(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Bienfaisance françoise: ou, mémoires pour servir a l'histoire de ce siècle"

Google 



This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 

to make the world's bocks discoverablc online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the 

publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. 
We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web 

at |http: //books. google .com/l 



Google 



A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 

ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 

trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 
Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

A propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp: //book s .google . coïrïl 



\ 



SUITE 

DES ANECDOTES 

D E 

L'HISTOIRE DE FRANCE. 

■■ =SS:SSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSBIT 

TOME SECOND. 






rê^ 



BIENFAISANCE 

FRANÇOISE, 

o u 

MÉMOIRES 

Four servir a l'Histoirs 

]D£ G£ Siècle. 

Par M. '^AGUES X>E CLAIRFONTAINE^ 
de V Académie des Sciences ^ Arts & Belles^ 
Lettres <t Angers ^ & de la Société Royale 
i^ Agriculture de la Généralité de Tours. 



mÊmk 



Homines ad Deof nulli le plOpi^* accedunt » qiubn falateoi 
liomimbas dando. Ctcera, Orat. Pro, Ligafio* Cap* ii. 



TOME SECOND. 
A PARIS, 

ChezJ. F. B A S T I E N , Libraire , rue du Petit 
» Lyoa , fauxbourg St.-Gerniain. 

'M. DCC. LXXVIII. 

Avec Approbation & PnvUége du Roi. 



DC 



l 



i 

■a 









L 




BIENFAISANCE 

FRANÇOISE, 
o u 

MÉMOIRES 

POUII SERVIR A l'HiSTOIRB 

i>E CB Siècle. 



ji N N i K 



1750. 



J I la guerre eft l'école de la valeur, elle 
doit ccre en mème-rems la Ibuice de la 
Nobleffe. Sacrifier fes jours à U gloire de 
ion Prince , défendre fa Pairie au prix 
même de Ion fang , n'eft-ce pas méritée 
ces ritres précieux qui doivent illuftrer tout 
Citoyen qui fe voue pic là profeffion au 
£duc &c au bonheut de l'Etat. Louis 1« 
Aj 



t BlENfATSAKCE 

Bîen-Àimé , ce Nioiiài^e fûfte iSc bîchfeî- 
t^t feniit x^\\ ctoit âe fpti équité de 
donner à k valeur & àa cour:^ les mar« 
ques de Ton eftime, en honorant les Mili- 

Sir^s des^titres $c prérogatives de la No- 
efle. UEdit donne à Fdntaineblejm au 
mois de Novembre de cette année ^ èîl 
une cpoGue mémorable de la fagelTe de 
cet Augufte Mowrque : 

»> L O U I S , &c. Les grands exemples 
» de zèle & de courage que la Noblefle 
>> de notre royaume a donnés pendant le 
^> cours de la dernière guêtre, on été fi 
«> dighctnent futvis par ceux qui n'avoienc 
»pas les mêmes avantages du côté de .la 
•* naidànce'^ que hoûis ne perdions jaiti^s 
»> le fôuvenir de la généreufe émulation 
»>avec laquelle ho^s les ai6ris vus com- 
» battre & vaincre nos ennemis. Nous leur 
j> avons dé|a donné des témoignages au- 
» thentiques de notre fatisfaâion , par les 
» grades , lès honnteurs & les autres récom- 
sspenfes que nous leur avons accordés,;, 
Mm^isnbus avons confîdéié que ces grâces 
91^ pérformelles à ceux qui les ont obte- 
» nues j s'éteindront un jour avec eux , & 
» rien ne nous a paru plus digne de la bon- 
» té du Souverain , que dé faire pafler juf- 
M-qu'à leur poftérité les xiiftinâions quiis 
H ofic fi |uftement acquiiès par leurs fervi- 
*eè8. La noUefiè la plus ancienne de nos 



Françoise. 7 

» Etats y oui doit fa première origine à U 

M gloire désarmes, verra' fans doute avec 

bs plàtfir ^é noas regardions la comnaufti- 

J^ cation de fes' privilèges comme le prix le 

» plus flateur eue ouiflenc obtenir ceux qui 

n ont marché fur (es traces pehdatit la gaer- 

9>re. Déjà aniiobKs par leurs àâions, ils 

>^ ont le miérîte de la Ndbleflfe sHls li en 

^ ont pas encore le titré j & nous nous por- 

iJtons d alitant plus volontiers à le leur 

•accorder , que nous fiipptéerbns par ce 

» nioyen à la pei^fedion des Loix précéden- 

^vtes , en ' établifl&nt dan« notre royaume 

•j'ttîéNôbfefle Militaire qui puiflfè s'acqué- 

1» tir de droit par les armes , fan^ lettres 

»> {iatttcuUères d'innobliffement. Le' Roi 

>w Hentt IV avoit eu le même objet dans 

>> i -Article 1 5 'dé TEdit fur les Tailles en 

9) li^oo ; mais h difpofitïon de cet article 

wayanr eflhyé pkrfîeurs chàngemensi pat 

» dçi tôix poftérièures , nt)'us avons cru 

» diêyoir ; tn y^ ffatuant de nouveau pat 

a une Loi exprefle , renfermer cette grâce 

» dans de juites bornes. Obliges de vèil- 

9) 1er avec une égale attention'au hienjgé- 

9i néraF 6c particulier des differens ordres 

M dé nôtre toyaume, nous avohs craint de 

ii pôttër rrop loitt un privilège dont TefFet 

5i fefôit de' lUtchjirger le^plus grand nom- 

iâhté de ftos fujtsts qui fupporren'c lè pciids 

j> des taîllei^deS autres impofitibns, Cfeft 

A 4 






8 B I C N P A I s A ;k C E 

97 cette con(idération qui nous a forcés de. 
i> mettre des limitations i notre bienfait , 
» pour concilier la faveur que méritent nos 
»> Officiers Militaires avec rintérct de nos 
» fujets taillables ^ au foulagement def- 
» quels nous ferons toujours difpofés à 
i> pourvoir de la manière la plus équitable 5 | 
» la plus conforme à notre affeftion pour 
»> nos peuples A ces Caufes ,. &c. Tous 
9> Officiers-généraux non nobles y aâtielle^ 
» ment à notre fervice , feront & demeu- 
9> reront annoblis avec leur poftérité née & 
» à. naître en légitime .mariage. Voulons 
9» qii a 1 avenir le grade d'Officîer-généçal , 
» confère la noblefle de droit à ceux qui 
» y parviendront, & à tôiite kur poftéritc " 
S9 légitime , 8cc. Tout Officier'non noble 
9» d un grade inférieur à celui de: Marér 
9> chai de Camp, qui aura été créé par hçu^ 
» Chevalier Royal & Militaire de St.-Louis, 
9> qui fe retirera ^près jp ans de fervice non 
» interrompus > dont il en aura palfé vingt 
99 avec la commiffion de Capitaine , fouira 
9> fa, vie durant de Texemption de la tail- 
» le , &c. Les Officiers Chevaliers de TOr- 
9» dre de St.- Louis, que leurs blelfures met;- 
99 tront hors d*état de nous continuer leurç 
9> fervices , demeureront difpenfés de droit 
99 du tems qui en reftera lors a courir. 
9> Voulons en ce cas que le certificat men- 
w tionné ^ &c. fpécifie la quantité des ble(^ 



Frakçoise. 5 

W fures 5 les occafions de guerre dans let- 
» quelles ils les ont reçues , & la néceflicé 
À> dans laquelle ils fe trouvent de fe retî* 
99 rer ; ceux qui mourront à notre fervice 
99 après être parvenus au grade de Capi- 
3b taine , fans avoir rempli 4es conditions 
99 impofées , &c. Tout Officier né en légi- 
» time mariage , dont le père & l'ayeul 
i9 auront acquis l'exemption de la taille» 
99 Sec, fera noble de droit , après toutefois 
9» qu'il aura été par nous créé Chevalier de 
3> rOrdre de St.-Louis , qu'il nous aura 
» fçrvi le tems prefcrit , ,&c. Pourront no(? 
» dits Officiers aépofer pour minutes, chez 
99 tels. Notaires Royaux , les Lettres , Bre- 
» vêts & CommiiEons de leurs grades , 
99 certiiScats de nos Secrétaires d'Etat char- 
99 ^és du Département de la guerre , donc 
» leur fera délivté des expéditions qui leur 
99 ferviront ce que de raifon ««. 



«es 



Tout homme qui a de grandes vertuç 
ou de grand talens , a droit de prétendre 
à nos hommages , quand même placé loin 
de nous par la nature , dit M. Thomas, il 
n'eût jamais influé fur notre bonheur. Le 
fondement de cette efpèce de culte , c'eft 
la gloire que les grands hotntnes répandent 
fur l'humanité qu'ils honorent , & le be- 



lo B I E N r A I 's A 'n-C E v 

foin qae nous avons de ces êtres fàfi^ 
irieurs pour firppléer à notre foibleffe \ màb 
fî , né parmi nous , ou fixé par choix dans 
notre patrie , il a fervi l'Etat par ' fes ta- 
lens , s'il Pa éclairé pr fes lumières , s'il 
Ta orné par' fes vertus , alors la reconnolf- 
faiice nous fait un devoir facré de ce tribut 
de vénération & d amour ; Tintérèt même 
du genre humâhi exige 8c réclame cet 
éloge. 

Maurice , Comte de Sàiç , Duc de 
Courlatide & de ^Sémigalle , 'Maréchal gé- 
néral des Gafflps & armées du Roi, Che- 
valier de l'Ordre de T Aigle blanc , mourut 
le 5 o de Novembre au Château de Cham- 
bord , âgé de cinquante * quatre ans. U 
àyoit été comblé de marques d'eftime 8c 
de bienfaits de la part de Louis XV qu'il 
avoît bien fervi , & de Iduanges par toute 
la nation qui fétàit emprelKe -de rendre 
juftice à fon mérite. Objet d'amour & de 
confiance pour les troupes qu'il comman- 
doit & animoit pat fon exeniple, il s'é- 
toit rendu redoutable à celles qu'il avoir 4 
combattre. Audi favant pat théorie dans 
toutes les parties de Tatt de la guerre y 
qu'habile à réduire en pratique tout ce 
qu'il peut énfeigner;. aouî bro'pre aux at- 
tentions de la guerre défenuve qu'à Taîfti- 
vité de l'ofFenhve j incapable d'être retarde 
dans la caâdère de la gloire, ni par le dé- 



F r'a N ç o l's e. il 

tàrtgêmènt de fa fànté , ni par les ofaiftacié^ 
"des faifons , ni par tes dimcultés impré- 
i^iies j il |oignort au courage le plus intré- 

Îtde , la fâgeilè & l'étendue des vues dans 
?s pro^ts ; h vivacité , Tordre & le coup- 
dVcil dans l'exéctition & la folidité des 
'Hiéfutes pour àflTurer les fuites dés, fuccè^. 
•La c^pagne de 1744, les batailles de 
^ônténey , de Raucôàx & de Lawffetd ; 
BHjfeKés Se dix-huit bataillons emportés 
au milieti de i'Ryver -, l'incomparable ftiar- 
che ^ûi condùifit Parmée Françoife devant 
Maèftricht , & mit les ennemis hors dic- 
tât de fecoutÎT cette place; quantité d'au- 
tîès ââîôns éclatantes affûtent à la Tftié- 
inoire de ce grand <jénétal , tme ihmiol- , 
■tôlké due à k fupériorité dé fes talen^. 

Louis le Bien- Aimé j dont îame feniî- 
Me for pcncttée de latnort de ce généreux: 
•Gtterfie^ , 'répcméit à T Ambaflàdéur d*£f- 
yagne qui hnfkîfôit j^art d^une perte confî- 
déraWe de vkiflfeààx >dù6 fon Maître avoir 
Éute : » M. TAmbafladeur , je viens d'tfn 
»&ire tme plus' grarixte. <5n neut refiiire 
»4es vaîffeaux -/mkis on ne tétait pas des 
» hommes tels que le Maréchal de Saxe. 

Le hbhî !& ies'^^lotietfx exploits de ce 
Héros, lui aflurent une pia'ce âespitt^^àîf- 
tinguées parmi les hommes iUuftr^s de la 
France. Louis XV lui a ïait 'élever Un fu- 
perbe siaufc^^ dom le modèle a été 



! 



iZ B T Z N T À I s A >f C £ 

long'tetns exporé à la curîdflcé & à l'admît 
ration du puDiic , monument immorcel de 
Teftime ida Monarque pour ce grand hon>« 
me , de la vive reconnoiilance & de Ift 
tendre afFeârion de la nation pour ce Hé- 
ros ! Ce magnifique Maufolée a été placé 
à Strasbourg dans le Temple des Protef^ 
tans. On rapporte à cette occaHon un traie 
ui prouve combien ce Général étoit aimé 
es foldats , & rimpreflion que fon grand 
courage avoir faite fur leur efprit. 

Deux foldats François qui avoient fervi 
fous ks ordres , pailànt par Strasbourg , ne 
peuvent fe refu(er aux nommages que leur 
diâ:e leur amour pour ce Héros. Ils enr 
trejit dans le Temple , l'image du Maré- 
chal les frappe & renouvelle leurs juftes re* 
Eets ; faifîs par le refpeâ: & la dpuleur , 
s yeux baifles ^ ils approchent du ton>- 
I>eau dans un morne inence , tirent leurs 
j^rôs^l'aiguifent fur le marbre.... Quelle 
Oraifon funèbre plus fublime Se plus élo- 
quente ! 

M. d'Arnaud , ce peintre eftimable de 
la vertu & du fentiment , a décrit dans 
fon Pocme intitulé, ia mort du Maréchal 
de Saxe , cette belle aâion de deux Gre- 
nadiers Royaux : 

On voit & vieux Guerriers couverts de cicatrices ^ 
Courbés fous foixante ans d'exploits & de ferVice&v 



F X. A 1^ Ç O I s £• I j 

Se traîner au tombeau , le baifèr en pleurant i 

S'écrier^ des. Héros, cefi ici le plus grandi 

D'autres , de qui le bras moins affoibli par i*âge » 

Peut aider les tranfpons & {ervir le courage > 

Accoarent aigoifer à ce marbre facré , 

Un glaive étincelant de vengeance altéré ; 

Invoquant à grands cris les mânes de Maurice» 

Impatients d'otfrir un (ànglant facrifice , 

Comme au Dieu de la guerre ils lui portent kurt 
voeux; 

Dans leur (èin intrépide » il verfe tous Tes feux. 

Wu Bleflîg, Orateur de Strasbourg, en 
célébrant dsois un Difcours Thumanué du 
Maréchal de Saxe y rapporte l'anecdote 
iuivanre qui prouve cette verni qui carac- 
térifoit ce Héros , &c qui montre en même- 
tems la grandeur d*ame d'un de fes fol^ 
dats. 

A la bataille de Raucoux , un boulet de 
canon «mporte la jambe à un^ Grenadier » 
il ns^e dans fou fang \ c'étpit au fort de 
la mêlée. iDans ce moment décifif » le 
Maréchal pafle & s'arrête ; » Qu'on fauve 
M ce brave homme , dit-il , qu'on lui ap- 
» porte des fecours i — Que vous importe 
»> ma vie , lui répond le Grenadier ? Allez 
• ôc gagnez la bataille «• 



14 B I s N F A I s A H O B 

Une anecdote qu'on ne doit point our 
bliec ; c'eft que le Conue de Saxe ayant 
écrit de Courlande en France pour avoir 
U£| fecour^ d'hommes de d'argent » Made- 
luoifelle le Couvreur , fam^ufe Aârice ^ 
mit fes bijoux & fa vaiflelle en gage |pour 
fecourir le Comte , Sç lui envoya une 
fomme de 40,000 liv. 

M, de Saxe étant repalTé en France en 
qualité de Mgtéchal de Camp , fe rendit 
^r le Rhin à l'armée du Maréchal de fi^- 
wick. Ce Général , fur le point d'attaquer 
les ennetnis à Ethlinehen, voit arriver le 
Comte de Saxe dans ion camp : o Comte, 
»lui dit- il auflî - tôt, j'allois. fairp venir 
» 3000 hommes , mais vous me valez fçul 
s» ce renfort «*. Ce grand homme en effet 
décida la viâoite par des aétes furprenans 
de bravoure & dlntrépidîté. 

11 alla prendre, quoique très malade, 
le commandement de larmée Françoife 
dans les Pays-Bas. Quelqu'un le voyant 
dans cet état de foibleflè avant fon départ 
<le Paris , lui demanda comment il pour- 
toit fe charger d'une fî grande entrpprife ? 
^^-»> Il ne s'agît pas de vivre , répondit-il, 
«mais de partir «. 

Dans le teins de la bataille de Fontenoy , 
4e Marédiat étoit prefque mputant, il fe 
Hfit traîner dans une yoiture d'bfier ppùir 
vifiter tous les poftes. Pendant l'aâion il 



F R A N Ç O.I s C. 15 

monte à cheval» mais (on extrême fbif- 
UeÛé iTaifoit cramdre qull n'expirât: à tout 
moment ; c^eft ce qui fit dire au Roi 44 
Prude dans une lettre qu'il Iqi écrivit long- 
tems après : y> Âgitaiit il y a qi^elques jours 
«>la quellion , quelle écçi^ la bata;ille de 
M ce «ècle qui avoit fait le plu^ d'hionneuc 
» au Général ; tout le monde tomba d'ac« 
s> cord que ç étpit (ans contredit celle dont 
» le Général écoit à la tporc lorfqu'elle fe 
s> donna <<• 

Lorique le Maréchal de Saxe couvert 
&t kuriers , revint dans la Capitale , les 
tatens de toute efpèce s'emprefsèrent de 
hii tendre leurs liommages. Tout Paris re- 
tentit de fes louanges , & les acclamations 
publiques interrompirent plufieurs fois les 



de Metz, qui faifpijt le cole de la Gloire^ 
après avoir ch^té les paples du.' Prologue 

2ùi pouvoient s'appliquer ,au Maréchal , 
. dfit un tnomj^nt favorable pour lui prc-^ 
fenter une coaçonn^ de laurier qu'elle por^ 
t<ût comme un des attributs de fon rôle. 
Cette ingenieufe allégorie fut reçue du 
public avec les plu5 grands tranlports de 
Joie. 

La mètpe chofe éto,it arrivée au Maré- 
ch4 <le Viliarç., la première fois qull vint 



j 



16 B I £ H f A X S A K C E 

à rOpétâ après l'affaire de Denain. Oïl 
donnoit la mcmè pièce , & c*ctoit la De- 
irioifelle Antiet , tante de la Demoifelle 
de Mecz , qui faifoit le rôle de la Gloire» 
Le Maréchal de Villars fit préfent à Ma- 
demoifelle Antier dune tabatière dor; 
ie Maréchal de Saxe envoya à la nièce 
pour 1 0,000 liv. de pierreries. 

Le Comte de Saxe, en préfence de 

f>lufieucs perfonnes , faifoit un jour l'éloge 
e plus diftingué d'un OflScier de fon ar* 
jnee alors ab'fent , & qui eft mort depuis 
Lieutenant-Général avec la réputation d'uni, 
excellent Militaire. Cet éloge affeÛa pea 
agréablement ^n des OfEciers préfens ^ 
' oui fans doute fe tonnoiflbit aflTez pouc. 
feritir qu'il n'en mériteroit jamais un pareil : 
f> Oui , dit-il , mais Chevert eft un Offi- 
» cier de fortune ««. Le Maréchal oui le, 
iavoit bien , feignit de l'ignorer , & démê- 
lant , au ton & à l'air du Dépréçiateur y le 
inotif de fa remarque, répliqua brufque- 
Inent : » Vous me: l'apprenez j je n'ayoîs. 
>> pour lui que de l'eftime , je vois que. 
>> je lui dois du refpeft, & j'en aurai «*• 
Le Maréchal , au retour d'une partie de 

Ïlaifir qu'il avoir faite aux environs de 
aris , ht arrêter le fiacre dans lequel il, 
étoit, à k barrière St -Denis , pour don- 
ner le tèms de faire la vifite. Il fe préfente 
^^' Un Commis qui > en ouvrant la |>ortière J 

le 



Françoise. 17 

le reconnut fur-le-cRamp. Celui-ci , en 
refermant la portière , lui dit : « Excufez , 

wAdo^f'^^g"'^"*^ >^^5 lauriers ne payent 
u point de droit «^ 

II avojit demandé que fon corps fût briilc 
dans de la chaux vive , »> afin, dic-il , qu'il 
» ne refte .rien dé moi dans le monde, que 
» ma mémoire parmi mes amis <<. 



3B> 



ARMAND-Louis Dupleflîs de Richelieu , 
Duc d'Aiguillon , ^onnu d'abord fous le 
nom de Comte d'Agcnois j reçut de fon 
père \e Marquis de Richelieu , tous les 
loins & les attentions poflîbles pour rece- 
voir une excellente éducation. 

Parvenu à Tâge où fa naiffànce & (a 
qualité l'appeiioient au fer vice de la Patrie; 
ion ardeur maniale l'arracha promptemenc 
aux faveurs que leis Mufes lui prodi- 
guoient, & le fit entrer aux Moufquetai- 
res. II ne quitta cette Ecole que pour pren- 
dre une Compagnie dans le Régiment dd 
Touloufe. A la malheureufe journée de 
Kamillies, ce Régiment fut fort maltraité, 
la troupe du Comte d'Agénois y fut en- 
veloppée & taillée en pièces. Quoique char- 
gé de blelTures. , le Capitaine ne voulut 
jamais fe rendre , & avec le jpeu de monde 
qui lui reftoic , il fçùt fe dégager des Ef- 

To/n. //• B 



V 



tS BlSK^AlSÀNCIS 

cadrons enhemis & retourner au camp; 
A la fin de la campagne , il fut mis à la 
tête du Régiment qu'il avoît eu pour té^ 
moin de fa valeur. 11 quitta enfuite le fer- 
vice & fe retira en même-tems de la Cour 
où fon nom & fon mérite pouvoient lui 
acquérir la plus haute confideracion. 

Ce Seigneur vraimeilt eftimable n avoit 
ni ces dignités qui flattent le Counifan , 
ni ces fentimens qui les font défirer, 
Ainfi quand les bienféances de fon rang 
le faifoient paroître à la Cour; il n'y 
montra qu'un Grand fans intrigué 8c fans 
ambition, unfag^ fans Fard^ fans artifi- 
ce : ami zélé , bon père , aimant à obliger 
en toute occafionj voilà en déiix hiots le 
car^âère de cet homme illuftre. 

Un mérite fi précieux & fi modefte n'é- 
chappa pas aux yeux du Monarque. Ce 
fut en fa faveur que Lbiiîs XV érigea la 
terrie d'Aiguillon eh Duché-Pairie 1 an 1 7 j I. 



<•> 



M.' de Pouillv , né à Reims , fit refriar- 

3 lier en lui dès la plus grande jeûnefle les 
ifpofitions heuréufes qui annoncent les 
liommes fupérieurs. . 

Après avoir voyagé , 'de retour dans (a 
Patrie , il comptoit pafler fa vie daiis une 
terre, & î'y occuper uhiquéihént de ^" 



F R A N Ç O I $ !• 19 

iivres & des plaifirs ebampêcces y mais 
frappé de la veircu & du mérite d'une De- 
moiielie de fes parentes , il lepoufa. Il vi- 
voic à Reims, paflanc la plus grande partie 
de fon tems à 1 étude , lorfcjue fes Conci- 
toyens y à qui fes grands talens éroient 
connus , fbuhaitèrent de le voir à la tète 
du Confeil de Ville. Quelque répugnance 
qu'il eût pour un état qui larracnoit à fes 
inclinations , il accepta la propofition y 
pecfuadé qu'un homme^ de bien fe doit à 
i udiité des autres hommes. Il ne fut pas 
pliuot dans ceae place , qu'il imagina les 
^oîets les plus avantageux pour le bien de 
la Ville ) il en a exécuté une paxtie ^vec 
les fecouis du célèbre M. Godinot , qui , 
dès qu'il apperçuc les grandes vues de M. 
de Pouilly , Je rendit dépoûcaire des tré- 
(ors <^'il confacroit au bonheur de fes 
•Concitoyens. On vit en peu de tems des 
fontaines falutaires coulée dans la Ville 
& faire ceflèr les maladies que les eaux 
malfaines , dont on ufoit auparavant , 
.avoient caufées jufqu'alors. Des ProfeiTeurs 
appelles de Paris , établirent à Reims dès 
Ecoles de Mathématiques & de De0in, 
tant pour donner une meilleure éducation 
à la jeuneflè , que pour favorifer la perfec- 
:tion des Manufaâures. Si M^ de Pquilly 
tnoacra l'étendue de Jes vues ps^r la gran- 
deur ^de ie6 psûiôts . il ne la îiîonçra p^s. 

Ba 



&0 BlBNFAISANCS 

mains par fon habileté dans rexécution* 
Les difréreris obftacles qu il eut à furmon- 
ter^ lui donnèrent lieu défaire connoître 
qu'il avoir une adrefle merveilleufe pour 
manier Jes efprits , une fécondité incpui- 
fabkde reflburces, un courage defprit & 
une conftance qui égaloient fon amour pour 
le bien public. 

Il étoit occupé de pluHeurs nouveaux 
projets également utiles & intéreflàns ^ 
entre autres , de faire bâtir des Carfernes 
& des Magafins de bled, lorfquil mourut 
d'une fluxion de poitrine. Les regrets uni- 
verfels & fincères de toute la ville de 
Reims le louèrent mieux que n auroit pu 
faire les Panégyriftes les plus éloquens. Il 
n*y a eu aucun de fes Compatriotes qui 
nait cru avoir perdu un bienfaiteur, un 
ami, un père; & toutes les petfonnes qui 
l'ont connu , conviennent qu'il eft rare d'al- 
lier une fi belle ame avec un efprit fi fu« 
périeur. 

Extrait dt fEloge de M. Godinot j 
prononcé par Af. de Pouilly ^,lt 17 F/* 
vritr dans (Hôtel dt Ville de Reims^ 

»> Qu'il me foi t permis ici, Meflîeurs i 
t> d'être l'Interprète de notre reconnoilfan- 
ce commune envei^s un Bienfaiteur dont 






François é, it 

JÊ la perte nous efl: aulfi préfente que s'il 
a» venoit de nous être enlevé. Profitons de 
t) la circonftance qui nous rafTemble pour 
^> célébrer à l'envi fes bienfaits ;. mais ne 
9i noijs bornons point à lui rendre un hom^- 
55 niage ftérile , formons le tableau de fon 
« zèle pour Iç bien public ; ce tableau , s'il 
p efl: fidèle , fera le Monument le plus glo« 
w rieux qu'on puiffe élever à fa mémoire 
>» Se un modèle pour les bons Citoyens. 

» Mais par qqels coups de pinceau pour- 
» rois-je vous peindre afTez noblement un 
» homme que vous avez vu marquer tous 
yy les jours de fa vie par des bienfaits ; in- 
» fenlible à tout autre plaifîr qu'à celui de 
» confacrer fon loifir & fes biens à Tem- 
» bellifrement. ou à l'utilité de la Ville qui 
» lai avait donné la nailTance ! 

>9 Ici il décoré un Temple augufl:e par 
9» des ouvrages qui en découvrent toutes 
» les beautés & y en ajoutent de nouvelles* 
i> ( Les fommes confacrées par ce. Religieux 
ê> Citoyen pour les différentes décorations 
I» de l'églife de Reims ^ montent à plus de 
97 quarante mille écus ). 

» Là 5 il ouvre un afyle à des malades 
» infortunés ^ qui portent dans leur fein 
» toutes les horreurs de la mort, 8c qui 
9} par la cruauté d'un mal dont on redoute 
. » les plus légères influences , trou voient 
99 d'autant moins de fecours , qu'elles en 



ii BiSHPAlSAKCS 

9>avbie^t plus de bëfoin. (II a donné & 
99 IBôrel-Dieu quârante-dëux mille livres ^ 
j> tant pour la fondation de rhofpice def*- 
» tin^ aux perfônhes atta^qaces dé cancets , 
a> que pour d'autres bonnes œuvres ). 

99 Ailleurs il donne de Iccoulement à 
9i des eaux Jcroupillantes ijui répandoièni: 
» dans les airs des vapeurs empoilbnnées. 
99 Des bâcimens ajoutés à yos Hôpitaux , 
» rembelliflement de vos prorhénades piï-> 
j> bliques , annocent fes attentions gêné- 
» reuies* (11 fit faire des aqueducs, des 
99 eiîibellilïemens de promenades publîr- 

, » qùes 3 des bâtimens ajoutés aux Hôpitaux 
» pourla fomme de vingt mille livres )• 

«Les enfans , dans quelques-unes de vos 
aîParoifles , manquent-ils dés fecours né- 
w ceflaires à leur éducation ? là charité 
» bienfaifante'léur ouVre des Ecoles, (Vingt- 
» fep mille livres pour tes ïcoles grarui- 
•s? tes ). 

wErifin eft-îl convaincu que la hàtùre 
»> "du terrein ne fournit 4 la plupart de vos 
» Gondtô^is que des «aux pernicieôfcs ? 
99 II en fait couler dans vos 'rtmrs d auflî 
» excellentes pour la fanté que fevorables 

•«'pour les opérations du commerce, ( La 
>^dcpenfe des fontaines amenées datis la 
5> Ville , monte à cent mille livres , Se 
wpoitr cbnrinùer cet ouvrage fi utile. M, 

*** Godindt a laifTé à fa mort le refte dç 
a> fes biens )• 



Françoise» i]* 

99 Enfin ce Bienfaiteur a confycté poar 
n le bien public plus de 500,000 lîv. Qu'il 
» cft digne de vos regrets , ce Citoyen vé- 
yf nérable , qui obfervant à fon égard une 
^ parfaite ^^Jité , étoit fi attentif à vous 
3» combler de fes bienfaits, à les adbrtir i 
» vos befoins & à en afiurer la durée ! Les 
9> Annales de la Grèce ont cternifé le fou* 
V venir d un riche Athénien qui ouvroit à 
9y fes Cojaipatriotes fys jardins , fes greniers. 
» & (es tre(brs. C'étoit dans le fein de la 
t> magnificence qu'ilexerçoit fa libéralité > 
J9 & il ne rétendit jamais qu'à fes Con- 
» temjporains. Votre Bienfaiteur , Mef- 
» fieurs , l'çqajporte fur le Citoyen le plus 
»> généreux dont l'hiftoire fafle menuonl 
» Avare envers lui-même pour être prodi- 
» gae envers vpos , à peine eut-il cru vqus. 
» obliger^ s';! n'eut obligé tous yçs defcen- 
j> dans« 

» S^ géncçpfité a été pure & irréprpçha^ 
» ble. H .eft des }iqp(U]ie.s , qui injuues' ij9ur ^ 
» être Ipienfaifans , enrichïflent des çtran- ' 
» gecs par la ruine de leur propre famille^ 
a> a qui ils enlèvent des biens que Tinten- 
>i tion de leurs ^ucèti^es Se VqtJUe de la 
« fociécé le^ir ajVoientdeftinés,. Vqtre Bi^n- 
» faiteur , J^eflSçurs , jpien Için dé .crqiice 
.s> qu'on ^putja|i)ais con^n^ettre.cqtte injqjfti- 
» ce envers fes jprochès , a penfé qi^e nous 
» étant préfêates parles mains même delà» 

B 4 



r 



Î4 .Bienfaisance . 

^^ nature pour être les premiers objets de 
^ notre affeûion , ils doivent toujours être 
v> les premiers objets de nos largeffes. Il 
>3 ouvrit donc la diftribution de fes biens 
*> par celle qu il fit en leur faveur ; il leur 
ii rendit beaucoup plus qu'il n avoit reçii 
w de fes pères. Quitte envers eu5& par ce 
»» trait de libéralité , il a cru qu'il pouvoic 
3> regarder les biens qui lui reftoient , 
5> coinme des dépots entièrement confàcrés 
«à Tutilité publique. Ce génie ferme &: 
3> élevé avoit penié que la loi qui défend 
» aux Miniftres des Autels de travailler à 
« augmenter leurs richeires , devoir en cer- 
>S raines circouftances , recevoir dés excep- 
^> rions, & céder à la loi étemelle, qui 
5> ordonne de faire aux autres hommes 
jî tout le bien dont on eft capable. Il avoir 
» donc cru devoir exercer en leur faveur 
j> tous les- dons finguliers qu'il aVoit ré- 
5> çus de. la nature , & dans cette vue , 
M il renouvella en partie ce qu'ont, eiécu té 
3> autrefois dans une fphère beaucoup plu^ 
'5> étendue, lesSugget, les Jacques Cceur 
3^ & les Médicis. 11 nous a rendu ctoyable 
jile fuccès prodigieux de' leurs talens ; 
» Hiàis il y aurà-t-il dans toute la fuite des 
3> teôis aucun homme dont l'exemple au- 
%V torife la poftérité à croire qu'un de vos 
p Citoyens a , par l'excellence de fes vinsv 
»»'mé des tributs immenfes de toute l'Eu-. 



Françoise. 25 

fi rope , fans en avoir jamais voulu recueil- 
» lir d'autre avantage que les dons qu'il 
» eij Jaifoit à vos Hôpitaux , à l'Eglife &: 
M à fa Patrie « ? 

L'entreprife des fontaines dans la ville 
de Reims , avoir été tencée inurilemenc 
du rems du grand Colbert ; elle s'eft ré- 
veillée par M. de Pouilly , Lieutenant de 
cette Ville , fécondée par les bienfaits d^ 
M. de Godinot , Chanoine de l'Eglife do 
Reims , & a été heureufenient exécutée 

})ar le Père Fery , Minime. Ce fçavant Re- 
igieux réunit en fa perfonne les connoif- 
fance les plus étendues du fçavant profond» 
toute la modeftie de fon état , & tout le 
zèle d'un bon Citoyen. . . . 

M- Gpdinot , par Tufage qu'il a fait de 
fes biens , a JaiflTe un exemple de bienfai- 
fance pour ià Patrie , qu'on ne peut trop 
répandre , ni aflez louer : ce généreux vieil- 
lard , après avoir fonde des Ecoles Chré- 
tiennes , un Hôpital pour des cancers , 
embelli les promenades publiques Se dé- 
coré le choeur de l'Eglife de Reiips par des 
grilles , un pavé , des ftalles & un Autel , a 
voulu termmer tant de bienfaits par l'a- 
bandon du refte de fes biens pour condui- 
re les fontaines dans cette Ville qui man- 
quoit d'eaux falutaires. Le Roi à fon paf- 
lage à Reims fouhaitaVoir cet ami du Bien 
pubhc, Se S. Mt le combla d'éloges. 



20 Biekfaisahce 

On a établi vers Vm « 747 i Reims , pat 
les foiiis de M. de Pouilly , les Mathéma- 
tiques , le DefTm Ôc tout ce qui a capport 
aux Arts méchaniques.. 

«f t— T- I 1 III ,> 

Jean- Louis Petit , Chirurgien célèbre, 
né à Paris , ât paroître dès la plus tendre 
eniànce une vivacité d'efpùt & une pé-« 
nétration peu communes. 

Appelle en ij2.6 par le Roi de Polo- 
gne , & en 17 H P^ Dom Ferdinand^ 
depuis Roi d'Éfpagne , il rétablit la fànté 
de ces deux Princes qui lui offrirent d& 
grands avantages pour le retenir dans leurs 
Etats y mais il ptéféra fa Patrie qu il ché- 
riâbit. 

Plus d'un Souverain voulut avoir de fa 
main un Chirurgien de conâar^ce» Lorf-- 
quen .1744 1^ ^^i de Prufle appella des 
Chirurgiens François pour fes armées & 
ks Hôpitaux , il s'adreflà poi^r le choix à 
M. Petit y dont la réputation étoit répan- 
due par toute l'Europe. 

Il fît honneur à fon Art par les qualités 
de fon cœur. Sa feniibilité pour les pau- 
vres étoit extrême , foins , remèdes y at- 
tentions , tout étoit* prodigué par ce génér* 
yeux Citoyen. 



A, 



TrANÇQXS£» 27 



Jean Xeccaâbn ,, né à Lyon, fut quel- 
<|ae tems xie U Congrégation dt rOratoi- 
le , qu'il qiûcta enfuite â k moit de fon 
père pour le livrer entièrement i fon goût 
pour les Iciencés. Son caraâèce étoic un 
grand Scinda de probité » de candeur & de 
fincécicé. 

Un lour qu'il pailbic dans les rues <èta 
d^ine manière biiarre & négligée^ quel* 
ques enfans 8c quelques gens du peuple 
le fuivoient avec des huées* Un de fes amis 
le rencontra & voulut écarter ces in£blens * 
») ËVi ! mon^iitiài, laiflèz-les faire, cela les 
99 amufe , & je ne ^ux leur faire que ce 

Généteux de bienfaifant y il fàififlbit tou- 
jours Tpccafion d obliger 6c de faire le bien. 

«€ Il '.M.i i f 'I I i.Ui-J9 i»gacs=g> 

Jean -^Baptifte Languet , ne à Dijon , 
Curé de St.-Sulpice , conçut & exécuta le 
valle delTein de rebâtir fon ^glife , n'ayant 
d'autres ' fonds qu'une fomme de 300 liv. 
Il reçutrdes fecoursde tomes partâ y le Duc 
Rcgent lui .accorda une Loterie , &c ce 
Prince pofa la première pierr:e de cette 
vafte & magnifique Bafilique. 



\ 



ti BlENVAlS AN C E 

11 fe diftîngua encore par 1 etabliflement 
de la Maifon de l*Enfant-Jcfus , compofée 
de 25 à 30 Demoifelles pauvres, qui font 
preuve de noblelFe ; on donne la préfé- 
rence à celles dont les parens ont été aa 
fervice. On leur adminiftre une éducation 
digne de leur naillance; on les occupe en 
même-tenis tour à tour aux différens foins 
que demandent la boulangerie , les baffe- 
cours , les laiteries , le blanchiffage , le 
jardin, TApothicairerie^ la lingerie, les fi- 
leries & les autres objets du ménage. 

Un autre but de cet établilîement eft de 
fervir de retraite à plus de 800 pauvres 
femmes Se filles , qui vont y chercner de 
quoi vivre , foit qu'elles foient de la ville 
ou de la campagne ou des provinces. On 
les y nourrit & on leur fait gagner leur vie 
, par leur travail , en les employant fur-tout 
-à filer du coton & du lin. 

Il y avoit à TEnfant-Jéfus en 1741 y 
plus de 1400 femmes & filles de cette 
efpèce, & M. Languet employoit tous les 
moyens convenables pour les établir. Ce 
digne Pafteur ne cefla de foutenir cette 
Maifon jufqu à fa mort. 

Jamais homme ne fut plus ingénieux 
que lui à fe procurer d'abondantes aumô- 
nes & des legs confidérables. On dit qu*il 
diftribuoit environ un million chaque an- 
née. Il préféroit toujours les familles no- 



F a A N Ç O. I s E. 19 

Mes réduites à l'indigence , & l'on a dé- 
couvert qu*il y avoit dans fa Paroiflè quel- 
ques familles de diftindion à chacune def^ 
quelles il donnoit jufqu'à 30^000 liv.'par 
an^ généreux par caraâère , il donnoic 
grandement Se favoit prévenir les befoins. 

Dans le tems de la cherté du pain , en 
17x5, il rendit pour foulager les pauvres 
fes meubles , fes tableaux y d'autres effets 
rares & curieux. Il n'eut depuis ce tems-U 
que trois couvers d'argent , point de ta*« 
piffetie & un fimple lit de ferge que Ma- 
dame de Cavois ne fit que lui prêter, ayant 
vendu auparavant pour les pauvres tous 
ceux qu'elle lui avoit donnés en différens 
tems. 

Bien loin d'enrichir fa famille , il dif- 
tribua/u/qu'i fon patrimoine. Sa charité ne 
fe bomoir point à fa Paroilfe ; dans le tems 
de la pefte à Marfeille , il envoya des 
femmes coniidérables en Provence pour 
ibulager ceux qui étoient affligés de cô 
fléau. 

Il ne cefli de s'intcrefler avec zèle 1 
l'avancement & aux progrès des Arts , au 
foulagement du peuple & à la gloire de U 
Nation. 

11 établit dans fa ParoiflTe une Manu- 
&<5hire de mouHeline aufld fine que celles 

2 ai nous viennent des Indes. Cet établif- 
emenc intérelTe d'autant plus, que Tinten- 



jO BlEN^AtSAKCE 

tion du Fondateur écoit de 'reârer par ce 
moyen un grand nombre de fainéans de 
la misère Se du libertinage , Se ne' peut 
qu erre d une très grande utilisé pour le 
royaume. 

II reRifa conftamment plufieurs Evèchcs 
qui lui furent «offerts par Louis XIV & 
par Louis XV > fous le Miniftère du Car* 
dinal de Fleury. 

Sa piété & fon application continuelle 
aux oeuvres de charité , ne l'empèchoient 
point d être gai , agréable dam la conver- 
fation où il montroit beaucoup d'e%cu & 
de finedè. 

Les Matguilliers &c le fieur Dulau fon 
Succefleur , lui ont érigé un fuperbe Mau* 
folée pour tranfmettre à la poftérité les 
qualités &c les vertus de ce Pafteut refpec* 
table. 

On ne fauroit refufer de juftes louan* 
ges à TÂuteur de ce riche tombeau , Mi« 
chel-Ânge Slodtz , Sculpteur habile & re- 
nommé. 



3S9. 



JHAN-Baptifte Boyer , Médecin célèbre > 
rendit de grands fervices à fa Pairie par 
fon zèle & fon eicpérience confommée 
dans le traitement des épidémies 8c Aes 
contagions, dl f^t chargé ^pendaiK 30 ans 



Frauçoïsé» jt 

clu détail de ces maladies dans la Généra- 
lité de Paris; on le vit voler plufieurs fois 
au fecours des Villes 6c des Provinces in-* 
feâées, 

La ville de Beaavûs en particulier fe 
reflbaviendra toujours des fervices qu'il a 
rendus à fes Habitans dans un cems d'épi- 
démie. Pour lui donner un gage de fa re- 
connoiflance 3 elle arrêta par délibération 
du 21 Décembre de cette année, de lui en- 
voyer tous les ans un mouton* Ce préfenc 
que 4e Roi ne dédaigne pas d'accepter , fut 
une diftinétion très-nttteufe pour cet hom- 
me illuftre. 



Louis- Jacques de Chapt de Raftîgnac , 
né en Périgord , fut élevé par fon mérite 
iVEvèché de Tulles, enfuite transféré à 
i* Archevêché de Tours. Généreux & bien- 
faifant, ce digne Prélat ne fe fervoit de 
fbn crédit que pour faire du bien. Dans le 
rems des inondations de la Loire , on le 
vit fournir la nourriture Se des logemens 
a tous les pauvres Habitans des Campa- 
gnes Voi fines de Tours , avec leurs trou- 
peaux , Se à tout le menu peuple de la 
Ville. Il fe plaifoit à cultiver a fes frais les 
taiens des jeunes Eccléfîaftiques , & à inf- 
pirer i fon clergé le goût des fcience*» Ef- 



ji Bienfaisance 

f)rit jufte &: conciliant, il fe fervoit de fos 
uraières pour terminer les différends & 
prévenir les dilTenfions. Des mœurs dou- 
ces, un commerce sûr, un cœur né pour 
Tamitié , lui avoient attaché les^ amis les 
plus illuftres. 



<^ 



Claude Deshaies Gendron , d'une îl- 
luftre famille de Beauce, après avoir été 
reçu Dodeur dans la Falculté de Mont- 
pellier , fut fucceflîvement Médecin de 
Monfieur , frère unique de Louis XIV, & 
du Duc d'Orléans fon fils. Il pratiqua la 
Médecine à Paris avec le plus grand fuc- 
ces, & fe fit des amis de la plus haute 
confidération. Il eut des liaifons habituel- 
les avec les plus grands efprits de fon tems^ 
& entre autres avec le célèbre Boileau 
Defpréaux , qu'il venoit fouvent voir à 
Auteuil. Après la mort de ce grand Poète , 
il acheta fi . maifon & y vécut dans la 

flus grande retraite , ne s'occupant que de 
affaire importante die fon falut , & ne fe 
communiquant au dehors que pour le fer- 
vice des pauvres, auxquels il donnoit abon- 
damment des fecours de toute efpèce j il 
y mourut âgé de 87 ans. 

On raconte que M. de Voltaire étant 

. lia 



- Françoise. jj 

un jour allé rendre vifire à M. Gendron » 
il fit cet impromptu fur fa maifon : 

C*eft ici le vrai ParnaiTe 

Des vrais enfaris d^ Apollon. 
Sous le nom de Boileau , ces lieux virent Horace s 
Efculape y paroîc fous celui de Gendron. 



U ^ï Citoyen de Toul conftitué en di- 
gnité, fe ruina entièrement par les dépenfes 
exceffives qu'il fit pour fe fqutenir dans fop 
pofte \ fon époufe , par honneur & par 
tendrefîe , s'étoit enigagée folidairement à 
fatîsfaire aux dettes de fon mari. A la vente 
âe tous leurs efFets, la femme fe dépouilla 
de tous fes bijoux , elle exigea même cjue 
fa montre qui étoit d'un très-grand prix , 
fut également vendue. Un Juif, qui aflîf- 
roit à la vente , informé du malheur de 
cette famille défolée , achette la montre & 
la remet généreufement fans aucun intérêt 
à répoufe infortunée. Ce trait fublime de 
grandeur d ame de la part du Juif , le gé- 
néreux facrifice de cette femme vertueufe 
& équitable , excitèrent l'admiration gé- 
nérale de toute la ville. ' 



Tom. //• 



I 



J4 



BlEMFAISANGl 



Paris nous a fourni a peu-près dans 
le même cems un traie d équité Se de dé- 
licatetTe de confcience de la part d'unç; 
jeune Dame dont le mari étoit mort fore 
endetté. Elle facrifia génércufement toute 
fa fortune & tous les bijoux par refpeâ Se 
par tendrefle pour la mémoire ce fon 
mari » Se afin qu'aucun des créanciers n*euf- 
fent à fe plaindre de (juelque perte. Un 
Magiftrat frappé d'admiration du procédé 
noble de cette vertueufe yeuve , fe décida 
fur*le-champ à la prendre pour fon époufe. 
Il offrit à cette Dame fa main 8c fa fortune 
qui étoit très-confidérable, Ainfi le Ciel 
récompenfa la vertu de cette veuve efti* 
mable. 

Jnnés 1751. 

Le I } de Septembre fut l'époque de hk 
nailTance du Duc de Bourgogne. Elle fut 
célébrée à la Cour & à la Ville par des 
fêtes publiques & particulières ^ & ta joie 
caufée par un événement fi défiré, s'an- 
nonça de toutes pans avec le plus grand 
éclat. Le 1 9 du même mois ayant été fixé 

{»our fe conformer aux intentions de S. M. 
e Roi Se fon augufte famille honorèrenc 



Françoise; jj 

lie leur prcfence la Capitale » & y furent 
accueillis pat de vives Se de concinuellef 
^clami^tions de fes habitans. 

La ville de Paris s'ctoit propofée de don*- 
ner d'autres fèces , & fur- tour de faire tiret 
un fupetbe feu darcifiee fur la Seine ^ 
hrfqviç la Dauphine feroic relevée de fes 
couches» Elle avoir deftiné (ix cent milit 
livres à c^rcedé^enfe. Se avoir déjà même 
d^maadé aii Roi k periniiGon de la faire ; 
S. M* Y confencir » mais en changea lobjeti 
Au lieu d'un feu d'artifice qui donne au 

Êeuplê un plaifir de quelques heures , ce 
on Prince fouhaita que hs fix cent miU« 
livres fuâî^m employées à marier 600 pau- 
vres filles de la Capitale ou des fauKbourgs. 
La Ville en conféquence s aflembla & dai« 
beira ih fe conformer aux intentions du 
Monarque j c'eft ce qui réfuke d'une Or- 
dcHaaiace que les Qmciers Municipaux fi-' 
rent publier Se afficher dans tous les Car« 
re^iifs. Cet arrangement attira Tapplaudif* 
ièmenr général de U Nation, & parut di^ 
gne de la bonté du Prince â qui Ton en étoic 

ïedeyable. 

Cette Ordonnance s'exécuta à la grande 
timfifiékion de <|aandté de pauvres filles » 
fc toQCes les autres viUôs du royaume fui-^ 
w^m cet temple. 

Le Duc de Cefvres , Gouvemeoc de* 
I^uàs^ %naia en c^tte ^cçafion fa gé9aérea£è • 



|tf B r E N f A I s' A N C E 

bienfaîfance , en faifant à fes dépens trbift 
mariages à St.-Ouen , quatre à Mareil , dix 
i Genres, fept à Blérancourc & un dans 
toutes fes terres. » 

Le Comte de Noailles, indépendamment 
des autres marques éclatantes qu'il. donna 
de (es fentimens , dota plufieurs filles dans 
fes terres d'Arpajon , de Poix Se de Mou- 
chy , & non-content des fommes qu'il 
avoit données pour cet effet , il fe chargea 
encore de pay^r pendant 5 ans la taille 
des nouveaux mariés. 

Le Cardinal de Tencin couronna les dî-; 
vertiffemens de la ville de Lyon par une 
œuvre de charité qui fut généralement 
applaudie, en diftribuant i>5 ou 20 dots 
à z G pauvres filles. 

L'Êvcque de Metz prouva fon zèle en 
donnant à dîner a 1 5 00 pauvres dans les 
cours de fon Palais , & la Ville donna des 
dots à 5 o filles. . ' i 

- La Marquife de Pompadour dota & 
maria da^s fes terres toutes les filles na-^ 
biles* . . - - . 

M. de Montmajrtel , Garde du Tréfor 
Royal , eh 'fit autant. 

, Les Jutats de la ville de Bordeaux ayant 
à leur, tore M« de Tourny , Intendant de 
la Province , & la Milice bourgeoife étant 
fous les. armes, allèrent au milieu des ac- 
clamations du peuple Se au bruit de 1 arâlr 



f 



V F R A N Ç O 1 S E. 57 

lerie, tant de la Ville que des Vaifleaux, 
pofer la première pierre d'une nouvelle 
porce que la ville avoir fait conftruire & 
a laquelle les Bourdelais , avec la peimiiuon 
du Roi , donnèrent le noin de Porte du 
Duc de Bourgogne, Il y eut enfuite un&u 
devant THôtel-de-Ville , dont les Officiers 
Municipaux réfolurent de doter 170 filles, 
& à cet aâe de libéralité (i avantageux au 
bien public , joindre plu(ieurs autres lar- 
geflès confîdérables pour être diftribuééfi 
dans toutes les Patoiuès de la Ville & de 
-la jurifdiâion. 

Nous voudrions pouvoir rendre compte 
«de toutes les charités & libéralités du Car^- 
dinal de la Rochefoucault à l'occafion dé 
cet heureux événement. 

La ville de Bourges maria 1 4 filles , celle 
de Châteauroux 6 , celle dlflbudun 4 , celle 
de la Chaché 1 , celle de St.-Amand i , 
celle de la Charité 1, outre 10 filles de 
campagne qui furent mariées , foit par Tin* 
tendant , {oit par les Receveurs-généraux 
de la Province. 

Il y eut à Perpignan de brillantes fêtes 
pendant huit jours, & on y fit quarante 
mariages. 

La ville de Reims toujours diftinguée 
par fon empreffement i fignaler fon zèle 
dans les circondances qm intérelTent le 
Koi Se h félicité de fort royaume , voulut 

Ci 



donner un fpeâacle cligne de l'amour Se 
de k reconnoidànce dont eU« étoic fi vi« 
vemenc pénétrée pour les bienfaits dont S^ 
M. lavoit comblée en loi accordant une 
ibmme de 80,000 liv. pour accélérer 1 exé-^ 
cution des fontaines dam l'enceinte de fes 
murs. Elle crut devoir profiter des circonf- 
tances de la joie publique pour reconnoître 
une faveur aufli honorable en fe confor- 
mant aux intentions de S. M. fur robjec 
des dots. La Ville conclut ou'il feroit pris, 
fur les deniers dont radmmiftration lui 
étoit confiée , la fomme de 4000 Uv. pooc 
marier 10 filles. 

La ville du Hav^re dota 1 1 pauvres fiU 
les , elle donna à chacune 400 liv. de afiit 
de rendre cet événement plus mémorable, 
les réjouiflTartces furent différées jufqu'au 
jour de leurs mariages , Se les époux furent 
traités fplendidement à FHôtel de Ville. 

L^efpérance de pouvoir , à l'exemple des 
Grands & des Riches, célébrer par queU 
«que folemnité religieufe , la naiflance du 
Duc de Bourgogne, fembk>it être interdite 
aux pauvres de la ville de Fontainebleau j 
J»ais il fe trouva à la Cour quelques per- 
fonnes charitables , qui fâchant combien 
la voix de l'indigent vertueux eft agréable^ 
i Dieu Se capable d'attirer de nouvelles 
béàédiâiions lur la Famille Royale , mi- 
ssent {>ar leurs largeiles & leurs libéralités , 



, F H À M Ç O I s E, 3^ 

des ififbrtonés en écat^de <k>iiner Tefloi: i 
lent zèle par on Te Deum chanté avee 
pompe* L'Abbé de la Chataîgneraye , 
Comte de Lyon ic Aumônier du Roi, y 
officia , & le mocet foc exécuté par les Mu« 
ficiens de S. M. qui fe firent honneur de 
jèrvir d'organes anx pauvres dans cette 
cérémonie remarquable. La Reine > le Dau- 
phin & Mefdames de France , en affiftant 
a une cérémonie fi touchante , contribuè- 
rent par leufs bienfeks'à la rendre encore 
plus mtérefiànte. 

MM. les Echevins de Marfeille fe dif- 
ringuèrent dans les fèces qu ils donnèrent. 
EmpreiTés à féconder les pieufes intentions 
du Roi , ils relevèrent leurs ré;oui{làncef 
par la célébration du mariage de 70 filles 

2u'ils ^voient dotées , & par un feftin 
onné dans fHocel de Ville y auquel fe 
trouvèrent les nouveaux époux Se tous leurs 
parens. 

Le Marquis de Benîncafa y Gonful de 
France à Anc<)ne; fit diAribuec le jour de 
la fête du pain Se de f argent à environ 
2000 pauvres. 



4' ! III mUMML 



Tandis que louis XV , à Texempïe éc 
Son Augufte bifeyeulî s'occupcât du foin 
de rendre pltM commode Se plus gracieufe 

C 4 



^.Q Bienfaisance 

la retraite deftinée aux Officiers que leur 
âge & leurs bielTures mettoient hors d €Eat 
de fervirj ce Prince mcditoit un projet- 
très-important & vraiment digne de fa la- 

fefle & de fa magnificence ; c etoit 1 eta- 
liffement d'une Ecole Militaire , dans 
laquelle cinq cens jeunes Gentilshommes 
feroient nourris y inftruits & formés à tous 
les exercices convenables aux perfonnes ^ 
qui par leur état & leur naiffance , fem- 
blent fpécialemenc deftinées à la défenfe 
& à la fureté de l'Etat. 

Au mois de Janvier le Roi donna uti 
£dit dans lequel en rappellant ce qui avoic 
déjà été fait pour maintenir & même pour 
augmenter la fplendeur de l'Hôtel Royal 
des Invalides , S. M. donna de nouvelles 
preuves de fon affeâdon à ceux de la N6-» 
blefle , qui ayant confuaié leurs biens à la 
défenfe de l'Etat , fe trpuvoient malheu- 
reufement réduits à négliger l'éducation 
des enfans , qui par-là fe trouvoient in- 
capables de rendre aucun fervice & à la; 
Patrie & à leur famille. 

Pour remédier à cet inconvénient , le 
Monarque déclara qu'il fondoit une Ecole 
pour l'entretien & l'éducation de .cinq cens 
jeunes Gentilhommes > dans le choix def- 
quels feroient préférés, ceux qui en per- 
dant leur père à la guerre , font cenfcs être 
devenus les enfans de TEtat. 



. Françoise; ' 41 

^ » Nous avons confidéré , die ce Monar- 
» que , que le feu Roi a fait conftruire 
» l'Hôtel des Invalides pour être le terme 
^honorable où viendroient finir paifible*' 
»> ment leurs jours, ceux qui auroienc vieilli 
» dans la profeffion des armes , Nous • ne 
9> pouvions mieux féconder fes vues qu'en 
» Fondant une Ecole où la jeune Noblelfe 
V qui doit entrer dans cette carrière , pûc 
>} apprendre les principes de Tait de la 
» guerre , les exercices & les opérations- 
» pratiques qui en dépendent & les fcien- 
s)ces fur lesquelles ils font fondés; cefl: 
» par des motifs aufli pteflans , que nous 
»nous fommes détenninés à faire bâtie 
s9 inceOTamment auprès de notre bonne 
j> ville de Paris, &"fous le titre à* Ecole 
^y Roy ait Militaire y un Hôtel aflez' grand 
1» & a/Iez ipacieux pour recevoir , non-feu- 
» lement les cinq cens jeunes Gentilshom- 
3> mes nés fans biens pour lefquels nous le 
» deftiuons , mais encore pour loger les 
» Officiers de nos troupes , auxquels nous 
>3 en confions le commandement , & les 
?> Maîtres en tout genre , &c. « 

Quoique cet établiffement fût fondé en 
général pour la NobleiTe indigente , Louis 
XV cependant ji^ea à propos d*ordonnec 
dans la rfteption des fujets, des préféren- 
ces d'autant plus juftes, quelles lont fon- 
dées fur le mérite plus ou moins impor- 
tant des fer vice? militaires. 



4t BlENl(AXSA1«e£ 

Cette Ecole Royale, quant au fpiriturf, 
cft abfolument fous les ordres de l'Arche- 
vêque de Paris, Ce Prélat donna en confé- 
quenceau mois de Février 17^1 , un Rè- 
jçlement très-étendu , concernant les fonc- 
rions & les exercices fpîrituels qui doivent 
être pratiqués par les Elèves de cet Hôtel. 

A l'égard des fonds néceflaircs pour la 
conftruâion des logemens, pour, leur en- 
tretien & pour la fubfiftance des Elèves & 
de ceux qui veillent à leur éducation , S. 
M. eut la bonté d'y pourvoir par iiifférens 
moyens. Après avoir accorde à cet Hôtel 
les mêmes franchifes & exemptions qu'à 
l'Hôtel Royal des Invalides , le Roi alié- 
na en fa faveur le droit fur les cartes à jouer 
par forme de première dotation, & l'aug- 
menta même a fon profit par une Décla- 
ration donnée à Verlailles le 1 j de Janvier 
de cette année , laquelle fut enregittrée le 
11 du même mois. 

Six ans après ce Prince accorda en faveur 
de cet Hôtel , une Loterie compofée dans les 
mêmes principes que celles qui font éta» 
blies à Rome , à Gênes , à Venife , à Mi- 
lan , à Naples & à Vienne en^ Autriche. 
L'Arrêt du Conseil qui porte cet établiflè- 
ment, éft du 15 Oâobre 1757. 

En 17^1, fut confommée l'affaire de la 
réunion de la Manfe Abbatiale de St. 
Jean-de-Laon , Ordre de St. Benoît, à la 



II 



F R A N Ç O I s Eé 43 

Chapelle de l'H6cel. La Bulle de Clément 
•Xlll , concernanc cetce union , fut donnée 
à Rome le 51 Juillet 1760, éc fulminée à 
Laon au mois d*Oâx>bre fuivanc. L.e Roi 
donna des Lettres-Patentes en confcquence 
de la< Semence de fulminacion au mois de 
Novembre 176% ^ lefquelles furent enre- 
giftrées au Parlement au mois de J^illet 

Pendant le cours des formalités qu exi* 
geoit cette réunion , les revenus de TEcole 
-Militaire reçurent un nouvel accroifle^ 
ment par 1^ don que lui fit le Maréchal 
Dac de Belleiile y des (ix Charges d'Âfii^ 
neurs Se D^parceurs d'or ic d argent des 
Monnoies de Paris & de Lyon , dont ce 
Seigneur avoir fait Tacquifition ^ & dont 
jKu: fon teftament il fit préfent au Roi , i 
condition que le produit en appartiendrott 
à l'Ecole Militaire après la mort du Do* 
nataice. S. M. confirma ce don par des 
Letttes^Patemes du mois de Février 17^0, 

Dans k mêmeannée^ le 15 d'Août, le 
Roi accorda à TEcole Militaice deux deniers 
pour livre fur le montant des dépenfes 
des marchés j concernant la fubfiilance , 
remreiîen& le'fervice, tant des troupes, 
que des places appartenant à S. M. 

Le Roi fé renaît le j d)e Juillet 17^9, 
àJon Ecole Militaire pour pofer la pre- 
mière pierre de la Cnapelte» Les Elevés 



X 



44 Bienfaisance 

bordoienc la haie droite depuis le nouveaà 
bâtiment jufqu au de- là du modèle en plâ^ 
tre de la ftatue pédeftre de S. M. qui a été 
' exécutée & placée dans la Cour, fur le 
piédeftal de laquelle on lit cette infcripdon : 
Hic amat dicipattr atquc princeps. 



Henri -François d'Agueflêau , né à Li- 
moges, fut un grand Magiftrat, un favant 
profond , un Juge intègre & un homme 
jufte y c eft fous ces qualités fublimes qu on 
peut envifager cet homme, un des plus 
grands & des plus célèbres de notre ficelé. 
.11 fit le premier elTai de fes talens dans la 
charge d'Avocat du Roi au Châtelet ; il y 
entra à 1 âge d environ 1 1 ans , &c ne l'e- 
xerça que quelques mois. On créa en i6^o 
une troifième Charge d'Avocat - Général 
au Parlement ; M. d'Agueffeau le père 
l'ayant demandée pour fon fils, Louis XIV 
la lui accorda par préférence à un autre 
fujet, en difant : » Qu'il connoifToit a^ez 
» le père pour être afluré qu'il ne voudroit 
9> pas le tromper même dans le témoignage 
» qu'il avoit rendu de fon fils «• Reçu 
Avocat-Général le 1 1 de Janvier i (^9 1 , il 
exerça fa Charge avec tant d'éclat , que le 
célèbre Denis Talon , alors Préfident à 
monier« dit: » Qu'il voudroit finir comme 



F Rf A N. Ç O I s E. 45 

pce|eune homme commençoicc^ Il occu-* 
pa cette place jufquau 19 Novembre 
1 700 i qu'il fut nommé Procureur-Géné- 
ral, il n avoir alors que 51 ans. Il remplie 
toutes les fondions de cette grande Char- 
ge avec autant d'intelligence Se de lumiè- 
res que de fagefle 8c d'aftivité. Les affai- 
res du Domaine formèrent un champ vafte 
à fes recherches ; il décerra un grand nom- 
bre d'anciens titres enfevelis jufqu'alors 
dans l'obfcurité ; il les fit valoir par des 
écrits fohdes qu'on peut regarder comme 
d'excellens morceaux d'hiftoire & d'érudiv 
don. Dans toute l'étendue du rellort du 
Parlement , il régloit les Jurifdiftions , 
maintenoit l'ordre des Magiftratnres , en- 
tietenoit la difcipline dans les Tribunaux , 
prévenoit lefFet des paffions,.arrccoit mê- 
me les excès du zèle. Ses réponfes aux let- 
tres par lefquelles on le confultoit , fbr* 
moient comme une fuite de décifions fiu: 
k jurifprudence. Il fut Auteur de plufieurs 
Rcgiemens autorifés jjar des Arrêts. Char- 
gé de la rédadtion de pluiieurs loix par le 
Chancelier de Pontchartrain , celui-ci lui 
prédit qu'il le remplaceroit un jour. 

Il étoit fouvent confulté par les Minif- 
tres , par Louis XIV lui - même , fur les 
affaires d'Etat. Il compofoit des Mémoires* 
auflî profonds que bien écrits. Il traita d'une 
aunière fopécîeure rinftruâion crimineiler 



J^S BlEMVAlSANCB 

On a remarqué que pendant tout le tems 
ûu il fut Procureur-Général » les exécutions 
furent extrêmement rares ; c'eft Téloge de 
fa vigilance Se de fon humanité. On lui 
confeilloit un jou^ de prendre du repos t 
»>Puis-je me repofer , répondit-il ^ tandis 
» que je fcais qu'il y a des hommes qui foa£» 
» firent ««. 

» Pourquoi ne puis- je louer un grand 
» homme , dit M. Thomas , fans retracer 
9f les maux de la France ? Attaquée par deM 
4> ennemis heureux & implacables , elle 
9> foutenoit avec peine une guerre cuineu- 
%y fe ) huit ans de combat avoient été huit 
n 2U1S de défaftre. Ce fut alors qu'un hy ver 
»> crnel re(rerrant les entrailles de la terr^ , 
9> fit périr toute refpérance des moiflbns; 
>> & Louis XIV prefque chancelant fur fon 
» trône ébranlé , voyoit d'un côté fes troo* 
>i pes fugitives & fes remparts qui s'écrou^ 
jtïoient; de l'autre, un peuple immenfe 
H & mourant , dont les mains tremblantes 
9> tendues vêts lui , demandoient inutile^- 
»• ment du pain. D'Âguefleau croit voir la 
39 France baignée de larmes fe préfenter i 
yy lui avec tous les malheureux qu elle a 
» dans fon fein. Il porte leurs cris au pieds 
9» du ttône4 Les canaux de l'abondancC' 
9> qu'une cruauté avare tenoit fermés, s'oa*- 
, » vrent à fa voix. Ces hommes afïreuz qui 
y> calculent la misère publique pour conr 



Françoise» 47 

«noîtrc le profit qu'on en peut cirer; qui, 
99 pour amalTer de 1 or , égorgei?oienc la Pa- 
f9 tâe y font fotcés par k févérité des Loix 
ira rendre k vie aux malheureux «• L*ad- 
miniftration des Hôpitaux fut cgalemenc 
, iobjet le plus cher de fes foins. 

Sur la fin du règne de Louis XIV on 
crue M» I>ague(Ièau menacé d une difgrace 
parce qu'il refufa conftamment de donner 
Us conclufions pour Une Déclaration qu'il 
regardoit comme contraire aux libertés de 
l'Elliiè Gallicane. Mandé à Verfailles , il 
amve, parle au Roi avec tout le refpeâ 
d'un fujet Se toute k fermeté d'un Magif- 
crat , &: revient tranquillement à Paris* 

A la mort du Chancelier Voifin , dans 
la nuit du 1 Février 1 7 1 7 , dès le matin le 
Hégent le mande au Palais Royal , & en le 
voyant il lin donne le nom de Chancelier : 
Dagueflêau s'en défend » fait des repréfen* 
xations ao Prince y allègue fon incapacité. 
Le Duc d'Orléans pour la première fois » 
cefû/ê de le croire , & Dagueflêau fe voie 
enfin obligé de conientir a ton élévation* 
Il parut encore plus grand que fa dignité. 

Peribnne n'a plus aj^rofondi que M* 
Dagueflè^^ la kience des Loix. 11 avoir 
depuis long-tems de grandes vues fur la 
Jurifi>rudence Fran^oiie. Son deCTeinétoiç 
d'établir une eniiàre conformité dans l'exé- 
cation des anciennes loixt.f^ns en changer 



4? B X EN P, A I S A N C E 

Je foiids, & d'y ajouter ce qui pouvoit 
manquer à leur perfeâbion. Pour bieû 
exécuter un plan fi vafte , il fe propofa de 
travailler fucceffivement à des Loix- qui fe 
rapportoient à trois objets principaux, les 
que/lions de droit , la forme de tinJlruSion 
judiciaire , & C ordre des Tribunaux. Il ne fe 
contenta pas de fes propres lumières, tou- 
tes les Cours Souveraines , à fon invitation 
l'aidèrent dans fon travail. Il créa un Bureau 
de Légiflation auquel il préfidoit j dou^e 
Loix importantes émanèrent de ce Tri- 
bunal. Pendant 40 ans le Chancelier tra- 
-vailla fans relâché à reconftruire quelques 
parties de ce grand édifice. C*eft là lans 
contredit le plus beau monument de fa 
gloire. Quel bonheur pour la France , fi une 
vie plus longue , félon le vœux de la na- 
tion , lui eut permis d'exécuter ce Coc|ê 
précieux qu'il avoir fi fagement projette. 

11 eut le malheur de perdre Anne Le- 
febvre d'Ormeflbri , cette époufe fi ref- 
peélable par fa vertu , par ion mérite & 
par le nom qu elle portoit. Coulange avoit 
dit au fujet de ce mariage fi heureufement 
aflbrti: » Qu'on avoit v^ pour là première 
9> fois , les grâces & la vertu , s'allier en- 
j> femble . Cette dame illuftre mourut à 
Auteuil le premier Décembre 1755. La 
douleur de M. d-Aguefleau égala fa ten- 
dreilè pour elle. .On craignit que le poids 

des 



FRANÇOISE. 49 

îles aifaires , yoim à celui' de l'affli<5tion ^ 
ne laccablâc. « Je me dois au Public , dir 
» foit-il , & il n'eft pas jufte qu il foufFre 
9» de mes malhetirs domeftiques ««. 

M. le Chancelier jouit jufqu'à plus de 
Si ans, d'une fanté qui avoit rcfifté aux 
plus pénibles occupations , & qu il avoit 
conservée par la fobricté & par Tcgalité 
d'ame. Dans le cours de Tannée 1750, des 
infirmités douloureufes l'obligèrent d'in- 
terrompre fouvent fon travail 2 il réfolut 
de quitter fa place , parce qu'il ne pouvoic 
plus remplir qu'une partie de fes devoirs. 
Il y avoit près de ^4 ans qu'il étoit Chan- 
celier. 11 difta lui-même fa démiflîon j il 
en figna Tade le jour qu'il finitToic fa qua- 
tre-vingt-deuxième année. Il la remit à 
M. le Comte de Saint-Florentin , Secré- 
taire d'£tat y Se fes deux fils allèrent avec 
ce Miniftre , remettre les Sceaux au Roi ^ 
/qui lui confetva les honneurs de Chan- 
celier de France , avec une pénfion de 
100,000 liv. 

Ce grand homme mourut" lé 9 de Fé- 
vrieî: de cette année. Il jporta jufqu au de-là 
"An tombeau , la iimplicité qui formoit fon 
caraâèreé 11 voulut que fes cendres fuffent 
mêlées 6c confondue^ parmi celles des pau- 
vres , dans le Ciiôetière de la PàroiflTe d' Au- 
leuil , à côté de fon époufe. Leurs enfans 
^t fait él.evet-\ltie Croix au pied deleuc 

Tom. II. D 



JQ Bl£NFAl9À)fGE 

fépulrure, donc les m^bres ont étiàQtmh 
par Louis XV. 

. Tous ceux qui meurent» font honorés 
par des larmes : lami eft pleuré par fou 
ami ; Tépoux par Tépoufe ; le père de fa- 
inilld par fes enfans. Un grand homme eft: 
pleuré par le gçnre-humam. 

Lorfque fa pompe funèbre craverfoit U 
Capitale» quels éroient à fi vue les fend<* 
xifktns des Citoyens ! Tadmiracion & la dour 
l^ur, Le corps où avoir habité cette grande 
fi.me » quoique froid Se inanimé, imprioiotc 
HÇkçore le «efped. Le vieiUwd difoit à fes 
enfpns t » Mes 61s , Thomme )ufte eft mort; 
»? L^ foible Se le malheureux s ecrioîent ; 
» l)ou$ n'avons plu9 d'appui «• . 



MiçHBL^Éûwne Turgat > «tpit né â Parîsi 
d'une famijie originaire .4je . Norn^wdie ^ 

qui îQuic depuis Ipug-ten^ps dans çeit# 

Province de la jufte confidératioh que doq- 
lient de grands çt^bli0Vmen$ lie la notoriété 
d'une npblefle immémoriale. Le goût des 
Lettres s'eft tranfmis dan^ ç^t^e ancienne 
Maifon ^ 4es pères aux eni^$ y ainfi ig[ue 
l'amour de la vertu* Ce mérûe h^édicaiice 
eft le feul que M. Turgot fe permit d'enr 
yifager avec com^laiiànç^ dans u^ origine 
ilbftrè. U fe gloofiak à ce titie de cempu» 



F R A TM Ç O I s I. 51 

parmi iès Âyeuï œacemek le célèbre Pierre 

Pîdioa. 

• Les keureufes difpofitions que le jeune 

Turgot tnoniia dès fes pkis tetiores aiuiées , 

furent cultivées avec foin. 

En 1 7 1 1 , il Bit reçu Confeiller au Par-* 
le«3€nt ^ Comimf&îre en la féconde Cham- 
bre des Requêtes du Palais* Au b^ic de 
fit $ms ) il fsiUhL de œtce charge à celle de 
Préfideni; en ia même Chambre > & Vy 
ààSàngeiSL fàt ixwces les ^lalités qui ren* 
éetit>un Magîfttflit secommandable. 
' Une nouvelie 'carrière plus vafte , plus 
ilî£cile ) & qui demandoit des talens d'un 
ordre diiSèfear y s'ouvrit pour lui en 1 7x9» 
La tnoirt de M. Lambert laifla vacante la 
|jiace ^e Prévôt des Marchands de la ville 
4e Pxisy de M. Ttsrgot y fut nomotié. Il 
téunitifbit dans fa perfonne , tout ce. qui 
^téivient le peupieen £arveur des Ma^iftrats; 
Wie luiMe arantageufis, de beaux traits , une 
^hylionomie qui tefpilroit la douceur. Cet 
eti^eur , foutenu par une grande r^uta- 
«ioti de^iobité y fixa fm iui tous les regards , 
là première fois qu'il parut i la ^te du Corps 
dé Ville ^ &: le peuple l'aima dès qu'il le 

' Le ^ébut de fon admimfttation eut un 
éclat qiii femblotten préfager la {plendeur. 
Is, nasffitnce du Daupnin qui convbloit les 
titttt 4ê la JËEati^ & de l'Europe, fut cëé^ 



jx Bienfaisance 

. ' brée par des fêtes que le Roi honora de fa 

préfence. Ce Monarque vint fouper à THô- 

tel-de- Ville 3 & témoigna toute fa fatis-- 

faâion du zèle de M* Turgor. C'étoit un 

ancien ufagequeles Prévôts des Marchands 

reçufTent en pareil cas une gratification de 

40,000 liv.^ mais M. Turgot fe crut allez 

técompenfé par l'approbation de fon Prince* 

Les foins qu il lui fallut donner d'abord 

aux préparatifs de cette fête ^ ne lavôient pas 

diftrait de 1 étude de fes autres devoirs. Il 

s'attacha., dès qu'il fut en place y à $'en for* 

tnèr une jufte idée ^.& cet examen , en lui 

dévoibnt la nature & retendue de fes fonc* 

tions , redoubla fon ardeur. 

Depuis^ 1758 jufqu'au moment où il for* 
tit déplace , les Ports de la Ville qui font 
de. fon refibrt , fournirent .prefque feuls à 
la fubfiftance de Paris; Dans les téms mal- 
heureux , il raflembloit toutes les forces de 
fon géiiie , Se le fuccès couronna toujours 
{es efforts. Tel fiit l'effet des mefutes qu'il 
fçut prendre , c'eft qu'il attira dans la Capi- 
tale, & qu'il y foutint en 1746, l'affluence 
des bleds, au point de faire juger fuperflui 
par le peuple même les fecours extraordi- 
naires que fa prévoyance lui avoir prépaiiés ^ 
& d'étouffer par-là tout prétexte de plainte. 
.C'eft ce qu'il vouloir y car ce n'étoit pas affeâ; 
pour lui qu'on dut être content , il defiroic 
<juon le mt^ il afpiroit à rendre les mut;: 



, Françoise» 53 

mures , non-feulement injuftes» mais enr 
core impoflîbles. . 

La police pour le bois de chaufFage quç 
M, Turgot trouva établie fur ce point , tout 
cffentief qu'il eft , avoit été jufqu'alors aflex 
négligée. Cette confommation n'eft deve-» 
nue exceflîve que vers le commencement 
de la Prévôté de M. Turgot. Dans le cour^ 
de Ces onze années d'exercice y il la vit s'ac* 
xrroître d'un tiers. Quelle que foit la çaufe 
de cet abus dangereux y il s'agiffoit de remr 
placer par un excès d'abondance ce que 
I excès du luxe enlève journellement aux 
befoins du peuple. M. Turgot y réuffit^ 
On vit prefque toujours par fes foins là 
proviQon de deux ans rademblée dans les 
Chantiers de Paris, tandis qu'il auroit p« 
xépondre au befoin d une rroificme qui ^ 
ptéparoit dans les Ports & dans les ventes 
éloignées. 

Ce Magiftrat vigilant voyoit d'un œil 
inquiet, le luxe toujours croiffant , épuifer 
d'une manière déjà fenfible les Forets du 
Morvant & du Nivernois. L'amour du bien 
public IjUi fit former, en 1759 > le projet 
d'ouvrir aux bois de la Lorraine , une route 
jufqu'à Paris , en établiflant une communi- 
cation entre la Meufe & ^'Oy(&^J^^ h 
xivière d'Aifne , que quelques canaux îoin- 
droient à la Meufe. Tous les plaiis de ce 
projet avoient éçç d^efles avçc roiflipab 

D 3 



1 



( 



];4 BIENFAISANCE 

«les obAacles^an «napichèrent l!'etécueiûi& 
M. Turgot fe farpaflà lui-même dans les 
trois dernières années qui furent les plus 
diifiàtes de ^ geftion. Forcé de combaccr^ 
â la fin / l'iociimence des iaifons Se les 
obftacles qui naiflfbienc de Tavidicé des 
hommes, il duc fes fuccès à fa conftance^ 
à fon génie & au zèle' infatigable de feu 
Secrécaipe, digne confident de fes vues, 
comme lui y plein de droiture , de définté- 
reflfement , d ardeur pour le bien public^ 
9c qui y par un dernier trait de refTemblance > 
lacrifia comme lui ^ fa fanté dans cette oc* 
cafidi. Un travail outré les réduific Tun & 
l'autre' à l'état le plus afifreux; M. Houfle- 
maine , ce digne Secrétaire , ce vertueux 
<3toyen devint paralytique âès 1740. M. 
'ïurgot-^5 ftijet a la goutte, dont les fré- 
quens aeeè» Teuflent empêché de vaquer à 
tout , elïàya des remèdes qui la firent re* 
jfïuer dans le fahg-, & teïlé foc Tcpoque de 
la langueur dans laquelle il à tramé le 
refte cfe' fes jours. Le cas qu'il a fait d'uA 
homme fi propre à le féconder, montre 
ailez combien il eftimoic la ^ercu. Jamais 
51 lie donna fa confiance qu'à des gens de 
b.iën , il aimoic à les employer , il fçavoic 
it$ diftinguer. 

' Après avoir employé les premières an» 
tïéeS dfe'Jà Prévôté à rétablir les affaires de 
lâ Viilé', €c à rendre poffible ce qui! voit- 



loit faite un jour; lorCqu'il fe vît en étaf 
de pouvoir Tentreprendre avec fuccès , il 
Aéployz y pour lavantage & Totnéniem dd 
h Capitale , toutes les richeiïes des Arcd 
^u'il avoir toujours chéris & encouragés. 
Ce fut alors qu'on vit éclore au milieu des 
tems les plus difficiles , ces nfionumèné 
admirables qui lui aifurent l'immortalité. 
Alors , au lieu de ce fofle croupiflant , dont 
les exhalaîfons infeâoient l'air 8^ caufoient 
des maladies itlorrelies, pdrut ce canal » 
pondrait pour 1 écoulement des eaux & de$ 
immondices qu'elles entraînent, travail di-^ 
gne des Romains , & qui joint au mérité 
de l'utilité , celui d'une très-gtande diffi-* 
tulté vaincue. En mème-tems s'élevoit urt 
Quai , dont la hatdieffe étonne les con*- 
noiflèurs; mais ne peut étonner ceux quî 
ptéfens à la conftrudiort de cet ouvragô 
immorteï, en éiîudioiemî h méthode , H 
voyoient M. Turgot , fans celfe à la têtef 
des Travailleurs , les anirfier , lei diriger , 
les infpirer en qttelque forte. STun atrtrd 
côté le génie ôc le cifeàu du èélèbre Bbu-* 
chardon , ornoient à lenvi des plus riches 
tréfors dé TArchitcftare & de la Sculpture, 
la Fontaine de Grehrelle , tiioiturtrert t qtt'ori 
eut idttiké istht Athènes. 

Mai^ ùé qu'a feit M. Turgo* , ^*efl 
qir'une partie de ce qû'îl atoît Projette. Il 
VQMlotc t^ndtè praticable d^-d'un abtrfcl 

D4 



E 



^^ BlENFAlSANtSH 

facile le labyrinthe que forment tarit de 
rues étroites aux environs du Palais, en 
rolongeant le Quai de l'Horloge , jufqu à 
a pointe de l'Ifle de Notre-Dame. Il vou- 
loit rapprocher 11 fle Saine- Louis du centre 
de la Ville , en bâtilTant un Pont de pierre , 
à la place du Pont-rouge j porter abon- 
damment l'eau de la Seine dans tous Içs 
quartiers de Paris , en conftruifant au-defllis 
de la Porte Saint-Bernard , une machine 
qui auroit élevé l'eau jufqu'au fommet de 
la montagne de Sainte-Geneviève , d'où 
raflemblée dans un réfervoir immenfe , 
elle eût été facilement conduite par-tout. 
11 vouloir encore offrir à ladmiration du 
Public le fpeâacle intérellànt du Portail de 
Saint-Gervais. Il fe propofoit enfin de faire 
enforte que la Ville fût chargée de finie 
les plus beaux Palais de l'Univers , & 
qu'elle obtînt pour récompenfe, la face de 
ce Palais qui s'étend fur la' rivière. Cette 
face eût donné à la ville de Paris, un Hôtel 
plus vafte , plus commode , mieux fimé , 
plus digne d'elle , tandis que lès trois au- 
tres côtés euffent logé plus magnifique- 
ment le Grand-Confeil , les Académies , 
la Bibliothèque du Roi , & contenu tous 
les Dépôts des Secrétaires d'Etat. Tous les, 
platis de ces grands ouvrages avoxent été 
travaillés avec foin & profondément mé- 
dités. S'ils n'ont point été exécutés, ç.^ 



F a A H ç o I s E. 57 

qu'avec les idées du grand Colbert, M. 
Turgoc n'avoir ni la difpofîtion des mêmes 
ibmmes , ni la même indépendance* 

A l'exemple de ce Mécène illuftre des 
Arts & des talens, M. Turgot favorifoit 
les Arciftes & les encourageoit. Il viiicoit 
les Atteliers , ôc s'inftruifoic à fond du dé- 
tail de$ Manufai^ures. Il a toujours protégé 
êc ibutenu les Auteurs des découvertes uti« 
les. Il s^exerçoic lui-même avec fuccès , à 
perfeûionner des machines , à les fimpli- 
fier , à les rendre d'un ufage plus sur ou 
plus étendu. Plus d'une fois fon imagina- 
tion féconde a concouru dans les réjouif* 
fànces publiques , avec les talens des Ac- 
tiftes qu il employoit. Rien n'égale la pom- 
pe des fêtes qu'il a données , que la poli- 
tedèai/ee, noble, attentive avec laquelle 
il en faifoit les honneurs. Dans ces fêtes 
fomptueufes^ l'ordre, la variété, la nou- 
veauté des Speftaclès, fe difputoient les 
applaudirïemens du Public. 

Il eft à remarquer que les Portes Satnc- 
Denis & Saint- Martin , le Quai neuf & 
les Remparts, font dus aux foins de M. le 
Pelletier, Miniftre d'Etat, grand-oncle de 
M. Turgot; que M. de Souzi eut la direc- 
tion du Ponr-Royal , & qu'ainfi depuis près 
d'un /îècle , prefquetous les embelliffemens 
de Paris, font l'ouvrage ^ ou de M. Tiirgot, 
OU d une famille à laquelle il appartenoit. 



<8 BlENTAl^AKCE 

M. Turgot , dans l'eiitreprife de ces tra- 
vaux fi capable^de lui faire un nom, lefpé- 
rance de la gloire agiffbit moins fur ibiï 
cœur , que le défit d'être utile. Que d'ou- 
vrages incqnnu^, invifibles en quelque for-^ 
te , dont Paris , fans le fçavoir , eft rede- 
vable à fes foins. Ici fa prévoyance faifok 
p^lacer une rampe ^ un parapet, une bar-^ 
rîère; U,c'étoieiic des pompes , des pieux 

3ui puflent indiquet la hauteur de Peau ; 
es hlets qui recinflent ceux qui y feroient 
tombés par accident. 11 faifoit exaftement 
couper les joncs qui crpifiènt dans la ri- 
vière au-deflus de Paris , parce qu'on s'étoic 
apperçu que la graine ou la mouflTe qu'ils 
produifent , a la qualité d*un poifon froid. 

Qu'on parcoure les Prévôtés de M. Tur- 
got,on comptera les jouts par fes fervices 
«gnalés ! On verra le Ht de la Seine net- 
toyé, ciégagé de fables en plufieurs en- 
droits ; les attériflfemens qui sy formoient , 
détruits avec foin ; fes eaux conduites dans 
des fontaines que des fources moins bon- 
nes avoient remplies jufqu'alors; on long 
travail entrepris pour régler les différentes 
iTiefures de liqueurs ; des chauffées conf- 
truites ou réparées; dés Corps-de-Gardes 
établis fur les Ports & fur les Rem|J)arrsj 
mille précautions prife^ pour rendre la na- 
vigation plus facile \ les incendies moins 
fr&juents ou moins dangereux j la voie pu- 



FHANÇOISE. 59 

bB^e pins sâre ou plas libre ; des etnbel- 
lîflfètnens , des r€paratk>n$ fans nombre dans 
f intérieur de rHôtel-de- Ville ; lotdre mis 
dans les Archives ; enfin , ramélioracion de 
tant de parties .dont chacime elb infenfible; 
mais donc le bon état néanmoins eft te feitl 
fondement du bien général. 

Tant de fêtes , tant d embelliflèmens , 
de libéralités , de travaux de toute efpèce , 
la plupart exécutés dans des temps dont la 
ttgueuc n'avoit pu être adoucie qu*â force 
de dépenfes y paroiflbîenc devoir époifer 
le tréfot de la Ville. Cependant , ic c'eft 
ce gui met te comble i fa gloire , il la 
retmfe ^ fes Succefleurs libre de dettes > 
avec des fends confidérables dans&scaiilès» 
Se beaucoup plus riche qu ette n etoit avant 
ia Prévôté. Ses revenus étotenc fMrefque 
doublés en 1740, Une économie inépuifk- 
ble en refiburces , une adminiftration éclai- 
rée y qui proportionnoit les entréprifes aux 
moyens; ia réimion de plu(ieurs droits^ 
laite de fon temps au Domaine de la Ville ^ 
le produit de quelques droits anciens aug« 
mencénaturellemenc^ ou porcé par une faee 
régie à h vateut réelle , ont été les cautes 
de cet dccr€>i^ment procfigienK ; ajoutons 
enfin fon exaâitude lévèffe ic icrupuleule 
i renfermer les revenus de Ùl place dans 
les limitas les plus éffoite«^ ôc à refu£?t 



4o BlZKFAlSAlYCB 

fouvent ce qu'un long ufage auioit pu loi 
faire accepter à titre de droit. 

L'humanité, fiit encore un des traits prin^ 
cipaux oui caraâérifent Tame fendble Se 
gencreufe de ce grand homme. Le foin 
d arrêter & de réparer les calamités publi- 
ques , de calmer les tumultes , de remédier 
aux incendies & aux fuites des déborde- 
mens de la rivière, rien n'échappoit à fa 
vigilance. 

Parmi les fléaux qui peuvent ravager 
cette Ville immenfe , Tincendie eft un des 
plus redoutables & des plus communs» 
auflî M. Turgot n'a-t-il nen oublié pour 
le prévenir. Delà ces pompes diftribuées 
dans tous les quartiers , de-là ces regards 
placés de diftance en diftance pour ouvrir 
les grands tuyaux des fontaines , & par le 
moyen defquels on peut en un inftant 
.porter dans le lieu de Tincendie cette 
mallè prodigieufe d'eau que la Pompe da 
Pont-Notre-Dame élève mceffamment de 
la rivière, & que tant de ruifleaux fouter- 
jains font circuler dans Paris -y mais ce vi- 
gilant Magiftrat ne fe repofoit pas fur. ces 
précautions générales. Au prjsmiet bruit 
d'un embrafement , il voloit lui-mcihe 
par^tout où i'appelloit le danger des Ci- 
toyens. Ils le voyoient aétif , intrépide , 
in&tigable > préfent par-tout y expoier {jk 



F R A K* Ç^ O-I « E. tfl 

ile pour fauver la leur, donner fes otdres 
de (ang ftoid , les faire exécuter fans con-' 
fufion , animer les travailleurs par fou 
exemple & par fes largefles. Tel il parut 
dans Tembrafement de l'Hôtel-Dieu en 
I7J7, Ce terrible accident fut accompa- 
gné de circonftances les plus propres à 
développer la bonté de fon ame & Tafti- 
vite de fon courage. Un peuple d'infortu- 
nés incapables de fe fecourir eux-mêmes 
& de fe dérober aux flammes , attendoienc 
dans leurs lits une mort cruelle & qui 
fembloit inévitable ; mais un génie taré-' 
laire veilloit â leur confervation. M, Tur- 
got apprend leur péril & court le partager 
ou les en garantir j' il' obtient de TArcne- 
vèque fon agrément pour faire tranfporter 
les malades dans rEglife de Notre-Dame j 
le transport fe fait tous fes yeux avec une 
diligence incroyable , & tandis qu'on l'e- 
xécute il poufvoit à leurs befoins de toute 
efpèce. Grâces à la fagefle & à l'efficacité 
4e fes mefures , tout fe trouva raffemblé- 
de manière qu'en moins de (ix heures , les^ 
malades eurent le bouillon , la nourriture ^ 
les médicamens 8c les fecours ordinaires' 
avec cette abondance qui peut feule raffu- 
ret dans une pareille crife. Lorfque le fort 
des malades tut établi, M. Turgot fe livra 
tout entier au foin de conferver les bâti- 
V^nSy il paila lamuit au milieu du péril ^^ 



I 



62. Bienfaisance 

de ne fe permit aucun repos qae lorfqu'il 
eut vu les flammes éteintes. Le peuple , té* 
moin de £>n courage , dje ibn aâbivioé , de 
iès aÈtentiotts généceufes , voyoit alors corn** 
bien Vhomme animoit en lui le Magiftcaty 
auiîi en eft'-il peu qui ayent hi chéris au-^ 
çant que M. Turgot. Sa ptéfence inipiroit 
au peuple le refpeâ: & la joie , mainteiioit 
la police » arrêtoic les tumultes les plus 
violent. L'autorité de fa vertu le difpenfoic 
de recQuric à celle de fà ^lace. '■ 

On peut fe ra^^ller le démêlé fanglane 
qui s'excita ùjm le Port Sainte-Nicolas , encre 
les Soldats des deuK Régimens des Gardes, 
au mois de Janvier 1736,1! s'agiâbit de la. 
déckarge d'un batteaù, dont les SuâiTes s'é<- 
toient emparés au préjudice des François. 
Ceux-ci vinrent attaquer les travailleurs qui 
fe défendirent^ &c la querelle s'échauffoit, 
lorfqtiie Tarrivéc de M. Turgot rétabdir le 
calme ; mais ce calme n étoit cpi'appaisentà 
Sur les quatre heuces après midi , les Suiflès 
s'ctant rangés en bataille dans le Caroufel , 
marchèrent le fabie à la main vers le Porc, 
dans ce marnent quatre Compagnies aux 
Gardes FrançoiCes padoient fur le Pont* 
Neuf, en revenant de Verfailles* Elles met- 
^nt furrle-cham{) la bayonnette au bout du 
fofil , & s avancent en ordre contre le» 
SuilFes. Ils fe joignent, & le combat s'-en^^ 
gage. Des cris confus l'annoncent à M- Tur« 



François e» <îj 

goc , qu'un heureux prefTeacini^c ramenoîc 
alors vers le lieu de la fcène. U vole , fe jette 
au fort de la mêlée, leur crie de mettre 
bas les armes. Au même inftant , toutes les 
armes font à fes pieds. 11 fait ranger les 
combattaus fur deux lignes , écoute leurs 
plaintes , prononce entre eux , & les ap^ 
paife. 

Une place de Confeiller d'Etat avoir été 
dès 1737 la récompenfe de fes fervices ; & 
çe& à ce titre qu'il fut en 1745 premier 
Préiidem du Grand-Confeil. 

Une Goutte cruelle le conduisît enfin au 
tombeau» La Religion , pour laquelle il 
avoir eu toute fa vie un attachement fîncère > 
fortifia fon courage dans l'épreuve longue 
Se douloureuie de fa maladie. 

Notto iiède â vcv peu d'hommes au(fi 
vertueux que M. Turgot. Sa vertu avoir la 
fimplicité d'un inftinâ naturel Se la folidité 
des principes. Bon père y bon citoyen , bon 
ami. Bîentaiteur modefte , mais vif 8c Cin^ 
cèrCy il n'attendoit pas que les befoins vinf- 
lent mandier un appui dont il ne fut jamais 
avare ^ il alloit au dey^^t des défirs. U a 
quelquefois eu pour fes amis une ambition 
qu'il ne fe fentoit pas pour lui-même. U 
sooblioît véricablemenr te ne voyoit qu'eux. 

M. le Pelletiec des Forts , fon oncle , lui 
apprit un loue qu'il avoit à donner une place 
importante , &: qi^i dépendoic de lui. Le 



^4 B t E N F A I s A K C B 

Eremier mouvement de M. Turgot, fut de 
i folliciter pour un de fes amis. 11 robtinr 
auffi^tôc , & courut annoncer à fon ami ce 
qu'il avoir fait j à fon retour chez lui , on 
Jui demanda pourquoi il ne s'éroic pas pco^ 
pofé lui-même j fa reponfe fur : je ri y ai 
pas penfé. Sera-t-on lurpris qu'un homme 
capable d'un rel oubli âe foi-même , aie 
fair brûler un reftament fait en fa faveur, 
au préjudice des héritiers naturels? cette 
adion n'étoit que jufte pour M. Turgot, 
dont la morale pure & iublime comptoir 
la générofité parmi les devoirs. 



rh 



Dans la Séance publique de l'Académie 
Royale de la Rochellç , tenue le z 8 Avril 
de cette année, le Père Valois, Directeur, 
prononça un Difcours fur les Bibliothèques 
publiques, à l'oçcafion de celle qu'on fe 
propofoir d établir dans cette ville. Ce qui 
occafionna ce difcours , c'eft le don que M. 
Richard , Tréforier de France , fit de foft 
Cabinet à la Ville > pour fervir de premier 
fonds à une Bibliothèque publique. L'Aca- 
démie , ^ui compte au nom de fes Mem- 
bres, ce citoyen zélé pour là gloire de la 
Patrie , & pour le progrès des lettres ^ crut 
devoir lui payer le tribut de louanges que 
mérite une adion auffi eénéreufe» 

Xa 



Françoise, 



' La reconnoiflânce , & cous les fendmens 
qui nous anachenc à M. PalKToc de Mon* 
tenoy , nous font faifir avec emprefTemenc 
ane citconftance des plus heureufes , que 
fious FournitTent fes Mémoires de Lictéra- 
rare, dont il a bien voulu nous gratifier, 
pour rendre hommage à la fenfibilicé de fon 
cœur, à fa tendreiTe filiale & à fon refpeâ 

Eour la mémoire d'un Père illuftre & célè- 
re dans la profeffion du Barreau. 
Hubert Paliflbt , Chevalier , ancien Con- 
seiller d*Ecat du Duc de Loraine , Léopold» 
eut à Nancy, en 17313, l'affaire la plus 
mémorable & la plus glorieufe, peut-être j 

3 ai fat jamais arrivée à aucun particulier 
e fon état. 

Le changement qui fe fit en Loraine, en 
1 7 i 9 , la paffion de l'éloquence , firent ab- . 
diqùer la Magiftrature à M, Paliflbt , pour 
reprendre les fondions d'Avocat. A peine 
rentré dans la carrière , il eut l'avantage 
dangereux d'avoir à foutenir les intérêts 
d'un homme fans fortune, & dénué de tout 
crédit , contre un homme puidànt par fon 
opulence , & par fa faveur. Il étoit elfentiel 
au bien de la caufe , qu'il ne s'interdît 
zacun des moyens qui pouvoient établir les 
droits du Particulier dont il avoit pris la. 
Tom. II» E 



66 filSlYliAlSANCi; 

dcfenfe. Parmi ces moyens , il y en avoic 
d'humilians pour l'homme f>uinànc \ mais 
ils éroienc victorieux pour le pauvre, & M. 
Paliflbt étoit incapable de garder des mé- 
nagemens qui auroient pu nuire aux intérêts 
de fon client. Il parla , il écrivit avec la force 
& l'éloquence qui lui étoient naturelles j 
l'homme puiÛant fut condamné. 

Ce dernier ne put pardonner au généreux 
défenfeut de l'opprimé. 11 cabala fourde- 
ifient ds^ns roi:dre des Avocats , fe plaignit 
des expreffîons trop dures qui , félon lui y 
étoient échappées a M. Pali(lbt , dans fes 
plaidoyers & dans fes mémoires. Enfin , il 
réuffit par fes intrigues , & M. Paliffor fut 
mandé au nom de fon Ordre, pour recevoir 
une efpèce de réprimande , & une injonc- 
tion d'être à l'avenir plus circonfpéét. Pet- 
fuadé qu'il n'avoit fait que remplir les 
devoir!; de fon état; nori-feulemerit , il ne 
ie reftdit point a invitation du Mtonniier j 
mais il lui échappa, dit-on, quelques paro- 
les piquantes, qui furent tecueîllies pair 
l'envie^ ic pfeutêtre exagérées. Tous les 
Avotàcs fe crùïeint offehfés. L'Ordre ie 
readit pat députés chez le Ptocureut-Gérié— 
rai , pôu^ fe plaiiidte d^ Iteut Confrère ^ 
pour déclarer que déformais aucun d'eux 
n'occuperoit plus avec lui danis aucune àffai^ 
ré , & peur demi^der ^ue fon ntfm £uc 
rayé dij tableaUé 



Françoise. Cj 

Le Procureur-Général eftimoit &: confi- 
déroic M. Paliflbt ; mais âllarmé de lani- 
ïïiofité de i^% Confrères , il ctut devoir lui 
confeiller un accommodement, & voulut 
bien offrir fa médiarion. M, Paliffbr ne put 
accepter une propofition qui lui paroiflbit 
in/urieufe. Sa digne & vertueule époufe 
imita ion courage , ou plutôt le furpafla. 
Elle eut la noble afïlirance de dire au 
Procureur- Général , qu'il falloir , ou que 
fon mari triomphât, s'il étoit innocent , ou 
qu il fut pimi , s'il étoit coupable. On fe 
prépara de part & d'autre a la guerre ^ M. 
Pali/Ibt , feiil contre tous, & tous {^ Con- 
frères contre lui. Les Avocats choifirent 
entr'eux quatre à!Z% plus célèbres Membres 
de leur Corps, pour plaider contre M. Pa- 
liflbr^ & en effet ils plaidèrent tous les 
quatre dans autant d'audiences confccutives. 
Cependant le bruit de cette caufe fingu- 
Kère fe répandit non-feulement en Loraine j 
mais aux environs. EnBn, arriva le jour 
où M. Paliflbt devoit répondre , & où 
TafFaire devoit être jugée. Le concours fut 
prodigieux. Les dehors du Palais furent 
affiégi^ par une foulé immenfe de peuple j 
& le dedans , pat tout ce qii'il y avoit de 
plus diftingué dans la Province j les L)an\es 
de iâ < oiir & de la ville lès plus qualifiées^ 
[ occupoient les Lanternes. Enfin M.' PbliffoÉ.^ 
I parut. Soti Diiirdurs, pleih devéhëftîehce 

E a 



ÇS BiBNFAISAKCE 

Se de grâces » accabla Tes Adverfaires. Les 
Magiftracs furent aux opinions y on n accen* 
die pas leur Arrêt ^ l'acclamation publique 
retentit de toutes parts. Une circonftance» 
fervit à rendre cette journée plus (latteufe 
encore, pour l'Orateur j on étoit dans les 

{premiers jours du Printems ^ prefque toutes 
es Dames avoient des bouquets; en ijn 
' înftant M. Paliflbt fe vît , pour ainfi dire j 
aâailli d^une pluie de âeurs. L'Arrêt, eniSn , 
fiit prononcé. Une gloire nouvelle l'atten- 
doit au fortir du Barreau. Ramené chez lui 
comme en triomphe , par M. de Gondre- 
court , premier Préfident, le peuple fît ar- 
rêter la voiture. Les femmes oqs Halles 
vinrent le complimenter , & couronnèrent 
fa tête d'une branche de laurier. Il s'établit 
depuis à la gloire de ce grand homme , une 
efpèce de proverbe, dans la Province & 
dans les communautés villageoifes ^ qui ne 
défignoient M. Paliflbt, quand elles ve- 
noient lui confier leurs intérêts, que par 
le nom de t Avocat qui avoit gagné tous Us 
autres. 

Quelque tems après ce glorieux triom- 
phe, M. Paliflbt s'étant rencontré fur lé 
paflagc du Prince Charles, ce Prince daigna 
s arrêter pour le féliciter de fa vidoire. 

Perforine ) ne fut plus à- portée que ce 
célèbre -Orateur , d'après cet événement 
même > de faire la fortune la plus brillante ; 



F R A K Ç O I SE» é^ 

maïs trop généreux , trop noble , trop dé- 
fmtérefle, il ne laiilà , en mourant , à fès 
enfans, d'autre héritage quune excellente 
édacation , fon mérite & l'exemple de fes 

vertus. 



L A Cômtedè de Vértillac réuniflbît eh 
& perfonne toutes les qualités propres k 
infçirer Teftime & la vénération. Née i 
^aris d'une ancienne & illuftre hobleflè 
originaire dePérigord, elle étoît fille uni^ 
que de Nicolas de la BroufTe, Comte de 
Vértillac , Maréchal des camps & armées 
du Ro\ , Lieutèrtaftt dans la Province da 
Périgord , Gouverneur de Mons & da 
Hainaulr, lequel aptes avoir mis èh- fuite 
les ennemis a la ^fournée de Boflii fous 
Valcourt , y fut fra]ppé de pluûeurs croups 
niortek L'éloge cju'un grana Roi qui con- 
noiffbit le mérite & qui favoit le rccora- 
pen/fer, fit de cet ^ifecellent Officier, eft un 
^ûr garant que sHl n'eut pas été enlevé de 
ce monde à la fleur de fon âge , il pouvoic 
fe flatter dé parvenir aux plus grands hon* 
neurs de la guerre. Louis XlV dit à fa vetr- 
ve,quil avoic perdu dans le Comte de 
Vértillac le meilleur Officier d'Infanterie 
qu'il y eût eu depuis le Maréchal de Tu- 
reoue, 

E3 



^ Bienfaisance 

Mademoifelle dç Vertillac tçès- Jeune i 
refta entre Içs mains d'une mère d'un mé-' 
rite diftingué , qui lui donna la meilleurç 
éducation. Elle avoit reçu de la nature de 
fi heureufes difpofitions , qu elle fe livra 
avec le plus grand fuccès à la connoi (lance 
de toutes les fcîences & de tous les Arts. 

Son cœur nétoit pas moins admirable 

que fort efprit. On ^*a* jamais porté plus 

loin le défit d'obliger \ elle n'étpit occupée 

qu a diminuer le ^nétite^ de la reconnoiliaiv 

ce, & par cette raifon piême , elle laug- 

tnentoité Elle regardoit le monde entier 

comme une fociété djs ftères qui ne de- 
„^: «t '- „>^ r« j-^ r^-..;^^ 




a'être Utile , & l'on, peut dire à^*è\\e avec 
vérité qu'elle n^a jamais perdu un jour de 
:ia vie.. Qn ne pouvait U voir fans défirçr 
4'a.Mo>r.part à Ion amitié, auflS acquéroitr 
elle jous, les jours de nouveau)^ amis , Sç 
ce qu'il y a de r^re, ç^ netoit pm^xs aux 
dépi^i^s des^ anciennes amitiés que ces ac- 
.^uifitions fe faifoiçnt^ 

U eft furptenant combien , par fe$ iavis 
-& par fes leçoos les plus efficaces , elle a 
fevpriCe de talens n^illàns que, fans elle , 
tindigence auroit étouffés j rpais elle avoic 
grand foin de prendrejes plus grandes pré- 
cautions pour que fes bonnes aâions fu£- 



François £• 71 

fent ignorées. Sa modeftie a ibavenc été 
trahie innocemment par la reconnoiflànce 
de quelques-uns qui ont mieux aimé être 
indifcrecs qu'ingrats. 

Une égalité conftance rendoic fa fociéeé 
délicieufe , & ce n'écoit jamais au'avec 

J>eine qu'on fe féparoit d'elle. Une u digne 
èmme mérita d être pleurée de tous fes 
amis & de tous les gens de bien. 



■9 



Guillaume Bouhier , Chevalier de 
rOrdre de St.- Jean de Jémù\lem , Corn* 
mandeur des Commanderies de Robai* 
court & de Bellecroix , mourut i Neuf- 
chateau en Lorraine > âge de près de c^o 
^ns ; il étoit frère du premier Evèque de 
Dijon Se du Préfident à Mortier du Par- 
lement de cène Ville. Ce brave Comman-» 
deur avoir donné de grandes marques de 
courage engrenant galère dans les expédi- 
tions de rifle de Candie , & .fe fit ex« 
trêmement regretrer à Neufchâteau par rou- 
tes les perfonnes diftinguées , auffi bien que* 
par les malheureux auxquels il étoit d*Qn 
grand fecours. 



N 



E4 



yx B X EN F A I s A M C B 



4! 



Catherine Cahouec mourut à Orléans, 
ParoilTe & fauxbourg St.-Marceau > âgée 
de 91 ans. Cecce Demoifelle vertueufe &: 
bienfaifance en avoic paffé fotxance dans des 
Ecoles de Charité qu'elle avoir établies eti 
1^91 , conjointement avec deux de fes 
fœurs. Leur charité ne connoiflTanc point 
de bornes , elles fe chargeoient avec zèle 
d'autant de filles qu'il leur étoit poffible 
d'en,recevoir. M. Hannet , alors Curé ^de 
St. Marceau , charmé de la bénédidion que 
Dieu répandoit fur les travaux de ces pieu- 
fes filles, n'appuya pas feulement la bonne 
CEuvre, mais réfolut de l'afFermir & de 
l'étendre autant qu'il loi feroic polTiblc» U 
acquit une maifon fur fa Paroiife , y fit 
iâcir des claffes & y établit les DemoifeU 
les Cahouet. Dès-lors le nombre des en- 
fans , dont on leur confia le foin & l'inC- 
truâion, fut confidérablemenc augmenté ^ 
& leurs clades tellement remplies, qu'elles^ 
fe virent prefque toujours à la tête de deux 
cens enfans. M. Hannet leur donna un 
nouveau fecours en leur aflbcianr deux de 
{qs propres fœurs. Âinfi elles étoient cinq 
Maitreffes toutes animées du mêine es- 
prit. A mefuré que la mort enlevoit quel- 
qu'une d'entre elles , là Demoifelle Ca- 



F ïl A N Ç O 1 s B. 7J 

liouet , oui donne lieu à cet éloge , avoît 
foin de le procurer un*fujec capable de la 
remplacer. 

Un fi bel établilTement a long-tems fub- 
fifté fans autre fonds que Tabondante charité 
de&fu)ets qui le compofoient. Ce qui leuc 
revint en 1707 de la fucceflion de M. 
Hannet, & plufieurs années après de Tune 
des fœurs de ce charitable Pafteur , ne 
leur procura outre la maifon , qu'environ 
200 liv. de rente. Cependant avec une fi 
modique fomme , Mademoifelle Cahouet, 
aidée par les épargnes volontaires de fts 
Compagnes , & par les charitables libéra- 
lités de plufieurs perfonnes dont elle avoic 
mérité la confiance, trouvoit le moyen de 
fournir des livres à la plupart de fes en- 
£ans , d*en nourrir plufieurs , de les ha- 
biller félon leur état, & même de fecou- 
rir leurs parens qu'elle favoit dans l'indi- 
gence ; mais ce n étoit encore là en quel- 
que forte que TaccelToire de l'œuvre admi- 
rable pour laquelle Dieu avoir donné i 
Mademoifelle Cahouet un talent fi extraor- 
dinaire , elle avoir de plus le difcernement 
des efprits , une adreUe merveilleufe pour 
s'accommoder aux difFérens caraâères des 
en&ns , un mélange de douceur & de fer- 
meté propre à contenir les uns & à encou- 
rager les autres j une patience inépuifable; 
un zèle toujours j^uveau j & avec toutes 



74 Bl£HI^AlSÀNCS 

ces qualités, le précieux fecrct d exciter 8t 
d entretenir parmi ies EUves une grande 
émulation: Cctoît fur- tout pour les prépa- 
rer à la première communion que fon ar- 
deur redoubloit ; depuis TAvent jufqu*à 
Pâques elle leur parloit fur cet important 
objet deux heures par jour , travail qu^elle 
â foutenu jufqua fa quatre-vingt-dixième 
année ^ & dans un âge fi avancé , par le 
froid le plus rigoureux , il falloir que fes 
dignes coopératrices plus attentives (ju'elle- 
meme à fes befoins, lui filTent violence 
pour l'engager à fe lailTer foulager. 

On laifTe à penfer quels fruits dévoient 
produire de pareilles Ecoles , fourenues 
pendant 60 ans dans un fi excellent goût. 
Auffi n*y avoit-il dans toute la ville aOr- 
léans qu'une voix d*applaudilïement 8c 
d*admiration de l'œuvre de Mademoifelle 
Cahouet & de fes vertueufes Compagnes. 
Non-feulement des perfonnes de tout état 
étoient charmées de leur confier l'éducation 
de leursiîlles , on leur en envoyoit encore de 
différens endroits, de,Tours, de Blois, de 
Rouen , de Paris même. Plufieurs Curés 
de la Canipagne les prioient d'y admettre 
les Maitrefles de leurs Ecoles , afin qu'elles 
apprirent la vraie manière d'inftruire les 
enfans. Souvent ils fe procqroient la fatis- 
fadtion d y affifter eux-mêmes , & ils n'ent 
fonoient jamais qu'avec une nouvelle ad- 
miration. 



V 



-Françoise. 75 

L'illuftre Infticutrice tomba dangéreufe- 
tnenc malade les premiers jours de Sep* 
tembre ; elle redoubla de ferveur & mou** 
rut enfin dans une paix inexprimable , 
édifiant jufqu'au dernier foupir par les 
grands fentimèns de piété qui lavoienc 
animée & fourenue toute fa vie. Elle fut 
inhumée au milieu d*un concours extraor- 
dinaire de tous les gens de bien ^ & les 
IVlarguilliers , en reconnoifTance des im- 

Çortans fervices rendus à la Paroiffe par 
a refpeâable défiuite , firent célébrer un 
fervice folemnel. 



M. de Cramezel , d une famille noble 
de Guerrande , fut honoré le 1 8 de Décem- 
bre, dune gratification de 500 liv. que 
Louis XV lui convertit en penfion , tant 

Jour les feryices qu'il avoir rendus à la 
darine , que pour quelques Ouvrages Lit- 
téraires qu'il avqit donnés au public. 



Ce Monarque , en confidération des 
grands talens & des découvertes intéref- 
lames que M. Morand, Chirurgien célè- 
bre , avoir faites dans fon Art, accorda à ce 
Citoyen des Lettres de NoblelTe > ainfi 



7tf B I E N P A I s A N C B 

3u'k M. ' Puzos , Direâeur de l*Acadcmîe 
e Chirurgie. 11 décora depuis M. Morand 
du Collier de TOrdre de St.- Michel. 

Ce Prince annoblit également M. Ba- 
gîeu , Chirurgien-Major de la Compagnie 
des Gendarmes de la Garde. 

^ N N É M 1751. 

L A France eut à pleurer cette année la 
perte d'une grande PririceflTe. Anne-Hen- 
riette de France mourut à lage de 24 ans, 
emportant dans le tombeau lamour , Tefti- 
me & les regrets publics. 

Soumife par fon état & par fa naiflTançe , 
mais avec une diftinûion que fa naifla.nce 
& fon état demandoient , quelle grandeur 
ne mit-elle pas dans fa dépendance , quelle 
réferve dans Tufage de fon autorité ! 

Quelle fatisfaâion pour Louis XV y 
lorfqu'aUj retour de fes glorieufes campar- 
gnes , dépofant fes lauriers au milieu de 
iQs enfans, il les voyoit raffêmblés autour 
de lui , fe' réunir pour lui plaire , & lui 
plaire véritablement par cette union dont 
il étoit l'objet & le principe ! Combien de 
fois dans ces converfations particuïiètes' & 
intimes , dont les droits de 1 âge & ceux 
d'une première tendreflè le portoient à 
honorer Madame Henriette ; combien dé 
fois: ad^nira-t-il la droiture de fon coeur ^ 



Françoise. 77 

ïes agrémens de Ton efpric , la juflieffè do 
fes vues , & cette fageife de Confeil qui 
entre rarement dans le caradfcère de la jeu- 

neiTe » Se qui faifoit fpécialement le fien ! 
Quel ufage fit-elle de cette confiance du 
Roi ! Que de grâces obtenues lont rendue 
Éivorable à l'indigence » glorieufe à l'hu- 
manité, chère à la Religion ! 

' Sonextrême affabilité ^ Ton humeur bien- 
faifante y Se les autres vertus folides qui 
formoient fon caraâère , lui avoient acquis 
le refpeâ: Se 1 afFedion des perfonnes qui 
avoient Thonneur de l'approcher. LL. M* 
& la famille Royale , témoignèrent la plus 
grande tffliâion de cette perte. Remplie 
de religion & de cet efprit de fa,ge(re qui 
la guidoit dans fes paroles & fes adions , 
elle difoit un jour au Dauphin : » Noua 
j9 fommes environnés de Batteurs intérelTés 
9» à nous déguifer la vérité ^ notre intérêt 
» eft de la conrioître; rendez- moi ce fer-. 
» vice , }c vous le rendrai à mon tour : que 
9> je fâche mes défauts ; vous fçaurez les 
9> vôtres « ! Quel langage fublime ! quelle 
connoiiTance profonde des hommes dans 
une PrincefTè qui n'étoit alors âgée que de 
quinze ans ! Elle parloir ainll à un Prince 
moins âgé encore y mais rempli d'amour 
pour la vérité. 

La Reine peignit encore en deux mots 
fçp Aiigufte: nlle ; »> Quelque bien que l'on 



8o BlENFATSAMCE 

fans diftinâion , les befoins de Tindigen- 
ce. La fagelTe a trouvé auprès de lui autant 
de reflburces que le libertinage en a dans 
le monde. Il a enlevé au vice de jeunes' 
perfonnes qui en auroient accru Tempire. 
^nfin , fes mains libérales ont réparé Tin* 
juftice de la fortune & l'inclémence des 
airs. La terre , dans les Provinces de foti 
appanaee , pouvoir être ftérile inipunément* 

La charité tendre & compatiUante de ce 
Prince religieux , le conduifoit dans ces 
trift'es lieux , où la faim , la nudité , la mi- 
sère,, accablent des qaalheureux fouvenc 
tentés d'accufer la mort de lenteur. 

Coucy eft une petite ville fur une mon'- 
tagne , fituée entre Laon & la rivière 
d'Oyfe. Louis XIV. la donna en appanage 
à Philippe de France , Duc d'Orléans fon 
frère unique, & le Duc d'Orléans , fon 
petit-fils, y laiffa des marçiues éclatantes de 
la libéralité & de fa charité. 11 y fit bâtir , 
en 174} , un Hôtel-Dieu, y établit fix lits 
pour les pauvres malades de ce lieu y y fie 
placer quelques Sœurs pour les foigper , 
& pour tenir une Ecole de jeunes filles. 
Le Prince follicita & obtint la réunion de 
trois Maladreries des environs , pour dotée 
cet Hôtel- Dieu, &: il aflPeda du fîen looo li- 
vres de rente , à prendre fur fes Domaines 
de Coucy, 

Le Père Bernard , Chanoine-Régulier de 

Sainte 



F R A'>ï Ç O' I $1^ " Si 

Sainte- Geneviève , Prédicaceat célèbre ; 
rapporte dans TOraifon Funèbre qa il fie 
de ce Prince , un trait admirable» dont il 
n'y â peut-être jamais eu d'exemple , Sc 
qui décèle bi^i la grande ame de ce géné« 
reux Prince. 

. Forcé , malgré lui ,^ de plaider dan^ une 
affaire litigieuie, il porta le défintéreflè* 
ment & lamour de l'équité , jufqu'à four- 
nir à un particulier de l'argent pour foute* 
nir fes droits contre lui , Sc qui > après avoir 
perdu fon procès , rendit grâces encore i 
ia Partie, de ce que, en le pourfuivant, 
elle lui avoit épargné une injuftice. 

De pareilles aâions ne font pas feule* 
ment d'un Chrétien, elles font d'un Ci* 
royen , d'un Philofophe , d'un homm« 
d'État. La mémoire du Duc d'Orléans fera 
éternellement précieufe . â l'hiimanité , aux 
mœurs > à la Religion ôc aux Lettres»^ 



ii ji I ► 



Lb premier d'Août M. le Dauphin fut 
attaque de la petite vérole. Sa maladie 
«donna d'abord de très-vives allarmes ; mais 
Je lo étant hors de danger , la France flit 
rafflirée. Pendant tout le cours de <ette 
maladie , Madame la Dauphine s'attira l'ad-* 
miration , le refpeét & l'eftime générale 
par le courage & la teiidrelTe avec lefqueU 



/ 



1^ B l I H r A I 8 A K é i 

^Uo rendit à fon Augufte époux les foins 
lei plus afltdus . lui apponà les fecours les 
plus utUçs 9 Se lut donna les marques les 
plus tendres de ion aflfeftiom 

Des Lettres de Languedoc marquent , 
que le Marquis du Viviers, pour marquer 
i^ foie du fétabliflement de ce Prince, avoir 
donné un fond pour &ire apprendre dtt 
tnétiers à quatre jeunes garçons des Terres 
qu'il pofsède dans la Province. 

il avoir déjà fondé Tannée précédente j 
«n avions de grâces de la naiilance du Duc 
de Bourgogne , une Mefle , pour être célc« 
brée tous les ans le i ) <le Septembre , dans 
la Chapellj^ du Château de Viviers > pen- 
dant U vie de Louis XV. 

L A ville de Valenciennes fit éclater fon 
tcle ^ fon amour pour le Roi, en fàifant 
la dédicace d'une Statue pédeftre de Louis 
XV , en marbre, ouvrage du fieur Saly» 
célèbre Sculpteur Le médeftal fur lequel 
elle fut pofée »eft orné de deux bas-reliefis^' 
repréft^ncaf^s , l'un la viâoire de Fontenoy , 
remportée par c« Monarque ; & l'autre , fo» 
entrée dans la ville de Valenciennes» 



F R A K Ç C I*S I. S| 



UAcADiMiE des Sciences, Ans Si 
Belles-Lettres y établie à Befançon par Lec^ 
très-Patentes du moi^ de Juin , propofk dani 
une de fes premières féances , deux Prix , 
fondés par le Duc de Tallard fon protec« 
teur, dont le premier eft une Médaille 
dor dé } 50 Hyres ^ le le fécond, une dt 
150 livres. 



sBiËseatisd^ 



LAvUle de 6e£inçon vodlattt également 
concourir par des moyens ^ui puwfem fe^ 
conàer les talens , aux progrès & à la gloire 
de cette Académie ^ ^>nt elle avoit atig**- 
mencé les revenus, fonda un Ptix des Arts ^ 
pour être diftribué avec ceux d'Eloquence 
Se de Linérature î^ ce pcix eft une Médaille 
d'or de 100 liv. 

François Chicoyneau , toc k Montpel« 
lier , fe livra avec atdeur à l'étude de h 
Médecine. Le Rbi voulant <^u'il fuccédac i 
ion père, déjà très-âgé , & privé de la vue > 
le pourvut de là pkce de Chancelier de 
rUniveriité & des deux Clmses d' Anato-, 

Fa 



t4 ^ l.E N' F AI s A K é S 

mie & de Botanique, qui y font ordinaire- 
ment jointes. Cette faveur du Prince ne fit 
que redoubler fon zèle. Jamais perfonne 
ii^exerça fa ptofeffion d\ine mànfèrê plus 
noble & plus défintérêflee. En état par fa 
formne de fe pafTer de la recohnoiflànce 
flue à fes foins; il nm voulirt jamais ac** 
ceprer aucune* 11 accoidoit volonriers fes 
Ibins à tous ceux qui les Itii demandoiéht; 
mais c'étoit toujours Ies;pauvres qu'il voyoic 
par préférence. 11 les aidoit de les confeils 
& de tout ce dont ils avoient befoîn. La 
gloire de fes fuccès^^^ la réputation de fes 
vertus, furent toute fa récompenfe. 
r ■ La ville iàe Maf feille étant affligée dé là 
|>efte , le Régent qui connoilToit les talens 
&. le cceur de ce . généreux Médecin , le 
pla^aià h tête de, ceux qu'il y envoya. Nous 
pe répéterons point ici toutes les bonnes 
lEuvres qu il y fit, & de la manière dont il 
fe facrifia pour le bien de l'humanitél Le 
Roi, fatisfait de la manière donc il s'étoit 
comporté , lui donna des marques de fa 
bienfaifance par un Erevet honorable , ac- 
compagné d'une péïifion. 
^! Laîréçéptipn qu'pi> lu! fit à Montpellier, 
rie-, fuf pas moins fl^tteufe. Ce n étpient 

Su'acclamations Se icjoijiHances. ij^n lui 
rjçfla die^ Arcs de triompha ; les Habitans 
ide h' Ville. $f les Etudiîins en Médecine , 
Vincent le féliciter* . 



< ^ .- • * . . . ^ ■ ^ 



F a A K Ç O I s B. S5 

Appelle à la Cour en 17^1, pour être 
Médecin des Enfans de France , il ne garda 
ce pofte qu'environ neuF mois. La place de 
premier Médecin du Roi étant venue à 
vaquer par la mort de M. Chirac fon beaoh 
père , il en fut auffi-tôt pourvu. Cette place 
fi honorable & fi diftinguée, ne changea 
rien à fa manière de vivre j elle le mit ea 
état de faire plus de bien. Toujours égaler 
ment affable & modëfte , il fut chéri 6c 
eftimé d«$ Grands & des petits; mais ce 



•aui eft au-de(fus de toute louange , e'eft le 
jours à la tante de Louis A V « Un le voyou 



loin 8c le zèle avec lefquels il veilla tou- 
jours à la fatité de Louis XV. On le voyoic 
courbé fous le faix des années , fuivre le 
Roi dans fes voy^es ^ 6c même dans fés 
Campagnes. Il étoit à Metz lorfque la mâh 
ladie de ce Prince allatma (i vivement tous 
les François. 

Enfin , après avoir vécu jufqu*à lage de 
80 ans, il mourut de travaux & de fati« 
gués , regretté de fon Roi , & de tous ceux 
qui le connoilToient. 



stBÊBsmBoaf^ 



CHARLBs-Antoine Coyoel , Ecuyer» 

i>remier Peintre du Roi & du Duc d*Oi>- 
éans , Garde des Deffins du Cabinet de 
S. M. , DireAeur. & Reâreur de T Acadé- 
mie Royale de Pduature 6c de Sculptuce^ 

Fi 



ktS BiBMFAlSAKCE j 

Cenfeur Royal » mouruc à Paris âgé d'en- 
viron 58 ans. 

Tant de titres fî fll^tteurs pour le talent , 
<8c qui Téani(Ibient fur fa tète les grades les 
plus diftingués dat^s les Arts , étoient la ré- 
çompenfe d un mérite univerfellement re- 
connu. Les qualités du cœur relevoient 
içncore en lui i^s avantageas de Tefprit. Son 
«me s'impriiaoit fur la (oite^ ame fenfible^ 
généreufe > lèlevée « vertu^ufe fans e6Forr, U 
çhériilbit la peinture avec Temhoufiafme 
4 un grand Artifte , Se TEcole Fraiiçoife 
avec la tendrefle d'un Citoyen. 

Depuis que la place de premier Peintre 
du Roi , Çc laconnance de M.Tournehem 
Tavoient mi$ à la tcti» de TAcadéipie » elle 
-vit croître fon éclat. On n'ignore pas quelle 
.rart il eut X la fondation de la nouvelle 
Ecole Royale de Peinture , établiflTeipe.nt 
digne de Louis XIV & de Colbert. 

La Société n a pa$ moins perdu que les 
Am^ Les talens de Coypel étoient la moin- 
dre partie de fon mente* Vrai n^odèle de 
la tendrefle filiale , bon parent , bon Ci- ' 
toyen, bon fujet, ami imcère & bienfait 
iànt , il aimoit fes devoirs comme la plu- 
part des hommes aiment leurs plaifirs. Ja- 
mais il ne fut avare que de fon tems , & 
f^avoit même le prodiguer , dès qu'il s'a- 
giflbic de rendre lervice. Ses vertus étoienc 
confaoées par un chriftiaxûfme iimple & 



Framçoisb» 87 

folide, par ane piété cendre ; mais éclairée 
qui régla toujours en loi Tofage 4es talens. 



■BtoeflBKS9a4» 



J £ A N-Charles Folard j Colonel d*Infài>* 
rerie , ci-devant Commandant de Bourgo* 
gne^ mourut à Avignon dans la quatre* 
vingt- quatrième année de fon &ge. Les 
Commentaires célèbres qu'il publia en 
1727 , fur Polybe , lui avoient acquis une 
grande réputation dans la république des 
lettres & parmi les Militaires. 

Par fon teftament, il lailTa fes ManuC- 
ctits » fês Plans 8c fes Cartes» au Maréchal 
Duc de Belle^Ifle*, on fçait que le Mare* 
chai de Saxe le coofuhoit fouvent pendant 
le cours des Campagnes de Flandres. Ce 
commerce eft paiement honosafale à l*iin 
SciVzvxt^ 



«■■MHHivHepnBrseni 



RoutLiNde BelIe*B^» Commatidanc 
du Château de Sedan > mourut âgé de 91 
ans. 11 avo^c fervi cinquante ans avec beàa-^ 
coup de "diftinârion , s'étoit trouvé i itK 
batailles & â vihgt-quatre fiéges» Pendant 
celui de Lerida , %\ avait fauve la vie au 
Duc Régent. 

