv. Cf. Phot. a. v. TXzX^of. 

(4) Hdsych. a, v. : xtoirnrrîp ' 6 (Txa>^àc t^c xûttti;. 

(5) Phot. 9. V. : tv>oi - 7X9).(jLcil TT>.oîuv. 8. v. : tvXoe; ' à iXéx*^ '^^<Ht *epl 
8e9(i.£b&Tai 6 rponuri^p. 

(G) 6. V. : TponoE ' oî l|iâvTe; tùv xt>>nùv, r; ol x«t^)^ovtc; t&c xûno^ Scffiiol def- 
(iÂTtvot, Stkv Uaûvmatv ■ ol TpoTTutripE;. — Cf. ticol. Aristoph. , i4c/iam., v. 553 l^H 

tpOTtOVll^VUV ' TMV IpLdvTtilV T(ÔV TUVOEOVTCi» 1tp6; t4v -nâTt«)OV (>.S7U Se T^V TxaX^I 

|iôv) T#,v xfôrT,v. "OiiT^po; •» TpoTroî; âv SEpiAUTivoiTi « TOUTio^Tt Toî; TpOTtwTîipaiv. 

(7) ^nrcdor., p. 3(.>y, 7 : TponioTïlps; • ol IjfcivTs; ol âitl toî; iï)o(ci;, Iv ol; a! kA- 
nat icepl toù; axa>;ioùi; ixdsovTai. 

(S) B, T. : Tpona)Ti}ps; ' ot I|jLâvTcç ot ^v toT; irXoioiç , iv ot( al xtânat fccpl T 
(rxaV(LOÙ; TrepifièovTai * t^oici^ 2à â Tponhyn^p, nopà ta Tpiiciiv ràc xruRoc. C: 
Zon. s. V. TpoxwT^pec. 

(0] 1517, 5? : Tpoffot 3à âSutàvbs ^Tot xoivÔTcpoN Tponuii}pe<, ((lÂvTtc, 6tc ^ 
ic£><iCou<7a évefpETat Trp î^ttoTtxrô^ Icyoïiivtji aKa)k|Up. *Ev àï Ac^ixÔî i'TjTOpiK^ xiTtSI 
xal ÔTt ô pijOiî; l[iâ; xai irixwrrîr^p X^y''^^^* 

(10) Suid. et Zon. a. v. ; inx^wnir^p • 6 TpoTcwTi^p Itwi;. 

(11) 1 , 88 : Si* «Sv $i duipuai f, xùnr,, tprit^'a. 



LES HAMBS. 



157 



k 1.1 mer on s'assuraiL qno les dimensions dos rames concor- 
daient avec celles des sabords (1), Bien qu'Aristophane (2) ait 
employé pour désigner le sabord le mot -rûuxr.fxa, nous savons que 
c'cUiit l/i un terme de la langue commune, Undis (|uo les Attiques 
se servaient de préférence de celui dMm^ (3). Euslathe (4) dit que 
ce siibonl s'appelait aussi ûaOa>fj.<i; , ot il a sans rloulo raison , puis- 
que, comme nous le verrons tout j'ï l'heure, le Scol. d'ArisLophane 
donne du mol la môme explication. Les textes sont trop formels 
pour qu'on puisse voir là nne confusion avec l'écubior. 

Il y avait à bord do la trière un accessoire de la rame , dont les 
inscriptions navales parlent souvent sans en déterminer la natui-Ct 
cl sur lequel les crudils se sont mépris jusqu'à nos jours. Il s'agit 
des «owôixomt , dont Jal a le premier entrevu la destination , que 
Graser a Ùxée d'une façon scieutiflqua et définitive; les lexico- 
graphes anciens s'étaient du reste déjà trompés sur le sens du 
mol , et quelques-unes do leurs explications erronées ou vagues 
éLiient faites pour égarer les inodorncs. Pollux (5} dit simplement 
que c'était un objet en cuir qui se trouvait prt'S du tolot ; Mésy- 
chius le déduit : « un objet ou cuir qui se rencontre à bord des 
lpii»res. n Dans les i4r/mr»f>«s d'Aristnphano (r»), DikîFOjwdis, on 
voyant paraître le personnage qu'on appelle TOEil-du-Iloi, s'écrie : 
• Tu as sans doute un dîenuDfjLa qui pond au-dessous de ton œil. n 
Les Scoliastes ne sont pas d'accord pour expliquer le mot; Tun 
ilil (7) : • Les trières avaient de grandes ouvertures par lesquelles 
on passait les rames pour nager \ ou les garnissait do lanières de 
ruir pour ompéchcr l'usure dos planches. » Un autre (8) : « V4<7- 
wfAa est la courroie qui assujettit la rame au lolet. w riœckli (0) 
croit, avec J. Schcirer.qim les àwû>}iJBLxn sont une garniture on 



il) Àcham.t V. 552-: koiI xûtcsk àf (loCàviuv , tva tjùxitv el ivtpé/ou9i toU tpii- 
)ta>nv. 

(l) Poiar, V. 1234 ; Ivs ^ri y' àXû T(ïOfnf)|ia KXnrtuiv rïic v&û(. 

(3) Mmrii, h Bckk., p. 205 : ômliv *Artixoi • tfOimiia "EUi^vec. 

[I) 1931, il : tl Se Ti; l'i(i*j'.i.rfigir, xQtl T^x^l^^^ elvai à=/)aV(j.où; ôttoîoi xaï 'A xaca 
t&c tpi^ptic ' )^QVTat ^sf h^dt'uLoï ^r,Toptxtà; iv dxstvat; al inai biv at xrànoii 2u(- 
fOVTftt. Cf. ëuUI. 6. V. votûçfiaxTov p)intt;. 

(6) I, 88 : t6 &à TTfiè; aùrû xih <syi9i\uù Siptia, i9*u\i.^. Hésycll. B. v. : iaxu(iA * 

(6) V. 97 ; dqitt»[i' ijret; nsu r.ipi tôv ^a)(jt.4v xdtuï. 

(T) Ad h. l. ^ufi).oi TTtï; Tpn^pfJiv 4/la>pioi •^{•to-ntix , îi' Av ta; xd'maw i|i6a>- 
HvTK ixwiniXàToy* ■ l^drcovTo 5c xat (epii'XTtvot; t^oicok lîp^; f* ^^i Tptfiw<)«t 

9ftn&lHlLXTCU 

(lÔ tftt«n(f.. p. lOG-108. 



158 



LA TniÈnE ATHÉNIENNE. 



cuir (lu sabord |)lacée principalement h sa partie infériouro ol 
s'étondanl un pou au-dessous; cotto ;ïariiiluiM3 aurait eu pour but 
de prévenir l'usnro mutuelle du sabord cl do la rame. Mais il 
n'échappera l'i personne quo cette garniLure aurait rendu le ma- 
nioraont do l'aviron bien i>lus pénible et que la ramo doit porter 
sur un corps dur, métallique au besoin, pour se mouvoir avec 
facilité. Les explications suivantes, qui sont plus précises et plus 
nettes, auraient pu mettre Bœckh sur la voie do la vérité. « Los 
df-ixwjxctTw, dit le Grand Elymolog. (I), sont dos peaux qu'on adapte 
aux rames dans les trières pour empêcher l'eau do la mer d'y 
pénétrer. i> Suivant Suidas (2), ce sont « des garnitures en cuir 
recouvrant la rame et qu'on adapte dans les trières au sabord par 
lequel passe la ranio; « suivant le Scol. d'Aristophane (3), « un 
objet en cuir eu usage h bord des trières et par loijuol passe la 
ramo. » Et do fait, lorsqu'on regarde les monuments figurés , par 
exemple les trières du Irir Funin, on voit ipio les raim^s, ;\ la nais- 
sance do la hampe , ont l'air do sortir do gi*os sacs en cuir cloués 
contixî le sabord qu'ils cachent {\). 

Cette particularilij avait frappé Jal, ([ui, malheureusement lri?a 
ignorant des choses do la marine antique , n'avait pas su tii-er do 
son observation uno conclusion précise. « Winéz radical d'iTxwfiv, 
dil-il (5), et signifiant : outre , sac de cuiV, nous rappelle que sur 
lo monument d'Ostic , marbre qu'on voit au musée du Vatican et 
que Piranosi a gravé dans son œuvre intéressante de Rome , les ^ 
rames de la birème représentée sortent des sabords do nage en fl 
traversant , pour aller h la mer, dos sacs do cuir qui paraissent 
destinés à eni^)écher la lame do pénétrer dans lo navire par les 
sabords. Nous no savons si ce sac est une invention du sculpteur, 
qu'on peut accuser do bien nombreuses infidélités dans sa repré- 
sentation du vaisseau à deux étages de rames ; mais nous n'avons 
vu nulle part le nom ni la monlion de cet àox^ç. •• Ou voit com- 
bien l'érudition de *Tal est iusuSlsante, mais l'idée qu'il émet 



(1) 8. V. : d7X(ii^.tiTa ' TA inip^afET6)A.kva dcpiiata teiî; MÛfraiç iv toit; Tpti^pc^ , 
6ià TÔ [J.ÏJ tlij^ptîv Ta 'ijOÂtmot Oâup. Cf. Zonnr. a. v. 

(2) S. V. : à'TxtôtfcSTa - xà iv tac; xfïmat; <ni$natTr^pMt ix îfpjiaTo; , oU xp^^''^^ 

(3) Gr«i.. V. 3C? : â<7XMtAa ôê ôippLÔTiôv n & év tat< Tpi-rjpevt xt**'*'''^*^' **''' • ^ 

(4) Lcâ askomcs sodI parraitcincnt visibles sur I:i birîïinc de Prdaosto. Lu 
tiessin tic iMranèse montre très nclteinunl les trois clous par Ic^ucls ils étaient 
nssujcUis h ta paroi du navire. 

(5) Gl, n.. art. 'Aoxtofta. 



LES nA.HE&. 159 

|d'uao façon lixip hypotliclique était juste , comme Ta dcmonlré 
fOraser (1). Los àmmuaia sont do grandes bourses on cuir qui, par 
l'une de leurs oxtrcmiti^s, sont un peu plus grandes q^ue le sabord 
de n;igc ; c'est par cotlo cxlrcmitô qu'on les adapte au sabord , de 
'fa*.*on qu'elles on épousent Li forme ronde et le ferment complôle- 
meut. L'autre bout est percé truiio feiito qui a la dimension de 
la i>alc de la rame. Lorsqu'on veut mettre h la rame, on passe 
Taviron par le saboi-d, puis par l'cïaxwjjwe , dont la fonte s'ouvre 
pour livrer passage à la pale d'abord, h la hampo ensuite; à 
mesuro que l'aviron glisse ainsi par r<ï(rxw}jLoc , la fonte prend la 
forme arrondie do la hampo ^ et ses dimensions sont calculées 
de telle sorte, qu'au moment où l'aviron est arrivé à sa position 
normale, l'aaxwîxa l'enserre complclemont ; les ouvertures du na- 
Tire se l!*ouvonl ainsi IionnùtiqucmeLil bouchées , et, comme ces 
longs sacs en cuir sont lloxibles, le mouvement de la rame n'en 
est (tas sensiblement goné. Quand les avirons sont rentrés, les 
ànu^ara j)ondont vides et flasi[uos le long du ItAtiineiit, et les 
deux lèvres de rorilice inférieur se rapprochent uaturcUûmenl , 
■do sorte que l'eau ne [>cnt pénétrer par le sabord. 11 est du reste 
vraisemlilable qu'ils étaient alors recouverts par V\jTAO.riijjt. 

Los inscriptions navales nous apprennent que les icxcijjwtTa ros- 
Uiont halntuellemout adhérants à la co(juo du navire, lors mÔmo 
que celui-ci n'était pas pourvu de ses auti^os agi*ts. L'expression 
usuelle en pai*eil cas est celle-ci : T^cxwTott (2). Nous avons iiourtaut 
'dos exemples do cas où les oiincwfia-Mt ne sont pas encore cloués au 
-navire. [Is sont alors défiosés dans les arsenaux avec mention du 
.I4limeut auquel ils sont destinés (3). Souvent les Epimélùles des 
.arsenaux ont entre les mains , non p;i5 les s^xoi^Ta eux-mêmes, 
imais la somme nécessaire pour se les procurer. La i<\xe lixe est 
'île 43 dr. 2 oboles, ut la fornuile qui revient souvent est colle-ci : 
iàTxw(MÎTwv ^ àf/;>i c/n WWIHII (4). ijuaud Ic triérarquo avait 
reçu les itnuâ^Mvx ou leur valeui-, il eu devait naturellomout compte 
À l'Ël^it (5). Dœnkh suppose avec vraisemblance que les gouvor- 



{\}D€ IL N.. ^82. 

lîl 'Ko. àpx- '"«''• 3t76. 1. 13, 10, 38olc... 

i't) /irid., /niLT. JUô, col.'O. 1.31 ot suiv. -. itnKÛiixra 

ri) ihid,, /rurr. 3176, I. n et pastim. 
IS) hid., jMJcr. 3130. cul. S, I- '.lO et suiv. 
fv«^, ... 4axw|A««. Intcr. 3170, voi. 'l. I 2 cl auiv. 
Ipwvj AAAAJlin. 



ini ti^v NciuâAa, i%\ 






160 



LA TRIÈRE ATUÉNIENNE. 



imils devaioiU avoir eux aussi leurs dEffxutxara. Les à<nuâiLxvt ai 
figurent i>lus dans nos documents h partir do l'iuscriplion qui 
porto chez Bœckh le n** XI, soit que l'Etat eût cessé de les fournir, 
soit qu'on ait cessé f]o les mcntionnor [utrcc qu'ils ctaîcnl adhé- 
rents à la coque du bâtiment. 

§ 5. — Du jnaniernent de ta rame. Des officiers el des sous-officierBi 
qui commandaieni la manœuvre, 

Une des principales raisons pour lesquelles il faut supposer qu* 
les cloisons, nommées par Grasor StaçpaytjLaTa, étaient à jour, c'et 
la mantcuvro do l'aviron. Nous avons vu en ofTet que, si l'avironi 
u*élait pas Gm[iloyô d'une façon coalinuo à bord dos tri^rcs, au] 
moins falJait-il être toujours pr(5l h s'en servir. Border (1) el ren- 
trer les avirons étaient donc deux opérations qu'on devait exécu- 
ter souvent dans une trière^ sni'lout si Ton songe qu'une manœu- 
vre fréquemment répétée dans 1ns l);itfiillfis navales consistait 
passer assez pW'S du navire eunemi pour briser toutes ses rnmci 
d'un côté et paralyser ses mouvements. Or il aurait été bien dif- 
ficilo do rontror Iirnsqnomont dos rames do grandes dimension! 
dans un espace aussi restreint que celui assigné aux rameurs, 
l'on n'avait pu faire passer leur extrémité et une partie de lei 
longueur ù travers les ouvertures des cloisons intérioui'cs. Noua] 
avons supiiosé en effet que Je couloir où les rameui-s étaient ins-j 
laliés n'avait à sa base que trois pieds do largo. 

La nage oiTrait de f,M'andes difficultés par les ^^ros temps. Dam 
les na\ires aphractes, quand il pleuvait et que la poignée des avi-" 
TOUS était monillôo, elle glissait entre les mains des ramoure qui 
no pouvaient la saisir avec assez de force. Mais c'est surtout h 
lioulequc les ramenrs avaient h redouter. Alors, on eftot, les coupi 
do mer venant frapper la pale pouvaient arracher la poignée d( 
leurs mains , ou , s'ils rcrusaient de lArher prise, les renverser d( 
leurs sièges p). Ou comprend quelle confusion de luis accidoni 
produisaient parmi des rameurs pressés les uns contre les autres] 
et qui en temps ordinaire devaient exécuter tous h la fois le m^mo] 
mouvement ponr ne pas s'embarrasser récipro*]uemonl. Quelque- 
fois, sous Faction du rameur d'iuic part cl sous Tofforl du Ilot dflj 



(1) liong., p. <i4 : Tàc xûrx; xaOtëvai el; eI^c^îw. 

(î) Poil., I» 116 : àxpuTeti; toiv xbmùv V**' Q^ v«utai, ùypn\ TJaav al ttvTt>^<}*ci;t] 



LES RAhfBS. 



161 



i'autro, l'aviron so brisait par lo niiliou. C'est prôcisômont d'un 
acciflont pareil qu'HérakIts est victime dans ]qs Aroonautirfues {\): 
• Alors on voulant résisloi* à la [lousài^o (.lu flot ;,'annr. ot violent» 
il brisa sa raine [mv le milieu. Puis il tomba oblirinomeat en te- 
nant l'un des morceaux dans ses deux mains; la vaguo emporta 
l'nulre on so retirant. » Iléraklès osl donc obligé d'allor dans la 
fonH chercher un jonno sapin pour s'en faire une nouvelle rame. 
Bien que nous sachions rjue les trières touchaient terre frôquom- 
nient et que rien ne nous atteste l'cxislcnrodc rames ilo rechange, 
il est vraisemblable qii'un triérarquo prévoyant se procurait h ses 
frais quelques avirons de plus pour parer à dos accidonts do cette 
nature. Au moins devait-on onibanjuor quelques pièces do bois 
(x<.n:«Tç) ("2), dont lo charpentier qui se Uouvait à boi-d (3) pou- 
vait faire des rames. Lors mOmo qu'il no so produisait pas do 
faits aussi graves, la houle était toujours très K*^uanto. Ainsi, 
dans le combat naval livre par lo stratège athénien Phormiou 
dans le golfe do Korintho, nous voyons ([u'uno dos causes du dé- 
sastre des Korinthinns, c'est que le clapotis des v*'»;^uos em[M*chait 
llcurs matelots novices de soulever les rames hors do l'eau. Dès 
lors les navires no gouvernaient [dus ot so trouvaient h la merci 
do Tonnemi (4). 

Lo mauvais temps augmentait sans doute les diOicultcs do la 

kvoguo; mais ollo no laissait pas ((ue d'»Hre ti-ès fatisanto, môme 

nm uno mor calme. Quand, dans les (irenouiUeSy Dionysos rame 

[•«ur la barque de Charon , il ne manque pas do s'ôcricr (5) : « Je 

'Commence h avoir (ual au derrière; n et pins loin : « J'ai des 

ain[»oulcs cl depuis longtemps mon derrière est on sueur. - Lo pas- 

'«ago tout entier est curieux du reste, parce quo, bien que Charon 

cl Dionysos soient ici sur uno simple barquo, c'est la vogue dos 



ill Apoll, Uhod.. T, V. 1167 : 

ii^ ^6x* £vo7>tCuv leTpTixoToc otS)ia?oc 4Xxoûc 

(î) Uâ*ych. s. V. : xdrtttt; • ta tïç xriitCK cûOtia ÇiiXo. 

(i) Luc, 76 ff/otov, c. '2. dit que le navire égyptien dont il Cât qucsUon dnn<t 
h dialogue est montrô aux visiteurs par le charpenUer : t^ Aiirvirtiv vawtniTfw 

{\] Thiic>, II, 8t : ràç xûngt^ xSùmoitoi (Svtci; jv %}Mit^U^ àva^tpetv dvOptMcoi 
fc«tp9t tot< xvCc^iTii; ÀnciOtaT^po; tô^ votO; napcîxov. 
I>) Aristopli.. GrcnouiU., v. Vil : iyta «« f à^Tjtv ^x^v-^t T6v «ppov. V. 236 : 



102 LÀ TniÈnB ATHÉNIENNE. 

irifcres qu'Aristophane veut roprésoiUer, ainsi quo le raontroni 
plusieurs déUiils de la scène. Nous avons sous les yeui Tins- 
tnirlioii (î*mi malclot novice ; c'est là ce qui (Icvjûl exciter Tin- 
lôret cl provo'iuer lo rire des spcctaLeurs qui avaient servi si 
souvent sur loa trières do la République et qui maniaient laj 
rame plus adroilcmenl que Dionysos. « Charon (1). Assieds-toi! 
pr6s de la rame. .. — Char, Porto tes deux mains on avant et étends! 
les bras. — Dionysos. Voici. — Char. Allons, sois sérieux, prends 
un point d'appui et rame vigoureusement. — Dionys. Et comment] 
pourrai-jo le faire, moi qui suis sans es[>érionce, qui ne connail 
point la mer et qni Ji'étaïs pas A Salamine? — Char, C'est bien 
facilo; car aussitôt que tu auras commencé, tu entendras une 
mélodie délicieuse. — Dionys. Allons! donne lo signai. — C/wr. 
Oh! Iiop! hop! Oh! Iiop! hop! > Ces chants délicieux auxquels] 
Churon fait allusion, c'est lo chœur des grenouijles qui était ac- 
compagné par le son des flûtes ("2). 

Nous assistons ici h un spectacle qui se reproduisait souvciil 
i\ bord do la trière. Nous voyons le rameur» les Jjras étendus ei 
avant, l'ostrcmilé inférieure delà rame ramonco on arrièi*o 
attendant le moment de la plniigerdans l'eau. 11 est assis, les [iie<ls] 
arc-hoiités. Cfiarou , qui ('oinniande la voguo, fait ici TofFic-e di 
x«>«uTnîc, comme rindique Je mot même employé j^ar Dionysos:! 
xoLTiKÙ^trjt oti. Quant aux grenouillos, elles jouciil le rolo du Tpni- 
fciuÀT;;. C'est la fonction qui est rerajjlie h bord du navire Argoj 
par Orphée (3). * Ainsi aux sons do la lyre d'Orphôo , ils fra] 
paient de leurs rames les flots impétueux de la mer, elles vagues^ 



(t) Crm.. v. 197. 

Xctp. xàOti;' M xtdin^v... 
V. 201*' Xap. oûxow TipoS(z>eT xiù X^'P' *Axtsv£i;; Ato. *IÇov. 

A «p. où (j.^ ?>uapii<Tei< lyjuy, iXV àvriSà; 

ilài npoOO[A(o;; Aïo. xqxa. tiû; 5uv^iT0|Aai , 

dbietpo;, Ât)x) àtTUTOc , àvaXatuvioç 

wv, EÎr' éiaûvciv -, Xap. ^ijIot' ■ Âxotiaet yàp \Ukvi 

xàXXiar', iiTsifiàv i\iZâX-^i &t5*Ç 

A 10. xaxanÀXiMt Ai^. 

Xap. û diràn, w Airôn. 
{2} V. 212 : 

BsT. ^JvotuXov {E^M(i>v {)oàv 
<ffit'{^M\kt^)\ tÛYi^puv i|jiàv &ot^v. 
(9) Apoll. Uhod., 1, V. b\0 : 

a»ç ol Ok* 'Opçïjo; xtOâpig ircTîÏTjifov ^pet|i>oî( 



Litms. 163 

venaient baltre le navire. » Il est vraisenibïal>io f|uo le ramman- 
dement de Charon n'est pas un commauiîemont do fantafsio, ot 
qiio c'est bien ainsi que le xs^euaniç donnait, dans la trière ^ le 
signal de la vogue. Le Scoliaslo nous fait rcinaniucr en ciroL, que 
c'est Toîclamation par laquelle on mettait les rameui-s en mouve- 
ment, et que Charoii s'exprime là connue un xsXEjcmî; et dans le 
laugïige des marins (I). Quand, au corrtrairo, il veut arrêter la 
vogue, il s'écrie : w xaïït, Toeïï*, (jui con-espond au commandement 
de stopper dans nos bateaux h vaptjin*. Toulerois il Tant remarquer 
que Charon 8*cst déjà servi de roxclaraation oh ! hop! au moment 
d'accoster (2). Faut-il faire entre les deux commandements : « oik! 
hop! hop! » et « oh! hop! )• une distinction que n'oïit pas (Hablie 
le Scoliasto et les lexicographes , Tun étant destiné à ordonner la 
vogue et Tautre à l'an-ôlor? 

On avait souvent besoin d'arrélôrer la vocrno, soit que le xcXeuanîc 
sentît que l'ardeur des rameurs se raleniissiiit, soiL qu'il falliU 
leur demander un vigoureux ofibrt pour atteindre reuuemi ou 
pour lui échapper. Quel était alors le commandement eu usage? 
On disait peut-être, si nous en croyons Suidas (3), 2p«(5«, c'est-à- 
dire appuie^ comme les officiers disent aujourd'hui h leurs mate- 
lots : « souque! « Cotte nage accélérée s'appelait j^Oiov (4), ce qui si- 
gnifie proprement le bruit des flots battus par les coups [«'ossés do 
la rame; s'y livrer, c'était ^Otaîjeiv. Dans cette circonstance et vrai- 
semblablement aussi dans d'autres , les rameurs poussaient des 
cria pour s'exciter. Nous connaissons plusieux's de ces cris, qu'il 



(I) L. e.f ù6tz • iXvTiitÂv ini^tf\Ln • vauTixâç qSv xiXcOwv TaOrd çrjai. — Suld. 
«. V. î cïyin ' £5.«Tixàv iiti^fiiy[L'X litX tùttioM. 9. v. : w6it on ' ^Xortàv M^cf^a. 
B. V. ùiô^ • int^0r7|j.tx riîit à^itvtMV âfia tpéxc^v ^ ti toioûtov noitîv. 

(7] Gren.t v. 180 : Xap. Ct ôtc, 1tapa£a>o^/. Bcol. ; ui £n ' xEÏ^vcfia tûv iptu- 
»6ytMv xaTaîTOfrfov rf^v xwTTTiXorjCav. Suid. dit la m(!me chose, s. v, wôic. 

(3) 8. V. : ipiiSeiv * oûvw çaiïv ol 'Attihoî tiôév ôtioûv ffvvTÔvfu; itvôptvov ' *Apt<i- 
T^vns(Paù, v. 31)«( {{jstSs, (ii^ nauTotio (fcr,Ssito7' ûrOiwv. •> *ll p.cTafopâ dti;à tr^v 
*pir:'ârvcwv xa( teepciSoiuvctw taîç KÛnat;. 

(i] Scol. Aristopli., Chci>at.t v. 54G : ^éOtov t6 xOtJiai àzà toO t^x^uc OsN I) 
piÎT* ■ à.Tzfi ti7»v JpCTTOvTcov (leTTjv tptiv , fîtov «luvï/ii; Oiï4 TioXJwv èpttwv in'i -n>^ov 
*çAiHç?jTai -^ voCi; iÎî tô itpoaOïv. Ëustath.» I5i0, 44 : oï ai Ooiipov ^Attixoi t^v oiiv- 
^v«v ilpcoixv oÛTù) çoLTi, xsl ^oOtâCcLv t& êp^aastv evTàvuc< Suid. s. v. : ^Oii- 
WU9IV ' itlp^4*>; xal (ittà xtvicov çfiiv^; 6p}Jiâ9t ... ^o&tôÇstv ôi t6 ipéovttv cOrôvt»;. 
^> T. I ^Otov ' xii (iiTi ^âçou xùiix y\ ;ieû[ta, nspà ta Ta/cwc ^tCv - ^{iat-ysi xod 

t^ ttflTfav xai ^oUtttl^ctv tA ip€T<ritv bùt6vw; *Vtc«pii»i; ti^ ^oOïfp iit' tlpiviac 

•^Jtpiriai fîvvToviiïTdTT,; ■ çr,ai ifoùv • •< t^ piv oùv tûv iXauvovTuv kÀtîOoc xal tôv toO 

^w '^o^ov xxi Ta {KY^'^'-*^ ^'^'^ cntâpou^ cxittn>v)Yiiivoi â<ivùk< i^cvt, f Cf. Har* 

M^- Cl t^tiid. ft. V. ^âO'.ov, Uâflych. s. v. ^oOtiCttv. 



t64 LA TniiHE ATHÉNIENNE. 

faut bien distinguer des^cominandomenls : fuirairaT (i) et i^ (2). 
Le plus célôbi-o est le premier, puisque Aristophane dit î« -ci ^mt- 
iraT » pour signifier « les matelots. » 

Nous avons vu comment s'exécutaient les mouvements de la 
vogue et quels ordres recevaient les rameurs. Voyons maintenaot 
quels étaient los officiers ot les sous-of liciers auxquels ils devaient 
obéir. A bord dos galères du moyen ïigo, la chiourmo était sous 
les ordres du comité, qui avait dans ses attributions tout ce qui 
concernait la manœuvre et plus spécialement la direction des ra- 
mcui-s. Il était assisté dans ses importantes loncLious par Je sous-- 
comité et avait au-dessous de lui Varifousïn , officier de police, 
remplacé en cas d'absence ou d'empêchement par le sous-argousin^ 
et qui avait pour mission particnliôro de surveiller la chiourmo. 

Dana la trière, c'est le «Aeufmîç qui commando la manœuvre. 
Une des Ciiusos que donne Thucydide (3| de la défaite des Korin- 
tbiens dans le combat naval dont il a clé question plus haut, 
c'est qu'au milieu du tumulte otde la confusion générale, ils né- 
gligent d'exécuter les ordres des liéleustes et ne les entendent 
mémo pas. Dans une circonstance spéciale, en Tannée 388 avant 
Jésus-Christ, les PéIoprniésiciis, qui veulent surprendre les Athé- 
niens, suppriment lo cumniandement k haute voix, tel que le 
pratiquaient habituellement les kéloustes, et le remplacent pai* le ■ 
bruit que font des pierres entrechoquées (4). Dans uîio bataille 
navale on entendait très dislinctement la voix des kéleusles met- 
tant on mouvement ou arrêtant les rameurs, comme on entendait 
les cris poussés par ceux-ci, quand ils recevaient l'ordre de nager 
plus vigoureusement (5). Les kéloustes éliiient aussi cbai'gés de 
mainteair la discipline parmi les rameurs, et de leur imposer si- 



(1) Aristoph. , Gren., v. 1073 : xaï (iuwaiTraî eIttcÎv. ScoI. : éfciçOsYiix vawtiità'* 
TtopaTXEvaTTtxov xwTrriXauTÏa; , tô fyïtotiïaî. Guêpes , V. 908 : Ôetvitota y*P "EpT**» 
di£paxt icifii x.al Ta pxrtzvKnï. Scol. : ... iazt &i int^^rj(ia zh ^xmanai vauTtxôv , 6 
iv T^ x*«nfi>a«ita ^^aaiv , lî*; STrxiXEWo-iiflt. 'A»a>î ■ ov(ji6o).ixw; tb vowtixôv. ToOto jà^ 
iniçwvin(j^ ioTi vauTtxov. Cf. Suitl., Phot. et Htfeycb. s. v. 

{1} ]. Uckk., Ancidot., p. 4iC. 'Si. Synngog. Lfx. : d{£pu itii^^g^^ui ipetwv, wowtp 
•7b l&unanaîxxl lziç,a toiaO-ca, Hésycli. : &fip^ • iTcCçOcYliv ^«MmXaTixov * »( ti aHU 

ittl x\jvT|YQ'JVTwv, xai TÛ ffitTX rO'.|l.ÈVti>V. 

(3) II, 84 : poïj Ti xpûfiflvoi xai np6; àXli\Xwi âvTtçvlaxî xt x«i Xot&gpC^, MW 
xoiTiîxQUOv oyte twv ■Kapiyytï.ïoyù'HiiH oOti tûv xtXtuoTûv. 

(4) Xënoph., lltUén.f ô, I, 8 : Vi^-t tî <{;ô^fu tù»k xO.eu'jTfÛv àvii ftovîj; ypuijivb». 

(5) Arr., Ex^tfd. Alex., 1. VI, 3, 5 : i^v 31 ô rt xtvtco; t^ç «ipEaia; où^tvi iXXy 
ioixùz I &Tt ànà icoXXcûv vetô'v h TorJttfï èpevaopivuv xai flo^ Ôtnà te lùv XE,>EiHiTbb 
év2i£ûvTtuv TÔ; &px<ic *(£ xst ivaTTonj'jet; r^ elpeal^ xai tûv iptTcSv , ^ôte iOpôot 



LES nAMBS. 



105 



IleDce quand ils ôtaient trop bruyants (I)i ils <n'iaicat alors ctuma! 
lî Comme ils devaient avoir la voix Irôs forto, on s'en servait 
'à I»onl des trioi-cs comme de hérauts, et, dans dos circonstances so- 
^lenuelles, r»ar exem[»Ic avant ractiou, c'étaient eux ijui pronon- 
aienl à haute voix les prières l'épétées ensuite par lo reste do 
JVijuipatîc (2). 

Leui' attribution la plus importante était do commander la ma- 

lœiivrû (3). « Le kélcuste, dit Phrynichus, est celui qui, dans un 

[navire, commande aux rameurs. « 11 était do ta plus haute im- 

[jwrtauce d*avoir uu bon kêleuste, car c'était en grande partie de 

[Jui que dépondaient Tai-deur ou la nonchalance dos rameurs, et 

Lcnophon (-4), qui nous parle de la grande influence de cet officier 

\%\U' SOS hommes , indique qu'il agissait surtout par des moyens 

loraïuc. 11 ne faut pas confondre les forçats du moyen Age, qui 

[étaioût menés à coups de nerf de bœuf, avuc les équipages athé- 

liens, com];>osés on pai-tie de citoyens ou do morcenaires liJjres. 

[Quant am esclaves, on siùt qu'ils étaient moins durement traités 

[que dans les temps modernes. « Dans une trière, dit Xénojihon , 

lo]*S4iu'une fois en mer il faut avancer pendant des jours ontiei-s 

la rame, certains kéleuslos savent agir et pin-ler de façon à cu- 

lammer leurs hommes et ii leur faire acceiiter la fatigue de bonne 

îrtice. D'autres, au contraire, sont assez maladroits pour que la 

iversée clure doux fois plus de temps. Diins lo premier cas, 

'éi]aii>a^ô débarque couvert do sueur, mais félicité par le kéleuste 

se félicitant de lui; dans le second , les hommes arrivent sans 

>*Clre donné do mal, et pourtant ils détestent leur chef et on 

int délestés. » Si nous on croyons Suidas {h] , ce qui augmente 

ncoro rimportance des kéloustes, c'est qu'ils jouissaient d'at- 

IriLutioas administratives très étendues. • Us commandent, 



{1} Bool. Arisloph., Ois., v. 1273 : ol yàp McXtVffrat icoUdcxtc vcum^v 4caf«yTt>- 
(«) Diod. 6ic.. X.X , 50 : TOittOtYK 2^ Tfi; disxâitoïc y<vo|uvik . cO)(àe i%é.ttçoi 

(J) Pbr/nich. cilc par I. Ilckkcr, Anfcdol. , p. 47, 4 : ... 6 x£X£V<m^c i^Ttv 
(4) iKconom., XXI. 3. 

(i) fl, V. K*i«uffTTJ; • ,. ipX^i ^t * «piiipe-jç t(iv Koifcv^/arrov, ot li Xt\<M9X9.l ToOtwv 
sal tôv intC«Tùv. Mc^fl^niv ôi napêx^vTot XP^*»^ *^ «Xcvffrai • xal y*P Ï>« 
Tottc A^oii( 2eâvTb>c ytif.ujm xotl «tuvtkXcï»?! ta {Utpov èv Ty ÂstirvBÎv ol x{o7rv)>JTai , 
''<Q"^9i( èvriv iyi\\uXkç olvou, k^cuk, éVatov, uàvTtuv Ttï'iv to%oCxwv, ïva TaO^a ni- 



16fi 



LA TRI6RB ATHÉNIENNE. 



dit-il, aux rameurs et aux épibatcs ol roudent de très grands soi 
vices; ils veillent à ce qu'on cuise la ("luautitc de pains ntficcssaii 
et à ce que les rameurs aieut juste leur ration; ce sont eus qui 
s'occupent du vin , de la viande, de l'huile et do toutes les autres 
denj-ées, afin d'avoir toujours à leur disposition ce qu'il faut dis- 
tril)uer chaque jour, Arrien dit. : « Les kûlcustes distribuèrent si 
chaque navire aux rameurs ce qui leur revenait. » Ainsi, noi 
seulement les kcleustes commandent la manœuvre ot maintien'^ 
aent la discipline parmi les rameurs; mais encore ils sont cliargt 
de pourvoir à leur alimentation. 

Quand le kéleusle commandait la vogue, il était aidé par 
TpiTjfxuXTiÇ. On sait combien uïie musique simple ot fortement' 
rythmée est utile jiou]' sctutenir des hommes qui font ensemble, 
un travail long ot fatigant ; on sait aussi que l'ûccompagnemeul 
musical était usité chez les anciens dans dos circonstances biei 
plus nombreuses que clioz nous. 11 ost donc tout naturel que noi 
trouvions un joueur de finie à bord de la triùre et que Pollux cil 
ce joueur de flûte eu com^iagnie du kéleusto (1). Leurs fonctioui 
étaient toutefois très dilVércntes cl leur rang très inégal. Tandis 
que le kéleusle oi'donuait de commencer, de suspendi*o ou d\i( 
célôror la vogue, le TptyipauXr.ç jouait, pendant toute la durée di 
travail, un air qui excitait les rameurs et leur faisait oublier h 
fatigue ; cet air s'appelait tô TftTiptxov {'2), Ainsi le kéleuste donnail 
des commaïidements brefs et qu'il modifiait suivant les circoui 
tances, tandis que le joueui' de Ûiïte marrjuait la mesure par soi 
chant pondant toute la duive de la nage. Nous avons vu, dans le 
passage cité plus haut d'Aristophane, que c'est Charon qui jouait 
le rôle du kéleuste , tandis que celui du TptTjpauXï); est rempli [»ar 
les grononilles; leur chant monotone <-o prolonge pondant toute 
la traversée. Eu outre, le kéleuste était uu olÏÏcior ot faisait partie 
de Tétat-major de la trière. Au contraire, les joueurs do fliUe de* 
trières ôUiient des gens très méprisés et de basse extraction ; Dé-j 
mosthèue (3) nous |)arlo d'un rptr^auXTiç qui était esclave et qui fui; 
le premier mari de la raèro d*£schine ; il alla pour cela la chei^i 
cher dans une maison de prostitution. Le Scoliasle fait remanjuer' 



(3) Âthén.^ Xll, 49 : XpuTo-fovov ftiv rfiXit zit 'cptT;pixov Iv^t&wuùç •n^ icvttf 
9T0>^, KaXXiin:i8ir)C i' à xçta-^t^l^z éxe>rue tf^v i-RÏ tî}; <7xT,vf|; tTTf>>^v ^iVpicTpivoc. 

(3) Pro Cor*, 27U| 13 : 6 Tpt7]pavXr,; •t*op(ilh»v , à Auuvoc tou 'Vpc^^ftittM A<fv)AC|J 
4ve<mi5tv «wr^v àTià tovît); r^« xaX^; êpYOCfxta;. — ScoL : oOx àKXûi sKiXnc^c — 
YÀp xai lnÎTT])jAt — d»' h Tpti^pet aO>tôv i\uiwjo\ ^uOiiôv. 



LB9 RAMES. 



167 



avec raison qu'il no faut pag confondre ces malheureux avec les 
véritables joueurs de fliite, qui étaient souvent do grands artistes. 
Au-dessous du kéleusto étaient les toiyn^yjn. On appelait ainsi 
des sous-officiers qui commandaient à tous les rameurs d'un des 
côtés du bâtiment (I). Les rameurs étaient divisés en deux caté- 
gories, selon qu'ils étaient assis h droite ou à gauche du na- 
vire (2). C'est ainsi que de nos jours on dislingue encore dans 
INkfuipage les bâboi^ais et les tribordais. Il y avait donc dans les 
navires de guerre deux Tof/ap/ot, l'un commandant à tribord, l'au- 
tre à bâbord , comme le timonier commandait à l'arrière et le 
proreus à l'avant (3). Ainsi que chez les Grecs , dans la marine 
moderne, le côté droit du bâtiment était regardé comme le plus 
uoble. C'est ce qui explitjue l'expression un peu bizarre d'Eusta- 
the (4) « iv5oÇ<infio; >» appliquée au 'co[;(ap)(o; de tribord. Sans avoir 
une autorité plus élevée que son collègue de bAbord, il était ce- 
peudant plus considéré que lui. Les roî/ap/ot étaient choisis parmi 
les rameurs qui s'élaiont distingués ; c'était un grade tout à fait 
inférieur et le degré le plus bas sur le tableau d'avancement. Nous 
n'en voyons pas moins dans Lucien (5) le -rof/ap/oç Dorioii, rôcem- 
jnent promu et sorti du rang dos rameurs, se fâcher contre la cour- 
tisane Myrlalé, qui ne semble point faire assez de cas de cette dis- 
liDction, Dorion est d'autant plus fier qu'il est Tof/ap/oç do lril)ord. 
D'après Suidas (6), le To(/«p/o; était subordonné au [»roreus, le pi*o- 
rous au timonier , et le timonier obéissait au nauclère. 11 n'est pas 
question du kéleuste dans cette échelle hiérarchique; mais nous 
remarijuerûnsqu*il s'agit ici d'un bâtiment de commerce, comme 
l'indique le mot vniixXTjpoç, et que, les rameurs étant fort peu nora- 



(l) PoU., !, 95 : 6 ti xoixntpxoz àvo(iaCà|uvoc X6ff Av li^^tTO to(xuv dt^uv. 

Cl) Et. M., s. V. :SeSi6Toi/,oi * imitai ol xatà -zà SeCi^v \Uçoç. ÀntiaU,, i. Bekk., 
iikcdot., p. 91, 2 •- îe^ioTotyot ■ ol £v Ttp Se^u^ ipEfffrovTE;. 

(3) Ëustalh., 1729, 3 : xoù ^aàv tivt; iy toî; {lEy^ot; twv tï>o((uv, à (U'v tk tow 
tftivj toix^i ipx"'^» ^ ^^ ^**^ ÂptTCCpov, xoiOà xotl npû(ivii)v (Uv npoîaTatat xuScp- 
v^JTfK, x^pav ti diotxovoiicÎTat 6 icptiipeû;. 

(l) 1021, 15 : inl ti tûv \^tf9Xuiw vr,(ùv %a\ dpxo^^Kï ^^^ ^^vi; tûv TOtovTwv 

(i) ÙiaU Mffttr.t XIV, ch. 3 : vOv y*P ^*1 ^oÏxov dpx" "^^^ SeÇtoû xal où Vi^ûv 

^5) S. V. : Tofx*fX°î ^'^^ ^*^' * ^PX**^ oÛTOû toù Totxou , Totx^pxou t\ irp«i>pcvc, 
ic^i»()<w; 2i KvCepv^ir,;, xufiepv^tou fii voûxXnpo;. — C'est ainsi qu'il faut lire au 
lieu de : 6 £&xuv aùT^;; on a d'abord laissd tomber le mot to^x^u , et ensnilc 
Miwù s'est cbanijt^ en aOrf,; i cause du voisinoge de vtfô;- Cf. Arlemidor., I, 33, 
p. 87 ÛD. : à^yi\ &i :teptv£ou ot roix^px^^C • ^fiVfà^t^^M lï 6 irpwpcvc, Kpupw; %ï A 
ïV<iÇr»i^THî , agCcpv^tow Îe ô vauxXîipoç. 

13. 



168 LA TRIÈRB ATHÉNIBKNB. 

breux dans les navires marchands, il n'y avait peut-être pas de^ 
kôIousU) à bord. 

Quant aux pentékontarqucs de la trière, Jiirérents des officiers 
du inômo nom qui commandaient les peulékontores, Bœckh (1) a 
prétendu à tort qu'ils ctnienl au nombre de trois ot qu'ils avaient 
environ cinquante rameurs sons leurs ordres. D'aprc's Démos- 
thcno (2), c'étaient surtout dos officiers d'administration ; romme 
tels, ils devaient être soumis au kéleusto. Nous n'avons pas à 
nous en occuper ici. M 

Nous avons vu les rameurs ritlnuiiens i\ l'œuvre et nous venons™ 
d'examiner comment ils étaient commandés. Il faut maintenant 
dire un mot ilo !onr instruction. Si la marine d'Athènes l'empor- 
tait sur toutes les autres marines de la Grèce, ce n'était pas seu- 
lement par la perfection des constructions navales , c'était aussi 
et stirlout par l'excollenco des éi|niiiag09. IJ n'y a rien de plus dif- 
ficile dans un navire à rames, que d'avoir une chiourme bien 
di-esséo. Or riustrnction des rameurs athéniens no laissait rien & 
désirer. On sait qun les équijja^'es étaient tn.'S môles. Dans les 
besoins pressants, on pratiquait sur les esclaves une sorte do 
levée forcée, on indemnisant leure maîtres. C'est sans doutai 
parmi eux qu'on devait rencontrer le plus de non-valeurs. Mais*] 
il y avait aussi do pauvres gens qui faisaient de l'étal do rameur] 
un métier, f Je no me serais pas fait rameur , dit Dorion dai 
Lucien (3), si j'avais été riche. » Dans cette catégorie de merc«-^ 
naii'es &e trouvaient évidemment des hommes très exercés, 
c'est parmi eux que choisissaient les Iriérarques, qui, par amour- 
propre ou par patriotisme , voulaient avoir un vaisseau manœu- 
vrant bien. Knflu. — ot c'était là l'équipage réglementaire, — les 
citoyens étaient obligés do monter sur les trifcres de la Répu- 
blique. Or ils étaient parfaitement préparés à ce service ; car, à 
cause <lo leurs possessions d'otitro-mei* et de leur immense com- 
merce, les Athéniens étaient prestjuo tous marins. Ou sait que 
c'est dans la marine marchande que se rccrutont les bons mate- 
lots de la marine de guerre. « C'est k amm do nos possessions 
lointaines et des commandements exercés hors du i>ays, dit l'au- 
tour de l'écrit sur l'état des Athéniens (4), que les citoyens ap- 
prennent natarellement à ramer, eux et les gens de leur suite; 



(1) Urkund,. p. 120-lîl. 

(2) C. Polyci., p. 1215. 

(3) Dial. Mtretr,, XIV, et». 3 : oO yàp ch* ^petrttv, c\ yt n^ouTâv Myiavw. 
{k) t)e Hfp. athin., I, Ifl et 20. 



LES RAMES. 



IG9 



un homme qui navigue sans cesse se voit dans la nécessilu de 
mellre la main à la rame lui et son valel , et d'apprendre la lan- 
gue maritime. C'est par l'habitude des navires et par la pratique 
[ue se forment les bous limoniers ; or les Ath6nions s'instruisent 

,£Ouvernant les uns un navii-e, les autres une holcade, et c'est 
le là qu'ils passent sur les tritros; quant au peuple, il sait déjà 
ramer quand il monte sur les vaisseaux, car c'est à cola qu'il s'est 
exercé toute sa vie. » 

Toutefois on ne comptait pas absolument sur cotte éducation 
en quelque sorte spontanée. L'Ktat, qui pendant la période éphé- 
biquo avait la direction des études des jeunes gens, les exerçait à 
la guerre maritime (1). Les éphèbes se familiarisaient avec les 
manœuvres et prenaient princiijalcraent rhabiludo de niettr-e les 
navires à flot, puis de les tirer sur lo rivage. Les joiltes sur mer 
soûl souvent nommées dans les inscriptions é[)hébiques i on les 
appelait i^ak^u twv TtXoiwv. Ixîs principales avaioul lien à Munycïûo 
et à Salamine. En outre , les éphôbes allaient sur des vaisseaux 
au trophée élevé à Salamine pour rappeler la victoire de Thé- 
mistocle ("2). Us prenaient part aux pompes de Munychiei célé- 
brées le 16 de Munychion , jour anniversairo de la victoire de 
8alamine, descendaient au Pirée , montaient sur les vaisseaux 
sacrés et faisaient le tour de la presqu'île ; ils arrivaient ainsi au 
temple d'Arlémis , où ils sacrifiaient, Des joiUes nautiques sui- 
vaient cette féto ; elles avaient lieu dans le port. Enfin ils figu- 
raient également aux AîaÉvTtta (3) célébrées à Salamine on Thon- 
neur d'Ajax, qui avait secouru les Grecs lo jour de la fameuse 
balaillo. Après avoir suivi pondafit deux ans ces osercicos, on 
comprend que les éphfibes athéniens devaient faire d'excellents 
matelots. 



Cl) Etaai mr VEphébit attique, par A. Dumont, t. l. cli. 3, $ 4: cb. S, g *2; 
eh. 7. 9 2- 
it} Ihid,, t. ?, VI. 71 : aM[iT>n«v Si xal] in\ Tp6icoii[ov x«l] lOuviv [t]^ Atl x^ 
i]«i^, teom9«T0 6c Ktt) if&(XXa< tûv n^^oUi» ht taU fYsvoiiivau iv t^ Movvvx'qi 

(3j iUid,, t. "2, VIII, 55. 54 : iiciiXi^ ol IptSoi .... i::tç,<xyfii\i.t'i'>i in\ r^v Owdiav 

^ vif* \%\miia, iiroti^aanTO Sa xal &^i3iX[av t]oTc ftXotot;... etc. 



CHAPITRE VI. 



LES MATS ET LES VOILES. 



§ \", — Du mât en lui'inême et de ses diverses parties. 

Il est fort difflrîlo de dctcrmiiior quel rlaii le gréoment de la 
trière; en eflet les textes h consulter snr ro sujet sont i>eu nom- 
breux et généralcmcnl insLifiîsnnts ; en outre, ils se rapportent 
ordinairement h une ôpoquo ilo licinrouji iinsti'rieuro à celle do 
la puissance d'Athènes et contiennent do regrettables confusions. 
Enfui les monuments figurés nous représentent ordinairement la 
trière sans voiles, ce qui se comprend h la rigueur, puisque nous 
avons TU que la triôro était avant tout une arme de combat, et que 
pour aller au combat on déposait à terre les grandes voiles. Mais, 
chose plus bizarre, la îrière est souvent figurée ou sans mât ou 
avec un seul niAl porlaiit une voile carrée, et le plus liabituellc- 
rnont les cordages nécessaires à la Tnanœuvi*e de la voile manquenll 
ou sont très sommairement indiqués à cause de Texiguïté de la^ 
représentation. Nous ferons donc ici ce que nons avons fait jusiju'à^ 
présent , c'est-à-dire que nous mettrons en lumière les résultais 
malheureusement incomplets ijni ressortent des textes et des mo- 
numents, eu [lassant sous silence les hypollièses individuelles ou 
ou mentionnant rapidenient celles qui nous semblent le mieux 
concorder avec la réalité dos faits. h 

Poilus, citant Xéuophon, partage les agrès du navire on deux^ 
catégories : les premiers sont nommés par lui tnuuifj jc^cfAourri , les 
autres Txevri çOXiva (I). Toutefois sa citation n'est pas absolument 
exacte, puisque Xénophon mentionne une autre classe d'agrès,, 
qu'il appelle ffxtoï» icWraî (2). La division adoptée par les inscrip*! 



(1) I. 93 I TA £à <Tij(ifrocvta <nc£uii fticla naUttat xal 6 Snofâv oxiv?) xpifuictA 
(l) Xenopli., HconoiH., ch. VIII. V2 : <ià «o»ûv... Çu)iv»'# oxtuûv »aî ik>4m- 



LB8 MATS ET LBS VOILES. 



171 



navales est la mi^mc que colle de Pollax. Elles comprennent, 
sous le nom do « oxeuï] ÇuXiva ^vteXîj, " les agWîs suivants : « Les ra- 
mes, les gouvernails, les échelles, les crocs, les nafWKrratat, le mât, 
les vergues, » et, sous le nona de « ixeu?] xptfjwxfrri ^vTiXîi i» : « les vrro- 
j([»|AaiT«, la voile, las coi*dages, rGxtorjfjtot, le xaTaO.Ti(jt.a, iGs-rapa^ujJtaTa 
Ituxa, les napap^uaotTa rpt/tva , quatre (^âblcs de huit ootxrjÀot de cii'- 

conféreuce, quatre câbles do six fiaxTuXoi, deux ancres en fer. » La 
subdivision introduite par Xénophon, sans ôtro absolument né- 
cessaire, est cependant conforme à la nature des choses. Ces 
ffMWTi îtXexni, qu'il distinguo dos agrès eu bois et qui servent à 
mouiller le navire ou au contraire .\ le mettre en marche , ne 
peuvent ôtre que les câbles. Les agrès des trières éUieat par leurs 
dimensions distincts des agrès des autres navires et portaient un 
uom particulier: « ffntui] TpiT,piTt)ta (1). n Les autres classes do navires 
ont aussi leurs ajijrès {2). Toutes les trières de la République 
athénienne étant semblables et de mémos dimensions, les agrès 
de Tuno ix)uvaient ôtre transportés à Tautro. Bœckh (3) fait 
cejiendant remarquer (luo dans certains c-cis on employait, évidem- 
,incnl Comme auxiliaires, les agrès de navires d'une classe infé- 
lïieuro sur des vaisseaux do la classe supérieure. Ainsi les trié- 
rarques qui passent d*une triêro r'i une lôtrère ou d'une tétrère à 
^nne peutère emportent avec eux leurs agrès. 

I^e principal agrès d'un navire, c'est le mAt. Dans les bar- 
Iques primitives, le mât était un arbre de pin ou de sapin , soi- 
Igneusement arrondi ci bien lissé à sa surface, destiné à porter la 
rgae ou Tantonuo à laquelle était attachée la voile. « Le navire 
[grandissant (4], le m;U grandit aussi. Un seul pin no suffit plus à 
l'effort qu'il devait supporter ; il fallut recourir k une combinai- 
son de pièces , véritable construction qui produisit ce qu'on 
nomma un mat d'asseiTitUage, à la diiTéronco du m;\t d'une seule 
pièce, ou, comme on dit, d'un seul brin... On attacha à la léte 
[d'un arbre inférieur un arbre moins gros et moins long. C'est 
dnsi qu'on fll successivemciiL un, ilciix et trois éln^^'os do mâts 
LU-dcssus du bas-mAt. Les bas-mâts se multiplièrent. Ou planta 



(I) *Ef. 4px» ''""'• 3î*^» col- î- L *^8 : xpiftaiTà TpmpiTmà; I. 175 : ^»lvo 
rnti , et pawi'm. Cf. Ibid,, /nx«r/3144. col. i, 1. 99 cl suiv. : OTto^^tLaïaJ 

(7) ibid.^ Iruer. 2Wl , col. 1, I. 7 cl suiv. : [TptJaxovTopU» h veupioi; rapt>â- 
fiojuir ntÙTi Çv>tv<x nïtti ; I. 31 : txwti ÇvXivot TCTp^puv. Jfwcr. 32tG, col. î, 1. 24 : 
IvTiXj) (dlcOy) TiTp^p<<)v (ûXtvx ii vpc|iaQtâ, 

(3) L'rkund., p. Il '2. 

|4)itl. Gi. n., an. Mdt, 



I 

I 



LA TRIÈRE ATHÉNIENNE. 

un arbre au milieu^ un vers la prouo, un à la poupo 
fois un qualriènie tout à fait à l'arrière. » 

Lo mât, dans les inscriptions navales et dans Pollux, s'appelle ■ 
îcToç, ce i]ui est le Icrme consacré fl). Il faut d'ahord noter que 
les anciens ne connaissaient que les mAls d'un seul brin. En 
effet, quand il s'agit do mater lo navire d'Hiéron , on cherche ■ 
dans les forints dos arbres qui aient les dimensions voulues ; on 
trouve sans Imp de peine le second mAt ol le froisièmc ; quant 
au premier, ce n'est qu'au prix de beaucoup d'efforts qu'on le 
découvre dans les montagnes du Brutlium (2). On no se serait 
évidommenl pas livni à ces rocherrlies, si l'on avait connu les 
mAls d'assemblage (3). Les inscriptions navales ne nous donnent 
sur les diverses parties du mât et sur les noms qu'elles portaient 
aucun renseignement. Ces détails, nous les trouvons dans trois 
passages importants de Poliux, du Scol. d'Apollonius de Rhodes 
et d'Athénée (4). _ 

Polluï (5) : a La cavité qui reçoit le mât s'appelle >7iv<iç, ol la i>ar«fl 
tic du mAt qui s'y emboîte -rrcspva ; vers rextrcmiié du mAt , aui 
environs de la vergue, se trouvent rT^^axa-nj, leOwpaxtov, le xap^^giov, ^ 
ot au-dessus do la vergue TarpaxTOî, où Ton suspend la flamme. »■ 

Scol. d'ApoU. de Rhod. (G) : « L'i^XaxatT] est la pai-lio la plus 



(l) Et. Nf, , s. V, : iisxà^ • t6 {iéricrtov ^%ov, i\ xatâ^Tioç "Kiyo^vii V7t6 twv vou* 
TixtSv. Rustathe. 130, 39 i Ittà; 6ï x6 â^dàv &i>.ov . oOntp tô xépoi^ xal tx lorCd 
^(àpT;vT«i, xar' Uox'i'* '^*^* O'jiw liyjit.iz * «vtd; ^àp (iâ>iTra ipOi; liraTat. 

{2) Âthén., V, 43 : Ttôv 5^ Ittûv A p^v SeOTe;ïOï xal tpko; eOps^cav * iM9yt^&ç[ 
Si à ^Tfxôro; trjp&hi Èv toC; ôptaiv t^; BpETTÎa; vk6 m>SiÙT0U àv5p6;. 

(3) J. Smith, Inid. par II. Thiersch. Ucbcr den Schiffbau... , p. 25, croil à 
l'cJctstCQcc (les mAts d'assemblage. 

f4} Ces passages sont di3cut<$8 par Oraser, dans les recbercbes qui font sni( 
h soo De Re NavaU {Philohgns. Ruppt. Bù. III, heR 1) , g 105. Mais il a tor 
d'y ajouter un passapc d'EusLilhe, 14Î3, U, qui s'est bornjf- h copier Alb^n*^** 
on l'abrc^geant , comme il eu convient lui*in(>tne : •• 4 de rotÙTOi tP"^^ 'A^vatoc, " 
et qui par conséquent n'appor'.c point une atitorilô personneltc. 

(5) I, 91 : xal ti niv vico3fixô[uyov xir* Iniv ).nw;, ri ûî ivapiioC'V^^''' "^'ï' 
Kte'pvQi , Tè fié T&)irjTaïov tô npà; t^ xEpaEx :^>axâTr, xai Ociipdtxiov x«i xapx^*"*^ 
TÔ 5è Oicèp r^Y xKpaton JTpaxTo;, où xat a'itxàrv (llemsterb. oOroO) tiv i-Ktveto^ 
AicapTûffi. 

(G) ApolL Rhod., 1, 565. Les marins hissent d'abord le mAL , puis ils d( 
ploient la voile : 

xacS' aùtoO Xfva x^^v , On* :^âtX(iTr,'V ipuaavrc;* 
iv fii )t'pt; ntvcv oùpo; - ^tc' îxptô^itv fit xa)uai; 
{tffT^flf» tïtpovip-ii fitaxpiÔôv àti^têaXovre; 

Scol. ■ i^XaxdTTi • tô toù ïorov ).£ircûT«Tov xai OBèpTaiov, Oitèp 6 fort tA xapy,i 
9tOV. "Ed»; oOv, 9y)fr(, toû dcxpou toù ItrcoO ivciXxuvav ta dip|jt.rfa iTC Ixpidçtv 



LB8 HAIS fiT LBS VOILES. 



173 



fine ot la plus haute du màt ; au-dessus est le xap/iimov. Us hissent 

H donc, dit le poète, les voiles jusqu'au bout du mât.., Lïxfiov est 

une ptVtie du mât. Er;itosthrnc, dans son Arckitcktonilios ^ dit : 

1« loToç TrripvT, xap/^^Tioy Otopaxtov VjXaxaTr, x€pawt txptov. « L'i^Xoixarr) esl , 
suivant Eratosthène ^ la p;irtio la plus élevée du mût. » 
Asklôpiadès do Myrléa dans Athonoc (I) : « La partie inf/îrieuro 
du mût s'appelle Txrftpva et s'emboîte dans le Xr,v<î;. La partie 
moyenne s'appelle ipa/TiXoç ; versTestrémilé est le xap^^ffcov... Au- 
dessus du Oùjpfltxtov se trouve l'i^Xaxatnri, qui s'élève et s'amincit, t» 
' Si l'on examine de pr^s ces trois descriptions, on verra d'abord 
que les diverses parties du nidl sont éuumi'rées [lar EratosthiVne 
^ dans un ordre absolument arbitraire. Si, en effet, on acceptait 
^ cet ordre, On mettrait la vergue au-dessus de la huao, ce qui est 
maléricllGmcnt impossible; nous ne pouvons donc rien tirer do 
ce £>as5age pour nuus rendre compte de la l'utjoa dont les diverses 
pai*ties du mât se succédaient Tune à Tauti-o et nous ne retien- 
drons de ce texte que la définition de ViîkaxixTYi. Nous restons donc 
^_^ en présence du passage d'Athénée et de celui do Pollux. 
^m Ils s'accoixlont tous deux pour ce qui concerne la partie infé- 
^ rieure du mât. -» On appelle pied du vidi , dit Jal (?) , l'extrémité 
^ inférieure du niât qui lepuse ilans la carlin^'ue où il est implanté. 
H Quelquefois on désigne par pied du mât la partie du mâc qui est 
à la hauteur du pont, .\iasi, déposer un objet au pied du mât, 

I c'est souvent le mettre sur le pont, h l'endroit où le mât le tra- 
Yerse. d Quant â la carlingue (3)^ c'est c un assemblage do pièces 
de charpente combinées de telle sorte qu'elles i)résonlonl au pied 
du mât qui va s'y insérer une cavité, une sorte de ]njits. Comme 
celle construction est faite sur la carlingue, elle prend le nom de 
carlingue. Un billot de bois creusé est quelipiefois toute la car- 
lingue d'un mât. « On voit par là que le mot Ttrtpva correspond 
exactement au pied du mdt ; la métaphore est mémo identique en 
français et en grec, puisque Trrepyx signifie â proproraonl parler le 
talon. lAi mot Xtivoç , qui désigne primitivement l'auge daus laquelle 



iwt ToO I9TQV (icpo;. 4>7)9l 2t 'EpaxoaQ^vTi; iv xi^ *Ap/iTCAtov(x^, m tor^c icrcpvii 

tov Oup^iov ^axdirr] xtpala txptov « ^^axâri] ii ti ivÛTavov toO iTtoO 

;, ÛK ptjfftv 'EpaTOfTOcvïi;. 
(I) XI, 49 : toO yop IttoO t6 jiiv xaTUTÔiTu} icrfpvQi xaJcÎTSt, i^ i\knimu lie t6v 

lB*pax(ov ik v^; ôvTÎxoy^a xai iÇiîa fiyvft^ivri i<TxU -h ).»YO(iivT, <i),axàTTi. 
(3) Cl, n., art. Ptftfd du mdt. 
{3) f^id., art, CAriingtn, 2. 



174 



LA TRIERE ATHENIENNE. 



les troupeaux viennent boire, convient bien à Ja cavité rectangu- 
laire dans laquelle entre le jjîed du mât. Taudis que le corps da 
ïnûl cstari'ondi, ]o pied est taillé rectangulairementxK)ur s'adapter 
à la carlingue, ot, connue l'atlhérciico entre le mAl cl la r^rlingno 
ne serait pas suilisante pour rendre la construction inébranlable, 
nu la renforce par des coins qu'on introduit violemment dans 
l'espace reste libre (I). 

Les difficultés no commencent que pour ce qui concerne Tex- 
trôinitô supérieure du mM. On remarquera d'abord combien la des- 
cription do i^ollux est iucomfilète; il passe en effet du pied du 
mât â la hauteur où est suspendue la vergue, sans nous i>arler des 
pai'Lics intermédiaires. Il y a doue là une lacune que PoUux lui- 
raorao peut nous aider à combler. Il dit en effet ailleurs (2) que 
la pai'tio inférieure du niât s'appelle 4p0i'a; comme le bauL s'ap- 
pelle )c«p/iiîaiov. L'explication est un peu vague ; on peut supposer 
toutefois que l'-îfïOta; est la partie du mât qui s'élève â i^artir du 
pont supérieur. (Juant au corps du mât lui-mùme, il est désigné 
dans Athénée par le mot Tpa/rrAoç. Le i>assago est tellement formel, 
qu'il est impossible d'entendre par là, comme le veut Jal (3), lo 
capclaffc. En oflcL le capelagc se trouve k la tête du inàl et non au 
milieu. 

Athénée et PoUux sont en désaccord » quand il s'agit de dési- 
gner l'extrémité du mât. En effet, pour Pollux r-^Xocxani est cette 
pai'tîo du mât qui so trouve h son extrémiié dans le voisinage do 
la vergue et qui supporte la hune. II est d'accord là-dessus avoG^ 
le Scol. d'Apollonius fie Rhodes, qui dit tjue r^Xoxa-ni est surmon- 
!éo par la hune, eL avec lo Grand Ktymoloj^âque (4), pour lequel 
V-fÇAttxdvf^ s'étend au-dessus de la voile. Mais il on diffiïro on ce que^ 
ni le Scol. d'Apollonius do Rhodes, ni lo Grand Etymologique 
no superposent rien â la hnno. Ei-atosUiL'no dit mèrnc formellemeul 
que c'est la partie la plus haute du mât. Au contraire, du milieu I 
de la hune part pour Pollux rirfwotToc ou fJàchcj h laquelle osl sus- 
pendue uue flamme. Pour Athénée, l'extrémité du mât qui avoi- 



(1) ApoU. Rhod. . 1 , 1*201. Le mil est rcnvopsd par un coup de vent 9[0Toï<n 

oç^eTfft. IjC Scol. dit & ce sujet : tô 5i svTotai «jç^viiai 8tà ta ntçUxovx^ -riSi 

(1) X, 134 : àpO(a( 2è Ta x^tw toù lenoù xaXcîrat , rU; ta dvod xotpx^'^^v ' xa( ^ti 
ToOvotia t6 dp6(a^ èv ÏTit/dip^ov Kctua^c^. Cf. Uésych. s. v. : ôpOiac ' lorô; v(ûc> 

(3) Gl. n., art. Tp%xy\loi, » Capclagâ, partie du niÂt autour de laqucUo se tour- 
nent les manœuvres dormaotcs , comme uue cravate se tourne autour du cou. ■ 

(4) 8. V. ; i^XotxatrT) ' «nuiatyci xat tô Ofl;«pi<rrtovj Ôt«v iiyiriTat ■ x»Ô8^ mtxtùt Xtv« 
Xevov 0i7ir)>.âxaTa tar/ûffavre;. 



LB8 MATS ET LES VOILBS. 



175 



sine la hune el que Pollux nommo i^XaxaTï] s'appelle simplement 
TtXoç el 1V;a«xotti s'élève au-dessus de la hune, sans qu'il soit quos- 
lion do TorpaxToç, Au fond, c'est plutôt une divergence de dénouii- 
ualiou.s qu'autre chose. Ainsi ijue Graser le fait remaniuor, lo mot 
iÙjik n'est vraisemblablement pas uu mot nautique. D'autre part, 
JTp2XT0{ signifiant fuseau , tandis qa'i?|X«xaTïi vont dire tjuoiioutllo , 
ce sont des mots bioji voisins l'un de l'autre par le sens. II est 
donc raisonnable dû s'en tenir k rex[)Iioatioiî do Pollux, qui met 
riiXaxani au-dessous do la hune et qui termine le mât par i'tÎTpaxToç, 
OQ supposant qu'au lieu du lornio technique -^WaTTi, Athénée a 
pris un mol de la langue vulgaire et qu'il a ensuite désigné 
1 arpaxToç par le mol très voisin de sons T,Xaxanr). 

Ce n'est pas lu la conclusion de Graser. Graser adopte l'opinion 
lie Pollux qui à r^.XaxâTri superpose rdÎTpaxToç et l'opinion d'AIhénéo 
en ce qui concerne la place de r-^XaxaTTi. Il obtient ainsi, au-dessus 
(la la hune, une assez grande hauteur de mAt, qu'il divise en mAt 
de hune cl on mât de perroquet , de façon à pouvoir superposer 
plusieurs verguoset [tiusîeurs voiles. Mais ce n'est I?i qu'une hypo- 
Ihfese loule gratuite. En effet, il est certain quo,5dan3 leui-s des- 
criptions, Athénée et Pollux n'ont eu en vue que le m;U primitif, 
celui qui ne porte qu'une vergue surmontée d'une hune. C'est 
donc faire fausse roule que do chercher dans ces deux pas- 
sages des déuominalions applirabtes an raAt de lu trière , qui 
était vraisemblablement fort haut et qui portait pbisicura étages 
de voiles. Quant au mot txpiov, il désigne le raAt à l'époque primi- 
tive (I); nous avons vu (juo les txpta étaient les l'taîs verticaux sur 
• lesquels reposent le château d'avant ot le château d'arritre. Le 
inât n*élant qu'une pit?ce do bois verticale implantée dans le 
navire, il n'est pas étonnant qu'il ailroçu ce nom. Li vergue qu'il 
sup[iorte s*ap[H3lait iirtxpïov. 
■ La seule particularité que nous fassent connaître les inscriptions 
navales à propos du mAt do la trièro, c'est qu'il était accompagné 
lie irapa^rtatïi ('2). 11 y en avait régnlièi-oment deux par navire; 

»lor8i|u'U s'en rencontre trois, c'est pai* exception ; loi-siiu'un seul 
■t meationuê, c'est que l'autre manque. Il est encore question 
(I) BustAtliG, 1037, 35: iti il titplov Vê-fetai %al éicî Itcoù £v Y)du«4Tetqt AiiXoùTat* 
£9c« «si Ifïbtptov Ti «Ipo; ToO liToO, b xotvàrcpov xepaTdptov XéycTai. 1472 , 2, en 
|k»rUnt (lu mot txpiov , Il ajoute : xal 6 Itt^; H ti}; vnio; * 6Htt ta x^px; fnfxpi&v. 
(2) •Eç. 4px-. f'^f'' 3146, col. I, I. \\ : a-3TTi Ixet... îïap<3W-4TT)v I. /6id., col. 2, 
I. t«t «aiv. : «'/rri ly.ci... nx^Ttâroc III. inscr, 3U5, col. 2. 1. 38 et siitv. : 
sa^ttffmAv &pi9iL&c llilHlI}«UIli ' oûioi Y(vovTai inl voù; IlilAAUU, elpatiim. 



176 



LA TRIËRB ATHÉNIENNE. 



des uûtpaffTŒTott dans Tinscription X de Bœckh , parmi les agrès 
i*eçu8 par les triérarques. A partir de cette inscription , ils ne 
figurenL plus que pour les Iriaknritoros. Bccckh (1) citant Isidore 
[Origg. XIX, 2 , tt) y voit des étais verticaux qui s'élèvent de la 
quille et se dressent pai*alIclemont au mât qu'ils maintiennent. 
Il a constaté leur présence sur une pointure de Pompéi , où ils 
sont au nombre de trois (2). Ces -rtaparràTat do Tépoqu© de Dé- 
raoslhène ont remplacé rtcrroTrcov) dos temps homériques, qui rem- 
plissait exacloment le môme olRce, celui de maintenir solidement 
le bas du niAt. Pour Grasor (3), Vx^r^rÂl-ri est une poutre transver- 
sale correspondant au Çuyov primitif, percée d'un trou au milieu 
et qui tient le mAt» comme font les solives du pont dans les bAli- 
raents pontés. C'est là une erreur contredite par les explications 
des lexicographes. Pour Eustathc (4) on oflbt, VXtno-Kifyt^ est l'en- 
droit où Ton place le mdt, ou une pièce do bois verticale à laquello 
on l'assujettit; Suidas (5) dit fonneltement t(ue c'est un étai ver- 
tical, qui s'élève sur la quille et sert à assujettir le mât. Hésy- 
chius (6) est plus précis encore , quand il nous apprend que c'est 
un montant vertical qui part dû iaTpctîteîia et auquel le mât est fixé. 
Or nous savons que larpa-ne^a est une pièce de bois établie sur la 
quille et au contre do laquelle se trouve le trou carré dans lotiucl 
pénètre le mât. Ces montants étaient surtout nécessaires à une 
époque où on abaissait et où on hissait sans cosse le mât pour 
les besoins de la navigation; quand il était dressé, il fallait qu'il 
pût s'appuyer sur une pièce do bois fixe cl solidement implantée 
dans la quille; on voit qu'ils ont persisté sous un autre nom dans 
la marine grecque, «'i une époque où les mâts n'étaient [Jus mo- 
biles, mais à poste fixe. 
Dans les galères du moyen âge , l'extrémité supérieure du mAl 



(l) Prfcund., p. 120. 

(2] tiercHlanum et Pom\té\, par Roux et Bouchct, peintures, 5* sdrie, pi. 19. 

(3) Suite du De Re Nav., g 105. 

(4) 1710, 28 ; ImvKi^n 3M ô tôtïo; f ivtvOitç» à l(rc6<, 9^ Çv>ov ipOiv ^ icpoo^^* 
tttOLx A loTÔ;. 

(5) 8, V. : laTtHtéSTi • ÇWov ipftiv èsà til; TpôitiBoc «^ itpodSiSiTct» A Wz6^, Cf. 
Zon. B. V. : ItrroRédv) ■ (û)^ov ÂpOàv inà t^; TpoicûffCftK (1- Tp^TCi^o;) ^ icpotrCi— 
fierai 6 I(tt6<. 

(6) 8. V. : l(noiîrtii • &J>ov ApO&v itt\ x^ Tpoiî^CYic, ^ «porfifiitai ô tcri;. Cf. iVou- 
mach. nasilii Palricii ap. Fabr. Btbi. gr.rc. , VIII. p. 140 : 67ïi r^; tpAntoc 
TcpoTzpiJiôIiETat r, TpânsÇa, ■^ ivii; ô lirci; TorotTai. — Le Gr. Htymolog. confond 
riaroréSri avec la carlingue, s. v. : laTOTtîSv] - 6 it (lioy t^c vcwc «oîXo; t6ico<» 
6v Tiv»; >7iv(Ôa xaXoûatv, tXç 6v à t<rt6f iv-ctOtiai. 



LB8 MATS ET LES VOILES. 177 

était garnie d'nno pièce ilo J)ois nommôo cakeiy dans la lûto do 
laqucLlo êtaieut passées los poulies des amants. 

Fig. 88. 



C, le inAt ou aibro. 

AB, le csIcGl, (lanri lequ«) on aperçoit les deux réan de poulie i la face AB n'ftsl 

pas dan? >on plan; on a fait foire no quart de conversion au ealcet, pour 

montrer l'eoQplaceuieDl des poulies. 
nFETi, gabie. 
M, flaoïnic. 

La flguro 88 , empruntée au Glossaire natitlque do Jal, art. GabU, 
nous mootro le calcet dans Im^uel sont logées ces poulies et , der- 
rière, n ne espace de cago appolôo gahic pouvant servir aux guetteurs 
et aux combattants. Dans los vaisseaux modcrnoSj la hune (1) est 
n une plate-forme établie horizontalement au sommet d'un mât 
qui la traverse. Eilo repose sut* des barres. « Ces barres sont n qua- 
tre pièces de bois placôosâ In dite d'un bas-m;\t et destinées k sup- 
I>ortcr la hune. Deux d'entre elles droites, parallèles et mises dans 
le sens de la longueur du navire, sonLaiipoIoes êlongis. Les autres, 
légèrement recourbées et croisant. les prcmicres, sont nommées 
traversins. » Nous retrouvons dans la marine greojuo quelquos- 
unes do c^s partieiilarités. Pour Pollux (i), le x«p//>tov n*est guère 
que rcxlrémité du mAt; il so borne h l'opposer h l'ôfôiaÇ. Zona- 
ras (.3) en donne précisément cette dôlinition. Pour Mésychius (4), 
c'est uuo pièce do bois établie on haut du m;U; enfin Servius (5) 

(t) J»l , Gt. n.. art. Hune, et art. Barra de hunf. 
(Î)X, 134. 

(31 8. V. : xapx^iiov • TÔ dxpov toO brroO. 
(I) 8. V. ■• xopyTiiiov • ... xoi ta éntxtijttvov tûv loTûv (t^),ov. 
(h) Ad Mntid., V, v. 77 : m Carchosia est summltaa mali, per qium fUnea 
trajiciunt. u 



178 



LA TRIÈRE ATHÊNIKXNB. 



dit guG c'est le sommet du màt au travers duquel on fait passer les 
cordages. C'est \h prociséiuciîL, comme ou le voit, la lîéiliiilion 
du caicel, donnée 1res ncLtemeiU du reste par le scoiiaste de Pin- 
dare (1) et par Galien. 

Nous trouvons daus Athénée citant Asklépiadès de Myrléa 
une description delà hune perfectionnée, qui, tout en conservant 
une forme originale et particuliùro à la marine grec<]ue, présente 
avec la hune moderne assez de ressemblance, pour que nous puis- 
sions nous rendre compta exactement do ce (Qu'elle ijtait (2) : « A 
l'extrémilé du mAt se trouve le xap/i-^tov. Il [ir6scn(c des barres 
qui se recourbent en haut de chaque côté et supportent le 06>f;axiov, 
carré dans toute sou étendue, excepté pourtant au bord inférieur 
et au bord supérieur. Elles dépassent un peu le Qwpaxiov dans 
le sens horizontal. « Nous voyons ici très nettement désignées 
les barres do hune, et Ton remarquera qu'elles sont prècisé- 
ment recourbées comme les {raversins modernes. Elles sont 
nommées ici «paTai, et, dans Hésychius (3), xiparv; celui-ci déÛnit 
eu effet la hune : « Les barres qui se trouvent en haut do Farhrc 
du nnviro et le sommet du mât. » Quant au Oupixtov, c'est une 
sorte do rempart ou de parapet formant une cage où s'abritent 
les combattants; il est rectangulaire, sauf à ses extrémités infé- 
i'ieure et supérieure (jui affectent la forme ronde. Il ressemblait 
beaucoup au vase à boire qui portait le nom de xapyiiatov et qui 
était, dit Athénée (4), « allongé et insensiblement resserré ou 
son milieu, r Un vase de la colloction Campana, dessiné jwir 
Graser(r)), fait bien comprendre celte forme particulière. Nous sa- 
vons que dans le navire d'Hiémn (6) les i*omparts des hunes 



(1) Néméen., 5, O-l : xapx^<nov Yàp èv if tôv l[iivTa èvsipQvwi. Cf. Galien. Ltx. 
yippoerat., cilfJ par le 'Ttitsaunu s. v. v.a.py7\aiQ>t -. xapx^<7io> xà iii* dxptfi tû Ittc^ 
tô Ix*** ti^v Tpoxiï.tav. 

(2) Âtltén., XI. 49 : ta 8& irpà; t$ xiXti xa^x^^^o^' '^X'^ ^^ toOro xepafoe ivu 
ouwcuovffo; i?* ixàrepo là fitpr, , xaî intxciTat oiÙTt^ t6 ),eTÔ|Jt«vov OoipâKtov, TCTpa- 
Tfwvov (8v) TtdvTip . Tc)-9iv xfn ^iftiK x»l r»î; xopuçi); ■ a^tat 6i TtpoOxwdi (itxpiv ivi* 
evfltta; i^tàziçnû. Je meta «ùt<ïi avant )iY6(j.Evov , oU il présente un sens trfes aalis- 
fiûsant, tandis qu'il n'en offre aucun entre t^ Xc^ôiievov et Owpdtxtov, et j'ajoute 
6* aprfes xix^yta^iTé, 

(3) S. V. : xapXT^iu.. ' ta x^pata xà 2rdvw tôW xaxoptîwv tôv nXo(«»v xaï ta 
dxpa Tùv lircûv. 

(4) XI, 49 : xapx^Tiov ... TtoTi^piôv iortv iiciinpcKi ovvtiyiUyoi* ctç |iiaox imetxAc, 
btxa. Ixov |UXP* '^'^^ irudiicvo; xa^xovta. 

(3) Loe. cit. 

(6) ill/i^. , V , 43 : iitnt ftà xttl xani toùc lirroi/c 2v toTc xopx^^^ ^^^ X°^*^î« 
iitl [liv toO TtpwTOW Tptîç ivipe;, elft' i^ïjc xa6' ïva >etiTÔ|iEvoi. Tovtok 3' iv ir^cxToT^ 
YUpTiHt^ dtà TpoxiXiuv tU xà. tlwpâxia Xi9ot icapeJôXXovro xat ^iXr\ 8tà twv mddwv. 



LB8 MATS ET LBS VOILES. 



17ï> 



étaient non en bois, mais garnis d*airain, pour offrir un abri plus 
Tésistanl ot plus solide; il y avait trois homrnGs dans la huno 
du premier mât, et ainsi do suite en diminuant progressivement 
d'un homme. Des servants hissaient jusqu'aux hunes, au moyen 
do poulies, des pierres et des traits. Il est vraisemblable que les 
trières ne possédaient qu'une huue au grand mât; nous ignorons 
combien celle-ci pouvait contenir de combattants. 

g 2. — Le nombre des mâts de la trière et leurs noms. 



I 



Il est intéressant pour nous de connaître exactement le nombre 
des mâts do la tricrc, leurs noms et la place qu'ils occupaient sur 
le navïj-e. Malheui-ousement, tout co qui concerne le gréemenl 
n'est indique, en général, sur les monuments flgui*és que d'une 
manière sommaire et insuffisante. En oulre, de la bataille de Sa- 
lamine à Pempire romain et do l'ôpoquo des trières à celle des 
libnmes, il s*est produit dans le gréement des navires de pro- 
fondes modifications. Ces modifications, nous no les connaissons 
iju'imparraitemont; elles jettent dans les oxplicalious des gram- 
mairiens beaucoup de confusion et d'inoiaclitude. 

Le mieux est donc do nous on tenir sur ce sujet aux renseigne- 
racnts fournis par les inscriptions navales ; bien que mutilées , 
elles nous font connaître d'une façon suffisante la mâture de la 
trifere. Elles font mention do deux mAts auxquels elles donnent 
des noms différents : Ttorèç \UyoLç et rtffro; axanto; (1). En général, 
il n'est question que d'un Itrr^ y-iff^ç et d'un Isr^; eutamoç par 
trière (2). Bœckh (3) en a conclu que la trière no porUiit que deux 
inAts et que ces deux niAts étaioiil désignés par les mots qu'em- 
plûionl les inscriptions. Golto conclusion est rejetée par Graser et 
UOD sans raison. En effet, dans certaines do nos inscriptions, 
il n'est question parmi les agW's que d'une roilo (4) ; est-ce h. 
dire que la tri^^o no portait qu'une voile , quand nous venons 
de voir qu'elle avait au moins doux mAts et plusieurs vergues ? Il 
ne faut pas oublier que les inscriptions navales mentionnent seu- 
lement les agrès donnés par l'Etat et que le gréement des navires 



(1) 1^. Apx** i^tcr. 3176 « col. 1 . 1. 8& : ... McT...] ... toroù &)taTi(o[ul. Ibid,, 
92 ... <vAct...] ... \trzw {U^dt^LofuJ, Itcoù àxate(o(v]... tl poitim, 

(2) liucr. 3175. col. 7, 1. 8 : [TtÂ< (ité^ac], t<r:i; èx[Atcto;] ieôxi(io[;), «ipatat 
\mi\ éAwnuii, x[ipaTat] àk^tcioi à2[ôxt(jiotj... et ptuaim. 

0) Vrkund., p. 128. 

fi) huer. 3145, col. 1 . 1. 28 : [Ul] r^y UaXvvlxrt* Ivriov . tomîa... 



180 



L\ TRiftRB ATHÉNIKN?tK. 



était, dans une cerlaiiie mesure, compléta par los triérarques, 
Mais la conjocturo de Bœckh n'est pas sculemeiil hasardBe, elle 
est démentie par los faits (1). En effet, en parlant dos agrès que 
possède encore une trière, nous- trouvons (2) celte expression : 
« un mât àxaiTcioç, le grand mât, les gi*andes vergues, los vergues 
àxatetoe. n Or nos inscrijitions ne s'expriment ainsi que quand 
TagW^s est au moins double. Ailleurs l'atïirmation est encore plus ^ 
formelle : en parlant d'une seule trioro dont le nom a dis]>aru, ou f 
cite (3) parmi les agrès le grand mdt, les grandes vergues et, au 
pluriel , les mâts àxotttot. Bœckh ^ pour échapper à colle assertion 
qui contredit son système, est obligé do conclure à une erreur du 
lapicide (4). 

La trière avait donc vraisemblablemout non pas deux, mais > 
trois roûts, un Itnhç ^^ç et deux torol axotTetot; quant à leurs fl 
dimensions respectives, nous savons que le premier no pouvait 
I>as être remplacé par Fun des deux autres. Ainsi dans un inven- ■ 
taire (5) des agrès qui manquent à certains navires , les EpimcUles ■ 
ont soin de noter que la trière PanLhéra a un mât àxaretoç à la 
place de son grand m;U. Du roslo los noms mômes qu'ils portent 
nous instruisent Jusqu'il un certain point de ce qu'ils étaient. 
L'iffri; (xt^otî ne pouvait être que le grand mât. Quaul à I'Îttoç 
(ixatTetoç, c'était évidemment un mât analogue à celui de Taxa-ro;, 
qui était une petite barque; il devait être par conséquent plus 
petit que le premier. 11 est naturel de supposer que le grand 
mât était au centre du navire ((>) et les deux mâts àxotTctoi l'un 
à Tavant et l'autro à l'arrière. C'est sans doute à l'un de ces 
mâts àxotTiioi que s'appliquait la qualificiUion de ïtep(vcon; , donnéo 



(t) Cr. Oraacr, suUc da De R, S„ | 91. 

{1) Y.7. dpx-> inscr. 314G. col. 2, 1. 34 : [t(rciv] ixâreiov I , lirrfôv pi^otv, K]cp«(ac 

(3) inicr. X, c, L 88 et suiv. : ... Iitôv iiifav, xep[ata; ^yâ.lati\. latojùî] àxa- 
Ttfou;. La lecture n'est malheureusement pas absolument sûre. L'sf. àp^'i in*CT, 
3123 , coL 3 , I. 7] et suiv., Ut en effet : Urràv (lé^av , xipa£a; [lic^iXocJ, o....iii 

(4) Les nouveaux fragments publiés par les Mitth. d. arch. IruL , t. V , na 
contiennent rien dû décisif. Voyez lieilage^ I , zn S, 44 , a , L G3 cl suiv. 8( 
la restitution de la ligne 4 et suiv. de la col. b par C. Bcbaefer est exacte , 
l'ËtAt ne rournissait h celte époque qu'un mdt àxÂTcioc par Iriëro; mais le pas*^ 
•oge est très mutilé, et si Ui lecture de avTat est certame, r'est qu'il nj 
pas question des mAls àxôTEtot; {«rrô; cet masculin. 

