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Full text of "Biographie universelle, ancienne et moderne, ou, Histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes : ouvrage entièrement neuf"

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BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE. 



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» SOL— STO. 



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DE L'IMPRIMERIE D'ÉVERAT, 

EUB DU GIDE** , *«. I& 



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BIOGRAPHIE 

— UNIVERSELLE, 

ANCIENNE ET MODERNE, 



I, M* DINI AIMlrfnQUI, HUTtt FUBUQOE M T*uil DE 

un ihmmu qui n mit fait inUBQtm mi unmi icum, 

1 ACTION, UDU TUWTI, UW VX1T0I ET UVH OUMU. 



tins* pjot um soctfrt zme an in lkttbes et de bâtants. 



,«. 1. Write. (YuLT., 



p—ffa JjUh cr iMUg*. ) 



TOME QUARANTE-TROISIÈME. 




A PARIS, 

CHEZ L. G. M1CHAUD, LIBRAIRE -ÉDITEUR, 
PLACE DES VICTOIRES, M°. 3. 

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BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE. 



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S 



SoLANDER (Daiuel), natura- 
liste, né en 1736 dans la province 
de Nordland , en Suède, où son père 
était pasteur , fit ses études à Upsal, 
et exécuta , aussitôt après , un voya- 
ge, par la Laponic , à Archange! , et 
de la à Saint - Pétersbourg. Revenu 
dans sa patrie, il obtint de son pè- 
re la permission de voyager en An- 
gleterre , avec la recommandation de 
Linné. S'étant trouvé à bord d'un 
raisseau de guerre , où il allait voir 
on de ses amis, ce vaisseau reçut 
tout - à - coup Tordre de faire voile 
pour les îles Canaries, afin de s'y 
emparer de quelques prises. On sait 
qu'en pareil cas ces ordres sont vé- 
cûtes immédiatement , et que ljp&Vais- 
seaax auxquels on les transmet fit : 
peuvent aiMcrer un seul iustant ie 
les suivre. Ce fut ainsi que SoJan r 
der fit un voyage fort long. Il eut liiéV- 
me une part de matelot dans le par- 
tage des prises que le vaisseau fit 
<Lns sa tournée; mais il employa 
r-Dcore plus utilement son temps , eu 
foimmt des collections d'histoire 
wturelle , et eu donnant des leçons 
»!<■ cette science à des jeunes gens de 
distinction. A son retour en Angle- 
terre , il fut nommé suppléant au inu- 
sec britannique , puis admis à la so- 

XL11I. 



ciété royale de Londres. En 1 768 , 
sir Joseph Banks lui proposa d'ac- 
compagner avec lui le célèbre Cook 
dans son voyage autour du monde. 
Il lui assura , pour cela, la jouissan- 
ce d'une rente viagère de quatre , 
cents livres sterling , et obtint que sa 
place au musée britannique lui serait 
conservée pendant son absence. So- 
lander revint au bout de trois ans 
( 1 77 1 ). Il obtint bientôt l'emploi de 
sous-bibliothécaire au musée, et s'oc- 
cupa de mettre en ordre la collection 
de plantes de son ami Banks , en 
même temps qu'il faisait la descrip- 
tion (Je? plants* nouvellement décou- 
Vef tcs«'D£ins *&drsmière navigation, 
iPavau touche au cap de Bonne-Es- 
pérArice \ if communiqua les plantes 

?Vj) y. si tait recueillies à son maître 
^iiii!)é.£)a&sJe nombre celui-ci en trou- 
t>^<tjii£^uî*prèscntait des caractères 
'singuliers: ne croyant pas avoir une 
meilleure occasion pour récompen- 
ser le zèle de son disciple , il donna 
le nom de solandra au genre qu'il en 
forma. C'était en 1769$ mais en 
1781 , Linné fils ayant reçu de Thun- 
berg de nouveaux documents sur cet- 
te plante, il la reconnut comme fai- 
sant partie du genre hydrocotyle ; 
ainsi le nom de solandra ne fut plus 




3 SOL 

(jne spécifique : mais Murray , fiche 
de voir que son ami particulier fut 
prive de l'honneur qu'on lui avait 
fait, transporta son nom au nouveau 
geure qu'il forma d'une plante an- 
nuelle malvace'e , dont les graines 
avaient été envoyées de Bourbon , sa 
patrie , au Jardin-du-Roi, par Com- 
merson , et de là étaient parvenues à 
celui de Goettingue. C'était en 1784; 
mais en 17 85, L'héritier, ia soumet- 
tant à un nouvel examen, la reporta 
au genre Hibiscus; et le nom de So- 
landra se trouva une seconde fois 
sans destination, lorsqu'enfin Swarts 
l'appliqua à une belle plante de la Ja- 
maïque , qui jusque-là avait été con- 
fondue avec les Datura. C'est donc 
elle qui définitivement a été consa- 
crée à la mémoire de Solander , en 
1787. Ce naturaliste mourutle i3mai 
1781. On a de lui : Description des 
pétrifications trouvées dans la pro- 
vince de Hampshire , et données au 
musée britannique, par Gustave 
Brander , avec des gravures ; ù>4°. 