14 



. >^ 



88 B X . E H F A I' s \A. N ÎC E 



- • » / » 



.^ 



Marie- Anne - E4iiabeth de Roche- -. 
chouart , veuve de Paul-Louis Duc de Ro- 
ch'echooart ,* Prince de Tohnay-Chîarente , . 
-mourut à Tours âgée de 41 . ans. Cette DèP- : 
-me plus refpeûable encore par fon emi-*- 
nente piété , que par ià naiflance , emporta 
avec elle les regrets dès |iauvxes de la Pro- 
vince dont elle étoit la mère & lappai»' 

A N N £e : 17c 3. ' - 

l p .•- ■ • 

«. . . r ' • ■ 

Le Collège de Navarre, établi dès* le 
' commehcément du quatôifzième fiètle dans 
:1a Capitale^ eft unmonament de Tamour 

de nos Roâ^ *pour le progrès des^ Lettres. 

Fondateurs ^ de. cette. Maifon, ils fe font 

1)ortés dans tous les tems à la foutenir - pic 
eur protedtion & par leurs bienfaits, Louis 
JCV, héiitier des fentimens de fes Prédé- 
ceflèurs, honora de la même attention tout 
,ce qui peut concerner Tintérct des.fciences. 
S. M. jugea, à propos de réunir les dei«c 
places de principaux en une feule , & d'af- 
îêder les revenus de celle qu'il avoir fup- 
primée à rétabliflTement d*uiié Chaire de 
Phyfique expérimentale eh faveur dii cé- 
lèbre Abbé Nollet. 






F H A N Ç' O I S £. Sj 



•» 



La ville de Marfeille vit établir dans 
fes murs une Académie de Peinture & de 
Sculpture , fous la proteûion du I])uc de 
Villars, Gouverneur de Provence. Louvei?- 
tnre de cette Académie fe fit le 13 de 
Février. . . : 



TTT-i' M II I » 



M, Rogier , Confeiller de la Cour des 
Monnoies de Paris , & Chef du ConfeB 
de la ville de Reims , fonda une diftri^ 
bution de prix pour entretenir l'émulation 
des jeunes Elèves de l'Ecole de DeiEn etar 
biie dans cette Ville de ^Champagne* 



M. Blondel , Architeâe, trcs-avanta- 
geufement connu dans la république>des 
Arts, & diftingué dans celles des Lettres , 
forma le deffin d'établir à Paris une Ecole 
dans laquelle il rafTembleroit toutes les 
Sciences & les Arts néceflaires à l'acaoif*- 
fement de l'Ârchiteâure, où les Etrangers 
&, les Citoyens pourroient trouver tous les 
fecours convenables pour fe . perfeftionndr 
dans cecArt aufli utile qu'agréable*. \ .u 



fÇk B I 1 N V A I $ 4 H C B r 

En 1745 , M. Blondel obtint l'agrément 
de l'Académie Royale d'Architeûure, pour 
donner des leçons publiques j mais pour 
}es rendre plus folides Se plus profitables , 
il en joignu pour les Mathématiques lé 
deffîn en général , la coupe des pierres , U 
Ckirpenterie j la Menuiferie > la Serrure- 
rie & autres Arts dont TArchiteûure em- 
punte du luftre , & à qui elle en pxête. 
Il choifit pour cela des Profeflfèurs d'un 
mérite reconnu , dont les talens &c l'appli- 
cation répondant aux défirs du Fondateur , 
attirèrent bien-t6t chez lui un grand nom- 
bre de Difciples , dont les uns oôt pafle 
au fervice de divers Princes étrai^gersj 
d'autres en Italie où ils jouillent dts bien*- 
ikits de nos Rois dans l'Académie fondée 
]par Louis XIV , & prcgcégée par fon au- 
gufte Succefleur, dont quelques-uns même 
de retour dans leur Patrie , fc relTentent 
de la faveur du Monarque & de Teftiroe 
des ConnoifTeurs* 

, Ces premiers fuccès ayant encore plus 
encouragé le célèbre Inftituteur » il établit 
dans fon Ecole douze places gratuites , où 
les Citoyens qui ont de véritables difpofi- 
tions pour les Beaux-Arts y & que la fortune 
n'a point favorifés , trouvent tous les fecours 
fumfans pour en réparer les caprices , en 
fe mettant en état d exceller dans une car- 
rière donc on leur ouvre (1 Êtcilemetit 



r' 



^ F R A w ç o I s i« 91 

rentrée. Quel farcroîc d'émulation, des 
foins fi nobles 9 fi conftans » fi généreux , 
ne durent-ils pas produire ! Et quels fuccès 
ne durent pas en être le ftuxt ! Us furent 
en effet fi heureux , qu'ils ne tardèrent pas 
i parvenir aux oreilles de M. de Trudai* 
ne , Miniftre éclairé , dont le bien public 
fit toujours la plus douce occupation , Se 
fut l'objet de toutes fes démarches. 11 ve«- 
noit lui-mème de former un Bureau pour 
rinftruâion des Elèves des Ponts & Chauf- 
fées fous la direction de M. Perronnet , 
dont le mérite véritablement reconnu , n'a 
pas hefoin d éloges , & ce Miniftre recon- 
aoifiant combien les leçons de M. Blondel 
leur feroient utiles, il les confia auffi-tôt 
à cet habile Maître pour la partie de TAr* 
rhiredure. Content de leurs progrès , M. 
Tmdaine encouragea par fes libéralités 

5>lufieurs de ces Elèves ; mais non moins 
enfible au mérite du Maître , il Thonora 
d'une bienveillance particulière ; il voulut 
bien parler en fa faveur au Garde-des** 
Sceaux , qui obtint du Roi le 4 Février , 
une gratihcation pour M. Blondel. 

Une grâce fi aiftinguée ^ par laquelle le 
Roi lui*mème fe déclaroit proteâeur du 
nouvel établifièment , ne pouvoit que 
prêter de nouvelles forces au zèlô d*un 
cœur tel que celui de ce digne Citoyen, , 
qui ne fe fervit des bienfaits de fon Prince 



92 B I l N F A I s A N C E 

3oe pour les^ pacager avec Tes Difciple^ i 
ont Tavancement ctoit une de fes plus 
ilouces récompenfes* A cet effet il leur 
diftribua la même année des prix qui fii-- 
renc donnés publiquement en préfence des 
Infpedeurs-Généraux des Ponts & Chauf- 
fées, de plufieurs Architedtes du Roi ^ de 
fon Académie Royale, & d'un grand nom- 
bre d'Amateurs des Beaux*Arts. 



: Le Comte de Kercado , Brigadier des 
«mées du Roi , Colonel du Régiment de 
Brelfe Infanterie , perfuadé que les Scien- 
ces, en. ornant Teforit, concourent à for- 
Jner le cœur & a ranimer le courage ; 
d'ailleurs plein de zèle pour fa Patrie & 
d affedion pour ceux que le fervice avoir 
rangés fous fès ordres , établit une Biblio- 
thèque des plus compIettes> dans laquelle 
A trouvent raflfèmbles' la religion , la mo* 
xale j la Pfailofophie , les Mathématiques , 
^a fcience Militaire , la Politique, THiftoi- 
re, les vies des grands hommes, la Géor- 
graphie avec les cartes & les plans. 
; Cette Bibliothèque eft ouverte à tous 
les^Oificters ^ & même aux (impies foldats 
idtt Régiment. L'Etat-Major en eft dépofi- 
^âire , elle eft rangée dans de grandescaif- 
/es coaftruites de manière , qu*ièUes s'ou* 



F IL A N :C O I 8 I. ' ' j| 

yrenC) pour ainfi dire, en fe déployant 8c 
fermant elles feules )e corps même de la 
Bibliothèque , invention très- commode 
pour le tranfpoct ; lors des câmpemens & 
des changemens de .garnifon ; le? Livres 
font marqués au nom & aux armes du Ré- 
giment. On ne peut refufer un juûe cribut 
^e louange à rilluftte Auteur de cet éta« 
bliffement dont il eft aife de fentir toute 
l'importance. * 

Plufieurs Colonels fe font empreffe^ i 

imiter cet exemple. 11 n eft point de moyen 

plus ef&cace pour bannir les vices que Toi- 

fiveté entraîne fur-tout en tems 4e paix 

dans les troupes en garnifon. 



<î 



L E 8 de Septembre , Madame la Dau- 
phine étant accouchée d'un Prince, auquel 
S. iM. donna le titre de Duc d'Aquitaine j 
les François toujours emprelles de figrialer 
Jeur zèle pour leur Souverain , firent écla- 
ter leur joie par toutes fortes de fètes. 

Celles que les Généraux donnèrent dans 
leurs camps que le Roi avoir établis dans 
différens endroits du Royaume pour exer- 
cer fes trpupes pendant la paix , furenr*re- 
jnarquables i fur-tout celle du Marquis de 
St.-Pef n , qui fe réunit avec M. de Lucé , 
Intendant d'Alface , pour dpter fix filles 



54 BxfKiFAtSAffés 

Alfaciennes qu'ils marièrent avec Cvl CoU 
dacs Âlfaciens. Cette fête Militaire étotc 
dans le goût des intentions bienfaiCintes 
de Louis XV , qui en avoit donné l'idée i 
la ville de ' Paris , lors de la naifTance da 
Duc de Bourgogncé 

Les Fermiers-Généraux, au lieu de dc- 
pcnfes de pure décoration , employèrent 
en bonnes œuvres les fommes deftinées 
dans ces circonftances aux fètes publiques* 
Par une délibération , ces fomtnes furent 
envoyées à St.-Euftache leur Paroifle, afin 
de contribuer à la perfeâion des nouveaux 
édifices de cette Egliie , pour l'utilicé & U 
commodité des Paroiflîens. 

Le Grand Colbert ayant donné de fon 
vivant à cette Eglife Paroiflîalc , plufieurs 
chandeliers d'argent , Se fiiic la dépenfe de 
la grille du chœur, avoit légué par ibntefta- 
ment lafomme de 40,000 liv. à la fabrique 
pour faire conftrnire une nouveau porcaiKCe 
Miniftre jugeant que cette fomme n'étoit 
pas fuffifante pour fa conftruâiooi , permit 
d'en différer l'exécution jufqu'au tems où 
les intérêts de la fomme pourroient y fup- 
pléer. 

M. Secoufle & MM. les Marguilliers ^ 
emprelfés de remplir les intentions de ce 
grand Miniftre, voyant les intérêts de la 
fomme léguée monter à près (te 50,000 
écus cette année ^ réfolurent d'en com- 



F R A K Ç O I s £• ${ 

mencer rédifîcarion. Le fieur Manfart de 
Jouy en fut choîfi l'Archlceâe, & le Duc 
* d'Orléans pofa la première pierre. 

On ne doit pas oublier ici un /trait de 
générofîté du fieur Manfart , qui prouve Ùi 
piété Se fon défintéredement. Avant que 
de travailler au Portail y il dit à la Fabri- 
que qu'il ne prétendoit retirer aucune rétri- 
bution pour fes honoraires » qui auroienc 
monté i près de 40,000 liv. , s'eftimant 
heureux d'employer fon tems & fes talens 
i la décoration de TEglife de fa paroi(Iè« 
Les Marguilliers touchés d'un tel add 
de générofîté , lui alTurèrent fon logemenc 
gratis pendant fa vie dans une maifon qui 
leur appartient dans la rue Montmartre* 



ÀKNE-Louife-Bénédiâine de Bourbon ^ 
Ducheilè du Maine ^ PrinçelTe de grand 
mérite 8c de beaucoup d'eijprit y mourut 
cette année dans la fbixanterieizième année 
de fon ^e. Elle joignoit à mille vertus 
héréditaires qui la rendirent lorneinent de 
Iss délices de la Cour de Louis XIV 8c 
de celle de Louis XV » un goût vif pour 
les Sciences & pour les Arts qu'elle recueil* 
lit à Sceaux Se qu elle honora de fa pro- 
teâion jufqu'à fa mprt. 



^6 B I B N'ï A I s A K C F 

ê 

<8 ■ ^ ■ » 

B fi R N A R D'François Mahé de la Bout^ 
donnois, né à Sc-Malo , na du qu'à lui 
feul la gloire donc il s'eft couvert. Entraîné 
dès Tenfance par un goût irréiiftible pour 
le fervice de mer , il apprit de lui-même 
ou plutôt devina les fciences les plus abf- 
traites. Son génie Militaire , fon adivité , 
ù, bravoure y eurent bien-tot occafion de 
parôître avec le plus grand éclat ^ mais 
9ialgré fes expéditions couronnées par la 
y i£toire , malgré la prife de Mahé , Ville 
(jcuée fur la côte de Malabar» Se celle 
de Madras fur les Ân^lois , fon nom ref- 
teroit peut-être confondu avec celui de 
tant d autres Guerriers , dont les exploits 
échappent au fouvenir de la poftérite. Ce 
qui lé lui rendra véritablement recomman- 
aable , ce qui méritera toujours fon admi- 
ration ; ce font les grandes chofes qu'il fie 
à 1-Ifle de France, & à Tlfle de Bourbon. 

>9 M. de la Bourdonhois, dit M. Turpin ^ 
9> Auteur de fon Eloge ^ tranfplanté aains 
» une ifle prefque déierte , y crée un peu* 
n pie nombreux. Son exemple fait naître 
•»> i induftrie ^ des hommes icngourdis par la 
>> parelfe, font transformés en cultivateurs 
» infatigables. Le fol long-tems inculte 6c 
» dédaigné ^ donne de riches moiÛbns ; 

où 



■ F R. A K Ç O I s H. • 07 

'"''OÙ croiflbiem des ronces , s'élèvent des 

«nges de cafe^ tfn pays qui manquoit de 

« tout, produit le néceflàire & fournit mêl 

«me au luxe des Nations; de la nuit de 

»i Ignorance il fait éclore les Arts utiles- 

» nouveau Prométhée , il dérobe le feu de^ 

» CieuxjKHir éclairer une contrée ténébreu- 
» le «, . , 

Les fervices importàns que cet homme 
célèbre avoit rendus à l'Etat , lui méritè- 
rent des diOinétions & des récompenfes 
flatteufes; mais l'envie, toujours attachée à 
la deftinee des grands hommes, s'acharna 
contre lui. Pour prix de tant de travaux, il 
-fut mis a la BaftiUe , où il contrafta une 
maladie qui fit chaque jour de nouveaux 
ravages , & j ans après fa pleine juftifica- 
«on & le recouvrement de fa liberté , il 
mourut dans la cinquante-quatrième année 
de fon âge, emportant dans la tombe, dit 
M. Turpm, le titre de rengeur ô de vic- 
time deja Patrie. 

: François Firmin de Trudaiiïfe , Evêque 
de Senhs , mourut généralement eOimé & 
regretté. Nous extrairons ici l'éloge de ce 
vertueux Prélat, du Mandement mémora- 
ble que donnèrent f«s grands- Vicaires V \^ 
J'occafion de ce trifte événement. "" 

Tom» II, Q 



ty 



à3 B I £ n V ai s a V c e 

» Vous n'ignores pas , M. T. C. F« , fo 
9> tnfte cvènetnenc qui "nous plonge . cous 

>»dans un deuil amer Nott^ Evèque 

s> n^eft plus, ... Le Ciel qui nous l'avoic 
>> donne dans fa mifërîcorde» vient de nous 
» le retirer dans h juftice. Que de talens ! 
j* Q^el zèle ! Quelle charité ! Et pour tout 
» dire en un mot , quel Evèque nous f&Sr 
» dons ! 

«> Ne avec toutes les qualités de re&rît 
M & du c^nir qui annotKent & qui prepa- 
>9 rent les grands hotnmes , formé par la 
49 plus exceïlehte éducation , il &t bi^-tôc 
^ placé fur le chandelier ^Sc h, Provtdence 
«> qui veilloît à notre bonheur , le deftina 
9) pour être ie lei & la lumière de ce Dio- 
*fcéfe. 

9> Que dâtcms-hofis de fon cendre atta* 
•i9 chement tpour fon troupeau ! Bîen^ilant 
9> par principe & par inclination » a-c-ii 
^ jatnais refufé à perfonne les fecours de 
» fa proteûion ou de fes biens ? Tantôt , 
j> cctoit .une famille défolée. par la pertd 
M d'un chef, dont il ranimoit les efperan- 
9>ces; ici c'étoit un jeune Miniftre quil 
ii> Ëitfoit éiever dans la ïcieiKre des Saints ; 
>9 là ) c'étoit cm Hôpital dont il groffifloît 
^> le revenu par fes aumârnes ordmaires. Il 
Métoit, comme le £ûnt homme Job» 
.V tizil de Vayeuglt j h pied du boiteux y le 
n protecleurdc la y^im & de fo/fhciin ^ U 



'nipèrèâéipattvns..... NooskHfonsîe bAfe 
'^'éls'pau^^i*s'^i\ le firt en effet :aans tout 
» le cours de fa vie , par des charités aboa- 
-iy-mtes^ nmW(»Hiées, & à & mdrt, teir 
» les detriièrfes difpofiïiôns , Mifqù'il I^c 
va tout dohné ; mais il ne hit bas feute- 
^-rafent lent -pète par fe tienfiàe . il fiit 
•fe-ttidctrè leor toodèle pat fon déeache- 
•otefeftt. \{ fé|)éeoiit fouvent â cteuk oui 
-«-àvoieflt rhbhheuttie fa-cottfiaBcfe , Wil i«e 
«monrroit paS ccwtfeiit fi 4"oh wôovûit de 
•wlargem après lui «. 



L A tenu vraiment hérotque cotAÇte 4 
p-atdôhfter géhétieuremént à fes ennemis, 
le vrai Héros eft celui qui puhit îinjaftide 
& les forfaits des hommes par de nduveaia 
aâes de vertu, 

'' ïrànçôis ! O mes ^énériïux tùnfcitorens! 
<2u«i exemple de fageflè & de mddéfttibh 
vùttè conduite pleine d'humanité n'ofté- 
■t-:éllfe|)às à fous 'les peuples delatetrfe, 
& à vos emiemis mîmes ïbrcés 'de vods 
admirer !' . 

L'attentat commis par les Anglois , le 
meurtre de Jwnonville eft, dit M. Fréroa, 
une violation facrilége dij droit dès gens. 
Les Àriglois franchitent cette *ihce lés 

Monts Apikchb^, limStes '<fe teùfctpoÔèf- 

G 1 



;ioo B X B N ï A I:S A H c s 

'fions & des nôtres dans T Amérique fep-» 
'Cencrionale, & bâcirenc fur nos terres un 
fort qu'ils nommèrent le Fort de néceffité. 
Le Commandant François leur députe M. 
• de Jumonvilie pour les fommer de fe re« 
tirer. Cet Officier part avec une efcorte; 
il étoit encore à une certaine diftance du 
fort , lorfque tout-à-coup les Anglois font 
fur lui un feu terrible. Il fait figne de la main 
au Commandant , il montre fes dépêches^ 
il demandera être entendu. Le feu ceflfe , on 
l'entoure, il annonce fa qualité d'Envoyé j 
il lit la fommation dont il eft porteur , on 
ne lui laifTe pas le tems d'achever fa lec- 
ture, les Anglois l'aiTaflinent ; la troupe 
•qui l'efcortoit eft enveloppée , huit hom- 
mes font tués. Se le refte eft fait prifon- 
nier. Un feul Canadien fe fauve & porte 
au Commandant François cette afixeufe 
^nouvelle. 

M. de Villiers , frère de M. de Jumon- 
vilie , eft chargé d'un détachement pour 
venger fon propre fang & Poutrage fait à 
la France. Quels puiflàns motifs d'ufer des 
plus cruelles reprefailles ! mais de Villiers 
^toit François , il étoit généreux. 

En vengeant fa Patrie , il devoit l'honorer. 
C*eft toi , qui fus choifi , généreux de Villiers^ 
Toi, daxis qui la yaleux unie à UfageiTe 



V n X V ç o^ I « i; ioU 

K^fft point ce fol inftind , cette farouche ivrefTe ^ 
Dont les fougueux accès, fruits de l'emportemenr. 
Ne cherchent que lexneutcre & le faccagement; 
Mais cette fermeté courageufe 8c tranquile» . , 
Qui voit tous les <langers d*un regard immobile ^ 
Les cherche par devoir , les brave fans fureur ^ 
Adîve avec prudence , & fage avec lenteur. ' 

De VîUiers part,, il arrive. En moins de 
deux heures le fort eft invefti , actaquc ^ 
forcé de capituler. De Villiers voit a fes. 
pieds les ennemis vaincus j aue dis-je ! les 
alTaflins de ion frère. Il renvoie généreufe- 
ment ces ennemb cruels & perfides ayec 
les honneurs de U guerre , & iàcrifie fon 
reilèntimenc' à la tranquilité des Nations ,^ 
à fa propre gloire » à Thonneur de la Pa« 
crie ^ aux devoirs de Thumanitéi^ 



«se 



Xouis XV annpblit M. du Boccage de 
Blèville y Nœociant du Havre, pour les 
fcrvices qu'à 1 exemple de feu fon père^ il 
avoir rendus au Commerce /& particuliè- 
rement à la vil|e du Havre pendanc fou 
Echevinage* 



:»Mr B is^^:»4rx s iH y JÈ s 



Draveil, vîîkge fîmé à 5 lî^ucs de Pa- 
ns , encre la forec d^ Senarc de la cLvîfècû^ 
cle,Sftmft,.4cpû awr^oîi ^flfe&. peu. iwî*- 
^uable,;, mai^ il n^cjci^e (|uelx]ue conG4cra^ 
tion par les dépenf]^ prodigieufès qu'y ^ 
faites depuis M. Marin de ht Haye , rer-' 
miet'généraU Cet excellent Cito.yea » pput 
(ibnrier phis. d étendue al fon Ch&teaa ^ 
acheta difFérens, tei;rei|i$ qui donnèrent lieu, 
i des travaux immenfes , Se qui firent; un 
bien îûfini aux Habitans, de Draveit ^ i; 
ceux des environs , fur-tout durant fhivec 
de 1740; la plupart de ces infortunés fe-. 
rbient péris de misère fi Qti ne Tes avoit 
ifai^ en fituation de gagner leur vie* 
' Ce n*eft pas féul^ipenr par fa magnifi- 
cence que M. de ta Haye fè diftinguoit , 
il aimoit audî à foulager les pauvres. Il a 
fait à cet égard difFcrens étabhflfèmens fort 
utiles pour les Habitans de Draveil; il en 
itîéditoît même de plus confidérables ,^ 
Ibrfqull fut arrêté par fa mprc acciyée^ aa 
mpis d*OAobre» 



Dans une Mine de Charbon en Forez , 
près du Château de Clapier]]» appartenant 



F & A II ç o 1 1 I.' iùf 

M Bftion de Vaux , des Olar bentil^s- ayant 
iBiprucfemmenr percé mie ma(fè de plus 
de cent pieds de kaueeut , ^piaiqu*t>n leur 
e(k recommandé de fe»der avec h Ta- 
rière avaiK Qii^ d'y tpavaUlef j il forek de 
cet ^idf ok de l'c^aii ea fi grande atbondan- 
ce-^ que la «cmne eu étoienc lès Ouvriers 
fût fubmergée^ erois hommes i^ noyère:nt 
avec une femmefic iep€ chevaux» Uaccidenc 
eût été encore plus confidérable , s^tt n'y 
avoîf pas eu deus^ ififues par teAjueUes 50 
Char^oiiQÎefs échapèrenc au péril , & fi x o 
aii»es Ouvrier s* n euiSenO' pas é^ pvon>pce- 
mûtkt feeour^ par un Ph^ngeuc gui expofa 
fa. vie pour les iauver. Le mron- de Vaux , 
pénétre du mdheur de ces ijiiferiEiinés, fi^' 
gnak en eecce^ occafioa- £l généfofKé enver» 
m veuves dki cet»c qui périment dans Ir 
déêftf ew 



MBspeaoesssHpnp^ 



UN»en&nc de très^bonae naiilàjKe ^ ofi«K 
£Înaire du kimoQa.^ placé à l'Ecole Royale 
Mîlitaîx^^ fe concenioic pendant plufieurs 
jdaxs de m^ngçr de U toupe &t du paia 
f^c avec de Leau»» Le Gouverneur averct 
de cette fmgalaaké , F èa reprk » atccibuancc 
cela à qiieh}ue. excès de dévotion mal en** 
tendue«Le jeune en&nteominuoir toujours» 
iàus dévoila: Son i&cî^u M« Paris Duvemey^ 

G 4 



I04r B I S H F A I S A N <S E 

inftriiit par le Gouverneur de cette fperfé--.^ 
yérance, le. fit venir j &: après lui avoir ç 
doucement repréfepté combien ilétoitné-i 
ceflaire d*éviter toute fihgularité & de fe i 
conformer à lufage de l'Ecole , voyant que î 
cet enfant ne s*expliquoit point fur les mo-i 
tifs de fa conduite ^, fut contraint de lei 
menacer, s*il ne la rçformoit, de le rendre: 
k fa famille. » Hélas ! Monfieur , dit alors 
w Tenfanç , vous voulez fa voir la raifon^ 
» que j'ai d'agir comme je fais, la voici. 
>» Dans la maifon de mon père, jeman- 
» geois du pain noir, & en petite quanti- . 
ty té j nous n'avions fouvent que de l'eau • 
j> à y ajouter. Ici , je inaaee de bonne fou* ^ 
>» pe , le pain y eft bon > blanc & à difcré- 
» tion. Je trouve que je fais grande chère , . 
9) & je^ne puis me déterminer à manger 
I» davantage par* Timpreffion que me raie, 
>» le fouvenir de l'état de mon père & de 
» ma mère «. M. Paris & le Gouverneur 
ne pouvoient retenir leurs larmes par la 
iènfibilité &c la fermeté qu'ils trou voient 
en cet enfant. >3 Monfieur , reprit M, Paris ,^ 
» fi Gonfleur votre père a lerv^, n'art-il 
» pas de penfion ? -n- Non , répondit l'en- 
« fan t. Pendant un^an il en .a foUicité.une; 
w le défaut d'argent Ta contraint d'en aban-» 
?» .donner le «projet, & pour ne pas faire- 
»> de dettes à Verfailles, il a mieux aimé- 
Ji languir. -~ Eh bien ^ dit . M. Duverney. , - 



' F a A M ç o I s B.' 105 

»^fi le fait eft auffi prouvé qu il parotc vrai 
» dans votre bouche , jç promets de lui 
» obcenir 5 00 liv. de penfion. Puifque vos 
jsparens font fi peu à leur aife, vraifem- 
f> blablement ils ne vous ont pas beaucoup 
39 garni le gouffet \ recevez pour vos menus • 
5> plaiiirs ces trois louis que je vous pré- ■ 
99 lente de la part du Roi \ quant à Mon- 
j> fieur votre père , je lui enverrai d'avance 
as les fix premiers mois de fa peniion que 
a> je fuis alTuré de lui obcenir de la bonté 
s» du Monarque. — ^onfieur , reprit len- 
« fant , comment pourrez-vous lui envoyer - 
» ^et argent ? - — Ne vous inquiétez point 
M répondit M. Duverney^ nous en trouve- 
*> rons les moyens. — Ah! Monfieur, ré- 
•» partitKauffi - tôt l'enfant , puifque voUs 
M avez cette facilité , remettez-lui auflî les 
hy trois louis que vous venez de me don- 
js ner. Ici j'ai tout en abondance , ils me 
*> deviendroient inutiles , & ils feront grand 
>j bien à mon père pour fes autres en&ns «. 
Ce beau trait de piété filiale en rappelle 
un autre qu'on peut caraâéri fer Charité 
Françoifey pour fervir de pendant à la Chà* 
rué Romaine, Un Officier François allant 
rejoindre fon Régiment , s'occupa pendant 
fa route à faire quelques recrues donc il 
avoit befoirt pour completter fa compagnie. 
H trouva piuneurs hommes dans une petite 
Ville bu il féjourna quelque-tems. Deux 



106 BxffNirAISAllCB 

jours avant fon départ , il fe préfetite' viw 
jeane homme de belb caille Se d^une &■* 
gure agréable ; un air de candeur 8c d'hon-- 
nêceré prévenoienc en fa faveur» L'C^ciei; » 
dès U première entrevue , défica cet hem-* 
me pour fa Co;npagnie. Le jeune homnxe 
tremblant demande à s'engager , l'Officier 
tache de le raflfurer. m Ah. ! Moniieur , lui 
» dit le jeune homme , n'attribuez pas mon 
» défordre à des motifs bas Ôc honteux. 
» Vous ne voudrez peut-être pas de mot , 
n & mon malheur fecpit af&eux <^ Il lui 
échappa quelques larmes en achevant ce» 
mots» L'Officier emprelfê de le ÊttîsËiire , 
lui demande fes conditions. »> Je ne vous 
» les propofe qu'en tremblant , cépondst te 
>> jeune homme ; elles vou^ dégoikeront 
*» peut-être* Je fuis |eune, vous voyez ma 
» taille ; j'ai de la force , je me lens tou- 
» tes les difpofitions néceflaires pour fervir j 
i9 mais la circonftance malheureufe dans 
99 laquelle je me trouve y me force <le me 
9» mettre à un prix que vous trouverez fans 
99 doute exorbitant , je ne puis rien dimi- 
99 nuer. Croyez que fans des raiibns très- 
99 preflantes , je ne vendrois jx>int mon 
îtj fervice ; mais la néceffité m'impofe une 
99 loi rigoureufe. Je île puis vous fuivre à 
» moins de 500 liv. j & vous me percez 
99 le cœur fi vous me refufez. — 500 liv. , 
M reprit l'Officier ! lar fomme eft confidéra^ 



., F n A N ç a i s E. 107 

nhlfi , î^ l avoue, nwis voup m/? convenez j 
j^ l/g vx>iift çipU de bpnçe volonjc , |e ne 
^ nj^qhaoydew poinç, avec yous. Je vais 
« YOII5 coQipi;e,r votre îvge;?^ , figniez & te- 
>3k ne;;-voii}S pi;èc a paj^cic après demain avec 
» iMpi<stQJeua^ honime fm pçixctré de 
U. fa^çilitc d^ rO$çiejc , il fign^ gaiement, 
(b^ ^pgaaç.aient ^ rejjut les s^.P Uv. U 
pria iom Ç^ic^ine dei lui pe.rnie.c^re dVUec 
reii^plir mi dcivcuc i^çr^:^ &.luip4foraitdp 
Wfveair à rinftafl^, VOj^i^r; curieuse- de 
%*çclairçir de h d^matche de foQ npuyçaa 
£>ldat 3^ le fuivit , lie. vit voJLer i l^ prifon j^ 
feappei; avec la plus gr^i^djç vivacuç , & 
fe. Vjséçifixef dis que U ppri^e fut ouverte ; 
il Veuiiendit dire au CSeolier ; >> Je. vous 
» apporte 1^ fomme fç^t kap^le moti 
« pcre a été arrêté , je la dépo{e entre vo^ 
j> mains , conduifez-moi vers lui , que J aye 
»> le plai(ir de brifer fes fors «. L'Officier 
s'arrêce un moment pour lui laifTer le tems 
d\%Hy^i£ {^ul auptèsf de (on pète > Se s'y 
ceo4 enjfu^te après i^i ^ il voit ce jeune 
ho,mms^ ^k^s^ Içs bras d un vieillard qu i^ 
couvre dt fés çar^tjles. & de fes lames , 4 
qui il ^pf§ri4 qUf'i^ yiernt 4*engagQr fa li- 
b^lé. pQuç lui procura la^ fienne ; le pri-. 
fisimm:^*^S^.mk ào nouveau^ y Officier 
attendri s'avance y >> CoçlÇ:^i^z^vou|S , dit-i^ 
siauviç^iUs^^, je ne voi^ ^lever^i point 
>8VQ(sfeiîf X je,vetpc parçager le mérite 4* 



toi B r E K F A I s A N e s 

» {on adlîon. Il eft libre ain(î que vous j^ 
» & je ne regrette point une fomme donc 
M il a fait un G noble ufage^ voilà fon en- 
» gagement , je le lui remets <«. Le père 
& le fils tombent aux pieds de leur géné- 
reux Bienfaiteur. Le fils refufe la liberté 
qu'on lui rend; il conjure le Capitaine de 
lui permettre de le fuivre , fon père n'a 
plus bers>in de lui , il ne pourroit que lui 
être à charge , l'Officier y confent enfin» 
Le jeune homme remplit les années de 
fon fervice, épargnant fur fa paye quelques 
petits fecours qu'il faifoit parfera fon père ^^ 
& lorfqu'il eut fon congé, il s'empreflW 
d^aller fervir ce même père , & de le nour- 
rir du travail de fes niains, A la ledhire 
dé pareih traits , peut-il y avoir des enfans 
ingrats ? 



Le mariage pour un cœur honnête & dé- 
licat qui ne veut rien devoir , ni à la for- 
tune, ni à rintérêt, eft le vrai bonheur fur 
la terre. Ce bonheur confifte dans la dou* 
ceur d'une tendrefle vivement fentie & par- 
tagée ; d'une union fainte dont la vertu 
forme les liens , que Teftime & l'amitié 
rellerrent de plus en plus. 

Un jeune nomme de Normandie, de 
bonne famille , mais dont la fortune fe 



F R A K Ç O I 9 B. 109 

l)omou à uiie terre de 1 ^00 liv. de rente» 
içgardoit ce bien dont il avoit hérité de 
fes pères, comme fuflfifant, parce qu'il avoit 
peu de befoins, & qu'il avoit appris de 
Donne heure à modérer fes defirs. ilvivoit 
content & heureux , & il avoit pour toute 
fociété dans fon voifinage un Gentilhomme 
dont il étoit chéri Se eftimé. Celui-ci avoit 
une fille unique dont le caraâère Çc les 
mœurs fympathifoient parfaitement avec 
les inclinations douces & honnêtes du jeune 
homme.. Ces deux cœurs , faits l'un pour 
l'autre , s'aimoient , mais fans efpoir de 
s'unir : trop d'obftacles s'oppofoient à leur 
félicité mutuelle j la naiflance & une for- 
tune médiocre : le Ciel fe chargea de ré-, 
compenfer la vertu de ces deux jeuiies 
amants : un Notaire de Paris inande au 
jeune homme de fe rendre dans la Capi- 
tale, pour lui communiquer des affaires de 
la dernière importance. Le jeune homme 
le rend à cette invitation preflante. L,eNo-: 
taire, après quelques queltions préliminai'- 
tes fur ion nom & fa famille , lui demande 
s'il n'a pas un oncle dans les Ifles, &c fur 
fa réponfe lui apprend que cet oncle , arrive 
depuis quelque temps à Paris , venoit de 
mourir, & l'avoit chargé de lui remettre 
un million dont il l'avoir laifle dépofitaire. 
Le jeune homme , agréablement furpris, 
moms cependant de fon qpuleuce que cBar- 



tl6 B I E K T A I s A K C B 

Clé da moyen de pouvoir franchir l*întef-i 
vallè que la nâiflance tnetroît entre fa *mai- 
trefle & lài \ vale auprès d'elle , & dépoft 
 (es pieds fon cteur & fa foftûfte j ftiôrh^ 
timide .par fes nouvell^es teflburces , eflcbu- 
i'agé d'ailleurs par les afTurances de fa inàii- 
treffe ; il s adreffe aa père , «qui j pénétre 
d';nne telle générofitë , s'emprefla de Ttinil: 
k fa Emilie ^ pat èQs liens fi hetlreufentent 

àflûftis. i, 

* f 

Année i75'4- 

C*E 1 1 E année eft l'époque du projet de 
la réédificration de la nouvelle Eglife de 
Sainte-Gevevièvè. Le 9 de Décembre de 
cette année , les Abbé & Chahoihes Régu- 
liers de cette Abbàyé , préferitè'rient une Re- 

2uête au Rôi , difanl: que le bâtiment de leur 
glife menaçoit d*uhè ruine fi prochaine , 
que les Fidèles n'y étbierit point en fureté, 
& que fa ré'édificatiôfi étoit indifpenfable ; 
que lefdits Abbé & 'Chanoines , n'étant 
point en état de fournir à une déperife fi 
confidétablè, ils avoient recours à la piété 
de S, M. pour y pourvoit de la façon la 
plus convenable. 

Sur quoi Louis XV , voulant cbnferveç 
une Eglife précieufe aux habitans de la 
Capitale, & defirant, à l'exemple àes Rbijs 
fes prédéceirèù^s-, donner des mtwquôs de 



1P il A H ç 6 t s «• ifl 

iâproceâion à une Abbaye aufli diftinguée, 
se jugea point de moyen plus facile , & 
moins onéreux que celui qui aroic déjà été 
employé pour le foutien de femblables éca- 
bliâèmens ; fçavoir le produit des Lote- 
lies. Il ordonna à cet efret , qu'à comptée 
du premier Mai 175^ > les Billets des trois 
Loteries qui fe tiroient chaque mois dans 
Paris, & dont le prix étoit alors de vingt 
fols , feroient à vingt-quatre fols , pour être 
le produit de cette augmentation , appliqué 
au profit defdits Âbbe & Chanoines, pour 
erre employé par eux uniquement i la re* 
HTonftruâion de leur Eglifê ; lequel produit 
^etûit remis au E^ocureurde ladite Abbaye » 
-& conftacé véritable par des bordereaux vé- 
^és Se approuvéis par le Lieutenant-Gé* 
«âéral de Police > auquel feul S. M. attribue 
la jtitifdiâidn Se connoiflance de Texécu» 
tion du ^éfent Acrêt , donne à Verfkilles 
le 9 Av^ril de cette anoée. 

Le ûem Soufflot , Architeâe du Roi ^ 
Contrôleur de fes Bâtimens , & Chevalier 
de l'Ordre de St.-Michel , reçut des ordres 
de S« M. de fkiiTe des plans de ladite 
EgUfe. Cet Artifte célèbre en fit plufîeurs 
'•^i furent préfentés au Roi par le Marquis 
tiie Mari^riy , Diredeur-général des Bati- 
-mens , Arts & Manufadures du Royaume, 
parmi lesquels S. M. choifit celui qui s'e- 
xécute actuellement , & nomma ledit fieur 



J[I2 BxENFAlSAN^Cl 

Soufflet. 9 par Arrct du Confeil & Lettre*-' 

Patentes , pour préiider à la conftrudtîoil 

de ladite Èglife jufqua Ton entière per»- 

feûion. Ceft a la ft ience & au goût exquis 

de ce grand Ârtifte déjà connu par plufieurs 

excellens ouvrages élevés fur fes deflins^ 

entre autres la luperbe façade de THôtei- 

Dieu de Lyon, du côté du Rhône, que 

Paris fera redevable du plus bel édifice en 

ce genre. 
« 

< ■' -i 1 LJ S» 

L E Maréchal Duc de Belleifle , Gou- 
verneur-général des trois Evêchés , ayant 
attiré les Chanoines Réguliers de Lot'- 
raine dans la ville neuve de Metz , bâtiç 
par (es foins; ces Religieux y formèrent 
une penfion pour l'éducation de la jeun^ 
Noblefle cjui a mérité- la confiance des 
Nationaux & des Etrangers. Le fuccès d^ 
ces Chanoines engagèrent M. Pillevel, alors 
Abbé Régulier de St.-Pierremont , depuis 
élevé au Généralat de la Congrégation , 
qui avoir fait les frais de tous les bâti- 
mens, & pourvu jufques-U à Tentretien 
de cet écâbliilèment , à chercher les moyens 
de lui procurer des fonds pour l'aveniç. 
Dans certe vue , par un exemple uniqtie de 
défintérellèment & de zèle pour le bien 
public , il fe démit volomairçment de (on 

Abbaye 



F It A H Ç O f 9 B. Il) 

Abbaye entre les mains du Roi fans au- 
cune Tcferve^ demandant que le titre em 
fôf fupprimé , & que tous les biens & re- 
venus en fuifent unis à la Maifon quil 
avoir fait bâtir à Metz* En confcquence, par 
la proteâion & les bons offices du \jaré- 
chai de Belkifle, ie Roi informé des pro- 
grès de cet érabUlfement , donna fon con* 
lentement pour l'union des biens de la 
Manfe Abbatiale à la Malien des ChanoU 
nés Réguliers. Le Roi chargea ladite Mai* 
fon à perpétuité , de loger , nourrir & en- 
seigner douze jeunes Gentilshommes i fa 
fiomination ^ il la décora du titre de Col* 
k'gc Royal de St ^Louis , lui accorda, tous 
les privilèges utiles & honorables que pou- 
voit déârer cet étabUIfement. 

UHoTEt. de Ville de Viflefranche , ayant 
réfola par délibération du 4 Décembre de 
contribuer à l'encouragement de Tétude de 
la Rhétorique & des Humanités dans le 
Collège Royal des Pères, de la Doûrine- 
Chrénenne , par Tétablillement de deux 
prix pour chacune de fes claHes \ la pre- 
mière dillribution folen>nelle fut faite le 
Tfi Août 175 f, par le Maire & les Con- 
fuis; le premier prix eft une médaille dor, 
& \qs autres ipuc des médailles d'argent. 

'Jom. ilm H 



Jt4 BlBNFAXS'AHiE 



<*• ••m> f 



' L'Ev&^UE de Mâcon <iéfîran€ depuis 
long-cems d*écablir la r éforine ée fon Âb* 
ba^e de Vàlmont > ptéfehta une Requête 
au Confeil pour cet effet , Se eh obtint hs 
Lettres ^ Patentes néce{raiirés« En confé-' 
quence le Supérieur général de la Congre^ 
gation de St*-Maut tfnVoya des Députés 
n>ndés de 'procuration poàr prendre po^ 
fei&on de cetce Abb^ç* C^s Religieux di- 
rent reçus par les Officiers du Prince dû 
MonacQ ^ Seigneur du Duché d'Eftouce^' 
ville i ainfi que par le Clergé & la No- 
bkflTe. 

Pour rendra ce jôut plus recommanda^ 
ble y on diftribua des aumpnes confidera- 
blés aux pauvres que k cérémonie y avoir 
attirés de toutes parts. 

* 

. Loms XV toujours porté à favorifer les 
calens de i récompenfer le ihéfite , décora 
cette année , du Gordon de St.-Michel ^ 
Jean RoulTeau, Maîtte en fait d'armes du 
Dauphin 6c des enfans de France. S. M. 
voulut récompenfer ce célèbre Ârtifte dé 
la perfection qu'il avoir acquis dam foâ 
art^ ainâ que de les fervices $c de ceux de 



^ 



F R A N f a I t Bb L TI| 

Sb^ famille , qui i depuis plus d uq fiède ^ 
j^of^èdent la pl^ce de Maître en fait d*a»r 
jxxQ^ des Priaices de h Maifon Royale. 



^lassgaeai 



Ch ARL^s-Gabrtel de Çaylas , après avoit 
fait foii cours de Théologie avec la plus 
grande diftmâdon , fut pourvu d une char^ 
ge d* Auinônier du Roi ^ il parue à la Couc 
avec cette (implicite &c cette pureté de 
moears 4|u*il conferva toute Ùl vie» Il f 
vécut avec la même régularité que dan$ 
un féminaire. Etroitement lié avec le grand 
jBoiraet qu'il honoroit ôc refpeâoit comme 
{on maître ,. il naettoit à proâc tous let 
momens que cet illuftire Prélat pouvoit lui 
donner. 

Louis XIV qui aimoit principalement 
& eftimoit dans les Ecclcfîaftiques le bo 
exemple d une conduite fage 6c réglée ^ 
cémoignoit beaucoup de bonté ôc d^fFeç^ 
cion à TÂbbé de Caylus. Le Cardinal dé 
NoaiUes , qui connoiilbit par lui*mfême foii 
mérite .& fa vertu, le fit fon Grand- Vi* 
Caire ; il lui conâa la fùpériorité du Col^ 
lége des Lombards , & il eut lieu d être 
facisfait du bon ordre qu il y établit* 

En 17 ©4, Andké Coibeçt , Evêqu^d'Au** 
xerce étant txioi^t fiur la fin de la mèmv 
année . M* de Caylus^fut aammé â ceé 

H 1 



tT^ B f E K f A t S A N € C 

^vèchc, & fut facré le i Mars 1705; le 
>ii du même mois il prit pofleflîon de 
fon ^Ufe. I^ Bourgeoiiie d'Âuxerre ^'étoit 
mife fous les armes pour le recevoir ; une 
Compagnie de trente jeunes gens à cheval 
alla au-devant de lui jufqu'à Régennes ^ 
ihais il renonça au cérémonial de Tentrée 
folemnelle àis Evèques <l'Âuxerre ^ qui 
étoieat portés pat les Barons* 

L'un des principaux <levoirs à*xui bon 
Pafteur ^ eft de connoître fes Brebis , pour 
Ct montre en état de procurer des fecours 
propoaionnés à leurs befoins; c'eft à quoi 
M. de Caylus donna touse fon application 
i& fes foins* Ayant Élit afiembler tous les 
Curés de fon Diocèfe , il conféra avec eux 
fur rétat de. leurs Paroiilès, & fe prépara 
ainfi à faire plus ucilemenc la vifite-de fon 
pioeèfci 11 le parcourut tout entier, vifi- 
tant chaque Egliiè Paroiffiale, fans diftinc- 
tion de petite :ou de grande, y difoit la 
meilè , montoit en chaué Se faifoit aux fi* 
dèles afiemblés , qu'il appelloit fes chers ' 
enfans , une inftrudion vraiment paternelle* 
Dans fes vifites, il donnoit toujours aux 
Curés. pour les pauvres de leurs Paroiiles, 
X^s. premières amiées de fon Epifcopat fe 
pafsèrçnt ainfi à parcourir & à étudier fon 
Diocèfe , pour y affermir Se y écal>lir le 
bon ordre & la difcipline » conformément 
aux Saints-Canons. 



François b.- 117 

lïommé Elu Général du Clergé aux 
fracs de Bourgogne, pour la Triennalité 
qui commençoic en 1706 , il fiic député 
Tannée fiûvante par fa ProviiKe à rAflem- 
blée générale pour les befoins de l'Ecac qui 
écoienc alors crès-pre(Iàns. 

LafFreufe ftéritité de 1709, foince au 
fléau de k guerre , mie le comble aux 
maux de la France^ & exerça long-tems le 
zèle & la charité de M. de Caylus. Il com« 
mença par didribuer de la ibupe de du 
p^p. dans la cour de TEveciié aux pauvres 
de la Ville Se à ceux de k Campagne que 
k misère y attiroic. Quelque grande que 
fut k multitude , la diftribution (e fit tour 
jours avec beaucoup d'ordre , & en même-' 
tems il ordonnoit des prières publiques», 
& recommandoic à.fes Diocéfaias ^ par les 
motifs les plus coucbans , de venir au fe^* 
cours des malheureux. Joignant l'exemple 
à l'inftruâion , il vendit toute fa vaiûTelle 
d'argent. Plufieurs de fes Diocéfains , Se 
Ipécialement de la Ville Epifcopale , ne 
.confultanc que leur zèle, apportèrent à fes 
pieds ce qui leur reftoit de oiens. 

Après avoir pourvu aux befoins de k 
Ville , il fe tranfporu dans les principaux 
endroits de fon Diocèfc pour y procurer 
les mêmes fecours. Il ne voyoit par- tout 
que des fpedtres brûlés , traînant à peine 
les Mftes d'une vie languiilànte , des mou- 



tl9 BiBKyAlSAKCfi 

tans Se même des morts fur les chemins. 
Quel fpeâacle pour un cœur auflî bon ëê 
auffi cendre ! 11 finit fes courfes par la villes 
de Gien , où il avoir un peuple nombreitx 
'à foulager. Il racontoit fouvcnt qu'étant 
prêt à en partir, il vjt la rue pleine d une 
multitude de pauvres , qu'il en fut afflig;é^ 
ayant donné tout ce <]u*il pouvoit avoir , 
te qu'il leur dit : >> Je fois bien fâché , mei 
»> enfans , de n'avoir rien â vous donner <** 
»f — Eh, Monfeigneur, lui dirent-ils, nous 
ff ne fommes pas venus pour vous'deman<f 
w der , mais pour vous remercier <*. Hs fe 
mirenç à genoux Se reçurent fa bénédic- 
tion. 

les aumônes d'art Evèque diftribuéei 
car lui-même avec ordre & fageffe , ea 
Attirent d'ailleurs. On fe fait un mérite 
de concourir à la bonne œuvre. M. de 
•Pardiac vint k Auxerre avec un Compa- 
gnon de fa charité , offrir fes fervices Se 
fa bourfe à M. de Caylus. Il les envoya à 
Vermanton & à Cravan pour y diftribuec 
des potages, c'étoit fon terme & fon au- 
mône favorite. Ces deux fcccléfiaftiquefi 
faifoient en même-tems des exhortations 
aux pauvres qu'ils nourriffbient , & leur 
diftribuoient des livres de piété. 

Il parvint à faire un établifiement qu*îl 
avoir fort i cœur. Dans l'hy ver de l'annéfe 
1715,1! faif(H€ beaucoup d'atimonê^*, fes 



Françoise. 1x9 

fisÂiortatîons & fes exemptes avoient excité 
dam fa Ville Epifcofiale une fàinre ému-« 
Jarion pour le foalag^menc des pauvces» Il 
voulut entretenir & perpétuer cette fource 
précieufe , & la rendre plus utile Se plus 
fëconde par le bon ordre d'une fage âd- 
sninittration , à laquelle tous les Corps de la 
Ville auroient part. Il fortna fous le nom 
d'aumône générale un Bureau compofé dm 
Chanoines de la Cathédrale » de Curés de 
k Ville, d'Officiers du Baillage &c de 
motel de Ville qui s'aflètnblent à l'Eve- 
eké certains jours de chaque mois: L'objet 
du Bureau eft de procurer du pain aux pau- 
vres de la Ville , dont chaque Çucé donne 
un état détaillé pour fa Paroifle ; les paur 
vies compris dans l'état fe trouvent tous 
les Dimand^s dans une Chapelle près la 
Cathédrale I où le Chanoine prépofc leur 
dit la Meflà , leur fait une inftruîfkion 8c 
leur diftribu^la (^|Uam|té de pain fixée par 
le Bureau, à proportion des befbins de 
chaque famille ; on leur donne du bois en 
hyver. Pour fubvenir à ces befoins , on 
fait une quête dans toutes les maifons de la 
Ville , partagée i cet effet en trois quar-? 
tiers , la furveille de Pâques , de l'Affomp- 
tion Se de Noël. Les Quêteurs , qui font 
des Chanoines , des Officiers du Bailliage 
fie de l'Hôtel de Ville , vont deux à deux 
dans le quaf cier qui leur a été affigné. Ils 

H 4 



IlO B I E K'F A I S A N CE 

{)ortent enfuite leur bourfe au Trcforierj? 
equel rend compte au prochain Bureau. dU' 
produit de la auère ; on en dlftraic une 
partie pour le Cnanoine chargé des pauvres 
honteux qui ne font connus que de lui 
& de TEvêque. Pour fanÛifier 1 écabliffe- 
ment , on eri fait tous les ans Tanniverfaire 
le Dimanche après la fète de St.- Vincent , 
par Texpofition du St. - Sacrement , une 
Meffe folemiielle , Vêpres , Sermon & Sa- 
lut. Ce font les Chanoines de la Cathé- 
drale qui font cet Office dans lune des 
deux principales Paroifîès de la Ville al- 
ternativement. M.. d*Aaxerre ne manquoic 
-. jamais de fe trouver à cet Office , où la 
3 quête fe fait par un Magiftrat du Bailliage 
& un Officier de la Ville. Et que n at il 

fas fait pour fourenir cette bonne œuvre f^ 
es fonps n'ont jamais manqué , parce que . 
dans le befoin il en fùifoit le fupplément» 
Outre l'aumône générale ^^ il y a dans 
chaque Paroifle de la Ville, ce qu'cMi ap*- 
pelle la charité, qui a pour objet les ma-^ 
lades , les femmes en couche , les petits: 
cnfans. C'eft à quoi un certain nombre de 
Dames ont foin de pourvoir de concert" 
avec le Curé, elles font auffi des quêtes j. 
elles venoient en certains tems préfenter: 
leur bourfe à M. d'Auxerre, qui leur fai- 
fbit toujours l'accueil le plub gracieux , & 
en leur donnant fon aumône qu'il propor^ 



F R A N Ç a I 8 E. lit 

tlonnoît aux befoins de chaqne Paroiffe > il 
loBoit leur zèle & leur charicé. 

L'Hôpital r Général avoir été bâti par 
fon Prédécefleur immédiat , qui n^voit pu 
lui donner qu une dot aflez modique. Un 
Admtniftrateur prppofa à M» de Caytus 
de demander une Loterie en faveur de 
cet Hôpital , & laiTura qu'il feroit facile 
de lobtenir. 11 lui répondit : »> qu'il ne 
» confentiroit jamais à cet expédient pour 
•>fubvenir aux befoms des pauvres; qu'un 
» Hôpital ne doit être fondé que fur I2 
» Providence & fur la charité des fidèles , 
.$» Se non fur les reiïburces de la cupidité «• 
Sa confiance ne fut point trompée , l'Hôpi- 
tal d'Auxerre nourrit & entretient trois foi» 
plus de pauvres que dans le tems de la 
fondation. Les garçons & les filles y font 
très-bien élevés & utilement occupés, 

L'AflTemblée générale du Clergé fe te- 
noit à Paris lors de |a mort de Louis XIV , 
M. d*Auxerre en étoir. Elle ne finit que le 
jo Décembre , & M. deCaylus fut charg;é 
de haranguer le jeune Roi , Louis XV étoit 
alors à Vincennes j la harangue fut courte 
comme il convenoin L'Orateur exprima 
avec énergie toute la vivacité de fes fenti- 
mens. 

Il établit fon Séminaire dans fon Palais 
Epifcopal pour former les jeunes gens fous 
fes yeux aux fondions du St. Miniftère. Il 



H^ BlIHi'AISAKCE 

étoiî témoin de leuis progrès par les exer<^ 
cices qui fe fàifoient en fa préfençe , & o» 
il leur difttibuoic des prix fuivanc le mé* 
fice de chacun. 

11 faifoit régulièrement fes vifitcs donc 
il voyait de plus en plus Tutilité pour le 
maintien de Tordre 8c de la paix. Il em- 
ployoit contre les fcandales tous les moyens 
que la charité & la vigueur Epifcopales 
pouvoient lui fuggéren 

il y avoit dans une Paroiflè i s Hôue* 
4'Auxerre , un Garde-du^Corps qui viyoit 
clans; un défordre notoire & public. Leg 
^vis & les exhortations étant inutiles , il fe 
tranfporta dans le lieu où il avoit fait ixi'^ 
Honcer une vifite , il monta en chaire , &: 
?.près une inftruûion très-pathétiquè où il 
fçndit compte au peuple aflfemblé des dé- 
marches qu il avoit faites pour faire cefïec 
le fcandale , & de la trifte néceflîté où les 
coupables le mettoient de prononcer contre 
W\ nommément les cenfures de l'EgHfe ; 
il fit fonner les cloches compie on fait pour 
^n mort , fe mit à genoux & commença 
les Pfeaumes Miferere ôf Deprafundis , qui 
forent récités bien pofément par le Clergé 
& les fidèles ; après quoi il dit TOraifoti 
poqr la converfion des Pécheurs , & déclara 
que c'étoit pour la première monition. Le 
coupable informé de ce qui s'était paJïe , 
îx entendre quiil s'emharraffiMt fort ^eu de 



Ifesisdmmumcation; cependant il alla trou* 
^er fon Coifimandanc , qui lui dit qu'il 
Bavoit d'autre parti à prendre que dalief 
trouver M. d'Auxerre, Se le pier de lut 
indiquer an Prêtre auquel il sadrefleroic 
pour la confeffion 3c dont il lui rappone* 
foit un certificat. M. d'Auxerre le teçn 
avec les fentimens du père de TEnt nr- 
Prodigue de TEvangile , & l'envoya à on 
Prêtre plein de charité & cnpable dt le 
mettre dans les voies du falut. 

Le foulagement des pauvres étoît l'objet 
continuel de fa follicitude ; & tout le 
monde iait qu'à cet égard , comme pour 
tour autre bien, il prêchoît d^exemple, 8c 
qu'il ne négligeoir aucun des moyens qui 
pouvoient l'aider à les fecourir dans les 
preflàns befoins. 11 les expofoit aux Mi- 
niftres Se en particulier au Cardinal de 
Fleury , à qui il écrivoit fur ce ton d'an- 
cienne amitié qui fe foatenoic parfaite- 
ment de part & d'autre. Il arriva vers ce . 
rems4â i|n incendie dans un quartier de 
la ville d'Auxerre, habité par des Vigne- 
rons qui y fit beaucoup de r<ivage. M. de 
Caylus en écrivit au Cardinal, Se lui mar- 
qua que pareil incendie arrivé peu de rems 
avant , l'a voit tellement épuifé, qu'il ne 
pouvoic venir au feceurs que d^nne partie 
des plus malheureux. Le Cardinal lui ré- 
pondît ior-ie-cliaiH^ en ces termes. 



114 6 I E K f A I S AN C S 

>y Je rie puis , Monfieur , qu'être édi^c^ 
9» vocre charité envers les pauvres incendiés 
» de votre Ville j mais nous fommes fi 
99 preflcs de toutes parts , que je ne puis 
» faire ce que je founaiterois. En attendant > ' 
n j'ai Thonneur de vous envoyer zooo liv. 
» par le billet ci-joint ••. Al. d'Auxerre en 
fut d'autant plus flatté , que le Cardinal 
tiroir cette aumônce de fa propre caflette. 

M. d*Auxerre , quoique toujours réfî- 
dent dans fon Diocèfe , avoir plus de cré- 
dit que ceux qui paroifToient être le plus 
en faveur à la Cour. Ses recommandations 
nctoient pas moins efficaces auprfa des 
Magiftrats & des Miniftres. On a trouve 
parmi fes papiers la lettre d*un de fes . 
Diocéfains , déferrent de la Marine , dont 
il avoir obtenu la erace p^r M. de Maure- 
pas j il lui marquoit : >> Mes parens , fui- 
» vanr le cours de la narure, me donné- 
»> rent le jour. Vorre Grandeur , fuivant le 
9> torrent de fa charité, me retire des mains 
»* d'une mort ignominieufe à laquelle j'é» 
»> rois condamne «. 

M. Orry , Contrôleur-Général, à qui 
M. d'Auxerre avoir expofé l'extrême 
misère d'un grand nombre de fes Diocé- 
fains , lui fir roucher 4000 liv. , en lui 
marquant que S. M. efpéroit qu'il en feroit 
lui-même la diftribution aux plus indigens*. 
Comme le bnefoin^ écoit général , routes 



T R A K Ç O I s X. 115 

les Paroifles du Diocèfe eurent part à lau- 
moae au prorata du nombre des pauvres. 

Etant parti pour Paris à 1 âge de 73 ans , 
dans l'intention de confuker fur fa fanté , 
il y £m accueilli dès les premiers jours de 
ion arrivée par un concours perpétuel de 
perfonnes de tous états qui s'empreflbienc 
de lui témoigner leur ]oie« 
* Un Jour padànt par le fauxboutg St.- 
Antoine > il fut obligé de mettre pied â 
terre , parce qu'il y eut une réparation à 
faire à fcm carro(Te , & il entra dans la 
boutique d'un Miroitier^ le Charron que 
Je cocher voulut payer , lui demanda quel 
étoit l'Evêque pour qui il avoir travaillé » 
Se ayant entendu prononcer le nom de M. 
d'Auxerre > il déclara qu'il ne recevroic 
point d'argent , qu'il étoit trop content 
d'avoir eu le bonheur de travailler pour 
ce bon Evêque ^ on ne put rien lui faire 
accepter. Il ne refta dans la Capitale que 
£rès-peu de tems ôc s'en retourna dans ion 
Diocèfe. 

En 1754 , étant dans l'ufage de faire 
l'Ordination le famedi de la femaine de 
la Paffion, ce jourromboir le 30 de Mars 
& le froid étoit très-rigoureux; quelque 
inftance qu'on lui fît pour ne pas aller à 
Auxerre , il voulut s'y rendre ; ce qui l'y 
détermina plus abfolumenr , c'eft que le 
Curé de Coulanges l'a voie prié de confirmer 



«1^ B I X N V A I s A K ib C 

un gnittd nombre de fes Paroilfiens^ on iat 
propofa de les faire venir à Régennes, mâi« 
il fe récria contre cette propofirion & dit: 
9» Ces bonnes gens auront rait nois lieues 
f» pour venir recevoir un facrement ^ & )* 
t> leur en ferois faire encore deux ? C'eft à 
s> moi d*alter les trouver , je fuis allez bieii 
» p.iyé pour cela <«. Il partie en effet , il 
confirma après avoir fait une exhortation ; 
le lendemain il célébra la Meife & lot 
rOcdination. 11 retourna à Régennes, pa-^ 
loillant bien fe porter \ mais il avoir pris 
un refroidiirement de cerveau, & dès le 
dimanche « la maladie fe déclara ; .lop* 
pteflion devint très- violente» & ce vertueux 
Evêque ne s'occupa plus dès lors qui f^ 
préparer à la mon ^ 

Le Chapitre de la Cathédrale informé 
du danger de fa maladie , avoir commen* 
ce les prières ài^s quarante heures^ toute 
la Ville y accourut. Il envoya le mercredi 
matin à Régennes quatre Députés de foa 
Corps ^ ils arrivèrent fort à propos , car le 
rerpeâable malade qui fe difpofoit à rece- 
voir les derniers Sàcremens j avoir témoi- 
gné qu il auroit voulu qu'ils lui fuLÎent 
adminiftrés par fon Chapitre \ il les reçut 
de la main de M. Clément, Ttéforier , èf 
écoit à la tête de la Députation. Après 
avoir donné fa béiiédiârion i fon Chapitre 
ilans la peilbnne de. iiis Dépurés & à tout 



F ft A K Ç O I s f . îlf 

tan peuple tJans cotks c€ihl oiii écoîehc pr^ 
fens , il înotifuc le ) Avtil âgé de S j ans 
prefque accomplis. Son corps fat pcMCcé le 
IctodeinaiH à Âuxef te , & expofë fur un lie 
de parade dans la falle du Synode fuf<^u'aa 
9 du fneme mois , jour fixé pour l'inhu- 
mation, La falle fut arrofce des larmes que 
fe^aàdirent les Habitant de la ville Se de 
Jà campagne dés environs qui s'entre^fuc- 
cédoienc fans 'iiiterruptioiXi 

Qûdques jours après fon décès , on re^ 
^t à Auxèrte ufne lettre du Duc de Ctylils 
io» frère» Cétoit une réponfe qui fit con- 
aiûîrre que M^ d*Auxerr% lui avoic écrk 
qu'il itintoit la mort approcher -y que les 
befoins de fon Diocèfe ne lui avoient pas 
permis d amaflfer de quoi récompenfer d'an- 
ciens Domeftiques qui l'avoient bien fer- 
vi ^ qu'il le prioit de vouloir bien y fup- 
pléer. 

» Pourquoi donc » mon cher ami , lui 
» répond le Duc de Caylus , vous occupez* 
M vous des idées de k mort i je fais que 
9> vous vous portez très-bien. JouiflTez de 
«> votre fanté & ne vous laiflez pas aller à 
» ces triftes penfées. Pour ce qui eft de vos 
h domeftiques , n'en ayez point d'inquié-^ 
i> tude y envoyez- moi an état Hgné de vous^ 
99 de leurs noms , du tems de leurs fervices 
9> 8c de ce que vous fouhaitez que je leur 
i» donne , loit en une femme une ^fois 



tt8 B I 1 N F A^f- s A N C É 

•f» payée » foit en penfions , & j'exécuterai 
9» vos imenrions fur l'argent que j'ai ici , Sc 
•9 fur les terres que j'ai en France «. 

Le Comte de Caylus envoya l*ctat des 
noms & du tems de (ervire à fon oncle > 
qui récompenfa noblement chacun des do-* 
meftiqués* 

Nous ajouterons à ce dernier trait de fon 
^loge , le témoignage éclatant que Louis 
XV voulut bien donner à la mémoire de 
ce Prélat Un Courcifan annonce à S. M. 
ia more de M. d'Auxerre; le Roi répondit: 
» Qu'il regrettoit fine èrement ce vertueux 
99 Prélat , & qu'il avoir toujours été très- 
*> bien fervi par tous ceux de' fa Maifou <<• 



«os 



. Mari E-Therèfe- Félicite d'Eft de Mo- 
dène, Duchefle de Penthièvre , fut enlevée 
cette année dans la fleur de fon âge , à la 
tendrefle d'un Prince à qui elle étoit fi 
chère. Quel coup > quelle féparation , où 
celui qui furvit s'eftime le plus à plaindre ! 

M. Deon de fieaumonc a compofé une 
Eplnphe Latine qui renferme le plus bel 
^loge de cette Princeife vertueufe. Elle y 
paroit peinte & caradkérifée avec autant de 
précifion que d élégance y nous en donne- 
rons iii la traduâion. 

» O more impitoyable ! fourde aux 

prières 



Françoise; x%^ 

>9 prières que la vertu même ne peut fli- 
êfchïï ! Pourquoi, au milieu des plaifîrs 
j> d'un chafte hymenée , , arraches- tu des 
.j> bras d'un tendre époux, uneépoufe jeune 
w & chérie, dîme d'un meilleur fort , dont 
9> tous les dÎKours & les a&ions étoienc 
j) embellis par la pudeur Se confacrés par 
» la Religion ! Grave fans trifteffè , dévouée 
» à la pénitence fans avoir fait de vœux j 
4>huinDle au milieu des honneurs, même 
» au milieu des vertus ; indigente au fein 
» des richefles , prodigue envers les pau- 
.9» vres, plus d'une fois en les enrichidànt 
» elle s'eft elle-même appauvrie. Par Tagré- 
M ment de fon efprit , par la force de fon 
» jugement qui fe foumettoit tout , par la 
M douceur de fon vifage , par fa taille élé- 
» gante , par fa beauté qu'elle feule ne 
» voyoit pas, elle fut l'exemple & les dé* 
» lices de la Cour &c de la Ville. Elle vie 
99 approcher fa dernière heure avec cette 
99 fermeté d'ame qui lui avoit fait fupporter 
»> patiemment les douleurs les plus Ion* 
$9 gues ôc les maux les plus incurables. Au 
99 milieu des foins afCdus Se des larmes 
$y d'un tendre époux, après avoir long-tems ' 
9> lu(té contre la mort ^ vaincue par les 
« douleurs de la maladie & de l'enfame- 
^ ment , elle envoya, devant elle un fils au 
.>>Ciel, qui déjà fe réjouiflbit de voie 
, 99 qu elle alloit le fuivre j elle s'y envola 
Tom. IL 1 



IjO BiCNFÀISAKeE. 

sfi bien-toc elle-même âgée de x8 ans 5 dU 
»» gne d'une plus longue vie , H elle n eût 
» été digne de récernelle. PalTanc , arrête 
99 tes larmes : Celui qui croit en Dieu j quoi-- 
» que mort ^ vivra toujours <«. 

Le Duc de Penchièvre , refprît & le 
cœuc toujours remplis de fa perte , prit le 
parti de voyager , moins pour fe confoler 

3ue pour s'inftruire ; non fans doute, pour 
iftraire , mais plutôt pour entretenir fa 
douleur 5 puifqu il vifita les lieux qui ont 
vu naître le vertueux objet qui faifoit cou- 
ler fes larmes; il ne s'éloignoit de fon tom- 
beau que pour approcher de fon berceau ; 
il gémit dans les bras d'un illuftrebeau»pète 
qui lui avoit remis ce dépôt précieux dans 
1 efpérance * fi bien fondée d'un bonheur 
plus durable. 



UÂcADiMiE des Sciences , Belles-Let- 
tres & Ans de Befançon , fîgnala fa recoh- 
nolflance dans fon aflemblce publique du 
31 Janvier, par l'éloge funèbre de laDu- 
cheflfè de Tailard , prononcé par M. De- 
frafne , Avocat-Général honoraire du Par- 
lement de cette Ville. 

Cette illuftre Dame , dit-il , accordoit 
fon eftime à cette Compagnie j c'ctoit 
l'ouvrage du Duc de Tallard. Elle voyoit 



F H A IK Ç t> I s C«. f}I 

^e cat izAbliSkmetit nzrùk pour ohjst 
que le bien public , le progrès des fcienccs 
dans cette ProvÙKe ; en fadok^il davan- 
tage pour une ftine ûoâi généreivfe qoe la 
lîenne ^ 

La nature , en répandant des <grac€s fut 
fa perfonn^ , ne fe borna pas à res plié^ens 
fou vent trop peu durables ; elle lui pro- 
dîgaa fes dons h$ plus précieux. Un efpric 
fuée & pénétrant , mats qui par fes agré- 
mens fe rendoit propre à rout; un carac- 
tère ferme & rempli de dignité, mais qui 
ne prit jamais rien fur les douceurs de la 
ibciété^ une am^ élevée & natucellement 
courageufe , mais qui fe diftingua toujours 
par fa borné , firent appercevoir de bonne 
heure ces taiens rares qui dévoient un fout 
la £iire choiiir pour revnplir la place inipor» 
tante qui lui fut confiée* 

Dans cet événement où toute la Franceik 
éclater fa joie , parce qu'il rempliflbit fes 
plus ardens défirs, la naiHànce /du Dau** 
phili; le Roi/ par une attention digne de 
fa bonté, marqua à ia Duchefle de Tallard 
I eftitne qu'il en faifoit , en dxorM^nt cas 
premiers momens de l'allégrefle publique 
pour déclarer qu'il lui Avoit accordé la iur- 
vivance de Gouvernante des Eiifans de 
France. Le jeune Prince , objet des délices 
Se des efpcrances de la nation, me £ùt plii$ 
dès-lors celui de fes craintes , 1 on favoit 

11 



t ji Bienfaisance 

que la Ducheilè de Tallard veilloit à fa 
confervation. 

Cette iliuftre Dame poflfédoît un talent 
dont on trouvera peu d'exemples. On n ou-' 
bliera jamais ces réponfes pleines de gran* 
deur Se de majefté qu'elle infpiroit au 
Dauphin & aux PrincelTes , lorfque les Am- 
bailàdeurs des Puiiïances étrangères étoienc 
admis à leurs audiences ; ils en fortoient 
toujours pénétrés d'admiration & de ref* 
peft. 

La bonté de fon cœur prévenoit ceux 
qui défiroient avoir l'honneur de s'appro- 
cher de nos auguftes Princes. Pour peu que 
Ton fût d'un rang connu , cette faveur n*c- 
toit refufée à perlonne. i> Approchez , dit« 
n elle un jour à un Officier de la Provin- 
»> ce de Franche-Comté , connu par fon 
9> mérite & par fes belles aélions , appro- 
» chez, Moniieur , vous fervez fi bien vos 
«Maîtres , qu'ils ne peuvent trop-tôt re- 
» cevoir votre hommage, 
: La Duchefie de Tallard à la mort , mon^» 
tra fa réfignation aux décrets de la Provi- 
dence y Se fon courage au milieu des dou- 
leurs les plus aigucsi La bonne Duchejje ^ 
c'eft ainfi qu'on la qualifioit à caufe de fa 
bienfaifance envers tout le monde & de fes 
libéralités , reçut , de Louis XV & de tou- 
te la Cour y dans ces derniers momens ^ 
les plus grands témoignages àm fenfibilité« 



François £« 15,1 

La Reine ayant maroué à la Ducheflé 
combien elle écoic édinée de fa fermeté , 
elle lui répondit : >>Je ferois bien plus 
» ferme , Madame , (i j'avois vécu comme 
» V. M. ««. Ce fentiment , digne d'une 
Héroïne Chrétienne , rappellera à jamais 
les vertus de cette femme lUuftre » nos jiif- 
tes regrets & le fouvenir des fervices un- 
portans qu'elle a rendus à L'Etat. 



»► 



Qu'il eft glorieux , qu'il eft confolant en 
mème-tems pour la Littérature de pouvoic 
quelquefois rracer le portrait de quelques 
hommes célèbres qui t'ont honorée par des 
talens diftingués , Se plus encore illuftrée 
par des vertus qui caraâérifent l'honnête 
homme & le vrai Citoyen. Négociateur 
éclairé , utile à fon Rpi ^ à l'Etat , à U Pa.- 
rrie y fils tendre &c refpeâueux , dont les 
yeux toujours ouverts iur les befoins d'un 
père furchargé de famille , & peu favorifé 
de la fortune 3 fçut tirer de fes épargnes de 
quoi fatisfaire fon généreux penchant » de 
quoi remplir ces devoirs facrés prefçrits par 
la nature j époux fidèle , ami fincère 8c 
confiant y c'efl: fous ces principaux traits 
qu'on peut reconnoît;re Philippe-Néricault 
Deftouches. Iflu d'une ancienne famille 
originaire d'Amboife, & né à Tours, il 

1 5 



r 

1^4 BlEMFA. ISA NCE 

loi prit €nf le d'etitret au fecvtce à Texem* 
pie de fes frères» 11 fit ùl première campa- 
gne eii qualité de volontaire dans un Hé« 
gimetur d'InÊinrerie ; Sous^Lieucenainc au^ 
ilége de Barcelone , il fut enfrerr<é avec coure 
fà Con»pagnie par une foogaflè, efpèce de 
mine en forme de puits, large de S à i-o 
pieds, 6c profond! oe lo ou ii j il en re- 
vint lui ci4KpiècRe«r 

Lorfque le Régiment paflfà par Soleure, 
il fut çréftnté au Marquis de Puyfieux , 
Ambafl^deur de France auprès du Corps 
Hdvctique. Ce Miiiiftre trouva beaticoup 
d'efprit à M. Deftoucl^s, lui fit quitter le 
fer vice & fe lattacha. S étant rendu fort 
habile dans l'étude des négociations, il fut 
nommé peu de tems après Secrétaire de 
TAmbâflade. 

Le Régent l'ayant beaucoup goûté , l'en- 
voya à Londres en 1717; il y fut quelque 
rems avec TAbbé Dubois, & vit conclure 
lé Traité de laqcradrùple alliance, auquel 
il eut lui-même beaucoup de part. 

Rappelle' en France à la nwrt du Car*- 
dînai Dubois , le Régent lui témoigna 
combien il éroit content de lui. •» Deftou- 
j> ches, lui dit-il, perfonnen'a mieux fervi 
» le Roi que vous ; perfonne ne le fait 
j> mieux que mot, je vous en donnerai des 
»> preuves qui vous étonneront , ainfi que 
« toute la France «. 11 le mit en effet à la 



Françoise. jy^ 

tète des Bureaux Se lui promit une gratif- 
ication de cinquante mille écus qui rarenc 
convertis en ^ooo liv. de rente viagère 
fur la Ville* Ce Prince le deftinoit au Dé» 
partenient des affaires étrangères y mais 
cette haute fortune s'évanouit par la mort 
de fon Proteâ:eur. 

Deftouches fe retira. Né peu Courtifan » 
, jouiflànt d'une fortune honnête, il neut 
d'autre ambition que de cultiver paifible* 
ment les Lettres. Il acheta la terre de 
Fortoifeau, proche de Melun, i lo lieues 
de la Capitale j il y vécut ao ans , s occu-» 
pant du bien de fa famille 6c de l'éduca- 
tion de fes enfans > cultivant l'Agriculture 
qu'il aimoit paffionnément , entretenant 
un commerce fuivi avec plufieurs Gens de 
Lettres , fur-tout avec M. Tavenot fon 
ami de tous les tems. Ci connu lui-même 
par d'excellentes produftions. Les fenti- 
mens les plus tendres unidbient ces deux 
âmes pleines de candeur j & formées l'une 
pour l'autre. 

Le premier emploi qu'il fit de Ion ai- 
fance , fut d'envoyer à fon père , dont il 
connoiflbit le goût décidé pour la cam- 
pagne , 40,000 liv. fur fes épargnes pour 
acheter une terre en Tourraine , & pour 
le mettre en état de foutèhir fa nombreufe 
famille. C'eft par ce dernier trait que nous 
terminerons fon éloge. Ses talens & fes ou- 

I 4 



- ... "^ 



\^ 



lf6 Bienfaisance 

vrages lui affurent la réputation d'homme 
télèhte dans Tempire des Lettres j fa ten- 
dre générofité envers foii père lui affiiré 
de plus Tadmiration , Teftime & les hom- 
mages de la poftérité. 

M. Tavenot rendit le dernier tribut d a* 
mitié aux mânes de fon illuftre ami par 
fon ilcgie touchante intitulée : le Tombeau 
de M. Néricault Defiouchts ^ impri* 
mée cette année , & . qui termine avec 
honneur la fuperbé édition des Œuvres de 
M. Deftouches , dont Louis XV fcella la 
réputation en la faifant imprimer à fon im- 
primerie Royale. Ainfi s'exprime à la fin 
de fon Elégie M. Tanevot : 

L'Uonnéte homme fe peine dans Tes produâions » 
Comme l'aftre du jour dans (es brillans rayons : 
Tes Drames précieux porcenc ton caraâère > 
Citoyen » tendre Epoux , fidèle Ami , bon Père : 
Par-tout on te retrouve ^ ^ les plus beaux portraits 
De ton cœur , de ton ame , ont emprunté leurs 
traits. 



I L n*eft d amitié folide & véritable , que 
celle qui eft^ fondée fur la religion & la 
vertu. Tel étoic le caractère de celte de 



F a A M"ç. o I s E. 137 

l'iUuftte Néricaulc Deftouçhes > pour un 
de fes amis , qui , entraîné dans le cour* 
billon d'un monde frivole & pervers, s'é- 
toit écarté des bons principes , des avis 
fages & nécedaires d'one amitié fage & 
éclairée. Nous nous empredbns de con-» 
iigiier dans nos faites une lettre précieufe 
de ce célèbre Auteur , avec d'autant plus 
de raifon , qu'elle conftate & fa religion , 
& fa^énéreufe fenfibilité. Cette lettre eft 
adreflee à une Dame 3 belle-fceur du jeune 
homme. 

» Préparez votre raifon & votre venu , 
3> Madame ,, à foutenir un malheur que 
» vous ne prévoyiez pas , & que je pré- 
r » voyois depuis plus de ùx mois. Le pau- 

» vre Chevalier cet aimable beau- 

» frère eft mort. Une maladie de peu de 
» jours vient de l'emporter ^ & nous le 
*> ravit au plus beau de fon âge. Ses faux 
97 amis, fa complaifance aveugle pour eux, 
» les veilles , la diffipation , les pbifirs ou- 
>j très lont conduit à fa perte j & les mc- 
» decins qui auroient dû s'appercevoir de 
» fon épuiièment , lui ont fait tirer le peu 
»> de fang qui lui reftoit y au lieu que le 
» repos & le régime j fans autres remèdes , 
»> auroient fum pour me conferver un ami 
iy fi précieux. Hélas ! je lui ai prédit cent 
V II & cent f©is fon malheur. Entraîné par 
i> la fijreut du plaifir , il a méprifé mes 



^. ^. 



ïfS B. I E la T A 1 $ A N C E 

» remontrances. 11 n'écoutoit plus que d'in- 
» clignes flatteurs , qui l'ont fait expirer 
»» dans le fein de la volupté.. A la première 
»> nouvelle de fa maladie , j'ai couru , j'ai 
» volé à fon fecours j j'arrive > il n*ctoit 
» plus» 

» La première chofe que f ai fue chex 
» lui ; c*eft que dès Tinftant qu^il a défeC- 
. » péré de fa guérifon , ils s'eft fait appor- 
» ter tous fes papiers , & les a condamnés 
» au feu. Tant de jolis Ouvrages qu'il 
» avoir compofés , & que je me ferois 
X* emprefle de recueillir j & de donner u» 
» jour au public , car ils n' croient nulle- 
» mené licentieux , grâce à mes correc- 
» tions , ont péri tout-à-la-fois dans les 
» flammes. U ne nous refte plus de lui que 
» le regrer de fa perte , & qu'une fucceflîon 
» affez confidérable qu'il s'eft dépêché d'aC- 
» furer à M. votre fils , par un teftamenc 
» fait à la hâte , mais dans là meilleure 
» forme , de forte que j'ai un compliment 
» de condoléance , & un compliment de 
» félicitation à vous faire. Je m'en acquitte 
j> en peu de mots , car je n'ai pas la force 
*> de m'étendre fur cette matière. 

» Vous aurez deux grandes raifons de 
*> vous confoler de la perte du Chevalier ^ 
» Tune par rapport à M. votre fils y l'autre 
*» par rapport à vous-même. Je viens de 
*» vous marquer la première. La fecoxide , 



» gae vous m^aviez canfiée dans Famef- 
» tume de votre cœur , & qu'il tft à-po- 
)> pos que ^e ne rappelle point ici , eft ia« 
i> finiment plus puiâaate que l'autre , paf- 
99 ce que la vertu vous eft infiniment plus 
» ptccieufe que les plus riches fucceffions. 
M Vous voilà délivrée de la trîfte nécefficc 
i} de bannir loin de vous y & de iiaïr un 
» homme eiUmable , que vous vous efFor- 
» ciez depuis long-tems , mais par nial- 
»» heur inutilement , de remettre dans la 
» vote où il faut marcher fans écart , pouar 
» feconferver votre eftime & votre amitié. 
» Â quels excès ^ à quelles odieufes paflions 
» le plus honnête homme ne fe livre-t4i 
» point , dès qu'il n a p^us de religion ? 
n J'ai vu la ChevaKer fàge , modefte , re- 
» tenu , pénétré pour vous d'une amitié 
n tendre & refpedueufe, fondée fur l'ef- 
j> time & la vénération , & telle que vous 
» ne manquez jamais de Tinfpir^ a tous 
» ceux qui ont le bonheur de vous coi^ 
» noître : mais il y a près d'un an que j« 
M le voyois diftrait , diflîpé y livré à fou 
« imagination perverfe , Se à tous les déi^rs 
î> qu'elle lui fuggéroit , après avoir étouffié 
n en lui ces heureux principes qui dirl* 
» geoienc fes inclinations & fa conduite ^ 
^k qui le rendoient les délices des hou* 
Pactes gens. 
» Je ne pouvais comprendre un cliau^ 



r 



140 Bienfaisance 

»> gethenc (î prodigieux. Je fis mes efFbrcs 
» pour en pénétrer la caufe j & )*eus la 
» aouleur de reconnoître enfin que votre 
» beau-frère , autrefois fi intimemenc coiv- 
w vaincu de .la vérité de la religion chré« 
M tienne , avoir écouté les dangereux fb- 
» phifmes des libertins ; & que 3 faute de 
» fcience pour les réfuter & les djctruire » 
i> ce qu'un homme éclairé peut faire aife* 
j9 ment , il avoir eu la foiblellè & Timpru- 
» dence de les adopter , jufqu au point de 
» fecouer les plus légitimes fcrupules , 8c 
y> de fe livrer au crime fans aucun remords. 

» Dès que je ne pus douter de cette 
» funefte révolution , je fis tout ce qui dé- 
» pendoit de moi pour y remédier , & je 
» ne cedài d'employer tous mes foins & 
» route mon adreffe , pour guérir cet efprit 
»* malade, & pour le rappeller à fes pre- 
» mières maximes. 

« Quelquefois je m'appercevois avec un 
» plaifir inexprimable , que mes exhorta- 
» tions & mes preuves invincibles le fai^ 
«> foieht chanceler ; mais la mauvaife com- 
9> pagnie détruifoit bientôt mes progrès 3 
» & (attrait du plaifir achevoit ae le fé- 
»* duire. C etoit toujours à recommencer ; 
9> cependant je ne me laflbis point de com- 
j> battre, & je fentois quelquefois que mes 
» attaques ébranloient fon intrépidité , & 
» mêloient de l'amertume aux délices donc 



Fr ançoise. 14T 

y» il s^enyvroit. Le germe, des bons prin- 
s» àpes n'étoic pas more dans fon cœur , où 
T> mes argameris continuels le faifotent 
» encore fubfifter; mais il y croit affaifTé , 
S) & prefque étouffé fous le poids des paC- 
9* fions & des habitudes vicieufes. 

» Comme je m attachois fans celle à 
fi r'ouvrir les yeux de cet homme égaré , 
N & qu'il perfiftoit opiniâtrement à les tenir 
9» fermés , je lui devenois i charge j & il 
s> s emportoit contre moi. Enfin fon mal 
9> devint incurable ; & n ofant plus efpérec 
n de le guérir , je l'abandonnai i la Pro« 
»> vidence* U prit le parti de me railler , Se 
s» de me tourner en ridicule , reflburce 
» ordinaire des libertins contre tout homme 
9» qui ofe leur repréfenter TafFreux péril 
9>. auquel ils s'expofent. Mon pauvre ami , 
n me dit-il un jour y je vous prédii que vous 
ji mourre:^^ comme un fot ; &r^moi , lui xé- 
9> pondis-)e , mon cher Chevalier , Je vous 
t% prédis que vous mourre7[ en defe/pére\ & 
Si peut-être plutôt que vous ne penfe^ j Ji 
M vous ne change^ pas de conduite. Ma ré- 
» ponfe fembla l'attérer. Il tomba dans un 
» profond filence^ qu'il rompit quelques 
» momens enfuite , pour me prier de le 
» laifTer en repos , & de lui faire la grâce 
n de ne le plus voir. Je ne me le fis pas 
» dire deux fois , & je le quittai bruf- 
» quement les larmes aux yeux. U s'en ap- 



t4t BlBVfArSAKCE 

n peirçuc , Bc me rappella ; mais un pett 
» trop fenfible au dcpit , je n'écoaiai plus 
s» ce miférable ami » & je me fépacai de 
» lui pour jamais ; car je ne laî pas revu 
» depuis ce crifte moment ; du moins je 
M nç 1 ai reYU qu*au fatal inftant où il ve« 
a» noie d'expirer , âgé de 52 ans , & plus 
9 vieux qu un homme de 70. Pernicieux 
s» effets de l'infâme volupté qui avoit cor» 
sr rompu le meilleur cœur du monde., & le 
w corps le plus robufte que la nature eût for«- 
^ mé de nosjours, quine produifent prefque 
» plus que de fbibles avortons , fruits hon* 
s» teux ces mçcurs de notre fiècle ! 

if 11 n'y avoit que deux mois , tout au 
» plus 9 qu'il m'avoit forcé de l'abandon* 
» net à fa déprav4tion. Délivré d'un trop 
9» fidèle ami qui le reténoit encore , en (e 
9 faifant tout à fon aife un* malheureux 
» point d'honneur de fecotier tous les prin- 
»cipes de la religion , il s'eft livré jour 
» & nuit aux plus dangereux excès , qui 
» Tont fait périr à la fin de fon printems. 
» Le fécond jour de fa maladie , il m^é^ 
9 crivit d'une main tremblante , le billet 
s» que je vais vous traufcrire , 6c que je 
a» reçus par un exprès : 

» Que ne vous ai-je cru , mon fidèle 
» ami , hélas ! Tout ce que vous m'avea 
» prédit m arrive. Je meurs par ma faute j 
» Se grâces à Dieu > je meurs Chrétien j 



F R A K Ç O I s £• 145 

1* nais n'ofant efpérer miféricorde. Venez 
•» me raflurer , s*ii eft poffible , & accor- 
•> dez-moî la confoiacion d'expitec dans vos 
f> bras. Pardon , mon Dieu ! pardon , mon 
t» cher ami. Si vous arrivez trop tard , mon 
n bon ami , faavez-moi du moins après 
» ma mort , Se obtenez de ma vertueufe 
f» belle*(œar , qu'elle oublie mes crimi- 
j» nelles intentions , &c qu elle joigne fes 
9> prières aux vôtres. Accourez , je vous en 
99 conjure ^ le tems prelîè ; je tremble. Je 
t» fuis perdu pour Téternité. Malheuteus 
» que je fuis ! que vais-je devenir ! quelle 
» horreur ! je n'en puis plus ; mes frayeurs 
» me tuent. Adieu pour jamais ! vous arri- 
» verez trop tard. Ah ! je me meurs ! mifé- 
f» ricorde ! encore quelques momens j mon 

9» Dieu ! & j'efpète 

i» Le pauvre Chevalier ne put achever 
>» ce billet , & n eut que la force de faire 
o figne à fon valet de-chambre de le fer- 
t9 mer, & de l'envoyer en pofte. Je le lus 
n en frémilfànt ; je partis dans l'inftant 
ti même ; & cependant je ne pus arriver 
>» a(îèz-tôt pour recueillir les derniers fou- 
s» pirs de mon déplorable ami. Je perdis 
n connoidànce au premier afpeâ de ce 
9» trifte cadavre , que les fouffrances &c les 
•> convulfions avoient rendu hideux , ef- 
f> frayant , méconnoillable ; & fî-tôt qu on 
w m'eut fait revenir à moi , je m'éloignai 



^ 



144 BiBN FAISANCE 

»» précipitamment de cet afFretix fpeAacIe 
9» qui me perçoit le cœur & m'épouvantoit* 

^ Un bon Eccléfiaftique qui me voyoic 
» dans cette trifte (ituation , & que le mo- 
» ribond avoit fait appeller , dès qu'il fe crue 
M en danger , m ailura que ce libertin fî 
» furieux j fi déterminé , avoit enfin ouvert 
>» les yeux dans fes derniers momens , ôc 
^ témoigné par fes frayeurs ^ par fes foupirs , 
a» par fes larmes , & par les a£kes les plus 
» lincères d'un chrétien pénitent, un h vif 
9> repentie de fes coupables égafemens ^ 
^> qu'il y avoit encore quelque heu d'efpé* 
M ter que Dieu lui avoit fait miféricorde» 

» Elpérons-le donc , Madame , & fon- 
» dons notte confolarion fur cette efpc- ' 
» rance, en nous écriant avec le. Prophète ^ 
» Suavis Dominas univcrjîs ; & mijerationes 
» ejus fuper cmnia opéra ejus. Bien témé- 
9> raire , néanmoins celui qui s'aucorife de 
y» ces paroles fi confolantes , pour s*aban- 
)> donner à la fureur de (q^ penchans & de 
»> fes paflîons ! Un délire ou une mort fu- 
» bite peuvent emporter l'impie, fans qu'il 
.Si ait le bonheur de fe reconnoîcre ; & quel 
» eft fon fort ? Je frémis d'y penfer. Une 
. j» éternité de fouffrances , un défefp.oir , une 
» fureur , une rage fans fin ^ fans confola- , 
M tion , fans rémiifion «• 



Parmi 



François i; 14^ 






Pau MI les étr^ne^ts illuftres qui ont 
dévoué leur fang Se leuis fervices au faluc 
& â la défenfe de notre patrie , on doit 
compter W^oldemar, Comte de Lowen- 
dal y Maréchal de France , Commandeur 
des Ordr A du Roi , né à Hambourg. Ses 
talens militaires fe développèrent de bonna 
heure y 8c paroiObient nés avec lui. 

Après avoir fervi avec la plus grande 
diftinétion dans les armées de plufieurs 
couronnes , il fit enfin offrir fes fervices 
à cejle de France. Louis XV qui connoif- 
foit & apprécioit le mérite du Comte de 
Lowendai , lui conféra le premier de Sep«- ^ 
tembre 1743 » ^^ grade de Lieutenant- 
Général de les armées ; dès Tannée fui- 
vante , il juftifia la confiance du Roi par 
la manière diftinguée dont il fervit aux 
iiéges de Menin , d'Ypres & de Fumes. 
De-U il pafia en Âllace avec le détachement 
deftiné poHir renforcer l'armée du Rhin. 
Ce fut-la qu'il mit en ufage toute la fcience 
militaire pour empêcher les progrès du 
Prince Charles qui commaiidoit l'armée 
Autrichienne. Il étoit à la tète de notre 
avant-garde , lorfqu'on marcha contre ce 
Général , 6c repoufia y pendant trois jours 
de marche , les groupes légères ennemies 
Tom. II. . K 



14f B I £ ^ F A .1 s A K Ç E 

qui le harcéloieiic continuellement Quel- 
ques jours ^près , €€a»t: à la tète de deux 
mille chevaux ôc de mile fantaf&ns , il Tue 
jR bien fe poâer , qy'un corps double du 
Een ne pue reatamer y 6c donna par ce 
QÏpyen le tems aux Maréchaux de Noailles 
Se de Coigny d'arrivet fur l'ennemi avec 
des forces fuffiiantes , pour l'obliger à re^ 

i^ailèr le Rhin. La retraite du P^ce Chat^ 
es fut fuivie du fiége de Fribourg; 8c 
3uoique le Cûmce de Lowendal ne rut pas 
è tranchée le jour qu'on attaqua le chemin 
couvert , fon zèle Se fon ardeur le cbndui- 
£rent â cette attaque , où il fîic dangerea* 
iemenc blede d'un coup de feu. Guéri de 
fa biefTure, il demanda en 1745 des lettres 
de naturalité pour lui , pour fa femme y Se 
pour trois en &ns qu'ils avoienteus en pays 
étranger. Il les ootinc , adopta la France 

Eour fà patrie,, montra, par ion zèlç pour 
L gloire du Roi , & pour les intérêts de 
la nation , qu'en acquérant les privilèges 
des fujets nés dans le Royaume, il avoit 
pris leurs fentimçns. 

Dans la campagne de cette même année » 
il commanda te corps de réferve à la ba-« 
taille de Fontenoy , chargea à la rète de 
la brigade de Normandie, là colonne^ An- 
gloife ' qui avoit pénétré dans le centre de 
notre armée , Se contribua beaucoup à la 
viâoire. De-U s étant avancé fur Oude- 



FHANÇOtlB* 147 

ïiatde , à k tête de 5 ooo hommes , comme 
pour bloquer cette place , il en partit la 
njuic (l fecrètement , qu'il yriva aux portes 
de Gand , fans que les ennemis en euflènt 
la moindre connoiflànce y furprit la ville 

{}^ efcalade , y fît 400 prifonntess , entre 
efquels fe trouvèrent 70 Officiers An- 
glois y s'empara des équipages , des muni- 
tions de guerre & de bouche qui y étoient 
en très - grande abondance , 8c obligea , 
deux jours sfprès , la garnifon du château ^ 

• compofée de 700 hommes , i mettre les 
armes bas , & à fe rendre prifonnière. 

Le fuccès de cette expédition engagea 
le Roi à lui confier la conduite de celles 
qu'il avoit projettées far Oudenarde , Of- 
tenie Ôc Nieuport. La; féconde de ces 
places ) Êimeufe autrefois pas fa réfiftance 
contre les Efpagnols , échoua contre la 
bravoure & Thabilejié du Général des Fran- 
çois. Ildifpofa fi avantageufemenr fes trou- 
pes & fes batteries , que l'entrée du port 
nie fermée, & que le Gouverneur craignant 
d'être emporté d'aflàut y capitula le joue 

^ même de J attaque du chemin couvert > 
tous les ouvrages du corps de la place étant 
encore en leur entier. Niebport ne tint pas 
long-temps y quoique défendue par les eaux 
qui l'environnent , à l'exception d'une pe- 
nte langue de terre. La garnifon fe rendit 
égalçment prifonnière de guerre. 

K 1 



14' B/IBNFAISAMCB 

Au retour de cette campagne glorieufe , 
le Roi récompenfa le Comte de Lewendal 
d'une place de Chevalier de fes ordres. 11 
étoit déjà revécu de Tordre de St.- Hubert, 
& de celui de St.-Âlexandre Neufski , il 
étoit meQse décoré de la Croix deMalthe; 
car y (quoique élevé dans le Lutbéranifme , 
il ayoït été chargé de quelques affaires de 
l'Ordre Teutonique auprès de la Religion 
de Maltbe. Le Grand-Maître & le Comeil 
furent ii contens de fa négociation ^ qu'ils 
voulurent lui en témoigner leur reconnoif^ 
fance en éclairant fon efprit pour lui faire 
embraffer la Religion Catholique , & en 
lui accordant le droit de porter la Croix 
de leur ordre toute fa vie. 

L'année fuivante ^ les ennemis s*étanc 
avancés au fecours de Charleroi , le Ma- 
réchal de Saxe les arrêta aur débouché des 
cinq étoiles 9 & les refferrant toujours fur 
la Méhaigne, les força de repaflèr la Meu- 
fe. M. de Lowendal pendant toute cette 
mafche , commanda l'arrière * garde , Se 
manœuvra C\ habilement , que jamais l'en* 
nemr ne put l'attaquer. De-là , il alla fer- 
vir au fiége de Namur fous les ordres du 
Comte de Clermont ^ & eut grande part 
a la rapidité avec laquelle cette piace^ fut 
enlevée. 

La cam|>agne de j 747 , lui fut encore 
plus avantageufe. 11 la commença par la ^ 



I 

Françoise. 149 

pnfe\ie l'EcIufe Se du Sas de Gand, & 
fie de (i belles dirpolicions pour la défenfe 
d'Anvers , que les ennemis n'ôsèrenr l'at- 
taquer. Bergoop-zoom , l'une des plus for« 
tes barrières éé la Hollande^ inacceflible 
& très-bien fortifiée , l'écueil contre lequel 
échouèrent les efiTorts Se les entreprifes des 
plus grands Guerriers , cette redoutable 
place fut emportée d^aflfaut par Thabilè 
manœuvre de M. de LowendaL Cette 
fuperbe conquête valut au vainqueur le 
bâton de Maréchal de France. Le Roi y 
joignit une diftindion bien âatteufe , ce 
fiit le don de deux pièces de canon de 5 
livres de balle , faifant partie de l'artillerie 
trouvée à Bergoop*zoom , dont Sa Majefté 
lui permit d orner fon château de la Fertc. * 

La paix qui fe fît peu de tems après » 
termina là carrière militaire de ce grand 
homme. Rendu à lui-même, il partageoit 
fon tems entre fes amis Se les' fciences ; il 
mourut enfin le 17 Mai âgé de 5 5 ans , 
avec toute la fermeté d'un Héros , la piété 
& la réfignation d'un Chrétien* La can* 
deur étoit le fonds de fon caraâère ; ja^ 
mais enivré de fa gloire , il ne fongeoit 
i fes aâîons que pour en méditer de plus 
grandes. 

Louis XV difpofa du Régiment d'In- 
fanterie Allemande qu avoit le Maréchal , 
en faveur de fon SU qui étoic Capitaine 

K3 



IJO B î 1 N F A I SA N C E ^ 

dzni le mcme Régiment , & augmenta ' de 
14000 Uy« la penfion de zooo écus donc 
jouiiToit déjà fon illuftre veuve. 



Charles de Secondât de Montef- 
quieu , né au Château de la Brèdè près de 
Cordeaux, anrionçadès fon enfance ce qu*il 
devoir être un jour. Dès 1 âge de 20 ans il 
préparoit déjà les macédaux de l'efprit des 
toix par un extrait raifonné des volumes 
immenfes.qui compofent le corps du Droit 
Civil. 

Préfident à Mortier du Parlement de 
' Bordeaux , il fut chargé par fa Compagnie 
daller préfenter des remontrances au Roi 
à loccadon d'un nouvel impôt. Placé en- 
tre le trône .& le peuple , il remplit en 
fujet refpeâcueux & en Magiftrat plein de 
courage , l'emploi fi noble de faire parve- 
nir au Souverain le cri des malheureux j 
& la misère publique repréfentée avec 
autant d'habileté que de force , obtint là 
juftice qu'elle demandoit. 

Sa fanté naturellement délicate com- 
mençoit à s'altérer 4epuis Idng-tems par* 
l'effet lent & prefque mfaillible des étu- 
des profondes auxquelles ce grand hon^me 
s'étoit livré. Attaqué d'une fluxion de poi- ' 
trine y à peine la nouvelle du d^ngcc. où il 



: F R A )f Ç'O I S E. f^i 

éfoic fe fut- elle répandue 5 qu'elle devint 
ipbjet des converianons Se de Tiitquiétadè 
publique ; la Cour $c la Ville en furent 
touchées. Sa maifon ne déreuiplifToit point 
dé perfonnes de tout 4ang qui venoienc 
s'informer de fon écat* Le Roi y cnvoyi 
plulieurs fois^ le Duc de Nivernois. 

Le Préfidenr p;|rla fc a^ic dans fes der-^ 
niers ihonlens en Pbil^Tophe Chrétien. 
7'^i toujours refptclé la Relié(ion 3 dit-il , /à 
morale de V Evangile ift le plus beau ptejenî 
que D^seu pût faire aux hommes. 

Coaime le Pète Rhouth , Jéfuite Irlàh* 
dois qui le confefla > lé preflèit de livret 
les correâions qu'il aVoic faites aux lettres 
Pexfaqnes, il donna (bil manufcrit à la Du-^ 
chelFe d'Aiguillon , en lui difanc : Je fa^ 
facrifierai tout à la Religion 6(^àla raifon ; 
voye^ avec' mes amh fi c^V doit paroître» 
Cette, iliuftte amie ne le quitta qu'au nw- 
ment où il perdit toute connoiuance, ié 
h préfence fuc d'un psSià feeours au repos 
du medade. 

r Ce grand homme fut regretté autant 
pour fon génie qoô pour fe.s qùalircs per- 
lonnelles* Lorfqu'il étoità fa terre, on ie 
voycitt fous un arbr^, tonverfant €h patois * 
gafconavec fbs payfstds, a(roupi(rant leurs 
querjelles , & prenant part à- leurs peines. 
. Divine de totites les diftinâions &: de 
tcsitpivles lécosupeniefi^- il ^ne defnàhdoii 

K4 






I5& B I £ K F A I s A K C B 

rien pour lui j mais il o£i, même dans des 
circonftances délicates , protéger à k Cous 
des Hommes de Lettres célèbres ficmalheu^ 
reuX) Se leur obtint des grâces. Ri^n n'ho- 
nore plus fa mémoire que 1 cconomte fage 
avec laquelle il vivQit. Bieofaifant &.jufte, 

^ il ne vouloit rien prendre iiir fa Emilie ^ 
^i des fecouts qu'il donnoit aux malheu* 

. reux , ni des dépenfes confidérables aux«* 

Î[uelles fes longs voyages, la foibleile de 
a vuQ 6c rirtîpreflîoa de (es ouvrages la^ 
voiçnt obligé. 11 tranfmit à fes enfaas , fans 
4ic)^inution ni' augmentation y J'héritage 
qu'il a voit reçu de fes pères. 

Nous- terminerons cet éloge'par un aûe 
de bienfaifance qui immortaliie à jamais 
le nom de ce grand homme. i 

Un jeune homme nommé Rpben, at- 
tendoit fur le riv^e, à Marfeille, quef 
quelqu'un entrât dans fon batelet. Vn m- 
connu s'y place j mais un inftant après it 
fe préparoi t à en fortir, malgré la ptéfeiKe 
de Robert qu'il ne foupçonnoic pas d^n 
être le! Patron. 11 lui dit que, »> puifque le 
9> conduâeur de cette barque ne fe inontre 
99 point , il va pafler da^ns une autre. — ^Mon- 
9% lieur, dit le jeune homme, celle-ci- eft la 
»> mienne , voulez^vous fortir du Port? — - 

' yy Non , il n'y a plus qu'une heure de^. 

^ ») jour j je vQulois ieuleçaenc faii$ qiielqàei 



-^'^ 




Françoise. ijj 

99 tours <lans le ba!&n pour profiter àè Ix 
yy ^aîcheur & de la beaacé de la foirée.. • 
sj Mais vous n'avez pas 1 air d'un Marinier, 
99 ni le ton d'un homme de cet état ? — » 
si Je ne le fuis pas en effets ce n'eft que 
a pour gagner de Taisent que je fais ce 
a> métiec les dini^ches & fêtes. — Quoi ! 
99 avare à votre âge ! Cela dépare votre 
» jeuneflè, & diminue tlmtérêt qu'infpire 
» d'abord votre heurcéfe phyfionomie. — 
9> Ah ! Monfîeur , fi vous faviez pourquoi 
» je défire fi fort gagner de l'argent , vous 
9> n'ajouteriez pas à ma peàie celte de me 
9) croire un caraâère âibas; — J'ai pu vous 
9? faire tort; mais vous ne vous êtes point 
9» expliqw. f aifons notre promenade Se 
99 vous me coaterez votre hiftoire. — L'in- 
99 connu s'aflîw. Eh bien ! pourfuit-il , di-> 
99 tes-'moi quels font vos chagrins ? Vous 
i> m'avez diipofé à y f«aidre part, — Je 
>« n'en ai qu'un , dit le jeune homme , ce- 
99 lui d'avoir un père dans les fers fans 
99 pouvoir l'en tirer. 11 étoit Courtier dans 
99 /cette Ville , il s'étoit procuré de fes 
99 épargnes ic de celles de ma mère dans 
» le commerce des modes un intérêt fur un 
))vaiâèau en charge potir Smyrne. 11 a 
99 voulu veiller lui-même à l'échange de fa 
99 pacotille &en<&ire le choix. Le vailTeau 
99 a été pris par un Corfaire & conduit à 
19 Tétuan y où mon malheureux père eft 



— ' 



154 Bienfaisance 

9 efclave avec le refte de I équipage ; il fabt 
^31 d^ux mille écus pour fa rançon.^ mais 
^> comme il s'^étoic cpuifé ^fin de rendre 
^ fan entreprife .plus imporcaixte > nous 
» fommes bien éloignes d'avoir tfette fcttH" 
» me; cependant ma mère &c mes* fbcurs 
31 travaillent jour .& nuit ^ j'en fais: de me- 
■sy me chez mon n>aître dans l'ctat de joail- 
9} lier que j ai embraile , & je cherche à 
>> mettre à profit, comme vou« voyek, les 
3» dimanches & fêtes. Nou^ ikmis ' fommes 
M retranchés jufqucs fur les befoins de pre* 
» miere néceifté; ime. feule petite cham* 
» bre forme tour nénre logements Je croyois 
)» dabord aller prendre la place de mon 
» père ^ & le délivrer en me chargeant de 
*> fes fers ; j crois prêt à exéqiter le projet', 
•M lorfque ma m^re qui en 4at informée ^ 
» je ne fçais comment, m'aHiira qui! écoic 
» aufli imptaticai:^ que chimérique^ & fit 
»> défendre à tous les .Capitaines du Levant 
»> de me prendre for leqr bord. —Et rece- 
»> vez-vous qiTekpefois des noiirelles de 
» votre père ? Savez-vous quel êft fan Pa- 
*> trou a Ténian \ quels traiteraens il. y 
»• éprouve ? — Son Patron eft Intendant 
» dés Jardins dn Roi ; on le tradte avec 
«humanité, & les travaux auxquels on* 
« l'emploie , ne font- pas au-delïus de fes 
>9 forces; maîs^naus ne fom^nes pas avec 
jt lai pour le jconibler & pour 1§ ioaiager* 



F R -A N Ç O I s H. 155 

j9 II eft éloigné àe nous , d'une époafe 
99 chérie & ^e crois enfans qu'il aima cou- 
99 jours avec tendreire. — Quel nom por- 
9% te-c-il à Tétuan ? — 11 n'en a pas cnatH 
S9 gé , il s'appelle Robert comme à Mar- 
«> feille. — Robert ••• •' chez l'intendant des 
99 Jardins ? — Oui , Monfieur , — Votre 
99 malheur me touche ; mais d'après vos 
j> fenrimens qui le méritent , j'ofe vous 
» préfager un meilleur fort, & je vous le 
» louhaite bien {incèremenc <<• En |oui((ant 
du frais , Tioconnu voulut fe livrer à la 
folitude. Se dit à Robert. << Ne trouvez pas 
39 mauvais ) mon ami , que je fois tranquile 
49 un moment •«• 

Lorfqu'il fut nuit , Robert eut ordre 
d'aborder ; alors l'inconnu fort du bateau , 
lui remet une bourfe entre les mains , Se 
fans lui laiffèr le tems de le remercier , 
s'éloigne avec précipitation. Il y avoit dans 
cette bourfe huit doubles louis en or, & 
dix écus en argent. Une telle générofité 
donna au jeune homme la plus haute opi- 
nion de celui qui ea écoit capable ; mais 
ce fut envain qu'il fit des vœux pour le 
rejoindre & lui en rendre grâces. 

Six femaines après cetce épdque, cette 
famille hoiinêœ qui continuou fans relâ- 
che à travailler pour completter la fonipie 
dont elle avoir befoin , prenoit un dîner 
frugal compofé de pain Se damandes sà^ 



J^6 B I E N y A I s A K C E 

ches. Elle voit arriver Robert le père très- 

Eropremem vêtu , oui la furprend dans 
i aonleur 6c dans la misère. Qu'on juee 
de 1 eronnement de fa femme & de les 
enfans , qu'on juge de leur joie Se de leurs 
tranfporcs ! Le bon Robert fe jette dans 
leurs. bras & s'épuife en remerciment fut 
les 50 louis qu'on lui a comptés en s'em- 
barqnant dans le vaideau, où fon paflage 
& ia nourriture étoient acquités d'avance , 
furies habitlemens qu'on lui a fournis, &cc. 
Il ne fait comment reconnoitre tant de 
zèle , tant d'amour. Une nouvelle furprife 
cenoit cette Smille immobile ; ik fe regar- 
doient les uns & les autres. La mère rompt 
le filence, elle imagine que c'eft fon nls 
qui a tout fait. Elle raconte à fon mari ~ 
«comment dès l'origine de fon efclavage , 
il a voulu aller prendre fa place > & com- 
ment elle Ven avoit etnpèché. •» 11 falloir 
» <^ooo Hv. pour ia rançon , nous en avions, 
» lui dit-elle , un peu plus de moitié , dont 
99 la meilleure partie étoit le fruit de fon 
99 travail ; il aura trouvé des amis qui lau- 
» ront aidé «. — Tout à-coup rêveur & ta- 
cimrne, le père paroit confterné, puis . 
s'adreilànt à ion âls : )> Malheureux ! qu'as- 
9> tu fait ? Comment puis-je te devoir ma 
j> délivrance, fans la regretter ? Comment 
» pouvoit-elle f efter un fecret pour m mè- 
» re , fans être achetée aux prix de la ver- 



F R A M Ç O I s 2. 157 

if rn ? A ton âge » fils d'un infortuné , 

» d'un efclave , on ne fe procure point 

f> naturellement les re(Iburce$ qu'il re faU 

>9 loit. Je frémis de penfer. que 1 amour 

» filial t*a rendu coupable. RatTure^moi , 

» fois vrai , 8c mourons tous fi tu as pu 

n^eScv decre honnête. — i Tranquilifez-. 

9> vous » mon père , répondit-il en l'embraie 

» faut 9 votre fils n'eft pas indigne de ce 

» titre , ni aflèz heureux jpour avoir pu 

i> vous prouver combien il lui e(b cher. 

99 Ce n eft point, à moi que vous devez 

~ 9> votre liberté ^ je xronnois notre bienfid- 

» teur; Souvenez-vous , ma mçre , de cet 

if inconnu qui me donna fa bourfe; il me 

9> fit bien des queftions. Je paflèrai ma vie 

j* à le chercher i je le trouverai , & il vien- 

99 dra jouir du fpeâacle de fes bienfaits <^ 

Enfuite il racconte à fon père l'anecdote 

de rinconnu » & le rafiiire ab£| fut fes 

cndnces. . ^ . 

Rendu à jGl famille ^ Robert trouva des 
amis & dés fecours. Les fuccès furpafsèrent 
' fon attente. Au bout de deux ans , il acouit 
del'aifante^ fes enfans qu'il avoit établis, 
partageoient fon bonheur entre lui Se fa 
femme ^ & il eut été pour eux fans mélan- 
ge, fi les recherches continuelles du fils 
avoient pu lui fiiire découvrir ce bienfiii- 
teur qui fe déroboit avec tant de foin i 
leur reconnoiifance Se i leurs vœux. 11 le 



15S Bienfaisance 

riencootrà enfin un Dimanche mamr fe 
[Hromenant feul fur le Port, a-.,, Ah mon' 
>i Ançe Tùtclaire « ! C'eft tout ce qu'il put 
» prononcer en fe jetcant à fes pieds ou il 
s> tombe fans connoiflànce* L'inconnu s'em-- 

ErefTe de le fecourir'fic de lui demander 
i caufe de fon ^cat. »> Quoi , Monfieur , 
» pouvez- vous l'ignorer , lui -répondit' le 
a» jeune homme ? Avez-vous oublié Robert 
s» & fa famille infortunée que vous rendi- 
» tes à la vie en lui rendant fon père ? — 
M Vous vous méprenez , mon * ami , je ne 
» vous connois point , &: vous ne fauriez 
M me connoître. Etranger à Marfeille , je 
» n*y fuis que depuis peu de jours. — Tout 
»cela peut être; mais fouvenez-vous qu'il 
»Y z i6 mois que vous y étiez auflS ; rap- 
» pellez-vous cette promenade dans le Port , 
a> i intérêt que vous prîtes à mon malheur , 
M les queftions que vous me fîtes fur les 
» cirçonftances qi^i pouvoient vous éclairer 
s> Se vous donner les lumières nécetlaires 
» pour être notre bienfaiteur. Libérateur 
»> de mon père , pouvez- vous oublier que 
^ vous êtes le (auveur d'une famille entière 
jA qui ne défire phis rien que votre préfen- 
t» ce ? Ne vous refufez pas à fes vœux , 8c 
«y venez voir les heureux qu^ vous avez 
^faits..*. venez.. • — Je vous l'ai déjà 
wdit, mon ami, vous vous méprenez. — 
n Non y Monfieur , je ne me trompe point > 



FjtAHçaiS£. ijf^ 

y^ vos rrabs (on trop profondcmentgravés 
»> dans mon co^ur,. pour que je puiile vous 

99 méconaqître ^ venez de grâce (<• En 

même-^emsU le prenoic par. le bras Se lui 
faîfoic une force de violence pour rentrai* 
ner. Une multitude dç peuple s'aflèmbloic 
autour d'eux; alors l'inconnu d'un ton plus 
grave & plus ferme : » Moniteur , cette 
» fcène commence à être fatigante; quel^ 
»î que reflemblance occafiônne votre er- 
» reur ; rappeliez votre raifon , &: allez 
f9^dans votre famiilç profiter de la tranqui* 
9) litc dont vous me paroidèz avoir ,bèj[bin^ 
M — Quelle cruauté, s'écrie le jeune honv 
9) me ! Bienfaiteur de cette &mille , pour«> 
9> quoi altcrer par votre réfîftance le bon* 
»> heur qu'elle ne doit qu'à vous ? Refterai- 
M je env^in à vos pieds ? Serez- vous aflex 
*> inflexible pour rebuter te tribut que nous' 
>> réfervons depuis fi long-tems à votre 
3% fenfibilité ? Et vous qui êtes ici préfens, 
9> vous*, que le trouble Se le défordre où 
M vous me voyez, doivent attendrir, jou 
>f gnez-vnus tous à moi, pour que l'auteur 
n de mon falut vienne contempler lui- 
» même fon propre ouvrage «. A ces mots, 
rinc9Qnu, parut fe faire quelque violence ; 
mais comme on s'y attendoit le moins , 
léunîflant routes les forces Se rappellanc 
ton courage poui; réfifter i la féduâ;ion de 
k jouiâànce délicieufe qui lui eft offerte , 

m 



t^O BllMVAISANCg 

il échappe comme un craie au^inlUea de ^ 
la fouie , ^8c difparoic en tin inftanc. " 

On tient ce trait de M. Mayn de Ca- 
dix j fameux Banquier » qui avoir été char- 
gé de délivrer l'argent pour tirer de Tef- 
ciavage le nommé Robert dans les fers â 
Tétuan. 



«ce 



HsKRi-François de Belfunce de Cai^ 
celmoroh , Evêque de Marfeille , iignala 
fa charité , (on courage & fon zèle pendant* 
la pefte qui affligea fon Diocèfe pendant 
les années 1710 & 171 1 ; il couroit de 
rue en rue pour porter les fecours fpirituek 
& temporels à fes ouailles. Ce nouveau 
Borromée fauva les triftes reftes de fes 
Diocéfains par cette générpfité héroïque. 
Le Roi Payant nommé en 171} àTEvc- 
ché de.Laon, Duché- Pairie du Royaume , 
il refufa , ne voulant point abandonner 
fon E^life que le facrifice de fa tie 8c de 
fes biens lui avoient rendue Ci chère. Il 
continua de blanchir dans les travaux Âpof^ 
toliques , parcourant fon Piocèfe en (impie 
Mimonnaire , & verfant par-tout avec pro- 
fiifion fes inftruâions Se les aumônes. Clé- 
ment XI lui envoya le Palliun;! & l'ho- 
nora de pli^fieurs Brefs. Ce Pape mourut au 

«noment 



Fra^tçoise. . x?i 

vioment qu'il ailoic décorer ce Prélat de 
; d pourpre* 

M. de Belfunce refufa depuis l'Arche- 
vêché de Bordeaux* Le Roi , pour le dé* 
dotnmager des dignités qu'il avoit reRi* 
iees y lui donna le privilège de porter en 
première inftance à la Grand'Chambre du 
Parlement de Paris , toutes ~ fes caufes , 
tanrpour le.fpiricuel que pour le tempo* 
rel de (es bénéfices. 11 mourut le même 
jour auquel la ville de Marfeille renou* 
velle tous les ans la conjfécration qu'il fit 
pendant les horreurs de la pefte , de lui Sc 
de tout fon peuple , ùxifacré cœur de Jtfus. 
Les regrets de tous^ fes Diocéfains fie les 
honneurs rendus a cet illuftre Prélat, éter- 
niferont i jamais fa mémoires & leur ter 
cannoilknce. 

<AnNÉ£ 1755. 

L'Eglise de France nous offre encore 
dans un de fes Evêquès, un fpeâacle des 
plus'touchans de charité & ce zèle vrai« 
ment apoftoliques. On fe fent tranfponé 
dans ces (iècles heureux où les revenus ec* 
défiaftiques étoient adminiftrés a\ec tant 
de fagellè , que dans les tems de calami* 
tés, ils devenoient une refTource abondante 
pour tous ceux qui croient dans Tafflic** 
tion. 

7om. II. L 



idX BxEKFAItAKCE 

Sur la fin tle cette année.» dans U 
cèfe cl*Âcqs , douze villages ou hameaux i 
diverTes maisons de campagne , Se un grand 
nombre de m<Hilins furent réduits en cen* 
dr-es i plufieurs perfonnes Se quantité de 
boftiaux périrent dans les flammes. On 
faifoit monter à plus d*un million la perte 
caufée par cet incendie. 

Suacez d'Âulan, Evèque d'Acqs, ref- 
fentit alors a«fcffi viveo^ent eue Texigeoiç 
de lui fa qualité de Pafteur , la défolation 
d une partie de (on Diocèfe. Voyant d'hon- 
nêtes tamilles réduites à la dernière misé** 
re ,.il en prit lès^ enfans fous fa proteâion , 
les plaça à {^ dépens dans des penfions 
pour les y faire élever fuivant leur état 
& leur condition. La charité du vermeux 
Prélat s'étendit fur tous les autres malheu- 
reux auxquels il fit diftribuer du bled^ de 
l'argent & tous les fecôurs néceflàires. 



*!Se 



Pi£RRE de Laurent , Evèque de Belley ^ 
Capitale du fiugey , animé d'un zèle ardent 
pour la gloire & Dieu & le falut des âmes 
oon&ées à fa^ conduite, réfolut en 1700 
d'ériger un fémmaire dans la Ville où fon 
^ fiége étoit établi , Se où les jeunes Elèves. 

qui fe .préfenteroient pour être admis aux 
ordres facrés puflfent être inftruits dahs les 



f fi A'^ ç a I s E. ttf) 

fon&ïons ë^cléfiaftiques , & élevés dans Ix 
faine ^loârine» Dans cette vue » il fît queU 
tjaes arrangeméns qui furent approuvés pat 
Lettres-Patentes du Roi , & il appliqua 
à cette fieuvre une fomme provenant de 
h, liquidation des biens que M. d'Arcol* 
bères , Prêtre du Diocèfe , aVoit laiflcs pout 
ia même caufe par teftament du 19 No« 
vcmbre î6^6. 

Divers ^ïbftacles fufpendîrent TefFet dé 
€Ci difpbfitiotls jùfqu'en 1-^41, que Jçan 
Doucet , fiicceffèur de Pierre Laurent , 
s'efforça d'en procurer lexécution , en j 
faisant quelques changemens qui lui pa- 
rurent néceflaires. Sans abandonner }e pro« 
jet de f éreâibn d'un féminaire, le Prélat 
fe propofa pour objet principal ^ TétabliC- 
femenc d'un Collège ou la jeuneffe de la 
Province qui étoit obligée d'en fortir & 
d'aller étudier à grands fra'ts dans le paya 
étranger, put délormais recevoir leduca- 
lion Se l'enfeignement jufques & compris 
U. Théologie. Pour y parvenir , il fît un 
clament le ij Mai de la même ann^e » 

r kquei il légua unt fommé confidérable 
Communauté, qui fera chargée de là 
direâion de ce Collège, déclaraht que la 
même Communauté pourra être pareille- 
ment chargée , fi fon îuccefleur le juge i 
ptopos, de la diteftion dn Séminaire, Sé 
jô^iûr dès rêVeniis defldhés à cette fin. Ct 

Li 



fia 



JI^4 B I-B H V A I s A K e E 

premier fends fut augmenté dans la tbîtè 
toar un Codicile du même Prélat du a; 
I)écembre 1743 ^ & par un legs de Jac-^. 
ques Flavier , Curé de Flavieux. 

Après la mon de Jean du Doucet i 
Jean Antoine de Tinzeau , depuis Evèque 
de Nevers , lui ayant fuccédé dans le fiége 
de fielley, fe hatà de faire exécuter rutue 
fondation de fon prédéceflèur ; & pour 
' ^n remplir l'objet, il iit choix des Chanoi- 
nes réguliers de Tordre de St*-Antoine ^ 
dont FAbbayey chef-lieu, fimée dans le 
Dauphiné , n eft éloignée aue d'environ 
1 5 lieues de la ville de Belley. Etienne 
Galland 9 Abbé-Général de cet Ordre , 
ayant accédé aux pieufes intentions da 
Prélat & de MM. les Maires, Syndics 
& Communauté de la même ville , paflà 
contrat fous le bon plaifir du Roi, le 
27 Mars 175 1 9 dans lequel tout ce qui 
concerne Texécution de la fondation de 
Jean du Doucet, fut provifoirement arrê- 
té. La ville de fièlley s'engagea par cet 
ade à fournir le terrein nécefmire pour la 
conftruâion des bâtimens du Collège. Le 
contrat & l'éreâion du Cpllége nirent 
confirmés par Lettres-Patentes de S. M. 
en date de Février 175; » regiftrées au 
Parlement de Dijon le a 8 Juin de la mê- 
me année , & â la Chambre des Comptes 
le ^ de Février 1754. Ce traité fiit con- 



F R A|K Ç O I S !• l6^ 

fend par M. Courtois de Quincy , fuccef* 
feat de M. de Tinzeau. Les Régens ouvri- 
rent leurs cla0es dès 1751. M.. Joly de 
Fleury , Intendant de Bourgogne , dont le 
zèle pour le bien de la Province a été gé-^ 
néralement reconnu , témoigna fa fatis- 
fadion au fujet de cet établiUement (î uti- 
le y lorfqu'il fe rendit à Belley en Septem- 
bre 1754, & fur la requifition de MM. 
les Syndics-généraux , il permit que Ton 
défignât pour la conftruâion du nouveau 
Collège , un emplacement plus commode 
& plus étendu que celui *qui y avoit été 
deiliné auparavant. 



I . 



Jban-Baptisti Gaultier , Prêtre du Dio* 
cik d'Evreux , après s*ètre consacré au 
fervice des âmes dans les fondions du 
Miniftère , fe rendit également reconv- 
mandable par fa fcience & fes écrits fur ht 
Religion. Plein d'amour pour la iimplicité 
& la pauvreté , il fe refiifoit jufqu'au né- 
ceilàire pour répandre le peu de bien qu'il 
avoit 9 daps le fein des pauvres. 



Le 1 j de Mai mourut le Père Louis de 
Convenance , Prêtre de la doârine chré- 



1^ B I I N F A I S A IV t E 

tienne , & célèbre Pccdicateur , ^â dft 
71 ans , iiniverf^llcment refpeélié & re—. 
gretcé , t^c par fa Congrégation , que pas 
coûtes les perfonnçs qu,i euxeoc quelque 
liaifon avec lui. \\ s'iatérelToic à, quantité 
de bonnes œuvres-, pour tefquélles une 
charité inecnieufe, & lamourde la pauvreté 
lui fourniiroient. dâs reiFources allurées. 



1^ 



NICOLAS LangUr du Fr^noy ^npi B^au^ 
vais , s adonna à 4^ politique* En 1705 , 1^ 
.- Marquis de Tôrcy , Miniftre des affaires 
étrangères , l'envoya* à Lille où étoit la 
Cour de TEleâôuir dei Cologne- , Jofeph 
Clément de Bavière. Il y fut chargé de la 
çprrefpondftnce étrangère ds Bruxelles 8c 
de Hollande. Cette, correfpondance le mit 
à portée d*être informé des trames fecret- 
tes de plufieurs traîtres que Les ennemis 
^voient fu ga^er en France, La décou- 
verte la plus importante quil ht dans ce 
genre , fut celle d'un Capitaine des portes 
de Mons » qui devoir livrer aux ennemis , 
moyennant cent mille piaftres , non feui- 
lement h ville , mais encore les Eleâreurs 
de Colo;5ne & de Bavière qui s'y étoient 
retirés. Le traître fut convaincu , & fubit 
le crime de fa félonie. 

U (e iîgnaia encore dans 1^ vaèxùQ genre 



F R A'tr. ç cui s E. rSj 

en 171 S , lorfque la confptrâcioft du Prince 
de Cellasnate y tramce par le Cardinal 
Alberoni , fut découverte. Plufieurs Sel- 

Î;neurs furent arrêtés ; mais on ignoroît 
e nombre & les dedèins des conjurés. Le 
Correfpondant fut chacgé par le Miniftàr-ê 
de pénétrer cette intrigue. 11 ne voulut s*ëH 
charger cpie fur la proinefiè qu'aucun de 
ceux qu'il découvriroit , ne feroit con- 
damné â more U rendic de grande fer^ 
vices X cet égard ; & non-feulement on 
iui tinc parole par rapport à la condition 
qu'il avoïc exigée , mais encore le Roi le 
gratifia^ dès* lors d'une penfion* donc il a 
jpui toupe fa vie. 

