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Full text of "Biographie ardennaise, ou Histoire des Ardennais qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs vertus ou leurs erreurs"

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^7 



V 



BIOGRAPHIE 

ARDENNAISE, 



oo 



HISTOIRE*DES ARDENNAIS 

QUI SE SONT FAIT ITEMARQUER PAR LEURS ECRITS, LEURS ACTIONS, 

LEURS VERTUS OU LEURS ERREURS. 

PAR M. L'ABBÉ «BOULLIOT. 



Suum cinque decus poster itas rependii. 

Tacitr. 



TOME PREMIER. 



A PARIS, 

CPBZ L'ÉDITEUa, RUE OE L'ABBBE-SEC, N» 9; 

ET CHEZ LEDOYEN, LIBRAIRE, FALAIS-ROYàL, GALERIE D'oRI.é\NS, N°33. 

i83o. 



PREFACE. 



* 



I 



{ La gloire d^un pays se fonde principalement sur le 
nombre des hommes renommés sortis de son sein.l 
Li'^Ardeone est riche dans ce genre d^illustration ; elle 
pent rivaliser avec la plupart de nos départemens. 
Depuis Faurore du cinquième siècle (i) jusqu^à nos 
jours, cette contrée a produit une multitude de per- 
sonnages assez remarquables , pour qu^on désire de 
les voir groupés dans un même tableau. 

Tai osé entreprendre cette tâche; et c^est après 
avoir soulevé des tombes presqu^'gnorées , après d'in- 
nombrables recherches, que je publie mon travail. Je 
n'ai pu lui donner toute la perfection dont il est peut- 
être susceptible ; mais j'ai rassemblé des matériaux 
que des mains plus habiles sauront mettre en œuvre. 
J'ai su ignorer quelquefois, et douter quand les choses 
m'ont paru douteuses. Si j'ai commis des erreurs et 
des inexactitudes, elles seront relevées : j'en ai, en 
quelque sorte , provoqué moi-même le redressement , 
en rectifiant, dans l'occasion , celles qui ont échappé 
à des écrivains blanchis dans la carrière du savoir. 
( L'étude de l'histoire des hommes célèbres est de- 
venue un besoinlpour les Français , [et cette branche 

^ de la littérature" a pris chez nous d'heureux accrois- 

I 

/ (i) Deux Ardcanais , «aint Ardèrc, de Çhagny (canton d'Omôn!) , et saint 

Victor, de Mouzon , florissaiciit à celte époque. 



393838 



vj PRÉFACE. 

semens. L^impulsion est donnée ^ Témulation est gé- 
nérale : chaque contrée , chaque ville brûle du désir 
de voir figurer sur la scène les citoyens dont elle 
s^honore le plus , tant on est persuadé que la biogra- 
phie offre des exemples profitables aux hommes de 
toutes les conditions, et fournit aux moralistes la ma- 
tière de leurs méditations les plus profondes.^. 
• Plusieurs de nos anciennes provinces, partagées 
en départemens, ont leur biographie (i); et ces re- 
cueils , en immortalisant les noms de ceux qu'ion y 
signale ^ font germer dans le cœur de leurs compa- 
triotes la noble ambition de leur ressembler , et pro- 
mettent ainsi des couronnes aux émules de leurs talens 
et aux imitateurs de leurs vertus. (Plutarque, le pre- 
mier des biographes , élève l'âiïie , enflamme Timagi- 
nation, donne des ailes au génie. Jll a formé parmi 
nous Montaigne et Charron , il a inspiré à nos grands 
écrivains les plus belles pages de leurs ouvrages. La 
mort, qui détruit tout, crée sans cesse des matériaux 
pour la biographie (2). Cette science n^a point de 
bornes : elle préconisera un jour les Ardennais qui , 
par leurs vertus et leurs travaux, perpétuent main- 
tenant la gloire de leurs ancêtres. 

Des quatre départemens formés de Fancienne Cham- 
pagne , celui de TAube est le seul qui ait Thistoire de 

(i)MM. Guilberty Devisme, Monnier et Bégîo, ont nagoère publié M 
biographies (le la Seine-Inrérieure , de l'Aisae » du 'Jura et de la Moselle. 
Comme nous, ils ont défricLé des champs hérissés de ronces et d'épines. 
L'histoire dira si le succès a répondu à leur séle patriotique et à leOr travail. 

(a) Il y a une ample compensation ; car le temps traTaille aussi sans cesse 
à effacer les trois quarts des articles dont les lexicographes ont rempli leurs 
dictionnaires. 



r 



PRÉFACE. vij 

ses grands hommes, fruit des veilles du savant et in- 
génieux Grosley (i). Les biographies de la Marne et 
de la Haute-Marne n^ont été qii^ébauchées par MM. Ge- 
ruzez (2) et Matthieu (3); et les Champenois illustres 
n^ont été vus que de pi;ofil par Baugier (4) et Hédoin 
de Ponsludon (5) ; ce qui a pourtant suffi pour prou- 
ver que la Champagne peut s'^enorgueillir d^avoir 
produit un bon nombre de personnages connus par 
de beaux talens,de brillantes créations, et de hauts 
faits d^armes. 

La Biographie Ardennaise ^ citée souvent dans les 
Annales d'Y^^ois et de Mouzon , annoncée dans le Dic- 
tionnaire des Anonymes , et dans le Magasin Ency" 
clopédiqùe , a été puisée dans des archives aujour- 
d'hui dispersées ou anéanties, dans les vastes et riches 
dépôts de Paris, ainsi que dans le commerce des 
savans de cette capitale , qui Pont honorée de leurs 
suffrages (6). Elle a exigé de longues et pénibles re- 
cherches, et Fexamen dVne infinité de manuscrits et 
d'imprimés, enfouis dans la poussière des bibliothè- 
ques , et quelquefois sillonnés par les vers. 

Des personnages d'une sainteté éminente, des pré- 
lats et des théologiens érudits; des écrivains versés 



(1) CEuvret inédiiet de Grosley, Paris^ i8ia , 3 vot. iQ*8*. 
(a) DeicriptUm de Reims, Reims, 1817, a vol. in-S^*, 

(3) Annuaires de la Haute-Marne» 

(4) Mémoires de la province de Champagne. Chftlons, 1731, a toK io-8«. 

. (5\ Essai sur les grands hommes d'une partie de la Champagne. Amsterdam 
(Paris) , 1768, ia-8*». — Le Pelletier n donné une bonne histoire des comtes 
de cette province, publiée par Lévesquc de La RaTalièrc. Paris, i753,, 
a vol. in-ia. 

(6) Foy, le Journal du département des Àrdennes, du 1 1 déc. i8a8, n*> 5o. 



vuj PRÉFACE- 

dans la connaissance des sciences , des arts et de la 
littérature; de sayans jurisconsultes; des physiciens , 
des mathématiciens, des géomètres, des médecins, 
des ingénieurs et des tacticiens; d^habiles typogra-^ 
phes, des architectes, des statuaires, des sculpteurs , 
des peintres , des graveurs , des musiciens , des méca- 
niciens, et d^honorables industriels; des grammai- 
riens, des orateurs, des poètes, des philologues et 
des poly graphes ; des géographes , des historiens , de 
profonds politiques, et des guerriers couverts de gloire; 
enfin ,' des hommes remarquables dans tous les genres , 
y ont des notices détaillées , où Ton a rassemblé les 
traits les plus saillans de leur vie , surtout quand elle 
peut jeter du jour sur Fhistoire du pays (i). On y fait 
connaître leur mérite et leyrs talens, et on les ap- 
précie; leurs travaux, et on les analyse; la série de 
leurs écrits (2), et toujours, en les jugeant, on se 
pique d^impartialité. On s^est d^ailleurs appliqué à les 
peindre tous sans ornemens ambitieux , et avec cette 
fidélité morale et cette simplicité naïve et animée qui 

(1} Oa a regretté que l'abbé Hulot, dans son Histoire eTAttigny, et M. Pey- 
ran, dans celle de l'ancienne Principauté de Sedan, ouvrages publiés en i8a6, 
n'aient pas consacré quelques pages à la biographie de ces contrées. M. Oze- 
ray les a imités dans son Histoire du pays de Bouillon, qui a paru en 1837. 
M. L'Ecuy, éditeur des Annales d*Yvois et de Mouzon, n'a point encouru ce 
reproche. 

(2) On en donne souvent des extraits , on en copie mêoae , dans l'occasion, 
des lambeaux entiers. Quelquefois le bon y a déterminé» quelquefois aussi le 
ridicule : l'un occupe, l'autre délasse l'esprit. On s'attache surtout à faire 
l'énumération des différentes éditions de ces ouvrages, lorsqu'elles sont; rares 
et précieuses, qu^nd elles présentent des variantes, des améliorations ou 
des changemcns notables; et l'on a soin d'indiquer les bibliottéques qui les 
possèdent, ctJe^ cotes sous lesquelles elles sont inscrites dans les catalogues 
de ces établisse m eu s. 



-PRÉFACE. ii 

font le charme de Phistoire. Les mausolées, les céno- 
taphes , les statues et les autres monumens consacrés 
à leur mémoire y sont rappelés, et quelquefois décrits 
avec soin. 

Parmi ces personnages, il en est qui doivent leur 
origine à des hameaux obscurs , ou à des bourgades 
détruites par le temps : tel est le fameux Gerson, tel 
est encore le poète Morel. Il était naturel de leur ré- 
server une place. En s^occupant d^eux, la biographie 
donne lieu à la géographie de noter, en passant, les 
endroits de leur naissance; elle fournit d^ailleurs 
Poccasion à Farchitecture de faire revivre ces lieux 
oubliés , en y érigeant des monumens qui rappellent 
de glorieux souvenirs. C^est ainsi que les sciences, les 
arts et les lettres ^ prêtent de mutuels secours. 

On ne verra pas sans une sorte de surprise , qu'aune 
contrée dont la surface ne présente qu^environ cinq 
cent vingt communes, ait été si féconde en écrivains, 
dont la plupart sont inconnus aux biographes (i) , et 
même ignorés dans les lieux qui les ont vus naître, 
quoique plusieurs d'^entrVux méritent les honneurs 
de la célébrité. Beaucoup d'^autres sont loin sans doute 
de prétendre à Téclat de ces noms que toutes les voix 
répètent; mais ils inspirent plus d^intérêt à leurs com- 
patriotes que des étrangers d^une plus haute renom- 
mée, ce qui suffit au biographe spécial, pour cher- 

(i) On trouvera dans la Biographie Ardennaist beaucoup de notices neuves 
pour notre histoire littéraire :, nous citerons , entr'autres , celles qui concer- 
neot L' Mouette, Bardou, Berchet, Brizard, Camart, Ghesneau, Dehayç^ 
( P01U0 ) > d'Estrebay , du Han, des Hayons, Jonston {ArUir), de Loos, 
MigcoC, Montbeton (dit St.-Pot)^ Morel, Munier, Navières, Rangier, Raulin, 
Renauldln, Ropitcl, Savigoy, Tissier, Le Vasseuret VouUé. 



X PRÉFACE. 

cher à les dérober à Foubli , toutefois sans leur 
garantir rimmortalité. 

Du reste , on n^a point perdu de vue que la biblio- 
graphie / cette partie si essentielle de la science lit* 
téraire^) n^est vraiment utile qu^autant qu^elle fait 
connaître des ouvrages dignes de quelqu^attention ^ 
ou qu^elle achève de flétrir ceux qui ne méritent que 
nos mépris ou notre indifférence. Mais pour atteindre 
parfaitement ce but, il faudrait avoir sous la main tous 
ces ouvrages, et combien y en a-t-il d^nlrouvables, 
et qu^on ne connaît que par leurs titres ? 

Les Ardeniiais expatriés par suite delà révocation 
de redit de Nantes, en i685, et qui ont porté leurs 
talens et leur industrie chez des peuples hospita- 
liers (i); les fondateurs de collèges, d'écoles, d'hô- 
pitaux, etc., et tous les hommes religieux et bienfai- 
sans qui les ont accrus de nouvelles dotations , occu- 
pent aussi une place dans la statistique morale de 
l'Ardenne. On y a joint les noms des illustres étran- 
gers qui ont ennobli ses fastes; ce sont des enfans 
d'adoption dignes de mémoire : le Nil, sorti des mon- 
tagnes de l'Ethiopie , appartient à l'Egypte , dont il 
arrose et fécondé les campagnes desséchées. 

Cette galerie de portraits, de famille s'accroît en-r- 
core des noms des femmes signalées dans nos annales. 
On y remarque aussi les noms des Ardennais vivans 
qui jouissent de quelque célébrité ; mais en donnant 

(i) Oq remarque parmi eux L'Argentier, Alexandre et Henri Brazy, de 
Briquemault, Fétizon , , CharIcB-Egide du Han, et beaucoup d'autres, dont 
Erman et Reclam ont consigné les noms dans leurs Mémoires pour servir à 
i* Histoire des Réfugiés français dans tes états du roi de Prusse» (Berlin , 1787— 
»789>9^'ol*»n-S°0 



PRÉFACE. xi 

à ceux--ci cette marque de considération , on s^abstient 
également et de la louange et de la critique. On se con- 
tente presque toujours dMndiquer les Ueux et les dates 
de leur naissance , leurs qualités , les productions de 
leur génie et de leur esprit , leurs actions d^éclat , leurs 
découvertes , leurs succès industriels , leurs essais pour . 
hâter les progrès de Pagriculture , du commerce et de 
la civilisation; et en cela, on suit le conseil de Pun de 
nos livres sapientiaux : Ne louez personne avant sa 
mort (i). L^expérience a d'ailleurs prouvé que la bio- 
graphie des contemporains est un instrument dange- 
reux , même dans la main la plus généreuse , surtout 
après de grands bouleversemens politiques ; si on ne 
doit aux morts que la vérité , on doit des égards aux 
vivans. Il faut regarder ceux-ci avec. une sorte de 
respect timide, et réserver pour les autres toute la 
verve et la sévérité de la critique , toute la hardiesse 
desesjugemens. 

Pour ne rien omettre d'important, on a cru devoir 
comprendre dans ce cadre quelques Champenois qui 
ont illustré leur siècle , et dont on n'a pu jusqu'alors 
découvrir la patrie. L'Ardenne a sur eux quelque 
droit, puisqu'ils appartiennent à l'ancienne province 
de Champagne. 

On y remarquera encore les notices de quelques 
Ardennais d'un mérite éminent , qui , croyant que la 
modestie est à la science ce que la pudeur est aux 
grâces , n'ont pu se résoudre à exposer au grand jour 
les résultats de leurs méditations et de leurs pro- 

(i) Anicmortem ne laudes Iwn^inem quemquam, (Eccii., X, 3o.) 



y 



xij PRÉFACE. 

fondes recherchais; Et combien d^hommes savans 
ont mérité Tattention de la postérité et son respect, 
sans avoir enrichi la république des lettres de leurs 
productions?£st-ce la qualité d^auteurs affichés ^ qai 
a rendu tant de noms célèbres? Quand nous n^au- 
rions pas les harangues de Fimmortel chancelier 
d^Aguesseau , en serait-il moins Tun des plus savans 
hommes du beau siècle de Louis XIV? 

Des noms voués à une odieuse immortalité vien- 
dront parfois opposer des ombres à Téclat des plus 
belles réputations : ils sont en petit nombre ; ils n Y 
paraîtront que sous des traits capables dMnspirer 
de rhorreur : il importe de venger la nature outragée* 
Mais comme chacun a bien assez de ses propres 
infirmités, c'est pour nous un devoir, puisque Foc- 
casion s'en présente , de relever Terreur de Feller et 
de quelques autres biographes ^ qui font naître le 
dominicain Jacques Clément à Sorbon , près de Re- 
thel (i). 

On ne sera pas toujours d'accord avec les croyances 
communes , mais il suffit de redire qu'on a puisé à 
de bonnes sources (2) , qu'on a évité les méprises et 

(1) Le premier jacobin qai assassina un roi , vit le jour, non à Sorbon, mail 
à Serbonne ( Yonne ) , où Ton remarque encore quelques débris de sa maison 
natale. Le nom de ce meurtrier d*Henri III, frère Jacques Clément, a pro- 
duit cette piquante anagramme : C*est Cenfer qui m*a créé, 

(a) On n'avance rien que sur la foi des garans les plus sûrs. La plupart des 
articles sont terminés par la citation des principales sources oii l'on a puisé. 
L'abondance des matières en a fait supprimer un bon nombre, qui auraient 
été utiles aux savans , mais fastidieuses pour le commun des lecteurs. On doit 
ajouter que souvent on a tiré ce que l'on dit de la vie et des écrits de ceax 
dont on parle, de leurs ouvrages mêmes, et des relations qu'ils ont eues avec 
leurs conteiàaporains. C'est d^'ordinairc ja partie la plus tutéressante de leurs 



PRÉFACE. xu\ 

les erreurs répaodues dans les Dictionnaires histo- 
riques , et les autres recueils de ce genre ; qu^OD les a 
même redressées par occasion, toutefois, sans autre 
prétention que celle de conti^ibuer aux progrès de la 
biographie nationale, qui ne sera jamais poussée à 
son point de perfection , tant qu^on n^aura pas pro- 
posé de décerner des prix aux meilleurs ouvrages 
biographiques composés sur nos quatre-vingt-six 
grandes divisions territoriales. Qu^est-ce, en efiet, 
qu^une biographie nationale , sinon le résumé de ce 
quM y a de plus intéressant dans les souvenirs de 
chaque localité. 

En concentrant ses regards sur les personnages dont 
il trace les portraits, Fauteur de la Biographie Arden- 
naise les considère dans les attitudes les plus diverses, 
et tâche de semer plus ou moins d^intérêt sur le récit 
de leur vie. Se déplacent-ils ,. il les suit partout, il les 
accompagne dans les pays qu^ils parcourent ou qu^ils 
habitent. Ces contrées , surtout celles qui avoisinent 
TArdenne, savoir, le Luxembourg, la Belgique, les 
départemens de FAisne et de la Meuse, toute Tan- 
pienue Champagne , et particulièrement le départe- 
ment de la Marne , dont la métropole renfermait dans 
son sein une université fameuse, que tant de savans 
ardennaîs ont illustrée par leur travaux , trouveront 
àglai^r pour leur histoire dans cette biographie 
spéciale , qui sort du cercle des compositions de ce 
genre , ej se lie en quelque sorte à la biographie gé- 

notices : elle a d'ailleurs Taraiitage de joindre les articles les uns avec les 
antres , et de fojpiiier mnsi une sopte d'èiwembie dans un ouvrage qui n'en 
parait pas d'abord susceptible. 



xiv PBÉFACE. 

nércile , en embrassant ui^ horizon plus vaste que son 
titre ne semble Tannoncer. 

On voit assez qu^on n^a rien négligé pour rendre 
digne des suffrages du public cette entreprise , qui ne 
pouvait sVxécuter fructueusement qu'à Paris; car 
quelle autre ville du royaume offre cette multitade 
d'^ouvrages manuscrits et imprimés, anciens et 'mo- 
dernes; ces communications orales, et cette tradition 
d'anecdotes de tout genre , qui fournissent aux sciences 
biographique et bibliographique des matériaux qu'on 
chercherait vainement ailleurs ? ce qui était pourtant 
indispensable pour tracer la route qu'ont suivie les 
Ardennais désireux d'arriver à la gloire , et pour ériger 
à l'Ardenne un monument qui rappelât les souvenirs 
dont elle s'honore. 

Sans doute j'aurais pu grossk mon ouvrage d'un 
bon nombre d'articles ; il m'en reste assez pour fournir 
un troisième volume; mais mon projet ne fut jamais 
de remplir un plus grand espace . Néanmoins , cédant 
aux sollicitations de quelques amis des lettres, j'ai 
analysé une partie de ces articles , que j'ai placés en 
notes dans le deuxième volume. Ces extraits m'oni 
paru suffisans pour faire connaître ceux qui en sont 
l'objet. 

Quelques. Ardennais ne manqueront pas d'im- 
prouver cette épuration. A la vérité , je me suis montré 
plus sévère que Boileau : ' 

Et qui saurait, sans moi, queCotin a prêché? 

m 

Mais des étrangers estimeront au contraire que j'aurais 
pu, sans nuire à la gloire de l'Ardenne,, retrancher 



PRÉFACtJ. - V XV 

un quart de mes articles. Voilà le sort des biographes 
spéciaux; on leur impute tour à tour des péchés d^o-' 
mission et des péchés de commission : trop heureux , 
quand on ne les range pas parmi ces pauvres d^esprit 
qu'on nomme compilateurs, et qui ne sont riches 
qu'en nomenclature ! 

J'ai exposé mon plan ; je laisse au lecteur éclairé 
le soin de juger la manière dont il est exécuté. Une 
préface a ses bornes : trop restreinte, elle n'instruit 
pas; trop étendue, elle ennuie. Je la termine pour 
passer à l'ouvrage. 

Quod potui feci ; faciant meliora potentes (i). 

(Inscript, porticûs Palaiii Totomei Senenslt.) 



(i) Porrô peiimus ut de hœ opère nemo nohis eaiumniam ttruat, quia eàm 
sola vera nos scrlpsisse eredamuêg quicunque veriue huinuaverit, meitorem sûn- 
tentiam sequi in omnibus parati sumus. (Laurent, de Liège, Abrégé de CHis- 
ioire des Évêques de Verdun, ioBéré dans le Spicilège de d*Achery, t. II, 
p. 357, édit. in-fo].> et parmi les Preuves du t. II, de V Histoire de Lorraine, 
par Dom Calmet.) 



I 

è 



Turpe est in patriA peregrinari et in iis rébus quœ ad patriam pertinent 
hospiies esse. 

* Maftotio». 



BIOGRAPHIE 



ARDENNAISE. 



A. 



ADALBERON , run des plus savans prélats du x"" siècle , 
était fils de Godefroi^ comte d'Ardennes. Selon Paquot» il 
nacmjfc vers lan 920 ou gSo, en basse Lorraine , et peut-être 
dans la prévôté d'Y vois -, car cette province , que nous a'ppe- 
lions le duché de Luxembourg , comprenait la prévôté dT- 
vois dans ses limites. 

Élevé à I abbaye de Gorze, diocèse de Metz, Adalberou 
sortit de cette école célèbre fort ^struit des sciences ecclé- 
siastiques. L'arcbevécbé de Reims avant vaqué en 969, Lo- 
thaire le fit élire par le clergé et le peuple. Il assembla plu- 
sieurs conciles pour faire revivre la discipline ecclésiastique. * 
Parmi les choses qu'Ù exécuta dans cette vue, on remarque 
la restauration de labbaye de Mouzon , où il mit en 97 1 des 
moines à la place des clercs qui s'y étaient introduits. Il fit 
confirmer Tannée suivante par le concile du Mont-Sainte- 
Marie [Voy* le n** m), un privilège qu'il avait obtenu du 
pape Jean XIII , en faveur de cette maison : il Tenrichit du 
corps de saint Arnoul, mar};yr, çt y rétablit les lieux ré- 
guliers. 

Le &meux Gerbert s'étant retiré à Reims , il lui donna la 
direction de son école métropolitaine, et la porta au plus 
haut degré de splendeur. Confiant dans les lum^res de ce 
grand homme , il l'envoya quèlquefoiis en Italie pour les af- 

TOME I. ' I 



1 ADA 

faires de son diocèse , et le chax^ea d\y acheter les livres dont 
on manquait à Reims : il en &isait copier d'autres , et il par-- 
vint ainsi à former une des plus riches bibliothèques de 
TEurope. 

Tant de mërite le fit élever à la dignité de chancelier du 
royaume: Ses ennemis Taccusèrent d'avoir trahi les intérêts 
de Lothaire ', mais cette calomnie n^eut point de suite , ce 
prince ayant souvent éprouvé sa fidélité. Dès que la mort 
eut enlevé Louis V, fils et successeur de Lothaire , au bout 
de quinze mois de règae, le sceptre passa à Hugues Ga-» 
pet, qui alla se faire sacrer à Reims par Adalberon, le 
3 juillet 987. Ce monarque doniia à notre prélat une 
grande' part dans sa confiance , et le continua dans la di* 
gnitë de chancelier. 

Les gens de lettres n'eprent point, dans le x** siècle;, de Mé- 
cène plus éclairé qu' Adalberon. Il les encouragea pat* son 
exemple et par les bienfaits dont il les combla. Il mourut à 
Reiâis le 23 janvier 988 , et fut regretté au point que le 
clergé et le peuple croyaient avoir tout perdu, eti perdant 
leur p^st^ur. Gerbért fait sentir toute l'étendue de cette perte, 
lorsqu'il dit qu' Adalberon était d'un tel poids , et avait une 
si grande, influence dans les affaires publiquçs, quà sa niOrt 
on aurait cru que le monde allait retomber dans son premièi* 
(ïahos : Id momeniunij dit-il ^ aceavis erat Domini meiAdai" 
heronis in causis pendentibiis ah œtemOj utj eo in rerum priiv- 
cipia resoluto^ in primordiale chaos putaretur mundus reUtbi. 

Ses œuvres : 

I. Plus de quarante Lettres ^ insérées parmi celles de 
Gerbert. Parisiis^ 161 1, in-4** *? it* dans les Supplemenia 
conciliontm GallÙBj Pétri de la Lande. Parisiis , 1666, îri-fol. 
et ailleurs. 

II. Deux Sermons insérés dans le Ckronicon Mosomehsè j 
p. 6S0 \ 654. H prêcha lé premier à Mouzon en y întro-r 



ADÂ 3 

diusaot des mornes^ Tautre servit à rouvèrture du synode 
c[u'il tiût au mont Sainte-Marie eu 97 a , et manque dans b 
Collection générale des conciles. Il .contient des pardcularitéji 
sur Vabbaje de Moozon. ■ 

III. Decrctum de refbnnatione ccenobii MossomehsiSf et 
9l0jHfchis à eo çonstitutis : inséré ibidem , p. 656 & 657. It 
dans le t. IX des conciles du P. Labbe, p. 708, à 709 et 
ajUBeprs. 

- lY. Epistola Adàlberonis» et Stepkani rohuzni diàconi j ad 
Theobaldum episcopiun Ambianensem. Dans le même tome 
des conciles 9 p. 920 à 721 » et dbms Marlot, t. II, p. 3o. 
G'isst une sentence d'excommunication portée le a4 sep- 
tembre 975 (ou plutôt 977)9 contre Tbibaut, usurpateur dé 
réyéché d'Amiens, qui avait refuse de comparaître à un 
concile tenu par Adalberon, le 3 juillet prëoëdent. £lle est 
souscrite non de Jean^ comme Tout cru D. Rivet et D. Geil-* 
^er y -tÉLsàs à^Étimne^ diacre , et légat de, Be90]t YII. 

V* Conventio de villa virfutis (vertus), int^ Heribertum 
comiternj et cahonicos Remenses. 

VI. ComemUo de villa p^indenissd(y^u!ire$^^ Ardennes), 
iriter Manassem comitem, et canonicos Remenses. Ces deux 
actes, signés d'Adalberon, sont dans Marlot, t. II, p. 28^ 
et dans la Bibliothèque des PP. de Lyon,, t. ï 7, p. 632 à 653. 

Gai. cb« , t. IX , p. 57 *, Marlot, t. II , p. i à 38 *, D. Rivet, 
Hist. JUtiér. ^ t. 6, p. 444 ^ 4^0? D. Ceillier, Hist. des aut, 
sactésyt. XIX , p. 675 à 678^ PaquoI , Mém.^ litter. ^ t. XIV, 
p. 35i à 36o« etc. 
-» . • 

ADAM (Jean) y lameux prédicateur et controversiste jé- 
suite ^ connu par son zèle ardent contre Jansénius et les 
Calvinistes , recteur du collège de Sedan , procureur de U 
pirovince de Gbampagne à Jlome, était né à Limoges en 
h$o8^ il entra dans 1^ Compagnie de Jésus en 1622 ,à 1 âge 
4$ ({imtotm ans. Après atcnr pipfessrf les bumanilés et la 

I. 



4 ADA 

philosophie pendant quelques années, il prêcha dans les 
principales villes de France et à la cour. En i650) il fit un 
sermon dans Téglise de Saint-Paul à Paris , qui causa du 
hruit. Il s'y échauffa fort contre saint Augustin , l'appelant 
le violent Africain , et le docteur emporté y et il poussa les 
choses si loin , que sans de puissans protecteurs , on lui eût 
interdit la. chaire. 

Les Jansénistes ne laissèrent pas tomber cette incartade. 
Ils publièrent contre son sermon , un écrit anonyme , inti- 
tulé : « Défense de saint Augustin contre les erreurs , les 
»' calomnies , et les invectives scandaleuses que le P. Adam , 
» jésuite , a préchées dans Téglise de Saint-Paul , le second 
)) jeudi du carême , sur le texte de l'évangile de la Ghananée : 
» Je ne suis ens^oyé quaux brebis perdues de la maison d' Israël 
A (par Noël de Lalanne , abbé de Valcroissant). Paris j i65o, 
» in-4°> p. 60. » 

Le P. Adam n'eut point d'égard aux plaintes que Ton fit 
de son sermon , et d'un livre où il avait parlé avec assez peu 
de respect de saint Augustin (c'est le n® i), et il continua d'é- 
crire sur le même ton. Les Jansénistes renouvelèrent leurs 
plaintes , et il s'éleva un conflit particulier entre eux et le 
P. Adam', mais ce combat de plume ne dura que très peu 
de temps. 

En i655 , il prêcha le carême dans Féglise de Saint-Ger- 
main-l'Auxerrois , où le roi et la reine allaient souvent l'en- 
tendre avec beaucoup de satisfaction. L'année suivante il le 
prêcha au Louvre devant leurs majestés avec assez d'applau- 
dissemens. Néanmoins l'histoire raconte qu'un seigneur de 
la cour dît à la reine Anne d'Autriche , après l'avoir entendu , 
ijail était cons^aincu que le jP. Jldam n était pas le premier 
homme du monde. Voici ce qu'on lit à ce sujet dans le TUfe- 
nagiana (t. III, p^ 69, édit. ïjiô) : « Le P. Adam dans la 
*» passion qu'il prêcha à Saint-Germain-l' Auxerrois , y fit 
0) une comparaison fort odieuse des Parisiens avec les Juifs 



ADA 5 

» qui avaient crucifie Notre-Seîgneur. 11 compara la reine à la 
)> Vierge, et le cardinal Mazarin à saint Jean rëvangéliste. 
)> Ce seniion fut très mal reçu à la ville et à la cour. La reine 
)) parla à M. le prince de Guëménée , et lui demanda cequHl 
» en, pensait : Madame y je suis prëadamite , lui répondit ce 
» prince. La reine lui demanda ce (pie cela voulait dire. C'est 
A>que je ne crois pas, madame, répliqua -t- il, que le 
» P. Adam soit le premier des hommes. » 

Louis XIY, sur lavis de la reine sa mère , envoya en 1669 
à Sedan le P. Adam , pour y prêcher. Il se conduisit pendant 
le temps que dura sa mission avec tant de sagesse y il y ex- 
posa le& vérités chrétiennes et catlioliques avec tant-de sim- 
plicité, de solidité et de grâce, qu^il sVcquit Teâtime et là 
confiance de tous les Catholiques et des Protestans. Il s'attira * 
d'autant plus la considération de ceux-ci , qu'étant de retour 
k 1» cour,, il épousa leurs intérêts auprès du roi , comme les 
siens propres, {f^ie de Fcibertj t. Il, p. 184. \ P. Norbert, 
Hist.xkron. de Sedan y an. 1659.) 

Le P. Adam ayant entrepris tin jour Marie du Moidin, 
sedanoise , sur des matières de controverse , se permit de lui 
dire , dans la chaleur de la dispute , qu'il la continuerait vo- 
lontiers , si elle savait Thébreu. Mais quel fut son étonne- ^ 
ment, quand il vit cette docte fille tirer froidement de sa 
poche un psautier hébraïque : il battit en retraite ,, et se 
retira très conCus , suivant de Limiers. 

Au mois de mars 1660 , il se trouvait à Loudun en Poi- 
ton , pendant que les Calvinistes y tenaient un synode na- 
tional. Il y prêcha, et y composa i^n ouvrage qui fit du bruit. 
Ce fut à loccasion de la conversion du ministre Cottiby, 
contre lequel Daillé avait éerit une lettre. 

(( Lcuiaréchal de Fabert n'ayant pu obtenir de ses supé- 
» rieurs de le laisser partir du Poitou , eut recours à la reine 
» mère : ils accordèrent à là princesse le retour du mision- 
» naire à Sedan , où il arriva vers la fin de novembre. ^ (^Fie 



6 ADA 

de Fabertj t. II , p. 191 •) Il se proposait de préclier durant 
Tarent des sermons de ooBtroverse : ce à quoi le maréobal 
s'exposa ,' comme chose contraire aux ordres du roi , qui mait 
d^endu de permettre la cotHroverse à Sedan ^ cjid lie sen^fiit 
ifuà aigrir les csfmts^ et à éloigner les Calvinistes de la sow- 
mission qu'ils doi^nt à V église. (^Ibidem. , p« i8ô et 186.) 
Le P. Adam se rendit aux raisons du marëelial, et prêcha 
cette seconde mission comme la première , et avec le métne 
succès. Ses instructions familières « firent perdre insensi- 
» blement aux Sedatiois protestans cette faussé dëlicatesse 
• » de scrupule , cette &usse opinion de constance qui les alta- 
3> ehâit à la secte qui les avait élevés 4 on ne' leur remarqua 
)» plus cette opposition qu'ils avaient jusqu'alors témoignée 
» contre les dogmes contestés , les images et les cérémonies 
» de Téglise. Leurs ministres , devisnus plus traitables ^ dod^ 
» tièrent à Fabert Tespérance de les voir bientôt se réunir à 
)) IVglise catholique. » (Jbid.j, p. 186 et 187.) 

De retour à la cour, le P. Adam^mploja son crédit pour 
faire rendre à Tacadémie calviniste de Sedan la pension de 
12,000 liv. assignée en i644 sur le domaine , qu'on avait ré- 
duite à 9,000 liv. efTeclifs en iSSg; et aux professeurs et aux 
ministres les honoraires dont ils jouissaient avant cette ré" 
duclion : ce eU'quoi il réussit. (Jhid.j p. 201 à 202.) 

Le maréchal de Fahert persuadé que le P. Adam ayant eq 
le bonheur d'avancer, par ses missions, la conversion des 
Calvinistes , tout antre que lui ne pourrait l'achever , désira 
de le revoir à Sedan, et le lui témoigna par une lettre du 
12 juin 1 661. Le jésuite y consentit-, «Mais alors il fallait 
» e^urmonter l'opposition des grands-vicaires de Reims. Fa- 
» bert eut recours au roi , qui otdonna à M. le Telliep de 
» l^ur écrire de sa part. Le ministi;e leuC'fit entendre que sa 
)> majesté souhaitait qu'ils accordassent au P. Adam une 
» troisième mission. Us acquiescèrent aà désir du prince, 
» d'autant plus juste , qu'il s'agissait des intérêts de l'église 



» et du salut des Sedanois , qui avaient confiance en ce misr 
tt.fiionnaire. » (/&ù;I.^p. 2o3.) 

La réunion des Calvinistes sedanois à Téglise romstii^fç 
était sur le poii^t de se consommer, lorsque Fabert mourut 
le 17 mai 1662. Louis XIV établit en i663 un collège à 
Sedan pour Finstruction des enfans des Catholiques» Il en 
confia la direction aux Jésuites de la province de Champagne^ 
pat lettrea-pàtentes du mois d'octobre de cette année. Le 
P. Adam en fut nommé recteur-, et il continua à travailler 
dans cette ville au rétablissement de la foi catholique 9 et à y 
jouir de Testime publique. Cependant,, si Ton en croit 
Bayle, «les puissances se dégoûtèrent de lui ^ et, soit que 
D Ton redoutât son esprit bardi et intrigant , soit que Ion vît 
» que sa manière de prêcher n'avait pas tqute la gravité re- 
» quide dans un lieu, où il y avait une académie de protes- 
)) tans , on fut bien aise que ses supérieurs le retirassent : on 
» dit même qu on en fit quelques instances. » appelé à Borr 
deaux vers 16749 pour y être recteur de la maison professe 
de son ordre , il y paya le tribut que tous les hommes doivent 
à la nature , le 1 2 mai i684« ^ ^^^ ^^ premier des adversaires 
modernes de saint Augustin que le cardinal Noris ait r^té 
dans ses f^indicm Augustianœ, Padoue, 1678, in-foL 

Ses œuvres : 

I. Çalifin défait par soirmêmCj et parles armes de saint Aur 
gusUn^ quil assoit injustement usurpées ^ sur les matières de la 
grdce^ de la liberté ^ et de la prédestination. Paris , Gaspard 
Metmas, i65o, inr8% p. 771. (Bibl. Maz., a5,336). Lau- 
teur n est pas si favorable à scdnt Augustin qu on pourrait Iç 
croire. Voici comme il en parle : a Sa doctrine est très em- 
» barrassée , puisqu'il n'y en a point qui le soit davantage que 
» celle qui semble se combattre elle-même. 11 n'est pas si 
» heiireux dans le choix de ses sentences et des fondemèns 
» sur lesquels il les appuie , qu'il ne laisse à nos entendemens 



8 ADA 

» la liberté tout entière de retenir leur consentement , et de 
» défendre un parti contraire à celui qu'il embrasse. » Il me 
svL&t , ajoute-t-il encore « d'obliger mon ennemi à confesser 
» que saint Augustin a parlé extérieurement en faveur des 
» deux partis , de celui de Téglise et de celui de Cahin^ et 
» sur. cet^ aveu le tirer hors du combat j et porter le combat 
» dans le cbamp des conciles et des pères. Gabriel à Porta/ 
» jésuite (c'est une grande autorité pour le P. Adam\ di- 
» sait souvent qu'il serait à désirer que saint Augustin n'eût 
)) pas écrit sur la grâce. En faisant la guerre aux Pélagiens , 
» il a donné dans des extrémités dangereuses. Pourvu que 
» je ne tombe pas , continue le jP. Adanij dans l'erreur des 
» Pélagiens , que saint Augustin attaque , il m'est permis de 
» ne pas suivre l'impétuosité des paroles dont il se sert pour 
^ les perdre. De là vient que je tiens le milieu entre Pelage 
» et Calvin, Car si adoucissant les paroles de saint Augus^ 
» tin y je descendais trop bas, je serais Pélagien; et si je dc- 
,» meurais dans leur élés^ation ^ je serais Calviniste. » 

IL La règle des Fidèles ^ tirée de V Écriture-Sainte et des 
SS. Pères. Paris, ibid.j i65i., in-8**. 

III. Les Psaumes de Dand en latin et en français ^ at^ec 
les onze cantiques dont l'église se sert. Paris , ibid. , 1 65 1 , 
in-i2. 

IV.. Heures catholiques en latin et en français ^ contenant 
V office de la vierge pour toute V année j V office des dimanches 
et des fêtes J les sept psaumes de la pénitence j les vêpres et V of- 
fice des morts J du très saint sacrement ^ de la croix et du saint 
esprit y et quelques hymnes traduites en vers j avec une ins- 
truction pour les Catholiques contre les nouvelles doctrines^ les 
règles de la vie chrétienne j et quelques prières tirées de VÉ'^ 
cnitureSainte et des Pères de V Église. Paris, ibid., i65i, 
in-8° et in- 12. 

Il opposa ces Heures à celles de Port-Royal de M. de Sacy. 
La traduction des hymnes en vers français, fut critiquée 



ADA 9 

dans une Lettre au P. Adam], jésuite j sur la traduction qu'il a 
Jaite en vers j de quelques hymnes de^ V église de Paris ,• par 
la Tàur {GuilL le Roi, abbé de Haute-Fontaine^ !65i,in-4% 
p. 66. Le P. Adam y opposa : 

V. Lettre du P. Adam sur Ut traduction qu il a faite en 
vers^ de quelques hymnes de l'église. Paris, ibid._, i65i, 
in-8\ 

VI. Le Tombeau du Tansénisme^ ou le nouveau parti dé- 
truit par saint Augustin j etla Bulle du pape Innocent JT. Pa- 
ris, ibid.j 1654? in-4*'» 

VII. La Conduite des Fidèles par les règles de la foi ^ les 
maximes de VÉi^ngile^ et les saints de\^irs de tous les Chré- 
tiens dans tous les états ^ tirée de VÉcritureSainte. Paris, ibid»^ 
1656, în-12. 

Vllï. Réponse à la Lettre de Daillé^ ministre à Charenton , 
publiée contre ï honneur de Cottiby^ ministre à Poitiers ^ con- 
yerti à la foi catholique y où sont réfutées les calomnies de ce 
ministre contre le pape j le roi^ les és^éques j et contre . toute 
T église j qu'il accuse d' athéisme ^ de libertinage^ et de corrup- 
tion des mœurs introduite par les maximes des Casuistes, Poi- 
tiers, Jean Fleurian, i66g, in^S", p. 3o2. (Bibl. du roi, 
D. 7846). Voy. jBibl. du Poitou ^ t. IV, p. aSy. 

IX. Projet présenté à messieurs de la Religion prétendue ré-' 
formée de la ville et sôus^eraineté de Sedan ^ qui ont témoigné j 

durant la vie du mcff'échal de Fabert^ de grandes dispositions à 
rentrer dans l'église catholique. Paris, François Muguet, 
i663 , in-4**. Le ministre Alpée de Saint-Maurice, professeur 
à Sedan , y opposa : Examen d'un liseré du P. Adam,, intitulé: 
Projet présenté, etc. Charenton j i663, iV4**. 

X. Le triomphe de V Eucharistie j ou la présence réelle du 
corps et du sang de Jésus-Christ dans ce sacrement ^ prowée 
par VÉcriture-Scfinte^ et parles Pères des premiers siècles ^ 
contre le ministre Claude. Sedan, GuiU. de Meerbec,; 1671, 
in-8°, p. 617 (BibL Sainte-Geneviève, D. 47^^)* It. Paris j 



10 ADâ. 

ibid., 167^, in-S"^*, it. Bàrdeaujè J Mongmm Milianges, 
1672 i m-8°, p; 52^9. (Bibl. du toi, D. 7896) 

XJ. Jlhrégé de la vie de saint François Borgia:, 3* général 
de la Compagnie de Jésus. Bordeaux, Guill. de la Court , 
1675^ j in-8^, p. i5j^. (BiM. Satnte*Geileviève ; H. j^68.) 

XII. Octaçe de coktros^erse sur le saint Sacrement de V autels 
où les paroles du testament de Jésus^Christ sont prises, en figuré 
paY les PîX)téstanSj et en vérité par les Catholiques i Bordeaux , 
ri. j 1676, in-8<*, p. 781 . (Bibl, Saîute-GeuevièVe, D. 55Î3;) 

Xin. Lettre à M. Hespérien, ministre de Soubist) Bottv 
deaux, ibid.j 168 5, in-8'. 

XIV . Sermons pour un Aident , 1 685 , in-8° . Ces discourir , 
qui Jibus sont inconnus , lui sont attribues par Tabbë Albert. 

XV. Lettre écrite au maréchal de Fahertj en i66ï, insé- 
rée dans ta Vie de Fabert , t, II j p. 199 à 202. Parisj 1752, 
2 vol. în-i2. > 

XVI. De liimiers lui attribue un Traité de la Grâce : nous 
le croyons inëdit ou imaginaire . 

Andrë'de Lortie, ministre Roebellois, à ëcrît contré le 
t P. Adain. Foy, t. IV, p. 3oa de VHist, de Véditde Nantes y 
par Elie Benoist. Ne serait-ce pas Touvrage dont parle le 
P. Arcère dans son Histoire de la Rochelle ^ t. II, p. 38g, 
ayant pour titre : « Défense du Sermon de M. Hespërien , ou 
)) Réponse à un écrit intitulé : Éelaircksemens de la docttine 
» de t église touchant le culte des saints. Saumur, iBy5ym*i^^ 
» p. 288. » 

Sotwel y Mibliof h. Script, Soc. Jes.j -p. 397; Bajle ^ Ditt. 
crit.$ Joly, JfJem. surBayle^'ç. 57-, Lipen, Biblio^eca Tkeol.y 
t. II, p. 56-, Albert, Dict. des Prédicateurs^ de Linader6, 
Magnà Bibliotheca ecclès.^ p. 106. 

ADAM (Pierre) , savais helléniste , né à Wasîgny, canw 
ton du Novion-Porçier, florissait dans le xvr* siècle. Versé 
dans la connaissance des classiques anciens , il< donnait \k 



/ 



âLA 1 1 

piriiféremBD à laocr^tjbe , regirâé coimxlè uiif tuodèle d'harmo- 
liiè, et classé par Photius parmi les dix orateurs les plus' 
câèBres de la Grèce. Il a fait passer datis notre langue 
qaelqiies fragmens de ne grand rliéteur; Sa traduction , qui 
n a pas été inconnue à raU>é Auger^ est intitulée : Orai^ 
iak panégyricfue d' Isocraie ^ en l' assemblée ^ (fui se fûUsait à 
Athènes _, de cinq anç eh cinq ansj oh est décrit le gouner^ 
nement d'une république ; ensemble le des^oir et office d'un mon 
gisiràt^ plus r exhortation d'Isocrate à Demonic,^ touchant le 
devoir de vii^re civilement j selon la vertu et honneur : ensemble 
l'oraison cohsuttoire du même auteur^ faite en la personne de 
Nicoclès, roi de Chypre j sur le devoir des sujets envers leur 
prince. Jjjan^ Nie. Bacq^uenois^ 1^49» ™^''* (Du Verdier, 
BiBliJr. t, III y p. aag.) Gettp date indique le temps où il 
irisait , et a-peu-près belui de sa mort. C'est tout ce cpie nous 
en côimaissons. Nos recherches, pour en apprendre davan- 
tage ^ ont été infructueuses. ' 

ALARD DE GENILLI (i). Bernardin de Tabbaye de 
Signy, en fut élu deuxième abbé , suivant de Camps , en 
i iâ6, -éi en i i6â selon les auteurs de la Gaule chrétienne 
(i. IX, p; 3o6). Il abdiqua la dignité abbatiale en i i^S, et 
mourut peu de temps après. 

On lui attribue tme chronique de Méaières, Ckronicum 
MacoaiensCj qui compnence à Tannée, 86^ et finit en ioi5. 
Gn là suppose écrite en ri55, dausTespèce de prologue 
c|[û'on lit al]^ commencement. Elle ne méritait guères de voir 
le joui".. Néanmoins dom le Long Fa fait imprimer en 1783 , 
parmi les pièces justificatives de «on Histoire de Laon ^ p. Sgî 
à 695 > sur une copie inexacte , et où il manque des phrases 
airtières. Nous en avons acquis k certitude en la comparant 
avec une expédition authentique , qui nous a été communi- 

(1) Dans son Histoire citronobgique des abbés de Notre-Dame de Signy» 
infoL, MSI, qui faisait partie de la bibl. de doiii Brial. 



12 AL A 

quëe par le savant dom Brial; expédition faite, le 3o mars 1 768, 
sur Foriginal manuscrit en vélin et en lettres rouges j tiré 
des archives de la paroisse de Saint-Juvin , près Grandprë , 
par Louis Albert de Pouilly, seigneur de ce lieu , lieutenant* 
colonel de cavalerie au régiment de Royal-Cravatte. Nous 
ayons traduit en français cette chronique ^ après avoir tire 
une copie de lexpëdition faite sur l'autographe . 

« C'est un écrit , remarque dom Brîal , qui parait fait à 
)) plaisir, et peut-être dans Fintention de favoriser de folles 
» prétentions de quelques familles , qui voudraient faire re- 
» monter à des temps fort reculés Fillustration de leurs an- 
» cétres, ou de ceux dont ils possèdent les terres. Il n'y a 
» pas de matière sur laquelle on ait été moins scrupuleux de 
» débiter des mensonges que sur les généalogies *, les familles 
» les plus illustres , qui aiment à voir leur origine se perdre 
» dans Fobscurité des temps , et même des nations entières ,. 
» n'ont pas toujours été exemptes de ce reproche -, elles ont 
» leurs fables , qui leur sont aussi chères que la vérité. 

» En accordant qu' Alard soit l'auteur de cette chronique , 
» ce. qui n'est pas dit, on voit déjà qu'il rapporte des événe- 
» mens qui s'étaient passés trois cepts ans auparavant , et qui 
» auraient besoin d'un autre garant que lui-même. Assuré- 
» ment, un écrit qui nous donnerait des lumières sûres sur 
» tant d'objets , sur les pays Rémois , de Gastrice , de Stenai , 
» de Dormois, de Rhetel, de Château-Porcier, serait un mo- 
» nument précieux *, mais nous ne pensons pas que la chro- 
» nique dont il s'agit, dans son entier, soit de ce genre. A 
» l'exception de deux ou trois' traits sur Herlebalde^ comte 
» de Gastrice, que l'auteur a empruntée de Flodoard, on ne 
)> voit dans presque tous les autres personnages dont il est 
» parlé , que des noms parfaitement ignorés dans l'histoire -, * 
)) tels un Garlaschusj qu'on iait père du comte Herlebalde , 
» et celui de Guéririj dit Fier-à-bras, Ferreum-brachium ; 
» tels un HucbaldiiSj qu'on dit comte de Ghâteau-Porcier, et 



AL A i3 

» père de Frédéric; un Marcj comte de Dormois , surnommé 
» jPecfew5-|iorco^ (peigne-porcs)-, un Victor de Pouilly^sur- 
» Meuse (i), un Bcdikazarde Rethel, qu'on ne trouve nom- 
» mes dans aucune histoire ni dans les chartes connues. 
» Quant aux mariages qu on leur fait contracter, nous au- 
» rions besoin d'un meilleur garant pour les admettre. En un 
» mot , tout nous paraît supposé dans cet ouvrage, excepté ce 
» qui a rapport au comte Hérlebalde^ auquel Flodoard as- 
» signe pour domaine le comté de Castrice, lieu inconnu 
» aiijourd'huî , mais sur lequel on peut s en rapporter à 
» notre auteur, d autant que dans Flodoard il y a une la- 
» cune considérable , immédiatement avant les endroits que 
» 1 auteur a empruntés de lui, et qui peut-être n'existait pas 
» de son temps. 

ï) Il dit donc , qu'en 897 le feu du ciel réduisit en cendres 
» le château et le bourg de Castrice , Castricii domos ; et 
» qu'en 699, Herlebalde construisit un nouveau château sur 
» une éminence qui domine la Meuse,. non loin des ruines 
» de Castrice, pour se mettre à labri des poursuites de 
» Foulques, archevêque de Reims. C'est aujourd'hui la 
» ville de Mézières. Voici, selon Tanteur , l'origine de ce 
» nom. En creusant les fondations de ce château, on dé- 
» couvrit dans les ruines d'un temple , l'image d'une idole 
» appelée Macer^ l'auteur ajoute que le culte qu'on lui rcn- 



(1) M. de Pouifly, jalotiz de faire remonter sa famille à des temps reculés, 
aTait le plus ^and intérêt à faire connaître la Chronique de Mézières. Aussi 
avons-nous vemarqué une note marginale de sa main , mise sur l'expédition 
ci-^dessus, portant : iLa terre de Pouiily fut possédée par une famille du 
» même nom , qui est une de celles de l'ancienne chevalerie de Lorraine. 

• Elle porte pour armes , d'argent au lion d'azur et lampassé de gueules ; et 
» il parait assez vtaisemblable que le temps où la noblesse a pris des armes 

• ,(en 936), n'étant pas de beaucoup postérieur à celui de Victor de PouilIy, 
9 ses descendans en ont pris qui rappellent l'action de Victor, lequel , en 926, 
» s'empara dans un combat, où périt Zuentibold, d'un bouclier d'argent, 

• portant un lion sur l'écusson. • * 



» dait autrefois V cohsiétait à la frapper de verges. Cette dé~ 
» couverte fit donner au château le nopi de Mëzières , Ccts^ 
» trum Maceriaram. Herlebalde ùe se tint pas long-temps sur 
)) la défensive *, dès l'an gck) il fit des excursions sur les terres 
» de révécbd , s'empara dOuiont^r et peupla son château de 
» Méciènes des vassaux de Téglisede Reims, CasQtis, L'é- 
» véque Hervé , successeur de Foulques , le frappa d'aua- 
» thème , et dès Tannée suivante , Tayant réduit apprendre 1& 
» fuite , il se rendit niaitre du château. 

» Jusqu'ici notre auteur est d'accord avec Flodoard ; mais 
y» Flodoard ne parle ni de la, femme ni des enfans du comte 
)» Hçrlebalde , non plus que des alliances des autres person- 
». nages ci-dessus nommés. Ce qui nous a Êiit dire que cette 
» Chronique , assez décharnée et fort peu remplie d'événe- 
» mens , n'a été composée que daijs le dessin d'y fourrer des 
» généalogies. INous pourrions conclure son peu d'authen- 
» ticité des anachronismes et des solécismes grossiers qu'elle 
» contient en grand nombre.. Si le prétendu Alard, pour 
» dégtiiser la supposition , a crû que c'est ainsi qu'on écrivait 
» ail xiï'* siècle, il s'est bien trompé. Quoiqu'en général les 
» écrivains d'alors parlassent assez mal latin, ils respectaient 
» au. moins les règles de la syntaxe*)) (^Hisf. Uttér,, t XV, 
p. 597.) 

ALAYDON {Jean- Baptiste) y né à Rethel, le 19 avril 
1671 , de Philippe Alaydon, marchand, et de Claire Lam- 
bert \ il entra jeune chez les Bénédictins de Saint-Matir , et 
y fit profession en 1687. Elu visitem* de la province de Bre- 
tagne en Ï726, il s'acquita de cet emploi avec distinction, 
et fut élevé trois ans après au généralat de cette congrégatioii 
célèbre, qui a laissé de si chers souvenirs. Il est mort à 
Saint-Germain-des-Prés , le 6 juin lySS, âgé de soixante- 
deux, ans. Ses resljes sont inhifiÂ^s dans le chœur de ïa cha- 
pelle de la Vierge. 



ALO r5 

. A une grande régularité , il joignait cette gravité dans le 
maintien et cette douceur dans Içs manières y qm , en faisant 
respecter Télat religieux , réconcilient les gens du monde 
avec la religion elle-même. Dom Delvill^, son secrétaire", à 
publié' une circulaire iû-4^ sur sa mort. 

M* Jordan, vice^président de Tacadémie de Berlin, en 
parlant de notre héoédictin, se sert de ces expressions : a II 
» n'était pas fort chaiçé du bagage de lantiquité. En exi- 
» géant Tacceptation de la bulle UnigêHitus ^ il allait dans 
» les cellules 9 disant à ces messieurs : allons recet^oir la 
» bulle ; nous en ferons pénitence après* » {Hist. d'un voyage 
littér.j p. 69*) 

Son portrait : Robert^ pinx. , Poilly se. în-fol. 

ALOUETTE {François DE L'), seigneur de Vrigni- 
côurt et président de la cour sopiverâine de Sedàri , a fait trop 
d'bonneur à cette ville , dont il fut un des principaux orne- 
mena , pour ne pas trouter place ici. 

Il naquit à Vertud en Champagne (Marne) vers i5^b. Ses 
premières études lui rendirent familières les langues sa- 
vantes , qui lui frayèrent dans la suite la route de Fhistoire 
ancienne ^ où il se rendit babile et où il puisa sans doute les 
mœurs simples et' antiques dont la contagion de l'exemple 
ne la jamais fait départir. L'étude de la jurisprudence civile 
et canonique, celle du droit public de France et des autres 
états , le fixèrent successivement : il en approfondit les ques^ 
lions les plus épineuses et les plus ardues, car il avait senti 
que la meilletu-e manière de se rendre digne des charges 
auxquelles Tappelaît sa naissance, était de s'instruire de 
))onne heure.de tout ce qui peut en faciliter l'exercice. 

Il ne s'agissait plus que de se livrer à la pratique de la 
)urï9prudénce , pour y acquérir toute rexpériencê que donne 
l'usage suivi de cette profession. On lui en fournit les moyens 
en le nommant bailli du comté de Véttus/ H «succéda dans 



i6 ALO 

cette diarge à Claude Raulet, écuyer , seigneur de Vitry-la— 
Ville. Ce fut vers 1 54o. Depuis, il devint conseiller du roi et 
maître des requêtes de son hôtel , et il fut un des douze ju*- 
risconsultes que le prince Henri Robert de la Marck employa 
en 1 568 , à la révision et à la rédaction de la Coutume de 
Sedan j formée en i53g. Ce prince ayant statué, par' un 
édit du 23 janvier 1 670 , que le bailli de Sedafii jugerait sou- 
verainement et sans appel , conjointement avec trois associés 
du conseil souverain, toutes les affaires criminelles, et aussi 
toutes les causes civiles dont le capital n'excéderait pas cin- 
quante livres, F Alouette fut un de ces associés. On apprend 
de Matthieu de Launoy (i) , qu il était président de ce con- 
seil souverain, en 1677. ^ Nueil occupait cette charge en 
1 585 et, 1 587 , ce qui supposerait que T Alouette Favait abdi- 
quée pour aller vaquer ailleurs à d'autres fonctions. Quoiqu'il 
en soit , il redevint , dans les premiers jours de janvier 1 588, 
chef de cette haute magistrature, et il y fit preuve d'une probitë 
inaltérable et d'un cœur droit, et se montra ferme dans ses 
résolutions, qu'il ne prenait qu'après y avoir mûrement 
réfléchi. 

Cette honorable conduite fut appréciée. L'académie de 
Sedan ayant été fotidée en 1602 , le prince Henri de la Tour 
lui donna rang parmi les conseillers modérateurs de cet éta- 
blissement naissant. Cette charge n'était qu'honorifique, 
nul salaire n'était attaché à l'exercice de ses fonctions. Il y 
fut utile et par ses conseils et par son exemple *, mais il n'eut 
pas le temps de faire connaître dans cet emploi tout ce dont 
il était capable , étant mort dans le cours de cette même 
année. Sa dernière signature portée sur le registre dû conseil 
des modérateurs de l'académie, est du i3 juillet 1602. Il 
signait de V Alouette j et non de Lallouétte, 

Matthieu de Launoy, qui avait pris à tâche de dénigrer 

1) Danâ sa Défense, publiée eb 1577. 



ALO 17 

la réputation des personnages les plus illustres de la reforme, 
a répandu sur lui la plus noire calomnie, en avançaQt que , 
« selon les plaintes du peuple , il s'était grandement eorichi 
» depuis qu'il avait été fait président, en détournant à son 
» profit des deniers destinés aux pauvres (i). » Mais les 
libelles sont le salaire du mérite : les hautes renommées sont 
comme les hautes tours que les oiseaux de proie infestent de 
préférence. 

Nicolas Guloteau de Velye , avocat du roi au présidial de 
Châlons-sur-Marne (2) , a lu une notice sur la vie de notre 
safant, le 22 février 1763, à la séance publique de la so- 
ciété littéraire de cette ville. EUe n-est point dans les ar- 
chives de cette compagnie , et nous Pavons en vain cherchée 
ailleurs , dans le dessein d'en profiter. 

Augustin Callias, professeur en droit à l'académie de 
Sedan , a couvert son urne funéraire de ces fleurs : 

In tumulum CL V, F&angisgi. Alaudani , prœsidio Sedanensis, 

Quo ^alerita polis volitat vicinior altis 
Intégras arguto suavias ore melos , 
Prseses Alaudanus paritèr, que impensiùs urgeht 

Fata magis Sophiae ruia magisque coUt : 
Donec cygneâ tandem defectus in odft 

Transvolat et sedes migrât in aethereas. 

Syiva Il^niyster,, p. 106. 

Ses œuvres : 

I. Traité des nobles et des vertus dont ils sont formés ^ leur 
charge j vocation^ rang et degré ^ des mart/ues ^ généalogies et 
espèces d'iceux^ de V origine des fiefs et des armoiries; av^ec 
une histoire généalogique de la maison de Coucy et de Fernns 

(i) Défense de Mathieu de Launoy, naguère minUtre de^ la prèlendie^ religion 
réformée, k la pag. 5a. 

(2) Né à Reims, mort le i4 mars 1765. Il a.rem porté le prix de racadémie 
des inscriptions, en 1740, sur les Lois de Licurgue, > 

TOME I. 2 



i8 ALO 

en Picardie, Paris, Robert le Magnier, 15^6, in-S*^ y 
p; aSa. It. Paris j ibid. , i5y7, in-4'*> fol. 296. Fontette 
fait mal à prc^os trois ouvrages de ce traite. 

II. Oraison et harangue funèbre j à V imitation des anciens ^ 
pour deupi excellens ches^aliers^ l'un le seignew du Biez j ma^ 
réchal de France (i)^ Vautre le ségneur de f^erçinSj messire 
Jacques de Coucy^ son gendre ^ gowemeur de Bùulongne > en 
immoire de leurs héroïques vertus j é témoniage de leur innof 
cence , faicte au jour que la déclaration d'icelle fut publiée^ de 
Vordonnance du roi. Contenant V antiquité ^ origine é coutume 
des pompes é magnificences funèbres j lis é pièces d'honneur é 
du, cors J retenus es grandes é illustres maisons de ce royaume. 
Le tout doctement é curieusement recerchéj é epttrait de toutes 
histoires J hébraïques ^ grecques^ latines é fnnçoises^ Pariil, 
Jean de Lastre, 1678, iii-4**j fol* 3a. Sous le nom de Jean 
Faluel, dominicain. 

Baillet , dans sa Liste des auteurs déguisés ^ et après lui 
Placcius dans ses Pseudonymes^ ont démasqué ce Jean 
Faluél , et substitué à son nom celui de François de TA- 
louette. « Cependant, remarque la Monnoye, puisque Fa- 
)) luel était, en son temps, un célèbre prédicateur, les 

. » PP. ijuétif et Echard, jacobins, dans la bibliothèque des 
» écrivains de leur ordre (t. II, p. îî84)j nie paraissent 

o) avoir cru avec assez de vraisemblance que François de 
» rAlouette pouvait bien avoir fourni des mémoires pour 
J) cette oraison funèbre^ mais que le corps du discours, 
» les figures d'éloquence , et le tour de la composition 

(1) Ou<istrd de Biez et Jacques de Coucy» son gendre , furent condamnés 
à mort, le second en i549 et le premier en i55i. Leur mémoire fut réhabi- 
litée , par le parlement de Paris , le 1*' octobre 1575. Mais qu'eat-ce l'arrêt le 
plus solennel , quand l'inexorable histoire ne le confirme pas ? Leur oraison 
liinèbre fut proùoncée à Bcralogne-sar-Mer le 14 juin 1578, et le roi Henri III 
envoya le hérault de Valois pour y assister en son nom. Voye^ sur ces desx 
ilinstieft personnages , le t. II , p. 119 des Méi«n^$ ^une gr. bibii&îh,, par 
de Faulmy. 



ALO 19 

» -apparteiiaient à Jean Faluel. » {No^s sur la croix du 

Maine. ^ 

III. Généalogie de la maisonde Ut Mùrck, en Allemagne j, 
de laquelle est issu le comte de Maules^rierj che^lier des ordres 
du roi* Paris , Martin le jeune , 1 584 ? in-fol. 

I V» Pes maréchaux de Ftanoe et principale charge d'icmx. 
fiedan , Abel Rivery, 1594, in-4*'» 

V. Epitapbium Carolœ à Matckdj Prindp. Bullionensis ^ 
aui6tore F . Laloetio , consiUario regh libelloruméfue magistro in 
prmiorioj etprœside Sedanensi : elle est împrinM^e avec sa tra- 
duction française ^ à la fin da Tombeau de Charlotte de la 
Marché par de Nan^ières. Sedan , 1 594 5 in-4** *, et sans traduc* 
lion à la suite de Foraison funèbre latine de eette princesse , 
par Toussaint Berchet. Sedan, 1694? in-4*. Nous transcri* 
vous cette ëpitapfae : 

Yixi gloriosè , non sine invidtâ : 
Faiistissimo conjugio nupsi , vitam egi 
Et augnivi adolescentula puerpera , 
Sèquuta fatum, încJudorTttttRilo, 8«b <(uo 
Exaresciint ^àcryui9 et aova seritvr vka. 

I 

Non obii, scdêméùêi eùthniutavL 



Haari de Bourbon y duc de Montpensier, tuteur de la 
princesse Charlotte , avait ^ par acte du % janvier 1 588 , éta- 
bli TÂlouette^ alors président du eoAseil souverain de Se- 
dan , son proctureur en ladite tutelle. 

VI. Des affaires d' estât j des financés du prince et de sa 
noblesse^ par le président de r Alouette ^ conseiller du roi 
e$ma\trè des reqmstes en son kostel. Paris', s. nom d'impr. , 
1595, in-8% p. «85. (B4bL Mas&ar., â8,i5i.) ït. Mett^ Jean 
d'Arras, «697, in*B% p. ^68, 2« édit. revue par Tauteur. 
(Bibl. duroi, E. 697.) 

On lit à la tête de la 2^ édition (exempls^re de la bibl. du 
roi), cette note manuscrite : « Il manque dans ce livre un 



2. 



^o ALO 

» discours de la vraie noblesse, de 44' pages, de mém^ ca- 
» ractère et grandeur, intitule : Eugeniaretilogiej ou discours 
)) de la vraie noblesse ; le tout adressa à niessire Alexandre de 
» Bournonville. » 

Au verso du frontispice de la- T* édition on voit le por- 
trait de Fauteur dans un médaillon, gravé par un ano- 
nyme. Autour est écrit: F. de Laloete^ cons. du roi et 
maistre des ra/. or. de son Ho. Pr. de Sed. Il y est repré- 
senté revêtu d'une toge , laquelle est surmontée d'un collet 
de batiste plissée. Sa- tête est chauve*, sa barbe épaisse des- 
cend jusqu'au bas de la pcùtrine. Suit une préface au lecteur, 
laquelle est suivie de deux pièces de vers latins à la louange 
de Fauteur et de son livre ; par Eusèbe de Gand , pasteur de 
Féglise de Sedan. 

VII. Impostures d' impiété j des fausses puissances etdofrù- 
nations attribuées à la bine et planètes^ sur la naissance ^ vie,, 
mœurs j étas^ volonté j et conditions des hommes : et choses in- 
férieures du ciel y par le président de V Alouette j conseiller du 
roi et mmsire des requestes en son kostel, Sedan , Jacob Sa- 
lesse, 1600, in-4°> p« 78, rar. (Bibl. Maz., 1 6,928) -, avec deux 
épîtres en tête , Fune au chancelier de France , et Fautre à 
Elisabeth de Nassau, souveraine de Sedan (i). 

L'astrologie, judiciaire , science frivole , dont on ne daigne- 
rait pas même réfuter aujourd'hui les chimères , avait alors 
de la vogue. L'Alouette qui en sentait tout le vide, et qui n'i- 
gnorait pas qu'en réglant absolument la volonté des hommes, 
il n'y a ni bien ni mal moral , puisqu'ils ne sont plus libres, 
exhorte la princesse de Nassau à «e <( rendre la terreur des 
» devins et insensés esclaves de la lune, à les chasser de 
)) ses terres et principautés, et à orner son académie se- 
» danoise de la pureté des vraies sciences et disciplines » : 

(1) Elle est souBcritç Franc Ahudanut, Ditioni» et principatùs sedanensium 
jirincipis et Ducis BuUomentis. 



ALO 51 f 

ce qui prouve que le collège de Sedan était déjà regardé 
alors comme une académie, quoiqu'elle ne fût pas encore 
définitivement établie. L'église a toujours condamné les as^ 
trologues. 

YIII. Juris cis/iUs Romunorum et,Gallorum nos^a et exqui- 
sita traditio duobus UbelUs descripta. Sedan , s. nom d'impr., 
1601, in-i6, p. 108. (Bïbl. Maz., 27,4^9.) 

La dédicace de T Alouette , datée de Sedan , le 1 2 janvier 
160 1 , est adressée au prince Henri de la Tour, duc de Bouil- 
lon , auquel il c^re son livre , comme le fruit d'une vieillesse 
décrépite. Suit ime lettre de Fauteur à ses jeunes fils Robert 
et Charles, où il leur dit qu'à l'exemple de Julius Paulusj 
célèl^re jurisconsulte romain , il leur adressa ces élémens de 
droit. C'est peut-être prématurément , ajoute-t-il , mais mon 
âge caduc m'en fait un devoir. Prœmaturè fortassis^ sed eo 
tempore quo et per œtatem liceU jEtas enim decrepita qtue me 
ad extremum vitiB horizontem perduxû j, nonpatitur ut hœc et 
sindUa mentis conceptà longiùs differre possim. 

Il finit cette lettre par ces paroles remarquables , qui té- 
moignent assez que de son temps il y avait déjà de ces vau- 
tours judiciaires tout occupés à dévorer la fortune de la veuve 
et de l'orphelin : De litibus enim abolendis et solâ equitate jun 
dicandisj quœrendum estpotiîis (fuàm de cousis et controi^ersiis 
protelandis^ quas sordidse mercis negotiatores adforensis venon 
tionis argutias extendunt et prostituunt. 

IX. Plusieurs ouvrages inédits , dont on peut voir la liste 
dan9 la Croix du Maine et du f^erdiev; le premier assure qu'on 
retnarquait dans la bibliothèque de François de l'Alouette , 
bailli du comté de Vertus , le manuscrit de la loi de Fervins 
au pays de Thiérache en Picardie j, par -Thomas ^ seigneur 
de Coucy, 

Fontettedit (t. II, p. ^^74 de sa BibL Hist^ de France) 
« qu'il ne iaut pas confondre, comme l'a fait le P. le Long 
» dans sa table (ainsi que la Croix du Maine, du VerdieretMo- 



aa AMB 

» réri), le prëdident de TAlcmette, avec François F Alouette^ 
)) bailli.de Vertus, qui a &it plusieurs ouvrages généalo* 
M gicpies* y» Je crois quQ c'est une erilsur de plus dans la JSi^ 
bliothéque Hùt. de Fontette, où d'ailleurs les n"* 4 ®*^ s^w- 
leniient sont attribués au président de T Alouette» Le Trùité 
des Nobles j^édî\àon iùr9''y est sous le nom du ptésident \ Fd- 
dition in-4*' porte celui du bailli de Vertus : d'où je conclus 
qu'il y a identité eutte te président et le bailli. Pourquoi donc 
Fontette veut-il les distinguer, safis toutefois apporter de 
preuves à l'appui de son opinion ? 

Le P* Norbeort parle d'un Gaspard de l'Alouette^ nommé 
conseiller garde^cel du bailli^ei et siège présidial de Sedan 
en i66a. 

La Groix du Maine, BM* française, 1. 1 , p. 200 et 49' ^ 
du Verdier^ 1. 1, p. 601 -, Begistrea des modér*. de l'aead.de 
Sedan} P- Norbert j» ffisU €hrom de Sedan^ «na. 1 570^ i5d5^ 
1583, i6oa*) Moréri^Fcmtette^iti^/.^isf.^t. Il, p.6^ t.III^ 
p. 673, 677,846*) Annuaire delaMame^nxi xii ^ i8o3, p.35. 

AMBLY (IUgnault D'), le premier seigneur de oe nom 
dont on ait une particulière Connaissance, né dans le Rethe^ 
lois vers l'an 1220, était connétable de Bourgogne. Le di|c 
de ce nom. voulant seconder saint Louis dans l'une de ses 
ei^péditions d'outre-mer, donna la principale conduite de 
ses troupes à Regnault, qui rendit son nom glorieux et il^ 
lustre, dans- un combat naval qu'il livra aux Sarrasins, et 
qu'il défit Gomplettemeott, malgré les vents contraii^es et 
une furieuse tempête : Ce triomphe lui mérita d'être sui^ 
nommé Engoncent par saint Louis y pour marquer à sa po^ 
térité sa valeur, sa conduite , et son habileté dans la science 
nautique. Peu de temps après cette expédition , il obtint le 
droit d'usage dans la foret d'Omont, située près d'Ambly, 
pour lui et ses successeurs» Il avait épousé N...« de Cuilly, 
dont il eut Pérard et Clerambault. Outre la terre d'Ambh> 



il possédait enccNfe celles de Malmy , d'Olizy, d'Ëcharaon , 
de Sault, Pertbes, Marquiguy, P^rrier, Yendresse, etc. 
(Cet art, et le suiv, sont extraits du Diction, de la Noblesse j 
par la Gfaesnaye des Bois , t. IX , p. 386.) 

AMBLY (Rbgnaudin D'), troisième du nofei, et petîtr- 
fils du précédent, était maréchal de camp des armées de 
Louis II, comte de Flandres et de Rethel. Louis ayant à 
combattre les Flamands , soutenus par les Anglais , nomma 
Regnaudin Tun des chefs de son armée nayale. Quoique 
Torage qui agitait les vaisseaux lors du combat fut extrême , 
et que le ciel et la terre semblassent être animés contre kdj 
ainsi que. le témoignent les chroniques du Rethelois, ïk 
manœuvra si habilement qu'U défit successivement et le 
même jour les deux ennemis avec lesquels il se mesurait, et 
qu il ramena à bon port son armée navale. En reconnaisr- 
sanee de ce service, il fut surnommé Engoids^entj comme 
son aïeul* II rendit foi et hommage pour sa terre d^Ambly , 
mouvante en plein fief de la châteUenie d'Omont, le di- 
manche après la saint Martin d'hiver , Fan 1 3a3 , à la com- 
tesse de Nevers. Il avait éppusé Marie de Halwin , dont il 
eut un fils et deux filles. 

La famille d' Ambly a fitit des alliances avec les maisons 
les {dus illustres de France , et a produit des officiers dis- 
tingués. On remarque panni eux : i"" François d'Ambly, 
marquis des Ayvelles, capitaine dans le régiment de la 
Ferté-Senneterre en i653 , blessé aux sièges de Béfort et de 
Thann*, 2° Frauçois d' Ambly , écuyer, gouverneur-général 
des terres souveraines de Ghâteau-Regnault , sous le gouver- 
nement du duc de Guise , surnommé le Balafré '^ 3° François 
Salomon d'Ambly , né le 4 décembre 1 70 1 , tué à la bataille 
de Dettingen en 1 743 *, 4"" « Jacques Brulard , marquis d' Am- 
» bly, gouverneur de la ville de Reims , lieutenant-général 
» et cordon rouge , député de la noJ^lesse de Champagne aux. 



24 ANC 

» états-gënéraux en 17B9. Il adhéra aux protestations faites 
)) par son ordre lors de la communication des pouvoirs , en 
» juin de la même aimëe. Le 7 août suivant, lors de la dis— 
» cussion sur le droit de chasse , il demanda que le port 
» d'armes fût attaché à la possession d une certaine portion 
»• de terres. Dans une autre occasion, ayant proposé d'exclure 
» de rassemblée tout député calomniateur , il provoqua en 
» duel Mirabeau , qui repoussait cette motion comme inju- 
» rieuse au corps des^ représentans. Il continua, en 1790, 
» de se montrer partisan des principes dé la monarchie \ 
» s'éleva contre Robespierre, qui demandait l'égalité poli- 
» tique , s'opposa vivement à la destruction des titres et des 
» armoiries. Il présenta, le 3o juillet, ses vues sur le plan 
» d'organisation de l'armée. Le 7 août, il invoqua la pour- 
m suite des événemens des 5 et 6 octobre , sans égard pour 
» les députés qui y étaient impliqués. Lors de la fuite du roi 
» et du décret du 21 juin 1791 , qui ordonnait le renouvelle- 
» ment du serment civique , M. d'Ambly monta à la tribune 
yi et prononça ces paroles : Je suis fort âgéj façais demandé 
» à être employé^ et f assois été mis sur la liste des Ueutenans- 
» généraux , mais j ai été rayé par les Jacobins qui ont sub^ 
» ^titué à ma place M. de Montesquiou, Je suis vieux ^ cela 
» m'est égal ; ma patrie est ingrate en\fers moij je jure de lui 
» rester Jidèle, Il quitta ensuite la France, et servit, malgré 
» son âge , dans des corps d'émigrés. Un de ses neveux fut 
» tué à Farmée de Condé. » {Biographie moderne.^ 

La généalogie de la famille d'Ambly est rapportée par 
d'Hozier , t. I du Nobiliaire de Champagne. 



ANCELIN {Michel) était de Rethel , où l'on peut supposer 
qu'il naquit vers l'an 1 556. Il fit ses premières études à Reims 
et sa philosophie au collège d'Harcourt , à Paris ( i ) . Admis au 
rang des docteurs en théologie de la faculté de cette ville , il 

(i)Morel, Lyira Pieciri Horatiani y£mula , pag. i4. 



ANC 25 

manifesta tant de sav<^r et de pieté , cpi'on crut devoir ré- 
compenser son mérite en Télevant à la dignité de grand- 
pénitencier. On lui donna ensuite Tarchiprêtré et la cure de 
la Madelaine , qu il gouverna jusqu'à la fin de sa carrière. Le 
poète Jean Morel nous apprend, dans la dédicace de sa 
Lyre (i), qull la termina au mois d'octobre 1607 , ^* dans 
une ode (2), où il déplore amèrement cette perte , il nous 
dit que ce fut à Rethel : 

Quld nuntiatur ? quae mihi ferrea 

Vox tundit anres f qaae mûerum enecat , 

Gaedit perculsum l jineciinus 

Mortuus occidit , jiruelinut» 
Qai tantùm amabat te ^ Pyladem meum 
Nunquam révises , de patriis focis (3) 

Nanquam revertet : qu6 sinistrft 
Heai volucri fuerat profectus. 

L'attachement de Jean Morel pour Michel Ancelin son 
compatriote, éclate dans sa Lyre, lî y adresse six odes à cet 
intime ami (4)? et Y y signale comme un homme très éloquent , 
qui 5 s'élevant au-dessus de son siècle, avait su débarrasser la 
théologie des épines de la dialectique, pour la revêtir de 
toutes les richesses de Télocution : 

Hune apud Bhemos, utriusque genteni 
Novi ego , paul6 senior, benignis 
Ora tingentem fluviis, quot aies. 

Ungula prompsit. 
Jam perezantem Giceronis hortos : 
Plurimum sicut Taga per laborem 
Artifex mellis populatur ore 

Florea rura. 

(1) Michael jineelinus, dimidium quondam anims mes, cuius etniortem 

nuper acerbissimam flerisse te, haudqnaquam dubito E. Museo nostro 

Khemensi. Idibus octobris M. D. G. VII. 

(a) Pag. 2S2 de Lyra. 

(5) E Ratiro oppido g, Rethei. 

(4) Pag. 54 à 44. 



î6 ANC 

if arcu9 Latini cultor est et iofrequtes 

Nitoris, ut vulgù ferunt , 
Thomista quisquis est bonus : qui vel sacra». 

Gaudet doceri pa^nas. 
At Aneeiinu* dootam inelegantiaiB 

YestiTÎt auro et purpurilt : 
Verborum honores splendidos Sorbonica 

Oeduxit ad subsellia : 
Galigî^osft nocte conditum seotum . . 

Atrâque perlituçi pice 
. Lustravit orto ut sole : shyngemque hoiridanv 

Farcit lepore et gratiâ, 
Page^y, 

L'on voit dans Moréri (i), qu'Ancelîn reçut en i SgS, étant 
cur<5 de la Madelaine-, labjuratîon du cëlèbre Antoine le 
Clerc , sieur de la Forest , natif d'Auxerrç , connu par plu- 
sieurs ouvrages. 

Pierre Valens y professeur de grec au collège de France , 
lui adressa la pièce suivante : « Gratiarum actioj nomine 
» amplissimi rectoris j Jrancissi higolvii^ etacadenUœ^ in œde 
»./). Stephanij suppUcationis die habita ^ ad virum sapien- 
» tissimian Mickaèlem Ancelinunij S. theoL doctorenij et aca- 
>) demiœ procancellariwn, Parisiis, 1606, in-8°, p. 11. » 
'C'est un remerciaient à Ancelin^ pour avoir cëlëbrë la messe 
en cette occasion , lequel prouve qu'il était alors vice-chan- 
celier de l'université de Paris. Nous ne connaissons du doc- 
teur Ancelin qu'un sonnet et douze vers latins , imprimés 
à la tête de Y Histoire métropolitaine de Reims ^ traduite de 
Flodoard, par Nicolas Chesneau, de Tourteron. (^Reims j 
1 58o, in-4^.) Nous transcrivons ici ces derniers : 

Benepolo Lectori Michael Ancelin, Retelinus , de Historiâ Floardi 
donatd a)ernaculo sermone, per Nicolaum Qùercubim. 

Aurea Priscorum vèrè cur secla fuerunt , 
Usée autem veniunt ferrea nostra m agis ? 

(1) Édit. de 1769, art. ie Clerc de la Foresl, 



ANC %^ 

Red4a cihos «nnîs nostriB , raendasque priores , 

Et subito faciès altéra rébus erit. * 
Posthabitis epulis virebat glande vetustas : 

I^escîa curandae prisca Juven ta cutis. 
S^tiptonmi illecebras qaîs non hoc tempore quaerit f v 

Iflta quidem tnultos perdidit inglnTies. 
Lectio quaerenda imprimis quK frugis abondât : 

Quaeqne animes sanat , forinat et egregios. 
Qualis ea est noster, qvam pradens Qaereulus edit 

Snb fila sanctae nanter Historiae. 

Noofi apprenons de Marlot (i) que Jean ^ncetin^ docteur 
en droit ciyil et canon ^ grand pénitencier et chanoine de 
Reims ^ et Michel ÀnceUn^ professeur de philosophie dans 
Funiversiië de cette ville, en étaient recteurs en 1578. Us 
étaient apparemment de la famille de notre archiprétre. On 
apprend de Grosley ({u^un Jean Anctlin composa des qua- 
trains qui accompagnaient des tableaux servant d^omemens 
à Téglise de Saint-Nicolas de la ville de Troyes. Ce poète , 
qui âorissait vers 1 55o , était peut-^étre le même que le cha- 
noine dé Reims. {^Mémoires sur les Troyens célèbres^ t. II, 
p. 271..) 

ANGECOURT ou ANGECORT {Pierre, on Perrin), 
gentilhomme champenois, grossit la liste des trûubadours 
ou trouvères du xii" siècle , regardés avec raison comme les 
pères de la poésie moderne. Le surnom à'Jlngecourt qui lui 
futdoiiné, marque assez qu'il naquit, vers 1 172 , à Ange- 
court, village situé dans le canton de Raucourt. Attaché à 
Charles d'Anjou , ifrère de saint Louis , il vécut long-temps 
à Paris, où il fit quantité de chansons* La plupart sont 
adressées à une belle' Parisienne, des rigueurs de laquelle il 
se plaint , et que toutefois il préfère , dit-il , aux faveurs de 

(1) Met. Rem, Hist,, t. II , p. 801 et 80s. 



28 ANG 

toute autre. « On Taccuse cependant d^avoir été fort incon- 
» stant en amour , et de s'être Kvrë jusqu'à Texcés à toutes 
» les voluptés dont Paris était dès-lors le rendez-vous. Ce 
» qu il y a de certain , c'est qu'il vante partout l'amour hon- 
» néte,. mais il y a loin des principes à la pratique , et plus 
» d'un libertin a fait de bonne foi l'éloge de la vertu. » (De 
Longchamps, Tableau histor. ^ t. 6, p. 268.) . 

Fauchet s'exprime ainsi sur notre troubadour Ardennois : 
« Perrin d'Angecort semble., par sa première chanson , dire 
)Lque sa mie fut de Paris, où il séjoutnait pour l'amour 
» d'icelle, ainsi que le monstre sa quatrième. Il faisoitdes 
)) chansons pour autniy *, car en la sixiètne , il introduit une 
)» dame , qui dit ne se vouloir marier , ains aimer toute sa 
» vie. La onzième et la vingt-septième, adressées au conte 
» d'Anjou, découvrent le temps qu'il a vescu. Car je tiens 
» pour certain , que ce fut Sous Charles , frère de saint Louis; 
» depuis roy de Naples. Par la quinzième, il prie un Phi- 
)» lippe , demourant à Paris , et l'adjure : 

S'onque ama loyaument , 
Pour Dieu qu'il n'en recroye mie : 
Mes tousiours aim que l'en die , 
Car amor fait valoir la gent. 

» La dix-septième est adressée à un Mignot. La dixième 
» monstre qu'il n'estoit guières loyal à s'amie , et se fourroit 
» où il pou voit ; c'est pourquoi je ne puis croire ce qu'il dit 
» en la vingt-deuxième : 

Souffrir loial pénitence 

Me semble plus bon , 
Qu'avoir par décevance 

Ne par trahison , 
Amie, faucc druerie (1) 
Sans savor, ont li tricheor, 

(1) Fausse amitié. 



AISO 

Qu'il conquière par pUidier, 
Telle joie ne ni a mestier, 
Du pourchassier ; n'ai ja pouvoir 
J'aim mieux languir, que fausse joye avoir. 



«9 



» La qaatrième le nomme par son nom , et par la vingt- 
» deuxième , il semble que son habitation fut en province : 
» possible comme serviteur dudit conte d^ Anjou , qui en 
» épousa rhéritière. Toutefois ce mot à!Angecort me fait 
» soupçonner qu'il fut Champenois^ pour ce que le dialecte 
1) de ce païs , est de dire cort pour cotai: ^ Angecort pour An- 
» gecourt, {Origine de la poésie Jrançoise,) • 
• Perrin d'Angecourt mourut en Provence , à la cour du roi 
de Naples-, l'abbë MillotTa oublié dans son Histoire littéraire 
des Troubadours. Ses poésies sont inédites. Le MS. de Paul- 
my est à la Bibl. de T Arsenal-, il contient vingt-quatre 
chansons. Celui de la Vallière n en contenait que vingt- 
trois. Fauchet en cite vingt-sept i De la Borde n'en connais- 
sait que vingt-six ; il en a inséré une dans le t. II, p. 1 5 1 , de 
son Essai sur la musique : c'est une pastourelle assez gail- 
larde, en cinq couplets. Les autres chansons de notre poète 
ne sont point parvenues jusqu'à nous. Il y en a sept à la 
Bibl. du roi, parmi les MSS. de Cangé, in-8** rel. en mar. 
bleu , où l'on trouve aussi une chanson de la Chievre , une 
de Gobin, et trois de Robert, troubadours de Reims. Mas- 
sieu a mentionné d'Angecourt, p. i52 de son Histoire de la 
poésie française. 

ANOT (Pierre Nicolas) j docteur en théologie, et un des 
meilleurs homihes dont l'Ardenne puisse s'honorer , vit 
le jour à Saint-Germainmont, canton d'Asfeld, en 1762. 
Après s'être distingué dans ses études, qu'il fit à Reims, il 
ne balança pas sur le choix de son état. Il se voua tout en- 
tier à l'enseignement public , devint sous-principal du col- 
lège de cette ville, et consacra les loisirs que lui laissait 



3o ANO 

cette place ; à la culture de THistoire, vêts laquelle son pen- 
chant Fentraînait. 

Arraché à ses fonctions en i'jgif il se chargea de Tëdu- 
cation du jeune Malfilâtre , chevalier de Malte , qu'il accom- 
pagna dans cette île. De retour à Reims en 17999 iHut 
nommé vicaire de la cathédrale. En 1802, il publia une 
relation de ses voyages dans les pays étrangers qu'il avait 
parcourus durant son émigration. Cet essai » couronné de 
succès , fut suivi d autres productions historiques aussi &vo- 
vorahlement accueillies. L'auteur aurait pu en grossir le 
nombre ; mais renfermé dans le cercle de ses dev<Hrs , le 
ministère qu'il exerça pendant vingt ans l'en empêcha. 

Plein de zèle, doué d'une âme;active, rien ne lui palais- 
sait au-deèsus de ses forces. Direction ^soii^ des malades et 
des pauvres, consolation des affligés^ catéchistne, prédis- 
cation, il embrassait tout 9 et si les jours ne suffisaient pas 
pour remplir ses vues, il y joignait le travail de la nuit^ 
afin de les acccHuplir. 

Les prisonniers surtout attiraient son att^tion et sa sol** 
Ucitude*, il les visitait souvent, les édifiait par ses discours, 
les consolait 9 essuyait Ieiu*s larmes, et parvenait ainsi à 
soulager leurft peines, à diminuer le poids de leurs maux» 
Au mérite de ces soins tendres et touchans, il ajoutait des 
secours, destinant à cet usage une partie de son revemu. 
Cette noble sollicitude est d'autant plus remarquable que 
son objet, sans faste et sans éclat, ne peut intéresser l'a-* 
mour-propre de celui qu'elle porte au bieni 

D'un accès facile, se faisant tout à tous, Anot ne trouvait 
rien d'impossible, lorsqu'il s'agissait de se rendre utile à 
l'humanité , ou d'obhger ses semblables, de quelque eondi* 
tion qu'ils fussent. Aussi 9 les acclamations du riche et les 
bénédictions du pauvre le suivaient partout. Telle est la 
force et la puissance de la charité, de la douceur et de la 
bonté, qui formaient le fond de son caractère. Ses maaières 



ANO 3i 

ëtaieut siir^lçs, et souvent même cette simplicité dëgéaé^ 
r«it en négligence ^ ce cpày loin de lui nuire, ne servait qu^à 
fidre resscKrtic la supâîoritë de son mérite. 

Joignant à une mémoire heureuse une grande facilité de 
travail, il ne se bornait pas aux instructiotis fiimilières exigées 
par son ministère : il cultivait Téloquentie sacrée avec succès. 
Toujours officieux y toujours prêt, lorsqu'il s'agissait de pro- 
noncer des discours dans les £âtes solennelles on dans les 
cérémonies publiques, il y apportait cette ardeor qu'on ne 
montre d'ordinaire que pour la réussite de ses propres entrer- 
prises. U tenait lieu de plusieurs orateurs, et c'est surtout de 
lui qu''on peut dire qu'il avait l'art de se multiplier. Appelé 
par la voix publique à la direction de l'assooiation de la 
Providence, il composa un grand nombre d'instructions 
pour cette société pieuse. . 

n pouvait jouir pendant quelques années d'un repoa qu'il 
avait bien mérité, quand il fut otommé chanoine de la cathé- 
drale, en i8as y mais il ne tarda pas à ressentir les funestes 
effets d'un travail trop assidu : sa $anté s'alié» sensiblement, 
et, après w^ longue maladie, il expira le 23 octobre i8a2, 
aimé, chéri, respecté de tous, autant par ses vertus éini- 
nentes que par l'aménité de ses mœurs et son grand esprit 
de tolérance. Sa mort causa les plus justes regrets : ils sont 
consigtiés ar^c ime effusion de cœur admirable dans son 
éloge, prononcé à T Association de la Providence, par 
M. l'abbé Macquart, son ancien élève. Le président San- 
negou, dans son discours d'ouv^ture des assiites de la 
Marne, session de novembre idaa^ a également célébré sa 
mémoire. Anot s'était rendu digne de cette espèce de culte 
par une vie irréprochable et toute tissue de bonnes œmVres. 

ë 

ê 

Ses œuvres : 

I. Les deux f^oyageursj ou Lettres surJa Belgùfue^ h 



32 ANO 

Hollande y V AUenuxgfie ^ la Pologne j la Prusse ^ V Italie^ la 
Sicile et Malte ^ écriteis selon l'ordre des temps, Paris ^Blan- 
chon, 1801, 2 vol. ia-ia, avec F. Malfilâtiie, son aacien 
âève; 

II. Oraison junèbre de Louis XVI* Reims , Brigût ,18149 
m-4''. 

III. Annales du Monde j ou Tableaux chronologiques, 
qui présentent : i^ la naissance^ les progrès, les réi^ylations et 
les démembremens des empires, la date du règne des souve- 
rains jusqu à i'an 1816 ; 2^ le temps où ont vécu les hommes 
les plus célèbres $ 3° un précis des principaux Jaits qui apparu 
tiennent à l'église j et des éi^énemens rdaJdJê^ à l'histoire des 
empires, Paris, Egron, 18 16, gr. in-fol., p. 36. C'est une 
réimpression, avec des augmentations considérables, du 
Guide de l'Histoire, ou Annales du Monde, depuis la disper- 
sion des hommes jusquen f 80 1 . 

lY. Tableau de l'Histoire unis^er selle, ouvrage qui sert de 
texte et de développement aux Annales du Monde, ou Ta- 
bleaux chronologiques, Paris, ibid,, 18 17 à 1822, 6 vol. 
in- 12. ^• 

V. Discours prononcés dans les assemblées de l'association 
de la Proçidence, établie à Reims, Reims, Delaunois, 1823, 
2 vol. in-i2. 

Plusieurs de ces discours avaient été publiés en 1821, 
22 et 23. On y remarque du feu et de Famé, une logique 
forte et pressante, mais trop d'antithèses. La peinture que 
Torateur fait de nos mœurs, prouve quil connaissait le 
monde; le zèle ardent qu'il met à confondre les mécréans 
est toujours tempéré par une charité compatissante qui leur 
tend la main pour les ramener à Dieu. 

Il n'a manqué à l'orateur qu'une voix sonore , et ces 
grâces extérieures dont les meilleurs discours ne peuvent 
être destitués , sans perdre auprès du grand nombre des au- 



ARG 33 

^iteurs, une paii;ie de leur mérite. Ce nest pas que son 
action manquât d'âme et de feu -, mfàs elle n'était pas accom- 
pagnée de ce don de plaire , auquel lart ne supplée point 
quand la nature Fa refusé. 

ANS ART {Louis Joseph Auguste). Un domicile de trente- 
six ans à Grandpré , et plus encore le bien qu il y a fait , ^'ont 
naturalisé dans les Ardennes. Né à Aubigny, arrondisse- 
ment de Saint-Pol (Pas-de-Calais), le a8 mai i*]^%y il entra 
et fit profession, le 23 novembre 1767, dans la congrégation 
des chanoines réguliers de France. Ami des lettres, il s'oc- 
cupa , lorsqu'il habitait Laval, de recherches sur l'histoire 
ecclésiastique, civile et littéraire du Maine. Ses lectures 
lui avaient fait connaître trois cents auteurs manceaux , dont 
on avait oublié jusqu'aux noms. Il devait en résulter un 
ouvrage composé de huit volumes ; mais ayant été nommé 
prieur-curé de Grandpré en 1785, les devoirs de sa place, 
qu'il remplissait avec une exactitude scrupuleuse et un zèle 
soutenu, l'empêchèrent de continuer son «entreprise. Il est 
mort curé titulaire , de cette paroisse le 29 mai 1 8^3, après 
avoir légué mille francs aux pauvres et quatre cents à la fa- 
brique. Cet acte de bienfaisance l'honore , et mérite que son 
nom soit conservé dans nos annales. Un biographe l'a con- 
fondu avec dom Ansart ,; bénédictin. Voici le tire du volume 
qu'il a publié : 

£ibliothé<fue littéraire du Maine j ou Traité historique et 
critique des codeurs de cette province. Châlons et Paris, 1784, 
in-8^, p. 4o4* Ce volume comprend environ cent articles. 
L'exactitude avec laquelle ils sont rédigés, les recherches 
qu'ils présentent, font regretter que la suite n'ait point 
paru. 

ARGENT (^/ibel D'), poète français, inconnu à nos bio- 
graphes, et dont les premières années sont enveloppées d'un 

TOME I. 3 



r 



34 ARG 

nuage dont on ne saurait percer l'obscuritë , florissait dans 
la première moitié du xvir siècle. Nous le classons parmi 
les Ardennais^ parce que nous pensons <pi'il avait pour 
patrie le village de la Cerleau, canton de Kumigny, où bqu 
nom est connu , et qu il n'y a point de raison de croire qull 
ait pris naissance ailleurs. Il haLitait Sedan, où il occupait 
une change à la cour du prince Frédéric Maurice de la Tour, 
duc de Bouillon , quand il publia : 

Za Semaine d' Argent ^ contenant l'hist(dte de la seconde 
création ou restauratiori du genre humain, Sedan, Jacques de 
Turenne, 162g, in-8® , p* 226; it. ibid. „ Jean Jannon, 
\G!io\ it. ibid*j Jean Jannon, i632. (BibL de TArsenal, 
îi** ySyS.) Les deux dernières éditions n'ont qu'un titre ra- 
fraîchi. G>ihbién de livres sont ainsi à leur sixième édition^ 
sans que la première soit épuisée ! 

Dans sa dédicace au duc de Bouillon , datée du 3o avril 
1629, le poète lui proteste qa'il ne respire (fue V honneur de 
son service* Dans sa préface au lecteur, il dit qu'il était lié 
avec Gottlart, le Siteur, Pinette et Iger, docte théologien , qui 
avaient approuvé Iç plan de son poème j il ajoute qu'après 
avoir quitté sa patrie , les calamités qui afiligeaiant l'église 
en divers endroits de l'Europe, et des affections particu- 
lières l'engagèrent à revenir en France 5 qu'y étsmt arrivé, 
^ntr'autres chagrins, il eut celui de perdre devLX ou trois 
personnes qui lui étaient chères , et de voir totalement ruiné 
le lieu de sa naissance*, que ce fut au milieu de ee deuil , et 
durant l'espace d'un an , qu'il fit ce poème : de sortç que son 
ouvrage est un enfant de sa douleur^ dont on doit la publica- 
tion à la prière de ses amis. 

Il est divisé en sept journées ou livres. Le premier oomr . 
prend les messages et la vie de saint Jean-Baptiste -, lô se- 
cond la naissance et l'enfance de Jésus-Christ ; le troisième 
ses sermons et da doctrine*, le quatrième ses miracles*, le 
cinquième ses souffrances et sa mort ; le sixième sa résurrec- 



ARG 35 

tîon et son ascension -, le septième le jugement dernier et la 
vie ëternclle. 

A la tête du poème sont ne«f pièeefd de vers ^ dont le& deux 
âefnîéii^s âaonymes. La première est une élégie lAline, par 
J. le Sueur (picard), bachelier en Idéologie i la detttiètne de 
vingt Vef s, par C Garnier, docteur en médecine; la troi* 
^ème est tcti sonHet p^àr G. Godallier-, k quatrième par 
D* Liger, docteur en droit -, là cinquième pai^ dé la Rippe , 
docteur médedln-, la sixième paf P. Plnette -, là s*eptième par 

*/. JP Argent ; ' 

On s'apeifçôit aisément, parla lectun&de ce poème, ^e 
lauteur était xîalvinîste, siu'tout lorsqu'il parle du puiçatoire, 
à la page aiiî. C'est par allusion à so« nom qtiHI Fa iùti- 
tulé la Semaine â^ Argent-y et en cela il a suivi Texèmple de 
plusieurs poètes de son tefmps. Ses teiis sont durs , bas et 
rampans, ses métaphores sont forcées. Il termine ainsi son 
ouvrage; 

Je se me lasse point de cbantei' U louai^e , 

Puisque pour te louer j'aspire au BEL ART D'ANGE. 

Ces trob deruierâ môt^^ éeritâ eu lettres capitales^ nt'ont 
Eût crroirc) que c'était Tanagramme de sou nom -, et c'est de là 
cl noti àvk titite 'de son livrcî , ni d'alHeurs , que j'ai appriSs qu'il 
gé uoiumàit Abèl £Af§tnti On ignore le lieu et Tépoque de 
sa mort. Un d'Argent était seigneur de la CerleâU en 1987. 

ARGENTIER (L'), seigneur du Cb^ndîs, près dé Re- 
thel, était ancien de l'égli^ de Sedan ^ et avait pour épouse 
Mâdclaiue d'Averhoult, originaire de Champagne, dout 
k famille existe encore à Utrtîcht. 

« Prévoyant les mëtlheui^ qui allaient tôtuber sur lés ré- 
)* formés (Jèâ avant la révocation de Tédit de Nantes), il fit 
» sortir de France %^s enfans att'nfômbrc^ àé ÛH 5 quatre 
» d'entr'eux allèrent dans le Brandebourg. Sahmon du 

3. 



f 



36 ARG 

» Chénois prit service en Angleterre , et fut tuë à la ba- 
» taille d'Almanza en Espagne. Jacques du Chénois entra 
» dans les troupes de Hollande. 

» Daniel l'Argentier^ seigneur du Chénois j probablement 
» Tainë des six frères, alla en Allemagne , et s'étant mis an 
» service du grand électeur, il obtint une compagnie dans le 
» régiment de cavalerie que le général de Briquemault leva 
)) en 1683-, il assista à plusieurs sièges et à plusieurs ba* 
» tailles, et parvint au grade de colonel : il se fut sans doute 
» élevé au premier poste , si ses infirmités ne l'avaient pas 
)) mis dans la nécessité de se retirer du service. Il mourut 
» à Magdebourg en 1704. 

» Henri du Chénois entra dans l'infanterie et. acquit une 
» grande réputation de bravoure. Au siège de Landau, en 
» 1 704 , où les troupes brandebourgeoises firent des prodiges 
)» de valeur, il servit comme lieutenant-colonel, et.com- 
» manda Tassant avec le colonel de Stille. Le roi des Ro- 
» mains lui rendit publiquement le témoignage d'avoir, par 
» son intrépidité, contribué à la prise de cette ville. Il fiit fait 
» colonel dans ce même temps. Pendant la guerre de suc- 
» cession , un corps de troupes brandebourgeoises servit en 
» Italie sous les ordres du prince Léopold d'Anhalt-Dessau; 
» du Chénois l'y suivit, et fut tué le 16 août 1706 à la ba- 
» taille de Gossano, à la tête du régiment d'infanterie de 
)) Ganitz qu'il commandait: 

» Pierre du Chénois , à son arrivée dans les états de l'élec- 
» teur, étant sans doute encore jeune, fut placé dans le corps 
» des cadets alors à Golberg. Il fit, en 1686, la célèbre cam- 
)) pagne de Hongrie contre les Turcs , et servit successive- 
» ment dans les régimehs de f^arennes infanterie, et du 
j) Hamelj cavalerie. En 1706 il conduisit en Italie le régi- 
» ment de du Portail j dont il était colonel en 1709, et mou- 
s» rut à Magdebourg en ,1710. 

)) Pierre du Chénois ^ second du nom , fit également les 



ÀRG 3; 

» campagnes de Hongrie , et se distingua aux sièges de Bonn , 
» de Landau et de Tournay, et dans les fameuses batailles 
» de Hochstedt, de Cossano et de Malplaquet. Il est mort à 
» Magdebourg après avoir quitte le service. 

» G est à son fils, M. Samuel Frédéric du Chènois^ encore 
» vivant à Magdebourg (en 1783), que nous devons ces dë- 
» tails si honorables pour sa famille. » (Erman, Hist, des ré- 
Jvgiés français ^ %:> II, p. i5o et suiv.) 

La famille de l'Argentier ëtait originaire de la Grodine, 
arrondissement d'Epernay. {Ermauj t. IX, p. 72.) 

ARGY (^Loms Joseph D'). Le village du Châtelet, près 
de Rocroi, fut son berceau. Il y naquit en 1703 de parens 
seigneurs du lieu. Appelé au ministère des autels , il y ap- 
porta les vertus d'un apôtre. Ses mœurs et ses talens ayant 
fixé Tattention publique , Tabbé de Mouzon le nomma doyen 
rural et curé de Mézières, en 1732. Il sema sa carrière de 
bonnes œuvres durant soixante-deux ans qu il y remplit les 
fonctions pastorales. 

Modèle de la charité chrétienne, père des aflligés et des 
pauvres, il consolait les uns, soulageait les autres, et por- 
tait secours à tontes les infortunes, à toutes les misères hu- 
maines. L'honnête indigence eut souvent en lui lui bien- 
faiteur attentif à ne pas se laisser deviner. Le bien public et 
l'amour de l'ordre étaient sa passion dominante. Une ins- 
cription qui subsiste encore dans l'église de Mézières, 
rappelle qu'on lui doit la restauration de cet édifice. On se 
plaisait à le voir en chaire, où^ dans les épanchemens de 
son cœur, il joignait à la chaleiur du sentiment toute la no- 
blesse du langage , et maîtrisait sans y penser , sans le vouloir. 

Lorsque la révolution éelata, son grand âge ne lui per- 
mettait plus guère que Vexercice des vertus privées. A cette 
époque, où le clergé eut tant à souffrir, il ne cessa jamais 
d'être l'objet de la vénération du plus grand nombre et de 



;i8 A*N 

1^ plus saine partie àp ses ouailles» et <i.'<en recevoir les te*- 
moigaages les plus touebani». Â sa uijort, il m^rîU que Ton 
j(^gnit à reloge 4e ^m esprit celui de son cœur^ 

Sa vie s'éteignit à iâézièvi^» le i3 décembre '794* Ceux 
qui Font epunu ont ecmsenré le souvenir de 0e« verfeis« 

<( U a tait beaucoup de recherches sur cette ville, et a 
» écrit une lougue lettre à un gentilhomme qui se dispose à 
» la profession des armes i çeç ouvr^ge3 SOJ^t re3të3 manus-^ 
» orits. Il avait reçu d'excellens miémoîres de M, de Ghâ- 
)> tillon; {^çmier ^onjpiandiini; en $îhef de Yéço]e spéciale du 
» génie, établie par le roi à Mézières en iy48. 

» Vn d'Argy, qui, en j[359, défendit avec Gaucher de 
n Chjâtillon la ville de Reims (çoutre les Anglais, épousa 

V Alix de Rethel, dame de la terre de Couci en Rethelpis , 
» qu dile vendit avec Ëngueixand, son fils , à Olivier d^£s* 

V jQaunevelle, jchatelain de Château-^Rçgnault , par acte du 

V â8 octobre 1Î75. Etiem]be d'Argy, homme d'armes des 
» ordonoaneee du .roi, éimt mpitaipe de la petite ville (et 
» prévôté) de Warcq : Renaud d'Argy en était gouverneur 
» eu I Ô95* Ayant levé deux compagnies. Tune de cavalerie 
» légère et l'autre d'inj^nterie , il maintint le bon ordre dan^ 
» les environs , et mérita à son fils la survivance de sa place* 
a On voit encore à mie tour de W<^rcq ^^ armes , d'or au 
» lion grimpant de sable armé et lampassé de gueules. 1» 
(Dom le Long, Histoire de Laorij p. 47 ' •) 

En 1689 et 1679, Charles Reuû et Thomas d'Ai^y, de 
Montcornet en Ardenne, étaient abbés réguliers de Laval- 
diens, ordre de Pr^montré. Cette famille a sa giénéalc^ie 
dans le Nobiliaire de Champagne. 



ARNOUL (Saint) a naquit à Rethel vers T^n 494- 
» Les sentimei|s sont partagés sur le nom et sur l'état de sa 
» famille. Les uns lui donnent pour pèjMr un noble ixxiiAi^? 
» nommé Rogatien , et pour mère une dame nommée Eu- 



ARN . , 39 

»> phrosine, établis Yun et lautre à Rçi^hel, lorsque Clovis 
» conquit la Qaule. D autires prétendent que saint Arpoul 
» avait pour père un seigneur Franc ou Sicambre , Vun des 
» compagnons de Clovis . Quoi qu'il en soit, les parens de 
» saint Amoul étaient àw^ personnages illustres et ver-- 
» tueux y qui prirent à cœur Téducatlon de leur fils* Ils le 
» confièrent'à s^nt Rémi y qui le baptis» et Tadmit dans ses 
» écoles» 

» L'auteur d'une légende écrite en vers latins y prélead 
» que Clovis lui donna pour épouse sa nièce Scariberge. 
M Ce point d'histoire n est ni assez clair pour être reçu sans 
» examen y ni assez destitué de vraisemblance pour éte 
)> rejeté comme une fable. En retranchant du mariage de 
» saint Arnoul quelques circonstances trop merveilleuses y 
» on peut croire qu'il «'unit à une femme de la premiers 
» condition. » (Carlier). 

, On assure qu'il n y eut entre les deux époux que cette 
union spirituelle qui règae entre des âmes dont Dieu rem- 
plit seul les affections. Us distribuèrent leurs biens siux 
pauvres , et choisirent respectivement le genre de vie qu'ils 
crurent le plus méritoire et le plus confonne à leurs goûts. 
L'épouse se confina dans un monastère où elle prit l'habit 
religieux. Saint Amoul employa ving^^pt années à fiiire 
divers pèlerinages à Jérusalem , à Rome, à Cîonstanti^ 
uople y etc. Saint Rémi ayant reconnu dans son dismple nue 
vocation bien décidée pour l'état ecclésiastique^ lui conféra les 
ordres sacrés. Peu d'années af^^^s , saint Amoul fut promu 
k l'épiscopatt Quçlqùes auteur» avancent que son saere se fit 
à R^mS) d'autres prétendent qu'il eut lieu en Touraine* 
Ceux qui mettent saint Arnold au rang des évéques de 
Tours 9 racontent ainsi son installation sur le siège de cette 
ville : 

Revenant de prier sur le tcunbeau de saint Saturnin, à 
Toulouse , Arnoul se rendit à Poitiers , puis à Tours , poiu: 



4o' ARN 

visiter le tombeau de saint Martin. Le siège ëpiscopal vint 
à vaquer : il y fut porte par le suffrage du clergé et dn 
peuple. 

Son intronisation sur le siège de Tours repose sur la tra- 
dition 5 sur les légendes et lautorité de quelques écrivains 
de poids, tels que Jean Molan, Pierre Noël, Severt, et 
presque tous les anciens compilateurs. Claude Robert, 
p. i65 de son GalUa, Christiana j est Fun des premiers qui 
aient fait naître des doutes sur Tëlection de saint Arnoul ', 
ils sont fondés sur ce qu'on ne voit son nom sur aucun ca- 
talogue des évéques de Tours. Depuis Robert , Tépiscopat 
de sa.int Arnoul a été un sujet de controverse sur lequel il 
y a deux sentimens. 

Plusieurs pensent avec Robert qu' Arnoul aura été élu 
évêque de Tours sans avoir été consacré , attendu que par 
modestie il se sera refusé aux empressemens du clergé et 
du peuple, afin de pouvoir vaquer plus librement à ses 
pèlerinages. Le siège de Tours fut vacant pendant dix-sept 
jours. Peut-être cet intervalle fut-il employé à solliciter 
saint Arnoul à déférer au vœu des électeurs. 

« L'abbé Lebeuf explique autrement la difficulté dans 

» ses voyages manuscrits. Il reconnaît saint Arnoul pour 

» un de ces évéques régionnaires , qui n'avaient aucun 

» siège , et qui exerçaient les fonctions épiscopales dans les 

» lieux où on les demandait. Il ajoute que le titre d'évéque 

» de Tours p^t lui avoir été donné , soit à cause des fonc- 

» tions épiscopales qu'il aura exercées à Tours pendant les 

)) dix-sept jours de la vacance du siège , soit à cause de 

» quelque lieu nommé Tum^ où il faisait sa résidence. (11 

» y avait alors en France plusieurs bourgades de ce nom. ) 

yi Comme dans tous les monumens saint Arnoul est re- 

» présenté avec les attributs de la dignité épiscopale, nous 

» croyons devoir préférer le sentiment de l'abbé Lebeuf à 

» cehii de. Robert. » (Carlier.) 



ARN 4i 

Saint Arnoul se rendit de Tours en Esj^agne , où ses pré- 
dications eurent de grands succès , et revint enfin à Reims 
en 533 , lorsqu'il fut informé de la mort de saint Rémi. 
Quelques-uns des domestiques que sa femme avait renvoyés 
lors de sa retraite dans le cloître, étaient à Reims. Attribuant 
au"x conseils d' Arnoul cette retraite qui avait cs^usé la perte 
de leurs places, ils le poignardèrent par esprit de ven- 
geance , lorsqu' il sortait de faire sa prière au tombeau de 
saint Rémi. 

L'^on ne tarda pas' à canoniser saint Arnoul , et à le mettre 
au rang des martys*, non qu'il eût versé son sang pour la 
défense de la foi , mais parce qu on donnait alors la qualité 
de martyr à ceux qui terminaient par une mort violente une 
vie exemplaire et sainte. 

Le clergé de Tours regardant les reliques de saiixt Ar- 
noul comme un trésor qui lui appartenait, les réclama. Ceux 
qui furent chargés de les lui porter, étant arrivés dans la 
foret dlveline, au pays cbartrain, déclarèrent qu'ils ne 
passeraient pas outre, alléguant que leur fardeau était devenu 
beaucoup plus lourd. Il y avait près de là une église des- 
servie par des prêtres qui avaient vraisemblablement donné 
aux porteurs l'idée de cette supercherie. On d^)osa les re- 
liques dans ce temple, qui prit depuis le nom de Saint- Ar- 
noul-en-I véline. C'est de là que ses principaux ossemens 
avec son chef furent transférés, en 949? ^ Grépy en Valois, 
dans un prieuré de Gluny, à la faveur d'un autre larcin feit 
par le prêtre Constance à l'église de Saint- Amoul-en-I véline ; 
car on sait que rien n'était plus commun que les vols des 
reliques dans les siècles d'ignorance -, ils passaient pour des 
ruses permises et même agréables aux saints-, pourvu que 
la violence n'y eût aucune part. « On se croyait tout permis 
» dans ces temps-là pour se procurer des reliques. Il semble 
)) qu'on était persuadé qu'on pouvait faire usage de cette 
w maxime à l'égard de ceux qui en auraient, pour les leur 



4? AJ5P 

» enlever, et les traiter en eunemis : DoluSj an virUls ^uis 
» in hoste retfuimt? » (D. Rivet, Nisi. littér.j t. II, p. 134-) 

La fête de saint Arnoul est marquée au 18 juillet dans les 
Martyrologes. Il n'est peutnâtre pas inutile d avertir ici qu^il 
ne doit pas être confondu avec saint Arnoul qui figure dans 
les jinnaks d' Yvois-^Carignan. 

Gi-eg. Tur., 1. X-, Guper Act. SS., 18 Jul., pt 396 à 
416 Ap- Bollandum^ Maan, Met. EcaL Turonénsis^ p« 35 -, 
Marlot, Met, Rem.j 1. 1, p. 194*9 Bouquet, Recueil des HisU 
de Fr.j t. III, p. 363; Carlier, Hiat.du Valait ^ 1. 1, p. i3!2. 

AJLUT (^François Joseph Marie D'), baron de Grand^ni^ 
ne ie 1 3 février 17^6 à Yalréas, dans le comtat Venaisain , 
commandant de Tordre royal et militaire deSaint<«Louis, ctéé 
lieutenant-général des armées du loi le i'''' janvier 1734? 
était seigneur de Wamécourt près de Mézières. Il 6st mort 
à Gharle ville le a6 février 1794* Ou a de lui : 

Mémoires sur les moyens qu'il serait facile d'empU^er pour 
parvenir sûrement ^ promptementj sans bouleversement et sans 
commotion j à toute la perfection dont le militaire de France 
est susceptible ,- th^ édit. augmentée du Récit de la compacte 
de Louis Jos» de Bourbon ^prinùe de Condé(en 1762)-, 1789, 
3 vol. iri-8'*. La T"" édition avait paru en 1787, r vol.înr8<*» 

AS9KEM01ST (Françoù D'), seigneur de Busaney (i), 
près Grandpré, vit le jour vers i49^* ^ acquit Lûmes, Va* 
trincourt (2), Villiers devant Mézières, etc., par Fallian^ 
qu'il contracta avec la fille de Gearlac ou Garlaphe de Bran- 



(1) Les descendans mâles de Gobert d'Apresmont , s'établirent dans le 
Rethelois , où ils étaient seigneurs de Sorcy, près de Rethiel, et prenaient le 
titre de comtes d'Aspremont. La terre et seigneurie de Buzancy entra dan» 
la maison d'Jnglure , par le mariage d'Antoinette d'Aspremont avec Rénè 
d*j4ngture. 

(3) Au\o\\rd*hui Saint-Laurent, 



ASP 43 

dfiLoMTg» seigneur iie Lûmes (i), liaîUi et gouyerneur.de 
Bietb^l ^tde MjéùèreSf soufi le règnç âe Loms XII. 

Devemi maître de Lufaes, le comte d'Aspremont en fit 
foFtâ&er lecbâteati, et dans le même temps il eottstruisit une 
foi^tek^ss^ aurdessous de Mëzières , oonaue sous le nom de 
fFoieri^ et nommëe depuis le château d^aiU Au moyen de 
ces deu^ foits , il eov^iC toute espèoe de c<ymmunieation à 
la ville de Mëzières par la rivière de Meuse. Ces travaux 
finis ^ il s'érigea en souyeraîn (vers 1 5 20) pour s^affranchir 
diss foi ei hommage qu'il devait aux comtes de Rethel , princes 
de Clèves et duc de Nevers. Ce^XM^i prétendirent que le feu 
bailli 4u Betiielois son b«au*pèro, abusant de son autcndté, 
avait détourné les titres qui prouvaient que Lûmes était 
ioauvant du Rethekis^ Mais le comte d'Aspreipont soutint 
le contraire, et ne voulut plus reconnattïe la supériorité du 
courte de Rethel , ni môme la souveraineté du roi. 

François I^^ voyant soû autorité méconnue , et* voulant 
d'aiiletH*s mettre un terme aux vexati<His que ce petit sou- 
verain faisait éprouver aux habitai^s de ' Mézlères , qui 
rappelaient hautement le cruel ennemi j assiégea Lûmes 
en 1534. 

V^oici comment Gaillard pavle du siège de cette forteresse 
et de son seigneur : « François P^ parcourut , en 1 534 » les di- 
» verses provinces de soti royaume ^ où il avait établi des 
» légions : il en fit la revue. U fut arrêté un instant dans une 
i> tournée par un obstacle ridicule , resté de k fière indépen-^ 
)> dance des seigneurs français. Un petit tyran de Cham- 
» pagne (2) nommé Bwumcyj de la. maison td'Aspremont , 

{1) Celte seigneurie fut long- temps possédée par ceux de la maison de 
Brandebourg , près Yiaden , dans le duché de Luxembourg. Du Bellay, liv. IV 
àubëOàMémoirts, dit qu&Qearlac de Brandebourg jouissait à Hethei et à Mé> 
zlèms d'ttoe autorité absolue 9 par ia &veur qu'il avait auprès des comtes du 
ReliMiois, qui étaient des maisons d'Orval et de Nevers. 

(91) Un autre petit tyran , aussi seigneur de Champagne, montrant un jour 



44 ASP 

» osa refuder aux officiers du roi Feutrëe de son château de 
» Lûmes sur la Meuse, entre Mëzières et Dohcherj-, on 
» ne conçoit pas ce qu'il pouvait espérer de cette folle iaso* 
)) lence , il la poussa jusqu'à obliger de faire venir du canon 
)) pour la réduire* Il fut pris , et il aurait eu la tète trancbëe , 
» s'il n'avait trouvé dans Robert de la Marck son voisin , un 
» intercesseur qui obtint sa grâce. » {Hist, de Francis /""^ 
t. III, p. 244 > ^^i** '766.) 

Forcé de plier sous le joug , le vaincu mit tout en œuvi'e 
pour adoucir le ressentiment de François P' ^ mais après la 
mort de ce prince, en 1547, ^^ femme du comte d'Aspre- 
mont , à laquelle Lûmes appartenait , et qui était sujette de 
la niaison d'Autriche , l'obligea à se révolter sous Henri II , 
l'an i55o. a II fit de ce château un repaire de brigands, ap- 
)) pelant auprès de lui et s'associant les mal&iteurs et les har- 
» dis scélérats qui s'étaient dérobés aux poursuites de la jus- 
» tice : avec eux , il infestait les grands chemins , levait des 
» contributions sur les bourgs et les villages , le plus souvent 
» dans la Champagne , d'autres fois dans le Luxembourg et 
» le pays de Liège. » (Velly, Hist. de Fr.^ t. XXVI, p. 4o3, 
édit. 1755.) 

Trop faible pour se maintenir dans cet état d'indépen- 
dance , il reconnut Charles-Quint pour souverain , à cause de 
son comté de Chiny, et réclama l'appui de Marie , reine de 
Hongrie , gouvernante des Pays-Bas pour ce souverain , qui 
était son frère. Cette princesse mit garnison espagnole dans 
le cliâteau de Lûmes \ et à l'aide de ce renfort , d' Aspremont 
s'y maintint jusqu'à la fin de l'année 1 55 1 . 

A cette époque, la guerre s'étant allumée entre le roi Henri II 
et l'empereur Charles-Quint, le comte de Mansfeld, gouver- 

à un paysan qui lui disputait quelques redevances , la prison de son château , 
des fers , des menottes , un pilori et un carcan , lui dit : Que pensefr-tu de 
cela ? — Que vous êtes heureux d'avoir ainsi chez vous toutes vos petites 
conimodités ! 



AVE 45 

neur de Luxembourg, pénétrsL en la Champagne. S'ëtant 
avance jusqu'au Chesne-le-Populeux , François de Clèves , 
duc de Nevers , gouverneur de cette province , se rendit à 
Yvois pour Vj attirer et lui livrer bataille \ mais cette ten- 
tative ayant échoue , il se transporta à Mëzières , et cerna le 
château de Lûmes , occupé par les Impériaux : on Fattaqua , 
et le comte d'Aspremont qui y commandait pour Fempe- 
reur, fut blessé à Tépatde, et mourut de sa blessure peu de 
jours après (i). . 

a Comme la saison avançait, le duc de Nevers se retira à 

» Ghâlons ^ le capitaine d,e Villefranche voulant à toute 

» force s'emparer de Lûmes, se servit d'un stratagème qui 
» lui réussit : il plaça vers le soir, vis-à-vis des sentinelles , 
» des^ mannequins d'hommes armés , et pénétra d'un autre . 
» côté dans le château, où il trouva de grandes richesses. » 
(Le Long.) 

Ce château, dont il reste encore des vestiges remar- 
quables , qui témoignent que c'était une place forte, fut rasé 
par François de Clèves , qui unit la terre de Lûmes à sa 
principauté d'Arches. 

Longuerme, Descript. de la Fr.j, part. I , p. 384 ? part. II , 
p. 197 -, le Long , Hist. de Laon^ p. 409 *, P. Norbert, Hist, 
chron. de Sedan ^ an. 1 55i -, Mém, part, 

I 

, AVERHOULT {Jean jintoine D') , issu d'une ancienne 
£imille noble du D. des Ardennes , qui possédait les terres 
de Guincourt, Lalobbe, Liry et Tourteron, servait en Hol- 
lande en 1787. Ayant pris une part active aux troubles qui 
éclatèrent alors dans ce pays , il fut obligé de se réfugier en 
France. En 1790, il fut nommé administrateur du départe- 

(i) « A rapproche de Tannée française , il mourut de peur, suivant quelques 
» écrivains , suivant d'autres d'une attaque d'apoplexie. » (Velly.) Nous dou- 
tons que le témoignage de ces écrivains , qu'on ne cite point, puisse balancer 
Tantorité de ceux que nous avons mis à contribution. 



46 AVE 

ment de^ Ardennes , qui le dëputa en 1791 à la Wgîslattlre, 
Il ne cessa dé se signaler p«rmi les modérés de cdte stéëetn-^ 
bléé«^ et il Alt un des fondateurs du club des Feuillans. I^ès 
le 17 novembre 1791 , il sr'étaiit prononcé conti^ les <î<>rps 
dMnaiigrés y à la dispeirsion desquels il voulait obligée* le^élee-* 
teurs de Mayence et de Cologne. Le 16 décembre il s''a{>posâr 
à la rmie en accilsation dn candiiial de RcAiatn ^ ac^iidu quef 
eomme prince d'empire , il avait le ditHt de le ter des fidldât^. 
Nommé président le 8 janvier 1792, il se protxotiç» tcfhtt^ 
toute opinion oufrée de Tufi ou de Tautre pftrti. L« 25 dé ce 
mois, il assura que cMtait moins à la constitution friinçaîse 
qua la philosophie que 1 empereur Léopold voulait feii'e la 
guei*re , et conclut en demandant qu^on laissât a«tt lumières 
le sçÂn d'éclaii'er luliivers ; et le so avril , il vota «vec là tna*^ 
jorifté pour la guerre contre ce prince ^ apoès avoir viéannioins 
demandé le renvoi de sa proposition au comité diploâisi- 
tiquB. Il défendit le général Lttiayettey devenu rdbjet des 
attaques de tous les partis, et bravant les clameitrs pu- 
bliques^ il paila , le 2 1 jueh , avec beaucoup de force sur les 
attentats commis la veille contre Tinfo^tuiié Lôuis^ X Vli Le 
I" juillet, il iparvitit à bbtenir un décret contre le poti^ir 
excessif des sociétés populaires , c^ démanda, le i^, que 
Pétion, maire de Paris, et Manuel, procureur de k com- 
mune , Aissent suspendus de leurs fonctions , pour n'avoir 
point rempli leurs devoirs à la journée du 20' juiit. 

Le même jour, d' Averhoult , qui avait obtenu le grade de 
cblotiel, donna sa démission comme député , en annonçant 
qu'il se rendsdt à Yormée-j mais il n'y arriva poiût.' Quelque 
jours après TaSaire du 10 août , ayant été tenconttë pà^ des 
UMHssoilneUr», près du viMage de Saint-<-Mevg0s , d^utoia d\l 
Sedaù , il se brûla la cervelle au moment où on voulait larrê- 
tér. (Biogr, moderne / Biogr» des contemporains.^ On connaît 
une pièce de vers adressée vers 1 55o à un Jean d' Averh(»>lt , 
par le poète Chesneaû de Tourteron. 



.▲m. 



AYM 47 

AYMERIES (D ), baron d Hierges (i). Il est des hommes 
qui , paraissant nés sous une heureuse étoile, sont néanmoins 
dedtiiKés à donner naissance à des ëvënemens qui causent les 
tnallietirsdeleurMàele : telfi^td'Aymeries, baron d'Hierges 
en Ardenne (!i), prèsdeGivet^ qui fournit à Charles-Quint et 
k François P" l'occasion de bouleverser une grande partie de 
l''£urope en iSi^ié Nous allons mettre sous les yeux de nos 
lecteurs tout ce que nos Anuales^ rapportent de ce baron ar* 
deniuiig. 

« Il se mut une querelle entre les seigneurs de Corswareme 

» et d''£meries : celui-ci prétendait que la terre d'Hiei^es lui 

» appartenait de par sa fismme, qui était nièce de Ladislas 

yt de Beriaimont par son frère ', l'autre asnu^ait, au contraire^ 

» qu'acné lui avait été adjugée par sentence du îugié, à raison 

» que déptds quarante ans, d'Emeries s~ était trouyé en début 

^ de lui payer.quatre cents florins de Fmnce monnaie cou-^ 

)> rante'y tellement que d'fSmeries se voyant délogé d'Hier^es, 

>i et dépouillé des émolumens qui provenaient des impôts , 

» acheta et fortifia le ehâteau de Haute-Roche 5 au voisinage 

)» d^Hierges^ à dessein de molester son voisin \ et de fait il 

» s'émancipa d'exiger des bateliers, du pré/udice du com-- 

» nierce, le totmUeux qu'on payait à Hierges*, mais Erard 

y> âé la Marck) prince de Liège (depuis i5oâ)^ qui prit con* 

» naissance de leurs différends, les mit bientôt à la raison. » 

(Bouille , HùL dé Liège , t. II , p. a83 .) 

Ce prince ayant été appelé en France et admis au conseil 
de Tuùmë XII, kleê seigneurs de G>rswareme et d'Ëmeries 
7> prirent left armes en 1 5 14 9 pendant son absence 5 pour vi^ 
T> der leurs anciennesquereUes au sujet du château d^Hierges, 
» et étaient sur le point d'en venir à une guerre ouverte, 



(1) Le père Bouille, Velîy et autres, le nommeAt d'Ëmeries. Nous avons 
buItI la le^oti de VÂrt de vérifier tés éates, ait, HûhtH îî de la Marck, 
(a) Dix-huit villages dépendaient de cette barotinie. 



48 AYM 

» dans laquelle ils allaient implorer les Brabapçons et les 
» Liégeois, Le prince (Erard de la Marck) se porta de nou- 
» veau médiateur, et sut manier ces esprits aigris, avec tant 
» de douceur et de politesse, qu'il les amena à ses fins : ils 
» se renvoyèrent réciproquement les prisonniers, traitèrent 
» comme non avenus les dommages soufferts de part et 
» d'autre , et promirent désormais de vivre en bonne intelli- 
» gence. » (Ibid,^ t. II, p, 290*) 

Les choses en restèrent là jusqu'en 1621, que d'Aymeries 
renouvela ses anciennes prétentions. Les enfans mineurs du 
prince de Chimai possédaient alors la terre d'Hierges , sous 
la tutelle de Robert de la Marck , souverain de Sedan et duc 
de Bouillon. <( Ce prince, quoiqu'obligé par devoir de dé- 
» fendre ses pupilles , voulut que les formes de la justice 
» fussent observées. Il assembla les pairs du duché de Bouil- 
» Ion , juges souverain des parties , devant lesquels la cause 
» fut plaidée ,> et qui adjugèrent la baronnie d'Hierges aux 
» mineurs. » (Velly, Hist. deFr.^ t. XXIII, p. 307.) 

Le seigneur d'Aymeries soupçonnant que la faveur du 
duc de Bouillon avait influé sur ce jugement , se proposa de 
le faire casser. Il avait prêté une somme considérable à l'em- 
pereur Charles -Quint, que celui-ci n'aurait pu lui rendre 
alors sans s'incommoder extrêmement. Il demanda pour in- 
demnité, que le conseil de l'empereur revit le procès. Sa 
demande fut accueillie. Il fut reçu appelant à la chancellerie 
de Brabant, qui le mit en possession d'Hierges. 

Robert II de la Marche , homme fier et violent , désespéré 
de voir porter cette atteinte à la justice de sa petite souve- 
rfi^neté de Bouillon, qu'il prétendait indépendante de l'em- 
pire , fit sa paix, le i4 février i Sa i , avec le roi François P*^; 
et, pour tirer vengeance de l'entreprise du conseil des Pays- 
Bas, il envoya TMalpart, son hérault d'armes, porter à l'em- 
pereur, en pleine diète qu'il tenait à Worms, un cartel de 
défi, {yïrt de vérifier les dates») 



AYM . 49" 

Charles-Quint arma dun côté pour punir Robert, et 
François P' de Tautre pour le soutenir. Cette étincelle 
alluma un incendie qui embrasa toute l'Europe -, et cette 
guerre, qui dura trente-huit ans, coûta lae yie à deux mil- 
lions d'hommes, (naynal, Mém. militaires^ t. H, p. 4o; 
Mim. relatifs à VHist. de France^ t. XVI, p. 36o. ) Le 
sdgneur d'Aymeries étant très âgé lorsque cette guerre 
éclata, il est vraisemblable qull ne fut témoin que des 
premiers désastres quelle causa, et qu'il mourut peu de 
temps après dans son château d'Hierges. 

Il y a un village d' Aymeries , avec titre de baronnie , sur 
la rive gauche de la Sambre , entre Avesnes et le Quesnoy . ' 
Le dauphin, depuis Henri II , fils de François P", s'en em- 
para en 1 543 , et fit démolir le château qui était fortifié. 
Cette baronnie n'aurait-elle pas appartenu au seigneur 
d'Hierges,. qui en aurait pris le nom? Dans cette hypothèse, 
il aurait descendu de Jean d'Espinac, auquel Madelaine de 
Chambellan avait porté la terre d'Aymeries. ((vo/. ck.^ 
t. III; ^nn. du Hainautj p. 387.) 

Manassés , seigneur d'Hierges , se croisa avec Godefroi de 
Bouillon, au printemps de, l'année 1096, et devint chan- 
celier du royaume de Jérusalem. En 1 267, Henri de Gueldre, 
évéque de Liège , marcha contre Grérard de Jausse , seigneur 
d'Hierges, mit le siège devant le château et l'emporta. 
Gérard, attéré, demanda grâce, jura fidélité : il fut réin- 
tégré dans tous ses droits. (Ozeray, Hist. de Bouillon j p. 69 
et 95.) (( En 1289, ^^ niénie Gérard Jausse, chevalier, sei- 
y> gneur de Sedan et de Balan, s'étant rendu au chapitre de 
» l'abbaye de Mouron , y fait hommage à l'abbé Bertrand 
)> pour les villes et fiefs de Sedan et Balan , qu'il déclare 
» expressément relever de cette abbaye, comme l'acte qu'elle 
» conserve en fait foi. » {/tri de \)érifkr les dates») 



TOMJS {. 



5o BAI 

BAILLËT (^Pierre) fut un de ces bons cénobites qui , au 
lieu de irivre dans une sainte contemplation ^ consacrent 
tous leurs momens et toutes leurs pensées à Fétude , après 
avoir rempli les devoirs prescrits par leur règle* Né à Sedan 
en i632 , il quitta le monde sans Favoir connu, et fit pro- 
fession de la vie religieuse à Sàint«-Vanne de Verdun , le ay 
novembre 1698. On doit à ses veilles : 

I. Chronique manuscrite du prieuré de Noi^ij près de Rethel, 
composée sur les chartes et titres ^ en 1750. Fontette la dit 
un peu foutisse. 

IL jintiquitates Mosomenses^ 3 vol. in-4*y MSS. Ouvrage 
que Fabbaye de Mouzon conservait, et dont il y a un préci» 
d'environ einqpante pages in-fo). parmi les MSS. de la Bibl. 
du roi. 

Il a en outre écrit Fhistoire de presque toutes les maisons 
de son ordre où il a demeuré. Les abbayes de Sainti^Vanne y 
de Saint- Airy, de Beaulieu, de Saint^Aruonld, etc., con- 
servaient ses MSS. Ces Histoires , qui n^ont pas francbi les 
limites du clottre, auraient pu, répandit beaucoup de lu- 
mières sur nos annales ecclésiastiques et civiles, $i elles eussent 
été composées sur le plan tracé par le sage , Férudit Mabillon *, 
mais dom Baillet, qui avait beaucoup lu, manquait de £s- 
cerne;ment : le religieux était plus estimable en lui que Fécii- 
vain. C'est le jugement quW en portait dans sa congrégation, 
où Fon se plaisait d'ailleurs à louer sa piété, sa candeur, sa 
modestie et la pureté de ses mœurs. Mort à Saint-Amotdd 
de Mets, le 25 juin i^^Sa. 

Ziegelbauer et Legipont, Hist. rei litter. ord. 5. Bened., 
t. IV, p. 545-, François, BibL des écrivains de Vordrede 
Saint'Beiwitj t. I, p. 60 -, le Long, Hist. de Laon^ p. 552. 



BAI . 5 1 

BAÏLâLY (Pierre)^ docteur en médecine, qui se dit lui- 
inéme Champenois, vivait et écrivait dans la première 
moitié du xvn** siècle. Il n est connu que par ses ouvrages. 
On ne smt pas* précisément où il naquit , mais les présomp- 
tions sont en feveur de Launpis , canton de Signy-FAbbaje, 
cni son nom est connu. Ce bourg peut donc a attribuer Thonr 
neur de sa naissance, et avec d'autant plus de raison qu^ 
Grosley^ GeruzcE, et les autres biographes champenois ne 
1 ont pcûnt revendiqué. Vander^Lindeu , Manget, Mercklin, 
Ëloy et autres, qui ont publié des biographies médicales ^ 
n'^en ont point parlé. On a de Jui : 

I. Les Songes de Phestion^ paradoxes physiologùfues ; en-' 
semble un Dialogue de Vimmoiialitè de l'ame et puissance de 
nature. Paris, Pierre Ménard, i634, in*-8<^, p. 761. (Bibl. 
A^Iaz., 2840a.) 

II. Questions naturelles et curieuses^ touchant le remède 
la santé. Paris, Jean Petitpas, i638, in-S"*. Hyde , dans aon 
Miisevm hritanmcum^ lui donne la date de i6a8. 

BÂJOMEZ {Jean. Martin)^ etu4ugusiin dans le cloître. 
Le village de Mazée, près de Givet, lui donna le jour. La date 
de sa naissance est du 20 février 17^5. Après avoir fait ses 
humanités au collège de FOratoire de Thuin , il passa en 
philosophie à celui des Jésuites de Douai. La vie religiettse 
s'alliant avec ses goûts, il prit rhabitde Jéronimite au 000* 
vent de Sainte-Marie^^e-divers^Mont, près de Fumay , le 1 2 
janvier 1745 , et s'y lia par des vœux solennels le aS janvier 
de Tannée suivante. 

Agé de vingt-quatre ans , il venait d être ordonné prêtre, 
lorsque ses supérieurs, qui le destinaient à renseignement, 
renvoyèrent en Italie , pour y cultiver les branches princi- 
pales de la théologie. II partit en avril 1749 9 ^t se rendit à 
Vicence, au monastère de Sainte*Marie-<les-Grâces, où il stt 
forma sous la direction des pères d'air Avaet Geresara, 

4- 



52 BAJ 

savans professeurs de son ordre. Transfère en i^St à Ist 
communauté de Sainte-Marie-Madelaine , dans 1 université 
de Padoue, il y prit les leçons du père Cromer, et termina 
ses cours à Fëcolé de ce mattre habile* Dès lors on crut de- 
voir essayer ses forces, en le chai^eant d'y remplir TofiGice de 
lecteur en théologie y et de directeur des^novices et des jeunes 
profès. 

Après quHl eut* subi toutes ses épreuves académiques, il 
reçut le doctorat le 9 avril 1754* De retour à Divers-Mont , 
dans le mois d'août 1755, il y enseigna la théologie à ses 
.jeunes con&ères, et aux Fumaciens qui se destinaient à la 
cléricature*, et quoiqu'il eût vaqué dans la suite à d autres 
emplois , tels que ceux de maître des novices , de vicaire , de 
prieur et de procureur de sa maison , il continua ses leçons 
jusqu'en 1 780. Les momens dérobés à ces occupations utiles , 
il les consacrait à la direction des âmes , à la visite des ma- 
lades, même de ceu^ qui étaient frappés de contagion, au 
ministère de la chaire , et au travail du cabinet. 

Pour prix de ses services , le chapitre général de son ordre 
l'éleva, en 178^, à la dignité de vicaire général , dont il 
jDeniplit les fonctions jusqu'à la suppression des corporations 
reUgieuses en France , décrétée le 1 3 février 1 790. A cette 
époque , il se retira dans son Ueu natal , puis à Molhain , et 
ensuite à Hierges. Mais après le 10 août 1 792 , prévoyant les 
malheurs qui allaient fondre sur la France , et craignant les 
ombrages de la dictature révolutionnaire , il se sauva à Di- 
nant, où, peu de temps après son arrivée, les chanoines de 
la collégiale le nommèrent curé de leur église. Le culte pu- 
blic ayant cessé dans cette yille , par suite de l'occupation 
des armées françaises , le jour de l'Ascension de l'année 1 794 , 
le P. Bajomez , pour {îiir la persécution , crut devoir se réfu- 
gier, au mois de juin 1 795 , auprès du comte Albert-Louis 
Licthervelds , évéque de Namur, qui le chargea de la direc- 
tion de la paroisse de Wellien près de Dinant. Il y remplit 



BAJ 53 

tous les devoirs d un bon pasteur jusqu'en 1 808 , ëpoqne où 
les infinnitës de la vieillesse le contraignirent de se retirer 
à Mazëe, qui reçut son* dernier soupir le i"" octobre lÂoi . 

Nous avons eu occasion de voir le P. Bajomez : le rare 
mérite de la modestie et de la simplicité (1) était le sien, et 
comme Fattribut distinctif de sa vertu. Bon religieux , affable 
et officieux , il joignait à beaucoup de piété une grande ci*é* 
dulité , dont se» écrits portent l'empreinte , et il ignorait jus- 
qu'aux notions les plus simples de la critique. Malgré ses 
travaux multipliés , il avait une face brillante de santé , que 
semblaient n'avoir jamais altérée de profondes méditations ) 
et comme le prélat du Lutrin , il auilsiit pu 

De ses doigts saintement allongés , 

Bénir tous les passans en deux files tangés. 

Du reste , il nous a laissé explorer les archives de son mo- 
nastère, et nous a donné avec une rare obligeance tous les 
détails que nous pouvions désirer, tant sur sa fondation que 
sur rhistoire et les écrivains de son ordre , qu'il avait appris 
à connaître, durant son séjour en Italie. Les ouvrages sui- 
vans sont sortis de sa plume : 

I. L'Histoire de la vie et des miracles du bienheureux Pierre 
Gambaturti de Pise^fondaieur de la Congrégation des hermites 
de l'ordre de Saint-Jérôme ; as^ec celles des vénérables Jacques 
Lion (de Fumay)^ Alexis le Noir (de MézièresJ^ du très ver- 
tueux frère Jean Buffet (de Hargnies) ; tous religieux du cou- 
vent de Divers'MonL Bouillon , Jean Brasseur, 1 77 2 , in- 1 2 , 
p. 320 V ovec une dédicace à madame de Saint- Amande sei- 
gneur de Mattignoles ^ près de Gii^et. Il est fait mention de cet 
ouvrage dans le Supplément au Dictionnaire historique de 
Feller, art. Sajànelli, 

(i) Néanmoins cette simplicité était loin d'approcher de celle de Barlot , 
d'abord capitaine de cavalerie , puis frère jésuite , <|ui demandait si le mys- - 
tère de la sainte trinité ne s'était pas opéré par l'entremise de l'ange Gabriel. 



5{ BAJ' 

Il faudrait un volume pour signaler toutes les pauVreleé? 
dont ce livre est &rci, et qui y sont racontées d'un ëtyle 
dont une vieille de village entretient ses voisines. On y 
trouve d'ailleurs quelques détails sur Forigine et la fondation 
du monastère de Diver9-Mont, et ^r le P. Michel le Conte f 
son premier prieur^ détails dont un lecteur judicieux pourra 
faire usage. 

IL Bres^iarium actorum R'"** ac eximii magistri SajanelU de 
Cremond^ ordinis 5. Hwronynd congregationis beati Pétri 
de Pisù, primigenii historicipriefati ordinis et congregationis i 
unà dan vitd religiossimi fratris Uieronynd Martinot (ex 
Louette S» Pétri) ^ ejusdem ordinis et congregationis^ Bouillon ^ 
Foissy, 1784, in-4'*, p. 68. 

L'auteur a tracé dans la vie du frère Martinot, né le 20 
octobre 1706, mort le 12 mai 1782, les principales vertus 
du frère Joseph Hallet (de Gribomont , ou Blanche-OreUIe), 
^n confrère, mort à Divers-Mont le 3 octobre 1781, à Fâge 
de quatre-vingt-neuf ans , et celles du père Jacques ColU- 
gnonj, célèbre missionnaire jésuite , né à Bièvre eii Ardenne , 
en 17 17, qui finit sa course dans le diocèse de Cambrai, le 
25 janvier 1781 . Cet ouvrage prouve que le P. Bajomeï sa- 
vait mieux le latin que sa langue maternelle. On peut y pui- 
ser d'utiles renseignemens sur les savans et Thistoire litté- 
raire de son ordre. 

in. Sckola Hieronyma^ MS. en 3 vol. în-fol., contenant 
I42Ï pages; Scdula praxis ordinis S. Hièronymi^ MS. in- 
fol., p. 1 120-, Considérations sur tous les étais ^ MS. in-4" } 
Histoire du monastère de Sainte-^Marit de Dii^ers-Monî j de- 
puis son origine ^ en i6ï \_, jusqu'à Tannée 1784? MS. în-fol. , 
p. 1200, qui fut jeté au feu en 1794» 

IV. Quelques poésies françaises légères sans légèreté et 
sans poésie-, quelques pièces de vers latins ^ où la prosodie 
était assez peu respectée. On aurait pu dire au bon père ce 
que Forluiiat écrivait à Tévéque Bertrand : J'ai cru rcmar- 



BAL 55 

quer dans vos poèmes quelques syllabes ou^trop longues ou 
trop brèves 9 et rharmonie pejit se plaindre d y être quelque- 
fois blessée : 

Et pede l»sa suo musica clauda gémit. 

BALAY (^Jean DE). La maison de ce nom, une des 
plus nobles du duché de Bourgogne , tire son origine des 
anciens seigneurs du village et château de Balay, en Rethe- 
lois, canton de Youziers. Les armes de cette famille sont en 
plusieurs endroits de ce château , et Ton remarque encore 
des pierres tumulaires des anciens seigneurs dans Téglise 
du lieu. 

Le plus ancien ) qui soit connu aujourd'hui par les titres , 
est Jean de Balay^ premier du nom. Il alla dans le duché de 
Bourgogne, à la suite de Louis de Flandre, y acquit des 
terres , et y mourut vers 1 292. Il eut trois fils : Jean > Jacques 
et Vincent. Jacques eut la terre de Saint-Martin, sur la ri- 
vière de Guye en Gharolois , et continua la postérité. 

Thiébaud de Balay j fils de Jacques, rendit les plus signa- 
lés services aux comtes de Flandre et de Rethel. Jean de 
Balay^ arrière-petit^fîls de Thiébaud, se distingua par son 
zèle pour la maison de Bourgogne. Ayant été fait prisonnier 
de guerre , il n'obtint sa liberté qu'à condition qu'il ne mon- 
terait jamais à cheval , et ne porterait pcnnt d'armes de fer. 
Mais pour satisfaire à sa parole et suivre ses inclinations guer- 
rières , il s'habilla de buffle , monta une mule , et armé d'une 
lourde massue , il continua de donner des marques de son 
courage et de son attachement au service de son prince , 
avant et après la mort de Gharles-le-Hardi , dernier duc de 
Bourgogne, arrivée le 5 janvier 14? 7' 

L'abbé de Longeville , prieur de Yoisey, a publié la Gé- 
néalogie de la maison de Balay^ l'j'io , in-fol. de cinq pages. 
On y voie que cette famille a donné à Téglise d'illustres mi- 



56 BAR 

nistres des autek, des religieux et des religieuses d'un mdrite 
distingue, et à Fëtat une multitude de grands hommes, sur^- 
tout dans la profession des armes. 

