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Full text of "Biographies d'artistes anversois"

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UlTGAVEN DER AnTVVERPSCHE BiBLIOPHILEN, N"" 8. 




BIOGRAPHIES 

D'ARTISTES ANVERSOIS 



PAR 



Th. van LERIUS, avocat 



PUBLIÉES PAR P. GÉNARD. 







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p. KOCKX, Boekhandclaar der Maatschappij, 
Onde Koornmarkt, 28. 

1880. 




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MAATSCHAPPIJ 



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ANTWERPSGHE BIBLIOPHILEN. 



UITGAVE Nr 8. 



N'- 



Exemplaar van den heer 



De V'oorzitter, 




/ -^ De Sekretaris, 




Antwerpen. — Druk. J.-E. Buschmann, Rijnpoortvest. 



BIOGRAPHIES 

D'ARTISTES ANVERSOIS 



PAR 



Th. van LERIUS, avocat 



PUBLIÉES PAR P. GENARD. 



— I. 




p. KOCKX, Boekhandelaar der Maatschappij, 
Onde Koornmarkt, 2S. 

1880. 



i 1973 



N 



V 



PRÉFACE. 




ans un travail spécial (i), nous avons retracé 
'la belle carrière de notre savant ami feu 
M. l'avocat Théodore-François-Xavier van Lerius, 
archéologue distingué, né à Anvers le 31 mars 1819 et 
mort dans cette ville le 21 avril 1880. 

M. l'avocat van Lerius s'est fait un beau nom par 
ses recherches historiques et surtout par celles qui con- 
cernent l'histoire de l'école artistique d'Anvers. A3'ant 
été à même de constater combien la mémoire de nos 
grands peintres avait souffert des fausses allégations 
d'auteurs tels que Campo Weyerman (2), Houbraken et 
cent autres, il s'était imposé la tâche grandiose et natio- 
nale de refaire leur biographie. A cet effet il avait formé 
une collection immense de renseignements puisés aux 



(i) Levensschets van den advocaat Theodoor van Lerius, vooriitter 
der provinciale commissic van Graf- en Gedenhchriften te tAntzverpen, 
door P. Génard, secretaris derieîfde commissie. ^nticerpen, 18S0. 
75 blz. in-80. 

(2) Voyez entre autres p. 261 du présent ouvrage. 



VI 

meilleures sources, et, les preuves en main, il voulait 
rendre justice à nos maîtres célèbres. 

On connaît ses biographies publiées depuis trente ans 
dans une foule de revues et surtout les belles notices qui 
ornent le Catalogue du musée d'Anvers. 

M. VAN Lerius voulait plus : il nourrissait l'espoir 
de faire un ouvrage complet sur les artistes anversois. 
Voici ce qu'il écrivit en 1869 à notre ami commun, 
M. Adolphe SiRET, directeur du Journal des Beaux-Arts : 

« Nous espérons, » disait-il, à propos d'une notice 
sur un tableau de Craesbeeck (i),« parler plus amplement 
ailleurs de cette œuvre d'art, car ces quelques pages ont 
été écrites par suite d'une circonstance particulière et 
pour prouver au public que nous ne sommes pas resté 
oisif depuis la publication du Supplément au Catalogue du 
musée d'tAnvers, en 1863. Nous avons, au contraire, 
réuni, depuis cette époque, plusieurs volumes d'extraits 
d'actes de baptêmes, de mariages et d'enterrements de 
nos anciens artistes peintres, graveurs et statuaires, outre 
un nombre considérable de documents authentiques qui 
se rapportent à ces maîtres vénérés. Nous nous propo- 
sons d'utiliser une partie de ces découvertes, lors de la 
révision du Catalogue du musée d'^Anvers. Après que nous 
aurons complété les autres, nous comptons en faire 
l'objet d'une publication spéciale qui comprendra un 
grand nombre d'artistes fort bien représentés partout ail- 

(i) Journal des Beaux-Arts 1869, p. 51. 



VII 



leurs que dans leur ville natale, ou dans celle de leur rési- 
dence préférée, lorsqu'ils avaient vu le jour en d'autres 
lieux que dans l'ancienne capitale du Saint Empire Romain. 
Nous aimerions bien faire entrer l'école d'Anvers en son 
entier dans notre plan, mais le nombre de maîtres dis- 
tingués dans tous les genres qu'elle a produits est telle- 
ment considérable, que nous nous rendrions coupable 
d'imprudence à nos yeux, si nous voulions les com- 
prendre tous dans nos recherches. Nous courrions grand 
risque de ne jamais pouvoir mettre en œuvre les maté- 
riaux considérables que nous avons déjà réunis. Rien 
n'empêchera d'ailleurs, lorsque ces pièces seront classées 
et rédigées en forme de biographies, d'aborder de nou- 
velles séries. » 

Le temps a manqué à M. van Lerius pour terminer 
son entreprise; ce qui en reste est cependant assez pour 
faire l'objet d'une publication importante. 

Nous avons demandé et gracieusement obtenu de 
M""^ yaii Lerius-Moons l'autorisation de publier l'œuvre 
posthume de son mari. Qu'elle veuille agréer l'expres- 
sion de notre gratitude, pour l'occasion qu'elle nous a 
fournie de rendre un nouvel hommage à la mémoire 
d'un homme qui fut notre ami et notre collègue pendant 
une période de plus de trente ans. 

En éditant ce travail, nous exprimons nos remer- 
cîments à nos amis MM. Max Rooses, conservateur du 
musée Plantin-Moretus, et Jos. Meulemans, attaché aux 
archives d'Anvers, du bienveillant concours qu'ils ont 



VIII 

bien voulu nous prêter dans la correction des épreuves. 
Un mot encore : conformément aux statuts de la 
Société des bibliophiles amer sois, l'ouvrage de M. van 
Lerius a été reproduit avec la plus rigoureuse fidélité ; 
la Société, tout en laissant aux auteurs l'entière res- 
ponsabilité de leurs opinions, est d'avis qu'il faut per- 
mettre à celles-ci de se produire avec la plus grande 
liberté. 

P. GÉNARD. 




Henri ABBÉ 

(en flamand Hendrik ABBÉ). 

(1639-17. .) 

[es auteurs qui se sont occupés jusqu'ici de 
jHenri Abbé, ne nous ont guère transmis de 
^détails relativement à cet artiste. J.-R. Fuessli, 
un des premiers qui en aient parlé, se borne à dire qu'il 
gravait sur cuivre à Anvers, vers 1670, et que Christ a 
publié sa signature. Elle se compose des lettres H. A. 
réunies et fut reproduite en 181 6, par Michel Bryan. 

Nous nous sommes efforcé de combler, autant que 
possible, les lacunes de la biographie de ce maître et 
nous livrons au public le résultat de nos investigations. 
Le 9 décembre 1634, fut célébré dans l'église de 
S' Jacques, à Anvers, le mariage de Claude, ou, comme 
on disait alors, Claude Abbé, avec Elisabeth van Noorde, 
dont le nom est écrit fautivement van Horne. L'acte, 
qui en fut dressé, constate que les époux étaient étran- 
gers à la ville, le mari y est qualifié de Dolais (Dolamis), 
la femme de Louvaniste. Le sacrement leur fut conféré 
avec dispense de tous les bans et en \ertu d'une com- 
mission spéciale du vicaire-général de l'évêché vacant, 
le célèbre Aubert le Mire [Aubertus Mineus). Le motif 
de l'octroi de ces faveurs, nous est révélé par le registre 
des baptêmes de S^ Jacques, qui nous apprend que le 
8 décembre 1634, c'cst-à-dirc la veille même de leur 

I 



mariage, Claude Abbé et Elisabeth van NoorJe firent 
tenir sur les fonts leur enfant François. Il eut pour 
parrain Ignace van Caukercken, fils du relieur Lambert 
van Caukercken et de Gasparine Verreycken, qui fut 
reçu en qualité de relieur et de fils de maître, dans la 
gilde de S' Luc à Anvers, en 1648-1649. La marraine 
était Gertrude van Noorde, qui se fit représenter par 
Elisabeth Cuypers. 

Le second fils de Claude Abbé et d'Elisabeth van 
Noorde fut baptisé dans la cathédrale, quartier sud, le 
27 mai 1636. Il reçut le nom de Joseph et épousa en 
ou vers 1656, Anne-Marie van Geelbergen. Il en eut 
neuf enfants de 1657 à 1674, mais comme nous n'avons 
pas découvert qu'ils intéressent l'histoire de l'art, nous 
les passons sous silence. 

Les deux derniers rejetons du mariage de Claude 
Abbé reçurent le baptême dans la même église. Henri, 
notre artiste, le 28 février 1639; il eut pour parrain 
Henri van Leemput, pour marraine Catherine Coenraerts, 
personnes qui nous sont entièrement inconnues. Marie, 
la sœur de Henri, le i" août 1643. 

Claude Abbé se fit recevoir en 1644-1645, dans la 
gilde de S' Luc, en qualité de marchand d'objets d'art 
(Jmndelacr) ; le compte de la corporation lui donne par 
erreur le nom de Claude Labe (Glauden Labc). Le paie- 
ment de sa dette mortuaire est renseigné dans le compte 
de la gilde du 18 septembre 1652 au 17 septembre 
1653 ; il est décédé par conséquent à cette époque. 

Henri, son fils, fut reçu le 16 novembre 1659 membre 
de la sodalité des célibataires, érigée chez les jésuites 
d'Anvers. 

La première trace que nous rencontrions du labeur 



artistique de celui-ci est le dessin du portrait du peintre 
Pierre van Bredael, qui fut gravé sur cuivre par Conrard 
Lauwers (i) pour le Giilden cabinet de Corneille de Bic. 
On sait que cet ouvrage parut à Anvers, en 1662. Cette 
effigie, comme M. Adolphe Siret l'a fait observer avec 
raison, est exécutée dans le grand style d'Antoine van 
Dyck. Nous ajouterons qu'elle le fut sans doute en 1661 
et que c'était un brillant début pour un jeune homme 
de vingt-deux ans. ^Elle a été une deuxième fois gravée 
sur cuivre par Conrard Waumans, petit in-folio. 

Le nom de Henri Abbé est inconnu dans le Lîggcre 
et les comptes de la gilde de S* Luc, à Anvers. Cet 
artiste a-t-il cultivé la peinture, comme le suppose l'auteur 
cité en dernier lieu ? Une découverte faite par notre 
ami M. Alexandre Pinchart, chef de section aux archives 
générales du royaume de Belgique, à Bruxelles, doit 
faire résoudre affirmativement cette question. Le registre 
des inscriptions des artistes bruxellois mentionne effec- 
tivement au 13 juillet 1676, l'admission du peintre 
Abbé, dont il ne donne pas le prénom. Mais si l'on 
rapproche de ce fait la publication de la traduction des 
Métamorphoses d'Ovide, par Pierre Du Ryer, qui eut lieu 
dans la même ville, l'année suivante et qui parut avec 
des gravures auxquelles Abbé avait travaillé, il nous 
paraît indubitable que c'est bien lui que le registre a 
voulu désigner. 

(i) Conrard et non Conrad Lauwers, fils de Nicolas, graveur de 
mérite, doyen de la gilde de St Luc en 163 5-1636, et de Marie Ver- 
meulen, fut baptisé dans la cathédrale d'Anvers, quartier sud, le 
20 juin 1632. Voyez : P. Génard, Les grandes familles artistiques 
d'Anvers, dans la Revue d'histoire et d'archéologie, Bruxelles 1859, 
tome I, p. 320. Le prénom est erronément écrit Conrad. 



Mais ce qui fait disparaître tous les doutes, c'est que 
M. Pinchart a trouvé dans des pièces de procédure du 
conseil de Brabant, qui reposent aux archives générales 
du r03raume de Belgique, à Bruxelles, qu'en 1671, 
Henri Abbé, peintre et architecte (schilder aide architect), 
fit un modèle pour les chandeliers que le chapitre de 
S^^ Gudule voulait placer sous les statues des apôtres. 
Ces documents nous font connaître une nouvelle qualité 
d'Abbé, celle d'architecte et nous apprennent qu'il exer- 
çait son art dans la capitale des Pays-Bas catholiques, 
avant de s'y être fait recevoir franc-maître. Du reste, ses 
tableaux sont tellement rares qu'un de nos peintres, qui 
fait depuis plus de quarante ans le commerce d'œuvres 
d'art, nous a donné l'assurance qu'il n'en a jamais ren- 
contré un seul. Il est impossible, dans cet état de choses, 
d'affirmer si Abbé a peint plutôt le portrait que tout 
autre genre. 

Il est assez singulier que notre artiste ayant publié 
des gravures à Anvers, en 1670, ainsi que le rapporte 
Kramm, son nom ne figure pas dans le Liggere. Nous 
ignorons le motif de cette omission. Toutefois pour 
qu'on ne nous soupçonne pas d'oubli, nous dirons que 
notre registre d'inscriptions mentionne en 1 673-1 674 
celle d'un Henri, miniaturiste {verlichter') dont il ne 
fait pas connaître le nom patronymique. L'artiste qu'elle 
concerne est quaHfié de franc-maître, tandis que Henri 
Abbé était fils de maître, mais le Liggere n'étant pas 
toujours un modèle d'exactitude, il n'est pas impossible 
qu'il s'agisse de lui dans ce passage. M. le docteur 
Jules Meyer nous a signalé dans une note qu'il nous a 
communiquée, l'existence de dessins attribués à notre 
artiste et datés de 1677. 



I 



Nous n'avons rencontré à Anvers aucune trace de 
mariage, ni d'enfants de Henri Abbé dont la date de 
décès nous est inconnue. Le maître vivait peut-être 
encore en 1702, année dans le courant de laquelle parut 
à Amsterdam, chez P. et J. Blaeu, une nouvelle édition 
de la traduction des Métamorphoses d'Ovide de Pierre 
Du Ryer, ornée de gravures de notre artiste et de Pierre- 
Paul Bouche. (Communication de M. le docteur Jules 
Meyer.) Henri Abbé est mort probablement à Bruxelles. 

Depuis la rédaction de cette biographie, nous avons 
pris connaissance de la traduction française des Mcla- 
mor phases d'Ovide, mentionnée ci-dessus. Les planches 
d'Henri Abbé, qu'elle renferme, sont fort inférieures à 
son portrait de Pierre van Bredael. M. le docteur Meyer 
cite dans V Allgemeines Kïinsiler-Lexicon (I, 12) les 
estampes suivantes gravées d'après les dessins d'Abbé : 
Ulysse tuant les amants de Pénélope, par Frédéric Bouttats 
(le vieux), et une femme qu'on délivre de ses liens, 
par le même. 

Deux monogrammes différents de notre maître sont 
reproduits aux pages 11 et 12 du tome I de l'ouvrage 
cité. 

Sources : Registres des paroisses d'Anvers. — Ph. Rombouts et 
Théod. Van Lerius : Les Liggeren et autres archives historiques de 
la gilde anversoise de Saint Luc, sous la devise : Wt ionsten versaemt, 
II. — J.-R. Fuessli : Allgemeines Kùnstler Lexicon, Zurich iadcclxx.ix. 
— C. Kramni. — Biographie nationale de Belgique, I, etc. 




Gautier ABTS (en flamand Wauter ABTS.) 
(1582? — 1642-1643.) 



uclques auteurs ont supposé que Valère ou 
[Gautier Abts est né à Lierre, petite ville peu 
'éloignée d'Anvers. Les leçons que cet artiste 
donna à Adrien de Bie, qui avait vu le jour dans cette 
partie de la Campine, ont probablement fait naitre cette 
opinion. Quoiqu'il en soit, et encore que nous a3'ons 
recueilli des preuves de l'existence à Lierre d'une famille 
Abts, à la fin du XVP siècle, nous n'en croyons pas 
moins que le peintre dont nous nous occupons dans 
cette biographie est venu au monde à Anvers. Voici 
nos preuves à défaut d'un acte de baptême, que nous 
n'avons pu découvrir et qui trancherait la question. Il 
existait dans l'ancienne capitale du marquisat du S* Em- 
pire romain, où, comme nous le verrons, notre coloriste 
a commencé et achevé ses études artistiques, une famille 
Abts, dont nous avons trouvé dès 1567, des traces dans 
les anciens registres de nos paroisses. Ainsi nous 
avons découvert à la date du 5 décembre de cette année- 
là, l'acte du baptême conféré dans l'église de S' André, 
à Jeanne, fille de Pierre Abts, qui fit présenter à S' 
Georges, le 4 décembre 1569, son enfant Barbe. Une 
autre collation du premier des sacrements, qui eut lieu 
dans cette église, le 12 août de cette même année 1569, 



— 7 — 

nous a fait connaître qu'à cette époque déjà existait à 
Anvers, un VaJère ou Gautier Abts. C'est lui, en effet, 
qui fut parrain ce jour-là de Susanne van Veltbraken, 
fille de Corneille, peintre en bâtiments, qui avait été 
reçu, en 1559-1560, dans la gilde de S' Luc comme fils 
de maître. Nous croyons que cela sufiit à la démonstra- 
tion de notre thèse. 

En quelle année notre artiste est-il né? 

Nous croyons qu'il est venu au monde en ou vers 
1582, et probablement dans la paroisse de S*- Georges, 
où nous avons relevé quatre baptêmes de la famille 
Abts, depuis 1569 jusqu'en 1586, tandis qu'à cette épo- 
que, la cathédrale en avait reçu un seul et que toutes 
les autres paroisses de la ville n'en mentionnent aucun. 
Les registres de baptême de S' Georges des années 1579 
à 1582 font défaut à la collection de l'hôtel de ville. 
On sait qu'à partir du 3 avril de cette dernière année 
jusqu'après la reddition d'Anvers à Alexandre Farnèse, 
duc de Parme, en 1/85, les actes de mariage et de 
baptême de toutes les paroisses ont été transcrits uni- 
quement dans les livres de la cathédrale. Nos re- 
cherches nous ont appris, en outre, que plusieurs en- 
fants ont été baptisés à cette époque, dans la maison 
paternelle, et que la mention de ce fait n'a eu lieu plus 
tard qu''exceptionnellement dans les registres de leurs 
églises respectives. 

Ce qui nous fait croire que Valère ou Gautier Abts 
est né en ou vers 1582, c'est la date de son inscription 
en qualité d'élève du peintre Guillaume de Vos, inscrip- 
tion que le Liggere mentionne en 1593-1594- Abts 
aurait eu onze à douze ans à cette époque, et c'était 
généralement vers cet âge que nos anciens artistes com- 



8 



mcnçaient leur apprentissage. Disons ici en passant que 
son maître Guillaume de Vos était petit-fils de Pierre 
de Vos, le vieux, et fils de Pierre de Vos, le jeune, 
tous deux peintres, et neveux de Martin de Vos, le 
vieux, peintre célèbre ; c'est ce qui résulte d'un acte 
reçu par les échevins d'Anvers, le 5 août 1606. Antoine 
van Dyck a exécuté à l'eau-forte le portrait de Guil- 
laume de Vos, et sa planche fut achevée par Scetsélon 
(Scheltc) de Bolswert. 

Abts fiit reçu firanc-maître en 1604-1605. Aucun 
auteur n'a mentionné jusqu'ici les branches dans les- 
quelles il s'exerça. Nous sommes heureux de pouvoir 
combler cette lacune, grâce à une communication que 
nous a faite, dans le temps, M. Pierre- Antoine VerHnde, 
peintre et restaurateur de tableaux. C'est de lui que 
nous savons que Valère ou Gautier Abts exécutait avec 
talent des conversations et des paysages. 

Cet artiste épousa dans l'église de S^ Georges, le 
10 décembre 1605, CornéHe de Mellelo, en présence de 
Jean de Mellelo et d'un prêtre, neveu de celui-ci (cum 
iiepote sacerdote). Dans l'acte qui en fut dressé, le prénom 
d'Abts est écrit Valerius. Les registres de nos paroisses 
mentionnent quatre enfants issus de son mariage : 
1° Jean-Baptiste, tenu sur les fonts de l'église S' Jacques, 
le 28 juin 1608, par Jean de Mellelo et Antoinette de 
Mellelo. L'acte qualifie le père de signor et la mère de 
mademoiselle (juffroii) ; 2° Marie, baptisée à S' Georges, 
le 21 juillet 16 10; parrain Jérôme Garibaldo, marraine 
Susanne Groenrys. Ce Garibaldo avait épousé, dans 
ladite église le 3 janvier 1609, Françoise de Mellelo et 
fut père du bon peintre Marc-Antoine Garibaldo, d'après 
une découverte de notre ami, M. P. Génard, archiviste 



— 9 — 

de la ville d'Anvers. Quant aux Groenrys, le nom de 
cette flimille d'artistes se rencontre plusieurs fois dans 
les registres d'inscriptions de la Gilde de S' Luc. 

3° Une "seconde Marie, baptisée dans la même église 
le I" février 1620 ; parrain Lancelot Boot; marraine 
Antoinette de Mellelo. Nous ignorons la cause de cette 
lacune de dix ans, entre la naissance du deuxième et du 
troisième enfant d'Abts. 

. 4° Françoise, baptisée dans la cathédrale (quartier 
sud), le 12 février 1624. Cette enfant eut pour parrain 
le célèbre peintre Guillaume de Vos, le maître de son 
père, et pour marraine Françoise de Mellelo, dont nous 
avons parlé ci-dessus. L'acte nous apprend qu'Abts 
demeurait, à cette époque, dans la rue du Jardin des 
arbalétriers (Schiittershofstraet), à l'enseigne de S* Oucnlin. 
Il s'agit ici sans doute de la maison qui avait appartenu 
autrefois à notre vieux Quentin Massys. 

Les archives de la corporation de S* Luc mentionnent 
la réception de huit élèves à l'atelier de Gautier Abts. 
Ce sont: 1° Mathias ou Matthieu Machielsen, inscrit en 
1604- 1605, l'année même de la promotion de Gautier 
à la franc-maîtrise; 2° Léonard Coymans, en 1606-1607 ; 
3° Frédéric van Geldcr ou van den Gelder, le 2 août 
1617, admis comme franc-maître en 1620; 4° Michel 
Giskeir, en 16 17-16 18 ; cet apprenti n'était pas en état 
de payer les deux florins 16 sous de son droit d'inscription, 
Abts se porta sa caution envers la gilde ; 5° Alexandre 
Fourre, en 1622-1623, franc-maître en 1631-1632; 
6° Gilles van Haelbeeck, en 1628- 1629 ; 7° Philippe 
Garibaldo en 1629-1630; 8° Corneille Bocx, en 1634- 
1635. 

Comme on le voit quelques-uns de ses élèves ne sont 



— 10 — 

pas mentionnes comme franc-maîtres et ceux qui reçu- 
rent ce titre sont restés inconnus dans l'histoire de l'art. 
Est-ce à tort; est-ce avec raison? Question insoluble et 
qui le devient de plus en plus, aujourd'hui que des 
spéculateurs en tableaux font disparaître de ceux-ci 
toutes les signatures d'artistes inconnus qu'ils y ren- 
contrent. 

Outre ces apprentis, Abts en eut un qui devint célèbre 
à bon droit. C'est Adrien de Bie, né non en 1594, date 
inscrite sur la gravure de son portrait, exécutée par 
Luc Vorsterman, le jeune, d'après Pierre Meert, mais 
un an plus tôt. Nous avons découvert en effet, dans les 
registres de S' Gommaire, à Lierre, qu'Adrien de Bie, 
qui était fils de Jean et de Marguerite Ceulemans, a été 
baptisé dans cette église le 3 octobre 1593, et nous 
pouvons, donner l'assurance qu'aucun autre enfant de 
ces nom et prénom n'y a été tenu l'année suivante. 

H. de Pooter qui a écrit, dans le Gulden cabinet de 
Corneille de Bie, l'éloge du père de cet auteur, nous 
apprend à la page 232 de cet ouvrage, que Gautier Abts 
fut le premier maître d'Adrien et à la page 230, que 
celui-ci partit, à l'âge de 18 ans, pour Paris, où il alla 
demeurer et continuer ses études auprès de Rodolphe 
Schoof, peintre de Louis XIII. C'est généralement à 
l'âge de dix à douze ans, comme nous l'avons dit, que 
nos anciens maîtres commençaient l'apprentissage de 
leur art. Nous pouvons conclure de cette observation, 
que de Bie se sera présenté à l'atelier de Gautier Abts 
entre 1603-1605 et puisqu'il avait atteint l'âge de 18 
ans, à l'époque de son départ pour Paris, nous croyons, 
ce nous semble avec fondement, qu'il quitta son pre- 
mier maître en 161 1. Il est assez singuUer que ni le 



1 1 



Liggcre, ni les comptes de la gilde de S' Luc ne men- 
tionnent l'inscription d'Adrien de Bie, comme élève. 
Ce n'est pas du reste la seule omission que nous ayons 
rencontrée dans les archives de la célèbre corporation, 
même dans les années qui nous sont parvenues sans 
lacunes. 

Gautier Abts décéda entre le i8 septembre 1642 et le 
18 septembre 1643; c'est à cette époque, en effet, que 
le compte de la gilde S' Luc mentionne le paiement de 
sa dette mortuaire. 

Sources : Registres de baptêmes et de mariages des anciennes 
' paroisses d'Anvers et de Lierre, conservés à l'état civil de ces 
villes. — Pli. Rombouts et Théodore Van Lerius : Les Liggeren et 
mitres archives historiques de la gilde anversoise de S^ Luc sous la de- 
vise : Wt ionsten versaeint, tomes I et II. — Cornelis de Bie : 
Het gulden caUnet van de edele vrij schilder-const. 



??S??l4'^?V^.w4^?Y^?$îi4^?'^??^ 




Alexandre ADRIAENSSEN 

(en flamand Alexander ADRIAENSSEN) 

(1587-1661). 



^=||^5@ans la seconde moitié du xvi^ siècle vivait à 
î Anvers,, un excellent compositeur de musique, 
nommé Emmanuel Adriaenssen. Le titre d'une 
de ses œuvres nous apprend qu'il était né en cette 
ville, dans laquelle furent publiés en 1584, en 1592 et 
en 1600, les recueils de pièces qu'il avait arrangées 
pour le luth, dont il jouait avec la plus grande habileté. 
Feu F.-J. Fétis, directeur du conservatoire royal de 
musique de Bruxelles , a consacré une notice à cet 
artiste, dans la deuxième édition de sa Biographie uni- 
verselle des musiciens et bibliographie générale de la musique, 
ainsi que dans la Biographie nationale. Nous lui avons 
emprunté les renseignements qui précèdent et que nous 
aurions bien désiré compléter par l'indication de la date 
exacte de la naissance d'Emmanuel Adriaenssen ; mais 
les recherches que nous avons faites à cet égard sont 
restées sans résultat. 

Notre musicien contracta mariage^ à une époque qui 
nous est inconnue, et d'après le rit des réformés, avec 
Sibylle Crele ou CreHn, fille de Paul et d'Hélène SchyfeH, 
de Nurembertî, veuve de Michel Ysebout. La leçon 



— 13 — 

Crele a été lue par M. le chevalier Léon de Burburc, 
dans un contrat reçu par les échevins d'Anvers, qui lui a 
appris la filiation de la femme d'Emmanuel Adriaenssen, 
Son acte de mariage passé plus tard, en face de l'église 
catholique, et que nous avons découvert, comme tous 
ceux que nous analysons dans le cours de cette biogra- 
phie, porte Grelin, sans la moindre possibilité de con- 
testation. Ce document combiné avec les baptêmes 
catholiques qui la suivirent , constate que les époux 
s'étaient unis à la protestante et qu'ils se convertirent 
à leur ancienne religion. Ils firent présenter aux fonts 
de l'église S' Jacques, à Anvers, le 17 janvier 1587, 
Alexandre Adriaenssen, leur premier-né. Cet enfant, qui 
devait devenir un peintre célèbie, eut pour parrains le 
capitaine Properce Bacotsy (sic ; Baccocchi ?) de Bo- 
logne, et Jean-Baptiste Lockny, également Bolonais, et 
pour marraines, Marie Steelant et Claire Gabri. L'acte 
de baptême donne au père la qualification de signor, 
qui n'était pas prodiguée à cette époque. 

Un second enfant naquit à Emmanuel Adriaenssen et 
fut tenu sur les fonts de ladite église le 21 avril 1588. 
Il y fut nommé François et présenté par François Bal- 
bani, descendant d'une famille italienne, et par Catherine 
Verhoeven. Son frère Emmanuel reçut le premier des 
sacrements à S' Georges, le 28 août 1589; l'acte de 
baptême indique deux parrains, Jean van der Linden et 
Gérard van Hildernissen, mais il ne fait pas connaître le 
nom de la marraine. 

Le I" septembre de cette même année 1589, Em- 
manuel Adriaenssen et Sibylle Crele ou Grelin se présen- 
tèrent dans leur ancienne église paroissiale de S' Jacques, 
pour y recevoir la bénédiction nuptiale de la main d'un 



— 14 — 

prêtre catholique. L'acte qui en fut dressé nous apprend 
que la cérémonie eut pour témoins Monsieur Conrard, 
dont le nom patron3anique n'est pas indiqué, et Mat- 
thieu Goris. Il nous dit, en outre, que les époux étaient, 
à cette époque, paroissiens de S' Jacques, et qu'ils 
furent réconciliés avec l'église catholique. 

Leur fille Hélène fut baptisée à S' Jacques, le 23 sep- 
tembre 159 1, et eut pour parrains Gabriel de Hase et 
le signor Jacques de Regibus, dont le nom véritable se 
cache probablement sous cette appellation latine, et pour 
marraine Pauline Engels. Hélène Adriaenssen décéda le 
21 janvier 1600 et fut enterrée dans l'église où. elle 
avait reçu le sacrement de la réçrénération. Ses deux 
plus jeunes frères, Vincent et Nicolas, y furent égale- 
ment présentés, le premier, le 14 mars 1595, 
par Mathias Jansen et Adrienne Tulyncx (ToUncq?). 
Le second, le 6 juin 1598, par le signor Nicolas 
Deodoricus (Diercxsens ?) et Ursule Tibanti. On voit 
qu'Emmanuel Adriaenssen, qui était, à cette époque, 
capitaine de la garde bourgeoise, avait de bonnes rela- 
tions avec les familles italiennes établies a Anvers. 
M. Fétis nous avait appris déjà qu'il dédia son Pratiim 
musiciim à Balthasar de Robiano, bourgeois et marchand 
d'Anvers, issu d'une famille ultramontaine. 

Nous avons cru ne pas devoir négliger ces détails, 
quoiqu'ils ne concernent qu'indirectement l'artiste dont 
dont nous allons nous occuper de plus près, parce qu'ils 
font connaître sa famille, qui était des plus honorables. 
Cela résulte suffisamment des noms des répondants 
insérés aux actes de baptême, et des qualifications dont 
ces documents font précéder leurs noms, et que nous 
avons généralement omises. Un autre motif encore nous 



— 15 — 

a porté à les livrer à l'impression. Nous n'ignorons pas, 
en effet, qu'à notre époque, on recueille avidement, 
pour les publier, les lettres et autres écrits d'hommes 
célèbres. Mais nous savons aussi que ces documents, 
lorsqu'ils se rapportent à la vie privée de leurs auteurs, 
sont souvent obscurs pour ceux qui ne sont pas fluni- 
liarisés avec l'entourage de ceux-ci. Malheur alors à 
l'éditeur, lorsqu'il ajoute des notes au texte qu'il a eu 
la chance de découvrir, car il s'expose aux mécomptes 
les plus singuliers; nous en avons vu des exemples 
récents et bien instructifs. 

Nous retournons à l'artiste qui fait l'objet de cette 
biographie. Alexandre Adriaenssen fut inscrit, en 1597- 
1598, dans le Liggere de la gilde de S' Luc, à Anvers, 
comme élève du peintre Artus ou Arnould van Laeck ; 
le nouvel apprenti était âgé, h. cette époque, de dix à 
onze ans. Il fut reçu franc-maître en 1610-1611; le 
document cité le qualifie, à cette occasion, de peintre 
à la détrempe {luaterschilde)-), tandis que le compte de 
la corporation lui donne sa dénomination de peintre, 
sans autre addition. Cette singularité dans les deux 
documents se remarque également lors de l'admission 
de Jacques Jordaens à la franc-maîtrise. Elle n'empêcha 
ni l'un ni l'autre de ces artistes de manier la peinture 
à l'huile, aussi bien qu'à la détrempe, avec l'habileté 
la plus étonnante. Il n'est pas probable qu'Alexandre 
Adriaensen ait passé treize à quatorze ans dans l'atelier 
d' Artus van Laeck; il est permis de supposer qu'une 
fois ses études terminées, il aura entrepris quelque 
voyage. Mais ce qui est certain, c'est que le maître a 
subi, comme la générahté de ses contemporains, l'in- 
fluence de cet incomparable génie qui avait nom Pierre- 



i6 



Paul Rubcns. Ses œuvres le démontrent de la manière 
la plus incontestable. 

Notre artiste ne tarda pas à s'engager dans les liens 
du mariage. Il épousa dans la cathédrale, le 20 février 
161 1, du consentement des vicaires généraux de l'évêché 
vacant, et moyennant la dispense de deux bans, Marie 
Zeeldrayers. Les époux eurent pour témoins Adrien 
Mertens, probablement le peintre de ce nom, et Jean 
van Hove. Nous ne croyons pas nous tromper, en 
affirmant que Marie Zeeldrayers n'était autre que l'enfant 
baptisée dans la cathédrale, le i décembre 15 91, sous 
le nom de Madeleine, fille d'Abraham Zeeldrayers et 
d'Anne van der Manen, dont le nom patronymique n'a 
pas été indiqué dans l'acte : mais il se trouve écrit en 
toutes lettres dans le registre des mariages de l'église 
S^ Georges, au 2 juillet 1577, ^'^^^ *^^ l'union des pa- 
rents de Marie. On sait, en effet, que le nom complet 
de la grande pécheresse convertie est Marie-Madeleine. 
Marie Zeeldrayers avait eu pour répondants Martin 
Cordier et Barbe Byns. Elle accoucha, en 161 5, de son 
premier enfant, qui fut tenu, le i février, sur les fonts 
baptismaux de S' Jacques, par Adrien Mertens, le témoin 
du mariage de notre artiste, et par Elisabeth Tielens. 
Cette marraine lui imposa son prénom. 

Alexandre Adriaenssen continuait d'habiter la 
paroisse de S' Jacques; il fit baptiser dans l'égfise de ce 
nom, le 22 février 16 17, son fils Pierre, qui eut pour 
parrain le célèbre peintre de batailles, Pierre Snayers, et 
pour marraine Catherine Zeeldrayers. Les autres enfants 
y reçurent également le premier des sacrements : Claire, 
le 15 février 1619; parrain. Biaise van Overschie, mar- 
raine, Claire Smidtz. Ce Biaise van Overschie ne forma 



— 17 — 

probablement qu'une personne avec Biaise van Over- 
see, amateur et marchand de tableaux, qui fut reçu 
franc-maître de S' Luc en 1622-1623. Emmanuel, le 
18 novembre 1620; parrain, Vincent Adriaenssen, 
frère d'Alexandre, marraine^ la signora Isabella Brant, 
première femme de Pierre-Paul Rubens. Jacques, le i 
janvier 1623; parrain, Jacques van Sevenhoven, brodeur, 
franc-maître de S' Luc, en 1609- 16 10, i^iarraine, Cathe- 
rine Dekens. L'acte constate que les parents du petit 
Jacques habitaient le Wapper, dans le voisinage duquel 
demeurait alors le chef de l'école flamande. 

Le sixième et dernier enfant d'Alexandre Adriaenssen 
et de Marie Zeeldrayers reçut le nom de Catherine et 
fut tenu sur les fonts, le 18 mars 1625, par Adrien 
Diericx et Catherine Dekens, qui rendit pour la seconde 
fois ce service à la famille de la petite fille. 

Alexandre Adriaenssen ouvrit en 163 2- 163 3 son ate- 
lier à un élève nommé Philippe Milcx. C'est le seul 
apprenti de notre peintre que mentionnent les archives 
de la gilde de S' Luc, qui sont muettes sur l'admission 
à la franchise de Milcx. Son maître se fit recevoir, la 
même année , dans la chambre de rhétorique de la 
Giroflée {yiolieré) dont il se retira dès 163 3-1634. 

Notre artiste ne s'occupait pas seulement de la 
peinture des objets inanimés; il 5^ joignait celle des 
armoiries. C'est ce qui résulte d'une attestation qu'il 
délivra le 20 juin 1656, à la requête de Martin Biel, 
gentilhomme et capitaine réformé au service du roi 
d'Espagne. Alexandre Adriaenssen prend dans cet acte, 
qui fut reçu par le notaire Antoine de Costere, à Anvers, 
la qualité d'artiste-peintre et de peintre d'armoiries 
(constschilder ende luapenschilder). Il y déclare sous le 

2 



— i8 — 

serment prêté en mains de cet officier public, qu'il a 
peint, en 1650, à la demande de feu Othon Biel, 
chevalier de VHabito de Christo, conseiller et maître des 
requêtes au conseil de Brabant, les armoiries qui sont 
loniiuement décrites dans l'acte et qui étaient celles de 
ce magistrat. Adriaenssen les avait exécutées sur une 
grande feuille de parchemin blanc, et lorsqu'il la revit, 
en 1656, il y lut l'octroi de ces armes, délivré à Madrid, 
le 7 août 165 1, par le roi d'Espagne Philippe IV. 

Adriaenssen s'était fait déjà, à une époque antérieure, 
un nom dans la peinture des armoiries. C'est ce que 
prouve l'ordre donné par le magistrat d'Anvers, le 21 
mars 1635, à Jacques Breugel, trésorier et receveur de 
la caisse des consommations, de payer au maître la 
somme de 3 5 florins pour le renouvellement de la pein- 
ture des armes du pays qui ornaient les arcs de triom- 
phe. Ces arcs étaient érigés à l'occasion de l'entrée 
triomphale du cardinal infant Ferdinand, dans notre 
ville (i). 

Notre maître signa cet acte qui fut rédigé en flamand, 
Alexsander Adricansen, fournissant ainsi la preuve qu'il 
s'entendait mieux à la peinture qu'à l'orthographe (2). 
Antoine van Dyck était lié d'amitié avec Alexandre 
Adriaenssen. Il peignit le portrait de notre artiste, que 
reproduisit le burin du graveur anversois Antoine van 
der Does, élève d'un des deux Jean-Baptiste Collaert. La 
figure du maître, qui est tournée en pleine lumière vers 
la droite du spectateur, est fort belle, pensive et em- 



(i) P. Génard. Anhverpsch ArchievenUai. VII, 14. 
(2) Minutes du notaire Antoine de Costcrc, aux archives de la 
ville d'Anvers, année 1656, p. 41 verso. 



— 19 — 

preinte d'une certaine mélancolie. Elle est ornée de 
moustaches et d'une impériale, et au-dessous des cheveux 
légèrement bouclés d'Adriaenssen, on distingue son oreille 
droite savamment dessinée. Il est vêtu d'un justaucorps 
noir, sur lequel est rabattu son col blanc, et drapé dans 
un manteau également noir, d'où se détache sa main 
droite, exécutée comme le savait van Dyck. La gravure 
de cette effigie f;iit le plus grand honneur à van der 
Does. L'inscription : Alexandcr Adriaensscn, florvm, avivm 
et piscivm pictor excdlens Ajitverpice, nous apprend les 
genres dans lesquels se distingua l'artiste. Il convient 
toutefois d'ajouter aux fleurs, aux oiseaux et aux pois- 
sons, qui y sont énumérés, les fruits de nos jardins et 
les objets inanimés en général, tels^ que les vases, les 
verres à vin, etc. Mais, quoique le maître peignît tous 
ces sujets avec une merveilleuse entente du clair-obscur, 
une grande légèreté et transparence, et d'un ton argentin 
et fin, c'est surtout dans la représentation des poissons 
qu'il remporta ses plus beaux succès. Un dessin spirituel 
et correct ne contribue pas médiocrement, du reste, à 
relever l'éclat de son coloris. Aussi ne faut-il pas s'étonner 
que Rubans possédât deux de ses tableaux, l'un repré- 
sentant des oiseaux, l'autre, un panier de fruits. 

Avant de passer à l'analyse de quelques œuvres de 
notre artiste, il nous reste à dire, d'après M. Kramm, 
que notre excellent portraitiste François Denys peignit 
l'effigie d'Adriaenssen, qui fut encore reproduite par le 
burin d'Antoine van der Does. 

Il y a peu d'années, le musée d'Anvers ne possédait 
aucune production de l'homme remarquable qui fait 
l'objet de cette biographie. Cette lacune fut heureusement 
comblée, en 1867, par la société Artihus Patrice, érigée 



20 — 



trois ans auparavant dans l'intention principale d'y faire 
représenter ceux des maîtres de Técole des bords de 
l'Escaut, dont les œuvres y font défaut. Le tableau 
d'Adriaenssen a pour sujet des poissons et des oiseaux 
morts, gardés par un chat qui redoute une alerte. Voici 
la composition de cette œuvre d'art : sur une table sont 
étalés un églefin, un brochet, une carpe, des huîtres, 
des crevrettes, des écrevisses de la Meuse, des ablettes et 
un hareng saur. Un chat brun s'est constitué le gardien 
de ces mets succulents. Les griffes appuyées sur les ablet- 
tes, il paraît se douter d'une surprise et attend, les oreilles 
tendues et d'un œil inquiet et courroucé, une visite 
importune. Derrière cet animal est posé un grand bassin 
surmonté d'un tamis de cuivre, dans lequel se trouve un 
hareng, et qui repose sur une écumoire. Un plant d'ar- 
tichauts se dessine de ce côté sur le fond du tableau. 
Près du bassin, une corbeille à jour remplie de doucette, 
sur laquelle se détachent deux oignonettes. Plus loin, 
un petit panier plein d'oiseaux morts, parmi lesquels on 
distingue une bécasse, un pinson mâle, etc. Fond 
brun. 

Ce tableau bien composé est remarquable par sa belle 
entente du clair-obscur, sa transparence et son ton argen- 
tin. Les fruits et les animaux y sont exécutés avec une 
égale perfection, mais la palme revient toujours aux 
poissons. En offrant ce chef-d'œuvre à la ville d'Anvers, 
pour en enrichir son musée, la société Artibus Patrice a 
eu le bonheur de réunir en un seul cadre tous les genres 
dans lesquels Adriaenssen s'est distingué. 

L'auteur de cette biographie possède aussi un tableau 
et une étude de ce maître. Le premier représente des 
objets inanimés. Sur un tapis bleu est posé un plateau 



d'argent, dans lequel sont étalés deux artichauts, dont 
l'un est découpé : un couteau au manche richement 
orné, qui a servi à cette opération, est placé sur ce pla- 
teau. On remarque plus loin une belle cruche de grès 
avec son couvercle d'étain, un verre délicatement ouvragé 
et rempli aux trois quarts de vin rouge, un second verre 
vide est posé à côté du premier, un vase d'argent finement 
ciselé et dont le pied est orné de deux figurines. Près 
de Là, un rafi'aîchissoir de cuivre jaune, également ciselé, 
et reposant sur des pattes de lion, rempli en partie d'eau, 
et dans lequel plonge un plant d'artichauts. Au pied 
de ce vase, un petit pain blanc. Fond noir. Ce tableau 
très transparent et finement peint, est signé ainsi sur la 
table : Alex. Adriansenf. 164^. 

Notre étude représente une grive et un martin-pêcheur, 
attachés chacun par une patte à une ancre à quatre cro- 
chets. Fond brun nuancé; la lumière est concentrée sur 
la grive. Le maître a été satisfait de cette œuvre exécutée 
sur papier, actuellement marouflé, puisqu'il l'a signée : 
Alex. Adrieanssen fecit. Et il y avait de quoi. 

Ces signatures de l'artiste prouvent que, comme 
plusieurs autres de ses contemporains, il n'était pas très 
sûr de l'orthographe exacte de son nom, qui, du reste, 
n'a jamais été écrit avec Vs final, que quelques auteurs 
y ajoutent. 

Jacques van der Sanden, secrétaire de l'ancienne 
académie royale d'Anvers, n'a guère connu de détails 
relatifs à notre artiste. Il a soupçonné toutefois que la 
date arbitraire de naissance, 1625, indiquée par Jean- 
Baptiste Descamps, devait être avancée de quelques 
années. Il cite, du reste, un tableau de notre peintre, 
représentant du gibier mort, des bouteilles, des verres 



■52 



et d'autres objets inanimés, signé : Alex. Aâriaenssen 
164'], sans en indiquer le propriétaire. 

Corneille de Bie mentionnant Adriaenssen, dans son 
Guldcn cabinet, parmi les artistes qui vivaient de son 
temps, van der Sanden en a conclu qu'il existait encore 
en 1662, date de l'approbation de l'œuvre de l'artiste 
lierrois. Nous verrons plus loin que l'un et l'autre auteur 
se sont trompés. 

Le musée de Berlin possède trois tableaux de notre 
maître, dont un daté de 1647; la collection royale de 
Madrid en a quatre. 

Alexandre Adriaenssen, qui fut un de nos artistes les 
plus féconds, décéda le 30 octobre 1661, dans sa soixante- 
quinzième année. Il fut enterré dans l'église de S' Jacques, 
à Anvers, sous la pierre sépulcrale dé son aïeule mater- 
nelle Hélène Schyfeli, qui recouvrait déjà sa sœur 
Hélène. L'inscription de cette pierre, ornée autrefois 
d'armoiries, actuellement usées, est ainsi conçue : 



D. O. M. 

Hier leet begraven de eerbare 
JovFFR. Helexa Schyfeli van 

NoRENBVRCH STERFT DEN 13 MEERT A.° I595 

Helena Adriaensen dochter van 
Emanuel Adriaensen sterft den 
21 Unwari A.° léoo 

ENDE DEN EERSAMEN AlEXANDER 

Adriaensen sone van Emanuel 

Adriaensen sterft den 

30 ocTOBER A.° 1661 

Bidt voor de sielen (i) 

(i) Traduction : A Dieu très bon, très grand. Ici est enterrée l'ho- 



23 



Corneille de Bie, qui n'a su aucune particularité de la 
vie d'Adriaenssen, s'est sagement contenté de faire 
connaître les genres dans lesquels il s'exerçait, Arnould 
Houbraken ne fliit pas même mention de l'artiste, et 
Campo Weyerman ne dit que quelques mots des sujets 
qu'il affectionnait. Descamps supposa arbitrairement qu'il 
était né en 1625, mais il avoua ne connaître ni le lieu, 
ni l'année de sa mort. Feu notre professeur d'histoire et 
ami, Félix Bogaerts , trouva l'année 1685, indiquée 
dans nous ne savons quel livre, comme celle du décès 
d'Adriaenssen. Il réimprima cette fausse date, qui fut re- 
produite. Après la publication du tome I de son Esquisse 
d'une histoire des mis en Belgique, depuis 1640 jusqu'à 
1840, que lui-même condamnerait aujourd'hui au pilon, 
nous avons vu l'unique Alexandre Adriaenssen devenir 
une double personne, qu'on nomme le vieux et le jeune. 
C'est à ce dernier qu'on applique la date de naissance 
supposée par Descamps, et celle de décès repubUé par 
Bogaerts. Le vieux a été donné comme élève à Artus 
van Lacck; on nous dit qu'il vivait au xvii^ siècle et 
que SCS productions ont poussé au noir. 

Cette critique ne saurait s'appliquer aux tableaux de 
notre maître, qui étant peints avec une extrême transpa- 
rence, peuvent bien avoir subi l'effet des crasses du 
temps, mais ne sauraient avoir noirci, n'ayant pas été 
exécutés sur des toiles, panneaux, etc., chargés de 
mauvaises préparations. 

norable Demoiselle Hélène Schyfeli, de Nuremberg, morte le 13 
mars de l'an 1595. Hélène Adriaensen, fille d'Emmanuel Adriaensen, 
décédée le 21 janvier de l'an 1600. Et l'honorable Alexandre 
Adriaensen fils d'Emmanuel, mort le 30 octobre de l'an 1661. 
Priez pour leurs âmes. 



— 24 — 

Nous croyons inutile de démontrer, après ce qui 
précède, qu'Alexandre Adriaenssen, fils de Jacques, 
baptisé dans l'église de S^ Jacques, à Anvers, le 17 mars 
1576, n'a de commun que ses nom et prénom avec 
l'artiste célèbre à qui est consacrée cette biographie. 



Sources : F.-J. Fétis, ouvrages cités ci-dessus, au mot Adriaensen. — 
Registres des paroisses d'Anvers, conservés à l'état-civil de cette 
ville. — Ph. Rombouts et Théod. van Lerius;Z,a Li^gerenet autres 
archives historiques de la gilde aiiversoise de Saint Luc, sous la devise : 
Wt ionsten versaemt, tome I, pp. 399, 460 et 471. tome II, pp. 41 
et 44. — Inscriptions funéraires et monumentales de la province 
d'Anvers, églises de S^ Jacques, de 5«e IValhurge et de S^ Georges, 
p. 160. — C. Kramm : Aanhangsel, etc. 



4-$-$-$-$-$'v$'^#'^^^$-$^^^^4'4' 



Théodore AENVANCK 

(en flamand Theodoor AENVANCK) 

(1633-1... ?). 



|oici un peintre inconnu à tous les rédacteurs de 
^ ' dictionnaires et de vies d'artistes, et qui n'en 
^^^^^ mérite pas moins d'occuper une bonne place 
parmi nos maîtres du xvii^ siècle. Avant de nous occuper 
de lui spécialement, nous allons faire connaître sa famille. 
François Aenvanck et Anne Brouwers, qui est aussi 
parfois nommée de Brouwer, se marièrent à Anvers, 
dans la cathédrale (quartier nord) le 23 mars 1625. Ils 
eurent pour témoins Théodore Aenvanck (i) et Henri 
BroLuvers ou de Brouwer, sans doute leurs pères. Leur 
union donna le jour aux six enfants suivants, qui furent 
tous tenus sur les fonts baptismaux du même quartier de 
Notre-Dame : 1° Marguerite, le 15 décembre 1625, par 
Théodore Aenvanck et Marguerite Brouwers; 2°Rebecque, 
le 30 mars 1628, par Henri Brouwers, le vieux, et 
Rebecque Essincx ; 3° Jacques, le 9 juin 1630, par 
Jacques Brouwers et Elisabeth de Graci ; 4° Susanne, le 
24 février 1632, par Marcel Librechts et Susanne Cools; 

(i) Le teste dit : Dieric, mot qui signifie parfois Thierry ; mais 
que nous traduisons ici par Théodore, après avoir comparé entre eux; 
tous les actes qui concernent la famille Aenvanck. 



— 26 — 

5° notre Théodore, le 30 novembre 1633, par Théodore 
Aenvanck et Marie Peeters ; 6° Marie, le 3 août 1636, 
par Guillaume Plesant et Marguerite van Eyck. Elle 
épousa le 8 octobre 1667, dans la cathédrale (quartier 
sud), Godefroid Jouret. Ce mariage eut pour témoins 
Théodore Aenvanck, frère de la fiancée, et Nicolas a la 
Barbe. Le nom de ce dernier et celui de Marcel Librechts, 
parrain de Susanne Aenvanck, qui appartenaient tous 
deux à des familles considérées de notre ville, nous font 
croire que les Aenvanck jouissaient de l'estime pubHque (i). 

Théodore, notre artiste, fut inscrit comme apprenti 
peintre, dans la gilde de S' Luc, en 1647- 1648 ; il avait 
alors de 14 à 15 ans. Malheureusement le peintre 
Matthieu Musson, le vieux doyen, à cette époque, a 
négligé de nous apprendre le nom de son maître. Nous 
croyons toutefois probable qui celui-ci ne fut autre que 
le célèbre Jean de Heem. Aenvanck ne fut admis à la 
franchise de la corporation qu'en 1 669-1 670, lorsqu'il 
avait atteint l'âge de 36 à 37 ans. Cela fait supposer, 
à bon droit, qu'il avait fait entretemps un voyage, afin 
de se perfectionner dans son art (2). 

Théodore Aenvanck épousa le 15 mars 1671, dans la 
cathédrale (quartier nord), Marie Michielsens, en pré- 
sence de Jean Biesmans et de Nicolas Michielsens. Les 



(i) Ce Marcel Librechts fut successivement aumônier (1654), 
receveur (1661-1662) et trésorier (1663-1666) d'Anvers. Il avait 
épousé Marie de Scliott, qui mourut le 30 septembre 1662. Il la 
suivit dans la tombe, le 22 mai 1689. Inscriptions funéraires et 
monumentales de la province d'Anvers, Anvers, église cathédrale, p. 261. 

(2) Les Liggeren et autres archives historiques de la gilde de 5* Luc, 
transcrits et annotés par Pu. Rombouts et Th. van Lerius, avocat, 
t. II, pp. 189, 190, 394, 398. 



— 27 — 

tuturs avaient obtenu la dispense de deux bans et du 
temps clos. 

Ils eurent trois enfants : les deux premiers furent 
tenus sur les fonts baptismaux dans le même quartier de 
Notre-Dame, le dernier, à S' André. i° Théodore, le 
23 avril 1672, par Pierre van der Ast, négociant (i), et 
Marguerite Aenvanck, tante de l'enfant ; 2° Abraham, le 
20 avril 1674, par Abraham de Setter, qui reçut en 
1687- 1688, la franc-maîtrise de S' Luc, en quaHté de 
fils de maître et de marchand d'œuvres d'art (2), et 
Anne de Pooter ; 3° Madeleine, le 3 mars 1676, par 
Pierre Auwelier, artiste-peintre (3), et Madeleine Michiel- 
sens. 

Nous ignorons la date du décès de Théodore Aenvanck ; 
les comptes de S* Luc ne mentionnent pas la recette de 
sa dette mortuaire. 

C'est un tableau peint sur toile et appartenant à M. 
van Cutsem-Motyn, vice-président du Tribunal de 
première instance d'Anvers, qui nous a révélé le talent 
de notre maître. En voici la description. Au milieu d'une 
table couverte d'un tapis de couleur verdâtre foncée, est 
posé un plat d'argent chargé de quatre abricots, dont 
trois picotés ; près de là, d'autres abricots, des prunes 
bleues et une grappe de raisins blancs. A droite, un 
melon entamé, un autre melon et des prunes rouges, 
dont une attachée à une branche, un citron découpé et 

(i) Il décéda le 2 novembre 1676 et fut inhumé dans la cathédrale. 
Inscriptions citées, ibid., p. 30S. 

(2) Liggeren cités, t. II, pp. 521, 529. 

(3) Apprenti peintre en 165 8- 165 9, chez Josse Danieel, franc- 
maître en 1669- 1670, la même année que Théodore Aenvanck. 
Liggeren, t. II, pp. 295, 297, 394, 398. 



— 28 — 

une huître ouverte. Plus loin, une corbeille renfermant 
des abricots, des pêches, des raisins rouges et blancs. Les 
pèches se détachent sur une draperie bleue foncée. 

On distingue au-dessus de ces fruits, des feuilles de 
vigne, de lierre et de prunier, à ces dernières adhèrent 
quelques prunes. Des papillons sont posés sur les branches; 
un d'eux voltige entre celles-ci. 

Ce tableau de chevalet qui se distingue par sa trans- 
parence, est peint sur un de ces fonds noirâtres qu'affec- 
tionnaient nos anciens peintres de fleurs et de fruits, pour 
foire mieux ressortir leurs compositions. C'est une 
production de talent dans laquelle on remarque surtout 
la fcicture des raisins blancs, du melon entamé, de 
l'huître et des feuilles, parmi lesquelles en excellent une 
de vigne et une de lierre. 

Cette belle peinture est signée : Thcodoor Aenvanck 
1653. On a lu parfois 1658, mais nous croyons, après 
vérification, que la première date est exacte. L'artiste 
avait 20 ans, à cette époque ! 

Il est heureux que cette toile n'ait pas passé par les 
mains de certains marchands d'objets d'art, car ces 
fripons en auraient indubitablement fait enlever la signa- 
ture, pour la vendre comme l'œuvre de Jean de Heem. 
La description des tableaux du prince Liechtenstein, à 
Vienne, signale en ces termes laconiques, une seconde 
production de notre maître : « Différentes sortes de 
raisins, avec des huîtres à côté. Peint sur toile, haut 14 
pouces, sur 10 de largeur (i) ». 

(i) Description des tableaux et des pièces de sculpture, que renferme la 
galerie de Son Altesse François-Joseph, chef et prince régnant de la maison 
de Liechtenstein, etc., etc. Vienne, 1780, p. 41, n" 98. L'auteur 
anonyme de ce livret a lu Aenvanick au lieu d' Aenvanck. 



— 29 — 

Théodore Aenvanck étant resté inconnu jusqu'à ce 
jour, était un des artistes que M. Philippe Rombouts et 
nous aurions dû éliminer des Liggeren, d'après le conseil 
qui nous en a été donné publiquement (i). Plus nous 
travaillons aux biographies des peintres, plus nous sentons 
l'imprudence impardonnable que nous aurions commise, 
en suivant de semblables errements. 

Nous ne doutons pas qu'Aenvanck ait pratiqué la 
peinture des fleurs ; mais nous ignorons s'il a cultivé 
encore d'autres genres. (2) 

(i) Préface des Liggeren, t. I, p. 11. 

(2) Cette notice est datée du 13 décembre 1872. 



€»€5*€5& €5^ €-2* f->€2^€5^ 



Henri-Joseph ANTONISSEN 

(en flamand Henricus-Josephus ANTONISSEN) 

(1737-1794.) 

îç2^=^?^elchior Antonisscn, né à Anvres, en 1697 et 



h;k 



^Marguerite-Thérèse Mocrcnhout, qui vit le jour, 
;^^vers la même époque i Hemixem, village des 
environs de cette ville, furent les parents de l'artiste 
dont le nom se trouve en tête de cette biographie. Ils 
s'étaient mariés dans la cathédrale d'Anvers, quartier 
sud, le 13 février 1730. C'étaient des boutiquiers aisés, 
dont naquirent sept enfants, qui furent tous baptisés 
dans le même quartier de l'église-mère de notre ville. 
1° Corneille, le 16 janvier 1732; 2° Marie-Cornélie, le 
15 octobre de ladite année ; 3° Jean-Baptiste, le 
7 novembre 1733 ; 4° Pierre-Joseph, le 29 janvier 1735. 
Celui-ci entra dans l'ordre de S' Dominique, fut revêtu 
du titre de docteur en théologie et remplit les fonctions 
de prieur de son couvent et de préfet de la confrérie du 
S* Rosaire. C'était un prédicateur de mérite, comme le 
prouvent ses sermons et ses méditations, souvent réim- 
primés, et que distinguent, d'après feu M. le baron 
Jules de Saint Génois, « un style généralement élevé, 
assez pur et exempt de gallicismes » . Il décéda le i mars 
1808; 5" Henri-Joseph, peintre-graveur, le 9 juin 1737; 
parrain, Henri Huysmans, marraine, Madeleine Kockaert ; 



j 



— 31 — 

6° Marie-Thérèse, le 30 avril 1740; 7° Melchior, le 
17 juin 1742. 

Henri-Joseph Antonissen fut reçu, en 175 2- 1753, dans 
l'atelier du peintre Balthazar Bcschey, le vieux ; il en 
sortit franc-maître de la gilde de S' Luc, en 1755-1756, 
et fut proclamé, le 9 mars 1758, premier du cours de 
dessin d'après le modèle vivant, ouvert à l'académie 
d'Anvers, le 10 octobre 1757, et qui avait été fréquenté 
par cinquante et un concurrents. 

La chambre de rhétorique le Rameau d'Olivier (Olijftah), 
unie à la gilde de S' Luc, ayant repris, en 1761, ses 
exercices dramatiques, Antonissen y remplit les premiers 
rôles dans plusieurs comédies. 

Un des débuts du maître dans la peinture fut un 
tableau d'autel, destiné à une église de l'ordre des 
Dominicains, qu'il exécuta du temps que son frère 
Pierre-Joseph était lecteur en philosophie au couvent 
d'Anvers. L'artiste ne tarda pas à s'apercevoir que son 
talent ne l'appelait pas à représenter les figures de 
grandeur naturelle, mais trouvait un aliment plus con- 
venable dans la reproduction des paysages. C'est pourquoi 
il se rendit aux champs et se mit à dessiner les beaux 
sites qu'arrose la Meuse, et les parties boisées de sa 
patrie. Ses premiers essais dans ce genre ayant attiré sur 
lui l'attention des connaisseurs, il fut appelé en 1762- 
1763, à remphr les fonctions de doyen de la gilde de 
S' Luc. Antonissen fut attaché en 1765 à l'académie de 
sa ville natale en qualité de sous-directeur et consentit 
à y domier à tour de rôle, avec quatre autres anciens 
premiers, les leçons de dessin, d'après les modèles de 
plâtre, leçons interrompues depuis trente ans environ. Il 
voulut bien, l'année suivante, reprendre ce cours gratuit. 



— 32 — 

dans lequel il était secondé cette fois, par six anciens 
lauréats. 

L'artiste avait épousé entretemps, le 4 novembre 1765, 
dans la cathédrale, quartier nord, avec dispense d'un 
ban, Catherine-Joséphine Raeydemaeckers, fille de Gas- 
pard-Joseph et de Jeanne-Marie Quinar, baptisée à 
S' Jacques, le 27 juin 1735. Elle avait par conséquent 
dépassé la trentaine, quoique l'acte de mariage la dit 
âgée de vingt-huit ans, comme son conjoint. La femme 
d'Antonissen était veuve de Pierre-Barthélémi van Alten, 
décédé d'après son inscription sépulcrale, dans l'église 
des Dominicains, à Anvers, le 7 juillet de la même 
année 1765. Elle donna le jour à huit enfants dont les 
deux premiers furent baptisés dans la cathédrale, quartier 
nord, et les autres à S' Jacques : 1° Jeanne-Catherine- 
Joséphine, le 6 août 1766 ; 2° André-Engelbert-Xavier, 
le 29 août 1767; nous en reparlerons; 3° Catherine- 
Jeanne-Marie, le 15 décembre 1768; 4° Marie-Thérèse, 
le 14 janvier 1770; 5° Jacques-Jean, le 8 février 1772; 
6° Françoise-Jacqueline, le 14 mars 1773 ; 7° Isabelle- 
Joséphine, le 25 avril 1774; S'' Thérèse-Jeamie, le 
13 juillet 1776. 