(5) 'Ef. Â(>X'< 'nit^r. 3176, col. 1 . I. C8 : ... [(oroû (uyâXou, dtvri U T]oCn[v) 
AxâTstoc ia[T](v. 

(C) Scol. Luc, Jup. trag., c. 46 : ol tUv toùc (u^ovc xal {U9ov< xaXoù«iv 1«toOc-. 



LES MATS BT LES VOILES. \Si 

Hésychius (I) et Photius (2). Nous avons déjà dit que les 
agrès iwpiviy étaient non pas des agn^s de rechange, mais dos 
agrès qui iK)uvaienL jns<ïu'à un certain point en suppléer d'autres. 
Or, en cas de bris du grand mAt ou dû l'un des niitls àxaTEtoi, il est 
Oîrtain que celui qui subsistait devait en remplir la fonction (3). 

Graser (4) résume ainsi , d'après les inscriptions navales, les 
irarialions qui se sont produites pendant la [téiûode qu'elles em- 
brassent sur le nombre des agrès fournis par TEtat. Il est possible 
que l'Etat ail fourni les deux mâts àxaTeioi jusqu'à Toi. 108, 1 ; il 
l'a fait certainement jusqu'à Toi. 101, 4 inclusivement {Inscr, 
nav» n* I de Dœckh). Plus tard, il ne donne plus aux triérarques 
avec rirci; (UYa; qu*uu lutoç alxaTEioç, el cela dure aiiisî au plus 
tard jusqu'à Toi. 112, 2. Si dans Tinscription navale n*» X, qui 
est de Toi. 109 , 4 , nous voyons encore tl^urer les deux lorol ixaf- 
Titot, c*est qu'il s'agit do la restitution d'agrès prêtés longtemps 
aupara>'ant. A partir de l'ol. 112, 3, l'Etat ne fournit plus que 
rtrriç [lifxç et laisse le triérarquc se procurer à ses frai» las îorol 
dbi^wtoi, qui ne figurent plus dans les inscriptions, non plus que 
les xcfatott âxflcTcioi et les t<rcta dxdxiifx. 

Voilà tout ce que nous savons de la mâture des trières ; nous 
sommes ici sur un terrain solide qu'il no faut pas abandonner. 
Si nous examinons maintenant les i^assages dos lexicographes, 
nous y trouverons la tradition lointaine et afFaihlie de cette mâ- 
ture que nous venons de déterminer, on mémo lemj^s que l'aflir- 
ination d'une mâture postérieure et diiïérente; les commentateurs, 
embarrassés et incertains entre Tusage ancien et l'usage récent, 
confondent quelquefois l'un avec l'autre. « Le grand , lo véritable 
mal , dit Pollux (5) , c'est rtoroç àxartioç ; coluL do l'arrière est 
réridpoucK ; le plus petit est le ooXwv; on l'appelle aussi Xofiraîoç, et 
quelquos-uus croient devoir lui donner le nom d'àxa-ntoç. p Ce 
texte est parfaitement net : c'est la description d'uu navire qui 



M) Ilc^xcb. : s. V. ictpCvKwc • 6 Sc^npoc («tâc %a\ xaddlicot ta tmà tj)c v(«b( 

(2) Phol. : s. V. ncplvcu; ■ A fteutepo; l<rt4ç xal •néna tœ icKpiTT». 

(3) Bceckh. Urkund., p. 127 et 127. 
(4J Suite du De R, ilT.. 9 02. 

(5) 1 , 91 : xal 4 çùv [tCT«« xal YVTJffio; iTri; ixdîteto; , 6 bï x«i«iv litWpO(io;, 6 
6i IXdiTTWv 6â>uv ' xa^iFTst 6' Iti xal >o(icaAoc , £vtot; fit àxdtxcto; floxei. Bien que 
le mot XotnaSo; ne noua soit pas connu, et qu'il y ait lieu du supposer une 
•Utfrmtloa du texte , il ne faut pas adopter la correction do Saumaise qui snbs* 
tilue atfcapoc k XoCfcofioç. Couiuie nous le verroos . le oiicapo; n'a aucuD rapport 
arec le ^àUn. 



182 



tA TRTfcHB ATHéNIENVK. 



porte trois mâts ; celui du milieu s'appelle àxateioç, celui do 1 
rière ^xfSpofioç et celui d& l'avant 3<^o>v. On voit quels chaugemonls 
profonds se sont produits et combien Tacception dos termes s*est 
modifiée , puisque c'est le mât du milieu qui porte ici le nom 
d'ixaTBtoç. Mais en môme temps , — et la fin du passage est pré- 
cieuse à cause de cela, — un reste de Tancieu usage avait sub- 
sisté et l'on trouvait encore quelquefois le mât de rayant désigné 
par le mot d'àxareto;. Pollux le constate ; mais cette double déao- 
mination, qui exposait à de notables erreurs, devait tendre à dis- 
paraître do la langue maritime. Nous retrouvons la trace de cette 
confusion dans des passages des lexicographes , qui éclairent et 
font comprendre à merveille le dire de Pollux. Ainsi, pour Phry- 
nichus (ï) T •* ûutctTta signifie les voiles des mâts otxa-not ; pi-opremont 
le mot désigne les petites voiles, mais il s'applique aussi aux 
grandes. On appelle «ixarta les gens de j)etito taille. » Hésychius(2) 
dit de raûme : u L'àxatiov est la voile du mât oîxaTioç ; ixaTto; signiâ^ 
aussi le grand mât. > 

Pour n'avoir pas voulu tenir compte do ce fait, Grasor (3) s*efl 
vu obligé de corriger le passage de Polhix cité ci-dessus, afin â 
ramoner de force sa description à celle du gréement des triôi-es. ] 
l*a fait d'une façon malheureuse : « xal & piv \Uya<: xal -poiiTtoç ï<rroç 

(6 Sa TCfdoOtv) ixareto; * ô ^k xato^tv ini^o^^ ■ 6 SYrt iXacTtuv doXoiv * xa 
AfiTtai S7ti x«l afiiapoç , iviotç ^k dxetTCtoç &»uî. « NouS TOici donc 8 

présence d'un navire qui a quatr^e mâts, ce qui n'est pas le grée 
ment de la triôro, et ainsi Graser n'a pas atteint son but. Lo grain 
mât a repris, il est vrai , son nom d'iorèc |i.^ç, et le mât do Tavan 
celui (VlfTchç ixdÎTetoç. Mais où doit se placer le quatritîmc mât , I 
â^jv? C'est ce qui est embarrassant pour Graser. En outre, qj3i 
signifie maintenant la fin de la phrase de Pollux et poui'quoi au 
rait-on donné à ce dolon le nom d'iJxoTtioç, qu'il n'a plus aucum 
raison de porter, puisque Graser a i-éLabli un mâtàxaTeioç à Tavanl 
Graser n'a pas manqué de voir la difficulti^, et, pour y échapper, i 
a d'alwixl adopté la correction do Saumaise que nous avons signa* 
lée plus liant., et il a fait du SfTxow une voile de perroquet. H pen 
qu'on a pu donner à cotte voile le nom d'tJxaTeio^, parce qu'elle 
était fort haute, comme les dixawa. Mais d'aboixl ici le ôdXwv u'efl 
pas une voile, mais un mât; ensuite les passages des nuteup 



(I) I. Bekker. Anecdot,, p. 19, 10 : hiéxta • ta T(7>v jucsTÎtov laxia^ X^itu 
xaî htX Tûv \Li*(é!)bi't ■ TscuT^ àçia xi\ toùç [itxpoù; xà nû(iaT3i àxdrta Xt-foutriv- 
('2) 8. V. : àxàtiûv • t6 cv àx«T(w Iffxiov ... fi i vifo^ loriç. 
(3) Suite du ïk R. N., fi 8U. 



LES kUTS ET LES YOILKS. 



183 



fconfirinenl tous, à uiie exception près, le gréement parfaitement 
itionnel décrit ^^ar Pollux. 

Notons d'abord que, pour les lexicographes, le doloïi est à la fois 
[un mât et une voile. Suidas (1) dit eu eifet que les dolons sont 
js petites voiles, et Hésychius ('2] que ce sont les petits mâts 
laas les navires. Gela coiicordo parfaiLomont avec Tassertiou de 
*oUux que le ^).tov est le plus petit des trois mâts. Un précieux 
kge d'Isidore (3), (jui a été mal à propos corrigé par Smith, 
ménL6 toute notre attention et confirme ce que nous venons de 
dire. « Il y a diiféreutes espèces de voiles : laxaTio;, le Sc^wv, 1 ap- 
xfyùï^j IVirfdpofAoç , lesiparum, le mcndicium. Do ces voiles, la 
plus grande est Tacatiura , qui se trouve au centre du navire. 
Vient ensuite, jjour la grandeur, l'epidi-omus, qui est h Tarrière. 
Le dolon est la plus petite voile, et il est fixé à Tavant ; l'artémon 

■ sert plutôt à faire évoluer facilement le navire qu'à augmenter sa 
vitesse. Le siparum est une espèce de voile qui n'a qu'une écoute 
et qui facilite la marche du navire, quand le vent vient à faiblir; 
on croit que son nom (siparum) vient de ce qu'elle est séparée. » 
^ Ce texte s'accorde mot pour mol avec celui de Pollux, sauf qu'il 
■ s'agit ici des voiles et non plus des mâts ; nous voyons au centre 
m du navire la voile la plus grande, Tacatiura ; à rarrièro une voile 
m plus petite, Tepidromus; et enfin h lavant la plus petite de 
toutes le dolon. 

Mais Graser commet la double erreur, d'abord de rétablir r*xa- 
ticK, comme mât de l'avant, dans le passage de Pollux, et ensuite 
de vouloir faire Hgurer le dolon dans le gi'éement des trières. Or 
les voiles dx«Ti(a étant des voiles latines, il ne peut pas le mettre 
ao-dessus d'elles ; il le met donc au grand mAt, connue une troi* 
«lème voile carrée, au-dessus des deux autres. Le principal argu- 
ment sur let]uel il s'appuie, c'est qu'on hisse les dolons quand le 
navii-e a besoin d'avoir toute sa vitesse. En effet nous lisons dans 
Diod. de Sicile (4) : « On hissa le dolou, et le navire, favorisé i>ar le 



^ 



(t) S* W. : fliXwvfc * ti p-txpdt lorfa. 

(3) 8. v. : SôXuvK ' ol ^.txpol loTol év toTc r)o(«i;. 

(3) Origa,, XIX , 3, 2 : «Gênera vetorum dxdrrtoct 8ô>wv, ApTé|U)v, intSpoiU);, 
tipaniiii . nifiidiciuin. Exquibus acaliuin veluiu inaKimuin est et in nieJia D«vi 
conatitutum. Kpidromiis «ecundffî magnitiidinis hm\ nd puppim. Dolon raini- 
Bium vélum et ad prorain delixum; artemo dirigcndic putius nnvis causa coui- 
mendalum qiiam celcnlatia, Siparum gcnus vcli uiium pcdcm habens, quo 
navi^ia )uvkri soleat in navtgationc , quoties vil veoti Unguescit , quod ox 
i^karmtiooe cxistimanl nominatum. n 

{%) XX, 61, B ; yi Y^P vflrijç ipOpoO icvcvpiaTo; iniXaGoiuvT) . toO Z6\u»oc dtpBfnbc . 

14. 



LA TRIÈRE ATHÉNIENNE. 

vent, échapiaau dauger; -n ilansTite-Live(l): « Voyant les autres 
navires entourés itar renneini et îe vaisseau amiral de Polyxeni- 
das mettre à la voile eu abandounant les siens, ils hissèrent ra- 
pidemonL les dolons, et, protllant do ce que le vent était favora- 
ble i>our gagner Ephôso, ils prirent la fuite; » dans Polybe (2) : 
• Un navire ayant hissé le dolon , » ce qui nous monti-e qu'il u'y 
avait iiu'urj dnlon par navire. Mais il n'y a rien dans ces passa- 
ges qni désigne spécialement le doloii comme une voile do 
perroquet. En elfet des expressions comme atpciv, i-raipefiOat, tol- 
lere , erigcre s'appliquent à toutes les voiles et non pas seulement k 
celles qui se trouvent au sommet du màt. I^es textes que nous ve- 
nons de citer ne signifient donc qu'une chose ^ c'est qu'au mo- 
ment du danger on met toutes voiles dehors (3) ; ils sont si peu 
concluants que, comme nous le verrons plus loin, on disait dans 
la langue courante : « hisser les ^xâtetoe , » [tour : « fuir rapidement 
un grand danger ; » or les «xateta n'étaient pas des voiles de per- 
roquet ; c'étaient précisément les voiles que lo dolon remplaça en 
partie. 11 ne reste donc eu faveur de ro[iinion de Graser que le 
passage du Kestus [\] qui identiûo le dolon avec le supparum , ce 
qui semble indiquer que le dolon se trouvait à la tète du mât. 
Mais celte confusion, difficile h expliquer, ne peut prévaloir con- 
tre ce fait que le dolon est pour les grammaij'ieus non seulement 
une Toile, mais aussi un mât distinct des autres mâts du navire 
et non supi-rposé à l'un d'eux , et contre Taffirmatiou si nette de 
Pollux et d'Isidore, qui font du dolon le màt et la voile de l'avant. 
Je coûsidëre donc le dolon comme jouant, dans un gréement 
différent, le rôle do Vàxàr&tùç antérieur dans lo gréement de la 
trière : c'er-l ce niât que le dolon a remplacé; peut-être faut-il le 
reconnaître dans ce mât incliné et suxjporiant une petite voile 
carrée qu'on aperçoit sur certains monuments (5). 



(1) XXXVIt. 30 : Il Postqiinm olias circumvcntas, prflDtoriam navem Po- 
Ijxcnidie. relicUs sociis. vcla (laatcm videre , sublalts raplioi dotoiiibus, ut 
crat sccundiis pctcnlibus Ëphesum ven(us , capessunt fugam. » Cf. XXXVI » 
44 : « UolonibiiB erectis alliiin pctcrc iiUendit. ■ 

(2) XVI. 15, ^ : |itâ; vn6; £na^a(iéT0; tov SdXuvbi. 

^3) Procupe , B. T., p. 217 D, ne dit rien de plus : j^aAÂaavroc zà [uyéXûi 
ttrria, xot; {iiKpot;, a 5^ SoÂwvo^ xa/owiv, ÎTCsoBai; cl jilas loio : Tvpo€aXô^v»c 
Toû lïaviô; GTÔ^ou vatù: Â/Cya;, TaÙTSi; loûc SÔÀuva; &napâ|uvo; in>ct; enfin : »( êè 
Pw|fcatot R)iifiiov ftvopLSvoi xaOtïXov toù; SoXaiva;. 

(4) P. 3^0, iVI, Mùllcr * <« Supparuin appetlant dolonom, vélum minus in 
nnvi ul acAtium majtis. Stipparuni atilcni dictiim nit Sinnius Capito velut sepa- 
ratum et disjunctuni a regtone interiuris navis. •' 

{b) Graser . Die Oemmen. pi. Il , 86; Die alUiten,.., pi. D , 429^ 



LES MATS ET LES VOILES. 



185 



Quant h rWopojioc, Graser (1) ea est assez eoibarrassé. Il se de- 
mande si la voile do ce nom ne devait pas être suspendue au 
grand mât ou peut-être au mât de pavillon. II avait pourtant en- 
trevu la vérité, quand il dit que ré-rrîSpojxo; paraît avoir été placé à 
l'arpicre pour remplacer l'àxaTcioç. Eu effet, dans la mAturo pai-ti- 
cull&re décrite par PoLux, ri7r£âpo[xoç joue à Tarrière le même rôle 
que le 5rf)*iv à l'avant; ce sont là les doux m;Us qui remplacent les 
IffTol dxoTttot des trièi*es. C'est ce qui nous est du reste confirmé 
par ce texte malhenrousement mutilé d'Hésychius : iiriSpcfiov • 
— x«l tÔ IffTÎov tÔ Èv t9Î TTpu^vy] xpejxafXÊVOV, 6 xaXoûffi ipopov xal tkaadoy (2). 

En résumé, la trière avait trois mais : rttrroç |x^yac au centre, les 
deux t^Tol ixartiot à Pavant et à rarrièrc; dans le trois-mâts décrit 
par Pollux, le mât du milieu a pris le nom d'trr^ç «ixoiTeto;, celui 
de rarrièro s'appellt) im'Spofio; , celui de l'avarit SdXwv. Par un res- 
souvenir des dénominations anciennes, ce dernier était quelque- 
fois appelé àxdÎTetoc. 



§ 3. — Les vergues. 

On appelle vergue (3) « une pièce d'un bois léger, longue et 
grosse en proportion de la grandeur do la voile qu'elle iloit jvorter, 
ronde dans toute sa longueur et plus mince à ses extri^mités qu'à 
son milieu. Dans les bâtiments à trait carré, c'est-à-ilire qui se 
servent essentiellement tle voiles carrées, les vergues sont placées 
horizontalement ei en avant dos mâts... Les vergues, quand elles 
doivent être grosses, sont quelquefois composées de plusieurs 
morceaux ajustés; ou les nomme aloi*s vergues cC assemblage. Des 
cercles de for et des chevilles consolident cette construction, dont 
I le volume, malgré son importance, conserve cependant le nom 

I primitif , qui suppose un bois mince et flexible. « — « ij'extrcmité 
d*unc vergue, ce qui, de cette vergue, est en dehors de la largeur 
d« la voile, » s'appelle iou^rf^v^r^w^ (4), Quant à ViuUenne (5), c'est 
fl) Saitedu Dt A. JV„ g 101- 
(2) La vulgatc doune fdfov ; il faut rejeter la correction de Casaut)On : â 
mUvvl ffUopov, parce qu'il n'est pas question ici du oiçs^ov, et celle de 
pk Schmidt . ■■ nisi legeadum sit xpe^^ievov [àxàtiov , ofçapov xal CXaaaov], ut 
Iludiu9us aliquls lector velorum rcliqiiorum spccies hoc loco eaumcraverit , « 
parce qu'elle ost très conkpiiqiiée et très problt^ma tique. On remarquera que 
f]ia«9ov appelle devant lui un adjectif; 11 faut donc lire tout simplement : 9 
luAoOet çopàv xai iXvcro'Ov. 
X3) Jal, Ci. n., art, Vergut, 
(4) /6id., art. Buul de vergue, 
(&) tbid,, art. iinrtftinr. 



186 



LA TRIËRB ATHÉNIENXB. 



le nom « do la vergue siu- laquelle est attachée, par son plus grand 
côl<'! nommé amenai^ la vnilo trinn;-^ulaire appeli^o voile latine ou à 
la latine. Doux pifcces de bois, liées ensoniblo et jointes de telle 
aorte riuo lo tiers de la loii;;neur de cliactnie soit appuyé sur l'au- 
tre et lo fortifie, composent l'autenne. La plus grosse de ces pièces, 
celle qui, lorsque rîiuteiïiio est h la lêîe du màt, s'incline vers 
l'avant et va iiuelqucfois jus(iu'î'i l'ètravo, s'appelle le car; l'autre, 
qui s'él6ve au-dessus do la poupe... reçoit le nom de penne, L'an- 
Iciino n'osL pas suspeiiduo par son milieu , comme la vergue qui 
porte la voile carrée : le dormant de l'itaguo de sa drisse , quand 
celle itaguo est simple, ou, quaud elle est double, la poulie par 
laquelle elle passe, se trouveuL plus près de l'exlréinitô du car 
que de celle de la penne. » 

Nous retrouvons dans la marine grecque ces pi6ces si impor- 
tantes du gréoracnt des vaisseaux. Photius(l) nous donne du mal 
et de la vergue une définition qui n'a point vieilli : -i Le màt e?t 
une longue pièce de bois dressée en l'air, et la vergue le croise 
de manière à produiro la loUreT. n Suiitas {2) dit simplement que 
la vergue est « ce qui se trouve eu travers du mal. » Zonaras (3) 
la définit plus complëteraent : « la pifece de bois suspendue à la 
ItHe du màt et qui le croise , à laquelle on attache la toile. » 
Nous savons que la vergue était nommée par les Grecs x*pac et par 
les Attiques xcpafa (4). 

Les diverses parties de la vergue nous sont connues pai'ce pas- 
sage de Pûllux (5) : « Le milieu de la vergue, aux environs du 
mât, s'appelle «(«AfioXa et (rûijLêoXa; ce qui eu retient les deux parties, 
fltYxûXai; Je.s extrémités, dîxpoK^païa. n On voit que si les anciens se 
servaient habituellomont de vergues d'une seule pièce, ils con- 
naissaient aussi les vergues d'assemblage. Bœckh (6) en cite un 
exemple qu'il emprunte à Goro , Wanderungen durch Pompeji^ 

0) B. V. : Ittà; xal xtpattt - A pikv l<rcà; tô ^TTifi-nx»; (u>ov jvu TeTa)j.evov ' KtpaCai 
U ta iù.ér(\a,> ûote -rive^^i •i^à^^m ih TaO. Cr. Lex. rket,, I. Uekker. Aneeâot., 
p. 2ti7 , 5; le texte est altt^rt^ , mais tacite à rétablir d'aprj;» celui de Photias, 
t âvo> Tctatiivov •• a éiê Iransposû cl alors •* là nX^Yia - est devenu i> to &nà yî};. • 

(2) S. V. : xcpaia ■ to ïcJiâY*®^ '^^'^ i<rtoû. 

(3) B. V. : %iç.<d(t ■ xh KCpaTÂptov , ta Sià icXa-flou Cû^ov t^» tor^ intxs(ticvQv , oft 

(tj ilctrii, I. Efekker. Anccdot. , p. 200, 21 : xcpatn n>oiou 'Arrcxot. xipoc 
"EXiinvcc. 

(5) I, i)l : Tij^ 3i xtpaio; to fiïffov t6 xaTi tôv Iotôv , â[t(So).a x«i tj^Ao^ol , xà tk 
Ixaxi^ta^tv owéxovTot ipiûXat, ta ôà T£/,£UTata àx^ox^païa. 

(ti) Urkunti,, p. l'ïl. Cf. J. âmiUi, traduit par Thiei-sch» Ucber den Schiffbau.. 
etc. , p. 8. 



I 
1 
I 

I 
I 

I 
I 

I 



LES BUTS ET LES VOILES. 



187 



pi. VI, 2, et à Mazois, Les ruines d^ PompH, pi. XXn» 2. lls*agit. 
ici d'une vergue propremont dite; cependant le fait est plus fré- 
quent pour les antennes. Lo point où s'ajustaient les pièces do 
rapi)oH se nonimaît sfA^oÀct ou o-ufifioXot ; les oyxûXo» étaient les liens, 
— peut^tre des anneaux do for, — qui maintenaient TensemMo. La 
Synag. Ux.iVl. Bekker(l)nonsappiond ijutiapcuX-Ji signifiait quel- 
quefois un lien. C'était la courroie dont on se servait pour lancer 
le javelot et qui Tenserrail par son milieu. Le mot est pris aussi 
dans le sens de collier. Enfin la Synng. Le.v.^ Suid. ol Zonaras (2) 
entendent par ày*'^).:» les anneaux de fer qui composent une 
chaîne. î^s extrémités des vergues portaient lo nom d'olxpoiu- 
pawt (3). 

Chez nous le matelot que la nianuîuvre de la voile appelle dans 
la mâture circule le long de la vergue en s'appuyant sur le 
marchepied, Lo marchepied était connu des anciens» hion que 
Graser no veuille point TadmoUro; nous lo voyons figuré sur l'un 
dos deux navires du bas-reliel Torlonia ^ où il supf»orle un homme 
do l'équipage occupé à ferler une voile, dans l'attitude d'iui ma- 
telot de nos jours. Parfois h matelot marchait sur la vergue elle- 
même en se tenant par les mains aux x£po(«xEc (\). Graser (5) entend 
par C6 mot une longue porche parallèle k la vergue, à laquelle 
OÎIe est assujotf ie i>ar dos montants veriicaux de trois pieds de haut, 
el, comme lo mot est au pluriel, il croit qu'il y en avait pont-étro 
deux faisant roflico do balustrado. Ce serait un appendice assez 
gênant pour une vergue qu'on hisse ou qu'on abaisse selon les 
besoins. Sans doulo les xepoîotKe; ne sont pas imim chose que les 
deux cordages qui vont des extrémités de la vergue h une poulie 
flxéo au mAt et qu'on afipollo les baLitirines. Ils ne sont donc pas 
distincts des xepoû/w, Tout au plus pourrait-on y voir des espèce^ 
d'anneaux de corde fixés à la halanciue et que saisissait la main 
du matelot. C'est ainsi que le Scoli;isto (6) explique no terme 
dans lo passage qui nous occupe. 



(\) iVMCtfot., p. 33S, 8 : l<m lï àyytxtlti caî et2o; tv dfiiiaTo;. û; 'A>s{t; 'AxaiUi. 

où xs)»; |7çiy5«; >u6tîiTov. 

(2) Synntj, Ur., I. Bekkcr. AneeàoL^ p. 329. 2, Suiil. el Zon. s. v. : àyAuXia- 
oX xptxoi Tûv A^>û(ïeuiv. 

(3) Scol. Apolt. Rhod.. I, 506 : xi Ai £xpat, dbipoiUpaïa. 

(i) Luc. 16 nXoÎQv, ch. 4 : TÀv va'J:T)v ... inl t-j|c xipa(a> âvh» iM^aXiù; fliabcovTa, 

(â) Do R. jV..iJ 78, note 3. 



188 



LA TniÈRE ATHÉNIBNXE. 



Si la vergue proprement dite était la plus usitée chez les an- 
ciens, ils connaissaient cependant une autre espèce de vergue qui 
correspondait peut-être à notre antenne. Nous trouvons en ofFet 
daus les inscriptions navales, citées h côté l'une de l'autre comme 
complètement distinctes, les xepaTott [ktyahxi et les xepaToti abcâretot , 

les unes étant les vergues du grand m;\t et les autres celles du mât 
dxcÉTeto; (1). Les xepaTai iuyâ)m étant toujours au pluriel, comme 
nous savons qu'il n'y avait qu'un Îtcoç (a«yo«;, il en résulte que la 
trière avait plusieurs vergues horizontales. Il en est de même 
pour les xipaTott ànmiw^ mf^mc dans les inscriptions où il n'est 
question que d'un seul mât axaxnoç; d*où il suit que ce mât avait 
plusieurs vergues obliques (2). Il no s*agit pas, dans l'un et 
Taulre cas, d'agrès de rechange, mais bien de vergues superpo- 
sées et [)ar suite do dimensions difTi'rentes. Il est très vraisembla- 
ble que lo grand màt ne portait que deux vergues horizontales (3), 
et le premier mal alxaTstoç, fourni par l'Etat jusqu'à Toi. 112 , 2 , 
deux antennes; l'Etat, au moins primitivement, donnait les uues 
et les autres (4). Quant au second m.lt axa-ctioç fotinii iirimilive- 
ment par l'Etat et, au moins depuis Toi. 108, 2, par le triérarque, 
était-il gréé d'une façon identique an premier ou, au contraire, 
ne portait-il qu'une antenne? C'est ce que nous ignorons. 

Les vergues no servaient pas seulement, dans la marine grec- 
que, à supporter les voiles; on les employait encore comme moyen 
de défense pour le navire. Il n'est pas nécessaire de supposer pour 
ces deux fonctions deux espèces de vergues différentes. En effet 
nous avons vu qu'on ne se servait pas des voiles pendant le com- 
bat; mais il u'en était pas de la trière comme do la barque primi- 
tive, où on abaissait le mât h volonté. Les mâts des trières res- 
taient debout pendant lo combat, et par conséquent on pouvait 
transformer les vergues eu engins de gueri-e. Dans le navire 

xa>o\J9iv ot T^aXatot. Cf. Scol. Luc, Jup. (rag., c. 46 : cl^i 8c oi xal tù -irap' tiiiTv 
IcYâ^evoL xâpoiQC ixâciâ çaaiv , ol; t xef.aia ivOxcToti. Le (cxlc est allérd, et l'on 
ne voit pas ce que vicnncDl faire ici les ixâ-na, maïs les xdpoia d'après leur 
fonction semblent devoir 'Hre idcntiTiôs avec les balnncincs. 

(1) 'Eç. àpx-, Inscr. .Tt75. coL 7, L 23 et siiiv. : tatô; (ti[7»î], Kepaîai (uIifAXtu]. 
ââôxttio[i]. [i<rr&c] ixâtcioc,... xcpotTai âx[âTetot]. à5ôxi(jLo[t] , cipa<fim. V. Bœokh, 
Urkund., p. 1*29-13-2. 

(2) Btilage IV zu Miuh. d. areh. Intt, V. P. 44. coL d, I. 6& et suiv. : Îitîojil- 
(U^av» Kipato; p.sYâ()a;) , liièv |àxaT£tt)v|, xïpoto^ àxaTciou;. 

(3) 'riîcr. 32ÎI , col. I. L 4 et suiv. : xcpaTai mYâ>«t . f\ Itépa àCixi|ioc. 

(4) Beitage !!I su Miuh. d. arch, Inst. V. P. 44, cul, b. \. 1 et sniv. : (x<pai6v) 
|Utâ(>ti>v) âptO^à; MHHIimAII, a'Vrai fY/ovfTat] èici vaO^ HHAAAL ibid., L 7 et 
suiv. : (xepxtûv duia(T]eudlvi i[ptOtio; AADIII. s^tai Y^Y^ovtftij cni vav; AIID- 



LES MATS ET LES VOILES. 



169 



d'Hiéron (I), cliacun des trois mâts était pourvu de deux xepoeTat 
XiOo^ocqui lançaient sur los asHaillants des grappins et des masses 
de plomb. 

Un engin redoutable, qui causait souvent des avaries capables 
d'amener la perte du vaisseau ennemi , c'était le 5tXfiç. La ver- 
gue à la'iuollc il était suspendu s'ap[tclait xepa(a SeÀytvocpopoç (2), 
el le navire lui-mdme vaûc 5É>,^ivoîpdpoî (3). Le Scoliaste d'Aristo- 
phane (4) nous apprend qu'il était en fer ou en plomb et qu*il 
avait la forme d'un dauphin. On le lan<;-'\it pendant le combat 
pour couler le navire ennemi. Eusiathe rilant Pausanias (5), Hé- 
sychius (6),' Suidas (7), le Scoliaste do Thucydide (8) confirment 
ce ren:<eignement. L'assertion d'II<''sychins, qui prétend qu'on 
s'en servait plus particnli(*ronienl rontro les corsaires, n'est pas 
confirmée par le passage de Thucydide, qui fait flgurar cet engin 
de destruction dans le combat naval entre les Athéniens et les 
Syracusains. C'est par erreur qno le Grand Ktyinolagique (9) 
définit le dauphin : " jiipoç v«wç. b D'après PoUux (10), le dauphin 
<5lail suspendu au-dessus de réjieron, de sorte qu'on devait le 
lancer sur l'ennemi an inomf>nt mt^rne on il recevait le coup 
d'éperon. Aristophane indique une autre manœuvre lorsque, 
dans les Chevaliers, le rhcpur engage le marchand de boudins 
^ prendre ses précautions pour vaincre son adversaire (II). 
« Mets-toi sur tes gardes; hisse les dauphins, avant que ton en- 

(norni ne s'approche, et présente-lui ta hai'que de flanc, n Nous 
soyons par ce passage qu'il y avait plusieurs dauphins sur un 
(1} Àthén., \ , 43 : Tpt(r)v te iatbjv Cmap/évTuv , il IxdTiou xEpaîai ïtOo^opot 
^l^pnïrro ftiJo, i^ wv àpitarréc te xai nXivôot iAo)i6ou npi; toûc îritiÔiiiÉvoi»; ^(ivto. 
(î; Thucyd.. Vît. 41. 

(3) PoUuK, 1.80, 

(4) Chiral, , V. 76? : vt^Tipouv xaTflUTXiva9^« fj fLoXiéSivov ik Sdfïva i^XTitiaTiV' 
>•• ■ TOÛTO Ôè ix T%i xtpaiat; toO to-ToO aï vciv|taxoû<!:ai Tjçiefiav eU 'ai twv no)<!i.tiiiv 

J^Lai xaTïî'jovTO. ATi)ovTai H xai in:6 4>cpcxpâTou; èv tof; 'Ayptoi; . Stav >iY5 - à 2è ^i^ 
[^»çt; ifrti (Lo>i^où(, Si^çtvo^po; tc xcpoO/o;, 6; Staxo^ci ToûSotçoç oùtûv iiinin- 
■V Kst xaxaivwv. 

(5) P. 1221.73. 

(6) S. V. : eeXfïvi«. 

(7) S. V. : ecX^ie. 

(8) VII , 41. 

(9) 8. V. : «l)?Ivi;. 

(10) I. 86 : ûicàp 6k ta i|A€oXov deïçi^ itxxaztut ùxwi ^ voùc ôelfivofâpQc ^. 
(tl) V. 761 et SUIT. : 

i»â ?v>ârtou, xsi nptv ixiîvov iTpo9Xt(9^at itn . npàtipoc tj 
tftvc de>9t«ac ijitTtbipiCou xai T-fi^* àxatov 7iapa6â»ou. 



190 LA TRTtRB ATMÉKTKNNl. 

navii-e, et qu'on aUBiidait, pour kis Giivoyer, qu'on filt côte i\ col 
avec le vaisseau onnemi. Graser (1) , qui croit .'i tort que chaque 
navire ne posscdaitqu'un dauphin, pense que c'était un projectile 
en fer garni do plotnh à î'intnrinurrl qui [icsait phisieui-s tonnes. 
D'après lui, au inomciu du combat, il se trouvait sur Je pool, 
d'où l'on pouvait^ au moyen d'un câble courant sur des poulies, le 
porter, suivant le besoin, h Vium ou {"i l'autre eitrémité de la ver- 
gue. On faisait d'abord tourner la vergue de façon qu'elle fOt pa- 
rallMc k l'axo du biUiment, puis on la ramenait k sa position na- 
turelle, et, comme ses extrémités débordaient le pont du navire, 
on Iaiss;iit glisser le dauphin sur le vaisseau assaillant. F^e dauphin 
était fixé k une c/>rde, de sorte qu'après un premier coup porlé on 
le hissait do nouveau et on recommençait. Tout n'est [tout-i^tre 
pas absolument exact dans l'hypothèse de Graser : nous avons vu 
qu'il y avait plusieurs dauphins à bord, ce qui en diminue ué- 
cossairomcnt le poids. En outre, si nous on croyons Aristophane 
et PoIIux, on hissait les dauphins d'avance, et c'ôlail une n:ia- 
inRuvrc qîii faisait partie du branle-bas de combat. Quant h sa- 
voir si le dauphin -^ une fois lancé, était abandonné ou si ou le 
remontait k boi-d , c'est ce que nos textes ne nous apprennent pas. 

§ 4. — La voile et ses accessoires. 

Dans lo navire moderne, la voile (2), qu'il est inutile de définir 
ici, n'est pas faite d'un seul morceau, mais composée do laizes ou 
de portions de laizes de toile ou autres tissus cousus ensemble. 
On appelle laize la largeur de la toile à voile. Comme la voile a be- 
soin d'être fortifiée sur ï^os bords pour éviter les déchirures, oa 
assujettit tout autour des cordon qui la consolident et qu'on nomme 
ralingues. \ji ralingue qui horde la voile par en haut contro la 
vergue s'appelle ttiicre. Les deux cordes cousues le long d»>s l'C- 
bords extérieurs sont les rnlingues de chute et colle qui forlillo la 
toile par en bas est la ralingue de fànd. L'envergure d*une voilo est 
l'éteuduo du coté de la voile qu'on attache à la vergue. Attacher 
une voile à la vergue qui doit la porter, c'est Venvenjuer. Ou fait 
cette opération au moyen de i>etites cordelettes appelées rabans 
d'envergure. 

Quand, [K)ur une raison ou pour une autre, on veut soustraire 



(I) De n. ff.. s 8?. 

fî) Jfll , r»|. H , nrt. Vuilr, Laize^ Knvergur^t Baban , Cargue. Hiâ. BouUnf, 



LES MATS BT LBS VOILES. 



toi 



la voUe à Tâclion du rent pour faire cesser l'impulsion qu'elle lui 
communique, on lacargue, c'est-à-dire qu'on agit sur les car^ 
gués pour la retrousser et la porter contre la vergue h laquelle 
elle est Gxéo. Les caryues sont (his cordages dont la fonction est 
de relever une certaine partie d'une voilo pour la rapprocher de la 
vergue. Les voiles d'une certaïno dimension ont plusieurs car- 
guôs, qui prennent leur tiom de l'endroit où , stir le bord de la 
voile , elles sont Ûxées par un nœud. On distingue les cargucs- 
pointf les cargnes-fond el les cargu es- bouline. La carguo-i>oint est 
attach»}eau coin ou point delà voile, îa cargue-fond à la ralingue 
qui borde le fond de la voile et la carguo-boulîuo k la ralingue de 
chute de la voile carrée ^ la hauteur de la bouline, Une cargue 
qu'on frappe quelquefois sur le fond d'une basse voile, pour eu 
relever ua peu la toile et permettre de voir l'avant du navire , 
quand on est sur le gaillard d'arrière, reçoit le nom de cargue à 
w/tf. On peut agir sur l'une ou l'autre de ces cargues ou sur tou- 
tes ù la fois , selon qu'on veut dérober une portion ou l'étendue 
ealifcrc do la voile au souffle du vent. Quand la voilo est carguée, 
on la ferle, c'est-à-diro qu'où la plisse en rapportant sur et le 
long de la vergue pour la réduire au plus petit volume possible; 
en cet étal, on l'assujettit avec des cordelettes nommées rabans de 
ferlagâ. Si , au contraire , on veut , pour naviguer, se servir de la 
voile, on détache les rabans et on laisse la toile se dérouler : c'est 
ce qu'on ap[)elle larguer la voile, opération précisément contraire 
à celle que nous venons do décrire. 

Souvent on a besoin non pas de soustraire cntièremout la voile 
au veut, mais de diminuer la siu'fare qu'elle lui présente : c'est à 
cet usage que servent les ris. Ou appliijuo sur une des faces de la 
voile, pour la fortifier et prévenir les déchirures, une bande de 
toile; puis, dans cette double épaisseur, on perce des Irons qui 
sont les ijeuX'de^pie et par lesquels pas.sent les garcettes de ris ^ 
c'est-à dire des tresses de fil carret, qui servant c'i attacher la toile 
routro la vergue, quand on veut on diminuer la surface; les rU 
sont, à proprement parler, les plis que fait une voile dans la partie 
qu'on soustrait au vent; par extension , on donne ce nom .\ une 
partie de la voile compiise outre la téticro et la bande de ris qui 
\xi\ est î>arallèle. Ployer contre la vergue la partie supérieure de 
la Toile comprise entre la ralingue et la première, la seconde ou la 
dernière bande de ris, c'est prendre un ou des ris. 

Loi-squ'on navigue avec des voiles carrées , il faut non seule- 
ment itroportioinicr h TofTort du vont l'étendue de la toile qu'on 
luà abandonne, mais aussi tenir compte de sa direction et orienter 



192 



LA TRIÈRE ATHéNIE?WE, 



obliquement les voiles, de laœn k courir au besoin au plus près 
d'i veni,. On se sert pour cela de boulines, c'est-à-dire de cordagos 
frappes par le moyen de branches sur la ralingue latérale d'une 
voile. On tire les bouline:? vers l'avant du vaisseau , de façon que 
la voile orientée obliquement à l'aie longitudinal du navire se 
présente mieux au vent. 

La voile carrée étant de beaucoup la plus habituellement em- 
ployée chez les anciens, c'est d'elle que nous nous occuperons tout 
d'abord. Les textes no nous donnent malheureusement sur elle 
que pou de renseignements. Nous avons déjà vu que Je grand 
mal , loT^ç (A^T^ç , de la tri^re , avait au moins deux vergues qui 
Itii empruntaient leur nom, xepotTat ji.EyoXat. Ces vergues, qui étaient 
de môme nature , n'étaient pas de mêmes dimensions, la plus 
grande se trouvant placée à la partie inférieure, la plus petite à la 
partie supérieure du mât. Le grand mAt des trières avait donc au 
moins doux voiles carrées (I). C'est du reste ce que confirment 
les inscriptions navales. Si la voile, Wov, y figure presque tou- 
jours au singulier (2), c'est qu'à l'époque de nos documents l'Etat 
ne fournissait que la grand voile, laissant aux triérarqueslesoin 
de se procui'er les autres. Ainsi les triérarques mentionnés sur 
les slMes comme ayant reçu de l'Etat les agr(»s xpefxaffxa , et 
comme en étant redevables, n'ont qu'une voile, Ictiot (3). Mais 
nous voyons ailleurs des tricrai*ques qui ont reçu plusieurs 
voiles (4). Sans nous arrêter h ces variations , que nous avons 
déjà signalées, dans le nombre des agrès fournis pendant des pé- 
riodes dilTéreiilcs par la république athénienne à ses triérarques, 
le fait de l'existence de plusieurs voiles carrées dans la trière est 
suffisamment attesté pour que nous n'y insistions pas. Le soûl 
point en question , c'est de savoir s'il y en avait plus de deux |)ar 
navire; il est vraisemblable que non. Le dolon ne ûgure i>as 
dans nos inscriptions et n'a jamais été une voile de perroquet; 
c'est donc à tort que Graser, dans ses restitutions do la trière et 
de la i>entère , le superpose aux deux seules voiles carrées itosili- 
vcment connues. Quant aux <rf-jîotpot, retrouvés dernièrement sur le 



(1) Bceckb. Vrkund., p. 138 cl luiv. 

(2) '£9. &PX- • i^*i^- 314r>, col. 7. I. 25 et suiv. -. (I^ouffi)... twv Sk xpe^utrcûv 
ûiToC(ô|iiaTa , ttïtfov , TOTicts, et jtassim, 

(3) Ibid., tntcf. 312^2, col. 3, 1. 70 et suit. 

(4) Beiiage il et IV su Vilth. d. arch. Inst. V. P. 44 . col. d, 1. 4 et sutr. : [inl] 
x^v >'aûxpaTi['' içeiXovTa; i»T:]oÏMitdiTuv, [1}t[t(]cov, [t]oici(cuv, Ofco0>i^pLa'c[«;l. «tC-*. 
Bœckh. Iiucr. X. c. I. 40, lisait ioTÎa; mais le?, àfx-, '»«<?*'• 3J23. col. 3. 1.30, 
écrit laxôv , en averti««snt que c'est la véritable IrçoD. 



LS8 MATB BT LES VOILES. 193 

rebef Torloaia, Graser on a très heureusement déterminé la forme 
et l'emplacement (I) ; mais riea ne nous autorise à supposer qu'ils 
existaient dans les trières ; il faut doue nous en tenir aux résul- 
tats acijuis , sans nous lancer dans des hypothèses hasardeuses. 
Nous savons seulement que les arsenaux athéniens possédaient 
dos voiles de différentes qualités, les unes d'un tissu grossier, les 
autres plus fines. Ces dernières étaient les plus chères. Aussi 
a-t-on soin de faire romai'quer que les Epimélètes de l'archontat 
d'AuticIès, qui avaient i-oçu des voiles fines, en ont restitué de 
grossières (2), Quand on avait donné à un triérarquo une voile 
fine, on le mentionnait, afin de prévenir, au moment do la red- 
dition des comptes , une suhstitution défavorable à l'Etat (3). 

Voilà tout ce que nous a(>prennent les inscriptions navales sur 
les voiles carrées des trières. Les lexicographes ctahlissent l'équi- 
valence des trois mots Itrrtov , dîpjxsvov et )>aT^ç pour désigner la 
voile (4). En réalité , le terme usuel et nautirpio qui signifie 
voile t c'est Ittiov. C'est celui qu'emploient les inscriptions. Eusta- 
Ihe (5) définit la voile : • La toile de lin attachée k la vergue» qui 
accélère la coui'se du navire et est pour lui comme une aile. » U 
constate que c'est par abus que le mot iptAsvov est devenu l'équiva- 
lent d'îrcfov et que c'est un terme plus particulier» bien qu'il ne 
soit j»as employé sans raisoa dans ce sens (6). Quant à XaT^poç, c'est 
un mot fjoétique. Ou dit souvent en français la « toile > pour la 
« voilure. » n Faire de la toile, t c*est, pour un navire» augmenter 
sa voilure. On disait dans le même seus en grec ti 60ovt| » (7). 

Quant aux accessoires de la voile, les textes nous font connaître 



(1) Suite du Df R. A\, S 102. 

(7) 'E?. Ap/., Inter. 321G, col. 2, I. 168 et buIv. : Itniti Uirtà H • àvtl ToOrctfv 
rav icayiti 5ûo. 
'0) lind.f inscr. 3271 , col. t« 1. 33 et auiv. : fKpc|ia7]TÀ iv»>i). [Ivrfov tûv 

(I) Bétych. 8. V. : Utia, • ... xal ta etpftrvo t^J; vtio;. 3. v. -. lortov * dpjiivov, 
0. r. : >aZ^; • tô Urtt'ov, fifwv tô apiicvov. Suidas s. v. : i-rtiot; ■ toïç toO wXotow 
it-tf. B. V. : t^Ttcv ' dpficvov. S, V. : ^atçoc ' ipfitvQv, Ittîov..*.. Zonar. t. v. : 
lov * x6 £« t^ icWif). 8. V. : IotCov * tô jp^irvov. 
130, 33 : Iffrta (ttv slci ti étrl toO xîpw; >(v« , oï; 5a« %a\ wtipoî^ ^ voù^ t4v 

(61 IW3. 4J • V) V)iiTip(x^ aCrr] xïiiit; toO âp)jivou xw IffTcji éitiupîov nap^YOty* toOc 
ottUvOc âp|Uvg[ IdiuTtx'ôtepov ^iv, Ô(ifo; 0s ovx i}6yw; ta Ittîk xaXtïv. 

f7ï 8ui<lji9 V V. : àO<6voii; • >iiçtoî; OçâTiAOWi ■ nai câw tA ÎTxWtv, xi-* pi^ Juvoùv vj. 
• Tn» T« Tf«p «x^^^^v • *^' ^! ^ iWvn <ni Ti^v «y t«w àv^TiTat xâp«i«v , Spi-reévtp 
Cti^Cfiov. o Cf. Ktym. Mago. ». v. ; Itto; * .. lott» S< . Tfl; v»j6; Vi iftàvn , 6 ivtx 
%à iipfuv«v. 



194 



LA TRIÈRB ATHÉNIENNE. 



les ralingues qui, dans les navires d'apparat, étaient d'une couleur 
voyante pour entourer la voile d'un cadre plus éclatant. Kallixénos,^ 
dans Atliéti6c , dit que le niiit do la tossarakontôro de PtoléméQ] 
Philopator mesurait soixante et dis coudées et que la voile étail 
du lin le plus fui et ornée d'une ralingue do pourpre (1), La ralin- 
gue s*a[)pelait donc Ttotpaa-tipov, et c'est le mot. qu'il faut rétablir danf 
un passage très tourmenté et très mal compris de Lucien (2). Les 
cuiieux qui vientioiit pour visiter le navire do commerce égyptîettj 
racontent qu'entre autres merveilles t^a voile avait une ralingui 
couleur do feu. La scolie évidemment eorronipue de co passage 
applique le irapâcretpov au m-M et entend par Ift la hune. Peut-être, 
dans son état primitif, disait-ollo simplomout, qu'il s*agil de la 
ralingue située auprès de la hune, qui serait par conséquent h 
tôtière. 

Enfin nous savons que les voiles, dans la marine ancienne 
comme dans certaiues mannes modernes, n'étaient pas toujours 
de toile (3). On en faisait aussi d'autres matières , [»ar exemple di 
cuir (4). La voile était alors composée de grandes pièces do cuij 
cousues ensemble. Cola nous donne une explication loule nati 
relie d'un passîige de Lucien (n), qui a donné beaucoup do peii 
aux commentateurs (6), Les visiteurs, qui s'extasient sur les pi 
portions colossales du navire égyptien, restent debout près di 
niàt, les yeux levés eu l'air et comptent « twv puçwwv ta; ^nêoXaî;, 
c*est-à-dire ïe nombre des morceaux de cuir superposés qui foi 
niaient !a voile. Pins la (juantili'' en est grande, plus aussi les" 
dimensions de la voile sont considérables. 

Quand on avait bon vent et qu'on voulait aller vile , on mettait 
toutes voiles dehors. Cela s'appelait (7) « larguer tontes les voi- 
les, déployer toutes les voiles, ouvrir toute la toile , ne rien laisser 
perdre du vont. » Le vent qui soufflait de l'arrière emplissait alors 



(i; V, 39 : 4 Sè E<rro; ^v o^c {SSoft^xovra irfjxôv puotrivov lx**v ttrrlov toovpT*' 
icopa'Teîptf) xcxoTiATKiivov. 

(7) TA n>otO'M , ch. 5 : xsl toû t<rt(ou to nttpttaetpov irupsuyéc. Bcol. toû tffToO fi 
KapduTstpovJ xoipT^^ffuiv. 

(3) EuftUthe . 574 . 30 : >{vov Si xal iicl tûv rf}; viridç iTzibart X^etat. 

(*] Plut., Symp. quxst., IV, 2, l. 

(5) Ta Tr>oîov , ch. 4 : napà tàv l<n&v iirl icoH ivTniuv dkvo^inovTtc * àf tdtunnM; 

(6) Cf. J. Smith, traduit psr H. Thierscb, Uebtr den Schijfbatt.,., y- '^ 
note 3. 

(7) Poilax , 1 , 103 : iràvTa ÂvadtE^avre; xà UnUt, ndivra ÂvancTiTanxi; rà 1^'*^ 
ic&oav ixYTirdKraivYCc t^v 60dvy|v , iràvT« Onofie(dtuvot xiv «vefAOV. 



LKS MA.TS BT LES VOILES, 



195 



voile (1). On disait (2) « qu'on avait déployé toutes les manœu- 
, qu*on avait laisse flotter toutes les voiles et tomber toute la 
, que la voile était gonflée , qu'elle élait pleine , qu'elle t'itait 
ibée, qu'on abandonnait les voiles au vont, qu'on avait détaché 
toutes les voiles. » Philosirate , pour indiquer que les voiles sont 
gonflées i>ar le vent , emploie Texpression de « rXiipe^tv î<mocç, » 
et Syaésius (3) celle de " ^ot; tfmot; » pour signifier que toute la 
tfiurface des voiles est exposée au vent. Quand ^ au contraire , on 
("Voulait arnHor bcnsqncment le navire , on so servait des cirguos 
pour plier la voile (4). PendanL la tera[jéte » on ferlait toutes les 
voiles, et on disait qu'on naviguait (5) a en ne laissant dehors que 
les cordages, en no conservant que la vergue , avec la vergue dé- 
garnie. « Toutes ces manœuvres supj)Osenl l'eiislence des cargues 
et des rabans de ferlage. 

Les cargues étaient comprises sous le nom générique do xaXot 
ca xiXweç. Ce sont, nous dit le Scol. d'Apollonius de Rhodes, 
« les cordages qui servent à carguer la voile (6) , et ils passent 
au travers de cosses. « Les raonumouLs figuré* nous montrent 
que les r^rguos étaient nombreuses chez les anr.iens, et les textes 
nous permettent de retrouver les noms de quelques-unes d'entre 
elles. CerLiines s'appelaient (jt^aoufwx |7) , d'autres ripOpioe. Or nous 
savons par Galien (8) que l'extrémité de la vergue s'appelait 
tifôpov, et que les cordages attachés aux extrémités supérieures 
de la voile prenaient de là le nom do «pôpioi. Nous voyons en 
effet très distinctement, sur une gemme publiée par Graser (9), 



ltC***< «Xi^pci Tt^ ffftîtf)* (iiiôn>,c(^ tt M6vi[i, &vë^<f> xcxpiiiévtf). 

[l) Jbid., 1, 107 : in>£0)jLEv irâvTot dvaaeiaa'^tL; xdtluv, nâlirt x^ok, ndvTs 
ivivtu ti lorfa , icdaav r^v 66ôvt;v xa6ivTt< , ycftovTi xih larito , ny^pct Tt^ \t:U^ , 
MtXqp t^ («rricfi . àçévtec Ta IttIs t^ 9rwKuiJL«Tt.... icivra >v9avTec ta l(rt(s. 

(3) Philoslr.. F. S., I. 25, pt Syn., p. 37, ciW« par Suidas s. v. : lortov. 

{\) ApoU. Rhod., itrjron. , 2, 924 : 

ol &' &và (liv x^tirvûç >ikïif<K <ncdcav. 
fS) Pollux, 1 , 113 : inÀioiuv àn^ xdXuv, ix (j^vt); Tîf; xtpQttac* "V'^ï ^ Kipa(f. 

(6) ilryon., I. 56ti : xâXtue; Se Si' uv (TTsdXeTai -r^ tirrtov, 8tà xp(x4Dv 3uUt](L(uvoi. 

(7) Ibirf. : ot xdXo; ol; xarâYeTatt t6 tortov (liTOVpot. 

(B) Ad Uippocr., ruvutx., 2. p. 6iâ. 20 : xvpCu; (iiv dûtioc àvofiiCcTai ta &xpov 
"V^ x<paia(. xat TCpOptot ol xÂ).ot ivTsùOev, ^ni xà ixpa toO Iotîou nopijxovTt;. Cf. 
B^j^ch. a. V. : TépOpov ' ..■ {vtov Se Ta dxpov toO xepw;. t4. v. T6'p9p(0oi - ot tic tè 
^^»;foO l<rTtou ixacT^pù>Ocv fiedcpivot. iv ol; rà i£p(ievo-4 IXxou<n. 

\^i) DU Gvmmen. pi. I. 'if9. Dans la birème de la colonne Trajane (W. Frœh- 
i^cr, t. 3, pt. tl7), la voile esi presque entièrement relevée Bans èive eacore 
•nroulée et colk'c au inAt ; on voit 1res ncUeroent l'actioD des sept carguet 
*k(il roMcrront la voile sur certains points, tandis qu'elle boufTe sur d'autres. 



t96 LA TAIÈBB ATHÂNfENNE. 

ces cargues attachées h roxlrémité do la vergue. Seulement, 
tandis que la gemme nous les montre assujetties par leur autre 
bout au mât lui-même, lo Scol. d'Aristophane (1) noua apprend 
qu^elles dosrejîtlaieiit queltinefois sur le jwiit vers l'avant. C'est 
ce qui explique pourquoi le Scol. d'Apollonius (2) de Rhodoa 
les cile après les amures. Si donc , comme cola est do toute 
évidence, ces cargues portaient le nom de t^pftptoi, on peut suppo- 
ser que les cordages nommés ,asaot>poi ou [jiaot ot cités sans plus 
d'explication parle Scol. d'Apollonius de Rhodes étaient celles 
des cargues qui se trouvaient vers le milieu de la vergue. Les 
premiers cori*espondaient à nos cargues-j)oirit, les seconds à nos 
cargues-fond. 

Suivant la force plus ou moins grande du vent, on diminuait 
proportion nellemeiU la surface de la voile. On disait aloi-s (3) 
« qu'on avait diminué de moitié la surface des voiles, qu'on les 
avait retroussées (^i demi, qu'on n'avait déroulé qu'un peu de 
toile de la vergue. » Dans Aristophane (4) , quand le chœur engage 
Eschyle à répondre avec calme k Euripide et sans se fâcher , il le 
fait en empruntant ses métaphores h la marine, « Diminue ta 
toile, lui dit-il , ei ne te sers plus que du hord de tes voiles. ■ 
Lo scoliaste a bien vu qu'il s'agissait de soustraire au vont une 
partie de la voile, et il ajoute avec raii^on que, cette manœuvre 
faite, le vont ne ù-appait plus la voilo dans lo milieu, mais seule- 
ment suj' le bord; il est évident qu'il ne peut ôlre question que 
du bord inférieur , comme cela arrive quand on a pris plusieurs 
ris. Dans les Chevaiiers (5) , le scoliaste explique lo môme terme 
& (HKrrAXitv p d'une façou encore plus nette. « Quand les naviga* 



(1) Chtrai., V. 440 : ol Eo^aTOi xdDot, o&; ixçôpov; xa>o09tv o( vocOtm, «^;, ftrgcv 
Ivjt2(^ TA irveùp.a, npu»Tou; 1%. npùipo; ](<2)lù<ti. 
(2} L. c. : i^i, TO^Tiov irpàiïoSeç, |ieO' o\^ el<nv ot ripApioi >CY<^tJ^<^o^ ^^'^^ lu'oet. 

(3) Poil., I, 107 : cl; 4^{rv miXdfLivoi va ttrcEoc, xoiO' fi^tou ivat^iO.avte;* xsA' 
l^{(7u &vivTC<, (if^vTCc Ti Tf|; iicpata<. HaOévtec ppct^ù t^; xfpafot;. 

(4) Gren., v. 999 et suiv. : 

iXXà ouiTTeOoLc, ém^fuitx 
Xpû^Lcvo; ToT; ttrctoi;. 
Scol, : TOÙTO Si elpYpisv it. (icTOtfOfMt; Zbi-v nXcovTtov , gC, fitav irvcù(ia a^o8p4v 

2|ft9r>cû<rç, (jvffTiW-oyîJi tî latta, ïva jiii t^ ptat^ towtou ^opS àvatpiwp tA oxâ^oç 

ix^iffi 6è ToT; iv Axptd ti.xo^itiK^ xh nvsvfLa xal |ii^ xatâ ta (iivov. 

{b) V. 432 : i-\i»i hi ouQTeiXa; ye toû; &XXdvTa;... Bcol. : ènciSârv ^àp irXcCwv 
dv([uc i)Aitcqp TOt; nÀîov9t. <ruaTé»ou?i x2t napaipoO^i Trl^v Uttîuv ri noXXà, i^ tA 
|iiv Sv (iipo; Toû l^riou ..,., là fia ÎTtpov Avotai^yETat , oi^ à» [i-i^ XP'^^ "^ ^ ^^^ ^ 
K«tp^ àneuT^. Il màDque uq mot après l^rtou; mais le seos est clair. 



LBS MATS BT LRS VOTLKS. 



197 



^urs, 3it-il, sont surpris par un veiU itop violent, ils relèvent et 
soustraient à son action la plus grande partie de la voilure ; ils 
laissent flotter une partie de la voile et retroussent le reste, lors- 
qu'ils n'en ont pas besoin ou que les circonstances l'exigent, ■ 
Nous trouvons la nièrne niajiamvro dans la Médée d'Euripide (1). 
< Il fautf comme un timonier habile , échapper au danger en ne 
me servant (pie du has do la voile. « Evidemment la partie su|)é- 
rieure , toute celle qui était occupée parles bandes de ris, est 
enroulée autour de la vergue au moyen des garcettes. Sophocle (2) 
dit ta même chose en employant un autre mot, celui d'&|»£ffOat ; 
« Maintenant^ dans la tourmente, il faut naviguer en repliant mes 
voiles. » Le scoliaste ajoute que la métaphore est empruntée à la 
marine , lorsque, ne pouvant résister h la violence de l'orage , on 
diminue la surface des voiles. Il est donc indubitable que les an- 
ciens connaissaient les ris, puisque la manœuvre dont parient 
Aristophane, Sophocle et Euripide et qu'expliquent si clairement 
les scoliastes consiste itrécisémeut à prendre d^s rU (3). Nous 
savons également qu'ils naviguaient au plus près du vent. Ainsi 
nous voyons dans Lucien (-S) que le navire égyptien , dont il a 
déjà été question, n'est entré au Pirée qu'après avoir été forcé 
de louvoyer contre les vents étésiens. 

Voyons maintenant si les monuments figurés conilrmenl les 
inductions que nous avons tirées des textes et ce qu'ils ajoutent à 
notre connaissance de la voile (5). Si l'on jette les yeux sur les 



(l) V. 523 : 

dx(toi9i Xafçouc xpQumsSoi; OncKJpaiietv. 

L« mot mçÂatzido^ s'applique à La bordure d'un vàtement et en particulier à 
«• (range inférieure. 

(l] BUiir. . v. 335 : vOv àU\ xoxoTc (iot R^etv <tfn\iiy^ fioxeï. Hcol. : ^ti\Uv^ ' 
11^ iXov va loTÎov dvaKiTKTdTip ' ... lAiTtt^opixù; Si X^Y^'^st ^^^ "^^^ tcX(6vtwv , oT 
itf6ç vif* ptav Tûv àvi\uù-i ovnt ÂvtfoxovTCC Of iâ<n tûv lirtiuv. 

(3j Graser, suite du Ut H. A., g 109, reconoall les ris dans ce passage de 
Uscrgbe, Salurn., 7, 5 : •• In mari gubcniaturGS vcnlo suo etianisi nimius sit. 
coQlrabendo ÏD mlnorem modum vêla, praclervolant, et flatum, quum major est, 
coercent. » 

{%} T6 TC>oTov . ch. 9 : Yip6: ivtCou; toû; irriab; itXa^iâ^ovtoc lU TlttfMtïot x^U 
HêAù^^kiittatia;. Cf. J. Smitb, trad, i>ar U. Thiorsch, Ueber dmSchiffbau..., p. 34: 
t Wir t>rkornmen keine genaue AuakuDft daniber , bis uater wcichem Win- 
kel die Allen gegen don Wmd srgein konnlen... Ich nchmc m tncincn Bc- 
rechnUDgea ... sicben Punkte an , was auf keinen Fall bedeulend gefeblt tat. " 

(5) Dans U birl'tno do lacûloonc Trajaue (W. Frœboer, t. 3, pi, 117), on dis- 
tingue autour de la vergue les cordelettes on rabans par lesquels la toile est 
attachée U la vergue. 



I9â 



LA TRIÈRE ATHÉNrKNSB. 



i-epi'oductioas ci-jointes, et particulièrement sur la voile carrée 
du navire archaïque de la pi. lï^ on verra que les voiles des 
anciens étaient composées d'un certiiin nombre do morceaux rec- 
tangulaires, vraisemblablement de Loile ou de cuir, cousus eo- 
semble. Les joirilitros, sur certaines monnaies, sont tellement 
apparentes, qu'il faut les supposer recouvertes de lanières de cuir 
ou de bandes de toiles destinées à les consolider, sans quoi l'on 
s'expliquerait diiTicilcment que l'artiste leur ait donné tant d'im- 
portance. 

Généralomeut on aperçoit distinctement les ralingues. La tô- 
lière, la ralingue de fond et la ralingue de chute sont parfaitement 
visibles dans la voile du navire marcliand reproduit fig. 89 (I), 
Haljituellemeitt la têtière n'e:it pas apparente, à cause de l'eii- 
guïté de la reproduction , et Tartiste ne la fait pas ressortir à côté 
et au-dessous do la vergue ; mais les ralingues de chute et de 
fond sont scrupuleusemeut dessinées, comme on peut s'en con- 
vaincre eu examinant la voile de la ûg. 90 (2). 



Fig. 89. 



Fig. 90. 



Nous constatons également la présence des cargues. La voile 
d'un navire de guerre représentée fig. 91 (3) est relevée au 
milieu comme par une cargue à vue. 

Fig. 91. 



Sur la fig. 92 (4), la voile est entièrement carguôe, et nous 



(1) Graser. Die Gemmen, pi. t. 89. 

(2) Ibid., p). 1. 81. 

(3) tbid., pi. 1.79. 
(')} Ibid*. pi. I, 73. La figure ne doit p*8 <?tre absoluuient conforiDe jkla réalité. 

iHiiftqu'il y a quatre cargues d'un côté du mM et deux Muleineot de l'aoïre. 



LES MATS ET LES VOn.ES. 



m 



voyons les cargues, qui sont au nombre de sii, réunies à la pârlie 
basse du mât et sans doute attachées à dos taquets que le manque 
d'espace et la crainte de la confusion a probablement empêché 
de ûsurer. Les cargues ayant agi chacune sur le point oii olle est 
filée, la toile a été ramenée bouffante et ballonnée le long de la 

;uc , à laquelle elle n'est pas encore appliquée par les rabans 

ferlago. 

Fig. 92. 



Si maintenant on examine la voile à demi ployée de la 
fig. 93 (I), on constatera qu'elle subit Taction de la cargue- 
Loline. 

Fig. 93. 



Ijés ris ne sont pas visibles Bur les voiles reproduites ici , parce 
que d'aussi petits détails sont inipossii*les à représenter sur une 
pierre gravée ou sur une monnaie et nuiraient à l'ensemble. 
Nous no i)Ouvons donc pas dire si la voile de la fig. 94 (2) est une 
voile qu'on est en train de carguor ou si on en a diminué la 
surface en prenant des ris à cause de la violence du vent. En 
kvanche , il est difficile de ne pas reconnaître la bouline dans le 
^rdago frapi>é au moyen do branches sur la ralingue de chute 
de la voile représentée ici flg^ 90. C'est aussi une bouline qui, 
sur la Ûg. 95 (3), part de la ralingue de chute de la voile et va se 
tourner autour du i>ctit mM incliné do ravant. Nous retrouvons 
donc en grande partie, malgiti l'insulBsance de nos informations, 



Elln nom dJ«tpo3MP9 plus ré-giili&roment et d'une façon plus naturelle sur le 
navire Oe \n ^einme I , 90, ob l'on voit (rois cnrgucs d'un c6tiS du niM et 
troÎK de l'autre. 

Il) Graiser. Die Gfmm«n, pi. t, 90. 

•X JbW., pU I. 75. 

^bid., pi. U, 84. 

15. 



200 



LA. TRIÉRB ATHÉNIENNE. 



dans les textes dos auteurs et sur les monuments ûgurés les acces- 
soires indispensables qui accompagnent la voile moderne. 



Fig. 94. 



-^Œ^ 



Fig. 95. 



§ 5. — Du nombre et de la nature des voiles de In trière. 

Les mâts de la triture étaient de deux espèces : V\trnç piyaç et les 
tffTol obuxTeiot. Nous avons vu comment le grand ui;U étiit gréé et 
comment il donnait son nom à ses vergues, xtpaT«i [itrfihn, et à ses H 
voiles, t<rr(« [xrfa^«. De même, les mâts obutreioi avaient leurs ver- 

gués spéciales, xefaTo» dutatetût, et leurs voiles, Iffrîot hdrtvx^ sur 

lesquelles nous sommes mal renscifiaés, pai-co que les [lassages fl 
des inscriptions navales où il en devait iHre question sont mal- ™ 
heureusement mutilés. Nous avons maintenant à déterminer en 
quoi ïe gréemoat des ioroi ixatsioi différait de celui du grand mât. 

Nous écarterons d'abord une difRcullé que nous avons déjA ren- 
contrée à propos des mâts. Nous avons vu que les lexicographes 
confondaient souvent le grand mât avec rtorà; axaTuoc et les voiles 
carrées avec les loriot dbcaTttot. Aux passages cités plus haut, nous 
pouvons encore ajouter celui d'Hésychius : àx«Twi • ... ^ li joyiOui 
dïp;i4va. Nous avons monli*é que cotte confusion provenait de re 
que les Icxicogi-apiics n'avaieiU pas tenu compte des chaugemonts 
apport<îs par le temps au gi*éemeut des navires. A la suite de ces 
modifications, les mots qui servaient â eu désigner les différentes 
parties avaient acquis une signification nouvelle. Ainsi le grand 
mât qui se trouvait au milieu du navire prît, nous ne savons 
pounfuoi ni quand, le nom de mât ixarsioç. Il ou fut de nu^me 
I>our les voiles; mais cette confusion n'a rien à voir avec l'époque 
qui nous occupe et le gréeraent de la trih-o. 

L'existence, dans la trière, des voiles àxarcta se déduit île la pré- 
sence des mâts qui portent ce nom^ ot leur pluralité de ce fait que 
les xtp«TaiàxfltTetoisoiU citées au pluriel, aux époques mêmes oùTËlat 
athénien ne fournit au triérarque qu'un seul mât ixaTctoc Gra- 
ser (I) a bien établi contre liœckh que les grandes voiles cai-récs d 
les voiles àxaTita ne différaient pas soulcmenl [xir leurs dimen- 



(l]8ciiteduD0 A. tf., { 86-88. 



tES MATS ET t.ES VOILES» 

is , mais aussi par leur aalui*e, comme le prouve remploi de 
^doux termes distincts pour les désignei*. Ces dcrniLîros devaient 
[être analogues à celles de TaxaTo;. Le scoliaste d'Aristophane (t) et 
Suidas {!) nous apprennent que TàxatTiov, diminutif dax«Toç, était 
une barque de p*k.he, et lo Grand Etymologique (3), qui on donne 
.un© étyraologic hasardée, dit que c'était un bateau côtier, La 
\Syn, Lex, d'L Bokker (4) entend par l.'i un petit , et le scoliaste de 

*indai*e (5) un tout petit navire. L'dfxatToç était même quelquefois 
[une simple chaloupe (*i) déitondante d'un grand vaisseau. C'était, 
[dans tous les cas, un bateau do petites dimensions, bien qu'Ilé- 
[sychius (7) explique simplement le mol par « vaisseau i» ou « na- 
» Strabon (8) nous parle de ban]ues de corsaires qui no pou- 
Tenl porter que vingt-cinq ou, tout au plus, trente hommes, et 

[u'il «ippoUe dxfltTux. L'îfjwtTOî était donc une barque de petites di- 
imensions, d'une marche rapide, pouvant longer les côtes, s'abriter 

lajos les criques et, de là, fondre rapidement sur les navigateurs. 

il otst naturel de sup[)08or qu'un bateau de cette espèce portait des 
^Toiles obliques et par suite que c'est ainsi qu'il faut se représenter 

LgS Wriot àxaTcta. 

Giaser tire do ce fait des conclusions ingénieuses (9) : après 
[avoir examina les diverses espèces de voiles obliques, il conclut 
tquo les Irrtac âxatct^ devaient ôtro des voiles latines. La voile 
flatiue, si fréquente encore aujourd'hui dans la Méditerranée, de- 
■Trait donc son origine aux Hellènes et, si elle porto le nom des 
Romains, c'est que coux-ci l'auraient enqjrnnlée aux Grecs avec 
laut d'autres choiies. Un passage d'Euripide (10), mal ^ propos coi- 



(t) Lytiitr.t V. 04 : toOto 2'i^v tlôo; r>otoy i>\EUTtxoO. 

(1) Suid. ft. V. : àxâtiov ' elSo; 7i>oiou DtKvrtxoù. 

(3) t>. V. : ^9LTo; * T^ |iixp6-/ n>otâpto-« .... i^ où tit (moxo^Krrixâv ix^Ttov * 6 Ttvc< 

Ml âxato;, -/] dtiE* àxTi}; eU âxTT)v Tt£^t«p;(0|uvir), ù; nopOtii: Xc^^^ai t W^ nù.%y9- 
.laûoa. O0t(i>( MeMio^. Cf. Zon., s. v.. Thuc, IV, 67, et le Scol. 
(t) Ànectlot.f p. 3G4, 1 : ixdtiov * [xtx^^&v ic>otov. 
^} Jffméfn,, 3j â : lïXoIov ppv/ûtaTov. 

CQ iS4llod., V, 11, p. 249 i ti dxtxTQ; xfi; vtô>; ^prDto Agalh., 3, c. tl , p. 97 1 
ii^ fAftiît; (UYÔlat |i4Tiûp9U( ci/ov TA; âxÂTOVC. 
(7) l*. V. : Axiiiov • ... îi vaOc, JIyw'^ «XoÎov. 
(g) XI. 2. 12. 

(9) tStiiiedii Oe H. N.,l 88. 

(10) Iphig, fit raur., v, U34 : 

Âipt 2* Itrcit nxp icpôtovov xdfcii 
itpf&^ocv (ncip «TÂXov ixii(tK<rotiat irô^a 
va4; ûxvRÔM-nQV- 



202 



LA TRIÈRR ATHÉNIENNE. 



rigÔ par M. Weil dans son ôdition, vient appuyer celte hypothèse! 
M Grâce au veut, dit le choMir, les voiles d'un navire rapide dé- 
ployées lo long do Tétai tendront leur écoute au-dessus du stol< 
vers l'avant. « Cette phrase, on efTet, ne peut, s'entendre que d'une' 
voile latine. La voile c^irrée , suspendue ;\ une vergue, reste tou- 
jours en arrière de l'étai, qu'elle no peut dépasser; au contraire^ 
la voile latine étant dans sa position normale paralUde à Taie du 
bâtiment se trouve, elle et son arilenne, le long de Tétai. En 
outre, si gonflée qu'on suppose une voile carrée , elle ne tendra 
jamais son ôconic au Jelà de Tnvant du navire; c'est ce qui^ 
arrive, au ronlraire, pour la voile latine, dont la longue anlennej| 
pour peu que le nuU soit voisin de la proue, fait saillie au del<^ de 
Tavant : Técoulo qui la retient dépasse alors le siolos. On peut 
donc sufiposer iiuc les Wa ixoTtta étaient des voiles latines^ mais 
Grascr est moins heureux quand il essaie d'en déterminer 1^1 
nombre. En oflel nous savons que Tun des deux Irrol ix»T«toe™ 
portait deux voiles nécessairement superposées et de grandeur 
différente; mais rien ne nous autorise à conclure que Tautro eût 
exactement les mêmes dimensions et lut gréé d'une façon iden- 
tique. Nous ignorons donc absolument s'il ixïrtait une ou deu: 
voiles axa-ïïta. Il [louvait se faire que le raAt de Tavant fiU pluî 
petit ei n'eût qu'une voile. C'est peut-être poui' cela que, quan* 
l'Etat se montra moins libéral dans les fournitui'os d'agrès, ci 
laissa au triérarque le soin do se le procurer. 

En résumé, nous savons que le navire de guerre athénien avait 
trois mâts, un au milieu, les autres à Tavant et à Tai-rière; qud 
celui du milieu portait ;iu moins deux voiles carrées et les deux 
autres des voiles latines; Tun de ces mâts en avait sûrement deux, 
Mais nous ne pouvons nous représenter le gréemeut delà trièi 
que d'une façon approximative, sans prétendre arriver à une 
titution absolument exacte. 

Iios voiles axatciot complétaient du reste heureusement ce gi 
ment. Tandis que les grandes voiles ain-ées servaient surtout 
naviguer en pleine mer vent arriére, on pouvait utiliser plus spi 
cialement les autres, quand on longeait les côtes ou qu'on s'aventu^ 
rait au milieu des îles de TArchipel. Tous ceux qui ont fréqueul 
ces parages savent en effet qu'on y reçoit souventdcsraf;des,dcsceih 
dant le long des montagnes si brusquement, qu'il faut carguer en 
un instant la voile , sous peine do chavirer. Or, c'est l.\ uno ma- 
nœuvre qui s'accomplit be;iucoup plus facilement avec les voih 
latines qu'avec les voiles carrées. Les voiles àxa-nia pouvaient don< 
Rervir utilement dans certaines circonstiiiicesou l'emploi dos roi* 



r.B8 MATS ET LES VOILES. 



203 



les caiTÛos eût ctô dangereux. Noua avons même vu qu'elles suffi- 
saient au besoin jiourrcniplareirelleR-ci, (juand uiioescadte cher- 
chait reuuemi avec l'iateulion de le joindre et de le combattre le 
plus tôt possible. Mais habiluellemeul on ne les employait pas seu- 
les; nous voyons, par les textes oVi il en est iiuestion, qu'on les 
considérait comme des voiles auxiliaires, auxquelles ou recourait 
quand il fallait donner k tout prîjc au navire toute sa vitesse. « Ils 
leur ordonnent, » dit Plntarque (1), « de s'enfuir loin d'eux en lar- 
gu^iutleurs voiles oUciTia. « Ailleurs (■^), en parlanlde la poésie, il se 
demande si ce n'est pas un pays dangereux qu'il faut faire côtoyer 
aux jeunes gens le plus rapidement possible, « en hissant la voile 
aujciliaire âxaTtov, » soit iju'jl s'agisse de 1 axa-retov supérieur qui au- 
rait eu le nom particulier d'i-rotoiipitov, soit que l'épiihète s'appli- 
que à la voile oUaTctov [irise on général. En tout cas, on voit par 
ces passages , qu'on faisait usage des axaTtia pour iinpiimer au 
navire une vitesse excepLionnello e( qu'on les considérait comme 
complétant la voilui-o, dont la partie princijiale consistait dans les 
voiles carrées. C'est peut-élre pour cela qu'elles sont négligées sur 
les monuments figurés, (jui ne nous représentent dans les navires 
que ce qu'ils ont d'essentiel. 

Enfin, nous avons déjà rcmaiijué qu'une des qualités principa- 
les, recherchées dans la construction de la trière antique , c'était 
de pouvoir évoluer facilement en déf.rivaut une circonférence d'un 
iHîs petit rayon. La présence des deux gouvernails o'^ le loîig de 
chaque liane du navire, de doux rangs do rameurs iproii ]>ouvait 
Caire a^ir en même temi»s en sons contraire, i*endait facile la solu- 
tion de cotte difficulté. Mais le mouvement était singulièremenl 
favorisé par la présence do voiles obliques à l'ai rirro et à Tavaul ; 
elles jouaient sans douic [vh- un vent favorable le rôle que joue le 
foc dans nos petites cmbarcalions, lorsqu'on les fait virer do bord. 



(I) tffm fiotne marUrr nri... . ch. V2 : dXXi TtA; ^iv érrapaiAévoy; ta àxitta 
fcâiYfi^ ôit' xÙTûv KxïeOovjTiv. Quintil., ItM. or., 12, 2, traduit : Fugere omnem 
àiiicipliniiiQ navigationc vetuciHâima. 

(î) Oe duti. pott., ch. t : «vscYxôJ^cujiev «ûto'j;, tô imxoûpctov >itâti«v àpatiévov;, 



CHAPITRE VI 



LBS MAXOBrVRES. 



§ I""'. — Les 7)ianœuvrcs dormantes. 

On ap[»fille manœuvres (1) « tous les cordnges qui servent à m" 
nrpuvfcr ua n.ivire. " Ou disliiigiio les manœvvres eoiiranUs el 
les manœuvres dormantes. On nommo (2) « manfDUvros courAnfôs 
toutes celles qui uo sont pas esseiitiellemoul immobiles : ainsi Ibs 
br.is, halancincs, itagues, drisses, boulines, écoules, cargues, 
amures, halo-bas, palans, caliornes, caudoîetlGS, elc, sont rangés 
dans cette classe. Les cordages immobiles, ou ceux sur lesquels 
on agit rarement poui- les allonger ou les raccourcir, sont dos 
manœuvres dornianlus; tels sont les fêtais, les haubans, les gal- 
haubans, les bosses fixes, les suspentes do basses vergues, elc. Les 
ciibles, les lourneviros ot quelques autres cordages sont des cor- 
dages libres, qu'on ne peut ranger parmi les manœuvres coupan- 
tes. ■* 

Les Grecs connaissaioni la différence entje les cAbles et les 
cordages ; ils appeîaienl les premiers v/onim ot les seconds -wiiTa. 
Nous voyons on effet, que, dans les inscriptions navales, los 
«•/otvfot sont distincts des xaXwSta (3); or les xa>if>5ta font partie dos 
TOTcaîa, parmi losqtiols les <r/otv(a no llgnront jamais. C'est donc jwr 
erreur que les lexicographes confondent ensemble les ToittTit cl les 
çyoïvîa (4). Chez Ilarpokration (5) du reste, le i>oète Strallis, daos 



(t) Jal, Cl. n.. art. HanKBUPre, 

(?) Ibid., art. Courant. 2. 

(3) *£?. à^X't fnicr. 3124. col. 1, 1. t et suiv. Vnr\m l&s Dgr^s dus par PhHo* 
OJïinos flgurcnt : twv xpcitotiTwv y.iXri>Zti III, ayotvta i£2db(,tu).a Ul. 

(4)Stiîi|. s. V. : TûTCfiiov • Ta <TjfOtvta "^éyo'JTi Toneta. Pliot. s. V. : To«tia ' oj^oi-nia. 
Ilcsjrch., s. V. : totttjîîi • ôTï>a vt'«i<, cy&ivta. xd),oi. tk*ol. Otllim., II. m De>l,, 315 t 
^oTT^ia, 6i:>a viù; «apà Aâxuai, 7X*^iv{a, »tûi).oi. 

(ô) Harpokr. s v. : Tonaov ■ 'loaîo; xaii AioxU&v;. ToR£Ï« lix^Tt t* ^xoivlo. 



LES MANOEUVRES. 



fies Macid<tnkns, emj»loie le mol To:«ta i>our désigner des cordages 
qui servent à hissor un objet posant , et Archippos, dans T'Ûvoç, 
entend par là des cordes qui courent surdos poulies. Les ToireTa sont 
donc les manœuvres, tandis que les r^^otva sont les cAbles. Bœckh 
croit que lo nom des plumiers leur vient do ce qu'ils ont chacun 
leur place déterminée dans les navires. Dans tous les cas, le mot 
TO«Î« est un mot gônérii|ue, qui comprend plusieurs esi>ixes de 
cordages, sans que les Gi*ecs paraissent avoir tenu compte do la 
distinction usuelle dans noire marine entre les manœuvres dor- 
: Diantas et les manœuvres courantes, 11 embrasse en effet daiis nos 
H inscriptions (1) un certain nombre de cordages dont nous aurons 
B £i déterminer la nature, et, en outre, les drisses qui sont au nom- 



bre de deux, le racage double, les deux ocoutos, les deux bras, 



le /«Xivoç. Or nous verrons que, par les cordages qui ne sont pas 
plus explicitomont désignés, il faut entendre les manœuvres dor- 
mantes. Du reste, grAce aux inscriptions navales, aux lexicogra- 
phes , aux monuments Hgnrés et aux i>ecberches de Bceckh (2) 
complétées par Graser i3|, nous connaissons h peu près les noms 
de toutes les manœuvres, sauf quelques excoplions comme les ris 
et les boulines; nous n'aurons donc guère ici qu'à vérifier et à 
enregistrer les résultats acquis. 

Nous nous occn|>en)iis crabonl des manœuvres donnantes. 
Nous voyons figurer dans les inventaires des arsenaux dos 
;rcs appelés x«Xw§ï« et xaXot. — Les deux mots sont identiques, 
immc le montre Bœckh, et désignent lo mémo objet (4). On les 
donnait au Iriéranjuo \)âv tftcnes; on appelle ainsi des « pa«iuots 
d*uuo corde ordinairement pliée eu spirale, à tours égaux , su- 



tAv nàc>.ov il toOtov 
lie AjL^ot ûoncp iTClov t6v IcttÔv. 

tpox>>i3Wt TŒVTa xai voTEiiot^ 

Cr. Pou., VIT, 150. et X. !30. 

1.1) "Ef. à^x t Inicr. 31'^. col. I , 1. 138 et suiv. : ton&tx Tttpvipwv A, ixMtii; 
x.*>^iwv (iripùiKiTa AIUII , IfuivTa; $ûo , âTxoivai[v| Sm>{}v, irôSa; II. Oittpai U, 
X«>iv«<; et jMisim. Pour le» tribfca et pour 1rs tiinkontorc» lu mol wtctXa. a lu 
m^mr signification et roiopr<*ml les nif^nies agrès. 

r;?;. Vrkund., p. |4VU«. 

\'S) Ot R. /V., % 7H, et. Oans le PHitoloifuu l. C i lOO-HJ. 

(4) 'K^. àpx-, tntcr, 3l'M , col. 1, 1. 3. !*hilodèmo!t. outre autres agrès, doit k 
VUtèt Tt^* xpciuxTcwv x%)(.>2t3 III. Ihid., Inscr. 3145, col. ï, t. 60, |nfmi les 
Y«icefa li(;urent x«)^; IIIU. 



206 



LA TRIÈRB ATHÉNIENNE. 



perposés les uns aux autres (I). » Les gltiies portent dans les ins- 
criptions le nom de firipufiara xaXuStùiv (2). On en donnait h chaque 
triérarqiie dix-huit par tétrôre; il est possible^ bien que nous ne 
sachions rien de précis à rcl égard, que le chiffre fût le mcmo 
pour les trières et ()Our les triakontores (3). Nous trouvons bien 
inenlionnôs dans une de nos inscriptions (l) quarante de ces x«- 
Xo)5[» ; mais il s'agit là do cordiigos de IriakoiUores et non d'une 
triakonlore en parLiculier. Nous n'avons donc pas à nous préoc- 
cuper do ce nombre. 

Reste à déterminer ce qu'on entendait par ces xoXoi ou xotXtfidta. 
Les inscriptions navales les comprennent parmi les manœuvres, 
mais sans les confondre avec la drisse , le racage, les écoutes, les 
bras et le /aXtvo; (5) . Les textes et les lexico^'raphes pren nent le mot 
dans un sens plus général et entendent par là même des coMages 
auxquels nos inscriptions donnonl un nom dislincl. Ainsi, poiu* 
Hésychius (0), ce sont des cordes qui servent à hisser et à amener 
la vergue et la voile, par conséquent les drisses. Pour le Sc^J. 
d'Apollonius do Rhodes (7) , co sont à la fois les cargues de la 
voile, les étais, les écoules et les amures. Souvent on entend par 
là les cargucs ; ainsi quand on disait, comme dans Aristophane (8) 
et dans Euripide (9), « Travra Ka)^v iÇt^vac, » ou proverbialement 
« rcivTa xotXtov cgfttv OU xtveîv >* (lÛ), cela voulait dire larguer toutes 
les voiles, mettre toutes les voiles dehors. Aussi le Grand Etymo- 
logique (11) fait-il venir le mot xaXot de /aXôEv qui signifie larguer. 



(1) Jal. et. n., art. Giéne. — Cf. EustaUie. 1710, 42 : Xê-rovrot «è |«xpi »al vOv 
(i))pûc(T6at xal &Xtetc ncpl al^iaXàv ayo\-i\%, Ôte TndyovTe; xarà xOxXov el).où7tv atOttt, 
... xa) t(iavioTrpâifM)t ftfc o^tu (iT)pûovTat âitiç mrpt^toOovaiv. 