Morëri-, le Long, Hist. de Laon^rp. 384* 

BARDOU (Jean\ était né à Torcy, près de Sedan , en 
1729. Beaucoup de vivacité dans Tesprit , une imagination 
féconde , lui donnèrent de brillans succès dans les lettres et 
la philosophie , qu'il étudia sous les Jésuites de Sedan. Ces 
Pères augurant bien de ses talens , voulaient qu'il s^engageât 
avec eux *, mais sa vocation l'appelait au séminaire de Reims 
pour y finir son éducation. 

Entré dans les sentiers ténébreux de la théologie , ce fut la 
raison elle-même qui l'y conduisit avec le flambeau de la foi *, 
ses progrès dans cette science , à laquelle il donna une ap- 
plication mesurée à son importance, furent remarquables. 
Après avoir vicarié , il obtint à trente-quatre ans la cure de 
Viviers-au-Court, et, en 1769, celle de Rilly-aux-Oîes , et 
un canonicat de la cathédrale de Reims. Il résigna ce dernier 
bénéfice la même année , et prit possession de la cure de 
Saint-Lambert en 1774? mais il ne tarda pas à reprendre 
celle de Rilly , qui lui laissait plus de loisirs pour cultiver les 
lettres. 

Regardant la prédication comme un des principaux de- 
voirs de son état , il se montra jaloux de le remplir. Sedan , 
Charleville, Rethel , Reims, etc., furent tour à tour le 
théâtre de son zèle , et il y recueillit d'universels applaudis- 
semens ^ mais ces succès , loin de l'éblouir, lui parurent pres- 
qu'aussi fugitifs que ^ la parole qui les lui procurait. U crut 
•qu'il en obtiendrait de plus durables , en renonçant aux dis- 
cours d'apparat , pour se borner à expliquer l'évangile k ses 
paroissiens -, et depuis, rien ne put le détourner de cette ré- 
solution. Dans des exhortations familières , il leur faisait sen- 
tir le prix de la vertu et les plaisirs d'une conscience pure ^ 



BAR 57^ 

il leur apprenait surtout à apprécier le bonheur de leur con- 
^tion paisible , et à ne point envier les fortunes agitées des 
villes. Il s'adressait principalement au cœur : c'était le moyen 
de réussir ; car il faut convenir que celui qui nous fidt ai-^ 
mer nos devoirs , est bien supérieur à celui qui se borne à 
nous les démontrer. 

Pieux sans être sombre et chagrin , il sut se précaution- 
ner contre les pratiques et les observances frivoles , que la 
crédulité superstitieuse substitue aux exercices d une dévo- 
tion solide. La science qui gâte trop souvent, avait affermi - 
sa foi : mais cette foi était éclairée et surtout indulgente. Ja- 
mais on ne le vit prendre dans sa paroisse le ton de ces ré- 
formateurs bruyans qui arment la vertu de foudres et la 
font haïr*, qui veulent réformer les coupables et ne savent 
que les humilier. Au contraire , à l'exemple de saint Paul , 
il se faisait tout à touSj pour gagner la confiance de tous. 
Comme le docte et pieux Gerson, il se plaisait singulière- 
ment à catéchiser les enfans , à jeter dans leurs cœurs les 
germes précieux d'une saine morale , et à assouplir au bien 
leurs passions naissantes , tandis que tous ses efforts tendaient 
à conserver dans l'ame des adultes la simplicité de la foi j la 
franchise de la vertu , et surtout la crainte de Dieu y seule 
capable d'arrêter les crimes que le secret dérobe à la justice 
du temps. 

Tout en s'occupant avec assiduité des devoirs de son mi- 
nistère , il savait encore trouver des heures pour l'étude , et 
il s'y livrait avec ardeur. Un travail suivi avait enrichi son 
esprit de connaissances positives et variées. Il était loin de 
croire que l'art des romanciers fût dangereux , quand il n'a 
>k qu'un but moral. Il n'ignorait pas que les Orientaux , de qui 
nous la tenons , l'ont consacré à instruire l'humanité par une 
morale touchante et sublime , et que les Grecs et les Latins 
ornaient souvent les vérités les plus utiles des charmes de la 
fiction. Cet art lui paraissait donc s'allier avec les devoirs 



58 . BAR 

austères de son ëtat. Héliodore » <iyéque de Trica ( i \ Caix&us , 
^véque de Belley, le P. Michel Ange Matin , religieux: nii*- 
nime^ Fënelon , et d'autres personnages» célèbres^ qui^ ccKmiiie 
lui, ont cultivé cette branche de la littérature > dans la. vue 
d'épurer les mceurs^ osaient en porter le même jugement» 

Persuadé qu un prêtre peut sacrifier aux grâces sans corn*- 
prôtnettre son caractère , il cultivait aussi les arts agréables, 
tels que la musique instrumentale et la peinture* Son por- 
trait, fruit de son pinceau, est conservé dans sa &mille. 

Il jouissait du bofiheur de vivre paisiblement au milieu 
de ses paroissiens , comme un père entouré de ses enfkns , 
quand la mort le surprit , le 1 5 mars i8o3 , âgé de soixante- 
quatorze ans , après une lïialadie de quelques jours. 

Aux vertus qui rendent un ecclésiastique recomnlian- 
dable , Bardou unissait un caractère aimable et doux. Son . 
commerce était agréable et facile. Personne n'avait plus que 
lui le talent de b^en raconter, et il y joignait le mérite de ne 
jamais raconter autant qu'où l'aurait voulu. Il nourrissait ses 
entretiens par des traits d'esprit et d'érudition, qui lui échap- 
paient naturellement ; un grand fonds de gaité donnait un 
nouveau prix à sa conversation. En un mot, son esprit plai- 
sait à tous les esprits , spn caractère convenait à tous les ca- 
ractères. 

Ses œuvres imprimées : 

I *. Histoire de Laurent Marcel^ ou ÏObservaJLeur sans pré- 
jugés. Lille, Lehoucq, 1770 (Bouillon, Soc. Tjp.), 1770, 
4vol. in-i2. It. ibid.^ ^779» 4 "^o^* iii-^si; *ï» ihid.j 1781, 
4 vol. in- 12. Il y a dans ce roman de l'instruction, de la 
gaité, des caractères ingénieusement dessinés, intéressans 
par leur extrême ridicule. L'auteur y fraude souvent les 
préjugés. Sa philosophie est enjouée , il a Fart d'égayer ses 

(i) Au leur de V Histoire des amours de Théagèhc et de Cariciée ; grec et latin. 
Paritij i6ij},in-fol* 



BAR , 5g 

lectears. On désirerait qu'il fût moins diffus, et qu'il eût 
plus châtifi 8cm style. 

II ^. là' Esprit des Apologistes de la Religion chrétienne j ou 
réunion des preun^es les plus sensibles et les plus convaincantes 
qui ont sernpour sa défense y OJ^ec Us réponses aux principales 
dijffiadtés. Bouillon , Jean Brasseur (1776)) 3 voL in*ia. 
fi Cet ouvragé, dit Fauteur, est proprement un extrait de 
» pl^s de soixante apologies de la religion , que les gens dM- 
» tude Seuls auraient le loisir de parcourir. 

» I^e i""" volume commence par Texamen des livres de 
» Moïse : on y trouve des recherches intéressantes Sur Tan- 
» cientaretë des Hébreux ^ sur leurs lois et sur leurs mœurs, 
» qui nous paraissent aujourd'hui si extraordinaires , sur les 
' » lilonumens qui constatent le merveilleux de leur histoire ; 
» enfin , sur le péché d'origine , qui est proprement la base 
» et le f<mdement de la manifestation évangélique. L'auteur 
>» passe ensuite à l'authenticité, la canonîcité^ TinispiratiOn 
» des livres de V Ancien Testament, Il répond aux objectioiis 
» capitales qui ont été proposées stu* Timprobabilité des 
» faits ^ le sens éqilivOque des prophéties, l'intolérance des 
» Juifs, l'inexactitude de leur chrouologie, les bornes de 
» leurs connaissances dans la métaphysique et l'histoire na- 
» turelle.. Le 2*" volume établit les principes qui nous font 
» disceruer les livres du Nous^éau Testament, et particulier 
)> rement les Ëvangiles , de cette foule d'écrits prétendus ins- 
» pires qui parurent dans les premiers siècles de l'église. 
)> Après cet éclaircissdmei^t, on traite des caractères du Mes* 
y> sie, dont on prouve l'avènement et la divinité par l'éclat 
» et l'esprit de son ministère* Le lecteur sera surpris de voir 
)> quels i*essorl;s ont été employés dans tous lés temps pour 
)) ruiner la religion de J.-C, en attaquant ses miracles, ses 
» promesses , ses mystères, etc. Dans le 3* volume on trouve 
» le tableau du christianisme d'après la doctrine de son divin 
» fondateur , et Ton démontre que de toutes les législations 



6o BAA 

» religieuses , celle de Fëvangile est la plus pure , et la plus 
» conforme aux règles d^une sage et saine politique ^ c[u'*elle 
» est assortie à tous les états et à tous les gouvememezis y et 
» qu il n est point de peuple dont elle ne puisse faille le lK>n- 
» heur et' la tranquillité. Il est peu d'écrivains qui aient en- 
» trepris de traiter à part cette matière, et de faire face aux 
» calomnies et aux fables qui se trouvent répandues dans 
>) une infinité de brochures , pour rendre les Ghrétieiis et le 
» christianisme odieux *, et c est à quoi Fauteur parait s^'étre 
» appliqué avec le plus grand succès. » (^Joum. encycLj 
mai 1776, t. IV, part. II, p. 352.) 

m * Amusemens £un Philosophe soUtairej ou choùv iTa- 
Tiecdotes ^ de dits et de faits de VHist. ancienne et moderne j 
de singularités remarcjuables^ d'observations curieuses et utiles ^ 
de descriptions^ de récits ^ de portraits j de réflexions morcdesj 
de saillies et de bons mots^ de poésies sérieuses et badines / et 
généralement de tout ce ifui peut nourrir V esprit et orner la mé- 
moire. Bouillon, imp. de la Soc. typc^. , 1788, 3 vol. in-S"*. 
C'est l'extrait d'un MS. de J. Bardou, intitulé : Journal 
d*un Homme de Lettres^ 6 vol. in-4^, de 4oo p. chacun. « IjCs 
» Amusemens d'un Philosophe solitaire ont éprouvé de Tal- 
» tération de la part des éditeurs , dont je fus dans le temps 
» très peu satisfait. C'est ce grand alphabet qu'ont censuré 
» fort amèrement en 1787, MM. d'Homond et Hays de Pa- 
» ris , et qu'avaient défiguré les imprimeurs de BouiUon , 
» sous le titre é! Amusemens j etc. » (Extrait d'une LeUre de 
J. Bardou J du 9 fév. i8o3, écrite à l'auteur de la Biogra* 
pkie Ardennaise.) A la vérité, les faits y sont quelquefois pré- 
sentés d'une manière incohérente et tronquée , et souvent 
dépouillés de toutes les circonstances qui peuvent les rendre 
vraiment intéressans , solidement instructifs. 

IV *. On lui a attribué une satire en vers, aussi forte de 
choses que d'expression, contre les Chartreux du Mont-Dieu. 
Cette pièce imprimée n'est pas de lui. « J'aurais été bien (a- 



BAR 6i 

» chë d'y avoir eu part, nous écrivait-il. Ce que jai rap- 
» porté de l'ordre de Saint- Bruno, dans Laurent Marcel^ 
')» n^est pas exact, et j'en ai essuyé des reproches , parce qu'en 
» effet j'étais mal informé. » {Lettre d'-dessus.) 

Ses œuvres- manuscrites : 

I. Progrès de V Esprit humain dans la recherche des véri- 
tés intellectuelles et religieuses ^ pour servir d'introduction à 
/'Esprit des Apologistes de la Religion, 3 vol. in-12, de 
3oo pages au plus. 

II. Aventures de Fulbert Ansart^ ou Progrès de V Educa- 
tion civile et religieuse^ 3 vol. in-4'' de i5o pages chacun. 

III. Le Considérateur^ ou Tableau des vicissitudes hu- 
maines^ 3 vol. in-i2. 

IV. Le Prince Cosmopolite ^ ou V École des Souverains ^ 
a vol. in-4° de 284 pages.. 

c( Dans ces trois dernières productions , ainsi que dans 
» Laurent Marcel ^ je me suis proposé le même but, dit l'au- 
» teur. Marcel voyage en France et en Italie*, Ansart, en 
» Angleterre et en Espagne-, le Considérateur parcourt TAl- 
» lemagne, la Hollande et la Hongrie-, et le prince cosmo- 
» polite , l'Asie , l'Afrique et l'Amérique. C'est un plan d'é- 
y> ducation presque tout fondé sur des faits tirés en partie des 
)> voyageurs les plus véridiques , sur l'état actuel des moeurs, 
» pratiques et usages des peuples connus , et surtout de ceux 
» de l'Europe. J'en ai banni les moralités £3istidieuses , et je 
» n'ai joué d'un bout à l'autre que le personnage de nar- 
» rateur. » (Lettre ci-dessus^ 

L'examen de ces romans nous a prouvé que l'auteur, tout 
ecclésiastique qu'il était, connaissait le monde , les replis du 
cœur humain , et tous les ressorts qui contribuent au lien et 
au bonheur de la société. Ils respirent une saine morale, et 
«ont loin de ressembler à la plupart des productions de ce 



Ga BAT 

genre, qui, eii flattant les passions, n'ont d autre rt^sultat 
que celui d'égarer le cœur en séduisant Vimligination. 

Boileau, dan^ la .satire à son esprit j parle ainsi d'un Bar- 
dou , curé à Poitiers : 

■ 

Qae vous a fait Perrin , Bardou , Mauroy, Boursaut t 

» 

BATTEUX {Charles)^ naquit à Alland'huy , près d'Atti- 
gny, le 6 mai lyiS (i), de Jean Batteux et de Jeanne Ste- 
venin. Il commença ses études sous la direction d'un frère 
aîné , et entra en troisième au collège de Beims , où il fit as- 
sez de progrès pour passer à la fin de l'année scolastique , de 
cette classe en rhétorique. Sa théologie finie à dix-neuf ans , il 
lui restait deux ans avant que d'entrer au séminaire. Durant 
cet intervalle, il étudia les belles-lettres. Il avait eu le bon- 
heur de puiser en rhétorique quelques notions de langue 
grecque -, c'étaient des idées tombées par hasard , qui ger- 
mèrent pourtant , et qui fructifièrent dans la suite. 

Dès qu'il fut au séminaire, le savant du Vau, abbé régu- 
lier de Landève, lui donna des leçons de grec et d'hébreu. 
L'évêque de Pouilly, le Socrate de Reims , l'aida aussi de ses 
lumières et de ses livres. Ce fut par ses conseils qu'il entre- 
prit de travailler à un cours complet de littérature. Il sépara 
les genres , étudia les principes de chaque genre -, il lut en- 
suite et compara entr'eux , et avec les règles , les auteurs 
grecs , latins et français : ce travail produisit dans la suite 
les n°* 1 et 2. 

Il avait à peine atteint sa vingt-deuxième année (c'était 
en 1 734) , qu'on le nomma professeur de rhétorique de l'uni- 
versité de Reims. S'il sentit tout le prix d'un choix flatteur 
qui le déclarait maître' au moment presque qu'il sortait de 
la classe de disciple , il n'oublia rien pour le justifier. Le fruit 

(i) Et non le 7, comme le disent !c8 Biographies, où il est quelquefois 
nommé le RaUeux. 



BAT Gi 

avLÏl recueillit d'un travail opiniâtre, soutenu pendant quel- 
ques années, le fit connaître à Paris, où il obtint, en 174^' 
par la médiatioa de Fabbé d'Olivet, une chaire de troi- 
sième au collège de Lizieux, d'où il passa, en 1745, à celle 
de rhétorique du collège de Navarre , siu* la demande des 
chefs de cette maison , qui avaient d^abord marqué la plus 
violente opposition à sa cooptation dans l'université de Pa- 
ris (1). 

Ses grades et son septennium lui ayant procuré un canoni- 
cat de Reims , il désirait d'occuper une place qui le répute- 
rait présent. La chaire de philosophie grecque et latine au 
collège royal, qu'il sollicita et obtint en 1760, lui valut ce 
droit de présence , après un procès de trois ans avec k>n cha- 
pitre , qui accordait à des étrangers ce qu'il refusait à un 
compatriote. Ilreiùplit avec distinction cette chaire, qui fut 
supprimée quelques années avant sa mort , et remplacée par 
la chaire d'éloquence française, que Tabbé Aubert, son dis- 
ciple et son ami, occupa le premier. 

II fut admis à l'académie des inscriptions en 1 764 9 et entra 
en 1761 à l'académie française. Chargé plus d'une fois de re- 
présenter cette compagnie , il parla non avec cette recherche 
. qui vise à l'efiet, et senvUe donner le 'signal des applaudis- 
semens , mais avec la justesse et la clarté d'un esprit droit et 
lumineux. 

Le ministre Bertin son ami , entretenait aux extrémités de 
l'Orient , une correspondance avec des Chinois qui avaient 
été élevés à Paris, étales engageait par des bienfaits a com- 

(1) Lorsque Tabbé Batteux fat préseaté par l'abbé d'Olivet , pour la chaire * 
de troisième à Lizieut , la jalousie déjà éveillée par la réputation qu'il s'était 
fidte à Reims , eng^agea les gens de l'université de Faiis k exiger que s'y remet- 
taat sur les bancs , il y prit le premier grade , çelni de piaître^s-arts. Batteux 
fit la demande d'être entendu sur cette difficulté , à l'assemblée du prima 
mmsis; on la lui accorda. Il y parla avec tant d'éloquence et de grâce ^ sur 
une formalité si ridicule en elle-mêpae , que tout d'une voix, on fit fléchir la 
coutume en sa faveur ; il en fut dispensé , et reçu par acclamation. 



64 BAT 

poser des mémoires instructifs sur différens objets intëres j?- 
sans. A sa prière, Batteux se chargea de les revoir.et de le^ 
rédiger avant d'en faire part au public , et par ses soins plu — 
sieurs ont vu le jour de son vivant. 

Bientôt après il fut chargé de présider à la rédaction d'^un 
cours dVtudes que le comte de Saint-Germain , ministre 
de la guerre , destinait à Tëducation des élèves de FEcole- 
Royale Militaire. Ce cours, en 47 volumes, fat conçu et exé- 
cuté en moins d^un an , selon le vœu du ministre. Ce travail 
forcé nuisit et àja santé du rédacteur principal, qui is'affai-- 
blit sans retour, et à Touvrage , qui , dans quelques-unes de 
ses parties , manqua le point de perfection doht il était sus- 
ceptible, et dont le peu de succès avança, dit-on, le terme 
des jours de Batteux. 

Il prévit et attendit sa fin avec la tranquillité d'esprit 
qui le caractérisait, et avec la résignation vertueuse qui 
tenait à ses principes. A des maux de nerfs qvCil ressei^tait 
depuis quelques années, vint se joindre Thydropisie qui 
termina ses jours le i4 juillet 1780. Peu de temps avant sa 
mort , il s'applaudissait encore de n'avoir jamais écrit contre 
qui que ce fût. Ses restes furent inhumés dans l'église de 
Saint- André-des- Arcs, sa paroisse, où le ministre Bertin 
lui fit ériger un monument sur un pilier. Il étoit composé 
d'une urne placée sur un fût de colonne tronquée. Au pied 
de l'urne étaient , sur quatre rouleaux déployés des deux cô- 
tés , les principaux ouvrages de notre savant , qui lui ser- 
vaient de trophées. Sur le premier à gauche on lisait : Prin- 
cipes de littérature; et plus bas, Liiteris, Sur le second, du 
même côté : Cours d* études; et plus bas, Patrice. Sur le 
troisième, à droite , Moribus ; et plus bas. Mémoires concer- 
nant les Chinois. Sur le quatrième , du même côté : Histoire 
des causes premières ,• et plus bas , JReligioni. L'urne était 
couronnée par un cercle d'étoiles, symbole de l'immorta- 
lité -, et au-dessus était le portrait de l'abbé Batteux , dans 



BAT 6S 

vin médaillon de plomb. La colonne portait rinscription 

suivante : 

Garolo Batteux, 
Ecclesîae Remensis Ganonico , 
Uni è xi«. VirU Academ. Gallicae , 
RegÛB Inscr. et Humanior. Litt, Academ. Soôio , 
Amiens Amico 

M. P. 

Vixerat aimos lxvii, 
Obiit anno Dni m. occ. lxxx y 
Meii0e Julio , die xir. 

Quelques débris de ce mausolée , exécuté par Auger, et 
brisé en 1794 9 sont au Muséum. Ils consistent en une urne 
coupée, et le médaillon de Batteux, dont la tête n*^a aucun 
de ses traits. 

M. de Sivry fait son éloge en peu de mots : « Uti vif at- 
» trait pour Tétude , plutôt qu^aucune vue d'ambition y lui fit 

» embrasser Tétat ecclésiastique il était plus estimable 

» encore par ses qualités personnelles que par ses talêns 
» littéraires. Bon parent, il soutenait par ses bien&its une 
;» &mille aussi nombreuse que peu opulente. Excellent ci- 
» toyen, il s'intéressait » jusqu'à l'émotion, au récit des re- 
» vers et des succès de la France. Grave sans austérité, plu- 
» tôt par état que par caractère , il apportait dans la société 
» une gaîte douce, une philosophie sans fiel , sans esprit de 
» parti. Né d'une complexion en apparence robuste , il l'ai* 
» téra à la longue , soit dans son cabinet, par un travail opi- 
» niâtre, soit dans son jardin (d'Ivry), où il allait méditer, 
» et, qu'après son cabinet, il préférait à tout autre angle de 
» la terre. » (Nécrol. des Hom. céL^ t. XVI, p. 82.) 

Il était très charitable : on sait qu'il donnait annuellement 
une somme de cinq cents liv. au curé de Saint* André-des- 
Arcs. C'est donc à tort qu'on l'a taxé d'avarice. Son éloge pat- 
Dupuy, est dans le t. XLY, p. 91 à 106, des Mémoires de 
VAcad. des Inscriptions. 

, TOME I. 5 



» * 



m BAT 

Le baron de Grimm , qtii a fait une critique aaisez ntesur^ëe 
de cinq ouvrages de Batteux , dans le t. V, p. 1 90 à i go; <le 
sa Correspondance littéraire j araît fort maltraite sa personne 
dans son t. II , p. ^83 -, mais le ton qu il prend à son égard 
ne surprend pas , lorsqu'on sait qu il lemplore envers tous 
les écrivains dont il parle , et dont le mérite est universelle- 
ment reconnu *, qu'il n'a pas même épargné Voltaire , quand 
celui-ci n'adopte pas ses opinions philosophiques. 

La Harpe n'a pas rendu assez de justipe à notre académi- 
cien , lorsque parlant de son Parallèle du Lutrin et de la 
Henriadtj il dit : <( Batteux / Desfontaines , la Beaumelle ^ 
» quoique fort médiocres , et comme écrivains et comme 
» critiques , n'étaient pourtant pas de ces auteurs que leur 
» nom seul nous dispense de réfuter. » {Cours de littérature^ 
t. VIII, p. 64.) 

Un anonyme s'est montré plus sévère encore envers Bat- 
teux, dans une critique assez peu ménagée, insérée dans 
V Année littéraire {t,W^\el.y\y p. fjZ à ia3, an* 1780). 
Après avoir dit qu'il était « presque le seul de tous les mem- 
)) bres de l'académie française qui conservât l'amour des 
» bons principes , )> il lui fait bien ensuite expier ces deux 
grains d'encens : il le dissèque sans pitié v et l'académicien 
loué peut dire ici , comme Jonathas : Gustans gusta^i in sun>- 
mitate virgœ^ paululum melUsj et ecce ego mœior. Nous nous 
contenterons de faire ob^server, avec Delille , a qu'on ne peut 
» méconnattre d^ixs Batteux le littérateur estimable , l'écri- 
» vain élégant, le dissertateur ingénieux, le grammairien 
» habile et l'admirateur éclairé de l'antiquité (i); » et avec 
Dupuy, « que son style fut élégant sans affectation , noble 
)> avec simplicité , pur et régulier sans gène et sans mono- 
» tonie, précis sans obscurité. » 

L'abbé Batteux a fourni des éelaircissemens sur sa famille 

(1] Discours prononcé à l'acadéniie , le 35 janvier 1781, jour de la réception 
âe Lemierre. 



BAT 67 

et sur sa personee dans^ une Leifre à ses neveux (i), d'où 
nous avons extrait mue partie de cette notice , ew conservant 
ses^ propres expressions , amtant que Tanalyse a pu le per- 
mettre ', car la manière dont un auteur écrit sa vis , feit aussi 
psâFtie de sa^vie. 

Ses œuvres : 

I. Les Beaux-Arts réduits à un même princif» (rîmitation 
de la I>eUe nature). Pam> Durand, 174^9 in-8% p. agi ; ii.j 
PariS) ihid.y. ï747» in-8°, fig. , p. 3o8; it.j, trad.- en» alle- 
mand, par P. C. Bertram. Leîpsick^ ï75i, ia-8°; ît.j par 
Jean Adolph SchlegeL Zeijp^icft^ Weidmann, 1758, iu-8**-, 
iï.^iibid., 1759, in-8'^v *'-j ibid.,. 1770 5, iQ-8°. 

Les notes et les. dissertations de ScUegel fùrmeni les deux 
tiers de Touvi'age. Ces dernières sont au nombre de neuf, 
savoir : de la Nécessité da former le^Goàt', de la Formation 
précoce du Goût*, de TOrigiûe des Arts, particulièrement 
des Beaux^Arts ^ de la Distribution des Beaux- Arts, âelon 
leurs différentes vues -, du grand Principe de la Poésie ^ de la 
Division de la Poésie *, du Merveilleux de la Poésie , particu- 
lièrement dans Tépc^ée ; du Véritable objet de la Pastorale ; 
de THarmonie du Vers. 

Ce traité àsA Beaux-Arts est regardé comme la plus esti- 
mable des productions de Batteux. Il ne parle que des 
beaux -arts faits pour le plaisir*, il prétend quils ne sont 
qu une imitation de la belle nature , et U applique son prin- 
cipe aux difFérens arts de la poésie^ de la peinture, de la 
musique et de la dause* Cet ouvrage est précieux par la sa- 
gesse du dessein , la finesse des vues , et par la sagacité avec* 
laquelle on y décompose la métaphysique des arts , et on la 
ramène à des principes lunûfieux et féconds. Il est bien écrit; 
mais on reprophe à Tauteur d'avoir manqué quelquefois dati^ 
les principes et dans leur application . 

(1) Bile est à la tête du Traité de l'arrangement des mots , p. 7 à 29. ' 

5. 



A 



68 BAT 

II. Cours de Belles ^Lettres, Paris, Desaint et Saillant, 
1^47 ^ '7^0, 4 ^^'- în-i2^ it., Pomj ibid., lySS à 1764, 
4 vol. in- 12*, it.^ Gottingue, Luzac, Ï764, 4 vol. in- 12; 
it.j Gottingue et Leyde, Élie Luzac, 4 ^o^- in-ia. 

III. De la Construction oratoire. Paris, ibid.^ ''764? in-8°, 
p. 4^9 > r^îuiP' avec le Traité des Tropes de Du Marsais, 
Tulles, Chirac, lygS, in- 12*, lï.^ Paris, 1810, in- 12; it,^ 
Tulles, Chirac, i8i3, în-12. 

Ces trois ouvrages ont été rëunis sous le titre de Principes 
de Littérature. Paris, ibid,j 1766, 5 vol. in-12; lY.^ Paris, 
Desaint et Nyon, 1774? 5 vol. in-8*, 5* édit. -, lï., Lyon, 
AmaLle Leroy, 1800, 6 vol. in-12, avecle^n" 11. 

Ce cours, plus raisonné, plus méthodique, pHis précis 
que le Traité des Études de RoUin , est écrit avec moins d'é- 
légance et d^abandon « C'est le meilleur catéchisme de 

)) littérature que nous connaissions -, le choix des exemples 
» qu'on propose pour modèle le rendra toujoiu*s très propre 
» à rinstruction de la jeunesse. Il n'est pas étonnant qu'il 
» ait eu plus de succès en Allemagne qu'en France ; il avait 
» pour les étrangers , outre le mérite dont nous avons parlé , 
» celui d'être un excellent abrégé de littérature firançaise , ce 
)) qui devait naturellement intéresser encore plus leur curio- 
» site que la nôtre. » (Grimm, Correspond, littér.^ t. V.) 

Nous croyons qu'il est à propos d'indiquer les différentes 
traductions que les étrangers firent de cet ouvrage. 

lEa espagnol j par Agst. Garcia de Arrieta. Madrid ^ 
18..., in- 8**-, en anglais _, par Millerj 1761, 4 vol. in- 
12; en allemand j par P. E. Bertram ^ it., par Ramiers. 
Leipsick , Weidmann , 1767, in-8°*, 1^.^*1762, 1769, 1774» 
it.j en abrégé avec des additions, par J. £p. Gottsched. 
Leipsick j 1 754? în-'4**« La traduction de Ramiers est faite avec 
soin , et enrichie de bonnes notes ; elle eut un cours prodi- 
gieux dans tous les cercles d'Allemagne. Eii un an il s'en fit 
trois éditions. La version du professeur Bertram ne trouva 



BAT 69 

plus de lecteurs depuis la publication de celle-ci. (Denina , 
Prusse littéraire j t. I, p. aSy-, t. III, p« ïQï-) • 

Un anonyme a publié un abrégé de ce cours sous ee titre : 
ÉUniens de littérature. Paris, 1773 , 2 vol. in-12 -, lï., ibid., 
1804 > 2 vol. in-12. Aux réflexions de Fauteur Fabréviateur 
en joint de nouvelles , qu il a tirées d'ouvrages , cpii , dans ce 
genre, font autorité. Il fait aussi connaître Fétat de la littéra- 
ture étrangère ; objet intéressant , qui avait été omis par Bat^ 
teux. Mennet a mis au jour : Leçons de belles-lettres pour 
servir de suppléïnent cuix principes de littérature de Batteux. 
Moulins , 1 8b4 , 3 vol. in- f 2 . ; ' 

rV. Les Poésies d' Horace trad., en français ^ avec de courtes 
noies. Paris , Desaint et Saillant , 1 760 , 1 7 53 , 1 7Q6 , 1 768 \ 
1777, 1781, 2 vol. in-i6-, ïï.j Lyon, Rolland,' 1802, 2 voK 
in-i6-, it.^ revues par F. Peyrardj Paris, Louis, i8o3, 
2 vol. in-12", lï. j Paris, i823, 3 vol. in-:8% édît. revue et 
conigée-paT j^ckaintrcj où il a rétabli des passages suppri-< 
mes dans presque toutes les éditions précédentes *, it.j réimp^ 
dans le n° x (i). 

Cette traduction est fidèle , à quelques inexactitudes près , 
mais dénuée de grâce et de cbaleur* Au reste,. Batteux con- 
venait lui--même qu'il s'était proposé de faciliter Fintelli- 
gence de Fauteur, et non de représenter fidèlement la force 
et Fbarmonie, d'un poète si souvent tradtiit sans être -jamais 
imité. L'abbé Joli (de Dijon) critiqua cette traduction-dans le, 
Journal des Savans (pet: 1766, p. 655 à 660). Batteux y 
répondit par l'éérit suivant : 

Y . .Observations de l'abbé Ninnin (2) sur un article du 
Journal des Savans^ciu mois d*oct. 1750. Paris ^ Goignardy 
1750, in-12, p. 12. • * 

n y a trois lettres sm^ cette traduction d'Horace dans les 

(1) Cette version a donné lieu à Vinoent Gandio de faire un bel éloge de 
Qatteux dans sa D'wnfrtutlo ad Q. Hotatium Plaecum. Laubach^^îdebrand » 
1760 , in-3®. 

{2) Foy.Vni. Ninnin. ' 



yo * BAT 

Mém. de TVieVeux^. lySo, aov., 2" vol., p. â5e9àa5369 dëc. 
p. 274^ à 2761, et janv. lySi, 2* voluiue, p. ^33 à 202. 
Ces lettres sont critiques , et cependant louent trop cette 
verâon. 

VI . La Morale d'Epicure, tirée de ses propres écrits . Paris , 
Desaint et Nyon, lySS, in-^*», p. 374» *v^c une gravure 
représentait la volupté d'Epîcure \ trad. en allemand, Idi^ 
tau 9 17749 iu^^S"", et avec un nouveau titre à Halberstadt, 
I792,in-8^ 

Cet ouvri^ge , ^crit avec autant d^ëlégance que de scdidité» 
eut la gloire de fixer enfin Topinion gë&â^e ffor cet Epi- 
cure , jusqu'alors «tant cité et si mal connu , lequel enseigne 
que le bonheur est dans la jouissanoe y et celle«>ci dans ia 
vertu. 

VII. Nom^^l exatpen du pr^ygé swr Vinv^arsion,, pour ser- 
vir de réponse à Beauzée. Paris, 1767, m-8% p. 78, réim- 
primé dans les Principes de littérature. H y {»ouve qu'il y a 
plus d'inversion daAS le français que dans le latin -, non par 
rapport à Tordre métaphysique et fixé après coup/ mais par 
rapport à Tordre réel des idées, tel qu'il «est dans l'esprit, 
dans l'intention et dans le premier mouvement de celui ^i 
parle. 

VIII. Histoire d^ eauses premières^ ou exposition ^sotnr- 
maire des pensées des philosophes sur les principes des êtres. 
Paris, Saillant^ 17^9 in-S"", p. 4^^* U y ^ ajouté : Traduc- 
tions d'Ocellus Z/Ucanusj de la nature de Vunufers ; de Timée 
de Locres ^ de Vame du monde ,* de la lettre d'Aristoie 'à 
Alexandre sur le système du monde : Oi^ec des r&narques et 
le texte grec» Paris , ibid.^ '769, in-8'', p. 34o. 

L'auteur y débrouille quelques principes de T^mcienne 
philosophie, ^ ce travail lui coûta beaucoup {Jus qu'il se 
fait moins sentir au lecteur. Batteux qui était un bon chré- 
tien^ serait fort surpris , s'il reparaissÉÎt parmi nous , ^de^ voir 
figiflcer son nom dans 4e Dictiûnmdre des athées ^ de Sylvain 
Maréchal , pour avoir avancé à la page 2 de V Histoire des 



BAT 71 

causes premières : « La ^erre qui se détache de la luontagoe 
» niMtonne , si elle connaît les lois qu'eUe suit en tombant *, 
» elle m'étonne encore plua, si elle les ignore. » 

IX. Les ijfitatre Poétiques d'ArisMej d' Horace ^ de Fida 
et de Despréaux ^ avec les traductions et des remarques. Paris , 
ibid.^ '77"? ^ vol. în-12, et 2 vol in-8*', gr. pap-i it.j sur 
papier de Hollande. Sabatier s'exprime ainsi à Foccasion de 
cet ouvrage : « L'abbé Batteux est du petit nombre des au- 
» tours qui ont rendu de vrais services à la littérature. Nous 
» désirerions, pour ne pas affaiblir cet éloge , de n'être pas 
» dans le cas de reprocher à son style trop de diffusion, et à 
» ses tvaductioiis trop d'ijiexactitude *, mais le premier déf^kut 
» est amplement racheté parle mérite. des choses, qui l'eip* 
» porte «ur celui des mots -, et l'on fait grâce au second , en 
n £aveur de ses bons principes et des excellentes remarques 
» dont il a accompagné sa traduction des quatre poétiques. » 
U y a des réflexions sur cet ouvrs^e dans Vy^nnce littéraire j 
t. VII, p. 145 à 188, an. 1780. 

X. Cours d'études à l'usage des élès^es de l'Ecole militaire. 
Palis, Nyon, 1777, qnarante*six parties en 47 vol. in-12. 
On a ajouté pour chacun des abrégés de l'Histoire-Sainte , 
ancienne^ et romaine et de France, un atlas. Paris ^ ibid., 
1787, 4 v<>^* in-4° contenant cinquaiMe^ neuf cartes. On y 
joint aussi le vocabulaire latin-français , et français*latin de 
Ghompré. 

Le plan de cet ouvrage est dû entièrement à Batteux , qui 
y a d'ailleurs. fourni les Principes de littérature j en six par- 
ties , et Horace. Le reste de ce cours , qui comprend depuis 
la septième jusqu'à la philosophie inclusiyement , est dû aux 
veilles de Bergier,Bossut, Bouchaud, Goulin, Millot, Mon- 
chablon , Salivet et Yauvilliers. Nyon l'aîné, à qui le roi avait 
accordé la propriété de cette compilation , a extrait les au- 
teurs latins dçs cours de Ghompré père et fils. Plusieurs vo- 
lumes ont été i^éimprimés cinq et six fois,r notaoïment les 



ya BAT 

parties historiques , qui ont ëtë revues par les abbës JoATrai 
et Guillon. 

XL Mémoires concernant l'histoire, les sciences j les arts ^ 
les mœurs j les usages^ etc., des Chinois / par les missionnaires 
de Pékin (^composés par les PP. Andot^ Bourgeois ^ Cibo et 
Ko). Paris, Nyon, 1776 à 1791, i5. vol. in «4% coHection 
commencée par Battcfux,^ et achevée par de Brëquigny et de 
Guignes. 

XII. Chef^'œusre d'éloquence poétique^ à l'usage des jeunes 
orateurs^ ou discours français tirés des auteurs tragiques les 
plus célèbres. Paris, ibid.j 1780, în-!2, p. ^o%\ it.j Paris, 
ibid.j 1 801 , in-i 2 , p. 566 5 avec la tragédie Ae Polyeucte de 
P. Corneille, accompagnée de remarques. 

XIII. Traité de l'arrangement des mots , traduit du grec de 
Denys d'Halicarnassey avec des réflexions sur la langue fran- 
çaise j et la tragédie de Polyeucte de P. Corneille j as^ec des 
rembarques. Paris, ibid.^ 1788, in- 12 et in-8*. Ouvrage pos- 
thume, suivi d'un discours où le traducteur entreprend de 
venger la langue française des préférences injustes à quelques 
égards, que nous donnons trop gratuitement aux langues 
grecque et latine. 

XIV. Mémoires j au nombre de treize^ insérés dans ceux 
de Tacad. des inscriptions et belles-lettres, t. XXV à XLII, 
années 1754? 55, 58, 61, 64? 71? 75 et 1776. 

Ses opuscules : 

I. In pacis reditum ode. Reims, 1737, în-4**> p« 6. 

IL In CU^itatem Remensem ode. Reims, Multeau, 1739, 
in-4°, p- ï ï • Cette ode, de dix-sept strophes, inspirée par 
la reconnaissance patriotique de Batteux , pour la capitale 
de la province où il était né , a été traduite en vers français, 
par de Saulx , chanoine de Téglise de Reims. 

III. Parallèle du Lutrin et de la Henriade (neuf lettres)^ 
<wec des réflexions sur le remcrcîment de f^oltaire à l'académie 



BAT 73 

française. Paris, 174^9 in- 12, anonyme; lï.^ dans le /^o/- 
tarianay p. 206 a 257-, it,j dads le t. II, p. 245 à 828 des 
Opuscules de Fréron. Amst. "(Paris) j 1763, 3 voh in- 12-, it.j 
dans le t. II, p. 233 à 282 du Commentaire sur la Henriade 
par de la Meaumelle. BerKn, 1776, 2 vol. m-8**. La Dénon- 
ciation CL l'Académie de V Histoire de Louis XI par Duclios^ 
qui Eût partie de ce Parallèle , n'est point de Batteux. 

Voici le jugement de Frëron sur cette brochure : « De 
» toutes les critiques qu'on a faites de la Henriade ^ je n'en 
» connais point de plus judicieuse , de plus impartiale et de 
» plus instructive que celle-ci. C'est un morceau unique 

» dans son genre J'ignore absQlument le nom de l'au- 

» teur de cette critique-, quel qu'il soit, c'est un homme de 
» beaucoup d'esprit , d'un grand sens , et qui possède en 
» philosophe le grand art de l'épopée. » {Opuscules^ t. II, 
p. 242.) La Harpe était loin de partager ce sentiment. 

IV. Lettre à l'abbé Goujet^ au sujet de VHistoiredu collège 
royal (du 18 nov. 1757)-, insérée p. 164 à i65 des Mém. 
Hist. etlittén de Goujet, La Haye, 1767, in-12. 

Ses discours : 

1. Degustu veterum in studiis Utterarum retinendo^ oraUo 
habita ad solemnel prœmiorum distribulionem^ in majoribus 
Sorbome Scholis^ die XII j augusti 1760. Paris, Boudet, 
1750, in-4**, p. 21 . Cet excellent discours serait d'une utilité 
plus étendue , au moins pour la France ,. s'il était traduit dans 
notre, langue. 

2. Infelicem ortum serenissimi ducis Burffmdiœ, oratia 
gratidatoria^ habita nomine regii Franciœ collegiij in regiis 
Franciœ auditoriis^ die 1,0 jan. anni 1762, et ab auctore gal^ 
licèreddita. Paris, Thihoust, 1762, in-4*'? p. 44* 

3. Discours prononcé à Vacad. française^ par Batteux j le 
^avril l'jGij jour de sa réception. Paris, Brunet, 1761, in-4°, 
réimprimé en 1762 dans le t.* XXXVIII, p. 3o5 à 328 du 



74 BAT 

Recueil des pièces d* éloquence ^ etc,j prononcées dans t aca- 
démie. Ce âisGoars est dans le genre philosophique. L^aiH^tir 
y fait reloge de celui (i) dont il occupe la place, en ces 
termes : (c La teligion forma son cœur, la philosophie instniî- 
» sit sa raison , les lettres lui donnèrent les grâces et la poK- 
» tesse de lesprit. » L'abbë de la Porte en a donné un ex- 
trait dans son Observateur littéraire ^Binn. 1761, t. H, p. ^^S. 

4. Discours 'en présenta^it à f^ersailles la noui^eÙe édition 
dit Dictionnaire de Tacadëmie , 'le 10 jan. 1 762 ; insérëdans 
le Recueil ci-dessus , t. XLIII, p. 187 a i8g. 

5. Discours de Batteux^ directeur de l'académie j à S. M. le 
rùi de Danemarck (^Ckristiem VI F) y lors<fue ce prince y vint 
prendre séance j ie samedi 3 déc. 1768 ; inséré ibid.^ p. 182 à 
184. 

6. Discours au chanedierde'Maupeouj le lundi 5 déc. 1768 ; 
iftia.^ p. 184 à 186. 

*], Eloge de l'abbé d'OUs^etj prononcé à l'acad. en 1768^ 
en réponse à l'abbé de Condillac^ successeur de d'OH^et ; ibîd. 

8. Le 16 déc. 1760 , jour où Batteux prit possession de sa 
chaire au collège de France , il prononça un discours latin , 
qui avait pour objet de prouver que Yon peut par les décou- 
inertes des anciens j se former une idée juste des forces de V es- 
prit humain. (Joum. de Verdun , jaui 176 1 , p.' 7 1 .) 

Ses ouvrages manuscrits : 

I . Traduction du livre huitième des Politiques à^Jfristoie 
sur Téducation. 2. Doutes sur le sens de quelques endroits 
^'Horace, 3. Traduction du Dialogue des orateurs^ attribué 
par quelques-uns à Tacite j par d -autres à Quintilien, Ces 
trois MSS. indiqués à la tête du Traité de l'arrangement des 
mots comme se. trouvant entre les mains du libraire Nyon, 
sont adirés. 

(1) L'abbé de Saiot-Gyr, son ami. 



BAU 75 

BAUDIN (i?i«rre'CA«r/cf Zoi«5) naqTiit à Sedan, le 18 
fiëoeaaoïlire 17489 d'Anne Alexandre 'Baudin, d'abord pré- 
sident et lieiitenant-^ënéval au préaidial de cette ville ^ puis 
veceveiir particulier des finances en 1 748 , et directeur des 
postes en 1 7512 9 et de Oharlotte Louise de la Fueille. 

n £t ses humanités chez les Onrkoriens de JuiUy , et sa 

l^ulosophie au collège de Louis-le-Grand; et comme ses 

parens.le destinaient au barreau , il suivit les écoles de droit. 

Il tecininait ^son icours Icnrs de Texil àes pariemeas^ le f 3 

avril 1771 ; et, malgipé les offr^ les^plua séduisantes, il resta 

fidèle àleur oause, et ne reparut qu-avec eux , le ra no- 

veiiiLbi!e 1774- Li^.avec le président Giibert de 1 Voisins > 

Vaimtîé lui fit préférer à une carrière plus brillante, le 

plaisir d'élever le filç de ce magistrat, eti 1780. Il aban* 

di^akna cette tache au bout de dix-huitmms, et se£t reeevoir 

avocat au parlement. Snmai 1786, il revint à pedan pour 

aider son père dans I exercice de ses emplois , et ne tarda 

pas a lui succéder dans la direction des postés. 

Dès 1789, il conçut, ainsi que tant dWtres amis d'une 
sage liberté , les 'espàrances les plus flaiti^ses sur la régéné- 
ration politique dé la Franee , et devint premier maire de 
sa ville natale en février 1790. Tl fut successivement de 
rassemblée législative , de la convention et du conseil des 
anciens. Le 17 août 179^9 on le chargea de porter dans les 
Ardennes le décret de suspension provisoire du roi , du 10 
de cenaois, si|»Bèa qu' Antoaelle , Kersaint^^ct Peraldy, ses 
collègues, crurent ^té a'irétés à Sedan par ordre du gérràral 
Lafayette. Lors du procès de Xouis XVI , 'en janvier 1793 , 
il' vota pour Tappel au peuple , poiir la réclusion jusqu'à la 
paix, et pour le sursis. Le 2^6 octobre, 1795, s'appuyant 
d^une prétendue demande des habîtans du pays de Bomllou, 
il .pxt)posa de réunir à la république cette principauté, com- 
posée d'une ville et, de cinquante communes. Le ^B du 
même mois, lors de Touverture <des deux conseils, il en fut 



76 BAU 

nommé archiviste. Le a6 janvier 1 796 , il combattit la loi 
sur les droits successifs des émigrés. « Si parmi des milliers 
» d'hommes coupables j dit-il y il se trouve dix jùsies , la loi 
» qui les punit serait injuste. » Le 3 juin , il prononça un 
discours tendant à engager le gouvernement à se défier 
également des royalistes et des jacobins, et à s^urveiller 
toutes les factions, aussi dangereuses les unes que les autres 
pour la tranquillité publique. Il présida les différentes 
assemblées où il siégea. Sa mort subite, arrivée'à Paris le 
1 4 octobre 1 799, laissa une place vacante à Finstitut , et une 
chaire de professeur de législation dans une des écoles cen- 
trales de Paris. Il avait été désigné en' 179 1 pour être pré- 
cepteur du dauphin. Champagne a inséré une notice sur sa vie 
dans les Mém, de l'institut ^ t. III , p. 53 à 57. On remarque 
dans le Journal de Paris du i *"' déc. 1 799 , Finscription sui- 
vante, composée par mademoiselle Cosson, Ârdennaise : 

Flenrez , pleures , ô Nymphes des Ardennes , 

L'estimable Baudin n*est plus l 
Pour adoucir nos regrets superflus , 
Dressez vite un tombeau parmi vos f^us beaux chênes : 
Laissez pour les ombres hautaines 
Les grands et pompeux attributs , 
Gravez-y simplement : // avait det vertus. 

Ses œuvres : 

I. Discours prononcé dans V église de la paroisse royale de 
Sedan j à la cérémonie de la bénédiction des drapeaux des 
volontaires patriotes^ le 3 décembre 1789. (Sedan, 1799) 
in-8%p. 8. 

II. Discours prononcé le 'j février 1790^ dans la chapelle 
du collège j en présence de la commune assemblée pour la près- 
tation du serment de la nouvelle municipalité* Sedan, C. Mo- 
rin (1790), in-'S", p. 7. 

III. Adresse de la municipalité de Sedan aux citoyens / du 



BAU 77 

a6 piillet 1791 (par Baudîn et Lenoir-Peyre). Sedan, ibid., 
1791, in-8**, p. 24. 

ÏV. P. C. L, Boudin y député à la convention nationale j 
oMuc citoyens de Sedan ses compatriotes ; le 6 juin 1 798 . (S. loc, 
et an.) iii-8®, p. 7. 

V. Réponse à t écrit de la Harpe j que je n'ai point lu. Pa^ 
ris, Hacquart, 1794? m-8'', p. 4* 

VI. anecdotes et réflexions générales sur la constitution. 
Paris, «795^ in-8**, p. 24* Cette brochure Ta fait ëlîre 
membre du comité des onze , chaîné de rédiger la constitu- 
tion de 1795. 

VII. Du fanatisme et des c«/te5. Paris, le Clerc, 1795, 

îii-8**, p. 80. Cet écrit est suivi d'un projet de décret en 

douze articles , dont le i*' est ainsi conçu : « La nation fran- 

» çaise n'admet point à Texercice des droits politiques qui- 

» conque &it profession d'athéisme. » 

VIII. Eckdrcissemens sur V art. 355 de la constitution ^ et 
sur la liberté de la presse. Paris , impr. nat. , i 795 , in-S", 

p. 23. 

IX. Discours prononcé au conseil des anciens en lui pré- 
sentant f Essai sur les fables et sur leur histoire, owmige 
posthume de Jean Sihain Éailly. (Séance du 17 avril 1799O 
Paris j ibid, 1799, in-8*, p. 16. 

X. Trois Discours, quatre Opinions et onze Rapports 
lus à la convention et au conseil des anciens, à diverses 
époques. 

XL Cinq Mémoires insérés dans les 1. 1 et II des Mém. de 
l'Institut. 

XII. Il a coopéré au Journal de V Europe^ imprimé à 
Bouillon , rédigé les séances du Journal de Louçet_, appelé la 
Sentinelle, et travaillé avec Camus et Daunou au Journal des 
Sas^ans, depuis le 5 jan. 1797, jusqu'au 18 juin suivant^ 
enfin , il a fourni des morceaux aux Annales de la Religion. 
On y dit, t. IX , p. 524 à 526, où se trouve son éloge , cr qu'il 



78 BAU . 

» a souvent enrichi ces Annales de morceaux prëckux , et 
» que c'est à ses soins que Tëglise de Sedan doit son eati - 
» mable ëvéque Monin^ ëlu en mars 1798. »- 

XIII. Est éditeur des^ Lois de Cicéron^ trad» par. Mo- 
rabin/ ^Parisj Morin , 1772, in- 12. Il a fait dans cetle 
nouvelle édition ^ quelques cfaangenieds à la- v«1ctt[on du 
traducteur. 

XIY. JËlog^ de Fontmdle : Discours inédit^ qui a con- 
couru pour le prix proposé par Facadémie française , adjugé 
à Garât en 1784* 

XV . Une pièce de quarante vers , adressée à madame de 
Balan, le 6 juillet 1774» insérée p. 1^26 des Mélanges de 
poésies de Frenun , baron de Stonne, 1782^ in->r6. 

Alexandre Louis Baudin, son frère ^ né à Sedan le 27 mai 
1769, fit ses études au collège de Juilly, et entra djins la 
marine en qualité d'aspirant j dVbord à Brest , et ensuite à 
Cherbourg, où il devint contrôleur dça polies. Il en rem- 
plissait les fonctions Ic^rsqu'il publia la France régénérée ^ 
poème civique, Cherbourg, P. Elamorgan, 1790, in-4"« 

BAUDOUIN (dit du Bùwc(/)j. ainsi nommé, parce qu'il 
était seigneur de la châtellenie de Bourcq , dépendante du 
comté de Rethel, avait pour père Hugues I, troisième comte 
de Retbel, et Mélissende pour mère. La première croisade 
ayant été publiée, il partit poiur la Terre-Sointe en 1096, 
avec ses deux cousins Godefroi de Bouillon et Baudouin (i). 
Il remplaça ce- dernier dans le comté d'Edesse , et fut ensuite 
élu -et couronné roi de Jérusalem , le jour de Pâques de Fan 
1118. 

(( Ilghazi , roi dé Maredin , de la race des Ortokides , ayant 
» défait. Fan 1T19, Roger j prince d'AntiochC:, Baudouin, 
» avec le comte de Tripoli , marcha contre ce musulm'an Tan 

* 

(i) Sa vie est dans r^iX. Ixtièr. de D. Rivet, t. X, p. 204. 



BAU 79 

"» I 1 20, et lui tailla en pièces 4ooo hommes. X<W 1 1 ^/^ (N. S.) 

» il -voiilut délivrer Galeran et Joscelin qui étaient détenus 

» cLa.o.s le château de Khortabert*, mais il fut fait prisonnier 

» par Tortokide Balak , dans le courant de février^ et ne fut 

» raclieté que le 29 août suivant. Il tenta peu après , mais 

» inutilement, le siège d'Alep., L'an i ia5 il chassa du ter- 

» ritoire d'Antiocbe Bourki , général du sultan de Perse. Les 

nh six années suivantes de sa vie furent employées en différentes 

» expéditions , dont le succès ne répondit pas toujours à sa 

)> valeur. Il laissa néamoioins le royaume de Jérusalem. Ibrt 

» agrandi par ses armes. Cet état comprenait à sa mort , tonte 

» la Syrie 9 à l'exception d'Alep, de Damas , d'Ëmèse et 

» df^Hamac, avec leurs territoires. 

» Baudouin n'ayant point d'héritier mâle, jeta les yeux, 

» Van 1 129, sur Foulques le Jeune, comte d'Anjou, pouv 

» en faire son gendre , et lui donna la même année en ma«- 

» riage Mélissende, sa fille sunée. Il mourut à Jérusalem le 

» 2 1 août 1 132 , dans la i^"" année de son règne (i)^ il avait 

» épousé Morphie, fille de Gabriel, prince de Mélitine en 

» Arménie , dont il eut quatre filles ^: Mâissende -, Alix , 

)) femme de Boemond II, prince dAntioche*, Hodierne, 

» mariée à Raymond, comte de Tripoli*, et Ivette qui fiit 

» abhesse de Saint-Lazare de Béthanie. » (Jlrt de vérifier les 

dcUeSj't. I, p. 4^9.) Voici le portrait que fait de ce prince 

Guillaume de Tyr : 

a C'était un homme d'une beauté remarquable. Il avait la 
» taille avantageuse,, la figiu*e agréable, la chevelure peu 
» épaisse , blonde et mêlée de blanc , la barbe claire , des- 
)> cendaiit jusqu'à la poitrine , Iqs couleurs vives et aussi ver» 
» meillesque son âge pouvait le permettre. Habile au manie- 
» ment des arme^ et dans Féquitation , versé dans l'art mili- 
)> taire , circonspect dans la conduite des afiaires , et heureux 

(1) Et non après un règoe de douze ans , comnie le dit la Biogr* universeiU. 



8o BAU 

» dans ses entreprises *, la piété consacrait tous ces avantagées. 
» Il était tendre et compatissant, religieux , pénétré de la 
» crainte de Dieu -, tellement assidu à la prière , qnk force de 
» génuflexions et de prosternations ses genoux et ses nnaihs 
» en avaient contracté des callosités ; d^àilleurs actif , et tou- 
» jours prêt, malgré son grand âge, à se porter ou Tappe^ 
» laient lès besoins de Fétat. » (L. XII, ch. IV.) 

Ce fut sous le règne de Baudouin que les ordres militaires 
de Saint-Jean et du Temple furent approuvés par le pape , 
et commencèrent à jeter im grand éclat. 

B AUNY (Etienne) f théologien du xvi* siècle , que les Pro~ 
s^inciales de Pascal (i) ont condamné à une odieuse immor- 
talité , étoit fils de Drouet Bauny, homme de fief de la châ- 
tellenie de Mouzon , où il naquit en 1 564* Entré en i SgS , 
à lage de vingt-huit ans , chez les Jésuites , qui ont si bien 
mérité de la littératiure par leurs talens et leurs ouvrages , 
il y parcourut , suivant Tusage de la société , la carrière de 
renseignement. Après avoir professé les humanités et la rhé- 
torique pendant onze ans , il fit des leçons de théologie mo- 
rale durant les seize années suivantes , et sut encore se mé- 
nager assez de temps pour publier de volumineux ouvrages , . 
où Ton trouve des moyens pour imputer à ses ennemis des 
crimes supposés sans les calomnier, pour les tuer sans être 
homicide , pour trahir la vérité sans mentir (2) , pour s'ap- 
proprier le bien d'autrui sans voler, pour se livrer à tous 
les raffinemens de la volupté , et goûter toutes les douceurs 
du péché sans manquer au précepte de la continence \ enfin 
pour apprendre mille moyens de gagner le ciel, en faisant 

(i) Ce grand homme rendit tous ses païens .jansénistes, après en avoir fidt 
des physiciens et des savons. 

(2) Jean Maldems , évêque d'Anvers , a publié un traité latin (i6a5 , in-i3 , 
p. 107), contrôles restrictions Aientales, <{u'on a très bien définies 

L'art de mentir tout baot, en dicant vrai tout hn. 



BAU 8i 

tout ce qu'il faut pour ôe damner : ce que le père Grenan , 
doctrinaire (i)^ a finement exprimé dans son Apologie de 
VJSifuii^oquè : 

Jadis en bon chrétien , modérant ses désirs , 

Un homme n'eût osé se livrer aux plaisirs. ' 

Ce n'était qu'en tremblant qu'on goûtait à la pomme , 

Dans tout ce qu'on faisait , on craignait le vieil homme , 

£t des gâte-métier , jansénistes d'alors , 

Sur 1^ moindres douceurs semaient mille remords. 

Jurer c'était jurer, médire était médire ; 

Plus an large à présent Tamour-propre respire. 

J'ai mis le cœurhutaiain en pleine liberté : 

£t Bauny dans un livre avec moi concerté , 

( A qui pouvais-je mieux confier ce système F ) 

A du rang des péchés , rayé le péché même. ( Pag. 7. ) 

Le docteur Fr. Hallier, après avoir rapporté dans sa Théo- 
logie morale des Jésuites ^ les principales erreurs du P. Bauny, 
lui applique ces paroles : Ecce qui tollit peccata mundij, voilà 
celui qui "ôte les péchés du mondç. 

Le P. Garnier (à la page 4 de son Systema bibliothecœ col- 
legii Parisiensis Societatis JesUj Paris, Gramoisy, 1678, in-4**, 
p. 118), met Bauny au rang des doctes personnages qui il- 
lustrèrent le collège de Clermont à Paris. Notre jésuite Ar- 
dennais est mort à Saint-Pol-de-Léon en Bretagne , le 4 dé- 
cembre 1649* A-ii^sî sa longue vie a duré quatre-vingt-quatre 
ans. Il en avait passé cinquante-six dans sa société. Les fruits 
de ses veilles , dont la plupart subirent la flétrissure qu'ils 
méritent, sont : 

I. Constitutiones synodales diœcesis Leonensisj à Renato 
de Rieux j episcopo Leonensi^ pronuâgatœ Pcadipoli in Léo- 
nidj annis 1629 à i€3o. Pari s, 'Michel Soly, i63o, in-B"*, 
p. 200. (Bibl. du roi, i5ri.) 

II. Somme des péchés qui se commettent en tous états y de 
leurs conditions et qualités^ en quelles occurrences ils sont mor- 

(1) Né à Noyer» en Bourgogne , et non à Noyer» prè» de Sedan. 
TOME I. 6 



«2 BAU 

tels ou véniels ^ et en quelle façon le confesseur doit interroger 
son pénitent. Paris ^ ibid,j i63o, m-8**-, it._, Paris, ibid._,^ 
i633, in-8**, p. 7i3-, lï.^ Paris, iWrf.^ i638, in-B**, p. 121 1 ; 
it.j Paris, ibid., 1689, m-8°,p. io3i -, it.j Paris, ibid.^ 164 S 
in-S**, p. 122^, 6*ëdition-, lï.^Rouen, Loyselet,. i643, in-8% 
p. 7 36 : condamnée à Rome , ainsi que les numéros iv et v, 
par décret du 26 oct. i64o. L'auteur a publié un abrégé de 
cet ouvrage , sous ce titre : Extrait d'un lii^re intitulé : Somme 
des péchés qui se commettent, etc. , 1639, in-8°. 

Le ministre Charles Drelincourt, sedànois, observe à la 
pag. y de Favertissement qui précède son Faux^Pasteitr 
(1654 , in-8°), quoi y a des choses horribles dans les cinq 
preniières éditions de ce livre, qui ne sont point dans la 
sixième. 

IIL Summa casuum conscientiœ j seu Manuale confessario^ 
runij in gratiam eorum quibus conscientiarum cura incumbit. 
Paris, Michel Soly, i63i, in-8**. Il y professe une morale 
élastique qui sacrifie Thonnéte à Futile , et se plie à Tintérét 
personnel comme aux caprices des passions. 

IV. Pratique du droit canonique au gouvernement de Vé- 
glisCj correction des mœurs ^ et distribution des bénéfices y le 
tout au style et usage de France j a\fec la décision des princi- 
pales questions sur les matières bénéficiales qui se traitent dans 
les cours du royaume. Paris, ibid.j i633, in-8°, p. 828 -, it,j 
Paris, ibid.j 1640, in-8***, it.^ Paris, ibid.j i643,in-8°j it.j 
Rouen, veuve Bosc, i644> in-B"*, p. 833. La seule eonfoN 
mité des principes établis dans cet ouvrage avec ceux qui 
sont professés par Téglise gallicane , le fitcondamner à Rome. 
Mais il y a une grande différence entre exposer quelques 
usages de cette église, ou défendre, par une sage et vigou- 
reuse polémique, la couronne de nos rois contre de cou- 
pables empiétemens , et les droits de Fépiscopat contre les 
envahissemens de Fultiamontanisme. 

V. Theologia moraîis* Paris, Michel Soly, 1640 à 1647, 



BAU 83 

4 vol. in-fol. Le premier volume traité des sacremeas, des 
clercs et de leurs obligations -, le second, des censures ecclë- 
siastiques ; le troisième contient trois livres sur la nature des 
contrats ^ et le quatrième , une nouvelle pratique du droit 
canonique sur la distribution des bénéfices. C'est à tort que 
dans les annales d'Ys^ois^ on a fait un ouvrage séparé des 
livres concernant la nature des contrats. On y a glissé deux 
autres erreurs , en faisant entrer le P. Bauny chez les jésuites 
à dix-buit ans , et en fixant Fépoque de sa naissance à Fan- 
née 1 574 9 ^^ celle de sa mort au mois de septembre. 
• Cette théologie est ensevelie depuis long-temps dans Fou- 
bli qu^elle mérite. Si Fon en retranchait toutes ces questions 
oiseuses, appellées par Leibnitz Chartœ inutile pondus^ il se- 
rait aisé de la réduire à quelques feuilles. Il en est de la 
•grosseiu: de ces sortes d'ouvrages, dit Gsesar Aifvilinius 
(jSdpio Henricus), comme des chats^huants, qui paraissent 
de gros oiseaux par Fexubérance de leurs plumes. <c Ista magna 
2> volumina bubonibus satis rectè assimilari possunt, qui 
» magnas quidem aves appai'ent non membrorumet eamium 
» inagnitudine, sed inutilium pennarum siiperfluitate. » (Z^e 
tribus Historids conciUi tridentini, p. 49* Amst., 1662, 
in--8*>, p. 96.) 

VI. Réponse faite par un très docte personnage et professeur 
de la compagnie de Jésus ^ suii^ant le commandement de son 
supérieur j sur le fait des Carmélites de Bourges. . . . Cet écrit, 
dont nous ignorons la date, est attribué au P. Bauny. (Tà- 
baraud, p^ie du cardinal de Béndlcj 1. 1, p. 1 13.) 

On a publié deux opuscules , sans date • ni indication de 
lieu, qui contiennent des dialogues entre un docteur et le 
P. Bauny, où celui-ci s'efforce de justifier les erreurs qui lui 
sont imputées ', ils sont intitulés : Catalogus Auctorum quos 
cum P. Bauny j doctor theologus censura notandos judicavit^ 
in-8% p. iQ,''^ Catalogus alter Auctorum guosj maii iS^in 

6. 



84 BAU 

publico facdltatis consessu^ doctor mm P. Bauny censura no- 

tandosjudicai^itjinS'^y/p.^o. 

' Suivant un usage consacré dans la sociëtë de Jësus, les- 
ouvrages du P. Bauny ont été examinés et approuvés par 
c[uatre théologiens dje Tordre , et revêtus de Tapprobatioix 
des provinciaux des lieux où ils ont été imprimés. 

On connaît^ « Censura propositionum qnarudam, cùm ex 
» Hibemiâ delatarum, tum ex duobus libris ex Anglico 
» sermone conscriptis, in latinum bonà fide conversîs, 
» excerptarum per sacram facultatem theoL Paris. , facta 
î) jussu cleri, denuo in lucem édita. Paris,, Ant. Vitré, 
» 1643, m-^^jy> avec les censures contre les Pères Gelot, 
Bauny, Barbosa et Rabardeau*, if.^ « Censura librorum qui 
» superiiDribus annis prodierunt, auctoribus Mie. Rabardeo, 
■» Bauny et Celot, è societate Jesu. Romae, i643, in-12, 
» p. j[6.» Cest une censure d'Urbain VIII, du 18 mars 
1643, à laquelle est jointe une autre censure de rassemblée 
du clergé , tenue à Mantes le la avril 1642 , plus une troi- 
sième censure de M. de Sourdis, archevêque de Bordeaux. 

L'assemblée de Mantes déclare : « Que les ouvrages du 
» P. Bauny portent au libertinage, à la corruption des 
» mœurs , et violent l'équité naturelle et le droit des gens -, 
» excusent Jes blasphèmes, usures, simonies, et plusieurs 
.)) autres péchés des plus énormes comme légers. » Quelques 
propositions de la Somme du P. Bauny avaient déjà été 
condamnées l'année précédente , par l'université de Paris j 
et l'inquisijion l'avait mise à l'index. Ces censures furent 
depuis renouvelées assez souvent. 

C'est néanmoins ce digne disciple d'Escobar et de Busem- 
baum, que Sotwel signale comme un personnage d'une pro- 
bité patriarcale , et d'une profondeur extraordinaire dans 
toutes les matières qui concernent la conscience : p^ir anU- 
qu4B prohitatis et singidaris circa quœstiones omnes de conscien- 
tid eruditionis. On court risque de ne pas être cru, lorsqu'on 



BEN 85 

veut blanchir toutes les iniquités. On se demanderait volon- 
tiers si le P. Sotwel n^avait pas puise dani les ouvrages de son 
confrère Bauny, lart de tailler sa plume en faveur du men- 
songe. 

n est remarquable qu'aucun' biographe , excepte Ale- 
gambe et Sotwel , n'ait parlé du P. Bauny, pas même Bayle y 
à la plume peu chaste duquel ses ouvrages offraient une si 
riche matière. 

Alegambe, BB*^ soc. Jesu^ p. 4^5-, Sotwel, p. 447? ^^ 
Liong, JSist. de Laouj p. 343; Richer, Hùt» de Mouzon^ 
ann. i649', <rArgentré, CoUectio jud. de noi^is erroribusy 
cl'*Argens, Méin. secrets ^ t. I, p. 32 1, ëdrt. 17447^^^^*^ 
des assertions des Jésuites^ p. 162, 609, édit. in-4'*» ^^- 
ponse aux Assertions ^ p. 170, édit. in-4"-, Caussin, Apolo- 
gie pour la compagnie de Jésus j p. 12&. 

BEATRIX, reine de Sicile, était née à Rethet, dans le 
XII* siècle, de Withier, comte de ce nom, et de Béatrix, 
fille de Godefroi, comte de Namur, et de Sibylle de Châ- 
teau-Porcien. Du consentement de son père , eUe fit don , en 
1 1 44 9 d^ concert avec son frère Hugues , au monastère de 
Novi , d'un serf nommé'Baudouin {curck. de No^i)> En 1 1 5 1 , 
elle épousa Roger II , roi de Sicile , qm finit ses jours le 26 
février ii54» Ce mariage, le troisième que ce prince eût 
contracté , fat stérile. {Art de vérifier les dates. ^ 

BEAUFORT {Antoine DE), chirurgien de Sedan, sur 
la vie, duquel on nV point de renseignemens, et qui floris- * 
sait dans la première moitié du xvii* siècle , n'est connu que 
parce qu'il a laissé Fopuscule polémique intitulé : Réfutation 
du discours de Charpentier. Sedan, 1646, in-^""- (Biogra-- 
phie médicale.) 

BENOMONT (Pierre)^ membre de L'académie royale dg 



86 BEN 

chirurgie, naquit à Machault, près de Vouziers , le 4 mars 
1 679. Son père, chirurgien de ce lieu, k destina dès Teiifanqe 
à sa profession ; et à quinze ans il avait déjà acquis par Tusagey 
Tespèce d'habileté propre aux élèves. Avec cette ressource il 
fut successivement admis comme un sujet utile , à Rethel , à 
Toul et à Reims ^ chez les chirui^eus les plus employés da^ns 
Texercice de Fart. 

Sentant que les connaissances que donnent la routine et 
une pratique de pure imitation sont très bornées, il résolut 
d acquérir une instruction plus étendue, et qui reposât sur 
des principes -, et comme les provinces étaient privée» de Fa- 
vantag« d'avoir les écoles d'anatomie et de chirurgie , dont 
elles ont joui depuis , il se rendit dans la capitale en 1698 ^ 
afin d'y profiter des leçons qu y donnaient des pr(^esseurs 
renommés. Il fit ses cours au Jardin dés Plantes, sous les 
célèbres Duverney et Arnaud, qui fut^nt, à proprement 
parler, ses premiers maîtres. Sa bonne conduite, jointe à 
Fardeur qu'il avait de s'instruire ^ l'ayant fait connaître avan- 
tageusement, il devint l'élève de confiance deLardy, célèbre 
chirurgien de Paris, nommé chirurgien en chef de l'hôpital 
de la Charité en lyoîJ. Ce praticien; habile l'employa à l'hô- 
pital et dains la ville au pansement de ceux à qui il avait &ît 
les opérations les plus importantes : le disciple,. par sa vigi- 
lance et ses lumières , ^ut part à leurs succès. Il profita des 
circonstances pour se perfectionner dans Fanatomié : peu* 
dant les trois ou quatre années qu'il travailla sous les aus- 
pices de ce maître distingué , il ne mourut à Fh^ital de la 
Charité aucune personne attaquée de maladie digne d'atten- 
tion , que le cadavre nen ait été ouvert par lui . 

Après avoir réuni la théorie à la pratique par une opéra^ 
tion suivie, il s'établit. Quelques cures heureuses, dont le 
hasard lui avait procuré l'occasion , le mirent bientôt en rë-? 
putation, et il mérita d'être du nombre des académiciens 
nommés par le roi le 8 décembre 1 73 1 , à la première séance 



BEN 87 

de l'acadëmie de chirurgie. G)mme il aimait passionnément 
sa profession , il s'est toujours montré attentif à saisir toutes 
les occasions de contribuer aux travaux de cette compagnie. 
Une de ses observations est insérée dans le deuxième tome 
des Mémoires de Vacadémiey p. jg^ et une autre dams le t. Y, 
p. 5^3 (1). n a donné en différens temps la relation de plu- 
sieurs ouvertures de cadavres , et il a lu à différentes séances 
des Mémoires instructifs ; mais on n'a point fait usage de ces 
productions, ou parce qu'elles n'ont rien présenté qui pût 
ajouter aux progrès des lumières, ou parce qu^elles exigeaient 
des observations plus multipliées et des recherches plus ap-* 
profondies , dont l'auteur n'a pas eu le loisir de s'occuper. 

Doué d'une figure noble et d'une taille avantageuse > Be- 
nomont joignait à ces dehors favorables une extrême poli- 
tesse et les manières les plus prévenantes *, ce qui a peut-être 
autant contribué que ses talens à lui mériter la confiance des 
personnes d'un très haut rang : il était généralement estimé 
de ceux dont il était connu. Célibataire^ il n'était pas dé- 
tourné par les soins domestiques des bienséances qui de- 
viennent des devoirs dans la société-, après avoir rempli 
ceux de son état , il.passait son temps dans les maisons dis- 
tinguées , où il était reçu habituellement sous les auspices de 
l'amitié la plus flatteuse et la plus honorable. 

Ce genre de vie a beaucoup servi à l'augmentation de sa 
fortune : il a vécu long-temps, et a (ait peu de dépenses. Ses 
inclinations bienfidsantes , dont sa famille a constamment 
éprouvé les efiets , n'ont été connues du public que par son 
testament. Outre le legs universel que deux nièces ont re- 
cueilli , il a légué à son village natal une somme suffisante 
pour marier quatre filles -, et six mille livres de fonds pour 
l'entretien d'une maîtresse d'école de demoiselles. Il avait 

(1) La première est sur une jambe arrachée et séparée dans le genou, et 
la deuxième 8U];,une cataracte secondaire. (Portai, HUtoire de CAnatomie, 
p. 5a5.) 



88 ^ BER 

sans doute connu les inconvéniens qu'il y a de réunir, mém€? 
dans le bas âge > les enfans de sexe difFérent. Six noiille livres 
furent léguées aux pauvres de la paroisse de Saint*Roch de 
Paris 9 dont il avait été marguillier, et cinq mille livres ea 
faveur de la nouvelle fondation des enfans de chœur de cette 
église. Douze mille livres furent destinées à fonder un lit à 
rhôpital des Incurables , à la nomination de ses héritiers et 
des marguilliers de Saint-Roch. Plusieurs personnes âgées 
de sa connaissance ont été lobjet de différens legs -, et il a 
assigné indéfiniment la somme de cent pistoles aux parens 
éloignés qui pourraient se faire connaître. La somme de 
trente mille francs a formé un legs particulier destiné à l'édu- 
cation d'un petit-neveu , fils de M. de Mai^ secrétaire du n)i , 
époux d'une de ses nièces. 

Un si bon usage du fruit de ses travaux et de ses épargnes 
doit faire psurdonner la passion qu'il a eue d'amasser du bien : 
c'était sa manière de jouir. S'il eût dépensé ses revenus à 
mesure qu'ils augmentaient, il se serait fait, peut-être, plus 
d'honneur aux yeux de ses contemporains ; mais cet honneur 
n'aurait été efiectivement que dans l'opinion des autres , et 
personne n'est heureux que par là sieni^e. La tempérance, 
la modération et la modestie sont des vertus qui se plaisent 
à avoir l'économie pour compagne. On voit par l'exeitaple de 
Benomont qu'elles n'excluent pas la générosité et la bienfai- 
sance , que ne connaissent guère les hommes sensuels et su- 
perbes, dont les besoins augmentent presque toujours avec 
les nouveaux moyens qu'ils ont de les satis&ire. 

Benomont termina sa carrière à Paris , étant doyen de l'a- 
cadémie de chirurgie , le 27 juin 1 77a , dans la quatre-vingt- 
quatorzième année de son âge. 

(Extrait de son éloge inédit, prononcé le 22 avril 1773, 
à l'académie , par Louis.) 

BERCHET {Tomaint)j fut pendant vingt-six ans pria- 



BER 89 

t^ipsd et premier rëgent du collège de Sedan , qu'il honora 
par ses vertus et son savoir. Il ne nous reste guère d'autres 
détails sur sa personne , que ceux qui sont contenus dans la 
dédicace du n*» vi. Nous en ferons usage dans la rédaction de 
cette notice. 

Berchet naquit à Langres vers i54o , et manifesta de bonne 

heure de grandes dispositions pour la littérature ancienne et 

les langues savantes; il les cultiva dès sa première jçunessè, 

et en conserva le goût toute sa vie. Les troubles qui agitèrent 

la France dans les premières années du règne de Charles IX ^ 

et les guerres civiles qui en furent la suite, et dont la religion 

fut la cfause parmi le peuple , et le prétexte parmi les grands , 

Payant obligé de s^expatrîer, il se retira à Sedan , jrivé de 

la plus grande partie de sa fortune , qui était considérable. 

La révolution presque générale arrivée dans Tempire des 

lettres vers le milieu du xvi*' siècle, avait eu peu d'influence 

dans cette ville : il était réseçvé aux Calvinistes persécutés 

d^y allumer le flambeau des sciences et des arts. Personne 

n'^y contribua plus que Berchet. Françoise- de Bourbon Mont- 

pensier, régente de la principauté de Sedan, lui en fournit' 

Toccasion, en lui offrant Temploi de principal et de premier 

régent du collège qu'elle érigea dans sa capitale , le 16 mars 

1 579 (i). Berchet voulut d'abord se dérober à cet honneur -, 

mais vaincu par les |>rières de Louis Gappel de Moniam- 

bert , et de plusieurs autres savans français réfugiés à Sedan y 

il se rendit au vœu de la princesse. 

Le choix ne pouvait tomber sur un homme plus capable 
de diriger cet établissement naissant*, car il était bon huma- 
niste , helléniste savant, et joignait à ces talens une dignité 
modeste , un grand esprit d'orvire , et beaucoup de zèle pour 
la restauration des bonnes études. S'étant associé quelques 

(1) Par édit du 8 nov. iSjô, cette princesse érigea en collège l'hôpital du 
Mesnil , ou Maison des douze Apôti-es ; mais Fexécution de cet cdh fut diffé- 
rée jusqu'au 16 mars 1579. 



^ B£R 

professeurs capables de seconder ses TÙes, il mit tout en 
ceuvre pour dissiper les ténèbres qui couvraient la contrée 
des Ardennes : ils fîirènt écoutes avec empressement, da- 
bord par un petit nombre d'auditeurs et de disciples que le 
désir d'apprendre , joint à la nouveauté , attira à leurs leçcms. 
La foule succéda dès qu'on vit que des études r^lées et 
proportionnées à la faiblesse du à la vigueur de Tâge, rem- 
plaçaient des routines gothiques et vicieuses ; que la gramr 
maire, les langues anciennes, la mythologie, la rhétorique, 
la philosophie, la théologie n'étaient point étrangères aux 
nouveaux professeurs ', qu'ils embrassaient tous les genres , 
et donnaient des instructions solides propres à former le goût 
et à éclairer l'esprit. 

Persuadé avec tous les savans du xvi*' siècle , que la con- 
naissance des langues est la clef du sanctuaire où reposent 
les sciences, Berchet commença par en développer les prin- 
cipes , par en tracer les règles *, et comme le grec avait tou- 
jours eu poiurlui beaucoup d'attrait, il s'appliqua à en dér 
couvrir les richesses les plus cachées. Pour diriger dans cette 
carrière les pas chancelans de ses élèves , et leur aplanir la 
route , il publia des remarques sur la grammaire de Glénard , 
ouvrage élémentaire qu'il avait adopté pour leur usage. 

Le plus sûr moyen d'accélérer les progrès de l'étude , est 
d'exciter Fémulation*: il y parvint en décernant des récom- 
penses. Jacques Gappel et Pierre du Moulin ses disciples, y 
eurent la plus grande part. 

Berchet était moins le supérieur et le maitre que le père et 
l'ami des jeunes gens qu'il dirigeait. Leur éducation faisait 
ses plus doux soins , et la tendresse avec laquelle il y veillait , 
atteste le plaisir qu'il y prenait. Assidu à tous les exercices 
soolastiques , il se mettait en quelque sorte de niveau avec 
tous *, il semblait marcher à côté de chacun d'eux ; il les sou- 
tenait, il les guidait, il les animait, tantôt en aiguillonnant 
leur zèle, tantôt en modérant leur activité. 



BER 91 

Regardant la religion conmie la'base de l'^ëdacatibn ^ il en 
fit toujours son objet caipital. Ce fat ce qui rengagea sans 
doute, à enrichir de notes lumineuses la traduction du catë- 
cMsme grec d'Heori Ëstienne , qu'il mit au jour pour Fusage 
de 3es collaborateurs et de ses élèves. Cette manière de faire 
marcher de pair la piété et les sciences , de &mîliariser la 
jeunesse avec la religion à Taide d'une langue pleine de dé- 
licatesse, produisit d'heureux résultats, et fit regarder son 
collège comme le berceau de la . vertu et le centre du bon 
goût-, ce qui contribua beaucoup k sa^célébrité. 

Devenu prince souverain de Sedan et duc de Bouillon par 
son mariage avec Charlotte de la Marek , en 1 59 1 ,• Henri de 
la Tour distingua bientôt l'habileté de Berchet dans la di-^ 
dactique , ou l'art d'enseigner*, et conune il n'ignorait point 
que pour faire fleurir les lettres, il faut les protéger : Sint 
Mcçcenaiesj non deerunt^ Flacce, Marones (^i)y il encoura- 
gea ses efforts avec magnificence j^ et lui prodigua des té- 
moignages d'estime fort au-dessps de ses bienfaits. 

La mort ayant ravi la princesse Charlotte en 1 694 9 i^otre 
principal célébra sa mémoire dans une oraison funèbre. Ce 
discours fut honoré de la présence du duc de Bouillon. L'o- 
rateur y vante beaucoup le bon esprit des Sedanois , leur 
patriotisme, leur dévouement à la chose publique et à leur 
souverain,, leur union et leur tolérance mutuelle malgré la 
différence de.religion. Se reportant ensuite au mauvais état 
où il avait trouvé Téducation avant l'établissement du col- 
lége de Sedan ,. il félicite le priuce Henri de la Tour de la 
protection qu'il accorde aux sciences et de son amour pour 
elles. Il signale les événemens principaux de son règne , ses 
actes.de valeur, ses conquêtes , ^es exploits militaires. Enfin, 
il le presse de reprendre sans délai le projet qu'il a conçu de 



(1) Un Mécène aisément^peut faire des Vkgiles. (Martial , lib. VIII , épig,^ 
S6adFlacc.) 



9» BER 

fonder une académie dans sa capitale , projet grand et noble, 
digne d'un souverain qui honore tout ce qui peut tourner à 
Tayantage de ses peuples , à Futilité et à la gloire de son 
pays. Id igitur à te sapientissimè imtiiutum opus j lui dit-il, 

Jàcy benignissime princeps^ breçi matures ,• nec prias ab eo per-^ 
sequendo ac promo\^endo désistas^ quant ex tui aninù senteru- 
tid^ et nostrûm omnium voto feUcissimè perfeceris : quippe 
quàd nullum aliud et ad urbis celebritatem jet cul cii^ium singu- 
lorum utilitatemj et ad nominis immortalitaiem accommoda- 
tius esse unquam possit. 

La bonne volonté du duc de Bomllon n'était que sus- 
pendue. N'ayant pu exécuter son dessein durant les guerres 
quileut à soutenir, il s'en occupa dès que la paix fiit ré- 
tablie dans ses états , et qu'il eut reconnu de nouveau les 
grands avantages que la science et les lumières y répan- 
draient. Les vœux de Berchet ayant été accomplis en 1602 , 
par la fondation de l'académie de Sedan , dont il avait posé 
les premières bases , il travailla sans relâche à faire germer 
la semence qu'il s'élait eflforcé de répandre , et saisit tous les 
moyens de porter dans les cœurs l'amour des lettres et l'hor- 
reur de l'ignorance. Tant d'efiforts, encouragés par la pro- 
tection d'un prince éclairé et rémunérateur 'de tous les 
genres de mérite , ne pouvaient manquer de réussir. Le 
collège académique de Sedan devint bientôt une pépinière 

^d'où sortirent une foule d'élèves, qui , transplantés dans la 
société, fleurirent aU; profit de tous. C'est un trésor pour un 
pays qu'un ch^ de l'instruction publique soutenu par la 
réputation et par la science : il métamorphose insensible- 
ment les esprits, en leur donnant une nouvelle manière 
d'exister, et la lumière qu'il propage réfléchit sur toutes les 
conditions. 

Après vingt-cinq ans de travail , Berchet ne craignit pas 
de se rendre à lui-même ce glorieux témoignage : « Pendant 
» cinq lustres , j'ai dirigé l'université de Sedan. C'est à mes 



BER 9$ 

» soins et à mon activité assidue que cette ville doit les plus 
» fermes défenseurs de notre religion, et les illustres pro- 
» fesseurs qui honorent l'Eglise , le barreau et la ville en- 
», tière par l'ëclat de leur mërite et la supériorité de leurs 
» connaissances. J'ai mis toute ma sollicitude à leur faire 
» atteindre un jour un degré éminent d'érudition et de 
)> gloire , en les excitant à seconder mes efforts , à se vaincre 
» les uns les autres, et même à surpasser leur maître. )> 
{Prœf. ad Sedanensem scholanij p. 4 et 5 , à* la tête du 
n*» VI. ) 

Xels ont élé les actes les plus remarquables de la vie de 
Berchet. Sentant, par cet instinct que la nature nous adonné, 
qne sa fin n'était pas éloignée , il voulut laisser un monu- 
ment public de son amour pour sa patrie adoptive, en dé- 
diant k l'académie de Sedan l'ouvrage qu'il publia en i6o4» 
Ce fut comme le chant précurseur du cygne-, car cet homme 
excellent à tant de titres ne survécut pas long-temps à ce 
témoignage de gratitude donné à une ville qui lui avait 
ouvert lin asile heureux. Dans cette dédicace, il lui offre 
l'hommage de ses remercîmens avec cette noble délicatesse 
qui cherche, à atténuer le prix des services rendus pour se 
dérober à la réconnaissance. 

On ne connaît pas l'époque précise de son décès. Le i 

septembre i6o5, Bouchard lui dédia une thèse, et le 19 

novembre suivant , Samuel Néran lui succéda dans la place 

de premier régent-, d'où l'on peut inférer qu'il mourut dans 

l'intervalle du 3 septembre au 19 novembre i6o5. Une 

délibération du conseil académique en date du 2 1 janvier 

1606, vient à l'appui de cette conjecture , elle porte « qu'il 

» sera payé à mademoiselle Gappel, en l'acquit' de feu 

» M. Berchet, en décharge de M. Bergier, la somme de 

)) vingt-sept livres tournois par le receveur auquel ladite 

» somme sera allouée, après en avoir référé à monsei- 

»*gneur. » {Rég. des modérateurs.^ Samuel Néran lui suc- 



94 BER 

céda dans la principalilé du collège académique , le !2o 

août t6o6. 

L'acjadéitiie de Sedan fut extrêmement sensible à sa perte; 
elle en donna une iqarque non équivoque , en continuant à 
Pierre Berchet, son fils unique, la pension que son père 
avait méritée par sa conduite et. ses longs et honorables 
services^ <c'est du moins ce que paraissent témoigner les 
registres du conseil des modérateurs de cette académie -, on 
y voit que / « sur la requête de M* Pierre Berchet , il est 
» ordonné cpi'il lui sera payé le quartier de la pension du 
» feu sieur Berchet, son père, échue au jour de la saint 
* Remy. » {^Acte du lo nos^. 1607.) 

Sans avoir ces qualités brillantes qui commandent Tad- 
miratipn, Berchet &it époque dans V Histoire de Sedan j, 
parce que son nom se trouve lié avec la révolution qui s'y 
est opérée dans Finstruction publique , à la fin du xvi^ 
siècle. L'art de former les hommes sera toujours le premier 
de tous , et le philosophe qui se consacre à Tinstitution de 
la jeunesse, mérite peut-être plus de reconnaissance que 
celui qui a étonné Funivers par son génie. Gomme celle de 
la plupart des savans, sa vie fut calme et peu variée. Ses 
fonctions scolastiques , ses études particulières , et quelques 
liaisons avec un petit nombre de personnes de mérite qui 
rendaient justice au sien, partagèrent son temps. Cette 
existence douce et tranquille fut le prix de ses vertus. Ses 
écrits respirent une morale droite , des maxinies saines , et 
un grand zèle pour la paix et la prospérité de la patrie. On 
y trouve partout un homme de bien , un bon Français , un 
sujet pénétré de la soumission due au souverain, et en« 
nemi prononcé de la ligue et des ligueurs , contre lesquels 
il soutint la légitime autorité de Henri IV. 

Etienne Bouchard le qualifie, Doctrind etpietate^ spècta^ 
tissimus vir dominus 7*. BerchetuSj linguœ grœcw in ill. aca- 
demiâ Sedanensi prof essor ^ et gymnasiarcha ^ dans la thèse 



BËR q5 

de philosophie qu'il lui dëdia^ et qu'il soutint à lacadémie 
de Sedan, Ip 3 septembre i6o5« 

Samuel Nëran a honore sa tombe d'un quatrain que voici : 

Berehetus Atus est isto sub cespite , Graeca 

Hio cum Bereheto Musa sepulta |acet. 
Qaîn potiùs dédit ille xtemàm Tivcre Musae , 

At<{ae illi aetemùm vivere Musa dédit. 
Nœrani poemata , p. 6y» 

M. de la Monnoye a affirmé , dans ses notes sur la Croix 
du Maine (t. II , p. 4^^)' ^^^ Tusan ëtait le nom de la 
famille paternelle de notre savant , et Berchet celui de la 
maternelle. Ce qui prouve qu'il n'a point vu ses écrits. 

Pierre Berchety 61s de notre principal , régentait à l'aca- 
démie de Sedan au commenoement du xvii*' siècle. Je pré- 
sume qu'il y professait le grec , et que c'est sa chaire qui fut 
offerte à Gamieion en i6o4* Les biographes de ce dernier 
disent qu'il ne voulut point en dépouiller son ami, et que 
l'un et l'autre se rendirent à Paris la même année* Pierre 
Berchet revint à $edan en i6o6, et le conseil académique 
arrêta « que ses gages lui seraient continués, dMuction faite 
». du temps qu'il avait été absent. » {Reg. des modér. acte du 
8 juillet i6o6.) 

Lie 17 août 17^4 9 les modérateurs accordèrent une pen- 
sion de centlivres à M* Pierre Berchet^ étudiant en théologie, 
fils de M* Pierre Berchet ^ bourgeois de Sedan , et petit-fils 
de notre principal , à la charge qu'il serait tenu de servir 
l'académie ou l'église de Sedan. Ayant rompu ses engage- 
mens, on le priva de cette pension le 20 mars i63a. (Reg* 
des modér.) Il avait soutenu deux thèses de théologie sous 
la présidence d'Abraham Rambour : la première, le ad 
novembre 1626, sur la différence entre l'ancien et le nou- 
veau testament, et la deiaième, le 26 juillet 1629, sur Fin-^ 
vocation des saints. Elles sont imprimées dans le Thésaurus 
iheologiœ Sedanensisj t. II, p. 4^2 à 4^0, p. 628 à 644* 



96 BER 

On .voit au nombre des réfugies français dans le Bran- 
debourg, une Baçhel Cartel^ veuve de M.. Toussaint Ber- 
chet, ci-devant juge à Sedan, belle-mère du prédicateur 
dç la cour de Tesmai:. (Erman, Mem. du Refuge, t. I, 
p. 356.) 

Ses ouvrages : 

l. Institutiones ac Meditationes ingrœcam linguanij N. Cïe- 
nardo cmthore. Cum scholiis et praxi P. Antesîgnani rapita-- 
gnensis, Accesserunt perbrci^es in Clenardum annotationes per 
Tuss. Berchetum, lingonensem, Paris, Henri le Bé, i58f, 
in-4°i p« 4''4(^î^ï* ^^ Sainte-Geneviève, X, agS, 2.); it,, 
Paris, Jean Houze , ï58i, in-4", p. 4^4 (Bibl. du roi , X , 
345), même édition avec un nouveau frontispice. 

Cette édition de Clénard, qui fut si utile pour composer 
la méthode grecque, de Port-Royal , est un chef-d'œuvre 
d'impression , et va de pair avec les plus belles éditions des 
Estienne , par le choix du papier, la beauté des caractères 
de toutes proportions , la distributiQn de la matière , et par 
les soins et les attentions de tous les détails. L'imprimeur 
avait pris pour enseigne la Bonne Intention, représentée à la 
tête de cette grammaire , dans une gravure en bois , par une 
vestale qui, tenant de la main droite un compas, pose de la 
gauche , sur un autel , une lampe antique avec deux mèches 
allumées. On lit autour du cartouche : Cœlo et terra débita 
reddere studeo. 

Quoique les Remarques de-Berchet paraissent faire partie 
de cette édition , néanmoins elles sont imprimées séparé- 
ment et sans titre. Elles contiennent vingt-trois pages, y 
compris une épître au lecteur, datée du petit collège de 
Sedan, le 28 octobre i58o, E musœolo nosiro Sed,, 5 cal., 
nov. i58o. La Croix du Maine avait promis de parler de 
ces Remarques dans la Bibliothèque des Français qui ont écrit 
en latin ,• mais cet ouvrage n'a point paru. 



BER 97 

il. Très régis Henrici dedaraiiones ad ardfnes siios^ è 
gallico in latinum coni^ersœ ^Seda.n, i5Sg y in^'*. 

m. Explicatio controi^ersiarum quœ à nonnullis moçentur 
de Henrici Borbonici régis in regnum Franciœ consiitatione :' 
<^pus h(^ maxime tempore titiUssimum^ in i/mo permidta quœ ab 
aliis aniehac ejusdem. scriptoribus vel prœtermissa^ vel non 
satis explicata erant^ eruditè cxpUcantur; dubitationesque 
omnes quœ ab adi^ersariis proponuntur^ diUgenter enucleantur 
et toUuntuTy à Tussano Bercheto lingonensi in bxdnum con^ 
i^ersum. Sedan, Matthieu Hilaire, iSgo, in-S'', p. 352. 
(^Bibl. du roi, L. i5is.) La dëdicace adressée à Henri IV, 
est datée du collège de Sedan 9 le i4 niai 1 690. 

IV. Pium comilium super papœ Sfondrati^ dicti Grego^ 
rii XIV j monitorialibus ut vacant bullis^ et excomnumica^ 
tionisj, aique interdicti in Galliœ regem, ecclesiam^ et regnum 
wninis ^ è Francorum majorum nosirorum exemplis in rébus 
iisdem repeUtum ^.à Tussiano Bercheto lingonensi è gallico in 
iatinum con^ersum. Francfort, Martin Lechlerus, 1691^ 
iii-8° p. 276. (Bibl. du roi, L. i5ii.) 

Reiman , en parlant de cette traduction , qui fut . réim- 
primée à Francfort en 161 3 , dans la Monarchie de Goldqst^ 
t. III, p. 137 à 178, s^exprime ainsi : a Opus dbctum- ar* 
» gutum, grave et magnâ animi prudentiâ et firniitate scrip- 
» tum. » (JBiblioih. theologica^ p. 56.) 

L'original anonyme (i) est intitulé : Conseil chrétien sur 
les monitoires et menaces d'excommunication et interdiction 
du pape Sfondrato^ dit Grégoire XIV, contré le roi^ V église 
et le royaume de Fnaue^ pris des exemples de nos prédéces'- 
seurs en choses semblables. iSgi, in- 12 (2). 

(1) Brûlé à Tours pai' le« mains du bourreau. Foy. Fontette, BB, Hi$t,, 
n» 7175. et qo 7157 du supplément ; Sagittarius, Jntrod. in Hist, eccL^ t. I, 
p. 4^5. 

(3) Grégoire XI Y dépensa inutilement, eu faveur de la I/igue , une partie 
des six millions d'or renfermés par Sixte Y dans le chÂteau Saint-Ange ; aussi 
TOME I. 7 



98 BER 

V. Oratiù Jimebris in obUumillustrissinut ac piehtismnœ 
Cai'olœ à Mccrkâj dacisêce ^ulUonensis ^ prineipissée J^anen- 
m^fUtkëtidfiiej 'Rnùcurianœ^^étc.^ ine^omitissm Tutenœj eémî^ 
tissé Iffùntfortii,, Vrwnm^ efc.^ hcibita h IWâiaiio Berdhieto 
^Mutsiarehâ Sééhnensî : aecediùit tuntuU et^ikspikk^ latina 
)èt^ctcà. GalKca seorsimexêant. SdàsLn ^ AhâlMvéty, «Sq^, 
iti4<> , p\ 36. ( BiM. de Sainte JÛètievièVe , X , 5$ i ^ 6.) On 
^dit à la tête et à la fin 'àe ce discours fatiéèrc , vingt-deux 
^pîtk^hfes de rilltt^ftré dëfunte , dont àeisex c^m^posëes par 
Bertshcft. 

Vi. Êlementana traditiô ckri^tia/^ruhi J^ei ^ aàt note" 
chîsmus. Huic nunc ctppositus ^est cëtechismus àHus tfutgis ccm- 
péndàtriiisyetetclesiasticarum prefHmiJbhfrtuki. Orhùfina è gheco 
(Ifenribi Stè^pShahi) m latinuth^sermùneih eom^éhsaj oumjand' 
^riéàimâ etymologiœ -W syntaxeos inMpfetatione^ ^ic tam^ 
Whpereètâj td medioeriter pros^ecHs nànnUdl ^'gnecêe linguàs 
^ghitionétn cotiferre po9sit, Synottymà et loaMione^j ^ifidbm 
résiàédem H^âfiè et elegaràer ah auetoré eoôpre^aest», mfnieat 
operis rejiciuntur. Per Tuss. iBercfheVani dikjgonensem. Hii- 
i^<yvi>% , typië *We<5he}ià<iri'S', apud Cl. Matiaium, 6tiisfêrèdes 
Jbteinnis Aubt^i , i6o4 , in-*" , p. 645. (BifcL de Sainte- 
G^ncVièVè, D. 6985, «,)•, it. Haii()V. , «JiVi., t6i4, in-***^ 
•ft. Hattiov., 'ihid.j 1618, 1*1-8* -, it, Hanov. , Und,^^ 16 ig, 
in-8°-, lY. Londres, 1648, '<et Sedan, .lyoâ. 



fut-il ajourné par Marforio et Pasqnîn à comparaître âevânt son'pi^éâéces- 
sfeto. 11 enjoignit àùit Français, «oiis peine â'ekcdmmuttiéatioh , de tefiuter 
toBté obéissance k H^bri IV, ayant privé ce prince et ses descendant de 
tout droit au royaume de France. Cette doctrine, -liée à la doctrine ^e Tin^ 
faillibilité papale , révoltera toujours ceux qui aiment sincèrement la religion 
et l'état. On a opposé à ce pontife : « Discours des raisons et moyens pour 
» lesquels MM. du eleigé améihblés'àlIaiitoS', dut dèdavél^to bulles ^oiiito- 
» rrales , 'dëéiemées ^r ^Grégoife XIV,c€totre les '«odèBMsti^es>et antrea, 
» tant de la noblesse que du tiers-étàt, qui sont demeurés en la fidélité du 
'• roi , ^miUet «t injustes. TbUr$', Mettajf^v, i%i, dn*^«.^» «(IBB. de «l^ihîrienal , 



BER 99 

Ci^est une traduefeidB du caltkîkisniie gvec (i) d'Heuri 

£stienney avec le texte en regard et des remarques. Elle 

est prëcédée d'une dédicace à Tacad^mie de Sv^dan, et d'une 

préface au leclew, ^m J3ei?ch«t protnet; de Iw deoner bientôt 

une traduction latine des lettres gvecques du ^nd Budé , 

s'^il daigne accueillir favorablement céBe-çi (a). Ces deux 

pièces sont datée;» du cdtii^ 49 ^im^ 1^ j i^ le 1 3 avril 

i6o3. 

VII. Il a fait des scoltes ou notes sur les Lettres grecques 
de •GruiUsHume Budé (3)..J'en trpuvç la preuve dms.ces 
vdeu^ pièces ide yers^ d' Artur JoujStQn et de Samuel Nemn , 
professeurs à Facadémie de Seda^i : 

De Budtee Tusat^i Berchkti. 

Budaeus Miuis , lucem , Serchete ^ dedisti 

''BiidfBO,liiceni à sydere 8ydii9'lifâ)et. 
ilavbarfi qaod no» «t , hoc ilU ÇT9Bem,àtshfatp 

JPehett qnod ^oip £«t h9^b9n9p ilh tibi (4)* 

EPie&AMMA 

In epistolas Gracas Budai, scïiotiis Tussani Bercheti , gymna- 
siarchœ Sodanensis et Onecœ lingtuB projessoris iUusîratas. ' 

Dpsine Sedanum BerchetHtmen flere, 
INe manet pubis doctor at an^ tuae. 

f^^) Ç*im l» fi9^M»«nfi de Cal^w ^h^q mtïp yer^ioa gvtc^^e d'Umn £«- 
tienne, intitulée : Rudimsnta pdei diristianœ. Addita est eeclesiasticarum prt- 
eum formula. Grœ^et laiinè, Apud H» Stephanum, iS65,in-ia. ït., ifoid., 
i565, in-i8;i*t., 1576, i58o,in-ia ; it., Genève, Matt. Berjon, 1609. Foy. 
Mm'ltê diveiB «MéchîMiefl hîh» «t français , publiés fêf Gdbin, jff^aUhius 
JBUéttk^Uifie^theaitfgica , 1. 1, p, SjOf, 

(a) On ne vok point ({ue cette traduction .latine ait paru. On connaît celle 
d'Antoine Pichon. Parisy 1574, in-4'» 

(3} Gettoorrage « échappé à m«8 recherefae». le ne conoaiB>qii'4iiie édiftion 
lalinBidQB lettres de '3utH, javeo If» ntfes de |J saques T^n^al^.^ Ttissamis, 
•jnubliéeen i6,3i. Fay, Gofijet, Coti, Boyalj t. i,p. 407; et David Clément, 
BB, CurUute, t. V, p. 3/7. 

(4) Ce quatrain' est inséré dans'lesi'é/crit:^ pottarum seotorum, t. i , p. -Soi » 
et <dani ^ftmêiêni pamutùt , p. MjS. 

1- 



I oo BER 

Ante tu» taïUùin doctor faU'ille îiiv«Dt» , 

£t posthac doctor totius orbis erit. 
Quid refert ? lacis decedit nil tibi quamvis 

Sol radios toto spargat in orbe suos. 
Qui latium primus, primus transvezit Athenas^ 

Sydera Sedanae quft ferit arcis apex , 
Occidit et qu« ses docuit per lustra juventain 

Bercheti nunc vos illa magistra tacet. 
If e fle Sedanum , sed successore trinmpha , 

Budaeo partes tradidit iile suas. 

^ Nœranipo€mata, ^»iS, 

YIII. L'abbé Mathieu dit qu^il avait aussi adressé à la 
noblesse une élégie en vers latins. {Annuaire du département 
de la Haute-Marne j p. i25.) 

Voilà tout ce que je connais des ouvrages de Berchet. La 
Croix du Maine , son contemporain , dit cjpUil a écrit queUjues 
œui^res enjrançais^ mais il n'en rapporte point les titres. Si 
elles ont été publiées , ce dont je doute , c'est avant 1 584 , 
époque où parut la Bibliothèque française de la Croix du 
Maine. Je ne crois pas d'ailleurs que ces œuvres soient les 
Scolies sur les Lettres de Budé , sorte de production que ne 
comportait pas alors notre langue ^ Au surplus , je nai 
qu'une preuve négative à opposer au témoignage de la Croix 
du Maine, preuve qu'on ne poiurait cependant détruire 
qu'en faisant connaître les ous^rages français qui auraient été 
publiés avec le nom de Berchet, ou sous le voile de l'ano- 
n^ie ou du pseudonyme . 

BERNARDIN (^Théophile) , jésuite , né à Sedan en 1 669, 
entra dans la société à Toumay, en iSgS. Après ses années 
d'épreuve, il enseigna les humanités, suivant l'usage de 
riQStitut, et se donna cette, seconde éducation qui grave ce 
que la première n'a que dessiné. Son cours de régence 
achevé, il professa long-temps la théologie scolastique et 
morale , et s'adonna principalement au ministère de la di- 
rection des âmes. Versé dans la science de la spiritualité, il 



BER loi 

exigea pendant neuf ans les novices de sa société, et durant 
six ans , ceux de ses confrères qui couraient la carrière de la 
troisième probation, ayant d^étre admis à la profession des 
qiiatre vœux. Ce n'était pas à des homines d'un talent mé- 
diocre que cette compagnie fameuse , qui enseignait les 
sciences aux Chinois , le's arts aux sauvages, et les belles- 
lettres aux Européens, confiait la direction de ceux qu elle 
destinait à soutenir ^ réputation. 

Les biographes de son ordre le peignent comme un homme 
qui joignait à une grande piété beaucoup de douceur et d'a- 
ménité dans le caractère. Il mourut au .collège d'Arras . 
dont il ^tait recteur depuis trois ans , le i5 août 1625., dans 
un âge qui promettait une vie pluç longue , puisqu'il n'avait 
pas encore atteint sa cinquante-sixième année. Il a laissé 
des traces de la piété qui l'animait dans les ouvrages, suivans : 

I. Le chemin de la vertu tracé aux dis^ers états* Tournay, 
Ch. Martin, 161 5, in-ia. 

II. Cynosure^ ou Etoile des chrétiens^ pour tirer vjens le, 
port d'heureuse éternité. Rouen, 1616,^^ in-ia-, lï.j^avec ce 
titre : La vie chrétienne^ au Méthode sûre pour choisir un état, 
Liège, Jean Ouwerx, 16 16, in-ia-, i£.> eni latin, sous ce 
titre i.Cynosura ckristiana^ siçe De eligenâo vitœ statu. Ibid. , 

1 6 1 6 y in- 42', it.j. %" édition , corrigée et augmentée , avec le 
titre suivant '- Institufio vitœ^ seu Ceria de opiima vitœ statu 
deUherandi via, Anvers, Plantin, 162a, in-S"". Lipen cite 
une édition d'Anvers , 1624 9 iu^^ , et le Muséum britanni- 
cum une de Liège, de i622„in-i2. 

m. La pratique des bonnes œuvres, 1616, in-ia-, iï.jj tra- 
duit en latin par Ëngelbert-des-Bois , évéque de Namur, 
sous ce titre : Praxis bonarum intentionum. Douay, Jean 
Bogard, 1619, in- 12-, à. ^ Vienne, Grégoire Gelbhaar, 1620, 
in- 12-, it.^ en italien, par Augustin Fornelli. Rome, impr. 
de la chamb. apost. , 161 7, in-12. 

IV. De religiosœ perscif^antiœ pr(esidiis^ libriXL Anvejrs, 



« 



10!l 



BËR 



Martin I^uliiMy i6aa, îiih4*9 p* ^4^; *^«^ AtiTera^ r689^ 
iii-9^ , tcms le titte AeSpecidum perfectioniê rtligkme^ 

V. i>« &9» Florentiôj epssque Soeioj mariynba^^... . fiirft 
à Toccasioà i»9 reAkpMO de ee» chmi iMâH^ , ètiToyëe^ de 
Rome au coAége des Jësnttte» d^AfVft». 

Alegatinbe^ p. 4^1 ; Sotwel, p. 75^*, Lipen, BB^thealëg. j 
t' ll^ j^. 47^ 474» 3^9 919*9 d^Oatremtta 9 Hisktîrtie Két^ 
lencîennes y p. ii-, Val. André, J?^* Belgéta^ p. 83a; 
Fopp^fts^, ^ir j8^.^ p* 266, tt3o. 

BERTON (Jean^Bap9téie)j iharéelial de eamp, oÉteicr 
de la légion -^d'hoÀHëur, chevalier de Saint-Lonis et (ib^ 
r<yrdre royal de Tëpë^ de Sttède, naquit à PVa»6hevïiI, pri» 
dtt Seîdaa, en 1774* H fit ses ritades dans cette T3!e, et à 
dix^^epl ana> il entra à FËccde militaire de Biienne , d'bâ il 
pa^M à celle d Wtillerie de Chftlons , lors de sa^ formationr. 

Ayant été nommé spus-lieutendnt dans la légion des 
Ardennes, en (792, il fil les campagnes àfsè Èxixtée» de 
Sttrdbm^t-JVIetise 9 et dcirint capitaine. Attaebë k l'état- 
major du général Bernadette , il le* snÎTit d'abord en Ha-^ 
novre , à Ansteriitz et en Pmsse, duratit les Campagnes de 
1806 et «807. Le marécbal "Vi^r ayant pris le commande^ 
ment'de c« ^ùnp^ d'armée , Berton rendit d'importtins sej^- 
tîoes à Friedtand, le 14 jnîn 1807, ^^ ^^* ensuite envoyé en 
Ë^gne , où i> se distingua sui^nt à la bataillé d'fispinosa^ 
le t\ novembre 1808. Le manécbal Victor fe présentai 
Napoléon en 1 808 y à la revue de Burgos , endisaàt : « G>st 
jf I^ premier chef d'escadron de mon corps d'armée, po^ la 
» valeur et les talena*» je tous- demande ponr lut un régi^ 
» ment» V. M. peut être persuadée qu'eBe ne saurait le 
)» mettre ^a de meilleures mains. » Bonaparte répondit : a Je 
)» n'^i point de corps k donner aujourd'hinî > }e le lais ma- 
» jor.... )> Et après quelcpies înstans : « Je n'ai point de 
D ^éffiment libre; mais je vous fais ad)adant«-commandâat. 



BWa io3 

» Voufi éte&uA iion olpcier^ je ^le sQ^yieadr4i de vous. » 
IX ^ uoxaa^é qudquie Xism^^ ^p^rès chef d'^tajt-ixiajpii <^ 
génëFal Yaleiice ^ et ^nsujite attaché k Qclui du ({^atnéme 
coirp&) sous le& ordres du gévécal SéhastiauL IL donna d/e 
nouvelles, preuves^ de sa hraTOiupe 9il^ bataille de Talavçiirs^^ 
Iç 38 juillet 180g, et 4 ^âie d' AlniiaD^cid , peu de ^i99fK9 
après. Il enleva dans cette dernière la position la pXii3 él^y^e 
iUf douihle [âtc^ sur lequejl est assise la, ville. A Ocajoa ^ le 
19 aoY^mbire 1809, ^^ montra une habileté, un s^ng^&qni 
et une iutrépiditf^ ^ r9i»a^|uables, (pue le prioce Sobiesky, 
à cdté duquel U veiuit d'âtre blessé , 1. embcassa en prSé^o^ 
du véginaont) et lui dit : « Xe fera savoir à m» nation^ 1^ 
» nanÀàce dont vous veia^ de vom^ cwduire àla tête de 8«ft 
)) ei^ns y je deixMinderai pour Vous la csjois, du nu^ëcîte mii- 
» taire, l.es Polp^s seront fkrs de^ la voir brillejç syjç la 
)> poitrine d'ui» brave tel que voi^ » Berton avaijt «om^uil 
dans cette attaque les lanciers polonais à rennemi. 

Le o^rps du générid S^ba^tiacd ayanjt été dirigé sur le 
royauojie de Qrei^e,, Berton-, à la tête d,'uu détacl^^çjpaent 
de mille hânuiia« du cinqui/ènsve cprps , fut chargé d'occupé 1; 
Malaga, qù sept mille hommes de larmée espagnole s'es- 
taient renfermés apçès loccupqitiop de Sféville pan 1^ 
tcoupes frasiçaises. H s'empana die M^lf^a, et futnonv^é 
par le maréchal âoijdt gouverneur de cette place , où il pai^tt 
s'étve çQudmt avec sagesse et intégrité.. Sa petite, troupe $q^- 
tint quelques engagesm^na asse^ heureux; mi9is aprè^ la 
perle de labat^Ue «bs Arapiks, le asi juillet 1,812 , il fallut 
év«j6tier VAudalousie. La g^offiïe u'ofirit plus depuis qu uimç 
suite de retraites phi4 ou moio^ désastreuses , qui fouruii:ei^ 
pourtottt w qc^uel Beiton àfè nouyelks occasions de fiaiire 
connaître 9f>Vk mérite* l\ fut non^oé maréchal de camp 9 ^ajr 
âéci?et du 3o) mai i$.i3. C'est en cibtt^ qualité quil cpm- 
m^l^a une biig%de avec he»ucçup dç di^ti^ctiou a Ip 1^- 
taille de Toulouse, le 10 avril 1814* 



io4 BER 

Après la restauration , le général Bertou fui mis à la demi-* 
solde*, mais il reprit de Tactivité dè^ le 20 mars 181 5 , et 
assista à la bataille de Waterloo ^ où il commandait une 
brigade du corps du général Excelmans, composée des 14*" 
et 17* de dragons. De retour à Paris, après la seconde res- 
tauration , il fut détenu pendant cinq mois et relâché sans 
avoir subi de jugement. 

. Il ne tarda pas à prendre un rang dans le parti de l'oppo- 
sition. On le vit à la Société des amis de la liberté de la 
presse; il publia un écrit qui fait honneur à ses connais-» 
sances militaires , mais qui prouve des idées peu exactes en 
politique. Ses écrits, ou des pétitions adressées aux Chambres, 
le firent rayer des contrôles de Farmée par le ministre de la 
guerre de la Tour-Maubourgi Devenu Tobjet de la surveil- 
lance de la police , il publia un pamphlet violent contre le 
baron Mounier, qui la dirigeait alors , et s'engagea dans un 
coniplot qui se termina pour lui de la manière la plus funeste. 

Parti de Paris en janvier ^822^, il se rendit à Brest, à 
Rennes , et enfin à Saumur , où il entra en relation avec 
plusieurs personnes de ces contrées. Dans la nuit du 20 
fëvrier , il quitta Saumur, et vint à Thouars , où il avait des 
intelligences. Le 24, à quatre heures du mAtin , revêtu de 
son uniforme, il ai4lore la cocarde et le drapeau tricolore 
dans cette ville, proclame un gouvernement provisoire, fait 
et publie des proclamations , s'empare de l'autorité , et pour- 
voit au remplacement ou à la cohfirmation des fonctionnaires 
publics. Ayant échoué dans cette tentative, il erra dans les 
départeinens de l'Ouest jusqu'au 17 juin, qu'il fut arrêté à 
Laleu, paroisse de Saint-Florent, en Poitou. 

Traduit à la cour d'assises de Poitiers , il y fut condamné 
à être décapité , le i4 septembre 1822, ce qui fut exécuté 
le 5 octobre suivant. Arrivé au lieu du supplice , il franchit 
avec fermeté les degrés xle Féchafaud , cria : Vice la liberté! 
vive la France l et reçut le coup fatal . 



BER io5 

Ses ouvrages : 

I. Précis Mstorù/uCj militaire et critû/ue des batailles de 
Fleuras et de fFaierloo^ dans les campagnes de Flandres^ en 
pain 1 8 1 5 > de leurs manosunres caractéristiques et des mowfe- 

mens qui les ont précédées et suivies, Paris , Delaunay, 1818, 
in-S**, avec carte , cinq feuilles un quart. 

II. Commentaire sur Vowrage en dix^huit chapitres j pré- 
calé d'un aiHmt-propoSj de. M. le général /. /. Tarayre^ 

, intitulé : De la force des gouvememens, ou du rapport que 
la force des gouTem^nens doit avoir avec leur nature et leur 
constitution. Pom^ Magimel, 181g, ih-8'' , douze feuilles 
et demie. 

III. ^ MM. les membres de la Chambre des pairs ^ et à 
MM. les députés des départemens au Corps-'Législat^. Paris , 
Ouiraudet, i8!ii9 in-8'^^ une demi-feuille. C'est une pëti- 
tien pour réclamer contre la mesure par laquelle il avait été 
rayé .des contrôles de Tarm^. 

IV • Considérations sur la police ; obsers^atUms touchant les . 
bruits quelle répand ; précédées d'une Lettre à M* le. baron 
Mounier^ directeur général de la police du royaume. Paris, 
Denugon, 1820, in*8®, quatre feuilles. 

La Lettre à M. Mounier^ a été réimpriaiée plusieurs fois , 
savoir : ^'^ édition, sous ce titre : Lettre sur la mort de Napo- 
léon^ 3** édition y corrigée et augmentée, Paris ^ Dupont, 
1821*, 6^ édition , augmentée d^un ^m du budget du baron 
Mounier sous V empire j et d'un extrait du Morning chronicle , 
du 21 juillet 1821. In-8*', trois-quarts de feuille. On a pu- 
blié ; Obsen^ations sur un écrit de M. le général Berton. 
Paris , le Normant, i8ao, in-8® de deux feuilles. 

V. Il a donné des articles à la Minen^e française j aux 
Annales des faits et sciences militaires^ publiées chez P^nc- 
koucke en 1819, et à l'ouvrage intitulé : Fictoircs et con- 
quêtes des Français j depuis 178g, publié par le même li- 



io8 BIL ' 

Le but de lauteur est d'enseigne une méthode d'ope-- 
rer, plus exacte et plus &cile que n'était celle des an- 
ciens. Il ne parle ni de la nature , ni des causes' de la ma- 
ladie p il se borne à en définir les noms y laissant à chacun 
la liberté de faire des systèmes selon ses idées, et s'attachant 
uniquement à l'opération comme la fin prinoipale de la chi- 
rui^e. Son livre est suivi de deux traités : le premier roule 
sur la nature, les causes et les symptômes des maladies de 
l'estomac , et contient quelques explications physiologiques 
de ses fonctions ; le deuxième concerne les maladies syphi- 
litiques. 

« Cet ouvrage posthume, dit Portai, est fait avec soin. 
» Bienaise y décrit clairement et en peu de mots le ma- 
» nuel des opérations les plus difficiles et les plus com- 
» pUquées, et il nous avertit dans sa pré&ce, qu'il n'y 
» avance rien qui ne soit fondé sur la pratique des chirur- 
» giens de son temps.... Il reconnaît que la ligature des 
» vaisseaux est le plus puissant secours qu'on puisse em- 

» ployer pour s'opposer k l'effusion du sang Cependant 

» on ne peut le louer d'avoir renouvelé la cruelle méthode 
» de pratiquer la suture des tendons , que plusieurs chirur- 
)> giens de son temps avaient proscrite , d'après Galien qui 
» en avait défendu l'usage. » (Hist. de la Chirurg. t. IV , 
p. 99àio2.) 

De Vaux , Index funereus chirurg, Paris, ^ p. Sg*, Portai, 
t. III, p. 44^9 -Bloy» Diction, de médecine^ t. I, p. 343; 
Haller, BUd, chirurg. ^ 1. 1, p. 4^9) Carrère, BibL de méd.j 
1. 1 , p. 476; Steph, Hier, de vigiliisj BibL chirurgica^ 1. 1 , 
p. 3o4- 

BILLATE (i) {Nicolas)j prêtre, chanoine régulier, et 
profès de la maison de l'Hôtel-Dîeu de Provins du 20 juin 

(1) Lea registres de Hethel portent BiUiairc, 



BIL 109 

1719, naquit à Rethel le 1 2 août iGgS , de Louis Billiatre et 
d'Anne Pitoux. C'était un homme fort studieux, de très 
bonnes mœurs, et d'une exactitude scrupuleuse à remplir 
ses devoirs. SMtant livré par goût à Fëtudé de l'antiquité, 
il travailla pendant vingt ans à Y Histoire de la ville de Pro- 
i^insy où la plupart des comtes de Champagne firent leur 
demeure. Il se proposait de réduire en un corps d'ouvrage 
les matériaux immenses qu'il avait amasses, lorsqu'une 
lettre de cachet le confina, au mois d'août 174^^ dans 
l'abbaye de Dilot, prés de Sens. Il y mourut victime de 
son attachement à Pôrt-Koyal, le 19 octobre 17489 ^^ de 
cinquante-trois ans. Lié avec les Bénédictins de la congréga- 
tion de Saint-Maur, il aida souvent de ses recherches les 
savans auteurs du Gallia christiana, II avait desservi pendant 
vingt- cinq ans une prébende dans l'église collégiale de 
Saint-Quiriace de Provins. On a de lui : 

Dissertation historique sur le^ eaux minérales de Provins, 
Provins, Michelin, 1738, in-ia,^. 72. C'est un abrégé 
du traité jcomposésur cette matière par Pierre le Givre, 
docteur en médecine-, traité .devenu très rare, quoiqu'on 
en ait &it cinq éditions augnlentées successivement, les 
deux premièrfss à Paris, en i654 et 1659, la troisième et la 
quatrième aussi à Paris, en 1667 ^^ '^77' ^^^^ Rîbou, 
toutes en français , et la cinquième , qui est la plus ample et 
la meilleure, à Amsterdam, Jansson Waesberge, 168a ^ 
in- 1 a , sous ce titre : Arcanum açidularum no\nssimè proditum 
principiorum chymicorum disquisitionis auxilio. 

L'abrégé de Billate est divisé en quatre parties. La pre- 
mière contient l'histoire de la découverte des eaux minérales 
de Provins-, la deuxième traite de leur nature, de leurs 
qualités sensibles, ou de leurs vertus médicales-,, la troi- 
sième du cégime de vivre qu'il faut observer dans leur 
usage -, la quatrième n'est , pour ainsi dire , que la nomen- 
clature de ceux qui ont ét^ guéris ou soulagés par ces eaux , 



1 1 o BIL 

depilkletirJéooki'vertc, en iSâg, jusqu'ea i663. MM. Opoû 
cft JR-dUn ont dbpuiis écrit sur le anénie su^et. 

Mom^'-eocLf i^iDtrs el ^mxm 17499 derveau, Méenai. 
dasid^. de Ui^vénié^ t. II, p. 189-, Ciiièrc, Catd. des omt. 
«tries ^eaux minérales j p. 1*97 1^ Boebmeis, BiUL. iistor.^ 
iwkanUs,^ paort.. ^9 indL V^ p. âo4. 

JiUiU ART iffkarks BeruT), nai^ à Ae^rin, le S -jonvnr 
ff6S5 , cTimeAmilleioiàies Textes et la pieté iHaient h^nédi- 
taioes. Il taucfaait à peilie àisa seizième anxiée^ «[u'il se prë-^ 
.«enta ^et (ut reçu «dtez les Jësulfces 4e 'GbarleviUe , oà il avait 
^t ses himiaiikës^ Sa se rendant «si noviciat cb Poiit^«- 
McwESSon, îl lalla voir Je ntjebmt'àn cdUé^e Ae Stàxn. Un 
tfrmdiaocneildela fiarrt de KcePèse le fit changer de résolutioa; 
al immst Sans ^sa patoe^ y pcit Fhabit de dominicain en 

1701» fit son noviciat à liâe, £a profession à Heviii, le 7 
^lovem^re 1709 , puis laon. cours de philosoplne et de diëo- 
ll^e, etilèslors il fut déoidié qu^aliend^étz^ moUÀiste il 
aérait tbômiste. 

Il jetait pnto» depuis deux ans^ lorsqu'on le changea à'€^ 
«eligner^la'plûlosophie au>ad^ge.de Saint-Thomas de Douas: 
«Tétait en 1710. L«miée suivante, il s^àoquitta du même 
anipM à Aevin. 'H y professa depuis la jQiëologie jusqu'en 
>n7<5^ quHl {fut nommé màStPe des étudians k Douai. U y 
jdevînt seeimd tïégent des ëtudes eu 171 & Après avoir fo»- 
^«isriié sa oatnmxiDasaté de Aevin en ipialité de prieur, depuis 

1721 jusqu en •! j%i , il fiit nonmié premier régent du ooll<^ 
^Doilai . ILeommençeiit sa troisième aimée^d'exercice de pre- 
«merprofesasordans cet établissement , quand il fiftpromu au 
^pooviuoialaK;) le^iS octoiire 17!^. LetmétneJioûiaeur Imébt 
•eacope décerné ea 174' "^t i 7513. fl aurait pris le bonn^4e 
«docteur en lliéoiogie en 1 7:2g. Au mois de ^novembre 1733, il 
irevint à Refôln , aà. il exerça les fonctions de prieur jusqpl'^n 

174^ > >^^B iliaefijwa d accepter jcette supériorité en 1749. 



/ « 



BIL. m 

Le due dlDrlëaii^ (à ) ^ seôgnteiir tetlitorialdè Revin , ayaiil 

désiré de le voir ^ sar ce que la mnooiiBiés faii en avait 

appris 9 le P. Sillnart se rendit à Paril ea 1736, où il tut 

l^kbniieur de s entretenir avec lui sur des «matières d'<éradi-^ 

tioa ^ wais, pcn oontent de racctieittir de la manière la plM . 

gi^ciease, ce prince piefuxiet savant, qm avait une efttitne 

particiiUère pyta* la doctrine de Saint^Thomas , le renvojra 

encoce comblé de ses bien&its; etiùs fut par ses libéralités 

soutenues que le P. Billuart «oBiimenea et finit en 17^7 el 

1 738 y rin&rmerie , Tiiospiee > la bibliothèque , et autres bâ-* 

timons du couvent de Revin. 

Laborieux par balûtude et par goût, les soînç de la supé- 
riorité et les £>actions de professeur ne rempéchèpent-ni de 
p&Mier de nombreux ouVïrkges , ni de vaquer >aii «nîdiistèiN) 
-delà pxédieatîon. Il pr&cka uii avantàlnëge^n 171B, elles 
carêmes de i^igetde 1732, et il eut la gloire de cueillir des 
laïuiers dans un champ que tant d'orateurs célèbres avaient 
déjà uioissonné. Par suite d'un discours éloquent sur lu 
présence réelle , qu'il prononça à MaesAricbt ea 97^» 
le comte de Tilly, gouverneur de cette ville 9 l'engi^gea Cen- 
trer en lîc^ avec les ministres protestanSi^ et (fuoîqu'il fiU 
persuadé que la controverse^soit plus propre à evapécher les 
réunions qu'à lès produire , il crut devoir céder à cette invi- 
tation. Lé combat s'engagea dans une des salles de l'Hôtel-* 
de^y iflle, en i^sésenoe d'une assemblée nombreuse : et Ton 
•convint généralement que le P^ BiUimt avait ^ufenn iglcK 
rieusementlacauge de l'églide roHoaitte. 

Il était iKé aTt^ec les «plus ;célébres Éhéologiens de k fi«k- 
Ig^ue. Sa piété était «M^ide*, iliut tonjouss très attaché auK^ 
devoirs de ;son état 9 et l'esprit de régularité domtuiait dans 
4en1ie.Saeondttite. Qutûque d'>unx;ara£tèredoiix et pacifique^ 

(1) liouis d'Ofléans, premier princt du sang « mort en ijSa à Pabbaye 
âaime-Gemsvièlre)^ il ti^^alt Mtiré. 11 « légaé>& Vûràfe de Sahit-^Bomi- 
nique sa bibliothèque et les nombreux MSS. de sa compositioà. 



I ^2 BIL 

il citait vif dans la dispute -, et il en a fait preuve dans ses dis- 
cussions avec les docteurs Lengrand et Maugis. 

II finît ses jours à Revin , le ao janvier lySy, laissant une 
mémoire chère aux gens de bien , après avoir commande , 
pendant sa vie, Testime publi(jue par ses vertus. Ses con- 
frères , qu'il avait éclairés par ses lumières , édifiés par ses 
exemples, et gquvernés avec sagesse, voulant payer à sa 
cendre un juste tribut d^ reconnaissance , firent graver sur 
sa tombe Tinscription suivante : 

Htcjacet R. ac aximius Pater Carolus Renatus Billuart , Refi- 
niensis, hujus com^entûs alumnus, ac quinto^rior, collegiiS. Thojiue 
duaci regens. S, Théologiœ doctor, nec non proifinciœ Gallo-'Bel^ 
gicœ ter provincialis, vir scriptis et virtutibus clarus, religioni et 
orhi commendatissimus. Sed, ekeu! obiit nojanuarii l'^S'j- ^ta^ 
tis «jS, Prcfessionis 55, sacerdoti 49- Precare, moriturcy ut rc— 
quiescat inpace. 

Gn, a cherché à troubler ses cendres après sa mort , en pu- 
bliant qu'il avait enseigné Fhorrible doctrine du régicide. 
Mais le P. de Ruelles , son ami , Ta vengé avec force de cette 
imputation calomnieuse , dans un écrit anonyme intitulé : 
La calomnie confondue^ ou le Théologien vengé* (Lille) 1 763^ 

in-i2, p. 88. 

* 

Ses oeuvres : 

1. De mente ecclesiœ catkoUcœ circa accidentia eucharistiie, 
dissertatio tmica,, ads^ershs Antonium Lengrand j S. T. L.j et 
philosophiœ Cartesianœ professorem in academiâ Duacensi. 
Leodii , Urbanus Ancion ^ 1716, in- 1 2 , p. 1 60. Il y soutient 
avec vivacité le sentiment des Péripatéticiens contre celui 
de Descartes , et en fait presque un article de foi. Les jmto- . 
ductions de Tesprit portent d'ordinaire Fempreinte de lage 
où elles sont écrites. L'ouvrage de Lengrand qu'il attaqua, 
est intitulé : Dissertatio de accidentibus absolutis « Duaci , 1 7 1 1 , 
in-i5i, p. 1 12. 



BIL I -m3 

II . Le Thomisme vengé de sa prétendue condamnation par 
la cartstitution Unigenitus , adressé en forme de lettre à un 
abbé ^ par un religieux de Vordre de Saint- Dominique. 
Bruxelles, Jea,n Léonard, 1720, m-12, p. 97. 

III. Lettre du R. P. C. R. Billuart aux docteurs de la Fa^ 
culte de théologie de Douais avec des réflexions sur les notes 
calomnieuses qu'ils ont attachées à leur censure du 221 août 1 722^ 
contre les RR* PP. Massouillé et Gontenson^ de Vordre des 
FF. Prêcheurs^ ^723, in-4'', p. 4^- I-*s docteurs de Douai 
ne répondirent point à cette lettre , parce qu ils ne purent y 
répondre : ils sVtaient grossièrement trompés sur le compte 
des deux célèbres dominicains-, et leur censure fut juste* 
meïirt condamnée à Rome par un décret apostolique du 1 8 juil- 
let 1729. 

IV. Examen critique des Réflexions (^d^na anonyme) sur 
le bref de N. S. P. le pape Benoit XIII^ Du 6 nov. 1724, 
adressé aux Dominicains^ in-4^9 p. 21. 

Ce hrefdimissas preces^ est adressé à tous les Dominicains 

contre les calomnies intentées à la doctrine de saint Augus^ 

tin et de saint Thomas. Il fut une semence de discorde entre 

les Thomistes et les Molinistes. L'un de ceux-ci publia 

quelques réflexions en français sur ce bref, pour insinuer 

qu'il ne s^adresse point aux Jésmtés, mais aux seuls Ques- 

nellistes, quand il parle des calomniateurs de Técole de saint 

Thomas^ qu'il déclare seulement ^ue les Thomistes peuvent 

soutenir librement leurs sentimens comme auparavant, et 

qu enfin ils ne peuvent tirer d'autre avantage de ce. bref en 

ÛLveur de leur doctrine. Le P. Billuart opposa à ces réflexions 

anonymes Y Examen critique. Il y prouve que le pape range 

les Molinistes parmi les calomniateurs de la doctrine des 

Thomistes -, qu'il recommande cette même doctrine , et qu'il 

la préfère aux opinions des Molinistes , qui ne sont tolérées 

que négativement : d'où il conclut que les Mohnistes ne 

peuvent plus , sans une révolte manifeste contre le souverain 

TOME I. 8 



I I 4 BIL 

pontife, coufiauer leurs calomnies accoutumées contre la 
doctrine des Thomistes, en disant que la grdce efficace- par 
elle-même j et la prémotion physique,, ne sont point de saint Tho- 
mas y quelles nuisent à la liberté y quelles outragent ta justice 
et la sainteté de Dieu ; quelles sont contraires aux divines Ecri- 
tures et au Concile de Trente ^ et enfin j semblables à la motion 
de Cahinj comme un œt^ à un œuf: calomnies néaninoins 
qtie le P. Fontaine, jësuite, renouvela dans une tliése sou<- 
tenue à Douai en i7!t5. L^anonyrae , qui ne se piquait nul- 
lement de cette politesse qui sait adoucir les ocmps que l^on 
porte à son adversaires ayant écrit au P; Billuart des lettres 
pleines d'injures , celui-ci répondit par 

V- Le Thomisme triomphant par le bref Iknaûssàs fveces f 
de Benoit XIII ^ ou justification de V Examen critique des ré- 
flexions sur ce brefj contre une lettre anonyme adressée à l'au- 
teur de /'Examen; par un théologien de V ordre de Saint^Bo- 

mim^i/e ,* in-4*'? p- 1^4* 

Cet opuscule , et les n°' ix et xi ont été faussement at- 
tribués au Père Jean Pierre Vîou, dominicain y connu sous 
le nxnn de Dumont^ dépuis qu'il a été obligé d'être sous un 
habit làïo» Le P. Billuart &it ici l'apologie, de l'histoire dés 
congrégations de Auxiliis du P. Serry, et amvtolit dncn** iv. 
Cet ouvrage lui suscita un antre adversaire dans' la personne 
de Stievenard s chanoine de ' Cambrai ^ qui Faoousa d'»voir 
Êdsifié une phrase de la première lettre de Féneloh au P> Ques* 
nel , en lui faisant dire qu'il /ok^ que ce soit uniquement ce 
système de la grâce des Thomistes j, que l'EigUse a vonht con- 
damner dans Jansénius, etc. Le P. Billuart répondit à Stie- 
venard par , ; 

: V jl . Réponse de V auteur du Thomistne triomphant à M. StiC" 
venardj au sujet de son Apologie pour Fénehn ^ in-4*», p. 8. 
L'auteur convient que le mot , de la grâce des Thomistes j ne 
se trouve point, comme il lavait écrit sur la foi d'un de ses 
amis, dans la lettre de Fénelon au P. Quesael; mais il soo- 



BIL ii5 

tient q^u'^à cela près > le prélat confond ks Tliomistes avec les 
Jansëmistes, ne s'étant point récrié, contre itP, Quesncl et 
^utses , qui alléguaient les mêmes cboses. La même année 
Stiev^nard ayant publié une seeoiide apologie de Fénelon , 

oik il reproche au P. BiUoart d'avoir ermpnmté >se$ c^^faction» 

des JanséiHSies , celui-ci hd opposa : 
^ VII. i^iHÈ d'un ecdésiastù/îte de Paris à M. Stievenard, sur 

sa secaride 'apologie pour F énehn y in-^^j p. *2t. Stievenard 

ayaiatt publié une troisième apologie , k P. BiUiiart répliqua 



t VIII. Justification d'un ecclésiastique de Paris j etc^; in<'4^y 
p. 2 1 : écrit oà il attaque son adversaire sans beaucoup d^ 
mënagement 9 et i{ui mit fin à' cette dispute. 

Uap Apologie .du Thomisme' triomphant^ contre les neuf 
lettres antmymesqtdontpeoTi depuis peu : ou justifie aussi par 
oeiîa«ion Thi^toire des cfougri^àtions dé AuxiUisj duP . Senj^ 
icontre les ebieanes de ses adversaires* làége^ Jean Philippe 
GrajBaxD»y ijii^ ifih-4% p. ^igô.^Lauteuir de» lettres lie ré- 
pondit point. Le dessein du P. Billuart est d'établir ici, 
^eomwe il Ta fait dans le n"" v^ la- dofctrine de saint Thomas 
auur lesTuines du mohniime. ; ^ 

' %.. Béponse^ à l'auteur d'un libelle imprimé cette année ^ 
^ji4* à liotterdifm ^ intitulé : La Oéauce des églises réfor- 
mées touchant la sainte Vierge^ où l'on fait voir les imposa 
iutes ff^oêsiires et les calomnies atroces^ les paralogismes ^ et 
les inepties dont cet ouvrage est rempli ^ în-4%.p« 63 # Le Pro- 
testant ne répliqua point. 

XI. Apologie du jff. P. Pierre SotOj dominicain ^ et des 
anciennes censures de 'Làùvain et de Douais contre /'Histoire 
duBaïamsme^ composée par le Père du Chesne^ jésuite (^Ax-^ 
èentÉAïs^ i et oondanmée à^^9me le 17 de mars ïfi^ypar 
toùis de Zomâtwwe (Billuart). Asdgnon (Porw)^ Marc Chàve, 
1738, in-ia, p. 242. Il y montre évidemment iorthodoxie 
du P. âoto, et celle de Ravestein, et le molinisme de 

8. 



1 i6 BIL 

Tapper -, et découvre les infidëlitës , les calomnies , et les 
, bévues du P.. du Ghesne. 

XII. Quœstio theologica de Relation operum in Deum^ 
ad^ersùs opusadunij sub nomine R. D. Hagen (Leodii éditum 
anno lySa^ vindicata.\i^T\s ^ Moerman, 17 5a, iii-8% p. 6^. 

Dans cette dissertation sur le vrai mobile des actions, hu- 
maines, le P. Billuart prouve, contre le sentiment de quelques 
rigoristes de Louvain, qu^il suffit qu^une action , pour n^étre 
point imputée comme pécbë à celui qui la fait , soit bonne 
en elle-même et dans ses circonstances. On n^en croit pas 
moins qu'il est des instans où le précepte de Famour divin 
oblige ', mais qui les déterminera ces instans ? c'est Fouvrage 
du cœur bien plus que celui de resprit(i). 

Hagen , professeur à Louvain , avait fait des remarques sur 
Topinion du P. Billuart, et il les avait communiquées au 
président du séminaire de Liège , Antoine Medard , chargé 
en sa .qualité de censeur d'examiner le manuscrit du cours 
de théologie du P. Billuart. Ce censeur publia ces remarques 
sous le. titre de Rejutatio systematis P. Billuart j de relatione 
operum. Ce qui fournit à celui-ci l'occasion de faire paraître 
sa Quœstio theologica. Le P. Maugis, augustin, professeur 
de théologie à Louvain, ayant publié sur ces entrefaites 
l'opuscule intitulé : Dissertatio de relatione operum in Deum; 
Lovan., 1 762 , in-S'', où il répondait aux argumens produits 
par le P. Billuart en faveur de son sientiment, ce dernier fit 
paraître à son tour 

{1) « Les théologiens de I^oaTain enseignent communément que nous sommes 
obligés de rapporter à Dieu toutes nos actions , et que nous péchons en ne les 
rapportant pas ; mais de manière que cette omission ne vicie pas une action 
qui' est bonne de sa nature. Ils ne demandent pas que cette relation se fasse 
parle motif de la charité, c'est assez qu'elle parte d*an mouvement qui ait 
un rapport explicite à Dieu : ils ne veulent pas non plus que la relation soit 
toujours actuelle ; ils se contentent d*une relation virtuelle et explicite , fon- 
dée sur un acte précédent; mais ils prétendent que Thabituelle n'est pas 
suffisante.» (Poçao^, p. 446*) 



BIL 117 

XIII . Ulterior ducidatià (juœstionis theologicœ de relatione 
operum in Deum. Ipris, Moerman, ijSS, in-ia*, it,\, Lo- 
van., van Overbeck, 17.55 , iii-8% p. 55. Le P. Maugis re- 
vint à la charge par sa Dissertatio de relatione operum ab oh- 
jectis vindicata. Lovan., îbid.^ ^755 , în-S**. ^e P. Billuart , 

sous un nom suppose , lui répliqua par 

XIV . Epistolaexpostulatoria^ et apologeticaLudovici Franc 
ad R. Patrem Josepkum Maugis^ super dissertationem ejus se-- 
cundam de relatione operum in Deum. Â-ntuerp., Everaerts, 
in-8°, p. 66. Le P. Màugis, résolu de le poursuivre jusqii a 
sa dernière goutte d encre, riposta par J^indiciœ disseriationis 
de relatione operum in Deum. Lovan, 1757, in-8% p. 142. 
Cet opuscule, qui parut peu après la mort du P. Billuart, 
est termiiié par ces paroles, provoquées par le ton aigre et 
tranchant que le dominicain avait pris dans la défense de 
son opinion : Si hœc vires tuas superent^ nec te audeas mani- 
festare^ conçiciis obstine j et ad majorem Dei gloriam tace:. ' 

Ainsi finit ce combat polémique où Ton incidenta et chi- 
cana beaucoup, tandis qu'on n'aurait dû employer que les 
armes du savoir. Les lecteurs curieux de disputes à fer émoulu, 
trouveront à se satis&ire dans ces petits écrits. Malheureu- 
sement dans ces sortes de discussions, il &ut être ou un peu 
satirique, ou très ennuyeux -, et celui qui prend la plume a 
bientôt fait son choix. 

Tels sont les opuscules que le P. Billuart publia pour la 
défense des sentimens de son ordre , et celle de ses opinions 
particulières *, mais ce qui contribua sur-tout à lui donner dîe 
la célébrité , c'est Touvrage suivant : * 

XV. Summa S. Thomœ], hodiemis academiarum :moribus 
accommodata^ sive cursus theolôgiœ juxta mentem , ety in quan- 
tum Ucuitjjuxta ordinem et litteram D. Thomas in' sud summa: 
insertis pro re natâ digressionibùs in Historiam ecdesiasticam. 
Ad usum scholarum Thomistarum, Leod: . Evarard; Kint», 
1746a 1^51, 19 vol. in-S**-, à., sous le titce.de Cursus 



ft8 BtL 

theèlogiœ juniyersalis cmn mpplemenïo.^ Wiceim.rgi , jk^58, 
4 vol. in-foK ^t Ï.9VQI. in-8°; iï.y Vfiiiettis, 1761,. 3 vol.. im- 
ibl. Le P. Labye a4oiine i abrogé de cette théologie (2^0^. 
iKHiarti€}e);;i^^ Pans, Mdquignon , i8aâ, sp vol.iib^. Il 
y a daii£ cette demiére édition^ une nouvelle di^rision. «le 
Touvrage , une table générale d^ nitièanes^ ptdesappeiidûces 
au Traité des Contrats ^ de^ la Justice ehd» Mariage^ pour les 
metti:e eu haimome avec notne législation aetudile* - 

Ce qui {trouve la meWeilleu^ facilité du£. Bilfaiact, ç'^aat 
.q« il ait pa «oommexïcer et finir cet oiiviragc dans lé oourt>««^ 
jpaoe de cinq and. Il faut^noire que les matières tbéôlogîques 
étaient bien digéisées daii« sa tête ,. avantqu'il entopritde 
leur donner la fiimie de Técole. Il «est vrai que ce ctylé de- 
mande peu de soin et d'^prét de la^part de ceiikiqairliei&p- 
ploiâott^ Beaucoup^ de clarté et de précision en font tout l'or- 

iaenient f!t le médite^ > * . r • : 

L'auteur «^te aua?it5C2g^iN^^ des Urumrsités^, non 
seulement la Somme de S* Thomas , mais beaucoup dis <JK>ses 
auxquelles ce saint docteur n'a point pensé. Gest que Ja 
théok^e la pljuus comiplèteidm xni^ fiiède a^tloin de iiesifec* 
mev toal; c& que doit savoir)UU/dbLéoloi^éscidi»xi^^» Qn "stoit 
qu'il afvait plias étudié la <co9to>v)er^ daua les émts des»^oo- 
lastiques que dans ceus: des Pères > «t dan^ les défi^ù^MMis 
des conciles, quoiqu'il n'ait négligé ni les uns ni les autres. 
La . partite* scolastîque eti la aioraie j sont beauoeup plus 
«oig<iiiiées qiie.IadQgma4ique ; l'auteur eonvieat AoiÉtefoiâdcuos 
•ses préliiininaires que cette^ demiière est plus néoeesléne que 
la première : ce qui est vraL II S:'afibadhe scirupulsusement à 
la doctrine de ^saint Tbocnas :^ il xappnoehe avec beaucoup» de 
soin et d'adresse ^ tout ce qu'il a pu trouver dans les ouvrages 
du S* Docteur pour éclair^ir les questions quitl ffsaiteV \et 
c'est ce qu'il a fait de plus «îtilê. Ou auiait pu lui appli^- 
quer ce que saint François dé Sales disait de > soit confes- 
seur, le P. Philibert de la Bonneville, provincial des Capu- 



BIL 119 

cins : « i^e si Ihiii venait à perdra la Sonune de saint Tho- 
M nuusy on la retrouverait tout entière dans sa. tête. » Dans 
les questions de nsorale il tient uja juste milieu entre la sëvë-r 
rite qui décoiurage et lé relâchement qui scandalise ^ et 
marche. d'u9 pas ferme dans ce juste milieu où se trouvent 
toujours la vérité et la yertu* La solidité des raisonnem^ns 
est assez en général le caractère d^ sa; théologie. On voudrait 
seulement qu'il eut r été moins subtil , quand il s'est agi de 
défendre ce qu'il prenait pour la doctrine de saint Thomas. 
Dans les matières de la grice et de la prédestination il s'é- 
chauffe fort contre Toumely, oélèhre proÇeaseurdeSorhonne. 
Que 0e docteur n'ait pas bien exposé la doctrine de^ Tho** 
miotes sur l'accord de la giice avec la liberté , je le veux : du 
moins il n^avait pas maltraité ces théologiens y et le P. Bit- 
luàrt avait d'autant plus de sujet de ménager cet écrivain , 
qu'il lui devait presque toute la partie d(^matique de sa théo- 
logie. Tout ee.que l'on peut conclure de $es déi)aêl4s avec ce 
sorhoniste,. c'est que la/ seolastique est un art à l'aide du- 
quel im, escrimeur fisxré trouve le secret de ne se jamais: 
rendue, à son antagoniste^ 

Quétif et Echardy Script'^ ord, prcsd., t, II, p. 79%» et 
supp, ult.j p. 8 9 PaquQt > Ménin lifter,^ t. VII , p. 4^^ 9 44^ V 
Durand, Mém» de la iSac> de^ S(W* d^ Ardennes , 'à'' part, y 
p. 21 -, Richard, Dict. des Sciences eccUs.^ t. VI. 