Antonissen se fit recevoir dans la sodalité des mariés, 
dirigée par les jésuites d'Anvers ; il fut nommé consulteur 
de cette congrégation, le 28 mai 1767, et son mandat 
fut renouvelé le 12 mai de l'année suivante. 

Ce maître peignit le paysage avec un talent remar- 
quable ; il l'étoffa de bétail, dont il avait appris à bien 
saisir les allures et à rendre la structure et la robe. Nous 
pouvons signaler comme un exemple de son application 
à cet égard, une étude de notre collection, qui représente 
une tête de mouton reproduite dans sept poses différentes. 



— 33 — 

avec beaucoup d'originalité. Le maître réussissait moins 
bien dans la représentation de la figure humaine, à moins 
qu'il ne la peignit dans de très minimes proportions. 

Ses tableaux représentent des chasses, des pêches et 
d'autres occupations champêtres, parfois aussi des scènes 
de l'histoire sacrée et profane, qu'il lisait assidûment, 
soit en flamand, soit en français, car il avait appris cette 
langue, chose assez rare à cette époque. 

A en juger par une aquarelle, peinte en 1767 et qui 
orne le livre à dessins (Printboeli) de la confrérie de 
l'administration des malades, dite : Viertiendaegsche- 
Berechting, à S^ Jacques, Antonissen n'avait guère de 
vocation pour la représentation des sujets sacrés. Celui 
qui nous occupe, nous fait voir le Sauveur qui remet à 
S* Pierre les clefs du royaume des cieux, en présence 
des autres apôtres. Quoique quelques-unes des figurines 
qui composent ce groupe laissent beaucoup à désirer, il 
serait injuste de dénier toute espèce de mérite ci celles 
qui les entourent, mais de l'ensemble résulte la convic- 
tion que l'auteur n'était guère appelé à reproduire les 
événements de l'histoire sainte. Par contre, le ciel et un 
paysage rocailleux, qui ornent cette aquarelle, sont peints 
avec talent et donnent une idée avantageuse du maître. 

Antoine Varendonck, cinquante-unième abbé de S' 
Michel, à Anvers, décédé le 8 décembre 1771, fut un 
des protecteurs de notre artiste. A l'époque où ce prélat 
faisait disposer en meilleur ordre le magnifique cabinet 
de tableaux de son abbaye, il s'enquit d' Antonissen, non 
sans un certain air de méfiance, s'il oserait entreprendre 
l'exécution d'un paysage qui servirait de pendant à un 
chef-d'œuvre de Jacques Xavery. Le maître répondit 
respectueusement par l'affirmative et son tableau ayant 

3 



— 34 — 

été achevé, fut placé à côté de celui de Xavery et 
surpassa tellement l'attente qu'on en avait conçue, que 
Varendonck lui paya un prix plus considérable que 
la soniine promise, lors de leur première entrevue. 

En ce temps-là les belles tentures de cuirs dorés étant 
passées de mode, plusieurs amateurs les remplacèrent 
par des séries de tableaux, qu'ils commandèrent à nos 
artistes et qui prenant naissance à quelques pieds de terre, 
couvraient les murs de leurs appartements jusque près 
des voûtes. 

Surchargé de travail, Antonissen refusa en 1769 de 
peindre dans un de ces salons, des paysages qu' André- 
Corneille Lens aurait étoffés de figures. Il consentit 
néanmoins à orner de vues champêtres, animées de sujets 
de sa composition, une grande chambre de la maison, 
rebâtie depuis, de M. Pierre-M.-J. de Bruyn, aumônier, 
à Anvers. 

Tandis que les œuvres du maître étaient fortement 
recherchées, il admit dans son atelier plusieurs élèves à 
qui il domiait à préparer les fonds de ses tableaux et qu'il 
faisait aussi travailler d'après ses esquisses. C'est à cette 
époque qu'ayant résolu d'embeUir ses œuvres de bétail 
à cornes, il alla, pendant l'été, étudier d'après nature, 
dans les prairies. Il avait achevé quelques tableaux dans 
ce genre, en 1772, lorsqu'il reçut la visite d'un seigneur 
français, qui lui donna un bon prix d'une toile représen- 
tant trois bêtes à cornes et deux figurines humaines. 
L'auteur expédia cette peinture en France, après en avoir 
fait tirer une copie par Balthazar-Paul Ommeganck, son 
meilleur élève. 

Antonissen fut nommé pour la seconde fois doyen de 
la gilde de S* Luc en 1772- 1773. L'impératrice Marie- 



— 35 — 

Thérèse ayant, par son règlement du 20 mars de cette 
dernière année,, détruit l'antique organisation de la dite 
corporation, en dispensant les artistes d'en faire partie, 
notre maître se considérant comme déchargé de ses 
fonctions, fit présenter requête au magistrat d'Anvers, 
à l'effet de pouvoir rendre compte de son administration. 
Cette demande fut accueillie,'et sa gestion, qui clôturait 
par un boni, approuvée le 4 juin de la même année. 
Nous regrettons que l'artiste ait mis tant de hâte à se 
retirer d'un corps si illustre et qui avait jeté, pendant 
trois siècles, tant d'éclat sur sa ville natale. Il se peut, 
du reste, que la multitude de ses occupations ne fut pas 
étrangère à cette détermination. 

Quoi qu'il en soit, la peinture que le maître avait 
envoyée en France, ayant été vue à Paris par plusieurs 
amateurs et, entre autres, par M. Boullogne, conseiller 
d'Etat du roi Louis XV, cette œuvre d'art conquit leurs 
suffrages. M. Boullogne en conçut même le désir de 
posséder quelques productions d'Antonissen et lui fit 
commander deux tableaux de chevalet, par l'entremise 
de M. Jean-Augustin van der Cruyce, qui fut plus tard 
second bourgmestre (binnen-burgemeestcr) d'Anvers. Cette 
demande ayant été satisfaite, Antonissen fut honoré de 
la lettre suivante, dont la copie nous a été conservée 
par Jacques van der Sanden, le secrétaire de l'ancienne 
académie d'Anvers : 

« A Paris, ce 8 juin 1773. 

» Vos tableaux, Monsieur, ont été vus avec plaisir. 
Je suis chargé de vous en demander quatre, dont deux 
pour le père de M"" de Boullogne, qui a épousé cette 
année à Bruxelles M"^ Walkiers ; et deux pour Madame 



-36- 

GeofFrin, l'amie de tous nos artistes français. M"" van 
der Cruyce a dû vous prévenir à ce sujet. J'ai désiré 
aussy, que si votre tems vous permettoit de me faire 
deux tableaux d'après nature de quelques paysages de 
Flandre auprès de votre ville^ cela me ferait très grand 
plaisir. J'en ai encore un autre à vous demander. J'ignore 
s'il y a beaucoup de dessins originaux de l'école des 
Pays-Bas du dernier siècle dans les cabinets des ama- 
teurs. Si vous pouviés à quelques ventes ou autrement 
m'en procurer successivement une douzaine, soit paysage, 
soit marine ou autres, je vous serois sensiblement obligé. 
J'espère vous procurer d'autres occasions de faire con- 
naître vos talents, il me reste à vous remercier de les 
avoir employés pour moy. ... et à vous renouveler les 
assurances de tous les sentiments distingués avec lesquels 
je suis, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant 
serviteur, 

BOULLOGNE. » 

L'artiste reçut vers cette époque la visite du comte 
de Neny, chef et président du conseil privé, qui admira 
chez lui deux tableaux d'environ cinquante pouces de 
hauteur sur à peu près quarante de largeur, qu'il venait 
de terminer pour M. François-Emmanuel van Ertborn, 
d'Anvers. Il les avait exécutés sur du coutil préparé à 
cet effet, au heu de toile, qu'il considérait comme moins 
solide et plus sujette à se fendre. Antonissen en vint 
aussi à ne plus peindre sur bois, parce que de son 
temps, les panneaux se tordaient parfois ou que leurs 
jointures se décollaient. Ces réflexions du maître ne 
prouvent pas en faveur des fabricants chez lesquels les 
peintres de la fin du dix-huitième siècle étaient obhgés 



— 37 — 

de se fournir des objets les plus indispensables à l'exer- 
cice de leur art. 

L'archiduc Maximilien-Joscph d'Autriche , s'ctant 
rendu, en 1774, dans les Pays-Bas méridionaux, arriva 
en juillet dans la ville d'Anvers. Il honora de sa visite 
le 27 de ce mois, les salons de la gilde de S* Luc et de 
l'académie dans lesquels avaient été exposés des œuvres 
de Martin-Joseph-Jean Geeraerts, le célèbre peintre de 
bas-reliefs, de Balthazar Beschey, le vieux, d'André- 
Corneille Lens, et de Henri de Cort. Antonissen y a\ait 
envoyé quelques paysages, étoffés de bétail et de figu- 
rines, qui lui valurent des félicitations, dont une annonce 
d'acquisition eût doublé le prix. 

Le maître exécuta en 1779, un tableau qui appar- 
tient actuellement à M. Pierre-Corneille Ommeganck 
d'Anvers, fils du célèbre peintre Balthazar-Paul. Il 
représente un paysage, à l'avant plan duquel se trouvent 
trois moutons^ un bouc et un bœuf. On remarque non 
loin de là un homme en conversation avec une femme 
assise, qui donne le sein à son enfant. Derrière ce 
groupe, un monticule sur lequel est bâtie une maison- 
nette, et, au fond de ce côté un homme vu à mi-corps 
et en train de gravir cette éminence. A la gauche du 
tableau, une rivière dans laquelle se mirent une maison 
et des arbres; dans le lointain, également à gauche, un 
champ légèrement boisé. 

Cette œuvre d'art est exécutée d'une façon très-trans- 
parente, le ciel en est peint avec beaucoup de légèreté 
et le paysage en est très-méritant. Les moutons et le 
bouc ne manquent pas de valeur artistique, mais sont 
inférieurs à ceux que produisit Ommeganck. Les pro- 
portions du bœuf laissent quelque peu à désirer. Le 



- 38- 

groupe des figurines humaines est inférieur aux ani- 
maux, surtout la femme assise ; par contre, le petit 
homme qui gravit le monticule est très-prestement en- 
levé. Le tableau est signé en toutes lettres et daté de la 
dite année 1779. Nous souhaitons au Musée d'Anvers, 
qui ne peut montrer aucune œuvre du maître, d'en 
posséder quelque jour une de ce mérite. 

Nous avons déjà fait la remarque que la représentation 
de l'homme est la partie faible du talent d'Antonissen. 
Il y a cependant des exceptions à cet égard, témoin, 
entre autres, une étude d'après nature qui nous appar- 
tient et qui représente un jeune campagnard debout, la 
tête coiffée d'un chapeau, chaussé de guêtres et dont le 
bras droit repose sur un bâton. Ce dessin est adroite- 
ment exécuté. 

Antonissen visita Paris, où il laissa de ses œuvres ; il 
en orna aussi les cabinets des amateurs d'Amsterdam, 
qu'il visita souvent et de diverses villes de Hollande et 
d'autres pays. Elles représentaient des rochers, des chutes 
d'eau, des bois et des vallons, pris aux bords de la 
Meuse et dans d'autres sites de sa patrie. 

Le maître a peint quelquefois d'après nature des 
fleurs et des fruits. Il a gravé aussi avec talent à l'eau- 
fortc, entre autres, en 1767, d'après Albert Cuyp, un 
troupeau de bœufs, paissant au bord d'une rivière, sur 
laquelle voguent plusieurs embarcations. Il exécuta éga- 
lement à l'eau-forte, la même année, un paysage avec 
figures, de sa composition. Cette œuvre d'art est signée 
de son monogramme, datée et numérotée i. 

Antonissen se plaignit un jour à Jacques van der San- 
den, le secrétaire de l'ancienne Académie, que, dans sa 
jeunesse, on ne lui avait pas implanté suflisamment les 



- 39 — 

principes de son art. Il ne suffit pas, faisait-il observer, 
que les maîtres vous disent : ôtez ceci, ajoutez cela ; ce 
sont les cléments qu'il s'agit de bien inculquer aux 
élèves, et il se félicitait à cette occasion des améliora- 
tions qui avaient été introduites à cet égard dans l'en- 
seignement de l'Académie d'Anvers. 

Que de peintres pourraient s'appliquer aujourd'hui 
ces réflexions d'Antonissen, et refaire, comme lui, leur 
éducation artistique, s'ils en avaient le courage ! Il est 
vrai qu'actuellement nous voyons manier le pinceau par 
des gens qui n'ont jamais appris à bien dessiner ! 

L'artiste décéda peu de temps après la conversation 
que nous venons de rapporter. Quoique sujet à des 
attaques de goutte, il n'en continuait pas moins à tra- 
vailler activement et à mener une vie gaie et sobre, 
lorsqu'une courte maladie l'enleva le 4 avril 1794 à onze 
heures du matin. Il fut enterré le dimanche suivant, 6 
du même mois, dans l'église des Dominicains. Son 
inscription sépulcrale y avait été préparée avec celle de 
sa femme, sur la dalle de la famille du premier mari de 
celle-ci. Catherine-Joséphine Raeydemaeckers, qui faisait 
le commerce des soieries, survécut à son mari, ainsi que 
quelques-unes de ses filles et son fils André-Engelbert- 
Xavier. Celui-ci, après s'être adonné à l'art paternel, 
avait fini par exercer le négoce et l'état de fabricant de 
futaines. 

Antonissen eut plusieurs élèves, parmi lesquels nous 
avons déjà nommé le célèbre Balthazar-Paul Ommc- 
ganck, qu'il reçut en 1767-1768. Simon-Alexandre-Clé- 
ment Denis, artiste assez médiocre, et Jacques-André- 
Joseph Trachez, fréquentèrent également son atelier, qui 
avait été ouvert, en 1759-1760, à Jean-Baptiste Ceurvorst, 



— 40 — 



en 1767-1768, ;i Henri Blomacrts, et en 1772-1773, à 
Ignace-Joseph van den Berghe ; ce dernier se fit connaître 
comme graveur. Antonissen forma aussi deux peintres- 
amateurs, dont Tun M. Jean-Baptiste van Lancker d'An- 
vers, a possédé un superbe cabinet de tableaux qui a 
été dispersé aux enchères pubHques, en 1835. Il ren- 
fermait huit peintures de son ancien maître, dont deux 
étaient des copies, d'après Jean Wynants. M. van 
Lancker y était aussi représenté par douze de ses 
œuvres, qui n'étaient pas sans mérite et parmi lesquelles 
se trouvaient quatre reproductions de compositions exé- 
cutées par des maîtres hollandais. L'autre amateur à qui 
nous avons fait allusion, était un membre de la noble 
famille de Man, également né à Anvers et qui, quoique 
sourd-muet de naissance, passe pour avoir peint avec 
talent des paysages et des vues de villes. 

Nous avons remarqué récemment que des auteurs 
écrivaient le nom de notre artiste de la façon suivante : 
Anthonissen. C'est une erreur, toutes les signatures que 
nous avons relevées portant Antonissen sans h. 

Parmi les sources auxquelles nous avons puisé pour 
la rédaction de cette biographie, nous devons indiquer, 
en premier lieu, le manuscrit de Jacques van der Sanden, 
le secrétaire de l'ancienne académie d'Anvers, intitulé : 
Oud Jionsttooneel van Antwerpen. Nous y avons trouvé sur 
Antonissen les renseignements les plus précieux. Nous 
les avons fondus dans notre travail ; mais lorsque l'au- 
teur, suivant l'avis de quelques enthousiastes de son 
temps, allait jusqu'à mettre l'artiste en parallèle avec 
Paul Potter et Jean van der Heyden, nous lui avons 
abandonné ces exagérations, dont Antonissen pouvait se 



— 41 — 

passer, à moins qu'on ne prétende qu'il n'y a que la 
première place qui soit honorable (i). 

Sources : Registres des Paroisses d'Anvers. — Archives de la gilde 
de St Luc. — Registres de la sodalité des mariés ; Jac. van dcr 
Sanden : Otid hoiisUooiieel van Anhverpen, vise. — Idem. Gcdcnk- 
schrift op de rcys en het onthael van ;y«e KonînMyke Hoogheyd 
Maximiliaenus-Josephus , Aertshertog van Oostenryh, coadjuteur van 
het Groot-Meesterschap van het tentonih Orden. etc., etc., etc., 68-yj, 
opuscule imprimé en 1774, à la suite de ses Bloyende honsten etc. 
— Inscriptions fimèraires et monumentales de la province d'Anvers. 
Anvers, église de 5' Paul, pp. 82 et 134. — Biographie nationale, 
vocihis : Anthonissen, Henri-Joseph et Pierre. — J. B. van der 
Straelen : Jacrhoeh der vermaerde en hinstryhe gilde van Sint Lucas, 
binnen de stad Antiuerpen. . . . mitsgaders van de Koniiildylce Académie 
en^. Autwerpen. 1855, PP- 203,233,234,268, 278, 286.— Ibidem 
nota I. 



(i) Cette notice est datée du 5 octobre 1869. 



^^^^y^y^^'*é^®sfe^'^^'^^^^^^^^W 




Jean BLAKCKAERT 

(en flamand Hans ou jan BLANCKAERT) 

(1590-16...?). 



n a vu de tout temps des artistes médiocres 
produire des élèves qui les surpassèrent infini- 
ment. En a-t-il été ainsi du maître de Balthasar 
van Cortbemde, dont le musée d'Anvers possède un 
tableau remarquable, représentant le Bon Samaritain 9 
Faut-il supposer d'ailleurs qu'un peintre allié à des fa- 
milles, dont les chefs se sont acquis un renom durable 
dans l'histoire de l'art flamand, n'était lui-même qu'une 
personnalité insignifiante. Le peintre de qui nous voulons 
entretenir ici le lecteur, est Jean Blanckaert. Nous avons 
recherché en vain son nom dans les catalogues des mu- 
sées et des anciennes ventes de tableaux. Mais qui sait 
si quelque jour une œuvre remarquable signée de sa 
main et mise au grand jour, ne nous permettra pas de 
saluer en lui un bon maître tombé, comme d'autres, 
dans un oubli immérité ? 

Quoi qu'il en soit, voici le résultat des recherches que 
nous avons faites relativement à celui qui enseigna le 
manîment du pinceau à Balthasar van Cortbemde. 

Le père de Jean Blanckaert s'appelait Jean comme 
lui : il épousa, dans la cathédrale, le 15 octobre 1589, 
Marguerite de Roore. Le nom de cette famille fut illus- 



— 43 — 

tré plus tard par Jacques-Ignace de Roorc, l'auteur des 
superbes plafonds qui décorent la salle du conseil com- 
munal d'Anvers. 

Jean Blanckaert fut le premier né du mariage de ses 
parents : il fut tenu sur les fonds de la cathédrale, le 5 
août 1590, par Michel de Roore et GuiHelmine de Smit. 
L'acte de baptême nous fait connaître que l'enfant avait 
vu le jour à Gand. 

Les Liggeren sont muets relativement h son maître et 
à la date de son entrée en apprentissage. Nous y Usons 
par contre qu'il y fut inscrit comme franc-maître peintre, 
en 1608- 1609 (i). Il avait, à cette époque, de 18 à 
19 ans. 

Jean Blanckaert épousa, dans l'église de S*^ Walburge, 
le 24 novembre 16 14, Catherine Christoffels ou Maryn. 
Ils eurent pour témoins Corneille Mosselmans et Gérard 
de Roore. Leur mariage paraît avoir été stérile : nous 
n'avons, en tout cas, découvert aucun enfant qui en fût 
issu. 

Blanckaert et sa femme firent, le 17 janvier 1615, un 
testament réciproque, par devant le notaire Henri van Can- 
telbeck, le jeune. Après les recommendations ordinaires à 
Dieu, à la S*^ Vierge et à tous les Saints, le prémourant 
d'entre eux y lègue 5 sous à la fabrique de l'évêché, à 
Notre-Dame. Ils s'instituent l'un l'autre héritier universel, 
au cas où ils viendraient à décéder sans enfants, avec 
obligation de remettre aux proches parents du premier 
défunt la somme de 50 florins, pour tous droits succes- 



(i) Les Lîs;gcrenet autres archives historiques de la gihle anversoise de 
Saint Luc, transcrits et annotés par Ph. Rombouts et TiiiiOD. Van 
Lerius, avocat, I, 447. 



— 44 — 

sifs. S'il existait un ou plusieurs enfants, à la mort de 
l'un des époux, l'institution universelle n'en devait pas 
moins être maintenue, mais alors, le survivant était 
chariîé d'entretenir et d'élever convenablement le ou les 
descendants encore en vie, jusqu'à ce que ceux-ci fussent 
en état de pourvoir à leur subsistance. Dès que ces enfants 
auraient embrassé un état ou atteint l'âge de 25 ans,' 
l'époux encore en vie était tenu de leur payer entre eux 
tous, 150 florins, pour leurs droits héréditaires, paternels 
ou maternels. Cette somme, jointe à leurs frais d'alimen- 
tation, représentait, d'après la déclaration des testateurs, 
au-delà de la part légitime des enfants dans la succession 
du prémourant. Si un de ceux-ci, lors de la dissolution 
du mariage, venait à décéder, sans avoir embrassé quelque 
état ou avoir atteint l'âge de 25 ans, celui des testateurs 
encore en vie serait son héritier. Seulement il était tenu,, 
dans ce cas, de remettre aux proches parents de cet 
enfant 50 florins, à partager entre eux tous. Enfin le 
survivant des époux était nommé tuteur testamentaire 
des enfants, avec droit de s'en adjoindre un ou plusieurs 
autres (i). 

Le 6 juillet 1623, Jean Blanckaert et sa femme, qui 
était malade, à cette époque, ajoutèrent un codicille 
à leur testament. Nous lisons dans cet acte, qui fut 
reçu par le même notaire, que Catherine Maryn légua à 
sa mère Jeanne van den Broeck, du consentement et à 
l'intervention de son mari, toutes ses hardes de toile et 
de laine, à l'exception de son jupon de lavander ou 
linge ouvré de Flandres, qu'elle laissait à Dymphne 



(i) Protocoles du notaire Henri van Cantelbcck, le jeune, aux 
archives de la ville d'Anvers. 



— 45 — 

Adoltfs, jeune fille demeurant dans son voisinage, à 
l'enseigne de la Grande oie. Son meilleur manteau (vlieger), 
et toutes ses manchettes étaient exceptés aussi de cette 
disposition et devaient rester la propriété de son mari. 

Catherine Maryn avait prêté à sa mère 200 florins : 
elle les lui légua, outre la moitié de ses épargnes, {spaer- 
pot), qui montaient à la somme de 136 florins. Après le 
décès de Jean Blanckaert, Jeanne van den Broeck, ou, 
à son défaut, l'enfant ou les enfants de Jean Maryn, 
frère de la codicillatrice, devaient toucher une semblable 
somme de 200 florins, sans que l'artiste fût tenu à 
quelque caution de ce chef. L'église de S^^ Walburge fut 
instituée légataire d'une somme de 12 florins, de même 
que les aumôniers, en faveur des pauvres honteux de la 
ville d'Anvers. Après avoir disposé de 50 florins, pour 
l'exonération de messes pour le repos de son âme^ la 
codicillatrice fit élection de sépulture en l'église des 
Augustins. Enfin, elle et son mari réduisirent à 12 les 
50 florins que le survivant d'entre eux devait remettre 
aux proches parents du prémourant. 

Cet acte fut passé dans la maison des codicillateurs, 
située près de l'église S'® Walburge, en présence d'Adrien 
Eynhoudts, tonnelier, père du célèbre graveur Rombaut 
Eynhoudts, et de Michel Heyns, également tonnelier, et 
tous deux voisins des codicilateurs (i). 

Catherine Maryn décéda peu de temps après la passa- 
tion de cette addition à son testament. Le compte de 
la gilde de S* Luc, de septembre 1622 à septembre 1623, 
mentionne en eff"et, le payement de sa dette mortuaire (2). 



(i) Protocoles mentionnés ci-dessus. 
(2) Liggercn cités, I, 589. 



-46- 

Elle est morte par conséquent dans le temps compris 
entre le 6 juillet et le i8 septembre 1623. 

Jean Blanckaert avait reçu auparavant son premier 
élève, que le compte de S' Luc nomme Jean van Cam- 
fort, mais qui s'appelait plus probablement van Cantfort. 
Le maître lui ouvrit son atelier au mois d'août 1617 (i). 

Il y reçut, en 1626- 1627, Balthasar van Cortbemde, 
qui devint un peintre distingué et qui fut admis, en 
1631-1632, dans la gilde anversoise de S* Luc, en 
qualité de fils de maître (2). 

Blanckaert reçut encore un apprenti, en 1626-1627 : 
il se nommait Jean van Eyck et fut inscrit comme franc- 
maître, en 1632-1633 (3). 

Notre peintre s'était hâté entretemps de convoler en 
secondes noces. Nous avons vu que sa première femme 
Catherine Maryn était décédée en 1623, et, au plus tôt 
le 6 juillet de cette année-là. Il épousa dans la cathédrale, 
quartier sud, le 25 novembre suivant, Anne Jacops, en 
présence d'Antoine de Portis et de Gérard de Roore. 
La jeune épouse était fille du peintre Roland Jacops, 
qui remplit, en 1626- 1627, les fonctions de doyen de 
la gilde anversoise de S' Luc (4), et de Susanne de 
Vos. Celle-ci devait le jour au célèbre Martin de 
Vos, le vieux, et à sa femme Jeanne le Boucq. Anne 
Jacops avait été tenue sur les fonts de la cathédrale, le 
14 novembre 1603, par son aïeul maternel et Anne de 
Vos, sœur de sa mère. Elle venait d'entrer par conséquent 
dans sa vingt-quatrième année. Un seul enfant fut le 

(i) Liggeren cités, I, 531. 

(2) Ibidem, I, 634, II, 22, 30, 

(3) Op. cit. ,1, 635, II, 36, 43. 

(4) Liggeren cites, I, 633. 



/ 



— 47 — 

fruit de ce mariage : il fut présenté le 21 mars 1625, à 
l'église S'^ Walburge, et y reçut au baptême le prénom 
d'Anne, ayant pour parrain son aïeul maternel Roland 
Jacobs, et pour marraine, Marguerite de Roore. L'acte 
donne à son père la qualification de signor. Une pièce 
authentique du 20 juin 1638 nomme la petite fille Anne- 
Marie Blanckaert : l'addition de cette seconde patronne 
lui vient de sa confirmation. Anne Jacops ne vécut 
guère longtemps en mariage avec Jean Blanckaert. Le 
compte de la gilde de S' Luc du 17 septembre 1626 à 
septembre 1627 mentionne, en eff"et, le paiement de sa 
dette mortuaire (i). Son père, comme nous l'avons vu, 
était doyen de la corporation à cette époque. 

L'acte du 20 juin 1638, dont nous avons parlé ci- 
dessus, et qui fait partie des minutes du notaire Henri 
van Cantelbeck, le jeune, nous apprend que Jean Blan- 
ckaert avait été nommé par sa femme Anne Jacops, 
tuteur en chef testamentaire de leur fille Anne-Marie 
et que Jean de Roore, facteur des voituriers, avait été 
choisi par lui comme son co-tuteur. L'un et l'autre don- 
nèrent procuration à Barbe Jacobs, tante maternelle de 
l'enfant, au sujet du remboursement d'une rente héré- 
ditaire de 50 florins et de ses arrérages, remboursable 
au denier seize et hypothéquée sur des immeubles situés 
dans la rue Neuve, à Bruxelles (2). 

Jean Blanckaert ne tarda pas à se remarier : il épousa, 
en effet, dans la cathédrale, quartier sud, le 17 octobre 
1627, Anne de Wael. Cette nouvelle union ne déplut 
pas, sans doute, à Roland Jacops, puisque celui-ci con- 



(1) Ibid., I. 639. 

(2) Protocoles cités. 



-48- 

sentit à en être témoin : la nouvelle épouse fut assistée 
de son père Jean de Wael, peintre de renom, dont 
Antoine van Dyck a exécuté le portrait. Anne de Wael 
était issue du mariage qu'il avait contracté avec Gertrude 
de Jode, et avait été tenue sur les fonts de la cathédrale, 
le 7 juillet 1599, par Servais Wouters et Barbe de Jode. 
Elle était entrée, par conséquent, dans sa 29^ année. 

Anne de Wael donna à son mari six enfants, qui 
furent tous baptisés dans la cathédrale, quartier sud : 

1° Catherine, le 7 septembre 1628; parrain, Jean de 
Wael, aïeul de la petite ; marraine, Catherine de Wael, 
sœur de sa mère. 

2° Susanne, le 20 février 1630; parrain, Georges 
Vercampt, marraine, Susanne Keurlinckx, qui avait 
épousé Luc de Wael, marchand de pots, d'après les 
recherches de M. Alphonse Goovaerts, L'acte nous 
apprend que les parents de la petite fille habitaient, à 
cette époque, le rempart du Lombard : leur demeure y 
était encore étabhe en 1635. 

3° Marie, le 15 novembre 1632; parrain, Guillaume 
de Decker, marraine, Anne de Scede. Elle devint la 
femme du célèbre peintre Pierre Boel. 

4° Jean, le 5 août 1635. Il ^^^ ^^^"^^ P^^' Luc de Wael, 
peintre distingué au nom de son frère Corneille, 
également peintre de réputation, et par Barbe Jacops, 
sœur de la seconde épouse de Jean Blanckaert. 

5° Gertrude, le 14 avril 1638; parrain, Jean de 
Roore, facteur des voituriers, marraine. Barbe de Wael, 
tante de l'enfant. Gertrude Blanckaert épousa, à S' André, 
le II août 1663, Barthélemi van derLinden, en présence 
de Barthélemi van der Lindcn, le vieux, et du célèbre 
peintre Pierre Boel, beau-frère de la mariée. || 



i 



— 49 — 

é° Jean-Luc, le 19 août 1640; parrain, le signor Luc 
Lancclots, marraine, Marie de Molepas. 

Les Liggeren mentionnent un quatrième et dernier 
élève de Jean Blanckaert : c'est Jean de Houwer, qui 
entra dans son atelier en 1632-1633 (i). 

Le maître vivait encore en 1643 : c'est ce qui résulte 
d'un acte du 24 décembre de cette année-là, reçu, à 
Anvers, par le notaire Jacques le Rousseau. Ce document 
nous apprend que Blanckaert avait été institué héritier 
de la moitié des biens d'Elisabeth de Roore, veuve de 
Georges Verherbruggen et qu'il en avait acquis l'autre 
moitié de Catherine de Roore, veuve de Ludolphe van 
Hatten ou plutôt van Hattum (2). L'artiste céda, en sa 
qualité de propriétaire, diverses créances au notaire 
Antoine de Costere, qui avait travaillé pour Elisabeth 
de Roore et ses héritiers (3). 

Les dates des décès de Jean Blanckaert et de sa troi- 
sième femme nous sont inconnues (4). 

Sources : Registres des paroisses d'Anvers. — Archives de la ville. — 
Ph. Rombouts et Théod. van Lerius. Les Liggeren, etc. 



(i) Op. cit., T. II, p. 41. 

(2) D'après les inscriptions funéraires de l'abbaye de S* Michel, à 
Anvers, Ludolphe van Hattum serait décédé le 9 décembre 1646, et 
sa femme Catherine de Roore, le 11 février 1553. Il y a là évidem- 
ment une erreur de copie, puisque cette dernière est mentionnée déjà 
comme veuve, dans l'acte authentique du 24 décembre 1643, que 
nous avons analysé ci-dessus. Peut-être Ludolphe van Hattum est-il 
mort en 1636. — Inscriptions citées, p. 121. 

(3) Minutes dudit notaire aux archives communales d'Anvers. 

(4) Cette notice est datée du 15 décembre 1874. 



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Antoine BLANCKAERT 

(en flamand Antoon BLANCKAERT) 

( 1621-1. . . ?) 

our ne rien omettre, nous dirons ici quelques 
mots du peintre Antoine Blanckaert. Celui-ci 
, était fils d'Arnould et de Marie Gelsmans ou 
Stesmans. Il naquit à Anvers et y fut tenu sur les fonts 
baptismaux de l'église S' Georges, le 11 janvier 1621, 
par Corneille Schut et Béatrix Arnaut. Comme il 
existait, à cette époque, plusieurs Corneille Schut, en 
notre ville, nous ne pouvons dire s'il s'agit ici du célèbre 
peintre de ce nom. 

Quoiqu'il en soit, Antoine Blanckaert, dont le maître 
n'est pas indiqué, fut reçu franc-maître de la gilde 
anversoise de S' Luc, en 1647-1648 (i). Il épousa, le 
19 juin 1649, dans l'église S* Georges, Béatrix Heyen. 
Ce mariage eut pour tém^oins Arnould Blanckaert, père 
de l'époux, et Michel Janssens. Il en naquit une fille, 
Anne-Marie, baptisée dans la cathédrale, quartier sud, 
le 6 août 1650; parrain, Arnould Blanckaert, aïeul de 
l'enfant, marraine, Anne Schryvers. 

Voilà tout ce que nos recherches nous ont appris rela- 
tivement à Antoine Blanckaert (2). 

Sources : Registres des paroisses d'Anvers. — Ph. Rombouts et 
Théod. van Lerius, Les Liggeren, etc. 

(i) Liggeren cités, II, 185, 192. 

(2) Cette notice est datée du 15 décembre 1874. 




Jean BOECKHORST 

(en flamand Jan BOECKHORST) 

(1605-1668). 

e peintre distingué fut appelé Jean le long, 
(Jangc Jaii), h cause de sa taille élancée. Il a eu 
soin de nous apprendre dans un testament, daté 
du 10 septembre 1639, qu'il naquit en 1605, à Munster, 
en Westphalie, et que son père Henri Boeckhorst était 
décédé à l'époque de la passation de l'acte (i). Le 
nom de sa mère n'est pas mentionné dans ce document. 
M. J. G. van Put, bourgmestre d'Anvers, a bien voulu 
demander pour nous, à Munster, en 1869, les baptis- 
taires de l'artiste et de ses frères et sœurs. Malheureu- 
sement il lui fut répondu de cette ville, que le registre 
de baptêmes de 1605 n'y existait dans aucune des 
paroisses, et il est permis de conclure de la lettre du 
premier bourgmestre de cette cité, que les années con- 
temporaines y font également défaut. Corneille de Bie 
qui a ajouté, bien à tort, un van au nom du peintre, 
l'écrit Bockhorst, tandis que celui-ci orthographie invari- 
ablement Boeckhorst, dans deux documents authentiques 
que nous avons sous les yeux. 

L'auteur cité nous apprend que les parents de l'artiste 
étaient des gens aisés (eerlyche ende treffelycke ouders), ce 

(i) L'acte qualifie l'artiste d'honorable Jean Boeckhorst, célibataire, 
âgé de trente-quatre ans, peintre. Son rédacteur avait commencé à 
écrire trente-trois, mais il reprit le mot'et mit trente-quatre, ce qui 
rapporte à 1605 la naissance de notre maître. 



\ - 52 - 

que le second de nos actes paraît assez bien confirmer. 
Il ajoute que Jacques Jordaens lui apprit à peindre (i). 
S'il en était ainsi, ce serait le cas de s'écrier avec 
Boileau : 

Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable. 

En effet, la manière de Boeckhorst ne rappelle nulle- 
ment celle de Jordaens, mais elle tient étonnamment de 
celle d'Antoine van Dyck. Aussi sommes-nous persuadé 
que Boeckhorst fut un de ses élèves et certes un des 
plus brillants. Les Liggeren de la gilde anversoise de 
S* Luc n'en disent rien, mais nous ferons observer 
qu'aucun des disciples du grand maître n'y figure comme 
tel ; mais seulement, lorsqu'ils sont admis à la franc-maî- 
trise. Nous saurons bien quelque jour la cause de ce 
privilège, qui échut aussi à Rubens, Jordaens ne l'obtint 
jamais : aussi ses élèves sont-ils inscrits en cette qualité, 
et parmi eux ne figure pas Jean Boeckhorst. 

Corneille de Bie a su très peu de particularités con- 
cernant notre artiste, qui fut reçu franc-maître peintre, 
dans la gilde anversoise de S' Luc, en 1633-1634 (2). 
Il exécuta, avec le plus grand succès, des tableaux d'his- 
toire sacrée et profane, de mythologie, des allégories, et 
même des représentations d'animaux et excella dans le 
portrait (3). 

Lorsque la ville d'Anvers fut ornée, en 1635, à l'occa- 
sion de l'entrée du cardinal infant Ferdinand, avec une 

(i) Guidai cabinet, 254. 

(2) Phil. Rombouts et Théod. van Lerius, avocat. Les Liggeren 
et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc, T. II, 
pp. 48 et s6. 

(3) De Bie, loco cit. 



— 53 — 

magnificence qui n'a jamais été surpassée, Bocckhorst 
fut appelé à travailler aux décorations. Il fut employé à 
l'arc de triomphe érigé près de l'église S' Jacques et y 
collabora avec Jean Borckgrave, peintre de mérite, devenu 
actuellement inconnu (i). Ils touchèrent ensemble, pour 
leur rémunération, la somme de 470 florins (2). 

Parmi les édifices que la ville d'Anvers montrait autre- 
fois aux étrangers avec une légitime fierté, se trouvait la 
chapelle de S' Joseph de l'église des chanoinesses régu- 
lières de S' Augustin, dites Falcons, et, par corruption, 
Façons (3). Elle avait été fondée, en 1636, par Louis de 
Roomer, fils de Louis, veuf, à cette époque, de Cathe- 
therine Haecx, fille de David, décédée le i février 1633, 
à l'âge de 39 ans. Il y fit transporter les dépouilles 
mortelles de sa femme et co-fondatrice, et s'y fit en- 
terrer auprès d'elle, après sa mort, arrivée le 28 décembre 
1649, lorsqu'il avait atteint sa 59^ année. 

Cette chapelle presque entièrement revêtue de marbre 
fut consacrée le 19 mars 1637, fête de S' Joseph, et fort 
fréquentée par notre population, qui y éprouva plus d'une 
fois le pouvoir du père nourricier de notre Sauveur (4). 

Deux poètes célèbres de la compagnie de Jésus, les 



(i) Apprenti en 1609-1610, franc-maître en 1626-1627, décédé en 
septembre 1648 : Li^geren cités, T. I, pp. 455, 637 et 455, note i. 

(2) P. Génard. Anhuerpsch Archieveiibîad, T. VII, pp. 50 et 51. 

(3) De Falco de Lampage. Leur couvent fut érigé sur un fonds qui 
lui avait appartenu. Le titre de ce monastère était le suivant : 

Klooster van Mariendael, in Falckenhorcl} , c'est-à-dire : Couvent du 
val de Marie, à Falchenhorch. — Inscriptions funéraires et monumentales 
de la province d'Anvers, T. IV, pp. 305 et 307. 

(4) P. Daniel Papebrochius, S. J. Annales Antverpienses, T. IV, 
p. 362. — J. C. DiERCXSENS, Antverpia Christo nascens et crescens, 
édit. 1773, T. VII, p. 236. 



— 54 — 

Pères Guillaume Becanus (vftn der Bckc) et Jacques 
Wallius (van de Walle) composèrent, à cette occasion, 
de remarquables pièces de vers latins (i) 

Au-dessus de l'entrée de la chapelle se trouvait dans 
une niche la statue d'albâtre de S'- Joseph tenant l'enfant 
Jésus. L'intérieur était orné de deux autres statues repré- 
sentant S' Louis, roi, et S'^ Catherine, patrons du fonda- 
teur et de sa femme : elles étaient sculptées en marbre. 
On y remarquait aussi trois excellentes compositions de 
Gérard Zegers, représentant la Sainte Famille, V,Ado- 
ration des bergers, et 5' Joseph, averti, en songe, par 
l'ange, de fuir en Egypte, et ce qui nous intéresse surtout 
en ce moment, pas moins de 26 tableaux de toute gran- 
deur, peints par notre Jean Boeckhorst. Une de ces 
peintures placée à gauche de l'entrée de la chapelle avait 
pour sujet la Fuite en Egypte : la S*^ Vierge y donnait 
la main à l'Enfant Jésus, à côté de qui marchait S' Joseph. 
Des anges les précédaient en répandant des fleurs. Le 
paysage, peint par Jean Wildens, représentait un site 
sauvage, où s'élevait un rocher et où croissaient quel- 
ques sapins. La toile d'en face rappelait le Repos de la 
S^^ Famille, dans sa fuite en Egypte : des anges y 
cueillaient des fleurs et des fruits qu'ils offraient à 
l'Enfant Jésus et à sa Mère et semaient des fleurs sur 
leurs pas. Le lieu de la scène était un paysage peint 
également par Jean Wildens. Descamps fait l'éloge de 
ces peintures. 

{i) Papiieuochius, loco. cit. — Sidronîi Hosschii e Societate Jesu 
Elcgiarum libri sex. Item Guiliclmi Becani ex eâdem Societate Idyl- 
lia et Elcgice. Parisiis, sumptibus fratrum Barbou. M.D.CC. XXIII, 
p. 261, Jacobi Wallii e Societate Jesu Poematum libri novem. Même 
édition, T. II, pp. 1 74-181. 



— 5) — 

Les autres tableaux de notre maître représentaient 
divers saints et des sujets tirés de l'ancien Testament. Les 
premiers étaient au nombre de seize, douze en buste, et 
quatre en tête seulement. Les bustes rendaient les saints 
suivants : i° Augustin; 2° Grégoire-le-Grand ; 3^ Marie- 
Madeleine de Pazzi; celle-ci donnée par Gaspard de 
Roomer, frère du fondateur et bienfaiteur insigne des 
Falcons, et 4° Anne, cadeau de Jacqueline de Roomer, 
chanoinesse régulière de ce couvent (i); 5° l'Ange 
gardien, dû à la libéralité de Marie de Roomer, également 
chanoinesse régulière de ce couvent (2); 6° S'"^ Cécile. 
En face de ceux-ci se trouvaient les saints que nous 
allons énumérer : 7°Ambroise; 8° Jérôme; 9° Christine, 
don de Christine de Roomer (3) ; 10° Bernard, 
chanoine régulier et archidiacre, présent d'Anne de 
Roomer, religieuse de ce couvent (4); 11° Barbe, et 
12° Marie l'Égyptienne. 

Au-dessous du buste de S' Augustin était peinte la 
tête de S* Pierre; au-dessous de celui de S^ Grégoire-le- 
Grand, celle de S* Etienne. Vis-à-vis de celles-ci, au bas 
du buste de S' Ambroise, le chef de S* Paul; au-dessous 
du buste de S' Jérôme, la tête de S* Laurent. 

Les petits tableaux dont les sujets étaient empruntés à 
l'ancien Testament, étaient au nombre de 8 et repré- 
sentaient : 1° 5' Joseph averti, en songe, par l'ange, de 
fuir en Egypte, épisode retracé par Gérard Zegers, dans 
la même chapelle; 2° h patriarche Joseph, debout près 

(i) Elle décéda le 18 juillet 1652. 

(2) Morte le 23 septembre 1635, par conséquent avant l'érection 
de la chapelle. 

(3) Elle passa de vie à trépas, le 29 janvier 1653. 

(4) Décédée le 10 octobre 1669. 



- 56- 

àe son pêrc Jacob ; y le roi É^échias el Je prophète 
Isaîe en prières : au fond, Vange du Seigneur extermi- 
nant l'armée des ^Assyriens ; 4° le roi Josias brisant les 
idoles. En face des premiers : 5° 'David embrassant son 
fils tAbsalon ; 6° la reine de Saba, en présence de Salomon ; 
7° le roi ^Asa détruisant les idoles ; 8° le roi Josaphat 
envoyant les prêtres et les lévites dans les villes de Juda 
pour instruire son peuple dans la loi du Seigneur (i). 

Descamps a fait l'éloge de ces petits tableaux, qu'il 
dit composés, peints et touchés avec tout l'art possible. 
Cette chapelle, ajoute-il, est certainement un cabinet 
précieux de peinture (2). Il y a tout lieu de croire que 
Jean Boeckhorst exécuta, en 1636, les œuvres d'art 
dont nous venons de parler. Elles avaient orné notre 
ville pendant 147 ans, lorsque le couvent des Falcons 
fut supprimé par l'édit de Joseph H, du 17 mars 1783 (3). 
Ce monarque, qui voulait donner des leçons de piété à 
l'église catholique, avait jugé que les ordres contempla- 
tifs lui étaient inutiles et trouvé bon de les anéantir dans 
ses États. Il confisqua leurs biens, au profit de sa Caisse 
de Religion, et, en prince dégagé de préjugés, sans tenir 
compte des volontés sacrées de Louis de Roomer et de 
sa femme, il fit vendre à l'encan les tableaux qui or- 
naient la chapelle, dans laquelle les fondateurs avaient 
élu leur sépulture. C'est ainsi que le malheureux souve- 



(i) Inscriptions funéraires et monumentales de la_ province d'Anvers, 
T. IV, pp. 526, 331, 338, 341 et 345. 

(2) Voyage pittoresque de la Flandre et du Brabant. — Paris, 
M D.CC.LXIX, p. 202. 

C3) F. -H. Mertens, dans les Inscriptions funéraires et monumen- 
tales citées, T. IV, p. cxviij. 



— 57 — 

rain préparait les voies à la révolution dont la maison 
d'Autriche devait tant souffrir. 

Les 26 compositions de Jean Boeckhorst firent partie 
«d'une collection de tableaux provenant des maisons re- 
ligieuses supprimées aux Pays-Bas dont la vente se fera 
(se fit) au couvent des ci-devant Riches Claires (i) à 
Bruxelles, en argent de change. » Elle devait commencer, 
d'après le catalogue, le 12 septembre 1785. La Fuite 
en Egypte et le Repos de la 5"= Fajnille en Egypte, par 
notre maître et Jean Wildens, furent réunis et adju- 
gés moyennant 225 florins à un certain de Loose (2). 
Les 12 tableaux représentant des bustes de Saints furent 
acquis par le peintre André-Bernard de Quertenmont, 
au prix de 31 florins (3). Les 4 têtes de Saints, par un 
certain Gireau, de Bruxelles, à 9 florins 10 sous (4). En- 
fin les 8 tableaux dont les sujets étaient tirés de l'Ecri- 
ture Sainte, par le chanoine le Couvreur, de la Cathédrale 
d'Ypres, à 25 florins (5). Les 26 peintures avaient 
produit par conséquent une somme totale de 290 florins 
et 10 sous de change. Ainsi la révolution, personnifiée 
par un empereur d'Allemagne, nous dépouillait du pré- 
cieux cabinet de peinture dont de Roomer avait orné la 



(i) Les ci-devant Riches Claires devaient être suivies bientôt des 
ci-devant rois. Joseph II était l'éclaireur de la révolution française 
dans ses États. 

{2) N''^ 2037 et 2036 du catalogue. 

(3) No 2033. 

(4) No 2035. 

('=)) No 2034. Tous les tableaux de cette collection étaient évidem- 
ment des biens volés : nous ignorons dans quelle intention ils ont 
été acquis, mais comme nous voyons figurer parmi les acheteurs un 
certain nombre d'ecclésiastiques et plusieurs personnes d'une répu- 
tation intègre, cela donne matière à réflexion. 



- 58- 

chapelle de S' Joseph, aux Falcons (i), et mettant d'un 
coup en vente l'élite de 7060 œuvres d'art volées aux 
monastères supprimés, elle dépréciait elle-même le fruit 
de ses rapines. 

Retournons à Jean Boeckhorst, Le testament cité du 
10 septembre 1639 nous apprend que l'artiste avait 
voyagé en Italie, et qu'il en était revenu à Anvers, en 
1637. Il se trouvait en notre ville, comme nous l'avons 
vu, en 1635 et fort probablement l'année suivante. 
Boeckhorst était entré, par conséquent, dans la maturité 
de l'âge et était fort bien en état de comparer et de 
juger, lorsqu'il visita la péninsule italienne, dont le sé- 
jour fut si fatal à tant d'autres artistes. 

Le même document nous apprend que notre peintre 
se repentant de n'avoir pas vu Rome, se proposait de se 
rendre une seconde fois en Italie et de ne pas manquer, 
cette fois, de visiter la capitale de la chrétienté. D'après 
ce qu'il avait écrit à sa mère, il comptait se mettre en 
route le lundi 19 septembre 1639. 

En homme prévoyant, Boeckhorst avait fait son tes- 
tament, avant de quitter Anvers. Il fut rédigé, comme 
nous l'avons dit, le 10 septembre 1639, et reçu par le 
notaire Barthélemi van den Berghe, le vieux. Cette pièce 
commence par les recommandations ordinaires à la misé- 

(i) Une vue de cette chapelle très bien gravée à l'eau-forte par 
Jacques Nceffs, orne l'opuscule intitulé : De glorieuse gedachtenlise van 
den H. Joseph.... met den ivonderen viirakuleusen hystandt denwelchn Iry 
hethootit in sync Capelle lot Onse Lieve Vrouwe Dael, genaemt Façons 
binnen Antwerpen. Bycenvergadert ende heschreven door N. O.,... — 
Antwerpen, 1662. On y trouve en outre, une gravure de mérite, 
exécutée par Gérard Mens, d'après Philippe Fruytiers, et représen- 
tant S' Joseph porté au ciel par un groupe de trois anges et cou- 
ronné par l'Enfant Jésus. 



— 59 — 

ricorde de Dieu et aux prières de la très sainte Vierge 
et Mère de Dieu Marie et de toute la cour céleste. L'ar- 
tiste déclare ensuite vouloir être enterré en terre bénite, 
mais ne fait pas élection de sépulture. Il institue comme 
héritiers de ses biens patrimoniaux mobiliers et immo- 
biliers, ses quatre plus jeunes frères, Jean (Hans), Guil- 
laume, Roger et Herman, et sa sœur Claire, à charge 
de donner à chacun de ses autres frères et sœurs une 
rixdale et un florin d'or. Il devait être entendu que si 
quelqu'un des plus jeunes frères ou Claire Boeckhorst 
venait à embrasser l'état ecclésiastique ou à entrer en 
religion, il serait exclu des biens patrimoniaux du testa- 
teur et devrait aussi se contenter d'une rixdale et d'un 
florin d'or. Sa part accroîtrait à ceux de ses frères et à 
sa sœur qui seraient restés dans le monde. Il résulte de 
cette partie du testament, que la famille des parents du 
maître était nombreuse et que plusieurs de leurs enfants 
s'étaient faits ecclésiastiques ou religieux. 

Le document se termine par un legs en faveur de 
Clémence (Mensia) Montoy, jeune fille célibataire, de- 
meurant à Anvers, à laquelle Boeckhorst charge ses 
héritiers patrimoniaux de payer cent cinquante rixda- 
1ers (i). 

L'artiste fit le 31 octobre 1654 un second testament, 
qui fut reçu par le notaire Jean-Baptiste Colyns. Le maî- 
tre y dispose d'abord des biens patrimoniaux et autres 
qui lui appartenaient en Westphalie et dans le pa3^s de 
Clèves. Il les lègue à ses frères et sœurs (2) qui sont 

(i) Protocoles du notaire Barthélemi van den Berghe, le vieux, aux 
archives de la ville d'Anvers, registre de 1639, P* cccxcj. 

(2) Sic. Le testateur entend parler ici sans doute de sa sœur 
Claire. 



— 6o — 

restés dans le monde ou, par représentation, à leurs 
enfants ou petits-enfants qui se trouvent dans le même 
cas, voulant que le partage se fasse à portions égales, 
par souches, et non par têtes. Il exclue de sa succession 
tous ceux qui, avant sa mort ou avant la pleine exécution 
de son testament, viendraient à embrasser quelque état 
ecclésiastique que ce fût. 

L'exécuteur de cette partie de ses dispositions de der- 
nière volonté devait être le plus âgé de ses frères qui 
seraient restés dans le monde, et qui jouirait du chef de 
cette administration, d'une portion double. 

Boeckhorst possédait à Munster des meubles qui se 
rapportaient à son art, tels que tableaux, gravures, des- 
sins, livres, etc., ce qui prouve que le peintre résidait 
parfois dans cette ville. Il ordonna que tous ces objets 
seraient transportés à Anvers et qu'ils y seraient vendus 
au plus offrant, en même temps que ses tableaux et 
œuvres d'art qu'il posséderait dans cette dernière ville, 
et sa garde-robe. 

Il ordonna que les deniers qui proviendraient de cette 
vente, l'argent comptant qu'il délaisserait et celui qui 
rentrerait, par suite de remboursements d'obligations ou 
de rentes, seraient placés à Anvers sur bonnes hypo- 
thèques. Il voulut que le revenu de ces sommes et de ces 
obligations et rentes serait touché par les sœurs Clé- 
mence (Mensia), Marie et Pétronille Montoia ou Mon- 
toy, leur vie durant et tant qu'une d'elle existerait. Nous 
supposons que ces personnes prenaient soin du ménage 
de l'artiste. 

Après leur mort, la pleine propriété de ces biens re- 
viendrait aux frères et sœurs laïques du testateur et à 
leurs représentants. Entretemps l'administration de ces 



— 6i — 

revenus étviit confiée, en tant que de besoin, à Clémence 
Montoy, après la mort de laquelle les deux sœurs survi- 
vantes pourraient s'accorder à cet égard comme elles 
l'entendraient, 

Boeckhorst légua, en toute propriété, à Clémence 
Montoy ses meubles et son linge ; à son défaut, cette 
disposition devait profiter à ses sœurs Marie et Pétro- 
nille. 

L'artiste nomma exécuteur testamentaire des disposi- 
tions qu'il avait prises, quant à ses œuvres d'art, à son 
argent comptant et à ses rentes, le signor Sébastien 
Leerse, marchand à Anvers, avec pouvoir de substitu- 
tion. Il ordonna à ses héritiers de lui obéir ou à son 
remplaçant, sans la moindre contradiction. Il légua à 
son exécuteur, en récompense de ses peines, un portrait 
de femme {een vrouwentroniè) d'Antoine van Dyck, qu'il 
avait marqué de son cachet comme devant servir à cette 
disposition (i). 

Que Boeckhorst, voulant retenir ses biens dans sa fa- 
mille, ait exclu de sa succession ses frères et sœurs qui 
avaient embrassé l'état religieux, on le comprend. Mais 
qu'il- ait étendu cette exclusion à ceux de ses frères qui, 
restés dans le monde, auraient reçu la prêtrise, cela ne 
se conçoit guère, à moins qu'il n'ait craint qu'après leur 
mort, une partie de leurs biens passerait à leurs frères 
et sœurs religieux, et, par suite, aux couvents de ceux- 
ci. Connaissant, du reste, la position de fortune des 
siens, il a pu juger que ses frères ecclésiastiques pou- 



(i) Protocolles du notaire Jean-Baptiste Colyns, aux archives 
communales d'Anvers, année 1654, p. 372. 



— 62 — 

valent vivre honorablement, selon- leur état, sans avoir 
besoin de sa succession. 

Quoi qu'il en soit, les testaments du maître prouvent 
clairement comment Descamps était mal informé, lors- 
qu'il écrivait que Boeckhorst « pendant toute sa vie 
» n'avait porté d'autre habit que celui d'abbé (2) ». 

Le 6 août 1659 était décédée Marie Snyders, maîtresse 
de l'infirmerie du Béguinage d'Anvers, et sœur de Fran- 
çois Snyders, le célèbre peintre d'animaux, et du graveur 
de mérite Michel Snyders (3). Elle fut enterrée dans 
l'égUse du Béguinage, et son souvenir y fut perpétué 
par une inscription et un triptyque de notre maître, 
placés au chœur. Ce triptyque représente la Résurrection ^ 
sujet central, V Annonciation^ volet de droite, et VtAscen- 
sion, volet de gauche. L'ordonnance de ces tableaux 
est conçue de la manière suivante. Au miheu du prin- 
cipal, le Sauveur tenant la croix et le drapeau du triom- 
phe, s'élance de son tombeau, dont la pierre est retournée. 
A gauche, trois gardes saisis d'épouvante, dont un 
s'enfuit. Un chien accourt près de ce groupe. A droite, 
un quatrième soldat. 

A l'Annonciation, l'ange Gabriel, portant une branche 
de lis, est agenouillé devant la Sainte Vierge, qui se tient 
également à genoux sur un prie-Dieu. Marie fait enten- 
dre cette réponse au messager divin : « Voici la servante du 
» Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole. » Dans le 



(2) La vie des peintres flamands, allemands et hollandais. — Paris, 
M.D.CC.L.IV, T. II, p. 172. 

(3) Elle avait été tenue sur les fonts baptismaux de la cathédrale le 
ï6 mars i;88, par Léonard Goossens et Marie van der Vorst. Marie 
Snyders était fille de Jean et de Marie Ghysbrechts (et non Plactsen) 
qui s'étaient mariés à S^e Walburgc, le 8 janvier 1376. 






- 63 - 

ciel, le S* Esprit plane sur la mère du Verbe incarné. 

Au volet de gauche, le Sauveur, dont on ne voit plus 
que les jambes et la tunique, monte au ciel. Plus bas 
sont représentés les deux anges, l'un et l'autre assis sur 
un nuage. Ils adressent aux apôtres dont les yeux sont 
dirigés en haut, ces paroles : « Hommes de Galilée, pour- 
» quoi restez-vous regarder le ciel ? Ce Jésus qui vient 
» d'être enlevé d'au milieu de vous, pour y monter, en 
» reviendra un jour comme vous l'y avez vu aller. » 

Ces tableaux se distinguent par la beauté de la com- 
position et du dessin, l'éclat et la vigueur du coloris. 
Ce sont de véritables chefs-d'œuvre, que Descamps a 
jugés, avec raison, être dignes d'Antoine van Dyck (i). 

L'inscription suivante se lisait autrefois au-dessous de 
ce tryptique": 

Sépulture van Jffrou Maria Snyders 
IN haren tyde Meesteresse van de Infirmerey 

OUT SYNDE 71 IAREN 

STERF DEN 6 AuGUSTUS ANNO 1659. 

BiDT VOOR DE SIELEN (2). 

La plaque de bois qui contenait ce souvenir pieux a 
disparu, lors de la tourmente révolutionnaire de la fin 
du siècle dernier, qui visita, pour la dévaster, l'église du 



(i) Op. cil., T. II, p. 173. 

(2) Sépulture de mademoiselle Marie Snyders, de son vivant Maî- 
tresse de l'infirmerie. Elle mourut âgée de 71 ans, le 6 août 1659, 
Priez pour l'âme. 

Marie Snyders fut enterrée dans la grande nef de l'église du Bé- 
guinage. L'inscription de sa pierre sépulcrale est à peu près semblable 
à la précédente. — Inscriptions funéraires et monumentales de la pro- 
vince d'Anvers, T. V, pp. 426 et 459. 



-64- 

Béguinage. Il serait à désirer que l'inscription fut réta- 
blie. 

Vers 1660, François Hillcwerve, chanoine du chapitre de 
la cathédrale d'Anvers, avait acheté de Pierre Meulewels, 
le jeune, un Sauveur et les dou:(e apôtres, vendus comme 
des originaux d'Antoine van Dyck. Un procès s'était 
élevé à cet égard, et le témoignage de Jean Boeckhorst 
y fut invoqué. L'artiste déclara, le 23 novembre 1660, 
que les tableaux en question n'étaient pas des originaux 
d'Antoine van Dyck, mais bien des copies retouchées par 
le maître, qui avait appliqué beaucoup de retouches à 
quelques-unes de ces peintures et très peu à d'autres(i). 

Boeckhorst habitait, à cette époque, le Hopland, et se 
dit âgé de 50 ans, tandis qu'il en avait réellement 55. 

La réputation de notre maître était grande. Ainsi avant 
et après la conclusion du marché, l'excellent peintre 
Jean Brueghel, le jeune, fils de Jean Brueghel, de Ve- 
lours, conseilla-t-il au chanoine Hillewerve de faire 
retoucher par Boeckhorst ou Théodore van Tulden, un 
des plus brillants élèves de Rubens, trois de ses tableaux 
qui étaient inférieurs aux autres (2). 

La dette mortuaire de Jean Boeckhorst figure comme 
payée dans le compte de la gilde de S* Luc, du 18 sep- 
tembre 1667 au 18 du. même mois de l'année sui- 
vante (3). D'après une découverte de feu notre aïeul 



(i) Boeckhorst n'admettait donc comme originaux que les tableaux 
entièrement peints par un maître et non les copies exécutées par ses 
élèves et auxquelles l'artiste avait porté la dernière main. 

(2) L. Galesloot. Un procès pour une vente de tableaux attribués 
à Antoine van Dyck, Aniiales de l'Académie d'archéologie de Belgique, 
2e série, T. IV, pp. 581 et 600. 

(3) Liggeren cités., T. II, p. 381. 



i, 



- 65 - 

par alliance, M. Jean-Baptiste van der Straelen, l'artiste 
décéda le 2i avril 1668, et habitait encore, à cette 
époque, le Hopland. Il fut inhumé dans l'église S' Jacques. 
Cette découverte est d'autant plus importante que l'année 
1668 présente une lacune dans les registres d'enterre- 
ments de cette paroisse qui sont conservés à l'hôtel de 
ville d'Anvers. 

Boeckhorst mourut célibataire. 

La révolution française nous fit perdre plusieurs beaux 
tableaux de notre maître. Deux ornaient l'église des 
Carmes déchaussés et représentaient, l'un, la Fuile en 
Egypte, dans un paysage que Descamps indique comme 
peint par Pierre de Witte, le jeune. Le second avait 
pour sujet une ^Apparition du prophète Elie à 5"'^ Thérèse. 
Un portrait du cardinal infant Ferdinand, conservé à 
l'hôtel de ville, disparut également à cette époque. 