(2) ïç. &()x*» ^ntcr. 3122, cul. t, 1. 59 et suiv. : [iv vejtuptoi; r:a^i>i6ù^c\ 
[Ton^ela iit\ voiO; UHmAAI, [tc>:^]v iiii]fu(iâTuv xa>it)[dttii]v 111. ntid., I. 70 et suîv. : 
[Iv vEtdpj^oïc nape8o[iev [totceTa] hd vaùc HUI'^AAiiin, |it}.f,v (i]Ti^|iâTwv [hs- 
>ui]2îù)v 111; et jtastim., 

(3) Ï9. ipx-, Inscr. 3122, col. 1 , 1. 138 et suiv. 

(4j ibid., col. 3, I. 42 et suïv. : TptaxovTcpou xaXt]>&ia &5oxttMi AAAA. 

(5) Ibid., col. 1, 1. 138 et suiv. 

(6) 3. V. : xd).ot - Tfl ox^^^^^'t 2i' <^> &va9T&T3i xal xatâf^^^^ ^^ xiptt; xai ti 
dpiievov. 

(7) irffon., l, »66. 

(8) CAftaf., T. 75ti : vvv âii ac icôviot del xdDwi ^^lÉvxt. 
(9] Jfrfd^, V. 278 : Ixftpoi yâp iÇià^i nivta «^ xâ>wv. 

(10) Stiid. et Phot. s, v. : nàvta %it>.ia^ atitn naipotttîa 2ffl Ttïv «CLSip «p«^^ 
Xpoiftivbiv. llif.Jï)CTat SI inô Ttijv Ta ôpfjLEva /a>bivT(<iv. ttuiJ. S. V. : xix>ru; ' o^Qi'vCoiV' 
xai icaç«ot{j.{a •< •nàv.a xà>fj>v xtviTv » * Tpontxt^; ino toO (attou ïi'^ii * Ait/oûv <rc Sxl 
Ta dcp|itva, TOVTtoTTi îrivTa xivcîv ûnip TO^i TjepiYcvï-j'ïai aûtov, 

(11) S. V. : xi).oi • x*5.ot nvi; ôvTCî, oU x^^^f'^ '^^ Icria. 



LBS MANûeUVBBS. 



207 



C'est dans ce sens que le itt-end I*oUux dans le passage cité plus 
haut, lorsqu'il dit (t) : > Nous naviguions on laissant aller tous 
les cwrdiigcs, avec tous les cordages dehors. « Bo mt^me , Eusta- 
tbe (2) entend (»ar le mol «iXot : « Les cordages qui , attachés au 
milieu de la vergue, servent k hisser et à amener la voile, et qui 
soDl ainsi nommas de /aXSv. d Pour Hi^rodote (3) . les xaXoi sont 
sinjplomeiit les corda^^os de la voile. Euripide (4) se sert do ce 
lôrme pour désigner l'amarre de poupe, ol les lexicographe^ en 
font un synonyme de cAble (5). Enfin Thucydide (6) rapplique h 
une remorque, iorsi^iu'il dit que les Syracusains « longejit la côte 
en se faisant remorquer jus(|u'à iEessine. » 

Ou voit par là que, dans la lan^'ue vulgaire, le mot xoîXoi est un 
lorme générique, par Icfjuel on ciileiid les cordages et les cûbles. 
Le sens en est plus resserré, mais encoi-e assez large, dans les 
inscriptions navales. Des dix-huit glônes de cordages qui lui 
étaient attribuées par l'Etat, le triérarqae devait tirer les princi- 
pales manœuvres qui ne sont pas mentionnées dans nos inscrip- 
tions (7), et, bien iju'il n'y soit question que du grand mât et do 
la grand voile, peut-être sulRsaient-elles pour lui fournir les cor- 
dages des autres miUs et des .mires voiles. 

C'est sous ce terme de >câXoi ou de xa/w5ta (ju'il faut chercher les 
manœuvres dormantes, les haubans, les étais et les gaihnubnns. Le 
hanhan (8) est « un gros coi-dagc capelc h la tétc du nuV, ci lui ser- 
vant d'appui latéral. L'extréuiilé supérieure du hauban est façon- 
née en anueau; l'autre est garnie le plus ordinairemeut d*uii ap 
de mouton au moyen duquel on lo raidit. Chaijue niAt a ses hau- 
bans, qui, l'étayant contre les mouvements du roulis dont il 



(Ij I. 107. 

(?) 1534. 8 : xaDov; ai, q\ç t6 tvrlov ovmiàlTat xa\ divîeTtti, Ta Aè aaçéffrcpov oCtu * 
«A 01 TA cv (U^M Toû xEf/StTo; àv^Y^vT» xacl /aïdtvta ta Ictiov , xXr/Jcvra o'3tu napà 
xàx^>^' Cf. 1152.(15, cl Seul. O'iyss., i, v. 260. 

(3) II . 36, 4 : tMv tTTtbjv Tcùc xftKou; xai Tobc xâXou;. 

(4) Miàéc. y. 710 : iïf,u|ivr,TT;; xâ>w;- 

f5) H<i«ych. s. V. : xiXo; ' oyoïvîov * xat x5t),(.V3iov... (M, SchmiiU stippk^î to 
»ÙT<i 1. 6. V. : xQi>i|t{ta • oyoïvta. Siiii!. 8. V. : x^X'/iStov • ly^oi^tov. Zon. s. v. : 

[Si Thuc. IV, 35 : x«i it4pftn).eévTb)v &icà xà^u U ti^v Mei^iiviiv. Seal. -. ànà 
wi>40) t^ Vt^ojuvtf» nafHâXxtfi ■ ol yàp îtap* «ùr^v r^ Tfijv icXtovrc; oii Sû^avrat 
ipintw, 

{7j Cr. Luc, f>ia(. Mort., \, \ : %ai î^Xou; ai xac x8>hi3tov , 09' o& r^ Ontpav 

(8) Jal, Gl. n., art. Hauban. 



4 



208 



LA TRIÈHB ATHÉXIENNB. 



pourrait être ébranle, sont utilisés comme montants d*échoIles, 
dont les enfléchures sont les écholons. > On peut admettre, avec 
Bœckh (1), que les haubans n'étaient pas désignés autrement que 
l>ar lo mot xâXoi. C'est on efTot l'expression qu'emploie Lucien, 
lorsqu'il veut parler d'un matelot qui grimpe dans la voilure (2). 
D'autre part , le Scol. d'Apollonius de Rhodes (3) et Phavorinus 
cités par Bœckh (4) ontondent précisément, par le mot jtaÀot ou 
x«Xb>8;, los cordages qui consolideat lo mât de chaque côté du na- 
vire : « oTç 6 toTo; Ifjyupô; 7:oteTT«t i^' éxotT^pou toS icXeupoù tt;? v«wç , •- 
ce qui est ppérisémoiU la définition da liitubaii. Ainsi donc, quoi- 
que les lexicographes donnent au mot xaXot bien d'autres sens que 
nous avons énumérés^ nous ponvojis admettre que, dans une 
acception plus restreinte, celui-ci s'ai)pliquait spécialement aux 
haubans; au moins ne trouvons-nous pas d'autre mot en grocqui 
les dé:?igne. Graser (5) admet qu'il y en avait quatorze dans les 
trières pour le grand mAl; c'est le chiïTFre des haubans des galère» 
génoises du moyen Age, tel que nous le donnent les documents 
publiés par Jal dans son Archéologie Navale; quant aux mâts 
àxBÎTsîoi, ils avaient, selon lui, dix haubans de chaque côté. Ce 
sont là des hypothi*ses que nous n'avons ni à combattre ni à ap- 
prouver, puisque nous no possédons à cet égard aucun rensei- 
gnement positif. L'un des deux navires marchands du bas- 
relief Torlonia semble présenter huit haubana h tribord, rantre 
quatre. 

Pai'mi les cordages que le triérarquo devait tirer dos dix<-huit 
jjLï]puu.aTa xaXo>5t(Dv qui lui étaient assignés pjir l'Ktal, il faut citer 
presque ii coup sûr los étais et les galfinubans^ doul no parlent pas 
les inscriptions navales et dont Texisleuce nous est attestée i^r 
des textes précis; ce sont du reste des manienvros assez impor- 
Umtes pour qu'aucun navire, si ce n'est absolument dans ronfance 
de la marine, no puisse s'en passer. L'étai est (6) « un cordage qui, 
piissé en collier autour de la télé d'un nuit, va so fixer par son 
extrémité inférieure sur lo jmnl ou derrière un autre inàt. Il for- 



i\)Urkvnd., p. h6. 

(î) T6 icioîov, ch. \ : xai f)3u(ix!;o<«Ts; dviôvra tô^ va-jniv îià twv muaiv. I* u» 
des navirus du biis-relicf Torlonia nojs montre un tiialelul dans l'Attiluile dô* 
crite ici par Lucien et grim[)ant le long irun(* (miIicIIu de cui-ile , Torni^tf aaus 
doute de deux hiiuhans pourvus de leurs onlk^chures. 

(3) Argon., I, h()b. 

{\) Vrkund., p. 140. 

(5) Suite du Dr U. N-. g 107. 

(6) Jal. Gi. n.f art. Etat. 



LES MANoeuvnBS. ?09 

titie le mât contro Jos moiivomenls que fait le navire de Tarant à 
l'arrière , et c'est pour cela qu*il est dans le plan vertical qu'on 
peut supposor passant parla quille. Chaque nvM a un, quelque- 
fois deux étais. Le second élai reçoit le nom de faux-étai. L'étai 
est d'un usage aussi ancien que le hauban et Ton peut dire \\no 
le mAt. > Quaut au galhauban, c'était (1) « le hauban du raAt de 
hunu ou galant; il osL aujourd'hui lo hauban du iiiM de hune et 
celui du niàt de perroquet, v L'étai s'appelait chez les Grecs tt^oto- 
wç; il était souvent double, et certains lexicographes ne le distin- 
guonl. i)as du galhauban. Kuslathe (2) , il est vrai, entend par ce 
mot les cordages qui servent à hisser et à amener la voile» ou 
[ihitôt ceux qui attachent la vergue au mât, c'est-à-dire soit les 
cargues ou les drisses, soit le racago. Mais, quoiqu'il ajouta que lo 
mot est encore employé dans ce sens par les peuples du Levant , 
cette oxplicalion^ qui se contredit elle-même, ne peut tenir contre 
les inlormalions plus exactes que nous trouvons ailleui-s chez lui, 
ainsi que rhoz d'autres Icxicoirraphos. a Les ^rp^rovot ou -npoTov^ , 
4i^il (3), sont les cordages qui assujellissent le mât pour le con- 
ider. Les anciens appellent de ce nom les cordages qui vont do 
la hune li l'avant et à l'arrière. » On voit qu'ici il entend par ce mot 
À la fois les étais et les galhaubans. Ailleurs (4), il fait remarquer 
quo Tétai était en général double, et ipio, puisque dans Homôre 
les -rpoTovw étant rompus, le mAt tombe en arrière, c'est que les r.^é- 
Tovot étaient destinés à maintenir lo mût par devant. Lo scoliasto 
d'Apollonius de Rhodes (5) e.^pliqno qu'ils tiennent le mAt par en 
haut, comme les coins introduits dans la carlingue le fixent par 



(I) Jkl, Ctl. n.. art. Gaihanban. 

Ci) 130, 4i : npôtova 2à x«Tà Tivac \ùt ^oivia, 6i' hiv xà iTtift ir^ [ùv àvcWovrai, 

Tt; * çvydI'STCTxt Y^p A ^<Ik Cri xal vvv K«pâ toT; *AvQtto)tit4t; ' cOpu^Tat Se xac &p9c- 

f3) ihù2 , J8 : T:poitïvct\j; Si f, -rpôiava où^eTCffo; %rxà. (i£totn>.a(a|ià>f Hyu ixotviot 
&' UV i t9T6; inoÔc^tuitat '^; àv lyyi fl£€aît>>;l'r:a'393.t. 01 Si saXvtol icpotôvov; ^viï 

(I) t72H, Sk : oO/, iir>.û( np^tovo; fiirav 9/ouiov. àXVi 9'Jo tivà icipl w-v ic^o^edv 
)UHT«i. Et ië ^aiYivTuv toi*/ tt^otôvwv Iotô; 6T:iG9w inc^e. $îi).ov ôti ovvtxtixoi toû 
kn^ ot itpÔTOvot. 

(iSTS * xal Ti-âf txitvQt ftTncp «yTJvs: «ùr^v npicTx^v, oî fit itpôto-wot tôvw» dt'xiiv 
ècef^av Tfta}iiMot. CVsl ntitsi ipt'il fuut lire, un lieu ilu : r»<rRep afi)vû'w SUi)v, et 
de ' ftl 5à tôvot xpoTÔvtav ôtxtiv , t|u*uu lit dans l'OU. de Mcrkcl. 



210 LA TRIÈRE ATHÉNIENNE. 

OU bas. Ailleurs Apollonius do Rhodes (I ) dit qu'après avoir drossé 
lo grand màt on l'assujeUit au moyen d'étais qu'on tend à bâbord 
et {i tribord (éxotxepOev). Il faut noter que le scoliaste entend le mot 
autrement et prêtond qu'il s'agit de l'avant et do l'arrière; il serait 
donc ici question à la fois dos étais et des galhaubaus; mais il so 
corrige lui-mome deux vers plus loin (2), quand il ajoute que les 
wpoTovot sont les corda;,^cs qui vont de chaque côté du luùl à l'avunt 
du navire. Hésychius déûnit les Trp^vot (3) « les cordages qui 
maintiennent le mût de chaque coté. » Ailleurs» il est vrai, il les 
ronl'onil avec les tîalhaubaiis (-i). Mais Lucien (5) distingue tK:s 
nettement ces deux mauœuvi-es l'une do Tautrô, lorsque, parlant 
d'un navire ou tout se passe .'i rebours de l'usage ordinaire, il 
ajoute : ■< Et peut-tHre le ttootovo; est-il tendu vers l'arrière, a Nous 
voyons ])ar là. que le TtpoTovo; se dii-igeait vers l'avant et corros- 
paudait jjarfaiLenienL à noli*e ôtai. 

Eustathe (6) rapproche le Ttporovoç d'un autre mot, èiçitovoc, qui 
semble pour lui avoir une signification analogue. Il rappelle ail- 
leurs (7) que rèTcÎTovoç est un cordage qui consolide lo mAt et qui , 
si l'on y regarde do pi es , dillero du zpoTovo;. Si , d'après lui (8) , 
TeViTovo; désigne le cordage qui sert à élever la vergue lo long du 
mal, il a soin d'avertir que ce n'est pas là le sens primitif du mol. 
et que les anciens désignaient par ce terme un cordage qui main- 
tenait le niAi. Le Scoliaste de l'Odyssée confond également Vint- 
Tovo; avec la drisse ; niais tJraser explique celle confusion d'une 
mauièrc satisfaisante. Eu effet, la drisse était double et chacuno 

(1) 1. 563 : 

iii p% TÔT& (iifav l'jTÔv iyiTrf.tintto fiivôSiJDp, 

8coI. : -npÔTOvoi ■ oî ÔLKà toO Îitoû Éxtetvôfitvoi xiXoi êiît npûpoa %aX itpû(iw«v. 

(2) Scol. ApoU. Ulioil. , t , 500 : ol lï l?tKÔ)fcevot cl; nptdpav H ixvTcpou ^ipovc 

TOÙ IffTOÛ îtpÔTOVOl. 

(3) S. V. : KpOTÔvoi7i * ToT; xi'i ttrrèv ovvt/.owrt «xoivioic. iC iv«Tépov |U|>ov; xal 
tftt; iv Tiji vçavTiXtp Itti^i. 

(4) S. V. : icpQTOvot ■ d\ {xaTtpwOtv toO '.ttoù "j^otvoi tJriTtTa^tvot tU ti^v Tp'ôpov 
xat icpO[ivav [l^K^ft<jHt/,. Ld dernier mot est h supprimer; nu bien il (anl Bjoiiter: 
xai ÔTiiTOfi-v. et choisir cnU'û les deux membres de phrase dont l'un est visible- 
mont la glose de L'autre. 

(5) Jup. trag., ch. M : 4 |Uv icpimoct « ^X^^ '^ '^ 7ipu|i.vav «-noTCtetTOi. 

(6) 1728, b\ : iv 5f TÛ>, nporâvou; Âfi^ot^pou; , 5pai 6ri zi spfftvixû( ol np^T^vot, 
lîi; xai 'OTintavô; 8t]Voî, rfâtovi; \t,o^ ctïtd'iv, à^tiû^^ xt^ èirttovo;, xaî.... 

(7) 1452, 61 : £niTovo; (UVTOt 2sp(i.a faTÏv ta icXotoM l<nô; xata^^o^tCtTai ' x«i 
ioixi Siaçéptw npoTovow, eî tic éÇaxptfioÎTo «ùtov. Cf. nésych-, s. v. èTtttovoç- 

(8) 17?9, 30 : UtCQv a 6ti tnîtovo; XsYS'ott Iftà; àvc>]Udv t6 xépgt; vj/oO np6; 
i^TÔv. Ol Si iiaXotioi (icOiara oCta); ' iiciTovo; Ôcp^ia w fi>oto\i Istd; xaTST^ctSktCttai. 



.BS MANOEUVRES, 211 

de ses extrémités venait s'attacher au boni du navire, l'une d'un 
côte, Tauli-e de l'aulre. La souîe nhope qui ïa distin^uiAî du gal- 
haubau , c'est qu'elle dosceudaiL do la hune oL non de restrémité 
du mât, et que lo j^alhauhan est assujetti [ikîs A l'arrière du vais- 
seau. Mais co sont Vd pour le spectateur des diiïërences délicates 
et q^ii peuvent (krhapper ; vail.'i pourquoi , liien que rÉmTOvo; dési- 
gne le galhaubaii , les lexicographes ont pu se tromper et le con- 
fondre avec la drisse. 

Du reste, s*il y a quelque dilïicuïté h trouver la dénomination 
de res manœuvres , il n'y en a point h constater îeur existence. 
Elles sont fréquemment l'epi-ésentées sui- les monuments li^urés. 
Outre les haubans, l'étai est figuré sur le bas-relierTorlonia sous 
la forme d'un gros càblo terminé par une poulie et assujetti à 
l'avant du navire au moyen d'un palan. Sur une monnaie 
d'Alexandrie sous Néron (I) , nous voyons Tétai qui part du niAt 
au-dessous de la liune aI>outir sur le pont juste derrière le [tetit 
mÂt de Tavant. Si le dessin est exact, le bas des haubans , qui 
sont au nomlu-e de rpiatre , se laisse apercevoir sous le bord in- 
férieur de la voile gonflée; ils sont même munis des entlcchures 
qui les transformaient en échelles. Ce sont sans doute deux hau- 
bans qui sont représentés sur la fig. % (2), bien que, sur la 
monnaie, celui de tribord s'écarte beaucoup vers l'arrière et 
qu'on aperçoive à bâbord , indépendamment du hauban principal, 
un autre cordage qui semble fixé environ A la moitié du mal. 

Fig. 96. 



En se reportant à la fig. 89 , on distinguera les haubans au 
nombre de trois ; les cordages qui \nennent se fixer à tribord 
sensiblement en arrière du mdt sont vraisemblablement les gaU 
haubans ; l'étai est figuré à tort par l'artiste eu deçii de la voile, 
tandis qu'en réalité il devrait élre au delà. Sur la fig. 91 , les 
cordages qui descendent de la tétc du mât jusqu'au [tout sont 
évidemment les haubans; sur la fig. 93, on aperçoit très distinc- 
tomenl l'étai qui va obliquement de rextrémitô du mut à la 



|l)Orafter, Dia àitestm..., \i\. D,6IV'. 

(3J tbUi,, |)t. D. 42dS Tarte août Alexandre dévère. 



212 



LA TRIÈRB ATHÉNIBNNB. 



proue, cinq haubans visibles sous le bord inférieur de la voilo 
un peu relevée [nw le A'ent (I), et enûn deux galhaubans qui se 
dirigejit vers l'arritTe. Il est inutile de citer d'autres exemples qui 
ne nous apprendraient rien de nouveau. 

8 2. — Les manœuvres courantes. 

Parmi les manœuvres courantes, nous avons déjà parlé de cel- 
les qui servent à relever la voile, comme les carguos ; h en dimi- 
nuer la surface, comme les ris; enftn à la raidir pour l'exposer 
plus complètement au vent , comme les boulines. D'autres sont 
employées ji hisser la vergue h la tôte du mAt, comme la drisse; h 
la maintenir adhérente au niât, comme le racage; k la soutenir 
dans sa position linrizoutale ou à en élever une des extrémités, 
tandis qu'on abaisse l'autre, comme les bnlancines. Enfin la voilo 
a besoin d'être assujettie par chacun de ses coins inférioui*» au 
plat-l)ord , et c'est l?i l'office des écoutn et des amures i il faut 
aussi qu'on puisse faire tourner la vergue autour du mAt dans 
un plan horizontal pour orienter la voile selon la direction du 
veut ; dans ce cas, la vergue et la voile obéissent à dos bras. C*est 
de ces dernières catégories de manœuvres que nous allons nous 
occuper. 

Les manœuvres courantes ont besoin, i>our exercer leur action, 
d'accessoires indispensables, qui sont les •poulies ^ les cosses et les 
clans. La poulie (2) est « un roucl de bois dur ou de métal tour- 
nant autour d'un axe , porté par deux supports ou par un billot 
de bois cwnsé, nommé er» Franco caisse. » On a confondu abu- 
sivement le romi et la caisse, et la poulie est devenue l'ensemble 
de ces deux parties distinctes , le contenant et le contenu. Dans 
certains cas, le coivlage se meut non sur une poulie, mais en pas- 
sant par un clan. On appelle ainsi (3) une ^ mortaise ouverte 
dans l'épaisseiu' ou de la muraille d'un vaisseau^ ou du pied d'un 
mât, ou de la tète d'un mit, pour recevoir un rouet qui y est logé 
'et qui tourne librement sur son axe. Ces clans sont placés dans 
le dessein de faciliter le passage on le mouvement de certains 
cordages , ainsi que de changer à volonté leur direction. » Ainsi , 
daus la galère, le caket était percé d'un clan qui donnait passade 
aux amans^ comme le montra la figure 88. Quand on a simplement 



(I) Ui ont éttS oubtii^s par le f;raveur sur le dcAsin <\n\ figuro dansect ouvrage. 
(3) Jal. Ci» n., art. Poulie. 
(3) Ibid., ait. Clan, 



LES MANOBliTIlES. 



213 



besoin de soutenir iin coitlage qui doit parcourir un certain es- 
pace t on se sert de cosses, c'ost-à-dire d'auueaux de fer caiindôs 
cl garnis do petits cortlages, qui y sont torlilU'îs on faroa de four- 
rure, pour conserver les gros cordages qui passent au travers des 
cosses. 

Nous verrons par les textes et par les monuments figurés que 
les niîUs des anciens étaient percés do clans. Quant auï poulies 
et aux cosses, il n'en est [)as question dans los inscriptions nava- 
les, il est difficile d'admettre, avec Bœckh , que l'Etat les donnait 
rependnnt comme accessoires naturels des cordages ; nous avons 
TU en effet que ces cordages étaient en grande partie donnés en- 
roulés ou glênes et sans avoir reçu de destination spéciale. Quand 
le triérarque les convertissait on manœuvres ayant leur destina- 
tion déterminée, il est vraisemblable qu'il îes garnissait h ses frais 
des accessoires nécessaires. La poulie était connue des Grecs , 
qui l'appelaient -rpo/iXta. « U y a, dit Poilus ()), nu engin qu'on 
nomme -po/oç et Tpo/tXia ; d'autres , par lesquels passent les cordages, 
8*apj>ollent xf6coi; car xfpxo: est [loétiquo et xûxXoi est une expi*ession 
particulière, u Ailleurs c2J , k proj^ios des divers instruments qui 
servent à tirer l'eau d'un puits, il cite encore la poulie, dont ilénu- 
mère les différentes parties. LeScol. d'Aristophane (3) délinit sim- 
plement la poulie un rouet de bois, au moyen duquel on puise l'eau 
dans un puits. Les deux mots Tpo//iç et Too/ùfa étant distingués 
par Pollux n'avaient vraisemblablement pas un sens absolument 
identique ; on peut penser que la poulie daus sa forme la plus 
simple, c'est-à-dire conifioséo d'un simi*!e rouet en fer ou en bois 
tournant sur son axe, portail le nom do Tpo-^d; ; au contraire, la 
poulie perfectionnée s'appelait Tpo/tX£a. Quant aux xf{xot par les- 
quels passaient les cordages et que Pollux mcntioune encore une 
fois k proitos des manœuvres (4), il est dilTicilc de ne pas y voir, 
avec Graser. les cosses. Ëuslathe nous apprend qu'on les faisait 
en for, mais qu'on se servait aussi pour los fabriquer d'autres 
matières analogues (5). 



(1) 1, M : iaTi fié TIC ixrxa^ xal Tpox^c xal Tp^/^XIa, x«l fit' uv ol xéîkoi fiictpovffltt 
%pi%»\ • to yàp xipxot fcoiT;T(x6v, tfitov ai zà xûx>ot. 

(2) K, 31 : t^x^'^ ' ■■■ tupT) ftè rpo/aXtof, Tovia, ToictTa, à^ôvia. 

P' Lyiûlr., V. 72? : rpo^t^ta ïtciv A 'cpo^rà; coù (ûÀou toû çp^aio; ai" o& t[LÛîffi. 
Aeôr^^MTai 8i nspl toOtou x«1 êv X)XxdHit. 

\k) \f 133 : xi>oi, ÏTria, xptxoi... 

(5) 1731, 2^ : xQii ctxà; (liv xpixov ihtii ta &{>Oôv. icat^civ fil (iCTéOiiiv npô; fiisTco- 
«^^« Itifou xptxov toû àicà «ifi^pou f) TotaunK xtvÂ; \!ïtk * ôtfcv xai ^)ici xà xptxAi 



214 



LA thièue athénienne. 



Il arrive souvent que dans un navire, une fois arrivé au port 
par exemple, on abaisse les vergues siipérieuras justju'à la hune 
et la vergue de la grand voile juRijuau pont. On les hisse à 
leur place, quand on a besoin do s'en servir. Cette double opéra- 
tion s^accomplit au moyen de la drisse. La drisse (I) est « un 
cordage destiné A hisser ou élever à la place qu'il doit tenir une 
vergue^ une flamme, un pavillon ou tout autre objet. Quelquefois 
ce cordage est simple et passe dans une poulie fixée au-dessus 
de renJroil où iloit titre hissé Tobjel qu'on élève ; quelquefois, et 
c'est le cas loi-sque la chose à porter est loui'dc, la drisse est uu 
palan attaché à l'extrôtnité d'uno itague (2). i> L'itague est le nom 
« d'un cordage qui porto k Tune de ses extrémités un poids qu'il 
doit hisser, non pas seul, mais à l'aide d'un palan fixé à l'autre 
de ses extrémités. Les antennes des bAtiments latins sont levées 
et baissées au moyen d'itagues simples ou doubles, selon la gros- 
seur de Pantonne ; ces itagues ont conservé le nom d'ama7i qu'el- 
les avaient dans les galères de France. Elles passent dans une ou 
deux poulies tournant dans la tête du mât. Il eu est de même 
pour les vergues do liuno do quelques navires; mais, en géné- 
ral , dans les bâtiments carrés, la tête du mât de hune, que l'on 
ne doit pas affaiblir, n'est point percée d'un clan pour recevoir 
la poulie d'ilague. L'itague passe alors dans une poulie attachée 
à la tâte du mât. Les vergues de huuo de tous les grands bâti- 
ments sont portées par deux itagues. » 

D'après Bœckh , l'itague porterait le nom d'^i^Tovoç , que nous 
avons attribué au galhaubau, et les (;iotyTcc seraient les balancines. 
C'est lA une double erreur déjà relevée par Graser. L'itague est 
désignée par le mot ijxaç. On remarquera que les trières, les lé- 
trcres et les Lriakontorcs athéniennes avaient une double itague , 
puisque celle-ci figure en nombre double dans les inscriptions 
navales; le mot, dans les exemples que nous allons citer, est du 
reste souvenl employé au pluriel. Si Suidas et Photius (3) enten- 
dent simplement par X^i^Tta des courroies, des liens, Photius (4), 
citant Aristagoras, fait observer ailleurs que ces cordages ont du 
rapport avec la voile, et Hésychius (5) que ce .sont des manœuvres. 



{{) Jal. Gl. n., art. Driue 
(^} Ibid., art. Itague. 

(3) Sujd. <7t PbOt. s. V. 

(4) 8. V. -. \\ucvxcLi; ' Toù; twv Ifftfwv. "ApioraYopaç 

(5) S. V. : l|idivte; ' /bipoi, xdXoi vauttxof. 



((MVTCç - ?tbïpoi . divfioC ... Suld. s. V. : Ifuc 



LB9 MANOEUVRBS. 



2fô 



Apollonius de Rhodes (I) dit » qu'on hisse on la déployant la 
Yoile au moyen dos ijxfltv«; de la vorgne. d Hôsychius (2) entend 
par là les agri^s qui servent à hisser la vergue du navire, et c'est 
également la déllnition lie rantinllicisle dans les Anecdota d'I. 
Bekker (3). Tous ces textes sont trop précis pour que nous hési- 
tions 'i reconnaître dans les deux t|xavTe; fournis aux triérarques 
par TEtal athénien la drisse double de la grande vergue. Du reste, 
indépendamment de ces passages , il faut , malgré les objections 
de Bœckh, tenir compte de ce fait que Titague a conservé les 
noms d'amans en bas-latin , d*a77ian en français, d^amante en an- 
cien provençal, en italien et en espagnol, qui sont certainement 
dérivés d't(x«ç. Le Scol. de Pindare (4) constate que Fitague de la 
drisse passait par un clan ménagé dans le calcet. 

La balancine (5) est « un cordage qui, desceiidaiit de la tête du 
milt, va au bout d'une vergue i>our la soutenir ii cette extrémité. 
La balancine est en usage depuis les temps antiques ; on la voit 
représentée dans les peintures navales de Ponifiéi, comme dans 
Jes figures des barques égyjttiennes. Aussitôt qu'une vergue un 
pou lourde ou devant porter une voile un pou large fut hissée à 
un mât, on dut sentir le besoin do garatilir les extrémités de cette 
vergue contre l'effort du veut qui tendait à les rompre. Les sou- 
tenir par un cordage solide dut être la p^•emi^re idée qui vint au 
navigateur menacé de voir sa vergue se briser entre le point 
d'aitache de la drisse et rempointure do la voile. La balancine est 
un auxiliaire très utile quand on Iiisse la voile. Presque toutes 
les vergues ont dos balancines qui sont simples, ou, au contraire, 
faites d'un petit palan et noinniécs balaucines doubles. Quelques- 
l^ines ont des balancines supplémentaires qu*on nomme fausses 
il>alancines, bien qu'au besoin elles fassent l 'office de balancines 
véritables, n Une des princif)alc3 raisons pour le.<(iuellos Bicckh 
applique aux balancines le nom d'tfxavrtî, c'est qu'il serait éton- 
nant que des manœuvres si importantes ne fussent pas mention- 
lées par les inscriptions navales; mais les éUiis et les galhaubaus 

m 4, 889 t 

et(W9av TavvffWTc; 2v liAivrev^i xcpaÎTi^ 

I^ p^cmi^^e partie Ue U phrase semble attiSrêe. Au lieu de inXûaotvTic. U fout 
lire «an* iloutR ^^tÂtstvrc;. 

(î) 8. V. : liii; • ... xaï Ti ôwIb, oU xb xtpa; àvsY"^' ^5 nù^. 

{Z) ÀnfCitot., tOO, 26 : t(i«vT£; ti cyoïv^s, ol; «I xcpaîgii àviXxovTOtt. 

(4) ffémétn , V, fli : xïp/TJ'ïiQv Tf«pi ^ « *«•*' IjiK^at ive(povit. 

(6) Jal, Gi. n.f art. ttulanrinc. 

la. 



216 



LA TRIÈUB ATHÉNIENNE. 



n*y figurent pas non [>ius. Il faut doue rroiro quo les balaiicîiies 
étaient une de ces manœuvres, que le triérai*que devait fiiiro éia- 
blir sur son naviro ait moyeu des dix-huit gRuies do coitlages 
qu*il recevait. Gr^iser Icui" donne, avec raison, le nom de xt^wi/o;^ 
bien que les grammairiens ne nous reuseignont sur ce mot que 
d'une façon fort insuffisante. Hésychius ne fait<iue citer lextpociowx^Ci 
on constatant que c'est un cordage (1). Mais la composition mt^me 
du. mot nous indique qu'il devait servir à maintenir la vergue, et 
le scolîastc d'Arislopliano (2), citant P]K''ri'*crate dans les Àrgiens, 
nous apprend qu1l iHait destina à porlei' îe dauphin, ■■ Ss>(ptvo!}>ttpoç 
T8xefov/o;, » Si l'on songe que le dauphin était suspendu à Textrù- 
mitt^ de la vergue , on ven-a quo la balancino était, de toutes les 
manœuvres, la plus nécessaire pour coutre-balanccr l'effort d'uu 
poids si lourd au bout de la vergue. C'est , du reste , le sons 
qu'avait on Litîn le nioi ctru-chus (31. 

Sup[>ortéo par la drisse et maintenue horizontale par les balan- 
cinos, la vergue avait une tendance à s'ôloiguor du mât, quand la 
voile était gonflée par la brise. Elle devait donc y être fortement 
assujettie; mais il fallait que le cordage fiU assez lAche pour lui 
permettre de glisser le loii^^ du mAt, tout eu l'empêchant invinci- 
blement de s'en ôloigncr. C'était là l'oflice du racage. »i Les mou- 
vements du navire, dit Jai (i), l'action du vent sur la voile , celle 
des cordages qui aident h mettre la voile et la vergue dans les po- 
sitions diverses, où elles doivent être pour faire tout leur office, 
tendent sans cesse à éloigner la vergue du mAl. On a éprotivé qu'il 
était bon que le mat et sa vergue fussent rapprochés et, pour cela, 
on a imaginé d'entourer le m;U dun certain coliier dont les extro* 
mités .sont attachées à la vergue. Quelquefois ce collier est un 
cercle de fer; le [dus souvent, et surtout (juand le mât et la vergue 
sont gros, il est fait d'un chapelet de boules do bois et de planchet- 
tes traversées par une corde nommée bâtard de racage. Ce chapelet 
est ordinairement à plusieurs rangs. Les boules sont nommées 
pommes de racage; les planchettes ont le nom do higols. Les vergues 
d'une médioci*e graudoux' ont, d'ordinaire, des racages fîiits d'une 
simple corde; les vergues de hunier ont les racages .'i chapelet 



(L) ti. V. : x«pov3i)iô( * ... Haï 4 xipaioûxck; xÂXbtç. S. v. 
énà Tov év Toîc nXotoK xtpaioùxou. 

(2) Cheval., v. 762. 

(3) Lucain. 8. !7G : 10. 495. Voler. Place, I, 409 : 

Temperct ni tremulus Z«U)« rnilcr<|Mv iH^nielirto 
(t) Cl. n,, art. Racage. 



xepaMOxov ■ Au«tofiôn)v 



LES MANOeCVBBS. 



217 



que nous ronons de décrire ; les basses vergues ont généralomont 
un double collier do racage fait d'uu cordage fort et garni de cuir 
qu'on noramo drossa de racage: sur cette drosse est un palan de ra- 
cage servant h la raidir; ce palaii existe aussi dans les navires à 
antennes, dont les vergues latines sont retenues aiu mAls par des 
racAges à pommes et à bigots ; il a le nom à'anqui. ^ Ce nom 
il*anchiy qui existe aussi eu Italien sous la forme iïanchino^ nous 
le retrouvons dans lo latin anquiiia, défini par î&itlore (l) : « Un 
cordage qui assujettit l'anLenno au mAt. n II n'y a donc nulle 
(iifûcullô à reconnaître le racage double dans rotYxwva StxXîi des 
ttttrères , le racage simple dans l'ôlYxoiva des IrÎL'res p). Les gram- 
mairiens (3) , qui du reste ne nous renseignent que très impar- 
faitemeat sur la nature de l a^xoiva, Tont confondue avec un autre 
agrès, les à-pwfXat, dans lequel iious avons recoinni un cordage ou 
un cercle de fer qui retient ensemble les deux parties d'une ver- 
gue d'assemblage ; mais cette confusion môme est iuslruclive. En 
tt» nu sait qu'ayxaî^at signifie proprement les hras repliés pour 
ir fortement un objet; c'est précisément là la fonction de 
Yi'^'iv^ et , d'autre part , il y a une ]*essemblance frappante enti-e 
le cordage enroulé autour des deux morceaux qui forment la ver- 
Ijue et celui qui serre la vergue contre lo mAt. C'est cependant une 
orreurt que do confondre, ainsi que Bœckh^ les àyxaXai d'Hésyr hius 
cl les ày^uXai de Pollux, — mots qu'il regarde, du reste, comme 
sjfnouyinos, — avec l'ôfYîtoiva. 

81 maintenant nous cherchons sur les monuments figurés les 
a^rès que nous venons de définir, il nous sera aisé de les recon- 
nattrOt bien que le givenienl soit sonveiil rcprésenlLî d'une façon 
sommaire. L'un des navires du bas-relief Torlonia nous montre 
los clans i>ercés dans la ttîte ronfloe du mAt pour donner passage 
Sx rert;fciu4 cordages. Dans une monnaie de Nicomédio sous Com- 
mode (4), les deux cordages qui pendent du haut du mât jusque 



(1) XIX, 47. " Anquina, funUquo ad maluin nnlenna constringitur. Ue qua 
Ctiim : 

- Ali]uv nnjuinii r«^il nie4)mm forliMima ritr<uin. - 

L«ft «ocierM connAissaicnt aus^i !es poinincs du racage ; car il ajoute : « Ma- 
lit« ilictn»! <|Ut qiiaai qiiibusdam maloolis liKiieis cingitur, quoram volubïtitale 
fai^iliii» «lirrantur (nntcnnie). " 

(^ *Eç. âpx , Imct. IU'2'î. col. I, I. Ul et auiv. : âY**>»*'a(^J Sti^iflv. 

(3Î H(S»ycli • fi. V. •■ iyxoîvai ' «y*»^»' » 7.*^f*î» «rzoïvi-ï iffrftO. Zonar. •. v, : ày 

Apollon., tjtx. '. irxoTvsi * «xxd^.ai. 
(4) Urawr, Vie a~<(»lrn.... lit D. 319\ 



218 



L\ TniÊHE ATHÉNIENNE. 



sur \ù pont semblent bien (^tre la drisse double passant par la poulie 
qui est au-dessus de lu vergue. L'idlirmation n'est cependant pas 
absolue; car ou pourrait y voir aussi, soit douï haubans, soit les 
oxtréinitôs iiilerieures des deux balaiiciues. Sur les monnaies cl 
les pierres gravées , les balancines qui sont souvent représentées 
ne laissent ordiuairenuMiL aijeirovoir que leur [lartie supérieure; 
Tautre est cachée par la voile ou a été négligée par l'artiste ; elle 
pouvait en effet se confondre avec les haubans» les galhaubaus, 
l'itague de la drisse. Une parlirulHi-ilé noînblc, c'est que ces ba- 
lancines sont bien plus nombreuses que chez nous. L'un des na- 
vires du bas-relief Torlonia en a quatre de chaque côté du mât. 
Nous en voyons doux do chaque côté du niAt sur le naviro de la 
figure 30 et sur celui de la ligure 9H, Sur cette dernièi*e, si le des- 
sin est exact, le double cordaji^e qui flgure h la croisée de la vergue 
et du niAt ne peut être que lavxotv* omÀTî. Ou conçoit que les an- 
ciens aient multiplié les balancines, si l'on songe que leurs c-oi*da- 
ges étaient moins gros que les nôtres et que leurs vergues devaient 
supporter le [ïoids considérable du dan|»hin. En se reportant à la 
figure 94 (i), (in verra, outre les deux balancines, le cbui pei-cé A 
la tête du mât dans lequel elles sont passées, bien que, suivant la 
coutume, leur partie inférieure ne soit peut-*Mre pas représentôo ; ^ 
CAP ou ne voit pendre le long du mAt que deux manœuvres, quiV 
peuvent être dos cargues ou des itagues, aussi bien que les balan- 
cines. La figure 91 nous montre, au-dessus de la vergue ol au-^ 
dessous des quatre balancines, doux objets demi-circulaii'es deV 
chaque côté du màt. Il faut vraisemblablement y voir les poulies 
des itagues de la drisse. 

Nous avons maintenant à nous occuper des manœuvres plus 
particulièrement employées pour orienter la voile et lui faire pr< 
senter sa surface au vent. On appelle bras (2) « un cordage atta- 
ché à rextrémit43 d'une vergue pour lui imposer le mouvement 
droito ou à gauche, selon (jue l'on a besoin do présenter au vent, 



(1) Voyez, dans Ica Annales de l'ItisHUde conttp, arcMot., t. \\, 1872, le 
vire public par H. JordâD, Tav. d'Àgg,, H. Ia vorgue horûontAle est ftout«ni 
par quatre baUncines. De l'extrémité de la vergue partent deux cordages , 
ce sont des bras un des cargues, — qui vont se fixer h l'avant du navire, 
protonos part de la tête du mât au-des»ous de l'ârpaxto; et descend égalemei 
vers l'avani. Cinq cordages dont on aperçoit la partie intermtîdiaire. (la parli 
supéricorc est cachée par la voile, l'inférieure par In diviniir debout k l'a 
ritVe), peuvent ùlre les galhaubans. Un aperçoit le bas des deux tiaubans qui 
BtDUtiennoat le mât des deux cûlds du navire, 

(2) Jal. Gl. n., art. Bra$. 



LES MANOEUVRES. 219 

à gauche ou à droite, la voile [>ortéo [mr cette vergue. Quelrjue- 
fois le bras est simple ; plus souvent, arrêté par une de ses extrô- 
niités à un point de la muraille du navire ou à un des cordages 
fixes du gréonieiit, il passe dans nue poulie, que aiis[>end un pen- 
deur ou un anneau de corde embrassant le bout de la vergue. 
Chaque vergue a deux bras : Tnn à son eJitrémité droite, qu'on 
nomme bras de tribord; l'autre k TextiVîmitô opposée, iju^on 
nomme bras de bûbord. » Tandis que le coin supérieur de la voile 
est fixé au bout de la vergue , le coin inférieur est atlachô au 
plat-bord au rnoyou d'uDo écoute (t|. « L'écoute est une corde 
attachée h l'angle inférieur ou point d'une voile dont elle a pris 
le nom. Elle sert h étendre la voile déployée; chaque voile a sou 
écoule ou ses écoutes, h laquelle ou auxquelles elle donne son 
nom. Par contraction cependant, au lieu d'écoute de la grande 
voile, on dit ; la grande écoute ; au lieu d'écoutes dos buniei-s, 
on dit : écoutes de hune. » Indépendamment de l'écoute, le coin 
inférieur des basses voiles d'nn vaisseau list pourvu d'un 
collage qu'on nomme amure (2) ; a lorsque la direction du vent 
8'éloigne do celle de la route proposée, on en fait usage pour por- 
ter lo coiu de rhacune de ces voiles déployée», c'est-à-dire celui 
qui se trouve du côté du vent, en avant du raât auquel chaque 
voile appartient... Souvent l'amure d'une basse-voile est doutilc, 
c'e8t-:'i-dire rju'ollc forme nti i»al.nK.. Ou dit d'un navire , qu'il a 
les amures à bûbord ou û tiibonl, quand les amures des basses 
voiles qui fonctionnent sont celles do bâbord ou de triliord. I! 
prend les amures d'un autre boni, lorsque, courant les amures à 
tribord par exemple, il vîï'c île bord et s'établit [»our courir les 
amures h bîVbord. Faire la manœuvre que nous venons d'indi- 
quer, c'est changer d'anuires. » 

Nous voyous par les inscriptions navales que chaque navire 
athénien recevait do TEtat doux imipon et deux tioSsç pour la grand 
lie. C'étaient les bras et les écoutes. En effet, si Hésychius (3) 
borne k dire h propos des V7:«p«t qtie ce soiU « certains cordages 
du navii*c, o Ilarpokration [h] on explique plus clairement la 
tialuro. « Ce sont, dîl-il, des cordages qui servent îi faire tourner 



(1) Jal, GL n., art. Ecoute. 

Cl) tbid., art. Amure. 

(3) 6, y. r Wipdi • iv x% vr.l *r/otvi« t»v4. 



220 LA THrÈBË ATHÉNIENNE. 

horizontalenionl la vergue, » et, pour moiilrer la cori'élatioiL qui 
esisLe entre le bras et Técoute , il citû le proverbe grec : « lâcher 
le bras pour chercher à saisir l'écoute , » qui s'applique à ceux qui 
sacrifieut rimportant à l'accessoire. Le scoliaste d'Homère (1| en- 
tead par î^^foii , « les cordages ou les poulies attachés au haut do 
la loilo, taudis qu'elle est maintenue eu bas jtar les écoutes, en 
d'autroH lermes, les manœuvres qui servent à faire tourner la 
vergue autour du mât. » Ëuslatba (2) donne du mot plusieurs 
explicitions qui , au proraior abord , ont l'air de différer le» unes 
dos autres. D'après lui , les ÔTripat sont « des cordages qui servent 
à faire tourner la vergue ou plus exactement doux manœuvres 
Axées de chaque côté h l'oxlrémilé de Ja vergue et dont les ma- 
telots se servent pour la faire tourner. Ijis anciens, entendant par 
vTTtfa un cordage de la vergue qui sert à la htller oui^la laisser aller, 
citent le proverbe « lâcher h luas pour cheix;hcr à :=aisir l'écoute, t> 
applicable îi ceux qui abaiulouiiDut rimi>ortanl pour courir après 
l'inutile. ., Ils disent encore que les OTcepctt sont les coixlages afisu- 
jettis au haut do ]a voile ou îos poulies. » De ces trois explica- 
tions, la dernière, sans l'trc iiiexjicle, manque do précision. La 
promioro donne ui^e idée très juste de Ja nature ot de la fonction 
du bras. Quant à la seconde . elle a été reproduite pai' divers 
grammairiens (3) ; mais ceux-ci, la comprenant mal, ont .ajouté . 
après SittTEivtTat qui a pour sujet «paç, soit -rh î(mov, qui n'est pas lo 
mol exact, bien que la voile tourne en morne temps que la veriïue, 
soit ff/oiviov, qui est ici absolument dénué do sens. Celle secomle 
explication semble différer de la première ; mais Bœckh Vy a ra- 
menée fort ingénieusement. En effet, quand on veut obliquer la' 
voile pour mieux prendre le vent, ou [ait tourner la vergue sm- 
tour du mât, et pour cola on tire sur l'un de ses bouts « -nfvrrat,; 

(IJ Odyts., t, V. ?60 : to'Ik ix toù Âxpou tî)c àÏ^vtk i^riti^ivouç xaXou; ^ Tpo]ci)^ta{,, 
TO'Jc nofix; Si toù; xdtuQEv ovv^x^vTac r^ iMmy • ^ toù; (UTaYUYOvc ToO %£• 
pato;. 

(3) 1534, 4 : ûTcépoc Si yéyzx oyotvta. oU to xêpa: (tëTâyETai. >, |iâ)->ov (•YaçtffTt'^j 
pov] T« £v(ù eî; âxpov toO xspaTo; 2xaTe(>o>0fv fOo trxotvia , ol^ ol vavTat to itipi 
^txiyvMi-^. Ot li na>aiioi r^v {mspav try.otvïov IpiiTiviûgav^s; x^pato; tov xaTà.T&v| 
t9Tov, J> Âvierat xx'l SiaTtivetat, npoçépouat xai napoi^fav cul tûv à (i^ Siî ty^ti 
àçUvTuv . & Si (jLi) <iii xpQCTovvTtjv , xà ' •• A;^£vTc; Tïiv Oicipav, tô» x6da ôwxoustv, «, 
^youv àf tSsi jUv TA ivayxaÏK , npoTt{AbivTau ii ta ^ icpo^pT^ * ^^ 2'sûtoI xai âl*] 
Xw; (j^i^jfOU, ^ia\'i 9, xi i% toù âxpou -rii; ôOovt,; £^r,(i|iÉvv ny^ruvit, Ij 'OÙ; tpo« 

(3) t. Bekkcr, Anecdot., p. 312, 13 : &nipa • ta toû xépw; nyrjuvtlov , f âvUxm^ 
xcl 2taTEivETat [ta loriovl * ^' «^ %st nxp«i|iût £ni tûI^v & ic? Ix'^^ à7ttvt«r« , « 
^ £ei xpfttoùvTMv. 



LB8 MANOBUVneS. 



221 



iucTtfvervi . r> et, au contraire, on laisse aller l'autre « àvUvxi. » Ces 
(Jeux termes ne font donc qu*exprimer la double action à laquelle 
la vergue est soumise, quand on veut on changer la direction, et 
justifient pleinement ridontification des u-ncpai avec les bras. 

« Les coi'dages attachés an [loint de la voile, dit le Scol. d'Apol- 
lonius do Rhodes |1), sont les ttô^eç; h la suite de ceux-ci viennent 
les -rep^oSeï;. » Quand Apollonius de Rhodes (2) décrit la manœu- 
vre qui consiste à larguer ia voile, il s'exprime ainsi : « Ayant 
hiss«5 la voile, ils la déployt'reiU au moyen des deux TcoSe;. » C'est 
bien là, comme nous l'avons vu , la fonction que Jal assigne aux 
écoutes. « Les marins appellent -roSeç, dit le Sc^l. d'Aristophane (3), 
les cordages attachés aux deux côtés de la toile. " Quant à Eus- 
talhe (4) , après avoir défini assez exacLeinent les 7t(i5eç, il donne 
du mol plusieurs explications absolument erronées : « On appelle 
s^ç les deux cordages inférieiu-s qui assujettissent la voile vers 
i'avanl et vers l'arrière ; on les nomme ::(î5e;, parce qu'ils sont 
en baâ de la voile. Ils sont à Topposô des Mpat dont nous avons 
Iiarlô et (jui jouent le rôle de la lôte par opposition avec ces pieds... 
Lykopbron appelle les voiles « TtoSto-ri Xîva. » Les anciens disent 
encore : les Tto^cc sont des cordages qui, dans le navire, tiennout 
la voile... ou bien : ce sont dos manœuvi*es frappées sur chacun 
dos côtes de la voile. » Toutes ces définitions conviennent plus ou 
moins bien k Técoute; mais, dans le reste du passage, les Tt6Siç 
Honi confondus avec Tétai, les bras, les galhaubans, co qui ne 
[teut provenir que d'une corruj*lion du texte ou d'une inexpli- 
cable ignorance. L^denliflcation des écoutes et des -rroStç (5) n'en 
pas moins absolument certaine. 



(Ij Argon., 1 , 5ft() : ot Aè xaita ta; ywifi; , nodc; ' è^; toûtuv npÔRodtc* 
m ma., i, fl3l : 

xaâ' S* AfMX >aî9«; ip}ianà\UMOi TavOovto 

(J) Chcral,, v. 13(1 : nà^n; fit xaXo'JTtv ol voùtki tov; nap' l%àxtpa toc \iépi\ xdXd»; 

i\) ld3i. 2i : itô&e; âè ta xéxM Ôiio i/oivi*. 'Az «pôc tipfôpav v.<x\ ic^Jiivav ôiw- 
lUTrat TÔ Iffriûv ■ xa^oûvTSt 8e rôie; 6\à xi xézi^* iîvai, àffivavTia; t«t; itfiftp^rifttî- 
ffow OftEpat;. t'>K otov vm^'n-t x£ï«>at; tmv toioOtmv loft'nv ■ iÇ «v ^^|*« «oîtS 
«oi'Â'jw, iç ^Voî xotl 6 AvxiifY'Otv, êvO« poÔwTot )iva ta Ittia ^ijifv. (K Se it «la toi 

iCoiHTt x«£ oOtfc) • Ttodu ît)oiou T/oîvO( fluvr^ovti; ti^v ôOovtjv... t1 ta txatipwOtv 

(i>l \a! fidin dit fM>(f« iJonné aux curtljigt-^ qui nsAii}oUiAeu>iit les exU'émitét 
talérieures do la voile et cohii de brns, qui clctsigno t»n fiaiiçjiia Ica coi'dages 
ou bout H(î b vcrgtir. s'c*x|»li(|uenl (reux-m<^inca si l'on se reporte h la 
tio tie Kyniv publiée (urGroscr. Die ailtthn.,, , pi. D, 316^; le mil y 



ATHÉNIENKB. 

Si l'on examine ee passage d*Eustathc, 
pas seulement, les écoules qu'il désigne par le mol tîqûsç. Eu elTet 
récoulo fixe la voile vers l'arritro; c'est l'amuro au contraire qui 
la porte et l'assujettit vers TavanL. Il faut donc supposer que le 
Icrnic Ttû^s; iKJUvait s'apidiquiir à la luis à l'écoute et, à l'amure. 
Coiiciidant le scoHasIo d'Apollonius de Rhodes indique un autre 
mot, îrfditou;, qui ^ par son sens naturel, désigne assez heureu- 
sement ramure, pïiisiiuo rellp-ci est en avant de l'écoute el tendue 
vers ïa proue, comme l'écoute est tendue vers la poupe. C'est, du 
reste , ce qu'a tn-s bien vu Smilh. 

Voyous maintennnt la rcpn'^seutatiou figurée de ces agrbs. Sur 
la monnaie dôjà citée de Tarse, fig. 96, les deux bras de la vergue 
semblent assujettis h tribord, le navire naviguant pK's du venl. 
Quant aux doux écoutes elles sont reportées tout h fait vers l'ar- 
rière. Les écoutes sont visibles sur les deux navires du relief 
Torlonia et sur un grand nombre do pierres gravées , mais, à 
cause des procédés d'indication sommaires de l'artiste , il est 
souvent dillicilû do dire exactement où elles sont fixées. En géné- 
ral , leur point d'attache est assez prés et parfois même en arrifcre 
de la cahute du timonier. Ce qui est plus curieux , c'est la façon 
dont se conq)ortonL les bras. Sur la gemme reproduite en partie 
fig, 90, le bras de LAbord est attaché au petit niAt incliné de 
l'avant et celui de tribord est reporté très loin vers l'arrière. Sur 
une autre gemme, fig. 97 (!), l'un des bras va également du bout 
do la vergue ciu mit do proue, tandis que l'extrémité de l'auli-e est 
fixée k l'épaisse lentille do la poupe que surmontent les aphlastes. 

Fig. 97. 



Une gemme également publiée par Grasor ['-l) nous montre les 
matelots occupés à orienter la voile autrement qu'elle ne l'était : 



est romplacé par une femme qui. les deux bras étendus, tient devant cUe 
une voile gon(I<^e par le vcnl . pour que la voile crtt ainsi son effet, il faudrait, 
— détail que lu graveur a nc^gllgi^ par une raison d'élégance, — que la femme 
eût SCS deux pieda sur les deux extrémités inférieures de ta voile. 

(1) Graser, Die (iemmm. 1. 82. 

(2) /&id., 11.78. 



LBS MANOEUVRES. 223 

un des bras est âzé à Tarrière , mais un matelot a saisi Tautre , 
vraisemblablement pour le changer de place , tandis qu'un autre 
homme de l'équipage s'occupe des écoutes. Sur la figure 95, 
Tune des écoutes n'est pas apparente , mais l'autre est ûxée ainsi 
que Tun des bras à Tarriëre du vaisseau , tandis que TautiH^ va 
trouver le petit mât de l'avant. Nous voyons ailleurs (1) un mate- 
lot en train d'opérer la manœuvre désignée chez les grammairiens 
par les mots « xefveTat , Bumivtvti. » Il tire à lui de toute sa force 
Tuu dos bras pour modifier la direction de la vergue. Nulle part 
nous n'apercevons les amures. 

Les navires du relief Torlonia nous montrent d'une façon très 
instructive comment les haubans se trouvaient Ûxcs aux deux 
bords du vaisseau et Tétai à la pi*oue. Les autres manœuvres de- 
vaient être tournées autour de grosses chevilles également visi- 
bles sur ces deux navires et sur les bâtiments de guerre dont 
nous reproduisons ici l'avant , iig. 98 (2) et 99 (3). 

Fig. 99. 





(I) Graser, Die Gemmeny II, 77. 

(?) Graser, Die àUetten.,,, pi. O, 134", Macédoine. 

(3) Ibid.. pi. D, 143S Bottiée. 



CHAPITKK VIll. 

ÉQUIPAGE, FORME, DIMENSIONS, TONNAC.H , VITESSE. QUALITÉS 
MILITAIRES ET NAUTIQUES DB LA THIÈHE. 

§ 1. — L'équîpQfje, 

Après avoir examiné successivomeiit la construction et le grée- 
raenl do !a trière, il nous reste à pn'îsonter la taîileaii de Tt^quipa^e. 
Nous avons déj.'i vu (!) quo la Iriôro avait h îninl cent soixanl^- 
quatoi-ze rameurs commandés par deux Tot'/ap/oi sous les ordres 
d'uu wXwffTTJ;, assisté dans ses ronrtions par nu Tpe7ip»uXT,ç- Nous 
avons mainleuant à nous occuper du reste de l'équipage, on com- 
mouçanl par l'état-major, i»our passer ensuite aux matelots ol 
aux épihates. 

Ou sait que les lloltes d'Athènes ùUuent commandées par dos 
stratèges, sur le rôle^ les pouvoirs ot les attrihulions desquels 
nous n'avons pas à nous éli^udre , puisque nous examinons ici 
chaque trière prise isolément et non point l'escadre â la mer; 
mais il est intéressant de nous renseigner sur leurs rapports 
hiérarchiques avec les triérarques qui commandaient chacun un 
navire. II est iuconlestahlo quo le stratège, chef responsable do 
l'escadre , douuait pour la marche et pour la bataille les ordres 
que chaque Iriérarque était tenu d'exécuter, et qu*il pi-oscrîvail 
les manœuvres d'ensemble, de telle sorte que les mouvements do 
l'armée navale fussent sans cesse dirigés jiar une volonté unitiuo. 
Il es', également, inoonteslablo que chatiuo iriérai-que était maître à 
sou bord et que, quand le slralègc voulait y donner dos ordinïs 
directs et particuliers, il pouvait se pi-oduire des conllils, dans 
lesquels l'autorité du stratèj^c n'avait pas toujours le dessus. Nous 
en avons un exemple intéressant dans le discours do Démosthèuc 



(I) Gb. V^ g 2. p. 134-133. cl g â. p. tGMGS. 



ÉQUIPAGE, FOItME , DIMENSIONS, ETC. 225 

contre PolykR's. La floUe athénienne étant en station k Tha- 
S08 , le stratège Tijuomachos envoie ;ui Lriérar(]ue Apollodoi*e 
Tordre dVippnrcillcr pour une destination inconnue; il d6]«';?ue, 
[K)ur diriger œltc expédition, un ropi-ésentant de son autorité (I), 
V. Kallippos, fils de Philon, du dêine dWixdiiée, fjui monte à bord 
et ordonne au xr£i^v^,vrA de se diriger vors la Macédoine, n Kal- 
lippos prend donc momentauémonl le commandement sans résia- 
t;inro de la part d'ApoIlodore et lo xii^^rr,Tti<; obéit. Mais, en route, 
Âpollodore apprend d'un de ses hommes, par suite d'une indis- 
crétion échappée îi Tun des serviteurs de Kallippos, que sa Iribre 
va chercher à Méthone, pour l'amener près de Tiniomachos, Kal- 
litilralos, parent du stratège, condamné deux fois à mort par les 
Athéniens; or il était forraellomant interdit de transporter les 
bannis sur les trières de la République. Il en résulte entre Apol- 
lodore et Kallippos uuo aUcj'catioii, li la suite de l;i<|uelle Apollo- 
dore i-eprend le commandemout de son navire : « Je dis au xwStp- 
v^Ttiî de faire route A'crs Thasos; Kallippos s'y oppose et donne 
Tordre de se diriger vers la Macédoine, selon les instructions du 
stratège. Posidippos, le xuSsfVTi-niç, lui répond que je suis triérarque 
du navire et responsnblo, que c'est de moi qu'il reçoit sa solde et 
qu'il s'en rctourncia h Thasos auprès du slrauVge. » Ainsi , dans 
Cô conflit entre les deux autorités, c'est celle du tiiérarque qui 
demeure prépondérante. De retour h Thasos, Apollodore est 
mandé par le stratège ol n'ose pas se rendre auprès de lui , parce 
qii*il craint d'être jeté aux i'ers; il n*e8l pas autrement inquiété. 
Il faut conclure de tous ces faits que le triérarque devait obéis- 
Banco au stratège ronmie h son supérieur hiérarchique: m;usque, 
responsable devant le peuple de sa conduite et de ce qui se passait 
h bord de son navire, il pouvait, dans certains cas spéciaux, 
r^inrne ici où il s'agit de violer la loi, et à ses risfjues et périls , 
refuser d'exécuter les ordres donnés. Nous voyons, dans la cir- 
constance présente , que le stratège ne peut ou ne veut pas em- 
ployer les moyens coorcitifs qu'il avait h sa disposition pour con- 
traindre Apollodore h l'obéissance. Dans tous les cas , il no s'en 
prend pas aux ofliciers inférieurs qui, dans lo conflit, s'étaient 
rangé? du côte de leur triéranpio. 

On voit , i»ar ce texte do Démosthèno , que le triérarque avait le 
coramaïideinenl effectif de son navire. La Iriérarchio n'él.iil donc 
JAS uniquement un impôt établi sur la fortune des citoyens riches, 



fl}IWni.. e. Poltjki, |). m\. 



226 



LA TRIÈRE ATHÉNIENNE. 



auquel ou satisfaisait eu supportant la part do dépenses, qui, 
dans I'équi[Kiment d'un navire» n'incombait pas à l'Etat. D'autre 
part, le triéranjue n'était pas h sou boni un simple agent comp- 
table, reîsponsablo du navire et des agrès qu'on lui confiait et qui 
représentaient une grande valeur, ainsi que des sommes qu'il 
rccevaiL du straU'f^c pour lo [laienieut de la solde. 11 de^'ait en 
outre remplir les Tonctions exercées chez nous par le capitaine 
du vaisseau. Il s'en acquittait avec d'autant plus do com[nHence , 
qu'il était ordiuairiîmenl lui-m^me un armateur parfaitement 
au courant des choses de la mer, et que la iriérarchie revenait 
assez souvent, pour que ceux qui l'exerraient ac'quisscnl une vé* 
ritable expérience. Toutefois, il ne faut pas oublier que le triérar- 
que u'clait [ws nécossairomenl ua hoaimo du métier. Suidas (I) 
fait remarquer qu'il commande à rêquipaf^'c, mais qu'il doit ses* 
fonctions à des considérations exclusivement politiques, II pou- 
vait donc y avoir dos triéranjues fort inexpérimentés; de là 
la nécessité pour eux de trouver à bord un second trfcs au 
courant des manœuvres et capable de guider un commandant 
novice. 

Aussi le xuêepvT^TT^ occupait-il sur la trière une situation consi- 
dérable (2). Le mot se prenait dans une double acception ; primi- m 
tivomcnt lo xu€£pv^-nq; n'était que le matelot rlebout ou assis il lai 
barre qui dirigeait le navire; plus tard, dans les vaisseaux do 
grandes dimensions , le xu^EpwiTnç fut remplacé à la barre par des^ 
matelots, auxquels il donnait des ordres , en s'occupant d'une fa- ■ 
çon génénilo de la manœuvre du liâtimont. Au point do vue 
technique , c'est lui qui commandait en malité le navire. Nous _ 
trouvojis dans PoUux (3) la trace de ces deux sens très différents ■ 
du mot, qu'il se borne h constater : « On donnera le titre de xuCtp- 
v^Tïi; à celui qui est assis à la barre , qui dirige le navire , qui 
commande aux matelots, qui se tient debout à la barre. » La ditl^- 
rence entre le timonier proprement dit ut !e xyfitpviiTifjç nous est ôga- 
lomont attestée par Aristophane ^4) , qui nous met sous les youx 



(1) s. V. : xe>iuffTitj; Tpiiîpapxo; TïpoïpeO; • xai 6 pi-* Tpi^p*px*>5 ^PX«* ^* ^fi| 
xai TQW itXiipûtuiTo;, i'ni fit x«' txXoy^v iwv tcoXitixùv àvôpriVv. 

(î) J. Scheffer, De MU. iVfli.. L IV, ch. VI, p. 296 et Buiv.. Grâser, De H. AT., 
{49. 

(3) tf 98 : xaU£<T6u 6 xu6epv^T7i< 6 i%\ tûv olebuov xotOi^l^vo;, i tJ); vkàh fii«vudVgj 
ô T(ûv vauTÙv âpj^oxv , â in\ toïc oÎa^iv i<rTÛ<« 
ii) Cheval., v. 54t : 

... icpÀ< t^Tftiatv Ifttcntev 
ipiwiv Xf^^^ ïtptlTOi T»viffOa», npiv njÔaiÀtoK iiliX*ipcïVi 



ÉQUIPAGE , FORME , DIMENSIONS , ETC. 227 

un tableau exact de ravancemeut à bord de la trière. « Il faut 
d'abord, dil-il, être rameur, puis luelLre la laaiu aux gouvernails, 
ensuite veiller h la proue et observer la direction du vent; puis 
on gouverne le navire, en no dôpeiiJaiit plus que de soi. » Ainsi 
on choisissait parmi les rainnurs ceux qui s'étaient dis^tinguôs 
et qui paraissaienl mériter la connance, et on leur donnait la 
direction des deux grands avirons qui servaient do gouvernails 
au navire. Avant de devenir it.uê£pvT^Tïiç , il falïait passer par un 
grade inférieur, celui de proreus ou proratès. 

Quant à l'importance du xuêefvi^TT^ç , elle nous est attestée par 
Plutarquc (1), qui nous dit que c'est lui et non le f^ouvornail qui 
conduit le navire, et par Suidas [-2], qui le considère comme gui- 
dant le vaisseau dans sa marche. L'auteur du discours contre 
Arislogiton (3) nous montre également l'importance du rôle qu'il 
jouait h bord en disant : a Dans les fau&sos manoeuvres commises 
à la mer à bord dos navires, l'erreur d'un matelot ne cause qu'un 
faible dommage; mais si le xuCjpviiTTjç se tromi>e, il entraîne tous 
ceux <iui montent le vaisseau dans un désa.stre commun. » Quand 
les circonstances devenaient critiques, c'est lui qui prenait la res- 
»Dâabilité de toutes les mesures réclamées par Télatde la raer et le 
mci du salut du bAtimcnt. Ainsi lorsque, dans Athéaée (4), des 
jeunes gens ivres se croyant sur le point de faire naufrage jettent 
les fenêtres les meubles de îa maison ou ils se trouvent, ils allè- 
ïnt pour leur excuse qu'ils oliinsscnl aux onlres du xuSepvi^ç. 
C'était donc lui qui , en cas do péril extrême , ordonnait le jet do 
tout ce qui pouvait alléger lo navire. Nons savons que , dans les 
navires marchands , c'était le patron du biUimeat qui choisissait 
lai-méme lo xu€tpvïiTTf;ç , et que celui-ci à son tour choisissait les 

^ matelots tr>). Si nous nous rappelons avec quel soin et au prix 
do quelles dépenses certains triérarques se procuraient un bon 
éfuiiiage , nous pouvons croire qu'eux aussi s'occupaient per- 
SJonncUomeut de trouver le xuSepvii'nfiç de leur vaisseau et qu'ils ne 
x^t' ivTcùdcv Te^paTeO<rat , x%\ toù; Avétiou; £(a6p9|99it , 

Cf. Bcol. ad h. l. 

(l) Plut-, Politie. prxc, p. 807, B : tôv xv^ipv^mïv ixciv td irXoîov, oO tÔ wri- 
a^tov. 

{l) S. V. : x^diçtwrirriz * à Toû icXofov ifiYS(&ûv. 

{3)[Dém.| c. Àrist., B. p. 801. 

(4)11.5. 

(&) Plut., PolUtc. PrxCf p. 807, B : vaÛTa< (Uv juXrfiTai KvCipv^rnc, xaî xv- 



228 



LA TniÈRB ATHÉNIENNE. 



roculaient derant rien |iour ijtie ce fiU un honiniû silr eL eipéri- 
monté. En effet, c'était le triérarque qui répondait envers l'Etal 

do 1.1 perte ou de la conservation de la triôre; mais , au point 
de vue jn-atique, le salut ou la destruction du bAliment dé- 
pondaient tout particulièrement du xufiipvntrç. Aussi constatons- 
nous que . tandis quo le tricranjuo était avant tout un person- 
nage politique soumis aux prestations navales, on reclierchail 
exclusivement chez lo xu6«pvtîtïk, qui était un homme du métier» les 
connaissances techniques n»V^ïssaires à roxercice de ses fonctions. 
C'est ce qu'indique le Gr. Etym. (1), en donnant du reste du mot 
une étymologie qui est toute de fantaisie : a Los EoIienSf suivant 
l'analogie , disent xy;jtepvifÎTTjç , parce que sa fonction consiste h ob- 
server les Ilots et a diriger le navire en conséquence; nous, nous 
chan^'cons lo ji fin p et nous écrivons xuSepvTitTic. > C'est sur les 
connaissances techniques de cet officier qu'insiste Aristolo (2| , 
lorsqu'il fait ressortir l'anomalie qu'il y aurait à tii-er au sort 
parmi les gens du bord celui qui doit diriger le navire» au lieu de 
choisir le plus capable. Platon cite quelques-unes de ces con- 
naissances en disant (.'{) : « Pour mériter réellement de comm.an- 
der un vaisseau , il faut savoir tenir compte de l'année, des sai- 
sons, du ciel , des astres , dos vents et de tout ce qui intéi-csso la 
science du timonier. » C'était en effet une science qui i>orlait un 
nom spécial; on l'appelait ^ Ku6ifv>iTixi^ et on lui attribuait une 
grande importance. « Si ce genre d'études, dit Platon (4), te paraît 
trop humble, je vais le citer une science i»lus considérable, 
celle du timonier, qui préserve non seulement les Ames, mais les 
corps et les biens des derniers dangers. « Et Maxime do Tyr (5), 
pour résumer les jirincipales connaissances qu'elle renferme, 
nous apprend qu'elle consiste surtout h faire la route, à tenir 
compte de l'état du ciel et à connaître les ports. 



I 



ta xûiiaca Km npà; a.vi'k I&'jvctv v^t vaOv ■ i^|it7; il Tpoir^ toO |i £Ï; ^ xv0(pv^Tiiv 
{'!) Wiétor.^ ^, '2{ : (l TIC Tfi» tE>'t>Tfipb>v Av Ttva iii xuSifvdv x^kTipùtriuvi ûz 8iov 

(3) Hép., B. p. 484. H : r^v S;ct(u>Eiav nottt^rdci ivtauTOÛ , x«l wp<àv, xal oùps- 
voV| %a\ dfjtpuv, xott Trvcu}tâTri}'v , xa't iràvrtav tCôv t^ i<X^ KpocrjxôvTwv , st |iAXii 
T^ âvTi v&ùc àpj^ixA; lota^ai. 

(4) Gory,. p 511 . U : ti d'aiurr) troi doxcT o|tixpà eIvxi, t(û coi ^«iCova toûtiiç 
Ipû. vif* xv${fvi)7txTÎv , ^ oO )iôvo\ TA; «^v^à; o^Ui, d>^« xal ta (rùiiOTs xsl Ta 
Xpi^liaTA ix Tûv j';;(etTU)V xcftûvbtv. 

IJ) Max. Tyr.» Dtttert,, XXXI : ^i Tt^vii xw<<pviitw^ oîôc xi^v 6*4v xaï «piç t*» 
•vpav6v ifop^ «al tovc >.i|i£va; YV6>ptCci. 



ÉQUIPAriB, FORME, OIMENâlONS , ETC. 2^9 

No.us avous vu que, dans les navires marchands, c'était lo xuSip- 
vri-riK yui recrutait les nialelots. Dans le vaisseau do guerre, 
quand lo triêraniuo no se contentait pas de Tr^cjuipage fourni par 
TEiat £x xaTaXoYO'-»» mais qu'il voulait avoir à son bord des marins 
expérimentés , quitte à les payer de sa bourse , il devait s'en re- 
tre aux soins d'une homnio [iratiqno et haliitué au contact des 
îlots, le x'jfiepviiTTfii; ou le x£VTT;xorrap/oç. En toul ciis, iious avons 
'VU par Pollux quo le xu€cfy<Tr,« commandait aux malelols : cotte 
auloriti^^ sur tout ce qui composait Toquiprige lui était absolument 
nécessaire, puisque, chargé de la direction du navire, il fallait 
qu*il établît Tunité dans les manœuvras el qu'il etU sous sa main 
toutes les forces vives qui agissaient à bord. Il devait exercer 
sou autorité par l'intermédiaire do ses subordonnés; pourtant il 
donnait directement ses ordres aux honunes do l'arriëre. « II est 
le maître à rarriî?re , dit Eustatlic (I), comme le -n^oiot^ l'esté 
l'avant. » Si nous en croyons Xônophon (i), il y f;iisait régner 
nne discipline sévère. « Pour un signe , Je prorous s'emporte 
contre les matelots de l'avant, lo xuScpvïÎTïiç contre ceux de 
Tarritire. » 

Eu résumé, le xi>Sef\n^TYi<; est le siïbordonné du triérarque ; mais 
letrîérarque se passerait difficilement de ses connaissances nauti- 
ques spéciales. C'est généralement un homme qui a commencé 
par être rameur ou matelot et qui a passé par Ions ]c<. degrés de la 
hiérarchie. Il a donc vieilli dans lo métier, et est devenu, pour 
employer une expression toute moderne , « un véritable loup de 
raor. »■ C'est lui qui a la rcsiionsabililé matérielle de la marcIie du 
navire, le triérarque commandant sans entrer dans les détails 
d*exécution: quand lo triérarque lui enjoint de prendre telle ou 
direcUon , c'est à lui de faire exécuter les manœuvres 
îssaires pour que l'ordre s'accomplisse. De miune , dans Je 
combat, c'est le triérarque , qui, suivant les instructions et les 
signaux du strattge , donnait l'ordre d'attatjuer, (l'aborder l'en- 
nemi , de mai*chor en avant ou ou arrière, et c'est le xu6epviiTT)< 
qui faisait exécuter matériellement ces ordres. Il commandait 
à tous leti officiers inférieurs, et par eux à l'équipage; il avait 
en outre sur les matelots de l'arrière une surveillance spéciale. 
Nous Toaons do voir que, d'après Aristophane, la grade immé-* 



{'1\ ÀnaboMt , 5, A. iO : viùftaTO; ^aovov Ivixa j^aXtffafvci (Uv itfiuptw Tot; Iv 



230 



LA TRIÈRE ATHÉNIENNE. 



diatemeiU inférieur à celui du xuStpvTÎ-niç était le grade du pro- 
reus (1); c*e3t ce que dit Xéiiophou (2) en termes exprès : « Le 
proreus est lo subordonna du xuSepvTÎnfic ; » c'est égalemonl ce 
qu'indiquoPolhix (3), lorsqu'il nous apprend qu'eu appliquait aux 
fonctions du proreus les mots : a gouverner en sous-ordre, gouver- 
ner à l'avant. » D'après lo tableau d'avancement tracé par Aristo- 
phane, on prenait parmi les rameurs ceux (jui semblaient les plus 
capables et on leur confiait le maniement de la barre ; de là on 
les élevait au grade do proreus. Nous trouvons chez Glaudien (4) des 
renseignements qui semblent au premier abord un peu différents, 
mais qui pourtant se concilient avec cous d'Aristoi*hane. « Lo ma- 
telot qui a donné des preuves de son habileté dans le maniement 
de la rame est promu an commandement de Tun des deux bords, 
puis il gouverne la i)roiie élevée, et avertit des lempétes et des 
accalmies; quaud, aprù's un long apprentissage, la mer n*a plus 
de secret pour lui, il jtassc h la barre et prend la direction de tout 
le navire. »► Ainsi, d'après Claudien, de rameur on était nommé 
Tof/otf/o; et de là Tîpwpeu;; il n'ost pas question du stage qu'on 
faisait h la barre. Mais Claudien complète Aristo[ihano plus qu'il 
ne le contredit ; en effet, appeler un matelot ou un rameur k la 
barre, c'était lui donner une preuve de confiance, mais nou 
lui conférer un grade. Claudien pouvait donc omettre cet appren- 
tissage, D'autre part, les rameurs qui s'étaient distingués deve- 
naient naturollement Tot/«p/ot ; c'était donc plus spécialement k 
eux que le xuSi^vT^-niç devait, en temps ordinaire, remettre la 
barre. Aristophane ne le dit pas espi-essôment, peut-Ptre parce 
que 1b Toi'/ap^oç était encore considéré comme un rameur ou pour 
abréger, mais rien n'empûche que nous ne le complétions sur ce 
point. Nous savons en effet, que, quand le xuSepvT^Tvii; ne tenait pas 
la barre lui-même, ce qui ne lui arrivait sans doute que dans les 
circonstances critiques et dans les cas extraordinaires, il la con- 
fiait de préférence aux officiera inférieurs. « Les xuS€pvTîT«i , nous 



(t) J. Scheffer, Dd Mil. Nav., 1. IV« ch. VI, p. 303. 

(2) ÉCoHom., 8, 14 : tàt ... tov xuSipyi^TOU Stdbtovov, de icpwpiùc t1}c vcàic vk- 
Xiîtai. 

(3) 1, 98 : xal Ti^; vkù; ûnoxu0£()vxv, :rpoxu€Epvàv iitl tov irpùpeuc- 

(4) Consulat de MaUius Theodorutt v. 42 et sutv. : 

Ac Telat ouortiu lentandii davju tODCii 
Praflcttuf laton custot ; bino ardas prarv 
Tomporal et dnctoB teiinpcsU(«*qae wranM 
Bdocol; usidQD qqum Darida vicorit tuu, 
tva ctknim toUmquo lubit torqaero cârioatu. 



ÉQUIPAGE, FORME, DIMENSIONS, BTC. 



231 



dit Plutarque (!), font certaines choses par leurs propres mains ; 
mais il y a des manœuvres et dos évolutions, qu'ils font exé- 
cuter par d'autres personnes au moyen de machines et sans se 
inger. Ils emploient les proreus, les kôleustes, et souvent, ap- 
mt quelqu'un rrentre eux h. l'arrièro, ils lui conflont la barre. » 
Pluianjuo ne parle point dos To(/ap/ot; il est pourtant naturel do 
supposer quo c*étail surtout à eux que s'adi-essait ou pareil cas 
le xyfisfvi^'ni;. Une erreur de Glaudien, qui provient peut-être uni- 
quement du manque de précision de la langue poétique, c'est 
d'affirmer qu'après avoir été proreus on passait .'i la barre; Glau- 
dien confond ici deux choses distinctes : le maniement de la barre 
et la direction du navire par un officier qui portait le nom do 
jtu^r^rriç. Mais rcxprcssion n*ost inexacte quVi moitié, puis<|ue 
le limonier proprement dit était directement surveillé par le 
Jtu5epvi^; , et qu'au besoin celui-ci reprenait son poste i\ la barre. 
Ce qui faisait du proi-eus pour le x'j€ïpvyÎTT)ç un auxiliaire indis- 
pensable, c'est qu'il devait lui donner tous les ronsoignements 
nécessaires A la manœuvre. « Les irpoipeTç, dit Plutarquo (2), voyant 
pour le compte des x^At^^Tmi ce qui se passe à l'avant, les tiennent 
au courant et exécutent leurs ordi-es. w o Le proreus , dit TI»éo- 
doret (3) , regarde autoor do lui pour apercevoir les rochers , les 
bas-fonds, les écueils, et fait part au xuÉepvïi'mç do ses observa- 
lion». » C'est exactement do la même façon quo Claud. Rutîlius (4) 
déliait ses fonctions : « Le gardien de l'avant regarde au-dessous 
de lui et dirige la barre docile ; c'est d*après ses avertissements que 
manœuvi'o Tarriùre. » Ces passages nous font connaft.ro oxactc- 
niont le rôle du proreus : assis ou debout à la proue , il porte ses 
regards en avant, au-dessous et autour de lui, surveille l'arrivée 
doe grains, tâche de découvrir les écueils , ùiit Jeter la sonde par 



(1) MoraLt p. 812 c : al xuCepv^Tai ts [xèv tsC; X^P^^ ^''* <^^v*î^v irpàTtoUat, ta fié 
&^rf«vQK Iripot; St' iTipcdv ^TTttiOsv ii3(hi[J-Svot ntptdfouat xal trrpéf ovct , ^prôvTai àï 
iLsi w^tau v.a.1 nptûpvjii xat xeXcvoTaî;, xai touTbiv évtouc dvaxa]LOÛ(iivot Tro>Xdxt; 

r2) V, Agid., cti. 1 : ol fcpiopet; xà {(inpoo^sf :;(}oopû(&evot tmv xv2cpvv)Tôlv i^o- 
pû<ït -K^àz cxetvou; %aX -rb ■KpOTts.aftà^xw^ un* &xe(vr<rv icoioû<nv. 

(3) Or., VII : TÔv 5c TTfMopia 7xo7:«).ou; xa) ftpâ^T) xai aruXiàs^ TrcpiTxonoOvTa ■ 
xal «^ xuCcpvfjT^ |j.i)vOovTa. Cf. Zoaur. s. v. : nprlipa * ovv tiJ) i * ot |jiiv «ctpà rh 
K^/tiv x«i Ttpoopàv ToO oxâçou; * i"! ïtapà xà rpô MpOs , ô ÎTjVoÎ tÔv xtttpov , Tf(^<tTa( 
zp^pa, i{ oC xal 7ïp(;>pE0; * Ipyov yàtç t^i icpb>pcî npô wpcu Âpdiv. OOx ûçciXe ik 

(A) Uinér.t I. t. V. 456 et suiv. : 

I>t*[>ectiil prorit- cujttui, flftv<unqa« Mifaontsui 
Dirigit, et buwiai voce tnoneate ngtt. 

n. 



232 



LA TRIÈRB ATHÉSflBNXB. 

quand il craint de ne pas Irouver assez de fond , 



un matelot 

communique avec le itufiep^Tiiç par des cris ou [Ar des signaux el 
loi donne les renseignements dont ceîui-ci a besoin pour diriger 
le navii*e en coiinaissaniuj do cause. On voit par là combien ses 
fonctions étaient importantes et c^ombien il était nécessaire que sa 
vigilance ne fnt jamais en défaut (1). Si nous en croyons Xéuo- 
phon (2), ses attributions consistaieut nou seulement à pi^venir 
de l'approche des grains, mais à tenir tout en ordre à bord pour 
les recevoir, h faii-o mettre en place tous les agrès et à savoir 
exactementoù on les avait mis^ pour s'en servir au besoin. « Pour 
le subordonné du xu6cpvi<TTfiç , qu'on appelle proreus, je le trouvai 
sachant si exactement la place de chaque objet, qu'il pouvait, siuis 
se déranger, indiquer l'endroit ou étaient serrés les agrès et leur 
nombre, comme celui qui connaît l'alphabet dira combien il y a 
de lettres dans le mol Sacrale et dans quel ordï*e elles se succè- 
dent. Je le vis passer en revue à loisir tout ce dont on est obligé 
de se servir dans un navire, et je lui demandai non sann éton* 
neraent ce qu'il l'aisait. J'examine, rôpondit-il, en prévision d'un 
accident, où se trouvent tons les agrès, s'il en manque, s'il y en 
a de mal rangés. Car, lorstiu'on est eu mer et que le mauvais 
temps arrive , on ne peut pas chercher ce qui manque ni atteindre 
ce qui n'est pas placé commodément. i> 

Quant k l'auLorité du proreus, nous avons déjà vu (31 qu'il corn- 
mandait directement aux matelots de l'avant. C'est aussi vraisem* ^ 
blablement par son intermédiaire que les ordres du xu6«fvi^ç ar- ■ 
rivaient au reste de l'équipage. A.rtémidore (4) nous apprend que " 
it le Toi'/otpj^oç commande au Tnpivsw;, le TTpajpiijç au To(;^otpj(oc, le x«- " 
6epvi!-n]ç au Trpwpeu; et le yonk>v)pac au xu^y^tt^ç. > Mais il s'agit ici ■ 
d'un bAtiment de commerce, et les choses devaient se f)asser un 

peu autrement à bord d'un vaisseau de guerre. En elïel, dans un 

navire marchand, il n'y avait qu'un très petit nombre de rnmes 
et peut-être ne se trouvait-il [)asde rameurs spécialement destinés 

(t) La trière du CAVAlicr dul Pozzo nous montre K t'avnnt, à moiUé couché 
et appuyé sur son coude gauche, un personnage la t^te tournëu vers l'arri^xv 
cl la main ilroitc Icvoo, qui n'a pas été reproduii ici , pi. IV. Grascr le prend 
pour le lnérar(|ue. C'est évidemment le proreus qui est en train de faire nn 
81^'naL au limonier. L'une des deux trières de Pouzzolcs. publiées dans le Musée 
Bikiirbon, t. 3. pi. 44. nous montre sur la proue uni^ Bgurc nue qui regarde en 
avuQt cl qui i)eut être le proreus. 

(2) Économ.. 8, 14. 