BILLY {Jean lÎË), prieur du Ato'ntrDieu, né à Guise (1) 
vers i53o, de Louis de BiUy, gouverneur àf^ cette ville, et 
de Marie Brichanteau 9 Sfl^iu* de Grespin Briçhanteau , é vèque 
de Senlis et confesseur du roi i fut d'abord abbé commetida- 
taire de Saint-Michel-en J'Herm , de Saint-Léonard de Fer- 
rières , et d^ Kotre-Dftme*âes-Gbasteliers en l'ile de Rhé. 

<c II vécut assez selon le numde *, mais se trouvant un jour 

(1) D. le LoDg , U'uU de Laon, p. 47^. 



120 BIL 

» enveloppe! dans un incendie cause par le feu du ciel ( à 
» Tabbaye des Ghastelliers)^ il promit a Dieu de changer de 
» conduite , et de vivre plus régulièrement. Délivré du pé- 
)) rily comme par miracle, il se retira dans la Chartreuse 
» de Bourg -Fontaine, où il fit profession (vers i562), et 
» n'en sortit point , que pour être prieur de la Chartreuse du 
» Mont-Dieu, et ensuite de celle de Bourbon - lès -Gaillon, 
» en 1672 (où il mourut le 3o juin i58o). » (D. D'Argonne, 
MéL de littér.j t. II , p. 284 , édit. 1725.) Il était frère aîné 
de Jacques de Billy, savant helléniste, en faveur duquel 
il s'était démis de ses abbayes, après Ta voir aidé dans ses 
études, n est traducteur ou auteur des ouvrages suivans : 

I. Des sectes et des hérésies de notre temps j et de leur ori- 
gine j traduit du latin de Stanislas Hosius^ éçéque de f^armie. 
Paris, Séb. Nivelle , i56i, in-8^ 

II. Dialogue de la perfectiQn de charité j traduit du latin de 
Denis de Rickel (Denisrle-Chartreux) par F. Jean de Billy J 
religieux à Bourg-Fontaine ^ Paris, Guil. Chaudière, 1670, 
in- 16 , fol. i63 , précédé d'une dédicace à madame de Bour- 
bon, abbesse de N. D. de Soissons, laquelle est suivie d'un 
sonnet de Nicolas de Billy, prieur d'Ars en l'île de Rhé, et 
d'une pièce de vers latins par Jacques de Billy. 

III. Homélie de saint Jean ChrysostômCj intitulée : Que 
personne n'est offensé que de soi-même : avec deux sermons 
de saint Augustin au jour de la décollation de saint Jean- 
Baptiste. Paris j ibid., 1671, in- 16. Cette homélie avait 
déjà été traduite par Pierre Pesselière , bénédictin de Saint- 
Germain d'Auxerre. Paris j i543, in-S^. 

IV. Petite Table spirituelle ^ traduite du latin de Louis 
Blosius* Paris, ibid.^ 1672, in- 16. 

V . Exhortation au peuple français pour exerça* les œuçres 
de miséricorde ens^ers les pauvres ,* par F. Jean de Billy (i") 
prieur de la Nouvelle Chartreuse de Gaillon. Paris, ibid.j 

1672, in-8°i it.j avec le combat de tristesse et d espérance 



BIL 



121 



(en vers'), par Jacques de BîUy. Paris j ibid.,' i584, m-8% 
fol. 1 76. Gèt ouvrage n^est pas une traduction \ il appartient 
entièrement à notre chartreux. 

VI. Le Manuel du ckemlier chrétien j traduit du latin de 
Jean de Zanspergej chartreux de profession,^ par F. Jean de 
Billy^ pour lors prieur du Mont-Dieu], ei maintenant prieur 
deN. D* de Bonne-Espénmce près de GaiUon. Paris, iSyS, 
in- 1^, fol. 276. Le P. Niceron (t. XXII , p. 190) s'est trompé 
en lui donnant la date de 1 57 1 . 

VII . JMiroir spirituel , ou est comprise sommairement tins» 
truction de tous les fidèles chrétiens qui désirent visn^e et mou- 
rir eri J.'-Christ: a^fec des oraisons consolativeSj pour dire en 
toutes actions ordinaires; traduit du latin de Louis Bhsius, 
Paris, ihid.j 1676, in- 16. 

VIII. Histoire de Barlaam et de Josdphat^ roi des Indes ^ 
traduite du grec de saint Jean Damascène {i)\ par P. Jean 
de Bilfyj prieur de la Chartreuse de Gaillon : (wec là vie de 
saint Jean Damascène j écrite par Jean^ patriarche de Jérusor 
lem\, mise en français par le même traducteur; et une Homélie 
de saint Jean Chrysostôme^ intitulée ^ De la Comparaison du 
roi et du moine. Paris, ihid.^ 1 678 , in-8®, fol. 1 89. Le P. Bal- 
tus , jésuite , mort bibliothécaire du collège de Reims , a tra- 
duit le même ouvrage. La famille de Billy est originaire de 
Billy-sur-Ourcq. (Dévisme, Manuel de V Aisne ^ p. 190.) 

Gai. Ch.^ t. II, p. 1296, i4o3, i4ai -, Peeters, jPjP** Car- 
tus., p. i58 -, Morozzi, AtheruBum Cartus.j p. 126 de Thea- 
trum ckronolog. Cartus. ordinis.^ la Croix du Maine ^ t. I, 
p^ 45 1 î du Vierdier, t. II, p. 348 ; Teissier, Eiog! des Sas^.j 
t. III , p. 1 95, édit. 1 7 1 5 -, du Pin, BB. du xvi* siècle^ t. X VI , 
p. 124, édit.in-4°*, domLiron, J?iB.cAar/rai7îe, p. 189^ Len- 
glet du Fresnoy, de Vûsage dès romans^ 1. 1, p. 21 -, Moréri. 



(1) Elle lui est attribuée sans fondement. 



f ai BLA 

BLANC (Lotm LE)^ notaire et secrétuiue du roi y «t gr^- 
fier de la diambre des compte6.de Purisf naquit à SedaA 
d'une des familles les plus ^thigiiëes de^tte ville ^ vers 
Tan i44<>* C^^ëtait un homme. de Iieauconp de mérite ^ et 
qui ^^ selon £rman , jouis$éUt d'une grande considération pour 
at/oirfait phisisure aUianceset traités entre les mis de JFrance 
çt les puissances étrangères^ Il obtint du roi Louis XII la per- 
mission de Tendre sa charge de secrétaire^ et dispenae de 
pouvoir exercer celle de greffî»: de la chambre des «ximptes y 
pa« lettre» patentes données le i6 avril i%9j e^ il n.'était 
paspermis de"; vaquer a cet office à la chafnbre\d0s comptes ^ 
sans <étre' revêtu du premier de ees titres, attendu que les 
greffiers des cours souveraines devaient être du collège des 
secrétaires du roi. (Du Breul, AnUq. deP(pis^ Sa femme 
était de Tancienne maison de Malingre. Il cessa de vivre 
vet^ i5i:2. Iliiou^a conservé s ' 

jtbrégé ou Extrait en l'honneur de saint Louis ^f eût Van 
I â7!2t> contencmî les noms des rùis de France qui ont été en 
Terre^Saintej^t autres choses mémorables faits par iceux rois^^ 
éerit par Louis leBlanc , notaire et secrétaire du roi-, et ^éf- 
fier de k chambre: des comptes de Paiis^ : J\IS« conservé au 
trésor d^ chartes de la ehambredes comptes à Paris. 

La Croix du> Mainey t. II, p. 4^) Ërman, Mém, ponr 
l'histoire des Réfugiés français j t. IX, p. 39 -, Fontette, BB. 
hist.j n^ 16849* * ' 

BLANC (J?ftc7ïne LE), fils du précédait, vit le jour à 
Sedan , vers Fan 1490* H succéda Hl soh-père dans son office 
cfe greffier, et fat reçu en i5o8,'sans être secrétaire du roi. 
Il devint secrétaire de Louis Xll, de la duchesse d'Angou- 
lême et de la reine de Navarre, secrétaire descommahdemens . 
de la duchesse de Savoie , mère, de François I*% régente de 
France , contrôleur-général de l'épargne sous Françms I" 
et Henri II , lecteur et valet de chambre du premier, et gou- 



• 

verneur du château de Saint-Germaia-en-Laye. Ces empois 

ne l'^eïïipéchèrenbpas de cultiver les lettres , qui commea- 

cèis^ixt à ceofiîtré vers le milieu dni xva" siècle > parc^ qu'si la 

faeilitë dii t^vail il éa joigne Tmiiouf^ et ^vCil fais^iit par 

goût ce que d'autres font par dayoir. Jî'Faqçpis II lui accorda 

d^s lettres, de noblesse le ^1 niiars i S6 1 « Elles furent eiipë- 

di4e9.^lBi. ch^fbhvG despomptes le ikj avril de oette année^ 

et enregistrées à 'la .eour de» aidai» le ao juillet smvsMit- La 

aù>rt. 1 eiaJeva vers. i565.I( étnt l3iifla'Ù9iil.de Pienre le Blapc > 

«^tueisaT/yde Beaulieu, cbnseiUeT'dii roi au préeidial â«v Se^ 

dan , ^et dé Louis le Blano^Q BoauUeu , «(w frère , professeur 

en théologie à Facadëuxie de oetle vîHé ( i ). 



•■\ j • '. * > 



Ses ouvrages imprimes : 

- I4 \ TrQUOi^sfmfi*de\Gkéivn,,iissa$f^^ ^tiilJUà Cas- 
sar fffi^r Msircm Mairccihuji sénaUnt rohwm» ifUi uwil 4enu 
k patti de Fompéecomrè iedU Cœsàr ; celkiquihJU au pe^pk 
de MomCj pour élire Pompée ^ chef et eondutàsur de L'armée 

misfi.mi^pm k^\XMmnsj, à t^nci9ntm4e Mithridctii^ et \Ti' 

granei ; -ift^jceUi ^'iljk poiir Q« Ligam à.^wsar; séant au 

5emz^ Kari»f SimoBi de Golioes» èô449'îi^*^V 

t, IL< L'Otrgisond^)Saljuste (7i) €(mb^ Marc Ciob^n^ et L'O- 

raison répomié^e de Cieéron conkia&dust6\},0raisonda Cinpse 

Saluste à Jules Cœsar^ afin de redresse!^ ia- répiibUffue^ romaine ; 

OraUon de Cieéron det^ani ^uH allât en estril i Onaison. de Or- 

cér&n après 5o#» rappel et retour à Rome ; Oraison de Cieéron 

à Octanen CœsoTy Oraison de Cieéron pour les Proi^in^xs ton* 

'Sidaires : le tout tradidt par Estifinne le Bianc», Piiris^.Jean 

Ruelle, 1545, m-i6. (Du Verdier, J?J?.^., 1. 1, pt 49^0. 

• (1) Anteiur de piiMienr» ovvntges. Né au PleasU-BlATU en 1614.9 morf; à Se- 
dan en 1675. . , ■ 

(s) Historien admirable par la brièveté de son style , par la force et l'éner- 
gie de ses expressions ,' la hardiesse de ses métaphores , et le talent qa'il a 
de peindre tout avec les plus vives couleun* 



I a4 BLÀ 

Ses ouvrages manuscrits : 

III. Discours de Ventrée de la reine Isabelle de Bavière à 
Paris j et des joustes et tournois qui à iceUe entrée Jutent faits 
en i335; m-4^ (Fontette, "BB. hist.,, n° 26o3i.) 

IV. Extrait sommaire du discours du mariage de mor- 
dame Isabelle de FrancCjJUle du roi Charles VI^ avec Ri- 
chard (III) roi d' Angleterre y en iSgS, et tout ce qui s'en 
est suin jusqu'à la mort dudit roi Richard^ et le retour de la- 
dite reine son épouse en France^ en i4oi, et son second mor 
riage en i ^6^ j açec Charles duc d'Orléans^ père dû roi 
Louis XlIIi in-4«. (Ibid., n» a8363.) 

Ces deux MSS. ont passd de la bibl. du baron d'Hoendorff 
dans celle de Fempereur d'Autriche. 

V* Recueil de pièces^ depuis Van 1%%'] jusqu'en 1627, 
dressé par Estienne le Blanc ^ in-fol. Ce MS. e$t passé de 
la bibl. du premier président de Mesmes dans celle du roi. 
(Fontette j n? 20901.) 

YI. Les faits et gestes de la reine Blanche j mère de saint 
Louis} petit in-4'', fol. 2 1 , sur vël., dédie par Tauteur à Louise 
de Savoie, mère de François I*'^ et régente du royaume . 

Ce manuscrit , que nous avons vu à la BiU. du roi sous le 
n" io3o9y est (selon Fontette, n* ii5o^5)fort court , fort 
confus et très défectueux. 

Vn. De l'Origine et naissance des Romains^ par Estienne 
leBlanc^ in-fol. sur vélin. (BB** MenarsianUj n? 773) (1720, 
in-8".) 

VIII. Traduction de quelques Oraisons de Cicéronj par 
Estienne le Blanc. 

« A la tête de ce MS., dont les lettres grises sont peintes et 
dorées , on voit une belle miniature représentant le cardinal 
du Prat , archevêque de Sens (à qui Touvrage est dédié par 
Fauteur), assis avec des évéques et autres ecclésiastiques^ 
autour de lui. Sur la reliure en damas rouge , les armes sont 



BLA i2t5 

]jrodëes , ce qui fait croire que c'est Texemplaire doiiD<$ par 
l'hauteur au cardinal du Prat . » (Note de Mercier, abbé de saint 
Léger S) 

Le P. Labbe.9 p. 3 la de sa Nova bibliotkeca MSS» Ubro-- 

rum^ in-4''9 ^^^ ^^^ ^^ ^"^ '7^ » comme étant à la Bibl. du 
roi^ un, MS. contenant dix Oraisons mises en français par 
Estieniie le Blanc , et dédiées cui roi François 1^. Les deux 
éditions de. 1 544 ^^ i545> que. nous avons rapportées, nen 
contiennent que hidt, 

Elrpcian , t. IX, p. Sg-, Chambre des comptes de Paris. 

BLANC {Richard LE), helléniste , poète français , traduc« 
leur çt éditeur, qui fiorissait à Paris eu 1 547? ^pp^^Q^it à 
la même famille. Il était gouvernei^r des enfçms du seigpeur 
â.e .IMLorainville , maître d*hôtel de, Claude de Lorraine , duc 
4^e Ouise. Il parait qu'il avait enseigné les belles lettres dans 
quelque collège de Tuiriversité de Paris. Il se moutre par-tout 
bon français , très affligé des troubles qui agit$LÎent sa patrie \ 
il se plaint de ce que les malheurs du temps , et les ma)ix que 
causait le calvinisme , Tempéchaient de se.livrer à la traduc- 
tion des saintes écritures. On sait qu il était alors difiU;ile de 
traduire en langue vulgaire les livres saints , soit en prose , 
soit en vers, «ans encourir le soupçon d'hérésie;, car Ton 
s^était4;ru .obligé d'interdire ces traductions, à cause de Fa- 
bus que les novateurs en faisaient. Il entendait assez bien 
ses auteurs;, mais il manquait de goût. Sa versification est 
dure et bien moins coulante que celle de Marot, qu'il tachait 
d'^iipiter. D mourut sous le règne d'Henri II, ^n 1559. 

Ses œuvres : 

I . Les liin'es d' Hésiode j poète grec^ appelés les OEuvres et les 
Jours. Paris, Jacques Bogard, et Lyon, Jean de Tournes^ 
15473; in-8°, en vers français. 

II. Traduction en vers français, des s^ers latins queProha. 






1 !i6 BiLA 

• 

Falconia compila des Camte» de Virgile y sur le mystère de 
notre wfdemptioû. jPar&;*Robcrt Mïisoeliii, rSSSyiiï-f©. - 

III. Traduction en vers de V élégie latine de Philippe JBé- 
roalde sur V Histoire ou la fable de Timcrèdej roi dé Sulerne , 
cénttndnt les pitoyaMes amours de Gtdchafd etdù Ui belles tSi- 
gismotider, et imitée (par Bëroâlde) d'une de* nout^llês ite- 
Kennelsde Bocaoe. Parii^ iîwd,, r553; iii-8*'. *> - ' ♦ 

IV . Les six Ih^es de ^nt Jean Chrysostâme sur- la dignité 
sacerdotale y traduits du grec. Paris, i&iVf., 155$, iûS^é '^ 

V. La CompUùnie du Noyer (de Nhcc) attribuée à Oifide^ 
en vers alexandrins. Paris ^ ibid., 1554» in- 12 : adressée 
par nnè lettre en vers à mademdiselle Françoise d^^Ouartis. 

'VI. Bucoliques et Géot^iipwsJe Fip^le(^t), 9mB, Châtiés 
etJlrnotd les Angeli^Vj t &&4 ^ i^i^^'^^'y Parier, Claude Mi^ 
Càid/}t574'à 1578, îit-S*,'«ti Vef» de dix sjllai>e9^ avee une 
dëdicaee à Margtierite^^ Frafice , dncfaesl» de B^rry^ sœo^ 
d -Henri II , ^i aiiâaît tes ' sàvans , le» protégeait ^ < et était 
fbiif libérale à leu)^ ëgiâ:d. • • 

|ja 'tradttGtiôn du pilemier livre des Bucoliques est de 
MdnM^ et <feUe>dës neuf autres de le- Blanc. Cldle-i-ci a 
moifis de naturel ^ mais- elle estpluS' littérale,- et «acMlis 
pfetrapbraftée que Vautré/ « be» ddux tmduetèifrs ont de» èéh 
» fauté <{ùi'le(ir ^n.t''cOmniuii» : -ila emploitot sou^eiiit plu- 
» sieur» rimes masculines ou féminmes de suite *, ^^jUelque- 
» fois ils lès entrela<^nt sans aucune règle »*, souvent elles «e 
» éont ni'ritïh&s nr exactes. Le Blanc, dans son épîtredéd»*^ 
»■ cataire , «techerete Torigine' du 'poème t>v^liqu!e ,• et en 
» parcohrt les -Cttractère^; m^âs* ttmtcela est superficiel, et 
» traité avec peu d ordre. On n'aurait pas dû néanmoins 
» faire disparaître cette épître des éditions de 1 674 et 1 678. 
» Elle était bonne à conserver. » (tîoujet, t. V, p. 35.) La 

première édition est ein c«U:^ctèreA îtaliqtMs, avec lie texte k-* 

... - , 

(1) C'est la pteiniére version en vers français des Céorgiques, 



' BLA ■ I ay 

tin à la marge. Chaque ëglogue a sa gravure qui en reprë- 
semte le 8fl)ét; et à la fin Xon trouve de» exj^cKtions de 
{Çëograplde, d'histoire , de mythologk et de grammaire^ Le 
Hlanc nous apprend qu^il fit cette traductâouï k prière de 
jeuÀes gens i/ui avaient été autrefois ses disciple» et auditeurs j 
et à la re^fuéte de son •bon'omi Charles VAngdiers^ libraire à 

VII. Les XXI livres de Hiërôme Cardenus y médecin mi- 
lanais y intitulés : De la subtilité et subtiles imputions , en- 
semble les causes ocadtsSy:et raisons d'icelles, Paris ^ Charles 
l'u^ngelierSj i556, în-8** ^ 

• VIII.^ Il a revu et corrigé Y Institution du prince de GuU^ 
launtie JBudéj et en^ a donfié une Bouvelle édition^ Paris, Jean 
Fcmelier, i548, iuf'S''/ dédiée à Cl^de Locf lûne ^' duc do 
Guise; • . . . ' 

Lia Croix du Maine, t4 II , p. 876; du Yerdier^ t* III ^ 
p. 4i*î Goujet, ^ibLJr^j t. V, p. 54 à 58, t. VI, p, 86 v 
i* Vît , pi ^4 V CoUdeti Fies des poètes fiwiçais, MS. 

WLàAJ^CkHHKD {Jean Baptiste). Ses productions dcnmeiit 

ridë6 d'un homme de 'bien, y tout occupé àfonnerleamœurs 

et le goât, et à' orner Tesprit de la jeunesse. Le hourg de 

Tourtferon, prèsdeVouziers^ est sa patrie. La dats de sa nais- 

saft^e e6t du 1 9 oct« t ^3 1 . Il fit ses .premières études sous le 

Pa du Ghësne son oncle ^ provincial des Jésuites, qui le mit 

aoué AtL direction de ses confinères , en partant pom* Tes* 

pagne. Les progrès du jeune Blanchard furent si rapides, 

qu^r avait fini ses classes à Tâge de treize ans. Devenu 

nieilibre de la sciciëté à laquelle il devait son éducation , il 

enseigna d^ahord les humaâités au collège de Nancy*,' et dès 

quHl eût atteint sa vingtième ttnnée, on le chargea de pro* 

fesser la-riiétôriqne à Metie^ puis à Verdun et k Pont*à*Mou»- 

9QXki Ainsi s'écoulèrent paisiblement dix années de sa vie. 

A cette époque commençait à gronder Forage qui devait 



I a8 BL A 

fondre sur sa société^ et comme son âge ne lui avait point 
permis de prononcer les quatre vœux , il se retira en 1 762 , 
et vint se réunir à sa famille. Â peine jouissait-il dans son 
sein des douceurs de Tamitië , qu'il fût forcé de s'en séparer ; 
car les précautions qu'il avait prises pour se mettre à Tabri 
du coup qui détruisit sa compagnie dans toute la France , le 
1*' décembre 1764, ne l'empêchèrent pas d'être compris 
dans la loi du bannissement • 

Résigné à son sort , il se rendit en Belgique , où M. Biioul 
de Namur lui offrit un asile, dans un château qu'il possécLait 
près de cette ville. Blanchard l'accepta , et sensible à cette 
marque d'intérêt, il voulut consacrer ses soins à l'éducation 
des enfans de son bien&iteur. Ce fut dans cette retraite qu'il 
profita de ses loisirs pour composer le Temple des Muses. Au 
bout de six ans 9 comme l'éducation de ses élèves touchait à 
sa fin, il usa de la permisâon que les Jésuites avaient de 
retourner en France. Ses parens charmés .d'une résolution 
qui le ramenait près d'eux, s'empressèrent à l'enyi de.Iui 
offrir une retraite, jusqu'à ce que sa réputation lui eût assuré 
une place digne de son mérite. Il n'attendit pas long-temps. 
Un canonicat de la collégiale d'Avenay, diocèse de Reims, 
vint à vaquer, et on le lui conféra. Il en jouit jusqu';en 1 790, 
époque où les chapitres séculiers furent éteints en France. 
Cette circonstance le ramena dans, sa famille dont il avait 
déjà reçu tant de marques d'attachement : il. y fut accueilli 
avec cette générosité qui cherche à cacher le prix des bien-- 
Êdts. 

L'académie de Châlons-sur-Marne avait proposé poursu-« 
jet du prix de l'année 1777, les moyens de détruire la. mendi- 
cité j en rendant les mendions utiles à Vétat^ sans les rendre 
malheureux. Jaloux de mériter une palme , Blanchard des-* 
cendit dans l'arène, et s'il fut vaincu , du moins il ne tûmba 
pas sans gloire : l'académie lui décerna un accessit. Le Mé- 
moire qu'il composa sur ce sujet,: termine le troisième vo- 



BLÂ 1 29 

lume de Y Ecole des mœurs. On l^a retranche dans Fëdition 
en six Volumes. 



seconde façon d'un auteur est la critique de la première. 
(^I^'^Olivet, Él(^e de Patru*) Les premières ëditions rare- 
ment sont parfaites *, ce n^est même asse£ souvent qu^tme 
ëbaucJie , à laquelle on donne ensuite plus de perfection ; 
on, si l^on veut^ ce 'sont des tableaux travailles avec soin, 
mais qui , exposes aux yeux des amateurs, leut laissent apep- 
cevoir des défauts ^ qu'uue touche plus fine et plus légère fait 
bientôt disparaître. 

Imbu de ces principes, Tabbë Blanchard avait déjà re- 
touebë son Poète des Mœurs ^ en profitant des avis de la cri- 
tiqiie , et lavait reproduit sous le titre à" École des Mœurs ^ 
deuxième édition qui fut bientôt épuisée et renouvelée par 
plusieiu's réimpressions. Le succès de Touvrage ne laissant 
aucun doute sur son ujtilité, Tauteur voulut y mettre la der- 
nière main : ce soin fut presque la seule occupation des der- 
nières années de sa vie. Il ne songea plus guère qu a laisser 
après lui un monument de Taffection qu'il avait eue pour ses 
élèves, dans un ouvrage où Tadolescence et Tâge mûr iraient 
puiser les leçons de la sagesse , et chercher des exemples de 
vertu quelquefois plus utiles encore que les préceptes les 
mieux établis. Ce fut dans le cours de ce travail que la mort 
vint le surprendre à Tourteron le ^4 mai 1797. La douceur 
de son caractère , la simplicité de ses moeurs, sa franchise, 
sa bonne foi , sa modestie , son affîd)ilité lui avaient concilié 
l^estime et Famitié de tous ceux qui savent apprécier la réu- 
nion de qualités aussi rares. H éprouvait la jouissance la plus 
douce f et toujours son cœur palpitait de joie , lorsqu'il ap- 
«prenait que quelques-uns de ses élèves , transplantés dans la 
société, utilisaient leurs talens au profit de Téglise ou dé 
Vétat. 

« On coimptera Tubbé Blanchard dans le petit nombre des 
» auteurs qui sont moins jaloux d'une réputation brillante, 

TOME I. 9 



lie . BLA 

-» que de la satisfactiott plus douce d'élre utiles à leurs coo— 
» citoyens. Ses divers écrits respirent une morale pure, une 
», douce piété, 1 amour de la mertu, et un zèle ardent pour 
u Tinstniction de la jeunesse et la formation des mœurs. 
» Touché des abus sans uomBreque présente dans. la pra- 
» tique l'ëducaticm ordinaire, et des maux qui résultent^ la 
» fluctuation des principes dans cette importante matière , 
» il chercha à y remédier en ^myant ses PrécepUs pour / V- 
» ducation des deux sexes y ouviage où il a rassemblé tout 
» ce que renferment de plus substatitiel les auteurs tant an- 
» cieas que modernes qui s'en sont oecupés. C'était dans ces 
» utiles trayaûx qu il cherchait à oublier les maux inaépa- 
9 rabfes de Tétonnante résolution qise nous avons esmyée. » 
(^n £i(^^ par M. F* D. H. à la tête de lEcok des Mœurs^ 
^it« de i8o4*) âes productions littéraires sont : 

L Le Temple des Muses fahulisles ^ ou choix des plus bdies 
FMes des meilleurs fabulistes français ^ 4wec des remartpxes 
historiques ^ géographiques j mondes et critiques. Liège, Bas- 
aompière, 1766, a vol. in-12. 

II. Le Poète des Mmurs ou les Maximes de la sagesse yasfec 

des remarques morales et historiques. Namnr^ J. F. Stapleaux , 

1772, a vol. in-i2i lï., avec <» titré : Les Maximes de 

l'honnête homme, etc.^ Li^g®? J* F. Basisompierre , 1769, 3 

vol. in-i 2 ; it.^ soas ce titre : V Ecole des Mœurs, etc*, Lyon, 

1782, <784' 17867 1790, 1801. Ces cibq ëdîtioras , senties 

des presses de Bi^yset, sont en 3 voL «n^i2 *, iu, Ljon^ ib.» 

i8o4>6vol. in-i^^ it,, Avignon, libr. associés (i8o5), 3vol. 

in-- i^\it,, édition refaite et augmentée d^un grand nombre 

de morceaux nouveaux , par M. H. Lemaire, Pans, Leprieur, 

1818, 3 vol. tn-f a, fig. *, iU, Paris, 1823 , 3 vol. in^ia, fig. 

Cetouvrage a été traduit en espa!gnol par Ign, Garcia Malo. 

Madrid, 1786, in-8**j et en allemand, Augsbourg, 1789, 

in-8°. 

m. Préceptes pour l'éducation d^ deux sexes, à Vusage 



BON i3i 

des ^amiUes chrétiennes j Lyon y Bruyset , 1 8o3 , la vol. in* i a . 

L'hauteur de son ëloge, désigne par des initiales ^ est 

M. Oiirc^ste^ son petit nereu y aneien notaire à Tourteron. 

BONNE {Rigobert)^ ipgénîear-*hydjn^Faphe de là marine , 
xïé le 6 octobre 1 7917, à Rajicourt^ a]^rit les mathéfliatiques 
sans raaitre. Il était ingénieur^ dix^-hnit ans , et servit en 
cette qualité dans la guerre de Flandre , ou il se trouva au 
$î^e de Berg-i^Zoom, ea i'j^'j* U s^appliqua de bonne 
heure à la physique ,*aux math^atiques 9 à la géograpbie, 
et il fut durant quinze anà un des «oaitres les plus recher- 
chés de Paris. 

Une attaque de paralyaie qui lui survini; eu 1 775 , et dont 
il lui resta une infirmité pour le reste de sa vie »^ ne lempé- 
cha pas de travailler avec assiduité , et souvent une partie 
de la nuit» Ce ne (ut que quelque» années avant sa mort 
qu'ail suspendit son travail aueoucber du sdieil, mais alors 
il se levait de grand matin. La vie sédentaire qu'il menait 
lui causa , vers le milieu de Tannée 1 795 , une hydrqpisie à 
laquelle il\sueeomba le a novembre. 

«(Bonne était extpémeiaeatdôux, .d'une patience exem- 

» plaire^yd'une humeur ^aiç et touJQurs prévenante ^ mais 

)> quand il^tait ei^aspéré) il avait de la roideur, et n'aurait 

,]» pas fait une démarche pour se réconcilier. On remarque 

» un peu d'aigreur dans jse$ réponses à Ri^-Zannoni et a 

» Robert de V augondi , au ^ujet de raplatissemeut de la terre 

^ )» dans ses cartes géographiques. U était au reste d'une pro*- 

» bité austère et d'uu désiatéi^sement peu commun. » (De 

» la Lande, \i?/ibagr. a^tron.^ p. 766.) 

II a publié un grand nombre de cartes géographiques , 
recherchées dans le temps pour la gravure de hàitré , plutôt 
que pour leur exactitude. 

I. Atlas moderne pour la géographie de NicoBe de 
la Croix. 

9- 



i3a BOU 

II. Petit atlas maritime des £Ôtes de la France, i^jS^ y en 
3o certes ou plans. 

III. Tableau de la France, 1764? îii-ï8', en vingt-sept 
cartes y avec un texte imprime. 

IV. Réfutation d'un ouvrage de Rizzi-Zannoni, intitule : 
Dùseîiation sur différens points de géographie. Paris, 1765^ 
in-i2. Le livre de Zannoni avait paru en 1764, in-S"*. 

V. Atlas pour VHistl philosoph. de Raynal^ în-4** 

VI. Atlas encyclopédique, avec Desmarets. /^om^ '7^7> 
1788, 2 vol. in-4** pour V Encyclopédie méthodique. 

VII. Atlas pour la géogr. de Vabbé Grenet, în-4*. Il -est 
encore recherché aujourd'hui. 

Vin. Carte du golfe du Mexique, en trois feuilles : elle 
B valu à Tauteur le titre d'ingénieur-hydrc^raphe de la 
marine. 

IX. Neptune Americo- septentrional, en dix-huit cartes 
in-fol., très bien gravées , et qui ne comprennent guère que 
les côtes des Etats-Unis. C'est ce qu'il a fait de mieux. 



BOQUILLET {Jean), prêtre et poète français, natif 
d'Aubigny-les-Pothées, canton de Rumigny. Le temps 
nous a dérobé jusqu'à la moindre connaissance de sa vie. Il 
ne m'est connu que par une courte notice que je tire de 
'la Croix du Maine. Ce biographe dit que «Jean Boquillet a 
*» traduit en vers français les hymnes sur le chant de l'église, 
-ï) avec un cantique sur le livre de la Genèse ^ fait par ledit 
» Boquillet , imprimé à Reims, par Nicole Baquenoiis , l'an 
^) l558 (in-8** rare), auquel temps florissait ledit auteur en 
» la ville de Mézières ». {BïbL franc. , 1. 1 , p. 45.) (i) 

BOUILLON {Fiacre) j figure parmi les enfans qui ont 

,(1) Le bouiig d'Aubigny a également donné le jour à Person, brave ofii- 
oier, qui se signala sous le règne du roi Jean , dans TinterTalle de i35oà i564. 
(Le Long, HitU de Laon, p. 376.) 



BOU i33 

«Lcquis quelque cél«$brité. U naquit le 2 février 1763 , au ha- 
meau du Rouilly, près de Rocroi , de Fiacre Bouillon , mé- 
tayer, et de Jeanne Rimbau , et reçut Fëducation commune 
auic jeunes villageois. 

Ses pârens n'avaient pour subsister que le produit de leur& 
bestiaux : ils lui eu confièrent la garde. Ce fiit en les &isant 
paître dans les plaines arides du pays, qu'il sentit naître le 
premier désir de communiquet ses idées sous lenveloppe 
agrëal^le de la poésie. La lecture de la Henriade^ que le ha- 
sard lui mit entre les mains, développa ses talens, et, sans 
avoir jamais fait de vers , il composa un petit Poème sur la 
rtuissance du Dauphin, Il n'avait alors que dix-sept ans. Ce 
premier essai fat bientôt suivi de la Bataille de Hocrai^ poème 
^de 476 vers), Charleville^Baucourt^ i785,in-8®, p. a4- ^^^ 
fit liiommage au prince de Condé , sur le champ même où le^ 
duc d'Enguien son aïeul, remporta en i643 la fameuse vic- 
toire qui fait le sujet du poème. Le prince voulant s'assu- 
rer des talens du jeune homme, le.fît enfermer dans une 
chambre, et lui donna un sujet poétique à traiter, qu'il rem- 
plit avec succès. 

Frappé de ces dispositions heureuses , le petit -fils du» 
grand Condé ofl'rit au pâtre un logement dans* soi> palais , en 
attendant qu'il pût le placer convenablement ; mais le jeune- 
et timide nourrisson des Muses, qui îa'était jamais sorti de* 
son pays, ne put se résoudre à accepter ces offres, content 
de jouir au sein de sa famille des douceurs d'une^ vie pai- 
sible et ignorée. 

L'abbé Desmarais, prieur-curé de Regnîowez-, étant par- 
venu à vaincre la répugnance que le jeune Bouillon avait à> 
quitter ses parens, le fit partir pour Keima. L'archevêque- 
l'accueillit avec bonté , et se chargea de pourvoir aux frais 
de son éducation. L'abbé Lesurier, principal du collège,^ 
lui enseigna le grec et le latin-, et en moins de deux ans, 
1 élève studieux fit jdes progrès si rapides^, qu'il fut reçu 



, i34 BOU 

eâ rhétorique au collège de Montaign à I^ris, sur la fin ci<f 
1786. Il s^y distingua, et qumqu'il fut un des bons ëcoliers 
de sa classe, il doubla sa rhétorique , et obtint le premier ttc^ 
cessit en amplification française à la distribution; générale 
des prix faite à runiversîjbë , le 7 août 1788. 

Son ardeur pour Tétude, jointe a Im mauvaise nourriture 
du collège, affaiblit sa constitution, qui n'était pas bi^ 
forte. De retour dans son pays , il se umria \ et quelques an- 
nées après, il mourut au Rouilly, le 1^ avril 1795, âgé de 
trente-deux atis. L'abbé Desmarais , son bienfaiteur, recueil- 
lit ses derniers soupirs. Il a vu s'approcher la mort, sinon 
sans regret, du moins sans trouble et sans teriieur. Calme et 
résigné, il a quitté le ihonde comme sàr de celui où doit en- 
trer un chrétien pénétré des devcars et des vérités de sa reli'>- 
gion. Il avait âé membiis du conseil général du département 
des Axdennes. 

On a trouvé parmi ses papiers une petite pi^oe de vers k 
M. de Talleyrand'^Péngord, archevêque de Reims, une 
fable, des réflexions sur le papier-monnaie, son Poème sur 
la naissance du Dauphin ^ et un autre Poème sw saint Louis y 
ou les Croisades j en dousse chants , dont le cinquième est 
perdu. Ces productions sont inédites. Tout ce qui est sorti 
de sa plume est caractérisé par la* naïveté et la facilité-, mais 
on jr chercherait en vain cet abandon po^que , et ces grands 
écarts de l'imagination, qui sont d'ordinaire le cachet des 
poètes de la nature. 

Bouillon était doux , tranquille , pacifique , laborieux , 
méditatif, sans ambition. Ses mœurs pures, sa conscience 
délicate , sa modestie et ses sentimens religieux inspiraient 
le respect. Il avait un caractère froid et sérieux , et faisait ses 
délices de la vie champêtre, sans doute parce qu'il dtait 
convaincu que le bonheur habite souvent les lidux agrestes 
et solitaires , et <ju'Ëpicurc avait eu raison de dire : Si tu 
veux être heureux, cache ta vie , bene qui latuitj henc vixit. 



BOU i3 



Cette maxime est pleine de sem : pour plaire dans le monde . 
il fai&t y occuper peu de place, et s'y ccmceittï^r dans ses 
affections. On pourrait appliquer ce distique à Bouillon : 

' Tam javenem senuisse nocet, naih maxima virtus 
Persnasit mort! ut crederet esse senem. 

BOU ABON {François DE) , prince de Gonti y souverain 
de Ghâteau-Regnault, près de Charleville, troisième fils 4^ 
Louis I^% prince de Condé , tué à la bataille de Jarnac en 
1 569 y'Ctd'EiléoncHredeRoye, étaitnéàlaFerté^sous-Jouanre, 
le 19 août i558. 

a II défit les liigueurs en plusieurs rencontres , et soumit 

» a Henri IV presque toutes les villes du Maine , de rAnjou 

i> et du Poitou. Oh n'est point étonne qu'il conil>attit avec 

^ toute la valeur d'un prince du sang; mais étant presque 

yi sourd , et si bègue qu'on avait de la peine à l'entendre , il 

1» parait singulier de le voir commander des armées , et qu en- 

» suite Henri IV , pendant la paix » et lorsqu'il était obligé 

» d'aller dan^ les provinces, le nommât toujours pour veiller 

» sur Paris , et présider, en son absence , aux différens con- 

» seils. On prétend que ce dérangement dans ses oi^anes 

» n'était point de naissance v mais.qu'il provenait de l'ébran- 

» lement qui se fit dans tout son corps , et de l'horreur dont 

» il fut saisi y lorsqu'au massacre de la Saint-Barthélemii , en 

» iS^i, on vint poignarder Briou son gouverneur, et qu'il 

» fut arrosé du sang de œ vieillard, âgé de quatre-vingts ans^ 

» qu'il tenait embrassé. 

)> Davila rapporte que les princes du sang , qui étaient ca- 
» tholiques, voyant que Henri IV difiérait toujours ^a con- 
)) version , cœnmencèrent à penser, chacun pour soi , à la 
» couronne *, que le prince de Gonti y était inhabile par ses 
» défauts naturels , et d'ailleurs impuissant j mais qu'il espé- 
» rait que cette impuissance même qu'on publiait, lui servi- 
w rait auprès des Espagnols, et qu'ils le choisiraient préféra- 



i36 BRA 

» blement à tout autre prince, a6n que l'infante ii''aya]i.t 
D point d'enÊins , ils pussent exécuter leur projet d^unir la 
» couronne de France à celle d'Espagne. » ( Saint -Foîx , 
Hist. de Ford, du S. Esprit.) 

Il mourut à Paris dans le palais abbatialde Saint-Germain- 
des-Prës, le i3 août 16149 sans laisser de postérité. Il avait 
été marié deux fois, la première avec Jeanne de Goësme^ en 
janvier i58â, morte le a6 décembre 1 601 -, la seconde avec 
Louise Marguerite de Lorraine , à laquelle nous avons con- 
sacré un article. Th. de Leu a gravé son portrait in-4**> avec 
quatre vers au bas. On a publié : Oraison Junèbre de Fran-- 
çois de Bourbon j prince de Cority; par Henri le Maire ^ curé 
de Saint^Sulpice. Paris, Huby, i6i4> in-4**« ^oy. Morëri. 

BRAZY {Jean)y est plus redevable à la ville de Sedan 
qu'à sa patrie , car celle-ci ne lui donna guère que le jour , 
au lieu que Fautre cultiva son esprit , forma ses mœurs , et le 
mit à portée de faire briller ses talens et ses vertus. 

Il naquit vers i586à Badonvillers , petite ville de Lor- 
raine, où les Luthériens ont eu une église jusqu'en 1625. 
Son heureux naturel, et la vivacité de son esprit plurent tel- 
lement à Matthieu Barthole , pasteur de cette église, (Ju'il 
voulut se charger de sa première éducation. Brazy lui a con- 
sacré un monument public de sa reconnaissance en i6o4(0- 

Lorsqu'il fut capable d'entrer dans une académie, on 
l'envoya à Sedan,, où le prince Henri de la Tour n'épargnait 
aucun 'soin pour rendre les études florissantes. Il y prit les 
leçons de Donaldson , de Jonston et de Tilenus , et soutint 

(1) Thèses theologicof in. quint um prœce^tum éeealogi, prœside Tiieno, resp, 
Joh. Brazyo, BaudonviUano, 26 oct. 1604. Sedan , i6o4a in-4**» P» **• — «Reve- 
» reado et do^ftiss. viro Dn. M.. MatihiBO Bariholo , vigilantissimo atque fidelis- 
» simo BaudoiiTÎlIensis ecclesi» pastori, stildioram suorum authori ac fautori, 
» oiûnibus titulis colendo , hasce thèses in sempiternam débitas obserfaflti» 
» testimonium dedicabat respondeas Brazyu». » 



BRA i37 

sous ces laaîtres habiles des thèses de philosophie et de thëo- 
logie , la première le 6 octobre i6o4> et la dernière le 2 
juin. 1608(1)* 

LMglise de Phalsbourg instruite de sa capacité, n'*attendit 
pas qu'il eût terminé ses exercices scolastiques , pour lui of- 
frir une charge de pasteur : elle lui avait adressé une voca- 
tion avant qu'il eût mis le sce^u à sa réputation par son 
dernier acte académique (2). Samuel Neran, principal du 
collège de Sedan , le félicita de cette bonne fortune, parla 
pièce qui suit i 

Jo. Brazio ad ministerium ecclesiœ vocato, 

Flere vetas , et flerei urbes , Brazye , dolori 

Frsena meo ponit , firaena relaxât amor. 
Gogor amôre meî largos effundere iletus , 

Sistere sed fletus cogor amore tui. 
Qui teneam lacrymas, dum tu pars altéra nostrî , 

Alter ego dicis dum mihi triste vale f 
. Qui fundam lacrymas , dum tu pars altéra nostrî , 

Dum voti damnas redderis alter ego? 
tiactenus aeterno sub dictatore fuisti 

Miles , nune fîeri te jubet esse ducem. 

Ergo tibi potiiis tantum gratemur honorem , 
Thesea Firithoi gaudia flere nefas. 

Ncerani poemata, ip^^g. 

Arrivé à Phalsbourg, Brazy s'applicpia à remplit tous les 
devoirs de sa profession , et à se perfectionner Tesprit par 

(1) Je connais huit de ces thèses ;il s'y nomme dans toutes Baudonvillensis 
ou Baudonviiianus. La bibl. de Sainte-Geneyiève en possède trois, sous le 
n<* D, 3743* Elles ont été réimprimées p. igo , 54o et 56a de Syntagma Ti- 
ImiL Genève y 1608^ in-^<*. Il y a cii^q de ces actes académiques à la bibl. Ma- 
zarine 9 sous la cote G. i3i63. Trois roulent sur la philosophie. 

(a) « De cœlibatti ministrorum ecclesiae, praeside Tileno, resp. Joh. Brazyo 
' » BaudoDTillensi , die 2 junii 160$. Sedan, 1608, in-4", p. aa.» — «Pietate 
» et prudentiâ spectatissimo ecclesiœ Phaltzburgensissenatuïinscribitrespon- 
• dcns ejusdem ecclesiae Pastor designatujs. » 



i38 BHA 

Fëtude, et te cœur par la pratique des vertus chrétiennes « 
Il avait reçu pendant treize ans les applaudissemens qui ac-- 
compagnent d'ordinaire le mërite , lorsque T^glise réformée- 
dé Sedan voulut Tassocier à sa gloire. On apprend du re- 
gistre <les Modérateurs de Tacadémie de cette ville , qu^il y 
arriva en 1 62 1 , et que le 2 1 juillet de cette année , le conseil 
ordonna tjfue le sieur Ramboar serait remboarsé des frais ifuil 
an/ait faits pour faire venir à Sedan le sieur Brazy. 

Il y avait long-temps que Brazy travaillait à s'instruire; 
on crut devoir remployer à Finstruction des autres. Le pre- 
mier octobre 1624 il fut nommé principal et premier régent, 
ou professeur de rhétorique du collège académique de Sed^n, 
poste vacant par la mort de Jacques Cappel, aieur du Tilloy . 
{Reg. des Modér.) Le P. Norbert s'est donc trompé en avan- 
çant, dans son ffisL chronologiquey qu^Elisabeth de Nassau, 
gouvernante de la souveraineté de Sedan , en Fabsence du 
prince Henri de la Tour son époux, avait conféré à Brazy la 
principalité du collège de cette ville, en i6o3. Mais il a en 
quelque sorte rectifié cette erreur, en disant, sous Fan- 
née 1664, que Brazy vaquait alors aux fonctions de princi- 
pal depuis quarante ans. Le 29 janvier 1629 on lui accorda 
une augmentation d'appointemens , pour qu'il continuât 
d'occuper la chaire de grec , dont il s'était chargé temporai- 
rement, en attendant qu'on y Mt pourvu. {Reg. des Modér.) 
Néanmoins , on voit qu'il enseignait encore cette langue au 
collège de Sedan en i644> et qu'à cette charge et à celle de 
principal et de premier régent , il joignait encore celle de 
pasteur. 

Tantque la vigueur de l'âge seconda l'activité de son zèle, 
Brazy dirigea l'école académique de Sedan avec beaucoup de 
succès, n'épargnant ni temps ni soins pour ouvrir à ses élèves 
toutes les sources du savoir, et former pour son prince et 
pour sa patrie adoptive des sujets dignes de servir l'un et 
d'honorer l'autre -, mais lorsque sa caducité ne lui permit plus 



BRA i39 

de tenir, ttne main sévère à l'observance des sages règlemens 
c^ui avaient acquis à ce collège une juste célëbritë , le relâ- 
ctiement s'y introduisit. Depuis près de sept ans cet établis- 
sement commençait à dëcboir de son ancienne splendeur : 
les humanités y étaient faibles y et les élèves indisciplinés. 
l>e conseil des Modérateurs voulant couper le mal dans sa 
racine , résolut le 6 novembre i644 ' ^^ substituer un autre 
principal à Brazy-, mais ce vieillard, mû par un zèle indis- 
cret, sembla ignorer un instant qu'il n'y a plus de lauriers 
à moissonner, quand le dépéiissement de la nature a signalé 
le l>nt où l'on doit s'arrêter. Il s'appuya du crédit de George 
de Ouiscard de la Bourlie, alors vice-gouverneur de Sedan, 
et mit tout en œuvre pour se maintenir dans son poste. (JRtg, 
des JModér.) 

lues Modérateurs craignant que cette opposition ne^ causât 
la mine do collège académique, composèrent avec Brazy. Ce 
vieillard satisÊiit se démit de son plein gré de l'emploi de 
principal et de premier régent, qu'il exerçait depuis qua- 
rante ans, et renonça à ses travaux classiques. 11 eut pour 
successeur dans la principalité, Jacques Alpée de Saint-Mau- 
rice y et du Rondel dans la place de premier régent. Comme 
il avait alors environ soixante-dix-^huit ans, il est probable 
qu'il ne poussa pas sa carrière beaucoup plus loin. (P. Nor- 
bert. ) Il est auteur de plusieurs opuscules , dont les suivans 
sont parvenus à notre connaissance. 

I. Rketoricœ compendùan^ qiuBStionibus et responsionibus 
brei^ibus et dilucidis y in muni collegii S€danensis concinna- 
tym* Sedan, P. Jannon, et P. Chayer, 1648, in- 16, p. 96. 

II. Une Pièce de vers latins ^ sur le trépas du ministre 
du Moulin*, moit à Sedan le 10 mars i658, traduite en 
quatre-vingts vers français, par J. Charpentier, et imprimée 
à la page 18 du Récit des dernières heures de du Moulin. Ge- 
nève;, Chouet,* 1661, in-S**. • 

La familll' de Brazy subsiste encore dans le département 



i4o BRA 

des Ardennes. Après la rëvocation de Véàii de Nantes , o» 
défendit aux médecins protestans Texercice de leur profes- 
sion. Alexandre Brazy, qui fut du nombre de ces, citoyens 
disgraciés, quitta sa patrie, devint médecin de Kcaur.de 
Berlin, et membre du collège supérieur de médecine, (onde 
en cette ville en 1 68 5 . Il y est mort en 1714» âgé de soixante 
ans . Il avait concouru avec Barthelemi , docteur en médecine , 
Marc Borle , et Bayle , pour la chaire de philosophie de Faca- 
démie de Sedan , que ce dernier emporta. 

Henry Brazy, qui avait été pasteur à Brisson en Nivernais,- 
se retira aussi à Berlin , où il fut premier aumônier du régi- 
ment de Varennes, formé par Jacques Laumonier, réfiigié 
à Berlin en 1686 (i). Il devint ministre à Grambzlow, 
marche de Brandebourg, en 1691 et 1695. Il avait soutenu 
une thèse de théologie à Sedan en 1671,* sous la présidence 
de le Blanc de Beaulieu. Thèses de justitiâ prind homtms_, an 
naturalis Jverit vel superncOuralis . Sedan , 1 67 1 , in-4'*. ( Ca- 
talogue de la bibl. de Bossuet, p. 440 
^ Us étaient lun et lautre nés à Sedan d'Etienne Brazy, 
docteur en médecine , conseiller des Modérateurs, et profes- 
seur de philosophie à Facadémie de cette ville, lequel avait 
pour père Jean Brazy, à qui nous* avons consacré cette no- 
tice. Nous présumons que Pierre Brazy, pasteur à Wesel, 
était fils d'Henri , ministre à Grambzlow. On a de lui : « Ré- 
a flexions sur V humilité chrétienne ,• Tune sur Tamour de Dieu 
» et lautre sur la tiédeur dans le service de Dieu. » Utrecht, 
1706, in-i2, p, 358. (Bibl. du roi, D. 2. i382.) 

Selon Erman , les Brazy tiraient leur origine de Ghâtillon- 
sur-Loing, d une. famille de robe très honorable, (itfem. du 
Refuge, t. I, p. 324; t. II, p. igS-, t. ni,p. 377-, t. IV, 
p. i34 et 154 -, t. VIII, p. 326, 33p et 331.^ t. IX, p. 64.) 

(1) Marquis de Varennes, natif de Vaiui-Ghauipagne , canton d'Attigny. 



» « V ji* 



BRE 14 1 

KREtJX (^ Baudouin TiE) y second gt^néral de la cotigrifga- 
tion des prêtres de la Doctrine chrétienne, vit le jour à Mt^- 
zîèrfes-sur-Meuse , vers 1600, selon le témoignage du père 
Baizë , son confrère (i). D après la carrière qu'il a fcnirnie, 
il est permis de croire qu'il avait été élevé dans le sein des 
lettres et de la vertu. Ses études achevées, il forma le des- 
sein d^ntrer dans un ordre religieux , où il pût s'occuper de 
son salut et de celui du prochain. L'institut des Doctrinaires, 
établi en 1 5g2 , venait d'être mis au rang des corpora- 
tions régulières (12) *, et comme sa fin principale était de 
catëcbiser les enfans et d'instruire le peuple des prin^ 
cipes de la foi, notre jeune Ardennais l'embrassa par goût, 
et après l'année d'épreuve, il prononça -ses vœux à Tou- 
louse , en 1618. 

Sa congrégation ayant formé plusieurs établissemens-dans 
la capitale, vers i63o, le père de Breux alla s'y fixer, et 
comme il se fit bientôt remarquer, autant par ses talens et 
son zèle pour le salut des âmes , que par la régularité de ses 
mœurs , on l'élut premier supérieur de la province de Paris, 
en 1647* Ii^struit que les divisions causées par la. réunion 
des Doctrinaires aux somasques italiens, allaient toujours 
croissant, le pape Innocent X les sépara en 16479 et rendit la 
congrégation de la Doctrine chrétienne à l'état séculier, sous 
un général particulier et français. (Bref du 3o juillet 1647» ^^ 
trois autresbrefsconfirmatifs de celui-ci, des an. i652à 1654.) 

(1) «GompendiTTÎtae Patris de Bus auctorem esse R. A. P. Balduinum de 
» Breux , atun. congregationis pnepositum generalem , Gampaniiin , ex nrbe 
» Macerianim, vitâ functum in hâc domo (S. Garoli) , 8 feb. 1668, testati 
» sunt unâ Toce, quot quot consului seniorës nostii.» (Cat. MS, de ta bibi, 
de la Doctrine chrét., t. IX, p. 489, déposé à la bibl. de. l'Arsenal.) 

(a) Depuis leur origine, les Doctrinaires ne formaient qu'une corporation 
de prêtres séculiers, liés par des vœux simples. Un bref de Paul V, du 17 
ayril 1616, leur permit de faire des vœux solennels, et unit leur congrégation 
à celle des religieux somasques d'Italie, pour former avec eux un corps régu- 
lier, et les soumit au supérieur général des somasques. 



i42i BRE 

L'emploi de provincial que le Père de Breux exerçait avec 
distinction depuis plusieurs ann^^es y était uù acheminement 
au g(3néralat. Il y parvint en «ffet en i6j3 , succédant dans 
ce poste éminent à un orateur d'un mérite distingué ,1e Père 
Hercule Âudif&et, oncle et maître du célèbre Fléçhier, de- 
venu le rival du grand Bossuet pour Foraison funèbre , et le 
modèle de Tharmônie oratoire. La manière dont il s^aoqiiitta 
de se^ {onctions, prouva que le choix de ses confrères avait 
été Élit avec maturité. Il les remplit jusqu'en 1667, époque 
où Alexandre YII, par un bref du 5 mars, convoqua un 
chapitre général extraordinaire à Avignon , pom* procéder 
à l'élection de nouveaux supérieurs , qui exécutaâseat à 
la lettre les bre£s d'Innocent X, son prédécesiseur, mort 
en i655. 

Après la clôture de cette assemblée y le Père dç Breux, af- 
franchi des soins de la supériorité, et rendu à lui-même, 
revint demeurer à Paris, dans la communauté de Saint* 
Charles , où pendant onze ans il consacra à la prièi^ et à 
rétude tous les momens que Tobservance de sa règle et la 
direction des âmes ne réclamaient pmnt. Il y mourut le 
8 février 1668, avec la réputation d'un homme de bien 
que les ailaires de sa congrégation n'avaient janxais détourné 
de ses devoirs religieux. Les Biographes qe Font point 
connu, n a publié , sous le voile de l'anonyme .* 

abrégé de la Fie du vénérahle César de Bus , fondateur 
de la congrégation de la Doctrine chrétienne y par un Père de 
la même congrégation : imprimée en téta des Instructions fa- 
milières de César de Busj sur le catéchisme romain , Paris, 
Josse, 1666, in-S***, lY.^ imprimé séparément; As^ignon^ 
1697, in-ia , et à Paris et ailleurs, in-i8 et in-24*, it*^ tra- 
,duit en italien par le Père Joseph BorJgUoni, doctrinaire, 
avec ce titre : « Compendio délia vita de! ven. Cesare At 
» Bus , fondatore délia congr. doctrinae crist. scrittâ in Fran- 
» cesce , da un padre delUs^tessa congr. e tradotta in italiano 



BRI 143 

^ A.B. tm altro délia Medesinia. » In Ronuiy D. A. Ercole, 

La famille de Breux sulDisiste encore à Foulsy, canton de 
Rumigny. 

Gai. Ch.^ t. Ylly p. g66 et seq. ; Fontette, BM. hxst., 
ti*** io85o et 11007. 

' BRIQUEMAULT {Hznri DE> seigneur de Saint-Loup- 

aux- Bois , canton de Tourteron, membre du conseil des 

Modérateurs de Tacadémie de Sedan , lieutenant-général de 

la cavalerie de la sérénité électorale de Brandebourg , figure 

parmi les bienfaiteurs des colonies protestantes qui se fixèrent 

dans ce pays , après la ré vocaticm de Tédit de Nantes^ en 1 685 . 

Se prévalant .de la liberté que cet édit accordait aux Calri- 

niste^ 9 il avait établi Texercice de la religion réformée dans 

sa terre de Saint-Loup , sous la conduite du jeune ministre 

Fetîzon , Sedanois *, mais ayant prévu le sort dont les églises 

protestantes françaises étaient menacées, il se retira dans le 

Brandebourg, en 1681, avec son pasteur. Sa' réputation 

Tavait devancé dans ce pays , et il y reçut 1 accueil le plus 

gracieux, surtout de Télecteur Frédéric - Guillaume - le - 

Grand. 

. Chaîné, en i685 , de recueillir les réfugiés qui affluaient 
en Wesfphalie , il leur distribua , à Taide des collectes faites 
pour eux, dabondans secours. Ce fut par ses soins que se 
formèrent des colonies à Lippstadt, à Ham, à Soèst, à Miden 
et en d autres lieux de ces provinces; et il contribua puis- 
samment à la fondation des églises françaises de Cîlèves , de 
Wesel , d'Emmerich et de Duysbourg. La réputation et le 
crédit dont il jouissait, attirèrent dans ces contrées beaucoup 
dé j&milles nobles réfugiées, et une foule de militaires frah* 
çais calvinistes, qui s'enrôlèrent dans les régimens wes*- 
phàliens.. Ainsi la France croyant ne perdre qu'un seul 
homme , que Tintolérance cjiassait de son sein , en perdait 



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i44 BW 

avec lui une multitude d'autres, dont plusieurs ont (ait la 
gloire du refuge. 

Dès Tannée i683, de Briquemault eut un regimbent de 
cuirassiers de six escadrons , qu^on augmenta de quatre en 
i685. Cette année Fëlecteur lui donna encore un de ses plus 
anciens régimens d'infanterie. Ces deux corps se remplirent 
d'officiers français , le nom seul de Briquemault étant pour 
eux un point de ralliement-, car ils retrouvaient en lui le 
digne descendant d'ancêtres fameux par leur bravoure, et par 
leur zèle pour le protestantisme. Il devint ensuite gouver- 
neur de Lippstadt, où il établit des manufactures auxquelles 
la cour fournit des sommes considérables*, et il fut depuis 
promu au grade de lieutenant-général. Etant mort à Lipp- 
stadt en i6ga, on l'inhuma dans la cathédrale de Wesel-. 
Son tombeau est revêtu d'une inscription allemande , dont 

voici la traduction : 

* 
Henri, baron de Briquemault, seigneur de Saint-Loup , Uew* 

tenant^général de caç^alerie de S. S, électorale, colonel d'infan^- 

terie et de caçaUrie, et gouifemeur de Lippstadt, mort le i6 août 

1692. 

Cette mort fut pour les églises westphaliennes réformées 
une perte irréparable , -et uhc des causes principales de l'af- 
Êiiblissement et de la décadence de la plupart des colonies de 
ces contrées 1 Le baron de Briquemault, qui se signala tou- 
jours par son attachement pour l'électeur son maître , était 
aussi religieux qu'il pouvait l'être au sein du calvinisme 
dont il faisait pijpfession , et joignait à des mœurs douces et 
réglées une ame forte et naturellement humaine. Sa maison 
était constamment ouverte à tous les Français fugitifs , et 
particulièrement à ceux de l'île de France et de la pro- , 
vince de Champagne. • 

Il a partagé avec le comte de Beauvau la gloire d'avoir 
été un des principaux promoteurs de l'établissement des Ré- 



BRI 145 

fagiés dans le Brandebourg. La réputation qu^il s'est acquise 
dans le service militaire , comme sôus d^autres rapports , le 
place à côté de ses illustres aïeux , qui depuis long -temps 
jouissaient en France d'une considération due à leur courage 
et à leur vertu. Il avait épousé Marie de Meaux , laquelle 
<x>ii tracta un second mariage avec le général Dorthe , réfugié 
IMessin , qui parvint aux premiers grades de Farmée. 

La Ëimille de Briquemault était une des plus distinguées 

de France , et tenait le premier rang parmi les seigneurs de 

la communion réformée. DeThou, Gastelnau, Brantôme et 

les Mémoires du temps en font la mention la plus honorable. 

Em 1 559 un Briquemâultyù^ enyoyé vers François II pour 

les itffcdres de ceux de la Religion, C'est le même qui , le 3 oct. 

I 569 , après la défaite des Protestans à Moncontour, rallia les 

troupes dispersées j et les ramena aux princes. Ayant été blessé 

à la jambe quelques jours avant la bataille de.Jarnac, le 

1 3 mars de la même année , il avait reçu Louis I"^', prince 

de Gondé , et Tamiral de Goligni , qui s'étaient rendus chez 

lui pour tenir conseil. Le prince ayant laissé échapper 

quelques mots qui semblaient insinuer qu'il aspirait à la 

couronne, Briquemault lui adressa ces paroles : « Monsieur, 

» il semblerEÛt par votre dire que vous tendriez plus à Fam- 

» bition qu'à la religion ^ je vous laisse quitte , si vous ve- 

)> nez là ', prenons le parti de Dieu , autrement je me retire. » 

a n est probable que ce brave et honnête Briquemault est 

» celui que Charles IX eut la barbarie de faire. exécuter en 

» place de Grève , après la Saint-Barthélemi (en 1 672), avec 

» Arnaud de Gavagne , conseiller au parlement de Toulouse. 

» Le roi assista au supplice comme à une partie de plaisir. 

)) Si Louis XI était le compère du bourreau, Charles IX 

» était bien digne d'en être l'ami (i). Les Réformés rempor- . 

(1) Ces deux vieillards sezagéoaîres furent tridnés au supplice sur des claies , 
comme les plus vils scélérats ; et dans la marche , une population brutale les 
couvrit de fange 9 en vomissant contre eiu les plus horribles imprécations. 

TOME I. 10 



1 



i46 BRI 

» tèrent , après la Saint-Barthëlemi , assci d^a vantages pour 
» que la cour se vît oWigë à mollir, à désavouer les fureurs 
îi dont elle s'était rendue coupable , et à iSatter ceux qu'eUe 
» auiait voulu dëtniire. On rëhabilita donc en 1676 la Tné- 
)) moire de Briquemault, ainsi que celle de Coligni , de Ca-^ 
\> vagne et de Montgommeri. » (Emian, Mém. du Réfitge^ t. II , 

p. 123)', voy. aussi t. ï, p. i!î4? ^^^? ^4^ ? *• ^I? P- '79> 
190 , d''ou cette notice est extraite. 

En 1676 un Briquemault, colonel, était détenu à la Bas- 
tille, pour avoir eu le malheur de déplaire à un ministre; 
mais il fut élargi k la demande du comte de Chamilly, gou- 
verneur de la Grave. (Mém. et anecdotes pour servir à la mai' 
son de Bourbon j t. Il, p. 376.) 

BRIZâRD (Nicolas) tient un rang distingué sur le Par- 
nasse latin des Ardennes. Ne au bourg d'Attigny, vers 
l'an 1520 (1), il fit ses études à Reims, et se sentit dès lors 
plein de ce feu divin qui animé ceux qui sont nés poètes. 

La lecture d'Ovide lui inspira de bonne heure le désir de 
l'imiter, et d'essayer si des métamorphoses de sa façon pour- 
raient avoir du succès. Les diverses fot*mes que peut prendre 
l'amour pour s'insinuer dans le cœur et pour se Fassurer, lui 
parurent offrir le sujet le plus susceptible de poésie , et le 
plus propre à exciter de l'intérêt : il s'y arrêta. Ce dessein 
fut exécuté en Allemagne, où il était alors attaché k une fa- 
mille espagnole , en qualité de précepteur. Ses poésies som- 
meillaient depuis sept ans en portefeuille : vaincu par les 
instances de ses amis , il consentit enfin à l^s pnblier. 11 
professait alors les beliesJettres au collège de la Marche à 

Après aToir été étranglés, on leur ûla iQstfu'à leur chemise, comme si on 
eût Toulu leur faire subir un nouveau supplice encore phis ignominieux après 
leur mort. I 

(i) On n*a pu préciser i'époque de sa naissance , les registres d'Attignjfie 
remontant qu'à Tannée i6»8. 



BRI 147 

Paris (^i). Ges détails sont consignes dans sa dédicace, da- 
tée de cette ëcole célèbre, du 14 des calendes d'octobre i556. 
Ktant k Venise, vers Fan 1 648 , il se trouva dans un ëtat 
de dénuement , dont leffet ordinaire est de refroidir le génie 
et d''éteindre Fimagination : malaise qu^ëproUvent assez sou- 
vent les gens de lettres tout occupes à recueillir les richesses 
de l'^e^prit. Pierre de Selve était alors ambassadeur dans cette 
capitale, pour le roi Henri IL Briisard rencontra en lui un 
Mécène lil)éral. La voix de la reconnaissance de fit entendre : 
il luidëdia.ses Métamorphoses-, et ce qui honore infiniment 
son cœur, c'est que dans sa dédicace , il rappelle la situation 
malheureuse où il s'était trouvé , et publie ensuite la généro- 
sité de son illustre bienfaiteur • Nom recordor^ dit-il ^ tuam 
erga me venetus afflictum beneficientîdtnj dum tu commissam à 
christianis. regc Henrico legdUùnem ùbires» 

Notre poète eût sans doute laissé des traces plus profondes 
de son passage sur 1^ Parnasse 9 si le sort ne lavait enlevé 
trop tôt. £n i365, il fat victime d'une épidémie qui frappa 
un grand nombre de ses élèves, et qui aurait pu avoir des 
suites plus funestes sans les secours et l'habileté du docteur 
Ravin. Sa perte prématurée excita les plus vifs regrets. 
Charles Gilmer de Tourteron les a exprimés d'une manière 
aussi noble que touchante , dans un discours prononcé au 
collège de la Marche , le 3o septembre de la même année : 
a Te ne verô , y dit-il j mi Brizarde, prseteream , in cujus la* 
)) bris videntur ab ipsis incunabulls Mtc&se insedisse, tàntud 
» lepos, tanta venustas, tanta facundia in oratione tua re- 
» lucebat? Sed ut sunt res humanae, non permisertmt superî 
)> ut ad portum tuam navim deduceres. En enim dum , ut 
)) alter Thelamon , nâvigationis mercedem expectas , vitam , 
)) communi no^trâm omnium, malo , cum morte commutas , 

(1) Lapierre , né à Puilly, près d* Yvois , a été principal de ce collège. {Ann, 
d'Yvois, p. a 12.) 

lO.» 



i48 BRI 

» ut propè omnes ad unum qui navi tuse commissi erant 
)> naufragium expectapent , nisi unus accessisset Ra^inus in 
i> HyppocratÎGO mari versatissimus y qui jam penè eversam 
» tuam navim summis extulit undis. » {Oràtio in classe Mcw- 
chianorum habita pridie cal* oct* 1 565.) 

On remarque dans le Recueil des poésies de Nicolas Ghes- 
neau de Tourteron, publiées à Paris en 1553, une épi- 
gramme et un hendécasyllabe , adressés à Brizard. Nous 
rapporterons d^autant plus volontiers la première de ce& 
pièces y qu^elle nous a paru un' des plus beaux monumens 
•élevés à Famitié. 

iBquoreas potiÙB cœlum labetnr in andas , 
Ursave durupto stellati vertice codi 
Terrenis semper rutilans insederit oris ; 
Auricomus teoebras vîtiato lamine Titan , 
Noxve , dabit lucem priùs ; aut elementa peribant ; 
Aut cassus remm reddetur amabilis ordo ; 
Ant populos unus varios demulserit Orphens ; 
Aut segetem palmes ; sejg^es aut spomantia fand«t 
Pocula ; fluctisono ant strepitu scylla carebit y 
Quàm , Brizarde , tuum mea perdant pectora nomen. 

Epigram,, lib.II, foi, 3u 

Ses ouvrages : 

I. Cruenta syllogismorum diatecticorum/ornuiy per N. Bris- 
sardum^Aihiniensem Rhemum. Paris, Vascosan (s. d.), in-8% 
fol. a8 (BB. Maz., C. 27641). Ch. Gilmer, Ardennais, a 
depuis traité le même sujet en vers latins. 

Cet opuscule en prose est dédié au jeune Nicolas de 
Joyeuse, abbé de Belval en i545. A la fin de sa dédicace, 
Tauteur explique ainsi son sujet : 

Qnae pacem coluit dialectica , concipit iras 

Ad bellnm : pugnax arma craenta rapit. 
Barbara, celaient, sophiae duo Inmina nostr», 

Alter in alterins dépérit interitum. 
Hic réparât vires animumque ad prselià fortem. 

Induit : ille hostes impetit arte suos. 



.j 



BRI i^g 

lUinc corniciiiës, illinc et classica Martem 
Extimalant, bello quod fit in ancipiti. 
Senserat extremam dialectica penè ramam , 
- Sed belli extinxit pax ioopina faces. 

Vient ensuite ce distique au lecteur : 

Quîsqois amat dulces reram placidosque lepores , 
Perlegat haec, sophUe dogmata quisquîs amat. 

On voit assez que c est une critique badine de la philoso- 
phie scolastic[ue , dont on a si étrangement abuse. L'ironie 
est parfaitement soutenue dans cette bagatelle ingénieuse. 
On y trouve de la saillie, du trait, et de la plaisanterie fine 
et ddliëe. L^auteur s* y montre familiarise avec les subtilités. 
de Vëcole*, ce qui suppose qu^il s^était arrêté dans les landes 
de la scolastique, avant que de gravir le Mont -Parnasse. 
La Monnoye dit que Fouvrage d'André Guama , intitulé 
Guerre grammaticale des deux rois _, le Nom et le Ferbe , com- 
battons pour la principauté d'oraison j a servi dç modèle a 
Brizard. (Du Verdier, BB.Jr.j t. I , p. 70.) 

II. Métamorphoses amorisj quibus adjectœ sùnt elegiœ 
amaioriœ : orrtnia ad imitationem Os^idii (tjuoad licuitj con- 
scripta et elaborata. Paris, Jean Hulpeau, i556, in-S**,. 
fol. 56. {BB. du roi, 2080. Y.) 

Li^ouvrage, divisé en deux parties, contient vingt mé- 
tamorphoses et seize élégies. Dans celles - là , FAmour se 
change en neige , en miroir, en bouquet , en polype , en cha- 
pelet , en pie , en flèche , en âne , en satyre , en glaive à deux 
tranchans, en puce , en fleuve, en pommes dW, en.plusieui:s 
autres formes, et enfin en rien , innikilum :■ 

Dnmque putat manibus jam jam retinere, paratque 
Dicere, nimc nostra es. Fngit licet ocras Euro 

Non rediturus amor : tum seGytherius héros 
In nUUium vertit , sedesqne révisât avitas. 

Sous ces fictions assez ingénieusement inventées, lauteur 



BRI 



a eu en vue d'exprimer les dift'érens eii'etâ d'une passion dont 
il se faisait gloire d^être agite ; c'eàt du moins ce qu'on peut 
inférer de la devise cju^il prend à la fin de louvrage: ^mori 
usque ad aras. Il a assez bien saisi la tournure d'Ovide \ mais 
il fest fort au-dessous de son original, sous le rapport de 
la délicatesse des sentimens «t de la finesse des pensées. 
Ovide (i) était un poète de cour, Brizard u'était inspiré que 
par une muse vulgaire , et il avait souvent à lutter contre Tin- 
fôrtune. Il dit lui-même dans la ix® métamorphose : Non 
bene pauper amat. 

Ses élégies sont écrites avec beaucoup plus de feu. D y 
célèbre , sous le nom de Chloris, la beauté d'une jeune per- 
sonne dont il était épris. L'*imagination seule lui a fourni les 
desseins de ses métamorphoses *, le fonds de ses élégies était 
tiré de son propre coeur. On comprend dès lors quelle dîfiÎB- 
rence il doit y avoir entre les unes et les autres. Il nous ap- 
prend que la maîtresse imaginaire qu'il s'est forgée , pour 
figurer dans ses métamorphoses , afin de pouvoir satisfaire la 
passion qu'il avait de versifier, était une Bruxelloise , filçuse 
de laine y qu'il nomma Flore : Fuitautem Flora j puella (juce- 
dam Bruxellensisj lanifica^ quant amabatpoeta. (^Métam. amo- 
risj p. 3.) 

La poésie de Brizard est fen général montée au ton très 
libre, que se permettaient ceux qui avaient* ramené en 
France les, muses latines. 

François Habert d'Issoudun a imité , et , pour ainsi dire , 
traduit les seize premières métamorphoses de notre poète , 
sous ce titre : Métamorphoses de Cupidon ^ Jâs de la déesse 
Cithérée^ qui se mua en diverses formes . Paris, Jean Kerver, 

(i) Le plus bel esprit de son siècle et le phis galant , inimitable dans sa fa- 
cilité d'exprimer tous les mouvement de l'amc, et ^i aurait été sans défaut, 
s'il eût sa maîtriser son imagination. Brizard aurait pu lui préférer Tibulle ; 
car cbes celui-«i c'est toujours le cœur qui parle au cœur, tandis qtte chez 
Ovide c'est souvent l'esprit qui parle à Hmagination. 



BRO 



131 



i56i, in-S^.^L'abbe Goujet dit qu'Habert n a pas ooramé 

Brizard, et que lorsqu otn compare les Métamorphoses de ce 

dernier avec celles de Tautre , on rabat extrémemeat du pn^- 

iendu génie inventeur d'Habert , et qu on ne lui laisse plus 

que le mérite de copiste et de traducteur. {Bïbl.fr.^ t. XIII^ 

p. 4^ 9 1* XI V^ p» 4^9.) C'est à tort que du Yerdier a donné 

1 ^ouvrage d'Habert, sous ce titre : «Les Métamorphoses de 

» Gupidon , qui se mua en diverses formes , le tout traduit 

» des vers de Nicolas Brizard^ natif d'Attigny, en son opus- 

» cule intitulé : Métamorphoses amoris. Paris, i56i, inoS"". » 

Un huitain de Nicolas Ghesneau , adressé à son ami Bri-. 

zard sur son livre des Métamorphoses , terminera cette notice. 

Mutatas homînum dicenHa carmina formas 

Felignus. Bilirà prodidit arte sepe^ : 
At varioft vultas aaimO , BrizardQ , sagaei 

Quos fubiit , cantas ingeniosus Âmor. 
Protea , Tel polypam nobis qui fingis Amorem , 

me« utisèà teadant qm^miiii uJa tiii p 
- Te vaxiia cxedAJ» P«pibii monstxare figuria , 

Quôd YaHo huilait p««t(kra noatra mpdo. 

(A la suite de k dédicace des JM. de Brizard,) 



BROUËT (^Jean), né à Cbateau-Regnauh-sur-Meuse , 
vers Fan ï55o, cultivait la poésie latine^» La considération 
publique dont il jouissait^ le fit nooLnu^r, le io octobre 1 574, 
Tun des procureurs-syndics , pour assister à l'assemblée où 
fut rendue la fameuse Sentence générale des terrés som^ercùnes 
de Chdteaur-Regncadt j du la avril 1576 (Charleville , 1764, 
in-4*'), et où les droits de souver^jjo^té absdue de Henri de 
Lorraine, duc de Guise, furent tellement reconnus^ qu'z/ 
powait se dire et nommer roi ou empereur ^ porter couronne 
dor ou d'acier. Brouet est nommé deux fois dans le préam- 
bule de cette sentence , prononcée en présencie du procureur 
général du prince , et de Nicolas Ducloux , son bailli , par Fran- 
çoi3 d'Ambly, écuyer, gouverneur général de ces terres. On 



1 52 BRO 

ignore le lieu et Fëpoque de la mort de Brouet. Il est stu^ 
teur de trois pièces de vers, imprimées en 1 687 à la fin de I» 
chaîne ou arbre éncyclopëdiqiie des sciences et des arts libd-^ 
raux, ouvrage rarissime de Christophe de Sayigny, Rethe^ 
lois. La première de ces pièces est adressée à Louis de* 
Gonzague , prince souverain d'Arches , duc de Nevers et de 
Rethel*, la deuxième à Ghr. de Savigny, et à Nicolas Bei^e— 
ron, éditeur de Touvrage^ la troisième roule sur Fart de 
rimprimerie. La deuxième est employée dans Farticle que 
nous avons consacrée à Savigny. Voici les autres : 

j4d inçictissimum ac illustriss, principem et ducem Nwer— 

nersem, etc. 

Mente manûque potens et binft Palladis hastâ 

Ârmatus , socias Martis et artis opus : 
Doctrinà dudnm validisque potentipr armis , 

Armis Tydiden, mente refers Ithacum. 

Sub tua signa merens per ntmmqne Savigniut acer 
Te sequitnr, tantum et gaudet habeie ducem. 

Ergo ceu Phœbus spatioso prsesidet orbi : 

Sic princeps multis gentibus ipse praees.^ 

f/oan. Brouetius obtervantiœ et obsequiinomine hoc appoiuit, 

Prœfatus Brouetius Bibliopolanan admirabilem Artem miratur, 

Respice , Musa , viros nnllis nunc arte secundos , 

Carminé , jam laudet Musula nostra TÎros. 
Triptolemi sanè cuperem conscendere currus , 

Germanûm cunctis cognita fama foret. 

Musa. 

Talia crede mibi virtutis praemia non sunt : 

Tirtus ingenio tanta colenda tuo est. 
Ut sine Phœbea nox umbra lampade terras 

Sic sine Germanis pagina nuUa foret. 



CAB i53 



c. 



C ABRISSËAU (Nicolas)^ fut un de ces hommes nës sous 
une mauvaise étoile , presque toujours malheureux avec du 
mërite et de la vertu , et sur qui la fortune aveugle se plaît 
à épuiser ses rigueurs. 

Michel Cahrisseau et Perette Bayot, ses parens, étaient 
dlioiinéte3 marchands de la ville de Rethel. Il y vint au 
monde le i5 janvier 1680. Guidé, par les dispositions natu- 
relles les plus heureuses , il fit des progrès si' rapides dans 
ses premières études , qu'à peine âgé de treize ans , il s'était 
déjà distingué en rhétorique y au collège de Reims. 

Décidé pour Fétat ecclésiastique , il entra au séminaire de 
cette ville , et après avoir subi ses épreuves académiques , il 
reçut les honneurs du doctorat. Les controverses de la grâce 
étaient fort échauffées alors. Elles fixèrent son attention , et 
eurent une influence marquée sur toutes les époques de sa vie. 
Dès 1706, M. le Tellier, .son archevêque , le pourvut du 
doyenné de Lavannes ; mais ne voyant que les besoins du 
troupeau et les talens du pasteur , ce prélat le transféra la 
même année à la cure de Château-Porcien. Arrivé à sa^ des- 
tination y le jeune docteur remplit tous les devoirs , embrassa 
tous les détails. La nef de son église menaçait ruine , et la 
réparation était à la charge des habitans. Il obtint du duc 
Mazarin la démoUtion d'un vieux château , et en moins de 
six mois le temple fut abattu et rebâti de fond en comble. 

« Depuis, il employa sans relâche ses talens, son temps, 
)> sa santé, son bien et son crédit, à Fédifice spirituel, par 
)) des instructions solides, pathétiques et fréquentes -, par les 
)> livres et les aumônes quil répandait abondamment-, par les 
» visites multipliées des pauvres et des malades , et par Téta- 
» blissement de trois maîtresses d'école. En 1709, il vendit 
y* le peu d'argenterie qu'il avait, pour assister les pauvres, 



i54 CAB 

» à qui il distribua une provision de blë destinée à la sub- 
» sistance de plusieurs pensionnaires , élevés chez lui dans 
)) rdtude et la piëtë : se réduisant de cette sorte à manger 
)) lui-même du pain d'orge. » (JVouv* eccLj. iGoctobre 1761, 
p. i65.) Cette conduite exemplaire lui gagna tous les cœurs, 
et le fit singulièrement regretter, lorsqu'il passa à la cure de 
Saint-Etienne de la viUede Reims, en 1710. M. le Tellier^ 
son protecteur, venait de mourir le a3 février de oette aonée. 
Cette perte devint par la suite très funeste à son repos. 

La constitution Unigenitus^ donnée le 8 septv 1 7 1 3^ ayant 
été publiée dans le diocèse de Reims, Cabrisseau Faccepta 
d'abord ', mais bientôt après il en appela au futur concile : ce 
qui le perdit dans l'esprit de M» de Mailly, successeur de 
M. le Tellier. Ce prélat mit tout en œuvre pour le priver de 
la théologale que l'abbé Rogier ( 1) lui avait résignée en 1 7 18. 
Mais Cabrisseau en prit possession en vertu d'un arrêt du 
parlement et des {Hrovisions que lui donna l'évéque de Laon. 
La pluralité des bénéfices répugnait à ses principes, et pour 
s'y conformer il n'attendait que la fin d'un procès qu'on lui 
avait intenté, sur le faux prétexte que la théologale était eu 
régale lorsquW l'en mit en possession. Le cardinal èe 
Mailly, déçu dans ses espérances , lui déclara une guerre ou- 
verte ; mais il triompha des efforts de ce puissant adversaire^ 
frappé de mort en 1721 . 

A oette époque , le parti pour lequel tenait notre Ardennais 
commençait à plier sous les coups de l'autorité , et la puis* 
sance des Jésuites était omnipotente. Il froissa leur amour- 
propre, en détournant le chapitre de Reims, de présenter au 
nouvel archevêque Rohan-Guemei^é un de leurs Pères 
pouf reftiplir une station à la cathédrale. Cet affront fut 
bientôt vengé par une lettre de cachet , qui mettait Cabris- 
seau dans l'alternative , ou de se démettre de sa théc^ogale, 

(1) Mort le 8 février ijSS. Son art. est dans les Nouv, ceci, du a mai i735. 



CAB i55 

ou de s'éloigner de trente lieues de Reims. Il prit ce dernier 
parti, et se retira en 1^23 à Paris, pour y «uivre le procès 
relatif à sa théologale. Il le gagna au parlement , mais il le 
perdit au conseil du roi : ce qui le priva de ce bénéfice. 

M. de Noailles, archevêque de Paris, utilisa ses talens; 
mais après la mort de ce prélat, arrivée en 1729, M. de Vin- 
timille, son successeur, Finterdit. Exclu des fonctions du 
saint ministère , son zèle lui fit trouver les moyens de rendre 
des.services aussi utiles, quoique moins éclatans. U consacra 
^ tout son temps à la visite des prisonniers , à rétablissement 
de diverses écoles dans les villes et les campagnes, et à la 
composition et à la publication de différens ouvrages. M. de 
Bellefond , qui n''occupa le siège de Paris que depuis le 2 juin 
I j^6 jusqu'au ao juillet suivant , le fit arrêter et conduire 
au donjon de Yincennes. Il en sortit au bout de quatre mois, 
en vertu d^un ordre qui VexilailT à Tours. CM tait la folie du 
temps d exiler pour cause de jansénisme. Cabrisseau mou* 
rut subitement dans cette ville , le 3o octobre 1760, âgé de 
soixante^x ans. 

Ses restes furent inhumés avec pompe dans leglise de 
Saint-Saturnin sa paroisse. M. Titou^ de Rethel, son ne- 
veu, docteur et professeur de droit à Reims, voulut honorer 
* sa mémoire par la célébration d'un service solennel dans la 
paroisse de Saint-Etienne : les notables de Château-Porcien , 
assemblés à rHôtel-de-Y ille , votèrent aussi des prières pu- 
bliques, pour leur ancien curé *, mais Tes prit de parti fit avor* 
ter ces pieux desseins *, ce qui fit dire : Tant de fiel entie-t-*il 
dans Tame des dévots I Taniœne anùms cœlestibus irœ 1 ( Virg. 
Mneid.j\ïh, I.) 

Ses ouvrages : 

I. Déclaration de Nicolas Cabrisseau- 
Elle contient quatre pages imprimées à la suite du « Mé- 
» mbire pour les .curés de la ville et flu diocèse de Reims, 



i56 CAB 

)) appelans des ordonnances de Farch., du 5 oct. 17 16 et 
» 20 mars 17 17^ au sujet de la bulle Unigenitas. Paris, 
» Jouenne (i7i7)> în-4"> P* 54'» {BE, Maz,^ c. i34B4-) 
Le tout a reparu dans le t. I du Cri de la Foij par Nivelle , 
1719, 3 vol. in-i2. 

II. Mémoire pour la Régale^ par N. Hussenot^ avocat / et 
Requête au roi sur le même sujets par Cahrisseau. ( Paris ^ 
i7ig)in-fol. 

III. Requête au roi contre Simon Charuel^ chanoine de Saint-- 
Simphorien de Reims. (1723) in-fol. : elle a trait à sa théolo- 
gale qui avait ^të adjugée à Charnel par arrêt du conseil. 

rV. Sermon sur le sacre de Louis XV ^ prêche à Reims ^ le 
4 oct, 1 723 9 dans Valise de Saint-Michel y quinze jours avant 
le sacre de sa majesté. Paris, Lottin, 1734^ iii^'"' P* ^* 
(Bihl. Sainte-Creneviève 9 x, 693.) 

Ce discours, qui roule sur les devoirs des sujets envers 
leur souverain, préserva dans la suite son auteur de la Bas- 
tille : « Car ayant été arrêté à Paris le 3o déc. 1730, pour 
» être enfermé dans cette prison , M. Hérault (lieutenant de 
» police) lui rendit la liberté, en disant qu'il n'était pas 
» juste de Tôter à un sujet si fidèle et si zélé pour son roi. » 
{Nou\f. eccl.j oct. 1761, p. 166.) Des biographes mal ins- 
truits ont avancé que ce sermon avait été prêché le 25 oct. , 
jour du sacre, et applaudi de toute la cour. 

V*. Instructions chrétiennes sur les huit béatitudes. Paris, 
Lambert, 1726 , in- 12 \ it.j ibid.j Crévier et Henry, 17^2, 
in- 1 2, p. 402 , avec onze figures . 

\l*. Cantiques spirituels sur le miracle opéré sur la dame 
de la fosse j élans la paroisse de Sainte-Marguerite (à Paris) y 
le 'il mai 1725, yoMT du Saint-Sacrement. Paris, Babuty, 
1726, in-i2, p. 20. Il y en a quatre contre les libertins et 
les impies , contre les Protestans , contre les immodesties 
dans les églises, etc. 

VII. Réflexions morales sur le li^re de Tobie. Paris, 



CAB ,57 

JHolreHenri, 1727, in-12, p. Sai -, it^ lii J.^ Lottih , 1786, 
in-i2 , p. 42I9 s"" édit. 

VIII *. Instructions courtes et familières sur le Symbole j pour 
servir de suite aux instructions de M. Joseph Lambert j prieur 
de Palgiseau (sur les commandemens de Dieu et de l'Eglise). 
Paris, 1728, 2 vol. m-i2-, it.^ ibid.^ *74*> ^ vol* in-12. 

Ces instructions sont plus approfondies, plus étendues et 
plus solides que celles de Lambert, et le dogme y est joint à 
la' morale : « elles n^y cèdent en rien ; on peut même leur 
» donner la préférence , tant par le choix des sujets , que par 
» la multiplicité et Tétendue des preuves. » (JDict. des Aut. 
eccLj art. Lambert.) 

IX. Discours sur les Fies des Sainfs de TAncien Testa- 
ment. Paris, Osmont et Henri , 1782 , 6 vol. in-i 2. 

<c Cet ouvrage contient 4^4 éloges des patriarches , des 
n prophètes, et de tous les personnages de Y Ancien Tes- 
» tament. Ce sont des espèces de discours moraux , où This- 
» torique est joint, et toujours appliqué à la direction des 
» bonnes mœurs. La préface roule sur la vénération et le culte 
» des Saints de V Ancien Testament. On dit que le fond de 
» cet ouvrage est de M. le Gros, chan. de Reims. » (Cotai. 
MS. de la BibL de Vahbé Goujet.) 

Néanmoins je trouve dans le t. IV, p. 1 1 2 du Cotai. MS. 
delà BibL de la Doct. ckrét.j déposé à la !Bibl. de F Arsenal , 
(( que ces discours avaient été faits à Reims par M. Rogier, 
» théologal avant M. Gabrisseau, lequel les a retouchés et 
» y a ajouté les autres. » 

X*. Instructions chrétiennes sur le sacrement de mariage. 
Paris, Gagneau qt Savoye, 1787, in-i6. 

XI. Le JNouçeUiste ecelésiastiijue lui attribue en outre : 

1. Réflexions sur la bénédiction des cloches, Paris, in-12; 

2. Cantiques sur les épttres et les évangiles, Paris, in- 12; 

3. Cantiques sur les évangiles et les sacremens. Tours, in^ 1 2 *, 

4. Alphabet pour les écoles y Tours, in-12. 



i58 CAD 

4 

Editions d' ouvrages de P abbé le GroSj chan, de Beims j, 

publiées par Cabrisseau. 

î . Retraite de huit jours sur les principales vertus chrétiennes 
et religieuses. Paris, Osmont, 1728, în-ïa. L^ëditeur la re- 
vue , et Ta augmentée de la paraphrase de deux psaumes 
pour chaque jour. 

ik. Méditations sur Vépttre de saint Paul aux Romains. Pa- 
ris , Savoie , 1 735, a vol. in- 12. 

3. Motifs invincibles d'attachement à V église romaine pour 
les Catholiques j ou de réunion pour les prétendus Réformés. 
Tours, s. d., in-i2 , p. 47 '» ouvrage compose à Reims pour 
des Protestans (jui y étaient prisonniers de guerre. 

Nouv. eccl.j 28 nov. 171^9, p. 2io5; 20 mars 1732 , p. 55-^ 
3 avril 1747? p- 56-, 23 oct.-i75i, p. 169.— Cerveau, iVe- 
crol. des défi de la vérités t. III , p. 240. —De Barra! • Dict. 
ffist. 

CAVEAU {Nicolas). L'homme qui procure à Fétat npe 
nouvelle branche fructueuse de commerce, mérite d'être 
mis sur la même ligne que celui qui Tëclaire ou qui le dtf- 
fendj et c'est sous ce rapport que Nicolas Cadeau doit trou- 
ver place ici. 

Né à Leyde vers 16 1 5, il alla à Paris , où , de concert avec 
Jean Binet et Jacques de MarseilleSj, il établit une draperie, 
façon de Hollande, qui eut du succès. «Les maisons Etienne 
» Béchet et Jean Poupard^ établies à Sedah, la première en 
,» i6ï8, et la deuxième en i63oj fabriquaient d'abord des 
» serges ou étoffes communes de laine. Depuis quelques an- 
)) nées ces maisons s'essayaient dans la confection des draps 
» façon de Hollande et d'Espagne , mais ne suivaient que 
))-de loin leurs modèles... Les Sedanois aspiraient à s'élever' 
» au niveau des Flamands leurs voisins , réputés pour Ira- 
» vailler mieux qu'on ne le Ikisait ailleurs, et, s'ils le pou- 



CAI i5g 

» vaîeiit, à leur devenir supérieurs. Cette conquête commen- 

» cëe déjà , fut achevée par une société de fabricans envoyés 

» de Paris en 1644» ^^^ 1^^ auspices du gouvernement. 

ri Ciselaient Nicolas Cadeau,, Jean Binet et Jacifues de Mot'- 

» seilles. Us acquirent d abord toutes les lumières qu on pût 

» leur donner; puis ils fondèrent , en 164^» le bel établis- 

» sèment du DijonvaL Le conseil , à qui ils étaient particu- 

^ lièrement recommandés, leur concéda , pour lar somme de 

» dîx-huit cents livres, remplacement qu'occupe aujour- 

» cfhui une partie de ces vastes édifices, et les autorisa en 

» outre à construite une foulerie sur la Meuse , et à tirer des 

» futaies et des carrières de la commune tous les matériaux 

» qui leur étaient nécessaires. 

» liC succès qu'obtînt cet établissement valut à Nicolas 
» Cadeau et à ses associés, indépendamment de plusieurs 
» franchises , le privilège exclusif de fabriquer des draps fins 
» à rinstar de ceux de Hollande; mais en 1666, un édit du 
» roi , sollicité par le grand Golbert, étendit à tous les éta- 
» blissemens de Sedan la facidté réservée aux seuls proprié- 
» taires du Dijonval. Cinq ans d'une libre émulation donnè- 
» rent des produits plus parfaits que vingt ans de privilège. » 
(Peyran, Hist. de Sedan ^ t. II, p. 180.) (i) 

Cadeau quitta Sedan pour retourner dans sa patrie , après 
la révocation de Fédit de Nantes, et y mourut vers 1690. 

CAILLE (Nicolas Louis DE LA), illustre astronome que 
là France s'enorgueillit à juste titre d'avoir produit, naquit à 
Rumigny(2), arrondissement de Rocroi , le 1 5 mars 171 3, de 
Louis de la Caille et de Barbe Rébuy. « Il tenait par des al- 
f> liances à plusieurs familles anciennes et distinguées du 

(1) Voy. ibid., p. 355, Tétat des manufactures de Sedan en i8a6. 

(2) D. le Long (p. 533 de son Hist. de Laon) fait naître dans ce bourg, 
Claude Colet, champenois. C'est à Remilly-les-Vaudes (Aube) que ce poète 
vit le jour. 



i6o CAI 

» Laonais. Comme il avait un «Sloignement pour toutîés les 
» distinctions j il n^a jamais peimis (ju^on recherchât son 
))^gine. Il disait que la vraie noblesse se déclare par les 
» timens ; quW ne doit point remonter à Torigine . die ses 
» aïeux par Tamour d'ufi vain titre , mais seulement pour se 
» soutenir dans le ch^mn de Fhonneur par des exeniples de 
» probité et de vertu. » ( i) 

Son père^ après avoir servi comme volontaire daas le 
corps des gendarmes de la garde et dans lartillerie, s^ëtait 
retiré à Anet avec lemploi de capitaine des chasses de la 
duchesse de YendÂme. Là, il cultivait les 3ciences, et sur- 
tout la mécanique , et par ses exemples autant que par ses 
leçons 9 il tâchait d'en inspirer le goût à son fils; il le confia 
d'abord au principal du collège de Mantes-sur-Seine , son 
ami. Ses humanités terminées, le jeune la Caille vint en 
1 729 à Paris au collège de Lisieux , où il fit deux années de 
rhétorique avec le plus grand succès. G est dans cette classe 
qu'il contracta , par ime lecture réfléchie des Œuvres de Ci- 
céron , un style de latinité très pur. La préface du n° vu est 
une preuve de son goût. C'est là encore qu'il se familiarisa avec 
Horace , dont il citait souvent des passages. Cet immortel ly- 
rique est le poète du bon sens : il donne aux caractères des 
nuances de vérité qui ravissent. Saisir ses pensées, épouser son 
génie , c'est partager la gloire qu'il s'est acquise dans l'empire 
de la raison. Notre jeune Ardennais avait à peine dix-huit ans, 
lorsque la mort de son père le laissa sans fortune -, mais il ne 
demeura pas sans ressource : le duc de Bourbon en prit soin, 
sur le témoignage qu'on lui rendit de ses heureuses dispo- 
sitions. 

Au sortir de la rhétorique, la Caille fit son cours de phi- 
losophie à Lisieux -, il passa ensuite au collège de Navarre , 
où il étudia trois ans la théologie. Son goût pour les mathé- 

(1) tlarlier, son Bioge, à la tête du n« xi , p. 1 à io8. 



GAI i6i 

ixiatiques ne s'était pas encore dëclarë'. Les belles-lettres loc^ 
cupaient entièrement , lorsqu'un pur hasard lui piit la main 
sixr les Eléntens d^'EucUde. Il les comprit sans maître , et une 
première lecture de cet ouvrage captiva sa raison, et fit bril^ 
1er à ses jeux une vive lumière , qui ne lui permit plus guère 
de se livrer curieusement à d'autre ëtude qu'à celle des ma- 
thématiques. « Ce fut alors qu'il commença à topmer ses 
» Tues du côté de rastix)nomie. La difficulté de s'instruire 
» sans maître , sans livres , sans instrumens , le secret qu'exi*- 
» geait cette espèce d'étude absolument étrangère à celles 
» auxquelles le lieu qu'il- habitait était consacré *, en un mot, 
. » tous les obstacles qu'il rencontra ne purent refroidir son 
» ardeur, ni lui faire. abandonner son projet. En 1736, il 
» était déjà très-avancé » (i). 

Il portait l'esprit géométrique dans la philosophie scolas- 
lique et, dans la théologie même , dont il voulait réformer le 
langage, et traiter les propositions à la manière d'Ëuclide, 
son auteur Êivori. Il se disposa à prendre les degrés de 
maître-ès-arts et de bachelier en théologie, quoique décidé 
pour un genre d^'étude tout différent. Il avait réuni tous les 
suffrages, lorsque le vice -chancelier, attaché par goût à 
l'ancienne philosophie , lui fit une de ces questions futiles, 
bannies depuis long-temps des écoles. La Caille répondit 
avec une franchise si imprudente, que le vieux docteur ir- 
rité voulait lui faire refuser le grade de maître-ès-arts , qu'il 
ne lui conféra que de mauvaise grâce et sur les réclamations 
des autres examinateurs. Sensible à ce procédé, le jeune can- 
didat prit le parti de se borner à l'ordre du diaconat qu^il ve- 
nait dé recevoir, et de renoncer pour toujours à la théol(^e. 
Cette scène eut lieu à la fin de 1 736. 

Son goût pour l'astronomie le fit connaître de Jacques Cas- 
sini , qui lui procura un logement à l'Obsepvatoire , qu'il vint 

(1) De Fouchy, son £%«, dansTiTcf^ àe i'Jcdet Sàmee»^ 1764, p. 197 
TOME I. ^ II 



i6a GAI 

occuper dans le mois de piai 1737. Aidé des conseik d'Ella 
pareil maître, il avança rapidement dans la carrière. Maraldi^ 
-témoin de ses progrès , le prit en amitië , et dès Tannée sui- 
vante , ils firent ensemble la description géographique des 
côtes de la France , depuis Nantes jusqu^à Bayonne. £n juil- 
let 173g, il se rendit à Perpignan pour partager avec Gësar 
François Cassini de Thury, le travail immense de la lig^e 
méridienne , ou de la projection du méridien , qui , passant 
par rObservatoire , traverse du Nord au Sud tout ie royaume. 
Au mois de novembre , il fut rappelé à Paris pour prendre 
possession de la chaire de mathématiques du collège Maza- 
rin , à laquelle on Tavait nommé , à son insu. Il retourna 
ensuite à Perpignai;!, d où il ne revint dans la capitale qu a 
la fin du rude hiver de l 'j^o* Il y acheva son travail sur la 
méridienne , et jouit enfin de la satisfaction d'avoir trouvé le 
point qui avait échappé aux recherches de plusieurs grands 
astronomes (i). Son entrée à l'académie des sciences , le 
8 mai 1741 9 fut la récompense de cette laborieuse et utile 
opération. 

Les travaux de sa chaire de mathématiques ne firont qu'ac- 
croître sa passion pour Tastrotiomie. Il se procura au ooU^ 
de Mazarin un observatoire sdlide et commode , qu'il garnît 
de bons instrumens. II le plaça de manière à pouvoir, pour 
ainsi dire, aller au ciel de plain^pied. Cette facilité donna 
un nouvel essor à ses talens -, et depuis il n'a cessé d'enrichir 
la république des lettres par ses observations et par ses écrits. 
Ses traités d'algèbre et de géométrie , de mécanique , d'astro- 
nomie , publiés en 1 74 1 9 4^ 9 4^ ^^ ^^ 9 prouvent avec qneUe 
assiduité il remplissait ses fonctions de professeur. Les aca- 

( 1 ) G e trayail fut publié avec ce titre : La Méridienne de l'Observatoire de Pa- 
ris, vérifiée dans toute l* étendue du royaume, pour lever une carte généraie de la 
F^ranee; par Cassini de Thitry, Paris, 1744» in-i** La Caille ne voiilat jamais 
permettre que son nom parut sur le frontispice de Tonvrage. Il en abandonna 
tout rhoimeur à son confrère , qui fit mention dans la pré&ce des peines qoe 
notre savant Ardennais s'était données pour mettre cette production dus 
l'état où on la présentait au public. 



C41 «63 

demies de Berlin , de GoÉlin;^ , de Londres , de Pétera* 
iKmrg, de Stockholm et .de Strasbourg , s'empressèrent de 
l'admettre dans liem* sein. 

Ckirîeax de Gonnàttre' et de vérifier les étoiles australes qui 
lae se lèvent jamais sur Thorizon de Paris ^ il partit le ao oct. 
i^So pour le Gap de Bonne -Espérance. Il parvint à ccm* 
naître 9800 étoiles jusqu'alors incoBmues. Le vaisseau qui de- 
vait le rasiener en Franee n'arrivant pas ^ la Caille , pour ne 
perdre aucun instant, mesura un diegré de l'hémisphère aus* 
tral , sans autre secours que celui de quelques nègres. Pour 
arriver à bonne fin , il lui lallut mesurer une distance de 
699 669 toises^ c'est-à-dire près de 35 lieues dans un désert in* 
habité et brûlant, où il était exposé à des dangers contiauelsi 

I>e retour à Paris, le 17 juin 1754» après une absence de 
trois ans et huit mois , notre astroncHxie effrayé de la célé- 
l>rité que son voyage lui avait si justeipent acquise , mit touc^' 
ses soins, à se dérobera un empressement et une curiosité 
dont tsint d'autres auraient été flattés ; il se renferma dans 
son observatoire. Caché dans le sein de ses amis^ il ne se 
montra que par degrÀ, luyant les éloges comme on évite le 
blâme. 

■ 

Depuis y la Gdlle partagea toat sou temps entre son ob* 
servatoire, ses calculs, ses devoirs d'acadénûden et de pro- 
fesseur, et la publication de ses divers ouvrages. Les i^om/e- 
iMens de Vastronomie j la eoixtinuation de ses Epkémérides et 
les nombreux et hnportans Mémoires dont il a enrichi les 
volumes de Y Académie de^ Sciences^ prouvent avee quelle 
ardeur il poursuivait ses travaux astronomiques. Le travail 
était son élément; On le voyait levé à ciqq heures du matin , 
travailler jusqu'à midi sans relâche, diner en lisant, sortir 
une heure, reprendre son t^vail jusqu'à huit heures du soir, 
souper en lisant ses lettres , et monter à son observatoire, où 
il passait une partie de la nuit. Il a avoué à ses amis , qu une 
mût de son dernier hiver, il avait été trois heures couché sur 

1 1. 



i64 GAI 

le dos pour observer des étoiles près du zénith, et qail s^a- 

perçut seulement en se relevant qu'il avait été saisi par le 

froid. 

A la fin 9 son tempérament , quoique robuste , saccoxxJba 
sous tant de fatigues. Il fut attaqué le i5 mars 1762 d'aune 
fièvre maligne, de laquelle il mourut le ai, après avoir 
donné les marques de la piété sincère et solide qui avait 
constamment servi de règle à sa conduite. Il a été inhumé 
dans là chapelle du eoUége Mazàrin, d'où ses restes de- 
vraient être transférés dans Féglise de Saint-Germain-des- 
Prés , à côté de ceux du grand Mabillon , son compatriote. 
Il remplissait fréquemment ses fonctions de diacre à Saint- 
Etienne-du-Mont. 

(( Les qualités de son ame , autant que les connaissances 
» de son esprit, honorent sa mémoire. Il était froid et réservé 
^ avec ceux qu'il pe connaissait pas assez. Il ne confiait pas 
» sa candeur et sa vertu à des âiains non éprouvées *, mais 
» doux , simple , égal dans le commerce de l'amitié , c'est là 
» que dépouillant l'extérieur sérieux qu'il avait en public, il 
» se livrait à une joie paisible et honnête avec une société de 
» gens vertueux qu'il s'était choisis*, son iront brillait de la 
» sérénité de son ame , et il semblait qu'il la communiquât à 
» tout ce qui l'entourait » (1). 

Ami de la vérité presque jusqu'à l'imprudence , il osait la 
dire en face , même au hasard de déplaire , quoique sans au- 
cun dessein de choquer. Pénétrant par la pensée , il était so- 
lide dans ses jugemens. Il fixait la vérité d'un premier coup 
d'œil, et la rendait palpable dans ses discours et dans ses 
écrits , avec un choix d'expressions , qui sous peu de mots , 
renfermaient un grand sens. Il avait une aversion décidée 
pour les louanges. Horace disait d'Auguste, que si on le 

(1] SoYi éloge par Bailly, son élève. Il est inséré dans les Discours et Mé- 
moires de cet académicien. Paris, 1790 , 3 vol. in-8*. 



CAI »6S 

flattait", {/ regimbait (i) : la Caille ùe voulait pas qu'on le 
louât en aucune manière. Il était extrêmement ëgal et mo- 
déré dans toute sa conduite , et du désintéressement le plus 
par&it. Il possédait un prieuré simple à Anet , et il le rési«- 
gna. A son départ pour le Cap , le ministre le força de rece- 
voir deux cents louis poiu: subvenir aux frais de son voyage» 
Sui^le-champ il employa cette somme à l'acquisition d'un 
magnifi({ue quart de cercle (2), et déclara par un écrit, signé 
de sa main, qu'il appartenait à l'académie. Il a fait impri- 
naer à ses frais tous ses traités élémentaires , afin de les 
vendre la moitié du prix coûtant , à ceux qui prenaient ses 
leçons. 

Le célèbre Delambre , qui lui a consacré une notice sa- 
vante dans la Biogr. univ.j, déclare a qu'ayant été appelé à 
» re£aiire et vérifier avec des moyens tout nouveaux une 
» grande partie des travaux de la Caille , après avoir revu 
» avec le plus grand soin toutes ses étoiles, avoir fait de 
>» longues recherches sur les réfractions , de nouvelles tables 
)> du soleil , mesuré la méridienne de France , tenu entre les 
m mains pendant plusieurs années tous les manuscrits de la 
» Caille , il n'a jamais fait un pas sur ses traces sans éprouver 
» un redoublement d'estime et d'admiration pour un savant 
» qui sera à jamais l'honneur de l'astronomie française. » 

Ses ouvrages ne sont pas le mioindre de ses éloges. Yqici 
leurs titres : 

I. Leçons élémentaires de mathématiques ^ ou élémens d'al- 
gèbre et de géométrie > Paris, Guérin et Delatour, 1 74 ' > în-8? -, 
lY.^ibid., 1744? ^747? *756 et 1769, in-8% p.. 277. L'abbé 
Marie profitant du grand nom de la Caille , en a donné une 
nouvelle édition^ Paris j Desaint, 1770, in-8*», p. 4o4j '^•> 



(1) Cui maiè si palpera , reealcitrat undique toius. 

HoR.,lib. Il.sat. I. 
(3) Il avait été commandé par le président de l'académie de Pétersboniip >, 
dont la mort anit réduit l'artiste à la nécefûté de,garder rinatrun^ent. * 



i66 CAI 

ibid.9 1771 ) it.j Paris, Goufcter, 179^9 m*6% p. 55^^ et 
1807, avec des ëckdreissemens de Tfaevenau. Cet ouvrage a 
été trftdmt en latin par le P. Charles Schierfer^ j^ixite, 
f^ienne. Traltner, 1762, în-4*) lï.j traduit en anglais , en 
espagnol , et en italien , par SaintrGanotai^ Florence^ 1 7^7, 
in-S"", deuxîèttie édition. .' 

m 

II. Leçons de mécanùjiue. Paris, Gtvérin et Delatour, 
1743, 1767, în-8®; »f., *774> i'^"4*> traduit en latin par 
Sofaeiier. Fiennej 1769, in-4*. 

III. Leçons èCcutnmomU. Paris, tl&.j <74^' 17SSXP- ^7^)' 
1761 (p. 4*^)» ÎA-^** Ce livre est devenu olftssique josqua 
nos jours, en différentes contrées de l'Europe . Lalande l'a 
publie ayee des notes. Paris ^ 1780 , in-8^, p. 4^^) trad. en 
ktin pMT Scherfer. f^ierme^ 1761, in'-4''', et avec le suivant: 
f^ienne^ 1787, in-4**> p* «5o-, H.^tr&à. en anglais^ parRo- 
b^rtson. Londres, 1760, in-8''. 

IV. Leçons d'cptêifue, Paris, ébid.j lyôo.^ 1766, îtt-8% 
p. 1q4', *.> Paris (Guilleminet), î8o3, in-8*. Cette dei> 
nièpe édition, donnée par jdusieurs élèves de Técole polytech- 
nique, est particulièrement augmentée de la marche des 
"images dans les instrumens d'optique , des lunettes achro- 
matiques, et de riris. Elle a reparu en 1807 et 1808, in-8^ 

y. Efhimériies des mouçemens célestes. Paris, Colfem- 
bat et Hérissant, 1744 ^ 17^9 4 ^^* in-4^ Maraidi et 
Bailly ont publié le troisième et quatrième volume , et ont ^ 
atigtnenlé Touvrage de cinq cent quiyize étoiles zodiacales, 
observées en 176a et 1761, par la Caille. Ces éphémérides' 
fimt suite à celles de Déplaces, publiées en 3 vol. .in-4'', • 
Paris ^ 1 71 6 et suiv . 

YI. Jlins aux astronomes ^ par de la Caille, à roocasion 
des observations qu'il va faire , par ordre du roi , dans Thë- 
misphère austral. Paris ^ îii-4**» P» 4* C'est un avertissement, 
qui contient l'indication des jours où il &llait jEairè en Eu- 
rope les pbservatiôns correspondantes k celles de la Caille, * 



GAI 167 

•t elles furent feUes : les résidtats en sont dans l'astroiioBiie 
de Lalande» art' 1701 . 

VII. Asttimomiœfimdamentta noyissindm solis et steUarum 
obmBrvatLonibus stabilita. Paris, Gollombat, i^^'j^m^''. Ce 
reeueil d'observationd est très-rare , Fauteur n'est ayant fait 
tirer qn'un très-petit nombre d'exemplaires» Le nouveau ca- 
talogue de qpatre cents étcôles j contenu , a étë réimprima 
dansplusieurs ouvrages. L'avertissement est un chef-d'œuvre 
de diction eJt de précision. 

VIII. Tabulœsohires. Paris, 1768, in-r4**. Ces tables, ti- 
rées à cent vingt exemplaires seulement , pour être distri- 
buées aux grandes bibliothèques et aux principaux astco* 
nomes de l'Europe , ont été réimprimées dans Tastronomie 
de Lalandeet dans fduâieurs autres ouvrages : « Biles sont 
1» meilleures que tout ce qu'on avait en ce genre, meillennes 
» même que celles qui ont été depuis publiées par d^ix ^s- 
M tvonomes célèbres. » (Delâmbke j'Biogr. ujw.) 

IX. * Tables des logarithmes pour' les sinus et tangentes de 
toutes les minutes du quart de cercle,, et pour les nombres natU" 
rels décimaux et sexagésimaux depuis i jusqu'à 10800. Paris, 
1760, in-ia; it^ 1768, ia-*i2, p. 287, édition donnée par 
Marie-, it._, Paris, Desaint, 1781, in-8**, édition revue*par 
Marie et Lalande*, it.^ ^799» in-8®. 

X. Cœhun australe et sUlliJhrum^ seu observationes ad 
eonstruendum stellarum australiùm catalogum instituta^ in 
jijricâ ad caput Bonce^Spei. Paris, 1763, in-4^, p. i58, pu- 
blié par Maraldi et Bailly. Il contient les observations de 
ioo35 étoiles australes, le catalc^ue des 1942 principales, 
et un planisphère austral, dont l'original en grand est à 
l'Institut. Le catalogue de 194^ étoiles est aussi dans les 
Mém. de taoad. pour 17 Sa. Cet important ouvrage n'a été 
tiré qu'à 1 20" exemplaires. Brotier, éditeur de Tacite, l'a 
enrichi d'un éloge latin de l'auteur, p* i et (9, dont on a 
tiréquelqueseiiemplaires séparés. i^^im^Guérin, 1763, in4''^ 



i68 GAI , 

XI. Journal historique du i^yagefait au Cap de Bonne— 
Espérance, précédé d'un discours sur la vie de VaùU:^^ sMiwi 
de remarques et de réflexions sur les coutumes des Rottentots 
et des habitons du Cap. Paris , Gtdlljn , 1 768, in- 1 2 , p. 38oy 
avec une carte-, it.j avec le titre rajeuni seulement. Paris ^ 
Nyon y 1 776. Lalande dit avoir fait cpelques notes à ce jour- 
nal, rédigé par Tàbbë GaVlier sur les notes et les conversa- 
tions de la Caille , traduit en allemand. Jlltenbourg^ Ricli- 
ter, 1778, in-8^ 

« Quoique les importantes observations astronomiques qiii 
» étaient le principal objet de la. Caille au Cap , ne lui aient 
» permis de donner qu''une très-petite étendue à son journal , 
» il est toujours fort précieux par plusieurs faits qu'il y a re- 
y» cueillis, par les notes sur Kolb, que les communications ver- 
» baies de la Caille à ses amis leur ont donné lieu d'ajouter à 
» son journal-, enfin par les^exceUentes remarques qu'il nous 
» a laissées sur les mœurs des Hottentots et sur les l^abitans 
» du Cap. » (^Boucher de la Richardière, Bibliothèque des 
F'pyagesj t. IV, p. aSo.) 

XII. Chronologie des éclipses depuis Tan i de l'ère chré- 
tienne jusqu'en 1 800 , pour l'^irt de vérifier les dates. Paris , 
1760, in-4'* , I '* édition . 

XIII^ Extrait d'une lettre de l'abbé de la Caille, à 
M. Guil. Watson, pour recommander à M. Nevil Maske- 
lyne, de la Société royale, de &ire à Sainte-H<;lène une suite 
d'observations pour découvrir la parallaxe de la lune : inséré 
dans le vol. 5», part. I, année 1761, des Transactions phi- 
losophiques (en' Anglais). Londres, Davis et Reymers, 
176a, in-4°. 

XIV. Obsen^ations faites au cap de Bonne-Espérance, 
pour les parallaxes de la Lune , de Vénus et de Mars , que 
du Séjour a recalculées en entier pour y appliquer ses nou- 
velles méthodes. (Delambre, Biog, uniç.^ 

XV. Ile de France^ dans la mer des Indes ^ levée géo- 



ÇAI 169 

mëlriquement, par la Caille. Paris, Lattre, 1763, în-fol. 
Cette carte, qui n est qu'une pièce informe publiée après la 
mort de Fauteur, a été originairement dressée sur ses Mé- 
moires, par Buache. ( Fonte tte, Bibliothèque hisior.^ t. I, 

p. 93.) 

' XYI. Quarante-un Mémoires dans ceux de TAcâdémie 
des sciences de Paris, depuis 174^ jusqu'en 176a, dont la 
nomenclature serait trop longue pour les bornes de cet 
article. 

XYn. ÉclcUrcissemens sur les erreurs qu'on peut attribuer 
à la mesure du degr^ en France^ entre Paris et Amiens ^ 
p. 33^ à 346 des Mémoires de V Académie des sciences et 
belles-lettres de Berlin _, année 1764. 

XVin, Il y a dans les Mémoires de Trévoux ^ un écrit de 
la Caille sur la manière de calculer Teffet de la nutation avec 
des tables-, mais il s^j glissa une erreur. Lalande donna ces 
tables corrigées en 1769 avec les tables de Halley. 

Editions d'ouvrages données par la Caille : 

XIX. Traité d'optique sur la gradation de la lumière. Ou- 
vrage postbume de Bouguer, publié par la Caille. Paris ^ 
Guérin etDelatour, 1760, in-4**> p. 368. 

XX. Nouveau traite de navigation,, contenant la théorie et 
la pratique du pilotage ^ par Bouguer, revu et abrégé par la 
Caille. Paris j ibid, 1760, in-S***, ibid^ '7^9? îdi-S"*, à., 
ibid. , 1 78 1 , in-8** , it. Paris , 1 792 , in-8** , avec des notes de 
Lalande. 

C'est un ouvrage entièrement refondu. Clair et précis, il 
contient spus le titre d'abrégé, presque le double des ma-' 
tières de rin-4^ publié par Bouguer, en 1763. La Caille y 
ajouta la manière de trouver les longitudes par le moyen de 
la lune. Ce traité renfermait une petite table des sinus en 
nombres naturels. L'académicien ardennais y substitua les 
logarithmes des sinus et des tangentes; la forme qu'il leur 



170 CAL 

donna parut si commode y cpCon les f^hnprima à psurt ; et 
ces tables ont eu planeurs étions. 

f 

Ses manuscrits : 

I. Quelques notes manuscrites sur le Recueil d^obsen^atiom 
fiâtes en divers çoyagesj pour perfectionner t astronomie €t la 
géographie ^ par MM. de TAcad. des Sciences. Paris ^ impr. 
royale , 1 698 , in*fol . 

II. Remarques manuscrites sur V Histoire de Vastro 9 9 o m ie _» 
par Esteçe. (Paris, 1765, 3 vol. in-i^.) 

in. Notes manuscrites sur la Physique des cottêètes, par 
h P. Berthierde V Oratoire. (Paris, 1760, in-.ia.) 

Ces remarques et notes marginales sont indiquées aux 
n*' 1 1, 63 1 et 65i du Catalogue des liçres de la IMiothéfue 
de ht Caille* Paris, 1762 , in*8^, p. 76. 

IV . Journal des observatbms de la Caille* Il était entr» 
les mains de feu M. Delambre. 

y. Il avait composé en 1732 une Dissertation fort mé-^ 
thodique et fort claire , sur le sens et le fait de Jansénius j 
formant 1 10 pages. Elle a ps^ssé du cabinet de M. Debnbre 
dans celui de M. Villenave. 

Son portrait: i^ Le Jeuneux, pins. Devaux^ se. , in-4**^ 
dansZef illustres modernes (1788, 2 v(d. in-fi>l.)', a. Lan- • 
don, in S"", au trait, dans sa Gahrie lUstorùfue. 

he hoing y JSist. de I^aon^^. 534; Bailly, Hist.de Gas- 
tronomie moderne^ t. II, p. !i8i, 63i, 656*, t. III, p. 3f, 
35, 36, 73, 93, 99, i3i, 170, a58', Lalande, Hist. de 
Gastronomie y t. F, p. 23 1; etB&liog. astronotnique^p. 4^3, 
429, 435, 440, 442, 45i, 46i, 462, 465, 471, 475, 482, 
5io, 5i6, 674» 575, 078. 

C ALLIAS (Augustin). Guillaume GoUetet le signale 

comme jurisconsulte sedanois^ et le met au rang des poètes 

^ançais qui ont consacré leur muse à la poésie morale. 



CAL 1 7 1 

a 11 a y dit-il» publié Laforest des mystères de Dien » (i). 

CoUetet s est trompé grossièrement et sur la patrie et a^ur 
les productions de Gallias. Peut-être s'est-il aperçu de son 
erreur -, car il ne lui a point accordé de place dans son His- 
tôire MSS. des poètes français (a). C'est à quoi Ton s'expose 
quand on parle d'un livre sans l'avoir vu. L'ouvrage ci*de«- 
sus est en latin. Quant aux particularités de la vie de notre 
jurisconsulte poète , nous les mettons sous les yeux du leeN> 
teur* 

Aug. Callias était originaire d'Epemay, et descendait 
d'une ancienne famille de cette ville , où G. Callias, son 
aïeul, occupait une place dans la judicature en i5i8. On 
ignore où il fit ses premières études. On sait seulement 
qu'ayant échappé au massacre de la Saint-Barthélemi , il 
s'était réfugié en iSjS à Ueidelbeig, où il s'appliqua à la 
jurisprudence 9 et qu'il y v^ut dans la plus grande fami* 
liarité avec Tremellius ( 3 ) > Zanchius > Ursinus , Hugues 
Poneau , Fr. Junius , D. Tossanus , Thomas Eraste , et 
plusieurs autres sa vans de la réforme, avec lesquels il eut 
sans doute quelquefois le plaisir de mesurer ses forces; car 
les savans aiment les disputes utiles. 

C'est de lui que nous tenons ces détails *, ils sont consignés 
dans la dédicace du n** v, adressée à Frédéric V, palatin 
du Rhin, et dans sa Controversia Forensis^ où il rend 
compte d'un procès quMl eut à 'soutenir contre 1* abbaye 

( 1 ) 7Vâ«<é 4U kl poéiie moraU et tentâneieusê , p. 5 j^ 

(ft) LeM^. ««itogn{»he «st dani la bibliotliéqiie parUculiéfre du roi , galerie 
du Louvre. Il contient qufttré cent cinquante-huit vies. François GoUetet en 
a fait une Copie très feutiye : elle se trouve aussi dans la mètaie bibUothéque , 
«t contient quatre cent quarante-sept vies Reniement , quoique la table en ân- 
.nonce quatre cent cinquante-six. 'Ce MS. eÀt été d'un puissant secours à 
Tabbé Ooa}et pour composer sa Biétiothéqut fntnçùite ; mais il avoue , dans sa 
préface du t. IX, p. 6 , n'avoir pu en avoir communication. Il y aurait beau* 
coup à faire si l'on entreprenait de le publier. 

(5) Professeur d'hébreu à Sedan , auteur de savans ouvrages. 



17» CAL 

d'Ai^ensolles (i), qui lui oontestait la possessiou d'un do- 
maine qu'elle avait abandonné à G. Callias , son aïeul , 
moyennant la redevance d'un cens annuel. 

Attiré à Sedan par la munificence de Henri de la Tour , 
duc de Bouillon y ce prince le créa l'un des modérateurs de 
l'académie de cette ville. La bienveillance du souverain fut 
bientôt suivieT de nouveaux bienfaits ; il mit Callias au 
nombre de ses conseillers intimes, et voulut, en lui don- 
nant une cbaire de droit dans la célèbre école qu'il avait 
fondée , qu'il augmentât le nombre de ceux qui , par leurs 
lumières et leurs talens, contribuaient à la gloire de ses 
états. 

C'est sous sa présidence que fut soutenhe, le & février 
160B, une thèse sur l'homicide (2). 

L'imiversité de Sedan lui décerna les honneurs du rec- 
torat le 3 avril 1621, et le 3o avril de l'année suivante* Sa 
dernière signature sur les registres des modérateurs de <;ette 
école est du 6 juin 1626. Il est probable qu'il mourut peu 
de temps après. Il devait être très-vieux , car il nous apprend 
dans une de ses dédicaces (3), qu'il était dans le déclin de 
l'âge en 161 3. Je présume que Charles Bordelius, auteur 
de plusiem^s ouvrages , lui avait succédé dans la chaire de 
droit, dès le 22 mars 1624* 

(1] Maison de Bernardines, située à deux lieues d'Epernay. 

(a) Disputatio de homicidio , ci{jus Thèses , prœside\Augustino CaUià , LL, hn- 
perîaUum in academid Sedanensi professore ^ née non iltuitriss, dueii .BttUiomi ^ 
à consUlis fidissimo , propuMnare conabiittr Jacobus Biccotis daventriiu ttunns- 
sellanus. ^edan, s. n. d'impr., 1608, in-4*9 p- 34, non chiffrées» (BD. du roi , 
D. 3. ioo8«) On lit au verso du frontispice : «Nobilibus, clarissimis ac con-. 
» sultissimis , D. Danieli Tlienoy exquisitissimo sacrarum litteramm in acade- 
» mift Sedanensi professori,' nec non D. Augustinù Catiiaty Jf. G., ihidan^ 
» LL. Romanahim antecessori solertissimo , illuitrissimi principis Boilo- 
» nii , etc. y oonsiliariis longé pmdentissimis , dominis ac Mecœnatibus su»» 
» optimé de se meritis, hascé à se corrassas jurispositiones, in sempiternom 
» animi testimonium inscribit respondens. » 

(3) Dédicace à Frédéric F, palatin du Rhin , à 1» tête du n« iv. 



CAL 173 

Samuel Neran , son collègue à racadémie de Sedan , a fait 
réloge de ses vers par ceux-ci : 

EPIGRAA^MA 

In epigrammata sacra Âug. GaiUeti, consilarii ducis Builonii, et 
juris in academiâ Sedanensi professons * 

» 

Çoirampant alii venu leaone juTentam ^ 

Quels venus et veneris semper in Ore puer. 
Cailietut mentem meliori percitus œstro est , « 

Gui Deus et Ghristus paginam utramque ftcit. 
Isftcio manant illi pia cannina fonte , . 

Isacium ad fontem Gastalis undai nihil. 
Nœram potmaia , p. 5o« 

Ses ouvrages : 

I. Emblematà sacra ex Uhris Moysis excerpta. Heidel* 
Lei^, iSSi, in-i6', it Heidelb. iSgi, in-i6. 

II . Seize petites Pièces de vers latins j sur des sujets mo- 
raux, insérées par Gruter dans le t. I, p. 596 à 598, des 
Deliciœ poetanan hallorum. (Francfort, 1609, 6 vol. in-i6.) 

III. Sylva mysteriorum Jehovœ Dei Deorunij ex oraculis 
divinis tralaiitiâ^ et S. BibUorum ordine digesta : opus CalUœ 
J. C, j principatûs Sedanensis consiliarii^ et in acad, LL. 
professoris ordinarii. Sedan, J; Jannon , 161 3, in-ia, 
p. 191, avec une dédicace en prose et en vers à Jacques I*', 
roi de la Grande-Bretagne, ail bas de laquelle est cette 
souscription : M, tuœ devotissimus Aug. Calliasj J. C, 

IV. Sylva II mysteriorum Jehovœ Dei Deorum ex oraculis 
fœderis novi trabatitia: item, Appendixij sive Ubellus mys- 
cellaneorum ad prœcedentia poemata pertinens. Sedan , ibid.^ 
i6f3, in-ia, p. 162. 

Ces deux ouvrages rares sont à la Bibl. Sainte-Geneviève, 
V. 715. 

, Dans sa dédicace au roi Jacques. I'% qu'il compare à Sa- 
lomon , le poète dit qu'il a entrepris ce travail pour former 



174 5^ AL 

le cœur de la jeunesse , en lui mettant sous les yeux , et en 
vers , tous les exemples de vertu et de vice disséminés dans 
les livres saints, où, selon saint Paul, tout ce qui y est écrit 
a été, écrit pour notre instruction (i). Il ne dissimule pas 'que 
des censeurs chagrins désapprouveront qu'il ait cîté en 
notes beaucoup de .passages des auteurs profanes , pour 
servir d'appui aux exemples tirés de TEcriture- Sainte, 
quil a mis en vers. Il répond qu'en cela il a imité saint 
Paul, qui n'a point dédaigné d'emprunter des . sentences 
d'Aratus, d'Epiménide, de Ménandre et d'autres écrivains 
du paganisme. 

Du reste, il blâme, avec saint, Augustin, la lecture des 
poètes profanes , que Texpérience a Jugée tellement dange- 
reuse , qu'on a été obligé de châtrer la plupart de leurs pro- 
ductions, afin de pouvoir les exposer aux regards de la 
jeunesse -, et c'est , dit-il , ce qui Ta porté à composer des 
poésies sacrées, pour la prémunir contre la séduction de 
tous ce» ouvrages poétiques qui nç servent qu'à exciter et à 
nourrir les passions, celle surtout de l'amour, laquelle n'est 
que trop profondément enracinée dans tous les cœurs , et 
n'a pas besoin d'être allumée par des expressions plus qu'é- 
quivoques , par des images trop naïves , par des peintures 
libres, que le poète, comme le peintre, se fait un devoir 
d'état d'exposer à tous les yeux. 

La dédicace du deuxième volume , adressée à Frédéric V, 
palatin du Rhin, est datée de Sedan, l'an i6i3. Dans le 
cours de l'ouvrage , on trouve des vers offerts à ce prince 
lorsqu'il vint à Sedan pour y faire ses études , et lorsqu'il 
en partit, le 26 décembre 1610', un épithalame latin et un 
quatrain français (2) sur son mariage avec la princesse 
Elisabeth , fille du roi de la Grande -Bretagne ; une ode sur 

(i) Rom. XV,' V. 4. 

(1) Ce qumfrain et le tormet ci -après, sont les seules pièces de vers fran- 
çais ÎBsérées dans les deux vol h m es de poésies de G allias. 



CAL 175 

YwL victoire de Beaumont-en^-Argonne , reiiipoi*tée par Henri 

d.e la Tour, duc de Bouillon, le 14 octobre 1592(1), et un 

sonTiet. L'ouvrage est terminé par Controçersùx Forensis^ 

où l'hauteur rend compte de deux procès qu'il eut à soutenir 

contre les religieuses d' Argensolles y pour le maintien de sa 

fortune. 

Ses notçs, tirées des auteurs profanes, prouvent qu'il se 
les était rendus très4ainilier8. Elles sont assez bien adaptées 
aux sujets qu'il traite. Quant à ses vers, je ne les trouve pas 
de Aature à pouvoir captiver l'attention au point de dé* 
tourner de la lecture des poètes du siècle d'Auguste ; ils 
n'^oat rien de cette vigueur céleste, que nous appelons fu- 
reur poétique , ou enthousiasme. Ce sont des vers , à la 
vérité', mais ce n'est pas là le style des Muses. 

Dupin* lui a faussement attribué : De SS. ' EucharistÙB 
sizcramento ^ contra Franciscum costerum jesuitamj iSgS, 
ÎTi'-S* *, Becman nous apprend que ce traité est à^ André 
Callias. 

Becman, Cat. bibL uniçersit. Franc<^urtianœ ^ p. 54 ^ 
édit. 1706-, Dupin (2), TMe uniif. des W. ecdés.j t. 4» 

P- 979- 

« 

(1) Dmfi le cinquième ▼oirnne de§ H^moirei de la Ligm^ par Goulart» cm 
remarque p. i5a à i56 , quelques vers latins et français à la gloire du duc de 
Bouillon , e^ur la défaite des Lorrains devant Beaumont ; voy. aussi le Journal 
de Henri IV^ oct. 1592. 

(a) Il le nomme mal à propos CatUu» , et francise tons ses ouvrages. Nous 
fttTons appelé Cattiu^ nom qull se donne lui-même à la tète de ses poésies. 
Cependant sa signature au bas des actes consignés dans les Registres des Mo- 
dér. de Tacad. de Sedan , porte Caittet , et un de ses ancêtres est désigné sous 
le nom de Cailiet^ p. i5i de sa Coniroversia Forensit, Marlot parle (t. II, 
p. 80a de sa Métropole de Reims) d'un Jean Çaillety recteur de Puniversité 
de Reims , vers 1678. Oii voit à la page a5 de la Matrieuh des Bénédictins de 
la Gongr. de Saint- Vanne, publiée en 178a , in-4*> un dom Joseph CaiUet^ na- 
tif d'Epernay, profès de Saint-Pierre de Gbftlons , du 7 septembre 1670 , mort 
k Hautvilliers^ le 4 mai 1707. 



1 76 C AM 

GAMART {/intoiné)j procureur général du Relhelois j ssê 
patrie y né vers 1480 (i)» a publie : 

Recherches pour montrer que les ecclésiàstù/ues ^ nobles et 
habitons des villes et communautés du comté de Retheloîs^ sorti 
exempts d'aides et gabelles ; et les causes de ce pris^ïlége. (Sans 
date ni lieu d'impression) in-4''* 

CAMART {Pierre) y né à Rethel, vers i5oo, était fias de 
Pierre Ganiart , écuyer, seigneur de Thugny en partie y et de 
Marie de Toumelle ou de Toumelle. Il devint procureur 
général du duché de Rethelois , érigé en 1 58 1 , sous, Louis de 
Gonzague et Henriette de Glèves. Une note que nous avons 
puisée dans les MSS.de la BB. du roi , porte que c'était un 
vrai Israélite j qui assoit néanmoins de la littérature et du bon 
sens. On peut rapporter sa mort à Tannée 1 585 : les preuves 
de son savoir se tirent de Técrit suivant : ^ 

Mémoires sur V antiquité de la ville de Rethel ^ MS. in^oL 
de 44 pages, à la BB. du roi : copie envoyée au prieur de 
Saint-Nicaise de Reims , par Jean Baptiste Durand, Rethe- 
lois, le 16 février 174^* Secousse en avait aussi une copie 
parmi ses MSS. sur la Ghampagne. 

Ges Mémoires sont une suite abrégée des seigneurs et 
comtes de Rethel, extraite des Chartres et autres pièces , dont 
Fauteur était dépositaire. Gamartles écrivait, non en 1616, 
comme le dit Fontette (t. III, p. 3!^o, de sa BB, Jffist. de 
la Fr.\ mais en i522. En parlant de la donation que le 
roi Louis XII fit faire du comté de Nevers à la maison 
d^Albret, il dit : «Nonobstant cette donation, le procu- 
» reur général du roi ayant, en cette année i522 , lait saisir 
» cette terre. » 

Ce MS. apprend « quïl y avait à Rethel un prieuré très- 
» ancien , que Ton dit avoir été fondé par Rogatien , deuxième 

(1) Les registres de l'état civil de Rethel ne remontant qu'à Pannée 1600, 
nous ne ponvons préciser les époques antérieures. 



CAM 1 77 

m 

» seigneur de Rethel, fils d'Alberic, lequel Alberic était 

» deuxième fils du roi Glodion. 

» Que le roi Philippe de Valois, par ses lettres-patentes 
» du 217 août 1 3479 accorda à Louis III, surnommé de Maie , 
» comte de Nev6r^ et de Rethel , de tenir ces comtés en titre 
» et dignité de pairie : lettres qui furent confirmées par 
» d autres lettres du roi Jean II , qui succéda à Philippe son 
» père, le 22 août iî5o; 

» Que Charles de Bourgogne, fils de Philippe II, duc de 
» Bourgogne , comte de Nevers et de Rethel , fit , par lettres- 

. » patentes du 3 mars 1444? f^^i'i^ier de murailles la ville 
» haute de Rethel , alors appelée le grand faubourg j qu il n'y 
» avait que la ville basse qui fût fermée , savoir la tour du 
» château, vers la tour du Bourg-de-ckef, » 

On a fait quelques additions aux Mémoires de Camart. On 
croit qu'elles commencent à Tannée 1624, époque de. la 
mort de Jean d'Albret, comte de Rethel, et gouverneur de 
Champagne, après lequel François I*' donna ce gouverne- 
ment à son second fils, Charles de France, duc d'Orléans, etc. 
Dans ces additions est mentionné le due de la Meilleraie , 
époux d'Hortense Mancini , pour qui le Rethelois fut érigé 
en duché-pairie, par lettres-patentes du i5 décembre i663. 

CAMART (Michel) y licencié en droit, parent du précé^ 
dent, et comme lui natif de Rethel , fut une lumière du bar- 
reau dans sa patrie , et recueillit des témoignages publics 
d'estime et de confiance , dans une carrière où ses ancêtres 
avaient acquis de la considération et de la fortune. Il était 
élu pour le roi en l'élection de Rethel , procureur général 
du Rethelois , et trésorier du duc Louis de Gonzague , lors- 
qu'il mourut dans sa ville natale, à la fin du mois de dé- 
cembre i588. 

Le prince Henri Roberè de la Marck, duc de Bouillon, 
voulant améliorer la Coutume de i}edan^ formée en i SSg , 

TOME I. 12 



1 76 C AM 

cbiii^eatle ce travail iinpôrtaîQt treize jurificonsultes . 'Alicliel 
Gamart figure honorablement parmi eux , ainsi que * Gilles 
du Han , bailli de Sedan, Jean Pailla , lieutenant particulier 
au siëge de Rethel , et Jean du Gloux , bailli des terres sou- 
Triâmes de Ghâteau-*Regnault. Cette coutume a paru- sous 

ce titre : 

Ordonnances du duc de SouiUon (Henri Robert de la 
Mardi) j pour le règlement de la justice dans ses terres et sei- 
gneuries souveraines de Bouillon j Sedan j, Jamets , Raucourt, 
Florenge^ Floranvillcj Messamcourtj Lognes et le Scudcy; 
avec les coutumes générales desdites terres et seigneuries» Paris^ 
Robert Estienne, ï568, in-4''î it>^ Sedan, Thesin, 1717? 
in-4'' ? édition contenant des additions , aug^nentations , et 
des &its qui concernent Fhistoire de Sedan, 

Nous terminerons Tarticle de notre jurisconsulte rethe- 
lois par la pièce de vers que le poète J^ficolas Ghesneaii de 
Tourteron lui a adressée ': 

m 

* » • 

Ad Micfiaelem Camartum et Steph. Miletum. 

I^ solemae pntOyinidtoa twperesae propmqno» 

Quos OOD cogDoris , videris , audiçiis. 
Attamen ilLius non possim dicere causam , 

Qaae mîhi, quae vobb mdnbitata foret. 
Tempora (quae ocultas res ampla lamine donant) 

Qaalia sint tandem vincula nostva docent. 
Ergo propinqui nunc , qui viFebamus amici 

Ant*e , sumus : noster stat geminatus amor. 
Fortior mùltè est , quàm laedat fœda vetustaa : 

Qoippe mihi fuiû» dicitur esse triplex. 
Id mihi Miktus, mihi quod vult esse Çamartus : 

Sed quod uterque mihi est , unus id esse paro. 

(Epigram.^ fol. So.)* 

Venons -à celui de qui le nom de Gamart a reçu son plus 
beau lustre. 

GAMART (Gilles), général des Minimes, né à fiedieUe 
10 mai 1671, était fils du précédent et de Barbe Viriot. On 



CAM 1^9 

pressentit son gaàt pour la piëtë et les cet^momes du culte , 
dés qu'il eut atteint le tei*tiie de Fei^nce^ Il eommença et 
finit ses études à Reims avec un stieeés soulenu, et tomme 
son père le destinait au barreau , 11 TenToya à Paris pour y 
faire son coui9 de droit; ioiaii cette desttnatidn contrastait 
avec les sentimens religieux du jeune Camart. Suivant avec 
chaleiur son penchant naturel et les monvemens de sa fer- 
veur , au lieu de s'arrèler dans la capitale , il alla demander 
rhahit de Saint FrançoifiNde^Paule an couvent de Chaillot. 
In£9rmës de cette étrange résolution y seS parens lui firent 
éprourer nne secousse de surprise et de regrets en le tàii*' 
ttaignant de revenir à JKethel. Ramené sous le toit paternel 
par un exprès, il persista dans sa vocation , et rîeft ne fiit 
capable de Fébranler. Trois mois après la mort de son pAre ^ 
il entra chez les Minimes de sa ville natale ^ qui re^mient 
ses vœux le i^' avril iSSg. Quel({n'idée que Ton se formé 
d'une pareille résolution , il est c^tain que celui qm la prend 
et reitéeate à cet âge avec cette vigueur, n'est point un homme 
ordinaire. 

Do«é des plus heureuses dispositions pour Téloquence de 

la chaii^, Gamart se consacra sérieusemcftit à Fétude de la 

théologie dogmatique et morale ^ sans laqudQe il est imposa 

sible de prêcher avec fruit* La solidité de s6n jugement, la 

vivacité de son esprit, et sa sagesse prématurée, jointes 4 

um ardeur extrême pour le travail et à «le élocutîon fiicile^ 

le firent d'aboid regarder comme un sujet qui pitmlettait un 

bnUant avenir. A pçiœ eut-^il fini son oom^ d'études , qu'il 

fut chai^gé de professer la thécJogie dans son CM^dre. Mais 

' cette science, telle qu'on renseig!nait alors > hérissée de 

sopfaismes et de distinctions plus propres à formier des dis^ 

putevrs importuns que de vrais savatns, ne le subjugua 

point, et sa raison affermie ne s'enivra pa» de ces stériles 

eoflnaissances. Avide d'ime instruction solide, il apprit les 

langues orientales, et particulièrement l'hébreu, qui en est 



i«o CAM 

la clef-, il s appliqua d'ailleurs a Tëtude de Tantiquitë ecclé- 
siastique, il médita rEcritxLre-Saiate, lut les Pères, et surtout 
le sentencieux Tertullien , cpi'il aimait passionnément , et 
jeta, durant Texercice de son professorat, les fondemens 
de lâchante réputation quil s^acquit depuis dans la polé- 
mique. 

. Les écrivains de l'antiquité proCeme le délassaient utile- 
ment de ces études sérieuses et arides. Les morceaux re- 
marquaLles de leurs ouvrages lui étaient &miliers , il les 
«itait à propos , et les appliquait avec uHe justesse admi- 
rable. Sa- mémoire tenait du prodige. >On rapporte que , par 
un de ces efforts qui paraissent au-dessus des forces de la 
Itéte humaine , il lui arriva quelquefois de réciter à rebours 
le Nouveau-Testament grec et latin. 

Cette mémoire extraordinaire le seconda puissamment 
dans la carrière de la chaire , qu'il parcourut avec éclat. Il 
avait reçu de la nature l'avantage d'un extérieur plein de 
dignité et d'intérêt , et sa tête eût pu servir de modèle à la 
figure du plus édifiant des apôtres. Son éloquence animée, 
forte, vigoureuse, s'annonçait par une voix sonore et par 
une action vive. Le grand art de la prédication n'admettait 
dans ce siècle ni beaucoup de délicatesse dans les pensées , 
ni la pompe et la majesté du style. Ce n'était pas le goût de 
l'époque : il suffisait alors , pour paraître avec succès dans les 
tribunes orthodoxes , de savoir démêler avec la précision 
d'un dialecticien habile toutes les subtilités des ministres de 
la réforme, et dissiper avec adresse les nuages qu'ils s'effor- 
çaient de répandre sur les dogmes et sur la discipline de la 
communion romaine , et c'était là surtout le mérite du Père 
Caïnart. C'est donc seulement sous ce rapport que doit se ' 
prendi^ le f^erbi Dei prœco nobiUssimus que lui applique la 
chronique des Minimes. 

. n fit retentir de sa voix éloquente les chaires de la Ro- 
chelle , Nérac , Saumur , et d'autres villes où le calvinisme 



CAM ^ i8r 

tiomin^LÎt, et ce fut toujours avec d'unanimes applaudisse- 
métis^ £tant provincial de la province d'Aquitaine,' et se 
disposant à prêcher Toctave de la Fête-Dieu à Castres^, eti 
1 606 9 il apprit que le ministre Josion vetiait de publier Aa 
* ouvrage en faveur de sa secte , et comme cet écrit pouvait 
faire une mauvaise impression , il entreprit de le réfuter 
publiquement. Josion, irrité, lui envoya un cartel de défi : 
il ^i accepté. Les comLats de doctrine étaient alors u^tés, 
on en avait pris l'exemple dans les siècles les plus reculés : 
telles avaient été les conférences de Garthage entre les Ca- 
tholiques et les Donatistes en présence du comte Marôellin; 
et le pourparler du saint abbé Maxime avec Pyrrhus de 
Gonstantinople , devant le patrice Grégoire et quelques 
évêques. Il y avait eu encore de ces luttes publiques au xvi* 
siècle : tel fut le fameux colloque de Poissy en i56i. On y 
discutait beaucoup avec cette chaleur contentieuse qui re- 
lègue toujours la vérité loin du champ de bataille. En gé- 
néral , la gloire de s'avouer vaincu par la vérité tente peu les 
hommes. On met plus de honte à se rétracter, qu'on n'at- 
tache de prix à la victoire. Il faut donc ,. par une opiniâtreté» 
inflexible, se sauver du déshonneur du changement', telle 
est la logique de l'orgueil huniain. 

Le jour et le lieu de cette gymnastique théologique ayant 
été assignés , les deux champions parurent en présence des 
magistrats de la ville de Gastres, et d'un grand nombre de 
spectateurs des deux communions. La lutte s'engagea-, on 
contesta , on ergota beaucoup , on se chargea , on récrimina , 
on i:épliqua , on répondit encore , on. embrouilla la matière , 
on s'injuria -, car les argumens des controversistes ne sont pas 
toujours des raisons péremptoires. Enfin, selon le P. de la 
Noue , notre niinime triompha pleinement du ministre hété- 
rodoxe , et le couvrit de confusion. 