Malgré ces pertes regrettables, la ville d'Anvers pos- 
sède encore, outre le triptyque de l'église du Béguinage, 
un certain nombre de compositions de Jean Boeckhorst. 
Quatre d'entre elles sont exposées publiquement. L'une, 
après avoir décoré l'autel de la Sainte Croix dans 
l'église aujourd'hui démolie des Bogards, orne actuelle- 
ment celle de S' Augustin, ancienne propriété des reli- 
gieux ermites établis sous l'invocation de l'illustre 
évêque d'Hippone. Cette œuvre d'art a pour sujet 
vS""" Hélène tenant la vraie croix. A l'avant-plan, la sainte 
debout, la couronne en tête, richement parée et revêtue 
du manteau impérial, tient l'instrument de notre salut; 
elle contemple le ciel, dans lequel apparaissent deux 
anges. Dans la partie inférieure du tableau est représen- 
tée, en petites figures, V invention de la 5""^ Croix. La 

5 



(>^ 



composition, l'expression, le dessin et le coloris de cette 
peinture sont de toute beauté. 

Le second tableau enlevé autrefois à l'abbaye de S' 
Bernard sur l'Escaut, orne actuellement le musée d'Anvers. 

Le Couronnement de la S^' Vierge y est figuré de la 
manière suivante. Au centre, la S'" Vierge est agenouil- 
lée sur le croissant de la lune. A gauche, Dieu le Père 
assis, le sceptre à la main, considère Marie. A droite, le 
Sauveur debout tient d'une main la couronne, et, dans 
le bras gauche, sa croix, autour de laquelle voltigent 
deux anges. Le S' Esprit plane dans le ciel entre les 
deux personnes divines. Près de la S''^ Vierge sont 
représentées quelques têtes d'anges, et, plus bas, un 
esprit céleste de grandeur naturelle et dix autres, sous 
la figure d'enfants ailés. Quelques-uns de ceux-ci tiennent 
les emblèmes suivants de Marie : le miroir de justice, la 
rose mystique, l'étoile du matin, le lis entre les épines. 
L'artiste a figuré Dieu le Père moins vieux que d'habi- 
tude, et le caractère divin de Dieu le Fils n'est guère 
prononcé. Par contre, la S'^ Vierge est admirable d'ex- 
pression et de pose, et les anges de toute beauté rappel- 
lent ceux d'Antoine van Dyck. Aussi le célèbre peintre 
Guillaume-Jacques Herreyns, directeur de l'académie 
d'Anvers, faisait-il avec raison le plus grand cas de ce 
tableau. 11 est de dimensions considérables et mesure 3 
mètres 84 centimètres en hauteur sur 2 mètres 29 centi- 
mètres en largeur. 

Un autre Couronnement de la S^^ Vierge, peint dans 
de médiocres proportions, orne le local qui sert de dépôt 
de chaises à la chapelle de Notre-Dame du refuge, au 
marché aux Souliers. 

Marie y est agenouillée sur un nuage. A côté d'elle 



- 67 - 

est représenté Dieu le Père, en habits pontificaux, tenant 
de la gauche le globe terrestre. Il tend de la droite une 
couronne de laurier au-dessus de la tête de la Mère du 
Sauveur; Jésus debout s'apprête avec lui à la déposer 
sur son front. Le S^ Esprit planant dans la partie supé- 
rieure du tableau, associe toute la Sainte Trinité à l'hon- 
neur rendu à Marie. Trois ravissants petits anges ornent 
la partie inférieure de la composition : d'autres sont 
représentés en divers endroits. 

Les mains des figures de cette remarquable peinture 
sont très-bien peintes. Il est à regretter qu'elle se trouve 
dans un état délabré et dépourvue de cadre. 

Un tableau de Jean Boeckhorst représentant la Sainte 
Trinité orne l'autel Je la chapelle de la maison des 
orphelins (Knechtjcslniis). A gauche. Dieu le Père assis 
sur des nuages, abaisse d'un geste de commandement 
son sceptre vers la terre, dont on aperçoit le globe, et 
semble prononcer ces paroles, à l'adresse de Dieu le 
Fils : « Asseyez-vous à ma droite, jusqu'à ce c[ue j'aie ré- 
» duit vos ennemis à vous servir de marche-pied. » Jésus 
revêtu en partie d'une draperie rouge, et tenant la croix 
dans le bras gauche, est assis à la droite de la divine 
Majesté. Le S^ Esprit apparaît au milieu d'une gloire, 
entre le Père et le Fils. Trois anges des plus gracieux 
portent le nuage sur lequel ils sont assis. 

Le ciel sert de fond à ce tableau, dont la couleur est 
vigoureuse, et qui se distingue par le mérite de l'expres- 
sion et du dessin. 

La Fondation du chanoine Chrétien Terninck (Terninch- 
schc school) ne possède pas moins de quatre tableaux 
originaux de Jean Boeckhorst et une copie de Rubens, de 
sa main ; trois de ces compositions représentent les vertus 



— 68 — 

théohwaJes. La Foi, dont la tête est entourée d'une 
auréole, est vêtue de blanc. Sa main droite repose sur 
un livre : sa main gauche tient la croix qui est plantée 
sur le globe terrestre, autour duquel s'enlace le serpent 
dont la gueule est retournée. Une colonne représentant 
la Force orne cette peinture magistrale qui se détache 
sur un ciel bleu. 

L'Espérance vêtue de vert, est assise sur un fragment 
de navire, les regards au ciel et les mains jointes, dans 
l'attitude d'une suppliante. Près du navire se trouve une 
ancre. Le fond de ce tableau est un ciel hleu aux nuages 
ensoleillés, couverts de brume. La Charité vêtue d'une 
robe de couleur rouge et bleuâtre, qui se détache sur 
un habillement de dessous blanc, est assise devant une 
muraille, sur un socle. Sa main droite repose sur son 
genou, la gauche touche un enfant qui se dirige vers 
elle. A sa gauche se trouve un second enfant qui lève 
les mains au ciel et se dirige vers elle, portant un cœur 
enflammé. Un troisième enfant qui regarde malicieuse- 
ment le spectateur, s'appuie du bras droit sur le socle. 

Ces trois tableaux sont des chefs-d'œuvre. 

Une quatrième composition ne mérite pas moins cette 
qualification. Elle a pour sujet la Reine de Saha dans le 
palais de Salomon. Cette souveraine est représentée 
comme une Mauresque, vêtue d'un habit de satin blanc 
et chaussée de souliers de même couleur, liés avec des 
nœuds rouges. Elle se dirige avec empressement vers le 
trône de Salomon, Deux belles jeunes femmes, dont le 
teint n'a rien de noir, relèvent la queue de sa robe. On 
remarque à côté d'elles, un Maure habillé tenant un per- 
roquet sur la main droite, et de la gauche, un parasol 
qu'il élève au-dessus des deux suivantes. Devant lui se 



- 69 - 

trouve une jeune femme vêtue de vert et qui tient un 
plat couvert de fleurs. A gauche, un serviteur, le dos 
et les bras nus, se penche vers un beau vase d'argent. 
Près de là sont figurées trois personnes de la suite, dont 
on n'aperçoit guère que la tête. A droite Salomon debout 
sur son trône, couronné et couvert d'habillements magni- 
fiques, s'incline vers la reine; un page relève son man- 
teau. Deux lions sculptés ornent le trône, à la gauche 
duquel est rangée la garde du roi et dont les degrés sont 
couverts de précieux tapis qui se terminent à l'entrée du 
palais. A l'avant-plan de droite se tient un lévrier. Deux 
plats et un vase d'or sont étalés près de là. Fond : le 
ciel et quelques colonnes auxquelles est attachée une 
draperie rouge qui domine le trône. 

La copie peinte par Jean Boeckhorst, d'après Pierre- 
Paul Rubens, a pour sujet le Jugement de Salomon. Le 
monarque assis sur son trône, dans une attitude de 
commandement, ordonne à un soldat qui tient par la 
jambe l'enfant vivant, de le couper en deux parts. 

La véritable mère se récrie, tandis que la fausse pré- 
tend recevoir sa moitié. L'enfant mort gît à l'avant-plan. 
Quielques courtisans se tiennent à côté du trône. Une 
vieille femme est figurée près de la mère supposée. La 
scène se passe dans un bâtiment orné de colonnes. 

Cette copie est excellemment exécutée. 

Nous nous bornons à cette description des tableaux 
du maître que possède la ville d'Anvers. Plusieurs autres 
ornent des églises de Flandre, les galeries du Belvé- 
dère (i) et de Lichtenstein à Vienne, ainsi que celle 
de Sleissheim. 

(i) Le Catalogue de M. Albert KrafFt (édition de 1853), appelle le 
maître Rémi Langjaii et le fait mourir en 1670, (p. 66, n" 10). 



70 



Les compositions que nous avons passées en revue 
appartiennent à l'histoire sacrée et à. l'allégorie. Boeck- 
horst, comme nous l'avons dit, peignit aussi l'histoire 
profane, le portrait, et même les animaux. Nous pouvons 
ajouter la mythologie. 

Diego Duarte d'Anvers possédait à Amsterdam, en 
1682, l'effigie d'une femme tenant un miroir : elle était 
peinte par Pierre-Paul Rubens, mais notre artiste en avait 
exécuté le corps et la main. Il en avait fait de même à 
un portrait du bourgmestre Nicolas Rockox, également 
commencé par Rubens et qui appartenait au même pro- 
priétaire. Celui-ci possédait l'épisode de Clélie à cheval, 
entièrement peint par Jean van Boeckhorst et qui avait 
coûté 30a florins (i). 

Nous voyons mentionnés, entre autres, dans les cata- 
logues de Gérard Hoet, les Sept Péchés capitaux, qui 
furent vendus 80 florins, à Amsterdam, le 13 mai 17 16, 
chez Jean van Benningen. Une Vanité, accompagnée de 
cinq génies nus, adjugée à 20 florins, à la Haye, le 21 
juillet 1734, lors de la vente de la collection de Conrad 
baron Droste. Une Vénus endormie et un satyre : ce 
tableau fut acquis moyennant 100 florins, à Amsterdam, 
le 31 octobre 1739 (2). 

Une toile représentant trois petits chevaux peints par 
notre maître fut vendue 10 florins, à Anvers, le 19 août 
1749, à la mortuaire d'Anne-Thérèse van Haelen (3). 

Les catalogues publiés par Pierre Terwesten signalent, 

(i) Frederik Muller. Cataïogus der schilderijen van Diego Duarte, 
te Amsterdam in 16S2, met de prij\en van aanhoop en taxatie. Onde 
Tijd, iSyo, n°^ 55, 56, 118. 

(2) Op. cit., T. I, p. 202, 11° 48; p. 423, no 7; p. 611, no 47. 

(3) Op. cit., T. II, p. 259, no 53. 



71 — 



entre autres, un portrait de femme, exécuté par Bocck- 
horst et vendu 22 florins de change, le 19 septembre 
1746, à la mortuaire de Gérard Vervoort, à Bruxelles. 
Un autre portrait, sans désignation de sexe, rapporta 21 
florins 6 sous argent courant de Flandre, à la mortuaire 
de M. Gaspard d'Heyne, seigneur de Leeuwerghem, 
Elene, etc.^ dont les tableaux flirent vendus à Gand, le 
26 octobre 1761 (i). 

Le peintre Pierre Sn3'ers possédait une esquisse en 
couleur de Boeckhorst, figurant un paon et une biche. 
Elle forma le numéro 180 du catalogue de ses tableaux, 
qui furent vendus à Anvers, le 22 août 1752 et jours 
suivants. 

D'après Jacques van der Sanden, secrétaire de l'an- 
cienne académie d'Anvers, Boeckhorst aurait exécuté des 
patrons de tapisserie, pour un membre de la famille de 
Wael, de notre ville (2). 

Sources : Registres des paroisses d'Anvers. — Archives de la gikic 
de St Luc. — Note de M. J.-B. van der Straelen. — Notes de 
Jacques van der Sanden. — Archives de la ville d'Anvers. 



(i) Op. cit., T. III, p. 46, no 56 et p. 244, n» 94. 
(2) Cette notice est datée du 22 juillet 1875. 



QuiRIX BOEL, LE VIEUX 

(en flamand Corijn ou Quirijn BOEL, de oude) 
(1589-1633) (i). 



A,,|i^orsquc le célèbre Alexandre Farnèse, duc de 
^ Parme, eut entrepris, au mois de juillet 1584, les 
^premiers travaux du siège d'Anvers, plusieurs 
habitants de cette ville s'empressèrent de la quitter et de 
chercher un refuge ailleurs. C'est ce qui résulte d'une 
ordonnance du magistrat, en date du 17 juillet de cette 
année-là. 

Une proclamation du 29 décembre suivant mentionne 
parmi les personnes qui avaient pris ce parti, Quirin 
Boel, que la Providence destinait à être la souche d'une 
famille d'artistes célèbres. Après avoir été rappelé en 
vain dans nos murs, à deux reprises différentes sous la 
menace de pénaHtés très-sévères, il était encore absent 
à la date du 28 janvier 1585, époque d'une troisième 



(i) Voici le sommaire de nos notices sur la famille (Fartistes Bocl : 

Quirin T3oel, le vieux, (1589-1633). — Jean 'Boel, (i 592-1640). — 

Quirin Boel, le jeune, (1620-166.?). — Pierre Boel, (1622-1674). — 

Jean-'Baptiste 'Boel, (i6so7-i688-i6^). — 'Baltlmsar-Luc Boel, (165 1- 

1702-1703). 

Nous rectifions, dans ces biographies, plusieurs erreurs graves que 
nous avons commises, dans le Catalogue du musée d'envers, édition 
de 1857, ^"' *^^"s le Supplément à cet ouvrage, publié en 1863. 



— 73 — 

proclamation (i). Il ne retourna probablement à An- 
vers qu'après la reddition de cette ville, qui eut lieu 
au mois d'août suivant. C'est vers ce temps-là qu'il 
épousa Marie Pelgrom, issue d'une très honorable 
famille anversoise. Elle lui donna six enfants, qui furent 
tous baptisés dans notre cathédrale : 

1° Catherine, le i8 janvier 1587 ; elle eut pour par- 
rain Henri Pelgrom, qui ligure, en 1577, ^^^ ^^ tableau 
du corps distingué des aumôniers de notre ville (2), 
pour marraine, Marguerite Petitpas. 

2° Q.uirin, le 17 avril 1589 ; parrain, Jean Speec- 
kaert, marraine, Catherine Pelgrom. Il pratiqua avec 
succès la gravure au burin. Quoique son père portât le 
môme prénom, nous avons appelé notre artiste Quirin 
Boel, le vieux, pour le distinguer de son neveu Q.uirin, 
le jeune, qui fut un graveur au burin et à l'eau-forte de 
beaucoup de mérite. 

3° Henri, le 30 juillet 1590, tenu par François Pel- 
grom et Catherine Segers. D'après un acte reçu le 3 
novembre 1623, par les échevins d'Anvers Alexandre 
van der Goes et Henri de Clerck, il se trouvait, en 
1622, à Coïmbre, en Portugal, et son père était décédé, 
lors de la passation des lettres scabinales (3). 

4° Jean, le 5 juillet 1592; parrain Jacques Vervloet, 



(i) P. Génard. a HhverpschArchievenhlad, t. IY,\^\). 158, 202-204. 

(2) Diy-bonderd-zyftig jaerig jubilé der beriigte instelUnge van den 
dienst der agtbaere Heeren ^elmoessenieren der stad lAnhuerpen, gevierd 
deit vyfden van IVinter-iiiaend mdcccviii, bl. 58. 

Henri Pelgrom mourut le 19 août 1587 et fut enterré dans l'église 
des Récollets. — Inscriptions funéraires et monumentales de la province, 
d'^invers. .Anvers, T. VI, p. 197. 

(3) Protocoles scabinaux d'Anvers, sub Kinipe, 1623, p. 315. 



— 74 — 

marraine Claire Pclgrom, représentée par Christine Pel- 
grom. Il fut un graveur de mérite. 

5° Basilie, le 6 décembre 1594, 

et 6° Adrienne, le 12 décembre 1596. Nous cro3-ons 
inutile d'indiquer leurs répondants de baptême, parmi 
lesquels on compte deux Pelgrom. 

Nous connaissons maintenant les parents, les frères 
et les sœurs du graveur Q.uirin Boel, le vieux. Il se 
fiança, le 27 décembre 1616, avec Elisabeth de Cuyper, 
qu'il épousa, le 15 janvier suivant, dans l'église de S" 
Walburge, à Anvers, en présence de Quirin Boel, son 
père, et de Jean de Cuyper. L'artiste habitait à cette 
époque la paroisse de Notre-Dame. 

Il eut d'Elisabeth de Cuyper quatre enfants, qui furent 
tous baptisés dans la cathédrale, quartier nord. 1° Marie, 
le 10 octobre 161 j ; parrain, Jean de Cuyper, marraine, 
Marie Pelgrom, femme ou veuve de Quirin Boel, aïeule 
de l'enfant; 2° Elisabeth, le 7 novembre 1619. Elle fit 
profession au Béguinage d'Anvers, en 1637, et mourut 
le 13 novembre 1670 (i). 3° Jean, le 16 mai 1622, et 
4° un second Jean, le 15 novembre 1623. Nous avons 
cru inutile d'indiquer les parrains et les marraines de 
ces enfants ; ils appartiennent en majorité aux familles 
Pelgrom et de Cuyper. 

Quirin Boel, le vieux, n'est inscrit dans les registres 
de la gilde de S' Luc d'Anvers, ni en qualité d'apprenti, 
ni en celle de franc-maître. Michel Bryan qui, a la suite 
de Huber et Rost(2), a changé à tort le prénom de notre 

(i; Inscriptions funéraires et monumentales, de la province d'iAjivers. 
i^4nvers, T. V, pp. 441 01486. 

(2; M. Huber et C.-C.-H. Rost. Manuel des curieux et des amateurs 
de l'art, Zurich, 1801, T. V, p. 244. 



— 75 — 

graveur, comme nous le verrons à l'instant, le croyait, 
comme les auteurs cités, élève des Sadelcr, opinion qui 
a été depuis généralement admise, sans examen. 

M. Jean-Théodore-Joseph Linnig, artiste-peintre et 
graveur, à Anvers, excellent connaisseur d'estampes, a 
comparé avec nous les œuvres de notre Boel avec celles 
d'yVdricn Collacrt, et de cette comparaison est née pour 
nous deux la certitude que celui-ci fut le maître de notre 
Quirin. 

Bryan a donné à notre Boel, et d'après Huber et 
Rost, le prénom de Corneille, parce qu'une planche 
représentant h Jugement dernier, serait signée : Cornélius 
Boel fecit. Nous ignorons si l'auteur anglais a vu l'œuvre 
dont il parle. Mais si son assertion est fondée, nous 
n'hésitons pas à dire qu'elle est le résultat d'une erreur 
commise par le graveur des lettres de l'estampe en question . 
En eifet, toutes les autres productions de notre maître 
sont invariablement marquées C. Boel. Nous savons que 
cette lettre est la première du prénom Corijn, (en fran- 
çais duirin,) aussi bien que de Conu'lis, (en français 
Corneille). Mais de Bie, le plus ancien auteur qui ait 
parlé, à notre connaissance, de notre Boel, le désigne 
comme O. Boel, à la page 42 de son Gulden cabinet van 
de edel vry schilderconst . Or, ce est bien l'initiale du 
prénom Qnirijn, qui répond à Corijn, et il s'agit bien, à 
l'endroit cité, de l'artiste qui a gravé d'après Otho 
V^nius, et qui est celui dont nous nous occupons (i). 

(i) MiCHAEL Bryan. ^ blo^raphicaî and crilical diclionary of paiii- 
ters and eiigravers. London, 1816, T. I, p. 142. Dans l'article consacre 
à notre Boel, il n'a fait guère que copier Huber et Rost. 

(i) Elle figure dans l'ouvrage cité, immédiatement avant la pre- 
mière planche. 



- 76 - 

Nous ajouterons que nous avons recherché dans les 
anciens registres des baptêmes et des mariages des pa- 
roisses d'Anvers, tous les Boel qui s'y trouvent men- 
tionnés, et que nous n'y avons pas découvert un seul 
Corneille, dans tout le cours du XVP siècle. Il est certain 
néanmoins qu'il a existé, à cette époque, un Corneille 
Boel, et que celui-ci a eu même des relations avec 
Otho Va^nius. En effet, les Amorvin enibkinata, publiés 
à Anvers, en 1608, par ce maître, renferment une pièce 
de vers flamands, qui lui est adressée et qui porte la 
signature Cornelis Boel (i). Elle est imprimée immédia- 
tement après la série des poésies latines qui furent 
offertes, à cette occasion, à Otho Vxniius, par Hugo 
Grotius, Daniel Heinsius, Max. Vrientius et Pliil. Rube- 
nius, ou Rubens, le frère du grand Pierre-Paul. Sauf le 
dernier, tous ces auteurs étaient étrangers à notre ville. 
En était-il de même de ce Corneille Boel ? C'est ce que 
n'ont pu nous apprendre nos recherches. 

Qiioi qu'il en soit, nous retournons à notre Quirin 
Boel. Il débuta dans la carrière artistique par un coup 
de maître. Otho Vasnius lui avait confié, en effet, la 
gravure des emblèmes que, dans sa jeunesse, il avait 
composés sur l'amour (i). Cet ouvrage parut à Anvers, 
en 1608, sous le titre : Aniorvin emblemata, figvris aneis 
incisa stvdio Othonis VcenI Batavo-Lvcrdvnensis . — Ant- 
verpice, venaliaapvd Avctoixm. ProUant apvd Hieronymvm 
Verdvssen. M.DC.IIX. L'approbation du savant Laurent 
Beyerlinck, licencié en théologie, chanoine de la cathé- 



(i) Cette dernière particularité résulte de la dédicace de Vœiiius à 
Guillaume de Bavière ou van Bcyeren (Bavarus) seigneur de Holinc- 
hoven, chevalier. Elle figure en tête des ^iiiorvui cviblinruila. 



f 



— 11 — 

drale d'Anvers et censeur des livres, est datée du 3 
des calendes de décembre 1607, date qui correspond au 
29 novembre. Il y est fait mention des planches sur cui- 
vre qui ornent le volume. Celles-ci sont au nombre de 
I25_, y compris la gravure intitulée : Tro/; quanta potentiel 
regni est Venus aima tvi, qui se trouve en face du petit 
poème flamand et français, intitulé : Cupido tôt de leught, 
Cupidon à la leunesse. Hubcr et Rost, parlant, en général, 
des œuvres de Quirin Boel, le vieux, disent qu'elles ne 
sont pas dénuées de mérite. Nous préférons à cet éloge 
assez maigre, l'appréciation de Bryan. Cet auteur loue 
la transparence et l'élégance de la manière du maître et 
lui reconnaît un mérite considérable. En effet, les es- 
tampes des Amorvm emhleniata, que nous avons sous les 
yeux, et dont celle de la page i est signée C.Boel fecit (i)^ 
sont pleines de vie et de mouvement, et exécutées d'une 
pointe légère et spirituelle. Et nous n'avons pas de 
moindres éloges à donner aux autres productions de 
l'artiste qu'il nous a été permis d'examiner. 

Q.uirin Boel avait 19 ans, à l'époque où son début 
fut mis au jour; il en avait 18 seulement, lorsqu'il 
grava les planches, la plupart de forme ovale, des 
KAmoiunt eniblemata, .ainsi que le prouve l'approbation 
de cet ouvrage. Il fut donc un artiste précoce, 



(i) Feu M. P. Visschers, curé de S' André, à Anvers, dit qu'elle 
est signée Corneille "Boel, et ajoute en note des détails relatifs à la 
prétendue réception de celui-ci en qualité d'apprenti et de franc- 
maître de la gilde anversoise de S^^ Luc. Mais ces assertions insérées 

à la page 35 de son ouvrage intitulé : lets over Jacob Jongbeliuck 

Oclavio van Veen en de gebroeders CoUyns de '\SLole', door T. Vis- 
schers, priester, sont entièrement erronées. 



- 78- 

phénomène assez peu rare dans notre ancienne école (i). 

L'ouvrage dont nous venons de parler est appelé par 
Huber et Rost, les Fables d'Olto Venins^ et serait écrit, 
d'après ces auteurs, en vers latins, anglais et italiens. 
La vérité est qu'il est rédigé tantôt en vers tantôt en 
prose latins, et que les autres poésies le sont en flamand 
et en français. 

Feu M. Visschers a écrit (2) que notre Boel et Gisbert 
van Veen, frère d''Otho Vasnius, ont enrichi de 103 
gravures à l'cau-forte, une édition des emblèmes d'Ho- 
race, qui aurait paru à Anvers^ chez Jérôme Verdussen. 
Nous avons sous les yeux ce livre qui porte le titre 
suivant : O. Horati Flacci emblemata. ImaginibiiSj in ces 
incisis, notisq. illustrât a, studio Ot bonis FanI 'Batavo Lug- 
dimensis. — Aniverpice, ex officina Hieronymi Verdussen, 
^iictoris are & cura. M.DC.VIL Quirin Boej, le vieux, 
qui n'a jamais, que nous sachions, gravé à l'eau-fortc, 
resta, aussi bien que Gisbert van Veen, étranger à cet 
ouvrage, dont il parut une deuxième édition à Anvers, 
en 1612, chez Philippe Lisaert (3). Les planches non- 
signées sont l'œuvre du célèbre Corneille Galle, le 
vieux. Elles sont, du reste, au nombre de 103, non 
compris le portrait en médaillon d'Horace, qui orne le 
titre et qui fut gravé par le même maître. 



(i) Les Amorvm emblemata furent imprimés en un volume in-40 
oblong, chez Henri Swingen, franc-maître de la gilde de S» Luc, à 
Anvers, en 1587-1 588. — Ph. Rombouts et Th. Van Lerius, avocat : 
Les Liggeren et attires archives historiques de la gilde aiiversoise de S^ Litc, 
T. I, p. 320. 

(2) Op. cit., p. 36. 

(5) Elle fut imprimée par David Mertens, franc-maître de notre 
gilde de S' Luc, en 1608-1609. Liggercn cités, T. I, p. 447. 



— 79 — 

M. Visschers attribue encore à Quirin Bocl, le vieux, 
et à Gisbert van Veen, les planches à. l'eau-forte, dont 
ils auraient enrichi un autre ouvrasie d'Otho Va^nius, 
intitulé : Conclnsioms thcologiccc et physicce de primariis Fidei 
capitibus, atqiie iuprimis de Tradestinatione. L'auteur cite 
ce volume, d'après Foppens, qui mentionne simplement 
qu'il fut publié à Leiden, à l'insu de Vasnius. Foppens 
n'indique pas, du reste, en quelle année eut lieu cette 
indiscrétion et ne dit mot des gravures dont le livre 
serait orné. Il est plus que probable que M. Visschers 
a commis ici une nouvelle erreur (i). 

En 1610 parut à Anvers une Vie de 5"' Thomas d'A- 
quin, composée par Otho V^enius et comprenant, outre 
le titre, une suite de trente planches. Ce titre gravé par 
Corneille Galle, le vieux^ représente la Contemplation, 
l'Oraison, l'Étude et deux anges tenant^ d'une main, une 
couronne, et de l'autre, un cartouche contenant l'inscrip- 
tion suivante : Vita T). Thoma ^qvinatis Othonis Vanl 
ingenio et manu delineata. et plus bas : Antverpice siimpli- 
hiis Othonis Vanl. M.DC.X. Ce volume .in-4° renferme 
treize planches dues au burin de Quirin Boel, le vieux. 

1° Le portrait du 5' Thomas d'Aqtdn, (n° i de la suite) ; 

2° Un anachorète prédisant à la mère du saint quelle mettra 
au, monde un enfant mâle, qui sera l'illustration de sa fa- 
mille et portera l'habit de 6"' Dominique, (n° 2 de la suite). 
L'auteur de cette notice possède deux exemplaires ori- 
ginaux de cette gravure et, en outre, une copie, portant 
le H° I et signée Thomas de Leu excudit. 

Cette reproduction, quoique très inférieure à l'œuvre 



{i) Op. cit., ç. 36. — F. Foppens, Tibliotheca Tielgica, p. 936. 



— So- 
dé QLiinii Boel, le vieux, n'est pas cependant sans 
mérite. J'en ignore l'auteur ; Thomas de Leu qui l'im- 
prima, était un graveur, établi en France, mais né dans 
nos provinces, comme le prouve M. A. Jal, (i) contraire- 
ment aux assertions d'autres auteurs, qui le font venir 
au jour à Paris. 

^° Le petit Thomas d'Aquin s' efforçant de retenir la salu- 
tation angélique écrite sur une feuille de papier, que sa 
nourrice veut lui enlever (n° 4 de la suite). 

4° 5' Thomas, déjà revêtu de l'habit de 5' Dominique, 
est, sur sa demande, envoyé à %pme, par ses supérieurs, pour 
échapper aux poursuites de sa mère, qui voudrait le faire 
rentrer dans le monde et le recherche en vain à Naples avec 
sa famille (n^' 6 de la suite). 

5 ° 5' Thomas fait prisonnier par ses frères, à l'instigation 
de leur mère (n° 7 de la suite). 

6° Le saint conduit dans un château appartenant à sa 
famille, après avoir résisté aux instances de sa mère, triomphe 
de celles de ses sœurs, dont l'aînée, annonce l'intention d'entrer 
dans un monastère (n° 8 de la suite). 

7° Les frères de 5' Thomas, irrités de cette résolution de 
leur sœur, maltraitent le bienheureux et lacèrent ses habits 
religieux (n° 9 de la suite). 

S"" Le saint enfermé par ses frères dans la tour du châ- . 
teau de Rocca Sicca (n° 10 de la suite). 

()° Le saint tenté par une courtisane, excitée par ses 



(i) Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, 1867, ^ 

p. 78$. — Thomas de Leu, ou mieux de Leeu est probablement fl 

originaire d'Anvers; en effet, Thomas de Leeu fut inscrit en 1574- *' 

1575, dans nos Liggeren, comme élève du graveur Jean Ditmaer. 
Il travaillait déjà en 1579, d'après M. Jal. Liggercn cités, T. I, p. 257. 



— 8i — 

frères, s'arme d'un lisoii ardent et chasse la malheureuse de 
sa chambre (n° ii de la suite). 

10° T)eux animes revêtant 5' Thomas de la ceinture de 
chasteté (11° 12 de la suite). 

11° 5"' Thomas quittant %pcca Sicca, dans un panier, 
que ses sœurs font descendre d'une fenêtre (n° 13 de la 
suite) . 

12° Le saint et 5' 'Bonaventure chassés ignominieusement 
des écoles de ^aris, à l'occasion des démêlés qui divisaient 
les docteurs séculiers et réguliers de rimivcrsité (n° 16 de la 
suite). 

13° 5"' Thomas élevé de terre, en prières devant le cruci- 
fix, entend ces paroles de la part du Sauveur : « Vous ave:^^ bien 
écrit de moi, Thomas; quelle ràompense demandexjvous 1 » A 
quoi le saint répond: « Nulle autre que vous, Seigneur » ('i) 
(n° 17 de la suite). 

Dans cette série de treize planches très-lumineuse- 
ment exécutées, Quirin Boel^ le vieux, a rendu avec 
beaucoup d'art les superbes dessins d'Otlio Vienius, qui 
se distinguent par la beauté des expressions et des atti- 
tudes, ainsi que par le grand goût des draperies. Notre 
graveur avait atteint l'âge de 21 ans, lors de leur publi- 
cation. 

D'après Huber et Rost et Bryan, Quirin Boel, le 
vieux, se trouvait en Angleterre, en léii. Il y exécuta 
une belle planche, grand in-folio, qu'il signa : C. Doel 



(i) Les autres gravures de ce recueil ont été exécutées par Cor- 
neille Galle, le vieux, Egbert van Panderen et Guillaume Swanen- 
burg. Celles de ce dernier artiste sont les moins remarquables. 

Notons ici qu'Egbert van Panderen fut reçu franc-maître de la 
gildc anversoisc de S* Luc en 1606-1607. Ligs^cren cités, T. I, p. 434. 

6 



— 82 — 

lerit in Richmont 1611. C'est un frontispice orné de ^' 

figures et d'autres décorations, pour la bible anglaise 
publiée à cette époque-là par ordre du roi de la Grande- 
Bretagne. 

Le burin de notre graveur a reproduit les traits de 
quelques personnages anglais, tels qu'Anne de Dane- 
mark, femme de Jacques I, Henri-Frédéric, prince de 
Galles, Elisabeth, fille du roi et femme de Frédéric, 
vicomte de Simmerin. duirin Boel, le vieux, a exécuté 
aussi, d'après Otho Va^nius, les portraits de l'évêque 
d'Anvers Jean Mirseus et du célèbre Juste Lipse (i). 
Nous avons vu un exemplaire de cette dernière effigie. 
Le savant est représenté à mi-corps et tête nue. Sa belle 
fissure barbue se détache heureusement sur sa fraise à 
tuyaux. Il est drapé dans une toge garnie de fourrure. 
Cette excellente planche porte les inscriptions suivantes : 

Jvstvs Lipsivs natvs est Iscano in mvnicipio. IIL 
milliari â Bruxellâ, CD.DXLVIL XVIII kal. Nov. 
Obijt Lovanij CD.IDCVI. x kal. Aprilis. 

Magnus in exiguâ sic Lipsius ille tabellâ 

Pingitur ; ingenium scripta laborque docent. 
De probitas candorque viri virtusq. relinquunt 

Ambiguum, an fuerit doctior, an melior, 
O te felicem tali certamine ! pugnant 

Doctrina integritas : num prior illa vel hsec ? 
Juste pari voto dirimit sententia litem 

Hase prodest alijs, profuit illa tibi (2). 

J. BocHius. 
Pinxit et incidi curavit Otho V^enius. — C. Boel. 

(i) Ch. le Blanc. Manuel de l'amateur d'estampes, T. I, pp. 402 
et 403. 

(2) L'auteur de cette ingénieuse pièce de vers est Jean Bochius ou 
Boghe, secrétaire de la ville d'Anvers. 



- 83 - 

Quirin Bocl , le vieux, grava aussi, d'après Otho 
Vicnius et à sa demande, le portrait à mi-corps de Pierre 
Damant, évèque de Gand. Le prélat est représenté la 
tète découverte, assis dans un fauteuil, et revêtu du 
rochet et du camail, insignes de sa dignité. C'est une 
œuvre pleine de vie et de vérité. On y lit ces mots à 
droite de l'évêque dans la partie supérieure de la planche : 

Petrvs Damantivs 
Epvs Gandensis 

1608. 

L'élégante pièce de vers qui suit et qui est due au 
secrétaire de la ville de Gand, Max. Vrientius (de Vrient) 
se lit au-dessous de l'effigie : 



'iD' 



Qualis ab illustri lux pura adamantc refulget ; 

Et tremulam vitrei prouocat amnis aquam ; 
Talis honos frontis, talis décor aureus oris, 

Lenis et augustâ c;um grauitate Icpor, 
Indolis ingenijque tui tria Petre Damanti 

Sidéra, ApelL-eâ splendida ab arte nitent. 
Tantuni lingua deest, quam si quoque V^nius addat, 

Dulcius humana spiret in aure nihil. 

Plus bas : 

Pinxit et incid. curauit Otho V:\^nius. — G. Boel, 
incid. — Max. Vrientius. 

Cette planche est restée inconnue à le Blanc. 

Bryan et J. Immerzeel junior mentionnent comme 
l'œuvre la plus considérable de notre Boel, une suite de 
huit planches, non compris le titre, qui représentent les 
gestes de l'empereur Charles-Quint et les batailles livrées 
entre ce monarque et le roi de France François L Ces 
estampes ont été exécutées d'après Antoine Tempesta, 



-84 - 

et l'auteur hollandais cit6 nous apprend que Guillaume 
de Glieyn, le jeune, en a gravé une partie. Charles le 
Blanc faisant l'énumération de celles qui ont notre Boel 
pour auteur, n'en signale que trois (i). 

Nous croyons que si Bryan et Immerzecl avaient 
connu les Amorvm emhlemata et la Vita D. Thoime Aqvi- 
natis, dont nous avons parlé ci-dessus, ils se seraient 
gardés de l'exagération que nous venons de signaler. 

Le Blanc mentionne des productions de notre Boel, 
exécutées d'après Corneille Ketel, Pierre Isacx et Pierre 
Feddes, de Harlingen. D'après lui, l'œuvre de notre 
graveur se composerait de 27 pièces seulement : mais 
il ne compte que pour une, ce qu'il appelle les Fables 
d'Otto Vanius.^ publiées à Anvers, en 1608. Or, nous 
avons vu que ces Fables ne sont autres que les Amorvm 
emblemata, et que ceux-ci comprennent 125 estampes. 
Ajoutons-en par conséquent 124 à l'œuvre de notre Boel, 
et concluons que celle-ci se compose certainement de 
152 pièces, y compris le portrait de l'évêque de Gand 
Pierre Damant, que l'auteur français n'a pas connu. Il 
nous reste peu de choses à dire, pour terminer cette 
biographie. Quirin Boel, le vieux, faisait partie en 16 19, 
du vieux serment de l'arbalète, en quaHté de vry we- 
pelaer, c'est-à-dire, comme dispensé de certains offices 
puMics. D'après une patente en date du 18 octobre 1759, 
délivrée à Charles-Emmanuel-Joseph délia Faille, par le 
jeune serment de l'arc, document que nous avons sous 
les yeux, cette dispense comprenait les offices de mar- 
guillier, quartenier, décanat des métiers, comparution à 
la joyeuse entrée des souverains, marches, fourrages et 

(i) Op. cit., T. I, p. 402. 



- 85 - 

autres services urbains. Quoique cet acte soit daté du 
XVnP siècle et émane d'une autre gilde que celle dont 
Boel faisait partie, il est probable que les exemptions en 
question subsistaient déjà en 1619, et étaient les mêmes 
pour tous les serments. 

Qiiirin Boel, le vieux, figure encore au nombre des 
membres de la vieille arbalète, en 1620 et en 1621 (i). 
II mourut à Bruxelles, antérieurement au 17 septembre 
1633. C'est ce qui résulte d'une attestation délivrée à 
cette date, devant le magistrat d'Anvers, à la requête 
d'Elisabeth de Cu\^per, veuve de l'artiste, par le graveur 
Jean Boel, son frère, et Gaspard Smits, marchand de 
soieries. Les comparants déclarent, dans ce document, 
que Quirin était décédé depuis peu de temps (onlancx) 
à Bruxelles, qu'il était né bourgeois d'Anvers et qu'ils 
n'avaient jamais su ou appris qu'il eût renoncé à cette 
qualité, etc. (2). 

Le maître est décédé par conséquent dans sa 45'= 
année. Sa veuve se fit inscrire le 17 février 1634 comme 
foraine (biiitoipoorteresse), dans les registres de la bour- 
geoisie de notre ville (3). 



(i) Registres de la garde bourgeoise [borgerlycke wachle), aux ar- 
chives de la ville d'Anvers. 

(2) Protocoles scabinaux, 1633, vol. II, fol. 334. Nous devons la 
communication de cet acteà M. F.-Jos. van den Branden, sous-arclll- 
viste de la ville d'Anvers. 

(3^ Cette notice est datée du 2 juin 1874. 



Jean BOEL 

(en flamand Jan BOEL) 

(1592-1640). 




0>CMi Boei, fils de Qiiirin et de Marie Pel<;rom, 
:C^ naquit à Anvers et y fut baptisé dans l'église 
^cathédrale, le 5 juillet 1592, ainsi que nous 
l'avons dit dans la biographie de son frère, le graveur 
Quirin Boel, le vieux. Nous y avons fait connaître son 
parrain et sa marraine. Les Liggeren de la gilde anversoisc 
de S' Luc n'indiquent pas sa réception en qualité d'élève, 
mais ils nous apprennent qu'il fut inscrit comme franc- 
maître graveur, en 1610-1611 , sous le décanat de 
Théodore Galle, qui pourrait bien lui avoir enseigné 
son art (i). Nous verrons plus loin que Jean Boel 
exerça aussi la profession de marchand de tableaux et 
gravures. 

Il épousa, le 10 mars 16 19, dans la cathédrale, quar- 
tier sud, Anne van der Straten. Ce mariage fut célébré 



(i) Ph. Rombouts et Théod. Van Lerius, avocat. Les Liggeren 
el autres archives historiques de la gilde anversoise de S^ Luc, T. I, pp. 
.^6o et 472. 



- 87 - 

du consentement du doyen du chapitre et avec dispense 
de tous les bans, en présence de Quirin Boel, père de 
Jean, et de François van der Willigen. Neuf enfants, 
tous tenus sur les fonts de la cathédrale, quartier sud, 
en furent les fruits. i° Quirin, le 25 janvier 1620, par 
Quirin Boel, aïeul de l'enfant, et Elisabeth van der 
Straten. Nous consacrerons une notice spéciale à ce fils 
de Jean Boel, qui se distingua dans la gravure. 2° Anne, 
le 26 février 1621; parrain, Pierre Luis, marraine, Lu- 
crèce van der Straten. 3° Pierre, le 22 octobre 1622; 
parrain, Quirin Boel, son oncle, très bon graveur, mar- 
raine, Catherine de Heuvel, dont la fiimille était alliée 
aux Pelgrom, et par conséquent aux Boel. Notre Pierre 
s'acquit un nom considérable dans la peinture et la 
gravure à l'eau-tortc. Nous donnerons plus loin sa bio- 
graphie. 3° Jean, le 11 janvier 1624; parrain, le célèbre 
graveur Théodore Galle, marraine. Basilic Pelgrom, 
épouse en secondes noces de Juste Canis, qui figure 
en 16 13, sur le tableau des aumôniers d'Anvers. Nous 
avons la preuve authentique que ce Jean Boel décéda 
antérieurement au 19 mars 1640, ainsi que sa sœur 
Anne, dont nous avons parlé déjà et une deuxième 
Anne, qui va suivre. 5° Anne, le 7 décembre 1624; 
parrain, Vincent van der Straten, marraine, Esther 
Pelgrom, femme de Pierre de Heuvel. 6° Michel, le 
13 mars 1626 ; parrain, Zvlartin Daelmans , mari de 
Susanne Pelgrom, marraine, Christine tKint. 7° Hélène, 
le 18 février 1627; parrain, Christophe Gaillet, mar- 
raine Hélène Pelgrom. Michel et Hélène Boel moururent 
avant le 10 mars 1640. S" Claire, le 14 mars 1628; 
parrain, Jean Galle, bon graveur, imprimeur en taille- 
douce et marchand d'estampes, marraine Claire van der 



— 88 — 

Goes. 9° Basilic, le 21 août 1629; parrain Henri 't Kint, 
marraine Basilic Pelgrom, femme de Juste Canis. Basilie 
Boel épousa, à S' Jacques, le 12 août 1657, Barthélemi 
Wuyts. Son mariage eut pour témoins Jean-Baptiste 
Batkin, trésorier de la ville d'Anvers, et François van 
Hildernissen. Ceux qui connaissent nos anciennes fa- 
milles anversoises jugeront sans doute comme nous, que 
les Boel et les van dcr Straten étaient bien apparentés. 
Jean Boel fut un graveur de mérite. Il ouvrit, en 1621- 
1622, son atelier à un apprenti dont les comptes de la 
confrérie de S' Luc ne renseignent que le prénom Jean. 

11 reçut, en 1625 -1626, un deuxième élève nommé Josse 
de Mol (i). 

Notre maître s'était fait admettre dans la chambre de 
rhétorique de la Giroflée, (Violùre), dont il paya régu- 
lièrement la contribution annuelle assez élevée de 6 florins, 
depuis 1621-1622, jusqu'en 1630-1631. Il donna sa dé- 
mission en 1631-1632 et paya de ce chef la somme de 

12 florins. L'artiste assista aussi au banquet annuel de 
la corporation de S' Luc, à partir de 1621-1622 jusqu'en 
1 628-1 629, ce qui lui coûtait une dépense de 4 florins. 
Il refusa de l'acquitter en 1629-1630, la peste qui l'avait 
attaqué l'ayant empêché de prendre place parmi ses 
confrères. Il vint l'occuper en 1630-163 1, la dernière 
fois, par suite de la démission qu'il fit parvenir, l'année 
suivante, à la Giroflée (2). 

Anne van der Straten, sa femme, était décédée entre- 



(i^ Liggeren cités, T. I, pp. 575 et 623. 

(2) Lig^cren cités, T. I, pp. 578, 582, 590, 591, 601, 602, 613, 
614, 627, 629, 640, 642, 6)4, 6)5, 670 et 671 T. II, pp. 12, 13, 
21, ibid. et 34. 



- 89 - 

temps. Le compte de la gilde de S' Luc du 1 8 septembre 
1629 au 18 du même mois de l'année 1630 mentionne, 
en effet, une recette de 3 florins 4 sous, montant de sa 
dette mortuaire (i). Son trépas fut probablement la suite 
de son accouchement de sa fille Basilie, née au mois d'août 
1629. Jean Boel quitta ce monde au mois de mars 1640, 
dans sa demeure, au Rempart des tailleurs de pierres 
(Sleenboiiwersveste), à Anvers. 

C'est ce qui résulte de l'inventaire de sa succession, 
dont nous devons la communication à M. Pierre Génard, 
archiviste de notre ville. Ce document reçu par le notaire 
Henri van Cantelbeck, ne mentionne pas le jour de la 
mort de notre graveur. Il fut rédigé le 19 mars 1640 et 
constate l'existence de quatre enfants survivants : Qiiirin, 
âgé de 20 ans révolus, Pierre, de 16 ans révolus, Claire, 
de 12 et Basilie, de 11. L'âge de Quirin et de ses deux 
sœurs est indiqué assez exactement. Mais Pierre ayant 
été baptisé le 22 octobre 1622, avait évidertiment plus 
do 16 ans révolus, à la date du 19 mars 1640. 

L'inventaire fut dressé à la requête de Gérard-Thomas 
Corbet, époux d'Elisabeth van der Straten (2), qui s'y 
qualifie de bel-oncle maternel des mineurs (der wceseii 
behout moederlyck 00m). Il y est énoncé, sous protestation, 
que cet acte n'est pas rédigé pour lui-même, mais uni- 
quement au profit des personnes qu'on trouvera avoir 
droit aux objets décrits. Il y est dit aussi que la maison 
du défunt était louée, et que les meubles auraient dû 
en être enlevés, depuis la mi-mars. Le document cité 



(i) Op. cit., T. II, p. 10. 

(2) Inscriptions J'uiiêraires et monumentales de la province d'Anvers, 
Anvers, T. V, p. 180. 



— 90 — 

donne simplement à Jean Bocl la qualification de mar- 
chand de tableaux. 

L'inventaire n'en signale, du reste, que trois ; les 
gravures y sont en plus grand nombre, mais désignées 
seulement par leurs sujets, sauf quelques pièces d'après 
Adrien Brauwer et un des Teniers, qu'on ne fait pas, 
au surplus, connaître de plus près. 

Nous pouvons conclure de ce document, que l'habi- 
tation de Boel était des plus modestes. Il se borne, en 
effet, à y mentionner une grande et une petite cuisine, 
une chambre à la rue, une deuxième chambre et un 
grenier. La grande cuisine renfermait un bois de lit avec 
ses accessoires qui pourrait bien avoir été à l'usage de 
notre maître. L'habitation était garnie, du reste, de meu- 
bles en petit nombre, mais de matières solides. Nous y 
remarquons une presse à imprimer, ce qui permet de 
supposer que Jean Boel s'en est servi pour l'édition de 
ses estampes et peut-être de celles d'autrui. 

Qiioi qu'il en soit, nous ne remarquons dans l'inven- 
taire aucunes provisions de bouche, soit solides, soit 
liquides. L'impression générale qui nous est restée, tant 
de l'intitulé de ce document, que de l'acte lui-même, 
c'est que Jean Boel est décédé dans un état de fortune 
peu fait pour exciter l'envie. 

Il nous paraît aussi que les meubles auxquels ses 
enflmts pouvaient prétendre droit avaient été retirés de 
la mortuaire ou mis à part. 

Charles le Blanc mentionne trois œuvres de notre 
«graveur au burin : i° V arbre de ht vie et de la rcule des 
Frères Mineurs (arhor vil ce et regvlcc Fralrvm MinorviiiJ ; 
2° le portrait du Père Henri Sedulius, définiteur de tout 



— 91 — 

r ordre séraphique, mort à Anvers le 26 février 1621 ; 
3° celui de S^ Thomas d'Aquin (i). 

A rcxposition ouverte en 1867, au local de la Cité, à 
Anvers, figurait, au n° 424, une quatrième production 
de notre maître; elle représente Godefroid de Bouillon (2). 

Cette oeuvre de mérite est signée : loan. Boel fecit et 
excudit (3). 



(i) Charles le Blanc. Manuel de Vamateur d'estampes. Paris 1834, 
T. I, 403. 

(2) Catalogue de gravures, livres et dessins, par des maîtres 

cDiversois des ij>^, 7(5=, 77'^ et iS^sièdes. Anvers, 1867, p. 141. 

(3) Cette notice est datée du 8 juin 1874. 



rA^ fA» rA^ rA^ cA» c^ <>A» »>^ '>Jr* «^ '^ «^ «^^ ojf* o^ <>?/* '>8r* «"^îr* 

v|i v^ v^ 4* î^l^ 4* *f* 4^ ^-5^ ^'J^ ^^-S^"^ ^'^ ^¥ ^¥ ^^ ^^ ^¥ ^¥ 



QuiRiN BOEL, le jeune 

(en flamand Quirijn ou Corijn BOEL, de jonge) 

(1620-166. ?). 

<|j^^^ et excellent graveur au burin et à l'eau-fortc 
^ ts^s^'^/i Clan fils de Jean Boel, graveur de mérite, et 
(^ï^^^ d'Anne van der Straten. Il naquit à Anvers et 
y fut tenu sar les fonts de la cathédrale, quartier sud, 
le 25 janvier 1620, par son aïeul Quirin Boel et Elisa- 
beth van der Straten. Son nom ne figure pas aux archives 
de la gilde anversoise de S' Luc, et son maître est 
resté inconnu jusqu'ici. De certaines analogies de style 
nous font croire qu'il fut redevable de son éducation 
artistique à son oncle Quirin Boel, le vieux. Celui-ci 
étant décédé antérieurement au 17 février 1634, notre 
jeune graveur a pu apprendre de son père Jean ce qui lui 
manquait encore pour se perfectionner dans sa profession. 
Qiiirin Boel, le second, alla s'établir à Bruxelles et n'y 
fut pas inscrit dans le métier des peintres. Les graveurs 
étaient, en effet, dispensés de cette formalité, dans la 
capitale des Pays-Bas catholiques, ainsi que cela résulte 
d'une lettre du magistrat de Bruxelles, en date du 
27 septembre 1771 (i). 

Ci) L. Galesloot. Docimients relatifs à la formation et à la publi- 
cation de r ordonnance de Marie-Thérèse du 20 inars-ij novembre lyj^- 
Annales de l'Académie d' archéoloc;ie de Belgique, 2^ série, T. III, p. 487. 



— 93 — 

Quirin Boel, le jeune, se maria, d'après les recherches 
de notre ami Alexandre Pinchart, qui n'a pu découvrir 
du reste la date ni l'endroit de la collation du sacrement. 
Il résulte des découvertes de ce savant, que le prénom 
de la femme de notre artiste était Marie. Quant à son 
nom de fimiille, il est écrit de trois manières différentes : 
van Stamvoort, van Stamphort et van Stamfaert. Il est 
probable qu'elle s'appelait en réalité van Stamvoort. 
Quoi qu'il en soit, elle donna trois enfants à son mari : 
1° Jeanne-Marie, tenue le 26 novembre 1656, sur les 
fonts baptismaux de l'église S**" Gudule, à Bruxelles, par 
David Teniers,' le jeune, peintre de la chambre de son 
Altesse Sérénissime don Juan d'Autriche, et Jeanne 
Serraets. 2° Barbe, baptisée le 25 janvier 1659, dans la 
même église; parrain, noble homme Paul van Croo- 
nendael, seigneur de Vlieringhe, marraine, Marie Sam- 
mels. 3° Pierre, baptisé le 23 juin 1661, dans l'égHse 
de Notre-Dame du Finistère, à Bruxelles; parrain, le 
célèbre peintre de batailles Pierre Snayers, marraine, 
Phihppine-Claire la Grouche (i). 

C'est à ces faits que se borne tout ce que nous avons 
pu apprendre de la vie de Quirin Boel, le jeune. Nous 
allons à cette heure passer ses productions en revue. 
Notre intention primitive était de n'en toucher que 
quelques mots et de renvoyer ensuite le lecteur au 
Manuel de l'amateur d'estampes, de Charles le Blanc. Mais 
ayant remarqué diverses inexactitudes dans la table dressée 
par cet auteur, nous la reproduisons, en la rectifiant. 

M. le Blanc cite d'abord deux centaures enlevant 



(i) Communiqué par M. Alexandre Pinchart. 



— 94 — 

chacun une femme; ils sont accompagnés de trois Amours. 
D'après P. P. Rubens. Larg. 450 millim. Haut. 280. 
Cet iconographe détaille ensuite les planches que 
Quirin Boel, le second, grava pour le Théâtre des pein- 
ivres, de David Teniers, le jeune. La part de Boel dans 
cet ouvras:e étant assez considérable, et ce recueil se 
rencontrant très-rarement, nous en dirons ici quelques 
mots. La première édition de ce volume fut pubUée 
simultanément à Anvers et à Bruxelles. C'est du moins 
ce que nous déduisons de ces mots : A Bruxelles avx 
âcspcns de l'avtheiir (David Teniers, le jeune), anno 
M.DC. LX. avec privilège du Roy. Elle se vendait à 
Anvers, chez Abraham Teniers, frère de David, et chez 
l'imprimeur Henri Aertssens. Le titre et l'introduction 
parurent en flamand (r), en français, en espagnol et 
en latin. Le titre français est conçu de la façon suivante : 
Le théâtre des pcintvres de David Teniers, natif d'Anvers^ 
peintre, et ayde de chambre des Serenissimes Princes Leopolde 
Gvil. ^rchidvc, & Don Jean d'Avstriche : auquel sont 
représente^ les desseins tracés de sa main, & gravés en 
cvivre par ses soins, svr les Originaux Italiens, qve le 
Ser."'^ Archidvc a assemblé en son cabinet de la covr de 
Brvsselles, Dédie avdit Prime Ser."^^ Leopolde Gvil. ^r- 



(i) Le voici : SchiUer-thooneel van David Teniers, ghehoortigh van 
Antwerpen, schilder eude canier-diender des Doorh^<^ Princen Leopol. 
Gtiil. xArts-Hertogh en Don Jan Oostenr. in 't welck vertoont worden 
ilaliiunsche principale schildcrijen, die hy met sijne handt gheteekenl ende 
in 't coper doen snijden heeft uyt de Schilder-cavter van den Doorluchtich- 
slen Artshertogh in 't Hoff van Briissel. Opgedraeghen aen den Doorl^^^^ 
Prince Leopoldvs Gvil. .Arts-Heriogh. Toi Brussel tôt coskn van den 
aucteur, anno M.DC. LX- Met priuilegie van den Koninck. — Men 
vintse te coope t' Antxverpen hy Hendriclc Aertssens, boeckdrucker in de 
Canwiersiraet. 



— 95 — 

chidvc, &c. — kA BrvxcIIcs aux âespens de l'avlbevr, anno 
M.DC. LX. avec privilège dv Roi. — A Anvers, on les 
vend chei Henry Aertssefis, imprimevr. Chacun des quatre 
titres de cet in-folio est orné d'une planche de Conrard 
Waumans, représentant deux petits génies ailés qui, 
debout, soutiennent les armoiries de l'archiduc Léopold- 
Guillaume. Cette gravure a été très bien exécutée, 
d'après un dessin de David Teniers, le jeune. 

A la suite de chaque titre se trouve une table des 
peintres flamands, hollandais, allemands et italiens, dont 
l'archiduc possédait des œuvres dans sa galerie con- 
servée à Vienne, à cette époque. Les productions de 
maîtres italiens cités dans cette liste ne figurent pas dans 
le travail dont nous nous occupons. 

Vient ensuite un titre supérieurement gravé par Jean 
Troyen, d'après un superbe tableau de David Teniers, 
le jeune. La partie centrale représente le portrait en 
buste de Léopold-Guillaume, posé sur un piédestal, et 
encadré de branches de palmier et d'oranger, reliées par 
une banderole sous laquelle se lit la devise : Fortiter, 
snaviter. Le bâton de commandement du prince, son 
épée, les attributs de la peinture, des tulipes et d'autres 
fleurs y sont entrelacées. A la gauche de l'archiduc est 
figurée debout Pallas vêtue à la romaine, la tête coiffée 
d'un casque et tenant de la main gauche une lance et 
un bouclier orné de la tête de Méduse. Elle montre de 
la droite à un génie ailé qui tient un portrait de femme 
de Jacques Palma, le vieux, un autre génie ailé qui 
emporte, en volant, un deuxième tableau. Il s'en va le 
fixer dans un des espaces vides du portique qui forme 
le fond de la composition et qui est surmonté de cinq 
bustes sculptés et orné plus bas de peintures. Un troi- 



-96 - 

sièmc de ces génies, représente à gauche et la tète 
couronnée de laurier, comme les deux premiers^ tient 
une composition du Giorgione ayant pour sujet un 
homme armé d'un poignard portant la main sur un 
second dont le chef est orné de pampre (i). L'avant- 
plan est occupé par un tiroir, renfermant des médailles, 
divers livres, dont un à dessins ; un autre de musique, 
un étui et deux burins. L'inscription suivante se lit au- 
dessous du portrait de l'archiduc : 

Sereniss. Principi 

Leopoldo Gviliel: 

Archiduci Austr. etc. 

Dno suo clement°: 

Hoc AMPHITHEATRVM 
PiCTVRARVM 

ex suas Serenit : archetypis 

delineatum sua manu 

dedicauit: 

A°. M.DC.LVm. 

David Teniers suîe Ser : Pictor domest: 

Plus bas se trouvent ces vers : 

Palladis ingenium est Leopoldo fortiter Ille et 
Suauiter hinc armis, artibus inde vacat. 

Arma aliàs : nunc artifices circum ordine formas 
Ponitc; et hsec Illi nempe corona placet. 

Arte ali) vultus, médius non pingitur vUâ ; 
Obsequio tantum seruiit ista manus. 



(i) Les gravures des tableaux de Palma et du Giorgione font partie 
du Théâtre des Peintures. 



t 



— 97 — 

Une tablette gravée au-dessous de cette planche et 
ornée à droite et à gauche d'un ciseau, contient les 
lignes suivantes : 

Men vint dees print-boecken te coop t'Antwerpen by Abraham 

Tcnicrs. 
On trouve a vendre en Anvers ces livres de taille douce, chez 

Abraham Teniers. 

Hi libri sunt vénales Antverpias, in a;dibus Abrahami Teniers. 

Aquellos libros se haillan a vender en Amberes en casa di Abraham 

Teniers. 

Nous tirons ces détails de notre exemplaire de la 
première édition du Théâtre des Peintvres de David 
Teniers. Celle-ci se compose de deux cent trente-une 
(231) planches, y compris les doubles, le titre que 
nous venons de décrire, et la vue d'une partie de la 
galerie de l'archiduc, à Vienne. On y a joint un portrait 
de David Teniers, le jeune, gravé d'après Pierre Thys, 
le vieux, par Luc Vorsterman, le second, et imprimé 
par Abraham Teniers; nous l'avons omis dans le dénom- 
brement. L'exemplaire dont nous parlons est revêtu 
d'une reliure de l'époque de sa publication : les armoi- 
ries de Léopold-Guillaume occupent le milieu des par- 
ties antérieure et postérieure de cette enveloppe : il est 
donc plus que probable que l'archiduc aura fait cadeau 
de notre volume à quelque personnage. Le livre porte, 
du reste, la signature suivante, d'une ancienne écriture : 
Ottho 1. B. à Sclnverin (Ottho liber Baro à Schwerin). 
Il a été par conséquent la propriété d'Othon, libre 
baron de Schwerin. Ce qui est plus important, c'est 
qu'il est resté au grand complet. 

Nous n'avons jamais manié d'exemplaire de la seconde 
édition de ce recueil, qui parut en 1684. Elle se 

7 



-98- 

vendait à Anvers, chez Jacques Peeters, au Marché 
aux Souliers, à l'enseigne du Mont des Agneaux Les 
planches y sont numérotées. Nous avons sous les yeux 
le titre qui porte le n° i et V Ensevelissement du Sauveur^ 
d'après Lorenzo Lotto, tableau qui est conservé actuelle- 
ment au musée du Belvédère à Vienne. Cette planche, 
sur laquelle se lit le n° 244, ne fait pas partie de l'édition 
de 1660. Elle est bien conservée, mais le titre, quoi- 
qu'encore présentable, a beaucoup perdu de son velouté. 
La troisième édition publiée sans date, par Henri et Cor- 
neille Verdussen, à Anvers, fait partie de la bibliothèque 
communale de cette ville. Elle comprend 246 planches 
numérotées, y compris le titre et le portrait de David 
Teniers, le jeune, dont nous avons parlé ci-dessus. Les 
estampes de cet exemplaire, fatiguées par suite de trois 
tirages successifs et retravaillées par des mains inhabiles, 
sont sorties toutes noires de l'impression. C'est d'après 
elle que nous avons été obligés de juger l'ouvrage 
lorsque nous travaillions à la biographie de David 
Teniers, le jeune, insérée dans l'édition de 1857, du 
Calalogue du musée d'Anvers. Aussi ce que nous en 
avons dit est déplorable. Qu'on en juge : « Teniers qui 
reproduisait avec un talent remarquable les œuvres 
de ses prédécesseurs, s'exerça à copier la collection 
des tableaux italiens de son protecteur (i). Elle com- 
prenait au-delà de deux cents sujets que l'artiste fit 
graver sur cuivre et pubHa à Bruxelles, en 1660. Le 



(i) Pour être complètement exact, nous aurions dû dire que 
Teniers pastichait avec un talent remarquable ses prédécesseurs et 
même ses contemporains. Il aurait fallu écrire en deuxième lieu qu'il 
avait dessiné de sa main les peintures italiennes dont il s'agit. 



— 99 — 

livre qui les renferme se vendait à Anvers, chez Henri 
Aertssens, typographe de mérite, et chez le peintre 
Abraham Teniers, frère de David, le jeune. Ce volume 
est loin d'être à la hauteur des belles publications d'es- 
tampes de cette époque, telles que Vlntroïtus Ferdinanâi, 
VHymeiîcetis pacifer, etc., et si les toiles y sont exacte- 
ment rendues (i), il atteste chez plusieurs célèbres 
maîtres d'Italie une décadence profonde dans la repré- 
sentation des sujets reHgieux (2) ». 