(3) Xéuopb., Anal)ase, 5, 8, 20. 
{i) Onir. (. I, p. 57. 17, éd. ReilT, : dfX'^ ^^ nsptviov piv A t«(xapxoc« toix^ 



ÉQUIPAGE, FORME, DIMENSIONS, ETC. 233 

les manier; cosonl los hoinmos de l'iiquîpa^e qui les manœu- 
vraient au besoin. Ceux-ci sont désignés dans le passage qui 
nous occupe parle terme de TEpfvetp; ils étaient divisés , comme 
cela a encore lieu de nos joui*s, en tribordais et en biiboidais 
obéissant à deux -miya^yioi^ lesquels, à leur tour, étaient sous les 
ordres du ïrpwpEii;. Dans un vaisseau de guerre, les rameurs étant 
ti-iis nombreux étaient commandés par uu officier spécial, qui avait 
autorité sur les Toi^t^yoi et qu'on appelait xe>euoTiiç. Suidas (1) 
semble indiquer que le xeXtMTvriç n'éUtit pas placé directement 
sous les ordres du xi>6epvil-nr(Ç , mais qu'il lui obéissait par l'in- 
lormédiaii-e du nptDpcu;. Ainsi le y;rade de proreus était supérieur 
A celui de TuXtomfi ^ les attributions de ces deux olRciers i*estant 
très difféi-eutes, et c'est par l'intermédiaire du xiXgutm^; que le 
proreus avait action sur les cent soixante-quatorze rameurs de 
la trière, c'est-à-dire sur la partie la plus considérable de l'équi- 
page. Toutefois on peut supposer que, lorsqu'à ta mer chacun 
était à son jtoste, pondant le combat par exemple , le Jtu€epvi','niç 
donnait directement ses ordres au «^um^'ç qui les faisait exé- 
cuter par les rameurs. 

Un autre officier, dont il importe de bien déterminer les attri- 
butions, c'est le 7rïvnr))côvTotp;^oç. 13ceckb (2) s'est ap^iliqué à démon- 
trer que les pentékontaniues que nous trouvons à bord des trières 
ne peuvent pas être des commandants de pentékoiilores, mais 
bien dos officiers chargés, comme leur nom l'indique, de com- 
mander à cinquante hommes. En conséquence, it suppose qu'il 
avait à bord de la trière trois pcntékontariiuos ayant sous leurs 
Ires chacun une escouade de cinquante rameurs envii-on, c'est- 
à-dire le premier les thrauites, le second les zygites , le troisième 
les thalamites. Cette hypothèse souffre plusieurs difficultés. En 
effet, chaque rangée de rameurs était partagée eu doux divisions 
séparées l'une de l'autre par loulo la largeur du navire. Comment 
donc le pentékonlarque aui'ait-il pu commander en même temps 
A tous les hommes placés sous son autorité y 11 aurait été obligé 
de so transporter sans cesse d'un bord â l'autre. D'auti-e [wirt, 
les rameurs de chaque boixi étaient, nous l'avons vu, sous la 
surveillance directe d'un To(x«p/,oÇi ce qui est beaucoup plus 
raisonnable et rend superflue l'existence des pentékontanjues 
dans le sens où l'entend Bœckh. 11 faut donc expliquer le mot 
autremcut : qui empoche de supposer que le triérarque avait sous 



(I) 8. V. : %£>euaTi4;, 
{1) Vrkund., p. nO'\i\. 



234 



LA TRIÈRB ATHÉNIENNE. 



ses ordres mi officier ayant rang de commandant d'une penté- 
koatoro, comme nous voyons sur certains navires des ca|»itaine8 
do frégate sous les oitlres d'un capitaine de vaisseau? On sait 
que le tric^rarque avait d'importantes fonctions administratives ; 
il recevait de l'Etat des agrès et de Targent ; il devait fournir 
à sou ôquipa.qo la solde et les vivres. Il avait en oufre bien des 
dépenses à faire personnellement pour s'a&juitter avec honneur 
do sa iriérarchie. Comme il trovivait dans le xuÇcpv^Ty;ç un second 
expérimente pour l'assister dans la partie technique du coramau- 
demeut, il avait besoin d'un subordonné el d'un auxiliaire ayant 
des connaissances administratives ; c'était précisément le penl4j- 
kontarque. Nous lisons en effet dans Démosthrne (I) que le 
triérarquo Apollodore a pour penlékontarque Euktémon , qui 
prend soin de toutes les dépenses. « Tout ce qu'on dépensait par 
jour pour Tenlretien du navire, Euktémon le savait, car il rîl;iit 
Iienlékontaniuo , et c'est lui qui faisait tous les achats et toutes 
les dépenses nécessaires. » Les termes mêmes dont se sort Dé- 
moslhène nous font voir que c'est en vertu de ses fonctions, el 
nou pas comme homme de conlianco d'ApollodOre qu'Eukiémon 
jouissait de ces attribuiions. Ailleurs (2), nous le voyons embau- 
cher des matelots pour le compte du triérai'que. Ainsi le penté- 
kontarqae était un ofticier d'administration, et son subordonné , 
pour tout ce qui concernait les questions administratives, c'était 
le kélcuslc. Celui-ci entrait dans les détails et faisait peut-être la 
distribution des vivres; cclui-1^ s'occupait des approvisionne- 
ments et veillait à ce qu'ils fussent toujours en quantité suiBsiinle. 
On ne pouvait se passer d'un pentokontai'que à Iwrd de la trière; 
en elTet, Apollodore se voyant détaché pour convoyer des navires 
de hlé et Euktémon étant tombé malade, ce triérarque, obligé de 
renvoyer Euktémon dans ses foyers , pi^ond immédiatement un 
autre peutékoutarque. Il est certain que l'officier qui portait co 
titre n'était pas un simple subalterne; car l'aviteur de V Ecrit sur 
l'Etat des AUUnicns (3) cite co grade à côté de ceux du xtAfv^STTic, 
du xxXeufftT^ç et du TrpwfaTïjç, ot Platou (4) nomme la TZfimvtovtïpx^ 
à côte de la xuSefivTiTtxT^. C'étaient tionc des fonctions très diffô- 
rentcs do celles du xi>6epvi^T7)ç , mais aussi importantes à un autre 
point de vue. 



(t) C. Polycl, p. I2ï4. 
{1)lbid„ p. Ut2. 

(3) t, 2 : ol itu4(Epv^Tai uttl ol HcXevotttt xal ol irivTitx&vrs^x^t xal ot icp4i>pôlT«i. 

(4) Lois, IV. p. 507 A. 



ÉQrtPAGB^ FORME, OUfENSTONS^ ETC. 235 

Ainsi l'état-major de la trière se composait de cintf ofOriers su- 
périeurs : un triéraniue conirnaudanl on chef i un xuêepviÎTTi; (|ui, 
sous ses ordres, faisailcxéculer les manœuvres; unicpuipeuç ou Ttpw- 
pa-nw, inférieur direct et auxiliaire du xuÇspvT^TTjç ; un xEXeuimî; qui 
dirigeait les rameurs et recevait les ordres du xu€epviî'nri; , soit di- 
roctomeut, soit par Tlntermédiaire du TrpwpcïtTiç; enfin un ttsvtkî- 
x^vToip/oç qui supiiléait le iriérarque poui- tout ce rjui concernait 
radniinistratioii et qui, h ce point de vue, avait, sous ses oixlrcs 
le xt>£U(rr^ç. Si nous en croyons Suidas (1) , le kéleuste avait au- 
torité non seulement sur les rameurs, mais aussi sur les épibates, 
ot il est vraisemblable que le mol n'ost pas ici em[tloy6 dans son 
sens propre, mais signifie le reste de l'équipage. Evidemment 
i] avait sous ses ordres des sous-officiers pour commander aux 
matelots; mais cous-ci comptaient parmi les matelots, comme 
les Toi;^ap-/_ot , qui assistaient également le xeXeumîç, semblent avoir 
compté [t^vm'i les rameurs. L'état-major de la trière se composait 
donc en tout de cinq officiers, et non, comme le veut Graser (2), 
de quinze à seize personnes dont les fonctions nous sont connues 
et de quatre ou cinq autres dont les fonctions nous sont inconnues. 

Maintenant que nous savons quel était l'ôtat-major de la trière, 
U nous reste k faire connaissance avec réquii^)af<e. Indépendam- 
ment des 174 rameurs dont nous avons consUilé la présence, il 
devait y avoir un certain nombre de matelots, [>ours'oc<;u[ierdela 
voilure et exécuter les manœuvres; mais ils étaient vraisembla- 
blemenl eu petit nombre, puisque les voiles n'avaient, dans la 
Irière, qu'une importance sccondab'c. Dans la tessarakontére de 
Ptolémée Philopator, il y avait plus de 4,0(W rameurs et 400 ma- 
telots (3). Si nous adoptons celte proportion pour la trièi-e, nous 
arrivons au chiffre d'environ 17 matelots; il n'est nullement be- 
soin d'arrondir ce nombre, comme le fait Graser pour obtenir le 
chiffre 2U. Ce n'est pas ici le moment de nous occuper de la façon 
dont se recrutaient les matelots et de la difficulté qu'on éjn-ouvait 
k s'en procurer do bons. Notons seulement que Poilus (4) cilo 
le vauTTic parmi ceux qui ont embrassé un genre de vie infamant, 
pîoi itf oTc Iv TIC dvct^tffOefvi. Bien que les matelots athéniens fussent 

ivent grossiers et capables do grands excis , cette observation 



i\) 8. V. .- xiXevflrîVi;. 

(3) Atkén., V, 37 : Uiiaxo jpcto^ ttXctovc tùv TCTpai(uixt>iuv , tU ^ tàc (nn)- 
^t/sioi TCTpaxootog;. 

(4) V. t2S. 



236 LA 'mrènB ATFrïcNiBNNS. 

ne sVippliqae pas h une ville qui devait, à sa marine toute sa gloire 
Gl toute sa puissance. Les dix-sept matelots de la Iriêre élaieul 
sans doute sous les ordres de quartiers-maîtres dont nous no con- 
naissons pas les noms, parce'qu'ils étaient eux-mêmes des matelots. 

Nous ne nous sommes occupés jusqu'à préseut que des person- 
nes nécessaires à la manœuvre du navire ; toutefois nous avoas 
déjà fait observer que la trière était avant tout un vaisseau de 
combat. Aussi, bien qa'ollo ;igît surtout [kir le choc do son éperon» 
avait-elle besoin d'être montée par un certain nombre de combat- 
tant? qui pussent, dans un abordage, se mesurer avec l'ennemi, 
ou l'écarter en lui Uun^nt des traits de la hune, du pont ou de la 
parodos. Quand la tri&rô côtoyait un pays hostile pour le sacca- 
ger, il était nécessaire d'avoir toute prôte une comp;ignie de dé- 
barquement, qu'on pût jeter à terre pour tout briller et tout dé- 
vaster. Ces soldats s'appelaient les épibates. « Les Atliquos.dit 
Eustathe (1), appellent les rameurs des trières êirtxwxouç et les com- 
battants iiTiêaTaç. » Uésychius (2) définit ainsi Vim^Tt^z ; n Celui 
qui ne rame point, mais qui est embarqué comme combattant. » 
Ilarpokration (3) dit également que, « parmi ceux qui font cam- 
pagne à bord do la trière, on entend par httQdTat ceux qui ne ma- 
nient pas la rame, mais qui ne sont propres qu'au combat. » Sur 
les trières athéniennes, les épibates étaient des hoplite» levés ré- 
gulièrement (4). Ils se trouvaient évidemment sous les ordres de 
leurs officiers , qui devaient être commandés par le tnérarque et 
qui, sans doute, n'étaient subordonnés ni au xu6tf vi^ttic , ni Hu 
pentékontarque. 

Ainsi l'équipage de la trière se divisait en trois catégories : les 
rameurs, les matelots et les épibates. Les épibates étaient absolu- 
mont distincts des rameurs et des matelots. Quant à ceux-ci, la 
différence entre eux ne devait pas être grande, bien que leur tra- 
vail fût différent, et, parmi les pauvres gens qui faisiiienl du ser- 
vice à ta mer un moyen de gagner leur vie, plus d*un devait ôtre 
tour à tour matelot ou rameur, selon la circonstance. Thucydide (5) 
applique le mot do « matelots » aux thranites qui étaient des ra- 



iTCiSiTo; xa>ovat xoùc ^txyrflé^. 

(2) 8. V. 1 l-KtCéxrn * Ô p3^ icwmiXATiî; àUà it)«wv \ux/r,Tf\i* 

(3) 6. V. : intfiiTTK • ATjitooOévriç Im x& Ttcpî Tov ct:itptï)pap7nî}iaTo; * oOtu»; Hâ* 
Xouv tùiv iy xaU Tptrfipwt aTpaTCuofi^uv tôt*; (xi^ xwirrî>oixoOvT»;, àX>à |Jiévov ttpAc t* 
lidxiTâai 2irtTT)fietou<. Cf. Buid., s, v. 2-ni6diT>ic. 

(4) Thuc. VIII, 2\ ; i\im Si im^To; rûv dicXivûv in kotoX^ou ivoyiorrOu;- 

(5) Vl, 31 : TDK 6(>«vCt«ic tûv vtsurtiW. 



ÂQUlP/iait , POnVB , DIMENSIONS , ETC. 



237 



mwirfl, et son scoliaste (I) dit ïiilJeurs qus la différence entre les 
matelots et les hoplites, c'est que les in-ciniei-s concouraient au 
maniement de la rame, tnndi» que les seconds en étaient dispensés. 
Quant au nombre des épibates, il a varié selon les cités et selon les 
époques. Bœckh (2) fait reman|uer que plus l'art nautîtjue se per- 
fectionna, plus le nombre des soldats embairiués diminua. Ainsi, 
dans le combat de Sybota entre les Korinthiens et les Corcy- 
réens, le plus considérable qui eût t»tê livr(î entre Grecs peu de 
temps avant la guerre du Polopontse , il y avait beaucoup d'ho- 
plites ^ d'archers et de porteurs de javelines qui combattaient sur 
le [tout; mais, d'après Thucydide (3), c'était là l'ancienne tactique, 
d'après laquelle une bataille navale ressemblait beaucoup & une 
bataille sur tori-e. Quand les Chiotes se révoltèrent contre les 
Perses, ils équi|>èront cent navires, sur chacun desquels montèrent 
quarante citoyens aisés comme épibatos (4). Déjà ;\ Salaminc il n'y 
avait sur le i»ont des trières ciue dis-huit combattants, dont quatre 
archers, les autres pesamment armés (5). Ainsi les Athéniens, qui 
compUtioit surtout sur l'habileté do leurs manœuvres, avaient, 
dès cetlo éiiofjue, sensildement diminué le nombre des épibates. 
Pendant la guerre du Péloponèse , le chiffre réglementaire était 
descoadu à dix (6]. On [)ouvait naturollGment, dans certaines cir- 
constances spéciales, augmenter ce nombre, en embarquant des 
soldats de l'armée de tei-re. 

Si nous adoptons le chiffre de 40 pour les épibates, nous arrivons 
avec les 17 matelots et les 174 rameurs à un chiffre de 201 hom- 
mes pour tout ré(iuipage. Or Bœckh (7) nous apprend que géné- 
ralement on comptait 200 hommes pour l'équipage d'une trière. 
D'après Hérodote, Kliuias, fils d'Alkibiadès, combattit à Salamine 
BUT sa propre trière montée jiar 20U hommes (8). Hérodote porte 
Tarmée de mer de Xerxès à 241,400 hommes pour 1,207 navires, 
ce qui fait presque exactement 200 hommes par navire , sans 
compter 30 soldats de l'armée de terre qu'on avait ajoutés ii l'équi- 



(t) Scol. Thuc. vu. 2G : 6 |iiv iirXtnc (Ik |i^ c^Kffffuv icof a>Gi|i6dv(vat » à ^ 

Çl) Staatthauthaltung.... II, 22. 

(3) I, «. 

(*) UiJrodot., VI. 15, l. 

(5) Plut.. V, Them., t4. 

(8; NoiiB trouvons en eftel 300 (épibates pour 30 navires (Tbnc. tll. 95. 



cf. 111.91. IM). "100 pour 40 navires, 

(7) StaatthamluiUunii...f 11, 22. 

(8) Udrodot.. VIII. 17. 2. 



11. 102. Cf. Il, 80 cl 02; IV, 76 cl lOÏ). 



238 



LA TRIÈRB ATHÉNIBKNB. 



page par mesure spéciale. EnÛn Platon, dans le Kritias , expose 
Torganisation nnlitaire des habitants de l'Atlantide; le pays est 
partagé en 00,000 lots et chaipie lot doit fournir 4 personnes pour 
l'équipage de i,*OC navû*es , ce qui donne encore 200 hommes 
pour Téquipîige de chaque vaisseau. C/est presque rigoureuse- 
ment le chill're auquel nous sommes arrivés par le détail. Il ne 
comprenait (>as l'élat-major qui, du reste, selon nt)s calculs, était 
peu considérable et qui pourvoyait aux trois services distincts 
que le triérarque centralisait dans sa pei-sonne : la manœuvre, la 
défense du navire et les questions d'administration (solde et ali- 
mentation des gens du bord ) , 

Bœckh et Graser appliquent aux matelots et aux épibales le nom 
de TrtptvKj). Nous avons vu qu'il y avait à bord 30 rames rcpivetp. 
Ils croient que les matelots et les épibates, dont ils portent lo 
chiffre ù 30, avaient le môrae nom et maiiLeuvraiont au besoin ces 
rames. Ce rjui semble appuyer leur hypothèse, c'est qu'en effet , 
dans lo passage cité plus haut, Artémidore désigne par ce terme 
totis les hommes du bord ; mais ce n'est point l.'i le sons habituel 
du mot. Applitjué aux agr^s , il signifie ceux dont on pourrait se 
passer et qui ne sont pas strictement compris dans le gréement ré* 
glementairc ; il a le même sens appliqué aux personnes embarquées 
sur la trière. Il désigne soit Tétat-major <iui, comme nousTavons 
vu, n'était pas compris dans le chiffre de l'équipage , soit let^ ser- 
viteurs et les esclaves qui, eux aussi, mais par une autre raison , 
étaient laissés eu dehors. Ainsi, quand Thucydide (1) parle des 
navii-es qui firent l'oxpédiliou de Troie , il ajoute : " VraisembIabl<^- 
meut il ne s'y ti^ouvail pas beaucoup de Titfivccp, excepté les l'ois oi 
les officiers. » Le scoliaste dit qu'on appelle ainsi les passagers ijui 
sont en plus dans le navii*e , comme les esclaves ; ou bien , dit-il 
encore, ce sont les personnages haut placés qui no font pas par- 
tie des services du bord. Je pense donc qu'il faut entendre par co 
mot, d*une part l'état-major , de l'autre les esclaves. Ainsi il est 
possible que r^oxorpeu; , le cuisinier du bAtiment , fût un esclave ; 
pcui-ôire en était-il de même dans certains cas du TpiTipauXTic. L'ex- 
plication quo nous donnons du mot 7np£vKD; semble confirmée par 
le passage suivant de PoUux (2), bien qu'il ne soit pas absolument 



(1) 1 , 10 : mpCvcttc S* oOk lîxiç icoyuù; Çu|mï\cTv tfy» t(îW powi^éuv xal tûv (i4- 
\\fna h Tftii. 8coI. ad h. I. : TCtpCvsu;' toù; xtpirtoo; év t^ vr,l iict^iTo;, oUv 
^OXouc* — S' ToOcflcptTT&ùc xal £(&> tûv ùTcr^purtûv Mal npr^Tov; ic>iovToic. Cf. Pbot 
et Suid., A. y. iccp(vi«»c. 

(2) l. 9&. 



ÀQUrPAGB, FORICB, DIMENSIONS, ETC. 



239 



net : B Par otûrsp^-cf,;, Thucydide entend ceux fjui ramont et com- 
battent ; TCtptvtw; est le terme dont il désigne les autres personnes 
(unh.irquées; on pourrait aussi les appeler uXwTîîptç. » 11 est évi- 
dent que dans ce pass;ige Pollux entend (lar Èp/rrovnx; non seule- 
ment les rameurs proprement dits, mais aussi les matelots, qui, 
nous l'avons vu, n*en étaient pas toujours soigneusement distin- 
gués. Il ne reste donc plus pour les 7c«p(vetj> que les personnes qui 
ne sont classées dans aucune dos catégories indiquées cL-dessus 
ei qui ne prennent une part matérielle ni h la manœuvre ni au 
combat, c'est-à-dire les esclaves et les officiers supérieurs. Go 
n'est (luo par abus que le mot a pu i}tre appliqué aux épibates , 
pris dans le sens où nous Tavons entendu ; encore moins.con- 
vient-il aux matelots. 

Par le mot uTTr^pii^a on entendait tous les hommes nécessaires à 
1a manoeuvre du bâtiment , ce qui exclut les épibates. Athénée (1) 
dit, en parlant de la tessarakoiiU'îro do Ptoli^inée Philo[iator : « On 
y embarqua plus de quatre mille rameurs, (luatro cents liommos 
|)our la manœuvre (eU t4; Crtrr.peTfaç) et deux mille Imit cent cin- 
quante épibates sur le pont, b Athénée désifjne donc par ce mot 
les manœuvres exécutées par les matelots. On [icut croire qu'il 
désigne les matelots eux-mêmes dans Thucydide (2). Démosthimo, 
au contraîj-c (3), entend par là, dans un [»ass;ige, les matelots et 
les rameui*s, dans l'autre les rameurs seuls opposés aux matelots. 
Dans tous les cas, Graser (4) a eu raison de relever l'erreur par 
laquelle Bœckh applique le mot aux officiers. 

§ 2. — Forme, dimensions, tonnage de la trière. 

Nous venons de voir comment était montée et commandée la 
trifcre; nous en avions précédemmont décrit en détail les difTé- 
rentes parties ot la structure matérielle. Nous avons donc main- 
lenant devant nous un organisme vivant , prêt à remplir ses 
fonctions, c'est-à-dire à naviguer et à combattre. 

11 serait intéressant «le terminer ce'travail en précisant oxacto- 



(l) V» 37. 

(3) C. Polycl,, 1*21 4, 23 : StcCtriw roOç tb p.ioQoùc xoùç 7% Orrripcçt» nai toÎc iin- 
Sdraïc xoETà (liiva 5ido|jivou;. 121G, 13, fit 1217, 2 : oT ti wûrai xal oi iiti6drrai xai 
% ÙKtfitaia. 

(4) Dt R, N., g 49. 



MO LA TRiftRS ATHÉWIBNNE. 

ment les formes do la trière et on donnant la cote de ses dimen^ 
sions, do façon !^ en présenter une sorlo de devis qu'un conslruc- 
lear moderne pût réaliser. Mais nous nous heurtons ici à des 
obstacles insurinoutables. Eu elTelf bien quo le type do la trière 
soit resté partout le m^me dans ses lignes générales, il a subi, 
suivant les époques et les cités, d'importantes modifications» Or, 
dans Tétai actuel do nos connaissances, si nous arrivons à saisir 
ce qui constituait essentiellement ce type, nous ne sommes pas 
suffisamment renseignés sur les dilforonces de détail qui distin- 
guaient une trière de l'époque de Périklès d'une trière du temps 
de Démosthène, un vaisseau de Korintho d'un navire de Chios 
ou de Syracuse. La trière de Graser, qui n'a point de liate ni de 
nationalité spéciale, est parla mémo un navire abstrait, et non La 
reproduction Gdèle d'un bâtiment ayant à tel ou tel moment dô 
la puissance d'Athènes navigué dans l'Archipel. En outre, les in- 
formations puisées dans les textes» dans les inscriptions, dans les 
monuments figurés laissent planer Imancoup d'obscurité et d'in- 
certitude sur des points qu'il serait nécessaire de connaître pour 
ai-river à une reconstruction exacte de la trière, Ce serait donc 
démentir la méthode et l'esprit de cet ouvrage, que do le termiuor 
par une tentative de restauration, où il faudrait nécessaireraonl 
faire une large place à l'hypothèse. Toutefois notre travail ne serait 
pas com[»let , si nous n'essayions de i-ésumer et de grouper dans 
une vue d'ensemble les résultais auxquels nous somnes arrivés. 
Nous aumiis ainsi une idée générale de la forme dn hâlimcnt, ot 
nous indiquerons en même temps les données plus ou moins vrai- 
semblables que nous iivons sur quel(|ues-unes de ses dimensions. 

Nous avons vu la trière s'élevor îi Athènes sur des cales de 
construction analogues à celles de nos chantiers modernes. Nous 
avons vu la coqno s'édiïior h. Tintérienr ilu ber; elle est composée 
de ses éléments indispensables : la quille qui forme comme l'épine 
dorsale du bâtiment^ les côtes qui s'y implantent et sur lesquelles 
s'adaptent les bordages; enfln les préceintos viennent consolider 
le tout et l'empêcher de se disjoindre. Mais, après avoir constaté 
l'existence de ces pièces de charpente communes aux bâtiments 
de tous les temps et de tous les pays, nous sommes immédiate- 
ment frappés des différences qui font de la trière un navire à 
part, d'une structure originale et extrt^mement curieuse à étudier. 

Le navire de guerre primitif, ancêtre de la trière, est fort bas 
sur l'eau, mais surélevé à Tavant et à l'arriére, de manière à pré- 
senter deux plates-formes commodes pour le conilwl. C'est eu ex- 
haussant , au moyeu d'allonges , les couples de la t>oupe et do la 



AQUIPAGB. PORMB f DIMENSIONS, KTC. 241 

proue qu'on édifiait ces gaillards, dont l'intérieur était le seul 
abri mônagi^ pour l'équipage dans cett^barque archaïque. 

Pareille aux b?los fauves ipii se précipitent sur leur adversairo 
pour le transpercer de leui-s défenses, elle abordait vigoureuse- 
ment l'ennemi pour le rouler. L'avant était construit en consé- 
quence. Muni d'une poutre ou d'un assemblage de poutres proé- 
minentes, il se terminait par cette pointe menaçante, on arrière de 
laquelle s'effaçaient lea flancs amincis et fuyants du navire.' C'est 
vers elle que convergeaient les pièces principales de la charpente; 
la quille se relevait légèrement pour venir s'ajnster h l'exlrémité 
delVtrave, souvent renverst^e; do fortes préceintes consolidaient 
l'ensemble et maintenaient la carène que le choc aurait pu dis- 
joindre. Au-dessus de ce pi*emior éperon un autre plus petit ache- 
vait l'œuvre de destruction et empêchait en m^me temps le navire 
de s'engager trop profondément dans le corps de l'ennemi blessé 
à mort «t qui allait couler. A la tête de l'étravo s'élevait le stolos 
pour protéger le chAleau d'avant contre les assauts de la vague et 
les coups do rennemi ; celte piiVce importante de la construction 
se dévelopi^ait en gracieuses volutes, qui se déroulaient au-dessus 
do la proue. L'avant était i)ei*cé d'écnhiers ou, pour employer le 
terme gi*ec, d'yeux qui donnaient passage aux ciVblcs do l'ancro; 
puis au-dessus des joues se dressaient comme des oreilles les i^e- 
doutables épotides capables de fracasser les bordagos de l'assiiil- 
lant, et destinées à protéger les rames et la galerie qui faisait 
illie de chaque bord. 

L'avant do la iril^ro. devait donc être puissant et s'adapter h un 
navire solidement construit; mais il fallait en même temps que 
ce navire fut rapide et bon marcheur. En effet, plus l'avant était 
robuste, plus le coup d'éperon produisait un ofTot horrible; mais 
il fallait en outre que le navire fût lancé avec vitesse, pour que 
le choc, devînt plus meurtrier. Aussi la t^^^e était-elle un vais- 
seau long, c'cst-A-dire que dans sa construction on faisait prédo- 
miner Tune de ses dimensions, la longueur, sur l'autre, la lar- 
geur. Grâce à cette particularité, elle i>ouvait, vigoui*eusemeut 
enlevée par ses rameurs, fondre sur l'ennemi; c'était tout ce 
qu'on lui demandait, ses flancs n'ayant pas besoin de s'arrondir 
pour contenir de nombreux appmvisionncmonts, ni potir ollrir à 
l'équijjage des logemon*? snacieux et confortables. Elle n'était pas 
destinée h faire de longues cujnpagnes sans loucher terre; mais 
l'équipago quittait le boni h chnfpie instant, souvent deux fois par 
jour, pour déjeuner et pour dtner. Elle était donc étroite et 
iHiMe, 3ivec dos facotts Anes, de façon h diminuer la résistance 



242 



LÀ TRIÉHE ATHÉNIENNE. 



de l'eau ot à augmenter la vitesse; en effet, Tune dos qualités du 
bâtiment qui nous sont attestées, c*e5t qu'il élait bon marcheur. 
Enfin , si elle était solide et caiwble de défoncer les boi'dages 
de son adversaire, elle était en même temps légèrement con- 
struite. Nous savons, en effet, qu'elle était fréquemment tirée à 
sec sur le rivage; or, si l'on peut sujiposer que dans leurs arse- 
naux les Athéiiicns avaient à poste fixe de puissantes macblues, 
il n'en était pas de raôrae, loi^s^iue, dans le cours d'une expédition, 
on s'écbouait sur un point de la côte et qu'on tirailla trifero sur le 
sable ; il fallait nécessairement la hàlor à force de bras. Tel était 
donc le problème qu'avait à résoudre le constructeur athénien : 
produire un navire h éperon assez solide pour porter des coups 
redoutables et résister aux chocs ^ assez fin pour déployer une 
grande vitesse, assez léger pour i?tro facilement tiré sur le rivage. 

Toute la force do la trière él ait concentrée dans l'avant ; Tarrièro 
n'ayant pas à supporter le poids considérable, do l'éperon pouvait 
être sonsiblcmenl allégé; il présentait, lui aussi, des formes tinos 
et edilées, afin que la trière pilt, sans pivoter sur elle-même, se 
retirer au besoin aussi vite qu'elle s'était élancée on avant. Par- 
fois, dans les batailles navales, une escadre tout entière reculait 
ainsi, sans cesser de faire fmnt àTennemi. Enfin la Iricre n'accom- 
plissait jamais de bien longues traversées et n'cNiit pas destinée k 
tenir la mor par tous les temps. Nous savons que les marins athé- 
niens n'aimaient pas à rester au large pendant la tourmente, et 
nous avons dos exemples de désastres terribles survenus i^ar l'ou* 
ragan. Us profitaient donc des anses hospitalières, que présen- 
tent partout les côtes et les îles de l'Archipel, pour s'y échouer. 
L'étambot se recourbait en conséquence, et s'armadissait pour 
s'asseoir facilement sur le sable , au lieu d'offrir uu angle qui 
serait venu se heurter contre les bas-fonds. Entre l'étambot ot 
l'étrave, la quille conserva probablement longtemps sa courbure 
primitive avant de devenir horizontale, comme elle Tosl dans lo 
navii-e moderne. 

Ce qu'il y a de plus remarquable dans la barque grecque pri- 
mitive, et dans les intermédiaires qui nous conduisent de modi- 
fication en modification jusqu'à la trière kataphracte, c'est la façon 
dont le bâtiment était ponté. Lo pont no fut d'abord qu'une sorto 
do passerelle jetée du gaillard d'avant au gaillard d'arrière, et re- 
posant sur des poutres verticales implantées dans les varangues. 
Il était donc plus étroit que le navire et, lo plat-bord continuant h 
rester fort bas sur l'eau;, on avait un navire ponté à sa partie su- 
périeur©, mais ouvert sur les côtés. Dès lors, on put auperpoeer 



ÉQUIPAGE j FOnMB , DIMENSIONS , ETC. 



243 



plusieurs rangs de rameurs les uas aux autres, en accrochant les 
sièges des rameurs supérieurs aux solives verticales qui sujtpor- 
taient le pont. Mais ces rameurs restaient ;'i découvert et, par 
suite, exposés aux coups de rennemi. On prolongea donc les cou- 
ples «jui vinrent rejoindre le [*ont,ct, en mettant des liordages sur 
les allonges de ces couples, on fenna le bâtiraent; on eut aloi^s la 
trifere kalaphi*acte. 

Cotte trière, assez élevée sur l'eau, était mise eu mouvement par 
trois séries horizontales de rameurs placées le long du boni l'une 
au-dessus de Taulre. Elles étaient aussi rappi-ocj^ées que possible 
pour ménager Tespace en hauteur, et dans chaque série chaque 
rameur n'avait que la place nécessaire f>our exécuter le mouvement 
de la nage sans gt^ner ses voisins, l^es sabords inA^rieurs éUùenl 
fort peu distants du niveau de la mer; mais, grâce à l'ingénieux 

ilfcme dos outres en cuir ou askômes qui enserraient la hampe 

la rame, il no restiit pas le moindre interstice par où la vague 
pilt pénétrer dans le bâtiment. En cas de gros temps, et lorsqu'on 
lie Eaisait pas usage des avirons, un grand prélart, rhypobléma, 
assujetti tout autour du navire, recouvrait enLièremont les sabords. 
Le long des flancs du navire, à la hauteur de la rangée supérieure 
de rameurs, était suspendue une sorte de large galerie ou i>arodos, 
qui permettait de circuler sur les ojtés do la trière. Cette galerie, 
naturellement fragile, était protégée, quand le navire faisait face 
k l'ennemi, parles robustes épotides. Elle offrait un cmplaceraeut 
favorable aux combattants, 

La meilleure manière de se faire une idée juste des formes do 
la trière, c'est de considérer de face le piédestal de la Niké de Sa- 
mothraco, dont la pi. V donne une vue de côté. II est possible tou- 
tefois que ce uavire de marbre étant avant tout destiné h servir de 
base à une statue, le sculpteur ait exagéré la hauteur do la partie 
qui se trouve au-dossus de la parodos. Cette réserve faite, on peut, 
je crois, regarder sou œuvre comme une reproduction fidèle do la 
réalité. On a devant soi un avant étï*oit et efiB.lé, malheureusement 
mutilé, en arrière duquel s'élai'git le corps du vaisseau , tout on 

ttant relativement Irèï^ mince; ou voit les précointos converger 

trs l'éperou, tandis qu'au-dessus de l'étrave s'élève encore un 
fragment du stolos ; de chaque côté de la trière de larges galeries 

imblcut pour ainsi dire lui servir de balancier. On dirait un 
»i$cau de mer qui rase les (lots los deux ailes étendues, ol l'on 
éprouve en x^résenco de ce monument l'impression d'un uavire 
rapide, d'un faible tiraut d'aiu et ilont les parties su[Ȏrieures 
sont cependant assez élevées au-dessus du niveau de la mer. 



244 LA TRIÊRB ATHfimBNNB. 

Côâ considérations sommaires nous i)ermetlent de formulflrj 
quelques critiques contre la i^econstitution de la trière et de h 
pentère [tar Graser. Il suppose la quille horiîoutale et l'élravo] 
et rétarabot formant avec elle un an-jle d'envii-ou 09 degrt^.s , ih 
façon que l'a vaut el rarrière préseulent uue grande ressemblaucOf] 
Quant à Téporon, c'est un ensemble do j>ièces de rapport qu'il éta- 
blit sur l'êlrave environ au tiei-s de sa hauteur. Ce n'est là qu'une- 
approximalion insuIHïîante de la construction grecque, telle que 
nous la font connaître les monnaies. Nous y voyons en effet quej 
l'élambot forme avec l'borizoulide un angle très aigu , que laf 
quille qui le prolonge décrit une courbe très développée et n©j 
devient horizontale, quand elle le devient, que dans le voisinage 
do réperon. Un navire ainsi construit s'échoue moUumeul 
semble fait pour épouser la courbure du rivage, taudis qu'aui 
contraire le vaisseau de Graser se heurterait brusquement à la 
côte. Nous avons déjà fait observer combien l'avant ôtait com- 
plexe et combien il différait de l'arrière. L'avant de Graser n< 
nous semble pas assez fort pour supporter les épotides et surtout] 
l'éperon et le proeuibolion. Là, en eiTot, l'étrave formant avec l'ho-- 
rizontale un angle de ij9 degrés, l'éperon n'est qu'une pièce d6| 
rapport qui y est attachée plus ou moins solidement, mais qui aei 
forme pas corps avec elle. Nous voyons au contraire, dans la réa- 
lité, que l'éperon est lo plus ordinairement le sammet de l'angle 
aigu produit par la quille qui se relève et par l'étrave inclinée vers 
l'arrière, de sorte que pour écraser ces deujc parties et disloquer] 
la carène, il faudrait un effort extraordinaire. Quant au proeudiO' 
lion, on roconnaîtra combien il est faible et do dimensions insuf- 
fisantes chez Graser, si on le compare au robuste assemblage de] 
poutres qui le constituent sur les monnaies. Une autre imperfec- 
tion du navire de Graser, c'est que celui-ci ayant méconnu la na-J 
ture du stolos ne superpose pas à Tetra ve cette construction si ori- 
ginale destinée à couvrir et à protéger l'avant. Les acrostolesl 
avaient certainement dos proportions moins courtes et moins ra- 
massées que celles que leur assigne Graser. Cela est certain sui 
tout ix)ur les aphlastes , souvent si élancés et si fragiles qu'on' 
était obligé de les réunir au jx>ut par des étais. 

Si maintenant nous examinons le plan borizont;d doimô pai 
Graser de la iriore dans son De re navali^ peui-ôtre ii'est-il pas 
solument exact. Graser sup[>ose en oflet , que les deux paroi» di 
navire sont représerilccs piir doux lignes droites itarallèles» qui n< 
s'inclinent Tune vers Taulre pour se rejoindi*e que vers l-ivaiit el 
vers l'arrière. Ainsi que non» l'avons vu au chapitre de^^ nunes, 



âQUIPA^K , FORME, DIMKN3ION9 , ETC. Î45 

vraisemblable que la plu8 grande largeur de la trière était au 
malti-e-baii et que lo navire renflé au milieu allait on s'amincis- 
sanl vers l'avaut et vers Tarritre. C'est ce qui explique en partie 
{»ouniuoi cbaque ran^'ôe tàupérieure compte, à chacune de ses 
extrémités, un rameur de plus qu'à l'inrôrieuro. Si au contraire 
l'amincissement ne commence gu'.'i la TrapeÇitpeafa , on ne com- 
prend plus cette particularité notable de la disposition des rameurs. 
■ Quant à retrouver une espcrco do navire conmi qn'i nous donne 
de la trière une idée approximative, il est certain qu'on fait fausse 
rout^ on se rap[>ortant, comme Jal, aux galères du moyen âge, 
dont le système de construction était tout autre et qui n'avaient 
ni les façons fines , ni l'agilité de la trière athénienne. C'est , de 
la pai'l de Graser, une idée heureuse et vraisemblable, que d'être 

^allé chercher dans les mers du Levant et dans les caïques de Gons- 
lantinople, du liosphore et de l'Archipel, navii-es à la fois iust.a- 
bles et rapides, un type qu'on puisse comparer k celui de la trière* 
Si nous voulons nous rendre compte des dimensions de la 
Irière, il faut d'abord nous défaire do toute idée de comparaison 
avec les grands vaisseaux des marines modernes. La renommée 

Ides Grecs et le bruit de leurs exploits faisant Illusion , on est 
volontiers dis[K)sé h supposer à leurs œuvnis un caractère impo- 
sant qu'elles n'ont jamais eu. Le grandiose et le gigantesque 
n'ont jamais été le fait des Hellènes ; les qualités essentielles dé- 
ployées dans leurs constructions ont toujtnirs été l'esprit de me- 
sure, la précision élégante, l'iulaptation ingénieuse des moyens 
^m les plus simples à une Un. Ces qualités se retrouvent dans leur 
H marine, comme partout ailleurs, et la trière était certainement 
H au navire bien proportion ué et capable de produire tout son etret 
I™ utile, mais de dimensions restreintes. Nous avons vu qu'en 
assignanî. , suivant l'assertion de ViLruve, h. chaque rameur un 

■ espace de 3 pieds en longueur , nous obtenions un ^'yxwtiov de 
^B 94 pieds de long. Si nous admettons que, pour les trières athé- 
^P oiennes comme pour les galères da moyen âge, la longueur de la 
~ wftîitfïTia était le sixième ou le septième de la longueur totale, 

■ — ici les monuments figurés dilTeront troj) pour nous pennelLre 
H d'asseoir une conjecture, — nous donnerons k la -TTotpcieïpetaCot eu- 
H viron l'J pieds de long. La trière mesurera dune en tout une lon- 
V guour de 113 pieds, stjit, en évaluant avec UuiLsch (l), le pied 

groc à 0«,3083, 34»,8379 (2). 



i\) Metroloyie, tnb. il, i»,l^H, 

(ï) Graier, De H. N.. S 30, admetluat arbiiniremeDl i|u« choque rameur a 



246 



LA. TRIÉRB ATHÉNTENNE. 



Pour ce qui est de la largeur, nous pouvons Tévaluer d'une au- 
tre façon. Nous savon» eu effet ([ue le câble de l'ancre mesurait! 
8 oootrjAot de tour, soit un demi-pied ou six [louccs. Or, daus la ma- 
rine actuelle , chaque pied de la largeur du navii^e k la flottaison 
cori-ospond, d'après Graserj.'iun demi-pouce de grosseur du c^ble.; 
Gela donnerait pour la largeur de la trière à la ligne d'eau 12; 
pieds, soit 4™, 5630 (I). 

Nous pourrions employer une autre méthode, mais colle-ci 
encore plus conjecturale, pour déterminer la largeur de la trière à 
la flottaison: ce serait do lui iipiiliqiier les proportions de la lessa- 
rakontèro de Ptolémée Philopator, dont nous connaissons le de- 
vis (2). Celle-ci avait 280 coudées ile long et 38 de large airè twjxîSou' 
elç TtaipoSov, ce qui nous indique que la plus grande largeur du bâti- 
ment se trouvait à la hauteur de la 7tapo5<>ç. En faisant le calcul, 
nous trouvons entre la longueur et la largoui* uu rapport de 7,38- 

113 
Appliquant cette proportion à la trière , nous trouvons : -r-^ 

= 15,31 , c'est-à-dire que la plus grande largeur de la trière à la^ 
hauteur de la parodos était de 15 pieds 31 cejitièmos; et , eu ad- 
mettant que pour chaque rang do rameur raccroissemenl du 
bAtiment en largeur était d'un demi-pied de chaque côté, nous 
retrouvons presque exactement le chiffre do 12 pieds pour la lar- 
geur à la floltaibon. 

Dans ce cas , le rapport de la longueur h. la largeur est à [icu 
près 7 ou 8 (3). 

La [dus grande difficulté se trouve dans le rapport do la largeur 
à la hauteur. En effet, nous avons vu [\) que la trière devait 
s'élever de 1 1 pieds au-dessus de l'eau , afin de pouvoir loger ses 
trois étages de rameurs. On est alors obligé de lui donuor 8 [ûods 1/2. < 



besoin de 4 pieds en longueur, obtient pour Vltuoitty* une longueur do X'iï piedi. 
plua le sixième de la longueur totale i>our la izoLçiUipiTia . soit 2ô pieds, m 
tont U9 pieds puur Ia lungiieur de U trière. Toutes les mesures du Oe if. Af. 
sont expriuiées en picJs auglaiâ. 

(1) GraAcr. De R. S., îj 31 . considérant que ta Irièrc avait des façons fineSt 
porte sa largeur K la Uottaisuu h 14 pieds-, mais c'est \k une bypothèse pure-, 
ment gratuite. 

(•2J Àthén., V, 37, 

(3) Graser, De R. N.. 9, &^. fait remarquer que ces proportions, qui 
paru inusitées au temps de la marine h voiles, sont redevenues en usage d«pt 
l'iotroductioD de la marine à vapeur [>our les navires de guerre, les paquebots 
et les yachts. Elles ont même ùlà dépassées. 

(4) Uraser, De R. AT.. | 32 ; cf. g 53. 



ÉQUIPAGE , FORMB , DFMBNSrONS , RTC. 247 

de h;iuteiir sous Teau (1), ce qui fait une hauteur totale de 19 
pieds 1/2. Mais celte proportion soulève do la jiart des marins de 
sérieuses objections : dans la mai-ine actuelle, la largeur totale est 
toujours plus grande que la hauteur totale ; un navire construit 
dans les dimensions que nous venons d'indiquer pour la trifere 
courrait grand risque de chavirer. D'autre part^ si nous exami- 
nons ta trière do l'Acropole et que nous raesurions la paroi du 
navire à partir de la flottaison d'après les rameurs visibles sup- 
posés de taille moyenne» nous ne trouvons guère que 8 pieds 
pour la hauteur du kUiment au-dessus de l'eau et, en prenant les 
2/3 do ce nombre pour la partie du bâtiment submergée, soit 
un peu moins de 6 pieds, nous n'aurions plus pour la hauteur 
totale que 14 pieds environ, et nous nous verrions ainsi ramenés 
à des pix)porlions plus vraisemblables. Mais nous serions très 
embarrassés pour loger, dans une hauteur de 8 pieds, les trois 
rangs de ramciu^ superposés. C'est peut-être colto difficulté qui a 
porté Graser, bien qu'il ne le dise pas, à augmenter la longueur 
et la largeur de la trière. Je préfôrorais, ou m'en tenant aux 
dimensions données cL-dcssus et que je considère comme très 
\Taisemblables , supposer le sabord thalaraite à 1 pied 1/2 seule- 
ment au-dessus de l'eau, et réduire à uu demi-pied l'espace laissé 
au-dessus de la tête du rameur thranite et l'épaisseur du pout ; 
nous aurions ainsi 10 pieds seulement do hauteur de la ligne d'eau 
au pont et, en supposant (S pieds de tirant d'eau, J6 pieds de hau- 
teur totale, ce qui serait à peu près équivalent à la plus grande lar- 
geur du Ijûtiment. Dans ces conditions, la construction de la trière 
serait plus facile à réaliser. 

Mais il y a un auti*e moyen de sortir d'embarras. M. Berlin, 
ingénieur des constructions navales à Cherbourg , auquel j'ai 
soumis les dimensions ci-dessus, soit ; hauteur totale, 19 pieds, 
largeur maximum , 15 pieds, pense qu'on obtioudrail ainsi un 
Mtimont instable par défaut de largeur. 11 ajoute toutefois qu' « à 
la rigueur, avec des fonds solidement bAtis jusqu'à 10 pouces au- 
dessus do Teau sui-moulés d'une simple supci-structure on lam- 
lirissage, ■ le navire pourrait peut-ôtre tenir sur l'eau dans des 
conditions de stabilité satisfaisante. C'est là une remai-quable 
intuition que confirme tout co que nous avons dit de la construc- 
tion do la tricro. Le pont, simple passerelle allant de l'avant à 
l'arrière, n'était soutenu que par des solives de médioci*e gi*os- 



(1) Graser. suite du De /{. AT., Philologus, g UO, donne m^me h. Xo. trièro 10 pieds 
de lirânt d'c&u, en s'nppuynnt sur un passage du Beltum Alrxandrinumt c. 14. 

18- 



248 



LA TRIÉRB ATHÉNIBNNB. 



seur, et touto la partie supérieure du bAliment n'était romposéo 
que d'allonges et de bonlagos qui n'avaient pas besoiu d'iHrô bien 
robustes. Si l'on jette un cou|» iViv'il sur le navire do l'Acropole , 
PI. III, on verra qii'il doit être très solidement construit à sa 
partie inférieure; celle-ci est en effet jxïurvue de laides et fortes 
précoinles; c'est là i[uc se faisait sentir le contre-coup du clioc 
produit par l'éperon , et que se produisait la poussée des avirons. 
A partir de la rangée des rameurs lliranites au contraire, ou 
bien le navire restait ouvert, comme dans l'exemple cité, ou il 
n'était fermé que par des cloisons légères. C'est là un système de 
construction incotaui dans la marine moderne, mais qui juslifle 
les dimensions exceptionnelles do la iritre antique. En outre, 
le navire avait chez les Grecs sa charge princi[iale, c'esl-à-dire 
les rameurs, disposée le long de ses borda à une assez grando 
distance de son axe longitudinal, ce qui contribuait à adoucir 
les mouvements du roulis. Ij'éfjuiiibro était encore rendu plus, 
stable par la présence le long de chaque flanc des galeries eilé- 
rieurew, qui paraissent d'une lîU'>reur assez considérable sur h 
piédestal de la Niké de Samothrace. Toutes ces réflexions nousj 
permettent d'accepter comme possibles les dimensions donné< 
plus haut, et que M. Berlin ne croit pouvoir admettre que « souai 
la réserve d'un système de construction dont nous n'avons pas^ 
d'exemple. «• Or ce système de construction , je crois l'avoir suffi- 
samment exposé. 

Nous trouvons jusqu*.^ un certain poiiit la confirmalion de ces 
résultats dans les proportions de la tessarakontêre de Ptoléméel 
Philopator. Nous savons en effL-t iiuc celle-ci avait, do la li^no™ 
d'eau à l'acrostole, une hauteur de 18 coudées. Or, sur les monu- 
ments figui*és, bien (lu'il y ait do graiïdos différences, il semble 
qu'en moyenne la distance de la ligne d'eau au {X)nt soit égale k ^ 
celle du ponl à l'acrostole; cela ferait donc 24 coudées, de la floufl 
taison au pont ; si nous prenons les *2/3 de ce nombre pour la partie 
immergée, nous aurons 24-»- 16 =40, c'est-à-dire que la hauteur^ 
totale de la tessarakontèi^ aurait été de 40 coudées. Nous savonaH 
d'autre part que la plus grande largeur était de 38 coudées. 

Nous pouvons es]iérer avoir, dans f»eu de temps, un moyei 
facile do vérifier quelques-unes de ces mesures. On sait en eOie 
que les trières alhéniennes ét.iienl réparties entre les trois bassini 
do Zéa, de Munyctiie et de Kantimros, qui leur servaient dodépél. 
Lorsqu'elles ne faisaient pas campagne, elles étaient tirées à sec 
dans des abris qu'on apj>elait v«waowot. Les restes de ces vwûffoixotj 
subsistent encore sur plusieui-s j)0inL8, et lllrichs a signalé U 



ÉQUIPAGE, FOn«E, DT^TKNSrONS , ETC. 



241) 



premier lo aorvice qu'on rendrait h l'archéologie navale en les 
mesm-aut exacleraent. Ces mesures ont été , paraît-il , exrciitéos 
avec tout le soin désirable par M. le lieulonanl Von Alten, de no- 
vembre 1876 à mars 1877, pour VAtlas deE. Curtius et J.-A. Kau- 
pert(1). Eiies paraîtrontdmis la section consacrée au Pirée. Gomme 
anciens étaient trt'S ménagers de l'espace, on peut supposer 

le les dimensions des navires n'étaient que Lr('s peu inférieures 
à celles des abris. Ces mesures ont déjà été opérées par Graser, qui 
[tonsigaô le résultat de ses recherches dans le Pliilolotjus (2). 
leureusemont elles ont été faites avec tant de précipitation, et 
les moyens employés étaient tellement insuffisants, qu'on ne peut 
guèj-e accorder la moindre confiance aux résultats obtenus. 

En ce qui concerne la longncur, bien que Graser déclare que 
ses mesures concoi'deîit absolument avec les calculs qu'il expose 
dans le De re navali, il no se dissimule pas qn*il était bien difR- 
ciie de faire tenir deux cents trlî'res de 150 pieds de long dans le 
bassin de Zéa, et cent à Munychie (3). D'autre part, malgré son 
désir do faire concorder la réalité avec ses hypothèses, il n'a pu 
trouver que deux murs d*ahrisà Munychio qui mesurent 148 pieds 
de long. Ceux-là mômes seraient donc jilus courts »jue la trièi*c 
de Graser, quand il est plus qno probable que les abris étaient 
sensiblement plus longs. 11 est vrai que tous ces murs sont très 
dé^'radés, surl^^ut à leur extrémité inférieuro, qui, par un phéno- 
mène jusqu'à présent inexpliqué, se trouve aujourd'hui sous 
l'eau. Tous les autres murs sont beaucoup moins longs, et il a été 
impos^i^Ie, jusqu'à présent, de déterminer Jnsqn'oi'i ils pouvîiient 
s'étendre autrefois. Dans l'état actuel de la question, il n'y a 
donc rien do positif à tirer de là pour déterminer la longueiu* 
des IritTCS. Graser n'a [»as m^mc pu établir exactement si ces 
murs formaient la séparation entre doux abris contigus ou 
«'ils se trouvaient au milieu de l'abri pour 8or>ir do base à la 
quille do la Iriftre, de façon que la carène étant ainsi cxhauss<>e 
ks ouvriers pussent circuler librement au-dossous et y faire les 
réparations nécessaires. 

Quant à ce qui est do la largeur, les abris avaient des dimen- 
sions très diverses, jtuisqu'ils servaient à des navires très dilTé- 



(1) Àltat von Athen im Auftrage des kaiserlîeh dnmchen arehàologisehtn 
tmUtuts. beratiRgcgeben von b!. L'iirlius und J* A. KaMpert. I3erlin, ttf7H. Vcr- 
Ug V. Dtetrich Rctmer. 

(2) T 31, 1872, Urine Hessungen in dm alhenifchtn Krûghafm. 
(3} Ihid., p, 8 et 9. 



250 



LA TRIÈRE ATHÉNIENNE. 



reuls, depuis la poiiLékonlorc jusqu'à la peut^^e el ;\ ^hcx^l'e. 
Mais les abris mêmes que Graser assigne aux trièi-os no se trou- 
vent [»as égaux , chose bizarre , puisque nous savons que tous les 
agrès étaient identiques. Pour prendre un exemple, d'après le ta- 
bleau annexé à son mtMuoiro, Graser a mesuré à Zôa treize viuKroaoi 
dont les dimensions, y compris la moitié de la largeur des deux 
murs latéraux, varient entre 14 pieds anglais 833 millièmes et 
17 pieds 737 millièmes. Il est donc obligé d'admettre dos trières 
de différents types, dont rélnr^issement , h partir do la ligne 
de flottaison, n'est pas le même. Dans tous les cas, et bien que 
Gi'aser le suppose, il est difficile que les plus grands do ces vtwv- 
oixot aient abrité des tri^Tos ayant une largeur supérieure h celle 
que nous leur avons donnée, c'est-à-dire 15 pieds k la hauteur 
du sabord thranite; encore faut-il noter que Grasor n^ajoute à 
cotte largeur qu'un demi-pied de chaque coté pour la parodos , co 
(]ui paraîtra manifestement insuiUsant, si l'on se reporte aux 
proportions du piédestal do la Niké de Samothrace. 

Nous arrivons maintenant au tonnage. M. Bertin admet 
qu'un cible de huit oax-ruXoi de circonférence, soit 0™,1541 (I), 
équivaut à une chaîne de 0",020 de diamètre. « C'est là, dit-il, le 
câble d'un bâtiment de 60 à 70 tonneaux de déplacement. Je pren- 
drais le derninr chiffre, les anciens marins s'exposant moins que 
nous au gros temps sur leurs ancres. » Peut-être même faut-il, M 
en vertu de cette réflexion, forcor un peu le chiffre el le i)orter " 
à 80 , d'autant que la trière avait des façons remai-quablcment 
fines. I^e tableau du bureau Viritas donne, pour un ii»vire de 
60 tonneaux, une chaîne de 0"',022. 

Quant ïi déduire exactement le tonnage des dimensions du na- 
vire comme l'a fait Graser, c'est une opération que nous nous 
épargnerons {'2). En effet, [lour arriver k tui résulL'it ayant quelque 
valeur, il faudrait connaître toutes les dimensions; colles que 
nous avons ne nous donneraient qu'une a^tproximation gros- 
sière. 



(t) Hultsch. Métrologie..., Ub. Il, p. 298. 

(2) Graser, Ve H. A'., | 3^1, é^'&Uic la CApacitf^ de la tr\hrc . avec les dimm- 
sionR qu'il lui donne, k 2Si tonnes i 5. Mais dans la inarino militaire un ne 
se pr<k>ccupc jamais du tonnage nominal, qui est un chitfre de convention ri 
qui ne donne aucune indioMion précise ni «ur In grandeur ni môme sur la ca- 
pacitif du bAtimcnt. On ne considère que le déplacement. c'csl-N-dire le poids 
du navire, ou, ce qui est la mt^rne cboae. le poids du volume d'eau déplacé. 
<}raser. De B. A., g bà, l'évalue fc 2t6 tonnes 1/3- 



éQDlPAOB, FORME, DIMBXBtONS , ETC. 



251 



I 3. — Force d'impulsion évaluée en chevaux-vapeur. 
Qualités militaires et nautiques de la trière. 



Vitesse, 



On admet dans la mai*ine actuelle que le travail fait par un ra- 
meur n'équivaut pas tout h fait au dixième de celui qu'accompli- 
rail un cheval-vapeur. La lorce motrice de la Iricre serait ainsi 
égale à 17 chevaux-vapeur envii-ou , ce qui est bien peu de chose 
comparé à la force motrice dont disposen! les navires à vapeur 
contemporains. Graser (1) évalue ia force d'un rameur au hui- 
tième et môme au septième d'un cheval- vapeur; ce qui lui permet 
de donner une force motrice d'environ 24 chevauA-vajMiur à la 
Irirro. Pout-«îlrc, en cllctjfaul-iladincltroquo les rameurs anciens 
étaient plus vigoureux que les noires, et que Téquilibre 6tabli 
entre Içs deux parties do la vinuc Jour pennottait do produire plus 
d'effet utile. Mais ce n'est là qu'une conjecture. 

Pour obtenir la vitesse d'un imviru mu par des rameurs, on em- 
ploie la mi^tliode suivante. On calcnlo la .section transversale iui- 
morpée; soit B" cette section transvei-salcot soit N le nombre dos 
rameurs, la vitesse V en nœuds do Q'^fii (lar seconde sera donnée 
par la formule : 



^ Ba 



Mais ou voit tjue potu' obtenir cotte vitcssç il faut connaître la 
section transversale immerg*/o; or les données que nous avons no 
sont jKis suffisantes» car il faudrait uécessairomoul y ajouter la 
connaissance do îa courbe de la paroi du navire sous l'eau. Tou- 
t^ois, et fjour obtenir un résultat ai»proxitnatif , j'ai fait faire le 
calcul i»ar un ingt'Miieur, en sujjposant quo la partie immergée du 
navire formait un simple triangle, ce qui donne nécessairement 
un résultat ti*op fort, car la courbe des paj-ois du navire, ft moins 
d'être une courbe rentrante, ce qui est impossible, est forcément 
ext*;rieuro aux côtés du triangle. Le résultat a donné une vitesse 
de moins de trois milles par heure, soit moins de cinq kilomètres 
et demi. 

Mais, ainsi que je l'ai plus d'une fois répété, nous ne connais- 
sons pas assez exactement les dimensions et les formes de la trière 
pot»' accorder à ces calculs une grande confiance. 11 vaut donc 



{\) De H. A., g 48, cii note. 



252 



LA THIËHB ATHÉNIBNNB. 



mioux nous en rapporter aux Lénioignages que nous ont laissés 
là-dessus les anciens. 

La vitesse qu'ils obtenaient pour leurs navires à voiles n'était 
pas de beaucoup inférieure à celle que réalise notre marine, ce 
qui prouve une lois de plus que les anciens avaient poussé fort 
loin la pratique do l'art naval. Apollonius de Rhodes (I), on par- 
lant do l'Atlios^dil tjn'il est éloigné de Leainos de la distance 
qu'une holcade bonne marcheuse parcourrait du malin au milieu 
du jour. Maltieuiûusement le porte ne nous indique pas l'heure 
du départ. Si nous plarons le matin h six heui*es, comme il y a 
de TAthos à Lemnos environ 70 kilomètres en ligne droite, nous 
obtiendrons une vitesse d'un peu plus de 1 1 kilomètres et demi 
ou d'environ fi nœuds et demi par heure. Qnand Léokrate,au 
moment de la bataille de Chéronée, quitte Athènes pour Rhodes, 
Lykurgue dit qu'il s'en est allé dans un pays distant de sa patrie 
de quatre jours de mer (2). Pout-ôti-e Léokrate était-il parti sur 
une tri('^ro, car Lykurgue emploie le mot wû; (3). Or il y a, en 
ligne droite, du Pirée h Hhodos, environ 440 kilomfîtres. Si rou 
ne compte que douze heures de navigation par jour, on obtient 
une vitesse d'environ 9 kilomètres ou de 4 à 5 milles par heure. 
Mais le trajet au milieu de l'Archipel ne se faisait pas en ligne 
droite; il faut donc augmenter sensiblement la vitesse obtenue 
et la porter à lU ou 1 1 kilomètres, ou environ G milles [tar heure. 
8i , d'autre part, nous supposons qu'on ne s'arrt^tait ni jour ni 
nmt, nous serons forcés de diminuer la vitesse de moitié; mais 
nous savons qu'on n'agissait ainsi qa'en cas de circonstances' 
extraordinaires; or notis avons à nous occuper ici d'une distance 
évaluée dans les conditions normales de la navigation. Thucy- 
dide (4) nous apprend que de la ville d'Abdore jusiju'A l'embou- 
chure de rister dans le Pont-Euxin, on comptait, pour un vais- 
seau rond aVec vent arrière , une navigation de quatre jours et 
d'autant de nuits. Or U'Abdèi-e à l'embouchure de ITstor dans le 
Pont-Euxin, il y a, si l'on suit d'un i)eu loin les sinuosités de la 
côte, environ 1,000 kilomètres, ce qui fait à peu près par heure 

(l) I. 601 Cf. Scol. ad h. L . ' 

Çl) Ljrkurg. , c. LéoHr.t | 70 : Tiji fcu^ovri ri^v iroiTp(3a Tcrrapûv if^tpuv itXe/Qv 
itc PoSov. 
(3) 16W.. 8 17. 

ành 'AKtipwv nôÀiiiK iz tAv KvÇitvov IIÔvTOv tAv p-i'/fii Horpou noTafioù • O'jtt, im 
piïtXw; ivzh f. x^ ta 'uvtsinoiTOTo , {)v Ati xatà wpij(j.vav l<rE^Tai to Tcv6'j|ia, vul 



ÉQUIPAGE, FORXB, OIMCNSIONS , ETC. 253 

10 kilomètres et demi, entre 5 et 6 nœuds. Si l'on veut des exem- 
ples do traversée rapide» on ou li*ouvcra quolrjuos-uns réunis par 
J, Sraith (I|. Los préfets Galôrius el Balbillus firent, le premier eu 
sept jours, le second en siic, la traversée de Mesâiue à Alexan- 
drie. Or les paquobots-posto français mettent actuellement six 
jours et demi pour aller de Marseille à Alexandrie Via Messine. 
Valérius Marianiis, par une brise très modérée, alla en neuf 
jours de Pouzzolos à Alexandrie. La traversée de Gadès à Oslio, 
par un bon vent, ne duraiL que sept jours; ou allait à Ostie, du 
point le plus rapproché do la côte espagnole, on quatre jours, de 
la province Narbonnaiso en trois. d'Afrique en deux. Cola donne 
une vitesse qui varie entre 6 et 8 milles h l'hoiire; sept milles à 
l'heure sont encore actuellement, (jour les navires k voiles, une 
vitesse très honorable (2). 

Ce sont là des traversées accomplies par des bâtiments de 
commorce; la vitesse de la trière devait être supérieure, puis- 
quelle avait des formes plus fines oL qu\'i rini[mlsion du vent elle 
ajoutait relie qui lui ôLait connnnniquéo par ses rameurs. Cette 
rapidité dans la mai-che était une dos qualités que les anciens 
[irisaient le plus en elle, a Ponniuoi, dit Xénophon |3^, une trièi-o 
chai'yt''o do monde est-elle un objet d*cffroi pour l'ennemi, d'ad- 
miration pour les peuples alliés, sinon parce qu'elle est bonne 
marcheusey » G raser (4) cite oonmie exemple de la vitesse de la 
trière, rappréciation suivante de Xénophon : « D'Héi'aclée k By- 
Eance il y a, pour une lrièi*e, un long jour de marche en s'aidant 
des rames, n II estime la distance entre Héraclée de Bithynie et 
Byzauceà 16(3 niOles et le lon^' jour à seize heures. Il obtient ainsi 
une vitesse de 9 à 11) milles [niv heure, oe <jui est eiiroi-e .mjour- 
d*hui pour les bateaux c'i vajKïur une très bonne vitesse, et conclut 
que c'était \k la vitesse normale de la trière marchant .simiilemenl 
ti la rame, .l'aime mienx supposer qu'il s'ai,'it ici d'une vitesse 
maxima, et que xoncaiç signifie, comme je l'ai traduit, « on s'ai- 
dant des rames, » ce qui n'exclut pas Tusago de la voile; car, do 



(1) Traduit par H. Thicrsch, (I^er dm Sehijfbau..., p. 3i. D'aprè» Pline. 
«.A'., proœra. ad lib. XIX. 

(î) Arrien, Peripi, Euz., c. G, parle Je 500 stades, cusl-à-dire plus de 
SÛ millcj. iiarcounis depuis la lever du joiu* jusqu'à midi, ce cjui dounc au 
moins unr vitesse de 8 milles h. l'heure. 

13) Settnom., 8,8: xal Tpii^f/Ti; 3ê tôt ri ni'ja.'f^f.évrt àvOpûiKriv 5ii xi i).>o foCc* 
fôv i<Ki no>.£|&{o(; 9, çtXoi; i^'.oHa.'zo-v ^ ou to/O 7t).6î; 

i\) De H. A'., i 77, on note. Xt-noph.. /inrti»., G. -l, i : xoii tpi^ptt |Uv «dtw ù 
^UpamXiiav ix BuCotvtiov kuikoli; -^.(icpa; i«A>fX (Jloix^ irXov;. 



^54 



LA TIIIËKB ATUÉNIBNNB. 



quelque façon i]u'on suppose la trière construite , je ue vois pas 
commeuL ses 174 rameui's auraient pu lui imprimer une pareille 
vitesse. 

Ainsi au sujet des dimensions et de La vitesse de la iriëre, 
nous ne pouvons arriver qu*à des résultats approximatifs; mais 
nous en savons assez pour avoir une idée do la physionomie du 
bâtiment et pour apprccior ses qualités et ses défauts c^i la mer et 
pendant le combat. Jja trière était flno et bonne marcheuse; c'était 
là une do ses qualités principales. Elle était fort élevée sur Teau et 
peut-être, malgré Tingénieux système de sa construction , moins 
stable que ne le sont nos vaisseaux modernes; mais ce défaut n'avait 
pas pour les Grecs rimiK)rtance qu'il aurait pour nous. Eu effet , 
on sait que jiour los Grecs la navi,i,Titioa commençait an printemps 
et cessait à l'automne ; ce n'était que par exception et en cas d'ab- 
solue nécessité qu'on naviguait l'hiver ; or, pendant la saison 
d'été, la Méditerranée est ordinairement d'un calme parfait, et ce 
n'est que rarement que les ouragans la bouleversent. La trière 
n'était dune pas destinée, comme nos navires, à affronter les ri- 
gueurs de l'Océan presque toujours houleux, mais à silloujior les 
eaux paisibles de rArchi[iel semé de ports et de refuges. Nous sa- 
vons du reste quels ravages la tempête faisait dans les (lottes des 
anciens , qu'un ouragan bru8(]uement déchaîné suffisait pour 
anéantir. C'est ainsi qu'à l'époque des guerres médiquos les Grecs 
durent leur victoire sur l'escadre perso, autant au mauvais temps 
qui semblait s'attacher à elle pour la détruire, qu'à leur propre 
valeur. 

Pour bien comprendre les qualités et les défauts de la trière , 
il faut toujours tenir compte des parages dans lesquels elle était 
destinée à naviguer et des conditions atmosphériques. Du reste 
elle pouvait presque toujours, à l'aide des avirons, se soustraire 
aux câitrices du vent et gagner la côte prochaine. Nous avons vu 
combien, par la nature mtîmo de son groement, elle était appro- 
priée à la navigation côLière. Quînid elle avait vent arrière , olle 
ouvrait hai*diment ses grandes voiles, et, grAoe à ses formes 
amincies, elle volait légèrement sur l'eau ;-si le vent n'était pas 
favorable , elle [louvait louvoyer à l'aide de ses voiles latines el 
se servir de la force de ses rameui*s exercés et disciplinés. Lors- 
que la mer devenait trop houleuse, on avait la ressource de ren- 
trer les avirons , et, grûcc à l'ingénieux système des askomes et 
de rhyiK)b]éma , on ne craignait pas que l'eau ne pénétrât par 
les sabords. En somme, la trière offrait une réunion très liou- 
reuso do la voile et des rames, et, si elle ne prûseulait pas la sia^ 



ÉQUIPAGE , rORUE , DIMENSIONS , ETC. 255 

bilité de nos vaisseaux actuels, elle circulait avec plus d'agilité au 
milieu des bas-fonds, des écueils et dos îles de l'ArchipeL 

C'est surtout comme navire de combat que la trière était re- 
marquable. Outre qu'elle était fort i^'i-acieuso et fort élégante, elle 
réunissait un ensemble do qualités rarement associées. Toute 
sa force semblait aboutir à l'éperon, dont le choc, moins puissant 
que dans les navires modernes, était cependant meurtrier, quand 
la trière, mise en mouvement par ses rameurs , allait donner do 
la tôle dans le flanc de Tennemi. Il était heureusement complété 
par le proeinïioîion, encore inconnu ^ nos esculres contempo- 
raines, mais qu'on pourrait peut-étro emprunter â l'antiquité; le 
pmembolion était destiné h achever l'œuvre do l'éperon et à en 
atténuer les dangers pour l'assaillant. Si l'avant était admirable- 
ment agencé pour l'offensive, il avait aussi ses engins défensifs. 
IjGS lar^'os épolidos , arc-boutées jiar des contreforts puissants, 
pouvaient soutenir un choc sans faiblir, et le stolos n'était pas 
seulement une construction élégante et originale, graciousomeut 
couronnée jtar les acrostoles , c'était aussi une protection pour lo 
chAteau d'avant qu*il défendait contre lo Ilot et contre Timpé- 
tueuse attaque de Fennemi. Enfin , — et c'est un poiut capital 
dans lo combat, — quand la trière était montéo par des équipaROs 
exercés et disciplinés comme ceux dos Athéniens , on n'aurait pu 
trouver de navire qui fdt plus agile, plus obéissant, mieux dans 
la main do celui qui le commandait. 
Du reste la trière n'était pas réduite h agir uniquement à 
»ups d'éperon. Si l'on no peut comparer les effets produits par 
dauphin iï ceux de i'artîlierie moderne, ces lourds engins , 
sus[»endus aux vergues et capables do fi-acasser le pont du navire 
inemi , le tenaient cependant h l'écart ot no lui permettaient 
^a de s'approclior à la légère pour tenter l'abordage. Lo navire 
était d'ailleurs gardé ot défendu par des archers ot dos soldats ot 
leur offrait un nombre considérable de jMDsles appropriés à la 
fois i\ roffoiisive et à la défensive. On mettait eu clfet des hom- 
mes dans la hune pour écarter l'ennemi h. coups do traits; on 
en niotlail aussi dans des tourelles disposées sur la couverte à cet 
clfol, surlo pont lui-niénioot sur les gaillanls d^arrièro et d'avant; 
oufiu il semble que la pamdos leur fût prticulièrement destinée. 
Là, sus[»endus aux flancs du navire, couverts (rar le bastingage 
et |*ar leurs boucliers, ils défendaient A l'assaillant l'approche du 
vaisseau. 

Assurément la trière no dïH(iosait [»as dos moyens d'action 
puis.sants inventés par la science modorue ; malgré l'assertion 



256 



I^ TBltKlI ATKâNfKN?4K. 



d'Euatathe (l), elle n'était pas commodément aménagée cotmne 
nos vaisseaux, qui sont do yéritablea maisons flottantes; mais 
c'est mie œuvre remai^guable â tous égards, qui mérite d'attirer 
ratteiHion des hommes du métier et qui tait hoaiieur h ceux qui 
Vont inventée d'abord et successivement amenée ensuite au pi as 
haut degré de perfection. 



I 



INDEX 



DES MOTS GRECS CITÉS ET EXPLIQUÉS DANS LE PRÉSENT VOLUME. 



N. B. Oa aa Irouvera pas ici les noms de naTires dont le catalogue est donné p. 106-ttî). 



A 

Pages. 

'ATxiXil.". 2n 

'AtxXiiw 47 

"AYxoiva 217 

'A-pcotva Siic).)) 217 et suiv. 

*Atxû3iîj 186 et suiv., 2!7 

'Aptvpa 90 et suiv. 

'AÇuI 148 

'AxÀTtov 182, 201 

'Ax^iov àpupTipii^v. . • . 126 et suiv. 

'AiuKTOc 180,201 

'Axpa xoputilSa 80 et suiv. 

'Axpoxépsta 186 et suiv. 

*Axpo(Tt6Xtov 80 et suiv. 

'A(iiSo>a 186 et suiv. 

'Atit».at Tûv TcXoKdv 160 

*A^?i|i^Tptov 39 et suiv. 

*A[L^funi^ 68 

*Avrr]p(c 68 et suiv. 

'AvTtrdXxvK 35 

'AvTtxAv<rp« 31 

'AvcXiifta 46 

*A-rtXirEi(ip 46 

'AvrXvi-r^ptov 46 

*AvTXia 45 et suiv. 

'AvtXucvtXiit^P 46 

*AvtXCov 46 

'AvtXov 45 et suiv. 

"AvtXoç 46 

'Apfuvov 193 

'A^^. , . ' 164 

'A^vUkxw , 18 



Pages. 

*Aaàv8tov .- ■ ■ ^ 

'A(ncu[ia . 157 et SUiv. 

'A<nti86îa 61 

'ArpaxTo; 172 et suiv. 

AÙTepéTïic 239 

Aùxéviov 102 et suiv. 

AOx^v . 102 et suiv. 

"AfXaTcov. . . 80 et soiv.i 96 et suiv. 
'Aqïpaxtoc. . 137 et suiv. 

B 

Bwpoà 62 , note 7, et 194 

r 

r^TTpa 39 et 41 

roûXo; 48 

ro[icpia 43, note 5. 

rô|jL9o; 43 et suiv. 

rOata 88 

A 

AaxTuXio; 88 et tU5 

AeXçEc 189 et suiv. 

Aé^^tç 62 et suiv. 

AtâCve 148 

AfatTa 45 

AiàçptxYiuc.. 146 et 160 

Ai^py]; 128 

AfxpoTo; 130 et BUiv. 

Atoxot 37 

Aimixaix-^ 137 

AtfOjpa 62, note7t 



258 



INDEX DES MOTS GRECS 



AA>ttv 181 cl suiv. 

Apâ«XB< etS^oxoi. . . . 27 et But V. 



•ETfXÉvCç, éictiYxsvk 28 cl 58 

'Etxo(Xio 37 et auiv. 

•Ettxwwov.. - 57 et auiv., 142 et suiv. 

*Efiit^it\m 154 et auiv. 

"E«oyoc 44 

•EW)Xtov 148 

'ESb)).iov 'Tr(Mi>paTix6v. . • 70, DOte 1. 

Elxéffopoc 127 

TEicaTévTOpo;. 127 

ïxxxiSsx'^pT);. . ...••.«.. 128 
TE|i6oXov et £jt6o>o«.. . . 71 et suiv. 

'EvQéfttov 35 

"Ewiov 155 

%vtEp6veia 38 

*Eici6inîs 236 et suiv. 

•Eir{Ôpo(ioc . 181 et suiv. 

'Enf&Ti^a OcopaxcCov 85 

'ETiUptov ■ • 175 

*E7îtXWTt7;T^p 150 

%ict<Tcîo-v 35 et % 

*ETitaxa).nI; 58 

*Kmmtvj7i. 12 

licurrpo^^ 70 

'Emfs^tlivr^. 129, notoS, et 148. note 7. 

"EffiTovoç 210 et suiv. 

"Eirtoric 68 et suiv. 

•Epci8e 163 

"Epwpii; 154 

*Ep[i.(k. 45 

1>7X*P*^4 ^^^ 

EùSiotto; 40 

Evv^ M 



Z<tyu>z et ;utfTifK 128 et suiv. 

Zuyiv et C^yô;. 41 et s., 130. 148 et s 

Zûfu(ia 42 et suiv 

Zviffcwi* 140 

ZùhttVjp 50 

11 



eotXonCa 129 

eàXa^io; 130 et 148 

epavtov 96, cote 2. 

9pov(TDç 128etsuiT. 

apôvo; 130 et 148 

I HupaxeTov. •• 85 

ewpdxtov 172 et SUIT., tT8 



'HXïK. . 



112 et Huiv. 
... 43 



a 



6aXi|Mi(i QaXâ|&toc. [>a)>a|iitT](. 128 et s. 



I 

*ïeyvT^p 107 

Ixpia 7cpv(ivTi; 47 et »uiT. 

txpia irpùpoc 47 et sulv. 

Ixpiov 47 et suiv., 173. 175 

IxplbïTTip. ..••*.*.•.< 48 

•XliaTo» ^ffiLa 46 1 note 7. 

IjAOç 46, 214 etBUÎT. 

'I[iOviâ 46 

1(rita ).t:rtd IM 

*I«iaTcax*a 193 

'iatiov 192 et suiv, 

'|/rr(Qv àxdtiiov. 183 et suiv., 200 et t. 

'IffTtov jjiTa 192 et «uiv., ÎOO 

'i<noT:U-n *'''* 

15t6; 172 et Bul¥. 

Iffxô; ixdTiioc 179 €t auiv. 

*laT6; lUYtK 179 et suiv. 



KoSCffXoc 46 

KoJot 46 

Ki>oi , xàUieç , iwi>vaiai. 195 et suiv., 

204 et suiv. 

Kapx^fftov. . 172 et suiv., 177 et suiv. 

Ka-ràfiXTi(Aa 63 

KaTaoxtvin I» 

KaTâTrptujia. • . • " 

KaTâfpatM-*)' 139 

KatdçpoixTO; 137 cl suiv, 

K«;bu«7i;. . . 162 et s.. 224. 233 et s. 
Kepafa, xepa;. - . . 17.S. ISG et «uiv. 
Kcpaia S6).qptv69&poç. ■ . 189 cl «m v. 

Kepatst âxdTCtot 18al 

Ktpaîai XiOoyôpOi 18** 

Kspatxi tUT**«i' 1^ 

Ktpotaï 1*7^ 

Ktpowx**^ • ' '*''* ^^^1 

Ktpxoci xptxoî, xvx).Oî 213] 

KiTit; 41 

KoOt, v«ù; , xoTXov otw^o; ^4 

Koptiivr, 80 et suiv. 



CITÉS ET EXPLIQUÉS DANS LE PRÉSENT VOLUME. 



[««iH-^î' • *''• *^^' 2^^» ^^*^ ''^ ^■ 

;v6Epvr,Tiwîi "" 

;Otw 39 et 41 

[ftinai ictptvw^ UOeLsuiv. 

k^atov * « • I J^ 

trf« 16 et 161 

Kûim !&3etsuiv, 

KtMHlTTiP *^^ 

Kmkwt^P • • • ^S 



A«îçoc 193 

A7iv6( 172 et suiv. 

Aifiwpviît; 24» note 2. 

Atfupvtxfld 22, note 2. 

M 

Mvxpi «c)oTa. luntpal v^e< 23 

M^TOt, [ji(70upoi 105 et 9UÎV. 

Miirofcov G7 

MT]vi<nto<. « «... lûU 

Mvi^luiTa xa>if)Sû<iv.. . • 206 et su jv. 
M^Tp» 39 ot stJiv. 

MoviifrT); ris 

MovôxfOToc 130 et fluiv. 



259 

PagM. 

62 et suiv. 

62 et suiv. 

... 194 
175 et suiv. 
. . . . 66 



Itek. 

KaOc SiXçtvoçdpoc 1 

Nacûrnc 235 et suiv. 

Ncîw 13 

Ncûooiiux 27, 248 et Biiiv. 

eOc.. 38 et suiv., 56 



nopa^^ûtiOtTa >€uxà. • 

nopa^^ytiMa •cpix"*- 

ïlapiaEifiOv.. .... 

napaTîiTvi; 

Dapeid 

napeUtpsofa 58 

HâpoSoc. ........ 59 et suir. 

ncfor^aTOi 88 

lÎÊVTirjxovTapx** 234 

nevtr)xovTatpx<K-- • • 168, 233 et »uiv. 

nEVTfix6vTop(K 127 

Ilcpixxfa^aia 83 et suiv. 

nepivcu;.. . 180 et auiv., 238 et suiv. 

nspttôvaiov 41 et 95 

ïliptiovov. 58 

nï|î(i>iov l02etBuiv. 

ÎD.arr\ 165 

meupâ 5S 

moîov 24 

îîoû; 221 et suiT. 

npûitig6Xtov , icponiÊoXic , itpoé(i6oXov . 

3tpotlJteo>o; 71 et suiv, 

riprinov; 221 ct suiv. 

npoTO|tii 66 

npÔTovoc 209 et suiv. 

npûH-^a et «pvjtvTn- ... 93 et suiv. 

nputiv^ma 88 

Qpùpa 65 ct suiv. 

TTpwpdiTTiç et iipci>pEu;. . . 230 et suiv. 

riTEpvot 172 et suiv. 

nxepôv 66 et 154 

nT£puY«t WTepvytov.. . . 103 et suiv. 
llTV/iî et îcTvxt*. 66 et suiv., 82 et a. 

nup-ïiSia 52, note l. 

(Tup-foùxoc 52, note I. 



'Oft6vi) 103 

OtaÇ 102 et suiv. 

OIxT)iia 4A 

*OUa oxdçT] 24. note 2. 

•Oirft 156 

"Ok)ov 54, note 1. 

'OpOiaÇ 174 

Oûp(a[x<>c 1^4 et suiv. 

'07()a>|i5<.. . . 66 et suiv., 83 et 157 



n 



natpâCXii}|ia. 



63 



PCCa 103 

Po6iâCeiv 163 

PàOtov t63 

l*vic«tcaï 104 



liiiaivot 22. note I. 

£a;itaxÀ; Tp6no< 22, cote I. 

LavU M 

Uliz 41, note 4, et 146 

Zil\Lai 41, note 4. 

2:inapo;. . . 1S2 et suiv., 192 ct iulv. 
StÛTCtx 105 



260 



INDEX DEfi MOTS GnECS EXPLIQUÉS DANS CB VOLUME. 



Zxa>(i6; !65 et siiiv. 

XxeÙT) xpe|i.a(rrd, (0>iva, ic).£XTd. 170 et s. 

Sxevi) 'TptinpiTtxi 171 

Zxïiv^. ...» toi 

Srafilvcc.* v . • . » • . 48 et auiv. 
&rcl^.« . ^ . . . . - . 33 et auiv 

£t(xoc. ... « 128 

St^Ioç.. 79 «t suiv. 

£TpatY;YÔ:* .>.*••. 221 et suiv. 
ilTpoYpi)» lïiotii, <rrpoyyu>an v^&c.. 23 

XTpa>TlQp. 43 

ÏTvXi:. omJ.tTx»; 97 et suiv. 

'£0|il5o>a 18G et siiiv. 

iMfjjintw.- 196 ce sujv. 

Içooc.. k t29, noko 5.-et 14», noie 7. 

£3(otv(a &Y^ûpeiGc> 69 

Ixotvîa àrÔTuoi. i * . . » 88 et suiv. 
l^oLvia é^2âxTV>at.. ...**.. 8U 

£;fOiv(ci «TBiyua. ..... SS et Suiv. 

2ix<3(vla ôxTbi^ixTvXat ...... 89 

IXAtvtov 204ettuiv. 



Tanta.: . 96 et suiv. 

Totpfô; et Tapffôç 153 et suiv. 

Tftf^^u|i2 et Tdpawiia . . . 128 et 153 

Ta^'^^a vaO< 24, note 1. 

T6tTwv 17 

^/pOpiot 195 et stiiv. 

TtpOpôv 19J 

TepOpwrnp 7(^ 

TeTaapaxovTT.pï;; l?K 

TcTffapaxovTOpo; 128 

Toîxapxo;. IG7 et aniv., 234, 230 et s. 
Toï^o; . ..*..... 53 et suiv. 

Toty^o; 6ilià; 53 

Tot/o; eOf>>vu(iA; 53 

Toïïtîov 204 cl Biiiv. 

Tçi6,ntt,t. I7G 

Tpd^TlS. ..%... ^ . 58 et suiv 
Tpâj^i)).»; 173 et auiv. 



TpîitMt l5C 

TptaxôvTopoc 127 

Tpt^^potpxo; 224 et suiv. 

TpLytpaûXTic . . L62. 166 et suiv., 224 

Tpir.pyi; 128 

TpiYiptxôv IGG 

TptviptxÀç Tiîno; 22 et SU ÎV. 

Tp^xpoTO( 130 et soi V. 

Tpoi:iSE( 37 

TpoTîiiia 29 et 37 

TpoRt; 30etBuW. 

TpÔTït; SeuTipa ..«••••..* 32 

Tponoi 75 et suiv., R4 

TpôïTo; i . a 

Tporo;. Tpo^faiT^p. . 106, 155 et suiv. 

Tç,K,y\Ua.. 213 

Tpû)r6c 213 

XpùintiuL. . » 1&6 et suiv. 

TOXo; 156 



'rdpoft^xii 43 

Twipa 219 et suiv. 

"iTinjpjisia . Î39 

*VT:r|pi'JïO> 149 

'Vn'iOr.not 57 

*rT:ùC<*)|i^a &6 et suiv., 103 

*r?cc«at 197 

•1» 

<l>â>.xr,; 34 et suiv. 

*I>0£ip 103 

X 

X«>tvô; 107 et auiv. 

Xe)A)7(ia • 31 

XtXojvT] 32, note î. 

XïjviTXOç 85 ellOO 



*Û liitin, û^âic.-. -. . • 1^2 et suiv. 



ERRATA 



SiaCrp. 
du seizième et du 



dix< 



iitex 



Page xzi , note 1 , ligne 2 , xu0cpviiÎT a< , lisex 

— XZtVy — l , — 1 , SiatT^, — 

— 4, ligne 40, du seizième siècle, — 

septième siècle. 

— 6, note 3, ligne 1» in-4'' — in -8*». 

— 8 , lignes 30 et 31, trouvé par Lcnormant sur l'Acropole d'Athènes en 

1852, lisez signalé en 1852 par Lenormant comme se trouvant sur 
l'Acropole d'Athènes ■ 

— 16, note 1. ligne 2, 4| 

— 22, — l, — 4. Naùç 

— 28, ligne 16, tolétière 

— 29, note 3 , ligne 6, explicant 

— 30, — 2, — 1, otxoSotuttato Txoc 

— 38, note 8, ligne 2, Tofovfic 

— 43, ligne 19, yo\tJfoi 

— 57, ligne 4, Tesséralcontèrc 

— 76, — 2, es 

— 78, note I, Dei 

— 85, ligne 10, développement 

— 86, note 1. ligne 1, npupa 

— 92, - 

— 93, 

— 97, ligne 5 , 



— r — 2 I ^Ï«**k08 



fi- 

tolelière. 
expliquant. 

oIxoSofuïTat oTxo(. 
TotôvSe. 