Les talens du P . Gaijiart étaient rehaussés par d'éminentes 
vertus. On se plût à leur rendre un hommage constant, en 



i8a CAM 

l'élevimt aux pr^^aûères charges àa son Qrdrq. I) ne lui 
manquiut plus que h g^nérdat pour arjely^n» au comble de» 
honneurs : il lui fut déféré, le 4 juin i6si3 , par le suffr&ge 
unanime de se^ confrères réunis en chapiù^ gênerai. Ses 
yertus ne dégënérèrent point dans ce poste« Cette nouvelle 
dignité ne servit qu^à leur ouvrir une plus ample carrière 
et à les faire paraître avec un nouveau lustre. Entiërement 
dëvouié aux intérêts et à la gloire de sa congrégation ^ il fonda 
dixrnenf coi|yens à Orléans, Angers, Issoudun, Boui^s, 
Angoulâmft, etc. Il faisait la visite générale des commu^ 
pautés de son ordre , lorsque la mort le surprit, à Paule eu 
Oalabre , le 3 1 août i6a4- ^^ cendres reposent dans FégUse 
dts Miipmes de cette ville, où sa tombe est co^verte de 
inscription suivante : 

Rsif^ P. JEgi^ii Camart, Galii Rethelliensis , ordinis Mini" 
morum generalis XXXVIy doctrinâ, pietate et morum integritate 
sphndidi, in corn^entu Paulano, niorte j'ustorum mortui, juxta 
kane eolumnam sepuiti, Rev^"'** Claudius é^Orckàmp, Burgundus 
MisonUn.uê éju,tâém ordinis generahs, anno i656 pôni mandiu»it. 

9PITAPHJIUM. 

Rctheiii natum Paulae me nutriit ordo 
Bt ilbi lupreBiuii f(Boit ineise factm . 

Oi^fUnsm t|t iUiVtro WfilV^ &iK QCC^MU in Qrtu 
Ordinis, io lacis fonte quiesco meae. 

Le P. de la Noue a consacré la mémoire de son illustre 
confrère dans une autre ëpitapke que voici : 

Hebraicè , graecè et latine doctus. 
Divins humanaeque sapientiac supra hominen» peritus , 
Exquisiti judicii et ftKoundœ memoii» dotes 
Mir^hili felicitate conjuRxit* 



GAM i83 

I>e Iftersticis verbo , scc^tis , opère trmmpbavit 

Imperterritus adirersùs totam Factioaem. 
Ordinis sui promovendi studio nulliis laboribns piepercit. 

Undevingenti monasteria divdrsis in locis constituit : 
G«vinaiii£ proYinciam pest centmin annos recupcraiTit ; 
Privatas fkmilias, provtocias, ordinem universum 

GontÎDuè et gloriosë administi^avitJ 
Oratus principibus , priratis suscipiendus , 
Non BBÎDàgexcelletrti virtute qnàm in^redibiH sdestiâ. 

Domestica exeraplo 
Ad omne pietati» et probitalis officium prâeluxit .» 

£t Pastorem bonum imitatas , 
Otcs Teqtiîrens ac redticens , laborioâo ôperî immortuus est 

▲tqaae Paul» gtoriam restitnit , 
Quain 9 discedente S, Francisco cive suo , amiserat. 

Praesentiâ denique (ut spesest] suâ 
Duplicia cœlo gaudia intulit , ad perviginunli Sancti iSgidii , 

Anno micxxiT. 

En. décomposant les noms Egidius Camartus , on a trouvé 
cette anagramme heureuse, Gratus Dei amicus. Le P. Jean 
de Saint- Antoine , après avoir travesti notre mininie en 
franciscain 9 dans sa Biographie franciscaine _, X. I, p. i5, 

finit par dire qu'il lui est absolument inconnu : Camartus 
adhuc est mihi ignotus. On ne peut donc guère ajouter foi à 

ce biographe , lorsqu'il cite quatre éditions de Y Elias Thés- 

bites j Tune publiée à Paris en i6io^ et les trois autres à 

Lyon, en 1702, 1724 et 1726. 

Ses ouvrages : 

I. j^ctes d'une conférence publique entre le P. Camart et 
le ministre Josion. Toulouse, veuve Colomiez, 1607, in-8°j 
it., 4608, in-8°. 

II. Sermons prononcés à Castres durant V octave du Saint- 
Sacrement , h ^5 mai i6o6j contenant l'exposition du mys- 
tère de t Eucharistie j et autres points de religion j açec réfu- 
tation des hérésies et erreurs- insérées en la créance des Calui- 



i84 CAM 

nùtesj et de leur ministre Josion. Toulouse^ ibid.y 1608, in-S*', 
p. 522. (Bibl. Maz. 24762.) 

Nous allons rapporter quelques fragmens de ces discours , 
qui feront connaître la manière de notre auteur, digne rival 
des Barlette , Besse , Bibaut , Cor^nus , Geyler , de Lor , 
MaiUard(i), Mebot, Meyssier, Pépin, Rauliu, Valladier, 
et autres prédicateurs gothiques dont les compositions, 
souvent burlesques, ont passé jusqu'à nous : 

(( C'est un fantôme forgé dans la caboche de'Josion , éclos 
» de son esprit de malveillance , et moulé sur la médisance 
» de sa langue-, p. 38. «i— Toutefois, sans prendre garde 
» au croassement de ce corbeau, je le prierai d'écouter 
» saint Augustin-, p. 61. — Je vois bien que Josion pare 
» le coup et montre avoir un petit brin de bon sens*, car 
î) afin de n'avoir pas besoin d'éprouver sa bouche et ses 
» dents, il pallie sa créance , et la couvre d'un sac mouillé; 
)) p. 92. —- Si' Josion s'est montré mauvais arquebusier en 
» la sentence de saint Augustin , il est encore pire canon- 
» nier , indigne de manier une si belle pièce , tirée de l'ar- 
» senal du même saint Augustin. Ecoutez comme il braque 
» ce canon.... Ainsi parle notre canonnier. Il ne considère 
» pas que le canon est encloué pour lui , et que l'amorce 
» qu'il applique sera sans effet, car il ne peut prendre feu*, 
î) p. 1 3 1 . •— Ojez le perroquet en cage , vous entendrez 
» comme il se fâche contre Luther, de ce qu'il n'est d'ac- 
» cord avec Calvin sur le fait de l'Eucharistie. . . . Mais baste! 
» allouons la monnaie au prix qu'elle court contre Luther : 
» au' moins devait-il pardonner à la mémoire de son bon 
» père Calvin , et ne point dévorer sa pauvre carcasse 

(1) Le plus singulier et le plus recherché de ses sermons fut prêché le cin- 
quième dimanche de carême , à Bruges, l'an i5oo ; m-4**> goth. On y trouve 
indiqués en marge par les mots Aem, hem , les endroits où Ton faisait une 
pause pour tousser. 



CAM i85 

* 

^ pourrie *, p. i86. •— Gacus traînait par la qoeue les bœufs 
» qu'ail avait dérobés, et les faisait cheminer à reculons^ 
ï> pour mieux décevoir ceux qui, en faisant la recherche, 
» les voudraient suivre à la piste : de iaiême Josion tire ses 
» gras, discours au rebours du droit, afin d'éluder ceux qui 
» voudraient reconnaître , ses brisées*, p. 211. — Vierge 
» glorieuse , ce n'est qu un seul ministreau- qui se roidit 
» contre votre grandeur; c'est le champignon d'une nuit 
» qui se veut enfler en guise dç la citrouille de Jonas -, c'es^ 
B le chardon d'Amasias qui prétend marier son impudique 
» fille au cèdre du Liban*, p. 217. — Je ne m'ébahis plus si 
» Josion , petit-fils de Calvin , parle de la Vierge avec tant ' 
» d'irrévérence : il a soufllé au fourneau de son père, la 
>j fumée lui est montée en tête , il en a tiré , non une Mi- 
» nerve issue du sein de Jupiter, mais un vilain, boiteux de 
» Vulcain, accompagné de mille caprices et rodomontades*, 
» p. 291 . — Un corbeau blanc et un ministre sans femme 
» sont également rares. . . . Ces ministres ont bâti une contrer- 
» Rome , en la façon de Romulus, par le ravissement des 
» Sabines. Leur, évangile a pour sa cabale la conquête des 
u femmes. ... Il leur plaît avoir la liberté de voler les épouses 
» de Jésus-Christ resserrées aux chaste^ cloîtres , pour les 
>) joindre à leurs amours réformés en Cupidon , ainsi que le 
)) fit leiu: grand patriarche Luther à sa Catherine Débora , 
» ravie du monastère d'Ilèbe*, pp. 829 et 4^2. — Ainsi, 
» donc , le peloton des Huguenots est dévidé jusqu'au der- 
» nier fil : en voici un autre que je mets au rouet-, p. 420. » 
Presque tout est dans ce goût. Ces choses burlesques et 
triviales, qui blesseraient aujourd'hui nos oreilles délicates et 
n'exciteraient que le rire , touchaient nos ancêtres jusqu'aux 
larmes , et convertissaient quelquefois les pécheurs les plus 
endurcis. On prend d'ordinaire l'esprit de son siècle , on le 
transporte partout. L'éloquence est le plus populaire de tous 
les arts ; et dès qu'un orateur a constan;iment attiré la foule , 



i86 GâM 

on peut regarder ses discours comme une image des mceurs 
contemporaines. 

Du reste > il serait difficile de justifier le» manières em- 
portées du P. Camart. Ce n^est pas suivre Tesprit de FEvan- 
giloy que d^ëcrire en termes pleins de fiel et d'amertume : 
la véritë veut être soutenue avec une UKxlëratîon chré- 
tienne. Celui qui ose prononcer des injures contre son 
adversaire est bien près çl'avoir perdu sa cause, lors même 
qu^il défend la vérité. Il a oublié qu^il n'y a qu'une route 
pour arriver à Tesprit , celle du cœur. Le chagrin , la ooldre 
ne persuadent point-, les injures énervent le raisonnement 
le plus victorieux. L'art de convertir tient plus qu'on ne 
pense à l'art de plaire. 

Vif et ardent dur l'article de la réforme , Josion ne se pi* 
quait pas de plus de modération , et il partageait ce défaut 
avec la plupart de ses collègues. Le président de Thou, cet 
écrivain si sage et si impartial , si estimé des Protestans , 
relèye de temps en temps les invectives atroces dont les 
ministres de la réforme remplissaient leurs discours. Le 
grand chancelier de l'Hospital, dont le suffrage n'est ps 
d'un poids médiocre , pensait qu'il faut attirer les hommes 
par la douceur et la charité , comme Jésus-Christ en a donné 
l'exemple. Ces sentimens si sages, si chrétiens , sont expri- 
més dans ces beaux vers : 

Vim saffene , patique «vos , et Terberam et ip<am 

m 

Mortem morte suâ doctiit, nec cogère c[aeiUL({uam , 
Nec terrere minis voluit , nec caedere ferro ; 
Sed potiùs mollire animos , et pectora dictîs. 

(HospiTALii ^ epist^, /F. a85, Af»r. i585, in^fbl,) 

III. Oratio decretalù in caput firmiter de summd TrinUate 
etjide catholicdy habita in sekolis j4urelianensibusj die 24 àt- 
cembrisj an, 161 3. Orléans, Laurent Hotot, r6F4> iîï^% 
p. 4o. (Bibl. du roi., X SogS P.) Prononcée lors de l'ëta- 



CAM 187 

LUsseuient des Mioîmes à Orléans. Gthiart était alors pra- 
vîncial de la province 4^ Touraine. 

IV- Oratio habita in jimere Francisci Lachis^er^ Rhedo^ 
ne nsis episcopi y habita 2 5 februarii 1619. Rennes y 1 6 1 9 , 
ia-S''. CI. Robert fait , à Foccasion de ce discours, cet éloge de 
notre minime : <( Franctscum Lachi\^er orationefunebri Uwr- 
» diMfit Jt. P. JEgidius Camart, ordinis Minimorum non mi^ 
)> nimum Iwmrij quem tota pêne Gallia condonantem miraia 
» est. » (Gai. ch, , p. 458.) 

V . JSlias Thesbites _, sis^e de rébus Eliœ prophètes ^ comment 
. tarius posthumus,, in quo de ipsius Eliœ origine ^ persond^ 
nomine^ patrid^ ojficio^ Israelitanan religione^ etaliisj pie- 
raque scitu dignissima eruuntur^ disputantur ^ constituuntur^ 
Paris ^ Séb. Cramoisy, i6iJi, in-4**> P* ^o%. (Bibl. Sainte^ 
Geneviève, H. 902,) 

Cette histoire du prophète Elîe'(i) est remplie d'énidi- 

ticNn \ 09 ose même dire qu'elle y surabonde. Ce défaut, dont 

nos contemporains se sont trop corrigés , mérite quelque 

indulgence» Les savans du xyy siècle donnaient souvent 

des autorités pour des preuves -, ils ambitionnaient surtout 

la gloire de prouver leur thèse en hébreu, en grec et en 

latin, plus occupés à faire des incursions dans lantiquité 

qu^à discuter philosophiquement un sujet. On regrette que 

Tauteur ait mêlé à des recherches curimseé beaucoup de visions 

et de chimères. (Bayle, Nou\f. de la rép. de lett,^ juillet 1684 9 

art. I, p. 45i.) 

YI. Oratio synodalisj habita Rothomaei, Paris, 1642, 
in-4'*. Ouvfage posthume , dont le P. de la Noue est éditeur, . 
ainsi que du précédent. 

Ce petit éloge, tracé par Claude Robert, terminera très- 
bien cet article : « Mgidius Camart j galbis^ campanus j vir 

(1) Le P. Légers de Paul, carme , dans sa Vie iatine de saint Aventin, tra- 
duite de l^italien, a en assez peu de retenue pour avaBcer, que le prophète 
£^c s'était marié à Nimèguf avec une fiUe nommée Béatrix. 



i88 CAM 

» in (juo mdlus satis unquam' singularem prudentiam _, aucto- 
» ritat^m et mansuetudinem mirari potuit j nec quid ci defuerit, 
yi nec omnia quœ habuerit facile est invenire. (Gai., ch. , 
p. i6, Appendicis,^ 

Sa vie , par le P. de la Noue , à la tété du n** v, et dans le 
Ckronicon Minimorunij p. Saô à 54i*, Doni d'Altîchi, Hist: 
deïord. des Minimes j t. II, p. lyô-, Thuillièr, Diarium 
Minimorum^ t. H, p. 84*, Marlot, Met, rem, ^ t. II, p. 826; 
Le Long, Hist, de Laon^ p. 481 *, Miraeus, De Script. eccL^ 
p. 290, édit. 17 18. 

GAMÂRT (^Guillcuime), qui appartient à la famille des 
prëcëdens, florissait au milieu du xyi*" siècle. Sorti du cours 
ordinaire des ëtudes , où il s'ëtait distingué par son applica- 
tion et ses succès , Tuniversité de Reims , nouvellemenf éta- 
blie , Im donna une chaire de philosophie , et elle n'eut qu'à 
s'applaudir d'avoir utilisé ses talens. Nous ne connaissons 
de ce professeur que 

L'explication d'une Jigure énigmatique proposée et publiée 
dans les écoles rhemoises^ l'an 1 574* Reims^ 1 674 > in-8°, rar. 

Il est probable que le capitaine Gamart, qui rendit Rozay 
en Thiérache par capitulation , en 1 6 1 7, était aussi Rethelois. 
(Le Long, Hist, de Laon, p. 478») 

(( En i65o le bailli Gamart étant à Thugny, à cause des 
» Espagnols , y mourut au mois d'octobre. Ses restes furent 
)) apportés à Rethel, et inhumés dans la paroisse. » (^Hist. 
chron, MS^, de Rethel,^ 

GAMPS (L'abbé François DE) , historien et médailliste, 
nommé abbé de la riche abbaye de Sîgny (Ardennes), le 
2 juin 1693 , né à Amiens ^ le 3 1 janvier i643 , finit ses jours 
à Paris le 1 5 août 1723. 

«Il était dans l'usage de donner tous les ans au roi des 
» étrennes singulières*, c'était pour l'ordinaire quelques mé- 



CAM' 189 

» <laillies 9 qui poiivaient convenir au cabinet de sa majesté. 

» Au lieu de médailles y il présenta en 1 706 un^ manuscrit 

» grec très-ancien , des quatre évaiigiles , en parchemin et 

» eu lettres onciales. Il y a une chose particulière dans ce ma- 

» nuscrit , c'est qu'il est tout note entre les lignes , de notes 

» de musique en rouge. Quelques critiques ont pris ces notes 

)> pour, une marque certaine que ce manuscrit n'était pas 

» aussi ancien qu'on le. prétendait *, il ne laisse cependant pas 

» d'être, regardé parmi les savans comme l'un des plus pré- 

» cieux manuscrits grecs du Nouveau- Testament qui soient 

» dans la bibliothèque du roi : ce n'est pas le seul que l'abbé 

» de Camps y ait remis. » (Le Prince, Essai hist. sur la BB. 

du roi^ p. 73.) 

Le P. Menestrier lui a écrit une lettre sur une médaille 
de Jeanne d'Albret, mère d'Henri IV*, lettre insérée dans 
les Mém. de Tréi^ouXj jan. 1702. Les nombreux MSS. de 
l'abbë de Camps étaient dans la BB. de M. de Beringhen , 
d'où ils ont passé dans celle de Çaint-Germain-des-Prés. Il 
y en a maintenant un bon nombre à la BB. du roi. Fontette 
et le P. Daire en ont dressé le catalogue-, ils ont même con- 
sacré des articles à leur auteur, le premier à la fin du t. III 
de sa Bïblioth. historique ^ et le second dans son: Histoire lit-- 
téraire d'Amien^, Voici les productions de l'abbé de Signy, 
relatives au D. des Ardennes : 

I. Origine du duché de Bouillon et de sa rnouçancej as^ec 
les pièces qui serç^ent de preus^es ; in-fol. MS. 

II. Origines et mouvances des grandes seigàeuries situées le 
long de la Meuse ^ contenant V Histoire de Sedan j Charles^illcj 
Arches j la prés^oté de D'oncheiy^ de Mouzon^ de Clermont- 
en-Argonne^ de Jamets., de Aaucourt et de Stenay ; în-fol. 
MS. (BB. du roi.) 

III. Histoire chronologique des abbés de Notre-Dame de 
Signy j avec les cartulàires de cette abbaye , in-fol. MS. que 
dom Brial possédait , et qu'il m'a communiqué. 

La réputation dont l'abbé de Camps jouissait durant saji 



igo CAP 

vie 9 s'est éclipsée après sa mort. Ses MS5. nontpu soutenir 
Texameu des sa vans Bénédictins de Saint-Gennain^s-Préâ. 
Us me Tont parfois signalé comme un vrai pédant. Ayxat 
trouvé parmi les MSS. de la BB. du roi Y Histoire qu'il fit de 
Chàteau^Porcien ^ suivie de la chronologie de êes comtes et de 
ses princes ^ je Tai examinée avec attenticm» et je me surs 
convaincu qu'elle est pleine d'inexactitudes, d'anaehro- 
nisme^ et d'erreurs. 

A la vérité, il indique ses sources. Mais parmi les soarces 
il y en a de troubles , il en est de limpides ^ et c'est à celles-K^i 
seules qu'on doit s'abreuver. A quoi sert de fouiller labo- 
rieusement des archives poudreuses , pour en tirer des pièces 
quelconques? Avant de les employer, il importe de les épu- 
iser au creuset de la critique. Sans cette précaution , on 
court risque d'être rangé parmi ces compilateurs peu }udii- 
cieux , dont on ne cite les productions que pour éviter une 
perte de temps à ceux qui seraient tentés de les consulter^ 
dans l'espoir d'j trouver une bonne fortune. 

CAPPËL LE JEUNE (Louis) , neveu de Louis Cappel de 
Moniambert (i), et frère cadet de Jacques Cappel, sieur 
du Tilloy (2), était fils de Jacques Cappel (3) et de Louise 
du YaL U naquit le i5 otl le 16 octobre (4) i585, à Saint- 
Hilaire^ le -Grand (canton de Suippe, département de la 
Marne), et manqua d'y être égorgé. le même jour par une 
troupe de ligueurs forcenés. Sa naissance, constatée à Sedan, 
où Louis Cidppel , son oncle , le tint sur les fonts de baptême, 

(1) Né à Paris , le i5 jadt. t534 , mort le 6 janv. i5S6 à Sedan , où it prolb- 
Miit la théologie. 

(3) Né à Rennes en 1670 , mourut Le 7 septembre i6a4 ^ Sedan , où H exei- 
çait les fonctions de pasteur et de professeur d*hébreu. 

(5) Sieur du Tilloy et de Vaudoy (en Brie), conseiller au parlement de 
Rennes , né à Paris le 4 octobre 1 53^ , réfugié à Sedan pour cause de reFi^ion , 
y finit ses jours le ao mai i586» Tous trob sont coamis par diveM ottirrages.. 

(4) A la page 3 de sa Généalogie (De Cappellorum gente^ imprimée à la tète 
du n« x), Cappel fixe l'époque de sa naissance au xtii* des calendes de no^ 
vembre , et à la page 5 aux ides d'octobre , ce qui répond aux 1 5 et 16 octobre. 



CAP 19 f 

a autorisai les biographes à regarder cette ville comme son 
lieu, natal. 

Il fut élevé au Tilloy jusqu'à Page de huit ans*, alors 
Jacques Cappel, son frère aînë, le fit venir à Sedan, et lui 
servit de père. De grandes dispositions répondirent aux 
soins qu'on prit de sa jeunesse, âa premiè^re éducation 
finie , il se livra pendant quaà'e ans à Tétude de la théo- 
logie, et signala ses succès dans deux actes académiques, 
qu'il soutint le 9 avril 1607 et le 1 2 mai de Tannée suivante^ 
sous la présidence de Tilenus (1). 

Henri de la Tour, duc de Bouillon, lui fit éprouver de 

Lonne heure les effets de sa hienveillance. Dès. le ib mars 

1607 ' ^^ ^^ nomma proposant de sa chapelle domestique, le 

« choisit pour précepteur des jeunes princesses ses filles , et 

lui donna <sa table avec des appoiiitemens convenables. 

(jRegist* des modérateurs.^ 

Après avoir rempU ces divers emplois pendant quatre 
ans, il fut appelé pour servir Téglise de Bordeaux. Un se- 
cours annuel de trois cents livres , dont on le gratifia durant 
plusieurs années, lui procura les moyens d'aller perfec- 
tionner ses connaissances dans les universités d'Angleterre, 
d'Allemagne et de la Belgique. Il passa deux ans à Oxford, 
où il soutint en 1611 et 161 2, au collège d'Ëxcester, des 
thèses publiques qui annoncèrent dès lors le rang distingué 
qu'il devait occuper parmi les savans de son siècle (2). Sa 
grande application lui permit d'y commencer un Lexique 
arabe y ouvrage terminé depuis, mais qu'il ne mit point au 
jour, l'ayant composé pour son usage personnel. 



(1) TTiefM ihtologiem de se9sUme ehritti ad deaùteram patris, Sedan , 1607, 
'10-4**) P* S* — Thèses theologicœ de origine et incrementis bonorum ecclesiiutico- 
rufn* Sedan 1608 , in-4'*9 P< ^o (BB. de Salate-^^neviève , D. iyi%) ; il., dans 
TUni $piUi0nm y p. 4^a , 468 , 554 » 56a , édit^ de Genève , 1618 , io^». 

(») Le témoigiiage honorable qui lu fut déUvré par racadémie d'Oxford ,, 
le !«' septembre 161a , est îmfMrimé à la fin de la Généalogie des Cappel. 



im CAP 

Ses quatre années d^éxercîces académiques expirées , il 
revint à Bordeaux dans le dessein d'y vaquer aux foixctioiis 
de pasteur^ mais un incident Fempécha de remplir ses 
engagemens envers cette église. Quelques zélateurs îodis- 
crets ayant dressé une formule^ la lui présentèrent revêtue 
de leurs signatures , et comme elle répugnait à ses prin- 
cipes, il refusa de la souscrire , et renonça ainsi à Tuoe des 
plus belles vocations des églises réformées de France, 
aimant ,mieux sacrifier ses intérêts tedaporels que sa ma- 
nière de penser. 

L'académie de Saumur ne tarda pas à lui offrir une chaire 
d'hébreu. Il céda à ses invitations, et fut installé dans ce 
poste le i3 décembre 161 3. Il était d'usage dans cette uni- 
versité, comme dans toutes celles de Hollande et d'Alle- 
magne, que les professeurs récipiendaires prononçassent un 
discours solennel d'inauguration. Cappel acquitta ce tribut 
par une dissertation sur le mot Jehos^ah. Deux ans après, 
il fut choisi par l'église de Saumur , pour l'un de ses pas- 
teurs ordinaires. Admis au ministère le i4 juin i6ï5, il 
l'exerça conjointement avec Samuel Bouchereau et François 
Gomar-, mais comme il s'était réservé la faculté de quitter 
ce]tte vocation dès qu'elle lui deviendrait onéreuse , il s en 
fit décharger le 17 février 161 8. Cette même année, l'uni- 
versité de Saumur lui décerna les honneurs du rectorat (i). 

Au mois d'avril 1 620 , il se rendit à l'IUe , près d'Orléans, 
maison de campagne de M. Groslot, et y servit de secré- 
taire à Cameron et à Tilenus , qui conférèrent durant quatre 
jours sur la grâce et le libre arbitre. 

Il tâchait d'oublier dans une paix profonde, le souvenir 
des orages qui avaient environné son berceau et retardé son 

(1) Il prend le titre de recteur, de professeur d'hébreu et de pasteur, aa 
bas d'un acte du 18 août 1618 , relatif à l'inauguration de professeur en théo- 
logie de Jean Gameron. Cet acte est imprîméà la tête des œuvres de ce théo- 
logien , qui professait la philosophie à Sedan en 160I. 



CAP 193 

entrée dans le ministère pastoral ^ lorsque des tracasseries 
religieuses vinrent troubler sa tranquillité:. Des théologiens ' 
orgueilleux et intolërans , qui ne croyaient pas qu'il fût pos- 
sil>le d'être d'une opinion différente de la leur et de penser 
sainement, voulurent lui faire approuver une doctprine con- 
traire à ses principes' (r)', mais la paix de sa conscience lui 
étant plus chère que ses intérêts y il s'y refusa^ et, obligé do, 
cjuitter sa place, il se retira à Sedan avec sa famille, sur la 
fin de mai i6^i. Comme il jouissait d'une considération qui 
Êdsait espérer que sa défection entraînerait celle d'un grand 
nombre de réformés , on saisit cette occasion pour lui faire 
les ofEres les plus avantageuses, s'il voulait abandonner sa 
communion *, mais rien ne fut capable de l'ébranler (2). 

Rappelé à Saumur en 1624 , il y reprit sa chaire hébraïque, 
et ne l'abandonna que le 23 juin 1657, en faveur de Jacques 
Cappel son fils. Le 20 décembre 1626, l'académie de cette, 
ville le nomma professeur en théologie : ce choix fut con- 
firmé par cinq synodes provinciaux , et par le vingts-sixième 
synode national, tenu à Charenton en i63o', mais il ne fiit 
solennellement installé dans ce poste que le i5 juin i633, 
après avoir subi un examen ^u synode d'Angers , confor- 
mément aux statuts de sa communion. 

Il mourut à Saumur le 18 juin i658^ dans sa soixante- 
tt^izième année, ayant soutenu jusqu'à la fin de sa carrière 
la haute réputation qu'il s'était acquise pcgr son savoir et ses 

» 

(i) Il apportait des modifications aux décisions du synode de Dèrdrecht , 
et déplut ainsi aux sectateurs rigides de la doctrine de Calvin sur les matières 
de la grâce et de la prédestination. 

(2) On aime à Tentendrë raconter cet événement de sa vie : « Sedes ac do- 
« micilium mutare , uxoremque ac filiolum mecum Sedanum transferre coac- 
» tus sum , haud sine impensâ et incommoditate , ne adscripto meo nomine , 
n et dato jurejurando, id approbare viderer quod mens mea improbat. Pu- 
j> riori religioni ut nuncium remitterem , ostentata mihi spes est blanda «t 
» speciosa , sed inanis et fallax , praemiorum humanorum , quaî e^o à Deo ad^ 
» justus fortiter répudia vi. » {De Cappellornin gente , p. 8.) 

TOME I. l3 



194 t^AP 

vertus. Sou uom Ggure dams le déuoinbreiucnt des ministres, 
dresse aux synodes nationaux d^Alais et de Castres en. 1630 
et i6d6 (i); car il conserva toujours la charge de pasteur ex- 
traordinaire de Téglise de Saumui'^ et continua d'y pp^her 
lorsqu'il en était prié par ses collègues. Noua n'avons pas diit 
que peu après son admission au ministère pastoral , Cappel 
s'était marié. U avait épousé > le 19 déeembre iGfjj Sosanne 
de Launai , d'une des meilleures familles de la Beauce , maïs 
plus recommandable encore par sea qualités peraoniielles 
que par sa naissance (a). De ce mariage naquirent cinq gar- 
çons à Saumur, et une fille à Sedan. Jean, son fils aîné y se 
fit catholique 9 et entra dans la congrégation de l'Oratoire. 
Jacques, le cadet, se retira en Angleterre. Ils sont éditeurs 
de deux ouvrages de leur père. Le premier a publié le n*" ix y 
et le second le n° x. 

Plein de sentimens d'honneur^ animé pa Tamour du bien 
public, Louis Cappel a rempli constamment ses fonctions 
de prc^esseur avec un ^èle et un dévouement exemplaires. Le 
concours de ses auditeurs fut extraordinaire , et on compta 
parmi eux des hommes d'un mérite distingué, tels que 
Paul Bauldri, Samuel Bochart, Jean Glauberge, Paul Go- 
lomiés, Samuel des Marets, AntcÂne Teissier (3), et plu* 
sieurs autres savaus, qui , d'un concert unanime , rendirent 
hommage à ses talens. 

Une mémoire prodigieuse, jointe, par extraordinaire, à 
une grande justesse d'esprit, l'avait enrichi d'une multitude 
de connaissances, qui le rendaient citoyen de toute l'étendue 
de la république des lettres. Versé dans les langues orien- 
tales et surtout dans l'hébreu et les ouvrages des Rabbins, 
il efiaça la gloire de tous les autres hébraïsans. On sent à la 

(1) Aymon , SynotUs des églues réformées , t. II , p. aaS et 44o. 

{a) Elle était fille atnée de Benjamin de Launai, seigneur du Gravier, et 
ministre à Chilleurre. 

(3) Il se montra le premier disciple de Descartes en Allemagne , dans sa 
Logiea vêtus et nova. Amst.^ Ëlzevir, 1 658, in* 1 a. 



CAP 195 

lecture lâe âes livie$, un faoïnnie de beaucoup d'eaprit, un 
eritique -liabile, un savant qui embrasse et développe en 
mettre toutes les parties de son sujet. L^ërudîtion y est ré* 
pwadne à pleines mains, les principes y sont établis d'une 
Boaiuère lumisease , et les objections solidement résolues. 

A la. &upériorité des lumières » Cappel alliait les mœurs 

^uxk homme de bien, et un grand fonds de sagesse et de 

modération : qualités aussi rares qu'estimables , et qui font 

tout à la fois son éloge et la censure de ceux dont elles lui 

. avaient attiré la haine. Ce fut au sujet de son jércanum et de 

sa Critica sacra qu'il se vit exposé à la mauvaise humeur et 

aux habveclives de quelques zélateurs exagérés , et principa- 

leuokent de Boot» d'Usserûis et de Jacques Buxtorf. Il ne 

sut pscs se plaindre : asset philosophe pour miépriser les in- 

pires 9 assez chrétien pour les pardonner^ et laisser aux re- 

Bdords de ses adversaires à le venger de leurs critiques 



Une heureuse conformité de mœuirsy de sentimens et de 
mérite l'avait étroitement uni avec Jean Gameron^ profe(^ 
seur de philosophie à l'acadénûe, de Sedan ^ et il comptait 
André B.ivet au nombre de ses meilleurs amis. On peut voir 
dans Pope Blount (i), et dans la Gaule onentale^d/Q Golo- 
voies y les éloges que lui ont dée^nés Gasaubon, Samuel 
Bochart(2)9 Spanheim, Vos^us» DaLUé, du Muis^ Pierre 
du Moulin 9 Sarrau, Grotius, etc* 

Si Louis Gappel se fut borné à proksset^ sa réputation au- 

(1) Censura ceiebriorum authorum , p. 971 à 975, édit. 1707. 

(a) « Né à Rouen en 1699 , fit sa philosopliie à Sedan, et y soutint, l*au 161 5, 
» des fhëses publiques qui lui firent beaucoup d'bonneur, non seulement par 
» !» snbCiBté avec iaqueHc il téfoù4H aux argumens, ma» eaoote à caïue 4e 
» ceitaios yen , aoconunodés avec beavooup d'artifice k la figure d'aa cercle ; 
• badinage qui était du goût de son temps , et dont il accompagna ces thèses. » 
(JVtctron, t. XXVil , p. aoi.) Bocbart a écrit à Loui« Gappel : De terpént» 
• imiaier» spisioiiB dt^m ad CçppêtUum , impr. dans le t. I de Bosimrli opcMi, 
171a, sTol. in-fol. 

i3. 



196 CAP 

rait été circonscrite dans Tenceinte des écoles de Saumui*,' 
et comme celle de tant d'habiles professeurs , elle se serai fr 
éteinte presqu'en même temps que sa yie ; mais il a laissa 
plusieurs productions savantes ^ honorées de Festime pu- 
blique, et qui ont transmis son nom à la postérité. «Il écri- 
» vait purement et clairement , dit du Pin, et l'on trouve 
^ dans totiis ses écrits beaucoup de netteté et de méthode ( 1 )• » 

Ses principaux ouvrages : 

L Complainte éUgiaque en (cent vingt-quatre) vers fend'- 
ninsj sur lajin de la princesse Louise de la Tow^jUle de Henri 
de la TouTj duc de Bouillon j décédée à Paris j le 6 décembre 
f 607^ âgée de m ans. Sedan, sans nom d^imp. , 1608, iD^4''> 
p. 7. (BB. du roi. Y, 4^28. A. P.) Cette complainte est 
précédée de trois petites pièces de vers à M«' , M'"^ et M"* 
de la Tour, et suivie d un sonnet sur Fanagramme de la 
princesse Louise, dont Cappel était précepteur. Artur 
Jonston et Samuel Neran, professeurs à Sedan , ont traité le 
même sujet en vers latins. 

II. De sanctissimo Dei nomine tetragrammato Jehos^aj ac 
de genuind ejus pronunciatione > inséré dans le n** suivant , 
dans les n°' vni et xiii , et réimprimé par Adrien Relànd, 
p. 267 à 377 de Decas exerdtationum philologicarum de verd 
pronunciatione nominis Jehova. Maestricht, Coster, 1707, 
in-8°. Cappel prononça ce discours en i6i4) lors de son 
installation dans la chaire d^hébreu , à Saumur. Il s y dé- 
clare contre la prononciation Jehos^a^ et soutient qu'il faut 
lire Jaoh. ' 

III. Arcanum punctuationis res^elatuirij sii^e diatriba de- 
punctis vocaUuxn et accentuum apud Hehrceos verd et germand 
antiquitaie : in lucem édita à Thomâ Erpemo. Leyde, Maire, 

(1) Biblioih, des auteurs séparés de la cammunUm de l'église romaine y t. II, 
1'* part. , p. Sa5 à 334< Il y donne une bonne analyse des ouvrages de 
Cappel. 



CAP .97 

i6a4' î**"4** ? P' 3^2 j it dans le n' x. Cette dernière 
édition a été revue et corrigée par Tauteur. Celle d'Erpenius 
fourmille de fautes. 

C'est un point important de philologie entre les .critiques 
hébraïsans, de savoir si les anciens Hébreu^ n'écrivaient que 
les consonnes et les aspirationa 9 sans y ajouter aucun signe 
pour marquer les voyelles. C'est à ce dernier sentiment que 
s^attacha Cappel ; il entréprit de prouver que les écrivains 
du Vieux-Testament ne se sont pas servi de points-voyelles, 
qui, selon lui, sont une invention moderiie, et ont été 
ajoutés au texte par quelques critiques Juifs , connus sous le 
nom de Massorètes, après que le Talmud eut été achevé, 
environ cinq cents ans après Jésus-Christ. Buxtorf le pète , 
qui avait combattu pour l'antiquité des points-voyelles dans 
sa Tiberias (Baie, 1620, in-fol.), ne, put adopter cette 
opinion, qu'il croyait propre à diminuer l'autorité de l'Ecri- 
ture-Sainte, ou à la mettre, sinon au-dessus de la tradition , du 
moins de niveau avec elle. Vingt^six ans après la publica- 
tion de YArcanunij Buxtorf le fils , héritier des préventions 
de son père, s'efforça de rétablir l'antiquité des points hé- 
braïques dans son Tractatus de punctorum voccdium origine ^ 
antiquitate et authoritate (Baie, 1648, in-S''). Cappel reprit 
la plume pour défendre son ouvrage j mais sa défense n'a 
été publiée qu'après sa mort, dans le n** x*, p. 795 à 979. 
Son sentiment souleva dans le temps contre lui le parti attar 
ché aux Buxtorf, qui était composé de presque tous les Pro- 
testans. 

« Mais les générations suivantes ont amplemeiit répai-é 
» les torts que l'envie de ses contemporains lui avait faits , 
» et presque tous les savans se moquent aujourd'hui de la 
ô dangereuse conséquence que de» zélés Protestans prêtaient 
» à l'hypothèse de Cappel , hypothèse qui d'ailleurs ne lui 
)) était pas particulière , car elle fut adoptée par Luther , 
» Zuingle , Calvin , les trois grands soutiens de h réforma- 



1^8 CAP 

» tioii) comme aussi par Munster, Olivetan, Mashis, Sca-^ 
» liger, Cftsaubcm, Dmdius, de Dieu ^ Walton et Bochart ^ 
» tous savans distingues qui ont rëpandu un noviveaii jour 
n rar la philolo^e sacrée \ de scurte que Cappel n'a ea pro- 
» prement d'autre mérite que celui de soutenir cette h;^po- 
« thèse par de iKmveaiix argumens, et de lui donner phu 
» de force (i). » 

On trouve dans VHisU des Juifs^ par Prideaux (!'• part.^ 
liv. y 9 an. 446)7 1^^ raisons aor lesquelles se sont appuya 
les det^ combattans (2). 

lY. Histaria apastoiica^ Genève, de Tournes, 16849 
in^4^> P* '^7 ^*^ Londres, 1660, in-4'*; iUy Samniir, 
Pean, i6&iî, in-4*, p* »6i"> it*j Leyde, 16Ô7, ^^'^^'1 »'•> 
Leipsidi , 1691 , în^S*", par les soins de Jean Albert Fabii- 
cius, qui n^j a rien ajoute. 

y. Thèses theologieœ de summo contro^ersiarum judice. 

Saumur, i635, în-4*- 

yi: Aâ ruHfam Davidis fyram ammadi^ersienes ^ aunge" 

mdnâ dùxtrihd^ unâ de voce Flohintj, altéra de nomme Je- 

hos^œ. Sanmur , i643 , in^S"^. Gataker ajra&t attaqué ce livre 

dans dènx vcdumes , publiés à Londres , 1 645 et 1 646 , in-^, 

Cappel fit une réponse insérée dans sa Critiea sckra. 

yiL Le pisH)t de la foi et religion j en preui^e de la dignité 

contre les athés et profanes^ Saumur, i643, in-ta, traduit 

(1) Note d*Archibaid Maclatne, p. 563 de l'J9i<f. ecc/., trad. ea anglais du 
latin de Mosjieim , par Maclaine , et de l'anglais en français par de Pclioe. 

(») t Le P. Morin , bon critiqae et lavant dam les langues orientées » a^ès 
» avoir examiné cette matière avec une grande attention > a prouvé dans ses 
» ExtrcitationiM Biblicm (t. II , ch. I et suiv.), que les points-voyelles n'étaient 
» pas encore inventés , ni an temps de Saint-Jérôme , ni même du temps des 
» docteurs qui ont composé le Talnaiid , lequel n'a été achevé qu'an Yvfi siècle. 
» Les premiers vestiges qu'il rencontre de ces points y sont dans les écrits de 
» deux fameux rabbins , qui vivaient vers ^o ; d^où l'on peut conclure que le 
» commencement des points- voyelles ne doit guère être placé avant le milieu 
■ du !• siècle. » {Mèm. detiPArtigny^ t. III , p. i45.) * 



Cap 199 

^Tk anglais par Ph. Marinel. Londres, 1660 ^ in-^S*". {Musemn 

' VIII. Diatriba dt vais et anti(juis Ebrœorum litterisj op- 
posita J. Buxtorfio^ de eodem argumenio disserenti^ itemJo^ 
sephi Sccdigerij adi^ersùs ejusdem reprehensiones j defensio. 
Amst. 9 Ëlzevir, 1646, iii-12. Son but est de prouver contre 
Buxtorf le fils , que les caractères hëbreux d a présent sont 
diffërens des anciens caractères dont les Juifs se servaient 
avant la captivité de Babylone. 1 

IX. Critica sacra^ siyede variis (fuœ in sacris veteris Tes^ 
tamenti libris ocaarunt lectionibus j lihri FI* Paris, Cra- 
nunây, 16S09 in-^IoL, p. 739-, it.^ Halse Magdeb., 1776 à 
1 785 , 3 voL in-8°, édition donnée par G. J. L. Vogel, avec 
les renoaarques de C. J. Scburfenberger. 

Cet ouvrage, le plus savant que nous ayons sur les va- 
riantes de VAncien-Testamerity renferme des leçons diverses 
et un catalogue des fautes que Cappel prétend s'être glissée^ 
dans le teste bébreu des exemplaires de la Bible ^ par la né- 
gligence des copistes* Ce livre fit encore* plus de sensation 
que YArcanum; il lui attira la haine de plusieurs sa vans de 
sa communion , qui s'étaient imaginés qu'il s'était unique- 
ment proposé d'appuyer les sentimeus des Catholiques sur 
Vautorité de l'Ecriture, et de ruiner Tautorité du texte hé- 
breu* Ou s'opposa pendant dix années entières à Genève, à 
Sedan et à Leyde , à l'impression de cet ouvrage -, mais Jean 
Cappel, fils aîné de l'auteur, prêtre de l'Oratoire, soutenii 
du crédit des pères Mersenne , Moiin et Petau , obtint eiifin 
un privilège du roi pour le faire imprimer à Paris , et en 
dirigea l'édition. D'après son système , L. Cappel proposait 
le plan d'une Bible hébraïque corrigée , et d'une version 
latine, plan qui a été exécuté par le père Houbigant. (Paris, 
1753, 4 yol. in-fol.) 

Arnold Boot, Usserius, et J. Buxtorf, attaquèrent la 
Critique sacrée avec une sorte de fureur ^ et accablèrent Tau- 



200 CAP 

teur des injures les plus grossières. Cappel leur r^pondmC: 
avec modëration , et força les Protestans à respecter les ai» — 
ciennes versions, auparavant méprisées chez eux. On peuC; 
voir dans Nicéron les écrits des uns et des' autres sur ce? 
sujet. Notre savant s'est servi utilement, dans sa CritiaK 
sacra j du livre d'Henri Estienne, De origine mendonan, 
livre rempli de vues fines et de remarques piquantes. 

X. Çommentarii et notœ criticœ in vêtus Testamentum : 
accessêre Jacohi CappeUij Ludoiàci Jratris in acadendâ Seda- 
nensi S. theologiœ olim professons obsen^ationes in eosdem 
libros ; item Ludo^ici CappeUi Arcanum potictuationis auctius 
et emendatius , ejusque vindidœ hactenus ineditœ ; editionem 
, procurant Jacobus Cappellus Ludos^icijilius^ hebraicœ linguœ 
in academid Salmuriensi nuper professor. Amst. , Blaeu, 
1689, in-foL, p. 979. 

Parmi les huit ouvrages que renferme cette collection , on 
distingue Y Histoire de la famille des Cappel (De Cappellorum 
génie) j à laquelle il faut ajouter le Supplémentinséré dans le 
t. III, p. 44^ à 4^5 des Singularités historiques de dom Liron. 

lii^Historia dilusfii, à Lud. Cappello explicata et ilhistrata^ 
est insérée dans le t. -Il, p. 409 et 4^^^ de Fédition de Me- 
nochiusj donnée par le P. Toumemine en 1719. Cette his- 
toire du déluge est suivie d'une table fort détaillée, et de 
notes sur la table explicative de. cette histoire et de celle 
de Noé. 

Nous renvoyons aux Mémoires de Niceron , le lecteur cu- 
rieux de connaître les autres productions de Cappel , regardé 
à juste titre comme le père véritable de la Critique sacrée. 

Son portrait in-fol. , par un anonyme , est à la tête du n** ix , 
avec ce quatrain au bas : 

Qui Tultum ignoras , et quae sint omnia qua;ris , 

Disces si quae sint noveris acta viri. 
Hic est , cui , victis alterna tropaea roagistris 

Fixit et jpsa , licet diruta , Tiberias. 



CÀQ 30I 

Audilfredi, 55« Casanat^ t. II, p. 84 à 85, David Clé- 
ment , BB. cur.^ t. VI, p. 234, 2i35', Colômiës, Gai. Orient, j, 
p. rmi à 227; Jo. Fabricius, Hist. Biblioth.j part. I , p. 3^3, 
3a49 Hyde, B£* Bodleianaj t. I, p. ^35, édit. 1738-, le 
Long, BB'' sacra ^ t. lî, p. 665, édit. in-fol. -, Mollerus, 
JEfomonymoscopiaj'p. io5 61926-, Simon, BB. crit.jt. II, 
p. 392-, Struvius, Introd. in not. rei Uttér.j p. 55^ et 723 ^ 
Walchius, BB** theoL^ t. II, III et IV, dans vingt-deux en- 
droits^ Wolf , BB*" Hebraicaj, part. II, p. 27, etc., etc. 

vCAQUE (Jean- Baptiste)^ lieutenant du premier chirur- 
gien du roi y chirurgien de F Hôtel-Dieu de Reims , associé 
de l'académie royale de chirurgie , naquit à Machault , près de 
Vouziers , le 9 octobre 1 720. Il étudia les premiers principes 
de son art sous le chirurgien de sa paroisse. A Tâge de dix- 
huit ans , il Rit mis à Reims sous la direction d'un maître 
habile, et au bout de quatre ans , il alla faire ses cours à Pa- 
ris. Jean Benomont, son compatriote, le reçut chez lui 
comme élève , et ne tarda pas à en faire son ami. 

La guerre ofint un champ plus vaste à son émulation. Il 
fut employé dans les hôpitaux militaires depuis 1744 jus- 
qu'en 1747? et y acquit l'estime et la confiance de ses chefs. 
Au siège de Friboui^ , il passa huit jours et huit nuits à la 
tranchée^ pour panser les blessés , et il i^mplit ce ministère 
d'humanité avec un sang-froid qui est peut-être la marque 
la plus certaine d'un véritable courage. A la fin de chaque 
campagne , il revenait'passer les hivers à Paris , pour suivre 
la pratique des hôpitaux, cultiver dans les amphithéâtres 
l'étude de l'anatomie, et s'y exercer aux opérations les plus 
importantes. 

La paix faite en 1748, après le siège de Maestricht, lui 
permit de songer à un établissement solide. Dé retour dans 
sa patrie , il se fit recevoir à Reims , le 17 juin l'j^Qy maître 
en chirurgie pour Rilly-Ia-Montagne. Son mérite ne tai-da 



aoa CAQ 

pas à étkre apprécié ^ car dès le 20 janvier 1 761, il lut reçu 

chirurgien en chef de THôtel-Dieu de Reiîns. 

Dès les premiers jours de ce nouvel établissement , il re- 
cueillit les observations les plus intéressantes, qu'il av^ait 
faites dans les hôpitaux des villes et des années; et en lySa 
Facadémie , sur ces marcpes de aèle, Tadmit au nombre de 
ses correspondans. Chaque année était marqpiée par de nou- 
veaux progrès. En 1766, il obtint une médaille d'or de 
100 liv. -, celle de aooliv. lui fut adjugée en 1757, et Taca- 
demie le mit, au mois de janvier 1769, au nombre de ses 
associés. 

Cette distinction , quHl avait méritée par la constance et 
Tutilité de ses travaux, ne ralentit pas son zèle. Les Jtfis 
moires de chirurgie rendent un témoignage authentique de 
son émulation. Deux observations communiquées sur des 
hernies avec gangrène sont employées utilement dans le 
travail sur cette matière , au troisième volume des Mémoires 
de V Académie de chirurgie. Celui de Pipelet l'aîné sur la liga- 
ture de Fépiploon , est terminé dans le même volume par le 
résultat de neuf observations de hernies faites par Gaqué , 
où il assure avoir coupé Fépiploon dans la partie saine , sans 
ligature, et qu'il n'en est résulté aucun inconvénient, lie 
Mémoire de Pibrac sur l'abus des sutures, fait mention , d'a- 
près lui , de l'inutilité et même du danger de la suture après 
Fopération césarienne. On lui doit l'invention d'un instru- 
ment pour la rescission des amygdales tuméfiées. {Voy* t. V 
des Mém, de VAtad,^ et Sabatier, Opérations de chàtirgie^ 
t. II, p. ï 00.) Il a perfectionné le lithotome caché de Jean 
de Baseilhac, dit^hèrc Came. (Sabatier, ibid.^t. III, p. 186; 
Louis , Rapport sur les différentes manières de tailler ^ pag. Sg 
et pag. 186 du troisième vol. des Mém. de l'Académie.^ Il 
avait tm grand succès dans la pratique de cette opération. 
De 175 1 à 1786, il a taillé cent soixante-dix sujets. 

Constamment occupé de la perfection de son arl, il ne dé- 



CAR %oi 

»rait.riéii tant que d'en reculer les bornes. Ce fat sans doute 
autant à ses découvertes qu'aux services essentiels -rendus à 
ses €K>ncitoyeiis, qu'il dut la pension de 1,260 livres que 
Louis XV lui accorda en 1766, et que lui payait la ville, de 
Reiius. Il y mourut le 16 septembre 1787, regretté de tous 
les gens de bten^ et pleuré des pauvres, en faveur desquels 

il a fait plusieurs legs. Ses Mémoires et ses Observations se 

trouvent parmi les IVISS. de la bibliothèque des écoles de 

médecine de Paris. 

Louis ^ son Eloge inédit j prononcé le i avril 1788*, Hé- 

doin, Gr. Ifom. de Champ,,, p. 82-, Geruzez, Desctipt. de 

Reims ^ p. 489. 

GARASSE {Bernard)^ prieur du Mont -Dieu. Son nom 
est consigné dans nos annales : il réveille Tidée de la bien- 
faisance; nous devons donc le faire revivre ici. 

Ne à Tarbes en Gascc^e vers l'an 1 5o4 j Garasse fit pro- 
fession de la règle de saint Bruno à Paris , et devint prieur de 
la Chartreuse du Mont-Dieu, près de. Sedan. Lorsqu'il va- 
quait à ces fonctions, une famine affreuse désola la Cham- 
pagne. C'était en i5ao, et durant les trois années suivantes ^ 
sous le pontificat de Robert de Lenoncourt, comme le té- 
mcngnent Marlot, Anquetil, et le Gallia christiana. Son 
amour pour la pauvreté lui avait ménagé de grandes res- 
sources , et «omme il tenait par sentiment aux misères des 
pauvres, il fi3umit pendant six mois à la subsistance d'une* 
multitude immense d'indigens qui jetaient le cri pressant 
du besoin. C'est MaVlot qui nous a conservé le souvenir de 
cette noble philanthropie. Les paroles de cet historien mé- 
ritent de trouver place ici : Bemardus Carassus tantd (fuit) 
cantate in pauperesj ut Campaniâfame laborante^ ingénient 
multitudinem per sex menses aluerit vicfuSj eis necessaria suih- 
ministrando, (Met. Rem., t. II, p. 317.) On doit le dire : 
l' homme ^qiii rendit de pareils services , est digue d'un sou- 



î 



ao4 CAR 

venir honorable, au moins autant. que Fingénieux auteur de 
quelque ouvrdige amusant. 

Elu général de son ordre en 1 566 , après la mort de 
Pierre Sardes, arrivée le 26 juillet de cette année, Caxasse 
fit paraître avec un lustre nouveau les. vertus qui lui avaient 
frayé le chemin à cette éminente dignité» Il en fut revêtu, 
non pendant vingt-deux ans , comme le dit Morozzi y mais 
durant vingt ans, comme le marque la carte des généraux de 
son ordre. Il rendit le dernier soupir le 8 septembre 1 586, 
avec tout le calme d'une ame qui s'envole dans le sein de Ja 
divinité. 

Peeters n'en a point parlé dans sa bibliothèque des Char- 
treux , quoique Borland l'eût signalé à la page 260 de son 
CkrorUcon Cartusiense (i), et qu'Etienne Salazar Teût cite 
avec éloge dans sa Genealogia Christi (Lyon, Pesnot, 
i584) (^). Il est mal à propos désigné dans Moréri (^verbo 
Chartreux), sous le nom de Bernard Pierre Garasse, On a 
de lui Touvrage suivant , fruit de neuf ans de travail : 

Noi^a collectio statutorum ordinù Cariusiensis ^ ea quœ in 
antiquis et nôi^is ^statutis ac tertid compilatione dispersé et 
conjusa hahebanturj simul ordinatè disposita complectens, Pa- 
ris, Henri Thiery, iSSa, in-4°, fol. 162^ £^vec nn prolc^ue 
de Tauteur, où il prend le titre modeste de prieur de la 
grande Chartreuse*, it._, Bâle, 1 5 10 , gotk. ; it., Correriœ (3), 
per Laurentium Gilihert_, typographum juratum apud- Gratior 
nopolirrij i68ï *, it.^ Rome, 1688. On a ajouté dans ces der- 
nières éditions , quelques bulles *, mais on n y a pas inséré 
toutes celles de l'édition de Bâle. 

Carasse y déclare , comme le marque D. le Masson , p. .262 
de ses Annales (1687, i^^-folO > que les articles qui ne sont 

(1) Il parle ibidem avec éloge d'un religieux du Mont-Dieu, mais sans le 
nommer. — (3) Salazar dit que Carasse était octogénaire à cette époque. — 
(3) La Gorrérie était un bâtiment de la grande Chartreuse où D» le Masson 
avait établi une imprimerie en 1680. 



CAR 2o5 

pas renfermés dans cette nouvelle collection ne sont plus 
obligatoires. C'est la première fois qu'on publia quelque 
chose à Tusage des Chartreux. Jusque-là ils ne s'étaient 
servi que de manuscrits. 

Morotius (Morozzi), Theatrum chron. cart. ord.j p. 3o *, 

IRobert, GaL chr.j p. 8 , Appendids; de Tracy, Vie de saint 

JBruno^ p« 274 et 286. Ce fut dom Xavier le Blanc, vicaire 

de la Chartreuse du Mont-Dieu, qui engagea le P. de Tracy 

à écrire cette vie, qui parut en 1786 , in-ia. 

C ARPENTIER (Pierre) , dont le nom occupe une place 
honorable dans la Biographie philologique , était né à Char- 
leville , le 2 février 1697 > d'Antoine Carpentier et de Sophie 
Lamotte. Il y fit ses humanités et sa philosophie sous les 
Jésuites , qui se glorifiaient d'avoir formé ses premières an- 
nées et préparé ses succès. Doué d'un esprit propre à se 
plier à tous les genres ,'il hésita long-temps sur le choix de 
la carrière qu'il devait parcourir : enfin il se décida pour le 
cloître , et fit profession à l'abbaye de Saint-Remi de Reims, 
le 27 août 1 720 , à l'âge de vingt-trois ans et demi. 

Dès que son éducation fiit complétée , il satisfit son avidité 

d'acquérir du savoir , en faisant marcher de pair les études 

des langues mortes et vivantes , de l'histoire et de l'antiquité 

^ecclésiastique et pro&ne *, ce qui fit pressentir qu'il suivrait 

un )Our K route tracé^e par ses savans et érudits confrères. 

U s'occupait, depuis cinq ans , d'une nouvelle édition dci 
TertuUien , lorsque dom Dantine se l'adjoignit pour travail- 
ler au nouveau Glossaire de du Cange , dont le 6" volume 
parut en 1736. Pourvu , l'année suivante , de la prévôté de 
Saint-Onésime de Donchery , dépendante de la congrégation 
de Saint-Maur , dom Carpentier ne tarda pas à passer dans 
l'ordre de Cluni , à la faveur d'un bref de translation (i) , et 

(1) Fay, dans le t. VII de» Plaidoyers de Mannory, le procès que dom Car- 



N 



206 CAR 

» 

il fut nominé àloffice d'aumânieif de l'abbaye de Samt^Râoi' 
bertea Bugey. Ayant obtenu dn cardinal Henri Oswal de 
la Tour d'Auvergne la permission de faire spa noviciat tu 
prieur^ 4e Saint-Pierre et Saint-Paul d' Abbcville , il y pnf 
rhabit , et y pit>nonça ses vœux vçrs 174 > • 

Ses travaux littéraires exigeant sa présence à Paris^ il 
obtînt de labbë de Y alory un bénévole pour être agrégé à 
Tabbaye de SainfrPierre de Sauve, diocèse dt^AIaîs. Parce 
moyen, il devint religieux de .cette maison sans y résiâer^ 
et il vécut depuis à Paris, cultivant les lettres, fouillant 
dans les archives et les bibliothèques, et voyant souvent 
Tabbé de Yalory, qu'il nommait en plaisantant son rMmi 
père ahié {i). 

En vjioy il accompagna à la oour de Vienne I ambassa- 
deur de France de Guerchy. L'impératrice , connaissant îe 
goût de notre bénédictin pour l'antiquité , Ini donna un 
e&emplaire de a Senaius consulti de Beicchanaîibus j sit^e 
V 'œneas vetustœ tabidœ musei Cœsarei vindohonensis expH- 
n èatioy aucàore Matthœo jEgyptio. » Naples, Félix Musea^ 
1729, in^fol. , p« !2!ii. En tête duquel il écrivit : Ex dono 
et munificentid augustissintœ imperatrieis Mariœ TÂermSj 
reginœ Ifungariœ^ Bohemiœ^ etc.^ armo 1751. 

De retour à Paris , nôtre savant reprit cette vie occupée 
qu'il menait avant son voyage, et travailla à mettre cb 
ordre les matériaux qu'il avait recueillis ; et , après trente 
ans de veilles, il fit paraître, en 1766, le SuppUmmtm 
Glassaire de du Congé ^ mais il ne survécut que peu ^ 
tanps à la gloire qu'il s'était acquise par la .publication ^ 
eet ouvrage. Il mourut presque sulùtenient> au. cdlége de 

pentier eut 4 sontenii au sujet de cet indalt de traoslatM»! , fondé ffix des 
iqotifs d'infirmités. 

(1) Il y a de cet abbé , alors prévôt de Saint-Pierre de Lille , une lettre cu- 
rieuse sur une procession'd'nsage à Lille, insérée dans le t. VII, p« ^"^^^79 
ém iUS^moèresde d*Artîgny. 



CAR ao7, 

'Sourgogne, à Paris, oon le 21, comme le dit Deaisart, 
vaais le 19 d^embre 17679 et fut iahumë dans la nef 
du Saint^crement de leglise paroissiate de Saint^ôme. 
Le domaine voulut s'emparer de sa succession, comme 
cL^'nae épave. M. de Yalory, abbé commendataire de Saint*- 
Picrre de Sauve, soutint qu'il «5tait habile à recueillir la 
coliswiîorte de son religieux*, et le 39 mars 1768, il gagnn 
au parlement de Paris son procès , suivi par maître Courtin , 
qui fit imprimer un mémoire à ce sujet. (Dénisart , Collection 
de décisions^ p. 733, art. Cote^morte^ édit, 1771.) La suc- 
cession de D. Carpentier était un objet de dix à douze mille 
livres. Courtin assista à la vente de sa bibliothèque, et y 
acheta, entre autres- livres, des manuscrits d'anciennes 
poésies {Srançaisea, quil donna depuis au marquis de Paul- 
my. Us font aujourd'hui partie de la bibliothèque de VAr- 
senal. 

D. Carpentiec a fait quelques généalogies qui lui ont 
procuré d'illustres amis^ Parmi les savans de sou temps, il 
était un dg oeux dont on s'empressait le plus à rechercher 
le commerce , parce qu'il joignait à un cœur droit un esprit 
profond, et qu'il était d'ailleurs obligeant et communicatif. 
La conduite régulière qu'il tint dans le monde , la vie retirée 
qu'il mena au collège, de Bourgogne , ou il travailla avec au-* 
tant dWdeur que lorsqu'il demeurait à Saint-^Germain-des-r 
Prés, furent les. seules réponses qu'il crut devoir opposer 
aux clameurs de quelques rigoristes de sa congrégation , qui 
l'avaient signalé partout comme un religieux dégoûté de son 
état, lequel s'était dérobé aux observances monastiques , 
BOUS prétexte d'infirmités. 

Ken différenÀ de ceux qui , ayant observé des taches dans 
le soleil 9 n'en reconnaissent pas moins sa lumière et son 
éckt, ces zélateurs 9 non contens d'avoir a<icusé la conduite 
morale de D, Carpentier, essayèrent de le dépouiller du 
fruit de ses travaux. L'attaque fut commencée par dom 



ao8 CAR 

Clëment , dans la préface de r^rt de vérifier les dates , pu- 
blié en 1750-, et depuis , on mit tout en œuvre pour flétrir 
sa réputation littéraire. Dom Tassin fut un de ses antstgo- 
nistes les plus ardens. Les savans ne lui pardonnent pas 
d'avcâr renouvelé,- après la mort de son illustre confrère, les 
accusations très-mal fondées de plagiat que Ton avait diri- 
gées contre lui durant sa vie. Heureusement la gloire ne se 
trouve pas toujours éclipsée, sous les nuages que la malveil- 
lance soulève contre elle. Toutes ces manœuvres claustrales 
n'ont pu «empêcher qu'on n'assignât à D. Carpentier un rang^ 
distingué parmi les philologues du xvïii* siècle. 

Ses ouvrages : 

I. Glossarium ad scriptores médias et infimœ latinitatis, 
auctore Carolù Dufresjie domino du Congé j editio not^a et 
locupletior et auctior ; opéra et studio monachorum ordinis 
S.Benedicti è œngrégatione' S. Mauri. Paris, Osmond, 
1^33, 1736, 6 vol. in-fol. fig.*, it., eum additionibus Iselini^ 
accedit dissertatio de impp. Constantin, numismatibus. Baie , 
1762 , 6 vol. in-fol. 

Les dix planches de médailles manquent dana beaucoup 
d'exemplaires-, elles doivent se trouver dans le t. 4> à l'ar- 
ticle intéressant Moneta^ p. 912, 924 , 9Î2, 940, 960, 966, 
972, 981, 994 et 1020. D. Carpentier ayant composé plus 
de huit lettres de cet important ouvrage , doit être mis au 
nombre des savans Bénédictins auxquels oa en est rede- 
vable, 

II. ^m aux gens de lettres qui voudront contribuer à la 
perfection du Supplément au Glossaire de la moyenne et 
basse latinité , inséré dans le Journal des Savans , a^n/ 1 737, 
p. 253 et 254- 

III. Lettre écrite par Jfcf *** à M. Carpentier ^ l'un des au- 
teurs de la noweïle édition du Glossaire de du Gange, sur 
un endroit qui demande d'être expliqué et rectifié y it. , Réponse 



CAR 209 

de JH. Carpeiitier aux auteurs «?« Mercure de France (datée 

d.u prieuré de Saint-Pierre d'AJbbeville , le 17 mai 1^40 • 

insérées dans le Mercure de France ^ '74^? P* ^^Sy à iSyi. 

IV. jilphahetum tironùmum^ cum phmhus Ludovici pii 

c/uzrtîs:, quœ notis iisdem exaratœ sunt et hizctenus méditas^ ad 

historiam et jurùdictionem cum ecclesiastîcam^ tum ciçilem 

pertinentibus. Paris, Guérin, 1747? in-foL, p. 108. 

11 n'^a pas plû à D. Tassin de faire mention de cet ouvrage 
curieux dans son Hist. Littér. de la Congr* deSaint-Maur. En 
revanclie il n'oublie pas d'indiquer à la page 720 de la même 
histoire, sa critique de V Alphahetum tironianiim^ insérée 
dans le Journal des Sas^ans^ mars 1766. 

Gicëron et Tiron son affranchi inventèrent, dit-on, chez 
les Latins , la manière d'écrire en abrégé , et furent les pre- 
iniers auteurs de ces caractères que les Latins appelaient 
Noiœ ^ par le moyen desquels on écrivait aussi vite que Ton 
parlait. Ceux qui écrivaient de cette manière se nommaient 
Notariij d'où nous est venu le mot de notaire. Martial ex- 
priiuie très-bien, dans le distique suivant, la vitesse avec 
'laquelle on écrivait à l'aide de ces notes : 

Gurrant verba licet , manus est velocior iUis : 
Nondum Ungua suum , dextra peregit opus (i ) . 

Lib. i4 9 ^pig' 3o8. 

Pour faire connaître l'art d'écrire en notes , D. Carpen- 
tier donne , dans son alphabet tironien , d'ancien monumens 
écrits suivant cette méthode , auxquels il joint ses remarques 
et un alphabet. Les Jésuites , dans leurs Mémoires de Tré- 
voux (juin 17475 P' ^4^3)? ^^t f^ît un bel éloge de cette 
tachigraphiè , laquelle est cependant insuffisante, attendu 
qu'il a été impossible à D. Carpentler de la compléter, ejt 
que l'explication des noies qu'il rapporte ne peut servir à 

r 

(1) En Tain la voix précipite ses sens , la main du sténographe les devaece; 
Torateur p^le encore , et déjà sa pensée est recueillie. 

TQME I. 14 



aïo CAR 

rien pour 1 explication de celles qui ne se trouvent pas dans 
sou alphabet. 

V. Lettre aux auteurs du Journal des Savans , insdrée 
ibidem.joet. i^SS, p. 678 à 68i. 

D. Clëmencet avait essaye y comme on Fa vu , d'enlever 
par avance à D. Carpentier Thonneur d'être vëritablement 
auteur du Supplément au da Cange^ et DD. Charles Fran- 
çois Toustain et Tassin (t. Il, p. ao5, a44 ^ 281 du Nou- 
%feau traité de difÀornaUque j Paris, i^55 à 1765, 6 vol. 
in-4**? figO? avaient dëprisë son alphabet tironien, qu'ils 
auraient peut-être trop exalte , si D. Carpentier eût encore 
été des leurs. Celui-ci leur répond par cette lettre, à laquelle 
D. Tassin riposta dans le Journal des SaiHtns^ mars , i ^56 , 
p. 189 à 149. 

YI. Glossaràun noK^wn ad scriptores medii œ\^i cum Latinos 
iwn Gallicos^ seu svpplementuxh ad auctiorem glossarii Can- 
giani editîonem. Subditœ ^mtj, ordine alpkabeticOj zfoces gai- 
licéB usu aut signiftcattt obsoletœj quée in glossario et in suppk- 
mento explicantur. Accédant varii indices,, prœcipuè rerum 
extra ordinem alphabeticum positaruntj vei ^uas ibi deUtesoere 
, non autumaret lector^ atque auctorum operwns^e emendatorum. 
His demum adjecta est Cangii Dissertatio de inferioris œvi aut 
imperii numismatibus ^ quam excipiunt emendationes typogra- 
phicœ ad posiremam glossarii editionem. Collegit et digessit 
D. P. Carpentier,, ordinis 5. Bénédictin prœpositus S. One- 
simi Doncheriensis. Paris, le Breton, Saillant, Desaint, 
l'jG&y 4 vol. in-fol. 

Adelung en a donne un abrégé , sous ce titre : a Glossa- 
» rium manuale ad scriptores mediae et infimae latinitatis , ex 
)) magnis glossarii Caroli Dufresne, Domini du Gange, et 
» Carpentarii , in compendium redactum , multisque verbis 
» et dicendis formulis auctum. ffalœ,, Gebauer, ï 772, in-8^)) 
Nous croyons devoir entrer dans quelques détails sur la 
nouvelle édition du Glossaire de du Gange, et sursOn sup- 



CA* au 

pléiuent , monumeut qui port^ Tenapreitite de U plus pro- 
fonde érudition. Du Gange n'avait publie que 3 vol. in*fol. 
€n 1678. Dota Guesïdë avait projeté dy en ajouter un qua- 
trième ; maiâ la mort ne lui permit pas de voir la fiii de son 
travail. DD. Nicolas Toustain et le Pelletier mirent en ordre 
et ex,p!iq.U)èreat les mots de la moyenne et baase latinité qui 
répoud^at aui trois premières lettres de lalphabat, çt qui 
font le premier volume et les deux tiers du second. Ce 
fut dans cet état de choses que D. Dantine (î) prit le Glo»- 

(1) Dantine (Fnmçiois), né le i«» avril 1688, de Claude Dantiae , cultivateur 
et propriétaire , et de Marie Lobet , à Gonrieux , yîUage du pays de Liège , et 
dn départeâient des Ardennes , jusqu'au traité des limites du ao nov. i8i5^ 
finit «es jours à Paris le 3 nov. 1746, Il est auteur de VArt de vérifisr les dates, 
Paris , 1760 , in-4°j ma/'orc. 

Cet ouvrage fameux, où sont les Annales de tous les peuples et de tous les 
sbuTerains du monde ; qu'on peut regarder comme la source et la clef de 
l'histoire , et qu'il n'était guère posnible. de composer que (kiR^ le silence du 
cloUre 9 et au milieu de riches et d'imioen«es archives , doit sa naissance à 
une de ces petites causes que nous sommes d'autant plus jaloux de faire con- 
naître , qu'elle est assez généralement ignorée. 

£n 1 7^7 D. ))antine était venu se fixer à Paris dans la communauté des 
Blancs-Manteaux. Bornée dans son revenu , cette maison ne pouvait dqnnisr i 
ses relig^ieux ces petites douceurs , qui contribuent à faire l'agrément «t le 
cbarme de la vie I^* Bouquet tâchait de suppléer ce vide. Jouissant d'upe 
pension de i5oo Hv., que le roi lui avait accordée à titre de récompense et 
d'encouragement , son plus doux plaisir était de la partager avec ses confrères. 
Tous les jours après dîner, une petite société de savans Bénédictins se réunis- 
sait chez lui, pour y prendre le café. D. Dantiae était admis à ces réunions, 
ob. se confondaient le savoir et la gaîté. Vers l'an 174^, on s'aperçut que les 
fonds manquaient , et que la petite provision de sucre et de café tikuit à sa 
fin. Chacun proposait des moyens de ravitaiile9icnt 1 lorsqu'tfn des habitués 
du cercle dit , que D. Dantine seul était capable de prêter une vie nouvelle à 
la mèche pr^s de s'éteindre. Ce savant , qui s'occupait pliv^ d'hébreu que de 
finances 9 surpris de ce qu'on recourût; à lui d^n» cette cû-cooptance , détûm 4e 
s>VQtr oonm^nt il pourrait zempjiv les vues de ta réunion » ^t i^y finir trihu- 
t«if!ede ses besoins. £h bien 1 reprit son confr^re^, n'étci^vous pas du payip ^ 
I^ié^ ? poun|uoi donc , à l'exemple de Matthieu (iaensherg vptre compatriote , 
m mettriez*vons pas au jour un calendrier ou almanach f C«t ouvrage de 
covte haleine , et d'un prompt débit , procurerait à notre petite coterie, les 
fonds dont elle a le phis pressant besoin. D» Dantine goûta U plaisanterie, 

14. 



•iisi CAR 

saire. Il s'adjoignit D. Carpentier. Celui-ci se chargea des 
huit lettres F H K M P S.V W, et s engagea à feîre la pré- 
face. D. Dantine eut en partage les treize lettres D £ G J 
LNOQRTXYZ. Ils firent de concert des additions 
aux trois premières lettres. 

Les cinq premiers volumes ayant paru , D. Dantine fiit 
exilé à Pontoise en 1^34 , à Foccasion de ses opinions sur la 
biiUe Unigenitus. D. Carpentier acheva la lettre T commen- 
cée par son collègue , et mit la dernière main au sixième vo- 
lume, qu'il publia en 1^36. «Ainsi, disent les rédacteurs 
» du Journal des Sas^ans ^ indépendamment de la part qn'^a 
» eue D. Carpentier à tout ce travail, il a achevé seul Fédi- 
)) tion : pour le prouver, il renvoie au manuscrit de Tou- 
» vrage qui est resté à Tabbaye de Saint-Germain , dans le- 
» quel la diflférence des écritures montre ce qui appartient à 
» son collègue ou à lui. » (Sept. 1766, p. Sga.) 

Il n'y a point eu de réponse à une proposition aussi raison- 
nable , sur laquelle D. Tassîn garde le plus profond silence, 
dans son HUt, Littér, de la Congrégation de Saint-Maurj à 
Tarticle de D. Dantine. 

Nous allons maintenant donner une idée .générale du sup- 
plément au Glossaire de du Cange, et justifier D. Carpentier 
du plagiat dont on Ta accusé. 

« Ce grand ouvrage , qui est le fruit des longues et pé- 
nibles recherches que D. Carpentier a faites pendant trente 
ans , ne doit point être considéré comme un simple supplé- 
ment au Glossaire de du Cange *, on peut encore l'envisager 

accepta cette espèce de défi , et conçut dès lors qu'il pourrait £iire quelque 
chose de très-utile , en réunissant les différens articles de chronologie, tels 
qu^indictions , épactes , cycles , nombre d'or, etc., qu'il avait rédigés pour la 
réimpression du GhêstUre de du Gange. De la réunion de ces divers articles, 
il en est.résulté un traité de chronologie qui se trouvé k la tête de V Art dt vé- 
rifier les doits. D. Dantine résolut ensuite d'y ajouter des tables des pspes, 
des empereurs , des rois , etc. , et de puiser dans les sources mêmes , pour for* 
ijaer une chronolpgie depuis J. G. jusqu'à nous. 



CAR 9.i3 

comme un ouvrage particulier, et , pour ainsi dire, indépen- 
dant de celui-ci. Le savant auteur ne s'est pas contenté de 
faire dés corrections ni d'ajouter de nouveaux éclaircisse- 
mens aux difiërens articles de du Gange *, à Texemple de ce 
savant homme 9 il y a mis encore ime foule d'articles qui ont 
rapport à nos mœurs, ou aux droits seigneuriaux et particu^ . 
liers, ou à lorigine et à la nature des fiefs , aux dévoies des 
vassaux, à notre jurisprudence civile et criminelle, à k 
juste valeur des pQids et des mesures , au prix et au cours des 
monnaies , à l'époque des annoblissemens *, on y trouve en- 
core la description des armes propres à Tattaque et à la dé- 
fense , les yétemens militaires , tous nos usages publics et 
domestiques , des noms de lieux peu connus , dés éclaircis- 
semens intéressans pour de grandes maisons , l'histoire des 
dogmes et des céréiùonies de l'Eglise , les termes qui con- 
cernent les arts et les sciences *, en un mot, tout ce qui a 
rapport à nos antiquités. » Journal des Swans^ sept. 1766, 
p. 590 a 591. 

« Les trois premiers volumes contiennent le Glossaire. 
•Sous chaque mot, rangé par ordre alphabétique, l'auteur 
rapporte un grand nombre de passages de nos anciens au- 
teurs .français ou de nos chartes , qui servent à faire connaître ' 
l'étymologie , forthographe et les différentes significations 
du mot. Ces passages communément nous instruisent en- 
core de quelques usages et coutumes qui se sont perdus y de 
quelques noms géographiques, ou des noms propres qu'il' 
importe aux familles de connaître. 

)) Le quatrième volume mérite une attention particulière: 
il contient un Glossaire français qui a six cent soixante-treize 
colonnes d'étendue, ensuite treize tables*, i"" Table des au- 
teurs de la moyenne et basse' latinité , composée par du Gange, 
corrigée et augmentée par Carpentier . On y rapporte le temps 
où ils ont vécu, les ouvrages qui les distinguent, ou ces ou- 
vrages ont été imprimés, les écrivains qui les ont cités,, et 



îii4 ÔAR 

lorsquon eu est insitruît, Vétàt qu'ils avaient embra^^ëy 
1" Table des auteurs grecs eitës dans le Glossaire^ 3** une 
des auteurs imprimés qui ont écrit en langue vnlgaire , soit 
firançais^ soit italiens , espagnols, anglais, etc.*, 5** une des 
manuscrits latins qu'on a consultés : on y a yoint leur âge; 
6^ tme des actes et des vies des Saints qui sont manuscrites *, 
j^ une des auteurs français manuscrits qui ont éeriit en 
prose -, 8** des anciens poètes français et provençaux , manu»' 
crits-, 9"* et 10° deux tables des registres, des cartulaires et 
des dépôts publics et particuliers dont on a &it le dépouille^ 
ment-, 1 1* des auteurs et des ouvrages dont on corrige le 
texte dans le Glossaire et le suppléiùent; iS^.enfîn, une table 
de totit ce qui est traité dans ces deux ouvrages bors de Tordre 
alphabétique. On y a joint de petites remarques qu'on ne 
s'aviserait pas d'y chercher. 

» Ce volnmc est terminé pgir un morceau précieux pour 
les savans , c'est-ànlire, par la Dissertation de du Gange snr 
les médailles et les monnaies des empereurs du Bas-£mpîre^ 
elle est accompagnée de onae planches, qui représentent 
plusieurs figures de ces empereurs. Enfin , pour ne rien ou- 
blier de ce que renferme ce quatrième volume, on y tmùvc 

* 

un errata fort ample des six volumes de k dernière édition 
dtt Glùssaîre de du Gange. » (Joum. des S(^a¥is_, sept. 1766, 
p. 593 et 594.) 

Combien de temps n'a-t-il pas fallu pour mettre en ordre 
tant de matériaux rassemblés par un seul homme ! Que 
d'examens , de vérifications et de comparaisons n'a-t-il pas 
fkllu pour éviter les conttsadictions, les répétitions et toutes 
les négligences qui , sans Tattention singuKére de D* Car- 
tier pouvaient lui échapper ! Malgré un si pénible tratail, 
on n'a pas kissé de diriger contre lui une accusation de pla- 
giat , dont il se justifie dans sa préfiice d'uiM manière $i 
complète; nous croj^ons devoir nous arrétei* sur cette dis- 
cussion. 



CAR aî5 

ï> . Gl^meucçt , p . . xi de la prë&ce. qui e^st à la tête de V^rt 
de xférifiev les dates ^ édition de 17 5o, composé par D. Daa-r 
tine , dit que ce savant avait fait de itouveUes recherofaes et 
formé un recueil capable de servir de supplément à ce 
Glossaire. Il ajoute que ces collections soût demeurées entre 
le3 xaains de son associé (D. Garp^ïnlier), et que s'il les donne 
jamais au public , il a trop d^éqiûlé pour n'en pas faire bon* 
neur à celui de qui il les tient. 

Les personnes indisposées contre D. C^trpentier en ont 

couclu, sans aucun fondement, que les quatre volumes de 

son nouveau Glossaire étaient formés du recueil d additions 

que D . Dantine avait rassemblées^ de là laccusation de plagiat» 

« Il s'agit donc de savoir, disent les auteur^ du Journal 

des Safaris , à quoi se réduisaient alors les collections , ^t si 

elles (étaient capables de former quatre vcdumes in-fol., et 

qiii en était Fauteur. Elles ne consistaient, dit Carpeutier^ 

qu'en quelques remarques et additions , communiquées trop 

tard pour entrer dans la nouvelle édition de du Gange ^ 

parce que les articles où elles devaient être placées étaient 

déjà imprimés^ ces remarques et ces additions même en 

grande partie avaient été faites par D. Garpeutier liû-méme, 

qui était chargé de finir l'édition, et qui s'était proposé 

d'en faire le supplément*, ainsi c'est son propre trayail qu'U 

a employé. De plus , ces collections ne pouvaient former que 

quelques fouilles , et si Ton jette les yçux sur le suppléaient 

au Glossaire, outre son étendue, on verra que l'auteur a 

consulté tous les registres du Tré«or des Ghartes jusqu'à 

Gharles VIII , les livres^ registres et mémoriaux de la 

chambre des comptes de Paris ^ de celle de Lille en Flandre 

et d'autres cours souveraines, les manuscrits de la bibUpr 

théque du roi, ete,, en vertu d'un ordre du roi, d^tédu 

10 juin 1 736 , quatre ans après que D. Dantine avait quitté 

Paris. 

)) Il est démontré par là et par quelques autres te'moi- • 



2i6 CAR 

guages, qu'il est inutile de citer ici, que cet ouvrage o'^est 
compose (|ue depuis Tordre du roi 9 puisqu'il u y a presque 
pas UQ article dans lequel Fauteur n'ait cite des pièces prises 
du Trésor des Chartes. Ainsi ces collections qu\>n exagère, 

ne font point un objet dans Fouvrage dont x^ous parlons 

Toutes ceS' raisons nous paraissent disculper entièrement 
D. Carpentier du plagiat dont il était accusé. » (^Joum. des 
SaçanSj seft. 1766, p. 69 1 à SgS.) 

Ce jugement désintéressé n'a pas empêché D. Tassin de 
renouveler, après la mort de son confrère, l'accusation de 
plagiat qu'il avait dirigée contre lui en 1766, dans le Journ. 
des Sas^ans. 

a D. Dantine, dit*il, avait fait de nouvelles recherches ; 
il eh avait reçu des provinces pendant le cours de l'impres- 
sion, et il en avait formé un recueil capable de servir de 
supplément à la nouvelle édition de M. du Cange. Au dé- 
part de D. Maur Dantine, le P. Carpentier eut grand soin 
de tout recueillir. Dégoûté de son état , revêtu d'un gros bé- 
néfice que lui avait donné l'abbé de Pomponne , en faveur 
de son abbaye de Saint-Médard , et appuyé du crédit d'ua 
ministre et de quelques grands seigneurs , il quitta la Con- 
grégation sous prétexte d'infirmités , et emporta avec lui les 
recueils, dont il n'était que dépositaire. En 1738 il obtint 
une lettre de cachet pour avoir communication des registres 
du Trésor royal des Chartes. Les archives de la chambre des 
comptes de Lille , de la collégiale de Saint-Pierre de la même 
ville , et des principales églises d' Abbeville , lui furent ou- 
vertes *, il lut les manuscrits de la bibliothèque du roi et les 
livres anciens et nouveaux qui n'avaient point été consultés, 
et puisa dans toutes ces sources des msitériaux , qui jcnnts à 
ceux qu'il avait emportés de l'abbaye de Saint-Germain-des- 
Prés, lui ont suffi pour former les quatre volumes in-fol. qu il 
a publiés. » {Hist.iittér. de la Congr. de S. MouTj^ p. 633.) 

Ce texte de D. Tassin renferme des aveux qui vont à jus- 



CHA 217 

tî^er D. Garpentier de laccusatioa de plagiat*, car, puisque 
e'*est depiiis sa sépairatioa d'avec D. Dantine qu'il a eu accès 
dans le Trësor des Chartes , etc., etc., et qu'il y a puisé une 
infinité de matériaux dont son collëgue n'avait point eu con- 
naissance, et qui forment presqu'entièrement son nouveau 
Glossaire , n'est-il pas bien fondé à le regarder comme son 
ouvrage ? D. Tassin parait lui-même en être au fond con- 
vaincu, et se défendre de vouloir lui en enlever la gl^re. 
« D. Garpentier, ajoute*t-il, s'élève sans ménagement dans 
» sa préface contre ceux qu'i7 s'imagine <woir voulu lui enle^ 
»' p'er la gloire de ses travcuAX. Il n'en a pbs joui long-temps, 
» étant mort au mois de décembre 1767. » S'exprimer ainsi, 
n'est-ce pas reconnaître que toute 'la gloire du nouveau 
Glossaire appartient à D. Garpentier, et se défendre d'avoir 
voulu la lui enlever? Au reste , cette sortie de D. Tassin ne 
doit point étonner, notre savant étant , comme nous l'avons 
dit, devenu odieux aux rigoristes de sa congrégation, par sa 
retraite , et surtout par la jouissance des revenus de sa pré- 
voté de Donchery . 

VII. D. Garpentier ayant trouvé dans un manuscrit de l'é- 
glise de Gambray , écriture du commencement du xiv"" siècle, 
plusieurs senteqces morales c[ui n'avaient pas été publiées 
avec celles de PvbUus Syrus^ les donna à l'abbé le Mascri)er, 
qui les mit à la suite des sentences connues de Syrus^ impri- 
mées avec les fables de Phèdre , édition de Paris. Coustellier, 
174^? in- la rarissime j où l'on peut voir ces .nouvelles sen- 
tences précédées d'un avertissement de D. Garpentier, qui 
n'a pas mis là son nom -, mais il se trouve à la page 1 07 de 
ce volume , dans l'avis de l'imprimeur qui précède le Pu- 
hUus Sytus. 

GHABAOL (Matthieu)^ docteur en médecine et en chi- 
rurgie, élève dés écoles de Montpellier et de Paris-, dpmi-, 
ciliée Mézières- sur -Meuse depuis le mois d'avril 1763, 



2i8 CHA 

époque où il fut nobimé à la place fixe de chirurgien-major 
des oflBciers du génie de Fécole de cette ville \ associa cor* 
respondant du collège royal de médecine de Nancy, du 
7 janvier 1776, et de la société royale de médecine de Paris, 
du 16 août 1785; non^mé chirurgien-major en chef de Tar- 
mée des Ardennes, le 19 mars 1794 9 membre de la com* 
mission de santé de Paris, le 4 ^^^î suivant, puis médeciti 
en chef de Thôpital militaire de Mézières, le ^4 janv. 1795, 
est né à Limoges le 3 mars 1735. L'académie royale de chi- 
rurgie lui a adjugé un de ses prix le 4 avril 1787, et la so- 
ciété royale de médecine lui a décerné un des siens le 
a6 août 1788. Mort le 1 2 février i8î5 à Mézières , où U s'é- 
tait acquis une grande réputation par des services énoùnens 
rendus à Fhumanité ainsi qu a Tart de guérir. 

Ses écrits et ?es travaux : 

I. Observation sur une concrétion polypeuse^ Iroiwée dans 
la tête d'un enfant : insérée dans le Recueil de médecine j 
chirurgie et pharmacie,, avril 1756. 

II. Lettre à M. Galabertj démonstrateur à Monipellierj au 
' sujet de t agaric de chêne ^ pour arrêter les hémorragies : insé- 
rée ibidem j juillet l'jH.-'^ Deuxième Lettre à M. Galabertj 
pour seri'ir de réponse aux objections faites par M. Destré- 
meaux ^ au sujet de la même substance dans les hémorragies : 
insérée ibidem ^ nov .1765. 

III. Relation d'une opération césarienne y pratiquée ai^ 
succès : insérée en 1778 dans les Mémoires de la soàéii 
royale de médecine j t. II. 

IV. Lettre écrite des bords de la Meuse ^ à V auteur de la 
Gazette Salutaire , sur la prudence que doii^nt ai^oir les sages- 
femmes _, d'as^ertir lorsque les couches se présentent diffi/od- 

tueusesj afin, qu'elles garantissent ^ autant que possible^ leur 
réputation et le blâme qui suit ordinairement les couches fâ- 
cheuses : insérée dans la Gazette Salutaire j août 1 78 1 . 



CHâ 319 

V • Relation d'une ùpération césarienne y adressée à la so-^ 
ciété royale de médecine le a8 mars 1 78^ : proclamée da^s le 
J'oiMnujU poUtique de Bouillon^ dan« le Journal encyclopé- 
dùfiee^ dans une séance publique de l'académie de chirurgie , 
et enfin dans une brochure de M. Déleurye , professeur d'ao- 
couchement. Cette opération a été faite en 1778 à Mézières, 
s«r une femme doimiciliée au Faucon ^ près de Doncherj. 

VI. Memarques et additions sur r opération césarienne : jpi^ 
bliëe ea 1 784 dans le troisième ydiume des Mémoires de la 
société royale de médecine. 

VIL Avantage quil y a de profiter de l'air libre dans la 
petite vérole : publiée le 5. )anv. 1786 dans la Gazette Salu- 
taire. Chabrol j expose qu'il a franchi les limites de Tart^ 
s%xx Tusage de Tair, en faisant voyager 1^ petite vérole jus^ 
qu'au cinquième jour de Féruption, depuis Sedan jusqu'à 
Paris « eu observant des poses relatives au beàoin du ma- 
lade , et a l-état de la maladie *, ce qui n'a pas empiécfaé l'é- 
ruption progressive des boutons pendant lé voyage : d'où il 
conclut que l'air employé cotivenablement dans les mala- 
dies, n'a jamais lait de mal. 

VIII « Ohsers^atiom sur V usage fréquent des fundgations 
dans les maladies des voyes lacrymales^ à ï effet de les guérir^ 
et de réformer Us opérations quon est dans l'usage d'y pratin 
quer : mentionnées ibidem^ a diéc. 1790* 

IX. Opération de la taille. faite par M. Chabrol ^ sur la 
femme Lancerotj du village de Signy-Ï Ahbaye (Apdennes) ^ 
enceinte de sept mois : annoncée ibidem^ 10 mars 1791. L'ur- 
gence avait requis cette, opération* La malade a guéri sans 
incommodités secondaires : elle a porté son ihiit au terme 
ordinaire ^ la gestation*^ et, depuis , elle a fait plusieurs 
«Ouches heureuses. 

X. Détait d'une opération de la Hernie > opérée par M- Cha- 
brol, où k douzième jour après, l'intestin s'exfoUaj ce qui 
donm issue à la totalité des matières fécales pendant environ 



320 CHA 

deux mois , sans ifue la plaie soit restée fistuleuse : Aunancé 

ibidem j i3 juin ■791* 

XI* Extraitd'un Mémoire sur la Lithotomie des deux sejces^ 
présenté à la société royale de médecine de Paris : publié dans 
les Annales raisonnées sur Vart de guérir^ par le docteur 
Retz. 

XII. Il a fourni à V Encyclopédie les articles Polype^ Clor 
yieule^ Commotion^ Conire^coup^ dans les maladies de la 
tète et des autres parties du corps , et Polypes à la matrice. 

Une notice j publiée à Mézières (en 1807), in-S**, p- 7? 
of&e des détails très-circonstanciés sur la personne , les ou- 
vrages inédits, les services et le zèle de ce praticien habile, qui 
connaissant la marche de la chirurgie rationnelle , n^opérait 
jamais sans une indication précise. On y remarque entre autre 
choses y « que pour le soulagement de Thumanité y il s'est mis 
)) à même d'exercer ses bienfaits , en formant chez lui up 
» petit hospice , où il a accueilli des pierreux indigens , pour 
» les Opérer et guérir gratuitement -, qu''il n'a pas hésité d'al- 
» 1er dans les communes des Ardennes , pour y opérer, sans 
» rétribution ; qu'il a obéi à l'invitation des magistral , et à 
» la voix des dames de charité de Mézières, Gharleville, 
» Donchery et Sedan , pour venir opérer les pierreux dans 
» les hospices, ou hors les hospices, et exercer sur d'autres 
» malades la médecine opératoire. » 

CHARDON {Matthias^ et dans le cloître Charles). Yvois- 
Carignan est sa patrie v il y naquit le 22 septembre 1695. 
Dès que ses classes furent achevées , il prit l'habit de béné- 
dictin à l'abbaye de Saint- Vanne de Verdun, et s'y lia par 
des vœux solennels le 3 juin 17 12. Ses supérieurs Tapnt 
destiné à l'enseignement , il professa long-temps la philo- 
sophie et la théologie dans sa congrégation , et y fit preuve 
d'une grande justesse d'esprit. Au milieu de ces occupations^ 
il trouvait encore le temps de cultiver les langues anciennes, 



CHA 



32 t 



l'*b«4jbreu, le syriaque et le grec, qui avaient beaucoup 
dL''attraits pour lui , et de se livrer à Tëtude de Fantiquitë 
ecclésiastique qu'il aimait passioniiëmeat. Il fut frappé de 
mort à Saint- Arnould de Metz , le 20 octobre 1771 /âge de 
soixante-dix-huit ans. 

' Austère dans ses mœurs , couvert de la rouille du cabinet, 

d^un caractère peu flexible , incapable de tenir la main 

fermée pour empêcher une vérité d en sortir , ne ménageant 

Taniour-propre de personne, dom Chardon disait toujours 

tout ce qu'il pensait avec une iranchise qui approchait quel- 

cpiefois de Timpolitesse. Il était, parmi ses confrères , une 

sorte de censeur pour lequel on n'avait pas autant d amitié 

que d'estime. Ge dernier sentiment, dont il était digne, lui 

suffisait , et il y avait peu de personnes dont il en attendit 

un autre. Doué de beaucoup de vertus, il ignorait l'art de 

les rendre agréables à ceux qui l'entouraient. Un trait va 

faire juger de la trempe de son caractère. 

La 'Diète de sa congrégation Tavait nommé cellérier de 
l'abbaye de Mouzon. Distrait continuellement de ses études 
par les occupations de cet emploi , il chercha comment il 
pourrait s'en affranchir. Ge moyen se présenta à sa pensée : 
il attacha un clou à la porte de la dépense , et y pendit la 
clef avec cet écriteau au-dessus : <( Que nul ne m'accuse 
D d'imprévoyance , car rien ne manque ici : j'ai pourvu à 
» tout. Geux qui éprouveront des besoins trouveront dans 
» cet office de quoi étancher leur soif et appaiser leur faim. 
» Après s'être satisfaits , ils voudront bien remettre la clef à 
» sa place *, car je ne suis plus d'humeur de bouger de ma 
» cellule. » Le prieur de la maison , instruit de cette singu- 
larité , s'empressa d'assembler le chapitre , et de donner un 
successeur à dom Ghardon , qui lui adressa ce remercîment : 
.(( R. Père prieur, j'éprouve une vive satisfaction en abandon- 
)) nant une carrière qui m'était étrangère. Je vais rentrer 
}) avec joie dans mon cabinet pour ne plus en sortir*, car 



a22 CHA 

» s'il est vrai que chaque chose ait besoin d'être à sa place , 
» c'est à rhomme surtout qu^il est le moiiifi permis de s^en 
» ticarter. » 

Les fruits de ses veilles studieuses sont : 

I. Histoire des Sacremens^ ou de la manière dont ils ont été 
célébrés et administrés dans V Eglise j et de Vusage ^pion en a 
fait depuis te temps des Apôtres jus^juà présent. Paris , Des- 
prez et Càvelier, 1745, 6 vol. in-*f a. 

Cet ouvrage est plein d'érudition. Oa y voit Thistoire des 
Sacremens depuis la naissance du christianisme , les divers 
changemens survenus dans leur administration et leur usage, 
la manière dont ils se confèrent dans les églises orientales , 
et Tëpoque où ces sociétés ont abandonné sur quelques points 
Tancienne discipline sacramentale. L'auteur montre que les 
variations arriTees dans les Sacremens , tant dans ces corn-* 
munions séparées de l'église romaine y que dans les diffé* 
rentes EgHses particulières de l'occident, ne tombent que 
sur les cérémonies de leur administration , sur le rit et lu* 
sage qui s'y pratiquent*, mais que les Sacremens sont les 
mémies aujourd'hui , quant à la substance , q^ie dans les pre- 
miers siècles du christianisme. 

On y remarque des traits curieux. Telle est l'c^nioa 
singulière qui s'était répandue dans le m*' siècle , que les 
malades qui avaient reçu l'extrémeonction ne pouvaient 
plus , s'ils recouvraient la santé , faire aucun usage du ma- 
riage , manger de la viande , et marcher pieds nus. (T. IV, 
p- 418.) 

Notre savant joint à ce qu'il rapporte de chacun des Sa- 
cremens y quelques anciennes fermuies des prières dont on 
se servait en les administrant, et qu'il a tirées des plustn- 
ciens rituels ou sacramentaires , ce qui forme en particufier 
uu recueil de monumens précieux. On trouve sur la péni- 
tence la traduction de trois lettres canoniques- de S. Basile j 



CHA 223 

r ancien pénitentiel romain ii' Haliigaire , et les statuts syno- 
daux: de Verdun. 

On lui est redevable d'avoir le premier analysé , dans quel- 
ques volumes, tout ce qui a été publié sur les Sacremens 
par Morin, Martèncf, Renaudot, etc. Il y a d'ailleurs ajouté 
beaucoup de ses recherches particulières , avec une critique 
lumineuse des sentimens de quelques savans qui Tout pré- 
cédé dans la même carrière. Il n'est entré dans les discus- 
sions théologiques qu'autant qu'elles étaient inséparables de 
THistoirey et il a eu soin d'éviter les termes qui auraient pu 
choquer les sacramentaii^s , en ne leur donnant que les qua- 
lifications qu'ils ont prises eux-mêmes *, rare exemple de 
modëratioa que devraient imiter tous les écrivains qui ré- 
futent ceux qui ne pensent pas comme eux en uiatière de 
religion ! Les personnalités , toujours odieuses, sont encore 
plus révoltantes dans une discussion théologique. C'est par 
les voies d'ifisinuatioa qu'on réussit dans l'art de subjuguer 
les coeurs* L'effet ordinaire des injures est de froisser l'amour- 
propre, et de les endurcir. 

Le P. Bernard de Venise, cordelier observantin, a tra- • 
duit cet ouvrage en italien ^ sous ce titre : Storia de sacra- 
menti os^ si dimostra la maniera tenutta dalla chiesa in cde*- 
brcdi ed amministrarli _, e Vuso ftoMone nel tempo degli apostoU 
Jino al.presenttj scritta in francesce^ dalM. P. D. C, Char* . 
doHj monaco- Benedittinoj poi resa Ituliana^ d'annotaziom 
Sparsaj e di notizièj accresciutaj dal P* F, Bemardo da Ve- 
neziuj M. O. riformaio. Vérone, Sarasco, 1754, a vol. in-4**'^ 
lï.j Brescîa , Giam-Maria Rizzardi, lySS, 3 vol. gr. in-4°* 
Cette traduction est enrichie de notes estimées , et aug- 
mentée de quelques chapitres. La réimpression de Brescia 
est la seconde faite sur celle de Vérone. On y a mis à leur 
lîea les citations grecque et latines des saints pères et des 
conciles -, on y a ajouté des appendices où sont rapportées les 
pièces originales employées dans l'ouvrage^ et qui man- 
quaient à l'édition précédente. 



IL Ouvrages inédits : x"" Histoire des variations de lu dis-- 
cipUne de l'Eglise^ a** deux autres écrits, lun contre les 
déistes _, et le second sur le droit. 

D. J. François, BB. des écris^. de l'ord. de Saint-^Bcnoit ^ 
t. I, p. 194*5 Delahaut, Annales d'Yi>ois^ p. 402 s Zaccba- 
ria, Storia littér, d*ItaUa, t- X(i757), p. 497 j Audifl5redi, 
BB^ Casanat.j t. II, p. 229-, Nouv. eccLj^ann. 1779, p. 92; 
Matricule de la Congr. de Saint^J^anne. Mëm. part. 

CHARPENTIER (***), ne à Bierme, près de Rethel, 
vers Fan 1740, alla de bonne heure en Rossie, où pendant 
de longues années, il suivit la profession de maître de langues. 
Il revint ensuite en France , d'où nos troubles politiques le 
firent repasser à Saint-Péterbourg ; il y mourut vers 1800. 
On a de lui : 

Elémens de la langue russe j ou Méthode courte et faak 
pour apprendre cette langue par le français. Saînt-PétersbouiÇ; 
1768, in-S** : ouvrage anonyme et peu commun. (Artick 
communiqué,) 

CHARLOTEAU, Husson (diminutif de Hugues), proto- 
notaire apostolique, cuirë dlges, de Saint-Menges, de Glaire 
et Frenois, naquit à Donchery, vers Tan 1 6 1 2. Sa vie fîit celle 
d'un savant laborieux. Il cultiva le droit canon, et devint 
très-habile dans cette science , qui ne laisse pas que d'avoir 
ses épines. A cette étude il joignit celle des mathématiques et 
de l'astronomie , donnant à ces deux brai^ches des connais- 
sances humaines tous les momens qu'il pouvait dérober 
aux devoirs de son ministère. Le 28 avril 16449 ^ prêta le 
serment de fidélité à Louis XIY avec le clergé des souve- 
rainetés de Sedan, Raucourt et Saint -Menges, réunies à la 
France en 1642. Le voile de l'oubli couvre le reste de sa vie. 
Il a écrit : 

, I. Abrégé des matières bénéfididesj suis^ixnt V usage de 
V église gallicane ,• as^ec quantité de modèles d'expéditions en 



CHA aa5 

cour de RomCj et autres matières ecclésiastiques. Paris,, Lan- 
gloîs, 1661, in-ia, p. 169. Cet ouvrage , que nous dëdai«- 
gnérions de lire aujourd'hui , obtint pourtant sept fois les 
honneurs de la réimpression *, savoir, six fois à Pans, en i663, 
64? 67, 78, 83^ g3-, et à Lyon, 1687, p. 255. 
II. Traité d'Astronomie^ in-8'», MS. 

' CHATILLON {Gaucher liE) , comte de Porcien , né en 
1 249 de Gaucher de Ghâtillon , quatrième du nom , et dl- 
sabelle de Lésines , fut bien traité de la nature , dont il re- 
çut une constitution vigoureuse. Stimule par Faiguillon de la 
gloire^ il prit le parti des. armes, et s'y signala. Ses actions 
de valeur à la journée de Courtrai , lui firent décerner Tépée 
de connétable par Philippe-le-Bel, en i3o2. Il eut beau- 
coup de part à la victoire de Mons-en-Puel , en i3o49 con- 
duisit le prince Louis Hutin en Navarre , et le fit couron- 
ner àPampelune, le i*''' octobre i3o7. ^ contribua aussi à 
la victoire de Mont-Gassel, le aa août i3a8, et mourut 
en iSag, à quatre-vingts ans, comblé d'honneurs, et après* 
s'être acquis des droits, à la reconnaissance de la postérité. 

Philippe-le-Bel lui avait donné , en 1 3o3 , le comté de 
Porcien , en échange de sa terre de Ghàtillon-sur-Mame. 
Il est fait mention de cet échange dans le compte des baillies 
.de Troyes et de Mèaux de l'an 1220 , fol. i3. 

Ffiez a heretage 

' u  Mong' Gauchier de Ghasteillon, conte de Portien et conné- 
» table de France, pour la remanance de l'assise que 4ooo livrées 
» que U Rois li devait assener pour reson de l'escheange de. la 
» terre de Ghasteillon, pour les termes de la Saint-Remi cccxix 

» de la foire de la Saint- Jehan xlvii 1. , vu den. , per 

» ipsum. » 

Gaucher avait épousé en troisièmes noces Isabelle de Ru- 
migay^ eii.,^9^enne. Il eât compté dans le petit nonibre de 

TOMEI. l5 ' . 






2^6 CHE 

ceux dont la bienfaisance a illustré la mémoire. Doué d'*iiii 
cœur généreux et d'une âme compatissante, il fonda en 
i3oo rHôtel-Dieu de Château-Porcien. Il a donné à celm 
deRmmsleban, la justice, Favouerie, et. une partie dn 
fief et seigneurie d'Ecly , de même que les fief et seigneurie 
de Gomont, dépendant de Château^-Porcien. Il a encore 
aumône Tabbaye de Bonnefontaine (Ardennes) de cinq 
muids de blé , à pi'endre annuellement sur les assises de 
Ch&teau-Porcien y ee qui a subsisté jusque vers 1 5oo , époque 
où les comtes de ce nom ont été obligés de faire une rëdnc- 
tion considérable sur ces assises. La vie de Gaudoter est dans 
le t. Vn, p. 198 à 264 des Hommes illustres j par d'Auyi- 
gny, et. sa généalogie dans le t. I, p. Sigs àeYHùt. des 
gr, off. àe^ la couronne j du P. Anselme, édit lyiîs» 

• Son portrait : i. dans Vulson de la Colombiére*) â. N..* 
dans la galerie du palais Cardinal-, 3. Desrochers. 

CHESNE {Jean Baptiste PHILIPOTE AU DU), naquit en 
1682 au village de Sy(i), de Robert Philipoteau, chinir- 
giën , et de Jeanne Catherine Toussaint* Les Jésuites de 
Rdms, chargés de son éducation, trouvèrent en lui des ta- 
lens qu'ils jugèrent ponvcir être utiles à leur ordre , et ils 
se rattachèrent en 1700. Ce fut en entrant dans cette com- 
pagnie que notre jeune Ardcnnais prit le nom de du Chesnej 
bourg voisin de son Heu natal. 

Après ses années de probation , on lui ouvrit la carrière de 
Finstruction publique, qu'il parcourut avec distinction. Les 
villes de Metz , Verdun et Strasbourg applaudirent à ses suc- 
cès. Il professait la philosophie à Reims en 1724 et ijSi, 
lorsqu'il attaqua les Prédestinatiens et les partisans de Baïus. 
Les ouvrages qu'il publia sur ces matières , firent ^ssez de 



(i) Et non au Ghesne , comme Font dit jusqu'alors tous les biographes, qui 
le nomment Phlipotot. 



l>rmt pour inspirer à ses supërieurs le dësir de 1 attirer à 
Paris ; lâraig il obtint d'etix de resté* dans sa prolrînce na- 
tale , où sa rëpûtation allait croissant. 

En ï5^, on le* choîsàt pour présider à Fëducatiôn des 

infants d'Espagne , sous le roi Philippe IV -, mais un dëran- 

gement survenu dans sa santé ne lui permit point de vaquer 

plus de deux ans à cette honorable fonction. De retour en 

France , il fut nomme Provincial de la province de Gfaam-^ 

pagne , et «'acquitta de cette charge en homme qui avait su 

s'en re«dre digne. Après avoir été recteur du collège de 

Metz, il vint se fixer à Reims pour y jouir du repos dû à ses 

travaux. La prière, Fëtude ei la retraite y firent ses délices. 

il y finit paisiblement sespurs le 24 janvier lySS, dans la 

soixante-treizième annëe de- son âge , et la cinquante-cin-* 

quième depuis son entrée chez les Jésuites. Sa vertu égalait 

son savoir, et son savoir était fort étendu» Finissons par le 

catalogue de ses ouvrages. 

I. Hispania partim suorum^ty partim Philippi virtute^ 
ex clade sua triumphans ; Ordtio habita in collegio regio Ar- 
gentinensij soc. Jesu^ die ii jan. ryi 1 . Strasbourg, veuve 
StoFckius,r 17ÏI5 in-8% p. 64 > déd. au père Robinet, jé- 
suite y confesseur du roi d'Espagne. 

• II. Le Pridestinatianisme y ou les hérésies sur la prédesti- 
nation et la réprobation y oii Von expose la naissance j les pro- 
grès j, les rés^olutionsj les dogmes et les sectes dii/erses des Pré- 
. desfinatiens. Paris, Qoillau, 1724, in-4% p«477« 

« Ce lii^e est plein de fables et d* erreurs ^ selon Ye^Nou- 
» i^eUes ecclésiastiques j du 2 nfovembre 1780. On y trouve 
)) de l'esprit, et des recherches \ mais y a-t*il également de 
. » la solidité, de la vérité , de la justice , de l'équité? N'y a* 
» t-il pas bien de l'acharnement contre les uns , de la pré- 
» vention pour les autres , des déguisemens affectés , de la 
» vaine déclamation ? N'y abuse-t-on pas étrangenient des 

i5. 



228 CHE 

)) bulles contre Baïus et Jans<^iiius , et n^ fait-on pas beau- 
» coup trop d'usage de la constitution Unigenitus contre 
» Quesnel et les Quesnellistes , pour ériger en dogmes de 
» foi des opinions ou trés-fausses ou très-incertaines ? » (Père 
Baizë, t. IX , p. 590 du Catalog. MS. de laBB. de la Dod. 
chrét.j à la BB. de TArsenal.) 

En rabattant de ce jugement , dicte par Tesprit de parti y 
on est force de dire que les Prëdestinatiens naissent et se 
multiplient sous la plume du P. du Ghesne : il en voit par- 
tout. L'imagination du Pourceaugnac de Molière lui mon- 
trait partout des serihgùes et des .apothicaires, la sienne ne 
lui offre que des erreurs sur la -prédestination. Nëanmoios 
les Mém. de Tréçùux (mai 1725, p. 878), et le Journal des 
Siwans (mai et sept. 1726), sont loin de dëpïëcier son ou- 
vrage. 

III. Histoire du fiaianismej ou de l'hérésie de Michel 
Baïus j avec des noies historiques j chronologiques _, critiques : 
suivie d'éclaircissemens théologiques _, et d'jun recueil de pièces 
justificatives. Douai, Willerval (Paris), 1731, in-4**, p. 532. 

Ce livre ayant paru renfermer des censures trop fortes de 
quelques opinions et de quelques personnages distingues, 
fut mis à rindex par un dëcret du 17 mars 1734. I^e car- 
dinal Orsy Ta attaque par Liber apologeticus pro soto contra 
Duchesnium (Roniae, 1731, in-4^), ainsi que le P< Billuart, 
savant Ardennais, dans son Apologie de Pierre Soto. (Avi- 
gnon, 1738, in-i2.) f^oy. p. ii5. 

L'ouvrage est partagé en cinq livres. Les deux premiers 
concernent principalement Tbistoire de Baïus , de sa doc- 
trine , et de ce qui a été fait contré lui : dans le troisième 
Fauteur prend la défense du jésuite Lessius , contre les cen- 
sures des facultés de Louvain et de Douai. Dans le quatrième 
et le cinquième il s'élève coùtre Jansénius , M. de Saint- 
Cyran, Tabbé de Barcos, et. le P. Gibieuf, oratorîen. Ce 
qu'il rapporte d'ailleurs de faits intéressans et de quelque 



CHE 229 

importance se voyait dëja dans le Baiana , dans l'histoire de 
Jansënius , et dans celle de la Congrégation de Auxïliis. Il . 
les a seulement paraphrasés et habillés à sa manière . Les pièces 
justificatives se trouvaient déjà dans le Baiana : elles ont été 
reproduites depuis par Coudrètte. Nie le Gros a donné des 
éclaircissemens sur plusieurs faits allégués parle P. du Chesne, 
dans sa D^ense de la vérité, (Utrecht, 1745? in-4°0 

IV. La Science de la jeune Noblesse. Paris , Moette et Si- 
mon, 1729, 3 vol. in-i2,£g. 

« On y donne des règles de chronologie , d'arithmétique , 
» avec un abrégé des conciles ; et c'est ce qu'on appeUe la 
» Science de la jeune Noblesse» (i). Cependant Feller dit 
que ce livre a eu un succès mérité , et qu'il serait à souhaiter 
qu'on le réimprimât avec quelques additions. On y remarque 
un Abrégé de VHist» de Fr.j, et un autre de VHist, romaine j 
qui n'ont point paru séparément , comme l'avancent plu- 
sieurs bibliographes. 

V. Abrégé de VHist. d'Espagne* Paris, Ghaubert, Lam- 
bert et Durand, 1741, în-12, p. 4ï6-, traduit en espagnol:, 
par Joseph François de Isla, avec des notes critiques. Am- 
hares^ Cramer ^ 1 768^ a vol. in^"" -, it., Madrid^ SantQs AlonsOj 
là vo/. 17Ï-8** -, it., Madrid j Ibarra^ '775> 2 vol. in-i^. (Gua- 
rinos, BB. espagnole j t. III, p. i3o.) 

VI. Abrégé de VHist. ancienne des cinq grands Empires^ 
qui ont précédé la naissance de J.-C. :- savoir ^ 1° cebd des 
Babyloniens ,• 2** celui des Chaldêens ; S"* celui des Mèdes et 
des Perses^ 4** ^^^ ^ Grecs ; S** celui des Romains : accom-' 
pagné de la chronologie de ces empires ^ d'une carte géogra- 
phique^ et de notes qui servent à T éclaircissement du texte. 
Paris, ibid.j ij^i^ in-12, p. 4^7. 

Quoique superficiel, comme le sont nécessairement les 
ouvrages élémentaires , cet abrégé peut suffire à ceux qui 

(i) L'abbé de la Porte , Voyage dans ie séjour des ombres ^ i'* pat., p. iJ^j^ 






f. 



33o CHE 

veulent connaître les principaux évënemens de rhistoire 

ancienne des grandes monarchies, (^^J* Fart. Bi^angharo.) 

CHESNEAU (jyicolf^)j chanoine et doyen de Saint-^jm- 
phorien de Reims, auteur d'une multitude d ouvrages « na 
été cpnnu que d'un petit nombre de biographes , qui d'^ailleurs 
.ne Font vu que de profil. Né à Tourteron, bourgs du Rethe- 
lois y en 1 52 1 , il fit ses classes à Paris au eoUége de la Marche. 
Parvenu à lage où Ton se décide sur le choix d'un état , il 
suivit là carrière cléricale. Son goût pour la poésie latine se 
manifesta de bonne heure-, mais on ne fut pas long-temps à 
s'apercevoir que sa muse n'était pas une de ces vierges 
chastes que l'antiquité fabuleuse a placées sur TH^licon, et 
que ses vers n'étaient pas toujours inspirés par l'amour divin. 
Il eut des relations avec les bçaux esprits de son siècle , et il 
les dut surtout à sa passion pour les lettres grecques et la- 
tines. Charles Gilmer, son neveU, nous apprend qu'il les 
avait ensfeignées au collège de la Marche, avant d'être 
diQyen du chapitre de Saint-Symphorien. {Oratio habita j an. 
1 667 , in classe Marchianâ.) 

Dès qu'il fut revêtu de cette dignité , vers 1 56b , il renonça 
au coinmerce des muses pour consacrer ses talens à des su- 
jets religieux. Cependant il fit encore quelques vers sur des 
circonstances qui réveillèrent la passion qu'il avait pour la 
poésie. On sacrifie, malgré qu'on en ait, à son génie. Il est 
rare de renoncer à jamais à son iuclination. L'amour des 
n^uses surtout ne s'éteint point dans les cceurs qui l'ont une 
fois senti. 

Chesneau était lié avec Brizard , son parent, et avec Voulté, 
dont il prit la devise, Nolitvelitinvidia» Il est vraisemhjahfc 
qu'il avait puisé dans le commerce de ces deux poètes ar- 
dennaij^ Tesprit erotique répandu d^ns ses épigrapinjes , 
qui ofi'rent un contraste frappant avec ses livres en prose. H 
composa celle;s-là dans sa jeunesse ", ceux-ci ne parurent 



CHE !a3i 

que lorsque 1 âge eut amorti le feu de ses passions ou Far- 
deur d.e son imagination. Ses sixains sont moraux : il y loue 
partout la vertu. Quelques-unes de ses épigrammes sont 
sentencieuses *, comme celles-ci : 

Nigrum 

Per vitreum spectans , omnia nigra TÎdet. 

Lih, II y fol: 34. 
Ferreu6 est quem non frangere noTit amor. 

Ibid., fol, 35 tourné. 

Notre poète ayant envoya un couteau à Léger du Gbesne^ 
avec xxxxe pièce de vers, reçut celle-ci en échange : 

Gulter acutus erat necnon snmmft arte poUtus 

Quem mihi donasij , Quercule, flos hominum» 
Sed tu cum cultro inisisti dulce poema , 

Gujus centuplo majns acumen erat. 
Mirîficè placuit res utracpie , Quercule , tum quôd 

. A te ait qu6d nil sît utraque prius. 
Sed quantè femun , mi Quercule , vineitur auro » 

Auro etiam quantô est mens pretiosa magis : 
Tantô grata magis sunt aiirea earmina cultro : 

Gulter enim terrœ est , cannina mentis opusi. 
Gultmm feimgo , longaevaque conteret aetas , 

Sed tua splendebunt earmina perpetuô. 
Flores Epigram,^ foL 588. 

Baugier (Mém, de Champagne j p* 1 1) nous apprend que 
Çhesneau fut précepteur de Jean et Christophe de Thou -, et 
le P. de la Noiie rapporte dans son Chronicon Minimorunij, 
p. 27a, qu'il légua 9 par soïi testament, sa bibliothèque au 
couvent des Minimes de Reims. Il mourut le 18 août i58i; 
et fiit inhumé dans Téglise collégiale de Saint-Symphorien , 
où Ton reniarquait cette inscription tumulaire devant la 
porte du chœur : 

Quercnlus hSc dormit , puKis de pnWere factus , 
Ultima dum clanget tuba surrectunis in auras. 

Hic [acet 

Nicolaus Ghesneau de Tnrtrono, 

Hujus ecclesiae Decanu& et canonicus.i. 



332 GHË 

Studutt, docait et scripnt. 

Vixit aonos lz 

Obiit 18. Augusti i58i. 

Orate pro eo. 

Hédouin-Ponsludon avance, dans son superficiel Essd 
sur les grands horàmes de la Champagne j que Chesneau ayait 
succédé à Guillaume-Fillastre dans le doyenné de Saint- 
Syniphorien. C'est une erreur, ,ce prélat, créé cardinal en 
141 1 9 étant mort en 1428 , quatre-ving^treize ans avant la 
naissance de notre poète. 

J. J. Frisius, p. 63o, col. 2 de sa BB'^, Gesneriana ampli- 
Jlcata (^i5Siy in-foL), fait mention de notre Ardennais, quil 
nomme Nicolaus Quendusy Simler, p. 5a4> col. i,desa 
BB^ Gesneriana (1674, in-fol.), le cite également. Ils se 
trompent Tun et l'autre en faisant sortir des presses de Re- 
ginaldus CalderiuSj Paris , 1 55a , les Sixains de Nicolas Ches- 
neau*, il n'a jamais existé d'imprimeur de ce nom. 

Ses poésies : 

I. HexasUcorum moralium lïbri duoj per ISicolaum Quer- 
cudunij Turtronensem Bhemum, Paris, Jean Gueulard, i553, 
in-4°, fol. 3o. (BB. du roi, Y. 2617, avec le suivant.) 

Ces stances, de six vers chacune, roulent sur des pr^ 
ceptes de morale. Elles sont précédées d'une dédicace à Jeaa 
et à Christophe de Thon, laquelle est suivie d'une pièce de 
douze vers, adressée par ces deux frères à Chesneau leur 
précepteur. On trouve à la fin seize vers au lecteur, par Pierre 
HénoTi de Corbie , à la louange du poète et de son ouvrage. 

II. Nie. QuercuUj Turtronensis Rhemij epigrammaiwn ^^ 
duOj ad Nie. jucundum^ abbatem Behacensem : ejusdem henr 
decasyllaborum liber unus^ ad Claudium Aubertinum^ canonic» 
Catalaunensem p (juibus sûbjieitur sybillinorum oracvlonan pe- 
jioeha^ adjranciscam verriensenij mulierem cumprimis nobileni' 
Paris, Th. Richard, i553, in-4vfol. 60. (BB. Maz., 10669.) 



CHE 2J3 

Dans la dédicace de ses ëpigrammes , datée de Paris , 
3** idus Junii (ii juin), 1553,. le poète dit à Nicolas de 
Joyeuse, abbé de BelvaL (Ardennes), ordre de Prémontré, 
qu'^ayant été appelé avec instance à Tourteron par son père 
atteint de maladie , les chagrins don^estiques Font empêché 
de Taller voir, qull a su que ce prélat était lui-même ma- 
lade, et que, pour le distraire, il lui envoie ses poésies, 
comme à son ancien ami et condisciple au collège de la 
Marche. Suivent quatre pièces élogistiques de Chesneau, 
par Jean Loyis Micqueau (^Micquellus) _, Rémois, Nicolas 
Huttin de Soissons , Marin Everard de Bçauvais , et par Ni- 
colas Beschefert (JBescefertius) de Châlons. Productions dans 
lesquelles on ne peut louer que Testime des auteurs pour le 
poète ardennais. 

Plusieurs de ses épigrammes sont adressées à Pierre Bes- 
chefert , docteur en médecine , à Louis Beschefert , archi- 
diacre de Châlons , à François Beschefert , et quantité 
d^autres du i *' livre à François Beschefert et à Nicolas 
Beschefert; au cardinal Charles de Lorraine, à Robert 
de Joyeuse, comte de Grandpré, à Jean d'Averhoult , 
porte-drapeau du duc de Bouillon, condtàtàs ducis BuUo- 
nensis sign^er,, à Michel Gamart , procureur général du 
comte de Rethelois, à Charles Chesneau, père du poète, 
à Christophe , à Guillaume et à Simon Chesneau , ses 
frères , à Barthélemi Alexandre , recteur de l'université ^ 
de Reims , à Nicolas Hutten et à Jean Louis Micqueau , à 
Jean Noblet , docteur en médecine et recteur de l'université 
de Reims (voy. Marlot, f. II, p. 8oi), au poète Nicolas 
Brizard d'Attigriy, et au célèbre Christophe dé Savigny 
(voy. ces articles). Il y a parmi ces pièces des épitaphes et 
des épigrammes proprement dites. On y voit, fol. 26, Té- 
pitaphe de Guillemette Chesneau , sœur de notre poète , et, 
fol. 44 ? celle du poète Voulté, de Vandy-sur-Aîsne. 

Le livre II finit au feuillet 38. Les hendécasyllabes ou vers 



a34 CHE 

phaleuques finissent au feuillet 55 verso. Viennent ensuite 
les Sybillina oracula^ en vers hexamètres, prëcédës d^une 
épître au lecteur^ où il renvoie ceux qui voudraient s'instruire 
sur les Sibylles et leurs oracles, à saint Augustin />6 cisdtatt 
Deiy lib. XVIII, cap. ^5/ et à son commentatetiT Louis 
Vives \ à Servius , sur les livres III et VI de TEnëide -, à Pau-. 
sanias, liv. X*, à Alexandre Napolitain, liv. III, chap. i6; 
à Jean Carion , Chronic. y lib. II , et surtout à Lactance , qui 
convainc les infidèles de s'être laissés tromper par le3 Sy- 
billes. Ces vers sibyllins sont suivis de trois ou quatre pièces 
à la fin desquelles on lit la devise de lauteur : Nolit veUt 
ins^idia* 

III. Poeticameditationic» Querculi_f Turtronensis Bhernij, de 
vitâ et morte D. Francisci Picarti_, theologi Parisini^ iad Ni- 
colaum Mullariumj Parùiensis ecclesiœ theologum. Paris, 
Brière, ï556, in-/^*"? fol. 8. (BB. Maz., 1872.) DeLauaoy, 
p. 299 à 317 de son Histoire latine du collège de Navarre, 
fait un bel éloge de ce docteur , dont la vie a été publiée par 
Hilarion de Coste. Paris j i658, in-8**. 

IV. Nîc> Querculi iriforturmm Joccm-tem carmen keroicumj 
unwersam belli apud Belgas gesti kistoriam œmplectens. Paris, 
Sartenas , 1 558 , in'-8°. (Fontette, BB. hist. ^ t. II , p. a3o.) 

V . Nie, Quercidij Turtronensis Rhend^ Epicedion^ super Ju* 
nerè Francisci Lotkaringii fGuisianiJ. Paris, i563, in-8*. 
(BB. du roi, cat. de Cangé, p. 4o3.) 

VI . Psalteruan decMchordum Appollinis et novem Musarum, 
in inauguraiionem Henrici III ^ per Nie. Quercuhan. Reims , 
de Foigny, 1676, in-8°-, it.j Reims, ibid,j en français. (Fon- 
tette, t. in, p. r96.) 

VIL Trois pièces de vers : 1° /w conceptionem B. Maxim 
semper Firginis elùgium,, 3o vers*, 2° Gratiœ et naturœ cer" 
tamen super Deiparœ Firginis integerrimâ conceptionem 3o versj 
3° In conceptionem ejusdem Firginis alterum elogiam^ 28 vers. 
Ces pièces $ont inséi'ées dans le t. II, fol. 354, 356 et 388 



CHE a35 

â.u. reeueil publié par Léger du Chesne de fioMeu , intitulé : 
c< Flores epigrammatum ex optimis (juibuscum^ue cmthoribus 
» ejccerpti : item farrago poematwn ex optimis quibuscumque 
» et antiquioribuSj et œtc(ti$ nostrœ poetis selecta^ per Leode- 
» garium à Quercu. Paris, de Marnef et Gorbin, i56o, 
» 2 vol- ia-i6. » 

VIII. Epigramma^ placée à la tête des^ Métamorphoses 
Amoris du poète Brizard, publiées en i556. 

IX, On voit dans le Catalogue, de d*Aguesseau (n** 3 i 24) t 

Paris , 1785 , in-8° : « Recueil de poésies latines.de Nicolas 

» Chesneau, chanoine de Saint -Symphorien, à Reims, 

>) i58o- — L'Epitre d' Heraclite à Démocrite,, trad. de Ches- 

» neau en vers français, par Nic* Bergier ds Reims, en 

» 1 584* -^^ Exhortation au peuple de Reims sur le retour du 

» cardinal de Lorraine j, arch> de Reims ^ trad. .du latin de 

» Che^neaUy en rimes françaises, par Nie. Pintbeau ()), 

» i 564 - i^^fol. Manuscrit en partie de la main de Nie. Ber- 

» gier. » Ce MS. , acheté 11 liv. 19 sous par Fabbé de Ter- 

san , cban. de Saint-Hoooré , à Paris , fut revendu par l^i à 

un Anglais. 

On chercherait en vain dans les vers de Chesneau cet 
enthousiasme et ce beau feu d'imagination qui caractérisent 
le génie. Ils sont inférieurs à ceux du chancelier THospital 
et des autres poètes du XYI*" siècle, dont les ouvrages ont eu 
quelque célébrité. $on style est dur, seq, quelquefois gros- 
sier, et on ne le citera jamais comme un modèle d'élégapce 
et d'harmonie. Il serait à souhaiter que Fauteur eût eu plus 
d'égards à la décence et aux convenances de son état, et 
qu'en voulant imiter la manière de Martial (a), il nen eût 
point emprunté quelques mots obscènes*, mais sans doute 

(i) Ce Pintheau a été recteur de Tapiversité de Reims. (^0y. Marlot , t. II , 
p. 801.) 

(s) Poète qui a le plus contribué à altérer cette pureté classique qui dis- 
tiogue les écrivaipis du siècle d'Auguste. 



236 CHE 

alors ces libertés n'étaient pas un scandale , puisqu'il dit, en 
parlant de ses ouvrages : 

Si quid ia his mordax , aut salsum offenderis ; iilud 
Moribiu iUiiis temporis attribue. 
Ad lectorem, fol* a , epigr» 

Du reste , on est convaincu qu'il est impossible que ks 
poètes latins modernes ne soient, sous le rapport de la dic- 
tion, des poètes au moins médiocres, et qu'il vaut mieux 
relire dix fois Horace et Virgile que de lire une seule fois 
leurs productions. 

Ses ouvrages en prose : . 

X. Cini/ Iwres de la messe é^angélù/ue ^ et de la vérité du 
corps et du sang de N. 5. Jésus-Christ au sacrement de l'Eur 
charistie^ trad. du latin de Surius. Paris j Claude Yremjj 
i562, in-8**, p. 352. Cet ouvrage, écrit en allemand par 
Fabri^ ou plutôt par Jean d'Haylbrun, avait été traduit par 
Surius. . 

XL Catéchisme j ouBrièue instruction de piété chrétienne, 
selon la doctrine catholique ^ trad. du latin du P. Michel, 
évéque de Mersbourg. Paris,, ibid., 1 563 , in-8**. 

XII. Discours sur les moyens anciennement pratiqués pof 
les princes catholiques contre les sectes ^ trad. du latin w 
Claude de Saintes. Paris ^ i563 , in-8°. 

Xin. Résolution et familière exposition de certains lieiuc 
et principaux passages j, tant du Fiel que du Nouçeau^Testa- 
mentj desquels les hérétiques de ce temps, ubusent contre lafo^ 
catholique et la vérité de l'Ei^angile^ pour séduire les simple 
genSj et donner couleur à leurs hérésies j trad. des écrits ktins 
de René Benoist , curé de Saint-Eustacbe (connu durant h 
ligue sous le nom de Pape des halles), Reims, i565, in-8°j 
it,y Paris, 1567, îï*"ï^*9 '^'^ Paris, Nie. Chesneau, i5']0) 
in-8", fol. 191 . C'est la traduction d'une partie de Fouvrage 
intitulé : Stromata inuiwersum organumBiblicumj etc. (Pa^S) 



CHE 237 

i564> în-fol., par Rc5né Beuoist.) (Niceroïij t. ^i, p. 18.) 
XIV. Paraclèses^ ou consolations dés esprits affligés ^ en 

trois livres, trad. du latin d'Antoine Emert. Paris^, Cl. 

Fremy, 1 568, in-8^ 

X.V. Traité du saint sacrifice de la messe,, recueilli des 

écrits latins de Pierre-le-^P^énérablcj abbé de Cbmij et trad. 

en faiseur de ceux qui nouvellement se sont réunis à l'Eglise. 

Reims 9 Jean de Foigny, i573,.in-8°, fol. aS. (BB. Maz. , 

avec le suivant, C. 2554 1 •) 

XVI. -^w et remontrance du cardinal Hosius^ és^éque de 
Varmie^ en Pologne j touchant la censure que les ministres de 
Zurich et de Heidelberg ont donnée sur la doctrinenaguères 
semée en Pologne contre la Trinité j où est amplement déclaré 
çuune hérésie attire l'autre^ et que la fin ' de toutes n'est que 
par athéisme. Reims, îbid.j 1673, in-8° , fol. 126. 

XVII. La forme et la manière de bien prier Dieu^ trad. 
du latin de saint Augustin en son ëpître 10 1 à Probe, veuve. 
Reims ^ ibid. , 16^45 in-8**- 

XVIII. Manuel de la recherche et antiquité de la foi et 
doctrine cathoUquCj recueillie de la bouche commune et con- 
forme du peuple chrétien,, en XVI chapitres. Reims , ibid.:, 

1578, in-8°. 

XIX. V Histoire de l'église métropolitaine de Reims j pre- 
mièrement écrite en latin (non encore imprimée), en quatre 
livres, trad. deFlodoard. iieim^^ ibid., i58o, in-4**, fol. 207-, 
it.^ Reims, ibid.j 1681, in-4°) H'j Reims, ï584, in-4**. 

Le MS. sur lequel Chesneau fit sa traduction était plein 

de lacunes. L'original latin de cette histoire, qui contient 

des détails intéressans ^ur le D. des Ardennes, parut pour 

la première fois en 161 1 , par les soins du P.. Sirmond. {Paris j 

Séb. Cramoisy, in-8*', fol. 4^ ï •) Georges Colvenère en donna 

six ans après une édition beaucoup plus correcte , à Taide de 

septmanuscritsqu^ilconféraavecréditiondeSirmond.(/>oittïij 

Bogard , 1617, in--4°«) Colvenère remarque, dans sa préface , 



2r38 CHE 

que Chesneau ne s'est pas assujetti au texte , et qu'il en a 
transposa et retranché plusieurs endroits. Doiïi Bouquet a 
publie en 1752, plus correctement, l'ouvrage de Flodoard 
dans le t. VIII, p. 1 76 et 2 1 5 de son Recueil des historiens de 
la Gcude et de la France. L'abbë de Targny, Noyonnâis, 
chan. de Reims, garde des MSS. de la BB. du roi , mort en 
1 7^3 , avait prépare une édition de cette histoire . 

La traduction de Ghesneaù est terminée par un hnîtaia âe 
l'imprimeur, et un sonnet de Nicolas Jabot , Rémois , et pé- 
cédée de neuf pièces de vers adressées au traducteur. Cfnq 
de ces pièces sont anonymes. Deux appartiennent à Michel 
Ancelin de Rethel (voj. son art.')\ les deux autres sont de 
M. N. Pintheau, ci-devant cité, professeur au séminaire de 
Reims, et de Charles Gilmer. Nous transcrivons celle in 
dernier. 

Sonnet à Maître N. Chesneau par Maître Ch, Gilmer, son neveu j 
principal du collège de Reims en l'unit^ersité de Paris. 

Jadis de RetheloU le pays fat horrible, 
D'air épais et de bois , et de monts sourcilleux : 
Toutefois abondant en esprits généreux 
Dans son petit détroit , tant qu'il n'est pas crédible» 

De les raconter tous , ne serait possible : 
Chesneau servira de témoin pour tous ceux 
Qui ont acquis l'honneur d'être laborieux, 
Sans en peiné trouver chose qui fut possible. 

Il fit en son printemps un mMUon de vers , 
Bien recueillis de tous dans ce ^rand univers. 
En son été goûtant la divine Ecriture , " 

Il a transmis les fruits à la postérité 
Témoins à toujours mais de sa dextérité : 
Il vit en son hiver d'historique pâtcffe. 

Un Ponce Chesneau était curé et doyen d' Altigny en i6i4' 

Possévin, ^ppar, sac.^ t. II, p. 147*, Marlot, Met. Rem-j 

t. II, p. 832-, la Croix du Maine\, t.. II, p. 149*, du F^' 

dier„ t. m , p. 109 -, Le Long , Idist. de Laon, p. 460 •, Mo^ 

î'eri ; il n'a connu que quatre de ses ouvrages. 






CHE 239 

CHEVALIER {Guillaume Joseph) ^ né à Gîvet, le 10 mai 
1^4^ 9 ^^ connu sous le nom de Ncwoigitte, Voici Torigine 
de ce cliangementde nom. Vers Tan 1^55, un noble Yëni- 
tien, , nomme GioyanelUj fuyant le ressentiment de son 
frère, alors trés-puissant à Venise, vint se réfugier en France. 
IMusicien habile, il tirait parti de son talent, sous le masque 
de JVai^oigille j anagramme de GiovanelU. Changeant sou^ 
vent de résidence pour échapper aux perquisitions , il se ren- 
dît à Givet, où il s'arrêta quelque temps. Ayant reconnu 
dans G. J. Chevalier, alors âgé de quatorze à quinze ans, des 
dispositions pour son art, il le demanda à ses parens, s'enga- 
geant à faire le sort de cet en&nt , qu il adopta , lui donnant 
le nom de Nai^oigille, Le jeune homme justifia les prévisions 
de son père adoptif, qui, après l'avoir formé, le produisit par- 
tout , et notamment chez madame la comtesse de Mortagne. 
Exécution , composition , tout lui avait réussi : passionné 
pour son art , plein d^espérance et de feu , dès 1 768 il s'était 
déjà signalé par la publication: d'un bon nombre d'oeuvres 
pour la harpe, le piano et antres instrumens (i), et on le 
distinguait parmi les plus célèbres violons de Paris. Il avait 
attiré dans cette capitale son frère cadet (2), dont Giova- 
nelli se chargea , en lui donnant aussi le nom de N(woigille. 
Sous un artiste si bienveillant, celui-ci, doué d'une imagi- 
nation vive etd'une grande sensibilité , marcha de succès en 
succès , et se montra digne d'occuper une place de musicien 
à la chapelle du roi. Depuis il concourut à l'éducation musi- 
cale des princes et des princesses de la maison d'Orléans. On 
a de lui quelques œuvres inédites. 

Vers l'an 1 784 , Giovanelli mourut à Versailles -, et à cette 
même époque , la comtesse de Mortagne qui avait attiré dans 
son hôtel Guil. Jos. Ghevalier, en fit son époux et lui donna 
de la fortune. Durant le cours de la révolution , Niavoigilie 

(1) Choron et Fayole, dans leur Dictionnaire des Musiciens, indiquent six 
trios pour TÎoIon , op. i, et six solos pour cet instrument, op. 4., gravés à. Pa- 
lia en i ;;68. — (a) Joseph JuKen Chevalier, né à Givet le a4 février 1 745. 



a4o CHE 

ïaAné avait ouvert à Paris un établissement musical pour 
Finstruction de la jeunesse. Plus tard^ lorsqu'^on forma la 
maison de Louis , roi de Hollande ^ il devint premier violon 
de cette cour ëphémére : il est mort à Amsterdam , en 182O; 
âge de quatre-vingts ans. 

Son frère , octogénaire , conserve le titre de musicien ho- 
noraire de la chapelle du roi, et jouit d'une pension de 
retraite. 

CHEVERT {François DE), gouverneur de Gîvet aies 
)) titres , dit un académicien , importent peu à la gloire d'un 
» homme qui s'est illustré par ses propres travaux. Laissons 
» à Fignorance et à la vanité |e soin d'exagérer ces avan- 
)) tages. Les distinctions accordées à la naissance ne sont 
)> qu'un hommage rendu à la mémoire des citoyens utiles^ 
» que l'on respecte jusque dans leur postérité ; c'est une 
» sorte de culte dont les représentans abuseraient moins s'il^ 
» se souvenaient qu'ils n'en sont point l'objet, et que, sem- 
» blables aux images qu'on conserve dans nos temples, ce 
» n'est point pour eiix que fume l'encens dont ils sont en- 
» vironnés. » (Vicq-d'Azyr, jSloge de Duhamel.) 

On peut donc quelquefois se passer d aïeux ! et ne vaut-il 

pas mieux commencer sa famille que de la finir ? Tel tat 

Chevert. Il ne -dut qu'à lui seul toute sa renommée. Il est 

mort couvert de gloire. Ses lettres de noblesse sont déposées 

sur sa tombe dans l'église Saint-Eustache, à- Paris. Son épi- I 

taphe, regardée comme un chef-d'ofeuvre de notre langue, 

suffit à son éloge. 

Ci-gît 

Fbançois db Ghbvbbt, 

Commandeur grand-croix de Tordre de Saint-Louis, 

Chevalier de TAigle-Bianc de Pologne , 

Goui^riieur de Givet et de Chariemont^ 

Lieutenant général des armées du roi , 

Sans aïeux , sans fortune , sans appui , orphelin dès renfsmce, il 
entra au service à Fâge de onze ans; il s'éleva malgré l'envie, a 



CHE 241 

force démérite, et chaque grade fut le prix d'une action d'éclat. 
Le seul titre de maréchal de France a manqué , non pas à sa 
^oiré , mais à l'exemple de ceux qui le prendront pour modèle. 
Il était né à Verdun-surTMeuse , le 2 février lôgS. Il est mort à 
Paris le 24 janvier l'jôg. 

Priez Dieu pour le repos de son ame^ 

Pour prouver jusqu'à quel point Chevert inspirait la con- 
fiance aux soldats , on raconte que dans une occasion déci- 
sive , où il s'agissait de prendre un fort , il appela un grena- 
dier, et lui dit : « Va droit à ce fort sans tVrrêter -, on te dira 
» c£ui va-la-, ne réponds rien. On te le dira encore*, tu avan- 
» ceras toujours sans répondre *, à la troisième demande on 
» tirera sur toi , on te manquera, tu fondras sur la garde, 
» et je suis là pour te soutenir. » Le grenadier partit , et tout 
arriva comme Chevert l'avait prévu. 



Gredat Judaeus Appella 

Non ego 

Un trait intéressant de sa vie mérite d'être rapporté ici : il 
peint parfaitement sa modestie , et prouve que ce brave offi- 
cier était plus fier de Tobscurité de sa naissance , qu^un des- 
cendant de Godefroi de Bouillon ne Test de sa noblesse. 
Un de ces hommes qui du matin au soir se trouvent les cou« 
sins d'un ministre d'hier, vint , comme appartenant à sa fa-r 
D^Ue , réclamer son crédit. — « Etes-vous gentilhomme ?-— 
» Si je le suis! pouvez- vous en. douter? — En ce cas, mon- 
» sieur, nous ne sommes point parens \ car vous voyez en 
» moi le premier et le seul gentilhomme de ma race. » 

On a VElogç historUjue de Cha^'ert (Paris, 1769), tiré du 
Mercure de France. .Un autre éloge dans Eloges de quelques- 
uns des plus célèbres guerriers français ( Stras bouiç, 1797, 
in-8°)-, et un troisième à la tête du t. II de V Histoire des 
Grands Hommes du Tiers-Etat ^ par Turpin. (Paris ^ ^7^> 2 
vol. in-S**.) Vallier a publié : Journal envers de cejiui s'est 
TOME r. • 16 



^42 CHR 

passé au camp de Richement par M. de Che^ért. (Mets , i j55, 

in-4^) 

Ses portraits : i* Hiesbhdn^ p. 1769, Charpentier^ scj 
în-4*'', îi® Cochin^ del., C. H. fFatekt^ sc.j 1763, médaillon 
in-4°*, i"" Dagotyj d'après Hiesbkeirij 1770^ iii-4*'> d ™*" 
nière noire, dans la Galerie française (i77i,iii-fol.)*, 4** J^o- 
letnickj à' après If iesbheiiij dans la Gcderiefrançiuse^ a** ëdit., 
cahier 11. 

CHRESTIEN ou CHRESTIAN {Guillaume). Ses fonc- 
tions auprès du duc de Bouillon nous autorisent à le placer 
ici ', et nous sommes d autant plus porté à le faire connaître, 
que les biographes n'en ont donné jusqu'alors qu'une, notion 
imparfaite. 

Il naquit à Orléans, vers i5o2, d'un père gentilhomme, 
et chancelier du duc de Vendôme. Il se dit lui-même Orléa- 
nais, AureliuSj à la tète du n" ii : ce qu'ignoraient sans doute 
ceux qui ont prétendu cpiHl était né d^une famille établie sur 
les confins de TAnjou et de la Bretagne. 

Après avoir pris le grade de docteur en médecine dans IV 
niversité de Paris , il aUa exercer son art à Oiiéans , et acquit 
tant de réputation, qu'il mérita d'abord d'être médecin as 
Robert de là Marck , duc de Bouillon et seigneur souverain 
de Sedan , et ensuite dy roi Henri II et de la reine Cathe-v 
rine de Médicis« îïiceron et quelques autres ont même avance 
qu'il le fut aussi de François I""' : en quoi ils se sont trompés; 
car Guil. Chrestien n'aurait pas manqué d'en prendre le 
titre dans les livres qu'il publfa avant 1 547, époque de h 
mort de ce prince. 

Ses ouvrages prouvent qu'il s'était familiarisé de hoti^^ 

. heure avec les idiomes d'Homère et de Virgile : ils témoignent 

aussi que c'était un savant laborieux , qui avait étudié toutes 

les parties de la médecine , et^Gelles des sciences qui y ont 

rapport ; et qu'il joignait à une grande expérience , une vaste 



CHR > 243 

lecture. Dans Tépître dédicatôîreà Diane de Poitiers, datée 
de S.-Gertnain-en-Laye, le 1 5 septembre i558, qu'il a mise 
à la téte du n^ xi, il nous apprend qull prâticpiait son art 
depuis TÎngt-huit ans , d'abord à Orléans où était sa pre- 
mière Présidence, puis àî la cour. Il ajoute qu'il se trouyait à 
Sedan , où Henri II fut malade d'un flux dysentérique, après 
la prise d'Yvois en 1 552 \ ce q^i prbuve qu'alors il était déjà 
à la cour, où il avait été appelé par le crédit de Diane de 
Poitiers , maîtresse d'Henri II (i), successeur de François I*'. 
Son dernier ouvrage est de 1 559. On peut plaèer, avec assez 
de vraisemblance , sa mort vers l'an i564* ^^ docte Florent 
Gltrétien , précepteur d'Henri IV, était le cinquième fils de 
notre médecin. 

Ses ouvrage^ : 

I. Phylatèihes sur les erreurs anatomùfues de cerfxdnes par^ 
ties du corps humain^ naguère réduites etcolUgées selon la sen- 
tence de Galien, Lyon, Jean Barbous pour François Gueiart 
d'Orléans, i5à6, in-6^ : ce que la Croix du Maine n'a pas 
distingué, marquant deux éditions, l'une à Lyon, l'autre à 
Orléans dans la même année. « Il régne, ditCarrèiie, beau- 
y^ coup de confusion dans cet ouvrage *, le style en est diffus , 
i> et souvent l'auteur rend plus obscur le texte de Galien , 
» qu'il entreprend d'expliquer. » 

IL De Mundo AristotéUs^ lib. i *, Philonis^ lib. 19 Ocelli 
Lucani Ubellus de unii^ersi naturd ; interprète Budœo : item • 
Ocellus Lucanus de unwersi naturd ^ puillelmo ChristOmo^ 
Aurelio Medico interprète. Parisiis (sine typographi nondnè)^ 
1641, in-6% fol. 54.{BB. du roi, R. X., 1686.) La traduc- 

(1) Elle est, à ce que Toa croit, la seule maîtresse de nos rois pour qui' 
Ton ait frj^ppé de« médaiUef » On «n vt^t encore fàujourdliui où elle çst repré- 
sentée foulant aux pieds l'Amour, aTeç ces mots : J'ai vaincu le Taiogueur de 
tous, Omnium victof^m vicL (Voy. une critique de cettemédjûlledans le t. III , 
p. a4o des Mélanges d^ histoires, par D. d'Argonne*! 

16. 



244 CHR 

tion de Chrestien commence au folio 45 , et porte un non- 
veau frontispice -, mais elle sort des mêmes presses , et fait 
partie du volume. M. de Thou en parle avec ëloge, et Mo- 
réri la cite à Fart. Ocelbis (i). 

III. Dans l'édition de la tragédie d'Antigone^ traduite de 
Sophocle par Gentien Hervet, on trouve deux épigramma 
de Guil. Chrestien, traduites du grec en latin. Lyorij, Etienne 
Dolet, i54ï, inr8^. 

IV. Oratio de légitima medecinœ prœstantid et arte : de re- 
primendis Pseudiatrorum imposturis^ et de venenosd veratri 
naturâ. Paris, Denis Janot, 10421, in-4**. 

V. De la nature de V enfant au ventre de la mère y livre tra- 
duit dfi grec d' Hippocrate. Reims , Nicolas Bacquenois , 1 553, 
in-8° : dëdié à la duchesse de Bouillon , par une ëpître dédi- 
càtoire datée de Châtearu-Thierry, le aa avril 1 553 . Il j prend 
le titre de médecin de la reine et du duc de Bouillon. 