Cette dernière observation est fondée. Quant à la 
valeur des gravures, nous disons, actuellement que nous 
en avons de superbes épreuves sous les yeux, que le 
livre qui les contient mérite d'occuper une place distin- 
guée parmi nos belles publications d'estampes du XVIP 
siècle. 

Nous tenons à faire observer ici, en passant, que la 
date de 1658, indiquée par certains auteurs, comme 
celle de la première édition du Théâtre des Peintvres est 
erronée. Cette méprise provient sans doute de ce que la 
dédicace de Teniers à l'archiduc est datée de cette 
année-là . 

Nous allons énumérer à cette heure les planches que 
Quirin Boel, le jeune, exécuta pour ce magnifique 
recueil, dont l'auteur, comme nous l'avons vu, était lié 
d'amitié avec lui. 

• 2^ Jésus-Christ, accompagné de 5"* Pierre et de 5' André, 
appelle à l'aposlolat les fils de Zébédée, Jacques-le Majeur et 
Jean. D'après le tableau de Marco Basaiti, conservé 



(i) Nous ignorons d'où nous est venu ce doute. 
(2) Op. cit., p. 323. 



— 100 — 

actuellement au musée du Belvédère à Vienne (i). 

3° U Enlèvement de Ganyniède. D'après Michel-Ange 
Buonarotti, ou une copie de ce maître, selon le Cata- 
logue du musée du Belvédère, à Vienne, dont le tableau 
fait partie en ce moment. 

Cette gravure n'est pas comprise dans la première 
édition du Théâtre des peintvres. Elle est insérée dans la 
troisième, mais elle y a perdu toute fraîcheur. 

4° Une magicienne invoquant F amour ; près d'elle un 
honune armé plongé dans le sommeil. D'après le Corrège. 

5° Un homme cuirassé et armé d'un poignard, en menace 
une femme de distinction, assise nue dans un paysage. D'après 
le Giorgione. 

6° ^dam et Eve, qui l'engage à goûter le fruit défendu. 
D'après Antonio Paduanino. 

7° L'Enlèvement d'Europe. D'après le Titien. 

8° L'tAdoration des bergers. D'après le même. 

9° 5' fean-'^aptiste. D'après Paul Véronèse. 

10° L'Enlèvement de Déjanire, par le centaure Nessus, à 
qui Hercule s'apprête à lancer une flèche. D'après la com- 
position de Paul Véronèse, conservée actuellement au 
musée du Belvédère, à Vienne. 

11° Le T)épart d'^Adonis pour la chasse : Venus s'efforce 
de le retenir. D'après Andréa Schiavone, selon le Théâtre 
des peintvres. Un connaisseur anglais, ancien propriétaire 



(i) Albert Krafft. Catalogue de la galerie de tableaux Impériale 
et Royale au Belvédère, à Vienne. Vienne, 1853, P- 24, n" 64. — Pour 
épargner les citations au lecteur, nous le prévenons une fois pour 
toutes, que les indications relatives à cette galerie qui vont suivre, 



sont tirées de l'ouvrage de M. Krafft. 



lOI — 

Je notre exemplaire (i) a écrit ces mots nu crayon au 
bas Je la planche : « Copie J from one of Titian. » Il 
était J'avis par conséquent que le tableau en question 
était une copie peinte J'après le Titien. Cela ne saurait 
se Jéterminer en étuJiant la gravure; il est certain tou- 
tefois qu'en comparant celle-ci avec les autres planches 
J'après le Titien que renferme le volume, on ne peut 
nier que le Dépari d'Adonis n'appartienne à la même 
école. 

12° L'Adoration des bergers. D'après le tableau J'AnJrea 
Schiavone, qui fait partie Je la galerie Ju BelvéJère, à 
Vienne. 

13-16° Quatre sujets de l'histoire de Curius Dent at us et 
de Scipion l'Africain. D'après AnJrea Schiavone. Un Je 
ces tableaux représentant Curius Dentatus qui refuse les 
présents Jes Samnites, est conservé au BelvéJère, à 
Vienne. 

17° Un berger se reposant près de son troupeau, tandis 
que son aide lave un mouton. D'après Giacomo Bassano. 

18° l£ bon Samaritain. D'après la composition Ju 
même maître, au BelvéJère, à Vienne. 

i^" La construction d'un édifice. D'après le même 
peintre. 

20° Le 'Portement de la Croix : Véronique vient d'es- 
suyer la face sacrée du Sauveur. D'après Giovanni 
Cariani. 

21° 5^ Jérôme. D'après Giacomo Palma, le vieux. 

22° La Résurrection de La^^are. D'après le même. 



(i) Une petite estampe moderne collée à l'intérieur de notre 
recueil, représente des armoiries, au bas desquelles se lit le nom de 
l'ancien propriétaire : John Adair Hawkins. 



— 102 — 

23" I-c- Bail! de Diane. D'après le même. 

24° 5' Jérôme. D'après la composition Je Dosso Dossi, 
conservée au Belvédère, à Vienne. 

25° Trois aveugles accompagnés d'un pelit garçon. Appli- 
cation de la parabole èvangéUque : lorsqu'un aveugle en con- 
duit en autre, ils tomberont tous deux dans la même fosse. 
D'après Dominique Feti. 

26° Le vieux Tobie en train d'ensevelir un mort. D'après 
le même. 

27° Deux hammes en considérant un troisième étendu 
mort à l'entrée d'un bâtiment. D'après le même. 

28° Persée combattant le monstre et Andromède enchaînée 
sur un rocher. D'après le même. 

29° Le triomphe de Galathée : dans le fond, Polyphéme. 
D'après le tableau du même maître, au Belvédère, à 
Vienne. 

30° 5"^ Marguerite d'^Anlioche tenant à ses pieds Satan 
vaincu et lié d'un ruban, lève les yeux au ciel, d'où un 
rayon de lumière tombe sur elle. D'après la composition 
dudit maître, au même musée. 

Toutes ces productions de Q.uirin Boel, le jeune, 
exécutées en partie au burin, en partie à l'eau-forte, 
font honneur à cet artiste distingué. On peut citer, 
parmi les principales, les gravures d'après le Corrège et 
le Giorgione, celles d'après le Bassan, Cariani, le vieux 
Palma, Dosso Dossi et Dominique Feti. 

Le Blanc signale quatre portraits exécutés par notre 
Boel : 

31° Celui de Guillaume ab Angelis (van Engelen), 
docteur et professeur en théologie, présenté au Pape 
pour l'évêché de Rurcmonde, par l'archiduc Léopold- 



— 103 — 

Guillaume; il mourut à Louvain, le 5 février 1649 (i). 

32° Celui de Charles' II, roi ci'tAnglelcrre, d'après 
Gonzales Coques. 

33° Celui de H. T^rady, professeur de droit à Lou- 
vain, daté de 1662, selon le Blanc. 

34° Celui de Libert Fromondiis [Froidmonî), docteur 
en théologie et professeur royal d'Écriture Sainte à 
l'université de Louvain, où il mourut le 27 octobre 
1653. Ce malheureux savant puWia avec Henri Calenus, 
archidiacre de Malines, le fameux ^ugiistinus de l'évèque 
d'Ypres, Corneille Jansenius (2). La planche encore 
assez bien conservée de son portrait plein de vie 
orne le tome II de la BibJioîheca T^dgica de Foppens. 
Quirin Boel, le jeune, la dédia en ces termes à l'ar- 
chevêque de Malines Jacques Boonen : 

« 111'"" et Rev™° Dno D. îacobo Boonen, Archie- 
» piscopo Mechl. Belgar. Primati Regire Cathol. Ma'' 
» a ConsiHis Statvs &c. Hanc effigiem Ex. D. (3) Li- 
» berti Fromondi rarissimà virtute et doctrinâgloriosam, 
D immortalitatem dudum ante mortem meriti, nec mi- 
» nus in vitâ ab eodem culti, quàm eiusdem Cultoris, 
» D. C. Q.. Qinrinus Boel Antuerp. Sculptor. A. 
)) 1654. » 

Sauf quelques exceptions, la plupart des gravures de 
Quirin Boel, le jeune, que nous venons de passer en 
revue, représentent des sujets sacrés, historiques et 
mythologiques. Il exécuta aussi des planches de scènes 
familières. Voici Ténumération de celles que signale le 
Blanc dont nous annotons parfois le travail : 

• (i) J. F. Foppens. Bibliothcca 'Belgica, T. I, pp. 389, 390. 

(2) M. ibid., T. II, pp. 819-827. 

(3) Exliini Domiiii, titre des docteurs en théologie. 



— 104 — 

3)" La fêle du vilhigc. D'après David Teniers, sans 
doute le jeune. Premier état, avant l'adresse de François 
van den W3mgaerde. 

36° Le Berger et la Bergère. D'après Pierre-Paul Ru- 
bcns, selon la supposition de le Blanc. 

37° Les joueurs de boule. D'après David Teniers (le 
jeune ?). 

38° Le joueur de flûle. D'après David Teniers, (le 
jeune ?). Signé : T). Teniers in. et excud. cum privilegio. 

39° Le fumeur, en hauteur. D'après David Teniers, (le 
jeune ?). Haut. 200 millimètres. Larg. 155. Signé : David 
Teniers in. et excud. cum privilégia. Sauf une légère dif- 
férence de hauteur;, il s'agit ici indubitablement d'une 
planche représentant un homme qui tient de la main 
droite un verre rempli aux trois quarts, et, de la gauche, 
un pot à bierre en étain. Derrière lui se trouve un 
fumeur. Signé comme ci-dessus, et, en outre, Coryn 
Bocl f. Cette estampe au burin et à l'èau-forte, est exé- 
cutée avec beaucoup d'esprit, d'après un tableau de Da- 
vid Teniers, le jeune, qui appartient actuellement à 
M. Hyacinthe Camberlyn, de Bruxelles. 

40° Le fumeur, en largeur. D'après David Teniers, le 
jeune. Larg. 242 millimètres. Haut. 190. Signé : 
D. Teniers in. et excud. cum privilegio. — Coryn Boel fe. 
Composition de sept figures, pleine d'effet. 

41° Le médecin aux urines. D'après le tableau de 
David Teniers, le jeune, qui orne le musée de Bruxelles. 
In-folio en largeur : pièce rare. 

42° Le joueur de violon, composition de sept figures, 
d'après David Teniers, le jeune. In-folio, en largeur. 
Signé : 'D. Teniers i. et excud. cum privilegio. — Coryn 
'Boel f. Il existe une méchante copie de cette spirituelle 



— 10) — 

planche ; on l'attribue, nous croyons avec fondement, 
à Philippe Spruyt. On n'y lit que ces mots : D. Teniers 
inv. 

43° Une tmudiante assise. 

44° Lapeseuse d'or. D'après David Teniers, (le jeune ?). 
Haut. 144 millimètres, larg. 135. Signé : D. Teniers 
in. et excud. (ciim ?) privilégia. 

45° Le concert de chats. D'après D. Teniers, le jeune. 
Larg. 310 millimètres, haut 235. Signé : D. Teniers 
in. et excud. cnm privilégia. — Caryn 'Boel f.- 

46° La boutique du barbier. D'après le mêm.e. Pour 
l'intelligence de la planche, on doit se rappeler qu'au 
XVII'^ siècle, les chirurgiens étaient tenus de se faire 
recevoir dans le métier des barbiers. Teniers qui excel- 
lait dans la peinture des singes, les a représentés ici en 
chirurgiens et en barbiers. Larg. 313 millimètres, 
haut. 244. Signé : T). Teniers in. et excud. cum privilégia. — 
Caryn Boel f. Cette estampe pleine d'esprit et de gaieté 
forme le pendant de la précédente, qui ne lui cède pas 
en mérites. 

47°-52°. Les singes. D'après David Teniers, le jeune. 
Larg. 140 milHmètres, haut. 108, suite de 6 pièces, 
I" état : avant l'adresse de François vanden Wyngaerdc 
sur la première planche. Compositions pleines de malice 
et de joyeuseté. 

53° Un vieux paysan tenant une cruche. D'après David 
Teniers, le jeune. Signé : D. Teniers in. et excud. cum 
privilégia. — Crn-yn Boel / (sic^. Cette petite planche 
très-bien rendue et inconnue à le Blanc, fait partie de 
la collection de M. Edouard Terbruggen, à Anvers. 

54° Marche de trois satyres et de trois enfants, accom- 
pagnés d'autres satyres et de chèvres. Cette eau-forte égale- 



— io6 — 

ment inconnue à le Blanc, figurait au cabinet de Pierre 
Wouters, chanoine de la collégiale de S' Gommaire, à 
Lierre (i). 

Qiiirin Boel, le jeune, fut, avec le Français Jacques- 
Philippe le Bas, un des meilleurs interprètes de David 
Teniers, le second. 

La date inscrite au portrait du professeur Brady prouve 
que notre graveur vivait encore en 1662. Les recherches 
que M. Alexandre Pinchart a bien voulu faire pour nous 
à Bruxelles, ne lui ont pas du reste fourni la preuve que 
"notre artiste serait mort dans cette ville, en 1668, ainsi 
qu'on l'a écrit (i). 

(i) Voyez le Catalogue de cette collection, par N.-J. t'Sas, Brux., 
I797> P- 45, no 489. 
(i) Cette notice est datée du 10 juillet 1874. 



V 



jrî^fî^fî^3^V«^fî^i«7*A"^^ 




Pierre BOEL 
(en flamand Peeter BOEL) ' 
(1622-1674 ?). 

icrre Bocl;, fils de Jean, graveur de mérite, et 
I d'Anne van dcr Straten, naquit à Anvers et y 
fut tenu sur les fonts de la cathédrale^ quartier 
sud, le 22 octobre 1622^ par son oncle, l'excellent 
graveur Quirin Boel, le vieux, et Catherine de Heuvel. 

Son père Jean avait été, comme nous l'avons vu dans 
sa biographie, inscrit au Liggerc, en i6io-r6ii, en 
quahté de franc-maître graveur. Sauf de rares exceptions, 
les fils de maîtres ne figurent pas comme apprentis dans 
ce registre. Aussi y chercherait-on vainement le nom 
de l'élève Pierre Boel. Il y a plus : il n'y figure pas 
même comme fils de maître, ou plutôt, ainsi que nous 
le démontrerons plus loin, il y est porté sous un autre 
prénom que le sien. 

Pierre Boel fut un peintre des plus distingués et un 
graveur à l'eau- forte du plus rare mérite. Corneille 
de Bie, le plus ancien auteur qui le mentionne à notre 
connaissance, n'indique pas le nom de son maître. 
Félibien dit que ce fut « Sneydre dont il avoit épousé 
la veuve (i). » L'auteur entend parler sans aucun doute 

(i) Entretiens sur les vies et sur les ouvrages des plus excelkns peintres 
anciens et modernes. Trévoux, MDCCXXV. T. IV, p. 426. 



— T08 — 

du célèbre François Snydcrs, dont la femme Marguerite 
de Vos, sœur des excellents peintres Corneille et Paul, 
mourut le 2 septembre 1647. Son mari décéda le 
19 août 1657, sans avoir convolé en secondes noces (i). 

Au reste, ce n'est pas à Snyders que Pierre Boel fut 
redevable de son éducation artistique. Après avoir bien 
étudié sa manière et celle de Jean Fyt, nous avons 
acquis la conviction que celui-ci fut son maître. Cette 
conviction, nous l'avons vu partager par d'excellents 
connaisseurs, première preuve de son fondement. Une 
stconde résulte de ce fait, que très-souvent les tableaux 
de notre maître sont attribués à Jean Fyt. 

Nous avons dit ci-dessus que Pierre Boel fut inscrit 
dans le Liggere, comme fils de maître, sous un autre 
prénom que le sien. C'est ce que nous nous proposons 
de démontrer. Jean Boel, père de Pierre, a été, comme 
nous l'avons dit, inscrit dans la gilde de S' Luc, en 
1610-1611, à l'âge de 18 à 19 ans, en qualité de franc- 
maître. 

Le premier Boel qui se présente après lui, dans le 
registre des inscriptions, comme fils de maître, est Jean 
Boel, peintre, reçu en 1650-165 1 (2). 

Or, nous avons vu, dans la vie du graveur Jean Boel, 
que si celui-ci eut réellement un fils du nom de Jean, 
cet enfant était mort antérieurement au 19 mars 1640. 
Qiiirin, un autre de ses fils, s'étant appliqué à la gra- 
vure, il est évident que l'inscription de 1650-165 1 ne 

(i) Inscriptions funéraires et monumentales de la province A' Anvers. 
Anvers. T. VI, p. 208. 

(2) Ph. Rombouts et Th. Van Lerius. Les Liggeren et autres ar- 
chives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc. T. II, pp. 215 et 
220. 



— 109 — 

peut s'appliquer qu'à Pierre, qui fut réellement pein- 
tre. 

C'est vers cette époque, que cet artiste épousa Marie 
Blanckaert. Elle était fille du peintre Jean, (le maître 
de Balthasar van Cortbemde,) et d'Anne de Wael, qui 
devait le jour à Jean de Wael, autre peintre, dont An- 
toine van Dyck a gravé le portrait à l'eau-forte, et à 
Gertrude de Jode. Jean Blanckaert avait épousé Anne 
de Wael, en troisièmes noces, et leur fille Marie avait 
été tenue, le 15 novembre 1632, sur les fonts baptis- 
maux de la cathédrale, quartier sud, par Guillaume de 
Decker et Anne de Scede. 

Nous croyons que son mariage fut célébré au com- 
mencement de 1650, alors que la jeune personne n'avait 
pas accompli sa dix-huitième année. Nous croyons aussi 
que Jean-Baptiste Boel, l'aîné de ses enfants,, naquit 
également en 1650. Nous avons, du reste, recherché 
vainement l'acte de mariage de Pierre Boel et de Marie 
Blanckaert, dans les tables des anciens registres parois- 
siaux d'Anvers. Nous n'y avons pas trouvé non plus 
l'indication du baptistaire de leur fils Jean-Baptiste. Il 
est donc probable que ce mariage et la naissance de cet 
enfant auront eu lieu ailleurs qu'en notre ville. Au sur- 
plus, il n'y a pas de doute quant à la filiation de Jean- 
Baptiste Boel. C'est ce que nous comptons démontrer 
dans la biographie de ce peintre distingué. En ce qui 
regarde sa qualité d'enfant aîné, celle-ci nous paraît 
résulter de ce fait, qu'il fut reçu dans la gilde de S^ Luc, 
en 1674-1675, comme fils de maître, et qu'il se maria, 
en 1675, tandis que son frère, qui va sui\Te, ne fut 
admis qu'en 1676-1677, et ne se maria qu'en 1683. 

Balthasar-Luc Boel, le deuxième enfant de Pierre et 



IIO 



de Marie Blanckaert (i), naquit à Anvers et y fut tenu sur 
les fonts de la cathédrale, quartier sud, le 22 décembre 
165 1, par Jean-Baptiste de Wael, sans doute le graveur 
distingué, au nom du célèbre peintre Luc de Wael, 
grand-oncle du baptisé et par Susanne Blanckaert, sœur 
de la mère de l'enfant. Balthasar-Luc Boel est nommé 
simplement Luc dans son acte de baptême ; son acte de 
mariage lui donne les prénoms de Balthasar-Luc, qu'on 
lit aussi dans quelques baptistaires de ses enfants, tandis 
que d'autres le désignent comme Balthasar, sans addition. 
Le Liggere de S* Luc nomme ce peintre et fils de 
maître, Balthasar-Luc Boel. 

Le troisième enfant de Pierre Boel, Anne-Basilie, 
fut baptisé à S* André, le 12 mai 1653. ^ ^^^ V^^^ 
parrain Pierre de Heuvel, mari d'Esther Pelgrom, 
parente de notre maître, et pour marraine. Basilic Canis, 
que nous avons lieu de supposer cousine germaine de 
Pierre Boel. 

Nous connaissons à cette heure la famille de ce 
peintre. 

Nous allons en conséquence poursuivre la narration 
de sa vie d'artiste. Corneille de Bie nous apprend, à la 
page 364 de son Gulden cabimt van de edel vry schilder- 
const, qu'il passa plusieurs années à Rome et dans les 
villes environnantes, à peindre des animaux, des fleurs 
et des fruits. Ce séjour est antérieur, sans le moindre 
doute, au mariage de Pierre Boel, que nous avons cru 
pouvoir, sans témérité, fixer à l'année 1650. 

Les archives de la gilde anversoise de S' Luc men- 
tionnent trois élèves de notre artiste : i" Louis Geeraerts 

(1) Ibidem. 



— III — 

en 1652-1653,; 2° David de Coninck en 1659-1660; 
et 3° Pierre Schoof, la même année (i). 

Un seul de ces apprentis est inscrit comme franc- 
maître : c'est le célèbre David de Coninck, admis en 
1663-1664 (2) et qu'on croyait à tort avoir été élève de 
Jean Fyt (3). On a dit aussi qu'il était né à Anvers et 
décédé à Rome, en 1687. Ces deux assertions sont 
fausses. Nous avons, en effet, recherché vainement son 
acte de baptême dans les anciens registres de nos pa- 
roisses, où nous n'avons pas fait non plus la moindre 
découverte concernant un mariage ou des enfants du 
maître. Celui-ci vivait encore en 1699, puisqu'il se fit 
recevoir cette année-là, à Bruxelles, en qualité de 
reconnu. Il est désigné très-claireiîient dans une lettre 
du magistrat de Bruxelles, adressée le 27 septembre 
177 1, au Conseil souverain de Brabant, comme un 
peintre d'animaux, de renom (4). 

(i) Liggeren cités, T. II, pp. 241, 305 et 306. 

(2) Liggeren cités, T. II, p. 346. 

(3) Ceci est une preuve de plus de l'affinité qui existait entre la 
manière de peindre de Pierre Boel et de Jean Fyt, affinité que nous 
avons signalée à la p. 108 et qui n'a pas empêché notre Boel d'être 
un peintre très-original. 

(4) Les reconnus étaient des artistes peintres qui arrivés à Bruxelles, 
d'autres villes, s'étaient fixés dans la capitale du Brabant et ne s'y 
étaient pas fait recevoir francs-maîtres. Ils payaient, lors de leur 
inscription, un droit fixe de 62 florins 4 sous, argent courant de 
Brabant, sans être astreints à aucunes redevances annuelles envers 
le métier des peintres. Adrien-François Boudewyns, de Bruxelles, qui 
avait travaillé plusieurs années en France, fut admis comme reconnu 
à Bruxelles, en 1694 et inscrit depuis en qualité de franc-maître. — 
L. Galesloot. Documents relatifs à h formation et à la publication 
de l'ordonnance de Marie-Thérèse, du 20 mars, j_j novembre ijjs. 
Annales de l'Académie d'archéologie de Belgique, 2^ série. T. III, p. 475 
476 et 480. 



112 



Retournons à Pierre Boel. Sa femme Marie Blanc- 
kaert décéda entre le i8 septembre 1658 et le 18 du 
même mois de l'année 1659, date du paiement de sa 
dette mortuaire ci la gildc de S' Luc (i). 

Le maître se trouvait à Anvers, en 1663, puisqu'il 
fut témoin dans l'église de S' André, le 11 août de 
cette année-là, du mariage de sa belle-sœur Gertrude 
Blanckaert avec Barthélemi van der Linden. C'est pro- 
bablement vers cette époque qu'il alla s'établir à Paris, 
où il fut attaché à la manufacture royale de tapisseries 
des Gobelins (2). Il obtint aussi dans cette ville le titre 
de peintre ordinaire du roi Louis XFV (3). Notre 
maître y fut parrain, le 26 décembre 1671, de Gérard- 
Jean-Baptiste Scotin, qu'il tint sur les fonts de l'église 
S' Hippolyte, avec Catherine Huseweel, femme du 
célèbre peintre Adam-François van der Meulen, natif de 
Bruxelles. Cet enfant était fils du graveur Gérard Scotin 
et de Geneviève Bailleul. Gérard devait le jour au 
sculpteur Pierre Scautincx, qui trouva bon de franciser 
son nom (4). 

(i) Liggeren cités, T, II, p. 298. 

(2) A.-L. Lacordaire. Notice historique sur Us vianiifac turcs im- 
périales de tapisseries des Gobelins et de tapis de la Savonnerie, Paris, 

1855, pp. 60 et 63. 

(3) A. Jal. 'Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, 
1867, p. 234, iri: colonne. 

(4) Pierre Scautincx figure en 163 3-1634, dans le compte de la 
corporation anversoise de S' Luc, comme élève d'Ambroise Gast. 
Liggeren cités, T. II, p. 53. Le nom y est écrit Schoutens. — Les 
détails dans lesquels nous venons d'entrer sont empruntés à Jal, op. 
cit., pp. un et 11 12, et à H. Herluison, ,yictes d'état-civil d'artistes 
français.... extraits des registres de l' hôtel-de-ville de Taris, détruits dans 
l'incendie du 24 mai iSji, Paris et Orléans. 1873, T. II, p. 259, 
ligne 4. 



113 



Abraham Genoels, le jeune, ayant été chargé, vers 
1673-1674, de faire exécuter les tapisseries d'un appar- 
tement pour le comte de Monterey, gouverneur général 
des Pa3's-Bas catholiques, il s'associa plusieurs artistes, 
pour aller plus vite en besogne. Pierre Boel fut chargé, 
en cette circonstance, de peindre les oiseaux des patrons ; 
les autres animaux furent confiés à Nicaise Bernaerts, 
d'Anvers, franc-maître de notre gilde de S' Luc, les 
fleurs à Baptiste Monnoyer, de Lille, etc. (i). Comme 
ces peintres habitaient Paris, à cette époque, aussi bien 
que Pierre Boel, il n'y a pas à douter que les patrons 
y furent exécutés. 

Erasme Oiiellin peignit le portrait de notre maître. Il 
fut gravé avec beaucoup de talent par Conrard Lauwers, 
et Corneille de Bie en orna son Giilden Cabinet. L'ar- 
tiste y est représenté dans un fond de paysage, la main 
droite posée sur la tête d'un lévrier. Les longs cheveux 
du maître lui descendent sur les épaules, une moustache 
peu fournie embellit sa figure rêveuse et pleine de bien- 
veillance. Il est vêtu d'un pourpoint sur lequel s'étale 

(i) Nicaise Bernaerts (en flamand, Nicasius Bernaerts,) et non 
Nicasius Bernard, ainsi que plusieurs l'écrivent erronnément, fut 
reçu en 163 3-1634, dans la corporation anversoise de S' Luc, comme 
apprenti de François Snyders ; il y fut admis à la franc-maîtrise en 
165 3-1654. Liggercn cités, T. II, pp. 50 et 248. 

Jean Baptiste Monnoyer était venu au monde avant que Lille nous 
fut enlevée par la France, ainsi que le fait observer M. Jal, op cit., 
p. 880, i""^ colonne. 

Arnould Houbraken, qui tenait d'Abraham Genoels lui-même les 
détails relatifs à ces tapisseries, écrit Monoié, au lieu de Monnoyer. 
Nous n'avons pu deviner les noms véritables des peintres Furni et 
Boité, dont il parle à cette occasion. T)e groote schouhiirgh (1er IsLeder- 
îantscLv konstschildcrs en schilderessen, 's Gravenhage, 17S3, T. III, 
p. 100. 

8 



— 114 — * 

un collet garni de belles dentelles. Son manteau attaché 
au-dessus de l'épaule gauche, est ramené autour de sa 
taille. 

Pierre Boel peignit, avec beaucoup de vérité et de 
succès, les animaux de toute espèce, les fleurs, les 
fruits et les objets inanimés, tels que les vases d'or, 
d'argent et de porcelaine (i). Il travailla avec l'auteur 
de son effigie Érasme Quellin, comme le prouve de 
Bic, à propos de deux tableaux qui ornaient la maison 
de campagne de son Mécène, Antoine van Leyen (2). 

Notre maître fut, comme nous l'avons dit, un gra- 
veur à l'eau-forte du plus rare mérite. Jean Fyt lui 
enseigna aussi cette partie de son art, ainsi que les 
connaisseurs peuvent s'en convaincre par la comparaison 
des œuvres de nos deux artistes. Comme Pierre Boel 
a bien profité des leçons de son professeur ! Quel 
feu, quelle vigueur, par exemple, dans cette Chasse au 
sanglier, que nous avons sous les yeux ! Toute une 
meute est acharnée à la poursuite de l'animal sauvage, 
qui a déjà fait mordre la poussière à trois de ses agres- 
seurs. N'importe : ses ennemis l'attaquent de front, à 
droite^ à gauche et par derrière. Un d'eux s'efforce 
même de sauter sur le dos de son adversaire, qui s'ap- 
prête à lui faire payer cher sa témérité. Toutefois, 
harcelé de toutes parts, le sanglier sera bien réduit à 
mourir ; mais que de chiens seront encore auparavant 
étendus sur le sol ! 

Cette gravure magistrale à l'eau-forte ne le cède en 
rien à tout ce que les plus célèbres artistes ont produit 



(i) C. DE BiE, op. cit., p. 362-364. 
(2) Id., ibid.,p. 198. 



— 115 — 

de plus beau en ce genre. Elle est mentionnée avec les 
autres planches de Pierre Bocl, dans le V\Canuel de Faina- 
tciir d'estampes, de Charles le Blanc (i). 

Wenceslas HoUar et Luc Vorsterman (le vieux ?) ont 
gravé d'après notre peintre. Le premier « un lièvre 
mort, pendu par la patte, avec un lévrier, et quantité 
d'oiseaux tués. » Cette pièce rare porte l'inscription sui- 
vante : Tceter Boel pinx. IV. Hollar fec. 1649. Le second 
« deux belles feuilles de chasses par des chiens de grande 
taille, savoir : la chasse du sanghcr, et la chasse du lion, 
pièce marquée : Pdrus Boel inv : Lucas Vorsterman 
fec. (2). » 

Dans l'importante collection de gravures et de dessins 
de Pierre Wouters, chanoine de l'église collégiale de 
S' Gommaire, à Lierre, trésorier ç.t bibliothécaire de 
Sa Majesté Apostolique, etc., figuraient six études d'ani- 
maux tant morts que vivants, exécutées par François 
Snyders, Jean Fyt et Pierre Boel (3). 

La collection de dessins du musée du Louvre, à 
Paris, en possède 213 de notre artiste (4). L'auteur de 
cette biographie est propriétaire d'une petite toile du 
maître : elle représente différents animaux dans un 
parc ; à droite , vers le centre de ce tableau , est 
figuré un étang orné d'un dauphin de bronze, dont la 



(i) Paris, 1854, T. I, p. 404. 

(2) Michel Huber et J.-G. Stimmel. — Catalogue raisonné du 
cabinet d'estampes de feu Monsieur JVinclder, banquier et membre du 
sénat, à Leipzig. École des Tays-Bas, Leipzig, 1805, p. 108. 

(3) Voyez le Catalogue rédigé par N.-J.-A. t'Sas, négociant. 
BruxeUes, 1797, p. 297, n" 1459. 

(4) Frédéric Reiset. Notice des dessins du musée impérial du 

Louvre. Paris, 1866, p. Ixxxi. 



ii6 



bouche laisse échapper de l'eau dans le bassin. Qiiatre 
canards y nagent dans diverses attitudes. Deux lapins 
bruns au repos, mais les oreilles aux aguets, se sont éta- 
blis au bord de l'étang : un pigeon vient de s'abattre 
près d'eux, pour tenir compagnie à un autre de ces 
volatiles. Au milieu de la composition et la dominant 
de toute sa hauteur, se dresse un paon qui étale en 
marchant sa superbe queue. 

Un coq d'Inde, assis près de là et servant de repous- 
soir, paraît plongé dans de profondes méditations. La 
scène se passe après le coucher du soleil, ce qui a 
permis à Boel de faire mieux ressortir le riche plumage 
et la belle robe de ses animaux. Ceux-ci sont dessinés 
et posés excellemment et peints de main de maître. Le 
fond, borné par. des montagnes, le ciel et le paysage 
s'harmonisent de la manière la plus heureuse avec la 
partie antérieure de la toile qui est signée du mono- 
gramme du maître P. B. * 

Le musée d'Anvers possède de notre artiste une 
Nature morte, qui a fait partie de la collection de 
M. Désiré van den Schrieck, de Louvain, où elle porta 
le nom de Jean Fyt. En voici la description. A l'entrée 
d'un parc sont étalées plusieurs pièces de gibier, parmi 
lesquelles on remarque un lièvre attaché à la branche 
brisée d'un arbre, entouré de ronces et de broussailles. 
Deux perdrix sont suspendues au-dessus de l'animal, 
dont la tète repose à terre. Des pipeaux gisent à gauche 
sur le sol, auprès de quelques cailles, d'un cornet à 
poudre et d'autres attirails de chasse. Vers la droite on 
aperçoit une bécassine, et derrière un bloc, la tête d'un 
chien de chasse. 

Cette toile n'est pas exposée au moment où nous 



I 



— 117 — 

écrivons. D'après nos souvenirs, elle n'est pas sans 
mérite, mais inférieure toutefois à celle que nous 
possédons. 

Au musée de Gand se trouve du gibier mort, de 
Pierre Boel. M. A. -P. Sunaert décrit ainsi ce tableau 
dans le catalogue de cette collection : ce Dans un 
paysage avec des arbres à gauche, dont on voit seule- 
ment les troncs, est pendu, à l'un de ces derniers, un 
lièvre mort. A côté de lui est couché un héron. Ensuite 
on remarque, éparpillés à terre, des perdrix, des bécasses, 
un canard et de la petite volaille. A gauche, il y a une 
élévation de terrain et le lointain offre un site sauvage, 
terminé par des montagnes » (i). 

Un tableau de notre maitre, conservé dans la pinaco- 
thèque de Munich, représente deux chiens de chasse, 
qui gardent un sanglier, un cygne, un daim et autre 
gibier mort (2), 

La riche galerie de Sleissheim ne montre pas moins 
de quatre compositions de Pierre Boel : 1° des fruits ^ 
du gibier mort, de la volaille, etc. ; 2° des oiseaux morts et 
vivants ; 3° une femme et un garçon dans une chambre à 
provisions, pourvue de crabes, poissons de mer, etc.; 4° une 
jeune fille dans une chambre à provisions richement garnie 
de poissons de mer, etc. (3). Il est probable que les figures 
humaines de ces deux derniers tableaux sont l'œuvre 
d'un autre artiste. 



(i) Op. cit., p. 42. 

{2) Calalogm des taUcaiix de la pinacothèque royale à ^Xiinich, 
Munich, 1860, p. 77, n° 327. 

(3) Katalog dcr I{gl. GeindlJe-Galerie in Sleissheini, Mùiichcn, 1870, 
p. 49, 11°^ 524 et 52) ; p. 54, 110673 ; p. 57, n" 754. 



— ii8 — 

I 

Le musée de Madrid possède de notre maître un 

Paysage avec des animaux : un cygne, un lièvre et une 5 

oie morts sont attachés à la branche d'un arbre. Trois |- 

chiens gardent ce gibier (i). 

Un tableau de Pierre Boel, peint à Paris, et représen- 
tant des oiseaux, d'autres animaux et des fruits, ornait, ^ 
en 1682, la collection de Diego Duarte. Cet amateur, 
qui appartenait à une famille portugaise établie à Anvers, 
habitait Amsterdam à cette époque. Cette peinture 
était estimée 52 florins (2). 

Les catalogues de tableaux, pubHés au siècle dernier 
par Gérard Hoet, en signalent plusieurs exécutés par un * 

Boel, dont ils nous taisent le prénom. 

Nous sommes de cette façon dans l'impossibilité de 
déterminer si ce sont des œuvres de Pierre ou de ses 
fils Jean-Baptiste et Balthasar-Luc. La première peinture 
qui se présente est une Vieille femme qui file, vendue 3 
florins, à Amsterdam, en 1707 ; cette toile faisait partie 
de la collection de Pétronille de la Court, et était fort 
probablement étrangère au peintre dont nous écrivons 
la vie (3). 

Les autres tableaux de Boel mentionnés par Hoet, 
sont les suivants : Un lièvre mort et des oiseaux, vendu 
76 florins; Une chasse au sanglier, adjugée à 61 florins, 
et un Vanitas orné d'instruments de musique et de ma- 1 



(i) Don Pedro de Madrazo. Catdogo de îos cuadros del real mu- 
seo depinhira y escnltura de S. M., Madrid, 1858, p. 363, 11° 15/5. 

(2) Fred. Muller. De onde Tijd, 1870, p. 402, n° 154. 

(3_) Calalogns of naamlyst van schilderyeii, met dei^eiver pry::^eii, 
^derl cen laiiqen rcehs van jaren :;oo in Holland aïs op andere pîaatlen 
in het openbaar vcrkogt. 's Gvavenhage, MDCCLII, dccl I, bl. 110, 
no 117. 



— 119 — 

thématiques, d'armes et de fleurs, à ii florins 8 sous, 
lors de la dispersion de la collection de Jacques de Wit, 
d'Anvers, en 1741. Il s'y trouvait aussi une composi- 
tion de Gcnzales Coques, représentant un Cabinet de 
tableaux, orné de figures de la main de ce maître. Les 
petites toiles dont se composait ce cabinet, étaient 
l'œuvre de dilîérents artistes : on y voyait, entre autres, 
Une chasse au sanglier, de Pierre-Jacq. Boel (i). De 
Wit possédait, en outre, de Boel, un second Vanitas, 
où l'on remarquait un globe terrestre, des armes, des 
fleurs et des instruments de musique, et une peinture 
ayant pour sujet des fresaies, des rats d'Inde^ des chauves- 
souris et d'autres animaux. Le premier de ces tableaux 
fut vendu 12, le second 20 florins 5 sous. 

Un paysage capital orné de chats-tigres et d'oiseaux, 
exécuté par Boel, ftisait partie de la collection du peintre 
anversois Jacques de Roore, vendue à La Haye, en 1747. 
Il y fut adjugé au prix de 15 florins (2). 

Pierre Terwesten signale, dans ses catalogues les 
tableaux suivants de Pierre Boel : 1° des animaux peints 
d'après nature, dans un paysage, et vendu 50 florins, à 
Bruxelles, en 1758, à la mortuaire de M. Martin Robyns; 
2° du gibier mort, vendu 27 florins à Anvers, en 1762, 
à la mortuaire de la douairière de Proli; 3° du gibier, 
vendu 26 florins, à Anvers, en 1762; des oiseaux et 
d'autres animaux, dans un paysage, vendu 44 florins, 
dans la même ville, en 1768 (3). Nous tenons à faire 

(i) Cette œuvre d'art orne actuellement le musée de La Haye. 

(2) G. HoET, op. cil., T. II, pp. 32, 34, 35, 45, 47 et 214. 

(^) PiETER Terwesten. Catalogiis of naainlyst van schilderyen luel 
dei\elver prysen sedert den 22 Augusti 1752 tôt dcn 21 Novsmber 1768, 
:(oo in Holland als 'Brahand en andere plaat\en inhet openbaarverJwgt. — 
's Gravenhage, 1770; pp. 193, 277, 280 et 661. 



— 120 — 

observer ici que le 3° était indique sans le prénom du 
maître dans le catalogue. 

Le catalogue du cabinet de M. Pierre-André-Joseph 
Knyff, chanoine noble gradué de la cathédrale d'Anvers, 
signale en ces termes deifx toiles de Pierre Boel : « n° 147, 
Ce tableau offre, sur le premier plan, du gibier mort, un 
cerf, un sangHer, un renard, un canard- et un cygne dont 
une aile est attachée à la branche d'un arbre. L'on y voit 
aussi une gibecière; à droite, deux lévriers. Le fond est 
un beau paysage et un ciel très-clair. Ce tableau est du 
meilleur faire de ce maître et ne le cède en rien aux 
ouvrages de Jean Fyt. Haut. 73 pouces, larg. 100 1/2. — 
507. Un tapis^ des instruments, un grand plat ciselé, 
un globe, deux écuelles de porcelaine; tous ces objets 
inanimés sont placés sur une table, et très-naturellement 
rendus. Haut 48 3/4 pouces, large 64 1/2. » — Lors de 
la vente de cette collection, en 1785, le premier de ces 
tableaux fut acquis par M. Nicolas-François Beeckmans, 
au prix de 70 florins de change; le second, par le sieur 
Steber, moyennant 10 florins 15 sous (i). 

On doit ne pas perdre de vue, en lisant ces différents 
prix, que les œuvres d'art se vendaient à bon compte 
au siècle dernier et que l'argent avait une plus grande 
valeur qu'actuellement. 

Pierre Boel mourut aux Gobelins, à Paris, le 3 sep- 
tembre 1674, avant midi, dans la 52'' année de son âge. 
Il fut enterré, le lendemain, dans l'église de S' Hippolyte, 
en présence de ses amis, le célèbre peintre de batailles, 
Adam-François van der Meulen et Jean Mosin (2). Le 



(1) Catalogue cité, pp. 40 et 172. 

(2) A. Jal, op. cit., p. 234, le colonne. 



# 



— 121 — 

nom véritable de ce dernier est Mosyn (i). Il était, d'après 
Kramm, fils du graveur distingué Michel Mosyn et 
de Madeleine Veron, sa femme. 

C'est ce qui résulte de l'acte de baptême de Michel 
Mosyn, fi-ère de Jean, que celui-ci tint le 2 juin 167 1, 
avec sa sœur Geneviève, sur les fonts de l'église 
S' Benoît à Paris. Le petit Michel était né le 28 avril 
de cette année-là, et le parrain signa du nom de Jean 
Mosin le baptistaire de l'enfant ; le père était absent, 
à l'époque où fut conféré à son fils le premier des 
saints sacrements (2). 

Disons, pour terminer, qu'il est regrettable qu'un 
artiste de la valeur de Pierre Bocl soit décédé avant 
d'avoir accompli sa 52'= année. 

Quoique décédé à l'étranger, la dette mortuaire de ce 
maître, se montant à 33 florins 4 sous, n'en fut pas moins 
payée à la gilde anversoise de S' Luc. C'est ce qui 
résulte de son compte du 18 septembre 1673 ^^ ^^ ^^ 
même mois de l'année 1674 (3). Mais au lieu d'écrire 
Pierre Boel, le rédacteur renouvela l'ancienne erreur et 
mit Jean (4). 

(i) Christiaan Kramm. De ïevens en werhn der Hollandsche en 
Vlaamsche hinstschilders, heeldhoîcwers, graveurs en honiujneeslcrs. — 
Amsterdam, 1860, T. IV, p. 1169. 

(2) Herluison. Actes d'ètat-civil d'arlisles français, peintres, gra- 
veurs, architectes, etc. Extraits des registres de l'iiôlel de ville de Paris, 
détruits dans l'incendie du 24. mai iS/i, par H. Herluison. Paris et 
Orléans, 1873, T. II, p. 375. 

()) Liggeren, T. II, p. 436. 

(4) Cette notice est datée du 21 juin 1874. 



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Jean-Baptiste BOEL 

(en flamand Jan-Baptist BOEL) 

(1650 ?-i688- 1689). 

^le peintre de talent Jean-Baptiste Boel était fils 
||;-ir^du célèbre Pierre et de Marie Blanckaert. Nous 
\^::Tès5Éi avons dit dans la biographie de son père, que 
celui-ci s'est marié, d'après notre manière de voir, au 
commencement de 1650. Nous avons ajouté que nous 
croyions devoir fixer, à cette même année, la naissance 
de Jean-Baptiste, considéré par nous comme l'aîné de 
ses enfants. Enfin nous avons fait observer que nous 
n'avons pu découvrir ni son baptistaire, ni l'acte de 
mariage de ses parents, et nous avons conclu de cette 
absence de baptistaire à Anvers que Jean-Baptiste Boel 
est né ailleurs qu'en notre ville. Nous allons nous efforcer 
maintenant à démontrer que notre artiste est issu bien 
positivement du mariage de Pierre Boel et de Marie 
Blanckaert, et qu'il en fut le premier fruit. La preuve de 
la première de ces assertions ressortira suffisamment des 
noms du témoin de son mariage et de quelques-unes 
des personnes qui ont tenu ses enfants sur les fonts de 
baptême ; la seconde de la date de son admission dans 
la gilde anversoise de S' Luc, en qualité de fils de 
maître, date antérieure à celle de la réception de son 
frère Balthasar-Luc, né en 1657. 



— 123 — 

Nous commencerons par ce dernier point. Jean-Bap- 
tiste Boel fut inscrit dans notre gilde comme fils de 
maître, dans l'intervalle du i8 septembre 1674 au 18 
septembre 1675; Balthasar-Luc n'y fut reçu que du 
18 septembre 1676 au 18 septembre 1677 (i). 

Nous ne doutons pas que le premier ait eu son père 
pour maître, et il est probable qu'il en fut de même du 
second. Il est hors de doute que l'un et l'autre auront 
accompagné leur père à Paris. 

Nous arrivons maintenant au premier point. Jean- 
Baptiste Boel épousa, dans la cathédrale, quartier nord, 
le 4 mai 1675, Marie-Catherine Immenraet. Elle était 
fille de l'excellent peintre-paysagiste Philippe-Augustin 
Immenraet (2) et de Catherine de Hille et avait été tenue 
sur les fonts de Notre-Dame, quartier nord, le 1 1 avril 
1657. Le père servit de témoin à cette jeune fille de 
dix-huit ans. Celui de Boel fut Barthélémy van der Linden, 
le jeune. Celui-ci avait été nommé notaire à Anvers, en 
1663 (3) et avait épousé à S' André, le 11 août de 
cette année-là, Gertrude Blanckaert^ fille du peintre Jean 
et d'Anne de Wael. Elle était par conséquent la sœur 
de Marie de Wael, femme de Pierre Boel^ qui avait été 
témoin de son mariage. Barthélémy van der Linden, son 

(i) Théodore Van Lerius et Phil. Rombouts. Les Liggercn et 
antres archives historiques de lu gilde anversoise de saint Luc, T. II, 
pp. 432, 443, 450. et 454. 

(2) Le nom de cette famille d'artistes est changé en Immelraat, 
dans le Théâtre des peiiitvres de David Teiiiers, le jeune; plus tard 
on s'est mis à écrire Emelraet et Hemelract. 

(3) Frédéric Verachter. Inventaire des niintites des anciens no- 
taires de la ville d'Anvers, à la suite du Rapport sur l'adrninislralion et 

la situation des affaires de la ville d'Anvers, présenté le 2 cc- 

iobre 1S4S, p. 243. 



— 124 — 

mari, était donc l'oncle par alliance de Jean-Bap- 
tiste Boel. 

Celui-ci eut six enfiints de Marie-Catherine Immenraet. 

1° Jean-Philippe, baptisé dans la cathédrale, quartier 
nord, le 6 juillet 1676. Parrain, Philippe-Augustin 
Immenraet, aïeul de l'enfant, marraine, Susanne Blanc- 
kaert, au nom de Catherine de Wael. Susanne Blanckaert 
était la sœur de Zvlarie, et, par conséquent, la grand' 
tante du petit Jean-PhiHppe Boel. Catherine de Wacl 
était parente de Marie Blanckaert, par la mère de celle-ci, 
Anne de Wael, femme en troisièmes noces de Jean 
Blanckaert. 

2° Marie-Catherine, tenue sur les fonts de la cathé- 
drale, quartier sud, le 22 octobre 1677, P''^'^ Barthélémy 
van der Linden, que nous avons appris à connaître, et 
Catherine de Hille, grand'mère de l'enfant. 

3° Pierre, tenu sur les mêmes fonts, le 4 juillet 1680, 
par Pierre Spierinckx, paysagiste de talent, franc-maître 
de notre gilde anversoise de S' Luc, en 165 5-1656 (i) et 
Susanne Blanckaert, grand'tante du petit Pierre. 

4° Gertrude-Antoinette, baptisée dans le même quartier 
de la cathédrale, le 25 juillet 1682. Parrain Antoine 
van Leyen, échevin d'Anvers, marraine, Gertrude Blanc- 
kaert, .sœur de Marie, femme de Pierre Boel, et, par 
conséquent, grand'tante de l'enfant. Nous avons vu 
que Gertrude Blanckaert était la femme du notaire Bar- 
thélémy van der Linden. | 



(i) Campo Weyerman n'ayant pas su le pronom de Spierinckx, l'a 
indiqué par l'inconnue N. Ceux qui l'ont suivi ignorant la justification 
de cette lettre, l'ont considérée comme l'initiale de Nicolas, et ont 
nommé notre maître Nicolas Spierinckx. 



tà 



— 125 — 

Quant à Antoine van Leyen, il fut le Mécène de 
Corneille de Bie, lors de la publication de son célèbre 
Guldeii Cabinet, qui est orné du portrait de van Leyen, 
gravé en 1661, par Richard Collin, d'après un tableau 
d'Erasme duellin. Notre magistrat, comme nous l'avons 
vu dans la biographie de Pierre Boel, possédait des 
tableaux de ce maître. Il remplit les fonctions d'échevin 
de notre ville de 1667 à 1673, en 1680, 1682 et 
1683. 

5° Micheline, baptisée à Notre-Dame sud, le 12 juillet 
1684. Parrain, Michel Moens, marraine, Marie-Ca- 
therine de Hille, parente de la grand'mère de l'enfant. 

6° Jean-Baptiste, tenu sur les fonts de S' Jacques, 
le 26 juillet 1686, par Jean Willemssens et Anne-Claire 
Smits. 

Il est constaté, à cette heure, que le témoin du ma- 
riage de Jean-Baptiste Boel était le beau-frère de son 
père. Qii'il fut parrain de son deuxième enfant, qu'une 
des belles-sœurs de Pierre Boel, Susanne Blanckaert, 
tint sur les fonts le premier-né de notre artiste, au 
nom d'une parente de la mère de celui-ci. Qu'elle fut 
la marraine de son fils Pierre, et que sa sœur Gertrude 
Blanckaert le fut de Gertrude-Antoinette Boel, fille de 
Jean-Baptiste. Nous croyons donc pouvoir conclure que 
la fihation de ce dernier est nettement établie. 

Nous ajouterons qu'après l'inscription du graveur Jean 
Boel, père du peintre et graveur Pierre, le premier Boel, 
reçu en qualité de fils de maître dans la gilde anversoise 
de S' Luc, est ce même Pierre, erronément porté au 
registre en 1650-165 1, au nom de son frère Jean, décédé 
bien antérieurement à cette époque. Notre Jean-Baptiste 
est le second fils de maître issu de cette famille. 



— 126 — 

Le lecteur sera sans doute d'avis que notre démon- 
stration est complète. 

Selon M. Jean-Baptiste van der Straelen (i), Jean- 
Baptiste Boel se serait fait recevoir en 1674, dans la 
chambre de rhétorique du Rameau d'Olivier (OlijftaJi) 
unie, à cette époque, cà celle de la Giroflée ÇVioliere). 
D'après l'auteur cité, cette admission aurait eu Heu sous 
le décanat du célèbre peintre Charles-Emmanuel Biset : i 

mais comme celui-ci fut doyen en 1675 -1676 (2), c'est " 

à cette dernière époque que la réception de notre Boel 
devrait être reculée. 

Il donna sa démission en 1 679-1 680. Cette décision 
entraînait le paiement de la dette mortuaire du maître. 
Il préféra de solder celle-ci plutôt en nature qu'en 
argent. Voici ce que nous lisons à cet égard dans le 
compte du Rameau d'Olivier (OUj/taJi) de 1679-1680 : 
« Jean-Baptiste Boel s'est retiré à condition de peindre 
pour la chambre un tableau de la même hauteur que les 
autres toiles de ce local. Il sera tenu de payer l'intérêt 
d'un capital de 150 florins, aussi longtemps que son \ 

œuvre ne sera pas délivrée à la chambre, et dès qu'elle 
l'aura été, on fera juger si elle est digne d'y être admise. » *■ 

La peinture dont il s'agit, après avoir figuré avec ^ 

honneur au salon de la gilde de S' Luc, fait actuellement . )[ 

partie du musée d'Anvers. Elle représente la Faiîité des \ 

choses de ce monde. 

Nous aurions bien désiré de pouvoir donner une 



(i) Geschiedetns der AtUwerpsche Rcderykkamers, Violiere, p. 87. 

(2) En 1674- 167 S, le doyen de la gilde était Martin Verhulst, 
imprimeur-libraire. Voyez Liggeren cités, T. II, pp. 436, 440, 444 
et 446. 



— 127 — 

description un peu détaillée do ce tableau, mais il est 
en ce moment couvert de crasse et placé à une hauteur 
telle que le regard n'y peut atteindre suffisamment. 
Nous devons donc bien nous contenter d'emprunter les 
lignes suivantes qui figurèrent primitivement dans l'édi- 
tion du Catalogue dip musée d'Anvers, par M. Jean-Alfired 
de Laet : « Un cygne mort, posé dans un plat de vermeil, 
et un paon, occupent le milieu de cette composition, 
qui est très-riche d'accessoires, figurant des fleurs, des 
objets d'antiquité, des attributs d'arts et de sciences, etc. 
Grandeur naturelle (i), » 

Cette toile est l'unique œuvre connue de Jean Boel : 
mais elle donne une preuve des plus avantageuses de 
son talent. Tous les objets y sont peints de main de 
maître et il serait extrêmement regrettable que cette 
belle composition dût être quelque jour la victime de 
mauvaises restaurations. 

Le compte de la gilde de S' Luc du i8 septembre 
1686 au 18 du même mois 1687 mentionne une recette 
de 3 florins 4 sous, du chef du paiement de la dette 
mortuaire de la femme de Jean-Baptiste Boel (2). Marie- 
Catherine Immenraet, qui venait d'entrer dans sa 31™^ 
année, décéda en efl'et, en septembre 1687 et fut in- 
humée le lé de ce mois, dans l'abbaye de St-Michel, 
aux termes de son testament. C'est ce que nous apprend 
un registre d'enterrements de la cathédrale, qui ajoute 
que les époux Boel habitaient à cette époque la rue 



(i) Cette description a été reproduite dans le Catalogue de 1857, 
à la suite de notre biographie, en grande partie fautive, de Jean- 
Baptiste Boel. Op. cit., p. 360, no 411. 

(i) Liogcrcn cités, T. II, p. 520. 



— 128 — 

Sale, (de Vuilnisstrate), dont le nom a été changé 
depuis en me Otho Vœnius, en mémoire de l'illustre 
peintre qui y demeura (r). 

Jean-Baptiste Boel mourut entre le i8 septembre 1688 
et le 18 du même mois 1689. C'est à cette date, en 
effet, que fut payée à la gilde de S' Luc sa dette 
mortuaire de 3 florins 4 sous (2). L'artiste n'était âgé 
que de 38 à 39 ans. 

Il est évident que notre maître a exécuté d'autres 
œuvres que celle qui orne le musée d'Anvers. Mais où 
se trouvent-elles ? C'est ce que certains marchands de 
tableaux pourraient peut-être nous dire (3). 



(i) Augustin Thys. Historique des rues et places publiques de la 
ville d'Anvers. Anvers, 1873, pp. 338 et 339. 

(2) Liggeren cites, T. II, p. 536. 

(3) Cette notice est datée du 14 juillet 1874. 



\ 



Balthasar-Luc BOEL 

(en flamand Balthazar-Lucas BOEL) 

(1651-1702-1703). 




e peintre était fils du célèbre Pierre Boel et de 
Marie Blanckaert. Il vit le jour à Anvers et y 
fut tenu sur les fonts de la cathédrale, quartier 
sud, le 22 décembre 165 1, par Jean-Baptiste de Wael, 
sans doute le graveur distingué, au nom du célèbre 
peintre Luc de Wael, grand-oncle du baptisé, et par 
Susanne Blanckaert, sœur de la mère de l'enfant. Ainsi 
que nous l'avons fait observer dans la vie de Pierre 
Boel, Balthasar-Luc est nommé simplement Luc dans son 
baptistaire (i) ; son acte de mariage lui donne ses deux 
prénoms dans l'ordre que nous avons suivi ci-dessus. On 
les lit de la même manière dans les actes de baptême 
de quelques-uns de ses enfants, tandis que d'autres 
le désignent simplement comme Balthasar. Le Liggerc 
de la srilde de S^ Luc d'Anvers nomme notre artiste 
Balthasar-Luc Boel; le compte de 1676-1677, Balthasar 
seulement. 

Notre artiste suivit, sans- nul doute, son père à Paris : 
il est probable aussi qu'il apprit de lui la peinture. 
Quoiqu'il en soit, Balthasar-Luc Boel entra, en 1676- 



(1) Voyez pp. 116 et 123. 



— 130 — 

i677> <i^i^s la gilde anvcrsoise de S' Luc comme peintre 
et fils de maître (i). Cette réception à l'âge de 25 à 26 
ans doit faire supposer que Boel est resté longtemps à 
l'étranger. 

Balthasar-Luc Boel épousa dans la cathédrale, quartier 
nord, le 25 février 1683, Marie-Anne Janssens, dont les 
prénoms sont écrits parfois dans d'autres actes Anne- 
Marie. La bénédiction nuptiale leur fut donnée par le 
pléban Rombout Backx, en présence de Jean-Baptiste 
Sarton et de François Croock, et avec dispense de deux 
bans. 

Quatre enfants furent les fruits de ce mariage. 
1° Marie-Barthélemie, tenue sur les fonts de l'église 
S* Jacques, le 20 mai 1684, par le notaire Barthélemi 
van der Linden, licencié ès-droits et grand-oncle de 
l'enfant, et par Susanne Blanckaert, sa grand'tante. 

2° Jean-Pierre, baptisé dans la même église, le 10 
août 1685 ; parrain, l'excellent peintre Jean-Baptiste 
Boel, oncle de l'enfant, marraine, Gertrude Blanckaert, 
femme de Barthélémy van der Linden et grand' tante 
du petit Jean-Pierre. 

Les deux suivants furent baptisés à S' Georges : 

3° Anne-Marie, le 6 décembre 1688 ; parrain, Pierre 
Spierinckx, paysagiste de mérite, marraine, Gertrude 
Blanckaert, nommée ci-dessus. 

4° Anne-Marcelle, le 9 janvier 1693 > parrain, Mar- 
cel Librechts, marraine, Susanne-Marie Blanckaert, 
grand' tante de l'enfant. 

Ce Marcel Librechts est probablerrient le même que 
le compagnon de voyage à Rome d'Abraham Genoels, 

(0 Liggeren cités, T. II, pp. 440 et 454. 



— 131 — 

le jeune, et de plusieurs autres de nos artistes, en 1674. 
Il était natif d'Anvers et peintre. Entré dans la bande 
artistique à Rome, il y avait reçu le surnom de Perro- 
quet (i). 

Balthasar-Luc Boel décéda entre le 18 septembre 
1702 et le 18 du même mois 1703. C'est à cette 
époque que sa dette mortuaire est mentionnée dans le 
registre de comptes de S' Luc, où la somme due est 
restée en blanc. Les prénoms du maître l'y sont restés 
également, mais heureusement il n'y a pas de doute 
quant à la personne du peintre que le rédacteur du 
compte a entendu désigner. 

Le paiement de la dette mortuaire de la veuve de 
Balthasar-Luc Boel est renseigné dans le compte du 18 
septembre 1724 au 18 du même mois 1725, de la 
gilde anversoise de S' Luc. 

Nous ne connaissons aucune œuvre de ce Boel. Aussi 
nous serait-il impossible de dire s'il fut, ou non, un 
peintre de talent. Ses relations artistiques nous portent 
toutefois à croire l'affirmative (2). 

Sources ; Registres des paroisses d'Anvers. — Archives de la gilde 
de S» Luc. — Notes de M. J.-B. Van der Straelen. — Archives de 
la ville d'Anvers. — Inscriptions funéraires et moniunentàles de la 
province d'Anvers. 

(i) Arnold Houbraken. De groote schouhurgh der Nederlantsche 
konstschilders en schilderessen, s' Gravenhage, 1753. Tome III, pp. 
100, ICI et 102. 

(2) Cette notice est datée du 15 juillet 1874. 







GONZALVE COCX 

dit GoNz.\Lo ou GoxzALES COCQUES 

(en flamand Goxzaal COCX ou COCQUES) 

(1614-1684). 

eus avons publié, en 1863, la biographie de ce 
i maître cminent dans le Supplément au Cata- 
logue du musée d'Anvers. Ayant complété nos 
recherches depuis cette époque, nous en présentons 
actuellement le résultat au public. 

Le premier acte que nous ayons trouvé relativement 
aux parents de l'artiste, porte la date du 15 septembre 
1598. C'est le baptistaire de Marie, fille naturelle de 
Pierre Willemsen Cock et d'Anne Beys, alias Jacops. 
Elle fut tenue sur les fonts de l'église S* Jacques, à 
Anvers, par Corneille Pietersen et Marie de Weese. La 
manière d'écrire le nom du père trahit une origine 
étrangère à notre ville, hollandaise peut-être, mais non 
inconnue en tout cas, à d'autres parties de notre pays. 
Pierre Willemsen Cock se traduit en français par Pierre 
fils de Guillaume Cock, mot qui signifie lui-même cui- 
sinier. Quant à la mère, l'addition ajoutée à son nom 
ne nous semble avoir d'autre signification sinon qu'elle 
était fille de Jacques : aussi nous ne l'avons rencontrée 
qu'une seule fois. 

Pierre Willemsen Cock et Anne Beys réparèrent le | 



— 133 — 

scandale qu'ils avaient donné par leurs relations illicites. 
Ils se marièrent, au plus tard, en 1608, ailleurs qu'à 
Anvers, où nous n'avons pas trouvé l'acte de célébration. 
Si la petite Marie était encore en vie à cette époque, 
ce que nous ignorons, elle était devenue légitime de 
plein droit, par suite du mariage de ses parents. 

Ceux-ci eurent encore trois autres enfants, qui furent 
inscrits dans les registres de baptêmes de la cathédrale 
d'Anvers, comme issus d'une union légitime: 1° Henri, le 
24 février 1609, il eut pour parrain Henri Roi, maréchal 
d'Abscoude, capitaine et lieutenant-amiral des navires 
de guerre de l'Escaut (i). L'acte n'indique pas de mar- 
raine. Nous n'avons pas trouvé de mention ultérieure 
de cet enfant. 