Sun amouc pour la* liberté 8c rindépen>> 
dance y fon parËiit dédntéreflement lui 
firent refufer tous les avantages de fortune 
qu'on lui propofoit en France Se chez Té- 




*= 



L A nuk du 1 au } du mois de Juin , le 
feu prit au Château de Moulins , dans 
i'appanement occupé par le Marquis Def-* 
gouttes , Capitaine des vai(Ièaux du Roi. 
Les fecours ne purent être auffi prompts 
que l'exigeoit la circonftance j & le corps 

L4 



iSi Bienfaisance 

^u Château fut prefque totalement raclait 
en cendres, li! y eut deux hommes de tués » 
Se plufieurs blefles par l'écroulemeat dos 
charpentes. 

M. de THerbouché , un de& AumonFters 
de la Gendarmerie » dont l'Etat- Major étoic 
en quartier à Moulins » rendit â cette occa- 
sion des fervices très-importans. Touché 
des cris de la Marquife Defgoutres , qui 
demundoit qu'on fauvâr fes enfans y il fe 
fendit courageufement » avec un f<^ul do* 
meftique , à lappartement qui étoic déjà 
tout en feu , & les, tira du milieu des 
flammes, il fe porta avec la même intrépU 
dite dans tous tes lieux les plus périlleux ^ 
où fa préfence pouvoir être de quelque 
utilité» 



L £ 1 1 de Novembre il y eut un fameux 
combat entre le vailfeau du Roi /'£//><?- 
rance , commandé par le Vicomte de Bou- 
ville , armé en flûte , & monté feulement 
de 14 canons , contre le vaiflTeau COxford 
de 74 canons , & enfui te contre toute Tef- 
cadre de l'Amiral Weft. Ce combat inégal 
dura plus de cinq heures , par la valeuc 
inexprimable du Capitaine François & de 
fon équipage ; il ne finit que lorfque le 
vaiiTeau François ^ criblé de cpups ^ fut près 



âe couler à fonds ]; alors le brave de Boa* 
yilk fe rendit à l'Amiral Ânglois , qui 
n'eut que le tems de fauver tous les Fran- 
çois qui avoient fait une Ci belle défenfe. Le 
Capitaine 4^ ce vaifTeau fe fit encore une 
grande réputation par les foins qu'il prie 
des marelocs François prifonniers en An- 
'cleterre , & par la fermeté héroïque avejc 
laquelle il refiifa les pa(fe-ports qui lui 
étoient offerts comme prifbnnier de guerre, 
ofant foutenir aux Anglois qu'ils étoienc 
des Pirates , ôc qu'ils l'avoient pris en tems 
de^ paix contre le droit des Gens. 

f 

Année i75<>. 

Depuis le commencement des hofti- 
lirés de la part des Anglois , Louis XV , 
occupé à rétablir fa marine , avou fait 
conftruire 1 5 gros vaifïèaux neufs , Sc ré- 
parer les vieux qui étoienr encore en état 
del'ervir. Il fait armer trois fortes efcadres, 
une pour porter des renforts en Amérique j 
une autre dans la rade de Breft » prête i 
partir au premier ordre'; &.la troifîème 
dans le port de Toulon , deftinée à l'atta- 
que de Minorque. 80000 hommes des 
meilleurs troupes du Roi reçoivent ordre 
de paiTèr fur les riyes des deux mers, ayant 
à leur tête deux Généraux adtifs & vigi- 
lans. Le Maréchal de Belle-Ifle eft nommé 



Commandant Général des côtes marittmes 
de l'Océan , depuis Dunkeroae jufoa'à 
Bayonné; & le Maréchal Duc de Riche* 
lieu ^ Commandant de toutes celles de la 
Méditerranée* Un nombre prodigieux de 
, barques & de bacimens de transport arri^ 
yent au Havre de toutes parts* 

Une efcadre conduite par le Marquis 
de la Gali(Tbnnière , compofée de 1 2 vaif* 
féaux de guerre > de 5 frégates , & d en«* 
viron 150 batimens de tranfport , prenant 
12000 hommes commandés p;it le Maré- 
chal de Richelieu ;. & îo\x% fes ordres, par 
Je Comte de Maillebois , & le Marquis 
du Mefniî , Lieutenants-Généraux , mu â 
la voile des Irtes d'Hicre pour celle de 
Minorque, où elle anive le 17 Avril, L*ar- 
mée y débarque {ans obftacle > ie rend 
maître le 1 9 de la vilU; de Ciutadella » 
marche de- là \ celle de Mahon , ta trouve 
abandonnée par les Anglois qui avoient 
rafTemblé toutes leurs forces dans le fort 
Saint-Philippe , que la fituation , la nature 
& Tan renaoient imprenable fuivanc l'opi- 
nion des Anglois. Cependant aux premières 
approches de la flotte Françoife, .en fix 
femaines de tems, cette forterelTe fut for* 
cée de fe rendre. Parmi les aâions de bra- 
voure & ^ d'intrépidité , on remarqua un 
canonnier , qui ayant eu le bras droit em- 
porté dans le moment qu'il alloit faue feu » 



F it ANC Oise. 171 

fatml& la mèche de la main gauclie , fe 
repofte à fon canpn , & die en raifant feu z 
»9 ces gens- là croyoiem donc que je navois 
n qu'un bras ? «• 



as! 



£ 



En Canada, les François commandés 
ar le Marquis de Mpntcahn 9 prennenr 
îir les Anglois plufieurs fores impon;ans. 
La manoeuvre hardie de M. de Vaudreuil , 
à la tcce d'un corps de Can^iens , décida, 
cette importante conquête. Les François 
y firent i éoo prifonaicirs , s'emparèrent de 
9 vaiiïeaux de guerre j de z bâti mens de 
nanfport ^ de 1 o pièces de canon « 14 
mortiers , ^ obuGers » 47 pierriers , & d'un 
magafin immenfe de bpulets, munitions 
& vivres de toute cfpèce^ Cette a(9:ion mé- 
morable déconcerta les entrepcifes des 
Anglois , & ne coûta au Marquis de Mout- 
caim que cinq ou (ix hommes. 



V V extrait du GrefS» de l'Amirauté de 
Marfeille , renferme unaefpèce de déclar 

.cation de guerre contre les» Anglois , de la 
part du fieur Çeorgea Koux ,. Marquis, de 

,JBriie , célèbre Négociant de cette ville. 

il fit ea confé|aea<:e. 4e$ afax^m^ns ran^ 



171 âlBKFAlSAKCE 

£<lérable$ pour (tonner des maïqnes de ht 
continuation de fon zèle , pour tirer raiion 
des infulres & pirateries exercées par les 
yai(Ièaux Ânglois y Se notamment des prifes 
faites dans la précédente guerre , ou dans 
celle-ci de 8 de fes vaifleaux ; favoir , le 
Bien- Aimé j le Saint- Georges ^ le Soleil ^ 
V Aurore ^ la Cérès , la Thétis y la Marie 
déjirée & \ Amitié. 

Voici les conditions que ce géiiéreux 
citoyen fit aux 'Officiers & autres qui dé- 
voient compofer les équipages des vaiflleaux 
de fon armement. Outre leur falaire , ils 
partageront le dixième des prifes attribué 
a TÂmiral , & dont le Roi a fufpenda 
la perception. Veut & entend M. Roux , 
que fes Armateurs attaquent les vai Seaux 
ennemis , & le's frégates de guerre An- 
gloifes qu'ils rencontreront ; & il cède en 
conféquénce ce que le Roi a nouvellement 
accordé aux Armateurs, pour être partagé 
à l'équipage de l-armement qui aura fait 
la prife. Les caiflfes de médecme trouvées 
fur les vâifleaux ennemis appartiendront 
aux Chirurgiens , les cloches à l' Aumô- 
nier ,les voiles aux Maîtres , contre-Maî- 
tres , Capitaines des matelots , quartier- 
Maîtres y Sec. Les poudres aux Canonniers , 
les batteries de caifine aux Cuifîniers , les 
tonneaux aux Tonneliers , &c. Le premier 
qui fei^ la découverte d| la. prife aura 



\ 



r Françoise. lyj 

'3 o H?« de gcactficacioa , ainfi que celui aai 
£uitera ie premier à 1 abordée des vaif* 
ièaux ennemis. 

' On ne peut s'empêcher d'admirer dani 
la conduite de ce généreux Négociant , ju(^ 
qu'où il a porté fbn zèle patriotique : le 
Marquis de Roux ayant demandé au Roi 
la permiflion d'employer à la culture de 
tes terres, loo des familles étrangères qui 
traverfoient le Royaume pour te rendre 
i Cayenne; S« M* la lui accorda , & donna 
ies ordres en conféquence. 

Ce généreux citoyen fit bâtir dans le 
terrein qui étoit dans fa poflêflion , un 
grand nombre de maifons pour loger les 
malheureux Saxons , expatries par la misère 
& par la dévaftation de leur patrie. Il les 
nourrit , & leur fournit tous les moyens 
de fe faire un fort honnête^ Voilà le digne 
ufage que cet homme vertueux a fu faire 
de fes riche0è$ ; c'étoit de les répandre 
dans Je fern des indigens y mais de manière 
qu'ils tourualfeiit au bien de l'Etat. 



B> 



Une relation de la Martinique rapporte 
le fait fuivant. 

Le Chevalier d'Aubigny étant parti de 
Rochefort fur le vaifleau le Prudent d^ 
74 canons , pour fe rendre à la Martini'» 



174 B I E K FA I 1S A tl è E 

2ue, accompagné de i frégates, VAtlariit 
e 34 canons , commandée par M. Du-' 
chaffaut. Capitaine de vaiireau^ & \t Ze-^ 
pkir de 30 canons , montée pat M. de la 
Touche, 1 réville , Lieutenant de vailFeau , 
ic Commandant de la Compagnie des' 
Cadets à Rochefort. La frégate le Zéphir 
s^étanc réparée des deux autres bâtimens , 
rencontra le vaiffèau Anglois le Warwick 
de 64 canons , commandé pat le Capitaine 
Shuldam , qui croifoit depuis quelque tems 
dans ces mers , & qui avoit enlevé amc 
François plusieurs navires. M. de Tréville 
manœuvra fî habilement , qu il lai(Ià croire 
au Capitaine Anglois , qu'il ne comman- 
doit qu'un vaifleau marchand. UAnglois 
le méprifa , & ne daigna pas faire ouvrir 
fes fabords. M. de Tréville fe laiflà appro* 
cher à la portée du piftolet : alors il arbora 
le pavillon blanc , èc lâcha toute fa Cordée 
fur l'Anglois , qui , Voyant fa méprife , 
ordonna qu'on ouvrît promptèment (ts 
fabords. M. de Tréville qui devina auflS-tôt 
fe commandement de l'ennemi , fit tirer 
fi i-propos toute fa moufq^eterie , que 
l'équipage Anglois n'ofa manœuvrer , & 
prit la fuite. Au bruit de l'artillerie , le 
vaifïeau le Prudent vint au fecours de la 
frégate le Ziphir avec la frégate V Atlante. 
Le Capitaine Anglois voyant qu'il ne pou-* 
voit échapper ^ fit dire qu'il le rendroic ; 



F n X ïi'ç o I s «• 17^ 

tnaîs^o C<ytmnaiidant f^HiUmeiit. Le Che^ 
valier d'Âubigny fit pour lors un (tgnai , 
afin d'interrompre le iau de la frcgace le 
Zéphtr ^ c'écoit pour l&ire &voir à M« de 
Trévilk qm*ii eût â combattre le vaiilèau i 
û ee l>aciaienlt refufoit de fe rendre à la 
frégate. Le Capitaine Ânglois craignant 
révènemem du combat ^ Ce rendit i M. de 
Tréviile. 

Oa ne faliroit trop louer la valeur & U 
conduite de èe ^rave Officier ^ & fur-tooc 
h procédé généreux du Chevalier d'Au-^ 
big^y , qui crue devoir lui laifler la gloire 
entière de cette jprife. Le vaiilèau le ff^ar^ 
wick fut conduit i k Martinique. 



ifn !■ ■■!' I j r> 



L A lettre fuivante eft fi favorable pour 
le commerce , que nous croyons dévoie 
la confacrer dans nos faftes , & pour la 
gloire 'du Miniftre qui Ta diâée , &c pour 
Phonneur du Négociant qu'elle décore. 
Cette lettre de M. de .Sechelles , Contrô- 
leur-Général , en date du 14 de Février , 
cft adreflee à M* Polycard , Tréforier de 
France , £c Négociant à Bordeaux , dont 
on vouloir atrlèter la réception de PréfidenC 
honoraire des Tréforier^ de France , fousf 
prétexte qu'il &iibit le commerce. 

f» Je reconnois , Monfieur > dit ce (âge' 



t-fS Bl.BKP'AI 8ANCB 

I» Miniftre » dans' votre lettre, les fentîmenï 
» d'un vrai Négociant , qui font toujours 
«> ceux de l'honnête homme & du bon 
n citoyen. On ne voit que trop de commer- 
f> çans quitte/ la profellion de leurs an^è'* 
if très par une fauile ambition > & une oifi^ 
» veté encore plus condamnable , perdre 
» la vraie confidération & Jes richelTes 
•» réelles de leur état. Âinfi , loin de vous 
V détourner de fuivre cette foute tracée 
n par vos pères , je fouhaiterois que touc 
s» ce qu'il y a de noblefle en ï rance , tant 
p par extraâion que par charges , fe portât 
t> a rembralFer \ Se le Roi qui vient fuc 
M cela de manifefter fes intentions y en 
» accordant les lettres de nobleife les plus 
» diftinguées , à M. le Couceulx ,- famille 
9} très-ancienne de Normandie , qui exerce 
M le commerce de père en fils depuis 200 
» ans y eft dans la difpofition d'accorder 
9? les mêmes prérogative à ceux qui auront 
a> fuivi cette profellion avec la même conf- 
» tancé & la même intégrité , perfuadé 
» qu'il n'en eft point de plus utile & de 
» plus prccieufe à Tttat , que celle qui tend 
9f a augmenter fes richeUes , fa puifTance 
» au-dehors , ik fa félicité au-dedans. Vous 
» ne devez donc regarder les oppofîtions 
» que Ton vous annonce de la part du Par- 
- lement & de la Cour des Aides i votre 
1^ réception , que comme des difcours fore 

9> hafardés 



r F R A N ç O l % léi " àyf 

99 hsùxdés de gens qui fentpeu inftrnœtfer 
f> vrais fentimens de ces deux corps^ je 
j^xendsicrop de< juftice aux fentimens de& 
fiT Magiftrats pour ne pas croire qu'ils con^» 
9> courront; avec lem Souverain diins tout«» 
p les cirçonftances » i honorer le commerce 
w & ceux qui le profeflent j & vous pouvez 
i> même leur faire part de ce que je vous 
» mande à, ce Su][ét\ apès avoir pris les 
n ordres de S.^ M. Je fuis , &c. ce. 



' .:h^$ Içtgejsjle NoblefTe dom.MMde 
Couteulx furent graqâés ,.fQht d honora^ 
J:>l$s po^r qes Négocians vermeuxy'fojat fi 
ffïQpr^s en mème-^t^^s à exciter l'émula* 
âôn d^ns le cominerçe , que nous croyons 
i^Yoir: les inférer dans nos faftfes comme 
on monunient de la t^ienfaifànce de Louis 
%Y:^,6c de foa atrenâon à rétojoîpefi^ec 
je mérite. 

e .drti l-ppis 5 .5c*i. le Commerce a toujours 

lÀ.écé .r<^gardé.(|omme..une dâ$ ipurçesi les 

i3» plue ftT^$ '^&;'les..^u$ féconde?! r d^: la 

jprlbrce.î& de la.pui(lan<ievdes. EtSt;s;:j, & 

^ 11in^p<)ct^]àce.ik>nt:il^^de le ;pr<>i;éger Se 

f» de iletendre , une de^r maxim^^.'ies. plus 

» ^flèntiellQS , difi: ^Àiy ernement. . AtMnttfs 

» qi^..n0us Xotnipc5'à,l|2 rpndre.flpriflant, 

.iî.nous^vo6$,iknBié à. .cet objet' difti^gué, 

Tom. II. ' ' M 



/ 



t7& BXIENFAISAVCI 

I» panai ceux qat paccagenc notre appli- 
s» catknt ) mais , fi dm coté nous voyons 
avec bàs&&ion le (bècès répondre k nos 
s» foins; & le nombre éés Négodans s'ao* 
« ctoîtoe dam nocce Royaume ^ nofos re- 
marodons d'an waxké coté que la plupait 
# dei fofxuUes qui s'adonnent au commerce» 
ne Tenvifagem qne comme œi moyen 
» de pafler i des^emplots j qui , décorés d€ 
M titres & de précogàcite&^ . Leur pacoiflènc 
9> communiquer un état plus honorable. Ce 
» préjugé 9 fi nmfible au progrès du corn- 
» merce , n'a que trop excité de nos fujets 
h à le quitter, dans le teftîs mèihéoù leurs 
fanûltéi , leur crédit fie leUtr etj^i<»ficè 
ti tes inetti^etit at |^fiée (le fbttnèt dès éH^ 
v/ be^ifi^i beaucoup* flits^ôUfidérabl^ que 
4i tes précédentes i 6C Aîf fiâppônei i &M 
w tmntt^ leur fortutfè 5 ks pettes fètlvèm 
M infëpâir^lês de$ glatis lés iniîèfit cëi^ 
ik^ icMteSk Le fea^i y ndetè très«- lK)ik>rë 
» Seigneur & bifayeul , touché âë)^^ 
^[fiitygtrem qu'un pré^é de cette éfpèce 
i^'ne p^uroitf manquer da^ ^tiddià»'j éycm 
i» lélblti d& fair^ <biltlbîire ià là Nàticm 
V» ^^11^ pouvoir troixtet dans îd" tobih 
s> miçrc<^ I^hdnoràblè^ o&mnsu ïmiki^ii œ 
i^lut âan$ cette vtîe qu'il p^tlii^ àuk Calen- 
'»ytil^èmme$ de l^ieercefr eh g^oi^^ £uis 
^ idétogtSr à leuir nôbleffei les mèÉ^e^ itio* 
•» ôfi^^éus onl: p6rcé$ â prendre u^ cba* 



F R A K Ç O I s !• Ijf 

n xmSzxict pamculière des familles qui fe 
» font fîgnalées dans le commerce , êc qui 
*» Tonc pratiqué pendant une longue fuite 
<ip de générations y avec autant de probité 
» que d'intelligence ; & dans le deuein où 
«» nous (bmmes de les encourager toutes ^ 
» en décernant à l'une d'elles la récom* 
»> penfe la plus précieufe , que le mérite 

V puiilè efpéier de Teftime & de la juftice 
K9 d'un Souverain^ nous avons rècpnnu quç 
») peribnne non étoit plus digne que nos 
)9 chers & bien-aimés Jean-Etienne le Cou- 
»,teulx y Se B^rtnelemi le Couteulx fon 
» frère , iflîis d'une famille de notre Pro- 
9> vince de Normahdie , qui , depuis plus 
» de trois iiècles , exerce de père en nls , 
w iàns interruption , le commerce mari- 

, », pme , & en grps , tant dans notre 

V Ropume ^ que chez les Nattons les plus 
» éloignées » & qui., de tout tcms , a fourni 
M xles fujéts di^fingu^s d^ns les Jurifdidions 
» de t^aris & dp iCouen, & dans les charges 
M Municipales y qui tient par des alliances 
>> à plufieurs Êinulles anciennes^ nobles ^ 

V ôc dont une branche aînée qui boflédoic 
yy les Terres de Bois-tEvcquc , àiObbevîlle ^ 
» & de GtnoUville dans le Paysxîe Caux, 

• w eat . l'avantage d'être annoblie "^enî 1 5 o 5 . 
» \U font entrés , dès leur jeuneffe, dans 
tf la, çairiére que leurs ancêtres Jeur avoient 
M ouverte , & pendarit le cour^ d'une vie 

Ml 



c 



i8o Bienfaisance 

» longue & laborieufe , ils fe font pgale- 
j> ment rendus recommandaMes , foit pai? 
3> leurs 'profondes connoiflances & ^ppli- 
w cation fuîvie qu'ils en ont faite au bien 
» général de TEtat & dû commerce , foitf 
» par la probité la plus^ 'ekaâre , & lé zclè 
» le plus défintérefle. C'eft ainfi qu'ils ont 
»> îoixtîi deè établiflemèns dans plufieuri 
w Etats maritimes , qu'ils ont porté : \éii 
j> réputation au plus haut degré de rrédit ; 
» & que par l'extenfion de leur commercé , 
» ils le font mis en état d^éntrerenir d'utiles 
» corre(pondances dans toutes les parties»^ 
« de 1 univers. C'eft ainfi pareillen:ientf 
*» que , dans des entreptîfes confidérables 
« qu'ils ont faites pour la fubfiftance de 
» leuts concitoyens , ils ont exclu toutes 
i» vues d'inccrêt particulier y* pour n*écou- 
» tét que les mouvemphs de leur gch^>^' 
3> fité. Le même elprit de zète leur V^vî 
j> regarder comme un dèviûr de perpétuer 
» te commerce dans leur famille j ik èrf 
j> ont infpirè le ^oût à'j^lufieurs.de leurjf 
»> enfans , & ne leur ôiit pâs^ moins trahC^ 
^ mis lès féntimèns d^hèttttjeur qu'ils xaéx^ 
ft ncnt de'Iôurs ancêtres" y «Jue les lunriières^ 
M qui font le, fruit d'vinis expérience coh-= 
w fommée. Telles font les œnfidératibhsf' 
i> qui no\isr déteitainênti Tes élever ^i'utt' 
M & Tautre ;à l'état dé la nôblèffe.'Cé m.o-* 
» nurneiir iterpétàel de riôtiré bïetivéiUîmcé' 



,-» 



Françoise.' l8i 

^ Se do la fatisfatStion que nous re(ïencohs 
»'de leurs fervices, fera pour leurs defcen- 
»* dans une exhortation toujours fubfiftantë 
» à continuer de bien mériter de nous ôc 
}3 de la patrie dans une profelîîon hono- 
» rable j & les autres familLes de Ncgo- 
» cians de notre Royaume reconnoîtronc 
« ce qu'ils doivent attendre de notre inuni- 
» licence j lorfque les mêmes motifs de diC- 
» tindtion &: de continuité dans le; com- 
>> merce,, parleront en leur faveur. Savoir 3^ 
i> fàifons, &c. «^ 



Les progrès de l'Ecole publique du Deffin 
de la ville.de Rouen, rémulation des 
Elèvps , le nombre d*Artiftes diftingués 

3u elle produit^ rempliflbient déjà les voeux 
e l'Académie , & l'attente au Public ; 
cependant il manquoit encore un Prix qui 
pût exciter dans les jeunes gens quelques 
étincelles de ce feu créateur , de ce génie 
fan$ lequellè Deffina^eur le plus correft ^ 
ne feroit qu'un froid copifte." 
« La libéralité de M. Adeville , un des 
MeràBres de T Académie , & Amateur au(ÏÏ 
éclaité des Airts ,. l|ue zélé citoyen , ne 
fàifle plus rîen à défirer.ll a Fofidé an Prix 
de côinpôfîtion ; déftihé au meilleur delEn , 
«m à la haeilleure efquifle faite 'far le fujec 

M } 



V 



|l^ BlBHfAlS4NCE 

propofé par le Profefleur. Ce Prix confifte 
en une médaille d'argent , double du pre- 
mier Prix d'après nature* 



L'Établissement d'une Ecole publique 
& gratuite de De/En , de Peinture > de Scul- 
pture , de Géométrie , d'Architeâure , Ae 
Perfpeâîye y de Mécanique & d*Ânato* 
mie, fous le nom à* Académie des Arts ^ 
doit être regardé non-feulement comipè 
très-utile & très^nécedàire dans nine ville 
maritime & commerçinte , telle que Mar- 
féille; mais encore comme une époque des 
plus glorieufes & des plus intéredàntes de 
ce iiècle , & commç un monument de la 
bienfaifance de Louis XV. Ce prîhce dai- 
gna Tautorifer, en permettant pàt un Arrêt 
de Ton Confeil y à la Commpnautè de cette 
ville y de donner tous Içs ^ns iii)p fomme 
de mille écus pour fon entretien* 

Cette Académie tint une AÏÏemblée pu- 
blique y le 29 du mois d'Août, dans la 
Salle de l'Hôtel-de- Ville , en préfence de 
Mi \t% Echevins , qui méritent d'çn être 
regardés comme les fondateurs. I^^ Séance 
fut terminée par la (Jiftrihiitîon de trois 
Prix aux Elèves. Le même jour > il y eut 
une expofifton publique des Ouvrages que 
les Profefteurs ^ les Académiciens £c les 



- F K A H Ç O I s s» :'^ 

A^égés avaient f^.c dm^ Wtmh. Cfif 
Ouvrages furctni: eac|K^ f!«04ànc JbtttcjQut:» 
à^ns i^e Salle que M. Charcoa:, Cotn- 
imâàice-<j^néral de la MarUne , qui protège 
les Ans , & qui le$ ^we , a voie accQcdce 
fat las ordres du Roi, à rAcadctoie » dans 



L B plus (bel éloge :^u-on pui(Iè faire de 
rhomme de bien , c'eft de retracer après 
ùl mott 'le fouvenii: d^e feis verçu$« Hya- 
cinthe .4e iPorralis» ci-d^v^ntXI)^pi€aine.^tt 
:R^ginieQt de Poochiea 9 Commi^ire de^ 
^Guerres , ayant la Police des qu,a;re Hoptr 
(jcaux 4t^l|lis i Maboa par les ordres dit 
Maréch^ Duc de RicheUeu , pour les Offi- 
d^ts j ifpld^ts w^bde^ ^ bleffês , mourut 
À Mfthqn au mais d!AouJC , univ^rf^Hennenic 
«i^eité 9 âgé de 19 wh Son zàle snfatir 
g^bfe pour »fc(foulftgemént.de^us.4e ixQ^ 
onafad^ & bleifés > ne lai doiitioîc ^ucuip 
;relâçbe. il écait^iaaK jHopitauK ^ aux ,^ 
pp^.des iranchées , à toutes }e$ beur^ du 
.jour: ^. de la nuit ^ il :a^i(lpiic ;iax panfer 
mens & i touces ks diftnbiitions.:Ofi^jpv}>te 

3u'il fe tranfpç^^ca paçrtpui > fous l^^ jyetiK 
u MiM^échal & de CQuœ I l'catmée » daôs . h 
;nîjit 4i^! i-attafpie ; générale; des forts, de Mî^ 

norque, pour faire 'mnfp^rter ' afo;. Hopir 

M 4 * 



a[S4 B r E. N r A IS'A N c H 
taux .tôûs les Officiet» & foldat^ blefles^ 
s'expofant généreufement aux bombes sè 
aux boulets des affiégés ; & que tant de 
ïqipus 6c de fecours efficaces lui avoieiit 
mérité de la part des ibldats y le glorleùit 
titre de leur^ père. Us fur-ent (î affligés dé 
fa mort , qu'ils fortirent en foule des Hopi* 
taux , pour honorer fa fépulture de leurs 
regrets ôc do leurs larmes. 



ANTôxNE-Âugufte du Liège , Avocat iia 
Bailliage & Siège PréiWial d*Amiens , mou- 
rut dans cette ville Aq i'6'àe Jfanyier y âgé 
de 70 ans. Toute k -Province permit dans 
ce célèbre Avocat , «mr conféil auffi intègre 
qu'éclairé. Arbîtr^ô des |>lus grande^ aïaf fe^^ 
éc pour aind dire^ Toracle univerfel de la 
ville ôc- des lieur circonvoifins ^ il poffé^ 
tloit à un tel ooâit* le 'rare talent <iê con^ 
cilier les intérêts les plus oppofés , qu on 
<i>vu fouvent les petlbnnes tes plus <iivi- 
/ées fe rendre i Venvi à l'équité de fes 
'décidohs , Se applaudir avec une égale 
reconpoiflfance , aux atrangemens qu'il fa- 
voit leur faire goûter «po^f parvenir à une 
téunion folide. Ges * ' précieufes qualités 
Croient relevées-pat: une piété iiiicète ^ par 
un- zâle ethpreué-à' vei^it' au feçdurs des 



i JF R AN 9 Q 1 1 H. 185 



jAcQUÈs-François àe Chambray , né i 
Ivreux , Grand-Croix de rOr.dre de Saint-T 
Jean de" Jérafalem , Commandeur des 
Commanderies de Sainte-Vaubourg dans 
le Grand Prieuré de France j de Virecourc 
dans celui de Champagne , & de la Com- 
nianderie magiftrale de Metz au même 
grand Prieuré , Lieutenant-Général & Comf 
mandant dès vaifTeaux de la Religion , ia% 
un dei plus grands hommes 4^ mer de fon 
ficelé. • Après s'être fignalé par differens 
exploits fur les Infidèles > i\ fit cpnftruire 
à les frais , dans rifle de Gozé , une for- 
terefïc qui porte le nom de Cité neuve de 
Chambray. Cet oïLvrage important ^ entre^ 

* prife digne d*uri Souverain , étoit prefque 
achevé , lorfque la mort l'enleva. 11 avoic 
fait un teftament , par lequel il fupplioit le 
Grand-Maître d'employer à fa perfedion 
le produit' de fes effets mobiliers , qui 
montoient à 100,000 liv. S. A. E. eut la 
bonté de fuivre les irftemions^ du généreux 
Chevalier y & lui fit élever un fuperbe 

. maufôlée dans l'EgUfe:. de Saint- Jean à 
Malthe..En rieconnoiflince defks fervicesV 
il accorda au Matx^uisjde xCtemxbray , fon 
petit-neVea , la permiflion de porter là 
Croix deTOrdre. 



«tv»4> ■'l 4./ 



iSS BlENTAlSAKCC 

leurs diflScultés. Ce n'étoit pas feulement 
aux Magiftrats qu'il pouvoit être utile , 
en leur découvrant le véritable efprit des 
loix ; les Gens de Lettres trouvoient au(Ii 
en lui un Savant , propre à les encourager 
dans leurs travaux , & capable de les diri- 
ger par fes avis.- 11 n'étoit pas moins accet- 
fible à cçux qui'croyoient devoir s*adrefler 
a lui pour des fervices d*un autre ge^re. 
Son . caraûçre , naturellement tendre & 
bienfaifanc , ne' lui permettoit guères de 
les* refufer. 

II avoir un abord ouvert , un efprit vif, 
un jugement folide & une mémoire heu- 
reufe. Sa converfation fut toujours , même 
dans les derniers jours de fa vie , auflî 
agréable - & auiïî aimable , qu elle étoit 
înftrudtive. Il n'étoit pas feulement grand 
Magiftrat &t citoyen zel^ il étoit auui bon 
chrétien , & chrétien éclairé. 

M. de Bonneval ^ dans Tufage de rendre 
les derniers devoirs aux grands Hommes 
qui ont illuftré leur patrie , fit Tépitaphé 
fuivante en l'honneur de ce célèbre Ma^j 

giftrat : ^ 

« 

» »<-» »-■ .»,,-. 

Çigtc Fleury : quelnomirOraçI^^-cç^eemS;^ •■> 

Ce Magiflrat psotbod, û péné^ant , fi: fage ^ 

• • • • 

Et quîjtîQu*ii5iiàtrçrvingtSâns ''•*'' ' ' 
Vaittt fclil ûn'A'rîopagç. ' - < - ' 



Franc o i,s h. / iSj 

Fleury, qui di Thépis allumott k flambeau, 
Eft aujoutd*feîii 'couvert des ombres <lai tombeau. ■ 
Qacl Homme ^comprit mieux l'cfprit de lios maxi* 
mes l : 

Quel Iu>mmc foutint mieux nos Loîx l 
Citoyen généreux , dans Tes travaux fitbliâies 
Il reflcrfok les hdeuds des fùjets & des Rois. 
Unefc livroit point à Tardeur d'un faux zclcj 
X'amour du. bien public dirlgooit Tes difcours» 
Des jeunçs.MagîAfai^s U itoh le modèle; 
Des hommes tels'^uelui devroient Yivre toujours; "^^ 
J'adore , Dieu puifTant \ ta profonde fageiïe s 

Mais pourquoi priver les humains ; 
S'il eft vrai qu'à leur fort ta bonté slntércflc , 

D'un Juge oui tenoit ta balance en fes mains. 

■ » .-^ - ' '^ ^ 



^ 



tj I» 



Charles fe^ Pelletier ^ jié à . Orléans,' 
àiontra'dès la f lus tendre enfance un goût 
décide pour la piété ^ & un éloignemenc 
extrême pour tous les plàifirs du monde. 
Sa vie ne; fut qu'un tiflu & un enchaîne- 
ment de bonnes œuvres. U répandôit des 
aumônes abondantes dans k fem, des pau- 
vres. Son zèle fur- tout étoit infatigable 
fôut fonder pu fôutenir dans la ville quel- 



#• 



tçO BiSKVAISANCE 

quesrttnes dé ces pieufes aflociattons con- 
nues fous le: nom. de Congrégations. 

S*écanc confacré parcicuhèremenc au fer-* 
vice des pauvres , & au foulagemenc des 
infortunés , il rendoit fort iouvent de^ 
vifices aux perfonnes les plus aifées d'Or- 
léans , pour en tirer quelques aumônes. 
Un jour s'étant adrefle a un riche de mau*. 
vaife humeur , il en reçue au lieu d'argent ^ 
un fôufflet affez violent : >» Voila pour 
»> moi , répondit fans s'émouvoir ce gêné- 
9> reux Chrétien ; maintenant , Moqueur » 
p» quelque choie , Je vous prie^ pouc les 
»i pauvres <u 



Louis- François du Boucher , Comte 
de Sourches , Lieutenant-Général des ar- 
mées du Roi , mourut à Paris âgé de 
84 ans. Il avoit fervi avec U plus /grande 
diftindion dans toutes les pcçanons, entrer 
autres , à II bataille de Ramillies > où il 
eut trois chevaux de tués fous lui , 6ç 
d'où il ne tevînt que lui feptiènïe de fou 
régiment. Reçu dans fa jeunefle Chevalier 
de Mahhe 5 s'étaht rendu en 1715 dans 
Hfle à la citation , le Grand-Maître lui 
accorda de porter la Croix, quoiqqe 'marié, 
Comme une jufte récompenfe due a ùt 



^ F R A N ç o I ^ i. i^i 

viSmr y à fàtt zèle , 8c i fou accâcfaemenc 
pour rOrdre. 



aç 



La mort de Caivîire ^ fameux Oi^ 
ntfle , cionna lieu à M. Titoti d*en faire 
«n éloge )oftemenc mérité. Oft admitoic 
la fîcondioé du génie de cô grand Arcifte ^ 
& (a belle exécaiion* Il a|oute à cet éloge 
pàrtkulia? , un parallèle admirable encre 
C^lvière & Daqum. Ce$ deux grands maî- 
tres de fharmouie partageoienc cous les 
fufFcages de la Cour Ôc de la Ville. Us fâi^ 
foienc tiaître dts difputes qui auroient pu 
fbrvîr de fuite à la fameufe concroverfe 
px^ur les anciens & pour les modeme& 
Cepehdam l'un & lauire éloienc ttès-lics ^ 
«tès-amis ^,& après la mort du premier , 
Torgue de Sainte-MAtguerite étant vacante^ 
Dûjqàti la fit avoir à la fceur du défunt , 
en s'engageant généreufement à venir le 
coocher au moini- la veille , & le jour dé 
la fête de la Sainte. Il fit efpérer auffi de 
mettre à la^àVure quelques livres de pièces 
«l'o^ue 8c Sjt daVecm ^ que Calvière avcft 
laiilees manufîrtites. 

• Ces alïêcdotes méritent d'autant plus 
d'ênre cotifigiiées dans nos fàftes , qull cft 
beau de voir des perfbipines de la même 



191 BlENFAISAM'CB 

profeflSon ,. donner un exemple il incé- 

redànc d eftime & de cordiaUçé.. • , 

Année 1757. 

Cette année peut èire mife au nombre 
des plus grandes, calamités qui' ont affligé 
la France. Louis XV , le Bien- Aime, 
penfa périr fous le fer du. parricide Da« 
mien. Le mercredi au foir , 5 de Janvier , 
à 5 heures trois <)uarts , cet exécrable aflàf- 
fin ofa frappée, S. M. au milieu de Ùl 
garde & dçs Officiers de fa Couronne. Le 
Roi fe fentant bielle d'un coup de cou- 
teau , fe retourne \ Se à lafpéâ de cet in* 
connu qui étoit couverr, & dont les yeux 
étoient. égarés j ce bon prinpe dit: »> ,G*eft 
;» cet homme qui m'a &appé , qu'on l'arrête ^ 
^> & qu'on ne lui fafle point de mal «'. 

Au premier bruit de cette cruelle cataf- 
trophe , repréfehtez-vous , dit Mt Fréron , 
un père de famille qui vient d'embradèr 
fes enfans , de. les quitter , & qu'on, apporte 
un inftant après., fanglant , percé d'un poi^ 
gnard , foutenu par fes fidèles. ferviteurs 
oui fondent en larmes ! Peigneat-rvous le 

«fefpoir ^ les cri; , les fanglots la 

Reine éperdue ^ Mefdame$}éy.ajf^ude$ ; i^ 
Dauphin » la Dauphine • . • • toi^> ne. voyoient 
:què:Ie danger A'i*» père i la-pafeworégnoic 
lur tous les vifages» , ./,...' 

Dès 



F R. A N ç o r s f ; j^ , 

_ Dès que la nouvelle de cet horrible forl 
-fait fut répandue dans Paris , les Princei 
les Prmceires du Sang , les' Grande les 
Magiftrars ; lesMinift?es des Cours W 
«res, une foule innombrable de perfonnes 
ae route condition accoururent à Verfailles 
Tous les appartemens furent remplis de 
monde dès 1 1 heures du foir } on ^y por- 
toit, on s emprelToit ; on étoit impatient 
& I on craignoit de s'informer de fétat du 
Roi. La çonfternation étoit générale dans 
la «capitale. On ne commença à refoirer 
que le 7 au matin , lorfqu'on eut aï^uré 
qu il n Y avoir rien à craindre pour les jours 
du Roi. Ce Monarque fit diftàbuer cen? 

v! I j'^'d'"?'' P*"^""^' ^^^ ^"«•'^«s de (a 
Ville de Pans pour remercier Dieu de 

lavoir tue d'un fi grand danger. 

. La bataille d'Haftembeck qui fe donna 

cLrA-^f f' foc gagnée par le Mare- 
chai d Eftrées fur le, Duc de Cumberknd. 

^^JT®' T^l^"" '*^^*'«' fe réfugia 
a Minden , de -là à Niembourg , forcé 

^abandonner aux troupes Françoifes la. 
Ville & J'Eleâorat d'Hanovre, les Etats de 
llmbutef.'^^"*''^»"^^^Sa.de 



1^4 BlEKfAXSANCB 



^tssawsssxssss^set i , i » 



Apr]|s U Wcaille de Rosback, gagnée 
parle Roi de Pruffe fur larmée de l'Empire 
combinée avec les troupes de France , les 
Hufl&rds noirs , appelles 'Têce de mort , 
parce qu'ils en ont une de paiement blanc 
fur leurs bonnets noirs » avec deux os de 
mort ep fautoir , pourfuivoient les trou-» 
pes Françoifes déiunies. Un des Géné- 
rant Pru0îenà appcrcevant un endroit 
où Ton cbmbattoit encore , s'approche , & 
voit un grenadier François aux prifes avec 
/ïx de ces Huflards, Le François était re- 
tranché par une pièce de canon , & juroit , 
en combattant toujours , de mourir plutôt 
que de fe rendre. Le Général admirant fa 
valeur, ordonne aux Huflards de fufpendre 
leurs coups » Se dit au Grenadier : »> Rends- 
» toi , brave foldat , le nombre t'accable ; 
» ta réfiftance eft inutile. — Elle ne peut 
» l'être ; je lafferai ces gens-ci , & je join- 
V drai moq drapeau , ou ils me tueront , 
w & je, n'aurai pas la honte d'avoir été fait 
»> prifonnier. — Mais ton armée eft en dé- 
M route : — Je ne le fais que trop ; mais» 
99 morbleu ! fî nous avions eu un Général 
w comme le Roi de PrulTe , ou le Prince 
»> Ferdinand , Je" fumerois à préfent ma 
>» pipé dans l'arfeo^al de Berlin. — Je donne 



f IV -^ ^ Ç O ï 5 «• 195 

^h liberté à ce Franççis , dit le Ççnéral 
» Pru^ïen*; HuÏÏàrds , fuivez-moi , & tgi ^^ 
il brave Grenadier , prends cette boqrfe , 
>» & va rejoindre ton corps. Si le Roi , moi^ 
t> maître, avoir joooo loldats comme toi, 
5> rEurope n awrpit qqe deux Souverains ; 
j> Frédéric & Louis. — Je le dirai à mon 
s^ Capitaine ^ mais cardez votre argent j en 
9> rems de guerre le ne mange de boa 
9? appétit que celui de I ennemi ; vous . 
9» vous çtes diene a être rrancois «• 



Lç rçgitpent de Piémont , cantonné , le. 
^o'd'OooBre ', dans plufieurs villages fui; 
les bords de la' Sala , eut ordre de marcher 
a^ fecours de ^Sf^çflenfels , que les Pruffièn? 
atcaquoieiu , on laifla une gardç aux cgul-^ 
pages. M. de Tafque', Capitaine qui la 
commandoit , craignant d'être inquiété par 
les ennemis*, a Ta Faveur d'un bateau qu'ils 
ayoient dç l'autre côté de la rivière , forma 
le projet de l'enlever. 11 falloir un foldat 
hardi , & qui fçût nager. Claude Bélier , 




ifqi 

naeeur , eri attirant i'attendbn â'es Pruïfiens 
^^n ai|tre côté 5, fa précaùti6|l fut inutile. 
Belle-Ro'fe iiiyfufillç de toute? J)artsi'maîs 



1^6 Bienfaisance 

auffi heureux qu'intrépide y il ne voulut 
jamais lâcher prife , & ramena le bateau 
qui faifoic tout Tobjet <ie cette efcar- 
mouche. 



9»» 



D A iff S la retraite de 1 armée Françoife 
fur Freybert , pourfuivie par celle de Pruflfe^ 
Antoine Robinet , dit Picard , originaire 
de Clermont en Beauvoifis , & Caporal 
au régiment de Piémont , dans la Com« 
pagnie de Poufargues , fit paroître dans 
cette journée une intrépidité , dont on 
voit peu d'exemples : un boulet dt canon 
lui ayant prefquc emporté une jambe , il 
la fépare du tronc fans s'émouvoir , & la 
jette à un foldat qui étoit près de lui , en 
lui difant : » Je te fais Caporal <^ 



•G! 



Lç nommé Poitevin , Caporal de Gre- 
nadiers , fe diftîngua par fa fidélité , fbn 
zèle & fon attachement au fervice dû Roi. 
Ce brave foldai , prifonnier de guerre , fut 
vivement follicité par les enrôleurs PruC- 
iîcns , de prendre parti dans leurs troupes ; 
il ne voulut jamais y entendre. L'amour de 
fon devoir , l'honneur & fon zèle pour fa 
pâurie > lui firent rejetter l'or qu ou lui prér 



Françoise. 197 

fentotc 9 Se refufec la liberté quon lut 
offiroit. 



i 



A la journée de Berghea , il fe paCTa 
un traie admirable de la part du fieuc 
Lamy y Sergent de Grenadiers au Régiment 
de Piémont. Ce brave homme, déjà eftro- 
ié d'une bleflTure qu'il avoit reçue à, Ros- 
ack y étoit à l'Hôpital de Francfort , lors- 
qu'il apprend qu'on marche à Tenuemi. 
.Ne prenant confeil que de fon courage *» 
il fe traîne , comme u peut , fur te champ 
.de bataille éloigné. de deux lieues , & ne 
veut l'abandonner qu'après s'être afluré que 
nos troupes font viâiorieufes. 



^ 



A la fuite de la bataille d'Haftembeck , 

• êc de quelques expéditions hardies , on 
place avec éclat celle du Comte du Tur* 
pin - Cridc , Brigadier des armées , Meftre- 

. de-Camp des HufTards , homme de guerre 
& de lettres. Inftruit qu'il y avoit en Saxe 
des déDûcs confidérables d'argent , appar- 

- tenans îPrEledeur Roi de Pologne , dont 
les caiiîïers n'ofoient fe deffaifir , dans la 

. crainte que ceux à qui ils les coafîeroient 
ne furent arrêtés par les ennemis ^ M. de 

Ni 



tnS B I E H f A I S A H C B 

* • * ^ 

Turjpîn forme le projet de faîte païl^rdft 
argent â fa deftination. Il fe met à la tèdb 
de 1 5 G hommes de fon régiment , avec la 
permiilion du MarecWl de Rictielieu , qui , 
en même-temps, le charge d'établir, des 
contributiofts dans les pays d'tïfenach , 
d'Altembourg , Weimàr &: Gothâ.Tl par- 
tage fa petite troupe en deux ; il prend te 
commandement de rûné , & donné celdl 
"de l'autre à M. de KïoTdmânn , Hêutè*- 
ïiant-C.'olonèl de fon Réghfierit. Celui -eî 
'entre dans toutes îek villes de la TTiàrïn^e'i 
il y recueille fur fes rétùs Tàrgenf dii R'cii 
de Pologne , même cuûi que le. Roi 4% 
iPrulTe fe difpdfoit à tirer de$ dî'fFéifSnïft 
villes de cette partie âe là Saxe. Le Comté 
de Turpin , 'de fon côté, kfïemble Tes Ré- 
gences du pays de Gotha , où il établit dts 
contributions. Il fait , en courant , la même 
opération dans les pays de Weimar & 
d'ElTenach ; de-là il palfe a Altembourg,, 
ville de Mifni'e, à Naumboiarg & à Weff- 
fenfels , où il fejoirit le détaclie'meht de 
fon Lieutenant-Colonel. Pegau ,^ Èôçnà & 
Zeits le voyent prefqu'auffi-tôt dans leurs 
mur$. Par-tout, il re oit de 1 argent pour le 
Roi de Pologne, & remet à un CblknnlTaire 
des guerres de ce Prince , les fommes qu'il 
a touchées. 11 s'avance jufqû'aux portes de 
Leipfick, fans que les Pfulfiens lui tirent 
n coup de fufil. il apprend \qs deflfeins & 



F A A K Ç d I é E* lip^ 

Us moavemens du Rot dé Ptuffé ; il ett 
informe , par un Courier ^ le Prince de 
Soubife 9 fie revient au ctmp d où il eft 
pani. 



Ls Prince de Saxe tiilbourghaufen ^ 
Général en chef des armées combinées de 
TEmpire & de France , ayant repafle la 
Sala avec le Prince de Soubife fur le Pont 
de Weiffenfelç , le 19-Odobre au matin , 
4 bataillons de l'Empire Commandes par 
un Officier Général des Cercles , & 1 7 
Compagnies de grenadiers Fraiïv^ois , aux 
ordres du Marquis de Crillofi ^ rèdèrent 
dans Weiffènfeb. 

Le jeune Comte de Crillôn ^ à peine 
âgé de 1 4 ans ^ partagea les travaux , les 
périls & la gloire de fon illùftré père. Il 
voyoit le feu pour la ptemiète fois , ^ le 
voypit avec la contenance ttanquille êc alfur 
rée d'un militaire blanchi fous les armes. 
Les grenadiers François \ bons connoif- 
ieuTs en ce gfenre , en voyant tant de bra- 
voure & de préfetice d'efprit dani un âge 
fi tendre , pleuroient de joie» Le Prince 
de Saxe HilbôUrghaufeU lui-même , en- 
chanté de là façûrt dont il s'étbit montré , 
lui dit en retnbtaÉ&nt : »^ Si je n'àvois point, 
» Motifieur ) de Maréchal de Logis , )e 

■ * N + 



lOO BlCKfATSAKCE 

m n'en voudrois point d autre que vous «j 
La defenfe du pont de VT^eifTenrels , eft une 
des plus belles actions qui fe foient paflees- 
dans cette campagne : Louis XV en lentic 
tout le mérite, il accorda des Croix de 
Saint-Louis aux Officiers qui s*y croient 
diftingues , & une gratification à chaque 
grenadier du régiment de Sainc-Chamond. 



« 



A la bataille de Rosback , le Prince 
de Hilbourghaufen fut entraîné par plu- 
iîeurs Officiers , qui vinrent lui dire^avec 
précipiration , que le Roi de PrufTe fe reri- 
roît , & qu*il n'y avoir pas un moment à. 
perdre pour charger fon arrière-gatde. Sur 
cer avis , ce Prince décida IWtaque , & 
xîonna ordre de marcher. Le Prince dfe Sou- 
tife* ne crut pas pouvoir fe difpenfer de 
le fuivre, & le portant par-tout avec lac- 
ti,viré du foldat , & le coup d'oeil du Géné- 
ral » Êifant avancer à propos la. cavalerie 
de la réferve , compofee des régimens de 
Penthiçvre , Saluces , Lameth , Lufienan 
& d'tft ars , pour réparer la déroute' de la ' 
cavalerie de TEmpire , combattant lui-* 
même à la tête de cette réferve avec le 
Duc jde Eroglie , fans penfer au feu de» 
ennemis qui tue un de les pages à côté de 



/ 



f K. A K Ç ,0 I s E. loi 

lui. On y vie le Marquis de (Taftres , fans 
chapeau » la tête enianglantée , animanc 
les efcadrons du feu de fes paroles & de 
ies aAions/ Ces efcadrons accablés par le 
jhombre furent contraints de^ fe retirer* Le 
Prince de Soubife , qui , fur-le-champ ^ 
voit le remède , fit porter de fa gauche à 
fa droite , 8 efcadrons compofc$ des tégi- 
mens de Bourbon-Priftce , BeauvilUers , 
Fitz- James , & Rangrave. Ces nouvelles 
troupes recommencent le combat j mais 
après l'attaque la plus vive & la plus opi- 
niâtre , dans laquelle même les ennemis 
font enfonces , elles trouvent une ligne . 
fraîche formée de l'élite de la cavalerie 
Pruffierine , Se font forcées de céder à la 
fupériorité du nombre. Ce fut à la tête 
de CGS efcadrons , que le Comte de Mailly 
d'Aucourtfut renverfé d*un coup de fabre, 
& fait prifonnien 

On doit également des éloges aux Offi- 
ciers qui conduifoient la tête de l'Infante- 
rie Françoife ; tels que le Chevalier de 
Nicolaï; le Comte d'Efparbés , Colonel 
du régiment de Piémont , le Marquis de 
Lugeac , & tous les Officiers de l'Etat- 
Major de l'armée ; les Colonels , tels que 
le Marquis de Saint - Cbamont , le Duc 
de CoflTé , blelTé & pris , & tous les autres 
Officiers Généraux y entr'autres , le Comte 
de Rangrave , le Comte de Saiiit- Germain , 



i6i Bli^FAlSAHèB 

h Ptince CafniiW » te Marqu» dè^ Salles» 
Lé tépmetït A^ DragottS d'Àpcàoix ^ fi^rtx^ 
l^r (a contefiahce ^ arrêta rénnèmi dani 
la retraite ^ainlî (|u€ iès tégimens de cava* 
lerie de Bourbon - Prince , ¥\tz - Jameis , 
BeauvilH^rs & Rangravé , c^i marchèrent 
bilans le plus bel ordre jufqfù^à Frîbourg » 
cà ils ne furent ramenés pnr le Marquiè 
de Grillon , & le Comte de Rangrave » 
€pL*k trois heures ipth minuit. 

<gB '■> >"'if ■■'•nu f i l ■■! » 

Voici encore quelques traits des plus 
ëclacanr, poftérieurs à la bataîMe de Rb^ 
back : les Hânovrîcns & les Hefldis ayant 
rompu la convention de Clofterfeiven , 
fignce par le Maréchal de Richéliei! , quel- 
ques purs -après la viifboire.d'Haftembcck , 
afliégèrent dans Harbourg le Marqms de 
Përeùfe , qtii fe rendit célèbre '|)ar une 
dcfenîe longue & vigoruiîéute , avec une 
fbible garnuori : lorfiqu-il ne lui fut pliK 
polfible de tenir dans 4e xhâteau ou il 
s'étoit retiré , il demanda à capituler. Lei 
Hanovrietis exigèrent dés conditions dures; 
il les rejetta avec une nobîe^'fiérté , & les 
ennemis furent cA)Hgcs de ki accorder les 
honneurs de 1^ ^guerre. 



RAKÇOISE. XOJ 



l, ES. troupes Françoifes iparchant vers 
Zell j aux ordres du Marquis de Ville- 
inùr , dans le delïein qu avoir formé le 
Maréchal de Richelieu , de livrer aux Ha- 
lîôvrîens un combat qu*ilj» avoieht tou- 
jours éviré ; le Marquis de Caraman , qui 
couvrofc le flanc gauche de larrière-garde , 
îût attaqué par un corps de cavalerie à^en" 
virôn I 3©o hommes. Le Màtquis n'avoic 
jque Jon régiment de Dragons , & 180 
Chafleûrs dé Fifcher , commandés par Nt. 
Clery , ÎLieùCenant-Colonel de ce Corps, 
Malgré i'inégaliré du nombre , il entre- 
prend de fe défendre ; fait mettre pied à 
terre à fes Dragons, les range en bataille , 
repouflTe l'ennemi , le contraint de précipiter 
une retraite hônteufe , avec une perte confi- 
dérable. Le Marquis ne perdit qu'un feul 
Capitaine de fon régiment , & 1 5 Dragons» 
Cette a(5tion*fut généralement admirée^ elle' 
valut au Marquis de Caraman 'le titre de 
Brigadier des armées du Roi , & des grâces 
à tôiis les Officiers de fon détachement. 



3 



104 BzEKFAXSAKCfi 

M. de la Place , jaloux de la gloire du 
Capitaine Thurot , fon ami , s'écoit pro* 
poie de donner au public un Ouvrage 
fur les exploits de cet Officier, comme 
étant feul dépositaire de Tes papiers ,. 
journaux de mer en forme , & autres 
relations authentiques \ mais il fe rappella 
ue 1^ modeftie la plus vraie étoit l'une 
es vertus de M. Thurot : « Non , mon 
j> ami , lui dit en partant ce brave maria» 
»9 pour fe remettre en mer , j'ai trop peu 
» rait , & j'ai déjà trop d'ennemis ; n'allons 
» point en augmenter le nombre «. 

M. Thurot ne fe borna pas à employer 
contre les Anglbis , le courage & laravité,. 
Après une tempête horrible qui avoir extra- 
ordinairement maltraité fon vaiflfeau , fe 
trouvant trop éloigné de^ nos côtes pour 
venir s'y rétablir , il ofa aborder en Ecofle 
,/ous pavillon HoUandois , Se fut exciter la 
cotnpaffion des habitans ^ au point qu'ils 
lui fournirent tout ce qu'il falloit pour le 
remettre en état. H pafla quatre jours avec 
eux , promit au Maire du village , qui (e 
rendoit caution de fa dépenfe t des Lettres 
de chiRge fur Londres , & partit ayant à 
bord ce Maire & un Pilote du pays. II ne 
voulur pourtant pas abufer de la crédulité 



• ; 



FllANÇOt$£. 205 

fle ces bonnes gens ; & par reconnoiflance , 
dès qu'il fut en pleine mer, il leur donna 
la liberté quils n'étoienc point en droit 
d*efpérer^ puifqu ils s'étoient laiflé furpren- 
dre par leur ennemi.* 

Ce rfeft pas le feul trait d'humanité qui 
fàflTe honneur à ce brave officier. Il fe trouva 
dans Tes courfes le long de la cote d'Ir- 
lande y furpris par une voie d'eau qui 
croit au rez de la quille y il fallut s'arrccec 
poin: rétancher. Avant' que de partir, oa 
envoya à terre le canot pour y chercher 
quelques moutons j quatre' habitans du 
lieu , gens fimples > mais généreux dans 
leur (implicite , voulurent forcer l'Officier 
qui étolt à- terre, d'en accepter cent cin- 
quante au lieu de huit qu'il lui falloir. 
Celui-ci s'en défendit , & les invita à venir 
à bord chercher leur payement. Us s'y prê- 
tèrent fans défiance , & amenèrent avec 
eux huit moutons; c'eft tout ce que le ca- 
not pouvoit contenir. Ils croyoient obliger 
leurs Compatriotes ; le refus que quelques 
Matelots leur firent de quelques vivres 
idônt ils avoient befoin , leur fit voir le 
piège où ils étoit tombés ; mais le Capi- 
taine les ralfura par fa bonté. Ils fouhai- 
toient du tabac pour mâcher , M. Thuroc 
leur en donna, ne voulut point.de leur 
argent j leur paya les nioutons & les ren- 
voya. Ils ne pouvoient contenir leur re- 



y 



Xp6 BlEKFA.tSAKCË 

connoi({ànce« Dieu cjl jujle ^ direnc-îis cii 
lui baifanc les pieds , 6* fàremenc il récom^ 
penjera la pitié que vous aye:(^ de notrç 
malheur. 

C eft ainfî que M. Thurot eft venu à 
bout de fe foutenir & de fe faire refpeder 
fur ces côtes pendant dix- huit mois* La 
fiiite de fes expéditions ne peut mangueir 
de fournir un récit aufli glorieux que iatis» 
faifant pour le Lefteur. 

Cet ' illuftre Marin , à la tète de trois 
frégates & dç 8og hommes de troupes de 
débarquement que le Gouvernement lui 
avoit donnés , ayant fait le • 1 7 Février une 
defcente à Carrick-fergus j au nord de J'Ir- 
-lande, s'empara le 11 de la ville de Car- 
rick qu'il mit à contribution; mais s'étanc 
ren?barqué le i8 pour faire voile vers la 
France , il fut attaqué par un efcadre An- 
gloife beaucoup plus forte que la fiçnne ^ 
qui força les trois frégates Françoifes î 
paifler pavillon & à fe rendre après un 
combat de deux heures , dans lequel le 
brave Thurot fut tué. 



« V 



Louis XV attentif à réçci-mpenfer les 
laânions éclatantes de ceux qui s'illuftrent 
dans le fervice de mer , don^a une nou- 
velle preuve de fa bienfaifance en accor- 



f !(. ^ K Ç O Jl 5 Ç* 107 

dant le brevet de Lieutenant de frégate , 
avec une gratification de 400 liv. à M. Ro- 
sier , commandant le navire le Robufie. Ce 
brave Officier foutiat le 8 de Mai & les 
deux jours fuivans , trois combats très- vifs 
contre une frégate Angloife de zoo hom- 
' mes d'é(|uipage» S* M« donna une épée aa 
Lieutenant de M, Rozier , une grâtifica- 
tion 4e 3000 livres pour l'équipage du 
navire , & pour les volontaÎTes étrangers- 
•embarqués fur ce bâtip:ien|: ^ une de 400 U 
au Chevalier de St. Rome qui commandoic 
ces derniers , Se une de }0o liv« i M« 
Caignerau fon Lieutenant. 



Le Roi fil également préfent d'une 
épée au Capitaine Lafargue , commandant 
le Corfaire V Aigle de Bayonne , en confî- 
dération de la prife que ce Capitaine avoir 
faite d'un Coriaire Anglois , après un com- 
bat Ats plus opiniâtres , dans lequel M, 
Lafargue fut grièvement blefle. S. M. ac- 
corda la même marque de diftindion a 
M. toreftier ^ qui , après la bleflure de M^ 
Lafargue , avoir pris le commandement &c 
continué le conioat. 



lOS BlEKfA.X$AKCE 



Voici un nouveau bienfait de ce 
Monarque , plus erand encore par fon 
humanité que par les vidoires. Louis XV 
ayant été informé que les Paroiires de Pi- 
riac & de Mefquier , au Diorèfe de Nan- 
tes, a voient été prefqu'entièrement ravagées 
le 17 de Juin par un orage mêlé de grêle 
d'une grofTeur extraordinaire , ftt toucher 
aux Redeurs de ces deux Paroiffes la fom- 
me de fix mille livres pour être par eux 
employée en achat de grains, & diftribuée 
fous rinfpedion du Comte de la Bour- 
donnaye du Bois-Hullin , Pro(^ureur-Gé- 
néral, Syndic des Etats de Bretagne j. tant 
pour enfemencer les terres que pour la 
nourriture des habi tans dont les récoltes 
avoient été ravagées par ce âéau. 

Au commencement de cette année i 
plufieurs Amateurs de Lyon s aflTocièrent 
pour former dans cette ville & faire les 
frais d'une Ecole de Deffin d'après nature. 
L'Académie Royale de Peinture & de 
Sculpture en ayant été informée, & ju- 
geant qu'il étoit eflentiel qu'il y eût à la 
tête de cet établilTement un fujet capable 

d'en 



/ 



F R A N ç o t $ B* -^ i^y 

id'en remplir l'objet-, ittftruire d*aitietlts!^e 
M. Froncier , un de fes 0£Sciecs , y tenbu 
depuis quelques années avec fuccès la pre« 
xnière Ecole de Deffiii , le nomtna feul 
ProfeflTeur de la 'nouvelle Ecole', ,& lui 
euvQya des LetcresnPacentes avecUii extraie 
de fa délibération, . ! . i: ^ 

Nous nommons ici les Citoyens (i di- 
gnes d éloges dont le zèle a formé à leurs 
fi;ais& dépens cec établiffement tnéihotà^ 
ble. ' Dignes à tous . égards d'être placés 
pjirini les Lyonnois célèbres, 8c^\ts bieiï* 
raiteurs de leurs Concitoyens , oft doit 
s empreffer de leur .rendre en cette occaiiôn 
uni bômmâge public &c fbkîmnel; M^. 
Bertin , ancien Intendant , &: M^nard V^'Se^ 
crétjûçe de l'Intendance 5 Soubry- & Ma- 
g^^l» Tréforiers de .France j Gras;; Secré- 
taire , du Roi , Clapeyron , Parent l'aSné , 
Morilong l'aîné , GÔ]^ve: Taîné , Làutodtt 
fils , & tlachoUiy'N^ocians^ de^ la Croix 
Ch^oiàe.de St.Juft ) GoifFon , Set^tain»' 
d#,û,Comp2^nie.... * .m :: -Î ^; 



i 1- . T--V 'il» 



> V Eglise fie l'Etat filment le z^^d'Av^ril 
une .perte irréparable; panrrla mort«dè Fi^^' 
dérk Jérôme de.Bjoyé^ de la Rodfiefoii^^ 
dfculc y Cardinai^'Archevèque de Bouf^es-^ * 
& G^aôdt/ AumioiQkr ide J^ce% Son n«^^ 
Tome ÏL O 



Xi^Or BlJtKFAftAlifCE 

i|i<lépçi^4amteenc de ijbr qualités^ petf<g«i^ 
tv9lW>£sr8. à jatoftis chiàr à l'ânipire des 
Lei|trç4.,C^ grand.. Piâac fut enlevé ^ptès 
cinq. JQiir^ d and maladie cmelle Se impt^* 
vue , .p^efi|tt'aU milieu' de fa itamète» 
n.VyAQç mère^ f^s de ^o^iuis. La ville de 
tout le Diocèfe de Bourses témoigtièreiw 
eii pârtiçi^iet pat les idemonftracicMAS les 
moii^^ ^quivoquest, leur vive & profonde 
doul^ifur,!^ apprenant cette t ifte nouv^le. 
Ce ^pnér^x PaAeut , .piendant le cours^ 
d'ug^jvjfirrc^ bomée^iavoxt Ëiit un grand' 
slOiiSbrS' d'tieoreax.: /. .— «- 

Sê9pJ(lt8:^ écoienir.aatxuu: delui con^tnei 
fç$'^re$^5.. plutôt conduits pat iês prinici^ 
P^':^'ifi$:&ncitn^S9..que gouverne» par' 
ion] 4uiori^é« Sa pipéfciice' &. ion nom lèài'^ 
rétaibUfloîent la di^pliaé & ranimèiehe k^; 
zçlfh ç ;1q9 , intérêts Aw ' Etxlçfiaftiques '^ 
tou$. JôîjQrdres jdevfian^ JQîooèfe éidteïKr'^ 
le& .fîénsHll fixpi£jeuts:HbviteS) it càlmoît 
leiiriii p^e$» H .éë>i^ kut.^confeii'^^léôF - 
ami, leur prote&eun Ceno^';fi'ekètf^^ât> 
qui nous coûte tant aujourd'hui à pronon- 
cer» étoit contiii «Hcmc t it. tiaais leurs bou- 
ches. 

ill/^';Habitam Àà ion Diocèfe luî^reh- 
ditent^u» la mèms; jollice qae> las^t^^ 



V V k * 



F «i A N'ç-o i*s i; £tt 

c^voîr lewri plaintes^ à enxtec éati^ tovH 
Jeufs befoins, à pàcifiei: leuis dili^endsr 
Si l'éclac de ies . dignités ' leur impofoie ^ 
ils écoienc biè»coc radliirés par U aooceat 
& lia bôncé. de ibti accuôL lis* vbyoièriti' 
dans ,k$ yeiu qa ils. avotetit droit de )uï 
parler , & qu il fe croyoic obligé- ^dw ï^ 
écouter. }t démi&>it dans leurs te^ds 
leurs penfées & leursipeines y ic teur éfif^ 

fnoit ibuvent l^6iid)artas d^ s^pliqùè^^ 
'ii avo^ ^«el^ pcedtleâion , c'éooitc^aF> 
les pluscunides echt^flbaB maUiieàrtat* *' 
Les l^aayi^es^feul^gâ.pao dwaMMièiièt^ 
abonilaoces< » béiiiilaieBic leur bienfiiiMiun.' 
Que de faâiillës dmiBt^iL a isefininé le»^ 
prôçèsr^ liii daivem.lûuc «rai&pjs^té t Qtw 
de Templea dcoeorés; fiaè 'ix. ^vffbMfs€'8i^ 
p^fesaoQS ! (^.drindnuaieas.â(kqe(^ 
de iptt Epîfcopac 1 

Toujours bon , gétiâ-eux ^ ^Sable^ tÉcfîï^ 
iputs Paftear cbadtaUe^^fiàre c^dre» m' 
laillànc app«i0voir<>de3ficBirélévacîotf dt'd* 
fon c|édii( epH . ce: 4^ penlmiqk animée la 
copfiarïce ^ ' il «'àYotbiiè > peine^ qvCh modé^'^ 
r^f ::J^ .bçnté de!£aA ecmir.;! <. • 

/r$9i9:Qeuj^ qbieOurqnci li bonheiflrdb 
r^rQobei; >. ntn ûrorenc pmaîs &m ^r^^ 
p^^f^^^ de confiaixcev d^aimic & -dt^y^' 
nération. Senfible à^fânplbiév it en gofûMtt'j 
les douceurs & en remplifToit les devoirs* 
Tendre & recohnoiflànt , il n oublioit la- 

Oi 



ii\^^ Bienfaisance 

99ai$ les plus légeis fecvices. Il pardonnolc 
^tns peine à ceux quî<ravoienc o^Fenfc. 
^0^ atne exeisÀpte de toute prévention^ 
i^'çi:oit acceilible iqaaux lumières pures de 
kl religion & de la taifon, 11 cherchoit la 
yéritè & l'expriinoic avec cette cai^deur fi 
4\gp§ d'elle. . V' - 

, Quelles faveurs du Prince furent plus 
appbudies que celles .dont il fe plut à 
c;onxbler ce mlat ! Le jufte difcernèment 
4e iJpuis Xy étoit prévenu paria voix pu- 
blique* Quand il cetnic en des tcrachs* fi pù^ 
resiadiftcibutioirdes ^aces Eccléfiaitiques^ 
il parue avoir reaieilii les (ufiîages de 
Q>}}te$ les. £glifeis; ijuand il l'attacha à fa 
perfodne par de nouveaux liens , il paroif- 
loit avoir confidté Içs^ifceux de la Cour Se 
du pakUc^.inais la Técbmpelife la plus tou- 
chante qu'il accorda aux vertus Se au teh« 
dre att^Lçnemenr du Prélat pour fa perfonne 
faqrée.^ était cette ^confiance intimé qui 
' ftgmbloit augmenter* tous les jours. 

I Une des qualités êlièmielleS' qui a fait 
tant d'honneur au Càrciinat dé la Roche- 
foucault auprès de^ccois tes* bons Citoyens ^ 
eSbcefijamour dé lapaîaD^de IHinion & de 
la çpncorde^ <|Ln(' loi}.' &ifoit' former tant 
de voçux , enar^éh4tc-tant de démarches 
P9te (îonoilidc iiesid^à.* ! 



•>••. 'V ^ • j' • ri: •"» ■> 
f ' f * • 

•I ; 11^ j ^i. Xi . 't 



F R A N.ç O.I.S S# ilj 



L A more du pieux & fçavant D<5rn Cal- 
met, Âbbé de Sénonés , ville fiméedanï 
les Vofges , Principauté de Salm , arriva le 
■1 5 d'Odobre , après une longue & facheu- 
fe maladie. C^c homme célèbre , né i 
Ménil-la-Horgue , «proche Commerci au 
Diocèfe de Toul, avoir fair profeflîori de 
la vie reUgieufe dans la Congrégation de 
Sr^-Vanne & de Sr.^Hidulphe, Ordre tfe 
St. Benoît. Il employa prefque tous les 
revenus de fa Menfe Abbatiale , ou 4 
foulager les . pauvres ,^ ou à embellit fon 
Abbaye qu'il a prefque renouvelée par 
les bâtimeas qu'il y a ajootés , par les 
riches ornemens qu'il a donnéiS à fon EgU* 
fe » & la nombreufe Bibliothèque qu'il y a 
formée & qui eft une des plus cohfîdéra* 
bles de la Province , ne fe réfervant rien 
pour lui-même. Il n'afFeâa Jamais aucune 
diftinâioa parmi fes Confrères , dont il 
' n'étoit diftingué que par une grande fîm- 
plicité. Je ne parle pomt de fès ouvragés , 
il fufEt de nommer l'Auteur pour en faire 
le plus digne éloge;^ 



Oj 



1^14 B I.X 'M T A 



I s A 1^^ 1 



• BER,NARi>*Boyer de Fontenelle , Do^en 
derAcadémie Fraaçoife,& des Académies 
Royales des Belles-Lettres & des Scien- 
ces, dç la Société de Londres^ & de celle 
de Berlin, mqurotà Paris âgé de 99: ans 
& 9 mois.. Ainfi que |e Grand-Cornëilte 
fon oncle , il étoit né à Kouen, L'univerlàK 
lité de fes talens & de fes connoiflànces , 
retendue & Tagréroent de fon efpxit lui 
ont tnéfité une de^ premières plac^ parmi 
.les hommes les pluç illuftres dfes fiècles de 
Lpuis XÏV & de Louis XV. 

M. le Bourfier de St.-Getvais, Mouf- 
quetaire noir ^ fon pirent , reçut de Jui 
une grgndei preuve daffeûion & degcno-' 
rofitc. Fontenelle ayant ^'obtenu au moi$ de 
Juin 175^, que la «ngitié^de lapenfion de 
lioo liv. qu'il avqit fur Ja Gaflètte du 
Roi , pafïat à M. de ; St.-Gervais ; voici 
la Lettre que le Miniftre lui écrivit à cette 
occaflon^ elle attefte un fait honorable de 
toutes façons poui; M. de Fontenelle. En 
la demanda^! il renonçoiten favëut defèn 
parent à la moitié de fa p^nfion > 8c Ja 
jeuneflè de ce parent rendoit la grâce très- 
difficile à obtenir. Voici donc comment 
s*exprimoit le Comte d'Ârgenfon dans fa 
lettre du 8 Juin 175^. 



F & AN Ç O I s €• ti^ 

9> Je n^ai point perdu de vue, Mônfieur , 
» la demande que vous avez faite de faite 
tf pailèc fur la tète de M. de St.-Getvàis , 
9) votre parent, une partie de la penfîon de 
j) I roo liv. que vous avez fur la Caflfeite. 
M Jai attendu le moment favorable d'en 
.99 parler au Roi, & S. M. a bien voula 
»» difttaire 600 liv. dé votre penfion en fa* 
^9 veut de M. de Sc^Gervais , pour le mer- 
^9 toe en état de fe ibutenir à fou fervke^ 
9> Elle a en mèmertems décidé que cette 
» partie de penfion ieroic payée des fonds 
M du Tréfor Royal , 6c que la vôtre , qm V 
99 par cet arrangement , eè réduite à ^00 1> 
«9 lut la Caâètte , auroit lieu du premier 
«L Janvier i757« 

49 Je ferai fort aife iil dans cette affaire 
>3 l'ai réuffi a vous iàicbfâice comme je le 
j9 louhaicerois ^ mais' foyez perfuadé qu'il 
99 me reftera toujours l'envie de trouver de 
>> nouvelles occafions de vous faire contloH 
99 tre les fentimens avec lefquets ^je fuis , 
99 Sec ««. 

M« Bruoel , dont il eft tant parlé -dans 
les Mémoires de Madame Scâal, étoit fi 
intimement lié avec Fontenelte , qu'on 
-peut, avancer qu'il n'y eut jamais deux plus 
parfait^ amis, Se dont on ait {yu dite plus 
littà'alepaent qu'ib ne faifoient ^uun. 
Voict.une Anealote qui lèrpwuve incon-^ 
teftablâi»»!* \ ^'.-' * -' ;i . : ' 

O4 



H4 B I E Jl f AI •$ A N C E 

M. Branei^ qm écoic i Rouen , écrire 
nn jour à Foncenelle à Paris : >» Vous avex 
•» mille ccus , envoyez-les moi «. — Fo»- 
tten^te lui répondîr : )> Lqrfque j'ai reçu 
n votre Lettre j allois placer mes mille 
*> écus , & je ne retrouverois pas aifémenc 
9> une auffi t>onne occafion ; voyez donif ^^ 
Toute la réplique de M. Brunel fut ; »> En-- 
9» voyez-moi vos mille écus «« Fontenelle 
les lui envoya & lui- fçuc im gré infini de 
fon ftyle laconique quipxouvoit fa con- 
fiance la plus intimé , convaincu que ce 
que fon ami lui demandoit , il Tëut faic 
pour lui fans hcfiter. Fontenelle conroic vo- 
lontiers ce trait & le contoit avec'atten*^ 
drilTement. La mort de M. Brnnel arrivée 
en 171 1 j.renverfa un projet qu'ils avoient 
fait pour vivre enfemble. » Sans cette mort» 
^ difoit Fontenelle , le refte de ma vie eue 
»> tourné autrement <«. . 

C'eft à Rouen que Fontenelle avoir fait 
les Dialogues des Morts , la Pluralité des 
Mondes , les Oracles , &c. L'Abbé Trublec 
lui démanda un jour : » Confultiez - vous 
99 M. Brunel fur vos ouvrages. — Je les 
» lui moiitrois , répondit Fontenelle. — Et 
•f comment les trouvott-il ? répliqua l'Ab- 
si bé Trublet ; — Belle demande , Teprit 
51 Fontenelle , c'étoienc * les fiens , c^ctoit 
il lux ^. Réponfé noble. &; qui caraâérife 
bien la véntable amitié ! Fontenelle ^adb^ 



« * 



•^ F RA )^ ç o i S S. 217 

cioît fou ami â la gloire de fes travaux » 
& tout jufqu'à la fortune^ étoit commun 
encre ces deux illuftres amis. 

Bontenelle ^ à fa mort , laifTà pour exé- 
cutrice teftamentaire Madame GeofFrin \ il 
la connôîflbtt depuis plus de 10 ans. Il lui 
iaiffa cm diamant qu'il tenoit de M. le Ba- 
guais , Avocat' Général de la Cour dés 
Aydes , un de fes plus intimes amis. Cette 
Dame en diftribuale prix aux domeftiqucs 
de Fonteneile. 

Supérieur aux autres hommes par fes ta- 
lens, il ne s'en prévalut jamais. L ambition 
n'eut jamais aucune prife fur lui , il en 
avoir va les funeftes effets dans le Cardi- 
nal Ehibois , qui venoit quelquefois cher- 
cher des confolations auprès de lui. Né 
p^que fans bien , il devint riche pour un 
iiomme de Lettres par les bienfaits du 
Roi Se par une économie fans avarice. 11 
ne fut économe que pour lui-même ; il 
donnoit, il prétoit même à des inconnus. 
Un des poillts de fa morale étoit : >> Qu'il 
» falloit fe refufer le fuperilu pour procurer 
j> aux autres lé néceflàire «. 

Il refpeâa Se honora la Religion ; il 
avouoit que, » la Religion Chrétienne 
» étoit la feule qui eût des preuves «. 

Un homme diftingué dans la Littérature 
fe trouva dini une teUe fituation , qu une 



XiS BlEKFAlSANCE 

fbmme de 600 liv. lui écoîc abfoluoftent 
néceflaire. Il avoit en autrefois occafion de 
donner quelques leçons 1 un homme de 
qualité » riche , & qui lavpit .^îtcé en 
laccablant de proteftacipns daçiiôe & 
d envie de l'obliger. Il crut pouvoir s adrel^ 
.ier à lui^ nuis en •naênie-tems & par une 
efpèce diftinâ: , il s'adretTa aufli à Fonce^ 
.Belle» dont il connoidbit le cara<Stère bien* 
fâifant plus que perfonne. Les deux Let- 
tres firent lefFet qu on en ppuvoic atcei^ 
dre^ Thomme opulent qui n'avoit plus be- 
foin du Maître» dédaigna de répondre!; 
,Sc la réponfe de Fontenelle qui aixii^ 
lordinaire fuivant , fut accompagnée d'ane 
.Lettre de change de la fomme demanda* 
La différence des dçux procédés fut viver 
ment fentie par celui qui en étoit Tabjet ^ 
& ce Sçavant fenHble & reconnoU&iic ^9r 
contoit à fes amis ce trait à [agl^^re 4^ 
fon généreux Bienfaiteur» 



François Nicole, n^siP^fis» &t un 
Mathématicien; célèbre; i^aais plus fecom- 
mandi^ble encÇMre. par h géqéiroi^té de ffm 
cœur. Nous . nou^.cçippefjt^r^ïns de, r^ppofi- 
ter ici un trait qui caraârérife .cet iUuftre 
.X!;;itoy.çn. . - ^-i .>..., ;r .r-^ • / 

pn XjcviXfoi$l,'}A. Mathukwi\, crut 



Françoise. 119 

il bien avoir trouvé la quadrature exaâe 
du cercle , qu'en la publiant , il n'héfita 
pas à dépofer à Lyon chez un Notaire une 
ibmme de 5000 liv. payable à celui qui^ 
au jugement de rÂcaaémie des Sciences, 
idémoncreroit la fautfeté de fa folution. M. 
Nicole piqué de Tefpèce d'infulte que le 
défi de M. Mathulon faifoit aux Geomè- 
très , 8c peut-ctre plus encore à la Géomé- 
trie , démontra le paralogirme dans un 
Mémoire qu'il lut le 13 d'Août lyzy & 
1^ ^l S^eoibre fuivancw UÂcadémie con- 
damna M. Mathulon &c approuva les Mé' 
m<>ire$ de JM. Nicole; Par les conditions 
énoncées dans l'aâe même du dépôt ^ lés 
mill^ éçus. étcâent bien légitimement acquis 
à M. picole : il n 'itoit pas riche , cepen- 
dant malgré ks raifons , il fe contenta d*a* 
VQÎr vaincu* fans vouloit s'enrichir des dé- 
pQuille$ de fon ennemi, ^ trânfporta gêné- 
reufement ion droit à l'Hôtel - Dieu de 
Lyon , qui retira efFeftivement cette fom- 
me. SU étoit glorieux pour lui d'avoir eu 
aflez de fa'voir en Mathématiques pour 
démêler le paralogifnie , il doit Têtre en- 
ecore plus d'avoir été alïèz généreux pour 
abandonner aux pauvrfes le fruit de fa vic- 
toire. Les dualités du coeur doivent tou- 
jours avoir le pasfur ceiles d^ l'efprit, 

IJ infticua pour fesf Légataires univerfels 
M. deBilly, GentUhoihme Lyonnois, fon 



Bienfaisance 

ami particulier depuis 40 ans , & M. 
Mombazin , Avocat au Pàrlemenc' 

it » I I II 1 1 ■! I •" ■ Il 



I L y eut cette année un affreux incen-' 
die à Clérmont en Argonne , Diocèfe de 
Verdun. Le feu confuma les maifons ôc 
dépendances de trente-trois familles. La 
▼iUe entière couroit rifque de devenir la 
proie des flammes , fans deux Bataillons 
du Régiment de Piémont qui y féjournoienc 
lieureufement. 

A la première nouvelle de ce fâcheux 
accident , TEvcque de Verdun , M. de 
Nicolaï y déjà fi recommandable en pareil 
cas 9 fe rendit feul tri pofte dans cette 
Ville infortunée; & par fes promptes de 
abondantes Ubénilités , il arracha au défef- 
poir une multitude de malheureux qui s'é- 
. toient vus réduits en un inftant à la dernière 
misère 

il , I m I III ■ < ¥ 

U N particulier ayant femme & eiifans , 
avoit gagné par fon travail une fommede 
izooo liv. &, malgré les r^préfentations 
de fa femme , ii alla les puicer i Jonds 
perdu chez un de* nps Princes» à'raifon 
4e 1 100 liv. de rente. Au boiic djà crois mois 



Françoise. 211 

fc particalier vint i mourir , & cette mort 
réduilit fa femme Se fes enfans i la plus 
extrême misère. Un Seigneur en informe 
le Prince; le Prince auflli jufteque bienËû- 
iànt, fait venir la femme j lui demande fi 
c'eft malgré elle que fon mari a placé 
cette fomme à fonds perdu \ fur l'amniia- 
tion de la veuve infortunée , le Prince lui 
fait remettre fiir^le-champ la fbmme prin- 
cipale &c les trois mois d intérêts. 

A N s i E 1758. 

* • . • 

- Par^m^I' les aâions militaires de cette 
année , on remarque celle de Crevelt foc 
le Rhin, entre larmée Hanovrienne , com- 
mandée par le Prince Ferdinand de BnmC> 
wick, & Taîle gauche de l'armée Françoi- 
fe<» qui^ après avoir combattu avec beau^ 
coup de valeur fous les ordres du Comté 
de St.-Germain, & réfifté feule aux enne- 
mis , fe rerira à Nuy r<: où le refte de l'ar* 
mée s'étoit porté \ h perce foc égale dé 
part & d autre ; mais les François^ y perdi- 
rent le Comte de (jifors, nls du Maré- 
chal de Belieifle , Officier de la plus grande 
efpérance. 

Ce Jeune Héros mérita .dans un âge en- 
cote rendre Teftime & Tadwiracion pu- 
blique. Sa jeuneflè exempte des défauts 
ordmaires-' , ' fut ornée des vertus des 



V 



Mr BlEKFAISAKCC 

âges les plus avancés. Sevré de bonne heare 
de ces rafinemens de délicaceflfe qui éneiv» 
venc lame & même le corps y il 2tgaémt 
{on courage , Se accoutuma fon tea^éra-> 
ment aux exercices laborieux y aux rigueurs 
des faifons y aux travaux & aux fatigues 
inféparables de ThéroiTme. 11 furûionta 
tous les écueils d'une jeuhede mmultueufe ; 
Se ces écueils dont il triompha, tourné* 
rent à fon avantage & à fa gloire. 

Les armes que la Patrie lui mit en main 
ne fiirent deftinées qu à la défendre &: a 
la fervirj toute autre ufage lui parut illi- 
cite. Il apprit par fa conduite iage:& 'iré- 
fervée^ que quiconque fait ponnoître 8c 
aj)précier la véritable gloire ^ méprife' le 
faux point d'honneur. 

il écoit à Copenhague lorfqull apprend 
la maladie Se le danger où fe ti^^uvoit la 
maréchalef fa mère. Soudain il .patt ,. il 
palTe le Belt à travers des çnontagi^s dé 
glaces accumulées. .Une peti|Q;.bai^^^&: 
un Nautonnier ^iquel il infpireiibiiixoiiH. 
ra^(3.>lui fiiffifent pour cetfe trav^tfé^, -&: 
laidTant fur Us bords les gens de. fit ibite : 
» Mes amis ^ Jç^r dic^il > il eft ipfttîk de 
>> vous expofer, vous reviendrez en fwnce 
» quand veu^ l0 ppùrtez y po^ mpîî ^^élâc 
» de nôa mère & la dguleur de. ^saon père 
»> nie taM>ellent «f.. ^ien ne Vslii^x^, ^ il 
traverfe le Rhin ^veejes inêpie^jifqii^s 



Franc oisi, ii j 

mt le Bdt^ il arrive Mfif>«.« Mais héks! 
4 mère n'eft plus..^; Son père âbforbé dans 
la doukur la pkis profonde n'a que là force 
de fiurvivre à fon époufe. Le fils â /es 
pieds, les anoiô de leS larmes^ quel fai* 
âlîemient ! 

A 45 ans» Gifbrs guidé dans la carrière 
des péfUs & de la gloire , par l'exemple 
du Maréchal fbn Général & fon père , 
monte la tsanchée au iiége de Montai ban. 
U allarme à chaque inftanc la tendreflè pa- 
cemelle , il rîm^jorrune. s> Pourquoi , dic-il 
M les Jiannes aux yeux, faire marclier au 
n cocubac d'autres Régimens avant celui 
n que j'ai ^honneur de commander « ? Il 
appérçoit dans robfas^ité de la nuit 8c It 
ht chue des feux , Tarmce ennemie qui 
caimpqit dans un vallon afleis peu éloigné.' 
»$ Quand les verrons-nous , dfe plus près , 
«t demandi-iril ? — Ofl lui répoiid <^ue ce 
fera aux pipetoî^s rajrons du foîeil. — « Fai- 
>t tes^nc esand: Dieu I s'écrià*t-il y que le 
»f fbleil luite i>i;en^âit « ! 

A la bataille d'Haft^mbelrg , un homme* 
pbi»dQ xé£>tiitioni^ 'à là tôtô d'un déta^ 
cbeinèçcr^^u Régiment dé Champagne ,, 
entreprend de forcer une redoute meur- 
crière:; ilf^itâque , il i'en ièïApare, il en 
dbaflê r>emiemi, & une néttibifeufe arcillé' 
ne deviepc le prix du vainqueur. Tout te^ 
ternir do (beie.adion d'écbt. L adulatiou 



1 1 



114 BlENFA IS AKCE 

fe hace d'en faire honneui à M. de Gîfors; 
6c il pouvoir facilçrnenc s'en Êûre un mé- 
rite, mais non. » C'eftà ce brave hotnaie 
•» que la gloire en apparcienc ^ , die le 
Comte en dciignant le vaillant OfGcier qui 
avoir conduit Tentreprife. Non content de 
lui avoir rendu publiquement juftice^ il fie 

Parvenir au Roi la connoilTànce de cette- 
elle adion , Se en foUicita la récompenfe. 
Le Comte de St.- Germain avec une 
troupe d'élite y 6c le Comte de Gifors à 1& 
tête des Carabiniers » foutiennent les efforts 
d'une armée entière y ils s'avancent'^ por- 
tent par-tout l'épouvante y enfoncent y ren* 
verfent , mettent en fuite l'ennemi qui n'é- 
vite une défaite totale qu'à la faveur d'une 
forêt. Lâil fe rallie & reparoit avec de nou- 
veaux renforts ; il eflàye d'accabler par. la 
multitude uiie poignée de combatcans. Âa 
milieu de tous ces prodiges, le Comte de 
Gifors efl monjellement atteint d'un coup 
que la valeur ne. faurqit parer.» .«Quelle 
effrayante nouvelle ! Quelte conflériiation 
dans l'armée. & idans l'état ! Noi autres 
iwiheurs furent preique oubliés } : celui-- 
là feul occu|[oit les efprits &r.cempli({bic 
les cœurs. • . . . : ~ 

O tendre époufe ! agitée d'inquiétudes Se 

d'allarmes for le fort de ce géncreux Guet- 

' rier ! Envain vous lui écriviez que; vous 

/alliez partir pour Meuff^ quand on vient 

vous 






François e. hj 

vous annoncer qut le Comte de Gifors 
n'étoit plus.,. Quelle effrayante carrière 
pour les regrets ! O mort ! que n'cpargnois* 
tu ce fpeâacle de tant de larmes â un père 
vertueux, à une jeune époufe Ci défolée! 

Les etinemis le pleurèrent : hélas ! plus 
d'une fois il leur a voit épargc une partie 
des maux quîTuivent la défaite des viK- 
lages. Des Bourgs «entiers menacés d*ètre 
livrés aux flammes , furent confervés ; il 
fçut réprimer«la barbare avidité du foldat 
. & réparer fouvent à fes frais les dommages 
inutiles qu elle avoit injuftement occafion* 
nés. ^ . 

Fils tendre & refpedueux , le Comte de 
Gifors lit le tourment de fon père & la- 
mertume de fa vie pour la première fois, 
mais pour toujours. 

Epoux vertueux ; le nom de Nivernois, 
nom fi cherà.U France , fi précieux à la 
Nation , fembloit revivre &C fe perpétuer 
en lui. L'héritière de cette maifon ne pou- 
voit aflurément manquer d alliances diftin- 
guées; mais hélas! pouvoient-elles la con- 
foler d'une perte dont la commifération 
unlverfelle qui honore fon deuil, ne lui 
en fait que trop fentir le prix ineftimable^ 
Non , vous ne vous çn confolerez jamais j 
ô'vertueufe époufe ! vous avez aimé une 
fois'Tobjçt le plus digne d'être aimé. Per- 
fonne ne peut le remplacer dans votre 
Tom. Il: B^ 



aitf BlENîAlSAKCE 

cœur j il y vit , il y rèane toujours , il feit 
d'aliment à votre douleur. Toute concen* 
crée dès Vigt le plus tendre au deuil du 
veuvage ^ vous ne trouverez d'autre confo* 
lation fur la terre que dans la retraite où 
vous vous êtes condamnée, que dons le- 
cude des maximes d'une pbilofopbie fage 
Se chrétienne que vous enieigne la religion. 
Quel modèle de confiance 6c de vertu ! 

Ami fidèle &c fincère^ le Comte de Gif- 
£>rs aimoit les l^ommes & chériflbic Thi^ 
jnanité ; mais il favoit difcerner les cœurs., 
fc il âvoit l'art de fe les attacher tous. 

Maître aimé & refpedé : fans familiarité 
pacce qu elle eâ: toujours chèrement accor- 
dée; mais aufli fans hauteur, par une douce 
autorité qui n'humilie point la dépendance , 
il fçut fe faire aimer, ÔC dès4oc$ fe faice 
obéir. Il exigeoit peu , excufoit beaucoup , 
Se contentoit facilement , Se récompenfoic 
toujours avec générofité. 

Citoyen : il envifkgeoit toujours le bien 
de l'Etat dans les emplois qu'il acceptoic 
Se dans les fervices qu'il vouloir rendre. 

Cuitivei txms les Arts , protéger le %Aw^ 
Joinâre m gouc le fayoir , & les grâces aux mœurs 5 
Combattre pour fon Roi ^ mourir pour fa Patrie , 
Kcgrctcédes vaincus, admiré des vainqueurs, 
7el{c èx^Aç Qjj:s>f$ &; ]l;4tu4iq 8^^ h' glojie. 



Françoise, i%y 

A cette tnéftftf fcataifle de Crevelc là 
nommé &inrefoi. Caporal dé la CortiW 
gnie de Pâtornay , au Régiibem de Cham- 
pagne, eut le» deux cuifles emponée* d'un 
boulet de canon. Ce brave homme, plu* 
jaloux de 1 honneUf du corps , qu'occup/du 
iom de confet v-er fa vie , ne voulut jamais 
permettre que fes camarades lai donnalTent 
le moindre fecours. Il leur remit la hoarfe 
de la chambrée , les coniurant de retoint. 
dre leurs (feapeaux & de le venger ea fer- 
vant avec z^fe le maître pour lequel il mou- ' 
ïoit avec pla^r. ^ 

Le 30 d'Oaobre *757 , l&j Phtfie„8 
s étant ptéfentés devant Weiflei^ls , nos 
troupes françôifes évacuèrent far-le^rhaYn» 
Deux Compagnies de Grfeaadietï àks otfi 
dres dfe MM. les Chevaliers^ de Chàb^i» 
& de Greze, Capitaine^; de Roueh ds 
Thevenui, Lieutenans^ chargé* dtffaii« 
1 arncre-garde dans cette marche, attêfè^ 
rent a la tête du pont , & y charg^enc à 
coups de bayonnettfr les ennemis qui vbtf» 
loient s'en emparer : elles tinrent aflfez do 
temspour que l'ori eût celui *y liiéfcttîil» 



Zlt BlE NfAlS AKCC 

feu. C'eft alors qu ei^écucanc avec beaucoup 
d*incrépidité leur retraite à travers les flam- 
mes , elles firent perdre aux Alliés tput 
l'avantage qu'ils efpétoient tirer de ce pgnt. 
Le Chevalier de Grize reçut, dans cette 
action , un coup de feu au genou. 

Le Marquis de Grillon , Maréchal de 
Camp , témoin de tant de. valeur , en rendit 
compte au Roi , qui accorda une penfion 
de 200 liv. à chaque Capitaine; une gratis 
fication de joo liv. i chaque Lieutenant» 
une de loo liv. à chaque Sous-Lieutenant » 
20 liv. par Sergent, ôc xo liv. a chaque 
Grenadier. Le Marquis écrivit la lettre 
fuiyante à ces braves Grenadiers. 

» Mes chers enfans , je vous ai vu comr 

'» battre à Weiffenfels , & j'ai mis toute 

»> ma gloire à faire couronner votre valeur. 

*> S. M. vient d'accorder à chacun de vous 

•> une gratification à ce fujet , & charge 

»fon Miniftre de vous.témoignef de fa 

99 part la. fatisf aûion qu'elle a eue de votre 

»> conduite. Une g^ace fi ^diftinguée. doit 

99 vous animer davantage à foutenir tou- 

*j jours avec le même éclat la réputation 

w de votre Régiment & l'honneur des Gre- 

» nàdiers François. Ne perdez jamais de 

I» vue la difcipline, rien ne, vous fera itn«- 

'>^ poflSble à exécuter. Je fouhaite que vous 

f> trpùviez bien«rôt de nouvelles occafions 

V de voi^s acquérir de l'honneur. Je ferai 






Françoise. 119 

» toujours fort aife d'en être le témoin» 
w Adieu , mes braves enfans , fouvenezvous 
s> quelquefois de votre ami le Marquis de 
» Grillon «<• 



ss^ 



Les Anglois ayant fait une troifième 
defcente fur les côtes de Bretagne, le Duc 
d'Aiguillon les joignit à St.-Caft, les força 
de fe rembarquer précipitamment, leur prit 
700 hommes'i Sc leur caufa une peçte de 
plus de 4000 nommes , tant tués que noyés 
& prifonniers; en forte que de i jooo qu'ils 

avoient mis à terre , il s'an fauva à peine 

8 
ooo, ... 

L'âfFme de St.-Caft étoit décifivè pour 
la proviàice de Bretagne. Si les Anglois 
avoient été viâorieux , ils prenoient pied 
dans une des provinces les plus importan- 
tes du royaume. La prudence des chefs ÔC 
la valeur des troupes qui étoient à leurs 
ordres , 8c la Nobteilè de Bretagne qui fe 
rendoit de toutes parts auprès du Duc d'Ai- 
guillon ', contribuèrent a^ fuccès glorieux 
de ce Seigneur, qui fçut tirer le meilleuc 
parti de ion zèle pour le fervice du Roi. 
Toute la Province en marqua publiquement 
fa fatisfaâion dans une médaille qu'elle fit 
frapper 'à cette occafion eii l'honneur du 
Duc d'Aiguillon. . 

Pj 



%f^ Bienfaisance 

Toutes les Académies qui ont pour 
but le progrès des Sciences & des Arts ; 
les Sociétés qui méritent le plus d'encou- 
ragement & de confidération , font celles , 
iàns contredit^ dofit l'inHu^nce fur le bien 
public eO: plus dire&e Se . mieux [marquée. 
Ces deux fortes d aflbciations font dignes 
de la proteâion du Souverain, de Teftime 
& de la diftinâion donc les provinces doi- 
vent honorer le mérite & les talens des 
Citovens zélés qui font Membres de ces 
Sociétés illuftres. 

L'Académie d'Agriculmrc établie le lo 
Mars 1757, dans la province de Bretagne , 

t»ar les fages délibérations des Etats y fous 
e titre de Société d' Agriculture , de Com- 
merce de ides jirts y fuccéda à une Corn- 
miifîon du commerce formée pat les Etats , 
qui connoiiloit de tour ce qui avoit rap- 
port à ce grand objet. 

M. de Montaudouin de Nantes , Cor- 
fefpondant de l'Académie de$ Sciences de 
Paris, Citoyen plein de zèle & de lumiè- 
ses, eft le premier qui ait propofé l'éta- 
bliflTement aune Société qui rît une étude 
particuli^e de l'Agriculture ^ . du Com-^ 
merjC^'iSc des Arts. Il développa fes idées 
^ daiis un excellent mémoire qu'il adreflà 



i 



Françoise. ijt 

aux Etats ; ceux -* ci le renvoyèrent à U 
Commîi&on du Commerce t>our lexamt- 
ner. M. de Gournay ,, Intendant du Com«- 
merce , qui par Pétendue de (es connoif^ 
fances dans cette partie , a fait tant d*hon^ 
neuf ôc de bien à la Bretagne , exhorta les 
Membres <ie la Commiflion à adopter le 
projet de M. de Montaudouin. La Com- 
miilîon Ipi donna don AifFrage y Se par lor^ 
gane de l'Abbé de Villeneuve , en fit foh 
rapport aux Etats affemblés qui lapprouvè- 
rent, & chargèrent en conféquence la même 
Commiffion de dreffer un plan qui réglât 
les occupations Se la correlpondance des 
Affoçiés. L'Abbé de Villeneuve prcfenta 
quelques jours après le projet de Règle- 
ment ^ & la lifte des Sujets les plus inftruits 
fur chaque matière , Se tout fut approuvé 
par les Etats. 

Les Etats fineulièrement occupés du bon- 
heur de la Provmce , ne fe bornèrent pas à 
récabliffement de cette favante fociété. 
D après de judicieufes obfervations de M. 
de Gournay , ils portèrent leur attention 
fur une infinité d objets panicutiers concer- 
nant l'Agriculture^ le Commerce Se les 
Arts» Us ^ablirent deux Maîtres de Deffin » 
l'un à Rennes & l'autre i Nantes; un prix 
de j cio liy# pour celui des Fabriquant cle la 
province qui auroit le plus parfaitement 
imité une pièce de toile de Hollande de la 

P4 



rji Bienfaisance 

première qualité *, des inftrudtions & des 
récompenfes pour les Manufactures de 
papier & de couvertures , pour des prairies 
artificielles, pour la cire Se le miel, pour 
la fabrique des draps , des étamines Se des 
chapeaux , pour les mines tie charbon de 
terre ^ pour les pierres de moulage , pour 
la culture du lin , pour les farines , pour la 
pèche du harang^ pour les raffineries da 
fucre , &c. 

On peut juger par le feul trait que nous 
allons cicer,combien les Etats avoient à cœur 
le bien de la province. Ayant été informés 
ou'une*Demoifelle Bretonne avoit un rouet 
lur lequel, elle filoit des deux mains à la 
fois; les Etats, pour étendre cette pratique ^ 
chargèrent la Demoifelle de former douze 
Elèves* Ils firent préfent d*un rouet a cha- 
cune, & accordèrent à leur maîtrefle une 
gratification pour chaque Elève qu'elle fe- 
roit 'y que ces détails font nobles Se inté- 
reflàns pour l'humanité ! 

Tous ces établiflemens fe formèrent 
avec l'agrément du Roi. Ces Sociétés fi 
utiles s'étendirent dans la fuite dans toutes 
les Provinces du royaume. 11 étoit réfervc 
au fiècle de Louis XV d'en être le Créa- 
teur, & de procurer à la France tout Tavaii- 
cage de fon fol &*de fûD'ccmiBerçe;.. 



Françoise. ijj 



I L patut cette année un Ouvrage intitu- 
lé : Manuel des Dames de Charité^ ou For- 
mules de Médicamens , faciles à préparer , 
drefTées en faveur des perfonnes charitables 
qui diAriJ|pent des remèdes aux pauvres 
dans les villes & dans les campagnes. Cet 
Ouvrage eft le fruit des confultations gra- 
tuites établies à Orléans en faveur des pau- 
vres depuis quelques années , par quâMues 
Médecins habiles & zélés , autoriJSflk 
encouragés par la pendon honorable ^jmt 
il a plu au feu Duc d'Orléans de gratifier 
leurs affemblées» & qui leur aétécontinuée 
depuis par le Duc ion fils , ce prince fi 
généreux & fi bienfaifant. 

• 

Le 9 d'Avril mourut dans T Abbaye de Sr.- 
Vincent du Mans , Dom François le Te- 
xier, célèbre Bénédiélin de la Congréga- 
tion de S&-Maur, né au Bourg de Mele(Te 
en Bretagne : chargé en 1717 de la Cure 
de St. - Symphorien , dans lenclos de St.- 
Germain-des-Prez, il en exerça les fonc- 
tions en Pafteur auffi zèle qu'éclairé, ' 

Attentif aux befoins fpirituels & tem- 
porels de fes paroiffiens , il les vifitoit , 



ij4 fiiBNFAISANCB 

les confoloîc & leur diftribuoic avec difcer** 
nement d'abondances aumônes , eu il tiroir 
en bonne partie du Cardinal de fiii(y> 
dont il avoit fçu s*attirer la Menveillànce. . 
Eji 1711 il devint Prieur de l'Abbaye 
de la Couture du Mans. NL Ducrevi > 
fon Evcque, le connoiflbit, l'eftimoit Se 
Thonoroit de fon amitié. Le notit^au Prieur 
profita des bonnes -grâces de fon Evcque 
pour Futilité d'une infinité de perfonnes y 
ce £our exercer fon narurel compatifTanc 
éreux. Elu , par fon Chapitre , Abbé de 
incent du Mans , il s*y fit générale- 
m^It chérir ic eftimer* 



M. Verdier , célèbre Chirutgîen , mérita 
les |uftes regrets des Maîtres qui avec lui 
jouiffbient , dansîe commerce de la vie^ 
de la fociété la plus douce, &.des lumières 
d'un Anatomîfte habile fans oftentation ; 
les regrets des Elèves, qui, inftruits par lui > 
avoient eu le Profèfleur le plus zélé , le plus 
ardent pour leur donner des leçons utiles j> 
& même des marques de foîi bon cœur j 
les regrets des pauvres qui avoient dans (a 
maifbn des renources toujours ouvertes à 
Kndigence; enfin ceux de tous les gens de 
bien qui trouvoient dans un homme a ta- 
lens» des mœurs régulières & une piété 
éminente. 



Françoise. 135 



<e 



Antoine de Judieu» Médecin Se célèbre 
Botanîfte , né à Lyon , exerçoic Ton arc 
avec le plus grand zèle & la plus grande 
diftînâion. Il voyoic fur-roue les pauvres dç 
..^férence > il y en avoir roujours chez lui 
un rrcs-grand nombre ; il les aidoir , non* 
feulemenr de fçs foins, mais encore de fon 
argenr. Ce vertueux & refpeûable Citoyen 
mourut univerfellement regretté. . 



Il mourut cette année dans la ville de 
Bordeaux , un payfan , nommé Jean Datr 
tel y dans la cent-dixième année de fon 
âge. Il étoit né dans la Paroifle de Cham- 
blancs , à 1 lieues de Bordea.ux y Se avoic 
exercé la profeflîon de jardinier jufqu'à 
l'âge de 84 ans quil devint «veugle. Réduit 
en cet état à vivre d'aumônes , la vie chré- 
tienne 5 <Jui , jufqu alors , avoir été alTez 
obfcure , devenue en quelque forte pu- 
blique , fut l'édification de toute la ville. 
11 y avoit près de iz ans qu'il étoit privé 
de la vue, lorfqu'en 1754, M. Daviel, 
Chirurgien ordinaire du Roi , célèbre Ocur 
lifte ; qui rçvenoit d'Efpagne , paffa pat 
Bordeaux. On lui préfenta ce pauvre 



23^ Bienfaisance 

homme ; & M. Daviel ayant reconnu que 
fa cécité étoit canfée par deux çatara£tes , 
entreprit charitablement tle lui rendre la 
vue. L'opération qui fut faire le 1 2 de Dc- 
ccmbr9^i75l , dans la plus grande rigueur 
du froid , & fur un malade âgé de 1 06 ans , 
eut le fuccès le plus heureux. Jean Dar- 
tel recouvra l'u^^g^ ^^^ yeux , ôc continua 
de voir parfaitement jufqu à fa mort. 

La DucheflTe dé Luynes , Dame d'hon- 
neur de la Reine , ayant été informée de 
cette cure , & des vertus du fujet , écrivit 
en fà faveqr a M. de Tourny , alors Inten- 
dant de Bordeaux. Sur fa recommanda- 
tion , le Magiftrat parla du vertueux vieil- 
lard aux Jurats \ & tpus unanimement lui 
accordèrent une penfion viagère de 400. liv. 
qui lui a été payée très-exadement. U y 
eut à fon convoi un très-grand concours 
de peuple qui couvroit fa tombe de lauriers. 



» J E fuis encore ému , dit T Auteur du 
»> Mercure de France, du beau trait dont je 
» fus hier témoin. C*eft un pbilofophe fage 
j> & vertueux qui habite ce féjour ignojfc ? 
» Le jour commençoit à tomber j il me 
»> prit en particulier , & me dit : venez voir 
*> un fpeftacle attendrifTant : vRiez , cher 
»> ami , partager av§c moi le doux pkifit 



F a A K Ç O I s E, ij7 

9t de foulager rhumanité dans Taccabie-' 
V ment & les douleurs. Je le fuis à 1 extré- 
» mité du hameau ; nous entrons dans une 
i^ chaqraière...... Ciel! quels objets ! une 

9> vieille femme étendue fur un grabat j aux 

» pieds d'elle une jeune perfonne dont la 

9» douceur 8c la beauté brilloient fous le 

99 plus groffier vêtement : elle prodiguoic 

^ les foms^ à la malade. Mon enfant , lui 

"i> dit le Sage , voilà donc votre mère ? 

9> — Hélas ! oui , Monfieur , depuis huit 

>> jours elle ne peut fortir du lit ; je ne pui$ 

9> la quitter , ôc nous allons majaquer da 

i> pain. 

»> O pieté ! ô vertu ! dîfois-je intérieu- 
w rement ; voilà donc votre afy le, — - Mais , 
i» reprit notre Sage ; pourquoi manquer 
•9 de confiance , ma chère enfant ! Que ne 
f> veniez- vous me, confier vos douleurs î 
9» — Je fais combien vous êtes bon , Mon* 
*> (leur , mais j'ai craint...... — Ah! ne 

j9 craignez plus ; les indigens honnêtes font 
9> toujours accueillis chez moi ; ils y font 
99 reQ)edés , ma fille , tenez j & fouvenez^ 
^> voiisque je ne vous abandonnerai jamais. 
i> La jeune perfonne fanglotoit j elle bair 
49 foit les mains de fon bienfaiteur , qui 
99 lui dit en fç retirant : Ayez foin de 
99 votre mère , foyez toujours vertueufe, & 
95 comptez fur moi. Ce que je fais ppur 
H vous 9 ce que je fet^^i^o^. fuiçe eft £qix 



x}9 Bienfaisance 

M fimple. PcHirqaoi s'étonner dune bonne 
» aâion 'y c'eft la dureté des hommes qui 
f» doit feule nous étonner. 

>9 Ceft ain(i .que ce philofophe vertueux 
M fe fait adorer. Les travaux ruftiques , ani- 
» mes par ies regards , ramènent par-tôutr 
9» Tabondance ; 1 affreufe pauvreté mfparoît 
9> devant lui ^ d'heureux mariages réuniflène 
n les familles. Le jeune berger peut fuivre 
» le penchant de fon cœur. Se remplir à-la. 
» fois les vœux de Tamour Se de la^ foctété* 
•> Tout offre l'image du bonheur y la joie 
%> naît, du fein du travail; 

» La vertueufe époufe , que ce fage a 
f> attachée à Ton fort , eft bien digne de 
»> celui dont eHe porte le nom. Tendre 
n cpoufé , bonne mère , maitrefle compac- 
»> tiflante , amie fenfible & généreule ; 
*> jeune encore & charmante , elle fait te 
«bonheur de tout ce' qui l'environne. Sim- 
»> pie dans fa parure , fon plus cher orne* 
f> ment eft fa famille. Ses enfans font tous 
•f d'une figure aimable , & je n'en connois 
i> pas de mieux élevés. Telle étoicla^vie 
•» des patriarches ) de ces hommes. fimples 
n Se heureux <<. 

J N If i M 1759'. 

L E Ehic de Broglio prend la ville de 
Mindcn-en W^ftj^lte, Tépée à la inaîn*, 



y 



|>ar cet «fpric de modération 6c d'huma*- 
nicé qui cataâérife ce grand Général , il 
ikuve la ville du pillage , & fait la garni- 
fon prifonnière de guerre. 

Une partie des gros équipages de Tar- 
mée Françoife ayant été pilles après la bar 
taille de Minden , le régiment de Na- 
varre «ut cejpendant le bonheur de fauvec 
la malle qui contenoit les comptes Se Içs 
regiftres de TEtat-Major. 11 en fut redevap- 
ble au fieur le Brun , fergent , qui étoit 
d efcorte aux équipages. Ce brave homme , 
employant menaces , prières , &c fermens 
réitérés , que cette malle fur laquelle il 
xeftoit couché, fans vouloir l'abandonner , 
ne renfermoit aucuns effets à Tufage des 
ennemis , conferva au régiment ce précieux 
dépôt. Le Corps fennble à ce fervice 
fignalé , récompenfa le fieur le Brun , en le 
faifant Officier , dans lequel il a fervi de^ 
puis fous le nom de Montpertz. 



!9B! 



I L y a peu d'évènemens à la guerre , d^t 
un homme célèbce y où des Officiers Se 
de fimples foldats ne faâent de ces prodi- 
ges de valeur qui étonnent ceux qui en 
font témoins , & qui eiaûiite ne reftent que 
trop fbuvenc dans un oubli éternel. Si un 
GénéraL^ jia Bmn^y^ u» Monarque e&t 






140 BiSNFAlSAHCE 

fait une de ces aâions i elles feroienr cen-- 
facrées à la poftéricé : mais la multitude de 
ces faits militaires fe nuit à elle-même ; 
& en tout gence , il n'y a que les choies 
principales qui leftent dans la mémoire des 
nommes. 

Le Maréchal de Bellè-lfle avoit le def- 
fein d'établir une didinâîon pour arracher 
à loubli quelques-unes de ces avions* C*eft 

ce qu'il marquoit au Duc de aufli 

prompt à faire connoître le mérite des au- 
tres , qu'attentif à dérober le tien , c]ui lui 
avoit fait part d'une belle aâion faite par 
un cavalier du régiment du Roi., 

A la bataille de Minden , ce cavalier 
apperçut un Officier-Général François , que 
fix Dragons ennemis avoient pris » & em- 
mcnoient à leur camp. Saint - Jacques , 
( c'étoit le nom du cavalier ) propofe à deux 
.i)U crois de fes camarades d'aller le tirer de 
leuris' iijains. La propofition eft acceptée. 
Ils partent , diffipènt ou tuent les Dragons ; 
leur prifonnier*4lft délivré. Le trifte état 
oiiétoit l'Officier él^gral , par les bleûTures 
qu'il avoit reçues , joint' au danger qu il 
couroit d'être repris par les' partis ennemis 
•qui couyroient la. plaine,' lui fit propofer 
■ à fes généreux libérateurs , après les pre- 
miers remerciemens, de le conduire à Min^ 
• den. 99 Oh ! nous ne pouvons pas , mon 
» Général > lui répoo^^aûu- Jacques , nous 

' 3» avons 



F R A n:ç o:i s E. '^ t^jx 

99 avons encore îâ dé la befo^tté..Dràtl^ 
» leurs y ajouca-'t'il , nous fomnies)Connasfj 
• f» ifjte diroit-on de nous , ii Ton nous'voybit 
^ revenir < ? — Sur de houvelles inftaricesV 
ils fe déterminèrent enfin à le recobduîfe^ 
ne pouvant fans fecours arriver à MindeH ^ 
mais ils exigèrem de' lui un certificat (mt 
mît leur honneur en sûreté. L-iQf£ciet 
Cénétal , toujours occupé de la œcônisoU^ 
fance qu'il devoir à Saiht-Jacques:, ^itoulbio 
lui faire obtenir quelque place* hojjoiMh 
dans la profelfion des armes , nmi&iidéa 
ufages qui ne fubfifloieut plus ; ;fufp&^ 
dirent fa bonne volohté. Il lui donnardono 
^Intendance des Gardes-cbafTe de ià terre i 
avec iexpeâtative d'une pen(îpn.;dL'obiwnt 
de plus dans cette place la^ domifCold^idesi 
Invalides , quoiqu'il n'eût point encore , 
par les années de fon fer vice.-^ le tems dé- 
terminé ppur cette erace. 

(^On fonda cette année dans la ville da 
Mans, une Ecole de Defïîn , en faveur des. 
pauvres Artiftes de la province du Maine , 
pour y être enfeignés gratuitemenr. Cette 
fondation eft le fruit des généreufes libéra- 
lités , & de la bienfaisance de Claude 
Eicard Duvau^ Ecuyer, ancien Capitoal 
Tom. II. Q " 



i 



JUfl B I C fl T A I S A N e E 

dé Toubufe , né à Saint-Ouen en Cham« 
pagne , dans le Diocèfe du Mans» 

M. Picard de Lille , di^ne héritier des 
ientimens généreux de îon illuftre frère , Se 
|al<Dttx de rendre cet écabliflèmenc folide , 
a iàit toutes les dépenfes. nécefiaires , Se 
ttz. rien' épargné de fes foins pour y par« 
Vdhîr ; &c afin que les louables intentions 
dtffondataeur îfoient remplie^ , il aconfenti 
()u>dptès Jâ mort de m. Satnfon de Lcr« 
disses» ^ Lieutenant - Général en k Séné^ 
ehmilTée & Siège Préfidiar du Mans , & 
eeUe'du Peré Canto de TOratoire , exe-»» 
omreiirsrTeâamenltaites de M. Duvau , les 
O^Cfieri municipaux du Coi|}s^e-ville ^ 
veâleix>iènt à cet établilTecnent , & en au*» 
coïenc l'entière adminiftration» 

; ji3iiiTr,*iegBteBsa» 

L*Académîe de Clen s etoit toujours fou- 
tenue avec éclat., <}uoiette privée des ob- 
jets d'émulation qui excitent les autres fb- 
cietés lictéraii?esi C'eft pour la première 
£>is qu'elle annonça cette année un prix ^ 
dont elle eft redevable à la bienfaifance » 
à l'amour des Ans , au zèle du "bi^ pu* 
blic , & aux vues économiques de M. de 
Fbntette , fon Vice-proteéleur ^ Intendant 
Recette 'Généralisé* Ce prix eft une mé« 






a fondée à perpécuuc. >«- guv 

; /T • T *^eiçD«s des fa naiflànce. Fil*» 
jomflToK de revenus confidérables V'jf 
Pteroptjves flarreufes 5 elle th c^^blée 

Cet 1,?? d?f?''? ^""^ ^')'^'^'' «maîtres. 



La 
par 



f province du RouffiJlon Fm conauir* 

far îèîlf?^ I" <^? ^^"^« ^ I"^ fiance ; 
par le traite des Pyrénées en i^cg. La bien 

1 umverûte de Perpignao , n'avpit pu pré- 

dence . des accidens accumulés l'avoienc 
dc^mllée par dégrés de fes riche47fes 

2i^' "T^- ^^""'" » ^^^ Prpfeifeurs 
xeduKs a Imdigençe , Sc ks habitant «fc 



^44 ^ < ^ HFAISANCE 

la Province forcés- daller chercher ailleurs 
des fecours qu ils trouvoient autrefois dans 
le fein de leur patrie. 

Enfin , elle couchoit au dernier période 
de fa ruine , lorfqu il plut à Louis XV de 
lui rendre fon luftre y |)4r une multitude 
de dons qui la mettent aujourd'hui au 
rang des premières Univerfitcs du Royau- 
ppt. Ce prince y a établi àts chaires d'A- 
uatomie , de Philofophie , de Mathéma- 
tiques , & un jardin de Plantes ^ une 
Bibliothèque publique. C eft pour confa- 
crerla memoife des bienfaits du Monar- 
que , que le Corps de TUniverfité la fup- 
plié. de permettre qu'il fut fondé chaque 
année , à perpétuité , un difcours à Iz 
louange de S. M. auquel les Cours Sou- 
veraines , & les Etats de la Province fe- 
roient invités ; & qu'il fut feippé une mé- 
daille pour éternifer cette époque gloriepfe 
de fon règne. Cette médaille doit êffe 
donnée à un des Doâeurs chargé du dif- 
cours qui. fut prononcé cette année pour 
la première fois. 

Les généreux proteéleurs qui ont porte 
aux pieds du trône les befoins & les vœux 
de rUniverfité, reçoivent dans ce difcours 
un jufte encens. 

. On y loue ce Mîniftre illuftre , le Maré- 
chal de Noailles , défenfeur de la patrie , 
bomme d jEtat ^ homme de guerre > homme 



Françoise. 14} 

àe Lettres , homme univerfel dans tous les 
genres , 8c toujours citoyen , dont la ftiai- 
lon gduverne le Rouflîllon depuis fa réu- 
nion à la France', & dont le digne fils, 
défigné pour lui fuccéder , annonçoit par 
fon efprit tout ce qu on en devoit attendre. 
On y rend le même tribut de reconnoif- 
fance aux bontés de ce guerrier diftingué , 
le Comte de Mailly , aux foins duquel le 
commandement de cette Province eft con- 
fié , & qui , en gémifiànt de ce que. le fore 
'des armes enchaînoit ipn courage , larra- 
choic à des dangers qu'il regrette ^ fert éga- 
lement fon Souverain , en employant aa 
bonheur de fes fujets , des momens qu'il 
auroit «voulu donner à combattre fes en- 
nemis. 



Louisi-Elifabeth de France, Infente 
DuchelTe dé Parme , attaquée de là petite 
vérole , & d'une fièvre violente ] mourut 
le 6 Décembre à Ver(ailles. Son affabilité , 
fon caradère bienfaifant y &^ toutes les 
vertus dont elle étoit douée , 1 ont fait uni- 
verfellemcnt regretter. 



Qî 



i^é BïSNFAlSAKCE 



Louise - Henriette de Bourbon Conty , 
DuchelTe d'Orléans, mourut à Paris âgée 
de 3 1 ans. Les larmes àmères que fa more 
a fait répandre , la trîfteflfe & le faifîfle- 
meilt qu elle lailîà dahs tous les cœurs, font 
des témoignages publics des regrets qu'elle 
a caufés a tous ceux qui avoient le bonheur 
de la connoître. Noble , généreùfè , bîen- 
faifartte , elle avoir toujours les main^ 
ouvertes; fon inclination étoit de répandre^ 
fa manière de donner , relevoit le mcrire 
de fes dons ; elle tnultiplioit fes libéralités 
par les grâces qu'elle mettoit à les ftire. - 



Pour rendre un jufte tribut à la mé- 
moire & aiix vertus du Cardinal de Saulx- 
Tavanes^ Archevêque dé Rouen, Grand- 
Aumônier de France j nous détacherons 
ici un morceau du Mandement de JMef- 
lîeurs du Chapitre de la Métropole de 
Rouen , qui rappelle le moment d une cala- 
mité publique : 

M Lorfque la Seine enfiée par des pluiies 
j> continuelle:^ , porta fes eaux jufques dans 
9t le fein de la ville , & avec elles la conf- 
» cernation/ & TefFroi , lïnterruprion du 



Françoise. I47 

9è commerce , la ceflâtion des travaux ; lorf^ 
9» que vingt mille habitans réfugiés dans 
si les lieux les plus élevés de leurs maifoiis^ 
»9 Y paroiiloient dévoués à toutes i es horreui^s 
9) de la famine^ chers Concitoyens ! vous 
» trouvâtes dans les entrailles d'un père 
99 tendre, tous les fecours dont vous aviez 
» befoin , & aucun de vous ne manqua dti 
9> nécedaire. Un Clergé fidèle accourut à Tes 
» ordres & brûloir du défir de féconder fou 
5> zèle* Les chefs de la Magiftrature fe ren- 
?> dirent auprès de lui pour conférer fur les 
99 moyens de foulager les pauvres avec un 
>j ordre digne de leur fageffe^ Les revenue 
99 du Pontife devinrent le bien propre des 
>» indigem , & il les répandit fur eux avec 
3> une fainte profufion. 

9' Cet exemple àllamâ dafts tous ^ les 
9> cœurs le (eu de la plus ardente chatité. 
99 Lés Cours Souveraines , tous les Ordres 
5>de la ville, les fimples Citoyefts , ceux 
9» mêmes qui étoienc h moins ravori£i6.de 
99 la fortune , tous s emprefsèrent de -f&ivc 
9> dépofer leurs aumônes , & peut - être 
99 même leur néceiïàirè\dans les mains du 
99 Père commun , 8çc. 

» Le fléau qu'on vient de peindre fut 
ï9 bientôt fuivi: d'un autre encore plus ter- 
9> rible , de la contagion & de la mortalité 
59 répandues dans tous les états , fur-tout 
99 parmi les pauvres. Le noiiAre des malades 

Q 4 



X^ Blinpaisancb 

■y» s'accîucàun tel point, que les Hôpitaux ne 
ji» furent plus fumfans pour les contenir y il 
M fallut leur trouver un nouvel afylé ; 6c 
M quel fut, nos chers frères, celui que leur 
a offrit notre illuftre Archevêque ! fa propre 
»> maifon» Les falles de fon Palais devin'- 
S) rent un nouvel hôpital. Trait admirable 
.» Se fublime qui ^retrace à nos yeux toute 
99 la charité des plus grands Evèques «• 



Pierre Richadey, noble Vénitien, 
mourut en odeur de fainteté à l'hôpital de la 
charité de Paris, âgé de 6q ans. Il avoir 
coafacré les^ trente dernières années de fa 
vie au fervice des pauvres dans les HopL^ 
taux & dans les priions de k Capitale. Son 
^humilité, fa mortification , fa confiance, 
ont rendu fa n>émoire précieufe , & le peu- 
ple, en courant en foule autour de fon cer- 
cueil , manifefta l'admiration que fes vertus 
lui avoieîit infpirée* 



L'armée Frahçoife j aux ordres du 
Maréchal de Broglie j décampa le 5 de 
Novembre, Ce même jour , le Baron du 
Blàifel fut fommé de fe rendre par un 
Aide-de-Camp du Prince_ Ferdinand. ^ Sur 



François E4 249 

fon refus , le Prince prit fes nilefure^ pour 
rinveftillemenc de Gieireti. Le 7 , a trois 
heures après midi , un fécond AideTde- 
Camp du Prince , demanda à parler au 
Baron de BlaifeL II lui propola de fe ren- 
dre, & lui offrit les conditions les plus 
honorables^ mais le Baron répondit qu'il 
étoit dans la place pour la défendre, « Il y 
5> a trente ans, ajouta-t-il, que, je fers le 
» Roi, & quelque tems que je fuis guéri 
j> de la peur. Quand le Prince voudra, 
}> nous commencerons <«• 



\u eft important de conferver à la pofté- 
rité la mémoire de ces hoiUmes précieux 
à leur patrie , dignes d'être imités par ceux 
qui leur fuccèderont. Il ya dans la ville de 
Boulogne un Citoyen pour lequel les fen- 
timens du public font unanin^es. Il eft aime 
& eftimé de tous fes Compatriotes. Les 
Anglois nos voifins , le connoiffent & lui 
rendent^ la juftice qu il mérite, Ç'eft un 
François qu'ils fçavent diftinguer. Les mal- 
heureux ont des droits acquis fur ce géné- 
reux Boulonnois qui ne cbnfulte que le 
bien public dans les calamités , &c qui fem- 
ble ne faire cas de la fortune , qu'autant 
qu'elle procure les moyens d'être bienfai- 
lant. Cent quatre-vingt vi£times de nos 



t^ô Bienfaisance 

différends avec l* Angleterre, ont été tranf- 

Îortés de Tlfle Saint- Jean fur cetre côjce. 
,es maladies caufées par la rigueur de la 
faifon, le défaut de fubfiftances, le chan- 
gement de climat , ag^ravoient le trifte 
fort de ces infortunés^ Pères , mères , vieil- 
lards» jeunes gens, enfans à la mamelle, 
tous croient attaqués de cathartes , de fiè- 
vre, de flux, de dyffenterie. Usontttouvé 
des hôtes empreflés à les affifter. On leur â 
lait donner tous les fecours qu* on accorde 
ordinairement à ceux qui font dans Tindi- 
gence ; mais parmi ces fecours , le via n'é- 
toit pas compris j Se ce rfétoit pas fans fon- 
dement qu on jugeoit que des corps aftoi- 
Wis par le chagrm , la difette , la fatigue 
d une longuS navigation , feroiçnt fins 
promptement rétablis par cette liqueur. 
Que fait cet anii des hommes ! il déclare 
au Médecin qui vifitoit ces étrangers , qu'il 
fournira du vin à tous ceux qui fe préfen- 
teront avec un billet : on fe conforme à fes 
deiirs pendant quelque tems avec toute la 
circprtlpedKon que de pareilles offres fem- 
blent exiger. Enluite on lui témoigne qu*oa 
craint d abufer de fa générofîté pour fonder 
fes difpofitions ultérieures. Quelle eft la 
réponfe de ce bienfaiteur? Il veut que Von 
continue tant que le befoin durera. La rai- 
son qull allègue eft fimple & fans oftentà- 
tion. » 11 le faut , dit-il << , il faudroit, dit 



,^\ F R A N Ç O I s H. 151 

l'Auteur de la Lettre qui contient cette 
narration, » il foudroie vous peindre Tcner- 
9j gie & la vivacité avec laquelle il pro- 
» nonça cette belle parole ; il U faut : n'é- 
j9 toit-ce pas dire, qu*il fe faifôit.un de- 
>> voir d'être bienfaifant «. 11 nous refte à 
deiirer le nom de ce généreux Citoyen* 



9> M AB B MO I s E LL E de la Fontaine , dit 
l'Auteur du Mercure de France , » voulant 
9> rendre fa reconnoidànce publique y la 
»> Lettré fuivante în'a été envoyée ^ elle 
93 fait l'éloge du Prince dont elle annonce 
99 Us bienfaits; elle fait auffi l'éloge dece- 
M lui qui à pris foiti d'attirer les regards 
«9 du Prince fur la famille infortunée de ^ 

»> l'un des plus grands Poètes que la France 
#) ait vu naître. Des marques de protedion 
» fi bien placées , font pour les Lettres 
»» d'un prik ir^eftimable , &c «. 