VI. Des fractures de la tête; traduit d'Hippocrate, Reims, 
ibid,j i553, in-8**. 

VII. Galien^ de la formation des enfans au ventre de la 
mère^ et de l'enfantement de sept mois, Reims, ibid.^ i553, 
in-8°-, it.j Paris, i556, in-8**, fol. 20. Le traducteur n y 
prend pas le titre de médecin ordinaire du roi et de ses en- 
fans -, il ne se donne que celui de docteur en médecine. La 
dédicace , datée de Fontainebleau le jour de Saint-Bamabéj 
i556, est adressée à Catherine de Médicis. Chrestien n'y 
dit point que sa traduction ait été imprimée avant cette 
époque *, ce qui porte à croire que l'édition de 1 553 est ima- 
ginaire. 

VIII. Le second liseré de Galienà Glaucon^ commenté par 
Martin Ahahia^ médecin , et mis en français par GuiL Chres- 

(1) Jean Boschius et Louis Nogarola ont publié de nouvelles traductions 
latines d'Ocellus le Lucanien , le premier à Louvain en t554, et le second à 
Venise en 1559. D'Argens et Batteux ont enrichi notre littérature de tradac- 
lions du même auteur en 1762 et 1769. 



' CLÈ 245 

tiert _, docteur médecin j et lecteur à Orléans. Lyon, Benoît 
Rigaut et J. Sauguin, i558, in- 16. Ne pourrait-on pas cou-, 
dure de la qualité de médecin et de lecteur à Orléans que 
G . Chrestîen prend dans le titre de ce livre , qu'il y avait 
alors un collège de médecine dans cette ville ? 

IX. LiiTC de la génération de VhomtnCj recueilli des an- 
tiques auteurs de médecine et de philosophie par Jacques Syl- 
vius j mis en français par GuiL Chrestian , médecin ordinaire 
du roij, et de M^- ses enfans, Paris, Guil. Morel , 1 669 , in-8°. 

X% .Lisfre d'Hippocratede la Géniture de V homme j trad. du 
grec par Guil. Chrestian. Paris, ibid._, iSog, in-S**. 

XI. ZiVre de la nature^ et utilité des mois des femmes et de 
la curation des maladies qui en swviennent^ trad. du latin de 
Jacques Syls^ius^ par Guil. Chrestian. Paris, ibid.^ i SSg^, in-S'* : 
dédlié à Diane de Poitiers. 

Ces trois versions du latin de Jacques Dubois sont renfer- 
mées dans un seul et même volume de 286 pages. Ghaoune 
d^elles a son frontispice particulier, avec la date de 1 SSg. 

XII. Perioche des sept premiers Usures de la Thérapeutique 
de Galien. Paris, Denis Janot, in-S"". Nous ignorons la date 
de cet ouvrage. 

XIII. Golomiés dit qu'il avait parmi ses papiers plusieurs 
Lettres de GuiL Chrestien^ et de Laurent Ghrestien y son fils. 
(^Bibliothèque choisie^ 1^. 282, édit. i73i.) 

Les n*** II , m , I V, VI , vu et viii ont été inconnus à Niceron. 

Niceron, t. XXXIV, p, i3i et 182, art. Florent Chres^ 
tien, la Groix du Maine , t. 1 , 320 *,. du Verdier, t. II , 77 -, 
Carrère, BB. de médecine^ t. H, p. 525; Réponse de M. Bâ- 
cher à M. Carrèrey p. 56, édition 1777, în-4°*, Portai, Hist. 
de VAnatomie^ t. Y, p. 590 du Supplément. 

s , 

CLEVES {Henriette DE) , duchesse de Kethel, née Ije 3 1 
octobre 1 54o (V. S.), de François I^* de Clèves, premier duc 
de Nevers, gouverneur de Champagne ,. et comte de Rethel > 



/ 

I 



246 CLE 

et de Marguerite de Bourbon , succéda k Jacques de Cléyes 
son firàre cadet dans lesdits duché et comté , et les porta en 
mariage » le 4 niars 1 565 y à Louis de Gonza^ue , duc de 
Manloue, qui mourut le aa octobiie ifk>5. 

Henriette fit ayec son époux , Tan 1 588 , un acte de fon- 
dation passé à Parilf, le f4 février, par lequel elle assigne 
trois mille six cents libres de rente annuelle sur le daché de 
Rethel , pour marier chaque année soixante filled pauvres. 
Elle finit ses jours k Paris le ^4 j^^ i6oi, âgée de soixante- 
un ans, après cinq années de yiduité, et fut inhumée prés 
de son mari , sous le magnifique mausolée qu^ls avaient £iit 
dresser de leur vivant, dans le chœur de la cathédrale ie 
Ne vers. 

Cette .princesse, aussi célèbre par sa beauM qiie par h 
délicatesse de son esprit, avait eu pour amant le comte dr 
G)Conas, gentilhomme piémontais, déci^ité à Paris le 3o 
avril 1 574 y pour avoir trempé dans une conspiration qui 
tendait à enlever de la cour le duc d'Alençon et le rc» de 
Navarre , afin d^en &ire les chefs des mécontens. La tête de 
Goconas ayant été exposée sur la place de Grève , Henriette 
alla elle-même lenlever de nuit-, elle la fit embaumer, et la 
garda long-temps dans larmoire d'un cabinet, derrière son 
lit, à rhôtel de Nesle. « Ce même cabinet fut long-temps 
» arrosé des larmes de sa petite-fille , Marie-Louise de Gon- 
» zaguede Clèves, dont Tamant (Cinq-Mars) eut, en i64^' 
» la même destinée que Coconas. » (Saint-Foix ^ Essais sur 
Paris^ 1. 1, p. i83, 5* édition.) 

Sa pasrion était d autant plus bisarre, que Coconas, dé/à 
vieux , n'avait aucune des qualités propres à supplanter un 
époux aussi aimable que le prince de GouKague*, mais Ta- 
mour a ses caprices. Les époux les plus Vertueux sont quel- 
quefois les plus maltraités , parce que la sagesse ne peut 
s'allier avec la débauche. 

Le P. Hilarion de Coste nous peint Henriette avec des 



CLÈ îl47 

coiiieure bLen différentes, a La piété y la libéralité, la dou- 

» ceur , la modestie , et Tétude des bonues lettres, ont été, 

» selon cet historien , les vertus qui ont rendu plus recom- 

» mandable cette grande princesse. Sa piété a paru en la 

» fondation de plusieurs églises et monastères en ses terres , 

» qu'^elle a bâtis et fondés avec le duc , son mari. Us éta- 

» blirent un collège de pères Jésuites en leur ville de Ne- 

» vers 9 les Minimes de Rethel , les Cordeliers à la Cassine 

» ( près de Sedan ). Ils. prirent un grand soin que tous leurs 

» vassaux (ussent instruits en la foi catholique, apostolique 

» et romaine, et, pour leur montrer l'exemple, ils n'ont 

» voulu jamais se servir d'aucuil domestique ni officier qui 

» ne fit profession de la vraie religion. 

» Sa pieuse libéralité et charité envers les pauvres parut 
» par ces deux belles fondations , Tune pour marier chaque 
» année à peipétuité, dans leurs terres et seigneuries, 
» soixante pauvres filles nées en légitime mariage *, l'autre , 
» par laquelle on nourrit et entretient à Nevers douze 
)i pauvres £emme3 vieillesr, qui ont toujours bien vécu et 
» sans reproche. 

» Après avoir vaqué aux actions de la religion et de la 
)> piété , elle s^adonnait à l'étude des bonnes lettres , sans 
)> lesquelles , comme a fort bien remarqué un des grands 
» hommes de l'antiquité du paganisme, la vie de l'homme 
» est un tombeau. Elle a, selon le rapport de quelques 
» écrivains , tradmt en notre langue française Vj^minta du 
» seigneur Torquato Tasso (i). Elle n'a pas seulement &it 
» profession des lettres ef du savoir , mais aussi elle a se* 
» coiUTi, par sa libéralité, les doctes et les sa vans. » {Elog. 
et Fies des dames illusires en piétés p. 3o8 à 3 1 3.) 

Son portrait : dessin au cabinet de Fontette , aujourd'hui 
à la BB. du roi. 

(i) Traduetion médite , et la première qai ait enrichi notre langue de ce 
modèle des comédies pastorales. 



ii48 CLO 

La Croix du Maine , t^ I, p. 364*, Mém, de Nevers^ t. I , 
p. 67 •, Art de vérifier les dates ^ t. II , p* 58o *, le Long , Hist. 
de Laon^ p. 4^3. 

CLOUET {Jean François^ y chimiste célèbre et mécani- 
cien industrieux, membre associé de Flnstitut, était né le 
1 1 novembre 1761, à Singly, canton d'Omont, de Norbert 
Glouet et de Marie Jeanne Tayaut, propriétaii*es d'une mai- 
tairie , .qu'ils exploitaient par leurs mains. Il fit ses études à 
Charleville avec des succès marqués. Il était en rhétorique , 
lorsqu'un de ses maîtres voulut l'assujétir à des détails mi- 
nutieux de toilette qui contrariaient ses goûts et ses hal>i^ 
tudes, Il quitta le collège, se rendit à Mézières, et fut ad- 
mis à suivre les cours de calcul et de géométrie descriptive 
relative aux arts , à Fécole du génie militaire établie dans 
Cette ville (O* I'^ suivit ces leçons avec ardeur, s'y distingua , 
et mérita l'estime de Monge , dont l'enseignement a illustré 
cette école. Il vint ensuite à Paris, pour visiter les ateliers 
et les manufactiu'es qui pouvaient offrir quelque aliment à 
son zèle pour les arts et les sciences. 



(1) En 1748. Depuis son origine jusqu'à sa translation à Metz, en vertu 
d'un décret du 12 février 1794» cette école a eu sept commandans en chef: 
MM. de Ghâtillon , Duvignau , de Ramsault , de Jaubert , de Villeiongae (au- 
teur d'un bon traité inédit sur lea fortifications), le Conte, sieur de Li- 
nière, mort à Mézières le 19 janvier i794> et la Barère. Parmi les professeurs 
qui ont donné du lustre à cet établissement , on remarque MM. Charles Etienne 
Camus, l'abbé Bossut, l'abbé Nollet, Bezout, Ferry et Monge. C'est aux 
chefs et aux professeurs de cette école, qu'appartient véritsJilement l'honneur 
d'avoir amené la science des projections au degré de perfection où elle se 
trouvait en 1794 , époque où Monge, consulté par le gouvernement , proposa 
l'école du génie de Mézières pour modèle de VEcoie centrale des travaux pu- 
blies y nommée depuis EcoU polytechnique. Plusieurs de ceux qui avaient pro- 
fessé 4 Mézières, furent appelés à Paris, pour enseigner dans la nouvelle 
école , les uns la géométrie aux trois dimensions , les autres l'application de 
cette géométrie à l'art de fortifier les placés. L'Ecole de Mézières a produit 
pour les sciences , les d'Arçon, Meunier, Garnpt, Saint- Paul, Dubuat, Cou- 



CLO 249 

De retour à la ferme de Sîngly, dont il avait hérite de ses 
pareils , il se livra entièrement à ses goûts pour la chimie et 
la mécanique 9 qui , jusqu'alors , avaient toujours été con- 
txariës par sa famille. Il établit d'abord une faïencerie qui 
eut beaucoup de succès , ce qui lui donna occasion de faire 
des recherches sur la composition des émaux. Ses résultats 
sont consignés dans le t. XXXIV des Annales de chimie*' Un 
événement inattendu le força de renoncer à cette entreprise 
fructueuse. Confiant par caractère, Clouet avait prêté une 
somme considérable à une lùaison (Virion) de commerce 
de Charleville. Cette somme, qui formait toute sa fortune, 
lui fut enlevée par une banqueroute. Il prit alors la résolu- 
tion de passer en Amérique -, et en attendant qu'il pût l'ef- 
fectuer, il consentit à remplir une chaire de chimie à Fécole 
du génie de Mézières. 

Lorsque la révolution éclata , il était à la veille de partir 
poiu" Saint-Domingue. On avait besoin alors d'établir des 
arsenaux et de fabriquer des armes : on l'employa. Il éta- 
blit à Daigny une fabrique de fer forgé , et à l'aide de cette 
usine , il parvint à approvisionner de cette matière les arse- 
naux de Douay et de Metz , pendant tout le temps que nos 
armées restèrent sur les frontières de la Belgique et du 
Luxembourg. On y remarquait surtout un laminoir dont la 
construction fut regardée comme un chef-d'œuvre de méca- 
nique. Le jour, Clouet présidait aux constructions, et la 
nuit , il écrivait les mémoires que le gouvernement lui de- 
.mandait. Exercé depuis long-temps à vaincre le sommeil, il 
en était venu à n'avoir plus besoin de dormir qu'une heure 
par nuit , encore sans se coucher. 

Il réussit à faire des lames de sabre imitant parfaitement 
les damas de Perse. Les procédés à employer pour obtenir 



lomb , et M. Hachette , actuellement professeur très-distingué de géométrie 
descriptive à la faculté des sciences de l'académie de Paris , etc. 



»5o CLO 

sur ces lames les dessins qu'on ^lésire, sont décrits dans le 
n** V. 

Lorsque sa présence ne fut plus nécessaire à rétablisse- 
ment de Daigny, il vint à Paris rendre ses comptes , qui 
furent trouvés très-exacts *, on y découvrit pourtant une 
omission : il avait oublié d y porter le traitement de direc- 
teur. La culture d'un jardin avait fourni abondamment à 
tous les frais d'administration. Il accepta une place dans le 
conseil des arts, établi près du ministre de rintérieur, et 
travailla à Técrit du n** iv. , 

Le désir de découvrir de nouveaux faits et de se placer 
dans des circonstances nouvelles, le détermina à exécuter 
son ancien projet de voyage en Amérique. S'étant sérieuae- 
ment occupé da la chimie végétale et de la transformation 
des produits végétaux les uns dans les autres (i) > il croyait 
que le climat de Cayenne , si favorable à la végétation , lui 
offrirait des ressources qu'il aurait vainement espéré de 
trouver ailleurs. Il partit pour cette île dans les derniers 
jours de novembre 1799, accompagné de deux jeunes gens, 
MM. Coessin et Chevalier, ses disciples, et il y mourut, 
victime de son zèle pour }es progrès des sciences physiques. 
Il s^était établi au milieu des bois sur la rive gauche de la 
rivière 4e la Comté de Gènes ^ pour observer la constitution 
du climat , la température de Tair, et leurs effets sur la vé- 
gétation , les mét^res , etc. Il ne tarda pas à y éprouver la 
ftmeste infikience d un climat brûlant auquel il n'était p«s 
préparé. Atteint d'une fièvre maligne, il revint à Cayenne, 
où, en peu de jouts, il fut enlevé, le 4 juin 1801 , aux 
sciences qu'il cultivait avec tant de succès. 

(1) Les pommes de terre lui OD,t offert un résultat très- intéressant : il 
en fit geler, les fit tremper pendant quelque temps dans l'eau» put* 
il les pela et les laissa pourrir. Dans cet état de putréfaction', il les 
tritura, en fit des gâteaux qu'il exposa quelques jours à une chaleur so- 
laire de 3o à 36 degrés ; le tout devint amidon très-blanc et en quelque sorte 
cristallisé. 



CLO 25i 

l^e^ lettres qu il éorivit à ses amis depuis son. départ de 
FraxLce ^ attestent toutes son dévouement absolu pour leis 
progrès des arts et des lumières , et le zèle constant et infa- 
tigai>le' qui Tanimait pour le boùhem* de ses semblables. 
Voici son portrait en raccourcie 

Lia bienfaisance et le désintéressement se disputaient 
rempire de son cœur. Sobre par tempérament, simple par 
caractère, il a vécu sans ambition, sans fortune, en philo- 
sophe. U. avait un courage tranquille, un imperturbable 
sa&g^froid, un grand amour de Tindépendance , m<ais«trop 
de mépris pour les agrémens extérieurs elles formes sociales. 
Sa constance dans ses entreprises était extrême; jamais il 
n^abandonnait un travail qu^il ne fût terminé , et ce caractère 
de ténacité il le portait dans toutes ses opérations. 

Résultat de ses travaux : 

I* Il fit voir que la sydérite de Bergmann est du phosphate 
de fer, et que Tarsenic donne à ce métal la qualité d'être 
cassant à chaud. ( Voy. Mémoires sur lef&'j par MM. Monge, 
Bertbolet, et Yandermunde, Académie de Paris, 1786.) 

II. Il prouva qu^ Tacide prussique est le résultat de la 
combinaison de* rammoniaque avec le charbon. Il avait 
ch^gé M. Hachette (de Mèûëres) d'essayer cette combi- 
naison, et le succès répondit pleinement à son attente. 
{^^niu de chimie j t» XI, p. 3o.) 

III. Résultat des expériences de MM. Ch.«. et Clouet sur 
Tacier fondu, inséré dans le t. XXIII du Joum^ de Physique 
de Tabbé Ao^ier, juillet 1788, p. 4^*47* ^^ J démontre 
comment on parvient à convertir immédiatement, et par 
une seule opération, du fer doux en acier fondu, sans em- 
ployer le charbon , et par la décomposition de Tacide car- 
bonique \ découverte aussi importante à Tavancement de la 
théorie des affinités chimiques, quelle est précieuse pour 
Taccroissement de l'industrie nationale. En effet, lacier qui 



232 CLO 

en provient , forgé en barres , a tous les caractères extérîetirs 
et toutes les qualités intrinsèques de Facier fondu anglais, 
des fabriques de Huntzam et Marschall-, et il peut être in- 
troduit en concurrence dans le commerce , sans crainte 
qu'on puisse en faire quelque distinction à son désavantage. 
( Voy. le Rapport foit à Tlnstitut, dans la séance du i6 mes- 
sidor an VI — 5 juillet 1 798 , par MM. Darcet et Guyton. ) 

IV. Il a travaillé à l'écrit sur les difierens états du £èr, 
imprimé dans le Jowm, des Minés ^ n** 49? vendém. an vu 
— ï 798. C'est d'après ses principes et avec lui que MM. W^el- 
ter et Hachette employèrent le diamant à faire de Facier 
fondu, (/^oj. leur procès -verbal , Annales de Chimie^ 
t. XXXI.) 

V. Instruction sur la fabrication des lames figurées, ou 
des lames dites Damas (Œuvre pothume de Clouât), fig-^ 
insérée dans le Journal des Mines j en 18049 u® 90, p. 4^1- 
435. 

M. Hachette y a ajouté deux notes , et la note historùiue 
suivante sur les principaux ouvrages de Clouet. 

« Clouet, professant la chimie à l'Ecole * de Mézières, 
)) s'occupait spécialement de la partie de cette science dont 
» les officiers du génie et de l'artillerie font habituellement 
» l'application *, sous ce rapport , le fer a dû être l'objet prin- 
)) cipal de ses recherches. Aucun chimiste, avant lui, n^a- 
i> vait donné sur ce métal des notions aussi précises que 
S) celles qui sont contenues dans un Mémoire imprimé dans 
» le Joum. des Mines ^ t. IX, p. 3-, il joignait aux connais- 
)) sances théoriques les plus étendues , les talens d'un artiste 
» distingué. Lorsqu'il eut trouvé le moyen de faire en grand 
Ji l'acier fondu , découverte dont Fourcroy disait , dans une 
y) de ses leçons à TEcole Polytechnique , que seule elle mé- 
» ritaità son auteur une statue sur la place publique ^ il se hâta 
» de publier ce moyen , et de communiquer toutes les ob- 
» servations de pratique dont il avait reconnu Fimportance 



CLO 253 

» potxr le succès de la fusion : la facilita de se procurer Fa- 

» cîei* fondu en lingots qu'il coulait lui-même dans son la- 

» l>oratoire, lui donna l'idée de remployer au perfection- 

» oexnent des lames de sabre. M. Jaubert^ commandant de 

» l"'Ecole du Génie à Mëzières , lui avait souvent parlé de 

» damas, et avait mis à sa disposition quelques morceaux 

» de ces lames, en Tinvitant à en étudier le dessin et la 

» composition. Ce double problème de géométrie et de 

» chimie fut résolu \ Clouet fit pour ses amis plusieurs sa- 

» bres aussi admirables par la.poignée que par la lame \ le 

» sabre représenté par \di Jtgure 27, et qui appartient à 

» M . Gillet de Mézières, égale en beauté de dessin les damas 

» de Perse^ et il les surpasse en élasticité : il doit cette der^ 

» nière qualité à la lame d'aCier fondu placée entre les 

» deux étoffes figurées. 

» Clouet avait cessé de sî occuper de lames de sabre en 

» 1790-, la guerre de la révolution éclata-, tous les citoyens 

» se dévouèrent à la défense de la patrie *, il fut appelé par 

» le comité de salut public , et c'est d'après son invitation 

» qu'il a composé VArt défaire les lames figurées j écrit qui 

y> mérite d'être placé à côté des ouvrages qui ont paru dans 

» le même temps et pour le même objet , Y Art de fondre des 

)) canons j de fabriquer des armes blanches j de convertir le fer 

» en acier fondu j etc. » 

Le gouvernement a obtenu des héritiers de Clouet ses pa- 
piers, ses instrumens et ses produits chimiques. M. Martin, 
dans une lettre de Cayeane> adressée à M. Thouin, et in- 
sérée dans le Joum, des Débats ^ 21. vend, an x — 13 octobre 
1801, a fourni quelques détails siu» Clouet; et depuis, 
M. Hachette a consacré un éloge à sa mémoire. Cet éloge a 
été imprimé dans la Décade Philosophique , 20 nivôse an x , 
10 janvier 1802 , et dans le Moniteur^ le 23 nivôse suivant, 
^ n° 1 13, p. 454» C'est de là que nous avons tiré cette Notice. 



254 coc 

COCHELET {j4nas1ase), né à Mézières-sur-Meuse 
i65i, entra d^ns Tordre des Carmes de l'ancienne obser- 
vance, et* prononça ses vœux à Reims. Depuis il dtudia. en 
Sorbonne, prit le bonnet de docteur, et parvint au grade 
de provincial de la province de France,, aîprès avoir été 
{Hrieur du couvent de Saint-Jacques, à Paris , et de celui de 
Reims. 

Il se fit un nom parmi les prédicateurs et les oontrover- 
sistes de son temps, et devint une des trompettes de la 
Ligue. Un jour qu'il prêchait sur Tëvangile du navire des 
Apôtres , dans lequel Nôtre-Seigneur dormait-, il dit c< qu'à 
» Texemple de ses disciples, il fallait ëveiller Dieu pour 
» aider à la religion catholique, et ëlire un roi pour gou- 
» vemer Tëglise en France , qui se perdait faute de roi; cpc 
» la France était un royaume afiecté à là monarcMe et non à 
» la régence , comme le duc de Mayenne voulait le fiiire 
)) accroire',, ce qu'il ne fallait pas souffrir, mais passer outre 
» à la nomination d'un bon roi catholique, à Texclusion du 
» roi de Navarre. Mais le duc de Mayenne lui fit dire de 
» prêcher plu3 modérément, sinon qu'il renverrait, cousu 
» dans son froc , prêcher dans la rivière. » {Mémoires anec- 
dotes pour sentir à la nUUson de Bourbon,,, t. VI , p. aSg.) 

Oblige de s'expatrier, le P. Cochelet se retira à Anvers, 
où il passa une partie considérable de sa vie , toujours occupé 
à préèher et à écrire contre les hérétiques. De retour en 
France en 1617, fl se distingua, dit Marlot, dans un cha- 
pitre de son ordre , qui se tint cette année à Reims. Fixé 
dans cette ville , il y vécut en paix , et y termina sa car- 
rière en 1624, âgé d'environ soixante-quatorze ans. 

Ses ouvrages: 

I. Répétitions du saint sacrifice de la Messe ^ en forme 
d'homéiiesj contre du Plessis-Momay, Anvers, Jean Keer- 
berghe, i6oa, in-S*", p. gSi. 



GOC a55 

11 . Jtéponse à l' abjuration de la vraie foi que font les Cal- 
t^inistes qui apostatent de l'église catholique^ apostolique et ro- 
rruMirte^ faussement appelée par eux Déclaration chrëtienne, à 
JEtieftne le Brun. Anvers, Hierosme Verdussen , i6o4j in-8**, 
fol. I79« C'est contre un Carme apostat qui témoignait 
n^étre point endurci. 

III» Palestrita honoris Divœ Hallensis pro Justo Lipsio 
cid9€Tsùs dissertationem mentiti IdoU HaUensis anonymi cu- 
jusdcun hasretici (Pierre Denaisius, jurisconsulte allemand). 
Arii^ers^ Vrintius, 1607, in-8*, p. 55 1', iUj îb., 1627, în-4°« 
Philippe Brasseur, connu par Bihlotheca Hanfwniœ^ Mous, 
1639, in-4^9 ^ f&it, à Foccasion de cet ouvrage, le quatrain 
suivant: 

Dum jaculû petitur Mariani scriptor honoris 

Lipsius , huic scutam prsetulit ille sùam : 
Nec minus authorem , qtiàm Tirginisllle decorem , 
Défendit calamo Ibztis athleta sac. 

IV . Calyini infemus ads^ersîis Joannem Polyandrum^ mi- 
nistrum cahinistam. Anvers, Moret, 1608, in-8®,-p. 192. 
L'auteur y soutient que Calvin a nié qu'il y eût un enfer. 
Polyander riposta par Responsio /. Polyàndri ad interpolata 
A nos. Cochlœi sophismata^ sub hoc iitulo : Calvinî infernus. 
{Dordrechtj 1610, in-B**.) 

Samuel Neran , professeur à Tacadémie calviniste de Sedan , 
fit ce sixain à l'occasion de ce livre : 

Non tibi GaMni mentem , non eonaona sacri* 

Sensa tibris mendax ista tabella refert. 
Sed monstra erronim pingit , quae fortiter ille 

Strayit , et inyictft parta trophaea manu. 
Sic fertur solitas spolium pinxisse leonis , 

Dam neqnit Alcidem pingere pictor iners. 

In eumdem, 

Quid sibi yult in Calyimun qaod Roma sepultudi 
Spicula Tartareo felle peruncta jacit r 



256 COC 

Herculi9 ezstiflcti Trojam domuêre sagitt», 
Galvini telis nunc quoque Roma tuis. 

{Tfœrani poemata, p«46*) 

V. Çœmeterium Caîvini infemij et aliarum ejus impieta- 
tuirij adversùs interpolata sophismata falso et calumniosè ad- 
scripta F. Anastasio CocheletiOj à J. PolyandrOj nlîas van 
JcwiTcrcAoi'C. Anvers, Hier. Verdussen, 1612, m-12, p. 789. 
C'est une réplique à Polyànder, natif de Metz. Le premier 
mot du titre fait allusion au nom grec Polyanderj qui si- 
gniâe du cimetière ^ de même que son nom flamand • 

VI. Commentaire catholique en forme de discours^ sur les 
deux lettres missives ^ l'une de Frédéric j électeur et comte pon 
latin ,• Vautre du prince Loys de Bourbon j duc de Montpensierj 
sur la fuite de sa fille j àbhesse du monastère des religieuses ^ à 
Jouarre* Anvers, Verschueren, 161 6, in-8®, p. Soy. Ces 
deux lettres sont insérées dans cet ouvrage. 

On avait donné Fabbaye des Bénédictines de Jouarre, 
diocèse de Meaux, à Charlotte de Bourbon -Montpensier, 
sans qu'elle eût fait de vœux. Les ayant prononcés depuis, 
le 16 mars iSSg, elle protesta contre, et déclara qu'elle y avait 
été forcée. Résolue de se soustraire. à un genre de vie qui lui 
déplaisait, elle trouva le moyen de vendre un prieuré que 
son abbaye possédait dans le diocèse' de Noyon, et s étant 
approprié le prix de cette vente , elle s'enfuit dans le mois 
de février 1672, avec quelques religieuses qui partageaient 
son dégoût pour le cloître. Elle se retira à Heidelberg, à la 
cour de Frédéric III , comte palatin du Rhiil , pour y vivre 
dans la communion protestante , à l'exemple de Françoise 
de Bourbon, sa sœur, femme d'Henri Robert de la Marck, 
duc de Bouillon. Elle y abjura la religion catholique avec 
ses religieuses. L'électeur palatin, par une lettre datée 
d'Heidelberg , du 25 mars 1672, instruit le duc de Bour- 
bon-Montpensîer de cet événement, et l'exhorte à laisser à 
sa fille la liberté de conscience , et à lui faire part des biens 



COF ^5; 

Ae sa maison; celui-ci répond à Télecteur, et, en. bon ca- 
tliolicjue, il blâme la conduite de sa fille transfuge. Char- 
lotte ne profita pas de cet avis : elle épousa à la Brille, le 12 
juin. 15749 Guillaume de Nassau, prince d'Orange, fonda- 
teur de la i^épublique de Hollande (i), et mourut le 6 mai 
i58st y laissant de son mariage six filles, dont la seconde, 
' nommée Elisabeth de Nassau, fut mère du grand Turenne. 
Cochelet défend, dans son Commentaire^ la cause de Louis 
de Bourbon , et Tappuie de nombreuses citations de TEcri- 
tace, des Pères, des historiens, des jurisconsultes, etc., 
ce qui n'empêcha point le duc de Bourbon de ratifier le 
mariage de sa fille, à la prière du roi de Nayarre, par une 
'déclaration particulière qu'il fit en 1 58 1. 

Ces six productions sont jugées par Toubli où elles sont 
tombées. U y a long-temps quelles ont été habiller chez 
Francœurlepowre et la cannelle. Tel sera toujours le sort des 
ouvrages de pure polémique; ils n'auront pas même le 
faible mérite d'être assimilés à ces vieilles médailles sans 
cours , qu'on garde par curiosité. Le temps en dévorera jus- 
qu'à la dernière page. 

Marlot, Met. Rem.^ t. XI, p. 612; le Long, Hist. de 
Laon^ p. 47 ï \ deVilliers, BB^ CarmeL^ t. I, p. 64- 



COFFIN {Charles) j clerc tonsure du diocèse de Reims, 
naquit à Buzancy, près de Vouziers, le i" octobre 1676 (a), 
de BJgobert Coffin , principal agent du seigneur du lieu , et 
de Marguerite G>uIon. H fit ses humanités à Beauvais, et 
vint étudier en rhétorique à Paris, au collège du Plessis, en 
1693. Ses succès furent du petit nombre de ceux qui en pro- 
mettent de réels dans un âge plus avancé , car l'imagination 
et le goût y avaient la plus grande part. Son mérite connu 

r 

( 1) AsmMiné-à Délit ea 1 584» par Balthasar Gérard , émissaire des Espagnols. 
(2) Et non le 4 oct. comme le disent les. auteurs de son Ehgû Hitêorique , 
copiés depuis par tous les Biograpl)es , et comme le marque son épitaphe. 

TOME I. ,17 



] 



!i58 COF 

le fit passer an collège de Dormans^Beauvais , comme rë^nl 
de seconde, ea 1701. 

Le Jeune professeur justifia pleinement ce choix , et se 
montra d'autant plus digne de faire apprécier à ses élèves les 
beautés des anciens classiques ^ que lui-même les imitait avec 
succès dans des productions ingénieuses en vers et en prose, 
relatives , tantôt aux événemens publics , tantôt à des cir- 
constances qui lui étaient personnelles. Sa réputatioii'sW 
crut si rapidement , que le a6 janvier iji'i^le prexnier pré- 
sident de Mesmes, cinquième comte d'Avaux(i} , le namina 
principal du collège de Beauvats. 

Dans ces nouvelles fonctions , Coffin sut allier lâi prudenee 
d'un maître à la tendresse d'un père , et de cette école , de- 
venue si florissante sous sa direction , sortit une foule de su- 
jets qui ont paru avec éclat dans Téglise, dans le barreau, 
dans la littérature et même dans les armes. Poit^t dVmplois, 
point de postes, on les élèves dociles à ses leçons n'aient 
brillé. Toujours occupé de leur avancement, il substitua 
sagement aux fi*oides tmgédies qu'on représ^tait à la fin 
de l'année scolastique, des exercices sur les auteurs cla»- 
sicpies, beaucoup plus propres à former le goût, et qui ac- 
coutument également les jeunes gens à cette confiance mo- 
deste , nécessaire à tous ceux qui sont obligés de parler en 
public 4 

L'université l'élut recteur en 1^18 *, il fut continué en 
1719, et remis une troisième fois dans cette magistratm^ 
académique en i^ao. Son rectorat fut illustré par l'établis* 
sèment de l'instruction gratuite. Les fonds en furent fUcés 
sur le vingt-huitième effectif du prix du bail général àe» 
postes et des messageries, dont la France devait originaire^ 

(1) Asfeld ou Avaux^a-Yille, bourg situé sur la rive gauche de VAmCt^ 
deux lieues de Châieafa-Forcien. YoHilre a readu ee iiOfm fameux pa^ '^ 
lettres et ses poésies à Glande de Mesmes, deuxième comte d'Arvii, ^^ 
prolecteur , qui roulait bien t^honorer de son amitié. 



COF aag 

ment la création à Funiverrité de Paris. Goffia eut la plus 
grande part au succès de cette négociation délicate , et il la 
cëlëbra par un mande^^^t dig^e 4u bi^pfe^it et de la recon- 
naissance. 

En bon Champenois, il célébra le vin de Champagne dans 
une ode en vers iambiques , dont le style vif et pétillant pré^ 
sente la belle image de cette charmante liqueur. La ville de 
Reims en reconnut le mérite par un présent de ses meilleur^ 
vins qu^elle fit annuellement au poète. Voici ce qui donna 
lieu à cette pièce. Grenan, célèbre professeur au collège 
d'Haroonrt, avait publié une ode en 171 1 sur le vin de 
Bourgogne , et dans laquelle il lui accordait la prééminence 
sur celui de Champagne. Notre poèjte ne s'était pas fort em- 
pressé de rédftmer en faveur du vin de spn pâiys^*, mais s'^ 
tant trouvé à table chez Camille le Tellier (dit Tabbé de 
Louvois), chanoine de Reims, avec le professeur Hersan, 
çie}uirci lui rjeprQcha, m^ pl^^çaiitant, son ^^àiSéxieince etmn 
peu de^patriotisme. Piqué d'honneur, Coffin répondit avec 
autant de feu que d'esprit à l'ode de Grenan. Le badinage 
n'en resta point là. Grenan adressa au preniier médei^in Fa- 
gofi des }iêzidécftsyUabes enforme tk n^quéte, axa fins de faire 
proscrire par la faculté le vin de Champagne, comme nui- 
sible à la santé -, et Coffin adressa , en vers , un prétendu 
décrot, rend** daojiç rUe 4e Gp«> legw?l, s^u uw?ye» d'»»jB in- 
génieuse ironie , semble prononcer en faveur du Bourgogne , 
qupîqu'*au fond le Champagne gagne sa cause. Rien dans 
cette lutte n'outrepassa les bornes d'une plaisanterie spiri- 
tuelle : on fut poli de part et d'autre. On peut juger du ton 
de la poésie de Coffin par ces strophes , que les amateurs de 
vers latins ont retenues : 

Gernis micanti concolor at vitro 

Latex ia auras , Gemmcus aspici , , . . 

ScintiHet éxuUim ; utque dulces 
Sfaribus illecebras propinet. 



s(io COl<' 

Succi latentU proditor haliluii ; 
Ut «puma motu lactea turbido 

'CrystalUnum blando repente 

Gum fremitu reparet nitorem F (i) 

Mais les poésies qui lui ont fait le plus de réputation sont 
ses hymnes (2), où la pureté de la langue , soutenue de celle 
du dogme , brille de cet éclat naturel et simple , puisé dans 
les sources de la vérité .même , dans TEcriture et dans les 
Pères. On admire l'imagination de Santeuil -, ses saillies, 
ses antithèses frappent Fesprit. Les Hymnes de Coffin sont 

(i) TraduetUm. « Voyez-yous cette liqueur dont l'éclat se confond avec celui 

• an cristal ? comme elle s'élance et scintille dans les airs , semblable à an 

• jet de diamans l comme, par une suave odeur qui révèle sa veriu cachée, elle 
» amorce le buveur ! comme elle retombe en tourbillonnant sous la forme 

• d'une mousse laiteuse , et par d'agréables explosions reprend tout à coup » 
» couleur cristalline !» De Belle Chaume y la Monnoye et Matthieu ont traduit 
en vers français , cette ode y faite pour traverser tous les âges. La traduction 
du dernier est dans V Annuaire de la Marne, de l'an xi — 180a. Un anonyme 
en parlant de cette pièce , dit : «Quels vers i je leur appliquerais Volontien k 

• materiam superabat o/»«« d'Ovide (l'ouvrage l'emportait sur la matière). 
» Dès que je les eus lus, d'ami de l'eau que j'étais j'en devins l'ennemi; et 
» je me souviens qu'un jour, quelqu'un détestant en ma présence le culte dont 
» les ancieus Perses honoraient le feu , il m'échappa de lui répondre : M l 

• monsieur, ce ne Meraii encore rien ; mais les insensés , il n'y avait pas Jusqu'à 

• Peau à qui ils n'offrissent des victimes ; c'est Strabon gui rapporte cette horreur.» 
(Janicon, Lettres sérieuses et badines, t. IV, p. 36.) Goffîn ayant déprisé ie 
cidre dans son ode, inspira Charles Ybert, Normand : Citri Querela, sivs 
arnica eœpostulatio Normanni cum poetâ Campano , qui citrum convieio perstrinxs- 
rat, ode : insérée dans les Œuvres de la Monnaye, t. I , p. a54) avec la tra- 
duction à pages de regard. Au commencement du xviii« siècle , on avait pu- 
blié en prose : Défense du vin de Bourgogne contre le vin de Champagne (par 
J. B. de Salins). Dijon, Ressayre, 1701, in-4*^'''' nouvelle édition (publiée 
par Hugues de Salins, frère de l'auteur). Luxembourg (Dijon) , \yi^yio4*i 
le méme^ en latin , 3* édition. Beaune , Simonnat , 1706. Lettre écrite à tm 
magistrflt pour réponse à un docteur Rémois, qui a écrit deux lettres contre thcn- 
neur et la réputation des vins de Beaune, et particulièrement amtre l'auteur de 
leur défense , par laquelle il prouve que le vin de Beaune est plus agréable et plus 
sain que le vin de Reims* Paris, 1706, in-4** 

(9)Combault, l'un de ses meilleurs élèves, l'aida dans qnelques-unef de 
ces pièces. On lui attribue notamment deux strophes de l'hymne de ssiot 
Pierre. 



COF a6i 

dans le langage du cœur attendri , pénétre de ses besoins , ou 
de sa reconnaissance envers Dieu. « On peut lui reprocher de 
» manquer quelcpiefois de chaleur et d'harmonie , de n'être 
» point fécond en idées , et de créer rarement son expres- 
» sion ', mais du moins ses expressions sont heureusement 
» choisies , son style toujours clair et plein d^onction , et sa 
» latinité d'un goût très -pur.» (Noël, Ephémérides], juin 
an X— i8o3, p. 127,) 

On ne doit pas oublier la part que GoiBn prit à la révision 
de V^nti^Lucretîus du cardinal de Polignac , qu'il relut en 
entier avec Crevier et Lebeau. On peut dire qu'ils l'ont faite 
de manière à ne pas reconnaître les vers qu'ils y ont inter- 
cales. Ce fut le dernier service que notre poète rendit à la re- 
- ligion et aux lettres , auxquelles il avait consacré sa vie. Une 
vieillesse verte et vigoureuse semblait lui promettre de plus 
longs jours y lorsqu'il mourut a Paris le 20 juin 1^749 ? dans la» 
soixante-treizième année de son âge. Il fut' inhumé, selon^ 
son vœu , au pied de l'autel de la chapelle du collège de 
Beauvais(i). 

Sa charité lui a survécu : par son testament , il a fait un 
legs très -considérable à ce collège, auquel il avait donné 
plus de 20,000 livres durant sa- vie. Il a fondé un prix de 
version en seconde pour le concours dfes collèges de I'uiiÎt 
versité de Paris. Les besoins , de quelque genre qu'ils fussent, 
ne se présentaient pas vainement à son cœur. Aussi tous ses 
jours étaient-ils marqués par quelque bienfait , et dans son 
ingénieuse charité il savait laisser ignorer ses dons à ceux 
dont la délicatesse ne les aurait pas acceptés. Sa mémoire 
était en bénédiction dans le voisinage de Buzancy , sa patrie , 
par les grandes charités qu'il y disait. Elle$ s'étendaient jus- 
qu'aux pauvres églises y. auxquelles il donnait des ornemens. 

(1) Elle sert aujourdliai d'école mutuelle. On désire depuis .long-temps 
que les restes de, GoiBn soient transférés à Soin t-INicolas-du-Chardon net, à 
côté de ceux de SanteuiL 



n 



262 COF 

« Poète sans' caprices > savant sans ostentation , sërieui 
)) par réflexion, gai par caractère, et d'une huinteur très- 
» douce : toujours le nEtéme au milieu des occupations les 
» plus dissipantes et des circonstances les {dus épineuses; 
» rien ne trouhlait la paix et la, tranquillitë de soa âme : à 
» rinhumànité près, il réalisait le si^e des Stoïciens. Vif et 
)» spirituel , niais modeste et peu parleur, sërèré pour lui* 
» même , indulgent pour les autres en littérature C€>mBAe en 
)» morale, il haïssait la dispute, la médisance et la satire. 
» Sôus un air de sécheresse et d austérité, il avait un cœur 
D bon et compatissant. Les secours qu'il distribuait étaient 
» pfcompts, secrets, procurés peut-être avec pluà de joie 
» qu'ils n'étaient reçus. » (Extrait de son Eloge ktstorujfuejï 
la tête de «es ceuvres.) ( i) 

On noioi saura gré sans doute de rapjporter ici Yéfn.txp)ie 
de notre poète, composée par Crevier, et gravée sur da tombe : 
c'est un portrait fidèle de ses vertus, qui joint an teérîte de 
la ressèmblaxMce celui de la correction et du colons. 

p. G. Mi 

Hic resurrectionem expectat 

Gai»lu8 Goffin , 

Glericps Rem^nsiç , 

ADtiquus académiac Parisiensis rector, 

Hujus collegii primarius : 

Qui Domum hanc per sei et triginta annos , 

Cloriâ âuctam, 

IngentI discipuloram multitudine frequentatâta) , 

Studiis doctrinae et pietatis iosignitam , 

Postremô etiam , legato iîon mediocri, per. testamentum adjutam > 

iCternum sui memorem merendo fecit , 

Magni ÉdUini «açbewor et smulos. 

Gœteras cjus laude» certatim praedicant 

Bon» Attes , 

Quas orator idem et poeta égrenas, latio plaudente , coluit ; 

(1) Cet Eloge est de Langlet, avocat, éditeur de ce recueil, et de Chaiie» 
Goffin, neveu du poète, reçu congeitler aùGhâtëlél ett 1744^ tnértà PHHs k 
fo janvier 1751 , âgé de vingt-neuf ans , et inhumé à cÛté desoil oocle. 



COF . 263 

Academica lurentus , 

Gujus studia Qovi praeuiii accessions stimufaiTit 

Academia prinçeps , 

Quam justissimft régis optimi Lud. XV munificentift 

0ûWndani curaTÎt; 

Demqtfe Eccletfia PariftieiiBis 

Gui pios dulcesque hymnes Christianus vates cecinità 

Viro omnibus , dum viVeret , carissimo , 

heae post mortem precentur omnes boni* , 

Vint annoA lxxii. Menses tiii. Dies xti. 
Obiit die XX fanii aoi^ «. d. ce. xlxix. 
Quo die anniversarium pro se sacram ^ 

In perpetunm celebniri pnecepit. 

R. I. P. 

Ses ouvrages : 

I. j{ctefi et oppOsiUons des motifs de V appel inierj^ pm^ 

Vunwersité de Paris j le 5 ocU X7i8> de la ConsUhOion Uni- 

genitus et des lettres de Sa Sainteté ^ du 8 septembre 1718 (en 

latin et ea français) 9 a^ee le discours latin prononcé par Cof- 

fiip dans l'assemblée générale tenue (me Maikurins le id dé-- 

cembre 1718, pour la procession de Vunwersité,^ peU de temps 

après son appel» Paris, Thiboust» 1718, mw^*" (BB. du roi, 

D. 2812); lY.^ dans le 1. 1, p« iji k 4i5 du recueil de Ga<- 

hriel Nicolas Nivelle, intitulé : La Constitution Unigenitus 

déférée à V Eglise universelle, (Cologne, 1764 9 4 '^<^- ^^* 

folio.) 

Cette exposition a été dressée en hîftin par Coffin ; la tia*- 
dttctionftançaise , réimprimée en 1 739 , est dn grammairieiL 
Reataùt, qui ^tait alors précepteur chez les, Jésuites du col- 
lège de Louis-le-Grand, quoiqu'il fût t3rès««ttaché à Port- 
Royal. 

IL Mémoire pour M* Charles Coffin ^ principal du cMége 
de Beaus^ais,, pour défendre sa cx>adjutorerie du syndicat de 
Vuniversité j contre /. iV. Guillaume ^ procureur de la nation 
allemande (ok si^et de la eoadjutorme^ à laquelle ledit sieur 



a64 , COF 

Coffin assoit été, nommé par le tribunal du recteur,, le 4 ^^ov, 
i^i^.^^^ Addition à ce Mémoire j en réponse du sieur Guil- 
laume, Paris, 17 19 9 a vol. in-fol. 

III. Le Mandement (^Mandaium) de M. de 'Vintîmille; 
du 3 décembre 1735, à la tête du bréviaire de Paris , publié 
ed 1736, est de G)ffin. Le P. Vigier, oratorien, est le prin- 
cipal auteur du bréviaire.— Le Mandement (Mandatum) du 
même prélat , du 1 1 mars, en tête du niissel de Paris ^ mis 
au jour en 1738, est aussi de Coffin. 

rV. Les OEuy^res de Coffin^ Paris, Desaint et Hérissant, 
1755, 2 vol. in-i6. 

Le 1*^* vol. et le commencement du 2^ contiennent les 
discours latins et qiielques - uns en français -, la suite du 
a* tome renferme .toutes les poésies sacrées et profanes. Plu- 
sieurs de ces opuscules avaient' paru séparément (i), en- 
tr'autres les Odes sur le vin de Gbampagne et de Bourgogne, 
et les Hymnes , dont trois ont été traduites en vers francai; 
par la Monnoye. (Paris, Thiboust, 1726, in-8% p. 12.) La 
petite pièce que Coffin fit pour Samuel Bernard a été aussi 
traduite par Guillo de la Chassagne : sa traduction est dans 
le Mercure d avril 1 763 , t. I , p. 54. 

Ce recueil justifie tout ce qiie nous avons dît d avantageux 
du cœur et de Fesprit de Coffin : on remarque dans sa prose 
ime expression noble, digne du siècle d'Auguste, des sujets 
traités avec dignité^ on n'y voit point de ces saillies, de ces 
jeux de pensées ^ de ces puérilités qui font d'un discours un 
amas d'épigrammes , qui décèlent la fausseté de Tesprit et 
déshonorent Téloquence. 

Coffin revit dans un de ses petits-neveux, Jean Prançois 
Bernard Cordierj né à Neofmanil, le 17 mai 1765, de Jean 

(1) Et .dans le recueil ées vers latins des plus célèbres professeurs de Tu Di- 
versité de Paris, publié, par Denis Gaullyer. Paris, 1727, in^i6. 



COL a65 

'François Cordier et de Catherine Coffin. Chanoine régulier 

profès de Lavaldieu, du 1 1 oct. 1778, M. Fabbé Cordier a 

enseigne les beUes- lettres avec distinction à Tabbaye chef 

d'^ordre de Prémontré pendant plusieurs années. On a de sa 

fsLÇOix : /^ers inspirés à la vue du tableau de Guéririj représen^ * 

tant Phèdre accusant JElippolyte : insérés dans le Journal de 

Paris ^ 9 brumaire anxi — 3i oct. 1802, p. 239. Ces vers 

font regretter que sa modestie Fait empêché jusqu'alors de 

publier les productions qu'il a en portefeuille, entr'autres, 

tine traduction du grec des six livres de saint Jean Chr j- 

sostôme sur le sacerdoce. 

Son portrait: t"* Fontaine p. 174^- Daullé sc,^^ '749> ^^' 
foL maj.", 2"" N...9 petit buste 9 in-249 3"" Bigcadt p. Simon- 
neau sc.^ in-4''9 dans la suite d^Odieuyre -, 4"^ Hieshhein 
p. 1769, Charpentier sc>^ in-4**; 5° Cochin deU^ C^H. 
Watelct sc.j 1763, médaillon in-4**î 6** Dagoty^ d'après 
Hieshhein j 1770, in- 4^7 en manière noire, dans la Galerie 
française j 1771, in-fol.; ']** Pcdetnich^ d'après Hieshhein^ 
dans la Galerie française ^ 2"* édit., cahier 11-, 8'' dans la Ga- 
lerie historique de Lardon , in-8''.. 

COLIN {Claude), vit le jour à Vauvilliers en Franche- 
Comté , en 1719. Son goût pour la piété l'ayant porté à em- 
brasser l'état religieux, il entra dans l'ordre des Capucins , 
sous le nom de Pire Norbert^ et parvint par son mérite à la 
supériorité du couvent de Sedan. Sa vie n'offi*e point de faits 
dignes d'être recueillis par un biographe. Naturalisé à Sedan 
par un long séjour, il y rendit le dernier soupir en i79i> 
âgé de soixante -douze ans, dans la paix d'une bonne con- 
science, et avec le juste espoir que donne le souvenir d'une 
vie honorée par la pratique constante dés vertus chrétiennes, 
el religieuses. L'ouvrage suivant est le fruit de ses veilles 
studieuses : v ., 



266 COL 

Histoire dtronologique des villes et princi^pfaMÂtês dé Seàm, 
Baucourt et SainUMenges : m-4^9 ^S* àe 729 p^ges cUm 
Tautographe. Il existe plusieurs copiés de ce curieux réper- 
toire , dont le planteur Peyran A fait usage pour composer son 
histoire de Sedah, publiée eu tSfS. L'auteur a en géniénl 
puisé dans de bonnes sources : ses citations sont exactes; 
mais quelques anecdotes hasardées dépai^nt son ouvrage, 
qui s'étend depuiér l'an 291 dé l'ère chrétienne , jusqu^à Vtàt- 
née 17851 inclusivement. 

Qu'iU sont rares ces hommes,, qui, sans aucune vue de 
fortuné et d'ambition,, contribuent, pa^ d'utiles travàm, à 
l'illustration du pays qui les a adoptés ! Pourquoi n^ea se- 
rait-on pas reconnaissant? Letùr nom doit figurer daiis l'iiû- 
lôire. Fontette a inscrit <;elui du P. Norbert daiis sa Bâiio- 
théquè historique de la France ^ et le savant éditeur A» 
Antiales d'Yvoîs et de Mbuzon lui a consacré une notice 
danà la biographie de ces contrées. 

COLLOT (Jean François HenrC)^ successiTement com- 
missaire ordonnateur des guerres à Grenoble, Rennes et 
Nancy, était né au Pont d'Arches, près de CharleviUe, 
le 26 janvier Ï716. Il alliait aux devoirs de sa profession 
la culture des lettres , et aurait pu se faire un nom dans 
la littérature, s'il avait dérobé^ en faveur des Muses, i« 
pliis Ipngs momens aux affaires. La dernière année de m 
vie, il eut le malheur de survivre en quelque ^ortc à ^' 
même , ses organes usés par l'âge l'ayant laissé dans un étal 
d'enfance. Il est mort au Mesnil , près de Chklons'svx- 
Marné, en oct. 1804. 

Il avait composé le Pinson et la Féms^etêe, fable, ma** 
cette pièce et beaucoup de petits ouvrages de société noftt 
pas vu le jour : ce qùL vaut un éloge ; car tant de littérateur* 
fatiguent le public par des bagatelles qui devraient mo^^ 



J 



COli â67 

AU sein, des cotteries où elles sont nées, que le public à son 
toirr doit savoir gré à ceux cpiî lui en font grâce. Ses ou- 
vrages imprimés sont : 

I. Jftémoires sur les Ins^aUdes : inséré dans V Entychopé- 
die^ "B^xmatln^folides. 

II. Jlfémoire sur la /^***** parmi les troupes *, écrit de fa-*, 
çon à êtte lu dans un cous^entde religieuses : 1769, in-S"". 

llli Satires en vers sur les innoi^ations dans le mini^ère. 
Bâle^ 1774? în-8^ 

IV . L*' Officier français à Varmée^ opéra comUjue en prose ^ 
.mêlé d* ariettes. Grenoble, 1780, in-8'' : représenté sur le 
théâtre de la même ville , pour la preknière fois ^ le 1 1 mai 
i78o. 

V. jEpître à M, Gellée^ médecin à Châlons : du 26 janvier 
1797. Cette épître de 102 vers est imprimée p. 84 et 87 de 
• Vuénnuaire ou Almanach du département de la Morne ^ pour 
Tan XI — i8o3. 

M. Collot a laissé une fille née à Ghâlons, et mariée à 
M. Gauthier d'Omey, premier secrétaire de l'intendanGe de 
Champagne. Elle a publié une nouvelle ou conte moral , in- 
titulé : Euphémie. {Ann. du dép, de la Mame^ an xii — i8o4 9 

p. ï56r) 

COLLOT {André JosepK)^ frère du précédent, subdélé- 
gué de f intendance de Champagne, trésorier de la guerre , 
et receveur des traites et deniers communs de la ville de 
Gharle ville, y naquit le i" nov, 173 1, et y mourut subite- 
ment le 9 septembre 1797. Il avait été garde -marteau des 
eaui et forêts , et aimait à s'occuper d'agriculture , cet art 
uxilç , si propre à nous rappeler le souvenir des mœurs an- 
tiques. On a de lui un opuscule sur l'économie rurale, 
intitulé : Entretiens d'un seigneur açec son fermier, par- 
ticulièrement utiles pour les communistes de la snhdélégatiçn 
de Mézièresj et relatifs au climat, à Iq nature des terres, et 



a68 COL 

4SUIX abus qu'on remarque dans ce pays ^ par M. C***. Char- 
leville, Raucourt (1784) , in-8®, p. 93. 

COLOMBIER (Jean),, médecin des académies d'Angers, 
de Montpellier et de Châlons-sur-Mame , était fils de Jean- 
Baptiste Colombier, docteur, en médecine et chirurgien- 
major du régiment du roi Stanislas, et de Marie Anne Que^ 
tôt. Il vit le jqur à Rethel, le 3 décembre 1736 (i), et fit ses 
humanités chez les Jésuites de Besançon. Son père guida ses 
premiers pas dans la carrière médicale. Ayant été admis par- 
mi les élèves de l'hôpital militante de Metz , il ne tarda pas à 
passer à celui de Landau , et à obtenir au concours la place 
de chirurgien major d'un régiment dé cavalerie. Il suivit 
son corps à Douai , où il prit le doctorat en 1766. Deux ans 
après le même honneur lui fut décerné par la faculté de Pa- 
ris , après qu'il eût soutenu les différens actes dont se com- 
posait la licence, qui durait deux ans. 

Ses liaisons avec de la Millière, maître des comptes, et 
avec Amelpt , secrétaire d'état , contribuèrent à son avance- 
ment. Il fut nommé censeur royal le 9 mai 1776, et Fan- 
née suivante inspecteur général des hôpitaux et prisons de 
France. Il ti^availla avec zèle à en améliorer le régime. On 
lui doit aussi l'agrandissement de l'Hôtel-Dieu de Paris. La 
société royale de médecine l'admit dans son sein, le lo oc- 
tobre 1778, et le aS juin de l'année suivante, elle le fit son 
commissaire perpétuel pour la correspondance avec les mé- 
decins et les chirurgiens du royaume. Le zèle qu'il déploya 
dans ces diverses fonctions reçut une récompense flatteuse. 
Au mois de mars 1782 , le roi lui donna des lettres de no- 
blesse , avec cette devise pour ses armoiries : Salus Miserùm. 

Il mom'ut à Paris le 4 août 1789, âgé de cinquante-neuf 

(1) £t non à'Toul, le a septembre 17^» eomme le dit la Biographie mi- 
dicale. 



COL 36g 

ixks 9 au. rètx>ur d'une mission dont il avait cru devoir se 
charger quoique malade. Il était conseiller d'état du con- 
seil privé du roi depuis le 24 septembre 1786, et il avait 
reçu le cordon de Saint-Michel en 1782. De son mariage, 
contracté en 1771 avec D"* Charlotte Antoinette Duchesne, 
Parisienne , il eut deux filles , dont l'aînée épousa le doc- 
teur Thouret, et la cadette le docteur Desgenettes. L'hy- 
gieuue militaire lui est redevable de quelques changemens 
et de plusieurs innovations utiles. Aux grâces d'un exté- 
riteux intéressant, il joignait une élocution facile et l'heu- 
reux talent de persuader. Partagé de toutes les qualités bril- 
lantes qui charment d'ordinaire les femmes, il s'était formé 
une belle clientelle. Il réussissait surtout dans les maladies 
nerveuses , où le talent consiste bien moins à employer des 
• remèdes qu'à y suppléer, par l'art délicat de divertir le mal 
. et de donner le change à la douleur. Ces maladies étaient 
alors fort à la mode parmi les dames du grand monde , et 
comme Tronchin, il ne leur opposait souvent que la dis- 
traction, l'exercice et le travail; Ceux qui l'ont connu par« 
ticulîèrement disent qu il avait approché trop souvent ses 
lèvres de la coupe de Circé,.et qu'il y puisa la mort. On 
doit à. ses veilles : 

I. Dùsertatio nosfa de suffiAsione seude cataractd, Paris, 
1765, in-ia. Il y préfère la méthode d'extraire le cristallin 
à celle de l'abaisser. 

II. Er^o prius laciescit chylus j qucan in omnes corporis 
hwnores abeat. "P^s y 1767, in-4^. 

III. Ergo pro nudtiplici cataractœ génère multiplex inetho- 
(ii£^. Paris, 1768, in-4'*. 

rV . Code de médecine militaire pour le sen^ice de terre. Pa- 
ris, 1772, 5 vol. in-f2. 

V. Préceptes sur la santé des gens de guerre j ou Hygiène 
militaire. Paris, . 1775 , in-8** -, it*j sous ce titre : uésds aux 
gens de guerre. Paris, 1779, in-8'*. C'est le meilleur ou- 



'. 27<> GOL 

vrage ^é Coloukbier, et y au sentiment de Vioq-d'Aîyr, 
celui où il s'est montré le plus original. 

VI. Médecine militaire j ou Traité des wnahtdies tant iih 
ternes qu externes j auxtfuelles les militaires sont exposés iam 
leurs différentes positions de paix et de guerre. Pitris, 1778, 
7 vol. in-8°. 

VIL Du lait considéré dans, tous ses rapports.^ Paria, Di- 
dot, Ï782, in-8°. L'auteur s'attache à prou.ver Kpie kswa- 
ladies désignées sou^ le nom ridiculç à^ lait répaxidu^ dé- 
pendent presque toujours d'une autre cause. que lelsdt 
, Le docteur Gliillaume Daig^au lui a adre^^é, sur les fièvres 
qui régnèrent en France peiidapt Içs automnes de 176061 
1781, AdnotaUones breçes defebribus. Paris, 1 788, in-8". 

< 

.COL VIN {Alexandre) , naquit à Saint-André en Ecosif; 
vers 1 596. Depuis la fondation de. Tacadéniie de Sedan ea 
1602 y cette ville était devenue le reade»-vou9 des hoïomf» 
de mérite qu'y attiraient de toutes parts le charme de la 
société des savane , et la hi^nveillailoe et la . libéralité m 
pfince Henri de la Tour, h l'^xeimple des professeurs Ct- 
niero|i, Donaldson, Janston, Melvin, de Vime, et de ses 
autres compatriotes attachés au service militaire du duc de 
Bouillou (ï), Çolvin se rendit, le 3o juin 16 19, â Sedan, 
dans l'espoir .d'y occuper une chaire. Ses désirs furent ac- 
complis , car dès son arrivée on le nomma professeur de 
physique <Bt d^hebreU- (Begistres des Modérateurs^) 

Huit ans après,' c'est-à-dire le 3i mai 1627, il ajouta» 
c(BS emploi^ la ch^^ire de phikusophie ^ on le chargea mêtae, 
le I *'' décembre suivant, d'enseigner la théologie *, et camnie 
le conseil acadépiique lui avait accordé une pension ^e 

■ 

(1) Ce prince avait à sa «olde uae compagnie écossabe. On rok encore' 
Sedan la Corne, des Ecossais, construite en 1617, et ainsi nommée,?*'^ 
^ii'en i6â3 on y bâtit un corps de garde pour cette compagnie. (P. Norberf» 
Bisim de iS^fon^ ann. 1617.) 



COL ^ni 

3oo livres dès le 19 oct. (6^4 9 ^ çQndiûou qu'il raque- 
rait à. l'étude de la théola^^ie, et qu'au bout de trois ans 
il se ferait recevoir professeur dans les formes ordinaires ^ 
il prit le grade de docteur en cette faculté 9 le 6 nov. lôaS. 
(J^ég- des Modér.y Ce fut à cette occasion que le célèbre Pierre 
du lyioulin prononça un discours intitulé : De laudibus theo^ 
logiœ* (Sedan, 1639, ^'^^M» P* ^^9-) 

LâCS ecclésiastiques d'Ecosse n'avaient en ce siècle qu'une 

mstruction superficielle. Btimet, évéque de SaUsbury, en 

donne une idée peu avantageuse, et comme il était écos- 

. sais 9 son témoignage est d'un grand poids, a Toute leur 

y* science, dit-il, ramassée ensemble, se réduisait à deux 

y» ou trois mots d'hébreu , très-peu de grec , quelques lam- 

» beaux de controVeis^ contré les Papistes et surtout con^tre 

». les Arminiens. Ceé messieurs n'allaient pas plus loioé... 

» l'espèce de savoir qu'ils recommandaient à leurs jeunes 

)> étudians , se terminait à quelques systèmes de théologie al<- 

» lemande*, quelques commentaires sur l'Ecriture *, quelques 

» livres de controverse et de piété. Ils étaient si exacts dans 

)) les universités et \ts écoles à leur faire répéter le tour 

» de ce petit eq>ace, que s'ik n'avaient point de gens fort 

» savans , ils n'en avaient point non plus de fort ignorans 

» parmi eux. » (^Hist. des dernières révolutions d'^ngte-- 

terre ^ 1. 1, p. 33.) 

Les conjonctures du temps exigeaient donc que la patrie 
de notre savant écossais mit à profit ses lumières. L'aca^ 
demie de Saint- André le sentit, et l'attira dans son sein 
pour y occuper une chaire de théologie , postérieurement à 
l'année i656, époque où il professait encore à Sedan. 

Jacques de Vaux l'a signalé comme un philosophe plein 
de pénétration , un logicien très-subtil , un maître métho- 
dique et solide, dont l'expression était tout à lâ^^fbis nette, 
brillante et juste : Acatissimus philosophusj subtilissimus dis- 
putator^ methodicus prœceptorj solidissimus professer» Tersq,^ 



^ 



aya COL 

mtida etsi philosophica ejusoratio. Il est probable qu'il finit 
ses jours dans sa patrie, sans cfu*on sache à cpielle époque. 
On a de lui : 

I. Thèses de naturâ logicœ (juas j sub prœsidio Alex. Col- 
sfifd iheologiœ et linguœ sanctœ in acàdemid Sedanensi pro- 
fessorisj tuen conabiturj n^ juUi 1629^ Manuel ^ Bernât- 
Helvetius. Sedan ^ JeanJanon^ 1629, in -8®, p. 3o. (BB. 
Maz., c. 27675.) 

C'est sûrement de cette thèse et de quelques autres du 
même genre qu'entend parler J. de Vaux, quand il dit 
que Colvin a mis au jour plusieurs thèses de phîlosopliie : 
plurimas edidit thèses phïlosophicas eximiœ doctrinœ ( i ). Nous 
pensons bien que quelques-uns de ces actes académi^ 
tiennent à l'ancienne philosophie de l'école, et qu'ils paraî- 
traient ridicules aujourd'hui -, mais ils le sont moins queces 
thèses sm* l'amour, que le cardinal de Richelieu fit soutenir 
dans son palais, avec l'appai'eil et la forme des thèses (i^ 
Sorbonne. 

II. Thesis de naturâ Chrisii divinâ et humand^ habita 6rm- 
anno 1628-, it., (juinque Prœlectiones theohgicœy inJac. ïv, 
vers. 5 et 6, anno i656j habitas : insérées dans le t. H, p- 
817 et 848 du Thésaurus theologiœ Sedanensis^ publié en 
1661 , par J. de Vaux. 

Nous mettons sous les yeux de nos lecteurs le tableau des 
professeurs qui, comme Colvin, ont illustré l'académie cal- 
viniste de Sedan , et qui se sont d'ailleurs signalés par ai- 
vers ouvrages. 

Noms et Prénoms. Lieux de naissance' 

Bayjle (Pierre) Le Cariât. 

Berchet (Toussaint). . Langres. 

Beroalde (Matthieu). ....... Saint-Denis lès-Par» 

(1) EpUt. dedicator, du Thésaurus, pag. vi et xiu ; it„ pag. » "* 
ourrage. 






a»- 



COL ayj 

Noms et Prénoms. Lieux de naissance. 

nBi-ANc(i) (Louis le). ....... Le Plessis-Marli. 

Brazt (Jean). Badonvillers. 

BuRCARD (Jean -Jacques). Bâle. 

GALL.IAS (Augustin) Epemay. 

Cam£ron (Jean) Glascow. 

'*'Cappel (Louis) Paris. 

*Cappel (Jacques) Rennes. 

*I>oNALDsoN (Gaultier) Aberdeen. 

Durand (Abraham) Sedan. 

Herauld (Didier) Sedan. . 

Hérauld (Louis) Sedan. 

HuTTEN (Albert van) Dordrecht. 

JoNsTON (Artur) Ecossais. 

*JuRiEU (Pierre) Mer. 

Launoy (Matthieu de) La Ferté-Alais. 

Marest (Samuel des) , . . Oisemont. 

Marest (Henri des) Sedan. 

Melvin (André). ., Ecossais.' 

Moulin (Pierre du). Buhy, près de Magny. 

Neran (Samuel) Dordrecht. 

Pace ou Pacio (Jules) Vicence. 

PiTHOYS (Claude) Sedan. 

^Rambour (Abraham) Sedan. 

RoNDEL (Jacques du) Sedan. 

TiLENus (2) (Daniel). . ; Goldeberg. 

Tremellius (Emmanuel). Ferrare. 

Trouillart (Pierre) Sedan. 

Vass^ur (Josué le). . . • Sedan. 









Nous compléterons cette liste en y joignant les noms 

(i) Tous ceux dont les noms^soat signalés par une étoile, exerçaient tout à 
la fois les fonctions de ministre et de professeur. 

(a) Les Biographes ne l'ont connu que depuis que je lui ai consacré une N<h 
(teede 3i pages, dans le 3fa^a«m encyclopédique, n<^ d'octobre 1806. LuBiog. 
unîv. Ta analysée sans me citer. Les continuateurs du Dict, Hist, de Feller 
m'en ont laissé tout l'honneur. 

TOMEsI. 18 



274 GON 

des Pasteurs calvinistes qui figurent dans les fastes litté- 

raires de Sedan. 

Noms et Prénoms, Lieztx de naissance. 

Alpée DE S. Maurice (Jacques) Saint-]\fards, près de 

. Troyes. 

C APPEL le jeune (Louis) Sedan. 

Gheron (Gédéon) Houdan. 

Gantois (Jacques) Sedan,in.in.àGivonDe. 

Loque (Bertrand de). Dauphinois. 

Maire dit Limbourg (Léonard le). . . . Sedan , ministre-pro^ 

posant. 

MicQUEAU (Jean Louis) Reims. 

Moulin (Pierre j)u) Paris, fils du célhhe 

Pierre du Moulin. 

CONTAMINE {Gérard DE), l'un des hommes dont sa 
ville natale s'honore le plus , était né à Givet ïe lo février 
1 720. Après de brillantes études , il fut revêtm , en 1 745, de 
la charge de prévôt , juge royal civil et criminel de cette par- 
tie de la province; du Hainaut. L'âge mûr de trente ans était 
requis pour arriver à ce poste honorable -, mais on fit fl^ 
chir la coutume en faveur de son mérite. La manière dis- 
tinguée dont il s'acquittait de ses fonctions depuis vingt- 
sept ans, avait fixé l'attention publique, lorsque Louis XVJ, 
ce roi débonnaire , confiant dans son intégrité j zèle etjtde- 
lité{\)j le nomma, le 20 octobre 1774? son comvaissaiTe 
pour le représenter dans l'exécution du traité des frontières, 

du 24 ™^^ ^77^ ^^ ^^9 ^^^' *77^5 conclu avec le prince- 
évéqué de Liège, concernant les limites des deux états res- 
pectifs. «Dans ces opérations, G. de Contamine s'est com- 
» porté avec le zèle, Tintelligence , le désitttéressemeflt cl 

(1) Termes consignés dans la commission du roi, donnée à Fontainebleau 

lC20 OCt. 1774* 



CON ayS 

» la â-ignité convenable à un officier honoré de la confiance 
» de son maître, montrant partout le magistrat juste et 
» profond ))(i)« Citons un trait. Il refusa la seigneurie de 
plusieurs terres neutres, qui n'avaient point de seigneur, 
quand. , par sa médiation , elles demandèrent à être incoi>- 
porées à la France. Ce rare désintéressement accrut la cou- 
ronne de domaines considérables , qui avaient été offerts au 
commissaire français. 

Après avoir illustré son lieu natal , de Contamine y ter- 
mina une carrière honorée. par ses travaux et ses vertus, le 
lo mai 1779? sans qu'un demi -siècle et une grande révo- 
lution ayent altéré son souvenir. 

Taboureau-des-Réaux , dit V honnête hommes intendant 
du Hainaut , puis contrôleur général des finances , son ami 
intime , a décerné à sa mémoire une épitaphe. , qui devait 
être gravée sm* un mausolée de marbre qu'on projetait de 
lui élever. Mais l'exécution de ce monument , tracé sur un 
plan trop vaste, eût été très-dispendieux : la famille fut 
forcée d'y renoncer. L'inscription destinée à lui donner vie, 
doit trouver place ici : 

A LA MÉMOIRE 

DE MESSIRE GÉRARD DE CONTAMINE, ÉCUYER, 



PRÉvÔT-jrUGE-ROYAL 



En la préi'oté et justice royale, cwile et criminelle , de Charhmont, 
Giçety comté d*Agimont et dépendances , prot^ince d<e Hainault; 
promu à cette magistrature âgé seulement de vingt^sept ans, 

(i) C'est le témoignage qui lui fut rendu par la Déclataiion des ci-devant corn- 
missaires du prince souverain évique de Liège, dèpuiés pour l'exécution du traité 
des frontières du i^mai 17749 wtre sa majesté très<hrétienne et aadite aàesse, 
{ Liège, Plomteuz, 1784) Déclaration envoyée à Rome au cardinal de Bernis, 
chargé par la cour de France auprès du pape , et de Tagrément du prince- 
évêque , de solliciter la nomination à une prébende de chanoine-tréfoncier au 
chapitre noble de la cathédrale de Liège , en faveur de Gédéon de Contamine, 
Von des fils du commisMire de sa majesté. 

18. 



a^e coN 

par sa majesté Louis XF", le 3o «m/ 174?/ nommé par sa 
majesté très -chrétienne Louis XVI, roi de France et de Na^ 
i^arre, glorieusement régnant, son commissaire, à V effet deprth 
céder en son nom, et comme si ellejr était présente en personM, h 
r exécution des traités de frontières entre la France, l'empin 
d* Allemagne, V Autriche^ et la principauté souveraine de Liège, 
le 20 octobre 1774* 

Magistrat profond , juge intègre , 
Mandataire habile autant que fidèle ^ 
Il entraîna l'estime générale ; 
Bon citoyen , bon époux , bon père , bon ami , 
Tous les regrets le suivirent à la tombe. 
// fut éminemment l'homme de bien ! 
Issu d'antique origine , il pouvait s'en prévaloir, pour 
Suppléer à la médiocrité de sa fortune ; 
// vécut modeste , 
Mais environné de la considération publique honneur du 
Magistrat , digne prix de ses travaux et de ses sacrifices , 
Gage de la confiance générale dans son impartialité : 

// mourut pauvr^ ! 

Rien n'a manqué à sa gloire ; celle du juge est dans sa pauvreté ! 

toutefois il laisse à sa nombreuse famille le 

Plus précieux des héritages , l'exemple des rares vertus qui 

Remplirent son honorable , mais trop courte carrière. 

Né le 10 février 1720 ; 

Décédé le 10 mai 1779, 

Il est inhumé dans le cimetière du cloître des RR. PP. Récollets. 

R. I. P. 

Gérard de Oontamine laissa cinq fils. L'aîné, destiné à 
lui succéder, désireux de marcher sur ses traces, et dek 
remplacer dignement, succomba à un excès de travail en 
1780, âgé de vingt ans. Les quatre autres suivirent la car- 
rière des armes. Le vicomte Théodore, maréchal de camp» 
est le seill en activité. Auguste, Gérard et Gédéon, se sont 
retirés, les deux premiers colonels, «t l'autre maréchal de 
camp. Tous sont chevaliers de Saint-Louis, officiers delà 
Légion-d'Honneur, distingués par d'honorables services, et 
' sous le$ rapports militaires , ils concourent à la gloire da 



CON a/7 

département des Ardennes. Le nom du dernier, qai figure 
dans les Annales de V Industrie française ^ est inscrit dans 
notre biographie des contemporains. 

La famille' de Contamine est de toute ancienneté dans les 
états du roi de Sardaigne (i)*, elle y possédait , de temps im- 
mémorial, le fief de Contamine, situé dans le mandement 
du château de Faucigny, province de ce nom^ près de la 
rivière d'Arve, à quelques lieues de Genève. Il ne lui en 
reste plus que le nom. 

CONTE {Antoine LE), baron de l'Echelle, canton de 
Rumigny, et gouverneur des souverainetés de Sedan et Rau- 
couft , sous le prince Henri de la Tour, fit éclater son zèle 
pour la communion réformée, par quelques Lettres insérées 
dans le recueil suivant : 

Lettres du, P. Jean Gontery^ jésuite ^ à M* le Conte jgou- 
vemeur de Sedan j Uifec les Réponses. Sedan, Jean Jannon, 
161 3, in-i2. 

Ce sont des Lettres de controverse sur l'autorité des con- 
ciles et des papes, et le pouvoir de ceux-ci sur le temporel 
des rois *, sur le culte de la croix (2) et des .images -, sur l'eu- 
charistie, le célibat des prêtres et les indulgences. Il y en a 
cinq du P. Gontery, et autant de le Conte. Celles du jésuite 
sont datées de Charleville *, les unes et les autres sont des 
mois de septembre et ootobre 161 3. 

Nicolas Gaultier, Ancien et surveillant au Consistoire de 
Sedan, a fait mention des Lettres de le Conte à la p. 9 de 
sa Découverte des fraudes sedanoises ^ et dans son Anti-^Mi- 
nistrCj p. 6. Henninius a cité le Conte à la p. 14^ de ses 

(1) Son ongine remonie à 1 190. (Archiva tU ta Cour d§i Cknnptesde Turin*) 

(a) Claude > évêque de Turin, confondant Tadoration avec la -vénération , 

disait : Si adoratur crux, adorent ur puellœt yirgines , eo quàd virgo pepèrerit 

Chrittum. Jonas , évêque d'Orléans, mort en S4i , l'a réfuté dans son livre De 

eultu imaginum, (Anvers^ Plantin, i565, in- 16.) " 



27» ' CON 

Effigies etviiœ professorum Groningœ et Olmandiœ* (i654t 

in-fbl.) 

CONTE {Michel LE), prieur des Jéionimites de Fumaj 
et de Gharlerille, et vicaire général de cet ordre en-de-çi 
des monts, se signala pendant trente-hnit ans dans les Ar- 
dennes comme auteur et prédicateur. Ses compatriotes anX 
négligé de transmettre son nom à la postérité. La Biogra- 
phie Ta oublié. Réparons <:îette omission. 

Il était d'Avranches en G)ndroz, près de la ville de Huj, 
et il y naquit d'une famille estimable vers i582. An sortir 
de ses classes , il embrassa Tétat clérical, et reçnt la prêtrise 
à Liège. Maîtrisé par l'ambition de parvenir, si naturelle à 
son âge, et sentant que la science de Técole ne lui suffisait 
pas pour paraître avec avantage dans l'église et y exercer 
une influence utile, il résolut de. cultiver ses talens par 
une étude assidue : et afin de n'être ni troublé ni distrait 
dans ce dessein, il prit tout à coup le parti d'aller s'ense- 
velir \ Liège dans une solitude profonde. Il ne se doutait 
guère alors qu'il était destiné à pratiquer un jour les vertus 
paisibles du cloître. 

- Une application soutenue et dirigée par une sage mé- 
thode, un esprit vif et pénétrant, hâtèrent ses progrès. La 
théologie positive, science si négligée aujourd'hui, fixa d'a- 
bord son attention. Il cultiva ensuite l'histoire ecclésias- 
tiijue , que Ton a toujours regardée comme un des yeux de 
la théologie. La lecture des ouvrages de saint Jérôme , le 
plus savant des Pères de l'Eglise latine, décida de son sort. 
Ses épitres , où le monde et ses attraits sont peints avec des 
couleurs rembrunies , le subjuguèrent. Soudain il se revêtit 
de l'habit d'ermite de saint Jérôme, et réscdut d'imiter ce 
saint docteur, qui, dans les laures de Ja Palestine, et des 
bords du ]^hin près de Trêves , alliait les pratiques de la vie 
monastique avec la culture des lettres. 



CON 279 

Son amour pour le travail ne prenait jamais rien sur ses 
devoirs religieux. Gomme le propre de l'étude, de celle 
même qui a la religion pour objet , est de dessécher le cœur 
et d'^éteindre la piété , il nourrissait son ame et ranimait sa 
ferveur par les exercices de la prière et de la méditation. Les 
belles lettres avaient aussi quelques portions de son loisir. II 
sentait l'utilité que la religion peut en retirer, et les regar- 
dait comme les feuilles qui servent aux fruits d'ornement 
et de défense. Cicéron et Plante étaient les auteurs favoris 
de saint Jérôme : ils devinrent les siens. 

Quelque soin qu'il prit d'ailleurs de se déro!()er aux re- 
gards publics , ses talens soutenus des plus rares vertus le 
trahirent. Jaloux de les utiliser, les Ldégeob le prièrent 
avec instance de se charger de l'éducation de leurs enfans , 
et malgré son penchant pour la vie solitaire , il céda à leurs 
vœux , et ouvrit un pensionnat. Les élèves qui y aflluèrent, 
et son zèle actif, épuisèrent ses forces au bout de quelques 
mois -, mais la providence ne permit pas qu'il succombât 
sous le faix. Basile du Mont, prêtre vertueux et bon huma- 
niste, touché de son noble dévouement et de sa position 
pénible , vint se ranger sous sa conduite et partager ses tra- 
vaux. Un laïc pieux, Antoine Renson, se réunit à eux, 
en qualité de frère convers. L'un et l'autre prirent l'habit 
d'ermite de l'ordre de Saint- Jérôme , ne pouvant, comme 
ils l'auraient désiré , embrasser cet institut , qui li'avait alors 
aucun monastère en-de-çà des Alpes (i). 

Ce secours inattendu consolida l'établissement du P. le 
Conte. Lé premier soin de nos ermites fut de porter dans 
l'exercice de leurs fonctions le zèle et l'exactitude néces- 
saires au succès des institutions naissantes. La leur pros-^ 

(1) En i58a Henri III donna le prieuré de Grandmont, situé dans la forêt 
de Vincennes, à des Jèzonimites. polonais. Mais il'ne tarda pas à leur substi- 
tuer des Gordeliers ^ quifurent remplacés par des Minimes , en i585. (Lebeuf , 
Hist, dudioc, de Paris ^ t. I » p. 57.) 



28o CON 

t 

përa de telle sorte, qu'il fallut bientôt penser à s'agranâir. 
Une maison spacieuse^ située près de la paroisse de Saint- 
Christophe , dans un des faubourgs de Liège, parut leur 
convenir. On en fit l'acquisition en 1608. 

De si heureux conimencemens ne furent pas dëmentis par 
la suite. Les progrès de la jeunesse confiée à leurs soms , ne 
furent jamais au-dessous de Tattente du public. Les fan&illes 
les plus distinguées du pays envoyèrent leurs enfans à Véccie 
de ces maîtres pieux et éclairés -, et elles n'eurent qu'à s'*ap- 
plaudir de l'éducation religieuse et classique qu'ils y re- 
çurent. 

Nos pères jéronimites , c'est ainsi que nous les nomme- 
rons désormais y .jouissaient au plus haut degré de l'estime 
publique , quand deux notables de Fumay vinrent offinr au 
P. le Conte un établissement dans leur ville. C'était en 1 6 1 o. 
Désireux de quitter une cité bruyante y afin de suivre scm at- 
trait pour la solitude, notre bon ermite sourit à cette offre 
inattendue. Il se rendit à Fumay , où il fut reçu comme un 
ange envoyé du ciel. Ayant paru désirer un terrain' pour y 
bâtir un ermitage , on lui laissa la liberté de le choisir, ce 
qui liH fit mettre dans ce choix beaucoup de maturité et de 
réserve. 

Une chapelle rustique , nommée Dwers^Montj contigue à 
une chaumière contenant quelques cellules , située sur une 
montagne, à un quart de lieue de la ville, frappa sa vue- 
Cette montagne, d'un accès difficile , hérissée de cailloux, à 
peine couverts d'une couche de terre végétale, semée de 
bruyères, et offrant des bouquets d'arbres croissant çà et là 
à la base et dans les fentes de rochers escarpés ^ ne présentait 
qu'une solitude afireuse , plus convenable à des animaux fe- 
rouches qu'à des hommes civilisés. A cet aspect roman- 
tique, le P. le Conte éprouva une douce; mélancolie. Prosterné 
dans l'oratoire , il se mit en prières pour connaitre la volonté 
du ciel : transporté au-dessus des choses terrestres , saisi de 



CON . 281 

l'^esprit de Dieu, il tomba dans un ëtrange assoupissement; 
mais s'^ëyeillant tout à coup , et se sentant comme ravi hors 
de lui-même, il s'écria dans un yif transport d'amour : Ici, 
c'*est le lieu de mon repos , kœc es requies^mea... 

La. ville de Fumay ayant approuvé ce choix , le P. le Conte 
repartît pour Liège , qu'il quitta subitement au bout de 
quatre mois, afin de se dérober aux poursuites de Famitié. 
Sou départ causa une vive douleur aux Liégeois. Revenu à 
Fumay en juillet 1610, il y partagea avec ses deux compa- 
gnous tous les honneurs d'une brillante réception. Au mois 
de jauviçr suivant, on leur assura et à leurs successeurs la 
posses^on de la chapelle et dépendances de Divers-Mont. 
Cette chapelle , jadis occupée par un ermite , d'abord desser- 
vie par des chanoines de Molhain , l'était alors par le doyen 
de Fumay, qui y acquittait une messe fondée pour chaque 
semaine. Sa vétusté faisait craindre une chute prochaipe. Le 
P. le Conte l'agrandit et la répara, et il y joignit des lieux 
réguliers. Ces travaux furent terminés en i6i4 9 ^ l'aide des 
libéralités du comte Alexandre d'Aremberg, prince de Chi- 
may, de Madelaine d'Egmont son épouse, des comtes de Ha- 
xnal et de Mérode, etc. Lothaire, archevêque de Trêves, 
haut seigneur justicier de Fumay, Revin, Fépin , etc., en sa 
qualité d'abbé de Prum, confirma cette donation par une 
charte du 10 septembre 1616. 

Le P. le Conte regarda dès lors l'Ardenne comme sa terre 

natale, celle où la Providence voulait qu'il se fixât pour 

toujours. L'ermitage de.Divers-Mont, plus ancien, dit-on, 

que la ville de Fumay, devint ainsi le berceau des religieux 

jéronimites en France. Us y vécurent sous la règle de saint 

Augustin et la jurisdiction de l'ordinaire, jusqu'en ïôSy, 

, qu'ils furent unis à une congrégation célèbre , fondée en 

i38o, à Mont- Bel, ou Monte -Bello, qui est une agréable 

solitude de l'Ombrîe. 

Il y avait dans l'oratoire de cet ermitage une confrérie 



très-ancienne, érigée en Thonneur de la Sainte-Vierge; 
mais elle était déchue- depuis long-temps de son ancienne 
ferveur. Jaloux dé la ranimer, le P. le Ciontè obtînt, le 
i4 juin i6i4) de Ferdinand de Bavière, prince- évêqpie 
de Liège , des Indulgences pour ceux qui s^ agrégeraient, 
^association devint nombreuse , et le concours des pèlerins ] 
attirés à Divers-Mont contribua à la prospérité ^e la ville 
de Fumay. 

De nouveaux disciples vinrent , par trait de temps , peu- 
pler cette solitude, et s'y vouer aux pratiques de la vie 
érémitique. De ce nombre furent deux prêtres de Fumay, 
Simon Pittre , poète latin , et Jérôme Thiry , depuis prieur 
du Mont-Calvaire, près de Charleville. 

Le monastère de Divers-Mont acquit de la célébrité sous 
les auspices du P* le Conte. Lés mœurs et les lettres y fleu- 
rirent à Fombre du sanctuaire , et ses nouveaux hôtes , en- 
tièrement dévoués à rinstruction de la jeunesse et aux tra- 
vaux du saint ministère , fixèrent Tattention du public, qui 
mesure d'avance le succès d'un établissement sur le degré 
d'utilité qu'il présente. 

Le zèle du P. le Conte pour la foi et le salut des âmes 
était infatigable. La gloire qu'il s'acquit dans la carrière de 
la chaire ne se borna pas à l' Ardenne -, elle porta son nom 
à la cour de Bruxelles. Il y prêcha deux carêmes avec un 
succès digne de ses talens et de sa renommée. L'infante Isa- 
belle d'Espagne, gouvernante des Pays-Bas, l'honora de 
l'estime la plus profonde. Elle dota son monastère de cin- 
quante-deux cartels de froment sur le moulin de Dailly (i), 
et le combla de présens magnifiques , parmi lesquels on dis- 
tinguait une couronne d'or, enrichie de pierres précieuses : 
ce qui servit à embellir la chapelle et à meubler le couvent 

(i) Village de la principauté de Liège, près de GouTÎn, faisant partie du 
département des Ardennes , avant le traité de 181 5, qui le réunit au royaume 
des Pays-Bas. . 1 . , . 



CON 28Î 

de Divers-Mont, et à constituer quelques rentes au profit 
de ce monastère. 

Appelé à la cour de Charles I*' de Gonzague, duc de Ne-' 
vers et de Rethel^ et souTcrain de Charleville(i), notre er- 
mite y reçut un accueil distingué. Ce prince , Tun des plus 
grands hommes de son siècle, le retint pendant quelques 
jours 9 et conversa long-temps avec lui. Il fut si touché de 
son mérite , qu'il résolut de se l'attacher, et de lui confier la 
direction de sa conscience. Le P. le Gonte, qui préférait les 
douceurs de la solitude à' Téclat des grandeurs, fit valoir les 
raisons que lui suggéra sa modestie , pour se dispenser d'ac- 
cepter ces offres avantageuses. Mais le prince vint à bout de 
son dessein, en s'oblîgeant à bâtir un monastère dans le 
voisinage de CharleviUe , et à le doter suffisamment pour 
Tentretien de plusieurs ermites de Tordre dé Saint- Jérôme. 
G^était en 1627. Le P. le Conte en prit possession avec quatre 
de ses confrères, en 162g. 

Ce nouvel ermitage, bâti sur un rocher escarpé , baigné 
par la Meuse, fut nommé le Mont-Cals^aire ^ parce qu'il était 
à la même distance de CharleviUe que le Calvaire Test de 
Jérusalem. Le duc de Kethel , qui avait admis le P. le Conte 
dans sa plus intime familiarité , aurait désiré qu'il ne quit- 
tât point son palais -, mais après avoir rempli ses devoirs à la 
cour du prince, l'humble religieux rentrait dans son cloître 
pour y vaquer aux pratiques de sa règle et à Fétude. Il par- 
courait ensuite les villes et les campagnes , travaillant avec 
zèle à affermir les Catholiques dans la croyance de l'Eglise , 
et à y ramener ceux que les' Calvinistes de Sedan avaient 
séduits. 

^iwelques personnes trouvant dans sa conduite la condam- 
nation de la leur, cherchèrent à traverser ses pieux desseins. 

(1) La maison de Gonzague a exercé tous, les droits de souveraineté à Char- 
leviUe, jusqu'au décès de Ferdinand Charles, 1V« du nom, mort le 5 juillet 
1708. 



284 CON 

Elles prétendirent qu'un sufK^rieur d'une communauté d'er- 
mites , non approuvée par le Saint^iége, devait vaquer uni- 
quement à la vie contemplative y sans s'immiscer dans les 
fonctions du saint ministère , etc. etc.; enfin , l'envie, qui ne 
pardonne qu a la médiocrité, souflla son poison , et ce qui de- 
vait mériter des éloges au bon ermite , devint roccasion des 
satires et des humiliations \ mais il en triompha par les vertus 
qui étaient les principes de son zèle. 

Pour tarir la source de ces tracasseries, Charles de Gon- 
zague , de concert avec le P. le Conte , fit agréger les monas- 
tères du Mont -Calvaire et de Divers -Mont à la congréga- 
tion des Jéronimites du bienheureux Pierre de Pise. Rome 
prononça cette union le 27 novembre 1637, et le chapitre 
général de cet ordre y mit le sceau le 26 avril suivant. Ce 
fut la dernière marque de bienveillance que le duc de Re- 
thel donna à nos Jéronimites ardennais, la mort l'ayant 
enlevé le 27 septembre 1637, àTâge de cinquante-sept ans. 

Le P. Antoine Balducci, chargé de pleins pouvoirs du 
P. Horace Drago, général de la Congrégation, vint leur 
donner Thabit dans le mois de juin i638. Les ayant ensuite 
accoutumés aux pratiques de la règle qu ils devaient embras- 
ser , il reçut leurs vœux solennels après six mois dMpreuve , 
le Saint-Siège ayant dispensé du temps requis parle Concile 
de Trente. Cette cérémonie eut lieu le. 6 janvier lôSg au 
Mont-Calvaire , et le 21 du même mois à Sainte-Marie de 
Divers-Mont. 

Le chapitre général de Tordre ayant été convoqué à Ri- 
mini pour le 20 avril 1 64 1 » le P. le Conte s'y rendit, et y 
parut avec éclat ; ce qui lui valut d'être continué^ dans les 
charges de prieur du Mont-Calvaire et de vicaire gém^^I 9 
dont le P. Balducci l'avait investi le jour de sa profession 
religieuse. Il fit hommage à cette assemblée d'un ouvrage 
latin de sa composition, et Ton décida qu'il serait imprimé 
aux frais de la Congrcgralion. Mais cette décision n'ayant 



CON 



285 



pas eu de suite, le P. le Gante le traduisit en français , et le 
publia sous le titre de Trophées de V amour diçin. 

De retour dans son couvent, au mois de juin i64i ? après 
buit iXLois dVbsence, le P. le Conte y consacra le reste de 
sa vie à la gloire de la religion.- Le Jansënisme naissant lui 
\ ofl&rit de firéquentes occasions de signaler son zèle. De concert 
avec les Jésuites de Charleville, il lui livra une guerre à 
outrance : ce qui suscita de puissans ennemis à son monas- 
tère, et provoqua peut-être s(i suppression, le 1 6 août 1676, 
sous le pontificat de Charles Maurice le Tellier, archevêque 
de Reims , Fun des plus ardeiis défenseurs de la docrine de 
Jansënius. 

Il semblait que le P. le Conte avait l'art de se multiplier : 
dans les temples il nourrissait le peuple de la parole du sa- 
lut ', dans les prisons il essuyait les larmes des malheiureux \ 
dans les. hôpitaux il consolait les malades et les mourans ; et 
lorsque , dans ses missions , il parlait sans préparation , ses 
discours étaient Tépanchement d'un cœur plein de Dieu , 
qui se répand sur des lèvres pures; son talent pour la direc- 
tion des âmes répondait à son ardente charité. Tous indis- 
tinctement, grands et petits, riches et pauvres, tix)uvaient 
en lui un guide éclairé, qui, par les voies les plus sûres et. 
les plus conformes à TEvangile , les menait à la vertu. A 
cette charité agissante , plus précieuse à l'humanité que les 
qualités de Tesprit , il joignait Fart de concilier les intérêts, 
de terminer les différends et de pacifier les familles , en em- 
ployant ces tours heureux qui savent allier les • prétentions 
contraires. • 

Loin de regarder la vie religieuse dont il faisait profes- 
sion, comme un obstacle à Tétude des lettres, dans ses 
momens de loisir, il consacrait sa plume à composer divers 
ouvrages utiles à la religion-, et quoique la théologie eût fixé 
son goût, il se délassait quelquefois avec les Muses. Une 
correspondance guivie Tavait mis en relation avec plusieurs 



a88 CON 

dëdië à Hugues F Archier, échevin et greffier de la cour de 
' Furnay, ami de Fauteur et syndic du couvent de EKvers- 
Mont. 

VI. Le Cahaire de la f^iergCj contenant les pitoyables élé- 
gies de sa douleur sur la mort de sonJUs. Gfaarleville, Gëdëon 
Poncelet, i63o, in-8" -, ouvrage dëdië à Charles P' de Gon- 
zague. Le titre. fait allusion au monastère du Calvaire, doat 
ce pripce est le fondateur. Le P. Basile du Mont et le P. Jé- 
rôme Tiry, ont loué ce livre dans deux pièces de vers que le 
P. Bajomez a insérées dans sa Vie du P. le Conte, p. i3 

et i4« 

Vn. Les Trophées de V amour disfin au très-saint Sacrement 
de l'autel. Charleville, ibid.j i645, in-8°, dëdié à la duchesse 
de Mantoue, mère et tutrice de Charles II de Gonasague, 
petit-fils de Charles I*" par son père Charles, mort le 3 1 août 
1 63 1 ^ âgé de vingt-deux ans. 

VIII. Le portrait des âmes chérubinesj où. se voient leurs 
faces et leurs ailes j dont elles s' élèvent aux riches couronnes et 

aux plus belles séances du paradis, Charleville, ibid.^ ^647» 
in-8% p. 325 {BB. Maz.^ 4899)-, dédié à Charles II de 
Gonzague. On voit à la fin douze vers français de Fauteur. 

IX. Un ouvrage traduit de Fitalien, qui a échappé à nos 
recherches, et dont Sajanelli ne parle point dans la liste 
qu'il a donnée de? livres publiés par le P. le Conte. Nous 
ne le citons^ que sur la foi du P. Bajomez. C'est probable- 
ment le n*" vu. 

On remarque , dans la plupart de ces ouvrages , de Fonc* 
tion et un esprit nourri de FEcriture - Sainte et des Pères- 
Le style en est un peu diffus , mais ce qui serait un dé&ut 
dans des livres philosophiques , où il faut être concis , n en 
est pas un dans des productions ascétiques , qui demandent 
un style plus abondant. Fénelon ne prit jamais La Bruyère 
pour modèle dans ses livres de dévotion. Si Fon voulait faire 
revivre quelques-uns de ces ouvrages, il faudrait en rajeunir 



COP 289 

* • 

le style , et n'y laisser aucune trace de la vieillesse des tours, 

et en retrancher des allégories mystiques , dont la plupart 

sont surannées aujourd'hui. Du reste , de ce qu'un auteur est 

pieux, et qu'il a écrit pieusement, il ne s'ensuit pas qu'il 

faille lui assigner un rang distingué parmi les geifô de lettres. 

On ne confondra pas notre Jéroiiimite avec Michel le 

Comte , auteur de l'ouvrage suivant : Michaelis le Comte 

cannina^ et edîa opuscidaj in-4'*) p- 348, JMS. du xvi*" siècle. 

(BB. du roi, parmi les^MSS. de Baluze, cot. 84i40 Celuî- 

^ ci était avocat, et filleul de Michel Boudet, évêque de Lan-* 

grès, auquel il a dédié son livre. Il florissait en i558, et 

avait alors cinquante-huit ans. 

Le Long, Hist. de Laorij p. 102 et 469; Bajomez, jBrc- 

i^iarum Act. Sajanelli, p. 17; le même, Précis de sa f^iey 

Sajanelli , Monumenta Histor. ordùiis S. Hieron. congr. B. 

de Pisis (i). (Vfenise, Rome, Padoue, 1768, 1762, 3 vol. 

ia-fol.) t. I, p. 189, t. III, p. 444? Archives de Dwers- 

Mont^ 

COPETTE {^Ponce François), principal du collège de 
Reims à Paris, docteur en théologie , prieur de Saint-Martin 
de Bazocfaes près de Chartres, vicaire général de Reims et de 
Bourges, des Académies de Rome, de Florence et d'Alexan- 
drie, et l'un des administrateurs du collège de Louis-le- 
Grand, manifesta, durant toute sa vie , un an^iour passionné 
pour les arts. 

Né à Rethel, le 28 novembre 171 1, de Gilles Copette 
et d^Anne Barthélémy, vint à Paris en Î729, pour y 
achever ses études, qu'il avait commencées à Reims. Les 
grades auxquels il parvînt depuis, font juger cfe ses progrès. 
Il était en licence , lorsqu'il fut nommé principal du collège 



(1) Sajanelli l'a fait naître à Avranches en Normandie : erreur où TaTait in- 
duit le P. Bajomez , et que celui-ci a reconnue depuis dans son BrmiUtrium. 

TOME I. 19 



390 COP 

de Reims , le 9 janvier 174^ : il lui tardait d arrirer au lerme 
de sa carrière théologique, pour courir celle des arts, qui 
iui promettait une moisson tout autre. Ses vœux furent 
eourônnés en 1 744*9 ^ P^^t alors le bonnet de docteur, après 
s'être &it agréger à la maison de Navarre, et suivit depuis 
son inclination. 

Son premier soin fut de rassembler une collectk>n de ta- 
bleaux , de dessins, d'esquisses, de graviues, de bustes, 
de vades antiques, etc. Au bout de quelques années, il par- 
vint à se former un cabinet intéressant , qu'il s'empressait 
de montrer aux curieux; car il était extrêmement commu- 
nicatif 9 et aimait à faire partager ses jouissances. Sans être 
artiste de profession , il porta la passion pour la peinture et 
la sculpture à un tel point, qu'il finit par acquérir une 
théorie profonde de ces deux arts , et toutes les connaissan- 
ces qu'exige la qualité d'amateur. 

Il comptait un grand nombre d'amis parmi les statuaires, 
les sculpteurs , les architectes , les peintres et les graveurs. 
Il était surtout lié d'une tendre amitié avec le célèbre Wa- 
telet, homme de lettres spirituel et financier opulent, qui 
lui donlia une marque particulière d'affection , en dessinant 
et en gravant lui-même son portrait. Oreste et Pilade ne 
s'aimèrent pas plus que ces deux amis. 

En 1 763 , ils partirent ensemble pour l'Italie , où tout est 
souvenir, où tout est magique pour l'homme qui sent, et 
est imbu des grandes pensées des siècles qui ne sont plus. 
Ce voyage dura un an. Les deux amis, qui ne voyageaient 
pas en hommes qui ne veulent satis&ire qu'une vaine cu- 
riosité , mais en observateurs éclairés et judicieux , convin- 
rent de rédiger, chacun de leur côté , le journal de leur 
voyage , et prirent l'engagement de ne se le communiquer 
qu'à leur retour à Paris. 

Le Journal du voyage de l'abbé Gopette, en 8 vol. iû-12, 
resté manuscrit, plut beaucoup à Watelet; et tous ceux 



GOP îiQt 

mjà. Vont vu s'accordent à dire qu^il renferme des choses 
curieuses 9 et rendues d'une manière origiilale et piquante. 
Il passa dans le cabinet de M. d'Ângivilliers , ancien inten- 
dant des bâtimens du roi. 

Lies deux amis reçurent , dans toutes les capitales où ils 
se joumèrent 9 des témoignages de la considération publique. 
Lie roi de Sardaigne et le pape Glrfoient XII les accueillirent 
d'aune manière distinguée. Ils de lièrent, étant à Aome , avec 
les PP« Leseur et Jacquier, Minimes champenois , que leur 
attaicheuient réciproque avait rendus célèbres , et dont les 
cœurs sensibles ne s'approchaient jamais sans émotion. 
. De retour en France , le docteur Copette obtînt un ca- 
nonicat de la cathédrale de Reims , et partit pour sa des- 
tination. Il était à peine à quelques lieues de Paris, que 
W^atelet^ se voyant privé de son meilleur ami, tomba mar- 
l.ade-, sur Tavis de son médecin, il dépécha un courrier à 
Tabbé Copette pour Tengager à revenir dans la capitale. Le 
docteur, sentant tout le prix de cette démarche , inspirée par 
l"'aniitié la plus vive , s'empressa de rebrousser chemin , et 
vint rendre la vie à son ami , qui , pour le dédommager de 
la renonciation à son canonicat, lui fit une pension annuelle 
de I200 liv. 

Il jouit de ce don de Famitié juçquau lo octobre 1781 , 
époque de sa mort. Son oorps est inhumé dans Féglise ca- 
thédrale de Paris , dont il était chapelain : le souvenir d un 
ami si cher fit le supplice de la vie de Wâtelet *, il ne lui a 
survécu que quatre ans , ayant été enlevé aux arts le 2 1 jan- 
vier 1786. 

L'abbé G)pette , considéré dans sa vie privée , n'était pas 
moins estimable que sous le rapport d'amateur des beaux-^ 
arts. La décence , la douceur, l'afiabilité et la bonté consti- 
tuaient son caractère *, et ces qualités étaient peintes sur son 
visage.. Sa conversation était instructive, enjouée et jdeine 
de saillies heureuses : il avait d'ailleurs beaucoup de philo - 

»9- 



n 



392 , COP 

Sophie, mais de cette philosophie sage, qui s'occupant des 
devoirs de ThomnLe , lui apprend à les connaître et à rëpri- 
mer ses passions, et qui lui fait trouver dans ses devoirs 
même et dans les sacrifices qu elle lui impose , les titres de 
sa gloire et la source du vrai bonheur. 

Le docteur Gopette ayant entendu réciter quelques pièces de 
vers par M"*" Cosson, marqua le dësir de les avoir. Il les reçut le 
lendemain, témoigna sa reconnaissance à la muse arden- 
naise, et lui fit hommage de son portrait gravé par Lempe- 
reur, et colorié. En retour, celle-ci lui adressa les couplets 
suivans : 

D'un chef-d'œuvre de Lempereur 

Tu paies vers et prose , 
Pour rendre le don plus flatteur 

Il est de couleur rose^ • 

Saris doute je me réjouis 

De la métamorphose ; ' 
L'enseigne des jeux et des ris 

Est de couleur de rose. 

Le noir donne air grave et rêveur. 

Et cet air en impose ; 
J'aime à la folie un docteur 

Peint en couleur de rose. 

Mais sans de coloris parfait , 

C'eût été même chose , 
Car toujours un objet qui plaît , 

Parait couleur de rose. 

Puissent donc ces vers innocens 

Que pour toi je compose , 
Te paraître dans tous les temps , 

Des vers couleur de rose i 

M. Fabbé de Saulx , chanoine de Féglise de Reims, a en- 
voyé au docteur Copette une épître de cent quarante et un 
vers ^ au retour de sa dangereuse maladie j après son voyage 
de Rome. Cette pièce est insérée dans le Mercure de France^ 
avril 1766, pi 64-70. 



COR 29J 

Ses portraits : i°.Watelet 5C..1753,. médaillon^ în-4'*. 
ta** CocHin deL Watelet iterum se. 1766 , in-4**. 3° Meoa del. 
Lempereur^c. 1772, in-4'*. 

. ]\féixi. particuliers. 

< 

GORYISART (Jean Nicolas). Les fastes de la médecine 
retentiront long-temps de son nom. Il naquit, le i5 février 
1755, à Dricourt, près dç Vouzîers, où son père, procureur 
à Paris, s'était retiré lors d'un de ces exils du parlement, 
occasionés tant de fois. sous le règne de Louis XV par les 
querelles du clergé et de la magistrature. Jeune encore, il fut 
envoyé à V^imille , dans le voisinage de Boulogne-sur-Mer, 
cliez un oncle maternel , curé du lieu , qui Finitia aux lettres 
françaises et latines. A lage de douze ans , il vint au collège 
de Sainte-Barbe , où il fit toutes ses classes , et montra une 
grande justesse dans les idées , et une grande dextérité dans 
les mouvemens. Son père , qui le destinait au barreau , le mit 
au nombre de ses clercs:; mais ce genre 'de vie répugnait à 
un jeune homme d^un caractère vif et ardent. Une inquié- 
tude vague Fagitait et le portait malgré lui vers une situation 
qull cherchait sans la connattve. Conduit par le hasard à 
une des éloquentes leçons de médecine du docteur Antoine 
Petit , sur-le-rchamp son choix fut fait : d'auditeur il devint 
disciple. Elève assidu des grands maîtres de la capitale, il 
se forma à leur école*, il subit ses actes probatoires, et ob- 
tint le premier rang dans sa licence. L'usage était de pro- 
noncer un discours de réception. Il composa le sien sur « les 
» agrémens de Fétude de la médecine et les désagrémens de 
)) la pratique. » Ce discours n'est point Venu jusqu'à nous. 

A peine reçu docteur régent de la faculté , en 1 782 , il fut 
chargé de traiter les pauvres de la paroisse de Saint-Sulpice^ 
L'année suivante, il entra dans la carrière' de l'enseigne- 
ment, et débuta par un cours d'accouchement, qu'il fit 
suivre de leçons d'anatomie. Il succéda à Desbois de Roche- 



294 COB 

fort y médecin titulaire de rhospice de la Charité , mort le 
2i6 janvier 1786. Dès ce moment, il Continua et perfec- 
tionna l'enseignement clinique de son prédécesseur, et se fit 
admirer par le talent le plus éminent à reconnaître la nature 
des maladies, et à en prévoir la marche et Tissue. Il était 
déjà considéré comme Fun dea premiei^s maîtres de Ja capi- 
tale, lorsqu'en i^gS on créa pour lui une Ghaire dans la 
nouvelle école de médecine *, ce qiii }e mit à même de 
rendre Fécole dinique de Paris Tune des plus cëlèhres de 
l'Europe. Ce genre d'enseignement paraissait ùàt pour loi. 
Il trouvait dans des improvisations (i) fiiciles et quelquefois 
éloquentes, Toccasion de montrer tout son talent d^ohserva- 
tioa» Il resta dans ce poste jusqu'en 1807. ^^ '^97' ^^ ^^^' 
été nommé à la ehaire de médecine du collée de France (a)* 
Il ae trouva ainsi à portée d'enseigner Fart sons le point de 
vue théorique , comme jusque-là il lavait montre pratique- 
ment. La même jeunesse qui Tentendait dans une ëooie ex- 
poser les principes généraux , venait en voir dans lautre 
rheureuse application \ et son élocution hriUante , son esprit 
vif, son tact sûr et rapide, la ravissait en aduodration. 

Toute l'Europe retentissait du bruit de sa renommAî, 
lorsque Bnonaparte l'ayant consulté pour une affection de 
poitrine , ne tarda pas à l'apprécier, et à se l'attacher comm^ 
son unique médecin. Cependant, son service aux Tuileries 
et ses oc€upations trèa-^mnltipliées ne le firent pas entière* 
meut renoncer à ses jonctions de rhôpital de la Cbarité. Sur 
sa demande , un fionphithéâtre , spécialement oHiâacré à 
renseignement de la médecine clinique , y avait été élevé* 

(1) Son langage naturel était celui de rimprovisation ; de cette improti»' 
tion qui est pour ainsi dire Tallnre du génie , et qui , en lui laissant toutes ses 
Ibroes , lui décomTre soarcipt tout à coup , par ie f^u de tft parole , des véiit^ 
qu'il n'avait point aperçues jusque-là. «Je veuxea parlant me sentira V9i»^> 
» disait-il; la contrainte d'une préparation me gêne; elle éteint ma v^rve» 
» elle m'ôte toute liberté. » 

(a) Il avait suppléé son prédécesseur depnis 1790. 



COR 295 

1\ y forixia uae société d'ëlèves assidus et zëlés, choisis parmi 
les plus capables de recueillir Thistoire des maladiesi au lit 
des malades. U n'oublia rien pour encourager et faire remar- 
<{uer leurs travaux. Des prix fondés à ses frais , et donnés par 
lui-xnécney furent accordés aux prémices de lem^s talens. On 
doit encore à ses sollicitations et à ses soins , le monument 
élevé à Desault et à Bichat, dans THôtel-^Dieu de Paris. 

<c Le meilleur médecin , selon lui , était celui qui était 
)L. parvenu à donner à ses sens plus de délicatesse. Il ne s'atta- 
» clxait pas seulement aux douleurs éprouvées par le malade, 
» aux variations de son pouls, de sa respiration , les moindres 
» altérations du teint, de la couleur des yeux, de celle des 
» lèvres *, les diverses intonations de la voix , les plus légères 
» différences dans les muscles du visage , fixaient son a.tteu- 
» tion ', il n'était pas jusqu'à rhalêine,/la transpiration, qui 
» n^eussent pour lui une échelle propre à assigner tous leurs 
» degrés, et rien de tout cela n'était indifférent pour le ju- 
» gement qu'il portait. Les innombrables ouvertures qu'il 
» avait faites , lui kvaient permis de saisir la correspondance 
» des signes extérieurs les plus légers avec les lésions inté^ 
» rieures. On dit qu'à plusieurs litç de distance il distinguait 
» la maladie d'un individu qui venait d'entrer à l'hôpital. 
)> £t pour ce qui concernait surtout les désorganisations du 
» cœur et des gros vaisseaux , il était arrivé à des divinations 
M d'une infaillibilité vraiment merveilleuse ; ses arrêts étaient 
» iiTévocables comme ceux du destin. Non-seulement il an- 
» nonçait le sort qui attendait chaque malade, l'époque où 
» la catastrophe devait arriver *, il donnait d'avance la me- 
» sure des renflemens, des dilatations, des rétrécissemens 
)>)de toutes les parties, et presque jamais l'ouverture des^ 
» corps ne démentait ses prévisions *, les plus habiles en 
» étaient, dit-on, comme stupéfaits. » (Cuvier, son Eloge j, 
t. m,' p. 369.) Mais il n'appartient qu'aux esprits du pre- 



1 



296 COR 

mier ordre de voir à cette profondeiu', et de juget- avec tant de 
vitesse et de sûreté. Cette supériorité que Corvîsart avait ac- 
quise dans le diagnostic, il la devait non- seulement à la per- 
fection de ses sens, mais encore à Téducation qu'il leuravaif 
donnée : car un point sur lequel il affecte de revenir dans 
ses ouvrages , « c'est pour les médecins cette éducation do 
» toucher, de l'odorat, de la vue , et surtout de rouïe -, car 
» la vue^propremenl dite ne trî^nsmettant à l'esprit que les 
» phénomènes superficiels , ce sens trouve dans le secours 
» de l'oreille un supplément qui non seulement ajoute à son 
» action, mais encore le surpasse infiniment, puisque, se- 
» condée par le toucher, et même sans rien emprunter am 
» autres sens , Toreille , habilement exercée , devient comme 
» un œil qui , à travers les enveloppes extérieures , permet 
» de lire dans les profondem*s de Torganisation. » (i) 

« Il voulait et savait exercer, au suprême degré, rinfluence 
» morale de la médecine -, il portait souvent en lui - même 
>x un jugement désespérant et certain , tandis que sa phy- 
» sionpmie ouverte inspirait la confiance, et' que son ai 
» calme et serein ramenait la tranquillité et Tcspérance aux 
» portes du tombeau. » (2) 

G>rvisart avait appliqué sur lui-même son inexorable 
talent de prévision. Sa conformation lui avait fait pressen- 
tir l'apoplexie qui le menaçait. Il en eut les premières at- 
teintes en 1 8 ï 5 : une seconde attaque le tua le 1 8 septembre 
1821. 

Doué d'un génie supérieur, il tient un rang distingue 
parmi ceux qui ont élargi la route ouverte par rimmortel 
Hîppocrate. Pourtant,, c'est ici le lieu d'ajouter une obser- 
vation : Corvisart aimait peu à parler de médecine, surtout 
avec les médecins savans et érudits. Il n'était ni l'un m 

(1) Pariset, son éloge, daos le t. I des Mém» de t*Acad^ deMédeciM^ 
(») Férus , Notice hittoriqite sur Corvisari. 



COR • 297 

i^ autre. Sa sagacité suppléait à son savoir *, son discerne- 
ment, son tact, la profondeur et la justesse de son esprit 
frappaient les moins éclairés. 

Buonaparte disait de lui : « Honnête et habile hommCj seu- 
lement un peu hntsque. » Brusque avec Napoléon ! qu'en con- 
clure ? C'est que dans cette cour si soumise et si craintive , 
dans cet abime de servitude, où personne ne conservait 
une ombre de liberté, Gorvisart avait gaidé la sienne. On 
sait efiectivement que lorsque le maître tout puissant avait 
Y air de plaisanter siu* Tart médical, une répartie vive de 
la part de son premier médecin Tempéchait de pousser sa 
pointe -, mais il est certain aussi qu'il n'est jamais parvenu 
à entretenir l'homme puissant d'aucune chose d'un in- 
térêt général. Sur les objets indifférens toute facilité lui était 
permise \ « mais un froid regard ou un mot dur l'arrêtait 
» sitôt qu'U essayait de franchir ce cercle. » (i) 

Maintenant qu'était Gorvisart dans le commerce de la 

vie ? <( Profondément mélancolique, il éprouvait comme tous 

)> les hommes de ce caractère des élans de gaité. Ses réponses 

)) étaient promptes, directes, précises, ses expressions sim- 

» pies et justes. Les découvertes trop fréquentes qu'une ha- 

» bileté, alors trop funeste , lui faisait faire sur les faiblesses 

D et les vices des hommes , donnèrent à son caractère une 

)) morosité, une âprété qu'il ne consentit à adoucir pour 

» personne. On lui reprochait de ne pas modérer toujours 

» la vivacité de quelques sorties rudes et offensantes , la dur 

» reté et l'amertume de quelques réparties; de ne pas ré- 

» primer une brusquerie que l'importunité provoquait trop 

» souvent, mais dans laquelle il paraissait se complaire. » 

(Férus.) 

« D'ailleurs il était d'une probité rigoureuse, et d'une 

» discrétion à toute épreuve : incapable de trahir le secret 

• < 

(1) Sou Btoge , par Guvier. 



29» COH 

» même d^un ennemi. Jamais homme ne lut plus fidèle à 
» l'amitié. Dans ses épancbemens fiimiliers avec ses amis, 
» il laissait échapper la sienne par des explosions vives, 
» soutenues, brillantes, pleines de verve ^ où son esprit 
» jailHssant par éclairs , frappait et saisissait tout ensemble. 
)) Mais, au milieu de ses éclats, un visage nouveau venait- 
)) il à paraître ? sur-le«hamp, tout ce feu s'éteignait : Cor- 
)» visart reprenait toute la gravité de son naturel et de a 
» profession. » (Pariset.) 

Lors de l'institution de la Légion-d'Honneur, en i8o3, 
U en fîit nommé officier, et depuis il devint l>aron et com- 
mandeur, de Tordre de la Réunion. L'Institut Tadmit dans 
son sein 6n i8i i , et TÂcadémie royale de Médecine Tins- 
CTÎvit parmi ses honoraires dès. sa création , en i Sso. An 
titre de membre de l'Académie des Sciences, il joignà 
ceux qui l'attachaient à la plupart des sociétés savantes de 
l'Europe. Dans une séance publique de la Faculté de Méde- 
cine , pour la distribution des prix fondés par lui , le do^ 
teur Dupuytren a rendu homimage à sa mémoire (I^i^- 
cours prononcé le 22 décembre 1821, Paris, Didot, ïSai, 
in>4**)« Hippolyte Cloquet l'a loué dans le Nom^eau Journal 
de Médecine (t. XII, p, ga à 95 ), et Janin de Saint-Jwst, 
dans V Abeille (t. IV, p. 4i î à 418). 

Ses, ouvrages: 

L Apkorismes sur la connaissance et la curation desfi- 
sn^s^ traduits de MaxindUen Stoll ^ professeur de médecine 
climcfue à f^ienne^ ai^ec le texte latin en regard, Paris, M«^ 
quignon, 1797, in-8°. 

II. Notice sur M. F. X. Bichat, médecin de VH&tel-Pim 
de Paris j suivie du Discours prononcé sur sa tombé j f^ 
MM, Lépreux et Roux, Paris, Giguet, 1802 , in-8*. 

III. Aphorismi de cognoscendis et curandis morbis chrom' 
cisj exerpti ex Hermano Boerhaa^^e, Paris, in-8° *, production 



, COR 299 

auonytne , qui pasde pout être aunlesscms de la réputation 
de son auteur. 

IV. Essai sur les maladies et les lésions organiques du 
cœur et des gros vaisseaux. Paris, Migneret, 1806, in-8°; 
it.^ Paris, ibid.^ 181 1, in-8°*, iUj PariSy Méquignon , 1818, 
2 vol. in -8** ; livre devenu das^ique , et traduit eu an- 
glais , par C. H. Hebb. London, 1816, in-8**. Cet ouvrage 
est uue des monographies les plus remarquables qui aient 
été publiées en France depuis le commencement de ce 
siècle. Il a puissamment contribué à faire connaître les ait 
fections du centre circulatoire , et c'est des vérités qui s'y 
trouvent établies que sont partis ceux qui ont depuis traité 
le même sujet. De totites les productions de Çorvisart , c'est 
celle dojut se servira la postérité pour lui marquet* sa place, 
et jjuger les éloges dont il a,été lobjet. 

V. Nouvelle méthode pour connaître les maladies internes 
de la poitrine par la percussion de cette cat^ité^ trad. du latin 
d' jii^nbru^er^ et commenté par le traducteur* Paris, Migne*" 
ret, 1808, in-8°. Cet écrit a fait connaître en France la 
méthode de la percussion considérée comme un mioyen d'ar- 
river au diagûostÎQ des maladies des organes thorachiques. 
Depuis, le docteur Laennec a perfectionné le diagnostic de 
ces naaladies par l'invention du ^tbosoope. 

VI. Il est éditeur du Cours de matière médicale^ par Dei^ 
bois de Rockefort. Pms ^ Méquignon, 1789, a vol. in-^"*; 
lY.j Paris, ibid.j 179^, 2 vol. îli-8* : il a placé à la tête un 
ëloge touchant de Tauteur, prononcé le ag npv, 1787. 

VII. Il a lu à rinstitut un Mémoire^ où il donnait le 
projet et indiquait le plan d'un livre qu'il intitulait : De 
sedibus et cousis morborum per diagnosiica iw^estigatis , et per 
anatomen consignatis\ De quelle utilité eût; été pour la 
Science un ouvrage de ce genre fait par tin si habile homme ! 

Son nom a été placé sur le frontispice du Journal de 
Médecine de Leroux et Royer, auquel il n^a point copipëre'. 



3oo COS 

Son portrait : i * Géraxà pinx.j Roy del.j 1 806, în-4**> avec 
cinq vers latins par Lépreux; 2° Gérard pinx.^ Blot dd,, 
i8og, in-4^* Son buste en plâtre dans la salle de la Faculté 
de Médecine. 

COSSON {Pierre Charles)^ clerc tonsuré du cQocèse de 
Reims, né le 21 février 1787, à Mézières , de Pierre Cosson, 
entrepreneur des fortifications;, et de Catherine Charlotte 
Depeyre , manifesta dans sa jeunesse du goût pour l'étude. 
C'était un titre pour aller chercher les secours de l'émula- 
tion dans la capitale. Il s'y rendit de bonne heure, et y 
acheva ses classes, qu'il avait commencées à Charlevîlle. A 
J>eine reçu maître-ès-arts , il concourut pour k prix d'élo- 
quence latine , que l'université décernait le même jour qu'elle 
solennisait la victoire de ses élèves-, et deux fois, en 1762 
et 1763 , Cosson fut vainqueur (i). 

Ces succès annoncèrent qu'il avait profité des leçons de 
ses maîtres, et qu'il était digne d'en donner à son tour. 
Nommé professeur d'humanités à Metz en 1763, il passa 
l'année suivante au collège royal de la Flèche, comme ré- 
gent de rhétorique, et obtint en 1767 la chaire de seconde 
du collège Ma^éarin. 

Convaincu qu'on ne peut' fixer l'attention des enfans 
qu'en les amusant , et que c'est méconnaître la nature hu- 
maine de vouloir la conduire tout d'un coup à la sagesse par 
la contrainte et la sévérité , Cosson déguisait ses leçons sous 
la forme du plaisir \ et cfette sage précaution lui a souvent 
réussi. On l'a vu quelquefois tenant en main Tite-Live, son 



(1) Ces deux discours sont inédits', ainsi que l«s suivans : t^ Discours latin 
sur l'Education, prononcé en 1770, à la distribution générale des prix dé- 
cernés par l'uniTersité dans la salle extérieure des écoles de Sorbonne; 
30 Oratio eucliaristica ad DD, Cochin , lectittimum parodium, càm in œdem sub 
invocatione S. Jacobiab alto passa rite processisset Academia ParUiensis, die 20 
junii 1767. 



COS 3oï 

auteur, favori , partager, ses élèves en deux corps , les.Cartha- 
ginoisr et les Romains. Le rôle étant distribue à. chacun, le 
plau de campagne arrêté, les positions fixées , la bataille se 
livrait,, tout en expliquant Tauteur , dont les expressions 
restaieift profondément gravées dans la mémoire des jeunes 
combattais. 

« Insouciant sur Favenir, et content de Thumble médio- 

ï> crité de sa place, Gosson sMtait peu occupé de sa fortune v 

» il avait atteint Téméritat (au bout de vingt années de ser* 

» vice qui suffisaient alors) lorsque la révolution vint lui 

» enlever^ avec la pension d'émérite, le fruit d'une vie con- 

» sacrée tout entière à l'instruction publique. Une autre 

» carrière lui fut ouverte. M. Alexandre, qui avait été son 

» élève et qui était resté son ami, Temmena comme son 

» secrétaire , lors de la mission quHl remplit dans les dé- 

» partemens du Rhin, et peu de temps après, M. Rudler, 

» chargé de l'organisation des pays conquis sur la rive gauche 

» de ce fleuve, lui confia les fonctions de commissaire du 

» gouvernement près Fadministration départementale du 

» Mont-Tonnerre. Il lesremplit deilx ans (en 1 788 et 1789), 

» à la satisfaction de ses supérieurs et de ses collègues , sut 

» se défendre également de la faiblesse et de la dureté , et 

)) faire respecter en lui le nom français. Dénoncé par un de 

» ces hommes qui croyaient la fiierté républicaine incompa- 

ïi tible avec Faménité des formes et la douceur de caractère , 

i) il fut rappelé à Paris, et vit sa tranquillité compromise 

)> par une siiite de soupçons qu'avait inspirés son dénoncia- 

» teur. Le nuage fut bientôt dissipé , et Fexamen de ses pa- 

» piers, la franchise de «es réponses, lui firent à Finstant 

» rendre la liberté. » (Bibgr. amV.) 

La mort le surprit à Paris, le 17 juillet 1801, à Fâge de 
soixante-quatre ans. «Il était né bon et confiant*, il portait 
» dans la société une naïveté e^ un<B bonhomie qui contras- 
» taient quelquefois plaisamment avec les airs et Fétiquette 



3o!i COS 

n des soci^tiés brillantes où il était admis , et tout le modk 
ï> se rappelle ce dialogue piquant où Vahhé Delille prouve i 
» son ancien confrère qu'il a blessé quinze ou seize ibis h 
» usages du grand monde. Ce dialogue se troure dans la 
» notes de la Gastronomie, par Berchoux. (Paris, 1806.) i 
{Biogr. unw.) 

Les nombreux disciples que Cosson avait élevés étaient 
toi|S devenus ses amis, et leur ancien maître ne leur ùisA 
jamais plus de plaisir que lorsqu'il venait chez eux s asseoir 
à la table de la reconnaissance , ce qui arrivait très^frégnem- 
ment. UAlmanaéh des Muses (i) , et Burbure ont payé un 
juste tribut d'éloges à sa mémoire (2). 

Ses ouvrages : 

I. Minerve à ThémiSj allégorie sur la distribution desprii 
du coUége de Metz. Mets, Antoine, 176}, in*4% P* ^^^ 
trente^piatre vers. 

II. Discours sur cette question: (c Les progrès des modernes 
» ne dispensent pas de Tétude des anciens. ». Paris, Bro&s^ 
17649 in-8^, p. 45. L'académie de Besançon adjugea Içprii 
à cette composition , dont Sabatia- fait Téloge dans ses Trois 
siècles de la Littérature. 

m. La Nymphe du Loir au duc de Praslin , ministre à 
la marine j à son passage par la Flèche (la Flèche), 176^' 
in-4'*) p- 4 > de soixante-six vers. (BB. du collège de Lon* 
le-Grand, Recueil de l'université, vol. G. £mb. li, 3, i5) 

IV. Eloge de Pierre du Terrail, dit le che^alisr Baj(ffà> 
suiçi de notes historiques , morales et critiques* Paris , Barh)»? 
1770, in-8% p. 184 (3). 



(1) An XI — i8o3, p. 965à 370. 

(3) Essais Hist, sur ta vilie et h collège <k la Flèche, p. 3i5. (Angers; iSo^ 

(5) VAnnét Uitéraire, le Mercure, tU France, les Joumauoù du Savanti 
Trévoux et Encyclopédique ont loué ce Discoura, « oà. Ton tionve, ^t Sv»^ ' 



COS 3o3 

1-ie maire et les échevins de Mëzières crurent devoir té- 
moigner leur satisfaction à l'auteur, on pourrait même dire 
leur reconnaissance *, car la gloire littéraire , après avoir ho- 
noré celui qiii s en est rendu digne, rejaillit sm* sa patrie, 
et ses concitoyens ont raison de s'en féliciter. Pour prix de 
son patriotisme, Cosson reçut une cafetière d'argent, em- 
preinte des armoiries db sa ville natale (i), où l'on prononce 
annuellement, le 27 septembre, le panégyrique du cheva- 
lier Bayard(2). 

V . Ode à M. le Gendre ^ étudiant en mathématiques au 
collège Mazoiin^ à l' occasion de sa tkèser^ soutenue en pré- 
sence de VAcad. des Sciences j, fui en assoit agréé la dédicace, 
Paris, Latour, 1770, in-4'*> p. ^9 de seize strophes, cha- 
cune de quatre vers (dans le Recueil cité, n** m). 

VI . Za4* Décade de Tite-Idçe^ et les supplémens de Freinshe^ 
mùis, Paris, Barbou, 1771 et 1772, 4 vol. in-ia.Les5*, 8% 9* 
et 10® vol. de la traduction de Tite-Live ,'par Guérin, ayant 
manqué, les libraires de Paris, décidés à les réimprimer, char- 
gèrent Cosson de les revoir. Il les retoucha soigneusemient , 
en bannit les termes surannés, et donna plus de rapidité 
au Btyle- 

VII. Memarabilis peregrinatio : pœUcM et kistorica. Le 
Voyage mémorable : nom^Ue historique et poétique* Paris, 
Tbiboust, 1778, p. 7. Cette pièce, de trente -Quatre vers 
latins , traduits en trente-neuf vers français , est relative au 
voyage en France de l'empereur Joseph IL 

VIII. Chant cimjue pour la fête nationale en V honneur de 

. » des traits d'une éloquence patriotique , dont Texpressiop est aussi heureuse 
» que les motifs en sont purs. » 

(1) M*l« Cosson a fç»it insérer vingt-huit vers dans VAnnéô Uttéraire, t. VII , 
p. S99 , à l'occasion de ce don envoyé à son frère. 

(3) Un HécoUet du couvent de Bethléem , voisin de Charleville , ayant été 
chargé de faire ce Discours , le termina de cette manière burlesque , encroyant 
complimenter ingéaiensemeiit son audituâre : « Hes diens «uditeurt , vous êtes 
• tous des Bayards» vo« femmes det^ayax^es, et vos enfans dés Bayardeanx. » 



3o4 COS 

l'Être^Supréme. (Paris, Knapen, ï794)> in-8°, p. 4^ ^e dix- 
sept couplets de quatre, vers chacun , avec le refrain de deux 
vers. 

IX. Discours prononcé à r ouverture des écoles publiçues 
de Mayence^ le i*'' frimaire an vu— 21 noi^. 1798. Mayence, 
Crassj.1798, in-8'', p. 18. 

X. Discours sur l'assassinat des ndnistreslplénipotentiaùts 
français à Rastadt. Mayence, ibid^^ an viii— ^1799, in-8'. 

Ses écrits insères dans divers recueils : 

I** Vingt-deux Lettres^ tant en vers qu'en prose, à M' et 
à M"*** Favart et à l'abbé de Voîsenou : dans le t. II, p. 3o3 
à 363 des Mém. Littér. de Favart (Paris, 1808, 3 vol. în-S**). 
On y trouve une pièce sur la comédie de Soliman , qui avait 
été insérée dans le Mercure de Fr.^ en juillet 1764. 2° trois 
Couplets imprimés dans ce Mercure ^ en mars 1775. C'est 
une fort bonne chanson , dont le début est : 

Fais mon bonheur , tranquille indifférence. 

S"" Portrait de l'abbé-de Voisenou : quatrain inséré dans 
le t. XI du Nécrologe des Hommes célèbres ^ p. 78 (Paiîs, 
1776, in- 12). ^"^ Lettre à M. Rœderer, rédacteur du Jour- 
nal d'Ëcoiiomie publique , sur ce qiJon doit entendre par Es- 
prit public : imprimée dans le n** xxxiv,- 1. IV, p. 3o3 à 3i3, 
de ce journal,. an v— 1797. 

. Il a coopéré au- Journal des Sciences et Beaux-Arts pen- 
dant deux ans, l'abbé Grosier se Tétant adjoint lorsqu'il 
entreprit de rédiger cette feiull^ en 1779. " 

COSSON {Charlotte Catherine) j sœur du précédent, née 
a Mézières, le 4 juin. 1740, vint à Paris se réunir à son 
frère, en 1768, et y cultiva les lettres (i). Quelques-unes 

(i) Elle ajoutait quelquefois à son nom celui de la Cressonnière, «J'ai tiré ce 
• nom, disait-elle confidenftnent, d'une petite fontaine où croit le cresson, 



G06 îo5 

ê 

de ses productions portent Fempreinte de la d<$licatesse et 
du sentiment, a Elle s^est exercée avec quelques succès dans 
» la poésie légère et anacréontique. Le caractère de sa muse 
» est l'enjouement et la simplicité. Plusieurs de ses cou- 
» plèts ont été accueillis dans les sociétés y parce qu'ils sont 
» faciles , ingénieux et sans prétenticm. )> (Sabatier, Siècles, 
de la JLittérature.) 

Quelques personnes ont prétendu que les poésies pu- 
bliées sous son nom, sont de son frère. D'autres ont dit, 
avec plus de raison , que celui-ci ne fut que son conseil et 
son censeur. Les premiers n'ont qu'à se rappeler, pour lui 
rendre justice, que Boileau corrigeait les pièces de Racine, 
et que l'on n'a point dit que Boileau fût l'auteur des œuvres 
de Y Euripide français. 

En proie au besoin depuis la niprt de son frère, notre 
poète ardennaise fit ressource de son talent, en rimant sur 
la plupart des événemens publics. Elle portait ou adressait 
aux personnages qui en étaient l'objet, les tributs de sa 
muse , et en recevait en échange des marques de reconnais- 
sance qui pourvurent à sa subsistance jusqu'au mois d'oc- 
tobre 1 8 1 3 , époque où elle mourut subitement à Paris , âgée 
de soixante-treize ans. Un heureux caractère et un esprit 
agréable , ont fait rechercher sa société dans ses beaux jours. 
Pour donner une juste idée de son mérite poétique, il ne 
faut pas se restreindre à parler de ses vers, il fiiut les citer-, et 
c'est ce que nous ferons en donnant la notice de ses opuscules. 

Pièces imprimées séparément : 

I. Lamentation sur la mort du dauphin. Paris, 1 766, in-S*" -, 
it», Reims, 1766, in-8% p. 4* 

II. Couplets sur le mariage de itf. le prince de LambaUe. 
Paris, 1766, in-8**, avec musique. 

» sîtaée dans un pré qui appartient à ma famille, et ce titre m'a réussi au- 
• près d'un certain mopde. » 

TOME I. 20 



3o6 COS 

III. Ode sur Vincmiie de VHôkl^Dim de Paris (arrivé 
dans la nuit du 29 au 3o décembre i^^^^^ Paris , s. 0. 
d'impr», 1773 , in-8°, p. 4, de aoixante-dîx vers. 

IV. De la Bonne Royne et d'un sien bon Curé y fablim 
d'une bonne Gauloise ^ reirxMweet mis au jour par M^ Cos- 
son* Paris, Didot Fainë, 1782, in«*i6, p. 3o* Ce conte en 
prose , parut à roccasîon de la naissance du dauphin. Lt 
Cour reconnaissante fit passer à Fauteur une tabatière à 
gorge et à cercles d'or, omëe du portrait de la reine. La 
boîte renfermait ces deux vers : 

Vous rendez à la reine un si parfait hommage , 
Que TOUS méritez bien d'en posséder limage* 

Y. Couplets pour le jour du mariage dujils aîné du consà 
Lebrun^ as^ec iM"* Barbé-Marbois (quatre couplets de huit 
vers chacun). Paris, Delaguette, 1802, in-8®, p. 4- 

VI. Chant pastoral et religieux consacré à V illustre ber- 
gère^ patrone de Paris et de toute la Prance ,• par une bergtn 
desArdennes. Paris, s. n. d'împr., !8o4, in-4**> p- 4* Do^^ 
couplets de six vers chacun , faits à l'occasion du rétabKs- 
aement du tombeau de Sainte -Geneviève dans l'église de 
Saint-Etienne^lu-Mont. 

VII. Couplets sur le ru)uçeau pont construit vis-à-vis du 
Louvre (Paris, i8o5, in-8', p. 4)« Neuf couplets de huit 
vei:3 chacun. 

Vm. La chanson du peuple aux réjouissances de Paris, 
pour le retour de V empereur et de la paix (Pari§ , i 8q6 , in-8S 
p. 3). Dix couplets de quatre vers chacun. 

n est probable qu'elle a pubUë d autres petites pièces de 
ce genre, qui seraient dignes de figurer dans laBibliO' 
theca volante de Cinelli. 

D'Hébrail (i) et Fortunée Briquet (a) se sont trompas en 

(1) Frûiu» iUtérahre, t. I» p. %%y, 

(3] Dictionnaire HitUnique dût Françaises, 



^Ka)^la«^t qii^teHe ayaât mi& au )ûuir des vc^ sur la naissance 
JLvL. fitl9^ de>L^ Fraïuc de PoHàpîgnan. G est ce quatmin hiëdiit ? 

Dans tes bras paternels , en naissant reçois-moi , 

Ta vue embellira l'aoiore deiDa, TÎmf 

De ton souffle dÎTin anime m^n géiyîe» 

Je venz être , ô mon père>l mxk fili^%B6 4c toi. 

Pièces insërées dans le Jflercure de France : 

Elles consistent eu alTëgories, anecdotes, ballades, contes, 
couplets, énigmes, épit9iphes,Ëit)leS)^ idylle^ ^lettres, odes, 
romances et vaudevilles. 

Jrente-deux Pièces^ depuis le mois de mars 1 766 ju^q^u'en 
février 1778 ; plus unç autre pièce da»s le n** 829 du Mer- 
cure^ du 7 nov. 1706, p. 246. 

Parmi ces production^, on distingue, 1° trois, Couplets 
(ji mars 1766) sur le mariage du vicomte de Montmorenci- 
LavalavecM^Boullogne, que les biographes ont cru mal 
à propos avoir été publiés séparément -, 2** EHne et son 
chien^ idylle (jan. 1776)? et depuis insérée dans le Recueil 
Je l'mcadémi^ desjéux/br^ax. C'est le chef-rd'iBiivredel^9u- 
teur; 3p Ifli Guirlande j, iflyUe (}uin> i77&)-, et depuis réim^ 
piiaaée dass Vjâbnanach des Muses> et autres^recueils:. 

Dans V Année Littéraire j de Fréron -, le Journal de j^ttéra- 
ture^ paf Fabbç Qrosier*, le Journal des JPames^ etc^ : 

» 

i"* Le Lion voyageant incognito^ fable allégorique^: éàn» 
le t. I , p. 36,1. du Fqyage, en Fram», du.çQmte dç. Falckens- 
tein (Joseph II). (Paris, 1778, îfc vol. ia>^i>2)y j^ar Gautier de 
Simpré -, 2** Lettre sur le poëtne erotique des Quatre heures 
de la toilette des Darnes^ par de Favre : in;sérée dans le 
journal de Grosier,, t|^ I„ s^v^ IJ79^ kttrft xw, p. 878 à 
889*, S"" la Gentille Boulangère j ehanson faussement attri- 
buée à MM. de Nivemois, de Boufllers et de Beaumarchais : 
insérée dai^ h RecmU des pJm folies chansons, ,* 4r Rfmanm: 

20; 



3o8 GOS 

insérée dans le Journal des Dames (mars 1 774) ^ dans les 
Etrennes du Parnasse. La Loupedère , de Reims , fit, à l'oc- 
casion de cette pièce , les vers qui suivent : 

Sur le ParnaMe et dans Gytlière, 
On croyait n'égaler jamais 
Cette divine Deshoulière 
Qui reTit jusque dans vos traits. 

L'illusion s'accroît par cet air de famille 
Qui se soutient dans vos écrits. 
Et l'on TOUS prendrait pour sa fille , 
Si Fos vers étaient moins polis. 

5" Les Templiers j romance sur la tragédie de M. Jlaj- 
nouard : huit couplets , imprimés à la tête de FAlmanach 
chantant, intitulé : Les Templiers . (Paiis y 1806, în-24.) fi" 
six couplets à Tabbé de Yoisenon , nommé ministre plénipo- 
tentiaire de l'évêque de Spire près la cour de France ; dans 
les Etrennes du Parnasse ^ vers 1775. 

Dans le Journal de Paris et la Clef du Cabinet des Sour 

i^rains : 

Quatre Pièces : 20 mars 1802; 24 ^o^* i8oa(i); oct. i8o5', 
I" janvier 1806. : — Deux Pièces: i juin i8oi ; 29 juin i8or. 
insérées dans la Clef du Cabinet. Dans un article consacré à 
M^* Cosson , dans les Siècles Littéraires de la France^ Deses- 
sarts, mal informé, Pavait rangée parmi les morts; notre 
Ardennaise , pleine de vie , crut devoir réclamer contre cette 
erreur dans la première de ces deux pièces, que voici : 

Dans un livre nouTean qu'aujourd'hui l'on publie , 

Mon nom se voit , dit-on , cité. 
Je rends grâces à l'auteur sur cette courtoisie. 

Mais dans cet acte de bonté 

J'aperçois un tour de magie : 
Pour me vouer plus vite à l'immortalité. 
Il m'a d'un mot escamoté la vie. 

(1) Cette pièce de vingt-huit vers sur le mariage du poète Delille , a été in* 
sérée depuis dans le Petit Magatin det Dam^ , a* amiée — t8o5. 



COS 3o9 

Dans les Mémoire^ Littéraires de Favart, publiés en . 
i8o3 : 

On y remarque une e'pître galante de notre poète à 

M™® Favart. Cette lettre est du i8 oct. 1 766 -, elle finit ainsi : 

c< Pourquoi n'aî-je pas aussi une petite cabane sur la route 

» de Fontainebleau, avec six poules et deux brebis? Je vous 

» aurais préparé un petit souper champêtre *, je vous aurais 

» composé un lit avec de la fougère, des fleurs et des peaux 

» d'' agneaux. Nous aurions soupe gaime^t*, et quand vous 

» auriez été bien endormie , j'am*ais appelé mes voisins. Ve- 

» nez, leur aurais-je dit, venez voir une nymphe qui s'est 

)> égarée dans nos bois^ elle repose chez nous, venez la 

» contempler pendant qu'elle dort. Le jeune berger vous eût 

» prise pour la mère des amours -, le jardinier pour Flore ; 

» le laboureur pour Cérès ; le bûcheron pour une dryade. 

» Chacun vous eût réclamée pour sa divinité. » (t. II, p. 364«) 

M™® Favart, qui était Famie intime 3e notre poète, a 

peint son portrait , au bas duquel Tabbé de VcHsenan a 

mis ce quatrain : 

Sa bouche prêche la raisoo 9 

Ses yeux iotpirent la folie : 

GhacuD voudrait avoir Gosson , 

Ou pour maîtresse ou pour amie. * 

M"* Gosson a coopéré à Fouvrage intitulé : De F Educa- 
tion physique et morale des femmes^ avec une notice alpha- 
bétique des femmes illustres (par Riballier). Paris, Elstienne, 
i^^g, in- 12. Ellle y est désignée à la pftge 88, sous les 
lettres initiales de son nom. (c D'après cet hommage , on est 
» étonné de ne point trouver dans le corps du livre (1% Far- 

(1) On y remarque à la p. li.22 , Tarticle de MDe Renotte ( depuis Mn^^Pu- 
thaùx), née à Mézières , qui s'est rendue par goût très-habile dans le manie- 
ment et l'exercice des armes. Son père , l'un des principaux officiers de la com- 
pagnie de l'arquebuse de cette ville , Payant conduite arec lui en 1 774 , au prix 



3 to GOS 

M ticle de cette I^^ , oonniie par beaucoup de vers et de 
» couplets agréables , qu^ôn sait être à elle , et n^avoir p<Hti!f 
)i été faits à Taide d'un domplaisant teinturier. » (Grosîer, 
t. I/p. 48 du Journal de Littémture.) 

Parmi les compositions conservées dans le portefeuille de 
notre Ardennaise , nous avons remarqué celle-ci : 

fhquête à M* de la Michodière, pour obtenir une décharge 

de capitdîion. 

Monseigneur de la Michodière , 
Vous dont le cœur est partout si Tante , 
Vom tja'hoDOre Pteris comme un dieu t«télaire, 
OftigmE écoutar ma priera. 
L'objet en est^ en yérité 9 •« 

Bien juste, et le succès tout-à-fait mérité ; 
Bans une confiance entière 
f^en ap^péUe à votre équité. 
Hier il mVest venu trës-jwédsc ordofeMaoe 
De financer certain tribut tu roi ; 
Mon humble et courte remontrance 
Prouvera (jue je suis exempte de la loi : 
Pour moi sans doute elle ne fut pas Sedte. ' 
J'habite un coin dans le sacré vallon ^ 
Des neuf sava ntes sœnvi <}'y 'pat*^ ta toiletté , 
J 'y cultive à leurs yettx le laniler d'iâfbMwi , 
Faut-il le dire enfin , )e ^«âi Jpèète : 
Oui , chaque jour sur ma ddoce Witisétte 
Je tftche d'accorder la rime et la raison. 
A ce métiev l'oiiidevieiit Idu , dit-^tt^ 
Ah , monseigneur 1 iors^e l'ùo perd la tête , 

Doit-on payer U capîtatioa F (i) 

t 

( f^oyez les articles Ba»w» et Copette.) 

général de la fyroviAce , qm se reodàft cette àiitiéie4 Sàint-Qnefitin , elle rem- 
porta , en présence d'une foule de spectateurs , le second prix , et par un cri 
général,) elle y fut proclamée VAmoMme de MéMère», 

(1) On a fait droit à cette requête » en déchargeant notre poôte de la csfii- 
tation , pendant la durée de radministration de M» de ia Michodièie. 



cou 3ii 

COURTOIS (Jean Louis), de GUrlevUle, y vit le jour 
le I o décembre 17 12 (»). La nature Tavait doue d'un esprit 
précoce > et ses heureuses dispositions furent si habilement 
cultivées par les Jésuites de 80& lieu natal, qu'il avait terminé 
8a rhétorique à quatorze ans. Désireux de se l'attacher , ces 
pères y réussirent sans peine 9 car la jeunesse docile aux im^ 
pressons qu'elle reçoit , semble chérir la séduction , et ou- 
vrir son &me tout entière à qui veut s!en emparer. Il entra 
dans leur société le 16 septembre 1726. 