2° Gaspard, le ri juin 1612; parrain, Gaspard van 
Steenwinckel, batelier (2), marraine, Marguerite Huy- 
brechts. Il n'attendit pas longtemps pour se marier. 
En effet, à peine âgé de 20 ans, il épousa, à St-Jac- 
ques, le 6 juillet 1632, Pétronille Symons, en pré- 
sence de Marc de Wit et de Gilles de Huyter. Sa 
femme lui donna trois enfants : les deux premiers 
furent tenus sur les fonts baptismaux de S' Jacques, 
le troisième, sur ceux de S' Georges. 1° Jacques, 
le 3 décembre i633,parrain Josse van deVelde, au nom 



(i) Henri Roi avdt épousé Émerentienne van den Drîessche, alias 
van Valckenborch. — Inscriptions funéraires et monumentahs de la 
province d'Anvers, T. I, p. 326. Il appartenait à la noblesse et est 
honoré du prédicat de joencheer, dans l'acte de baptême de Gabriel 
van Bueren, fils de Jacques et d'Elisabeth Steydlin, qu'il tint sur les 
fonts de la cathédrale, le 27 janvier 1609. L'acte le qualifie de 
lieutenant-amiral de Leurs Altesses (Albert et Isabelle). 

(2) Inscriptions citées, T. I, p. 344. 



— 134 — 

de Jacques' de Man et Marie Wirix. 2° Anne, le 24 jan- 
vier 1635, par Grégoire Mertens et Anne Corthaven. 
3° Pierre, le 29 novembre 1642, par son célèbre oncle, 
Gonzalve Cocx et Anne van Bueren. Gaspard Cocx 
épousa en secondes noces à S' Georges, le 3 septembre 
1647, Marguerite van Erp, avec dispense de tous les 
bans, et en présence de Daniel van Maldergem (i) et 
d'Henri Brixius, tous deux prêtres. Après cette date, 
nous perdons notre Gaspard de vue. 

Dans les actes que nous venons de citer, son nom est 
écrit Cox, de Cock, Willemsen Cockx en enfin Coquez. 
Nous avons choisi Cocx et Coques pour son illustre 
frère, qui va suivre et qui signait, du reste, de cette 
dernière façon. 

3° Gonzales, le 8 décembre 1614; parrain, maître 
Henri van Bruesegem, marraine, Ide Jacops, vraisem- 
blablement une sœur de la mère de l'artiste. 

Lorsqu'en 1863, nous publiâmes cette date, pour la 
première fois, nous fîmes connaître que le nom du 
maître nous paraissait écrit Consola, dans le registre de 
baptêmes commencé le 29 juin iéo6 et terminé le 
25 février 161 5. Nous exposâmes les motifs qui nous 
portaient à regarder ce registre comme une copie et 
émîmes l'avis que l'acte de baptême découvert par nous 
concernait bien réellement notre peintre, puisqu'on n'en 



(i) Daniel van Maldergem remplit, pendant plusieurs années, les 
fonctions, de clerc de la paroisse S' Jacques. Il paraît n'avoir pas été 
indiflférent à la gloire que projetait sur notre ville l'immortelle école 
du XVII^ siècle, car dans ses registres d'enterrements, actuellement 
conservés à l'hôtel de ville, il a soin d'indiquer la qualité des artistes, 
dont il annotait les inhumations, ce qui n'était guères pratiqué ail- 
leurs. 






— 135 — 

trouvait aucun autre ni en 1618, date de la naissance 
inscrite au-dessous de son portrait, ni en quelque autre 
année que ce soit. Nous avions dit aussi que le registre 
de baptêmes commencé le 30 mars 1592 et terminé le 
25 juin 1606, registre qui est évidemment presque en 
entier de la même main que celui dont nous venons de 
parler, est également une copie, exécutée, du reste, 
vers cette époque. 

Ceci posé, nous devons avouer que nous avons mal 
lu la lettre finale du prénom du maître et que le 
registre porte Consalo, au lieu de Consola. C'est ce qui 
nous a été prouvé à toute évidence par deux actes bap- 
tistaircs, écrits de la même main que celui de Gonzales,. 
et portés dans les deux registres que nous venons de 
mentionner. 

Le premier de ces actes tsî daté du 24 octobre 1605 
et se rapporte à Susanne, fille de Pierre Kaymoix et 
de Susanne Ysebout. Elle eut pour parrain Consalo- 
Alonso de Civila, pour marriane Elisabeth de Latre. 
Fsr suite de la mauvaise formation des 0, ce document 
peut se lire de la manière suivante : (Enfant :) Susanna. 
(Parents :) Peeter Kaymoix, Susanna Ysebout. (Par- 
rain et marraine :) Consala Alonso de Civila, Elisabeta 
de Latre. » On ne pourra certes prétendre que le pre- 
mier prénom du parrain ne doive être lu Consalo. 

Le second acte dont nous parlons porte la date du 
12 décembre 1612 et concerne Gaspard, fils de Camille 
Roberti et de Sara van den Wouwere. Il se présente de 
cette façon : (Enfant :) Jaspar. (Parents :) Camilla Ro- 
berti, Sara van de Wouvi^ere. » Il est évident que le 
prénom du père doit être lu Camillo, et que c'est bien 
ainsi que le copiste a entendu écrire. 



- 136 - 

Nous concluons de ces comparaisons que le baptis- 
tairc du 8 décembre 1614 concerne sans le moindre 
doute Gonzales Coques, et que son prénom y doit être 
lu Consalo. 

L'artiste commença son apprentissage dans Tintervalle 
qui s'écoula du 17 septembre 1626 au mois de septem- 
bre 1627, et fut admis dans l'atelier de Pierre Brueghel(i). 
Le compte de la gilde de S' Luc ne désigne pas autre- 
ment son maître, mais nous croyons qu'il s'agit ici de 
Pierre Brueghel, le troisième, fils de Pierre, le jeune, et 
d'Elisabeth Goddelet de Liège. Notre opinion se fonde 
sur ce fait que Pierre Brueghel m était un très-bon 
peintre de portraits, genre dans lequel a excellé Gonza- 
les, tandis que Pierre Brueghel, le jeune, mettait plus 
volontiers son application à représenter des scènes plai- 
santes ou des diableries (2). D'ailleurs l'âge avancé 
atteint par ce dernier maître en 1 626-1 627, ne devait 
guère le porter à enseigner encore à cette époque, et 
vient aussi, ce nous semble, corroborer notre manière 
de voir. Nous tenons, du reste, à faire observer que 
nous devons aux notes de Jacques van der Sanden, le 
secrétaire de l'ancienne Académie d'Anvers, ce que nous 
avons dit du grand talent de Pierre Brueghel El, en 
matière de portraits. 

D'après l'inscription placée au-dessous du portrait de 
Gonzales, publié, pour la première fois par Jean Meys- 
sens, en 1649 (3), notre artiste eut- un second maître, 

(i) Phil. Rombouts et Théod. Van Lerius, avocat. Les Ligge- 
ren et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc. 
T. I, p. 635. 

(2) Tierre;;;Brueg]iel III peignait aussi des scènes familières et des 
paysages ornés de figurines. 

Cî) Dans l'ouvrage fort rare intitulé : Ima^ci de divers hommes 



— 137 — 

David Ryckaert, le vieux, ou plutôt le deuxième de ce 
nom, qui devint plus tard son beau-père. Les archives 
de S' Luc sont muettes relativement à ce changement 
d'atelier, comme c'est assez leur habitude, en pareil cas. 
Au reste, nous croyons le fait vrai. Nous ferons obser- 
ver toutefois que le séjour de Gonzales chez Pierre 
Brueshel HE a dû avoir sur son talent une influence des 
plus heureuses, et dont il importe de tenir compte à 
son premier maître. 

Son second précepteur était un peintre fort distingué 
d'intérieurs, comme nous en avons la preuve sous les 
yeux. Corneille de Bie le mentionne, en outre, comme 
ayant représenté avec talent les montagnes et les tor- 
rents (i). 

Gonzales entré à apprentissage à l'âge d'environ 12 
à 13 ans, fut reçu maître en 16 40-1 641, sous le déca- 
nat de Jean Cossiers. Le registre le nomme Gonzales 
Cocx, peintre, et mentionne qu'il ne s'est pas fait ins- 
crire dans l'association de secours mutuels (busse) de la 
•gilde. L'assertion contraire se lit toutefois dans le compte 
du 18 septembre 1640 au 18 septembre 1 641, où le 
nom de l'artiste est écrit Gonsalo Kocks (2). 

Coques avait atteint, à cette époque, l'âge de 26 
à 27 ans environ. Cette réception tardive nous porte à 
croire que Gonzales avait voyagé dans l'intervalle qui 



d'esprit sublime, qui par leur art et science devront vivre éternellement et 
desquels la louange et renommée faict estonnerle monde ; à Anvers, mis en 
lumière par Jean Meyssens, peintre et vendeur de l'art, au Cammerstraet, 
l 'an MDCXLIX. Corneille de Bie reproduisit cette image dans son 
Gulden Cabinet van de edel vry schilderconst, 
(i) Op. cit., p. 100. 
2 Op. cit.., pp. 115 et 121. 



- 138 - 

s'écoula entre son apprentissage et son admission à 
la maîtrise. 

Nous parlerons des succès de l'artiste, après avoir 
rapporté les particularités qui concernent son premier 
mariage. Le dernier maître de Coques, David Ryckaert H, 
était décédé en 1642 (i), laissant, entre autres, de sa 
femme Catherine de Merre, qu'il avait épousée dans la 
cathédrale, le 19 juillet 1608, une fille nommée Cathe- 
rine, comme sa mère, et baptisée à S' Georges, le 
12 mai 1610. 

Elle plut à notre maître, quoique plus âgée que lui, 
mais leurs premières relations ne furent pas de celles 
qu'avoue la morale. Aussi l'artiste se présenta-t-il à S' 
Jacques, le 11 août 1643, pour contracter mariage avec 
elle, en réparation d'honneur. Les témoins indiqués par 
le registre, qui écrit déjà le nom de Gonzales à l'espa- 
gnole (Coquez), sont Pierre Morrens et François Mor- 
rens ; il y a eu dispense complète de bans. L'absence 
de David Ryckaert III, frère de la mariée, nous est 
expliquée fort naturellement dans un autre registre de 
ladite église. Il nous apprend que les cérémonies du 
baptême furent suppléées, le 5 janvier 1644, à Catherine 
Gonzala (ou Gonzaline), fille de Gonzales Coques et de 
Catherine Ryckaert, qui avait été ondoyée le 8 juin 
1643. La preuve des relations illicites de l'artiste résulte 
de la comparaison de cette dernière date avec celle du 
mariage, et l'on comprend dès lors que David Ryckaert 
in s'abstint d'y servir de ténioin à sa sœur. Le scan- 
dale était trop récent. Du reste, la famille pardonna et 



(i^ Il fut enterré, à S* Jacques, le 3 octobre de cette année-là. 
Liggeren cités, T. I, p. 443, note i, T. II, p. 141. 



— 139 — 

le 5 janvier 1644, David Ryckacrt III fut parrain de sa 
nièce, qui eut pour marraine Louise Bertels. Il est cer- 
tain que Coques sera redevenu alors l'ami de David le 
troisième, qui était son aîné, puisqu'il avait été baptisé à 
S* Jacques, le 2 décembre 16 12. 

Qiiant à la femme de Gonzalcs, la différence d'âge 
entre elle et son mari était encore plus considérable. 
En effet, tandis que l'artiste n'avait pas encore accompli 
sa vingt-neuvième année, au moment où la bénédiction 
nuptiale lui fut donnée, Catherine Ryckaert venait d'en- 
trer dans sa trente-quatrième. 

Nous avons diverses preuves des bonnes relations qui 
s'étaient rétablies en 1644, entre Gonzales et sa femme, 
d'une part, et David Ryckaert III, de l'autre, Jacqueline 
Palmans, que ce dernier maître avait épousée en 1647, 
y prit part. Ainsi Coques, représenté par Jean-Paul- 
François Dorco, tint le 15 février 1649, sur les fonts 
baptismaux de la cathédrale (quartier sud), David Ryc- 
kaert, le premier né de David III et de JacqueHne 
Palmans (i). De son côté, Catherine Ryckaert fut mar- 
raine, à S' Georges, le 24 avril 1657, de leur fils Fran- 
çois. 

Nous venons de voir David Ryckaert III remplir les 
fonctions de parrain de l'aînée des enfants de Gonzalcs 
Coques et de Catherine Ryckaert. Ceux-ci eurent une 
seconde fille, qui fut tenue sur les fonts baptismaux 
de S' Georges, le 23 mai 1649, par Jean Hessels et 



(I) Cet enfant devint peintre. La galerie royale de Dresde possède 
de lui un tableau représentant des objets inanimés, signé et daté de 
1699. JuLius HùBNER. VerT^eichniss der KônigUchen Geinâlde-Gallene z_u 
Dresdsn. Dresden, 1872, p. 227, no 1018. 



— 140 — 

Jacqueline Palmans, femme de David Ryckaert III, 
d'après laquelle elle fut aussi nommée Jacqueline. Elle 
était probablement décédée lorsque Gonzales acquit en 
1674, un lieu de sépulture pour lui et les siens, car 
elle ne figure pas dans l'inscription sépulcrale de la 
famille (i). 

Nos recherches ne nous ont pas fait découvrir d'autres 
enfants du maître. 

D'après l'inscription citée, Catherine-Gonzaline Coques, 
qui fut marraine, à S' Jacques, le 7 mars 1664, de Gon- 
zales-François Casteels, fils de Paul et de Catherine 
Piracini, aurait épousé un certain monsieur Lonegrave. 
Mais lorsque la pierre sépulcrale a été transcrite, elle 
était usée en plusieurs endroits, et le nom du mari de 
la fille aînée de l'artiste a été mal lu. C'est ce que 
prouve le contrat de mariage reçu à Anvers, le 26 août 
1666, par le notaire André-François van der Donck, 
contrat que nous avons sous les yeux. Ce document 
nous apprend que ce jour-là comparurent devant ledit 
notaire, « le seigneur Jacques Grave (2), escuyer, sei- 
gneur de Launay, futur espoux, de l'une part, et 
damoiselle Catharine-Gonzafine de Coques (3), future 
espouse, assistée avecq Signor Gonsalo Coques et damoi- 
selle Catharine Ryckaert, leur (Usez ses) père et mère, 
de l'autre part. Lesquels ont dit et déclaré comme ainsy 
soit, que lesdicts comparants entre eulx ont concipié et 
contracté ung futur mariage, lequel, en cas qu'il aye 

(i) Inscriptions fwiêraiies et monumentales de la province d'Anvers, 
T. II, p. 464. 

, (2) Ce nom se lit sur la copie de la pierre sépulcrale, mais pré- 
cédé de la syllabe La, qui n'a pas le sens commun. 

(3) Sic. 



— 141 — 

son efFect, avccq le consentement de notre mère la 
Saincte Eglise, sera aux conditions et devises suivantes ». 
D'après ces conventions, chacun des futurs époux appor- 
tait en dot tous ses biens meubles et immeubles, pré- 
sents et futurs, spécifiés, mais « desquels lesdicts contrac- 
tants se tiennent réciproquement pour contents. » Les 
conquêtes « que Dieu donnera durant ledict mariage » 
devaient appartenir pour une moitié au survivant des 
époux et pour l'autre, aux héritiers du premier décé- 
dant. 

Si le « Seigneur futur espoux » venait à décéder le 
premier, il laissait à sa future « pour une douaire ou 
dot, la somme de deux mille cincq cent livres tournoya 
ou monnoy(e) de France, par an, à prendre sur ses biens, 
et spéciallement sur ses terres de chasteau scituées en 
Bretagne, en la paroisse de Bonnemain ». 

Le notaire avait écrit quelques lignes pour déterminer 
ce que « le Seigneur futur espoux )) aurait touché 
annuellement, en cas de prédécès de Catherine-Gonza- 
line Coques, mais arrivé au moment de déterminer la 
somme, ce commencement de stipulation fut biffé et le 
renvoi suivant écrit en marge : « trois reaies bien 
bourrées et estaintes. Sis:né : De Gravé. — A : Fran: van 
der Donck nots ». 

A la dissolution du mariage, tous les biens quelconques 
apportés par l'un ou l'autre des époux, ainsi que ceux 
qui leur seraient échus par succession ou donation, 
devaient retourner à la famille d'où ils provenaient, et, 
en cas d'aliénation, leur juste valeur. Seulement le sur- 
vivant avait droit à conserver « ses vestiments, habille- 
ments, bagues et joyaux et tout ce que appartient à leur 
corps ». 



— 142 — 

Ces conditions devaient être accomplies, même en 
cas d'existence d'enfants, au moment où la mort aurait 
brisé le mariage. L'acte se termine ainsi : « Faict et 
passé en Anvers, en présence dudict père et mère de 
ladicte damoiselle future espouse, et Signor Waltère 
Bosschaert, marchant de ceste ville, comme tesmoings. — 
(Signé) De Gravé. — G. Coques. — Gonzalo Coques. 
— Catarina Ryckaerts (i). — Wouter Bosschaerts. — 
A : Fran: van der Donck, nots (2) ». 

Catlierine-Gonzaline Coques, qui signa, de ce dernier 
prénom seulement, le contrat que nous venons d'ana- 
lyser, était entrée dans sa 24^ année, à cette époque. 
Nous ne connaissons pas l'âge de Jacques de Gravé, Leur 
mariage fut célébré peu après, le 26 août 1666, mais 
nous n'avons pu en découvrir l'acte. Il donna naissance 
à un fils, dont nous n'avons pas rencontré le baptistaire 
à Anvers, et qui mourut en 1670. Sa mère, à qui il 
coûta peut-être la vie, était décédée le 11 octobre 1667 (3). 

Nous revenons à Gonzales Coques. La publication de 
son portrait, faite par Jean Meyssens, en 1649, prouve 
que notre peintre était déjà célèbre avant cette époque. 
L'inscription nous apprend que le roi d'Angleterre, 
Charles I, avait voulu posséder de ses tableaux, que 
l'électeur de Brandebourg Frédéric-Guillaume y trouvait 
infiniment de plaisir, et que le prince d'Orange (Fré- 
déric-Henri, beau-frère de l'électeur) en faisait grand 
cas. Ceci est confirmé par deux extraits des livres d'or- 



(i) Sic. 

(2) Protocoles du notaire André-François van der Donck, le vieux, 
aux archives communales d'Anvers, registre de 1666, p. 177. 

(3) Inscription citée. 



— 143 — 

donnance de ce prince, publics, en 1860, dans la 
Kunstkronyk, par M. C. Vosmaer, et réédités, en 1864, 
par Chr. Kramm (i). Ils contiennent ce qui suit : « Son 
Altesse ordonne de payer à Gonzalo Coques, peintre à 
Anvers, la somme de 450 florins, pour les portraits par 
lui faits et livrés, tant de la princesse d'Orange (Amélie 
de Solmsj, que de la princesse royale. La Haye, 
27 mai 1646. — Item, à Gonsalo Coques, peintre à 
Anvers, pour la facture et livraison de dix tableaux sur 
toile, montés sur châssis, destinés à être placés dans le 
nouveau salon du Nederhof, à l'est d'Honsrolredyk, de 
telle grandeur, histoires et ordonnances qu'ils lui 
ont été indiqués ; chacun à 200 florins carolus, et par 
conséquent 2000 florins, 28 juillet 1648. î Les portraits 
dont nous venons de parler charmèrent tellement le 
prince d'Orange, qu'il fit cadeau à l'artiste d'une double 
chaîne d'or, à ce que rapporte Corneille de Bie (2). 

L'inscription de l'efFigie de Coques se termine ainsi : 
« Ses ordonnances sont excellentes, et ses pourtraicts 
en petit, admirables. » De Bie nous fait connaître, en 
outre, que nos gouverneurs-généraux, l'archiduc Léopold- 
Guillaume (3) et don Juan d'Autriche, aimaient beaucoup 
les productions de Gonzales. 

Jacques van Eycke, échevin et aumônier d'Anvers, 
voulut aussi, dit de Bie, que tous les siens fussent peints 



(i) De Icvcns en iverlen der Hollandsche en Vlaamsche kunstschilders, 
hecîdhouwers, grveurs en bomumeesters. Aanhangsel, bl. 36. 

(2) Op. cit., p. 318. 

(3) Gonzales de Kock figure, en effet, dans la liste des maîtres dont 
l'archiduc Léopold-Guillaume possédait des œuvres. Cette liste se 
trouve à la suite de la préface du Theairuvi picionim, publié, en 
1660, par David Teniers, le jeune. 



— 144 — 

de la main de notre artiste. L'auteur cité mentionne 
aussi M. Bax, à Bruxelles^ qui possédait beaucoup de 
productions du maître, et, dans le nombre, des tableaux 
représentant des conversations, autrement dites des réu- 
nions de flimillcs ou de personnes liées par l'amitié. 
De Bie ne désigne pas de plus près l'amateur que nous 
venons de nommer, et c'est grand dommage. Les ins- 
criptions tumulaires de notre ancienne cathédrale nous 
apprennent, en effet, que la pierre sépulcrale de Nicolas 
Bacx, négociant et capitaine de la garde bourgeoise de 
cette ville (i), décédé le 12 juin 1653, ^^ ^^ ^^ femme 
Anne van den Casteele, morte le 4 juin 1622, couvrait 
aussi le corps de la veuve de M^ Jean Cocx, et celui 
de la seconde femme de Gonzales. Cette veuve se nom- 
mait Anne Bacx, comme Taînée des enfants de Nicolas 
et d'Anne van den Casteele. Mais comme celle-ci avait 
été baptisée à Notre-Dame, le 2 août 1598, et que le 
mariage de Jean Cocx, dont le nom patronymique rap- 
pelle celui de Coques, ne fut célébré dans la cathédrale, 
quartier sud, que le 7 juin 1645, il n'est guère probable 
qu'il s'agit ici de l'Anne dont nous venons de parler et 
qui allait atteindre, à cette époque, l'âge de 47 ans. 
Celle-ci avait, du reste, une parente de même prénom, 
qui était fille de Gilles Bacx, et avait été tenue le 13 
décembre 1620, sur les fonts baptismaux de la cathé- 



(i) Ce fut lui qui vendit, le 11 octobre 1639, ^^ célèbre peintre 
Jacques Jordaens, la maison de la rue Haute, nommée de Halle van 
Turnhoul (la Halle de Turnhout), où celui-ci s'établit. — Victor 
VAN Grimbergen, Historische hvensheschryving van T. T. Riiicns, 
(naer hei fransch van Michel), aanleekeningen, U. ^12, — Augustin 
Thys, Historique des rues et des places publiques de la ville d'Anvers, 
1873, p. 456. 



— 145 — 

drale (quartier sud), par le sculpteur Fursy Cardon et 
Anne van den Casteele, femme de Nicolas Bacx. Nous 
croyons pouvoir avancer sans témérité, que c'est elle 
qui se maria en 1645, et dont la pierre sépulcrale citée 
ci-dessus rapporte le décès au 8 février 1672. Il est 
d'ailleurs, pour ainsi dire, certain que Jean Cocx, son 
mari, n'est pas étranger à la f-imillc de notre artiste ; 
toutefois nous ne savons rien de positif à cet égard. 
Outre ses père et mère, nous ne connaissons avec certi- 
tude que trois parents de Gonzales, sa sœur Marie et 
ses frères Henri et Gaspard, dont nous avofts parlé ci- 
dessus. 

Nous tenons à mentionner, avant de reprendre le 
récit des travaux artistiques de Gonzales, que Nicolas 
Bacx fut, le 7 juin 1605, un des témoins du mariage du 
sculpteur Fursy Cardon et de Jeanne Bacx, célébré dans 
la cathédrale. 

L'autre témoin était le célèbre statuaire Jean Colyns 
de Noie. 

Cette Jeanne Bacx tint le 27 mai 1622, sur les fonts 
baptisfnaux de la cathédrale (quartier sud), avec notre 
illustre concitoyen Gaspard Gevarts, Catherine Bacx, le 
douzième enfant de Nicolas et d'Anne van den Casteele, 
mariés près de vingt-cinq ans, à cette époque. La mère 
mourut malheureusement des suites de ses couches. 

Nous ajouterons que Nicolas Bacx était aussi en rela- 
tions d'amitié avec le paysagiste distingué Tobie Ver- 
haecht ou van Haecht, puisque ce peintre servit le 29 
septembre 1602, de parrain à sa fille Françoise. Il est 
fort probable, et c'est notre conclusion, que le «M. Bax 
de Bruxelles », pour lequel a peint Gonzales, n'était pas 
étranger à la famille dont nous venons de parler. 

10 



— 14e — 

Corneille de Bie nous apprend que notre maître avait 
peint sur cuivre les portraits réunis de Jacques le Mer- 
chier, négociant anversois, de sa femme et de ses 
enfants ; l'artiste y avait ajouté sa propre effigie, vue de 
profil, et paraissait, assis à table, s'entretenir avec le 
chef de la famille. Cette composition était regardée 
comme une des meilleures de Gonzales, qui indiquait 
lui-même, comme une de ses productions capitales, la 
famille Nassoingni, de Bruxelles, représentée en un 
seul tableau. 

Le maître fut appelé, le 29 octobre 1660, à donner 
son avis sur treize tableaux représentant le Sauveur et 
les apôtres, que Pierre Meulewels avait vendus à Fran- 
çois Hillewerve, chanoine de la cathédrale d'Anvers, 
pour des peintures originales d'Antoine van Dyck. 
Coques, après les avoir examinés, fut d'avis que c'étaient 
des copies retouchées par le grand artiste et nullement 
des originaux (i). 

Gonzales peignit, en i6éi, le portrait de l'illustre 
statuaire et architecte malinois Luc Fayd'herbe, âgé de 
44 ans, à cette époque. Cette superbe effigie fut gravée 
par le célèbre Pierre de Jode, le jeune, et Corneille de 
Bie en orna son Gulden Cabinet (2). 

Il résulte d'une pièce de vers, dédiée à Coques par 
Guillaume Ogier et insérée à la suite de ses comédies 
intitulées de seven Hooft-sonden, (les sept péchés capitaux), 
que notre maître avait représenté les mêmes sujets. La- 

(i) L. Galesloot. Un procès pour une vente de tableaux attribués 
à Antoine van Dyck. ^Annales de l'Académie d'archéologie de Belgique, 
2e série, p. 605. 

(2) Ad. Vanderpoel. Notice sur la vie et 'les ouvrages de Lucas 
Fayd'herbe. Malines, 1854, p. 12. Corn, de Bie, op. cit., p. 500. 



— 147 — . 

dédicace de cette pièce est intéressante. Elle est adressée 
au « célèbre maître Gonzales Coques, excellent peintre de 
cette époque, pour les rois, les princes et les illustres 
potentats, deux fois doyen des chambres de réthorique le 
Rameau d'Olivier (Olijftak), et la Giroflée (Violiere), 
qu'on nomme la gilde de S' Luc^ à Anvers (i)». Cette 
dernière mention prouve que les vers datent au moins 
de l'année 1680-1681, pendant laquelle, comme nous 
le verrons. Coques fut, pour la deuxième fois, doyen de 
la corporation. 

Nous devons ajouter à la mention de ces œuvres, 
que notre maître se trouvait, en 1671, au service de 
don Jean-Dominique de Zuniga et de Fonseca, comte 
de Monterey et de Fuentcs, gouverneur-général des 
Pays-Bas espagnols. Cela résulte d'une délibération de 
la chambre de S' Luc, en date du 14 septembre de 
cette année-là et dans laquelle il est fait mention du 
remplacement du doyen Gonzales Coques, par le doyen 
Pierre van Halen, en qualité d'ancien (oudermaii) de la 
corporation, et ce pour le motif indiqué ci-dessus. 

Coques peignit le portrait de Monterey. Cette effigie, 
de forme ovale, fut gravée avec talent par Martin Bouché 
et imprimée par le graveur Gaspard Huybrechts ou 
Huberti, qui la dédia au comte (2). 

On sait que les portraits exécutés par Coques 
l'étaient généralement en de médiocres dimensions ; 
mais l'artiste sut y mettre une telle perfection, qu'on 
les a comparés aVec raison à ceux d'Antoine van Dyck, 

(i) IDe seven Hooft-sonden, speelsgheuys , vermahlyck ende leersaem 
voor-gcstelt, door G. Ogicr, van Anhuerpen. Antwerpen, 171 5, p. 341. 

(2) Cette gravure fait partie de la collection de feu notre beau- 
père, M. Pierre-Théod. Moons-van der Straclen. 



— 148 — 

qu'il s'était proposé pour modèle. Aussi l'appelle-t-on 
en France, van Dyck en petit. 

Gonzales peignit, en outre, des sujets familiers, 
comme les Teniers et les Ryckaert, et des conversations, 
comme Christophe-Jacques van der Lamen. Mais c'était 
très-souvent pour lui un moyen de faire poser les per- 
sonnes qu'il voulait représenter. On a pu s'en con- 
vaincre à l'exposition ouverte, en 1873, ^ Bruxelles, au 
profit de la Société néerlandaise de bienfaisance, où 
figuraient les cinq Sens, peints par notre maître, et 
appartenant à feu M. le vicomte Bernard du Bus de 
Ghjsignies (i). C'étaient autant de portraits, et le 
dernier représentant la Vue, était celui de l'excellent 
peintre et graveur à l'eau-forte, Robert van den Hoecke. 
Reproduit par le burin de Corneille van Caukercken, il 
a été inséré dans le Gulden Cabinet de Corneille de Bie (2). 
Nous en avons un second exemple à Anvers, chez la 
famille Trachez, dans une série de cinq tableaux, 
représentant les mêmes sujets. 

Gonzales, tenant une fleur à la main, y figure 
VOdorat. Le maître a exécuté aussi parfois des sujets 
religieux, tels que le tableau du Christ che^ Marthe et 
Marie, qui de la collection Lormier a passé dans celle 
du duc d'Aremberg, à Bruxelles (3). Qiioique Gonzales 
ait peint de longues années, ses tableaux ne se ren- 



(i) Exposition de tableaux et dessins d'anciens maîtres. Deuxième 
édition, nos 317 à 321. 

(2) Op. cit., p. 341. — A ladite exposition de Bruxelles figurait 
aussi le portrait de Corneille de Bie, peint par Gonzales et appar- 
tenant alors à M. B. Suermondt, N" 22, du catalogue cité. 

(3) W. BuRGER : Galerie d'Arenhrg, à Bruxelles, pp. 92 et suiv. 
162 et 163. 



— 149 — 

contrent que rarement. Ceci s'explique par le respect 
que les descendants des personnes dont il a peint les 
portraits ont gardé, en général, pour la mémoire de 
leurs ancêtres, dont ils tiennent à conserver les images. 
C'est ce qui explique la rareté peut-être plus grande 
encore, des excellentes effigies peintes par notre con- 
citoyen François Denys. 

Gonzales Coques se fit recevoir en 1643-1644, 
époque du deuxième décanat du libraire Guillaume 
Lesteens, dans la chambre de rhétorique de la Giroflée, 
{Violierô). Il paya le droit d'entrée de 18 florins, et, en 
1644-1645, la somme de 8 florins, pour sa cotisation 
annuelle (i). Son nom n'est plus mentionné depuis 
lors parmi ceux des amateurs de cette association. Mais 
lorsque celle-ci se fut réunie en 1 661-1662, sous le 
décanat du célèbre peintre Pierre Thys, le vieux, à la 
chambre de rhétorique du Rameau d'Olivier (Olijftak), 
Gonzales y fut admis comme amateur, en 1662-1663, 
sous le décanat du graveur Gaspard Huybrechts (2.). 
C'est alors que commença le long procès auquel donna 
lien la prétention du jeune serment de l'arbalète, qui 
voulait astreindre à ses gardes et autres services mili- 
taires, le peintre Jean Geulincx, reçu franc-maître de 
S^ Luc en 1657-1658, et membre-amateur de VOlijftak, 
en 1662 (3). Ce procès durait, en 1665, depuis trois 
ans, lorsque Coques fut appelé, pour la première fois. 



(i) Lîgqeren cités, T. II, pp. 150 et 161. 

(2) J.-B. VAX DER Straelen. GescUedmis der Antiverpsche Rederyh- 
kamers, p. 82. L'auteur se trompe, en assignant l'année 1661 comme 
celle du décanat de Gaspard Huybrechts. 

(3) Liggeren cités, T. II, p. 286. J.-B. van der Straelen, op. cit., 
p. 82. 



— 150 — 

à remplir les fonctions de doyen de la gilde de S' Luc, 
à laquelle était unie l'Académie des beaux-arts, érigée 
en 1663. (i) Coques s'acquitta de cette charge, du 
18 septembre 1665 au 18 du même mois 1666. Une 
transaction, en date des 3 et 4 août 1650 (2), termina 
définitivement ces longs débats, et notre maître fut re- 
vêtu itérativement cette année-là de la charge de doyen, 
qu'il remplit du 18 septembre 1650 au 18 septembre de 
l'année suivante. 

Gonzales avait mis le plus grand zèle à défendre les 
privilèges de la chambre de rhétorique du Rameau 
d'Olivier, contre lesquels tous les serments d'Anvers 
avaient fini par faire cause commune avec la jeune gilde 
de l'arbalète. La confrérie de S' Luc, qui était intime- 
ment unie au Rameau d'Olivier, voulut récompenser 
Coques de ses services. En conséquence, il fut résolu, à 
Tunanimité, le 11 octobre 1680, dans la réunion plénière 
de la chambre de la gilde, que notre peintre recevrait un 
honoraire de 1550 florins, qui serait payé aussitôt que 
possible, après déduction de ce qu'il avait touché depuis 
la remise de son compte. La délibération est motivée ^ur 
l'exécution de peintures faites par Gonzales pour la 
confrérie, sur la poursuite des affaires du Rameau d'Oli- 
vier, sur les services que le doyen Coques avait rendus 
à la chambre et les prétentions qu'il avait à sa charge, 
et enfin sur le travail qu'il avait déjà fait de sa propre 
main, à certaine composition représentant un cabinet de 
tableaux, destinée au procureur Jean van Bavegom, 



(i) Le maître y enseigna. — F.-Jos. van den Branden. Gcschie- 
denis der Académie van Antwerpen, p. 26. 

(2) J. B. VAN DER StRAELEN, Op. cit., p. 92, 



— 1)1 — 

composition qu'il devait aclicver. L'homme de loi que 
nous venons de nommer, avait servi la confrérie de 
S' Luc, lors du procès qui venait de finir, et il avait 
droit, du chef de^devoirs extraordinaires, à une somme 
d'argent assez considérable. Il proposa aux anciens doyens 
Gonzales Coques et Ambroise Brueghel, fils de Jean 
Brueghel, de velours (i), un moyen d'acquitter la dette 
de la corporation, autrement qu'en écus sonnants. Le 
projet communiqué par van Bavegom prouve que ce 
procureur au Conseil souverain de Brabant était amateur 
de peinture. Coques et Brueghel l'exposèrent à la chambre 
de S' Luc. Celle-ci y ayant donné son assentiment, il fut 
décidé qu'on exécuterait pour van Bavegom une compo- 
sition représentant un cabinet de tableaux (consîcamere) . 
Gonzales devait peindre les figures dont elle serait 
étoffée; l'architecture et les tableaux dont nous venons 
de parler devaient être confiés à plusieurs artistes. Il 
résulte d'une lettre adressée de Bruxelles par van Ba- 
vegom, le 10 octobre 1674, aux doyens de S' Luc, qu'à 
cette date, l'architecture de l'œuvre qui était destinée au 
procureur avait été peinte (2) et qu'il n'y restait plus à 
ajouter que quelques tableaux, dont plusieurs maîtres 
s'étaient chargés. Van Bavegom faisait observer que le 

(i) Ambroise Brueghel avait été doyen en 1654-165 5 : le décanat 
de Coques de 1665 -1666 lui valait le titre d'ancien doyen (mon- 
deken). 

(2) Elle avait été terminée par Jacques-Ferdinand Saey, à qui ce 
travail valut sa réception gratuite à la franc-maîtrise^ en 1 680-1 681. 
Liggercn cités, T. II, p. 484. — Jacques-Ferdinand Saey était un peintre 
d'arcliitecture de mérite, élève de Guillaume van Ehrenberg en 
1672-1673 — Op. cit., T. II, p. 423. Il est probable que van 
Bavegom aura été mal informé, en 1674, au sujet de l'état d'avance- 
ment de son tableau. 



— 152 — 

travail était entrepris déjà depuis quelques années, sans 
être terminé, et que beaucoup de temps se passerait 
encore, avant qu'il en fût ainsi, parce que les artistes qui 
étaient en retard devaient peindre tour à tour leur 
œuvre destinée au cabinet. Il proposa en conséquence, 
sauf l'avis contraire des doyens, que les maîtres qui ne 
s'étaient pas encore acquittés de leur tâche, lui pein- 
draient, chacun en particulier, un petit tableau. Après 
avoir manifesté le désir que cette affaire se terminât, van 
Bavegom émit l'espoir qu'on ne l'obligerait pas, contre 
sa constante habitude, de recourir à la justice, pour en 
obtenir la rémunération de ses devoirs extraordinaires. 

Le nouveau mode d'achèvement, proposé par van 
Bavegom, ne pouvait plaire ni à la chambre de S' Luc, 
ni aux artistes en retard ; aussi ne fut-il pas adopté. La 
menace adoucie qui terminait la lettre du procureur, 
n'eut pas l'effet qu'il s'en était promis. Van Bavegom 
revint donc à la charge, et dans une missive datée du 
II mars 1675, il se fonda sur le peu d'avancement du 
travail de son cabinet de tableaux, pour exiger le paie- 
ment en écus d'une somme de 200 patacons, soit plus 
de iioo francs en monnaie de notre temps, sans tenir 
compte de la plus grande valeur de l'argent à cette époque. 
Noire procureur finit par fixer aux doyens un délai de 
quinze jours, pour apprendre au moins s'ils étaient d'in- 
tention de lui donner satisfaction à l'amiable, comment 
et à quelle époque ; sinon, il se verrait forcé de les faire 
visiter par des huissiers. 

La suite de la correspondance de van Bavegom,, con- 
servée aux archives de l'Académie royale d'Anvers, prouve 
que la patience de cet homme de loi fut mise encore 
longtemps à Tépreuve, non-seulement quant à l'exécu- 



— 153 — 

tion finale du tableau promis, mais aussi relativement 
aux paiements que nécessita l'instance en révision enta- 
mée en 1678 par les serments d'Anvers, à l'encontre 
de la sentence prononcée à leur charge par le Conseil 
souverain de Brabant, le 2 juin de l'année précédente. 
Dans une lettre du i septembre 1679, adressée à l'an- 
cien doyen de S' Luc, le graveur Gaspard Huybrechts 
ou Huberti, van Bavegom lui rappelle son cabinet de 
tableaux, et dans une missive du 23 mars 1680, à 
l'excellent peintre Pierre van Halen, également ancien 
doyen, notre procureur le prie, à son tour, de recom- 
mander son cabinet à Gonzales. Le 7 août suivant, après 
avoir demandé à Gaspard Huybrechts la remise d'une 
somme de 150 florins, il ajoute que son dernier compte 
doit être majoré de 50 à 60 florins, et qu'il Hquidera 
avec la corporation de S' Luc, aussitôt que son cabinet 
de tableaux sera achevé. Van Bavegom, peu satisfait de 
ces retards continuels, apprend que sa composition se 
trouve encore chez le peintre de marines Henri van 
Minderhout, tandis qu'on lui avait promis d'expédier 
l'œuvre si longtemps attendue, quatre mois après un 
séjour qu'il avait fait à Anvers au mois d'août 1680. 
Perdant patience, il adresse le 20 mars 1681, à Huy- 
brechts, une lettre de plaintes^ qui se termine par une 
nouvelle menace de recourir aux voies de droit, ce qu'il 
ne ferait toutefois qu'à contre-cœur, à l'égard de per- 
sonnes amies. Le 12 avril suivant, van Bavegom 
exprime son étonnement au sujet de ce qu'on lui a 
mandé par rapport à son tableau, mais promet de pren- 
dre patience. Le 3 1 décembre de la même année, il fait 
observer à Huybrechts, que le temps fixé pour l'achève- 
ment de son cabinet estplusdequatrefoisecoule.il 



— 154 — 

demande donc de savoir si l'œuvre est terminée^ ou du 
moins jusqu'à quel point elle est arrivée et à quelle 
époque elle lui sera livrée. La menace ordinaire du re- 
cours aux moyens judiciaires termine la missive. Cette 
menace est renouvelée le 27 janvier 1682 par van Bave- 
gom, qui exprime l'opinion que la gilde n'a pas l'inten- 
tion de lui donner satisfaction, et que, s'il reste inactif, 
il ne verra jamais son tableau achevé. Enfin, dans une 
lettre du 3 août 1682, adressée à Gonzales Coques, van 
Bavegom lui fait savoir que des amis qui avaient vu le 
cabinet de tableaux, lui avaient rapporté qu'il était ter- 
miné. Il demande donc d'être informé pour quel motif 
la composition ne lui est pas expédiée. Nous ignorons 
quelle réponse fut faite au procureur; mais l'année 1682 
et une grande partie de 1683 se passèrent, sans que la 
gilde acquittât sa promesse. Van Bavegom dut par con- 
séquent réaliser sa menace tant de fois renouvelée. 

Les doyens de S' Luc furent assignés à comparaître 
le 30 octobre 1683, devant le marquis de Herzelles, 
commissaire du Conseil souverain de Brabant, à l'effet 
d'y entendre proposer des moyens d'accommodement 
à l'égard du cabinet de tableaux et des prétentions du 
procureur van Bavegom. La gilde s'étant fait représenter 
par les anciens doyens Gaspard Huybrechts et le relieur 
Ignace van Caukercken, il fut convenu qu'elle paierait 
au procureur la somme de 50 patacons_, en extinction 
de ce dont elle lui restait redevable. Le cabinet de ta- 
bleaux, orné d'un cadre doré qui fit honneur à la con- 
frérie, devait en outre être expédié à van Bavegom. Un 
compte de frais d'envoi de cette composition et d'un 
vo3-age à Bruxelles, ne permet pas de douter que Gon- 
zales ne se soit rendu dans cette ville, pour y assister 



— 155 — 

à la remise de cette œuvre à laquelle il avait pris une 
grande part. 

Feu W. Bûrger fait mention dans son ouvrage inti- 
tulé : Musées de la Hollande fT. I, pp. 300 et 301), d'un 
cabinet de tableaux, étoft'c de figures peintes par Gon- 
zales ; les toiles dont il est orné ont été exécutées par 
divers maîtres. Cette œuvre d'art se trouve au musée 
de la Haye. Nous avons entendu agiter autour de nous 
la question, si cette composition n'est pas celle qui fut 
la propriété de van Bavegom, et même incliner forte- 
ment pour l'affirmative. Nous ne saurions toutefois 
partager cette opinion. En effet, M. Victor de Stucrs 
rapporte dans sa Notice historique et descriptive des tableaux 
et des sculptures exposées dans le musée royal de la Haye^ 
que ce tableau peint en (ou vers) 1671, a été acquis, 
à Anvers, en 1741, pour le. prince d'Orange, à la vente 
de la collection de Jacomo ou Jacques de Wit, au prix 
de 300 florins (i). A la vérité, il n'est pas impossible que 
la composition destinée à van Bavegom ait été com- 
mencée en 1671, ou vers cette époque, puisque dans 
sa lettre du 10 octobre 1674, ce procureur fait observer 
que ce travail était alors entrepris depuis quelques 
années. Mais M. J.-B. van der Straelen nous apprend 
dans son Jaerboek der vermaerde en kunstryke gilde van 
Sint Lucas ^ binnen de stad Antwerpen (2), que le tableau 
de M. van Bavegom existait encore, il y a environ 
soixante ans, à Bruxelles, chez M. le conseiller fiscal 

(i) 0/7. cit., pp. 208 et 231. Nous dirons ici, en passant, que 
M. de Stuers nous a fait plus d'un emprunt dans sa Notice, sans 
nous citer une seule fois. Nous comptons qu'il réparera cet oubli, 
dans une seconde édition. 

(2) P. 141, note I. 



-156- 

G. Cuylcn. Et ces soixante ans doivent être comptés au 
plus tôt de 1804, époque à laquelle l'ouvrage s'arrête, 
quant à l'histoire de l'Académie d'Anvers, qui fait suite 
aux annales de la gilde de S' Luc. Encore supposons- 
nous gratuitement que les 389 pages de M. van der 
Straelen ont été écrites cette année-là. Eh bien ! dans ce 
cas même, nous trouverons que, vers 1744, la toile de 
van Bavegom était conservée chez M. Cuylen et celle 
de Jacques de Wit était, depuis 1741, la propriété du 
prince d'Orange. Il est fort probable, du reste, faisions- 
nous observer, en 1863, dans le Supplément au Cata- 
logue du musée d'Anvers (i), que Gonzales aura bien 
exécuté encore quelque cabinet de tableaux, en com- 
pagnie d'autres artistes, avant que l'envie d'en posséder 
un semblable vînt à van Bavegom. 

Et, en effet, l'exposition ouverte à Bruxelles, en 1873, 
par la Société néerlandaise de bienfaisance, en renfer- 
mait un appartenant à M'"" la comtesse Amédée de 
Beauffort, née comtesse de Roose de Baisy. Il repré- 
sentait, d'après le Catalogue, le président du conseil 
privé, Pierre Roose, dans sa galerie de tableaux; ceux- 
ci représentent, dans de minuscules proportions, les 
œuvres de différents maîtres flamands contemporains de 
Gonzales qui les ont signés de leurs noms. Coques a 
peint le portrait du président; l'architecture est l'œuvre 
de Guillaume van Ehrenberg (2). 

(i) P. 81. 

(2) Catalogue cité, 2^ édition, p. 48, no 259. 

D'après la description, la galerie de tableaux du chef-président 
Pierre Roose occupait une salle de l'hôtel qui est actuellement la 
résidence royale à Anvers. Mais c'est une erreur. En effet, cet hôtel 
n'est entré qu'en 1777 en possession de la famille Roose, par l'acqui- 



— 157 — 

Nous allons raconier maintenant les derniers faits qui 
concernent la biographie de Coques. Le 14 août 1642, 
il tint sur les fonts baptismaux de la cathédrale, quartier 
sud, Gonzalès van Heylen, fils de Jacques, enlumineur, 
et d'Esther van Cam (i). 

Catherine Ryckaert, la femme de notre maître, mou- 
rut le 2 juillet 1674 : elle était entrée dans sa soixante- 
cinquième année. D'après la chronique de l'église de 
S' Georges^ Coques y acquit des marguilliers, en 1674 
même, un lieu de sépulture pour lui et sa femme; il 
était situé dans la chapelle de Notre-Dame (2). 

Gonzalès privé désormais de tous les siens, résolut 
de convoler à de nouvelles noces. Son mariage avec 
Catherine Rysheuvels fut célébré dans la cathédrale, 



. sition qu'en fit, à cette époque, Pierre-Jean-Alexandre-Joseph comte 
Roose de Baisy. Nous avons fait connaître dans le Catalogue du mu- 
sée d'envers, d'après le Oud Konst-looneel van lÂntwerpen, de Jacques 
van der Sanden, secrétaire de l'ancienne académie de notre ville, que 
cette belle habitation avait été construite par Jean-Pierre van Baur- 
scheit, le jeune ^édition de 1857, p. 491). M. Augustin Thys nous 
apprend, dans son Historique des mes et des places publiques de la ville 
d'envers. (Anvers, 1873, p. 330), que cet hôtel fut bâti vers 1745, 
par l'opulent Jean-Alexandre van Susteren, seigneur de 's Graven- 
wezel. Nous lisons dans le registre mortuaire des Grands-Carmes, 
déposé à l'état civil d'Anvers, qu'on enterra dans leur église, le 19 
novembre 1746, le corps d'Adrien de Jonghe qui avait fait une chute 
mortelle, en tombant de la nouvelle bâtisse. Il fut inhumé dans le 
tombeau creusé pour les soldats français, au jardin du cloître. (Voir 
aussi Thys, op. cit., 331.) 

(i) Gonzalès van Heilen. Il fut reçu franc-maître imprimeur (en 
taille douce?) en 1661-1662. Liggeren cités. T. II, p. 324 et 533. 

(2) Sa fille Catherine-Gonzaline et le fils de celle-ci y furent en- 
terrés, d'après l'inscription citée. — Cronycke ofte beginscl ende voort- 
ganck van de parochiale kerc/cc van S^ Joris, Unnen ,Antzi'erpen. Inscrip- 



-158- 

(quartier nord), le 21 mars 1675. Il eut pour témoins 
le célèbre peintre Pierre Thys, le vieux, et Jean-Pierre 
van dcr Haven. Coques était entré, à cette époque, dans 
sa soixante-unième année. Il vécut un peu plus de neuf 
ans avec sa seconde femme, dont il n'eut pas d'enfants. 

Gonzales fut témoin dans la cathédrale, (quartier 
nord), le i août 1682, du mariage de son neveu 
Michel-Gilles Ryckaert et d'Elisabeth Ceulemans. L'ar- 
tiste décéda le 18 avril 1684 et fut enseveli à S' Georges, 
auprès des siens (i). Catherine Rysheuvels, qui ne lui 
survécut que jusqu'au 25 novembre de cette même 
année, fut, comme nous l'avons dit, enterrée dans la 
cathédrale, sous la pierre tumulaire de Nicolas Bacx et 
d'Anne van den Casteele (2). 

Nous mentionnerons pour terminer cette biographie, 
que les archives de la confrérie de S* Luc, signalent en 
1 643-1 644, l'inscription de Corneille van den Bosch, et 
en 1665-1666, celle de Léonard-François Verdussen, 
comme élèves de Gonzales Coques (3). 

Nous ajouterons que le portrait du maître, dont nous 
avons parlé déjà, a été gravé d'après un tableau de sa 
main, par Paul du Pont ou Pontius. Il a été pubHé, une 
première fois, en 1649, par Jean Meyssens, qui l'im- 



tions funéraires et monumentales de îa province d'Anvers,T. U, pp. cix 
et 464. 

(:) L'enterrement de Coques eut lieu le soir (iinking). La fabrique 
de la cathédrale toucha de ce chef 16 florins 6 sous. — Liggeren 
cités, T, I, p. 635, note. 

(2) Elle fut inhumée également le soir : le droit perçu par la ca- 
thédrale fut de II florins 18 sous. — Op cit. ibid. — Inscriptions 
citées, p. 321. 

(3) Liggeren cités, T. II, pp. 154 et 363. 



— 159 — 

prima, et une seconde, en 1662, par Corneille de Bie. 
C'est un bel homme à l'air pensif, qui regarde le specta- 
teur : de légères moustaches ombragent sa lèvre supé- 
rieure, tandis qu'une impérale à peine accusée, se détache 
sur l'inférieure. Sa chevelure longue et abondante des- 
cend sur ses épaules. Il est vêtu de noir, à l'exception de 
son col, de sa chemise ornée de dentelles et de ses 
manches. Sa main droite tient une chaîne d'or, cachée 
en partie par le manteau, qui couvre sa gauche. 

Nous citerons ici quelques œuvres du maître. Le 
musée d'Anvers possède^ grâce à la munificence de 
M™^ la douairière van den Hecke Bout de Rasmon, un 
superbe portrait de dame, peint sur cuivre par Gonzales, 
et mesurant 22 centimètres de largeur sur 17 de hauteur. 
Le modèle âgé d'une trentaine d'années, a l'air fort 
distingué : il est représenté à mi-corps. Son bras gauche 
repose sur le piédestal d'une colonne : elle tient une 
montre de la main droite. Son vêtement se compose 
d'une robe de satin noir moiré, ornée de riches dentelles 
et coupée à la Sévigné. L'abondante chevelure blonde 
de la dame étincelle de diamants et de perles fines. Elle 
porte un collier et des bracelets de perles blanches. Une 
croix de diamants, une pendeloque et d'autres bijoux 
sont agrafés à sa ceinture de dentelles. Le fond grisâtre 
du tableau est relevé par une draperie rouge, qui cache 
en partie la vue d'un jardin. 

Notre beau-frère M. Louis Beeckmans possède trois 
chefs-d'œuvre de notre maître. Le premier représente 
Philippe van Parys, chevalier, et sa femme Claire-Jeanne 
Rubens, fille de Pierre-Paùl et d'Hélène Fourment (i), 

(i) Cette fille de l'illustre Pierre-Paul et d'Hélène Fourment fut 



— i6o — 

accompagnés de leurs enfants, près de leur château 
seigneurial de Merxem et Dambrugge. A l'avant-plan 
Philippe van Parys, ceint de son épée et tenant sa canne^ 
donne la main à sa compagne, qui tient son éventail, 
et près de laquelle se voit un petit chien. Non loin 
de là, une de leurs filles avec un jeune enfant, ayant à 
la main un chardonneret sur une potence. A quelque dis- 
tance des époux, un de leurs fils, le fusil sur l'épaule et 
la carnassière au côté. Auprès de lui un de ses frères 
montant un beau cheval blanc pommelé, pourvu de fontes 
de pistolets : deux petits chiens s'arrêtent en sautillant dans 
son voisinage. A droite, un troisième et très-jeune fils 
accompagné d'un chasseur, a peine à retenir un superbe 
lévrier, qui brûle de battre la campagne et qui est accom- 
pagné d'un second. Derrière le groupe principal, un 
cocher monté sur un carosse attelé de deux chevaux. A 
droite, le château de Merxem et Dambrugge et ses jar- 
dins. A l'entrée d'une ferme qui le précède, quelques 
figurines. A l'avant-plan, un beau chêne et d'autres arbres 
d'une magnifique venue. A l'arrière-plan en droite, la 
ville d'Anvers où l'on distingue les tours de S'^ Walburge, 
'de la cathédrale, de S' Jacques, etc. A gauche, l'église 
de S' Barthélémy, à Merxem. La composition se détache 
sur un ciel splendide d'un ton chaud. Les personnages 
superbement vêtus et les animaux sont dessinés et peints de 
majn de maître. Le paysage qui ne leur cède en rien, est 
l'œuvre deGasparddeWitte(i).Le lointain est admirable, 

tenue le i8 janvier 1602, sur les fonts de l'église S' Jacques à Anvers, 
par Jean Brant, secrétaire de cette ville et beau-père du maître, et par 
Claire Fourment. 

(1) Sa dette mortuaire fut payée à la gilde de S* Luc entre le 18 
septembre 1680 et le 18 du même mois 1681. — Lig^eren cités, 
t. II, p. 484. Le tableau est donc antérieur à cette date. 



— lél — 

cette toile qui mesure i mètre 78 centimètres de hauteur 
sur 2 mètres 8 centimètres Je largeur, a été peinte vrai- 
semblablement vers 1680. Nous croyons que tous les 
enfonts de Philippe van Parys et de Claire-Jeanne Rubens 
y sont représentés. Mais comme ils en eurent sept, et 
que le tableau n'en renferme que cinq, deux d'entre eux 
doivent être décédés en bas cage ou dans leur adoles- 
cence. Feu M. Frédéric Verachter n'en mentionne qu'un 
seul, dans sa Généalogie de Pierre-Paul Rubens et de sa 
famille, Philippe-Constantin-Joseph van Par3^s (i). Nous 
allons donc indiquer ici tous les fils et filles issus du 
mariage de Philippe van Parys et de Claire-Jeanne 
Rubens. 1° Jacques-Ignace, tenu sur les fonts de S' Jac- 
ques (2) le 25 mars 1656, par son aïeul Jacques van 
Parys, chevalier, président de la chambre des comptes 
de Sa Majesté en Brabant, et par Hélène Fourment, 
veuve de Pierre-Paul Rubens et femme de Jean-Baptiste 
de Broechoven, seigneur de Bergeyck. 2° Jean-Baptiste, 
le 7 janvier 1658, par le prédit Jean-Baptiste de Broec- 
hoven et Anne van Parys. 3° Susanne-Françoise, le ro 
janvier 1659, par son oncle François Rubens, docteur 
ès-droits, et Susanne van Parys. Le père de l'enfant 
était, à cette époque, receveur général des Etats de 
Brabant dans le quartier d'Anvers. 4° Isabelle-Philip- 
pine, le 31 mars 1660, par Philippe Rubens, le jeune, 
secrétaire de la ville d'Anvers, et par Elisabeth Four- 
ment, veuve de Nicolas Piqueri. L'une de ces de- 
moiselles figure dans le tableau ; mais laquelle ? 5 ° 
François-Xavier, le 21 décembre 1662, par son oncle 

(i; Op. cit., p. 25. 

(2) Ses frères et sœurs furent tous baptisés dans la même église. 

II 



— l62 — 

François Rubens, cchevin de cette ville et Catherine 
van Parys, qui se iit représenter par Susannc van Parys. 
6° Philippe-Constantin-Joseph, baptisé le 12 octobre 
1665 ; les cérémonies lui furent suppléées le 25 du 
même mois. Il fut tenu par François de WolfT, 
prêtre et chanoine de S' Jacques, représentant Corneille 
van Breughel, conseiller de Gueldre, et par Constance 
Helman, dame de Rameyen et douairière de Nicolas 
Rubens, fils de Pierre-Paul et d'Isabelle Brant (i). 
7° Jean-François-Marie, le 10 septembre 1671, par Jean- 
Baptiste de Broechoven de Bergeyck, chevalier et con- 
seiller au conseil suprême des finances du roi, et par 
Marie-Isabelle Mertens. C'est le charmant petit garçon 
qui est représenté dans le tableau^ près du chasseur (2). 

Les deux autres compositions de Gonzales, appar- 
tenant à M, Louis Beeckmans, sont peintes sur cuivre 
et représentent des portraits de membres de la famille 
de Grysperre. Ce sont deux pendants mesurant 46 cen- 
timètres en hauteur sur 34 en largeur. 

A l'avant-plan de l'un, un gentilhomme tient, de la main 
droite, un lièvre mort, et un brin d'estoc qui repose 
sur son épaule. Il arrête de la gauche un superbe lé- 
vrier, attaché à une corde ; un second non moins beau 
et un autre chien de chasse sont figurés près de là. Le 
personnage est coiffe d'un chapeau à plumes et porte 
des moustaches et de longs cheveux. Sa chemise 
blanche et son col de même couleur se détachent sur 
une veste jaunâtre à crevés. Il est vêtu d'un haut-de- 



(i) Verachter, op. cit., p. 14. 

(2) Nous devons la majeure partie de ce fragment de généalogie à 
feu M. Henri le Grellc. 



! 



- i63 - 

chausse et de bas gris. Une carnassière et un couteau de 
chasse pendent à son côté. Derrière lui, un vieux gen- 
tilhomme tient un magnifique cheval blanc. Il a aussi 
les cheveux longs et la figure ornée de moustaches. Sa 
tète est coiffée d'un chapeau noir. Son habillement se 
compose d'un col blanc, d'un habit et d'un petit man- 
teau bruns. On distingue à droite un paysage animé de 
diverses figurines. Le ciel est couvert, à l'avant-plan ; 
plus clair, au fond du tableau. Le clocher d'une église 
de village apparaît dans le lointain. 

Ce retour de la chasse est admirable de dessin et de 
peinture. 

A l'avant-plan du second tableau, se présente une 
jeune dame vêtue d'une robe rouge de dessous surmontée 
d'une robe de satin blanc, qu'elle retient de la main 
droite : un éventail repose dans sa gauche. Elle est 
coiffée d'un chapeau noir, orné d'une plume rouge et de 
plumes blanches. Des perles étincellent à son col et à ses 
bras, comme à ceux de ses compagnes que nous décri- 
rons tantôt. Près d'elle, sautille un petit chien. Derrière 
la jeune femme est peinte une enfant vêtue de bleu, 
tenant un fruit d'une main et un petit éventail de l'autre. 

A quelque distance, un gentilhomme, portant mous- 
taches et de longs cheveux crépus. Son chef est surmonté 
d'un chapeau noir, et ses vêtements, de même couleur, 
ne sont relevés que par son long rabot de dentelle blan- 
che et sa chemise de même couleur qu'on aperçoit à 
travers ses manches à crevés. Il donne la main à une 
jeune personne^ dont la droite tient une fleur. Sa toilette 
se compose d'une jupe et d'une robe de satin violet. A 
droite s'élève un arbre qui sert de repoussoir : à gauche 
dans le lointain, un château baigné par l'eau, et un 



— 164 — 

magnifique paysage. La perspective est bornée de ce côté 
par la tour d'une église. Ces figures ne le cèdent en rien 
à celles de l'autre tableau. 

L'auteur de cette biographie possède un petit ovale, 
peint sur cuivre par Gonzales et représentant le portrait 
d'une dame. Elle paraît âgée de 30 ans environ. Une 
partie de sa chevelure brune est ornée d'un peigne à 
perles blanches. Deux pendeloques de même matière 
sont attachées à ses oreilles. Elle porte un collier de 
perles fines. Le costume de la dame se compose d'une 
chemise ornée de dentelles, dont la partie supérieure 
se détache sur une robe bleue que relève un voile noir, 
et qui est retenue en guise de boutons par une grosse 
perle et un double rang d'e perles blanches. C'est une 
personne de l'aspect le plus gracieux et dont la bouche 
sourit très-agréablement. Ce portrait peint avec une 
transparence merveilleuse se détache sur un fond noircître. 
Il mesure en hauteur un peu plus de 8 centimètres et 
un peu plus de 6 en largeur. 

Le catalogue des tableaux de Diego Duarte^ d'An- 
vers, rédigé à Amsterdam, en 1682^ mejitionne une 
œuvre très-intéressante, peinte par Gonzales, en com- 
pagnie de Jean Brueghel, le jeune, fils de Jean Brueghel, 
de Velours. Elle est décrite ainsi : « Un panneau d'une 
pièce, composé très-curieusement de festons, de fleurs, 
de fruits, d'oiseaux et d'insectes, d'un grand travail avec 
un beau lointain et 14 figures de Gonzales, (représen- 
tant l'image de Marie, des anges et autres figures), 
peintes par lui depuis plus de 30 ans, le tout très- 
curieux, coûte 1200 florins (i). » 

(i) Fred. Muller. Catalogus der schilderijen van Diego Duarte, te 



- i65 - 

Ainsi ce tableau a été exécuté antérieurement à 1652: 
le catalogue en attribue les festons à Jean Brueghel, de 
Velours, mais c'est une erreur évidente, puisque ce 
maître est décédé en 1625. 