Tcssarakontère. 

les. 

Die. 
développement. 

Séleukos. 



— 100, note 1 et note 2 

— 104, — 3, 

— 132, — 1. ligne 2, 

— 149, ligne?, 

— 149, note 1, ligne 2, 

— 149, -2,-1, 
-153, - 

— 156, - 



,1 



Phaselis 



Phasélis. 



Berjtos — 

revulsis — 

Demos — 

oO — 

%àia — 

8, tapa6d|iaTaxaXoCvTat — 

l, ligne 1. ixStôevrat — 



Bérytos. 

reductis. 

Démos. 

x^ta. 

Tap4ru[jLaTa xaXoOvrai. 

Jxdéfievtai. 

— 165, — 5,-6, Ixài'qjv — IxdiaTTiv. 

— 167, ligne 11 et suiv.. Ainsi que chez les Grecs, dans la marine moderne, 

listM Chez les Grecs , comme dans ta marine moderne. 

— 168. ligne 8, ils devaient être soumis au kéleuste, lisex ils devaient avoir 

pour subordonnés les kéteustes. 

— 220, ligne 14, hAler, ittef haler. 

— 237, ligne 31 , presque exactement , n^rtmex presque. 

— 242, ligne 10, hAler, tiMf haler. 




1 



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1 



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Q 

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■Ld 

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LU "2 

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z -o 

4) 




1. 



BIBLIOTHÈQUE 



DSfi 



tCOLES FRANÇAISES D'ATËIS ET DE ROME 



FASCICULE VINGT ET UNIEME 

ÉTUDES 0*£PI6RAPHIE JURIDIQUE. De quclqueti iiiiwriptidns rcla(ivc!< h rndiiiini:*iriiiiun ilo 
[Moclétion. — 1. VExatainalor per Jlaliam. — II. Le Magistn- xacrariiin cof/nilionum , 

VAR M. Edouard Cvi^. 



ÉTUDES D'ÉPIGRAPHIE JURIDIQUE 



DE QUELQUES INSCRIPTIONS 



RELATIVES A 



L'ADMINISTRATION DE DIOCLÉTIEN 



1. L'EXAMINATOR PER ITALIAM 
IL LE MAGISTER SACRARUM COGNITIONUM 



PAR 



Edouard CUQ 



AMCIEN MEMBRE DE L'iCOLE FRANÇAISE DE HOME , PROFESSEUR 
A LA FACULTÉ DE DROIT DE BORDEAUX 




PARIS 
ERNEST THORIN, ÉDITEUR 

LtflRAtRB DBS âcOLBft rRANÇAlSES dVtHÈKBS ET DB HOMB 

DU COLttol OS niANGB R DB L'AgOLB NORMALE BUPÉRIKmK 

7, ROB DB MÉOICIS, 7 

1881 



INTRODUCTION 



Le rb.gne de Dioclélien occupe une place dos plus importantes 
dans riiistoiro do l'ompiro romain, La constilulion politique est 
changée j le principal fait place ci la monarchie absolue ; il sem- 
ble qu'une bve nouvelle commence. Pourtant, s'il en est ainsi à 
certains égards, cela n'est plus exact quand on se place au point 
de vue purement administratif. L*ancienno organisation subsiste ; 
on se conlonlG de l'approprior au but que poursuit désormais lo 
gouvernement impérial : centraliser tous les pouvoirs enlro les 
mains du chef de l'Etat, établir une hiérarchie de fonctionnaires 
faisant sentir son action dans touLos les parties de l'empire. 

Au premier abord, cette manière de voir paraît difficile à ad- 
mettre. Quand on considère Torganisatiou de l'empire à la fln du 
quati'ième siècle , telle que la présentent la Noiitia digniialum et 
le Code Théodosienj et qu'on la compare à celle des deux premiers 
siècles, on n'aperçoit aucun rapport, aucun lien qui les unisse. 
El cxîpendant ce lien existe. Los institutions romaines se sont sim- 
plement développées dans cet intervalle de quatre siècles. Entre 
colles que Dioclélien a trouvées à son avènement au trône et celles 
qu'il a laissées après lui , il n'y a pas solution de continuité. 
L'intérêt di'amatique do l'histoire eu est peut-être diminué; l'ima- 
gination se plairait h voir en cet empereur le créateur d'un ordre 
do choses entièrement nouveau. 

Pendanl longtemps, il est vrai, on a pris celte illusion i>our 
une réahtc , à cause do la pénurie des documents relatifs l\ l'ad- 
ministration de Dioclétien. On croyait la connaître suillsamraont, 
grdce aux monumetits de la législation romaine du quatrième et 
du cinepiièmo siècle. Mais les dôcouverles épif^T.iphiques faites 
dans ces derniers tcin[is, en nous pernietlant do recuiistituui' dans 
ses traits pnnci|>aux l'histoire du règne de Dioclétien » nous oLli* 

l 



TNTRODUCTrON. 



genl à lo considérer comme une époque de transition. On en 
trouvera la preuve dans les pages qui vont suivre , et où j'ai 
étudié quelques-uns des fonctionnaires de Tadministration ro- 
maine sous cet empereur. Jo mo suis particulitrement attaché 
h ce qui Louche à l'organisation judiciaire. C'est de ce cijté que 
devaient tout naturellement me conduire mes études antérieures ; 
tel était aussi le but assigné à la mission qui m'avait été confiée 
en Italie. 

Jusqu'à ces dernières années , l'cpigraphie a été étudiée en 
France à peu près uniquement au point do vue do l'histoire , de 
la géographie ou do la pLiloIogio (I). Jo n'ai pas à dire avec quel 
succès ; il suffit do citer le nom do M. Léon Renier , dont l'auto- 
rilé est partout l'ocoiinuc. iMais los Romains étaient avant tout uu 
peuple de juristes : ils ont dû laisser dans leurs inscriptions la 
trace vivante do leur droit. Pourquoi donc l'étude des monu- 
ments épigraphiques a-l-oUo été si négligée par ceux qui s'occu- 
pent do droit romain? Pourquoi a-t-on abandonné les grandes 
traditions de nos romanistes du seizième siècle? Depuis long- 
temps déjà, M. Charles Giraud avait montré par ses belles études 
sur ies Tables de Salpcusa cl de Malaga , oL tout récemment par 
ses publications sur les Bronzes d'Osuna , tout lo parti qu'un ju- 
riscoiisuUo pont tirer do l'épigraphie. S'inspiranL de la penséo de 
M. rinspoclcur général dos Facultés de droit, le Doyen de la 
Faculté de Bordeaux, M. Couraud , dans un discours pix)noncé 
lo 20 novembre 1877 à la séance solennelle de rentrée des Facul- 
tés, s'exprimait ainsi : « Je conclus en disant que Tépigraphic 
juridique doit devenir une portion do nos études,... qu'il y a au- 
jourd'hui pour ces études un public; que déjà les Facultés, Paris 
on télo, produisent do vraies ihôsos de doctorat, où l'épigraphie 
éclaire la science du droit... Telle est l'œuvre ancienno et pour- 
tant nouvelle qui s'impose h nos Facultés , à côté de l'étude des 
textes précis et dos principes qui y sont nettement formulés. 
C'est un patrimoine qu'elles ne se laisseront pas enlever » (2). 



(1) Voyez la lettre de M. Ernest Dcsjardina sur la Nécetfiié des eonnaiuaneti 
^ingraphiqws pour l'intdiigince de certains UxUs cîùs4iqHfi , dan» la Uevue de 
phihlvgie, 1877. l. I, p. 5. 

[7) De l'épigraphie juridique ^ dans la Doijc çHiéraU du droii, 1878 . I. 11 . 
I>. 45 et 46. 



INTnODUaTION. 



nr 



iir mettre cetta idée en pratique, M. le Doyen ra*a autorise, 
pendant l'année 1877-1878, k transformer le cours do ï^mdoctes, 
(jQe jo professais à la Faculté de droit do Bordeaux, on un cours 
d'épigraphie juridique. C'est ainsi que, pendant un an , j'ai pu 
expliquer à mes élèves quelques-unes des inscriptions dont 
M. Gb. Giraud a eu l'heureuse pensée de vulgariser le lexle en 
l'insérant dans son Novum Enchiridion juris romani. Un an-plua 
tard, le 7 janvier 1879, un cours senihlablo éiait inangunî à Rome 
par M. Gatti, h VAccadeniia di conferenze storico-gluridiche du pa- 
lais Spada. L'imporlanco d'un tel oûseignemout a été si biou 
comprise en Italie , que M. .L-D, de Rossi , avec sa grande auto- 
rité , la signalait tout récemmcuL en ces termes : 

ï Que Tépigraphic juridique soit une des sources qui nous 
fournissent les documents do la jurisprudence antique, c'est ce 
qui n'a pu échapper à la vaste érudition dos savants , depuis la 
renaissance des éludes classiques. Los lois, les sènatusconsultes , 
Jo8 wscrits , les diplômes , les contrais , les formules du jus sepul- 
craie ^ enfin tout cet ensemble de faits relatifs aux pci-sonnes, aux 
«îhoses, aux iustitutioîis sacrées et civiles de la société antique, 
et contenus daua le trésor, qui s'accroît sans cesse, des monu- 
ments épigraphiquos, tout cela a toujours attiré l'altenlion des 
plus doctes juiisconsultos. Aujourd'hui pourtant que l'on a 
formé , avec la plus grande exactitude possible , un répertoire 
authentique de ces documents écrits dans les deux langues grec- 
que et latine (l), aujourd'hui que les études des interprètes do 
l'épigrapliie ancienne smit en honneur dans toute l'Europe sa- 
vante, et ne sont pas mémo ignorées ni infructueuses en Afrique 
ol en Asie, la source épigraphiquo du droit ancien est devenue 
tout d'un coup si abondante , elle a révélé des pages si précieuses 
cl si inattendues, qu'on pom-rait déjà on compiler un Code et en 
composer pour ainsi diro de nouvelles Pandcctes('2). Si Ton excepte 



(Il Corpus inscripiionum Graecarum, cJ. Boeckh et Pranz. nvrol., I6?&-1877. 

Corpu» Inscripiionum liiinarum, consilio et auctorilalc Acadcmiiic liUora- 
rom fi'aiac Ilurusaicac cJtluin, Ucrol., lb63-ï87C. 

(2) Le iifL-micr essai usi dû h Terrasson, rjul a donnô en Apponilico i son 
Uiîtoirt tU la jurtsprndt'rue romatnf les Veteris JHriiprudentiae romanaf moiiM- 
nmfa , qimu c.xUttt intcgra aut /tire inlcgra; sou loge», scDalusconsulta , {ilc- 
bisciiA, (Jccrcia, iniordicta, formuloc libellorum cl coniractiium. instrumenta 
Cl icsinnicnttt quae in vctt;i*ibu5 cum ex acre, marmorc cl lapide, luin ex mcm» 



rv INTRODUCTION. 

les commentaires do Gaius, qui nous ont été restitués par les 
palimpsestes de Vérone (l],a-t-on découvert de nos jours, dans les 
vieux manuscrits , quelques textes de droit inédits qui puissent 
entrer on comparaison avec ceux que nous ont donnés les bron- 
zes et les marbres? Certes, les fragments du droit antérieur h Jus- > 
linien, découverts par Mai dans les palimpsestes du Vatican, sont ■ 
trfcs remarquables (2) ; les actes de promulgation du code Théodo- 
sicu, révélés à Pcyron par les palimpsestes de Turin (3) et à Clos- 
sius par un manuscrit do l'Ambrosicnne, sont du plus grand prix 
et entiiîremcnt nouveaux (4) ; il no faut pas dédaigner les quelques ■ 
fragments d'Ulpien , aperçus par Endlicher sur cinq feuillets de 
parchemin servant do couverture à des manuscrits de Vienne (5), 
ni ceux d'autres anciens jurisconsultes que l'on a récemment trou- 
vés en Egypte dans des tombeaux, et que les yeux expérimentés 
do MM. Momrasen et Krueger ont déchifTi-és (6). Mais les seules 



brena et cortico monumentis reporiuntur. Toulouse , 1750. Son nxemplo a éié 
suivi par Spangcnbcrf? , Jnris romani tabulae negotiorum ioîemnium, in aerc. 
niArmorc vel charta siip«r!tti(c« , Leipzig, 18??; — par Tlaubold. Aruiquiialii 
romanae monujuenta legalia, cx(ra Ubros juris romani s])arsa , quae ia aer6 
aliavc matcrla vcl apud veleres ouctorca genuina superaunt, Berlin, t830 : — 
par M. Bruns, Fonir* >wri« romani anfiçwi, Tùbïogen , 1879; — parM. Ch. Gi- 
raud, Juris romani antiqui tettigia , fragmenta ^ monumenta. Paria, 1872, et 
A'orum Enchiridion juris romani, Pari», 1873. p. 573-680. 

(1) Savigny, Vermischle Schriften^ t. IIÎ. p. 155. — Gaii InttitutionHm com- 
mentarii IV : Codkii Veronentis denuo eollati apographum eonfr.eit G, Sttidi- 
mund, ncroi.. 1874. 

(2) Codids Vatieani n. 5766 in quo inntnt juris antejustiniani fragmenta 
quae dicunlur Yaticana exemphm addita transcriptione notisque criîicis éd. 
TH, Mominsen , Bcrol. , 1860. — Bruns. Quid conférant Yaticana fragmenta ad 
melius cognosandum jus romanum , Tiibinsae, 184?. 

(3) Aniedei Peyroiii, Codids Theoi.\osiani fragmenta inedita, Taurini . 18Î3, 

(4) AVa. FriJ. Clussii, Theodosiani Codicix genuina fragmenta ^ Tubingae, 
18Î4. — Cf. IJaiidi di Vosnie in difficHiora duo loca e fragmentis Cùtlicix Thfd* 
dotiani a Clostio tepertis conjecturae . dans les Memorie deila reale aceademia 
di Tnrinn, scric II. l. II , Scienzc moral i, etc. Torino, 1840, p. 61-91. — Codes 
ThtodosianHs , éd. Hacncl. Bonn. 181?. ] 

(5) De Dipiani Insiilutionum fragmenta in bibliotheea palatina VindobontTiâi 
nuper reperlo. Epistula ad F. C. Savigny, prof. jur. Berolin. scripsil Siephanu» 
Endlicher. Vindobonac, 1835. — Cf. Savigny . Vermiichte Sehriften , l. III, 
p. 237; Momnwcn, Zeitschrift fur geichichtliche îiechtttcissenschaft^ I8j0, t. XVj 
p. 37J; Krueger, Krilische Versuche im Gehiete des tiomischen Hechts, p. 140. 

(0) Ce sont des frogmcnts du cinquième livre des Htuponsa do Papinicn, ol 
d'un trailé De judictis , coiopoad par un ancien jurisconsulte dont on ignore le 
nom. Lcâ Hetporua de Papinicn sont accompagnés des notes de Paul, avec des 



« 



INTRODUCTION. y 

tables de bronze contenant les constitutions municipales du 
premier siècle de Tempire que l'Espagne nous a iwidues (I), 
suffiraient, à mon avis, à remporter, si l'on voulait les faire entrer 
en comparaison » [Discours d'ouverture prononcé à ÏAccademia 
di conferenze storicO'giuridiche , le 26 novembre 1S79 , et publié 
dans les Siudi e Documenti di storia e diritio^ Rome, 1830, t. I , 
p. 15 et 16J. 



annotations marginales grecques. Le manuscrit doit par consdqaeot dtro ta 
plus tAfd du commencement du quatrième siècle. On sait en elTet que , par 
une constitution de 321 (IV kal. oct.), Constantin proscrivit les notes de Paul 
et d'Ulpien sur Papinien (C Theod., De rctpomis prudentum , lib. I, lit. 4). 
Les feuillets de parchemin» conlenant les fragments de Papinien et du traité 
Dejudiciis, ont été découverts h Fajjum et achetés par le Musée royal de 
Berlin; ils ont été communiqués par MM. Mommscn et Krueger à l'Académie 
des sciences de cette ville, dans la séance du 17 février 1879. Une seconde 
communication a été faite en avril 1880. Le texte a été publié dans les Abkand- 
iunga% der phUosophùch-hisloriichen Klasse der kÔntgU Ahademie der H'i»m- 
ichaftenf de Berlin, en juin 1879 et avril 1380; puis dans VArchivio giuridieOf 
t. XXIU, fasc. 4 et 5. Enfin ces fragments viennent d'être restitués avec uu 
rare bonheur et nne grande sagacité par un savant romaniste italien. M. le pro- 
fesseur Alibrandi [Studi e documenti di ttoria e diriUo, 1880 . t. I , p. 39-61. 
160-190). 

(I) E$$udioi $obre lot dot broncts encontrados en Màlaga à fiius de Octobre d« 
1851 . por c] doctor don Manuel Rodriguez de Bcrlanga. Malaga. 18^3. — Dit 
StadlrechU der lateinitcken Gemeindm Salpensa und Malaca m der Provins Bat- 
liVa. von Th. Mommsen {aus dem III 'QosidQ der Ahhandl. der philotophisch' 
hitforitchen Clane der konigl. sacksischrn GeselUchaft der Witsmtchaften ). 
Leipzig. 18Ô5 , mit Nachtrag. — Les Tables de Salptnsa et de Malaffa, par 
H. Ch. Giraud. 2* éd. Paris. 1856. — La Lex Malacilana. par M. Cb. Giraud, 
dans la Bévue historique du droit français et étranger, 18ti6. t. XII . p. 305-331. 
433-159, et 1867. t. XIII. p. 79-102. — Cf. Otto Hirschfeld. 2ur Getehichudet 
lateinichen Rechts, publié h l'occasion du cinquantième anniversaire de la fon- 
dation de l'Institut de correspondance archéolofi^ique de Rome (traduit par 
M. Thédenat, dans la Uetue générale du droit , 1880, t. IV. 4* livraison). 




1 



L'EXAMINATOR PER ITALIAM 




1 



L'EXAMINATOR PER ITALIAM 



La plus importante des inscriptions relatives à Tadministra- 
tion do Tompire romain sous Dioclétien est celle do Gains Gaelius 
Saturninus. Cette inscription a été trouvée à Rome en 1856, dans 
les fondations du palais Filippani , près de la rue deîla Pilotta. 
Elle était gravée sur le piédestal d*uno statue représentant 
G. Gaelius Saturninus. La statue et le piédestal ont été transpor- 
tés au musée de Saint-Jean in Laterano , où ils sont encore au- 
jourd'hui conservés ( rez-de-chaussée , salle n« XIII , à droite de 
l'entrée). 

Ce monument épigraphiquo nous donne le cursus honorum 
d'un personnage qui commença sa carrière sous Dioclétien pour 
l'achever sous Gonstantin. On y trouve indiquées dix-huit fonc- 
tions successivement remplies par G. Gaelius Saturninus. C'est 
un tableau suffisamment complet des charges qu'une personne 
d*im rang élevé, mais n'appartenant pas à l'ordre sénatorial, 
pouvait occuper à Tépoque qui fait l'objet de notre étude. 



4 l'£XAM1MATÛH P£H italiau. 

Voici lo texte de rinscriptiou : 

in piintho slatuae 

DOGMATII p> 

in basi 

HONORI 

. C • CAELIO SATVRNINO • V - C 
ALLECTO PETITV - SENATVS INTER 
CONSVLARES COMITI • D • N • CONSTANTINI 
VICTORIS AVG • VICARIO PRA*EFECTVRAE 
VRBIS IVDICI SACRARVM COG • VICARIO 
PRAEFF • PRAETORIO BIS IN VRBE ROMA 
ET PER MYSIAS • EXAMINATORI PER ITA 
LIAM PRAEFECTO ANNONE VRBIS RATIo 
NALI PRIVATE VICARIO SVMMAE REI 
RATION VM RATION ALI VICARIO PER 
GALLIAS MAGISTRO CENSVM VICARÏO 
A CONSILIIS SACRIS MAGISTRO STV 
DIORVM MAGISTRO LIBELLORVM DVCE 
NARIO A CONSILIIS ■ SEXAG • A CONSILIIS 
SACRIS • SEXAG - STVDIORVM ADIVTORI 
FISCI ADVOCATO PER ITALIAM 
C • FL • CAELIVS VRBANVS • V • C ■ 
CONSVLARIS PATRI 
Rome. — {Corpus itiscriptionum lalinarum, l, VI, 1704; 
Wilmauiis, Exempta i7iscriptionum latinarttm , 1223). 



Dogmutii. — Honori C{aio) Caelio Salumino ^ v{iro) c[larissimo)^ 
alkcto petiiu stnatus inler consit lares , comiti d{omini) n{ostn) 
Constantini Vicloris Âug{usti) ^ vicario praefeclurae urbis ^ judici 
s<u;rarum cog{nilio7ium) , vicario prae/iectoi^m) praetorio bis , in 
urbe Borna et per Mysias , examinatori per italiam, praefecto ûn- 
non(a)c urbis^ rationati priva t{a)e^ vicario summae rei ralionum ^ 
rationali vicario per Gallias, magistro ceusu{u)m, vicario a consUiis 
sacriSy magistro studiorum^ magistro libellonwif ducenario a coU' 
siliis [sacris] , sexag{enario] a consUiis sacris , sexag(enario) sttàdiO' 
rum adiutori , fisci advocato per [taliam , 

C{aiut) Fl{avius) Caelius Urbanus, v{ir) c{larissi7uns)^ consularis^ 
patri. 



LEXAMINATOR PEU ITALIAM. 



C. Caolius Salurninus était déjà connu par uno autre inscrip- 
[tion , trouvée ancicnnomeut au pied du Quii-inal et rapportée par 
^abretti, p. 713, n* 348(1): 

C - CAELIO • SATVRNINO - V • C 

PRAEFECTO- PRAETORIO 
C - CAELIVS • VRBANVS • V C 

CONSVLARIS • PATR! 
Rome. — (De Rossi, Inscriptiones Chrislianae urbis 
Romae, vol. I, p. 10. Corp. Inscr, lat., t. VI, 1705). 

C(aio) Caelio Saturnino , r(tro) c{iarissimo) , praefecto praetoriOt 
€{aius) Cacliii^s Urbanus y v{ir) c{larissimvs) ^ consiilarU^ patri. 

Celte inscription , rapprochée de la précédente, nous permet de 
reconstituer daus sou entier le cursus honorum do notre person- 
ago. Voici la série des fonctions qu'il a remplies pendant sa 
ODgue carrière administrative : 

l» Fisci advocatus per Italiam ; 

2° Sexagenarius studiorum adjutor; 

3* Sexagenarius a consiliis sacrîs ; 

4' Ducenarius a consiliis [sacris] ; 

5« Magister libellorum ; 

6» Magister studmrum ; 

7" Vicarius a consiliis saaûs ; 

8» Magister ceusuum ; 

9** Rationaiis vicarius per Gallias ; 
I0« Rationaiis privatao ; 
11* Vicarius sumtnae rci raLioJtum; 
12o Praefectus aunonae urbis; 
13" Examinator per Italiam ; 

l4o Vicarius praofeclorum praetorio bis, in urbe Roma et per 
yaias; 

150 Judox sacrarum cognitionnm ; 
16o Vicarius praefecturae urbis; 

17« Cornes Domini Nostri Conatantini Victoris Augusti ; 
18» AUeclus potitu senalus intor consulares; 
19» Praefectus praetorio. 
Le cursus honorum do C. Caelius Saturninus est d'autant plus 



\cripi\9nuin antiquarum quae in aedibus patemis astervantur amplU- 
Aiectio. Rome, 1702. 




O L'BXAHtNATOR PER ITAtlAM. 

remarquablo , qu'il reaforme cortaines fonctions absolument in- 
connues jusqu'au jour de la découverte de rinscriplion do la 
Pilotla : telle est celle do VExaminaior per Italiam. Bien qu'elle 
ait aussitôt ;ittir6 rattention des maîtres do la science éiiigraphi- 
quo, cependant jusqu'à ce jour, et depuis vingt-trois années, 
il n'en a été donné , à ma connaissance, aucune explication satis- 
faisante. Je vais essayer de déterminer en quoi consistait cette 
fonction. 



J'indiquerai, tout d'abord, quelle a été sur ce point la manière 
de voir des auteurs qui se sont occupés de la question. 

Borghesi , dans une lettre adi'esséo à M. Honzen le 6 septem- 
bre 1856 , et publiée dans les Nuove Memorie deU'InslUuto di cor» 
rispondenza archeoiogka ^ 1865, p. 294, lui signale la difficulté 
qu'il éprouve à expliquer certaines fonctions mentionnées dans 
notre inscription , et dont on ne trouve plus la trace dans les 
monuments d*une date postérieure. « 11 est permis de croire, dit 
Borghesi , qu'elles ont été supprimées dans la nouvelle organi- 
sation do Constantin. Tel est le cas de TEXAMINATOR • PER» 
ITALIAM, hion qu'il me [Kiraisse avoir quelque analogie avec 
riNQVISITOR ■ GALLIARVM. » 

Un pou plus haut, Borghesi disait : « Le commandeur Visconti 
m'a courtoisement offert de me cMav l'honneur d'expliquer celte 
inscription. Je l'on ai remercié, mais avec la conscience de no 
pouvoir le faii-e comme elle le mériterait, (irivé d'ailleurs des 
livres nécessaires et n'ayant pas une pratique suffisante des doux 
Godes. » 

De son côté, le savant secrétaire de l'Institut do correspon- 
dance archéologique, M. Honzen , dit [Nuove Memorie^ p, 297) : 
« Je laisse A d'autres plus versés que moi dans les livres de droit 
et dans tout ce qui regarde l'administration de l'empire recons- ■ 
titué par Dtoclétiou et Constantin , le soin de se prononcer sur 
les difficultés non résolues par Borghesi. ■ 

Le P. Garrucci n*a pas davantage éclairci la question dans 
rétude qu'il a consacrée à l'inscription de C. Gaelius Salurninus 
{Monumenti àd Must'o Lateraneme, p. 88. V. la traduction de M. le 
général Creuly , dans la Revue archéologique y 1862, t, Vî, p. 39): 
« On ne sait pas , dit-il , en quoi consistait cotte fonction, dont il 
n'est parlé ni dans le Code ni dans la Notice, et qui est toute n 
nouvelle en épigraphio. » Toutefois il ajoute : « Son rang,fl 
voisin du vicariat et supérieur à lu préfecture do Tannone » fait ^ 
supposer avec vraisemblance un magistrat envoyé oxtraordinai- 



t'BXAMINATOR PEU ITALIAJtf. 



rement pour arranger les procès intéressant le âsc en Italie , et 
qui, à part la synonymie des deui mots, n'avait rien de commun 
avec Vlnqumtor Ca//iarum, mentionné dans les inscriptions de la 
Gaule seulement. » 

EnÛn M. Mommsen, dans son beau travail De C. Caelii Saturnini 
tUiilo (Nuovc Memorie delV Insiituto di corrispondenza arckeolo^ 
gicay p. 317) , émet la conjecture que Vejsaminator per Italiam 
pourrait être rapproché do Vexactor auri argenti provinciarum 
trium ; mais il déclare qu'il ignore la place qu'occupait ce fonc- 
tionnaire in tributorum ejus lemporis ordinationc. Voici, du reste, 
comment s'exprime le savant auteur dans le passage qu'il a con- 
sacré à notre examinator per Italiam : a Recto negavit Garruccius 
conferri posse examinatorcm per iLaliam cum inquisitore Gallia- 
Tum , quod ofiicium non publicum est , sed merc provinciale ; 
noc magis contulorim corrociorom Itallac qui rcporitur aetate 
Diocletiana otCoustantiniana. Mihi cum exainiiiatore per Italiam 
visus est componendas esse exaclor auri argenti provinciarum 
Irium , id est Siciliae Sardiniae Corsicae , noLus ex solo titulo 
Atellano hoc (I.N., 3540 = IJonzen, 6507), quem posta. 315 scrip- 
tum esse ostendit titulus consularis Campaniao admissus pro cor- 
rectore... Nara cum csaminandi vocabulura propric usurpetur do 
alatera , aurum ot argentura exigi non polest , maxime aetate 
Constantin iana, uj)i ipsi nummi poniiornbanlur magis quam 
numerabantur, nisi adhibilo librae examine. Dcinde cjusdem 
lemporis lituli sunt ambo , nimirum scripti sub Conslantino 
magno , roquîi'itcjua oiacLor auri et argouti insulainim Italica- 
rum similem magistratum cerLo per Italiam ipsam, fortasso item 
per provincias reliquas. OfTicium ipsum oxaminatoris vel exacto* 
ris extraordinariuiii fuisse existimo et propLor eam causant, quod 
ulorquo fuit ex comitibus Constantini jungiturque adco in titulo 
Consoriui comitiva ipsa cum examiuationo ot proptei-ea quod 
diguitas utriusque homiuis divcrsa (nani Ccusoriuus examina- 
lionem trium provinciarum suscopit consularis , Salurninus 
alleram louge majoris momenti post [)eractum cursum honorum 
slrium) uuico convenit muneri extra ordinem a principe 
Non oxigui momenti id fuisse locus ostendit , quem in 
utriusfiuo hominis honorum cursu obtinet ; proprio vcro qtio 
pcrtinuerit in tributorum ejus temporis ordinatione, ignoratur. » 




Tel est l'état do la question. Comme on le voit, Borghesi , 
M. Henzcn , lo P. Garrucci et M. Mommsûn sont arrivés à un 
résultat à i)0u près négatif. 



B 



L EXAIUlNATOn P£H ÏTALIAU. 



Je 1110 propose de rechercher, dans un premier chapitre » s'il 
est possible d'admettre soit la conjeclare do Borghesi, qui voit 
û^n^ Vewaminator per Itatiam un fouctioniiairo anaJogao k Vin- 
fltmltnr Gatlîarum » soit la conjccturo de M, Mommsen , qui l'as- 
simile à Vexactor auri argenti provincîarnm trium, J'iiidiquerai 
los raiaODs qui no me permettent pas d'aceuoiJlir Tune ou l'autre 
opinion. J'établirai» dans an second chapitre, l'analogie qai 
existe, à mon aris, entre Vcxaminator per Itatiam et le discusstyr 
du code Thôodosien* 



1 



CHAPITRE PREMIER. 

Section I". 
L'INQUISITOR GALLIARVM. 

Uînquisitor Galliariim^ que Borghosi a cru pouvoir comparer à 
Vexaminator per ïtaliam , est connu par quatre inscriptions de 
Lyon : 

1 

Q • IVLIO • SEVEkNO 
SEQVANÔ • OMNIB 
HONÙRIBVS • IN 
TER • SVOS • FVNCTO 
PATRÔNÔ • SPLENDI 
DISSI MI' • CORPOR !S 
N • RHÔDANICOR • ET 
ARÀR • CVÎ • OB • INVÔC 
MÔRVM • ORDO • Ci VI 
TATIS • SVAÉ • BIS • STATVAS 
DECREVIT • INQViSITÔ 
RI • GALLIARVM • TRES 
PRÔ V I NCI AÉ ■ GALL 
Lyon. — (Gruter, 427. 1; doBoissieu, Inscriptions 
antiques de Lyon, p. 265). 

Q{uinio) Julio Severino, Sequano, omnib{us) honoribvs inter suos 
funeto ^ patrono splendidissimi corporis n{autarum) Rhodanicor{Hm] 
et Arar{icorum)^ cui ob innoc(enliam) morum ordo civitalis suae bis 
statuas decrevit^ inquisitori GaUiarum , 

Très provinciae Galliae, 



iO 



L^EXAMINATOR PIR ITALI4M. 



2 



L • C A S S I C//// 
M E L I O Ry 7/ 
S V E s S I O N 1 
OMNIBVS • HO 
NORIB ' APVD • S//// 
OS * FVNCTO • IhtIII 
OyiSITORl ' GA/III 
in * PROV * GALL//// 

LyOD. — ( De Boissiea, op. ciL^ p- ^66. Orelli, 35^3. 
Wilmaïuis, 2218). 

L{neto) Caxsio M€lior[i] , Suessîoni , omnibus honorih{us) tipad 
s[it]fis funclo, inqitisiwri Ga[ll]{inrum) , 
Très prûv{inciue) Oall[iae], 



3 

PATERNO 

VRSO 

TVRONO 
OMNIB • MONO 
RIB- APVD- SVOS 

FVNCT • I 

GALLIAR 

P 

EX CïVITATE 

SVA 
ni • PROVINC 

GALLIAE 

Lyon. — (Spon , Miscellanea eruditae antiquitatis , dans 
les Nova ^appîemenia uîriusquc Thesauri antiquitatum 
romnnarum graecarumquc do G. Poleni, t. IV, col. 
992, éd. Venise 1737). 

Palemo Urso^ Turono^ omnib(us) honorib(us) apud suos funcl{o) , 
i[nquisilori] GaUiar[um),., p[rimo unqnam] ex civitaie sua. 
Très provinc{iae) Galliae. 



V 



I/EXAMINATOII peu ITALIAM. 



11 



L • LENTVLIO 
CENSORINO 

PICTAVO 

OMNIBVS • HO 
5 NORIBVS • APVD 

SVOS • FVNCTO 

CVRATORI • BIT 

VI V ISCOR V M 

1 NQVISITO R I 
i- TRES • PROViN 

CIAE • GALLIAE 

Lyon. — (Aug. Bernard, Le temple d'Auguste et la 

nationalité Gauloise^ p. 92). 

Llucio) Lentulio CensorinOy Pictavo^ omnibuê honoribim apud suos 
fHncto, curatori Bit(urigum) Viviscorum ^ inqnisitori , 
Très provinciae Galliae, 

ALisi les monuinenls épigraphiques nous font connaître quatre 
inquisitorfis GaUianim : xm Séquaiiaîs, Quintus JuHus Severinus; 
un Soissonnais, Lucius Gassius Melior; un Tourangeau, Pater- 
uuaUrsus; un Poitevin, qui fut curator Bilnrigum Viviscomm^ 
ïius Lentulius Censorinus. 



Avant de rechercher si la conjecture de Borghesi est fondée, et 
s'il y a quelque rap]K)rt entre Vinquisitor GnlUanim et notre exû" 
minator per llaliain , il faut d(HLîrminor quelle ôtait la nature des 
fonctions de cet inquisitor. Or c'est un point sur lequel on a long- 
lenipH hésité. Il serait sans intért^t de discuter ici les divei*s6â 
apinions qui ont eu cours au commencement du siècle; on les 
trouvera rapjtortées dans le Journal des Savants do 1824, à la 
[e 697.. le me contenterai de dire qu'on a considéré Vinquisitor 
lUiarum^ tantôt comme une sorte d'ageus inrebus^ tantôt comme 
mie sorte de commissaire financier extraoï-dinaire, établi par quel- 
ques empereurs sages et équitables pour coniiafLre des plaintes, 
des abus et des réclamations qu'entraînaient sans cesse l'assiette 
et le recouvrement des impùts (de Boissieu, op. cit, , p. 264), 
tantOt enfin comme un olficior de police judiciaire , une sorte de 
procuieur impérial. Cette dernière opinion pouvait paraître vrai- 

2 



12 l'SXAMINATOH P£H ITALfAM. 

semblable. U y avait ou effet à Rome dos magistrats qui , d'après 
Varron (lib. V, cap. 81) , conquirebant mak^cia. Mais leur nom 
exact n'est pas inquisitor^ ni môme quaeslor; c'est QVAESITOR, 
comme cela l'ésuUe de l'iiiHcrliitioii suivante» gravée sur un ma- 
gnifique vase d'albâtre , qui est couservé aujoui-d'hui à Paris , au 
muscle du Louvre. Ce vase renfermait les cendres du fils du 
fameux P. Clodius^ tribun do la plèbe et ennemi de Ciccron. 

P. CLAVDÎVS. P. F 

AP. N. AP. PRON 

PVLCHER. Q. QVAESITOR 

PR. AVGVR 

Rome. — (Orelli, 578; Ritschl, Priscae latinitatis 
monumenta, lab. 85. F; cf. Orelli , 3109). 

P{ubli\i$) Clandius, P(ublii) f{ilius)^ ^p(pi^) N{spos), Ap{pu) pro- 
n{epos) , Palcher, q{uaeslor) , qvaesitor, pr(a€lor] , augur, 

• 
C'est M. Mommsen qui le premier a aperçu quel était le carac- 

tl're véritiible de Vinquisitor Galliarum. Dans son compte rendu 

do l'ouvrage de M. de Doissieu sur les Inscriptions antiques de 

Lyon (I), il a eu l'idée de rapprocher de nos inscrijitions celles qui 

raoutionnent un allector Gatl{arum et un ju^j; arcae Galiianim. 

L • BESIO ■ SYPERTORI 

V ! ROM A N D • EQ • R 

OMNIBVS HONORÏB 

A P V D SVOS FV N CTO 

5 PATRON • NAVTARVM 

ARARICOR • ET R H O 

DANICOR PATRON 

CONDEaM" um • et 

arec^ R I OR VM LVGVD 

10 CONSISTENTIVM 

ALLECTARI GALLIAR 

OB ALLECTVR • FIDELI 

TER ADMINISTRATAM 

TRES ■ PROVINC • GALLIAE 

Lyon. — (De Boissieu , op. ctt., p. 2G0; Henzen , C950; 

Wilmanus, 2219). 

(I) Annali d#M* InttHuto di comjpofwiwifo aTcHeoiogiea , 1853. p. 68. 



I. BJCAMtNATOn PEn ITALIAIT. 



13 



L(uao) Bfsio Sttperiori, Viromand{uo), eq{uili) R(omano), omnibus 
hoii\orib{us) apud suos functo^ palron{o) nautar(ufn) Araricor{um) rt 
Rhodankor{um) , patron{6\ Conde[atiiÂ7n et Arec]aricrum Lii<jud{uni) 
consistentinm ^ aHect[o]ri GaUiar{uin) ^ oh allectur{am) ftdeliter ail- 
ministratam , 

Tra provinc{ia€) GaUiae, 

TIB • POM PÉIO 

POMPEl • IVSTÏ • fIl 

PRISCO ■ C AD V R 

CO • OMNIBVS • HO 

6 NORb • APVD • SVÔS 

fVnCT-TRIB • LEG- V 

MACEDONICAE 

IVDICI . ARCAJE 

GA L LI A R VM • III 

10 PRÔVNC • GALLIAE 

Lyon. — (Do Boissieu, op. df., p. 278; Wilnianns, 2217), 

Tib{erio) Pompe'to, Pompei{i) Justi /i/{to), Prisco, Cadurco^ omni^ 
bus hônorib[us) apud suos funcl{o) , trib{uno) leg(ionis) quintae Ma' 
cedoiiicae , jmlici arcae Oalliarum , 

Très provinciae GaUiae. 



Que conclui'sdii rapprochement de ces diverses inscriptions? 
[1 est ilii'ftrile ,à\1 M. Mommseu {loc. cj'r., p. 68), de déterminer 
avec précisiou ce qu'étaient cQSJudiceSy coLUciores ou inquisUoret 
Galliarnm^ qui pourraient bien avoir ou dos emplois idculiijvies. 
Pour moi, ajoute le savant auteur, je les considère comme les 
agents de rasseinl)lcc des trois provinces de la Gaule, chargés de 
la répartition et do rencaissement des sommes nécessaires à 
couvrir les frais de cotio iisscmbléo et du culte provincial. 

Ll existait en cifet une arca Galliarum « une caisse destinée k 
subvenir aux dépenses communes dos trois provinces conquises 
par Jules César, la Lugdunensis , VÀquitanica et la Uelgica , qu'on 
appelait très GaUiae par opposition à la Narbonuaise. Ces dé{)enses 
consislaieiit dans l'entretien ilu temple de Rome et d'Auguste, 
élevé l'an 12 avant noire bre à Lyon , au coutluent du Rhône et 
de la Saône, et mentionné fréquemment dans les iuscriptions. 
Chaque année, aux calendes d'aoùl , se réunissaient à Lyon les 
députés des soixante-quatre cités de la Gaule ( Tacite , AnnaUs , 



14 



L EXAMINATOR PRR ITALÏ4M. 



lib. ÏII, r,aii. 44 ; Slrabon en compte seulement soixante : IV, 3, 2. 
Cf. Ernest UeBJardins , Géographie historique et administrative de 
la Gaule romaine , t. I , p. 28) pour dôlibérer sur les réformes 
à iiilroduiro, et transmettre à l'empereur l'expression de leurs 
vœux. A cette occasion , on célébrait des fêles magnifiques dont 
les frais étaient payés par Varca GalUarum, et l'on votait des sta- 
tues à ceux qui avaient bien mérité du pays. Il y en a de nom- 
breux exemples \^\ir le sacei^os ad templum Romae et Àugusti 
(Heiizeii y 6966 , 5îlfi8), choisi , comme Viiufuisitor, parmi les per- 
sonnages omnibtis honorihus apnd suos fuucti (I). 

\/intinùiitor Galliarum serait donc un a^enl provincial, chargé, 
comme Valtector et \e jud&j} arcae Galliamm , de la répartition et 
de la perception des sommes nécessaires à couvrir les frais de 
rassemblée provinciale. M. Léon Renier {Hecherches des antiquités 
et curiosités de la ville de Lyon , de Spon , éd. 1857) s'est rallié à 
cette opinion. Mais tandis que M. Mommsen pense (jue les trois 
agents précités avaient le même emploi, M. Renier est d'avis 
ijue ce sont trois fonctionnaires difFérents : 

Vinquisitor , sorte de contrôleur général , chargé d'établir Tas- 
siette de la contribution ; 

Le jtidex arcae Galliarum , devant le^iuel étaient portées les 
TÔclamations ou les contestations auxquelles pouvaient donner 
iieu la répartition et la perception do ces contriLulions; 
Vailector , receveur génénil (p. 144, op. cit,). 
On ne peut pas songer à voir daiis Viruiuisilor Galliamm un 
agent extraoï-dinaîre de l'emporeur. Une mission de ce genre 
aurait élé. selon l'usage, confiée à un ancien militaire. Or uucuu 
de nos quatre inquisitores ne se trouve daits ce cas. Puis ou a 
soin de noter (ium « oninilms honoribus apud suos functi sunt. >• 
Us n'ont rempli que dos fonctions municiimlos, comme Q. Jniius 
Severinus , à qui Vordo de sa cité a déjà par doux fois docrtUé 
rorcrtioii (Kuik» statue oh innocenliam morvm. S'il eri était aiilre- 
meiit, on n'aurait fias manqué d'indiquer les fonctions qu'il» 
auraient exercées dans l'administration de Tempire, comme on 
l'a fait dans une inscription bien connue de Lyon , celle de TU). 
Autistius Marciauus. 



(I) Voyez la lettre de M. £mcst Dpsjardins sur Lt cuUe du J)iti et le euUe de 
Rome et d'Augutu, dans ta Revue de Fhiloiogie, 1879, t. Itl, p. 50 , et l'inscrip- 
tion célèbre de Th(fri(;nx , dont le meilleur texte a été publié |iAr le gOnérnl 
Creuly , dROB le recueil d« la Société d«$ ÀrUit^iMires de france, 1876, t. zxxvn. 
p. 3A et suiv. 



LEXAMINATOR PKR ITALIAM. 

TI B ■ A NTISTIO • FAVS 
TI • FIL . QVIRINA • MARC! 
ANO • DOMO • CIRCINA (^ 

PRAEF • COH_- n • HISPANAE0 
5 TRIB-LEG-XV/////L L I N A R I S 
PIAE-FIDELl///// AEFECTO • A 
LAE- SVLPIC////E'C-R-SECVN0 
DVM • MANDATA • IVPP • DO 
MINOR • NN • AVGG • INTE 
10 GERRIM • ABSTINENTISSIM 
QVE- PRGCVR-TRES • PROVIN^ 

GALLIAE ■ PRIMO • VMQVAM 

EQ • Rp& A-CENSIBVS- ACCIPI 

ENDIS • AD • ARAM • CAESA 

s RVM - STATVAM • EQVES'REM 

PONENDAM • CENSVE ^ 

RVNT 

LyOQ. — (Léon Renier, Mélanges d'éj)igraph.ie ^ p. 52; 
Heuzen , 6944 ; de Boissieu , op, cit. y p. 269; Wil- 
manns, 1269). 

Tib{erio) Anlistio^ Fansii fil(io) ^ Quirina (tribu) ^ Marciano^ 
domo Circina j praef{ecio} coh{oriis) secumtae Hispanae , trib(tmo) 
leg{ionis) qxtintnedeciriiae [Apo]Uinaris Ptae Fidelils, pr]aefecto atae 
Sulpic[ia]e c{ivium) H{oma7iorum) , secundum mandata impieratu- 
rum) dominor{um) ti{ostrorum) Aug{uslorum duorHm)^ int€gcrrim(o) 
abstinent issim{o)que procuraiori , 

Très provinc{iae) Gailiae primo umquam €q(uiti) li{omafw) a ten- 
tibuà accipiendis, ad aram Ca^arum, slaiuam cqueslrem poncndam 
censuerunt, 

La Biniple com])araison do cette iU8cnptiO]i avec les inscri])- 
lions relatives à ïituiuisitor Galliarum permet de se convainci'O 
([ue Ton a affaire à des |»ersonnages d'un ordre ossctiMoIIoment 
difTéreiit : le premier est un envoyé de l'enipemur j le socoiid ue 
peut fitre qu'un ageut nommé jtar les dulégués dos trois pro- 
vinces, et par conséquent il ne saurait lîlre comparé à IVjrtmi- 
naior per italiam. 



Joir aur;ii liniaver Vtufiiiisiior finlluirum, l'I la coiijLTiiiro émise 
par Borghesi devrait être déflnUiveiuenl écurtce. si luiaoliLudc 



16 



L E\AMINATOr\ PER ITAMAM. 



rte l'opinion de M. Moinnisen et do. M. Léon Renier n'avait été 
tout récemment mise en doute par M. Otto Hirschfeld (1). Je do 
saurais passer sous silouce le sentiment du savant auteur des 
Untersuckunfftn uuf dem Oebîete der rœmischen Verwaltungsge- 
schichle. Vinquisitor GnlUarum serait, d*af(r^s lui, uii commis- 
saire iionimi». par l'assemblée dos trois provinces pour procf^der, 
dans les divei*scs cités de la G-aule, au reci'utemenL de l'armée. Lo 
dilectus proprement dit, qui avait lieu par les soins des dilecla- 
tores impériaux , devait i*tre [inîCLuIé d'un examen préalable des 
hommes assujettis au service miîitaii*e. Cet examen, cette oritfuéie 
étaient couÔés à Vinquisitor GaUiarum. 

Si cette manière de voir rtriît exacte, si Vinquisitor Gailiarum 
était un agent de recrutement, Targument quo je présentais tout 
à TheuTO pour rejiousser toute analogie avec Vexaminator p&r Isa* 
U(im perdrait de sa force. Vimiuisiior Gailiarum ue serait plus un 
simple agent provincial, mais un fonctionnaire impérial. 

A l'appui de son opinion, M. Hirschfeld cite un passage bien 
connu de la correspondance de Pline le Jeune. Dans une lettre 
adressée h Trajan , Pline le Jeune soumet au jugement de l'em- 
()ereur rhypothèse suivante : « Serapronius Coelianus , egregiud 
juvenis, roportos inter tironos duos servos misit ad me » {^p., lib. 
X» 38). On sait que les esclaves ne pouvaient, sous peine demoH, 
servir dans les armi^^es romaines : « Ab omni militia servi [trohi- 
bentur, » dit Marcien (L. 1 1 , Ok;., De i-e militari, lib. XXXXVIllT, 
tit. 16) : '• alioquin capile pnniunlur. - Pline cependant hésite i\ 
appliquer la peine. « ob baoc maxime quod ut jam dîxeranl 
sacramcnlo militari , nondum distributi in numéros erant. ■ 
Sacnimento dicere est l'expression consaenSî [»our di^sîguer le ser- 
ment que pivtont les tironrs lorsqu'ils sont admis dans IVirmée. Los 
esclaves avaient prêté ce serment ; mais ils n'avaient pas encore 
été enrôlés dans aucun corps de troupe. Or» c'est l'inscription 
sur les rf*iles qui ronf^niit la qualité de niililaii'e. Il faut en effet 
bion se garder de confondre le tiro et le miiex. La distinction i*es- 
sort nettement d*un fragment du livre 45 du comme!) Laire tVm- 
pien sur TEdit : <i Kx eo temporc quis jure militari incipit po*sc 
testari, ex quo in numéros rolatus est, ante non : proinde «joi 
nondum in uumeris sunt, licet etiam Iccti tirones siiU et puhlicis 
ex[ionsis itor faciiuit , nondum milites snnt : debout enim in nu- 
méros ri>ferri *• (L. ''i'2, fUtj., Do tostamerilo railitis, lib. XXVIIH, 



(!) t)h Venrattung tter HhchM/rfnzr l'n den tnien dre( Jnhrhundcrtcn der 
rômitthm Kaiieruil, dans lv$ Ctrmtttfm. in hon. MomiMcni , p. 438. n. 23. 



LEXAMINATOR PBH ITALIAM. 



17 



tit. I ). Le tiro ne jouil des privilôgos des militaires, pai'liculièro- 
menl du droit de tester jure militaiH^ qu'à partir du jour où il est 
enrégimenté; mais aussi « ignoranti adhuc disciplinarn lironi 
ignoscitur » (L. 4» § !5, Di^,, De re militari, lib. XXXXVIIII, 
tit. 16). C'est pour cola que a lironi in hoc r.rimine (arma alié- 
nasse) facilius parcetur armorumque cuslodi i>lorumquc ea nilpa 
impulatur, si arma militi commisit uon suo Lempore » (L. 1 4, ood. 
lit.). Il y avait donc dans Tespôce soumise à Pline le Jeune une 
raison de douter. 

Voici la l'épouse do Trajau : « Rofert aiiteni volunUirii se obtu- 
lerint, an lecti sint, vel etiam vicarii dali. LecLi si sunt, iuquisi- 
tor pecc-ivit; si vicarii dati, pênes eos culpa est, ijui dedoruut ; si 
ipsi, cum haberonlcondilionis suae conscientiaiu, venaraiit, aai- 
madvortendura in illos erit. Neque enim raultura intcresl, quod 
noudum per numéros distribua sunl : illo ouim dios , quo pri- 
mum probati sunl, veritatem ab lus originis suae exigit. » 

Ainsi , il faut distinguer suivant que les esclaves se sont enga- 
gés volontairement ou ont été choi^^is , ou i*ieu oncoro suivant 
qu'ils ont été présentés comme remplaçants. Dans le premier cas, 
ils sont coupables et subiront la peine duc à leur crime. Dans le 
dernier cas, ce sont ceux qui les ont olTorts comme remplaçants 
qui sont en faute. Enfin, « si lecti sint, inquisitor peccavii, » s'ils 
ont étô choisis diroctomont, la rositonsabilitù d'un choix fait con- 
traîremont à la loi retombe sur Vinquisiior. 

U ressort clairement de celle décision de Trajau, qu*il y avait 
un fonctionnaire si^écial chargé d'oiamincr si les tiro^ies remplis- 
saient les conditions voulues pour ôti^e admis dans les cadres do 
l'ai'mée, et que co fouctionnaire portail le nom ù'inquisitor, Tacito 
en parle également dans un passa.:jrcdoses//w(iirrjf (lib. III I, cap. 
14|. Il signale les procédés qui hien souvent i*endaient ViwfuUUio 
odieuse aux [)OpuIalions clio.7. losqnoUes on venait recruter des 
Is. « .lussu Vilellii, diL-il, Batavorum jnvontus ad delec- 
vocahalur; quem suaple nntnva gravcm^ onurabanl ministri 
avaritia ac luxu, senes aut invalidas conquirendo, quos prolio 
dimitterenl : ruzsus îmjuibes, sod foima conspicui, et est pleris- 
que pi-ocera [luerilia , ad .sUiprum Irahebantnr. llinc iiividia : ol 
composiUio sedilionis auctores [lerpulero, ut deloctum abnue- 
rent. » Tacite ajoute que Claudius Givilis, porsounago de sang 
royid cl qui jouissait d'une grande considériilion parmi les Ba- 
tûves, É. primoros gontis et promptissiraos vulgi , specie epularum, 
sacrum in ncmus voralos, ubi nucle ar laelilia incaluisse videt, 
a laude gloriaquo gontis orsuâ, injima», ot raptus, et colora ser- 



18 



L BXAMINATOR PEU ITALlAM. 



vitii mala euumerat... Tnslare delectnm» qiio liheri a pareutibus, 
fratres a fratribus, velul siipromum dividantur. » Tel était Tin- 
quisilor diiectuum. Roato à savoir s'il faut l'Identifier .ivgc Vin- 
'fuisitor GaWarum. II suffit pour cela d'examiner la place que 
Vinqxiisilor occupait j)armi les fonctionnaires chargés du rocrute- 
ment dos légions. 



On sait que, sous l'empiro, le service militaire était demeuré 
légalement obligatoii-o, mais que la loi n'était pas appliquée on 
fait, sinon dans des cas oxceplioiinels, comme ^apr^s le dôsastpc 
do Varus. A cette époque, les légions se recrutaient on général do 
deux façons : d'abord au moyen dos volontaires, qui s'engageaient 
à des conditions dôterminéos. « Ploruuiquc voluntario milite nu- 
raeri supplenlur, » dit Arrius Mouander (L. 4, § 10, Diff,^ lib. 
XXXXVllII,til. 16). Ce n*6taient pas, paraît-il, d'excellents soldats. 
Tacite (Annaks^ lib. IIII, cap. 4) dit que Tibère, en 776, rerail eu 
avant le projet tant de fois annoncé de visiter les provinces : « 11 
prétexta le grand nombre de vétérans et les levées «^ faire pour 
comi)lêler les armées, ajoutant que les enrôlements volontaires 
manquaient ou ne donnaient que des soldats sans courage et 
sans disci[>Iine , parce qu'il ne se présentait guère pour servir 
que des indigents et des vagabonds. » Les légions se recrutaient 
ensuite au moyen d'hommes clioisis spécialement api-ès une in^ui- 
sitio. Dans aucun cas, une levée do troujKis ne pouvait avoir lieu 
sans Tordre de l'empereur. « Eadom loge tenetur et qui injussu 
principis... diloctiim habuerit, exorcilum comparaverit, » dit Mar- 
cellus (L. 3, ùig.^ ad legem Juliam majestalis, lib. XXXXVFTI , 
tit. 4). 

Cela posé , je crois qu'il est possible d'établir l'existence de 
trois catég;ories de fonctionnaires , chargés à des titres divers dos 
oftéralions du recrutement : 

1° Le Ugatus dilectuwn faciendorum, 

2** Le dileclator, 

3* Vinquisitor. 

Nous connaissons Vinquisitor : occupons-nous du dilrcunor. 
est mentionné dans deux inscriiilioiis , Tune île Lyon , l'anlm de 
Malaga. Voici d'abord colle do Lyon : 



20 



t/EXAMINATOn PBH ITALIAJI. 



Ce dikciaior per Aquilnnicnc XI populos , contemporain d'Anlo- 
nin le Pieiu, exei*ça ces fonctions prestju'au début de sa carrière 
administrative, pmbahlemciit sous Hadrien. 

Voici maintenant l'inscription de Malaga, telle qu'elle a été 
restituée pai* M. Renier (Mèlanga d'cpigrnphie, p- 88). Elle se ré- 
fère à un diUclalor du temps d'Anlouin Caracalla. 



L • VALERFO • L • F • QVIR • PROCVLO 
PRAEF • COHORT • IIII - TRACHVM 
SYRIACAE • TRIB • MILIT • LEGION 
ÎS • VU • CLAVDIAE - P - F • Anlonîn 

5 PRAEF - CLASSIS • ALEXANDRIN 
ET ' POTAMOP/iYLACI • PROC 
AVG • ALPIVM • MARITVMAR • et 
DILECTATORI • PROC • AVG 
PROVINC • VLTERIORIS • HISPAN 

io BAETIC ■ PROC • PROVINC ■ CAP 
p^DOC\^E - PROC • AVG • PROVINC 
ASIAE • PROC - PROVINC ■ TRIVM 
daciaRum, proc. a. rationibus AVG 
praeF. annONae. pracf, acGYpTL R. P 

13 m un. MAL A CITA n. PATRONO 
D D 

Malaga. — {Corp. rnscr. LaL , t. Il . 1970 ; Orelli , 5040; 
Henzen, 6928; Wilmanna, I25fi). 

L[ucio) Valerio, L(ucii) fiUio), Quir{ina tribu)^ Procuh^ praeflecto) 
cohori[is] quartae Traclutm Syriacae^ lr\b[uno) milil[um] iegionis 
seplimae Ciaudiae P{i<ic) F{idcli\) [Anloninianae]^ prarf{ecto} classis 
Alexandrin(ae) et polamopkyltjci ^ proc{Hraiori) Awi{tuvti) Alpium 
Mariiu7nar{um) [et] diiectalorî. proc{uratori] Aiig(M8ti) provinc(m} 
Xiiterioris RispaMiae) Baetic{ae)y proc{araiori) provinc{iae) Cap- 
[p]adociaej proc{uratori) Aug{usU) provinç{iae) Asiae, pvoc(uralori) 
provinc{iarum} trium [Dacia?]r[um ^ proc{uratori) a raiionilnu] 
Aug(usti) , [prae]f{ecto) [ann]on[a€ , prae/Xecto) Ae]gy[p]i{i) , 

B(e$) p{ublicn) [municipiif] Malacita[n{orum]] patrono , d{€creio) 
d{ecurionum). 

U est à remaniuer qiie Caius Julius Celsus et Lucius Valerius 
PmculuH aiii)arLiGnnGnt tous les deux à l'ordi'O tN|uesire , et de 
plus iju'ils ont cxt^ri^'î leurs fonctions dans des |»iiys d'une iHcnduo 
ti'êa limitée : le preaiier dans oolto prlio do la province impériale» 



LEXAMINATOH PSR ITALIAM. 

prétotiefnno d'Aquitaine qu'on apfjelail primitivement Novom- 
ipopiiianio, el qui, au lomps des AiUonins , comprenait undfcim 

)opulos; le second, dans la petite province «kfuestre des Alpes 
'Alarititnes, si du moins l'on accepte la restitution de M. Léon 
Reniei'. 

Cette double remarque est-elle applicable à tous les dikciaiores? 

a raison de douter vient d'une inscription relative à un person- 

age ciiar|<é, sous le règne de Qaudo , du recrutement dans une 

i-ovince sénatoriale, la Narbonnaise. Il s^agit du célèbre Novel- 

lius Tonjuatus, de Milau , qui so lit une grande rcputation de 

■buveur: «Tribus congiis, dit l*Iino {Hist. nai.y lib. XIIII, c. 22, 
i t44), epotis uno impetu, spectante mù'aculi gratia Ti. Claudio 
principe. » 

IMEMORÏAE 
TORQVATI_ • NOVELLI • P • F 
ATTICI ■ X * VIR • STLIT • IVD 
TRIB * MIL • LEG •_! > TRJB ■ VEXILLAR 
a leg. gVATTVOR • I • V • XX • XXI - Q - AED 
pr. AD • HAST ■ CVR • LOC • PVBLIC 
Ug. CENS • ACCIP • ET • DILECT • ET 
procoS ' PROVINC • NARBON 
in • cuïVS • HONORIS • FINE 
loannos. AGENS • XXXXMII 
in forO * I V L I I • D E C E »S I T 
I Tivoli. — (Muratori, p. 150, n. 9; Honzen . t>453 ; 
! L6on Renier, apud Borghesi, Œuvres complètes, t. V, 

^ p.8,n. 1). 

Memoriae Tortjuati ^ovcUi{i) , P{ublii) f\ilii) , Attici , decemvir{i) 
sUU[it)Uks) judlicandis) , trib{uni) 7nil{Uum) leglionis) priinae , tri- 
b(uix\) vtcUlar{U>rum) [laj{ionum) q]uaiiuor, primae , quinine, vice* 
sirnaet ^^nius et vicesimae, qtiaesioris, aedilU, [pr{aeloris] ad liast{am)^ 
cur{(UQris) hc{prum] pubiic{oriLm) , [teg{ati)] cens{uum) accip{iendo- 
rum) et dite-t{..>) ei \jtroco\{n)s(uiis) pTovmc[%a€) Sarbon{tn&U) » [in 
cv^xis lionorxs fine, [Annos] agem XXXXIIIJ, [in for\o Juiii decessii. 

M. Lôou Renier Ht à la septième ligne : lleg(aU) ad] cc;w(ia) 
arnp{iendos) n dilec.i\aioris\ Mais si l'on veut bien se rap[teler 
combien la distinction des carrièi-es sénatoriale et équestre était 
soigneusement observée au premier siècle de notre ëro, on n'ad- 
mettra pas ;iis4MiicntqnoTorqu:ilus Novellius Alticns, ijoi-sonnago 
'l« rang sénatorial, ail pu remplir une fonction confiée d'ordiiiairo 



îî 



l'examinator PKR ITaUA-M. 



à un chevalier. La difficulté résultaut de cette inscription n'est da 
reste qu'apparente. Il sufBt , pour la lever, de lire dilectuum au 
lieu do dilectaiori et d'accueillir cette restitution que M. Ernest 
Desjai-dina a bien voulu me communiquer : [leg{aU)] rcm{uwn}) 
accip(Und07ntfn) et dilcct(uum) [fackndorum]. 

Il faut restituer de la juômo manière une inscription du musée 
de Vérotio, relative à T. Caesernius Btatius Quiiictius Macedo 
Quinctianus. Ce personnage, qu'on avait d'abord cru contempo- 
rain do SopLinio Sévère et d'Antoiiiu Caracalla, fut cornes pcr 
Orkutem de L, Verus, comme l'a démoatrô Borghcsi dans une 
lettre à M. Hûnicn du 14 juin 1847 (Œuvres complètes^ i. VIII, 
p. 106). Il ctait 111s de T. Caesernius Statius Quinctius Stjitianus 
Memmius Macrinus, connu par deux inscriptions, l'une du 
musée de Dijon, l'autre de Cirta (in/ra, p. 24). 

t • CAESErnio • S i at io 
Q V 1 N CT I • Macedoni 
QVINCTIAno • c o $ 
SODAL! • AVG - curai 
5 VIAE * APPIAE • Praef - altm 

LEGATO • L EGIOnrs 

PIAE. FIDELIS'COm-diV/' Vert 
PER • ORIENTEM • praet - cand 
INTER • CIVES • ET • Percgr • trib 

10 PLEBÏS • CANDIDA^o 

^FRICAM • M\\Relanias • q 
CANDI DATO . TRibuno • mil 
/EGIONIS - Tricesimcu • Ulpiae 
triCTRICtS • T r iumuiro 
15 auRO ' ARGENM • aeri • / • / 
pa/RONO • COllegi • fabr 
D eor 

S E R y l l i u s 

AMïCa 

Civilanova. — (Marini, Amali^ p. 18; Henien , 6502; 
iiéon Renier, Mélanges d'épigraphic , p. 70; Corp, Irtfcr, 
Lai,, i. V, 865; Wilmanns, 1189). 

[Tito] Catsel'nno Siatio] QnincH[o Macedoni] QuincUa[no, co(n)- 
t{xdi)]f sodali Aug{iistali) f [curatori] viaeAppiae, p[raef{ecto) ali- 
m(entornm)], legato legio[nis]... Piae Fidelis, co[rn(Ui) divi Vert] per 
Orkntem, [pratt{ori} cand{idato)\ inter cives et p[cregr{inos) , tri- 
b{uno)] plebis cam£û/a[to ,....] Africatn 3faur[e/ama5 , quaest{orif] 



l'bxaminator per italiam. 23 

eandùiato, ir[ibutio mil{itnm) l]egiorUs t[rigesi77iae Ulpiae Fijcïrtcw, 
tlrivmviro au]ro argen[to aerif{lando} f{eriundo), pal\rono co[UegHi) 
fabr{orum)]^ d{ecxtrio) [eor(MmJ?J, 8en»i[?iu5....] omic[o]. 

M, lAou Reuier lit, à la dixième ligne, [dilect{alori} per] Afri- 
eam MaHr[etanias] ^ ce qui donnerait un dilectator .ijtjiartenant k 

r l'ordre des sénateurs. Aussi M. Mommsen propose-t-il de lire; 
[censitori per] Africam MaHr{etaniasqne) (\), Il me sonihle pn'^fora- 
ble, bien que T. Caesornius Quinctianus n'ait nié justiiralors que 
questeur, de restituer avec M. Ernest Desjardins [leg[alo) dileC' 
l{tium) per] Africam Maur[eianiajs]. 

Il ne faut donc pas coiifoiulix3 lo legatiis dilectuum faciendorum 
avec le dilectator : le premier, de rang .sénatorial , centralise les 
opérations du recrutement de toute une i)TOvince , comme Tor- 
quatus Novollius Alticus fiour la Narlwnnaise, ou même de plu- 

» sieurs provinces, comme T. Caesernius Statius Quinrtius Macedo 
Quinctianus pour l'Afrique et les deux Maur6tanies; lo second , 
de rang équestre, est chargé, sous les ordres du legatus dilectuum^ 
de faire les levées de troupes dans la partie de la province qui lui 
a été assignée. Si dans les Alpes Maritimes nous avons trouvé 
un seul diteciator, c'est sans doute parce que , à raison du j)ou 
d'étendue de la province, le gouverneur, investi d'un pouvoir 

•spécial pour faire le dilectus , sutRsait à remplir sa tAchc. 
Nous arrivons ainsi à reconnaître les trois classes de fonction- 
naires chargés du recrutement : Jo le leijatus ad dUectus faciendos 
poui" la province; 2° le dilectator pour le district ; S"» Vinquisitor 
pour la cité. 

■ Contre cette maniin-e de voir, en faveur de laquellejo suis heu- 
reux de j)OUvoir invoquer l'autorité de M. P^rnost Desjardins, on 
ne saurait tii*er argument des missi ad dikcium de rang sénatorial 
que l'on trouve pour des régions entiî'res de ITlaïio ; il faut bien 
se garder de les prendre pour dos diUctatores. Les inscriptions 
nous signalent trois agents do recrutement pour l'Italie (2). 

(1) Bômitches Staaurecïtt, t. Il, p. S20, n. '2. 

C%) 11 7 en a pt:iit-(>tre un quatrième mentionné dans l'inscription suivante : 
L • FvLVIO • G.WiO • Tiumtsio • Petronio 

AEMILIANO COS 

PONTIF ELECTO • AB • OPtimo • imp • Severû 

ALEXANDRO • AVG ■ AD JiUct • habcad 

» PER ■ REGION EM ■ T R AnspaJanam 

PRAET • CAN 

LVGDVNEN 

H. Maria di Capua. — [inscr. li'eapoif 3C04). 



24 



L EXAMINATOR PER rT\r.IAM 



1 

T • CAESERNIO /// F • PALAT • STATIO 
QVINTIO STAT///NO • MEMMIO • MA 

CRI NO • COS • SOD///I • AVGVSTALI • LEG ■ PR • PR 
PROVINCiAE • AF///CAE-LEG- LEG- XIIII • G- M • V 
MISSO • AD - DILEC///M • IVNIORVM • A - DlVO 
HADRIANO • IN • R///GIONEM • TRANSPADA 
NAM-TRIB-PL^QVAE///-CANDIDATODlVIHADRIANI 
COMITI* EIVSDEM- I///y/ENTE • XV VIRVM • STLITIB 

IV///////DIS 
D • D. PAT//////////OLON P • P. 

Cirla. — (Léon Renier, Imcripiions romaines de VAtgérie^ 
1817; Heiizen, 7420 a; Wilmaans, 1184). 

T{ito) Caesernio, [T(i7»)] f[ilw), Palat{ina frihu) , Statio QtUntio 
Statlia]no Memmo Macrino, co{7t)s{uli)y so(i[al\i Augustali, Ug{ato) 
pr[o) priaefore) protirwiae Afln\rae, leg{ato} kg{ioniH) quarta^i deci- 
maeG{eminae) .\f{artiae) V{ictrim)f misio ad ditec[tu]in juntarum a 
divo {îndriano in r[e]gionem Transpadanam , trih{vno) pl(ehei)^ 
quae[st{ori}] candidato divi Ifadriant , romiti ejusdem ([«Onjente, 
quindecimvirtim (sic) stlitih{us} ju[dican]dis , pat[r<mo quatuor c)a-i 
îon{iarum), 

D{ccrclo) d{ecunonum)f p{ecunia) p{uhlic(i). 

 côté de ce missus ad dilectum du temps d*Hadrien , nous en! 
avons un autre du temps de Morc-Auri'Ie ot Vérus- C'est 
Marcus Claudius Froulo, qui fut , pendant la eucrro de Liiciuï 
Vérus contre les Parthes et les ^•méuions, missus ad jnoentuiem 
per Italiam leijendam. Il est uicntionm'^ dans une Jnscripliou 
trouvée à Rome, au forum de Trajan. Bien qu'elle n'ait élô con- 
servée que dans les manuscrits de Ligorio » on admet aujour- 
d'hui son authenticilô depuis la diVonverte, en Transylvanie, 
d'une autre inscription ( Henzen, 5479; Co^-p. fuser. Lat, , t. III, 
1457; Wilmaims, 63G a) relative au môme persomiage. Ligorio 
n'y a interpolé ou corrompu que quelques-unes des iJi-emi^res 
ligues, i.M)ur no pas perdre Thabiludo, dit Borghesi ( (Aut* rw 
complètes^ t. in, p. 384), de ne laisser sortir de ses mains aucune 
inscription sans la souiller, senza contaminarh. 



L{ueio) Fulvio Gario ^[umisio Pelronio] Arn\iUano, co{n)s{uli)... ponii/\UC), 
electo ab op\timo imp{eratore) Sn^ro] Aiexandra, Aug{uito), ad [diU€l{Hm) A«- 
ben{dum)] prr regionem Tra[nBpadanam] , praet{ori) con(d*da<o),... 



LSXAUTNATOn PB» ITAtlAJi. 



Î5 



M ' CLAVDIO ' F • Q 
FRONTON I • COS 
EG- AVC-PR-PR-PRÔVINCI4rVM -DACIARVM • ET 
SVPER • SÏMVL • LEG • AVG • PR • PR ■ PR(^VINCIA 
* DACiAR • LEG • AVGG • PR • PR • MOESIAE - SVPER 
DACIAE- APVLESIS-SIMVL-LEG-AVGG'PR-PR- PRO 
VINCIAE * MOESIAE • SVPER • COMITI • DiVl • VERl 
AVG • DÔNATÔ • DONIS • MILITÂRIB • BELLO • AR 
MENIACÔ • ET • PARTHICA • AB • IMPERÂTORE • AN 
w TÔNINÔ • AVG • ET • A DiVO • VERO • AVG • CORONA 

■ MVRALI • ITEM . VALLARI ■ ITEM^ CLASSICA • ITEM 
^AVREA • ITEM • HASTIS • PVRiS • Mil • ITEM • VIXILLIS 

Illl ' CVRATÔRI • OPERVM - LOCÔRVMQ • PVBLICÔR 
MÏSSÔ • AD • IVVENTVTEM • PER • iTALIAM • LEGEN 
»' DAM- LÊG-AVGG- PR- PR ■ EXERCITVS • LEGION ARll 
ET • AVXILIÔR • PER • ORIENTEM • IN • ARMENIAM 
ET • OSRHOENAM • ET • ANTHEMVSIAM • DVCTO 
RVM • LEG • AVGG • LEGION! • PRlMAE • MINERVi 

■ AE • JN • EXSPEDiTIONEM • PARTHICAM • DÉDVCEN 

■ DAE'LEG'DIVI- ANTON [NI -AVG- LEG- XI -CL- PRAE 
TÔRÎ • AEDILI • CVRVLI • AB • ACTIS • SENATVS • QVAES 
TORI • VRBANO • X ■ VIRO • STLiTIBVS • IVDICANDIS 

HVIC • SENATVS ■ AVCTOREM • IMPERATOREM • AV 

RELIÔ • ANTONINO - AVG • ARMENIACO • MEDICO 

ft PARTHICO • MAXIMO • QVOD • POST - ALIQVOT • SE 

" CVNDA • PROELIA • ADVERSVM • GERMANOS 

ET • lAZYGES • AD • POSTREM VM • PRÔ • R- P- FORTITER 

PVGNANS • CECIDERIT • ARMATAM • STATVAM • ET 

»IN- FORO- DlVl • TRAIANI • PECVNIA • PVBLICA • CEN 
Rome. — (Ilenzen, 5478 ; Corp, /;wcr. Lai,, l. VI , 1377; 
Wilmanns,636). 
M(arco) ClmuUo, [TiH] f{ilio), Qhiirina (trihu)], PronUmi, eo{n)- 
«(vi/i), leg ato Aug{usti) pno) pr{aetore} provinciarum Daciarum 
[trium,prot:{inciae) Dadae Malu€nsis,prov{inciae) Daciae Porolissen- 
m, prou(inrwc)?] ( I ) Daciae Apulesis, simul leg{a(o) Aug{usH?) pr{q) 



(t) Les lignes 1 et à de riiucripUoo n'ont aucun sens. HIIas ont éié man{- 
festeineat interpolées par Ligorio. Je donne U restitailon de Wilmanos: elle 



26 l'kxaminator peu italiam. 

pr{aetore) provinciae Moesiae super{ioris), comitidivi VeriAuglusti), 
donato donis jnilifarih{us) hello Armeniaco et Parthico ab impêratore 
Anfonino Aug{usto) et a divo V^ero Aug{usto) corona murait , item 
vallari j item dassicay item aurea, item hastijt puris quatuor t item 
v[é]xillis quatuor, curatori operum locot*umq{u€) pubUœr{um) , 
misso ad juventutem per Italiam legcndam, leg(ato) Aug{ust-orum) 
pr{o) pr{aetore] exercitus Icgionarii et auxilior{um) per Orientcm ^ 
in Aj'meniam et Osrhoenam et Anthemiisiam ductorum , leg{ato) 
Aug{ustorum) legioni primae Mtnerviae in exspeditionem Parthi* 
cam deducendae , leg{ato) divi Antonini Aug(usti) leg{ioms) undeci- 
mae Cl{audiae), praetori, aedili curuUf af) actis senatut , quaestori 
urbanOf decemmro stUtibus judicandis* Huic senatuSt auctore impê- 
ratore M[arco) Aurelio Antonino Aug{iL^to)t Armeniaco , Medico, Par- 
thicoj }faximo, quod poxt aliquot secwida proelia adversutn Germa- 
nos et Jazyges ad postretmwi pro r{e) p{uhlica) fortiter pugnanx 
ceciderit, armatam statuam in foro divi Trajani, pecunia puhlica ^ 
cen[suit ponendam]. 

Dans une autre inscription du troisii^me sit^cle^ récemment dé- 
couverte h Rome dans le cimetière de Saiut-Cnlixle, et dont il 
ne reste que quelques fragments, on Ht : 

3 

misso 

AD IVNIORES ■ LEGENDOS PER KEMUiam 

AB EPISTVLIS • GRAECIS • CVR • OCRlCulanorum 

PRAETORI • QVAESTORI i 

Rome. — (Corp. Inscr. Lai. , t. VF, 3836). 

[misso] ad juniores kgetidos per Aetni[liam] , ali cpistuUs 

graeciSt cur{atoH) Ocric[ulanorum\ , praetori, quaestori. 

Ainsi nous avons des missi ad dilecium pour la Transpadane, 
pour l'Italie et TEmilie, tous do rang sénatorial et charg(''S du 
recrutement dans des contrées d'une étendue égale à celle d'uu( 
province, ou même dans l'Italie tout entière, lis n*ont [»as, comn» 
los dilec ta tores , un litre officiel. On les appelle tantôt missi 
diikctum juniorum ^ \;ix]U}i missi ad juventulrm legendam ^ tajitAl 
missi ad juniores Ugendos. Le jurisconsulte Paul , dans son co!n« 
iQGDtaire sur les lois Julia et Papia Poppaoa , parle aussi de oei 

ne difl%rc pas, quAnt au Tond, de cclti" de M. Mominscn (Corp. fnicr. l.ni., t. Itlj 

H57 ) : ify(oiD) Â\ig{utii)'' pr[o) pr^aetort) yrotincvirum r^acra[e VoroUitMis 
X>aciae Malurjtix Pt] Daciae Âpulms. 



i 



L EXAMINATOR PER ITALIAM. 



27 



iqm mtUunttir nt milUfS... Ugendi curarcni (L. 35, Di'j., Ex qiiibus 
causis majores XXV aanis iii integrum resliluunlur, lib. HII, 
tit. 6). Us ue sont pas revêtus d'uao fonction , mais d'une mis- 
sion. Ce sont dos envoyés extraordinaires , dont la présence s'ox- 
pliquo par Ja situation particulière dans laquelle se trouvait l'Italie. 
A la suite d'un accord intervenu entre Antoine et Octave, 
ritalic fut exemptée du servi(:o militaire : xal fir,5êTepov aùtûv, dit 
Appien [De bello civ.^ lib. V, cap. 2i}],, îzi xotTaX^^*" «'^'"iî 'IfaXiaç. 
Cette exemption fut maintenue par les successeurs d'Auguste (1). 

A£oç xt ^ufr Tà< *lTaXtci')Ttûa; ttoXii; xatTeXajjLêocvft , dit Hérodien (lib. II, 

cap. Il) à propos de Tarrivôe de Septime Sévère en Italie, twv- 

6avo[xiva; xoffavnriv ^îpoSov ffrpaTOU, 0\ yip xaiii t^;/ 'lT«X(av avûpoJTTOi , 
é!7rX(uv xal 7roXé[Juuv TiaXat à.Trr^'ka'^ijJyoi , ytui^yvi xatl e^piiv-v] Ttpoaeî/ov... l\ 
.w èi Iç T^ 2^€a(rrJ)v -rreptïîXOEV i, {Mvap^fa, 'tTaXtcuroc; [jtiv irovtov atWTraiHTC 
ixal tCv SrrÀwv Iyujjlvwuc, çpoufta Se xal or^x6v£ù% T9i« àp/r,; icpoo6«X£TO, 
•|JKodo^<Spouç ira ^tjtoT; aiTripeaioi; <rrpaTiojTaç xaT!xuTr,ffafxevo; (Cf. Sueton,, 

IferOf cap. 44 ; ViteUius, cap. 15 ; Tacit., Annales, lib. IIII, cap. 5). 

Ce n'est que dans des circonstances exceptionnelles , en cas de 
nécessité absolue, qu'on fit des lovées do troupes ou Italie* 
L'Italie était alors momentauément assimilée aux provinces. 
• L'exercice derautorité d'un legaltis Ainjusti propraetore en Trans- 
padane, dit M. Krnest Desjardins à l'occasion de Tinscription de 
T. Caeserniuâ Macrinus ('2), implique rigoureusement Tidée d'un 
état proviucial , ol les recrues faites par un sénateur excluent 
absolument la Jouissance àujus italicum tel qu'il était entendu 
-80US l'empire. Nous eu sommes donc i-éduils à admettre que, sans 
doute par suite de nécessités nouvelles , créées [»out-fiti*e par les 
guerres de Dacie, l;i Hcgio Transpadana avait provisoirement 
perdu ses droits italiens, et avait été soumise à la condition pro- 
vinciale, sans être toutefois dépouillée de son titre de regio, qui la 
raliuchail à l'Italie, et lui promettait un prompt retour aux avan- 
tages dont elle avait été temjïorairenionl jirivée. C'est là une 
exception qui ]ie doit pas avoir eu de durée; on retrouverait d'au- 
tres traces de ce fait, soit dans les textes, soit surtout dans les 
monuments épigrapliiques. n 

Ce qui vient confirmer celle opinion , c'est que les recrues sont 
ici désignées par les mots juventus , juniores. Or ces mots s'ap- 



(I) Voirez ce|H>ntlânt RudorfT. GromaHtche tnttUution^n , dans les Brlàutê- 
ntnycn su Jen Schriftcn fier romitthtm PtldmcsiKrt X. H , p. i09, n. ^03 ; WalC«r, 
Cttchichte des romitchm Hechts , 3* dd., t. 1 , )} 341, n- 3U. 

('2} tM onieliêgiont d'iiuf/uife, dans la lievun historique, 1876. I. 1*', p. 195. 

3 



28 



L R3U.MtNAT0R PfîR ITALIAM. 



pliguent chez los Romains aux levées eu masse que ]*on faisait ea 
cas do néeessilé pressante. Tacite {Histon^ lib. I , cap. 68) montre 
les Helvotii harcelés par la cavalerie, par les cohortes de Rhôtio ot 
par « ipsorum Rhaelorum juvenltu^ sueta armis et more militiao 
exorcila. » Ces soldats improvist'is avaient une tout autre valeur 
que ceux qu'on essaya d'opposer à Olhon dans les Alpes Maritimes. 
« Marilimas tum Alpes teuebat procurator Marins Maturus. Is , 
concita gonte , tue deesi jumnius , arcere provinciae flnibus Otho- 
nianos inlendit. Sed primo im[)etu caesi disjoctique montani, ut 
quihus leniere colIecLis , non CJislra , non dncem nosritantibus, 
neque in Victoria decus csset , neque in fuga flagitiura » (Tacite, 
HisL, lib. Il, cap 12. QL lib. IIl, cap. 5). 

Kn dehoi-s do ces lovées exceplionnelles, il y avait aussi par- 
fois, en Italie, des levées do gardes civiques. C'est ainsi que j'ex- 
plique une levée de tirones juveniviis faite au temps do Temporeur 
Maximin, c'ost-à-dire entre 235 et 238, dans le but de fortifier 
la route ijui conduisait de la [>orle d'Aquilée jusqu'au pont (Cf. 
l'inscription de Tarragone, où l'on voit un prae/ectus cohortis 
novae iironum^ praefccuu orae mariiimae^ dans le Corp. Inscr. 
Lof., t. U, 4138}. 



M P 



E S. 



A V G 



10 



ib 



C A 
C. Iulius 
Ver us. . . 
M A X I m ( n u s 
I N V I C T V S • 
AQVILEIENSIVM 
RESTITVTOR 
ET'CONDITOR 
VIAM-QVOQVE 

G E M I N A M 

A PORTA • VSQVE 

AD -PONTEM 

FER • TIRONES 

IVVENTVT • NOVAE 

ITA LI C A E • SVAE 

DILECTVS • POSTERIOR 

LONG ! • TEM PORIS 

LABE • CORRVPTAM 

M V N I V I T ' AC 

REST I T V I T 

Aqullée. — (Corp, Inscr. iat., t. V, 7! 



L EXAMfNATOR PBH ITALIAM. 



29 



ferafof) Caes{ar)f C{aius) Julius Verus,., Maxi[tnmus, P{ius) 
P{elix)l Inx'ictns y\ug{ustus), Aquileiensium restitutor et conditor, 
vittm quoque Geminam a porta usque ad pontem , per Hrones jnven- 
tuf{is) novae Italicae snae diledus posterior{is) , longi temporis labe 
corruptam munivit ac restituit (I). 

Mais laissons do côté Tltalio qui, au point de vue du service 
militaire, était dans uiia position à part , et revenons au mode 
ilo ï*Gcrut*3inonl des légions dans les provinces. Nous avons cons- 
taté l'existence d'un sysU'ino parfaileiuent oiganisé^ et nous 
avons vu guel était le rôle de ïin</uisUor chargé dans chaque cité 
de procéder, d'apii's les ordres du di/^ciaior , à l'onquôte néces- 
saire pour vérifler l'aptitude au service militaire. Nous pourrions 
suivre les traces de cet inqxiisitor jusque dans le Bas-Empire. 
A]>r(:s le changement opéré au quatrième siècle dans le mode do 
l'ecrutement de r.irmée , alors que les citoyens n'étaient plus 
assujettis personnellemont au service militaire, mais devaient 
fournir un certain nombre d'hommes suivant leur fortune (L. 18, 
S 3, Dig.j De muneribus et houorihus, lib. L , tit. 4) , VinquisUor 
fut chargé de vérilier si les hommes présentés par les contri- 
buables étaient Iibi*es de Lout engagement : « Quotiescunquc so 
aliquis militiae «Tedidcrit oITerendum , statim de natalibus ipsius 
ac de onmi vitae condiLioiie examen habeatur, ita ut domum , 
genus, non dissiuiulel ei parentes. Nec liimen huic ipsi roi, nisi 
houes lissimorum hominum testimonio ad.sti[iulanlo, credatur; ita 
enim liet, ut et carias nomo doclinet, et ad luilitiam nullus ad- 
spiret , nisi quem punitus libeinim aul génère , aut vitae condi- 
tione inquisiiio tam cauta deprohenderit j^ (Const. des empereurs 
Gralien, Valeutinien et Théodose ci Postiimianus, préfet du pré- 
toire. C. Theod.f 1, Quid probaro doboanL ad quamcuuque mili- 
tiam venientcs, lib. VII, lit. 2}. 

Il arrivait, [taraU-il, fi'équemment que, pour échapper aux 
charges do la curie, on essayait de s'em'ôler dans l'armée : Tm^ui- 



(1) Il BBgit ici vraisembUblcment de la via Gemina , qui allait d'Âquileta au 
pont sur le Sontiu« (isonso). On trouve en etTcl sur In table île Peulinger la sLO' 
lion Quitte Sonti, k U milles (20 kil. • ]) d'Aqiiiloi«, et l'on aait par to lomoî- 
gnagc d'Ucrodicn et dcCapitolin {Maximini duo, cap 12} que Maximio. venant 
de Pannonie pour alloi faire le aiôge d'Âquilôc , traversa le fleuve à cet eadroit. 
Cr. M. Ernest DesjardinB, La Table de Prufinyrr, p. 87. 3* col., et p. 127. 2* col. 
— Cf. sur les vtunitioM» viarum le chapitre XCVIII de ta lot coloniale de Ge- 
netiva Julla. et les remarques de M. Ch. Giniud (Us Bronse$ d'Osuna, p. 21, 
1874) et de M. MommsoD (Ephtm. epigr>. t. Il, p. 127). 