D— p— s. 
SOLANO ( Le marquis F. M. del 
Sogorro ) , était fils de l'amiral de ce 
nom, qui commanda les escadres espa- 
gnoles dans la gucfcre tf:\ iner\qj!e ^et ÇP&* en 1808. Ses anciens rapports 
dans celle de la rèyo}lptîou - fr aV Ç a i^V./ av *?l* généraux français , et iTiesi- 
qui reçut le titre de marquis ciel Sp- % tatfcfe qu'il montra à leur approche, 
corro pour avoir amené; rdahi„t)p J tt* firent bientôt soupçonner d'intelli- 
moment pressant, im - seibufs , tKci«ifj. # gCnces coupables. La nouvelle junte, 
qui fut ensuite nomnfe , c3jjJit^me> , tte>": formée à Séville , lui ayant alors en- 
néral des armées dc<raetf/ctmQi£» Vqjéun commissaire, pour qu'il fît un 
rut octogénaire à Madrid , en avril mouvement avec les troupes sous ses 



SOL 

beaucoup d'admiration pour les ar- 
mées françaises, demanda au Di- 
rectoire exécutif , ainsi que son frè- 
re ( don Stanislas ) , la permission 
de servir , comme volontaire , dans 
l'armée du Rhin , que commandait 
Mo r eau. Cette permission lui ayant 
été accordée, il lit , sous les ordres de 
ce général , la campagne de 1796 , 
qui fut terminée par la mémorable 
retraite de la Bavière. Lorsque Char- 
les IV déclara la guerre à l'Angle- 
terre , en 1797 , les deux frères So- 
lano eurent ordre de rejoindre les 
troupes du camp de Saint- Roch , et 
ils adressèrent au Directoire des re- 
mercîments pour la permission qu'ils 
en avaient reçue , et donnèrent, dans 
leur lettre , de grands éloges à l'ar- 
mée française et à son modeste gé- 
néral. Le Directoire à son tour les fé- 
licita ; dans sa réponse , de rattache- 
ment qu'ils avaient montré pour la 
cause française. Quelques années 
après son retour , le marquis de So- 
lano fut nommé capitaine-général de 
l'Andalousie , et gouverneur de Ca- 
dix. Il occupait ces emplois im- 
portants . avec le crade de lieutenant- 
général , lors de l'invasion de l'Espa- 



1806. Son fils , sujet de cet ar- 
ticle , lui succéda dans ses divers ti- 
tres, et fit, avec beaucoup de distinc- 
tion , les campagnes de 1 793 , 1 794 
et 1 795 , aux armées des Pyrénées. 
Lorsque le roi d'Espagne eut con- 
clu la paix avec la république fran- 
çaise , le jeune Solano , qui était ma- 
réchal de camp , et qui avait conçu 



ordres , ce commissaire n'en obtint 
que des réponses dilatoires. Enfin la 
populace , de plus en plus irritée , et 
voyant que le gouverneur n'avait fait 
aucun prépara tif pour solenniser, se- 
lon l'usage , la fète du nouveau roi 
Ferdinand VII , força les portes de 
sa demeure , le traîna dans la rue et 
l'y massacra sous les yeux de sa fa- 




SOL 

mille , le 28 mai 1 808. Cet assassinat 
fut le signal d'un soulèvement gênerai 
en Espagne ; et ce fut par là que com- 
mença la terrible guerre qui devait 
être si funeste à la puissance de Buo- 
napartc. M — d j. 