Après son temps d'épreuve, il commença son cours de 
régeiicç , pendant lequel il se donna cette seconde éduca* 
tion , dont la première n^est jamais qu une ébauche* Son dér 
but fit présager qu'il égalerait un jour ceux de ses con&èfes 
qui s'^étaient le plus distingués dans la earrière^de Tinslruc-' 
tion publique. Il professait la rhétorique à Dijon , lorsqu'il 
remporta, en 1 75a et 1 754$ le prix d'éloquence à l'Académie 
finançaise. Lié avec le P. Franocàs Oudin^qui s'occupait | 
dans la même ville y de la suite de rfaistoire littéraire de sa 
société (3), le P« Courtois succéda, dans ce travail, à ce sa* 
vant homme, mort le a8 avril \*]^% (3).* Une tâche aussi 

(1) £t non le 6, comme le dit la Biogr. univ,, qui commet deux autres ex- 
reurs , en le nommant Louis , et en fixant sa mort à l'année 1768. 

(3) Cet ouvrage , pubKé avec le titre de BibUefheM seripiorum ioektaiUJêgM , 
«▼«ai été poQflsé par fiJimdeBeirB Im^fv'ea 161$ (Ly^n , 1619» in^«0 > P^ A^' 
gambe jusqu'en 1643 (Anvers, 1643, in-fol.); et par Sotv?el jusqu'en 1673 
(Rome , 1676, in-fol.]. Ce dernier a retranché quelques livres de controverse 
rapportés par Alegambe , et n'a point parlé des ouvrages mis à fkidex , ii| 
Yapporté les passages des hérétiques et des auteurs «aspects , ce ^ avait ex- 
poAé son prédécesseur à Tanimadversion de ses confrères. Il faut joindre 6 
ces volumes le snpptémeqt du P. Raimond Dioldacb Gaballero, Intitulé : 
BibiioiheuB scriptorum Mc, Jêsu tupplementâ, Rome, Fr. Bourlié, i8i4— 1816, 
in-fol., p. 333. 

(3) Ce célèbre Champenois travailla pendant vingt ans à cet ouvrage, et 
laissa dix -neuf cent vingt -huit articles, et des fragmens et des matériau^ 
pour plusieurs autres ; mais comme on reconnut à Rome , dans la révision que 
l'on fit de son travail , ou que les Mémoires lui avaient manqué , on même qn^] 
avait travaillé sur des instructions qui n'étaient pas toujours exactes, ce fut 



3i2 cou 

chatoîiiUeuse 9 sigelosa^ remarque le Nuos^oDizioivario Jsto^ 
rico (i ) , ne pouvait être confiée à un littérateur plus habile. 

Chargé de conduire cet ouvrage à sa .perfection^ ce qui 
ne pouvait s exécuter fiructueusement cpi a.Rome> le P. Cour- 
tois quitta Dijon en ijSS , et se rendit dans cette capitale. 
Sa réputation Y y avait devancé : il y fut accueilli partout 
avec les ténKHgnages de la plus grande considération. Retiré 
au collège Romain , il s'y occupa , durant plusieurs années, 
à recueillir et à mettre en ordre les matériaux nécessaires à 
son travail. Il eut dans cette ville de fréquentes occasions 
de jouir du commerce des gens de lettres , qui témoignèrent 
en toute occasion la plus grande estime pour ses talens et son 
jugement, surtout en matière de goût. Ohligé d'abandonner 
ritalie pour cause de santé , il repassa en Fmnce en i ySg, 
et vint à Paris occuper au collège de Clermont la chaire de 
rhétorique, rendue si célèbre par les Cossart, les Jouvancy, 
lesPorée, les Baudori, les Geofi'roi, ses prédécesseurs (2). 

A peine le P. Courtois fut-il de retoui^ dans sa.patrie, 
qu'il jugea que la perte de sa société y était i^ésolue. En ef- 
fet , elle fut dissoute.dans tout le royaume par un édit royal 
du mois de novembre 1764. Lorsque le parlement de Paris 
porta la peine d'exil conb'e ceux de ses membres qui n'abjure- 
raient pas l'institut et le régime auxquels ils s'étaient astreints, 
le P. Courtois se réfugia en Lorraine, où sa compagnie possé- 



pour éviter ce&ipcoiiTémeDS, qu'on envoya le P.Gourtoû à Rome poux fouiller 
d^» les archives de la société , parcourir les bibliothéipies , et consulter les 
ouvrages des écrivains Jésuites , dont le P. Oudin aurait parlé plus au long et 
plus justement , s'il avait eu cet avantage. (Michault , Mélanges bistor.y t. Il , 
p. 255.) • 

(i) Bassano , 1796, a a vol. in-S». 

(a) Le P. Zaccaria , son confrère, bibliothécaire de Modéne, lui succéda à 
Rome. Il consacra ses veilles ^ jusqu'en 1773 , à enrichir de nouveaux articles 
la biographie des Jésuites ; mais la suppression'générale de l'Ordre , survenue 
à cette époque , empêcha la continuation et la publication de cet ouvra|ge im- 
portant , qui devait formel* 4 vol. in-fol. 



cou 3i3 

dait encore ses ëtablissemens , sous la protection du roi Sta* 
nislas . Il demeura successivement à Nancy et à ' Pont-à- 
AI0U3S011. Après la mort de ce prince, arrivée le ^3 février 
1766, les Jésuites éprouvèrent dans ce duché le même sort 
que celui dont ils avaient été partout ailleurs les victimes. 
A la fin de 1768, le P. Courtois n'espérant pas que sa so*- 
ciétë pût être long-taoaps conservée dans les autres États, se 
retira à N,eufmanil , village situé à deux lieues de Charleville, 
et hoirs des limites de la France. Heureux en travaillant 
parce que Fétude était son unique passion, des livres lui 
offraient dans cet exil un charme puissant contre Tennui y 
et lorsqu'il avait besoin de consolation dans ses malheurs , 
Plutarque lui rappelait toujours le souvenir de quelque per^ 
sonnage illustre dont les peines avaient surpassé les siennes. 
Lorsqu'il habitait ce petit village y il emprunta V Esprit du 
P. Castel à M. Lissoir, abbé de Lavaldieu. Au bout d'un an , 
le prélat le lui redemanda plusieurs fois. Le P. Courtois qui, 
si Ton en. jugeait par ce trait , aurait eu pour maxime que ce 
qui est bon àprendre est bon àgarder^ répondit que ne voyant 
plus chez lui ce volume,. il l'avait. sans doute rendu. Un jour 
que M. Lissoir, entraîné par Tabbé Savary, chanoine d'Y- 
VOIS, fut visiter le P. Courtois, il aperçut ï Esprit du P. Castel 
sur sa table., et soudain le jésuite de tourner le dos, et de 
déplier sur ce volume une carte de géographie. Témoin de 
cette ruse, le prélat baissa les yeux. Il ne fut pas plutôt 
sorti , que l'abbé Savary, qui était instruit dur larcin litté- 
raire , lui dit : Corn^enez qm les Jésuites ont toujours eu des 
dessous de carte. Néanmoins, quelques mois après. Fou vrage 
fut remis à Tabbé de Lavaldieu. 

Le lecteur excusera l'anecdote : en parlant d'un littéra- 
teur, on n'a pas toujours à citer de ces traits qu'offre en 
abondance la vie d'un guerrier ou d'un, homme d'état, et 
qui intéressent tout un pays. 

Ayant obtenu la permission de rentrer en France, le 



3i4 œu 

p. Courtois alla se fixer au villaige de Saintr-Laurent , prés 
de Ghatleville. Il y vëeut ayec un de ses frères , remplissaiit 
toutes ses heures par le travail et Tétiide. Se produisant peu 
au dehors^ «son cabinet, pour nous aervir.de ses expres- 
» sions, était pour lui plus que les palais des rois^ panse 
» qu'il y était aVec les Muses ^ avel: la liberté et la paix )» (i). 
La mort vint fermer mt% paupières dans cette solitude, le 
i*""" juin i^^^, treûce mois avant la bulle d extinction de soa 
ordre dans tout le monde dirétien, donnée par Clénaent XIY, 
le 21 juillet 1773. 

Le P. GHutota ne pouvait manquer de fouir d'une haute 
considération, dans une société où Ton estimait les tnlens 
comme des iïistmmens utUes à la glcùre de FOrdris. Excellât 
humaniste , il n'ignorait rien de ce qui peut former la con- 
naissance kplus ptofonde des langues anciennes. La belle 
langue d'Homèi^ et de Pindat« , lui était aussi familière que 
celle d'Horace , de Virgile et de^ autres classiques latins.» Il 
écrivait pdliiïtent. Sa prose est correcte , él^;aute , nom- 
breuse; Sa v^rsifitiatioii coulante, noble, pleine d'images. 

Le P. Zaccaïia Ta nommé avec éloge dans le t. IV de h 
Sioria d'Itcdia (années i740--^i757), et le P, Marianus Par- 
thenius, p. ^4^ de sonî poëme, intitulé. î Eteçlricorumj fc 
bri l,V (Rome^ Salomoni, 1767, in-8"), lui a fait hommage 
de ces vers flatteurs : 

Ac te oculis , renim dulcissime 9 nostris -^ 

Saepe olim in turbâ memini objecime videndum , 
Gallia queofi nobis magno pro munere «nish ; 
Fefices mmiùiii , {Mpopria h«c m dona IwsBcat . 

.«.•• avebam 

Ipse quidem , fateor ; quando est tibi tradita cura 
Mandare «tern» sociorum nomina fam» , 
GenserilB nuiBero ; Terùm nimis ardna f<>ta 
Damnabat pudor, et tanti reverentia cœtOs. 
Ecquod enim studii genus extitit P ccqua facultas , 

(1) Discours couronné e& tjS2y p. 309. 



cou 3t5 

Quajit non agfeaai «cnjptîi «mare disevtU i 
Et poterû numéro tam m«lta voliinima,4axa 
JEde Palatinus (i) quam multa haud capit Apollo , 
QoinpkctlTiiiôtt. 

JK<{aMrettciliiB nAuattefttâr ah«iiaB , 

Tastiia^criptorom qnàoi poMÎtcenaus inîrii 
Inclytaque in proprias tribui tôt noraina cla98e8. 



' 1. IPièce dramatique en vers sur le mariage du prince de 
Soubîse*^ Paris j I74ï> îii-8**, 

!!• ^quaPicatUy Carmen : insëré t. II, p. 272 — 276 des 
Poemata DùiascaUca. (Paris, 1749» 3 vol. în-ia.) 

Cet ëlégant Poème sur l'eau de Goudron ^ est compose d^ 
six cent soixahte-seize vers , et tient un rang distingue dans 
ce recueil prëcieuo:, dont nous sommes redevables à ceux 
des modernes qui ont cultive les Muses latines avec le plus 
de succès. 

tll. Discours sur ce sujet : Que Vcunour des lettres inspire 
la vertu ^ couronne par T Académie Brançaise en 1752. 

IV. Discours sur ce sujet : Que la crainte du ridicule a 
plus étouffé de vertus et de talens,, quelle na corrigé de vices 
et de défauts; couronne par T Académie française en 1754- 

Ces deux discours ont été insérés dans le t. lH , p. 3o— -52, 
p. 52 — 72 du Recueil des Prix de V Académie française. (Pa- 
ris, 1760, 8vol. in-i2^)lï.,danslet.XXXVI,p. 27g — 3ii, 
et le t. XXXVII, p. 5o— 80 du RecueA de cette académie. 
(Paris, 1693—^1767, 4' vol. in-i2.) 

COURTOIS DEVÈRTEMONT {Edmond Robert), frère 

du précédent, et fils de Pierre Courtois et de Marie Denise 

Bastonnier, né à Chârleville, le 16 février 1706, y fit ses 

classes thez les Jésuites, et avec succès, puisqu'^îl devint 

jéstiite lui-même. Au bout de quinze ans, il rentra dans le 

(1) La bibliothèque palaliae eal dédiée à Afàdéa. 



3i6 CRO 

monde 9 muni d'un riche fonds de connaissances , avec Ta- 
mour du travail. Il vaquait à Paris à une éducation particu- 
lière, lorsque des protecteurs lui ouvrirent la carrière di- 
plomatique, où il cueillit quelques lauriers , quil dut à sa 
sagesse prévoyante. Nommé secrétaire d^ambassade en Suisse, 
en 17489 chargé d'affaires plusieurs fois, la première en 
1749, la dernière en 17 54 9 il fut gratifié, le i'' mars 1755, 
d'une pension de retraite de i5oo liv. (i). A cette époque, 
il se retira à Saint -Laurent, où il vécut dans une retraite 
studieuse, sans pourtant renoncer au monde. Le mois d'oc- 
tohre 1777 fut le terme de sa vie. 

La modestie et la simplicité se montraient dans tout ce qui 
l'environnait -, l'amour des livres était un titre certain à son 
estime et à son amitié-, sa conversation avait toute la pureté 
et toutes les grâces dont notre langue est susceptible. Son 
goût , éclairé et nourri par une étude profonde des écrivains 
de l'antiquité , le rendait juste appréciateur des productions 
des autres *, ce qui fait regretter qu'il ne nous ait point enrichi 
de quelques-unes de ses productions. Il était intimement lié 
avec le P. Jean Baptiste Loth, jésuite, né le 2 février 172} , 
à Charle ville , où il professait la philosophie en 1 756, et avec 
Anselme Loth, son frère, qu'on appelait le Jésuite^ parce 
qu'il avait postulé pour l'être. Celui-ci, doué d'une imagi- 
nation vive et féconde , et de talens gracieux , faisait très bien 
des vers latins*, ce qui suppose de bonnes études, des con- 
naissances et de l'esprit. Il est auteur d'un poème inédit , 
intitulé de Vrhanitatej dont le but est de faire sentir la sym- 
pathie de la politesse avec la religion chrétienne. 

CROI (Antoine DE), premier prince de Porcien, fils 
d'Henri de Groï et de Charlotte de Châteaubriant, né en 1 54 1 » 
épousa Catherine de Clèves, sœur cadette d'Henriette, com* 

(i) Archives du minutère des affaire» étraiigëres. 



r 



CRO iiy 

tesse de Rethel. Le roi. Charles IX érigea, le 4 juin 1 56i , le 
comté de Porcièn en.priiici(>autéy en faveur de ce .mariage. 
L'union des deux époux ^ qui habitaient le château de Porcien^ 
ne fut pas de longue durée. Le jeune prince s'attacha aux 
Goligni y et comme eux il embrassa le Calvinisme. Pour sou- 
tenir, ce parti , il se mit k la tête de quatorze mille Protes- 
tans y fit des incursions dans la Brie ^ et inquiéta le cardinal 
de Lorraine, revenant du concile de Trente, en i563. 

Les Bénédictins du prieuré de Saint-Thibaut de Ghàteau- 
Porcien ne tardèrent pas. a éprouver les effets de la haine 
qu'il portait aux cénobites. H les força de se retirer à leur 
abbaye de Saint-Hubert en Ardenne -, il fit même assassiner 
un de ces religieux à Novion, par un guet-^-pens. Les Ca- 
tholiques de sa principauté fusent souvent en butte à ses 
persécutions : des gens, apostés par ses ordres, les insul- 
taient jusque dans leurs églises. Ils fiirent déUvrés de ce fléau 
le 5 mai 1 687, époque à laquelle mourut à Paris le prince 
Antoine,. sans postérité, à Tâge de vingt-six. ans. Son corps 
fut transporté à Chàteau-Poi:cien , et inhumé. dans un cer- 
cueil de plomb , qu'on convertit en balles de mousquet du- 
rant le siège de 1617. 

Voici ooninpie sa^mort est racontée : « Le prince de Por- 
)» cien , jeune , martial et guerrier, mourut à Paris, le 1 5 may 
1» 1567, d'une fièvre chaude, causée d'une colère mêlée 
» d'excès, qui fut qu'aya;nt joué à la paume tout le long 
» du jour, il fut mandé le jsoir aux Tuileries ,* où le roy 
» (Charles IX) le tint deux heures découvert dans le jardin, 
». à la lune et au serein , et lui tint de rudes propos , jusqu'à 
)» le menacer de la p^rte de sa. tête pour Linchamp^ place 
» fiipntière ( située sur la rivière de Semoy, Ardenne ), qu'on 
» avait donné à entendre à sa, majesté qu'il faisait fortifier; 
» car étant revenu en sa maison outré de dépit , conmie il 
)) avait le cœur merveilleusement grand, envoya quérir du 
» vin , et étant en chaleur, en but trois quartes, et mangea 



ii9 CAO 

)» troU. platdëes d amandes vetUïêy et m> e»all» coucher ta- 
» desfiMft'f qui fié le poison éfa'im dit luy-woir éléhxiMi, m 
{^Mémfiè^s 4fi l'EftoHej t. I, p« i&.) Cea dernières pait^es 
font aUtuion au libelle satyrique intitula : La Légeinde de 
dem Claude de Gaiiae ^hbé. de Glom) , où Foif assure quW 
nommé Saint-Bartheleini , émiânaire de dom Oande 9 avak 
4ani)^ au prinoe^e Porcien im breuTage empotaonn^ ^ ipȔ 
lai avait échauffe le sang.et troublé la raison. 

Aiktoiae de Croï était euoieiBii déclaré de la cnaâso» de 
Guiae 9 et il ea donna des preuves en ntouraiit; car, comme 
il soupçonnait sa femme d-avoir de rinclination pour- le due 
de Guîse (Henri le Balafré), il h conjura de ne pd^nf Té^ 
pouser , « Je ne^dontQ pas , li|i dit<41 , qu'éta«it jeune , beHe et 
» riche» TOUS ne soyez remariée 'après ma mort. Ici vous 
» laisse le choix des partis $ et de tout le royaume , je n^en 
)» éJLcepte' qu'un seul homme : c^est \e duc de Guî^. CVi^ 
» Fhûmme du monde que je hais le plns^ et je \*ouâ demande 
» en gr&ee que mon plus grand ei»aemi> ne soit pas Théritier 
» du phia prëcieux de ton» mes biens. » (Le Laboureiir, 
addiU emx Mim. de Castblnaxi , 1. 1.) IXMgré une demande 
si précise, Catherine donna sa main, au mois de septetnbFe 
1 570 1 à ce même duc de Guise , qui frit assasâné le 23 dé- 
eazibre i58&(f). 

Cette princesse a eu la jomssance du château de Poreien 
jusqu'en 1608^ époque où la pri4icipat|té fût vendue, à la 
charge du douahre de la veuve* 

Ihirantksguan'esdelaLigue^surlafiinduTègAod'Benri'ni^ 
et sous Henri IV,. les petites viBea de Champagne eurent 
beaiy^Qiqi à souffiir^ celle de Château -t-Pôi^eien fnÉf jusque 
la seule excitée : elle dut cet avantage à G^itberîne de 
Qèves, que ses alKances avaient rendue reeommandable 
aux deux partis. Dans ces temps malheureux , les habitans 

\ • 

(1) Voy. B«yle, DiàUçnnmtt cpHûiue, art. Hèmri 4e Lorfoilne, dut </• Guhe, 



\^ 



DAN hg 

des villages voisins » au i¥>ml]^e de dix^'huiiy se. réfugièrent 
dans la capitale du Porcien, pour y vivre àous la pârofeectioti 
de leur priiice9se douairière) qui marqua toujours ud^ 
glande 'prédilection pour cette ville .^ Elle est vaortd le 
II mai i633, âgée de quatre-vingt-'Cinq ans. {MSS* de 
Pre^tj Uaré Jt Uerpy .) 

« Le 21 juillet 1578, Saiat-Megrin, Tiui des mignovis 
» d'Henri III y fut assassiiié. De ce meurtre n'eu Ht faîte 
)» aucune poursinte, sa majesté étant bien avertie que le 
» duiO de Guise L avait fait faire pour le bruit qu'avait ce mi* 
» gnon d'entretenir sa femme (Catherine de Glèves)» et que 
» celui qui avait &it le coup portait la bwrbe et la conte* 
» nanee du duc de Jifay^mie. » {J[/£$U>He^ ibid, p, 9$^) 

On a publié : « Le Trophée d'Anlhoine de Croy^ prinee 
)> de Porcean, souverain des terres d'outre et deçà la Mente, 
» baron de Montoomet lez-Ardennes^ Pargnj, etc, , par 
» Ubert Philippe de YirllierSy son «eevétaire. « Lyon, Saur 
grin, 1667, iu'^'*. 

Duchesne, B.utkens, Heutems et Scobier <>nt publié la 
généalc^ie de la maison de Croï» L'ouvrage du damier a 
para à Douai en 1689 , in^f*. . 



D. 



DANCEY(/mw), était né à Gerson,^ près de Rethel, 
dans le xv* siècle. La gloire du grand homme dont ce petit 
village fut le berceau (i) , rejaiUissait alors de toutes parts. 
Pressé par cet aiguillon puissant, Dancey résolut de mar- 
cher sur les traces de son illustre compatriote. Reçu maître- 
ès-arts au collège de Navarre en iSig, il y professa succes- 
sivement la philosophie et la théologie avec distinction \ la 
Faculté de Paris le plaça parmi ses docteurs en iSaS. La 

( 1) Ce village est entièrement détruit. 



320 DAN 

réputatîoti de science et de vertu qu'il s'acquit, lui attira 
Testime et la bienveillance des personnes les plus distin- 
guées , et particulièrement celle dé Robert de Lenoncourt y 
archevêque de Reims -, car ce prélat, recommandable à tant 
de titres , se plaisait à verser ses faveurs sur ceux qui culti- 
vaient les lettres , et surtout la théologie , qui avait plus de 
rapport avec sa haute dignité (i)« 

Le docteur Dancey joignait à un esprit vif et pénétrant 
une vaste étendue de lumières. Ce qu'on remarquait singu- 
lièrement en lui, c'est que jamais il ne faisait d'entreprise 
sans l'amener à bien : il triomphait de tous les obstacles -, 
tout lui réussissait, parce qu'il portait dans l'avenir ce coup 
d'œil juste qui, apercevant tout , ménage à la prudence l'ins- 
tant de profiter des événemens. 

Préchait-il ? il subjuguait, il entraînait par son éloquence. 
Sa logique était si pressante , ses discours avaient tant de 
ehannes sur l'esprit et sur le cœur de ses auditeurs, qu'il 
forçait même ceux que d'indociles passions empêchaient de 
rentrer dans le sentier de la vertu , de convenir hautement de 
la vérité de ses principes et de la profondeur de ses raisonne- 
mens.; S'il n'a pas égalé le grand Gerson, son compatriote, 
du moins a-t-il eu le mérite d'avoir fait tous ses efforts pour 
en approcher ; et certes , ce n'est pas un petit éloge , car il 
est toujours glorieux de se montrer l'émule d'un grand 
homme, lors même qu'on ne peut l'atteindre*, c'est le té- 
moignage que lui rend de Launoj : « Dancaeius nisi Gerso- 
» nem popularem suum omnino expresserit, conatus est 
)> saltem exprimere. Quod non postremum existimari débet 
» covunendationis genus. » On peut présumer que Dancey 
étajit né vers i49^* L'époque de sa mort est inconnue. 

Cette notice e^t. extraite de l'histoire latine^ du collège de 

(i) Le poète Jean Voulté , de Vandy-sur- Aisne , a fait son épitaphe en neuf. 
▼ers latins. {Lib, //, epigram. , p. i83.) > 



r 



DÉH 321 

Navarre, par de Launoy, p. 4o3, 4^4 ^^99^* ^^ suffrage d'un 
homme aussi habile et d^un docteur aussi aguerri , qui sem- 
blait être né pour fronder les sentimens de tout Tunivers / 
ne peut être regarde comme un témoignage équivoque ou 
comme un langage de politesse et d'exagération. De Launoy, 
qui savait tout, ne savait pas louer*, et s'il Fa fait quelque-^ 
fois , c'était la vérité qui le faisait pour lui ( i ). 

DEHAYE (Ponce) ^ qui- naquit à Rethél, le 26 juillet 
1740 5 de Jean Dehaye et de Marie Toussaint, y fit ses pre- 
mières études, puis sa rhétorique à Reims. Entré chez les 
Minimes de cette ville , il y prononça ses vœux le 3 mars 
1757-, et comme la direction de son esprit l'appelait à culti- 
ver les belles-lettres , on 'l'envoya au Collège de .son wdre à 
Brîenne-le-Ghâteau, où il les enseigna durant cinq ans. 

Ses fonctions scolastiques lui laissant quelques loisirs , il 
en profita pour faire une tragédie en vers , intitulée iUfor- 
celhtSy ou les Persécutions. Cette pièce, destinée à rester dans 
«on portefeuille, plut à un voyageur calviniste, qui fut sur- 
pris de trouver une composition de ce genre, écrite dans un 
clottre par un jeune hqmme de vingt ans, abandonné à son 
goût. Résolu de la publier, il l'emporta en Suisse , et la 
fit imprimer à Iverdun en 1 760 , chez FéHx , qui l'envoya à 
Paris, où la censure de la librairie en empêcha le débit. Le 
pauvre drame fut obligé de retourner en Helvétie, sans^tre 
connu en France. Voltaire, à qui l'éditeur en avait envoyé 
un exemplaire , répondit « qu'il savait gré à ce bon Minime 

(1) « M. de Launoy était nn terrible critique , redoutable au Ciel et à la terre. 
» Il a plus détrôné de saints du paradis, que dix papes n'en ont canonisés. 
» Tout lui faisait ombrage dans ie martyrologe, et il recherchait tous les saints 
» les uns après les autres , comme en France on recherche la noblesse. Le curé 
.» de Saint-Eustache de Paris disait : Quand je rencontre le docteur de Launoy Je 
• ie taiue jusqu'à terre ^ et ne lui parle que le chapeau à la mairie avec bien de 
» l'humilité, tant j'ai peur qu'il ne m'ôte mon saint Eustache.» (D'Argonne, 
Mèl* delÀttèr., t. I, p. 3i4> édtt. 1725.) 

TOME I. 21 



3^2 D]^H 

» qu'un hoiuiae de sa robe fit des tragédiç^ coulre les per- 
)> sécutions. >» 

Avant Cette débauche d'esprit 9 le jeune religiémiCy qui 
demeurait à une lieue de Girey, sëjour de la marquiae du 
Chàtelet , avait eu la prësompticm d'écrire une épiire en vers 
avec une lettre en prose à Voltaire , qui lui tëoooigna sa re- 
connaissance par une réponse (iuiédite), assaisonnée de ce 
sel qui caractérise toutes ses productions. 

Api'fo <^iii<I ai^n,ées de régence révolues, il fallut penser à 
des études plus sérieuses. Le père Dehaye parcourut assez ra- 
pidement le cercle des connaissances théologiques 9 et ne 
voulut pas se «charger du bagage de Fantiquité ecclésiasti- 
que. En entrant dans sa cellule , on^ était firappé d'y voir 
près de saint Thomas , Horace , Virgile , Cicéron » Eschyle, 
Aristophane, Sophocle, Plante, Térence, Corneille, Ra- 
cine, Molière, Voltaire, Boileau et Bulfon : l'étpnnepient 
allait croissant lorsqu'on remarquait sur le^ m^mesi tablettes, 
à côté de Rodriguez et de Cpasset, Anacréon, Ovide, Ti- 
buUe, Properce, Catulle, Juvénal, Maiiial, Pétrarque, 
Guarini , La Fontaiuje , Bernard, Ghaulieu ,. Bernis et Gresset. 

On pense bien que le jeune Minime ne p^lit pas toujoiirs 
sur la Somme de saint Thomas*, et ce qui vient à l'appui de 
cette conjecture , c'est qu'en répétant un jour une preuve 
de th^ogie , il y enchâssa cette tirade de V^rt Poétique 
d'Horace : ' 

Humano capiti cemcem Pictor equinam 
Jungere si velit , et varias indoeere plufnas 
Undique collatis membris ; aut turpiter atram 
Desioat ia pUcem mnlier fonnoia sopemè ; 
Spectatum admissi risum teneatis amki ? 

ce qui ne fut interrompu que par les éclats de rire de son 
professeur et de ses condisciples. Devenu, par cette distrac- 
tion, l'objet des plaisanteries de ses confrères, Horace De- 
haye (car c'est ainsi qu'on l'appelait), fit depuis une trêve 



avec les classiques profanes, durant son cours de théo- 
logie. 

O^obAwé ipuètjnd ^ il '«e KviMi à la i^ïiédkatîbn ^ «et il y t)l>tînt 
flBiefc de Éàccèê yom ^mérHu^r ^i^ètte éln Prôvi^icial des M- 
mtiMfbde la pKOTincedé Cliàm^ag^Re , -le 27 séptehibt'e i7^§v 
et de nouveau en 1786. Il remplit cette charge liôixoï'ablé 
avec zéie^ «sagesse «t «dignité ^ tt q«^i te )*éc^ntilia aVec ses 
<Kn»eiiiis^, tar le Mërite mi sCB»Mt dVA^naite , mëùie dans ^ 
dergl^ ^ Ift jalottsk Ivà Hâfoè^ %it)p "sôilyetit les éloges on 
lui envie les récompenses. Une délibération capitulaire Tîn- 
viiSL à publier se» sermoiM : ils panirieât ^b 1 789! 
'. Jusque^à ie P. Deha^e avait su captiver TestiM^ de isçs 
loonfrèreft ^ d» presque tous ceux ksfii. k t^oïn^aiisÀient. La 
iiévôlutiôa éclata ; il perdit ûot^ uftce partie de îsette (coÀSi- 
dération, qui est la plus belle récoillpenise dé Tho^tti^ de 
bien. Ayant adopté tes prÎBcipes de TépoqUfe^ dont sans, 
doute îl-élaitioînde prévoir qu'on pât 61 étranglement abtiser, 
il fut nommé maire de Retliel en 1^90% Le 1^^ déô^ifibre 
«791 ^ il se «haurgea de desservir la c^re dé Môtiiion , d'dù le 
iitulail^ était paici , par BiûDe du reftis dû serment décrété 
le ^7 Aonembre 1790% De retotur dans «son lieU natal ^ à la fiù 
de i 793 , il y devint principiail da collège ; et tout 9(Ml t^mps, 
jusqu'à ea mort, fut depuis partagé tSnti^ ^exercice de cette 
plaœ et la culture des lettres. 

Durant cette gestion, il laissa échappëi' de sa plume une. 
Oifasans date, mais qui parut peu après le 27 août 1795. 
Otte production extravagante, joiAte à quelques éoieirfes, 
laisse enArevoir qu^il était imbu, depuis quelque temps, dés 
principes de cette &ubk philosophie qui TeUAit de mettre 
toute TEurope en combustion, après avoir produit en France 
une sanglante série de bouleversement et de (t^atft8t4x>phes 
inouies dans Thistoi^e. Il temiina son exigence à Rethel ^ le 
17 mai 1816. 



2f. 



3^4 DEH 

Ses ouvrages : 

I. MarcelluSj ou les Persécutions ^ drame en trois actes et 
en vers. Içerdun, Félix, 1760, in-8**-, pièce qui valut à l'au- 
teur la disgrâce tlu cardinal de la Roche- Aymon, archevê- 
que de Reims. 

n. p^ers au roi et à la nation ^ sur le sacre de Louis XV I^ 
Reims, 1 778 , in-4°i pièce de cent huit vers , dont on trouve 
trois strophes, p. 1 16 du Journal historique du Sacre. (Paris, 
vente, 1773, in-8**.) 

III. Discours prononcés dans des assemblées religieuses. 
Paris, Berton, 1787, in-8**, rare. L'auteur conservait dans- 
son portefeuille une suite à ces discours , composés pendant 
ses provincialats. Ils peuvent s'adapter, en général , à tous 
les religieux *, le Journal des Savons les a loués. 

IV. Sermons. Paris-, Cailleau, 1789, 3 vol. in-12. 

. Dans une lettre, du 26 septembre 1806, que nous avons 
sous les yeux , Fauteur dit : « Qu'il a fai^ entrer dans ces ser- 
)) mons autant de philosophie que le permettait l'austérité 
» du genre.» On y remarque, t. III, p. 298—358, l'o- 
raison funèbre de Pierre Pillas^ d'abord curé de Douzy, 
puis de Rethel , à dater du 28 juin 1 745 , cure dont il se 
démit en 1781, pour se retirer à Sedan, sa patrie, où il 
est mort en 1785, âgé d'environ soixante -quinze ans : il 
était conseiller-clerc au présidialde cette ville. On s'aperçoit 
aisément que l'orateur avait négligé l'étude des livres saints 
et des Pères de l'Eglise, qui ont formé pour la chaire les 
Ghrysostome, les Bossuet, les Massillon et les Bourdaloue, 
les de la Rue , les Cheminais , et autres membres dé cette 
société fameuse , à. laquelle on est redevable d'avoir la pre- 
mière perfectionné parmi nous l'art de la prédication. Néan- 
moins il y avait foule aux sermons du P. Dehaye-, ils étaient 
goûtés , surtout de ceux qui ne vont entendre un prédicateur 
que pour juger un écrivain. 



DEH 3^5 

V. Ode pour la fête de la Fédération. Charleville, Rau- 
court, ^7^9} in- 12 de près décent vers, suivi de couplets 
patriotiques. 

Un plaisant, ennemi de toute ëmancipation politique , » 
dit qu'il n'y avait dans cette ode ni rime ni raison. Le poète 
la mettait au nombre de ses écarts *, car dans la lettre ci- 
dessus , il ne craint pas de dire : « J'eus la folie de composer 
» en vers , pour la fête de la Fédération ( i^ juillet 178g) , 
» mon serment cwique, » 

VI. Discours pour la proclamation de la Constitution,, et 
sur le serment des prêtres, Gharleville , ibid^ ^79'? in-i^, 
p. Ss. 

VII. Le Maire de La Rochelle^ tragédie en trois actes et en 
vers. Paris, Cailleau, Ï792, in-8°. 

Vm. Ode sur h- mariage des prêtres. Rethel, Guivard, 
1795, in-8% p. 24' réimpr. dans/e Cow^en^ûteïir^ par Fran- 
çois de Neufchâteau, t. I, p. 396-4 ^4^ (Paris, an VIII, 
1800 , in-8®.) Pamphlet, accompagné de notes historiques et 
philosophiques j contenant vingt-quatres trophes et deux cent 
cinquante vers , écrit de verve , mais avec toute la liberté' 
cjnîque de Pétrone et de l'Arétih. 

IX. Ode sur la Paix. Rether, ihid^ i8'oi , in- 12^ p. 6, de 
six strophes-, Ode au Premier Consul. Rethel, ïbid], 1802, 
in- 12, de vingt-deux strophes de dix vers; Ode au Premier 
Consul j qui s'est nommé général de la descente en Angleterre. 
Rethel, ihid^ t8o3, in-i2> 



Ses manuscrite : 

I. Histoire des trois dynasties françaises^ depuis V établisse- 
ment de la monarchie jusqu au 2 1 septembre 1 792 . . 

Cet ouvrage , pour lequel Fauteur a reçu des gratifica- 
tions de deux ministres de l'intérieur, formerait cinq volhmesj 
il y attachait un grand prix. « H est, disait-il, d'un caractère 
» libre, d'un style nourri de philosophicj écrit avec énergie : 



3^ DBtt 

)) il 9 suJ^i t;caU e^am<ei|«(, df^til est apFlfiav^c 4laç9-. Je c^ois 
yk qpi'il qst impoftsibk qu!il ne voi^ pa^^ uiaii}«iir 1^ Imnîijpe;*^ 
» mais Fauteur mourra sans avoir eu cette ss^^^&ctAQo,. >^ 
ÇLeWe ^i-desjius^), 

)) çoASîîisJ^ àt ex^^i^x le &;aii;çai^ ofxavwà W Ifttint^ |!W do^ 
)) règJjçi^ dé^gp.^Qs. par des titres et des. cpQi^sitîans ^ dMft 
» Qxi< donne de^ modèles*,, méthode pinr laquelle oiv apprend 
» sûrement sa langue par principes., » (^Ibid^m*y 

m. ifi Siège «ie jR^é^y.tcagedie.en^cinij^ aotis^et en vers. 
(( £1]^ ferait le pi^danA de/). TempUepsi elle i^'^^ p»9^1a naêm^ 
» richesse de poésie , mais elle a plus de chaleur et de r^gur 
y^, Isgcit^,., {on^e swr.le^tibéatrerdb Eethel^eo^ i<8.q4^. )v(;/&4i6in.) 

IV . Les Etats de Bloisj, trs^édie,.en ciaqja^s ejtieii vei^ 
a A$te2i médioçce*, inai^.peigQaiM; J^eOiI'^sp^t d^^si^cH » 

y. Le^ Péhpfdesi çhr4timsy, tragédie on cinq; ^çtes, et eiv 
v^rs.^ ((: Quoiitpiea^sev bien écrite, et diun grwd inl^i-ét^,le$ 
)j comédien;? ont E^fo3é ^, 1#. jpwr, sa^^ vo^loji^ s'ei(p)jq]Mfi 
» ni dire pourquoi. » (^Ihid*\ 

VI. Le Mystificateur^ copiédje ejjk tçois, me^ ^ en» vj^r^ 
(c Oi^ en joue de moms bonnes^ ^. (^IbH* ) 

yij. j&6$: 2ro&$ J)eyise5^ coipiédie en trois aejtqs e^ e^ pDOse , 
pow: être jouée par de&.d£n)pisel)e^. 

YUl. La Mor^de ma T(mf^.j.ouce^quijilaUc(u J?am^jQÇH 
médie en trois actes et en prose ^ pouK les.dfHnoi^eUes^ 

Ces drames, avec des pièces fugitives, quinze odes, des 
épîtres, des fables, des chansons, etc., (ormeraiênt deux 
volumes 

J)EaAYK{GiUes)^ UAi;^ ducpréoédent, nié. à ftrtbeU je 
3o.aoûî. 17.44^ ^ K^fim e^ AUeinagp^ vêts, 1770, où. il fut 
p]X)ff^seur dfi langue ixançai^^^ Il a^ publié l\^^ Gcaixippiaire 
GernufMcp^fmnçaise; 



DEH 3^7 

DEHAÏE {Etienne)j avocat, né à Rethel le 7 o^t. 1760, 
)OuÎ8sait dé Testîme de tous ceux qui Faccordent au mérite 
et à la verttf. Il était procureur général syndic de Fadmi- 
liistratioft départetùientale des Ardennes, lorsqtie la journée 
du[ iù août 1792 Couvrit la France de deuil. Attaché à la 
oionatchie et à Tauguste fami lie des Bourbons, il s'arma de 
courage, et sur son réquisitoire, le conseil du département 
ayant à délibérer sur la question de savoir quelle suite se- 
rait ^linée k Facte du Corps Législatif du ïo août, portant 
la: suspension provisoire du roi, prit Farrété qui suit, dans 
sa séance dil rS août : ouï le procureur général syndic : 

» Arrête, à là pluralité de quatorze voix contre huit, i ** que 
Facte dur Corps LégidatTf portant suspension provisoire du 
pouvoir exécutif, ne sera ni proclamé ni promulgué. 

«Qu'il sera' cependant âivoyé aux distriétset aux! munici- 
palités du ressort avec le ]^résént arrêté, et qu'on leur en- 
verra également les autres actes du Corps Législatif qui 
feràieiit sirite à celtd' dU' i d . 

» a"" Qu'il regarde les dispositions dudit acte comme étatit 
attentatoires à la constitution, <îomme ayant anéanti un 
pouvoir organisé par elle, et cc»nme étant émané duf Corps 
Législatif dans des circonstance^ où ce corps, subjugué de- 
puis Soûg- temps, ne peut notoirement défibérer avec 
liberté. 

)i3°'Qtt(B F Assemblée Nationale est invitée à rétablir, par 
tous les mO]^ens qui sont en elle , et la liberté de ses délibé- 
rations et le pouvoir qui peut , aux termes de la constitution , 
leur donner force de loi. 

)) 5° Invite les administrateurs des districts et les conseUs 
généraux aies communes , à demeurer fidèles à leurs postes, 

comme, à leur serment Invite aussi tous les ci- 

toyens, au liom de la patrie en danger, de se réunir autour 
de la constitution qu'ils ont jurée. 

» 6** Arrête que le présent arrêté sera envoyé, par ud cour- 



328 DEH 

rier^ au Gorps' législatif et à la députatiou , et par la voie 
ordinaire 9 à tous les corps civils et militaires du ressort. 

» 7** Que radministration remplira ses fonctions jusqu'à 
détermination ultérieure en tout ce qui ne sera pas contraire 
à la constitution et une suite du i o août 1 792 v et sera en 
outre le présent arrêté publié et aiEché, lu au prône du pre- 
mier dimanche après la réception , et envoyé à tous les dé- 
partemens du royaume. » 

Cet arrêté qui, s'il eût été adopté dans toute la France^ 
eût rétabli la royauté sur les ruines des divers factions, 
portait, outre la signature! du procureur général syndic, les 
suivantes , que nos annales doivent conserver : 

1. Blay (J. B.), âgé de viAgt-neuf ans, avocat, né à 
Wadelincourt. 

2. Boucher (N. P.), âgé de quarante - cinq ans, né à 
Bar-lès-Buzancy, notaire à Buzancy. 

3. Bourgeois (J. B. A.), âgé de quarante-quatre ans, 
né et demeurant à Mézières-sur-]VJeuse, juge des traites 
foraines. 

4. Chanzy (J*), âgé de soixante -trois ans, cultivateur, 
né et demeurant à Vandy. 

5. Dessault (H.), âgé de quarante -sept ans, noble et 
cultivateur, né à Bièvres ( Ardennes), demeurant à Saint- 
Laurent. 

6. Gérard (C. J. B.), âgé de quarante-neuf ans, né à 
Mouzoh , procureur du roi de la maîtrise des eaux et forêts 
de Sedan. 

7. Gromaire (J. B.), âgé de cinquante -six ans, né et 
notaire à Chem'ery. 

8. Gérard (M. C. G.), âgé" de trente-quatre ans , avocat, 
né et demeurant à Mouzon. 

9. Legrand (J.), âgé de quarante-cinq ans , cultivateur, 
né et demeurant à BouvellemoQt. 

10. Lemaire (Jean Jacques), âgé de soixante -six aiis, 



DEL 329 

ancien maître de forges, cultivateur à Sainte -Ménéhould, 
en 1 7 â8, demeurant à Ghampigneul^ canton de Grandprc^ ( 1 ). 
1 1 . Namur (P.), âgé de soixante ans, cultivateur, né et 
demeurante Lucquy, canton de Novion-Porcien. 

Traduits au tribunal révolutionnaire de Paris, le 7 mai 
1 794 , ces estimables administrateurs n^ eurent pour diSfen- 
seur que leur procureur gënëral syndic , qui dit entr'autres 
choses, que s'il y avait un coupable dans ce procès, c'était 
lui -, qu'il avait provoqué et rédigé Tarrêté ci-dessus ; que 
ses co-accusës, influencés par lui, l'avaient signé de con- 
fiance, et qu'ainsi tout le poids de Taccusation devait re- 
tomber sur lui seul. Cette déclaration aurait suffi sans doute 
pour soustraire ses collègues à la mort, si les démagogues 
(jui dominaient à cette époque la plus horriblement mémo- 
^ rable, avaient respecté quelque chose. Condamnés tous les 
douze , ils subirent leur inique et atroce jugement le même 
jour. £tieni]^e Dehaye était frère des précédons. 

DEL AHAUT (Nicolas Joseph), naquit le 1 5 décembre 
170a, à Yvpis-Carignan , d'une famille considérée, et qui, 
depuis long-temps, se distinguait au barreau de cette ville. 
Le désir de s'instryire lui inspira le goût de la retraite , et 
décida son choix pour Tordre de Prémontré , où il était sur 
de trouver des ressources de toute espèce pour former ses 
mœurs et son esprit. Il entra au noviciat à Saint'-Paul de 
Verdun, et y fit profession en 17 18. Après son cours d'é- 

(1) > Oa rapporte que témoia du désespoir de plusieurs de ses compaguons 
» d'infortune , il les rassura par ces paroles : Mes amis , encore un instant , et 
» nous serons dans Cétemité ; nous allons enfin monter au ciel couverts des palme* 
» glorieuses du martyre. Louons donc à jamais le Seigneur notre Dieu, A peine 

• eat-il cïoinmeacé à psalmodier, que ce pieux exemple fut suivi p^r ses mal- 

• heureux collègues. Furieux d'une résignation si courageuse , le commissaire 
» du service fit supplicier Lemaire le dernier, afin de le rendre témoin de 
» l'exécution barbare de ses vertueux camarades. » {Note communiquée par 
M, Nottret de Saint-Lys.) 



ifcjo DEL 

tudes , ses stxpénexas Fayant jugé capable d'être emj^jé 
dans Fenaeignenaent , renvoyèrent à Fabbaye deBet^a!, 
près de MaazoB , où il professa la dï^ogie pentdânt plu- 
sieurs années (f). Il était pmeureur k Tabbafyé de Lon^é, 
canton du Cheme, en fj5^* On ne voit pa^ qu'il ait' va<;ué 
k d'autres eâipMsP dand sst coagrëgSEltîonr, quoiqti'il eut tes 
tatens néeesdaires pour s'en aetjaitteraf^c distinction *, mais 
ttkup proférait kt vie de simple religieu^t, qui lui laissait 
tCNxte la' liberté de se livrer ave& ifecberebes historiques, pour 
lesquelles tlarvaêit nm goût doifiinam. 

' A Fe:jten)ip}e* de beauccmp d'autres ecclésiastiqiies- de ce 
tempd^ qui ne manquaient ni de^hmiièresni d'imtïiïctîon, 
il crut ne voir dafts le liv^e de Janséniuià , que la dûfetrine 
de' saint Augustin , et il refusa de sign^er le formuliifîre : 
tort, sans doutes mais qui s^'atliénueunpeu, lorsqu'on pense 
qifr'il était alors: pàrtaigé pai; des hommes respectés pour leur 
science et pour leurs mcsurs , dbnt l^exempie et le& vertus 
pouvaient séduire. Si toutefpis, sous ce rapport ^ on ne peut 
Fexcuser, on doit dire' au> moins^ qu'aucun religiëtô ne fîit 
jamais' pins esBict hf remplir ses devoirs , plus Humble , plu^ 
sévère pour lui-même , plu^ indulgent pour les< autres', moin» 
, répandu àsat& le' monde, et plile attaché à^ la pratîiqtie'dé sa* 
règle. Les moment de liberté qu'elle lui laissait, étaient 
consacrés au:8^ travaux du cabinet ,vcâr il pensait que le bon* 
h«ur de Fétude est peut^tre le seul' qui ait le privilège de , 
tenir lieu de tous les«autres. 

Il assista au chapitre national tenu à Prémontre en 1770, 
commedéputé^de Fabbaye de Mureau, enLorraînie, où* il 
demeurait alors.-,, et il y exprima , de la inanière la plus po- 

(4)]iinswrf ('iVtiioltrâ)) saffont Prémonticr, ooflnu; par* plàneiov <fOf!Mg«iK* 
^it» d^éradilîoa:, prafewa la phiiomphie è Belvai depuis 17 1& jus^er^ii 
171 71 II était né à Mlu-âft» en Lomifiii9,'Çii i^Sgd. ()^oy. son anrticlè datirler 5ii/^ 
plèmént ait Dietfonnair» hittw, dmPelhr,) Gkinet (Pfiefftttê)^ auteur de'dtfeit 
ouvrages, fut prieur de Belvai et de Longwé. Né à Nancy en 16a 1, oiorten i0g^. 



DEL 53i 

sitiye, son vcea pour ia iréfovme Aes abus, et surtout pour 
FobserMance exacte ôm ^uxième cliapitre die la* règle de 
saint AugustÎD, qui prescrit k tde commtine et ioterditi 
toule propriété. Dans FocGastQtt, il s'élevaitaifec force ceiiliîe 
k'phimlité de» bénéfices^ : il la regardai! comme une în)iu^ 
tioe opii e»tos6 sur k> tétii àlim sévi, ce <fn dcTzaitétne pasry- 
iagé entre' pltisieurs, et qm fait tcop sounrent. servir au Inse 
et à la- yanvté \»8 rii;kes8e9 du sanctuaire , uniquement des- 
tinées à étendre modérément Jies bornés d'une subsistance 
ts?op étiroite^ et à sau^nee les nsdnistres< àee? aufteb- de laikonte 
de^^ndlgence» Il estmort pieusement à Brieulle^ur^Meuse , 
m^san de sa congrégation (canton de Don), le 1 7 mœr9 1774^ 
kissantreaMS, Fouvrage suivant : 

uénnah» ekdlès etreUgkases éK Y^cés^iodgnan etdeMïy»' 
zan., pnbUées^ atmc d$s mugmentad&nt» $t coPTsethns j ptw 
M^ h'Eaitgj. ancien* abbé générât dei Prémontré. Paris-, De^ 
soerétiDelBunay,.i8^2, inK8% p. 491. 

LJéditem, apiïès anroirrendmcomptedekupafft qWil'aacnc 
daiis.la puUÎGationi de: ces Aimales ,. donne auc sost anteim 
une notice ^ d'où; oett article aiétëcexArail:. IL a enrichi Fouh 
Tange itwoB biia»giapliie;d'YToiselidie Mouzonr, donilk plus; 
goande paartie: a> été tûnée de la. Bisfgrapfkie, uiffdënniusei. 

Ce9 Annales> cozitîéniieut une mnititnder. de.faîj|;s et oTa^ 
neodotes qa ow eherchesBit vainement ailleurs,, surtout, de^ 
puis- 1& dispersion ou ^anéantissement: de lae plupaart. des- 
pû&ees; erâgioaies que-Fànteuir svaît débobéès. aucE Ters^: et à 
lai pouasiére des< bibliothéquee. EileSv ne peu^^nt qu être. 
trài»«uÉilea'à ceuxquii -^udsonteonnaiiitreou) écrire Fbistoire^ 
du^paijns', et^f on nedoit jamaubs hisser éebapper Toccasion de^ 
loua» le zèle dé ces écrivains' laborieux^ qui' se chaigenct 
d'un tnavtttl où. il: y^ a toujours à essuyerplusid'ennui que de 
fruitsià recueillir. 



332 DEL 

DELlGNIER(i) {Pierre), né à Mëzières le 23 mars 1733^ 
d'Antoine Deligny, échevin , fut pourvu d'un canonicat du 
chapitre de Saint-Symphorien de Reims, en avril 1769,. 
après avoir enseigné assez long-temps les humanités au col- 
lège de Rethel. Il était maHn et spirituel , et il fit surtout 
ses preuves en jouant un petit rôle durant notre grand drame 
politique : imprudence dont il aurait été victime , si lœil 
inquiet de l'amitié ne l'avait soustrait aux regards des bour- 
reaux de 1794- 

Il est auteur de quelques Poésies Jhgitii^es^ imprimées par 
lui-même chez Pierart à Reims. Ce sont des failles ^ des chan- 
sons,, des épigrammes, et autres pièces, marquées au coin 
d'une plaisanterie fine et délicate, et où les ridicules et les 
travers de la révolution sont parfois saisis et peints avec les 
traits enjoués et piquans de Martial. En les chantant ou en 
les récitant , l'auteur y ajoutait un nouveau prix , par le ton 
gai et comique qui lui était particulier. Monuis lui-même ne 
mettait pas plus de gaîté dans ses récits , et ne riait pas de 
meilleure grâce et d'un ton plus joyeusement soutenu. On 
aurait pu lui fourrer un socque au pied gauche , chaussure* 
ordinaire des poètes comiques. Il n'avait imprimé que pour 
charmer son loisir, dans un temps malheureux où le cult& 
public étant proscrit en France , un bon nombre d'ecclé- 
siastiques , au milieu d'un> dénuement affi:eux , avaient 
cherché leur subsistance dans les travaux de l'imprimerie. 

Il serait peut-être difficile aujourd'hui de réunir ces pièces 
détachées , qui ne furent tirées qu'à peu d'exemplaires, pour 
des amis. L'auteur aurait pu les rassembler et les publier 
après la chute des farouches dominateurs de leur patrie , 
mais il a senti , qu'à moins d'un mérite supérieur, ces fleurs^ 
que sème en passant unç imagination fleurie, ne doivent 
pas survivre à la circonstance qui les a fait naître. Retiré 

(1) Son père a signé Deligny au bas du registre baptistairc. 



DEL 333 

chez un de ses parens à TËchelle , canton de Rumigny, dès 
qu'un jour plus doux eut lui sur la France, Delignier y 
mourut subitement, le 9 avril 1795, à lage de soixante-^ 
quatre ans. Il avait conservé son caractère enjoué. Il pensait 
comme Voltaire , qui disait à Fauteur de la comédie des Phir 
losopkesj qnun Français qui n'est pas gai^ est un homme 
hors de son élément. 

DELOCHE {Nicolas André):, né à Novion-en-Porcien , 
le i3 octobre 173^, professeur d'humanités pendant treize 
ans, au collège de l'université de Reims, et sous - principal 
du même collège , chanoine de Téglise de Beauvais en jan^ 
vier 1767, et de celle de Reims au mois de juillet suivant, 
sous-chantre et sénéchal de ce dernier chapitre , et docteur 
en théologie de la Faculté de cette ville en 1 786 , y est mort 
postérieurement à Tannée 18 10. 

Ses productions littéraires sont : 

I. Ode illustrissimo ecclesiœ principi Car. Ant. de la Roche- 
Aymonj carchiep. Duci Rçmensiy canebatNic. Andréas De-- 
loche artium prof essor j nec non ahbatiœ regalis S. Pétri Re- 
mensis canonicus. Reims, 1763, in-4°, p. 8. 

II. Description des décorations pour le passage de M"^ V ar- 
chiduchesse Marie Antoinette d'Autriche^ Dauphine de France. 
Reims, 1770, in-4*> P* 34» 

III. L'Amour reconnaissant de la ville de Reims ^ Ode à 
M^lecardinaldelaRoche-Aymon. Reims, i772,in-8'*, p. 4- 

lY. In inaugurationem Régis LudonciXf^Ij Ode. Reims, 
Multeau, 1776, in-4'** 

Y . Ode à l'occasion du sacre de Louis XVI ^ Reims, 1:775, 
in-^'', p. i4* On a imprimé trois strophes de cette Ode à la 
page 1 14 du Journal historique du sacre et couronnement de 
.Louis XVI' (Paris, vente, 1776, in-8°.) 

VI. Explication des emblèmes inventés et mis en vers par 



i^ DEL 

M* Ber^eaty uùbane de Reims ^ ^et M* Vaifèé Oehche» tous deux 
chanoines jde V église métropolitaimif pour la décorati(m des 
édificesy arc de triomphe^ et tmàres monëmens érigés pmr ks 
soms de la vâie > lors de ia cérAnonte^du sacre deJLouis XVi. 



DELVINCOURT {^HenH Antoine Augustin}:, ne fe 
4 mars J767, à Mainbressy, canton de Chaiimont-Porcîen , 
fut admis à Tige de onze ans au Wlëge de Ghasrktille^ où 
son père était Tenu établir nn penâîonnat. Aprèis avoir faîl 
ses cours dte philosoplûe et de diédlogie à Rèiiuâ , îl reçut l^i 
prêtrise en 1 791 ? et revii^t àCbaiAerille remplacer chez les 
chanoinesses sépukrines leur chapelain fugitif. Les temps 
ëfcant devenus mauTaîs, il partit pour Bruxelles : c'était k 
i5 septembre ^79^* ^ y trouva M. de Talleyratid^ aiehe-- 
yéque de Reims , (jui Taccueiilit avec bonté 9 et le pit pour , 
son secrétaire. Avant de quitter cette ville , lorsque des de- 
voirs impérieux rappelèrent ailleurs, ce prélat lui procura 
r;éducation des fils de M. de MuUer. Pelviftoourt remplit 
cette tache à la satisfaction de cette famille illustre y qu'il 
«mvit à Vienne. Le désir de revoir sa patrie Vj ramena après 
la signature du concordat dti» i5 juillet i8o<. AJbors com*- 
nuNiça pour lui une nouvelle carrière, qu'il fournit avec 
honneur. .. 

Nos anciens collèges avaient été remplacés par des éccdes 
ceutnales : la distribution annuelle des récompense se fai- 
^t dans les templfis décadaires*, on y prononçaijt^ au pied 
de Tautel de la patrie, des jdiscours pleins de virulence contre 
la religion et la royauté. . A la suite de ces harangues 9 tou^ 
jours couvertes d'applaudissemens bruyans, on donnait pour 
prix aux jeunes élèves les CSSuvres d'Helvétius, de J .-J . Bous- 
seau, de Volney, etc., sans doute pour leur former Fesprit 
et le cœur, et émanciper leur raison (i)-, enfin, il n^ avait 

(i) Fby, Vaijiin, Annuaire des Ardennes, an. 1800. 



DSL m 

^liis d'éducation chrétiiçiiner II fallait couper la racioedu 
mal ; la premièi^ tentative de-DelviiuQourt: fut, le 3 sepéem- 
i)!^ iSoS, To^verture à Oiarleyilled un collège où rimstruc*- 
tion religieuse irait de pair avec renseignement* La disette 
de$ préixes étant extréna^e, il étaUit d abord» 6& 1806» 
un petit sâninaire. Par ses soins et son zèle actif y uvl 
grand sëoùnaire s'éleva tout à coup pour des sujets déjà' 
avancés dan3 la science ecclésiastique, et plus de quatre- 
vingts prêtres sortirent peu de temps aprèfi de cette ^cole , 
qui subsista jusqu'au rétablissement du siège dq Reims. 
Presqu'à la même époque , il rétablit à Charle ville la maison 
des d^mes sépulçrines, et releva leur pensionnat* Le, provi- 
çakedu diocèse, M. Jacquemin» curé de Mé;sière$, étajit 
noort en 1 8 1 3 , Delvinçourt fat cboisi pour lui succéder ^ et 
en août 1 8 1 7, on le pourvut du doyenné^ure de Gharleville, 
v'ftpant par le décès de Tabbé Bodson. 

C'eçt maintenai^t coEQime p^teur qu'il faut le considérer: 
et de nouveaux «lervices, de noi^velles institutions vont de<- 
venir le Iruit de son zèle^ Il profita de la bonne volonté d'un 
ecclésiastique pieu^ , Tabbé Magin , pour la formation d'une 
écola primaire destinée à l'éducation gratuite des enfans 
pauvres. Il contribua de ses propres deniers aux premiers 
frais dç cet établissement, où peu de temps après il parvint 
à introduire les frères des écoles cbrétiennes , qui excellent 
dans Fart si difficile d'instruire et de former la jeunesse in- 
digente. Après avoir pourvu à l'éducation des garçons, il 
is'QC<«Hpa de ç^Ue des, filles, et bientôt un noviciat s'établit 
die» le» religieuses sépulcrines pour l'instruction de jeunes 
maîtresses, qui, répandues dans les campagnes, y forme- 
raient à la piété et au travail les enfans de leur sexe. Un Içgs 
de 120a &. de rente perpétuelle est destiné, à soutenir cette 
bonne œuvre. 

Un autre établissement non moins utile , dû encore à sa 
sollicitude pastorale , est celui des dames de charité , qui , 



336 DEL 

dissémiiicSes dans les divers quartiers de la ville ^ visitent les 
malades et les pauvres, et rendent compte de ce qu'elles 
ont été à portée d'observer. L'hospice de CharlevîUe fut aussi 
l'objet de son attention -, et on s'y souviendra long-temps de 
Ses bienfaits. On y recevait des malades et des pauvres, qui, 
faute de bâtimens assez vastes, s'y trouvaient entassés et 
confondus. Il laissa par son testament une somme destinée 
à la construction de deux nouvelles salles, outre une rente 
annuelle de plusieurs milliers de francs en faveur de Thos- 
pice, et d'autres legs.pour les pauvres (i). 

Il releva et rendit à la décence convenable l'église du 
Saint-Sépulcre , qui ne s'était que trop ressentie des ravages 
du vandalisme révolutionnaire : il embellit et décora l'égUse 
paroissiale -, il y donna aux oiBces et aux cérémonies plus de 
pompé, en y appelant le séminaire. 

. Il passa à une meilleure vie le 24 février 1826. Le conseil 
municipal a décerné à sa mémoire l'érection d'un monument 
destiné à perpétuer le souvenir de ses bienfaits. Il consiste 
en une chapelle élevée dans le cimetière. L'abbé Louis Eu- 
gène Regnault, l'un de ses vicaires (né à Charle ville, le 
21 janvier 1800), a publié un Abrégé de sa vie (Paris, 1826, 
in-S**, p. 96). M. Soulès a fait une Ode de vingt strophes, 
chacune de quatre vers , sur sa mort. (^Mezières^ Trécourt 
(1826), in-8**.) Delvincourt était vicaire général de Reims, 

(1) « Outre ces dispositions testamentaires, il en est d'autres dont voici les 
• pluô remarquables. Tous les ans, à perpétuité, pendant la rigueur des 
» froids de l'hiver, il sera distribué une certaine quantité de bois aux pauvres 
» de la ville. On choisira parmi les enfans de la première communion, quatre 
» des plus sages , auxquels on donnera une somme de 4oo fr. pour les aider à 
«se procurer un état honnête. Il sera remis entre les mains du supérieur des 
» écoles chrétiennes, et cela' à perpétuité, une somme d'argent destinée à l'ac- 
» quisition de bons livres , qu'on donnera aux enfans pauvres qui feront preuve 
» de plus d'application. » (Regnault, p. 93.) On évalue à 5c,ooo écus les biens 
qui doivent un jour appartenir aux seuls établissemens de l'hospice et du pe- 
tit séminaire. 



PEM 337 

archidiacre , chanoine honoraire de son diocèse et de celui 
de^ Metz , supérieur du séminaire ^ principal du collège, of- 
ficier de Tuniversité, membre du -conseil municipal, admi- 
nistrateur de l'Hôtel-Dieu et du bureau de charité de la ville. 

DEMAUGRE (/ean)^ naquit à Sedan , le 28 février 1 7 1 4, 
d^une famille honorable. Des études soignées, faites sous les 
Jésuites de sa ville natale , développèrent en lui les plus 
heureuses dispositions. Long-temps indécis sur le parti qull 
devait prendre, il se détermina enfin pour TEglise , et em- 
brassa y en 1737, Tinstitut de saint Ignace , auquel il renonçai 
au bout de cinq ans. Après son noviciat, il fut chargé de 
professer les belles -lettres : il remplit cette tache avec zèle 
,et capacité. 

La poésie entrait dans ses goûts, et il la cultiva avec 
succès. Lorsqu'il régentait à Metz , un président au parle- 
ment de cette ville ambitionnait de se faire un nom parmi 
Xes poètes du xvin" siècle , et il croyait y parvenir en répan- 
dant çà et là des feuilles volantes de sa composition , qui 
n offraient guère que de mauvaise prose rimée. Une satire 
en vers , sortie de la plume du père Démaugre , suffit pour 
pulvériser cette choquante prétention. Plein de trait et de 
saillie, ce pamphlet fit du bruit*, les copies s'en multipliè- 
rent -, il circula dans tous les salons de Metz , et le rimail- 
leur lorrain , profondément stygmatisé , devint la fable de 
la ville et des champs. L amour-propre exaspéré jeta les 
hauts cris , et force fut au jeune jésuite de quitter sa chaire 
en 1743'? et de fuir pour se dérober à des éventualités fâ- 
cheuses.. 

Rentré dans le monde, il se tint pendant quelque temps 
à l'écart V retranché dans le silence, on le voyait plus diffi- 
cilement que Mercure ou Vénus, lorsque ces planètes se 
rencontrent dans le disque du soleil. Son inclination pour 

un genre de vie tranquille lui fit enfin embrasser l'état ec- 
TOME I. 2^ 



3i8 DHM 

clésiastique : î) débuta dans cette carrière au village de Ba^ 
lan, près de Sedan, où il remplit les modestesfonctiom de 
vicaire jusqu'en 1747» qfïi'on le piomut a la cure de Chau- 
vancy-Saint-Hubert. Seize ans après, c'est-à-dire en 1763, 
fl fut nommé curé de Givet-Saint-Hilaire, et il obtint, en 
1766, une pension de 600 fi v. sur Vabbaye de Lavaldieu. 
En 1 775, il quitta Givet pour se charger de la cure de Gen- 
tilly» près de Paris, qu'il laissa en 1 780, après que son frère , 
procureur général de l'ordre de Prémontré, lui eût résigné 
le prieuré simple de Saint-Côme de Chablis. Il résigna lui- 
niâme ce bénéfice, en 1^88 , à un Pïémontré ardennaîs, et 
se retira à Tvois-Carignan, où il mourut le 17 mai ,1801 , 
âgé de quatre-vingt-sept ans. 

A un esprit cultivé , l'abbé Demaugre joignait une ima-- 
gination vive et saillante, de la gafté, une mémoire ornée 
d'agréables connaissances , et le talent d'assaisonner la con- 
versation de ce sel qui la rend intéressante et la fait recher- 
cher : il avait une merveilleuse facilité à renfermer toutes 
sortes de matières sous les lois de la prosodie latine *, sa veine 
était une espèce de Protée, qui prenait siir-le«<hamp toutes 
les formes convenables aux sujets qu'il voulait traiter : il 
était d'ailleurs d'une originalité d'esprit dont toutes ses pro- 
ductions prenaient la teinte. En voici la liste : 

I. Requête (en vers) à V impératrice Marie Thérèse. Sedan , 
1760, in-4**. Elle est pleine de goût et de gaité-, elle valut 
au poète , de la part de cette princesse , une réponse flatteuse 
et une gratification de cent ducats pris sur sa cassette. 

II. Oraison fiaièbre du maréchal de Belle-^Isle^ prononcée à 
Montmédyj lé 3 ami 1761. Gharleville,Thesin, 1761, in-4'*- 

III. Omison funèbre de dom Menne Effleurj abbé d*Chval. 
Charleville , 1 766 , in-4** . 

IV. ie Militaire chrétien j ou Extraits de Sermons. Paris, 
V*Duchesne, 1776, in-i6, p. ^jt\ ibidj 1786, 1786, même 
édition, avec un titre rafraîchi-, it.^ Givet, Gamache, iSsS, 



DEM 339 

m-ï6, p. af4)6. Edition ancmy*tte où Ton a ajouté ï Ordinaire 
de la Messe et quelques prières. 

Ce scmt des fragmens de sermons prêches à Gi vet , ville où 
il yavait d^ordinaire une garnisbfi nombreuse. L'orateur était 
parvenu à y attirer tous les militaires , par Fadresse piquante, 
avee laqui^Ue il avait puisé dans Tart de la guerre le fon- 
dement de la plupart de ses raisonnemens, ou les objets de 
ses Gomjparaisons^. Il leur recommandait surtout Thumanitë 
adirés la victoire; et la veille d'une bataille, il leur auraie 
dit coiome Lanéoli ^ aumônier corse r « Guerriers ! demain 
» vous recevrez le signal des combsits -, votre valeur vous 
» emportera dans cette foule de villages que vous apercevez 
)9 dans le lointain : là , sont des^ malheureux habitans qui 
» jamais lie vous firent de mal. Chaque soufflet que vous 
» leitr appliquerez vous sera rendu dans Tenfer par un coup 
v de l&nee*^ et, pour un coup de sabre que vous leur don- 
» nerez, il vous sera arraché quatre onces de chair avec des 
)> tenailles bfûlantes. Allez, triomphez, et soyez humains, 
» le Ciel sera pom* vous. » ' 

V. Discours sur le rétablissement du culte public de la reli- 
gion catholique dans la ville de Sedan. Bouillon , 1 780, in-4'*. 
On peut consulter sur ce fait : « Avertissement (historique) 
» à la tète de lOffice quW célèbre à Sedan le jour de Saint- 
» Matthias , en mémoire du rétablissement du culte public 
» .dfu Saint-Sacrement en cette ville. Reims , Multeau, 1745, 
» in-S**,» Ony voit commentée rétablissement sefiten i644> 
pair les soins du maréchal de Fabert , premier gouverneur de 
^dan, après la cession de cette ville à Louis XIII, en septem- 
bre 1642, par Frédéric Maurice de laTour^ duc de Bouillon. 

^I. Pscdnd pcenitenUales. (Paris, 1786) in-S**, p.. 1 1; 

Cet opuscule -est un fragment de la traduction entière du 
Psautier,, qui a dû coûter beaucoup de temps et de travail à 
Fautem', ti*aduction trcHivèe dans ses papiers »près sa mort , 
et dont Tincurie de ses héritiers a privé le pubKe. De tous 



22. 



34o DES 

les livres de la Bible^ le Psautier est celai qui a le.plas sou<- 
vent exercé la verve des poètes. Mais beaucoup d'entr'eux, 
à rezemple de Buchauan , Font paraphrasé , et ont mis dans 
leurs compositions une diffusion monotone y oubliant que la' 
pensée 9 pour être serrée aux pieds nombreux de la poésie j 
suivant Texpression de Montaigne, n'exige souvent qu'un 
distique pour être rendue avec force. Pe^rsonne, plus que 
Demaugre , n'est à l'abri de' ce reproche : il a vaincu une 
grande diflSiculté, en s'astreigfnant à renfermer dans chaque 
distique le sens de chaque verset , qui souvent est rendu plus 
clair et plus intelligible que dans le texte. 

VIL ^d D. ahhatem Quintiacij prior Cabliaci. (Paris, 
1 785 ) in-S"*, p. 4* Pièce de cent huit vers, adressée à l'abbé 
Seguin, prieur de Quincy et chanoine de Chartres, ami du 
poète. C'est une description charmante et pittoresque d'un 
repas de gastronomes, où l'on décrit à la fin le jeu de wisk et 
de reversi d'une manière fort plaisante. 

VIII. MS. Eloge du ches^alier Bayardj mort le 2.5 ami 
1 624 , prononcé à MézièreSj le 27 septembre 1 770, jour anni- 
çersaire de la déli\france de cette yHUy en i Sa i, 'THt^ "t/ho^ 

DE^BÂNS (Jaa/ues), né à Mouzon en 1693, se consacra 
dès sa jeunesse à l'étude et aux exercices de la piété. Entré 
chez les Jésuites en 1609, il régenta la rhétorique pendant 
onzeans, tantà Pont-à-Mousson qu'à la Flèche. PhilippelY, 
^oi d'Espagne, avait fondé un collège royal à Madrid. Pour 
3e rendre florissant il fit inviter les hommes les plus dis- 
tingués de Tinstitut de samt Ignace , à venir remplir, les 
chaires de cet établissement naissant. Celle de grec fut 
donnée au P. Desbans (i). Il se distingua dans ce poste, 

(1) Le P. François Macedo qui , dans son Schéma , fait remonter Tinquisi- 
tion jusqu'au paradis terrestre , y occupa une chaire de chronologie et d'his- 
toire , offerte au P. Petau , que de graves infirmités retinrent en France. {Ni- 
^avn 9 1, XXXYII , p. 1 1 5.) 



DES 341 

et recurilUt ces hommages empressés et volontaires qui sont 
dus au mërite modeste. Rappelé en France par ses supé- 
rieurs, il mourut, le 1 4 février 16499 au collège die Moulins^ 
en-Bourbonnais, dont il était recteur. Sa douceur inal-* 
tërable, et son affabilité prévenante lui avaient concilié 
Taffection et la confiance de tous ceux qui rapprochaient. 
Les ouvrages sortis de sa plume sont d'une obscurité qui 
les met à Fabri de toute autre critique. 

I. Parvum B. virginis sacelhim hieroglyphicum , dis- 
tinctum imaginibus j Parthenio sodcUi sacrum. Pônt^à^Mous- 
son, Séb. Gramoisy, 16^3, in-12. 

II. De glorioso heroicœ yirtutis regnoj deque illiUs eximus 
adtoribus^ qui meritb à sacra philosophid^ reges habentur : 
insuper de iUustri stemmatum génère^ quo utraque pars coro- 
natur. Paris, Séb. Gramoisy, 1682, in- 12-, iU^ la Flèche y 
Griveau, i635, in-12, p. 348. (BB. du roi, 24886.) 

III. Sacra Ckristi Domini Academia^ distributa in octo 
classes beaùtudinum : it., 2* pars^ seu octo nobiles coronœ ^ 
quibus sacra Ckristi Domini Academia j in octo classes beati^ 
tudinum distributa cor onatur. Paris, Séb. Chappelet^ i633, 
in-8'', pi 689. On voit, parla dédicace, que cet ouvrage fut 
composé à Madrid. Le prévilége est daté de cette ville , le 8 
mars i63i . Le P. Ded^ans y est qualifié professeur de grec 
au collège royal. 

IV. Sotwel lui attribue encore des Notes sur les Œuvres 
de saint Clément d' Alexandrie j et deux ouvrages MSS., Fun 
De AposioliSj et Ydcatee De Nabuehodonosoro, typopœni- 
tentice. 

DESMONTS (jRc/nï), s acquit l'estime puUique^ dans les. 
Ardennes, par son zèle à servir les lettres, et à combattre, 
avec les armes de Fantiquité payenne, les sophismes des mo- 
dernes mécréans. Son inclination naturelle le- portait à la 
retraite et au fepos de la vie privée. L'âge bii ayaot permis 



Ht^ DBS 

de choiair un état, il entra dans là congrégation de Saûit*- 
Vanne y et s y lia par des vcbux solenneU, qu'il émit à Beau** 
Ueu««n- Argonne , le 9 juillet 1732. On se tromperait étran*- 
gement, si l'on croyait qu'il avait apporté dam le ek^fcre ce 
froid détachement» qui acccnnpagaetrop souvent rAmour 
de la solitude. Après. avoir accompli ses devoirs religieux, 
son occupation iavorite était d'enseigner les humailités à dei^ 
epfans nés de parens pauvres^ et le sèle qu'il metta:it à repar 
plir cette bonne œuvre, atteste le plaisir qu'il y prenait. Il 
eut souvent ^la satisfaction de voir ses soim eourOnnés de 
succès y car beaucoup de ses élèves, tran^plaat;é3 daius la so- 
ciété , utilisèrent leurs taleius au profit de l'Église ^t de 
FEiat. C'est spécialement pour eux qu'il compo^ une gfwi'- 
maire grecque y et travailla à un corps de livre élémentaire , 
dont il n'a publié qu'une partie* Né à Novy, pr^s de Rethel, 
le 3o octobre 1703, mort à Provins, le 27 du même mois 
1787. Ses ouvrages sont : 

I. Le libertinage combattu par le témoignage des auteurs 
profanes. Charleville, Thesin, I744"^^747> 47^1* in-ia. 

« Le premier volume commenee par une px^ce de qi^*- 
^ tEe*^iugt-trois pages , ou l'auteur donne des règles pour 
^ juger la doctrine des jmens , montre l'usage que l'on peut 
» Élire de leurs écrit , et prouve l'excellence de la religicm 
» chrétienne au-dessus de la philosophie. Dans l'ouvrage, 
)» il démontre, par le témoiguage des païens ^ le r^ison- 
V nemenl; qu il en tire , leKisteuce de Dieu , sa providence , 
» et tmm ses iM;tii}>ut$ : c'est l'obyet du premier volume. 
» Dans le second, il établit le culte intérieur et e:^téiievr 
» dû à la Divinité; l'immortalité de lame , et la fin dernière 
» de l'homme. Le troisième e^t çur le péché et ses effets , la 
» corruption de l'homme et ses suites 1 l'athéisme et Tim- 
)> piété 9 et sur chaque vice en particulier. Le quatrième pré- 
I» sente la doctrine des païens sur l'utilité et la nécessité de 
» la vertu, les qualités que celles-ci doit avoir , et sui* chaque 



r 



DES 343 

» vertu en particulier. Cet ouvrage n'a pu être composé san3 
» une vaste lecture 9 et beaucoup de rëflexiqns. Il est trop 
» diffus. Malgré ce défaut, il mérite d'être lu 9 et ne peujt 
'» manquer d'être uj^le^ » {Journal des Savons ^ ann. 1747» 
p. 579.)^ 

II. Méthode latine et thrétienne ^ où Von apprend le latin. 
Metx, Jos. Antoine, 17669 in*i2. 

III« Nouvelle méthode latine et chrétienne j où en apprenant 
le latin j on s'instruit en même temps de toutes les maximes et 
çérités de la religion. Metz, ib.^ 1760, in-ia. La première . 
partie ccmtient les rudîmens et la syntaxe , la seconde traite 
des particule. 

A l'imitation du ^ammairien Smaragde , l'auteur , dans 
ces deux ouvrages, a tiré ses exemples de l'Écriture-Sainte. 
f^oy. D. Rivet, JHist. littër.y t. IV, p. 44^* 

lY. MS. L' Ignorance confondue^ ou l'avantage de la 
science démontrée par Vexpérience et la raison. 

Dom J . François lui a consacré un art. dans le 1. 1, p. 25 1 , 
de sa BB. de V Ordre de saint Benoit.^Doia le Long l'a men- 
tionné honorablement à la p. 4^4 ^® ^^ Histoire de Laon. 

DESPORTES {François ). Le nom de c>et artis|« est très- 
connu dans l'éccde française*, et«i les bons ouvrages de pein- 
ture «éternisent la mémoire de leurs auteurs , il a un droit 
acquis à l'immortalité. 

U naquit en 1661 à Cbampigneul, près de Grandpré, de . 
Pierre Desportes , ridbe cultivateur, et d'Elisabeth Dugay. 
Envoyé à l'âge de douze anfi chez un de ses oncles, établi à 
Piiris , à peine y fut-il arrivé , que son talent pour la pein«- 
ture s'annonça par un de ces traits «qu'on «e rappelle avec 
plaisir, quand ils sont justifiés par de plus grands succès , 
comme, après avoir considéré les larges bords d'un fleuve , 
on aime à découvrir le filet d'eau qui forme sa source. Il 
tomba malade; pour le distraire on lui donna une n^auvai^e 



344 DES 

estampe, qu'il copia dans son lit. Cet essai décela son génie 
pour le dessin , et on le mit chez Nicasius , peintre Flamand. 1 

Ce maître , qui avait la réputation de bien peindre les ani- * 

maux, mourut peu de temps après, et le jeune Desportes 
n'en prit point d'autres -, il étudia la nature , sans laquelle 
l'imagination la plus heureuse ne peut manquer de s'égarer 
souvent : elle acheva de le former. Cette singularité remar- 
quable qui prouve la supériorité et l'inspiration des talens , 
lui est commune avec plusieurs hommes célèbres. 

Livré à lui-même, son premier soin fut de dessiller la 
figure d'après le modèle et l'antique ; il réussit à se perfec- 
tionner, et devint habile dans le portrait et la perspective. 

Il travailla d'abord à toutes sortes d'ouvrages pour les en- 
trepreneurs de plafonds et de décorations de théâtre. Claude 
Audran, excellent peintre d'ornemens, sut l'apprécier. Ils 
se lièrent ensemble , et travaillèrent de concert au château 
d' Anet , à Clichy , à l'hôtel de Bouillon , à la ménagerie de 
Versailles, et en beaucoup d'autres endroits. 

Son penchant le portait à l'étude des fleurs , des animaux, 
des fruits, des légumes, des insectes et des grotesques. Il 
s'y adonna tout entier, et obtint les plus grands succès. 

Le désir de se faire connaître l'ayant porté à entreprendre 
le voyage.de Pologne , en 1692 , il y fit les portraits des prin- 
cipaux personnages de la cour> Après deux ans de séjour 
dans ce pays , le roi le rappela en France , où il se .remit à 
peindre les animaux , quoiqu'il excellât danjs le portrait*, on 
résiste difficilement à son inclination naturelle. 

L'Académie de peinture lui ouvrit ses portes, le i**' août 
1699, ^^ ^^ même année Louis XIY lui accorda un congé 
de six mois pour suivre le duc d' Aumont , lors de son am- 
bassade en Angleterre : Desportes s'y fit admirer tant par 
les tableaux qu'il y porta , que par ceux qu'il y peignit. A 
son retour, le roi l'occupa à l'embellissement des maisons 
royales , et le. gratifia d'un logement aux galeries du Louvre, 



DES 345 

et d'une pension de 8po liv. Dès qu'il arrivait un oiseau rare 
à la ménagerie de Versailles, il recevait ordre de le peindre. ' 
Le 17 mars 1704? F Académie de peinture le mit au nombre 
de ses conseillers. 

Le duc d'Orléans, qui aimait passionnémentles arts, avait 
une vraie estime pour Desportes ,, dont il se servait dans les 
tableaux de sa composition. Il voulut avoir six morceaux de 
sa main, pour son étude particulière. Le Dauphin l'avait 
également employé à peindre plusieurs tableaux pour le 
châteao de Meudon. 

Le roi prenait souvent plaisir à le voir travailler, et sou- 
vent aussi il le faisait assister à ses chasses , pour esquisser 
sur les lieux les événemens, les courses, la mort du cerf, 
la curée, et surtout les plus beaux chiens , qu'il rendait avec 
tant de vérité , que le roi les nommait tous par leurs noms. Il 
en disposait cinq ou six sur une feuille avec leurs différentes 
attitudes , et les dessinait ensuite au chenil d'après nature. 
Toutes ces études lui servaient à composer de grands sujets. 

En 1735 , lorsque Louis XIV fit renouveler aux Gobelins 
la magnifique tenture de tapisseries des Indes, Desportes, qui 
avait^autrefois retouché les originaux de Vénus , depuis hors 
d'état de servir, peignit huit grands tableaux dans le même 
goût, mais plus riches, mieux ornés et d'une composition 
entièrement nouvelle. Ils furent exposés au salon du Louvre, 
et méritèrent l'approbation générale. Il traça aussi des des- 
sins coloriés pour la manufacture royale de la Savonnerie. 

Ses tableaux , qui sont en grand nombre , contribuèrent 
à orner les châteaux de Versailles, Marly, Meudon, la 
Muette, Ghoisy, Fontainebleau, Gompiègne, Virginie, 
ainsi que lé Palais-Royal, les salles de l'Académie, et les 
maisons les plus distinguées de la capitale. 

« Les études qu'il a faites d'après nature sont coloriées , 
» parce qu'il ne croyait pas moins nécessaire d'étudier la 
» vraie couleur des objets que leur forme. Il se servait ordi- 



L 



346 DBS 

» aakement de pi<$rre noire »ur du pa|>ier gris, aans beau* 
» coup de hachure , releva de blanc de craie : il y ea a qui 
ï> fioat arrêtées d'ua trait de plume y arec un lavis léger 
» d'encre de la Chine. Ses dessins coloriés sont pei«|s à 
» Thuile sur du gros papier gris sans impressioiL : manière 
)) excellente pour empêcher qu'ils ne se collent Tua contre 
» TaiUre*, mais il faut» pour y réussir^ qu'ils soient peints au 
» premier coup* Ses études de chiens sont faites aux trcHS 
Vf cmyons, et ^nt de la dernière beiauté : T^sprit qui y règpne, 
» un feu surprenant, une touche , une précision, la nature 
» même saisie par&itement, publient Thabiletéde lamain 
» de Despoil^es. » {Dargençille,) 

IKotre artiste, que Tabbë Desfontaine^ appelait la JNestor 
de la peinture ^ marchait sans cesse avec la nature : ^n art 
faisait tout son plaisir. Sa touche est vraie, lég^e et &cile; 
se^ couleurs locales sont très bien entendues. Ur^ne dans 
ses ouvrages une harmonie, une vérité, une fécondité, un 
choix et un.gout .auxquels on ne peut re&â^ son admira- 
tion* Sans avoir aucune manière particulière, son piniseau 

suivaitla variété des objets qu'il représentait, quoiqu'il pei- 
gnit soAJLveyit du premier coup et d'après nature. Il avait une 
intelligence si distincte de la perspective aérienne, et de 
l'accord général , que ses ouvrages semblaient tous être iàits 
de la xaéme pâte de couleur et dans le même jour. Personne 
n'a mieux dessiné que lui les animaux, et n'a mieux dis- 
tingué, par la variété de la toiuche , les différentefs espèces de 
poils et de plumes. Il saisissait également bien les fleurs , les 
fruits et le paysage. Enfin , il rendait la nature avec tous ses 
charmes^ Peignait-il une fleur, un fruit, des chiens? Il leur 
donnait la vie : il faisait , pour ainsi dire , parler les ani- 
maux. 

Ces talens réunis lui méritèrent, à juste titre, le premier 
rang entre les artistes qui , de son temps , se sont distingués 
dans le genre qu'il avait embrassé. Il ûgure ^avantageuse- 



DES 347 

upeot à côlé dek S^Deider, des Ckidry, des Hotideiuieter et 
dies Weeninx, qui ofit exoellé djsm^ l'art de peindre les ani- 
maux. 

Un ficbe curieux le ^nessait d'admirer un inaurais tableau 
venu d'Italie, qu'il mettait au-deasus de ceux de nos pein- 
tre9 : Je n'y connais d* autre mérite j dit Desportes, 4fue celui 
de ^enir de loin; c en est un grand pour i^oas , mais ce n'en est 
pas un pour moi. Il répondit un jour très-fièrement à un 
hoûamc de fortune, rerétu d'une chaiige considérable, qui lui 
disait qu'im homme comme lui devait être respecté : Quand ^ 
je youdrai^ monsieur, je serai ce que vous êtes; mais çqus ne 
pourrez jamais être ce tfue je suis. Il faut pardonner cette 
réponse à la modestie obligée d'imposer silence à l'orgueil. 

Un caractère aimable , des moeurs douœs / des manières 
ndj^s et aisées , beaucoup d'enjouement dans la conversa- 
ti<m, une probité à toute épreuve et un par&it désintéres- 
* sexi»ent l'ont toujours distingué parmi ses confrères. Attaqué 
d^une flùxîoa de pottrine à l'âge de quatro-yingt-deux ans , il 
npMWfUtft Paria le %o ayril 1743., laissant de son mariage, 
contracté en 1696, Claude François Desportes, son élève, 
et de r Académie, qui jcMgnait au talent de la peinture celui 
d«; la poésie (i). Nicolas Deaportes , son neveu, fut ^gale- 
D»eiiit aop élève; mais s'étant attaché au portrait, il devint 
oeliii de l'illustre Bigaud. 

Ses productions : ' 

I. Son portrait peini; par lui*'^me. U s'est représenté en 
chasaeiir» se reposant au pied d'un arbre. Près de lui on voit 
un^iroupe de gibier iport, et deux chiens. C'est son tableau 



(i) Mort le 3i mai 1789, âgé de soixante-diz-neuf ans { on a de lui» i« la. 
Feuve coqueUe 9 (Jonnée au Théâtre Italien en ijjii ; a» Discours $ur la Pfiimture 
et la Sculpture^ et sur les premiers Peintres du roi avant le Brun. — FUele le Brun: 
ce qui ibrrae le i*' Tolume da recueil intitulé : Vies des premiers Peintres du 
roi , depuis M. le Brunjusifu*à prêtent. Paris, i/Sa ,*a vol. in^**. • 



348 DES 

de réception à rAcadémie : il passe pour son chef-d'œuvre. 

IL Son portrait fait par Rigaud^ avec deux chiens et 
quantité de gibier peints de sa main , et le paysage du fond 
par Claude Audran : ce morceau est très-estimë. Desportes 
en fit présent à M. Mansart, surintendant des bâtimens. 

III. Portrait du roi Jean Sobieski, de la reine, du car- 
dinal d'Arquin y des princes et princesses de la cour de Po- 
logne. 

IV.. Un panier de raisin , de pèches , trois perdrix mor- 
tes et un chien endormi*, un cerf aux abois, atteint par la 
meute ; un garde-manger au croc duquel on voit un canard , 
un lièvre et d'autres pièces dé gibier : au bas sont des choux 
et des cardons. Ces trois tableaux sont au Muséum. 

y. Quatre sujets de chasse en petit, pour Versailles; 
deux tableaux représentant les diverses saisons de Tannée, 
caractérisées par les fleurs, les fruits, le gibier, etc. , pour 
idem.y quatorze tableaux à Versailles , représentant diverses 
chasses , et des animaux séparément*, cinq tableaux à la mé- 
nagerie, qui sont des chasses au cerf, au chevreuil, au daim, 
au loup et au sanglier. 

VI. On remarquait à Paris, dans la galerie d' Apollon, un 
tableau représentant un chien qui arrête un faisan blanc, et 
un autre avec un singe et un perroquet, un lièvre, un chat 
noir et blanc , et un chien. Le premier est au Musée de Vep- 
sailles , où il y a encore deux autres tableaux de Desportes : 
I** un panier de fleurs posé sur une fontaine; sur le devant 
du tableau, un lièvre, des perdrix, des cailles et des fruits; 
dans le fond un chien couché ; a** un arbre dans lequel esl 
entrelacée une vigne avec des raisins , un lièvre , un faisan , 
un canard , des perdrix ; sur le devant du tableau , des lé- 
gumes et des fiiiits. 

YII. Six tableaux dans^Fantichambre du roi à Marly, re- 
présentant, Tun trois chiennes qui arrêtent des perdrix 
rouges, Taultre deux chiennes arrêtant des faisans; deux 



DES . 349 

perdrix grises suivies par une chienne, paraissent dans le 
troisième tableau; le quatrième offre Tarrét de deux fai-* 
sans par une chienne ; ce même sujet est représente dans le 
cinquième , et deux perdrix rouges dans le sixième : peints 
en 1702* Le premier, le' deuxième et le sixième sont au 
Musée de YersaiUes, depuis la démolition du château de 
Marly. 

Yin. Un sanglier arrêté par sept chiens, et un cerf dans 
leau poiursuiTi par cinq chiens : à Fontainebleau. 

IX. Deux dessus de porte, représentant des oiseaux des 
Indes , et un tableau représentant un cerf aux abois , entouré 
de plusieurs chiens : au château de Ghoisy. 

X. Huit tableaux' pour le cabinet du roi à Gompiègne*, 
parmi lesquels est représenté un cerf aux abois , avec les plus 
beaux omemens de la meute du roi ; les autres sont des cor- 
beilles de fruits, avec plusieurs pièces de gibier; Toiseau 
nommé chevalier, deux oiseaux des Indes, etc. 

XI. Cinq grands tableaux de chasse, de grandeur natu- 
relle, pour le château de Meudon , peints par ordre du Dau- 
phin, en 1705. 

XII. Deux grands tableaux composés de fleurs , de fruits, 
d'animaux et d'architecture,, pour le château de la Muette, 
par odire du duc d'Orléans , ibidem; un canard buvant dans 
une fontaine, avec plusieurs oiseaux ; un paon sur une ba- 
lustrade, avec une basse de viole et un chien blanc. 

• XIII. Six belles chasses, dans le vestibule du château 
de Virginie , près de Palaiseau. Ce château a été détruit. 

XIV. Trois tableaux pour le Palais-Royal, destiofés pour 
une cuisine particulière, dont tous les ustensiles étaient 
d'argent *, l'un est un amas de gibier en plume placé sur la 
cheminée : les deux autres servent de dessus de porte , re- 
présentant des légumes , de la viande piquée , prête à met- 
$a^ en broche. 

XV. Huit grands tableaux pour la manufacture des Go 



35o DE8 

belins • dont les sujets: sont des fruits sauTages , des anîmaux 
des Indes, des oiseaut, des ëléphans, des tortues, des 
serpens et des fleurs : ils ont servi à faire de magnifiques 
tentures de tapisseries. Peints en ijiS, 

XYI. Des dessins coloriés pour des paralrens ,. des tapis 
et autres meubles pour la mani&ctnre des tapis de la Sa^on^ 
neHe, établie à Chaillot, près de Paris. Ils sont au nombte 
de sept, saroir : U Cerf et VEau^ le Renard et les Ralsms^ 
le Coq et la Perle ; le Chien et V'Eau^ les Chiens et le Càf*f 
le Loup et la C^ogne} lés Tigres et les Baisins. 

XYII. Une galerie dans le village de CMtilkm ^ près de 
Paris*. 

X\III. Quatre grands tableaux dons la salle à «nasiger 
de feu M. Bonier; quatre grands tableaux daud la salle à 
manger d'un par tieuUier : ce sont des chasses* ' 

Enfin, il n'y a ^ère à Paris, et dans ses environ», de fiueé^ 
sons considérables qui ne possèdent des ouvrages de De»- 
portes , soit portraits , animaux , sujets de chasses, dessus de 
portes, bufiSets, etc., sans compter ceux qu'il a faits en 
Pologne , en Angleterre , et ce qu'il a envoyé à Municb , à 
Venise et à Turin. On trouve de ses tableaux daf^ le 
commerce. 

Joullain a gravé, d'après Desportesy trois morceaux rn.*fol. : 
Son portrait de réception à F Académie , un loup krcé par 
des chiens, et un autre tableau* de^ chasse du ehâteau de 
Yirgink*, Jac. Pb. le Bas, douze petites planchés en hau- 
teur, représentant des chiens de différentes espèces; et D^ 
marteau l'aîné ^ un chien qui étFangie un chat* 

Son portrait, en médaillofi in-8^, est gravé à k téte^de 
sa Vie par Dargenvilk . 

Dezalliers d' ArgenvîUe , Abrégé de ht Fie des plus fameux 
Peintres^ t. IV, p. 332-, de Marsy, Dict. de Peinture, t. I, 
p. 1 85 ; Papillon de la Ferté , Extrait des différens outrrages 
sw* la vie des Peintres j t. II, p. 575*, Lacombe, Diet. des 



DES 35r 

Beaux-'ArtSj p. 2 1 o; Guerin, Académie de PeintÊtre; Fontenai, 
Dict. des artistes,, t. I, p. 499V Hébert, Dict. pittoresque et 
histor. ; Gault de Satînt- Germain, Trois siècles de la Pein^ 
ture^ p. 147- 

DESROUSSEAUX {louis George). La vffle de Sedan 
s%on(n*e d'avoir ru naître , en 1762 , cet homme aussi esti- 
mable par les qualités du cœur que par celles de l'esprit. Il 
était fabricant de draps , et exerçait les fonctions de maire , 
lors de la fatale jpurnée du i o août 1 792 , qui fit de la France 
un vaste cimetière. L'Assemblée Législative , qui venait de 
saper les bases de la monarchie, devait naturellement s'oc^ 
cuper du soin de tromper les départemens et les armées sur 
ce grand attentat. Pour y parvenir elle nomma des commis^ 
saires pris dans son sçin. La députation du Corps Législa-^ 
tif , destinée à se rendre à Farmée du centre , campée près 
de Sedan, sous les ordres du général La&yette, était oom-^ 
posée de MM. Antonelle , Kersaint et Péraldy, qui s'adjoi- 
gnirent M. Klairval pour secrétaire. Arrivés à Sedan le 
i4 août (i), pour y Êiire enregistrer le décret de suspension 
du roi , ils furent arrêtés aux portes de la ville , et conduits 
à la municipalité, pour y faire viser leurs passeports. Tout 
était préparé pour les recevoir. Le général avait enjoint à la 
municipalité, par une lettre du 12 août, de mettre ces corn-- 
nUsscdrès en lieu de sûreté^ sous la garde d'un offider supé^ 
rieur. Il avait d ailleurs déclaré^ par un manifeste adressé à 
son armée , qu'ayant reconnu dans la constitution la volonté ^ 
librement exprimée ^ de la nation Jrançaise^ renfermant tous 
les moyens de féUciié publique j il fallait se rallier atOour d'elle^ 
jurer de vivre pour tobserçer et de mourir pour la d^ndre. Le 
maire et le procureur de la couimune convoquèrent aussitôt 

(1) Ils s'étaient rendus le même jour au lieu des séances du D. , où ils ne 
trouvèrent qu'un petit nombre de membres, qui s'excusèrent sur l'absence de 
leurs collègues , pour ne point délibérer. 



35a DES 

les officiers municipaux et les notables y et prirent d'un com- 
mun accord cet arrêté : 

« Le conseil général de la commune de Sedan , délibérant 
sur la validité des passeports présentés y ouï le procureur de 
la commune , considérant les circonstances où se trouve la 
patrie : arrête que MM. Kersaint^ Antonelle^ Pércddy et 
Klaùvalj seront provisoirement mis en état d'arrestation* 
Délibérant ensuite sur la nature des pouvoirs ( illimités )y 
dont les soi-disant commissaire sont porteurs *, 

» Considérant qu'au moment où ils auraient été conférés , 
l'Assemblée Nationale, obsédée par la horde des factieux, qui 
remplissaient la capitale de sang et de carnage , n'a pu agir 
avec liberté , et que ce n'est que pour éviter de plus grands 
crimes, qu'elle a pu consentir au décret qui viole de la ma- 
nière la plus outrageante la constitution *, décret , ou plutôt 
acte monstrueux , qu'elle doit se faire un devoir de révoquer 
aussitôt que ses oppresseurs l'auront rendue à elle-même \ 

» Considérant que tous actes* émanés ou qui en émane- 
raient , tant qu'elle se trouvera sous le glaive des assassins , 
sont frappés de nullité *, 

» Considérant que, si les soi-disant commissaires étaient 
députés, ainsi quils s'en qualifient, ils n'auraient pas ac- 
cepté une mission destructive de la constitution \ qui tend 
à tromper le peuple, à soulever l'armée, et à lui retirer les 
braves généraux qui la commandent; quon ne peut donc 
les regarder que comme des émissaires de la faction qui a 
usurpé les pouvoirs expressjément délégués par la souverai- 
neté nationale -, 

)> Considérant que le roi, son auguste famille, ainsi que les 
députés fidèles à leurs devoirs , sont encore au pouvoir des 
Êictieux , arrête : 

» Que les soi-disant commissaires députés demeureront en 
cette ville sous bonne et sûre garde, y resteront en otage 
jusqu'à ce qu'il soit notoire que l'Assemblée Nationale et le 



DES 353 

roi soient libres et n^ayent plus à craindre de leurd oppites- 
seurs. » 

Cet arrêté fut revêtu du seing du maire et des signatures 
suivantes , que l'histoire doit conserver. 

Officiers municipaux : 

1 . Lenoip-Peyre (J, L.), âge de trente-neuf ans (le 3 juin 
1794), procureur de la commune, teinturier, natif de Sedan. 

2. Gaillon, substitut de ce dernier, marchand épicier, 
député au -Conseil des Cinq-Cents depuis le 20 mai 1798 
jusqu'au 10 novembre 1799- 

3. Bechet(Paul Stcmùlas £doiiard)j âgé de trente-trois ans, 
manufacturier, natif de Sedan, administrateur et receveur 
de Fhôpital. 

4* Bechet (Louis Joseph)^ âgé de soixante ans, manufac- 
turier, né à Sedan, demeurant à Philippe ville. 

5. Legardeur (^Jean Baptiste Delphine)^ âgé de cin- 
quante ans, fabricant, natif de Sedan. 

■6. Foumier (Pierre Cftor/e^) , âgé de.quarante^leux ans, 
marchand épicier, né à Sedan. 

7. Gigou- Saint-Simon {Louis François)^ âgé de soixante- 
un an, ancien aide-major de la place de Sedan, natif de 
Melle (Deux-Sèvres). 

8. Lamotte-Germain. 

9. Noël-Laurent {Michet)^ âgé de soixante-trois ans, con- 
fiseur, né à Sedan. 

10. Petit-Fils (^ Jean Baptiste) y âgé de cinquante ans, 
médecin^ natif de Mézières-sur-Meuse. 

11. Raulin-Husson , père (Nicolas) ^ âgé de soixante- 
irois ans, fabricant de draps , né à Sedan. 

12. Saint-Pierre ( JVoti George Jacques) , âgé de cin- 
quante-cinq ans , propriétaire , né aux Autieux , canton de 
Boos (Seine-Inférieure), 

i3. Verrier. 

TOME I. . 23 



354 DES 

Notables :' 

14. Chayaux-Caillon (^Etienne Nicolas /.), âge de qua- 
rante-un an , charpentier à Sedan. 

i5. Dalchë, père (^Pierre) y âgé de soixante - trois ans, 
orfèvre, né à Sedan. 

16. Jacquet Delatre (Simon Jacqms), âgé de quarante- 
quatre ans , marchand tailleur, natif de Sedan. 

\n, Edet jeune (Louis)^ âgé de quarante-six ans, char- 
pentier, né à Sedan. 

18. Edet (ioaii), âgé de soixante ans, menuisier, natif 
de Sedan. 

19. Fossoy {Claude)y âgé de cinquante-cinq ans, traiteur, 
né à Montfaucon , près de Château-Thierry, demeurant à 
Logny-Bogny. 

20. Gibou-Vermon {Pierre)^ âgé de quarante-quatre ans, 
brasseur, natif de Sedan. 

21. Grosselin, père {Augustin)^ âgé de soixante-six ans, 
marchand épicier. 

22 . Hennuy (Etienne)^ âgé de quarante-six ans , libraire , 
né à Sedan. 

23. Hermès-Servais , âgé de soixante-six ans, né à Fran- 
chimont, manufacturier de poêles. 

24» Le Chanteur {Jean Charles Nicolas)^ âgé de trente- 
un an, brasseur, né à Vrîgnes-aux-Bois. 

26. Legardeur le jeune (François Pierre)^ âgé de soixante 
ans, ancien fabricant de draps, président du tribunal de 
commerce, natif de Verdun. 

26. Ternaux Faîne. 

27. Ludet, père (Jean-Baptiste), âgé de soixante-quatre 
ans, chef armiu'ier, né à Sedan. 

28. Mesmer (^enri), âgé de cinquante-deux ans, bras- 
seur, natif de Sedan. * 

29. Rousseau (Antoine Charles)^ âgé'de cinquante-six ans, 
manufacturier de draps, né à Paris. 



DEZ 355 

3o . Warroquier, père (JNicolas)^ âge de soixante-deux ans, 
né à Givry en Argonne. 

Tous ces hommes courageux, à Texceptionde CaiUon^ 
Lamotte-Germainj f^errier et TemauXj qui étaient morts ou 
fugitifis, fuirent traduits am tribunal réTolutionnaire de Paris 
le 3 juin 1794 9 ^^ périrent le mévie jour, victimes de leur 
noble dévouement à la monarchie légitime. 

Nous ajouterons à cette liste : 

Billard (/eon), âgé de 5oixante ans , natif de Signy-Li- 
brecy, brigadier de gendarmerie à Fontevrault, condamné 
et exécuté à PaHs , le 7 octobre 1 794» 

Dubois , seigneur d'Ecordal , major général de Tarmée des 
émigrés, pris les armes à la main dans la Belgique, et mis 
à mort. 

Lescuyer (^Charles Joseph) ^ seigneur d'Hagnicourt , né 
en 1744» condamné et exécuté à Paris, le i3 août 1793. 

Thjrrry, âgé de vingt-cinq ans , natif de Sedan , maréchal 
de logis en chef au 8^ régiment à cheval , exécuté à Paris le 
27 mars I794' 

Vuibert (^Robert François Stanislas) y avocat général au 
bailliage Mazarin , né à Rethel , le ^i février 1 743 , con- 
damné et exécuté à Paris, le i""" juillet 1794* 

L'échafaud n'est honteux que pour le criminel. 
Quand l'innocent y monte , il devient un autel. 

DEZ (Jean) y recteur du collège des Jésuites de Sedan, 
s'*était lié à lem' société, le i**^ mai i66o*, il y professa les 
humanités, la rhétorique et la philosophie, fit des confé- 
rences sur rÉcritiire- Sainte, et s'appliqpia ensuite au mi- 
nistère de la prédication. L'édit de Nantes ayant été révoqué 
eti 168 5, les circonstances étaient favorables pour traiter 
en chaire les matières de controverse ) et comme il en avait 
pris le goût auprès du fameux P. Adam et du. P. Henri 

23. 



356 DEZ 

Bacio(i)7 ses confrères, il suivit cette carrière , et y réussit. 

Durant son rectorat du coUëge de Sedan , il convertit un 
grand nombre de Calvinistes ; et Ton remarqua que parmi 
ceux qui , par obstination , s'étaient refusée de se rendre à la 
force de ses preuves y plusieurs avaient cëdé au charme de sa 
conversation. De Sedan il passa à Strasbourg , où il établit 
lin collège royal , un séminaire, et une université catholique ; 
établissemens qui furent mis sous la direction des Jésuites 
français (2). 

Devenu supérieur du séminaire , il signala son zèle et sa 
capacité dans, beaucoup d occasions. Il fut cinq fois provin- 
cial , trois fois en Champagne , une fois en Flandre , et l'autre 
dans la province de France. On lenvoya deux fois à Rome 
pour assister à deux congrégations générales de sa société , 
tenues sous Innocent XII et sous Clément XI. Il suivit, par 
ordre de Louis XIV, M. le Dauphin, en qualité de confes- 
seur, dans ses campagnes d'Allemagne et de Flandre. De 
retour à Strasbourg, où il devint recteur de FUniversîté, 
iiy mourut d'une colique néphrétique, le 1 2 septembre 1712. 
Il était né à Chaudefontaine , canton de Sainte-Ménéhould , 
le 3. avril i643. 

a Outre les agrémens d'un commerce sûr et aisé , on 
» trouvait en lui, dit le P. de Laubrussel, une source de 
)> bons conseils, n joignait à une noble et aimable simplicité, 

(1] Il à (ait des missions à Sedan avec le P. Adam. Il était de Nancy. Depuis» 
il a régenté la rhétorique et la philosophie à Dijon , et y a été recteur, après 
avoir exercé long-temps le ministère de là chaire. Il est mort recteur.de l'Uni- 
versité de Pont-à-Mousson , le a5 janvier 1681, assez âgé. Il a mis au jour : 
10 Belgardii FranciiB Paris, laudatio dicta aSmac'c. Divione, Palliot, i647,in'iia ;' 
2^ Btogium Btnrici BortfonHH (CondiBi). Divione , ibid., 1647» in-ia. 

(a) Il n'y existait auparavant <pi'une académie luthérienne , érigée en 16a 1 
par l'empereur Maximilien II. Cependant il y avait à Molsheim un collège qui 
tenait lieu d'université épiscopale , et dont Thistoire de l'inauguration a paru 
sous ce titre : Primitiœ Archiducalis Acad^miœ Molshcmianœ. Molsbemii, 
1618, in-4'' 



DEZ 357 

» Une grande étendue de lumières et un sens si droit, qu'entre 
» cent expëdiens, il allait d'abord au meilleur. D savait 
» se taire , mais il était essentiellement vrai dans ses paroles *, 
.)) et on admirait qu'avec une franchise ennemie de tout dé- 
» guisement , il eût une réserve à ne trahir jamais le secret 
» de personne > et à ne s'ingérer jamais à donner. son avis 
)) sans en être prié. » 

A côté de ce portrait , tracé par un jésuite , nous place- 
rons celui-ci crayonné par la main d'un janséniste, ce Le 
» P. Dez était un homme ardent, né pour la controverse, 
» et qui aurait embrassé ce genre par tempérament , s'il ne 
» l'avait pas choisi par état. Il se signala dans la querelle 
1» des missionnaires au sujet des rites de 1^ Chiné. Il ne se 
» montra pas avec moins d'ardeur contre les disciples de 
)) Jansénius et de Quesnel. » (Diction, des j4ut. EccUs.) 

Ses ouvrages: 

I. jirticuli Irenici. Argentorati, i685,in-8®, anonyme. 
Il s'efforce d'y concilier la Confession d'Ausbouiç avec le 
Concile de Trente -, mais il a échoué (1). Son livre fut con- 
damné à Rome (â). 

(1) Voy. Den Unschuldingen nachricht, 1707, p. 89. 

(a) On y a opposé : 1° Copiœ trinarum epistolarum , ex occasîone xxxi artîcu- 
iarum^ qui y Argentinœ nuper editiy unUmem utriusque eceieêiœ Rcmano eaïho- 
iieœ et evangdie<B coneemunt , ultro scriptarum in favorem veritatis , in àicem 
emitsœ (Latine et Germanicè). Stutgardy i685, în-8<>. Ces lettres sont d'un 
anonyme, et de Jean Adam Osiander, lequel a encore publié contre le P. Dez, 
en 1686, à Tubingen, 1 vol. in-8^ en allemand , dont on peut voir le titre dans 
la bibliothèque théologique de Walch; a<> Dan, Severini seuttet Epicrisis ad 
articulas Argentoraienses , unionem eccUsia evangeUcœ cum Romanâ concemen- 
tes, Francof. , 1686 , in-8* ; 3« Joan. Fechtii tractatio hisiorico theptogica de ori- 
gine et superstitione missarum, in honorem sandorutn celebratarum. Rostoch, 
1707, in-4* ; it, (cura filii Gnstau Fridericî), Rostoch , 1725 , in-8«. ; ouvrage 
dirigé contre Bossuet, le P. Dez et Grancolas ; 4*^ Jean Benoit Garpzovius, 
George Henri Hœberlin , Philippe Jacques Spener, et Yalen tin Ernest Lœs- 
cherus ont aussi entré en lice avec le P. Dez. Walch rapporte les titres de 
leurs ouvrages y éorits en allemand. 



358 DEZ 

II. La réunion des Protestons de Stradfourg à V Eglise ro- 
maine^ également nécessaire pour leur salut j et facile selon 
leurs principes» Strasbourg , Dolhopf^ 1687, iorS"^ p. 522-, 
à.j Strasbourg, ibid.j 1669, ^*^% P* ^^^9 i^*^ ^^^^ une 
nouTelle préface , et augmentée d'une Réponse aux écrits de 
dmix ministres. Paris,, Musier 1701, in-12 , p. 5i i -, it.^ en 
allemand y par Ulric Obrecht, sous ce titre : F'ereinigung 
der ProtesOrenden zu Strasburg mit der rœndscken Kirche. 
Strasburgy 1688^ in-8***, d.j Colon, 1702, in- 12. A Timi- 
tation de Bossuet, le P. Dez. tâche d'y prouver qu'il n'y a 
pas un aussi grand éloignement qu'on le croit d'ordinaire 
entre les Catholiques et les Protestans. Il y établit les vérités 
dont les deux partis conviennent : i"" qu'il n'est pas permis 
de se séparer de la vraie Eglise *, 2° que l'ELglise romaine a 
été autrefois cette vraie Eglise*, 3® que si elle l'est encore , il 
n'est pas permis de s'en séparer -, 4*^ que selon les principes 
des Protestans, elle doit être la vraie Eglise, puisqu'elle n'en- 
seigne aucune erreur fondamentale. L'ouvrage, sans être 
très-prc^ond , a tout le mérite des livrés destinés à l'instruc- 
tion des personnes qui ne sont point controversïstes de pro<- 
fession : il est écrit avec clarté. La créance de l'Eglise romaine 
y est exposée avec beaucoup de simplicité , et distinguée 
avec précision des erreurs qui lui sont imputées , comme de 
celles qui lui sont opposées (i). 



(1) Foy. sui ce livre, Aclaeruditor^ 1687, p. ^84- r Journal dât gavant, 1702, 
mai , p. 44o ; Joan. Fabricii Hist. Bibiidh. , part. 6, p. 5^ 2 ; Den UnschuUtmgeif. 
nachiehten^ 17^9 , p. 993 ; Tabaraud, De la réuniondes communions chrétiennes , 
p. 4i4. 

Il a été attaqué pax : x'^Gasparls HetmischU Declaratio Lutherano, super ad- 
monition» de reunioneJesuitœ Joan. Dez. Xieipsick , 1688, in-4^ ; 2<> par Vaieo- 
tU) Alberti , dans Augustanà confessio , theticè et apohgeticè imprimis contra 
Jesuitœ Joan, DezU tUiorumque tam antiquorum , quàm recentiorum adversaripi- 
rum fallacias et crimlnationes , pertractatfi. Leipsick , 1690 , in-ia ; ^° par ffec- 
tpr Godefroi Masius » dans Disseriatio dfi siremtm cantu ; sive de uuione ProUs- 
tantium cum RomanA ecclesiâ , à JP. Dez tentatà : inaérée (iUm« ief Piss^tatioiu 






DEZ 359 

yS.. Eéflexions d'un docteur de Sorbonne. Rome^ 1697, 
in-8**. L'auteur avait ^critces. réflexions en français j mais 
pour mieux se cacher, il lea fit traduire eu italien par Tabbé 
Miço. Elles sont en faveur de Fénelon*, msûs sont-elles la 
même chose que cet écrit publié en latin à Rome, soùs ce 
titre : Ohsers^ations d'un docteur de Sorbonne , citées dans 1q 
n° suivant , où il est dit que les Jansénistes sont liés avec 
M. de Meaux contre M. de Cambrai? (i) 

IV. JLettre d'un ecclésiastique dé Flandre à un de ses 
amisj, où Ion démontre l'injustice des accusations que fait 
M. de Meaux contre M. Tarchevéque de Cambrai, dans 
son livre qui a pour titre : Divers écrits ou Mémoires sur le 
livre intitulé Explication des Maximes des Saints sur la vie 
intérieure. JLiége^ ^698, in-8°. L auteur ne doute point que 
son ami ne soit surpris de trouver j dans ce livre de M. de 
Meaux , si peu de ménagement et de bienséance^ tant de mar- 
ques d'animositéj tant d* aigreur j de duretés y d'insultes j de 
mépris^ d'atroces accusations contre Varcheivêque de Cambrai 
et contre Fauteur. d'un autre écrit public en latin à Rome, 
sous ce titre : Observations d'un docteur de Sorbonne^ etc., où 
il est dit que /^ Jansénistes sont Uésj etc. 

V. j(d virum hobilem de tultu Confucii et primogenitorum 
upud sinas. Liège, 1 700 , in-i 2, p. 47» Cette lettre du P. Dez 
a (été imprimée en français , s^vec une autre lettre de ce Jé- 
suite, et la réponse de Noël Alexandre, Dominicain, dan3 
sept lettres d'un docteur dominicain (N. Alexandre) au P. lé 
Comte et au P. Dezj Jésuites ^ sur la conformité des cérémonies 
chinoises avec V idolâtrie grecque et romaine. Cologne , 1 7O0 , 
in-i2. Ces sept lettres avaient paru séparément. 

académiques de cet écrivaia , 1. 1 , p. 5 18; 4** Jo* Faustius et George Henri 
Hœberiin , ont aussi opposé an livre du P. Dec deux ouvrages allemands dont 
les titre^ sont énoncés dans la bibliothèque de Wakdi. 
■ (i) Fày. sur ce libeile les Réponses de M, dô Cambrai aux remarques de M. de 
Meaugo ^ p. io5 et suiv., et de plus sa Lettre sur la Béponse de M- de Meaux aux 
Préjugés décisifs , p. 49 et 5o. 



I 



36o DËZ 

I 

Cette lettre, que le P. Dez fit à Rome, regarde Taffaire 
des superstitions de la Chine, qu'Innocent XII eût bien 
voulu finir ayant sa mort, mais qu'il ne put terminer, a Au 
» commencement du xyiii*' siècle , il s'éleva une contestation 
» entre les Jésuites de la Chine et les autres Missionnaires 
» des autres ordres religieux. Il s'agissait de savoir s'il y 
» avait de la superstition et de l'idolâtrie dans les honneurs 
y> que les Chinois rendaient à Confucius et à Jeurs ancêtres, 
» honneurs accompagnés d'offrandes , d'invocations , de 
)> parfums, etc. En 1704, Clément XI condamna ces rites 
» chinois comme superstitieux et idolâtriques-, en 174^*, 
» Benoit XIV confirma ce décret par sa bulle Ex quo Sin- 
» gulari. Depuis ce temps - là les Missionnaires ont interdit 
» ces rites à leurs prosélytes -, mais cette dispute , trop ani- 
» mée de part et d'autre, a nui beaucoup aux intérêts du 
Ta christianisme. » (Bergier, Dict. de Théologie ^ art. Chine.) 
Le P. Dez partageait à cet égard, avec le P. Michel le Tel- 
lier et plusieurs de ses confrères, les préjugés du P. le Comte, 
répandus dans ses Mémoires sur la Chine (1). (Paris, 1697, 
3 vol. in-ia)*, ouvrage contre lequel Bossuet, le cardinal de 
Noailles , Maurice leTellier, archevêque de Reims, et l'abbé 
Boileau, frère du satirique, s'élevèrent, et qu'ils firent con- 
damner par la Sorbonne (2). 

VI. La foi des Chrétiens et des catholiques justifiée contre 
les Déistes _, les Juifs ^ les MahométanSj les Sociniens et les au- 
tres Hérétiques; oîi Von réduit la foi à ses véritables principes j 
et oà Von montre quelle est toujours conforme à la raison. 
Paris, Musîer, 1704, 4 vol. in-12. Les journalistes déTré- 

(1) On peut voir, dans le t. V, p. i5 10 de la Table dùs Auteurs ecclésiastiques 
de du Pin , les écrits touchant le cuite des Chinois. 

(a) «Je ne comprends pas, disait Tabbéde Longuerue, comment les Jè- 
» suites permettent l'idolâtrie, eux qui se sont fait chasser de TAbysonie» 
» pour leur entêtement des rites romains : ils voyaient pourtant que les papes 
» laissaient aux Maronites la liberté entière là-dessus.» {Longueruana, 1'* part., 
p. 32.) Foy. Godescard , Fies des Saints, art. Martyrs de la Chine, 5 fév. 



DOR 36i 

voiix avouent que ce livre renfenne quelques points de cri- 
tique à relever^ mais qu'ils ne]prëjùdicient en rien à la force 
des raisons. (Octobre, 1714? ?• 1738-1766.) LeP. de Lau- 
brussel , Jésuite verdunois , provincial de la province de 
Ghan^pagne , éditeur de Touvrage , a mis en tête une notice 
de onze pages sur la Yie de Fauteur. 

\II. Un Traité latin assez ample, compose à Rome en 
1697, contre les^Œuvres de Baïus (publiées par dom Ger- 
beron. Cologne, 1696, in-4**)» Le P. Dez voulut le faire im- 
primer à Rome*, mais le P. Massoulië, savant Dominicain, 
à qui le maître du sacré palais le donna à examiner, ne lui 
fiit point favorable, et il fit des remarques qui le mécon- 
tentèrent. Le Jésuite en ayant eu communication, mais n^en 
connaissant point Tauteur, y riposta par Réponse au Jansé- 
niste auteur anonyme des remarques / mais il fut désappointé , 
le Dominicain ayant publié à Rome, en 1692, deux volumes 
in-foL, où il professait une doctrine opposée à celle de Jansé- 
nius. Le P. Dez n'en poursuivit pas moinis l'impression de «on 
livre auprès du cardinal de Bouillon *, mais ce fut sans succès. 

Les PP. de Laubrussel et Niceron n'ont parlé que des 
n°^ n et vi : les bibliographes qui ont suivi n'ont guère mieux . 
connu les ouvrages du P. Dez. 

Niceron j t. II, p. 333—335-, le Long, His^. deLaonj 
p* 55â^ Annuaire du département de la Marne (an xi— 1 802), 
p. 63-, /. Alb. FabriduSj Delectus argument, de verit, relig. 
Christ ^^-p. 507-, fFalchiuSj BB^ theologica^ t. II, p. 359-36o; 
Goujet, BB* des Aut. ecclés. du yxiii^ siècle^ t. II, p. 363; 
Richard, Dict, des Sciences ecclés.^ t. II, p. 363*, Joecher, 
Lexiconj t. II, p. io3', Phélypeaux , Relation du QuiétismCy 
part. I, p. 320-3249 part. II ? p* 264» 

» 

DORE (Pierre) j était de Longwez, près de Vouziers, 
où il naquit en 1733. Il fit ses classes chez les Jésuites; et 
comme il avait éprouvé dans lem* école tout le pouvoir 



362 Doa 

de l'attrait qui porte les jeunes gens à une enti^ imita^ 
tion de leurs mat^s» il en embrassa, en 1763^ Finsti- 
tut y dont il était destina à voir la dissolution. Xies Jésuites 
avaient établi dans leurs coll^e$ que les professeurs ensei- 
gneraient successivement toutes les classes : c'était une ma- 
nière de .recommencer ses études et de s'affermir dans la 
connaiasaiice des bons classiques. Le P. Doré se fit i<emar- 
quer dans cette carrière. Il pit)fe88ait la rhétorique à Pont-à- 
Moussbn en 17649 lorsque l'orage vint fondre sur son ordre. 
En i 766 y époque de la mort du roi Stanislas , qui avait pris 
les Jésuites sous sa protection , le P. Doré se retira en Sicile, 
où il prononça les quatre vceux. De retour en France , il 
exerça les fonctions de directeur des religieuses de la con- 
grégation de Notre-Dame à Saint^Nicolas-de-Pc»t sur la 
Meurtbe. Nos . troubles politiques vinrent Tarracher à ce 
modeste asile , et en 1 798 il fiit incarcéré à Nancy, où il 
s'était réfugié. A la renaissance du calme, il rentra dans la 
carrière où le rappelait un penchant irrésistible : il dirigeait 
la Maison -Mère de la doctrine chrétienne de Nancy, qui 
fournit des maîtresses d'école dans les campagnes, quand 
^la mort le surprit le 2a mai 18 16, âgé de quatre-vingt-trois 
ans. La sagesse de ses conseils le ;rendait précieux à con- 
sulter; il s'était d'ailleurs concilié l'estime générale par une 
piété tendre , un grand esprit de douceur, et une rare mo- 
destie. UAmi de la ReUgion. et du Roi lui a décerné des 
éloges dans le t. IX, n"" aiS, S*" année, p. 60. Il a publié, 
sous le voile de l'anonyme , les traductions suivantes : 

I. Visites cai Saint-Sacrement et à la sainte Vierge ^ pour 
chaque jour du mois^ par Alphonse Liguori *, trad. sur la 
i5' édition italienne. Fougères^ V* Vannier, 1816, in-i6, 
p. aa3; ft.j Nancy {s ^ d.), in-Sa. Il y a eu plusieurs édi- 
tions antérieures, dont la première parut avant 1787. 

II. Le mois consacré à Marie ^ ou Pratii/ue de désfotion à 



DOR 363 

ïhonneur de la sainte Fùrg^^ pour un mois entier^ frad. de 
l'italien de François Lomîa, misâîoimaire. Paris j Thomine 
et Foitic, 1819, in-32r II existe des' éditions antérieures. 

DORIGNY (Pierre) j poète français, noble d>3^tmctîon> 
releva Téelat de sa naissance par ce vrai lustre <[u'y peuvent 
ajoitiier le mérite et les talens* Il était écuyer, sieur de Sainte* 
Marie-Sous-Bourcq, près de Youziers. U naquit à Reims, 
vers Tan tSSo, de Françcns Dorigny, seigneur de Sainte- 
Marie, de Bouoonville etSechault (Ardennes), et de Marie 
Goîirlier. Ayant embrassé lé calvinisme avec son père, ijs 
se réfugièrent Tun et Vautre à Sedan :, Pierre Dorigny y 
mourut célibataire , en 1 58 1 . L'abbé Goujet , qui lui a con- 
sacré une Notice dans le t. XII , p. 39a-— 397^ de sa £^. 
JroF^çaisey le peint comme un poète sage et vertueux ; et 
qui, plus attentif aux choses qu'aux règles , ne sVst pas mis 
en peine d'alterner les rimes masculines et féminines. U pa- 
rait avoir été attaché au service de François II, roi de France. 
Dom le Long la mentionné à la p. 460 de son Histoire de 
Laon ^ il prenait ponr devise : Un Dieu et une sainte Marie ^ ' 
par allusion à sa seigneurie v 

Ses ouvrages : 

^ l. Le Temple' de Mars tout-puissantj dédié à François H. 
Reims , Nie. Bacquenois, 1 669 , in-S'*, p. 64 (BB. du roi ,Y, 
3191 ), avec cette épigraphe : Sequiturforlunalaborem^ et un 
sonnet .et une ode à la tête, par Marc-Antoine Picart, à la 
louange de l'auteur et de son ouvrage. 

Ce Poëme , dont l'abbé Goujet a publié des extraits, « est 
» une allégorie continuelle. 1a^ Honneur conduit un jeune 
» gentilhomme au Temple de Mars_, et le rassure contre tout 
» sujet de crainte : de là il le conduit chez Conseil^ qui lui 
» donne des avis solides sur la manière de se conduire, soit 
D en paix , soit en guerre. Get ouvrage fut fait pour Fran-- 



364 COR 

» cois 11; la morale en est excellente, la versification n'y 
» répond pas. » (Za Croix du Maine j BB. fr,, t. Il , p. 3o3.) 
On s'aperçoit aisément que cette fiction n'a été imaginée que 
pour donner une instruction indirecte à François II -, mais son 
règne fut si court , qu'il n'eut pas le temps de la mettre à profit. 

II. Le Hérault de la noblesse de France. Reims , de Foi- 
gny, 1678, in-S"*; à.^ Reims, Nie. Bacquenois, 1679, *ï*"8% 
dédié à Henri III. 

Foy.j sur la famille Dorigny, un Mémoire d'Anquetil. 
Reims j ^'J^'jy in- 12, p. aS*, la Chenaye Desbois, Dict. de la 
Noblesse^ t. XI, p. loa-, Grosley, OEuçres inédites^, t. I, 
p. 3g6', et Geruzez, Description de Reims j p. 5 10. Parmi les 
écrivains de ce nom, on remarque Jean Dorigny,. Jésuite , 
auteur d'une Vie d'Edmond Auger, publiée en 17 16. 

DORISY {Jean\ ne fit pas moins d'honneur à F Ardenne 
par l'étendue de son savoir, que par son zèle pour l'éduca- 
tion de la jeunesse. Né à Mouzon, en i585, tl embrassa 
l'institut des Jésuites, en 1606, à l'âge de vingt-un ans, et 
régenta avec distinction les belles-lettres pendant dix ans.. 
Les seize années* suivantes fiirent employées avec un égal 
succès à l'enseignement de la théologie. Dom le Long l'a si- 
gnalé à la p. 342 de son Histoire de Laon^ et Sotwel , dans sa 
Biographie Jésuitique (p. 44^)» ^'^ peint comme un professeur 
érudit et doué des plus rares vertus. Paris a reçu ses der- 
niers soupirs le 12 mars 1 652. Il a publié : 

I. Curiosœ quœstiones 'de ventorum origine ^ et de accessu 
maris ad littora et portas nôstroSj et ab iisdem recessu. Paris, 
Josse, 1646, in-8°, p. 202. La Dissertation de d'Alembert 
sur la Cause physique des vents ^ rend incroyables les progrès 
des sciences naturelles depuis le xvii® siècle jusqu'à nous; 
ce qui ne doit pas nuire au tribut de reconnaissance , dont 
le P. Dorisy s'est rendu digne en publiant son livre. Chaque 



DOR 365 

ouyrage est un <!Ghelon qui conduit à la perfection de la 
science. Le sien est remarquable pour le temps. 

IL Béponses catholùjues aux questions proposées dans le 
prétendu Catéchisme de la grâce. Paris , Lambert, 1 65o, in- 1 2, 
p. 66. C'est une réfutation du Gatëchisme de la grâce de 
Matthieu Fejdeau, ami des savans de Port-Rpyal^- publié 
(sine loco) en i6âo, in-12, p. 45. 

IIL Refutatio Catéchismi de gratid^ ex solâ doctrind sancti 
Âugustini. Paris , ib. y 1 65 1 , in* i a . 

IV . Refutatio compendiosa (ejusdem) Catéchismi de gratid. 
Paris, ibidj i65i> in-ia. 

y. Praxis confessionis sacrcuaentalis j ex 5. Augustino. 
Paris , Bécbet , i652, in-12. 

VI. Défense de S.Augustin contre le faux Augustin deJan^ 
sénùis. Paris , Josse , i65 1, in-4° *, it.j traduit avec ce titre : 
a VindiciaeS. Augustini adversùs pseudo Augustinum Corn. 
» Jansenii , tractatus in singulos libros et singula librorum 
») capita tomi primi de haeresi Pelagianâ. » Paris ^ ib., 1656, 

DORIVAL (Jean François Félix)y successivement pré- 
sident-chancelier de la cour souveraine de Bouillon, et secré- 
taire général de la préfecture des Ardennes , en 1 800 , a 
donné toute jsa vie beaucoup de temps et d'application aux 
âfiaires pid)liques. Né à Sedan, le a6 janvier 1755 , mort à 
Remilly, canton de Aaucourt, vers 1812. Les écrits qu'il 
a laissés sont : ' 

I. Discours prononcé devant les administrateurs du dépar- 
tement des Ardennes j 2e5 3, 4» 6 décembre 1790, in-8% 
p. ifj. (Oiersj y Hist. de Bouillon j p. 264.) 

IL Rapport général au peuple assemblé, à ses représen- 
tons et aux juges et jurés par lui nommés,, sur la conspi- 
ration qui a existé contre sa souveraineté j sa sûreté et sa li- 



366 DRE 

berté* (Sedàii, Bauduia; Bouillon, Brasseur^ * 795)5 iti^^'^y 
p. 493. 

Cet ëcrit peut servir de Mémoire à l'histoire de ce qui 
s'est passé dans le pays de Bouillon , depuis le renyeraement 
de la constitution de ce duché souverain , décrétée par l'as- 
semblée générale, le aï mars 1792, et^sanctionnée par le 
duc, le a6 avril suivant (i), jusqu'au 26 octobre 1796, 
époque où le duché de Bouillon, qui, dans cet intervalle, 
avait été érigé en république , fut réuni à la France. 

Les prévenus de conspiration , signalés dans ce rapport , 
comme des factieux et des révolutionnaire tnrbulens (surtout 
pour avoir substitué le régime républicain à la constitution 
ducale de, 1792), provoquaient la réunion de cette pçtite 
république à celle de France. Les poursuites dirigées contre 
eux cessèrent par FefFet de cette réunion*, et depuis, plu- 
sieurs d''èntre les plus fervens des deux partis furent appelés 
à des fonctions publiques. 

(( En lisant ce rapport, il est aisé de se convaincre, a dit 
)> un plaisant, que, semblable à la révolution française, 
» celle du petit duché de Bouillon ressemblait, dans son 
)) origine, à un festin joyeux, où chaque convive cherchait 
)) son mets favori , et où un bon nombre , après avoir franchi 
)) les bornes de la sobriété , ont fini par se jeter les plats à la 
» tête. )) 

III. Lettre du P. Marcaniier^ sans culotte déterminé j, à 
M, fFeissenhruch. (Éouillon, 1796), in-4''. 

IV. On lui doit le curieux article sur BonMon^ inséré 
dans V Encyclopédie Méthodique. 

DRELINCOURT (Charles), célèbre ministre de Fégliô^ 
calviniste de Paris, naquit à Sedan le 10 juillet iSgô^ de 
Pierre Drelincourt , d'abord secrétaire du prince Henri Ro- 

(1) Cette constitution a paru à Sedan chez C$reelet , 179a , hi*ia , p. 94» 



DRB 367 

bert de la Marck , pms greffier du conseil souyerain de 
cette ville, et de Catherine Buyrette^ fille d'un avocat au 
parlement de Paria. Ses études, commeDcées à Sedan, se 
cobtinuèrent à Seumur. 

S'étantprononieé pour le minisbèrè pastoral, il reçut Tim^ 
position des mains au cbâteau dePrëeigny, près de Labgres, 
dans les premiers jours de juin i6f 8. D succrf^ au fameux 
Pierre du Moulin dans la vocation de Tëglise de Paris , où il 
y prêcha pour là première fois le 26 nuirs i-Gao. Il n'avaif 
alors que vingt-quatre ans*, mais les taiens ne suivent pas 
toujours là progression des années. Des discours- fiiciles, po-> 
pulaires et pathétiques furent les pi^mices de ses travaux, 
et présagèrent un glorieux avenir. Son application constante 
régala en peu de temps aux plus solides orateurs de sa corn-- 
manîon. Ces succès ne firent qu'augmenter son zèle et ses 
efforts, car il semblait craindrç le reproche d'avoir nsui^é 
une réputation que ses taiens seuls lui avaient méritée. 
D'ailleurs', la haute idée qu'il s!était foimée du ministère 
pastoral, ne lui pertnëttait pas de se reposer sur des triom- 
phes , quoique réels et multipliés. 

11 eut, en i6si4' ^^^ conférence avec le P. Véroii, 
Jésuite, comme le prouve l'opuscule intitulé : Conférence 
des Pasteurs de Paris ^ auec Fr. Véron^ 16^4, in*-8** (Bir 
hiioth. Coïbert^ iSsog). L'année suivante il épousa* M^Bol*^ 
duc, parisienne, fille d'un riche brasseur calviniste. Seize 
enfans, tous nés à Paris, dont treize fils, furent la ré* 
compense de leur mutuelle tendresse, (c Heureux le pays, 
» remarque un philosophe, où. le* luxe et des mœurs trop 
» délicates n'en font pas craindre le nombre. » (Fontenelle, 
Elog& de Boerkaave.) 

La bienfaisance est un sentiment gravé par la nature dans 
le cœur de tous les hommes*, elle devient nécessaitem^t 
une habitude pour le pasteur compatissant et sensible, qui , 
investi de la confiance de ses ouailles, et ne perdant jamais 



368 DKH 

de vue le tableau (lésolant des misères humaines, goûte 
chaque jour le plaisir d'essuyer les larmes et de soulager l'in- 
fortune. Drelincourt en fit sa. vertu favorite. Son occupation 
la plus chère était de consoler les mall^ureux , et de soula^ 
ger la pauvreté par le denier de la veuve. Il ne pouvait en- 
tendre parler d'un aflligé, sans que les secouùrs suivissent de 
près lé récit des malheurs qui l'avaient attendri. Il se faisait 
même un devoir d^aller ofirir des consolations à la souffrance 
pour lui sauver l'embarras de venir les réclamer. Il aimait à 
répéter ce passage de l'Ecriture : « Qu'il y a plus de bonheur 
» à donner qu'à recevoir. » (Ses dernières heures. ) 

Cette philanthropie active, et le zèle qu'il déploya pour la 
prospérité de son église , inspirèrent une confiance générale 
et sans bornes. Les riches de sa communion s'empressaient 
à l'envi de lui donner des sommes considérables , pour être 
versées dans le sein des indigens , qui le regardaient comme 
leur appui , et la source où ils allaient puiser l'oubli de leurs 
peines. Cette pratique des obligations de la charité pasto- 
rale qu'il joignit à l'exercice d'ub ministère laborieux , ne 
l'empêcha pas de composer un grand nombre d'écrits pour 
le maintien et la défense de sa religion. En 16^9 il s'occupa, 
sans fruit , d'un projet de réunion des églises luthérienne et 
calviniste , comme on peut s'en convaincre par la lecture de 
l'ouvrage publié sous ce titre : Entrevue de trois théologiens 
avec dnq ministres de Charenton^ sur leur union avec les Im- 
£^^6715. Paris, Boulanger, lôSg, in-4''.(BB.dur(N, D. 7795.) 

Député en 1644? P^^ la province de l'Isle-de-France , au 
synode national de Charenton , il en fit l'ouverture , et y 
remplit les fonctions de scrutateur (i) pour l'élection du mo-> 
dérateur, de l'adjoint et du secrétaire. Ayant fait hommage 
à cette assemblée des ouvrages qu'il venait de publier sur le 
culte religieux dû à la sainte Vierge , on loua <i le zèle qu'il 

(1) Et non de modérateur, comme Ta dit Rabaud dans V Annuaire des 
églises réformées, p. a58. Cet honneur fut décerné au pasteur Garissolcs. 



DRE 369 

» avait montre pour la défense de la véritë; et'ilfiit prie 
» d'employer le reste de ses travaux et de ses études à édi- 
» fier Féglise de Dieu , et à réfuter les ennemis de la fausse 
» doctrine. » (Aymon, Synod. dès églises réformées ^ t. II, 
p. a58 et 689.) 

<( Ayant souvent déconcerté les missionnaires dans des 
» conférences , Drelincourt fut en butte à toute leur mali- 
» gnité. Us n'attaquaient que lui dans leurs sermons *, ils ne 
» faisaient servir que lui à leur triomphe dans des relations 
» de leurs victoires imaginaires. Ils faisaient même impri- 
» mer des récits de sa corwersiorij qu'ils envoyaient par tout 
» lé royaume , et qu'ils avaient Timpudence de faire vendre 
» par des crieurs à Paris même, et à la porte de Gharenton ; 
» mais lui n'étant pas content de se sentir au-dessus de 
» leurs attaques, voulut armer les simples contre ces so- 
» phistes, et il recueillit (en 1648), en divers dialogues 
» courts et fanûliers , tous les argumens de ces misérables 
» docteurs , avec des réponses nettes , décisives , et accom- 
)> mbdées à la portée des moindres esprits. Le peuple lut ces 
» dialogues avec avidité, y prit plaisir, les apprit par cœur : 
)> et depuis cela les missionnaires ne furent plus que le jouet 
» des réformés , dont ils avaient été la terreur *, et n'osant 
M même attaquer les servantes ni les enfàns , ils cessèrent 
» d'être aussi importuns qu'ils l'avaient été, quoiqu'ils 
» n aient pas laissé de chercher jusques à la fin de nouvelles 
)> chicanes pour embarrasser les ministres. Drelincourt s'at- 
)) tacha principalement à réfuter leur horrible calomnie 
» touchant les souffrances de Jésus^Ghrist; et il le fit si so- 
» lidement, que les docteurs même de Sorbonne se ré- 
» jouirent de voir la maligne témérité des missionnaires si 
» bien châtiée. » (Elie Benoist,^ûf. de Védit de Nantes ^ 
t. III, p. 54.) 

Ce récit apologétique de Drelincourt a été attaqué par le 
P. Bordes. Selon lui, «ce ministre était l'auteur le plus faux 

TOME I. 24 



370 DRE 

» dans ses citations et dans ses raisonnemens qu'on ait )a- 
» mais vu. Il fatigua (en i63o), par de vraies chicanes^ 
» les missionnaires dans son abrégé des controverses , inti- 
)> tulé , Réfutation des erreurs de l Eglise romaine par textes 
)) exprès. Il croyait nous faire grâce en les réduisant i quatre- 
» vingts articles. Je n^ai jamais vu.de livre plus injuste et 
» plus faux. Les missionnaires, dont votre historien (Elie 
)) Benoist) l'appelle le fléau j, lui ont offert cent fois de mon- 
)> trer qu'aucun de ces articles n'est de FEglise romaine , et 
)) qu'il a même abusé des textes particuliers, dont le P. Vé- 
» ron a soutenu si justement que FEglise ne répondait pas. 
» Ce zélé missionnaire lui a appliqué comme aux autres sa 
)) méthode péremptoire tirée de FEcriture, c[ue vous pro- 

)> posiez comme Funique règle Il a confondu, par cette 

» voie, Fautre livre de Drelincourt que vante votre historien, 
» sous le titre aussi faux que ridicule de Jubilé des Eglises 
» réformées, yi (Supplément au Traité des Edits, p. 54 1 et 
557.) 

Persuadé que les fables ne sont propres qu'à affaiblir Fau- 
thenticité des faits auxquels on les allie , à le pasteur Dre- 
)> Uncourt a porté aux moines , sur la fourberie et la suppo- 
)) sition des miracles , des coups encore plus sensibles que 
» ceux dont M. Des Vœux blesse les Jansénistes (i), suiv 
)) tout dans sa Réponse au landgrave de Hesse en 1662. » 
(D'Argens, Mémoires Secrets, t. II, p. 56, édit. 1744O 

« Ce prince était né protestant, et s'étant fait, dans la suite 
» catholique , il se mêla d'écrire sur des matières de contro-« 
y) verse. Le sage et savant Drelincourt réfuta un ouvrage 
)) qu'il lui avait adressé^ vous jugeas bien qu'un aussi grand 

(1) Dissertation sur les miracles que l'on attribue aux reliques de M. Pé-Tis, 

par M* A, E, V, Des Vœux, pasteur de l'église française de Dublin. Leyde , 

i73i,iii-ia. — Lettres sur les miracles, Rotterdam, 1735, in-ia. L'ab bé le Gros, 

chanoine de Reims, y a répondu par des Pûeouri imprimés à la tète du Recueil 

. des miracles opéris au tombeau de Ikibbé Paris, 



DRE 371 

» théologien n'eut pas de peine à anéantir les objections de 

» son adversaire Le prince Ernest n'avait point consi- 

» déré qu'il était dangereux de lutter contre un pareil rival. 

» Lorsqu'il fut question de répliquer à la Réponse qu'il avait 

» faite à sa Lettre^ le bon prince abandonna la Ê^çon d'é* 

» crire des théolc^iens -, il eut recours au style militaire > et 

» peu s'en fallut qu'il ne proposât un duel à M. Drelincourt. { 

» Il s'emporta contre lui , le traita d'une manière méprisante^ 

» et fit sonner bien haut Ffaonneur qu^un prince tel que 

» lui avait fait à ce ministre » de vouloir lui écrire. Les 

» injures que M. le prince Ernest de Hesse a écrites contre 

» M. Drelincourt n'ont pas porté plus de préjudice à ce 

)) grand homme, que les fausses accusations de M. Camus, 

» évéque de Belley, qui prétendait que les Protestans ne 

» ^croyaient point que la sainte Vierge fût mère de Dieu. » 

(D'Argens, Mémoires Secrets^ 1. 1, p. 344 ^* 346.) 

La vie du pasteur Drelincourt était un travail continuel. 
La multitude de ses occupations ne l'empêchait point de 
vaquer à l'éducation de ses enfans. H a composé pour eux un 
catéchisme et une rhétoriquie. Il regardait la paternité comme 
le plaisir le plus doux de la nature. 

Doué d'uii esprit vif et agissant , et d'une constitution des 
plus robustes , il trouvait moyen d'ajouter aux heures na- 
turellement destinées au travail et à l'étude, une partie de 
celles que réclament le repos et les besoins de la vie. tfans 
une conjoncture extraordinaire , il eut assez de courage et 
de force pour prêcher sept fois en un jour. Peu de temps 
avant sa mort, dans une saison rigoureuse, il alla visiter^ à 
neuf heures du soir, un de ses amis agonisant , et ne revint 
qu'à minuit : c'était, selon lui, une action de jeune honune , 
qu'il réputait à bonheur d'avoir pu faire. (Ses dernières 
heures.^ 

Son zèle était inépuisable \ a mais entr'autres choses il 
» était d'une assiduité et d'un empressement à visiter les 

24. 



372 DRE 

» malades, qu'on n'a guère vu dans aucune autre personne. 
)) Il prenait tant de plaisir à travailler, quHl souhaitait de 
)) mourir la plume à la main : il a prêche jusqu'à la dernière 
» semaine de sa vie, car son dernier sermon fut celui qu'il 
» fit le 27 octobre 1669. » (^Bayle*) 

Epuisé par de longs travaux, il fut force de s'aliter le 
29*, et depuis, ses énfans, ses amis et «ses collègues ne le quit- 
tèrent plus. La main de l'amitié en pleurs lui ferma les yeux 
le 3 novembre-, il était âge de soixante-quatorze ans. Comme 
controversiste , il est inférieur aux Alix , aux Claude , aux 
Daillé , aux Jurieu , aux du Moulin , aux Tilenus ; mais il les 
surpasse sous le rapport de pasteur. 

Dans sa Harangue au Roi^ faite au nom du clergé, le 
17 février 1736, M. de Retz, évêque d'Orléans , l'accusa de 
s'être exprimé avec trop de liberté sur les Mystères de l'El- 
glise romaine , sur les fêtes des saints et sur le pape , qu'il 
appelait V Antéchrist et le capitaine des coupeurs de bourses ^ 
entendant par là les évêques et les moines. On lui a d'ailleurs 
reproché d'avoir mis quelquefois trop de feu dans l'attaque 
et dans la défense *, mais ce défaut était excusable jusqu'à un 
certain point dans un ministre de son siècle : il n'est guère 
possible de ne point ressentir la chaleur du premier âge 
d'un parti , avant d'arriver à cette modération qui , avec le 
temps , en amortit la fougue. Mais ce dont on ne peut l'excu- 
ser, c'est d'avoir avancé que la religion romaine est une reli-- 
gion de damnés $ calomnie trop grossière pour mériter une 
réfutation sérieuse -, néanmoins elle fut combattue avec assez 
de vigueur (i). 

(1) 10 Lettre d'un Prédicateut catholique au sieur Drelincourt , sur le refus que 
ee ministre a fait de signer cette proposition qu'il avait avancée : Tous ceux qui 
meurent catholiques «ont damnés; i556, in-4^, p. 18. Cette lettre, écrite 
agréablement et avec esprit , est signée BB. du Cloître Notre-Dame , le 8 oc- 
tobre i656; a° Lettre contre les erreurs des religionnaires , adressée auoD sieurs 
Gâche, Daillé et Mestrezat , ministres: que le sieur Drelincourt ni aucun autre de 
quelque secte qu'il soit, ne peut soutenir que les Catholiques ne sont pas dans une 



DRK 373 

Cependant il parait qiie cette étrange incartade n'empê- 
cha pas les Catholiques de rendre, dans Foceasion , hom- 
mage à ses talens et à ses vertus, (c Plusieurs personnes de 
y> mërite et d'autoritd dans Tautre parti étaient assez raison- 
» nables , dit Bayle , pour rendre justice à un auteur protes- 
)} tant qui soutenait bien sa cause , et qui, en gënëral, se 
» renfermait dans son sujet. » Tant la vertu a d'empire sur 
les cœurs, même de, ceux qui ne partagent pas notre façon 
de voir en matière de religion ! 

Bayle. a rélevé quelques fautes échappées à Paul Freher, 
concernant Drelincourt. Aucun bibliographe n a indiqué , 
jusqu'à ce jour, le quart de ses ouvrages -, nous y ^avons sup- 
pléé de notrie mieux : ons'apercevra, par Tomission de quel- 
ques dates, que nos recherches ont été quelquefois infruc- 
tueuses; mais nous pensons que personne n'a fait, jusqu'alors, 
autant de recherches sur le modèle des ministres des églises 
calvinistes de France. 