Nous faisons suivre ici les tableaux de Coques, men- 
tionnés dans les catalogues de Gérard Hoet et de Pierre 
Terwesten, avec les prix d'adjudication : «Vente du comte 
de Fraula, Bruxelles, 21 juillet 1738, n° 267, un petit 
portrait d'homme, aussi beau que de van Dyck, par 
Consale, haut 10 pouces, large 7 1/2 pouces, 7 florins 
10 sous de change (i) ; n° 345, une famille très-bien 
peinte sur cuivre, par Consale, dans la manière de van 
Dyck, haut i pied 10 pouces, large 2 pieds 5 pouces, 
175 florins de change (2). Vente de Gérard Vervoort, 
à Bruxelles, 10 septembre 1746, n° 17, un tableau de 
cabinet représentant une famille, avec cinq figures, par 
Gonzalo Coques, haut 2 pieds i pouce, large 3 pieds 8 
pouces, 105 florins de change (3). Vente du peintre 
Pierre Snyers, Anvers, 22 août 1752, n° 11, une très- 
belle pièce représentant une Famille à la chasse, par 
Gonzalo Coques, haute 4 pieds 10 pouces, large 7 pieds 
8 pouces, 157 florins; n° 12, une %éunion de famille, du 
même, 50 florins de change (4) ; n° 13, un petit portrait 
de femme, enfermé dans un étui d'écaillé, (orné d'or, dit 

Amsterdam, in 16S2, met de pri]\en van aanJcoop en taxatle. De Onde 
Tijd, 1870, p. 399, n" 73. Nous avons traduit aussi littéralement 
que possible. 
(i) Hoet, op. cit., T. I, pp. 541-542. 

(2) Id., ihiâ., T. I, p. 548. 

(3) Terwesten, op. cit., p. 43. 

(4) Le catalogue original de la vente Pierre Snyers, que nous 
avons sous les yeux, s'énonce ainsi au sujet de ce tableau: p. 16, 
no 165. Une pièce de famille, au ^oût de Consael. 



— i66 — . 

le catalogue original, p. i6, n" 149), par Gonzalo 
Coques, 25 florins de change (i). Vente du peintre, 
plus tard amateur, Pierre-Jean Snyers, Anvers, 23 mai 
1758, n" 130, un portrait d'homme, en pied, par Gon- 
zalo, haut 16 1/2, large ir 1/2 pouces, 20 florins 10 
sous de change (2). Vente Gaspard d'He3me, seigneur 
de Leeuwerghem, Elene, etc., Gand, 26 octobre 176 1, 
n° 41, un beau tableau, représentant Tobie et l'ange 
Raphaël, par Gonzalo Coques, haut 2 pieds 3 pouces, 
large 2 pieds 7 pouces, 64 florins argent courant de 
Flandre (3). Vente de l'agent Guillaume Lormier, la 
Haye, 4 juillet 1763, n° 26, le Sauveur, j[Carie et [Marthe, 
avec beaucoup d'accessoires, par le Brueghel de Velours 
(4) et Gonsale Coques : panneau, large 2 pieds 41/2 
pouces, haut i pied 8 3/4 pouces, 260 florins. Cette 
composition fait partie actuellement du cabinet du duc 
d'Arcmberg. Même vente, n° 64, un cabinet de tableaux, 
avec dix figures et grand nombre d'accessoires, par 
Gonsalo Coques et Pierre Neeffs (le vieux ?), toile, large 
3 pieds 10 3/4 pouces, long 2 pieds, 8 1/2 pouces, 212 
florins (5). Vente de tableaux à Bruxelles, le 23 juillet 
1767 , n° 48 , un beau tableau , représentant Un 
cavalier accompagné d'une dame à cheval et d'un page à 
pied, dans un riant paysage, par Gonzalo Coques, sur 



Ci) Peeter Terwesten, op. cit., pp. 61-62. 

(2) Id., ibid., p. 208. * 

(5) Id., ibid., p. 241. 

(4) Id., ibid., p. 315. 

Si l'indication est exacte, il faut lire Jean Brueghel, le jeune, fils 
de Jean Brueghel de Velours. Ce dernier artiste est mort en 1625, 
alors que Gonzales avait accompli à peine sa dixième année. 

(5^ Terwesten, op. cit., p, 317. 



— 167 — 

toile, haut I pied 9 pouces, large i pied 4 pouces, 162 
florins de change; n° 49, deux petits portraits d'homme 
et de femme, sur panneau, haut 5, large 4 pouces,, 22 
florins (i). Vente de l'ancien professeur d'anatomie 
Thomas Schwencke et d'autres amateurs, la Haye, 6 
octobre 1767, n° 23, une jeune fille avec une vieille 
femme et des accessoires, étant une allégorie, très-bien 
et très-finement peinte par Gonzale ; haut 22 1/4, large 
28 pouces, 30 florins 10 sous (2). Vente à Anvers, le 23 
août 1768, n° 6, une excellente pièce représentant un 
seigneur espagnol et une dame, tous deux à cheval, et 
accompagnés d'un nègre, dans un très-beau paysage, 
par Gonsalo Coques, sur cuivre, haut 17, large 15 
pouces, 250 florins ï) (3). 

Les ventes mentionnées par Pierre Tervv'esten s'ar- 
rêtent à Tannée 1768. En 1770, on mit aux enchères à 
Amsterdam, le cabinet de tableaux de François-Ignace 
de Dufresne, en son vivant directeur du cabinet de 
l'empereur Charles VII, etc. 

Il s y trouvait une œuvre de Gonzales, que le cata- 
logue décrit ainsi : « N° 209. Un Christ en croix, peint 
sur toile, haut de 41, large de 29 pouces. On voit au 
pied de la croix, Marie-Madeleine et derrière elle, sur les 
nuées, deux petits anges, tournant, d'un air attendri, 
leurs yeux vers la croix. Tableau d'un très-beau dessin 
et où les passions sont très-bien exprimées, terminé et 
bien peint. » Il fut adjugé au prix de 200 florins, à un 
certain monsieur Melvil. 

Le catalogue des tableaux de M. Pierre-André-Joseph 

(i) Id., ibid., p. 624. 
(2) Id., ibid.j p. 64/. 
(5) Id., ibid., p. 665. 



— i68 — 

Knvff, chanoine noble gradué de la cathédrale d'An- 
vers, mentionne cinq petits portraits peints par Gonzales, 
les uns sur bois et sur cuivre, l'autre sur argent. Ils 
furent vendus en notre ville, au mois de juillet 1785, avec 
la collection dont ils faisaient partie et rapportèrent 
ensemble la somme de 46 florins 15 sous de change. 
Un grand nombre des peintures de ce cabinet renommé 
furent adjugées à des prix dérisoires. 

Citons actuellement quelques tableaux de Gonzales, 
présentés en vente dans des temps plus récents. La célèbre 
collection du professeur van Rotterdam, vendue en 1835, 
en renfermait un que le catalogue décrit en ces termes : 
«N° 140. Portrait d'un jeune seigneur richement costumé. 
Dans le fond un paysage. Joli petit tableau, d'une touche 
vigoureuse, d'un bon coloris et d'une exécution soignée. 
Hauteur 42 centimètres, largeur 3 1 centimètres. — 
Cuivre. » Il fut adjugé, au prix de 55 francs, à M. 
(Etienne?) le Roy, de Bruxelles. 

La collection de M. Stevens, vendue à Anvers, au 
mois d'août 1837, comprenait deux tableaux de Gon- 
zales. L'un, portant le n° 34, représentait un beau 
paysage, dans lequel on remarquait un page très-élé- 
gamment vêtu, qui conduisait une dame par la main. 
Plusieurs chiens les précédaient, et dans l'éloignement, 
se tenaient des palefreniers auxquels on faisait signe 
d'arrêter les chevaux. On remarquait dans cette belle 
composition la finesse et la facilité de pinceau de ce 
maître; le catalogue y signalait un cheval blanc d'une rare 
beauté. Cette toile, qui mesurait r mètre 15 centimètres 
de hauteur sur i mètre 54 centimètres de largeur, fut 
adjugée à 520 francs. Le second, haut de 32 centimètres 
et large de 42, était peint en miniature sur parchemin, 



— 169 — 

et d'un fini admirable. Il avait pour sujet une dame en 
costume noir, près d'elle se tenait une gouvernante : 
deux jolies petites filles, guidées par leur fi'ère, portaient 
des cadeaux à leur mère. Le fond était tapissé de verdure. 
Cette petite composition valut 100 fi*ancs. 

La galerie de S. M. Guillaume II, roi des Pays-Bas, 
vendue à la Haye, au mois d'août 1850, renfermait deux ta- 
bleaux de notre maître. Le premier, qui porte dans le cata- 
logue le n^ 80, est mentionné comme suit par M. 
C.-J. Nieuwenhuys, dans sa description de cette collec- 
tion : « Le repos champêtre. Bois; hauteur 42 ^/^pouces. 
Largeur 63 Vi- Dans une campagne couverte d'arbres et 
ornée de rosiers, se trouve une superbe fontaine sur un 
piédestal ; elle a la forme d'une coupe élevée et est sur- 
montée d'une statue représentant Neptune, qui conduit 
trois chevaux marins. Près de cette fontaine, sont assis 
un cavalier et sa dame, entourés de leur famille. Ils 
semblent, par l'expression de satisfaction qui anime leurs 
traits, jouir du repos champêtre et du bonheur de se 
voir environnés de leurs enfants. Une jeune demoiselle 
vêtue de satin blanc^ est debout près de la mère ; elle 
tient un éventail et un chapeau de paille d'Italie entouré 
de plumes. Près du cavalier est un charmant petit garçon 
qui tient un chien, tandis que son frère, plus âgé que 
lui, porte un lièvre suspendu à une fourche, et s'avance 
avec sa sœur qui tient une corbeille de fruits. Un paon, 
plusieurs chiens de différentes espèces, et des accessoires 
de chasse ajoutent à la richesse de ce beau tableau, dont 
le paysage est ménagé avec art pour faire ressortir avan- 
tageusement les personnages. Ceux-ci sont peints eux- 
mêmes avec un talent digne des beaux ouvrages de van 
Dyck, que Gonzales avait pris pour modèle. Sa manièrç 



— 170 — 

se rapproche tellement de celle de ce peintre, qu'elle lui 
a mérite le surnom de petit van Dyck (i). Ce tableau 
qui peut être regardé comme le chef-d'œuvre de Gon- 
zales, a été gravé par Moite, dans la galerie de le Brun, 
t. I", p. 36. On le trouve aussi dans l'œuvre de la col- 
lection de Lucien Bonaparte, gravé au trait par Leonetti, 
sous le titre de Reposa campestre (2). » 

Ce tableau fut acquis au prix de 7,200 florins, par 
M. Etienne le Roy, de Bruxelles. Il reparut au mois 
d'avril 1857, à la vente Patureau, à Paris, et y fut ad- 
jugé à lord Hertford, moyennant 45,000 francs. M. 
Kramm rapporte que ce seigneur en avait fait offrir 
4000 florins seulement, sept ans plus tôt (3). Au reste, 
il n'y a aucune conclusion à tirer de ce fait, sinon que 
le richissime lord Hertford a voulu se passer la fantaisie 
de payer très-cher un chef-d'œuvre de Gonzales. 

Une seconde composition peinte sur cuivre d'après 
C.-J. Nieuwenhuys, — sur toile, d'après le catalogue, qui 
se trompe, — représentait \a.Pro?nenade à cheval. L'auteur 
cité la mentionne comme a3^ant en hauteur 16 pouces, 
et 14 en largeur. Il la décrit ainsi : « Gonzales Coques 
a peint dans ce paysage, qui est vu au soleil couchant, 
le portrait d'un cavalier monté sur un cheval blanc qui 
se cabre. La dame qui l'accompagne monte un cheval 
brun ; elle est vêtue d'une robe d'une étoffe Jaune, et 
coiffée d'un chapeau garni de plumes. Elle tient de la 
main gauche un éventail ; un nègre debout devant elle 

(1) Coques est néanmoins tellement original, qu'aucun connaisseur 
ne confondra ses œuvres avec celles de van Dyck. 

(2) Description de la galerie de tableaux de S. M. le Roi des Pays-Bas. 
MDCCCXLIII, p. i)S. 

(3) Op. cit., T. I, pp. 265 et 264. 



— 171 — 

porte ses regards vers un joli chien épagneul qui aboie 
contre le cheval blanc. En 1817, Sa Majesté feu la 
reine des Pays-Bas fit cadeau de ce tableau à Son Al- 
tesse Royale le prince d'Orange, à' l'occasion du jour 
anniversaire de sa naissance (i) ». 

Cette peinture est celle que mentionne Pierre Ter- 
westen, comme vendue à Anvers, le 23 août 1768, 
moyennant 250 florins (2). Elle fut adjugée, en 1850, à 
M. Nieuwenhuys, de Londres, (l'auteur, croyons-nous, 
de la Description citée,) moyennant 800 florins. 

Un troisième tableau de Gonzales faisait partie de la 
galerie de Guillaume II. Il fut compris dans la seconde 
vente de cette collection, tenue au mois de septembre 
185 1 et fut classé assez maladroitement dans l'école 
hollandaise (3). M. Nieuwenhuys en parle dans les 
termes suivants : « N° 73. Tableau de famille. Bois; 
hauteur 14 1/2 pouces, largeur 18 (37 et 45 centimèt.). 
— Ce tableau représente vraisemblablement la famille 
d'un médecin. Assis près de sa femme, le docteur lui 
tàte le pouls, et en suit les pulsations sur une montre 
qu'il tient à la main. — La dame toutefois, ne paraît 
pas fort indisposée, puisque un valet, placé derrière une 
chaise, lui offre un verre de vin. — A droite, près 
d'une table, couverte d'un tapis rouge, sur laquelle se 
trouve un plat d'argent, est debout un jeune cavalier 
donnant la main à une dame, qui tient près d'elle sa 
petite fille et se retourne en souriant. — A gauche, sur 



(i) Description citée, p. 157. 

(2) Op. cit., p. 66). Terwesten donne les mesures suivantes : hau 
teur, 17, largeur 15 pouces. 

(3) Catalogue de la vente, p. 20, n» 67. 



— 172 — 

le devant du tableau, est un vase en cuivre, et dans ce 
vase, une bouteille carrée remplie de liqueur. — Ce 
groupe de six figures est réuni sous un vestibule d'où 
l'on découvre la campagne. La plupart des personnages 
sont vêtus de noir, selon la mode du temps (i). » 

Nous ne connaissons ni l'adjudicataire, ni le prix de 
vente de ce tableau. 

Plusieurs musées de l'Europe possèdent des œuvres 
de Gonzales. Outre ceux d'Anvers et de la Haye, dont 
nous avons parlé déjà^ nous citerons ceux de Dresde, 
de Cassel (2), de Sleissheim et de Nantes, auxquels on 
peut ajouter la collection du palais Hampton Court. 

On a peu gravé d'après Coques. Outre les planches 
citées de Paul Pontius, Corneille van Caukercken, 
Martin Bouché, Moitte et Leonetti, nous avons trouvé 
dans le Catalogue Winckler, la mention d'un portrait de 
Baudouin van Eck, seigneur de Roosendael, amateur de 
tableaux, gravé en 1657, d'après Gonzales, par Paul du 
Pont ou Pontius. Il était représenté à mi-corps, la 
gauche appuyée sur son épée (3). 

Un graveur moderne de beaucoup de mérite, M. 
Guillaume Unger (W. Unger), a reproduit à l'eau-forte 
un des tableaux de Coques, conservé au musée de Cas- 
sel. Il représente un appartement, dont les murs sont 

(i) Description citée, p. 158. 

(2) L'auteur du catalogue de la galerie de Cassel a pris Gon- 
zales pour un nom patronymique et a gratifié le maître du prénom 
de Barthélémy, de façon que Gonzales Coques est devenu Barthé- 
lémy Gonzales. Voyez : Ver^eichniss der Casseler Bildcr-Gàllerie. — 
Cassel, sans date, p. 49. 

(3) Michel Huber et J.-G. Stimmel. Catalogue raisonné du cabinet 
d'estampes de feu M. Winckler, banquier et membre du sénat, à Leipzig. 
Leipzig, 1805, T. III, p. 656, no 3503. 



— 173 — 

ornés de tapisseries, surmontées de peintures a3'ant pour 
sujet des paysages. La partie supérieure des fenêtres y 
donne seule accès au jour, de façon qu'il y règne une 
lumière très-douce. A droite, le maître du logis vêtu de 
noir, est assis devant une table couverte d'un tapis et 
sur laquelle se trouvent une statuette, une sphère, un 
sablier et plusieurs livres, dont il est en train d'en 
feuilleter un. Sa femme habillée également de noir avec 
une robe de dessous de couleur rouge, se tient debout 
devant son clavecin ouvert et orné d'un paysage mytho- 
logique. Deux chaises de cuir sont placées de ce côté : 
sur le coussin de l'une d'elles, repose, en grognant, un 
petit chien blanc. Une porte ouverte donne accès à une 
autre salle. 

Le graveur a rendu avec beaucoup de talent l'effet de 
cette remarquable composition (i). 

Sources : Registres des paroisses d'Anvers. — Archives de la ville 
d'Anvers. — Archives de la gilde de St. Luc. — Pu. Rombouts 
et Th. van Lerius. Les Liggeren, etc. 



(i) Cette notice est datée du 25 mai 1875. 



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La Famille d'artistes de BAELLIEUR Louis 
DE BAELLIEUR, le vieux 
(15. . ?-i66o). 

fe nom de cette famille a été orthographié de 
[diverses manières, même par ceux qui le por- 
i,taient. Il existait à Anvers, au moins dès la fin 
du XVP siècle, et fut celui de plusieurs peintres dis- 
tingués et d'artistes qui appliquèrent leurs talents à la 
verrerie. 

La gilde de S' Luc apprit à le connaître, lorsqu'elle 
admit, *en 1623-1624, Louis de Baellieur, en qualité 
de franc-maître. Son fils Corneille y avait été inscrit 
comme élève, dès 1617-1618 (i). 

Louis de Baellieur est qualifié de marchand, dans le 
compte de la corporation, commencé au mois de sep- 
tembre 1623 et terminé en septembre 1624. Les mar- 
chands d'objets d'art étant seuls tenus d'entrer dans la 
gilde, on pourrait conclure de ce fait que notre Louis 
exerçait cette profession. Cela est probable, mais ce 
n'était pas la seule dont il s'occupât. Il résulte, en effet, 
de son testament du 2 septembre 1654, qu'il donna, 



(i) Phil. Rombouts et Théodore Van Lerius, avocat. Les Lig- 
geren et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc, 
T. II, pp. S98 et 542. 



— 175 — 

par forme de prcciput à son fils nommé Louis, comme 
lui, son atelier, avec tous les matériaux qui s'y trouvaient. 
Ce Louis figurant dans la gildc tantôt comme peintre et 
travaillant le verre « schilder, ende weerchnde in 't eehis, )) 
tantôt comme verrier (gelaesbiaeser) (i), il s'en suit que 
notre vieux Louis se trouvait à la tête d'une verrerie 
dont il débitait les produits. 

Les peintres sur verre, véritables artistes, étaient obligés 
de se fliire admettre dans la confrérie de S'' Luc : le 
même droit pesait sur les vitriers, quoique ce ne fussent 
que de simples ouvriers. La branche des de Baellieur, 
dont nous nous occupons, n'exécutait pas des vitraux et 
ne garnissait pas de verres les châssis des fenêtres. Mais 
quelques-uns de ses membres produisirent, dans cette 
matière fragile, ces coupes, ces verres à vin de toutes 
grandeurs et ces vases, toujours si recherchés et exé- 
cutés avec une si rare élégance (2). • 

Il est donc juste de consacrer une biographie spéciale 
à chacun des artistes en tous genres, qu'a produit la 
famille de Baellieur. 

Louis, le vieux, est né dans la seconde moitié du 
X\l^ siècle, mais nous ne savons en quelle année, ni 
en quel endroit. Il épousa Anne van der Brugghen, 
nous ignorons à quelle date et en quel lieu. Six enfants 
au moins naquirent de ce mariage ; cinq d'entre eux 
furent tenus sur les fonts baptismaux de la cathédrale. 
1° Corneille, le 5 février 1607, par Jean de Proest et 



(i) Liggeren cités, T. II, pp. 155, 162, 341. 

(2) Outre le vieux Louis de Baellieur, dont nous venons d'établir 
la profession, les Liggeren ne nous font connaître que deux artistes 
en verre, ses fils Louis et Abraham. 



- i7é - 

Cornclic Stockx. Il fut un peintre distingue ; sa biogra- 
phie nous occupera plus loin. 2° Catherine, le 29 
décembre 1609, par Corneille Verhoeven, receveur 
(rentmeester) de la ville, représentant le Signor Pierre 
Fabri, et Anne van der Bruggen, sans doute une parente 
de la mère de l'enfant. Catherine mourut le 18 novem- 
bre 1678 et fut ensevelie dans l'église de l'abbaye de 
S' Michel, (i). 3° Louis, le 17 décembre 16 12, par 
Érasme Rubens, fils de Josse, et Anne Goossens. Nous 
en reparlerons. 4° Jean, baptisé dans la cathédrale, 
quartier sud, le 10 avril 16 16. Parrain : Jean Tréso- 
riers, marraine, Marie Govaerts. 5° Anne, tenue sur les 
fonts du même quartier de la cathédrale le 14 sep- 
tembre 16 19, par Jacques van Bochout et Marie Mar- 
tinus. Elle décéda le 27 février 1679 et fut inhumée à 
S' Michel (2). 6° Abraham, dont nous n'avons pas 
trouvé 'le baptistaire. Il figure le dernier sur la pierre 
sépulcrale de sa famille qui existait autrefois dans ladite, 
église. Et comme l'inscription relate les enfants de 
Louis de Baellieur et d'Anne van der Bruggen, d'après 
leur âge nous pouvons en conclure qu'Abraham fut 
leur cadet. Cet artiste, dont nous raconterons la vie, 
naquit vraisemblablement entre les années 1620 et 
1624. 

Une liste du personnel du jeune serment de l'arbalète 
mentionne, en 1620, parmi ses membres Louis Bail- 
leul. C'est notre Louis de Baellieur, le vieux, qui rem- 
plissait auprès de ce corps l'emploi de porte-drapeau 

(i) Inscriptions funéraires et monumentales de la province d'Anvers, 
T. IV. p. 70. 

(2) Op. cit T. IV, p. 70. 



— 177 — 

{alfere'O. L'artiste faisait encore partie de ce serment en 
1625 (i). 

Il se fit recevoir dans la sodalité des mariés dirigée 
par les Jésuites d'Anvers, et fut élu le 10 août 1648 
consulteur de cette association pieuse. De Baellieur 
avait contribué, en 1642, au paiement du nouvel autel 
de ses confrères par un don de 6 florins (2). 

Lorsqu'en 1 644-1 645, Corneille de Baellieur, fils de 
notre Louis, remplit les fonctions de doyen de la gilde 
de S* Luc, il y reçut comme francs-maîtres ses deux 
frères Louis et Abraham, et son père lui paya, vivant, sa 
dette mortuaire de 3 florins 8 sous (3). 

Le notaire Barthélémy van den Berghe, le vieux, se 
présenta, le 2 septembre 1654, ^^^'^^ "^'^ maison de Louis 
de Baellieur, le vieux, et de sa femme, située dans la 
rue dii Cimetière de Notre-Dame, pour y recevoir leur 
testament réciproque. L'artiste était en bonne santé, 
mais Anne van der Bruggen était malade et alitée. 
Leurs dispositions de dernière volonté débutent par les 
recommandations d'usage, parmi lesquelles nous distin- 
guons une élection de sépulture dans l'église de l'abbaye 
de S* Michel. Le prémourant des époux fait à la fabrique 
de la cathédrale un legs d'un florin. Si la testatrice 
vient à décéder la première, elle lègue_, par préciput^ à 
ses filles Catherine et Anne de Baellieur^ tous ses habil- 
lements de soie, de toile et de laine et tous les joj^aux 
et bijoux ayant servi à sa toilette. Melchior Hoyon, 



(i) Registres des serments et de la garde bourgeoise aux archives 
communales d'Anvers. 

(2) Registre de la sodalité des mariés. 

(3^ Liggeren cités, T. II, pp. 154, 155, 162 et 165. 

12 



178 



cousin du testateur, reçoit un de ses habits et un manteau, 
à délivrer par les enfluits du disposant. Semblable legs 
est fait à Jean-Baptiste Hippolyto, célibataire, qui s'était 
rendu d'Italie à Anvers, avec le fils du testateur. Ce fils 
n'est pas nommé, mais nous croyons qu'il s'agit ici de 
Louis de Baellieur, le jeune, qui ne reçut la franc- 
maîtrise de S' Luc qu'à l'âge de 32 à 33 ans. Une 
habituée de la maison, âgée de près de 80 ans, désignée 
sous le sobriquet de la petite tante Jeanne Qaiineken 
moeyhti) et très-bien connue des enfants des époux de 
Baellieur, devait continuer à recevoir de ceux-ci, sa vie 
durant, ce qu'elle avait touché hebdomadairement de 
leurs parents. Un legs spécial d'un lit et d'un traversin 
est fait par préciput et hors part à Catherine et Anne 
de Baellieur, après le décès du dernier des testateurs. 
Ceux-ci disposent qu'après le décès de chacun d'eux, 
cinquante messes seront dites pour le repos de son âme. 
Ils prennent ensuite des mesures pour assurer, au partage 
qui suivra leur décès, une parfaite égalité entre ceux de 
leurs enfants qui n'ont pas été dotés ou n'ont pas em- 
brassé quelque état approuvé et ceux qui n'ont rien reçu 
de la maison paternelle. En récompense des bons ser- 
vices et de l'assistance que leur fils Louis de Baellieur 
leur a rendus et leur rendait encore, ses parents lui 
laissent par préciput, après leur décès, l'atelier de son 
père, avec tous ses matériaux servant au travail. Le sur- 
vivant des testateurs est institué légataire universel de 
tous leurs biens restants, qui seront partagés par tête, 
après son décès, par tous leurs enfants. Les testateurs 
recommandent que cette opération se fasse en parfaite 
amitié. En cas de prédécès d'un ou de plusieurs de leurs 
fils ou filles, ses enfants le représenteront par souches, 



— 179 — 

dans la succession de leur aïeul ou aïeule. Le survivant 
des époux est dispensé de faire état ou inventaire. En 
cas de convoi, le survivant perd, par le fait de son 
nouveau mariage, tous les droits que lui confère le 
testament, qui, à son égard, sera réputé non écrit, mais 
qui sortira ses effets à l'égard des enfants. Ce document 
porte, entre autres, les signatures : Louis de Ballcur, 
Anna van der Bruggen. Le nom de l'artiste est écrit 
dans le corps de l'acte, tantôt de Baellieur, tantôt de 
Baillieur. 

Anne van der Bruggen mourut la première, après la 
passation de ce testament. Elle décéda le 20 novembre 
1659 ; son mari trépassé le 7 août 1660, vint la rejoindre 
dans l'église de l'abbaye de S* Michel. L'inscription de 
leur pierre sépulcrale y était conçue en ces termes : 

Hier leet begraven (i) 

den eersamen lowies 
DE Baillieur sterf den 

7 AuGusTus A° 1660 

ENDE DE EERBARE AnNA 

VAN DER Bruggen sterf 

DEN 20 NOVEMB A° 1659 
ENDE CaTHARINA DE 

(i^ Voici la traduction de cette épitaphe, qui se lit à la page 70 
du tome IV des Inscriptions funéraires et monumentales de la province 
d'Anvers : 

Ici est enterré l'honorable Louis de Baillieur, mort le 7 août 1660, 
et l'honorable Anne van der Bruggen, décédée le 20 novembre 1659, 
et Catherine de Baillieur, leur fille, morte le 18 novembre 1678, et 
Louis de Baillieur, leur fils, décédé le 2 février 1663, et Anne de 
Baillieur, leur fille, morte le 27 février 1679, ^^ Abraham de Bail- 
lieur, leur fils, mort le .... 

Priez pour leurs âmes. 



— i8o — 

Baillieur haerlieden 
dochter sterf den 

l8 NOVEMBER A° 1678 

ende ludovicus de 
Baillieur haerlieden 

SONE STERF DEN 2 Feb. 

A° 1663 
EN Anna de Baillieur 

haerlieden DOCHTER 
STERF DE 27 FeBRUARIUS 1679 

ENDE Abraham de 

Baillieur haerlieden 

sone sterf de.... 

BiDT VOOR DE SIELEN (l) 
(i) Cette notice est datée du 11 septembre 1875. 



Corneille DE BAELLIEUR, le vieux, 
(1607-1671). 




ous avons vu que ce peintre, fils de Louis de 
jBaelIieur et d'Anne van der Bruggen, fut tenu 
à Anvers, le 5 février 1607, sur les fonts bap- 
tismaux de la cathédrale, par Jean de Proost et Cornélie 
Sterckx. Il eut pour maître Antoine Lisaert, qui lui 
ouvrit son atelier dans l'espace de temps compris entre 
le mois de septembre 16 17 et le mois de septembre 
1618. Le jeune Corneille avait, à cette époque, 10 à 11 
ans accomplis. Il fut admis à la franc-maîtrise de S' Luc, 
comme fils de maître, en 1625-1626, c'est-ci-dire à Tâge 
de 18 à 19 ans (i). 

L'artiste fut reçu en juillet 1629, membre de la sodalité 
des célibataires, dirigée par les Jésuites d'Anvers, et élu, 
au mois de septembre 163 1, consultcur de cette asso- 
ciation pieuse (2). 

Corneille de Baellieur épousa, le 9 août 1633, ^^^^ 
l'église S^ Jacques, Madeleine Matthyssens. Ce mariage 
eut pour témoins Louis de Baellieur, père de notre 
peintre, et François van Ginderdeuren. Il en naquit un 
seul enfant, Elisabeth, qui fut tenue sur les fonts de 



(i) Lig^eren cités, T. I, pp. 542 et 625. 

(2) Registre de ladite sodalité, à la bibliothèque communale 
d'Anvers. 



— l82 — 

ladite cglise, le i6 juillet 1634, par son aïeul Louis de 
Baellieur et Elisabeth Verulier. Elle coûta sans doute la 
vie à sa mère, qui mourut, en effet, le 23 juillet suivant, 
et fut inhumée à S' Jacques (i). 

Notre artiste se remaria. Un registre de mariages de 
ladite église, relate au mois d'octobre 1636, trois pro- 
clamations des bans de Corneille de Baellieur et de 
Marie de Wael, cette dernière habitant la paroisse de la 
cathédrale. Elle était fille de Corneille et de Barbe 
Wouters et avait été tenue sur les fonts de Notre-Dame 
le 22 mars 1609, par Philippe Gridolfi et Cornélie 
Wouters, tante de l'enfant. La généalogie de la famille 
de Wael, dressée par M. Alphonse Goovaerts et rédigée 
d'après d'anciens documents, qualifie de peintre ce Cor- 
neille de Wael, qui n'est pas l'artiste célèbre de ce nom. 
Celui-ci était fils de Jean et de Gertrude de Jode. 

Le mariage de Corneille de Baellieur et de Marie de 
Wael fut célébré dans la cathédrale, quartier sud, le 8 
novembre 1636, en présence des pères des deux époux, 
qui y assistèrent comme témoins. Cinq enfants qui furent 
tous tenus dans la cathédrale, quartier nord, leur durent 
le jour. j° Marie, le 9 août 1637, par Louis de Bael- 
lieur, le vieux, son aïeul, et par Barbe Wouters^ sa 
grand' mère ; 2° Louis, le 9 septembre 1638, par Louis 
de Baellieur, probablement son oncle, et Catherine de 
Wael, sa tante; 3° Susanne-Marie, le 28 juin 1640, par 
Jacques Roi, apothicaire, son oncle par alliance, et 
Susanne de Wael; 4° Corneille, le 24 janvier 1642, par 
Corneille de Wael, son oncle, marchand d'objets d'art, 
reçu franc-maître de la gilde anversoise de S* Luc, en 

(i) Inscriptions citées, T. II, p. 256. 



- i83 - 

1630-1631 (i), et par Jeanne de Wael, tante de l'enfant. 
Nous traiterons spécialement de ce Corneille de Bael- 
lieur le jeune ; 5° Jeanne, le 20 juin 1643, par le célèbre 
peintre, Victor Wolfvoct, le jeune, élève de Pierre- 
Paul Rabens, à qui la franc-maîtrise de S^ Luc fut 
conférée sous le décanat du père de sa filleule (2), et 
par Jeanne de Bruyn. Corneille de Baellieur, le vieux, 
se fit recevoir probablement après son premier mariage, 
dans la sodalité des mariés. Il en fut élu plusieurs fois 
consulteur, notamment les 20 mai 1640, 30 mai 1647, 
6 mai 1655, le 27 avril 1659, en mai 1662, le 21 mai 
1668, le 12 mai 1669 et le 26 mai 1670. Il passa 
assistant du préfet le 7 mai 1671, c'est-à-dire peu de 
temps avant son décès. 

La sodalité des mariés avait chargé Servais Cardon 
de lui sculpter un autel de marbre et de pierre de 
touche. Ce travail achevé au mois d'août 1642, fut payé 
2700 florins à l'artiste. Cette somme fut couverte, au 
moins en partie, par les dons des membres de l'asso- 
ciation. Corneille de Baellieur y contribua pour six 
florins (3). 

Cet artiste remplit les fonctions de doyen de la gilde 
de S* Luc, du 18 septembre 1644 au 18 du même mois 
1645. Il y reçut, en qualité de fils de maître, ses frères 
Abraham et Louis de Baellieur (4). Il ouvrit, en 1652- 
1653, son atelier à un apprenti peintre que les archives 
de la corporation nomment tantôt Josse, tantôt Juste 



(i) Li^^ercn cites, T. Il, pp. 14 et 18. 

(2) Ibid., T. II, pp. 157 et 162. 

(3) Registre de la sodalité des mariés. 

(4) Liggeren cités, T. II, pp. 154, 135, 159 et 162. 



— 184 — 

Garnier(i) et qui ne paraît avoir jamais acquis la franc- 
maîtrise. Ce Garnier était probablement un parent de 
Marie Garnier ou Granicr, la femme d'Abraham de 
Baellieur, le vieux, frère de Corneille. 

Celui-ci se rendit à cheval à Gand, le i mai 1655, 
pour y aller rendre visite à Cornélie Wouters, tante de 
sa femme. Il la trouva mourante et fit, après son décès, 
inventorier ses effets par le procureur Schillew^iert. Il 
porta de ce chef en compte à ses cohéritiers, à la de- 
mande de qui il avait fait ce voyage, la somme de 16 
florins 12 sous, y compris ses frais de route et de 
location du cheval. 

Nous voyons dans un acte notarié du 10 janvier 1657, 
que Corneille de BaeUieur était, à cette époque, tuteur 
légal des enfants de feu Corneille de Wael, frère de sa 
femme et marchand d'objets d'art. Son cotuteur s'appe- 
lait Jean Hoydonck . Celui-ci se fit garantir par la 
famille de Wael, héritière de leur oncle et grand-oncle 
Jean Wouters, des suites des procès et autres difficultés 
qui pourraient lui être suscités par Jean de Wael, fils 
du prédit Corneille, à cause de l'aliénation d'une ferme 
et de terres situées à Melsene. Cet immeuble, d'une con- 
tenance de près de 20 bonniers, dépendait de la succes- 
sion de Jean Wouters et avait été vendu à Luc Hasaert 
et à Barbe van Mittendorfl", sa femme. Le Jean de Wael 
dont il s'agit ici, était l'excellent graveur de ce nom. Il 
allait atteindre sa 25"^ année au mois de juillet 1657, et 
sa majorité prochaine paraît avoir causé à Jean Hoy- 
donck des appréhensions que n'éprouvaient pas les 



(i) Op. cit., pp. 238 et 241. 



- i85 - 

tantes et les oncles par alliance du jeune artiste (i). 

Corneille de Bacllieur, le vieux, fut appelé, en 1661, 
h témoigner en justice, comme expert, au sujet de l'au- 
thenticité d'un Sauveur et de douze apôtres, acquis par 
le chanoine François Hillewerve, comme des originaux 
d'Antoine van Dyck. Il déclara, qu'à sa connaissance, 
ce maître n'avait jamais peint deux fois les mômes 
tableaux, mais qu'il avait bien vu des copies exécutées 
d'après lui et retouchées de sa main. Ces copies parais- 
saient à de Baellieur aussi bonnes que les originaux. 
L'artiste était d'avis que si l'on donnait vingt-cinq livres 
de Flandre du meilleur des tableaux en question, la va- 
leur en serait payée. Le rnaître habitait, à cette époque, 
le rempart des Tailleurs de Pierres (2). 

Marie de Wael, la deuxième femme de Corneille de 
Baellieur, le vieux, décéda dans l'intervalle qui s'écoula 
du 18 septembre 1670 au 18 du même mois 1671. 
C'est, au moins, à cette époque, que le paiement de sa 
dette mortuaire est renseigné dans le compte de la 
gilde de S' Luc (3). 

Notre Corneille mourut le 26 juillet 1671. Il fut 
inhumé à S' Jacques, où se lisait autrefois l'inscription 
suivante : 

Hier leet begraven den eersamen Cornelis de 
Baelleur sterft den 26 JuLY A° 1671 

ENDE DE EERBARE JoUFFROU MaGDALENA 

(i) Protocoles du notaire François van den Berghe, année 1657, 
aux archives de la ville d'Anvers. 

(2) L. Galesloot. Un procès pour une vente de tableaux attribues à 
^Antoine van 'Dyck. 1660- 1662. — ^Annales de l' Académie d'archéo- 
logie de Belgique. 2^ série, T. IV, p. 561 et suiv., p. 585, 

(3) Liggeren cités, T. II, p. 408. 



— i86 — 

Matthyssen syn huysvrouw 
sterft den 23 july a" 1634 

ENDE DE EERBARE JoUFFROU MaRIA 

DE Wael SYNE TWEEDE HUYSVROU 

STERF DEN . . . . (l) 

Le paiement de la dette mortuaire de notre peintre 
est mentionné dans le compte cité.de lagilde de S' Luc. 

Corneille de Baellieur, le vieux, fut un peintre distin- 
gué d'histoire et de bas-reliefs historiques. Le procès 
dont nous avons parlé et où il fut appelé comme ex- 
pert, en même temps que Jacques Jordaens, Abraham 
van Diepenbeeck, Hubert Sporckmans, Jean Boeckhorst 
Juste van Egmont et d'autres peintres de grand talent, 
prouve assez l'estime dont il jouissait auprès de ses 
contemporains. 

Un tableau de notre maître, exécuté sur cuivre, orne 
le musée de Brunsvv'ick. Il représente, de la manière 
suivante, l'épisode de la femme surprise en adultère. 
Le Sauveur placé au miUeu de la composition^ s'entre- 
tient avec la pécheresse; des Pharisiens et des docteurs 
de la loi écoutent avec attention les paroles de Jésus. 
Un d'eux regarde à travers un verre les lignes d'écriture 
tracées sur la terre. Quelques soldats entourent ce 
groupe. Au fond, un paysage. Figures entières. Signé : 
Cor. d. BaelHeur (2). 

(i) Inscriptions funéraires et monumentales de la province d'tAnver s. 
T. II, p. 256. 

Traduction : Ci-gît l'honorable Corneille de Baelleur, mort le 26 
juillet de l'an 1671, et l'honorable demoiselle Madeleine Matthyssen, 
sa femme, décédée le 23 juillet de l'an 1634, et l'honorable demoi- 
selle Marie de Wael, sa seconde femme, morte le 

(2) L. Pape. Ver\eichnis\ der Gemâlde-Saimnlung des Her::^oglicheu 
Muséums \n 'Braunscbweig . BraunscJ/weig, 1849, p. 64, no 171. 



- i87 - 

M. le docteur W. Bodc, qui parle de ce tableau, 
range son auteur au nombre des peintres flamands de 
troisième ordre, et il lui trouve des affinités avec les 
Francken, surtout avec François Francken, le jeune (i). 
N'ayant pas vu l'œuvre, il nous est impossible de con- 
trôler les assertions du savant allemand. Mais nous 
avons remarqué plus d'une fois chez M. Pierre-Antoine 
Verlinde, artiste-peintre, à Anvers, deux grands et admi- 
rables tableaux de fleurs de Gaspard-Pierre Verbruggen, 
le vieux, au milieu desquels notre Corneille de Bael- 
lieur avait peint de superbes bas-reliefs, en grisaille. 
Ces bas-reliefs, qui retracent des scènes de la vie 
de bienheureux de l'ordre de S' Dominique, ne nous 
rappelaient en aucune manière les Francken, qui précé- 
dèrent François, le jeune, ni ce maître lui-même. Ils 
trahissaient plutôt l'influence de l'école de Rubens. 

Ces compositions provenaient du couvent des Domi- 
nicains d'Anvers. Elles furent vendues publiquement 
dans leur jardin, peu d'années après la révolution de 
1830. Elles étaient alors au nombre de douze, dont six 
grandes et six petites. Ces dernières, ainsi que quatre 
des grandes, sont allées à Paris, d'après un renseigne- 
ment que nous devons à l'obligeance de M. Verlinde. 
C'est une grande perte pour notre ville, si ces tableaux 
valaient, comme c'est probable, ceux que nous avons 
vus. (2) 

(i) Algevieincs Kunsikr-Lexikon. Hcratisgeo-ehen von D'^ Juliiis Mcyer. 
Zweite gànilich neubearheiktt lAuflage von Nagkr's Ki'mstîer-Lexlkoii. 
T. II, p. 536. 

(2) Cette notice est datée du 6 octobre 1875. 




Corneille DE BAELLIEUR, le jeune 
(1642-1687). 

e peintre, fils de Corneille de Baellieur, le vieux, 
et de Marie de Wael, naquit à Anvers et y fut 
tenu, comme nous l'avons vu, le 24 janvier 
1642, sur les fonts baptismaux delà cathédrale, quartier 
nord, par son oncle Corneille de Wael, marchand 
d'objets d'art, et Jeanne de Wael, sa tante. Il est pro- 
bable que son père lui enseigna son art. Comme lui, il 
se fit recevoir dans la sodalité des célibataires, où il fut 
admis le 18 octobre 1665. Il en fut élu consulteur le 
23 octobre 1672 (i). 

Corneille de Baellieur, le jeune, épousa, le 8 mars 
1681, dans la cathédrale, quartier nord, Marie-Cornélie 
Dresselaers, en présence de Jérémie Cock et de Pierre- 
David Michielsen. Quoique les noms de Dresselaer et 
de Cock soient connus dans les archives de S' Luc, nous 
ne saurions affirmer que la femme de notre artiste appar- 
tenait à la famille du brodeur Crépin Dresselaer, ni que 
le témoin Jérémie Cock soit le peintre reçu franc-maître 
en 1656-1657 (2). 

Corneille de Baellieur, le jeune, n'eut pas d'enfants 
de son mariage : nous n'en avons, du moins, découvert 
aucun. 

(i) Registre de la sodalité des célibataires. 

(2) Ph. Rombouts et Théod. Van Lerius. Les Liggeren et autres 
archives historiques de la gilde anversoise deSaint Luc. T. II, pp .277 et 
283. 



— i89 — 

Ce ne fut qu'en 1683 -1684, lorsqu'il avait atteint 
l'âge de 41 à 42 ans, qu'il se fit recevoir dans la gilde 
de S' Luc, en qualité de peintre et de fils de maître (i). 
L'artiste paraît s'être adonné de préférence à la pein- 
ture des bas-reliefs. Il est probable que Melchior Baeck 
mentionné en 1685-1686, dans le compte de la corpo- 
ration, comme apprenti peintre chez Christophe Bal- 
lieuw, a été l'élève de notre Corneille, les registres ne 
mentionnant nulle part l'admission de ce Christophe 
Ballieuw à la franc-maîtrise (2). 

Corneille de Baellieur, le jeune, avait été désigné pour 
rempHr les fonctions de doyen de la gilde de S' Luc, du 
18 septembre 1686 au 18 septembre de l'année sui- 
vante. Mais l'artiste se racheta de cette charge, le 20 
août 1686, moyennant la somme de 100 ducatons, sans 
préjudice du droit de la gilde de l'élire comme adminis- 
trateur de sa caisse de secours mutuels (busse) (3). Il 
fut remplacé par le peintre Louis Pauwels, qui reçut les 
300 florins stipulés pour sa libération (4). 

Corneille de Baellieur, le jeune, décéda dans les pre- 
miers mois, de l'année 1687. Le compte de la cathédrale 
de la S^ Bavon 1 686-1 687 mentionne au 9 mars de 
cette dernière année une recette de 21 florins 16 sous, 
pour le service funèbre de première classe de notre 
maître, qui était décédé (5) dans le quartier nord de 
cette paroisse (6). 

(i) Op. cit., T. II, pp. 497 et 500. 

(2) lUd., T. II, p. 513. 

(3) J.-B, VAN DER Straelen, Joerhoek der vermaerde en hmstryke 
gilde van Sint Lucas hinnen de stad Antwerpen, pp. 141 et 142. 

(4) Liggeren cités, T. II, pp. 516, 517 et 521. 

(5) Liggeren cités, T. II, p. 497, note 3, p. 520. 

(6) Cette notice est datée du 27 octobre 1875. 



W<^W^4 



Louis de BAELLIEUR II. 
(1612-1663.) 




omme nous l'avons vu, cet artiste naquit à An- 
vers et y fut tenu sur les fonts baptismaux 
de la cathédrale, le 17 décembre 16 12, par 
Érasme Rubens, fils de Josse et Anne Goossens. Il avait, 
ainsi que nous l'avons dit, pour père maître Louis de 
Baellieur, qui façonnait le verre : sa mère se nommait 
Anne van der Bruggen. 

Louis de Baellieur, le jeune, est le seul des fils de 
ses parents qui se trouve nominativement désigné dans 
le testament de ceux-ci. C'est donc lui qui s'est rendu 
en Italie pour s'y perfectionner dans l'art de travailler 
le verre et qui est revenu de ce pays avec un jeune 
homme nommé Jean-Baptiste Hippolyto, à qui le vieux 
Louis de Baellieur légua un de ses habits et un manteau. 
Il fut reçu, au mois de janvier 1633, membre de la 
sodalité des célibataires, dirigée parles jésuites d'Anvers. 
Élu, le 16 novembre 1659, consulteur de cette associa- 
tion pieuse, il en fut nommé le 31 octobre 1653, 
assistant du préfet et préfet lui-même le 26 octobre 

1653 (i). 

Son frère Corneille de Baelheur, le vieux, étant doyen 
de la gilde de S' Luc, en 1 644-1 645, il s'y fit recevoir 

(i) Registre de ladite sodalité. 



î 



— 191 — 

en qualité de fils de maître. Le Liggcre le mentionne 
comme peintre, mais le compte de la corporation ajoute 
à cette profession celle d'artiste travaillant le verre 
(schilder eiidc zveerckendc in 't gelas) (i). 

Nous avons vu dans la biographie de Louis de Bael- 
lieur, le vieux, qu'en récompense des bons services et 
de l'assistance que notre maître avait rendus et rendait 
encore à ses parents, ceux-ci lui léguèrent, par préciput, 
après leur décès, l'atelier de son père, avec tous les ma- 
tériaux servant au travail du verre. Le vieux Louis étant 
venu à décéder, le 7 août 1660, moins d'une année 
après sa femme, notre artiste entra en possession de 
cette partie de leur héritage. Mais il n'en jouit pas long- 
temps, car la mort l'enleva le 2 février 1663, fête de la 
Purification de la S"" Vierge. Il fut inhumé, auprès des 
siens, (2) dans l'église de l'abbaye de S' Michel (3). 

(i) Ph. Rombouts et Théod. Van Lerius. Les Liggeren et autres 
archives Jnstortqnes de la gilde anversoise de Saint Luc, T. II, pp. 155 
et 162. 

(2) Inscriptions funéraires et monumentales de la proi'ince d'Anvers. 
T. IV, p. 70. — Liggeren cités, T. II, p. 541, 

(3) Cette notice est datée du 29 octobre 1875. 



?V^rT'î?¥^?$v$i?$\f?ii4'^i^i4^r^ 



Abraham de BAELLIEUR I 
(1620-1624 ?-i67i-i672). 




j^es registres baptismaux d'Anvers ne mention- 
Jnent pas ce fils de Louis de Baellieur, le vieux, 
let d'Anne van der Bruggen. Sa filiation nous 
est prouvée par la pierre sépulcrale de sa famille, qui 
existait autrefois dans l'église de l'abbaye de S' Michel de 
notre ville. L'inscription nous permet aussi de fixer 
approximativement la date de la naissance de notre 
Abraham. En effet, son frère Louis et ses deux sœurs 
qui y sont mentionnés, le sont à leur rang d'âge, et non 
d'après les dates de leur décès. Ainsi la première citée 
Catherine, morte en 1678, était née en 1609, Louis, 
défunt en 1663, avait vu le jour en 1612, et Anne, 
décédée en 1679, était venue au monde en septembre 

16 19. Abraham qui la suit dans l'inscription, a fait par 
conséquent sa première apparition ici-bas, au plus tôt en 

1620. Ses cinq frères et sœurs étant nés dans l'espace de 
13 ans, nous ne croyons pas que la date de son arrivée 
sur la terre puisse être reculée après 1624. 

Abraham de Baellieur, k vieux, entra, en 1 643-1644, 
dans la sodalité des célibataires, dirigée par les Jésuites 
d'Anvers : il en fut élu consulteur au mois d'octobre 
1647 (i). Il fut admis, dans la gilde de S* Luc, en 



(i) Registre de la sodditc des célibataires. 



fl 



— 193 — 

1644-1645» époque du décanat de son frère Corneille 
de Baellieur, le vieux. La note de son inscription dans 
le registre ad hoc et dans le compte de la corporation 
le mentionne comme fils de maître et travaillant le 
verre (zuerckt in glas) (i). Abraham est le troisième 
artiste du nom de de Baellieur que nous trouvons 
avec cette désignation, très-rarement employée dans 
les archives de la gilde. Les collectionneurs de beaux 
vases de verre feront donc bien d'examiner si quel- 
ques-uns de ces meubles délicats et fragiles ne portent 
pas par hasard les monogrammes des deux Louis ou 
d'Abraham de Baellieur, car tous ces objets si prisés ne 
sont pas de fabrication étrangère. 

Notre artiste épousa, le 25 février 1649, dans la 
cathédrale, quartier nord, Marie Granier. Ce mariage 
eut pour témoins Louis de Baellieur,, père d'Abraham, 
et Maurice Hustinay, clerc de la paroisse, et fut célébré 
avec dispense de tous les bans et du temps clos. Il 
donna le jour à trois enfants, qui furent tous tenus sur 
les fonts baptismaux de Notre-Dame, quartier sud : 
1° Louis-Joseph, le 20 mai 1652, par son aïeul Louis 
de Baellieur, le vieux, et Catherine Verheyen ; 2° Jean- 
Baptiste, le 16 janvier 1655, par Louis de Baellieur, 
représentant Adrien Govaerts et Catherine de Baellieur, 
tante de l'enfant, suppléant Jeanne van der Bruggen ; 
3° Abraham, le 11 février 1657, par le peintre Corneille 
de BaeUieur, le vieux, son. oncle, et Anne de BaeUieur, 
sa tante, au nom de Barbe Granier, béguine. 

(i) Ph. Rombouts et Th. Van Lerius, avocat. Les Liggeren et 
autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Ltic, T. II, 
pp. 154 et 162. 

13 



— 194 — 

Cet Abraham Je Bacllieur, que nous nommerons le 
jeune, fut reçu, à partir du 23 octobre 1672, dans la 
sodalité des célibataires. Il fut inscrit en 1672-1673, dans 
le Liggcre de la gilde de S* Luc, en qualité d'apprenti- 
peintre : le compte de la corporation nous apprend qu'il 
entra à l'atelier de Gaspard de Witte (i). Il ne paraît 
pas avoir acquis la franc-maîtrise. Un acte reçu le 25 
mars 1687, par le notaire Gérard Casens, nous apprend 
qu'il était, à cette époque, essayeur général de la mon- 
naie de Sa Majesté (2). Les comptes de la cathédrale de 
la S' Bavon 1695 à la Noël 1698 le signalent comme 
locataire d'une des maisons de cette église. 

Son père Abraham de Baellieur, le vieux, fut admis, 
en 1 649-1650, dans la chambre de rhétorique de la Gi- 
roflée ÇViolieré), en qualité d'am.ateur. Il paya la somme 
de 18 florins, pour droit d'entrée. Les 10 florins dont il 
était redevable^ à cette époque, du chef de sa contri- 
bution annuelle, ne sont pas portés en compte. Cette 
contribution fut réduite plus tard à 3 florins, que l'artiste 
solda, à partir de 1650-1651, jusqu'en 1670-1671.il fut 
astreint à payer 5 florins, en 1 671-1672 (3). 

Le maître avait été admis entretemps dans la sodalité 
des mariés, dont il fut élu consulteur le 14 mai 1654 (4). 



(i) Liggeren cités, T. II, pp. 419 et 424. 

{2) Protocoles du notaire cité, aux archives communales d'Anveis, 
volume de 1687, p. 37. 

(3) Liggeren cités, T. II, pp. 211, ibid., 221, 232, 243, 254, 266, 
274, 283, 290, 301, 310, 323, 333, 344, 354, 360, 368, 377, 383, 
393,400, 408, 413. Abraham de Baellieur, le vieux, est mentionné 
en quelques-uns des endroits cités comme marchand d'objets d'art, 
mais c'est une erreur d'annotation. 

(4) Registre de la sodalité citée. 



— 195 — 

Abraham de Baellieur, le vieux, mourut du temps du 
deuxième décanat du peintre Ambroise Brueghel, c'est- 
à-dire" entre le i8 septembre 1671 et le 18 du même 
mois 1672 (i). Le compte de la gilde ne mentionne pas 
le paiement de sa dette mortuaire (2). 

Nous passons sous silence le peintre Grégoire de 
Baellieur, qui fut reçu franc-maître de notre gilde de 
S' Luc, en 1647-1648^ et qui nous paraît étranger à la 
famille des artistes qui précèdent. 

(i) Li^geren cités, T. II, pp. 411, 425. 

(2) Cette notice est datée du 8 novembre 1875. 




Pierre de BALLIU. 
(1612-16... ?) 

e graveur distingué est fils de Bernard de Bal- 
liu, dont le nom s'écrit parfois de Ballieul, 
dans les anciens registres des paroisses d'An- 
vers, et d'Agnès Jacops. Il naquit dans notre ville et y 
fut tenu le i mai 1613, sur les fonts baptismaux de 
l'église S' Jacques, par Pierre de Ballieul ou de Balliu, 
que nous croyons son oncle, et Anne Jacops. Il fut 
l'aîné de huit frères et sœurs, dont les noms suivent : 

1° Anne, baptisée dans ladite église le 3 mai 1616 ; 
parrain, Antoine Liesaert, peintre, fils de maître, admis 
dans la gilde de S^ Luc le 29 novembre 1614 (i) > ^^^^' 
raine, Catherine Nagelers. 3° Marie, le 16 octobre iéi8: 
elle fut tenue par Frédéric van Horen et Marie Heysen, 
sur les fonts baptismaux de la cathédrale, quartier sud. 
C'est là aussi que furent régénérés tous les enfants 
subséquents. 4° Une seconde Anne, le 14 juillet 1620; 
parrain, Pierre de Ballieul ou de Balliu, probablement 
l'oncle de la petite fille; marraine, Anne van Hove. 
5° Elisabeth, tenue le 3 mars 1623, par Jean Gansacker 
et Lucrèce Moucheron. Les parents de Pierre de BalHu 

(i) Ph. Rombouts et Théod. Van Lerius, avocat. Les Liggeren 
et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc, T. I, 
p. 513. 



— t97 — 

habitaient, à cette époque, à l'enseigne du Lis rouge, 
dans la rue du Jardin des Arbalétriers. Nous les retrou- 
vons encore en 1631, dans le même quartier de la ville. 
6° Agnès, le 3 août 1625, par Gérard de Houwer, joail- 
lier (i) et Anne Jacops. 7° François, le 17 juillet 1628, 
par François de Coninck de Decker et Catherine Ale- 
v^yns. 8° Un second François, le 18 août 1630, par 
Frédéric van Hove et Anne Jacops. 9° Antoinette, le 
29 août 1631, par Antoine Jaspers et Anne Jacops, 
prédite. 

Pierre de BaUiu n'est pas inscrit comme apprenti dans 
les registres de notre gilde de S* Luc. Un graveur et 
connaisseur, de nos amis, le tient pour élève de Pierre de 
Jode, le vieux, tandis que M. E. Kolloff est d'avis que 
Scetsélon (Schelte) de Bolswert lui enseigna son art (2). 

La première opinion nous paraît la mieux fondée. 
Quoi qu'il en soit, Pierre de Balliu fut admis, en 1629- 
1630, comme franc-maître de la corporation anversoise 
de S' Luc, il comptait à peine 16 à 17 ans. Le Liggere 
écrit son nom Beulleur, tout comme le compte de la 
confrérie. (3) 

M. Kolloff a relevé sur ses estampes les signatures sui- 
vantes : P. de Bailleu, P. de Bailliu, P. de Baillieu, P. 
de Baillue, BaUeu, P. Balleu, P. de Balliu, qui nous 
semble la plus rationnelle. Ce mot n'est, en effet, autre 
chose que l'ancien substantif flamand de hallieu, qui 
signifie en français le bailli. 



(i) Inscriptions funéraires et monumentales de la prcruince d'Anvers. 
Anvers, T. I, p. 342. 

(2) xAllgemeines Kiinstler-Lexi'kon. Leipzig, 1875, T. II, p. $$6. 

(3) Lig^eren cités, T. II, pp. 3 et 9. 



— 198 — 

Pierre de Balliu se rendit en Italie, à une époque qui 
nous est inconnue. Il se trouvait à Rome, en 1635, 
d'après l'inscription d'une de ses estampes, gravée d'après 
le célèbre Pierre van Lint et représentant des pèlerins 
qui vénèrent la confession de S* Pierre (i). 

Il résidait encore dans la capitale de la chrétienté, en 
1637, et y exécuta, à cette époque, une planche ayant 
pour sujet l'empereur Constantin-le-Grand posant la pre- 
mière pierre de la basilique du prince des apôtres, sujet 
composé par le même Pierre van Lint (2). 

Nous retrouvons notre graveur dans sa ville natale, 
trois ans plustard. Il y épousa, en effet, le 28 juin 1640, 
Elisabeth van Engelen. Ce mariage fut contracté avec 
dispense de tous les bans, en présence de Balthasar van 
Engelen et de Daniel de Bruyn, un des amateurs de la 
chambre de rhétorique de la Giroflée (Violiere), dont il 
fut reçu membre en 1643-1644 (3). 

Cinq enfants naquirent de ce mariage : 1° Bernard, 
tenu sur les fonts de S' Jacques, le 31 mai 1641, par 
Bernard de Balliu, son aïeul, et Marie Bogaerts. Il em- 
brassa la carrière paternelle, et nous en parlerons spéciale- 
ment. 2° François, baptisé le 2 septembre 1642, dans la 
cathédrale, quartier sud, où furent aussi présentés les 
deux suivants. Parrain : Rombaut van de Velde, éditeur 
d'estampes et marchand d'objets d'art, admis dans notre 
gilde, en 1645 -1646 (4) : il publia quelques planches 

(i) E. KoLLOFF, 1. c, T. II, p. 560, 11° 88. Cette gravure fait 
partie de la collection de feu notre beau-père, M, P. -Th. Moons-van 
der Straelen. 

(2) E. KOLLOFF, l. c, T. II, p. $60, no 87. 

(3) Liggereii cités, T. II, pp. iSO, 160 et 170. 

(4) Liggeren cités, T. If, pp. 168 et 172. 



- 199 — 

de Pierre Balliu (i). Marie de BrLi3ai fut marraine de 
l'enfant. 3° Un second François, le 12 août 1643 : il 
fut tenu par Pierre van Engelen et Sara Bogaerts. 4° 
Pierre, le 27 mai 1644, P^^ ^^ célèbre graveur Pierre 
de Jode, le jeune, et Agnès de Balliu, tante de l'enfant. 
Signalons, en passant, ces relations de Pierre de Jode, 
le jeune, avec Pierre de Balliu. Elles ne sont pas faites 
pour infirmer l'opinion de l'artiste-connaisseur qui est 
d'avis que de Balliu eut pour maître Pierre de Jode, le 
vieux, décédé le 9 août 1634 (2). Ce Pierre de Balliu 
reçut pour second patron, lors de sa confirmation, S' 
François. Il s'appela par conséquent Pierre-François, et 
fut peintre. Nous donnons plus loin sa biographie. 5° 
Arnould, le dernier des enfants de Pierre de Balliu et 
d'Elisabeth van Engelen, fut baptisé, à S' Jacques, le 
23 janvier 1647, et présenté par Pierre van Engelen et 
Marie Willemsen van de Westerlaken. 

Disons maintenant quelques mots des œuvres de notre 
iirtiste. Lorsqu'il se trouvait à Rome, il attira sur lui les 
regards du célèbre peintre Joachim de Sandrart, qui 
l'employa, malgré son jeune âge, avec Théodore Ma- 
tham. Corneille Bloemaert, Régnier de Persyn, Claude 
Mellan, Charles Audran et d'autres graveurs de renom, 
à reproduire les antiques de la galerie du prince Jus- 
tiniani. Ceci eut lieu probablement en 1633, lorsque de 
Balhu comptait à peine 20 ans (3). M. E. Kolloffcite 103 

(i) E. KoLLOFF, /. c, T. II, p. 557, nos 2 et 160, n» 86"J. 