SOLARI ( Joseph - Grégoire ), 
littérateur génois, ne, en 1787 , à 
Ghiavari , d'une ancienne famille , 
se voua de bonne heure à l'étafec- 
clésiastique , et entra dans la congré- 
gation des écoles pies , où l'étude 
était un devoir. Appelé au collège 
des Tolomei, à Sienne, il y enseigna 
les mathématiques, et il eut ridée de 
traduire les Géorgiques , dans le but 
d'inspirer à ses élèves le goût de l'a- 
griculture. Il se proposait d'ajouter 
à chacun des quatre livres de Virgile 
un supplément en prose , pour expli- 
quer les nouvelles pratiques; et ce 
résumé de l'économie moderne, rap- 
proché du tableau de l'ancienne, au- 
rait rendu la lecture des Géorgiques 
aussi utile qu'elle est agréable. Solari 
renonça ensuite à ce travail, dont 
la pensée pourrait produire encore 
un bon ouvrage. Cédant aux. offres 
de deux de ses élèves, Ruspoli et 
Ghigi, qui l'engageaient à les suivre 
à Rome , il eut occasion d'y être 
apprécié par Pie VI, qui le nom- 
ma examinateur et théologien de 
Tordre des Piaristes; mais les suites 
de la révolution française, qui s'é- 
tendirent bientôt à la capitale du 
monde chrétien , vinrent troubler le 
repos de Solari. Lors de la création 
de la république romaine, il accepta 
la place de commissaire dans un des 
départements ; et enveloppé dans la 
chute de ce gouvernement éphémère, 
3 fut arrêté et envoyé sous escorte à 
Livourne. Ce fut dans les prisons de 
cette ville qu'il traduisit quelques 
Psaumes ; et , privé d'encre , il ne put 
b écrire qu'en détrempant la rouille 



F 



SOL 3 

des çrilles qui le tenaient enferme. 
A peine eut-il recouvré sa liberté, qu'il 
rentra au sein de sa famille, où il 
artagea son temps entre l'étude de 
'agriculture et les devoirs de son 
état. En 1804, on I e nomma pro- 
fesseur de langue grecque à l'umver 
site de Gènes; et il fut décoré de la 
croix de la Légion-d'Honncur. Il lut 
plusieurs Mémoires à l'institut ligu- 
rien , dont il était membre , et rem- 
plit, pendant quelques années , les 
fonctions de secrétaire de la société 
de médecine et d'émulation. Depuis 
1810, il avait commencé à publier 
ses Traductions poétiques de V irgile , 
d'Ovide et d'Horace, en prenant 
l'engagement de ne point dépasser le 
nombre devers du texte, qu il devait 
reproduire presque mot pour mot. 
Cette condition, capable d'effrayer 
l'homme le plus habile, ne le décou- 
ragea ga^s. Solari, qui se flattait de 
Ï)Ouvoir jutter contre la concision de 
a langue latine, en multipliant les 
locutions poétiques et les élisions, 
si communes dans la langue ita- 
lienne, se créa de nouvelles diffi- 
cultés dans la version des Bucoli- 
ques, où il varia les mètres , et en- 
tremêla aux vers blancs les vers ri- 
mes. A le juger sans prévention , 
on doit convenir qu'en mettant , 
pour ainsi dire , la langue italienne 
aux prises avec la langue latine, So- 
lari Va enrichie de plusieurs tours 
heureux, et que, dans les Odes d'Ho- 
race surtout, il a fait preuve de beau- 
coup de talent , en maniant des mè- 
tres difficiles, pour donner, s'il se 
peut, à la copie l'élan, le mouve- 
ment et l'énergie de l'original. Il faut 
avouer, d'un autre coté, que ces tra- 
ductions, qui ont le mérite de la fidé- • 
lité lorsqu on les compare au texte , 
semblent froides , guindées et même 
barbares , quand on les lit séparé- 

1.. 




4 SOL 

ment. En effet, il est presque impos- 
sible de conserver, au milieu de tant 
d'entraves , cette démarche libre et 
majestueuse qui forme le caractère 
principal des grands poètes de l'an- 
tiquité'. Cette entreprise , qui ne pa- 
rut alors que hardie, est tout - à- 
fait condamnée aujourd'hui. Il pa- 
raît pourtant que Solari ne fut pas 
mécontent de ses essais , puisqu'il 
les continua sur les ouvrages d'Ho- 
mère, de Catulle, sur la chevelure 
de Bérénice, les Odes de Sapho, 
etc. Mais ces derniers travaux n'ont 

Cas été publiés, non plus que les 
'raductions de Perse , de Juvcnal 
et des quatre premiers livres de la 
Thébaïae de Stace. Solari mou- 
rut le 12 octobre 181 4- Ses ouvra- 
ges sont : I . Le Bucoliche t le Geor- 
pche , traduites de Virgile , Gènes , 
1810, in - 8°. 11. L'Énei(Tèi L iA}\à. , 
1810, a v. iu-8MIl.LePtfki><f 0- 
razio, ibid., i8ï i^v.in^S^.lV.Ze 
Metamorfosi d' Ovidio, ibid., 1 8 1 4 > 
3 vol. in - 8°. V. Alcivni Salmi e 
Cantici, trad. de la Bible, Turin, 
1 8 16, in- 12. A — g — s. 