On connaît les Dernières Heures de Drelincourt, Gharen- 
ton, Cellier, 1670, in-8°-, lï., Genève, de Tournes, 1670, 
in-8% p. 62; Genève, ihids 1671, in-12, p. 63-, it*^ en aUe- 
mand, Baie, Kœnig, 1671 , in-8°, avec portrait *, itj dans les 
dernières éditions dun^ m. 

Cet opuscule^ anonyme contient quelques détails sur notre 
savant Sedanois , que le docteur Jean Quick , ministre à 
Londres, a loué dans ses Icônes. 

Ses ouvrages ascétiqueis : 

I. Prières et Méditations pour se préparer à la communion. 
Charenton, 1621, in-8° -, ïY.^ Genève, Chouet, 1649, in-24; 

religion de salut, à moins que de renoncer om baptême et de renier J. C. ; par le. 
sieur Bizot, prédicateur ordinaire deUurs majestés. Paru, Charles Savreax,, 
1666, iD-4°, p. 44} datée de Paris, le 3 a déc^ i656; 3° Lettre adressée aux mi- 
nistres de Charenton, sur ce qu'un des leurs a osé dire , que la religion catholique 
est une religion de damnés; par le même Bizot, Paris , 1669, in-ia. 



374 DRE 

itj ibid, 1655, in-'i6^ t).^ ibid, i656, ln-249 ii'j ibid, 
1670 9 iu-8^', it.j réimprimé dans le Recueil de planeurs pré- 
parations et prières pour la sainte Cène ^ faites par plusieurs 
auteurs (^Daniel Toussaints^ P. duMoidin^ Jean Mestrezat^ 
Ch. Drelincourtj Michel le Faucheur j Louis Baylcj docteur 
' anglais^ etc.), Char., i64^> in- 16; it.j en allemand, Wurtz- 
bourg, 1669, ^^'^^' C'est le coup d'qssaide Fauteur : il est 
écrit avec onction, ainsi que le n"" ni. 

IL De la Perséi^érance des Saints , ou de la fermeté de l'a- 
mour de Dieu. Paris y Jean Antoine Joallin , i6a5, in*i2« 
p. 562, rarissime. 

in. Les Consolations de V^me fidèle contre les frayeurs 
de la mortj avec les dispositions et les préparations nécessaires 
pour bien mourir. Charenton, Vendosme, i65i , in-4°. ' 

On ne compte plus, depuis long*temps, les éditions de 
cet ouvrage, publiées dans les formats in-4*', in-8° etin-12. 
Nous en connaissons trente et une , sorties des presses de 
Berlin, Bionne, Charenton, Genève, Grenoble , Paris , 
Rouen et Saumur. Nous signalons, i** celle de Genève, 1669, 
rev. et augm. par lauteur, a** celle d'Amsterdam, Desbordes, 
1 699 , in-8°, p. 7 1 o , avec les Dernières heures i 3** enfin celle 
revue et publiée par J. J. B. de la Rivière, ministre dç l'é- 
glise wallone de Leyde. LeydCj Luzac , 1760 , 2 vol. in-8*. 

Jean Masson (f. VI , p. 337 ^^ ^^ Hist. de la Bépub. des 
lettres) cite la 3 1® et la 3a' édît. de cet ouvrage, que les 
Allemands ont fait passer dans leur langue. Bdle^ 1669, 
in-8**. D'Assigny en a publié une traduction anglaise. Lon- 
dreSj Midwinter, 174^ ■> in-8**, p. 5o2 , i5* édition. Les Da- 
nois en ont aussi une version. (^Biblioth. germanique j t^ I , 
p. 4^7? avril, mai et juin 1746.) Lipen et Walcb, dans 
leurs Biographies théologiques, ont fait connaître plusieurs 
de CCS éditions (i)* 

(1) Reiman s'exprime ainsi sur 6et ouvrage : « Tir îngemosus , acutus, non 
» rudis in elegantioribus discipUnis , et cuM disserèndi ratioae , tnm ip.so o^a» 



DRE 375 

lY. Catéchisme j ou Instruction famiUère sur les princi-- 
poux points de la Religion chrétienne^ fait par M. Drelin- 
courtj eri faveur de sa famille. Saumur, i656, m-8°*, it._. 
Char., DofresDe, 1664, în-S**-, it*j Char., 1670, în-S**; it»j 
Genève, 1671, 111*8^ -, it.j ibid., Pierre Chouet, 1673, in-8**, 
p. 14 ïj i3* edit.*, it,j Saumur, 1Ç77, iii-4**? it^j Char., Ant. 
Cellier, 1680, iii-8**, p. i4a', it.^ Char., Louis Vendosme , 
1680, in-S**, i6* édit. *, lï.^ Londres, François Vaillant, 
171 5, in-8% p. 120; it,^ Amst., 1726, in-8'*', it.j Amst., 
Desbordes, 1730, in-8°, p. i36, 24** édit. 

Ce livre, le précèdent et V Abrégé des Controverses^ sont , 
de tous les ouvrages de Drelincourt, ceux qui ont eu le plus 
souvent les honneurs de la réimpression, a Quelques-uns, 
»' dit Bayle , ont été imprimés plus de quarante fois , et ont 
» été traduits en diverses langues^ en allemand, en flamand, 
» en ijtalien et en anglais. » Il serait extrêmement difficile 
d^en faire connaître les différentes éditions. 

V. Les Visites charitables (au nombre de soixante-une), ou 
les Consolations chrétiennes pour toutes sortes de personnes cf-- 
ftigées; en cinq parties. Genève, de Tournes, 1667— 1669, 
5 vol. in-8**. Il en avait paru deux éditions , Quevilly, Cen- 
turion Lucas, i665, in-8**, p. 481, contenant douze Visites. 
/f.j'Char., Olivier de Varennes, 1666, 4 vol.in-8°. 

La meilleure édition de ce livre , qui convient à toutes les 
communions, est ceUe de Pierre Mortier, Amsterdam^ ï73i, 
3 Yol. in-8**. L'éditeur, J. Brutel de la Rivière, ministre de 
Téglise wallone d'Amsterdam, a ' revu Fouvrage : il en a 
retranché les termes surannés, corrigé les constructions em- 

» tionis génère liber laudatas à Ben. Picteto în Ethicâ, 1. vu , ch. xxi , p. 1 168, 
» ubi hic libellas commendatur imprimis, diciturque das schône Buch Herm 
» Drelincurt ; quo elogio non proi^sus est indignus. Yerbis tamen magis abun^ 
« dat auctor qnàni rébus ; et in augendo , ornando , et illustrandû argumento 

• magis est occnpatus , qnàm in roborando. Orator liberalis et sua vis ; sed non 
» xque gravis theologas. Gautns tamen , qui de sectse su» placitis nihil hisce 

• çonsoiationibns inseruit. » (Biblioih. theotogica, p. 569.) 



376 DRE 

harrassëes, ety a faitd'autres changemens utiles (i)*, chan- 
gémens que Prosper Marchand désapprouve dans son Dict. 
JHùt.^ t. II y p. 69, A. 

Ces Fuites ont été traduites en allemand, avec ce titre : 
Liebreiche besuchung oder Christlicher- irost-reden. Hanau , 
1667, in-S**; iL^ Hanau ) 1676 , in-8®. 

VI. Recueil de Sermons sur dU^ers passages de VÊcriture" 
Sainte , açec quelques prières et méditations. Genève , de 
Tournes, i658, 1660 et 1664, 3 vol. in-8^. 

La plupart de ces discours , au nombre d^environ trente- 
six , avaient été imprimés Iséparément ; tels sont ceux , sur 
la Foi des Élus et V incrédulité des Réprowés ; le Scdutaire 
lester du Soleil de justice j ou Sermon sur Malachie, chap. IV ^ 
ç. 2j de V Honneur qui est dû au Roi et à J.-C.^ le roi des 
rois ^ la p^anitédu monde j ou la Solide espérance des enfans 
de Dieu ; Exhortations au jeûne et à la repentance : ils sont 
cités par les bibliographes. On se tromperait grossièrement si, 
les regardant comme des ouvrages particuliers , on les clas- 
sait hors de la théologie parénétique du ministre Drelincourt. 

VII. Sermon sur la naissance du Sauveur du monde j pro- 
noncé à Charenton ZeaS décembre ï663. Char., AnL Cellier, 
1664? i^-S^ • discours qui ne fait pas partie des trois volumes 
ci-dessus. 

Le pasteur Osterval dit que Drelincourt ne prêchait que 
par pensées détachées , qu'il donnait trop dans les allégories, 
et quHl s'attachait plus à consoler qu'à édifier, oubliant que 
la Sainteté est la source des plus solides dévotions. (Exer- 
cice du ministère de la chaire j p. 27.) 

VIII. Il fit aussi des prières pour le roi et le royaume de 
France, pour Louis XIV et la reine régente, sur la nais- 
sance du roi, etc. Ces prières furent imprimées, et sont 
très-belles. 

(1) Janiçon , Le<fref sérieuses et badines, t. VI , p. an. 



DRE 377 

L^on a : Réponse aux deux prêches du sieur Drelincourt sur 
la Communion sous les deux espèces^ et sur la Transsubstonr- 
iiation^ par Bomier. Là Rochelle, i656, îii-8**. 

IX. Il a traduit du latin de du Moulin ^Z^e cognitionœ 
Dei tractatuSj sous ce titre : Traité de la cofinaissancedeDieu. 
Char., 1625, in-24- Avecuae dédicace à du Moulin. 

Ses livres de controverse : 

, X. Du Jubilé des ^gUses réformées j as^ec l'examen du Ju~ 
bile de l'Église romaine. Char., Jean Ant. Joallin, 1627, 
in.8% p. 328. 

Les Catholiques empêchèrent tant.qii'ils purent la publi- 
cation de ce Traite , qui est précédé de deux Epîtres dédi- 
catoires à Isabelle de Nassau, duchesse de Bouillon. Par la 
première, Tauteur apprend ((,que son ouvrage était com- 
» posé et presque tout imprimé durant la célébration du Ju- 
» bile de Paris-, mais qu'il lui est arrivé, comme à Parche 
>) d'alliance , d'être plusieurs mois captif entre les mains des 
» adversaires. » Dans la deuxième épitre, il présente de 
nouveau son livre à la duchesse de Bouillon, comme un cap- 
tif> (fui étant mis en liberté ^ uientse jeter entre ses bras, 

Gerdes, en parlant de cet ouvrage , dit : Opus pereruditum 
et lectu dignum } s^erîim paucis çisum et obsoleto styU génère 
exaratum (i). Le ministre Chais en avait porté le même ju- 
gement dans ses Lettres sur le Jubilé ^ t. I, p. 17 et 235; 
t. II, p. 4o5. 

Le P. Véron, jésuite, homme naturellement chaud et ar- 
dent dans la dispute, opposa à Drelincourt: Articles secrets 
de la cabale ou discipline ecclésiastique des ministres par eux 
cachée j publiés et réfutés ^ pour réponse au Traité du Jubilé de 
Drelincourt. Paris, Louis Boulanger, s. d., in -8°, p. a4> 
et Joseph de Voisin , docteur de Sorbonne : Liber de Jubilœo 

(1) FtotiUgium, iibrorum rariorum, p. 110, édit. 1763. 



L 



378 DR£ 

sêcundtan Hébrœorumet Ckristùmorumdocirinam» Paris, ib.j 
1655, in-8'', p. 447* Livre rare , et que Chais traite de docte 
fanfaronnade. 

XI. Abrégé des Controtferses ^ ou Sommaire des Erreurs de 
VEgUse romaine j açec leur réjvtationj par texte exprès de la 
Bible de Louçain. Genève , P. Chouet, 1628, ij;i*i2; it.^ 
Gharenton, Lucas, 1674 ? in- 12, 20'' édition*, it.y Kot- 
terdam, Acher, 1709, in-8**, p. 349; ît.^ eu allemand , 
Baie, 16349 in-8''', i^, Gassel, i654> in-S""; it., Marpnrg, 
1654 9 in-S"". On ne coïnpte plus aujourd'hui les éditions de 
. cet ouvrage , qui fut brûlé sur la place de Vitry, par les mains 
du bourreau , en vertu d'une, sentence du présidial de cette 
ville, du 9 mai i665.', sentence insérée dans le 1. 1, p. 1661, 
du Recueil des Mémoires du clergé de France. 

Réfutations : i** Réparties succinctes à l'Abrégé des Contro- 
verses de Ck. DreUncourt ^ ensemble les antithèses protestantes j 
ou opposition de l'Écriture^Sàinte 0t de la doctrine des Protes^ 
tansj selon les {versions de leurs propres Bibles ; par J. P. Ca- 
nuts^ é^éque de Belley* Caen, Pierre Poisson, i638, in-8% 
p. 627 -, 2** Réponse à l'Abrégé des Controf^erses de DreUncourt; 
par Véron. Paris, 1647 i in-24*, 3** La Décous^erte et réfu-- 
tation des équis^o(jues et captieuses raisons de V Abrégé des 
Contros^erses de Ch. Drelincoari ^ par G. Neveu. Paris, i65a, 
in- 12; ^^ Abrégé et résolution analytique de toutes les Contra^ 
i^ersesj etc.^ açec la réfutation du Juge des Controverses de 
du Moulin^ Actes de Bochart^ et Abrégé de DreUncourt^ par 
Fr. Véron, Paris, Ant. Boulanger,^ 1660, in- 12. 

Véron avait déjà publié contre Drelincourt : i ** Réponses 
aux livres des quatre ministres de Charenton^ Drelincourt^ 
Dailléj Mestrezat et Aubertin. Paris , i633 , în-8'* -, 2** Petit 
Epitome de toutes les Controverses de religion j avec la réponse 
abrégée à tous les livres des ministres Aubertin^ le FaucheuF^ 
Mestrezat y Dailléj DreUncourt ^ Amyrault et BlondeL Paris, 
L* Boulanger, 1641? in-8°. 






' DR£ 3^9 

XIII . Ze Combat romain y ou Examen des dispui/M de ce . 
temps. Grenéve, P, Aubert, 1629, m-8% p, 160. 

XIV . Le Triomphe de V Église sous la Croix j ou la Gloire 
des Martyrs. Genève, ibid.j 1629, m-8°, p. 160; i^^ Ge- 
nève, ibidj i636, in-8**, 2* édition, lY.^ Genève, Jean Ant. 
et Sam. de Tournes, 1670, in-8*; it.^ Genève, Chouet, 
i685, în-8°.' 

Lç P. Véron y a répondu par Traité ou est la s^raie EgUse ; 
et des afflictions des hérétiques^ qui estla réponse au prétendu 
Triomphe de l'Église sous la Croix j de DreUneourt. Sine loCo 
etan«, in-8% p- '6. ^ 

XV • La deuxième partie du Triomphe de VÉglistj ou VExa- 
mendu Triomphe du sieur Nicolas Caussinj jésuite. Genève, 
P- Aubert, i63o, in-8% p. loyi. Ces deux volumes ont été 
ti'aduîts en allemand. Gassel, i63î, in-8°', zY.^ Francfort, 
iG32,in-8". 

Les ouvrages du P. Caussin sur ce sujet, sont : i° Triorn^ 
phe de la Piété ^ à la gloire des armes du roij et tartdable ré-- 
duction des âmes errantes (au sujet de la prise de la Rochelle). 
Paris, Séb. Chappellet, 1628, in-8% p. â58, 2* édit. ^ 
it.j Lyon, Simon Rigaud^ i636, in-8'*, p. i68-, 2*» Jîe- 
ponse aux impiétés du sieur Drelincourt ^ publiées contre le 
Triomphe de la Piété. Paris, 16263 in-8°. 

XYI. De l'honneur qui doit être rendu à la sainte et bien-' 
heureuse Vierge Marie : en deux parties -, Char., Vendosme 
et Cellier, i645, 2 vol. in-8°. 

C'est un titre général sous lequel on a réuni les différens 
ouvragés publiés par Drelincourt, sur le culte religieux dû 
à la sainte Vierge. 

La première partie comprend i \° De l'honneur qui doit 
être rendu à la sainte Vierge ^ ai^ec une prière et une méditation 
sur l'Incarnation et la Naissance de J.-C. Char., Cellier, 
1643, in-8?, p. 58. L'auteur s'était plaint de ce que ce livre 
avait été imprimé peu correctement, et sans son aveu , dan» 



38o DRE 

le mois de mai de l'année prëcëdente (i) -, a" Demande de 
Tés^éque de Belley sur la qualité de Vlionneur qui est dû à 
la Fierge^ as^ec la réponse de Drelincourt. Char., Mon- 
dière, 1G43, în-8°, p. 3o*, 3** Demandes sur la qualité de 
l'honneur qui est dû à la Fierge , faites à Véiféque de Belley^ 
par Drelincourt. Char., Cellier, 1644? în-S**, p. 784. 

La deuxième partie contient : i** V As^ant-Coureur de la 
réplique à Vés^êque de Belley sur l'honneur qui doit être 
rendu à -la Fierge. Char., Mondière, i643, in-B**, p. 66; 
n^ De l'Insfocation des saints j ou Examen de la Réplique 
de l'éi^éque de Belley à la Réponse qui lui a été faite sur la 
qualité de l'honneur qui est dû à la sainte Vierge. Char., 
Cellier, 1644? în-8% p. iSa-, i"^ Répliques aux Réponses de 
l'é^éqùe de Belley^ sur la qualité de t honneur qui doit être 
rendu à la sainte Vierge. Char.yibidj i645, in-8**, p. 928. 

On trouve dans ces diflférentes productions, dont on a 
donné une analyse en allemand (2) , une longue ënuméra- 
tion des Catholiques qui ont écrit en faveur du culte dû à 
la sainte Vierge. Drelincourt ne manque pas de les traiter 
de superstitieux. Il n'ajoute rien d'ailleurs à ce qu'Andi-ë 
Rivet avait dit dans Apologia pro sanctissimd Virgine Maria. 
La Haye, 1689, in-i6, p. i32. 

Les ouvrages de J. P. Camus, évêque de Belley, sur ce 
sujet, sont : i** Deux conférences par écrite l'une toucliant 
l'honneur dû à la sainte Vierge j et l'autre sur le sacrifice 

(1) Avec ce titre : De l'honneur qui doit être rendu à la vierge Marie ; avec la 
réponse à M, l*évêque de Belley sur la qualité de cet honneur, Ghar., Nicolas 
Boardin, et Louis Perrier, 16^2, iii-S<>, p. 58. Il faut bien qu'U existe une 
édition antérieure à celle-ci, puisqu'on y a opposé : Apologie pour la Vierge, 
ou Examen fait par une dame, d'un livre intitulé :-De l'honneur qiû doit être 
rendu à la sainte et bienheureuse Vierge , composé par Drelincourt , a elle 
envoyé par M. G., avocat en la cour du parlement. Paris, Samuel 'Petit, i636, 
in-8», p. 64. (BB. du roi , 25496.) 

(a) Was die evangeliscken von der Jung frau Maria halten, i645 9 in-8° ; c'est- 
à-dire , Sentimens des évangéliques sur la vi&rge Marie. 



DRE 38 1 

de la Messe. (Paris, 1642), in-12 , en deux partie^*, la pre- 
mière de ayo, et la deuxième de 88 pages. J. P. Camus 
avertit que Drelincourt avait fait imprimer, en 1642, sslRc^ 
ponse à M. Vés^êque de Belley^ mais bien différente de celle 
qu'on insère ici. Il la donne telle que Drelincourt la lui 
avait envoyée au mois de septembre 1640-, 2** Dissection de 
V Examen de M. Drelincourt^ sur la qualité de V honneur 
qui est dû à la sainte Vierge Marie» Paris, Alliot, i643, 
in-8'', p. 261 -, 'i'' Réplique aux additions faites par M. Dre-- 
lincourt à son écrite toucjiant Vhonneur qui est dûà la sainte 
Vierge Marie. Paris, ibidj in-8°, p. 2g4; 4** Le Passas^ant^ 
pour réponse à Vj^s^ant-^Coureur de M. Drelincourt,, touchant 
Vhonneur qui doit être rendu à la sainte etB» Vierge. Paris, . 
ihidy 1643 , in-4° , p. 246. 

Paul Bruzeau , prêtre de la paroisse de Saint-Gervais , à 
Paris , auteur de la Conférence du diable a\fec Luûwr^ a aussi 
oppose à Drelincourt : V Réponse à V écrit d'un ministre sur 
plusieurs points de contfoy^erse ^ et particulièrement sur l'honr 
neur et Vinsfocation de la très^sainte Vierge et des Saints ^ 
oh Von fait i^oir à une personne qui l'a donnée la nullité des 
raisons quelle prétend .a\^oir pour justifier sa séparation 
d'av^ec l'Eglise romaine; par Paul Bruzeau _, prêtre. Paris, 
Delaunay, 1678, in-8**, p. 78*, a^ Défense de la même ré- 
ponse; par le même Bruzeau. Paris, 1678, in-8°, p. 120. 

La réponse ne. roule. que sur rinvbcation des Saints; la 
défense renferme quelques autres points. On trouve dans 
Tune et Tautre , des extraits assez curieux des livres des 
ministres. 

XVII. Traité des justes causes de la séparation des Pro- , 
testons d^as^ec V Église romaine; et particulièrement de V ado- 
ration de la Croix ^ de V adoration du Sacrement ^ et de la 
Transsubstantiation : Réplique au sieur de la Milletière^ tou- 
chant les justes causes de la séparation des Protestons d'avec 



382 DRE 

V Eglise romaine. €har., i64o, m-8**-, iï.^Char.,Vendosnie, 

16499 in-4''> P* 587. 

Cet ouvrage comprend : i"^ Acte de la conférence entre de 
la Muletière et DreUncourt (en i646)> sur les causes de la sé^ 
parationf 2"^ Réponse de la Milletière à DreUncourt^ 3"* RépU-* 
que dé DreUncourt à la dernière réponse de la Milletière. Cette 
rëplicpie concerne le culte rendu aux Saints, aux Images, 
aux Reliques, et surtout à la Croix-, Fadoration de TEucha- 
ristie , le dogme de la Transsubstantiation : objets que Dre«* 
lincourt regarde comme de justes causes de séparation d^avec 
TElglise romaine. 

XVin. Dialogues familiers sur les principales objections 
des Missionnaires de ce temps. Paris, 1688, în-^**; it., Ge- 
nève, Chouet, 1648, in-8'*, p. 272-, it.j Genève, ibid.^ 
1660, in-8**, 3* édition. 

L^auteur y prétend que la religion protestante est la vraie, 
et que la romaine est dans l'erreur. Le chevalier Humfiey 
Lynde Rivait professé la même doctrine dans deux ouvrages 
anglais , que le pasteur Jacques de la ]V|ontagne a fait passer 
dans notre langue, sous ces titres : i** Za f^oie slireJ^ete. 
Genève, Âubert, 1634? in-8®*, it.j sur la 6* édition. Char* 
L. Yendosme, 1647, î*^-8^î î*° LaFoie égarée^ etc. Char., 
ibidj 1645, in-^% p. 291. 

Tous ;ces livres ont été réfutés par la Guide du çhei^alier 
égaré j, ou réponse à la Foie sûre et Foie égarée du cheifolier 
anglais (IIumfreyI(ynde)j aux. Dialogues du sieur DreUncourt^ 
^ ^tà divers autres Traités des sieurs Mestrezat^ le Faucheur et 
Daïlléj ministres de Charenion ^ par Paul CaiUa\^etj prêtre ^ 
docteur çn ihéologie. Paris, Boulanger, 1648, in-12. 

On a encore opposé à notre auteur : Réfutçtiion des Dia-- 
logues de DreUncourt _, par un docteur hollandais. Paris, 
L. Boulanger; 1657, in-4**? P« I24- Cette réfutation, qui 
est d'Adrien et de Pierre Walenburch , a été réimprimée à 



DRE 383 

la fia du Traité X, t. II, de Tractatus générales de Contro^ 
persiis fidei^ de ces deux frères célèbres. L'édition de 1667 
avait été publiée sans leur aveu. 

XIX. Avertissement sur les disputes et le procédé des Mis- 
sionrtaires. Genève^ i65i^ in-S**; it.^ Char., Yendosme, 
1654.9 1^78°, p. a8o', lï.^ Genève, 1 65 5, in-8'*. C'est une 
çspècé de Catéchisme, ou Reyue abrégée des Controverses. 

XX . Du faux visage de l'Antiquité y et des nullités prétendues 
de la réformation de l'Eglise. Char., Vendosme et Perrier, 
i653, in-8% p, 278^ it.^ Genève, de Tournes, 1666, in-8**, 
2' édition. 

On y a répondu par Considérations sur le Traité intitulé 
Faux visage de V Antiquité ^ fait par Ch, J)relincourtj ministre 
de Charentonj faites par M""^ Jean de Chaumont^ garde des 
livres du^ cabinet de sa majesté. Paris, s. n. d'impr., 1654? 
in-.^'*, p. 86. . 

XXI. 'Dialogue sur la descente deJ.-C. aux enfsrs^ contre 
les Missionnaires. Genève, Gbouet, 1648, in-8°*, it.^ ibid, 
Gbouet, 1654, in-8®'*, it.^ Char. Vendosme, i654» iii-8*, 
p. 528; it.j Genève, i655, in-8**^ lï.^.Genève, 1664, in-S**. 

François Jean de la Crouillardière , prêtre et docteur en 
théologie , y a opposé : Lettre contenant la réfutation duDia- 
logue de Drelincourt sur la descente aux enfers; s. d., in-8°. 

XXII. Neuf dialogues contre les Missionnaires^ sur le ser^ 
çice des Elises réformées. Genève, Chouet, i655, in-8'*, 
p. 3o6. 

Il y défend le Rituel des Protestans , par les sentimens de 
Jean Férus ou de Wild , g^rdieu des Cordeliers de Mayence« 
(/^oj. Bayle, art. Férus.), 

XXm^ Le faux Pasteur consfaincuj ou Réponse à un U^ 
belle intitulé : La sainte liberté des enfatis de Dieu et frères 
de Christ; avec la licence que les docteurs et les casuistea 
de la communion de Rome donnent à leurs dévots , tant en 



384 I>RE 

ce qui regardle la foi, qu^en ce qui concerne les mœurs elles 
cas de conscience. Pom^ CAor.^ Perrier, i656, in-8**,p. 5ô8-, 
lï.j Genève, Chouet, lôSôyin-S**. 

. L'auteur y rapporte trois cents exemples, la plupart tirés 
des écrits des Jésuites, concernant des points de doctrine 
ou de morale de FEglise romaine qu'il regarde comme 
pernicieux. Uourrage qu'il entreprend de. réfuter est du 
P. Bernard Meynier, jésuite. Il est intitulé : La sainte li- 
herié des enfans de Dieu et frères de Christ^ en cent cin^ 
ijuant^ articles j* qui contiennent tout ce quil est permis de 
croire et de ne pas croire dans la religion reformée; avec 
quelques réflexions sur VApoloffe du synode de Montpellier 
(e/i 1 698); sur le liseré que le sieur Charles Drelincourt a fait 
contre les qUarantê-^ux premiers articles j et sur le livre que 
le sieur de Croit a fait contre les vingt<inq premiers articles. 
Lyon, Ganier, i658, in- 12, p. 4^9 > *i4* édition ; it,j Nî- 
mes, 1661 , in-i2, p. 534, 20* et dernière édition. 

Le P. Meynier y parle en ministre-, c'est ce qui a engagé 
Drelincourt à intituler sa réponse : Le faux Pasteur côn-* 
vaincu, Jean de Groï, pasteur de l'église d'Uzès, avait déjà 
attaqué lé livre du P. Meynier par lesSemeïs convaincus^ ou 
la conviction des faussetés ^ des impostures .... des impiétés 
contenues dans un livre auquel on a donné le titre impie de 
La sainte Liberté, ete. 

XXIV. La défense de Calvin contre l'outrage fait à sa 
mémoire j, dans un livre qui a pour titre : Traité qui contient 
la méthode la plus facile et la plus assurée pour convertir 
ceux qui se sont séparés de l'Eglise romaine ^ par le cardinal 
Richelieu. Genève ^ de Tournes, 1667, in-8**, p. SSg; it.^ 
en allemand, 1671 , in-8**. Georgi, dans son Lexicon uni-: 
versalcj cite une édition française. Genève j de Tournes , 
1654, in-8°. 
Le but de Drelincourt est non seulement de réfuter ici le 



DRE 385 

«ordinal Richelieu, père adoptif de cet exceUent traite (i), 
mais encore François Baudouin y Jérôme Hermas Bolsec , 
Jîacques Desmay, Philibert Bertelier, biographes de Calvin , 
et les autres ennemis de ce grand réformateur, et il le fait 
ax^ec beaucoup de force et de solidité. « Il a prétendu montrer 
» beaucoup de Êibles , que Ton a contées pour flétrir la mé- 
» moire de ce novateur, par le témoignage même de ceux de 
» TEglise catholique, et cntr'autres de Jacques le Vasseur, 
» docteur de Sorbonne , dans son Histoire de l'Eglise de 
w Nojon. » ÇMém. de Marollesy t. 3, p. 270.) 

Voici le jugement de Variilas^ sur cet ouvrage , cité par 
dom Bônav. d'Argonne, dans ses Mélanges j t; II, p. 87, 
édit. 1726 : w II n'y a jamais «u de Vie écrite avec plus de 
)) contrariété que celle de Calvin , et pourtant qui le fasse 

» moins connaître La dernière, écrite par le ministre 

» Drelincourt, sous le titre àe Dqfense de Cahin^ est plus 
)) agréable à lire que les autres*, la netteté du style y est 
» jointe à une assez exacte recherche, mais Fauteur se con- 
» tente de représenter Calvin agissant dans Genève , et pour 
» les seuls Genevois , et ne dit presque rien de ce qu'il faisait 
» au dehors. (Préface de V Histoire des Hérésies,^ Senebier a 
rempli cette lacune dans Tarticle ciuieux qu'il a consacré à 
la mémoire de Calvin, t. II, p. 177 — 266 de son Histoire 
littéraire de Genès^e; article dont l'abbé Boulogne a fait une 
juste critique dans le t. XVII, p. 23-— 28 des Mélanges de 
PMLj d*Hist,^ de Morale et de Littéral . (Paris, 1 809, in-8° . ) 

On a.opposé à l'ouvrage de notre auteur : Réponse au Uyre * 
intitulé la défense de Calvin par le sieur Cliarles DreUncourtj, 
ministre de Charentonj dans laquelle sont entièrement ré- 
futées toutes les raisons alléguées par ledit Drelincourt^ par 
lesquelles il prétend justifier Calvin des accusations faites 
mntre lui^ tant par Bolsec^ Berthelier qu autres; et il se 

(1) Les véritables auteurs de cet ouvrage, sont : l'abbé de Bonrzeys, de 
VUle , Marivau , etc. {K Dreux du Radier, BB. du Poitou^ t. III, p. 38o.) 

TOME I. 25 



386 DRE 

voit comme ledit Calvin est auteur de la religion prétendue 
réformée j et comme ceux de Gefièi^e ont changé deux fois 
de religion en moins de huit ans; par le sieur François Mau^ 
doit. Lyon, 1669, in-S**. (/^<JKo surTouvrage de Drelin- 
courte Joly, Remarques sur le Dict. de Bajlcj p. 18.) 

Ses opuscules. 

XXV . LeOre à M. du Moulin sur l'imposture découverte 
du prétendu ministre FUteneus^C:, avec Ut réponse de du 
Moulin à ladite lettre. Sedan, Jean Jannon, i63o, in-S"*, 
p. 56*, it.^ Genève, Aubert, i63i , in-8f**, p. 48. 

C'est une réponse à la lettre du sieur Filleneui^Cj ministre 
de MirebeaUj touchant sa coni^ersion. (Paris, i63o, in-S"".) 

XXVI . Lettre de c(msQlation à M, et à M"^ de la laiba^. 
rière (sur le décès, du baron de Sainte-Hermine^ leurjils aine). 
Char., Martin, i632, in-8**, p. 192. 

Cest un recueil composé de vingt-cinq lettres, de du 
Moulin , de le Blanc, de Beaulieu, de Rivet, etc., et oài il vlj 
en a qu'une seule de DreUncourt, p. 161-— 19a : elle est 
datée de Paris, le a février i63o. 

XXVIt. Lettre à M'^ la marquise douairière de la Mous- 
sajre ( I ) , pour réponse à celle du P. Hautain j jésuite de Lille 
en Flandre J écrite le 30 mars i643. Char., Cellier, i643y 
in-S**, p. 16. 

XXYlïl. De l'honneur dûauSacrement.Gen.f ï647> Î'^-S*- 
C'est un Mémoire relatif à larrét du conseil, raodu en 
16479 concemaiit les hommages dâs au sacrefnent auguste 
de l'Eucharistie. <( Ce Mémoire, très-bien écrit, dit Erman y 
)) nous a donné la plus grande idée de la logique de Drelin- 
» .court : il y plaide d'une manière intéressante la cause de 
» ceux qui refusaient au Sacrement les démonstrations 
» d'honneur que Tarrét exigeait d'eux. » (Erman, Mém. du 
Refuge J t. III, p. 342.) 

(1) Henriette Catherine de la Tour, fil!c de Henri de la Tour, prince de Se- 
dan , mariée à Amauri Gouyon^ marquis de la Moussaye, le 11 avril 1639, 



DRE 387 

XXIX, Béponse à M. Fincent {ministre de la Rochelle)^ 
sur la conversion de M. Jarrigtj datée de Paris ^ le nxf jour 
de l'an 1648 : inipr. p. 83-— 87 de la Déclaration de Pierre 
JarrigCj cirdeuant Jésuite. Leyde, duPré, 1648, in-B", p. 87. 

XXX. Lettre d'un Iwbitant de Pcais à un de ses amis de 
la campagne j sur la Remontrance du clergé de France faite 
au roi (^Lottis XIF^j par M. l'tuvhevique de Sens (i), au 
mois d'août i656. Genève, i6ô6, m-4^ de près de 100 pag. 

Cette lettre, qui parut sous le nom de Philalèthes^ c'est^ 
àniire Ami de la vérité j est contre la Remontrance du clergé 
de France j faite au roi par Louis Henri de Goudrin^ àrch, 
de Sens. Paris, Vîtray, i656, in-4'*» laquelle roula sur les vio- 
lences et infractions des Protestans. Dnslincourt tâche de les 
justifier de toutes les inculpations dont ils sont chargés par ce 
prélat. Bayle(au motPar^i^mu'^ ville duPoitou), parle de cette 
lettre, qui fut brûlée par la main du bourreau comme un li*^ 
belle.(^. Benoist, Ilist. de VEdit de Nantes j t. III, p. ai5.) ' 

X!^XI.,Za Coni^ersion de M. Jarrige (2). Charenton, 
I658,în-8^ 

XXXII. Cin^ lettres sur rEpiscopatd'Angleterre.'Genève^ 
f66o, in- 12, p. 60; it.j sine loco etannoj in-8°, p/6i. Lep 
trois premières sont adressées à M. Brevint, la quatrième à 
Gh. Drelincourt fils , et la cinquième à Laurent Drelincourt. 

Elles roulent, non^eulement sur Fépiscopat , mais encore 

(1) Et non par l'archevêque de Paris, comme l'a dit Barbier, n« 9709 de 
Sun Dictionnaire des Anonymes. 

(a) Le P. Jarrige, jésuite, prûfes du 4* vœu, se fit protestant , et retourna 
ensuite dans sa «ociété* 11 a écrit , durant sa défection , un livre curieux înti- 
tulé : Les Jésuites mis sur l'échafaud, pour plusieurs crimes capitaux par eux com- 
mis dans la province de Guyenne , avec la réponse aux calomnies de Jacques Beau- 
fés (jésuite). Leyde , 1649, in-6*, p. 96. Alegambe et 8otvfel ne parlent point 
,dc cet ouvrage daias leurs biographies des Jésuites. Ils se contentent de signa- 
ler le P. Jarrige comnie un saint homme. En général « les Biographes des ordres 
religieux aiment à exagérer les éloges : leurs confrères sont presque toujours 
des saints ou des savans du 1*' ordre. Alegambe et Sotwel se sont laissés aller 
au torrent ; rarement ils se contiennent dans de justes bornes. 

a5* 



388 DRE 

sur le signe de la Croix , lusage du surplis , et quelques au- 
très rites de FEglise anglicane. Drelincourt s^y déclare pour 
la biërarchie et les usages de cette Eglise , et traite durement 
les Anglais qui persistaientà ne pas s'y conformer. {Voy.^ sur 
ces lettres et quelques autres seifiblaËles , p. i68 et suiv. de ' 
Y apologie des Puritains d'Angleterre à MM. les Pasteurs et 
Anciens des églises réform. en France. (Genève, 1 663 , in-S** . ) 
XXXin. Lettre à M. Stoupe j sur le rétablissement de 
Charles II j roi de la Grande-Bretagne, Genève, 1660, în-8®. 

XXXIV. Lettre touchant la religion du roi d'Angleterre^ 
Genève, 1660, in-8**. 

Ph. Dubois Ta faussement attribuée à Samuel de T Angle , 
ministre de Téglise de Rouen , et petit -neveu du ministre 
Pierre du Moulin , dans sa Bibliotheca TeUeriana^ p. i36. 

XXXV. Réponse de Charles Drelincourt à la lettre écrite 
par Ernest^ landgras^e de HessCj aux cinq ministres de Paris 
qui ont leur exercice à Charentonj, plus trois Lettres audit 
landgras^e. Genève, de Tournes, 1662, in-8% p. 626; it.^ 
Genève fibidj i663, in-8°, p. 626; it.j Genève, ibidj 1664, 
in-8**, p. 584 > '^'^ Genève, Ghouet, i665, in-8** ; it.j Franc- 
fort (Hollande), 1765, in-8**5 it., seulement les trois Lettres 
au Prince Ernest j landgrave de Hesse^ sur son changement de 
reZ^bn. Char., de Varenne, 1664, in-8% p. 148. 

Le prince de Hesse y a répondu à la suite d'une nou- 
velle édition de la Lettre du Prince Ernest, landgrax^e de 
Hesse j aux cinq ministres de la religion prétendue r formée 
de Paris J qui ont leur exercice à Charenton; a\fec sa Ae- 
plique sur la Réponse de Ch. Drelincourt, Liège, veuve 
Bronckart, i663, in-8°, p. 292-, it,j trad. en bollandois. 
Rotterdam, 1669, in-8°*, et en allemand. Paris, in-8°. 

La Réponse de notre savant Ardennais , que les derniers 
éditeurs de Moréri , ont mal à propos attribuée à Charles 
Drelincourt son fils , (( est écrite dans le goût de tous ses 
» autres ouvrages*, le style len est simple, aisé, mais cepen- 
)) dant noble et nerveux. Ce ministre n'est point véhément. 



DRE 389 

» mais pathétique', un caractère de douceur, de candeur et 
» deprobité brîUedans sesëcrits. » (D'Ai^ens, Mérh. secrets, 
1. 1, p. 345.) 

XXXVI. Lettres de M* Drelincourt à M. de Balzac^ 

de Paris ^ 26 avril 1 65 1 ; Béponse'de M. de Balzac à M» Dre-^ 

lincourt; de Balzac j 16 octobre i65i : imprimées dans le 

t. II, p/ 1021 — 102a des Œuvres de Balzac. (Paris, Jolly, 

i665 , 2 vol. in-fol.) 

XXXVII. Rlietorica sacro-prof ana j à Car. DreUncurtia, 
Jims suis juniaribus Antonio et Petro Parisiis dictata anno 

1669; tractatus postkumus. Leyde,'Parmentier, 1687, in-12, 
p. 238* 

Cet ouvrage méthodique, dont Ch. Drelincourt le fils est 
éditeur, traite des quatre principales parties de la rhétorique : 
la Métonymie , Tlronie, la Métaphore et l'Hyperbole. 

« En expliquant la première de ces figures, à ToccasioA 
» d'un passage des Actes des Apôtres , où saint Pierre dit , 
» ^uil na ni or ni argent ^ mais qu'il donne ce quil possède j 
» Fauteur remarque la ridicule coutume du Pape, lorsque, le. 
» jour de son couronnement, il jette au peuple romain quelque 
» monnaie d'airain, en lui disant comme saint Pierre à Ta- 
» veugle , je nai ni or ni argent j mais je donne ce quej'ai,, 
» et qui , un moment après, lorsqu'on Ta placé dans la chaire 
» percée, distribue de la monnaie d'argent, en pronon- 
» çant ces paroles de David : Il a. distribué j il a donné aux 
» pauvres j sa justice demeure éternellement, » (Bernard,,. 
Nouv. de larépub. des Lettres j]\ùn 1687, p. 662.) 

Le Clerc a fait l'éloge de cette Rhétorique en 1688 , dans 
le t. VIII,' p. 4^3 — ^4^9 ^^ s* Bibliothèque universelle et \ 
historique; néanmoins Gibèrt n'en a point parlé dans ses 
Jugemens des Savons sur les auteurs qui ont traité de la 
Rhétorique. 

XXXVni. Lettre de l'Église de Paris aux Pasteurs et 
Anciens, assemblés dans le sjnoûe national de Castres ^ en 
1626 : insérée par Aimon dans le* t. Il, p. 44' "^44^ ^^ 



'igo DRE 

Synodes nationaux des églises réformées de France. (La 

Haye^ Delô, i^io, a vol. m-4*') 

Cette lettre , datée de Paris, le 20 août 1626,- a trait au 
choix que cette Eglise avait fait de Daillë pour ministre , 
après la mort de Durant : elle est souscrite par Drelincourt 
pasteur, et par Bigot, Tardif, Dinets, Massanes, Millet, 
Raillard et Mandats , anciens. 

XXXIX. Lettre à madame de la Trimoilte (i) sur la 
réuoUe de son époux, i6.«.., in^^. 

Bayle nous a laissé ignorer la date de cette lette , qui a 
écbiappé à nos recherches. 

XL. Lettre de consolation à Josué de la Place, (Moréri , 
uerbo de la Place.) Ellle est peut-être dans les OËuvres de ce 
professeur, réimprimées à Francker en fjoi , in*4*. 

XLL L'Église réformée de Charenton^ à la Reine-mère 
{Anne £ Autriche) ^ en 1649*, i"^~4*> ^^• 

C^est une requête où il est traité du devoir des sujets en- 
vers leurs princes, et des princes envers leurs sujets. La 
grande influence de notre auteur sur son troupeau , nous 
porte à croire qu'il a pris pai;t à la rédaction de oette requête, 
dont l'original, contenant 47 pages , était conservé dans le 
cabinet de Fontette. (Biblioth* Hist._, 1. 1, n° SgjS.) 

On a attribué à Drelincourt d autres productions qui ne 
sont point de lui. Tel est le Hibou des Jésuites^ voy. notre 
note sur cet opuscule dans le Dict, des Anonymes ^u'' ^aSo. 

Son portrait : 1° Fr. Maxot, in-fol.; a° N.,.., i658*, 
3<» Holstein, in-8°;, 4^ Desrochers, in-8° -, S'^dans le Theatrum 
de Freher*, 6** âgé de soixante^huit aps, W. Vaillant piwrr. , 
L: Vischer Se. , i665 , pour le livre des Consolations contre 
les frayeurs de la mort^ avec ce quatrain en bas : 

Quel dBtre peut mieux , ô mortel ! 

Dans la mort t'apprendre à revivre , 

Que celui qui par ce saint livre , ^ 

S'est rendu lui-même immortel. 

(1) Marie de la Tour, seconde fille de Henri de la Toui' , prince de Sedan , 



DUB 391 

DUBOIS-GRANCÉ (Edmond Louis Alexis^^ successive- 
ment mousquetaire, lieutenant des marëcbaux de France, 
membre de Tassemblëe constituante , de la convention , du 
conseil des anciens , ministre de la guerre depuis le 1 5 sep- 
tembre jusqu'au 10 novembre 1799 9 puis général de divi- 
sion, avec traitement de réforme, né à Gharleville le ^4 
octobre 1747? mort à Balham, près deRetbel, le 29 juin 
i8i4* Nous croyons devoir renvoyer aux diverses biogra- 
phies , les lecteurs curieux de le connaître plus particuliè- 
rement (i). 

Ses portraits : i^ Laneuvillepinx.^ en cultivateur-, a"" Da- 
vid pinx.j Miger^fe/., in-4'**, 3"* Bonne ville 5C., in-8°, 

DURAND {Abraham) j naquit à Sedan vers 1600. Lors- 
qu'il fut en âge d'étudier, on lui fit apprendre les langues 
grecque et latine , qui étaient alors également cultivées dans 
sa patrie. Il passa ensuite de la philosophie à la médecine , et 
fut admis au doctorat. Après avoir acquis une théorie pro- 
fonde de son art, il y joignit la pratique , ce qui ne Fempécha 
pas d'occuper une chaire de professeur ordinaire de philo- 
sophie , à laquelle le conseil des Modérateurs de l'Académie 
de Sedan Tavait nommé en i63o (a). 

Son nom figure dans le procès-verbal de la réception du 



mariée le 19 janv. 1619 avecHenri de la Treinoille , duc de l'hoaars, morte 
le 24 mai i665. 

(1) Il a publié plusieurs brochures sur la conscription, les finances « les tra- 
vaux des assemblées nationales , et un Mémoire sur ta contribution foncière , 
suivi d'un projet de toi motivé, pour opérer ta conversion de Cimpôt en numéraire 
en une prestation en nature, dans ta répubtique, et éTune réponse à différentes 
objections, Rethel, Guivard, i8o4, in-S*, p. 23a. On lui attribue Supptémeni 
à ta galerie de fJssembtèe Nationate. (Paris) 1789, in-8<>, p. 5o. Le véritable 
Portrait de nos Législateurs , ou Galerie des tableaux exposés à ta vue du public 
le S mai (ly^)^ jusqu'au 1*» octobre 1791. Paris , 179a , in-8«». 

(a) Il j avait en France neuf autres académies protestantes, savoir : Castres, 
Gbfttillon-sur-Loing , Montauban, Mon^ellier, Nismes,'Orthez, Puy-Lau- 
reos, Saumuc et Strasbourg , auxquelles il faut joindre les collèges de Berge- 
rac , Béziers , Gaen , Die et Orange. On n'a point écrltjeur histoire. 



392 DUR 

serment de fidélité prête à Louis XIV, le aQ avril i644* ^ 
connaissait à fond la topographie médicale de la principauté 
de Sedan. L'IiistCHre nous laisse sans lumières sur la suite et 
la fin de sa vie. On a un échantillon de son savoir dans l'ou- 
vrage suivant : 

L'Hîdrogéomanie Sedanoise^ ou Discours en forme de dis- 
pute ^ sur la nature de Vair^ terre et, eau qui sont autour de 
Sedan j et des causes des maladies populaires qui ont a£coutumé 
de régner dans cette ville / par AbraJutm Durand j docteur en 
médecine j et professeur ordinaire de philosophie en VAca-* 
demie de Sedan. Sedan , Pierre Jannon, i65i, in-8°', ra- 
rissime. 

L'auteur fixe la situation de Sedan à peu près sous le 
tre,ntième degré de longitude, et le quarante-neuvième de 
latitude boréale. Une aiguille aimantée y varie , selon lui y 
de cinq degrés , ou environ. D paraît, par cet ouvrage, que 
Veau-de-*vie de grain était fort en usage alors dans la prin- 
cipauté de Sedan. 

DURAND (^fee/we), de Rethel, naquit dans cette ville ;,. 
le 6 janvier 1669, ^^ Nicolas Durand. Après le cours ordi- 
naire d'humanités et de philosophie , il se livra avec autant 
d'ardeur que de succès à l'étude du droit , qui devait être 
la science de toute sa vie -, il se fit recevoir avocat au parle- 
ment^ et honora sa patrie par ses talens, et la servit par ses 
connaissances en jurisprudence. Il finit ses fours à Rethel le 
28 fêvrier 1^35. Une étude approfondie de la science des 
lois , qu'il regardait comme nécessaire à Fhomme fait pour 
vivre en société , une morale sévère , une intégrité irrépro- 
chable dans ses fonctions, lui avaient acquis l'estime de ceux 
qui savent juger le savoir, et qui connaissent le prix de la 
vertu. A la candeur et à la probité champenoise , il joignait 
un désintéressement très-rare. Le malheur et l'infortune 
trouvaient en lui un patron aussi actif que généreux. Il était 
à toute heure accessible à la veuve et à l'orphelin : d'où Ton 



DUR 393 

peut conclure que quoiqu'il fût célibataire , sa bienfaisance 
lui faisait goûter en quelque sorte les douceurs de la pater- 
nité. Il a publie : 

La Coutume du bailliage de Fitryj en Perthois^ OJi^c un 
Commentaire y et une Description abrégée de la Noblesse de 
France. Ghâlons, Bouchard, 17229 in-fol.^ p. 750. On y 
voit, p. 595 et 6269 une liste alphabétique des villes ,! 
bourgs et villages régis par la coutume de Vitry, quoique 
dépendant de plusieurs autres juridictions, dont Fauteur 
fait la distinction^ en donnant , par occasion , diverses re- 
mai^jnes historiques. (Joum. de F^erdun^ nov. 1722 , p. 33i7 
et 341.) 

Le catalogue MS. de la BB. du roi , et le Dictionnaire des 
Anonymes lui attribuent encore : Introduction au barreau j 
ou Dissertations sur les choses principales qui concernent la 
profession d'as^ocat. Paris, le Camus, 1686, in-12, p. 264* 
(BB. du roi, F. 4^7<^') L'auteur de cette production y «st 
désigné dans le privilège, par la lettre initiale D**^. Il n'est 
pas vraisemblable qu'elle soit sortie de la plume ^ de notre 
jurisconsulte , qui n'avait que diiL-sept ans lorsqu'elle parut. 
Nous soupçonnons qu'elle est de N*** Durand, greffier du 
domaine du duché de Rethel en 1667. 

> C'est ajouter en quelque façon à l'Hommage que nous 
avons rendu à la mémoire de l'avocat Durand , que de rap- 
peler qu'il n'est pas le seul qui ait illustré- sa famille en 
servant sa patrie. C'est de lui que nous apprenons que « son 
» aïeul, Etienne Durand ^ écheVîn-gouverneur de Rethel 
» en i65o, combattit et perdit la vie pour exempter cette 
» ville du sac et du pillage , dont elle était menacée par une 
» troupe de Polonais, rebelles aux ordres du roi. » {Coût, 
de Vitry j^ p. 224.) Cet événement se rapporte au. lundi gras, 
dernier jour de février i65o. Durand mourut de ses bles- 
sures le 2 mars, jour des Cendres. {Hist. {MS^^ ou Chrono- 
logie des seigneurs et ducs de Rethel.) 



394 DUR 

DURBAN (^Jean Baptiste Bertrand) j eit ne le 27 avril 
1 73a. Après avoir fait ses études à Sedan et à Verdun , il 
vint se fixer à Paris, où il s'occupa de finances. Nommé 
directeur de la régie en 1769, il en remplit les fonctions 
pendant seize ans , et travailla , sans qualité , sous le ministre 
Tui^ot, à un plan général des finances : une pension de 
36oo liv. fut le prix de ses services. Il s'était retiré à Mouzon , 
sa ville natale , en 1 776 , avec l'intention d'y finir ses jours ; 
mais le contrôleur général de Galonné le rappela , en 1784 7 
pour être son premier commis. Il en remplit les fonctions 
durant quatre ans , et mourut à Paris , le 24 décembre 1809. 
On a de lui : 

I. Essais sur les Principes des Finances. Paris, Prault, 
1769, in-8%p. 194. 

II. Eloge de Colbert (avec cette épigraphe : Libéra per 
vacuumvestigia princeps. Horat.). Paris, ibid, ^773, in-8, 
p. 64* 

III. Traité de l'Impôt. Paris , Bleuet et Cherfils , an vi — 
Ï797, in-8% p- 239. 

Ce discours a concouru pour le prix proppsé par T Acadë- 
liiie française, que Necker remporta (1). 

(1) Voici une lettre inédite de Fréron, adressée à Darban sur cet opuscule : 

« J'ai lu^ Monsieur, avec beaucoup de plaisir, votre éloge de Golbert , et je 

>» suis du sentiment de vos amis qui vous conseillent de le faire imprimer. Au- 

» tant que je puis juger de ces matières , qui sont fort au-dessus de ma portée^ 

• il me parait que vous avez supérieurement saisi l'esprit de Golbert et ses 
» opérations. Vous les avez clairement exposés , *et vous avez su bannir de 
» votre analyse cette obscurité qui couvre presque toujours les écrits sur la 
» finance. Le vôtre, je l'entends très-Aisément, et c'est, selon moi, un très- 

• grand mérite, parce qu'enfin on ne doit écrire, comme on ne doit parier, 
» que pour être entendu. Je serai bien charmé , Monsieur, lorsque votre ou- 
» vrage sera imprimé, de lui rendre publiquement le tribut d'estime et d'éloge 
» que je lui rends ici en particulier.* Si je n'entends rien en finance et en ad- 
» ministration économique , je me 4îonnaia un peu en style , et le vôtre , Je le 
» trouve noble, élégant et sain. » (i5 sept. 1773.} — Le journaliste tint parole » 
en rendant un compte avantageux de l'ouvrage, dans V Année Littéraire, 1773, 
t. V, p. 217 et a3i.. 



EST 395 

ESTREBAY (^Jacques Louis D'), rhéteur qui figure au 
premier rang dans les fastes littéraires du xvi*" siècle, mérite 
d'être arraché à Tobscurité où il croupit aujourd'hui. La 
biographie ne Ta connu qu'imparfaitement, et les biblio- 
graphes sont loin d^avoir donné un catalogue exact et com- 
plet de ses ouvrages. Nous tâcherons d'y suppléer. 

Il naquit en 148 1 , près de Kumigny, diocèse de Reims, 
au village d'Estrebay, dont il prit le nom, qu'il latinisa par 
celui de Strebœus (i). La pauvreté entoura son berceau; 
mais les dispositions hem*euses qu il manifesta dès son en- 
fance , l'affranchirent des rigueurs du sort. I)es personnes 
généreuses Fayant remarqué , l'envoyèrent à Paris, où il fit 
des études brillantes , et d'où il partit pour venir professer à 
Reims, métropole de sa province. On apprend de Marlot 
qu'il y occupait la chaire de rhétorique dès l'année i5oo : 
l'école, de cette ville, qui n'était pas encore érigée en uni^ 
versîté, reprit en peu de temps une face nouvelle sous d'Es- 
trebay. Il aurait pu se fixer dans ce pays , où il avait jeté les 
premiers fondemens de sa réputation, et y vivre dans la paix 
et l'aisance-, mais ivre d'espoir, il retourna dans le lieu qui 
avait été le théâtre de ses premiers exercices , pour se livrer 
de nouveau à l'éducation de la jeunesse. U y vaquait au col- 
lège de Sainte-Barbe, dit Léger dû Ghesne (2) , quand on le 

(1) Nos biographes , auxquels le lieu natal de notre Ardennais a été inconnu , 
ont firancisé le nom de Strebœuê par celui de Siribée. Dom le Long , né dans 
les environs d'Estrebay, a redressé cette erreurj en lui donnant le nom de ce 
village. D'ailleurs , on est fondé à récrire de cette manière , d'après la signa- 
ture d'an homme de sa famille , laquelle exbtait à Reims dans le xvni* siècle. 
Une fille de oe' nom , âgée de soixante-dix ans , vivait encore dans cette viUe 
en janvier 1774* 

(a) Lesdegarii à Quercu oratianeula habita Lutetiœ, catend, octob,, cum ausptr 
caturus esset Timœum Ciceronis, in Athenœo Êarbarano. Paris , V* Attaignant , 
1557, p. 7. (BB. duroi, X. ^a440 



396 EST 

choisit, avec Henri Labêrius et Antoine Pin, pour aller re- 
lever Tempire du bon goût dans différentes provinces. 

C'est à lui que le docteur Femel est redevable de sa litté- 
rature. « La réputation d'Elstrebay était déjà connue en 1 53o, 
» lorsqu'il se lia avec ce médecin célèbre , qu'il savait être 
» très bon mathématicien. Durant deux années entières, 
» ils firent \ pour ainsi dire , un échange de leur savoir : 
» d'Estrebay apprit de Femel les mathématiques , çt Fernel 
» d'Estrebay les finesses de la belle littérature. Son goût 
» s'épura sous ce maître, son élocution ^'embellit, et son 
» style devint noble et majestueux. » (Note communiquée 
par Coquebert deTaisy, extraite des MSS. du médecin Grou- 
lin, Remois.) 

Dans la suite, le cardinal Jean le Veneur, évéque de Li— 
zîeux , attira d'Estrebay auprès de lui , pour enseigner Télo- 
quence à deux de ses parens, que nous croyons être Tannegui 
et Gabriel le Veneur, ses petits -ne veux,, nés vers iSijr ou 
i5,i8. 

Dévoué par état à l'instruction de la jeunesse , il employa 
tous ses soins à la former dans les principes des grands maî- 
tres , dans Fart d'écrire et de parler éloquemment. C'était 
en discutant leurs beautés , en indiquant les moyens de les 
imiter, en comparant leur manière à celle des modernes, 
qu'il créait dans Famé de ses élèves un noble enthousiasme 
pour la belle antiquité. 

Son style est souvent harmonieux, toujours élégant et 
correct : il faisait ses délices de la lecture de Démosthènes , 
de Cicéron et de Quintilien , un des hommes de ranti<}uité 
qui ont eu le plus de sens et le plus de goût. Soii livre du 
choix et de Tarrangement des mots , ses beaux commentaires, 
ses fidèles versions , lui assurent à jamais une place distin- 
guée parmi les classiques savans dans lart oratoire. 

« En effet, remarque Gibert, si les personnes passionnées 
» pour l'éloquence veulent s'instruire des règles de l'art dans 



EST 397 

les ouvrages de Cicéron, on peut dire qu'elles ont beau- 
coup d^obligatioa à d'Estrebay . Il serait difficile , ce me 
semble, de faire rien de meilleur que ses Commentaires , 
soit sur les trois Dialogues , soit sur le livre de TOrateur. 
» Quant à Touvrage qu'il a lui-même composé touchant 
rélocution , et dans lequel il traite particulièrement du 
choix et de Tarrangement des mots , il nous apprend 
^Epist. Xj p. I ) qu il le fit à ses heures perdues \ et 
cependant, rien ne peut être ni plus poli ni mieux en- 
tendu. Ce qui le porta à Técrire , fut le désir de chasser la 
barbarie qui s'était introduite parmi ceux qui parlaient 
klin. Il n'y en avait pas un entre mille qui parlât cette 
langue avçc la pureté , la clarté et l'harmonie qui lui sont 
propres; les plus savans même n'avaient nulle idée de 
toutes ces choses : il avoue néanmoins que la connaissance 
des beaux-arts semblait renaître*, et, comme il voulait y 
contribuer, il entreprit d'enseigner aux jeunes gens com- 
ment se forme le style , quels auteurs il faut imiter, com- 
ment il &ut choisir ses termes , de quelle manière il faut 
les ranger, en un mot , comment il faut s'exprimer. 
)) Il s'étend sur les différences des termes , matière fort 
ample, au jugement de Cicéron (^estenim locus latèpatens 
de naturd usiujue verborum, (Gic), qui s'est pourtant con- 
tenté de la désigner, sans la traiter, non plus que Quin- 
tilien, ni aucun de ceux qui sont venus ensuite-, il mêle 
partout des exemples avec les préceptes; il développe la 
nature et le rapport des syllabes ; il fait sentir ce qui pro- 
duit l'harmonie dans le discours , aussi bien que ce qui 
fait les différens styles^ et il croit pouvoir se flatter, sinon 
de dire quelque chose de plus soUde que les autres, du 
moins de s'expliquer mieux , et de traiter sa matière plus 
à fond. 

» H fait voir pourquoi , de tant de personnes qui se mêlent 
» d'écrire, il y en a si peu qui s'entendent au choix des 



ï> 



«I 



398 EST 

» mots et à leur arrangement : ils n'ont point d^habiles maî* 
» très*, ils puisent dans de mauvaises sources , dans des re- 
» cueilsde formules, d'élëgances de mots et de phrases (1)^ 
» ils né vont point aux originaux , ils ne composent pas avec 
» soin^ et, faute d'intelligence, ils tombent dans une mau- 
» vaise affectation de transposer les mots, même en des oc- 
» casions où Tordre naturel vaudrait beaucoup mieux. "' 

» D'Estrebay croit encore qu'il faut commencer la rhëto- 
» rique par les préceptes de Tëloculion , parce que c'est aux 
» maîtres à fournir la matière , et la manière de la traiter, 
M aussi bien que la disposition et Tordre. Outre que Tordre 
)) est plutôt un effet de Tesprit et de la prudence que des 
» règles , Tinvention de même est une chose de sens corn- 
» mun*, çt elle vient avec la prudence et le jugement, à 
» force d'entendre parler, de lire , de conférer, de s'entrete- 
» nir et de composer. 

» Après ces préambules , Tauteur s'attache à donner, par 
» des préceptes et par des exemples, une juste idée de 
». toutes les difiérences des termes, selon qu'ils sont honnêtes 
» ou contraires à l'honnêteté , bas ou sublimes , propres ou 
» figurés*, enfin, selon qu'ils sont graves, sonores, barbares, 
)) rustiques, inusités, ou qu'ils, ont de la douceur et autres 
» semblables caractères : tout cela est expliqué dans le pre- 
» mier livre de d'Estrebay, d'un style qui fait plaisir, et qui 
w n'est ni trop long , ni trop concis , mais pur, clair, noble, 
» vif, élégant et majestueux en même temps , et d'une ma- 
» nière qui ne laisse rien à désirer. 

)) Je dis la même chose de la seconde partie de son ou- 
» vrage, où il traite de l'arrangement des mots. Il fait ob- 
» server quelles sont les lettres , voyelles ou consonnes, 
» qui ont entr'elles du rapport , qui se concilient aisément , 
.» ou qui se heurtent et s'entrechoquent, ce qui rend la 

(1) De formulii , deofpcinis, de epithetis, etc.; nihil Cîcero, nilùl Quintilia- 
nus, ttc, (Streb., p. 9.) 



EST 399 

» prononciation plus douce ou plus rude : il joint Texplica- 
» tion de tout ce qui rend le discours harmonieux , et il suit 
)> partout les principe s de Ciceron et de Quintilien , quoiqu'il 
» traite son sujet avec plus de soin et avec plus d exactitude. 
» U prouve qu]il y a des nontbres dans la prose, et qui sont 
,)> plus di£Giciles que ceux qui entrent dans les Vers : il re- 
» marque que Thrasymaque les observa le premier, et qulso- 
» crate les polit. 

» n parle en habile homme et de la période et des styles; . 
)) il rëduit ceux-ci à trois, quelque diffiérence qu'il y ait dans 
)) les lettres missives, les panégyriques, les éloges, les dé- 
» libérations, les harangues , les plaidoyers, les annales, les 
)> histoires, les apologiies, fables, apophthegmes , commen- 
» taires, remarques, interprétations, préceptes d'art, co- 
» médies, tragédies, mimes, satyres, bucoliques, géorgi- 
)) ques , épigrammes, odes , vers héroïques. Cette différence, ' 
» selon lui, ne multiplie point les styles, comme la différence 
)> qui distingue les hommes ne fait pas que les hommes 
» soient de différente espèce. L'auteur parle ensuite des 
» ^styles vicie WE , et il en dit tout ce qui s'en peut dire. 

I) Ce qu'il y a de particulier, il ne goûtait point la poésie 
)> française, à cause qu'elle est toujours sujette à la rime. Il 
)> reconnaît néanmoins que ce qui déplait dans nos vers , 
)) fait quelquefois une beauté dans la prose latine , et il le 
)) goûte dans cette langue, à cause qu'on l'y emploie rare- 
» ment. Au reste , sa manière d'écrire et de s'énoncer est 
» partout noble , harmonieuse et proportionnée à sa matière. 
» Ses préceptes sont solides, ses exemples courts, faciles, 
» choisis avec jugement. En un mot , son livre est un ou* 
» vrage utile à quiconque veut écrire en latin , ou parler 
» cette langue, comme les meilleurs auteurs l'ont parlée. » 
(Jugeméns des Savons sur les auteurs qui ont traité de laBhéto- 
rù/uej t. II, p. 191 — ^96.) 

L'éloge qu'a fait de d'Estrebay Scévole de Sainte-Marthe» 



4oo EST 

p. al de ses Gallorum doctrinâ illustrium elogi^ (Paxis^ i63o, 
in-4°)» mérite de trouver place ici. Nous le traduisons , la 
version que Guillaume G>lletet a faite de cet ouvrage (/'om, 
1 644) ^ys^t vieillie . 

(( Jacques Louis d'Ëstrebay eut le i*are mérite d'unir les 
» charmes de Féloquence latine à une profonde connaissance 
n de la philosophie. Il est peut-^étre le premier des profes- 
» seurs dé Paris qui , abjurant le jargon barbare de l'école 
» de son temps y ait osé se frayer une route nouvelle , et in- 
» troduire parmi nous Theureuse méthode de s'exprimer 
)) avec élégance et pureté : il en indiqua les moyens dans 
» son excellent Traité du choix et de V arrangement des mots. 

» D'après ce plan , il avait conçu le vaste projet de donner 
» en latin une traduction. complète des Œuvres d'Aristote. 
» Déjà la politique , les livres économiques et la morale de 
» ce père de la philosophie avaient pris sous sa plume ce ca- 
»' ractère d'élégance et de fidélité capable de porter le dé- 
» couragement dans Tame de ses rivaux , dans celle même 
» de Joachim Périon (i), qui traitait alors ce sujet avec un 
» talent distingué; mais bientôt l'impérieux aiguillon du 
» besoin se fit sentir, et les angoisses de la misère, plus puis- 
» santés que les charmes de la littérature , le contraignirent 
» enfin de renoncer à cette utile entreprise. 

» Cette élévation de sentimens,' qui porte les savans à dé- 
» daigner les détails domestiques, lui fit perdre de vue le 
)) soin de sa propre fortune, et négliger les moyens de ré- 
» parer les caprices du sort, qui semblait l'avoir dévoué à 
» Tindigence, en lui donnant pour origine une famille ob- 
» scure d'une bourgade de Champagne. Il reconnut, mais 
» trop tard, que le mérite le plus brillant a besoin , pour se 
» soutenir, des secours de la fortune : il se vit obligé de re- 

(i) ArUtotelU de Eepublicà qui polUicorum dicuniur Ubri viii, Joackimo Pu- 
riono, Benedictino Cormœriaeeno , interprète ; accesserunt ejusdem in eosdem /<- 
brotobservationet, (Paris,, Joan. Lod. THetaous, i543 > in-S*.) 



EST 4oi 

» prendre les fonctions d'instituteur, et de seconder les 
» pluç fameux typographes de Paris , surtout les Estienne , 
» en faisant auprès d'eux l'office de correcteur d'împrîuie-.^ 
» rie (i), faible et insuffisante ressource pour un vieillard 
» caduc, qui termina tristement sa carrière, sans qu'aucun 
» de ses contemporains puisse échapper à la honte de 
» n'avoir pas venge cet homme estimable des persécutions 
» du sort. ». 

Corneille Tollius (2) , Jean Conrad Zeltner et Fabbé 
Coup^, rendent un hommage non moins honorable à la mé- 
^oire d'Estrebay. Obligé de choisir entre ces éloges égale- 
ment intéressians et semblables pour le fonds , nous avons 
cru devoir donner la préférence au dernier, publié dans une 
langue qui est à la portée du plus grand nombre de nos lec- 
teurs. 

(c D'Estrebay n'était qu'un pauvre petit paysan des eiivirons 
)> de Keims. Si , au Ueu de se livrer à la littérature , il eût fait 
)> choix d'un autre état, son génie l'aurait sûrement conduit 
» à la fortune*, car il avait l'ame grande, une tête bien faite, 
» et des dispositions rares dans tous les genres ', mais il se 
» concentra dans la traduction des auteurs grecs et latins : de 
» cette manière il enrichit ses contemporains , qui lui firent; 
» les plus beaux complimens , et qui le laissèrent dans la 
X » misère. Il fut donc obligé d'abandonner le métier de tra- 
» ducteur, qui ne lui donnait pas de pain , et de se faire prote 
» chez différens imprimeurs de Paris : il perdit encore cette 
» ressource dans sa vieillesse en perdant la Vue, et finit par 

(1) Emploi que les savans du premier ordre ne dédaignaient pas alors. On 
peut s^en convaincre par la lecture du livre de Zeltner, intitulé : Theatrum vi^ 
rorum eruditàrum qui speciatim iypographlis taudafnlem operam prœstiterunt, 
Nuremberg, 1720, in-8». On y trouve, p« 5ii et 5i4, une très'bonne notice 
sur d'Estrebay. Il est le seul qui indique Tannée de sa naissance. 

(a) Pag. 47S <lc son livre, Z)6 'infeUcitate titteratorum , réimprimé dans le re- 
cueil publié par Jean Burcbard Menckc , sous ce titre : Anatecta de cafami- 
iate titteratorum . Leipsick , * 1 708 , in- 1 a. 

TOMÉ I. . ^6 



4o2 EST 

» demander raumône. » {Soirées LiitéraireSj, t. XVI , p. 91 .) 
On croit qu'il termina ses jours à Paris, vers Fan 1 55o. Les 
vers que Nicolas Chesneau , son compatriote , adressa à Jean 
Louis Micqueau, Remois ^ sur sa mort, prouvent du moins 
qu'il n'existait plus en i553. 

Patria Strebœum luget pullata , virum quem 

Grediderat nonquam Patria posse mori 
Et sperare Telim , et longos deponere luctns : 

Alter eaim occurris nomine penè pari , etc. 

(Epig,, lib: 11^ fol. a^; imprimé en i553.) 

Marlot le qualifie de rketor eximius ; Huet et Baillet Font 
jugé digne de leurs éloges , en le rangeant parmi les plus 
illustres interprètes. Etienne Dolet lui a fait hommage de 
quelques vers (i), le poète Voulté de Vandî- sur- Aisne a 
célébré ses louanges dans ^trois épigrammes et un hendéca- 
syllabe (2), et Nicolas Bourbon Faîne Ta signalé , dans deux 
pièces de vers , comme un homme très-docte et une bouche 
d'or, virdocHssimuSj, osaureum, {BorbqniiNug.j^* 44 ^^ 4^4- 
Lyon, Gryphe, i538, in- 12.) On peut justement lui appli- 
quer le mot si connu de Quintilien,-au sujet de Cicéron : 
lUe se multiim profecisse sciât cm Cicero valde placebit. Les 
productions que sa plume savante et féconde a données au 
public, sont : 

I. M. T. CicerQnis epistola ad octa^ium j J. LodoiciStre- 
bœi Rhemensifij Commeniariis illustrata : prœcedit ejusdem 
epistùla ad Michaelem Fascosanum scripta. Paris., Mich. 
Vascosan, i536, in-4'', fol. 14. (Maittaire , Annales Type- 
graphicij, t. IL, p. 846)-, lï., Paris., ih.^ iSSg, in-4°, fol. 12 
(BB. du roi, X, 1798)-, ff., Paris., ib.j i54i, in-4°. (Mait- 
taire, Hist. TjpQgraphicorum Paris, jr t. II, p. 26.) 

IL M. T. Ciceronis orator ad Marcian BrutuMj cutn 
sckoliis J. L. Strebœi Rhemi. Paris., ibid,^ i636, in-4**- 

(1) Fol. 95 Carminum, Lyon , i538 , in-4*. 

(a) Lib, I , eptg,, p. 80, 86 , 92 ; Hendec., fol. 5o. 



EST 4o3 

(Maittaire, Ann.j t. H , p. 844)) **•> Strebœi Commentants 
ab auihore ipso recognitis illustratus, Paris. ^ ib,^ t54o, in-4''9 
p. 224 (BB. duixn); U.^ Paris., Tï/etom^ i54o, in-4''9 p. 222 
(BB, duFoi, X, 1798); ît., Strebœi j f^ictoris Pisani Com^ 
tnentariis iilustratus; Philippi Melanckthonis scholiiSj Jo, 
Riçii Alfhendoriensis et Pétri castigationïbus illustratus, Pa- 
ris., Jean Roigny, exe. Tiletain, i543, îi^-4*^- (Maittaire, 
Ann.j t. II)", it., Strebcsi^ P^icioris Pisani^ et cujusdam in^ 
certi authoris Commentariis^ et Philip. Melanc, argiimentis et* 
scholiis iUustrtMtus, Paris., Richaid, i552, in-4% fol. 108 
(BB. du roi); it., Strebœi nota selectœ in Ciceronem de ora-^ 
tore. Amst., 1724, in-8° {Catalogus BB" Lîgurinœ^ t. I, 
p. 4oi). Hyde cite une «dition de Bâle , 154I9 in-4^. 

D'Ëstrebay, dans ce commentaire, a estime ^^en ce genre 
» il n'y a rien de plus par&it. C'est, dit-il, le chef-d'œuvre 
» de son auteur, c'est la Venus d'Apelle, c'est le Jupiter de 
» Phidias. Si l'on considère l'expression, tout y est traité 
» d'une nianière grande, pompeuse, magnifique, ou pom* 
)> . mieux dire , proportionnée à la noblesse et à la grandeur 
» du sujet. Si l'on considère le fond des choses, l'auteur, 
» par l'assemblage de toutes les perfections imaginables de 
» l'orateur, &it un portrait de l'éloquence , capable d'abord 
)) de nous saisir d'étonnement , et ensuite de fairç naître 
» dans notre cœur un amour incroyable de la posséder. » ( i ) . 

« Ainsi s'exprime sur le livre de l'orateur de Cicéron , dit 
A> Gibert , l'homme du monde , à mon avis, qui a le mieux 
j» travaillé sur cet ouVrage, et qui l'a le mieux entendu, 
» puisqu'il l'entend comme s'il l'avait fait. » {Jug< des Sa- 
vons sur la Rhét.j t. I, p. SSg.) 

m. M. TuUii Ciceronis de partitione ordtorid dialoguSj 
J. Strebœi ac Georgii F^allœ Commentariis illustratus, Lyon , 
Séb. Gryphe, i538, in-4**, p. 333 (BB. du rot, X, i8io)j 

(1) Strebœns , £;9t«f . Nuncup,adGabr. Venaiorem, p. 5. 

26- 



4o4 EST 

it.^ Baie, fVinteret Platterus^ i54i, in-4° (Hyde) -, if., Ci- 
cero de partitionibus oratoriis dialogus^ Strehœi Commenta- 
riis ah ipso authore recognitis illustratus. Paris., ^ascosan, 
154s, i>i-4°>N fol. 76(88. du roi, io3oo, fonds de Falcon- 
net)*, it», cum Annotationibus Strehœi^ Hengendorphini^ La- 
iomiy Leodegariij Joannisque àfossd commentariis et enarra" 
tionîbus seledisj atque unicidgue paginœ subjectis. Colon., 
Matem. Cholin, i588, in-8°. (Draude, BB"* classica.) 

lY. «/. Z. Strebœij Bkemij Defensio in quemdam LudimcL- 
gistrum^ ejusdem anticategoria. Paris., Yascosan, i536, in-4°, 
p. 57 non chiffrées. (Panzer, Annales Tjpog.j t. YllI, 
p. 197*, Maittaire, t. lY, p. 264.) C'est une défense de 
Touvrage précédent , dont il existe une édition antérieure à 
celle de i538. 

Y. y. Z. Strebœij Rhemensisyde electione et oratorid col" 
locatione verborum libri duOj ad Joannem venatorem (le Ve- 
neur) cardinalem. Paris., Yascosan, i538, în-4°, fol. i34*, 
it.j ib.j i54o, in-4*', fol. i34 (tous deux à la 88. de S*®-Ge- 
neviève)*, it.^ Lyon, Seb. Gryple, i54i> in-8°, p. 269. (88. 
du roi, 10233, fonds de Falconnet), it. , libri duo^ quibus 
accédant joi^itœ rapicii Brixiani de numéro oratorio libri 
quinque. Colon., Birckmann, in-8°, p. 5i5. (88. Maz.)Mor- 
horf et Zeltner citent une édition de 8âle de i539. 

Le P. Masenius ,' jésuite , attachait un grand prix à cet 
ouvrage. « Strebceo, dit-il^ de eloquentiâ et periodo nos 

» instituente, nihil purius elegantiusque dari potest 

» adversùs illos eloquentiae corruptores Strebœus romana à 
» barbaris ^oyatisque distinxit. )> (^Palçestra styli romani ^ 
p. 4) 12 et 87.) 

YI. Strehœi in très diahgos Ciceronis de oratore ad Quin- 
tum fratremj commentaria : ad. Franciscum galUœ regem. 
Paris , Yascosan, 1 54o , in-fol. , 164 fol. (88. du roi.) j Baie, 
154 a, 2 vol. (Zeltner et Hyde)-, it.^ Dialogi très, Strehœi^ 
Leodegarii à Quercu^ et cûjusdam incerti authoris Commen- 
tariis j item^ueScholiis Philip. Melancht/ionis iUustrati. Paris, 



EST 4o5 

Thomas Richard , i558, in-4° (Goujet, collège de France, 
t. II, p. 357)-, it.j Paris , îbid.^ i56i, în-4°, fol. 3o4 (BB. 
du roi, 102949 fonds de Falconnet', BB. Maz.); zf., Paris, 
ibid.^ 1662, in-4'*, fol- 3o4- (BB. du roi.) • 

VIL AristotéUs et Xenoplwntis OEconomicaj ab Strèbœo è 
grecai» /ali/M<mconf'cr5a. Paris, Vascosan, i543, in-4'*,p.46*, 
itj Xenophontis OEœnomicus : inséré p. 349 des Œuvres 
complètes de Xénophon, publ. en latin par Henri Estienne. 
Paris j s. d., in-fol., p. 428*, iUj Aristotelis OEconomicorum 
liber unus mutUus^ Strebœo interprète : cujus interpretationem , 
M. Ant, Muretus locis aliquot emendwit, Romae , apud Hse- 
redes Ant. Blabii , 1677, in-4'' de trois feuillets. 

VIII . Qùid inier Lodoicum Strebœum et Joachimum Perio- 
nium non èons/eniat in Politicorum Aristotelis interpretationei. 
Paris , Vascosan, i543, in-4% fol. 55. (BB. duroi, *E. 41O 
Niceron attribue mal à propos cet ouvrage à Périon. La 
vive discussion qui s'éleva entre ce bénédictin et d'Estrebay, 
touchant la traduction d'Aristote, donna lieu à cet écrit, 
auquel Périon opposa : Oratio in J, Z. Strebœum^ qud ejus 
calumniis respondet. (Paris, Th. Richard, i55i, in-4'*, fol. 
71 .) (BB. du roi, * E. 4i •) It,j Perionii oratio in Strebœum : 
ejusdemque orationes in Petrum Ramum. Paris, ibid,/ i55i\ 
in-4**« (Maittaire et Niceron.) ^ 

Le savant Huet s'exprime ainsi sur cette querelle litté^ 
raire : « Perionius cum Ludovico Strebœo litterariis velita^ 
)) tionibus seexercuit; et, mequidem judice, infoUciter, nam 
)> in eâ assequendâ Ciceronis elegantiâ Strebœo , si forte , 
)) scriptore et ipso non impuro superior, casti et fidi inter- 
» pretislaude, et grsecas linguas peritiâ longé inforior habitus 
» est : neque verô hoc illum fugisse puto , sed verborum 
» magnificentiâ et sermonîs volubilitate est delectatus. )> (De 
Claris interpret.j p. 212, édit. i683.) 

IX. Aristotelis Politica ex Versione Strebœi et Jo. Ber-r 
trandi. Paris ,. du Puys y 1 54? » in-4'* ^ fol. 1 26 (BB. du. roi ,. 



4o6 PAB 

2409, foads de Falconnet)*, lY,^ Paris., Vascosan, r55l^ 
in-4'*» fol. 271 (BB* du roi)*, it.> Aristotdis Politàca latine ^ 
J. L. Strebœo interprète. Paris, Vascopan, i554iin^4*** 
(Maittaire, Hist. typog. Paris., t. H, p. 34-) Lftdvocat, 
Chaudon et feller partent d'une édition de i556, où sont 
comprises les OEconomiques et les Morales. On n'a jamaisr 
expliqué dans nos ttaiversités françaises la Politique d'Aris-* 
tote , qui préfère les républiques aux monarchies. 

X. Compendium Kbri secundi^ tettU et quinti Institutiônuni 
oratoriarum Quintilianî auûiore Strebœo. Poitiers (Paris), 
Maraef, i575,in-4°> fol« «4- (^B- du roi,, X, i85o P.) Ou- 
vrage posthume. 

Marlot , Met. Rem.j t. U ,. p. ^2 -, Dom le Long , Hist. de 
LoQUj p. 534*) Baillet, Jug. des Saç.j t. III, p. 46? Draude, 
BS^ dassiça^^. i^^y^ 1480; Hyde, BB"^ Bodhyana^ t. II, 
p. 549 > édit. 1738*, de Thou, Hist. Ub.^ 23, p. 708; Mor- 

hof , Pofyhistor^ t. I , p. 835 , t. Il , p. 5o4 » édit. i747' 

« 

F. 

FABERT {Jhraham DE), toaréchaï de France et gou- 
verneur de Sedan, était né à Metz, le* it oct. tSgg, et 
petit-fils d'un riche libraire de Nancy, anobli par Henri IV . 
Dés son enfance, il annonça uit gpftt décidé pour les armes. 
Placé comme cadet, dans le régiment des gardes -firan-- 
çaises , à Fâge de treize ans et demi , par le duc d'Epemon , 
il laissa entrevoir de bonne heure ce qu'il serait un jour. 
Une bonne conduite, et de Taudace jointe à ce calme de 
Famé qui adde Tesprit à se replier sur lui-même et riq)pelle 
à réfléchir f le firent bientôt remarquer. Chaque grade fut 
pour lui le prix d'une action d'éclat. Â l'&ge d'un peu plus 
de quarante ans, il était capitaine aux gardes, et officier 
général. 

A la fameuâe retraite de Mayence, en i635 ,' il se couvrit 



FAB 407 

de gloire en sauvant Tarmëe du roi. Au si^ge de Turin, le 
34 septembre 1640 , il fut grièvement blessé , et il guérit 
assez promptement, puisqu'il se trouva, le 6 juillet 1641» 
à la bataille de la Marphëe , près de Sedan. La même an- 
née il commanda au siège de Donchery, en qualité de maré- 
chal de camp. Le 6 août u654 9 il prit Stenay, en préseîice 
deLouis XIY, qui faisait sous lui sa première campagne, et 
le 24 du mois suivant ^ il se rendit maître de Glermont-en- 
Argonne , château qui passait pour imprenable. Nous ne le 
suivrons point dans ses autres expéditions militaires. 

Dès le 21 septembre 1642, il avait reçu pour récompense 
de ses honorables services , le gouvernement des souveraine- 
tés de Sedan, Raucourt et Saint-Menges. Il en prit posses- 
sion le 3o de ce mois , et fit d'abord présager ce qu'on de- 
vait attendre de son administration. Il commença par visiter 
les divers quartiers de la ville , par 'faire observer une po- 
lice exacte. Son objet principal était de maintenir la paix 
dans une cité nouvellement réunie à la Couronne , où des 
&ctieux et des turbulens semaient la discorde par des pa- 
roles indiscrètes et séditieuses sur le changement de Domi- 
nation. Il avaitprévu qu'il serait forcé d'en venir à des actes 
de sévérité, qui répugnaient à sa modération naturelle. La 
fermeté qu'il annonça était indispensable *, il sut l'allier avec 
cette afiabilité dont il ne sMcarta jamais. Il soutint les pré- 
rogatives de sa place , en décernant des récompenses , et en 
infligeant des punitions , autant que les circonstances l'exi- 
geaient. 

« Dans un nouveau gouvernement, écrivait Fabertà M. de 
» Chavigny, le 17 juin 174^5 ^'^^t ^^^ clémence que de 
» faire d'abord des exemples qui diminuent le nombre des 
» séditieux, ou qui arrêtent le cours de leur révolte : un 
» peu de sang répandu à propos en épargne beaucoup , et 
y> fait craindre le gouverneur, sans qu'il soit obligé d'user 
)) souvent de rigueur. » 



\ 4o8 FAB 

(( n fit rouer un brasseur de Sedan , sur Tayis que^ lai 
» donna un médecin, que cet hoonme s^dtait mis en tête de 
)) faire rentrer le duc de Bouillon dans ses Etats. Sa sévérité 
» consistait plus à prévenir le^mal, ou à le punir à propos , 
» qu'à sévir contre les coupables. Gomme il fallait bannir de 
)) Sedan Foisiveté, abolir des abus, établir le bon ordre , 
)» contenir le peuple dans la soumission et faire respecterFau- 
» torité du roi , il se croyait obligé de punir d'une manière 
» marquée les brouillons , pour n'être plus dans la nécessité 
» de faire d'autres exemples. Ses premières mesures ayant 
» eu tout le succès qu'il en espérait , il ne pensa plus qu'à 
» rendre*son gouvernement utile aux Sedanois et au royaume \, 
y> il mit toute son attention à y faire fleurii* les arts : il ap- 
)> pliqua les paysans à Fàgriculture , fit réparer les chemins , 
)) les rendit sûrs pour le commerce *, par ce moyen on vit 
î) régner Fabondance et. la tranquillité. » (Barre ^ t. H, 
p. 3oi.) 

Depuis plus de cinquante ans, la noblesse et la bourgeoi- 
sie de Sedan y faisaient profession ouverte de calvinisme , et 
il était défendu aux Catholiques de pratiquer publiquement 
leur religion. Malgré les efforts des Religionnaires , Fabert 
parvint, en i643, à rendre à Féglise romaine la solennité 
de son culte ; a il promit d'ailleurs aux Calvinistes le libre 
» exercice dç leur rehgion. Ce fut par cette démarche qu'il 
» rassura les Sedanois contre la crainte qu'ils avaient de la 
» puissance du roi, et qu'il les disposa à écouter les mis- 
)) sionnaires que la cour venait de leur envoyer. » (jSar7ie> 
t. I, p. 4^9*) I^^s i6â6, ces missionnaires avaient converti 
seize cents Calvinistes , et cela sans avoir mis en œuvre l'ai- 
greur de la dispute. Le P. Adam, jésuite, augmenta le 
nombre des prosélytes. Fabert n'avait rien tant à cœur que 
la réunion des réformés sedanojs à l'église romaine. Tout 
allait au gré de * ses désirs , et il avait pris tous les moyens 
pour consommer à l'amiable cette grande affaire, lorsqu'il 



FAB 409 

mourut à Sedan, le 17 mai 1662* Les Catholiques et les 
Protestans sedanois le regrettèrent également -, et Mie Be- 
noit n'a pas craint de dire q^l il açait emporté pour ainsi dire ^ 
en mourant^ le repos et la liberté des derniers (i). 

lies services de Fabert avaient été récompenses du grade 
de lieutenant général en i65i, et du bâton de maréchal de 
France en i658. Il avait refusé le cordon bleu en 166 1, pré- 
tendant qu'il ne devait être porté que par Tancienne no- 
blesse. Louis XIV, touché de cette rare modestie, lui donna 
par engagement le domaine de Sezanne en Brie. 

L'amour du bien public , la probité et la justice servaient 
de règle à sa conduite. Dans son gouvernement, il était le 
tribun du peuple et le maître du soldat. Excellent officier, 
il joignait à la bravoiu:e un coup d'œil juste , et un sang-froid 
admirable dans les occasions difficiles. On le considérait non- 
seulement comme un grand capitaine , mais encore comme 
un homme d'un grand sens , à qui on pouvait parler d'af- 
faires, et dont leà conseils étaient éclairés. Ami de Richelieu 
et de Mazarin , il les servit avec zèle , mais sans jamais s'é- 
oarter de ce que prescrivent les lois de Thonneur et de la 
probité. Le plus honorable désintéressement donnait un nou- 
vel éclat à sa réputation. Il fit ajouter plusieurs ouvrages 
aux fortifications de Sedan , et voulut payer de ses épargnes 
une partie de la dépense. Ses parens lui reprochèrent d'em- 
ployer de cette manière un bien qu'il devait consacrer à sa 
famille : « Si , leur répondit-il , pour empêcher qu'une place 
)> forte que le roi m.'a confiée ne tombât au pouvoir de l'en- 
» nemi , il fallait mettre à la. brèche ma personne , ma &- 
». mille et tout mon bien , je ne balancerais pas un moment 
)) à le £sdre. » * 

Sa vie a été écrite par Sandras de Gourtilz. [Amsi.j 1697 ; 
Rouen^ i698,in-i2i) etparleP. Bar^re. (Pûm^ i75a, 2 vol. 

(0 HitU de eEdU de Nantes, t. III, p. 5a4. 



I 



4io FAB 

in- 1 â.) Le comte de la Platiëre lui a consacré une notice daus^ 
la Galerie universelle $ elle est peu exacte pour les dates, et 
on y. trouve des anecdotes suspectes. Le P^ Pierre de Saint- 
Louis, prieur des Carmes de Liëge, a fait hommage d'un 
madrigal à Fabert(i). On a de ce maréchal : 

I. Relation de la bataille de la Marphée^ dans un lieu 
nommé Thoumoy, le samedi 6 juillet iS^ij an heures du 
matin': insérée dans le 1. 1, p. 416 et 4^1 des Mémoires de 
Montresor (de Bourdeille , comte de)» (Leyde Sambix (E^- 
zcvir) l663, a vol. in-i6.) 

II. Lettre de Fabert au Roi^ au sujet tjue Sa Majesté Valait 
nommé chei^aHer du Saint-Esprit (en 1661), Of^ec la réponse 
du Roi : imprimée dans le t. U , p. 219 de sa vie , par le 
P. Baire. 

III. MS. Traité des Evolutions militaires (commencé en 
1634, et fini en i638 ou 1639). Le P. Barre en fait un grand 
éloge dans le t. II, p. ayi et suiv. deson ouvi^age. 

On a trois Lettres du roi à M, de Fabert^ gouverneur des 
souverainetés de Sedan et Raucourtj et au conseil souverain et 
échevins de Sedan. Sedan, P. Jannon, i644) ^^""4^) P* 6* 

f^oy* les art. Adam , Demaugre et le Yasseur. 

Son portrait : i** Ferdinand pinr., F. PoUly se, in-foL; 
2» Edelinck^ 1698, in-fol. 5 3» DauUé^ in-8*> -, 4** Séb. le Clerc ^ 
5*" Lunecaij dans la Galerie Hist. de Landon , in-8''. 



FABERT (Louis j marquis DE), comte de Sezanne, colo- 
nel du régiment de Lorraine , était fils du maréchal de Fa- 
bert et de Claude Richard de Glevand. U naquit à Sedan 
vers f65i, et succéda à son père dans la place de gouver-^ 
neur de cette ville, dont il avait la survivance depuis le 10 ' 
cet. i655. Une mort trop prompte Tenleva au commence- 



(1) f^oy* ses Mélanges Poétique». Liège 9 1660. 



FAB 4ii 

ment de sa brillante ciarrière. Un historien trace ainsi 
son portrait : a Ce jeune seigneur était bien fait, aitnable^ 
» d'une bravoure auniessus de son âge. Au mois d^yril 
» 1669, il marcha au secours de Gandie, assiëgëe par les 
■ » Turcs -, il fut tué avec le duc de Beaufort, dails une sor- 
» tie que les Français firent le 26 )]uin. » (P. Barre, F^ie 
de Fàberty t. II, p. a65.) Ses successeurs dans le gouverne- 
ment de la ville et principauté de- Sedan, sont : 

1 . Bourlie ( George Guiscard , comte de la) , né le 9 août 
1606, naiort le 9 décembre 1696, âgé de quatre-vingt-sept 
ans. Il a.vait fait sa démission Ta^nnée précédente. Il eut le 
bras percé à la bataille de Rooroi le 19 mai i643. 

2. Bouïlie (Lotds Guiscard de la), fils du précédent, lieu- 
tenant général des armées du roi, né le 27 septembre ï65i , 
commandant des places de Rocroi et de Charlémont eh 1690, 
gouverneur de Sedan en 1692, mort le 10 décembre 1720. 
Bayle leur a consacré un article dans son Dictionnaire m- 
ti^fue. 

3. Médavy (^Jacques Léonor Rouxelde), maréchal de 
France, né à Chalantey en Bourgogne, le 3i mai i655, 
gouverneur de Sedan en 1720, mort subitement le 6 no^ 
vembre 1726. Son portrait, gravé par Mariette, în-fol. 

4» Coigny (François de Francquetot, duc de), maréchal 
de France , né le 6 mars 1670 , nommé gouverneur de Se- 
dan le 23 nov. 1726 , mort en 1769. Son portrait : Coustou 
del. N***, se, in-fol. 

5. Harcourt (François, duc d'), maréchal de France, 
arrière-petit^ls maternel du maréchal de Fabert, né le 
4 nov. 1690, mort le 10 juillet 1750. Il-avait été pourvu d» 
gouvernement de Sedan en 1739, vacant par la démission 
du précédent. 

6, Harcourt (Jean Pierre j duc d'), marquis de Beuvron^ 



4ia F AU 

comte de Lillebonne , frère du précèdent » se dërnet ea i ^64 j 
et a pour successeur : 

7. Montmorency Laval {Gui André Pierre^ duc de), ma- 
réchal de France en 1788/ ne le 21 septembre 1728, mort 
à Paris le 28 octobre 1798. 



FAUBERT (Jean)^ docteur en théologie, honora sa pa- 
trie par ses vertus et ses talens. Né à Château-Porcien vers 
i65o, il fit sa principale ëtude de la théologie positive , et 
des langues hébraïque et grecque , qui contribuent à former 
le parfait théologien. La culture de l'italien remplissait les 
vides dé ces études sérieuses. G^était un des plus habiles 
controversistes de son temps. Il enseigna dans la capitale du 
monde chrétien avec cette haute capacité qui lui mérita lad- 
miriition dçs savans. 

De retour en France, ses talens brillèjrent d'un nouvel 
éclat dans la chaire évangélique.Les villesdeSedan,d'Ay,etc., 
. furent le théâtre de son zèle. Il y fit plusieurs missions fruc- 
tueuses, et s'y acquit une ample moisson de gloire, mais s'il 
était recommand^le par son érudition et son éloquence , il 
Tétait encore davantage par sa piété , sa candeur et la pureté 
de ses mœurs. Pour faire aimer la vertu, il lui suffisait de la 
peindre telle qu'elle existait dans son cœur. Toute sa con- 
duite donnait un nouveau poids à ses discours, et prétait, 
sans qu'il s'en aperçut, de nouvelles armes à son éloquence. 

Doué d'un grand esprit de sagesse et de modération, 
guidé par cette vraie philosophie qu'on puise dans la doc- 
trine de Jésus-Christ, son ton n'était point déclamateur ni 
emporté : il pensait que la conquête des âmes doit se faire , 
non par des brusqueries et des moyens violens , mais par 
une insinuation douce, qui se rend presque toujours maî- 
tresse des esprits. Ce passage d'un discours de l'abbé La- 
trècy paraissait lui servir de boussole : a J'ai appris de Saint- 



FER 4i3 

» Hilaire, que la Religion ne $e plante point avec le pistolet 
« )) à Farçon de la selle et le coutelas en main ,• mais avec les 
» pleurs , les larmes y les soupirs , les jeûnes 'et autres nîor» 
» tifications. Em effet, le fils de Dieu envoyant ses apôtres, 
)) ne les arma point de pied en cap , et il ne leur dit point : 
» Tuez^ izssassinezy mais il leur donna seulement le glaive 
)) de la parole : vous les instruirez , dit-il , vous leur remon- 
» trereZ' amiablement la mauvaise vie qu'ils mènent, le ris- 
» que qu^ils courent en la continuant. S'ils vous maudissent, 
» vous les bënirez; s'ils vous persécutent, vous prierez pour 
eux. » (^Oraison Jitnèbre de Henri IV. Paris, 1610, in-S**.) . 
Le docteur Faubert était, depuis i683 , chanoine de 
Reims, où il finit ses jours en i^oS. Le peu de cas qu'il Êd- 
sait de tout ce qui sortait de sa plume, et sa modestie , nous 
ont privé des fruits de son savoir et de son zèle. Le Long 
Va mentionné honorablement à la pag. 47^ de son Histoire 
de Laon. 

. FERRY PASTJÉ, seigneur de Challerange et de Saint- 
Pierre-à- Ames , villages de Tarrondisement de Vouziers , 
florissait dans la i^'" moitié du xiii^ siècle. Le bâton de ma- 
réchal fut le prix de ses longs et glorieux services , dans un 
temps où il n'y avait que trois guerriers décorés de ce grade , 
qui équivalait alors à celui de connétable , le i '' de la mi- 
lice française. Trois chartes du trésor royal de 1244 lui 
donnent ce titre. L'histoire n'a pas eu occasion de reparler 
de lui depuis cette époque. Celle de sa mort est inconnue ; 
il avait été envoyé en ambassade en Flandre avec R.aoul de 
Mello, en 1226, pour recevoir de Jeanne, comtesse de ce 
pays , le château de Douai et autres places. 

Sa postérité a soutenu dignement sa gloire. On le croit 
père de Catherine Posté j dame de Saint-Pierre-à- Ames , 
mariée à Jean d' Autresches , et du suivant : 

Ferry Postée 2* du nonf , seigneur de Bois-MaUes-Herbes 



I 



4i4 FET 

et de Moiitreuil-sou8-le*B(H8) prèsdeVineennes, vivait avec 
Jeanae sa femme en i3o3y et fut père de Ferry qui suit, et 
encore, selon quelques-uns, de Jean Postée seigneur de 
Plessis^Pasté, près deCorbeil, archidiacre de Thiérache, du 
diocèse de Laon , lequel existait en 1 3 17 . 

Ferry Posté j 3* du nom, seigneur de Bois -Malles - 
Herbes, etc. , peut avoir eu pour fils Jean> Posté, seigneur 
dei Ghallerange , de Bois-Malles-Uerbes, etc., qui servait 
en Flandre en i352 , et en Normandie en i364- ^^^t^ ob- 
tint, au mois de juillet i35S, rétablissement d*un marcbé 
à Ghallerange. Il y mourut le 3 février i374) sans laisser 
d'en&ns d'Alix de Hans, sa femme. Leurs cendres reposent 
dans la chapelle de Saint-Jacques et de Saint-Christophe 
de Ghallerange, qu'ils avaient fondée. 

P. A^iselme. HisU des gr. Officiers de la couronne, t. VI, 
p. 62a ', Le Long, HisU de Laon, p. Sgi -, VeUy, HisU de 
Fr,, t. IV, p. 287 -, Morëri. 

FETIZON {Paul) (1). Sedan est le lieu de sa naissance. Il 
y vit le jour vers i65o , et y reçut son éducation au collège 
académique. Son goût Tentrainant vers le ministère pasto-^ 
rai , il se montra passionné pour la théologie. Les leçons 
des professeurs Alphée de Saintr Maurice et de le Blanc de 
Beaulieu lui ouvrirent et lui frayèrent la carrière qu'il allait 
parcourir. Bayle enseignait alors la philosophie à Sedan avec 
une haute distinction. Admirateur de sie^ talens, Felûon 
çiérita par les siens de fixer Tattention de ce savant critique, 
qui rhonora depuis d'un tendre'et inaltérable attachement , 
et lui fit prouver que 

L'amitié d'un grand homme est an bienfgfit des Dienx. 

Admis au ministère pastoral , après avoir subi ses 
{1) Srm«n l'a mai à propos nommé f^ro»ÇoU. 



FET 4iâ 

épreuves d'une nmnière brillante, Fedzon Talla exercer 
à Saint - Loup -< aux -Bois 9 dans la chapelle domestique du 
baron de Briquemault;. Ce seigneur ayant rësolu de se 
retirer dans le Brandebourg en 168I9 obtint de la cour 
Tautorisation de se faire accompagner par son pasteur, au- 
quel on délivra, le 1 1 jan. de cette année, un passeport si- 
gné JLouù^ et contre-signe Colhert. 

V Arrivé dans ce pays , Fetizon fut d'abord aumônier d'un 
des régimens de son protecteur, et cha^é simultanément 
de desservir Féglise populeuse de Lippstadt. Appelé à Ber- 
lin, en 1693^ il succéda à Jean Charles , pasteur de 1 église 
jBrancaise de cette ville , et devint membre du consistoire su- 
périeur pour les affaires ecclésiastiques. 

Le ministre Jurieu, ancien professeur de théologie à Se- 
dan^ ayant donné avis à Téglise de Berlin, le la oet. 1696, 
que les alliés étant sur le point de traiter â« la paix avec 
Louis XIY, <(il serait bonde prendre des mesures, conjoin- 
)) tement avec les réforniés des autres états, pour Eure en 
)} sorte que la religion se rétablît en France par le traité de 
» paix , comme elle y était avant la révocati(Hi de Tédit de 
-» Nantes (en i685), » on nomma, pour Texamen de cette af- 
faire importante , une commission dont Fetizon fit partie \ 
mais les travaux de cette assemblée n aboutirent à rien. 
« Il était assez facile de prévoir, dit Erman , que les dé- 
» marches des puissances protestantes à cette occasion se- 
)^ raient infructueuses , la hauteur de Louis XIY n'étant pas 
» Élite pour la rétractation qu'on lui demandait. )>, (Mém* du 
Rejuge j t. VII, p. 220 et 227.) Ërman ajoute que Fetizon 
assista à la consécration du temjde de Werder à Berlin , le 
16 mai i^oi. (Ibid.j t. YIII, p. 288.) Cependant, si l'on en 
croit cet historien, il était notort dans cette ville en 169Ç. (/&.,, 
t. VIII, p. 323.) Nous présumons qu'il faut lire 1706, épo- 
que à laquelle on peut fixer la mort de Fetizon, qui avait 



I 



4i6 FET 

été Connu et estimé du maréchal de Turenne. On a de lui : 
Apologie pour les Réformés^ où Von voit la juste idée des 
guerres civiles de France ^ et les vrais fondemens de Védit de 
Nantes : entretiens curieux entre un protestant et un catho^ 
lique, La Haye, Arondeus, i683, in-^isi, rare. 

« Patrice^ le catljioliijue romain, allègue tout ce quon a 
» dit de plus fort et de plus odieux contre les Réformés, au 
» sujet des guerres civiles , et n^oublie pas. les accusations 
» qu'on leur a faites, d'être animés d'un esprit de faction et 
» de révolte, et d'avoir des sentimens contraires à l'indé- 
» pendance des rois. Eusèbcj le protestant^ les justifie de 
» s'être armés pour défendre leur religion, leurs v;îe$ , et les 
» droits de la maison de Bourbon , et fait voir, par le témoi- 
. » gnage même de Louis XIII, qu'ils ont toujours été fidèles 
)) à leurs. princes légitimes-, et que bien loin que leurs sen- 
)) timens soient opposés à l'autorité souveraine des rois, ils 
» tendent à l'établir'et à la confirmer; au lieu que les Catho^ 
» liques romains rendent cette autorité dépendante du peuple 
» et du pape. » (Des Maizeaux, F'ie de Bayle^ t. I, p. 86.) 
L'Apologiste réfute YHist. du Calvinisme du P. Maimbourg. 
Bayle instruit que Fetizon avait composé cet écrit , désira 
de le voir. <( L'auteur le lui envoya , et le dédia à Philarète^ 
» c'est-à-dire à Bayle lui-même. Bayle trouva cet ouvrage 
» digne de voir le jour, et le fit imprimer. » (^Des Maizeaux^ 
» p. 85.) Il l'attribue à Fetizon, dans sa lettre sur les écrits 
anonymes, de Scriptis Adespotis. On cite ime lettre trouvée 
parmi les papiers de Bayle , écrite à Fetizon en réponse aux 
observations que celui-ci avait faites sur une épître du pre- 
mier, adressée à Jacques Abbadie, sur la question de savoir 
si Dieu pouvait se conduire d'une manière plus sage et plus 
parfaite qu'il ne l'a fait. (J)es Maizeaux ^ t. II, p. 324.) Erman 
a encore parlé, de Fetizon dans le 1. 1 , p. 338 et 339 j ^* VIII, 
p. 227 et 324 de ses Mémoires du Refuge. 



FOR iij 

FOREST DU CHESNE (^Nicolas). Les biographes jé- 
suites le font nailre dans le Rémois, patrid Remensis^ Le 
bourg du Chesne-le-Populeux , dans le territoire de Vou- 
ziers, est sa patrie. Il y vit le jour en 1 690 , et il en prit le 
nom* Morëri s'est donc trompe en lui donnant Reims pour 
berceau. * . 

Ses études finies, il entra che2 les Jésuites en 16124 
à Tâge de dix-sept ans, et fit profession des quatre vœux 
en 1682. Après avoir régenté les humanités et la rhéto- 
rique pendant quelque teknps , il professa la philosophie et 
les mathématiques à Pont-à- Mousson , depuis 1626 jus- 
qu'en i632, quil obtint une chaire de théologie à Reims. 
Il Foccupa durant trois ans , au bout desquels il voyagea eiir 
Italie. 

Etant à Rome en i636, il fut autorisé par le P. Mutio 
Yitellesci, sOn Général, à passer dahs Tordre de Citeaux , 
où peu de temps après, il devint abbé d'Ecurey, dans le 
duché de Bar et le diocèse de Toul(i). Néanmoins, son nom 
n'*est point dans la suite des prélats de ce monastère , insérée 
par les Bénédictins, dans le treizième volume de la Gaule 
chrétienne, imprimé en 1785* La commende commença 
dans cette maison en 1616, et y dura jusqu'en .1716, qu elle 
fut remise en règle par les soins de Dom Berdot, mort abbé 
régulier le 10 décembre 1740- Durant cet intervalle, il y 
eut quatre abbés commendataires ^ Brinchâteau, Louis et 
François Dumancel, et Ancel. (D. Çalmet, Hist. de Lor- 
raine ^ t. VII.) Diaprés ces graves autorités, Forest n'aurait 
donc point été abbé d'Ecurey *, mais comme il en prend la 
qualité à la tête de plusieurs de ses productions littéraires , 
on ne peut guère la lui contester. Des connaissatices variées, 
jointes à une érudition assez étendue, formaient à peu près 
tout son mérite. Le lieu et Fépoque de sa mort sont inconnus. 

(1) Aujourd'hui celui de Verdun, commune de Moutier-sur-Saux , arron- 
dissement de Bar-le-Duc. 

TOME I. ^ 27 



\ 



' -r 



4ia FOR 

Daiii Càlmet Ta oublie? dans sa £B» Lorraine. On lui doit 
un assez grand nombre d ouTrages et d'opuscules; dont voici 
les titres : 

I. Horocospus Delphinij auctore N.. F, (Nîcolao Foresi) 
du Chcsne. Paris, i638, ia-4**, p. 8.(BB. Maz., C; i334o)-, 
pubHié avant sa sortie des Jésuites. 

II. Les Fleurs des pratiques du compas de proportion ^ où 
sontfacïlitécs toutes les plu^ belles démonstrations des mathé- 
rnatù/ues^ rei^.^taugm. Paris,. Guenon, i63j^, in^8°, p. 112. 

(BB. du roi , V. 'fl) 

III. Cardinati Richelio Carmen sotericum. (Paris, lôSg) 
in-4% p. 4- (BB. Maz., C. 17596.) 

IV. Cardinalis Richelii soteria\ triump/iuSj morSj immor^ 
talitas. Paris, iG43, in-4°' (BB. du roi, V. 733.) 

V . Seteciœ Diss'ertafiones physico^mathematicœ^ in quibus 
reconditœ quœstîones de hanine^ de sonOj de mcfta locatif de 
cœloy de démentis^ et de quantiiate.' Paris y Alex. Lesselin, 
1647^ i65o, 2 vol. in-4«. (BB. du roi, R. ^\) 

Vt, Nie. Forest du Chesnej abbatis Escuriensis Poesis va- 
ria, ÎParîs, 1649, in-8°. (BB. Maz., 2i5i4.) 

Ce recueil coatient, i** neuf cantiques sur Fenfance de Jë- 
sinsj 2*^ p. 25, sept élégies sui' sa passion -, "3** p. 55, cinq 
éloges de la Sainte- Vierge-, 4** P* 67 et 99, des vers à Inno- 
cent X , à Louis XIV, aux cardinaux Richelieu , Mazarîn, etc. 

VII. Prœcautionés tfidentinœ adi^rsiis no\>itates injîde. 
Pré(îautîon8 tirées du Concile de Trente, contre les nou- 
reaulés en la foi-, par Nie. du Chesne, abbé d'Ecurey. 
Pa/'iV^ J. Langlois, 1649, iïi-^8". (BB. Sainte- Geneviève, 
D. 4686.) 

Cet ouvrage , latin et français , dédié à la reine , consiste 
en divers extraits du Concile de Trente sur le Dogn&e et la 
Discipline, avec de courtes réflexions contre les nouveaux 
docteurs (les Jansénistes), qu'il ne nomme point, mais qu^ii 



FOR 419 

désigne assez. A la fia ^ pag. 113, est un As^ertUsement ton-' 
chant une Lettre d'im abbé à un évéque sur la conformité de 
saint AuffJLstin oj^ec le Concile de Trente ^ dan^ la doctrine de ' 

la grâce. * 

VIII. Nie. Forest du Chesne, abbatis Escuriensis florilc^ 
ffiun unii^ersale liberalium artium et scientiarumy philologi-* 
cunij maifiematicum , philosophicufn j ac theologicumj cuin ^ 

auctario physico^maihematico. Paris ^ i65o, 2 Yol..in«-4''- \ 

L'auteur dit que c'est un extrait des leçons qu'il avait don** 
nées 9 et des lectures qu'il avait faites. 

IX *. Lettre d'un théologien à un sien ami malade^ con^^ 
tenant V Abrégé de Jansmius. Paris , 1 65o , in-4°. 

X *. Lettre d'un théologien à un sien ami en convalescence j 
contre trois lettres d'un Janséniste (l'abbé de Bouzéis^ La 
première d'un abbé à un évêque^ sur la conformité de saint 
Augustin avec le Concile de Trente^ dans la doctrine de la 
grâce ^ la deuxième ^ d'un abbé à un abbéj sur la conformité 
de saint Augustin açec le Concile de Trente^ toucliant la pos-^ 
sibilité des commandemens divine ^ la troisième ^^d* un abbé à 
un président^ sur la coriformité de saint Augustin c^ec le Con- 
cile de Trente^ touchant la manière dont les justes peuvent dé- 
laisser Dieu, et être ensuite délaissés de lui. Paris, idSo, 

in-4°. 

XI *. Lettre d'un théologien à un sien ami parfaitement 
guéri du jansénisme, contenant quelques apis sur les canons 
du Concile d* Orange. Paris, i65o, in-4**« 

XII . Selecti Sermones tkeologid, dinnis Prœconibus peru-^ 
tiles. Kouen, Jacq. Pain, i656, in-4''« 

XIII. Nie. Forest du Chesne, abbatis Escuriensis , Mars 

* 

verè Gallicus , adversUs Jansenii Martem folsà GalUcum» 
Rouen, 1660, in-foL 

Ouvrage imprimé (avec le texte réfuté en regard), sans pri- 
vilège , et qui a probablement été supprima, tant le$ exem- 

.27. 



plairés en sont rares. (f^oy.LengletdaFresnôy, Méth. Hist.y 
t. IV, p. 267, édit. in-4*.) C'est nne irëfutation du Mari^ 
Gallicusj publi<$ en i635, in-foL, soUs le masque iCAlexan*- 
der Patricius ArmachanuSj par Jansénius, contre ralliance 
faite par les Français arec les Puissances Protestantes. Ce 
prélat, dit-on, eut pour récompense de ce livre Févéché 
d'Ypres. On a cru que la maison d^Autrrcbe aurait donné 
aussi «n 17 10, lorsqu'elle était alliée avec tous les Protes-^ 
tans , un évéché à qui aurait voidu répondre au Mars GaUi- 
eus. Ainsi les alliances que cette maison a faites depuis avec 
les Protestans, ont pleinement justifié la France. 

XIV . Journal de t Assemblée générale du Clergé de France,, 
cw i635, in-fol. (Baîiîé, €at, JUS. de la BB. de la Doct. chré- 
tienne^ t. V*ni.) Lès n**" 3, 4> 5, 6, i^ et 1 3, ont été inconnus 
à Moréri. Forest du"CheSne a échappé -à de Visch et à Sar- 
torius , biograpihes cisterciens. Thierri Forest était, en i6o5, 
abbé r&alier de Longwé , ordre de Prémontré , canton du 
Chesne. Un abbé Forest est actuellement doyen-curé de Ru- 
migny. . 

Alegafmfae, BB^ Soc. Jesu^p. 353-, Sotwel, p. 63o. 

FGSSE i Jacques DE LA), vicaire à Sedan, était né à 
Toul le îag nov. 1621 . Dès sa jeunesse il donna des preuves 
d'un goût particulier pour la poésie latine, et il le fortifia par 
la lecture des anciens qui ont excellé dans ce genre. Entré 
chez les Lazaristes de Paris, le 8 Oct. '1640, il reçut la prê- 
trise en i658. Comme il aimait Fétude et les belles lettres, 
ses supérieurs le nommèrent professeur à la pension dite de 
Saint-^ Charles j située alors dans la ôommunsfuté de la Mis- 
sion du faubourg Saint-Laurent. Il y enseigna les humani- 
tés pendant plusieurs années. La retraite et le travail faisaient 
son bonheur. Mais il y a deux manières de se montrer labo- 
rieux -, Tune en faisant beaucoup , 1 autre en faisant bien. De 
la Fosse choisit cette dernière. 



FOS . 4^1 

• "Vers Fan 1660 il fut envôyë à Sedan , dont la p|iroisse 
Aait desservie par sa Congrégation, dépuis i643 . A Texemple 
de ses confrères ^ il y exerça les fonctions du saint ministère 
avec zèle , consacrant ses momens de loisir à la culture de la 
poésie latine. Il y est mort le 3o avril 1674? laissant les 
opuscules suivans : 

I. Une Lettre et une Ode latines, insérées p. 3 du Recueil 
de pièces faites en Thonneur du P. Fronton, publié par le 
P. Lalemant, sous ce titre : Joannù Ftvntonis Memoriaj di- 
sertis j per amicos virosifue clarisslmqsj, encondis celebrata. Pa- 
risiis, Gramoisy, i663^ in-'4**» 

II. In Cruces solemniter depactas $edàhij piâ régis et ré- 
gime munificentid^ odœ. It.^ Occasione accepta salutiferisignij 
Parœnesis lyrica ad Sedanensçs heterodoxos. Paris, Blaizot, 

i665,in-4'*« 

Le 10 mai 1664, Louis XIV fit planter utie Croix sur la 
place dVrmes , vis-à-vis du tempte des Calvinistes de Sedan, 
L'année suivante la reine mère, Anne. d'Autriche, et la 
reine Marie Thérèse en firent ériger deux autres : Tune spr 
la place de la Halle , en face dç Téglise paroissiale de Saint- 
Laurent, et Tautre sur la place du rivage* De la Fosse saisit 
cette occasion pour adresser ces odes et Une exhortation 
aux Sedanois hétérodoxes, afin de tes attirer au giron de 
l'Eglise. 

III. A la mort de Guillaume Cornuel , Supérieiu* de la 
maison des Lazarisjtes de Troyes , Pierre de Vienne , seigneur- 
de Trévilliers, son cousin germain, fit éclater sa douleur 
dans une suite de pièces lyriques latines , publiées dans un 
ïlecueil imprimé à Troyes j 1666 , in-4**> p. 32 -, De la 
Fosse répondit aux gémissemens de P. de Vienne, par 
quelques odes, où il essaye de le consoler. Jen détache 
quelques strophes, afin quon puisse les apprécier. Ilpeiiat. 



4^2 FQS 

ainsi le misBionnaire obligé de descendre à la portée des 
peuples des campagnes : 

Austeriorem dum sapientiam 
Demittit et ▼im diritû iogenl 
* Pcrinde , calloflÎBqae «ese 
Auribus upilionU aptat. 

Présentant au seigneur de Trévilliers des motifs de consola- 
tion f puisés dans la fragilité des choses d'ici*bas, il en peint 
ainsi le néant : 

Humaaa nii sunt , Tanaque splendido 
Imponit eheu ! fabula fascino, 

Tristique persooatus error 

Glauditur exordio , ruutitque 

Aulca scqh» 9 totaqne fiUtHis 

Imago pompse , defîcieatibus * 

Repente tignis , eollabascit 

Attoniti saper ora vulgi. 

La préférence courageuse , donnée par Corpuel à la Croix 
et à la pauvreté , sur les honneurs que lui offrait le monde, 
et siu* les douceurs et les plaisirs du mariage ^ est exprimée 
dans ces trois strophes : 

Per trabeae decus 
Spretnm , per augùstas seoures 

Censulis eximUque spi^oë 

FasGCS bonoris , spretaque basia 

Sponss , pudicA quam poterat slbî 

Jugare taedft 9 virgioemqae 

P«rpet«Q socUre a^^* 

Nudœ e^olavit ad crucis oscula , 
. £t dura ISgni brachia moUibus 
Nympbae laçertis 9uavipque 
Antetulit roseo puellac. 

Annoisqye vitie cœUbisasperos * 

Tristeaque sahcti deliciis tbori , 
Et nuda paupertatis arma 
Divitiis phalerisque mundi. 



FRE 423 

IV. /» Dii^uni Francùcum Salesiumjnuperâapot/ieosi con- 
secratum^ odœ pancgyricœj auctore /. D* L, F. S.' G. M» 
(J. de la Fosse, sacerdote Congr, Missionù.) Trecis, 1668, 

în-4**> p. 36. 

Ces odes » au nombre de six , roulent sur la €ha$tetd de 
saint François de Sales, sur sa charité, sa douceur, son in- 
troduction à la vie dévote, sa canonisation, et sur Va^ 
mour des Fîlleç de la Visitation pour ce saint prélat , leur 
fondateur. Elles ont été traduites avec le texte en regard , 
par Tabbé Pellegrin (PariSj i'joj^, et réimprimées à la soile 
de sa traduction des œuvres d'Horace. (Pam^ Witte, 1715, 
2 vol. in-i2.) 

« Ep général , dit Calmet, copié par Moréri , il y a beaur 
» coup de feu dans la poésie de la Fosse, beaucoup de pen- 
» sées nobles et élevtjcs ; mais son goût pour la mythologie 4 
)) qui se fait sentir jusque dans ses poésies saintes , les rend 
» quelquefois obscures par les termes singuliers qu'il y em- 
» ploie, et les allusions trop fréquentes qu'il feit à la fable.» 
{BB. Lorraine j p- 376.) Ce jugement prouve du moins que 
De la Fosse connaissait les classiques anciens ( i ). 

FRËMIN {Aleximdrc César jinnïbal)^ maréchal de camp, 
chevalier de saint Louis, baron de Stônne et des Grandes- 
Armoises, et marquis de Sy(2), naquit à Paris,';]e 6 avril 
1745, de Claude-Réné Fremin et de Marie Françoise Fer- 
rant. Kéné Fremin son aïeul , sculpteur célèbre , mort à 
Madrid en 1744 > %^ ^ soixante- onze ans, avait é<aé anobli 



(i) Ce qui fût k nos yeux lear grande richesse , c'est la perte qu'iU'ont 
lîâîte de presqae toutes leurs prodnclàoas mauvaises ou médiocres. L'£(istolre 
atteste assez que Tautiquité a eu ses Pradons et ses Gotius. Elle oppose à Ho- 
mère un Ghérille , à Virgile un Mé?ius, 

(a) Maître Jean do Sy, qui florissait sous le régne du roi Jean , en i55o , est 
auteur de fragmens d'une version française de la Bible. (Le Prince , Essai 
hist, sur la Bibl. du roi , p. 6.) /> 



) 



494 FRE 

par Philippe IV, roi d'Espagne (i), et s'était pi^ocuré une 
fortune considérable , dont une partie fut employée par son 
(ils à rac€[uisition des terres ci«>des8us, en 174^- 

Fremin servit d'abord dans les mousquetaires jusqu'à 
leur suppression, le i5 déc, 1776 *, il passa depuis, en qua- 
lité de capitaine remplaçant , dans le régiment de Dauphiné > 
et se fit connaître comme un calligraphe très-habile. Il était 
* en garnison à Grenoble , en 1 782 , quand il imprima lui- 
même ses Mélanges. En 1786, il entra en possession des 
terres titrées qu^e son père possédait dans l'Ardenne , et les 
Ycudit en 1789, Retiré à Londres durant nos troubles poli- 
tiques , il y jouit de l'amitié de l'abbé DelîUe, dont il soula- 
geait les yeux afikiblis , en l'aidant dans la révision de ses 
ouvrages. Il s'écriait en 181 1, dans une préface imprimée 
à Londres : 

Ne reverraî-je plus sous les Ibîs d'un Bourboiï , 
Ni mes antiques tours » tai cet heureux vallon 
Ou s'écoulait le printemps de ma vie l 

Rentré en France, en 18149 après la restautation , il dc« 
meura à Sedan jusqu'au retour de Buonaparte; Il suivit le roi 
à Gand , revint à Paris avec lui , et se fixa à Corbeil en 18 1 8. 
Sa conversation spirituelle et enjouée l'y fit recbercher des 
meilleurs compagnies, et surtout des femmes , qui briguaient 
les tributs de sa muse galante^ C'est auprès d'elles que cou- 
laient abondamment de sa veine facile , des poésies fugitives, 
enfans légers de Fà^propos , qui plaisaient même par leur 
négligence. 11 aurait du se borner à ces- succès de^ coterie , 
. sans chercber à se produire au dehors , car ses poésies sont 
rangées parmi les productions dont la proiÀi^ion surchai^e 
nos bibliothèques sans augmenter notre glùîre littéraire. Un 
caustique lui appliqua ce quatrain de Saint- Amant : 

Tes vers sont beaux , quand tu les dis ; 
Mais ce n'est rien >. quao^d je les lis : 

son article dans WBiographie universelle'.. 



FRE 4a5 



Tu ne peOx pa« toujours en dire i 
Fais eu doab que je puisse lire. 



rais eu aune que je puusv lu'c. 

U mourut à Corbeille la septembre 1 8a i. Ses ouvrage» 
nt intitules : 



I. Mélange de JPoésieSy tirées du portefeuille de M. leB. 
deS'^. Londres^extypisJos., Allier (Grenoble), 178a, ip^-i^ 
fig.) p. 289 ) en. deux parties^ imprimée par Fauteur, et ti- 
res à soixante exemplaires seulement. 

C'est un Recueil d'^pigramnies, d'épîtres, d'hërûïdes, de 
bouquets, chansons, contes, madrigaux, etc., que Fauteur 
dit n'avoir rassemblés que pour se rappeler dans un âge 
avancé différentes époques de sa vie, et pour amuser, en 
quelque sorte, l'avenir du souvenir du passé. 

Parmi les pièces dont se compose ce Recueil, nous avon$ 
i^marqué les suivantes : 

1 • Epitre à DowtSulpice^ chartreux du Mont-Dieu, datée 
de Sy, le 8 février 1767, et Réponse de ce chartreux, du 1 1 
de ce mois, pièce de trente-six vers, p. aS. — a. Fera féli- 
citas^ Carmen, avec la traduction en regard , p. a8, et quatre 
autres pièces latines, p. 78^ 78, i56 et 176. — 3. Epitreà 
M^^ Crojer de Sedan ^ depuis M~* Vissée de la Tude. Se^ 
dcuij i5 février i775j#p. 3a.— 4« Epitre à Vahbé de Foise-^ 
non^ du 1 1 décembre 1 775 ', et Réponse en vers de celui-ci, 
du 3o de ce mois, p. 46. — 5. Epitre d'Emilie (le chevalier 
de la Font), du i5 fév. 177a , p. 5o. — 6. Monorime à l'abbé 
Jaci/iiemartj curé de Takiirej et trente-huit vers de celui-ci , 
p. 54 et 57.-7. epitre à M^ de Crancé^ capitaine de ca\^a* 
leriey retiré à Sedan. Sedan j i5. février 1775^ p. 64« Ré- 
ponse de ce capitaine^ contenant quatre-vingt-quatre vers, 
-p. 67.— 8. ^ery à ccfo^/er. Sedan, a7 sept. 1769, p.. i3a. 
—9. A M^^' Christine de Grandpré. Grandpré, fév. 1771, 
p. 107. — 10. Déclaration d'am...itié à M^ de Balan. Se- 
dan, 4 juillet 1774* ^ l^ même^ par M. Baudin (depuis 



\ 



426 FRE 

députtS des Ardennes), 6 juillet 177^, p. 124 et. 12&. — 

"w.Ala mémej 1 774 , p. 1 28. — 12. Epîgrammc à M. Pillas,, 

lieutenant général au bailliage de S^danj fëvrier 1 774^ P* * ^^ • 

— l'i. A M^^ Adélaïde Poupart de Neuflizej âgée de quinze 
,ans. Sedan, 1775, p. i3o. — 14« J^eux pièces à M"^ de 

Roussi j dans sa terre de Ckeçeuge^ 4 W^^- ^773» p- i4^ ^^ 
f46. — 15. AuxMéi^. PP. Dont Jean et Dont Xa/i^ier^ char- 
treux du Mont-Dieu, 7 mars 1780, p. i54« — 16. Adieux: 
adressés aux dames de Rethel^ 12 décembre 1779 9 p* 184* 

— 17. Vers à Slf^ la marquise d^EcqueviUy^ à sa terre de 
Grandpréj août 1780, p. igS ; et deux autres Pièces sur sa 
famille , p. \cji et 196. — 18. Epitrç à M. le comte d'Artaise^ 
Sy, 3 janv. 1781, p. 202. 

II. La chute de Bufihj poème en d&juc chants^ traduits du 
latin de Claudien^ as^ec des notes historiipies ^ géographiques^ 
et grammaticales. Londres, Dulau, 1811, in^% p. 124) dé- 
die au marquis de Velesley, tiré à un petit nombre d'exem- 
plaires, et reproduit dans le n"" suivant ^ stToe une dédicace 
k r Angleterre, sa seconde Patrie . 

m. la Art poétique d'Horace^ traduit en vers français : 
suisfi de la chute de Rufin. Londreç, Dulau (Paris, Ghimot), 
1816, in-8', dédié au roi. Ces deux vers de cette version; 
d'Horace lui ont été fournis par DeliUe '., 

Et que rintrigue enfin où votre esprit se joue^ 
S'offre digne d'un Dieu , lorsqu'un IHeu la dénoue. 

IV . Epithalame d'Honorius et de Marie ^ poème traduit de 
Claudien^ en vers français. Paris, Valade, 1816 , în-8% 
p. 67, dédié au duc de Berry. Le texte est eti regard de ces 
traductions diverses. 

y. Epithalame à t occasion de la So'' année du mariage de 
M. et M^ de JSoisnei^-^de-Cheneçières^ célébrée le 18 jan^ 
1819. Corbeil, Gelé, '1819, in-S** de 3o vers-, it*j inséré 
dans le Joianal. de Corbeil. 



FRI 427 

" On Ae doit point co^fondre la famille de RcSué Fremin, 
avec la famille noble de ce nom ^ dont la gënëalogie* se 
trouve dans le t« VI, p» 673 du Dictionn. de la Noblesse j, 
par la Cbesaaye-deS'Bois* U» PUrre Fremyn a ^té com- 
mandant de la ville de Rethel. Il avait épousa Agaric Alber** 
tine Joseph Golnet, dame de Charbeaux, prèô d'Yvois-Cari- 
gnan. Les G>lnet sont des gentilshommes verjrîers, connus 
daps TArdenne et son voisinage. Un Colnet a épousé en 
1814 IVP^ de Monfrabeuf , V*" Giioust , qui lui a apporté en 
dot la terre des Petites-Armoises. Les gentilshommes ver- 
riers ont inspiré à Saint-Amant le «ii^ain qui snit : 

Votre noblesse est mi ace , 
Car ce n'est pas d'un prince , ' 
Daphnis , «pie Toas sortez. 
« Gentilhomme de verre y 
Si vous ton)bez à terre , 
Adieu VOS' qualités. 

FRIZON {Pierre)i vit le jour dans le diocèse de Reims, 
vers 1534. On ne sait pas précisément où il est né; mais 
les présomptions sont en faveur de Sault-St.-Remi , près de 
Rethel, où sa famille tenait un rang distingué. Ayant em- 
brassé Tétat clérical , il devint chanoine de Téglise de Reims, 
puis doyen de cette métropole , par la résignation qu'Hubert 
Meurier, grand ligueur et auteur de plusieurs ouvrages , lui 
fit de ce bénéfice , en i58o (i). Il fut nommé abbé commen- 
dataire de la Valroi, ordre de Giteaux (Ardennes), en 1 585 ; 
et après la mort du cardinal Louis de Guise , assassiné aux 
états de Blois, en i588, son chapitre l'élut archevêque 

(i) D. le Long, p. 46o de son Histoire de Laon , s'est trompé en le nommant 
Mot, et en lui donnant GhAtean-Porcien pour berceau. Il est né dans l'Amié- 
nois. So^ article est dansTHiist. Utténùrê d'Amiens, parle P. Daire, p. 100. 
On Le trouve bien pkis détaillé , à la BB. du roi , parmi les MSS. de Saint- 
Ccrmain-des-Prés. C'est la vie de l'auteur, écrite par lui-môme : Vita mca si^ 
ciit eam reiuH publicé in schofis Sorbcnicis , 17 hal.jtm. i56^. 



y 



4^8 FRI 

de Reims en iSSg*, mais il refusa cette dignité. Il se démît de^ 
son décanat en iSgô. On peut rapporter sa mort à l'année 
suivante. Les biogi'aphes Tbnt souvent confimdu avec son 
neveu. On connaît les deux traductions suivantes, publiées 
sous son nom : 

I. La doetrine de bien niourir^ contenue en trois chapitres:^ 
traduite de V italien de Donp Pierre de Lua/ueSj chanoine régu-r 
lier de Latran. Paris , Thomas Brumen, i5849 in-i6. 

II. Za Consolation des jijffligisj trad* dui latin du /T. /?« 
Gaspard Loart:^ Jésuite. Paris, 16849 in -4'' 9 ^•■> Rouen, 
i6o3, in-i6. 

JUarlotj t. II, p. 846-, Gai. Ch.^ t. IX, p. i56, 176, 3i3;^ 
Jix ^crc/ierj BB. Franc., t. m, p. 277. 

FRIZON {Pierre)^ neveu et compatriote du précédent , né 
vers i588, entra chez les Jésuites, où il enseigna durant 
plusieurs années. Il en sortit pour embrasser Tétat ecclésias- 
tique , et fit ses études de théologie à Paris. Admis dans Iq 
collège et la société de Navarre en. 1684, il reçut le bonnet 
de docteur peu de temps après. Depuis, il (ut chargé de la 
pénîtencerie de 1 église de Reims , qu'il quitta pour être vi- 
caire général du cardinal François de la Rochefoucaud , 
grand aumdniçr de France. Vers i632 , on Télut coadju- 
teur de Charles Loppé , grand maître du collège de Navarre > 
auquel il succéda en i633. Le désir de mener une vie plus 
tranquille le fit renoncer à ce poste honorable en 1 635.5^ 
jnais il garda celui de vicaire général du grand aumôjEiier -, çt 
en cela il suivit le conseil du cardinal de la Rochefoucaud , 
qui s'était démis de la grande aumônerie çn i63a. Cette 
Eminence contim^a d'occuper Frizon jusqu'en i635 , qu'elle 
mourut. Notre savant abbé lui survécut jusqu'au mois de 
juillet l65o ou l65i, époque de son décès. Il laissa sa biblio- 
thèque à réglise de Reims. De Launoy le signale comme uif 



FRI /P9 

bommé très-vérsé dans la connaissance des langues grecq[Ue 
et latine, iaiinè grcecèque eruditus* 

On apprend de Niceron qu'Henri deSponde, évéquede 
Pamiers, avait légué par son testament, qu'il fit quelques 
jours ayant sa mort (arrivée le i8 mai i643), tous ses biens 
à Pierre Frizon , avec lequel il avait vécu dans une étroite 
amitié pendant quinze ans , tant à Rome qu a Paris. (Hûm. 
Ill.j t, I, p. i3i.) Les fruits de ses travaux sont : 

I. La Sainte Bible Jrançûàse ^ iradmie par les théologiens 
de V université de Louvain^ avec des sommaires extraits des 
Annales du cardinal Baronius , et les moyens pour discerner 
les Bibles Jrançaises caAolù/ues d'aivec les huguenotes, Paris, 
Ricber et Chevalier, 1621, in-foLjJig, L'éditeur y a encore 
ajouté Texplication des passages de l'Ecriture , selon le sens 
des Pères qui ont vécu avant et durant les premiers con-* 
«iles œcuméniques, et des descriptions , déclarations et dis- 
cours fort utiles pour Tintelligence de Tétat et ordre des 
et verses monarchies, dont il est parlé dans TEk^rituA-Sainte. 

II. GcUlia purpurata^ qud summorum Pontificumj tum om- 
nium GaUicB Cardinalium res prasclarè gestœ continentur^ ab 
anno loi^g, ad annum 1629 : et Epitome Conciliorum GalUas^ 
cum nomenclaturd Magnorum Eleemosinariorum Franciœ, 
Paris, Simon Lemoine, i638, in-foL^ik'^ édit. La i**", moins 
complète , avait paru en 1629. Ce livre prouve beaucoup de 
connaissances historiques ; mais Fauteur est inexact et tombe 
dans les bévues les plus lourdes. On ne doit jamais le con- 
sulter sans recoiirû* en même temps aux deux, ouvrages où 
le docte Etienne Baluze a relevé toutes ces fautes avec ime 
sagacité peu commune, savoir : i *? jdnti-Frizonius. (Toulouse, 
i653, in-8°-,) 2*» FitœPaparum Avenionensium. (Paris, 1693, 

2 vol. in-4**.) 

III. Il a coopéré aux Annales de Baronius (par Henri de 
Psonde), depuis 1622 jusqu'en i63o, comme on le témoigne 






( 



43o FUE 

il la fin de rédition de V^br^é de Boronius^ imprimé à Pa- 
ris , chez la Noue, en i63o , oà. l'on remarque ce qui suit : 
« Qoas addita fuére huic Auctario ab articulo primo anni. 
» MDCXXH 9 sumpta foerunt ex uotis et obserrationibus cu- 
» jusdam doctoris fheologi Parisiensis ,. amici illius àuctoris 
» tum abseutis, dcque ejud liceutià et auctoritate. » 

IV, Fita Henri Sponiani^ à la tête de la continuation 
des Annales BaromuSj par de Sponde. Paris, 1639, a vol. 
in-fol. 

Y. Traité des graiidàjlum&niers de France: MS. conserve 
dans la BB. du chapitre de Reims. L'abbé Arcbon en a pro- 
fité pour son Histoire de la Chapelle des rois de Frana . (Pa- 
ris, Ï704 et 17 1 1, 2 vol. in-4®>) comme il le dit à/àxii Taver- 
tissement du t* II. 

YL Nous avons puisé la note» suivante dans le carton re- 
latif à la Biogr. champenoise , parmi les MSS. de la BB. du 
roi : ic Pierre Frizon est auteur d'une Briève Censure du sj- 
« node des ministres de Charenton, Quâ distinxit doctrinam 
» Ëcclesiœ Catbolicae à sensu diverso pravoque Gomarista- 
» rum, rigidorum Caivinianorum et Arminianorum. » Cet 
Ouvrage, inconnu aux bibliographes, et qui a échappé à 
nos recherches , n'aurait-il point été publié ? 

Philippe Frizon, lieutenant de la compagnie des arque- 
busiers de Reims, et Nicolas Fmon, seigneur et vicomte 
de ScadthSamt^Remi ^ étaient lieutenans de roi à Reims, le 
premier en 1571 et 1572, et le second en i6o3. (Marlot, 
Met^ Rem.j t. Il, p. 753.) Jean Frizon^ écuyer, seigneur 
de Cumière, occupait la pareille charge à Mouzon en i635. 
(Richer, HisU de Mouzon.) 

. De Launoy, Hist, Nan^ar. gymnas.^ p. 833; Richard, 
Dictionn. des Sciences EccL ; IVJbréri. 

FUEILLE {Jean Baptiste Louis DE LA) était un de ces 
hommes de lettres peu curieux de se produire au dehors. Né 



FUË 43t 

à Buz^iicy, patrie da poète Coffin, en 1691, il fit ses étndeâ 
a Paris, et s y maria avec D^*® Mesnager, dont il egt une 
fille, mère du député Baudiii. Il demeura dans la Capatale 
jusqu'en 1727, quil vint se fixer à Sedan, en qualité de re-* 
ceveur particulier des fiiïances. Il y exéirça cette charge avec 
honneur, jusqu'au 2a nov. I747» époque de sa mort. Il- était 
âgé de cinquante-six ans, et avait donné jusqu'à la fin de 
ses jours l'exemple d^un dévouement entier à tous les devoirs 
de la vie publique et jirivée. On lui doit : 

é 

I. Tenue des Etats du Parnasse j allégorie (de soixante^ 
quatorze vers) : insérée dans le t. VIII, p. 827 des Nom^. 
liitér. de du Sauzet. (La Haye, 1715 et 1720, ii vol. in-12.) 

II. Ode anacréontùfue (de vingt-deux vers) à M"^ Vatry 
(Louise Marguerite Buttet) (l) : insérée dans le t. VII, p. 
95 des Nouveaux Amusemens du cœur et de l'esprit^ par Phi- 
lippe^ (Paris, 174^ et 1745? i5 vol.. in-12.) Elle est pleine 
dé délicatesse et de décence unie à la volupté. 

III. Dissertation siw l'antiquité de Chaillot^ pour servir de 
Mémoire à l'Histoire universelle, Paris, Prault père, 1736, 
in-8**, p. l6', lï.j Paris, ibid.j 1726, même édition, avec un 
tître rafraîchi. L'approbation, du 6 septembre 1736, in- 
dique qu'elle avait été insérée dans le Glaneur français ^ 
journal rédigé par Dreux du Radier et Pesselier. {Paris^ 
1735 et 1737, 4 vol in-12.) 

Le but de cette dissertation anonyme , est de ridiculiser 
la science des minuties historiques , et l'érudition de ces an- 
tiquaires modernes , qui a pour objet des faits frivoles et peu 
intéressans. Elle est écrite dans le goût du Mathanasius de 
Saint-Hyacinthe. On l'a trouvée assez pleine d'esprit et de 
fines plaisanteries sur la folie des hommes , pour l'attribuer 
à l'abbé Desfontaines. D'autres l'ont donnée à Coste de Tou- 
louse , auteur d'unç satire anonyme , conti-e le goût outré de 

(i) Son éloge est dans It ti* supplément du Pwmastô Franfais^ p. 6ji. 



43ft GAN 

réradition dans les recherches historiques, intitulée : Pm-* 
jet d'une Histoire de Paris , sur> un plan nouveau* ( Harlem 
(Paris), 1739, in-8*.) L'ahhé Desfbntaines Tayant çritiquëe, 
Coste lui répondit par une Lettre de V auteur du Projet^ etc.^ à 
l'auteur des Obsen^ations sur les écrits modernes. (Ib., 1739, 
in**l!2, p. 3o.) Il y dit, p. 28 : « Vous voyez, Monsieur, que 
» j'ai un grand nombre de modèles à suivre, indépendam^ 
» ment de Maihanaséus qtie j'ai lu avec beaucoup de plaisir, 
» et des Antiquités de Chaillot^ dont je ne connais que le 
» nom. » C'est une petite guerre de plume qui a fait prendre 
le change suri auteur de la Dissertation ciMiesstis. Delà Fueille 
a laissé des Mémoires MSS> sur Sedan. 

G. 

G ANNERON (^François) , chartreux du Mont-Dieu , flo- 
rissait dans la première moitié du xvïi* siècle. La notice que 
lui a consacrée le savant éditeur des Annales d'Ysfois et de 
Mouzonj nous dispense d'entrer dans de grands détails à 
son égard \ et si nous le rappelons ici , c'est qu'il s'est acquis 
' le droit d'y figurer en sa qualité d^'historien du pays. Il finit 
ses jours au Mont-Dieu, vers 1 644 v avec ^^^^e tranquillité 
d'ame quHnspire le sentiment tendre et profond d'une con- 
science vertueuse. 

Ce savant et laborieux Cénobite unissait à une candeur ai^ 
raable une politesse que la solitude fait perdre assez souvent. 
Les agrémens de son esprit et de soh caractère lui avaient 
concilié une confiance et une estime qui honorent la vertu 
m^me. Ses productions sont : 

I. D. Francisai Ganneron^ Carthusiani, Actiode repetun-* 
dis. Dissertation, écrite vers l65o, qui tend à prouver que 
c'*est un Chartreux qui est auteur de V Imitation de J.-C. Le 
Général de l'Ordre n'a point permis la publication de cette 



GAN 433 

Dissertation , écrite vers i65o. (Barbier, Dissert, sur soixante 
traductions de riiaitAtion de J.-C, p, ao8). (i) 

II. f^indiciœ geneseos Carikusiensiimij écrites en 1640. 
Voy. Acta Sanctorum des BolIaadistes,.oct., t. III. {Antuer-- 
;?iiap, i770,in-fol.) 

III. Un vol. de Poewô^ y qu'on conservait au Mont-Dieu. 

IV . Annales de la Chartreuse du Moni^Dieu^ 2 vol. in-foL 
MSS. « Il y en avait deux exemplaires conservés dana cette 
» niaiso;n. L'un est en latin et l'autre en français : ces der- 
» nières Annales sont plus détaillées, et plus circonstan- 
» ciées. On n'y voit pas seulement les faits propres à la Ghar- 
» itreuse, depuis son établissement, qui est du zii^ siècle, 
» mais encore , beauèoup de choses relatives à l'histoire du 
)j pays. » (Fontette , Biblioth. hist. de la Fr.j t. IV, p. 35 1 .) 

V. Mémoires de dom Ganneron^ in-fol. MS., conservé 
dans la bibliothèque du Mont-Dieu, 

Marlot parlant de ces ouvrages , dit : a Recenset cardina- 
» les et episcopos ex hâc Garthusiâ assumptos, doctrinâ quo- 
» que ac sanctitate prsestantes viros qui in eâ claruerunt, 
)) inter quos Josserandum nominat et Bernardum Caras- 
)) sum(2). {Met. Rem.j t. II, p. Siy.) 

M. Duvivier, doyen du conseil de préfecture du D. des 
Ardennes , possède la plupart de ces manuscrits. 

(1) Ouvrage auquel a coopéré l'auteur de la Bioj^raphie Ardennaise, Voy. la 
Préface de cette dissertatfon, p. Vm. 

(3) Parmi les personnages 1^ plus distingués de cette chartreuse 9 on re- 
marque D. Jçan de Billy {voy. p. 119) , D. Jean Dagoneau (roy. Annales d*Y* 
voit, p. 428} , DD, Simon et Engelbert envoyés, en 1168, par le pape 
Alexandre III vers Henri II, roi d'Angleterre , pour négocier la réconcilia- 
tion de Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, avec ce monarque. 
Saint Bernard, Pierre de Celle, abbé de Saint^Remi de Reims, Beméred, 
cardinal et évêque de Palestrine, aimaient à faire des retraites au illont- 
Dieu. On y voyait la cellule de saint Bernard , et on y conservait sa chasuble 
et i$a ceinture. Le cœur dt Louis de Bourbon , comte de Soissons , tué à la 
bataille de la Marphée, près de Sedan, le 6 juillet i64i, était déposé dans 
une chapelle particalière de ce couvert t. 