LMtTRBde M. tAbhéde Brtteuïl^ Chan^ 
celier du Duc d'Orléans y à Mademoifellc 
de la Fontaine. 

» J' A I appris 5 Mademoifelle , par la 
>j voix publique , que petite • fille d'un 
ii homme illuftre & précieux â la Nation, 



251 BlEK F. AISANCE 

» yfous étiez dans une fituation d autaiïc 
» plus mal-aifée , que vos infirmités la ren- 
» doienr encore moins fupportable. J'ai 
» cm devoir propofer à Monfeignear le 
» Duc d'Orléans , dans les Domames du- 
» quel vous êtes , de vous procurer des fe- 
» cours que tout le monde peut recevoir 
» dune main auflî diftinguée. >Ce Prince, 
s> qui ii*a beibin que d'être inftruit des 
» ckofes décentes & convenables pour de- 
» firer de les faire , ma chargé de vous en- 
» voyer une petite fomme que M. TAbbc 
» de Fourqueux voudra bien vous remet- 
» tre de ma part, en attendant que, dans 
» le travail que je ferai 1 annçe prochaine 
» avec S. A» S; [e pùiflè vous feire mettre 
» fur TEtat des penfions. Je m'eftime très- 
» heureux d*ayoir pu vous découvrir dans 
3» votre retraite , & de pouvoir vous y 
» procurer un peu d'aifance. Je ne connois 
» rien de ^lus flatteur pour moi que de 
» mettre le Prince , qui m*honore de fa 
» confiance-, à portée de faire paroître les 
» grandes qualités de fon cœur. Vous né 
9» devez fes bontés, nia vos follicitations^ 
s> ni à aucune protedion y vous ne les de- 
» vez qu'à votre nom & à Vos vertus j &: 
» c*eft la meilleure recommandation qu on 
» puiflè avoir auprès d'uni Prince né pour 
*> le bonheur de tous ceux qui lui appar- 
» tiennent , ou qui peuvent en être con- 
» nus, &c<«. 



Françoise. ijj 

JL^omhre de la Fontaine j €n r^ponfe à M. 
VAbbe de Bnteuil j à toccafion de la 
penfion qu'il a procurée , de la pan dm 

r 

Prince y à la pitite-fille du célèbre Fabif 
lifte. 

Tandis qu'au Temple cic la gloire 
D*un ftéiile laurier , les Filles de mémoire , 

Couronnent moD brillant tombeau ; 
Tu portes jufqu'à moi l'éclat d'un (on plus beau. 

Par la voix de la Renommée 

J'apprends que ton amc formée 
P6ur adoucir les maux & faire des heureux. 

Sur la fatale deflinée 

De ma famille infortunée , 
A tourné les regards d'un Prince généreux. 

Ah l que n'eft-il en ma puilTance 
De te peindre l'excès de ma reconnoiflancc \ 
Quen'ai-je cncor ces vers qu'il faut mettre ert oubltl 
Car , hélas 1 en entrant dans le Royaume fondre. 

Mon ftyle s'cft bien affoibli 5 



\ 
t 



V 



y 



l 



1^6 BlENFAlS'AUCE 

de Montcalm Gozon de Saint-Veran, Lieu* 
tenant-Général des Armées du, Roi, Cam^ 
mandant honoraire deTOrdre de St. Louis , 
Commandant en chef le5 troupes Françoi- 
fes dans l'Amérique Septentrionale , né d'u- 
ne très-ancienne famille de Rouergue. 

Deveilu Colonel, la connoiflànce quon 
avoir de /es talens & de fon aârivité j lui 
fit confier dans toutes les occafions des 
Commandemens particuliers, & ity-fou- 
tint avec éclat la réputation, qu'il avoit ac- 
uife. 11 reçut trois bletrures à la bataille 
bus Plaifance, donnée le 1 3 de Juin \ j^6 ; 
& comme il fe faifoit guérir à Montpel- 
lier , de deiix coups die fabre à la tète , il 
apprit que fori Régiment marchoit pour 
aller attaquer le pofte de l'Affietta , où le 
Chevalier de Belleifle fut tué. 11 part la 
tête enveloppée, & fesbleflTures encore ou- 
vertes, joint fon Corps, fe trouve àlatta- 
que , & y reçoit deux coups de feu. 

Mais c'eft en Amérique fur- tout, que les 
qualités de ce grand Capitaine parurent d^ns ^ 
tout leur jour. C'eft là qu'il fit voir à quel 
degré il réuniflbit la bravoure du foldat & » 
Ja grandeur d ame du Héros \ la prudence 
du confeil & laftivité de l'exécution y ce 
£ang-froid que rien n'altère , cette patience 
que rien ne rebute , & cette réfolunon cou- 
rageufe qui ofe répondre du fuccès dans des 

circonftances 



F % A N ç'o I S t: 157 

^C0nftacices où la timide (péculation au<« 
roir i peine entrevit des reâoùrces. 

Ceft là , qu'au milieu des Sauvages ^ 
donc il étoit devenu le père , on le vie; fe 
plier à leur cataâère féroce ^ s'endurcir aut 
mêmes travaux. Se £ereftraindre ^x mêmes 
befoins y les apprivoifer par la douceur , les 




âmes également indociles au joug de lo^ 
béifTsuice Se aufrein de la difcipline mili<* 
taire. U étoic venu à bouc de les conduire» 
fans leur donner ni vin ni eau-'de-vie, ni 
même leschofes dont ils avoient un befoin 
réel , & dont on manquoit a Tarmée^ mais 
il avoit le plus grand foin de leurs mala- 
ises Se de leurs bleffés. »> U connoît , di- 
».foîen^-ils , nos ufages &• nos manières, 
j» comme s'il avoir été élevé au milieu de 
j» nos cabanes ce. 

Lôrfqu il reçut à Chouëguen la nouvelle 
que le Koi lavoit honoré du Cordoh rou-' 
ge-, ils vinrent le complimenter : /> Nous^ 
» fomjmes charmés , lui dirent-ils , de la 
yf grâce que le grand Ononthls vient de t'ao 
9f corder , parce que nous fçavons qu^êlle te 
9t caufe de la joie» Pour nous , nous ne t en 
9» aimons , ni ne t'en eftimons davantage , 
9f cac c'^ft ta perfonne que nous eftimbitd' 
»>^^.Ç|i|eiPQUS aimons «, 

Tom. IL R 



jt5& B I s K F A I s A N C B 

C'^ft là que des farignes «des <lattgers iàtis^ 
nombre & inconnus en Europe, ne railen-» 
cirent jamais fon zèle. Tantôt préfenc à des 
ipedacles dont lldée -feule ait frémir k 
nature, tantôt expole à manquer de tout ^ 
Se fouvent à mourir de Êdm y réduit pen- 
dant onze mois à quatre onces de pain par 
jour , mangeant du cheval pour donnée 
1 exemple ^ il fat le même dans tous les 
têms, iatisraît àc tootendncer pourlacaufe 
de fa Paorie 6c pour la gloire de fon Roi» 
C'efl: là qu'il a exécuté des chofes pref^ 
qu incroy:able$ » & qiïe nos ennemis eux* 
liâmes ont regardées comme des prodiges. 
C eft là qu'avec iix bataillons François 8c 
quelques troupes de la Colonie , non-feu* 
lement il a fait tête à trente , quarante , 
cinquante nulle hommes ^ mais qu'il leur 
en a impofé par-tout, les a vaincus, les 
a diflipés fufquà la malheareufe'|oarnée où 
a péri ce grand homme. 

Arrivé dans la Colonie ^n 175 <^, il ar- 
rête par fes bonnes difpoâtions l'armée du 
Çénéral Loudon , au Lac Saint-Sacrement^ 
laide des inftruâàons au Chevalier de Lé« 
vi » Commandant en fécond ; revient à 
Montréal &c marche rapidement au Lac 
Ontario , où il trouve trois bataillons Fran^ 
çois & environ 1 100 hommes de Milices 
du pays. Avec cette petite armée- , qu'il 
afièmole à Frontenac » il 4COttrt à Chouë*- 



i 



I F R AN Ç O I S Et JL59 

fjaen^ y Èhazâ^ fous le feu de 8 barques 
de. 10., Il y 6c xo pièces de canon , que les 
. Anglois aveienc fux ce Lac y forme un (îé^ 
^e , ouvre une craadiée , & enlève en cinq 
ijoars les trois &xn de Tennemi , le for» 
Ontario , le . fore Cbouëg|ien & le fort 
-Georges* Il y fait 1741 prifonniers , parmi 
leiquels fe trouvoienc 80 Officiers & deux 
jRégîmens de cette brave infanterie An- 
^oife qui avoir combattu à Fontenoy. Il 
xa£e les forts , revient à Montréal Se re- 
- courue au Lac Saint * Sacrement avec fes 
troupes viâorieufes. Là , il fait face de 
Jioaveau au Général Loudon qui eft obligé 
:ile.fe cetirer à Âlbani, fans avoir ofé l'at- 
jtacfuer, malgré la fup^iorité de fes for- 
ces* Il revint de cette expédition à la fin 
•de ^Novembre fur les glaces , fbuffrant de^ 
fms plus. de deux mois ^n froid exceffif^ 
& àyanrparcour^ 4epuis le mois <le Juin ' 
•environ 800 lieues de pays défertSé C'eft 
adnfî que les François , animés par foh 
memjple , ont fait ia guerre en Amérique. 
La Campagne du 1 7 57 , ne fut pas moins 
iurprehante* De Montcalm réunit fes for* 
ires , confîfbmc en fix bataillons de troupes 
réglées j environ 1000 hommes de Milices 
& j8oo Sauvages de crente-<leux nation^ 
difféisentes , à la chute <iu Lac Saim-Sacre- 
jaxest» Là il divife fon armée en deux par^ 
cies:: à'one mârthe^par terre» (e frayant une 

Ri 



i6o Bienfaisance • 

route à travers les montagnes '& dans 
bois jufqu'alors inconnus^ Tautcâ eft eio* 
barquée fur le Lac. Après quatôi^ê lieu^ 
de marche , il entreprend de forcer l'enne- 
mi retranché dans ion camp fous le fore 
•Guillaume-Henri. Ce fort eft défendu par 
' une garnifon de 50Q lu)mmes continuelle- 
ment rafraîchie par les troupes du camp. Il 
l'attaque , le détruit ; & s'il ne retint pas la 
earhifon prifonnière , ce ne fiit que dans 
Pimpoffibilité où il étoit de la nourrir. Les 
habitans de Québec étoient alors réduits à 
un quarteron de pain par jour. Peur-êrre 
ai'eii feroit il pas refté là, s'il .n'avoir été 
.obligé de renvoyet les Milices pour faiée 
la récolte ,.& de laifler partir les Sauvages i 
,dont quelques-uns étoient venus de 8j'o 
jieues, uniquement pour voir par eux-mê- 
mes ce que la renommée leur avoir appris 
de cet homme prodigieux. Un des chefs 
de ces Sauvages lointains , étonné de trou- 
ver qu'un homme qui faifoit de fi^andes 
chofes , fût d'une petite i:aille , s'écria , en 
le voyant pour la. première fois : » Ah ! 
99 mon père, que tu es petit : mais je vois 
«> dans tes yeux la hauteur des chênes , ÔC 
j>.la vivacité des Aigles f^. 

Si l'on ajoute à la circonftance du départ 
des Sauvages & des Côlons, le défeiut de 
munitions de guerre & de bouche^ l'extrê- 
me difficulté du traiifport de îout ce^jpz'ejd-' 



F 11 A K Ç O I s £. l6v. 

gier Vappareil dun (iége à Hx iteues de dif-* 
tance , Se à bras d'hommes, avec une ar- 
mée épuifée de fatigue, ôc plus afFoiblie 
encore par la mauvaife nourriture y que 
penfera-c on du reproche quon lui fit alors 
de n avoir pas marché du fort Guillaume 
au fort Edouard ? li fe vengea de fes enne- 
mis en grand h«mme; il mit le comble à 
j&. réputation dans la Campagne de X758 9 
Se les accabla du poids de fa gloire. 

La difette affreufe de 1757 qui dura 
fttfqu'à la fin du Printems 175S , mit la 
Colonie à deux doigts de fa perte* De 
Montcalm avoit reçu de France le fecours 
de deux bataillons très-affoiblis par une 
maladie épidémique qui les avoit attaqués 
fur mer. Lqs Anglois , toujours infiniment 
fupérieursennombre& en moyens, avoient 
été renforcés de plufieurs Régiiiiiens, en- 
voyés d'Europe. Le Lord Loudon venoic 
d être rappelle pendat^t Thyver & remplacé 
par le General Abercromby. Celui-ci fait 
tous fes préparatifs pour entrer de bonne- 
heure en Campagne & prévenir le Marquis 
•de Montcalm. Retarde par le défaut de 
vivres , le Général François ne put mettre 
en mouvem,ent qu'au mois de Juin , fes huit 
bataillons affoiblis , les uns pat les pertes 
de la Campagne précédente, les autres pas 
la maladie. Ces bataillons ne formoient en 
total que j 300 hommes. Pe Montcalm fe 



V. 



Xgt BllNFAlSANCS 

porta avec cette pcHgnée de monde fctf ln^^ 
ffoncière du J-âc Saint-Sacrement. Le Gé- 
néral Ângiois^ maccbc^t à laî avec une ar«* 
mée de plus de 17090 hommes. Si de 
Montcalm écotc battu , il n'avoit aucune 
retraite* L*ennemi pouvoit s'avancer juC* 
qu'à Montréal & Couper en à,enx la Colo^ 
nie» Le bécos du Canada prend dand cette 
«3urémité , le féal parti qu'il y avoit^pren- 
dre. Il teconnoit 8c choiffît lui-même une- 
pofîtiôn avantageufe fur les hauteurs de 
Carillon. U y fait tr^er un retranchement 
en abbatis , laide un bataillon pour com- 
mencer ïouvrage , & en même-tems pour 
garder le fort , fait, ^vec fa petite armée » 
un mouvement audacieux , & fe ponant à 
quatre lieues en avant; , envoie ceconnoître 
Se reconnoît lui n>ème b marche de l'en- 
nemi , l'examine , le tâte , & lui en impofe 
par fa contenance. Cette manœuvre , digne 
des plus grands maîtres , raltentit 1 ardeur 
de la multitude ennemie , & occasionne 
dans fes mouvemens' une lenteur dont de 
Montcalm fçait tirer avantage. Ceci fe paC- 
foit le 6 de Juillet i 7 5 J. Il écrivit le fait* 
en ces termes à M. Doreil , Commilïâire- 
Ordonnateur. 

» Je n ai que pour huit jours de vivres j 
» point de Canadiens , pas un feul Sauva- 
•» M j ils ne font point arrivés. J'iai affaire 
n a une atmée formidable. Malgré cela je 






F&AN'ÇOISS. li^ 

knt défefperer de rien. J*ai dé bonnei 
» croupes. A la contenance de reniiemi , 
» je vois qu'il tâtonne. Si par fa lenteur il 
n me donne le tems de gagner la pofîcion 
» que j'ai choifie fur les hauteurs de Carit 
» Ion , & de m'y recrancher , je le bat* 

De Montcalm fe replia dans la nuh du 
^ au 7 , & fit faire à la hâte fon retranche^* 
ment auquel il travailla lui-même. L'ab* 
baris n'ecoit pas encore entièrement ache* 
véy lorfqu'il fut attaqué le 8 de Juillet pat 
18000 hommes, avec la plus grande valeur. 
Le Chevalier de Lévicommandoit la droite 
de notre armée; M. de Bourlamaque, la 
gauche , de Montcalm , le centre. L'enne^ 
mi , toujours repouffô , revient fept fois à 
la cfaatge , ou plutôt on combat fept heu* 
res preique fans relâche , depuis midi juf« 
qu'à la nuit. Alors le découragement & 
TefFroi s'emparent des Anglois ; ils cher- 
chent leur falut dans la fuite , fe retirent 
1 efpace de douze lieues , jufques vers les 
ruines du fort Georges , laiUant en chemin 
leurs bleifés , leurs vivres & leurs équipa* 
ges. Le lendemain du combat, à la pointe ^ 
au jour , de Montcalm envoie le Cheva* 
lier de Lévi , fi digne de fa confiance par 
fa valeur Se par fon habileté , recohncwtfe 
ce qu'étoic devenue Tarmée Angloife. Rf*- 



Il.1 



^ 



$44 BlBKPAXfAMCB 

tout le Chevalier ne trouve que les tracée 
d'une fuite précipitée. 

Cette journée , à jamais glorieufe poât 
la nation Françoife , coûta a Fennemi , de 
Ion aveu, (^600 morts ou bleflfés , dont 5 oco 
cadavres écoient au pied de Tabbatis. De 
JMontcalm étoit par-tout. Ses difpofitions 
nvoienc préparé la viâoire^ fon exemple la 
décida. Ni les Canadienis , ni les' Sauvages » 
ne panicipèrent à l'honneur de cette a&on 
mémorable ; ils ne joignirent Tarmée que 
cinq jours après. Le^ Soldats , pendant le 
combat , crioient à chaque, inftant ; Vive le 
Roi Gr notre GénéraL 

En écrivant au même M. Doreil ,1 du 
champ de bataille à huit heures du foir,; 
voici comment s'exprimoit le vainqueur^ 
auflî modefte dans Je triomphe , quintré^ 
pide dans le combat. 

w L armée & trop petite armée du Roi , 
» vient dé battre fes ennemis. Quelle jour-» 
»> née pour la France \ Si j avois eu 200 
»» Sauvages pour fervir de tête à un déta-^ 
» chement de i ooq hommes d'élite ^ donc 
99 j aurois confié le commandement au Che-' 
a» valier de Lévi, il n'enferoit pas échappe 
»> beaucoup dana leur fuite. Ah , quelles 
»9 troupes , mon cher Doreii , que les no^ 
« ttes ! je n'en ai jamais vu de pareilles. 
tt:*QuejQi'étQiencrèUes à Louisboucg « ! CectQ 



F R À 11 ç o I s s; %6y 

I^ettre eft cligne de Turenne , comme Tac- 
tion qui en eft le fujer. 

Dans la relation qu'il envoya le lende- 
main au Marquis de Vaadreutl , après avoir 
£iit réloge des troupes en général , celui de 
Meilleurs de Lévi & de Bourlamaque , 
06Sciers fupérieurs Se de la plus grande 
dîftinâion » des Commandans des Corps , 
& pour ainfi dire , de chaque Officier en 
particulier, il ajoucoit : » Pour moi, je n'ai 
7> que le mérite de m'être trouvé Général 
» de troupes aufli valeureufes «.41 eut tou« 
jours la même attention de rendre à chacun 
de Tes Officiers , la part qu'ils avoient à fa 
/ gloire. On lit dans une Lettre qu'il écrivit 
du Camp de Carillon le 28 de Septembre; 
39 M, le Chevalier de Lévi , gui connoît 
j* très bien cette frontière , y a fait les meil- 
yy leures difpoCtions du monde j & je les 
j> ai fuivies ««. 

Il y a de ce 'grand homme une infinité 
de traits qui caraâérifent le Patriote, le 
guerrier , l'homme jufte , vertueux & mo- 
defte. Laconftance Se kréfûlution, furent 
de tontes fes vertus les plus éprouvées Se 
les pliis éclatantes : peribnne / ne voyoit 
mieux ^ue. lui les dangers qu'il alloit cou- 
rir. 11 ecrivoit de Montréal lé 14 Avril 

i759- 

. «Le nouveau Général Anglois Amherft, 

n a d^ grandes.fo];ce;&i de grands moyens; 



X66 BiBKFAlSANCI 

a» vingc*deux bacaiilcms de troupes régléei ; 
» plus de 30000 hommes de MîBces : ainfi 
s» les Anglois comptent anaquer le Canada 
» par plufieurs endroits , & l'envahir. Nous 
n avons fauve cette Colonie Tannée der* 
9» nière , par un fuccès qui tienr qaa(i da 
j> prodige. Faut-i! en efpéret uni; pareil ? il 
» faudra au moins Le tenter. Quel domma-^ 
j» ge que nous n'ayons pas un plus grand 
s> nombre d'auffî valeureux Soldats ! L'ar- 
9» mée de TEfcadre Angloife, en mettant 
» le comble aux dangers qui menaçoient 
«> k Colonie , ne fit que redoubler le cou* 
9> rage & le zèle de fon défenfeur. Quand 
9» toutes nos forces auf oient été raiTemblées 
s» â portée de Québec y elles n'auroient pas 
99 i beaucoup près ^ éspAé celles cpii atta« 
99 quoient cette capitale , tandis que d'au- 
99 très Corps , preiqu'auffî tnombretnc , en* 
99 vahifibient les deux autres frontières t 
99 mais il s'en falloit bien que vtout ce que 
99 nous avions de troupes , fut réuni. La 
99 néceilité de faire face par-tout , avoitcon^ 
9» traint de les partager. Un détachement 
99 confidérable couvroit la frontière du Lac 
99 Ontario ,& devoit footenir la gamifi^n 
9> du fort Niagara. M. de fiourlasnaque en- 
9) voyé dès lé mois de Mai vers le Lac 
99 Champlain avec trois bataillons de trou- 
99 pes réglées, lioo Canadi^is & la plu- 
9> part de nos Sauvages > étoit diargé d'y 



% tenir t&ce au Général Âmherft , il le fie 
M avec fuccès. Les ennemis ne purent le 
s» chafier du pofte qa'il avoir pris fur le 
n Laç Champfain. 11 foutint cette frontière 
>» impottame contre tous les efforts qulls 
H firent pendant cette Campagne, &même 
I» atf mois d'Oétobre dernier <«. Pour dif- 
puter la frontière de Québec , & cette ville 
même , aux forces énormes des AngFois > 
il ne reftoit à M. de Montcalm que cinq 
bataillons qui ne faifoient pas iooo corn* 
battans,& 5 à ^00 de Milice. 

On n'eft que trop inftruit du détail du 
combat qui précéda la prife de Québec , & 
dans lequel périt M. ae Montcalm. Tous 
les efforts qo on peut attendre de la pruden- 
ce, de la valeur, de Taâivité d*un Général, 
avoient été employés par ce grand homme, 
foit pour défendre à lennemi lapprothe de 
la Ville, foit pour conferver la communi- 
cation de Tarrriée avec les vaifïèaux qui 
avoient remonté le fleuve , & où les vivres 
étoient dépofés. 

Le ccimbat du u Juillet, où 800 Grena- 
diers Angtois reftèrent fur la place à l'atta- 
que du camp de Beauport , qu*ils ne pu- 
rent jamais forcer , quoique la «nche du 
Camp qu'ils attaquoient eût à loutenir en 
même-tems le feu croifé de plus de io 
pièces d'artilletié^ ce combat, dis-je > prou- 



lit B I .1 N f ^A I S A V C 1 

ye afièz la bonté du ppfte . & llntrépîde 
réfolucion de celui qui le défeiidoic. 
On ne doit pas négliger de dire, à la 

{;loire du Chevalier de Lévi j que c'étoit 
ui qui avoir demandé que ce Camp , donc 
la gauche n'étoic dabord appuyée qu'aa 
ruifleau de Beauporr , fur érendu jufqu a la. 
rivière de Montmorency, donc le paflàge 
éroit plus difficile. 

La communication avec les vivres ne fut 
pas moins courageufement défendue. Qua- 
tre fois, les Anglois tentèrent de débar- 
quer au-de(Ious de Québec, Se quatre fois» 
Sa. de Bougainville , chargé du foin péni-^ 
ble & critique de couvrir quinze lieues de 
pays avec une poignée de monde répandue 
fur 4^ rivage , les repoufle ^ les oblige de 
s'éloigner , quoique toujours fupérieurs en 
nombre, &lbutenus par le feu des frégates 
qui les protégeoient. Mais comment une 
armée de 8 à 9000 hommes répandue fuc 
la rive d'un fleuve immenfe, auroit-elle pu 
la rendre inacceflible dans toute fon étetv- 
due à 1 0000 hommes de troupes réglées ^ 

3ui , au moyen d-une flotte de 1 5 vailfeaux 
e guerre , de 30 frégates , & d'enyirpn 
I Ho bâtimens de tranfport , exécutoient fur 
le fleuve à la faveur de la marée ^ de la 
nuit des mouvemens continuels, & rapt- 
des qu'il ecoit irnpQ0it^e à^^ip^ uoupes.de 









: F R A K Ç O'I S £• Iffj 

terre de ptcvoir j^ d'obferver & de fuî vre ? 
Ces infatigables troupes n*avoient pas laide 
de. £iire race ^par - tout y de défendre ce 
rivage pendant plus de deux mois , prodi* 

§e incroyable de vigilance & d*aftivitc ! Le 
écacliement de M. de Bougainvitle avoir 
pafle crois mois au bivouac. 
^ Enfin. le 13 de Septembre, tandis que 
M*;de:Bougainville étoit occupé au Cap 
rouge i crois lieues au^eflus de Québec^ 
parles démonftrations d'uiie attaque, les 
Angloî; furprirent & forcèrent pendant la 
nuit un pofte aune demi-lieue de la Ville ^ 
& sy écabiirent avant lé jour. De Mont- 
calm accourt du camp de Beauport avec 
5000 hommes; il en trouve 6000 de dé- 
barqués, Se plein de cette noble ardeur qui 
avoïc toujours décidé la viâoire , il réfoluc 
de les attaquer , avant qu'ils fuftent en plus 
grand nombre. Dans cette aâion décifive 
Se meurtrière , il fut bleffé de deux coups 
de feu , & ce moment fatal fut le premier 
où la viâoire l'abandonna. 
. M. de BoQgainville ne fut averti au Cap 
rouge du débarquement des Ânglois , qu'a 
neuf heures du matin; ayant plus de trois 
lieues à faire, Une put arriver fur le champ 
de bataille qu'après la déroute. Il n'eti nt 
pa» moins bonne contenance , & fa retraite. 
Comme fa conduite dans cette pénible cam« 



ZJQ B I Ë NrlV A. I ^ A H C B 

pagne , juftifia jpleinemenr la confiance €fit 
m. de Montcaîqi avoîc en lui. 

Quoique blelfë oeiorcelkmenc , cebtav^ 
Général eue le courage de refier à cheval ; 
Se fit lai*mème la retraite de l'année foas 
les murailles de Québec , ou plutôt fur les 
débris de ces murailles que 1 artillerie An^ 
^loife battoit uns relâche depuis deux mois, 
il entra dans cette ville ruinée , donna fes 
ordres i tout , fe fit panfer , interrpgea le 
Chirurgien , Se fur fa réponfe y dit au Lieu-^ 
tenant de Roi Se au Conunàndant df Rojal 
Rouffilbn : ' 

» Mefliî^uts , je vous recommande de 
M ménager rhonneur de la France , & de 
i> tâcher cque ma petite armée puilïè fe re- 
» tirer cette nuu au-delà de la rivière 
» du Cap rou^e , pour joindre le Corps aux 
ff» ordres de M. de Bougain ville ; pour moi, 
f» je vais la pa0er avec Dieu , & me prépa- 
•> rer i la mort. Qu'on ne me parle plus 
» d'autres chofes ^ • Ce grand homme mou-' 
rut en héros chrétien lie lendemain 14 d<e 
Septembre à cinq heures du matin , & fut 
enterré fans fade dans un trou de bombe ^ 
fépulture digne d'un homme qui avoit ré- 
folu de défendre le Canada ^ ou de s'enfe* 
velir fous fes ruines 

. Parmi les guerriers qu'il a commandés^ 
l'un d'eux écrivoit du Canada en xes termes s 



/ 



JF a A N f Q I: s t» A71 

9» Jeiie me cofifolerat jamais de la pêne de 
»^ mon Général : qu elle eft grande .& pout 
» nous , poar ce pays & pour rEcac ! C croie 
^ an boft Général » un Citoyen zélé ^ un 
^ ami fbUde j un père pour nous tous. Il 
9> a écé jeoJevé au moment de Jouir du firuii: 
«t d'une Campagne <]tte M* de Turenne 
99 n'auroit pis dâavouée. Tbus les jours |c 
>9 le chercherai , & rous les jours ma dou- 
M leur fera çlus Wm ^ 

» Les ennemis que ce grand homme a 
p vaincus tsmc de fois , en rendront d'écla- 
9» cans téoio^nages ; 6l ces mêmes Sauva- 
i> ge$ qu'il a étoonés par des prodiges de 
»> conixaQce ^ de néiblution & de valeur , 
ft moiQ]3?eixiac à leurs enfans dans leurs dé- 
%> ùsts ifliiabités^ les traces de ce Guerrier 
tf qui les menpic a la viâoire , & ies lieus 
n où ils ont eu la gloire de combattre 8c: 
M de yaiaore avec lui. Ceft fur-tout dan» 
9» le cœur &t^ François que M. de Mont- 
M calm doit fe fur vivre. Notre Naâon qu'on 
9/ accuie d'oublier trop ai£iment les grands 
s» hommes ipi'elle a perdus , eft prohnidé- 
s9ment firappée de la more djs celui-ci, &^ 
99 lui donne les plus juftes lacmes «. 

Les croupes JPrançpifes qui avoient dé- 
fendu le Canada avec tant de courage pen-^ 
dant cinq années, défirant ^ever un monur 
ment à la gloire du Mariais ^e Montcalm 
leur Général^ M. de Bougainville , Colo- 



a,7t B I B K 1^ X t s A K c s 

nel d'Infanterie , employé éti Canada » ^ 
firère de M. de Boueàinville de TAcâdéniie 
Ftançoife , écrivit à l'Académie des Belles^ 
Lettres pour lui demander urïe épitaphe qui 
pût être pofée dans l'églife de Québec» 
L'Académie des Belles-Lectres envoya une 
épitaphe qui cemplfflfbic les defirs des troor 
pes i:rançoifes & les vœux de la Natiom 



qpaeaseaeaasass^ 



Voici un de ces génies bienfaiÊins i 
qui fe confacrant tout entier au fervice de 
la Patrie, dut à Ces recherches profondes » 
aux expériences les plus réfléchies, >& à foa 
ardeur inf \tigable pour le travail , cette pet* 
feâion qui! mit dans. l'Artillerie. Brave 
Officier, Guerrier intrépide. Citoyen zélc 
BQur la gloire de la Nation , le célèbre de 
lUuftre Jean-Florent.de Vallière, Lieute-»- 
nanC'Gcnéral des armées du Roi^ Grand' 
Croix de l'Ordre de St.- Louis, Direâeur^ 
général des. Enrôles d'Artillerie ;: mérire par 
les fervÂces éclatans , . une place parmi- les 
hommes illuftres de la France \ & par la 
folidité., Tutilitéde fes ouvrages , un rang 
diftingué parmi les Sçavans les plus éclai- 
rés de fon fiècle. . . / 
^ Le goût d$5. M. de Yallièife pour la guerre 
1^ déclara de bonne heure. Une inclination 
fisicrettc.leportoit au ferviccLd^ rActiUerie. 



Françoise: xjf\ 

S entra dans ce Corps en i(ï6 5 , âgé de 
1 S ans y & s'y conduinc avec cane d appli-i> 
cadon & de fuccès, que dès i(^S8 il fut 
fait, de fimple cadet, Commiflàire extraor>-> 
dinaire , & 4 ans après ^ Commiflàire or« 
dînaire d'Accillerie. 

Il travailla à des découvertes &c réuffic 
dans fes recherches» Il parvint non*feale- 
ment par fon génie , par fes lumières , par 
fes études; mais encore par fon zèle j par 
de fages règlemens y par (a vigilance , à cor- 
riger les. abus* Par des étabïidemens heu- 
reux il fit changer de face à notre Artille- 
jçie , & port^ parmi nous ce genre de fer- 
vice à fa perfeâion. Un feul trait fuffir pour 
faire Connoitre la capacité de ce grand Of«- 
iicier. Ce fut au. fiége. du Quefnoy , en 
1715 , qu'il commanda pour la première 
fois r Artillerie en Chef; avec 38 pièces de 
canon il éteignit en Z4 heures 84 bouches 
à feu que L'ennemi avoic fur le fîront de lac* 
caque. 

Le détail des fiéges & des batailles oà 
M. de Vallière a, été employé avec honneuc 
pour lui« &.avec. auviantage pour fa Patrie^ 
leroic. infinie II s'eft trouve à plus de^^ô 
lîég^Sy.-à {>lu$ à^^p batailles, & il. a reçu 
]^ atteintes & les bleifiires de presque cou- 
res les efpèce^ ^wm^ 
:M^ de Y^UièKe^ fi terrible ^ux ennenus ^ 
Tonu 11. S 



X74 BiSHVAlSANCE 

était. Alîïs le commerce de la vie le plus 
fimple f le plus doux & le plus cranquile 
de toBS les nommes. Plein de droiture , de 
candeur & de religion» il moumt en hérfs 
Chfccien âg^ de près de 91 ans. Encre autres 
enfans, il a laiue un fiU digne fucœ(Tèur 
de fes talent & de ks vertus. Son illuftre 
père eut la iatisfàâion de voir fon fils rui- 
ner , avec onze pîèèes de canon ^ ractitlerie 
formidable des ennemb au fiége de âer-- 
gop-asoom » & affûter aux François la vic^ 
toire à Haftembeck par rincelligence aveâ 
laquelle l'artillerie fut fervie* 

Au dernier fiége de Philisboutg en 1 7 3 4 , 
le jeune de Valli^re opèrent pour la pre* 
mièrâ fois ibus les yetOL de ion père. La 
batcerte qu'il commandoie attiroit tous lé 
firu des ennemis \ cette gtMe d^ boulas St 
dé bombes caufoit quelquefois àiss diftrà^^ 
ôons au jeune Elève* "Son père qui rôbfer-* 
voit y lui dit, du ton de l'amitié: t» Si teM 
» étiez bien occupé de ce que vous Eûtes 5 
• vous ne vous appercevetiez pas , tnon âls^ 
«ijde toutes ces^ cbofes^^là <*. j 
Y : Les vertus guerriàres4e ^e grand liôt¥im(| 
étdieht tourocinées par tlt^ défîntâ^êtônl^i 
toute épreuve ; k dû ititKeu dts -bailMfltêl 
il' mpportoit dans la fbei^té dtf^j Mt^ilïs 
douces èc pures qui en iîi^bîenr te fèhàf klf) 
"^ de tut que M* de^Foi^eh^Ue à dl/^ 

« »»• \ 

• ^ , • ^ •♦ 



ï 11 A W Ç O 1 1 S. ^ ijf 

De rares talens pour la guerre 
Xn lui furent unis au cœur le plus humain ; 
Jiifiœr le chargea de lancer fon tonnerre | 
*' Minerve conduifir (a maim 



l iiiL^t j» 



. L*H I S T oiR E qui fe glorifie de célébref 
hs hommes îHuftres , ne néglige que trop 
fouvent les hommes vectu^eux. Elle prodû» 
^e aux qualités éclatantes Tencens qui 
èft du aux qualités titiles ; Thumanité 
gémit de voir <le$ trophées élevés à la mé« 
inoire de je ne fçais quels héros qui lui ont 
été aumoins inutiles , tandis qu'on foule 
avec une dédaigneufe ingratitude la cend.e 
des bons Citoyens. 

De ce nombre fût Jacques-Claude-Ma-* 
rie-Vincent de Gournay , né à- St.-Malo 
d'un des plus conlidérables Négocrians de 
cette ville. Le jeune Vincent deftiné au 
cortîmerce , fut envoyé à Cadix dès l'âge de 
17 ans. Tout occupé de fon objet, il vie 
rÉfpagne en ôbfervat^ur philofophe. De 
retour en France en 1744 , il fut connu du 
Comte, de Maurepas alors Miniftre de là 
Marine , qui fentit tout ce qu'il valoir* 
Pour étendre les lumières qu'il avoir re- 
cueillies en Efpagne , il employa quelques 
années à voyager en Hollande > ^n AUemar 

S X 



gne , en Angleterre. Par-tout il recueilloic 

des obfervations , des mémoires fur l*ctat 

Mu Commerce & de la Marine. Ce h etoic 

S oint un Négociant , c'étoit un homme 
*Etat <^ui étudioit le génie , les facultés , . 
les befoms, les relations des difFérens peu-- 
pies de TEutope. 

^ Rempli des fpéculations qu'il avoit fai- 
tes, il s occupoit à les vérifier dans la pta*. 
tique d'un commerce étendu , fans prévoir 
qu'il étoit deftiné à en cépandre un |our la 
lumière en France , & à mériter de ià Pa-. 
trie le même tribut de reconnoiflànce que 
l'Angleterre & la Hollande rendent à la. 
mémoire de Jofias Childt & du granâ. 
l^enfionnaire Jean de Wit , les deux Bien- 
faiteurs de leur Nation & de l'humanité : 
comme fes talens & fa probité lui avoienc 
concilié l'eftime de tous les Négocians de' 
l'Europe , ils lui acquirent bien^tôt la con- 
fiance du Gouvernement. 

M. Jamets de Villebâre fon Aflbcié Se 
ami, mourut en 1746, & le fit fpn Léga- 
taire univerfel. Alors M. Vincent quiaa 
le commerce & prit le nom de la terre de 
Gournay, qui faifoic partie de cette fuc- 
ceilion. M. de Maurepas lui confeilla de 
tourner fes vues du côté d'une place «d'In- 
tendant du Commerce; M. de Machaulr » 
à qui le mérite de M. de Gournav étoic 
tum très-connu » lui fit donner celle qui 



Vàqiia en 1751 y. par la mbri dé MJ I^ 

Tourneur, de fut alors que fa vie devint 

celle d'un homme public. Sonu entrée au 

Bureau du Commerce parut ctw 1 époque 

d'une révolution. Il ne put voir fans éto^*- 

neçnent les entraves auon avoir données 

au commerce & à rinduftriç j par exemple : 

99 Que le travail d'un Ouvrier fût esçpofé à 

n des rifques & à des frais dont Thomme 

i> oiiîf étoit exempt; qu'une pièce d'étoffe 

» fabriquée fît un procès entre un Fabri- 

9> quant qui ne fçait pas lire & un Infpçc<- 

i> teur qui ne fçait pas fabriquer ; que llnf' 

?y pedeur fût cependant l'arbitre fouverain 

>> de la $>rtune du Fabriquant. Ces Statuts 

« qui déterminent jufqu au nombre des fils 

» d une étoffe ^ qui interdifent aux femmes 

>> le travail de la fabrication , Sec, Çes.Stii- 

9> tuts dont la rigueur ne tend qu'à décou* 

i> rager l'induftrie &c à lier le$ mains i dgs 

» malheureux qui ne demandent qu'à tra^ 

^ vailler ', lui parurent auili oppofés aux 

» principes de la juftice &c de l'humanité , 

»> qu'à ceux de Tadminidration économie- 

» que «, 



Il n'écoit pas moins étonné de voit le 
Gouvernement s'occuper à régler le cours 
de chaque denrée j interdire un genre d'in- 
.duftriè pour en faire fleurir un autre 9 affu- 
Jettir à des gênes particulières la vente, des 
provifions les plus néceffaires à la vie -, dé-. 



/ 



Undvé de faire des maf^uns. d'une denr£t 
donc la récolte varie tous les ans , & donc 
la confommation eft toujours a peu près 
égile; défendre iaforûe d'une denrée fa* 
jette i tomber dans raviliflement & cix>iro 
i'airurer Tabondance du bled en rendant la 
condition du Laboureur plus incertaine Sc 
plus malheureufe que celle de tous tes au<« 
CTi^s Citoyens* 

Les maxiines de M. de Gournay le 
réduifoiçnt toutes pi cetle«<i: » Que dans 
i> le commerce abandonné à lui-même» il 
•» n*eft pas poffible que l'intérêt particulier 
•> ne concoure pas avec l'intérêt général » 8c 
9> que le Gouvernement ne doit s en mêler 
» que pour lui accorder au befoin fa pro^ 
•»teâ:ion :& fes fecours^'. Tel. eft le fyftê^ 
me qu'il développa dans fes écrits , & qa'il 
foutint avec la fermeté la plus x;ourageu(e 
jttfqu a la fin de fa vie* 

'Soi> zèle pour le bien public lui înfpîna 
le deflein de vifîter le Royaume , pour y 
voir par lui-même l'état do Commerce & 
des Fabriques, ce qu'il exécuta. 11 s'arrêta à 
Rennes pendant la tenue des Etats de 1 7 ^ , 
& c'eft i (on iéjour dans cette ville qu'on 
doit en partie Texiftence de la Société éta-^ 
blie en oretagne pour la perf^^ârion de 
l'Agriculture « des Arts & du Commerce. 

Les fruits de fes voyages furent la réfor- 
me d'une infinité d'abus , une <:onnoiiIàncc 



> F H A" N Ç O î 5 1. 179 

îèe f état des provinces , plus sûre & plus 
capabb de diriger les ûpéricicms du Mf- 
niftère , une appréciatkm «plus exaâ:e des 
plaintes & des demandes ; la facilité pro* 
curée au peuple 8c au fimple Artifàn dé 
faite entendre leurs voix fouvenc étouffées 
par des hommes intéreflés , de qui ces 
malheureux dépendent^ enfin Témulation 
nouvelle qu'il fçavoit répandre par fon 
éloquence perftubve , par la sietteté de Ces 
idées j 8c pat rheureufe influence de fon 
zèle patriotique* 

Mais un tal^t fans lequel fon zèle eût 
ité in&ttâueux , fut celiit ce ménager Tor'-» 
gueil 6c les prétentions des autres , d'écar- 
rer tous les ombrages de la rivalité 8c tous 
ies dégoûts diine tuftraétion humiliante» 
11 lui eft arrivé fouvent de faire honneur ^ 
des hommes en place des vues qu^îl leur 
.avofc communiquées ^ il lui étoit égal qtre 
ie hkm qui sopéroit vînt de lut ou d'un 
autr«; il a eu te' même défihtérellement 
|>out les manufcrits qui font télkéé de lui ; 
>& Ton f voit (on indifférence pour toute 
réputation littéraire ; mais ils tfen font pas 
«nôios précieux du c&té de la compdii* 
tiom ^ ' 

Pesant )ttfqifà rimpomintté lorfqu'it 
s^agiffbit du bien pubhc , aucun de no& 
Coion;!^ n'a ibliicicé avec autant de zèle que 
Ui / la tibefté d» comnaerce des vaiiTeaus 

S 4 



iSo B I « K » A t s AV c t 

neutres dans nos Colonies pendant iàgttn^ 
re; fes follicitations étoient d'autant plus 
vives, qu'il ne demandoit rien pour lui. Il 
eft mort fans aucun bienfait de la Cour. 
Les pertes qu'il efliiya fur les fonds qu'il 
avoir laiifés en Efpagnë ayant dérange fa 
fortune, il fe détermina en 17 j 8 , à quic^ 
.ter fa charge d'Intendant 'du Commerce. 
Des perfonnes en place lui proposèrent de 
foUiciter pour lui les grâces du Roi , il ré- 
pondit : >» Qu'il avoit toujours regardé de 
iy pareilles grâces comme étant d'une coit- 
es} féquence dangereufe , fur-rout dans les 
» circonftances qù l'Etat fe trouvait , Se 
» qu'il ne vouloir pas qu'on eût à lui re- 
V procher de s'être prêté à des exceptions 
.» en fa faveur <«. Il ajouta qu'il ne fe cr^roit 
pas difpenfé par fa retraite , de. s'occuper 
d'objets utiles , & il demanda de confer- 
ver la féance au Bureau du Commerce, 
avec le titre d'honoraire qui lui fut accordé. 

M. de Silhouette qui avoit pour M. de 
Gournay une eftime qui fait l'éloge -de 
l'un & de l'autre , ne hit bas plutôt Con- 
trôleur-Général , qu'il réfolut d'arracher à la 
rétraite un homme dont : les tâlens &c le 
zèle étoient (1 propres à féconder fes vues; 
mais M. dé Gournay étpit déjà atts^qué de 
la maladie dont il eft mort. 

Une gloire bien perfonrielle à cet hom- 
me iUuftre , eft ^elle d- toe vertu à; toute 



«pteave ^ l'ombre même du foupçon n'en 
a jamais terni réclac. Appuyée fur un fen* 
riment profond de juftice & de bienfai- 
i^nce , elle a fait de lui un homme doux ^ 
modelte, indulgent dans la fociété , irrépro- 
xrhable & même auftère dans fa conduite 
& dans fes mœurs ; mais auftère pour lui 
leul , cgal ôc fans humeur à T^ard des au- 
tres ; dans la vie privée , attentif à rendre 
heureux tout ce qui Tenvironnoit ; dans 1^ 
vie publique , uniquement occupé des 
profpérités, de la gloire de fa Patrie Se du 
bonheur de l'humanité. 



iw ,n .'■' 



Ju L I E N le Roi , né à Tours ,. fit paroî- 
tre dès fon enfance un goût fi décide pour 
la méchanique , qu à lage d.e.i^ ans il fit 
de lui-même. de petits ouvrages d'horlor 
gerie. Il vinç à Pans, ég^la bien-rtôt & mê-. 
me furpalla . les plus jgrands maîtres dan^ 
cet Ar^. Graham , le plus célèbre Horloger 
d'Angleterre^ rendit juftiçe.à TArtifte Fran-' 
çois. M» de Voltaire parlant un jour à M. 
le Roi le fils , lui dit : *> Le Maréchal de 
^> Saxe & votre père ont battu, les An^ 

99 glois <». ' -^ . --.j . ' 

Ce grand Artifte n'cpoit pas feulement 
recomnundable pour fon talent, il l'étoit 
encore par toutes le&^ver^s qui, caradén-. 



fent le bon Citoyen. Son nlatfir écoît éé 
cultiver les tatens naiflkns de fes oavnexs , 
de les aider par fes bienfaits ^ autant quie 
par fes lumières* 

V N noble Se généreux défîntéreflfêmenc 
met le comble aux -vertus Militaires. Cette 
élévation d^ame caraélérifa toujours la va- 
leur du foldat François. 

Les Anglois venoient de remporter dans* 
le Canada un avantage confidérable fur les 
croupes Françoifes. Le Capitaine Young , 
Officier dinftingué parmi les Vainqueurs y 
n^écoutant <jue ion courage , fe trouve eii- 
fôrmé dans un endroit marécageux , &: y / 
eft pris pat les Sauvages. Ils ^é traînoient 
dans Un lieu écarté pour le tuer & lui en-* 
lever la chevelure félon leur barbare cou- 
tume', lorfquun Grenadier Franco» ac- 
courut à fon fecours» Ce ne fut qu'après Ats 
altercations ttèç-vivés «& tr ès-opiniâtrçis , qii^ 
rjntrépide Aiiglois fe yit hors dés mains 
de fes bpptefleurs. Yonrig veut alors don- 
ner à fon Libcrateut runique marque de 
f econnoidance' qui foit en ton- pouvoit, il , 
lui oftke fy bourfe dans Jaquette il y avoit* 
àix guinéés^ JLe Grenadier la refitfëo|>iniâ- 
ttemenr en lui dffîdnt qu'il ne recevoir rien 
que du Koifbttin:âti:e. Son Gcnééfl ccpcn&^ 



F R j^ Iff Ç O t » EÎ 185 

'^Uuit » le Chevalier de Lévi , foUiifté par 
le Capitaine Younç , lui ordonna de la 
prendre ^ le Grenadier s'y détermine alors , 
uniquement pour ne pas gâter un craie d'ha« 
xnahicé par un aâe de défobéiflànce. Ce 
£ai€ eft rapportée dans la Gazetce Angloife 
du 11 de Septembre. 



■ I l i i ti g^» 



Les Volontaires du Régiment de Cham- 
pagne fe diflinguèrenc beaucoup dans les 
différentes afFaires de parti où ils fe trouvè- 
rent. Le fieur Georges , Sergent , fut fait 
priifbnnier dans la forêt de Sababor^ en 
manœuvrant une pièce de canon à la Rof- 
taing. Les etinemis qui n'en connoilïbieht 
point encore Tùfage , employèrent promef- 
fes y préfents , menaces , tout enfin pour 
Ten^ger 1 leur en montrer la manœuvre. 
Rien ne fiit capable de Tébranler. Le Prinf- 
ce Ferdinand, touché de fa fidélité, en ia* 
ferma le Maréchal de Btoglie , qui en renh 
dit compte à la Cour. S.-M. récompenfa cp 
brave homme 3 en lui accordant une peitH 
fion. 



<^ar 



A la Journée de Rhinbeig, fe Marquis 
dePecufo d'Elcars^ Colonel jda Régiment 



JLt4 BlIKFAlS A KG B 

de Nonnandie» hUttè d*un coup de feu £ 
de plufieurs coups de fabre , etoic tombé 
encre les mains des ennemis ; fept foldats 
du Régiment l'en tirèrent fort hieiireufe- 
ment. Pierre Mathurin Malte, dit la PrcJJe\ 
ma un des Cavaliers qui emmenoient ion 
Colonel. Emeri Alary y dit la Fortune-^ 
donna un coup de bayonnetce à un autre 
& lui fie lâcher prife* Ces deux braves 
furent les feuls que le Marquis de Pérufe 
eut à récompenfer , parce que les cinq au-* 
tre^ périrent dans Tamon. 



Comme l'afiàire de Warbourg fait 
répoque dans les &ftes du Régiment ^e 
«tiourbonnois 9 nous rapporterons ici la 
"Copie de deux lettres qui en perpétueront 
•i jamais la mémoire. La première eft écrite 
par le Maréchal de Belleifle' au Comte de 
-Valence; lafecc^de eft la réponfe du Ma- 
féchal de.Broglie à ce Colonel, qui le 
cpréSbit vivement, au nom de fon Régi- 
rent, dejle. tirer de Caffel, «oùon Tavoit 
envoyé pour fe rétablir, & de l'employer 
le refte de la campagne \ les Officiers & 
ibldats préférant 3e lervîrtaiis tentes ni 
équipages , plutôt que de refter dans l'inac- 
tion. C'etf d^a^ès cette legArcrv 4^- carac- 
:cérire;parfaitemeQt lelpntda Corps, qiie 



le Maréchal de Broglie fit dîftrîbuer des 
tentes, da linge, des marmites & autres 
uftenciles au foldac, &c lui eavoyalordre de 
joindre l'armée. 

hettre du Maréchal de Bcllcijlc au Comte 

de V'aUncet 

j> l'ai -reçu, Monfieur, la lettre que vous 
*> m'avez tdxi Thonneur de m'écrire , pat 
9» laquelle j'apprends avec un fenfible pfai- 
» J[ic que la Dleirure que vous avez reçue à 
» la malheureufe affaire du 31 de Juillet, 
«» ne fe trouve. point daagereufe* Je vous 
9> fais mon compliment de tout Thonneut 
M que vous vous y êtes acquis , ainfi que le 
» Régiment de fiourbonnois, qiù ne pou^ 
tovoit manquer de foutenir la réputation 
>» diftinguée dont îl jouit à jufte titre de- 
3> puis qu'il exifte. Je regrette de tout mott 
91 coeur M. de la Merlière , & fuis vérita- 
yy blement peiné iju'il y ait un auflî grand 
>• nombre d'Officier tués ou bleffés. Je vais 
^ en attendre l'état détaillé , ainfi que la 
» perte des foldats avec bien de l'impa- 
*ip tiençe. Je ne manquerai pas dé rendre 
•> compte au. Roi de tous ceux dont vous 
»> me parlez, afin qu'ils reçoivent dans le 
>9 tems des marques de la fatisfaâion que 
» S. M. a de leurs fervices. Je m'occupe 
•9 aduellement de tous les moyens poUir 



X%6 Bl£)«TAl8AKCB 

s> bles de vous procurer y Se k tous les Ré« 
I» eimens qui ont le plus foufFerc, tous lest 
91 lecours dont ils ont un preilanc be« 
9> foin (^ 

Réponfe du Maréchal de Sroglie au Comte 

de Valence. 

>j M. le Chevalier du Muy , MonfieurV 
» ne ma pas lailTé ignorer la manière donc 
)» le Régiment Bouroonnois a combattu le 
M 3 1 de Juillet. Je n'en attendois pas nioins 
s> d'un Corps qui avoir tout à la fois foit 
» ancienne réputation à foutenir ^ & votre 
»» exemple à iuivre. Je fuis donc bien éloi-* 
I» gné de vouloir le laiiler fur les derrières ^^ 
>» ou dans les communications , j'entends 
» trop bien mes intérêts \ mais comme il 
n manquoit de plufieurs chofes eiTentielies^ 
n j ai pris le parti de l'envoyer pour quel-- 
>» que-tems à Ca(ïèl , où j'ai déjà donne des 
a» ordres pour lui faire trouver ce dont A 
I» a bcfoin pour le réparer^ Soyez perfoadé 
• que cet <»)jet rempli ^ je ne perdrai pas 
•» un moment à le rappeller ^ & à l'em- 
n plojrisr dans routes les occasions où il y[ 
a» aura de la gloire à acquérir , &c «*• 



FHAMÇOISB. IS7 

Au Cotnbat de Oloftercamp où le Ré- 
;îtnenc d'Auvergne s'étoit paniculièretnenc 
liftitigué . le Chevaiier à'ktCzs , Capitaine 
^ans cet iiluftre corps , s*étanc avancé pen- 
dant la nuit , pour reconnoître le terrein , 
fiic faifî par une troupe de Grenadiers An- 
glois embufqués pour furprendre 1 armée 
Françoife. Ces Grenadiers l'encourent» le 
menacent de le poignarder fur-le*champ 
s'il fkit le moindre cri qui puiflè le faire 
cTéeôuvrk^ Ce généreux Curtius François» 
fous la pointe de vingt bayonnettes » (è 
dévoue pour le falut des fiens Se pour la 
gloire de fa Patrie. »> A moi Auvergne ^ 
$y s'écriè-t-il y ce font les ennemis <«. Ce 
gtand homnie tombe à Tinftant percé d« 
teht coups. Ce brave & iiluftre Officier 
Joignoit â une ame forte » oui feule faic 
èntréprendte de grandes chofes, Teforit le 
plus péttétrat^t 6c Ui plus grandes difpo-. 
miàns boni fi guêtre; 

On Içait qute le Régiment d'Attvergne; 
inftcuit par ce moyen de la préfence dei . 
ennemis » foutiiic leur premier efForr. les 
repoufla, St quiî s'en fuivit Une viftoinc 

complette. 

,•••■••.•-• ;•..'■•, 

, . , f I .^ ' r - . . . V , (• 



l88 BieMFAlSAKCl 



' U N Caporal de la Compagnie de Col» 
leville au Régiment d'Auverghe , ëtoiç 
refté fur les derrières le jour de la marche 
de l'armée de NeulTi Meurs; il joint fa 
troupe le foir , veille de la bataille , & re- 
çoit le lendemain un coup de (ufil au tra- 
vers du corps. Deux de fes camarades blef^ 
fés comme lui , mais moins grièvement ^ 
le portoient à Meurs. Cet homme prêt à 
expirer leur difoit : ») Mon Dieu , que je 
>» fuis heureux d'être arrivé hier au foir ! cr» 



A TafFaire de Cloftercamp, le nommé 
Claude-Antoine Jacob , Caporal de la 
Compagnie du Chevalier de Spens aa 
mcme Régiment , ayant un jambe caflëe 
d'un coup de fîifil ^ tombe , fe traîne â une 
maifons voifine y fe relève en ^'^ppùyaac 
furie mur , & recommence alors à le fervir 
de fes, armes , tant qu'il lui refte des car- 
touches & des forces. ... 



■ € ■ II '- I ■ " Il i II i ' 

Le nommé Dupont, natif de Cambray^ 
Caporal de la Compagnie de la Borie » 

étoic 



{toit détaché aux équipages qu*on avoit 
laitlés à Meurs. \\ entend le ' feu de la 
inoufqueterie , apprend qu'on fe hat^,& 
demande la pertnilfiôn de venir joindre (à 
Compagnie. «Mon' Capitaine, difoit il,, 
jî eft aux- ChafTéurs , la Compagnie eft à 
sf préfent fans Lieurénant , fans Sergens > 
99 fans Caporaux , & elle a beaucoup de 
9»fetrues qui pourroienc faire quelque 
ïtéhofe d'indi^iie du Régiment d'Auver- 
» gne ««.On lui accorde fa demande y il 
yole & arrive au milieu de l^iétibn. Il 
B*etk pas be(bin d'ajôtrtet ' qu'il fë comporta 
avec la plus grande bravoure. 



* 



M* de S t.-Firmin^ Capitaine,. défen doit 
tin débouché lavée dft foldats qui lui ref- 
totent de fa Compagnie. Une colonne s'a- 
vance à lui; irïî'eii éft pas ému j il tient' 
ferme & fe fait tuer fur la place \ toute fa' 
petite trçtrpe" à' fe mciiie fort, iln'^y a pas 
un feut de ces braves gens qui yfeùille fe 
retirer oi? fe tttil^'rêJ Les jpfficlets Angloirf' 
piifontiiôts qùï.ravoient vu çonçibattrey en 
pàrioient avec êiitlidui(iàrme. . 



1 1 » ■ I ' 






/ i 



*. « 



" a fn'ii 



Tom. Il* 



BlBM»,A.I«AMCB 



.M. PoîteTm.'aloES Seigent, Se depuis. 
Porte-drapeau , avoît été commandé, pour 
hiat entexiet les morts pendanc que le. 
Régimem défiloit ; il ^acquinoit de cç 
criue devtùr : quelques foldats (e difoienc 
eiurc eux en paflâiii : » VaiU nos pauvFes. 
» camarades. -T-Eb bieo, mes amis, leur 
>> dit Poitevin , pourquoi lesplaiesez-voiu ? 
» its ODE battu les ennemis , Jonr morcx 
nies armes i U main -, ne font-il» jms 
t* heuteiix î 



».Da.ms l'affaire .qui. fc: pa0a devant 
M Qijcbêclfc z8 AtiH, .f ai perdu, dit M. 
». de Rourtel , le méillêurde mes frères & 
» le plus vrai de mes amis. Auffî étroite* 
■ menu unis par le fentiment «Joe par les- 
«liens du fang, notre amirif n'^ janms. 
» fouffert d'alccration que dans les mb-; . 
» mens, oii jaloux du bonheur d'ctre un- 
» les à la Patrie, chacun de nous cbercbtnt, 
Ma iixér en ia faveur 1^ choix «l'un père 
» qui ne vouloiï làcrifiér' qu'une partie de" 
» lui-même à fon fervice. La préférence que 
» mon frère a obtenue m'a &it douter plus 
» d'une fois que mon père nous amiâc 



vF.ii 'AH ç e I S c; . ^^t 

-«.^^IfOnetit tcnè ks^en. Pourvu - d'une 

^ il a tnémé psr h taiçon diftinguée avft 
^Milax^le a a.ibrvl dans ce C0t|>Si ï«i 
^ çftiine'& mes cegiiecs.'^* .t 

Puiflent dss; fôntiiwens auffi t^récifiiterv 
être adoptes dans toutes les familles ! Puilfe 
l'impreUion de. tels exemples faife revivre 
entre frères cette tendre Union , cette ami- 
.itié confente ^ Sfcutee 4u boithelit <le la 



( 



' . ■ . . . . . , 



L E Mwéchal de BeUeiile joîgnoîç,' a^x 
talens m.ilij;aire$, le plus grand zèlç pouç 
M IfagJ-às des Sciences aç des Arts. Après 
,ii¥CHrM0mré âla ville. de Metz letabliC^ 
/i^m^nf .4'*tt CpUége. Royal , fous le «om 
jU ^(^ Ljoms \ oy lu |eune noble({e i^eçaic 
^ne édttcacioii diftinguétf, i\ domina cette 
jMinée Uiif nouvelle preuve de £i bienfai- 
:l^nce k.c^xû viUe. Let Roi lui avoir accordé 
aiH mois de Juillet de Tamiéé . précédentes 
^^s Lettreis-Patentes pour la création ctune 
Société .Royale 4«s Sciences .& d^ Art» 
ique €€î Mi^iftre a généreufement fondée 
jkii«m^mi$« Il ât prélat d une fomme de 
.^iQ:iôi tiv.^, qui forme à perpétuité pne 
MQkte annoetU de 5000 Iiv« applicable aux 
k^QmkSfi À i'tntEeuiçn de la Société. Le 



i^i B II M ï A I s /A M e B 

iwc de cettfe Académie eft des^occnper'eâW' 
tiellement de tous les objezs. économiques 
6c de s'accacher à perfeâionher les Âr» 
Atiles. Le Roi j en erèibrivanc robjèc. de fi» 
travaux , lui accorda: les mêmes privilèges 
qa^aux Académies de ht Capidde» 



' Un': Citoyen refpeâàble , qu'on peut 
dire favoir manier ' également lepéel ^ Ja 
plume & la bêche , n'a pas dédaigné y 
comme ces anciens "Généraux Romains, 
de fe.reppfer à la. campagne de fes travaux 
luîiitatîres , & de faire valoir fous fés yeux' 
tés terrei dont il eft en pofleflîon. 

En i7}7 , le Marqiiis de Turbiily héri- 
ta, par là mortde loh père, d*uipe cette 
^Sez v^fte fituée en Anjou. Il n'y avoir 
"<ju'ah quart dés fonds ^ult4vés , encore 
'cette partie Tétoit-elle médiocrement; le 
^efte étoit abandonné & couvert de temps 
immémorial de friches , ; de landes & de 
«bniycres:;'les prairie^ étoient devenues des 
ttiarais , les vignes étoient ruinées , & les 
1>dis rabougris, le tiers des fermes* de la 
principale ParolHe étoit vacante , fàa te dt 
trouver dès Fermiers. Les habitant étoient 
la plupart très- pauvres , ils ne recueitloient 
jpas àuez de bled ou d autres grains pour 
te nourrir fix mois; écHs étoient deveiuib 



. F 11 A ,KTÇ^o I.S ^.. ' 195 

&.fainéans, que pluc&c de cultiver leur^ 
£p(nds , ils alloient mandier pendant les (isq 
autres mois de rannée' dans les pays cir-^ 
convoifins $ 6c même «à trente lieues au? 
delV^ jufqu'à Chartres. 

Touché de 1 ctat déplorable & de^, lieux 
& des habitanSjM.de Turbilly réfolut de 
]:animer tout ce pays. . Quoique militaire^ 
fon efprit s*étoit porté aux connoiflances^ 
néceiTàires fur rÂgriculture. Il satcacha 
dabord à extirper Tefprit de faipéantiife '&; 
le goût de mandier des habi tans: de: fes 
terres* Il annonça qu il alloit chaque annéq 
procurer de l'ouvrage à tous ceux qui n'en 
avoient point , hommes, femmes & enfatis 
aurdellùs de lage de 7 à S ans >. i, condi- 
tion quils ne aenianderoient plus l'aumô*; 
ne« U fit faire une lifte de ceux qui ne pbu« 
voient tavaiiler, & leur dopna la fubfii* 
tance. Une quantité prodigieuie :de gibiei( 
dé^aftoir tout le canton , il en détruiut une^ 
très-grande partie, & commença fps défei-; 
chemens au mois de Juin 173.7. 
. Cette première ép^reuve réuflSt , &:. la 
récolte fut très-bonne \ il fut ég^ement, 
heureux les années fuivantes^ il fit Elire, 
des chemins » des; ch^tutl^es > ^^çheta des 
moutons^ fit femer..4u lin,, & fipuinît à 
éler pendant Thy ver a toutes les finnmes j^ 
il faifoit marcher plufieurs travaux à la fois.^ 
En V^4ô il fut en, etai; d'aiigmentcr cîe do;- 



if4 B I X V FA t s À K è B 

tneftiqnes » et teufs', de laboufa^e 8c de 
Beftiaiix et toute efpèce. Tl perfe^ionna 8c 
multiplia les outHs cTAgticutriire > fbntta: 
des pépinières, fit venir dçs diffêrens pays? 
des arbres de.toucç efpèce, planta des vi*^ 

S nés & des bots, form^ des h^yçs^ drelTa 
es potagers , répara les bitimens & en 
conftrùîfît de nouveaux. Tout profpéroit 
en.tre les mains de ce gâncreux Seigneur. 

En 1741 ,;H fur àm\^é pour le fervice 
thilitaire, de fe tranfj^ôîtër en Bohème 6t 
en fiaviète. Afin mé rien ne foqffric de 
ion abfence , il laifu fes inftruâions a un 
^omeftique fidèle qui continua li^s dtfi^tens 
travaux de hs diéftichemens. 

Lôrfque la paix fiit rétablie dans ITuro-J» 
fe, il revint préfider lui-même à fes en- 
freprifes , *t leur dbhna une nouvelle vi- 
gueur Il planta des mûriers blancs ^& dans 
k fuite il éleva des' vetîf à foie , qui ont 
parfaitement réuffi. Il changea Teftèce des 
moutons , en faifant venir des béliers de 
ïlandres. Il préfenta un fpçdacle nouveau 
i cétt^^ contrée , en faîiant parquer (es 
•inoutons , . & introduifit par- là un ufage 
utile , 8c aiix terres 8C aux animaur. 
^ Qu'on rie ff imagineras que cer excellent 
citoyen JA'eût en viièque fon propre intérêt j, 
il vouloir ranimer dans tous les cicurs 
l'aînoar du travail. & db Pagficulture. Il; 
excitoic fes voifins à' nnitér foa eiemple»' 



sfytitûifrok des iecoars de gitems & dlirgent 
aux Payfans , pour les engager i Ëike les 
mêmes effais , Se i k procurer par leurs 
mains y les biens donc ils étoienr privés» 11 
leur monrroic les tréiors enfouis dans ta 
'Retire ». & les invitéie i les par rager enrr'éuse* 
U dônnoic des récompenfes à ceux qui 
ie diftii^otenc , & acc6fdatc une gratifica- 
tion pour chaque arpent de terre qu'on 
défricnoit. 

En? 1754 j il fit publier qu'il- diftribue- 
toit tous les ans' deux prix d^agrkulturc ; 
l'un à celui qui auroit le plus beau fix>ttient ; 
l^autre à celui qui recueuleroit le plus beau 
feigle. Ces prix confident dans une femme 
d'argent aflez confidérable , & dans une 
médaille d'argent. Ges prix font difttibués 
tous les ans après la Grand'Meffe Pa- 
f oiffiale. Ceux qui les obtiennent portent 

Î rendant une -année leut médaille ' attachée 
' la boutonnière avec un ruban verf. Ils ont 
iine place honorable dans un banc fitué 
dans le chœur de l'Eglife» 

Ce^e infticution a produit une émula* 
tion étonnantse parmi les* habitans. Son in* 
tention eft d'en établir encore pour drffé- 
Irentes produftions ; & afin. <fe fevorifet 
davantage la population , il doit accorder 
àes granfifeatiohi'^uS^'^^^^ fclonr le 

noittbre de Uutf s ^eifi^. TôUrte pays » 

T4 



1^ B r s N y A f s À K e f^ 

autrefois ftérile & inhabité, eft devétitltiii 
lieu fertiU & très*péuplé* 

Le Mar<}uis de Tutbilly. , inoti contenc 
d*avoir pratiqué , a voulu encore, mettre à 
ponce tout le monde de fes leçons. miles 
fur les défrichemens. Il a communigiié aa 
Public le ^éfult^t de f^s recherches -& de 
fes fuccès, dans un volume in^ii , qu'il a 
fait impritiier« 

M- Bénin , Contrôleur -Général des 
Finances , ayant feûti C0u$ les avantages 
que pourroit procurer à U Nation cet ôih- 
vrage fur les défrichemens ^ crut devoijT- 
l'envoyer à tous les Imendans des Prpvinr 
ces , avec la lettre luivante du a 6 Avril. ^ 

nMpKSlBURt 

»> J ai rhonneur de vous adrpfîer un 
»> livre qui ma paru très ^ utile fur la . 
»» pratique des defcichemens j c'eft j ou- 
3> vrage d'un excellent Citoyen qui s'eft 
» applique fingulièrement T favorifer l'agrir 
j»> culture dans (qs terres. J*apprendrai avec 
V plai/ir les progrès que de pareilles amé- 
91; iio^atîoiis pourroient fafre dans votre 
^ Généralité. Je vous, prie de m'eA faire 

.": L'Aiflceur citoyen préfema fon ouvrage à 
PAç^énaie;Royaï(^,^^ i &, Ç^W 



F a A H ç o 1 s V. 197 

Compagnie crac, ne pouvoir mieux lai té- 
xnpigner fa reconnoiflànce pour ce préfenc , 
Se le cas quelle faifoic de Tes lumières, 
^u'en lui accordant Tentcée dans fes Âflem- 
blées^ en qualité de Correfpondant. 



Au feùl nom du Grand Corneille , tous 
François eft pénétré d'eftime & d'admira- 
tion pour ce génie , un dés plus fublinu» 
de Ton (lècle y mais plus grand ennore par 
cette force d ame , cette droiture 3e cœur 
ce refpeâ Se ce zèle pour la Religion , dont 
il donna des preuves éclatantes dans les 
dernières années de fa vie » en un mot , par 
fes r^rets (incères 8c touchans du tafte 
abus qu il avoit fait de fes talens. 

Un petit -neveu de ce grand homme 
fe préfentadans la fituation la plus affli- 
geante. Sans avoir les talens de fon oncle > 
il n avoit de lui que I^ nom Se les vertus. 
Son indigence extrême. &. fes malheurs, 
excitèrent de toutes parcs t^'^ttendriffement^ 
& la commifération. Les Comédiens eut«- 
mèmes s'emptefsèrent de témoigner leur 
reconnoi(ranc^. i la mémoire An ^père' du 
Théâtre François , en fe dépouillant en 
faveur de fon petit-neveif i du pstodàié d'une 
repréfentation de Rodogm^». Sans, approu-*^ 
ver leur d^ngereufe profe0ion > on ne peut 



^^a BlE19PAl$All€E 

cepettJam refoier les }ttftei i\o^<€p!Com 
^otr a la» généreux procédés* C'dlb coiDme 
Jiomines bienfsûGins que nous les enViik«* 
geons ki , 8c qolU méritent d'occaper une 
place dans tes ÊiAes de l'humaoifié. 

Jean • François Corneille, malheureux 
dès le berceau , n'a pas même eu lavancage 
de recevoir l'éducation la plus commune. It 
laie feulement lire & écrire» il vivoit à 
Evreux dans la misère & l'obfcarité, lorT- 
qn'on lui appm qu'il avotc dans M. de 
Foneenelle , un couda célèbre , qui pouvoîc 
par lui-même , ou par fon crédit , changet 
Hm état déplorable. Il vînt à ^àris dans 
cette e^érance; mais par malheur Fonce^ 
aelle étoirâgé de pfès de, 97 m$ rfa mé^ 
moire ne le feriioic plus av^e fidétité. Jean-^ 
François sVnnonça:chealui comme petite 
^h de Pierre Corneille» Fontenelle 6C tous 
ceux tfà Tentouroienr y crièrent à l'im- 
pofture , parce qu'ils: confondoient Pierre: 
Corneille le Poète , donc la poftériré étoit 
éteinte , avec Pierre Cà neille , Avocat Se 
Secrécûce de la Chambre du ftoi » ^rand« 
père en elFei de Jean-Fiançois. Cemi-ci» 
^i n'a^t jamais lii les ouvrages de (on 
oâcle, ni mèttie 'entendue parler de lui que 
vagusmfénr ,: i^'étt^it^ pas «nt éttft de faire 
eette xKftinékîon. Une put donc détromper 
ton parent , qui ne lui fit aucun bien ^ ^ 
penqane fa vie » ni après fa mort. 



; 



VofÈVSnMt ayant terminé fa carrière en 
»757 , té^ fcelUs furent appofcs fur fe« 
effets , & i on procéda à l'inventaire* Jean-» 
Fiançais , M àric-^Françoife , & Marthe Cor* 
neitie fev fours y furent prëfens. On pro- 
fèfta contre là qualité d'héritiers qu'ils pri- 
rent On fit affigner enfuite tons les parens , 
& )è 20 Mài'<të la même année , intervint 
une Sentence rendue par défaut au Châte* 
lét de Paris , qui ordonna ^exécution du 
teftament que M. de Fontanelle avoir fait 
en faveur de. Mde de Montîgny fa plus 
proche parenté du côté paternel , des DUei 
ée Marfilly & de Martaînvîlle , defcen- 
d^ntès dt Thomas fon oncle & de Mde de 
Porgevîlte. Jean- François & fes ftturs ap- 
pellèreht'de cette Sentence, i 

Elle for confirmée par Arr&t du Parle-^ 
ment , & les^ Appellans condamnés aux dé- 
pens-: maîi urie circonftaàce qu'on ne doit 
pas oublier , c^eft que Içs Légatrrces univer- 
lelfes , contré lefqûelles on s'étoit déchaîne 
fi indécemment dhns un: Mémoire de 
l'Avocat des Comefllès; ^^ ftmmes «f- 
^ftables , payèrent tous les frais dti procès; 
donnèrent une fomme à , Jejirt-Françoîi & 
âfes fdbi^s^^qut fiirerit'pénérrçs de reconf 
npiflknce & ^admiration. ' ^ !^ * 

Le fecours que le neveu des rofAieiHés 
avoir reçu des généreufes héritières , ne 



JOO B I.B V;f Àr;I S ;A;J*1B t 

pouvoir foulager que pour un •^ems ' fa 
misère ; il rerotnba DÎenrôt dans Tindigenc^ 
Il n avoir pour roure reiTource , iqu-un etx^ 
ploi très - médiocre. M. Tiron du Tillec , 
ce ciro7en Ci noble, ^ fi yertueax , fi fenfi- 
ble y gémifloit de (on infortune. Comme 
fon âge & fes infirmités ne lui .permeç^ 
toient pas de faire de démardhes^ it^adre^ 
M. Corneille â M. Fréron » & le çt^tr^ea 
d'imaginer quelque moyen de lui être utile. 
Il vint dans refprit de celui-ci , de fpUicitei^ 
pour lui une repréfentation d*une des pièces 
de fon grand-oncle. Il en parla d abord i 
iieux ou trois Comédiens qui goûtèrent u 
propofition. M. tréron lui-tneme mena 
Corneille chez des perfonnes du premier 
rang & les plus propres à faire' réuffir ce 
généreux dellein ; , elles le r^urâ^t avec 
cette bonté &c avec tous les. çgards 4us i 
un homme qui ponoit un fi grand >nom# 
La demande de M. Fréron Jeur parut raif 
fonnable j & ce^ citoyen eftimable eut Iç 
plaifir de les voir faifir fon idée avec U 
zèle Se le fentiment qu'il avoit tâché dç 
leur infpirer. Lorfque M. Fréron vit c|ue 
tput étoit favprablement difpofé^it diâa 
à M. Corneille la lettre /fui vante , qu'il fiç 
tenir aux Çomeçiien^ auèmblés le, lun4^ 
.iMarsk. .' V!. 






- -sF 'R;A N- Ç- O I S H. joi 

M^M.ESSIBURS» 



» • r 



1» P^fi^etcez que- le iieveu du Grand 
P Çori^eiile reclame aujoard'hui en fa fa- 
t? yeitr,' ie;C^rpeâ donc vous, êtes péné« 
M cré^ pour ce père de votre Théacre. J'ai 
H eu le malbeur de perdre mes parens en 
9» bas âge^ & d'être privé de ledu^cation 
j» qui convepoic i ma nailTance. Us m'ont 
» laiile un nom illuftre , & Q*ont pu me 
» mfiîxfpfitkéx^t de le iÎHitenir. Je n'ai que 
» le foible mérite de -fçntir toute la gloire 
M attachée â ce nom. 11 eft gravé dans vos 
^ cœutS3;I\^.eflîdurs,avecde fi grands ca« 
M raâèresi de vénération & de reconnoijf- 
99 fànce , que j'efpère beaucoup de ces 
à» nobles.ifiitimens qui vous animent. Char-* 
29 gé d'une. femme & dune fille, j'ai vécu 
a> pendant cinq ans d'un emploi de vingt- 
9» quatre livres par mois ^ ce n eft quedu com« 
M mencement dex:ette année q[u'on m'en a 
9» donné un de quarante-huit livrer pas 
»> mois. Il nç m'a pas été poifible de 
» fubiilïer avec un revenu aulfi borné fans 
«» faire des dettes. Mes créanciers me per-- 
» fécuteni;, &;je fuis i la veille de fuccom* 
» ber à leurs pourfuites. Vous pourriez du 
i> moins , lylçffi^rs , adoucir ma fituation 
' •> i cet égard , en me cédant le produit 
p-d'une lepréfenutiun de telle pièce de 



)#t BriHfJ^ISAMCB 

» mon oncle que vous ji^erez â*prppos. Je 
n VOUS prie , Meflieufs ^ «de ml^ordet 
t9 cette erace qui me procurera une aiiànee 
tf pailagère , & i tous un honneur durable. 
i> Jfe ferois âché cependant de vmis £tiri 
5» tort , en vous- demandant tm des besrat 
* jours de votre fpeâacle. Je m'eftimerdi 
n trop heureot' , *£ voqs voulez bîeti pren^ 
jy dre un mardi , un jeudi , ou un vendredi 
9» pour jouer la pièce que vous aurtô choifie; 
f» 0c f é vous prierai de faite • mettre ixxt 
tr Taffiche que c'eft au profit d*tm neveu dtt 
» Grand Corneille. Je veux que txMite U 
n terre foie informée , îc de - votre Uë^ilait 
9$ ic de ma reconnoiâanc^. J*ai rkonnear 
9) d'être , avec la plus grande aduafitaiioti 
^ de vos talens &c •*• - * 

On atHx>it été attendri de Tiitoprfeffloit 
^e fit cette lettre fur 4és Comédiens. Plu-* 
ncftlrs en vei^sèrent des larmes. La détibé^ 
ration fixt lon^e & tumulttteufe , parce 
due chacun fe àifjMkoit 4'honneur de fouet 
dans les pièces qtfonchoifiroit.Ertfift^èit 
fe décida ^outKodotiuHe & les Pourge&ifis 
âtiftialhé. Cétte^ dernière ^"omédie en j 
aékés, eft peot-èrre celleoù il y a te j>lu» 
d'Aûeurs 6cr d'Aékric^ ; eîlef for préférée 
pouf cette raifon. Les- Comédiens etivoyè* 
ïèwt faf-le-charnp-imprirttet ei^grôs catac* 
tcres lannoînce fuivante -, qui- dès le joilt 
mcmçr fut affichée dans les foyers 8c ^êoM 
tout 1 intérieur de leur fpectade. 



F H A 91 f O r S E.' |0| 

. n Xes ComédieRS oodmaires du Roi^ 
j> pénéccés.tle refpeâ poark momoii^ d» 
» Grand Ccûietlle.» ont ctu ne potnroir ^n, 
99 donner, une preuve plus renmle , qu'en 
n accordant à bm neveu > feul • cejef ton de 
j» ce grand Wmme, unetepcéfifencadon* Ib 
» donnarbnr kmdâ ptodiain xo Mars , à 
i» fim pcoifit, Ràdogutt€ & les Bourgeoiftg 
$> de qualué «. Ib cépondifeoBC anfi à M* 
Cocneitie ûa ces cermes : 

)»Àf oiisiavii, 

^ U nous eft difficile de voos ptii»»* 
1» dte , & notre furprife d'avoir ignoré 
9s |ufqu*i » Hloment qui! exiftok un ne« 
M veu du Grand Compile , & notre faris* 
f» £u2ion en apprenant cerce nouvelle. Les 
«> acclaRi^tsoms les plus touchantes ont été 
s> d'abord l^s fenls inrerprètes de notre fem 
M fibilic3é« ftei^eutts de ce premier crouble 
tt d'une Joie impréwie-, nous n avons pas 
» héfjeéd'on mmatt à vous ac^ordet la re^ 
n {^réfencatton que vous fouhaitea Se qui 
» vous eft' due jsl liant de titres f mais pe^ 
i> mettez - nous ^ Monfi^ur ^ de n'àvoîir 
» a«cun:éga0d à Totte généreufe difcrétiom 
i» Vous votts êtes reftraint à nous dreraanddr 
19 un mar divan jeudi, ou «n ig^ndredr^ 
• nous nous croyons obligée de vbu<i cédet 
s> un de^nos^beaut jourc» U »c8é décidé 



)04 BisKtAiiAWèt 
«» d'une voix imamme dans notre aflem* 
m blée , que nous repréfenterions lundi 
n pochain , ro de ce Mois, à votre profit, 
s* la Tragé^e de Radogune j un des chefe* 
» d'oeuvres de Pierre Corneille. Nous vous 
» prions oufli , Monfîeur , d'accrater pour 
f> toujours vos entrées en notre fpeûacle , 
» d'y choifir votre place , & de l'occuper le 
•> plus fouvent qu'il vous fera poffible. Nous 
M devons au Grand Corneille ^i la Nation, 
n à nous - mêmes , ces témoignages bien 
» foibles (ans doute , mais les leuls que 
» nous puiflions donner de notre reipeâ: , 
f> de notre vénération, de notre gratitude 
I» pour le fondateur de kfcène Erançoife* Un 
» défi endant de ce grand-homme eft en 
M droit de touc exiger de notre reconnoif- 
$r fance. Nous vous fupplions , Monfîeur , 
>>de, la mettre à toute épreuve j vous ne 
n l'affoiblirez ni ne l'épuiferez jamais ; elle 
9 eft auffi forte , aufli vive , & auflS dura- 
» ble que les écrits de votre <mele im«- 
» mortel. Nous avons rhonn^ur d'être Sec «<• . 
' : On ne peut tracer ici qu'une très-foible 
image de la fenfatiou vive excitée jdans le 
public par ces deux lenres dont on prit des 
f^ fies 'y par.le.défîntéreâèmént des. Cornée 
diéns » qui ^non/eulemencf énoncèrent aux 
honoraires qui Jeur reviennent toutes les 
rois qu'ils jouent , mais encore prirent fur 
91^ tptts. le$ frai$ de cette lèpréîentatiQn ; 

par 



François £• 'J051 

par la génécoficé d'an grand nombre de 
pardculiers , qui pour une place de 6 liv« , 
donnèrent les uns 14 liv. ^ les autres 48 liv ; 
ceux-ci 72 liv., & ceux-là ^6 liv. Une 
Proteârice des Lettres ôc des Arts , envoya 
10 louis à la boîte , fans faire prendre uti 
féul billet. Elle avoit eu foin de cacher fon 
nom y mais on la reconnut à ce trait. Plu- 
fieurs perfonnes , qui ont des Loges à Tan- 
née, les payèrent ce jour-là au-deffusde 
leur prix , en faifant dire qu'elles ne les 
occuperoient pas , & qu on pouvoir y laiflèc 
entrer des payans. Les Danfeufes mêmes 
de la Comédie , qui ont line Loge aux 
troisièmes , après avoir payié leurs places » 
les abandonnèrent aufli au Public. La Salle 
eût été remplie , vu Taffluence du monde 
attirée à ce fpeébcle , quand elle auroit été 
deux fois plus grande. On renvoya plus de 
80 carrofles, & dès 3 heures, il ny avoit 
plus de billets. 

» Ah ! que notre Nation , s'écrie M. Fré- 
99 ton , ma paru grande &c fublime dans 
99 ce moment ! Quelle eft lame fendble 
» qui eût pu fe défendre de ce doux faifif^ 
9) itement , de cette émotion délicieufe , de 
99 Jfcette joie pure qu'excit?e Thumanité } 
9> quand elle éclate par des témoignages 
«> auffi nobles , auffi vrais , auffi touchans ! 
99 Telle étoit mon yvcefle , que jauroit 
Tom.II. V 



. f 



}d(f BfBNYAîSÀHCE 

it vdûlu que l^ombte du Grand Corneille 
«• fé montrât tout-à-coup à ce peuple afTem- 
9» blé ) & qu'il jouît des honneurs qu'on 
19 rehdoit à fà ihéniôire (^ 

Si le. neveii d^t Corneilles n*a pas les 
taleàs de fes oncles ; il en à les vertus. 
Cotritne eux , il penfe avec nobleffe , & fou 
ame eft aùffi fenuDle que la leur. Des 5 000 L 
que lui a valu k tepréfentation , il a corn- 
ôiencé par payer les dettes ; & fur ce quî 
liii eft refté, il à mis une fo m me à patr^ 
pour. donner à fa fiHe, âgée de 17 ans, 
unis éducation digne de fa naiflance , de foti 
fexë St de ks heuteufes difpofitions. On 
,1a fit entrer à TAbbaye de St.'-Antoinô , 
poiir fe former par les leton^ 8c les cou* 
ieils d*une Communauté vertueufe Se 
édiBantè , par lés exemples de plufieuts 
Deihoifelles diftinguées par leur qualité , 
Se plus encore pat leurs ptogrès dans le 
bien* 

Le Comte de la TôUr^du-Pîn , Briga- 
dier des armées du Roi , & l'Abbé de là 
ï'oUf-du-Pin fon frète , Prédicateur célè- 
bre , defcendent en lignfe dirededéThomàî 
Corneille j leut mère étoit fa petite-fillë. 
L'éclat de leur haiuànce ne les empêcha 
de tecônnoître .hautement pour leur 
rént Jean-François Corneille , quoiqu'il 

iréduit à une forte de misère ôc d'obf-- 







F a A M ç û I s e; 307 

corîcé y ils le reçurenjt chez eux dans tous les 
tems , lai firent tout, le bien qti'il leur étoit 
poffible de faire. 

Le Comte de la Tour-du-Pin écrivît 
même aux Comédiens pour les remercier 
de leur zèle , en leur faifant pan des titres 
particuliers qu'il avoir pour ientir plus \u- 
vement qup perfonne tout le prix de leur 
^nérofité. Ce procédé noble de M. de la 
Tour^du'Pin ^ mérite aflurément les plus 
grands éloges. 



Charlotte * Godeltide - Elifabeth de 
Roban Soubife , Epoufe de Louis- Jofeph 
de Bourbon-Condé , Prince du San^ , mou- 
rut le 5 Mars. 

Tout Paris , dit M. Fréron ^ a connu la 
piété de cette illuftre Princeile , fa charité 
envers les pauvres , 6c cette humilité fi 
rare dans le fang éminent où la nature 
Tavoit placée. Les regrets du public prou«- 
vent ailez Tidée que Ton avoic de fa vertu. 
Cependant, comme lesaâions les plus édi'- 
fiantes font celles que k modeftie chrétienne 
dérobe avec plus de foin à nos regards , on 
ne peut qu'être pénétré d'adn^iration à la 
vue des a<àes de piété qui doivent furpren- 
dre dans une Frincefie de cet âge. Mariée 
an Prince de Condé> fes occupations > 



/• 



)oS B I £ N T A I s A K C £ 

. pendant les premiers joars de cette alliance 
confacrés ordinairement aux plaifirs & aux 
fêtes , étoient d aller incognito vifiter les 
pauvres de Chantilly , & régler les fecours 
qu elle n'a jamais cefle de leur fournir. On 
a fçu depuis fa mort qu'elle a été fouvent 
s'attendru: dans les cachots. Elle fe faifoit 
conduire dans une maifon d'où elle ren* 
voyoit fes gens , & entroit dans la voiture 
d'une pieufe confidente ^ pour fe rendre 
fous un nom étrtuiger dans ces lieux affreux ^ 
dont la vue feule révolte l'humanité. Ainfi , 
lorfque la nouvelle de fa maladie fe répandit» 
les pauvres accouroient à fa porte , les lar- 
mes aux yeux, demandant des nouvelbs 
d'une fanté qui leur étoit,fi chère. Un jour 
qu'elle parut un peu moins mal , cette 
foule d'infortunés , qui affiégeoient fans 
cefle l'Hôtel de Gondé , environna le car- 
rofle du Prince de Soubife , pour le queftion- 
ner fur l'état de fon augufte fille. Le Prince 
leur diftribua de l'argent , & ils le portèrent 
fur- le-champ à Ste.-Géneviève& dans d'au- 
tres Eglifes pour y faire dire des MeflTes , 
afin d'obtenir fon rétabliflèment. 



Quel Homme plus digne de nos éloges 
que celui qui réuniflbit en lui la candeur , 
la droiture > l'égalité » la modeftie » Ja iim<^ 



. F R AN Ç .0 1 S. 2. - fO^ 

li^dcé , la coinplaifance , la. douceur , la 
j>robicé , la fci^nce , la piété filial^ , en un 
mot toutes les vertus oui forment l'excellenc 
Citoyen ôc le Philosophe chrétien. Voilà 
trait pour trait le Tableau d'Ânicet Meiot , 
né à Dijon. Jl s'engagea dans la Jurifpru* 
dençe , & fe trouva prefque Jurifconuilte 
fans le favoir. Il (è propofoit d'entrer dans 
le Barreau , pour aider par fon travail , fon. 
père avancé en âge , privé de fa femme y de 
les autres enfans , & de jprefque toute fa 
fortune emportée par le fyftème. Il prit i 
I^aris le degré d'Avocat ^ ôc partit pour Ui jon 
en 1731*, mais il. ne plaida point. Sa rao- 
dcftie ^ fon indifférence pour la fortune » 
fon peu d'arc ^ fe f^ii^e valoir , le caraâère 
de fon père > qui fe contentoit du néceifaire » 
& qui le trou>^oit affez riche de poflféder un 
te! fils 'y toutes ces raifons le tinrent renfer- 
spé dans fon cabinet. - 
^ Après avoir fermé le$ yeux à L'auteur de 
fesjours,il revint à Paris avec un très-mé- 
diocre revenu qu'il avoic tiré de fon patri-^, 
moine. 

ji[ N N ES, iy6i. 

L E Maréchal de Brodio met en déroute 
à Altzenhayn près Grunberç , le corps com- 
mandé par le Prince Héréditaire de Brunf- 
Yfkky le force de paffer la rivière de Lohm » 



jto B I ir H t A 1 s A 1^ ç c 

hk fur lui plus de looo prifonnieis » lai 
enlève i ) pièces de canon èc 1 9 drapeaux y 
fans avoir eu de fon cocé plus de 50 hommes 
tués ou bleiles. Cette affaire importance pro* 
cura la levée du fiégé de Caflèl , Se 1 évacua^ 
tion de la HefTe ,dans laquelle le Prince Fei^ 
dinand avoir fait une irruption fubite , oui 
fut d'abord brillante , & qui devint enfuice 
funefte à fes troupes. 

Le Prince de Condé , détaché dr l'ar- 
mée de Soubife', prend la ville de Meppen^, 
après 4 jours de tranchée ouverte > & fait 
la garnifen prifonnière de guerre. 



M. de Mopinot , dans fa morale de 
rhiftoîre , nous fait part d'une réflexion in- 
téreflante , & qui fait beaucoup d'honneur 
au corps des volontaires de Sonbife : »> Ce 
99 Régiment étoit à peine levé pour com- 
99 mencer la campagne en Weftphalie , que 
» nous lavons vu niànœuvrer & combattre 
99 avec une valeur & une intelligence dighes 
w des plus grands éloges. Pourquoi irette 
9« efpèce de prodige ? parce que le Prince 
>> de Soubifê , à Timitarion de Philippe de 
ai Macédoine^ le prépara i mériter un grand 



F. IL A H <^ Ocl f H* jii 

1» nom à la gu^rr^ „ ^n I»i (éaioigoi^ni: d'an 
9f vaQce beaucoup d'eftime <s Aii?Q Tiefliine 
Sç la bUnveillance dpn Gé^^cal fpn; 4q 
ies fpl4açs auunt; de héfo^* 



■ Le même Auteur nous ^ fourt^ic une 
aurre , ^ui établit U gloire 4u nom François, 
Le frèrç du Prince Héréditaire de 
Brunfwick ^yant été bie(Ie mortellenven^ à 
J attaque d'wn vill^e, Iç Prince Ferdinand 
envoya. dôcn^ider au Maréchal d^ Spubife 
deux chirurgiens François. Sur4è'çhanap 
deux d^ nieilleurs delarméç de ce Prince 
jn^rri^nr* Le i^i;ran( , puché de$ artôn-r 
tions du Général François, peu d'inftana 
avant femçtt, du i^u Princ# Ferdinand fort 
oncle ; » Çrpy^p-ypus quie » fî je reviens fk 
M <:ette bleflîire , je puiue encore combattra 
3> avec honneur contre les François ? De tels 
»>. combats de génécofité entre ennemis » 
>» ajoute M de Mopinot , font plus d'hon- 
if neuraux Notions que les rooijuèces <<• 



La iurprîre de Duderftat & beaucoup 
d'iumn^ar <|ii Sieur Duhamel , Serg^^nc^aa 
Régiment de FUndces » qui iit dans c^te 
oçça^on: les Êmâioni de. £barpen(iâr . âe 



^5 II B I E K V A I s A N C É 

d'Anificier. Il s'en acquita avec beaucoup" 
de valeur : quoique blelTé de deux coups de 
feu , il ne voulut lâcher prife, qu'après avoir 
exécuté les ordres qu'ils avoir reçus. 11 fût 
récompenfé d'une penfion , digne prix de 
fon attachement inviolable pour le fervice 
du Roi. 

Les affiégeans ayant attaqué Se forcé la 
Redoute de Warbourg , les-Compagnies de 
Grenadiers de Defmanguins Se Durre , 
avec celle du Chevalier Bouvard du Régi* 
ment de Flandre , aux ordres du Chevalier 
de Jaucourt , s'y' portèrent avec la plus 
grande célérité. 

M. JoucUi; Sergent, fe précipitant dans 
la mêlée , fit une boucherie de tout ce qui 
s'oppofa à fon paflàge. Sa valeur reconnue* 
fiit récompenfée du gradé d'officier. On 
reprit là redoute, & ion fit beaucoup de 
prafonniers« 



ce 



Des vaifTeaux Aneloisedayoient de dé« 
truire une batterie dans llfle de Rhé. Un 
Cannonier François ayant vu (on fils em- 
porté par un boulet , fe tourna vivement du 
OQté. de. ion. Officier , &'lui dit avec -un 
coucage digne d'une condition plus élevap : 
V Monfieur , Dieu m*avoit donné te nls 
I» unique, il vient de me.le retirer > qo^ 



Françoise; $if 

h cela ne nous empêche pas de continuel^ 
99 notre befogne •*♦ 

De la Tcrtu les efforts magnanimes 
Egalement germent dans tous les cœurs. 
Oui ,Toas la bure on voit des traits fublimes 
Qu'on cherche envain daa$ le fcin des grandeurs* 
Ah ! loin d'ici le préjugé ftupidc 
Qui calculant le nombre des vercos , 
Far les clochers & les dons de Plutus , 
Dans un Palais veut trouver un Alcide. 



^ Nicolas Pierre , Chevalier d'Origny , 
Aide-Major avec rang de Capitaine au Ré- 
giment de Champagne , fit b petite guerre 
avec un fi ^rand fuccès en 1759 , gue le 
Roi le nomma Lieutenant-Colonel du ba- 
taillon des Chafliurs àpied. Attaché enfuîte 
au Régiment des Hu(uirds , depuis Cham^^ 
borant, par commiffion du premier de Fé' 
vricr»r76o;, décoré de l'Ordre de St.-Louis 
au mois d*Âoût de la même année , il in- 
quiéta fouvent les poftes ennemis pendant 
cette campagne ; ôc dans le courant de Thi* 
ver il leutht beaucoup de prifonniers, Se 
leur enleva plufieurs convois. Ayant marché 
an mois de Mars de cette année fur Wal« 



514 BllVFAXIAtf^E 

deck „ donc les ennemis bloqqoîem le cbSf* 
tezXL , il furpric le i6 dans [e village de Netze 
un bataillon de la légion Britannique , 
qu'il attaqua aveq tant d'impëtuoûcé , qu'il 
le força de fe rendre. Dans le moment qu on 
convenoic des articles de la capitulation , il 
reçut un coup de feu dans la poitrine qui le 
culbuta de fon cheval ^ il en mourut queU 
ques jours après. Le Roi lui avoir accoroé le 
brevet de Colonel ^ quoiqu'il n'eût que 5 
années de fervice ; mais il n'a pas joui de cet 
honneur. Ce brave & illuftre Chevalier étoit 
le quatrième de fes frères qui ont tous fervi 
dans le même Régiment. 



*J^=* 



André Naudtn de Chambardière » de 
Rumigny en Thier^che , LieutenantrColo-* 
ml au Rç^iment de Bourbon , apcès l'ar^ 
taque des lignes de Weiflembourg > à la-if 
quelle il avoir été blefTé ^ contribua beaxH 
coup en 17^6 i la prife de Charlerpi» ea 
allant tâter en plein jour la grande redoute 
4ont il s'empara avec lesdeux^Compagnies 
de Grenadiers du Régiment. Le.Rnnce de 
Conti lui donna le commandement do 
cecce place* Créé Brigadier oqx -btevec da 
ao Mtfs 1747 » il quitta le ^iccvioe ica 
1748. . '•• 



V'< w*.««î* * •■ - ^' 



Frahçoise. 315 

• 

: L o u 1 s XV , par un Arrêt de foti Con- 
ièil du premier de Février, établie une So-= 
ciété d'Agriculture dans la Généralité^e 
Paris , compofée de quatre Bureaux diftri* 
bues i Pans , à Meaux , à Beauvais êc à 
Sens , ne formant cependant qu une feule 
Société , dont tous les Membres font Cor* 
lefpondans entr'eux, ont voix 6c féance 
dans chacun des Bureaux. 



4'' ' ' ' ' ' g^pgaawaaeggBBg 



Pak Arrêt du Coofeil du 24 de Fe-* 
vrier y ce Monarque établit également dans 
la Généralité de Tours ^ une Société d'A-^ 
griculture compofée de trois. Bureaux^ un 
dans chacune des Villes , Capitales des 
trois Provinces « Tours, Angers & le Man&i 

M. du Cluzel , Intendant de la Génécsb» 
lire, a fondé deux Prix pour chaque Ba<i 
teau de fon Intendance » lun de 80 liv* 
& l'autre de 40 livres. 

Une Ecole Vétérinaire établie à Lyon,^ a 
pour but de s'inftruire dans Tan de guérir 
les maladies des Beftiaux qui défoleuc les- 



'^l6 B IEN.fAI6 AVCE 

Provinces & les Campagnes. Les fuccès 
des Elèves [Ci fouvenc prâenc^ aux yeux 
du public y font un honneur infini à M. 
Bourgelac > Correrpondanc de rAcadétnie 
des Sciences de Paris , qui en a la direc- 
tion y & au Miniftre M. Bercin , à qui la 
France & l'Europe même font redevables 
d'un écabliflèmenc fi utile. Un grand nom- 
bre d'Etats & de Souverains , principale- 
ment du Nord, envoyèrent à M. Bourgelac 
plufieurs Elèves pour fe former dans cette 
Ecole & s y diftinguent par leur application 
& leurs fuccès. 

Sur le compte que le ^oi fe fit rendre 
de cette Ecole par fon Arrct du 4 Août , 
pour la connoiflânce & le traitement des 
maladies des Beftiaux*, S. M. jugea (]|u'il 
étoit jufte de décorer cette Ecole du titre 
d'Ecole Royale Vétérinaire, comme une 
maraue de la proreâion dire&e &c fpéciale 
qu'elle accordoit à un étabtiiTemeht dont 
elle attendoit les plus grands fervices pour 
le foulagement des campagnes ; en confé* 

3uence elle confirma ce titre par un Arrêt 
e fon Confeil du j Juin 1764. 



^ 



L À ville de Touloufe , célèbre par les 
Prix qu'on y diftribue depuis long-tems à 
l'Eloquence , à la Poéfie Se aux Arts', vou- 



F R A if Ç O I s E." JI7 

lant contribuer auffi aux progrès des Scien- 
ces ôc des Lettres ; fonda cette année, fous 
le bon plaifîr du Roi , un Prix de 5 00 liv. 
pour être diftribué tous les ans par l'Aca- 
démie Royale des Sciences , Infcriptions & 
Belles-Lettres , fur un fujet qui doit traiter 
alternativement ; des Mathématiques , de 
la Médecine , & de la Littérature. 



C'est la première fois , fans doute , dît 
M. le Franc de Pompignan, qu'on a écrit 
la vie d'un enfant de 9 ans ; mais c'efl: la 
première fois, auflî que la vie d un enfant 
de 9 ans a mérité a être écrite. Celui-ci 
fera l'étonnement de nos Neveux , & em- 
belUra les faftes de la première Maifon de 
rUnivers. , 

Louis- Jofeph- Xavier de France, Duc 
de Bourgogne , fils-aîné du Dauphin & de 
Marie - Jolephine de Saxe , portoit dans 
fon cqeur le germe de toutes les vertus. 
Elles ne tardèrent pas à fe développer en 
lui d'une manière furprenanté. Dès qu'il fixe 
fufceptible des inftrudions les plus (im- 
pies , on commença par la plus importan- 
te j on. lui apprit preq^iièrement la crainte 
de Dieu, qui eft l'appui de la vie humaine, 
& qui aflure aux Rois mêmes , leur Puîf- 
fance & leur Majefté. L'Alphabet de CQ 



\ 



31S B I Z H V AI S A K C E 

Prince ne formoic que ces crois mots : Pieti^ 

Bonté j Jufiice , & cet Alphabet doit ctre 
celui de tous les Princes. 

On l'entrecenott un jour des hautes qua^ 
lires de fon augufte Âyeul / de de la ma- 
ladie cruelle qu il avoit eiTuyée à Metz. On 
lui peignôit ces douleurs les plus vives 8c 
les plus vraies cette époque attendridànte » 
cette défolation univerfelle j ces témoigna- 
ges d'afFeâions fi éclatans & fi extrabrdi^ 
naires \ on lui apprenoit , fur^-tout 3 que c^ 
£at en cette occaiion que les François don- 
pèrent à leur Roi , le furnom précieux de 
BifiN-AiMÂ, ce ritre unique né du feih 
de la douleur & de la joie. Ce récit l'é- 
chauffoit, le tranfportoit. i> Ah! que le 
f> Roi , s'éctia-t-il , dut être fenfible à tant 
t» d amour , èc que j'aimerois volontiers 
»>ce plaifir , au prix d'une pareille ma- 
» kdie <*• 

Un jour , on lui préfenta une table chro- 
nologique de tous les Rois de France > 
depuis la fondarion de la Monarchie. Les 
Hiftoriens , qui remontent |ufqu'à Phara- 
mond , en comptent ordinairement 6(> , il 
fe figura que toui ces Rois étoient fes 
ayeux , Se Ion remarqua que fon coeur s'en 
élevoit fenfiblemenr. Le Duc^ de la Vûu* 
guyoncrut qu'il étoit bon de lui direiqu'dn 
n'avoir point de preuve que les Rois de la 
ccoifième race defcendîflênr de la première > 



F & A jr < o t s Kl 519 

ni incmede U féconde. Il en parut étonné, 
Se répondit âtec une forte dé dépit : )9 au 
» moins , Monfîeur ^ ]e defcen4s de Saine 
>9 Louis 8c de Htnri IV <<• 

Si . le jeune t?rince étoit fenfîble à la 
louange jufte 8c méritée 5 il haïflfoit 8c mé- 
prifoit fouveràinement la flatterie , ce fléau 
des Cours , qui a perdu tant de Rois. Quel« 
qu'un s'avifa de lui donner des éloees qui 
ùtitoient Tadulation : » Monûeur , lui dit* 
»9 il , vous me flattei^ , 8c Je n'aime point 
99 qu'on tne flatcé <«k Le loir , en fe cou- 
chant , il dit au Duc de la Vaugùyon \ >» Ce 
t» Mondeur me flatte ; prenez garde à lui <<• 

La voie là plus fure pour acquérir fon 
efl:ime , étoit d'éclairer b conduite , & de 
le reprendre , quand il avoir tort. La vigi- 
lance & la féverité faifoient de vives im- 
preflîons fur ce Prince. Le Duc de la Vau- 
gùyon lui ayant demandé lequel de fes 
crois garçons de la Chambre il aimoit le 
mieux j » C eft un tel , lépondit-il , parce 
et qu'il ne me paflôit tien dans mon bas 
f> m^ , & qu'il àllôit redire tout ce que je 
t» raifbis de mal ^ afin que l'on me cor« 
♦> rlefeât ««. 

Un jeune Seigneur » qai écoit admis à 
iui faire fa Cour pendant fon enfance , le 
flattoit dans fes petits caprices , & alla 
même jufqu'à lui dire qu'il falloir fe moquer 
des avis £t dés correâions. Le Duc de Bout- 



)iO BXENF AISANCE 

gogne , irrité de pareils dîfcours , lé prît 
dès-lors tellement en averfîon , qu'il cefïà 
entièrement de lui parler , maigre le goût 
naturel qu'il ayûic pour lui. Ce jeune 
homme voyagea , & rut deux ans fans voir 
le Prince. Au bout de ce tems , il fe con- 
duifit bien différemment ; c étoit uti homme 
fincère , vrai , qui relevoit les fautes » ofoii: 
contredire , Se difputoit au jeu. Le Duc de 
Bourgogne lui rendit fes.bodtés & fon 
amitié. »> J'avois conçu de J'averfion pour 
» vous , lui difoit-il , à caufe de vos fiât- 
9> teries ; mais je vous aime à préfent , 
» parce que vous avez changé de ton » 5c 
» que vous me dites mes vérités «.. 

Accoutumé à gouverner fon cteur , à le 
fubjuguer , il vouloir que les autres euffent 
le même empire fur le leur. Un des Princes 
fes frères ayant perdu au jeu , en témoigna 
du chagrin. Il l'en reprit en particulier j mais 
avec la gravité d'un Prince qui avoir droit 
de donner des confeils. 

La médifance lui déplaifoit. Quelqu*ua 
parloir aflez mal devait lui d'un homme 
dont la naiflànce méritoit des égards ; il le 
fît approcher, & lui dit ; » Je trouve fort 
>» mauvais que vous parliez ainfi devant moi 
» d'un homnçie de tondition j n'y revenez 
» plus w. 

Les ridicules le frappoient ^^ivement ; 
mais il n'en faifoit point des plaifanteries, 

^Jamais 



' F R il N Ç t) 1 f 1. ' ^It 

Jamais craie de mépis , jamais raillerie hiH 
tnil^ante M forrit de fa bouche. .Les défauts 
naturels excitoient fâ, cbmpaùon. Un fovat 
la converfarfiaû étant tôitibée par hzt2trà 
fm un de ces défauts ^ & quelqu'un , cm 
en éttUt affligé , fe trotr^anft alots thez tes 
Princes y il mit le doigt fur la bouche , ap« 
pella celui qai.parloit , fit lui dit à FotefUe ; 
iy Ne craignez- vous ffasde le fôcher « ? 

Il avoit le difcernement jufte ^ il con-< 
ndidbit 8c appréciait krs hofmmes ^ & les 
ccaitoîe félon leur friérite^ Le Doc de Bf iflfk:^ 
qu*il asmott & <^*tl eftimoic iufînivfïenc « 
lui dit un jour : » Morrfeigfiienr , à vottB 
fj première caiiypgne , je vous dernandé 
ff d'être votrt^ Âide^de Camp; — ^ Non ^ 
^ répo^t^c- il , Mondeur le Duc y vous fereà 
alotfs MarééM%d0 FrânciEF ^ & vo^ Mé 
9# dotmeirëz des leçons «<• 

Ce goût du vrai y cis principes femineûi 
fur le^Qols i\ cégloic fes jugement Se (os 
Ivraies, indiquore^ tate ame faite pbut ki 
vérité. On venoic de lui donner pdur exeftm 
^e d'éctitttve ^ oiie fûmê^e tÀri^i^e» ces 
cermes> : il faut Beaucoup de ^cowage féià 
tbre la: v^mé cmi^ Pfimes' > & câUJd éfté /4 
leur Sifent jfimt km^s nah aiiiiâ. Qtfôlques 
beoircïf après , le Duc de & Vàtt^yôn eut 
Qi^cTéan de /luv ftvS% im^ t^tùx^m^'^em 
fiérieaK..Ii en fut (Âquîé ;^&i eomme^ if^ èéok 
encore tout ému , il dit à fou GouventQO^: 
Tom. II • X 



512 BiSNFAISAKCe 

» Voiis croyez donc qu'il vous faut beau* 
a» coup de courage pour me dire la vérité ? 
%j ocez-vous cela de l'efpric ; vous avez 
i> pleine autorité fur moi : le vrai connue 
n feroit de la dire â papa , ou à papa Roi , 
» s'ils étoient capables de faire le mal «<• 

Il aimoit trop la fincérité dans autrui y 
pour n'être pas vrai dans tout ce qui le 
concernoit perfonnellement \ auffi n a-t-il 
jamais menti II ne çherchoit pas même 
â excufer , ou à pallier fes fautes ; il les 
avouoit^ avec «une noble iîmplicité. Un 
jour qu'il avoit contenté fes maîtres moins 
u à l'ordinaire , après fa leçon , une Dame 
é préfente » qui leur dit que Monfeigneur 
avançoit fans doute toujours de plus eu plus, 
& que certainement la leçon avoit été bonne. 
On lui répondit qu'oui. Quand cette Dame 
fut fonie , \% jeune Prince regarda le maître , 
& lui dit : »> Quoi ! Monueur , vous qui 
39 m'exhortez z ne m*écarter jamais de la 
^ vérité y vous mentez devant moi & pour 
«» moi « ! 

Souvent la raifon ezercoit fes droits fut 
lui y malgré lui-même. Il tint un jour ce 
propos à ion Gouverneur : ^ L'empire que 
%> vous avez fur mon efprit eft fingulier. Je 
s» veux Quelquefois vous réiifter , j'en fais 
» la réfoiution \ mais dès que vous arrivez y 
» & que vous me dites un mot y je me 
9» rends cf^ 



2 



V. 



Franc oisE« jiy 

il^coic plein décharné pour les pauvres ^ 

'3c d'humanité pour les peuples. U avoir 

^ défiré une petite artillerie» Ceux qui étoient 

auprès de lui ne s'y opposèrent pas ^ mais 

Im dirent feulement au il y avoit bien des 

malheureux. Il n'en fallut pas davantage. U , 

aima mieux fupprimer un amufement 

qu'une aumône. L'artillerie fut facrifiée , 

êc il ordonna de diftribuer aux pauvres 

' Targent qu'on y auroit employé. 

La première fois qu'on lui préfenta la 
bourfe que le Roi avoit deftinee pour fes 
menus plaiiirs , il en réferva la moitié pour 
des aumônes. 

Le fîeur Tourolle , fon premier Valet- 
dè-^Dhambre , lui parloir d un village à 1 5 
lieues de Paris , qui venoit d'être entière* 
ment confumé par un incendie. »> Nous 
)> n avons pas grand'chofe , dic-il » il fau- 
99 dra faire ce que nous pourrons <^ Le foir 
le Dauphin , la Dauphme , Se Mefdames 
érant venus le voir , il fit une quête dans 
ù. propre famille pour le foulagement des 

{pauvres habitans de ce village, il en remis 
'argent entre les mains du fieur Tourolle 
pour le leur envoyer , Se y ajouta tout ce 
qu'il put prendre lur fes menus plaifirs. Sa 
générofiçe s'accordoit très-bien avec cet 
amour de l'ordre & _ de l'économie qui 
^toit une des vertus de fon caraâère. U 
n aimoit pas les profufions indécentes. Une 

X 1 



^%4 BlBI^FAlSAKCZ 

p»f£>an^ à'Mti kn inâétimi > lui difint Iqu 
put;» Si ¥ou» vwHez iMe 4oniieff ïdc^oo^ 
a» Hvf«s , {Whecei^ une belW maifiMi <& i 
Il îépOïKlif j; » Qiiaii4 j^^ pourvois, je ne 
M votts les À^niief ok pas ; tl n'eft pas ^ 
M. votre écaf d'^voû une fi belle snaiâ)» «. 
Dès t'inftaM que te Duc d^- Berry eut 

rfê aux hommes , te Due de Sourgjogiie 
propo& d'être pow? ce feuAef^ÎAce , un 
modèle & lUx exen^te vivaiit de çoi»dmte. 
Pendant qii'il jomiTek d-une bonne fanié ^ 
cm faifeîc tous les huk /ours u«ie revue 
£:ru^uleufè de tout ce cju'il avoit fait die 
bien & de mal dans la femaine. On 1 ecrî* 
voie exa^ment ;> Se 4 tft fin du mois , on 
eKaminoit s'i>l s^^Eoic comgé de quel<{ue 
défaut ; & on écsîvoit en niar^e les moy^is 
dse- réformer ceux qui lui reftoient encofe^ tl 
con&rvok avec k)in dians fa caâëtce ces 
petits journaux de fa- viëk Quelque» jours 
appèfr, il fe fit apporte?? ce^ecaifette , Tou- 
vmy enpcit tes journaux , appelk 1^ Dtic 
de k Vâuguyon de M. de^ Sineci, un de &s 
fë)U6 6ouverne:«lfs y fit venir le Duc de 
Berry , 6c tui dit ; s» Mon ftèie j venez^ ap- 
»yprendte coa^me on en u&yié avec moi 
9^ pour mQ corâgei? de mes défauts ;; cela 
»>- vous fera dn bien <*. Enfûite il remit les 
papiers entreles m^ns du fous-Gouverneur^ 
en lui* difent : *> Mènfiêur de Sineci $ liiez 
»K tout «^ Pendant là teétef^, oti s^àpperce- 



F JR. .A N Ç a I-S.Ei Jt$ 

voit par la rougeur k)uî montoit ^a Vif^ 
du Duc ia Boargognie , qu'il fe fehioic 
humilie 5 fur-toUt ^ iorfqtt on feu ftit vtn\i 
à un certain article. U récouta avec une 
émotion dom les effets parutencdaiis fts 
yeux & fur fon front. On voulut ceflfer tle 
lire ; il s*y oppofa ; >* Non , dit-il > achevw 
»f Jûfqu'âu bout ««. U ajouta feulement ; 
» Pour ce défaut là , je ccois m en être cof- 
j> rigé ««* 

La fenfibilité de fon ame n'écl&toit ja- 
mais tant que dans nos fuccès oii dans ncis 
-revers. Un de nos Généraux dohnoit lès 
plus belles efpérances ; mais au commence « 
ment de fe$ opérations ^ il eut uile itiala- 
die qu'on crut d'abord férieufe , &c qui ne 
dura pas* Le jeune Prince ^ qui l'enreilddit 
louer tous les jours » & par toutes les bou-* 
ches , prut très inquiet fur fon compte. Il 
s'informoit fouvent 6c ayec grand foin de 
Ces nouvelles. On étoit furpris d'une at*- 
tention Ct marquée ^ & on lui en demanda le 
motif: » Rien de plus (impie , répondh^il , 
»* j'entends dire à tout le monde qu'il 
9> iert bien papa Roi & l'Etat «». U fut trant 
porté de joie ^ quand il apprit la vidôire 
de Berghen* Qu'on eft propre à gouverner 
des peuples ^ quand on s'affefte ainfi de 
nos profpérités ^ ou de nos difgraces pu*- 
biiques-l . , 

Des vertus fi remarquables tk fi déve^ 

X3 



^i^xè BiSM VAISAHCS 

loppées dans un cn&nc , écoienc encore 
embellies & perfeâionnées par la Religion* 
Ce jeune Prince avoir un zèle décidé pour 
robfervarion des Commandemens de Dieu 
& des Loix de 1 Eglife. Quelqu^un lui die 
qu'il avoir vu travailler à une maifon vis-à- 
vis du chareau ; c'éroir un )our de fère. Il 
devint rouge r m Voilà qui eft horrible , 
» dit-il ) je m'en vais rout-à-1'heure chez 
» papa Roi , pour m en plaindre à lui c^* 

Allanr un jour de fête fe promener fur 
le petit fauteuil roulant qui lui feivoîc 
à cet ufage , il vit , en fortant de fon ap- 
partement , un marchand qui avoir étalé 
fur le haut du degré , une boutique de 
Quincaillerie. Il fe fit arrêter , appella un 
de fes gentilshommes de la manche , & lui 
dit : >9 Voilà qui n eft pas permis., allez de 
>> ma part faire remballer cette boutique, 
u devant vous , & que je ne la trouve plus 
13 à mon retour <<• 

Une autre fois on dit devant lui p^ 
plaîfanterie , qu'un Officier qu'il proté- 
geoit , alloit les vendredis à Paris pont 
taire gras ; il le, crut, & /î-tôt qu'il vit le 
prétendu violateur de la Loi de rabftinen- 
ce , il lui en fit une réprimande très-fé- 
rieufe, & m^ontra par centrait qu'il regap- 
doit comme un devoir dans les Princes de 
veiller fur la conduite & fur la Religion de 
ceu:( qui les approchent. 



/^ 



Fr akçoxse. 517 

Là pureté de fon atne répoudoit aux 
i^ntimens de la Religion donc il écoit 
rempli. Lorfqu on lui lifoic quelque his- 
toire Se qu'il s agiflbic d'une^ paffîon , il di^ 
foie : » Paflez cek , il ne convient pa$^ quç 
9» je l'entende «• Un jour qu'il parcouroic 
avec l'Evèque de Limoges , une Bible omé^ 
d eftampes , il tomba fur une figure qui 
n etoit pas modeftement vêtue : » Couvre?; 
» cette figure 9 dit-il au Prélat , elle u'eft pas 
99 décente «• 

Ce jeune Prince eût été brave ; fa fer«- 
sneté étoit à l'épreuve de toute furprife. Il 
avoir témoigné un grand défîr de voir faire ' 
l'exercice aux Chevaux - Légers. On lui 
donna le fimulacre d'un combatte d'une 
attaque j avec un feu tout auflî vif & tout 
aufli tenible que dans les aétions les plus 
chaudes. Lorfque le feu & le bruit com^ 
mencèrent , il appuva les mains fur fon 
iront pendant toute la première déchargé > 
&ns mre un mot » enfuite il les retira ^ 8c 
avec (â gaieté ordinaire , il dit au Duc de 
la Vauguyon : » J'ai voulu m'eflàyer , 8c je 
. » n*ai point éré étonné du tout «<« 

Tant de qualités Royales 8c Chréâenne$ 
fàifoienr l'admiration 8c les délices de la 
Cour. Ce bonheur ne devoir pas durer : U 
£inté du Duc de Bourgoene s'afioibU^ic ^ 
4e jour en jour. Les plus habiles Médecins 
8c Chirurgiens fiu^nt mandés le 17 Avril 

X 4 



)&9 B-fBKfAlSANCE 

17^0: iU s^^d^mbièrent au nombre (te zo 
dans 1 appartement du Prince, ih convin- 
rent unanimement de la néeeflîté d^ouvric 
fans délai la tumeur. Le Due de la Vw- 

Siiyon jinnonça au jeune Piinee kdëçifion 
es Médecins \ il n'en fut point furprîs ^ 
tii effrayé. »Je m'y atcendois , dit- il frqi- 
«• dément , | avois entendu dire > il y a qq^l- 
» que-tem^ à -M. Sénac , qui dans ce mo^ 
» ment me cfoyoit endonni , que jç né 
» m'en tirerois que par une opération j fè 
»> ti*en jii point patte , dé peur qu'on ne 
4> crût que c^a ih'inquiétoiti Donnez- moi 
»> cependant un demi-quàrt-d'heure pou^ 
3> prendre mqn parti «. 

U voiilûl^voit les înftf umèn» dont oh fè 
fervipôii ; ' il tes cbhfidër* v lés mania ^rec 
un fàng lF<^îd admiVa We 84 s^bandonna 
tranquillement aki» npprêh igç aux riguenrs 
de ropéràtiion. Le fieqr i^ndtemller fir Î'ot;^- 
vertutode la tumeur jTiikJfîori fut çferriblè 
& ddtjloureufe , ^Ue lut"o8vm^!a 'cniïft 
pre%u%fetièrè à tw^s doig^tS dépréfondçun 
il ne çpenfl^ qu'un pu 'dev^\tns, & '|bn- 
tint fans fe' plaindre le r^ftiq-d'è ^opération. 
A peiîHé'fot^l ^nfê, qp'il reptit fa gaieté 
«aftirelfe & Te mît ftir fon feani: dans fon 
JÎtV^Wirie s:it fl'tôt -éb qu'une U^rç în- 
iîiip^ifitîon. • Le Btoç de ht Vauguydn al^ 
iittiS-iîèéx^ nnoHcér' h fuccçs de l'opératian 
*u Ôaûpliiâ 6e à la* Dauphine j ib coura^ 



f ÏL À NÇ'O I s £• 32^ 

irent avçc tranfport embrafler ce cher & 
«ugufte enfant , leurs larmes coulèrent de 
joie. Après ces premiers embraflemens , le 
, jeune Prince reçut le Roi, la Reine , la fa- 
mille Royale & toute la Cour. Il ne vou- 
lut rien changer à fes occupations ordinal- 
*e$, il admit fes Maîtres 8ç prît (es leçons. 
Dans un de ces momens de bien-èrrc où 
il fe trouva , il écrivit ce billet au Dau- 
j4iin/» Je commence â me mieux porter, 
9» le voui prie de me permettre de conti- 
99 nuer mes études ; j'ai grand peur d ou- 
s> Miec & grande envie d'apprendre «*. Il 
appella fijn Gouverneur 6c lui dit : »> Je 
>9 vous prié de me permettre d'écrire une 
99 lettre à quelqu'un Se de ne la pas lire. 
99 — Je le veux bien ^ Monfeigneur , lui 
»> répondit le Duc de la Vauguyoh , parce 
j> que jç fais^ que vous htes très-raifonnablfe 
»^ que )*aî grande confiance en votre fâ- 
»> geflTe «s U récrivit , & comme il étoit au 
mameni! de la cacheter ', il St à M. de la 
Vaûguyçn : i» Tener, vpiH ma lettre, lî- 
9» fe»-là , je ne puis- me réfôudre A avoir 
99 xm feeret pojur voiis ••. 

H ain:ibtt fon Ayei?l cômtne un père & 
le rçfpeftptt comme Roi j il avoir le ihème 
^«achement & le même refped pour la 
Reine. Le$ Prince« fes frères lut croient in- 
finiment chers , ainfi que Mefdames ; mais 
£k cendreffe pour le Dauphin & la Dau- 



}}0 B I£KFAI$ANCB' 

phine furpaflbic tout ce qu'on en pourroîc 
dire. Un oiot du Dauphin^ un ton un peu 

flus haut ou un peu moins tendre qui 
ordinaire , le touchoit juf^u aux larmes» 
»M. de-la Vauguyon, difoit-il, joignant 
9> fes mains , Se levant les yeux au Ciel , 
» que papa ne fe fâche pas , qu il ne foit pas 
» fâche , je ferai tout ce qu'il voudra «. 

Dans quelquétat de fouffrance 8c de 
foiblefle qu'il ait été, il a toujours voulu 
voir le Député de la Ville de Paris qui 
venoit régulièrement favoir de fes nou- 
velles , & lui répondoit lui-même* U aimpic 
le peuple & vouloit en être aimé » il sd« 
moit auffi TUniverfîté , marquant beau- 
coup d'eftime pour un Corps fi utile à bt 
Religion ôc aux bonnes études. . 

Cependant le mal avoit fait fecrètement 
dans ion corps des progrès & des ravages 
mortels depuis environ trois mois jil voyoit 
& feiitoit l'inutilité des remèdes^ Son état 
devint de jour en jour plus i^cheux ; la 
jEièvre augmenta , une. toux violente ôc 
prefque continuelle fe joignit à fes autres 
fouffrances. Quand Texcès des douleurs liû 
àrrachoit des cris , fa grande ame s'indi- 
gnoit des foibleflfes de là nature. U écartoic 
jufqu aux moindres apparences d'inquiétu^ 
de ou d'humeu^ contre ceux qui le fer- 
voient. » Je foufFre beaucoup , leur difcût- 
>3 il , mais je fais bien que ce n'eft pas votre 



Françoise. jjt 

f9 £iute* Ne voîs-jé pas que vous me ferveas 
^» avec tout le zèle & toute l'aifeâîon poC- 
9> fible <(. Sa bonté pour fes domeftiques 
augmentoit aVec fes maux ; plus il foumroic 
plus il veilloit fur leur fanté. Dans ks in« 
lomnies , il étoit fâché qu'ils ne dormilFent 
pas; lorfqu'il avoit quelqueH^efoin dans la 
nuit 9 il appelloit doucement, de peur d'é- 
veiller ceux qui couchoient dans la cham- 
bré. » Mon pauvre Tourolle , difoit-il à 
93 fon premier valet-de-chambre , vous vous 
n tuez auprès de moi; allez prendre lair, 
99 je tâcherai de me palTer de vous pendant 
99 deux heures <«. Bonnemant j l'un de fes 
valets-derchambre, le veilloit , quoiqu'il 
fut très-enrhumé. Il dit au Duc de la Vau- 
guyon : n Je vous en prie , renvoyez Bon- 
i> nemant » c'eft le tuer que de le raire veil- 
M 1er, & il vous empêchera, vous & Tou* 
fs roUe, de vous repofer«s 

Son dernier jour-approchoit ; TEvèque 
de Limoges n'héfita point à le lui déclarer. 
Il appella fon Gouverneur, lui prit la main. 
Se l'envifageant d'un air afFeAueux , lui 
dit : >> J'ai fait le facrifice de ma vie à Dieu «• 
Le Dauphin & la Dauphine étoient plon« 
gés dans l'accablement le plus affreux ; ils 
ailoient perdre leur fils' aîné , l'enfant de 
TEtat , le premier fruit de leur union ; 8c 
dans ce moment ils apprennent que le Duc 
de Betry , leur fecona fils > vient de tom« 



531 Bienfaisance 

ber malade, que Ton mal qu'on ne connoit 

Eint encore le déclare avec violence y que 
;fympcomes en font allarmans, & qu'il 
y a lieu de craindre pour lui. Le Duc de 
Bourgogne, prefque dépouillé <le la vie , 
tremble pour celle de fon frère ^ c'eft le 
feul danger qui l'occupe ^ il ne ceflbit d'en 
demander <les nouvelles, & fe fir rendre 
compre par les Médecins y à crois reprifes 
différences, de Técac de fon frère. 