L BXAMINATOIl P£H ITALFAJC. 

sitor empêchait cette fraude de se produire. De même , il écartait 
les esclaves (Const., 6, 7, au code de JusLîuieu, Qui ntitilare pos' 
sunt , lib. Xll, til. 33) , les cokortales (C. 4, eod. tit.)^ les coloni et 
les saltuenses (C. 3, eod.), ceux qui cherchaient à échapper A un 
procès (G. 1, eod.), les nt^joUatores (Goasl, au., C. Jnst.y Negotia- 
lores no militent, lib. XIÏ, lit. 34). Cf. C, Tkeod,, 8» De tironibus, 
lib. VII, lit. 13. Une inquisUio bien faite aurait dû donuer d'ex- 
cellents résultats. Malheureusement il n'oa fui pas aiusi, comme 
lu fait romarquor Vc^m'îuu ( lib. 1 , cap. 7 ) : a Ilinc tôt ubique ab 
hostibas iUatae suiit clades , dum louga pax militem iacuriosius 
legil, dum hoaestîores quique civilia sectautur oflicia , duin pos- 
sessoribua iudicti tiruncs per gratiam aut dissimulalionem pro- 
bantium laies socianlur armis quales domiui habere fastidiunt. » 
Ce fui l'uue des principales causes de la décadence de l'empire 
romain . 

Il nous sera facile maintenant de résoudre la question qui nous 
occupe, et de montrer qu'il n'y a aucun rapport entre cet inqui- 
sitor, agent de recrutement, et notre inquisilor Galliarum. On ne 
peut contester qu'en valant l'érection d'un monument à Vinqui- 
sitor Galliai'urjt , les délégués des très provinciae aient voulu ré- 
compenser les services rendus, non pas à telle ou telle localité , 
mais aux trois provinces elles-mêmes. D'aulre part il ne faut pas 
oublier que chacune d'elles avait une administration particulière, 
et que leurs intérêts n*étaioat confondus que loi*squ'il s'agissait 
d'une question relative au culte de Rome et d'Auguste. Or, 
quelle compétence auraient eue les délégués des trois provinces 
]}0ur choisir Vinqiiisilor dikcluum 'f Ce fonctionnais ne pouvait 
remplir utilement sou emploi qu'à la condition d'agir dans le 
cercle restreint d'une cité. Comment, pai- ejiomple, faire ob- 
server, si l'on n'est pas du pays, cette règle que rappelle le juris- 
cousuUo Arrius Meuaudor au premier livre de son traité De re 
miUtari : « Adulterii vel ali[qu]a judicio publico damaati inter 
milites non sunt recipiendi » (L. 4 , § 7 , /%. , Do re militari, 
lib. XXXXVIIII, tit. 115). 

Vinqumior dikciuum devait cire l'homme de la cité, informé 
dos circonstances locales, et capable de j uger des causes d'im- 
muniLô ou d'aptitude. Dans ce cas, il avait une raison d'être; 
mais il lui aurait été im[»ossiblc d'étendre ses investigations sur 
les trois jtroviucos, et de fournir au diUctalor les renseignements 
dont celui-ci avait besoin pour probarc milites. Ce n'est i»as tout: 
comment coucevoii* les rapports de Vinquisilor et du dileciator^ 



l'kxautnator per italiav. 31 

si, comme nous Pavons vu, le dilectator a une autorité supérieure, 
et ne peut cependant exercer son action que sur une seule pro- 
vince ou môme sur un seul district d'une province? 

II faut donc , pour conclure, reconnaître d*une pai-t que Vinqui" 
sitor dilectt^um est un fonctionnaire impérial, comme le dilectator j 
comme le îegatns dilectuum ; d'autre part , que Vinquisitor Gallia^ 
rum n'est pas un agent do recrutement , mais une sorte de con- 
trôleur général , chargé de répartir entre les cités de la Gaule les 
sommes nécessaires h couvrir les frais de l'assemblée provinciale. 
Dès lors il n'a rien de commun avec Vexaminator per Italiam qui 
est, lui, un fonctionnaire public de l'Empire. 

Il semble donc que la conjecture émise par Borghesi ne saurait 
être accueillie. Voyons maintenant s'il est plus facile d'admettre 
celle que M, Mommsen a proposée. 



Sbgtion II. 



t EXAGTOR AVRl ET ARGENTI PROVINCIARVM III. 



Pour dôtcrminor lo sens de Vexam inator per Italinm , 
M. Moinmsen commence par rechercher ce que veut dire le mol 
examinare, « Gum examinandi vocabuhim » dit-il , propric usur- 
polur Je slatcréi , auriim et. argentiim oxigi non potest , maxime 
aotate Coiïslantiiiiaiia , ubi ipsi nummi jionderabautnr m.igis 
quam iimnerabaiitur, iiisi adhiliilo librac examine. * Ainsi Yrxn- 
minntor serait le fonctionnaire charg»^ do vérifier, h l'aide de la 
balance, le poids de l'or ou do Targont. Ce serait une espèce de 
contrôleur et do vûriricalenr des moiinaios. 

Ce (pii a donné au savant épigraphiste allemand l'idée d'inter- 
préter ainsi Vexaminalor per lialiam , c'est une inscription qui 
mentionne un exaclor auri et argenti provinciarum trium. 



C • CAELIO • CENSORI 
NOVCPRAET-CANDI 
DATO ■ CONS • CVR • VIAE 
LATINAE • CVR • REG • V!l 

s CVR • SPLENDIDAE • CAR 
THAG • COMITI • D • N 
CONSTANTINI • MAXIMI • AVG 
ET • EXACTORI • AVRl . ET • ARGEN 
Tl • PROVINCIARVM • 111 • COS • PRO 

10 VINC • SICIL . COS • CAMP • AVCTA 
IN ' MELIVS- CIVITATE • SVA • ET- REFOR 
MATA -ORDO- POPVLVSQVE- ATELLANVS 
L ■ D • S • C 
AtoIIa. — [in-tcriptiones regni Xrttpolittmi latinne ^ .1510; 
Uonzon. 6507; Wilmanns. I??2). 

C{aw) Cnelio Censorino, v{iro) r{larisximo), praei(ori) cnndiflaîo. 



L*BXAMmATOn PEH ITALTAIf. 



33 



ms{uh} , cttrintori) viae Latinae, atr(afori) reg{io^iis) septimae, 
ci/r(a/on) splendûine Ca7'thag{imft) , comiti ti(omini) n(oxln) Cons- 
tantini Maximi Atig{usti) et exactori auri et argcnti provinciamm 
trium, co{n)s(ulari)prorinr(iae) Sicil{iae), co{n]s{nlari) Camp{amae), 
ancta in melitis civitate sua et reformata, ordo populusque Atellanus. 
L(or.o) d{ato) 8{enatus} c{on$ulto), 

M. Mommscn a pendant quelque temps considéré celte inscrip- 
tion romnie fausse. Je trouve, eu effet, dans une lettre adressée 
par Borghosi r^i M. J.-B. de Hossi, le 15 septembre ISr^U, les lignes 
qui suivent : « Mommsen m*a averti de mo tenir en garde contre 
Tinscriplion de G. Gaelius Censorinus, qui n'a jamais oxislô, et 
qui est nna dette solite imposture de Pratilli ; et on vorito ce CVR • 
REG • Vn (1) et col EXACTOR • AVRÎ • ET • ARGENTI • 
PROVINCIARVM • III 'do raiiy: sénatori.il sont dos nouveautés 
difflcilos A accepter » (Œxivres complètes, t. VIII, p. 259). 

M. Mommson est revenu depuis sur coUo opinion qu'il avait 
fait piirtager k Rorghesi. Censorinus fut, à son avis, chargé de 
vérifier le poids de Ter et de l'argent remis par les contribuables 
dans les trois provinces de Sicile, de Corso et de Sai*daigne, Telle 
aurait été la mission de V^xactor auri et arqnUl provinciamm 
triiim. Satnrninus aurait rempli une fonction analogue en Tlalio. 
8 Hequirit oxactor auri el argenli inmibnim Italicnrum similem 
magisiralum ccrto por Italiam ipsam, forUisse item por provincias 
reliquas. n 

A l'appui do cette manitro de voir, M. Mommsen fait remar- 
quer que l'inscription de G. Gaclius Censorinus est contemporaine 
de la nôtre. Elle est {>oslmeuro W l'an 321 , car Censorinus y est 
qualifié cotisntaris Campnninr; or, ju3<ju'à cette date, la Campnnio 
étiiit gouvernée pnr dos correciores et non par des consutares 
{V. l'inscription do G. Vetlius Cossinius Ruilnus dans OrelU, 
2285). Elle est antérionro i\ Tan 337, puisque Censorinus fut 
comex domini nostri Comtanlini Maximi Auffusli ^ comme Satur- 
uiiius, et que Constantin est mort h. cette époque. 



(I) M. Henxon {CoUfctionit Orellianne Suppl., p. 303) explique ce eurator 
regionit ieptimae par un pasMgedf l-amprule (Aier.Sft., cap. 33). I/pmppreur 
Al'ïxanilre H(^vJ*rc nvnit crt*»* quatorze curalnrts, pcr»onnages consulniros , 
rliarKVR tl'nssiffler tcpif^fetilc laviMcdons ses Tond ions de jqkc : m quoi* mxiira 
tiiiKOliii nrhano f^um praefccto uil)i*t Jn^sil, itn nt onincs nut magnn pnrs mlrn- 
wnr cuiii ficin fieront. » M. Mommsen croit qu'on pouirait auMt entendio lo 
CVR ■ REG • Vil * d'un curateur dp In Jtrpliî'nte rt^giun d'Italie. c'cst-à-Uir* 
de l'Etniric {H^n. Staalsr,, u 11, p. 1032 U 



34 



L'BXAU[NA.T0R peu [TAUUM. 



Je n'ai point l'intention do contester qne Tinscription de Cen- 
sorinus soit contomporaine de celle de Saturninus , bien qu'à 
mon avis celle-ci soit antérieure de (juelqnes années; mais ce qu'il 
ne me paraît pas jïossible d'admettre, c'est le rôle que M. Momm- 
sen altrihue à Vexactor nnri et argenti provinciarum trium. Voyons 
en effet quelle était la situation des trois provinces insulaires à 
répo*]ue où C. Caelius Cousorïnus y l'ut envoyé. Nous avons , à 
cet égard, les renseignements les plus précis dans le code Théo- 
dosien. On y trouve plusieurs fragments d'une constitution ren- 
due par l'ompei-eur Goiislanliu h. l'occasion de la perception des 
impôts dans les trois provinces de Sicile, de Corse et de Sardai- 
gno. Ces fragments forment la constitution "2 , De siisetptoribtts 
(lib. XII , lit. fi) , (jL la constilnliot^ I ^ fk pandernlorihus et auri 
iltatione (lib. XII, lit, 7). La constitution est du W dos calendes 
d'août, sous le consulat de Paullinus et de Jtilianus^ ce qui 
correspond A Tannée 325; elle est adressée à Eufrasius, ratiO' 
nalis trium provinciarum. I.'objot de cette constitution était de 
poser dos rî'gles sur la prestation dos impôts payables en or» do 
manière que les contribuables ne subissent pas de préjudice. 
Elle contenait les cinq dispositions suivantes , que nous ont con- 
servées les compilateurs du code Théodosien : 

1* Le contribuable, tonu à Timpôt k raison de plusieurs fonds 
de terre, est autorisé h s'acquitter de sa délie en une seule fois, 
■ ne scparatim ab unoquoquo auro exacte, mullis et assiduis in- 
cromentîs provincialium utililas fatigetur. » 

*" Lo p.iiemeal peut rire fait iX loute époque , suivant la com- 
modité du coidi'î[>u;ihlo. C'est une différence avec le paiement de 
Vannonoy qui avait lieu chaque année en trois termes (C. Tfuod.^ 
15, Do annona, lib. XI, lit. l). 

3* Si le paiement est fait en or monnayé, les pifnres doivent ôlre 
à l'effigie de Constantin, et il doit y en avoir sept de quatre scru- 
pules chacune pour une once, soit quati-e-vingt-qualre à la 
livre (I). 



(I) On «ait que cfttle proportion fi éxé chung^^e par tinfl ronafitiition île V«- 
Icnlinien et Valens de l'un 3G7. « ... QuDtief^cunqnc rcrta summa solidorua 
pro tituli qufllitate dcbeliir, et Aiirl mo«ia iransmlttitur . in sepuiaginla dnoi 
solidoft libra Terntur ncccpto" {C. Iheod., 13. g \, ÏV suscoptoribtis, prncposiria 
et arcariis. lib. XII, tit. C). Of^sorinnia il n'y n plus que «oixante-douze wlidet 
k la livre. D'aprfra M. Marfjuardt {Hômxschê Staatirrnrattung , t. II . p. 2G>, tl 
en aurait 6ié ainsi d^'s le temps de Constantin. Valentinien et Valent n'auraient 
fait que renouveler Tédit de Constantin. Cette opinion rrp<i5c sur une correction 
du texte de la constitution t (C, Theod.t lib. XII. tit. 7) : au lieu de rfptem 



l'bxaminator PKn italiam 



35 



» 



4« Lo paiomenl ilo Timpol (>eut se faire on lingots, 

5» Dans ce ileruier cas, l'ompcreur inditiiie les précautions \ 
prendre poar obtenir le poids exact du métal. 

Les deux constitutions dont nous venons do faire le résumé 
nous donnent une idée des difficultés occasionnées par la percep- 
tion des impôts |iayables en or. Elles nous font très bien com- 
prendre l'institution d'un envoyé extraordinaire flc l'omperour 
pour les provinces où les abus s'étaient particuHêremonl fait sen- 
tir. Nous savons, du reste, par (i*antros constitutions, (pi'il n'y 
avait pas \h un fait spécial aux trois provinces de Sicile, de 
Corse el de Sardaigne; la perception des imi>ols payables en or ou 
on argent était la préocr\ipation constante des empereurs à cause 
de la fraude que les f>erçopteurs pralirpiaient sur une grande 
écbelle. Dans la constitution 3'2 , De annona (lib. XI, tit. 1* au 
code Théodosien) adressée k Eucharius, proconsul d'Afrique, les 
empereurs Uonorius et Théodose disent : « lllalionem auri vel 
argent! a possessoribus in Karlhnginionsi urhe poscendam esse 
decornimus, in qua opporlunitas est» si depraedator fraudium pa- 
reat, judicis adeundi , no cui sit facilitas apochas abnogari , cnm 
devotio cx)gnitori {totuorit aperiri : scilicet remotis omnibus, qui 
ad oxactionem provincialium exquisita lurracaptare festinant. » 

Ainsi, en Afrique comme dans les trois îles, au cinquième 
siècle comme au qunlrïbme , Vexnctin auri el nrfjenti nécessitait 
des mesures do précaution de la part des empereurs. La constitu- 
tion do Constantin ail rationnlem trium provincianim étant de 
Tan 325 , elle correspond très bien h la date de l'inscription do 
Censorinus, et il est vraisemblable que ce personnage fut envoyé 
en Sicile, en Corse et en Sardaigno, précisément à Toccasion des 
faits qui motiveront la décision de Constantin. 



Censorinus fut-il réellement chargé de poursuivre le recouvre- 
ment de l'impôt payable en numéraii-e? ou bien eut-il seulement 
pour mission de vérifier le poids du métal donné à titre do paie- 
ment? C'est ce que suppose M. Mommsen , qui l'end compte ainsi 
dos fonctions do Vexaminator, Voyons sur quoi peut s'appuyer 
celte opinion. 

6i nous consultons les monuments épigraphiquos, nous coaa- 
Lilons qu'il y a deux sortes d'exactores : nous trouvons en elTet 
un êxactor placé /i la uHe des officinaiom moiieiat anrariae argent- 



solfdoi. M. Marquardt lit avec Paocirole [ Variar. . 1 , 66. p. 127. dd. Lyon, 
1617) ift tolidoa. GcUe correction na me parait pat justiBôe. 



36 L'BXAMFNATOK PBR TTALTAM. 

tariae Caesaris ^ ]niis dos exaciores tributorum. Dans tpifille ca\ 
goriû faiil-iî faire rentrer Vexactor auri et argenti provincinrum 
trium? L*eraploi que lui assigne M. Mommsen semble indiquer 
que, dans sa pensée, nous sommes en prcseiiee d'un agent atta- 
ché au service des monnaies. Essayons do déterminer quelle était 
la fonction de Vexacloi- auri argenti et aeris ; nous pourrons alors 
apprécier si elle offre quelque analogie avec la mission confiée à 
C. Caelius Ccnsorinus. 

On sait qu'à pai-lirde la réforme monétaire opérée par Auguste 
en 738, le droit do battre monnaie fut partagé enli-e l'empereur 
et le sénat. La fabrication dos monnaies d'or et d'argent fut ré- 
servée k l'empereur, celle dos monnaies de cuivre abandonnée 
au sénat. Toutefois l'une et Taiitre avaient lieu sous la surveil- 
lance de personnages de ranfl; sénatorial , los III • VIR* MO NET • 
A • A • A • F • F (ti'es viri monetaies acre argenln nnro flando 
feriundo). Mais îi partir du règne do Trajan, on trouve mentionné 
dans les inscriptions le procurator monelae y fonctionnaire d6 
l'ordre éi[uc3tre, qui avait la direction générale de la fabrication 
dos monnaies d'or et d'argent. Les très viri monetaies contiuuôroiit 
néanmoins à subsister , car on peut on constater la présence jus- 
qu'au milieu du troisibmo siècle (Henzen, 6503 et 6512 = Wil- 
nianns, 1211, 1*219); mais leur i-ole devait ôtro très olïiïcc. Lo 
procttrator monetae avait sous sos ordres toute une armée d'em- 
ployés ï-épartis en (juatre sections. Il y avait : 

\° Les of/icinalores; 

2* Les signatores ^ suppos tores ^ malliatores ; 

S» Les conductores flaturae ; 

40 Les scalp tores (\). 

C'est ce que nous apprennent quatre inscriptions do Tannée 
115, trouvées h Rome dans la troisième région, non loin de Tam- 
phithéAtro, loiU pr(is île l'égliso do Sairiî.-Clément , à l'endroit 
même où était autrefois l'hôtel des Monnaies. 



(1) Les seaiptores fuient los ouvriers chargé» de la fp:AViirexlo»nutriCM. Le» 
signalores attestaient par leur signature la justesse du poids çt du litro des 
flans. Les ntppofinrcs plaçaient avec une pince crttrc diniK coins on acier le flan 
chaufTd au rou^o. Les maUiatore^ Trappaienl au marteau la lentille de métal 
solide placÔQ entre les coins-in.itricos. Les conductores floturni' argentUTtae a*o- 
nrlar Canaris dirigeaient les ouvriers {ftaturarii), cliargf^s du travail de font© 
qui metlAit les flanB numutaires en état d'être frappés. Cf. sur les pioe<*d**s de 
fabrication de la monnaie chez les anciens. Mongcz . 'l' Mémoire sur ruri du 
mMtnMjaQc, dans les *i'm. Acad. inscr., t. IX. [t. 218; M. François I^nornuint, 
Lu Monnaie dan* l'antiquité . 1- I . p. 251 cl suiv. 



l'bxaminator pbr italiah. 37 



A PO L LIN I ■ AVG 
SACR 

FELIX • AVG • LIB • OPTIO 

ET • EXACTOR • AVRI 

5 ARGENTI • ET • AERIS 

Romo. — (Corp. huer. Lai. , t. VI , 42). 

Apollini Aug(usto) sa€r(um), Félix, Aug(usti) lib(ertus), opHo et 
exactor auri argenti et aeris. 



FORTVNAE • AVG 

SACR 

OFFICINATORES - MONETAE 

AVRARIAE • ARGENTARIAE 

CAESARIS • N 

A Ifitorc dextro : 

FELIX - LiB • OPTIO ■ ET • EXACTOR 
AVRI ' ARGENTI • AERIS 
ALBANVS • LiB • OPTIO 
LACHES • LiB • OFF 
LYSIMACHVS-LIB-ITEM 

SGqiiuutur libcHorum ofrunaatonim cognominuXIIII, doindo: 

CALLISTVS • SER 

Scquuntur scrvormn nomina VIÏI. 

D • S • DD • DEDICAT • V • K * FEBR 
L ■ VIPSTANIO • MESSALLA ■ M • VERGILIANO • PEDONE • COS 

HoniG. — (Wilinaiiiïs, I.*î78 h; Corp. Inscr. LaL^ t. VI, 43). 

Forhinae Aiig{usfae) sarr(um), Offtcinnfores monetae aurariae 
argentanae Caesaris n{osfn'), Feli.r, lih{ertns), optio et exactor auri 
argent! aeris: Albanns , Ufi(erfim) , optio ; Lâches , lib{ertus), o//(ïa- 
nator); LifsimarhuSf lih(frtrtit), item...; CalîixtuSf ser{ims).., d(e) 
s(uo) fi{ono) ff(edervnt). Dedimt(nm) V Ji{alen(las) fehr(uarii), L{ucio) 
Vipstanio Messalla, M{arco) Vergiliano Pedone^ co{n)s(uUbux). 



38 



l'exami^ator PEn italiam. 

3 

HERCVLl AVG 

SACR 

FELIX - AVG • L • OPTIO - ET 

EXACTOR • AVRI • ARG • AERIS 

5 ITEM SIGNAT * SVPPOSTORES 

MALLIATORES MONETAE CAESARIS 



N 



Rome. — {Corp. fnscr. LaL^ t. VI, 44), 

HercuH Aug{ustQ) socr(um). FelûVy Ang{nsfi) /(iftcrft/^), optio et 
txactor anri arg(en(i) aeris , item signat[ores), suppostores, uiailio 
tores monetae Caesans n{Qstri)..„ 



VICTORIAE • AVg 
SACRVM • CONDVCTor« 
FLATVRAE • ARGEN/ar 
MONETAE • CAEsans 

Rome. — {Corp, Inscr. Lat., t. VI, 

XHctoriae Au\g(nstae)] sacrum, Conduct[ores] flat^trae argen[i 
r{iae)] monetae Cae[saris].., 

A ces quatre inscriptions, il faut joindre la suivante qui men*^ 
tienne un adjxuor pra^posiim scalptorum sacrae monetae. 



D M 

P ' AELIVS . FELIX • Q • ET 
NOVELLIVS ' AVG . LIB 
ATIVTOR PRAEPOS 
SCALPTORVM ■ SACRAE 
MONETAE • SE VIBO • FE 
GIT • SÏBI • ET - SVIS ■ LIBER 
TIS • LIBERTABVSQVE 
POSTERISQVE • EORVM 
Rome, — (Marini, Jscrizioni anticfu MU ville e de* 
palasfi Albanie p. 109.) 



L'EXAMINA-TOR per italiam. 



39 



D(iis) M(anibus), P(uhUus) AcUus Felùr^ q{ni) et NovelliitSf Au- 
g(rtsti) W>{ertus)t adjufor jiraepos{itus) scalptorum sacrae. tnonetae, 
se vivo , fecit sibi et suis lif)ertis lihertabusque posterisque corum, 

I Qu'étaient donc ces of/icinatores à la tôle desquels était placé 
Vexactor ? C'ôlîiiciit los survoill.'inls des ateliers iiioaétiiires impé- 
riaux. Priniitivemeut, avant Ja création du procuralor moneiae , 
jils étaient sous la direcliou générale d'uu superpositus , autant 
qu'on iKJut lo coujocLurer d'aiiivs une ijiHcrijitiou relative à C. Ja- 
lius Thallus, qui fut vraisemblablement un affranchi de Caligula. 



D • M 
FECIT - MINDIA • HELPIS • C • IVLIO • THALLO 
MARITO • SVO • BENE MERENTI QVI EGIT 
OFFICINAS PLVMBARIAS TRANSTIBERINA 
ET TRIGARI SVPERPOSITO AVRI MON ET AI 
NVMVLARIORVM ■ QVI VIXIT ANN • XXXIII • M V! 
IT-C • IVLIO THALLO FILIO DVLCISSIMO QVI VIXIT 
MESES • nu • DIES XI ET SIBI POSTERISQVE SVIS 
Rome. — (Mariiii , Iscriz, Àlb.y p. lil^^). 

D{iis) m{a7iibus), Fecit Mindia Helpis C{aio) Julio ThallOf marito 
suo hene merenti^ qui egit officinas plumbarias Transtibenna{s) et 
Trigari{i), superposito auri monetai nnmulaHornmj qui vixit ann(os) 
XXMH, m(cnses) 17, tt(etn) C{aio) Julio Thalio, filio dulcissimo, 
qui vixit me\n\ses II II, dies A7, et sibi posterisque suis. 

Au douxilïmc sitcle, les officinalores étaient sous les oi-dres du 
procuralor munetae , comme nous l'apprend une inscription re- 
levée sui* ou tuyau de plomb du musée de Vieane : 



IMP • CAES • M 
PITOLIN PROC 



AVREL ' ANT • AVG • N • SVB • CA 

■ OFF • FELIX • AVG • LIBER 

(Henzen, 6343; Wilmanns, 2809 a). 



Imp{eraiori) Cacs{ari) M{arco) Aurel{io) Ant{onitto) Aug{u8to) 
n{ostro), Sub Capi(olin(o) proc{uratùrc) off(icinator) Pelix, Aug{usti) 
liber{tus). 

Les officinatores paraissent distincts des nummularii , (pii 
t'taionL ce que nous appelons des essayeurs. Dans la loi 39 , au 
Digeste, De soluiionibus (lib. XXXXVI , lit. 3), lo jurisconsulte 
Africain suppose que ^ soluturus pccuniam tihi , jussu tuo signa- 
tam cam apud nommuiaiium} quoad probarclur^ déposai » (Cf. 



40 L'EXAMTNATOft PKK ITALIAU. 

Marini, Iscris. Alb.y p. 107). Cotte distiuclion des o/fif^iunfnrrs 
des numularii ressort de l'iiisci'iption suivante : 

HERCVLI * AVG 

SACRVM 

OFFICINATORES 

ET NVMMVLARl 

5 OFFICl N ARVM 

ARGENTARIARVM 

FAMILIAE MONETARl 

Rome, — (Oielli , 3226; Corp. Inscr. LaL, t. VI, 298). 

JlercuU Aug{usto) sacrum. Officinatores et numTnulari{i) officina- 
rum argentariarum familiae monetari{ae)* 

M. ManjiianU [Hœmische StaatsvenvaUunfj , t. II, p. 65, n. 2)" 
paraît cependant être d'un avis coutraii*c, et il cite une inscrip-' 
lion d'Oherpetlau , en Styrie, ainsi restituée par Borgliosi 
DIDYMVS. AVGG. NN (A-cm/jï) V FF iclnator EX. NVMM, Pro-, 
vinciae Pannonme. Mais M. Mommsen, aitr^s avoir vu la pierre 
qui existe encore , a rétabli ainsi le te:(Le de Tinscription : 
DIDYMVS. AVGGG. LIB, EX. NVMMVUrio Provineiac] 
Paniioniae superioris (Dorghesi, Œuvres^ t. III, p. 5:i2, n. 1). 
M. Manjuardl pense également {loe, cit.) (|nc les muniiUirii se 
confondent avec les exactores. Il me paraît plus exact do dire 
que Vexactor est compté au nombre des of/icitiatores. Cela n^sulle 
de rinscription gravée sur le socle do la statue élevée à la FoHuuO; 
par les officinatores {Corp. Inscr. Int., t. YI , 43). 

II est à remarquer que Vexactor Félix avait sous sa surveillaucel 
non seulement les ateliers monétaires impériaux, mais aussi 
ceux où Ton fabriquait la monnaie de cuivre; car il est qualifié 
exactor nuri argenti et aeris. Nous pouvons on conclure que le 
sénat battait monnaie sous le double contrôle des triumviri 
monetales et d'un a^^ent de rem[^iei*eur (1). 

Il y avait on elFot des précautions générales à prendre 
prévenir les fraudes des ouvriei*s employés à la fabrication dee^ 
monnaies. Ces fraudes avaient attiré i'allontion du législateur , 
comme on peut le voir dans ce fragment d'Ulpi'îii : « Qui , ciun 
moneta publica operareutur, extrinsocus sibi signant pocuniam 



(1) Cf. M. Mommflon, Uisioire de la monnaie romaine, Irad. de niocas, 
tlll»p.ll,n. 3. 



l'bxauinatoh PBn italiau. 41 

forma publica vcl signalam furaiiiur, hi non Wdentur adulteri- 
nain moiielani exercuisso, sed furlum puLlicae nionolae l'ocisse, 
quod ad peculatus crinjcii accedil >► ( L. 8 pi*., Dig.^ ad legein Ju- 
liam peculatus, lib. XXXXVIIl, lit. 13). 

Ceusorfnus, personnage consulaire, cornes de l'empereur, a-l-il 
rempli les mômes fonctions que l'affrauchi Félii ? Ce serait 
difficile à admettre , alors momo qu'on pourrait dûmontrer'que 
Vfxactor auri argenli aeris existait sous Constantin comme sous 
Trajaa. Or, nous trouvons bien encore à cette époque les officî- 
natores; mais leurs chefs sont appelés praeposili^ comme le prouve 
cette inscription : 

PMSSIMO ' AC ' FORTISSIMO 
FVNDATOR] • PACiS 



ET • RESTITVTORI • PVDLICAE 
LIBERTATIS • V I CTO R I O S I S S I M O 
5 D • N • FL • VAL • 

CONSTANTINO MAXIMO 

PIC FELICI INVICTO AVG 

VAL • RVSTICVS • V P • RAT S R • 

D • N • M . Q • EIVS 

10 CVRANTE • VAL • PELAGIO V E PROC • 

S- M V VNA CVM P P ET OFFICINATORIBVS 

Rome. — (OrelJi, 1090; Corp. Inscr. Lat., t. VI, 1145). 

Piissimo ac fortissimo fundatori pacis et restitiitori publicae liber' 
tatis ^ victoriosissimo d{omino) n{ostro) FI{avio) \'a{lerio) Constan- 
tino Maxirtw Pio Felici fnvicto Aug{usfo)^ Vnl(erins) Huxticus, v{ir) 
p{erfec[issimus), rcU{ionalis) s{ummac) r{ci)y d{evotus) n{umini} tn{ar 
jegtati)q{ue) ejus; curante Val(eno) Pelagio , v(iro) t(gregio)y pro~ 
c(nr(Uore) s{ac7'ae) m(onetae) i'{rbis) , una vum p{rae)p(ositis) et 
officinatorihus. 

Ce n'est donc pas à un surveillant général des ateliers moné- 
taires que nous avons affaire ici, mais à un exacior iribulorum. 
Tel était, à la fin du quatrième siècle , le rtMe de Vexactor. C'éUil 
une personne choisie i>ar les décurions et chargée de recouvrer 
Jes impôts, dont le [laioment se faisait, comme l'on sait, sous 
Jc^nr resix>nsabilité. « Exaclores vel susceptoros in celeberrimo 
coctu curiae , consensu et judicio omnium , sub actorura tesiifl- 
cationo Hrmentur; provinciarumque rectores... animadvcrtanl , 
quicuuquo nomiuaverint , ad discrimea suum universa , quac iUi 



42 



LBYA.MTNATOH PKR ITALTAV. 



gesserint, redundare » (C. Tht^od, 20, De susceptorihus, liv. XU, 
lil. 6; C. Jml. 8, eod., lih. VIll. lit. 72). 

Avant lo quatrième siîîclo, on trouve aussi des exaciores nom- 
més par Toraperear dans des circonstances exceptionnelles , pour 
faire opérer le paiement dos contributions. Ce sont les mouu- 
raonis êpigraplii^juGs t]ui nous les l'oïit connaître. Tel est Vexaeior 
tributorum de la Gaule : 

1 



Q • MANILIO 

C - F . coRDo y 

LEG • XXï ■ RAPAC 

PRAEF • EQVIT • EXACT 

» TRIBVT • CIVITAT • GALL 

FAC • CVR 

CERTVS • LIB 

IN AGR 



P • XLIV • IN FRO • P • XLIV 
Bologne. — (Gruter, 434, 6; Orelli , 3341). 

Q(uinto) ManiliOf C{an] f{i!io), CordOj centurioni leg{ionis) XXI 
Rapac(is), praef\ecto) equit{um)j exact{ori) tribut{orum) civîtar{um) 
Gall[iarwn]. Fac(iendum) cur{avit) Certus, lih [ertus]. In ùgr(o} p(edes) 
XLTVy in fro{nU) p{edes) XÛT\ 

Il y avait également des exaciores pour les cités ^ et i] est A rd- 
marquer que ce sont toujours des esclaves , c-omrae cet exactor 
iributorum in Helvetiis , dont nous connaissous un vicarius. 



DONATO 
CAESARIS AV/;//////////// 
SALVIANO EXACTOR///// 
TRIBVTORVM IN HEL/// 
s COMMVNIS VICARIVS 
Avenches. ^ ( Gruler , 593 , 9 ; Orelli , 362 ; Mommsen , 
ïmcripiioneâ Confoedtraiionis Helveticae latinae , 178). 

DonafOt Caesarts Au[g{nsti) scrvo]y Salviano, exactorli] tributo- 
rum in Hel[v{etiis)] f Communis, vicarius. 

Tel est aussi Vexaclor rcipubticae Sacolensium du temps do Tain- 
pcreui' Commode. 



L EXAUINATOR PER ITALIAM 



^ 



PRO SALVTE 
IMP • CAES ■ M • AV 
RELI I • COMMODI 
ANTONINI • AVG-CIVI 
B TATI • NACOL CRA 
TERVS-CAES- N - SER 
VER • EXACTOR • RE/// 
NACOL 

Nacolia (Sidi Ghazi). — {Corp, Iiiscr. Lai., t. TTI. 349). 

Pto sainte imp(eratoris) Caes{aris) .V(fltrci) Aureïii Commodi 
Antonini Aug{usii), civUafi Nacoî{ensium) , C rater us , Caes{aris) 
n{ostri) ser{vus) verna , exactor re[ip(ub[icae)] Nacol{cnsium), 

Voici ealln uu esclave spécialement chargé do recouvrer les 
hérédités, legs ot pécules revenanl ù rimpératrice ûomilia. Il est 
qualifié exactor heredilalium ^ legatorurhy pecuUorum : 

DEIS • ET • GENIO 

RHODONIS 

DOMITIAE • AVG • SER 

EXACTOR . HERED 

B LEGAT • PECVLIOR 

VIX • ANN • P • M - XXIIII 

RHODINVS < FRATRI 

OPTIMO • PIISSIMO 

ET • GEMI NO 

10 SIBI • FECIT 

Rome. — (Grulor, 590,3; Orelli,292l ; V^ilraanns , 235). 

Deis et genio Rhodonis, Domitiae Àu(f(ustae) ser{vi) , exactor{is) 
hered{itatinm) ie(iat{orum)}ieeMliori;iim); vLr(it) ann{os) p{lus) m(inus) 
XXiJIJ. Rhodinus fratri optimo piissimo et geminOy sibi fecit. 

Vexaetorauri et argenti provinciamm trîam est aussi un exac- 
tor IriOiUontm, délégué extraoi*dinaircmoiit jiar rerai>creur. On 
peut , du reste , se convaincre qu*il n'avait pas à s*occu[jer do 
vérifler le poids du métal. Il y a, au code Théodosion, un titre 
cousacré aui poiukralores , ot précisément c'est dans ce titre (c. 1 , 



44 



L RIAVINATOn PRH fTALlAJf. 



lib. XII, tit. 7|, que se trouve une partie delà constitution de Cons- 
tantin dont j'ai parlé, et où Ton règle minutieusement les forma- 
li'és A suivre pour peser les lingots. Ainsi , non sculomont Vexae- 
tor n'a rien à voir dans le pesage du métal , mais cette consti- 
tution prouve (jue c'est le smceptor ^ et non lui, qui préside à 
l'opération. 

Le susceptor était , en effet , celui entre les mains duquel on 
acquittait l'impôt : aussi trouvo-t-on plusieurs sortes do suscepto- 
rcj, à raison de la variété des prestations auxquelles étaient sou- 
rais les contribuables : le susceptor vint (C. Tft., 15, De suscepto- 
ribus , lib. XII , tit. 6) , le susceptor vesUum (C. Th,^ 4, eod, n'/.), 
l& susceptor auri et argenti (C. Th., 17, eod. lit.), etc. 

Jjexactor avait au contraii-e pour mission do ]ioursuivre le re- 
couvrement de rimpôt. 11 eu était ainsi des le commencement du 
troisième siècle. « Praeses provinciae, dit Ulpieu, sub specie 
tributorum illicitas oxactiones fleri prohibent n (L. 6, § 3, Dig., 
De officio praesidis, lib, I, lit. 18), et il l'engage à réprimer 
« oxactorum illicita avaritia » (cad. lege, § 9). Aussi Constantin 
(C. Theod,, 1, Do exactionibus, lib. XI, tit. 7) prend soin de dire: 
* Non prius debout aliquem ex debitoribus convenire quam a 
tabniario civitatis nominatim brèves accipianl dobitorum. » C'est 
ainsi que, de nos jours , les contribuables sont avertis par un 
extrait du rôle nominatif, délivré par le directeur des contribu- 
tions directes , d'avoir à se libérer outre les mains du percepteur. 

L'assimilation établie ontro Vexactor auri argenti provincial 
ritm trium et Vexaminator per Itatiam est donc contestable, s'il 
est vrai que Vexamitialor soit une personne chargée de vérifier 
le poids du métal donné eu paiomeut do Timpôt. Uexactor des 
trois provinces insulaires remplissait une fonction bien diffô- 
rentû. II en était de même de Vexaminator, 



On sait i|uo <lans les cursus fionorum que Ton rencontre sur 
los monuments épigraphiques , ou suit fidèlement Tordre selon 
le(]uel CCS diverses fonctions ont été remplies. C'est Marini 
qui, le premier, a fait cotte précieuse observation {(Hi atti t 
monnmenii dei fraie lU Arvaii ^ t. II, p. 754). Les exceptions très 
rares que Ton a relevées sout le résultat d'une négligence ou 
d'une méprise du graveur. Deux méthodes différonles sont du 
reste égalemcnl appliquées : tantôt on commence par indiquer la 
fonction la plus humble pour finir par la plus élevée, c'est ce 
que Borghcsl ai»pel!e l'ordro direct ; tantôt on fait le contraire : 
on coinmonce par la dernière fonction remplie par le personnaire 



L EXAMINATOR PER ITALIAM. 



45 



pour finir par celle qu'il a occupéo au débat do sa carrière, c'est 
l'ordre in verso (1). 

Cela posé, on va croire que G. Caelius Saturninus, personnage 
clarissimo , a dû orxuper cette char^^^o de vérificatoiir dos mon- 
naies tout & fait au début de sa carrière. II n'en est rien. C'est 
après avoir été « vicarius a consiliis sacris , magister censuum, 
rationalis vicarius per Gallias, vicarius summae roi ration um , 
ralionalis privatae, praefectus annonae... » qu'il est nommé à ces 
fonctions très modestes , on l'avouera, Est-co donc que Saturni- 
nus a encouru quelque déchéance? Eu aucune façon , car nous 
lo voyons aussitôt après nommé vicaire des préfets du prétoire , 
juckx sacramm cognitionum , vicaire du préfet de la ville , enfin 
préfet du prétoire. 

M. Mommsen a pressenti cette objection ; mais il se contente 
d'en conclure , d'une part , que la fonction ù'exaininator ou 
à'exaetor devait être conférée extra ordinem par lo prince , soit 
parce que Saturninus et Consorinus furent romi/cs do Constantin, 
soit parce que la haute situation do ces deux [)ersonnages com- 
portait une mission extraordinaire de l'empereur; d'autre part, 
il pense que la fonction d*examinator ou d*exncior devait ôtro trfes 
élevée , à raison de la place qu'elle occupe dans le nirsus hono- 
rum. i Non cxigui momenti id fuisse locus ostendït, quem in 
utriusquo homiuis honorura cursu obtînet. » Du roste , il est 
facile de voir que cette explication n'a pas satisfait lo savant au- 
teur, car il termine par ces mots : « Propric vero qno pertinue- 
rit in tributorum ejus temporis ordinalione , ignoratur. * 



(t) MemoHa topra un i$eritiofu del contoie Burbuieio Optato Ligarinno, dans 
le tome IV âe bcs Œuvres complétett p. 106. 



CHAPITRE n. 

Sbgtion P*. 

LE DISGUSSOR. 



Si les auteurs hôsiteut lors*iu'il s'agit de dutermiuer les attri- 
butions de Vexaminator pcr Italiam , ils sont du moins unanimes 
pour voir en lui un des agents préposes au recouvrement de 
Timpôt. C'est bien l'opinion de Borghesi, qui le compare à 
Vintjuisiior Galliarum. C'est aussi le sentiment de M. Momrasen, 
comme on vient do lo voir dans les pages qui pi-écMcnt. Lo 
P. Garrucci , précisant davantage , considère ïexamînalor per îla* 
iiam comme étant vraisemblablement uu magistrat envoyé ox- 
traordinairement pour arranger les procès intéressant le fisc eu 
Italie. 

Où trouverons-nous les éléments nécessaires pour donner une 
base solide à cette conjecture? Est-ce que le titre donné à ï&xa- 
minatorne nous ferait pas connaître l'emploi dont il était chargé? 
Le mot examinare reçoit dans la langue latine une double accep- 
tion : dans son sens propre il désigne lo fait do peser avec une 
balance; au figuré, il indique le fait dp rouhorchçr^jle s'enquérir^ 
et par s^ite de porter un ju^rnent. Nous avons vu que la pre- 
mlère acception no saurait ici utrc admise; voyons si, avec la 
;pecoode, nous arriverons à un résultat satisfaisiint. Constatons 
tout d'abord que telle est la &ignification ordinaire du mot exa* 
mînatio^ au ti-oisième sitclo. Ulpicn , dans son commentaire sur 
l'Edit, décide que l'action negoUorum geslonini contraria peut ôtro 
^exercée quand le juge n'a pas tenu compte d'une cause de com- 
pensation : « quod si post examinationcm roprobatae fuerint pon- 
sationes, verius est quasi re judicata amplius agi contrario judi- 
cia non possc, quia exceptio roi judicalao oppoaenda est » (L. 7, 
t 2f Dig., De uegotiis gestis, lib. III, til. 5). Le mémo juriscou- 



48 



L BXAMINATOR FBR ITA.LIAM. 



sulto, dans son traité De o/pcio proconsuUs, dit que celui qui a dérob6 
le btîîtail qu'il loveudiquait comme sa propriété n'encourt pas les 
peines prononcées par le rescrit d'Hadrioti contre les ablgei^ et no 
sera pas jugé extra ordiucm, mais « ut Suturninus quidem scribil, 
ad exaniiiiationem civileni romitLendns est » (L. 1 , § 4, Difj.^ Do 
abîgeis, lib. XXXXVII, Lit. 14). L'afTairo sera soumise aux juges 
ordinaires dos allaires civiles, ad fnrum^ comme le dit Paul (Senl,^ 
lib. V , tit. t8, 8 3. Cf. Collât. Uq. Mosaic. cl Roman, , lit. XI, 
cap. 4, 6, § ?). Dnus ces deux fragments d'Ulpion , Vexami- 
natio n'est certainement pas conÛce à un fonctionnaire si>écial; 
ils no peuvent donc nous servira résoudre la dilïiculté qui nous 
occupe. 

Mais si les textes nous fout défaut pour déterminer le sens du 
mot examinator au temps do Dioclétien , étudions ceux do Tôpo- 
quo postérieure , et voyons si parmi les nombreux fonctionnaires 
préposés au recouvreraenl de l'impôt, nous n'en trouverons pas un 
chargé d'escaminare. C'est uu fait bien connu , et que nous 
aurons l'occîision de constater plusieurs fois dans notre travail, 
que certaines fonctions ont changé de dénomination dans le cours 
du quatrième siècle. II faut donc se préoccuper, avant tout, de la 
mission confiée au fonctiounaii^o, et non pas du nom sous lequel 
il est désigné. 

Si nous ouvrons le code Théodosien , nous voyons qu'il exis» 
tait» à la fin du quatrième siècle, un agent exlraordinaii'e de 
l'empereur dont la mission consistait à examinant indagare, in- 
guîrere la gestion dos comptables de deniers publics. On l'appelait 
discussov. Il était le plus souvent délégué dans deux cas bien dis- 
tincts, soit pour contrôler l'emploi des deniers affectés h des tra- 
vaux publics (C. JusL, I pr., De ratiociniis oporum publicorum, 
lib. VIII, tit. 1*2) (!), soit pour examiner les rôles do l'impôt et 
mettre les contribuables eu demeure do piiyer ce qui restait dû , 



(I) Ces travaux se faisaient sous la diroction des turaiores operum pulflico" 
rum (L. 7. § 1, Dig., De ofllcio procon^ulis, lib. I, Ut. 16). Parfois ce turaior 
éUiit en méoiG tctDps cImik^ iJe veiller k l'ulile emploi des deniers publics. 
C'est du inoiiis ce i]ui me semble ri'sulter de l'iDscription .«suivante, bien que 
M. Mommscn ne paraisse pas attacher d'importance i\ la distinction de Ui cwra 
^cvniae publicae et île la cwa opervm pubtkoruvi (Bericht. Oer kûn. SdcKs* 
GfsHiachafi dtr WiaenHh. *« Uipsig , hist. philui Classe, 1810. p. VJl): 

C{aio\ /.cpj'dto, Cfai'i) f[ilio), piip{ina tribu), \ Yictori, | It viro jure (aie) 

diciuntio), cur(aton\ | jiec[Hniaf) pHbl{ieac) et operum publicorum , quihut ex /tde 

I ritfcetit, ofi mérita ejus \ decuriones et Âugmtiales) \ et }topuius \ statuant po- 

nendam \ ex acre eonlato âecre j rcrunl. Qui, Honore eonfmXUf i e* suo pofuti | rt 

eoniationnn rràdidit (Orelli. 3807). 



L E3ULMINAT0R PBR ITALIAM. 



49 



les reliqxia. En général, c'est dans ce dernier sens que l'on prend 
le mot discussor, et notamment au titre De discussoribus (liv. XI, 
lit. 26). 

Que le rôle du discussor soit bien celui qui vient d'ïître décrit , 
c'est ce qui résulto des textes suivants. Dans la constitution 5 , 
%\yDe Us quae adminislraniibus vcl officinm publicum ijerentibiis dis- 
tracta sunt vcl donata (6\ Theod.^ lib. VIII, lit. !5), les empereurs 
ValciUinieu et Valons parlent de ceux « quibus discussionis 
indago mandatur. » Dans la constitution 5 , De locations fundo- 
rum juris emphyteutici {C. Theod. , lib. X, tit, 3), Arcadius et 
Honorius se réfi;rcnt à « Vexamen habitae discussionis. n Enfin , 
dans la constitution 27, Quorum appellaliones non recipianiur {C, 
Tkeod,, lib. XI, tit. 36) , les omperoui-s Gratien, Valantinien et 
Théodose décident que : a Universi , quos iu publicis contractibus 
manifestissimos debitores cognitio inquisUioq\io convicerit, sta- 
iLm ut sontoutia fueril promulgala, obnoxii roiiliibitione toneau- 
tur. » Tous ceux qui, d'après Penquôte faite par le discussor ^ 
auront été convaincus d'être maiiirestement débiteurs, par suite 
de contrats conclus avec l'Etat, seront tenus de payer ùhs que la 
décision du discussor leur aura été signifiée. 



Il y avait là , on le conçoit sans peine , un office tout de con- 
fiance, et l'on choisissait, pour le remplir, des hommes d'une pro- 
bité scrupuleuse , comme nous l'apprend la lettre suivante do 
Symmaqueà Licinius(iib. V, 7G) : « Bonoso, oplinio viro, et i;K)st 
miJitiam palatinam geminae administration is intogritate conspi- 
cuo , discussionem pontis ac basilicae novae praeceptio augusta 
mandavit. Quod munus summa flde et vigilanlia perimiileret , si 
solus isliusraodi examinis jus haberet... » Bojiosus, cet homme 
excellent, et qui, aprrs avoir été pnintinus sacrarum tfirgitîonum 
et rerum prioatarum , s'est fait remaii|UGr par rint4»grité do son 
administration dans les doux emplois qui lui ont étôconûés, a 
reçu do l'empereur l'ordre do procéder à la disatssio dos travaux 
du pont et de la nouvollo basilique. Il remplirait cette mission 
avec la plus grande loyauté et la plus grande vigilance , s'il était 
chargé seul d'examiner les comptes. Dans uao autre lettre 
(IV, 71), Symraaque donne h Bonosus le titre de vir pracsidalis ^ 
et dit : « cui et vigilanlia suporost ail luminandas publicao ra- 
tionis ambages, et fides ad porseqnondum quae examen invene- 
riU > U fera preuve do vigilance pour faire disiaraflro les ambi- 
guïtés du compte, et d'exactitutle pour obtenir ce que son examen 
lui aura fait trouver. Enûn, ajoute Symmaque, « probabit exitus 



50 L*SXAMINATOH PBR ITA.LIAM. 

quantum reipublicae tua cura prospexerit, cum cohibitis sump- 
tibus novis, consummationi operum satisfecerit samma reliquo- 
rum. » Le rôsullat prouvera quel service vous aurez rendu à 
TElat, puisque, sans frais nouveaux, les reliquats des sommes 
allouées sulTiroul pour l'aohèveiuent des travaux. Ces passages de 
Symmaquo jirouveul bien que la fonction de dmusso7\ qui con- 
sistait à examlnare^ investigare^ dtsquirere, était couflôo à de hauts 
personnages. II ne faut donc plus s'étouner de voir G. Caelius 
Saturninus investi de cette mission au sortir de la prôfecturc de 
l'annone , et à la veille d'être nommé vicarius urbis. 

Voici maintenant deux textes qui prouvent que le discussor 
était un cornes do rempercuri qui seul avait ijualité pour le uom- 
raer. C'est d'abord une constitution de Théodose et Valentiniea 
(C. JusL, 3, lib. X, til. 30) ainsi conçue : « Per singulas provin- 
ciaa vel civitates honoratis usque ad comitivam con^istorianara uoc 
non etiam milîtantibus ^ et suis obsequiis non adhaerentibuSp.. 
mandari discussionis jugorum solIicituJinem decerniraus. s Dans 
chaque province ou cité, le soiu de faire la discussio des ju{;a (I) 
est confié aux comités consistoriani honoraires, ou bien à ceux 
qui sont en service actif, pourvu qu'ils ne soient [las retenus par 
leurs fonctions (Cf. C. Theod,, 4, Ad leg. Jul. dcambitu, V1III,26). 

Puis, dans une constitution de Justinien, on lit (c. 4, pr. , 

eod. lit. ) : Mr|5ftlç ytyiafkti %fiynHixr,ç /wpU ftafftXtxrjÇ xeXciKjetoç t^ixtÛ^ («- 

[jLV7)a6Vï)ç TTÎ; fxxnoZ 'nZ M-^oOizo'j 7rpo<rf]vopiaç. Que nul ne devienne diS" 
ctijsor sans un ordre do l'empereur , (jui lui donnera expressément 
le titre de discussor. La mémo constitution (§5) défend aux gou- 
verneui*s des provinces do faire eux-ménios la nomination; ils 
sont tenus d'en référer au prince : M^îSeU Si twv àp/ôvrwv ■nt^iid'na 



(t) Le sens da mot jugum a donné Ucii à bien des difficultés (Cf. Savignjr, 
Y0rmi$chU Schrifun , t. Il , p. 185 ). dont on a eu la solution il y a quelques 
années seulement. Oars un manuscrit du Bntish Muséum { Cod. Mus. Brit , 
11528 f. 192r. )• un a découvert ua recueil de lois do l'empire d'Oricol, de 
l'année 501 , qui nous fait connaître le systî^me d'impiUs établi par Dioclûtien. 
Ce recueil avait été traduit du k^cc en syriaque. Voici la traduction latine du 
passage relatif au /u0um : a Moû^ov autem dicbus Dioclctiani régis emcnsuoi et 
delerminatum (!st. Quinque jugera vincac, quac X. TïÀ^Opa eOiciunt pro uno jugo 
posila sunt. Viginti jugera seu XL ^JiOpa agn canaiti annouas dant uuius jugi. 
Trunci (?) CCXX(V) olearum vetustarum uiitus ju^i aanonas daat : (ruoct 
CDJj in monte unum juguui dant. Similitcr (si) ^^^ deterioris et mnnLani no- 
mine [tositus (est) , XL jugera, quae eÛiciuut (CXX) Ti/tôpa , novum Jugum 
dant » ^Cf. Mommson, Hermès, i. III, p. Ï3Q -. Bruns et tiâchau. Syrisch-r6ini$- 
chêê RtcHistjuch aitt dmi fiinften Jahrhunderl , Leipzig, 1880). 



l'biaminator per ITALIAM. 
>opOtTr;v, iXXi àvayep^-cw irpo; ^ttaïUv. , î^' w Te itap' aù-rrw •re^jxïCEfrtai tov 

W TouToiç ^ovoOiTYiv. L'oiivol il'uR discussov otait une mesure ex- 
traordinaire dont Tempereur pouvait seul appi'éciep ropportunitô; 
il fallait éviter de soumettre les contribuables à des vexations 
inutiles ($ 8). 

Ainsi le discmsor ressemble à Vexaminalor , autant du moins 
que nous pouvons le connaîlre, au point de vue : 

1** de la qualité du personnage revôtu de cotte mission ; c'est 
un cornes de Tempereur ; 

2*' de la manière do la conférer : c'est une mission extraordi- 
naire donnée par le prince ; 

3» du caractère qu'elle parait avoir d'après la signification ordi- 
naire du mot examinare. 

La similitude existe encore à un autre point de vue. Nous 
allons l'établir par l'ôtuilc d'une cnnstitiilion do l'empereur Maii- 
mion , dans laquelle il est fait mention des examinaiiones. Cette 
constitution se trouve au % 292 des Fratjmenia Vatîcana publiés 
en 1823 p«ir Tabbo Anp:elo Mai , d'appas nn manuscrit palimp- 
seste de la bibliolhNjUG du Vatican (I). En voici le texte d'après 
le Novum Enchiridion de M. Cïi. Giraud (p. 367) : « ... Donatio 
quidem a pâtre in {ûmmfamilias coUata ipso jure non vaUl ; sed si 
in oadom voluntato paler perseveravit nsfjwe in diem viici€ novis- 
sim/zm , voluntas (juam in oxtrcmmn usijuo non mntavit custo~ 
dienda exi, ul et portio qnae ab inlcstato debetur inlibata servotur. 
Juxta quae adi Correctorem, virum clarissinium , amicum nos- 
trum , et ea quae in precem conlulisti adiega; qui in examina- 
tionibufl eam sentontiam promet , quam juris atque aequitatis 
ratio dictaverit. » Que dans co texte le mot examinai ionss n'ait pas 
la signification que lui attribue M. Mommsen , c'est ce qu'on ne 
saurait contester. ïl no désigne pas non iiîns l'examen que doit 
faire le magistrat pour juger on connaissance de cause; on aurait 
dit, dans co cas, post examinationem (L. 7, § 2, Difj., III, 5), ou 
fjuaesiione facti examinata (Vat. fr»^ 312). Ce mot se réfère, à mon 
avia, aux actes de Vexaminaior, Il faut alors traduire ainsi la der- 
nière phrase du § 292 : « Allez trouver le correcior^ personnage 
clarissimo, notre ami, cl faites valoir les considérations contenues 
dans votre requête : lui, sur les décisions prises par Vexaminaior^ 
rendra un jugement couforme aux principes du droit et à l'équité. » 

(1) Jurit eivilii antejwtiniunci retiquiaf ineditae ex eodice retcriplo hibOO' 
thtcat poniificiae Fad'canao» Romac, 1823. — Cf. fupra . p. iv , □. 2. 



52 



L EXA)nNA.TOn PER ITALIUC. 



Recherchons l'espèce pt-éviio dans le rescrit de Maximien. Un 
père a fait uae donation k son fils , placé sous sa puissauce : la 
donation est nulle en vei-lu du principe que tout ce qui est acquis 
au fils appartient au phra ; il est imiiosslhle au père do se dessai- 
sir de la pro[iriété du bien donné à sou fils. Telle est la règle du 
droit romain à répoqua classique. Elle Jie souffrait exception que 
dans deux cas : 1® lorsque le pcre conûrmail par testament sa liLé* 
rallié (Vat. fr.^ 294); 2o lorsqu'il émancipait son fils sans lui reti- 
rer sou pécule (l.. 31 ^ § 2, Dûj., Do doiiationibus, lili. XXXVJIII, 
lit. 5). Cependant, au troisième siècle, on admit à titre de tempé- 
rametit que la donation serait confirmée , si le père mourait sans 
avoir changé d'intention «i l'égard de son fiis {C.JusL, 2, lib. III, 
lit. 29). Ce tempérament est rappelé dans notre rescrit , et, plus 
forniellemont encore ^ dans plusieurs rescrits de Dioclétien de 
Tan 286 , mentionnés dans les §§ 277 , 278 et 281 des Fragmenta 
Vaticana. 

Cela posé , quelle était la question sur laquelle l'empereur fut ■ 
consulté? Il s'agissait de savoir qui était propriétaire , et , par 
suite, qui était tenu de payer l'arriéré do l'impôt foncier. La ques- 
tion de propriété ne pouvait être l'objet d'une difQculté sérieuse, 
puisque diverses constitutions l'avaient antérieurement résolue. 
L'enfant donataire devait conserver la propriété des Liens donnés 
et n'avait pas à craindre qu'on en imputât la valeur sur sa part fl 
dans la succession ah intestai. Mais la question de savoir qui 
était tenu des rdiqua pouvait donner lieu à des doutes. L'enfant 
donataire devait-il acquitter l'impôt du joui' de la donation ou 
seulement du jour du décès ? La tradition faite par le père, et qui 
ne devait transférer la projjriùté que sous la condition de ne pas 
être révoquée, avait-ollo ou non un effet rétroactif? Vexinninaior 
qui s'était occupé de cette affaire, avait pris une décision critiquée 
par le requérant. L'empereur invile celui-ci à se pi-ésenter devant 
le corrector de la province , et à avoir confiance que ce magistral 
se conformera dans sa sentence aux principes du droit et à l'équité. 

Notre texte ne dit pas expressément qu'il y eût à résoudre une 
question du genre de celle que je viens d'indiquer. Mais , sans 
oublier que le § 292 n'a pu être déchiffré en entier, je trouve la 
preuve de ce que j'ai avancé dans la place qu'il occupe dans le 
recueil. 

Si l'on jette un coup d'œii sur quelques-uns des paragraplies 
qui précèdent ou qui suivent, on sera aisément convaincu que 
l'auteur des Valicana fragmenta se préoccupait des difRcultés aux- 
quelles pouvait donner lieu le paiement do l'impôt pour les fonds 



LEXAMfNATOn PBR rTAUAH. 



53 



stipcndiairosou tributairos. Voyez, jiar exemple, lo § 285 : quand 
il n'y a eu ni niancipation ni tradition , une sin:ple déclaration sur 
les registres du cens ne suillt pas i>our parfaire la donation , sur- 
tout lorsfju'il s*agit do fonds tributaire?. Q. Mucius Scaovola dit 
en effet (L. 04, Dig.^ De adquiretiJo rerum dominio, îib. XXXXI, 
lit. I ) : < Quao ijuisifue aliéna in ccnsum dcducil, nihilo magis 
ejus Ûunt » (Cf. L. 4. § 2. Dig., De ccnsibus, Iib, L, tit. 15). Il n'y 
avait exception que dans l'iiypothèso provue par la constitution 7 
aucodedûJuïitinien, Dedonaiiotiibns{\ih. VIIl, tit, 53). De même, 
dans le §288, on [t^via ûes runctionum pensiones^ c'est-à-dire de 
la prestation do Timpi^t (Cf. C. Theod., 14 ol 36, Do annoua, Iib. 
XI, tit. 1). Dans le § 289, il s'agit ausâi do fonds stipendiaires ou 
tributaires. 11 on est de màmo dans le § 293 : >» In donatione rei 
iribulariae circa exceptara et non exceptam personam legis Gin- 
ciae nulla differentia est. » 

Il est ilonc permis de croire qno , dans lo | 292 , c^ôtait aussi 
une question relative au piiiemont des rdifjua qui fut l'objet du 
rescrit de Maxiinion. Or notre toxlo rcconnaft le droit des parties 
intôrosséos d'interjeter appel dos décisions de Vexaminator^ lors- 
qu'elles penseut qu'il s'est trompé. Mais cette faculté d'inlorjotor 
appel existe pareillement, sauf quelques oxcoittians(C. Theod,^ 21, 
Quorum apiioUalioues, lih. XI , lit. 30), pour les dêcisi(^s du dis- 
eussor. C'est là une nouvelle preuve de rauiUogio de ces deux 
fonctions. L'emploi est le mémo; le nom seul est changé. Toute- 
fois, pour le discusso)\ le juge d'appel n'est pas lo corrccior, mais 
le praefectm urbi ou le vicarins {C. Theod., 36, Do appellationibus, 
Iib. XI, lit. 30). Arcadius décida qu'on s'adresserait an cornes rci 
privatae, qui pourrait déléguer ses fonctions au gouverneur de la 
province, soit h cause do la modiciLô du litige , soit à cause da 
réloignement(C. Theod. , 4.t, eod. lit.). Il ne faudrait pas croire 
qu'il y ait antinomie entre les deux constitutions 36 el 45 : la 
première, adressée au préfet de la ville, prévoit les difficultés qui 
peuvent s'élever dans les localités soumises à sa juridiction; la 
seconde est entièrement conforme au rescrit do Maximien, relaté 
dans le S 292 des Fragmenta Vaiicana. 

Tout ce que nous venons de dire confirme l'opinion que nous 

avons émisd, et d'aiirts laquelle Vexa mina (or est l'origine, lo pré- 
curseur du discMssor. Aussi no doit-on pas être étonné de voir 
Isidore de Séville expliquer ces deux mots l'un par l'autre (I). 



(1) DiicussoT , examinator, dit-il daus sou Glossaire, isidori Glottarlum cum 



54 



l'exauinator per italiam. 



Pour compléter notre démonstration, il nous siif&ra d'établir que 
Vexaminator a précédé chronologiquemont le discitssor. 

Nous avons constaté quo Vexaminator était mentionné doux fois 
dans les textes parvenus à notre connaissance : 1** dans l'inscrip- 
tion de C. Gaelius Saturninus qui fut gravée sous le régne de 
Constantin ; 2o dans le { 292 des Vaticana fragmenta. Go paragra- 
phe porte la subscrîption suivante : « Proposita Modiolano XH 
kal. Jau.j Tusco et Aniilliuo conss. » C'est donc un rescrit de 
l'empereur qui avait sa capitale à Milan, c'est-à-dire de Mazimien, 
et la date correspond au 21 ducembre 295. Ainsi, Vexaminator 
existait dès le temps des empereurs Dioclétien et Maximien. 

Quant au discussor^ lo lAns ancien texte qui en parle est de Tan 
365. G*est la constitution 5 , § 1 , au code Théodosien, De lis qiuu 
adminislranlibus (lib. VIII, tît. 15). Elle a pour inscriptio : « Va- 
lentinianus et Valons W. ad Probum , praefectum praetorio, ■ 
et pour subscript io : « Data III. Non. Aug., Sirmio; Valouliniano 
et Valente A A. conss. » (365) (1). 

Il me reste à dire un mot du pays dans lequel G. Gaelius Sa- 
turninus oxen}a la fonctioii d'examinator, 

De[iuis la réorganisation do l'empire par Dioclétien, le mot 
lialia a une double acception : il désigne d'abord les pays sou- 
mis à la juridiction du praefecim praelorio Italiae, c'est-à-dire les 
trois diocèses d'Afrique, d'Italie et d'Ill y rie occidentale ; il dé- 
signe ensuite Vllalia annonaria par opposition aux regiones sub* 
urbicariae. Vltalia, dans lo sens étroit du mot, avait pour capi- 
tale Milan ; on l'appelait annonaria^ parce quo Maximien l'avait 
frappée d'un impôt destiné à subvenir aux dépenses de sa cour. 
Le reste de Tltalie payait un impôt dont le produit était appliqué 
à l'entretien de la ville de Home. 

Quelles étaient au juste les limites de Vltatia annonaria et de 
la regio suburbicariaT C'est une question fort discutée et qu'il 
serait ici sans intériH d'approfondir. Il me suffira de faire remar- 
quer que» d'aprùs certains auteurs, la regio annonaria ne compren- 
drait que la Lombardie; la regio suburbicaria ^ le diocèse du n'ca- 
rius urbis Romae. D'après une autre opinion, la regio suburbicaria 



notis et animadversionibus J. G. GraevU . dans le lexieon philologicum Math. 
lAartlnii, t. U, p. 22. Amsterdam, 1701. 

(l) Ce n'est |ias ici le lieu de discuter la valeur decett£ subscriptio : VaUn- 
iiniano et Valente A A. Conss. Od &ait qu'elle dtisigae , au code TfaéoUoaieD , soit 
l'auD^ 365. soit les aouéea 3G8, 370, 373. 



L*EXAMINATOR PBR ITALIAM. 



55 



comprendrait uniquement Rome et les cent milles environnants, 
c'est-à-dire tout le territoire gui était sous rautorilô du praefectus 
urbi. La premièi-o opinion , proposée par le P. Sirmond (Opéra, 
t. rV, p. 1 à 159, éd. Venise, 1728) est soutenue aujourd'hui par 
M. Mommsen (l). Elle a été réfutée par Walter (2). (Cf. Gode- 
froy ad C. Theod. , 2, De integri rosLitutiono , lib. II, tit. 16; 
Saumaiso dans l'édition des Historiae Augwlae scriptores de 1671, 
t. II, p. 315; Savigny, VennischU Schriften , L II, p. 105.) Quoi 
qu'il en soit, c'est dans Vltalia annonaria que Saturniaus fut 
nommé examinator. 

En résumé, Vexaminator nous apparaît comme un inspecteur 
des finances, avec quolques-uiiGs dos attributions réservées au- 
jourd'hui aux conseillers à la Cour des comptes. C'est un fonc- 
tionnaire de l'ordre administratif et judiciaire k la fois. Cotte 
réunion entre les mains d'une môme personne d'attributions 
aussi diverses ne doit pas nous surprendre. La distinction da 
l'administration et do la justice, qui nous est si familitre, était 
inconnue aux anciens. Partout nous voyons, chez les Romains , 
les administrateurs remplir les fonctions de juges. lien fut de 
mémo dans notre ancienne France. C'est le mérite d'un do nos 
savants jurisconsultes, M. Championniôro , d'avoir montré la 
persistance de l'organisation flnancifere des Romains. « Le sei- 
gneur justicier, dont le droit et l'existence ont été supprimés en 
1790, remonte, par uno généalogie non inlorrompuo et très facile 
à suivre, jusqu'au judex des codes de Théodoso et de Justinien. 
Sous Tadministration romaine, le recouvrement do Fimpôt se 
faisait par l'exercice d'employés nommés inspeclores , censitores , 
dfscripiorcs , peraequatores , dont la mission était de régler réta- 
blissement, de faire droit aux réclamations , et de déterminer la 
quotité de la perception. En mémo temps ils étaient chargés d'une 
partie de l'administration civile et militaire; la surveillance et 
l'exécution de la justice entraient égalornont dans leurs attribu- 
tions... L^judex i*emplissait eu eflfet les fonctions déjuge à l'égard 
del'impdt, ou ce qu'il faisait droit aux réclamations; il faisait 
connaître la loi, dicebat legem, et déterminait ainsi les obliga- 
. lions ou les exemptions des contribuables (3). • Un texte remar- 



(1) Srldutcrungen xu dtn Schriftin dtr r6mi$€hen FeldiMster, t. Il , p. 200, 
éd. Blume, lj&chma.nii et RudurtT. 

(2) Gtrchichte des rômisehen Uechls, 3' éd., t. I, fi 389, n. 31. 

(3) De ta pr(rpriété det eau* courantu, du droit des riveraint «1 de la vaUttr 



56 



L EXAlCrWATOn PUR ITALIAM. 



quablo de Grégoire de Tours (1) nous montre le roi Childebert lî, 
envoyant h Poitiers , à la demande do l'évoque Marovée, un maire 
de la maison du roi (majoretn domus regiae) et un comte du palais 
pour faire le recensement du peuple et pour rectifier les rôles 
d'après les changements survenus : « Muiti enim ex his defuncti 
erant; et ob hoc viduis , orphanisquo ac dobilihus tributi pondus 
iusederat. Quod hi discutienles per ordinem , relaxantes pauperes 
ac infirmos illos, quos jiistitiae conditio (2) tributarios dabat, 
censu publiée subdiderunt. « Beaucoup des recensés étaient 
décèdes; le poids de Timpôt retombait sur des veuves, des orphe- 
lins, des incapables. Les envoyés du roi, procédant par ordre à 
la discussio , déchargèreut des contributions ces malheureux et 
inscrivirent sur les registi-es du cens tous ceujc que les conditions 
de rimpôt rendaient tributaires. 



tutMtlU des eoncessiGnê féodales . p. 203. — Cf. Bordicr. Des droits de yatice ti 
des droits tle fief, dans la Bibliothèque de l'Ecole des chartes, 1847, t. IV. ?' série, 
p. 219; — LehuGrou, Histoire drs institutions mérovingiennes » U I", p. 281 el 
siiiv. ; — Fuâtet lie Coiilanges , Histoire des institutions politiques de Vanciennê 
France, 2« éd., t. P', p. 501 et siiiv. 

(i) Gregorii Turonensis historiat ecclesiasticae Francontm, Hb. IX» cap. 30, 
dans le heaieit des historiens des Gaul¥$ et de la France, t. II, p. 330. 

(2) Cf. sur cette expression . Champ ionni^ro . op. cit. . p. 207. 



Section II. 



LES RELIQUA. 



I 
I 



Le rôle que nous venons d'attribuer à Vexaminator sunpose q]ie 
le recouvrement de Tarriéré de l'iuipot donnail lieu h d'assez 
nonxbreuses difficultés. II me paraît nécessaire, pour présenter 
une idée exacte de IVxaminaior, d'eiUrer dans quelques détails 
sur les rcUqua et sur leur importance dans l'histoire financière 
de l'empire romain. 

Il est souvent question, dans les textes, des reUqun et des me» 
sures prises par les emperem-s, soit pour en obtenir le paiement, 
soit pour les empAcber do s'accumuler, soit Giifin pour en faire la 
remise. Ces dernières sont celles que l'on connaît le plus géné- 
ralement. Ou s'explique aisément que les historiographes des 
empereurs aient [tarlé plusvolontiors des marques de la générosité 
impériale ijuc des moyens employés pour obliger les contribuables 
au paiement de Timpôt. 

Auguste, dit Suétone (cap. 32), « tabulas veterura aerarii debi- 
torum, vel praecipuam calumniandi matcriam exussit. t Domi- 
tien, dit également Suétone (cap. y). <« rcosquianlequinquonnium 
proximum apud aerarium pependissent, universos discrimine li- 
boravit. » Pline le Jeuno^ dans sou Panégyrique de Trajan^ rapporte 
(c«ip. 40) que cet empereur exempta de l'impôt du vingLiôme 
(vicesima heredilaiium ) les successions modiques; puis il dit : 
« Additum est ut qui ojusmodi ex causis in diem edicti vicesimam 
deberent, nomlum taiiioti intulissont, nou inferrent. At in prae* 
teriium ne dii quidem siibvenire possunt : tu tamen subvenisti , 
caristique ut desiueiet quisque debei'e , quod non esset postea 
debiturus. >• 

.\u8one(Gra(. acf,, cap, 21), félicitant Tempereur Gratien d'avoir 
fait remise des impôts arriérés, le compare à Trajan, qui, d'après 
lui, n'en avait remis qu'une partie : « Vel illud unum cujusmodi 
est, de coudonalis rosiduis tributorum? Quod tu quam cumulata 




58 



L'EXàSCTNATOR fbb italiajc. 



bonitate fecisli ? Quis unquam imperatoram hoc provinciis suis 
aut uberiore iuduIgoiUia dédit, aut ccrtiorc seciiritate prospexit, 
aut prudentia consultiore munivit? Fecerat et Trajanus olim : sod 
partibus retentis non habebal tantam oblectationem concossi de- 
biti portio, quam suheral arnaritiido servali. » 

Ce témoignage d'Ausoue paraît confirmé par un bas-relief en 
marbre que l'on a dénoiivert h Rome, prtts de la colonne de Pho- 
cas, dans les premiers jours de septembre 1872. Ce bas-relief 
représentait un personnage assis sur les rostres et dont la Ûgure est 
aujourd'hui presque entièrement détruite. «C'était probablement, 
dit M. lîenzen (1), l'empereur Trajan. Devant lui, des hommes, 
portant la tunique et munis d'une large ceinture ^ entassent de 
grandes tables réunies ensemble , pendant qu'un autre homme, 
semblablemont vôtu, porte sur les épaules un fagot formé de mor- 
ceaux do bois , pareil ii celui qu*ou voit déjà placé sur les tables 
entassées. Vient ensuite un autre personnage qui doit être un 
empereur ou tout au moins un magistrat, et qui étend vers cet 
amas do tablettes sa main droite tenant un bâton ou plutôt 
une torche. » 

Est-ce en souvenir de la remise de l'impôt du vingtième que ce 
bas-relief a été placé au forum ? C'est l'opinion do M. Henzen. Il 
se pourrait cependant que ce monument fût destiné à rappeler 
le souvenir d'une dôcisiou beaucoup plus générale que celle qui 
est rapportée par Pline le jeune. L'édit de Trajan sur la vicesima 
henditatlum avait on vue l'avenir beaucoup plus que le passé; 
d'un autre côté, le passage précité d'Ausone fait allusion à une 
remise d'impôts s'appliquanl aux provinciaux. Il me paraît pro- 
bable que Trajan rendit successivement deux édits» l'un relatif 
à l'impôt du vingtième, l'autre aux impôts qui frappaient les 
provinciaux. En admettant cette conjecture, on aurait la solution 
d'une difficulté que M. Ilenzen a signalée , et qui résulte de la 
Chronique pascale. Elle fixe la libéralité de Trajan îi l'année lOG, 
Or le panégyrique de Trajan est do l'année 100 de notre ère. 
Certes, si le trait de générosité rapporté par Pline est le même 
que celui qui est mentionné dans la chronique, il faut en con- 
clure que la date lOG est erronée. Au contraire, cette date peut 
être maintenue si l'on admet l'hypothèse que j'ai présentée. 

En faisant remise dos reliqua, les empereurs avaient pour but , 
non seulement de venir au secoui's des contribuables, mais aussi 



(1) BulUUino deW !nêtituto di corrispondcnsa areheologica , 1872, p. 2â0. 




LBXAMINATOR PER ITALFAM. 



50 



I 



t 



de se ména.ïïer leurs bonnes grâces. C'est ce que dit Spartien dans 
sa vie de rcmporour Hadrien (cap. 7) : >i Ad colligendam autem 
prntiain nihil praetornuttcns inflnilain [)oruniain quae Osco de- 
bebatur privatis dcbitoribus in urhe atque Italia, in provinciis 
veto eliam ex reliquis ingénies summas romisit, syngraphis in 
fon> divi Trajani, quo niagis securitas omnibus rohoraretur» in- 
censis. » 

Une inscription trouvée à Rome, au forum do Trajan, nous 
fait connaître le mout-ant de la somme ainsi abandonnée par Ha- 
drien. Elle sY»K?ve h neuf cent millions de sesterces, c'est-à-dire 
environ cent quatre-viugl millions de francs. 

S • P • Q • R 
IMP- CAESARI DIVI TRAIANI 

PARTHICI ' F • DIVI • NERVAE • NEPOTI 
TRAIANO • HADRlANO_' AVG - PONT 

MAX • TRib • POT • II • COS • II 
QVI • PRIMVS • OMNIVM • PRINCIPVM • ET 
SOLVS • REMITTENDO • SESJERTIVM • NOVIES 
MILIES • CENTENA • MILIA • N • DEBITVM - FISCIS 
NON ■ PRAESENTES ■ TANTVM • CIVES • SVOS • SED 
ET ■ POSTEROS • EORVM • PRAESTITIT - HAC 
LIBERALITATE • SECVROS 

Rome. — {Corp, Inscr, Lai., t. VI, 967; Wilmanns, 938). 

S{enaius) p{opuhtft)q{u€) R{omanus) impleratori) Caesari, divi 
Trnjani Parthici f{iUo}f divi Nervae nepoti, Trajano ffadriano Au- 
g{usto), pont{i/ici) max{imo), tr[ib{unilia)] pot{esiate) II, co{n)fi{uli) 
U, qui primus omnium principuni et solm rerniftendo sestcrtium 
novies milies cenleim milia nummnm debitum fiscis , non praesentes 
tantum cives suos , sed et posteras eorutn praestitit hoc liberaUtate 
securos. 

Celte inscription nous apprend également à quelle ôpoque Ha- 
drien mcriU'i, par sa libéralité, la reconnaissance du sônal ot 
du peuple romain ; c'est lorsqu'il était rcvélu pour la seconde 
fois de la puissance tribuuilionno. Il est admis aujourd'hui quo, 
à partir de Trajan , la seconde puissance tribunilienno des 
empereurs commence le 10 décembre de raunéc do leur avè- 
nement au trône. C*eat réi)0quo à laquelle on créait, sous la Ré- 
publique, les tribuns de la plèbe {a. d. IIII idus Dec). Or, Hadrien 
fut investi pour la première fois de la tribunitia pûtesias le 



60 l'examinator per italiau. 

Il août 117; la remiao d'impôts, meiUionnôe dans Tinscription 
du forum do Trajan, eut donc lieu dans Tospace de temps com- 
pris entre le 10 décembre 1 17 et le 9 décembre 1 18. 

Mais que signillent ces mots : « Qui primus omnium princi- 
pum et solus remittendo sestertium novies milies centena milia 
n. debiluni fîscis, non pracsentcs Uvntum cives suos, scd et poste- 
ras eorum pracstitii hac liberaliiate securos? » Comment le sénat 
peut-il dire qu'Hadrien est le premier empereur qui ait fait re- 
mise des impôts, alors que Trajan, son prédécesseur, en avait fait 
autant? Comment Hadrien a-t-il , par sa libéralité, assuré la sé- 
curité non seulement do ses concitoyens, mais aussi do leurs 
descendants? Peut-être faut-il l'expliquer au moyen d*un rensei- 
gnement que nous donne l'abréviateur de DionCassius, Xiphilin : 
"E/Owv iç r)p» l*ai(X7,v à^r^e Ti dyetXd(jLeva tw te paatXtxw xal ry 6vjuomci> va 
Twv l*w|jw(£wv , êxxx^OEX'x tiTi ôpiactç /fovov , à^' oZ T£ xal [i-é;^pt; o5 TT,pT,<M- 

fftffOai tout' EtxsX>ev (lib. lAVIIIl, cap. 8). Hadrien lit remise des 
sommes dues tant au fisc qu'au trésor public, fixant un espace de 
seize ans en deçà et au delà du temps présent pour l'observation 
de cette mesure. En combinant ce teste avec notre inscription, 
il est permis do croire que l'empereur Hadrien fut le premier à 
prescrire une révision générale des im[)iJts, (jui devait avoir lieu 
tous les quinze ans. C'est en cela que « non praosentes tantum 
cives sues, sed et [tosteros eorum praeslilit hac liberalitato se- 
curos. » Ce serait l'origine du système des indictions que l'on 
trouve à partir de l'an 312 , sous le i*ègne de Constantin (1). 

Quant à ces mots de notre inscription : « Solus remittendo ses- 
tertium novies milies centena milia n. debitum fiscis. •• ils s'ex- 
pliquent par la légende de certaines monnaies d'Hadrien. Ijq^ 
monnaies , frappées pendant son second consulat , portent au 
droit: 

IMP • CAES • TRAIANVS • HADRIANVS • AVG • P • M -, 
TR • P • COS • Il 

/mp(crrt(or) Caei{ar) Trajanus Hadrianus Àug{ustus)^ p{ontifes) 
vi{aximus)y lr{ibuniiia) p{otestate)^ co{n)s{ul) //(2), 

(1) Cf. Spanheim, Disitrt. <U praetiantia ef iwu numùmatum antitpiorum , 
l. Il, |). 554, *îd. Amsterdam. 1717: Mommsen , t. lî. p. 975^û. 3. 

(2) U ne faut pas conclure de ccUotdgondc TR ' P • COS* U * que U remise 
d'impdls faite par Hadrien eut lieu lors du u première puissance Inbuniticnne. 
Les liioQuaiu» d'Uadrien olTroat cette parUcularitu, de ne pas donner le chtffrc 
de» puissances tribuniiicones , mais seulement celui descoosulats (&libel, 
Voctr, num. tel., t. VI , p. 474). 



L^XAVINATOR PSR ITALIAM. 



Et au revers 



RELIQVA VETERA HS NOVIES MILL- ABOLITA • S-C- 

Relûiua vetera sesteriium novies miU{ies) abolita «(erw/us) c{on- 
iuUo (1). 

H en résulte que la remise consentie par Hadrien s*appliquall 
à la totalité des reliquats de l'impôt; ses prédécesseurs n'avaient, 
comme nous l'avons vu , accordé que des romises partielles pour 
toi ou tel impôt. Hadrien lit à lui seul beaucoup plus qu'aucun 
des empereui-s qui l'avaient précédé. 

Soua les success<;urs d'Hadrien , on trouve aussi dos e]£emi>los 
de remises de l'arriéré do l'impôt. Antonin le Pieux fit brider, 
suivant Tusage, sur la place publique, les registres constatant les 
relitjtui : ol Ta}jLLcixot /stprat ^pe^v èx^î/hifsaa (Ch,ronicon Âlexandrinumf 
p. 602, 003. od. Uaderi). 

Plus gônéreui qu'aucun autre empereur, Mai-c-Aurele remit à 
tous tout ce qui était dil soit au fisc, soit au trésor public, (lejniis 
quarante-six ans, non compris les seize ans fixés par Hadrien, et 
il ordonna d'en bi-ûler tous les titres ou plein forum. C'est ce que 
dit Xiphiliri (lib. LXXI , cap. 32 ) : toTî ôçef^ouït' rt xÇ ^otfftÀtxw x«l 
T« ôT|jji07tw r:^<ji ravra xi 6:{<£tXô[xcvot i^îpciv, d-nh ttwv £^ k<x\ Te^aapaxovra, 
/ja^U TÙW éxxatSuut zwj 'ASpiavoû * xxi Ttàm xji ntp^ «ûràiy y^i}Â^ai'm iv 

Un siècle plus taixl, Temijereur Aurélion, d'après son biographe 
Vopiscus (rap. 31)), « tabulas publicas ad privalorum securitalcm 
cxuri in foro Trajani somcl jussit. » Eumône félicite également 
Constantin {GnU. act,^ cap. IJ) d'avoir fait remise des reUqun de 
cinq années (2). Enfin, au code Théodosiou, un litro entier est 
consacré à cette matière , sous la rubrique De indulgenliis debito- 
rum (lib. XI, lit. 28). 

Ces remises, consenties par les empereurs, s'appliquaient-elles 
sculeinont aujc rcliqua dus au fisc, ou mémo <i ceux qui ûlaiuut 
dus à Vaerarium'^ Jo suis j>orto .'t croire que lo.s cinpuruurs no 
pouvaient romottro directement que l'arriéré dos impôts qui profl- 
taiont au fisc, « Non eadcm sevoritato fiscimi quam acrarinni co- 



(i) V. Cubcn. Druritition dts monnaieM impàriaU$t t 11, p. 23à. IUi6-10t9» 
et pi, VI, lUW: Kckliel, t. VI. p. m. 

('2j Eumcctu Gmliamm actw Conëtuntino Àuyuslo ftaticnWum notnine , dnii^ 
les pAMg]frtci teteres^ cJ. Arntzeniu-i, Trajucli ad Uhcuuui, t7U7, l. U, p. 4&&. 



62 



l'exauinator per italtam. 



hibes, » (lit Pline h Trajtan, dans son Panègyrlqxie (cap. 36), « inimo 
tantû niajoi*o, qaanto plus tihi licere de tuo, quam de publtco 
credis. » Xiijhîlîu dit, il est vrai, dans les deux textes précites 
(lib. LXVIIII, cap. 8; lib. LXXI, c. 32), que les remises avaient 
lieu pourloulce qui était dû, soi tau fisc, soitau trésor public. Mais 
ce qui prouve qu'on ne doit pas ici attacher une grande imi)0r- 
tauce à ses expressions, c'est que, dans rinscription d'Hadrien, que 
j*ai rapportée , on parle expressôinent de sommes dues au fisc et 
non pas à Vaerarium, Du reste, la distinction du fisc et de l'aera- 
rium tondait de jour on jour h disparaître. 

Si les empereurs accordaient quelquefois la remise des impôts, 
ce ji'était que dans des cas tout à fait exceptionnels. La plupart 
des coustitulions qui nous ont été conservées contiennent des 
dispositions dostiiiéos à empocher les reliqua de s'accumuler ou à 
ou assui-er le recouvrement. On sait que le paiement de l'impôt se 
faisait par tiers, chaque année, le 1*' septembre, le 1" janvier et 
le l" mai. 

Dans une constitution de Tan 393, adressée h RuÛJius , préfet 
du prétoire d'Orient , Théodose , Arcadius et Honorius défendent 
de suspendre, sans leur autorisation, le [)aiement de l'imiMjt : 
■ Quod cuim ad tempus difîcrri jubobit, aut perpctuo amiltitur, 
aul sub acei'biore reliquorum mole repetendum est » (C. Tficod., 4, 
De censitoribus , lib. XIU, tit. 11). 