TOME I. - 28 



434 GAU 

GAUTIER \Gérard)y sculpteur, né à Château-Porcien le 
i4 janv. 1723, se rendit à Reims en 1746,. pour y exercer 
la profession de tourneur. L'abbé Hachette des Portes, évéque 
de Sîdon , grand archidiacre de Reims , et depuis promu à 
Tëvéché de Glandève, ayant cru apercevoir en lui quelques 
germes de talent pour la sculpture, le fit partir pour Paris. 
Au lieu d'y étudier le genre de Fornement , qui convenait 
mieuxji sa situation, Gautier choisit celui de lastatuc, qui exige 
une étude longue et opiniâtre. Il se contenta de prendre les 
leçons du célèbre Falconnet, et fréquenta peu l'Académie , 
ce qui était se priver d'un des moyens les plus puissans de 
réussir dans Fart de Phidias. Néanmoins, il parvint à tailler 
le marbre avec assez d'habileté -, et ses copies , d'après des 
maîtres avantageusement connus, le firent connaître. lui- 
même. Il fut très-ocçupé jusqu'en 1789, qu'une paralysie le 
réduisit à l'inaction jusqu'à sa mort, arrivée dans son lieu 
natal, le 9 décembre 1795. A une manipulation pleine de 
goût, Gautier joignait des mœurs honnêtes et toute l'obli- 
geance d'un bon cœur. Ses principaux ouvrages sont : 



I** ii Des jeux d'enfance j Copiés sur les originaux des 

I 

» sculpteurs modernes , pour le baron de Thiers -, 2** un bas- 
» relief allégorique de la chute des Jésuites , pour l'abbé 
» Chauvelin*, 3° plusieurs bustes de Louis XV, pour des 
» hôtels-de-ville et des particuliers, 4** àes'vases de forme 
)) antique , pour le château de Buzancy, dont M. Augeard était 
)) propriétaire-, 5° en 1773, la statue en -plomh érigée sur la 
» place de Chateau-Pôrcien , soutenant le portrait de Louis XV, 
» en bas-relief et en médaillon, posé sur un fût de colonne, 
)) au bas de laquelle est un génie recevant les richesses sor- 
)) tant d'une corne d'abondance*, symbole des secours ac- 
» cordés par le roi pour être employés aux travaux publics 
)) de la ville (ce monument a été détruit en 1793)-, 6° les 
}) .statues elles bas-reliefs en sculpture pour la cérémonie 



GÉL ' 43s 

» du sacre de Louis XVI, en 1775. » (Betgeat et Delbehe, 
Explication des emblèmes du sacre de Loids XV I^ p. 22-, le 
Long. HisU de Laon, p. 47^0 

GELE {Jean). Le bourg du Chesnc-le-PopuIeux qui la 
vu naître , le 3 décembre i645 , le compte parmi ses savans. 
Il aimait F^tude et la vie tranquille qui permet de s'y livrer. 
Le cloitçe parut lui offrir ces avantages , ce qui le porta à se 
présenter à Tabbaye de Saint-Aemi de Reims , où il fit pro- 
fession le 23 septembre 1666. Dès qu'il fut revêtu du sacer- 
doce , on renvoya à Saint-Denis pour coopérer à une 'édition 
des (ouvres de saint Augustin , le plus grand théologien des 
philosophes, et le plus philosophe des théologiens *, mais peti 
de temps après , ses supérieurs le chargèrent de régenter la 
philosophie au Mont-Saint-Michel. Ses succès dans cet em- 
ploi donnèrent de douces espérances. Au bout de quelques 
années on le nomma .professeur à Saint-Germain-des-Prés / 
et il introduisit , durant son professorat , la théologie posi- 
tive dans sa congrégation. Controversiste habile , il conver- 
tît trois ministres calvinistes de la ville de Saint-Quentin-, 
et ces brillantes conquêtes , il les dut autant A sa droiture ; 
à sa douceur et à ses manières affables et insinuantes qu'à 
ses lumières et à sa logique pressante. 

Il était prieur du Tr^porten 1684 9 lorsqu'on le chargea 
de vaquer aux mêmes fonctions à Saint-Quentin-en-riIe. 
Appelé à Saint-Germain-des-Prés en 1690, pour y exercer 
loffice de sous-prieur, il ne tarda pas à être atteint d'une 
goutte^ qui mit sa résignation aux épreuves les plus doulou- 
reuses pendant les trente-cinq dernières années de sa vie. 
Le 6 juillet 1735 tous ses maux étaient finis. 

Ses ouvrages : 

I. Dictionnaire géographique et historique j par Baudrarid. ' 
Paris, 1706, 2 vol. in-fol. 

28. 



436 GEL 

Bandrand avait traduit en français son Dictionnaire latin, 
publie en 1682. En léguant sa BB. à l'abbaye de Saint* 
Germain -des -Prés, il chargea la Congrégation de Saint- 
Maur du soin de livrer à la presse sa traduction. Dom Gelé 
remplit cette tâche. Il fit de nombreuses corrections à ce 
Dictionnaire , Tenrichit d'une préface , d'amples augmenta- 
tions, et d'une table latine, de tous les noms des lieux rela-«- 
tés en français dans le corps de l'ouvrage. L'abrégé^ qu'en a 
donné Maty {Amst.^ 1712», in-4**), est plus estimé. 

IL Une nouvelle édition des OEuvres d^Ys^es de Chartres. 
Elle n'a point vu le jour, soit qu'on ait jugé suffisante celle de 
1647, ^io'ïûéé par le P. FiV>nton, soit quelle n'ait pas pré- 
senté le même intérêt aux libraires que les autres éditions 
des Pères de l'Eglise publiées par les Bénédictins. 

III. Histoire M^ de Vabbaye du Mont-Scùnt-J^fickel^ en 
latin. Elle lui est attribuée, par son panégyriste , qui en 
avait une copie. D. Tassin n'en parle point *, mais il dit que 
Dom Quatremaire a fait une Histoire abrégée de cette maison. 
{Parisj 1688, in-i2.) 

On trouve son éloge dans le Mercure de France^ août 
1725, p. 1800. C'est là que nous avons puisé cette notice, 
ainsi que dans les biographies bénédictines de le Cerf, Zie- 
gelbauer et Tassiti. 

GELU [Jean)^ archevêque de Tours, puis d'Embrun, 
né à Yvois vers 1876, fit ses classes à Paris , y passa maître 
ès-arts en iSgi, étudia ensuite en droit, et fut pourvu, 
le 29 mars 1402, d'une chaire dans cette faculté. Louis 
de France (i), duc d'Orléans, dauphin et frère du roi 
Charles VI, instruit de son mérite, le créa mattre des re- 
quêtes de son hôtel, le 14 décembre suivant. Un oflGice de 

(i).A la fin de iSgS, il atait acquis le comté de Porcien ( Ardennes), de 
Jean II de Ghâtillon. 



GEL 437 

coiiseilIer.au parlement ayant été mià au concours, Gela 
l'emporta sur quatorze concurrens, le a6 avril i4o5. Au 
mois de juin i4<^79. ^ ^^^ nomme président du parlement 
de Dauphinéy charge qu'il remplit jusqu eiï noTembre 1409* 
Le duc d'Orléans , son protecteur , ayant été assassiné , le 
23 novembre i4^7> P^^ '^? ordres de Jean-sans-Peur, duc 
de Boui^ogne , Charles VI fit passer Gelu au service des 
princes Jean et Charles , fils du duc Louis , qui portèrent 
successivement le titre de dauphin. 

En 14*4 > 1^ concile de Constance le nomma, quoi- 
qu'absent, à Tarchevêché de Tours, le 7 novembre, et le 
roi le fit entrer au conseil d'état. S'étant rendu au concile 
en i4iS> il fut un de ceux que cette assemblée députa 
vers Benoit XIII (Pierre de Lune), pour lui demander son 
abdication. Il écrivit une longue épttre à tous les fidèles 
de la chrétienté sur la conduite de cet astucieux anti- 
pape (2). A son retour à Constance, il concourut avec les 
cardinaux, le 8 novembre 14*7? ^ l'élection d'un nouveau 
pape, et eut plusieurs voix dans les scrutins. 

Après la séparation du concile, il fut chargé de beaucoup 
d'affaires épineuses, surtout dans ces temps malheureux, 
où la France , envahie par les Anglais , était déchirée par 
des guerres civiles. Se trouvant à Paris en 14^8, lorsque 
Jean-sans-Peur, usurpateur de lautorité royale, s'y con- 
duisait en tyran ombrageux , brutal et sanguinaire , il courut 
de grands dangers le 18 juin, «et ne se déroba au fer ho- 
micide de ses sicaires stipendiés qu'en se mettant à l'écart. 
L'année suivante, le dauphin, depuis Charles VII, l'en- 
voya en Castille près de Jean II, solliciter des secours 
qu'il obtint. Le pape Martin V, élu par le concile de 
Constance , le chargea, en 14^1 9 d'une autre mission auprès 

(i)Oii disait alors que la paix ne renaîtrait dans l^glise qoe par une 
éclipse de lune. 



438 GÉR 

(le Jeanne, reine de Naples. Il s'agissait de concilier les 
différends survenusr entre le roi d'Aragon , Alphonse V, 
et Louis III, au su^et de la successicHsi de cette princesse, 
ntfgociation qui ne réussit point. Transféré enfin à Varche- 
vêçhé d'Embrun en 14^79 s>ur la demande du chapitre de 
cette. église, dont il avait été chanoine, ainsi que de celle 
de Vienne, Gelu renonça aux affaires et se dévoua tout 
entier au gouvernement de son diocèse. 

On apprend des lettres que l'empereur Sigismond écrivit 
au concile de Bâle, le 2 a janvier i433, pour mettre fin à 
l'affligeante mésintelligence qui régnait entre cette auguste 
assemblée et le pape Eugène tV , que notre prélat avait été 
k Parme rendi*e foi et hommage pour les fiefs et autres pri- 
vilèges mouvans de la couronne de ce souverain. Ces lettres de 
Sigismond sont conservées parmi les MSS. de la BB. du roi. 

Gelu fipit ses jours le 7 septembre 14^29 laissait un 
monument de son savoir dans un uébrégé des vies des ar- 
chevêques d'ETmbrun , et une Dissertation sur la- Pucelle 
d'Orléans *, productions latines inédites y auxquelles il faut 
ajouter une notice sur sa, vie, imprimée dans les Annales 
d'Yvois j et portant ce titre : Fita Jacobi Gelu usque ad 
annum 14219 à se ipso scripia. {Annales Ecclesiœ Ebredu- 
rensis^ in-fol, MS., parmi ceux de Fontanieu, à laBB. du 
roi. GaU. cJt.y t. 3, p. 1190.) 

GÉRARD, évéque de Cambrai et d'Arras. L'Ardenne 
fut son berceau : issu vers 990, d'Ariloul, seigneur de 
Rumigny, et d'Ermentrude , fille de Gt)defroi , comte d'Ar- 
denne et de Verdun, il fit ses 'études à Reim9 à l'école du 
docte Gerbert. L'archevêque Adalberon, son proche pa- 
rent, le nomma chanoine de cette église. Il devint ensuite 
clerc de la chapelle d'Henri II , depuis empereur. Il n'était 
encore que diacre lorsque ce prince le nomma évéque de 
Cambrai, le 1*' février 1012. 



GÉR 439 

Placé sur ce siège , Gérard signala son zèle pour le main- 
tien de la discipline et le rétablissement des études. Les 
écoles de sa cathédrale redevinrent florissantes sous son gou- 
vernement. En 1022 il assista au concile d'Âix-la-Gha- 
pelle, où se trouvait l'empereur Henri. Trois ans après , il 
tint un concile à Ârras contre quelques hérétiques qui 
rejetaient les sacremens. On y établit d'une manière claire, 
la foi de l'Église sur l'Eucharistie. Gérard rédigea lui- 
même les actes de cette assemblée. 

Les vertus épiscopales ne sont pas sa seule recomman- 
dation auprès de la postérité *, il y joignait les talens d'un 
négociateur habile. L'empereur Henri le choisit plus d'une 
, fois pour son ambassadeur à la cour de Robert, roi de 
France. Ce fdt Gérard qui alla inviter ce monarque à la 
conférence que ces deux princes eurent à Yvois,.sur la ri- 
vière de Chierre, eh 1023-, entrevue où l'on établit une paix 
solide entre l'empire et la France. L'évêque de Cambrai y 
assista lui-même avec beaucoup d'autres prélats et sei- 
gneurs français et allemands. De tous les évêqùes ses 
copt.emporains, aucun n'eut autant de part aux affaires de 
l'Europe (i). Mort le 14 mars io48, dans la trente-hui- 
tième année de son épiscopat. On a de lui : 

L Les j4ctes du Synode d* Arras ; imprimées p. i à 63 
du XIIP volume du Spicilège de dom Luc d'Achery. 

H. Huit lettres. Baudri et Couvenier nous les ont con- 
servées dans leur Chroniciun Cameracense et Atrebatense. 



(1) C'est une chose remarquable que la profonde ignorance où ▼ivaieO't 
alors presque tous les laïques. Pour peu qu'une négociation fût délicate, les 
souverains n'osaient la confier aux premières têtes de l'état. C'était dans les 
différens ordres du clergé qu'ils choisissaient leurs ambassadeurs. Un simple 
religieux présidait souvent aux conseils des rois , et réglait la destinée des 
empires. Rentré sous le joug de la discipline monastique; il y reprenait sans. 
répugnance les humbles exercices du cloître : après avoir servi , et quelquefois 
sauvé l'état , il continuait de lartguir dans les emplois de lecteur ou de copiste. 



44« ^^^ 

(Douai, i6i5, in-S"".) Marlot a réimprime les a*, 3' et 4''t 
dans le t. II y p. 69, de son Hist. de Téglise de Reims. (Yoy* 
les jinnales d'Ys^ois^ p. 35.) 

« 

GÉRARD (G^rarrf), poète Ardcnnais(i), principal du col- 
lège des Ecrévës (2) à Reims, était probablement de la prin- 
cipauté de Sedan , où la famille de ce nom est connue. Il flo- 
rissait à la fin du xvi* siècle. La Biographie n^a donne aucun 
détail sur sa vie , et nous ne pouvons l'apprécier que par ses 
ouvrages , source , il est vrai , la plus pure de tout jugement 
impartial et exact qu'on veut porter sur un écrivain quel- 
conque. Ses productions parvenues à notre connaissance , 
sont ; 

I. Eglogue pastomlCf par Gérard (Gérard)^ Ardennais. 
Reims, V^*deF<Mgny, 1602, in-4'*? p» 4^» 

Cette pièce, dédiée à Pinchart, recteur de TUniversité 
de Reims , chan. et théologal de N.^D., est un éloge allégo- 
rique de Grand Raoul, oncle de Pinchart. Clio, Tunè des 
Muses, s'abandonne aux larmes et aux regrets à la âouvdle 
de la- mort de ce libéral protecteur des belles-lettres, qui est 
' désigné dans l'églogue sous le nom rustique de Baulot. Pa- 
tricio et Mélibée tâchent de la relever de son accablement. 



(1) Lefranc (P/tt/i/y/>e), signalé comme Ardennais par^du Yerdier (t. III, 
p. aoa de sa BB. fr.) a publié : « Apologie contre certain discours émis sou» 
» Je nom des états-généranx des Pays-Bas, par laquelle sont rembarrées les 

• cavillations et impostures dudit discours ; avec un récit véritable de ce qui 
» s'est passé dès l'arrivée du sieur don Jean d'Autriche, èsdits pays {sine 

• loco), 1677. » Le discours réfuté est intitulé : « Sommaire discours des justes 
» causes et raisons qui ont contraûit les états -généraux des Pays-Bas dej>our- 
» voir à leur défense contre le sieur Jean d'Autriche. Anvers» Guil. Sylvius » 
» 1677, in-S"' » ' * 

(a) Ce collège, situé derrière FHôtel-de- Ville , fut fondé par André le Coeur 
ou Onbril l'Ecrévé , pour de jeunes clercs ou boursiers. On y enseignait le» 
humanités. (G«;ruzez, Ducriptitm de Reims, p. 445.) 



GER /(4i 

Là reconnaissance du poète éclate daiis cet opuscule , beau- 
coup plus que son gënîe. 

II. Pour le doctorat de Monsieur notre Maître F. Jean 

Petit y religieux des Carmes ^ premier docteur de MézièreSj 
panégyrique. Reims , ibid*y i6o4 > in-8° ; dédié aux échevins^ 
mcutres et bow^geois de Mézières, C'est un poème de plu- 
sieurs centaines de vers , qui sont Icnn d'être mauvais pour 
le temps où ils furent publiés. 

III. Regrets et lamentations Junèbres sur la mort de M. le duc 
de Montpensier^ suinés de plusieurs vers lugubres^ açec l'épi" 
tapbe dudit seigneur. Paris, Estienne Colin, 1608,, in-8% 
p. 16. (BB. Maz., C. 38567.) 

GERSON {Jean CHARLIER DE). Le hameau de Ger- 
son fut le berceau de ce grand homme. Il y naquit le i4 
décembre 1 363 , et il en prit le nom« Elevé sous les yeux 
de parens pieux, il suça, pour ainsi dire, avec le lait, Ta- 
mour des choses divines, dont le charme s'est répanda sur 
tout le cours de sa vie* Sa mère , femme d'un vrai mérite , 
ne souffrit jamais qu'on entretint son enfance de ces contes 
de vieilles, de ces historiettes ridicules , dont les nourrices 
bercent d'ordinaire leurs élèves (i)* Il était l'ainé de douze 
enfans , et ses parens le regardaient comme un présent du 
Ciel, accordé à leurs prières après plusieurs années de ma- 
riage. • 

Selon Marlot, le jeune Gerson commença ses classes à 
Reims; mais il dut son éducation et ses progrès dans les 
lettres humaines et les sciences ecclésiastiques au collège 
de Navarre , où il fut reçu à quatorze ans. L'âge de la fri- 
volité se passa pour lui dans des études sérieuses et de graves 



(i) aOmnein operam ut piè et liberaliter fîiius erudiretur, usque adeô 
» impcndit , ut ne quidem anilibns fabellis, aut ludicris (quibus puerilis aetas 
• inepte solet adlactari), illum unquam recreari passa sit. s {Gersçniana, 

p. CLXIV.) 



i 



442 G£R 

méditations. La société des artistes Tadmit dans son sein en 
i377y et celle des théologiens en i382. Il parvint au doc- 
torat en 1 3g2 , après avoir étudié la théologie pendant dix 
ans, sous les célèbres Pierre d'Ailly et Gilles des Champs , 
depuis cardinaux. Il n'était encore que bachelier en 1387, 
lorsqu'il fit partie de la députation envoyée à la cour pon- 
tificale d'Avignop, afin d'y signaler le docteur Jean de 
Monteson , et d'arrêter les progrès de ses pernicieuses doc- 
trines. 

Pierre d'Âilly, dont l'estime valait celle de tous ses con- 
temporains, l'ayant désigné comme digne d'être son suc- 
cesseur dans les dignités de chancelier de l'université de 
Paris et de chanoine de la cathédrale, l'en fit investir en 
1 3g5 . Ces distinctions , si briguées , ne coûtèrent pas même 
à Gerson la peine de les désirer; peu de temps. après, il 
fut nommé doyen du chapitre de Bruges, par la faveur de 
Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne, souverain de ce pays, 
en sa qualité de comte de Flandre. 

Il remplit la charge de chancelier avec autant de soin 
que de sagesse , et n'y rechercha que l'avantage de l'aca- 
démie et l'amélioration des études, et si les deux lettres 
que son zèle lui* inspira en i4oo (i) pour l'extirpation des 
abus introduits dans la théologie scolastique» n'eurent pas 
tout le fruit qu'elles auraient du produire, c'est que le xv* 
siècle, d'ailleurs sous l'influence martiale des ordres che- 
valeresques, touchait encore de trop près à la barbarie 
dont il s'efforçait de secouer la poussière. 

Le feu de la discorde s'étant allumé avec violence en 
i4o5 entre Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne, et Louis 
d'Orléans, dauphin et frère unique du roi Charles VI , 
« chacun de ces princes tâchait de tirer l'université à soi^ 
« et si elle semblait pencher d'un côté, elle ne manquait 

(1) Elles sont insérées dans le t. I , p. lao dos Œuvr^ de Gcrsmi. 



GER 443 

» pas de tomber de Tautre. Ainsi, dans une députation 
» au roi, où Gerson portait la parole (i), Tuniversité s'ë- 
» tant expliquée d'uae manière qui n'était pas au gré du 
» duc d'Orléans . ce prince lui en fit une rude réprimande , 
» Favettissant que ce n^était pas à elle à se mêler- du gôu- 
» vernement de Pétat , et qu'elle devait laisser ce soin aux 
M princes du sang. » (Crevier, HisU de tUnwers. de Pa- 
ris^ t. III, p. 235.) 

Dans ces conjonctures critiques^ où les deux factions (2) 
se disputant le gouvernement de la France sous un roi sou- 
vent en démence , ne reconnaissaient plus ni principes ni 
devoirs , et déchiraient la monarchie , Gerson sentit que sa 
position l'exposait à de grands dangers : il les pesa , et pour 
s'y soustraire il voulut se démettre de la chancellerie -, 
Jean-sans-Peur l'en empêcha. Cette conduite du prince 
aventurait le repos de son protégé •, mais comme il le croyait 
propre à seconder ses projets ambitieux, il lui importait 
de le maintenir dans cette charge. Cependant,' quoique 
Gerson eût été comblé de bienfaits parle duc de Bourgogne , 
comme il le reconnaît lui-même- dans une de ses lettres (3), 
l'ascendant du pouvoir ne porta jamais atteinte ni à son in- 
tégrité ni à sa noble indépendance. 

Le grand schisme d'occident, copfimencé en 1378, et 

(1) Cette harangue , prononcée en i4o5 , et qui commence par ces mots : 
Fivai Reœ, est insérée ibidem, t. IV. p. 583. 

(a) Ces deux partis avaient chacun leur nom : celui dé Jean-sahs-Peur se 
nommait les Bourguignons; l'autre s'appelait Orléanais, on Armagnacs , 
à cause du comte d'Armagnac , beau-père du duc d'Orléans. Celui des deux 
qui dominait exerçait tour à tour, contre ceux de la faction opposée,, des 
cruautés dont le récit fait horreur, et qui heureusement ne sont point de mon 
sujet. Ces alternations subites et rapprochées étaient la source de nouvelles 
calamités ; car la constitution des sociétés et celle du corps humain se res- 
semblent : dans les maladies aiguës il n'y a point d'agitation qui ne produise 
un redoublement de douleur. 

(3)cCui se, quâdam in epistolâ, omnia post Dcum opt. max., debcre pro- 
» fitctur. • {Gersoniana, p. clxv.) 



444 ' GER , 

qui se proloiigeait sans qu on y pût prévoir un ternie , avait 
étendu partout ses rameaux. Toutes les matières inflam- 
mables étaient réunies pour agiter les esprits , et F Eglise 
aurait péri, si elle eût été Fouvrage des hommes. Cet état 
de choses exigeait dans le chancelier de Paris un génie étendu, 
ferme et délié. GersoiiL donna des preuves de toutes ces 
qualités et dans ses ouvrages et dans les négociations dont 
on le chargea. 

On le voit figurer dans l'ambassade solennelle que la 
France envoya en Italie en 1407? pour presser Pierre de 
Lune 9 dit Benoît XIII, et Ange Corrario, appelé Gré- 
goire XII, à abdiquer la dignité papale. Après son retour, 
il composa divers écrits sur les moyens d'éteindre le schisme 
que l'ambition excessive de ces deux pontifes conspirait à 
éterniser. 

L'assassinat du duc d'Orléans, commis le 23 novembre 
1407, par ordre de Jean-sans-Peur (i), eut pour Gerson 
des suites dont on rendra compte à mesure que Tordre des 
temps les amènera. 

Le 28 avril i4o8, il assista au concile provincial de 
Reims, e|; y prononça le discours d'ouverture sur les de- 
voirs des pasteurs. 

L'université de Paris l'ayant député au concile de Pise , 
qui s'ouvrit le 26 mars i4o9> il fuit un de ceux qui contri- 
buèrent le plus à la déposition des deux papes rivaux , Be- 
noît XIII et Grégoire XII , dans la quinzième session , tenue 
le 5 juin suivant ; et à faire élire en leur place , dans la 
session dix-huitième, du a6 du même mois, Alexandre V, 
qu'il complimenta solennellement sur §on exaltation. Dans 
. ce discours, il exhorte vivement ce pontife à s'occuper de 1^ 
réforme des mœurs et de la discipline parmi les ecclésias- 



(1) On remarque à la tête du v« volume des Œuvres de Gtrson, une jolie 
vignette représentant ce meurtre. B. Picart, inv,; Growwen, teu/p. 



GER 445 

tiques : article toujours le plus fortement recommandé et 
toujours le plus sûrement oublie» Les hommes consacras à 
Dieu étaient alors moins que jamais exempts des faiblesses 
de Thumanité*, et Tesprit du siècle s'opposait aux change- 
mens désirés par Gerson et par un petit nombre de sages. 

De retour en France , après la clôture du concile de Pise , 
le 7 août 141^9 il se livra, dans la retraite, à Texamen des 
matières qu'on devait traiter dans le concile de Constance, 
dont celui de Pise avait ordonné la célébration. Mais ses 
travaux furent interrompus Tannée suivante. Les Bourgui* 
gnons dominaient alors et se signalaient par de monstrueux 
excès, car les crimes des princes semblent autoriser ceux 
des peuples ; tout conspirait à la ruine de la monarchie, a Les 
Anglais entraient sans nulle résistance dans la Guyenne. 
II s'agissait de défendre la frontière *, la chose pressait , et 
l'on résolut de se servir de la rude autorité des bouchers 
de Paris (connus sous le nom de Cabochiens)^ pour réus- 
sir plus tôt à rassembler quelcpie finance. Dçs commis- 
saires furent nommés pour taxer chacun selon ses facultés. 
Caboche et ses confrères furent commis à la recette \ ils la 
firent en effet avec leur violence accoutumée et sans mé- 
nager personne, conduisant en prison ceux qui ne s'ac- 
quittaient pas sur-le-champ , ecclésiastiques , officiers du 
roi, OU' autres. Le vénérable. Gerson , l'honneur de Funî- 
versité, ayant refusé de payer, et ayant doucement re- 
présenté que la façon dont on s'y prenait n'était ni honO; 
rahle , ni selon la loi de Dieu , ils voulurent le prendre ; 
il se cacha dans les voûtes de Notre - Dame , et ils sac- 
cagèrent sa maison (i). » Cette sédition eut lieu au com- 
mencement de mai 1,^1^ • 

A la renaissance du calme, Gerson reprit ses fonctions. 
Depuis i4o5 il était cm'é de Saint-Jean-en-Grève. II lui 



(1) De Barantr, //i«(, desduc&de Bourgogne, t. I\, p. 91, 3* édit. 



446 ' GER 

arrivait quelquefois de monter en chaire pour opposer une 
digue aux débordemens de Tépoque, et pour harceler les 
perturbateurs du repos public dans des discours pleins de 
verve et dç raison : ce qui, selon les biographes, finit par 
causer cette émeute populaire excitée par la faction des bou- 
chers, si' fameuse dans ces temps malheureux. 

Lorsque la haine du duc de Bourgogne eut été éteinte 
dans le sang de son rival en 14^7, ce prince, loin de désa- 
vouer son crime , en fit trophée *, il obtint même la permis- 
sion .de se justifier publiquement. Le docteur Jean Petit, 
cordelier de la province de Normandie, qui lui était vendu, 
le défendit ouvertement dans une grande assemblée , tenue 
le 8 mars i4o8, profanant FEcriture-Sainte et les Pères 
pour établir la doctrine du tyran nicide (a). La dignité de 
ces armes sacrées, dont le crime et la fureur ont si souvent 
abusé, n'avait point encore été vengée en 141 3. Jean-sans- 
Peur avait .même obtenu, le 9 ma^s ï4o9i des lettres d'a- 
bolition du roi Charles VL Personne, .jusque-là, n'avait osé 
combatti*e les maximes criminelles de maître Petit , tant la 
puissance du duc de Bourgogne imposait à la France. Ce 
'prince , qui avait eu si souvent le dessus , fut enfin obligé 
de céder au parti des Armagnacs : contraint de quitter 
Paris en fugitif, le a3\août i4i3, il se sâuva en Flandre, 



(l) Voici cette doctrine : «Un tyran peut être tué licitement, et d'une 
» manière méritoire, par chacun de ses vassaux et sujets , même clandesti- 
» nement , par embûches secrètes , par flatterie ou caresses , nonobstant 
» toute promesse , serment et confédération faite avec lui , sans atteadre la 
» sentence ou mandement de juge quelconque.» Dans un long discours, 
prononcé avec effronterie , maître Petit entreprit de prouver par douze ar- 
gumens en forme (en l'honneur des douze apôtres), la doctrine ci-dessus 
énoncée ; et i) conclut qu'on devait récompenser l'auteur de l'assassinat , 
«à l'exemple des rémunérations qui furent faites à monseigneur saint Michel 
» l'Archange , pour avoir tué le diable , et au vaillant homme Phinéès , qui 
» tua Zambri. » Doctrine diabolique , inventée dans les petites maisons de l* en- 
fer ^^ ( VoLTA iRK , Abus de C intolérance.) 



, GER j^^j 

d'où il ne reyint dans la capitale que le i4 juillet i4i8, 
quoique ses gens y Aissent entrés dans la nuit du 28 au 39 
inaî précédent. 

« L'*unîversité de Paris avait manifesté dès i4io la dis- 
M position où elle était depuis long-temps de condamner la 
» détestable doctrine de Jean Petit ; mais Toppression du 
M duc de Bourgogne en avait pendant trois ans suspendu 
» J'effet. Elle n'eut pas plus tôt recouvré sa liberté, qu'elle 
M se mit en devoir de satisfaire à ce que demandaient d'elle 
3> la vérité et la justice, là sûreté des rois et des princes, et 
» l'intérêt de Tétat. Elle chargea . son chancelier d'exposer 
» au roi son louable désir. » {Crevierj t. III, p. 870.) . 

(( Dès le 4 septembre 1 4 ^ ^ 9 Gerson , .dans, un discours 
» qu'il fit au roi (i), comme député de l'université de Paris , 
» attaqua la meurtrière doctrine de Jean Petit, mais ayec 
M un ménagement infini pour les personnes. Eu se décla- 
)) rant contre l'erreur, il épargna les noms de ceux qui la 
» soutenaient. Non-seulement il ne nomma pas le duc de 
» Bouiçogne, mais il ne nomma pas même Jean Petit, 
» qui était mort plus de deux ans auparavant (2). » (Jhidem^ 
p. 368.) Enfin, Gerson provoqua la condamnation de YA- 
pologîe du docteur mercenaire*, elle fut proscrite avec un 
grand appareil, non le i3, mais le 2 3 février ï4i4j <lans 
la salle d^l'évêché de» Paris, et brûlée publiquement le aS 
du même mois dans le parvis Notre-Dame. On parla même 
d'aller déterrer le corps de Jean Petit à Hesdin pour le 
brûler aussi. 

Toute la faveur s'étant reportée vers la maison d'Or- 
léaps , on rendit enfin , dans la cathédrale de Paris , le 5 
janvier i4i5, à la mémoire de l'infortuné dauphin Louis, 
les honneurs funèbres que le malheur des temps avait dif- 
férés jusque-là. Gerson, chargé de prononcer l'oraison fu- 



(i) Inséré dans le t. Y, p. 54 9 Op. Gers» 

(3) Mort en i4i 1 ^ Hesdin , Tille qui appartenait au duc de Bourg^og^ne. 



448 GER 

iièbre de ce piince , a y prêcha avec une haixliessë et une 
n violence qui causèrent beaucoup de surprise ; il dpnna 
» de grandes louanges au feu duc d'Orléans , disant que le 
» royaume était bien mieux administre de son vivant qu^il 
» ne Tavait été depuis^ et comme on aurait pu croire qu^il 
)) voulait plutôt exciter les haines que les adoucir, il assura 
» que son avis n'était point la mort ni la destruction du 
M duc de Bourgogne ; mais qvtil devait être humilié y qu il 
» fallait qu'il reconnût son péché , et qu'il donnât satis- 
» faction suihsante, ne fût-ce que pour le salut de son âme. 
» Après le service , il reçut de grands éloges des princes 
» qui le présentèrent au roi, et le lui recommandèrenjt. » 
{De Barantej t. IV, p. ïo3.) 

Le concile de Constance, ouvert le 5 novembre 14*4» 
mit le sceau à sa haute réputation. Muni d'un sauf-conduit ^ 
il y arriva le âi février 141^9 ^^ parut dans cette auguste 
assemblée avec le caractèi^e d'ambassadeur du roi Char- 
les VI , et de député , tant de l'université de Paris que de 
la province ecclésiastique de Sens. Il s'y fit admirer par 
son zèle pom' les intérêts de l'Eglise , et par ses vastes con- 
naissances, il en fut comme l'âme et la langue. Les hommes 
les plus éclairés de toutes les nations , qui s'y trouvaient 
réiînis , l'honorèrent comme le plus savant théologien qu'il 
y eût dans toute la chrétienté : il ne s'y U'aita rien sur qaoi 
l'on ne crût devoir le consulter*, et toutes les fois qu'il se 
présentait quelque point d'une discussion difficile , il faisait 
un nouvel écrit pour Téclaircir. 

Dans la deuxième session , tenue le 25 mars i4i 5 , il agit 
avec vigueur contre Jean XXIII, qui avait succédé à 
Alexandre V, et dont la conduite irrégulière et l'opposition 
. aux vues du concile ne firent qu'accroîti^e le schisme au 
lieu de l'éteindre. Ce pontife fut déposé solennellement 
le 29 du même mois; et le 11 novembre 1417? ^^ ^lut 
Mai'tin V, qui fut. universellement reconnu. 



GER 449 

Dans les quatrième et cinquième sessions, tenues Xe-'io 
mars et le 6 avril 14*5 , la doctrine de Gerson relative à la 
«upëriorité du concile général sur le pape, triompha plei- 
nement; on y fit lé fam€|ux décret qui déclare : « Que ledit 
M concile, légitimement assemble au nom du Saint-Esprit, 
M faiisant un concile général, qui représente l'Eglise catho- 
» lique militante , a reçu immédiatement de Jésus-Christ 
M une puissance à laquelle toute personne de qùelqu^état 
» et dignité qu'elle soit, même papale, est obligée d obéir 
n en ce qui appartient à la foi , à l'extirpation du présent 
» schisme , et à. la réformation de rÉglise dans son chef et 
».dans ses membres. » Ce décret, provoqué par Gerson, fut 
approuvé par* Martin V, et confirmé par le concile de Bâle 
«n i43i. C'est aussi la doctrine à laquelle le clergé de 
France a toujours fait profession d'être attaché , c notam- 
ment dans son assemblée mémorable de 1682. 

Dans la qvtinûème .session , le 6 juillet 141^9 Gerson fit 
proscrire les erreurs de Jean Hus, et pom'suivit ensuite, 
avec upe courageuse persévérance , la condamnation de la 
doctrine de Jean Petit*, mais il ne put obtenir qu'elle reçût 
toute la flétrissure qu'elle méritait. Tout ce que le crédit, . 
la puissance, les sollicitations , les largesses (i) peuvent 
opérer-, tout ce que Fesprit de chicane peut suggérer de 
ruses, d artifices, de subterfuges k des plaideurs de mau- 
vaise foi, fut mis en œuvre par Jean-sans-Peur et par ses 
émissaires y et ce ne fut pas entièrement sans fi'uit. Le crédit 
de ce prince était si grand que, quoi que GerSon pût faire. 



(1.) Le P. Daaiel rapporte , d'aprèi les registres de la chambre des comptes 
de Dijon, que les ambassadeurs de Jean-saos-Peur étaient chargés de dis- 
.tribuer deux cents écas,d'oç aux théologiens, de la vaiMclle et des bijoux aux 
prélats , et qu'ils firent présent à on cardinal d'un manuscrit inappréciable 
de Tite-Live, et de plusieurs queues de vin de Bourgogne. Que de manœu- 
vres ourdies .pour faire triompher une doctrine qui arma les Clément, les 
Chatel , les R^vaillac , ces monstres pétris de boue et de sang I 

TOME I. , 29 



^5o GfjR 

il Ti j put obtenu* la coudamnation solennelle d'une si àé- 
testable docti'ine. Il harangua (i), il écrivit, il cria, il piK>- 
testa ', mais ce fut en yain , les intérêts présens et la crainte 
qu'inspirait le duc de Bourgogne , remportèrent sur tous * 
ses efforts. On se borna à condamner seulement la propo- 
sition qu'il est permis à tout particulier de tuer ou de faire 
tuer un tyran, sans dii*e d'où cette proposition était tirée, 
ni l'imputer à personne. 

Après la clôture du concile, le 22 avril i4iS, Gerson 
voulant se dérober à la colère d'un prince qu'on n'offensait 
point impunément, et qui avait conservé de nombreux 
partisans en France , n'osa y revenir. Il crut n'avoir d'autre 
ancre de salut que dans un ostracisme volontaire*, et pour 
mettre sa vie en sûreté , il quitta Constance au mois de 
mai, et,, travesti en pèlerin, il erra quelque temps dans 
les montagnes du Tirol , et s'arrêta enfin à Rathemberg, où 
il fut accueilli avec distinction par le duc Albert de Ba- 
vière. Bientôt après il se retira dans le duché d'Autriche, 
où le duc Fi^déric III, qui l'avait connu au concile de 
Constance , lui offi*it un asile. La culture des lettres adoucit 
les soucis dé son exil. L'abbaye des bénédictins de Moelck 
possédait plusieurs copies de ses ouvrages , com^posés dans 
ces contrées. 

Jean-sans-Peur, ce colosse de puissance et de richesses , 

(1) Voici de qaelle manière il s'énonça dans un discours qu'il fit au con- 
cile , le 5 mars i4i6. On y trouvera un échantillon de son éloquence : « O s'il 
» était donné aux trois fils du duc d'Orléans , ces déplorables enfans d'un 
» père infortuné , à ces pupilles , orphelins, de paraître devant votre auguste 
» et sainte assemblée ; s'ils pouvaient se faire entendre de vous , ils vous sol- * 
* ficiteraieat plus par leurs géftiissemens , leurs sanglots et leurs lames , que 
» par leurs disooin's et leurs prières , et vous imploreraient en criant : Rendez- 
» aoos )ustice , rendez-U à notre père. O si vos yeux , pleins de miséricorde » 
» 1«8 Toyoient se prosterner à vos pieds , en vous adressant cette juste demande, 
» de quels traité de compasHon intime ne seraient pas blessés tos coeqrs , que 
» la charité rend si seoaiMes? Genceves vous-mêmes ^ messieurs, quels se- 
» raient vos sentimens .* car pour moi, je ne puis les exprimer. • 



GER 45i 

avec qui peu de monarques pouyaieui rivaliser, ayant éié 
assassiné le !HX juin 14^99 Gerson rentra en France, bien 
résolu d'abandonner la scène mouvante des passions et des 
grandeurs poui* vivre dans la s<Jitude, où Ton goûte la 
paix, même avec soi, quand on y arrive exempt de re- 
mords. Il se réfugia à Lyon auprès de son frère, prieur du 
couvent des Célestins. Cette ville qui tenait pour le jeune 
dauphin, Charles, alors âgé de seize ans et demi (pai^venu 
à la royauté en i4a2 , sou« le nom de Charles VII), était 
un lieu de sûreté conti'e la faction des Bourguignons. Après 
avoir demeuré quelque temps caché dans ce monastère , il 
en sortit quand vinrent k luire des jours plus heureux , et 
se fixa pour toujours dans le cloître de Téglise collégiale de 
Saint-Paul. Il y vécut dans la retraite et dans les exercices 
d'une vie humble et pénitente, et se consacra pour le reste 
de ses jours à instruire le simple peuple, dans des discours 
familiers , et à enseigner aux petits enfans les élémens de 
la langue latine et de la doctrine chrétienne. 

ce II avait un zèle tendre pour l'instiniction de cet âge, et 
» non content d'y travailler de vive voix , il composa un 
M ouvrage touchant les moyens d^attirer à Jésus-Christ les 
» petits enfans : De parvuUs ad Christum trakendis. G est 
» dans ces exercices et dans cet état , si grand aux yeux de 
i> la foi , que Gerson termina sa can'ière le 12 juillet 1429. 
» Il se sentait défaillir depuis quelque temps, et il s'était 
» préparé pour intercesseurs auprès de, Dieu ces mêmes 
» enfans qu'il catéchisait , et à qui il avait dicté et fait ré- 
» péter tous les jours , plusieurs mois avant sa mort , cette 
» humble formule de prières : Mon Dieu, mon Créateur^ 
» oyez pitié de "votre pampre sen^iteur Gerson, » (Crevier , 

t. m, p. 49^*) 

Il fut inhumé dans l'église de Saint-Laurent (i), qui 

(i)Gette églne, coiiTertie ea iniigasiB de fourrage en 1 79}, a été de|»al8 incen- 
diée et démolie : elle fait aujourd'hui partie d'une place ptibli«[ue. Elle tombait 

29. 



45a GER 

tient à la collégiale de Saint-Paul, k laquelle elle sert de 
paroisse. On mit sur son tombeau ces paroles qu'il répé- 
tait souvent : Lestez-vous en haut ^faites pénitence et croyez 
à VEi^angile. On y grava cette épitaphe, qui donne une 
idée de la versification funèbre de ce siècle : 

Magnum parya tenet yirtntibus urna Joannem 
Praeceisum meritis , Gerson cognomine dictum , 
Parisiis sacrac professor theolo^ae : 
Glaruit ecclesîae, quiCancellarias; anno *. 
Milleno Domini , eentum ^uateratque vigeno 
Nono » luce petit superos julii duodenft. 

Son tombeau devint célèbre par un grand nombre de 
miracles, et par une chapelle qu'on érigea à sa mémoire 
avec un autel ou l'on plaça son image., On lui. a rendu à 
Lyon, pendant un siècle et demi,. les honneurs religieux, 
comme à un bienhem*eux digne d'être invoqué; et cette 

eh ruine en i64o, et fut réparée par MM. Mascarany, gentibhommes grisons. 
Ils restituèrent , en lettres d'or, sar un marbre noir, à la droite de la chaire à 
prêcher, l'épitaphe de Gerson , et y ajoutèrent cette inscription , qui est tout 
entière «n lettres majuscules , comme les inscriptions romaines : 

D. Jo, Charlieri dô Gersan ^vangeL XpianUs, pUq. doet. 
Resfii^^. cum Symbolo, publico, ae priva^o, temma^e, Ututus, 

La chapelle et l'épitaphe érigées à sa mémoire , avaient été détruites du- 
rant les guerres du calvinisme. «G«rson , dit le P. Golonia dans son Hislaire 
» littéraire, était alors parfaitement oublié à Lyon. On ne savait pas même où 
^ était son tombeau, lorsqu'son le trouva par hasard', l'an i643, en creusant 
» profondément la terre , à l'occasion de l'enterremept de la dame Grassis. 
» Le caveau où était son 'corps , revêtu de ses habits sacerdotaux , fut ouvert : 
• ce ne fut qu'alors que sa mémoire commença k revivre dans cette ville, • 
et attira de nouveau les hommages des fidèles. La relation que l'abbé Vernay 
fit de cette découverte , contient les miracles qui eurent lieu alors. Elle a paru 
avec ce titre : Johanes CharGerus , à Utmuto glariotus (la gloire de Jean Ghar- 
lier renaissante de son sépulcre). Lyon y i643, in-4'^, avec son portrait en' 
pèlerin. Du Pin l'a réimprimée à la tête de son édition, p. clzxzviii à cxcv. 
Gersoo «yant renoncé à ses dignités et à ses places, l'église de Lyon lui avait 
assuré la jouissance de Ift terre de Quincieu. 



GER 453 

dévotion n'a cessd que sur la fin du seizième sièclie. Il est 
permis de croire qu'une canonisation en forme aurait auto- 
risé son culte , si la cour de Rome n'eût appréhende d^ac- 
créditer les maximes de ce grand théologien sur la natm*e 
et les droits de l'Eglise, par la vénération qu'elle eût fait 
rendre à sa personne. Le fragment d'une lettre du clergé de 
Lyon à l'évêque de Baie, du 22 février i5o4? prouve l'idée 
qu'on avait de sa sainteté, et combien il méritait qu'on 
allongeât nos litanies de^son nom. (Gersonîana^ glxxi.) 

Par l'étendue de son esprit, la force de son caractère, et 
le noble. usage qu'il fit de l'un et de l'autre, Gerson fut un 
des plus grands hommes de son siècle. Jamais personne n'a 
été tant loué et à si juste titre. De Launoy et du Pin ont 
recueilli les témoignages d'ui^e nuée de panégyriàtes de sa 
doctrine et de sa piété , parmi lesquels ils comptent deux 
concilies généraux, dix-sept synodes particuliers, douze 
évéques, et un très grand nombre d'écrivains du premier 
(H*dre. Les cardinaux Torquemada et Bellarmin,.et autres 
célèbres ultramontains , quoique opposés à ses sentimeus 
sur la puissance ecclésiastique^ parlent toujours de lui comme , 
d'un persionnage docte et pieux , qui , par son amour pour 
la paix et son zèle pour la foi , combattit toutes les héré- 
sies, et mérita d'être surnommé le Docteur très cliréticn \, et 
proclamé par le cardinal Zabarella, le plus excellent doc- 
teur de l'Église. , . , 

En général , on découvre chez lui une science profonde , 
qui épuise les sujets importans ; un jugement solide , qui 
s'attache à l' Ecriture-Sainte et aux principes d'une raison 
éclairée*, un amour sincère de la vérité, un courage à toute 
épreuve pom* la soutenir, une grande résignation à toutes 
les contradictions auxquelles son zèle pouvait l'exposer. 
Ces rares qualités étaient * relevées par un grand fonds de 
modestie, par des mœurs simples et puires, et surtout par 
un cai'acière de modération qu'il déploya au milieu des 



4S4 GER 

disputes animées et des aifaires épineuses où il se trouvait 

engagé. 

Aucun théologien , depuis T introduction des fausses dé- 
crétales , n'avait plus nettemeut démontré la suprématie de 
rÉglise, en ce qui concerne la foi et les mœurs. Aussi 
ceux qui depuis ont traité cette matière, se sont appuyés de 
ses principes et de son autorité-, ils Pont préconisé comme 
le plus intrépide défenseur des maxime^ opposées à la puis- 
sance absolue des souverains pontifes , ce qui n'empêcha 
point qu'il ne reconnàt que le pape , en qualité de succes- 
seur de saint Pierre sur le siège de Rome , a dans l'Église 
universelle une primauté , non-seulement d'honneur et de 
préséance « mais encoure d'autorité et de juridiction. On ne 
peut donc lui reprocher d'avoir voulu énerver la puissance 
pontificale. S'il a publié un traité De au^eribiUwte Pnpœ ab 
Ecclesid^ ce ne fiit point, comme qnelques-ui^ l'ont ima- 
gitté , pour reconnaître dans l'Eglise le pouvoir de sup- 
primer la papauté, mais pour prouver qu'il est des circons- 
tances où l'Eglise peut être pour un temps sans pape, et 
qu'il est des cas où elle a le droit de le déposer. 

La piété de Gerson , quoique vive et zélée , ne fut ni su- 
}>erstitieuse ni crédule ; il s'éleva contre l'abus des flagella- 
tions , dont Vincent Ferrier était l'apôtre , et lui adressa à 
ce sujet des remontrances amicales. Il attaqua et les erreurs 
de la magie , et les rêveries de l'asti'ologie judiciaire , et les 
préjugés de la médecine empirique; et, loin de se montrer 
lavorable aux extases et aux visions , on sait que le concile 
de Constance am^ait condamné celles de sainte Brigitte , sur 
sa proposition , si ell^s n'eussent trouvé un apologiste dans 
le cardinal Torquemada. Mais chaque siècle a ses erl*eurs 
et ses prév«itions; en les heurtant, l'homme supérieur 
doit nécessairement les affaiblir ; mais il n'appartient qu'à 
la raison, mûrie par le temps , de les vaincre : il ne reste 
au sage, qui les a combattues avec un courage que le dé- 



GER 455. 

faut de succès n'a pu rebuter, que la gloire d'avoir pr^ëparé 
leur chute*, ce qui suffit pour que l'histoire le range parmi 
ceux qui ont contribué aux progrès de la civilisation. 

L'université de Paris proposa en 1772, pour sujet du 
prix d'éloquence latine , l'éloge de Gerson , et couronna , 
dspis sa séance public[ue du 5 août. 1773, Tex-jésuite Jean 
Julien Geoflfroy, dont le discours est inédit. Nous ne man- 
quons pas de panégyriques de ce grand honûne; on a ce- 
1 lébré ses Jouanges , et rendu à sa mémoire des hommages 
dignes d'un noble caractère et d'une belle renommée ; mais 
sa vie manque à notre histoire (i). 

Ses ouvrages : 

La vie d'un homme semble à peine suffisante pom* écrire 
le grand nombre d'ouvrages qu'a laissés Gerson. C'est 
l'auteur le plus fécond de son temps : il s'est exercé sur 
tous les objets de la science ecclésiastique. Il est peu d'é- 
crivains dont les ouvrages aient été plus répandus , plus 
souvent transcrits (2), comme il n'en existe guère dont on 
ait des éditions partielles plus ancienuies' et plus multipliées. 
Il serait trop long d'énumérer ces impressions , dont plu-^ 
siem^s portent le cachet des premières productions de l'art. 
/ Nous renvoyons le lecteur, curieux de les connaître, aux 
bibliographes qui ont traité des ouvrages typographiques 
du XV* siècle (3). 

(1) L'abbé Antoine Péreira , oratorien , a publié, en portugais , YAMgé de 
la Fie de Gerson, et celui de ses écrits et de sa doctrine. Lisbonne, 1769, 
a yol. in-i 3 : compilation extraite du Gersoniana , imprégnée des sentimens 
particuliers du traducteur. Deux ecclésia8ti(|ues , connus dans la république 
des lettres , travaillent , chacun de leur côté , à la vie du docte chancelier. On 
connaît VEsprit de Gerson, publié par le Noble , dont la première édition a 
paru en 1691, et la dernière en iSoi. 

(2) On remarque parmi les manuscrits de la BB. du roi, des MSS. sur vélin 
de quelques ouvrages de Gerson, cotés 4^3.> 4/9) ^90, 1198, 2049, 55i49 
35oi, 5524» 3609 ®'> 4359 et 6710. 

(5) On compte environ i5,ooo impresûons faitçs durant cette période (de 



456 GER 

La première édition générale de ses œuvres parut à Co- 
logne , chez Jean Kœlhoffde Lubeck, 1 483— -14849 4 ^o^* 
in-fol., mm. goth. 

On publia depuis les suivantes : Strasbourg, Jean Priiss , 
1488 , iu-fol. -, it.j Strasbourg, ib,j 14899 3 vol. in-fol., 
goth., édition donnée par Geykr, où se trouve l'éloge de 
Gerson, par Schot, chanoine de Strasbourg; it.j Baie, Ni- 
colas Keseler, 14899 3 vol. in-foL; it,^ Strasbourg, Marc 
Flach, i494' ii^"foL goth.; it. (Nurembei^, Jean Sen- 
sensmid), sans désignation de lieu, in-fol. 

Ces éditions diverses , signalées dans les annales typo-- 
graphitfues de Panzer , reparurent à Baie , à Lyon , à Paris , 
à Vienne, etc., dans le xvi*-' siècle, plus ou moins complé- 
tement , ou avec des additions , mais sans beaucoup d'ordre. 
En 1 606 , le docteur Rîcher en donna une moins împiar- 
faite-, Paris 3 vol. in-fol. (i). La rareté de cette édition 
engagea du Pin à publier celle-ci : 

Joannis Gersônii opéra omnia, nos^o àrdine digesta et 
innumeris in locis emendata-; (/ucedam nunc primîim édita. 
Anvers (Amsterdam, J.L. deXormé), 1706, 5 vol. in-fol., 
avec un beau portrait de l'auteur. 

■457 à i5oo); mais dans ce nombre, on en remarque ià peine i5oo digne» 
d'occuper une place distinguée dans leç bibliothèques^ et de fixer l'attention 
des curieux. Laire {Index Ubrorum ab inventa typographie ad annum i5oo){ 
de la Sema, Santander {Dict, bibliogr, choisi du xy« ttécle) y van Praet et 
Guill. Debure (Catalogue de la Fallière, ijSS, 3 vol. in-8«]; Brunet {Ma- 
nuel des Libraires et des Amateurs), ont fait de belles descriptions des ouvrages 
les plus intéressans de Gerson , imprimés dans le xv« siècle. Plusieurs de ces 
productions ont été traduites en italien et en anglais. Quelques-uns des opus- 
cules latins de ce théologien ont passé dans notre langue. 

(i) Richer a encore publié : Apologia pro Joanne Gersonio pro supremâ eccle- 
siœ et concilii gênera lis auctoritate, atque independentiâ,regi(B potestatis db alio 
quàm à solo Deo, Leyde, 1676, inwj.'»; ouvrage posthume, composé en 1606. 
Kichcr Tojpposa à un écrit italien que Bellarmin avait fait contre deux traités 
de Gerson , imprimés en Italie , pour Ja défense de la république de Venise 
contre le pape Paul \. 



GER 457 

Cette édition,, rangée dans un ordre méthodique, est la 
plus complète et Ja meilleure. Les ouvrages, de Gerson y 
sont distribues en ciÏDq cla«ses : la première comprend les 
traités dogmatiques; la deuxième, ceux qui regardent la 
discipline; la troisième, ceux qui ont rapport à la morale 
et à la piété, tels que les sermons (i); la quatrième, ceux 
qui ont pour objet l'explication de l'Ecriture-Sainte ; les 
divers écrits détachés , sous le titre général d'Œuvres 
mêlées ,, composent la cinquième classe^ Le premier vo- 
lume estDrné d'un Gersoniana : ouvrage curieux et digne 
d'être lu par les amateurs, de l'histoire littéraire, et qui 
contient un historique abrégé des controverses, de la doc- 
trine et des ouvrages de l'auteur et de ceux qui lui sont 
attribués (â). 

Nous ne pourrions , sans sortir des bornes que nous nous 
sommes prescrites, entrer dans le détail de cette multi- 
tude d'ouvrages. II suffira, pour notre objet, de rapporter 
les principales maximes et les règles de conduite qui en 
résultent. 

i** La puissance ecclésiastique est toute spirituelle*, elle 
a été conférée sumaturellement par Jésus -Christ à ses 
apôtres et à ses disciples , pour passer à leurs successem*s 

(1) La plupart, proooncés en français, y paraissent en latin , trajduits^ar 
Jean Brisgoëk, théologien allemand. 

(a) Du Pin n'y a point compris les doux ouvrages suivans , dont Gerson est 
l'auteur : i^ les Géorginef, Pierre Gervaîse , assesseur de l'official de Poitiers , 
en fait mention dans sa lettre en vers, insérée , la aa* en nombre , parmi les 
Lettres familières de Jean Bouchet (i585, in-fol.) ; la Croix du Maine, 
BB. fr., t. I, p. 507); a»* Liber nomine Florstos^ metricè^ cura a)mmeHto ' 
Jo, Gersonis, i5io, in-4" (BB. du roi,!!» 1169a) ; it,, Lyon, i494^ in-4% 
{ib,, G. i4a76); it,, Paris, Jel\an Petit, i5oo, in-4** (BB. Maz., G. 10591]. 
Cet ouvrage, que Gerson honora d'un commentaire , parait être de Jean de 
Garlande , poète du xi« siècle. C'est du moins le sentiment des Bénédictins , 
(t. VIII , p. 91 de leur Histoire tittér, de la Fr,), où ils ne parlent point de 
la-ti;aduction anonyme en vers français , imprimée à Rennes en t4S5, in-4''9 
et réimprimée in-8°, sans nom de ville iii de typographe. 



458 GER 

lëgitimes , jusqu'à là fin des siècles ; elle ne doit servir 
qu'au maintien de la société chrétienne , et à conduire les 
hommes au salut étemel, â*^ Cette puiésance^ considérée 
par rapport à son objet , se diyise en deux branches, qui 
ont une souche commune *, savoir , la puissance d'ordre .et 
1^ puissance de juridiction : la première regarde la consé- 
cration du corps de Jésus -Christ , l'administration des 
Sacremens et les autres fonctions du saint ministère; la 
seconde, concerne le for intérieur ou le £ofP extérieur : ren- 
fermée dans le for intérieur , elle ne s^exerce que sujr ceux 
qui s'y soumettent yolontairement, et n'a pour but que de 
les éclairer et de les sanctifier, en remédiant aux plaies de 
leur âme*, et quand elle se porte vers le for extérieui*, elle 
n'a pour objet que les peines spirituelles , dont la plus 
grande est l'excommunication. 3*" L'autorité du concile 
général est souveraine dans la société chrétienne*, elle dé- 
cide en dernier ressort les causes de la foi , et c'est à elle 
qu'il appartient de réformer l'Église dans son chef et dans 
ses membres. 4° Dans les temps de schisme , lorsqu'on ne 
connaît pas certainement entre deux prétendans à la tiare , 
lequel est le pape légitime, il faut s'abstenir de se con- 
damner mutuellement , et surtout ne se point séparer de 
la communion les uns des autres. 5** Quoique TEcriture- 
Sainte soit Ja règle de la foi, elle est susceptible de diffé- 
rentes interprétations , et c'est à TEglise seule qu^il appar- 
tient d'en donner le véritable sens. 6** Toute doctrine 
annoncée par ceux qui n'ont pas autorité d'enseigner dans 
l'Église , doit être suspecte , encore plus si elle n'est pas 
conforme à l'Ecriture-Sainte et à la tradition, y** Les juges 
de la doctrine sont le concile génâ*al, dont les décisions 
sont infaillibles et irréformables , le pape dans toute TÉ- 
glîse, et .chaque évéque dans son diocèse. 8^ Tout miracle 
qui n'est ni nécessaire , ni utile ^ qui n'a point de rapport 
à la religion, qui ne tend ni à confirmer la foi, ni à main- 



GER 459 

tenir les botmes mœurs, doit être ^jeté; encore plus, s'il 
tend à établir une doctrine nouvelle, ou contraire à celle 
de rÉglise. 9"" H en est de même fles révélations et des 
autres opérations extraordinaires; il ne faut point les at- 
tribuer à Dieu , l<H*s({u'elles renferment quelque circons- 
tance capable de les rendre suspectes d'illusion , et surtout 
lorsqu'il en résulte des inductions peu conformes à 1» vé- 
ritable doctrine. lo"" Toutes les fois qu'il y a lieu de croire 
que Torgueil , l'intérêt ou l'envie de faire du bruit dans le 
monde, sont le principe de ces sortes d'opérations, il finit 
les mépriser et les rejeter^ 

Tel est le précis de la doctrine contenue dans les nom- 
breux ouvrages de Gerson ; on y trouve plusieurs des dé-» 
fauts de son siècle : son style est inégal, dur et négligé. 
Néanmoins, lorsqu'il s'anime, et qu'il prie, exhorte ou 
conseille, ces défauts disparaissent. On ne peut que pro- 
fiter beaucoup en lisant ses écrits avec application; et pom* 
connaître parfaitement l'histoire de ce qui se passa dans 
TEglisé d^Occident, sur la fin du xiv* siècle et au commen- 
cement du xv*, et les sentimens de la faculté de théolo- 
gie de Paris et de l'Ëglise gallicane de cette époque, il est 
presqu'iudispensable de recourir aux écrits de notre docte 
Ardennais. 

Quoique employé presque toute sa vie dans d'importantes 
afiaires, et presque toujours les armes à la main pour dé- 
fe&dre la vérité, son imagination prenait quelquefois le soin 
d'amuser sa raison. C'est alon qu'il se délassait avec les 
muses. Le grand nombre de vers semés dans ses ouvrages, 
l'ont fait ranger par Gérard Jean Vossius parmi les poètes 
latins. Il se les était rendus familiers durant sa jeunesse, 
car on remarque dans plusieui^s de ses harangues , des pas- 
sages d'Horace , d'Ovide , de. Perse , de Sénèque , de Térence 
et de Virgile. 

Le poème de 2986 vers qu'il fit en l'honneur de saint 



46o GER 

Jpseph, Josephina carnùne heroïco decantata j est d'un ca- 
ractère fort singulier. Il est partagé , non pas en douze 
chants, mais en douze distinctions^ ce qui semble d'abord 
annoncer une composition empreinte du mauvais goût qui 
régnait au commencement du xV siècle, a Cependant , dit 
M le P. Colonia, on y trouve non-seulement du feu et de 
» l'imagination , mais encore un goût poétique et une lati- 
» nité beaucoup meilleurs que ne le portait la barbarie de 
» ce temps. » Et on peut croire qu'il n'a manqué à Gerson, 
pour occuper line place distinguée sur le Parnasse, que 
d'être né un siècle plus tard. Oh en jugera par ce fragment, 
où il décrit la fuite de Joseph en Egypte , qu'il égaie par 
une fiction poétique empruntée du livre de la Genèse au 
sujet d'Abrahain, arrivant d'Egypte avec Agiar son épouse : 

« • 

Post iter emensam dnrî multique laboris , 

De procul iospicitar qnaesiti terra Ganopi. 

Hinc horror snbitns amborom corda , paTorqae * 

Goncutit , ipsa licet meos ioooncussa resUtat. 

Vir prior alloquitur sponsam : cogDosco décora 

Qu6d sis , ô Domina. Gens ista libidine feryens , 

Fœdis nrgetur stîmulis , si sciverit uxor 

Quàd mea sis , mihi quid nisi mors, ô virgo paratur ; 

Atque pudiciti» tibi discrimen ? Pharaonb 

Duoet ad aspectum moz te manus improbua serrL 

Sors indigna nimis 1 

Après, Joseph, à l'exemple d'Abraham, prie Marie de 
dire qu'elle est sa fille et non pas son épouse, et il aban* 
«donne le reste aux soins de la Providence. 

Die , quœso , Maria , 
Filia quôd mea sis. Hoc aetas credere yerum 
Snadebit. Reliqiiom auxilio committo supeilio. 

# • 

11 y a eu de graves contestations entre les savans , pour 
savoir à qui de Gersen, deGersonet de Thomas à Kempis 
on doit attribuer le livre de V Imitation de Jésus-Christ. Le 



GER 46i 

t 

Gersoniana offre une longue dissertation sur ce sujet. Du 
Pin y rapporte les raisons alléguées de part et d'autre, et 
après un examen fort circonstancié, il laisse la chose in- 
décise. Elle le sera long-temps encore, à en juger par les 
divers écrits publiés depuis sur ce sujet. Gerson reste donc 
toujours sur la ligne de ceux à qui l'on fait honneur de ce 
livre, le plus beau, dit Fontenelle, qui soit sorti de la 
main d'un honlme , , puisque TEvangile n'en vient pas. Il 
faut donc qu'on ait cru notre docte chancelier capable d'é- 
crire d'une manière si sublime sur la théologie mystique. 

Son portrait. i° N..., dans les ffom. JIL de The^^et^ 
p. 2i3; 2** dans le Theatnum de Freher; 3"* Van Merlen, 
i653, in.8«; 4'* L. Surugue ,' in-4^ 5*» Mad. Masson ; 6^ ... 
dans Odieiiyre^ 7° N... Picart delin.^ 17^3, Surugue sculp.j 
in-4°, en habit de pèlerin; 8** dans la Galerie de Landon. 

Marlot, Met, Rem.j t. I, p. 696; de Launoy, Hist. 
Navar. Gjmnasii^ t. II, p. 4^^^^ SSa-, Du Boulay, Hist. 
Unw. Parisiensis ^ Crevier, Hist. de l'UnWi de Paris ^ t. III 
et, VII; Colonia, HisL littér, de fyon^ t. II, p. 368 à 
3iB8; id., Antiquités de Lyon^ p. i34à 137; du Pin, BB. 
des Auteurs EccL^ t. XII, p. 66 k 78, édit. in-4°; Oudîn, 
De Scrip, EccLj t. III, p. 2263 à 2292 ; Audiffredi , Spe^ 
cixrûenj édit. îtalicarum sœc. XV, p. i52, 324, ^^Q? ^^7? 
377-, Bayle, Dict. Crit.^ art. /. Petit\ Le Clerc, BB, 
Choisie j t. X, p. I à 78 ; Vonder-Hardt , AcU Conc. Cons-^ 
tant.j t. I, part. IV, p. 26; Lenfant, Jlist. du concile de 
Pise et de Constance. (Voy. l'art. Morel^ n** 2.) 

GERSON (Nicolas), frère du chancelier, né à Gerson (i) 
vers l'an 1 382 , était Tun des douze enfans d'Amoul le Char- 

(1) Ce lieu, qui était de la dépendance du village de Barby, est entièrement 
détruit ; mais en 1666 on y voyait encore un reste de muraille de la maison 
natale du célèbre Gerson , que les gens du pays appelaient le Pignon dt 
Gerson, 



46a GER 

lier, et d'Elisabeth la Chardenière d'Ailli. Ceux quie le vieux 
style ne rebute pas , liront peut-être ayec plaisir Tëpilaphe 
de sa mère : elle est gravée en caractères gothiques, et sub- 
siste encore presqu'efiacée dans Téglise de Barby, près de 
Rethel . La vtûci mot à mot y et selon l'orthographe du temps : 

Elisabeth la Chardenière , • 
Qui fin bel ot , z vie entière , 
D'Amont le Gkarlier, épouse , 
Auxquels' en&ns ont été douse ; 
Devant cest bus fut enterrée , 
M. quatre cens z I. Tannée ; 
Estait d'Iuing le jour huitime : 
Jhestts li doînt gloire Saintime (i). 

Nicolas Gerson vint faire ses études au collège de Navarre 
à Paris , en i Sgi , et fut reçu maître ès-arts en 1 396. 11 en* 
tra depuis chez les Gélestins*, mais on ignore le lieu et la 
date de sa profession religieuse : on sait seulement qu il était 
sous-prieur du mona^stère de la Trinité de Villeneuve-lès- 
Soissons en 1419* 

11 eut la plus grande part à la tendresse du chancelier son 
frère ) qui lui a écrit deux lettres. La première concerne 
Jean Gerson leur frère : elle est dans rédition de du Pin , 
t. m, p. 74' ? 74^* ^ seconde roule sur les moyens de 
résister à la tentation. Il l'exhorte à dire, comme saint Mar- 
tin^ en la solennité duquel il proAonça ses vœux : Le Sei- 
gneur est mon soutien ^ et je nt craindrai point ce que r homme 
pourra me faire. Du Pin rapporte cette lettre très affiectueuse 
(t. III, p. ^44 ^ 746O L'on voit encore ibidem. ^ p. 74^? ^^® 
autre lettre du chancelier » par laquelle il'recommande vive- 
ment Nie. Gerson son frère ^ au prieur de la maison dont il 
était alors conventuel. 

(1) Four rintellîgence de ce monament d'antiquité, il faut remarquer €|ue 
le mot 9t répond h Vhahuit des latins , eut ; le mot fins, veut dire peric ; les z 
signifient et. ' 



GER \ 463 

Du Pin signale ce religieux comme un lu)mmed*une vertu 
austère, vir austerioris viUe> Le chancelier loue sa sainteté 
éminente , déplore sa perte prématurée , et consacre Tamitié 
qui les unissait dans une épttre en vers , adressée à Jean Gei> 
son son frère, bénédidin de Tabbaye de Saint-Remi de 
Reims. Voici ce monument élevé à la gloire de la famille 

de Gerson : 

ê 

Gersonis epistola consolatoria, ad Joannem Germanum suum , mo- 
nachum, in cœnobio S. Remigii Rhemensis , super morte alte- 
rius Germant sui Nicolai, ordinis cœlestinorum, et sororum 
suarum. 

EPIGRAMMA. 

Monice, quem mihi dat frater natura sequendum, 

Nostri sunt generis, quae mon um enta vides. 
Arnulpho Charlier, cui nnpsit Elisabeth olim , 

Gerson origo fuit, advena voce sonans. 
Dotavit Deus hos bis senft proie , puellae 

SeptensB numéro , quinque fuêre mares. 
Primus theologus , monachi très , mortuus alter 

Infans , et nupsit filia sola viro. 
Frater Pêtre, rapit te mors, et te, soror jégnm. 

Infante^; vivit punis uterque Deo. 
JRffCdiSàbina soror vivons , mala sustinuisti' 

Jugiter , bine moriens reddita bona capis. 
Gara soror Rautina vale, qnac commemisti 

Gunsors esse Jesa , cajns eras famula. 
Hoftpita panperibus et mystica , Mûrtba, fuisti. 

Te vocat, inde Jésus, tu Benedicta, veni. 
Tempora complesti consummatus cito multa , 

Frater cordis amor, tu NieolM-^ mei : 
Gœlos, credo equidem , tu cœlestinus adisti , 

Gœlica semper amans , dum peregrinus eras. 
Sors lugenda manet nobis , quos vita superstes 

Septem servat adhuc , torquet et exilio. 

t 

Nie. Gerson n'a point écrit ; mais est-il nécessaire de 
laisser des monumens publics de son savoir, pour acquérir 
le droit de vivre dans la postérité ? la tradition constante 



464 . GER 

de sonordï^e dépose qu'il mourut victime de sou zèle, en ad- 
ministrant les derniers secours de la religion à des pesti- 
férë^? on pensera , sans doute, que de pareils services équi- 
valent à bien des livres ; on quitte doucement la vie quand 
une charité si tendre en a signalé les derniers momens. 

Becquet, Gallicœ cœlestinorum Congregationis j virorwn 
vitdaut scriptis illust.j elogia HisL^ p. loS-, de Launoj, Na- 
ifar.j collège hisior.j p* 99^ loo et 4^2-, du Pin, Gersch 
nianaj t. I,'p. xxxiv, t. III, p. 767-, Joum, de Verdun^ 
sept. 1706, p. 209* 

GER SON {Jean)^ frère dés précëdens, était né à Gerson 
vers Tan i384. Comme ses frères il vint étudier à Paris au 
collège de Navarre , où il fut admis au ïionibre des élèves eu 
théologie en i4o4**La gloire que ses talens pouvait lui atti- 
rer, et les douceurs dont il eût pu jouir dans le monde, 
furent pour lui sans attrait. Son amour pour la solitude le 
fit entrer dans 1 ordre des Gélestins. Il y émît ses vœux eu 
1^07, au monastère de la Sainte-Trinité, situé à Limay, près 
de Mantes , diocèse de Rouen.. La prière , les devoirs de son 
état et l'étude , y partagèrent tout son temps. 

Devenu premier prieur du couvent de Lyon,' après 
avoir exercé les mêmes fonctions dans plusieurs commu- 
nautés de son ordre , il donna un asile à son frère aîné , 
qui avait tout à craindre de la vengeance du duc de Bour- 
gogne. Cette marque d'attachement fraternel était due au 
chancelier de Paris , car il aimait et considérait singulière- 
ment le prieur de Lyon : il le lui avait prouvé en diverses 
circonstances, "surtout en lui adressant plusieurs de ses ou- 
vrages, entr'autres son Traité des mcyyens de discerner les 
fausses visions des vraies j et;.ses quatre livres de la Consola- 
tion de la Théolo^ej qu'il avait composés a flathemberg, 
pour adoucir la rigueur de son exil. 

Le P. J. Gtirson mourut en i434 , étant prieur de la mai- 



son de Lyou. Sentant sa fin s'apprecheF, il demanda et i%* 
çut les derniers secours de la religion , avec cette ferveur et 
cette piétë.qui ne s' étaient jamais démenties dans le cours de 
sa vie -, et , selon le témoignage du P « Dom Becquet , dans son 
Histoire latine des Écrivains célestins de la Congrégation îde 
France^ il emporta dans le tombeau la réputation d'un saint. 
Ses restes furent inhumés dans le chœur de Téglise de son 
couvent , et couverais d'une épitaphe qui retraçait le souvenir 
de ses vertus. Nous i:tîgrettons de ne pouvoir, rapporter ici 
cette inscription tumulaire, détruite vers 1780, lorsque l'é- 
difice qui la contenait fut démoli. Le P. J. Gerson a quel- 
quefois été confondu avec le chancelier : la parité des noms 
a jeté Possevin, Freher et plusieurs autres y dans cette mé- 
prise. Nous avons de lui : 

Epistola ad R, P. Anselnuun eœlestinunij de operibus Jo^ 
annis cancellarUjJratiissui : insérée dans le 1. 1, p. clxxiv à 
CLXxvif des ceuvres du grand Gerson. Cette jépître est précé- 
dée d'une lettre de condoléance de M. de Talaru, arehe- 
véque de Lyon, du 17 juillet 14^9? ^ ie^u Gerson, sur la 
mort du chancelier* 

Dom Benoit Haefjten , bénédictin belge, traitant dans ses 
Disquisitiones monasûcœ (Anvers, 1644» ^ vol. in-fol.) dcj^ 
commentateurs de la règle de saint Benoit , met à leur tête 
firère Jeaiij célestin. Son commentaire, dédié aux PP. Cé- 
lestins , où il dit avoir été élevé., «tait dans la BB. de Saint- 
Martin de Tournai. Dom Becquet pense que ce commenta- 
teur peut être J^an Gerson , célestin. 

L'homonymie des deux frères Jean Gersod, leur a fait at- 
tribuer à l'un et à l'autre, Tractatus de eles^atione mentis in 
Deuniy siçe Alphabetum IMs^ini Amoris .-ouvrage tiré en 
partie des écrits du chancelier, et inséré dans le t. III, 
pag. 773 à 79g de l'édition de du Pin*, imprimé avant 
in-4'', sine Loco et anno ^ et in-8°, goth. Paris ^ George Mit^ 

TOME I. " , 3o 



466 GER 

telkus, i49<^' Ge livre est de Jean Nydec^ dominicain alle- 
mand , mort vers 1 44^ 9 ^^ ^ ^^^ ^ ^ ^^ restitue dans l'édition 
de cet ouvrage pubHëe à Paris en i5i6, in^S"". Il est très- 
certain que dans le prologue de cet Alphabetum^ on cite Ger- 
son ; or, il n'y a pas d'apparence que cet écrivain se fût ainsi 
cité lui-même avec saint Jérôme , saint Ambroise , saint Fran- 
çois , etc. Le fond de cette remarque est tiré de J. A. Fabri- 
cius, BB^Lat. méd. œtat.^ art. J. Ntder (où n^est pas in- 
diquée l'édition de i49^9 in-S""). Gomme le grand Gerson a 
paraphrasé, pour ses soeurs^ la traduction en langue vulgaire 
du Stimulus Divini Amoris de saint Bonaventure, des bi- 
liliographes inattentifs lui ont attribué VAlphabetum Di- 
vint Amoris, L'erreur que nous signalons a été renouvelée 
en 1777 par Dom Jean François, dans sa BB. des Ecri- 
i^ains de l'ordre de saint Benoit. «Jean Gerson, célestin , 
» y dit- il, est auteur de VAlphabetum Dis^ini Amoris ^ 
» que son frère , chancelier de l'université de Paris , a fait 
» imprimer à la fin de son traité sur le Cantique des Can^ 
y> tiques. » Comment Gerson, mort en i4^9' ^"^"^ pajaire 
imprimer un ouvrage de son frère , l'imprimerie n'ayant été 
inventée en Europe qu'en i^ôy. Au reste , cette méprise 
ne doit pas étonner de, la part d'un homme qui n'a écrit la 
bibliographie que sur des 'ailes de papillon. Amort a publié 
en 1764 : Moralis certitudoj etc., où il combat l'opinion du 
P. Faîta, abbé du Mont-Cassin, qui attribuait V Imitation 
deJ.^C. à Jean Gerson, prieur des Célestins de Lyon. 

Becquet, p. 109 et m ^ du Pin, Gersonianaj, t. I, 
p. XXXIV j de Launoy, p. 208 et 4B2*, .Aaidiffredi, BB^ Ca- 
sanat.j t. It, p'. 2^2. 

GERSON ( Thomas DE), fils d'une des sœurs des précédens , 
naquit , vers 14 1 5, au village de Gerson , dont le nom lui est 
resté . Il fi^ ses études au collège de Navarre , et il les eut à peine 
finies qu'on le chai'gead'y enseigner Jes humanités. Il n'y 



GER 467 

avait alors à Paris qu'un professeur de philosophie morale, 
que Ton renouvelait tous les deux ans : et comme la faculté 
des arts était composée de quatre nations, elles nommaient 
alternativement à cette chaire. Thomas de Gexison , quoique 
jeune, avait déjà donné des arrhes hrillantej5,de sa capacité. 
Les • suffrages se réunirent en sa favem^, et il fut proclamé 
tout d'une voix professeur de cette chaire publique , en i44o* 

L'honneur qu'il eut d'être élu recteur de l'université , pen- 
dant qu'il vaquait à cet emploi , est une preuve de la considé- 
ration dont il était investi. Après cette époque si glorieuse 
pour lui, on lui conféra le titre de docteur en théologie, en 
1449* ^^ ]ui donna une nouvelle marque d'estime en le 
nommant, en i458, â un canonicatde la Sainte -Chapelle 
de Paris : il y joignit depuis la grande chantrerie du nohle et 
insigne chapitre de Saint-Martin de Tours , et il releva l'édat 
de ces dignités par sa sagesse et son savoir. Suivant de Lau* 
noy, il passa de cette vie à lautre en 147S7 scvec la répu- 
tation d'un homme qui avait su allier de rares vertus avec 
les connaissances les plus vastes , vîtam cum morte cammu- 
îa\>itj relictd ingenti cum doctrinœ^ tum virtutis exùtùnatione. 

On remarquait dans Fl^gKse de S^iut-M&rtin de Tours, 
où il fut inhumé , une riche tapisserie , nommée la tapisserie 
de Gerson le Chantre • Des emblèmes brodés avec art y fai- 
saient allusion à sa profonde modestie , à la pureté de ses 
mœurs, et à sa vie toute sainte. 

Ses ouvrages : 

I. Thomœ Gerson epistola ad Nicolawn et Joannem fra- 
très (avunados) suos : MS. du xv* siècle. (BB. du roi, 8577.) 
Il y a évidemment ici une erreur de copiste. Cette lettre ne 
peut être attribuée à Fun des quatre frères du chancelier 
Gerson, aucun d'eux n'ayant porté le nom de Thomas, Il 
faut donc lire avunculos au lieu êieJratreS' 

Suivant une note, sous la date de i49^ ? rédigée sui? ]a foi 

3o. 



468 GËR 

d'un témoin domestique (i) qui aurait vécu depuis 144^ 
avec Thomas de Gerson jusqu à sa mort /qu'il fixe à Tannée 
1475 , celui-ci aurait été : 

IL he transçripteur, en i^y^y de ce beau manuscrit de 
V Imitation de J.-C.y in-foL, décrit par de Launoy, et por- 
tant 6n tête Teffigie du chancelier, qui parait être un portrait 
de famiUe. 

III. Il serait auteur (ou plutôt traducteur français) de 1*7- 
mitationj qull aurait donnée à son oncle Jean Gerson, par 
humilité. 

lY. Il aurait de plus traduit les Fies des Pères du désert^ 
d'après saint Jérôme. 

y. Il aurait en outre composé un livre intitulé \ Des sept 
paroles du Sauifeur en V arbre de la Croix. Il y a en ej9et une 
édition de ce livre, de noweau imprimé à Paris j CaveUer^ 
153^8, in-8^, avec la figure d'un chanoine à genoux devant 
]a croix -, et, dans le catalc^ue de la BB. du roi , on trouve 
cet ouyrage attribué à un chanoine de la Sainte-Chapelle. 

VI. Legrand BUison des fausses Amours en versj par frère 
Guil. Alexis^ religieux de Lire (^ou sids^ant une note MS^, 
par Thdmas de Gerson). 1?ms, s. d., în-S**. goth. (^Catal. de 
Barré j n*'69i7.) ' 

De Launoy, p. 196, 21 1 et 94^9 Biogr. unis^. 

GERY (^Saint) a pour patrie la ville d'Yvois, où il est 
né vers 54o. Après la mort de Vedulfe, évêque de- Cam- 
brai et d' Arras , le clergé et le peuple le demandèrent au 
roi Childebert pour ^pasteur. Il y consentit avec joie, et 
le fit sacrer vers 58o. Clotaire II, qui connaissait la cha- 
rité du saint prélat, le chargea, en 61 3 , du Soin de distri- 
buer ses aumônes, et il s'acquitta avec vigilance de cet 

(1] Cette note est rapportée au bas d'un exemplaire d'une ancienne tra- 
duction de Vlmitation de J.-C., faisant partie des lÎTres légués à la BB. de 
Sainte-GeD«¥ièye par M. le Tellier^ arch. de Reims. 



GER 469 

emploi si analogue à sa tendresse pour les pauvres. Masse- 
euw, dans le livre xiii de ses Chroniques (Anvers , 1540)9 
nous apprend que Gëry avait converti ce prince à la foi 
catholique. Il ne se moùtra pas toujours reconnaissant en- 
vers le prélat : celui-ci osa le lui reprocher oralement -, il 
lui adressa même plusieurs lettres à ce sujet. Le Carpen- 
tier, dans son Histoire de Cambrai (t. I, a* part., p.,3ai), 
en rapporte une pleine de nerf j et tracée avec une liberté* 
vraiment apostolique. Elle a trait à Tusurpation de quelques 
domaines ecclésiastiques. La voici telle qu'elle est relatée 
dans une ancienne légende latine , rapportée par cet his^ 
torien. 

ce Ma vie est semée de beaucoup de soucis ^ que ma place 
» m'oblige de dévorer; mais je dois avouer que rien ne 
» porte de coup plus sensible à mon cœur^ que l'étrange 
» tyrannie que votre majesté exerce à l'égard des ministres 
» des autels, parle ravissement de leurs biens. Dieu nous 
>i comma.nde de porter sa parole à la face des rois, sans 
» rougir de la justice. La grâce du Christ me sera toujours 
» plus chère que la faveur des Césars, et jamais je n'adu- 
» lerai un homme contre le eri de ma conscience *, et je pro- 
» fite à tous, lorscpie je dévoile la vérité aux ^ands. 

» Je vous ai déjà dit'de bouche , sire , quand vous com- 
» mençates à ravir les droits ^de Dieu et de ses églises , que 
» vous vous rendiez le ministre des fureurs des païens , qui 
>• n'ont rien tant à cœur que de voir les chrétiens à la ca- 
» dène ; que vous les feriez triompher de nos autels *, qu'ils 
» ne tarderaient pas à mettre nos larmes et nos af&ictions au 
)> nombre de leurs jours de fête , si vous ne cessiez dé 
)> souiller votre âme par des sacrilèges intentés contre le 
)) Christ. Mais comme vous êtes sourd à ma voix et à mes 
» prières, je vous adresse cette lettre pour rappeler à votre 
» souvenir les reproches que )e vous ai déjà faits pour votre 
u salut. «Si vous y résistez encore, je serai forcé de dire 



47^ ^IL 

.)) que VOUS avez revêtu rame d'un Dioclétien ou d'un ^é- 
» ron^ plutôt que celle d'un Conslantin et d'un Thëodo0e> 
» et que la somme de vos iniquités vous rendra bientôt 
» le compagnon de leurs tourmens. 

» Sire , je ne m'érige point en censeur des libéralités que 
» vons faites encore aux païens ; mais je suis l'interprète 
» de votre foi , puisque vous avez voulu que f en fiïsse le 
» régulateur. Vous pouvez combler les gentils de vos dons; 
A mais vous ne donnerez rien des droits de nos églises 
» que je n'y résiste de toute l'étendue de mon pouvoir, 
» protestant plutôt de souffrir le martyre , que de laisser 
» molester mon troupeau. 

» Voilà , sire , ce que je n'aurais pu vous celer sans tra- 
» hir mon ministère. » 

Géry écrivit d'autres lettres aussi fermes à Clotaire. Ce 
prince promit de changer de conduite; et les donations qu'il 
fit depuis aux églises prouvent qu'il fut religieux observa- 
teur de ses promesses. 

Le ï I août 619 fut le terme de sa vie , après trente-neuf 
ans d'épiscopat. Ses frères , saint Landon et saint Taurin ^ 
natifs d'Yvois , marchèrent sur ses traces , et , comme lui y 
ils méritèrent les honneurs de la canonisation. ( Voy. ^n*- 
noies dYvois.) 

GILMER (Charles)^ recteur de Tunivfîrsité de Paris , ora- 
teur et poète, florissait dans le xyi"" siècle. La tradition du 
pays est qu'il naquit vers i53o à Boulzicourt, canton de 
Flize. Installé professeur de rhétorique au collège de la 
Marche, le 3o septembre 1 565, il prononça un discours, où , 
après avoir loué Nicolas Ghesnean de Tourteron, son oncle, 
le poète Brizard d'Attigny, et d autres maîtres qui avaient 
illustré ce collège , il fait Téloge de la poésie et de Féloquence, 
et les compare avec la philosophie , qu'il avait enseignée pen- 
dant iieuf ans. 



- ^ 



GIL , 4?* 

Son mérite le fit élire f ecteur, le 24 mars 1 67 1 , à la veille 
d'une cérëinonie où il convenait que Tuniversité fût repré- 
sentée par un chef ^ui soutînt sa gloire par ses talens et ^^% 
vertus. Cette cérémonie se fit cinq jours après : c'était Feu- 
trée solennelle à Paris de la reine Anne d'Autriche, femme 
de Charles IX. Le nouveau rcQteur harangua cette princesse 
en français : et comme elle n'entendait pas hien notre 
langue , le procureur de la nation allemande traduisit cette 
harangue dans cet idiome , et lui présenta une copie de sa 

* 

traduction. La reine reçut avec bonté les hommages de Tu- 
niversité , par Torgane de son recteur. 

Le l3 juin 1673, l'université choisit, par ordre du roi 
Charles IX , quatre députés dans son sein pour travailler à 
une réforme , de concert avec les cardinaux de Lorraine et 
de Bourbon, et plusieurs autres prélats. La faculté des arts 
élut Gilmer pour coopérer à ce grand ouvrage. Il avait alors 
cessé d'être recteur. Les honneurs du rectorat lui furent dér 
cernés de nouveau le 10 août 1578, époque où étant princi- 
pal- du collège de Reims, il portait dans ce poste un degré 
d'instruction qui impose encore plus que l'autorité. 

Le poète Jean Morel , natif du hameau d' Avègres , près de 
Monthois , a caractérisé avantageusement Gilmer, en V^'Ç" 
-pelant Personnage graçe j signalé en science et mérite j danç, 
son opuscule intitulé : Comme Jean Morel a ménagé le col- 
lège de Reims ^ i63o, in-4'*' ^^ y voit d'ailleurs que ce 
poète avait ,. dès le 7 juillet i SgS , succédé à fou M. Gilmer ^ 
son compatriote, dans la principalité du collège de Reims. 
On peut donc rapporter à cette année la mort de ce der- 
nier. Jean Morel vante les talens de notre principal , dans 
sa 3" ode du â* livre de sa Lyre rii^ale de celle d'Horace : 
il y invoque lea Muses, et les conjure de lui donner la 
force et l'harmonie qu'employait Gilmer en expliquant le 
6*^ livre de Y Enéide : 

Sive Glimeri date vim sonoram » 



47^ GIL 

Quà refert notum pielate , D*funv 
GjTpriâ intraotem cane mansueto 
Atria noctis. 

Nicolas Chesneau lui a adressé ce sixain : 

Ad Carolum Giîmerium nepoiem. 

A patrois speraot amplissima doaa nepotet : 

A me quid speres non satis esse scio. 
A nudo quid enim capies F meminisse poetjc 

CongCBÎUm debesy Garaley pauperiem. 
Ne nihil ast habeas , si vif , chartacea same 

Dona , vins qua^dat Mosa laboriferis. 
Epig.,ab. II, fol. 36. 

^s ouvrages : 

!• CaroU Gilmerii Cai^men de pace et nuptiis PhiUppi II, 
Begis HispaniaruMj et primœ Henrici II ^ GalUanmt Aegîs 
filia. Paris, iSSg, in-8°. (^BB^ Baluz.j p, 485.) 

IL Elegia in ohitum Baptistœ sapinij.senatoris (^Pari" 
siensis) in quâ demortmis loquens introducitur ; per Car. Gil- 
meriwn Rhemensem. Paris, Annet Brière, i5(>2, ,in-4''y P* 3' 
(BB. Maz., C. 12497.) 

III. Car. Gilmerii Bhend oratio in classe Marchianorum 
habita j pridie cal. octobris i565. Paris, Th. Richard, i565, 
in-4°9 P* 9 non chiffrées. (BB. Maz., G. 10317.) 

IV, Cruenta syllogismorum dialecticonim pugna j havicis 
versibus mandata : cum tribus tabulis syllogUmorum^ per Car. 
Giîmerium Bhemensem^ scholœque, Bhemensis Gymnasiar- 
cham^ Pms^ Denis du Pré, 1576, in-4°. 

A la fin est une épitre latine à Nicolas Chesneau son oncle , 
aux instances duquel il avait accepté la chaire de rhétorique 
du collège de la Marche, la défiance de ses propres forces 
i'ajant fait hésiter d'abord sur TacceptaticHi de cette place. 
Il y dit qu'il a imité dans ce poème, ce que Nicolas Brizard 
d^Attigny a écrit en prose sur le même sujet. 
* V. AdJa, Buchœrumj rectorio magistratu se abdicantem^ 



GIL 473 

et Blasùjun Martimun eidem in rectordtu succederUem ^ Con- 
gratulatioy habita Lutetiœ anno iSSi, per Car. Gibnerium 
sch. Rem. in acad. Paris. j secuhdd primarium. Paris., ibid.^ 
iSSi^in-S'', p. 10. (BB* du roi> X. 2229 et 2355.) 

yi. Actii synceri Sannazarii de morte Ckristi Domini ad 
mortaUs lamentatio^ Car. GibnerU Rhemensis Annopido- 
nibus illustrata. Paris, Jean le Blanc , 1589, m-8% foL 16. 
(BB. Maz., 21207.) Les notes de Gilmer ont plus d'éten- 
due que te texte. On remarque en tête un sixain de sa 

façon au lecteur : 

t 

Vivere vis, Lector F Sed quis non Tîvere carat i 

Sternum , dico , vlrere , Lector, ares F 
Audi qnod proprio Ghristi manavit ab ore , 

Ex illb cmcem discito ferre tuam. 
Hiinc sequere , et mandata ejus servare mémento 

Qui sine te salTum te retinere nequit. 

YII. Un Sonnet à Maître Nicolas ChesneaUj son oncle. 
Foy. l'art. Chesneâu. 

£gasse du Boulay^ Hisf. Uni%f. Paris, t. VI, p. 722 et 
723-, Crëvier, Hist. de VUni\f. deParis^ t. VI, p. 25o, 278. 

GILMÈR {Jean), élu abbé de N.-D. de Mouzon le 16 
mars i5i2, était probablement de la même &mille. Il se 
distingua tellement dans le gouvernement de cette abbaye, 
remarque Dom Habeit, chroniqueur de Mouzon, qu'on 
pouvait lui appliquer ce que Thistoire dit de Tempereur Au- 
guste à regard de Rome , qu'il Tavait trouvée bâtie en bri- 
que, et qu'il la laissait revêtue de marbre. Craignant que 
son monastère ne tombât en commende , il abdiqua en 1 528 
en faveur de Claude de Villiei;s, prieur de Thin-ie-Moûtîer ; 
et, par permutation , il retint ce prieuré, où il mourut 
le 28 septembre i58i« (^Marlot^ X. II, p. 16-, Gai. Ch*^ 
t. IX, p. 266.) 



474 GIV 

GIVRY {Etiemie DE). Le village de Givry-sur- Aisne , can- 
ton de Rethel, dontilpritle nom, le vit naître en i335. La mi- 
sère assiégea son berceau. Les Dormans , fondateurs du col*- 
lëge de Beauvais , à Paris , le firent çntrer pomme ixmrsier 
'dans cette école, et pourvurent généreusement aux frais de 
. son éducation. Il seconda si parfaitement les vues de ses 
bienfaiteurs, qu'il devint très -bon jurisconsulte; et ce fut 
dans la magistrature qu'il fit Fapprentissagedes vertus paci- 
fiques qui lui servirent de degrés aux vertus épiscopales. 
Préconisé à Rome le 24 juillet iSgS, il fut installé évêque 
de Troyes le 2 oct. suivant, après avoir exercé les fonctions 
de conseiller-clerc au parlement de Paris durant vingt ans. 

Le grand schisme d'Occident, commencé en iSyS, conti- 
nuait de déchirer le monde chrétien par des divisions intes- 
tines. Boniface IX siégeant à Rome, et Benoît XIII à Avi- 
gnon, étaient alors les deux prétendai^s. Le roi Charles VI 
désirant de rétablir l'union , convoqua une assemblée à Pa- 
ris. L'évêque de Troyes y pencha pour l'obédience en fiiveur 
de Benoît \ mais l'assemblée convaincue que ce pontife in- 
flexible persisterait à refusa la voie d'abdication , prononça 
le 28 juillet 1398, la soustraction entière d'obéissance. 

Les négociations relatives à cette affaire ayant constam- 
ment échoué contre les artifices de Benoît et de Boniface, 
et contre ceux d'Innocent VII et de Grégoire XII , élus par 
le parti de Boniface, le roi Charles^ VI envoya en 1407 
Etienne de Givry avec d'autres députés vers Benoit XIII , 
qui était alors à Marseille, pour l'exhorter à rendre la paix à 
l'Eglise. Le résultat de cette mission fut un acte du 20 avril , 
par lequel on convint que l'union se ferait par la cession 
volontaire des deux papes -, mais cet acte fut illusoire : le 
temps fixé par la Providence pour terminer ce scandaleux 
différend , qui occupait alors tous les esprits , n'était pas en- 
core arrivé. 

Il est vraisemblable que Tévêque de Troyes assista aux 



GIV 475 

conciles de Pise et de Constance assembles pour Textinction 
du schisme , dont les dernières semences ne furent entière- 
ment ^toufFëes qu'en iJ^^Q* La vie de notre prëlat fut inar- 
qu^e par des actes nombreux de bîenlàisance : il se signala 
surtout en afirancbîssant les serfs de son évêché-, et, d«ms 
un ëpiscopat de trente -un an, il montra toutes les vertus ^ 
d^un apôtre. Camusat a conservé le testament latin qu'il fit 
le jour de sa mort. On y remarque entr autres choses, la 
disposition suivante : 

<( Item.j je veux que les restes de mon père et de ma mère , 
» de mes sœurs et de mon frère , qui reposent dans le cime- 
» tière de Gîvry, soient exhumés , et que l'on construise avec; 
» des j»erres dures, du sable et de la chaux., un caveau 
)) dans le lieu le plus distingué et le plus apparent de ce 
» cimetière, pour y réunir leurs cendres -, et que ce caveau 
» soit scellé avec une pierre de liais ou toute autre , tirée des 
» carrières de Notre-Dame-des-Champs lès--Paris , et que 
» cette Ipmbe soit recouverte d'une autre dalle. » 

On conserve à ThÔpital de Saint-Denis à Reims,, un monu-» 
ment de la bienfaisance de Tévêque de Troyes : c'est ce.méipc 
testament par lequel il fait don d'une somme de 4o liv. en fa- 
veur des pauvres , pour être employée en achat -de draps. Il 
avait richement établi deux niècçs , en mariant l'une à 
Guillaume Gouault, garde des foires de Champagne, place 
importante , et qui , au siècle précédent , était dans la maison 
de Brienne; et l'autre à Simon Fourni , bailli de Troyes pour 
les Anglais > alors maîtres de cette ville. Il est m<xi le 
a6 avril i4^6, âgé de quatre-vingt-onze ans. Ses restes, inhu- 
més dans sa cathédrale , sont couverts d'une tombe portant 
cette inscription : 

Jiicjœet 
Excelientis Memoriœ Stephanus de Givriaco , Remens is 
Diœccsts, quondam treccnsis Episcopus^ qui postqitam an- 
nos XX Parisiio in Regio parlamenio sedit, et in Episc^» 



4:6 GOB 

I 

pâli cathedra xxxi, Gregem suum laudabilîter rexit, œta^ 
tisan. xci , spiritumreddidit Domino, an, m. ccgc. xxvi. 

Marlot, MeU Bem.j t. II, p. SgS -, Camusat, Promptua- 
riuMj 2a8 à a34j des Guerrois, Fies des évêques de Troyes^ 
fol. 385 à 391 du livre de la Sainteté chrét.i Courtaloni^ 
Typog^ de TroyeSj 1. 1, p. 382. 

GOBERT (Hubert), général de Tordre de Prëmantré , vil 
le jour à Monthenné , vers Fan 14^0. Ne avec Tamour des 
sciénGes et Theureuse disposition pour les acquérir, il cul- 
tiva ces germes précieux qui ne tardèrent p^s à éclore. Il se 
signala surtout comme théologien et jurisconsulte*, et il eut 
l'avantage de tenir un rang distingué parmi les savans de 
son siècle, sans avoir rien écrit, et de l'avoir ixiérité par les 
talens de l'esprit relevés par les qualités du cœur. 

Il était abbé de Layaldieu, près de son lieu natal , quand 
Juvenal ^esUrsins,, archevêque de Reims, lui donna Fab- 
baye de Saint-Basle, vers 1467', mais on compétiteur nommé 
par le roi Fempécha d'en jouir. Elevé au généralat de son 
ordre, le 3o août »47'^> î^ soutint Féclat de cette haute di- 
gnité en homme <jui avait su s'en rendre digne. 

Le Paige et Hugo font de ce prélat lé Mécène des docteurs 
de son temps ; ils ajoutent qu'il joignait à un esprit vif et 
étendu un rare talent pour l'administration } qu'il fit fleurir 
les études dans son ordre (i) -, qu'il était bienfaisant et hos- 

(i) L'ordre de Prémoatré, dont rétablissement remonte à Tannée 11 ai, 
brilla , dès sa naissance , de tout l'éclat que donne une science profonde jointe 
à une ferveur éminente. L'ônumération des savans que ce corps illustre , dès 
son origine , fournit à la république des lettres , et auxqueb Lienhart , abbé 
de Roggembourg, a consacré des notices dans son Spiriius Litterarus Norber- 
iinus (Augsbourg, 1774» ^1-4**), suffit pour prouver que la littérature ne fut 
pas moins cultivée dans les abbayes de cet ordre que dans les autres retraites 
consacrées à la vie religieuse. L'art de copier les livres contribua surtout à 
nourrir parmi les religieux le goût des sciences et des lettres. Bftunis , dès leur 
noviciat 9 de tous les instrumens nécessaire» à l'exercice de cet art, ils le por» 



GOB 477 

pitalier, et que son affabilité lui conciliait les cœurs de tous 
ceux qui le visitaient dans sa solitude de Prémontré. 

Sa ix^putation perça Fobscurité du cloître ^ et parvint jus- 
qu'à la cour. U y fut appelé, et y fit éclater les vertus et les 
talens qui lui en avaient fraye le chemin, sans rien perdre 
de cette modestie qui en rehausse le prix. Louis XI Thonora 
de sa confiance, et lui donna entrée dans son conseil. Il s'ac- 
quit auprès de ce prince cette considération précieuse que là 
vertu et le savoir n'obtiennent pas toujours des grands , et il 
sut par sa conduite mériter sa bienveillance. Quoique ce 
monarque fût naturellement avare ^ il combla néanmoins 
Tabbé de Prémontré de riches présens , que celui-ci em- 
ploya au soulagement des pauvres , à diverses réparations et 
constructions utiles dans son abbaye , et même à Tacquisi- 
tion de nouveaux domaines. 

Gobert mourut à Prémontré, le 17 mars i497> ^niportant 



i 



tèreiLt très-loin , priDcipalement duraat le xii* siècle. GeaZ'mèmes qui aTaient 
le tai«nt de la composition , n'étaient pas exempts de transcrire et de multi- 
plier les chefs-d'œuTre de la Grèce et de Rome ; mais ils s'en acquittaient de 
manière à ce que ce travail ne fût pas infructueux pour leur gloire. La critique 
qu'ils s'y permettaient leur donne encore des titres à la reconnaissance de la 
postérité. C'est à leurs soins que nous devons cette correction si précieuse de 
jU plupart des chefs-d'œuvre de l'antiquité. Il y avait dans les monastères des 
seriptoria ou salles consacrées aux religieux qui s'occupaient i copier des ma- 
nuscrits. On les nommait calligraphes , tachygraphes, chrysographes ou no- 
taires , paléographes , selon le travail auquel on les employait. Cet art si utile 
et si précieux avant la découverte de l'imprimerie , supposait alors dans ceux 
qui le professaient , beaucoup de goût , d'intelligence et de dextérité. Ils pui- 
saient dans cet exercice des lumières qui, soutenues de leurs propres talens , 
les élevaient quelquefois au comble de cette renommée dont ils n'étaient 
' d'abord que les instrum^ns et l'organe. Les religieuses même transcrivaient 
les chartes essentielles, et préparaient des matériaux pour l'histoire. On 
aime i voir, en 1 a88, Mahaut de Bourgogne, abbesse de Ghàteau-Ghftlon, trans- 
crivant , d'une main pure et élégante , les titres de son monastère. Et qu'on 
ne soit pas étonné de voir une abbesse lire et coUationner un diplôme latin ; on 
exigeait des religieuses, au xii* siècle, qu'elles apprissent la langue latine, 
qui avait cessé d'être vulgaire : cet usage dura jusqu'au xiv* siècle , et n'aurait 
iamais dû finir. 



47» GOF 

dans le tombeau des regrets proportionnés à Festime qu'il 
avait commandée durant sa vie, par des vertus qui égalaient 
au moins ses lumières. Il avait obtenu du pape Sixte VI des 
bulles qui défendaient les grâces expectatives et Fintroduc- 
tion des eemmendes dans l'ordre de Prémontré, et qui per- 
mettaient à ses religieux de prendre les degrés de docteur 
en théologie et en droit canon. En vertu d'une résignation 
du cardinal Julien de la Rovère , il possédait Tabbaje de 
Saintr-Paul de Yerduq, qui était de son ordre. 

Le Paige, BB'^Prtem.y p. 7a i, 762, 948, gSo-, Hugo^ 
Annal, Prœm.j t. I, p. 33 et xxxvii; t. II, p. 10 19, Gai. 
Ch., t. IX, p. 201, ai2, 3i8 et 656; le Long, Hùt. de 
Lojon» p. aaS -, Roussel , HisU de Ferdun^^, lxxii \ Dom Bu- 
gnatre, Hist. MSS^ du Laonnais, t. III, p. 1842. 

GOFFIN (Daniel) , habile fondeur et graveur, était de 
Givonne, près de Sedan, et florissait en 161 4- Ce fut à cette 
époque qu'il grava soixante paires de coins tant pour la mon- 
naie d'or, d'argent-et de cuivre de Sedan , que pour celle des 
souverainetés de Raucourt, de la Tour-à-Glaire , et de Cha- 
teau-Regnault. 

Cet artiste, de la religion protestante, et dont Gaultier 
Donaldson , professeur à Sedan , épousa une parente , s'était 
engagé en 1 627 à fabriquer tous les coins nécessaires pour les 
pièces d'argent et de billon , que Lambert dé Duras , comte 
de Meldre, gouverneur de Bouillon , et seigneur en partie 
des villages des Hayons , Bellevaux et Planevaux , avait ré- 
glé de faire battre à ses armes , par un édit du 27 oct. de la 
même année, en sa qualité de seigneur souverain desdits 
lieux j qu'il entreprit vainement d'ériger en terre souve- 
raine (0* 

(1) Geite prétendue sonveraioeté n'a doré qat quatre ans environ. L«t 
^ *6 juin 1.63 1, les seigneurs et les habitans de ces lieux, réunis à ceux du 



GON 479 

Goret, habile graveur de caractères^ qui a gravé toutes les 
sortes , a également illustré la ville de Sedan. 

P. Norbert, Hist. Chron. de Sedan ^ ann. i6i4* 

GON ( AT***) , conseiller près de l'élection de Rethel , au 
commencement du xv^ii" siècle, associait à Uétude rebu- 
tante des lois, la Culture des lettres, et se délassait quel- 
quefois avec les Muses, Sa couronne poétique se compose 
des pièces. suivantes : 

I . Épitre à la louange du duc de Vendôme et de Phi- 
lippe V, rôi d'Espagne. On en voit un extrait de 22 vers 
dans le Journal de Verdun^ mai 181 1, p. 356. a. Dixain 
sur la vendange et la paix, ibid.j décembre 17 il, p. 4^9* 
3. Épitaphe de Catinat : 8 vers, iZ^iVf,^ avril 171a, p. 3o3. 
4* Poème historique (de 148 vers), sur la campagne de 
M. de Yillars, de i'ji%» Analyse de ce poème, ibid.^ mai 
171 3, p. 365 à 367. On y rapporte trois tirades, contenant 
ensemble 26 vers. 5. JÉpitre héroïque (de 124 vers), à M. de 
Yillars, ibid,j mai I7i4« On y voit les huit derniers vers 
de cette pièce, dans laquelle le poète suit son héros depuis 
l'ouverture de la campagne jusqu'à la signature de la paix. 
6. Portrait de M. TEscalopier, intendant de Champagne, 
ibid._, février 1717, p. i23 (12 vers). 7. P^ers k la louange 
de Jean Law, élu membre de l'académie des Sciences , le 14 
décembre 17 19, à la place du chevalier Renaud , ibid.j, fé- 
vrier 1720, p. i33 (la vers). Et peut-être d'autres pièces, 
qui n'ont eu que le mérite fugitif qu'elles tiraient des cir- ' 
constances, et qiû ne devaient pas jouir d'une vie. plus 



village de Dohan , se rendirent à Sedan, y prêtèrent foi et hommage à Eliga- 
beth de Nassau , duchesse de Bouillon , et reconnurent leur mouTance et dé- 
pendance de la souveraineté de Raucourt, dont ib suivaient encore la cou- 
tume lors de leur réunion à la France, opérée le a6 octobre 1796. L'évêque 
de Liège et sa cour prétendaient que ces villages dépendaient de la souve- 
raineté et du duché de Bouillon. (P. Norbert, ibid., an. 1667.) 



48o GON 

longue que ^ceUe des papillons et des fleurs; Ces sortes de 
plxxluctions sont bien caractérisées dans ce distique : 

• G'eit le petit miâgean dont le flot ai^ntin 

• Feit un léger mnminre , et nourrit du fretin . • ' 

OONZAGUE (Lwis DE ) , duc de Rethel et de Nevers , 
gouverneur de Champagne, dont le nom est resté en hon- 
neur dans la postérité, fut un de ces hommes privilégiés 
qui n'ont pas besoin du secours du temps pour parvenir à 
leur maturité. Né àMantoue le i3 septembre iSSg, il fut 
naturalisé Français en i55o. En lui donnant sa main, le 
4 mars i565, Henriette de Glèves (î)le fit comte de Rethel. 
Gette alliance lui en procuï» une nouvelle avec la maison 
royale , et le rendit beau-frère du prince de Condé et du 
duc de Guise , qui épousèrent les deux autres sœurs.. 

La caAîère de la gloire n'était alors ouverte qu'à ceux 
qui embrassaient la profession militaire; et pour être ho- 
noré il fallait endosser la cuirasse. f)ès qu'il eut atteint 
Tâge de quatorze ans , le duc de Gonzague porta les armes , 
et depuis il* ne manqua aucune occasion de signaler sa va- 
leur et son zèle pour le service de la France, sous les règnes 
de François II, Gharles IX, Henri III et Henri IV. Il 
commanda dans sept batailles, dirigea une infinité de 
sièges, et s'empara de beaucoup de places, entr'autres de 
celle de Raucourt (Ardennes). En iSôj, dans un combat 
contre un parti de gentilshommes huguenots , le capitaine 
Beaumont, son vassal, lui cassa le genou d'un coup de 
pistolet, dont il resta boiteux le reste de ses jours. En iSja 
il sauva la vie à Henri , roi de Navarre, et à Henri, prince 
de Gondé , époux de sa belle-sœur Marie de Glèves , en 
s'opposant dans le conseil à l'avis de ceux qui voulaient 
]es envelopper dans le mass^acre de la saint Barthélemi. 

* (0 ^^* ^^ trt.,'p. 345 , et celui de Monlbelan, 



GON 48 1 

Sans cetle courageuse résistance, la racine des Bourbons 
«Stait coupée. 

Peu de temps après ce funeste ëvénement, Charles IX 
lui confia, durant son absence, la garde de Paris. Henri, 
chevalier d'Angoulème , frère bâtard de ce monarque, 
forma le projet dVne nouvelle saint Barthélemi. « Deux 
V de ses confidens , pour sonder le comte de Rethel , vin- 
^> rent lui dii'e que l'intention du roi était d'éteindre en- 
» tièremeni l'hérésie , en exterminant ce qui restait de hu- 
») guenots. Le comte de Rethel répondit, qu'étant chargé 
j) par Sa Majesté de commander en son absence dans la 
» capitale , personne ne pouvait être mieux informé de ses 
n intentions que lui, et sur-Ie-champi il les fit conduire 
>» en prison. Cet acte de vigueur déconcerta les auteurs 
» du complot et les empêcha de l'exécuter, n [Art de vérif, 
les Dates,) 

Louis de Gonzague possédait par indivis avec le prince 
de Sedan, la seigneurie souveraine de Saint-Menges. En 
15^3, il acheta du roi Charles IX les deux tiers du do- 
maine de la prévôté de Donchery. En 1 5^4 îl fit bâtir le 
'Château de la Cassine , près de la rivière de Bar , sur les 
ruines d'un ancien château , connu sous le nom de Lauriac , 
Lauriacum castrum (Ardénnes). Le i5 décembre i58i, il 
obtint des lettres patentes portant érection du comté de Re- 
thel en duché-pairie. La même année (et non en iS^i), il 
fonda avec son épouse les minimes de Rethel , et les corde- 
liers delà Cassine ; et le i4 février 1 588 , il assigna des fonds 
A perpétuité pour marier soixante filles de ses domaines (i) ; 
fondation qui peut défier la censure de la philosophie la 
plus mondaine. Le duc de Rethel finit ses jours à Nesle , 

(i) FimdatUm par U due et ta duehêêse dû Nivemois, pour marier chaque armée 
soixante filles pauvre», avec les arrêts de la cour du parlement, et autres pièces 
<one9mant f exécution de ladite fondation ; i663, in-4'' (BB. du roi, fondf de 
Congé.) 

TOME I. ^ 3l 



48a GON 

le us octobre 1 5gS ^ et fui inhumé à Neyers. Son ëpitaphe a 
ëtë insérée à la fin de son histoire , publiée par Turpin. 
(Paris j 1789, in- 13.) Il laissa troi^ enfans, Charles qui 
suit, et deux filles : Catltérinej mariée en i588 à Henri 
d'Orléans, morte en 1629, et Marie j alliée en 1699 k 
Henri de Lorraine, duc de Mayenne, décédée en 1601. 
* « Son- vif attachement pour la religion catholique lui fit 
-» illusion pendant quelque temps*, il signa la ligue à la 
» sollicitation du- duc de Guise, son beau-fi'ère; mais il 
» s'en détacha dès qu'il eut reconnu les criminels projets 
3> de ce dernier , et s^attacha inviolablemetat à Henri HI. )> 
(j4rt de vér^. les Dates.) 

ff On dit qu'après la mort de ce monarque, le scrupule 
» de concourir à mettre sur le trône «un prince calviniste, 
» lui fit d'abord prendre le parti de rester neutre* Ce qu'il 
» y a de certain , c'est que quelques mois après l'avènement 
» d'Henri lY à la couronne (le a août 1589), il lui prêta 
» 63 mille écus d'or, et que Tannée suivante il lui amena, 
» au siège de Paris, un renfort de troupes considérable, 
» et que depuis il ne cessa, jamaiis de lui être inviolablement 
» attaché. Cest au ciel à V éclairer j disait-^il , c'est à moi de 
» sentir mon ràij de quelque religion qu'il soit n (Saint- 
,Foix , Hist. de l'ordre du Saint-^Esprit^ p. 94.) 

Louis de Gonzague fut un des grands les plus estimables 
de son temps. Il opina toujours dans le conseil pour le 
parti le plus sage et le plus modéré; et les Calvinistes di- 
saient de lui : Il faut craindre M, de Noyers a\fec ses pas de 
plomb et son compas à la main. Son éloge le moins suspect, 
c'est d'avoir réuni l'estime des deux partis. Il était savant 
et se mêlait de th^logie. On conserve en maqnscrit, à la 
BB. du roi , divers Traités de lui sur la controverse , la 
plupart écrits de sa main, et quelquefois dans l'enceinte de 
ces camps audacieux qui semblaient imposer silence aux 
muses dans toute l'Europe. Il est encore auteur d'autres ou- 



GOK 483 

vraies qui prouvent que c'était ua prince guerrier, pdiitique 
et philos(^he^ qui savait aussi bien manieir la plume que 
Tépëe. Ces productions sont signalas dans hi BB» Hisu 
de la B'r.j par Fontette. Voici la plus intéressante. 

Mémoires du. duc de Neuers^ depuis i^'j\ jmquen iSgS. 
Paris 9 JoUy^ i665, 2 vol. in-fol. Us sont curieux et remplis 
d'une multitude de faits intportans, qui servent à ëclaircîr 
l-histo^e des guerres civiles de France et des guc^Tes de 
Savoie. Les pièces ajoutées par^Féditeur de Gomberville, 
vont jusqu'en 1610. On remarque surtout dans cçs Mémoires 
(t. ï, p. 885) 1^ Avertissement aux bourgeois de Paris et 
à tous bons catholiques j digne d'un théologien éclairé, d'un 
jm'isconsuhe profond et d'un citoyen vertueux. Il parut au 
mois de mars 1 588 , après la mort des Guise et la clôture 
des états de Blois. 

Arnaud Sorbin, évéque de Nevers, a prononcé son 
oi'aison funèbre. { Paris j Chaudière, i5g6, in -8%) On 
connaît : « Panégyrique du voyage du dtic de Nevers (L. de 
» Gonzague), de la guerre contre les Turcs, par Jouly, 
» avocat. » {Paris j Chevalier, 1606, în-8°.) Ce prince avait 
pour. lùédecin un très habile praticien, Jean pidouxj natif 
de Ghâtelleraut, mort à Poitiers en 161 1, auteur de plu- 
sieurs ouvrages. (Dreux du Radier, BB. du Poitou, t. III , 
p. ty'i.){F'oy.Y:»Ti,Montbeton,) 

Son portrait. ï° p^alletj in-fol.; 2° N...^ en petiiv 3** N..,, 
iil-fol. , comme, premier chevalier la'tque créé par Henri III, 
en habit de novice ; J^'* dans Mpntfaucon , Monumens de la 
Mon., t. V, p. 3i2, planche XLV. 

, GONZAjCUE {Gheurhs P' DE), duc de Rethel ,fils unique 
du précédent, prit naissance à Paris, le 16 mars i58o. Il 
succéda à son père dans le gouv€arnement de Champagne, et à 
sa mère dans les, duchés de lieth^l et de Nevers. Étant paisse , 
Tan i.6o3, en Hongrie, il se signala, le 22 octobre, à Pesca- 

3i. 



484 GON 

lade de-Ja ville de Bude. De retour en France ^ il servit 
utilement le roi Henri IV, sur la fin de mars 1606 , dans 
Texpédition de Sedan. Nomme ambassadeur extraordinaire 
en 1609, pour prêter robédience au Saint-Si<5ge , il parut 
à Rome' avec la plus grande magnificence^ et y reçut des 
honneurs distingucSs , et des hommages dus à sa dignité et 
à son mérite personnel. Revenu la même année dans sa 
patrie (1), il résida avec son épouse à Mézières dans son 
palais des TourneUes , et fit entourer de murs le lieu d'Ar- 
ches , ancienne maison royale près de cette ville , et lui 
donna le nom de Charle ville. 11 fit aussi construire en 1 6 1 2 , 
le Mont-Olympe , qu'il fortifia en 1629. Il ouvrit un col- 
lège de jésuites à Gharleville, et y fonda aussi trois couvens, 
les capucins 9 les carmélites et les jéronymites du Mont- 
Calvaire. Il mourut le 21 septembre iGirjy emportant dans 
le tombeau -la réputation d'un des plus grands hommes 
de son temps , et fut enterré aux Franciscains réformés de 
Mantoue (2). Il avait acheté la principauté de Porcien, le 
12 mars 1608, de Philippe de Croï. 

De Gathéi'ine de Lon-aine, sœur de Henri, duc de Mayenne, 
qu'il avait épousée en février 1 509 , sont issus François de 
Paule, duc de Rethelois (3), et Charles, aussi duc de Re- 

(1) On connaît «Panégyrique du prince Charles de Gonzagne, pour son 
» heureux retour d<^Rome ; par L. de Las de la Gouldré. Paris, Verac , 1609, 
» in-4«.» (BB. du roi, Y. 4834. B.) 

(2) On a son «Panégyrique funèbrepar l'abbé du/Ghesne, professeur' en 
» théologie. Paris, Targa , i638, in -4^* * 

(5) Né le 17 juin 1606, mort célibataire à Mézières, âgé de seize ans, le 1 3 oc- 
tobre i6aa*<. « Son corps fut porté de Méûères à Nevers, où il est inhumé, dans 
» l'église des Minimes, à cause que son père croyait l'aToir obtenu de Dieu, 
• par les prières de saint François de Paule ; c'est pourquoi le nom de ce saint 
» lui fut donné , quand le P. du Vivier, minime , le tint sur les fonts , au nom 
» de tout son ordre. » (Mém, de Marottes, t. I, p. 100.) Son Oraison funèbre, 
par François Rapine, bénédictin. Nevers, 1622 , in-ia ; Discours funèbre sur 
ses obsèques, par Denis Latrecy. Troyes, GheTillot, i6a3, in-8«^ Le poète 
Jean de Lingendes a publié Poème sur ta naissance de M- te due de Bethetois* 



GON 485 

ihelois. De son mariage, contracté le 24 décembre .1627 
avec Marie , fille de François IV, duc de Mantoue , naqui- 
rent Marie Louise et Anne (1). On a de lui : 

• • • ' 

I. Lettre au roij touchant le Prieuré de la Charité^ 1621 , 
in-fol. (£5'' Baluziana^ t. III, n® 1983.) 

II. Un Manifeste et sept Lettres^ indiqués dans la BB, 
ffist. de la Fr.j par Fontette. Une de ces lettres, adressée 
au pape y est datée de Mézières, le 10 mars 16 17, in-4**', 
une autre au roi , aussi datée de ^Mézières , le â4 août 162 1 , 
în-8°*, enfin, on en remarque une troisième au roi et à la 
reine , du 1 5 novembre 1,6 1 6 , et réponses , avec Jes actes 
judiciaires de la saisie féodale de la maison et seigneurie 
de Sy (Ardennes), et autres terres du marquis de la Vieu- 
ville, mouvantes du ducbé de Retbeloîs, 1616, in-4** (2). 



(1) La première, née Ter« 161a , mariée d'abord , le 6 noT. i645, à Udalis- 
las, roi de Pologne ; ensuite, le i5 mai 1649 9 ^ ^^^^ Casimir, aussi roi de 
Pologne j frère d'Udalislas, mourut à Varsovie le 16 mai 1667, sans lignée. 
Cette reine a fait bâtir le château de Vouziers (Ardennes), et commencer le 
portail de l'église de cette parois&e; Anne, née en 1616, dite la princesse 
Palatine, épousa le a4 ^^ril i645, Edouard de Bavière, comte palatin du 
Rhin, dont elle eut trois filles. Morte à Paru, le 6 juillet i684, âgé de soixante- 
huit ans. L'histoire ne dit point où naquirent ces deux princesses, qni, par la 
supériorité de leur génie, doivent être comptées parmi les grands hommes. 
Paris, et surtout Mézières et Nevers, peuvent se disputer l'honneur de leur 
avoir donné le jour. Anne , l'une des^ filles de la princesse palatine , épousa , 
le 11 décembre i663, Henri Jules de Bourbon , premier prinee du sang, an- 
quel elle apporta vingt millions , qui en feraient aujourd'hui plus de soixante. 
C'est du chef de cette princesse , sa bisaïeule , que le prince de Condé pos- 
séda la principauté de Charleville. La naissance de Louis Joseph de Bourbon, 
arrière-pettt-fils d'Henri Jnles, fut célébrée à Charleville, comme le témoigne 
cette pièce : • Le triomphe de l'amour et de l'faymenée , ou le feu de joie élevé 

• par les seins des consuls, directeurs et procureur-syndic en exercice de 

• Charleville , et tiré sur la place ducale pour la naissance de S. A. S. Mgr. le 

• prince de Condé. Charleville ^ Thesin ,1736 , in-4°, p. 16. » 

(3) Vienville (Charles de la) , lieutenant général en Champagne et en Rethe- 
loiif, surintendant des finances, mort à Paris le a janvier i653. — Vieuville {Ro- 
bert de la), père du précédent, nommé lieutenant général du Rethclois en 



486 GON 

Foy? 1 art. Lorraine (Catherine de), et l'art, le Conte (le 
P. Michel). . , 

Son portrait, i"* N. . . , iii-fbl. *, s** âgé de dix4iuit ans , Ch. 
de Leuj în-8**-j 3** idem.j plus âgé, in-8^; ^° Massetj in-fol.; 
5° Mônèàmétj in-4**; 6* Nant&dlj iiir4*, beàti. 

GONZAGUË {Charles DE), doc de Réthelois; fils du 
précédent, né en 1609^ était un prince d'une graàde espé- 
rance , mais d'une faible santév II mourut à Mautoue, avant 
son père, le 3i août i63i, âgé de yingt-deux ans. Il avait 
épousé, avec dispense , le a4 décembre 1627^ Marie de 
Gonzague , princesse de Mantoue , sa cousine , fille unicpie 
de François IV , duc de Mantoue et de Montferrat , et de 
Marguerite de Savoie. De ce mariage il eut Charles, qui 
suit, Éléonore, née ^n i63o, mariée le 3o avril i65ï, à 
Ferdinand III, dit Ernest j empereur^ roi de Hongrie et 
de Bohême, morte avant son mari, le 5 décembre 1686. 
Le portrait de c^tte prinOes^e a été gravé 'par Moncornet ^ 
in-4**, et celui de soii père parNanteuîl , in-fol. 

GONZAGUE {Ckarks //DE), duc de Rethel, fils du 
précédent, vit le jorn* en 1629. U succéda, en 1637, à. 
Charles l'f, son aïeul paternel , dans les dttchés de Rethel, 
de Nevçrs, de Mayenne, et dans le Donziois, ainsi que 
dans le duché de Mantoue, sous la tutelle de Marie de 
Gonzague sa mère, fondatrice du couvent des Aononcîmles 

16749, gouveroear de Mézières et du fort de Linchampî seigneur des Ar- 
moises , de Givaadeau, VUlemoDtry et de Sy (Ardennes); Ge futenr sa faveur 
que la terre de Sy fut érigée en inar<tui8at , sops.le nopi de^/4 FwiuUile» Au 
mois de mars i588 , il s'approcha de SedaQ, potir obtenir la iieateuanee géoé- 
rale de cette ville avec celle de Jamets., Il avait mis lespriaclpAiix Sedaooi» 
dans ses intérétSé Mais à l'ouverture de ses propositions , le$ articles en pa- 
rurent si révoltans , que s'il fût entré à Sedan , sa vie eût été en danger, et 
que ses partisans craignirent pour eux-mêmes dans une sédition qui éclata à 
ce sujet. L'année suivsinte , il envoya un corps de troupes à la Gbartreuse du. 
Mont-Dieu, dont les religifeux eurent beaucoup à «oulFrir. 



GRA . 487 

dé M<!ziéres, en i633*, mais Ses .tantes , Marie-Louise et 
Anne, prétendirent que le duchë de Mayeniie et les ai^tres. 
biens de leur père et de leur frère leur appartenaient par 
clroit d'aubaine, à'rexclusion de leur neveu. Un Arrêt leur 
accorda la provision dont elles jouirent jusqu^en 1 645. Cette 
année , lé roi ayant évoqué ce différend à son conseil , 
adjugea tous ces biens à Gbàrles U, moyennant la somme- 
de quinze cent mille livres pour Marie-Louise y et douze 
cent mille pour Anne (i). Le duc voulant quitter là France 
pour se retira dans sçs duchés de Mantoue et de Mont- 
ferrat, vendit tous ses domaines de France au cardinal 
Mazarin, par contrat du 11 juillet i665. Le i4 août i665 
&t le terme de sa vie.' 

GRANDPRE {César DE). La connaissance des généalo- 
gies et des.armoiries fit sa principale étude. Si Ion rassemble 
les particularités qui ont rapport à sa vie et à sa famille , on 
voit qu'il était né à Grandpré , dans le xvii® siècle , de Ma- 
rie Gravoîse et de Pierre de Grandpré , l'un des descendans 
des comtes de ce nom*, et qu'il eut de Marguerite de Loré, 
sa première femme, Marguerite de Grandpré, mariée à 
Pierre de Guilevert, sieur du Verger. La seule trace qui 
reste de sa plume est : 

Le César^Armoricd , au Recueil des armes ^et des blasons de 
toutes les illustres^ principales et nobles maisons de France; 
oîi les gentilshommes tromperont promptement leurs noms et 
leurs armes ^ curieusement reclierçhés et mis en ordre alpha-- 
bétifjm; par C />. G. P. Pans, V®- Petit-Pas, i645, în-8<*, 
p. 60*2; à.j ih.^ 164^9 ^^"4**? P* 207*, it,j Paris, Guillemot, 



(i) Od a publié sur ce procès : Sommaire de la défense des princesses MariC' 
Louise et Anne, contre Charles II de Mantoue (par M. de Montfaolon , arocat au 
parlement). Pari^, 164 1) in -fol., p. 5 1, et le factum àf. ce duc contre ces prin- 
cesses , - 1644 9 iQ'foI. 



488 GRA 

■ 1649 ' îï^^S", p. 44^5 *•> Paris , Henri le Graa, ï65o , in-8% 
p. 448) '^«j ihid.j 1654, in-8". 

On remarque à la fin de rin-S"", 1 "'' édition, les armoiries 
de rauteur, surmontées de cette devise. : Animas imperat f 
et à la tête des deux éditions de i645 , une figure in-4°9 g^^'' 
vée par Masne , représentant César armé d'un bouclier por- 
tant cette inscription : Apponet stemmata virtus. On lit au 
bas de cette gravure ^ Sed quid contra sonantem œgida pos-- 
sent mentes? Du reste, Fauteur s'arrête à l'art. Grànbpré, 
4e mianière à faire aisément juger qu'il y prenait une part 
singulière. Fontette dit que le portrait de César de Grand- 
pré a été gravé in-8° par Rousselet -, il ajoute qu'un anonyme 
a également gravé, dans le même format, cekd de Louis de 
Grandpré, maître en fait d'armes, qui était peut-être le 
compatriote de notre armoriste. 

Le Long , Hist. de Laon ^ p. 4^^ \ ^ Chenaye-Desbois ^ 
Dict. de la Nob.^ t. VII, p. 4o5; Fontette,. -ffJ?. Hist.:, 
t. III, p. 685 -, t. IV, p. 2o5 de V Appendice. 

GRANDPRE (/ea/^DE), surnommé de Grandpré ^ lieu 
de sa naissance, embrassa, jeune encore, l'état religieux, 
dans l'ordre des chanoines réguliers du Val-des-Ecoliërs , 
et parvint, par son mérite et ses vertus, à la place d'aumd^ 
nier de FraQce (i). Il vaquait à cet emploi sous Philippe- 
le-^el en i3i49 et fut alors nommé l'un des exécuteurs de 
ses testament et codicile. Il était encore revêtu de cette 
dignité sous le roi Louis Hutinj la même année et la sui- 
vante , et l'eçut à cette époque une somme de 45 livres , par 
lettres données à Saint-Ouen près de Paris , le dinianche , fête 
de la Nativité de la Vierge, i3i4* (P- Simplicien, Hist, de 

la maison royale de France j t. VIII, p. 2a5.) 

■ * 

(1) Le cardinal de Meudon, mort en iSSg, est le premier qui se soit' dif 
grand aumônier de France , ses prédécesseurs n'ayant pris que la qualilé de 
grands aumôniers du roi , d'aumôniers du roi , d'aïunôniei» de France. 



GRI 489 

GRIVE (/ean DE LA), g<5ographe ordinaire de la ville 
de Paris , de la société royale de Loadre» ,: que les biographes 
font naître à Sedan, en. 1689, "^^Ç^* le jour à Donchery, le 
17 nov. 1687, de Dominique la Grive, ingénieur; et de 
Marie Angélique Golligny. Il manifesta de Lonne heure du. 
goût pour les mathématiques. Après avoir parcotiru le cercle 
ordinaire des études au collège de Sedan , où il obtint toutes 
ces petites distinctions qui sont si flatteuses pour la jeunesse, 
sans, être toujours les avant - couleurs de succis plus du- 
rables , il entra chez les Lazaristes , à Paris. 

A peine avait-il été pronku au sacerdoce, que ses supé- 
rieurs l'envoyèrent à Cracovie, en 1713^ pour y professer 
la théolc^ie. Son séjour en Pologne ne fut pas long. Il était 
de retour à Paris Tannée suivante. Peu de temps après , les 
assujettissemens prescrits par les statuts de sa congrégation* 
ne lui permettant pas de suivre son penchant, il en sortit ' 
pour s'y livrer sans réserve. 

Le dessin, la gravure , Farpentage , la trigonométrie, etc., 
et toutes les autres parties des sciences employées par la géo- 
métrie lui devinrent bientôt d^un usage famiUer; et il ne 
tarda pas à donner des preuves de ses talens, dont il consa- 
cra les prémices à la gloire de la ville de Paris. 

Il fut employé , conjointement avec Cassini , à déterminer 
la méridienne de l'Observatoire. Son zèle infatigable lui per- 
mit d'entreprendre, en 1749? un plan détaillé de Paris, 
au inoyen duquel on devait avoir toutes les dimensions de 
cette .capitale. Déjà il avait publié, en 1754? le quartier de 
la cité , ou l'île du palais ; mais la mort interrompit l'exécu- 
tion de ce projet. Il passade cette vie à l'autre le 18 avril.i757y 
laissant les matériaux du reste de l'ouvrage. Hugnin, son 
élève, a fini et puUié quelques feuillet (0 ^^ ^^^^^ vaste et 



(1) Plan déîaiHé du quartier de Sainte-Geneviève, 1757, in-fol. {Joum, de» 
Savans, jan. 1758, p. 61.) Iles Saint-Louis et Louvi^rs^, in-fol. 



490 GRI 

intëressante topogxwphie j dont ren^emble aurait bien au- 
tant mérite Tattention des philosoplies que la curiosité des 
géomètres. On trouve son éloge dans le Journal de Tré^ 
voux^ jan. 1^58^ pag. i58.' La liste de. ses ouvmges suffit 
pour donner une idée de ses études et de ses succès. 

I. Manuel de Trigonoméùie^Pratù/ue. Paris, Guâin et 
Ddlatoiir, 17649 in^% ûg.y p. a3o; le.^ Paris , G)urcier9 
iSoS, iu-8% revu et augmenté d'une Table de Logar 
rithmes. 

« Ce Tolmne, qui n'est pas fert^ndu» comprend néan- 
» moins une multitude de choses très^utiles : i^ toutes les 
» déânitions i^latives k la Géométrie et à la Trigonométrie-, 
» 2® un Abrégé des Proportions, avec Texplication des Loga- 
» rithmes et de leur construction *, 3^ des Elémens de Gëo- 
» métrie suffisans pour la pratique*, 4^ une Trigonométrie 
» comprenant le calcul des sinus et les propositions qui 
» concernent les Triangles^ 5^ les Hègks pincipales du 
)> Nivellement*, 6"" une Notiee abrégée sur la figure et la 
» grandeur de la Terre ^ j"" des Problèmes' qui sont TappU- 
D cation des principes établis dans ce livre -, 8^ une Méthode 
» pour rapporter une suite de triangles à u^e méridienne, 
» et à une autre ligne qui lui soit perpendiculaire*, g** des 
» Tables au nombre de tv, où Ton trouve le résultat de tous 
» les calculs qu'on serait obligé de faire dans tous les cas 
» possibles. Apfès ces Tables , Tauteur revient enc(M« à la 
» figure de la terre. U indique lespreuves de Tapplatissement 
» du globe vers les pôles*, la première tirée delà pesanteur 
» des corps,' plus faible à Féquatéur, et plus fi>rte à mesute* 
>> qu'on approche des pôles*, la seconde tirée des opérations 
» faites au Pérou , au cercle polaire et en France , pour ob- 
)) tenir la mesure des degrés du méridien. L'abbé de la 
» Grive croit que l'excès du diamètre sur Taxe est dans le 
» rapport de 187^ à 186*, mais, comme il y a diverses hy- 



GRI 491 

» pothèses pour ]ugpT de cet excès , Fâobecir dontiedes Tables 
» relatives à chacune de ces hypothèses. Tel est sommai):^e- 
» ment tout le fonds de cet ouvrage, ^uW trouvera très- 
» clair, très-didactique et très-propre à former des é)èvers. » 
(Mém. de TM^ûur^ àéc* i7S4> p- 3oa8.) Ou rend -ëgale- 
ment un compte avantageux de cette pioduction dans le 
JoUm. de Verdun, noV. 1764 9 p< 3^8. 

n. 'Nott9f0au Plan de Paris. Paris y ij^j gr* ia^fol. fion 
pour lé fond 9 mais mal gravé. De la Grive fit justice de la 
maladresse de Tartiste en brisamt la planche ; et depuis il 
grava lui-même presque tOtt6 ses ouvrages. Fohtetle (BB. 
Hist., t. ly p. 98), lui attribue trms auti^es plans de Paris ^ 
dont deux în«>fol., j^SS et 1744^ ^^ ^^ «oïre petit, très- 
• joliment gravé, demi-feuille. , 

III. Carie topograpJtù/ue des environs de Paris. Paris, 
17^1 , 9 feuilles înrfbl. (Jbid., p. 97.) 

IV. Cours de la Seine et des rivières et ruisseaux com- 
mfirçans qui y affluent y lev^é sur les lieux j par ordre de Tur- 
got, prévôt des marchands. Paris, 1782 à 1737^.90 cartes 
in<*fol. , sans compter divers plans au dos. 

y. Dèseription du €&urs de la Seine et des rivières et rais- 
seaux y affluons, dont les (90) cartes ont été levées sur les 
U&ix. Paris, 1736, petit in-fol. (Ibid.jp. 62 et 63.) 

Cet ouvrage long etpënible fiit e^cuté sans adjoints ^ de 
la Grive lentreprit seul en 1732, et le termina en 1787 : les 
détails qu il comprend n^ont point été rendus publics. Il y 
en avait une belle copie à la bâ)liothéque de la ville , et 
Toriginal était au greffe. 

VL PlM^ des foniames dé la viBe et des faubourgs de 
Paris ; différentes conduites des eaux de source et de rivière; 
les chdteaiiXHÏeaUj ks regards et réservoirs^ a\fec les noms 
des fontaines et des rues où passent les tuyaux de distribu-- 
tion ; oîi Von a Joint les puits entretenus en différens quar- 
tiers pour la commodité et les besoins du ptélic; levé par 



49^ GUI 

de la Griv^e ^ pour servir au t. IV du Traité de la Police , 
par de la Mare. Paris,* 1737, in-fol. (Fontette, t.IV, p. 235.) 

VII. Plan de Saint-Cloud et des environs. Paris , I744> 
in-fol. (Ibid.j 1. 1, p. i^oi.) 

VIII. Plan de Versailles j du petit parc et de ses dépen- 
dances^ où sont marqués les emplacemens de chaque maison 
de cette i^ille^ les plans du château et des hôtels j les distri- 
butions des jardins et bosquets ^ et les détails des statues. Pa- 
ris? '74^> in-fol. (Ibid.j t» I, p. 10a.) ' 

IX. Les Jardins de JMar(^., Paris, in-fol. 

X. Carte des. jurisdictions ressortissantes en la Cour des 
Aides de Paris ^ EtectionSj Greniers à Selj Juges des Traites 
foraines des dépôts des'' sels et de la marque des fers ^ et Pré- 
uôtés du Clermontois, Gr. in-fol. —De Paris, comme centre^ 
on a décrit plusieurs cercles concentriques, de vingt en 
vingt mille toises, pour avoir au juste, et du premier coup 
d'œil les distances. (Ibid.^ 1. 1 , p. 5 1 .) 

XL Carte de la Censive de V abbaye de Sainte-Gene^ 
viè\fe/uïrî(iA.. (Ibid.j t. IV, p. 235.) 

XII . Le Terrier du domaine du Roi aux environs de Paris* 

XIII. Plan de la ville de BeauvaiSj levé par de la Grive ^ 
et gravé par Riolletj vers 1750, in-4'*' (Ibid.j t. IV, p. 233.} 

Toutes ces pièces sont faites avec soin , et elles assurent à 
leur auteur un rang distingué parmi les topographes du 
xvin® siècle. 

GUILLAUME (^de Saint- Thier ri) j figure honorable- 
ment parmi les savans de son siècle. Profès de Saint-Nicaise, 
de Reims , il fut élu abbé de Saint-Thierri , en 1 1 19. Il ab- 
diqua en 1 1 33, et embrassa l'institut de Giteaux à l'abbaye 
de Signy, près de Mézières, où il composa ses ouvrages. Lié 
étroitement avec Saint-Bernard , Guillaume sonna lalàmie 
contre les nouveautés d' Abailard , et le mit aux prises avec 
Tabbé de Glairvaux. Né à Liège, mort à Signy .vers i i5o. 



GUY 493 

Parmi ses nombreux écrits , rapportés dans le t. XII de 
VffisL littér. de la France j on remarque une lettre latine 
sur la vie solitaire , adressée aux Chartreux du Mont-Dieu 
(Ardennes). Elle est insérée dans le t. IV, p. i à 21 de la 
Bibliothèque cistercienne de dom Tissier, Ardennais , et 
dans toutes les éditions de Saint-Bernard, et a été traduite 
en français par Lami (Antoine le Maître) . Paris ^ Vitré , 
i65i, in- 12; it,y Paris^ le Petit, i656, in- 12. Il y en 
avait une autre traduction parmi les MSS. du Mont-Dieu. 

Guillaume écrivit cette épître vers 1 135 , époque où Ton 
bâtissait cette chartreuse» Il y congratule le prieur et les 
religieux de ce désert, d'avou' renouvelé la ferveur des an- 
ciens solitaires d'Egypte , et de s'être montrés dignes , par 
leur simplicité , que Dieu leur manifestât des vérités in- 
connues ai^^ionde. Avant Mabillon les critiques attribuaient 
cette lettre , tantôt à saint Bernard , tantôt à Guignes , V* 
Prieur de la grande Chartreuse ; mais ce savant l'a assurée à 
Guillaume par des preuves incontestables. Tel est le senti- 
ment des Bénédictins, auteurs de VHist. littér. de la Fr.^ 
malgré les raisons apportées par dom Rémi Ceillier, t. XXIII, 
p. 39 de son Hist. des auteurs ecclésiastiques, 

GUY DE CHATEAU-PORCIEN , né dans cette viUe, 
au commencement du xiii' siècle, était fils de Raoul, comte 
de Porcien et d'Agnès de Bazoche , de FiUustre maison de 
Xjhatillon-sur-Mame. lEbi doyen de la cathédrale de Laon, 
en 1 233 , il abdiqua peu de temps après, et devint évéque de 
Soissons en 1245. 

Son nom figure avec éclat dans les fastes de ceux qui arro- 
gèrent de leur sang les champs de la Palestine. Les évéqîies 
qui suivaient les Croisés , joignaient les exercices guerriers 
à ceux de leur état. Accompagné de Hascelin de Grandpré 
et dlvard de Mouzon (1), Guy partit avec saint Louis pour 

(i) Les quatorze Ardennais dont les noms suivent, forent aussi du nombr<: 



494 <5UY 

la Terre^Saiote» où il périt comme tant d^aatres, près, de 
Mansoure. le 5 avril iaSq. L'obituaire de la cathédrale de 
Soisfions en fidt cette mention : 

« Noms apriUs , obiit apud Mansoriam^ cwitcUem 
M JEgjrpti , cum S. Ludovico Rege , captas à Sarrace^ 
» nis, et ab iisdemprofide catholicâ truncatus D, Guido 
w deCastro-Portuensi, Ep{scopus(Lxni)Suessionensis, » 

Le sire de Xoin ville trace ainsi la fin de notre prélat : « H y 
T» avoit nn moult vaillant home en Fost, qui a voit à nom Mon- 
)) seigneur Jaque de Castel, evesque de Soissons. H qui avoit 
» grant desîrrer de aller à Dieu , ne s'en voult pas revenir 
» en la terre dontil'étoit né*, ainçois se haste dVller avec • 
)> Dieu , et féri des ^spçrons et assembla aux Turs tout seul ^ 
» qui à leurs espéesToccistrent et le mistrent enr la compai- 
» gnie Dieu 911 nombre des Martirs. » (Hist de S. Louis ^ 
p. 83, édit. 17.61.) 

Dormay, JFfist. de Soissons, t. H, p. 281; Gai* Ch., 
t. IX, p. 369 et 56^. 

des Croisés : Baudouin du Bourcq ; Baudouin ,^* comte de Grandpré ; Briard , 
cl^âtelain d'Omobt.; Godefroide Mézières; Guillaume de Grandpré; Henri V^ 
ccunte de Grandpré; Jtan IX*, comté de Rethet, et setgoeiir d'Ornant; 
Jean III , comte de Gbînî et seigneur d'Yroîs $ liOuis III , comt^ de GMbî ; 
Louis de Mouzon ; Manassés , -seigneur d'Hierges , chancelier du royaume de 
Jérusalem ; Regi^ault d'Ambly; Robert , prieur de Senuc; Taxiergé, ùatlf 
de Margut. 



FIN DU TOME PREMIER. 



ADDmONS ET CORRECTIONS. 



Pag. 


Ut 


1 


i« 


1 . 


35 


3 


5 


10 


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3i , 


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3/ 


lO 



«▼aot , litez : ayant. 

à Reims , ûjoute» i Adalberen lui. 

Mossomantis, Usez Motomensit. 

Porcier, làeat : Porcien ; et aUteurr ok il te trouve, 

Qoncj y ajoutent : Ce IIS. a été imprimé' à la^ fia de son Traité 
des rioliet, 

en iySi , lisez : le ai juin 1763. 

i8aa,/^e2; : i8a3. 

Ajoutez â la fin de tort. l'Aiobhtiii : Une des principales 
actions de justice fiiites contre' leS' fimmciers 9 durant le 
ministère de Snlly, tùt l'emprisonnement et le procès du 
famenz' partisan l'Argentier, seigneur du Gbesnois. Les 
Mémoires sur l'histoire de France, après aToir 'rapporté 
(t. tl, pag. a7i), ses malyersations et ses disripations, y 
joiffneat ce trait : c An dernier yoyage du roi à Fontaine- 
» bieau , l'Argentier étant Tenu prendre congé de S. M. 
» lui dit que bientôt U s'y acheminerait, pour lui baiser les 
» mains et recevoir ses commandemens , et ajouta : ce 
» yoyage me coûtera dix mille écus. — Tentre-saint-gris 1 
» répondit le roi, c'est trop pour un Tovage de Paris à 
» Fontainebleau. — Oui , sire , répliqua 1 Argentier ; mais 
» j'ai autre chose à faire , sous le bon plaisir de Y. M., 
» qui est de prendre le modèle des frontispices de votre 
» maison, pour en accommoder une des miennes, que 
» j'ai en Champagne ; à quoi le roi se prenant à rire, n'y 
» répondit rien pour lors ; mais quand on lui porta la non- 
> velle de sa prison au Ghâtelet ; comment , dit-il , veut-il 
» prendre le modèle du frontispice du Ghâtelet f» {Jiièm» 
deSulfy, t. VII, p. 74, édit. 1778.) 

37 16 et 17 173a , lisez : 1737. Soixante-deux ans , lisez : cinqnante-cinq. 

38 4 1794, /«««: 179a» 

id, 2y Lavaldien, lisez : Laval dien (i). 

47 3i Vehy, lisez : VeUy. 

48 37 ' Marche , Usez : Marck. 

49 a7 Gérard Jausse , lisez : Gérard de Jausse. 

71 16 poétiques, ajoutez : (Siècles de ia littérature,), 
109 10' Oilof » Usez : Dilo. 
111 a a soit , lisez : était parfois. 
ao8 ' a 1750, /Û02 .'1770, in-fol., a* édition, 
aao i4 autre, lisez : autres. 
a37 3i Col vénère, lisez : Gouverner. 
346 4 i5o5, liset : 1695. 

a55 a5 ce sixain , ajoutez : et ce quatrain, i 
260 il Saint Pierre. Ajoutez : Benoît XIV goûta tellement cette 

hymne , qu'il en témoigna sa satisfaction à Goffin , par un 

bref. 
374 i4 lyiSy lisez : ijij. 

(i) Célèbre abbaye delà commune obsenrance, et non de la réforme de Tordre de Pré- 
montré , comme il est dit dans la Nomenclature des communes du D. des Ardtnnes. 



1 



I 



496 



370 

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289 




3o4 


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3i6 


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343 


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365 


35 


36; 


9 


392 


6 


39« 


3i 


M 


34 



. ADDITIONS ET CORRECTIONS. 

• 

vingt ans » tuez : vingt-deux aps. 

17 septembre, tuez : a^septeiûbre. 

Barthélémy. Ajoutez : il. 

(Paris y y7^» in':i^)j{iotitez : et «dans le t. III, p. 320 des 

* tièm. iittèr, de Favart ; 4" Go8so!\b fit en novembre 1790 un 
«lOMu'n sur la réunion de trois octogénaires. Il est imprimé 
p. LVXX111 de la Noiice tur la vie de Fapfurt, insérée d'ordi- 
naire à la fin du i*>^ volume des Mémoiret de cet acteur. 

de ses productions , litez : de^ siennes. 

le 5 mai 1587, lieez : en mai 1567. 

française. JfoUtez: Il est mort le 10 février' 1832 , à Revel, 
capitale de l'Estonie. 

livre élémentaire , Usez : livres élémentaires. 

nachichten 9 Osez : nachrichten. 

en 1733, litez : le 29 nov. 1743. 

vers 1812 , litez : le 20 octobre 181 5. 

il y prêcha , litez : il prÊcha. 

L'hidrcgéomanie, litez : L'hidrogéomancie. 

Letdegarii, lisez : Leodegarii. * 

Avant let mott son article , litez : ( 1 ) Foy» 



1 3' 1922