Dans fes derniers momens , le Duc de 
Bourgogne, foie qu'il cherchâc des yeux fon 
angufte mère qu'il avoir cane chérie, foie 
qu'il crût la voir réellemene , s'écria d'une 
▼qiz animée : » Ah Maman , Maman « ! Il 
cépéca une féconde fois ces expreffions fî 
cendres, fie un Aâre d'amour de Dieu, & 
rendie le dernier foupir le jour de Pâques > 
â deux heures trois quarcs du matin. A Cix 
heures le Duc de la Vauguyon pafla cher 
le Roi , S, M. ordonna au Duc de defcen- 
dre chez le Dauphin; il s'y rendie fur-le*» 
champ & fie dire au Prince que le Duc de 
Berry fe {K>reott bien , & que le Duc de 
Ja Vauguyon éeoit là. 

- Le Roi vînr chez la Dauphine qui eom<- 
ba fans connoiflance dans fes hnras. Le 
'Dauphin paroie, on amène le Comte de 
ftovwîce & le Comee d'Aitcâs \ la Reine 
stWe, Mefdamfes lavoienc précédée. Quel 
4^eâacle ! les petits Prince^ rendant eo lap» 



nies y Iciur mèrç évanouie , fon. augufte 
époux renverfé dans un fauteuil , la tête 
appuyée fur le fein du Duc de la Vau- 
guyon i fans coulcor, fans^ parole, fens- 
pouls, £m» tdlpiratîon , ê? àas «n état fi 
violent ). 6 excmoïdioair^ , qu« ouclmes 
minutes de plu$ poavoient le rendre; dan- 
gereux. Le Hoi èc la Reine occupés a (^ 
courir leurs enfans, éroient dans la dernière 
conAeciKrtion. 

Vtrs fur tct mcrtic ^t Prince. 

Dans cette affrcufèmitr, âne fecrècc Iiorrenr 
S'empare de mes (ènt , ^ace d'efFi oi mon cœai : 
Accq^ et flMk douiea^ ! Eternelle aliacmcs ! • • • • 
Natustt l «t frétais, l. ,... Je m» couler teslanatt t 
« O France l O ma Patrie t O combfe de malfaeors l 
La mort Gxx un enfant exicrce Tes fureurs. 
$pui(c» fur naos feuk l)es trak& de lavcngeaicay 
Grand Dieu ! d'un jeune Prince épargnes l'ianocenoB ) * 
Ceft le (ang les Bourbons » c'e(t fe fis de moa Rûi ^ 
'Père tendre ! ô Lquîs , quel coup fanglant pour coi! 
Tonne» frappe,, xenverfe âc prends nBu& pour vicr 

' cûnss;! 
Sur un. Brince.iLchfli:y ne. puni& point, nos rrimr s l 
Inutiles regrets l nos vœiniÛMiftfiiparflu&;. 



k 



134 B1BNFAI6AMCE 

Dieu parle. • •• rhomme tombe. • • • & mon Pitnce 

n'eft plus. • • • 
II n'éft plus. • . . Des grandeurs inu^e piflkgcre l 
Leur éclat va (c perdre au fein de la pouflière. 
Princeflè (* ) modérez l'eKcès de vos douleurs » 
Le )ufte eft éprouvé s le Ciel a fes rigueurs. 
Mais la foi » la vertu font les armes du fage ; 
$e fonmetcre dcfoufiFrir , voilà notre partie* 



Charles -Louis Âugufte Foucquet» 
Comte de Beiieifle, petit-fils de l'infor- 
tuné Surintendant des Finances , né i. 
Villefranche , reçut dès fa plus cendre jett- 
oefTe un Régiment de Dragons que Louis 
XIV lui donna. Le jeune Guerrier fe fi- 
gnala au fiége de Lille , y reçut une btef^ 
lure,, devint Brigadier des armées du Roi> 
& Mettre" de Camp Général des Dragons 
en 1709. 

Dès que la paix fut fignée , il fe rendit à 
la Cour où il fut très-bien accueilli de 
Louis XIV. La niort de ce Monarque ayant 
changé le fyftème des affaires , la guerre 
fut déclarée ^en Efpagne. Le Comte de 



( ^ ; Madame U. Pauphine. 



Françoise. 3J5 

Belleifle fat alors créé Maréchal de Camp 
8c Gouverneur d'Huningen. 

En 1735 ^^ ^^ confulcé par lé Cardinal 
de Fleury; Les Puiilànces Belligérances 
avoienc beaucoup négocié pour la paix ; ce 
fût M. de Belleifle qui engagea le Cardinal 
â ne point fe défifter de /es prétentions fur 
la Lorraine. Il étoit employé dans toutes 
les affaires. La confiance que le Cardinal 
avoir en Tes talens étoit telle , que le Com- 
te ayant défiré d'être envoyé en Amballàde 
dans une des premières Cours de l'Europe , 
le Cardinal lui répondit. » Je me garderai 
9> bien de vous éloigner, j'ai trop befoin 
9> de quelqu'un à qui je puiue confier mes 
j> inqi^émdes *<. 

En 1741 , il fut honoré du titre de Ma- 
réchal de France ; les fàifeurs de Vaudevil- 
les s'avisèrent de le chanfonner avec indé- 
cence. Le Maréchal méprifa leurs plates 
faillies; & quand Tes flatteurs vouloient 
l'irriter contre ces Auteurs obfcurs & mé- 
prifables , il répondoit froidement : » Je 
»remplirois les vues de ces fàifeurs de 
s> yets Cl f avois la petiteflè de me fâcher de 
s9 leurs bons mots <<• Le Cardinal lui rendit 
plus de juftice eh lui Idifant : » M. le Mare- 
9> chai , le bâton que le Roi vous a remis 
9» aujourd'hui , ne fera pas dans vos mains 
t> un ornement inutile «• 

La mort de Charles Y I ayant rallumé la 



^^6 BllKFAlSAM CE 

guene , il fut nommé Âmbaiïadeur {^léhî-* 

{)otenriaire à U Dtère de francfort, pour 
^élôârion de Cha^lel Vtl $ il a voit thénagé 
toutes les voix & dirigé tomes lés iiégGM 
ctations. Le Roi de Ptttife informé de ftt 
iuacès , ïte pot s'empèchet de s'écrier avec 
admiration, ^s II faut convenir qH^ le Ma-- 
9P récKal dtf fielfefilk eft le Légifkteat de 
»» rAltemagne »• 

La paix d^ 1748 tMt fin aufx hoftHlieés« 
Le àôn de k pstfole) toujours fi nécetTdre 
aiix Né^i^ceuJirs^f fut le report puilfaM ^e 
le Maréchal fçur noettre tn etuvre dans les 
Cours d'ABeinafgHe& a: k EHctte dtf F^trc-* 
fôrtr Plein de gloire }uf<^es dans te féjooif 
qu'il fut obligé de faire en* Angleterre , it 
ne ié montra pas» mthn^ ^and dans cette 
mém^abile Ambad^e ,• ou £^y>tti<eiiailtr avec 
cmt de dignité fhonweu* de la' Nation? , tf 
régnoÂt 6v( totfs les efprits p^ar k fupério- 
nté du» lien Si par la force dé fou- ékÂ^n*' 
ce; où devenu l'aine d'une des plus^ ora-- 
geufes» aiQ&mblées qu^on ai<! peu/t^être fativai^ 
vues , il en diirigea le» mouvetneii^ ; éè ,• 
pEarmi tant d*incéF€ts oppoÉs , il ilt tlifom»^ 
phec ^eux de la France & dèiAia urt Chtef 
au Corps Germanique. Ses tvavatft héroï- 
ques^ ^ iùiiit génie- fécond e» feflfbutces ; fa 
belle ren^te àe P^gue; h coiidluké pleine 
de fcience Militaire vfoit dans' fe eaïttpaghe 
«le VtowikCé y foit duffwt le fiége^ àt <Sènes » 

font 



F R A N Ç O I S 3E. 3J7 

font des traités à jamab mémorables qui 
alFurent dans nos faites un rang des plu» 
diftingués à cet illuftre Maréchal. - ^^ 

Le Roi , qui 1 avoit fai^t Duc de Gifors 
en i74i, le créa Pair de France, honneur 
qui fut le prix de fes fervices , & dont il fe 
rendit digne par des fervices nouveaux. Sa 
i&veur, digne prix de fon mérite , ne fit 
qu'augmenter j il devint Miniftre en 1757, 

UÂuteur des. ÂfEces de Poitou rapporte 
r Anecdote. fuivante : » Jai vu , dit-il, la 
)> lettre qui eft en dépôt entre les mains de 
9) rOfiiçier qui l'a reçue <*. 
• Cet Officier, Capitaine d^ns un Régi- 
ssent, avoit une dilcuffion avec fes Supé- 
rieurs; ils écrivirent chacun de leur côté au 
[Maréchal de fielleiile , alors Miniftre de 
la guerre. Le Capitaine étoit très-bien noté 
dans les Bureaux y après des informations 
. exaftes fur lobjet de la conteftation , TOf*- 
ficier fupérieur fut reconnu avoir tort , il 
ireçut fans doute une réprimande. Le Capi- 
taine eut une réponfe honorable; le mi- 
niftre,. en la lui adreftànt, lui manda de 
ia propre main, qu'il ne la faifoit point 
coatreiigner de peur qu'elle ne (Sit ,fou£- 
traite par fon Adverfaire , qui auroit pu 
ordonner au Fa<3:eur du R^iment de la lui 
Remettre.. » Cette attention de M. de Bel* 
P> leii(k , ajoute TÂuteur, étoicune piécMi^ 
Tom.JI. t 



f}^ BxSNFAIS'AHéE ^ 

« tion de fa juftice, qui vouloic dopner I^ 
» fatîs&â:ion la plus iore ôc la plus prompte 
n à rinnpcent ('• 

L*afli<iuîré au travail -, les malheurs d& 
la France , ies foins qu il prit pour les ré- 
parer, le confommèrent peu-à-penj il mou. 
rut en Chrétien, en Héros & en Sage. Nous 
^'outeroAS ici une Anecdote de bienfaifan-' 
ce i la gloire de cet illuftre Maréchal. 

Les nouvelles publiG|ues de cette année 
nous apprennent le détail fuivant d^un dé-^ 
faftre arrivé en Lorraine. Le i ^ du mois de 
Juillet, un petit Ruilfeau qui n'a commu- 
nément que deux pieds d'eau & qui craverfe' 
U petite ville, de Sirkes pour aller , en for* 
tant de la Ville , fe jetter dans ta Mofelle» 
crut en moins d'une heure |ufqu'à xi pieds 
au-deiTus de fa hauteur ordinaire. Cette 
innoodation , dont on ne fe fouvenoit pas 
d^avoir jamais vu d'exemple dans le pays ^ . 
fe répandit i droite Se i gauche & nt un 
ll^grand ravage ^ elle emraîna ) ) maifons 
^yec^ tout ce qu'elles reafermoient , &c 
dk>nt il ne refta aucun veftige , %7 autres 
ftrent tellement endomqji^ées, que n'é- 
tant pas. poffible de les réparer^ it^llut lés 
abbatre. Comme cet accident aitriva de 
iouc, les habitans de ces maifons eurent 
iç'tenaspouc lapluparc <ié ib fauverv On 



» » •»- 



F R . A N ç o f^ s K, r ,53^ 

comptoit environ lo perfonnes qui aVoieiK 
péri. , ; 

Le Maréchal , Gouverneur des crois Eyhr 
chcs , prit des mefures pleines de fag^flfç 
& de cnaricé pour foulager les familles que 
la perce de leurs maifoas avoir rçdulc^ 
dans le plus crifte écac. Ces. familles. .ci>m* 
poroienc près de 400 personnes auxquelles 
il ne reftoïc que rhabit qu elles porcoiènc. 

M. de Belleifle voyoic couc en grand fie 
^dans le dernier détail ^ cécoic un dds 
.hommes de la Cour qui fûc le mieux inf^ 
^Luic des affaires incérieures du Royaume. 
,11 recevoir volonciers tous les plaas qu'on 
lui prcfencoic , il en protégeoit les Auteurs.; 
mais il reciroic fcs boncés dès qu'il s appet-^ 
'cevoic qu'on Tavoic furpris. *> J*ai faic des 
.» fauces, difoic-il quelquefois, mais je n'ai 
99 jamais eu l'orgueil ridicule de n'en pas 
99 convenir «, ^ 

Le .Roi honora de iès.re greCs la plerce. de 
ce Miniftre , & lui fie rendre les hoqneutis 
/unèbres les plus 4î^^£i|4s« 

: ' - ' ' - • 

 N If i B iy6x. 

L'attachement le plus vrai^n'eft pai 
xôu^uts le plus fruâui^X'^ tel eft eeliil d^ 
ja pluparc des Gens de Lectres pour TEtatii 
Pans i'inftanr où la Natidu iigliale ion zèl0 
fLvec ardeur > ils g^aûjpTetic d^ né painf îtQW 



'54<^ Bienfaisance 

ver dans leurs facultés des reflburces reU« 
tives à leurs difpoûtions patriotiques. Ceft 
dans cette occanon qu'ils peuvent légitime- 
ment défirer des richefles. Gomment peu- 
vent-ils donc dédommager l'Etat & faire 
éclater leur zèle ? 

• Les Poètes , les Orateurs , les Peintres 
ont un moyen de participer à la générofité 
de leurs Concitoyens ^ il eft de leur devoir 
^e le mettre en ufage. Qu'ils rappellent 
les talens à leur vraie deftination , qu'ils 
célèbrent , qu'ils infpirent la vertu ! Que 
les charmes de la Pocfie , l'attrait de TElo- 

3uence , l'énereie du Pinceau , la âdélité 
a Burin , la torce du Cifeau foient em- 
ployés à confacrer la bienfaifance de ceux 
qui relèvent la Marine, à immortalifer 
leurs noms y à les reproduire à la poftérité 
^fous toutes les formes & dans tous les genr 
res \ alors les Gens de/ Lettres & les Âr- 
t^iftes s'acquitteront avec les fpnds qui leur 
ibnt propres! 

Ce qua fiit la France pour avoir une 
Marine formidable , vu avec enthoufiafme 
par un François^, eft bierf digne de Tatten-' 
tion du Philofophe de quelque pays qu'il 
fôit. ' 

Avec quelle chaleur tous les ordre? de 
l'Ezzty toutes les Provinces , toutes les dif- 
férentes clafleîs des Gitoyenâ offrirent 8c 
tionnèrenc les plus grands fecours^ exemple 



Françoise; 3411 

Vnîque qui met dans fon plus beau jour la 
confiance du Monarque & lamour du. peu- 
ple! Ce ne font. point ici des loix, un Roîj 
des fujets^ c'eft un père adoré, ce fontidesi 
enfans chéris qui traitent enfemble. L'ex-. 
pofition des befoins.d'un côté , la nature 
des efforts de l'autre, forment un tableau 
délicieux. Qu'un Peintre tranfporté d^ cette 
idée, repréfente Louis XV le vifage at- 
tendri , les bras ouverts ! qu'un mélange de 
noblelTè Se de fenfibilîté caraûérife (es re-, 
gards -, qu'il ne foit point dans fon Palais , 
mais au milieu d'une place publique , en^ 
touré d'une foule ardente , empreuee ^ fa- 
tisfaite, qui les yeux attachés. fur la per^ 
fonne facrée du Souverain, l'attitude tn^lir 
née , les mains jointes , h bouche .eatoou<«r 
verte , ne permette pas de douter que ces: 
mots ; yive Louis le Bien-Airn< ^ ne foient 
généralement prononcés ! Que l'eu: foit cn*v . 
taffé aux pieds du Prince ! Que dans l'éloîf* 
' gnement on apperçoive des vaiffeaux qui 
s'élèvent ! Que 1 Angleterre perfbnnifiçe les 
regarde avec une furprife mêlée d'inquiécu* 
de ! Ce tableau du plus grand effet , qui 
expîrimera la bonté & la reconnoiHance ^ 
pourra 4 jufte titre être nommé le tableau» 
de la Nation. 

Les Etats de Languedoc , de Bourgoene ,; ^ 
d'Ârrois » de Lille ^ Douai, Occhies y ïOt^ 
dre du St^rEfprit 1 les Six-Corps des Mac-*. 



fli B I ^^ il F * A ï $ A N C E 

Aands de la Ville de Paris j les Receveurs- 
Généraux des Finances, les Fermiers-Géné- 
raux, les Âdminiftrateurs des Poftes; la 
Chambre du Commerce de Marfeille , les 
Comtes de \yon , la Cour des Monnoyes , 
\t Préfidîal ^' lé Bureau des Finances . de la 
rtvêhie yîlle ; le Parlement & la Chambre 
citr Cotaimerce de.Bordeanx , les Receveurs 
defe Tailles du Bourbonnois, du Berty , du 
Dàâjfihiné, de fa Généralité de Soiiïbns» 
de la Généralité de Caçn; la Ville d'Ar- 
les ; le' Chapitre de TEglife Collégiale de 
JoiÀTille , quoique très peu riche; les Re- 
ceveurs des Taillesde laGàiéralitéd'Aufch;' 
tes Maires & Echevins de la Ville de Mon- 
fretttlf-fiit-mer; PEyèque de Tarbes en fon 
parritoHer ; PAfïèmblée générale des Com-' 
rhtiiuàntés^ de la Province tenue à Lambefc ; 
fes Maîtres Bc Jfuîats de la Réole j les Pré-* 
fldt%!tix dé Limoges -& dé Périgueux ; les 
Juté i^vignonois établis à Bordeaux ; le 
Préfidîal de Clermont & les difFcreris Or- 
dres. &' Etats de la Province d'Auvergne; 
la VïHe de Strasbourg; lès Receveurs des 
Tailles de la Géùéfakté de Poitiers , tt 
ceux de la Généraîité d'Alençon ; tous , ou 
fournirent chacnri ànvafflfeau , ou fe réu- 
nirent pouy faire , leur {puthiffion. Les 
Pnéiir & RpHeieiix de TAbbaye de Relecq, 
Otdre' de Cfteaux , EHotcèle de Laon , in- 
formésr quelles'' cent pieds d'arbres dont 



_ t 

*- F R A N ç a X r i.' ^41 

Ifs àvoient obtenu la perniHfion de difpo- 
fet pour leur ufage étoienc propres à la 
Marine , les ofFrirÊttr au Roi pour être em<^ 
pioyés à la conftruâîon de Tes yaiffeaux. Lî 
ville de Salon adjacenie t la I^i-ovence , fit 
également Tes i^SrtSé Plu(îeurs Régrmens 
voulurent facrifiei^ teari appointemens ^ n^aii 
le Roi défiffafit placée augmenter les fecours 
qui leur font néceffaires pour continuer à 
lui donner des preuves de leur zèle, Se i 
foutenir la gloire de fes arnines ^ les fie re**» 
mercier. S. M. ordonna en mème-tems 
quon feur témoignât fâ fatisfââion / ^n 
leur donnant- le double en gratification. 

Les Habitans de la ville de la Sufe dans 
le Maîne^ lyam fupplic le Roi d accepter 
une Tomme propornonnée à leuis facultés } 
S.' M. qui 5 bien éloignée de vouloir fur^ 
charger le oeuple, n'étoit occupée que du 
foin de le umlaget , ne déféra poinc â leut 
prièî^. 

■■ La ville de Clennom-Ferrand) le Cha^ 
pitre des Comtes de Brioude firent leurs 
ibumiffions pour contribuer au réifabliiTe- 
ment de la Marine. Les Etats des ç^ys &S 
Comté de fiigorre, offrixent aa Roi tout 
les' bois de conftroi&ion de la Province 8c 
de les craafporcef jnfqu^MZ ezuémiiés^ de 
leurs pays. * * 

MM. de Montmarrel , la Borde , de 
Pange de Boullogne , Michel > le Maître» 

Y4 - 



544 BlEKVAtSANCE 

Marquer de Bourga<les & un Bourgeois ctê 
Paris j un Lieurenanc-Général des armées 
du Roi , firenr les dons ies plus conddéra- 
bles« Enfin la fageflè de Louis , fa généreufe 
difcrécîon furenr forcées de s'oppofer à 
raâivicé du zèle , à l'enthoufiafo^e pacrio-! 
tique de fes fidèles fujers» 

Nous ajouterons ici à la gloire^ des Lettres ^ 
que M. d'Arnaud imiqorcalifa cet évène- 
par fon Poëme intitulé iJa Nation^ avec; 
cette Epigraphe : 

Des Ckcyaliers François ^ tel eft le caraâère : 

Zaïrei 

Ce Poète eftimable préfente aux yeux 
delà France le tableau de fes granaeur» 
paflTées, de fa confiance dans ladverfité , 
& de fes reflbur<^es infinies dans fon amour 
pour la gloire & pour fon Roi, C'eft h 
troUîème production en ce genre que nous 
donne M. d'Arnaud j la France fauyce ; le 
Maréchal de Saxe. 

M. CoUardeau fi ayantageufement con- 
nu & par fes talens & par les qualités de 
fon cœur, que la mort a môiflbnné dani 
ces derniers lems, fignalà également ^ 
ï^e pat fon excellait Ppçme^u Pamo-^ 



F R A N>Ç O I S E. }4J 



Ex TR AIT d'une Lettre de Louis Bcran^ 
' g^^ > Officier de la Frégate la Modefte , 

à fon Oncle à Paris , datée de tEJlaguc 

le %x d'Octobre. 

19MoN<:H£R OnclE) 

^^ Je VOUS apprends avec une fatisfââîon 
»> entière l'agréable nouvelle de notre arci* 
99 vée à TEftagi^e. La viÙe de Marfeille it^ 
9> ternit de rallégrelfe publique , & {'ai 
99 voulu qu'elle allât jufqu'à vous. Je n'en 
99 fuis pais furpris y noTre charge eft au-delTus 
yy de crois millions & demi , de prefque 
99 tous les Habitans de cette ville y ont di- 
39 reûement ou indireftement quelqu'inté- 
*9> rêt. Je puis dire à la louange de notre 
99 Capitaine Louis Simon , qu'il fait revi- 
» vre en lui les Jean Barc & les Caflart. Sa 
s> fermeté , fon fang froid & fa prudence 
9V dans les combats, font dignes aadmira- 
9> tion. 

«Le combat fanglant que nous avons 
99 livré à une Frégate Angloife de trènte-fix 
99 canons , le 1 8 Septembre dernier y en 
99 embouquant le détroit de Gibraltar , 
99 juftifie ce que j'avance de ce Capitaine* 



J4^ B I^ NF A I )5 A W é 5 

»>Naiis fîmes dans notre cravetfée des 
» prifes cohfidérables , & qui donnent au 
j» Marquis de Roux , notre Armateur , au 
» moins deux millions de bénéfice ; il s*a- 
I» giffoic pour lui de cent mille livres de 
m rente confiées à la Providence. La grande 
» confiance qu'il avoit en nous n a pas ctc 
99 compromile \ il avoit donné Torde fur- 
» prenant à notre Capitaine de brûler tous 
» les vaiflTeaux Angtois quifaifoient là' traite 
» des Nègi^s en Guinée , ce qui a été exé- 
f> curé 2 k rigueur. Nous avons brûlé douze 
*> prifes , nous en avons amariné trois , trois 
i> autres chargées de troupes ont été remifes 
» iM.de Bienac , & nous en avons erpé* 
Vf dié deux à -Londres contenant les équî- 
ij pages de douze vatfleàux. Dans ce nom- 
» bre eîft comprife une Frégate de vingt- 
»» huit pièces ae canon ^ iqui feifoit Tadmi- 
'„ ration des Conftruiteurs Anglois, & <jui 
W croit la meilleure voilière qu'on ait ;a- 
,9 mais vue; nous y avons pris douze bar- 
riques des plus précieufes marchandîfes. 
Le Capitaine Anglois a demandé à ge- 
>rnotix la rançon de cette Frégate , & a 
» offert 5000 liv. fterling de la coque feule. 
>> Le Capitaine Simon lui a tépondd ; fl en 
» coûte beaucoup à mon cœur de refiifet 
y> des grâces qu'on me demande à genoux; 
» tnais dans cette circonftancr je fors forcé 
•«ï^ d'jÀimoIer i tn^ Nation 6c les $oox> liv; 



S9 



F R À *ï ç o ""x % 1. j47 

«iîlerling que: vous m offrez & tes regrets 
»9 de né pouvoir vous obliger^ Votre Fré-^ 
99 gâte exiftante pourroit s emparer a lave* 
9) nir de quelques vaifTeaux François , voilà 
99précifémeii£ le motif, de mon ûcri6i(|e ; 
f» & éh prononçant ces mots : El/e ntn 
ih prendra certainement plus , il y a mis le 
f9 feu de fa propre main. 
' j» C'eft à cette occaHon que le Marquis 
s» de Roux écrivant au Capitaine Simon 
99 au moment de notre arrivée ici , pout 
» lui témoigner fa joie, loi mande : 
; n L*aftion mémorable que tu as faîte , 
99 mon ami , d'avoir brûlé la Frégate Au-f 
» gloife de vingt-huit canons au mépris dé 
fi 5000 liv* fterling de rançon, eft n reU- 
s> tiveamafaçon de per^fei:, que les terntes 
Éi que je voudroîs eitiployer pour. t'en re- 
»> mercier , ne me font pa5 connus '». ' ^ 
»> Le Roi récompenfa le Capitaine Simon 
9> d une épce , titre de noblefle digne de 
M ce grand homme <<• . 



Le Duc de Praflîn, Mînîftre du Roî , 
le Marquis de Grimàldr , Arabalïàdeur 
d'Efpaene, & le Duc de Betfort, AmSaf- 
deur Plénipotentiaire du Roi d^Angleterre , 
figncrcnt à Fontainebleau les préliminaires 



$4^ Bienfaisance 

de la paix encre la France , r£fpagne Se 
TAngleterre. 



Dans TafFaire de Joannesberg dans Ix 
HelTe y le Régiment de Bearn s'y diftingoa. 
(ingalièremenc. Jamais on ne vit plus de 
valeur de la. part des Officiers & des fol* 
dats. Les Andois & Hanovriens en fuite ^ 
un Caporal de la Compagnie de Borde* 
nave, nommé Michel Roufliilac , dit Aur 
guftin , originaire de St.-Auguftin en Limo* 
lui , éleâion de firives y fe porta feul au*, 
delà d'un ruiflèau que les ennemis paûbienc, 
il enteia plusieurs & ramena 1 1 prifonuier& 
Le Maréchal de Soubife , témom de cette 
aâion , donna fur4e-champ quatre louis i 
ce brave homme. 



Le Prince héréditaire dangereufement 
blefle d'un coup de feu , repafla le Weter, 
laiffàntfur le champ de bataille iîoo morts, 
1 5Q0 prifonniers , dont 30 Officiers, j Co- 
lonels, 1100 chevaux, 15 pièces de canon 
& X. étendarts. 

Le Régiment de Bearn ne perdit que 
28 foldats dans cette bataille ; mais il en 
eut i}6 bleilés. Le Comte de Boirgélin,; 



Françoise. 34^ 

Colonel du ' Régiment , porta la nouvelle 
du gain de cette bataille au Roi , qui lé 
rccompenfa du grade de Brigadier. S. Ml 
chargea le Maréchal d'Eftrées de témoigner 
de fa part au Régiment de Bearn , combien 
elle croit fatisfaite des bons fervices qu'il 
lui avoir rendus dans cette fameufe jour- 
née. Ce Général s*en acquitta le jour même 
qu'on chantoit à l'armée le Te Deum en 
aâions de grâce d'une vidoire aulîî com- 

1>lette. M. de Larmandie qui commiindoic 
e Régiment , reçut le compliment au noni 
du Corps. Sa Majefté marqua fa facisfac- 
tion d'une manière encore plus parriculicre, 
en comblant le Régiment de grâces. Elle lui 
accorda 14 Croix de St.-Louis , des peil- 
(îons aux Commandant de Bataillon, Ma- 
jor & Capitaines de Grenadiers: 7000 liv. 
de gratification aux autres Officiers , & 
8000 liv. aux foldats. 

Voici la copie de l'Ordre du Rôi. déli- 
vré pour le payement de ces deux fommes; 
les termes dans lefquels il eft conçu, font 
i'éloge le plus complet de cet illuftre Régi- 
ment. 



[ f> De i?AR le' Roi; 



^ w Tréfotier - Général de l'extraordinaire 
!• des guerres, M. Jean-Baptifte-Thomasdé 
t> Pange » Nous voulons & vous mandons , 



J50 B I ^ N F«A I s 'A N C E 

n que des deniers qui font en vos mains » 
fi vous ayez à en payer comprant au (îeuc 
i> Comre de Boîfgelin , Brigadier & Colo- 
^ nel du Régiment d'Infanterie Francoife 
n de fon nom » la fomme de 1 5 000 livres 
» que Nous ordonnons être mile entre fes 
%y mains pour jetre par lui diftribuée fur \t 
p pied de 7000 livres aux Officiers de ce 
»' Kégiment ,, pour erre indemni£es des pet* 
s> tes qu'ils ont faites à l'afiFaire de Fned- 
9 berg f le 3 o Aoûc dernier \ Se fur celui 
f>de 8000 livres aux Sergens» Caporaux » 
9» Anipeflades & foldats audit Régiment » 
jf> laquelle fomme nous leur accordons pac 
» gratification extraordinaire , en conGdé^ 
^ 99 ration de la diftinâion avec laquelle iU 
s9 fe font comportés dans cette journée , 8cc* 
9» Donnél Veriailles le S Septembre 176 1^^ 
, Le Réeiment de la Couronne mit le 
comble à la gloire de celui de Beatn y en 
le félicitant fur fes heureux exploits* La 
lettre de MM. les Officiers de la Couron* 
ne i MM. de Beam , fait trop d'Konneur 
^ux deux Régimens pour ne pas en donner 
ici la copie. : 

M Mess^evrs^ 

*»> G*efl: a^rec la plus grande fatisfaftion 
p que nous apprenons le fuccès que vous 
>> venez d'avpu^ & la façoçi donc vous av^ 



j9 contribué à la gloire de Monfeigneur le 
^ Prince de Condé dans cette dernière afîr 
j> faire-ci« La parc que nous y prenons , 
.99 Meilleurs , ne nous fait regretter que de 
97 n'avoir pu partager avec vous les mo« 
j> mens briilans de cette aâion où vous 
99 avez (i bien foutenu votre réputation» 
93 Nous nous âattons que les liaifons ancietv 
99 nes/ qui doivent .vous ailurec de no^ 
99 tre actacbemenc & de toute notre eftime» 
99 vous feront recevoir les témoignages que 
9ê nous vous en donnons , comme ua gage 
,99 nouveau de tous les fentimens &c de la-^ 
j9 mitié la plus inviolable avec laquelle 
99 nous avons l'honneur d'être , Meffieurs , 
9» vos très-humbles & très-obéiflans fervi* 
99 teur. Signes , Blangy, la Salle, St.-Vaaft, 
le Chevalier de Mirman , le Chevalier dç 
Çurfol , Guichard , de Hillerin. Au Camp 
fous Ounkerque> le ii Septembre 1762^. 
Meifieurs de Bearn > fenûbles aux matr 
ques d'une amitié aufli peu commune ^ 
firent â cette lettre la réponie fui vante* 






9>*M£SSIBUR$9 

•> La Victoire qui nous a favorifés , nous 
19 eft bien glorieufe dès qu'elle mérite 
s9 vos fufFrages. Qui peut mieux que vous , 
t> donner un prix à la valeur ! D'elle feule 



)5i B I E-K FA I S*A N C E 

»> VOUS tenez votre nom ( * ) , & elle fîfc ê 
»> toujours votre cara&ère. Quels auroient 
99 donc été nos fuccès, fî vous ayant pour 
j) compagnons, nous avions pu frapper de 
w concert ! La gloire que nous nous fom- 
ti mes acquife vous auroit été commune ^ 
«* & nous vous en aurions fait part avec 
» d autant plus de plaifîr , que nous ne pou* 
99 vons ignorer combien vous favez la mé- 
M tirer. La préfence du Prince, pour lequel 
9> vous vous intéredèz , & qui le mérite à 
*> plus d'un titre , auroit également animé 
^* votre audace, & les mêmes lauriers au- 
h roient ceint votre front. Tels font nos 
9> fentimens , Mefllieurs , fenfibles autant 
» que nous devons l'être à ceux que vous 
M nous rémoignez, nous ne défitons que 
n loccafion de vous prouver avec combieil 
9y d'eftime & d'attachement , nous avons 
99 l'honneur d'être , Meffieurs , vos très- 
>» humbles & très-obéiflàns ferviteurs. Ji- 

Înés y Boifgelin , Larmandie , Chevalier 
)umefnil , Cantis , la Forgue , Marvelife i 
Sarrant , Duvauroux , DesbauUes , Petity. 



( * ) Ce Régiment créé fous le nom de la Reine 
mère Anne . d'Autriche , en i6AXy prit au fiége de 
Màedrichc en 167^ \ le nom de la Couronne que 
I/OuisXIV lui donna, pour lui marquer combien il 
étoit fatisfait de Tes iervices. 



La 



F R A -N Ç O' I s £• ' IJJ 



L A Patcîe Se les Lettres firent cette an^^ 
née une perce irréparable par la mort de 
niluftre Ticon du Tillet, né a Paris ^ ex* 
cellent Citoyen , Ecrivain eftimable » Acai> 
démicien de prefque toutes les Académie$ 
de l'Europe , Romme au-delTus de la clafle 
ordinaire de fes femblablesj afièz ardent » 
ailez généreux pour avoir confacré une par^ 
tie de fa vie & de fa fortune à élever , a U 

floire de fon Prince & de fa Nation , le 
^arnaffe François , monument aufli durable 
que le bronze dont il eft formé. 

Ne perdant jamais de vue les Gens de 
Lettres qu'il accueilloit & qu'il obligeoit^ 
on lui préfenta le petit*nevea du Grand*^ 
Corneille. Le voir & s'intçreifer i lui fut 
Teffet du premier inftant ; il employa fon 
crédit & les amis afTez heureufement aur 

Srès de M. de Voltaire , pour procurer i 
^«demoifelle Corneille un fort convena* 
Hle au beau nom qu'elle portoit. 

Cet homme ilmftre mourut le a(> <de 
Décembre , âgé de 8 5 ans , onze. mois.-& 
1 i jours. Il n eft guères poffible d'accumu^ 
1er plus d'honneurs Littéraires qu'il en a 
reçus pendant fa vie. li étoit de 18 Aca- 
démies, fans compter d'autres lettres d'^Â- 
cadémicien de oiverfes autres Sociétés 
^ Tom. II. Z 



1)4 BfENVAXSANCE 

mt'il reçat encore dans la fuite. Tous ces 
tlluftres Corps Littéraires ft ttouvoient ho- 
norés de l'avoir vouix Membre çtu pour 
A^fégé. 1! ii^en efl( auc^n qui n*eât fait les 
l^reâiiers pas pour fe. V^taçher. C'eft par H 
rtKpn contraire qu'iln'g^ëté d'aucune Aca* 
rfémie de Paçis. II Teût défité fans doute, , 
^ fyn Parnafl^ en eût été U prix ; fou ca- 
laâière modefte le retint tQp|ours> 6c. lai 
fàilbît répondre à ceux qui Tinvitoient à faire 
^quelques démarches ; ^ qu'il n'en croit pas 
n digne ««. Mais une dtfUnâipn qui lui 
étoit particulière » c'eft qnci quand il alloic 
i leurs Séances , on lui ptéientoit Iç fau- 
teuil, on It^i donnplt un jeton Ôc on J m- 
Vitoit à yenit aux AH^mblées. 

Le gr^^nd Rou(!èau , dans une lettre 
adfefifée à M* Tiron y lui dit en parlant de 
fon Paçnaile de des Auteurs qui y fonjc 
placés : u Vous pouvez donc vous aâurer , 
» Monfieur , quoique vous n'y. ayez peut- 
•t être ps penic , que vous avez travaillé 
» pour votre gloire, autant que pour la leur; 
f> 6c que ce monument que vous avez élevé 
» ^ leur- mérite , en fera un étçrnel du 
99 vôtre «. Qui ne hi% dira doçic pas avec 
Maàiine mérltier de ViUadon. 

Pjeat^on afTez prirer ton &voîs de tOD zélo l * 
Noa fans dooce 3 8c tes foins Se ta plume &àèïà i ' 



Françoise. |^f 

Ayant éterdfé tant d^iUuftres Aattaf S} 

CoHTCft d'une ^pirc immortelle , 
Teo iEM>m doit g jamais briiler parmi I^ Icors. 

LiL xélébdté des talens ti'eft rien en 
cotnpaeaifon de celle des vercas« La pre* 
mîère n'eft fouvent fyndée qa^ far la va«r 
tnté y- l'orgueil Êc foninion des hommes } 
ftiais ia féconde eft le fceau de la. yzaie 
gloire & de l^mmorcalké. Les noms ne 
péridèm jamais quand ils ont po^c bafe 8c 
pour foutien la gér^éreufe biesi£iiiânjce y le 
fecle de la religioa , là charité chrétienne 
èo l^ajBOur de i'homanicé. 
- Charles Tibpurin » ne à DouÉlevant-le'* 
Ch$teaU:, près de Joinvilie en Ghampa^ 
gpe y ie xcôlifàara de bonne heore à Tinf^ 
tro^ion des jaunes g«is ^ d^ord dans le 
Cott^Q de Sce.rBarbe. Dèsrkvifk éti relation 
avec un grand nombre de perfonnes de 
piété qui connoiffiaienc ùm amour pour les 
pauvres, lui donnoient de quoi les afUfter. 
£xaéjk lufqiiaa fcrt]|mle aux dfivoirs qu'il 
avoir à xempfir ; c'éisoit une loi pour Ifef 
Maîtres de la Communauté d£> Ste,-j3arbe 
de ne jamaii manges en viUe« Ut fiWi!*' 
culier fe préfente i M. Tabouôn jSc :lui 
poomet cent écus po^u:^ let pauvres , à' con* 

Zx 



'^{6 BlE.NFAlSÀNCE 

dicion qu'il viendroic les recevoir en dî- 
nant chez lui. M. Tabourin les refala/& 
il ne fe feroic point tendu aux'inftances, 
quelque réitérées , fi Monfieur Durieux y 
dupérieur, n'eût levé fon fcrupule. 

Ne voyant rien de plus utile que Téta- 
blifTement d'Ecoles ou les enfans de lu» 
& l'autre fexe fufTent folidement inftruits y 
il fburniflbit à l'entretien , à la nourriture 
Se au logement d'un très^grand nombre 
de Maîtres & de Maitrefles , habilloit les 
ensuis, les mettoit en métier , les nourrif^ 
foit & leur donnoit des livres. Les Hôpi- 
taux y les pauvres Communautés , différen- 
tes PardbSes de la Capitale avoient part à 
£ts diftributions. N'étant point eh état de 
fournir lui-même à tant de dépenfes » plu- 
fieurs perfonnes de piété qui le connoiC- 
foient pour un fidèle économe y fe pré- 
roient vokmtiers à toutes fes bonnes, œu- 
vres , même pour, les perpétuer autant qu'il 
feroit poffible* Il mourut âgé de 85 ans. 

■ 

Une rivalité d'émulation Se de gloire 

{)eut juftement régner parmi les vrais ta^ 
ens fans déroger au mérite. La ba(Iè ja- 
loufie, l'envie & fes fureurs ne peuvent être 
le pàitage que de la médiocrité. 
« Edme Bouchardon^ Sculpteur otdinairç 



F R A ^N ç/a I s «. 357 

in R6i y &c. mort à Paris dans la foixante- 
cin(]^uième année de fon âge , convaincu du 
mérité du fieur Pigalle fon Confrère , jugea 
qu'il ne pouvoir erre mieux remplacé qu0 
par ce digne Ârcifte pour mecitre la dernière 
main aux ouvrages que la nïort ne lui 
permetcoic pas d'achever. En conféquence , 
quelques jours avant fon décès , il écrivit 
au Prévôt des Marchands pour fuppli^];jQ 
Bureau de la Ville d'agréer que m. Pinlle 
fut chargé de tout ce qui reftoit à faire 
pour . réreâion de la ftatue équeftre de 
Louiji XV. Dans la même lettre,. il ajouta 
<]ue tout ce qu'il avoit compofé relative-^ 
ment a cet objet, feroit remis par fes h^ 
riciers i Mt Pigalle. 



. M. de Brou , né i Paris , Maître des 
Requêtes , Intendant de la Généralité de. 
Rouen, & Académicien Titulaire de cette 
Ville , y mourut , empostanc dans le tosir 
beau les regrets publics.. 

On fe rappellera avec reconnoilÇmce fe9 . 
Ordonnances fur la police des corvées «.les 
exemptions qu'il accorda aux pères de fa- ^ 
mille qui avoient donné un certain nom- 
bre^ d'enfans à TEtat ; les encourageip^i^ 
ptacurés autant quil étoiren fon pouvoic, 
à rA^ricultocç, au Comoiecce 8c aux Arts » 



I5S B I t vrxïtAjxcM 

les bienfaits enfin dont VAca4]émië Aê 
Rouen lui eft redevable. ^ 

Louis XV, attentif à pécompeniW^ fcs 
fldèles fervitteurs jufques dans leur pcxfté* 
rite y juftifia ies juftes éloges donnés à h 
mémoire de M. de Brou , par des marques 
publiques de fa bonté. Tandis que les^ per« 
fonnes qui avoient été les plus chères i 
l'illuftre défunt , retirées à la campagne, y 
déploroient une perte fi imprévue St a 
cruelle ,S. M« leur envoya annoficer la put 
quelle prdnoit à leur |ufte douleUr^ ^ 
qu'elle oonnoit one penfioft au jeune en- 
fant, feule Ôc uniqoe efpétnce de cétor 
famille défolée« 



Il fe forma cette année une Ecole dé 
Pharmacie à Pouancè en AfiJM. Les e^r- 
cices charitables ^e cette ihftruâic^ com- 
mencèrent à l'Hètel^Dieù de Poaaiice , le 
ï 8 d'Avril, & furent ouvertes i toutes les 
filles de charité que les Archevêques^ Evè- 
ques. Abbés, Doyens, ÇtiréSyleS Sei- 
gneurs & Dames de PatoiJTes choMflfent & 
jugent â propos d'envoyer pour y recevoir 
lés irifttuéKôns dafaMes de mèêtre ces fil* 
fes en état de rendre ferViee àûi pauvres 
malades* Les Hèvé* form'és & diftriboés 
datis les Gimpagrieî! -y font tant^^de bien i 



• François <#. ' ^ff 

^à titMiSznî les Labôoifeitfis êc w les 
fen<knc à VAffiéuUxitey ^m 4e {^ÇèoM 
provinces ofi s'jr rend à fbiis let ptititeitis^ 
êc on en fore içftrulc «i ilK>is d^ Sëpten»* 
bre fuivanc. La^ pmfion de» Efêre» foi 
£xée cecce année a i o liv* par mois» 



4^ 



. Dans rhonear dm défaftrd paf lec^et ^ 
k nuic du I é au 17 Avril » tout 1 eftiDk>s 
de la Eoif^ de St.*^Gétiiïain fkc r^il èll 
cendres^ le Rm itiftfan dû lèli^ a ved lequel 
ceux dont le fe^sourà pduvoit être utile ou 
néceflfaire , s'y écoienc ^iortés pdur arrêter tt 
progrès des flammés ) il ne mt pas mèîii^ 
touché de voir daiiii la protimitt 9 les Pa^ 
lais des Prihcês dilvtôir l'afyle à%s maU 
heureux. Se aveequ^k fetitiiâ«îis d'hiimà^ 
nité , fur un aUâi bel éxeiiipié , tous lefe 
habitans des msifons circonvoiiines s*^-^ 
foient empreffés de procurer un abri sut 
aux iharcnandifes , que deti mtàm âùfll 
courageufes que charitables àvoîâri^ pu dé^ 
xober à rîmfMêtUoficé du kû. Se M^ i^nfiblè 
à là perte qù'â^ient faite dans cet inéeiH- 
die des Mâtckânds établis i cette Foire ^ 
ordonna âu'il feféil râmis une fommè dé 
iôoiôo6 Kv. ^ttf Us ite^cmrin Cette (bm^ 
me flit prifë fur les déHs qtié pluâetits 
Cùtfé de Ville avéîent faits gdilr l'âfig^ 



^<fb BlENFAISAlVCE 

mentacion de la Marine^ & la grâce da 
Roi, en procurant/ un foulagemenc protnptf 
à des fujecs malheureux , ne rallencic point 
la conftruâion des vaifleaux que S. M.avoic 
ordonnée pour cette année. 



U N défîntcreflTement noble & généreux 
doit caradérifer tout homme de Lettres. 
Faire trafic de fes talens , c'eft les desho- 
norer 6c manquer elTentiellement a Vefprit 
d une profeflion libre & honorable. 

Dans la Séance publique de TAcadémie 
de Befançon , tenue le 14 d'Août, M. de 
Frafne, A vocat-Général honoi^aire du Par- 
lement de Franche-Comté , Préfident de 
rAlIèmblée, déclara que le Prix des Arts 
avoit été également adjugé à M* Perrectot, 
Etudiant en Médecine, & à André Vau- 
cheret , Thuilier , demeurant au village de 
Four en Franche Comté Cette dcci/îon 
pccaHonna un a^e de ^énérofité dont TA- 
cadémie eut la fatibfâàion. d'être témoin 
avec le public. M. Perreciot refufa de pro-- 
fiter du partage dont le Prix étoit fufcepti- 
blej il s'emprefla de cédera fon Coocur-, 
rent la médaille d'or de la valeur, de deux 
cent livres , & ne fe réserva que 1^ gloire 
de la mériter deux fois. Un procédé fi 
dignç . des Arts & des Lettres , aaxqu«U^ 



F IL A V ç OIS «.' )£l 

il confacroit fa jeunefle > excita les juftes 
appiaudiilêmens de toute TAiTemblée* 



La charité eft de tous les âges , de tous 
les fexes Se de tous les états* Dès la plus 
tendre enfance , lorfque le germe précieux, 
de cette vertu règne dans un cœur , il s'é- 
tend , fe développe , & bien-tôt fes heu- 
reux effets fe font fentir aux Membres 
fouffrans de Thumanité. 

Une Demoifeile d'Orléans > âgée de i6 
anS) née d^e parens opulens, demeuroit,en 
qualité de Penfionnaire , chez des perfon- 
nes de piété pour y recevoir une éduca- 
tion chrétienne. Elle étoit depuis long-tems 
dans l'habitude de retrancher quelque 
chofe de fes repas pour le diftribuer aux . 
pauvres. Un jour un jeune orphelin^ âgé 
de 8 ans , fans connoiÛànce , fans appui » 
fans protedion , fe préfente â elle , : lui 
expofe avec ingénuité, fa détredè & fon 
embarras. Elle lui donne fur-le-champ tout . 
ce qu'elle avoir , lui recothmande de l'at* 
tendre jufqu'au foir, tems auquel on ve- 
noit la prendre pour la ramener à la maifon 
paternelle. Le foir la Gouvernante arrive » 
cette demoifeile prend l'enfant par la main» 
& engage fa Bonne à l'accompagner chez 
le Curé de fa ParoiflTe^ dont elle étoit par-» 



dcalièiement connue & fingulièt^nient e^ 
cimée; elle préfente lorphelin à fon Pa& 
teuc & le recommande avec zèle à fes cha* 
ritables foins. Ce cligne Pafteur, plein de 
confidéracion pour cette . aimable bien£ii« 
ttice, fe chargea fur-le champ de lenfant 
& le plaça quelques jours après crès-avan- 
tageuiement. 



rfriki 



"i'I" Il 



On tiroir la Milice à Vîlleloîn, Bourgs 
de là Généralité de Tours. 11 y avoir çrente- 
iln billet^i trois fières noftiméi Plazenelle^ 
fite d'un Marchand ]>apter dEcuetUé , 
près deà confins du Bertv , étoient du 
nombre Àt9 Tireurs; laîné, nommé Fran- 
çbis ^ aVôit environ ^ i atis, 6c le plus jeune 
a|>pellé Loms , n'en avoit pas i8^ François 
Pla2enèlfe demanda & obtiht de tirer le 
trentiètné^ , iziàis fon tour étant venu , il 
fat interdit ^ & commô il héfitoit i pren- 
dre fon billet , le plus jeune de ks deux 
frères, Ltmis qui atoit déjà tiré^ fe pré- 
fehta d€ ftôâveail Jpotïr tifer en fa place. W 
expoia que fi le lôtt tombait i fon aîné , 
il hé pôuiroît S^étàblir de Ibng-t^irts; que 
pcWt loi il éedît fenedre jeune & éloigne 
dtf fbftger^atidli ééâbfiflrêftïîéfit ; . que d'âil- 
léâts étt dHtht bout fôri ftëre , tl auroit la 
faéîtfaâSlôii dé hvoir.fouftt^ift ski fort qui 



I 



F K A K Ç ô t « î. 3^) 

i^mbioit l6 menacer ) Se par-Iâ^ de dèvenic 
l^indrumenc de fôn bonheur. Après ttB 
«nocs il tira avec k plas ferme €on(biice> 
amena le billet de MilicijSti » fe fie enfûite 
infcrire pôut fon aîné , Se prit la cocarde 
en Tembraflanf* 



U N vieillard Proteftant , refpeârable par 
. £es monnis , Jean' Calas , âgé de (^9 ans , 
ayant été atcufe d*avoir pendu fon fils âgé 
de t6 am^ on fuppofa que pour empêcher 
ce fils de quitter fa religion , il s'ctoit dé** 
cenninéi ce forfidt horrible; lui, qui de«- 
pttis )o ans avoir dans ûl maifon une Ser^ 
Vanre Catholique ; lui , «jui avoir fouiFert 
^elle convertit un autre de fes enfans ; 
loir y qui après cela gardoit encore cette 
même fervaàce & faiibit une penfion à 
celui de fet fils qui avotc abjuré. Le 9 
Alars ce neîliard malheureux fut condam^ 
né i ècÊt rompa vif & jette au feu , & Ton 
vit ce vieiHard expirer fur la roue avec une 
fermeté héroïque y en proteftant de fon 
xnnotence i 6c conjurant le Ciel de pat- 
donner à fes Juges & à fes ennemis. 

Tel eft le fujet de TEpitre en vers, fous 
le norti de Idbi Cabœ àia feipme , Se i fes 
enfaâisV'<ïa6 M. Blio de Sainmore donna 
au public en 17^7* 



3^4 BlENF.AlSANCE 

» Je dois à mon (iècle , dit cet Aiitear 
f> ingénieux^ je dois à ia gloire de ma 
9> Patrie , i l'honneur & à la bienfaifance de 
9» mon Roi , de rappeller tons les efibns que 
ji Ton a fait pour reparer , aucanr qu'il a été 
J9 poffible , les maux affreux de la famille 
n de Calas. Sa veuve pleuroic dans la foll^ 
j» rude la perce de fon fils & celle de fon 
»> époux ^ & ce n eft q^'à la foUicication de 
j> quelques personnes bienfaifantés qu'elle 
^> s eft déterminée à venir fe |etcer aux 
j» pieds du Roi pour implorer ù, [uftice. 
9» Elle a fupplié le Confeil d'examiner Ùl 
«> caufe avec la plus grande févérité , & de 
49 la punir rigoureufemenr (î elle étoit cou- 
«» pable. Les Commidàires nommés par S; 
»> M. ont revu le procès fait à Touloufe ; 
99 enfin le famedi 9 Mars 17^5 > quarante^ 
99 deux Juges aflfèmblés ont caué le premier 
9> Ânèt d-une voix unanime y & Jean Calas, 
M fa famille & tous les accufés ont ité re- 
9> connus innocens& réhabilités avec dépens, 
»> dommages & intérêts. Madame Calas, ac* 
9> compagnée de fes filles, qui étoit préfente 
9> i cette décifion', eft forae du Palais au 
9> milieu des acclamations des Juges & 
9> d'une foule de fpeâateurs qui les envi* 
»> rbnnoit «• 

9> Toute l'EurDpe à retentf d^ cette af&i* 
» re; des larmes ont coulé de toutes parts^ 
9> tous les cœurs fe font émus., &c j'ai vii 



J 



François r; ^6^ 

99 les François vaincre par leur fenfibîlitc & 
j» leur bienfaifance , toutes les autres Nation^ 
»> de TEuPope. 

»> Notre Augufte Monarque , dont la 
>9 bonté nous cft fi chère , ne s'eft point bor- 
99 né à une^juftice infruâueufe & ftérile, il 
99 a répandu fes bienfaits dans le fein de 
» cette famille infortunée \ S. M. lui a ac^ 
99 cordé une gratification de 3 (J,ooo liv, 
99 dont elle 9i- voulu elle-même ordonner la 
99 répartition. 

Vivez , mes chers mfans , confolez votre mcre; 
Et fi de notre nom la gloire vous cft chère , 
Rcndez-vouç à la Cour , tombez aux pieds du Roi^^ 
Demandez-liiî f honneur que vous perdez en moi : 
Vous verrez qu'en ces lieux qu*^n peint inacceffibles, 
irbus,ks cœurs , mes cnfàns , nt font pa^ inferifibles \ 

te Prince biënFaifant , touché 3é vos malheurs , 

> » 

De fon bandeau (àcré » peut effvyei vqs pleurs* > 

» L'exemple du Monarque a été fuivi 
9* par tous ie]S fujets. M. de Carmon telle , 
9> Lcâieur du Duc de Chartres ^ a com- 
9> pofé un tableau repréfentant les portraits 
99 de la famille de Calas. D'autres per- 
9> formes l'ont fait graver à leurs firais , Sc 
9> Ton a propofé les Eftampes par fouf« 
» cription,. à Ion profit. Aufii-xôt la France ^ 



}f6 B I fi K F A I s A i« C s 

M TAnglecerre > rAilemagne y l'Europe eh^ 
» ctère , s'eft cpU^meoc empfeffë^ à la rem^ 
S) plir , qu'on a été obligé aen (wt gnt,ec 
1» deui; Plaoclii^^ j poqr fwsfaire les Souf* ^ 
i> cripc€iur(. Tous les £t;at$ fe font fignajtâ^ 
•> en cet^e QccaiiiQn ; ^ il )r t eu u^ gcaad 
a> npmbce de perfonnes qi^ , pour un feul 
i> exenfipl^re .» 09c donné beMçoup au- 
» deU 4*1 prix fixé. 

» Le Clergé de France ». ienfible à la. 
$% ficuacion de ces infbnunés ^ vient auffi 
>i'dans fa dernière afleniA)lée générale » de 
>f gratifier Tun des Calas de 100 louis , en 
9» lui afTurant une penfion annuelle. Riea 
a n eft plus beau , plus généreux , plus 
M capable de fouténir la majefté de TEglife 
s» Romaine , que de voir des Prélats Catho^ 
n liquesftipovtrk.desPcocâftaafimalheareux;. 

»>M. 4ç yçiltaire fut k prefliiei qui 
SI s'éleva^ en faveur de la faujule de Calas. 
M Frappé de îimpoflîbllité du crime dont 
9> on^tccùfoit le père , ce fut lui qui enga- 
>> gea la veuve a venir demander juftice 
» au Roi. Sa-p^ome , fes £o\ns , £>n argent , 
99 ion csédic , il a tout eipployé pour faire 
^ éclater ^'innocence , & iecourir la vertu 
» oppâ|née h. 

On xit doit point pafTer fous iilence uh 
£kïi des plus inscreâat]^ : le Marédia^lf Duc 
de Ricimira^éia»t au^ D^ces devant une 
noaahteufe iiâèmblée ^ demanda à Al-de 



Voltaire des 4étaUs de cettiç affair^. VAu- 
teur de la Hôftïiade lui raconta tout avec 
une éloque»€e fi forte ;, fi pathétique , qtré 
le MarécM. M tons les- ipqftaseur» -fon- 
dirent en JijîÇïQS, .AIqç^ M^ 4q ypl^i^ 
fit entiter un des Calas qui ëtoit dans une 

çhambci? voifin^ j. jÇc -Iç -iM^régU^l^irau 
Jeune hoj[^çijç ,: »a MqoÛW % W ^ PPfr 
n fuadé d^ 1. iijiâocéncç dç. ^^ ventre pifigiîçi 
t) vos malheurs m^on^ç yiH^^ J^^éç)^ ; 
9> vous pouvez compter fur mon crédit & 
a» fur ines fççqurs -^ pui£:]ue vçhis n'avez 
9> plus de petë , c'eft â moi de vous en 
99 fervit <*• Ceft p^ des .traits femblable? 
qui énnoblîrbietit un homme obfcur \ 

au'un grand-Sdigneu£ &it ' vôii^ jqtl'il fon 
'un fang illuftcei 



mté la plus;^ll4ç? » M^ft^^i Adélaïde fait 
unir l'amQijiç klm^ ,de«-.Lfitçiis. Lorfqua 
Mefdames p^fsèrent à CbâteaurThierry > 
on préfenta a Madame Adélaïde Unie jeune 
fille de j 9tm \ cliacmàniëe pdtttdt^CTïk 
& les dilpofitîoiis de ITefpfit } c'iMiit Tat'^ 
rière-petite^Ue 4^ .ççlèè/? h :F9ntaine. 
Elle recita avQc une g;cace infinie unç fable 
donc voici le fens : 



yéS B I B M s A 1 s A N C B 

Je fuis ce lierre abandonné» 
Voas , ce chêne diyin que ma foiblcdè tmhtstSk^ 

Je vous » peint mon fort infortuné^ . 
Votre appui (ëui peut en changer la face. 

Madame Adélaïde écmit fdr-Ie-dutnp 
i l'Abbaye de Fontevraalc , où elle a depuis 
envoyé cet enfant , en déclarant tja'eUe fe 
chargeoic de fon ibrt. 

F^ers à Madame Adélaïde. 

A 

t 

Digne fang des Bourbons , illoftre Adélaïde^ 
. Aogofte fille de nos Rois ! 
Permets qu'une Mufe timide 
Elève ici (à foible voix , 
Pour confacrer a» T«tople jde mémoire 

Ce cœur fublime & généreux , 
« . ^. Ce cœur feiifible^ re%irdnr la gioicc * 
: ' Ce cœur'tranfmis par tes Ayeux.... ' 

^' ' Louis-, fer pas de ton auguftc fille, 

* . .. A j*çxcmple des In^mortçls, 
Compté/ pw les bienfait^ , feront pour ta famille 

L'heureux objet de nos vœux éternels, 

•" O Lafbntaine ; ombre chérie ! 

* -' 

"De tes enfants un foiblç rcjctron^ 

Prefqiie 



f R A ll-Ç.'«iX|l«: - f$ji^ 



PfcCiae fan^ clukof ^tt âàs ifie , -^ 

Jtenait par Ics^bienfaîtsde V,aiinable. fionrboi^ . , ,, 1 
Ta fille n*eft donc plus aa atbriflèau 44bilc | 
la maio ^ la protège & luk donne lift afyfe 

ISA ce chine divin. 
Qà'oD lierre langatflànc ë^troiccmeoc exnbzaflrs. 

Jeuoecnfant, hisis toû dcftin ! 
De ton fttnefte fort.^ le bonhefur prend la place» 

' , . - - - . * w - 

Ls 17 Avril 9 fur les S heures çitt.imn» 
tin , la Statue équeftre de Louis XV , qa« 
S. M. avoic p^rniis à la Ville ck Paris de 
lui ériger » qui avoir été fondue fur !• 
jipodèle du célèbre Bouchardon » €om* 
açaença d être conduite (te Tartelier vert, 
2a place ûù elle devoir hptt pofée j on luil 
jBt parcourir dans^refpace, de trois jours^ 
le cnemin qu'elle avoir à tenir depuis .bi 
forrie de l'attelier f. hors dé la barrière dm 
fauxbourg du Roulle jufqu'à la Place y ($p. 
lé a) > elle fut établie iur fon piédeftal 
aux acclamarions d'un grand concours dçi 
t>euple. Le fervice fe nt en préfence da 
l>uc de Chevreufe » Gouverneur, de Paris « 
An Prévôt des Marchands » & du JBureaii 
de la Ville » avec rout le fuccès aue Toq 
pouvoic attendre des ibins & de fintem^ 
Tgmi II. ÀJk 



1^ B x.f »r:Voi,'-i {f A ir d E 

1 1-^/ r \j.^fiient 




pour le tranfporr. ^^,;, i ^ *: 

En paflànt devant U m^ifon pu Je, célèr< 
bre 'Êblicharàqn ett' décédé Voii Se une 
décharge de canorts ; pour httroftr là juc- 
moire^dé, ce gsapd Arriftbt, '^ùi, par .^ec- 
Ouvrage immortel, s'èft affuré une gloire 
que la Nation • partage- aVfecJufe- Le lundi 
ao Juin, Tinauguration de la Statue fe fit 
awcttMtêS^WcéréhidMleiiiifi^ -^ 

i. 

tl r.n *- .*^ 

-^tt ér d'Avril , îàVS^Ile d4 PQpfta for 
cdnfuihëe par lè^fpà^,^*■avec unè/pàrtie de 
Mé dé J^làîs^R^yîif yqùi y ^oH&rrr Bdr 
âiSehftàficës ^^kitSfêffahtes^. qui concemeûif 
éêt ^vèiétiiehjr^, fcttt^confign&s'dans une 
Kki^ d'un vrai cîtoyett à r/dtoit tlu Mefi 
^fee de Frâncfe -, ' fécond volurae.îl'i^viliî/ * 
*,n Qui pourmit fe ' rpfufër à là^ fâtttfae-: 
«^i6tf ^e voto'fairé- batt'? d^it' ^&^e , 
À^ cpàjôuTîtriftë^à la yttité V maimè^liohç>- 
• raote-à 1105' 'coficitpyehs : ' OTTiJirdiû dtt 
Ai Palais i-Roy^ en voyok = déi^-jrhajnes 
fi'diflçrçfntés , comboféçs' <Jè pèffbhnès de 
irtèotéur, •âhs'dUKiïâibri WTrÀifr^ 




19 digpkés j à^ &kê m^è ; l'iufe fohnib 
>» pour fauver les ^rcbîves du Pariais , TaMt* 
:•> £re pour fournir pJui; îpjojxijWKmettC f eài 
»> aux pompes. Le zèle donc chacon itsMX, 
f^ ^ï^àsm ç* trtftp^vènenwnt'i'ifcdou- 
» ibloic ffiifiblifiiedc >eocpre > aî«9iâ q^e Pa 
•» ^^^^rfl^é m fage Magiftrac , |i^ 1© xtÇ 
M peÂ'^ rainQar:4pn€ tous les citoyens 
n.ipilt apnfcrés. pQ^ir l^ Que d*Orléanr & 
t> pour 1^ ?t\xic^ Ton &)&> doncU ^réfeac^ 
a> Us a^eâ^c fi vW^tp^bCi , qîie <e piiUic » 
i»> ajoufie T Auteur de.<feet« fertre, dôoc caiir 
j». .4e è^i6 Pmldfopbc» s*i^fe«t î^ mal |ai> 
^:lçt,id4yient alpçi ï.4fpp^We<*!:i ,- 
^:. 4 cft mit qui iw imt d'bonaeiïr .s^a 
4S0rps. 4* Qitoyenf i î^çn ifc)Qfttçfa* naàitr' 
fte.rt un . jwne Çûoye» , , q»i prQiive.iXttr 
grande préfeixôjÇ.jÉfeiprif, y©^ ame..fermê 
i$ i9Jté|Â4r.*^i^knÛk^ des plust grands d^n- 

; ' ^Fn jÀube l)9Qiito«(£d&iTfoye& to^CHftasùt 

1^ SaioitriHpiioGii ^ ba cOmmtof emeht d^e 
Hïmmèî}^* \\ onnse. 4a»â'ilar.bQils db^alaiisî 
apperçoicia fumée qui augmfiOCè<d*kiiinoT 
ment à l'autre. 11 fe fait conduire cnez le 
Gouverneur pour. çae autori£^dans'fes en- 
treprifes. Le Gouverneur lui accorde tous 
tes jfec9MrsM^'rit::«ie»whde. Ce i^liçl.Ci-^ 
iDyen^ plein dVi^i^r ^ d0 zèle, fe ^^in 
pçrtç i U HOiitoÛ^rFlact^ 4e Louis XV > à 

Âa 1 



If» B I B ir 9 A 1 s \A K C E 

la titc de quelqoes fo4dats <ta Gaet; f^ 
marcher tous les Ouvriers , 8c groiGt j pen* 
danc £on recour y ix croupe de cous ceux 
^u'ii renconcre. 

Arrivé an Palais » il fe &ic ouvrir la 
magnifique Galerie des Tableaux du Priii* 
ce , enlève cous ceux qui paroiâênt les plus 
expofés , ic les mec à l'abri de roue acci- 
denc. Il fe porte avec la même intrépidité 
du coté du feu , découvre dans un endroit 
voifin de la Salle de TOpéra , une quanticé 
pcodigiefufe de bois qu'il faic jetter par les 
•croifées ^ fous ce bois des banls de poudre 
â canon qu'il fàic ^lemenc enlever, '& 
4]ui iaiis Tatcencion du jeune Gxxùjtn » au« 
fotencfàic fauter & écrouler la plus grande 
IKUtie du Pakis , £c auroient caofé dans 1^ 
voifinaee un défaftre affreux. 

-«Quelques jours après , le jeune Troyen 
ayant paru dans la cour du Palais RoyaI,il fut 
reccmnuM Des perfonnesles plus diftinguées 
èc les plus qualifié^/le comblèrent d'élo* 

Î;es. Il fut préfemé mOttc d'Orléans , qui 
'accttdllit de la maiiière la plus fiat^eufe 
& la plus lionorable» 



S> ' V 



' ^ • iCssBssnseseaNBessâsessss^ 



M. Marin, alors Genfeur Royal 8c 
de la Police « fit imprimer cette année une J 
JLettre adrelTée à la Pnucidfiè de • • . . fur 



Françoise. 37) 

un projet incéredant pour Inhumanité. Le 
but de cet .écrit eft de propofer un éta- 
blilTement qui fait honneur à celui qui Ta 
imaginé. Il s'agit d'un Bureau de confultai* 
rions pour les pauvres c^ ont des proc^ » 
& qui , faute de pouvoir paver des Avo* 
cars & des Procureurs . font obligés d*abui« 
donner leurs droits} ils trouveroient donc 
une reflburce contre rinjuftice dans la 
bonne volonté de quelques particuliers 
diipofés a payer les frais de la procédure. 
Ce Bureau s'établiroit par foufcription. 

Ce qui fans doute a fait naître à M. 
Marin Tidée d'un pareil établiflèmenc p 
c*^(k une hiftoire pathétique au récit de la^* 

3uelle Içs cœurs les plus durs font forcés 
e s attendrir. Cet excellent Citoyen parle 
d'une femme malheureufe ,. a qui il a été 
chargé de porter les aumônes de' la gêné- 
reufe Princeflè à laquelle il a dédié fa brop 
chure. 

» Jai erré, dit M. Marin , fai erré long'^ 
>> rems dans cfette rue, où cette femme 
M malheureufe avoir vécu dans une forte ^ 

» d'opulence ^ fans avoir pu découvrir ùl 
» retraite; les voifins qu'elle avoir fi fou* 
» vent obligés , ont oublié jufqu'à fon nom» 
M Je. défefpérois de féudîr dans mes rechet* 
.» ches » lorfqu une jeune fille m'airète & 
» me tend la main en me cachanr, fes lar- 
S) mes 'y je rinterroge, j8c par les réponfcs 

Ai 3 






j74 B I B N î A I s. A H e « 

!♦ que fe lui arrache ., je comprend» qu*elte 
99 foUicice la charité des paflfans pom: cette 
n femme que je cherche. Je me fais con- 
s)diiire> elle me guJde eh tremblant; ]é 
» la ffi}$;dans untéduk obfcur; j'entre, je 
» vois à 4a foible lueur d'une lampe , fix 
>>enfahs aux genoux dè^ieur mère^ lut de-» 
»> mandant du pain;; je vois une femme , 
»-les yeux égares , gardant le filence terrible 
du défe(poir,i^ meurtriflaht le feindc 
foutehant de Paùtré ta tcte de fon mari 
j> étendu fut la paille , brûlé par une fièvre 
•5 ardente, couvert de cit:atrices, fit expi- 
f> tant faute de nouttîtiire. 

•* Comment vods peindre. Madame y 
h Texpreffion de ledr reconnoiflânce , lorf- 
3^ que* j ai annoncé à ces inforcunéi que leur 
«rlnalhéiir étbit parvenu jufqu'à yibtis , & 
î>qiie Vos mains s'étoieht ouvertes à leot 
>v misère. La mète ^duffitnt de iknglots ^ 
» embradàiit fH*^pfans fans pouvoir pro^ 
M fêrer une parole ; le père agitant fa tcte 
w &C prononçant des mots mal articulés ; 
» les enfâns enlâtmes pteffànt mes genouiè , 
»> m ont fait ^dufler un; cri de douleur flc 
w de joie, & morit^Itfiigf dans une efpèd6 
»*d:ariéahtiflfem^rit ';; tdës pieds chance* 
'îîkfts-fe dérébôîiérii' foas moi; Ina- main 
ïs^chfercfeoît anappuî-;i mon cœur ^eftgort^- 
'^M ^ • liik refpifatioh ' étYéhnt '^us rare , 
» étoiiifltbît 'maivûi»,^ar Je ïms réfté^pei^ 



£ i 



F R A N' ^ O I s B. - 3^^ 

9»qae-tem$ imtnobiU. Aptes les o^pi^fi^ 
3» uoiis do {cntiîtïem que Us âmes ctùéllés 
•I font indignes de concevoir ^ j^ià^iùitt^ 
w rogé ces malheureux éit la cktftb }iè (eût 
t» in§)i«>imè ySc voici ctt que fii ^S^b 4^ 

nlenttêtit * V* ^-: '!"'*-'v " 

- '*» Ih èxt^rçoientUne inâdftHé Hôhô^^'^ 
ts Se fëi'end()leril'ùtilèsàleats<j(>nicitby^ 
wcn nhfekipliarit* i?e's- échangés d*uh^ëtefl 
ntéel ctritte uti frifeffîfedieê- qd^tohftr* 
5V. tuent iô comnîeft<îè. lU fâifoiôÀt teflâeîf 
i^ datis te^'Rdyaartvé Ta'tgeht des éftdngeft'i 
jv en ëay l'âne dès débouchés' à noi Manu^* 
5>' faftiirés 5 fit fàvorifant k nîâiri d'cfcàVtfev 
jjT^iKi *jpris r Agriculture, eft k ptfe«rf!fe« 
»> richefle d un État ^ K - là feulé* rêâbftffce 
^ Éti pdUVtès. fe JcrtiiÉÏbienr du 'ftiift de 
ji-ieufô tray^ttît , R vi voient dàhS iirfe ki« 
59->&n^e (lidnnètd, fai^s fafte, (kn^ i>tguëii j 
i* lôrfqû'aii wifin juteux de léut bdfthëUr j 
« leur fufcite un j^ocès in jufte. Affûtés de 
5>lèift hinocence , ils dédaignèrent de A , 
i% dépendre & négli|crenfc dobferve* ces 
«9 fotttiàlités que b Ui^tfCe â^ Mè Lénifia» 
i»tecifs a tendues néceflàires dans hoàre 
>».Jhiirifprdden<î6 , & qu'une fàgeflfe pluf 
>i écl«i;ëe devroit féfdrme^ de Ac^s jouttf/ 
»> Uê jtietdtrent leut caufe , & ^avifarit irof 
••t^dde leËr tt^Ug#n^e, ils àggraVèteht 

fi àé cefi^.hoAiMe^ qifè h Jdftî^e toiiiihfee 

Aa 4 



(_ 



ff4 BlENVAIS'ANCfi 

^ poac défendre les intérêts des Citoyens; 
f» te qui trop fouvent ne font occupés que 
» de léor ruine* Avec un tel gukle ils 
«• s'ég^èrent dans les fentiers lénéoreux de 
p la chicane; chaque pas les encraînoir vers 
s* Tabime & ils ne s apperçurent du précir 
9^ pice où ih fe ploûgoient^, aue lorfqu il 
» fut impoffible de reyetflt (ut leurs pas« 
9» On ferma les fources dé leur commerce, 
s>^on enleva leurs meubles» on les chaf- 
i»fa de leur propre . maifon. Ils cherché^ 
99 renc un retraite obfcure & ils vendicenc 
1» fucceflivement pour fubfifter le peu d'e& 
9» fets qui leur reftoLent dans leur infortu-* 
19 ne , & qui auroient pu fervir à les garao* 
99 tir des ngueurs des faifons. 
. »> Vous lavez » Madame , dans quel étac 
19 ils font réduits, & il feroh ctuel de vous 
99 attendrir de nouveau par cpt affrçux ta* 
«> bleau ; mais ce que vous apprendrez avec 
9»plai(îr» c'eft qu'il leur relie encore des 
9» reflburces. Ils font propriéuires d*un ter- 
99 rain Htué.aux portes de Paris, faifi par 
19 les créanciers & par conféquent inculte ; 
99 d*une maifon inhabitée & tombant en 
99 ruine ; d'un amas de marchandifes qui 
» fe détériorent & perdent leur va,leur par 
99 les y iciffitudes de la mode \ de plufieurs 
y créances qu'ils ne peuvent exercer , &c* 
M Leur procès eft de nature à, pouvoir être 
» examiné de nouveau \ mais l'imiHÙflàace 



4 

Françoise* ' J77, 

V abfolue dans laquelle ils font d'en ppur^ 
n fuivre la réWIiori , reindenc coûtes leuri 
M efpéraiices vames. 



ttMsaaeaBsaessB^ 



A p n à s le jugement rendu dans rafFaire 
du Canada , par MM. de Sarcine ^ Lieute- 
nant-Général de Police, le Lieutenant-Pac^ 
ticuiier & piufieurs Confeillers au Chate- 
let, Commiflaires nommés par le Roi , 
contre Ftançois Bigot» ci-devant Intendant 
dejuftice. Police, Marine & Finance en 
Canada & fes Conforts» condamnés au ban* 
niilement & leurs biens confifqués : la Sen-* 
tence dreiTée , M. de Sartine fut la porter 
an Roi. Le cœur vraiment paternel de 
Louis XV , vivement ému i la vue de tant 
de fujets coupables à la vérité de trahifon 
& d'infidélité, mais d'autant plus malheu- 
reux, que par la confifcation de tons leurs 
biens , leurs femmes & leurs enfans fe 
trouvoient enveloppés dans la même dif« 
grâce 6c réduits à la plus excrème misère. 
» Il n'eft pas jufte , dit ce Monarque bien- 
»9 faifant , que les femmes Ôc les enfans 
>9 Dortent la peine de leurs époux Se de 
» leurs pères ^ leurs biens confiiqués à mon 
$9 profit me lailleroient toujours dans Tin- 
49 quiétude fur le fort dés innocens. Que le 
9 crime \foic puni, la Loi l'ordonne ^ maïs 



j7* Bienfaisance 

n rinnocence , par cette mcme loi , doit 
j> être protégée & foutenue i je veux qu'oii 
» réferve une partie des biens pour leut 
j» fubfiftance <<• 



On doit mettre au rang dés bienfai- 
teurs de la Littérature, M. de la Tour, 
Doyen du Chapitre de Montauban , $C 
Tun des 30 de l'Académie des Belles- 
Lettres de cette ville : il fonda cette année 

nfifte en une 



un prix d'Eloquence , quj confi{ 
Médaille d or de la valeur de 1 



50 liv. 



PifiRRi Càrlet de Marivaux , né à Paris i 
8*adonna à la compôfition de Pièces de 
théâtre. Il refpeftâ toujours dans fes Ou* 
yrages la religion & les moeurs ; il s'effor ci 
même de tirer autant qu'il étoit poflïble j 
•de ce genre de Littérature , quoique dan-^ 

{{ereux en lui-même , quelqu'avantage pout 
a fociété. Son but étoit de corriger les 
vices & les ridicules des hommes , en les 
amttfant.»9 Je vo'udrois , difoir-il, rendre 
« les hommes plus juftes & plus humains J 
•» & je n'ai que? cet objet en vue <•. 

Simple , attentif 5 elfentielrdans le coti^ 
mecçe de 4*àmîtii , il y por^it ta délita^ 



tefTe Se la fincérité* Lorfque fes amis , 
fur-touc les Gens de Lettres ^ le confuU 
toienc , tout autre confidération le cédoit 
alors slu deiir de leur être utile. Il favoit 
allier la tloueeur de riiiânuatioh , avet 
Texpreffion de la vérité. • 

Jamais il ne ré^ndit à la critique y ft 
cont^mnt d*en profiter ,,fi elïe étoit fufte» 
l'abandonnant au jugement du public , fi 
elle ne l'êtoit pas. >> J'aime mon repos ^, 
>»'difôit'il un jour à Madame de Tencîn^ 
iif Se je ne yeux point toublel: celui de^ 
•9 autres ««• 

C'eft par TheureUx ailèmblage des qua^ 
. licés chrétidfin^s Se fociales ^ avec tes tatetlb 
d^ l'efpnt tes plus brillai^ ^$ que'M: t^b 
Marivaux- s*acquit reftime'&: ti confidéràs- 
tien d'un grand PtiiK:ie, &-^uil fé fit xHx 
grand nombre d amis dans* an mbtT<iè 
choifi 5 oarticuîîèremeftl daris TAcâdémie 
Françoife , oè il fut reçût d*uhé voix una- 
nime en 1753. Feu lé Duc d'Orléans', 
entr^aurres témoignages de la bienveillance 
dont il l'honoroit , dota fa fille à l'Abbaye 
do ÏVcfor j Se foutntt «à totHf les frais de 
ÙL prôfeflSëh i?eligieufe. V ^ " 

Rien''he*prouté taiîèAx-fa folîdité de 
U Wiiîôfdpbie èé' feèf \\mée' Académi- 
rien Vqtte (6h indifférence pour lesrichef- 
fbs Se les^ diftmâionl Al nt fblfictta Jàinais 
tés^^yeuFS dlM^Gfdnd^j jamais il h'imagtna 



jSo BlENFAISAl^CE 




refufa point fes dons » lorfqu*elie les lui 
of&ic par leftioie Se ran>iciQ » ou par les 
protecteurs défintcrelTés dés Ans Se des 
zalens. Sa recoiux>iflance eût voulu n» 
laiflèr ignorer à peribnne , ni les atten- 
tions genéreufes que lui prodiguoit Ma- 
dame de Teacin , ni celles de Ma(lemdî- 
felle de Saint- Jean , qui > en acceptant le 
titre de fa légacrice univc^rfelle , conti- 
nua fi noblement d'être fa hienfaitcice , 
mcme après fa mort. M. de Marivaux 
jouidbit d'ailleurs d'une penfion fur -la; 
cadette du Rpi , Se d'une autre ,plus con* . 
jfidérable aoe. lui £iiioit payer , faos que 
peut-être îi le fut lui-même > une Dame 
4e la Cour. . 

Avec ces refiburces ; M. de Ma^rivaux 
fe feroit fait une fituation àufii aifç^ que 
commode, s'il eût été moins fenfible aux 
malheurs d'autrui , Se moins libéraU II 
étoit né avec ces^ heureux penchans ^ue fes 
infortunes perfonnelles avoienc d'ailleurs 
nourris & fortifiés dani fon cceur j & fon 
premier plaiiîr fut .toujours celui de les 
latisfaire. On fait que malgré la modicité 
de fa fortune ^ il Biifoit beaucoup de dons 
fecrets » & que ùl charité toujours bienfai- 
sante ne fe ;:ebutoît pas même d'pbUg«r & 



F R A i^ Ç OIS t. ' jic 

de fecoarir des ingrats. On Ta vu flixi 
d'une fois facrifîer jufqu'à fon néceiTaire ; 

rmr rendre la liberté , Se même la vin^ 
des particuliers qu'il coiinoifToit à peine ', 
mais qui étoient ou pourfuivis par de^ 
créanciers impitoyables , ou rédmts ait 
défefpoir* Il fumfoit d*ètre dans Tindi-^ 
gènce , ou dans ladverficc , pour avoir nti 
droit afTuré fur {a générofité ; & fi la recon* 
noiftance les publioit , il n'eii convenoit 
qu'avec peines 11 avoir la même attention 
à recommander le fecret à ceux qu'il obli- 

Î;eoit , qu'à cacher à fes plus iiitimes amis^ 
es chagrins domeftiques Se fes propre$ 
befoins. 



a^et» 



Lettre à TÂuteuc da Mercure de 
France fur la mort de M. . de Buliioad , 
Capitaine des Carabiniers, Chevalier de 
Saint^Louis , qu'une maladie de poitrine 
a enlevé i l'âge de xz ans. 

» J'aurois continué à gémir feul ;de la 
^ mort: de M. de BulUoud , fi , voj^ntie 
»filence qu'ont obfenré- tous les papiers 

publics fut ce^ événement y je ne m 

croyois oUigé de ranifoiicôc Ce n'eft 
n pas fimpkment le devoir de l'amitié que 
nie remplis I ma douleur eût -fiifB^ mab 
19 li ii<w ém-xan^ daHè ji'himme» donc 



0» 



«•'*•• > •« 



±9% B I B NF'A I,S.. A N'C E 

M les tombeaux doivenc être cooronnés d% 
» lauriers^ 8c quf méritent autant d'encens 
» que de pkurS|. Il s'êft /^t connoître i 
9> Tage de- J 6 ans , par une de ces aâioti$ 
^ qui font honneur à la nation qui les 
9» produit, 6c que Ton fait ordiçaitement 
tf palTer à la poi^^ité. Tout le q^onde 4 
» lu dans la Gasetce le f^t ipigulier qui 
tf lui ^ yalu à la bataille d^ Crevelt » 1^ 
y Ctpix de; Saint-Louis , &: le ^ade de 
y Capitaine de.Carabifiiets , dans ^t^ Stg<f 
tt où 4 peine les mères off qt ewç^i^ leurs 
», en^ auX: 4*Pger$ ,.& îiux fatigues de 
^la guerre «. ,. -^^ \ .-,:, 

M* de Bullioud j âgé de 1 8 ans , Cor^ 
nette de la Compagnie de Saint-André , 
dans la Bsigïde. de fiovet diMégiment des 
Carabiniers ^ aprèi avoir forcé la ligne 
d'in&ncficifi'aes ennemis , partant toi^doirs 
jfcia éteodasd y .fdlia queutes Carabiniers 
gt i£3$ Maréchaux deif lo^So>;!atiaqua une 
lurtesie q»ib lçs.ennemis pcwa^oiÂnt » coupa 
les traits des cheviwx ,.-xaàjpîiiè'idursjGanoa<r 
«E6f s ; .ficîyoôrmt de rinitK«£hiticé^ jega- 
gbei V^arm^ê F^aoçoife , prit Jb4)0rt:i:d-afier 
ta ^vant fur dejcriève les. lignés de l'armée 
fmiemie.^ QÙ^riliit pifoimiesLunOokitiel 
Hanovriea. • U ^ otaverût 1er f «iaraîs ^ de^ la 
^îf»à:, gagna iHadefaeeipmtfit^iUelà.mar 
tàè ËeoiiS^derCfeiûdh > Ajâ arrêta youc éjice 
MH3gee:£Kcttdiip^^«te ferirnnwa q b x)hliai 



F R A K Ç q l S B, ; j8( 

d'y paffêr la nuit , il en fit fermer 8c garder 
les portes. 11 envoya aux environs des 

fy^yians , que le Bailly lui donna pour 
avertir de fapptpdiift ^«îî enncnjis qui 
paroîtrpienç^^&.il Qn partît le lendemain 
a la pointe du jour. Apr^s- nYoir fait un 

frand tour f il arriva .au, camp de Neuflfi 
, eux hepres après midi , & fe ptéfenta i 
}d* deBoyet, ay^c ua Maréchal des Logis ^ 
6c 1^ Carabiniers., dont huit qui ctoient 
Sleiies, 1 aMOfent {utyi <^iïs tout ce tra|«r^' 
^ r^voier^tj^fcorté avec l'étendard qu'il 
rapportoit à, fa Brigi<iek , . . • 

M. Bullioud, dit rAntfus.de laletsre'^ 
^ joignpit au^ qualités ;héro]bque& , tdutei 
•j celles de. la .Société.. Je- regarde fa tnorc 
•> comme un n^lheur; â^Javie comiheun 
V €}xemple«<. :, ; . : -crt^î ' 

» » * * 

Bullioud cft i^rt au pfj^o^Sr^çX^P ^»' ^ 
. Coniiac uneâear , il ii*a doi^ ^tt'un jour ^ 

- De-Marstlavoic le courage' 

lH*îdr fSdûiûnt de l'amour, •'• 

La glçiré en lettres d'or a gravé dans Coi^ t^p)c - 
Ça tfai( de h prodoiûe ^ de là fermeté > 
toxMi' qu*auk pliis vieux guerciers H put retvii d*^ 

EtlQiv^oirrtK)itfiétti.dcl11nxnortaÙ(é. ■'^' 



- • vi t • 



]84 BiBifVAXSAMCl 



EBBEBa^ 



î 



Jaoob- Marc- Antoine Belichon , né 
i Paris , fe moncia de bonne heure tel 
qu*il devoit être pendant le cours d*ane 
longue vie ; fage , judicieux » ami du vrai,. 
& atuché à fes devoirs. Pendant 60 ans 
u il a exercé la profeffion d'Avocat » on 
a toujours vu le même, pieux » éckurét 
doué du plus jufte difcernement » & por« 
tant le defintéreilèment jufqu'â l'excès» On 
a peu entendu fa voit dans le barreau » 

Erce qu il fut plutôt l'arbitre que le dé- 
ifeur des caufes fur lefquelles il étoit 
confulté. Les Grands comme les petits » 
les Prélats 8c les Seigneurs temporels , 
avoient également confiance • en fes^ lu-* 
mières , qu'ils favoient tous être jointels 
à la plus étroite probité : mais, ceux à qui 
M. Belichpn renddic plus volontiers tous 
les fer vices qui dépeadoient de lui,.c'é- 
toient les pauvres que rinjuftice oppri- 
moit 9 lorphelin cju u vovoit làns protec- 
tion , la veuve qui étoit fans appui » leurs 
caufes devenoient les (îennes. il étoit l'œil 
^e 1 aveugle » le pied du boiteux , le père 
de tous ceux qui avaient beibin de fon 
fecours. Son crédit , fes confeils , fes dé*^ 
marches étdient à eux j & â cet égard , 
fupérieur â tout intérêt » il n'en connoif^ 

foi^ 



F R A M Ç î s f ^ , r 5S5 

foie point d autre que l'avantage de ceux 
qui avoîeht recours à lus* Saintement avare 
pour lui-mcmè , il n'^toit prodigue que 
^pour lès indigcins. Cet homme ilfuftre eft 
mort rempli de bonnes ceuvres'^ âgé de 
78 ans. , _ . 



.j H V JB E n T le Tprs , . uh , des plus cél^ 
bres Âvoca[ts de la. Bourgogne > né fl Char 
blis , Diocèfe de Itangres , ifi}t d'^çità 
deftiné par foji père à Tétat eçcléfii^que^ 
il ne voulut jamais accepter des béné&rés 
gui lui furent offerts . par Gabriel de Rp« 
guette , Evêque d'Autan , i^quel étoiren 
fiaifon^ trè&*intimç.ayec fon.pere. li répon- 
dit gcnéreufçment au jPrélat; 5 »> que c'épôit 
>x daps , l'enfance qpi'il avait reçu ^a • ton- 
» ïure 9 & qu'il ferpip; obligé en cQufcienco 
ij de reftituer , fijon p^re ou loi^prpfi- 
>f toient des ieveaus de ^bénéfices .qu'il 

j5 navoit pas anteptjjÇni.qer gjrper./v H 
quiçta,: en , effet .l'habit ecctîliaftiqiie . dès 

SU tut iibre,,,&jem,brf^flajei}^uijeJ^ gro- 
ïîon d'Avocat. La Caufe du pauvcjÇ fiit 
toujours précie4;fe.à fes yeux j il Ja^idoit de 
(a.ibourfe pxefque .auïÇ ïbuvent q^è.de fes 
confeils \ il en retUQit^l.(;ifîeurs.dejgi:^^ à 



fis B^ I é' ^ i À ï s' / n c' E 

ftm^oî ufi gràfti toncôirirs* de pettonhéi 
ae todt¥tàt , & fù!tjto\xt de piuvfes oui 
h flëiiroiéht , " CùMtnè le^t plus tendre; 
prbteÂfeUt , leur pete & leut,prédèux â^uf. 



CiAUD'i-Antoîne' de CRoîfeûl-Beaupré , 
comme Taîné de fa branche , fut dabord 
ifeftiné â la profeflion des îarmes ; niais à 
peine l'eut-jil' embraffée-, que la more de 
feltt ^tt liii laiRà là Abétté de fuitre fon 
àftralt pour l*écàt ecxléfklft^ue. Il entra au 
Sémkiaite Sâiftt*Magloîre 'i 6c après qu'il 
tfii êiê élève ai la-ptêttifè , fon oncle , 
E^&^ede Saint Pàpotil-, Itippella aûprcç 
de lui î èc lui donnai Prévôté de la Càthc-» 
d'fàlé.'Tfansféré à Mend^ , Ponde voulut 
que fôn nevfeu, Vf fùïvîr ,- ;6c il Vy pour- 
vut d'un ; Archidiaconé. Dès Ibrs M. de 
Choîfcul S'appliqua ^ • avet un ièle înfitî- 
;able aux fonâionsr du fkint minifèère. 
evêtu'érii^if dtoé'cbaîfge d'AuUiôniet 
du RôiV'ion féjpuf î la Cour né tharigetf 
rien' dians- la manière régulière tiôm il 
vÎN^oit.; ''[^ •- ' - : ' ' ' ^ ' /* '■ 

" te it Mars 1734/ ajrautrété facréï!vê- 

Sleile^ChâIoris i i*âge de 57 ans;, fori 
ièçiSffele'vit au(ïï-tot aprèii Chaque anriée^ 
il fkiroît la yiiîte d^ ftTri Dîocèfe. Cétôié 
dans"cé$ pénibles, jfôndibhs que foh aiiie i 






T K'A iK Ç O I S I. : fif 

fèixt àitifi dife ^ fe ûiplojoiu Ilv^ con^ 
dmfôit en véritable Evèque , M&hanr fie 
tâthéthifanc dans chaque ^aroufêrdi^tc uht 
obiàioii <\m lui étdit propre , récôtidiliant 
les fàiîiillés divifces , rerminant le^ (Xrocès^ 
<étàbli(ninr » autant (qu'il b pouvôit , déi 
MaitreflTes d'écoles où il n*y enavoit pdiâti 
ififtdbuant d'abondantes aum£(iies , de ré- 
bandsitit beaucoup de bons livres pour leut 
tnftr^oâioii) dn àuîire du'iUu a donné pout 
|)kis de ^o^doo liv. il fe fëiicitoit dune 
manièi'e (oucihAtiir lorfàu'il trouvoil le pèUf* 
plêîriftruit & porté au Wn. * 

Sa chaKCé {>ômies indigent n*âveit point dé 
borriëë ^ 8c il ^'^Qt ^uè trop d'<(»ceâ(ian$ de 
réilétcef } là akm de lifkfMdid de Fèré 
Çhanlpei^rë at de rHopital-Général , 8cc. 
^out pàtticaii^f -qui U ttouvoit dans le be- 
l!bin ayôit ufi^doroi^ devais fur fa bouffe & ne 
ibttoU point dé ehëz^iui les ttiains vuides» 

£^dit¥ieiK eëceffi\Aé iule pauvres cëmme 

-su!i^ rfêhë» s il ¥^eV@it fôut le ^mckidèàvec 
une bonté qui annonçoit la candeur de fôti 
Atft'èi)âmaisal-nô pitlcwt qu*âVe<^ inditfe- 
céhce de 1^ fiobie^e de fâ tiAsÀùm & de f^ii 
gtàfM i^tédiï à la Cîda*^, 
' 'tf li eôHit auiïï biênfaifâtit 0flt \& âen, 
Tiè ^pouvoir du-è' s'ihtétèlïèr yiV€ftient à 
1-iiiftifiiâion de t^ jeuneffe. Ndfhbre de 
feiin^M^i^ étaient élevées à Tes dépens 
Uëns^des CommûtiaUtés Chréciihriës-. Çëax 

Bb X 



'ff$t B 1 X N.F A I:S .A M C B 

Mi çi^/ttrétotnt lé Collège â.la:place del 
/éfiuce^.^$^oienr une parc fingalièreà fon 
affisâion^ll les encoaragedic pair tpajçes 
fottts de marques de pr bcedion y it don- 
noir de rémularion ai^ écoliers auxquels il 
fe faifoir unplaifir de diftribuer.lui-inëme 

lesj>rix. 

Ce généreux Prélat: tnourut âgé dté^ 
ans ôc 1 1 mois* Sa mort |ecta la ville de 
Çhalons dam la* plus vive affliâion. Ce 
Pafteur refpeâable a .laifle après lui de 
îuftes ire^ts dans les cœurs de fes Dioté^ 
iains. Âmdu à fon o^itiiftèrQ, exaâ dans 
/ës: fondions , il ne s'éloîguoit jamais de 
fon trQupeau y i moins que des affaires ab- 
iblument eiTencielles 9 ou des fervices im- 

{>artans au peuple quil. gouverooic , ne 
'appellaflènt dans la , Capitale. Il fàifoit 
des aumônes prodigieuses ; non-content de 
foQ patrimoine & de (on Evêché y il coh<- 
facroic encore le revenu d'une Abbaye 
coniidérable à l'emploi des bpnnes œu« 
vres.' . ' 

M. de Laftic > Evèque de Comminses i ^' 
nommé pout fuccéd^r ^ M. de Choileul» 
jaloux de marcher Xur les gloiieufes traces 
de fon illuftre prédéceflèut , s'annonça dans 
fon npuveau Diocèfe par des^chari^és abon- 
dantes qui le précédèrent. Digne de la con- 
fiance 6c de l'amour deibn peuple > quelle 
jréceptipn ne devoit-il pQiut efpérer ^ lui 



^m avoit déjà gagné cous les cœurs pâribs 
bienÊiics* La mon Tenleva le x 3 Décembre 
(ie cette mèmré année; mats la. mort ne le 
furprit point, l'ayant trouvésçlein jde boni 
0è$ oeuvres & de vertus;» ,1 



i . t' 



dsiâs 



Un Intendant qui connoît & oui foie 
toute l'étendue 4e »3s obligations', doit être 
le père du peuple, le foutien êc lappuide 
ia province. Tous fes.talens & toutes fes 
vues lie doivent avoir pour but que le bien 
public & le fdulagiement des peuples con-^ 
nés à fes foins.: - 

- Quelques iiiois .^vant la, mort de M. dé 
Choifeul, la ville de Châlons-fjir-Mar»e 
tffayz un incendie des. plus afheux , qui 
ruina de fond en comblj^pu(ie.urs familles*: 
M« Caze de;i£ifiaave ,> Intendanc.de la 
Province, appotta» toute ia vigilance' pour, 
arrêter les progrès I de jce.Cfibriyiçiâ|oaUi U 
n'en tefta pas. mi£an:cbdoKgéi^e]ix.^& plein 
d'humanité, àtttendnr£inlëite(:d£!5antidd' 
Gitpyens rèitiicràilarpltts extrêine^ misèce^^ 
il Jfe: regarda dâàsi^ei mftesjrcîrconftansea 
Qonuioe fpéciaslemeniL diatgé. ^ )^ r r eue ; de; 
p&u):voiit aMrrétaWîflement; & àihêrfui>fif-f 
t^^nc^ id^' ces famîlStes: défoléesii^n • < 1 j . 1 4 . : ^ 

:l«i;leà<fcmain.'4e Vdqcideiic , Uowvaya 
diercher un Meunier qui avoit 6om: peiduii 

Bb3 



)94 fi IB K F AT $ A H C B . 

Il exigea de lui l'avea le plus (încèsê de fe^ 
pertes y 6c Texaâe valeur des chofes, »> Hé^ 
S) las i Monfeigiieiur , répondît le Meunier ^ 
n pour réparer mon infortune , je compté 
n au'il me faudroit aooo liv« «^ Voici la 
s»u>mme, reprit l'incendanc > dont je vous 
» fâisipréfeutvrebâtiilJèz votre loaifon fur* 
» le-champ & rétabiiilèz votre induftrie ; 
9 mais j'exige de y^ns , foos peine d'en* 
» courir mon iindignad&n ^ de- ne jamais 
m divulguer ce que fe Ëii$ aujourd'hui en vo* 
«ère Êiveur f^ Il fit. venir ainfi tous les 
malheureux les uns après les: autres ^les^év 
dommagea entièrement v niais fous les dé-«; 
fenfes les plus exprefTes de n^eo^ point par-* 
iec. Tous ces pauvres gens lui tinrent pa* 
ïole tant qu'il vécut; . .' : : ' 

A la mort de <^e vercaèuK^ Intendant jil 
s'éleva un cri: gméralt des ' cœurs de tou» 
les Citoj^ens* Là I^rovinâ ftntit vivement 
la perte de ce Mâgiârori fif tkéri* Lesiirforw 
mnés qui lui «devoienb leutx Téf^thUïTemeni^ 
& léurfottone^l^srptîimàràtxt^fon^ par 

letirsixegR^ ; te iintihiehside 1^ plus amèré 
dûolenri ^ ils ie rarcôntàrenu lalôrs les uns* 
flUiSitaiuresiaus;'les isiq^^iÊûis idanr:^il lei^ 
awiv cbtnUiês/ Usjrëcotmiaient av>çcfuc^fe' 
qiilitt'rplftuibient tons ' 'lé ' jmÂme: pke ; le* 
même. bieuiËià»eaF;X^uel!lie osaifen ibcïèbre> 
pins cloqiienoe & plus .^oiieaâ^ À'^ia mé- 
moire d» ce gcaad iiomitiiLlvi .nu isroiiàj 



\ 



F.R A K* Ç O I S ^. 'I J^{ 

I 



^^ rf^ PL.J fcgrffcpa» 



■• •> »^» 



De toutes les paffians qui élèye^Ç; ^ 
ççhauffent le cœur de Thomme 'y U f\\i^ 
iiQb)e^ la plus pure , celle qvii rcgne f^oïf 
fur le fage , lorfqu'il a iiaof cç toqt^ ^9^ 
autres, c'eft la gloire ou la çléfir- 4'«!ci(teç 
honorablement dans Ippinion du pUiMio* 
, Tel doit ître le fort de TOfficier diftingué 
dçnt nous entreprenons 1 éloge , qui, aprèf; 
avcfir verfé deu^ fois fon fang ^n Alkip^-r 
gne , traverfa les mjers pour chercher .uni 
péril nouveau foMS lequel il dévoie enfin 
Iticcomber. 

, Le Vicomte de Belfunce, Lieutenant-r 
Général des armées du Roi,, Se Gouv^c* 
neur de St.-Domingue , né en fiearn , en^ 
tta dans le R^gimenç du Roi ep 1739^ 
Çc' continua d'y fervir fufqu'en i74<5» 
On fçait que dans ce Corps refpeâable $ U 
leuneilè reçoit des leçons en tems de paix ^ 
comme die y. trouve des exan^ples en tems 
de guerre* Rappeller les aâions de ce Ré-i 
giment» cVft raconter celles de M^ d<$ 
D^ifunce , qui , n'occupant alors qu un rang 
fubaltetne , fe trouva confondu dans 1% 
foule des braves gens, & faifoit descho^^ 
fes mémorables Uns pouvoir fe diftingiaer^ 
Perfonne n'ignore commeac cette crovip^ 
Y^lwteùfc foufftit à Prs^gue. les M>W9*'^^ 

B^4 



191 BzENFAlSAlfCB 

d un fiége & celles de la famine , & cam-* 
ment ces Guerriers invincibles alloient dans 
les ouvrages des ennemis braver la mon 
qu'ils retrouvoient enfuite fous un afpeâ 
encore plus horrible , lorfque reihwttît en 
triomphe dans leurs murs,ils Voyoient autoar 
d'eux ta difette & la contagion. Tels fo- 
rent pour M. de Belfunce les prémices de 
la vie , tel fut le jour terrible qui brilla fur 
fon jprintéms. En 174 V i^ quitta l'infanterie 
& obtint une Compagnie de dragons. La 
guerre continuant avec là même vivacité, 
JVf. de Belfunce fe trpuva dans la plupart 
des aéHons qui fe pafsèrent en Flandres. 
Le Prince de Monaco ayant été fait Mare* 
chai de Camp , le Roi donna fon Régiment - 
au Vicomte. 

En i7<7 , le Régiment de Belfunce fer- 
vit en Allemagne j dans l'armée du Maré- 
chal d'Eftrées. La bataillé d'Haftembeck, 
qui nous valut TEleftorat d'Hanovre , fut 
plue décifive que fanglànte, Tattaque que 
M. de Chevêrt exécuta fur le flanc gauche 
dés ennemis , en affiira le futcès avant que 
le refte de l^armée les eut pu Joindre. Le 
Régiment; de Belfunce, quoiqije deftiûé à 
Ane attaque , & ayant ' la' tcte d'une colon- 
ne, n'elTuyâ qu'une perte légère. Le coura- 
^de M* de Belfunce lé réfl^voit à de plus 
kt^ndi dângersf. ' 

*^ Lf Marquis d*Armentières , aux ordr«$ 



• ^F R A N <i ^ i S E.^ J9J- 

dtsqael il écoic , avoic jugé à propos dé ibc« 
n^rmne avânt-garde de neur Compagnies 
de Grenadiers. Ce Général croyant que M* 
de Belfunce préféreroit de refter à la tète 
de la brigade qu'il commandoit» avoir con* 
£é la conduite de* ce détachement à M. de 
la Blachetce , Lieutenant-Colonel de foa 
Régiment. M. de Belfunce , plus attaché s^ 
la gloire qu'à- fon grade , jugea que lepofke; 
le plus honorable étoit où le danger leroit 
le plus grand, il reclama fes droits & il 

I fut écouté. 11 précéda la diviiîon de M. 

; d'Armentières, & fe porta rapidement fur 
une batterie à laquelle s'appuyoit la gauche 

I des ennemis. Il étoît prodigue de la viej 
mais fur-;tout lorfqu'il pouvoit , en s'expo- 
fâht, épargner celle des ibldats. 

I Avant de^ tes conduire à l'attaque, il 

I veut voir de plus près & reconnoître; il 
s'avance feul . & tandis, qu'il examine il 

[ reçoit un coup de fufil qui lui travcrfe le 
brafs. Cette bleffure ne Téconne pas^ elle 
ne l'afflige que parce quelle robiige à fe 
retirer , & l'empêche acire plus long-tems 
utile à fa Patrie. 

L'armée ramenée fur les bords du Rhin, 
M. de Belfunce n'y rencontra pas les mê- 
mes périls^que fur les bords du Wefer. Il 
fe trouva à la bataille de Crevelt, à la tète 
des Grenadiers, il reçut à la première dé-* 
^hacge tin ^Mp de feu dans le bfts^ventre'^ 



V 



3ae les Chirargiens jugèr^t: fiirrl/9-i^baiM 
eyoirècre mortel. Il rat tranA>ort4à Cat- 
i*f 1 , 4e44 à M^pilg , uns force Se fans 
Btiouvtmenc » nayanc que ce (|ail lut faU 
Ipic pour enc0n4re i çhaqae mftaoc des 
iblciars fc dçs Officier^ <|uî demandpîent 
Vil écoic mort ; queftioi^ çruel)e \ à laquelk 
feux qpi Iç portoienc » ne répondoiçnc que 
par d^ foupirs, Ôc q^e lui i^iil écoucok 
£ms ècre ému. ta vigueur . de fon tempén 
timen^ & fur-tout le calme dfi.fon ame» 
{lacèrent fa guçrifoii. Au bout dç (\x femai- 
Qe$ il monta à cheval ^reprit fçs travaux 
ordinaires. Le Roi lui accorda lé gr^de de 
Brigadier ; il fut ^mploy4 ^n cette qualité 
dans U vîUq 4e DuiTeldorS*, où £t mémoire 
eft encore chérie » ainfi |que dans cous, les 
lieux amis du eiiiiemis ou il eu( quelques 
cpmm.andernens. . .. : 

On ne fe fouvient que trpp, dje la campa- 
gne de 1 75 9>; Le premier d'Août à. 9 heu-^ 
res du matin , larmée Françoife çibandonnâ 
Hanovre & chercha une retraite aifiirée fut 
les bords dit Rtûn^ D^ns cetfe m^lheureu^ 
fe journée , >/!. de Belfunce wi ocçaiioa 
4e Se difting»^ i la t^tf ^ ftm Régimeitit. 
, ' L^ fuites de çettt^ b^taill^ ayint ramena 
fai;çuée l^^çQifefpui QîçjreayM-de Bto-» 
gliQ en vluf prendre lecommàndément le f 
dwnêmejwQis de.Sfeptembr|e'as& dédara quô 



F R A N Ç O I ^ B. 59{ 

placé de Maior-Général : celui^i ne 1 a^ 
voit demandée , ni déiîrée, mais cette grâce 
fut le firuit de l'eftime .<que fon nouveau 
Général avoit conçue pour lai. 

Le Vicomte fit la Campagne de 171^0 
à la cêce. de fon Régiment en qualité de 
Brigadier. 11 n'y eut prefque point d aâioii 
où il ne fé trouvât comme volontaire ;* 8c 
pac^tour où il fe renccmtra il donna Te* 
gtëmple. ' 

Lé Maréchal de Broglie , après avoir mis 
1 élite de fes troupes dans Goettingue , n*eut 
garde de négliger le choix des Comman- 
dans, il tomba fur le Comte de Vaux , 
Lieutenant - Général ,.& le Vicomte de 
B^lfunce. L'hiftoire pref<}u'incro7able de 
ce qui s'eft paffé dans l'hiver de 17^1 , eft 
le fçul éloge qui foit di^ne d'eux* Il fuffit 
de dire , qu'on n'a pas enlevé aux ennemis 
un poftede ^o hommes ^^ queM«deBel^ 
fuiicene l'ait été reconnoî(rf lui-mime » oa 
qu'il n'ait conduit les troupes â l'accaquef. 
Le grade de Maréchal de Camp fit le com- 
mandement d'uiie avant-garde » fiirent là 
fécompen&^^ ifes fervices lignâtes. 
'^ Au mîUea de fes opératii^ns glcrieuiès , 
il recûit-prdi» de^fe rendre à la Cbur pout 
y recevoir de nbuvetles mlhuâions. U 
jobéirdr fe di^fe à partir ; obligé ête ^âictet 
fes bravés eoMpagnons , il eft rorcé d'évker 
ieurs adieux trop 9>9chans & poUff^6ttx*{C 



f^6 BlENFAlëAMdE 

pour lui. Il apprend à (on arrivée qaHl t& 
deftiné à commander un corps de troupes 
qu on envoie à. Sc-Domingue. 

Réfolu dtobéir , il ne demande plu9 
qu'une grâce , c*eft d'emmener avec lui fon 
ami. Il y avoir plus de vingt ans qail étoic 
lié d amitié av^c M. de Gaftra , Lieute- 
nant-Colonel des Cantabres. Une eftime 
réciproque avoir toufour; teiTerré ces liens. 
IL voulut donc qu'il s'embarquâr avec lui» 
aittfi que MM. de Renaudét 8^ de Milly > 
Officiers de fon régiment \ dont il avoir 
éprouvé la valeur & la capacjité. 

M« de Belfunce s!embarqua («ir Tefcadro 
commandée par M», de Blenac 3 le ^4 àc 
Janvier 1761. Le Djuc de Choifeuil qui , 
vingt ans auparavant y avoir fait connoif- 
iance avec lui » lesi armes à la main , ne 
lui montra fà fupériorité., . qu'en ap|>réciant 
ies fer vices > &'en lui &Uant obtenir dés 
xécompenfe» qai auroie»tper4u é^ leur' 
prix , (i! elles avoient été foHleitéés* 
- 11 apprit qtiUl avoit été fait Lieutenant-* 
.Général; 8c Gouverneur de ''Saint^-Domin-* 
gue ; mais ces - hsmneurs (i |ûftemeQ£ mé^ 
j^ità^yin^ forwettt qak décmàfrù,. mé- 
moiret II &'tl2^titaué au moià de: Juillet 
jii^'iH d'uotf maladie qui le condu^ bien* 
s&l^iW» Jtomb^âa. U vit- c^^iitUen%ent la 
mw^ë^miet. vfits: lui ^m^. il lui man- 



F K A N Ç,0 I S E. ^ J97 

d^ ramicié ; M. de Caftra éçoic abfen^ 
Averti de fa fin , il leva ena>re une foi^ 
les y^ux , reg^da autour de lui , Scp^ 
voyant pas ce qu'il cherchoit , il les re-j 
ferma foudain , comme s'il donnoit îé 
ngnal â la, mort qui s appretoic a le frapp^fjF 
Déjà les regrets avpi/enc fuccédé^ aujq 
allarmes , déjà le deuil étoit rébandu parmi 
ceux qui Tenvironubient ; M. de Caftra 
arrive j en vain on veut l'arrêter , en lui 
difant qu'il n'eft plus temps^, il s'élamre 
vers le lit de fon ami , l'appelle ayecdç^ 
cris douloureux ; la mort feinble les en*, 
tendre, & lâcher fa proie; M. de Belfuncô^ 
fort de l'agoniô, où il étoit plongé depui$ 
18' heures ; w C'eft vous que je revois , luL 
i> dit-^il y que mon fort eft changé ! Oen 
9* ^It fait \ je meurs content <<• ^ ces mot$> 
il voit couler les larmes dç.fon ami , il fe^ 
ibnt ferrer d^ns fes braS;, il, veut le ferrer 
à fon tour^.U retrouve des fôrqes; Tami- 
tié , cette doucp confolation de fon être,- 
en combat, la, deftruâîon. M. de Belfunce^ 
paroîc rappelle à la vie \ l'efpoir renaît \^ 
une joie .ciiqiide & inquiette fe répand 
dans fa maifoa; M. de. Cafbca lui-même 
fe flatte de la conferver ; mais M. de Bel-, 
funce femoit: mieux fon état; » n'efpériez 
»>rien) dit-il ,^ mes jours font confom- 
n mes : la mort habite dga dans mes ^^ 
>»ctaiUes j. je fens l'endroit où ellç/me 



\^' 



I^t BlENFAISA^tE 

â» frappe ; ne lui oppofons point utle téfiA 
» tance inutile *, mais tant que nous vivrons, 
i> foyons dignes de vivre ««. Alors i\ em-* 

Sloya le refte de fes momens. à faire fei 
ernièires difpofitions ; réquité la plû^ par^ 
£iite y ptéâda. A peine nirent^^etles cou- 
ûmméeSy àuH^xpira, 



-Fa Ançôïç- Philippe Mefengùy , né i 
Beauvais de parehs pauvres , fut fourenu 
dans fes premières etiides par les libéra-' 
Ikés de deux pieiix £cclé(taftiques » MM. 
IJ^alloh de Beaupuii , & du Tonch^y > 
Ghanoiûe da la Sainte-Chapelle. 

' Sa tendre tompaffion le rendbk fi fem^* 
fible aqx befoinsde^ n^^alHeureux , qu'il 
fe laidôic manquer lui-mêttte des Vêteméns 
lès plus indifpetifables. Sa charité' vraiment 
généreufe le portait à tout éhireprendre , 
pour procurer du fecours à tô^te ies indi- 
gens , |ufqtt*à fe furchârger lui-même , en 
comptant toujours fur les tréfors'^ dé la 
Providence. Ce -grand homme niourut i 
Saint- Getmain-eh-iaye le* i6 de Janvier , 
rempli de bonnes œuvres , & eiti|)orcànc 
dans le tombeau l'eftime & les tegrers de 
fe^ concitoyens, tes coeurs viaiemént Fràn-»» 
çois n'oublref ont famais c6 qui , à retenti 
pàr-toutf,c*eft--à-dire; la bouté àyec la* 



quelte Loùts- ■ X^ '^ "témoighé^' -slntérdâfef 
pour icfe fidèle flifet , tjuî a fait' hottneiff 
i-.fon t^fiè'^ttàht d'olivirâgès^fi intétèf* 
fins J>oiït^la tèligibii'-' & l^oût lés p^* 

gtèi ëfelà vettu. ' ;; i -^^-;' 

' ^"'''--- -^ t ifi fr'-^''"ir'^-'''( î| ' '-; 

'Là Vi^rttk d% hàMi^lô ^à: bu» lô) <^tirs 
tfra^^ëiè V i!S îJ^afiibîtiâFflff Mt d'à^ttô técobn 

-• >* léuâi dtthier, ii NbVè«brè j dit Mi 
j^Fréfûtt ( tfàî â cbftGg*!^ eéPtkÎÉ darts fon 
V* Ariiiëê4lttéî:àiiiè> M.' dêV.V... paflTànt 
^> à XéJk^héHfes 6c dém^ du foir dàA^ k 
^i Tueî^a^Ci P^^ d* fe^ Géimédîe ItàUéilÀei 
'^ entéhdic-^^Hë femtai'é â^tti' , adtefTàAthi 

Îàtôlè â'k retttinrfte^u^èôiii* de la iœ 
rançbîfé^ s^rlott t; àh i«ott Diéa î ii 
i n y a ^ui ^dè chariïé - dto^ le nionBe; 
^, Hél⥠I Voilà dahs cètW» (Aàrrètte toUte 
-,* une %mîné iqui va péfii* ^è frôki & de 
9) fairti: fi la Provîdeiïeîé ne Vient pas 'à 
»î fàif fèéddtls. La fenime qui bàrloit aiftfi , 
» avoiit4*ait d^ùrie fervàntô , dont raccénc 
» étoit AlferhÀidi Ellemôntroèt ùrfe petite 
» charrette couverte qui étoit dèrtiète elle-, 
>> & dont tin homnrë' cohfluifdit lé (eal 
» cïhéval qui 3^ éèoit^dttdér^M;de..*.i* 
» curieux de faVoir Ce '<5[uî ^dôhnôft lij?u à 
i> ces plaintes^ s'apprdche de cette femme". 






4Q0 fil. s NF AISANCE 

n 8c h queftionne;.*— Monfieut , lut dic-r 
n elle , il V a U-dedan$ une malheureuîe 
99 famÛle d'Alface , prête à pctic de misèr^ 
» L'hommç qui conduit lefheval , eft le 
•> père y il ne laic pas un mot de françoi^^ 
i> & n*a pas le fou* C'eft un honnête homme 
M dui a des padèports , d^s certificats ôc 
» ces lettres de recommandation du Corn- 
» mandant t de l'i^at^ndant^e & Province, 
» 8c du 6oar|^ef?^#re . de fon canton. Il 
m vient à Paris prendre un pjiflè-port pour 
99 aller à Cayenne -y (on deflein . e(t de ven- 
9> dre fon cheval & ia charrette pour ful>- 
9i fifter jufqua {çn' départ. Depuis une 
9» heure &^:dçniie » je vais avec ce pauvre 
9> homme chercher un gîte , je lui fers 
^.d'interprète, & je réclame; la commifé* 
M ration de tout le tnonde. Cette charrette 
»> renferme u^e femme de 5 5^ans^^ une 
^ jeune 'fille fort belle de 14^ à, 15 ^ un 
»> petit garçon de 5 à 7 , & un àuïxe d'uu 
»9 an encore a la mammelle ) maif,JVlon- 
99 ^eur , cous ces . infortunés :n*ottt pas 
99 mangé depuis deux jours. Entendez, vous 
99 les cris du pauvre petit enfant ; jls expri- 
99 ment aflfez ies befoihs. JLa mère épuL- 
99 féé par la, fatigue , par le. fi-oid & la 
j> feim , n*a plus, de quoi 1 alaiter; — M. 
» de «•^•. «.attendri pat le récit» dit à cette 
;» femme, de le fmvre ; & défaire marr 
9> cher la 4^arrette j iU arriveQt malgré, rous 

»>les 



>:^ 



y* 
y> 



Fr'Ançoi se. 40 1 

>9 les embarras y à rHotellerie de Saint- 
Claude , rue Montorgueil j ^ il engage 
rhôcefle à les recevoir , & à leuç donner 
*3 à manger. — Mais , Monfieur , reprit 
»> rhôteue , connoiflez - vous ces gens - là 
3> pour leur donner retraite ? — Ils font 
3> malheureux , dit le généreux Citoyen , 
^> ils ont befoin ; je fuis homme ; faut-il 
» dautres motifs pour être charitable > 
» Voilà 12 liv. que je vous avance pour 
j> fatisfaire à leurs néceffités preflTantes j 
yy qu'on leur donne à manger , Se qu'on 

»3 en ait foin ! — M. de ne pue 

» aller voir ces bonnes-gens que le Samedi 
>y 19 ; il ne les trouva plus. L'Hôteffe avoir 
>• confeillé au malheureux père d aller fe 
y? loger dans un Fauxbourg de Paris , parce 
9* qu'ils, vivroient à meilleur compte , & 
3> qu'ils trouveroient plus aifément occa- 
yy non de vendre le cheval & la charrette 
yi à quelque jardinier. Ce Monfîeur leur 
»> apportoit une petite fomme. qu'il avoic 
99 ramailee auprès de ks amis. 

93 L'HotefTe lui raconta la manière donc 
>9 ces malheureux avoient pris le repas qui 
9> leur fut donné à leur arciyée. Que ce 
*y repas , dis -je y peint bien l'extrémité 
93 cruelle à laquelle ils étoient réduits ! 
»» Repréfentez-vous un père , une mère , 
»* & trois enfans autour d'une cable. On 
>> leiir fcrt une grande foupe ; la mer^ 
Tom. II. ^ Ce. 



401 BlEHFAlSAHCE 

»> tenoit fon nourrUTon dans (es bras. Âu(fi« 
f> tôt que cette petite créature affamée 
9> apperçoit des aiimens , elie s'élance loin 
» du fein de fa mère , jette fes deux petites 
» mains dans la foupe bouillante , tes re- 
$9 porte pleines à fa bouche , en jettant des 
» cris que lui arrache la douleur de la 
ij brûlure. Les autres enfans fe jettent avî- 
f> dément fur le pain qui étotr devant eux , 
n en déchirent des morceaux avec les on- 
ty clés , & les dévorent en un inftant. Tout 
99 le monde fut attendri à ce fpeâacle. 
n Cette famille a délogé ce matifi i eft 
19 allée demeurer au FauxDourgSaint-Antoi* 
» ne. Ces pauvres gens ont detnandépar des 
99 iîgnes les ptfis pathétiques leur généreux 
n bienfaiteur. La femme & les enfans fe 
99 font jettes à mes genoux , &c m'ont atro^ 
99 fée de leurs larmes. Touchée de leur 
99 reconnoiflànce » & de leur fenfilnlfté ^ 
99 je ne leur ai rien pris pouf lei^ loge* 
19 ment , leur nourriture > Se leur ai i:emis 
99 les 1 1 lir. 

99 M. de a parcouru tout le Faux* 

99 bourg Saint- Antoine , pour déterrer ces 
99 malheureux qu'il a enfin découverts ; il 
n fe donne tous les foins imaginables pour 
99 leur procurer des fecours 6c des pafle- 
99 ports pour Cayenne. C*eft one fuite de 
99 oienfaits dont on trouve peu d'exemples, 
» Se qui eft au-deffus de tout éIoge> poif^ 



V. 



Françoise. 40J 

» <]u'il n-eft encré dans toutes Tes démar- 
M cbes , ni vanité , ni oftentation ». 

Année ijSj^ 

L'affection fîngulière de Louis XV 
pour la NobleiTe qui ^ait la gloire & la 
force du Royaume , le defir d'en petpÀ- 
tuer l'éclat & rucilité , ayant porté S. m. 
à inftituer l'Ecole Militaire , l'expérience 
lui fit reconnoîcre que l'éducation qui né ^ 
fe rapporte qu'à un feul objet , eft fou* 
v^nt infruâueufe. Ce Prince jugea donc 
^ que le cours des études publiques deftinées 
à préparer à routés fortes de profeflions » 
devoir être le ÊDndement de Téducation 
de ceux qui feroîent admis à.rScole Mili- 
taire ; mais ce premier degré d'inftitutiotx 
ne pouvant fe trouver due dans une Ecole 
célèbre 8c nombreuiè ^ k M. jetta les yeux 
fut le Collège de la Flèche , oui , pat; 
rétendue de fes bâtimeAs , la noolefTe de 
fon éubliflèmetit , & les grands biens dont 
il eft doté , parut remplir l'objet qu'elle 
s'étoit propoiee^ En conféquence S. M* 
donna des Lettres^Patentes en date du 7 
Janvier. 



Ce X 



404 Bienfaisance 



=h 



Louis XV , non-content de s'occuper de 
fa jeune noblefle , refpérance de la patrie , 
s'occupe encore à reconnoître Ôc à récom- 
penfet les fervîces des Officiers & foldats 
qui fe font diftingués dans le fervice par 
leur, zèle & leur valeur: perfonne n'ignore 
que le régiment de Champagne s'eft tou- 
jours (ignalé dans toutes les avions où il 
s'eft trouvé. La bonne difcipline de ce 
Corps , foit en temps de guerre , foie 
depuis la paix , s'y eft très-bien obfervce ; , 
ce qui eft conftaté par diflFérentes lettres 
du Miniftre. Elles font l'éloge des Chefs 
& du foldat y &c font trop intérefTantes à 
la gloire de ce régiment , pour, n'en pas 
donner ici l'extrait : 

Dans la première , datée de Verfailles 
le 24 Mai , écrite par le Duc de Choifeul 
au Comte de Montbarrey , Maréchal de 
Camp , & Infpedeur- Général de l'Infan- 
terie ; on lit ce qui fuit : 

» S. M. a donné beaucoup de louanges 
»> au zèle de MM. de Seignefay , Colonel , 
99 de la Cofte , Lieutenant-Colonel 3 de 
9p Champagny , Major , & de tous les Offi- 
^> ciers de ce Corps , dont la difcipline , 
99 la fagefle , & la bonne tenue ont peu 
99 d'exemples. Je vois en effet par le compte 



F R A N ç a I s E# 405 

» que vous rendez , que non -feulement 
» les Officiers , mais encorp- les Sergens > 
»* les Fourriers ^ les Caporaux , les Appoin- 
» tés j enfin chaque Soldat , concourent una- 
» nimement à cimenter le bon efprit qui 
» fubfifte dans ce régiment. De cette har- 
» monie fi flatteufe , fi intéreflànté au bien 
j> du fervice de S. M. eft né le plaifir 
9% commun de vivre enfemble , lequel a 
3> donné, lieu aux rengagemens fi. confidé- 
M râbles qui fe font faits depuis la revue 
kl du mois d'Odobre , & auxquels ont 
«a voulu avoir part prefque tous les Sergens ^ 
w & la tête des Compagnies. 

« L'Etat- Major , toujours furveillant , 
99 s'occupe au furplus du foin de fuggérec 
» aux caporaux qui ne font pas affez inf- 
» fruits , les moyens de fe former davan-- 
» tage par TEcole qu il a établie ^ & je fuis 
» perfuadé qu'ils s*y feront bientôt perfec- 
>j tionnés. Je ne finirois pas , Monfieur , 
99 fi je voulois entrer dans le détail de tout 
» ce . que je trouve de diftingué dans ce 
« régiment. 

i> Il ne doit pas auffî m'échapper de vous 
» faire connoître combien S. M. a été 
« fatisfaite de la fagefle Se de l'économie 
i9 du Soldat , fi bien prouvée par l'article 
» de l'emploi de la înafiTe afFeftée au linge 
» & chauflure. Ces confidérations ont dif- 
» pofé S* M. à accorder une ^gratification 

C c } 



40^ BiSlïFAISAKCE 

» à chaque Sergent , Fourriet , Caporal^ 
a Appointé ) Grenadier , Soldat , & Tarn-' 
M bout ; & je vous prie à cet effet de me 
99 mander ce qu'on pourroit donner à cha-^ 
s» cun de ces lujets , & m envoyer un état 
M de l'objet de cette dépenfe f. 

La deuxième lettre écrite de Compiègne 
le 14 Juin ) par le même Miniftre » au 
Marquis de Seignelay , Colonel du régi* 
ment 3 eft conçue en ces termes : ^ 

» M. de Montbarrey ne m'a pas laifTé 
»9 ignorer , Monfieur , la ^ftiniéfaon où il 
99 a trouvé le régiment que vous comman** 
9> dez , fa difcipline , (x bonne tenue , Se 
#3 fon exàâitude à remplir toutes lespar- 
» ties du fervice. S. M. i qui j'en ai rendu 
»> compte , m'a chargé de vous en marquer 
» toute fa fatisfaâion. Il ne lui a point 
•» échappé d'applaudir en mème*temps au 
3> zèle de MM. de la Cofta, de Champi* 
*> gny , Major; & même de tous les Offi^ 
« ciers qui ont concouru fi unanimehicnr 
» à mettre ce corps dans l'état de perfcc* 
» tien où il eft , & je vous prie de les affu- 
wrer qu'elle récompenfera leur bonne vo- 
ti fonte auffi-tôt que l'occafion s'en préfen^ 
» tera. Elle a même réfolu de (donner dès 
» à préfent des marques de fes bontés à 
» chaque Sergent ^ Fourrier, Caporal, Ap* 
» pointé. Grenadier, Soldat 5c Tamboqr. 
« Pour remplir cet objet & en rendre en 



Fr. akçoise. 49^ 

»3 mème-tems rexécution avantageu(*e aux 

99 Soldats , il a paru qu'il convenoic de 

99 compofôr leurs graciâcatiom de lavance 

99 d'ùii mois du produit de la retenue du 

•9 linge 8c chauilure , ce qui fera un béné- 

99 fice de z t. 4 7 liv, pour la totalité du Ré- 

99 gin^ent, compris les 130 furnuméraires , 

9> &c avancera le moment où Ion pourra 

>9 faire à ch^cjuc Soldat le décompte de 

9;» Texcédent de fou entretien journalier. Je 

»» vous préviens en mcme-tems que S. M. 

99 veut encore donner une marque plus jpar- 

99 ticuUèce de fa fàtisfai^ion â tous les ôèr-- 

99 gens , Fourriers , Caporaux , Appointés , 

99 Grenadiers & Soldats qui fe font engagés 

99 depuis la revue du mois d'Oâïobre der- 

9t nier, jufquà l'époque de celle 4 laquelle 

9> M. de Montbarrey vient de jprocéder , 

)> & Elle a décidé qu'il leur feroit accordé 

19 à chacun » fuivant fon grade » un mois 

» de plus de gratification , laquelle fomme 

9> aura la même deftination que celle ex- 

9) pUquée ci-deffus pour le mois accordé 

» aux Soldats du Régiment. Je donnerai 

» des ordres pour la remife de ces fonds , 

»• auffitôt que M. de Montbarrey m'aura 

w envoyé l'état au |ufte des hommes renga- 

» gés; mais Je vous prie , en attendant , 

• .59 d'informer tout le Régiment de la fatis- 

» faâiion que S. M» a de fts feryiçe$«. 