(2) CoRXELis DE BiE. Het Guldeu Cabinet, enz., p. 495. — Lig^eren 
cités, T. î, p. 413, note 2. 

(3) Joachim de Sandrart a Stockwj. ■uicademia nobilissinicear- 
iis pictorùe. Noribergce, cidioclxxxiij, p. 362. 



— 200 — 

planches qui portent son nom ou lui sont attribuées, et 
parmi lesquelles il s'en trouve de fort remarquables (i). 
Le maître a travaillé, entre autres, d'après Pierre-Paul 
Rubens, Antoine van D3-ck, Abraham van Diepenbeeck, 
Jean Thomas, Théodore van Thulden, Théodore Rom- 
bouts, Érasme Quelhn, etc., et aussi d'après Ra- 
phaël Sanzio, Annibal Carrache, Guido Reni et Bernar- 
dino Gagliardi, 

L'auteur de cette biographie possède dans un livre ou 
recueil de gravures qui appartenait, en 1687, au célèbre 
statuaire Henri-François Verbruggen, dont il porte la 
signature, une belle estampe de Pierre de Balliu exé- 
cutée d'après Théodore van Thulden. Cette planche, de 
format petit in-folio, non mentionnée par M. Kolloff, 
représente 5' François Xavier à genoux devant un prie-Dieu 
et accompagné d'un ange qui le présente à l'enfant Jésus, 
que tient la Sainte Vierge. Trois têtes d'anges ailés appa- 
raissent dans le ciel près de ce groupe. Les inscriptions 
suivantes se lisent sur cette gravure : au-dessous de 
S' François Xavier, les mots : Satis est, Domine, satis 
est (2). A droite : Theodor. à Tulden delin. — Petrus de 
Bail lue fecif et excudit. 

Nous tenons à faire observer ici que la plus ancienne 
édition du Sauveur et des apôtres, gravée par notre 
maître sur les dessins de Théodore van Thulden, n'est 
pas celle de Gaspard Huberti, citée par M. Kolloff (3). 
Le recueil cité renferme en effet quelques-unes de ces 
planches qui portent, outre le nom du peintre, les mots : 



(i) L. c, T. II, p. 557 et seqq. 

{2) C'est assez, Seigneur, c'est assez. 

(3) Loc. cit., T. II, p. 558, no 27. 



— 201 — 

P. de Balliu exe. — Pet. de Balliu sculpsit et excidil. — 
Pet. de Ballue fecit etexcudit, etc. Il nous reste encore à 
faire connaître quelques particularités concernant notre 
artiste. Ainsi les Vierschaerboecken, conservés aux archives 
de la ville d'Anvers, nous apprennent que le 3 1 août 
1646, Elisabeth van Engelen, la femme de notre graveur, 
fit pratiquer une saisie sur les biens de son mari. Le 
registre se tait sur les motifs de cet acte de procédure. 
Il nous' dit, par contre, que Michel Claphouwer agit de 
même, le 2 août 1647. Celui-ci était un imprimeur en 
taille-douce, qui avait été reçu franc-maître de la gilde 
de S' Luc, en 1643-1644 (i). 

Pierre de Balliu grava, d'après Anselme van Huile, le 
portrait de Henri Herdingh, bourgmestre de Munster, 
qui porte la date de 1650 (2). C'est la plus récente que 
nous ayons rencontrée relativement à notre maître, car 
les trois effigies d'artistes, que renferme de lui le Gulden 
Cabinet de Corneille de Bie, puMié en 1662, avaient été 
exécutées pour l'ouvrage que Jean Meyssens pubHa en 
1649, sous ce titre : Images de divers hommes d'esprit 
sublime^ qui par leur art et science devront vivre éternellement 
et desquels la louange et renommée faict estonner le monde (3). 

Nous ignorons le lieu et l'époque du décès de Pierre 
de BalHu (4). 

(i) Liggeren cités, T. II, pp. 145 et 151. 

(2) KoLLOFF, loc. cit., T. II, p. 561, n° 98, c. I. 

(3) C. Kramm. De kvcns en werken der Hollandsche en Vlaamsche 
hinslschilders, heeldhoutvers, graveurs en bouiumeesters . T, IV, p. Iii5- 

(4) Cette notice est datée du 18 novembre 1875, 



■t-t-t-t-f-t-t-t-t-t-t-f-t-t-t-t-t-* 



Bernard de BALLIU 
(1641-1 ?) 




e graveur de talent était l'aîné des enfants de 
Pierre de Balliu et d'Elisabeth van Ençelen. Il 
naquit, comme nous l'avons dit, à Anvers, et 
y fut tenu sur les fonts baptismaux de S' Jacques, le 3 1 
mai 164.1, par son aïeul Bernard de Balliu, et Marie 
Bogaerts. 

Il est probable que son père lui enseigna son art. 
Les archives de la gilde de S' Luc ne mentionnent pas 
son entrée en apprentissage, omission qui se remarque 
d'ordinaire quant aux fils de maîtres. Elles nous appren- 
nent, par contre, que le graveur Bernard de BaUiu fut 
reçu, en 1662-1663, en ladite qualité de fils de maître. 
Le Liggere orthographie son nom Ballieur, tandis que le 
compte écrit Ballieu. L'un et l'autre document oubUent 
le de (i). 

Bernard de Balliu comptait de 21 à 22 ans, à l'époque 
de son admission. Nous le perdons de vue jusqu'en 
1674, année pendant laquelle nous le trouvons à Rome. 
Il y signa, le 3 janvier 1675, les lettres d'admission dans 



(i) Phil. Rombouts et Théod. Van Lerius, avocat. Les Uggcren 
et autres archives historiques deïagilde anversoise de Saint Luc, T.II.,PP- 
534 et 344. 



— 203 — 



la bande académique, du bon peintre et graveur à l'eau- 
forte, Abraham Genoels, le jeune, de l'excellent sta- 
tuaire Pierre Verbruggen, le second, tous deux Anver- 
sois. De Balliu portait la surnom de Ciel (HemeT) dans 
cette joyeuse réunion d'artistes (i). 

Le maître résida longtemps à Rome. M. E. Kolloiï 
cite, outre son portrait, par lui-même, avec les attributs 
du graveur, 12 planches exécutées, la plupart, d'après des 
maîtres italiens. La presque totalité porte l'adresse de 
l'éditeur romain G. G. de Rossi (Jo. Jacobus de Rubeis). 
L'iconographe cité signale ces productions de Bernard 
de Balliu comme des estampes de mérite (2). Elles 
portent son nom écrit de différentes manières : Bernard 
Baleu, de Baleu, de Bailliu, Baliu et BaUiu (3). Les 
graveurs de lettres ne seront pas étrangers à ces variantes 
d'orthographe. 

Nous ignorons si notre artiste revit jamais sa ville 
natale. L'époque et le lieu de son décès nous sont éga- 
lement inconnus. Il se trouvait encore probablement à 
Rome, sous le pontificat d'Innocent XI (i 676-1 689), 
puisqu'il y fit paraître, dans ce temps-là, quatre portraits 
de cardinaux, encore vivants, dont l'un, exécuté d'après 



(i) Arx. Houbraken. T)e groote Schûuhurs;h der Nederlandtsche 
kunstschiîders en scJnîderessen. Amsterdam, 1721, deel III, bl. loi en 
103. ■ 

Houbraken tenait son récit de Genoels lui-même. Ce maître lui 
ayant écrit qu'il n'arriva à Rome que le 4 novembre 1674, il est 
évident qu'il n'a pu y être reçu dans la bande académique, le 3 jan- 
vier de la même année, et que c'est 1675 qu'il faut lire. Faisons 
observer ici, en passant, que le nom de notre graveur est écrit erro- 
nément Baillen dans le texte d'Houbraken. 

(2) ^Ugemeines K{instîe}--LexiJcon, T. II, p. 562. 

(3) KOLLOFF, /. C, T. II. p. 562. 



— 204 — 

GodefroiJ Knellcr (i), représente l'effigie du cardinal 
Pierre Basadonna (2), mort en 1684 (3). 

(i) Ibid., t. II, p. 562, no 7. 

(2) Ch. le Blanc. Manuel de l'amateur d'estampes, T. I, p. 131. 

(3) Cette notice est datée du 20 novembre 1875. 







Pierre-François de BALLIU. 
(1644-1726-1727.) 

ierre-François de Balliu était fils du graveur de 
^mérite Pierre de Balliu et d'Elisabeth van En- 
,gelen. II. naquit à Anvers et y fut tenu, le 27 
mai 1644, sur les fonts baptismaux de la cathédrale, quar- 
tier sud, par le célèbre graveur Pierre de Jode, le jeune, 
et par Agnès de Balliu, sœur de son père. Son prénom 
de François lui fut donné lors de sa confirmation. 

Le premier maître de Pierre-François de Balliu ne 
nous est pas connu. Le jeune peintre se rendit en Italie, 
pour s'y perfectionner dans son art et y fut admis à 
Rome, dans l'atelier de Carlo Maratti. C'est ce que nous 
apprend Jacques van der Sanden, secrétaire de l'ancienne 
académie d'Anvers, dans son manuscrit intitulé : Oud 
Konsttooneel van Antwerpen. L'auteur ajoute que de Balliu 
s'exerça aussi à copier les œuvres des grands maîtres 
italiens et qu'il fit des dessins de monuments et de sta- 
tues antiques. 

Notre peintre ne retourna que fort tard dans sa ville 
natale. Les archives de la gilde de S' Luc nous appren- 
nent, en effet, qu'il n'y fut reçu, en quahté de fils de 
maître, qu'en 1688-1689 (i). 

(i^ Phil. Rombouts et Théod. Van Lerius, avocat. Les Li^^cren 
et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc, T. II, 
pp. 53 1 et 536. Les registres omettent constamment le de du nom 
de l'artiste. 



— 206 — 

Les comptes de la corporation signalent les noms de 
trois apprentis que Pierre-François de Balliu admit dans 
son atelier : Jacques van Pelt et Etienne van den Eynde, 
en 1696-1697, Jean-Pierre Goesin, en 1697-1698 (i). 

Campo Weyerman parle de notre artiste, dont il dé- 
signe le prénom par l'inconnue AT,, et dont il orthographie 
le nom Baljuiu. D'après sa malheureuse habitude, il 
s'efforce de tirer le maître en ridicule, mais il n'en 
rend pas moins justice au talent avec lequel de Balliu 
exécutait les vases dont il étoffait les tableaux de ses 
contemporains, les peintres de fleurs anversois. Ces vases 
sont, dit-il, artistement peints et bien colorés, mais ils 
manquent de relief, ce qui est dommage, car les petits 
enfants, les satyres, les nymphes et autres ornements 
dont il les pare, sont habilement dessinés et bien trai- 
tés. Après avoir loué de Balliu sous ce rapport, Campo 
Weyerman le raille au sujet d'un Christ en croix^ avec 
accessoires, peint par lui (2). 

Notre artiste était réellement un homme de talent. 
C'est ce que prouvent, entre autres, deux tableaux de 
sa main, exécutés en camaïeu et peints sur les murs de 
deux niches pratiquées dans l'ancienne salle du petit 
collège, à l'hôtel de ville d'Anvers. L'une de ces com- 
positions fait face aux fenêtres et représente ViAréopage 
d'iAthènes, de la manière suivante. Dans la partie supé- 
rieure, la Justice assise tient une lance de la main 
droite et un livre ouvert, de la gauche. Plus bas, de ce 
côté, un personnage debout^ coiffé d'un casque orné 
d'étoiles, étend la main dans la direction de la Justice, 

(i) Li^geren cités, T. II, pp. 596 et 607. 

(2) Jacob Campo Weyerman. De levens-heschryvhigen der Neder- 
landsche konst-schiUers en konst-schilderesseii. T. III, p. 230. 



— 207 — 

et paraît prononcer un discours. Ce serait, d'après le 
manuscrit cité de Jacques van der Sandcn, S' Denis 
l'Aréopagite. Près de lui est figuré, également debout, 
un jurisconsulte portant un livre à la main. A droite, 
huit hommes sont en train d'écrire et d'étudier, dans 
des postures différentes. 

Ce tableau, qui se distingue par de sérieuses qualités 
de dessin, est peint avec vigueur. L'influence de l'école 
italienne s'y fait sentir. 

Le deuxième placé en face de la cheminée, a pour 
sujet la Justice. La partie supérieure de la composition 
est occupée par trois figures de femmes assises. L'une, 
qui représente le Droit romain, tient la main droite sur 
un faisceau de verges que couronne l'emblème de la li- 
berté. Une lumière céleste illumine de ses rayons le 
front de la seconde, qui occupe le centre et personnifie 
le Droit canon. La troisième, ou le Droit coutumier, 
tient un livre de la main gauche et regarde le ciel. Le 
sceptre et la couronne, la mitre et la balance de la jus- 
tice sont peints en divers endroits de la composition. 
Plus bas, est debout un personnage armé du glaive et 
ponant un bâton de commandement qu'il étend sur le 
globe terrestre, surmonté de la croix. 

Près du globe, un scribe qui écrit une sentence, un 
homme qui suit des yeux le tracé des lettres, et, en 
face, une figure assise près de livres et qui paraît faire 
une démonstration. Ce camaïeu est plein d'effet et d'un 
beau dessin. 

Ces deux compositions ont été exécutées probable- 
ment en 1708. Il est certain, en tout cas, que l'or- 
donnance de paiement en fut donnée par le collège des 
bourgmestres et échevins, le 13 mai 1709. Elle montait 



I 



— 208 — 

à la somme de 229 florins courant, qui devait être prise 
de celle de 400 & de Flandre, mise annuellement à la 
disposition de nos magistrats (i). 

Ces tableaux furent très-appréciés des contemporains 
de l'artiste. Aussi une Description des œuvres d'art de la 
ville d'Anvers, éditée au siècle dernier, s'exprime-t-elle 
ainsi : Le petit collège est entouré de fort belles pein- 
tures en bas-relief (lisez : haut relief) par le fameux 
maître Balieu (2). » 

Parmi les peintres de fleurs dont Pierre-François de 
Balliu étoff'a les tableaux, nous pouvons citer Gaspard- 
Pierre Verbruggen, le jeune, et Jean-Baptiste Bosschaert, 
le second maître de ce nom inscrit dans le Liggere de la 
gilde de S* Luc. 

Notre artiste orna de grisailles représentant quelques- 
uns des mystères du Rosaire, une partie des quinze ta- 

(i) Voici la copie de cette pièce qui nous a été communiquée par 
M. Pierre Génard, archiviste de la ville d'Anvers : « Geordonneert 
wî de & 400 vlems ter dispositie van myne heeren jarelyckx staende 
te betalen aen M. Balliu de somme van 229 guldens courant gelt 
eens, voor soo veel dat beloopt syne rekening over het schilderen in 
het cleyn collegie op den Raedthuyse deser stadt, luyt de selve. Ac- 
tum in collegio, den 13 May 1709. » 

Ce que nous traduisons ainsi : Ordonné de payer à maître Balliu, 
des 400 Jb de Flandre se trouvant annuellement à la disposition de 
Messieurs (du collège^, la somme de 229 florins argent courant, 
montant de son compte des peintures du petit collège, à l'hôtel de 
ville, d'après ledit compte, Ainsi fait en collège, le 13 mai 1709. 

(2) Description des principaux ouvrages de peinture et sculpture ; ac- 
tuellement existans dans les églises, couvens et lieux publics de la ville 
d'Anvers, dominée ati jour pour l'utilité des voyageurs. Troisième édition. 
lAnvers, Gérard Serbie, 1757, p. 76. — Le privilège d'imprimer est 
daté du II juin 1755. 

J.-B. Descamps, dont le Voyage pittoresque de la Flandre et du Bra- 
bant ne parut qu'en 1769, a connu cet opuscule et en a profité. 






— 209 — 

bleaux de fleurs dont Jean-Baptiste Bosschaert, le 
jeune, avait rehaussé cette partie de l'histoire sacrée, 
Les autres grisailles furent exécutées par Jacques van 
Hal. 

Van dcr Sanden, qui nous rapporte ces particularités, 
nous apprend que ces œuvres d'art étaient exposées 
annuellement dans l'église de S' Paul ou des Domini- 
cains, pendant l'octave de Notre-Dame du Saint Rosaire. 
Actuellement elles ont disparu, du moins en majeure 
partie. C'est grand dommage, si elles valaient deux 
tableaux de petites dimensions, des mêmes artistes, que 
possède encore ce temple magnifique. Ils ont pour sujet 
l'un la Purification de la Sainte Vierge, l'autre, V Agonie de 
Jésus au jardin des Olives, traitées en camaïeu, par Pierre- 
François de Balliu, et posées au milieu de fleurs bril- 
lamment peintes par son collaborateur. Ces productions 
de l'artiste peuvent compter parmi ses meilleurs 
ouvrages. 

Il est possible que ces tableaux soient un reste de la 
suite signalée par van der Sanden, car cet auteur nous 
apprend que celle-ci se composait en partie de grandes 
et en partie de petites peintures. L'une des grandes était 
signée : /. Bosschaert, F. 17 19. 

Celles que nous venons d'indiquer sont exposées dans 
le passage qui conduit au chœur, près de la chambre des 
marguilliers. 

L'auteur de cette biographie possède un beau tableau 
de fleurs de Gaspard-Pierre Verbruggen le jeune. Il est 
orné d'un superbe vase, peint par Pierre-François de 
Balliu, et sur lequel sont artistement représentés en bas- 
relief des enfants jouant avec une chèvre. 

Nous sommes également propriétaire d'un tableau de 

14 



— 210 — • 

fleurs de Jean-Baptiste Bosschacrt II. Elles ornent un 
beau vase peint en camaïeu par Pierre-François de Balliu 
et qui repose sur un satyre et deux autres figures. La 
partie centrale représente des enfants qui jouent avec un 
lion. Cette œuvre d'art mesure en hauteur 58 centimètres 
sur 44 de largeur. Elle porte la seule signature de Bos- 
schacrt. Le pendant exécuté par les mêmes maîtres, 
appartient à notre beau-frère, M. Florent Moons. (i) 

Pierre-François de Balliu a peint en grisaille un gra- 
cieux buste de jeune fille, que Jean-Baptiste Bosschaert II 
a couronné et entouré de fleurs. La partie inférieure de 
la guirlande descend sur un bas-relief représentant un 
génie ailé et couronné de lauriers, au milieu de trophées 
d'armes. Cette peinture, qui nous appartient, est haute 
de 30 centimètres et large de 26, à peu près. 

Balliu mourut dans l'intervalle qui s'écoula entre le 
18 septembre 1726 et le 18 du même mois 1727. C'est 
à cette époque que les comptes de la gilde de S' Luc 
renseignent le paiement de sa dette mortuaire (2). Le 
maître était âgé de 82 à 83 ans. Il décéda céli- 
bataire (3). 

Sources : Registres des paroisses d'Anvers. — Archives de la ville 
d'Anvers. — Archives de la gilde de Saint Luc. — Ph. Rombouts 
et Th. Van Lerius. Les Liggeren, etc. 

(i) M. Florent-Marie- Ambroise Moons, chevalier du St Sépulcre, 
docteur en droit, conseiller de fabrique de l'église de S* Jacques, à 
Anvers, ancien président du Bureau de bienfaisance et secrétaire de 
la Société Royale des Beaux-Arts, était fils de feu M. Pierre-Théo- 
dore Moons et de Dame Catherine-Joséphine van der Straelen. Il 
mourut à Florence, le 23 Mars 1879, ^ ^'^o^ ^^ 4^ ^"^' 7 ^"°'^ ^^ 9 
jours. Ses restes mortels furent inhumés à Calmpthout, village de 
la province d'Anvers. 

(2) Liggeren cités, T. II, p. 749. 

(3) Cette notice est datée du 2 décembre 187s. 




Les peintres de HEEM. 

hrctien Kramm est, à notre connaissance, l'au- 
teur qui s'est le plus occupé jusqu'ici des 
'^;^fe%i différents artistes de la famille de Heem. Mal- 
heureusement, n'ayant à sa disposition qu'un petit nom- 
bre de documents authentiques, parmi lesquels les actes 
de baptême et de mariage faisaient complètement 
défaut, le biographe néerlandais s'est engagé dans un 
labyrinthe où le fil conducteur lui manquait. C'est à 
cette cause qu'il faut attribuer le peu de clarté de cette 
partie de son travail. 

Nous avions trouvé, il y a plusieurs années, dans 
les registres de nos anciennes paroisses, conservés à 
l'hôtel de ville d'Anvers, des actes en nombre assez 
considérable relatifs aux de Heem : ils commencent en 
1638 et finissent en 1794. Nous avions déjà fait con- 
naissance, à cette époque, des annotations qui les con- 
cernent dans les Liggeren de la gilde de S* Luc. Enfin, 
des découvertes importantes que nous fîmes aux archi- 
ves de notre ville nous mirent sur la voie de ce qu'il 
y avait à réclamer ailleurs. Nous allons, à cette heure, 
exposer le résultat de nos recherches personnelles et de 
celles qui ont eu lieu, à notre demande, en Hollande. 
Mais nous avons auparavant à nous acquitter d'un 
devoir de reconnaissance. Les renseignements impor- 
tants qui nous sont parvenus de la Néerlande nous ont 



— 212 — 

été transmis, en 1869, par l'intermédiaire de M. Joseph- 
Corneille van Put, bourgmestre d'Anvers, (i) qui avait eu 
la bonté de les demander pour nous. MM. J. de Craen, 
secrétaire communal, et Constantin Simillion, dont le 
nom n'est pas inconnu dans la littérature flamande, ont 
bien voulu s'employer aussi à nous les procurer. Qu'ils 
reçoivent ici l'expression de notre gratitude. Celle-ci 
est bien due aussi à MM. les officiers de l'état-civil des 
villes d'Utrecht, de Leyden et de la Haye, qui ont mis 
le plus louable empressement à seconder nos investiga- 
tions. 

Entrons en matière, et occupons-nous d'abord de David 
de Heem, le vieux. 

(i) M. Joseph-Corneille van Put, ancien Bourgmestre de la ville 
d'Anvers, commandeur de l'ordre de S^ Grégoire-le-Grand, mourut 
à Anvers, le 2 Juillet 1877, à l'âge de 66 ans et 17 jours, étant veuf 
de dame Marie-Henriette van Steven. Il était fils de feu Jacques 
van Put et de feue Anne-Catherine Pauwels. Ses restes mortels 
furent inhumés à Hoboken, 



*^^ «.^J «^^ %J^ •J^ %/fk» *^>» •/{^ vJf'^ *Jfi^ %y^ *J^ %^^ %f^ a^^ %J^ OÂ^ %,^^ 



David de HEEM, le vieux. 
(1570 ?- 1632 ?) 




^ 'après Kramm, David de Hecm né à Utrecht, 
'en 1570, était un excellent peintre de fleurs, de 
fruits, de vases d'or, d'argent, de cristal et 
d'autres objets inanimés. Nous devons fiiire remarquer 
que la date signalée ne repose pas, que nous sachions, 
sur aucun document authentique. Aussi lorsque nous 
avons désiré nous enquérir, en 1869, sur quel fonde- 
ment elle s'appuyait, l'honorable M. Boer, officier de 
l'état-civil à Utrecht, a-t-il mandé à M. le bourgmestre 
d'Anvers que les registres de baptêmes de l'ancienne 
ville épiscopale ne commençaient qu'en 1626. A moins 
donc qu'il soit prouvé, ce qui n'est pas même allégué, 
que le millésime de 1570 résulte des lettres scabinales, 
d'un acte notarié, etc., nous pouvons en admettre la 
plausibilité, mais non la certitude. 

David de Heem, le vieux, eut deux fils peintres, 
David, le second, et Jean. Ils eurent soin, l'un et l'autre, 
de faire conster de leur descendance, l'un, lorsqu'il se 
fit inscrire dans la gilde de S' Luc, à Utrecht, en 1668, 
et l'autre, en signant ses tableaux J. D. de Heem, ou du 
monogramme J. D. d. H., indications qui signifient 
Johan Davids^oon de Heem (Jean, fils de David de Heem). 



— 214 — 

Le premier fit suivre son prénom des mots T)avids^o(m ^ 
(fils de David), lors de l'admission signalée (i). 

Nous ignorons si la Grietje ou Marguerite de Heem, 
mentionnée dans un acte du mois d'août 1670, comme 
habitant Utrecht, était sœur de David, le jeune, et de 
Jean. Cet acte a été publié par Kramm (2). Il est certain 
en tout cas, que nous ne rencontrons aucune fille de ce 
nom dans les généalogies de Jean et de Corneille de 
Heem. ^^ 

Comment se nommait la mère de David, le jeune, et 
de Jean? Nous nous trouvons dans l'impossibilité de 
résoudre cette question. Nous nous contenterons par 
conséquent de faire connaître, qu'en 1869, les registres 
de mariages d'Utrecht ont été consultés du 8 mars 1590, 
date de leur commencement, jusqu'au 31 décembre 1608, 
sans qu'on y ait découvert celui de David de Heem, le 
vieux. Cet artiste a donc pris femme ailleurs. 

Kramm rapporte que notre maître est décédé en 1632, 
mais nous devons faire observer que cette date n'est pas 
plus prouvée que celle de sa naissance. L'auteur ajoute 
que les marchands de tableaux et les possesseurs de ses 
oeuvres font passer facilement ses productions comme 
exécutées par son fils Jean. Ceci exige l'addition d'un 
y à la signature, lorsque les peintures sont marquées. Au 
reste, il y a au nombre des négociants que nous venons 
de nommer, des gens peu scrupuleux, qui ne reculent 
devant aucune indignité, lorsqu'ils trouvent le moyen 
de tromper à leur profit des amateurs peu instruits. 

(i) Christ. Kramm. 'De îevens en werken der Holhndsche en 
Vlaamschekiinstschilders, ieeldhouwers, çraveurs enloiiivmeesters.T. U\, J 

pp. 652 et 654. 

(2) Ibid., T. III, p. 654. 



■>, 



— 215 — 

L'auteur cité se trompe, en avançant que le musée 
de Bruxelles possède un tableau de notre maître : Jean et 
Corneille de Heem y sont seuls représentés. Par contre, 
nous rencontrons une peinture de David de Heem, sous 
le nom de son fils Jean, dans le catalogue du musée 
ducal de Brunswick, public en allemand, en 1849, par 
M. L. Pape. Cette peinture est décrite de la façon sui- 
vante : sur une table est posé un vase de porcelaine 
chargé de raisins, de figues, de pêches et d'un citron 
coupé. On y voit de plus un verre à vin, une boîte, 
une assiette remplie d'huîtres, du pain, des cerises, des 
abricots et une grenade. Le tableau est signé D. DHeem 
(le dernier D et l'H réunis). Puisque M. Pape, malgré 
cette signature, l'a mentionné comme une œuvre de 
Jean de Heem, nous pouvons supposer que c'est une 
production de son père David (i). Mais ne perdons pas 
de vue, que, comme nous le verrons, la famille de 
Heem compta trois peintres du nom de David. 

La seizième édition du catalogue fort mal rédigé de 
la galerie impériale et royale de Florence signale trois 
œuvres de David de Heem : 1° un tableau de plusieurs 
fruits posés sur une table ; 2° un petit tableau, avec une 
caverne; 3° une masse de fleurs de différentes espèces 
réunies ensemble. (2). A quel David appartiennent ces 
productions, dont la deuxième est étrangère au genre 
cultivé par la famille ? C'est ce qu'il nous est impossible 
de dire. 

Kramm cite, d'après les catalogues publiés par Pierre 

(i) Ver:^eichni5'^der Gemàîde-Sammlmig des Her:^og}ichen Muséums :(ii 
BraunscJnueig. Dritte vermehrte Auflage. BraunscJnueig, 1849, p. 167, 
no 461. 

(2) Op. cil., Florence 1844, pp. 200 et 202. 



— 2l6 — 

Terwesten, trois tableaux qu'il attribue à David de 
Heem, le vieux. Nous avons vérifié son assertion et 
nous avons trouvé dans l'ouvrage en question, quatre 
peintures d'un David de Heem, sans autre indication. 
Les deux premières parurent, en 1763, à la vente Guil- 
laume Lormier, qui eut lieu à la Haye. Elles portaient 
les n°' 136' et 137 et représentaient des tulipes et 
d'autres fleurs. 

Ces deux productions furent adjugées ensemble à 5 
florins 10 sous. On pourrait supposer, eu égard à la 
somme minime qu'elles atteignirent dans cette mortuaire, 
où les œuvres d'art rapportèrent généralement des prix 
élevés, qu'il s'agit ici de deux peintures de David de 
Heem, le troisième, qui paraît avoir eu moins de talent 
que ses prédécesseurs. Un troisième tableau d'un David 
de Heem représentant des fleurs valut 71 florins, à la 
Haye, en septembre 1765, à la mortuaire du président 
bourgmestre Gérard vanOostrum, à Heusden. 

Enfin une quatrième peinture d'un David de Heem, 
ayant pour sujet des fruits, rapporta 54 florins à la mor- 
tuaire de M. D. van Eversdyck, baron d'Albrantswaart, 
à la Haye en mai 1768 (i). 

Nous ferons observer qu'il est impossible d'assigner 
les tableaux que nous venons de passer en revue à un 
David de Heem déterminé. Nous ajouterons finalement 
que nous avons exposé ci-dessus tout ce que nous avons 
pu apprendre relativement à David, le vieux (2). 

(i) PiETER Terwesten. Catalogusof naamîijst van schilderyen, enz., 
's Gravenhage, 1770, p. 322, nos 136 et 137, p. 488, n" 4, p. 530, 
no 34. 

(2) Cette notice est datée du 7 octobre 1874. 



î 



David DE HEEM II 
(i . . . ?-i. . .?) 




e peintre, comme nous l'avons vu dans la bio- 
graphie de son père, David de Heem, le vieux, 
a eu lui-même soin de nous apprendre le nom 
de l'auteur de ses jours. Il fut peintre de fleurs et de 
fruits, comme tous les artistes de sa famille. Nous igno- 
rons, du reste, en quel lieu et en quelle année il est 
né. S'il a vu le jour à Utrecht, il sera impossible d'y 
découvrir son acte de baptême, puisque les registres, 
comme nous l'avons dit, n'y commencent qu'en 1626. 

David de Heem, le deuxième, eut probablement son 
père pour maître. S'il est né à Utrecht, il doit avoir été 
longtemps absent de cette ville, puisqu'il ne fut inscrit, 
d'après Kramm, qu'en 1668, dans la gilde de S' Luc. 

On ne sait si notre artiste a été marié, s'il a eu des 
enfants et à quelle époque il est décédé. 

Le musée d'Amsterdam possède un tableau de ce 
maître. Il est décrit dans le catalogue de 1870, de la 
manière suivante : « Sur une plinthe de pierre couverte 
en partie d'une draperie de velours violet, est posé un 
plat de porcelaine bleue, contenant des grappes de 
raisins blancs, des pêches, des abricots, des bigarreaux, 
des mûres sauvages et des noisettes; on remarque, non 
^oin de là, un citron à moitié pelé. Une écrevisse cuite 



— 2l8 — 

et une branche chargée de prunes bleues reposent 
sur une caissette. Une grappe de raisins rouges, des 
nèfles, des épis et des sarments de vigne sont attachés 
à un ruban de soie bleue. Derrière l'écrevisse une coupe 
remplie de vin. Au-dessous du plat, un petit pain. Des 
papillons et d'autres insectes animent la composition : à 
droite, un nid entier de petites chenilles rouges se laisse 
descendre d'une feuille. Une fenêtre est figurée à l'ar- 
rière-plan. » 

Ce tableau, haut de 70 centimètres et large de 58, fut 
acheté le 6 juin 1808, à la vente G. van der Pot, à 
Rotterdam^ au prix de 385 florins, soit 814 francs 82 
centimes. M. P.-L. Duburcq, auteur du catalogue du 
musée d'Amsterdam, fait observer que la peinture décrite 
ci-dessus a toujours été considérée comme une œuvre 
de David de Heem, fils de David. Il ajoute que le style 
exclut toute idée d'exécution de la part de David, le 
vieux (i). C'est la seule production de David de Heem, 
le jeune, qui soit connue avec une quasi-certitude. Quant 
à la vie du maître, on voit qu'elle est à-peu-près entière- 
ment à rechercher (2). 

(1) Beschrijving der schilderîjen op 'sRijks Muséum, le Amsterdam. — 
Amsterdam, 1870, bl. 159, nf 18. 

(2) Cette notice est datée du 9 octobre 1874. 



?^fî^rY^r^f$w?^i4^??^?7^fî^f?S 




Jean DE HEEM 
(i6oo?-i683-i684). 

ean de Heem, cet excellent peintre de fleurs et 
de fruits, était comme il a eu soin de nous l'ap- 
I prendre lui-même, fils de David de Heem I. Son 
acte d'admission dans la bourgeoisie d'Anvers énonce po- 
sivement qu'il est né à Utrecht; on dit qu'il vit le jour en 
1600. Cette date n'a rien d'invraisemblable, mais elle ne 
saurait être prouvée par les actes de baptême de l'ancienne 
ville épiscopale, puisque, comme nous l'avons fait con- 
naître dans la biographie de David de Heem, le vieux, 
ces documents ne remontent pas au-delà de 1626. Jean 
de Heem eut très-probablement son père pour maître. 

Nous allons, à cette heure, grâce aux documents que 
nous avons découverts à Anvers et à ceux qui ont 
été ensuite recherchés en Hollande, entrer dans le do- 
maine des faits positifs. Mais nous devons faire observer, 
avant tout, que nous nous contenterons d'exposer ceux- 
ci, sans nous arrêter à réfuter les erreurs répandues par 
des biographes mal informés. 

Nos documents authentiques commencent en 1626. Ils 
nous apprennent que le 12 novembre de cette année-là, 
Jean de Heem, fils de David, jeune homme (jong gesef), 
d'Utrecht, fut inscrit dans le registre des mariages de 
ladite ville, comme fiancé à'Aeltgen, fille de Corneille 
van Weede, jeune fille (Jongc docker), d'Utrecht. L'acte 



— 220 — ■ 

énonce ensuite que les futurs époux habitaient Leyden, 
et qu'ordre fut donné d'y publier leurs bans. On expédia 
le 24 novembre 1626 vers ladite ville une attestation qui 
leur permettait de s'y marier. 

Avant de poursuivre notre récit, nous ferons observer 
que le prénom diminutif néerlandais Aeltgen ou Aelîjen 
a diverses significations en français. Il répond, en effet, 
à Adélaïde, à Aldegonde et Alêne (i). Les documents 
anversois désignant la fille de Corneille van Weede tan- 
tôt sous le nom d'Aletta, tantôt sous celui d'Alette, nous 
lui conserverons ce dernier. 

Le 3 décembre 1626, Jean de Heem fut inscrit avec 
sa fiancée dans le registre des mariages de l'église de 
S' Pancrace, à Leyden. Ils y contractèrent le 22 du môme 
mois. L'acte nous apprend que l'artiste habitait à Ma- 
rendorp, et Alette van Weede, à Steenschuyr, dans la 
dite ville. 

Ils eurent au moins quatre enfants : 

1° David, né à Leyden et baptisé le 29 novembre 
1628, dans l'église de S' Pierre de ladite ville, en pré- 
sence de Just la Feber, d'Annette Pieters, d'Hildegonde 
Antonie et de Marie Martinus. Ce David décéda anté- 
rieurement au 29 mars 1643, puisqu'il n'est pas men- 
tionné parmi les enfants survivants de sa mère, dans 
l'état de la mortuaire d'Alette van Weede, dont nous 
parlerons plus loin. 

2° Corneille, né dans la même ville et y baptisé dans 
l'église dite Hooglandscbe Kerk, le 8 avril 163 r. Il avait 



(i) Nomiiia propria HoUandorum, accomodata Nominihus Sanctorum, 
qui in Ecchsia cekbrantur : adjunctis pkruinque eorum Festis. Apud 
J. F. WiLLEMS, Belgisch Muséum, 1S41, T. V, p. 394. 



— 221 — 

pour témoin Pierre Potter, dont le nom rappelle celui 
du peintre de mérite, qui fut père du célèbre Paul Pot- 
ter. Il serait toutefois téméraire d'affirmer qu'il s'agit ici 
du même personnage. 

Corneille de Heem fut un artiste de grand talent. Nous 
lui consacrons une notice spéciale. 

M. Boer, officier de l'état-civil d'Utrecht, en 1869, a 
fait observer que le premier des enfants de Jean de 
Heem reçut au baptême le prénom de son aïeul paternel, 
et le deuxième, celui de son grand-père maternel. 

3° Torentienne (Torentiana), nous ne connaissons pas 
le lieu de sa naissance, mais comme elle avait 8 ans 
en 1643, d'après un acte authentique que nous analy- 
sons plus loin, elle doit avoir vu le jour en 1635, ou 
vers cette époque. 

Son père Jean de Heem était établi à Anvers entre 
le 18 septembre 1635 et le 18 septembre 1636, puisqu'il 
se fit recevoir, à cette époque, franc-maître de la gilde 
de S' Luc, de cette ville (i). Joachim de Sandrart, son 
contemporain_, rapporte qu'il se fixa parmi nous, parce 
qu'il pouvait y trouver plus facilement certains fruits 
rares dans une plus grande perfection et maturité. 
L'auteur allemand cite en exemple diverses espèces de 
grandes prunes et de pommes de Perse et d'Arménie, 
d'oranges, de citrons, de raisins, etc. (2). 



(i; Phil. Rombouts et Th. Van Lerius, avocat. Les Liggeren et 
autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc, Tome II, 
pp. 71, 74 et 77. Le nom du maître est écrit de Heym dans le compte 
de 1635-1636. 

(2) JoACHiMi DE Sandrart a Stockau, Serenissimi Trincipis, Co- 
mitis 'Palatini Neohirg. Consiliarii & Palmigeri Ordinis Socii, Acade- 
mia nûhilissima artis pictoricc, Noriberga cio IDC Ixxxiij, p. 307. 



— 222 — 

On sait que généralement les seuls artistes qui jouis- 
saient à Anvers du droit de bourgeoisie, pouvaient 
exercer leur profession dans cette ville. D'après une 
ordonnance du 22 juillet 1442, les étrangers qui y 
auraient été reçus dans la gilde de S' Luc étaient astreints 
à se faire admettre dans la bourgeoisie à la plus prochaine 
assemblée du tribunal dit Vierschare, qui suivrait leur 
entrée (r). Notre maître ne satisfit que plus tard à 
cette obligation, comme le prouve la mention suivante 
inscrite dans le registre de la bourgeoisie Poortersboek^ à 
la date du vendredi 28 août 1637, et que nous tradui- 
sons du flamand : « Jean de Heim, natif d'Utrecht, 
peintre. « 

4° Le dernier enfant issu de son mariage avec Alette 
van Weede naquit à Anvers et y fut tenu sur les fonts 
de l'église de S' Georges, le 11 avril 1638. Il fut nommé 
Thomas-Marie par ses répondants Thomas-Willebrord 
Bosschart, de Bergen-op-Zoom (2), excellent peintre, 
et Marie de Lannoy, dont l'appellation patronymique 
n'est pas inconnue dans les registres d'inscriptions de la 
gilde de S* Luc. 

Nous verrons plus loin que Jean de Heem comptait 
parmi ses amis plusieurs de nos maîtres les plus célè- 
bres. Outre Bosschart, il était lié avec le fameux Adrien 
Brauwer, qui se trouva être son débiteur, lors de son 

(i) J.-B. VAN DER Straelen. Joerboek der vermaerde en hmstryh 
gilde van Sint Lucas, hinnen de stad tAntwerpen. — Antwerpen, 1853, 
bl. 6, 7. 

Les maîtres distingués, et Jean de Heem était certainement de 
ce nombre, avaient le droit de travailler pendant six semaines à 
Anvers, sans se faire recevoir dans la gilde. — Art. XIII de l'ordon- 
nance citée. Id., ibidem, p. 9. 

(2) Il fut admis dans la bourgeoisie anversoise le 7 août 1637. 



— 223 



décès, arrivé vers le mois de février 1638 (i). C'est ce 
qui résulte d'une annotation du registre de la VierscharCy 
qui nous apprend que notre artiste fit pratiquer le 
26 mars 1638, une saisie ou opposition à charge des 
biens délaissés par Brauwer. 

Cette annotation ne nous dit pas, du reste, si ce der- 
nier devait de l'argent à de Heem, ou bien s'il avait en 
sa possession quelque ustensile de peinture ou autre 
meuble appartenant à celui-ci. 

Nous avons trouvé quatre créanciers qui suivirent 
l'exemple que leur avait donné, le 19 février 1638, Jean 
Dandoy, en recourant aux voies de droit pour se faire 
délivrer ce qui leur revenait dans la succession d'Adrien 
Brauwer (2). Ceux qui détenaient, à un titre quelconque, 
les biens de cet artiste ne pouvaient s'en dessaisir sans 
risque, à moins de l'intervention de la justice, puisque 
le maître était décédé célibataire et certainement sans 
héritiers connus et résidant à Anvers. 

Le compte de la gilde de S' Luc du 18 septembre 
1642 au 18 du même mois 1643, mentionne une recette 
de 3 florins 4 sous, produit de la dette mortuaire de la 



(i) Liggercn cités, T. II, p. 22. 

(2) Ce Jean Dandoy est probablement celui qui figure en 1622 et 
en 1625, surlaliste des membres du vieux serment de l'arc conservée 
à l'hôtel de ville parmi les archives de la garde bourgeoise. Brauwer 
reçut, il est vrai, en 1631-1632, un apprenti du nom de Jean-Bap- 
tiste Dandoy, qui fut admis franc-maître en 1637-1638. Mais il n'est 
guère à supposer qu'il s'agit ici de celui-ci, qui pourrait être le fils 
du premier, puisque les jeunes maîtres nouvellement entrés dans la 
gilde n'étaient pas généralement en état de faire des prêts ou avances 
quelconques. Nous soupçonnons que le Jean Dandoy, créancier de 
Brauwer, est le courtier-juré mentionné dans un acte reçu en 1657, 
par le notaire Antoine de Costere, à Anvers. 



— 224 — 

femme de maître de Heem (i). Alette van Weede était 
dccédéc, en effet, le 29 mars 1643, dans sa maison 
située dans la Tcipmstrate, près de l'église de Notre- 
Dame. C'est ce qui résulte de l'état de sa mortuaire qui 
fut passé et approuvé à la chambre des pupilles (JVees- 
meesterskamcr), de la ville d'Anvers, le 19 novembre de 
la dite année. Cet état fut présenté par le Signor Jean 
de Heem, artiste-peintre (Signor Joannes de Heem, const- 
schilder,') aux tuteurs légaux des trois enfants de la dé- 
funte, Jean Casspeel, marchand d'objets d'art, avec qui 
nous ferons plus ample connaissance, et Adam van 
Lamoen, fripier-crieur pubHc (2). Les enfants désignés 
dans l'acte sont Corneille, Torrentienne et Thomas- 
Marie de Heem. On y donne 13 ans au premier, tandis 
qu'il ne venait d'accomplir la 12, que depuis le mois 
d'avril. Le document nous apprend ensuite que Jean de 
Heem est resté en communauté avec ses mineurs jusqu'au 
18 novembre 1643. Ce jour-là, il fit estimer par Pierre 
Cornelissen et Guillaume van Lamoen, priseurs jurés 
du métier des fripiers, et en présence des tuteurs, tous 
les biens meubles, tableaux, etc., délaissés par Alette 
van Weede. Les deux experts avaient fixé auparavant 
la valeur de ce qui pourrait être prélevé par de Heem, 
dans l'actif de la communauté, d'après la coutume 
d'Anvers. Elle avait été évaluée à 335 florins 4 sous. 

(i) Liggeren cités, Tome II, p. 142. 

(2) II est probable que le greffier de la chambre des pupilles a 
commis une erreur de prénom en cet endroit et qu'il s'agit ici d'A- 
braham van Lamoen, qui fut reçu franc-maître de S^ Luc, en 1630- 
163 1, en quahté de marchand d'objets d'art, commerce que prati- 
quaient souvent les fripiers. Cet Abraham eut un fils également 
nommé Abraham ; celui-ci fut inscrit comme peintre et fils de maître, 
en 1647-1648. Liggeren cités, Tome II, pp. 14, 18, 186 et 193. 



— 225 — 

Cette déduction faite, les priseurs estimèrent à 2889 
florins 16 sous la part de la communauté dans les 
objets en question. L'artiste déclara avoir devers lui en 
outre, en or et en argent, la somme de 1200 florins, 
appartenant à la mortuaire. 

L'actif net s'éleva à 4089 florins 16 sous. Il n'y eut 
à défalquer de ce boni que la somme de 54 florins 14 
sous, montant des salaires des priseurs, des honoraires 
des maîtres de pupilles et de leur greffier, de la garde 
et copie de l'état, des devoirs du notaire Henri Fighé, 
qui avait rédigé la minute de l'acte, etc. Il restait donc 
à partager 4035 florins 2 sous, dont la moitié, soit 2017 
florins 11 sous revenait à de Heem, et l'autre moitié à 
ses trois enfants. De façon que la part de chacun de 
ceux-ci était de 672 florins 10 1/3 de sous. 

Un poste inséré pour mémoire dans l'état concerne 
les droits de fabrique (kerckenrechteii) et les dépenses rela- 
tives à l'enterrement, etc. d'Alette van Weede. Comme 
ils avaient été payés pendant la communauté de la 
mortuaire, ils ne furent pas portés en compte. Nous 
croyons pouvoir conclure de cette mention que, si la 
femme de Heem était née protestante, ce qui ne nous 
est pas démontré, elle est morte catholique. 

Quant au culte professé par son mari, l'acte que nous 
allons anatyser nous apprendra suffisamment ce qu'il en 
faut croire. Disons d'abord que le maître ayant à soigner 
trois enfants en bas âge, pouvait difficilement rester 
veuf. Aussi avait-il jeté les yeux sur Anne Ruckers, fille 
d'André le vieux, habile facteur de clavecins, et de feu 
Catherine de Vriese, pour occuper la place devenue 
vacante à son foyer. Les parents de la future s'étaient 
mariés dans la cathédrale d'Anvers, le 25 janvier 1605. 

15 



— 226 — 

Elle avait été tenue sur les fonts de cette église, quartier 
sud, le 15 mars 161 5, par Guillaume Gompaerts, facteur 
de clavecins, franc-maître de notre gilde de S' Luc en 
1560-1561 (i), et par Jeanne Moons. Anne Ruckers 
allait atteindre par conséquent l'âge de 29 ans^ lorsque 
le notaire Barthélemi van den Berghe, le vieux, se pré- 
senta le 23 février 1644, dans la maison d'André Ruc- 
kers, rue des Tanneurs, pour y recevoir le contrat de 
mariage de sa fille. Cet acte énonce d'abord les noms 
des comparants, monsieur Jean de Heem (d'heer Johan 
de Heem), artiste-peintre (2), résidant en cette ville 
d'Anvers, veuf de feu mademoiselle Alette van Weede, 
futur époux, assisté du signor Jacques Jordaens, éga- 
lement artiste-peintre^ d'une part. Et de l'autre, made- 
moiselle Anne Ruckers, célibataire, fille légitime du 
signor André Ruckers, assistée de son dit père, future 
épouse. Ses autres assistants étaient son frère le signor 
André Ruckers, le jeune, célèbre facteur de clavecins, 
mademoiselle Marie de Vriese, veuve du signor Jean 
Beelaert (3), sa tante, et le signor Zacharie de Vriese, 
son oncle maternel (4). Les futurs époux déclarèrent 



(i) Liggeren cités, Tome I, pp. 218 et 341. 

(2) Le texte dit constryck schilder, littéralement : peintre riche en 
art. 

(3) Il s'agit ici de Jean Beelaert ou Bellerus, le jeune, libraire, 
admis en 1609-16 10, dans la gilde S^ Luc, en qualité de fils de maî- 
tre, et décédé en 1636. — Liggeren cités, Tome I, p. 455, ibid., 
note 2. — Il avait épousé Marie de Vriese dans la cathédrale, le 11 
août 1609, en présence de Gommaire van der Zulten, libraire, franc- 
maître de S' Luc en 1 596-1 597, et d'André Ruckers, le vieux. — 
Liggeren cités, Tome I, P- 385. 

(4) Il fut inscrit en 1604- 160 5 dans la gilde de S' Luc, comme 
apprenti brodeur chez Artus ou Arnould de Coûter. Ni les Liggeren 



— 227 — 

qu'ils avaient conçu le projet de conclure un mariage, 
à l'honneur de Dieu, si cela pouvait avait lieu du con- 
sentement de notre sainte mère la sainte église catho- 
lique. Ils en réglèrent ensuite les conditions de la 
manière suivante, Jean de Heem devait apporter dans 
la communauté les biens qui lui avaient été assignés pour 
sa moitié, dans l'acte analysé ci-dessus du 19 novembre 
1643, passé à la chambre des pupilles. 

Le contrat nous apprend que le maître avait été 
autorisé, à ladite date, à pourvoir à l'alimentation et à 
l'entretien de ses enfants du premier lit, au moyen des 
intérêts des sommes qui avaient été reconnues leur 
revenir dans la succession de leur mère. L'artiste devait 
verser, en outre, daiis la communauté les 335 florins 
4 sous, auxquels les priseurs avaient taxé l'avantage qui 
lui revenait, en qualité de survivant, aux termes de la 
coutume d'Anvers. De Heem déclara que les biens qui 
lui avaient été désignés dans l'état de la mortuaire 
d'Alette van Weede n'avaient pas diminué de valeur, 
depuis la réception de cet acte. 

Quant à Anne Ruckers, elle promettait l'apport de 
tous ses habillements, joyaux et bijoux, qui devaient 
être estimés, aussitôt que possible, et dont la valeur 
serait déterminée par le registre de prisée (schadthoeck) 
que le clerc-juré du métier des fripiers revêtirait de sa 

ni les comptes de la corporation ne signalent son admission à la 
maîtrise. — Liggcrcn cités, Tome I, p. 428. 

Zacharie de Vriese épousa dans la cathédrale, quartier sud, le 8 
avril 1625, Anne Jordaens, sœur du célèbre peintre Jacques Jordaens, 
qui fut, avec Jean Ruckers, le jeune, un des témoins du mariage. 

Faisons observer ici, en passant, que les dénominations de mon- 
sieur, de signor et de mademoiselle n'étaient pas prodiguées à 
l'époque dont nous parlons. 



228 



signature. André Ruckers, père de la future, s'engageait 
à payer, aussitôt après la consommation du mariage, 
la somme de 3000 florins, du chef des biens qui reve- 
naient à sa fille dans la succession de sa mère. Après 
avoir spécifié que cette partie de la dot devait être 
placée sans retard en biens patrimoniaux, en faveur de 
la future, l'acte ajoute que celle-ci fera, en outre, apport 
de ce qui lui revient dans la succession de sa sœur 
Marie Ruckers. 

Nous ferons observer ici, en passant, que cette part 
s'élevait au moins à 600 florins, dont le père avait 
l'usufruit. C'est ce qui résulte du testament d'Anne 
Ruckers, que nous analysons plus loin. De façon que la 
communauté n'avait que la nu-propriété de cette somme. 
Ajoutons qu'André Ruckers, le vieux, ne promit aucun 
appoint de ses biens propres. 

Après avoir ainsi réglé leurs apports, Jean de Heem 
et Anne Ruckers disposent que tous ces biens, ainsi que 
ceux qui parviendraient à chacun d'eux, par suite de 
successions, de legs ou de donations, retourneront, lors 
de la dissolution de leur mariage, en nature, sinon en 
juste valeur, en cas de changement ou d'aliénation, 
à la famille de laquelle ils sont provenus. En cas de 
survivance de la future, elle aurait droit, en guise de 
douaire, à une part d'enfant telle que de Heem pouvait 
la lui léguer, d'après la coutume d'Anvers. Si Anne 
Ruckers était la prémourante, son mari aurait droit à la 
somme de 600 florins, à percevoir des biens les plus 
liquides de la succession de sa future. Les conquêtes 
qu'ils parviendraient à réaliser par la grâce de Dieu, 
devaient, à la dissolution du mariage, être divisés en 
deux moitiés. L'une d'entre elles reviendrait au sur- 



— 229 — 

vivant des époux, et l'autre, aux enfants ou héritiers du 
décédé. Ces stipulations devaient recevoir leur exécution, 
qu'il y eût, ou non, des enfants survivants des futurs 
conjoints. Telles furent les clauses de ce contrat, qui se 
termine par les promesses et renonciations d'usage. 

L'acte fut signé de la manière suivante par les parties, 
leurs assistants, tenant lieu de témoins, et le notaire : 
« J. de Heem. — Anna Ruckers. — Andries Ruckers. — 
Andries Ruckers, den jongere (i). — Sacharias de 
Vrise. — Marie de Vries. — Jacques Jordaens. — 
B, van den Berghe, nots (2). » 

Le mariage de jeaa de Heem et d'Anne-Catherine 
Ruckers, qui avait reçu ce deuxième prénom lors de sa 
confirmation, fut célébré dans la cathédrale d'Anvers, 
quartier sud, le 6 mars 1644. 

Il eut pour témoins André Ruckers, père de l'épousée, 
et Charles de Lono;in. 

La grossesse d'Anne Ruckers ne se fit pas attendre 
longtemps. Appréhendant sans doute les accidents fâcheux 
qui accompagnent ou suivent parfois les accouchements, 
elle manda le notaire Barthélemi van den Berghe, le 
vieux, dans la maison qu'elle occupait aux Gasthuisbeemden 
et lui fit recevoir son testament le 7 mars 1645. Après 
les recommandations ordinaires de son âme à Dieu_, aux 
prières de la S'^ Vierge et de tous les Saints, la femme 
de Jean de Heem fait élection de sépulture dans la 
cathédrale, où, dit-elle, sa mère avait été enterrée. Elle 



(i) André Ruckers, le jeune. 

(2) Minutes du notaire Barthélemi van den Berghe, le vieux, 
conservées aux archives de la ville d'Anvers, volume de 1644, page 
xlvj. 



— 230 — 

lègue I florin à la fobrique de cette église, et 12 florins 
aux aumôniers delà ville, en faveur des pauvres honteux. 
Elle dispose ensuite de tous ses biens en faveur de son 
mari Jean de Heem, et ce aux charges ordinaires d'ali- 
mentation, d'entretien et d'éducation des enfants survi- 
vants qui naîtraient de leur mariage. Chacun de ces 
enfants embrassant quelque état approuvé, ecclésiastique 
ou laïque, ou parvenant à l'câge de 25 ans, aurait droit 
à sa. part d'une somme de 1800 florins, et cela du chef 
des biens maternels. De Heem était tenu de faire emploi 
de 1200 florins sur les 1800. Les 600 restants étaient la 
valeur d'un legs qui avait été fait à la testatrice par sa 
sœur Marie Ruckers. André Ruckers, leur père, les 
gardait par divers lai, et en avait l'usufruit. Jean de 
Heem devait jouir de l'nitérct des 1200 florins, jusqu'au 
moment fixé pour la remise aux enfants survivants. En 
cas de décès de son beau-père, il était tenu également 
de bien placer les 600 florins, dont l'intérêt lui revien- 
drait ensuite sur le pied fixé pour les 1200. En cas de 
décès d'un ou de plusieurs enfants, le droit d'accroisse- 
ment était stipulé en faveur des survivants. Il l'était 
également pour Jean de Heem, s'il leur survivait à eux 
tous. Mais dans ce cas, les 600 florins légués à la 
testatrice par Marie Ruckers devaient être hérités par les 
enfants de son frère André Ruckers, et Jean de Heem 
était tenu de payer à ce dernier la somme de 50 florins. 
Moyennant ces legs, André Ruckers et ses enfants 
devaient rester exclus de la succession de la testatrice, 
si celle-ci venait à décéder sans héritiers. 

Le maître fut institué exécuteur du testament de sa 
femme et tuteur de leurs enfants, avec pouvoir d'en 
assumer d'autres. Il fut dispensé de l'obligation de faire 



— 231 — 

dresser un état et inventaire de la succession d'Anne 
Ruckers (i). 

Peu de temps après la réception de cet acte, Anne 
Ruckers mit au monde son premier enfant. Il fut nommé 
Marie-Anne et tenu sur les fonts de l'église S' Georges, 
le i6 mars 1645, par son aïeul André Ruckers, le vieux, 
et Marie de Vriese. veuve de Jean Beelaert, sa grand'tante 
maternelle. 

Les quatre enfants suivants furent tous baptisés dans 
la même égli§e; 2° Isabelle-Catherine, le 17 avril 1647; 
parrain, Zacharie de Vriese, oncle maternel d'Anne 
Ruckers ; marraine, Catherine van Woeasel, dont la 
famille n'est pas inconnue aux registres de la gilde de 
S' Luc. 

Isabelle-Catherine de Heem se maria, mais fort tard. 
Elle épousa, en effet, dans la cathédrale, quartier sud, 
le 12 décembre 1697, Alexandre Felbier, en présence 
de Michel Bels et de Pierre Dominet. Les futurs avaient 
obtenu la dispense des trois bans et du temps clos de 
l'avent. 

3° Hildegonde, tenue sur les fonts le 17 mai 1648, 
par le célèbre peintre Gérard Zegers et Anne Jordaens, 
sœur du fameux Jacques et femme de Zacharie de Vriese. 
Elle vivait encore en 17 13, comme nous le verrons dans 
la biographie de David de Heem, le troisième. 

4° Jean, le 2 juillet 1650; parrain, André Ruckers, 
probablement le jeune, marraine, Marie de Vriese, 
veuve de Jean Beelaert. Nous n'avons pas pu découvrir si 
ce Jean de Heem, qui est inconnu aux Liggeren et aux 

(i) Minutes du notaire Barthélemi van dcn Berghe, le vieux, con- 
servées aux archives de la ville d'Anvers, volume de 1645, P^ge 
xcvj . 



— 232 — 

comptes de la gilde de S* Luc, est décédé, ou non, dans 
sa jeunesse. Nous croyons, du reste, qu'il ne pourra 
guère servir les auteurs qui croient à l'existence de deux 
peintres du nom de Jean de Heem, eu égard aux dates 
qu'ils ont avancées. 

5° Anne-Marie, le 3 novembre 165 1; parrain, André 
Ruckers, (le vieux, le jeune ?), marraine, Anne Jordaens. 

6° Jacques, le 25 octobre 1654; parrain, Jacques 
Kemp ; marraine, Anne Jordaens, femme de Zacharie de 
Vriese. C'est la troisième fois qu'elle rendit ce service 
aux parents de Jacques de Heem. Disons ici, en passant, 
que le nom de Kemp est connu dans les archives de 
S' Luc (i); nous n'y avons toutefois pas rencontré le 
Jacques en question. 

Nous connaissons à cette heure la famille de Jean de 
Heem et savons déjà quelques particularités importantes 
de sa vie d'artiste. C'est le récit de cette partie de son 
existence dont nous allons poursuivre la narration. 

Arnould Houbraken rapporte que notre maître eut 
pour élèves le célèbre Abraham Mignon et l'Utrechtois 
Henri Schook. Celui-ci avait pratiqué d'abord l'histoire, 
qui lui avait été enseignée par Abraham Blommaert et 
Jean Lievens. L'envie lui ayant pris, un jour, d'exécuter 
un tableau de fleurs, il le montra à de Heem. Cet 
artiste lui en témoigna sa satisfaction et lui conseilla 
de se tenir à cette partie de la peinture. Schook se 
rangea à son avis et se fit recevoir ensuite dans son 
atcHer (2). 

(i) Liggeren cités, T. II, pp. 272, 383, 398 et 440. 

(2) De groote Schoiihiirgh der Nederlandsche konstschilders en schilde- 
ressen. Amsterdam, 1718, Tome I, pp. 212 et 213. 's Gravcnhage, 
17 S 3, Tome III, pp. 82 et 83. 



— 233 - 

Houbraken n'a pas connu les apprentis que de Heem 
eut à Anvers. Les Liggeren en désignent trois, qu'il admit 
en 1641-1642, Alexandre Coosmans, Thomas de Clerck 
et Léonard Rougghe. Le premier, qui devint un peintre 
de talent, fut reçu franc-maître en 1645-1646. Certains 
auteurs ont cru bon de lui donner les prénoms d'Alard 
et d'Alexis. On a même rangé dans l'école hollandaise 
ce maître Anversois de naissance. Qiiant à ses cama- 
rades d'atelier, Thomas de Clerck et Léonard Rougghe, 
leur admission à la maîtrise n'est pas signalée (i). 

Les fils d'artistes n'étaient inscrits que très-rarement 
dans les Liggeren, en qualité d'élèves. C'est ce qui 
explique l'absence dans les listes des apprentis, des 
noms de Corneille de Heem et de Jean-Paul Gillemans, 
le vieux, qui eurent Jean de Heem pour maître et lui 
firent honneur. Il suffît, pour se convaincre de cette 
double vérité, de comparer leurs productions avec 
celles de ce grand artiste. Au reste, en ce qui concerne 
Corneille de Heem, qui fut admis, en 1 660-1 661, d:.ns 
la gilde de S^ Luc à Anvers, Corneille de Bie a eu soin 
de nous apprendre qu'il reçut les leçons de son père (2). 
Quant à Jean-Paul Gillemans, le vieux, franc-maître^ en 
qualité de fils de maître, en 1647-1648, (3) les biographes 
ne paraissent pas même le connaître. Cela n'étonnera 
guère le lecteur, lorsqu'il saura que les marchands de 
tableaux font passer ses œuvres, dont ils enlèvent les 
signatures, comme peintes par Jean de Heem. Nous 



(i) Ltg^cren cités, Tome II, pp. 128, 151, 134, 165 et 172. 

(2) Het Giilden Cabinet van de edelvrij schilderconst. pp. 217 et 218. 
Liggeren cités, Tome II, pp. 311 et 322. 

(3) Li<r^eren cités, Tome II, pp. 187 et 193. 