Ce n'était pas seulement la misère qui empêchait les contri- 
buables de payer régulièrement l'impôt ; souvent on faisait des 
conventions qui «avaient pour objet de frauder les droits du fisc. 
C'est ce que nous apprend Constantin dans une constitution de 
l'an 312, où il nous fait connaître quelle était la cause principale 
des religua. Cette constitution est adressée à Tanonius (1) Mar- 



(1) Lm nmnuflcrits et les Ôdilions du code Théododiea portent AntonifM. 
Mais dans uae intcripUon de Bt^n6veot ce personnage est appeld Tnnonius 
{Inscr. Neap., 1429; Wilmanns, t8S4). Entre la leçon dca mnnuscrits ot lo texte 
de cette inscripUon, il faut choisir. Je crois qu'on doit donner la prèréronco «u 
monument épigraphiquc. Le gentilicium Tanonius ee trouve, du reste, plu- 
Biuurs fois dans les inscriptions de Oénévent {Intcr. Neapol., US9, 1753, 1754). 
Commeat expliquer alors la leçon des manuscrits du code Théodoslon? « Valda 
suspicor, dit M. de Rossi, tibrarios quibus hoc nomen prorsus novum et inau- 
dituui debuil accidcre , in codice Theodosiaoo Tanoniuin in Anloniuin levi 
unius litterac trajectionc mutasse: et nuUum saeculo quarto, nequc consulcm* 
iicqtte piAusidem fuisse Antoniuiu Marceltinum , sed solummodo TaQonium « 
{ intcriptitmet christianat urbit Romae, U l, p. 4â}. 



L EXAMINATOn PBH ITALIAM. 



63 



cellinus , « praeses provinciae Lugdunensis primae, » avec la 
subscriplio : * Dat. kal. JuJ. Agrippinae, Conslanlino A. Il et 
Liciuio C. coss. (I). » Elle formo, au code Thfiodosioii, la constitu- 
tion 1, sine cetisu vel reliquis fundum comparari nonposse (lit). XI, 
tit. 3) : 

« Roi anaonariao emolumenta tractantes, ut cognosceremua 
quanta reli'iua per sin^fulas quasque provincias , et per quae 
nomiua ex hujusniodi peiisitatioinbas rcscdissent , cogiiovi- 
mus, hanc esse causarn maxime reliquorum, quod nonuuUi 
captati aliquomm moraentarias nocessitatos siih hac conditione 
fuados opimos comparent et olectos, ut nec reliqua eorum fisco 
inférant , et immunes eos possideant. Idooque plaçait ut , si 
quem constitorit hufiiamodi habuissc contractiim^ alque hoc gé- 
nère possessionem esso mercatum, tam pro solitis censibusfundi 
comparati, quam pro reliquis universis ejusdem possessionis ob- 
noxius teneatur. » Examinant, dit l'empereur, le produit JeTan- 
none pour déterminer le montant dos reliqua de chaque province 
et les causes du retard apporté au paiement, nous avons reconnu 
que la principale cause venait de ce que quelques personnes, pi'O- 
fltant des besoins luomontaïu'îs de certains propriétaires, leur 
achètent des terres fertiles et de choix, sous la condition de no 
pas payer au Use les reliqua et do posséder les biens libres des 
charges qui les grèvent. En conséquence, nous avons décidé que 
quiconque sera convaincu d'avoir fait un pareil contrat, et 
d'avoir acquis une terre do cette manière, sera tenu d'acquitter 
non seulement les contributions ordinaires auxquelles elle est 
soumise, mais encore tous les reliquats qui peuvent être dus. 

D'après cette constitution, il intervenait sotivent, entre ven- 
deur et acheteur, une convention en vertu de laquelle le vendeur 
prenait à sa charge l'obligation de payer les imiMHs restant dus 
lors de la vente. Cet usage était très ancien chez les Romains. Ou 
en trouve la trace dans une des tablettes de cire en forme de dip- 
tyque trouvées, en 1855, dans une mine d'or de Transylvanie, h 
Verespatak. Ce diptyque contient un acte de vente souscrit le 
6 mai 159, sous le règne d'Anlouin le Pieux (Corp. Ifiscr. Lat.^ 
i. III, p. 044). Le vendeur, Veturius Valons, s'engage à payer 
l'impôt dû pour la maison objet du contrat, et cola jusqu'au pro- 
chain recensement : Convenitq{iu) iîiter eos (uti) Veturius Val(€ns 



{{) Cette subicriptio a donnd lieu k quelques difGruItiSs sur lesquelles on prut 
consulter Godefroy (éà. Ritter. l. IV, p. j3) et XlAenel {Codex TheodosianHi , 
col. 1059). 



L*KXAMrNATOn PEH ITALIAftf. 

pro ea) domo tributa usque ad recensum dcp(r)rt(dHt). Du roslc, ici, 
cû ne sonl. pas seulomoiit. les retiqua y mais la toialilo de Timpôt 
que le vendeur doit payer. 

Si cette conventiou avait été valable, le fisc se serait sou- 
vent trouvé eu présence d'un insolvable. Aussi Constantin la 
déclare nulle. Cette décision est motivée non soulonicnt par l'in- 
térêt du fisc , mais encore par celui du vendeur. Cela résulte du 
texte m^mo de la constitution et aussi d'un passage de Salvien 
(De ffubernalinne Dci, lib. V, cap. 8) (I), que Godcfroy cite dans 
son commentaire : t Pleriquo pauporculorum atquo miseroruni 
spoliali resculis suis, et esterminali agellis suis, cum revt ami' 
sevhu y amissantm iamen rcrum tributa patiuntnr, cum possessio 
ab liis roces.scrit , capiLatio non recedit. Proprielatibus carcnl 
et vectigalibus obruuntnr. Quis aestiraare hoc malum possit? 
Rébus eorum incurabunt pervasores et tributa miseri pro perva- 
soribus solvunt. » 

En 313, Constantin dut édicter une peine bien plus sovfcre. 
Pour couper court aux réclamations dont il était assailli , il prit 
le parti do punir à la fois le vendeur et Tacheteur, en ordonnant 
la confiscation de la chose vendue oL du prix d'acquisilion 
{Fragmenta Vaticana , § 35) (2). 

Malgré les précautions prises parles empereurs, les reliqua re- 
présentaient chaque année une somme considérable. Aussi li^u- 
vons-nous, au quatrii'me sit^'cle, un système complet organisé 
pour eu opérer le recouvrement. Les brèves relîquorum étaient, au 
temps d'Honorius, confiés à quatre corps do fonctionnairas dis- 
tincts ; les tdhularii ciritatum, les officia judicnm^ Vofficinm pa^ 
lûtinum et les discvssorcs (C. Theod.,3. lib. Xî, til. 28). 

C'est vraisemblablement Dioclétien qui a établi cotte organisa- 
tion. L'accroissement des impôts la rendait nécessaire. On con- 
naît co passage ou Lactance (De morte pcrsecut,^ cap. 26) critique 
le développement exagéré dos contributions, et considère comme 
un acte de folie de n'avoir pas même épargné au peuple de Rome 



(I) Salriani prexbijleri MnsitiUensis iibri qui mpnmnt. Roconeiiit Car. lIMm. 
p. 62, dans les Mnnuwfnta Gtrmaniae historica. Auctarum anliquixsimorum, 
t. I , purs prior, 1877. 

(?) Le texte de cotte constitution est reproduit d'une façon motnit compl^le 
au codi? Th'Aotlosien ;c. 2, pr , De contmhen-la emptiont?, lib. III , lit. Il: mîila 
lifucriptio ot la snhscriptio ne sont pas les inûoios. D'apK'S l<^s fragmenta fn- 
tieanA . ta constitution ser-ftit de r«n 313; d'nprts le code Théodosien , d« 
Tan 337. — Cf. Bruns, op. cit., p. 12. 



l'exavinatoh peh ïtaljam, 65 

honto de cotte servitude. « Quum statuisset, censihus insti- 
tulis orbera torrae dovorare, ad haiic usqae prosiluit iusauiam , 
utab bac caplivilate ne populum quidem Romanum vellel immu- 
nom. Ordinabantur jam consitores qui Romam missi doscriberoiit 
plobem. n Le mol copUviias^ employé pour désigner la situation 
des contribuables, n'ûtonuera pas cous qui so souviennent que 
les Romains regai'daient l'impôt non pas comme le salaire légitime 
des services que l'Etat rond aux particuliers, mais comme le signe 
de la conqufMe, la maniue de l'asservissement (Cf. Aggenus 
Urbicus, De conlroversiis arfrorum , p. 63, 5, éd. Lachmann). 
Aurelius Victor {De Caesaribus^ c^ip. 39) montre aussi les consé- 
quences du partage de Tempire. G*est à partir de cette époque, 
dit-il , que l'Italie fut écrasée sous le poids dos impôts. Aupara- 
vant , ritalie tout entière était soumise à une contribution en 
nature, uniforme et modérée, destinée à l'entretien de l'empereur 
et de Tarmije peiulauL leur séjour dans ce pays, on ils résidaioul 
d'ailleurs la plupart du temps. Désormais une loi nouvelle établit 
des impots payables en numéraire ; peu élevés au début, ils sont 
devenus, dans la suite, la ruine du pays : •< Hinc iloniquo parti 
Italiae invectum tributorum ingens malum. Nam cum oranis 
cadem funrtione modoral.ujue agerct , quo cxercitns atque impo- 
rator, qui semper aut maxime parte aderanl, ali iKisseut, pensio- 
nibus inducla lex nova quae sane illorum temporura modostia 
lolerabilis , in perniciem proccssit bis lem[iostatibus n (I). Tout 
porte donc à ci-oire que Diocléticn lut l'organisatoui' du système 
employé pendant le quatrième sifccle pour le recouvrement de 
l'arriéré do l'impôt. 

Mais ce système n'existait-il pas, au moins eu germe, à l'épo- 
que antérieure? C'est une conjecture qui m'est suggérée par une 
inscription do Lyon , dans laquelle je trouve mentionné un exac' 
tor reliqiiorum annotiae. 



(t) Cf. tnr ce lext« Savigny . Ueber die rumUche Steueri^faxtntng unUr den 
Kaitem, dans le second volume de» Vtrmitchtc Schriften, p. 11)9-112. 



66 



L'BXAJflNATOH PRH ITALUM. 



C • FVRFO • SABÎNIO • AQVILAE 
TIMESITHEO PROC • PROV • LVGVD ■ ET 
AQVIT • PROC • PROV • ASIAE IBI VICE XX 
ET XXXX ITEMQ- VICE PROCOS • PROC 

5 PROV • BITHYNIAE PONTI PAPHLAGON 
TAM PATRIMONF QVAM RAT- PRIVATAR 
FBI VICE PROC. XXXX- ITEM VICE PROC 
PATRIMON • PROV • BELGIC • ET DVARVM 
GERMANIAR • IBI • VICE • PRAESID • PROV 

io GERMAN • [NFERIOR • PROC • PROV • SY 
RIAE PALESTINAE IBI EXACTORI RELI 
QVORVM ANNON • SACRAE EXPEDITIO 
NIS PROC • IN VRBE MAGISTRO XX 
IBI LOGISTAE THYMELAE PROC • PROV 

15 ARABIAE IBI VICE PRAESID • BIS PROC 
RATION • PRIVAT • PER BELGIC • ET DVAS 
GERM-PRAEF.COH-F-GALLIC-IN HISPAN 
C • ATILIVS MARVLLVS ARVERN 
ET G • SACCONÏVS ADNATVS ME 

w DIOMATR • PATRONO ÔPTIMO 

Lyon. — (De Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon^ 
p. 245; Henzen, 5530; Wilmanns, 1293). 

C{mo) Furio Sabinio AquHae Tîmesitheo j proc{in*atori) proi'fin- 
ciarum) Lugnd{unensis) et Aquitianicae) , pror{nratori) prov{incine) 
Asiœ, ibivice [procuratoris] vicesimae [heredifatium] er quadrage- 
«moe, itemque vice prono(n)s{nlis). proc{uratQri) prov{inciae) Bilhy- 
niae Ponti Paphlagon{iae} (nm patrimoni{i) q^mm rat{ionitrn) priva- 
tar{uin), ibi vice proc(urat4}ris) qîtadraQcsirnae , item xnce proc{ura- 
torts) patrimon{ii}pvov{incinc} Belgic{ae) et dHarxim Germnniar{um)^ 
ibi vice praesid{is) prov(indac) German(iae) inf€rior{is), proc{ Hrafori) 
prov(}ncinc) Syrtae Palestinae^ ihi exnctori reliquorum annon(ae) 
sacrae expeditioniSj proc{uratori) in Urbe magistro vicesimae [hère- 
ditatiuml, ibi logistae thymelae, proc{uratori) prov(incifie) Arahiae , 
ibi vice praesid(is), bis proc(uratori} ratiûH{nm) privat{arxim) per 
Belgic{am) et dnas Germ(anias) y praeflecto) colt{ortis) [p(rimae)?] 
Gallicae in flisp<iti(ia) , 

C{aiHs) Atilius 3farullnx, Arvern{ns), et G(aius) Sacconius Adna- 
tus, Mediomatr{icus), patrono optimo. 

Tout lo monde est d'accord, aujourd'hui, pour .-idinoUre que Io 
persounago dcsiyuù dans cette inscription n'est autre que lo 



L*BXAMrNATOR PER ITALIAM. 67 

^re de Tomperoui' Gordien III (1). On en avait fait 
oi'd au contemporain d'Hadi-ien , mais c'était méconnaître 
non seulement les règles les plus (Mi^mcntaîros do l'ôpigraphie, 
comme Ta prouve M. Léon Renier (2), mais aussi les témoignages 
les plus positifs do Thisloiro. Timésithôo porte en effet le titre de 
procurator rationum privatfirum ; or, tout le monde sait que 
cette procuratio a été établie par Soptime-Sévère : « Interfectis 
iunumoris All)ini iiartium viris... ouiiiiinii bona putilicata sunt, 
aerariumque auxerunt... Filiis etiam suis ex liac proscriptioue 
tautum reliquit qnanlum nuUus imperatorum, quum magnam 
partom anri per Gallias, por Hispanias, por Italiam iniporator 
jam focisset, inncque primnm privatarum rerum procuratio cons^ 
iituta est, » (Spartian., Severus, cip. 12.) 

Notre inscription est donc de la première moitié du troisième 

.siècle. Essayons do déterminer la nature de la mission confiée à 

Timésithée dans la pi'ovinco de Syriu-PiilestinCt et, |>our cela, 

rétablissons, tout d'aLoid , son cursus koaorum , qui est présenté 

ici dans l'ordre invei-se : 

1" Praefectus cohortis primae (?) Gallicae in Hispania; 

2* Bis pi-ocurator rationum privatarura per Belgicara et duas 
Germanias; 

3" Procurator provinciae Arabiae, ibi vice praosidis; 

4' Procurator in Urbe magister vicosiniao heroditatium, ibi 
logista thymolae; 

5* Procurator provinciae Syriae Palostinae , ibi exactor i*eli- 
quorum annonao sacrae expcditionis ; 

Ô" Vice procuratoris patrimonii provinciae Bolgicae etduarum 
Germaniarum, ibi vice praosidis provinciae Gormaniae inferioris ; 

?• Procurator provinciae Bilhyniîio Ponti Pa[)hlagoniae tam 
patrimonii quam rationum privatarum, ibi vice procuratoris quu- 
dragesiraao; 

8** Procurator provinciae Asiae, ibi vice procuratoris vicesi- 
mae hereditalinm et quadragesimao, itemque vice proconsulis; 

9** Procurator provinciarum Lugudunensis et Aquitanicao. 



(I) CAUubon , note sur le chapitre 23 de la vie do Gordien III [>nr Capitolin, 
éd. ticH Uistoriae Àuyuttaf Scrîptoreë, Lugd, BuUv., 1C71, t. Il, p. 111: Kckhcl, 
Dnctrina numorum nterum, t. VU , p. 310: Bnrgheai . Dicliiaraiione d'una 
lapide (initeiiana . dnns les Memorie dtW ÂCCAdftnia di Torino, t. XXXVIII , 
p. 1\-, l.tîoii Renier et J.-D. de Uossi . noies sur Horghesl , Œurrex complétés, 
î. III. p. 4A5; Marqttardt, SUiminehe Staattrerwaituna t t. 1, p. 197, Q. G. 

{7) HechvTchet des antiquités et cnriositét de ta viUe de Lyon . de Spon , éd. 
1857, p. 162. 



«8 



l'BJCAMINATOR PBR ITJLLÎhU. 



Ainsi Tîmcsithéo débuta , suivant Tusagû, pav uu des gradée 
équestres, celui do préfol d*uue cohorte auxiliaire; puis il 
fut nommé directement, >^'râco ti la laveur impériale, administra- 
teur du domaine privé de l'emiiereur en Belgique el dans les 
deuï provinces de Germanie. 11 fut ensuite procuralor faisaol 
fonctions de gouverneur do TArabie, puis raitpelé U Rorao el mis 
àlati5to du bureau cli;u';;édela jierception de l'impôt du vingtiêmu, 
A cette fonction, il joignit celle de directeur du maiôriel des 
théâtres imi>6riaux. Enfin , il fut envoyé comme procuraior daii? 
la province do Syrie-Palestine, qui n'est autre que la Judée. On 
sait qu'elle fut constituée comme province distincte de la Syrie 
en l'année 66 do notre ère, et planée sous le ^^ouvornemcnl d'un 
UgatHS Angusti qui était Vespiisieu. Elle continua à «ti^ gouver- 
née par un légat de l'empereur avec un procuraior eu sous-ordre. 
Borghosi a soutenu (1) que, sous Marc-Aurède, la Judéo cessa 
d'être une province indéj>endante ; le contraire est aujouitl'hui 
démontré, et notre inscription suffirait pour lo prouver (Cf. UI- 
pien, L. I, pr., $ 3, 6, Dig,, Do censibus, lib. L, tit. 15, qui dis- 
tingue la Sxjria Phenice^ la Syria Coeie^ la Syria Palestina). 

En qualité do procuraior^ Timôsithéo dirigeait Tadministratioii 
financière de la province de Syrie-Palestine. 11 fut on même 
temps chargé do poursuivre le recouvrement des reliquats de 
Tannono do roxpéditioii impériale. C'est ainsi que j*cxpIiquo le 
titre exaclor rcliquorum nnnonne sacrnc expcdilionis. Mais cette 
explication , je dois le reconnaître , a été condamnée d'avance par 
M. Léon Renier {Recherches des anlifiuith et curiosités de la ville de 
Lyon, do Spon, éd. 1857, p. 169), « Faut-il traduire, comme on Ta 
fait, les mots reliqua anuonne par « co qui restait dû des approvi- 
sionnements? » Non certainement, dit M. Léon Renier, cai* il n'y 
a rien dans ces mots qui contienne l'idée de dette... A moins do 
vouloir leur faii*e dire plus qu'ils ne veulent dire réellement, on 
no peut les traduire que ijar ceux-ci : ce qui restait, ce qui n'avait 
pas été employé dos approvisionnements. Timésithéo avait donc 
été chargé de recueillir et probablement d'envoyer dans d'autres 
provinces do l'empire les approvisionnements réunis en Palestine 
pour une expédition commandée par l'empereur en personne et 
qui n'avaient point été employés. » 

Quelle est cette expédition , et poui-quoi restait-il dos approvi- 



(1) V. son mdinolrc Sopra un' ùcriiiùne det c<m$nU BvrhuMo {Œutre* cofn^ 
pMei»i. IV, p. 160. 



L'BIAMINATOn PHR ITALIAM. 



09 



I 



sionnameiUs? « Tl faut supposer, ou qu'on en avait réuni une trop 
grande quantilt^, ro qui n'est pas i)robaMe(t:'osl ordînairemont le 
contraire qui a lieu), ou bien que I't»xiKjdition avait été interrom- 
pue dès son début, et c'esl cefte dernirro hypothcso que l'on doit 
adopter, avec d'autant plus de raison que los contrées ou Tirnési* 
Bithée fut chargé de la mipsion dont il s'agit furent en efTot le 
thôAtrc d'un événement soinhlablo an commencement du Iroi- 
sii'me siîîcle de notre ère. Ce! événement, c'est Texpédition contre 
les Parthes, entreprise [larCaracalIa et presque aussitôt interrom- 
pue par sa mort, en 217. Ce prince fui tué, comme on sait, en 
Mésopotamie, entre Edespo et Carrao. Mais les approvisionnements 
do son armée ne pouvaient lui être expédiés que par la Syrie , la 
Phénicie et la Palestine. C'est donc dans ces provinces que les 
dépôts des approvisionnements avaient ulé établis ; et , en effet , 
c*esl [à , ainsi que le prouvent les diverses circonstances de la 
chute de son successeur Macrin, que se retirèrent, après sa mort, 
la plus grande (tartio de ses troupes. Elles no quitteront ces con- 
trées pour retourner dans leurs quartiers habituels qu'api*ès lavè- 
nement d'Héliofj'abalo, c'esl-à-dirt? en 218. C'est alors par consé- 
quent, ou en 210 au plus tard, que Timésithée fut chargé do la 
mission dont il s'agit, b 

• 
En présence d'une explication aussi ingénieuse, ce n*ost qu'avec 
la plus grande réserve que je me rallierai h une interprétation 
différenlc. Et coi>ondant je ne puis me résoudre A prendre le mot 
reliqua dans le sens qui vieiit d'otie indiqué. Il me semble que ce 
mot a une valeur toclniiiiuc dans la langue administrative dos 
Romains, et qu'il désigne le reliquat d'un impôt. Spanheim l'a 
démontré (t. H, p. 55:}) .\ l'occasion d'une monn.iio d'Hadrien 
(supra, p. Gl), et son opinion a été adoptée par Eckhel(VI, 478). 
En voici une autre jireuve tirée d'un ouvrage d'un contemporain 
de Timésithée, le jurisconsulte Paul : « Moschis quaedam, flsci 
debilrix ox conductiono vccligalis, heredes habuerat, a quibus 
ï#osl aditam hereditatem Faria Senilla, et alii praedia emerant. 
Cumconvcnirontur proptor Moschidis rrAiqna otdicobant heredes 
Moschidis idoneos osso, et mullos alios ex isdem bfjuis émisse, 
aofjuum putavit imperalor prius heredes convoniri debcre, in 
roliquum posaossorem omnom » (L. 47 pr. /)iV/., De Jure flsci, 
lib. XXXXVIIll, lit. U). Une femme, nommée Mosr,his, débi- 
trice du ilsc comme fcrmii'^re de l'impôt, était morte laissant plu- 
sieurs héritiers. Faria Souilla et quelques autres personnes leur 
achetèrent des bions qui avaient appartenu à la défunte, Les achc- 



70 



[fNATOK PER ITALIAM. 



leurs furent poursuivis par les aguiits ilu fisc propter Mosckidis reli- 
qua, c'est-à-dire sans aucun douto pour la somme )|ue Moschis 
restait devoir au flsc. Je pourrais multiplier les exemples : je me 
contente de renvoyer au De verborum sifinificatione de Brisson, 
V» reliqua (1). 

Quant au mot annona^ il désigne Vannona miUtaris. C'était une 
prestation en nature qui s'ajoutait à rirapôt foncier, etqiii dans la 
plupart des provinttes (l'Egypte et l'Afrique exceptées) avait pour 
objet l'entretien do rarméo et des fonctionnaires. Elle consistait on 
blé, vin, lard, sel» vinai^^e; d'une manii^'re générale, elle compre- 
nait tout ce qui sert à la nourriture de l'homme, cellaria, et, de - 
plus, ce qui estnécessairepourson entretien, ainsi que le fourrage I 
pour les animaux. C'étaient les magistrats locaux qui étaient 
chargés de percevoir Vannono et de la faire porter par les soins des 
contribuables dans les magasins de l'Etat (horrca publica). On ^p- 
pelait roM(/îîrt les approvisionnements ainsi conservés i)ar les soins 
des fonctionnaires publics. 11 y avait en outre, pour chaque lé- 
gion, un receveur particulier de Tannonc. Une inscription men- 
tionne un citoyen de Trente, do i'oitlre équestre, adUclus anno* 
nae Ugionîs tertiae liaîicae. 

C- VALERIO • C ■ F ' PAP 
MARIANO 

HONORES • OMNES 

A D E PTO • TRI DENT 
5 FLAMINI - ROM • ET • AVG 

PRAEF • QVINQ • AVGVR 

ADLECTO- ANNON • LEG • III 

ITAL ■ SODALI • SACROR 

TVSCVLANOR • IVDICI 
tt» SELECTO • DECVR • TRIB 

DECVRIONI • BRIXIAE 

CVRATORI • RE! • P • MANT 

EQVO' PVBL' PRAEF' FABR 
PATRONO * COLON 
<5 PVBLICE 

Trente. —(Corp. Inscr. Lat. , t. V, 5036; Orelli, 3905; 
Wilmanns, 2IC3). 

(1) DêVifhorHrntignifieatione quaeadjut romanum pertinent, éd. 1696, f. 564. v*. 
L'expression ex rrltquit, qu'où Ut dans qut:l(]uus*unes des tablettes de cire ré- 
cemmeni dtjoouvcrics h. Pompci, dcïiiyiie i^iUeiucat le reliquat d'une deiiA| 
{GiomaU degli $cav\ di Pomp«î, 1879, col. 96). 



l'examinator PKn italiam. 71 

C{(tto) Valerio, C{nii) f{ilio) , Po]){ma trihu) , M ariano , honores 
omnes adepto Trûient{i), pamini Rom{ae} etAug{usti), praef{ecto) 
quinq{ut7innîi), aufjiir{i), adledo annon{ar) leg{ionis} tertiae Jtal{i- 
coc), sodali sacror{um) Tttsculanor^um) , judici selecto decur{iis) 
trib{us)f dccurioni Brûriae, curatori rei p(ublicac) 3/an/(wanorwm), 
equo publ{ico], prae({ecto} fafjr{um), palrono colon{iae)^ publice. 

I Mais dès que les troupes entraient en campagne, l'approvision- 
nement do l'armée était ronlîé aux intendants militaires. C'étaient 
primitivement de simples affranchis de Tempereur, appelés a co- 
piis militaribus. Les inscriptions nous en fonl connaître deux (1). 

POLYCHRYSO 

AVG • LIB 

A COPIIS MILITARIB 

PARENTI DVLCISSIMO 

• SER • ASINIVS 

PHAINVS 

Rome. — (Orelli , 3505). 

Polychryso, Ang{xisti) lib{erto), a copiis milifarih(ns), parenti dul- 
cùsimo , Ser^cius) Asinius Phainus, 

T ' FLAVIVS AVG • L 
EPICLETVS AB EPISTVLIS 

A COPIS MIL • LïCTOR 

CVRIATIVS HIC SiTVS EST 

HVNC TITVLVM FLAVIA TYCHE VXOR 

CONIVGI OPTiMO 

(Orelli, 2922). 

T(itin) Flavius, Aug{usti) l{ihertus), Epicletus, ah epistulis, a 
copt(i)s mil{itanhus) , lictor curiatius (sic), hic ùtus est. Hune UtU" 
lum Flavia Tyche uxor conjugi optimo, 

(I) On trouTC ao»i un di^pensator rationibus copiarum, 

CHAERONTl AVG N 

DISP 

RAT •_^OP_^ EXPED • FEL 

U et lit GERMA 

Altioo. — (Corp. intcr. Loi,, t. V. 3155). 

f'onti Audiutii) n{ûuri), displematori) rAt{ionibus) cop{iûrum) eapfd(i- 
t) ftiiUium) U et lU Germa{nicarum}, 



72 



l'EXAMINATOR PER rTALIAU. 



Plus tard ce furent des personna^jes de rang plus élevé. 
sont qualifiés praepositi copianim expcdilionis. Tel fut le vainijueui 
de Pescenuius Niger, Tiberiu9 Cluudius Candidos , mentionna- 
dans cette insci'itition : 



XVVIR-S'F-LEG-AVGG 
PRPR-PROVINC-H -C 
ET -IN EA ■ DVCl • TERRA • MARIQVE 
5 ADVERSVS REBELLES • H • H • P • R 
ITEM • ASIAE • ITEM • NORICAE 
DVCl • EXERCITVS • ILLYRICI 
EXPEDltONfi* • ASIANA • ITEM • PARTHICA 
ITEM • GALLICA • LOGISTAE • CIVITATIS 

I" SPLENDIDISSIM AE • N I GO M ED E N S I VM 
ITEM-EPHESIORVM • LEG • PR • PR • PROVINC 
ASIAE • CVR • CIVITATIS • TEANé:NSIVM 
ALLECTO • INTER • PRAETORIOS • ITEM 
TRIBVNICIOS • PROC • XX • HERED • PER 

is GALLIAS • LVGDVNENSEM ■ ET • BEL 
GICAM • ET • VTRAMQ * GERMANIM 
PRAEPOSITO • COPIARVM . EXPEDITI 
ONIS • GERMAN!_CAE • SECVNDAE 
TRIB • MIL • LEG • II • AVG • PRAEFECTo 

10 COHRTIS • SECVNDAE • CIVIVM 

ROMANORVM _ 

SILIVS - HOSPES • HASTATVS . LEG - X 

GEMINAE • STRATOR • EIVS 

OPTIMO • PRAESIDl 

Tarragono. — (Oi-elîi, 798; Coiy, Inscr. Lat., t. II, 4IU;i 
Wilmanns, I.ÎLlI). 

Tib(erio) Cl(midio) Candido , rn(n)x{uU), qmndecimvir{o) s(acrity 
(\acinndis)j l€g{ato) Au<j(ustorum duorum) pr{o) pr{mtor€) provin- 
c(iae) H{ispnniae) c{iterioris) et in ea duci tetTa marique adversuM\ 
rebelles h{omines) h(os(€s) p(opuli) R{omtiui), item Asiae, item 
Noricae, duci exercitus llhjrid expeditiotie Asiana , item Parthica^ 
item Gallicaf logistae àvitatis splcndifUssimae Niromedensium, i(em\ 
EphesioriHii, leg{<ito} pr{o} pr{aetor€) proviHc{ia€) Asiae, çur{i 
dvitaiis Tcanensium , allecto inler praetorios , item trUmmdot 



L*EXAMI.NATOR PBR TTALIAM. 73 

proc(uratori) vkesimae hered{itatium) per GaUiaa Lugdunensem et 
Betgicam et iitramq(ue) Germaniam^ praeposito ropiarum exphdû 
ionis Germanicae seaindae, trib{uno) fnit{itum} leg{ionù) secundae 
[ug(usttie)y praefecto coh[o]rtis secundae civium Romanorum, 
SiUuB, hospeSj hastatus leg(ionis) decimae Geminae, strator ejus, 
)ptimo praesidi. 

Le recouvrement de Vannona mUitarts ne se faisait pas sans 
lifBcuJtés. Au commencement du cinquit?me siècle, nous trouvons 
les envoyés spécinux , appelles opinatores , dout la mission avait 
m but analogue à coile de notre exacior reliquorum annonae. On 
l tMi efîel dans une constitution d^Arcadius et Honnrius, do l'an 
01 : « Mispi opinatorcs... ut intra anni metas id quod dobetur acci- 
lianl... Quod si ultra annum protracti fuerinlj judices et officia 
bsque ulla mora de [U'Oprio cogontur exsolvore mililihiia rjuod 
ebetur, ipsis adversus oLnoxios repetitionc scrvat^i >» (C. Tfi^od.^ 
, De exactionibus, lib. XI, lit. 7). Cette décision prouve qu*il 
avait souvent dos retardataires, et qu'on laissait écouler l'année 
ns fournir les prestations inniosées. Les mesures prises par les 
impereurs n*élaienl pas toujours efficaces ; en 429 , Thôodoao oL 
alentinien furent obligoï^ de statuer sur le môme objet (C. Tkeod,y 
4 , Do annona et tributis, lib. XI, tit. 1 ). 
Du reste , il ne serait pas impossible qu'il s'agît ici d'un impôt 
yé, non pas en nature, mais en argent. Nous savons, par une 
institution adressée en 40'.* [lar Honorius et Théodose à Autho- 
ius, pK'fol du prétoire dOricnl , que dans les trois Palostinosil 
tait d*usage, depuis longtemps, de payer en argent Vannona nit- 
taris {C. Ttieod,^ 30, De orogatione niilitaris annonae, lib. Vil, 
U. 4). Quel était le motif do cette exceittion? C'était la difficulté 
es transports, soit à cause de réloiguemont dos magasins pu- 
klics, soit h cause du mauvais état des routes ou du manque de 
ie» navigables {C. Tkfod,, 19, eod. tit.). Si l'on remarque que la 
udée, dont Tiraésithéo était procurator^ fait partie de la pre- 
ibve Palestine , on comprendra que la raison qui , au temps 
'Honurius, avait motivé la conversion do Vannona niilitaris en 
m impôt payable en numérairo, devait ejiister aussi sons Alexaa- 
re Sévère. 

Je crois donc qu'on peut soutenir avec quelque vraisemblance 
ue Timésithée , pondant qu'il était procurator do la Syrie-Pa- 
stino, fut chargéd'une mission extraordinaire ; que cette mission 
«iisista il l'aire opérer le paiomenl dû l'aiTiéré do l'impôt prélové 



74 



LEXAMINATOR PEH TTALTAM, 



pour les besoins d^une expédition commandée par l'empereur. Le 
TBCOUvremoiil des reliqua aurait ainsi , dès le temps d'Aleiandre 
Bêvere , donné lien à la création d*une fonction tomporairê ^ con- 
fiée à un exa^tor. 

Ce qui n'étail pratiqué que dans des cas Gïceptionacls avant 
Dioclétien fat établi par cô prjnce d-nno fagôu permanenlo. 
L'augmentation toujours croissante des heBOiiis de l'Etat rendait 
indispensable rinstitution réfj;uH6re d'une série de fonctionnaires 
chargés de veiller au paiement esact de rirapot et de jugor les 
procès auxquels il pouvait donner lieu. L'examlnaior per iialiam 
so rattache ainsi à un système d^admitiistration dont ToriglnG re- 
monte àu cûQimâQcement du troisiènïo siècle* 



^ 



II 
LE MAGISTER SACRARVM 

COGNITIONVM 



LE 

MAGISTER SACRARVM 

COGNITIONVM 



En 1876, on a' trouvé, dans les ruines de Tancienne capitale de 
la Vénétie au temps de Dioclétieu , à Âquilôe , une inscription 
dont Toici la teneur : 

Q • AXILÏO 

VRBICO 

VIRO 

PERFECTISSIMO 

5 MAGISTRO 

SACRARVM 

COGNITIONVM 

A STVDIIS ET 

A CONSILIIS 

10 AVGG 

AQVÏLEIENSES 

P V B L I C E 

P ATRO NO 

PRAESTANTISSIMO 

19 D • D 

Aquilée. — (Corp, Inscr. Lai., t. V, 8972). 

Q(uinto) Axilio Urbico, viro perfecHssimo, magistro sacrarum 
cogniHonum^ a stttdiis et a consiliis Aug{nstorum duorum), 

AquUeienses f ptélice, patrono praestantissimo , (Hecreto) d{ecu^ 
rùmum). 

Parmi les fonctions remplies par Q. Axilius Urbicus, on indi- 
que en première ligne ceÛe do magister sacrarum eognitionum. 



78 LE MAGISTGR SACRAnUU COGNITIONUlf. 

Cette charge ne figure pas au nombre de celles qu'énumere h 
Nolitia Dignitalum. A l'ùpofjue Où ce documoat a été rédigé, c'est- 
à-dire au commeucoment du cinquième siècle, elle avait él£ 
réunie à celle de magUlcr Ubellorum. Il ne saurait y avoir de 
doute à cet égard : « Magister libellorum cognitiones cl prtites^ 
Iraclat; i» voilà ce tju*oa lit dans la Noiilia rient is ^ cap. 17, 
daus la NolUia Occidentis, caii. [ù (1). La réuuiou dans les maiiïl 
d'une inAnio poi-sonne des fonctions do mayister libellorum éi Ai 
magister cognitionum, et la préférence accordée au titre do maçù- 
ter libellorum ^ donnent â penser que les cognitiones ini|)ériaJes 
étaient moins nombreuses qu'autrefois, ou tout au moius quo 
leur c-aractfere avait été modillé. 

Je voudrais essayer de déterminer l'origine historique et lûS 
fonctions du miujister sarrarum cognitionum. Il me paraît que, 
dans l'histoire des cognitiones Caesarianae ^ on s'en est li'Op peu 
préoccupé. Cepemlant , tout le monde sait que la question de* 
cognitiones et des a))peUationes impériales , pendant les trois pi 
miers sit'Cles do l'empire , est une des plus obscures do lorgaiii 
sation judiciaire des Romains. '* Cognitiones appellatioiiosqui 
Caesarianao, « dit M, Mommson ('2), « quomodo ante DiocJelia- 
num exeiciLae siiU adhuc parum notum est, nec de quaeslione 
oa omnium maxime implicata hoc loco disputabitur. » Il ne sera 
donc pas inutile de consacrer une étude siiéciale à l'un des prin- 
cipaux auxiliaires de l'empereur dans ses fonctions do grand ju^ 
ticior, au magister sacrarum cognilionum. Mais voyons d'abord W 
qu'est une cogniiio et dans quelle mesure les em[>ereurfl en ont 
fait usage. 



(1) fiotiiia diyntVafum ci administrationum omnium far» ct'ritium qxiammi^ 
tariwn m partibiu Oricntis et Oceidentis^ cU. Bftcking, t. i . p. 50; t. U, p. C^- 
VI) Ephtmeris rpigraphica, iR72. t. l . p. 138. 



Section l'*. 



DES COGNITIONES CAESARIANAE, 



ins la tcrminol^^gie *ie la firocédure romaine , le mot cogniiio 
3'applique à tous les cas ou le magislral iireud une décision quel- 
conque, lors, par exemple, qu'il accorde une in integrum reslUu- 
iio , une missio in possessionem , ou qu'il ordonne une practoria 

»6lipulatio. Dans un sens plus restreint et plus habituel, le mot 
eognitio désigne les cas où le magistrat retient la connaissance et 
le jugement d'une affaire , au lieu d'en remettre la décision au 
jxidex. On sait qu'en i-ègle générale, sous le systfcmodes actions 
H de la loi comme w)U3 le système formulaire, le magistrat n'est 
point chargé de l'examen ni du jugement des procès qui s'ou- 
vrent devant lui. Pour ne parler que du systôme formulaire . le 
rôle du préteur se borne & désigner un Juge et à préciser dans 
une formule la question à résoudre. C'est pour cela que tout 
procès a deux phases successives : injure, devant le magistral, 
B^puis in judieio^ devant le judex. La procédure suivie en pareil cas 
Bporte le nom d*actio. Mais il y a d'autres cas où le préteur, au 
Vliou de renvoyer les fiarlies devant un juge, se réserve le soin de 
^Fstatuer sur leur diffôrend. On dit alors qu'il y a lieu à une cogni- 
^' tio. Le crimen iiispecti tutoris nou* offre une des plus anciennes 
applications de cette procédure (L. t , §| 2-4 , Dig.^ De sus[>octis 
K tutoribus, lib. XXYI, tit. 10). 

y Sous Tempire, les rw cognitionis prirent un nouveau dévelop- 
I>emeDt. I^ eognitio avait Heu dans tous les cas non prévus par 
^ le droit civil ou par le droit prétorien. L'intervention du ma- 
y gistrat était nécessaire pour rendre obligatoire ce qui, autrement, 
n'aurait constitué qu'un simple ilevoir de conscience. Tels étaient 
les fidéicommis {Tiinli ex corpore l'ipiani , XXV, 12), la dette 
alimentaire (L. 5, pr., Dig.^ De agnoscendis et alendis liberis , 
lib. XXV, tit. 3), les honoraires de ceux qui exercent nue pro- 
fession libérale (L. 1, Dj</., De variis et extraordinariis cognitio- 
Dibus, lib. L, tit. 13). La eognitio f^rvit également à trancher 
les contestations qui divisaient les personnes entre lesquelles un 



80 



LE MAGISXElt SAGPAilUBl COGNITIONUU. 



proc5s vôritabJo no pouvait avoir lieu. Les plaintes des 
contre leurs maîtres (L. t, §§ l, 8, Dig., De ofBcio praefecli urbi, 
lih. I, tit. 12)^ des onfauts contro leurs parents (L. 5, Uig., Si a 
parente quis nianum. , lib. XXXVII, tit. 12), les demandes on 
affi'anchissement (L 20, § 7; ?8, § 4, Dig,, De fldeicommissariis 
libcrtalilms, lib. XXXX, tit. 5) ot en émancipation (L. 92, Dig., 
De conditionibus et demonstrationibus, lib. XXXV, tit. 1) étaient 
des res eogniitonis. Dans tous ces cas , on agissait par voie de p^r» 
scatiio^ et la procédure suivie portait le nom de cognilio extraof' 
dinar ift (!}. Le jus txtraordinarium désigne, on effet, le droit établi 
par les couslitulîons ini[;6riale8. On J'oppose au ji« ordinarium^ 
qui comprend lo jus civile et \ojus honorarium. Cette distiaC'tion 
ressort do pUisiours textes. Elle est faite notamment par Ulpicit 
dans son commcnlaiï'e sur PEdit (L. tO, Dig., De verbornm signi- 
ficatione, lib, L, tit. Hi), et par Marcien dans ses Institutes 
(L. 7, Dig., Do iege Cornelia de falsis , XXXXVIIÏ, tit. 10). 
Callistrate, dans son second livre ad cdicium n\omtnriufyi, dit que 
o extra ordinem jus dicilur ex senatusconsiiltis et princii>alibu5 
constitulionibus »• (L. 2, Dîg,^ Ex quibus causis majores, lib. IIll, 
tit. 6). 

Les res cognitionis s'étaient ainsi considérablement multipliées 
à répoquo impériale. Le jurisconsulte Callistrate, qui vivait sous 
Septime Sév^^e et Antonin Caracalla , et qui a composé un traité 
en six livres de cognitionibiis^ classe les cognilioms de la manière 
suivante : « Cognitionum numerus, cum ex variis causis descen- 
dat, in gênera dividi facile non potest : aut enim de honoribus 
sive muncribus goreu'Iis .-tgitaLur , aut de re pocuniari;i difM'^pla- 
tur, aut de esislimatione alicujus coguoscitur, aut de c^ipitali 
crimine quaoritur » (L. 5 pr., Dig., De variis et extraord. cognit., 
lib. L, lit. 13). 

Ce n'était pas seulement en matière civHe, mais aussi en ma- 
tière criminelle qu'il y avait lieu à la cogniiio extraordinaria : 
c*08t ce que prouve la un du texte précité. On sait, du reste , que 



(1) Oq discute la question de savoir s'il faut rpstrnlndre. comme je viens de 
le faire, la port<^ de I» cognitio éjtraûrdirukria. D'après quelques aulcurs, elle 
s'applique à tuus les cas où le ma($istrat statue seul et sans jtides. PuchU , 
Cursus fier Ifulitutionfn , t. 1 , {| 151 . n \29 , H« fia , 1875; K»'Iier, De Ut procé- 
dure ciriU et des actiims chti Us Romains { tratl. par M. Caputas). g 1 . p. t et 5. 
C'est Uudorirqui le premier a combattu cett^ manière de voir [HumUche Rrchu- 
gtschUhU , t. I, I à. et t. Il, g 1, Anmerkuof;), et son opinion a êt^ approuv<fe 
par Bvlhmann-Uolweg (Der Civtl)JT02€$$ des {/emeiWn HechU in yachicHMchn 
Entwickiung , t. II, { S'2). 



LE KIGISTER S^CRAAU1£ COGNITIONVK. 81 

ia procédure ordinaire a cessé de bonne heure d*ôti'e appliquée 
aux affaires criminelles : a Ordo exercendorum piiblicorum capi- 
fciliiim iu U8U esse deaiit, » dit le jurisconsulte Paul, « durante 
tameu poeua legom , cuni extra ordiiioin criniiua proLantur » 
(L. 8, Dig., De publicis judiciis, lib. XXXXVIII , tit. 1 ). 
Aernilins Macei*, qui vivait égtdoment dans la première moitié 
du Iroigicme siècle , parle , dans son traité Judiciorum publlco- 
rum, de ceux * qui hodie de judiciis publicis extra ordiuem co- 
gnoscunt n (L. 15, §2, Di'j,^ Ad senaluscons. Turpilliauum, 
lib. XXXXVIII, lit. 16). 

Il y avait encoi*e cognitio extraordinaria dans tous les cas où 
Tempereur se constituait juge d'une affaire au civil ou au crimi- 
nel. II en était ainsi, même s'il déléguait ses pouvoirs (L. 2, § 33, 
Ditj.t De origine juris, lib. I, tit. 2; L. 7, § 2, De offlcio procon- 
sulis, lib. I, tit. 16} (1). La cognitio Caesariana est donc une 
cognitio extraordinaria. C'est la lex regia qui conférait à Tempe- 
reur la faculté de cognoscere extra ordinem, « Quod principi pla- 
cuit, dit Ulpien dans ses Institutos, legis habot vigorem t utpoto 
cum lego regia, quae de imperio lata est, populus ei et in eum 
omnesuuni imperium etpotestatem conférât. Quodcuraque igitur 
im|>orator perepistulam vel subscriptionem atatnit vel cognoscens 
dfcrevU vel de piano interlocutus est vel edicto praecepii, legem 
esse constat » (L. I , pr., § 1, ftig.^ De consLituLiouibus principum, 
lib. I, lit. 4). Le témoignage d'Ulpien ast confirmé par un frag- 
ment de la lex de imperio Vespfisiani que l'on conserve h Rome, 
au musée du Gapitole : 

(t) La question de savoir ai dans la procédure extra ordinem il peut / avoir 
unejudiVi'ï datio comme dans la procédure antique est l'objet d'une vive con- 
troverse. Elle a été soulevée par RudorfT {Rômisehe Reehtsgeschiehte ^ t. II, { t, 
Anmerkung ). Je ne croîs pas. pour ma part, qu'il y ait des textes permettant 
de résoudre cette question alErmativcmeot. Ceux qu'a invo<|uë3 l'émineat 
romaniste ne me paraissent pas probants. L'expression extraordinarinm Judi' 
eium qu'on trouve dans un fragment du livre premier Diq^utatiormm ^ d'Ulpien, 
n'est pas d^isivc: « Cum filinsfamllias. dit ce Jurisconsulte, vlaticum suum 
mutuum dederit, cum studiorum causa Komae ah'*^rct, rcsponsum est a Bcao- 
vola extraurdiaario judicio esse illi subvcnicndum « ( L. (7, Dig. . Do rebua 
creditis, lib. XII . lit 1). Le mot judieium est pris ici dans le sens d'instance. 
Quant au texte d'Aulu-Gello (A^ocl. ifd'c, lib. XII . cap 13), où l'on parle d'un 
judei a eontulibut extra ordinem dattu , rien no prouve que ce soit un judex 
comme on l'entendait h l'tfpoque primitive. C'est bien plutôt un commissaire 
spécial char^(^ par délégation des consuls de connaître d'une aflTaire. C'est celui 
qu'on appela pltia tard juàêx pedamus { Cf. Walter , Getchtchtf des riimiich^n 
Hcchti. t. 11. g7iJ, n. II). 



82 



LE MAGfSTBH SACRARUM GOONmONOM. 



VTIQVE QVAECVNQVE EX VSV REIPVBLICAE MAIESTATE DIVINAUVM 
iO HVMARVM (sîc) PVBLICARVM PRIVATARVMQVE RERVM ESSE E (sic) 
CENSEBIT El ACERE FACERE IVS POTESTASQVE SIT ITA VTI DIVO AVQ' 
TIBERIt'iQVE IVLUS CAESARI AVG • TIBERIOQVE CLAVDIO' CAESARl' 
AVG • GERMANICÔ FVIT' 

"^ Rome. — (Corp, ïnscr. Lai.^ t. Vî, 930; Wiltoanns, 

917 ; Oiraïul , jVyr. Enchîrid.^ p. 627). 

.., If tique quaeatwjiie ex usm reipnhîicae majestaU divinanmï 
huma\na]rum , puhHcarum privatartimque rertim esse cense^Hi , 61 
agere faccre jus pofestasque sit ^ ita uti Divo Au(j(usto) Tibcrioqui 
Julio CaesnH Auq[usIo) Tihertoque Claudio Caesari Aug[usto) Gisr^ 
manico fuit,,. 

Au début, les empereurs flrenl un usta^e modéré do leur pou* 
voir de cognoscerc extra ordincvi. Quelques-uns d'entre eux sem- 
hlaicut ne l'exei'ccr (]uo sous la pi*csfiion deTopiniou publique, 
et pour salisfaire aux exigences d'une bonne administration do la 1] 
justice. Suétone ou donne un exemple poiir le rogne de Vespasien 
(cap. 10). 11 y avait, dit-il, tant d'atlaires eu retai-d devant le tri- 
bunal des ccntumvirs que les plaideurs désespôraiout de voir 
leurs procf.^s jugés de leur vivant. • Sorte elegit... qui judicia 
centumviralia, quibus pcragondis vix suIFccIura liligatorum aetas 
videbatur, extra ordiuem dijudioaront, redigerenlque ad brovis- 
simum numenim. » Souvent aussi la cognitio Cnesariana n'avait 
lion que sui' la demande des parties intéressées. Pline le Jeune 
raconte dans uue de ses lolli*os qu'il fut apr)elé par Trajan au con- 
seil tenu dans le palais des Contumcellae. Dans Tune des affaires 
soumises h rcmpcrcur, les accusés étaient un cbevalier romain 
et un pTocitrator Caesaris; on leur reprochait d'avoir altéré les 
codicilles do JuIiusTiro. C'est à la prière des héritioraque Trajau 
s'était réservé la connaissance do ce procôs, « Horef]es, cum Caesar 
essel in Dacia. communitor epistola scripta, potieranl ut susci-» 
poi-el cognitioncm : suscoperat î> (Ep,, lib. VI, 31). MÔme au 
commencement du troisième sitcle on procédait encore par voie 
de supplicaiio ( L. 9:?, Dig., De herod. instil., lib. XXVIII, til. 5). 
Mais il dépendait toujours de l'empereur d*agir d'office. 

Peut-on déterminer les cas où il y avait Hou à la cognitio 
Caesaris? Je crois qu'un em(vereur romain aurait réjwndu à celle, 
question comme le roi de France, Louis X, îi ce comte de Cham- 
pagne, qui lui demandait la définition du cas royal : « Cas royalf 



LE MAGISTEB »AGIiAHUM GOONITIONLU 



83 



I 
I 



I 



dit-il, est celui qui appartient à prince souverain ot non à aultre. » 
On peut, du reste, s'assurer que le nombre des cogniiiones 
Cafsarianae a été assez considérable ; nous avons au Digeste vingt- 
huit fragoicnts d'un recueil en six livres, composé par le juris- 
consulte Paul, sous ce titre ; ïmp^naiium senuntiarum in cogni* 
txonibixs prolatarum libri VI (1). 

Los empereurs ont doue usé largement du pouvoir de cognos- 
are extra ordinem. C'est une dos formes sous lesquelles ils 
ont ruiné les institutions républicaines au profit de la monar- 
chie. En apparence , il est vrai, il n'y avait rien de changé. I^s 
magisti'âturus régulièrement établies d'après les lois subsistaient 
toujours, à roxccption do la censure; mais suivant la remar- 
que de Dion Gassius, cela n'empêchait pas que tout se réglait, 
tout s'administrait suivant le bon plaisir de celui qui était au 
pouvoir (lib. LUI, cap. Ï7). Exposer le développement des rogni- 
tiones exlraordinariae tant au civil qu'au criminel, ce serait dé- 
voiler les procédés suivis par les empereurs pour s'empai-er de 
l'ailminislration de la justice. Ce serait raconter un des épisodas 
les plus intéressants de cette lutte de trois siècles entre ce qui 
restait de la ré[»ublique et le pouvoir d'un seul. Mais toi n'est p^is 
le but que je me suis proposé. Je dois uniquement m'occuper 
do rechercher l'origine et de dolerniiner la nature de la fonction 
du magiater sacramm cngniiionwn. 

Le magisltr sacrarum cognilionum ^ comme les magistri mémo- 
rial ^ libellorurn, epistolarum^ ttudiorum^ est le directeur de l'un 



(Ij L'Index Ftorentinm le désigne lous le titre de SenltrUion i^9i faeton ptSXfa 
H. Cujua aoutcQU (ObMrrar, lib. ll|Cap. 26. Opéra omnia, <^. Naplcs. 1722, 
t. lit , col. 42) que ce recueil était le lut^aïc que les libri Uecretorum; il se fonde 
sur ce que l'iuscriptioD de certains fiagmuxils du Digeste indique un euipi-unt 
fait aux Imperialium seHientiarvm sivc dfcreloruvx libri. Mais il suffit de lire 
l'intcriptiou de ta lui 93, De heredibus institucndis (lib. XXVIII, tit. h), pour 
ft'a^Burcr qur l'argument nVst pas probant; elle porte : /mpmalium lenuii- 
tiarum in cognitionibux protafarum ex iibris fU primo teu dfcretnrum librn 
secundo (Cf. l'inscription de U loi 8J, Ad Scoatuscous. TrebeUianum , Oig.t 
lib. XXXVI. tit. 1). Nous savons du reste par l'index Ftorcntinu$ qu'il y 
avait Sfuletnent trois livres Deerciorvm. Toutefois il me paraît vraisenablablc 
que dftUB lus Ubri Decretorum le jurisconsulte Paul avait remaoié son recueil 
des tmfjrrialrs ttntentifie m cognitionibus prolatae. U y a en effet au Digeato 
des fragments h peu près identitpics empruntes H c<s deux ouvrages : |>ar 
oxciuplc, !.. il . l^umiliac erciscuculiiu. Ub. X, tit. 2, et L, 24 , De lure patru- 
naiu<i, hb. XXWII, tit. 11 (Cf. (lluhme. Die Urdnung der FragmifUe inden 
l'andictfntttetti, | 12, n. 30, dans la Heitschrifl fur geichictuluhe Ueehtnoi9$mi- 
chafl.t IV J. 



B4 



LB IIAGIâTEA SA-CKARUM COGNJTIONtîH, 



des bureaux de la chancellerie iinpi'u'iale (serinia), Prirnitivemeni 
il portait le titre a cogmlioniinis. Qu'est-ce au jastoqu*uii a cogni' 
tionibiis? M, MommsQD , daas le second volume de mu Mœmis' 
che^ Sia^tsrecht (3* êdit, , p. 926 , n, 1), a consacré une note de 
quelques lignes à Va cognitûmibris , mais en disant qu*on no 
sait pas exactement 4]ueî étiiit ^on emploi; a genaii isL die Thae* 
tigkeit dièses Beamten nicht LekaniH, s Je crois cependant 
qu'en réunissant les reriROiguêmeuts que nous fournissent les 
monuments épigraphiques et ]es auteurs anciens j on peut se 
faire un idée assez nette de l'a cogniiionibus. 

Je déteriniaerai tout d'aliord ]a qualité des personnes qui cora» 
poseal le bureau o eognîfinnibits ^ puis les fonctions qu'elles exer- 
cent j enfin , je monti'erai comment Va cogniiwnibus s^est trans- 
formé poiu* devenir le magister saerat'um cognitionum. 



'S\ 



1 ' T 



Bbction il 

DB LA (JUALETÊ DBS PERSONNES COMPOSANT LB DURBaV 

A GOGNITIONIBUS. 



IjCS inscriptions qui mentionnent Va eognitionibus sont toutes 
des trois premiers siècles do Tempire. Comme elles sont en très 
petit nombre, je vais les réunir ici. 

Voici d'abord colles des deux premiers siècles. Elles ont élu 
trouvées h Rome, et ont (W]k étr piihlii^es dans divers recueils. 
n y en a toutefois doux d'inédites (u"' 3 et 5), que M. Heiizon a 
bien voulu me communiquer. Je les rapporte, ainsi que les 
autres, avec lo numéro qui leur est attribué dans la seconde 
partie, actuellement sous presse» du tome VI du Corpus Inscrip- 
tionum Lalinarum, 

1 

~ DlIS • MANIBVS 

T • FLAVI • AVG • LIB 

ABASCANTÏ 

A COGNITIONIBVS 

5 FLAVIA ■ HESPERIS 

CONIVGI SVO 

BENE MERENTI 

FECIT 
CVIVS DOLORE NIHIL 
10 HABVI NISI MORTIS 
SCORPVS * INGENVO ■ ADMETO • PASSERINO • ATMETO 

Rome. — ( Fabretti, p. 273 , xti; Spon , Miscellanea em* 
dilac antiquitniis ^ Poleni T/iw.» col. 1061 ; Muralori, 
900, 9; Corp. Insa\ Lai., t. VI, 8628). 

/>«> Manibiis T{iti) Fîavi{i), Aug{usti) lih{erti)t Àbasccmti, a cog- 
nitionifjits , Flax'ia Jlesperis conjugi suo bene merenti fecit ; cvjut 
dolore{m) nUtil hahui nisi mortis. 

Scorpus Ingemto Admeto Passerino Atme(o, 

Cette inscription, gravée sur un cippe, est aujoui-d'hui au 
{)alais ducal d*Urbino, où elle a été copiée par M. Bormann. 



86 



LE IIA.GISTBR 8A.CIURUM COONITIONUM. 



hortfi 



DIS • MAN 

FLAVIAE • NYSAE 

ASTECTVS • AVG • LIB 

A COGNITIONIBVS 

s LIBERTAE • BENE • DE • SE • MERITAE 

Rome. — (FabretLi, Inscr. antt'/., p. 208, u. 513 

Malthaeiis; Corp. Iiucr. Lai., t. VI , 8629). 

Di{\)s Man(ibiis) Flaviae Nifsae, Astecius, Aug{iati) lib{6rtus), a 
cognitionibus f libertae bene de se meritae. 

Celle inscription, «îravéc sur une unie, est acluellement con- 
servée en An^'Ieterre, au château de Ince-llall, ou elle a été copiée 
par M. Matz. 



T • F L A V I O • 

EPAGATHÔ 

\ • COG N ITIÔ 

• NIBVS • 

» FLAVIAe • CALÉ 

CONIVGI 

DIGN ISSIMÂE 

Rome. — (Corp. hiscr. Lai., t. VI , 8630)- 

T(ito) Plaiyio Epagaiho, a cognitionibus , Flaviae Cale ccnjugi 
dignissimae. 

Celle inscription, jusqu'ici inédite, existe à Rome , dans le 
palais Merolli , via del]o Tro Gaiielle , où elle a élc copiée par 
M. Galti. 

4 

D • Wflf 
VICTORIS ■ CA/// 
VERN • A COGNIT//// 
VIXIT • ANN ■ XVm 
5 MEN-VIIII D-XXV 

• FECERVNT • 
CASTRICIVS • PROCVLVS 
ET • AELIA • CLYMENE 
PARENTES • INFELICISSI 
10 MI-ET-PGSSTERIS-Q • SViS 
Home. — (Fabrellif p. 208, Lvt; Corp, Inscr, Lai,, U VI, 8G3i). 



LB UAGISTHR SACRABUM COGNITIONITM. 

D(iis) M(anibus) Virtoris, Ca[es{ans)] rer»(a«), o cognit[iombus], 
Vivit ann{os} XVJII, men{ses) VïlIIy d(ies) XXV. Fecentni Castri- 
dus Proctdus et Aelîa Clymene, parentes infelicissimi et poiteris' 
ç(ue) suis. 

Cette inscription, gravée sur une table de marbre, est aujour- 
d'hui à Urbino, où elle a été copiée par M. Bormann , quia 
indiqué deux variantes : à la cinquième ligne, MEN * VIIII au 
lieu de M EN • Vil I , et à la dixième ; POSSTERIS (51c) • Q - SVIS 
au lieu de POSTERIS • Q • SVIS. 

5 

ANAE 

iVLCISSIMAE 

VS • AVGVSTO 

rum, lib, a coGNITIONIBV 

Rome. ^{Corp. fnscr. Lat,, l. VI, 8632). 

... anae... \d\ulcissifnae us, Augusto[rum lib{ertus) a colgni- 

tionibus,,. 

Ce fragment d'inscription, jusqu'ici inédit, a été copié par 
M. Ûetlel'seu dans les magasins du Latran. 

A ces cinq inscriptions, M. Henzea ajoute la suivante, bien 
que la restitution en soit incertaine. 

6 

/////////////A /////A SCAN MliilllHlillIlllH 

muiiiim/ii^sARis • Kviiiifimitiiiiii 

/////////////locHiANo • A . comimiiiij 
iiliiiil/ili/fi^ • FAvsTA • vxoi/mi/i/mii 

5 imiiiilH/flJ/T 

HHII/lillllUIIP • XVI . IN Kmillllllllllllll 

limil/YRNE ' MERITAE • SACERDOTI 
Rome. — (AnnalidelC IiistiL dicorrUp. arc/*€oi., 1852, p.314, 
n. 35; Flenzen, 6311 ; Corp, Inscr, LaL, t. VI, 8633). 

.... ÀscQni[o ... Ca\tsaris Ai^usii) Uh{erto) Ant]%och\€mo ^ a 
co\gniHonxhus,..*]a Pausta T*.To[r...] /. [In fr{onte)] p{edes) AT/, in 
o[^'0...] yme Meriiae sacerdoti. 

De ces six inscriptions , les trois premières appartiennent au 
premier siècle de notre ère , au temps des Plaviens. Abascantus, 
Nysa et Epagathus étaient leurs affranchis , comme le prouve 



88 



LB UAGI8TBR 8A.CnARUM COÛNITIONUM. 



iQurnomen gentUicium . La quatrième iascriptioii est du second 
siècle. Victor était un esclave né dans le palais impérial . vema 
Caesaris ; ses père et mère étaient affranchis au moins le jour où 
l'inscription fut gravée; ils ont, en effet, chacun, un nomen geu" 
titicium. La mère de Victor était une affranchie de cette famille 
des Aelii «jni donna h Rome l'empereur Hadrien. Son fils, morl 
à dii-huit ans, était sans doute un employé subalterne du bureau 
a cognitionibm. Quant à la cinquième inscription, elle ne saurait 
être antérieure au règne de Marc-Aurèlc et Verus , puisqu'il 
s'agit d'un affranchi de deux Augustes. On sait que Marc-Aorèle 
est le premier empereur qui ait pris un associé à Tempire. 

L'existence de Va cognitionibxis au premier siècle ressort égale* 
ment d'un passage de Sénèque. Dans la phrase qui termine cette 
facétie satirique sur la mort do Claude, vulgairement appelée 
Apokolokyntose , Sénèque mentionne Va cognitionibus, Claude 
vient d'étro condamné par Eaque, le juge dos enfers. Ou discute 
sur le genre de peine qu'il faut lui infliger. On décide qu'il faut 
inventer un supplice nouveau, créer pour Claude un supplice 
inutile et vain, qui réveille chez lui un désii' sans fin, une espé- 
rance toujours trompée, Eaque oixionne, en conséquence, que 
Claude jouera aux dés dans un cornet percé. Tout à coup, on volt 
paraître César qui îc réclame comme son esclave; il produit dci 
témoins qui l'ont vu le charger d'étrivières, de férules et de souf- 
flets. César obtient gain de cause et livre Claude à son affranchi 
Ménandi-e, ut a cogniUonlinis ci esset^ pour l'employer dans le 
bureau a cognitionibus. 

Le bureau a eognitionibus comprend aussi Vadjutor a cognitiO' 
nibus. 



iù 



TI • CLAVDl • AVG 
LIB ' AVITI • IMBI 
TATORIS ' ET- T • AE 
L! • AVG • LIB ■ THEO 
DOT I • A D I VTO 
RIS-A«COGNIT 
ET ' SCETASIAE 
OCTAVIAE • FILIS 

CARISSIMIS 

ANTONIA • RHODINE 

MATER • FECIT 



LB MAfflSTBH 8ACRARDM COONITIONUM. 89 

Rome. — (Maffei, Muséum Veronense, p. 284^ 3; Corp. 
ffiscr. LaU, t. VT,8634). 

[D{iis) :)f{€tmhus)] Ti(herii) Claitdi(i)t Aug{usti) lib{erti), AviH, 
mvitaUfriSf et T(iti) AeU{i), Aug(ustae) lih{erti}, Theodoti, adjxUorit 
a cognU[ionihus) y et Scetasiae Octaviae , fili{i)s carissimiSf Antonia 
Rtiodine, rnaler, fedt, 

Titus Aelius Theodotus était un affranchi de la maison de l'em- 
pereur. A quelle époque fut-il adjulora cogniiionibus? Celte ques- 
tion donne lieu à une grave difficulté. Suivant une règle bien 
connue sur la formation das noms des affranchis, Theodotus a 
dû emprunter son prénom et son nomen gcntilicium à son patron, 
en conservant comme surnom son nom d'esclave. Or de tous les 
empereurs romains, un seul s'appela Titus Aelius; ce fut An- 
tooin le Pieux. Il semble donc que Theodotus fut un affranchi de 
cet empereur, et qu'il doit être rangé au nombre des a cogniiionibus 
du second siècle. Mais cette conclusion paraît bien hasardée lors- 
qu'on examine l'ensemble de notre inscription. Elle ne nous 
donne pas seulement le nom de Theodotus, mais aussi celui de 
fton frère, de sa sœur et de sa mère. Or sou frère Titus Claudius 
Âvitus fut un atfranchi de Claude; sa mère, Antonia Rhodiue , 
une alTranchie dVVutonia , épouse de Drusus et mcro de Claude. 
Ainsi la mère et le fi'ère de Theodotus vivaient au temps de 
Claude. Comment concevoir alors que Theodotus ait été contem- 
porain d'Aulonin le Pieux ^ L'iiilervallo qui sépare la mort do 
Claude de l'avénemenl d'Anloniu le Pieux (de l'an 54 à l'au 138) 
ûst trop considérable pour que Ton puisse admettre l'exactitude 
de notre point de départ. Le résultat auquel il nous conduit 
paraîtra encore plus étraugo , si Ton remarque que la mère de 
ces affranchis leur a survécu. Pourtant M. Otto Hirschfeld (I) 
n*a pas hésité h accueillir cette hypothèse. Il se contente de dire 
qu'Aiitonia Hhodine devait avoir plus de cent ans quand elle Ht 
graver notre inscription pour honorer la mémoire do ses enfants. 
Plutôt que de me ranger à cet avis, je préférerais admettre qu'une 
erreur a été commise dans la lecture de cette inscription. Mais 
il faut renoncer à ce moyen extrême, car le texte est absolument 
certain. L'inscription, gravée sur un cippe trouvé en 1722 sur la 
voie Salaria, est aujourd'hui cousen'ée à Rome, h la villa Gor« 
sloi , où elle a été copiée par M. Heozeu* U n'y a donc plus 



(t) UÔmiuhe VtrWQUungigutkiehU , p. ??€. 



90 LK MAGISTEn SACMAHUM COliNITIONL'M. 

d'auti*e i-essourco que do prouver que Theodotus fui, commsi 
mère et sou frère, un conloiiiporain de Claude. 

On rhercIïoraiL VRincment parmi les pivdt^cesseurs ou les suc- 
cesseurs de Claude, pendant le premier siècle de notre ère, unem-j 
pereur qui ait dUi appelé Titus Aelius^ ce qui est nécessaire pour] 
expliquer les noms de notre allraachi. Mais il ne faut pas oublief] 
que AVG • LIB • peut ^i^niWiiv Augustae liberlus tout aussi Liett] 
que Augusti libertus, Theodutus pourrait avoir été ailranchi 
une impérati'ice. Dans ce cas , il a di\ emprunter son prénom et 
son nomen gentiliciwn au père de sa patrona , car, suivant la re- 
marque do Fabretli (Inscr, antiq,, 436, 25), «libertis feminaruxD 
praenomen, non ab ipsis , quia rarissime usas vidimus, sed vel 
ab eanun patrono, si libertae erant, vel a paire, si ingeuuae, 
quaesilum. » C'est ainsi que les affranchis de Livie , épouse d'Au-i 
guste, s'appellent M. Livius, par exemple M. Livius Aug. I. Me-| 
nophilus ( Wilmanns, 305). 

Reste à trouver l'empereur qui eut pour beau-pore Titus Aelius. 
M. Gatti , qui a bien %'ouïu me faire connaître son opinion sur 
ce point, est d'avis que c'est Claude lui-môme, et cette opiniou ai 
reçu l'approbation de M. Henzen. Il ressort eu effet d*uu pa^îsaga] 
de Suétone ( ClaudiaSf cap. 2fi) que, avant d'épouser Valerja Mi 
salina, Claude s'était marié avec Aelia Pactlna dont il avait euj 
une fille, Antonia. Tacite iijoute que Aelia Paetina était «/iimi/w 
Tuberonum {Annales ^ lib. XII, cap. I). Claude eut donc pour^ 
beau-père un Aelius Paetus, personnage consulaire; et Theodotus! 
fut affranchi par la quatrième femme de Claude, Aelia F^lelina, 

Mais ici une objection se présente. Aelia Paetina n'eut jamais 
le titre d'Augxista , car elle fut répudiée par Claude avant qu'il] 
fat nommé empereur. Comment donc Theodotus pourrait-il élre' 
appelé Augusttte libertiis'/' Cette objection n'est pas décisive. Tout le 
monde sait que les affranchis de la famille impériale ae donueutj 
souvent dans les inscriptions comme les affrancliis de rcmpereur 
régnant, alors même qu'il ne serait pas leur véritable inanumUsor. 
C'était une flatterie à l'adresse de leur nouveau patron. Ou en a! 
de nombreux exemples : un aifranchi d'Antonin le Pieux esl 
appelé T. Aelius Augg. lib. Salurninus (Maffei, Mus. Veron.t 319. 
5); un affranchi de Septime Sévère, Adrastus , est appelé tant<jt 
Attg. Ub. iniAxig. doinini n. , tantôt Augg. nn. lib. {Corp. huer. 
lal., t. VI, 1585). Voici môme, un cas qui se rapproche daraatage| 
du notre : il résulte d'une inscription trouvée en 1864 par 
M. Uelbig, dans une vigne située près de Homo, en dehors del^f 
Porta Pia, à droite de la via Nomenlana : 



LB MAGISTBR SACHARUM C06NITI0Nt/M. f>* 

Di(i)s 3fanih(us) | Anioniae, Aug{itstac) \ l{ihertae)^ Caenidis, \ 
optximae pnfron{ae} , | Agiaas l{if)erhts) cnm Aijlao \ et Glene et 

tAgiaide filiis ( BulUt, delV Imtit. 1864, p. 25; Wilmaujis, 2G76), 
Il s'agit ici également d'une affranchie d'Aiilouia , mère de 
Claude, ol cette alfranchie n'est autre que Caenis, qui, d'après 
Buétone, fut pour Vespasîen « paeue justae uxoris loco» (cap. 3. 
CL Dion Cassius , lit». LXVI , cap. 14). Caenis est qualifiée 

tAVG • L. , et cependant Anlonia, pas plus qu'Aelia Paetina, 
n*élait Angitsta lors flo i'atïraiichissômeut. On sait en effet que 
Claude ne donna ce surnom à sa mcre qu'api-ès sa mort (Sueton., 

»CUiudius, cap. II). On comprend dès lors qii*Anloaia Rbodine 
ail apjjeh*' son iils TlicodotuSi Aitgustae lifterius, par la seule raison 
que le mari de sa patrona est devenu Augtutiis, 

Pourtant ce raisonnement me paraît plus spécieux que solide. 
Je pourrais faire remarquer qu'entre Anlonia et Aelia Paetina il 
[.y a celle différence que la première fut Augusta au moins après 
iKi raort, tandis que la seconde ne Ta jamais été. II y a plus : Va 
cofjnitionibus Qiil toujours choisi parmi les aflraiirtiis de l'empe- 
reur. Il faut donc que T. AolitisTlieodoLussoit un AugusUlibertus^ 
et telle est aussi la conclusion de M. Henzeii. Mais comment un 
affranchi de Claude peut-il porter le nom du père do sa deuxième 
femme? S'il m*était permis d'ox|)rimer un avis sur une question 
aussi délicate, et dont le dernier mot appartient aux maîtres de 
,Ja science f^pigraphique, voici la solution que je proiiosei-ais. Je 
la di>duis dos principes du droit romaiii sur raffrandiissement des 
esclaves dotaux. Le mari jicut atl'ranchir ces esclaves sans le con- 
«entement de sa femme (L. 21, Dig, , De manum. , lib. XXXX, 
lit. I ). Mais cette faculté, conséquence du droit de propriété du 

Ïmari sur les biens dotiiux, aurait pu tourner au p!*éjudice de la 
femme, créancière éventuelle des biens composant la dot. La lô- 
j?ialation romaine vint à son secours de deux manières t si le 
mari était insoivîible, Taffrauchissement était nul on vertu de la 
loi Aelia Sentia; s'il était solvable , la loi Julia De maritandis or- 
dinihus donnait «'i la femme contre son mari une rondirtio pour se 
■faire indemniser de tout le préjudice que lui causait l'alfranchis- 
scment (L. 61, Dig., Soluto malrim., lib. XXIIH, lit 3), et c^Ue 
action i>ouvait (Hm exercée durant le mariage (L. 05 , eod. tit.). 
L'effet de cette disposition de la loi Julia était do paralyser entre 
les mains du mari le di-oit d'affranchir les esclaves dotaux. Pour 
'wîhappor ;i loutc rosivonsabilitr-, le mari no devait pas user do sou 
droit sans le conseniement de s*i femme. Celle-ci pouvait l'accorder 

7 



92 



LE UAGISTER SACRAHUM COGNITIONUU. 



donaiionis causa : alors le mari jouissait dans toute leur plénitude 
des juru patronatus (L. 05, eod. lit.). Plus souvent le mari affran- 
chissait Tosclave doial au nom de sa femme , « negolium gerenaj 
mulicris non invitae. » Dans ce cas il n'était patron que de nom. 
La loi Julia Tobligeait à rendre compte à sa femme de tout ce 
qui lui parvenait quasi patronum(\j. 64, pr., §§ 1-6, eod. lit.). EiL 
apparence, c'est lui qui jouait le rôle de mamtmUsor ; en réalité, 
l'adranchissoment émanait de la femme. C'est d*un acte de h 
volonté de la femme que l'esclave tenait le bienfait do la liberté.. 
Il n'y a plus di»s lore à s'étonner si l'on voit l'affranchi empruutei 
le nom du père de la femme. Seulement comme, en droit, le 
était le patron de l'affranchi, il fallait que le rapport existant enl 
eux se manit'est;\t également dans la qualiûcalion de raffranciii;] 
celui-ci devait porter le titre de mariti libertus. C'est ce qui av: 
liou du reste dans le cas ou le patron donnait A son affrancJii h 
nom d'un de ses parents ou amis. Borghesi (t. V, 329) en offi 
un exemple remarquable. Un affranchi de Marcus Valerius porl< 
le nom de L, Galpuniius : L(unus) CALPVRNIVS, M(arft] 
L(ibert\ii), MENOPHIL{i/i) VALERIANVS. On sait égalemm 
queCicéron donna h sou affranchi Dionysius le nom de son ai 
Pomponius Atticus {ad AU., lib. IIII, op. 15). SidoncTht 
dotus, Augusti libertus ^ porte le nom de l'un dos beaux*|>ères de 
Claude , c'est qu'il avait été esclave dotal et affranchi pîir Claud< 
au nom de sa femme Aelia Paetina. 

Quoi qu'il en soit , T. Aelins Theodotus fut adjutor a cogni 
lionihus sous le règne de Claude. L'inscription de la 'via SalarîJ 
est alors , de tous les monuments épigraphiques connus , le ph 
ancien qui atteste rexisteuce du bureau a cognUionUms, 

8 

D M Q& 
DELICATVS AVGG 
ADIVTpîîA COGNITIOlfe 
DOMNICIS OBllT pî» IN • EX 
s PEDITIOrs^ GER.\4NICA 
VIXfJ^ANN 'X\U\0M0\\\ «D -Vin 
FRATRI PIISSIM • FRATRES 
Rome. — (FabroUi, p. 208, n. 514 : hortis Maitbaeiisj] 
Spon. op. d(., 1061; Orelli, 3201; Corp. Inscr, Lat.i 
t. VI, 8635). 

/)(«>) M{anibus). Uelicatus, Auy(ustoritm duorum) adjutlifr] 



LB MASISTER SACHARUU COGNmONUU. 93 

co^itionib{tn) dom(i)niciSy obiit in ejrpeditione Germanica. Vijcit 
ann{os) Wlli, m(ense8) Vil, d(ies) VIIL Fratripiissiru(o) Iratres. 

Delicatiif; fut adjutor a eogniiionibus dominicis sous le règne de 
deux Augustes, vraisemblablement Marc-Aurèle et Vérus. Deli- 
calus n'était qu'un esclave; il n'a {>as de nomen gentilicium. 

En résumé} ]>emiant le premier siècle et sans doute aussi pen* 
dant une partie du second, le bureau a eognUionibus comprouait : 

1» un directeur, choisi parmi les affranchis de l'empei'eur; 

2o un adjoint, qui est, soit un affranchi, soit un esclave , de 
même que les autres adjoints de Va rationibus (Wilmanns , 454), 
du proêfectits a7imnat; (Orelli , 321.10), etc. i 

3» des employés subalternes pris parmi les esclaves de rem- 
pereur. 

Si nous consultons maintenant les inscriptions du troisième 
siècle, nous allons ôtre témoins d'un changement dans la qualité 
des personnes reviîtues du titre a eogniiionibus. Sous le règne de 
ëeplime Sévère , les fonctions de l'a eogniiionibus ont acquis une 
îraiMn-tunce telle, qu'elles sont désormais conliées, non plus à des 
alTranchis, mais à des citoyens de l'ordre équestre, ayant le titre 
de viri perfectissimi, 

9 

L • COMINIO • VIPSANIO • SALVTARI 
DOMO • ROMA - P • V • A COGNITIONIB 

DOMINI • N 
IMP ' L • SEPTIMI • SEVERI • PERTINAC 

AVGVSTI 
PROC- PROV- BAET- PROC • CAPIEND • VEC-ET 
ROC • PROV • SICIL • PROC ■ ALIMENTOR 
ER • APVLIAM • CALABRIAM • LVCANIAM 
BRVTTIOS • SVBPROC • LVD! • MAGNI 
10 OPTIMO • VIRO ;_ ET • INTEGRISSIMO 
IRENAEVS • AVG • N • VER • DISP • PORTVS 
ILIPENSIS • PRAEPOSITO 
SANCTISSIMO 
llipa (Alcalddel Rio). — (Henzeu, 6524; Corp. Inscr, 
LaL, t. 11, 1085; Wilmanns, 1280). 

L{ucio) Comiiiio Vipsanio Salutari, domo Rama, p{erfecHssijno) 
f(iro), a cognitiomb(us) domim n{ostri) imp{eratoris) L{w'ii) Sep- 
Umi{i) Hevfri Pertituic(i8) Aiigusli ^ proc(uraloh) prov{inaae) Bat' 



14 LB MAC.ISTER SACRAHUH C06NITIONUM. 

t(icm), proc(urafon) rapù'nd{orum) i}ef:{ti(falvim?}, et pror{uraioni 
prôv{inciae) Sicil{ine]^ proc{uratori) alimentor(um) per ApuUam, 
CcUabriofn, Lucaniam^ BrutUos, suhproc{uraf4>ri) ludi magni^ optmo 
viro et intagrissimo , 

frenaeus, Aug{usti] n(osfri) ver{na), disp{ensator) portus II 
si$t praeposito sanctissimo, 

10 

P AELIO PEREGk 
NO PRAESIDI 
PROV MARET 
CAES PERFEC 
5 TISSMO VIRO 
A COGNltOI^B 
AVG/////TIB Cl/If/ 
/////ICINIVS EX 
/////RAEF COH I 
10 FL HISP 

Gherrhell. — (Léon Renier, Inscriptions romait 
de V Algérie, 3886). 

P{ubho) Atlio Peregrino , praesidi prov{inciae) Maurei{an»ae) 
Caes{ariensis) , perfectissimo viro, a cognitionih(us) Aug'ustomtn 
duorum- , 

Tib{erius) C[l{audius) L]iciniuSj ex [p]rael\ecto) coh{ortia) prit 
Pl(aviae) Hisp{anae). 

Voilà donc un procurator provinciac Baeticae ^ un praeses prt 
vinciae Maui'etaniae Caesariensis revêtus du titre a cognitionibur} 
Le promier Ta été sous Septime Sévère : il est appelé a cognitic 
nibus domini nostri iinperatoris L. Septimii Scveri ; le second soi 
le règne de Caracalla el de Géta. P. Aelius Peregrinus l'ut en- 
effet a cognitionibus Augit^lorum duorum. Le second G d'AVGG. 
a été manifestement martelé, couformémonl aux ordres donn^ 
par Caracalla apn.*s la mort do son frère. Ce Peregrinus est di 
reste connu par une inscription du règne de Seplinie Sévère, 
dans laquelle il est qualiûé procurator (Léon Renier, hxscriptùmt 
ronmnts de IWlgérie ^ 3559; cf. 3280). 

Ces deux inscriptions, avec celle ijue je rapporterai plus 
et qui mentionne un pj^acses ^ a cognilûmibus Augustorum vtntbî* 
que, sont les plus récentes qui nous soient parvenues. Nous 
posstHlons aucun monument épigraphiquo appartenant au 
siome siôclo et qui ait conservé le souvenir des adjutores et ai 
autres employés subultenies du bureau a cogniiionil>i44i 



Sbction III, 



Fonctions db l'A COGxMTIONIBUS. 



^ 



On est loin d'être d'accord sur la nature de la fonction de 
l'a cognitionibiu Augusti. La difficulté p^o^'iont tout d'abord du 
changement (pii s'est oimîit dans sa condition. Simple affranchi 
de l'empereur pendant les deux premiers si?3Cles , il a rang de 
chevalier et titre de perfectissime au troisième. Esl-co bien tou- 
jours le mi^me personnage , ou faut-il dire que la fonction a 
changé avec la qualité de celui à qui elle a cto ronllée'? L'opi- 
nion communément admise est qu'il n'y a aucun rapport entre 
Va eogniiionihus du temps de Claude et celui que Ton trouve à 

Ijiartir do Septime Sévcro (I). Le premier serait nu simple gref- 
fier; le second, un vice sacra judicans suivant les uns, un eoTui- 
tiariu^ Augusti suivant les autres. Voyons ce qu'il y a de fondé 
dans ces diverses opinions. 
D'après MM. Fricdlaender (2) et Hirschfeld (;3), Va cognitionibns 
est le greffier du trihunal supriîino [»r6sidA par reinpereur. C'est 
lui qni est chargé de fixer l*ordre dans leriuel les causes doivent 
être plaidéos, de dresser procès-verbal des dires et actes des paKies, 
de déterminer la durée des plaidoiries, do délivrer des cxp(''ditions 
des jugements et d'eu assurer la consei-vation. A l'appui de cetto 
Inani^re de voir, on invoque un texte on Lucien (Apologia ^ 
cap. 12) se discnlpe d'avoir accepté un emploi public, alors qu'il 
a écrit un livre contre les hommes de lettres qtii louent leurs 

(services. Je n'ai pas dit, s'écrie Lucien, que Ton fût malheureux 
précisément parce qu'on touchait le revenu d'un emploi, mais 
j'ai déploré le sort do ces infortunés qui, sous le nom d'institu- 
teurs, se fout esclaves chez les grands. Ma position est tout auti*e : 
dans ma vie privée je suis aussi libre qu'auparavant; comme 
fonctionnaire public, j'exerce une [iartie de l'autorité suprême. 

Il (1} MomniKfîTi, Hômiiches Staûttrecfu , t. II. p, 9^6 . n. 3 . in fine. 
' (2) DanttUungen ûhm dn Sitlfntjtachithie Hofnt , 4* <^d., t. I . p. tOH. 
I (3) UntêrtuchHngen aux lirm Gfi>itte der riitnûcHen VencaUungtgtichiclite , 
p. 209. D. 3. 



96 LE BtUOISTBR SACHABUU COONlTIONUIiL 

Ici Lucien explique à son ami en quoi consiste l'omploi qu'ilj 

occupe à la préfecture d'Egypte : rkç Swaç tUiifus xal taçtv dVTKÎc Tfi] 
TçpoOTÎxwjotv ^TiiTtOevat , xal t*Ôv Tipotrroptivojv xai Myo\i£>nù'* â7wtÇ«:n¥:*rt | 
orrofxvTÎixaTa Ypat:j*£<ïOai, >t«l tiç te fT,Topeiaç t*ov ûtxxto/.ovoovTwv ^jàC^ew, «si 
tAç toC op^ovTo; Y^oWsi; rpôç to ««cptcratov ajxa xai ix^ifieffrotTov (tjv Tnonr] 
T^i \i^iTT^ oiaîpuXamtv, xal Ttapaôio^at STjjiocrta irpoç rôv àtl ^povov ixtïox«bo- 
(xtvaç. Introduire les instances suivant le rang qui leur app.*irticnlj 
tenir des registres exacts de tout de ce qui se fait , de tout ce qui] 
se dit , arrêter les discours des plaideui-s » conserver les décréta] 
du préfet avec la plus scrupuleuse exactitude, et livrer à la pu- 
blicité ceux qui sont faits pour l'avenir : telles sont les fonctions! 
de Lucien. Il me parait résulter cJaimment de l'ensemble du texte] 
que si l'on veut les comparer aux fonctions de l'uu des secréiairca] 
de Tempereur, c'est à l'a commenlariis qu'il faut songer cl non 
Va cofjnitionibus. 

Cela ressort cgalemeat d*un passage de Philon le Juif (qA»] 
versus Flacctim y t. Il, p. 535^ éd. Mangey). Philon ex[f0se qi 
les gouverneurs de province étant dans l'impossibililc do 
souvenir de toutes les affaires publiques et privées qui leur 
sont souniisos sont obligés d'avoir un secrôLairo. L'exemple de 
Lampon , secrétaii*e de Flaccus,, montre qu'ils étaient souvout 
victimes de la confiance qu'ils lui accordaient. 11 altérait les mi-| 
nutes des jugements do toutes les manières : supprimant, omei-j 
tant, ajoutant , transposant à son gié. Il faisait argent de chaiiu< 
syllabe, de chaque accent. Il lui arrivait souvent de se laissai 
soudoyer et de consigner sur ses registres que le vainqueur avais] 
perdu son [trocès , ou que celui-là avait obtenu gain de causôj 
qui venait d'être régulièrement condamné. Ce texte de Philon] 
prouve clairement qu'il s'agit ici d'un a commentariis et non d'un] 
a cognUionibus, Or on y retrouve des expressions presque idenû- 
questi celles employées par Lucien : TtpowTrw; yip toTç ^y'f'^oacv &i 
StxaCoTvTO , &7:i{jLvir;;AaTi!itxo tÀc âuutç eîaa-foiv loc i/tuv Tix^tv. Cos motS s'OX* 
pliquent facilement par une règle de i)rocédiH*o que nous Cail 
connaître Servius : « ... In ordinem dicebantur (redigebantur?) 
causae propter multitudinem vel tumultum feslinautium , cui 
orat annus lilium > (Enéide, lib. II, 102). — et Traxil autom hocl 
de more Romano : non onim audiebautur causae nisi per sortent] 
ordinatae : tempore enim quo causae agebanUir couveuiebanl 
umnes... et ex sorte dierum ordinem accipiebant, quo iK>st du 
triginta suas causas exsequerenlur » (Enride, lili. VF, 431). 