Ce 4 



/ 



4o8 Bl£Vl F AISANCE 



Louis XV ayant réfolu de venir pofer 
la première pierre de la nouvelle Eelue de 
Ste.-Gcneviève , partit de Choify Te 6 de 
Septembre, jour fixé pour cette cérémonie. 
Il arriva dans cette Capitale vers ï^s 1 1 
heures du matin , au bruit du canon & aux 
acclamations du peuple* S. M. entra dans 
lancienne Eglife, à la porte de laquelle 
elle fut reçue par l'Abbé à la tête de fa 
Communauté, & qui la harangua. Après y 
avoir fait fa prière , le Roi , précédé des 
Chanoines Réguliers, entra dans la nou- 
velle Eglife. S. M. fe plaça fur un prie- 
Dieu près du dôme j après quoi elle pofa 
la première pierre avec les cérémonies ac-, 
coutumées. Les inftrumens en vermeil dont 
le Roi fe fervit , furent remis par T Archi- 
teûe à qui ils appartiennent de droit pour 
être dépofés dans le tréfor de TAbbaye. 

M. Plainchène , Chanoine Régulier , fit 
à cette occafion un compliment en vers 



pour être nréfenté au Roi , qui rend par- 
raitement le vrai but de cette cérémonie , 
qui peint le zèle & l'amour pour fon Prin- 
ce , qui caradérifoit ce généreux Citoyen. 
Je faifis avec ardeur cette occafion de ren- 
dre hommage à la mémoire de cet ami qur 



Françoise. 409 

me fut fi cher, en inférant fes vers, der- 
nière produâion de ce Religieux mou- 
rant. 

Vers adreffes au Rou 

Roi chéri , Roi digne de l'être , 

Louis , ton peuple eft enchanté 

De revoir Ton aimable Maître 

Joindre à des traies de foi y des traits d'humanité I 

Quel fpeâacle pour vous , plus doux , plQS déleâa- 
blc, 

François , que celui qu'en ce jour , 

Pofant le fceptrç redoutable , 
Vous offre un Roi , l'objet de votre amour ! 

Louis armé de la truelle 

£n tenant l'équerre en Ces mains. 
Guidé par la teodrefTe^ infpiré par le zèle , 
Vient Ce mettre au niveau du refte des humainSé 
L'humanité rcfpire Se la foi (e confole , 
Louis le Bien- Aimé , leur vengeur , leur (butien , 

Au titre de Roi très- chrétien 
Se plait à réunir , inftruit à leur école » 

Le titre de Roi Citoyen. 



4IÇK B I ]£ H r A t s A K C E 



L E Roi > de concer avec M. dé Laverdy , 
alors Contrôleur-Général , rupprima les 
Chambres ardentes de Valence, Reims & 
Saumur , oui avoienc été établies en faveur 
des Fermiers - Généraux » pour juger les 
Contrebandiers , de créa une Commiffion 
ppuj: la même fin , à la tète de laquelle eft 
un Préfident de la Cour des Aydes, Se 
«deux Cotifeillers de la même Cour j le pre* 
mier aux appointemens de laooo liv. & 
les fecon4s â ^qqq Uv. cIumcwi* 



Louis XV toujours porte à Êivotifcr 
les Sciences & à rccompenfer le mérite, 
ayant foafcrit pour deux cens exemplaires 
de la nouvelle cditu>n d^s (S^^vires du 
Grand-Corneille ^ commentés par M* de 
Voltaire , S. M. fe contenta de ^ o 5^ fit 
remettre les 150 autres au père d!e Mlle. 
Corneille. -L'Impératrice de Ruffie fit en- 
vers elle le même aâe die généicofité. 



Françoise. - 411 



*l=r 



Ex T KAit (Tune Lettre du Comte de ...... 

conjîgtiét dans le Mercure de France , 
premier volume de Juillet y fur la mort du 
Marquis de Brèharit. 

«> Le Marquis de Bréhant n'efl: plus* .... 
n il emporce au tombeaa les regrecs de la 
>9 France entière , & je doure que la Na* 
99 rare reproduife jamais an plus loyal 
>> & un plus honnête homme que fut 
r> c^t illuftrç Breton pendant le cours de 
» (a yie. Sa mémoire fe confervera long- 
%9 tems fur la cerre^ 2c fut-tout dans nos 
f? coeurs. lya botme réputation que lui ont 
» mérité fes v^tus Civiles Se Militaires > 
35 fera dans la poftérité une époque glo- 
99 rieufe pour notre province de Bretagne , 
py oui a plus d'une rois vu naître dans Toiil 
5> iein de ces âmes franches & courageufes ^ 
» dont la mode fe paffe un peu. 

3.5 On crut qu'il déplairoit à la Cour , 
*> quand il y mourra la première fois des 
M cîualités fi éloignées de celles de la plu- 
w part à^s Courtifans. On avoir les yeux 
*y fur le maître pour voir ce qu'il en penfe- 
»> roit 'y twis comme il fçaic eftimer tous 



411 Bienfaisance 

9> les eens de mérite , il fçuc gré à un bra- 
»ve homme d*ofer y être hncère parmi 
** tant de gens qui n'ont pas le courage de 
« 1 être. \l fit refpefter & chérir fon autorité 
M dans le premier Régiment de France , où 
>i il eut à rétablir Tordre & la difcipline 
99 peut-être un peu négligés par des Ofhciers 
» d'ailleurs eftimables , qui tous rentrèrent 
» à l'envi dans leur devoir , en trouvant 
99 dans leur nouveau Chef un efprit ferme , 
•• une juftice févère ; mais une amitié conf- 
99 tante & éclairée qui n'admit jamais dans 
>> fa conduite militaire , ni partialité , ni 
» préférence. 

j> A la bataille d'Ettinghen , au milieu 
j> d'une grêle de coups de fufil , il fe retira 
» le dernier , ralliant encore les débris de 
9i (sL troupe difperféè par un feu fupérieur , 
y9 ou pour mieux dire , par le feu d'une ar- 
» mée entière. 

« 11 étoit à la tête de fes Grenadiers 
j> dans le fameux bois d'Aftimbeck , où , 
99 fous les ordres de M. de Chevert , & 
» d'après les fages difpofitions du* Maréchal 
» d'Eftrées , il décida la conquête de l'E- 
99 leftorat d'Hanovre. Tout le monde fait 
M qu'à cette occafion , il refufa une penfion 
19 de 2000 liv. en priant le Maréchal dQ 
yy Belleifle de tranfmettre cette récompenfe 
^ aux Officiers de fou Régiment , qui n a- 



Françoise. 413 

» voient pas moins que lui , difoît-il , mé- 
3> ricé lès grâces de S. M. Le Roi qui fentic 
>y le mérite de ce noble & rare dcfintéref- 
9ï femenc , lui accorda dans la fuite une 
« infpedtion d'Infanterie , dont il a rempli 
y» les fondions en général intelligent , & en 
» honnête homme. ' 

M 11 avoit déjà la tendre amitié du Prince 
» de Condé, qui défirant dès fa jeuneffe 
5> ajouter à la gloire de fon nom , celle de 
I » mériter l'amour *& la reconnoiflance de 
» l'Etat, diftingua dans Mi de Bréhant des 
yy qualités recommàndables à la guerre , & 
i> dignes d'être propofées pour modèle à 
99 tous ceux qui fe dévouent au fervice de 
99 la Patrie. Il témoigna les plus vifs regrets 
» de ne s'être pas trouvé aux glorieufes 
99 journées de Groninguen & du Joannes- 
^> Berk y mais il en a partagé avec tous les 
» bons François la joie dans fon cœur. 

» Il avoir dans l'efprit cette âeur de 
» courtoifie, & dans Tame les vrais fenti- 
9» mens de l'ancienne Chevalerie autrefois 
9i fondée fur l'honneur , & dont la révolu- 
« tion des tems a fait écrouler l'édifice. 

»> Sa famille , fes amis, l'Etat & la Société 
« où il fe faifoit aimer de tout le monde 
» par la vérité ôc la gaieté de fon caraétc- 
« re , perdent ea lui un homme digne de 
*» vivre à jamais da^s les faftes Sc dans le 
w fouvenir des François. 



414 BlEiRTAISANCB 

O u l donc la candeur égala le courage , 
Héros , donc les venus avoient devancé Vskgp » 
Donc la France compcok êc la cétc & le bras » 
Appui des malheureux , ami de tes foldats , 
Bon père , heureux époux , 6c fi bien fait pour Tctrci 
Pour tout dire en un moc , bon faiet d*no bon Maître , 
Bréhanc l c'eft toi qot aaears , & dont le cœur gémit» 
Comme a gémi Vinars... de mourir dans ton lie... 
Reçois du haut desXieux, fi tu daignes m'entendre» 
fit rhomm^ & les pleurs que je dois à ta cendre l 



■BBttSBease 



\ 



UAcApiMiE Royale de$ ScîetKos, 
Belles^Lettres & Arts de Rouen , fit leten- 
âc £es juftes regrets dans (a Séance publi- 
que , tenue le 1 1 dTAoût fctr la perte du 
Maxéclul de Luxemboui^ , fon illuftre 
proteârear. L'amour des Arts & des Scien* 
ces avaient infpiré à ce Seigneur les foins 
les plus généreux pour encourager les ta- 
lens 9 ibucenir , animer le génie & entre- 
tenu; les traTaux littéraires de ce fav^c 
Lycée. 

M. le Car, après avoir expofé tout ce 
que le Maréchal de Luxembourg avoit fait 
pour rétabUflêment » les progrès & Tilluf- 
tration de cette Compagnie > ajouta : i>La 



/ 



F 11 A N Ç O I s E. . 415 

« tecofirioi(raiice qae nous înfpirent tant de 
«» bien&itsi , tes fencimens que nous devons 
ni fes qualités petfpnnelUs, font attendre 
M de nous un éloge qui n'a été différé que 
f> pour te~ rendre plus digne de lui. Nous 
)> avions même beloin » pour avoir le cou-- 
)> rage de le faire , que nos pretnières dou- 
>9 leurs fLUTent calmées par le tettis , Se plus 
y» encore par la confolatiôn que nous donne 
f>fon illuftre fucceiTeur* Le Ciel a déjà 
» récompenfé nos juftes fentimens pour 
M M. le Maréchal » en nous accordant un 
)» Chef qui nous rappelle fes bontés , en 
%9 nous honorant des iiennes j un Patriote 
99 refpeâable 8c chéri , qui forcé par la 
s> pàiit de quitter le champ de Mars où il 
9> s'eft rendu digne de fes Ancêtres , vient 
9> ie fignalet également dans ceux de Cérès 
» & dé Vettumne^ fit qui déjà ttiftingué 
»> dans la carrière des Sciences Se des Arts 
x9 utiles , qu'il aime & qu'il cultive tous , 
)> étpit né pour préfider à nos féances, pour 
»> protéger & îuiimer nos travaux. ( C'eft i 
n fa ptoteéHpn Se à fes bienfaits (ignalés , 
»> que notre Ville èft redevable de l'établit- 
}» lement de plufieors privilèges & Manu- 
j> fadures} de Knftitution de l'Académie, 
»> Se des ptix qn'elte diftribue tous les ans ^ 
n de l'établifTement des Ecoles de Deffin , 
ii de Peinture , d'ArchiteAure , d'Âhatotnie , 
»' de Géométrif , de Botanique > âcc. ) 






4i<? Bienfaisance 

9> La ihprc du Maréchal 4e Luxembourg ^ 
ui nous a toujours fourni tous les prix 
e l'Académie , pouvant donner quel- 
» qu'inquiétude aux Auteurs qui fe pro- 
» pofent de concourir y nous fommes auto- 
» rifés à rafTurer leur émulation. La gêné- 
» rofité de M. le Duc d'Harcourt , fon fuc- 
91 cefTeur , a prévenu U-deiïiis les défirs de 
» l'Académie. 11 m'a chargé de lui annon- 
M cer qu'il regarde comme un de fes privi- 
» léges les plus flatteurs , celui de lui four^ 
o nir fes prix toutes les années. Pourroit-on 
99 douter un moment que ce nouveau Trip- 
99 tolème , qui a donne à nos climats le rare 
» fpedacle d'une foret de mûriers, & tranf- 
I» formé la Baffe-Normandie en Provence , 
V nous laifsât manquer d'une branche de 
99 laurier qui doit couronner les beaux Arts 
99 dans la Capitale de cette Province ! << 



<>= 



François de Verfîas, né à Salliés, 
Bourg à deux lieues de Toulon , fut nom- 
mé en 1751 Curé de Fontenailles , dans le 
Diocèfe d'Auxerre. Il y a dans ce petit vil- 
lage prefqu'autant de pauvre^ que d'Habi- 
tans. Ce généreux Pafleur n'étoit jamais au 
dépourvu pour les fecourir. Dès qu'il avoit 
éçuifé fa bourfe & fon grenier pour four- 
nir aux befoins des uns , il s'engageoit 

pour 



F R A N Ç O î s E. 417 

pour les autres j & à cet égard, il étendoic 
la follicitude même hors de fa Paroîffè. 
Un jour qu'il ne lui reftoit plus rien , un 
de fes pauvres habitans étant venu implo- 
rer fa charité , il envoya vendre fa montre 
pour ,en diftribuer l'argent. On ne conçoit 
pas comment il pouvoit fuffire à tant d au- 
mônes avec un bénéfice de 3 00 liv. & zoo 1. 
de patrimoine; il eft vrai qu^il ne dépenfoit 
prefque rien pour lui-même.Ce digne Pafteur 
mourut au milieu des larmes .& des regrets 
de fdn cher troupeau âgé d'environ 70 afts. 



?8- 



• Là Capitale nous fournît un exemple 
d'intrépidité ôc d'amour pour le prochain 
dan'S l'aâion héroïque d'un garçon cordon- 
nier, qui vdle a^fecours d'Un malheureux 
que deux fcéléracs afl&fiinpient fur les 1 1 
heures du foir dans la rue St.-Denis-j aux 
cris de la vi6time-il zct<>aïî\ met en fuite 
un 4es adaiGns , défarme l'autre , le faifit & 
le liv te à la Juftice ; cet homme n'avoit 
d autres armes que^ ion intrépidité & fon 
tendre zèle pour l'humanité. Ce trait géné- 
reux fuffit pour flous con>^aincre que la 
vertu eft de tous les états. Puifle-t-il fervir 
à détruire ces injuftes préjugés qu'on fe 
forme dans le mondé contre cette portion 
'fi utile dont l'induftrie eft entièrement dé- 
tôm\ IL Dd 



V 



4tft B I B N ^ A I S A K C E 

vouée à nos befoins les plus ellèiitiels! 

Ton fort- eft d*|tre heaireut ; Câ gloire eft d'être 
utile $ 

Le vice fèul eft bas , la vettu fait le rang , 

£c rhomme le plus jufte eft auffi le plus grand. 

Epitrt au Ptitplt j de Af . Thomas^ 



«fe 



U M Ciioy^en refpeâàble , dont le nom 
ne..npti$ eft point parvenu , parce que la 
modeftie , compagne fidèle du vrai mérite , 
& de la vertu , a fu le voiler à nos yeux , 
étoic fur le point de marier une fille unique, 
digtiejobjf t de fa çendrePTe , & te fèul appui 
qiu luireftôic pour un âge pia^ avance» U 
avoicrégléjà.dot.à une fomme de .40000 !• 
lU; moft. ayaiît .détruit ea un. inftant fès 
projets &.fes eipétimj^sr^içè.pêre diftribua 
îa dqt^ pfefieûjs. parôifles. de ta Capitale; 
il :d^p<èr^jofstte fommé jentre le^ nuairis des 
Matguilliers , ou Dames: de charité ,. pour 
être difpenfëe fi4èl^«^cot > & 4vec di&er- 
nemeqt .^ aux pauvces dont^ çlle«, font 
chargées. 

M. Guérard , Curé de Saint -Gèrrner, 
\ donné au Collège de la Ville de Beau- 
yais, le plus pauvre du Royaume , 160 liv. 
de rente , pour être employées par le Bu- 



Françoise. 419 

reau â acheter de bons livres ^.que les 
Adminiftrateurs doivent diftribuer en prix 
chaque année , afin de ranimer les études. 
Tout le Diocèfe forme des vœqx pour que 
le zèle de ce généreux Pafteur , trouve des 
imitateurs. Il a d'autant plus à cœur la con- 
fervation de fon unique Collège , que , 
malgré fa pauvreté , il a ptoduit pluueurs 
hommes célèbres, tels que les Baillet, les 
Hermân , les Beaupuis , lés Haie , les 
Simon, Içs Mefenguy, 



» Nous croirions fouftraîre à la vertu, 
s> dit M. TAbbc Gros de Befplas , dans 
99 fpn Traité de§ Caufes du bonheur pu- 
9» blic , ( Ouvrage digne du zèle de c^c 
99 excellent Citoyen , ) dnbomtnage qu'elle 
>9 a droit d attendre , fi nous manquions 
>> de rappéller ici la conduite admirable 
5j d'une femme d'un rang diftingué , aufli 
93 noble par ùs fentimeus , qu'héroïque 
3> par fon courage. Le trait s'eft paffé fous 
»* nos yeux : elle avoit hérité d^un fonds 
î> de plus de 70 , ooo'o liv. provenant de 
» diftérens ifttérêcs dans les affaires. U y 
w avoic quelque lieu de croire que ces 
« richelfes avoient été mal acquifes , & 
« au préjudice de l'Etat. Cette Dame qui 
» n avoit qu'un bien très-ihodiquè , eut là 

Dd 1 



^ZO BZEMFAISANCE 

«» force de demander 1 avis d'an confeîl 
f> éclairé , & fe fournit de reflet dans £on 
M premier état de néceifité , plutôt que de 
»9 jouir avec fes enfans d'une fortune qui 
9) feroit injufte* Les paroles quelle em- 
»> ployoit poijr exprimer fes peines , étoienc 
*» d'une énergie remarquable ; Se il écoic 
n difficile de les entendre fans émotion. 
V Cette illuftre Dame eut toute la gloire 
» de fon facrifice , fans qu'il lui fut oné- , 
9> reux y on ne l'obligea de faire rentrer 
» dans les coffres de l'Etat qu'une perite 
•• partie de cette fucceffion y qui y fut 
s9 reportée par des mains sures «• 



<! 



» I L eft peu de ParoiiTes , dit le même 
py Auteur ( que nous citerons toujours avec 
»> éloge ) dans les differens Diocèfes du 
» Royaume , mieux gouvernées que celles 
99 de Normandie ; c'eft que les Cures étant 
9i richement dotées ^ la plupart des titres 
n de ces bénéfices font honorés & remplis 
9> par des hommes en qui coule un fang 
3> noble. Ils gouvernent leur troupeau avec 
9f line autorité entière , avec des lentimens 
» dignes de leur nàiflànce* Le bien , par 
» leur miniftère , a plus d cclat , de ftabi- 
« lité , & de force ; on voit plus dliar- 
» monie entre le Pafteur Se les ouailles , 



Françoise. 411 

*3 entre le même Pafteur & le premier 
-99 Seigneur. La plupart des^ Curés font 
99 parens des Seigneurs des lieux ; voilJ 
yy cette harmonie de lautorité fpirituelle 
» Se temporelle fi nécefikire au bien gc- 

^> néral 

99 Si les Curés de campagne pouvoient 

9» être tirés des familles honnêtes ou nobles, _ 

9» outre qu'ils exerceroientfur leur troupeau 

%9 une plus gtande autorité , ils infpire- 

•> roient des lentimens plus élevés , fur- tout 

95 à cette portion de la jeunefle deftinée i 

» peupler nos armées. On fent combien 

5> il feroit utile de préparer de bonne heure 

« leur cœur à une vertu guerrière digne 

ii dé la religion j on trouveroit cette ref- 

» fource dans un Pafteur du caràébère àtà 

» ceux dont j'ai parlé 

« Je rappellerai ici un trait avec com- 
9> plaifance , car la gloire d'urt écrit eft 
j> d'intérefler les belles âmes : un Curé de 
M Normandie dans le Pays de.Caux, éga- 
^> lement recommandable par k naifïànce 
, » & par les fentimens, regardant comme 
ij un de fes premiers devoirs , de préparer 
5> pour l'Erat une milice vertueufe 5 corn- 
i> mence d'abord par combattre dans les 
>i jeunes payfans , Toppoûtion pour les 
w armes *, il leur infpire enfuite des fènti- 
« mens d'eftime pour cet état , fur-tout 
M cette valeur chrétienne > &c ces autres 

Ddj 



411 Bienfaisance 

99 vertus fi précîeuGas y par lefquelles la 

•« n>ilice (t diftingue Se s'honore. Quel 

■> fruit produit l'heureufe femence que ce 

» Pafteur jette dans les âmes ? Lorfque le 

» temps marqué pour fermer des recrues 

tt & les milices approche , aucun n*e(l 

u allarmé. On attena la difpofition du forr 

M avec fçrmeté , & même avec joie. Quand 

» ce fort eft fixe , le petit corps de milice 

» fe raflemble ; le Pafteur généreux le con-r 

19 duit au faint temple y il confàcre cette 

ij nouvelle milice aux autels \ il luiadreflè 

» devant le troupeau , une exhortation 

») mâle & touchante ^ il charge ces derniers 

» de Thonneur du hameau , les avertit de 

>i n*en pas démentir la vçrtu au milieu des 

i> armes , de ne pas dégénérer de leurs 

» pères qui ont donné leur fang à TEtat , 

» & qui fe font toujours diftingués fous 

» les drapeaux. Il leur déclare que , s*ils 

« avililTent leur profeffion tiouv/elle j ils 

M ne feront pas; reçus dans le canton j tel 

•» eft le difcours qu'il Içur adrelTe •....•• 

» Vous croyez peut-être que ce bon 

>> Pafteur borne ici fon zèle i non : la vertu 

>i religieufe & noble eft féconde en ref^ 

» fources. Il paie une petite penfion à 

»* chacun de ces braves foldats , tant qu'ils 

w fe conduifent en guerriers vertueux. Cette 

w penfion leur eft comptée avec une extrême 

« fidélité fur le témoignige du Capitaine 



la groupe où ils font infcrits. Quand 
■> ils n'ont pas cette atteftation , le bon 
»> Pafteur fufpend ce don généreux ; & 
II?' ^*H^ dçviennenf totalement mauvais fu- 
» j ets ^ il le fapprinxe earièrçment. 

yy P digne Pafteiiï , ;s'écrie M. de Bef- 

» plas , en tçrmifiarit ce récit toachant 5c 

ai> pathçtLque j ô digne Pafteyr ! qui avei 

99 Fait oublier à vos tendres ouailles jjuf- 

»> quau nom de la misère ^ caché dans 

93 Pobfcurité d'un harn^au , vous croyez 

» fîirement être oublié du refte de la terre ! 

>» Ah ! quelque fipible que foit la voix que 

>> je fais entendre pour vous célétrer j s'il 

9» eft un feul cœur qui à ce récit foit ému 

pour vous j j'ai payé Je tribut que je 

devois à vos vertus refpefStables. A tra- 

« vers le nua,ge qui vous cachoit mes re- 

w gards ^ je voyoïs votre main libérale fe 

w porter dans le fein du pauvre ^ & mon 

» amc fe fentoit attendrie. Votre nom j 

yi je le dis avec confufîon » s'efl: échappe 

a de ma mémoire .^ mais la jplus noble 

w portion de vous-n;iême ^ votre charité , 

» n eft jamais fortie du (çïià de mon 

i> cœur oc. 



a? 

>5. 



r ^ 



Dà 4 



414 BlEMPÀlSANCB 

j4 N N É B 17(>5. 

La maladie de Louts 3 Dauphin de 
Ftance , jecca le Royaume dans la plus 
grande confternation ; les François , tou- 
jours empredcs à faire éclater leur zèle , 
firent tout ce que leur amour leur fuggéra 
pour prévenir une perte <jn'elle regardoîlT 
comme une calamité publique^ 

Le^ différens Corps de toutes les Villes 
donnèrent dans cette occafion ^ chacun à 
l'envi 3 ks marques les plus édifiantes de 
leur piété & de leur attachement pour la 
Famille Royale. 

On mandoit de Thionville que le 4 
Novembre , le régiment Dauphin Dra- 
gons ^ en garnifon dans cette place > fie 
célébrer dans TEglife Paroiffiale une grande 
Mefle , pour demander au ciel le- réta- 
bliflement de la faute du Prince. Le Comte 
de Vaux qui commandoit dans la Pro- 
vince ,.en rabfence;du Marquis d'Armen- 
rières j affifta à cette cérémonie , ainfi que 
FEtat-Major de la Plac^^ tous les Mili- 
taires qui fe trouvèrent dans la ville, & im 
grand nombre d autres perfonnes. Les Dra- 
gons s etbient impofé d'eux-mêmes un jeûne 
lolemnel à cette occafion , & la plupart 
d'entre eux diftribuèrent aux pauvres la 
paye de ce jour-là. 



François e. 415 

ILe II Décembre, jour indiqué par ie 
fîeur le Bel , Rç6keur de TUniverfité , pour 
raflèrnblée-générale & la'proceflîon qui fe 
fait annuellemenr ; il fut arrêté d'une voix 
unanijine , que tous les Membres , au nom- 
bre de plus de 600 , fe rendroieiit fur-le- 
champ en proceffioh dans TEglife de Ste.- 
Geneviève j il fut arrêté en même-rems , 
que les Facultés fupérieures & les quatre 
Nations feroient célébrer chacune une 
Meflfe foleitinelle ; que pendant neuf jours 
on diroit dans rous les Collèges une Mefle 
Se un Salut , auxquels àflifteroient les Mai- 
très & les Ecoliers, & que pour joindre les 
. bonnes oeuvres à la prière , on férpit une 
quête générale , dont les deniers feroient 
remis entre les mairis. dtf Reâseur , pour 
être diftribués aux pauvres Etudians, 

La Compagnie des Arquebuiiers de 
ChâloAs en Champagne , créée en 1357 par 
Charles V, alors Dauphin & Régent do. 
Royaume , pour la garde de fa perfonne ', 
fit également célébrer f e 11 de Novembre 
«ne Méfie folemnelle dans Téglife des 
Pères Auguftins. 

Avant de paflTer à; Tépôque fatale de la 
xnort de ce bon Prince, attachons-nous à 
le peindre fous les principaux traits qui le 
caraiSfcérifôient. 

Avec/fes premières idées fe développè- 
rent Its premiers germes d une fenfibilité 



^%6 BxENFAISAKCE 

bienfaifnnte. Dès qa'uti ttialhènteax lui of^ 
£roic le fpeâacle attendnflTanc de fes be- 
foins, il ibngeoic à 7 pourvoir, 8c favoic 
fouvent les prévenir. Si on lui |parloic d a* 
|oucer un fupplémenc à fa penfion : » Je 
>» donnerai le furplus , ditoic-il ) faime 
i> mieux qu'on le retranche fut les cailles c^. 
On ne Téconna jamais en lui propofant une 
aâion honnct€(> on lattendridoïc toujours 
en la lui racontant. Il n aima point les en- 
claves, il redouta les Courtifans. Il fçut fe 
choifir des amis , il ctoit digne d'en avoir i 
il leur fit publier qu'il étoit leur maître , il 
l'oublia lui-même , 6c fa confiance pour eux 
fut toujours la cécompenfe de leur firaa- 
chife. 

Son Gouverneur , à l'occafion d'une fcte 
qui's'étoit donnée à Verfailles pour h 
naiflance d'un Prince , difoit qu'il ne com- 
f renoit pas comment Àfliiéms avoir pu 
tenir i la fatigue des feftins qu il donna 
pendant 180 jours aux Grands de fon 
Royaume. » Et.moi, reprit-il, je ne fçais 
» comment il a pu fubvenirà la dépenfe, 
» Se je préfume que ce feftin de fix mois 
*> à la Cour aura été expié par un jeûne 
w folemnel dans fes Provinces. Il faudroit, 
» difoic-il, dans une occafion, àl'Ambafla- 
« deur d'Efpagne , pour qu'un Prince goUr 
w tât une joie bien pure au milieu d'un 
»> feftin , qu'il 7 put coimer toute la Na- 



François. E* 4x7 

9> tloii;, OU <|ii6 du moins il p&c fe dire en 
»» Te tneXtMit à cabb : Aucun de mes fujcts 
5> n'ira aujourd'hui fe coucher fans foupcr <f^ 
Xelle écQic Tame, tels étoienc lesfenumens 
de ce bon Prince , qui avoir travaillé tou- 
rte fa vie à y joindre des lumières propres 
à les diriger. Voici une réflexion qu'il fit 
un jour après avoir travaillé long-tems avec 
l'Abbé de St.-Cyr, fur le Livre de la Con^^ 
corde , du Sacerdoce 8c de t Empire , de 
M. de Marca : s* Hélas ! mon cher Abbé, 
» s*écria*t-il , qu'il en coûte de peines pour 
9> accorder 1^ hommes entre eux ! Un Ber?- 
9> ger la houlette à la main , met tout fon 
»y peuple en mouvement d'un coup de fif- 
» flet, deux chiens font (es feuls Miniftres, 
)> ils aboyent quelquefois fans prefque ja^ 
» mais mordre , & tout eft en paix ««. 

Dans le récit des circpnftances de fa vie 
Se de fa mort , on trouve que le Maréchal 
de Richelieu dit un jour rout haut : >» Non , 
» il n'y à que la religion qui puifiè infpirec 
w tant de courage «. 

Qu'on fe rappelle encore ce que dit le 
Dauphin au fujet du malheur qui lui écoit 
arrivé à . la chafle en tuant un de fes 
Ecuyers. Ce bon Prince ne pouvoir fe con- 
foler d'avoir été la caufe innocente de la 
mort d'un homme, p Vous direz tout ce 
» que vous voudrez , mais ce pauvre homme 
» ^ft toujours mort, & mort d un coup qui 



4lS BlEKFAlSAUCE 

» eft ^arti de ma main. Je vois encore i 
t> ajoutoit'il , Tendrok où s'eft pafle'cerrc 
99 fcène af&eufe , j'entends encore les cris 
M de ce pauvre homme , & il me femble 
9) le voir à chaque înftanc qui me tend (es 
9» bras enfanglantés & me dit : Quel mal 
M vous ai-je &ir pont motet la vie ? Il me 
ê9 femble voir fa femme éplorée qui me 
» demande : Pourquoi me faites- vous veu- 
» ve ? Et fes enfans qui me crient : Pour- 
M quoi nous faites -vous orphelins ? Ces 
1» penfées importunes me fuivent par-tour, 
-t> & Tufage de ma réflexion ne fert qu à 
99 me convaincre de plus en plus que ce 
^9 ne font pas des chimères «. On a beau- 
coup prêche l'humanité dans ce fièclej voi- 
li celle qu'infpire la religion. 

Sa vivacité naturelle lui avoir fait con- 
trarier dès l'enfance l'habitude de remuer 
les pieds lorfqu'il fe tenoit debout. Une 
JDame de la. Cour qui avoir coutume de 
Jui dire lij)rement fa façon de penfer , lui 
donnoit un avis à ce fujet. Le Prince qui 
avoir appris depuiis peu que cette même 
Dame s'étoij: conduite dans une affaire 
d'une manière peu conforme aux principes 
rigoureux de droiture dont elle fe piquoit, 
lui répondit en plaifantant : j> Je vous 
99 avoue , Madame , que plus j'étudie la 
)> Cour , plus je me perfuade qu'il eft bon 
»> de favoir s'y tenir tantôt fur un pied , 



Françoise. 41^ 

B9 tantôt fur Paucre <<. Xa Dame qui ne 
manquok point d'efprit, fentitbienoù le 
coup portoif ^ & le Courcifan qui encend à 
demi-mot , n'eut pas befoin d'explication. 
Un certain jour de fête qu'il avoit danfé 
avec Madame Henriette > fa fœur , quel- 
qu'un lui faifoii compliment fur la manière 
aifce & gracieufe dont il favoit cadencée 
fes pas. Un homme au caraâère duquel il 
convenoit peu de douer la danfe , s'avifa de 
fe joindre au flatteur ; c'étoit lui faire mal 
fa cour , auffî paya-t-il le compliment d'une 
ironie bien propre à faire fentir le peu de 
cas qu'il en raifoit» *' Oui , oui ^ dit-il en 
» plaifantant y une danfe faite avec dclica- 
» teflè & félon les règles de l'art , a (on 
9% mérite ^ mais pour rendre, la cérémonie 
»> plus majeftueule encore, il faudroit que 
» quand un Dauphin danfe , ce fut. un £vjè* 
» que qui jouât du violon .«•• . ^ - 

Etant encore enfant ^ lorfqu il . reuccmr 
; troit des pauvres , il leur donnoit tout, çt 
qu'il avoit fur lui. Son Gouverneur lui 
ayant repréfenté que par-U il fe mettroiç 
hors d'état de foulager ceux qui pouvoient 
venir dans la fuite , il fe rendit à cette ré- 
flexion. Us convinrent e.nfemble que pour 
avoir de quoi donner à un plus grand nom- 
bre de pauvres , fes libéralités ne pallè* 
soient pas un petit éçu. 11 fuivoit ordinai-^ 
tement cette règle ^ mais lorfqu'il en ren- 



450 'BlENFAISAKC E 

concroic qui lui paroidbiencplusaccablés âc 
misères & d'innrmicés que les autres , il ne 
pouvoir fe réfoudre à donner fi peu , alors 
il cachoic adroiremenc un louis d'or tons 
le petit écu , afin que fon Gouverneur ne 
s'apperçût pas de ce qu'il ajoutoit à la 
fomme dont il étoit convenu. Il fit quel- 
que chofe de plus pour un pauvre donc 
l'état l'avoit extrêmement touché j il lui dit 
tout bas de fe trouver fous les fenêtres de 
fon appartement à une heure qull lai mar- 
qua. Ce pauvre ne manqua pas, comme on 
f»eut croire , de. s'y rendre , & le Prince 
ayant reconnu , lui jetta quelques louis d'or 
par la fenêtre. L'Abbé de Marbeuf fe tioU" 
y>oit pat hafard en ce moment- là dans fd ' 
chambre , il fe douta bien que cet Abbé 
S'étoit apperçu de Tade de charité qu il 
venoit de- faire , & il en rougir. M. de 
Chatillon qui en fut bien-rot informé, ne 
put sempêchet de ladmirer , il- lui re- 
tomtnarida feulement de ne pas répéter 
trop fouvent de pareilles libéralités; Il y a 
une forte dej pudeur bien aimable à- rougir 
d'être furpris en failànt le bien. 

11 montroit à l'Evêque de Verdun le 
plan d'une mailbn royale qu'il avoit tracé 
avec beaucoup de foin. Le Prélat loua 
l'économie de la diftribution , l élégance 
des décorations, la nobleffe de l'enfemble. 
Quand il eut fini fes obfervations ; }> Vous 



Françoise. , 431 

^9 me paroifipQZ avoir du goût, lui die ce 
»>. Prince; je crois cependant que vous n'a- 
*> vez pas apperçu ce qu*il y a de mieux 
» dans mon Château <«• L'Evcque l'examina 
encore , &• ne trouvant matière à aucune 
nouvelle obfervation , il pria le Prince de 
vouloir bien lui indiquer ce qu'il n'apperce- 
voic pas lui-même. «C'eft, lui rcpondit-il 
» en riant , que ce beau Château ne fera 
»> jamais bâti qu*en crayon , & qu'il ne 
^ coûtera rien au peuplé «. 
• On parloit un jour en fa préfence d'une 
banqueroute coniidérable. Se àts rifque$ 
que couroient les particuliers en plaçant 
leur argent. Les uns difoient qu'il falloir 
qu'ils exigeaflènt plufieurs cautions; d'au- 
tres , qu'ils ne dévoient point placer toute 
leur fortune d'un même côté. » Tout cela , 
j> reprit le Prince , ne vaut pas le fecret de 
*> la Comtefle de Touloufe, elle place fon 
>' argent à fonds perdu , Se pour plus dé 
« sûreté elle met hypothèque fur l'huma- 
M nité toute entière , qui> de l'hiver der- 
» nier , lui eft redevable de là vie de plu* 
n (leurs milliers de malheureux en danger 
s> de périr de misère fi elle ne fût venue à 
» leur fecouis ««. 

Bien convaincu de la fublimité de la 
religion , il en pratiqua toujours les de- 
voirs avec exa<9itude. il n'accordoit fa pro- 
teûion aux Miniftres de l'Eglife que parce 



4}1 BlEHFAlSAl^CS 

99 qu'il voyoic en eux , difoic-il, des Minif^ 
» très de charité , occupés cour à cour 2 
9> nous confoler de nos maux , & à nous 
»9 guérit de nos foibledès «<. 

Après avoir perdu le Duc de Bourgogne, 
ce Prince tourna toute fou afFe£tion ôc fon 
attention vers lé Duc de Berry Se les Prin* 
ces {es frères. 11 partagea fon rems entre les 
foins qu*il donna à leur éducation , ôc fes 
travaux particuliers. Tantôt il imprimoit 
dans leurs ieunes cœurs les grandes vérités 
de la religiQn 6c de la morale y il leur ap- 
prenoit que n les Rois ont au-defliis d'eux 
i> un Juge à qui ils doivent compte de tous 
*> les inllans .qu'ils n'auront pas conikcrés 
» au bonheur de leur peuple ; que tous les 
» hommes fQtit égaux ^ux yeux de la Di- 
i> vinité y que le rang les élève , que la ver* 
M tu fçuie les diftingue ce. Tantôt il vou- 
loir les conduire lui-même dans la chau« 
inière du Laboureur, comme à la véritable 
école des Rois. » Montrez, leur difoit-il, 
i> tout ce qui peut les attendrir y qu'ils 
M voyeoj: le pain noir dont fe nourrit le 
9> pauvre, qu'ils touchent de leurs mains 
91 la paille, qui leur fert de. lit ! Je veux 
t> qu'ils apprennent à pleurer y un Princç 
s» qui n'a jamais verfé de larmes , ne peut 
*> être bon ««. 

Le jour où Ton célébra les cérémonies 
de leur bapjtême > il £t apporter au milieu 

du 



' F a A M < 'o I s £• \ 4JJ 

ih Temple le Regiftre dans lequel eft inf^ 
cric le nom ^e tous les enfans nouvelle*? 
ment hapciies. 11 leur moncra que le leuc 
étoit Unmédiatemenç précédé par celui du 
Êls d'un Ârttfan ^, & leur fit connokre pic 
cette leçon admirable les premiers droits 
de rhumànité. 

Modefte& fimple , il ne fe fit connoîtrè 
qu'à fon père 5 ils ne découvroit fes^ vues 
qu'au CoiifeiU Peu fenfible à jfa propre 
grandeur , il cachëit volontiers tout ce %u il 
e toit, & ne vouloit fe montrer quefouthis 
& :refpe<5hieux ^ mais lorfque les circonftan^ 
ces le forçoient à paroître ce qu'il croit , 
on le vit dans des tems de trouble &c de 
coilfteriiation , agité d'inquiétude pour des 
jours précieux à fdn cœur , méprifer le péril 
qui menaçoit les. ïiens > donner au plus 
chéri des pères des témoignages multipliés 
de fa tendrefle ; d'e'ntre ûs bras courir aux 
pieds des Autels >, de-lâ voler au Confeil » 
sy expliquer avec force , étonner les uns 
^ar fa prudence ^ foutenir les autres pat fa 
iermeté. On l'a vu à Fonteno/ raflèmbleif 
les troupes difperfées, vouloir fe précî^itei! 
fut l'ennemi , fe pkindte du zèle qui lui 
éjpargnoit des dangers ; intimement pers- 
uadé , comme il le dit lid-mème dans fon 
manufcrir, » Qu'im Roi doit être prodigua 
A ds fon fang, Se avare de celui de fes fu- 
»>|ets«. Ne pouvant fignalerfon courage» 
Tom. IL E e 



4)4 fi X E M F A* X s "A M C s 

& voulant au moins donner l*etêmple dû 
sèle 8C"de la fubôrdinàtion , on le vit à 
Compiègne infpirer aufoldat la confiance 
& gagner tous les cœurs par cette afFabili* 
té ; cett^ généronté, cette bienfaifance donc 
le ibuvenir ne s'effacera jamais. 

Depuis long-tems le Dauphin étoit con- 
Tumé pat des maux, qu'il patoiftbic fe ca- 
cher à lui-même pour lés cacher aux au-* 
très. Tranquille 6c ferein au milieu de la 
confternation générale , il n'étoit occupé 
qu a éloigner de tous les cœurs rinquiétude 
qu'il ne laiAbit pas approcher du fien« Le 
progrès du mal fait évanouir enfin fes ef^ 
pérances Se les nôtres. Il penfe â la morr, 
il remplit tous fes devoirs fans fe laifîèr 
troubler par les larmes & les fanglots dé 
ceux qui l'entourent ^ jufques dans fon totn-* 
beau il vent ménagée les intérêts de la 
France^ le Dauphin, dans fbn teftament» 
témoigne le déur d'être enterré fans irais 
Se uns cérémonie. Sa fenfîbilité femble 
s'accroître avec fes douleurs , & fe répand 
fur tout ce qui l'environne. Si on lui parle 
des vœux de la nation : » Pourquoi des 
^ vœux fi ardents ? s'écrie-t-il , je ne lui ai 
f> pas encore été utile «• Puis il étend fes 
bras vers le Ciel , 6c fait à fon tour des 
vœux pour elle. 

S'il fe rappelle un accident malheureux 
qui a fait le tourment de fa vie » c'eft pour 



F RaA:K,Ç OISE* '435 

priiet: le Roi de tenir lieu de père â celui 
qu'il eii a prive. En 175^ les nouvelles pu-, 
bliques firent mention du malheur arrivé 
â M. .Chambojrd , Ecuyer du Dauphin. Ce 
prince , au retour de la chafle , voulant lui 
remettre fon fuHl , le chien fe lâcha , le 
coup part ôç emporte l'épaule de cet Offi- 
ç^qt qui moturut 1^ lendemain. 11 feroit dif- 
ficile de concevoir combien le Prince fut 
couché' de ce malheur j la vevive de TOifi- 
j:ier .étoit enceinte , & lorfque le tems de 
Taccouchement fut arrivé , le Dauphin lui 
écrivit la lettre fuivante, lui ayanr promis 
dé renir Tenfant dont elle accouçheroic 

» Vos intérêts , Madame , font devenus 
» les miens, je ne les envifagerai jamais 
M fous un autre point « de vue. Vous mè 
M verrez toujours aller au-dievarit de tout 
nce que. vous pourrez fouhaiterj &c pour 
n vous Se poi^r cet . enfant que vous allez 
79 mettre au jour , vos demandes, feront 
>> toujours. î^ccomplies* le ferois bien fâché 
99 que vous vous adrellaflîez pourJ^ur ej^- 
»>. cùtionà toùp autre ^u'à mpi.'M^' feule 
^y corifolatign , après Thorrible; malheur 
» dont je n'ofe fçulement me retracer l'i- 
w dée, c eft de contribuer , s*il eft 'po(Cble , 
.»>à la vôtre ,>Çc 4'adouGir , autani: qu'il dé- 
>» pendra de moi > ]a^ douleur que jerelTens 
» comme vous-mieme et. 

 ces juftes témoignages de la plus gé* 

E e z 



43< B I V'l« F A'I s A K C E 

Aéreufe fenfibilicé, ce digne Prince ajouta 
une augmentation de 10,000 liv. de pe^or* 
fion à celle de 4000 liv. qu'il avoic déjà 
donnée à Madame Chambord* Le Père de 
aet Officier fut décoré de la Croix de St.« 
Louis, & S. M. érigear fa terre en Mar- 
quifat. Le Dauphin renonça , depdii cet 
accident , i un amufement pour lequel il 
avoit du goût. 

S'il fait appeller autour de lui fes amîs^ 
s'ils fondent en larmes & tombent à fes 
pieds , il s'attendrit fur leur état fans pa- 
roître afFeâé du fien. Si TEvèque de Ver- 
dun raffemble toute fa force pour lui parler 
en ces derniers inftans : » Il a bien du cou- 
*> rage s'écrie le Dauphin «. M. de Nicolaï 
étoit un des Evèques pour qui ce Prince 
avoit le plus de bonté , 6c fur ranlîtîé du« 
quel il comptoit le plus. Après que le Prélat 
lui eut parlé dans ce moment cruel, le Mo* 
decin ordinaire s'approche de fon lit pour 
lui tâter lé pouls ; le Dauphin lui dit : «> Tsh 
j> tez-le plutôt â l'Evcque <«. 

Si la Dauphine lui continue fes ibins 
cendres , (i Madame fe joint à elle , il leur 
faifit la main avec afFeâion, détache luî^ 
même deux boucles de fès cheveux , les 
leur remet , & dit à Tune : » Noubliez pas 
» un époux â qui vous fûtes chère j à l'autre» 
» fouyenez-vous d'un frère que vous ai- 
3> miez (c. Si on lui çniève la Dauphine > il 



f 

I 



* F R A V Ç O I s I. 4J7 

révoit fa douleur. Ne pouvant plus voit 
mère il voudroit voir les enfkns , il ne 
fkuroic prendre fur lui de les faire venir ^ 
il appelle le Duc de la Vaugu^on , & pour 
dernières marques de bonté , le charge de 
fes inftruâions pour eux. 

99 Je fouhaite , lui dit ce Prince , je fou-^ 
$y haite à mes enfans tQute fdrte de bon^ 
9> heur Se de bénédiâ:ions. Infpirez-leur la 
99 crainte de Dieu, 8c le plus j^cand reipeâ; 
>9 pour la religion ; qu'ils foient toujours 
99 ibumis au Roi , & qu'ils confervent toute 
»> leur vie pour Madame la Dauphine , To- 
99 béiflance & la confiance qu'ils doivent à 
99 une mère aufli refpeâable «' ! 

BaigQons-les de nos pleurs , ces paroles (àcrées ; . 
Que des Maîtres du monde elles foient révérées !..'• 
-Grand Roi , Ton dernier yœu fut pour notre bon- 
heur l 
Le Ciel., d'après le vôtre, avoic formé fon cœur. 

Cependant le mal s accroît , la foibleflè 
augmente , les douleurs redoublent ; il 
meurt , il expire & laiflfe en proie à la douH 
leur la plus amère , fon augufte père , une 
mère dot\t la pieufe réfignation n'afFoiblic 
pas les tendres regrets \ une époufe chérie ^ 
dont la. fenfibilité fait encore plus admir 
rer le courage héroïque^ des lœurs à qui 

£e j 



4)S BlEKTAlSANCB 

le Ciel a ravi , avec Te meilleur des frères; 
le meilleur des amis ; des enfans précieux 
qui f dans l'âge le plus rendre , onr fenci 
route rérendue de leur perte. Nos voifins , 
nos ennemis nous ont difputé même la 
gloire de le pleurer. t> Un grand homme > 
99 sëcrioient-ib , eft de toutes les Nations <<• 

Le Dodeur Mary écrivoit de Londres , 
au Duc de Nivernois « le 5 1 Décembre : 
•• Permettez , M. lé Duc , à un Etranger 
9» que vos bontés ont en .quelque forte nâ* 
99 turalifé y de mêler fes larmes aux vôtres 
j» & i celles de toute la France. Germani*- 
9> eus pleuré des Romains , le fut égalemehe 
9i dçs voifins , des ennemis même de leur 
f> Empire. Si M. le Dauphin jette encore 
•* les yeux fur la terre , il n'y voit en cet 
99 inftant que des cœurs François c^ 

Au milieu du deuil univerfel répandu 
fur toute la France , le cri de la nature s'é- 
lève au milieu de la douleur générale de 
la Nation. La nature défolée , dit M. Tho- 
mas , pleure une double perte. Quel mo- 
ment. qi)e celui où. un Roi qui vient de 
perdre foniils déjà formé pour le trône! 
Un Roi fenfible , un père tendre j pénétré 
de douleur, fe fait amener les Princes fes 
petits-fils , îaifit avec tranfporc l'aîné de ces 
jeunes enfans , l'enlève entre fes bras , le 
preilè contre fes joues mouillées de larmes , 
ôc s'écrie plufieurs fois en pleurant : » Vous 



F & A N ç o I s S. 45j> 

» «ces 4onc ix^on fucceilèur tf. A cç fpeâar 
cle perfonne V ne peut retenîc fes pleurs. 
Aiiuiy après la mort du célèbre £5uc de 
Bourgogne , on Vit Louis le Grand, en 
cheveux blancs , panché fur le berceau d.e 
Louis XV , le careffer de fes mains roya- 
les , & regarder avec attendriiïement dans 
ce jeune enfant , i'efpérance d'un grand 
peuple. 

. Nous ajouterons ici la Lettre du Roi i 
r Archevêque de Paris , dans laquelle S. M. 
peint & caraétérife la bonté de fon cœur 
^ fa tendreflè pour fes enfans. 

» La mort du Dauphin mon fils me 
f» caufe une douleur d'autant plus jufte , 
yy qu'il joignoit à une folide pieté les qua- 
» lités Se toutes les vertus dignes de fa 
» naiflànce ^ elles avoient paru: en lui peii- 
99 dant tout le cours de fa vie , &c elles lui 
» avoient acqi^is toute ma tendreiTe &c toute 
39 mon eftime ; elles ont encore été plu» 
$> particulièrement reconnues dans la Ion- 
» gue maladie à laquelle il a fuccombé. Ce 
» Prince a montré Jufqu à fes derniers mo- 
>>inens fa foumiflion aux deiTçins de. la 
M Providence , & fa confiance en fa bonté» 
9» Cette perte , qui pénètre mon cœur de 
» la plus vive affliftion , & que tout mon 
>i peuple partage , ne me permet pa« de 
» diiïcrer d'unir mes prières aux uennes > 
• - Eè 4 



j^o ^ I B N r A I s A îl C E 

^pout demander à Dieu le repos de l^k 
,1 de ce cher fils , & la confôlanon ,do: 
^j'sLi befoin dans une circonftance ^ufl 
>9 doùloureufe. A Verfailles , le 24 de ï!>é- 
^n cembre **• 

Extrait de la Lettre cCun Pfijbnnîer da 
Cabanon , à V Auteur du Journal Chrécien^ 
fur une Cérémonie Religîeufe établie da».^ 
le Château Royal de Bicêtre. 

»y Monsieur^ 

» Les papiers publics ohjt retenti des 
t> différentes relations auxquelles- a donné 
» lieu le zèle de tous les ordres de ce 
» Royaume , de tous les états qui le com- 
a polent à loccaHon de la maladie de feu 
y> Monfeigneur le Dauphin.. On n*y a pas 
» vu celle que j'ai l'honneur de vous en- 
» voyer , Se qui , par fa fîngularité, par ù. 
»i nouveauté', a de quoi furprçndre & édi- 
h fier les perfonnes qu'une jufte prévention 
», n'empêchera pas d'entrer ' dans le dccail 
j> de l'aueufte cérémonie qu'elle contient , 
ji en cohudérant le but que fe font propofé 
j> les Auteurs' , ceux qui l'ont dirigée , Se 
n qai n'eût pas manqué d'être agréée de ce- 
n lui qui en étoit l'objet. Ce Prince , qui 
>i fait aujourd'hui le fujet de fon deuil de 



François c. 44t 

» de f es' regrets, auroit joui de ce double 
avantage que fon ame bienfaifante hi, 
i» ^tifbit regarder comme runioue bonheuc 
w> qui peut flatter ^n Prince ici bas ; d*aîr 
B> ixier les peuples & d'en être aimé,>fi 
» Dieu , dont le^ defleins font impéniétrar 
9> bl^s , n'eût voulu hâter le moment de (a 
#» délivrance. 

9> Ce que je vous envoie vous convainr 

^\:ra que ceux que la plus affligeante de 

99 tputes les calamités , un fupplice d'autant 

s> plus affreux qu'il eCb continuel , ceux que ' 

^> des grilles, des chaînes , d'horribles murs 

»» fervent à contraindre ; ceux dont, les 

9> maux trop réeb font plus que fuffifans 

99 pour occuper toutes les facultés de leur 

9> ame , dont la fituation infupportable &c 

>9 digne de la compailîon de toùis ceux qui 

»» en font les témoins ^ ceux-là dis^je, n'ont 

99 pas plutôt appris les craintes de la France*» 

99 fes vives allarmes pour les joues précieux 

^> de ce Prince , qu'oubliant tout*à-coup 

9) leurs propres douleurs, oa plutôt Êûiânc 

9> trêve a leurs maux pour ne s'occuper que 

9» de ceux de leur Nation , ils n'ont plus 

» penfé qu'aux moyens de concouric avec 

9>lerefte de leurs compatriotes, à ob.tenic 

9> du Ciel te rétabliflfement d'une fanté fi 

*» chère. 

»> Qui l'auroit cru l dans une troupe d'in- 
•> fortunés Captifa que le préjugé regarde 



2(4^ Bienfaisance 

'9% indiftinâement comme autant de coupai 
99 bles fameux , dans ces ténébreafes <ie- 
9> meures où la crédulité populaire attache 
>> toujours Tanathème Se la léprobatioti! 
ff Qui lauroic cru ! ces mêmes infortunés 
99 ont été des premiers à donner des preu- 
9> ves de leur amour pour leur Prince , 
9» après la Métropole , en imaginant ce que 
9» la fàinceté , toute ingénieufe qu'elle eft, 
w n'a fçu peut*ètre exécuter ailleurs dans 
> tout le reflbrt de fon Domaine ! Ne 
» peut-on pas bien dire ici , après St. Bec- 
99 nard , qu'on n'eft pai fans honneur pour 
9> être dans un lieu qui n eft pas honorable, 
9» comme oh n'eft pas Saint pour erre dans 
9> un lieu Saint. 

» Vous , Monfieur, dont les veilles font 
9> particulièrement emplayées à rendre pu* 
M blics les ouvrages , les cérémonies qui 
M peuvent contribuer à la propagation de 
99 la foi ^ à l'édification des fidèles, peut^ 
99 être ne jugerez-vous pas indigne de vos 
99 feuilles une cérémonie approuvée par la 
99 piété qui ne peut manquer de diminuer 
99 rhorreur de l'idée qu'on fe forme de la 
99 perverfité de nos mœurs Se de nos carac* 
99 tères c* 

Le prifonnier aux cabanons dont on 
vient de lire la Lettre, eft également Aur 
teur de la defcriptioh de la Cérémonie 
Religieufe > dont il eft , pour ainfî dire , 



E R A M Ç O 1 S H. 44i 

llnftituteur , en ayant donné Tidée le pre- 
mier , & en ayant propofé le projet aux 
autres prifonniers^ Cette cérémonie fe fit 
le premier de Décembre , qui étoit le pre* 
mier Dimanche de TA vent. 

Dès que les prifonniers furent inftruits 
de la maladie du Dauphin , ces infortunés 
vivement pénétrés du^ danger auquel ce 
Prince étoit expofé , fe fignalcrent par des 
marques de zèle qui honorent infiniment 
le nom François , 6c qui doiven^t prouver à 
tout rUnivers, qu un François left par-tout, 
que ni les fers , ni les cachots , ni les con- 
trées les plus éloignées , féparées par d'ari- 
des déferts , par rimmenuté des mers, ne 
font pas capables de leur feire oublier ce 
qu'ils doivent à leur Prince Se à fon au- 
guftefang. 

Un d'entre ces infortunés ayant remar- 
qué qu'il n'y avoit dans leur chapelle au- 
cune image de la Mère de Dieu , en prit ' 
occafion de propofer â tous fes confrères 
de faire un vœu par lequel ils fe confacre- 
roient tous folemnellement à la Ste.Vierge, 
fous l'invocation de Notre-Dame des af- 
fliges , afin d'obtenir du Ciel le rétablifle- 
ment du Dauphin. Ce projet ayant été une 
fois au jour , fut généralement applaudi. 
Quelques prifonniers , fur-tout de 15 > 18 
& 11 années dç captivité, le reçurent avec 
une ardeur qu'on ne peut trop louer. Tous 



444' BitHTAISAKCÊ 

en général fe diftingnèrenc, les uns eh fë 
privant de tout ce qu'ils pofsèdoient, ie^ 
autres de la meilleure partie , pour ÎFaire 
Tacquifition d une image de la Ste. Vierge j» 
& pour fournir aux autres dépenfes nécef- 
faires. 

Toute cette cérémonie fut exécutée fou9 
h, direâion de TAbbé Lemaîre , fuivanr la 
permt^on qu'il en avoir obtenue de TAr-- 
chevêque. L'image de la Ste. Vierge ayanr 
été dépofée avant les vêpres dans l'églife de 
cette maifon ; aptes les complies l'Abbé 
Lemaire en fit lolemnellemeht la béné- 
diâion au grand autel , après laquelle qua- 
tre enfans âges d'environ ii ans, prilon- 
niers de corre&ion, chargés de chaînes , 
repréfentant les prifonniers des cabanons^ 
fans d'autres ornemens qu'une cocarde 
blanche à leur bonnet , vinrent- fe proC- 
terner aux pieds de l'Autel , & reçurent du 
Célébrant chacun un ruban qui étoit atta- 
ché au brancard fur lequel étoit déjà pofée 
l'image delà Ste. Vierge, qui fut portée par 
deux Diacres affiftans», 

Une Compagnie de 40 Gardes fous les 
armes , commandés par M. le Roi, Capi- 
taine commandant la gardé du Château » 
fe rangea des deux côtés du brancard , & 
l'accompagnèrent jufque dans la Chapelle. 
des cabanons ) dont l'Autel orné tout en 



^ ^ F A A K Ç' O I S l!# ^4j 

l>Ianc^ afitoit une noble & raviflânce fim- 
, plicité. La Supérieure fuivoic la procefllion 
accompagnée d'un Garde , Se étoit fuivie 
ide toutes les Dames de la Maifon. 

La ftatue de la Ste. Vierge ayant été 
dépofée fur TAutel ^ les quatre enfants qui 
repréfentoient lès jprifonnîets s'avancèrent 
fut le marche-pied j où ils fe mirent à 
genoux, le Célébrant Se les deux Diacres 
s'étant mis derrière eux. Pendant qu oa 
îchantoit le Répons Pro infirmo , les enfàni 
fb levèrent & nlirent chacun leur main 
'droite fur l'Autel aux |>ieds de l'image ^ St 
les y tinrent jufqu'à la fin de la cétémonie. 
Après la Proie, S tabac Mater ^ un pri- 
^Tonnier placé dans une des tribunes gril^*- 
léesvlutà haute voix, au nom de tous les 
autres , l'ade de confécration qu'ils avoient 
tous figné la veillé & le matin de la céré- 
monie , Se cet aâe fut dépofé eiitre Iqs 
tras de la Ste. Vierge , pour y demeurer 
pendant la néûvairie, quits îèéliébrcf ent par 
des meflfes Se des chafttà e¥i fon honneur» 
fut rAutel dé laquelle dès cierges , que les 
prifonniérs avoient foin de fournir' , furent ^ 
allumés joiir &: huit ^urà^t la neuvaine. 
t^endant ces jouts , la plupart s'approche- 
fent des facremehs & fe fahftifièrent par 
beaucoup d'oCiàvtes dé piété Sc de miferi- 
corde. 

Afin de tranfmettre à la poftérité une fi 



B i.« ^ F .Ai s A -H ç B 

iainte & fi louable aâion, ils firent Êir^s 
un tableau repréfencant rEnfant-Jefus , qcki 
lui-même les tend à un prifonnier a ge- 
noux y &c qui lui préfente deux tables mr 
lefquelles font des infcriptions qui contien* 
nenc Texpreffion de leur zèle > de leurs 
Yceux & de leur amour. 

Dieu ayant difpofé des jours du Daur 
phin , les mêmes prifonniers firent célébrer 
dans leur Chapelle une Me^epour le repos 
de fon ame. Deux jours après ils en firent 
célébrer une du St.-Efprit pour la confer- 
yation des jours du Duc de Berry ^ nou- 
veau Dauphin. 

^Extrait d'une Lettre écrite de Calais à M. de 
la Place j Auteur du Mercure de France , 
le 11 Janvier ,if66 y à Foccajion de la 
mort du Dauphin. 

, »Vous avez été, Monfîeur, Torgai^edes 
» fentîmens que nous devions à la nimeufe 
9» Tragédie du fiége de Calais , qui a ré- 
^> pandu notre patriotifme dans toute TEu- 
» pej votre cœur m aiTùre que vous le ferez 
>y de la douleur qù nous a plongés la perte 
9>que l'Etat a faire. Â nos beaux jours a 
^> luccédé la rrifte0è la plus profonde. Nous 
» nous étions flattés que le Ciel favorable 
f> à l'ardeur & à la confiance de nos prières 



r ï 11 Si K Ç^O-^X S fc " 447. 

fy publiques', nons^confetveroit un Prince fi 
a» cher & C\ précieux à la Nation. 11 . n'eft 
» point d'aâes dé piété & de religion qùa 
3» tes Calaiiiens n ayent exercés pour obte- 
»vnit du Ciel fa guérifon; il n^eft point 
»> d'ailatmes & d'inquiétudes qu'ils n ayent 
réprouvées. dans le cours de fa maladie. 
» L'arrivée de chaque Courrier étoit pouc 
» nous un redoublement de crainte Se de 
» douleurs , de prières & de vœux. Les 
«Temples retientiffbient des offrandes & 
99 des larmes, du peuplé; le .plus fidèle au 
99 fang de fes Rois. A peine ces mêmes 
9> Temples fu££bient au concours ôc à l'a^ 
f» lluence des Citoyens de tous les Etats. Le 
» Dieu qui nou$. àvoit prêté Ce Prince ver- 
,»> tueux pour le bonheur & Tédification de 
9> la France^ a. fans doute voulu qu'il en 
s9 fût déformais auprès de lui l'intercéf- 
>«feur. Cette penfee , quelque fublime 
»9 qu'elle foit , eu égard à la religion , ne 
9J l'eft pas également lorfqu'il s'agit de la 
99 nature. 

9> Tout parle à la raifon , mais rien ne 
p parle au cœur. Tout François , tout Ca- 
» laifien , en adorant la main qui les frappe , 
9? ne rend pas moins à la mémoire du 
99 Prince , tout ce que le fentiment nous 
99 inipire dans c^t inftant douloureux. 

M Un deuil univerfel pris par l'Etat-Ma?» 
» jor , par la NobleflTe ^ par toutes les Jurif- 



44S. B i.^ 9iTy A I s ji M t 1 

91 diâionsy.par le Corps Municipal & les 
^ Cttovens les plus diibngués ^ joint au fon 
iê loguore penoanc neuf jours , de tout ce 
9» que nos Temples ont de cloches ^ ont 
f% annoncé à nos Citoyens défolés ^ ainfi 
tt qu'aux ctiangers en ce moment dans no- 
j» trePort, la perte que la France & nous 
H venons de Êiire ^ & les Officiers Munici- 
i» poux indiquèrent pout le 8 de ce mois 
s» un feryice folemnel où tou$ les Corps 
>> Religieux , Militaires & Civils' qu'ils 7 
9^ avoient invités 9 s'emprefsèrent tous de fe 
j» rendre. 

»f^igurez-votis. Moniteur, une Emilie 
SI entière dans le deuil & dans 1 accable- 
» ment le plus profond , profternée aux 
)^ pieds des autels , & mêlant fes larmes 
» aux prières des Miniftres du Seigneur. 
f> Tel efl: le tableau vraimeïit touchant de 
#> cette trifte & funèbre journée. Le Clergé 
^afFeâé des mêmes fentimens, célébra Te 
•> lendemain un fervice auflî folemnel que 
>> le premier , où le concours ne fut pas 
9» moms nombreiuc , & où M. Duteil » 
j> Curé Doyen de • cette ville , prononçi 
99 une Otaifon funèbre digne de la répuca- 
i> tion que fes verms 6c les ^lens lui ont 
I» depuis long-tems acquife, & pénétra de 
>9 plus en plus fes Auditeurs des fentimens 
ly dont il étoit lui-même pénétré. 

•9 Nous attendons les ordres du Roi aux 

Prélats 



. Françoise; 44^ 

•i Prélats du Royaume fur ce trifte évène- 
.>3 ment , pour nous y conformer. En les anti- 
w cipant , nous avons cru devoir céder à ce 
f> qu'exigeoient de nous notre douleur Ôc 
n notre zèle ««. . 

Autre Lettre du même , en date de St^^GeV" 
• main y du iode Février. 

9> Les campagnes , Monfieur , à. Texem- 
>> pie' des Villes, s'empreflent de rendre 
,» au Prince augufte, dont nous pleurerons 
»> éternelletnent la perte, le tribut de de- 
» voir & d'hommages fi légitimement dû 
)>à fa mémoire. Jaloufes de fe furpair^c 
>9 dans les triftes & dernières preuves qu'el- 
>9 les ont à^i donner de leur tendre atta- 
» chement , elles n'oublient rien pour en 
9> rendre l'appareil àuifi folemnel que leurs 
)> facultés le permettent. J'ai été prié à une 
}> de ces pompe$ faoèbres. Tout y portoic 
yj l'empreinte de la piété la plus profonde, 
>>cout y caraâérifoit le plus parfait recueil- 
%y lement. ^Chaque habitant animé par l'e- 
99 xemple de fon Pafteur , s'efforça de fe- 
;») conder fes pieufes & louables intentions> 
«S'étant interdit toute efpèce de plaifirs 
» dans un tems de deuil & de confterna- 
» tion générale , il fut arrêté d'un commun 
w accord , que le fervice ordpnné par M. 
%> l'Evèque, fe feroic le lundigras. Oii l'an- 
Tom.IL ' ' Ff 



^yo Bienfaisance 

» noiTça la veille , 9 du mois , jpar le fon de 
9> toutes les cloches, qui ne cefscrent d*eti 
99 prévenir les fidèles jufquVà moment oà 
» commença cette lagubt'e cér^onie ; elle 
»»(îtt exécutée avec une édification pea 
^commune, 

M Quarante femmes vêtues de noir , 
M chacune un cierge à k main, remplif- 
lyfoient le milieu de la nef. Un pareil 
*)3 nombre dliommes , chacun auffi avec un 
» derge, en garniflbièht les côtés ainfi que 
9> le cnœùr» au milieu duquel étoit élevé un 
•* petit càtaialque orné d'attnbats fymbo- 
M liques, & entouré de vin^^quatre cierges. 
'»> Sur le devant étoient écnts ces vers t 

II fut ,' tant qu'il véciit , l'objet de nMre ainDar ^ 
MciQcé du trépas , celui de nos allarmes. . 
Il n*éft plus » 6 (bmleur l ô tiop fonefte joor 1 
Un ihftattr iious condamne à^'étémellés larmes. 

Ces vers «enferment le fujet d'un dif- 
cours pathétique & touchant que l'Officiant 
prohdnça'par forme ,d oraifdn funèbre. 

» Je fouhaite, Monfieur, que ce détail 
>9 puiile ttouver place dans votre Journal. 
99 La publication , je pehfe, elx eft due au 
w zèle pieux. Se vraiemeiit patriotique dés 
» hàbirans de Nezel , Dioccfe de Charttes^ 
w & de leur digne Pafteur «.► 



Françoise. 451^ 

Les Académies 8ç }es Sociétés n'ont pas 

moins &ic éciai^ l^r skçU ôc leurs joftes 



99S 



La ville de Reims , à Teitemple de U 
Capitales & des principales villes du Royau- 
me 9 érigea le z6 4' Août p une ftacue à 
Louis XV , dit le Bien - Aimé. >> Aufli 
>> flatté xle cette augufte prérc^ative , qu'keu- 
97 reufe ifous un règne auffi glorieux ^ 
j> j*ai cru , dit M. Havé , Avocat au Par* 
99 lemem , quelle verroit avec plaifir exprl» 
jy mes au bas de ce monument illuftre , les 
9> fentimens de jTon amour , par jles quatre 
» vers |iréieni;és le xp Juillet ^ ; 

Citoyens, Lqiyûi €|^ &lè|ç 
Aux &rmeiiS4]u11 ficdaus^os mu^ss 
TranTmettez aux fiècles futurs , 
Votre bonheur & votre %çlç» 



* cy*^^""'"^^yy^^ ?^^^^ 



"^ 



Le Dimancke 1 4 de Juillet » le feu prit 
à une heure après-midi au Bourg de Bolbec 
dans le pays de Caux , à la maifoa !d*ttn 
Bouchei;. L'incendie ^ de â grands p^cH 

1B£ X 



452. Bienfaisance 

Bourg fut embrâfé. Il y «ut 8(^4 tnaiibns 
de brûlées , & il n*en refta pas dix qui 
n'eunfenc été endommagées. L'Eglife qui 
étoit très - ancienne , fat réduite en cen- 
dres. Un vieillard ôc fa fille , viâime de 
la oiçté filiale , qqi étoit allée le fecourir, 
périrent dans les flammes. Plus de 50O0 
pérfonnes forent réduites à, la dernière 
misère , par la perte de leurs maifons & 
de leurs efFets. ♦ 

Les Ephémérides du Citoyen nous fbur- 
nldent l'anecdote faivance , que les pères 
& mères ne peuvent trop remettre fous 
les yeux de leurs enfàns. Quel trait fublime 
de morale & d*éducation ! 
** Le fieur le Blond, un de ces hommes 
doués par la Providence , d*induftrie & 
du talent pour la Mercerie , profitable par 
fon aâion & fa vigilance à la fociété , avoit 
peu-à-peu , par un long travail , confolidé 
la petite fortune. Tout avoit profpéré dans 
fes mains , fon bien , & fa femme qui 
lui avoit donné neuf enfans , à favoir huit 
garçons & une fille. L'aîné de ces fils , 
porté par fon goût vers l'étude du Barteau , 
ctpit Avocat , & établi à Moptivilliers , 
où il avoit époufé uiie jeune perfonne qui 
lui i)orta affez de biens pour Ion état. Les 
attttés âvoient fécondé leur père dans fon 
coinmérce ; & faifant tous bourfe com- 
mune , étoient demeurés auprès de luii Le 



Françoise* 4J.5 

.'boa< p^te les avoic fouvenc preiTés de tra-* 
vailler pour leur compte , leur, offrant de 
faire ? les avances 'de leur établifTêmeut » Se 
leur alléguant que chacun à part , & d'ans 
divers. cantons > ils fefoient cous mieux 
v.leurs affaires : mais ces dignes fils ne vod« 
lurent point abandonner la viëiUefre , de 
refusèrent conftamment d'être autre chofe 
que fes fafteurs. 

Enfin , preffcs par la tendre prudenoe 
, de leur père , &c pour lui donner quelque 
fàtisfa£kion j ils convinrent de ^ travailler 
encore concurremment , & pour: k malle , 
,fkns que leur père renouvellat fes:inftances 
déformais; mais à la cofidition qu ils coâr- 
•fentiroient à la fép^ation ^^ fi-tôt que le 
réfultat du partage général feroit tel, que 
chaque enfant en . pût . retirer . di;c' mille 
-ccus: pour fa pact , Se que cela fait » il 
teftat encore 1000. liv. de i;ente au bon 
vieillard pour fa fubûftance. Cet accord fur 
rédigé en ade , entre te père & les frères , 
Se tous continuèrent à travailler au bien 
commun , comme par le palTé. Us en étoieno- 
là , quand le fatal incendie dévora leur mai- 
fon , avec pour plus de cinquante mille 
écus de fonds, de toutes les efpèces renfer- 
mées dans leur magafîn , & ne leur laiflfà 
rien au monde que leurs engagemens mon- 
tans environ à 40,000 liv. O vertu ! ten'- 
4re£[è » accord mutuel } vous n'êtes pas des 



4J4 BlBMVAr^'AMlCE 

«ffecs combaftibles ; votre gétiér«ax appm 
ikuve les atnes hormèces an àéfefpcit ! 

Cette paavre famille dénuée de tout , 8c 
telle qu » foctir de la Nacuare y fe retint 
chez le firere , qui heareufeinefit étoit écsH 
bli. Le Tieillard y pocta fa^ conftaace , y 
trouva fa maifon , 7 embrailk fa fatnîlle » 
y reçQt fès amis. Le foir ^ ufxe table nom- 
breuie & domeftique y réunit tous Tes en- 
fuis fous fes yeitx. Un bon père n'eft 
vraiement atterré fous les coups du ciel , 
que quand ils frappent (ei entrailles. La 
belle-fiUe qui , pafié les premiers hom-* 
mages ^ avoir peu paru , prit fa place alors , 
êc les et^fans leur rang de dignité. A la 
£n du repas y un plat couvert , & plaeé 
d'une manière direde auprès du vieillard , 
excire fa curiofité. il levé la ferviecte , il 
trouve ( ineres de filles écour6z ) la mon- 
tre , récui , les boude^d oreilles de fa 
beile-fille, un rouleau de 50 louis qu'elle 
avoir été bourfiiler chez les parens , 8c 
1 5 louis de ion petit pécule y qui étoit tout 
coût ce qu elle poirédoir. Quelle offrande ! 
Lares facrés d'une famille unie & ver* 
tueufe , c'eft â vos nieds que l'homme 
peut vraiement faire ientic > Se connôitre 
toute l'étendue de fon cœur ! Quel père ! 
ajoute l'Auteur citoyen ^ quels enéuis ! 
Quels feront ceux de cecçe digne Bru que 
la Providence ombragera déformais de ies 
plus doux regards ! 



F IL > ^ ç o I s E. 4JJ 

Le vieillard réconforté , .fidèle à la yotjç 
de 1 amour qui lui rend refpoir & h vie » 
rocle des larmes de bénédiââon & d.ç çen- 
drefle, à des larmes dç refpeâ: & dç conr 
folation , accepte le tribut 4e fa fille > fait 
élever fur les cendres de fon ancien domi- 
cile, un fimple toît, un abri de terre & 
de bois , reprend les liens difperfés de fon 
commerce & de fes correfpondances. Ses 
enfans ranimés à fa voix , fécondent fes 
vues , obtiennent du tems de leurs créan* 
ciers. Leur travail recommence fpus les 
aufpices de.la réfignation & de la confiance. 
Le fieqr le Marcis , moins touché de 
. fes propres pertes , quoique très^-confidé- 
rables, que du malheur & de la défolar 
tion de fes compatriotes , vola dans le 
moment à leur fecpurs , & facrifia géné- 
reufemçnt une partie des reftes 4e fa for- 
tune , pour procurer à ces malbeurç ux les 
plus preflans befoins, 

" Louis XV anentif à fe faire inforjner 
de tout ce qui intérefle Thomme & la for- 
tune de fes fujets , connut laftion hé- 
roïque du fieur le Marcis; & f çur pre-» 
mière récompenfe des foins bienfaifans 
qu il avoir pris j S. M, lui fit donner par 
lé Contrôleur-Général , Thonor^ble com- 
miflîon de les continuer , en fe chargeant 
de diftribuer aux pauvres incendiés , les 
fecours que h bonté paternelle du Roi 

Ff4 



'4J(f B I* £ N F A I $ A >'n i E 

leur fsufoic adminiftrer. Cette comtniflîoa 
fut fuivie d'un brevet d'armoiries deftinées 
i exprimer d'une manière fenGble , le zèle 
patriotique dont elles font le prix , & cl*une 
médaille d'or envoyée par le miniftère de 
M. Bertin , avec cette infcription : » Donné 
»j par le Roi à P. ].' te Marcis , pour les 
M fecours fournis aux Habitans de fiolbec , 
99 lo^s de l'incendie de ce Bourg en 17^5 <». 

Le Corps de Ville de Rouen , pour 
faire pafTer à la poftérité la niémoire du 
fieur le Marcis , 8c les récompenfes donc 
le Monarque Ta honoré , en fit regiftre 
dans fes Archives , en arrêtant en meme- 
remps , que S. M. ferdit très-humblement 
fuppliée de permettre que ce zélé patriote 
jouit dans cette ville de tous hs privilèges 
des citoyens les plus diftingués. 

Le Roi , voulant remettre les habitans 
de fiolbec en état de reconftruire leurs 
maifons. incendiées , & de rétablir leur 
Commerce , leur accorda la remife de tout 
ce qui reftoit dû de leur Taille & Impo- 
rtions acceflbires pour Tannée 17(^5. Il 
ordonna en même - temps que pendant 
2 5 ans , a commencer du mois d*Oâ:obre 
de cette même année , chaque habitant 
de ce Bourg ne feroit taxé qu'à 5 fols par 
an pour toute nature d'impofitions , même 
pour les vingtièmes* Enfin , S, M. leur fit 
diftribuer 200 métrers & 400 rouets à 
lufage de leur Fabrique. 



F R A H ç o I s s. 457 



Le 31 Mai y mourut dans la quatre** 
vîngt-troifième année de (on âge , Jean- 
François Mahudel , Chanoine de la Cathé- 
drale de Langres fa patrie. Sa famille > 
Tune des plus diftinguées de la ville ^ eft 
recommandable par les fervicès importans 
qu'elle a rendus à l'Etat dans des temps 
orageux. Un de fes Ayeux', Jean Rouffàt, 
d*abord Maire & Lieutenant de Police , 
cnfuite Lieutenant-Général au Bailliage de 
l^angres dans le feizicme fiècle , mérita 
la confiance des Rois Henri III & Henri IV, 
comme on le voit par plus de ,100 lettres 
dont ces deux Princes Thonorèrent , & dont 
plufieurs font de la propre main du grand 
Henri. Elles atteftent que , maigre les 
efforts du Duc de Guife , Gouverneur de 
Champagne , & malgré les intrigues de 
l'Evêque Charles Defcars , qui , à Texem- 

f)le de Guillaume Rofe , Evêque de Sen- 
is , fouflfloit par- tout le feu de la Ligue , 
Jean Rouflàt maintint Langres dans la fidé- 
lité due au Souverain , & contribua par 
les intelligences fecrètes qu'il fut ménager 
dans les villes limitrophes , à ramener à 
Tabéiflànce légitime , Chaumont en Baflî- 
gï^y» Vitry-le-François , Château- Vilain , 
& autres d'alentour« Aufli les lettres des 



4f$ BlBNFAlSA^ÇB 

deux Rois font pleines des fenrimens ^eC- 
time , de confiance , Se de reconnoUIànce 
les plus flatteurs pour un fujet ; & la ville 
de Langres qui s*intérefle avec r^ifon à la 
conferv^ipn de pareils titres qui Thono- 
rent elle-même ^ les a &it dépo£er dans 
fes Archives. Ces faits font d'autant nx>ins 
étrangers à I éloge de M. Mahudel » qu'il 
a été auflî dans un autre genre le bien- 
^teur de fa patrie y par Vabondance de 
fes bonnes œuvres. 

Son Evèque , M. de Clermont- Ton- 
nerre» ouvnt bientôt une vafte carrière à 
fa charité , en lui donnant infpeâion fur 
les prifons* Ce foin étoit comme hérédi- 
Caire dans la &mille du généreux ecclciiafti- 
que. Il n'oublia rien de ce qui pouvoit contri- 
buer au fuccès de fa miflion» En même- 
temps qu'il jettoit fur ceae terre , com- 
munément u ingrate , la femence de la 
parole divine ^ il y répandoit avec une 
efpèce 4e profufion , les iecours temporels 
que fes fœurs , aflbciées à fes bonnes oeu- 
vres , j)réparoiejat de leurs nxains. Ce fat 
aufli lui que M. de Clermont , & fon fuc- 
ceïlèur , M. d'Antin , fixem le dépofîtaire 
de leurs aumônes fecrètes Se publiques^ $c 
à leut exemple ^ tous les honnêtes gens de 
la ville prirent confiance dans la fagefTe 
de fes diftributions. Tous fe faifbient hon- 
neur d'avoir des relations avec lui , par 



' F n A M ç a I s E. , '45J 

râpjiott i\i £:)ulagemenc des paunes. Là 
cloûcear dé ibn tataâère , fa policefTe , fa 
piété achevoiem de tui concilier tout le 
crédit nécéâàite pour fonniir aux befoins 
de^s indigéns ^ à proportion que h misère 
des tetùfs les multiplioit. 

Le 1 1 dX>dobre yj^j j te Chapitre de 
Langres qui choifit ies Membres , lui con- 
féra tout d^une voix une Ganonicat qui 
venoit de vaquer. Quoique , depuis long- 
temps ^ la mauvaife coutume fe fut inao- 
duite de folHciter de porte eii porte ces 
nominations , M, Mahudel navoit fait 
aucune démarche pour la (îenne , & dans 
la fuite il tient aucun égard à fes bri- 
gués, il fut le modèle d*ane vie vraiement 
Canoniale. 

Une affiduité fcruputeufe ne lui permit 
jamais de profiter d'un feul jouf de vacan- 
ces accordées , ou plutôt tolérées par le 
Concile de Trente* Il étoit toujoiirs prêt 
à fuppléer ceux de fes confrères qui étoient 
abfens pour caufe de maladie , ou pour 
d'autres raifons j fon exaâritude à remplir 
tous les devoirs de Chanoine , le foin des 
Archives dont fa Compagnie l'avoir chargé , 
la direction des Clircs qui étoit une nou- 
velle preuve de Teftime que fon Evcque 
avoir pour lui , ne rallentiflbient pomt 
fa folhcitude pour les pauvres. 

Il y a à Langres deux établiffemens de 



4^ BlENFAIBÂKèS 

Charité , appelles valgairement la gcande 
& la petite Marmite. Le premier , qui doic 
fon origine à M. Bocquin , Curé de la 
Paroide 4e Saint-Pierce , eft gouverné par 
les Daines de la Ville , fous, l'autorité des 
Curés ; & les aflemblées fe tiennent le 
premier Dimâncbe <ie chaque mois , dans 
une maiibn deftinée a cet effet. 

Le fécond eft l'effet du zèle de M» Ma- 
hudel. Ce refpeâable Chanoine , pour 
fuppléer aux petits befoins des pauvres coa- 
valefcens que la grande Marmite ne pour- 
voit foufFrir , forma une aflemblée de pieu- 
fes Demoifelles , qui , en renonçant au 
monde , fe confacroient aux ceuvres de 
charité. Le dernier Dimanche du mois étoit 
fixé pour cette aflemblée. Après uneinftruc- 
tion , on expliquoit les diflPérens devoirs 
que chaque Demoifelle devoir remplir 
dans le diftriâ: qui lui écoit afligné ; Se à 
la fin de chaque féance , on faifoit regiftre 
de ce qu'il convenoit de doni^er aux pau- 
vres malades , pour faciliter leur rétablif- 
fement. M. Mahudel foutenoit cette bonne 
œuvre par l'abondance de ùs aumônes* 



Françoise. 461 



* 

Anne- Claude -ï^hilîppe de Thubières, 
de Gjrimoard , de Poftels ,^ de Levy , Comte 
de Caylus , ne à Paris , Çonfeiller d'Hon- 
neur-né au Parlement de Touloufe j entra 
d'abord dans les Moufquetaire^ , & dès 
la première campagne en 1709 , fe dif- 
tingua p^r fa valeur. Le Roîf lui donna 
des éloges en préfence de toute k Cour , 
& le récompenfa d un guidon de Genr 
darnierie. 

Retiré du fervice , il entra en 1731 dans 
rAcadcmie Royale, de Peinture & de 
Sculpture , en qualité d'honoraire Ama- 
teur. Aimant à realifer fes lettres , il n'é- 
pargna ni fon travail y ni fon crédic , ni fa 
fortune , pour éclairer , aider ^ mettre en 
mouvement les Artiftes. Ce qui prouve 

Îiu il aimoit les Arts pour eux-mêmes y cd 
ont les bienfaits fecrets par lefquels il 
s'empneflbît- d'encourager les talens qui 
n'étoient pas fécondés de' k fortune. Il 
alloit les chercher jufques dans les retraites, 
où l'indigence les teiioit cachés. Il préve- 
lioic leurs befoins j il en avoir peu lui- 
même ; fa libéralité faifoit tout fon luxe. 
Quoique fes revenus fuflent fort au-defTous 
de Éi condition , il étpit riche pour les 
Artiftes; j & lorfqùe Vers k-fin de fa vie. 



/ 



4^1 BiBHFAlSAHCS 

ûl fortune fe fut accrue de celle du Duo 
de Caylus fon oncle , il n'ajouta rien â £t 
dépenie , il ne iui furvint aucun nouveau 
befoin , il mit à fa place les Ârtiftes te 
les Lettres. Tout l'héritage tourna à leuç 
profit ; il n'en fu( que le Régifleur. Sa géno- 
rofité n'a été égalée que par celle de .plu* 
iieurs Artiftes qui ont avoué fes bienfaits. .' 

Outre les préfens dont il gra.ufioit de 
temps en temps l'Académie de Peinture « 
il y a fondé un prix annuel pour celui des 
Elèves qui , dans un Concoure , téjdOifoit 
le mieux au Deffin. 

Le Comte de Caylus fuyoit les bon* 
neurs j il recheircha cependant , psLt un 
attrait invincible , celui d'èure adlnis au 
nooibre des honoraires de l'Académie de^ 
Infaiptions & B^lles^ettres. Toujours prêt 
à obliger chacun de fes Confrères , il s'etoic 
fait de l'Académie une nouvelle famille, 
^e perdant j^tmais de vue les Artiftes , il 
fonda un prix de 500 liv* , dont l'objet 
eft d'appliquer par les Auteurs Se par 
les monuqfiens , les ufages des anciens 
peuples. 

Il laiflà pir fon teftament des récom- 
petxfes pour (^ domeftiques ; 1000 liv« 
aux pauvres de fa ParoilTe ^ & â ceux de 
fes Terres , un quart de revenu de chacune. 

Dans les promenades qu'il faifoit pref- 
que toujours feul j il s'amufoit que%ie^ 



FHANÇOISE. 4^) 

fols i demanda la monnoie d'un éca aux 
pauvres auHi rencoiitrok. Quand ils écoient 
allé la cnercher , il fe cachoic pour jouir 
de rembarras où ils feroienr à leur recour : 

feu après il fe montroic , preniMt plaifir 
louer le pauvre de fon exaâicude , ôc 
le récompedoic eu doi^laiu: la fonune. 
Il <Hc pludeurs fois à des amis ; »» U m*efl: 
I» arrivé de perdre mon éai ; mais f étois 
n fâché de n'avoir pas été dans le cas -"^- 
i» donner an fecoind ^. 



M. Dupaty , Tréforier de JFrance Ho- 
noraire , père de TAvocac-Général au Par- 
iemenc de Bordeaux , fut un MagiArac 
éloquent. Membre de TÂcadémie de la 
Rochelle , il y établit un prix x}u,on donna 
cette année à l'éloge de Hend 1V« U obtint 
une place à cette Académie à 1 âge d^ 
a 3 ans. U fut le premier qui y ait été admis 
û jeune. Soii fils en a fourni depuis un 
nouvel exemple , y ayant été admis à l'âge 
de 1 9 ans \ diftinâion jUftement méritée 
par la fupéciotifié des talens ! 

Cet homme illuftre Sat le bienfaiteur 
de r Académie ; lors de : fon écafaliflement » 
elle avoit été obligée^de-Êure un emprunt 
pour payer l'enregiftrement des Lettres^ 
Patentes au Parlement y-Ôc iàtisÊiue i 



4^4 BlBNFAISAMCE 

d autres dépenfes. N'ayant pa le cetnboar- 
fer , la libéralité de M. Dupaty la délivra 
de cette dette. Ayant pris les eaux de 
Barèges qui le fouinèrent , il s'occupa 
dès ce moment de raire une fondation 
qui procureroit tous les ans à deux mal- 
heureux , le moyen de faire le voyage aux 
eaux. 11 fe propo(a d'établir également un 
Hôpital dans fes Terres , pour les mala- 
des de la campagne. Cet excellent Citoyen 
mourut premier Secrétaire de rAcadémie 
de la Rochelle. 

Extrait £unc -Lettre inférée dans les Epké" 
méiides du Citoyen. 

' M. ^e Boismel , Curé de Saint- Viftor 
de Chrétienviue , eft fils de M. Duhauray 
de Boisguel , ancien Brigadier des Gardes- 
du-Corps , &.neveu des fleurs de Boisguel- 
Courval , auHi Brigadier , &c de Lacour , 
Desbois ) & Formancourt , Exempts dans 
le même Corps j tous cinq frères qui ont 
fervi chacun 50 ans. Leurs -fervices leur 
avoient mérité la bienvéillinc^ du Roi » 
qui les ennoblit après la bataille d'Ettingen. 
Le père de celui dont nous entrepre- 
nons réloge y foutenu des bienfaits du Roi , 
l'envoya à TUniverfité deCaeii. On remar- 
qua dès cet inftant l'envie qu'il avoir d'obli- 
ger > & de ii^ rendre utile 'y car il aida de 

fes 



F R A N Ç Ô î s- E. 4^J 

fes épargnés.deùx jeufies' gens , qui , faute 
^e fecou^s--, h'étoient pas à même de cuU 
river le talent que? la hatiire fémbloit avoir 
fornié en eux. M- eut depuis la fatisfadtion 
de les voir' tous deux profpérer & fe 
dii):inguei\ 

Guré.de Saint-Vidot de Cîirétienville , 
encre Berhay & Broglîe , Bénéfice qui 
vaik eu plus 3000 liv. réduit par les. char- 
ges- à environ 2000 liv. , il trouva cepen- 
dant- le iiioyen , ave« ce foible fecours , 
de retenir dans l'intérieur^ de la Paroifle , 
plus de 80 pauvres méndians- de tout âge , 
Sc'Ag tëut lexe , qui vivoient à la charge 
des' Pâfotffes voifines. Son premier foin rut 
de prendre lés' tnefur^s héceffaites , pour 
retenir, chez elles , & fous les yeux de leurs 
mères- ^ coûtes les ^vinei^ filles qui chaque 
jour marchoienc avec ùh biflac fur l'épaule j 
Se pour y réuf&r , it leur donna des rouets , 
du tin, Se du chanvre 3 pour les occuper 
utilement, liât plus; lesçères & les mères 
murpiurant de ce qu'ils ehtreprenoit de 
retenir, leurs enfans , il leur fourniflbit la 
fubfiftance.,' en habilla plilfieurs j Se dans 
refpïtee de fix mois , on s'apperçut fenfî- 
biement dé la différence du Gouverne-' 
ment dans cette Paroifle. Il les obligea 
d*ailer aux Ecoles & au Catéchifmè. > 

Sun fécond' foiii fût de procurer aux 
garçons les mêmes avantages y Se pour e3(é- 

TomelL G g 



4^<7 B I E M F A I SA N C E 

cucer uae enoreprif^, il eÛàya d'engager 
Us TUTerands , qui fonc ^^n uecic aombre 
dans cecce Patoiu^ » de pJceQQie choz eux , 
chacun I quelqu'un de f:es enfans , pour 
leur. apprendre le mérÎQr ^ mai^ comme 
ces forces de gens cirenc pour ^'ordinaîfe 
ptès^ de ioô'hy. de chaque Appremif , 
une en ar^eot comptant , que par 1q gs^ 
vaîl aratuu ^ Ces prpporitLons ture^c (ans 
effet , parce. m& le Curé ne^ ppuyoîç. lent 
offrir <]^e ^Iqmes bpifleaux; de bled^ & 

les rccofpp^niÉfs .'"d^.'Çiel dues à l^^h^HC* 
Enfin , fip jfpiiyaâc ^tr^uver dViit^e^ leUpur^ 
ces pour arrivât. .4 fp^ but » il fe: dérer^ 
ipii^ on fa^rifow fqn /a^fancf & ià rcan- 
qfûllité , à prendre à fés g^g^i de$ ouvriers 
F^brigivaias. U Jo^^ Un* petiie fettne ». i^fin 
d^ jfe. procuiret ;di| Iqgâi^ent pour le$ eu» 
bUr. Il fir appr^dte^ J#.: Gon{m«Ke des 
laines ^ d^Siffocs à.UQ, dotp^ftiqqe qu'il 




mi bçimn>e Sç vwie f^iime q^i ^feignèreot 
i|nç. méthode dç filçr la laiia<& , j^jÇ^'abrs 
îgAçllpe à^ns Jiç. pays, naétbgdei pourtanc 
qijp laplupaçVdes Tilferaadç., irt^l^ Tenr 
vie , dnt 4d<>ptée depuis. U afT^oibU les 
pères ^ l^;i||^^es dp^C le^ enfans .client 
dans le besoin ,- leur fic/enti^ le bil^n qu'il 
i^.proppiçit de leur faire > leur eo. fie cpn- 



I 

Françoise. 4^7 

cevoir les avantages , & parvint à les per- 
fuader. Il acheta toiis les uftenfiles & mé- 
tiers néceflaires j enfin il entretint plus de 
40 jeunes gens dans Tordre le mieux réglé 
& le plus décent. Les filles font féparées 
des garçons , tous logés , couchés y nourris ^ 
Se payés en proportion de leurs ouvrages* 
Aidé dans ces détails par les foins d'une 
fœur très^intelligente , cpï demeure avec 
lui y il a encore pris a fes gages un Maîtra 
d'Ecole y qui , chaque jour , vient faire fêâ 
inftruâions dans rendroic où travailWlif 
lès garçons ^ Se les ôlles font; inftrmtes pâfi 
uue Maitrefle aux heures réglées» 

Ce projet a déjà été porté au poinf.,„qne 
ces jeunes gens fournilfent de quoi em^ 
ployer près de 20 grands ouvriers , foie 
Pèigneurs , Cardeurs , Se Tiflerands. Il 
entretient de plus daixs cette petite Manu- 
faâ:ur^ ^ quatre yii^iUards eftropiiâs del fk 
PafoiiTe 5 qui £»endioi6nt leôt p^:v. âS 
qui ad|iellemerKcfei)oûrii£rent|>arkurtra«- 
v^l* Depuis pea 4e tçmp$ il 3^ iailûapf^retjb 
dre à 6 de ces enfans , lart éi Ôldr h 
co%Qni X a6a de ks mettre en écac de kâ$È 
chacun ce qui fef^ It.fk»^ omÊMtsue à leur 
talent. 



Gg 1 



4^8 Bienfaisance 

ji N N É E lj66. 

Louis XV ayant établi des Ecoles pa- 
bliques de Chirargie dans la Capitale , 
fc dans les principales Villes du Royaume , 
& entr^autres à Orléans , fous la prote&ion 
du Duc d'Orléans , par Lettres-Patentes 
du 15 Juin 175 9 î regifl;rées au Parlement 
le 7 de Septembre , & au Bailliage d'Or- 
léans le 4 Décembre fuivant ^ Louis le 
Blanc, Profefleur, Démonftrateur Royal, 
Chirurgien Lithotomifte de THôtel-Dieu , 
fit louverture des exercices de cette EcoJe, 
le i 3' de Mars de cetce année. 



«ae 



Mb 



Le fieur Boileau de St.-Pau, Chevalier 
.de rOrdre Royal & Militaire de Sc-Louis^ 
& ancien Officier d'Artillerie ^ ayant formé 
le projet d^établir à Montargis une Ecole 
de 30 Gentilshommes deftinés au fervîce 
de l'Artillerie & du Génie 5 le Roi voulut 
èîeti apptdùver €et établiâèmeiit. Se en ac- 
.t0rder4e comm^dèmëilf & rinfpeâion à 
ce refpeâable Officier. 



/ 
\ 



Françoise. j^6y 



E x.r RAiT d*unt Lettre écrite de Montaw-- 
ban le i^) Novembre. 

9> On efl; ici dans la plus grande confter- 
» nation. La Rivière du Tarn a débordé fi 
» confidérablement, que depuis crois jours 
» elle environne trois fauxbourgs de cette 
M ville , & les eaux minant les rondemens 
^ de toutes les maifons qui y font fituées » 
4>en.ont déjà fait écrouler jo. Elles ont 
»5 tellement pénétré les terreins où elles fe 
j> font répandues, que la grande rue du 
» principal de ces fauxb.ourgs , • qui eft le 
M quartier le plus riche de la Ville , s'eft 
»> afFaifée, en plufieurs endroits. Plus de 
» zoo familles qui habitoient les maifons 
» inondées , ont été obligées de fauver avec 
3> précipitation leurs effets les plus précieux 
>j & d'abandonner le refte , ainfî que les 
» moidbns mêmes , à la merci des eaux. 

3> L'Intendant de la Province a paflé 
» près de deux jours & deux nuits à donner 
» fur les lieux de l'inondation , les ordres 
»> nécèlTaires , foit pour étayer les tpaifous 
» qui menaçoieqt jruine & en faire foçtir les 
» particuliers qui expofoienc leur yi«-*6ii 



/ 



/ 



47^ Bienfaisance 
» de Éiuvet leurs effets , qa'on a eu le tecns 
s9 de retirer des maifons. 11 a également (air 
» diftribuer dans les places publiques da 
99 pain au peuple qui fe trouve fans reflfburce 
s» & fans afyle, ôc le foir les malheureux fe 
i9 retirent dans les églifes. La perte que 
» cette efpèce de déluge a occafionnée , Ôc 
» les fuîtes qu^on a lieu d'en redouter , ne 
f> pourront erre réparées de plus de 3 o ans. 
s» Depuis ce matin , Feau a bai(I2 de trois 
99 pieds , & il y a apparence que fes rava* 
>9 ges fe terminetonc mi la chute de plu- 
» heurs maifons loriquelle viendra a fe 
9» retirer entièrement. On ne parle |ufqu'à 
99 préfent que d'un feul homme qui ait 
M péri, 

99 On a reçu le 5 Décembre de nouveaux 
. s» détails fur les ravages que le déborde*- 
» ment da Tarn a faits dans les fàuxbour^ 
. » de Moncauban. L etroulement des mai- 
» fons a commencé dans le fàuxbouig de 
•» Sapiae. Le bruit de leur chute s'eft fait 
9» entendre dans ie fauxbourg voifin avec 
» les cris de plufieurs perfonnes qui deman- 
99 doient de laffiftance j mais comme leau 
» envÎFonnoit entièrement le fauxbourg de 
» Sapiac , il étoit très- difficile d'aller au 
M fecours de fes malheureux habitans. La 
^ rWiète prodigieufement enflée ôc rapide, 
«^ok chargée d une grande quantité d'àr- 
M bf es 4*une groâfeur énorme , qu elle avoir 






" FRANÇ'OISÊr 471 

»i cléracinés, & qu'elle entràîliôit âV^ elle , 
ce qui joint à I obfcurité , rendoit • très* 
périlleux le paflagé des bateaux. Ces 
ôbftàcies fi'éffeayèreu» fm \xh Mariniôt 
ry oui, malgré les prières Çc les krhies de 
3> la femme & de lôs énfand $ o& ttaverfât 
»> là rivière pôur aller prendre fut fon bâ- 
>3 teau & fauver les malheureux dui étoiem 
»> prêts de périr. Son audaccf & fon courage 
»> animèrent ptuâeurs de fes camarades à 
a» rimiter& a le' fuivrô , & au moyen de 
99 leuts feçours j heilreufôment il ne périt 
♦3 p^rfonne. Le^s eaux fe font enfin retirées 
3> lé 2 ) ^ mais lôus lés moulins ayant été 
99 détruits par le débordement , il y auroït 
» eu lieu de craindre -que la famine ne fuc- 
j> céî^ât.à cette calamité, fi ^Intendant n'a- 
» voit fait ouvrir les magafins de farines 
» deftiiiées pour les Colonies ^ & ne les 
>3 avoir fait diftribiier aux peuples. 

« A Albi , le même di^^ébordement y a 
9J caufé aufli beaucoup de ravages. On a 
9> été obligé d'abattre le? paraptô da pont , 
» dont l'dévarion eft de 40 pieds au-deiïas 
» du niveau de k rivière , pour donner cui 
9> tibre COUTS aux vagues qui pailïbidnt par 
>9 deâus ce pont. Les arches^ ont été fort 
» maltraitées par la gcan^ quanicfté d'ar- 
>i bres que la rivière entraînoit. Tous tes 
^ » moulins de la Ville ont écé ôinporïé^ , il 
» y ii eji f)liilî«urs Tanneries englouties > &: 

Gg4 



u. 



47^ Bienfaisance 
»> beaucoup de m^^ifons très-endomm&gées. 
» Les villages de ifi Condoumine , de Tré- 
M h^s 9 de Villeneuve , du Tarn & tous 
f> ceux qui bordent la rivière dans ces 
fi cantons , ont écé Aibm^rgés. Les habi* 
99 tans font fans farines & font forcés d'en- 
» voyer moudre leurs grams à deux ou crois 
» ligues de la ville. „ 

« Le Cardinal de Bernis , Archevêque 
» d(5 cette Ville, .4 dpnné. tous fes foins &: 
» tous les fecours imaginables que fa' ten- 
» dreffe paftorale lui a fuggcrés pour remé- 
» dier aux fuites de ce déuftre. Le premier 
0> Conful écoic fur le point de partir pour 
9> aflîfter aux Epats de la Province j mais le 
» Cardinal bienfaifant l'a engagé à ne pas 
>ï fortir d'Albi , où fa préfence a paru né- 
>j cefTaire «^ 



«î^ 



Dans la Séance publique du 15 d'Août 
17^7 , l'Académie des Belles-Lettres de 
Montauban , célébra la bienfaifance & l'ac- 
tive vigilance de M. de Gourgue , Inten- 
dant de cette Généralité. M. l'Abbé Bél- 
ier , dans un difcours fur le bonheur des 
Villes qui voyent fleurir dans leur fein les 
Sciences 6c les . Lettres , prouve que ces 
connoiflànces fervent à inftroire lapoftérité 



/• 



Françoise. 47} 

des fecours récens que la Ville vient de 
recevoir de fon généreux Intendant. 

»Des fauxbourgs fubmergés, ajoute ce 
» fcavant Académicien , les travaux & les 
» fruits de Tinduftrie devenus la proie des 
» flots; des maifons chancelantes au mo*^ 
» ment d'en écrafer fous leurs ruines les 
;) habitans endormis ou incon(idérés ^ là . 

>j mort fur les pa$ de la faim dévorante/^ | 

«préparant à femer par-touc la confterna- 
w tion & le deuil ; mais l'œil vigilant , 
M mais les foins a£kifs , mais la fage ferme- 
M ré de l'homme du Roi, faifant le« fonc- 
M tions de Tribun du peuple ', arrachant 
» les luîs au danger, prévenant les befoins 
.M des autres , calmant de fang froid les al- 
s> larmes de tous par Timmenfitc de fes 
» détails, ramenant Tordre & la tranauillité 
» jufques dans le fein de la confunon & 
» des ténèbres , reclamant pour nous des 
» fecours aux pieds du trône par le récit de 
j> nos défaftres , & ne voyant plus enfin 
j> couler des yeux de tous .que des larmes 
» d'attendriflTement & de reconnoiflance , 
» c'eft-là ce que les Mufes doivent conli- 
» gner dans vos annales , mais fans art 8c 
» fans enthoufîafme , parce que des traits 
n naïfs fuffifent à la vérité hiftorique pour 
»f plaire 8c pour toucher. Il parois que c'eft 
» p9ur la troifième fois que la ville de 
«'Montauban a eSuyé ce genre de maK 



474 BfEhTPAlSAlfdE 

»i heur) mais elle n'en avoir jamais va les 
a> fuites^ ou auûi peu meurtrières , ou fi 
» heureufement réparées. Cet évènemenç 
» mérite d'autant plus d'être tranfmis à 
t> nos neveux , qu'il pourra par cet endroit 
99 leur offrir une leçdn ic un modèle c^ 

Louis XV touché des malheurs que le 
Languedoc venoit d'éprouver par les fuites 
des inondations & des intempéries de l'air, 
donna à cetteProvince des marqués de fa bon- 
té paternelle pour fon peuple. Les Etats du 
Languedoc étant convenus dans leur aflem- 
blée de lever te don gratuit & la capirarion 
que le Roi leur avoit fait demander par fes 
CommiflTaires , S. M. voulut bien accorder 
en pur* don au Corps de la ï^rovince , un 
fecours extraordinaire de douze cent mille 
livres pour être réparties , après l'examen le 
plus exaâ,^ntreceu£ qui auroient fât les 
^us grandes pertes. 



» LoRSQOR Trajan mourut, ( dit M. Fré- 
« ron dans une Lettre dont nous donnons 
« ici textrait , ) il y avoit à Ronie un Ecri- 
j> vain fur lequel il avoit jette quelques re- 
« gards de bienveillance particulière. Cet 
» homme inconfolable de là perte de fon 
« Bienfaiteur,, voulut tracer dans quelques 
j> lignes arrofées de fes pleurs , ramenonafe 
« de fes regrets '& fi vivacité de fk técort- 



.F Jt A N Ç O I 5 I. 475 

n noiifl&ûce }, mais fon fbible calent fe ref- 
ï> fentit de l'àfflidion de fon ame* Vingt 
97 fois il prit la plume , & vingt fois elle 
n échappa de fes mains tremblantes. Telle 
»9 a été ma fituation , Monfiear , lorfque 
f) j'ai appris que le Roi de Pologne, Duc 
>3 de Lorraine & de Bar, venoit de termi- 
i> nec des jours auxquels tant d'autres croient 
9) attachés..**» 

>» Si je vous ai cité Trajan , c eft que je 
99 ne connois aucun Prince qui lui reâfemble 
^ plus que Staniûas. Illuftre , ainfi que cet 
>y Empereur Romain , pair fa naiffance , par 
j> ion génie, par fa valeur, pat fa religion, 
*> il eft monté comme lui fur le trône par 
» fon mérite , & il a fu y aflbcier les gran- 
» des qualités d'un Souverain aux qualités 
» aimables d'un particulier c*. 

Payons aux bienëûts dont il a Comblé la 
Lorraine, & aux établtflèmens miles qu'il 
y a fondés ; rien ne fera plus capable de 
confirmer le titre de Prince hienfaifant» 
que fes heureux fujets 6c tous les François 
lui ont décerne, 

- A peine Staniflas fut arrivé en Lorrains » 
que pénétré de reconnoiflance envers Dieu 
qui Pavoit Ciuvé^ de oérik imminens, fon 
premier foin fut de lut procurer des Adora- 
teurs , &c de répandre fx parole Evangelique* 
Il donna d'abord fixcent. vingt juille livres 
pour établir doôze Mif&onnaires ch^^rgés 



i\ 



47^ Bl. E>IFAI s AMCE 

(d'inftruice les ^uvres dans tes différentes 
Parôides de ies Etats, & de leur diftrîbuer 
cous les. ans iiooo liv. d aumône. Depuis 
même le Prince a formé une pharmacie, 
pour procurer aux pauvres malades les re- 
mèdes néceflà^res .dans le cours des mif- 
iîons. 

: Senflbie enfuite à tout ce que foufffe U 
peuple dans les tems de difetce-^il a don- 
né cent vingt mille livres pour érablir des 
greniers publics à Nancy, à Bar, à Epioal 
6c à Etain. 

L'Hôpital de Plombières fera un monu- 
ment éternel de la magnificence & de la 
libéralité de ce généreux Prince. Il la fit re- 
bâtir & y a fondé vingt-quatre lits pour fes 
fûjets Lortains qui vont y prendre les eaux. 
Sachant combien les Négocians ont be-, 
roin de fecours i en certaines occafions, 3c 
que fouvent ils éviteroient des banquerou- 
tes forcées par la néceflicé , s'ils trouvoienc 
d^ns des. momens preilans de quoi faire 
face, à leurs engagemens, ce Monarque a 
donné aux Marchands de Nancy cent qua- 
rante mille livres qui fe prêtent aux Négo- 
cians de cette Ville pour j ans, par parties 
au-deffiis de jooo livres & au-deilousde 
10,000 liv., au moyen dabord d'un inté- 
rêt de deux pour cent: , qui enfuite a été 
porte par les-Mirchands eux-mêmes à cinq 
pour, cent; cet intérêt eft deftiné à aug-f 
menter le fonds principal à perpétuité. 



F R A N ç a I s I. 477 

Scaniflas voulant que fa préfence fut le 
fignal du bonheur de fon peuple dans tous 
les lieux où il féjourneroit , a tbndé }6oo L 
de rente pour être diftribuées aux pauvres 
de chaque lieu où il feroit fa réfidence. 

Sa fageffèôc Ja tendre afFeûion pour fon 
peuple ont éclaté lorfqu'il a érigé la Cham- 
bre des Confultations de Nancy , Tribunal 
inftitué. pour rendre l'homme raifonnable 
pour ain(î dire malgré lui. Il eft coinpofé 
de 5 Avocats payés par le Roi pour donner 
leurs avis gratuitement à ceux qui veulent 
les confulcer avant d'entreprendre des pro- 
cès ^ & nul ne peut fe pourvoit par appel 
en la Cour Souveraine^ fans une conful- 
tation de cette Chambre, ce qui met un 
frein à l'entêtement & à Ja mauvaife foi 
d'un grand nombre de mauvais plaideift^. 

Je ne parlerai point de quantité d'£^o|es 
eratuites fondées dans plufieurs villes de 
ion obéiflànce ; de differens écabliflèmen^ 
pour procurer l'éducation à de pauvres 
Gentilshommes , & à de pauvres Demoi- 
(elles ; d une inftruâion de Cadets , pair- 
laquelle 20 Gentilshommes Lorr^ns^trpiv: 
vent gratuitement leur ihftrudion. . 

Je dirai feulement que les Arts & les 
Sciences ont trouvé auprès de lui la pro^ 
teâion la plus marquée , Se qu'il n'a rien 
omis , tant pour les encourager 5 qu^ pour 
atûmer le zèle Se les talens* U a fondé une 



?; 



478 Bienfaisance 

Bibliothèque publique , deux Prix de é'oo 
liv. chacun , un pour les Sciences ^ ôc 
laucre pour la Littérature 8c les Arcs. Cet 
établidement a été bientôt fuivi d*une Aca- 
démie , fous le titre de Société Royale 
des Sciences & Belles-Lettres. Une Ecole 
de Peinture élevée fous fes yeux , prouve 
lue ce grand Monarque vouloir réunir dans 
es Etats tous les taj^ns 6c les Arts. 

Je ne finirois point fi je voulois faire 
mention des Egliles ôc autres Monumens 
publics qu'il a (ait élever , foit à Nancy , 
loit dans les autres Villes , avec une ma^ 
gnificence 8c une dépenfe prefqu'incroyable« 
Rien ne prouve davantage qu'un Mncfe 
véritablement grand , n'eft pas toujours 
celui qui eft le plus opulent fie le plus 
puiflant ; mais cemi qui s'occupe le plus 
a rendre heureux fes propres fujets. 

• Parmi le grand nombre de Manufac-* 
tur^s de tout^ efpèce , établies en Lorraine , 
on doit diftinguer le motif de Kétabliffe- 
ment d'une Manufa^ure d'Amidon 8c de 
pojudre à poudrer, formés de pommes de 
terre , qui eft d'épargner l'afage précieux 
du frometK. 

Les Frères de la Charité de Saint-Jean 
de Dieu > furent établis à Nancy par Lettres- 
Patentes de$ 15 .& i>7 Avril ^1750. Us 
doivent accompagner les Mifflonnaires , 
porter les remèdes néceilaires aux pauvres 



^ F R A^N Ç O I s F. . 479 

malades > 6c fe rendre aux endroits atta- 
qués de maladies épidémiques^ Se de plus , 
obligés de vifiter les prifonniers à Nancy. 

11 y a dans cette même ville pluiîeurs 
Hôpitaux pour le foalagetnent fpirituel Se 
corporel des pauvres de^ la Ville. Le plus 
confidéraWe &^ le plvi? ancien , eft celui 
de Saint'Julien , fondé, dans le quinzième 
(lècle par le Duc Charles II ^ il fut trans*- 
féré dans la Ville qeuve en 1598. Staniflas 
1 augmenta coniidéraj^lemeint , 6c y fonda 
le 21 de Février 1747 , 1.4 placer pour de 
pauvrps ■ orpheliqs de . feç Etat« , i x de 
chaque fexe. On leur apprend pendant ' 
4 ans la religion , à lire , à écrire > 6^ un 
piérier. Us reçoivent ^n fortant, îur des 
certificats de bonne couduiti^ , les: garçons , 
500 liv.) & hs fiUes $6q liv. L'Hôpital 
Saint-Charles, fondé en 1616 par Piçrre 
de ScainviUe , Grand Pqyen du Chapirce , 
a été augmenté d'uDe ËCi>le gratuite, fbcH 
dée en 1747 par M. de Teivenus. . . 

Le Roi d^ Pologne.^ dont les foîn$ pa-* 
tertiels s'étendoient à tout ce qui peut 
incéred^r le bonheur & k tranquillité des 
pei^ples', forniaençcMfe.i Nancy uti-éxa-r 
bliilëment rrès^utile > par contGat.dtt 29 
de Juillet 1749 , & Lwres - Patentes du 
1 S Août fuiv^ntf U a pour objet la correct^ 
tien des mœurs , Se rinftruâion de la jeuc 
ne0e > fous la direâion des Frères de Tlnfti» 



*1 

« 

\ 



r 

480 BlENFAISAMCB 

tut des Ecoles Chrériennes. Us font obliges 
d'y recevoir, au moyen d une penfion dé 
300 liv. , ceux qui y font envoyés pat 
lettres de cachet , ces mêmes frères font 
en podeffion de toutes les Ecoles gratuites 
de la Ville neuve. • 

La Ville de Nancy accrue & embellie 
pat tant de bienfaits , Staniilas y fit conf* 
truire une grande place , pour y placer la 
Statue de Louis XV. En 1752 le 18 Mars, 
le Duc d'OfIblinski pofa folemneltement 
la première pierre de ce monument. L'inau- 
guration <le la Statue fe fit le 2^ Novem- 
bre 175 s. 

Dans la Ville de Bar-le-Duc , S. M. P. 
a afligné au Collège deftiné à rinftrudioii 
de la jeunefiTef, par Lettres • Patentes du 
4 de Septembre 1752 , une fomme de 
51 j liv. 6 f. 5 d. à prendre annueUemeat 
fur fbn Domaine , & iiooo liv. pour éta- 
blir des Ecoles gratuites, laquelle fomme 
efl deftinée^ à la fubfïftance &r Tentrecieii 
de 4 Frères de Tlnflitut des Ecoles Chré^ 
tiennes , pour y en tenir deux gratuites 
dans les emplaceiàens défignés par les 
Officiers Municipaux ^ lune dans là Villô 
haute , & l'autre dans la bafle. 

Enfin , ce Prince a établi une fondation 
de 5000 liv. de rente en faveur dés Habi- 
tans de Nancy , dans le cas de maladies , 

fiertés de biens , Se malheurs imprévus , 
e XI Avril 17^5. U 



Françoise. 481 

' 11 ordonna par Lettres - Patentes qu'il 
fèroic incefTàmment remis par fon Tréfo- 
rier, la fomme de 1 00000 liv. dont Tin- 
térêc de 5000 liv. ferviroit annuellement 
à foulager ceux des - habitans de la Ville 
& des Fauxbourgs , de lun & l'autre fexe , 
Nobles , Bourgeois , Roturiers , Ouvriers ^ 
& Artifans de toutes Profeffions , & gens 
de journée , qui , par quelques revers de 
fortuné , ou autres accidens , fe trouve* 
roient dans la néceffité d'une affiftance 
paflagère , fuffifamment réconnue par t;é- 
moignages non-fufpeds des Qirés , Direc- 
teurs ou Directrices des AfTemblées de 
, Charité , ou toute autre perfonne animée 
des devoirs de l'humanitc , en obfervanc 
que la diftribution defdits fecours fe ré- 
pande fur le plus de fujets qu'il fe pourra^ 

En 1750 , le Séminaire Royal des 
Miflîons fit élever un monument dé re- • 
connoiflance à ce Prince fon fondateur.^ 
fon bienfaiteur. Ce nionument qui donna 
lieu à une fête dans la maifon du iSémi- 
naire , eft un bufte du Monarque d'un très« 
beau marbre blanc , que le Père Deme- 
noux , Supérieur des Miflîons , avoir faii{ 
choifir & ébaucher à Rome par le célèbre 
Slodtz , & qui fut fini en Lorraine par 
une main très-habile. Les Miflîonnaires le 
firent placer dans une très-belle falle de 
leur maifon , ornée déjà de huit grands 

foni. II. H h 



4^1 Bienfaisance 

(abieaiiix qui retracent les divers bienfaits 
4e leur augufte fondateur. 

Le Roi de Pologne ayant défigné le 6 
de Décembre pour honorer cette Salle de 
ùi préfence , s'y rendit ,& retour avec bonté 
les différens témoignages de zèle & de 
reconnoi0ànce qu'on lui donna* 

Én&i, ce Monarque bienfaifant que la 
l^ation adoroic , moutuc d'une mort tra- 
gique le » :; de Février , dans fon châr«aii 
de LunevUle. 



fSssassnac 



Par une lettte du 4 Avril , inférée iinns 
le Mercure de France du mois de Mai y 
en réponfe i celle de M. Clos , fur la 
dernière Rédemption des Captifs \ il pacoît 
que les éloges accordés* au fleur Breton , 
Religieux de la Metcy en Efpaene , font, 
dûs également à tous les Rédempteurs 
François que S. M. a honorés de f^ con«- 
fiance , &c i qui nous devons la liberté 
ide nos compatriotes. » Un Officier captif 
li de mes parens y dit TAuceur de la lettre , 
êi fe répàndoit en éloges fur le Père Pays » 
M delà Mercy j bon citoyen , homme mo* 
»> defte y Religieux refpeâable ; il m'aflu- 
»9 roit que ce yemfêux Patriote regardoir 
i> fes Captifs comme iine famille qcTil avoir 
» adoptée , 8c qu'il fe repofoit u peu iur 



I> 



» 



Françoise. 48^ 

>) des écrangers du foin de fes chers en- 
>» fans , que h fatigiie hd cai^fa une mala- 
» die dangere^fe qui le retint 1 7 jours au 
If lie. Plufieurs ^utrç^ Captifs m eti ont di( 
» autant des Trinitaireç. Dans reffufion 
1» de leçr reconnaitlànce , ils les appellent 
» leurs pères , leurs libérateurs* 

i^ Les Religieux de la Rédemption font; 
9* tetius à remplir le vœu qui les oblige de 
» demeurer en otages pour les Qiprirs , (î 
» les fondai dq leur rançon ne fuffifeqt pas. 
Ce vceu eft un engagement refpeâbable 
qu'ils contraâ:ent avec la Patrie , oc; qu'ils 
9» n'ont jamais penfé i éluder. ]Le faiig 
s» gét^reux cj^e leurs pères ont répandu 
>» pout la liberté 4e leurs concitoyens » 
M n'ed pas épuiCé. Le Philofopbe peut aa 
y> fein de la tranquiUif:é » raifanner le pa« 
>>^riotifiDe ; çetfe oiûve fpéculation ne 
»f fu^t pas guic Libérateurs oe nos. Captifs 
39 Français. Hpnorés de la confia^e dt 
s» L0U>s l^ bien - Aîn^é , le jpece de 1» 
99 Patrie , qui coiinoît leur Tèle , ils vien^ 
>9 pçnt de irec^voir des ordres pour fe^ pré^ 
» paref à racheter les iqq Captifs Franr 
»9 çois qui ibnt reftés à Maroc Dans un 
M t^mili^ pli^s fertile en panégyriftes de la 
t9 bienfiiifance , qu en bommes bienfaiians « 
99 ils aiirpienr pu ^'excufer fur lepuifenaetit 
o de lçnr$ fonds i.m^is les Religieux de la 

Hh 2 



474 BlE>rFAlSAlfÙE 

S9 heur j mais elle n'en avoic jamais ira les 
» fuites j ou aufii peu meurtrières , ou fi 
>9 heureufement réparées. Cet événement 
t> mérite d'autant plus d'être tranfmis à 
>» nos neveux , qu'il pourra par cet endroit 
f> leur offrir une leçdn & un modèle «<. 

Louis XV rouché des malheurs que le 
La;iguedoc venoit d'éprouver par les fuites 
des inondations 8c des intempéries de l'air, 
donna à cetteProvince des marques de fa bon- 
té paternelle pour fon peuple. Les Etats du 
Languedoc étant convenus dans leur aflem- 
blée de lever te don gratuit & la capirarîon 
que le Roi leur avoit fait demander par Ces 
Commiflfàires , S. M. voulut bien accorder 
en pur • don au Corps de la ï^rovince , un 
fecours extraordinaire de douze ceift mille 
livres pour être réparties , après l'examen le 
plus exaâ,^ntr&ceux qui aoroient fait les 
plus grandes pertes. 



« LoRSQûR Trajan mourut, ( dît M. Frc- 
ïj ron dans une Lettre dont nous donnons 
« ici îex trait ,) il y avoit à Ronie un Ecri- 
« vain fur lequel il avoit jette quelques re- 
«gards de bienveillance particulière. Cet 
» homme inconfolable de h perte de fon 
>> Bienfaiteur ,. voulut tracer dans quelques 
s> lignes arrofées de fes pleurs , 1 amertumfe 
« de fes regrets '& fi vivacité de là técon^ 



.François e. 475 

n noitfance \ , mais fon foiWe talent fe ref- 
s> fentit de t'àffliâ:ion de fon ame» Vingt 
i> fois il prit la plume, & vingt fois elle 
)> échappa de Tes mains tremblantes. Telle 
ti X été ma iltuation , Monfi^ar , lorfque 
» j'ai appris que le Roi de Pologne, Duc 
n de Lorraine & de Bar, venoit de termi- 
» nec des jours auxquels tant d'autres ctoient 
» attachés..*.* 

» Si je vous ai cité Tr^jan , ceft que je 
» ne connois aucun Prince qui lui reflemble 
»« plus que Staniflas. llluftre , ainfi que cet 
$y Empereur Romain, pair fa naiflance, par 
j> jTon génie ^ par fa valeur, par fa religion, 
*> il eft monté comme lui lor le trône par 
j> fon mérite , & il a fu y aflbcier les gran- 
»> des qualités d'un Souverain aicc qualités 
^> aimables d'un particulier '*. 

Pafions aux bienfaits dont il a tomblé la 
Lorraine, & aux établtflèmens utiles qu'il 
y a fondés ; rien ne fera, phis capable de 
confirmer le titre de Prince bien&ifant» 
que fes heureux fujets & tom les François 
lui ont décerné. 

^ A peine Staniflas fut arrivé en Lorraine , 
que pénétré de reconnoiflance envers Dieu 
qui Favoît lâuvé de périk imminens, fon 
premier foin fut de lut piocnrer des Adorar- 
teurs ,& djB répandre fx parole Evangelique. 
11 donna d'abord fix cent vingt mille livres 
pour établir douze Miifionnaires chargés 



474 BlE»rFAlSAlfÙE 

» heur ; mds elle n'en avoic jamais vu les 
*9 fuites^ ou aufii peu meurtrières, ou fi 
>9 heureufemenc réparées. Cet événement 
t> mérice d'autant plus d*ètre tranfmîs à 
>» nos neveux , qu'il pourra par cet endroit 
f> leur offrir une leçdn & un modèle <«. 

Louis XV^ touche des malheurs que le 
La;iguedoc venoit d'éprouver par les fuites 
des inondations 8c des intempëries de 1 air, 
donna i cetteProvince des marques de fa bon- 
té paternelle pour fon peuple. Les Erats du 
Languedoc étant convenus dans leur aflem- 
blée de lever te don gratuit Se la capitarion 
que le Roi leur avoit fait demander par fes 
Commiflfaires , S. M. voulut bien accorder 
en pur* don au Corps de la ï^rovince, im 
fecours extraordinaire de douze cent mille , 
livres pour être réparties , après Texamen le 
plus exaâ,^ntr&ceux qui aoroient fait les 
plus grandes pertes. 



»> Lorsqûr: Trajan mourut, ( dît M. Frc- 
ïj ron dans une Lettre dont nous donnons 
« ici l'extrait , ) il y avoit à Ronie un Ecri- 
^ï vain fur lequel il avoit Jette quelques re- 
«gards de bienveillance particulière. Cet 
« homme inconfolable de là perte de fon 
>î Bienfaiteur ,. voufut tracer dans quelques 
j> lignes arroféés de fes pleurs , 1 atiienutn^ 
« de fes regrets *& fiyiradité de là tiècon^ 



.F R A H ç O I S t. 475 

n noitfance ; , mais fon foiWe talent fe ref- 
wfentit de ï'àffliâ:ion de fon ame» Vingt 
V fois il prit la plume , & vingt fois elle 
)> échappa de Tes mauis tremblantes. Telle 
t) a été ma ilcuation , Mondear , lorfque 
•> j'ai appris que le Roi de Pologne, Duc 
» de Lorraine & de Bar, venoit de termi- 
i> nec des jours auxquels tarit d'autres ctoient 
» attachés*.'.» 

» Si je vous ai cité Trajan , ceft que je 
w ne connois aucun Prince qui lui reflemble 
»« plus que Staniflas. llluftre , ainfi que cet 
ty Empereur Romain , pair fa naiflance , pat 
M fon génie, par fa valeur, pat fa religion, 
*> il eft monté comme lui lor le tcone par 
« fon mérite , & il a fu y aflbcier les gran* 
»> des qualités d'un Souverain aicc qualités 
99 aimables d'un particulier ^\ 

Pafions aux bienfaits dont il a tomblé la 
Lorraine , & aux établiflemens utiles qu'il 
y a fondés ; rien ne fera, phis capable de 
confirmer le titre de Pdnce bienfaifant» 
que fes heureux fujets & tous les François 
lui ont décerné. 

^ Â peine Staniflas fut arrivé en Lorraine , 
que pénétré de reconnoiflànce envers Dieu 
qui Favoît fauve de périls imminens, fon 
prenaier (bin fut de lui piocufer des Adora- 
teurs , & de répandre fa. patrie Evangelique. 
11 donna d'abord fix ccnt:virigt mille livres 
pour établir douze MiiHonaaires chargés 



474 BlEhfFAlSAlfÙE 

s» heur j mais elle n'en avoir jamais va les 
»y fuires j ou aufii peu meurtrières , ou fi 
»^ heureufement reparées. Cer évènemenr 
t» mérite d'autant plus d'être tranfmis à 
>» nos neveux , qu'il pourra par cet endroit 
99 leur offrir une leçdn & un modèle c<. 

Louis XV rouché des malheurs que le 
La;iguedoc venoit d'éprouver par les fuites 
des inondations 8c des intempéries de l'air, 
donna à cetteProvince des marques de fa bon- 
té paternelle pour fon peuple. Les Etats du 
Languedoc étant convenus dans leur afiem- 
blée de lever te don gratuit & la capitarion 
que le Roi leur avoit fait demander par Ces 
Commiflfàires , S. M* voulut bien accorder 
en pur* don au Corps de laï^rovince, irn 
fecours extraordinaire de douze cent mille 
livres pour être reparties , après l'examen le 
plus exaâ, entre ceux qui atiroient £ûc les 
plus grandes pertes. 