— 234 — 

avons vu ci-dessus que Jean Casspeel était, en novembre 
1643, un des tuteurs légaux des enfants de Jean de 
Heem. Ce marchand d'objets d'art et imprimeur en 
taille-douce avait été reçu en la première qualité dans 
la gilde de S' Luc, en 1634-1635 (i). Il exerçait, en 
outre, la profession de serrurier ou de forgeron et était 
un grand amateur de tableaux. Enfin il était l'ami de 
prédilection de Jean de Heem. Celui-ci voulut lui en 
donner une preuve. Pierre de Balliu, un de nos bons 
graveurs, avait exécuté une belle planche, d'après le 
tableau d'Antoine van Dyck, qui ornait l'église des 
Capucins de Termonde. Ce chef-d'œuvre, placé actuel- 
lement dans l'ancienne église de Notre-Dame de ladite 
ville, représente le Sauveur en croix et S^ François d'Assise 
en adoration aux pieds de Jésus ; à droite sont représentés la 
S" Vierge^ S* Jean et S" Marie-Madeleine ; à gauche, le 
centurion. De Heem obtint du graveur l'autorisation de 
pouvoir dédier son estampe à Casspeel et y fit placer 
ensuite l'inscription suivante, datée du mois de juin 1643 ; 

«Hoc amoris sui pignus dedicat D. Joannes de Heem 
singulari amico suo D. Joanni Caspeel fabro ferrario, 
famosoq ; artis pictoriae amatori Antverpise Junij 1643. 
— Antonius van Dyck pinxit. — Petrus de Balliu 
fecit » (2). 

Le compte de la gilde de S' Luc de 1 642-1 643 
mentionne une recette de 6 florins, dûs pour une réu- 



(i) Liggeren cités, Tome II, pp. 60 et 67. — No 1417. Renaud 
s'éveillant dans le giron d'Armide, « P. de Jode sculp. Joan Caspeel 
exe. » N.-J. t'Sas. Catalogue du chanoine Tierre Wouters. Bruxelles, 
1797, p. 128. 

{2) On remarquera le double Dominiis de l'inscription : ce titre 
n'était pas donné ni pris indifféremment à cette époque. 






— 235 — 

nion de la chambre de la corporation, où l'on s'était 
occupé d'une demande de Jean Casspeel, relative à un 
projet de vente de tableaux. Il en reçut l'autorisation 
requise et paya libéralement 75 florins de ce chef. Le 
même compte renseigne sa dette mortuaire, mais c'est 
là évidemment une erreur. Jean Casspeel est décédé, en 
effet, le 22 mai 1655, d'après son inscription sépulcrale, 
et le compte de la gilde du 18 septembre 1654 au 18 
du même mois 1655, mentionne une deuxième fois la 
recette des droits dévolus à la corporation par suite de 
son décès (2). Il est donc certain qu'en 1 642-1 643, le 
nom de Casspeel a été écrit erronément, au lieu d'un 
autre. 

Au reste, cet amateur ne fut pas seul à recevoir de 
Jean de Heem des dédicaces de gravures. En effet, Pierre 
de Balliu, ayant exécuté une planche d'après le tableau 
de Pierre Paul Rubens, représentant la Réconciliation 
d'Esaii et de Jacob, notre artiste obtint l'autorisation de 
pouvoir offrir à Martin Kretser le travail de son ami. Il 
fit en conséquence placer l'inscription suivante au bas 
de l'estampe : 

« Domino Martino Kretzer, artis pictori^e admiratori 
ac patrono amico, hanc cultus et observantia^ sua; indi- 
cem tabulam Joannes de Heem dicat consecratque Ant- 
verpic-e, 24 Febr. 1652. » 

Ces lignes datées d'Anvers, le 24 février 1652, nous 
apprennent que Martin Kretser était un admirateur de 
l'art de peindre et un protecteur de de Heem. On voit 
suffisamment, au ton de la dédicace, que le maître s'y 



(2) Il avait épousé Anne van Gootsenhave, qui mourut le 19 
octobre 1673. — Li^geren cités, Tome II, pp. 138, 141 et 26). 



— 236 — 

adresse à une personne de considération. Nous ne con- 
naissons pas, du reste, ce Kretser autrement et ignorons 
même sa nationalité (i). 

C'est une chose singulière qu'un artiste offrant à une 
personne envers laquelle il se croit obligé, l'œuvre d'un 
autre artiste encore vivant. C'en est une plus singu- 
lière encore qu'un fonctionnaire dédiant à son supérieur 
la planche d'un graveur. Nous en avons pourtant un 
exemple assez récent : c'est celui de M. Jay, inspecteur- 
général des octrois dans les départements au-delà des 
Alpes, dédiant le Portrait de Michel- Ange '^uonarotti, 
gravé à l'eau-forte par Joseph-Charles de Meulemeester, 
d'après un dessin d'Annibal Carrache, à M. Antoine 
François, comte de l'empire, directeur-général de l'ad- 
ministration des droits réunis, etc., etc. (2) 

Revenons à Jean de Heem. Les registres de la bour- 
geoisie d'Anvers (^poortersboeken) nous signalent de nom- 
breuses absences de cet artiste. Ainsi il se fit inscrire le 
mardi 24 décembre 1658^ en qualité de bourgeois forain 
(huitenpoorter^ , et paya pour un an le droit dû de ce 
chef à la ville. Ces registres renferment des annotations 
semblables, aux dates suivantes : 15 novembre 1659, 
9 novembre 1660, 15 novembre 1661, 11 décembre 
1663 et 26 novembre 1667. Il n'en existe pas pour 
l'année 1669, époque à laquelle Jean de Heem fut reçu 



(i) Il habitait Amsterdam en 1653, possédait une Madeleine du 
Titien, et fut un des membres fondateurs du festin de S' Luc dans 
ladite ville, où il exerça les fonctions de régent du théâtre. — Van 
Lenxep apud J.-A. Alberdingk Thijm, Volksalmanak voor Isieder- 
landsche katholieken 1875, p. 186, nota 2. 

(2) Edmond de Busscher. Biographie historique de J.-C. de Meu- 
lemeester, de Bruges. Gand, sans date, p. 99. 



-4 



— 237 — 

dans la gilde de St-Luc, à Utrecht, d'après ce que rap- 
porte Kramm (i). 

Ce défaut d'inscription aurait pu entraîner pour le 
maître la perte de ses droits de bourgeoisie d'Anvers, aux 
termes du titre XXXVIII de la coutume de cette ville. 
Il paraît toutefois qu'on ne se montrait pas toujours très- 
rigoureux en cette matière. Ainsi nous lûmes dans les 
Toortersboeken, une annotation datée du 3 novembre 
1666, constatant que Jean de Bruyn-van Aelst avait payé 
le droit de bourgeois forain pour les années échues de- 
puis le 4 septembre 1653 jusqu'au 4 du même mois 
1659. 

Corneille de Bie rapporte que Jean de Heem ne pei- 
gnait pas seulement avec beaucoup de talent des fleurs et 
des fruits, des vases d'argent et des instruments de 
musique, mais aussi des paysages, des poissons et de 
la viande (2), sans doute comme accessoires. Il faut 
joindre à cette énumération des insectes, d'autres animaux 
et les bocaux dans lesquels se réfléchissent les objets 
placés à distance, les vases d'or et de porcelaine, etc. 

Le maître excellait à grouper ces produits de la ma- 
tière et de l'industrie et à en faire ressortir harmonieu- 
sement la beauté. Aussi de Heem a-t-il recueilli les 
louanges les plus enthousiastes de ses contemporains et 
la postérité les a-t-elle confirmées. 

L'archiduc Léopold-Guillaume possédait de ses œuvres, 
d'après le catalogue inséré dans le Theatrum pictoritm, 
publié par David Teniersj le jeune. Un grand nombre 
de musées européens sont aussi fiers de ses productions. 

(i) De Icvens en luerhen der Hollavdsche en Flaainsche hunstschilders , 
en^., T. III, p. 654. 

(2) Op. cit., pp. 217-218. 



— 238 — 

Celui d'Anvers en étale une représentant une guirlande. 
Elle est composée de la manière suivante. Sur un fond 
noir se détachent des branches de lierre, retenues par 
des rubans bleus, dont les nœuds sont fixés à des clous. 
A ces branches est entrelacé un bouquet de fleurs et de 
fruits. On 5' distingue, entre autres, des roses rouges et 
une blanche, diverses espèces de tulipes, une pivoine, 
des auricules, un pavot, des soucis, une belladone, des 
violettes, etc., des cerises et des prunes encore retenues 
à la branche qui les vit mûrir, un épi de blé, sur lequel 
s'est abattu un insecte qu'une araignée s'apprête à sai- 
sir, du maïs, etc. Tous ces objets sont disposés avec un 
goût parfait, supérieurement bien dessinés et peints de 
main de maître. Ce tableau brillant et superbe est en 
outre, animé de papillons, de chenilles, de fourmis, de 
sauterelles, etc., d'un choix exquis. Il est signé au 
milieu de la partie inférieure : 

J. D. De Heem, /. 

Le musée de Bruxelles possède plusieurs tableaux de 
de notre maître. Le premier, signé du monogramme 
de Jean de Heem et daté de 1668, représente une guir- 
lande de fruits et de lés:umes. Elle entourait d'ancienne 
date un médaillon que le peintre avait laissé vide sans 
aucun doute, puisqu'un artiste du 18"°^ siècle y exécuta 
en grisaille la figure assise de la fécondité, ayant deux 
enfants à ses côtés. Cet artiste n'est autre que l'Anver- 
sois Jean-Baptiste Lambrechts, franc-maître de notre 
gilde de S' Luc, en 1 708-1 709. Il signa également son 
œuvre, mais la partie antérieure de la lettre J ayant été 
enlevée, le fragment conservé a été considéré quoique 



— 239 — 

dubitativement, comme un C (i). M. Edouard Fétis 
nous apprend que ce tableau qui a fait partie de la cé- 
lèbre galerie du cardinal Fesch, a été acheté à Rome, en 
1862, pour la somme de 2,150 francs. 

Une deuxième composition représente, de la manière 
suivante, un bouquet de fleurs. « Dans une carafe en 
verre, un bouquet composé de tulipe, rose, pivoine 
bluets, etc. La carafe est posée sur une table en marbre 
où l'on voit un escargot et une chenille. » 

Ce tableau signé du nom du maître et des initiales 
J, D., a été acquis en 1822, au prix de 650 francs. 

Une troisième et dernière composition payée, en 
. 1868, 410 francs, à la vente de M. J.-H. Cremer, est dé- 
crite ainsi : « Sur une table en marbre rougeâtre, une 
assiette d'étain contenant deux huîtres ouvertes et un 
quartier de citron ; près d'une grappe de raisins, un 
grand verre à pied où trempent les tiges d'un épi de 
blé et d'une branche de mûrier ; un autre verre à moitié 
rempli ; à droite, au bord de la table, des huîtres et des 
écailles vides ; à gauche, un papillon volant au-dessus 
de la table (2). » 

Cette dernière production est cataloguée à Bruxelles, 
comme exécutée par un autre Jean de Heem que celui 
dont nous nous occupons, et dont le musée de Dresde 
posséderait un chef-d'œuvre peint en 1650. Mais il con- 
vient de faire observer que ce chef-d'œuvre est signé 

(i) Edouard Fétis. Catalogue descriptif et historique du musée royal 
de "Belgique {Bruxelles). — Bruxelles 1862, pp. 309-310. 

Nous espérons bien pouvoir utiliser les documents que nous avons 
recueillis relativement à Jean-Baptiste Lambrechts, qui fut peintre de 
conversations. 

(2) Ibid., pp. 310 et 447. 



— 240 — 

/ D. (le / et le î) entrelacés) De Heem, ce qui se traduit 
par Johannes Davids^pon de Heem (Jean fils de David de 
Heem)^ de façon qu'il s'agit ici précisément de l'artiste 
dont nous écrivons la biographie (i). C'est pourquoi 
nous avons trouvé bon de lui restituer le tableau du 
musée de Bruxelles, indiqué en dernier lieu. 

A l'exposition d'œuvres des maîtres anciens, ouverte, 
en 1873, dans la ville citée, figurait un tableau superbe 
de notre peintre. Le catalogue le signale en ces termes : 
« Sur une table, des fleurs dans un vase ; près du vase, 
des firuits ; à gauche, une fenêtre ; un fond, un rideau. 
Signé : /. D. De Heemf. »(2). Cette composition appar- 
tenait à M. B. Suermondt, qui depuis, au grand éton- 
nement des amis des arts, a vendu la majeure partie de 
sa splendide collection au gouvernement prussien. 

M. Victor de Stuers donne la description suivante de 
deux tableaux de Jean de Heem, qui ornent le musée 
de la Haye : « n° 38. Fruits. — Sur une table couverte 
d'un drap vert sont rassemblés des fruits. Un grand 
plat en vermeil porte des pêches, des cerises, des nèfles 
et plusieurs grappes de raisins ; une pêche coupée en 
deux parts est posée sur une assiette en argent ; à droite 
sont placés un melon et une grenade coupés. A gauche, 
des coquillages, des noix, une montre et un cofiret 
garni d'un drap bleu, sur lequel se trouvent un grand 
verre rempli de vin blanc, un citron coupé et une flûte. 
A droite, un rideau rouge. 

(i) JuLius HûBNER. Verieichniss der Dresdner Gcmàlde-Galerie. 
Dresden 1872, p. 249, 11° 1165. 

(2) Exposition de tableaux et dessins d'anciens maîtres, organisée par 
la Société néerlandaise de bienfaisance, à Bruxelles. Bruxelles 1873, 
p. 35, no 89. 



— 241 — 

Cette peinture signée /. D. De Heem, /,, provient du 
cabinet du prince d'Orange Guillaume V. 

N° 39. Guirlande de fleurs et de fruits. — Des œillets, 
des marguerites, des fleurs d'oranger^ des pivoines et des 
épis de blé sont entrelacés avec des grappes de raisins, 
des pèches, des abricots, des coings et des châtaignes; 
la guirlande qui sert à orner le centre d'une niche, est 
entourée de faveurs bleues et suspendue par les extré- 
mités à des clous. Ça et là des papillons. Signé : /. D. 
De Heem, fecit. — Château du Loo. — Collection Guil- 
laume V (i). 

Le musée d'Amsterdam renferme deux tableaux de 
Jean de Heem. Le premier, peint en 1640, représente, 
de la manière suivante, des objets inanimés : sur une 
plinthe de pierre sont posés un pot de vermeil artiste- 
ment ciselé, près d'un verre à vin de couleur verte ; 
non loin de là, un bocal d'argent également ciselé, un 
citron et d'autres objets. Cette toile est portée au cata- 
logue comme l'œuvre d'un Jean de Heem, qui serait né 
en 1603, décédé en 1650 et qui aurait été l'élève de son 
oncle David de Heem (II?). N'ayant aucune preuve de 
l'existence de ce second Jean, nous croyons pouvoir 
restituer cette œuvre au seul Jean connu. Elle provient 
de la vente G. van der Pot, qui eut lieu à Rotterdam, 
le 6 juin 1808 et porte la signature suivante du maître, 
à laquelle Ye de de fait défaut : 

Johannes de Heem f. 1640. 

Nous la rendons ainsi : 

Johannes de Heem fecit 1640. 

(i) Victor de Stuers. Notice historique et descriptive des tableaux 
et des sculptures exposés dans le musée royal de la Haye. La Haye 1874, 
pp. 42-43. 

16 



— 242 — 

La partie antérieure du J a disparu. 

La deuxième toile figure des fleurs et des fruits. A un 
ruban de soie bleue sont attachés des grappes de raisins 
de la même couleur, des pêches, des abricots, des 
nèfles, des grenades, des bigarreaux, des oranges douces, 
des prunes, un citron, une citrouille, des roses, des 
mauves blanches, plusieurs autres fleurs et des feuilles. 
Des papillons, des urebecs et d'autres insectes sont ré- 
pandus en divers endroits. Un urebec parcourt la partie 
inférieure d'une pfinthe. 

Ce tableau signé : /. D. De Hecm (j)inxit) provient du 
cabinet van Heteren (i). 

Le musée de Haarlem possède de notre maître des 
fruits, signés de son monogramme et datés de 1653. Ils 
proviennent de l'hospice des vieillards (2). 

Pour abréger, nous ajouterons que le musée du 
Louvre, à Paris, est orné de deux compositions de Jean 
de Heem, ayant pour sujet l'un et l'autre des fruits et 
de la vaisselle sur une table. L'un de ces tableaux est 
signé /. de Heem f., sans addition du D., comme un de 
ceux du musée d'Amsterdam (3). 

D'autres œuvres de l'artiste sont conservées dans les 
musées de Lille, de Dunkerque et de Lyon (4). Parmi 

(i) P. L. DuBOURCQ.- "Beschrijving âer schilderijen op 's rijks mu- 
séum, te Amsterdam. — Amsterdam 1870, pp. 58-59. 

(2) Catalogiis der schilderijen op het muséum der stad Haarlem, 
1865 (?), p. 14, no 48. 

C3) Frédéric Villot. Notice des tableaux du mnsèc 

impérial du Louvre. Paris 1855, p. loi. 

(4) Ed. Reynart. Notice du musée de Lille, 1862, n" 93. 

— Catalogue des ouvrages exposés au vnisée de la ville de 

Dunkerque, en iSjo, p. 19. — Augustin Thiériat. Notice des ta- 
bleaux exposés dans la grande galerie du musée de Lyon. Lyon 1861, 
pp. 54, 5) et 106. 



I 



— 243 — 

ces derniers figure, sous le n° 102 de la notice de 
1861, un cartouche entouré de fleurs et de fruits, 
supporté par deux aigles : au milieu se trouve le portrait 
de Guillaume III d'Orange, enfant : on ne nomme pas 
l'auteur de cette effigie. 

Ce tableau a fait partie du cabinet du prince d'Orange 
Guillaume V ; il fut volé, en 1795, avec toute sa collec- 
tion, par les républicains français, (i) Napoléon, aussi 
peu scrupuleux qu'eux, fit cadeau de cette superbe pro- 
duction au musée de Lyon, après qu'elle eût figuré à 
celui de Paris. 

Le tableau du musée de Dunkerque provient égale- 
ment des spoliations de la république française. Il fldsait 
partie de la collection de peintures de l'abbaye de Ber- 
gues S' Winoc. Don P. de Madrazzo signale deux œuvres 
de Jean de Heem, dans son Catalogue du musée de Ma- 
drid, édition de 1858. Elles y portent les n°= 1237 et 

1595- 

M. Albert Kraff"t en mentionne trois, dans l'édition 

de 1853 du Catalogue de la galerie de tableaux impériale et 
royale du Belvédère, à Vienne. Deux sont signés ; l'un /. 
de Heem f., l'autre, /. de Heem fecit anno 1648. Celui-ci 
représente un calice surmonté de l'Hostie rayonnante, 
dans une petite niche environnée d'une grande quantité 
de fruits et de fleurs groupés avec deux gerbes de blé, 
qui, liées de rubans bleus et entrelacées de raisins, 
comme symboles du pain et du vin, forment deux cornes 
d'abondance (2). 

Le musée de Munich renferme deux tableaux de 



(i) Victor de Steurs, op. cit., pp. v et vj. 
{2) Op. cil., p. 93, no 18, p. 94, nos 21 et 28. 



1 

- 244 — 

Jean de Heem (i) : celui de Dresde n'en contient pas ', 

moins de onze, y compris celui que nous avons restitué 
ci-dessus au maître (2). Deux d'entre eux représentant 
des guirlandes retenues par ces rubans bleus que le 
peintre affectionnait : tous sont signés (3). La galerie 
de Cassel en possède trois : une nature morte et deux 
compositions de fruits (4). 

L'auteur de cette biographie est aussi propriétaire 
d'une peinture de Jean de Heem. Elle est conçue de la 
façon suivante. Sur la plinthe d'une table de bois est 
posée une draperie sur laquelle se détache un beau 
vase de porcelaine chargé de fruits. On y remarque 
une grappe de raisins blancs,, deux grandes pêches et 
une petite, et une superbe orange amère. Les raisins 
d'une transparence merveilleuse sont encore attachés au 
sarment de la vigne, qu'une magnifique chenille quitte 
pour aller ramper sur une des pêches, toutes de la plus 
belle venue. 

L'animal est représenté avec tant de vérité, qu'on 
distingue tous ses mouvements. L'orange vient d'être 
cueillie avec une partie de la branche qui la soutenait 
et dont les feuilles se marient à celles de la vigne et 
d'une autre' branche d'oranger : ces feuilles sont peintes 
de main de maître. A droite du vase se trouve la moitié 



(i) Catalogue des talleaux de la pinacothèque royale à Munich. 
Munich 1860, p. 44, no 177, et cabinet XIV, p. 241, n° 420. 

(2) JUL. HùBNER, Op. cit., pp. 247-249. 

(3) Le no 1162 est signé : /. D. De Heem, f. p. Cette dernière 
lettre affecte plus ou moins la forme de l'r, comme au no 117 
du musée d^ Amsterdam. Le no 11 64 porte la marque : Js. T). 
de Heem, en d'autres termes : Johannes Davidsi. de Heem. 

{4) Ferieichniss der Casseler 'Bilder-Gallerie. Cassel, sans date, p. 33. 



i 



— 245 — 

d'une savoureuse pêche, quelques raisins blancs et des 
noyaux de fruits ; au pied du vase, auquel adhère une 
mouche, deux cerises d'une seule venue, un quart 
d'orange douce coupée, dont on peut compter les pépins 
et d'où s'échappent quelques gouttelettes de jus, on ne 
peut plus transparentes. Un autre quart de cette orange 
dont le suc a été exprime, supporte le premier ; çà et 
là sont répandus des noyaux, et d'autres restes de fruits. 
Fond noirâtre, avec un angle de mur. 

Ce tableau, de l'etfet le plus brillant, est peint avec 
infiniment de sagesse. La composition en est d'un goût 
parfait et la couleur d'une harmonie ravissante. Ce petit 
chef-d'œuvre exécuté sur panneau est signé au-dessous 
de la plinthe du monogramme du maître : J. D. H. f. 
(le D et l'H accouplés) : il mesure 43 centimètres en 
hauteur et 53 en largeur. 

L'intéressant catalogue des tableaux que Diego Duarte 
possédait, en 1682, à Amsterdam, après son départ 
d'Anvers, mentionne deux œuvres de notre maître. L'une 
représentait un pot de fleurs très-curieusement exécuté, 
des fruits et d'autres raretés, figurant les quatre éléments. 
Ce tableau, qui avait exigé beaucoup de travail, avait été 
payé 330 florins. Le second, ayant pour sujet des fruits 
très-curieusement peints, 150 florins (i). 

L'artiste est indiqué dans le document cité , sous le 
nom du vieux de Heem. Il l'était, en efi'et, en 1682, à 
l'égard de son fils Corneille et de son petit fils, David, 
le troisième. Au reste, on l'entendait bien ainsi encore 



(i) Frederik Muller. Cataîogus der schlïderîjenvanDiea^o'Duarie, 
te Amsterdam in 16S2, met de prij^en van aankoop en taxatie. De Oud 
Tijd. Haarlem, 1870, p. 401, no^ 116 et 117. 



— 2^6 — 

du temps de Gérard Hoet, qui mentionne invariablement 
dans la table du tome I de son ouvrage, sous le nom 
de Jean de Heem, tous les tableaux portés dans ses 
catalogues comme exécutés par de Hcem, le vieux. Dans 
celui d'une vente qui eut lieu à Amsterdam, le lo juin 
1705, les 2 premiers numéros sont annoncés comme 
peints par Jean fils de David ou le vieux de Heem, 
/. D. d. oudc de Hcem (i). 

Les deux volumes de catalogues de Gérard Hoet et 
celui de Pierre Terwesten (2) renferment un nombre 
considérable de tableaux de Jean de Heem. Nous les 
passons sous silence, de peur de trop allonger cette 
biographie. 

L'Anversois François van den Wyngaerde a gravé 
d'après Jean de Heem. C'est du moins ce qui nous 
paraît résulter d'un passage du Catalogue de la rare et 
nombreuse collection d'estampes et de desseins (sic) de feu 
M. Pierre Wouters, en son vivant prêtre, chanoine de l'église 
collégiale de S. Gomer (5/V) à Lierre en Brabaitt, trésorier 
et bibliothécaire de S. M. Apostolique, etc., par N. J. T'Sas, 
négociant, qui le publia à Bruxelles, en 1797. Ce pas- 
sage figure à la page 160- 161, à la fin du n° 1750 que 
nous copions intégralement, quoique le commencement 
ne concerne pas Jean de Heem : « Des Bohémiens à la 
porte d'un cabaret, grand morceau en hauteur, par 



(i) Gérard Hoet. Catalo^iis of naamlyst van schitderyen, met der- 
selver pryien, eni. 's Gravenhage, MDCCLII, deel i, p. 78, n°s i et 
2, ihid., register H., voce Heem (Jan de). 

(2) PiETER Terwesten. Catalogus of naamlyst van schitderyen, met 
derselver pryien, ledert den 22 augustl iy^2 tôt den 21 novemher iy68, 
^0 in Holland als Braband en andere ptaat:{cn in het openhaar verhogl. 
s Gravenhage 1770. 



i 



— 247 — 

G. de Heem ; Pan et Syrinx dans un petit paysage en 
travers dito, par de Heuscb, la vache hollandoise, pe- 
tite pièce en hauteur dito, par H. Hondius, 1644; le 
matin, dito, par F. van den Wyngaerde, d'après Joha7î. 
de Heem, etc. 9 pièces. » — Ce matin représentera^ sans 
doute, quelque déjeuner peint par notre maître, à moins 
qu'il ne s'agisse ici d'un des paysages qu'il exécutait 
aussi d'après le témoignage de Corneille de Bie. Le 
portrait de Jean de Heem a été peint par le célèbre 
Jean Lievens, de Leiden, qui avait été reçu bourgeois 
d'Anvers, le 12 décembre 1640, après avoir été admis 
franc-maître de la gilde de S' Luc de notre ville en 
1634-163 5 (i). Il fut gravé avec beaucoup de talent par 
Paul du Pont ou Pontius. Le maître est représenté assis, 
tête nue, enveloppé en partie de son manteau. Sa main 
droite, qui tient une façon de ruban, repose sur son cœur; 
la gauche, sur sa cuisse. De Heem porte un habit bou- 
tonné jusqu'au menton; son col est rabattu sur ses 
épaules. 

Ses mains,, dont la droite est supérieurement dessinée, 
sont ornées de manchettes. De longs cheveux, divisés 
au milieu du front, encadrent sa tête. Des moustaches 
relevées en croc et une impériale embellissent sa figure 
pensive et bienveillante. 

Les lignes suivantes se lisent au-dessous de cette 
superbe effigie qui se détache sur le ciel et sur un 
mur : 



(i) Li^geren cités, T. II, p. 61, note i. Il résulte des faits men- 
tionnés dans le texte, qu'on était fort tolérant dans l'application des 
règlements de la corporation aux artistes étrangers. 



— 248 — 

JOANNES DE HeEM, VlTRAIECTENSIS. 
D'Heem pingit : natura stupet sua poma potenter 
Vinci, et fallaces pr^evaluisse dolos. 
^Emula dextra Mid^ lento dominatur in auro. 

ArTIFICEM DEXTRAM, Q.UIS PARIARE POTEST ? 

Joannes Lyvyns pinxit. Paulus Pontius sculpsit. 

Franciscus van den Wyngaerde excud. (1) 

Jean de Heem mourut à Anvers entre le 18 septembre 
1683 et le 18 du même mois 1684. C'est à cette époque, 
en effet, que la dette mortuaire de 3 florins 4 sous (i) du 
vieux maître fut payée à notre gilde de S* Luc (2). 

(i) Nous traduisons librement : Jean de Heem, d'Utrecht. — De 
Heem peint : la Nature se trouble en voyant ses fruits puissamment 
vaincus, et que de vains artifices aient pu prévaloir sur eux. Une 
main émule de Midas s'assujettit l'or flexible. Qui peut égaler cette 
droite si pleine d'habileté ? — Peint par Jean Lievens. — Gravé par 
Paul Pontius. — Imprimé par François van den Wyngaerde. Cor- 
neille de Bie a reproduit ces vers, avec un changement variare au 
lieu de pariare au dernier. Op. cit., p. 219. 

(i) Liggeren cités. Tome II, p. 501. 

(2) Cette notice est datée du 11 novembre 1874. 



4 



Corneille de HEEM 
(1631-16. . ?) 




orncille de Heem, ainsi que nous l'avons vu 
dans la vie de Jean de Heem, était fils de ce 
peintre célèbre et de sa première femme Alette 
van Weede. Il naquit, comme nous l'avons dit, à Leiden 
et y fut baptisé dans l'église nommée de Hooglandsche Kerk 
le 8 avril 163 1, ayant pour témoin Pierre Potter. 

Il suivit son père à Anvers, où celui-ci était venu 
s'établir vers 1635-1636 (i). Jean de Heem lui enseigna 
son art (2) et eut en Corneille un émule digne de lui, 
quoi qu'en disent certains critiques. Il traita les mêmes 
sujets que l'auteur de ses jours et mérita d'occuper une 
place brillante à côté de celui-ci. 

Corneille fut reçu franc-maître de la gilde anversoise 
de S* Luc, en qualité de fils de maître : son inscription 
eut lieu dans l'espace compris entre le 18 septembre 
1660 et le 18 du même mois 1661 (3). 

Le jeune artiste comptait, à cette époque, de 29 à 30 
ans bien accomplis. Son entrée tardive dans la corpo- 



(i) Phil. Rombouts et Théod. Van Lerius, avocat. Les Liggeren 
et autres arcUves historiques de la gilde anversoise de Saint Luc, T. II, 
pp. 71 et 77. 

(2) CoRNELis DE BiE. Hcl Guldeu Cabinet van de edel vry schilder- 
const. Antwerpen, 1661, p. 217. 

(3) Liggeren cités, T. II, pp. 311 et 322. 



— 250 — 

ration nous est une preuve suffisante qu'il a voyagé, 
avant de demander son admission dans l'immortelle gilde. 

Il se trouvait à Anvers, le 24 juin 1657, puisqu'il tint, 
ce jour-là, sur les fonts baptismaux de S' Jacques, Elisa- 
beth Ykens, fille du statuaire et peintre Jean, et de 
Barbe van Brekevelt. Corneille de Heem se maria peu 
après : il épousa Catherine Pauwens, dont le nom 
patronymique n'est pas inconnu à Anvers. Nous n'avons 
pu découvrir, du reste, ni la date, ni le lieu de la célé- 
bration de son mariage. 

Il en naquit deux enfants en notre ville ; l'un et 
l'autre furent tenus sur les fonts de baptême de 
S' Georges : i" David, le 27 février 1663, par Jacques 
Laureyssens, au nom de Jean de Heem_, l'aïeul du 
petit être, qui était sans doute absent à cette époque, et 
par Susanne-Catherine Rogiers, représentant Claire-Marie 
Pauwens. Ce David embrassa la carrière paternelle ; nous 
lui consacrons une biographie spéciale. 

2° Anne-Catherine, le 15 novembre 1665, par Antoine 
Gilis, au nom de Corneille Pauwens, et EUsabeth Post, 
remplaçant Anne-Catherine Ruckers, la seconde femme 
de Jean de Heem. Celle-ci imposa ses prénoms à l'en- 
fant. Faisons observer ici, en passant, que cet Antoine 
Gilis exerçait la profession de relieur et qu'il fut reçu, en 
1656-1657, franc-maître de la gilde anversoise de S* Luc, 
en qualité de fils de maître (i). 

Quant à Anne-Catherine de Heem, nous sommes 
persuadé que c'est elle qui figure sous son seul prénom 
de Catherine, dans les registres de S' Jacques, comme 
ayant épousé dans cette église, le 9 juin 1699, Jean 

(i^ Liggeren cités, T. II. pp. 275 et 282. 



— 251 — 

Lccmans. Ce mariage eut pour témoins Simon Mayacl, 
concierge de S* Jacques, et Jean de Hollander. 

Nous ignorons jusqu'à quelle époque Corneille de 
Heem a résidé à Anvers, mais il est certain qu'il habitait la 
Haye, en 1678, puisqu'il y promit, le i juin de cette 
année-là, de faire payer à son décès, la somme de 25 
florins à la société des artistes connue sous le nom de 
Pictura, dont il était membre (i). 

Joachim de Sandrart rapporte, dans son Academia 
7iohilissiina artis pictoria, que Corneille de Heem était 
réputé incomparable, et que ses œuvres étaient avide- 
ment recherchées. Il ajoute qu'ayant vu chez Thomas 
Kretzer^, amateur distingué des beaux-arts, à Amster- 
dam (2), un tableau de notre maître, d'une longueur de 
deux aunes, il fut tellement charmé de sa rare élégance, 
qu'il offrit à son propriétaire de le lui payer comptant 
450 florins. Mais celui-ci reiusa, nonobstant la grande 
amitié qu'il portait à Sandrart, en ajoutant qu'il ne 
vendrait cette peinture à aucun prix, les tableaux exécutés 
par ces nobles mains étant plus estimés des connaisseurs 
que l'or et l'argent (3). 

Les tableaux de Corneille de Heem ornent plusieurs 
musées de l'Europe. Celui de Bruxelles possède un 
chef-d'œuvre du maître. En voici la description, d'après 
le Catalogue, rédigé par M. Edouard Fetis : « Fruits et 
fleurs. Hauteur 65 c. — Largeur 53 c. — Toile. — 

(i^ Communiqué des registres de la confrérie, par M. Jean Weis- 
senbruch, à M. Mart, Nijhoff, éditeur à la Haye, qui a bien voulu 
nous transmettre cet extrait. 

{2) Ce Thomas était sans doute parent de Martin Kretser, dont 
nous avons parlé dans la vie de Jean de Heem. 

(3) NORIBERG.E, CIO IDC LXXXIIJ, p. 513. 






— 252 — 

Dans un vase de porcelaine à dessins bleus, posé sur 
une tablette en pierre, sont des fruits : pèches, prunes, 
raisins, etc., mêlés à des convolvulus. Sur la tablette, 
une grenade coupée, un melon, des prunes et des raisins, 
une branche de mûrier à laquelle pendent des fruits. Au 
centre de la composition se détache au-dessus des fruits 
et des fleurs qu'il domine, un verre de Venise à cou- 
vercle. Signé sur le bord de la tablette, à gauche : 
C. De Heem f. 1.6.7.1. — Acquis en 1868, à la vente 
Cremer, 2,777 francs (i). 

L'exposition de tableaux et dessins d'anciens maîtres, 
organisée en 1873, à Bruxelles, par la société néerlan- 
daise de bienfaisance, renfermait deux superbes compo- 
sitions de notre artiste. L'une représentait posés sur une 
table, un bassin d'argent et un bol du Japon remplis de 
fruits, prunes, raisins, mûres, citron, etc. Celle-ci était 
peinte sur bois et mesurait 36 centimètres en hauteur et 
5 1 en largeur. La seconde, haute d'un mètre et 8 centi- 
mètres et large d'un mètre et 83 centimètres, était 
décrite ainsi : sur une table couverte d'un tapis vert sont 
accumulés : une corbeille et des plats remplis de fruits, 
une coupe, une aiguière en argent ciselé, un homard, 
un vidrecome à moitié rempli de vin. Ce tableau est 
peint sur toile (2). 

Le musée d'Anvers ne possède aucune œuvre de 
Corneille de Heem. Celui de la Haye en renferme une, 
que M. Victor de Stuers mentionne en ces termes : 
« Fruits. Toile, H. 0.65. L. 0.50. Dans un encadrement 



(i) Op. cit., édition de 1869, p. 448, n" 369. 
(2) Catalogue de l'exposition citée. Bruxelles, 1873, P- 34> "°^ ^4 
et p. 80, no 281. 



î 

V 

I 



— 253 — 

cintré, sur une corniche en pierre, est disposée une 
grande variété de fruits ; au premier plan, des pêches, 
des raisins blancs, et à droite, sur un pot d'étain, un 
citron dont l'écorce à demi pelée se déroule en une 
longue spirale. Sur une tablette plus élevée, des oranges, 
des raisins bleus, des nèfles^ des glands de chêne et des 
châtaignes. — Fond sombre. — Signé sur la pierre : 
C, 'De Heem » (i). 

M. Albert KrafFt nous fait connaître en ces termes, 
une production de notre maître, qui orne la galerie du 
Belvédère, à Vienne : « Nature morte. Des fruits, des 
huîtres et des citrons dans une assiette, sur une table, 
avec une boîte à sucre, une montre d'argent et un 
couteau. Signé : C. de Heem f. Bois» (2). 

La galerie royale de Dresde étale quatre compositions 
de Corneille de Heem. Toutes sont signées, mais au-, 
cune n'est datée. Le peintre Jul. Hûbner, auteur du 
catalogue de cette collection, fait observer que parmi 
ces tableaux, il en est de magnifiques, qui tiennent 
dignement leur place à côté de ceux de Jean de 
Heem (3). 

Le musée de Cassel et la galerie de Schleisheim 
comptent un tableau de notre maître. Dans la collection 
du château de Pommersfelden qui fut vendue à Paris, 
au mois de mai 1867, se trouvait une production de 
Corneille de Heem, qui fut adjugée au prix de 1250 
francs, non compris les frais. Elle représentait des huî- 
tres, un plat d'argent, une orange, un vidrecome, des 

(i^ Notice historique et descriptive des tableaux et des sculptures expo^ 
ses dans le musée royal de la Haye. La Haye, 1873, p. 43, 11° 40. 

(2) Catalogue de la galerie citée. Vienne, 1853, p. 94, no 24. 

(3) Catalogue cité, 1872, p. 249, nos 1166 et 1169. 



— 254 — 

feuilles de laurier, etc., poses sur une console, signée : 
C. 1)e Hecm, /. 16^4. 

Nous allons à cette heure donner quelques extraits 
des catalogues de ventes de tableaux, publiés au siècle 
dernier, par Gérard Hoet et Pierre Terwesten, concer- 
nant des œuvres de Corneille de Heem. Ainsi on adju- 
gea, le 10 mai 1713, à la Haye, à 6 florins, un tableau 
agréablement peint par notre maître, et représentant 
une table chargée de fruits ; il faisait partie de la 
collection de Corneille van Dyck (i). Deux petites 
compositions de fleurs valurent 18 florins, à la vente de 
Henri Trip, un des directeurs de la compagnie des 
Indes orientales, qui eut lieu à Amsterdam, le 11 mai 
1740. Le maître y était nommé Nicolas (Claas) de 
Heem. — Une table chargée de fleurs et de fruits rap- 
porta 40 florins, à la vente du cabinet du comte van 
Hogendorp, tenue à la Haye, le 27 juillet 175 1. Le 
catalogue des tableaux de Marie Beukelaar, douairière de 
Messire Halungius, envoyé du duc de Saxe-Cobourg- 
Gotha, et du peintre Antoine de Waart mentionnait 
quatre œuvres de Corneille de Heem. Des fruits, com- 
position haute de 2 pieds 3 pouces et large d'un pied 
9 pouces ; deux peintures de fruits et de fleurs, d'une 
hauteur de 2 pieds et de 4 pouces et d'une largeur d'un 
pied et de 11 pouces, et un tableau de fleurs, haut de 
2 pieds 2 pouces et large d'un pied 8 1/2 pouces. Le 
premier fut adjugé à la Haye le 19 avril 1752, à 7 
florins, 5 sous, le deuxième et le troisième, à 25 florins, 
et le quatrième à 11 florins (2). 

(i) Gérard Hoet. Cataîogus of naamlyst van schiîderyen, met der- 
\elver pry:^en, eni. 's Gravenhage, MDCCLII, T. I, p. 160, n" 11. 

(2) Op. cit., T. II, p. 5, no 10, p. 301, n° 28, p. 513, 11° 24, p. 
316, nos 29 et 35. 



- 255 — 

Les catalogues de Pierre Terwesten mentionnent les 
productions suivantes de Corneille de Heem. Un tableau 
de fruits vendu 25 florins; deux tableaux de fleurs, 
ensemble 23 florins, à la Haye, le 3 mai 1729 ; un 
tableau de fruits, 17 florins 15 sous^ dans ladite ville, 
le 15 juillet 1749 ; deux compositions de fleurs et de 
fruits, 20 florins à Amsterdam, le 2 avr^^ i754; ^es 
fruits, 19 florins, à Anvers, le 11 juin 1754; ils fai- 
saient partie de la collection du peintre et marchand 
d'objets d'art J. Siebrechts. Des fleurs et des fruits, 
production haute de plus de 2 pieds et large d'au-delà 
de 2 pieds 5 pouces, 30 florins 10 sous, à Utrecht, à la 
vente du conseiller et ancien bourgmestre Jean-Jacques 
van Mansveldt, le 8 avril 1755; une nature morte, 16 
florins à Amsterdam, le 11 mai 1756 ; deux tableaux de 
fruits, 10 florins dans la même ville, le 18 mai 1756 ; 
des fruits, 41 florins 5 sous, à la Haye, en juillet 1756, 
à la vente Arnould Borwater, etc., une guirlande de 
fleurs et de fruits, haute 3 pieds 6 pouces, large 3 
pieds, II florins 5 sous, à Bruxelles,, le 22 mai 1758, 
à la vente Martin Robyns ; des fruits, peinture haute de 
2 pieds 3 pouces, large de 19 pouces, 80 florins; d'au- 
tres fruits, toile haute de 18 pouces, large de 2 pieds 2 
pouces, 32 florins, dans ladite ville, le 22 mai 1758, à 
la vente du chevalier Augustin de Steenhault ; un tableau 
capital représentant des fruits de toute espèce, haut 5 
pieds et large de 6 pieds 9 pouces, à 102 florins, argent 
courant de Flandre, à Gand, le 26 octobre 176 1, à la 
vente de M, Gaspard d'Heyne, seigneur de Leeuwer- 
ghem, Elene, etc. ; un beau tableau de fleurs, haut de 
23 pouces, large de 7 1/2, 31 florins, à la Haye, le 5 
avril 1762, à la vente du peintre Jean-Guillaume Franck; 



— 25<5 — 

deux tableaux de fleurs, très-achevés, 15 florins 5 sous, 
à Rotterdam, le 26 avril 1762, à la vente de l'ancien 
bourgmestre Henri Gevers, seigneur de Piershil ; deux 
peintures sur panneau ayant pour sujet une table char- 
gée de fruits, hautes de 17 pouces, larges de 14, ensem- 
ble 20 florins ; une vigne chargée de raisins, exécutée 
sur toile, haute de 26 pouces, large de 24, 15 florins, à 
Amsterdam, le 5 juin 1765 ; un feston de fleurs et de 
fruits, sur toile, haut de 25 pouces, large de 21, 42 
florins, à Amsterdam, le 19 juin 1765, à la vente 
Pierre-Léonard de Neufville, le vieux. Un tableau de 
fleurs et de fruits, exécuté par Jean de Heem, y fut 
payé 1075 florins. Un beau tableau de fleurs sur toile, 
haut de 26 pouces, large de 20, 30 florins, à Louvain, 
le 10 septembre 1765, à la vente du grefiier de cette 
ville, T.-B. t' Santels ; des fruits, composition haute de 
18 pouces, large de 15, 42 florins; des fleurs dans un 
vase de verre, peinture haute de 17 pouces, large de 
14, 25 florins; son pendant de mêmes dimensions, 17 
florins, à Leiden, en septembre 1766, à la vente Cathe- 
rine Backer, veuve Alard de la Court ; enfin un tableau 
de fleurs, 12 florins, à Amsterdam, le 19 mai 1767, à 
la vente Arnould Leers, seigneur d'Amyden et échevin 
de Rotterdam (i). 

Les listes que nous venons de communiquer ne dé- 
montrent que trop à quels prix généralement dérisoires 

(i) PiETER Terwesten. Catdogus of naamîyst van schilâeryen, met 
deridver pry^en, en^. 's Gravenhage, 1770, p. 8, n°^ 99 et 100, p. 56, 
no 65, p. 87, no 62, p. 94, no 115, p. 125, no 62, p. 144, no 109, 
p. 147, no 26, p. 15s, no 47, p. 195, n" 163, p. 196, no^ 13 et 14, 
p. 241, n» 42, p. 248, no 54, p. 251, no 25, p. 467, nos 17, 18 et 
19, p. 471, no 39, p. 485, no 9, p. 56), nos 208, 209 et 210, p. 604, 
no 138. 






— 257 — 

s'adjugeaient, au siècle dernier, dans les Pays-Bas, les 
œuvres du fils et de l'émule de Jean de Hecm. Nous 
les aurions passées sous silence, si les catalogues qui les 
mentionnent ne méritaient toute confiance, et si ceux-ci 
étaient rédigés à la façon de certaines notices modernes 
de ventes, où l'on n'a pas honte d'imposer de grands 
noms à d'abominables croûtes et d'ajouter parfois des 
légendes mensongères à la description de celles-ci. 

Le catalogue de la collection renommée du chanoine 
noble gradué de la cathédrale d'Anvers, Pierre-André - 
Joseph Knyfi", qui fut vendue en cette ville, au mois de 
juillet 1785, signalait deux tableaux de Corneille de 
Heem. L'un représentait des fruits suspendus dans une 
niche, à savoir des grappes de raisins, des oranges, un 
citron, des prunes et quelques fleurs. 

Cette peinture sur toile d'un beau fini et bien groupée, 
haute de 22 pouces et large de 19, rapporta 35 florins, 
outre les frais de vente. L'autre, des fruits et des fleurs 
dans une niche, suspendus par un ruban à un clou, et 
qui était animée de quelques insectes, valut 15 florins 
10 sous, sans les frais. Elle était exécutée sur toile, haute 
de 23 pouces et large de 18 1/2 (i), et fut acquise par 
le sieur Steber, de Vienne, en Autriche. 

L'auteur de cette biographie possède aussi un tableau 
de Corneille de Heem. Il représente des fruits et un 
verre posés de la manière suivante, sur une tablette de 
pierre grise. A droite, une orange amère cueillie avec la 
branche qui la portait et qui est chargée de deux fruits 
encore verts, de boutons de fleurs et de feuilles : sur cet 
entourage se détache l'orange, au devant de laquelle 

Ci) Catalogue cité. Anvers, 1785, p. 5, no 15, p. 76, n» 237. 

17 



— 258 — 

sont placés deux morceaux découpés d'une autre orange, 
qui lui servent de repoussoirs. L'un de ces morceaux 
d'où s'échappent une couple de gouttelettes, on ne peut 
plus naturellement peintes, laisse voir ses pépins et le 
jus qu'il recèle à l'intérieur. Un grand citron, découpé 
en partie et dont la pelure est superbement repliée, sert 
de centre à toute la composition. Ce limon est exécuté 
si artistement, que l'œil peut se rendre compte de ce 
que le fruit renferme, à l'endroit entamé. Le blanc d'une 
huître ouverte fait ressortir les tons chaudement dorés 
du citron, tandis qu'une gouttelette descend lentement 
d'une des écailles. Quatre abricots, dont deux tiennent 
encore à leur branche, sont disposés de façon à faire res- 
sortir une grappe de raisins bleus, posée derrière trois 
d'entre eux, et une autre de raisins blancs, dont l'avant- 
partie s'étale sur le rebord de la tablette. Elle se trouve 
quasi sur la ligne du quatrième abricot, qui a subi les 
atteintes des insectes et pend un peu plus bas avec une 
autre branche ornée de son feuillage. Les raisins bleus 
sont restés attachés au sarment de la vigne, et leurs 
feuilles merveilleusement exécutées, comme celles du 
dernier abricot, se détachent en partie sur un verre à 
moitié rempli de vin. Près des raisins blancs est posée 
une belle pêche, qui les sépare d'une grappe de raisins 
rouges, dont une feuille reçoit la visite d'un charançon. 
Quelques noisettes et des mûres noires et une rouge 
surmontent les dernières grappes. Tous ces fruits sont 
dessinés et peints avec un art extrême, les raisins bleus 
sont d'un velouté admirable, les blancs et les rouges 
d'une transparence telle que le regard discerne ce que 
renferme leur enveloppe. Ce chef-d'œuvre peint sur 
toile, mesure en hauteur 44 centimètres, et 63 en lar- 



— 259 — 

geur. Il est signé sur la partie antérieure de la tablette : 

C. D. H. f. 

Le C de ce monogramme affecte la forme singulière 
qui a causé la méprise de J. Immerzeel junior, lorsqu'à 
la page 280, 2^ colonne, du tome III de son ouvrage 
suffisamment connu, il l'attribuait h Jean de Heem, 
L'auteur néerlandais s'est imaginé sans doute que le C 
en question, qui ressemble à première vue à un G 
était l'initiale de l'italien Giovanni, ou Jean. Une simple 
comparaison d'un tableau de Corneille de Heem avec 
une œuvre de son père, l'aurait convaincu de son 
erreur, qui étonne de la part d'une personne adonnée 
au commerce des œuvres d'art. 

Il nous resterait, pour terminer cette biographie, à 
indiquer l'année du décès de notre maître. Malheureu- 
sement nous devons dire, à notre grand regret, que cette 
date n'est pas connue jusqu'ici. M. Mart. Nijhoff nous a 
informé que le manuscrit de la société Pictura à la Haye, 
appartenant actuellement à M. Jean Weissenbruch, ne 
renferme que ces mots, placés en marge de l'engage- 
ment du I juin 1678, dont nous avons parlé ci-dessus : 
« Obiit ; nihil. » Ainsi la confrérie P/V/wm n'apas touché 
les 25 florins, que Corneille de Heem s'était engagé à 
lui faire payer, à sa mort. Celle-ci eut lieu probablement 
à la Hâve même, la dernière résidence connue de notre 
artiste, (i) 

(i) Cette notice est datée du 21 novembre 1874. 



?$î?VW^fY^?¥V?^rî^?^^^?^??^^^?^?^f^4^ 



David de HEEM HI 
(1663-17. . ?). 

55^ e fils de Corneille de Heem et de Catherine 



ttV S]^<| Pauwens naquit, comme nous l'avons vu, à 
'^«fe^^ Anvers, et y fut tenu sur les fonts baptismaux 
de l'église S* Georges, le 27 février 1663, par Jacques 
Laureyssens, au nom de Jean de Heem, aïeul de David III, 
et par Susanne-Catherine Rogiers, représentant Claire- 
Marie Pauvv^ens. 

David de Heem III embrassa la carrière paternelle et 
suivit, sans nul doute, Corneille de Heem, lorsque cet 
artiste alla s'établir à la Haye. Il y a tout lieu de croire 
aussi que celui-ci lui enseigna la peinture. Campo 
Weyerman, qui n'a pas su le prénom de notre colo- 
riste, et qui le fait naître à tort dans la capitale de la 
Néerlande, nous apprend qu'il fut un bon peintre de 
fleurs et de fruits : il le met, pour ainsi dire, sur la 
même ligne que Corneille de Heem, qu'il désigne à tort 
comme son oncle ou son grand-oncle. Ce n'est pas là, 
du reste, un éloge complet de sa part, à en juger par 
ce qu'il rapporte de contradictoire relativement à Cor- 
neille de Heem, à la fin du tome I de son pamphlet en 
quatre volumes (r). L'auteur hollandais ajoute que David 



(i) Jacob Campo Weyerman. De levensbeschryving der Nederïand- 
sche konstschilders en konstschilderessen. T. I, p. 411. 



— 2él — 

de Heem III n'avait guère de vigueur dans sa manière 
de peindre et que l'ordonnance de ses tableaux ne dé- 
passait guère la médiocrité. Il occupait, dit-il, deux 
chambres dans la rue de Long Acre d'un des faubourgs 
de Londres, chez un paysagiste de talent. Celui-ci 
peignait les avant-plans et les ciels de ses tableaux de 
fleurs et de fruits et les ornait de ses vues champêtres. 
L'écrivain cité, à qui ses calomnies et ses autres méfaits 
valurent une détention perpétuelle (i) et qui souillait 
tout ce qu'il touchait, n'a pas épargné David de Heem 
m. Dans une phrase à double sens, il le dépeint comme 
un étourdi ou un libertin (2). Campo Weyerman aurait 
bien fait de garder pour lui-même cette dernière épithète, 
lui qui avoue cyniquement qu'il fut et qu'il était encore 
un grand coureur de filles (3). 

David de Heem III fut reçu, en 1693-1694, dans la gilde 
anversoise de S' Luc, en qualité de peintre fils de maître. 
Le compte du 18 septembre 1693 au 18 du même mois 
1694 mentionne un paiement de 21 florins, fait par 
notre artiste, y compris la remise d'une promesse de 
solde, pour son admission dans la caisse de secours 
mutuels de la confrérie. Mais une note placée en marge 
de ce poste, nous apprend que le maître ne fit pas 
néanmoins partie de ladite caisse (4). 



(i) J. Immerzeel, Junior. De levens en werhen der Hollanische en 
Vlaamsche kunstschilders, beeldhouwers, graveurs en houwmeesters. T. III, 
p. 231. 

(2) Op. cit., T. III, p. 387. 

(3) Ibid., T. III, p. 297. 

(4) Ph. Rombouts et Théod. Van Lerius, avocat. Les Uggeren 
et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc. T. II, 
pp. 564 et 569. 



— 262 — 

Nous ne savons jusqu'à quelle époque David de Heem 
m continua d'habiter sa ville natale. Mais des actes 
authentiques nous apprennent qu'il épousa Anne-Marie 
Kok ou Cock ; nous ignorons du reste en quel endroit 
et en quelle année. Il est certain, en tout cas, que l'ar- 
tiste habitait la Haye, en 1697, puisque le 17 novembre 
de cette année-là, son fils Gérard fut baptisé dans la 
grande église de cette ville, ayant pour témoins Gérard 
van den Blok et Béatrix Pi j fer (i). 

Ce baptême avait été administré d'après le rite pro- 
testant : c'est ce qui résulte des registres de la cathé- 
drale d'Anvers, quartier sud. Ces livres nous apprennent, 
en effet, que le 26 décembre 1713, Gérard de Heem, 
alors âgé de 16 ans accomplis, après s'être vu suppléer 
les cérémonies du premier des sacrements,, avoir été 
catéchisé et avoir émis sa profession de foi, y fut bap- 
tisé sous condition. Michel Bels, son parrain, ajouta le 
nom de son patron à celui de Gérard ; le jeune homme 
eut pour marraine sa grand' tante Hildegonde de Heem, 
fille du célèbre Jean et d'Anne-Catherine Ruckers. 

Gérard-Michel de Heem se maria deux fois, à An- 
vers. Il eut des enfants de sa première union contractée, 
à S' Jacques, le 10 avril 1720, avec Isabelle-Marie 
Hosti. Sa descendance existait encore à Anvers, en 1794, 
puisque, le 18 mai de cette année-là, on baptisa, à S'^ 
Walburge, Marie-Pétronille-Joséphine de Heem, son 
arrière-petite-fille (2). 



(i) Communication faite en 1869, par M. E. B. baron Wittert 
van Hoogland, officier de l'état-civil à la Haye, à M. J.-C. van Put, 
bourgmestre d'Anvers, qui a bien voulu nous la faire transmettre- 

(2) Marie-Térèse-Catherine de Heem, petitc-fiUe de Gérard-Michel, 
épousa, à Ste Walburge, le 15 février 1792, Jean-Joseph Willebors. 



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— 263 — 

Nous ignorons si David de Heem III a eu d'autres 
enfants que Gérard-Michel. Quant à ses œuvres, nous 
devons avouer que nous n'en connaissons aucune, avec 
certitude. Nous prions, du reste, le lecteur, de vouloir 
bien se rappeler ce que nous avons dit dans la vie de 
David de Heem, le vieux, des tableaux que Kramm 
attribue à ce maître, et qui pourraient bien avoir été 
peints par son arrière-petit-fils. 

Le lieu et l'époque du décès de David de Heem El 
nous sont inconnus. Nous sommes seulement à même 
de dire que le maître ne mourut pas à la Haye : c'est 
ce qui résulte des recherches qui eurent lieu dans cette 
ville, en i869.Campo Weyerman rapporte qu'il le quitta à 
Londres, dans un état d'assez grande faiblesse, maladif et 
à moitié perclus, d'où il supposait en 1729, que l'artiste 
était déjà décédé à cette époque. L'auteur cité nous 
apprend ailleurs que son voyage en Angleterre eut lieu 
en 1718 (i) : ce serait donc vers ce temps qu'il faudrait 
placer la mort de David de Heem HI. 

Nous avons vu ci-dessus que ses descendants exis- 
taient encore à Anvers, en 1794, et nous sommes 
persuadé que si nous avions voulu poursuivre nos 
recherches jusqu'au siècle actuel, nous les y aurions 
rencontrés encore. Mais comme la famille de Heem 
n'intéresse plus l'histoire, après David m, nous nous 
sommes arrêté au fils de ce maître, sans faire usage 
des notes que nous avons recueillies dans les anciens 



L'acte de mariage constate qu'elle ne savait pas signer. Cette im- 
possibilité prouve que la situation financière des de Heem ne devait 
pas être fort brillante à cette époque. 
(i) Op. cit., T. m, pp. 387 et 323. 



— 204 — 

registres de nos paroisses, relativement aux enfants et 
descendants de celui-ci (i). 

Sources : Registres des paroisses d'Anvers et actes de l'état civil 
d'Utrecht, de Leiden et de la Haye. — Ph. Rombouts et Théod. 
Van Lerius : L&s Li^geren et autres archives historiques de la gilde 
anversoise de Saint Luc. — Registres de la confrérie des artistes de 
la Haye connue sous le nom de Tictura. — Archives de la ville 
d'Anvers. 

(i) Cette notice est datée du 24 novembre 1874. 



FIN DU TOME I. 



^t; ?stî î^t/î ^A îsl/; ^A îstî î\t/î ^tî ?st/î ^A îst; îst^ ?st/î ?st4 Kt; î\t/î îst/4 

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TABLE. 



PAG. 

Préface v 

Abbé (Henri) 1639-17...? i 

Abts (Gautier) 1582 ?-i642-i643 6 

Adriaenssen (Alexandre) 1 587-1661 I2 

Aenvanck (Théodore) 1633-1...? 25 

Antonissen (Henri- Joseph) 173 7- 1794 30 

Blanckaert (Jean) 1590-16... ? 42 

Blanckaert (Antoine) 1621-1... ? 50 

Boeckhorst (Jean) 1605-1668 51 

Boel (Quirin, le vieux) 1589-1633 72 

Boel (Jean) 1 592-1640 86 

Boel (Quirin, le jeune^ 1620-166.? 92 

Boel (Pierre) 1622-1674 ? 107 

Boel (Jean-Baptiste) 1650?- 1688-1689 122 

Boel (Balthasar-Luc) 1651-1702-1703 129 

Cocx (Gonzalve) dit Gonzalo ou Gonzales Cocques 16 14-1684. 132 
La famille d'artistes de Baellieur (Louis de Baellieur, le vieux) 

i5..?-i66o 174 

de BaelHeur (Corneille, le vieux) 1 607-1 671 181 

de BaeUieur (Corneille, le jeune) 1642-1687 188 

de Baellieur (Louis II) 1612-1663 190 

de Baellieur (Abraham I) i620-i624?-i67i-i672 192 

de Balliu (Pierre) 1612-16...? 196 

de BaUiu (Bernard) 1641-1 ? 202 

de Balliu (Pierre-François) 1644- 1726- 1727 205 

Les peintres de Heem 211 

de Heem (David, le vieux) i570?-i632? 213 

de Heem (David II) I.. .?-i ... ? 217 

de Heem (Jean) i6oo?-i683-i684 219 

de Heem (Corneille) 1631-16..? 249 

de Heem (David III) 1663-17..? 260 



I 



i 



UITTREKSEL 



UIT DE 



Wetten der Antwerpsche Bibliophilen. 



Art. 10. De uitgaven der Maatschappij zullen bestaan uit : 

a. T^rachtexemplareji op ziuaar getint papier, ter perse ge- 

nummerd en den naam dragende van het lid, voor 
wien zij bestemd zijn, alsook de handteekens van den 
voorzitter en van den secretaris. Zij worden gegeven 
aan de Eereledeii en aan de T)ienende leden van het 
Besfuur. 

b. Exemplaren der leden op ~iuaar papier, dragende den 

naam van het lid, en voorzien van de handteekens 
van den voorzitter en van den secretaris. 
(Deze exemplaren zijn in den handel niet verkrijgbaar). 

c. Exemplaren op gewoon papier, voor den boekhandel ge- 

trokken, waarvan het getal en de prijs door het 
bestuur vastgesteld worden. (Van de exemplaren, voor 
den handel bestemd, worden er slechts van 150 tôt 
300 voor elk werk getrokken). 
Het Bulleti'jn der Maatschappij wordt enkel uitgegeven 
op gewoon papier. (De leden der Maatschappij ont- 
vangen het kosteloos. Het wordt aan vast te stellen 
prijs in den handel gebracht). 



UITGAVEN 



DHR 



Maatschappij de Antwerpsche Bibliophilen. 



1878 



7< 

No I . Boek gehouden door Jan Moretus II, als dckon dcr 

S' Lucasgilde (1616-1617) Frs. 2.50 

2. De Antwerpsche Ommegangen in de XlVe en XV-^ 
eeuw, naar gelijktijdige handschriften, uitgegeven 
• door Ridder Léo de Burbure « 1.50 

» 5. De Gebrocders van der Voort en de volksopstand van 
1477-1478. — Verhalen en ambtelijke stukken, 
vergaderd en toegelicht door P. Génard. ...» 4. — 

1879 

» 4. Referéinen en andere gedichten uit de XVh eeuw, 
verzameld en afgeschreven door Jan de Bruyne, 
uitgegeven door K. Ruclens, bewaarder der hand- 
schriften bij de KonihkUjke boekerij te Brussel. — 
le deel » 5.— 

» 5. Chronijck der Stadt Antwerpen, toegeschreven aan 
den notaris Geeraard Bertrijn, uitgegeven door 
Ridder Gust. van Havre » 5.— 

1880. 

» 6. Kihanus latijnsche gedichten, uitgegeven en met een- 

levensbericht voorzien door Max RoosES . ...» 4. — 



Referéinen en andere gedichten uit de XVJe eeuw, ■» 

verzameld en afgeschreven door Jan de Bruyne, 
uitgegeven door K. Ruelens, bewaarder der hand- y 

schriften bij de KoninkHjkc boekerij te Brusscl. — ?' 

IJe deel » 



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BINDING SECT. JUN 61973 



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Lerius, Théodore 


François 


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Xavier van 




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Biographies d 


'artistes 


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anversois 







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