Si le texte de Lucien n'est pas probant , celui de Philosti 
( ViMe sopMjit,, lib. II, cap. 30) que cite M. Hii^chfeld ne ma] 



LB aUOISTKR 9ACRABUM COGNITIONUM. 97 

paraît paô l'être davanta^'e. Philiscus, sophiste à Athènes, s'était 
vu refuser Texemption des munera^ que Ton accordait ordinaire- 
ment aux personnes de sa profession. Il se rendit à Rome [>our 
faire rapporter cette décision, et là l'empereur x^Xeusi tôv imxiTtt'(- 
(iL^vov Taîç BUaiiç TcpoiiTCtTv ot to [a^ Si' ÉTepou, 5i' éttuiou 5è â-(tù>t{.<iaa^t. 

L'era[j!oi désigné par ces mots Ô ^Tttxe-wiYfiL^vQç taîç Stxaiç est le môme 
que coluî i|ui est décrit par Lucien et par Philon dans les pas- 
sages que j'ai cités. 

M. Friedlaender invoque encore à Tappui de son opinion un 
texte on Philostrate (Vliac sopliist., lib. II, cap. 32) raconte 
qu'Héliodore fut désigné avec une autre personne pour remplir 
une mission auprt's do l'empereur : Xevofiivou xiv ^ntiàh 5tafpaçstv 
KoXXà; T«ôv ctxÔjy 5ttopa[i4v 6 *H)>ioou)poî s; xo trrpaToriôov , oiicxç m^i t^ 
SUÇ. ElfJxaiXoujjLCVoç St ôîiïffov, ^ wtTO, ^ rhv voffoûvra «v£6a)J»eT0. *V6ftTr^< 
Se wv 6 tàt; olx^i; IcxaX'ôv où Tjveytopet xaÛTa , ot)^Xi TrapT^vaY?^ «ùtov elc ri 
oixamipi», obcovraî t« xal toû ysvsio'j Axwv. L'insolerit personnage ijui 
tirait lioliodoro par la liarbe n'était cortaiiioment [»as lo seci*é- 
laire de l'empereur, Va cognUionilnts , mais un employé suljal- 
terne chargé d'introduire les plaideurs dans Vaudilorinvi. Je 
crois donc que Va cognilionibus Augitsti est autre chose qu'uu 
greffier. 



Est-ce un vice sacra cogrwsceusT Telle fiaraît tHre l'opinion de 
Spanhoim {bissert.^ 12, cap. 29, n. 4; t. II, p. 471): « In procon- 
sulum qui provinciis populi Romani praossent fada et mores 
iuquirendi, raissis etiam in ea cognitoribns, qui sua ea in re 
vîcos implorent, data est imporalorihus illo proconsulari imperio 
potoslas. Claro id utituie iiiter alla ex inscrijttiono veteri apud 
Grnternin (infra, p. y*J), ubi Caesonius praefectus urbi dicitur 
tiecitis ad cognosctndas t'iVe Caesaris cognitiones proco{n)s{nli$) 
proviticiae Africaci» Celte opinion repose sur la distinction, autre- 
fois admise r>ar quelques auteurs (1) , entre le vice sacra cognos~ 
cens et lo vice sacra judicans. Mais Fabretti {Inscr. aniiq,^ p. 208) 
et Marini {Arvali, l H, p. 79.S) ont éUibli que ces doux expres- 
sions étaient employées indifTéremment l'une pour l'autre. « Cog- 
noscero, slalucre, judicare, mjvuvufio); usur[>at Cicero ad Att. 
ep. It , 1. 16, et in nostris jurisconsultis tritum est cogntlwnis 
vorbum adjudicia pertinere. » 

\}) Jâcifies Goulhiùr«8, /)« o/ficiû domut Âu\iu$lQt , dans le A^orw thtsaurus 
anliqu^fafum romam^rum (ieS&Uengre, t. 111. col. J39. 



98 LE MAfiJSTEH SAURARUM COâNITlONUM. 

Or qu'est-ce que le vice sacra judicans? On appelle ainsi celui 
qui est chargé r^ar l'empereur déjuger en son lieu el place. Les 
affaires soumises au tribuna] impérial, pou nombreuses dans le 
principe, se multipliaient de jour eu jour. Les empereurs favori- 
saient ce mouvement qui portail les plaideurs à s\'idresser direc- 
tement k eux. Cotait un moyen de dimiiiuei" rinfluence et le 
crédit des tribunaux dont la création remontait au te!n{»s de U 
Ri'publiijuû. Mais un seul homme no pouvait suffire, alors qu'il 
avait h. voilier en mt^mo temps à radminislralion de TEtat. L'em- 
pereur dut se faire suppléer. 

C'est surtout au troisième siècle que l'on trouve dos personna- 
ges chargés de juger par délégation les cognitioiifs Caemrùtnne. 
lis ropi-ésenlent Tempereur et statuent vicesita. Leurjugementesl 
SUIS appel; on n'a d'autre ressource que de Kollicitor de l'emii©- 
rour une in intefjrum rcslitutio. C'est ce que dit le jurisconsulle 
Ulpien dans son commentais sur l'Edit (lib. Il) : « Llcinio 
Frontoiii roscripsit insolitum esse [»ost sontenliam vire sua ex ap- 
poïlatione dictam, alium in integrum restitutionem tribuere uisi 
principem » (L. 18, § 3, />ig.. De minoribus XXY aunis, lib. 1111, 
tit. 4). Le nom de l'auteur du rescrit, Antonin Carac/illa, nous 
donne la date approximative de cette décision ; elle doit être pla- 
cée entre les années 211 cl 217. Les empei-etu-s Philippe diseiil 
également, dans un rescrit du 18 des calemles de novembre de 
l'an 245 : < Adversus sontentiimi ejus fjui lune vice principis JU' 
dicavil^ \n integrum restitutioiiis auxilium a[tud praetorem seu 
praesidom [»rovinciao clarissimum virum llagitare ncqu:i4]uain 
potes : nam adversus ejus sententiam qui x^ice principis cog- 
novit, soins princeps restituet {C, Just.^ 3, Si adversus rem judi- 
catam. lib. II, lit. 26). 

Ce texte pnjuve bien (|u*il n'y a {tas lieu do distinguer lo via 
sacra cognosccns du vice sacra judicans^ {luisqu'il prend ces deux 
expressions pour synonymes. Mais faul-il l'ideuLiaer également 
avec l'fl cognitionibus? C*est ce qui ne me paraît p;^s déuioutrù. 
"Voyons on effet à qui était confiée par l'empereur la miîisioii de 
juger vice sacra. Ce sont les inscri[(ti[jns i)ui vont nous l'approu- 
dro. Il y en a quatre antérieures à Diocléticn. 



LB MAGl^l^ SACRARUM COGNITIONUU. 



C • O C T A V I O ' A P P • S//// 
TRIO • SABINO C'Y- POn 

TIF • ET- AVGVRI • COS • ORDIN ar 
LEGATO ■ AVG • PR • PR • PANNON • In/ 

5 ELECT • AD • CORRIG - STATVM • iTM 
PRAEF • ALIMENT • IVDICF • EX DELEf 
COGNITION • CAESARIAN • LEGATO aug 
PR • PR • PROV • RAET • PRAEPOSIT • VEXU/ 
GERM- EXPEDIT-COMIT-AVG- N. LEGAT-L«^.» 

10 ET VICENSIM PRmiIG IVRiilCO • PER A«m 

ET LIGVRIAM • CVRAT ■ VIAE LATINAE Nom 

CVRAT - RE! • PVBLICAE • OCRICVLANOr 

PRAET • DE LJBERALIB CAVSIS • TRIBVn 

ET • QVAESTORI • CANDIDATO 

,*PLEBS • AQ_VINATIVm 
PATRONO ■ RARISSIM 

A(|uiiio. — (Minervini, Atti dcW occadtmia di archtolotjxa^ 
letieratura e belle arti di Napoli , 1871; Mommsen , 
Ephemcris epigrnphkn, 1872, t. I, p. 130; Ernest Des- 
jardins, Revue archéologique, 1873, t. XXVT, p. 67). 

C(oio) Octavio App{io) S[ue]trio Sabino, c(laris8imo) v{iro), po[nY 
tif{ici) et augurij co(n)s(uli) ordin[ar(io)], legalo Aug{usti) pr{o] 
pr(aetore) Pa7inon(iae) /[«/(crions)], el€Ct{o) ad corrig{endum) <fo- 
(vrn ltall(iae)]f praefedo) aliment{ornm} , judici ex delel(f{ntu)] rog- _ 
nition(um) Caesarian{arum)f legato [Aug(Hsti)] pr(o) pr(a€tore) pro* m 
v{inciae) Baet{iae), praeposif(o) ie>rt[//(orw)] Gef*m(anicne) expeéi' 
t{ionis)i cofnit{i) Aug{usti) n(o.v/ri), legat(L) l[eg{ionis) se^undae] et 
vicensim{Qe) Pr[im]ig(eniae), jur[id]ico per A[em{iliain)] et Liguriamj 
curat(oi'i) viae iatinae nov(ae)]y cura({ori) reipuhlicae OcrieultmO' 
[r( ufn )], prae/(ori) de Uhrralih{us) causis, tribu[u{o)\ et quaeston 
candidate , 

Plebs AquinaHu[m] patrono raris8im{o). 

Celte inscription» trouvée en 1870 dans la petite ville d*Ai]uiiia, 
a été publiée, pour la première fois, par le **avanl bibliothécaire 
de l'université royale de Naples, M. Minervini. Elle a permis de 
restituer ïHie autre inscription ivbs mutilée, découverte longtemps 
auj^aravanl U San Germano {Casinum)j au [>icd du mont Cassin, 
et qui se rôfôro au m^me personnage. 



102 




L ' Valerîo ' L ' f * 

BALBINO • MAXIMO 

PR K TVT • Q • K • LEG • PROV • ASIAE 

CVR • R • P • LAVR • LAVINAT . ITEM 

s COGNOSCENTI • AD SACRAS • APP 

CVR AQVAR ET • MINICIAE PRAEF 

AXIMENTOR • VÏAE j^ FLAMINIAE 

XV • VlR • SACR ■ FAC • ïll • VrRO • KAp 

SEVIRO ' EQVIT • ROMANOR - 

io IVN • SEPTIM - VERVS • HERMOGENES 
SEXAGENARIA • PROCVRATIONE 
SVFFRAGIO • EIVS ORNATVS • 
Romo. — (Marini, Arvali, L II, p. 672; Orelli, 3151 



WU- 



raanijs, I2^^0; Corp. Inscr. LaL, t. VL 1532^ cf. 1531). 

[£(ucto) ValeriOj L(ucii) f(ilio), C/(au</io) , Poplicolaé] Baihmo 
MaximOj co{n)s(uîi) ord{inario) , pr(aefori) k(andidato) tut(elar{jf 
q{ua€Stori) k{andida!o} ^ leg{ato) [proconsuUs] j}rov{inciae) Asiaef 
ctir{atori) r{ei) p(nbUcae) Laur(entwm) fjivinof{iHm) j item cognot' 
centi ad sacras app{ellationes) , c%ir{aton) aqnar(um) et Miniciar., 
praeflecto) alimentor(Hm) viae Flaminiae-^ qninderimvir(o) mc{rù) 
fac{iundis) , triumviro ka{pitaU)^ seviro eqtiit(um) Romanor(um) , 

Jun{ius) S€ptim{ius) Verdis Hermogenea seœagenaria procttrafiontf 
suffragio ejus, omatus. 

Ces quntre inscriptions se relurent ;'i trois personnages. Le pre- 
mier ôUit préfet de la ville lorsqu'il fut elecius ad cogniscaidM 
vire C'âsaris cognitiones. Gorsini a conjerturé(r)qu'il rernfflit cetUï 
double fonction en l'année 268; mais il me parafl difUcile d\io 
eueillir celte opinion. Nous possédons en etfel la liste dos préfets 
do la ville depuis 254 (2), et L, Gaesonius Lurillns n'y est i)as 
mentionne. Il fiiL donc prae/>ctu$ urbi anlériourcmcnl à cette date. 
D'antre part, il doit avoir été consul avant 237, car, en cette année, 
il fut l'un des viginti viri comuiares créés par le sénat , pour dé- 



(I) Séries praefectorum urhis^ p. 143. 

(î) Anonymus de j'raeffctis urbi es tmtporihus GûUieni ex odilionc Ac^diî 
Bucherii, dans le Thésaurus antiquitatum romanarum de Graevins . l. \I, col. 
387. — Cf. Mommscn, Ueber den Chronographen rom Jahre. 354, dans U'a Abhandl. 
dtr philologisch-'hist. Claire der kànigl. tàchs. GeteiUchaft der }S'isxtn»chafim , 
L 1, p. 627. 



LE MAGISTBR SACRARUU COGNITIONUH. 



103 



fêndi-e Tltalie conti-e Maximiu [Cipitoliii, Oordianty cap. 10, 14, 22 ; 
Uérodieii, lib. VIII, CJip. 13; Zozimo, lib. l, cap. 60). M. Heiizen 
ataiC très justement remarquer (I) que Je mot XX VIROS, lu par 
Sinelius sur rinscriplioii, n'a aucun sens et doit ôtre une erreur 
du lapicide : il faut lii-e XX VI R [c]0(n)S{iilari^) • EX • SENA- 
TVSCONSVLTO • R{ei) - P(u6/»Vae) • CVRANDAE. C'estapHîS 
avoir rempli celte char^'e que L. Caesonius Luciîlus fut nommé 
proconsul de la province d'Afrique, et il ne peut pas lître rentré à 
Rome avant Tannée 239. Nous arrivons ainsi à tLcer entre lesan- 
nées 239 et 254 l'époque où il fut electus adcognoscendas vice Cae^ 
saris cogniiiones. 



Le second vice sacra judicans que nous connaissions est C. Oc- 
lavius Appius Suelrius Sabinus. Il venait d'ôtre gouverneurde la 
province impériale prétorienne de liaelia lorsqu'il fut délégué 
pour juger les co/;niiione5 Caesarianae dans une province dont le 
nom ne nous a pas été conservé. Quels sont les empereui^ qui 
lui donnèrent cotte délégation t' M. Mommsen avait cru autj-e- 
fois (2), et M. Uenzen avait pïu-Lagé cette opinion (3), que l'ius- 
criplion de San Germano était du temps de Marc-Aurèle. Bor- 
ghesi, au couïraire, la reporta nu temps de Macrin et d'Elagaltal. 
« Il me semble, dit-il (4) , que cette On de mol ...RIO, (jui est 
gravée en plus gros caractères que le reste de rinscriplion et qui 
précède la mention du sacerdoce ponlifîc;il, ne pent éiro com- 
plétée que de celle manière, cos • ordinaR\0, Or, le plus ancien 
exemple de la qualification iVordinarius donnée à un consul épo- 
nyme est celui de Valerius Grains Sabinianus, consul en 974. 
Dans ce cas , l'expédition de Germanie pourrait être celle de 
Caracalla; la charge leyatus principum (c'est ainsi que lisait 
Borghesi ) se l'apporterait aux règnes do courte durée do Macrin 
et d'Elagabal , cai' ces empereurs ayant tous deux encouru la 
damnatio memoriae y ne pouvaient ôtre indiqués que d'une façon 
obscure. Enfin , la mission ad corrigcndum statum lialiae aurait 
été conférée au commencement du règne du fils do Mammaea. » 

l/opiuion de Borghesi a reçu une éclatante confirmation 

(1) Icfa fratrum Àrtaltxtm qiuie $upersuni, p. 160, 

(2) BuUeuino deW IntitUmo di corritpondenga arclitologica di Roma, i8b% 
p. IU7. 

(3) Suppt. OreU., p. 290. 

(4) iJAHs son miïmoirc sur Vhcrixione onoraria di Concordia^ publié daru les 
Annali tiHl' Instituto di currity. archeol,, tS&3, p. 300. Cf. Œuvres complétei, 

u V, p. avô. 



104 



LE MARISTKR 8ACRARUM COGNITIONrU, 



par la découverte de l'inscription d'Aquiiio. Ce n'est pas soiw 
Marc-Aurèie, mais sous Caracalla, le I" jauvior 214, qne C. Oo 
tavîus Appius Suetrius Sabinus fut nommé consul. Au secoad 
siècle, il n'y a pas de consul do ce nom; au troisième, on 
trouve bien un Sabinus en 214 , '216 et 2U» ; mais celui de 216 
s'appelle P. Gattius Sabinus; celui de240, Vetlius. FI n'y a donc pas 
de doute sur la date du consulat de C. Oclavius Sabinus. Tl y en a 
au œntr.'itre sur l.'i date de la délt'^galion qui lui fui donnée à l'ef- 
fet de statuer sur les cognitiones Caesarianae. M. Mommsen (1) 
n'admet pas, comme le voulait Borghoni, que les principes soient 
Macriu et Klagabal : ces deux empereurs ont régné successive* 
ment; or, il fauilrait qu'ils eussent régné simultanément pourque 
l'on pût comprendre l'expression ex delegatu principum. Cotte ob- 
jection me paraît l'ondée; mais la solution donnée par M. Momm- 
sen n'est guère satisfaisante. A son avis, nos doux inscriptions 
ont été gravées sous Caracalla. Où trouver alors les deux princes 
qui ont délégué Suetrius Sabinus? « De hac judicatione, dit 
l'éminent auteur (loc, cit.)^ non video quo confugiamus nisi ad 
excusationom nocessariam magis quam optabilom scriplorem ti- 
tuU Casinatis, usura vulgarem secutum, delogatum principum 
posuisse absolule pro principali. » Mais le point de dépiirl de 
cette opinion est difficile à admettre. Si nos inscriptions sont da 
règne de Caracalla, elles sont au plus tard do l'an 217, date de la 
mort de ce prince; d'autre part, Suetrius Sabinus a été consul en 
214. Comment concevoir qu'il ail été successivement, dans ce 
court intervalle de trois ans, judex ex d^legatione cogniiionum Cae^ 
sarianarum^ praefectits alimentorum^ eleettts ad corrigendum ttmum 
Italiae, legaius Augiuli propraetore Pannoniae inferioris? 

M. Ernest Desjardins (2) a répondu à cette objection eu invo* 
quant un passage de Dion Cassius (lib. lAXVIII , cap. 13), qui 
prouve quo C. Suetrius Sabinus fut gouverneur de la province 
consulaire impériale de Pannonie Inférieure sous le W*gne de 
Caracalla. Dion Cassius dit en effet que Macrin destitua les gou- 
verneui*s de Paunonie et de Dacie, Sabinus et Castinus, à cause 
de leur affection pour Caracalla. a D'où il résulte, ajoute M. Er- 
nest Desjardins, que Macrin ayant succédé à Caracalla en 217 et 



(1) EphÊfMrit epigraphica , tST'î, t. I, p. t37. De titMlU C. Ociovii 5«btfti 
eo». n. p. Chr.CCXlV. 

(2) Uêmar(tttn géo^fraphiquei à propos de la carrière d'un légat de Pann^m* 
inférieuret tlan» la Revue archéologique. 1873. t. XWl, p. 181 (p. 32 du tira|{« 

* pTt). 



LB MA6ISTER BACIUnUM C0GN1TI0NUM. 105 

Inl mort au commencement de 218, Sabinus a dû gouverner la 
Paauonie à Ja tin du rogne de Caracalla, ce qui s'accorde [larfai- 
tement avec la chronologie' des fonctions précédentes exercées par 
ce personnage. Consul eu 214, il a pu remplir les missions de 
juikxex delegatione dans deux provinces pendant la seconde par- 
tie de cette même année 214, car il est certain qu'ayant été consul 
ordinarius, il n'a pas dû exercer le consulat au delà du mois de 
juin ; iJ a donc pu être, dès le commencement de '215 , praefectiu 
alimentorum, cumuler cette charge avec la mission extraordinaire 
à*eUeius ad corri{fendum staium Italiae , et être envoyé ensuite 
comme legatui en Pannonie Inférieure dès le commencement de 
216. Macrin ne l'y aurait donc pas laissé accomplir ses trois an- 
nées réglementaires, l'ayant rappelé à Rome, sans doute vers la 
tin de 217 ou au commencement de l'année 218. » 

Cette solution est assurément très ingénieuse ; mais elle laisse 
subsister la difficulté précédemment signalée, résultant delà men- 
tion de principes dans rinscriplion de San Germano. Je ri-ois 
qu'on peut la faire disparaître en admettant, avec M. Hii*schfeld 
(op, cit., p. 110, n. 3), que le Sabiims dont parle Dion Cassius 
est le consul de l'an 216, P. CattiusBabinus. Lesprincip» qui ont 
déléguée. Suelrius Sabinus seraient alors Macrin et son fils Dia- 
dumenianus, qui sont plusieurs fois appelés Aiigwiti {Corp. hiscr. 
Lat.^ t. III, 5708, 5728, 5736). Avec cette explication, rien de plus 
simple que de comprendre la modification que Ton a fait subir 
au litre de Suetrius Sabinus dans l'inscription d'Aquino. Macrin 
ne régna que quatorze mois environ ; son fils fut tué peu de 
temps avant lui. On ne pouvait sous Elagabal désigner par leurs 
noms des princes qui avaient été mis à mort par son ordre. 



Il me reste à dire un mot du troisième vice sacra judicans anté- 
rieur à Dioclétîen ! c'est Balbinus Maximus, comme nous l'ap- 
prend une inscription gravée en son honneur par un certain Ju- 
nius Seplimius Verus Uermogenes, qui so fiatte d'avoir obtenu, 
grâce à sa haute influence (su/fragio)^ une procuralio rapportant 
soixante mille sesterces. BalbinusMaximus fut considen l'an 253; 
il fut ensuite kgatus proconmlis provinciae Asiae^ puis curator rei 
jmblicae Laurentium Lavinatium , item eognosctm ad sacras appel* 
lationes. 

Quelle conclusion devons-nous tirer des textes qui viennent 
d'être rapportés? Je ferai remarquer tout d'abord qu'à la diffé- 
rence do notre a cognitioniOus Augustin ces délégués n'ont |kas une 
dénomination fixe, uniforme. On les appelle lanlôi judtx ex d^le^ 



106 



LE MAGI3TER SACRAnUM COfiNITIONUM. 



tjalu cognitionum Caesariamirum^ elecius ad cognoscendas vice Caaa- 
ris eognitiones , cognoscens ad sacras appellationes ^ vîcf sacra judi' 
canj, vice siwra cognoscens. Cela prouve qu'ils sont investis d'uoe 
mission exceptiouuello , motivôo par un concours particulier dej 
circonstances. El, en effet, Suetrius Sabinus esl di^Iéguô daos'l 
deux [trovinc'os comme rommissaire extraordinaire du gouverna»] 
raonl, chargé de faire cesser les conflila qui avaient dû s'élever. 
Balbinus Maxtmus joint à ses attributions de cttrnior rei pub(iea€\ 
Laurentium Lavinatintn le pouvoir de cognosccrc ad sacras appel^^] 
laliones. Or Lavlnium, cité de la Campanie, est comprise dans 
Vurbica diocoesis ^ où s'exercent lautorilé du praelor urbania] 
au civil (Vaticana fragmenta, §8 205, 23*2) et celle du prw* 
fectus urbi au criminel (Lex Dci sivc Mosaicaruin et Romanammi 
legum coUatio, lit. \IIIl, rap. 3, § 2 ; L. I pr., 5 4, Oig.^ De officio 
praefecli urbi , lib. I , tit. 12). II faut que la situation soit 1res 
grave pour que l'on constitue le curofor de la cité juge supn'me 
des conloslations qui pourront sVîlever. Il n'y arien de sembla- 1 
ble pour Va coguitionibus. Nulle part on ne voit sa sphère d'ac-j 
tion limitée à une [wrlion déterminée de l'empire, à une cité ou^ 
à une province. A cet égard , on pourrait le comparer h iiolroj 
eieetxts ad cognoscendas vicf Caesaris cognilionrs. Voilà bien un vieil 
sacra judicaiis avec les pouvoirs les plus larges. Mais il ne faut [as^ 
perdre de vue la haute position de celui à qui on les a conférés 
c'est L. Caesonitis Lucilius, préi'el de la ville , l'un des premiers^ 
magistrats de Rome, dont la comj>étence au criminel s'iHeiidaitj 
sur ÎM ville entière et les cent milles environnants; c'est l'undc 
membres les plus importants du consilixtm principis. Aucun de 
a cognitionihus Àvgtisli que nous avons cités ne [)eut lui être comrj 
paré. Il ne faut donc pas confondre l'a cognitionibus et le vice 
era judicaiu, • 



Mais Va cognitionibas ne serait-il pas un consiliarius Augusti 
C*e8t l'opinion qui a été émise par Mariui (Arvali, t. Il, p. 798] 
et qui depuis a été reproduite par tous les auteurs (]), exc"^ 



(1) Cr. M. Léon Renier. Mémoiret dt VÀCiidinxie des intcriplioru cl 
Ittirts, t. XXIll, I" partie, p. 59. — M. Fritsdiaender , op. cit., l. I. p. lOft^ 
n. 1. — U. Uirachfeld \op. ciL) a cousacré les pages W^ à 21U k l'a cognùit 
nibut; m.-iift il esl diflicile de savoir quelle est su juste sou opinion. Dans 
nule 1 de la page 2U^, le «avant auteur dtt que la direction du bureau a cognf 
tionibui a élé probablement supprimée au second siècle par suite do l'iosti- 



lAFlUU COGNITIONUM. 



107 



toutefois (»ar M. Mommsen qui ao s'est pas prononcé sur co point. 
A'oyous sur quoi i-epose rette assimilation. « Les inscriptions qui 
parlent d'esclaves ou d'affranchis de l'empereur et leur donnent 
le litre a cognilionibiis ^ adjutores a cognitiotUbus , n'ont rien à. 
faire, dit Marini, avec les judices sacrarum cognitionum. Il ne 
faut pas non plus ranger parmi eux le personnage mentionné 
dans une inscription grecque inédite du palais Capponi, et qua- 
lifié a Ubeltis et cogiiilionibus Augiisti, parce qu'il est très probable 
que c'était un assesseur , un conseiller de Tempereur quand 
celui-ci rendait la justice. Les empereurs se plaisaient à dire 
qu'ils jugeaient les procès cum consiilo coUocuii ou de connlii 
senténtia. n 

Voici l'iuscription citée par Mariai : 



I 

I 
I 

I 



M AYPHAION nAniPlON 

AIONTCION TON KPATICTON 

KAI ENAOIOTATON GnAPXON AirrnT/// 

KAl EHAPXON CrOGNIAC EOI BIBAGIAIO/// 

•* KAI ANArNnceenN tôt ccbactot enAP/// 

OXHMATON KAI AOTKHNAPION TA//// 
KAI n€PI THN OAAMINIAN GHIT//// 
CTMBOTAON T€ TOT CeBACTOT///// 

ONAe 

Rome. — {Corpus Ifi^criptiomim Graecarum, 5B9S), 

M(^pxov) Aùpij^tov naT:tp(OV Atovojtov , t^v xpaTcorov x«) cvîbJoTaTov 

ïi^aTTow , ftîap[/ov] o/rnJWtTiov xai SouxTjvcfptov Ta[(xvav| xatl îtcpl t^ OXatfjit- 
vlav ir(T[po:îOv] oufiêouXrfv n to5 2e€aTroîi.., 



tution du eofihitiiin prineipit. « Vielleicht ist in Folge der Einsetzung des 
Conailîuins der Uberdiri^ciit im zwciteu Jabrhundcrt abgcschain wordca, » 81 
celle conjecture est exacte, b'iI ne reste que des employd>s stibalternes, il 
faut en coDclure que les a eognitionibwt , chevaliers romains et p^/Vcli«fimJ 
cirt. que l'on trouve aprfec Badrieu, sont des ennsiliarii. Tel est en effet le 
sentiment de M. L<^n Renier. Mais M. UirschTeld n'admet pas cette consé- 
quence. Il pense (p. 209) que depuis l'établissement du consihum phneipit 
les fonctions de l'a cognilionibus ont dû être limitées aux cas qui pouvaient 
être décidés par l'empereur sans l'inlervcuLion du conseî). m 6eit Kinsetzung 
des St&atsrfttheB tnag sich Jedoch seine Tlifltigkcit auf dicjeolgen Fallu bes- 
chr&nkt haben, die obno Zuziebung des Consiliuras vom Kaiser entichieden 
wurden. » Donc l'a cognilionibus continue h subsister. Mais comment l'cm- 
p^rour iieut-il utilisor \t••^ services de l'a €Ofnilionibut s'il a ctt* supprimé par 
Hadrien? 

8 




t08 



LE MAGISTBR SACRAftUM GOCrNITIONlJU. 



J'ai reproduit la reslitutioa de Fraa»; mais M. Ollo Hirsclw 
Ibld (I) a fail remartruor que la rostilution T«[fx(av], à la sUi^jnd 
ligne, êlait LnaLlaiissible, puisque Diouysius Pa[>iriiis éLul d^j 
Tordre éijuuslre ; il a proposé de lire x«t 5o-y*T,vflEpio^ Toi[p.L«i«oy] Kxi- 
[aapo;] -rripi t;J;v <I>Xxuitvîav, £7« rpo^ov] cniijtSoXdv ti toù iE^xa-roû. Je r.roill 
cependant que la resLiluliou indiquée par M. Mommsen (0) est 
préférable : i-n^/ilov] ^^^ïjjJWtTwv xnï Souxïivaptov zv;/Jfiivx%} xocl r.t^ *l>)a- 

Celle inscription nous- permol-elle d'affirmer l'identité de Ta 
cognitionihM et du consiliariits Augu^U? Je crains bien que aon, 
car rargumonl de Mariui repose sur uue traduction iriexacie. 
Lthà pi^tStwv xal àvacYvtôfiretiiv toù 2e6a(rrou est d'après lui UIl fl 

liOellis el a cogjiUionibus Augusli ; mais il faudrait pour cela qu'il 
y ei\L oiayviiWswv el non dvotyvwaewv, qui a nn sens bien différoftl. 
L'emploi cité dans rinscripliou n'est autre que celui de Va Iiheths 
(Cf. Mommsea, op. cif., t. Il, p. 920, n. 1 ). 11 n'est nullement 
question de l'a cngnitionibus. 

Au surplus, tous les renseiguements que nous possédons sur 
les conseillers de l'empereur prouvent que le litre consilïariui\ 
Augusti est un titre ofliciol désignant une fonction détermiiiAe el| 
qui ne saurait âtre l'équivalent du titre n cognitionilms. Voici 
d'abord doux inscriptions latines el une inarri|»lion grecque qulj 
nous font connaître le coiisiUarius Augusti, pouÀaToç «voixTwv : 



1 



PII - FELICIS • AVG ' DVCENARIO 
PRAEF • VEHICVL • A COPiS • AVG 

PER VIAM FLAMINIAM 
CENTENARirt • CONSILIARIO 
AVG • SACERDOTi • CONFARREATI 
ONVM • ET • DIFFARREATIONVM 
ADSVMPTO • IN CONSILIVM ■ AD • HS • LX • M • N 

IVRISPERITO • ANTIATES ■ PVBL 

Rome. — (Marini, hcrUioni an tiche dette vilU e ée'l 
palazsi Albani , p. 143, n" CXLIX; Orelli, 2648 
WUmanus, 1286). 



(1) Cf. u DOte dans PriedJacader's DartttUungen, t. 1. p. 173. A* éé. 

(2) Hômiichts Siaatsrecht, t. II. p. 080, n. 3. 2* éd. 



LE UA619TBR SACRABim COONITIONlJtf. 109 

Pu Felicis Aug(usH) , ducenario praef{ecto) vehicul(orum) a 
ropi(i)« Aug{usti) per viam Flaminiam , centenario consiliario Au- 
y(usH) y sarerdoH ro7tfarreationum et diffarrealionum , adsutnpto in 
cofisilium ad sestertiwn saxagena tn(ilia) n(ummiifn) , jurisperitOf 
Antiates , publ(ice). 

2 

D ' M 
Q • VAL- Q • F ■ POSTlMIO 
ROMVLO PATRl • DVL 
CiSSIMO ' EQVO • PVBLl 
* CO ■ PROC • AD • BONA 
DAMNATORVM 
PROC • AD • ALIMENTA 
CONSILIARIO ' AVGG 
Q • POSTIMÏVS- ROMVLVS 
10 FI LIVS • ET N EPOTES 
Rome. — (Orclli. 3190; Corp, Inscr. LaL, t. VI, 1634; 
Wilnianns, 1278). 

D{ns) M{anibus). Q(uinto) Va({erio)t Oi^iinti) f{ilio), Postimio 
Romulo, pafri dulciasimo, equo ptihliro, proc(uratori) ad bona dam- 
natorurrif proc{uratori) ad alimenta , consiUario Autj{ustorum duo- 
rwm), Q(uintus) Postimius Romulus, filius, et nepotes. 



AAKIAOT BACCON 

TENEHC EPIKTAE 

A OnnA BOTAH (fiic) 

KAI AMMOC NAETAI 
^ ZA0EHC EniAAT 

POY ANT EYPEP (sic) 

FECIHC THN nOA 

AAKI AnKE nOAHI 

EIKONI THAE TEPHPAN 
»« OEHN BOYAAION ANA 

KTQN 

y B 

E[»idaiiï'e. — (Corp, Inser, Graec, 1167). 

\Xx(âûj Bïriïov yevtîj; , tptxuoxa »wti , ^ouXt) xxl Sr^Aoç v«£T«t C^WnC 



ito 



LE UAOISTEEl SACRAJAUU COGNtTIONmi. 



Il suffit do lire ces inscriptions pour reconnafti-e qii*il y avait 
deux classes de coimeîllers de l'empereur : la promière compre- 
iiail les consiliarii, touchant cent raille sesterces d'appuintomenls; 
la seconde, les adsampti in cor^siliuvl ^ qui no recevaient que 
soixante mille sosteiTes. Dans quelle catégorie rangerons-nous 
l'a cognitioniht^s 1* Gomment les inscriptions qui parlent de lui oe 
nous disent-elles pas sMl est cent€na7'ius ou sexagenariiis'^ Pourquoi 
le consiliarius n'est-il pas lui aussi vir perfectissimus ^ de même 
que l'fl cognilionibus Afiyusti du troisième siècle? On dira [leut- 
être, sur ce dernier point, que les inscriptions mentionnant des 
consiliarii sont autL'rioures à Septime Sévère. Je l'accorde pour 
colle que les habitants d'Antium avaient fait graver sur la base 
d'une statue , érigée eu l'honneur d*un jurisconsulte dont le nom 
ne nous a pas été conservé. Celle inscription , qui est accentuée» 
doit ôtre de la lin du second siocio, sans être cependant antérieure 
à l'année 185; l'empereur y porte le titi'e Pins Félix Auffustui : or 
on sait que ce titre a été donné pour la première fois à l'emiiereur 
Commode on l'an 185 (I). Mais ii n'en est pas de mémo de l'ins- 
cription de Q. Yalehus Poslimius : les Augusti duo dont il fut la 
conseiller furent Septime Sévrre et Anlonin CaracaJla. On peut 
le ronclure de son litre de procurator ad bona damnaiorum qui 
s'explique par les confiscations ordonnées par Septime Sévère au 
début de son règne (jwp., p. 67). 

Voici maintenant un texte qui me paraît exprimer très nette- 
ment la distinction du consiliarim et de l'a cognilionibus Augxuli: 
c*est un passage de Dion Cassius. Dans Je discours célôbi-e qu'il 
pi-éle à Mécène, au chapitre 33 de sou LU' livre, il dit que l'em- 
pereur doit so résiu'vor le soin de prononcer en dernier ressort sur 
les causes importantes. Mét^ t*P ^^i <">^> dit Mécène à Auguste, dii 
[jiiv oX èvTtfiOTaTOt ïtal t<jjv fiouXturwv ksi twv îînr^tov, •}^$r\ U xat ^Tepof tiv«ç 
Ix Tï TWV 0::aTeuxÔT(i)v xal £x tSv i^ç.tv/iyv^ùmi'i df^Xot (î)i)^T« ûta-^rjvwoxe- 
Toxrav, ïva au Tt Toùç Tp^w>; aiT<r>v àxfificffrtfov h Touctu TtpoxaToifixvOavbiv, 
àpOwç ffiptfftv iy7i<; ypîiaOati, xat exEÎvoi r,^oivrfytyv6\t.£voi toTç ti tyt^i x«t toïç 
pouXeijiAotît ïou, oOTw; iç tiç twv iOvÔïv ^YKjjiovi'aç èlloifst. Voilà les consi^ 
linrii : ce sont les principaux dos sénateurs et des chevaliers, 
quelques consulaires, des personnages ayant exercé la prélure. 
La (?uite du texte no laisse aucun doute; elle indique la procMure B 
à suivre pour prendre l'avis des conseillers. Mécène continue on " 
ces termes : Kal («VTOt xal icpiç tAç Blxotç, tc£; Tt imim^kç , xcà ta 



(I) Bckhel. Doctrine numorum rtUmm, Observai, gênerai., c.p. VI i. Vllf 
p. 454. 



LE MAGISTSn SACRAKUM COCtNITIONUBC. 



111 



iiiTlULVt [to; Ti] TtSv :toXewv , Tdic re TtSv ÎSioirôv «Çtwoeiç , xal ^ffa dtXXa 
tr, TT,ç «PX^^ 5toooi<iei T:po<ïV,xei, trjvepTouç t£ xiva; xal uTrrjpéTat; U twv ÏTTTrtwv 

J^«. ■ Néanmoins pour les jugements, la corrospondanco , les 
décrois, les demandes des villes et des particuliers et tout co qui 
regarde radministration de Tempire, prends des coUahoralcurs 
et des auxiliaires parmi les chevaliers, m Ces mots désignent clai- 
rement Va cognitionibtis, Vab épis fv lis ^ Va libellis. Méci^ne conclut 
en disant : ^ov ts yip oÔtwî wç Sxatrra Swey_wp^«t , jtal oîi out' «ùtoyvw- 
tAovô^v (rîpaXijaTi , o5t' aùtoopYwv ixxotjiî). « Les choses marclieront plus 
facilement; tn ne commettras pas d'erreur; tu ne lo fatigueras 
pas en travaillant seul. » Tel est le rôle des secrôtaii-es de l'empe- 
reur, tel est celui de Va cogniiionibtts. , 



Un cognitionibns Augusti n'est donc pas un ^effîer, ni un vice 
sacra cognoscens^ ni un consiliariux Àvgvsti. Quelle est aloi-s la 
nature de ses fondions? Elle me pai-ait très bien indiquée dans 
rApokolokyntose. Soni\{uo tourne en ridicule la manie de juger 
do l'empereur Claude. Le grnnd reproche qu^O lui adresse, c'est 
d'avoir prononcé des condamnations sans avoir même entendu 
lefi parties. « Die mihi , dive Glaudi, dit Auguste !i la Ûu de son 
réijuisitoire, quare qucmquam ex his quos qnastjue occidistî, 
anleijuam do causa cognosceres, antequani audires, damnasti? 
Hoc fleri solei? In coelo non fit » (cap. X). Aussi le jour des 
obscNjues de Claude, tandis que les avocats versent des larmes 
bien sincères, les jurisconsultes dont la voix n'avait [las été 
écoutée durant son règne semblent revenir à la vie. « Juris- 
consiilti e tenebris pTOcedebant, pallidi, graciles, vix habentes 
aniniam, Uin<|nam qui quum maxime reviyiscerenl. » Dans le 
cortège, on chante en ces termes les louanges du défunt (cap. Xll): 

Deflete virum 
Quo non alius 
Potuit citius 
Discere causas 
Uua tantum 
Parte audita 
Saepe et neutra. 

Ëaque, le ju^'o des enfers, ne manque pas de lui rendre la 
pai'eilie. l^oi-sijiic Petroniiis demande à prendre la dofensc de 
Claude, Eaque refuse. Pedo Pompeius accuse Claude A grands 



J12 



LK MA0I8TBR SACnARUM COGNITIONIIM. 



cris; Petronius se mot on devoir de répondre : » Eacus, homo 
jiistissimus, volai. Uliim, tanlum altéra parte audita, condemiiat 
était: 

Et xc icdiOoi T^ x' {pcEc , Stxv) x' I6eîa t^^^o » 

ce qui correspond h notre Palcre lerjern quam ipse iulisti. Pour 
combler la niosui-e> le dernier Irait de la satire consiste à imaginer 
pour Cî:inde le siipfilir.'e (jiii doit lui Olre le plus désagréable : lui 
qui a passé toute sa vie à juger sans iaforiner, il sera coudamné 
k informer sans juger. 

IjC rôle do l'a rofjnilionihus consiste donc .\ prendre les infor- 
malions nécessaires pour mettre l'empereur eu état do juger une 
affaii-e en connaissance de cause. Ce n'est pas un simple l'appor- 
tour, mais surtout un commiss.'ûi*o enquêteur. Telle est aussi, ce 
me semble, l'opinion de Fabi-etti : a Mnnus praocipuura erat, 
dit-il, observare et rc ferre ^ ut sincei*a hac i*elatiûne instructi 
Caesares opportune coguoscerent . statueront, jndicarent » (I). 

Toutefois je crois que F.ibretti va un peu loin lorsqu'il fait de 
l'a coffuitionihus un commissaire des c^ourses. Voici comment il 
est arrivé à cotte conclusion. L'inscription de T. Flavius Abascan- 
lus (supra, p. S5, ii" I ), est gravée sur un très beau monument 
funéraire, au bas duquel est sculpté un quadrige, avec l'indi- 
cation des noms du conducteur et des chevaux. Le conducteur 
n'est autre que le fameux Scorpus, ainsi célébré j_)ar Martial,^ 
(lih. X,53): 

Itlo ego Huni Bcorpus. clamoai gloria C^rci, 
PlauRiis, Roma, Lui , deliciacqnc brevM : 

Invida qucm Lncliesis raptum tricterule nona, 
Dum numerat palmas, crcdidit esse seaem. 

Parmi les quntre chevaux, il en est un , Passcrinns , qui, sui-si 
vaut l'usage, avait attiré l'attention du [»ublic ( « qui dcmonslra- 
bal quadrigam, « dit Piipinien, L. fi5» S I, Ditj., Do legalis 2% lih.| 
XXXI), Cl que Martial a nommé plusieurs fois. Le poète dit â 

milieu (lih. Vil, 7) : 

Adeoquc mentes omnium Icncs unus, 

Ut ip&a magni turba oesciat circi 
Utrumae currat Pasacrioua , an Tigria. 



(!) Inscr. antiq., p. 208. 




LE MAGISTEK SACKAAUM COGNITIONUU. 

Et dans un autre passage (lib. XII, 30) : 



U3 



^ 



Vis cursu pedibusque (;loriari? 
Tigrim viiice, Icvonique Pa&serinum. 
NqUb est gloria praeterire asellos. 



Se fondant sur ces fwirticularités, Fabrettî a pensé qu'Ahascan- 
lus avait pour mission de connaître des difflcnltôs que [iouvaîent 
soulever les courses de chars; et i! rapproche do iiolro inscription 



'Avt(96ov <^o{vtxa, innova iraxp^ ioto 



Necessarium fuit hoc munus, dit Fahrolii (I), ad lites et 
.imbl^uitates lollendas ; et pi-oinde in Olympico agone pJures co- 
frnilorcs hujusmodi secnnduin varia certamina dcstiuahuiïtui' : 
Ires enim (ut ait Pausanias, lib. V) de e<]uorum cursu, lotidem 
do quinquertio , de caetoris reliquis cortaminihus cognoscebant, 
Undc nec eos in Romana i|uoque arona defuisse cre<liinu3 cum 
Panvinio, lib. I , c. 15 ; et ex hoc ipso Homori loco conjecturam 
auspicantes, in lapide nupor reperto indicamus. Taie, iiupiara, 
offlciiim, a cognitionibus apud Romanos vocalum fuisse, ex se- 
quonlis cippi inscriptione 9iuiul et imaginibus suspicaoïur. » 
(*etle conclusion ne me paraît pas fondée. Tl y a ici sur un rni^me 
cippe deux inscriptions distinctes, l'une gravée en l'honneur 
d'Abascantus par les soins de sa femme, l'autre indiquant le nom 
du conducteur de chars et celui des chevaux reprosent/'s sur le 
monument. Tout ce que l'on pourrait admollro pour expliquer la 
réunion de ces doux inscriptions sur le même monument, c'est 
quWbasranlus fut le pn:»tocleur do Scorpus. 

L'allVaurlii Abascantns rt.iit, t;ii oHet, un peraoruiago considé- 
ral)le. Cotait vraisemblablement le secréraire do Domilieu , à qui 
Slacô a adressa une de ses [io»'*î*ies (5i7y,, lih. V, 2), et qui était ab 
epùtulii du vivant île sa prciaiL're femme , Antislia Priscilla (Ka- 
brelti, 249, 4). Si celle identiflcation est u.\acte, Abascantus aurait 
été a rognitionil/iuiy après avoir été nh epi^ttuHs. Cela nou!ï autorise 
à dii-e que l'a cûfjniiioniOus occup.iit îi la cour un rang supérieur 
h celui de Vab cpistulis. Il est facile alors do se rendre compte de 

{]) Ve columna rrajani i)/nitkgma, acc^sserunt Aiplicatin vcteris tabetls 
«njiglyphae Homeri IliniJoro, «ti|UL ex Blcsîchoi-o Arclino vi l^tchc liii otci- 
diuin cofitincnUft cl ciuissaril lacus Pucini descripUo, etc. ÏKom^ 1000, p. 337. 



LE MACflSTRR SACHARUM COGMTIOXUM. 

TimporLanco qu'il avnit dès cette ôpcnjne , en relisant ces vers 
Staco décrit les fonctions d'Abascantus, alor:^ qu'il n'était qu*a6 
epislulis : 

,.. nie subactis 
Holem limnensam huzneris, et vix IracUbile pondus 
85 Imposuit (nec enim numerosior altéra RAcra 
Cura douio), magnum late dîmittcre in orbem 
RoRiulci mandata ducis ; viresquc modosquc 
Imperii tractarc manu ; quite laurus ab Arcto, 
Quid vagus Euphmtcs, quid ri]» binuminia Istri, 
9t) Qnid Rheni vexilla ferant ; quantum ulLimusorbift 
CeKscrit. et refluo circumsooa gurgite Tbule... 
Praeterea, fîdos rlominus ai dividat coses, 
95 Pandere quis ceotum vateat frenare maniplis 
Intermixtus cquos. quis praecepisse cohortî; 
Quem deceat clari praestantior ordo tribuni ; 
Quisnam frenigerae signum dare dîgnior alae. 
MiDe cliam praenossc vices : an merserit agros 
100 Nilus, an imbrifero Libye sudavcrit Auatro : 

Cunctaquo si numcrem, non ptura interprète virga 
Nuntiat e ceUls aies Tegeaticas astris... 

M. Friedlaonder (op. cit., ]». 182) pense qu'à certaines époques 
la fonction d'à cofinitinnibus a été réunie h celle d'aA rpistutù. 
Dion Cassius (lib. LXXVin, cap. i;î) dit bien qtie Marcius 
Agrippa fut a cognitionibus et ab epistnlis de Caracalla , t«« « 
îta-yvwaet; kœI tiç ItaqxqX^^ 5ioîx7(<t«ç ; mais l'ensemble du texte indi- 
que plutôt qu'il a rempli suc^essiveraeut ces fonctions. M. Friod- 
laeîider invoque aussi un passaf^e de Pbrynichus. Ce granunai- 
ricn dit du rhéteur Cornolianus à qui il avait dédié son Ecto(ff: 
IJcUïp/fîIuiv xal irrixfî^wv xi JiaTiXtxôv Sixam'jpiov ; mais cola se réfbre 
bien plutôt, comme l'a fait remarquer M. Hirsrlifold (op. eU,* 
p. 209), k l'emploi nh epistnlis graecis. Sans doute, ou droit, il D> 
avait pas incompatihilité entre les fonctions de Vob epistulis el de 
Va cognilionihiis ; mais leurs attributions étaient trop nombreusen 
et trop diffôrentes pour (jue l'on puisse admettre facilement qu'on 
les ait confiées à une seule personne. 

L'a cognitionibus Angnsti était donc un secrétaire do l'eniporour, 
comme Vab epistulis^ Va libeltis, Va studiis. etc. (I). Si le caractère 
do ses fonctions est bien tel que je viens de l'indiquer, il s'en- 



(I) Cf. M. Bggcr, Recherches historiquet $ur la fonction de secrétaitt det pri^cet 
ehes tes anciens ^ dans ses Mémoires d'histoire ancienne et de philologie^ p. 225-^ 
2&6. 



LB BCA6ISTBR SACRARUM COGNlTrONlTU. 



115 



suit quo le changement o\m'(* à ki fin du second siL'clo porte, 
non pjis sur la nature Je ia fonction qu'il exerce, mais unique- 
ment sur sa qualité. Ce n'était qu'ua affranchi; c'est maintenant 
un chevalier romain, un vir perfeclississîmus. Comment expli- 
quer cette transformation ? Il y on a, à mon avis, une raison gé- 
nérale et une raison spéciale. 

Primitivoment, !os empereurs administraient les afTaires publi- 
ques en se faisant aider, comme do simples [larlicuîiors, par leurs 
affranchis ou pïu- leurs esclaves. C'est surLouL du irj^ne de Claude 
qu'on a pu dire qu'il avait été le règne des afïranchis. Tacite, 
dans un passage de ses AnnaUs (lib. XII, cap. 60), dit que 
« Saepius audita vox principis , paiom vim rcrum hahondam a 
procuratoribus suis judicatarum ac si ipse staluisset; ac, ne for- 
luito prolapsus videretur, seuatus i[no(jue consulto cautum pie- 
nius quam anlea et uberius ;» et l'historien termine par ces mots: 
« Cetera e<iuiLum Romanorum praevalida nomina referre nihil 
attinucnt, cum Claudius libertés, quos rei faniiliari pracfecorat, 
si bique et legibus adaeqnaverit, » 

Sous les successeurs de Claude, les affranchis furent peu h peu 
relégués à des emplois subalternes; les charges de cour prirent 
le caractère de charges publiijues et furent occupées par des in- 
génus, par dos chevaliers. Vitollius, dit Tacite {Histor., lih. I, 
cap. 58), u ministeria principatusper libertos agi solita in équités 
Romrmos disponit. /> Cette n^glo fut abandtiunêo en partie sous 
Domitien, car, dit Suétone (Domitianns, cap. 7), < quaedam ex 
maxirais oHiciîs iuter libertines equitesque Romanos communi- 
c;ivit. » Mais Hadrien enleva déflnilivement aux alfraiichis la 
direction des bureaux nh rpîsluii.^ et a libeltis. Il les remplarn par 
des citoyens de l'ordre équevStro: « Ah opistolis et a libelfîs priraus 
eijuiios Romanos habuit d (Spartianus, Vitu Hftdrtani , cap. 22). 

Toutefois il ne faudrait |»as se méprendre sur la portée de ce 
changeraeiil. Depuis Hadrien, la qualité de chevalier n'était plus 
le privilège de la fortune : c'était une simple distinction honori- 
fique qu'on obtenant do la faveur inipi'triale. Par ^'uite de l'accrois- 
sement de la richesse publique, le cens de quatre r'ent mille ses- 
terces n'offrait plus aucune garantie; il fallut s'en rapporter au 
choix de l'empereur. C'est ce qui résulte d'un i)assage des TiiuU 
ex corpore Ulplani (Vïï . I). Les constitutions imi)ériales. dit Ul- 
ien , autorisent exceptionnellement la femme ii faire une dona* 

\n à son mari, « ut is ab îinperatnre lato clavo vel equo publico 
similive honore /lo/iomur ■ (i\ov. Enchirid,, p. 1 16). A ce compte, 
rien n'om[rtk'.hait l'empereur do nommer chevaliers ceux do seg 



116 



LB MAGISTBR SACBABL'U COGMTIONUM. 



alTtanchis qui avaient quati'e cent mille sesterces. C'est ce tjui ar- 
riva plusieurs fois, par exemple , pour Icelus, favori de Galba 
(Sueton. , Galba, cap. 14); pour Marius Doryjjhonis , « annulos 
aureos consecuLus a divo Commode t> (Corp. [rtscr. Lai., t. VI, 
1847); et pour Marcius Agrijifia^ a cognilionibus de Cararalla et qui 
était d'origine sorviie. Les distinctions de rang n'étaient plus nb- 
sorvées : si dos affranchis dévouaient chevaliers, on voyait aussi 
des jeunes gens de l'ordre wjuestro réduits à monter la garde 'MX- 
tour de la chambre à coucher du prince (Suelon., Galba , cap. tO) 
Il ne faut donc pas s'élouner de ue plus trouver l'a cognUionibm 
affranchi, k la fin du deuxième siëcle do noire ère. Sa fonction 
s'est anoblie, comme celle des autres secrétaires de Tempereur 
mais elle n*a pas chaulé. 

A côté de cette raison générale qui ex[ilique la transformation 
de l'rt cognilionibus, il y a nue raison spéciale. La cognitio extra 
ordinem , qui pendant longtemps avait été Tesception , devint, k 
partir du Iroisiômo sïvcU , la ri^gle générale. Ce fut la censé-; 
queniro des n^-formos introduites par Septirae Sévère. 

Pondant les deux premiers siècles de l'empire, les affaircô cri- 
ijiiuelies devaient en principe être déférées à des tribunaux, com* 
posés de citoyens romains, jndices sflecii, et présidés f>ar un pré- 
tour ou, dans certains c;is, j»ar le judex ffwiesiimns. C'est ce qu'on 
appelait les ifuaeslioncs pcrpeluae. Mais on |K)uvait égalemcal 
s'adresser an sénat, jugeant sous la présidence du consul. En- 
fin, l'empereur avait tonjours le droit de se T-éservcr la c-oiinai»»] 
sanc^î de l'affaire, en vertu de son pouvoir souverain. Décos trois] 
oi^res do juridictions, le premier perdit de lionne heure uni 
grande partie de son imporlance. Le [iriiicipc sur lequol ropoaail 
sou institution n'éUiit plus d'accord avec la forme actuelle du gOU-1 
vernement. On devait en arriver à remettre te ymuvoir judiciaire] 
tout eiUier entre les mains du chef de l'Etat. Aussi ne trouve-, 
l-on sous l'empire tju'un ti-és petit nombre d'alTaitws soumises 3à' 
ce tribunal. Quelques auteurs ont môme été jusqu'à dire qu'il 
avait disparu à la fin du premier sii>cle (I). Cei)endant Ca« 
pitûlin nous montre Marc-Aurélo blAmaut un préleur « <jui citi 
reorura causas audierat (cap. 24), » et Papiuien parle do magi! 
ti-ats « qui public! judicii habent exercitionem lege vel i^onalu.*»- 
consulto delegatam(L. I, pr., IHg., Do officie cjus cui mandai 
est jurisdictio, lib. I, lit. 21). > Bien que ce jurisconsulte ait 



(1) Geib, Ge$chichi8 de« rômitchm Criminalproeesset , p. 39&. 



LB MAGISTBH SACRARIJM COGNITrONUM. 



117 



jfôfet du prétoire sous Soplime Siivt-ro, il ne fuit pns alliiflion, 
is lo loite que jo viens de rapporter, h I^orgauisalioii judi^-iaire 
établie par cet empereur. Lo fragment prccili'i est extrait du livre 
premier Quaesiionum ; or Iq)^ treize |)ren)iers livres de ret ouvrage 
paraissent avoir été rédigés sous le rèyne de Commode. Lors en 

ïl ijue Papinieii cite nue consliiutioii de Marr-AurMe et Com- 
%iodo, il désigne le [)remier soulemeut coinrao élant décodé (I). 

La plupart des nffaires criminelles étaient évoiju^es par l'empe- 
reur ou retenues pav le praefecim urhi , qui avait la poliro {,'éné- 
ralode la ville(L. 1, § 12, Dig„ Doofficio |traoL urhi, lib. 1. lit. 12). 
L'intervention directe de l'empereur dépendait do son zèle iraur 
la bonne administration de la justice. II n'est pas inutile do re- 
marquer que les exemples d*rt cognitionibus (juc nous possMons 
se réfferent aux règnes de Claude, de Domilien , d'Hadrien , de 
Marc-AurMe, de Soplime Sévère, c'est-.Vdire pré^'isémcnl des em- 
pereurs qui ont donné tous leurs soins ;i cette partie de leurs at- 
tributions. Marc-Aui-Me , entre autres , se faisait suivre de ses a 
cognitionibus^ môme quand il quittait Rome : Ton de nos ndjuio» 
reSy Delic;itus (u. 8). est mftrt in txi)ed'Hione Grrmnnica. Qwaul au 
praefectiis urfti, ou sait qu*Auguste, devenu maître de l'empire, et 
considérant la ^'randeur de la [topnlalion , la lenteur des secoui-s 
qu'on trouve dans les lois, char^'ca un consulaire do contenir les 
esclaves, et celte partie du peuple dont Tespril remuant et auda- 
cieux ne ronnaîl do frein que la crainte (Tacite, Annntfs, lib. YI, 
cap. 11). l>a compétence du pnï/'/cc/fw urhi était si bien établie 
dès le temps do Néron, que le sénat exila d'Italie Valerius Ponti- 
cus, parce (|u*il avait déféré des coupables au préteur, alin de les 
soustraire à la juridiction du préfet de la ville (Tacite , .innates^ 
lib. XIIII, cap. 41). Aussi l'on peut dire que Septirae Sévère ne fit 
que consacrer l'étal de choses existant, lorsipi'il décida (pie désor- 
mais le praefeclus urbi aurait seul qualité pour connaître des cri- 
mes commis h Rome et dans les cent milles environnants. La 
couslilution qu'il promulgua A celte occiision, sous la forme d'une 
epistola adressée à L. Fabius Cilo, préfet de la ville, supprima dé- 
flnilivement li*s fjUQcsi'wnes perprinae (■?). « Omuia oinnino cri- 
mina praofectara urbis sihi vindicavit, nec tantura ea, quao iutra 
urbem admilluntur, verum ea quoque, quae exti*a urbem inlra 
Ualiam, opistula divi Seveii ad Fabium Cilonem praefoctum urbi 



(I) Cf. M. Pitting, Vther dat AUer der Schriften romincher Juritten von fla- 
drian bit AltTander, p. 30. 
i'2) Waltcr. Gcschichte des rvmiiekm Becht», 1. Il, { H3tt. 



118 T,B MAGISTBR BAGRAntJW OOrtNITlONUM. 

missa dcclaratur. ■ Cette constitution esl plusieurs fois mention- 
née au Digeste (L. i, pr., § 4, Deoffirio praef. urbi, lib. T, lit. 12; 
L, 6, § 1 , De inierdictis et relegatis et deporlatis, lib. XXXXVIII, 
lit. Î2), et l'on jieut en déterminer la date avec assez d'exactitude. 
Elle est comprise entre les années 202 et 210. L. Fabius Cilo fui, 
en effet, deux fois consul et doux fois pi'éfet de la ville (Spartian. 
Vita Caracailae^ cap. 4) {!). Il fut consul en 193 et en 204 ; préfet 
do la villoavant et après son soronil cotisulat, au plus tard en 210, 
car Septime Sévère mourut au commeucemenl de 211. L*inscrii»- 
tion suivante mniUro qu'on 204 il n'avait ^'tô praefectus urbi qu'une 
seule fois (Cf. Corp. Inscr. Graee,, 5896). 

L • F AB I O • M • F 
GALER ' SEPTIMINO 
CILON! • PRAEF ■ VRB 
C • V ■ COS • II 
s M • VIBIVS * MATERNVS 
ILVRENSIS • A MILITIIS 
CANDIDATVS • EIVS 
Rome. — (Gruter, 406, 9; Wilinanns, 1202 b; Corp, 
Inscr, Lat., t. VI, 1410). 

L{ucio) FabiOj M(arci) (\ilio) . Galer{ia tribu), Septimino Ciïoni, 
praeflecio) wr/)(i), c{iarissimo) rftro), co{n)s{uli) II, M[arcus) Vibius 
Maternus , Ilurensis , a militiis , candidatus ejus, 

D'auti-e part, le ciirstis konorum de Cilo (C.orp. Inscr. Lat. , t. VI| 
1408, 1409) prouve qu'après son p]*emier consulat, il fut reteaa 
hoi-s de Romo par sos fonctions do trgattts Augnsti pro praetor^' 
provincine Galntlae, praeposilus vfxilladnnifius Pcrintlii pergentibus^ 
Ugalus Auyusli pro praciorc procinciae Momae supertorts, Ponii et 
Bitkrjtiinc, dux vexiltationum per Italiam exercitus Severi et Àntonint^ 
Ugalus Avgu^torum pro praetore Pnnnoniae «uperwrw, jusqu'en 201 
(CoiT), Inscr. Lat. , L III, 4638). C'est donc seulement vers 202 
qu'il fut nommé préfet de la ville, et l'on sait que c'est précisé- 
ment dans le courant de cette année que l'empereur rentra lui- 
même à Rome. 

Le premier soin de Septime Sévère fut do rétablir l'ordre pu- 
blic. Non content d'attribuer des pouvoirs nouveaiu au praef(clu$\ 
urbi^ il voulut payer de sa personne. Disciple de Q. CervidiuSJ 



(t) Coreiai , Seritê praefeeîorum urbit , p. 10&. 



LE MAGISTER SACRA.RUM COGNITIONUM. 119 

Scaevola (Spartiani Caracalla, cap. 8), il prit la part la plus active 
à l'admiuistralion de la justice. 'O lioyîipoç, dit Dion Cassius (lib. 

LXXVI , cap. 7) oùôiv Tmv iivotY**fwv to Trapot'nav cÇeAtitEv , àXXi xal 
tSfxaCs xal Tiavra -ri ttj àp/^^ 7ïpoffV,xovTa 5({jix£t • Kal ifîi {iiv Toûrtj) xal 

iiTTiVEÎTo. Au chapitre 17, Diou décrit la manière de vivre que Sé- 
vfcre observait pendant la paix. Tous les malins il rendait la jus- 
lice, excepté les jours de grande fête; il siégeait jusqu'à midi. 

'ETÇpfltTTt Tl HflîvTUX VUXTOÇ Mi TOV ^pOpOV, Xal (iKT^ TOUT* iSafilCt, Xttl X^*^ 

xotî àxouuiv ti Tfi ap/.îi zpOffiyopa ' elr' ^ôfxaî^e, ^o>pl; eî tXTJ ttç lopTTj 
(AtyaXir] e^vj. Kccl [Uvrot xat dtpiTca «OtÔ CTipstre * xoc't y^p "^OÏC SixaJ^o^'vot; 
CSiiftp beonèv tvé/et, xoil yjfiTv tok ffuvSixaÇouaiv «ùrtjî ira^^T|7{av xoXX^v iSiSov. 

'Exptvc 5è[jLé;^pi [i«fft(i6ptaç. On peut se faire une idée de l'im- 
portance que durent acquérir sous sou règne les cognilwnes Cae- 
sarianae y lorsqu'on songe aux conseillers dont il était entouré: 
Papinien, Paul, Ulpien, Tryphoninus, Arrius Menander, les plus 
illustres jurisconsultes. 

Quant au sénat, il consei-va ses attributions, mais il ne connais- 
sait que dos aïîaires qui lui étaient renvoyées par l'empereur. 
C'est ïa cognitionibus qui fournissait k celui-ci les indications 
nécessaires pour statuer sur le parti qu'il avait à prendre. Ainsi 
le sénat jugeait les délits d'adultère; Dion Cassius dit qu'étant 
consul, il trouva trois mille accusations inscrites au tableau (lib. 
LXXVI , cap. 10). Cependant un fragment d'Ulpion nous fait 
connaître un jugement rendu par Septimo bêvèro daus une cause 
de cette nature ( L. 2 . § ti, Ad legoni Juliaui de adulteriis coer- 
cendis, lib. XXXXVllI, tit. 5). 

En matière civile, le règne do Septime Sévère est également le 
point de départ d*uu ordre de choses nouveau. Sous le système 
de procédui-e formulaire il était de principe que les parties pou- 
vaient choisir leur juge ; le magistrat se rontentait de lui donner 
l'investiture. Ce n'est que dans le cas où le défondeur écartait 
systématiquement toutes les propositions qui lui étaient faites, 
que lo magistrat procédait lui-même îx la désignation du juge il 
le choisissait dans Tune des cinq décuries. Ou sait qu'Auguste 
les avait réorganisées par ses kges JuUae judiciariae ^ et qu'aux 
trois décurics compétentes pour les alïaires civiles et criminelles 
(judices de dccuriis seUclorum publicis privaii^que , Orelli , 3877), 
il en ajouta une quatrième pour les affaires civiles de moindre im* 
portanco (Suoton., Ocmtuuj, cap. 3ï). Une cinquième décurie fut 
créée par Caligula(8ueton., Catigula^ cap. IG). Les listes déjuges 
(album judiciim) étaient révisées chaque année par TemiMirour, 
et complétées par voie d'adUctio. Ou choisissait des personnes de 



120 



LK MAGISTBR SACRARUH COaNITIOMUH. 



l'ordre équestre ou sénatorial, ayant un cens do quatre cent miilo 
sesterces (ifuatrifujenarii, Heuzen , 6i69) j>our las trois premières 
dêi'uries, de deux cent raille m^ievccs (duc^titirii) (»our la q«a* 
li'ièuio; 4uant à la ciuijuicme, on ignore commonl. elle ùLiit com- 
posée. Or si l'on rencontre encore sous Marc-Aurèle de fréiiueuts 
exemples à'adlectio jadicum (ïnscr. d^ Algérie, 2324; Coi^p. fnser. 
Lal.^ t, 11, 1 180; 1. 111, 449j), on n'en trouve plus de traces après 
le règne de Septime Sévère. Le monument le plus récent dans le- 
quel soient mentionnées les decuriae judicum^ est une inscription 
du musée d'Arczzo. 

T-PETRONIO'T-F 

SAB ■ TAVRO • VOLV 

SIANOV-c-COS 

ORDINARIO- PRAEF- PRA"E 

EM V • PRAEF- VIGV_L- P-V • TRIB 

COH • PRIMAE ' PRAET * PROTECT ' AVGG * NN ' ITEM TRIB - COH * Ull PRA^E 

TRI O -CO H - Xî • VRB • TRIB • COH ■ ÏÏl • VIG- LEO • X 
ET XllII GEM • PROV • PANNONIAE SVPERIORI 
ITEM LEG • DACIAE ^RAEPOSITO EQ VITVM SIN 
GVLARIOR • AVGG • NN • PP • LEG- XXX • VL 
PIAE j^CENTVRIONI • DEPVTATO • EQ • PVB 
EX V DEC • LAVR • LAVINATI 
ORDO ARRETINORVM PATRONO 

OPTÏMO 
Arezzo. — (Orelli, 3100; Hcnzen, p. 268; Wilmanns, 1639). 

T{ito) Petronio y T(iH) f{ilw), Sab{atina tribu), Tauro VoltaianOt 
t)(iro) [c{larùsimo)] , co{n)s{uli) ordinario, praef(€cto) praet{orio)^ 
em{inenHssimo) v{iro), prael{ccto) vigHÎ{um), p{erfecti8simo) i^»ro), 
trif){uno) coh{ortis) primae prae{(oriae) , protect{ori) Aug(ustorum) 
n{ostrornm duovum), item trib(uno) coh{ortis) IIII praet{onae) t 
tHb(nno) coh{ortîs) XI urb{ana€)t trih{utio) coli{ortis) iïl rigilum 
leg{ionis) X et XIIII Gem{inae) prov(inciae) Pannoniae superion{s), 
item leg(ionis?) Dadae , praeposito equilum 8ingularior{um) Aftg{ia* 
torum) n(ostroriim dxwrum) , p(rimi)p{ilo) lcg{ioms) XXX L'ipi/u^ 
centurioni deputato, eq{uo} puf/(lico) ^ ex V dec{uriis) ^ Lauti^enti) 
LavinoHf ordo Àrretinorum patrono optimo, 

T. Polronius Tauinia Volusianua fut, au début de sa carriërOt] 

membre du collège des [irélres de Lavinium {Laurcns Lavinas)^ 
puis ex (juintfue decuriis ; il fut ensuite cbaj'gé de diverses fonc- 
tions militaires et nommé pi-éfet du prétoire, puis consul ordiiu 



I 



LB MAGISTRIt SACHAJIUU COGMTIONUU. 



121 



en 261. 11 fut enûn préfet de la villo, de 267 à 268 (I). C'est donc 
au commciicemeut du troisième siècle qu'il fut iriscritdans les dé- 
curies judiciaires. A jwirlir do cette è[»o*|ue, les magistrats prirent 
l'habitude de désigner eux-moiiîos les juges. De lu à faire du juge 
■ uuû sûrto de fonclionnaû'e, il n'y avait pas loin. II restait cepen- 
dant, et il fallut un siîîcle pour atteindre ce résultat, à constituer 
une hiérarchie de magistrats, pour mettre plus directement sous 
]os ordres de l'empereur les nombreuses juridictions disséminées 
sur toute la surface de l'empire. Des conflits ne pouvaient man- 
quer de se produire entre elles, car si elles relevaient toutes de 
l'crafHîrour, les limites de leur compclence étaient souvent mal 
définies. C'est pour cela qu'on envoyait des agents munis de 
pleins pouvoirs, \e^ judices ex dclegatu cognitionum Caesariana- 
r»m. Ce n'est que sous Dioclétîen que fut consommée la suppres- 
sion du jus et du. judicium. 

• 

Quoi qu'il eu soit, on peut dire qu'à partir de Septirae Sévère 
la justice civile et (.^•iraiuclle était entre les mains de l'empereur. 
C'est pouj" cela que le bureau a cognilionibus aajuit une impor- 
tance de plus en plus grande. Le soiu de le diriger fut confia à 
des fonctionnaires qui uvaiont doj.'i fourni une longue carrière 
administrative. C'est ainsi (jue, sous Septime Sévère, L. Gominius 
Vipsanius n'arriva à cette charge qu'après avoir été successive- 
ment : 

!• Subprocurator ludi magui; 

2« Procurator alimentorura per Apuliam, Calabriam, Luca- 
niam, Bruttios; 

3" Procui-ator proviuciae Siciliae; 

4» Procurator capieudorum voctigalium (?); 

5«> Procurator proviuciae Baoticae. 

De nu'aie P. Aelius Pei-egrinus n'obtint le litre a cognitionibvi 
qu'apn'ïs avoir été président de la province de Maurétauie Césa- 
rienne et avoir été revêtu du perfectissimat. La (»Iace occupée 
dans l'inscription parle titre perfeclissimus vir montre bien que 
ce titi-e était exigé pour être a cognitlonibus , et qu'il ne suflSsîiit 
pas d'avoir présidé une province. C'est seulement à partir de Sep- 
lime Sévère qu'il en fut ainsi. On ne trouve, en effet, aucune 
meution de ce titre dans les monuments antérieurs à sou règne. 



(1) Cors i ni . Stries pruefeciorum urbii 
p. 027 ( et). Momiiiften ). 



p. 14) ; Cbronographc de r«o 354) 



t22 



LB UAGISTBR 8ACHARUM COGNITfO»DM. 



Toutefois Naudet a prétendu (t) que ce litre remontail au moiii! 
au lempa d'AïUoniu le Pieux, et il invoque Tautorilé de 
vasio ('2); mais rinscription cilôo à l'appui de cette opirtion n'est 
pas probruite. 

SCHQL^ • ARMATVR 

FL • MARIANO V P ■ PRAEF • 
CLASSIS • EE CVRATORI 
REIP • MISENATIVM CVIVS 
5 NOBIS • ARGVMENTIS 
PONTE LÏGNEVM QVI PER 
MVLTO TEMPORE VETVSTATE • 
CONLAPSVS ADQVE DESTITV 
TVS FVERAT PER QVO NVLLVS • 

10 HOMINVM ■ ITER FACERE • 

POTVER7Ç PROVIDÎT FEC^T 

DEDtCAVITQVE OB MERITIS EIVS 

HONESTISSIMVS ORDO • DIGNO 

PATRONO 

15 D...ÏCATA - IDIB ' APRILIB 

.... TILLÔ • ET • PRISCO 

côs 

Miliscola. — {Inscr, Neap., 2648; Corp. Inscr. ttttj] 
t. X (encore inédit), 3344; Wilmanus, 1690). 

Schola(e) armatur(amm). 

Fl{avio) MarianOf v{iro) p{erfectissimo) , prael(ecto) datais « 
(sic), curatori rBip{ublicae) Misenatium, cnjxis nobis argumenta 
ponte(m) ligneum qui permulto tempore , vetustate conlapsits atqvê 
(Ustitutus fueratf per quo (sic) nullx^ hominum iter facere potuerat, 
pTovidit, fecit dedicavitque, Ob mentis ejus honestissimus ordo 
digno patrono* 

D[ed]icata idib{us) apriUb{ns), [Ouin]tillo et Prisco co{n)s{ulibm). 

Cette inscription est, il e^t vrai, datée du consulat de Quin- 
tillus et de Priscus, c'esl-à-dii*o de Tan 150 de uoti-e ère, sous le 
rt'gno d*Antonin lo Pieux. Mais^ comme on peut s'en assurer en 
examinant l'origiiial, conservé au musée do Naples, elle est pa- 
limpseste, si l'on peut employer ce mot pour un écrit gravé sur 



(1) La noblvic el Ut récompenses d'honneur $hes les Uomains, p. 98. 

(2) Ouervas, iuUa iscrii. onor. di Mavortio LoUiano, p. 27. Cf. Horgbeai. 
Œuwet compUtei, t. IV, p. 519. 



LK MAGISTBR SACRARUU GOONtTIONUlf. 



123 



lo marbre. Il snfHt d'ailleurs do lira les trois dorniciros lignes poiir 
se convaincre de la coexistence do deux inscriptions sur le môme 
moiiuinont. Le mot dedicata fait double emploi avec le mot dedi* 
cavit do la douzième ligne; les lettres sont accentuées aux deux 
dernières lignes, ce qui n'a pas lieu dans lo reste de l'inscription ; 
la paléographie n'est pas la mômo : la forme do la lettre A notam- 
ment a changé. L'inscription superposée paraît ôlrc du commence- 
ment du quatriiime siècle; aussi les mots scliola(e) «rmamr(arum), 
qui ont été conservés de la première inscription, n'ont pas ici le 
sens qu'on leur a donné plus lard. On sait que le mot scfiola dé- 
signait primitivement un lieu de réunion , par exemple pour dos 
manœuvres militaires , et ensuite, de[iuis Dioclôlien, un détache- 
ment de soldats (1). 

Naudet a également invoqué à rapjjui de son opinion la cons- 
titution II, De quaesiionibus , au code de Justinien (lib. VIIII , 
lit. 41 ) : « Divo Marco placnit, dit Dioclétien , eminentissimorum 
qnidem nec lion ctiam purfoctissimomm virurnm ustjuoad prone- 
potes libères plebeiorura poonia vol quaeritionibus non subjici,..» 
Mais ce texte n'est pas concluant. Tout le monde sait que les com- 
pilateurs du Code avaient reçu la mission de mettre les décisions 
antérieures à Justinien d'accord avec la législation existante (c. 1 , 
$ 2, De novo codicecomponendo). Rien d'étonnant dès lors qu'on 
ait ajouté au titre vir eminentissimns^ auquel faisait allusion Marc- 
Aui*èlo, celui do vir perfeclissimiis , créé h une époque ultérieure. 
C'est ce que Marini a parfaitement démontré dans la note qu'il a 
consacrée h cette question {Àrvalif t. II, p. 627). 

II faut donc renoncer à placer l'origine du pcrfectissimat sous 
Antonin le Pieux. La plus ancienne inscription où soit men- 
tionné, à ma connaissance, un vir perfectissimus est de l'an 201 , 
sous le règne de Soptime Sévère. 

CL-IVLIANO-PV 

PRAEF • ANNON 

T I • ! V L * BA LJBJ LLVS 

S • SOL • DED • XIII - KAL 

» FEB • L ■ ANNIO - FABIANO 

M • NONIO • MVCIAO • COS 

Rome. — (Gruter, 313, 6 ; Corp. Inscr. Lat., t. VI, 1603). 



(I) n n'y a que deux inscriptions ant<*ricurc« k DiockHien oîi le mot schola 
soit pris dsns ce dernier sens : l'une est de l'an 228 (/rurr. /Vrop,. 3â24). l'autre 
dt l'an 229(Ap/irm. tp(graph,. IH79. t. IV. p. |4G). 

9 



124 



LR MArïISTUR SACRARUM COONITIOVtlM. 



Cl{audio) Juliano , p{erfectissifno) v{iro), praeflecto) annon{ae), 
Ti{herius) Jul{ins) Balhillus, s{acerdos} so/(w), ded{icavit} XIII ka- 
l{endas} Feb{ruaru), L{ucio) Annio Fahiano, M{arco} Nonio Mttciano 
co{n)s{ulibus). 

Ainsi s'explique, soit par lo dévolofipomoiit des cognithnes Cat' 
sarianae, soit pai' la Lransforin<itioii clos charges de cour en tonc^ 
tiens publi(i\ies, lo chan;<cment 0(>éï'6 penrlanl le second siiVle 
dans la qualité do l'a cognitionihus. Mais à toutes les époques, au 
tcoisième siècle comme au premier, ses fonctions sont demeurées 
les mômes. Il était charg(>, soit au civil, soit au criminel, de 
diriger renqut}te ouverte sur le point litigieux, et de présenter À 
l'empereur un rapport sur les faits ijui donnaient lieu au procès 
dont il otaît saisi. 

Lîi pratiijuo des Romains à cet égard nous est révélée par un 
passage de Di(»n Casi^ius (lib. LXXVl, cap. 8). L'historien raconte 
uji incident de raccusalion portée contre Apronianus parce que 
Sîi noiuTice av;iil autrefois vu en songe qu'il arriverait à Tempire, 
et (larcc qu'il j)araissait se livrer, dans celte viie, à des pratiques 
do magie. *AvaytYvw<ïxofx^v(t>v ouv ^fxTv To>v ^otaavtiiv toiv 75«pl auTOu 
Yevo[iiv(uv, xa\ tout' ^vt^cYpoticTo , 5ti 6 [ji^v Ttç inudiro tùîv in\ ^t\ç 

«iCtaffSWÇ TfTttYlxÉvwv, TtÇ TC ^iTif^COLTO TO cEvCtp, tiç Tl ^XOU^TïV ' Ô M TtÇ ^^ÏJ VI 

Te dfXXot, xal ^ti « <haXaxfdv tivœ pouXiur^.v 7rapaxv{/«vTQi iTSov. » *Axoii<ravTtc 
èi T0Û4* ^tM>E<^C < ^^ 2efV(o TrsOei iyt*t6^u(hL ' ^votxot \lIv •(k^ où^ev&ç outs ixctvoç, 

sîpT^xtt, oute 6 Seou^po; ÉY«ïp«'T'«t- " Lorsqu*ou nous lut les pièces 
de riusLruclion, nous y trouvâmes consigné qui avait dirigé l'en- 
quotc et informé sur les faits incriminés, qui avait rarx)nté le 
songe, qui l'avait entendu et, deplus,qu'un témoin avait répondu, 
entre nuti'os choses : « J'ai vu un sénateur chauve qui sepcuchoit 
pour reganier. » A ces mots nous firmes dans les transes , carie 
témoin iTavair. prononcé le nom do personne, et Sévftre n*©n avait 
écrit aucun. » De ce tejitc il résulte : 

t» que l'enquCte était écrite et secrète ; 

2" ijuc le proci's- verbal coutouait lo nom do celui qui avait fait 
l'infonnalion (ua employé du bureau n cognitionihus) ^ les noms 
des témoins et les résultats de renquéle ; 

3° que ce procès*verhal était soumis à Tempereur et transmis 
par lui au sénat. 

L'instruction préalable comprenait donc, comme de nos jours, 
deux phases successives : l'informatiou , faite [*ar les soins de Va 
cognitionihus; l'examen de l'information, fait par l'empereur. 
C'est lui qui décidait s'il y avait lieu de continuer la f>our8uite, 



LE MAfllSTER SACRAnUU COaNITlON'l'M. 



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et devant quelle juridiction raffaire serait portée. Cotte procédure 
diiKsre Kraiideuieiit do celle qui était primitivement suivie : le 
pouvoir d'informer était alors attribué à l'accusateur. Mais la 
procédure inquisiloriale s'introduisit de bonne heure chez les 
Romains. Au temps de Seplimo Sévère, il y avait certains délits 
qui devaient être poureuivis d'office par les magistrats rompé- 
tcntfi, n Conjj'ruit bono et gravi praesidi, dit Ulpien , curare, 
ut pacata fitquo qiiieta provincia sit quam régit. Quod non 
difficile obtinehit , si sollicite agat , ut malis homiuibus pro- 
vincia careat, eosque conquirat : nam et sacrilèges, latrones, 
plagiarios, fures conquirere débet et prout quisque deliquerit in 
eum aniraadvertore , receploresque oorum coercere, sine quibus 
latro diulius lalere non i)0te8t » (L. 13, pr., Dig.^ De officio praesi- 
dis» lib. I, lit. 18). D'autre part, le magistrat, devant qui Ton por- 
tail une accusation , prouvait toujours agir d'oitico pour réprimer 
tout autre délit «jue Toxamen de l'accusation lui avait tait dccoa- 
vrir (L. 1, § 3, DUj,, Ad senatusconsult. Turpillianum, lib. 
XKXXVIII, lit. 16; L. 2, § G, Dig,, Ad legem Juliara de adult., 
lib. XXXXVIII, lit. 5). C'est par les soins des agents de la police 
judiciaire que les coupables étaient le plus souvent dénoncés aux 
magistrats. La police judiciaire était exercée par des magistrats 
municipaux (L. 10, Dig., De custod. reorum, lib. XXXXVIII, 
lil. 3), qui en Orient portaient le nom d'irénarque3(I) (L. 6, pr., 
eod. lit. ). 11 y avait aussi des agents spéciaux : les suitionarii 
(L. I, § 18, Dig., DeolT. praef. urb., lib. I, lit. 12), les mmtiatores 
(L. 6, ^ .S, IHg., Ad senaluscons. Turpill., lib. XXXXVIII, tit. Uî), 
Ios/'nimc/*^anr(Sparl., Hadr,^ cap. Il; Capitol., Macrin.^ cap. 12). 
Un édit, rendu par Antonin Je Pieux quand il gouvernait la pro- 
vince d'Asie, et dont la disposition fut dans la suite iii.Kérée dans 
les instructions {mandata) adressées aux gouverneurs do province, 
prescrivait aux irénarques do faire subir aux [.orsonnes qu'ils 
ari-êtiiienl uu interrogatoiie sommaire pour savoir si elles avaient 



(l) Sur lA fol de Godofroy {Àd C. Thcod., t, De ircDarcb.. lib. Xtl , i\u 14), 
oD a cru pendant longtemps (|uc les in^nAr^ucs (liaient des millUîrcs, des $la* 
tionarii. C'est \\ tinu erreur i]ui a été rectifliu par NVaUcr {op. cit.. t. l, H 314) 
à l'aide d'un pasM^e d'Aelitia Ariâlido : irci^iztrfj toti; f yî^iôo-i xott' ^xitvou; toù; 
Xpàvov: «?' UawTT,; :îô>soii; IxaTTou ixou; ôv6(i.aTa Sixa àvSpfÛv t(Sv np'*nwv. Taûta 
Uci 9Vit}*dt(i£vov TÔv i^jc^Avi Ivoi ov «poxfiLvctsv i; inftvTuv xa,0(<iTâvai ^>Qiita r^c 
•Ip^vTic (Bucr. 8erm.. IV, t. 1, p. 5'^3, 6t\. Dindorf). L'irênarque, elpfivTK 
fjXa^, fêtait choisi par le gouverneur de la province d'Asie sur une liste de dix 
notables ciloyena, qui lui était adressa tous les ans par chacune des villes do 
son rcBHorl. 



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LB IICAGI9TBR SACRAHUM COHNITIONUM. 



des complices ou des reot^leui-s ; - Irenarchae, cura adprohende^ 
rini lâtroiiGâ, inlerrogont eos de sociis et receptatoribus et inler- 
rogationos HtLcris inclilsas aU]uo obsignatas ad cognitiorum 
magisiratus miuanl » (L. G , § 1 , eod. lit.). Mais cotto procédure 
préparatoire iravait de valeur qu'à titre de ronseigiiemei)t. Il 
fiait l'ecommandé aux magisirats d'interroger ex intetjrn les 
accusés sans se laisser iuflueiicer par les notes fournies i>ar les 
iréuarquoâ» car, dit Hadrien, « non oinnes ex fide hona elogia 
scribere comportum est ■ (L. R , pr., eod. til.). L'édit dWntonin 
que j'ai cit*'^ mérite d'être remarque parce qu'il dislingue soi- 
gneusement rinslruction faite parole magistrat, cognîtio magU* 
tratus (Cf. L. 3, § 2, in fine, Dig., De Leslibus, lib. XXII, lit. 5), 
et rinterrogatoire auquel procédaient les agents de la police judi- 
ciaire. C'est celle ijistruction qui était confiée à Va cognitionilnu^ 
lorsque TafTaire était évoquée par Temporeur, 

Quant îi Tinstruction déflni