« LoRSQûf; Trajan mourut, ( dît M. Fré- 
ron dans une Lettre dont nous donnons 
ici îex trait , ) il y avoit à Ronie un Ecri- 
vain fur lequel il avoit jette quelques re- 
gards de bienveillance particulière. Cet 
homme inconfolable de la perte de fon 
Bienfaiteur ,. vouîut tracer dans quelques 
lignes arroféeis de fes pleurs, l'amerruîtfe 
de fes regrets '& fiviradité de là recon^ 



JE K A V ç O l s I. 475 

n noiflfance \ , mais fon feible talent fe ref- 
w fentic de l'àffliâ:ion de fon ame» Vingt 
99 fois il prit la plume , & vingt fois elle 
)> échappa de fes mauis tremblantes. Telle 
t) a été ma iicuation , Monfi^ar , lorfque 
» j'ai appris que le Roi de Pologne, Duc 
» de Lorraine & de Bar, venoit de termi- 
i> nec des jours auxquels tant d'autres croient 
» attachés..*.* 

« Si je vous ai cité Trajan , ceft que je 
» ne connois aucun Prince qui lui reflemble 
w plus que Staniflas. Illuftre, ainfi que cet 
Kf Empereur Romain, par fa naiflance, pat 
»> fon génie, par fa valeur, pat fa religion, 
*> il eft monté comme lui for le trône par 
w fon mérite , & il a fu y aflbcier les gran- 
» des qualités d'un Souverain amc qualités 
9> aimaoles d'un particultet v. 

Pafions aux bienfaits dont il a Comblé la 
Lorraine , & aux établiflèmens utiles qu'il 
y a fondés \ rien ne fera, phis capable de 
confirmer le titre de Prince bien&ifant » 
que fes heureux fujets & tom les François 
lui ont décerné. 

^ A peine Staniflas fut arrivé en Lorraine , 
que pénétré de reconnoiflànce envers Dieu 
qui Favoît lâuvé de périk imminens, fon 
premier foin fut de lut piocufer àts Adora- 
teurs , & de répandre fx parole Evangelique^ 
* U donna d'abord fix ccntvingt mille livres 
pour établir donze MiiHonaaires chargés 

, ». - - r « » 

»' ' , .(.♦■•■• ... ^ ' 

f • . » ^ ■ • 



474 BlEhfFAlSAlfdE 

M heur ^ mai» elle n'en avoîc jamais vu les 
»i fuites ^ ou aufii peli meurtrières , ou fi 
>» heureufemenc réparées. Cet évènemenç 
t> mérite d'autant plus d'èrre tranfmis à 
f» nos neveux , qu'il pourra par cet endroit 
99 leur offrir une leçdn & un modèle «<. 

Louis XV^ rouché des malheurs que le 
La;iguedoc venoit d'éprouver par les fuites 
des inondations 8c des intempcriôs de I air, 
doiina à cetteProvince des marques de fa bon- 
té paternelle pour fon peuple. Les Etats du 
Languedoc étant convenus dans leur aflfem- 
blée de lever te don gratuit & la capitarion 
que le Roi leur avoit fait demander par Ces 
Commiflfàires , S. M* voulut bien accorder 
en pur •don au Corps de la ï^rovince , uïi 
fecours extraordinaire de douze cent mille 
livres pour être réparties , après l'examen le 
plus exaâ,^ntr&ceux qui auroientfaic les 
plus grandes pertes. 



w LoRSQûf; Trajan mourut, ( dit M, Frc- 
ron dans une Lettre dont nous donnons 
ici îextrait , ) il y avoit à Ronie un Ecri- 
vain fur lequel il avoit jette quelques re- 
gards de bienveillance particulière. Cet 
homme inconfolable de là perte de fon 
Bienfaiteur,, voulut tracer dans quelques 
lignes arrofées de fes pleurs , l'amerrurafe 
de fes regrets *& li vivacité de là recoff- 



i 



.F Jt A H Ç O I^ E. 475 

n noitfance ; , mais fon foiWe talent fe ref- 
5> fentit de l'àffliâ:ion de fon ame» Vingt 
i> fois il prit la plume , & vingt fois elle 
)> échappa de fes mains tremblantes. Telle 
t) a été ma iltuacion , Mon(lear > lorfque 
» j'ai appris que le Roi de Pologne, Duc 
» de Lorraine & de Bar, venoit de termi- 
f» nec des jours auxquels tant d'autres étoient 
» attachés—.* 

» Si je vous ai cité Trajan , ceft que je 
» ne connois aucun Prince qui lui reflemble 
»« plus que Staniflas. lUuftre , ain(i que cet 
$9 Empereur Romain, pair £z naiflance, par 
39 ion génie , par fa valeur , par fa religion , 
*9 il eft monté comme lui for le trône par 
« fon mérite , & il a fu y aflbcier les gran* 
»* des qualités d'un Souverain aœ qualités 
» aimables d'un particulier (^ 

Pa0Qns aux bienfaits dont il a tomblé la 
Lorraine , & aux établitfemens utiles qu'il 
y a fondés ; rien ne fera, plus capable de 
confirmer le titre de Prince bienfaifant» 
que fes heureux fujets & tous les François 
lui ont décerne. 

^ A peine Staniflas fut arrivé en Lorraine , 
que pénétré de reconnoiflànce envers Dieu 
qui Favoît fauve ^ de périls imminens, fon 
premier (bia fut de lui procurer des Adora- 
teurs ,& de répandre fa. pacole Evangelique. 

U donna d'abord fîsL.ccntving^t mille livres 
pour établir douze MiiHonnaires chargés 



474 BlEhTFAlSAlfÙE 

M heur j mais elle n*en avoic jamais vu les 
s> fuites^ ou aufii peti meurtrières , ou fi 
>9 heureufemenc réparées. Cer évènemenc 
» mérice d autant plus d*ècre rranfmis à 
$y nos neveux , qu*ii pourra par cet endroit 
w leur offrir une leçdn Se un modèle «. 

Louis XV rouché des malheurs que le 
La;iguedoc venoit d'éprouver par les fuites 
des inondations 8c des intempéries de 1 air, 
donna à cetteProvince des marques de fa bon- 
té paternelle pour fon peuple. Les Erars du 
Languedoc étant convenus ^ans leur aflem- 
blée de lever te don gratuit & la capirarion 
que le Roi leur avoit fait démander par Ces 
Commiflfàires , S. M* voulut bien accorder 
en pur* don au Corps de la ï^rovince , un 
fecours extraordinaire de douze cem mille 
livres pour être réparties , après l'examen le 
plus exaâ,^ntr&ceux qui aturoient fait les 
plus grandes pertes. 



« LoRSQOf. Trajan mourut, (dit M. Frc- 
ïj ron dans une Lettre dont nous donnons 
« ici îextrait , ) il y avoit à Ronie un Ecri- 
^ï vain fur lequel il avoit jette quelques re- 
« gards de bienveillance particulière. Cet 
» homme inconfolable de la perte de fon 
>5 Bienfaiteur , . vouîut tracer dans quelques 
j> lignes arroféés de fes pleurs , ratnerrunse 
« de fes regrets *& fi vivacité de là técotf- 



JF It A N Ç O I ^ E. 475 

n noitfance ; . mais fon (oiïAe talent fe ref- 
sjfentit de î'affliâ:ion de fon ame. Vingt 
n fois il prie la plume, & vingt fois elle 
n échappa de fes mains tremblantes. Telle 
a X été ma iicuation , Mondent , lorfque 
•) j'ai appris que le Roi de Pologne, Duc 
n de Lorraine &c de Bar, venoit de termi- 
» nec des jours auxquels tant d'autres croient 
» actachés«.«M 

» Si je vous ai cité Trajan , ceft que je 
99 ne connois aucun Prince qui lui reâfemble 
»« plus que Staniflas. Illuftre, ainld que cet 
>y Empereur Romain , pair fa naiflance , pat 
»> fon génie, par fa valeur, pat fa religion, 
*> il eft monté comme lui lor le trône par 
fj fon mérite , & il a fu y aflbciet les gran- 
»> des qualités d'un Sonveraîn amc qualités 
» aimables d'un particuliet (^ 

Pa0Qns aux bienfaits dont il a Comblé la 
Lorraine , & aux établtflemens miles qu'il 
y a fondés ; tien ne fera, phis capable de 
conBrmet le titre de Pdnce bien&ifant» 
que fes heureux fujets & tom les François 
lui ont décetné. 

^ Â peine Staniflas fut arrivé en Lorraine , 
que pénétré de reconnoiflànce envers Dieu 
qui Pavoit iâuvé de périk imminens, fon 
premier foin fut de lut piocnfer des Adora- 
teurs ,& de répandre fa. parole Evangelique. 
11 donna d'abord fix. ccntving.t mille livres 
pour établir donze MiiHonnaires chs^rgés 



474 BlEhTFAlSAlfÙE 

s» heur ; mais elle n'en avoic jamais vu les* 
*> fuites j ou aufii peti meurtrières , ou G 
>9 heureufement réparées. Cet événement 
t> mérite d'autant plus d'èrre tranfmis à 
f» nos neveux , qu'il pourra par cet endroit 
•» leur offrir une leçdn Se un modèle <«. 

Louis XV rouché des malheurs que le 
Languedoc venoit d'éprouver par les fuites 
des inondations & des intempéries de l'air, 
donna à cetteProvince des marques de fa bon- 
té paternelle pour fon peuple. Les Etats du 
Languedoc étant convenus ^ans leur aflem- 
blée de lever te don gratuit & la capitarion 
que le Roi leur avoit fait demander par fes 
Commiflfàires , S. M. voulut bien accorder 
en pur* don au Corps de la ï^rovince, un 
fecours extraordinaire de douze cent mille 
livres pour être réparties , après l'examen le 
plus exaâ, entre ceux qui aoroient fait les 
plus grandes pertes. 



« Lorsqûr: Trajan mourut, ( dit M. Fré- 
>j ron dans une Lettre dont nous donnons 
w ici îex trait , ) il y avoit à Ronie un Ecri- 
« vain fur lequel il avoit jette quelques re- 
«gards de bienveillance particulière. Cet 
» homme inconfolable de la perte de fon 
>î Bienfaiteur,, voulut tracer dans quelques. 
7i lignes arrofées de fes pleurs , 1 atnerranïe 
M de fes regrets '& fiyiracité de là técotih 



vF R A N ç O I S E. 475 

n noiflfance ; ^ maïs fon fbiUe talent fe ref- 
s> fentit de l'affliâ:ioii de fon ame. Vingt 
i> fois il prit la plume , & vingt fois elle 
)> échappa de fes mains tremblantes. Telle 
il a été ma iicuation , Monfi^ar , lorfque 
»)j ai appris que le Roi de Pologne, Duc 
>j de Lorraine & de Bar, venoit de termi- 
» nec des jours auxquels tant d'autres croient 
» attachés..^.* 

» Si je vous ai cité Trajan , ceft que je 
9' ne connois aucun Prince qui lui reâfemble 
»« plus que Staniflas. liluftre , ainfi que cet 
w Empereur Romain, par fa inaiflance, pat 
» fon génie, par fa valeur, pat fa religion, 
w il eft monté comme lui for le tcone par 
f> fon mérite , & il a fu y aflbcier les gran* 
»> des qualités d'un Souverain amc qualités 
9> aimaDies d'un particulier «^ 

Pafions aux bienfaits dont il a Comblé la 
Lorraine , & aux établtflèmens miles qu'il 
y a fondés ; rien ne fera, plus capable de 
confirmer le titre de Prince bienfaifant» 
que fes heureux fujets & tous les François 
lui ont décctné, 

- Â peine Staniflas fut arrivé en Lorraine , 
que pénétré de reconnoiflance envers Dieu 
qui t avoir iâuvé de nérik imminens, fon 
premier foin fut de lut procurer des Âdora^- 
^ teurs , ëc de répandre fxpatole Evangelique. 
Il donna d'abord fix cent, vingt mille livres 
pour établir douze Miifionnaires chargés 



474 BlEl^PAlSAlfCfE 

SI heur j mais elle n'en avoic janoais vu les 
j> fuites j ou au(& peti meurtrières , ou fi 
99 heureufement réparées. Cet événement 
9> mérite d'autant plus d'être tranfmis à 
n nos neveux , qu'il pourra par cet endroit 
» leur ofïrir une leçdn & un modèle «<. 

Louis XV touché des malheurs que le 
La;iguedoc venoit d^éprouver par les fuites 
des inondations & des intempéries de l'air, 
donna à cetteProvince des marques de fa bon- 
té paternelle pour fon peuple. Les Etats du 
Languedoc étant convenus dans leur a0em- 
folée de lever le don gratuit & la capitation 
que le Roi leur avoit fait demander par Ces 
Commiflaires , S. M« voulut bien accorder 
en pur'doH au Corps de la Province, im 
fecours extraordinaire de douze ceGt mille 
livres pour être réparties , après l'examen le 
plus «xaâ, ^mre ceux qui aiuroient fait les 
plus grandes pertes. 



« LoRSQOp; Trajan mourut, ( dit M. Fré- 
« ron dans une Lettre dont nous donnons 
« ici îextrait , ) il y avoit à Ronie un Ecri- 
9> vain fur lequel il avoit jette quelques re- 
Mgards de bienveillance particulière. Cet 
« homme inconfolable de la perte de fon 
55 Bienfaiteur , . voulut tracer dans quelques 
9> lignes arroféés de fes pleurs , ratnertuîfl'e 
« de fes regrets '& fci vivacité de & téco»- 



.François i. 475 

n noiflànce ; ^ mais fon fbible talenc fe ref- 
w fenck de l'affli6kion de fon ame. Vingt 
13 fois il prie la plume , & vingt fois elle 
s> échappa de fes mains tremblantes. Telle 
f9 X été ma fituation , Monfiear , lorfque 
I) j'ai appris que le Roi de Pologne, Duc 
» de Lorraine & de Bar, venoic de termi- 
9» nec des jours auxquels tant d'autres croient 
9) attachés..-» 

» Si je vous ai cité Trajan , ceft que je 
» ne connois aucun Prince qui lui re^emble 
»« plus que Scaniflas. Illuftre , ainfi que cet 
%y Empereur Romain, pair fa naiffance, par 
9> fon génie, par fa valeur, par fa religion, 
«» il eft monté comme lui fur le tcone par 
» fon mérite , & il a fu y aflbcier les gran- 
*> des qualités d'un Sonveratu aux qualités 
f> aimables d'un particuliec ^*. 

Pa0ôn$ aux bienfaits dont il a Comblé la 
Lorraine , & aux établiflemens utiles qu'il 
y a fondés ; rien ne feia. plus capable de 
confirmer le titre de Prince bienfaifant» 
que fes heureux fujecs 6c tons les François 
lui ont décerné. 

- Â peine Staniflas fut arrivé en Lorrains , 
que jpénétré de reconnoiilànce envers Dieu 
qui Favoit ^uvé de périls imminens, fon 
premier foin fut de lut ptocnrer des Adora- 
. teurs ,& de répandre fa parole Evangelique* 
11 donna d'abord fix cent. vingt mille livres 
pQUjr établir douze Miflionnaires chargés 



r. 



474 BiE>rpAisA)f(;fE 

SI heur j mais elle n'en avoic jamais va le« 
j> fuites^ ou auffi pe^ meurtrières, ou fi 
>9 heureufemenc repayées. Cet événement 
» mérite d'autant plus d'être cranfmis à 
»> nos neveux , qu'il pourra par cet endroit 
» leur ofïrir une leçdn & un modèle «<. 

Louis XV touché des malheurs que le 
La;iguedoc venoit d^éprouver par les fuites 
des inondations & des intempéries de l'air, 
donna à cetteProvince des mat quès de fa bon- 
té paternelle pour fon peuple* Les Etats du 
Languedoc étant convenus dans leur affem- 
folée de lever le don gratuit te la capitarion 
que le Roi leur avoit fait demander par Ces 
Commiflfaires , S. M* voulut bien accorder 
en pur 'don au Corps de la Province, un 
fecours extraordinaire de douze cent mille 
livres pour être réparties , après l'examen le 
plus exaâ:,^ntr&ceux qui aoroient fait les 
plus grandes pertes. 



« LoRSQOp; Trajan mourut, ( dît M. Fré- 
« ron dans une Lettte dont nous donnons 
» ici îextrait,) il y avoit à Ronie un Ecri- 
i> vain fur lequel il avoit jette quelques re- 
Mgatds de bienveillance particulière. Cet 
» homme inconfolable de là perte de fon 
35 Bienfaiteur ,. voulut tracer dans quelques 
a> lignes arrofées de fes pleurs , ranienxHn^ 
M de fes regrets "& tivivacité de & téeo»- 



JF R A N Ç O I s I. 475 

ff noiflfànce ; . mais fon fbible talenc fe reC» 
« fentit de l'àffli6kion de fon ame» Vingt 
i> fois il prie la plume , & vingt fois elle 
s> échappa de fes mains tremblantes. Telle 
a X été ma fituation , Monfiear , lorfque 
n j'ai appris que le Roi de Pologne , Duc 
n de Lorraine & de Bar, venoic de cermi- 
» nef des jours auxquels tant d'autres étoient 
9) actachés*...* 

» Si je vous ai cite Trajan , ceft que je 
V ne connois aucun Prince qui lui reflfemble 
»« plus que Scaniflas. Illuftre , ainfi que cet 
»y Empereur Romain, pair fa naiffance, pat 
9> fon génie , par fa valeur , pat fa religion » 
*> il eft monté comme lui lur le trône par 
» fon mérite , & il a fu y aflbcier les gran* 
>» des qualités d'un Souverain aux qualités 
%y aimables d'un particuliec ^. 

Pa0ôn$ aux bienfaits dont il a Comblé la 
Lorraine , & aux établiflemens utiles qu'il 
y a fondés ; rien ne feia. plus capable de 
confirmer le titre de Prince bienfaifant» 
que fes heureux fujets 6c tous les François 
lui ont décerné, 

^ Â peine Suniflas fut arrivé en Lorraine , 
que pénétré de reconnoiilànce envers Dieu 
qui Pavoit ^uvé de périls imminens, fon 
premier foin fut de lut ptocnrer des Adora- 
teurs , Se de répandre fa pacole Evangelique. 
11 donna d'abord fîx..cent.vij^t mille livres 
pouff établir donze Miflionnaires chargés 



r. 



474 BlE>rPAlSA)fCE 

SI heur ; mais elle n'en avoic janoais va les 
j> fuites j ou au(& peti meurtrières , ou fi 
91 heureufement réparées. Cet événement 
n mérite d'autant plus d'être tranfmis à 
»> nos neveux , qu'il pourra par cet endroit 
» leur ofïîrir une leçon & un modèle «<. 

Louis XV rouché des malheurs que le 
La;iguedoc venoit d^éprouver par les fuites 
des mondations & des intempéries de l'air, 
donna à cetteProvince des marques de fa bon- 
té paternelle pour fon peuple. Les Etats du 
Languedoc étant convenus dans leur aflem* 
folée de lever te don gratuit & la capitarion 
que le Roi leur avoit fait demander par Ces 
Commiflaires , S. M« voulut bien accorder 
en pur* don au Corps de la Province, un 
fecours extraordinaire de douze cent mille 
livres pour être réparties , après l'examen le 
plus «xaâ:,^ntr&ceux qui aoroienc fait les 
plus grandes pertes. 



« LoRSQOp; Trajan mourut, ( dit M. Fré- 
« ron dans une Lettre dont nous donnons 
« ici îexcrait , ) il y avoit à Ronie un Ecri- 
i> vain fur lequel il avoit jctté quelques re- 
Mgards de bienveillance particulière. Cet 
« homme inconfolable de îa perte de fon 
w Bienfaiteur,, voulut tracer dans quelques 
>> lignes arrofées de fes pleurs , ratnertum^ 
» de fes regrets "& tiviracitc de & técott- 



1 



.F R A N ç O I s I. 475 

ff noiflànce \ mais fon foible talenc fe ref- 
« fencit de raffli6kion de fon ame. Vingt 
n fois il prie la plume , & vingt fois elle 
)> échappa de fes mauis tremblantes. Telle 
99 X été ma ficuation , Monfiear , lorfque 
» j'ai appris que le Roi de Pologne, Duc 
» de Lorraine & de Bar, venoit de cermi- 
fi nef des jours auxquels tant d'autres ctoient 
9) attachés—.* 

» Si je vous ai cité Trajan , ceft que je 
99 ne connois aucun Prince qui lui reâfemble 
»« plus que Staniflas. Illuftre , ainfî que cet 
%y Empereur Romain, pair fa naiffance, pat 
» fon génie, par fa valeur, pat fa religion, 
*9 il eft monté comme lui lur le trône par 
>j fon mérite , & il a fu y aflbcier les gran- 
» des qualités d'un Souverain aux qualités 
f> aimables d'un particulier v. 

Pa0bn$ aux bienfaits dont il a Comblé la 
Lorraine , & aux établiflemens utiles qu'il 
y a fondés ; rien ne fera, plus capable de 
confirmer le titre de Prince bien&ifant» 
que fes heureux fujets 6c tons les François 
lui ont décerné. 

^ Â peine Staniflas fut arrivé en Lorrains , 
quejpénétré de reconnoiilànce envers Dieu 
qui Favoit fauve de périls imminens, fon 
premier {pin fut de lut procurer des Adora- 
teurs , & de répandre fa parole £ vangelique* 
Il donna d'abord fix cent, vingt mille livres 
pQUjr établir douze MifSonnaires clergés 



474 BlEhTPAlSAlfCfE 

SI heur j ttiAis elle n'en avoic janoais Vu lei 
j> fuites^ ou au(& peti meurtrières, ou fi 
99 heureufemenc réparées. Cet évènemenr 
9> mérite d'autant plus d'èrre tranfmis à 
$y nos neveux , qu'il pourra par cet endroit 
f» leur offrir une leçon & un modèle «<. 

Louis XV rouché des malheurs que le 
La;iguedoc venoit d'éprouver par les fuites 
des mondations & des intempéries de l'air, 
donna à cetceProvince des marqués de fa bon- 
té paternelle pour fon peuple* Les Erats du 
Languedoc étant convenus dans leur affem- 
folée de lever te don gratuit Se la capitarion 
que le Roi leur avoit fait demander par fes 
Commiflaires , S. M« voulut bien accorder 
en pur* don au Corps de la ï^rovince , un 
fecours extraordinaire de douze cent mille 
livres pour être réparties , après l'examen le 
plus exaâ:,^ntr&ceux qui aiuroîent fait les 
fins grandes pertes. 



« Lorsqor: Trajan mourut, ( dit M. Fré- 
« ron dans une Lettre dont nous donnons 
« ici îextrait , ) il y avoit à Ronie un Ecri- 
9> vain fur lequel il avoit jette quelques re- 
Mgards de bienveillance particulière. Cet 
« homme inconfolable de la perte de fon 
«Bienfaiteur,. voulut tracer dans quelques, 
3> lignes arrofées de fes pleurs , ramernïtiïe 
M de fes regrets "& ïi vivacité de & técotf- 



vF R A N Ç O I s I. 47J 

n noiflfànce ; , mais fon foible talent fe ref- 
« fencit de li'àffliékion de fon ame» Vingt 
»> fois il prit la plume , & vingt fois elle 
i> échappa de fes mains tremblantes. Telle 
f j X été ma fituation , Monfiear , lorfque 
•> j'ai appris que le Roi de Pologne, Duc 
» de Lorraine & de Bar, venoit de termi- 
» nec des jours auxquels tant d'autres croient 
M attachés*.*.» 

» Si je vous ai cité Trajan , ceft que je 
» ne connois aucun Prince qui lui reffemble 
w plus que Staniflas. Illuftre, ainfi que cet 
»y Empereur Romain, par fa naiflance, pat 
j> fon génie, par fa valeur, pat fa religion, 
« il eft monté comme lui fur le trône par 
» fon mérite , & il a fu y aflbcier les gran* 
»> des qualités d'un Souverain aux qualités 
»> aimables d'un particuliec t*. 

Pa0bns aux bienfaits dont il a Comblé la 
Lorraine , & aux établiflèmens utiles qu'il 
y a fondés ; rien ne fera^ phxs capable de 
confirmer le titre de Prince bienfaifant» 
que fes heureux fujcts & tons les François 
lui ont décerné. 

^ A peine Staniflas fut arrive en Lorrains , 
quejpéuétré de reconnoiffance envers Dieu 
qui Pavoît ^uvé de périk imminens, fon 
premier foin fut de lut ptocnrer des Adora- 
teurs , & die répandre fa. parole Evangelique* 
11 donna d'abord fîx centvingt mille livres 
pQiur établir donze Miâionnaires clergés 



r. 



474 BlEhfPAlSAlfdE 

SI heur ^ mais elle n'en avoic janoais va les 
j> fuites^ ou auffi peameurcrières, ou fi 
91 heureufemenc repayées. Cet événement 
» mérite d'autant plus d'être tranfinîs à 
»> nos neveux , qu'il pourra par cet endroit 
» leur ofïrir une leçdn & un modèle «<. 

Louis XV touché des malheurs que le 
La;iguedoc venoit d'éprouver par les fuites 
des inondations & des intempéries de l'air, 
donna à cetteProvince des marques de fa bon- 
té paternelle pour fon peuple. Les Etats du 
Languedoc étant convenus dans leur a0eni« 
blée de lever le don gratuit Se la capirarion 
que le Roi leur avoit fait demander par fes 
Commiflaires , S. M« voulut bien accorder 
en pur* don au Corps de la Province , un 
fecours extraordinaire de douze cent mille 
livres pour être réparties , après l'examen le 
plus exaâ:,^ntreceux qui aaroientfaît les 
plus grandes pertes. 



« LoRSQOp; Trajan mourut, ( dit M. Fré- 
M ron dans une Lettre dont nous donnons 
« ici îextrait , ) il y avoit à Ronie un Ecri- 
i> vain fur lequel il avoit Jette quelques re- 
Mgards de bienveillance particulière. Cet 
» nomme inconfolable de la perte de fon 
>5 Bienfaiteur , . voulut tracer dans quelques. 
>> lignes arrofééi de fes pleurs , ramertum^ 
» de fes regrets *& tiviracité de fà tiècon^ 



.François i. 475 

ff noiffànce ; , maïs fon fbtble talenc fe ref- 
« fencU de )'àffli6kion de fon ame» Vingt 
V fois il prit la plume , & vingt fois elle 
9> échappa de fes mains tremblantes. Telle 
tiaécé ina fituation , Moniiear , lorfque 
» j'ai appris que le Roi de Pologne, Duc 
» de Lorraine & de Bar, venoit de termi- 
}> nef des jours auxquels tant d'autres étoient 
» attachés..-* 

» Si je vous ai cité Trajan , ceft que je 
99 ne connois aucun Prince qui lui reâèmble 
V* plus que Scaniflas. Illuftre , ainfi que cet 
i> Empereur Romain, par fa naiflance, par 
j> fon génie, par fa valeur, pat fa religion, 
*> il eft monté comme lut mr le tc&ie par 
» fon mérite , & il a fu y aflbcter les gran- 
» des aualités d'un Souverain aux qualités 
f> aimables d'un particulier (^ 

Payons aux bienfaits dont il a Comblé la 
Lorraine , & aux établtflTemens miles qu'il 
y a fondés ; rien ne fera^ phxs capable de 
confirmer le titre de Prince bienfaifant» 
que fes heureux fujeis & tons les François 
lui ont décerné. 

^ A peine Staniflas fut arrivé en Lorraine , 
que jpéuétré de reconnoiflance envers Dieu 
qui Pavoit ^uvé de oérik imminens, fon 
premier {pin fut de lut procurer des Adora- 
teurs , & die répandre fa parole Evangelique* 
Il donna d'abord fis centvingc >mille livres 
pouff établir douze Miflionnaires chargés 



474 BlEl^PAlSAlf^E 

SI heur j mais elle n'en avoic janoais Va les 
j> fuites^ ou au(& pe^ meurtrières, ou ù 
91 heureufemenc réparées. Cet événement 
» mérite d'autant plus d'être tranfmis à 
»> nos neveux , qu'il pourra par cet endroit 
f» leur ofïrir une leçon & un modèle «. 

Louis XV rouché des malheurs que le 
La;iguedoc venoit d^éprouver par les fuites 
des inondations & des intempéries de l'air, 
donna à cetteProvince des marques de fa bon- 
té paternelle pour fon peuple. Les Etats du 
Languedoc étant convenus dans leur aflem- 
folée de lever te don gratuit & la capitation 
que le Roi leur avoit fait demander par fes 
Commiflaires , S. M« voulut bien accorder 
en pur* don au Corps de la Province, un 
fecours extraordinaire de douze cent mille 
livres pour être réparties , après l'examen le 
plus «xaâ, centre ceux qui aaroient fait les 
plus grandes pertes. 



« LoRSQOR Trajan mourut, ( dit M. Fré- 
>j ron dans une Lettre dont nous donnons 
« ici îextrait , ) il y avoit à Ronie un Ecri- 
i> vain fur lequel il avoit Jette quelques re- 
Mgards de bienveillance particulière. Cet 
« homme inconfolable de la perte de fon 
« Bienfaiteur , . voulut tracer dans quelques 
ï> lignes arrofées de fes pleurs , ratnertmrfô 
« de fes regrets "& fciyiracitc de fà rècon^ 



j 



l 



.François i. 47 j 

n noiffànce ; , mais fon fbible talenc fe ref- 
» fencit de iàffliikion de fbn ame. Vingt 
M fois il prit la plume , & vingt fois elle 
i> échappa de fes mains tremblantes. Telle 
»> a Clé ma fituation , Monûear , lorfque 
•> j'ai appris que le Roi de Pologaç, Duc 
» de Lorraine & de Bar, venoit de termi- 
fy nef des jours auxquels taiit d'autres croient 
9) actachés..-* 

» Si je vous ai cité Trajan , ceft que je 
» ne connois aucun Prince qui lui reflfemble 
w plus que Staniflas. Illuftre , ainfi que cet 
»y Empereur Romain , pair fa naiflance, par 
» ion génie, par fa valeur, pat fa religion, 
« il eft monté comme lui lur le tcone par 
» fon mérite , & il a fu y aflbcîer les gran* 
w des qualités d'un Souverain aux qualités 
»> aimables d'un particulier t<. 

Pa0ôns aux bienfaits dont il a Comblé la 
Lorraine , & aux établxflemens miles qu'il 
y a fondés ; rien ne fera^ phxs capable de 
confirmer le titre de Prince faienfaifant , 
que fes heureux fujcts & tons les François 
lui ont décerné. 

^ A peine Staniflas fut arrivé en Lorrains , 
que jpénétré de reconnoiflânce envers Dieu 
qui Favoît fauve de pérkk imminens, fon 
premier foin fut de lut ptocnrer des Adora- 
teurs , & de répandre fxpacole Evangelique* 
Il donna d'abord fîx.centvingt jnille livres 
pQUjr établir doiÂze MifSonnaires clergés 



474 BlE>fPAlSAKdE 

SI heur j mais elle n'en avoic janoais vu les 
j> fuites^ ou au(& pe^ meurcrières , ou fi 
>i heureufemenc réparées. Cet événement 
f> mérite d'autant plus d'être tranfmis à 
»> nos neveux , qu'il pourra par cet endroit 
f> leur ofïrir une leçdn & un modèle «. 

Louis X\r touché des malheurs que le 
La;iguedoc venoit d^éprouver par les fuites 
des inondations & des intetnj^riôâ de l'air, 
dotina à cetteProvince des marques de fa bon- 
té paternelle pour fon peuple. Les Etats du 
Languedoc étant convenus dans leur affem- 
folée de lever te don gratuit Se la capitarion 
que le Roi leur avoit fait demander par Ces 
Commiflaires , S. M« voulut bien accorder 
en pur* don au Corps de la Province , un 
fecours extraordinaire de douze cetït mille 
livres pour être réparties , après Texamen le 
plus exaâ:,^entr&ceux qui aaroient fait les 
plus grandes pertes. 



M LoRSQCp; Trajan mourut, ( dît M. Fré- 
>j ron dans une Lettre dont nous donnons 
» ici îextrait , ) il y avoit à Ronie un Ecri- 
» vain fur lequel il avoit jette quelques re- 
» gards de bienveillance particulière. Cet 
« homme inconfolable de îâ perte de fon 
>> Bienfaiteur,, voulut tracer cfens quelques 
a> lignes arroféés de fes pleurs , ratnertmnre 
M de fes regrets flc tiviracitc de & recons- 



.Franco i s i. 475 

n noiflànce ; mais fon £>ible talenc fe reC* 
« fencit de iàffltôion de fon ame. Vingt 
n fois il prie la plume , & vingt fois elle 
9> échappa de fes mains tremblantes. Telle 
ts a été ma fituation , Monfiear , lorfque 
•) j'ai appris que le Roi de Pologne, Duc 
n de Lorraine & de Bar, venoit de termi- 
f» nec des jours auxquels tant d'autres croient 
9> attachés..-* 

« Si je vous ai cité Trajan , ceft que je 
» ne connois aucun Prince qui lui reâfemble 
»9 plus que Staniflas. Illuftre , ainfi que cet 
%y Empereur Romain , pair fa naiffance , pat 
f> fon génie, par fa valeur, pat fa religion, 
*> il eft monté comme lui fur le trône par 
» fon mérite , & il a fu y aflbcter les gran* 
» des qualités d'un Souverain aux qualités 
» aimables d'un particuliec (<• 

Payons aux bienfaits dont il a Comblé la 
Lorraine , & aux établiflemens miles qu'il 
y a fondés ; rien ne fera, plus capable de 
confirmer le ticre de Prince bienfaifant» 
que fes heureux fujets 6c tons les François 
lui ont décerné. 

^ A peine Staniflas fut arrivé en Lorrains , 
que pénétré de reconnoiilànce envers Dieu 
qui Favoit iàuvé de périls imminens, fon 
premier foin fut de lut procurer des Adora- 
teurs , & de répandre fa parole Evangelique. 
Il donna d'abord fix cent vingt >mille livres 
pour écabltr douze Miflionnaires chargés 



jio Bienfaisance 

de Domfronc en PaiTays , mounit dans fon 
Diocèfe. L'H&tel-Dieu du Mans a été conf- 
cniit Se doté par fes foins. La conftru&ion 
de cetce maifon , fi avancageufe pout le fou- 
lagemenc des pauvres malades , écoic réfer* 
v& à la charité de ce Prélat , à fon zèle , â 
fon attachement pour le bien de la Ville 
A de fa Patrie. 

Fconllay repofe ici : la mort inexorable 
Ne (air point refpeder ni titres » ni grandeurs ; 
Mais laifTons au tombeau ce qui fut périfTable , 
Ses vertus Se fes faits font gravés dans les cœurs* 



L A bienfaifance naturelle à laugufte 
fang des Bourbons » nous fourni t. un de ces 
traits mémorables digne d*ètre conC^né 
dans nos fades. 

Le Prince de ... . cachant fous un habit 
fimçle les marques de (a dignité , paflfe le 
matin en cabriolet avec un feul domefti- 
que dans la rue de la Verrerie. Arrêté tout- 
à-coap par un embarras de voitures, il ap- 
perçoit beaucoup de monde aCemtslé vis-* 
a- vis d'une bourique. Il demande ce qui 
peut occafionner ce tumulte , on lui ap- 
prend que de jeunes Marchands érabus 
depuis peu*, ne pouvant fatisfaire leurs 



Françoise. 511 

créanciers pour une fomme de 1 200 liv. , 
font impitoyablement dépouillés de tout 
par la vente forcée de tous leurs effets j Se 
que la pauvre femme eft en couches. Le 
Prince defcend de fa voiture y fend la 
prefle , monte avec précipitation un mau- 
vais efcalier Se arrive dans une chambre où 
régnent les pleurs Se le défefpoir ; il inter- 
roge THuiffier pour s'inftruire de cette fâ- 
cheufe affaire ; le Prince va confoler les 
jeunes infortunés & promet de les fecou- 
rir. 11 revient à rHuifuer , jette z 5 louis fur 
la table & fait un mandat pour le refte de 
la fomme ; KHuiffier qui avoir d*abord ré- 
pondu brufquement , reconnoit le Prince 
a la (îgnature du mandat Se demeure inter- 
. dit^ le Prince lui ordonne de faire remet- 
tre les chofes à leur place , que rien n'en 
foit diverti. Se qu'il en répondra fur fa tète , 
ôe qu enfuite il fe rende fur les deux heu- 
res à fon hôtel pour recevoir le montant du 
mandat. Le Prince fort au(fî*tôr , fe dérobe 
aux applaudiflèmens du peuple > remonte 
dans ion cabriolet Se s'enfuit avec précipi- 
tation ; malgré les précautions de ce Prince 
pour cacher une fi belle aâîon ; tout Paris 
en fut imbu Se retentit des louanges dues 
à fa généreufe bîenfaifance. 



511 B.I ENFAISAMCE 



Dans les âmes les plus communes , on 
découvre fouvent lesplus grands craies d'hé- 
roïfme & de vertu : Un particulier riche Se 
opulent fe tranfporte dans fon équipage à 
la campagne y dans le deiTein de faire re- 
mettre à un Fermier une corbeille conte- 
nanc un dépôt qu il défîroit confier a àos 
mains fures &c fidèles. A une lieue ou en* 
viron de l'habitation du Fermier, il ren- 
contre un payfan qui travailloit à fon champ. 
11 l'appelle, lui propofe de porter certe cor- 
beille au Fermier qu'il lui indique, & une 
fomme de ii liv. pour fa peine; le pay/kn, 
chemin faifanc, fent quelque chofe remuer 
dans cette corbeille , fa furprife augmente 
lorfqu'il entend des cris; il découvre la 
corbeille & apperçoit un petit enfant. Ar- 
rivé chez le Fermier, il conte fon aventure; 
le Fermier & fa femme refufent la corbeille 




innocence créature ; ajouta : n Eh bien , je 
»> m'en charge, ma femme nourrit un de 
3>mes enfans, je la prierai de fe charger 
M également de celui-ci , & j'ai confiance 
« que Dieu nous bénira «• De retour chez 
lui , il fait part à fa femme de fes généreu- 



F n A M ç b z s fi. 51 5 

les intentions , & l'engage à fe prêter k cette 
bonne œuvre. On ouvre la corbeille & l'on 
trouve une très-belle layette » une bourfe 
& un billet conçu en ces termes : 

9» Prenez foin de cet enfant ; vous troa<- 
9» verez dans le fonds de la corbeille une 
M bourfe de cent louis pour les premiers 
99 fr^is de fa nourriture & de fon entretien. 
» On aura foin de vous faire parvenir de 
»3 l'argent de tems en tems , & â la fin on 
yy VOUS donnera une bonne récompenfe <«. 
Le bon payfan rendit grâces à Dieu d'avoir 
béni fes intentions. Son village fut bien-toc 
inftruit de cette avanture intérellànre , elb 
parvint jufqu au Fermier qui avoir refufé le 
dépôt. Il s'en repentit, Se fe crut en droit 
de le reclamer; le payfan refufa , repréfen- 
tant que la feule vue d'intérêt le dctermi^ 
noie à cette réclamation , tandis que la feule 
cotnmifération {iour cette innocente créa- 
ture lavoir porté i s'en charger. Le Fer- 
mier intente procès au bon payfan , celui-ci 
gagne avec dépens. Le Riche inftruit par la 
voix publique de cette affaire, fit paflèt 
une fomme confidérable au bon payfan ^ 
dvecprome(fe d'une grande récompenfe au 
terme de la nourriture de l'enfant. Quel 
trait fublimé! il eft le triomphe de la vertu, 
l'honneur & la gloire de l'humanité. 

Tom.'IU K k 



/ 



y. 



J»4 



BlSNrAIS AM C E 



E XTRAï't des Ktpjlres des dcRherations 
de t Hôtel de Fille de Troyes* 

$• A rAfiemblée de MM. les Maire y 
n Echevins, Confeîlleis & Nocabhes, tenue 
n ce îourd'hui ai Avril 17^7 , trpis heures 
Il de relevée, pour lekâion de noiiveàux 
f> Echevins 8c Confetllers de ViHe, a étc 
I» die par M«. Pierre-Jean Grofle7, Avocat 
» en Parlement , Académicien libre de 
f> l'Académie Royale des InfcnptîoKis 8c 
» Belles-Lettres , & 1 un des Notables du 
n Corps Municipal de cette Ville: 

»9 Que coûte TAfTemblée a oui parler , 8e 
M qu'une partie a été témoin de la manière 
9/franche & eénéreafe dont Jean-^ Jacques 
9> Cuny , à peine âcé de 1 8 ans, s'eft com^ 
»f porté au tirage de la Milice de la Ville, 
M fait en cet Hôtel commun le j i du mois 
99 dernier. Il de voit avoir pan â ce tirage 
» avec deux de qutttre d^ fes frères , nés 
>» coinme Im du mariase de Jean Cuny , 
>i,JMaître Cordonnier à Troyes , décédé de- 
n puis deux ans , & de Jeanne Gauviâ fà 
M femme, * 

»> Avant le tirage le fécond de fes frères 
» avoir très-doulouteufement lepréfemé 






Françoise. 515 

)> rètac de fa mère , rédutce, û l'aîné de fes 
9> trois âls tomboic à la milice , à ^mer 
»> boun<}ae , à fe recirer i l'Hôpital , &c i 
j> laiflTer fes enfans doublement orphelins. 
»9 Malgré, ces repréfentations que la Décla- 
}> raciou du Roi ne permettoit pas d*adme^ 
5> tre y les trois frères ayant tité , & le fort 
n étant tombé fur 1 aîné , le fécond avoir 
n redoublé fes gémi(Iemens^ ils étoient (1 
f> vifs , que pour foulager fa douleiar , on 
»> lui fuggéra de prendre le billet de fôn 
f> frère ^ mais fur cène proportion , après 
>9 avoir long-tems combattu avec lui-mê- 
tf me y il avoit déclaré qu'il ne vouloit point 
5> être Milicien. Jean- Jacques Guny , témoin 
99 muet& tranquille de ce débat, neparoif- 
9> foit point y prendre part , & quelqu'un 
•» lui demandant quel parti il prenoit , il 
99 avoir froidement répondu ^ j'attends que 
M ce bavard ait fini de crier. Les cris finis^ 
97 il s'étoit avancé an Bureau Se s^étoit fait 
M infcrire au lieu de fon aîné , avoit pris la 
99 cocarde , étoît retourné eh couraiit vers 
79 ùl mère pour la raifurer fur le fort de cet 
»> aîné 5 6c avoit ^nfuite repris fa tâche à la 
99 boutique avec autant de tranquillité que 
» s'il ne s'étoit rien paffé d^extraordinaire de 
' » fa part & à fon égard. Cependant il ve- 
w. noit par un dévouement volontaire , de 
^ remplir tout ce qae la piété filiale , root 
9» c^' que l'anachement d'un père pour fa 

Kk X 



jl6 BxBNfAISAMCE 

» faitiille peuvent fuggérer de plus gêné- 
»> reux , & il Tavoic rempli avec cette (im- 
» plicité qui accomps^ne les aâes très-rares 
» de la véritable vertu. 

*>Que lui) M^.»Gro(ley, frappé» ainil 
9> que le public de cet a&e généreux > en a 
M fait part à M. le Comte d'Argental , M i- 
s9 niftre Plénipotentiaire de S. A. R • l'Infant 
» Duc de Parme , pour obtenir de fon cré- 
f> dit auprès de M. le Duc de Choifenl » 
«>une recompenfe que fembloit d^autanc 
9i mieux mériter cet a&e de très-bon exem- 
» pie , qu'il avoir été fait fans aucune vue 
$i de recompenfe 9 ni d'imérèt. M. le Comte 
» d'Argental l'ayant ainii jugé & fait pré- 
•) fenter fous ce point de vue au Salon de 
fijMarly^où la Cour étoit alors, lés Sei- 
•» gneurâ & Dames ont à l'enyi contribué à 
99 une coUeâe qui a produit 1031 Uv. au 
i> profit du jeune Milicien» laquelle fomme 
99 M, Je Comte d'Argental a fait paflèr 4 
.99 Troyes. 

» Pour mettre le Corps Municipal en 
.99 état de contribuer de fa prt à la récom- 
99 penfe d'un ade que toute la Cour en a jugé 
99 digne , & d'en aflurer d'autant plus TefFet, 
99 lui M^. Grofley , l'a requis de délibérer 
99 préfentement s'il ne feroit pas convena- 
99 ble qu'il fe charseâc de 9(90 liv* préfente- 
99 ment mife fur le Bureau , en réfervanc 
99 les 71 Uv. reftant pour les befoins les plus 
9» urgens du jemte Milicien. 



FHAKÇOISE. 517 

A été artècé , Sec. » Que ladite fomme 
# de 960 liv. fera remife encre les mains 
» du Syndic receveur , au moyen de quoi 
» THôtel de Ville conftirue à Jean- Jacques 
>» Cuny une rente de 50 liv. payable par 
» chaque année > fans aucune retenue, 8c 
» donc la première échéance au premier 
» d'Avril 1768, jufqu^au mariage dudit 
9' Cuny , fous loblieation de lui remettre 
9> le tout j ou moicie de^ la fomme à fon 
9> choix , la rence concinuant à courir à rai- 
99 fon de 1 5 liv. 8c en cas de décès , les 
» t^6o livres remifes aux héritiers dudie 
>>Çuny,&c««. 



Lbttre à r Auteur du Mercure de Prance^ 
« en date du i} Juin» 

%y Pai lu , Monfieur » avec plaifîr dans le 
f» Mercure du mois de Septembre dernier » 
M un extrait des Regiftres des délibérations 
» de l'Hôtel de Ville de Troyes , dans le- 
n Quel on voit la vertu récompenfée au 
n fujet de la tendteflè d'un fils envers fa 
» mère. Voici , Monfieur , un ade aflez 
j> furprenant d'amitié d'un père envers fa 
19 fille. Le nommé Marille ^ Tailleur 4*Ha- 
» bits » demeurant à Courtenay , Ete'élbn 

Kk 5 



5lS BlINîAISANCE 

>> de Nemours , ayant envoyé le 1 5 de Juin 

» dernier^, fa fille î^ée de 1 7 ans , tirer dç 

j> l'eau à un puits de 50 pieds de profon- 

» deur , cette fille tomba par malheur dans 

9» ce puits qui étoit devant fa boutique y à 

M rinftant même le pète défolé couisc à fes 

>» cris , & fans délibérer fur un danger im- 

» nuisent ( puifque la corde a caffe le len- 

»> demaiiji ) fe précipite dans le puits par le 

»> mojjen de cette même corde , qui , quoi- 

V qu'elle lui déchirât les mains, ne Tempê- 

»cha point de retirer fa fille du ^ fond de 

» l'eau j, fans qu'elle en; reçût aucun mal. 

» C'eft au public à juger fi cette aûion mc- 

» ritoit d'être enfevelie dans l'oubli , & je 

>s lui demanderois volontiers s'il y a moins 

« de fentimens dans ce qu à fait ce père 

» pour fa fille , que dans' ce qu'a fait pour 

» fa mère le jeune Jean- Jacques Cuny de 

9i Troyes <« ? * , 



i g i ' III' 'ii .j t- 



ÀVTKE, Ixttn au mime ^ en date du i^ de 
Septembre , ecr'ue de Reims par M. He- 
doin de Ponjludon , Officier Major. 

. « Jai lu, Monfiepr, avec grand plaifir 
n dans le Mercure , un trait de piété filiale 
» qui fait honneur à . l'humanité , & qui a 



t>; obtenu une juô« r^compenfe. Le trait ne 
»> pouyoit irfaffe^^r.qs'agjçéabfeinent, puit 
j» qu'il s>ft paflS en ChaLtijpagoe, & qu un 
9» Champenois , iDon <;ompatiicM:e\ eA; 1« 
i> héros dç U fcènt > joaîs il n eft pas juft« 
9> de pcivf r les aiitf^iS Pcovûicet qtn e<içen«- 
99 drçnt de$ courage» mâles, de l'honnieuc 
«> qm leur eft du. 




pauqmi y a 40 5ns environ qu 
fï palTé, & quç je nws ai pas ^; mais ceux 
j> que je cite font vivans', 3c pourront cer^ 
M tifiet la cKofe. FaneS'^en l'ulage que vous 
9> jugerez a propc^ » & $'il peut contribuée 
3> à élever ua de mes^fembUbles a penfer 
>} en Romain , |e fei^ai ttof payé. Placcat & 

9^ profits 

i>M.de,««v ^^ Gentilhomme & peu 

>» fortuné , fe voyant , ainii que deux de fes 

9>fœurs,dans la dernière necedité^.pcii: un 

whabiçde pa,y(àa&.fucVefFrir pour Mili- 

^> cien i une Ommunanté riche ^ & dont 

V les garçons^ avaient fait encre eux 600 1. 

n pour celui fur qui tomberoit. le fort. Il 

n fut toifé » accepté > infccic fur le râle > Se 

n reçù^ larg^tni: qn'il potta fur-lp ichaoïp à 

» fes fpcurs pauc Uss aider à vivre» A la 

» revue^ de M» .I>pd»:d , alors toendant , 

».& aâ:uellemenc retiré dans h terre près 

>> de Bourges i il fut. reconnu , tiré des 

Kk4 



jlO BlBKïATSAMCE 

•> rangs , faic Lieutenant de Milice , & par* 
t» tit avec le bataillon. Il s*y conduifit ia^ 
>3geinent, & ce même bataillon devant 
n fournir des hommes au Ré^ment de 
9»Condé Infanterie, il fiit choifi pour les 
tf conduire à Tincorporation. Le Régimenc 
» qui avoit beaucoup fouffert , re ut les 
i> hommes & retint TOfficier condudeur 
s> c|ui continua fon fervice avec zèle 8c àiC- 
9> tmftion y il fut chargé de la partie des 
» Recrues, où il firparoîtrefon intelligence 
•I & fa (àgacité. Le moment de pafTer à la 
9i Compagnie arriva , fes camarades s'em- 
ti pre(sèrent de lui fournir les fonds nécef^ 
tf faires pour lacquérir , 6c fon économie le 
s>mit bien-tôt en état de reftituér leurs 
9> avances généreufes. Après un long fervi- 
s) ce il mérita la Croix de ^t,-Louis, & s'eft 
M fixé dans fon pays natal ^ où il a époufé 
M une veuve opulente dont il a fait le bon- 
s> heur. 

>> Comment un Rémois , direz-vous , 
>> peut- il être inftruit dune telle annecdo- 
i> te ? le voici : Un féjour de ^eux ans que 
» j'ai fait â Bourges comme Officier-Major 
» du Régiment ae cette Province en 1 7^4 
*> & 17^5 j m'a fiiç connoître les témoins 
» oculaires de cette avanture. L'Officier fe 
w nomme V * * * , & fi j'avois l'honneur 
19 d'être lui , je ne tarderois pas à vous prier 
*) de fupprimer les trois étoiles <'• 



F R A N Ç O I s s. J2t 



Um Citoyen de la ville de Sancerre dans 
le Betry , qui n a point voulu fe Étire con* 
noîtrC) donna cette année un exemple de 
l^énérofité qui mérite d'être rendu public : 
il a dépofé une fomme de 600 liv. pour 
difpenfer de la corvée les iexaeénaires fie 
les habitans pauvres de cette même Ville. 
M. Dupré de Saint-Maur, Intendant de 
cette Généralité 9 touché de cet aâe de bien* 
faifance , a difpenfé de la corvée les habi* 
tans de Sancerre , non^feulement pour 
Tannée i ^6^ , mais encore pour celle de 
17^8. Il a dohné en mème-'tems des ordres 
pour que les 600 1. dépofées foient employées 
par adjudication â la conftruâion du che* 
min auquel les habitans de Sancerre de*, 
voient contribuer* 



512 fillVFAlSAHCE 



Lettre^ êndoic dmi Mai ^ dt Nicolas 

Lourdaut , Pojlillon de la Pojte de Trap* 
p^ % qui a iu fkameur J0 mimer te Roi à 
Vtrf ailles le jeudi au fiir $ Mai^ 

a Le Roi i tel fin que d'ralfon dret hier» 
»Cou(în, s*eft égaré de fa cha(Ie, accom- 
ty pagné feulemenc de fon Capitaine des 
>9 Gardes , M. de Béauvau^ un grand dia» 
n ble de Cerf lui avoir fait cette malice par 
» exprès ^ pour afin de lui faire cfMinoirre 
» combien il eft aimé de nous autres tre- 
j> rous; car moi qui te parle 3 tu fais que je 
>> m'appelle Nicolas Lourdaut. Eh bien , 
» de ma nature , quoique je foyons lourd 
99 quafiment comme un plomb , jettions 
^ n devenu plus léger qu'une plume , itou nos 
» grofles bottes ne pefoient point une once; 
» de même auffi mes trois Rolïes alloient 
n comme des Satyres, & galopoienc comme 
ti un cheval de la grande Ecurie : auffî , 
» Coufin , c'eft que je menions le Roi , & 
>> que par-tout ou qu'il eft , Tcœur eft de la 
»> partie ; donc à tel fin que d'raifon , nous 
j> lommes arrivés à la grille dorée. Ces 
i> Meflieurs les Gardes du Corps ne vou-» 



Françoise. 513 

M lions point nous reconnoîcce ; mais le 
f> Roiâ dir : je fons le Roi»:& nous voilà 
ai encré avec S* M. Sire le Roi. J oublions 
»> de ce dire que je lui &vons baillé des vers 
» de notre eftojc , en façon de pocfie , où il 
» y a couc cœur. J'en avons reçu une ample 
» récompenfe^ Coufin» par marque de po- 
is liceiTe.deiagénérodcé , 6c jons erié com^ 
» me un Satyre ; vive le Roi ! Je fuis toa 
Couân Nicolas Lourdec 






Plaça au RoL 

Le pauvre Ppftillon , l'autre jour fur la brune. 
Qui fut auiïi content qa*heureux de vous mener , 
Ne craignoit nullement , Sire , de rcnvcrfcr , 
Sachant qu'il conduifoic CiÇzt 3c fa fortune* 
Que fôn plaifit fut grand ^fa gloire peu commune l 
Mais vu que Podillon eft toujours altéré , 

Il ofc demander fuffifant;c pécune , 
Sire ,'ppur boire à la fanté 

.Encore d^s vingt ans , de Votre Majefté. 

1 

- ^ N N é E 1768. 

Parmi les évènemens publics on doic 
diftinguer celui qui caufa Je deuil général 
de la Nacion par la morr de Marie Lee- 
zinska./€;mme de Louis XV le Bien-aimé. 



514 B X ENFAISAMCiS 

Cet événement malheureux engagea I*Aa« 
teur de ce Recueil à donnet au public le 
premier cri (tuncàtà^ranfois^ comme un 
hommage de fon 2èle Se de fa vénéradon 
du aux vertus & à la mémoire de cette illuA 
tre Princefle. 

£Ue n'eft pins cette Reine augufte que le 
Ciel accorda dans des tems plus heureux 
^uix vœux de la France 6c aux déiirs d'un 
Monarque qu elle aima tendrement. Fille 
unique d'un Roi Philofophe j dont Tefprit 
étoit orné de belles connoiflànces , & la 
main accoutumée à répandre des bienfaics^ 
dont Tame s'étoit agrandie » fortifiée , affer- 
mie au fcin mèm$ des adverfités ; fille enfin 
d'un Rqî dont les vertus immortaliferonc 
fon nom^ elle profita de fes fublimes le-^ 
çohs , 5c ces precieufes femences ftuâifiè- 
reht dans un coeur né généreux , tendre & 
compatiflànt» 

Marie Leczinska ne fe fit connoître a la 
Cour & à fes peuples que par des ades 
d'humanité. Lorfqu'elle (e vit appellée au 
trône , une Ayeule refpeâ:ablè rat la con- 
fidente de fes fentimens. »f Ah ! je crains , 
w lui dit-elle , que cette couronne qu'on 
Mme préfente ne me prive de celle du 
» Ciel ! « Quel langage ! Ce fut celui d'une 
jeune Princefle déjà mveftie de tout Tap- 

Sareil de la Royauté , & plus effrayée que 
attée du rang fuprème où eUe montoit. 



Françoise» 525 

Metz ! vous confervez dans vos faftes le 
fouyenir du digne ufage qu elle fie des vafes 
d'or qui lui furent préfencés l Le 2 1 Août 
1 72 5 , paflànt par Metz , elle reçut des Juifs 
établis dans cette Ville des vafes d or ; elle 
les envoya auilî-tôt à l'Evèque pour en faire 
diftribuer le prix aux pauvres. 

Les habitans de Jouarre ont le bonheur 
de recevoir la Reine dans leurs murs. Ils 
font éclater leur joie Se fe livrent aux plus 
vifs tranfports d allégrefle. La Reine fenfi- 
ble a leur amour , marque la place hono- 
rable qu'ils occupent dans fon coeur , &; 
tout l'intérêt qu'elle leur porte. Elle étendit 
les bras vers le peuple avec une bonté qui 
charmoit tous les cœurs. S'érant retirée fous 
«ne allée d'arbres à l'entrée de la Ville , on 
lui préfenta , fuivant l'ufage , le pain 8c le 
vin j cette Princefle le faifit avec empreffe- 
ment, en mangea , ainfi que de quelques 
fruits de la faiîon; tout le monde fut pé- 
nétré de cet ade de bonté, La Ville a 
configné dans fes Règiftres cet événement 
il' flatteur & fi honorable pour fes habi- 
tans. 

Ainfi rhumanité fut toujours le càraâère 
propre de la véritable grandeur. Âinfi la 
Reine montroit qu'on n'eft vraiment grand 
que lorfqu'on fait s'abaiffer & fe mettre au 
niveau 9 pour ainfi dire du plus fimple fujet* 
Je ne puis mieux peindre fa bonté qu'en 



Jitf B I I î* f A 1 s A N^C E 

euiprunranr une comparaifon faice par un 
grand homme. «> La bienfaifance de \z 
»» Keine, dit BoITuec, eft comme un fleave 
majeftueux qui porte paîfiblement dans 
t> les Villes labondance qu'il a répandue 
» dans les campagnes en les àrrofanc , qui 
»> fe donne atout le monde ^ ne ^'éiève & 
M ne s'enfle que lorfqu'avec violence on s bp* 
»> pofe à la douce pente qui le porte à cou- 
%y tinuei; fon tranquille & paifible cours ««. 

Cette même bonté pour fes peuples étoic 
fondée fut la Religion , qui feule peut ren- 
dre les vertus brillances Se folides. La Reine 
apprit d'elle à devenir modefte , afïàble & 
d un facile accès; fes malheurs & fon cœur 
furent les premiers maîtres qui lui apprirent 
à fupporter les adveriîtés. Ce ne nit qu'à 
travers les peines, les dégoûts, ks prof- 
cripcions, que la Providence lui fraya la 
route de la grandeur fuprème & la fît af- 
fooir à, côté d'un des plus poilfans Monar- 
ques de l'Europe. 

^ Le nouvel éclat qui l'environnoic ne di* 
minua rien de fa modeftie. Elle fe fit un 
plai) de cçhduice dont elle ne fe dépattit 
jamais ; fa parure, ion ajuftement futem 
toujours les mêmes* Les remontrances des 
Dames de la Cour pour l'engager à mettre 
du rouge ) ne purent jamais la déterminer 
a s'en ftrvir. - 

Sa maxiilie (ut lés fpeâacles , fut celle da 



Franc d r s e. jiy 

Prince de Conti , frère <lu grand Condé, 
qui difoit : »> Le but de la Comédie eft 
» dcmou^oif les paflîons <•. Au contraire 
tout le but de la Religioh Chrétienne eft 
de ks t;almer, de les abattns 6c de les dé- 
truire autant qu'il eft poffible, Auflî ne pa- 
riit-elle jamais s'Qccaper de fpeâacles avec 
plaifir, elle ne les regatdotc que comme 
des amufemens que U politique tolère pour 
délaâfet I'oifiveté« 

Que ne puis~je tecueîltir ici les fruits de 
Tes libéralités au milieu des calamités qui 
nous affligeoient J Que me più^je rappeller 
fes tendres follicitudes fur les befoins du 
peuple ! Riches durs & infenfibles qui n e- 
tes prodigues <piie potir vos plaifirs , appre- 
nez par Ion exemple à Être fouvent écono- 
mes pour hre généreux quelç^aefois ! 

On fait combieû cette Princefle chérif- 
foit de adiftoit dans leurs befoins ceux qui 
gémiffoient dans la misère èc dans lafflic- 
tion. Sa plus douce occupation étoit de faire 
du linge pour les pauvres. 

Voyons la fortwr de fon Palais; comme 
une fôutce viviâanee, elle répand fur toutes 
les Provinces les fruits de fes bienfaits; 
Ainfi s'exprime à ce fajet M, Tannevot , 
Poète eftioiable de Religieù}^; 

Sa faveur court chercher la piété CinccK j 

A rafpeâ de fon tiône » à Tes regards Chrctiens/ 



jxt BlINVAlSAMCm 

Dtt mérite mdigeac s'éclipfe la misère , 

Pat elle yifîtés , flc part;^eaiic fes biens » 

Les PaaTres , dans U Reine, oat acquis une mine» 

Membres de Jéfiis*Chrift, ils deviemient les ficos. 

Verfailles , Paris , Cotnpiegne , Fonçai- 
bleau , décelez aux yeux de la Nation ces 
ubleaux couchans cachés dans le fecrec 
d'une mulcicude de familles honnêtes ! lÀ^ 
je trouve Tinnocence prèce à fuccomber , 
triompher par fes foins. Ici , je la vois faire 
celler le befoin qui fouvent^eft la caufe de 
la dégradation de Tame Se de la badède dc& 
aâions. 

Il n'eft pas jufqu'aux plus grands crimi-^ 
nels qui n ayenc reffenci les eTCts de ûl pro* 
teftion. S'agit-il d'employer fon crédit , de 
foUicicer des grâces pour ces infortunés? 
comme Efter elle fe préfente devant la 
majefté du rrône, n'ayant d'autre cortège 
que fa bonté compatiilance. Le cœur da 
Monarque s'émeut a fon afpeâ: y il n'a riea 
à refufer à la vercuj mais de quel éclat ne 
brilloit pas cette vertu dans une Reine 
aimée avec tant de juftice i 

Epoufe fidèle à fes devoirs, elle marcha 
au milieu de fa maifon dans la paix & l'in- 
nocence. Quel refpèâ , quelle prévenance , 
quelle douceur envers le Roi fon augufte 
époux! ♦ 

Mère 



Françoise. 519 

Mète tendre , quel amour pour (es en- 
fans ! gravant elle-miême dans leurs jeunes 
cœurs les qualités de Chrétien & de Ci* 
toyen> elle leur apprit à devenir un joue 
par leur amour, par leur accueil aifé & gra- 
cieux , plutôt les pères que les maîtres dd 
leurs fujets. 

Senfible aux pertes de l'Etat , parce 
qu*elle fçut apprécier le mérite & les ta- 
^ lens ; elle partagea l'admiration , la recon- 
noKïance & les juftes regrets de la France 
à la mort trop prompte d'un Héros (le 
Maréchal de Saxe ) naturalifé François, 
iy Quel dommage , dit la Reine , de ne 
99 pouvoir dire un De Profundis pour un 
«» homme qui a fait chanter tant de 7> 
99 Dcum «< / 

Ayant appris la mort du Duc d'Orléans 
décédé à Ste. Geneviève : »> C'eft un bien- 
M heureux , dit-elle , qui laifle après lui 
9> J:>eaucoup de malheureux c*. 

Ne fembleroit-il pas cjue tant de vertus 
codent du affûter à la Reme une fuite conf* 
taiite de bonheur & de profpérités ? Hélais ! 
les conditions les plus élevées font expofées 
aux plus grands revers , ain(î que les cèdres 
aux tempêtes & à la violence des orages, 

L'hiftoire des épreuves de la Reine n'eft 
autre vque celle des malheurs publics. Tandis 
qu'elle ne s'occupoit que de la flatteufe 
idée des viâoires préparées aux armes de 

Tome Ih L 1 



5J0 Bienfaisance 

fon augufte Epoux ; candis qu'elle mefuroît 
avec comptaifance refpace qu'il dévoie 
franchir ^ Louis voloic a une de Ces £ton^ 
tières où fa préfence avoir déconcerté les 
projets de fes ennemis ^ à une autre pour la 
défendre contre leurs invafions. Touc-i« 
coup elle apprend qu'une maladie violente 
l'arrête dans fa marche rapide. Les Cour- 
riers fe fuccèdent les tms aux autres ^ ils 
apportent la nouvelle d'un danger qui s'ac* 
croît , & qui bien-tôt paroît extrême* Quels 
fanglots fe firent alors entendre de toutes 

{>ans ! De quelles lamentations retentirent 
es Villes & les Campagnes ! Quelle foule 
innombrable de Citoyens vinrent remplir 
nos Temples & les baigner de leurs lar- 
mes ! 11 eft inutile de s'étendre fur tant de 
témoignages de zèle, d'amour, d'»ffe6tion 
& de douleur. La confternation étoit géné- 
rale ; les faftes de la Nation en perpétue* 
ront le fouvenir. 

La Reine vivement pénétrée , crut que 
fa tendreflfe exigeoit encore d'autres foms 

Sue des pleurs & des vceux. Inftraite à peine 
e l'extrémité du Roi , elle précipite fon 
départ ; û d'un côté le paflàge d'une Reine 
éplorée redouble l'épouvante , de l'autre ùl 
préfence & fes vertus raniment l'efpoir Se 
la confiance. On attendoit tout de la piété 
pour détourner le fléau qui nous menaçoir. 
Elle vit de près le danger le plus imminent , 



François h; 531 

fon cœur en fut fenfiblement frappé j maîg 
Dieu fe rendit à fes inftances & à celles 
de la Nation; il n'avoit ainfî éprouvé la 
Reine que pour la préparer à de grands fa- 
crifices. 

De quel courage n'eut pas befoin de 
s*armer cette tendre mère , lorfqu'elle vit 
rimpitoyable mort moiffbnner autour d'elle 
tant d'illuftrerrejettons chers à la Patrie & 
à fon cœur. D'un côté un jeune Prince dans^ 
un âge encore tendre & capable d'intéref- 
ferj d'un autre un Da\i]phin dont la, vie 
appliquée nous promettoit un jour un Roi 
politique & un vertueux Citoyen. Le Ciel 
rie fit que montrer ce Sage aux François, 
6c les François ne le virent que pour le 
regretter. Staniflas devenu tout -a -coup 
yiélinie de la mort la plus tragique ; 

Enfin, Marie- Jofephine de Saxe, i'e- 

Thonneur 
juç-tems 
après du même trait que fon Epoux , fe 
réunit i lui dans la nuit du tombeau. 

La Reine elle-même devoit fceller par 
. fa mort les malheurs de la France. Une 
maladie longue & douloureufe annonce â 
cette Princefle fon dernier inftant , elle lui 
fait entrevoir la jouiflTance du véritable bon- 
heur, digne prix de fes vertus. 

A la première nouvelle de cet accident , 
la France allarmée va fe profterner ^ux 

Ll z 



xemple des mères , la gloire & Tl 
de l'amour conjugal , percée quelqi 



î 



jfz Bienfaisance 

pieds des autels. Le Ciel fenfible aux pre^ 
miers cris de fa douleur, femble fufpeiidre 
le coup terrible qui la menace; le Monar- 
me inquiet redouble fes tendres foins SC 
on afliduité auprès d une époufe fi refpec- 
table. Les pauvres & les malheureux lèvent 
leurs mains tremblantes vers T Auteur Ju- 
prème de la Nature, en implorant fon fe- 
cours pour leur bien^trice & leur mère. 
Cette Princefle mpurante , voyant Tem- 

Ïireflement des Médecin» pour lui ^e 
prouver les effets de leur fcience : » Ren« 
9> dez-moi , dit^elle , mon père & mes en-- 
sa fans , & vous me guérirez ««. Rempliflànt 
avec édification tous fes devoirs , elle re- 
double de ferveur pour, nos faints My&è-^ 
tes , d'an:iour pour Ion Epoux , & de mé- 
pris pour la vie. Elle voùdroit que fes jours 
retranchés fullfent ajoutés à, ceux du Roi ; 
ion feul regret e(t de le quitter ; fon feul 
défir, qu'il foit heureux. L'heure eft venue, 
la mort brife enfin les liens fragiles de fon 
humanité , & la Reine reçoit Te coup^ui 
nous l'a enlevée , avec cette réfignation 
qu'elle avoit toujours montrée durant fk 
vie* Le Monarque affligé pleure fa mon, Se 
les larmes de Louis font le plus digne éloge 
de Marie. ^ 



FVa Vç o I s B, 55 j 

■ 

- • • ■ .. . . , 

1 ^ I ' ' '".■■■■ J' ■ ■ gyj» 

'- X/*iNHiTMATioN de la Reine ddnna lieu 
à cet emhoufiafme attendriflant de la part 
id'iine foule nombreufe de François raflem- 
blés autour du tombeau du bon Henri ^ 
dans le caveau de St. Denis. Ce trait d'une 
Nation an^ante de fes Rois , & fi digne d*en 
êtte aimée, eft rendu avec toute Ténèrgie 
du fentiment par M. de la Harpe , dans la 
péroraifon qui termine Tcloge qu'il a fait 
de ce grand Monarque. 
' » O Henri ! fi les fentimens de nos âmes 
n peuvent encore afFeder la tienne , com- 
3^ bien n'as- tu pas dû jouir de cet hommage 
»> univerfel que l'on vient de re^ndre à ta 
» mémoire ! Elles s'ouvrent ces tombes au- 
f> ^ftes où repofent tant de Princes & de 
v> Souverains , & le peuple court en fould 
j> contempler ce qui refte de {t% maîtres,» 
' j9 II pailè près de ces grandeurs détruites ; 
»' mais un cri général , un tranfport unanime 
^-kraflemble autour de toi. Hommes de 
«toute condition , de tout âge, tous n'ont 
» qtt*un fentiment & une parole, : Oh efi 
» Henri IJ^ ? & ce nom répété par toutes 
f»les bouches j roule dans ces profondeurs 
>> ténébreufes. Le tems a dévoré les vains 
9J ornemens qui couvraient ta cendre j mais 
f^'-C'^eft elle que* l'on révère, que Ton s'em- 

LI5 



514 B I 1 N E A IS.A K e B 

»» piefTe de coucher , il femble <]ae ton eA 
99 prit Tanime encore. Ce cercueil défiguré 
>9 eft couvert de baifers 6c de larmes. On 
99 diroic que toutes ées ombres royales ont 
» difparu devant toi ^ ^ que la tienne feule 
» t^emplit cet afyle de la mort ; c*eft que 
f> l'on juge la gloire & qu'on aime la bonté. 
99 Rois Conquérans , Héros j voyez les 
99 pleurs d'attendrilTem^nt qui coulent fur 
99 cettQ tombe ! Celui qu elle renferme n'en 
9> fit jamais verfer d'autres ; dépofez à fes 
9» pieds vos palmes & vos trophées ! Philo* 
j> lophes, Légiflateqrs , venez y dépofer vos 
9» ouvrages ! Son exemple peut oien plus 
99 que VQUS. Hommes de toutes les Nations^ 
9> pleurez de ne l'avoir pas eu pour maître ! 
9> Si les vôtres luit^eilemblent, ils voudront 
>> mériter de telles larmes \ s'ils ne lui ref* 
»> femblent pas , ils ne fauront pas même fi 
99 vous pleurez «^ 



I" I [i ■» 



L'Âgricultv&e, le premier $c le pjos 
néceflàire des Arts, a befoin dette encou-^ 
lagé , & ne peut rêti>e plus puifiàmment 
que par l'exemple d'un Prince bienfaifant 
qui Honore le travail du Ciïltivateur. C*eft 
le fpedlacle intéreffant , & nojjs pouvons le 
dire , édifiant , que Louis .XVI, alors Dau- 
phin , donna le 1 5 de Juin de cette année; 



F R AN Ç O I S £• J5J 

çe Prînçe'avoic choi(î pout £i promenade un 
champ qu'on labourok. Il contempla la 
manœuvre fimple Se néceilàice par laquelle 
on rend la fécondité à la terre qui demande 
ce fecours. Il examina enfuite la méchani- 
que de la charrue y il raifoilna fur fon ufige 
u utile. En pailànr bientôt de la théorie à 
la pratique , il voulut auflli être Laboureur, 
il le fut 6c fe montra maître dans cet exerr 
cice auquel la nature femble porter & for- 
mer l'homme. Ce Prince traça avec autant 
de force que d Vdreflè un iiUon non moins 
profond Se auflî bien dirigé que les filions 

{)aralldes. Les ipecrateurs ne purent retenir 
eurs applaudiflfemens & leur raviflfêment ; 
. le Laboureur étonné , marquant fa joie &: 
fon admiration , reprit avec tranfport le 
timon de fa charrue ennoblie par les mains 
auguftes qui venoient de la conduire. 

»9M. de Fleins, dit l'Auteur des Ephé^ 
j> mérides du Citoyen, en apprenant ce fait 
39 par la lefture de notre ouvrage périodique , 
>9 a très-fagement penfé que ce trait de 
»3 bienfaifance méritoit un monument dit- 
af rable, & il n'y a point de doute que ce 
V ne foit im trait digne d occuper l'éloquent 
99 pinceau du célèbre Greufe » & le cifeau 
9» de nos plus grands Maîtres <^ 

En attendant que tous les Arts s'empref- 
fent à confacrer par leurs efforts le prcfage 
flatteur que des goûts fi fages dans un jeune 

Ll 4 



Prince offrent à la Nation ; M. de Pleins 
voulut du moins y employer le premier 
eflfai d'un nouveau genre de gravure inventé 
par le ' fieur Boifot , Ârchiteâe, qui com-^ 
pofa & exécuta une eftampe dédiée au Daa« 
phin , repréfentsint ce Prince labourant. M. 
de Pleins eut Thonneur de la préfenter le 
lo de Septembre 1769 à toute la famille 
Koyale. 

Précieux Rejetton d'une race adorée » 
lléricia: des vertus de cent Rois tes Âyeuz ; 
Par tes mains aujourd'hui la charrue honorée 
Aflure au Laboureur un titre glorieux ! 
Qu*on doit' bien augurer d*un Prince de ton âge ^^ 
Qui forme fes loifirs d'un devoir important l 
Un Dauphin à quinze ans habile au labourage , 
Peut-il manquer un jour d'être un Roi très-puiflantl^ 

Un jour ce mèmb Prince avec fes Au- 
euftes frères fuivoient la chaflfe. On entend 
lonner la mort du Cerf j les Princes par un 
cmpreffement naturel , s'écrient : »> Cou- 
j> rons , courons ce : on court \ & le cocher , 
pour abréger le chemin, veut couper par un 
champ de bled • Le Dauphin qui s'en apper* 
çoi; , fe précipite à la portière , donne ordre 
a arrêter Se de changer de route. » Ce bled , 
^ dit le Prince , ne nous appaccient pas , 



Françoise. 5J7 

'»> nous ne devons point l'endommager «'. 
Le Comt^e d'Artois > frappé de ce cri d'un 
cœur bienfaifant, manifefte auffi des fenti- 
mens généreux, en regardant fon frère avec 
attendriffement, & s'ecriant: » Ah ! que la 
9y France doit fe féliciter d'avoir un Prince 
35 fi jufte « ! Ces paroles mémorables de M. 
le Comte d'Artois ont été confacrées par la 
poëfie dans une pièce qui lui a été adrelTée: 

Double foutîen d*ane couronne augufte l 
Oui , le François doit (e féliciter 
D'avoir un Prince , un Dauphin auflî jufte , 
£t de l'avoir , quand tu fais le vanter. 



La Société Royale d'Agricvilture de 
Lyon propofa pour Prix une Médaille d'ot 
de 500 liv. au meilleur mémoire , concer- 
nant l'utilité réfultante de la libre exporta- 
tion des grains,, &cc. On eft redevable de 
ce prix à la libéralité de M. de Fleffelles, 
Intendant de la Généralité* 

Celle d'Orléans propofa également vin 
Prix de la valeur de 300 liv. qu'elle doit au 
zèle & à la bienfaifance de M. de Cypierre 
fon Intendant. 



5jS BlEKFAISAHCl 



M. Bioche , Notaire , (donna un rare 
exemple de géncrofité & de défîntcrefle- 
ment. M. Geignard , fon oncle , en rinfti- 
toant fon Légataire univerfel , n'avoir fait 
à fes autres neveux ou parens j que des le^ 
modiques ; mais M. Bioche prouva qu il 
étoit digne de cette préférence ,^ en aug- 
mentant tous les legs des autres héritiers en 
ndfon de leur aifance particulière ; action 
qui ajoure un furcroît à Teftime générale 
qu il $*ctoic déjà acquife dans fon état. 



'* 



Lettre du Duc de Charofi ^ adreféc 
aux Officiers Municipaux de la ville dé 
Calais , en date du ^ de Novembre. 

«Messieurs, 

» Le Roi toujotirs occupé des befoîns de 
f>fon peuple, qui fait Tomet le plus cher 
»& le plus preflànt de (es foins , vient 
» de rendre un Arrêt de fon Confeil d'Etat , 
M pour établir par la concurrence dans la 
» vente des grains , un prix plus modéré 
9» Çc plus uniforme > rétablir la communica- 



Frakçoise. 5)9 

n tlon de ce commerce avec l'Etranger que 
9» la crainte des gènes avoir éloigné de nos 
39 Ports , & encourager les Négocians Fran- 
^> çois à l'importation des bleds chez Té- 
9> traneer par des gratifications payées à leur 
9i entrée dans les Ports, 

w Je ne doute pas, MefGeurs, que les 
fy Négocians de Calais ne s'empreflent , 
9> moins par l'appas des récompenfes que 
» par le délîr de les mériter, de féconder 
» Us vues paternelles de S. M. Je défire en 
» même-tems, autant qu'il m'eft poflîble, 
j> concourir en quelque chofç au bien-être 
» des habitans du Gouvernement que le Roi 
» a bien voulu me confier j je le regarde 
11 comme un devoir* En conféquence , j^i 
j> réfolu d'accorder pour Prix , une Médail-, 
»3 le d'or de loo liv. au Négociant du pays 
»3 reconquis qui , d'ici au premier de Fé- 
» vrier 17^9 , aura importé dans le Port de;. 
-99 Calais , la plus grande quantité de bled 
*s venant de 1 Etranger. J'en deftine auffi un 
»> fécond , confiftanr en une Médaille d'ar*; 
» gent de même valeur à celui qui , dans 
»> Te même intervalle , aura importé dans 
» tel autre Port du royaume que ce foit , la 
)> plus grande partie de bled étranger , & ce 
9» Prix fera donné fur le vu du certificat 
» authentique du Port où il aura fait arriver 
M lefdits grains qu'il fera tenu de repréfen* 
i»ter, &c w. 



j4^ BlENFAISAKCIÎ 

Lettre dujieur Pigault de Lcpinay j Maire 
de Calais , adrejfee à t Auteur du Mer^ 
eurey en date du xo Novembre. 

f> Monsieur, 

»>11 eft du defcendanc da Grand Sullf 
f» d'en ^avoir les fencimens , & tout Calai- 
«9 fien doit défirer que les traits de bienfki- 
s>(knce & de bonté qui caraâérifent la 
n maifon de Charoft , ioient inférés dans 
n votre Journal. La lettre précédente prou- 
» ve que Ton peut être grand & humain en 
a» mème-tems , & qu a l'exemple du Roi 
» que nous honorons , la véritable gton^ 
» deur eft de faire des heureux. Mon ame» 
» que cette idée tranfoorte , croiroit man- 
f> quer à la reconnoiflance & à l'amour de 
n la Patrie , fi elle ne vous tranfmettoit , 
•iMonfieur , toute refFufion de mon 
c€eur\ &c «. 



FnANfOlSE. 



54» 



Ex TRAIT Jtunc Ltttrc du x% JuUlct ^ 
ic M. Hell j Bailly du Comte de Mont- 
joyt , dans la partie de la haute - Alfacc , 
appèllée-le Sundgaw* 

Les habîtans de cecce contrée fe font 
rendus recommandables par leur amouc 
pour le Roi » & par leur zèle pour fon 
lervice. M. Hell s'ctant trouvé» préfent aux 
tirages de la milice àts années 1766 , 
17(^7 Se 1768 y qui furent faits par M. 
Baudoin ^ Commidàire^rdonnàtéur de 
la haute- Âlface , au Château du Comte 
de Montjoie a Hirfeneen , fut témoin de 
pluiîeurs traits femblaoles à ceux de Jac- 
ques Cuny , & de Louis PlazÀielle. 

)Le fort étant tombé fur Jean Stethlin, 
fils d'un Laboureur de la Communauté 
de Wolschwiller j tous les garçons du 
même lieu demandèrent à tirer une fe** 
conde ^ois , en criant : » qu'il n etoit pas 
ji jufte que Jean Stethlin , qui ayoit déjà 
»y fervi le Roi pendant 7 atis , & qui auroit 
9» été difpenfé du tirage s'il en avoir parlé , 
9> fut milicien pour eux y qu'ils deman* 
•9 doient à tirer de nouveau <'• Us tirèrent 



541 Bienfaisance 

en effet une féconde fois , après avoir 
renvoyé Jean Scechlin , que le fort rem* 
plaça par Nicolas Scheclin. 

Parmi les garçons de la Communauté 
de Hemersdorf qui tiroient la milice , il 
fe trouva deux frères , Xavier , & Jean 
Rofsbourger. L'aîné perdit au fort ^ le cadet 
pifia le Commi(Iaire de le recevoir a ià 
place. Alors il s éleva entre les deux frères 
un combat qui attendrit tous les fpeâa- 
teurs. Lorfque luh fe mettoit fous la toife , 
l'autre le repoufToit , Se cherchoit à prendre 
fa place. Ils foUicitoient la préférence avec 
une égale vfvacité , lorfque le Commidâire^ 
pour terminer cette difpure touchante » 
décida que celui qui auroit perdu au forr, de- 
voir refter milicien. >> Je ne dirai pas, ajoute 
» M. Hell , combien le cadet parut affligé 
» de cène décifion. Sa générofité n'étoit 
•» pas la première impuuîon d une vive 
99 compafEon ; elle écoit TefFet du pur amour 
M fraternel : en voici la preuve « . 

Quelques heures après le tirage y le jeune 
homme revint trouver le Commiflàire 
pour fe faire infcrire au lieu 3c place da 
nommé Jean Weldi , Milicien i>our la 
Communauté de Carfparch , difànt qu'il 
ne vouloit pas vivre fans foa frère. 



Fjlakçoise. 143 



Uke jeune PrincelTe qui appartient i, 
la Maifon la plus aueufte 8c la plus bien* 
fàifance , avoit i loo liv. à employer dans 
un domino ^ pour une fète dont elle devoir 
faire rornement Se les honneurs. Dans une 
circonftance fi brillante , fon-rœur plus 
noble par fes fentimens généreux » que par 
l'éclat de fa naiflànce , eut le courage de 
ne choifir qu'un domino de 300 liv. & 
de donner 900 liv. aux jpauvres 6c aux mal* 
heureux. Tant d'humanité & de^ fenfibilité 
au milieu d'attraits fi attrayans pour la jeu- 
nèfle Se pour la beauté > paroîcra fans doute 
l'efFort héroïque de la vertu. 



EXTRAIT d*une Lettre d'un Gentilhomme 

* Breton. 

s9 Un Reâeur , ou Curé de Bretagne; 
s» efl: devenu vCulti vateur , fans cefler de 
)> remplit les devoirs de fon état , & a 
» trouvé le moyen de faire pafler fon fu- 
» perdu entre les mains des pauvres , en 
>• détruifant la fainéantife dans fa Pa- 
ît roifle. 11 y a une Lande très-vafte Se très** 



^ 



\ 



544 BlCKfAISAlICE 

99 proche da' Bourg. La partie qui en eft 
s» la plus voifine, appanient à un -Gentil- 
„ homme , Seigneur aune portion du lieu \ 
9) elle contient environ 7 e arpens ; ils s'ar« 
99 rangèrent enfemble il y a 4 ans , pour 
9» la défricher. Le Gentilhomme qui de- 
99 meure toujours Propriétaire ^ s'obligea 
9) de faire conftruire une maifon , & de 
99 faire faire les foifés néceflaires pour la 
99 clôture. Le Reâeur s'obligea de ion côté 
99 à défricher & cultiver le terrain , à con^ 
99 dition d'en avoir l'ufufruit pendant fx 
99 vie. La maifon flit conftruite , & les 
99 fodés furent faits. Le Redeur commença 
M le défrichement , & fit travailler avec 
99 tant de vivacité , qu'il fema en 17(^8 
9> 3 arpens. Il fit de plus des prairies arti- 
99 ficielies d'une grande étendue , de fone 
99 que le peu qui reftoit à défricher , a dû 
9> 1 être cette année. Cette entreprife a fans 
9} doute beaucoup coupé au Gentilhomme 
«> & au Reâeur ; mais ils ont eu la fatis* 
9> fadion d'occuper les pauvres de leur 
9) Paroifle , & de leur avoir procuré la 
9> fubfiftance dans des années très- dures. Le 
9> Propriétaire fera fans doute dédommagé 
91 de it^ dépenfes , par le bon état où il 
9> trouvera les terres à la fin de l'ufufruit ; 
99 & il eft à défirer que le Reâeur le foit 
99 également des fiennes par de bonnes ré" 
y* coites. Il avoit cueilli d excellent bled en 



Françoise. 54J 

*> i7(>7 ; & il a lieu d'en efpérer bien da- 
99 vantage les années fuivantes. Il eft intel- 
37 ligenc & bon cultivateur j il connoît le 
» fol de la terre ,&* y faitrjèmer le grain 
» qui lui convient. 11 cultive à moins de 
>» frais qu'on ne; le fait dans ce pays-ci ; 
99 il fe fert de charrues différentes , il em- 
93 ploie la herfe , le rouleau , & laboure 
a> en planches , fes labours font plus unis 
>• & plus propres , de forte que fon exemple 
99 pourra être auffi utile au public , que fes 
» dépenfes l'ont été aux pauvres «. 
, , Le fage Reéteur de Pleftan ^ & M* de 
Xramain , voilà les noms illuftres de ces 
. généreux Bienfaiteurs de l'humanité. L'Au- 
teur des Ephémérides du Citoyen qui nous 
a fourni cette lettre dans fôn Ouvrage , 
iniifte de la manière la plus intérellante fur 

* un fi bel exemple-, qu'il propofe à l'imi- 
tation des riches &c des Grands dans leurs 
Domaines. » L aumône , dit l'Auteur Ci- 
>>.toyen. , eft toujours une aétion louable 
>» en elle-même ; mais l'entreprife d'un 
V travail produâif qui fait gagner aux hom- 
»>.mè$ que l'on veut foutenir , l'argent 
>>. qu'on leur eût fans cela donné gra- 

\ »> "tuitement , eft incomparablement plus 

• >> louable «♦. 

Tom. IL M m 






54^ Bl.BM^AlSANCl 



". ^F l 



\ 



On avoic 4^endtt ^ciennemenc ea 
Dannetnarclc aw E(rwge» d aborder dâos 
rifle de LiiUnd^ |K)iy: j porter des marchais 
difes i ii leui: érpic auw défendu de pèchef 
aux environs 4^ c^ttQ lue. Cette demute 
défenfe ^yant été levée , des Càkifiens allé» 
rent à U pecH^ de la matue; tnais un gioi 
tems }es ay^t pqrtés dans Liflande y ils ne 
réfiftèrent pas a l'envie d'y aborder 8c d> 
faire la contrebande. On les arrêta , on fit 
leur procès , 8c ils fisrent coodanmés fui- 
yant la Loi 'y ils en appellèrent au Roi , dont 
la bienfaiiaticc^ , la juitice 8c rhumanitéiont 
û recofmiies dans toute T&irope. Le Monar-r 
que donna d'abord la grâce aux priibnmecs 
François, il leuf fit rendre ce qu^oa avoît 
iàiii éc les fitreconduire« Enfoite examin»! 
la loi , il la jugea trop févète & rabolit. 

Ce trait de bienfaifance publié avec. le- 
çonnoiflànce Par les Calaifieos mêmes qiu 
en ^vqient été l'objet , fat l'eprésTentié dans 
un tableau expofé dans une fète que le Prin- 
ce de Ctoy donna lors du iejour que Je Roi 
de Pannei:narck fit à Calais pour fe rendre 
en Angleterre. 

Ce même Prince étant revenu à Calais 
pour fe rendre à Paris , reçut un placée 
d*un Déferteur qui imploroit fa médiation. 



F R A N'Ç O 1 « E. J47 

AuiC^côc le premier tfu^ay^menc 4a Mo- 
narqae foi: de Êiire p^rnr «n Coutrier pouc 
Verfailleç demander la gfaa^ d<^ ce mal- 
heureux , & il eue le plaific d^ U lui faire 
annoncer.' L'hérokTtiie d'un .grand c<fcut 
cônHile à fecourir rbumanii^. 

Chriftian VII > à Texemple de Pierre le 
Grand & de Chriftine , voyagea en Philo- 
fophe à lage de k^ ans. Ce Prince» pen- 
dant fon fejour en France, prit beaucoup 
d'incércc aux talens , aux Arcs , aux Speâra^*» 
clés, aux mœurs des François qui le virent 
avec tranfport & avec admiration. 

L'Académie Royale de Peinture & de 
$culpture eut lavantiige de recevoir la vi- 
fSxQ de ce Monarque. Le Marquis de Ma- 
rigny croit à h tète des Prpfeàeurs 9c de$ 
Acadéniiçiens. ; : les Elèves rafig4$ autouc 
dés modèles poCé^: en grpuppe , fireni: voie 
ime ^aiulaûoti qui fuc remarquer & louée 
pat ce Prince amateur » éclairé & protec- 
teur bienfaifant des Arts» Comme M. de 
Marigny nommoit Se préfentoiç les Anifte» 
de cette Académie , ce Monarque eut la 
l^nté de Tinterrompre en difant ; » je fais 
99 que cette Académie eft remplie d'hom^ 
9p mes diftingués , dont les talens & le$ 
» noms font répandus dans toute l'Europe «. 

S. M. Danoife, fenfible au vrai mérite 
6c aux talens diftingués « manda un des 
jpurs du mois de Novei^bre auprès de fa 

Mm i 






548 Bienfaisance 

perfonne ùné vingtaine des principaux Sça- 
Vans de h Capitale } entré autres , MM, 
de Mairan, d'Alembert, Saurin, Marmon- 
tel i la Condamine , Diderot, Hèlvetius & 
l'Abbé <le Condillac , avec chacun defquels 
elle s'entretint furlps ouvrages qu'ils avoienc 
mis au jour. 



<s 



n 



Extrait d'un Lcttn <f Ambotfc ^ en 

datç du.ioAoûu 

... ^ 

Un pauvre Cultivateur -eft mort dans 
ce pays après une maladie Àt trois joars^ i{ 
a lâiifè une femme dans la misère avec' 
quatre- enfans eh bas âge. Cette femme 
tombe malade peu de tems après, & -fuit- 
ion époux au tombeau* La famille s'aflem* 
ble ic fe partage les tr(>i$ enfans les pius^ 
âgés ; mais periônne ne veut fe chaiget da< 

auatrième âgé de 4 mois. On députe un 
es parens pour aller confatter un Ecclé" 
iîaftique vertueux qui , dans un Châreair 
voifiuj préfidoit à 1 éducation de deux en- 
&ns, auxquels un père éclairé, "rempli de 
teligion , demeurant à' Earis, n'a pas voulu 
laiiler refpirer l'air dangereux de la Capi- 
tale, L'Eccléfîaftique ne voit d'autre reflburcé 
que d'envoyer le malheureux orphelin à 



F R A N Ç O I s H. 549 

l'Hotel-Dieu de Blois , ou aux Enfaiis-Trour 
vez de Tours; mais l'un des Elèves âgé 
d environ i z ans , témoin de la' confuita- 
tiop & de 'la réponfe ^ s'écrie : »? Je me 
a> charge. de l'enfant; allons le voir «. Son 
Inftituteur lui repréfente pour l'éprouver , 
que fes moyens ne pourront fuffire à la dé- 
penfe , & que d'aille^irs M. fon père eft 
déjà accablé d'une multitude de pauvres. 
» Quoi , mon bon Maître , répondit -il 
" avec vivacité' , ce Laboureur qui vient 
»> vous confulter avec la plus grande con-^ 
»a fiance , & qui peut à peine faite vivre une 
» mère infirme , trouve dans fa misère des 
j> refiburçes pour fe charger d'un de ces 
9> malheureux orphelins ; &c moi > fils d'un 
i> père riche, je ne trou verois pas pour fe- 
a> courir ce petit enfant encore plus infor- 
» tuné ? Je facrifierai avec la plus grande 
9> fatisfaâion tous mes menus plaifirs , &' JQ 
»> démanderai i mon papa une culture pouc 
. »? fournir aux befoins du petit innocent ; 
>> partons pour raffixrer au plus vite fa fe- 
j> mille «. On court aufli-tôt , on arrive à 
la cabanne, on trouve l'enfant, qui par une 
forte d'inftinâ; , ferable reconnoîcre fon 
bienfaiteur en tendant vers lui fes petits 
bras ; il le careflTe , on eût dit que le Ciel le 
lui défignoit. Le jeune homme l'embrafiTe 
avec tranfport , & dit aux plus proches pa- 
rens : «N'ayez plus d'inquiétude fur cet 

M m 3 



! 



55^ BlEUfAlSANGE 

»9 enfant , je m*en charge , il eft à moi , 
M cherchez une bonne nourrice le plus prè^ 
» que vous pourrez du Château » je veux 
f> être à portée de veiller à fe$ befoins c. 

Pepms ce tems^là c^^bùA jeune homme 
n'eft occupé dans fes récréations que de fon 
cher enfant qu'il appelle fon fils j il entre 
dans le détail de to^t ce qui lui eft nécef- 
ikire , Se le lui fournit avec une joie exrrè- 
me , c'eft^li fa grande récréation après Té- 
tude. Que ne ooit*on . pas attendre d un 
jeune homme (i bien né ? il fera furement 
digne de, fon père que Ion peut ^ppeller 
le modèle de la bienfaiiàncd. 



Daks la Séahce publique de TAcadé- 
tnié de Dijon ^ tenue le 7 4'Aouc, M« 
Af^et y Secrétaire , tthnonça qu^ pour âug<« 
mencer l'utilité de PËcôle de Deffin éca^ 
btie pat Us foins de MM. l«s Elus de la 
Province , M. Legouat d-e Gerhui , AciAc- 
micien honoraire , avoir remis trob mé- 
dailles pour être diftribuées aux Elèves de 
cette Ecole i une d'or, une de vermeil & 
une d'argent. 



Il 



F R A N Ç I s F* .551 



^rf^»^— ^*»— HÉ»— «■— ^rfr 



ssââfrl^ 



. Louii Mangenot , Chanoine du Tem- 

[ pie ^ né à Pâtis , écoit neveu du célèbre Pa-» 
\ laprac. Il avoir reçu de la narurô le goûr 6c 
le calenr de la pocfie légère de déliçare. Au 
feul récir de quelque rrair d'humaniré , fa 
fendbiliré fe tnanifeftoir par des larmes. Se 
fouvenc on Ta vu difpoier pat avance du 
révenu de fon bénéfice pour en aider des 
malheureux , &: fe merrre lui-même dans 
les embarras de Tindigence. 



4aâ£ssa=fis±9BassÉBstt 



Cl AUDF-Nicolas le Car , Ecuyer , Doc- 
teur en Médecine , Chirurgien en chef de 
FHocel-Dieu de Rouen , Lirhorômifte Pen^ 
fiontiaire de U même ville ^ Ptqfeilèur Se 
Démonftraceur Royal en Chimrgie & Ana-^ 
toniiâ V Secréraire perpétuel de F Académie 
dësl Sciôrices de Rouen , naquit à Bléràii* 
court) un des plus beaux Bourgs de France 
entre Noyon Se Coucy^ Claude fon père , 
Chirurgien » éroit Elève du célèbre Maré- 
chal 5 premier Chirurgien du Roi. Il avoit 
refîifé par attachement pour fes parefts , 
dont il étoit fils unique , des places très* 
avantageufes qu^ lui offroit M. Maréchal ^ 
itiais qui Tauroient éloigné de fa famille. 

M m 4 



55^ Bienfaisance 

Son fils , non moins zèle Patriote , mar- 
cha fur (es traces. En 175) il fixa fa réfî^ 
dence à Rouen ^ en ii 7 3 <^ il établie une 
Ecole publique de Chirurgie & d*Anaco- 
mie. La plus grande partie de Tamphichéa • 
tre fut conftruite à fes dépens. Il y profeflfà 
ces deux arts à fes frais Se fans aucune ré- 
compenfe pendant i o à 1 1 ans , au bouc 
defquels il obtint une penfion du Roi fur 
les oétrois de la Ville. 

En raflfemblant chez lui les Amateurs & 
les Sçavans les plus diftîngués , il devint » 
fant y penfer, le f<^ndateur d'une 3o-:iété 
Littéraire qui eft aujourd'hui Académie, 
& dont il hit ènfuite Secrétaire. 

Le Parlement de cette Ville , pour re- 
connoître le zèle & la générofité de ce ref- 
peârable Citoyen dans ces divers établiffe- 
mens., lui accorda une gratification an- 
nuelle de 1 000 liv. pendant quelques an-^ 
nées. 

En 1740 le célèbre de-, la Peyronie le 
prelTa vivement de quitter la ville de Rouen 
& lui offrit à Paris un établiflement des 
plus avantageux , ne lui diffimulant pas 
qu'il avoit fur lui les plus grandes vues. Mal- 
gré les inftances que ne dédaignèrent pas 
d'employer les premiers Magiftrats du Par- 
lement i & celles de fes Concitoyens les 
plus dîftingués, de Rpuen; Ton attachement 
a fes devoirs à l'Hôtel-Dieu > l'intérêt qu'il 



Françoise. 555 

prenoitaux Ecoles publiques & particuliè- 
res qu il avoit fondées , à la Société Aca- 
démique dont il étoit rinftituteu^j fa re- 
connoifïànce pouf les diftindions flatteu- 
fes dont l'avoit honoré la Ville qu'il s'agif- 
foic d'abandonner, enfin fon defintérefle- 
inent lui firent refufer la fortune évidente 
qui lui étoit offerte. 

En 1741 il contribua à procurer à Rouen 
1 etabliflement ,d'un Ecole de Deffin , en 

frétant fon amphithéâtre à M. Défcamp , 
eintre Flamand , pour y raflembler, les 
Elèves; 

11 ouvrit en 174^ un Cours public de 
Phyfîque expérimentale quil continua tou- 
jours depuis , fans que fes Cours ordinai- 
resj de Chirurgie & d'Aiiatomie en fuflent 
dérangés. 

Il fonda en 1749 j Prix d'Anatomie. 
, Madame le Cat , digne par fes vertus Se 
fon mérite de féconder les vue^ patrioti- 
ques de fon mari , fourniflfoit les Prix des 
Elèves de TEcole de Deffin. 

^ Au Printems de 1755 ^^ ^^?^ appelle à 
Lille & dans les Pays-Bas , pqur rendre la 
vue à plufieurs perfonnes du premier rang, 
affligées de la cataraâe. Il y fut accueilli 
avec la. plus grande di(lin£tion par les Mà- 
giftrats de cette' Ville , & fit dans ce voyage 
des cures furprenantés. En 1759 le Roi fit 
augmenter fa penfion y 8c lui arfura,fa vie 



554 Bl£NFAISAKCE 

durant, ks appointemens qail avoir i 
PHÔtel-Dieu. 

Etifiii comblé de gloite ; mais épuifé de 
veilles & de £itigues , ce généreux Cicoyen 
termina fa carrière âgé de près de 6 S ans. 
On doit i la piété conjugale de favenueufe 
époufe , Ie$ renfeignemens qui dnc fervi de 
matière à cet éloge. 



«B 



Lettre â t Auteur du Mercure , iattt ic 
Bayeux le, ii Mars. 

n Je crdirois manquer aux devoirs de la 
» Société , fi je n'avois pas l'honneur de 
a VOUS propofer de rehdre public par votre 
*i Mercure , une aâe de générofité auquel le 
» tirage de là Milice vient de donner liea 
» dans la ville de Bayeux. 

»> Un Bourgeois ,. nommé Potier , de la 
» Paroide de Saint- Vigqr-le-Petit , aflltjecci 
» par l'Ordonnance i tirer pour la milice > 
n venoit de perdre ùl femme en couches 
»i &c Peufant ; fon frère , exempt du tirage 
»> par fa qualité d'Ecolier » ne voulut pas 
M louffrir que ledit Potier , dé|a pénétré 
•»^ de chagrin des deux pertes qu'il venoit 
» de faire , eût encore celui de arer pour la 
- milice. U fe préfenta au CommifTaire - 



V 



F R A N Ç O I S E. 555 

99 pour en courir les rifques à fa place ; 
n mais les autres garçons dé la Paroiflfe 
>» couchés d'un fî cendre 8c fi noble pro- 
9> cédé y dlfp^nsèrenc les deux frères de 
»9 cirer «. 



Ui^E de cd$ femmes dd^ltiées i tranf- 
poner les ptôvifîoAs de la Hàllé dsttii les 
grandes tAziCôtts de là Cdpifâte , fervôic 
d'habitude THôtel d un. dé nos Princes» 
Prêce d'accoucher , le bèfoin & la ncceffité 
lui firent continuer fôn feifvké jufqu'au der- 
iïiér moment. Elle ^attive ^il effet le 1 9 
juin chargée à THôtel , & fijtptifé tout- 
à-coup par les douleurs. Lu Prince averti 
de cet événement , mande fon Chirurgien-' 
Accoucheur , fait préparer 6c baifiner un 
Ik pour cette pauvre remme qui accouche 
de trois en^ns. Il donne Tes ordres poui: 
procurer tous tes fecours que lui inlpire 
fa tendre & généreufe bien£iifance 5 fait 
acheter troi» layettes pour les trois enfans 
dont il veut bien k cféclarer le protefteur. 
Quel bonheur pour cette pauvre mère [ 
Quel trait de bonté 8c d'humanité de h 
parc du Prince ù digae 4^ nos éloges ! 






55^ Bienfaisance^ 



JoSEPH-Nicoks de Lîfle , né â Paris , k 
rendit célèbre dans i'Âftronomie. Agé de 
près de 70 ans , lorfque fes forces com- 
mencèrent i diminuer fenfiblemenc , il fe 
retira en 176^ i l'Abbaye de Sainte-Gene- 
viève. Son revenu qui étoit plus que fuffi- 
fant pour fes befoins , ^ant de près de 
8000 liv. de rente , étoit partasé avec les 
pauvres. 11 alloit vifiter les malades , fài- 
loit des penfîons , payoit des loyers.; il 
faifoit tout cela avec une profufion Se une 
facilité dont on abufoit fouvent, mais donc 
il ne fe repentoit jamais , lors même qu il 
sëtoit remfé le nécellaire. 



Un Chanoine de la Cathédrale de Toul, 
diftingué par fon mérite » pat fes talens 
pour la Chaire , & par TOraifon funèbre 
du Dauphin qu'il prononça dans le tems , 
ayant appris 1 état malheureux de la Picac- i 
die par fa difette des bléds , confacra une ^ 

{»artie des revenus d'un Pfieûté , à fouia^er | 
es pauvres , & et;L ordonna la diftribution ' 
félon le befoin de chaque famille» 



il 



Franco 



I s c. 



517 



r 

Antoine de Parcieux , de l'Académie 
Royale des Sciences , na^quic à Clotec de 
C ejflbux ^UT le Gardon , Paroifle de Pierre- 
IMâle^dans le Diocèfe d'Uzès. L'envie di& 
s'inilruite fit fa fortune ; & l'on n'apprit 
qu'il avoit reçu les premières inftruâions à 
Portes & à Saint-Florent , Villages voifins 
du CIotet*Ce0bux , que par la. fondation 
qu'il fit avant*^ de mourir , de quelque prix 
ça bons livres pour les /Ecoles de cette 
Paroiflè* Cet établilTement eft un témoi- 
gnage (ignalé de fa gratitude & de fa bien- 
raifance.^ ~ . 

Paris doit conferver pour la mémoire 
de cet excellent Citoyen » une vénération 

Îiarticttlière* Sans aucunes vues d'ambition ^ 
ans aucun intérêt , il dirigeoït fes recher* 
ches^& fes expériences vers tout ce qui pou^ 
voi^ intéreffer les habitans de cette ville 
Jihmenfe , foit pomr prévenir les inonda- 
tions , foit pour amener à Paris les eaUx 
de la rîvièrç d'Yvette. 

Il aimoit à faire le bien fsms prétention., 
"fan« fafte , fans éclat* Son teftament eft 
encore un monument 'de' fa gloire & de 
ia vertu. Sa bienfaifance y éclate de la 
manière la plus noble , quoiqae . reflferrée 
dans les limites étroites d'une fortune 



très-médiocre. U laifle peu de bien 4 Ces 
parens ^ mais foo exemple 0c Teftime po- 
olique font lear héritage. 



Lb fieuc Pierre Jacques Meflé de Grand- 
clos , Négociant à Saint *- Malo , très-re- 
nommé dans le Commerce , fiic annobli 
cette année par Letcfies-Patentes du Roi , 
en conféquence de U promefle faire par 
S. M. dans TArrèt de fon Confeil du 50 
Odobre y de donner tous les ans des lettres 
de ndbleite i deux Négocians en gros qui ie 
feront diftingués dans leur pro&ffîon. 

Frahç^i^ Bppcber , premier Peinore da 
Koi , né i Pftrii > fut un d^s El^es du 
célèbre le Moine. Ami de U jeuneffe , il 
éroit foavenc entouré de jeunes Attiftes 
auxquels il prodiguoic fes foins les plus 
aife^^ueux* Noble ^ défintéeeiTé , il enri- 
çhi({bit fe$ tmïs à fes dépens , en leur aban- 
donnant gratuitement ce qu'ils paroiCoieac 
d^Hre? 4^ fes Ouyragei U mourut âgé de 
$4 ans , apf ^ avoir recoipmandé i fa femme 
de donnet à M* Poidbnnier l'aîné , fon 
Médecin & fon ami j le derniec des ta^ 
bleaax auquel il avoir travaillé. 

La défiance de foirmème > & le refped 



Françoise. 551^ 

pour Ids hommes célèbres , font 1q caraétère 
diftih^if des vr^^i^ (aienSt Oti préfencoic 
un jour à M. Boucher un tableau de 1 im«* 
mortel le Moine. L'Amateur à qui il appar*- 
tenoit , avoit fait pour lui donner un pen- 
dant , ajouter des rallonges à ce tableau* 
Il prioit M. Boucher de le remplir. >» Je 
»» m'en garderai bien , répondit le modefte 
«> Ârtifte 'y de tels Ouvrages font pour moi 
M des vafes facrés \ je craindrois de les pro«> 
» faner en y ponant la main x*. Belle rece^ 
nue & digne d'un grand homme I 



Mlle Guimard , célèbre Danfèufe d^ 
rOpéra y édifia le public par un Ade 
fignalé de bienfaifance. S'étant préfentée 
au Curé de Saint-Euftache , elle le pria 
de lui donner la lifte des plus indiens 8c 
des plus inforranés de fa Paroifle* Dès 
qu'elle l'eut obtenue , elle] alla elle-même 
jufques dans les greniers , diftiibuer de fa 
propre main plus de 900 liVn < 

Lb Gouvetnement érigea cette année i 
Nanterre , dans le Collège tenu par les 
Chanoines Réguliers de Samte-Géneviève , 
une Ecole de Mathématiques , où l'on 
n'admet que des Gentilshommes qui fe 
deftinent a entrer dans le Corps du Génie. 



5^0 Bienfaisance 

On fixa à 14 ou 30 au plus le nombre 
des Elères , pour chacun defquels la pen* 
fion eft de xooo liv. 



L E Jeudi 1 5 de Février > on donna un 
grand Concert dans la gallecie de la Reine 
au Palais des Tuileries. Ce Concert s'exé- 
cuta au profit àts Ecoles Royales graruires 
de Dedin , avec la permiffion du Miniftte 
du Département , & des Dire6l:eurs du 
Concert fpirituel , qui fe ptctèreot avec 
plailîr à des vues il menfaifatites. 

}A. Gaviniez , auffi connu par fon dé/în- 
térelTenieht que par fes rares talens , animé 
d*un zèle vraiment patriotique y raÛembla 
un très grand nombre de Muficiena célè- 
bres qur fe firent honneur de fuivre fon 
exemple ,^ & de le féconder. 

Mlle Fel , recommandable .par les qua- 
lités eftimables du* cœur , autant que par 
la beauté de fa voix & par le goût de ion 
chant ; MM. le Gros , Durand , Du- 
Dort , Bezozzy , & beaucoup d'autres célè- 
bres Artiftes , s'emprefsèrent de contribuer 
^ cette aûion généreufe", & à la perfec- 
tion de ce Concert. 

A ce trait de bien^ifan'ce nous en ajou- 
terons un autre de M. le Comte , Vinai- 

gner 



François b. : yift 

gdet du Roi » qui donna dans le mèm^ 
temps 3000 iiv. aux Ecoles gratuites. 



Les Habitons de la Ville de Saint* 
Quentin , touchés de la misère que le haut 
prix du bled faifoit éprouver à une partie 
de leurs concitoyens , firent un Règlement 
bien propre à exciter l'émulation des autres 
Villes & fioufgs du Royaume > où la difett^ 
fe fait fentir. Le' Chapitre, TEtat-Mafor^ 
le Corps Municipal > les Négocians , toutes 
les Communautés fe taxèrent volontaire^- 
ment à une aumône extraordinaire, defti^ 
née au foulagement des malheureux. On 
diftribue chaque femaine 800 pains de 
huit livres, & 1 00 1. d'argent ; par ce moyen» 
il n'y a pas un mendiant dans, les rues. Les 
pauvres afTurés de leur fubfiftance , tra** 
vaillent chez eux ,; & ajoutent le produit 
de leur main-d'œuvre au nécelTaire , qui 
leur eft fourni gratuitement» 

L'année précédente , les mêmes befoîns 
exiftoient ; on fit pendant 4 mois les mêmes 
charités avec le même fuccès. . 



MM. les Adminiftrateurs du Collège 4e 
la Ville de Beauvais » formèren^c dans un^ 
Tom. II. N n 




.Salle de leur Collège, nn commencement 
de KUiochèf]tte. lu (e oropôfenc d'ajouter 
à leurs premières libératicés , & de ponec 
cet écabliflement auffi Icnn qu'il leur fera 
po(Gble« Déjà ils comptent un nombre aflez 
confidérable de bon^ livres que les Ci- 
toyen» ofit ffawfh i levtr exemple. Les 
Darnes Beauv^ibnes , aetoutuRTees ï ne 
point eéder vM hommes en matière d'utt- 
lité générale » fe fig^lèrenc en cette 
fencontre. 

< L'Abbé )<follet donna fés Otrvra^es ï 
la Bibliothèque , comme un g^ ae /es 
fentimens pour le CoU^ de fa Patrie , 
dsaa lecjuel il a étudié. Cet homme célèbre, 
iié à Pm:>pré , E^cèfe de Nojron , fût 
bientôt connu. La Renommée porta la 
léputation juf(uies dans les Pays Etrangers, 
Il fut appelle a Turin par fe Roi de ^ir- 
daigne » pour Êdre un Cours de Phyfîqpe 
Expérimentale devant le Duc de Savoie. 
Le Roi en fut fi fatisÊdt y qu'il voulut que 
tous les inftrumens de TAbbé NoUet de^ 
meuraffent à fUniverfité de Torinr , pour 

Setpétuer les lumières que venoit d y repan- 
re ce célèbre Phyficien. 
En 1774 , il eut l'honneur de faire un 
Cours en préfence de M. le Dauphin. En 
1757 , il reçut le brevet de Maître de 
Pliyfique & d Hiftoire Nararelle de» Enfans 
de France 9. & fiit nommé Profçflèar de 



r 



F R ▲ H Ç O I s i. ]ff| 

VhyGqjâù dts Elèves de l'AniUérie 8c én- 
Génie établis à la Fère ^ & en 17^1. > il 
obtinc le même titre pour TEcale et Mé-» 
zières. Louis XV fonda une Chaire au 
Collège de Navarre y & y nomma ce grand 
homme* 

Il ne fai&ic pa$ un feul voyage à la 

Fère ^ où fes fondrions le i;ondttifotent f oas^ 

les ans , fans fe détourner au retour ^ pour 

aller pafifer Qoelque^ |oucs avec , ùt faitiiilile » 

à kqueUe il miloir ae$ mar^^îtei tôenxielles 

dte ii tendreitô & de ia bienÊiîÊuice* Il 

ii*étoit paSi mente néceflaire de lui appar-^^ 

tenir pour éftomtt h borné die (on cmu. 

On a trouve dans (es pdpiersl d^» (cKcr^ piif 

leiauellês on le remti^cioît de ioRimes co»^ 

iiidetablea qiu'it atok dbànée^^ & dont oft. 

n'avoir nttlle çQimoiftknce* Ons faiit .mèio^ 

qu'il avoit fait quelques voyages feul , ôc 

avec le plfis grand feeret* Ces kttres ont 

trahi fa modeftie & donné la clef de ces 

«yftcfieufés abfehcet» 

L E Roi ayaiit Gti^i » 5 d'Avril lé ma^ 
riage du Duc à^ Charttes avec MIU de 
Penthièvce 5 il fut célébré en pcéfence; de 
S* M* 6c des Pt:ittces da^Sang ». pir.Je 
ÇSratid' Aumônier, del SfSiK9 y dans h 
Çhaoelle.d^ Yerfâilles. Cdî. à ceteà occâi» 
• Nn a* 



5^4 BllKFÀTSAKCK 

Bon que les Ducs d*Orléans & de Pen-À. 
thièvce firent répandre dans les Terres de 
leurs ^^paiiages, des fommes confidérabies* 



» 



Lis RecevéïKS-G^éraux des Finances 
donnèrent on exemple de patriocifme digne 
d admiration. Ayant fu que le Miniftre 
avoir befo&i d'une fomme pour des opé^- 
rations relatives à l'économie générale^ 
ils arrêtèrent dans tme Âflèmblée d'en- 
voyer c^rir au Contrôleur-Général y 7 mit* 
lions 200 mille livres. Le Miniftre fenfible 
â cette démarche ^ les fit affurer qu'il ne 
k laiflèroit pas ignorer au Roi. En accep- 
tant leur onre > il leur défigna un objec 
qui devoit les remplir dans un an» 



^ 



M. Verton de la Mortière qui comman^ , 
doit cette année Tartillerie du Camp de 
Compiègne , repréfenta au Miniftre de la 
Guerre qu'il ne pouvoir accepter le grade 
de Brigadier dont S. M. venoit de l'hono^ 
rer , a moins qu't>n ne l'accordât égale- 
ment à quatre de fes camarades plus anciens 




- F R A H Ç 0:i S t.r ^ 'jj^j 

OÙ fut exprimée cette piomefle ; enfprte 

Sue, fans rien perdre des bienfaits du 
Loi, il fe concilia leftiniie & l'amitié de 
€on Corps* 



S. M. accorda des Lettres de nobtellè au 
fieur Abraham Poupart , Seigneur & Baron 
d» Neuflifle , en coniidéranon de la per- 
feâion à laquelle il a porté la Fabrique de 
les Draps à Sedan , & de retendue du 
Cmnmc^ce qu'U en a. Eût» « 



IL*ÂcÀ.PEH.iE des Sciences de Lyon 
annonça dans fa Séance du X9 Août y que 
le £eur Poutèau fils ^ Chirurgien , ion 
Aflbcié , avoit remis une £^mmè, de 600 
YxY. Prix deftiné i rAuteur q^i traiteroit 
le xxûeux les caufes. do. vica cahcéreuXi. 



aessssrii 



: ÏRAnçois de Chevert, jié à Verdun- 
fur-Meufe , embraflà dès l'enfance le parti 
jdes armes. Une étude profonde de la Tac* 
tique , un amour extrême de fes devoir^ , 
un defir surent de & distinguer ; tels furent 

Nn 3 



les ptDCcâems qqi TeUlèrem i &n àviùo^ 
fûooaoïté 

Le^ficge de Pr^te commandé au mois 
de Novembre ^741 ^ par le Mauochal de 
Saxe , fit connoître le mérite & les tatens 
da brave Chevert. U mouta le premier 
à Taflàut , entra le premier dans la Ville. 
Cette edoauête due àiaValieiir , ioi mérita 
le torevet de lieutemni: d« Rai de P^a^ië* 
Il y maintint Tordiie 6c lu difciplwê taor 
ifae cette ville, deeieura iau «luvw 4fcf 
JFttn^ok Bieniik ^k Ait ^êgée fw k$ 
Autrichiens , qui , jtie|>oovtot Iz f Cf û hm d e&é 
fe contentèrent de la bloquer. PreflS par 
la famine & par une armée nombreu/e 
qui entretenoit des intelligences avec les 
Habitans , il fongea à en lortir , en obte- 
nant' les conditions lés dU»s .feivorables."Ce 
grahd homme ,n^ vo^Unt lalÏÏçr qtie des 
traces honorables du Èjour des f rauçois jfe 
des' Alliés dans Prague 3 exigea qjrfon W 
tetpitt deux canons a^x armes db i*Emjper 
teiit Châiles Vil ; menaçant de n*entendre 
à aucune capitulation ; h on les lui refîi' 
foit. Il les obtînt irBrîes êïivoya à S. M, 1. 
LAuteur écrivit à ce fujet au Maréchal 
de S«41e-Me ^tnc? tetfte d^fe ée foytcFort 

^ w Je fms tfès-fenime il l^cttenn^i qa'a 
» eti^ ^ Bng^dier ÇheVè^ de demander 
f> les îdêux fw^ de càiiei^ ji ^ees itte'feifii 



F n A «I ç iO' I s #r^ :: |i^ 

W^lâû&r de l'en remercier de^ ^a put /M 
»» jde lui dire que je ferai <:kumc de liiî 
j» en marquer ma facisfadion. Vpus A^vesi 
9» .que j'ai toujours hea^couc^ eftimé.<:ec 
99 Officier qui s'eft diftmgue dans -coïKe» 
19 jes occafions , & paiicicttlièreoleoi i U 
9» priie de Prague » ce qui m'avoic enga^ 
^ a 1« nommer mon Lieucenanc dai>s oetce 
•»r Ville. Il s'eft comporté dans fesibn^ons 
i^avec cane de fermeté. ^ de prudence âc 
f> d'efpric » de ccmçiliadon & .de juitice » 
•• qu'il s'eft attiré la confiance- 4e moi 
99 wjecs. J'attends que vous foyez ki s fOur 
H voir ce qui lui tera plus de plàUî& Sur 
9» ce > je prie Dieu , Sec. <^ 

Après ces exploits, il paflâ en Italier^ 
où Ion courage éprouva les plt^ grands 
4<iAgers. Le Prince de Conti qui h'oublioii; 
de. palier que de lai-nsieme dans les rela^ 
tÂçâs qu'il envpyoîfÇ au Koi de fes vicr 
tpires y lui imndo!»: ; «» la bravoure Se la 
9^ préfeace dVfpric de M^ de Cheverc on£ 

99 principalement décidé de l'avantage «<•. 
£kvé au grade de Lieuit^enant'KSéaécal » 
il conmbua beaucoup au Aiccès de la M* 
£ÙUe 4'Haftembeck gs^enée par le Maréchal 
d'Bftrées. La vidoire de Luppelbecg fut ea 
partie £>n ouvrage. Sa conduite^ dans cettt 
fournée mit le comble à fa ^oire# Le Rsi 
4ei Pologne lui écrivit une lettre pleine 
4*^Qges 9 en lui envoyant le$ manqua de 

Nn 4 



$69 B I B K y A I $ A M e E 

jOxdre Royal Ae l*Aîgle blanc ^ avise feu 
portrait dans une boite d*or enrichie de 
diamans : 

' 9t M* le Lieatenant-Gcnétal de Ghevert ; 
mon fils , le Comte de Lafàce , ne nùt 
n point laiQé imorer la part que vous aves 
9> eue au gain de la bataille de Lutzelbetg^ * 
I» ni les attentions que vous avez eues pour 
m lui dans toutes les occasions , & fur-toac 
»9 à cette journée » en lui procurant 4'koa- 
» neur de contribuer à la tète d*un Corps 
m de mon Infanterie ^ i la gloire des armes 
>»da Roi très-Chtétien. Cette heureuse 
m nouvelle eft la plus xremfolapte que je 
' n puisi recevoir. Je ùss combien on doit 
» dans cette citconftance à votre expérience» 
» i votre valeur, & d la fupériorite de tous 
4» vos talens miliuires. Je nai p^â vocilu 
» voulu dîfiférer i vous faire êètrè lettre , 
s» &c à!f joindre une marque de monî^Aime 
9» & de ma bienveiUènee ta- plus- partir 
u cuttère «« A Varfovid le la rïovembre 
1758. 

M. dit Guefclin , Evoque de Cahots , 
le pria avec inftànce' de- prendre fon neveu 
pour Aide-de^Camp » défirant que le pré*- 
cieux 'irdecton de ce grand m& vertueux 
Connétable . n'appBt point à d'antre Ecole 
le mérier dé la guerre. Auffi eft-il à remar^ 
quer que tous fes Aides -de <» Camp font 
aujourd'hui des militaires de h, première 
diftinâion. 



F R A lï Ç O I S £• 5tfj 

. Dans les préparatifs d'une aétioti^ , fur- 
tout lorfqu'U dévoie répondre du fuccès ^ 
Tiinpétuobté de fon cara&ère navôit point 
de bornes^ mais il fembloit que Le feu qui 
couloic dans fes veines , n'avoit fermenté 
que pour fe rendre au^^dehors > & fe corn* 
muniquer à tout ce qui devoit lui obéir. 
Tranquille , & Tefprit toujours préfent pen- 
dant laâion, il donnait les ordres les plus 
nets: & les plus précis. 

Avant lâ&meufe bataille d'Haftembeck, 
le Marquis de Bréhant qui avoir toute la 
valeur & la noble franchife de l'ancienne 
Chevalerie , vint trouver M* de Chevert. 
M Bréhant , lui dit ce grand homme d'une 
j>: voix animée , & le regardant fixement ^ 
9* jurez-moi foi de Chevalier , ^ue vous 
>> & tout le Régiment de Picardie > vous 
» vous feres tuer jufquau dernier , plutôt 
M que de reculer. Je vous donnerai l-exem-» 
3> plôt;-^ Je le. )ure ,:xépondit le Marquis 
9s aunair:& d!un tonqm cendoientle fer-* 
9> .ment fuperilu ce. Jamais engagemens réci<^ 
pcôques ne furent mieux* gardes. - 

Les Officiers du même Régiment firent 

ÎBÎer: M* de Chevert de prendre fa cuiralfe^ 
I répond , en montrant ries Grenadiers^ ^: 
••f Et ces brave» gens-lienont'-îls. ?.<<.-«*- On 
liii vient dire qu'il n'y a plus de poudre i 
9»'Nous avons ) dit-il , des bayonnettes €% 
La véritable valeur ^ uwjoùrs^ prudent» 



}70 BllVFAIS'AKCB 

Se meùuic » ne dcmae nai aa reflèncimdic ; 
i l'eftîaie des limauDes , i la gloice perfoin 
Délie 'y mais elle tend uniquemcAt an bien 

Eublic , i la gkmie de PEcat , & aa bon* 
eur de rhumaaicé. Ceft i ces traits Yiaî^ 
mwt héraiqats qa on doit recontioîere M. 
de Çfaevien : jce boive & géaéteax gueccier ^ 
dans l'afEûre i. jaaiab mémorable de la 
Ville de Soëft ^ qm avoic mécké de fiibîf 
les chacimens les plus £hrères » duc Ion iàliit 
i la clémeace & à la modéiaôoii de fim 
vàtoooeur. 

M* de Chevecc étoic campé avec oa 
C!oi|»s de ^ooo hommes i pea de xiiâEanoe 
die cette VtUe > Jorfqtt'il appât que les 
eaofioais s'avaoçotaitauiioraDce de xaood 
hommet vetts mi* Piiuc éviter deae iurr 
pris , il fit prendre les^urmes à fes troupes, 
ic pafla la mât aa Bivouac* Le lendemaîa 
de grand matin id «avo]fa {>b(îeacs pa« 
fromlles ikr le pand xhemia de lipftsul ^ 
par où aai3ireUfiDieac:les ennemis auroieni 
dû paflèr. Ces|DLtrouilles n'ayanr rien ren» 
contré , on quittait les arçies , lodqu'ieB 
effet cmr MfiHerçut ks ennemis qui avaient 
fait dans la nak ixfi jgrand détear pour ùm* 
prendre ce ^Corps. On étoit de|a à ont 
pôttée de-: &£i, on £e dé£endoit vigoareo^ 
lenpieni ^, lot&uioa vit: ciaicemenc qaoïi 
aUoit être aa:at>lé pat le noœ^bre , Se qu'tt 
a*3était pas poffiUe 4^ iréfiflei;' 



s.. 

!• R A N.Ç O I S Et 571 

Le Cofps de M. de Gheverc voulez fe 

jétter dans la Ville ^ loais les HaHkans lui 

fermèrent les portes. Cette reâbacce ayant 

nianqué., il s'agiâoit de ie défendre ea 

ie repliant pett^-peu. Le terrein qui étok 

encre la ViHe;&€e Corps ^ ièrtonya oocupe 

par les Hanoviietts , auxquels les Habitans 

ouvrireot les pones» Noa^cont^m de nous 

avoir r^ufë i'rentcée dans Socft ^ les kabî** 

•xstis /eureoc U 'Cmauté de barrer 8c d'ean 

hufs^Skr: 4^.ru^ » Pçhk re&snî^r les equi*^ 

pf^ges-que Jiovs y avions ., de cwper les 

larecs dp jy^ dû^vaiix dans las icuries , de 

^Aisœer .^ d^ tj^er t^ïnos croupes, dexci^ 

xer Tmaen^i à maffç^tu les Eranjois qu'ils 

^M^oUm retenus^prifonniers ; ed6n d appoS' 

xêr des Q9td$s fM^ {ifindtre'qttelqttivs VaLers , 

Jikdidangers > 8c Viy!an<tiecs du Corps d^ 

AI.' de Cb#v6rt» qiû.^voî^Bt été pris par 

les Hudàsds. Telle écok la fiii^ur de lear 

baîi^e içoMre les 1?fiançiû0S4.i?9ai$ ^^ote inhu- 

mwAfé a>^ dfjrak pas ^içiftec : kkig - cenips 

Q^^uf^ f^rs après j. Ti^nemi ayant 
-is^bdlHlQUdé ik Ville. , les François y ren- 
4lèr^ti|C«. iPac^i^ leÎK de la ^la^erre , SocD: 
?djevpk ffreitédoife en cendres ^ n>;^is nqs 
2^9^2^: François avoiient d'autres leçoâ^ 

d'humanité à donner à leurs ennemis. M« 
r^ Oievert iè .contenta; d'^xigefr de cette 

Ville So niillions de concribuÂon » payables 



57^ B I I N F A I s A N C £ 

en quatre jours. A la vérité , cette fbmmi 
fiit exigée fans aucun ménagement ^ mea- 
blés , vaifTelle , bagues & joyaux- de fem- 
mes , on enleva tout pour comjpletter h 
fomme. Dès le premier Noveoibre , jour 
où Ton devoir payer la troifième partie, 
on apporta Targenterie & les vafes ikcrés 
des Eglifes j cepiendant la moitié ~<ie h 
contribution n'étoit pas encore fournie. On 
ne cedbit d'en prefler le paiement par les 
menaces les plus terribles. Les principaux 
Habitons étoient en prifbn ; les plus cou- 
pables craignoient pour leur vie , ou du 
moins pour leurs maifons qu'on devoir 
rafer. On n*écoutc^t ni leurs ibumiffions , 
-ni leurs prières. Enfin le ^de Novembre, 

Î*our marqué pour J'exécution des menaces » 
orfque ces miférables Habitans s^attenr 
doient à la jùfte repréClille de leurs cruau- 
tés, M. de Gbevert leur fit grâce , leur 
remit la moitié de l'impofidon ; bien plus, 
les força de reprendre 1 argenterie des E^ 
fes , en leur faifant entendre que les Fran^ 
• {ois: ne fe dé^hotioroient point dans leur 
vengeance , 6c <ju ils remettroient même 
^ les diamans & les autres effets non-mon" 
^ noyés. Rien de plus atejendrif&llr que les 
^ larmes de recorinoiflànce Se de joie de ces 
malheureux Citoyens. 

Elevé bin des Cours , 8c formé iam 
^ les Camps 9 il joignoit aux talens du Géoé- 



. y la droiture & la firwchife d'un Cher 
lier François, & les vertus d'un Citoyen, 
idolâcroic fa patrie & fon Prince. Rempli 
^ zèle pour la gloire du Roi » de reconr 
nCCance pour fes bienfaits , d'amour & de 
ipeâ: pour fa perfonne facrée , il ne fé 
ppelloit point fans attendri(Ièment y Se 
:uoic paye de fon fang le mot que S. Mi» 
ac la bonté de lui dire en prenant congé » 
près une longue maladie qui avoit retardé 
on dépan : » je voudrpis vous donner des 
I ailes «• 



O N doit regarder comme une . perte 

Î biblique la mort d'un Citoyen bienfai-*. 
ant y & telle eft celle que fit cette année 
la Capitalei par la mort du Chevalier de *** 
û digne de nos éloges 6c de nos regrets. 
Une jufte reconnomànce m'engage, par^ 
ticulièrement à rendre hommage à fy 
mémoire. 

Ce généreux Chevalier, ne s'occupa route 
la vie qu'à foulager les malheureiox dans 
l'indieence & l'humanité foufFrante ,.par des 
remèdes qu'il leur donnoit gratuitenient. 
Arrachant au vice & à la proftitution de 
jeunes filles fans reffource .& ians appui , 
il s'en déclarait le père & li&- Proteâeur. 
U en plaçait un grand nombre d^âç^ d^ 



\ 



J74 B t n K t  T s A w t: E 
Couvent^ pour y recevoir nne éducadon 
chrécieime , & fouîager leur fânattle. JoaiC 
iknc de h cottfiance h. {rfus inrime du pre- 
mier Pdtoar de fa Capitale , de ce Prélae 
fi refpeâable par fes verras & fâ hicrSi- 
Éuice , il écoit le caïial des gjraces du Pon- 
tife l 8c rÂgeitc de fes bonnes oeuvres. 
' Eâtre mil^ craies incâreâàns fie Joama-' 
fiers , noasr ttoos comenterdns de cirer 

celui-ci. 

Par-tour oâ le gèiéteux Clhevafiec ^voît 
qtfil y avoir des malheureux, il «Y rranf- 

Sortoir. Averri qu'une famille entière ré- 
uire i la misère la plus extrême , cachoit 
fes malheurs Se fes larmes dans le réduit 
le plus obfcur; il y voîeaaffi-tôt. Efany la 
cramte d'être furpits , cts inforfemés fe 
barricadoient & n'ouvroient i, perfonne- 
Le Chevalier ftapge; xxnt voii i demi-mou- 
nuite demande qui ce petrt-êfre. -^ » Aihi . 
f» répond le Chevalier ; avec ce ton qui wf- 
pire b. confiance; — Ami ! reprend b 
» voix ; hélas ! des Amis ; qu'il en eft peir\ 
fi de vrais & fincères. — Ovcncz , repanit 
* le Chevalier ; foyez fur de trouver car 
h moi un Ami vérîtaWe <*. La porre s o»- 
vre ; deux jeunes filles prefqûe nuei s'en* 
fiiyent dans le réduit le pm^ obfcur , fe 
ferrant Tune cTôntre l'autre, pour mieax: 
cacher à fes yeui ce qu'exîgèbt lar 'pudeur 
ôc lamodeffife. n Ne vous âfhytz pdiat. 



François e» 57J 

n mes Hûfans j leur crie avec borné le gé^* 
u néreux Chtvsiitt 5 |e viens ici dans tm.-^ 
» cencion 'de^ voils êtr4^ unU : El vous , 
^ Madame , dh-ill k ittè^e » oà eft vo»e 
I» maîti ^ -^ P^efqoe âuâi niid m.é ce^ en^ 
I» faas, xépcMidr cet cd mare <léfo«^e , & feen 
n lement eduvett d^usie nfrui^^iiffe redbi^ 
91 eotce ; U fof r C0tt^ les; \om$ dib <]fiâtre 
I» hevit» dtf ma(M poctf fa^b^efirtri fio^îbe«-^ 
* foins ^ £c ne «encre que lorfane k nait 
» eft a^smcée ^r ^- Apvè9 f>ki»ebfi» infet^^ 
mations fi^ qvie^ae foalàgatiénr ifx%\ leur 
donne 5 le Cheralier l!ofr^ teixr pi^ofnettanr 
les fecours les plus prompts & \esf ptu^ 
efficaces \ ce qu'il exécuta. Le Chevalier 
plaça tràs-arvsmageufement le père de cette 
Famille informnée , homme rempli de ta- 
lent , & le mit en état de procttrçr à fa 
femme ic i fes ea&As ttne nocmèté fubr 
fiftance. 

Ce généreor Qtoyea ^dk chez htt une 
petite Pharmacie pour les pauvres malades 
qui venoient immorer ià Dten£ti£uice. 



^ 



MAïuE-Hélèfie Deimoctes, plus connife 
fous le nom de lamocte, Aâarice de tan 
Comédie FrançcMife ^ tnoar ut i Pari$ âgée 
de i^5 ansk U» momenc de fenfibilité peu 
léflédaie, vui égasemenr qu'eUeie repsocha 



57^ Bienfaisance 
foutent y lui fit embrafTec fore jeune uti^ 
Profefldon pour laquelle elle n écoit pas nèe< 
Reçue à la Troupe du Roi & jouidàmt 
de l'aifance que donnent les taletxs , elle 
trouva dans les peines & dans Tinforcune 
où fa n^ère & la fceur étoient plongées , 
une occafion de recouvrer ce qu elle pou* 
voit avoir perdu de Teftime de fa famille » 
& fe livra toute entière aux charmes de la 
tiuiiftifini r 1 f vingt tlernières années 
de fa vie ne furent qu un tiflu de foins ten^ 
dres & fuivis pour le bonheur de ùt mère > 
le foutien de là fœur & de fa nombreofe 
Êimille. 



FRANçois-Âuguftin-Paradis de Moncrif , 
né à Paris , parvint par fon efprit 8c par 
fon mérite littéraire » a tous les honneurs 
auxquels puiflè atteindre un Homme de 
lettres. Nommé i la place de Le£beur de la 
Reine , il fut bientôt mériter la confiance 
Se même Tamitié de cette Âugofte Prinr 
ceffè. 

L ufage qu'il fit de fa fortune 6c de fa 
reconnoiflance » juftifie là bienveillance de 
fes Proteâeurs. Malgré Tartachemenr qu'il 
devoit aux bontés dont k Reine Thono- 
roit ; ce fut à fes genoux qu'il , courut de- 
:9iandçr la grâce, m fui vre dans fon exU.le. 

Comte 



Françoi se. 577 

fûotnte d'Argerifon, Peliflbn & lui font leis 
ieiils Littératçurs Courtifans qui ayeht rif- 
qué de déplairez Se de fe perdre par une 
conduite donc la Cour fournie (i peu d'er 
xemples. Tous les facrifices que Moncrif 
vouloir faire , ne furent point acceptés j 
mais il fut un de ceux à qui Ton permit 
d'aller cous les ans témoigner fa reconnoif- 
fànce à TilluAre exilé, qui ne perdit rien 
de la haute conddération ou U avoit tou- 
jours été , &. dans laquelle il eft mort. 

» L'ame de Moncrif étoit , comme die 
9> Montagne , une des meilleures Pièces de 
»9 fa naturelle condition «• Une Lettre qu'il 
écrivit à M. Duclos , fon Confrère & fon 
Ami , fur la Bienfaifance , nous trace Yl^ 
mage de fon cœur. Il y repou({e loin de 
lui ces cris fl fouvent répètes par bien des 
gens contre de prétendus ingrats , dpnt ils 
ne font pas dignes d'avoir à fe plaindre. II 
ne, voit & ne vçut voir ^de prix dans 1^ 
bienfait, que le bienfait même. £n efïet;» 
cet homme que la fortune & le grand 
mpade n avpient pu gâter , ne vit jamais 
dans fon aifance rien de plus fatisfaifanc , 
que les moyens qu elle lui procuroit d*çtre 
utile. 

Nous citerons ici la Lettre d'un Mili- 
taire fon Aitii , auffi connu par fa bravoure , 
que par fon amour pour les Arts : 

3> C'était un honnête homm^ , un hom« 
Tom. llf O \ 



y 



57I BlÊKFAlSAItCE 

n me hannêce , un bon Citoyen , un bon 
» Ami , un bon Parent, at^tés rares dans 
» ce fiècle. li éleiroit, il fontenoîc de pMi- 
vres Parens ^ qui ne rou^ilbient pas des 
n bienfaits dont il les cdmbloit ; il n en 
» parloir jamais lui-mime ; & cette géné- 
s9 rofité feroit ignorée fans leur reconnût ^ 
)> fance. Jamais il n'a cdnnn un preflant be^ 
M ibin y qull ne s'en foit fait un plus firefldnt 
» encore de le foulager* Quaiît à fes Amis 
9» p^ticuliers, fon plus grand bonheur étMt 
n de leur rendre ferrice $ quané il appre- 
»> noir pouvoir leur être utile \ un phis grand 
M bonbeur encore étoil de les prévémr. Per- 
»> fonne n'obligeoit comme lui \ il eut pref- 
» que fait foubaiter d'être malheureux, pom 
>> atbir à ie Vanrer de fes fecours^ <u 

Nous ajouterons à ces traits , que M. de 
Mencrif avoit un Domeftique digne de 
lui , auquel il laifToit toujours une lomme 
d'argent , dont il faifof t ^ fans încérêr y la 
diftribtttîoiiaux malheureux qui recduroienc 
à lui. 

C'eft aînfi que cet Hottime illuftre , fi 
cher à Thumanité: parvint à l'âge ée 83 ans 
voici rE|iitaphe que lUi fit M. de la Place , 
fon Âmi. : 

Des moears dignes de Page d'oc y 

Ami (ur ^ auteur agréable , 

Cigit , qui vieux eomme Ndk>r » 

Fut moin^ bavard & plus aimable; 



F R A 1^ ç o I s i« J79 

ji î€ N É s 1770. 

f 

L E 1 5 Avril , le Comte de Nouilles , 
nommé par k koi pour aller fur la fcon- 
rière recevoir Madame la future Dauphine, 
prit congé de Sa Majefté de de la Famille 
Royale.Ge Seigneur , en recevait dès itmins 
du Prince de SÉaremberç 5 Cômniiflaire de 
Leurs Majeftcslhïpériaïes Se Royales, la 
jeune Princeffif^ prononça ce Difcôurs, 
auffi pathétique qu'ingénieux. 

» La Comttiiffion honorable que le Roi , 
9f mon Maître , à bien voulu mt Confier , 
9i met le conible à la reconnoiffahce que 
»> je dois à fes borités. 11 ne manque à mon 
» bonheur qnef de t*ôùVoir peindire fidèle- 
9> ment à Madame là Daupnine lés fenti- 
»* mens de Sa Maj^é, & tocft fon em- 
9> f^reflfemeht de là voir bientôt partager fâ 
M^^énkkeflè avec fon Âugufte Famille. La 
»# Nation, dont je fuis également Tlntet- 
» prête, foupiroit après rhéurèux inftant 
;fi qui annonce â deux griands Empires H 
^> perpétuité de leur bonheur , en aflTurant 
3i aux deux pluS' anciennies Ma:ifon$ de TU- 
9x hivers , h, durée des nosuds qui les unif- 
«j^fent : qpe ne'devbns-nous^ "pas çf|Jétet 
^ d'un^ Prmeé^^étetéé aux vertus par une 
»r Aui:afte mèt^/, Mgïôite de fon ieté , SC 
>rle modète cdéStjRobV Formée parade fi^ 

O o X 



jSo BllKFAlSAHtB 

» grands exemples, Madame la Dauphine 
n trouvera dans la félicité dont elle jouira, 
» rheureux gage de celle qu'elle doit pro- 
n carer à la France «. 

Le* mariage de l-Archiduckeflè Ahtoi* 
nette ayoit été célébré à Bruxelles de Ja 
manière la plus noble Se la plus élégance 
par le Baron de Bon, Miniftre Plénipoten* 
tiaire de Sa Majefté Très-Chrétienne. L'on 
commença par des aumônes, que ce Mi- 
niftre fit diftribuer aux . Pauvres des fepc 
ParoiiTes de la Ville. 

Le Roi étant informé d0 la marche de 
Madame la Dauphine , partit de Verfailles 
le X ^ de ce mois , vers midi , avec M. le 
Dauphin , Mef dames Adélaïde , Viâoire 
& Sophie « pour fe rendre à Compiegne , 
où il reçut le foir èit% nouvelles de Tarrivée 
de cette PrincefTe à SoifTons* Le lendemsùn 
Sa Majefté , accompagnée de fon Augufte. 
Famille , alla au«devant^>ile jufqu au pont 
de Berne , iitué dans la forêt de Compie-^. 
gne. Lpriquç la Dauphine apperçut le,Roi , 
elle^defceiidit de carrQ0è , & marcha au* 
devant de rSa Majefté , ayant auprès d'EUe 
le Comte de SauU-Tayafines , fon Che- 
valier d'h9nneur ^ & le. Comte de Teflc, 
fon^prenifie^^ Ëcuy.err^-qui^lul donnoient la. 
main. Elle .étoit accomg;ignée de la Corn- 
tetTe de Nçaiiles, de;UMarqmfe de Duras , 
de la Ducl>Wle de Peçqo^^ , de la-Mar-; 



"" F R A NÇ OIS B. 581 

«uife de Tavannes , & de toutes les per- 
sonnes que le Roi avoit nommées pour 
l'aller recevoir fur la frontière. Cette Frin- 
cefle étant arrivée auprès du Roi , qui étoît 
defcendu de fon carrofle , fe jetta à fes 
pieds. Sa Majefté la releva ; & après lavoir 
-«mbraflee avec beaucoup de tendrelFe, lui 
préfenta le Dauphin, qui Tembrafla, 
~ Les fix Corps des Marchands de la Ville 
de Paris , voulant célébrer , par un adte de 
' bienfaifance , le mariage du Dauphin , fe 
tranfportèrent le 17 de Mai dans les Pri- 
■fons, & délivrèrent toutes les perfonnes 
détenues faute de payement des mois de 
nourrice , & firent célébrer une MelTe fo- 
lemnelle dans i'Eglife Royale & Paroi0iale 
de Saint-Germain-l'Auxerrois. 

Dès les premiers pas que Madame la 
Dauphine fit fur les terres de France, cette 
Princefle put reconnoître les fentimens que 
fa préfence faifoit naître dans le cœur des 
François. L'empreiTement que chacun avait 
de la voir , exciré d abord par la curiofité ^ 
fit bientôt place à l'admiration fincère des 
rares qualités qui brillent dans- fa perfonne. 
Les grâces naturelles qui accompagnent 
routes fes aâions , une gaité douce , une 
affabilité ma|eftueafe lui gagnèrent dès les 
premiers inlbins les cœurs de toas les P]eu- 
pies , qui lui donnèrent des témoignages 
éclatans de' \t\xt joie dans tous les lieux de 
' - . Oo 5 



5S£ BlENFAlSAKCE 

ion paflàge. UallégrefTe publique qui avoir 
^compagne cette Princefle fur fa route, 
redoubla à fa première entrevue avec le Roi 
& la Faoïille Royale. Le tendre refoeâ avec 
lequel Madame la Daupbine aborda & 
Majefté y Se h fatisÉb£kioti qui bôUoit dans 
les yeux du tendre Monarque Çc du Dau* ' 
phin , formèrent un fp^âbacle bien touchant 
pour une Nation, dont le premier fenti- 
ment eft l'amour de fes Rois. Le mariage 
du Dauphin fe fit à Versailles le 1 6 de Mai. 

Cojpie de la Lettre de P Impératrice Reine au 

Dauphin. 

ip Votre Epoufe , mon cher Dauphin » 

V vient d^ fe fcparer de moii Comme elle 
« faifoit mes. délices , j efoère qu elle fera 
s> votre bojibeur. Je lai élevée en confé- 
9> queace > parce que depuis Ipng-tems , je 

V prévoyois qu elle devoir partager vos def- 
nùnéM* Je luiaiinfpiré Tamour de fes de- 
m vairs envers vous , uni tendre anachement 
%j à votre Perfonne , Tattention à imaginer 
»>& i mtttK en prarique les moyens de 
» vous plaire. Je lui ai toujours recommandé 
3» avec DeaucQUp de foin tuae tendre dcvo- 
i> tioii envers le Maître des Rpis , perfua- 
M dée qu'on fait mal le bonheur des Peuples 
«} qui nbuft font conâ^ > quand on manqae 
131 envers celui qui brij& les Sceptres & ren- 
vverfe W Trônes comme il loi plaic Ai- 
» me^^donc vos. devoirs envers Dieu j /e 



F R A N Ç a I s B, 581 

9> VOUS le dis , mon ch^r Dauphin , & je le 
>»xlis à ma fille ^ aimez le bien des Peuples ^ 
»* ùiv lefquel^ vous régnerez toii jours trop 
?>rôt. Aimçzle Roi, vorr^ Aïeul j foyez 
|5 bon comme lui ; rendez-vous acceflîble 
99 aux. malheureux : il eft impoflible gu'en 
« vous conduiiant ainfi , vous n'ayez le bonr 
33 heur en partage* Ma aile vous aimera ^ 
fy j'en fuis fûre , parce que je la connois ; 
ï> mais plus je vous réponds de fon amour 
39 & de fes foins ^ Se plus je vous recom- 
3> mande de lui vouer le plus fincère atta.- 
M cbement. Adieu , mon cher Dauphin , 
»> foyez heurci^x ;Je fuis baignée de larmes <»• 
Le feu d'artince de Patis , à roccafioti 
des réjouiÛànces du mariage , réufGt très* 
bien; mais l'empreflèoient de le voir cauf^ 
toutes fortes d'accidens. Madame la Daur 
phine ^ Mefdames qui vinrent à minuit 
pour voir l'effet des illuminations , s'en rer 
tournèrent fans paflèr par la place , fur ce 
qu'on leur dit une partie du défaftre dont 
on étoit occupé. On ne peut exprimer la 
douleur que cet événement caufa ai^ Roi » 
à la Famille Royale & à toute la Cour, 
Loui^^le' Bien aimé dit 4 ce fu jet >» que la 
w fête devant être pour fon Peuple , il eût 
j> été elTentiel de prendre les n^efures né* 
»i ceffaires pour mettre f:^ vie en fureté <*. 
î-ouis X Vl , alors Dauphin , donna à cette 
occafion une marque à jamais mémorable 

Oo 4 



594 BiekfaxsAkce 
de la bonté 8c de la fenfibilicé de (on cœor. 
Inftruit des malheurs arrivés dans un jour 
confacré à la joie , que fon mariage infpi- 
roic à tous les François, ayant reçu le len- 
demain lés ^ooo liv. que Sa. Majefté lui 
aflignoit par mois pour fes menus plaifirs » 
les envoya i M. de Sartine , alors Lieute- 
nant-Général de Police , avec la lettre fui- 
•vante , écrite de fa propre main » en dare 
du preinier Juin. 

)> J'ai appris les malheurs arrivés i Paris 
M à mon occasion : j'en fuis pénétré* On 
>y m'apporte ce que le Roi me donne tous 
)> les mois pour mes menus plaifirs. Je ne 
j> puis difpofer que de cela : je vous l'en- 
•j» voie ; fecourez les plus malheureux. J'ai , 
-Êf Monfieur , beaucoup d'eftime pour vous. 
3i Signé. Louis- Auguste <«. 

L'exemple de générofité que le Dauphin 
& la Dauphine donnèrent à l'occadon de 
ce malheureux événement , fut fuivi par la 
Famille Royale. Madame Adélaïde fit 
écrire à M. de Sartine , pour qu'il lui en- 
voyât l'état des Familles les plus malheu- 
f eufes , afin d'être à portée de pourvoir i 
leurs befoins. De plus , ces divers exemples 
refpeélables furent imités par plufieurs Ci- 
toyens , dont deux firent remettre au même 
Magiftrat; l'un , la fomrtje de 5000 liv. & 
l'autre de 1 200 liv. , & le prièrent en même- 
tems de rie point chercher à les connoître. 



3 



F R A N Ç O I S B« 585 / 

L'on cita beaucoup de traits de courage, de 
force & de magnanimité qui eurent lieu 
dans cette nuit fatale, pour fauver ou pour 
iecourir des malheureux qui péridbient. 

Le Curé & les Mareuilliers de la Pa- 
roiffe de la Mâgdelaine de la Ville-rEvêque 
firent célébrer le i j de Juin un fervice 
fblemncl pour le repos des âmes des cent - 
trente-deux perfonnes trouvées mortes dans 
la rue Royale lors du défaftre. Le Curé 
renvoya à M, de Sartine les vingt-cinq louis 
u*il lui avoit envoyés pour Tinhumation 
e ces cadavres & pour le fervice ; il de- 
manda feulement que cet argent fut appli- 
qué aux Pauvres de fa Paroifle. 

Les Fermiers-Généraux. , les Receveurs 
des Finances & les Adminiftrateurs des 
Portes , envoyèrent de grofles fommes pour 
fecourir les malheureufes Familles de ceux 
qui avoient péri. Un grand nombre de Ci- 
toyens adrelsèrent à M. l'Archevêque leurs 
charités pour le même objet. 

Là cherté des grains qu'on éprouvoit 
cette année dans une partie de l'Auvergne, 
détermina les Villes de Saint-Flour & d'Au- 
rillac à convertit la fomme deftinée à des 
réjouiflances publiques pour le mariage du 
Dauphin , en une diftribution gratuite 8c 
publique de grains aux perfonnes indigen- 
tes. Les ptmcipaux Habitans de ces Villes 



j94 Bienfaisance 

$ ecoîent cottifés pour cet z6te de bîaiËa- 
iance. 



, CfiST dans Us calamités » taat publiques 
que particulières , que la ertndeac d'âme 
ôc l'amour pour le prochain le ^b<ic le mieux 
connoîrre. 

Le Curé d'un Village près de Bordeaux 
étoit dans cette dernière Ville > lorique 
toute la campagne fut inondée* Son pre- 
mier foin fut de voler au fecoars de fes 
ouailles. Le moyen de les rejoindre ! Une 
mer immenfe le féparoit de fon troupeau. 
A laide d'une lunette d'approcbe » il yoit 
les maifbns du Village fuomergées , Se les 
malheureux H^itans qui s'étoient réfugies 
fur les toîcs. Il offre aufli-tot a 5 louis à 
celui qui voudra les fauver , & les coufîgne. 
Un homme part dans fa barque ^ maïs 
revient bientôt faifi d'effroi & étonné du 
danger. «« Quoi ! dit le Curé d'un toii i 
»» amollir le coeur le plus dut > Quoi ! mon 
«• ami j vous abandonnez vos frères ! «>• 
Rejetant auflirtôt toute iàé^ de danger , 
il fauté lui*pmème dans la barque, en dilant : 
9% Aucun ne veut de mes 15 Ipuis ; j'irai 
.*» feul , puifque perfo^ne ne daigne m'ac- 
i>»:Compagn$r «• Il fe mettoit en devoir de 
partir, lorfquun autre homme encouragé 



F R A N Ç O I s Eli • 587 

èr par Texemple de ce généreux Pafteur , fe 
préiênte. Ils vont tous les deux au Village, 
y chargent 97 » tant hommes que femmes 

* & enfans , & ont le bonheuf de les iauver ; 
le (urplus étoît noyé. 



^aBwmmBBmtBmmta^ 



On reçut de pluiîeurs endroits de la 
Province de Guyenne , des détails affligeans , 
clés malheurs & des perc€[s caufés par le 
débordement des rivières. L'eau étoit mon- 
tée dans la Ville de Bordeaux, à 8 pieds. 
Plus de 80 navires qui étoient daft$4e port , 
avoient chaflfé fur leurs ancres , & furent 
apportés juf<}a a une &: deux lieues , & 
pludeurs avoient échoué. A Bayonne , une 

Î partie cooûdmble du ^ont qui ferc pour 
a communication de la Ville avec le 
Fauxbourg du Saint-Efprit , fut emporté. 
Les inondations causèrenr auffi des dom^ 
mages ti^s^oonfidérables dans l'Agénois. 

Les Maires & Echevîm de Bordeaux , 
de Bayonne , d*Agen , & de la Réole , fe 
diftinguèrent par leur «èle & par leur em- 
preflementi procurer les fecours néce^aires 
dans ces fâcneufes circonftances. On doit 
auflî des éloges à la fermeté ^ à la bonne 
conduite du fieuc de Saint^Marc, Juge de 
Layrac , & des fieurs de Guilhetn , de 
JuccaHà 9 & de Bergogné , Confeillers à 



58S B I E N Y A I s A K' C C 

la Cour des Aides de Montauban. Ces bons 
Citoyens , pour encourager les matelots de 
Layrac qui ctaignoient de s'expofer en por- 
tant du fecours aux Habitans de ce lieu, 
dont les maifons étoient fubrtiergées » mon- 
tèrent les premiers dans des barques , & 
engagèrent par leur 'exemple les matelots à 
fauver pluheurs familles qui étoient en 
danger d'être noyées. 



Dans U Paroiflè de Barfac , Teau ehrm 
dans TEglife avec tant d'abondance & de 
rapidité, que plus de 500 perfonnes furent 
obligées de fe réfugier dans la Tribune ^ 
où elles reftèreht pendant deux jours. Les 
maifons étoient prefqu'entièrement fub- 
mergées ^ & les Habitans ne durent leur 
ialut qu'au courage & à la bonne conduite 
^es matelots du lieu qui donnèrent du 
fecours à tous fans diMnâion ; 8c qui 
^ème aimèrent mieux fauver de pauvres 
familles prêtes à périr , que de recevoir 
<le l'argent que leur offroient des habitans 
plus riches , mais qui n'étoient pas dans 
un danger fi preflànt : Louis XV , inftruit 
de ce noble procédé- , donna ordre de s'in- 
former des noms de ces matelots , afin de 
les récompenfer* 



Françoise. 58) 



Parmi les Diocèfes qui ont été mal- 
traités par, rinondation de la Garonne , 
celui de Bazas eft un de ceux qui a le plus 
ToufFert. Les Curés de ce Diocèfe fe con*- 
4ui(irent dans cette occafion avec un cou- 
rage y un zèle & une charité dignes de feryic 
d'exemple. 

Le fieur Barberet , ancien Curé de Gi- 
ronde y ayant apperçu les malheureux Ha- 
bitans de Barcis , Annexe de cette Cure 5 
fur les toits de leurs maifons, où ils avoient 
pafle la nuit , expofés à la pluie , au vent , 
£c prêts à périr , engagea les Matelots à 
les fecourir ^ mais comme la rivière étoit 
dans fa plus grande force, que le vent fouf- 
floit avec impétuofité , & que la pluie tom- 
boit avec abondance , . ils refusèrent de 
s*embarquer : fur ce refus , le fieuf Barbe- 
ret fauta dans une barque 6c faifit l'aviron , 
en difant qu'il périroit plutôt que de ne 
pas fecourir fes Paroifliens. Son exemple; 
encouragea les Matelots y quatre d'entre 
eux fe joignirent à lui ; il mit [dans la bar- 
que du pain , du vin éc de l'eau de vie. Il 
traverfa. la rivière ,6c la plaine de. Barcis. à 
travers les arbres dont elle eft couverte, 
aborda aux maifQns qui font toutes àifpçx^ 
fées, re^nç 4%ns £1, banque haôimes ^ mvr 



5^0 BllNFAlSAUCK 

mes & enfans , & les ramena i Gironde au 
nombre de plus de So. 

Le (leur de Lugar, Curé de Morirés du 
même Diocèfe, montra le même zèle & la 
même charité envers fes Paroiffiens. Il vou- 
Kit que le batteau fur lequel on venoît le 
prendre , allât fecourir ceux de fes Paroif- 
fiens qui étoient en plus grand danger qae 
lui. Pendant ccr rems Teau gagna la cham- 
bre, il n'eut d'autre reflburce que de fe 
mettre fur mie fenêtre , d bà heureafement 
on vint le tirer lorfqu'il commençoir a avoir 
les pieds dans Teau. 

L'Evêqtie d'Orléans , M. de Jarente , 
inftruit par l'Ëvêque de Bazas des preuves 
de courage > de charité Se de zèle que MM. 
de Boys,Curé de Gironde,& de Lugar, Curé 
de Motirés avoient donné dans ces cruelles 
circonftances ,en rendit compte à Louis XV, 
qui toujours prêt à récompenfer Jes belles 
aâiotis , accorda à chacun de ces Curés 
1 ooo liv. de penfion , fur FEvôché de 
Rhodes* 



iltÊÉtttsataA 



mmk 



On parle audî d\m Officier de Marine 
établi auprès éé Bordeaux qui fé diftîngua 
beaucoup en fecouranr les payfans dés en^ 
virons de fa terre , 6c de quélques^ Oiltiva^ 
teurs de Médoc q^i firent 4éiârf)|ens> très» 



François i. 5^1 

nobles de n ès-courageufes ^ pour fauver en 
rabfence d'un Seigneur aimé Se bienfai- 
fanr , les meubles & les elËècs de fon Châ*- 
ceau. 

)> Ptufîeurs de nos Correfpondans» die 

>9 r Auteur des Ephémétides du Citoyen ^ fe 

.»' font empre(rés de nous donner les écclatr- 

» ciflèmens que nous avions demandés au 



increpK 

» arrivés dans le dernier débordement de la 
>f Garonne. . 

»> Cet Officier, déjà très^connu, a fervi 
y> avec beaucoup de gloire dans la dernière 
9) guerre j c'eft lui dont les gazettes ont tanç 
» parié ibus le npm du Capitaine Cornix ^ 
» & qui entre autres aâions d'éclat , a pris ,. 
ê> avec un bâtimenr inférieur en force, un, 
>• gros vaifTeau Ânglois que les papiers pu-*, 
» blics ont dit chargé de diattiaps pouf la 
>• valeur de 4 millions. 

o M« Cornix qui, comme le difent toâ* 
99 tes nos lettres j Se comme le prouvent 
» encore mieux fesaâions, joint à la valeut 
^ la plus réfléchie le zèle le plus ardent pour 
9» le Wn public & pout les chofes honnê- 
99 tes , ainâ que la modeftie la plus grande 
>9 & le défintérellement le plus rare , habite 
)»dans un petit bien qu'il a acheté à trois 
9) lieues de Boirdeaux^.iSc quil fait valoir 



59>> Bienfaisance 

f> lui-même; il y étoit lorfque le déborde- 
99 mène s eft fait fencir. Ce débordement a 
99 été Cl confidérable , qu'on dit que la d- 
w vière a monté de 30 pieds p us haut qu'en 
99 17x8 , & la violence du courant étoit û 
99 tertible , qu on aflfure que depuis Tou- 
99loure jufc^u'à Bordeaux, il a renverfé 
99 1 ^00 mailons , & qu'on voyoic la rivière 
99 couverte de cadavres , de beftiaux & dç 
99 meubles de toute efpèce, qu'elle empor- 
99 toit avec une impétuofité formidable. 

99 Les Matelots les plus courageux paJif- 
99 foient & n ofoient fe livrer à ce courant 
99 qui paroiilbit irréfiftible. M. Cornix ne 
99 pouvant réuffic à en déterminer quelques- 
99 uns à le fuivre de bonne volonté, fur ré- 
99 duit à forcer le piftolet à la main quatre 
99 des plus vigoureux de monter avec lut 
99 dans un canot qu'il tient près de fa mai' 
99 fon pour fon plaifir. Avec ce canot il eft 
99 allé fucceffivement dans toutes les mai- 
99 fons de Tifle Su-Georges , d'où il a retiré 
9» les habitans à demi-noyés & à moitié 
99 morts de frayeur. 11 les a tranfportés tous 
99 en terre ferme,, au nombre de plus de 
91 600 perfonnes de tout fexe & de tout 
9> âge , & depuis le vendredi 6 Avril j à 
99 midi , jufqu'au dimanche fuivant à pa- 
99reille heure ,.ce qui embraflfîe tout Je 
99 tems des pki^ fortes eaux , il n'a ceâe de 
9» pailer Ôc de çepaÛer la rivière i foit pour 

19 fauver 



Françoise. ^ .j9j 

99 fauver des fubfiftances à ceux qu'il avoic 
»> mis en sûreté & à ceux encore des envi- 
»ronsqui, moins menacés par les eaux^ 
39 croient en danger de périr par la faim. 
w Quoiqu'il ne ioit pas riche , c eft à fes 
99 frais qu'il a nourri pendant ce tems-là 
^ la plus grande partie de cette multitude. 

9, Le dimanche matin , moment de la 
»> plus vive force du courant, en arrivant 
» peut-être pour la cinquantième fois à 
»i rifle Saint.-Georges , il s'eft pris la main 
$9 entre la charpente d'une maifon Se le bord 
9> de fon canot 9 & s^eft démis le poignet* 
» Le bruit s'eft répandu qu'il avoit eu la 
9) main emportée , & la défolation étoic 
9> affreufe parmi le peuple qu'il avoir fa,U' 
99 vé , heureufement que l'accident n'a pas 
j0 été dangereux^ au bout de crois femaines 
99 fon poignet a été parfaitement rétabli. 

»On eftime à iiooo liv. la perte qu'il a 
99 faite par fes eranees & les bâtimens de 
9> la terme qui ont e te emportes; le peu qut 
99 en. eft refté debout; eft fi fort ébranle, 
9» ou'il faudra le rebâtir. Quant à ce qu'il a 
» dépenfé en alimens pour les malheureux 
19 qu'il fauvoit, il n'y a que lui qui le fâche* 
99 Dès que le danger, a été paffé , il s'eft 
99 retiré chez lui, s'y eft tenu conftamment 
9> renfermé , & s*èft rèfufé àf tous les applau^ 
9J diflemens de la ville de Bordeaux. Qu'il 
j»eft confolanc pour l'humanité que ce 

Tom. lU P p 



$94 BllMFAlSAKCE 

19 grand homme ibit encore dans la force 
•• de rage , & qu'on piûlTe efpérer qu'il 
» pourra fervir long-cems fit Patrie <« ! 



Madame Louife de France s'étant ren^ 
due le 1 1 d'Avril aux Carmélites de Sr.- 
Denis » déclara en arrivant qu feUe vouloic 
fe faire Religieufe , & elle renvoya la Oame 
qui Taccompaenoit avec fes équipages, en 
la chargeant de lettres pour la himî/ie 
Royale , par lefquelles elle notîfioit fa rc- 
folution. Toute ia fuite qui avoir cro n'ail- 
ler qu aux ténèbres , fonoit en larmes. 

Le lo du même mois cette Princeflè prît 
le nom de Sœur Alexb. Mefidsunes à qm 
elle écrivoit alternativement tous les )oars, 
furent incooiables d'en être féparées. L'Ar- 
chevoque de Paris mit (bus les yeux du Roi 
ce que cette Princeflè lui avoir écrit depuis 
qu'elle méditoit fon iacrifice, & ce qu'U 
répondent pour Ten détourner. Tous lec 
Prédicateurs du tems ne ceisèrent de citer 
l'exemple touchant que- cette augufte Piin*» 
celTe donna au monde Chréden. 

Le lo de Septembre fut deftiné à la 
confécramon de Madame Louife, qaî reçut 
le voile de la Religton des mains de Ma- 
dame la pauphine. 

Le fieur Pierre Martigny 8c fes AUbciés, 



R A M ç o I s £, 



n^Tfr r^ ^^' Re igieûfes , eonftni 
iïi«m i leurs frais une tribune ao-deras S* 
la grande poae & dans toute la Weur de 
ladite- ^hfejc à demeura. Les E y 
furent J^nées par billets à cinq^oufs lî 
place j & le prodmt defdits MUets^aprâ 
avoir préleva les fiais de là trîbuke S 
«-j>M â diftribuer dupain™AuVS 

Ï,VT ^^ P^""*^' ^'^^ ^ J» Pe«e que les 
jm heureux font d'une de leuw plul p„if! 
Ws refToutces , ils trouvent quelque^ de- 
aler 2^^ "" ^^'^"^' ^'^'-^-«^ 



«,„?^ T ^Pî^® *^" Royaume, le Mar- 
quis du TertaxI l^qa par fon teftaitfent une 
fomme de 4000 fîv. pour délivrer des pti- 

tT?" ?•. ,^«^5»' à foii convJi . 
après lequel il leur feroit réparri une fomme 
de tooo hv. Le Premier Préfident, Exécu- 
teur teftamentaire, propofa de joindre cette 
lomme de 1000 1. aux 4000 1. afin de déli- 
vrer plus de pnfonniers, obfervanr qu'étant 
tous de-laVille, itstfavoient pas befrati d'ar- 
gent pour s'en retourner chez eux. Le Duc 
de Coflé, héritier, oppofa qu'on ne pou- 
voir interpréter la volonté d'un Teftateur. 
que lorfqu'eUe ofifiroit un fens équivoque j 

Pp X 



f^6 Bien F A. ISAM c e 

mais qu'ici , .elle écoic trop claicement ex* 
primée pour pouvoir s'en écarter. On déii- 
vra donc y moyennant les 4000 IW»^ G^ 
pauvres détenus en prifon pour des mots 
de nourrice ; ils affiftèrent au convoi , Se 
revinrent enfuite à la maifon du défont 
poiir recevoir ce (jui leur revenoic da 
reftant du-legs. Tandis qu on faifoir ce pat'- 
tage y ils entendirent des gens d'afiaires qui 
raifonnoient fur lopinion du Premier Pré* 
ildent. Âuffi tôt les prifonniers fe rconiflênr^ 
fe concertent , & tous d'une voix unanime 
opinent à la renonciation & demandent que 
la volonté de rExécutéur teftamentaire fbit 
fuivie \ chacun rend fa part de l'argent y Sc 
avec ces 1000 liv.on délivra 11 autres pri- 
fonniers. » O peuple ! s'écrie l'Âuteui des 
9> Ephémérides du Citoyen» vous cefTez de j 
•9 i'etre après un tel aâe de vertu •« ! 






^ Le Corps de Ville 8c plufîeurs Citoyens 
diftingucs, de Lyon , firent un. fonds confia 
dérabu^. pmir faijre venir du bled par la Mé- 
duer^ra^eç., afin de contribuer à l'approvi- 
£onnemenc de cette grande Ville* 



i • • •! 












Françoise. 59^ 



<€ l l ' L .' .'-U— .^JB » 



La Société d'Agriculture , du Com- 
merce & des Arts de la Province de Bre- 
tagne, foufcri^it pour la fommede 71, y col, 
èc les Magiftrats du Parlement firent un 
fonds de 90^000 liv. , pour les confier aux \ 
Négocians qui voudroient faire venir dans 
la Province du bled étranger pour y être 
vendu publiquement avec un profit égal 
à celui que peuvent prétendre des Négo* 
cians honnêtes j lequel profit feroit diftri- 
bue en aumônes aux pauvres Invalides , ^ 
en falaire aux pauvres valides. 

Le Roi adrelFa au Parlement de Bretagne 
des Lettres-Patentes pour lui témoigner fa 
fatisfaâion de fa fouicription. 

Les Secrétaires d'Etat & le Contrôleur- 
Général y marquèrent à la Société d'Agri- 
culture la fatisfàdion du Roi de la foufcrip- 
cion de ce Corps. ' 



Claudb Péchon, âgé de j8 ans, pau- 
vre vigneron du village de' Mombré-lez- 
Rheims, & père de huit enfans , reçut chez 
lui , le 10 de Mars , un beau-frère, infirme 
& à charge à fa famille , qu'il s etoit en- 
gagé de nourrir & loger le xefte de fa vie » 

Pp 3 



jft BlXHPAISAMCS 

moyennant une donation d'un bien modi- 
que y évalué 400 liv. Le Penfionnaire tom- 
be malade le lendemain 1 1 , meurt le it , 
eft enterré le i )• Après TOffice y on fe rend 
à la cabane du déflmt : alors Claude Péchon 
témet les titres du oien quf lui avoir été 
donné ^ Se malgré les remontrances du Cuté 
Se du Notaire , il renonce à la donation , 
difànt : i> Que pour deux jours qu'il a gardé 
9> fon Penfionnaire , il ne veut pas avoir, 
93 au préjudice de fes parens, la confcienee 
99 chargée d'un bien acquis à fi bon mar^ 
j» ché «<• ^ 



sse 



La ville de Toul en Lorraine, fit une 
perte des plus affligeâmes pat la mort de 
Marguerite Contault, veuve de Jean- Fran- 
çois Gauche, Doâeuren Médecine delà 
faculté de Montpellier , & Médecin du 
Roi pour la ville de TouL Cette Dame 
étoit coufine-germaine de MM. Pagel , def- 
cendans d'un des frères de la célèbre Pucelle 
d*Orléans , dont ils portent les aVmes. 

Madame Gauche vécut peu detemsavec 
fon digne époux , égaldlnent recommanda- 
ble par fa fcience & par fes vertus^ Ils édi- 
fièrent l'un Se l'autre le lieu' de leur naifr 
fance, par une vie vraiment exemplaire^ 
Dans fon veuvage > ^le trouva de grands 



F n A N ç o I s s; 599 

fecours & de puifTances confolarîons dans 
Madache Concaulc de Saint-Remy fa mè- 
re 9 femme pleine de mérite & de verm. 
' Livrée autre&is au grand monde, donc 
çUe faifoic les délices , & par fon efprit 8c 
par les grâces de fà perfonne » Madatne 
Gaaché rompit tout d'an coup avec le fiècle , 
pour fe livrer à la retraite & aux bonnes 
œuvres. Lorfcju'pn l'engagea à entretenir fes 
connoillances Se les bonnes grâces des per* 
fpnnes confîdérables de la ville ^ qui pou- 
Toient laider à feçourir les pauvres au fer<« 
vice defquels elle s'étoit confacrée ^ elle ré- 
pondit : •> Je ferai volontiers j en cas de be^ 
9» foin, tout ce que je pourrai^ mais je crois 
fy devoir m'interdire toute vifite de cérémo- 
9% nie &d'ufagecc< 

Dès qu'elle eut fait ^vorçe avec le mon- 
de y elle s'employa au foulagement des pau- 
vres malades. Âdmife au nombre des Ua- 
mes de Charité de la Pàroiflè , elle fe char^ 
gea de la phaftnacie dans laquelle elle fe 
lie inftruire. En pilant elle-même & broyant 
les drogues , elle s'afFeâa la poitrine 8c de- 
vint aftKmatique. Elle forma un établifle- 
ment pour gouverner les pauvres malades , 
& pour inftruire les enfans. Sans toucher à 
£qs fonds , pour ne point nuire à fa famille y 
elle acheta de fes épargnes , Se des bienfaits 
de MM. Franfquin , Chanoine , Archidia- 
cre y Grande Vicaire du Diocèfe^ de M» Boor 

PP4 



'^OO BlENlFAlSANCE 

net fon Confrère, & de plufieurs antres aflo^ 
ciés à cette bonne œuvre , une maifoo où 
l'on diftribuoit des viandes aux pauvres. Se 
où Ton tenoit une école de verni 8c d^inf- 
tni6Hon pour la jeuneile. 

Cette généreufe bienfaitrice fe retira elle^ 
snème à la mort de fa mère dans cette mai- 
fon. Depuis pluCeurs années elle y vivait 
avec les Sœurs de Charité ; mais defîrant , 
avant fa mort , affurer cet établiflèmenc , 
elle foUicitoit depuis long-tems des Lernres- 
Patentes qu elle ayoit peine à obtenir. Eiie 
les obcint.eniin par le canal de M. de Bro-* 

Îuevieille, alors Supérieur du Séminaire de 
oui. À cette nouvelle , Madame Gauche 
vit tous fés vœux ôc, tous fes defirs accom^ 
plis , & ne s'occupa plus qu à fe préparer à 
fon dernier facrince. Elle tï^ourut pleine de 
bonnes œuvres , regrettée de toute fa Pro- 
vince Se de tous les pauvres , dont elle étoic 
la mère ôc le plus ferme appui, . 

Nous tirons ces particularités de M. Cher- 
rier , Chanoine Régulier de Saint-Sauveur 
en Lorraine, qui a compofé la vie manuf- 
crite de cette Dame. 



L* A u T E u R des Ephémérides du Ci- 
toyen, nous fournit une Anecdote intéref- 
fante j quia donné lieu àrl'excellent tableau 



Françoise. (Toi 

du Père de famille paralytique , foigné par 
fes enfans & peint par le célèbre Greule , 
le peintre de la Morale & de la Vertu. Voà 
aflure qu'il a puifé fon fujet dans cette fa- 
mille ^réellement exiftante. Quel modèle 
pour les pères &c les enfans allez heureux 
pour concevoir les charmes Se les douceurs 
de la vie rurale & patriarchale ! 

Fragment £unc Lettre écrite de MarfeïIUy &c* 

>> Je vais vous parler de la famille qui 
3> habite la Baftide dans laquelle notre Pa- 
»> lais eft fitué. Il y a 9 1 ans que nous avons 
>> \qs mêmes Fermiers. Le grand-papa a 9 5 
>s ans & 4 fils faits comme des Hercules , 
jj mariés tous les 4, & qui ont chacun 7 à. 
»> 8 enfans, dont les premiers font des hom- 
»> mes. Je paflài ici il y a quatre ans ; tout 
5> cela étoit encore dans la maifon pater- 
u nelle. Tant que la mère a vécu , les 4 
» belles-filles lui obéiflbient fans réplique , 
yy & donnoient l'exemple à toute la maifon, 
»> Dès qu elle fut morte , la femme de l'aî- 
» né eut la mçme autorité , & les autres lui 
» furent également foumifes. Dans le voyage 
>> que je fis , je trouvai , en arrivant , toute 
» la famille a table» Le grand- père étoit au 
53 bout d'une table longue , & voyoit au- 
9> dellbus de lui 44 perfonnes placées par 
» degrés d'âge , &c tous fes enfans. 11 y avoic 



tfot Bienfaisance 

99 cependant encore la place d'an mouton^ 
99 auffi haut que la table , qui avoic la tète 
9) fur les genoux du bon patriarche. Le 
» vieillard m'embraffa de joie. Tout fe dif- 
99 perfa pour l'ouvrage y & comme il ny 
99 ctoit plus propre , & qu'il ne s'éloîgnoit 
99 pas beaucoup de la maifon y toute la fa- 
M mille y tant grands que petits , demanda 
99 fa bénédidion avant de fortir. L'accord 
9' 8c la douceur des mœurs de cette famille 
9» font tels y qrfil n'arrive jamais la moin- 
99 dre querelle, pas même entre les petits, 
99 qui vont enfemble travailler à des ouvra* 
j> ges proportionnés à leurs forces ««. 

99 Le bon vieillard fe fentant affoibifr, a 
s» fait lui-même le partage de fes biens à 
99 fes 4 fils, & n'ta gardé avec loi, dans la 
9»Baftide} que l'aîné, ce qui fait encore 
99 aflèz de monde ; car il y a 8 enfàns «. 

99 Depuis , le bon papa a eu une efpèce 
99 d'attaque de paralyne , qui lui a oté l'u- 
99 fa^e oes jambes. Il eft dans fon lit , & a 
99 fait mettre dans la même chambre celai 
99 des deux derniers de fes petits-fils. Il prc- 
9» tend que les jeux de fes enfms ramu- 
99 fent. Vous ne voyez fur le vifage du ref- 
>i pedable vieillard aucune trace de cha- 
99 grin , de douleur & de malpropreté, faî- 
9> tes ordinaires de la caducité. Je lai de- 
99 mandai , fi Ton avoir bien foin de lui : — 
99 Ah ! me dit-il , en fon patois > vous ne 



Françoise. tfoj 

9> fçauriez rimaginer^ il n'y a pas jufqu'aux 
9> plus petits aui viennent dix fois par jour 
99 me demander fi j'ai befoin de quelque 
99 chofe. Quant à ceux qui font hors de la 
»9 maifon, cous les Dimanches ils viennent 
»> le voir en famille «. 

ji Le grand hiver ayant fait pérîr tous les 
9> Oliviers, on lui diminua la ferme qui fut 
)> continuée de la forte^ Douze ans après y 
>i étantyenurenouveller lebail, mon père 
5> dit qà'on n'avoit qu'à copier le précédent. 
^^ Maître, lui dit-il, les Oliviers font re- 
» venus , il faut rétablir la forme fur l'an- 
>> cien pied. — Mon père n'y fongeoit aflu- \ 
99 rément pas <*. 

n Pendant la pefte, les Fermiers d*une 
»> autre Baftide que nous avons plus ' près 
»f de Marfeille , étoient mof ts. Les Bohé- 
»3 miens s y fourèrent & brûlèrent tout. On 
9>fait la défblation où étoit alors ce pays-^ 
99 IL Le bon Fermier voyant qu'on laiflbit 
>» périr le bien de fon Maître abfent , fut 
9> a M. de Langeron j qui commandoic 
99 dans la Ville , & le pria de fiiire dé- 
» guerpir les Bohémiens , ce qui fut aufli* 
«tôt exécuté 5 puis il y établit un de fes^ 
99 amis fur la bonne foi de lun & de lau- 
99 tre , fans que perfonne leur pafsât bail. 
9» L'on en donnoit tant , difoit-il , tu en 
tf feras de même. — • Et ce dernier y eft 
$9 encore ««• 



(o4 Bienfaisance 



U N Intendant voyageoît dans fa Géaé^ 
ralité> il arrive fur le foir à une Ville ^ 
une foule de monde lattendoit fur fou 
pafliàge. Il diftingue dans la foule une jeune 
payfanne fort jolie , & la fait approcher. 
9> Bon foir mon enfant y lui dit le Ma^i£- 
i> trat «. Lajeune fille rougit. »> Vous n êtes 
»> point aum jolie fans avoir <^uelque amou« 
» reux ? — Oh ! oui , Monfeigneut, j'en ai 
99 deux« — Vous voulez fans doute vous 
SI marier. — Je le voudrois bien , Monfei- 
»> gneur. — Vous ne pouvez cependant vous 
99 marier avec tous les deux; lequel aimez-' 
9» vous le mieux ? — Tous les deux; mais 
9» je ne puis pas me marier , parce qu'ils 
» me demanaentîioo liv. & que je ne les 
»» ai pas, — Où font vos galans ? . — Ils 
étoient dans la foule des Speâateurs ; ils 
fe préfentent auflî-tôt & fe rangent du côté 
de la fille* — >> Les voici, Monfeigneur, 
» — Pour lequel vous décidez - vous mon 
>9 enfant ? — La timide Payfanne chancelle, 
les regarde tous deux, héfite ; enfin fon 
amour la décidant pour le plus joli : • Pour 
» celai-U , Monfeigneur , . en prenant fon 
ji amant par le bras» — >» J'en fuis bienaife» 
99 mon ami, vous ne demandez; que loo 1. 
»> pour cpoufer cette fille î — Hon » Mon-r 



F R A N Ç O I s I. tf05 

•» feîgneur. — Eh bien , voilà x 50 liv. fai- 
19 tes venir un Notaire pour dreflet le con- 
•f trat; je fuis charmé ae vous rendre heu- 
9> reux Tun & l'autre <^ 

Cette avancure Ci touchante pour des 
coeurs fenfibles , valut au généreux Inten- 
dant les plus vives acclamations de la parc 
iles deux amans &c de tous les Speâateurs. 

Année ly-ju 

L o u I s de Bourbon de Condé , Comte 
de Clermont, mourut à Paris , univerfelle^ 
snent regreté , âgé de 6 1 ans. 

On peut dire hautement , d'après l'Eu- 

tope entière, que la manière dont il de- 

yint Membre de l'Académie Françoife ; 

oue la démarche qu'il fit , honora tout à la 

fois ce Prince, le Corps qui en fit l'objet, 

& le Roi qui la permit. H prit féance à 

l'Académie le %6 Mars 1754; à la fin de 

la féance il reçut pour fa part quatre je* 

tons, & dit en les prenant: » Qu'il défiroit 

)> qu'il fut d'ufage de les porter à fon habit 

99 comme les ordres du Roi , qu'il s'en fe«* 

99 roit honneur <(. Paroles dignes d'être con« 

fervées dans; les faftes de l'Académie & de 

la Littérature ! Uèsfaplus cendre jeunefTe^ 

il âvoit chéri:6c£ivorifé tou« les Arts ^ mais 

Il n'en culuva que deux^ les deux Arts des 



^ . 



éoS BifiHFAISAMC B 

Héros & des Condés 9 les annes & les Ijet- 
ares. 

Rien ne peut donner ane idée plus aran* 
cageufe des calens militaires de ce Prince, 
que la pleine confiance avec laquelle le 
Maréchal de Saxe le chargeoit toujours des 
opérations les plus importantes. Il ferahloit 

3ue ce grand homme eût trouvé le génie 
ont il avoit befoin pour entendre Se fé- 
conder le fien. Dans les fanglantes joam^ 
de Raucoux & de Lawfeldt , il choifîc ie 
Comte de Clermont pour - conduire ks at- 
taques décifives* L'héritier des Coudés Sy 
comporta en Général & en Grenadier y Tin- 
uépide Maurice trembla plus d'une £ois 
pour les jours du Prince , & n'eut pas un 
moment d'inquiétude fur la Viâx>ire. 

On doit ie rappeller combien Tarmée 
Françoife avoit été afFoiblie par tous les 
excès de l'indifcipline & par les revers. La 
malheuréufe journée de Rosback lavoir 
tellement découragée que les murmures fe 
faifoient entendre de toutes parts. Dans 
cecce fituation critique , la France retrouva 
Ùl f e^Tôurce dans le Comte de Clermont. 
Il connoiflC>it l'état de l'armée , il fentit ks 
llialheurs auxquels elle alloiç êtce expofée^ 
& qu'en fe mettant à la têcê des troupes » 
il &roit .forcé à des manœuvres qui ne lui 
feroient pas le même honneur aaxx. veux dé 
la multitude , que l'éclat des batailles , âs$ 



Françoise. ^07 

vidoîres & des conquêtes. Plus généreux & 
plus grand > il ne longea qu'à fauver des 
millions de François y il accepta le corn* 
mandement & fe difpofa à partir. Il cher- 
che les fources de nos maux , les décou- 
vre, & fur-le-champ trouve les movens de 
les tarir. Il voit d'abord que le foldat ne 
recevant pas afTez de pain pour fe nourrir, 
ni afiez d'argent pour en acheter , fe trouve 
naturellement porté à fe débander & à 

Piller pour fe procurer le néceÛàire y que 
Officier qui ne veut point laidèr périr de 
misère Je foldat , eft obligé de fermer les 
yeiHt* D un autre côté il confidère Tétac 
particulier des Of&ciers , il voit que leur 
paye, qui dans des tems plus reculés leur 
donnoit de quoi s'entretenir & fubfifter 
dans les armées , ne fuffifoit plus dans ce 
tems pour le plu^ ftriâe nécenaire. 11 voie 

Sue le plus grand nombre d^entre eux ett 
écouragé & rebuté par ce malaife pénible 
ôc humiliant. Il montre au Confeil la four- 
ce de nos maux , fait preflèntir ceux qui 
peuvent en naître encore , indique les re- 
mèdes , prefTe d'y recourir Se part pour 
l'armée. 

Par une politique fage 8c louable , on 
publie de toutes parts que le traitement des 
troupes va être infiniment meilleur, que 
leur paye va être augmentée, & qu'on doit 
ces heureux changemens au Prince bien-* 
faifant qui marche pour commander k$ 



6oS BlEKFA/ISANCE 

croupes Françoifes en Âllemz^é. L'onnie 
dcûre ce Général & le reçoic enfin connue 
fon reftauraceur. 

Le Prince reconnoîc que rindifcipliûe 
étoîc pou(rée encore au-delà de ce qu'on 
lui en avoic dir^ que l'armée s*ctoit excef- 
fivement affoiblie d'elle-même , quelle 
avoic décruic elle feule coures efpèces de 
fecours & de re(Iburces, foie pour atta- 
quer , £bit pour fe défendre , foie pour fub- 
ufter , foie pour fe retirer. Il voit une mul* 
ticude de gens qui pillent , qui détrui/ènc 
également l'ami Ôc l'ennemi. L'armée eft 
au milieu d'un pays qu'elle a irriré par des 
brigandages & des concufCons ; £es enne^ 
lois viennent la combattre fur leur propre 
terrein pour délivrer & venger leur Patrie. 
Elle eft enfoncée dans un pays firoîd , an 
fort d'un hyVer rigoureux j elle a. diffipc 
les fubfiftances , détruit les chevaux ^ les 
chemins font rompus, une partie des fol* 
dacs languit dans les Hôpitaux. Vouloii 
retirer l'armée de cous ces dangers , ne point 
enrichir , ni fortifier l'ennemi de fes dé- 
pouilles, traîner avec foi les malades, les 
équipages , l'artillerie & tout l'attirail im- 
^enfe donc elle eft furchargée , l'encreprife 
paroiiroic des plus difficiles. 

Cependanc les ordres & les inftradions 
fonc déjà diftribués dans cecre grande éten- 
due dç cerrein que l'armée occupoic , & 

qu'elle 



. F R A N, Ç O I^ S E« sa^ 

qu'elle eft contrainte d'aLbandonnen Le 
Prince fotmQ une colonne de quelques 
troupes w centre d^ cette retraite^ quel- 

3ues Généraux en forment dâ même à la 
roite 8c i la gauche, tout eil en mouve* 
ment. On 4^truit ce qu il étoit irnppASble 
d'empo^ter^mais encore on emporte beau- 
coup ôc. 1 on marchç. Il falloit ne pas atta- 
quer rpnnemi , mais larrêter , foqvent 1 at- 
tendre 3 & marcher quelqi^efois ^-«devant 
de lui pour fufpendrç fa pourfuit^ Se laiifer 
le tpçhs aux conyois d*Amllerie, é^éqmos^-^ 
ges , Àç malades 8c de vivres , 4^ jpipdre 
Se de défiler^ Il falloicne pas s arrêter à caufe 
de If difistte des fubÇijtances , ^ p€|U|: ne 
pas donner k tf«is çupp ennemis de porter 
des forces fur le chemin de la retraite , 8ç 
cepçndfiçt il f^Uqic f&|ourner (oiptcnt pour 
lecouyrer les foldats, les équipages, & fe 
pourvoir de vivres. U f^Upit avoir 4^& nou« 
velles des mouvemens des ennerpis & ca- 
cher les fîens. U falloir entretenir la coài- 
inupicatioa, ei^Lcre le^ colonnes ^ & qi^lgUes 
fç {^\ymi&&Xi% Tuge par l'autre ^ ^ ceg^t)4ani; 
tout étoit <:puyert d'ennemis , d'eau 8f^^ de 
glaces. U fallpit encore afliirer la commu-* 
nicaûgn du Weijer au Rhin 8ç couvrir tout 
f:e |>ays qui étoit déjà occupé par des équi*^ 
pages de toute efpèce& par plus de vingt 
mille fpldats effrayés qui pilloient le pays ^ 
fuyoient fans armes Se fans ordre ^ & cepenr 
Tom. II. Qq 



'€iù Bien f à* i s a n c b 

âanc Tarmée toujours afFoiblîe par les ma^ 
ladies & les fuyards y n àvoic plus Cous (es 
drapeaux quun très-petit nombre d'hom- 
mes. Il falloir s'attendre à abandonner quel- 
ques pièces d'artillerie & des équipages ; 
mais il falloir les brifer ou les brûler^ de 
Ae les abandonner que dans la plus urgente 
ilécéffité 8c à projpos pour éviter de plus 
grands maux. 11 falloir fe déterminer ai 
Sicrifier quelques troupes ; mais il falloit ne 
le faire que dans les momens les pJu5 pref- 
fkns , les placer dans des lieux aflèz bien 
choifis pour qu'elles euflènt le tems de mé- 
nager une capitulation, qu'elles arrècafient 
Pennemi , & que leur perte contribuât au 
fâlut dç l'armée^ c'eft ce qui fut pratiqué! 
Mindeh. 

On n'attaque point, on n'efi: point atta« 
que. On n'abandonne que le peu quon 
comptoit facrifier \ enfin routes ces ma- 
nœuvres Cl difficiles s'exécutent. L'armée, 
fon artillerie , Tes équipages , fes malades 
arrivant au Rhin , le paflent , & elle volt 
de fa rive gauche l'ennemi qui l'a voit tou- 
jours fùivie , confus & furieux , arrêté fiir la 
rive droite. Le Comte de Clermont fauve 
Tarmée, mais dans le fort des travaux péni- 
bles qui l'occupent, il n'oublie pas d'autres 
êntreprifes aulli nobles j il travaille encore 
à y établir l'ordre, à y ramener la difcipliné 
& â relever 1 ecat militaire. 



François e.' ' 6tt 
•r P^ndàtit la retraite., étant à Hamelen , uti 
ide c^sJijbmîneirque le défit de s'enrichit 
atctrehc à la fuite des troupes , qui pillent 
également Fami & Pennemi y oui aframenc 
les. arméesi , j& pâr4à y occauonnént le$ 
murmures & les brigandages ^ cet homme 
proiitamjdes momens critiques & tUmuU. 
cuê.ux, ofe prévàriquer dans fon emploi» 
Sous un général éclairé & sûr de fes opé-^ 
jrations, un tel homme eft bientôt décou- 
vert & n'eft jamais ménagé j il eft arrêté 
fur le-champ & chargé: de fers : par la Loi ^ 
il étoit deftiné à une mort infanrie y mois 
cette puhition trop prompte effraye dans le 
moment , & les impreilions qu'elle fait 
durent peu. Le Prince laiffe vivre ce mal- 
heureux pour que fesl femblables tremblent^ 
eii le voyant deuix £bis par femain^ attaché 
au carcan p où il eft en butte aux infultes de 
la multitude. Ceft aiiifi qu'en punilTant fa- 
gement un coupable , fon châtiment devient 
utile. Des Prévaricateurs effrayés fe fau-» 
vent y d'autres quittent leurs fondions , le 
refte fe range à fon devoir , & l'armée fe 
trouve, purgée de ces hommes avides qui 
par leurs odieufeis manœuvres lauroienç 
précipitée dans un abyme de maux Se de 

nonte* . . - . 

Au.; milieu de toutes ces agitations, il 
jette encote un regard cendre fur lé foldat. 
Au feiade l'abondance ^ ce Prince a le bon- 



fil ti I € H: F A r s A k ' C E 

^fint de -Ternir qu'iiè fiaUitieft un «homtft, 
fc que cet homme, efr ptiler VSxslw Sob 
CflNir coiriours ouvert i Lu pitié , i« iîig- 
g^ie de foHicii»r de Jîoôyeau Taugmema- 
RÔnj^de pajre ; il eatFcite dfes • mémoires i 
y«r£aittes^ ils (ont biea acctteiIiis}'p0B- 
viMnt*ib ne pas Tètce. Hs écoîeiic i'expref- 
iion fidèle. de i'lu>naeMr& d^ l^uoiamté^ 
Cetre augmentation de.pay« pacpit ikbfela- 
n^ttH néce&ice^ £tie :cAr4B:cordée. La ibsr- 
çe de nos xnarà » de nos msik^ats & ^e 
|ip$ ciaiaces: efttcatie^ les ravages «n /ofK 
i)^bfljrQC téparcs. 

^ Utt Général 1 qai .Iqs Soldats , l'Offi- 
f 1er , l'Armée , conte la Nation doivent de 
h fseconDoiflànce » «ft toajobrs H^r d1&8« 
p^omptemeot oticL .Le Comte de Ciet- 
mPBt pfdmt la qfiahticé & teipèce d'é^ 
^uipages que chacun doit aVoic ^ il «i^etôt 
^*on n'aura pUis la licence de prendre â 
Ion gcé ks voitures & les xiiéyaux des pi^ 
où Tanmée fe pofteca ^ & fut-le^chai&p , 
chacun i&tt la revue de £bn équipage , J 
nifétm^ comme iautUes , quamité àe^hofss 
éM« lui pairoîâbienc û tîlyz qu^u^ nnHDmtm , 
d'une néceflité iadifpen£d»le. On tenvdie 
dos domeûiquès; on diminiie ie ^ofnbre 
des chevaux ; on brûle des voiture*. 

' I^e Piinc^ découvre jeiicôrei-ijttiê, ma/gré 
Ips xhatimens 6c fes fhins , quelques p<6l> 
£mnes ptofitailt des diffi^rexices ivaleuycs <fes 



F * j^ -htç o I se. ti^ 

tn^Bfficits I Qf^tlc .6n4oi:e .fw? 4^ gtint 
iUkii^^ Çfkt U pâ]f»0 des eroupesi il. avetck 
qail U iaîc , êù fi]^-le*cbaaii[» le^ faldat 
f ^f oit ia paie entià:e« U fait connoiire qu'il 
|eci:0 le$ mâmes rôgacds fur les Hôpitaux ^ 
fut les vivres 2ç Iqs fpiiniges ; . alors l'é^ 
quité , la droiture , Tordre s'établiffënt fur 
les ruines encore fum^M^es de la confufion, 
de la rapine , &c de l'inhumanité. 

On foupçonne ^(l'il veut eni^ore réprî- 
ttier le luxe. Quanui^ d'Officiel:^ pret^neDC 
.de^ arrangemens pdur fe défaire de Uar 
argenterie &c d'wtreél ineiibles précieux. 
Plufieuts commandent de la vaiHelle d'é* 
tain & de fer blanc y & telle eft la con*- 
fiance de l'Officier Se du Soldat pour le 
Général , qu'on yole att- devant df tout 
ce qui peut lui piaille , Sç mésiter fes 
.bonçés. 

Nous croyons ^voir alfez bien établi les 

qualités militaifes de dé bon Prince y joL^ 

gnons*y les qualités du ço9U£ ^ jAo^s ne 

. pouvons mieiuç 9 pe me fembW i terminée 

£on éloge, * * 

Qn ne fauroit trop louer ion- b^nianîtéf 
fa bienfaifanc§ inépuifaMe enyi^ïS 1^ wa\r 
heureux ^ fon penchant peujic^Fte douce 
fattiiliarité qui mppjroche lei amés » en &î- 
ianc difpatoitcê lei/rangs ; & dédomitii^ 
rjie la dignil^ par le boahegi;. r» Venea^ , 
'.éqfjiypltÀi i îi'mahr^ Officiels 4e JCbn Régi- 

^ Qq } 



atcnt $ venez , ramidé voios atceiKL^ 
^ bas ouverts \ venez voir un \>on Gcnii 
homme dans fon château c . Ce boa Princ 

Srifoit infiniment ce titre de Gentilhomi 
epuis qu'il lavoit fu n^ériter dansVes 
chées de Namut & de Philisbourg. 



•c=flc=te 



CLAUDE-Pierre de la Monnoye ^ pecb- 
fils du célèbre Bernard de la Monnoye » oé 
à Paris , fut un des plus fages & des plas 
profonds Jurifconfultes dé (on fiècle. Avo- 
cat célèbre au Palais , Juri£:onfulte ^a 
Cabinet, excellent Citoyen y il fe monns 
toujours plein de zèle & d*amour pour & 
Patrie & pour fon Roi. 

Retiré à fa maifon de Soizy-fous-Edole 
pendant les vacances , il fut apperçu , di^ 
tingué de fon Souverain , toutes les fois 
qu'U le rencontroit' fur fa route dans k 
Foret de Sénart. Un jour une queftipn rela- 
tive à l'ordre judiciaire j avoir été dans k 
carrofle du Roi , lobjet de la converfa- 
tion , & le Comte d*Eu avoir ofc nctre 
pas de 1 avis de S. M. M, de lof Monnoye 
le promenoir alors dans 1^ foret. Le Roi 
Tapperçoit / defcend de fa voiture j 1 ap- 
pelle & lui explique le fait. L'Arbitre <« 
Monarque & du Prince fur entièrement de 
lavis de S. M qui ^ fe retournant veB 



Françoise.. itf 

Ici Comte d'Eu , lui dit^ ,» Vous ferez 
3> fûrement de mon avis ^ puifque j'ai pour 
» moi là Monnoye «. Dans une autre déci- . 
iîon que Louis X V avoir eue de ce célèbre 
Jurifconfulte , il dit à im Seigneur qui fe . 
trouvoit.d&ns le même cas ; » Prenez cette 
99 précaution , elle eft indifpenfable ; c'eft . 
» r avis de k Monnoye ; rien n'eft, plus 
5> sûr «. De pareils traits honorent le diker- . 
nement &c fa bonté du Monarque , & le 
mérite du fujet. 

La modefte (implicite de M* de la Mon- 
noye , le préferva toujours de l'orgueil ^ 
dont un traitement Ci honorable auroit pu 
enivrer tout autre que lui j il ne fongea 
même jamais à le faire tourner ni à ion 
utilité, ni à celle de fa famille. Prévenu 

f>ar les Grands j il ne vit jamais en euK 
eut crédit. On fçait qu'un grand Seigneur 
Miniftre , chez qui la générofité étoiç un 
trait de caraâère , fe plaignit un jour de cq 
qu'il ne lavoir encore employé en rien 
pour lui : » Monfeign^ùr , lui répondit-il > 
s> je. vois les hommes en place pour eux* 
>9 mêmes & jamais par intérêt. Je n'ai riett 
sy à leur demander «<. 

11 y a des exemples fans nombre de fom- 

çnes considérables renvoyées par M. de la 

iMoonôye, parce <jùe,. après avoir, fixé iuj-; 

même fes honoraires ., il ne - crpyoit ^asj 

devoir accepter ce' qu'on lui ofFfoit au-delà* 

Q.q 4 



glS BltKfAl^AN CB 

Son efprlc At ]viRkiâ 8c - fcti mrioIabW 
éqaîcé , égaloîent fon défitidtreflement. Dans 
une alFaire donc il écoir chargé y on Itd aroit 
fourni une pièce fâoflTe qm écoir viâmeisfe; 
mais kptès l'Attâience , s'écanc apperça qa (m 
l'avoir etpofé i ttomptft la Jumcé, il corn* 
mença fou plaidoyer par le défavea fec^ 
me) , & de la pièce fc de coures les confé* 
quences qu'il efi avoir tirées en £tveur defa 
Partie. C'eft par des faits mulriplîés de cette 
efpèce, que ce grand hon>aie avoir âttquis 
Temme univerfelle $ Se mèine une £one ^e 
vénération pnbiîquei 

La généreufe fen&bilhé (me témo^na le 
Duc d'Orléans à ta fiôuveila de fa tnorr * 
fair également l*él(>gfe de ce I^»cé chéri , 
8c celui de M. de fei Monnoye*. - On rrou- 
» ve, die ce bon Prîtite , des liimières dans 
9> beaucoup de perfôhnes; mais où trouver 
M uii cœur auffi droit , HC nM ame dans la- 
99 quelle on air tant de plaifir à s>épan« 
» cher •«. 

Le fils & le gendre de dfc câèbre Jurif- 
cÔnfulte, furent admis^à ^'acquitter au Palais 
Royal du devoir <pe teur impofoit le trifte 
événement cjui les pénérrôit de douleur. Us 
fiirent accueiHii du Grince avec cette bonté 
qui lui eft fi naturelle, & il iei ^SïtSt qo'ib 
aveâéht à jamais dans fon cdbut » dwr /es 
Regrets ^ la pr^(^ion k j^k» apurée. 



v -■' 



'I 



Françoise. 617 



g : An k e e 1771. 

« ■ "' - . ' ^ • 

g Robert- Joseph Pôchier, né i Or- 

^ léans^ CFOuvft dans fa famille des ex^plps 

' qui'fucein pour lui un objet d'émula;ion^& 

V de zèle pour le bien public. L'étude du 

^, X)roit avoit fixé fon penchant & toute fon 

k ^ppilication. Le célèbre d'Âguedeau, qui 

j Taccueillit & le diftingua^ Tavoit aflocié 

à fon projet de réforme de notre Jurifpru^ 

dence» Noinmé par ce. Chef fuptcitie de U 

Juftice , à la Chaire du Droit François à Or* 

léans^ M. Pothier avoit établi dans fa mair 

fondes Conférences fur le Droit. Plufieur$ 

jeunes Avocats s'y aflembloient. Devenu 

Profeifeur, il deftina une partie du r^ver 

nu de fa Chaire à deux Prix qu'il diftri*- 

buoit tous les ans. L'Univerfité d'Orléans 

, recouvra par fes foins fon ancienne fplen^ 

deur. L'amour paternel qu'il avoit pour fes 

Ecoliers , ne diminuoit rien de fa févérité 

(>our la difcipline & de fon inflexibilité dan$ 
eur admiflîon au)ç grades , rejettent fans pîr 
tié ceux qu'il n*en jugéoic pas dignes. 

Comme Magiftrat , comme Juge , il doîv 
noit l'attention la plus fcrupuleufe à l'exar- 
men des Procès; .il ne. s'en rapportoit qu'à 
lui-même ; auffi évitoitril toute cfpèce dp 
foUicitation. Les Plaideurs fe repofoiem: 
entièrement fur fes lumières & fur fon in- 



6lS BXE)ITAISANCE 

régrîté. Sans ceflè en garde contre loin 
me, il étok inacceffible aux raies de 
mauvaife foi & aux erreurs de la ptéve 
tion. Il lui eft arrivé d*indecnnifer une veuve 
qui s*ctanc engaeée dans un Procès fur /bit 
avis, le perdit-, il aima mieux croire qo'il 
«V-coic trompé , que de foupçonner les Juges 
derreur. 

' Choifi par le Duc d'Orléans pour rem- 
plir la charge de Confeiller de la Chambre 
du Domaine au Châteletde Paris, il y mon- 
tra une inflexibilité défelpéranre courre les 
gens de Finances , dont le dépit qu ils en 
témoignèrent contre lui dans différentes 
occafions, fait fon plus bel éloge. 

L'Echevinage de la ville d'Orléans lui 
ayant été déféré par fes Concitoyens, ilTe 
diftingua dans cette place comme dans ton* 
tes celles qu il occupoit. Les Orléanois fii- 
rent fi contens de fon adminiftration , qu a- 
près fa mort , ils rendirent à fa mémoire 
iles honneurs qui avoient été réfervés juf- 
qu a lui à la Maifon Royale , & à celie 
d'Orléans. 

Jamais ce grand homme ne refufa fes 
confeils â celui qui les lui demandoit;iI 
les donnoit plus volontiers aux pauvres & 
aux opprimés , auxquels fouvent il founûA 
foit l'argent néceilaire pour fetourir leurs 
droits. 
- U avoit hcrité de fes Pères d'une fonuse 



F R A N Ç O I s !!• (Tlp 

lionnèce, iï'tfen reténôit gûe le pur nécef- 
iaire; fa bienfaifance & fa chance difpo- 
ibienc du refte, n'ayant jamais defîré utte 
fortune plus coniidérable, que pour faire 
plus de bien. On la vu dans des tems mal- 
neureux , prendre fur fon ncceflàire. 

Sa Bibliochèque n'ctoit qu'un dépôt, 
dont il ne fe réferva que Tufufruit pendant 
fa vie y & ^'il rendit au public après fa 
mort. 



•€«5H 



' Armand-Jérôme Bignon^ né à Pa- 
ris , Maître des Requêtes , Bibliothécaire 
du Roi , Prévôt des Marchands & Confeil- 
1er d'Etat y toujours fage , toujours mo- 
defte, ne chercha jamais à fe prévaloir de 
fon mérite & de fes connoiflàncès. 

Obligé fouvent par état » de paroître à la 
Cour 5 il n'y ambitioana que leftime de fon 
Roi y & il eut le bonheur de l'obtenir. Louis 
XV. daigna lui donner en plus d'une occa<- 
iîon , des marquas diftinguées de fa bien'»- 
veillance. ( e Prince eut la bonté de le rete^ 
nir pendant quelques jours à fontenoy , où 
il s'étoit rendu avec les Députés du Grand 
XDonfeil , pour le féliciter de fa viâoire. 

En !/(>.), nommé . pour aller remplir au- 
près du Roi. d'Efpagne les fondions de la 
charge de Maître des Cérémonies de TOx-r 



(xQ Bibuvatsaitcb 

aie du St.-£fprît, donc il dey oit 
le Cordon à leurs Ma^eftés » les Rt 
pies & des deux Skïïes ; ces Mtoinargiiâ 
comblèrent à l*envi de témoignais d'eâ 
me & de magnificence* Il y 6tc feoûUe 
comme il le devoit; mais an Seigneur ^ 
.qui M. Bîgnon avoit été chargé de confên 
aufli» de la paît de ion Souverain , le même 
Cordon , s'éiant propo£ê de loi faire mi ptch 
fent crès-conildérable > auquel même plof 
fleurs Aniftes étoient déjà employés j M. 
Bignon fçttt fe défendre avec tant de gia* 
ces y d'accepter ce riche préfent , que ce Sei- 
meur ne pue qju'applaïKiir i un défiotéref- 
iement & rare \ il ie contenta de recevoir un 
fufil , pour lui £ûre connoître quil ne fe 
refufoit qu'i fa géfiétoiité , & non pas à fan 
amitié & a fa bienveillance. 

Ce noble déCntéreflremenc r qui lot ésok 
fi naturel » ptéjudicia même à fa fortune. 
Devenu Prevot des Maréhands, il corn- 
mença par renoncer à la part qui lut appar* 
tenoititans les rétributions que la Vilb étak 
fia ufage de faire i chacun 4ies Membces 
qui compafbiedc fon adminiftration') en^ 
Miice IL pcopofa de réduite ces rétribiztiofls 
à. moitié, &: d'en appliquée la furplusaux 
befoinsde la Ville. Les Echevtns, qutécoîenc 
aliors en place, fefirent un honneur deiôuf- 
crireà fesvues généci^fel^ &îyoulaienteft 
pattaget kt mfiKÎte^ - v: — i.: 



»..>-ti 



r F R A îf Ç O 1 S !• itl 

I . lT«odjremenc chéii de tonte fa famille , 

jMi JSlgara fut inftictté trois (ok Légataire 

luniyefludi ile plufieufs de fes parons y Se il 

1 dédaigqia toujours de s'en tenit au bénéfice 

, de la Lai. Son premier ibin ait d'indem^^ 

I; Jiifer £3:apulea£eâient les héritiers qu'il ju« 

c gea, dignes d'être aflociés au parcage de ces 

ksgs , &d'ailùrer k ûibfiftance des Doii<iefti^ 

, ques qui pouvoient avoir éoé oubliés , ic 

4oft£ les {ervices ne lui paroiâbientpas fuf- 

fii^mment xécompcnfés. 

L'înnocei^ice opprimée > le mérite oublié 
ça iaos appui, trouvoiénc en lui un afyle, 
un pcoteâeur, un père. Dans le plaiâr de 
&ire- du bien, il ne fembloic redouter <)ue 
l'exporeffion iccop vive de la r^connoiflànce j 
il £Û(^cra nie fervir.qu'â demi, s'iln'eik 
point iépargné à ceux qu'il obligeoit TtOH 
D&cr^ des temerciemens. 

* » ^ ■ 

Anjsès 177}. 

. * « ^ f 

Co Bfsd^une LutH tnd^te du i Novembre ^ 
* contenant l^ Relation 4.if défaffrç cTAbUr 

• • * ■ 

: . i»»-'On jpré£i!rie qu'il ^devpit y avoir au- 
»> jd^ de cinquante miniers de poudre 8c 
>^ nkifieurs tonneaux 4e balle^& de pierres i 
9»'to&^ dans le magafin de t^ïit VUle. Soi« 



6lX BlENFAlSA)^'C4^ 

1» xance-dix maifons font dccrutres:}'cousley 
«> édifices publics font endommagés. Coni- 
s> me il y a eu ditfetens ^fEsàffemens, & 
» qu'il paroîc que la fecoufle a été prolon* 
» gée fous terre » on craint l'hy ver & les 
M pluies, & Ton n*ofe fe flatter de confec- 
M ver la plupart des Ponts ^ des Fours 6c des 
j> voûtes. La Manufadure de M. de Van- 
» robais a efluyé un très-grand domroi^e«. 
» Les Dames de TAbbaye de Viliancourt, 
99 animées par la fermeté & le zèle de Ma- 
99 dame Feydeau leur Âbbeiïe , ont eu le 
»• courage de ne pas forcir de leur maison, 
•> qui nëcoit qu à une portée de fufil du 
99 magafin. En un inftant leur Jardin a été 
99 couvert de pierres, tous les .bâtimens de 
^ de ce côté. Boulangerie, BcalTerie, Eco* 
M ries y Bûchers, érables, ont été détruits « 
» les portes & les fenêtres ont été empoc« 
»tées, les cloifons dejeccées & déplacées; 
»> l'Autel , le Tabernacle j les Virraux de i'E- 
» glife renverfés , les murs de la cour inté* 
i>riei^.re lézardés ; les perrons du rez-de- 
99 chaullee reppufTés en terre, les portes des 
19 caves brifées, les grilles de fer rompues* 
99 PIuHeurs pierres qui tomboient fur les 
99 toits , après avoir fraca(fë les couvermres» 
19 ont percé jufqu'en bas des planchers; elles 
Kf pefoient depuis 8o jufquà ^oo livres, èc 
99 il s'en êft enfoncé jufqu'à^ 15 pieds de 
V profondeur. Aucune Religieuife a a étc 



François 1. dif 

»> atteinte. Deux Domeftiques ont été blef- 
» fés; Madame TAbbelTe a pourvu à tout, 
yy autant que la circonftance le permetcoit , 
9y Se n a pas même voulu que TOffice diyin 
>a fût interrompu «• 

» Il en eft de même des Minimefles qui 
99 ont préféré de refter expofées aux fuites ' 
99 de 1 ébranlement , plutôt que de rompre 
99 leur clôture ) en acceptant les retraites 
99 qu on leur ofFroit. 

a Les Officiers municipaux , bravant une 
99 pluie continujellej& la range danslaquelle 
99 il falldit enfoncer , n'ont celle de faire 
9>-débarra(rer les débris , de procurer aux 
» blelTés les fecours les plus prompts, de 
9) maintenir par-tout le bon ordre , & de 
9> quêter de maifon en rnaifon , pour tant 
9> de malheureux. Dans cette calamité gc- 
9> nérale, on s'oublioit foi-même, pour né 
99 s occuper que des viâimes les plus i 
19 plaindre <(« 

» MM. de Vanrobais ont donné 5 o louis : 
f> MM. Michault père & fils, 10 louis. La 
9> Comtelle de Manhay a abandonné le pro- 
» duit d'une vente de rutaye de 4 à 5 000 liv« 
» M. Lennel, Avocat, a retiré dans la mai* 
9> fon qu'il habite, & dans une autre encore 
91 à lui , une partie de ceux qui fe trouvoienc 
a fans logement «*. 

M Une égale infortune fembloit avoir 
:!> rapproche tous les Citoyens , tant ils fe. \ 



6i4 Bienfaisance 

99 font tnucuellement encr aidés & ftcoo- 
99 rus avec empreflèmenc > ardeur & cor- 
99 dialicé c(. 

91 Par une faite des foins 8c de la fàge/Te 
)9 bienfaifance du Gouvernement & de M. 
» rintendant y M. Maugendre , premier Se- 
» crétaire de l'intendance , bien digne par 
9> fes fentimens Se par fes lumières de cette 
» honorable fonâion, a été chargé de fe 
M rendre à Abbeville avec des fonds fuffi- 
» fans pour ïubvenir aux néceflités les plus 
>i urgentes , & prendre une connoiilaace 
^ exaâe du dégât Se de la perte «• 



*> 



' lia Ducheffe de Chartres diftribua en 
aum&nes & autres bonnes œuvres, la plus 
grande partie des préfens qu'elfe avoit re- 
çus à 1 occâfion de la naiflance du Duc de 
Valois fon fils.. Cette Princelfe bienfaifante 
dqnna 3000 liv. pour doter douze filles de 
la Paroiffe S^-îi^ftaCche. 



^ 



Le 8 de Juin , le Dauphin & la Dauphi- 
ne, firent leur entrée dans la Capitale. Le 
peuple accouru en foule fur leur pailage » 
nt retentir les airs de fes acclamations. Les 
habitans donnèrent à cette occâfion derté- 

moignages 



Françoise. 62.^ 

moîgnages fignalcs de leur tendreffe j le 
Prince & la Princefle donnèrent à leur rour 
aux Citoyens , des marques de leur fatis- 
faâion« Defîrant que leiir voyage fut mar- 
qué par quelque bienfait appliqué panicu- 
hèrement au foulagement du peuple , ils 
approuvèrent la proportion du Duc delà 
Vril'lière, Miniftre & Secrétaire' d'Etat , de 
délivrer tous les prifonniers détenus faute 
de paiement des mois de nourrice de leurs 
enfans. Louis XV. ayant, bien voulu agréée 
cette bonne o^vte, et donner ordre a M. 
de Sartine^ Lieutenant-i Général de. Police, 
de remplir lés vues bieufaifances du Dau* 
phin $c de la Oàuphinef '^ 



Parmi les étabUfl^njçns utiles formés 
cette année dans pluHeurs endroits du R^^yau- 
me y on doit diftmguer celui.de M* du Petit- 
Thouars , Lieutenant de Roi de. Saumura 
qui fait diftribuer avec fuccès 4%n$ fon 
Château , des foiiis 8c des remèdes »fàQ^k» 
aux gerfonnes a,tca|quées,de la n^e^MiQurr 
nit encore aux frais de la x^urriture. . ! / 






Tome IL R t 



6ii BiiH^AiSAkès 



M. At Marcheval , Intendant du DâupU* 
né, à ^i Von doit plofitiffs établifienieos 
utiles ^ en a formé un pour le ciaiceraent 
dris nudadies Vénériennes filr le plan de 
celui cpie M. de Satcine a cordonné ikns 
IHvis , en Êireur de la pordon indigente du 
peuple. 

M. Turgot i Intendant de Linidges , en- 
voya à Pans des Médecins Se des Ckirur- 
siens pour y fuivrek traitement populaire 
tous KL Gacdone , Doâeur de la Facblté , 
oui en eft chargé ^ êc l'adnûniftfet énfuicei 
oans fa Généralité. 

M. de Fontette, Intendant de Caen , or- 
donna la réimpreffion de l'ouvrage qui dé« 
tsÂlte te traitèmétit) & le dt diftnbuer gra- 
tis dans'fa ?tovititt* 

iAi. dé Châzerat , Infôndaht d'Auvergne >, 
animé dé^ mènies vaês ^a eu la fatisfâolion 
déië voir lecondié pat les perfonnes dérarr» 
Sa p^t 1^ Villes ^itqaélles il en a fait part. 
']Arin(]b^t le tèle êcpkt It patrioHfmede 
MM. les>4mebdaiiisî rà cdiitagion k- plus 
rebelle & la plus commune , fera un jour 
éteinte » ou du moins confidérablement di« 
minuée* 



1 / 



L Ë ff dé Septembre le Comte & la Côm- 
tedè de Provence ^ firenc leur entrée dans k 
Capitale. Le . Prince , imitant l'exemple de 
fon; Âu^fte frère » fît remettre d& fa ca({èt* 
te ) à Mk de Sartine, une Tomme applicable 
à la délivrance des pri(bnnier$ détenus ^ ftiuce 
de paiemens des mois de nourrice pour leurs 
^nfans« 



as?» 



' Li 3 du même mois, le feu ayant pris 
au village de Mantouges , fitué entre la 
Afame & le grand chemin de Paris i Chât- 
ions , lauroit entièrement séduit en ceftidces 
fans les foins de M. Rolland de Juvigny» 
Seigneur du lieu. Ce généreux Citoyen ayant 
apperçu la flamme de fon Château, aiïem* 
Uâ < i é^oo Pay&n^s , fe mie i katràte , cra- 
iraiiia aveceok fans relâche & parvim i étei» 
tire l'incendie qui ne brûla que deiuc miôf 
lbn$« S'étant cintgé (eut de tout le domma** 
ge 9 il ré(;ampeaM géoéseufemenc les tia4- 
railleurs* 



Rt 1 



étS B I E K f A I s A H C B 



M. Dufot , Médecin recommanciable par 
fes foins & fes lumières , fut chargé pat M. 
lePelletiet de Motfontaines^ Intendant de 
Soiflbns , de faire un Cours gratuit fur les 
Accouchemens , en faveur dts Sages-Fem- 
jnes de la Campa^e. 

Ce nicaie Médecin avoit dé/a établi 1 
Laon , fa patrie , un dépôt gratuit de remè- 
des deftinés aux pauvres payfans, M. Na- 
cher, Dodeur en Médecine de la même 
Ville , doit lui fuccéder dans Tadminiftra- 
rion de ce fecours véritablement utile , afin 
que les infortunés continuent d'ctre ibula- 
gés. Puiffent ces exemples produire g;:and 
nombre d'imitateurs ! 



L E traitement populaire Antivénérien» 
queJlncehdant de Bretagne fait admioiif- 
tcer à Nantes , efl: de même employé à Ren<9> 
nés par MM. Blin & Rapatel , Chirur^eift 
habiles »:aa;sèle &au délintéredement def- 
quels on ne fçauroit trop applaudit. 

M. de la Corée, Intendant de FrancAe- 
Comté, fit connoître , par une Lettre rircu* 
laire, adreffée aux Subdélégués de fa Gcné* 
talité y le ritre » le prix Se le lieu de la vente 



F R A K :Ç O- 1 s E.: filj 

de Touvrage , qui indique la manière 4e tiré- 
parer & de fe lervir des remèdes uficés aans 
cette méthode. 



O N établit à Buis , petite villç du Dau- 
phiné , une Pharmacie en faveur du public 
Se des pauvres. Le Public y trouvé des dro- 
gues de la meilleure qualité , & au prix le 
plus modéré^ & les pauvres, un prodoit, 
qui joint aux aumônes ordinaires ^ permet-^ 
tra ae les étendre un jour fur la ciadè en- 
tière àes malades indigens de Buis & des 
Campagnes voifines. Cette entreprife pa- 
Criotiquè autorifée par l'Intendant , èft diri- 
gée par M. Nicolas , Doâeur en Médecine , 
penuonné par la ville de Buis. Ce Médecin 
donne des Confulcations gratuites aux véri-- 
tables pauvres , les Mercredis & Dimanches 
de chaque femaine , dans la Salle du Bu^ 
reau de THopital. 

* ■ 

La Faculté de Médecine, de la ville de 
Xbuloufe, prenant en confidération un ob- 
jet ^ufll important que le traitement popi^ 
laire Antivénérien , établi dans la plupart 
des Provinces du Royaiime , délibéra dans 
fon ademblée du prima menjîs du mois de 

Rr j 



tff» B fi H^V A 1 s A H è E 

Joillec y nafwfeuletneiic de donner dm Coi>- 
iiilnnofis gt ataices ; mais encore y oar flnê 
généroftté vraiment eftimable , de feara/ri 
les dépens, les remèdes prefcrits pour la 

gaécifon. r 

Le Bureau fe tient rcgulièremenr tous les 
Jeudis dans une Salle des Ecoles de MÂie« 
cine ; il eft compofé an Doyen de la Fâ^ 
coke 6c de quatre Doâeurs » qui donnent 
des confoitations à tous ceus qui fe piéhn* 
Xfinu Les |eunes Doâeurs & les Liceatiés^ 
y affifteot & écrivent les ordonnances* 



M. Dui^efnoy , Chanoine - Régulier , 
Cttcé d^ Vouxey en Lorraine près de Neuf* 
Château'^ eoftpreffî d'encot^rager parmi fes 
Parotffiens , 1 Agriculture & les mœurs , a 
établi des Prix pour ceux & celles qui fedif« 
tiugueroienc par leur travail & par leur fa* 
gelie. 

La première diftribution s'en fit le i^de 
Septembre , en préfence des Seigneurs & 
Gens de Jufticç du lieu. Il y en eut trois 
pour les filles qui avoienc le mieux cultivé 
le lin ; un pour la culture du chanvre \ cinq 
pour les vignes fie fix pour les perfonoes èa 
lexe qui fe ioM diftinguées par leur hoane 
conduite. Les Prix diftribués aux /eui^sLa"» 
boureurs'3 écoient au nombre de huit. 



François E< jîji 

Tous ceux qui ont concouru , ont été ju- 

Îfés par leurs Paks ^ Us fîlks i'ont ét^ par 
eurs Compagnes \ la pluralité des voix a 
Ï'roàohcé de paît 66 d'autre , & .a a(^ugé 
îs couronnes. Pacmi les jeunes gsns cou- 
ronnés , on a diftin^ué Jean Touveasn , qni 
'« mis ttti ùÀn particuliec dans 1^ xriiltuf e de 
fes vignes, & qui s'eft rendu recommati- 
dable oar le plus reipeâue^x attachement 
pour Ion père qui eft av^eugle^ Les Prix 
jcon&àtm oiacun en une Méduile d^rgem, 
un bouquet de fleurs d'Italie» & im nifean 
de deux aunes. 



ifSKSfmmi 



L A Chambre 4es Vacations , 4aii$ U C^r 
pîtale» ajrant urn^îné (k$ lé^n^es, M- 4e U 
£rifFe oui y préfidçk] > dem^dii ^m lês 
] looo Uv« qiie le Roi dpuM p^nr h^^ 
dix . Magiftrac en fbnâion , fudèac diftf:Â- 
-bjuées aux pauvres Prifonnier^. «Cet exem- 
^e ide générofité Se de bienf^Ûimce , mérita 
a M. de U Briffa , 1 a4miraw)ii 4e fes Con- 
citoyens* 






Rc 4 



4 t 

1 



6}l BlI^KFÀIS A K C B 



aan 



Le i^ d'O&obre il arriva à la chaHeda 
Roi, un accident au village d*Achères^pcès 
de Fontainebleau. Un Cerf pourfuivi par 
les Chiens , franchit le mur d*un fardih où 
travailloit un Vigneron, & lui donna dans 
Taîne un coup aandouillet, qui le bleflk 
dangereufemenr. Sa femme étoit occupée 
dans les vignes avec deux de fes en^s & 
deux autres femmes du Village. Le Roi » 

3ui étoit alors avec le Dauphin 8c le Comte 
e Provence , ayant été inftruit de ce mal- 
heureux événement , fufpendtt fur-le-champ 
la chaffe , fit a.ffurer cette femme de fes 
bontés pour elle Se pour fa famille, or- 
donna à (on Chirurgien dé quartier, de 
f^anfér le bleflfé , de lui rendre compte en- 
uite de (on état, d'en pF^idre foin, 6c de 
lui donner tous les fécout^^ néceflaires. ^ 
La Daiiphine & là ComfcfflTe deProven- 
ce,qut paisèrenrun moment après dans leurs 
calèches, ayant trouvé^ celte femme éplo- 
réç, s'informèrent du fujet de fa 'douleur, 
elles defcendirent de leur voiture , couru- 
rent à elle avec le plus grand attendriflTe* 
ment. La Dauphin e lui donna fa bourfe, 
& lui dit, en fondant en larmes , tout ce 

3ui pouvoit adoucir fa douleur; elle Taffura 
e fa prpçeâion^ la fit monter dans ik ca-' 



^ François b. tfjj 

lèche , ainfi que les deux enfàns , & les 
deux autres femmes qui écoient avec elles^ 
Se les fie conduire au village d*Âchères.Ce 
rpeâracle accendriflànc , qui caraâérife là 
bonté de Marie- Antoinette aujourd'hui no-- 
tre Augufte Reine , excita la fenfibilité de 
cous ceux qui y fiirent préfens. Dès que 
cette Princeile fut de retour au Château j 
elle envoya fon premieflbChirurgien fur les 
lieux pour vifîter lé malade. Louis XV fe 
fie rendre compte très-régulièrement de 
l'état de cet homme dont on efpéroit la 
guérifdn Dar les fecours en tout genre qu'on 
s'empreda de lui donner de qu'on lui con- 
tinua par fes ordres. 

Endn le Roi informé du parfait rétablif- 
fement de cet homme , donna ordre aa 
Contrôleur-Général d acheter un terrein où 
cet homme pût vivre à fon aife avec la fa* 
mille. 

A N N é E 1774. 

Nous nous ■ l>ornerons pour cette an- 
née à doitner Thiftoire de k maladie & de 
la mort de Louis XV.-Ceft à dette époque 
fîinefte qui répandit le deuil dans toute la 
Nation; 6c qui excita fes^- jttftesTêgreti, que 
nous tetftifafïcrons nos Mémoire^. Nous nous 
réfervons'de donner la fuite des évènemens 
en commençant rhiftoiie dil règne de 
Louis X^I •» fi nqs eSbm pour les volu-^ 



^14 BlIHFAISAKCK 

mes que nous publions obciennenc l\ 
fc Tapficobaâon an public. 

Lom U By&Bhuxmi tombe makide; Z$ 
pecice vérole l'Âpnpace 4ès le$ Memiws 
jputis pac tous les fympcofnes <^ U camo 
tférifent i 1^ ^ da ai9is 4i MÛ l'érapMn 
&c jugée jCQmpl^cce* Dhs que le Wiut ^ 
cette malaciie criielle fut fépandtt 4a65 h 
Ca[H(ale, I4 fi>iil^ de Pari^ à Vet^iiU» fiic 
rempUe 4è5 cet inftant i'ona îfififiîcé de 
voic^es ^ d'une agence cofitimeUe Àt 
monde. 

Le Dauphin , le$ Princes & Mefilames 
fureiiç ivè^if^9'îXHmnt priés 4e f^ point 
approcher de lappaneg^m du Roi) mats 
Merdame$ dirent'qU^ l&six vie ne poimnc 
et^e mile à l'Emc, eUes cfo^oienc ilevoîf £1 
f^onfaçfet: i h donçmt de foigmr ie Roi 
lei>r çèfe, âc Mi^me Adélaïde fe chargea 
de lui donner fes bouillons. Elle le {Mvak 
le jour fa^is^ q^ict^ le chevet de fon lit , 
ne fe permettant d'autre intervalle que ce- 
hi descepafi^ Le Duc d'OtlUmSc le Potice 
dis Çpadé ne quittèrent pceCque point 1 ap* 
futw»^ de S. M* & y paTsègene mme 
une po^ttiie 4.e6 nuits. 

To4fce^U faoïille; Roj^Le doima dans cette 
pccafifk^u uti bi^l exemple à TEurope par ùs 
y^Qs^m^' p^% fon zàle 8c fes démiurcbes par 
|;| faille du R^. ya des joues de la tnaladte 

w il/yjîvw fo>^ 4'inqïHQi»de, k Dau» 



Françotse. tf}5 

|>liia, les Princes [es f tètes «Sc4eurs auguftes 
cpoufes écanc allés prendre l'air fur la teiv 
ni/îè» où une grande muiticude le&entou* 
Ko}% en iilence , Madame Adélaïde vint j 
ajpporcer un bulletin de Tétat de S. M. plus 
iacisÊûfant que le précédent ; auffi-tot la 
Dauphine le prit , le lut , le fit lire à haute 
voix de tous cotés , & recommanda de 
i^ire approcher le peuple pour en entendre 
la leâure. Un aâe fi touchant de fentimeac 
filial & de popularité, fit couler les larmes 
de tous ceux qui en fiirent témoins , & Taie 
retentit auffi-tôt de mille cris de vive U 
Roi 6* Jon auguftc famille. La Dauphine 
montroit en pleurant au Prince fon époux 
ce fpeâaclc atcendrifiant qui peignoit avec 
tant . dënorgie l'amour de$ François pour 
leur Roi. 

' Si tes Rois paroiâent tfolés , s'il lorr efl: 
fi difficile dans ces cruelles circonftances de 
trouver à la Cour de véritables amis ; toute 
leur tefiburce eft donc en eux^^mèmes , iu&- 
tout lorsqu'il eft queftion:d!ar rangement d^ 
coniLience» Il Ëiut donc dans un Roi beau>- 
cottp de courage & un grand fiands de relir 
gion^ 

En è^Fet^ le huitième jour de £i maladie 
le Roi fit âppeller de toa pti^« xnouve^ 
mem TAbbe Mandooxibn Confeilèiir^ U 
demanda ikr les 7 heures du matin à rece^ 
voit le SCi étatique ».qai hii fiic apporté pair 



gjt BîEHt:AlSAKC B 

tnoignages éclatatis de ù, piété & fa bien* 
faifatice; la fomme fut diftribuée ctans rou^ 
ces les PatûifTcs de la Capitale. ' 

Le même jour , veille de fa mort , le Roi 
remit au Duc d'Orléans , qui ne Ta voit point 

Siuitté pendant toute- fa maladie ^ la clef de 
on fecrétaire , où étoit enfermé foii tefta- 
ment , 8c le chargea, de la prendre firôt qu'il 
autoit ceffé d*exifter , & d'en refter dépo- 
fîtaire jufqu'â ce que le Confeil la lui de* 
mandât. 

Le Roi padà la nuit du o au lo dans les 
plus grandes fouffirances. Il humilie la tète 
devant fon Dieu \ il pofe â Tes pieds fbn 
fceptre , fa couronne , fa grandeur & fon 
pouvoir. Il lui facrifie tes jours, il lui offre 
fes foufFfances j il voudroit avoir â lui of- 
frir &: à lui factiâer mille fois davantage.' 
» Mes douleurs font très^viVes", ^ifoit ce 
s> Prince mourant ;à ceux qui rinterro^eoient' 
» fur fon état; mais elles ne font rien en 
M eompàtaiiôh de celtes que f ai méritées, 
ijjene puis fouffiriraûTez pour fktisfaire i^ 
>> mon Dieii i je me jette dans lei bras de fa 
w bonté , je la lupplie de m^'enveloppet , 
» de mé c^vvir du manteaU de fà mifèri- 
>i corde* II 'm a rempli de grâces pendant 
» nia vie , je iuï demande la dèriiière , je 
jiTèn conjuré pat lé fang de fbii fils j il eft 
» mon Rédeniptêur iSfc mon Sauveur , il eft 
>Vmoh appui ,*ina rêfloùrcé 'St mon èi^é- 
v> rance <<• 



FrakçoiIè* €^^ 

, * C'cft datitf ces fettcimens généreux BC 
\ Chrétiens que ce Monarque termina ùk 
carrière le mardi i o fur les j heures & de- 
mie après midi , âgé de 64 ans & 3 moi^ 
f Inoins j jours. 

î Son tègne qui a duiré 5 9 ans , fera re^^ 
,' marquable dans nos faftes par le nombre 
*' de fes vi^oires , par lacquifition de k Loiv 
'^ ' raine , par l'étabiifTement de rE(X>le Royale 
* Militaire , par plufieurs édifices confacrés à 
' la religion , par une grande quantité de 
monumens publics , par des routes ouvertes 
I dans tout le Royaume pour la facilité dtl 
^ Commerce ; enfin , pat fa proteâion ac« 
\ cordée aux Sciences Se aux Arts. 

A regard de fes vertus perfounelles '^ 

nous àUôns rapporter ici quelques anecdo^ 

tes qui caraâériferit parfaitement ce Princd 

' plein de bonté , dont Tame tendre & cotn^ 

f ratifiante étoit naturellement portée à faire 
e bien , Se dont toutes les inclination^ 
étoieht bienfâifantes. Il avoît par devers lut 
ded tcsAu qui le rehdtonr plus recommati** 
dable, (jue les qualités des plus grands RciÉ 
de rUntv^ts. Il fuffit de cortnoitre le prix 
des vertus , pour fçavoir qull eft plus aifé 
i on Prince d'èttè grand à la tète des àr-^ 
àiéési y qxit 4ans fon domeftique. Si qubt- 
qu*un des fujets de celui-ci néglige fes dcf^ 
vbits, au lieu de 1 accabler du poids de fa 
tèngeâ»ei^^ U l'excufe avec «ette bonté ipa^ 



6^ Bienfaisance 

cemeHe » qui voie toujours uu fils avant 
Toffenfe. 

Un Jour que ce bon Prince amVoir de 
la chaue , l'Officier de la Garde-robe, qui 
devoir lui donner fa chemife» ne fe nouva 
pas à ion pofte, de manière qu'il fur obligé 
a attendre en Tueur plus d'un gros quact 
d'heure. U arrive à la fin : le Genrilhomme 
de femaine» commença par lui reprocher* 
là négligence ^ mais Louis , intercédant en 
quelque forte pour lui: 9> Laiflfez-le, dir-il^ 
M ne le grondez pas , il eft aiïèz âché d'à- 
» voir manqué à ion devoir «• 

On foi toit toujours content de la pré* 
fence de ce Monarque » lors même qu'il ne 
pouvoii accorder ce qu'on lui à^mzndoit, 
il lépondoit avec tant de politeflfe , qu'on 
peut dire qu'çnJouifToir de fes refus. 

Un vieil Ômcier, qui l'avoit long-tems 
fervi, lui ayant adredc un Mémoire pour 
erre placée il fit appeller fur4e-champ le 
Miniftre qui écoit chargé de ce départe- 
ment y mais celui-ci lui repréfen,t;a qu'il nj 
avoir point de pofte vacant : »> Vous voyez , 
t> Monfieur , dit-il' poliment à rOfficier^ 
99 l'impoffibilité où je me rrouve de vous 
•» obliger j mais revenez me voir j j'efpère 
M qu'une autre fois ^ je ferai plus heureux 
» avec vous «. * 

Un autre de fes Officiers s'étant prcfen- 
lé pour lui expofe^ qu'il ayoit dérangé h 

fortune 



y 



François c^ ^4t 

orcune à fon fervice^:» le {upplia de lui ~ac^ 
:of dèr une gradficadon^ de mille louis pdiir 
e mettre en état de continuer fes Campa- . 
?:nes« Il là lui accorda: mais comme là Côuc 
/enoit de faire une grande remife pour l'E^ 
trangèr, qui l'avoît épuifée., celui qui c toit 
liargé de la payer, lui fit envifager qu'il 
n*y avoir point d argent au trcfor. » Eh bien, 
j> dit-il , il n'y a qu a lui donnet de cdui 
9» qui efl: dans ma cafTette , deftiné à t)cië$ 
> plaifirsj il n*eft pas Jufte que le Roi ife di- 
*> vértifle , tandis qu'un d^ fes Officiers 
»j foufïre w. Plufieurs de fes Courtifàiis ofit 
afluré depuis, qu'il avpit paflc plus d'un 
mois fan^ jouer. 

Il fumfoit de lui faire connoître fes be- 
foins par quelque allégorie , pour qu'il les 
prévint : un Brigadier db fes armées qui n'é- 
toit pas riche, vint de l'armée lui rendre 
compte d'une adion où il s'étoit diftingué. 
Louis tira de fon doigt un diamant qu'il ^ 
lui donna , en lui difailt que c étoit une 
bague de famille mi'il portoit depuis plu- 
fieurs anuées.X'Omcier , qui avoir plus be- 
foîn d'argent que dé bijoux,* lui répondit ^ 
que quelque eftime qu'il fît des ptefens dé 
S; M. , elle devoit lui permettre def refufet 
celui-ci , attendu que s'il avoir ce diamant,, 
il lui feroit impomble de le garder ptus dé 
vingt-quatre heures. Le Roi comprit te que 
celàVouïôit dire , & lui fit compter le lèn- 
^'Tom\II. - S's 



• ♦ » 

é4l B I E K F A I s AH C E 

demain une< ibmme plus confidérable que 
la valeur de ce diamant. 

L'Art de la euerre s'étanc beaucoup per- 
feâionné en Europe , fi Louis XV eut ea 
Tame ambîneufe & cruelle / k France au- 
loit peut-être la trifte eloire d avoir £ût 
dans cet Art , une révolution aufli grande 

3ue celle que produifit autrefois Tinvention 
e la pouare a canon. 
Un Dauphinois , nommé Dupre ^ qui 
avoir pade ià vie à cultiver la Chymie > in- 
venta un féu fi rapide & fi dévorant, qu'on 
ne pouvoit ni l'éviter, ni l'éteindre j leau 
même lui donnoit une nouvelle aâivité. 
Sur le Canal de Verfailles , en préfence du 
Hoi ) dans les cours de l'Arfenal à Paris , Se 
dans quelques-uns de nos Ports , on en fit 
des expétiences qui firent firémir les Mili- 
taires les plus intrépides ; comme les effets 
de la poudre à canon avoient fait tremblée 
les anciens Chevaliers; Bayard lui-même 
avoir cette in vention ; en horreur. 

Quand on fut bien fur qu un feul homme 
avec un tel Art, pouvoit détruire une flotte, 
ou brûler une Ville , fans qu'aucun pouvoir 
humain y pût donner le moindre Recours ; 
Louis XV défendit à Dupré de communi- 
quer fon fecret à perfonne ; il le récompenfa 
pour qu'il fe tût ; & cependant le Prince 
etoit alors dans les embarras d'une guerre 
Anefte. Chaque jour il faifoit des pertes 



y 



"* François i; 643 

i^ouvelles; les Anglpis. le bravoient jufques 
dans Tes Porcs ^ il pouvoic les détruire^ inaU 
il craignic d'augmenter les maux de rhçyiu- 
nicé^ iiaima mieux foufFrir. Dupré eft mort» 
ècVon croit qu'ii a emporté aveçjui fon 
funefte fecret. 

Cette anecdote que nous avons extraite 
du Journal de Paris > exige toute k recpn- 
noi0ance de l'Europe , & fon reCpeâ pour 
la mémoire d un Prince dont elle prouve 
le caraâère humain & bienfaifant. . 

Au milieu de la douleur publique,, cau- 
sée par la mort 4^ ce bon Prmce y k France 
ne trouvoit de confoktion que dans les 
vertus de fon Au^fte Succèdent, Se dans 
celles de la PrincefTe que le Ciel a deftir; 
née à faire le bonheur de k Nation* - 

>9 La mort des R,oi$ , dit TArchevêque 

de Paris dans fon Mandement^ en date du 

1 1 Mai , 99 eft une grande leçon pour le^ 

» peuples , parçô qu'elle offre le jlpeâacle 

^ le plus frappaiK du néant des grandeurs 

» humaines. Le Prince que nous pleurons ^ 

9> étoit fur-tout recommandable par la clé- 

» mence Se k bonté ^ ces vertus faifoienc 

i> le fonds de fon caraâère. Le$ fentimens 

9» de Religion que ce Monarque a fait pa^ 

n roitre pendant fa maladie, offre à. notre 

» jufte douleur les. plus folides confoktions. 

p Tout intéreffe fiotre fenfîbilité dans une 

>9 mort fi affligeante. £i)x 1 qui pourrQ.ie voir , 

Ss 1 



^44 Bl'E NI AISANCE 

9» tâfis tn être attendri , un Roi pour lequel 
9» nous efpérions encore 'des années pré- 
»'€ienfes à fon falut,'& qui dévoient con- 
s*<l€u^ir efficacement à la félicité publique^- 
^ pàlfet^téut-â-coup de la fonte la pins flo- 
» ridante au danger le plus imprévu* Envi» 
s> roniië de fa famille .qu'il avoir rou/ours 
9) tendrement aimée , & obligé de s'en fë- 
^ peiterpar la nature de fa maladie, pieu- 
99 rant & fur Tabfence de fes enfans que le 
9> péril éloigne , & fur la préfence de ces 
Si Auguftes & courageufes Princeflès qui ex- 
99 pôKnt leur vie pour le confoler dans ces 
99 derniers momehs, fôntant ia langue liée^ 
j^lorfqu'eh recevant les Sacremens qiiïl 
i> avoir* demandés , dès que fbn état*lui fiic 
9> connu, il veut s'humilier devant fa Cour, 
9» publier fa réfignation & fon repentir , & 
99 déclarer que , 's*il dèfire^ la prolongation' 
99 de fes jours , c'eft uniquement pour le$ 
99 confacrer à la gloire d^ la Religion &au 
9» foulagément de fes Sujets. Bien-tôt con- 
» Vaincu dé Timpuiflàrice dès fecours hu- 
» mains , & témoin de la défolation de 
99 ceux qui l'environnent, il répond avec 
9> fermeté aux prières de l'EgUfe qui le pré- 
j> parent à la mort, lève les yeux au Ciel 
99 pour lui offrir fes fouffrances , & lai re* 
99 nouveller fon facrifice. Le moment fatal 
» arrive , & ce Monarque defcend dans la 
w nuit du tombegu «'. 



Franc o i s e. 64J 

>> Mais au moment même où la France 

» eft plongée dans le deuil j la bonté Di- 

f> vine daigne nous accorder un Souverain 

»y qui fçaura efliiyer fes larmes , & d'autant 

3> plus digne. du trône qu'il a redouté d'y 

»> monter. La Renommée a déjà .appris au 

3> Peuple ce qu*on doit attendre de fa foi;, 

V> de fa piété , de fon zple pour la Rçïî- 

>»>. gion , pour la pureté des mœurs , & de 

» û, généreufe. bienfaifance; les aumônes 

» qu'il vient de répandre dans la Capitale , 

» font, un monument <îe fa cbmmîferatîdn 

99 pour les malheureux, comme elles font 

5> un témoignage de fon amour pour fou 

•5> Augufte Ayeul «^ 

Nous croyons ne pouvoir xnieux termi- 
ner l'Eloge Funèbre cie Louis XV, que par 
le témoignage de Clément XIV de glorieu- 
se mémoire. Ce Pontife célèbre apprenant 
que Louis X\rvenoit de mourir , s'écria: 
9i Sa mort mç fait verfer des larmes ; mais 
i> h manière dont il eft mort , les elfuye <<• 



FIN. 



Ss 5 



• 



AVIS. 

Ma ES Journaux & Papiers publics rappor* 
unt journellement différents acles de bien* 
faifance -extraits des Affiches de plufeurs 
Provinces du Royaume ; nous ftruons corn-- 
bien il nousferoit avantageux £tn avoir Jous 
les yeux la çolleclion pour donner à chaque 
Province le tribut d'honneur & de gloire dans 
un Ouvrage confacré à la Biênfaifance Fran- 
çbife* Nous prions donc très4njlamment tout 
bon Citoyen qui en fera pourvu ^ de nous les , 
faire parvenir ainfi que les Ephémérides ou 
Almanachs qui peuvent renfermer des traits 
intireffans pour la Nation» Nous nous ferons 
un devoir de rendre hommage à leut'^èle j en 
contribuant à la perfection de ce Recueil. Ofi 
aura la bonté d*adreffer tout ce* quon enver^ 
ra y foit Lettres , Mémoires j &c. franc de 
port y à M. Bajlien , Libraire j rue du Petit^ 
Lyon y fauxbourg St.'Germain. On remettra 
fidèlement y fi on le juge à propos , les /?<- 
cueilsy Almanachs 6r autres Ouvrages im^ 
primés â des perfonnès domiciliées à Paris 
quon voudra bien indiquer^ 




T A B L E 

Des Années contenues dans le 
fremier Volume, 

Anném 1715. page I 

jinnée 1716. j 1 

Année 1717. jiS 

Année 1718. 64 

Année 1719 79 

Année 1710. ■ 109 

Année jrj II- 120 

-^/ïn« 1712. 145 

A^Tt^e 17XJ. 179 

Année 1724. lofi , 

Année \'ji^. 2i5 

Annie 171e. . - 23 + 

Â-nnée 1727. 142 

■ Année 1728. 155 
Année 1729, ttf9 
Année 17 jo. 284 

■ Année I7JI. 199 



6^9 

jtnnée 
Année 
Année 
Annie 
Année 
Année 
Année 
Année 

^Annét 
Année 
Année 
Annie 

Annéfi 
Année 

Année 

Année 

Annie 



TABLE 



73}- 
7M- 

7JS- 
73^. 

7J8. 

7J9' 

740» 

74»' 
74». 

74 J • 
744- 

745* 
74^. 

747' 
748. 

749- 



i4y 

,8t 

}99 

409 

415 
4iS 

.44? 

471 

.5*7 

550 

575 
60^ 

6 il 



. •■■« 



■M 



SECOND VOLUME. 



: Année 1750. 

. Année 175 1. 
. Année ly^t. 
; Année 175 3. 

Année 1754, 

Année 1755 
. Année 1756^. 

^/27z^^ 1757^ 

'Année i-jfg^ 



«9 

no 

»38 



DES ANNÉES. 


tf49 


jénnée i j6p, 


281 


utmiée 171SK - - ' 


390 


Année ij6i. 


3Î9 


Annét'ij6^. 


}(Î9 


Annie.\-j6^ . 


40 î 


Annie\j6^. 


414 


Année ijôS, '. . _ 


4i$S 


Année 1767. 


'495 


Année 176$. 


S*î 


Année 1769. 


5J9 


Annie 1770. 


579 


Année \-}-il. 


■ fidj 


Année 177^*. _ :' 


617, 


Annéei-j-ji^ 


611. 


AnnéeiTj4f. 


■ Hi 




Jê^ 



ERRATA. 

Tome premieiu 

X A G E 5 » ligie xo, Rofen j liiez Rpzçn, Pag. $i» 
L ^«Darcys lu. Durcy. Pag. 71 , 1/ i^, pcur^ fifa 

rUr. Pag. 1^4, 1. 19, tout, liC tous. Pag. 112, 
ft) , que les regrets s Ùf. quels regrecs. Pag. ii)» 
1. ^ , affligées litez affligé. Pag. z6^ ,Li7, d'Hof- 
teias lif. d'Hoftun* Pag. 151» 1. 11 « Butigay, EC 
Burigny. P^. 581 , 1. 15 , le s lif. la. Ps^. 3^5» 
Lix» X7815 lif. 175 1* 

Tome seconix 

Page lo » 1. 1 1 , Carfemes s lif. C^&mci. Pag 5^5, 
L ^, cnénè divin. Pag. 3^3,1. 10 , étoit où le dan- 
gers ^f* ^^oîc cçlui ou le danger. Pag. 410,1. i » de 
coQcer; liC de concert. Pag. 451, lig. x^, du fiar* 
teau s lif. du Barreau. Pag. 4^1 > 1. x , Pcftelsj lifcz 
Pedels. Pag. 494, 1. z^ , uàdli s liC laiiTée. Pag. 4^7 
1. 9 , confirmés 5 Ûù coniSrihées. L 1 1 , au concoors ; 
lif. dans le coàcooxs* Pag. 5x3 j 1. i&»^Loacdcti. li(l 
Lourdaut. / ' 



\ 






/ 



J 



APPjÇ,OB ATiON. 



*A I la , par ordre de Mônfeigneur le 
Garde des Sceaux , un Manufcric qui a pour 
titre Bienfaifanct Francoife ou Mémoires 
pourfervir à l*HiJloire de ccjicclc. Cet Ou- 
vrage , fruit des* recherches les plus exades 
fur ce qui peur contribuer le plus à l'honneur 
de l'humanité, comme feifant le carailèrc 
eflentiei de la Nation Frahçoife , décèle dans 
l'Auteur un excellent Patriote qui ne con- 
noiflant de (blide gloire que celle que donne 
la vertu , fe plaît à la montrer tf iomphantc 
dans les différens états où elle a le plus brillé 
depuis près d'un fîècle parmi nous ; & je 
crois que ce Recueil conlacré par fon zèle à 
la perfection de i^^ Concitoyens , préfente- 
ra à ceux-ci autant de puiflans motifs d'imi- 
tation dans autant de modèles dés vertus 're- 
ligieufes & fociales. Donné à Paris ce 6 Mai 

L O U R D E T , ProfeflcuT Royal. 



PRIVILEGE DU ROI. 

i-iOUlS , par la gracie de piéu. Roi de 
l^rance & de Navarre : A nôs^amés 8c 
ïeaux Gonfeillers , les Gens tenons nos 



(^ 



Cours de Parlement , Maîtres des Reqoe- 
res ordinaires de notre Hôtel ^ Gôni- 
Confèil^ Prévôt de Paris, Bailli6, Séné- 
chaux , leurs Lieutenans Civils , & autres 
nos Jufticiers qu'il appartiendra^ Salut. 
Notre amc le Sieur Dessene, Xibtaire^ 
Nous a fait expofer qu'il defîreroir ùîr 
imprimer & donner au Public y la JBiem 
faifancc Françoifi , s'il nous plaifbit lui ac- 
corder nos ' 1-ettres de Privilège pour a 
ncceflàires : A ces Causes , voulant fàvo- 
tablement traiter l'Expofant , ' nous Im 
avons permis & permettons par ces Prc- 
(êntes , de ifkire imprimer ledit Ouvrage 
autant de fois que boa lui femblera > & 
de le vendre , faire vendre & débiter par 
tout notre Royaiune , pendant le tems de 
fîx années confécutives y à compter da 
jour de la date des Prcfentes- Faifons dcfcn- 
Tes à tous Imprimeurs y Libraires , & autres 
PerfbnneSj de quelque qualité &c condition 
qu'elles (oient, d'en introduire d'imprcC- 
lîon étrangère dans aucun lieu de notre . 
obâflànce : comme auilx -d'imprimer , ou 
faire imprimer , vendre , [faire vendre , dé- 
biter , ni contrefaire ledit Ouvrage , ^ni 
d'en faire aucuns extraits fous quelque pré- 
texte que ce puiflè être ^ fans Jà permiffion 
cxpreflc & par écrit dudit Expofant , ou 
4e ceux qui auront droit de lui , à peine de 
confifcarion dej Exemplaires contrefaits , de 
trois mUle livres ^'dxatnà^ , contre chacun 



les cofttrèvènans , dont un tiers à Nous ; 
an. tiers à THôtel-Dieu de Paris , &c l'autre 
^rs audit Expofant , ou à celui qui aura 
dtoit de lui; &'de t;ous dépens , dommages* 
ôc intérêts. A la charge que ces Préfentes 
feront cnregiftrces tout au long fur le Regif» 
tte- de la Communauté des hnprimeurs Se 
I-ibraires.de Paris , dans trois «mois de la date 
d'icelles y que l'impreffibn dudit Ouvrage 
fera faite dans notre Royaume & non ail- 
, leurs , en bon papier & beaux cara6tères , 
conformément aux Rcglemens de la Librai-- 
rie 3 & hotaihment à celui du di^x Avril mil 
fept cent vingt-cinq , à peine de déchéance 
du préfent Privilège j qu'avant de l'expofef 
en vente, le Manufcrit qui aura fervî de 
copié à l'impreffion dudit Ouvrage , fera 
remis dans le même état où l'Approbation y 
aura été' donnée, es mains de notre très- 
cher & féal Chevalier , Garde des Sceaux 
àe France, le Sieur Hue de MiroméniLj 
qu'il en fera enfuite remis deux Exemplaires 
dans notre Bibliothèque publique , un dstn$ 
celle de notre Chateati du Louvre, un dans 
celle de notre très-cher & féal Chevalier , 
Chancelier de France , le Sieur de Meau- 
poô, & un dans celle dudit Sieur Huf ds 
MiROMENiL , le tout à peine de nullité 
des Préfentes : du contenu defquelles vous 
inandons^ & enjoignons de faire jouir ledit 
Exgofant , iSc fes ayant - caufes , pleinement 
^ paiiSslçmWt , laii$ fouffrir qu'il leur foit 



^t aocuii trouble ou empêchement. Voo- 
Ions aoe la copie des Préfemes , qui fora 'm- 
primée tout au long , au commencement oa 
à la fin dudic Ouvrage , Toit tenue pour due- 
ment fignifiée , & qu'aux copies couron- 
nées par l'un de nos amés & Féaux Ccxifeil- 
lers-Secrétaires ^ foi foit ajoutée comme 2 
ToriginaL Commandons au premier none 
Huiffier ou Sergent fur ce requis , de faire 
pour l'exécution d'icelles 3 tous aâes requis 
6c néceilàires 3 (ans demander autre per- 
miifion. Se nonobftant clameur de Haro, 
charte Normande , & Lettres à ce contrai- 
res : Car tel eft notre plaifir. Donné à Pa- 
ris , le onzième jour du mois de Juin y l'an 
de grâce mil-rept-cent-foixanteilix-rept , & 
de notre Règne le quatrième. Par le Roi ^ en 
fon Confeil. ; > . 

LE BEGUE. 

Keçijhrifar le Rtgijbt XX. dt la Quunbrt Rayait & 
Syndicale des Libraires ù imprimeurs de Paris , r^. 94^. 
fol. y^Ty conformément àu Règlement de 171 ) , A Paris, 
fe 14 Juin 1777. 

LAMBERT, A#niiL 

Je tcde 8c tranfporte à. M. Baftien, Libraire, k préfcm 
Privilège pour loi en îouir autant qa'it le jugera à propos , 

ùtas tien y prétendre. A Paris , ce i6 Aoàt 1777. 

DESSENNE. 



De Wmprimcric de C L O U S FEI{. > ru« 
^aîn^Jacque's , 177s* 



\