SOLARIO (Antoine), peintre, 
plus connu sous le nom de Zinçaro 
(i) , naquit , en i38* , à Cività près 
de Cihicti,dans les Abruizcs. Il s'était 
rendu à Naplespour y exercer le mé- 
tier de chaudronnier, lorsqu'un jour, 
appelé à réparer quelques vieux us- 
tensiles de cuisine , il fut frappé de 
la beauté d'une jeune personne, qu'on 
lui dit être la fille du peintre Colan- 
tonio dcl Fiore. Il osa prétendre à sa 
main; et le père, qui s'amusa d'abord 
de la simplicité de ce garçon , pressé 
par ses instances , crut s'en débar- 
rasser en lui disant que sa fille ne 
* serait la femme que d'un peintre. Le 

(•; yingmrv ou Zinçano nt le nom que 1rs II* 
lima donnent au* Bohrnvau qui eierccnt le mé- 
tier <U 1 b^ndrtiuiiter* ■tubuUut». 



SOL 

ebaudronier demanda et obtint dix 
ans pour le devenir; il .quitta sou 
enclume, et ne rêva plus qu'à ma- 
nier le pinceau. Son premier soin 
fut de se choisir un bon maître , et il 
alla le chercher jusqu'à Bologue, où 
il avait eutendu dire qu'un certain 
Lippo Dalmasi était très -habile à 
former des élèves. Après sept années 
d'un travail opiniâtre, il quitta l'ate- 
lier de cet artiste , et se mit à par- 
courir l'Italie , étudiant partout les 
ouvrages des grands peintres , avec 
lesquels il ne manquait jamais de se 
comparer. Lorsqu il eut acquis la 
conviction de son talent , il revint à 
Naples, et se cachant sous un nom sup- 
posé , ïY s'offrit à la reine pour exé- 
cuter son portrait. Le succès de ce 
premier ouvrage lui donna le droit 
de se présenter à Fiore , pour récla- 
mer 1 accomplissement de ses pro- 
messes. Les vœux de Solario furent 
satisfaits , et cette-passion qu'il avait 
conçue en un jour, le rendît pein- 
tre k jamais (2). Ce fait, tout extraor- 
dinaire qu'il puisse paraître, n'est pas 
sans exemple ( F. Messis, XXVIII, 
44^)*La singularité de son histoire, et 
son mérite réel en peinture contribuè- 
rent également à répandre sa célébrité. 
Les Bénédictins de Naples le char- 
gèrent de décorer les chambres de 
leur noviciat de Montoliveto ; les Do- 
minicains lui demandèrent une des- 
cente de croix pour leur chapelle de 
Saint- Thomas ; et les chanoines de 
Latran lui donnèrent le sujet d'un 
grand tableau pour le maître-autel de 
Saint-Pierre ad Aram. Solario pro- 
fita de cette dernière occasion pour 
placer son portrait et celui de sa 
femme au milieu d'un groupe de 
saints dont il avait entouré la Vierge. 

(t) Il esirte unecottWdie italienne, intitulée : J> 
Fvixe. delta Zitiçan yit/on , par M. Geoviavt , 
Kaplee, 182$ » in*i«. 




s 

F, 



SOL 

Mais son plus bel ouvrage est celui 
Qu'il entreprit dans le couvent de 
Saint - Sévérin , à Naplcs , ou il dé- 
roula autour d'un cloître la vie de 
saint Benoît , travail que quatre siè- 
cles d'abandon n'ont point encore 
efface. Son projet avait été d'abord 
de peindre au clair - obscur ; mais 
s'étant aperçu que la première fres- 
que n'avait pas assez frappé ces bons 
religieux que la curiosité , bien plus 
e l'amour de l'art , attirait auprès 
e ses échafaudages , il résolut d em- 
ployer les couleurs , et il rehaussa le 
bnil de chaque tableau par des pav- 
ages dont rien n'égale fa vivacité et 
l'harmonie. La même main qui pro- 
menait les pinceaux sur les murailles 
d'un couvent , a enluminé avec une 
finesse remarquable les pages de quel- 
ques bibles , et un manuscrit des tra- 
gédies de Sénèque , que l'on peut en- 
core admirer cher les PP. de l'Ora- 
toire .à Nantes. Solario, qui a échap- 
|ié aux recherches de Vasari , mérite 
d'être rangé au nombre des bons 
peintres, par la belle expression de 
ses têtes , la fraîcheur de son coloris 
et le mouvement de ses figures. Il les 
posait avec beaucoup d'intelligence , 
et elles seraient irréprochables , si les 
mains et les pieds étaient peints avec 
plus de correction : c'est au reste un 
défaut qu'on remarque assez générale- 
ment chez les meilleurs peintres d'une 
époque où les arts commençaient à 
peine à se dégager de la rouille des 
siècles barbares. Solario mourut à 
tapies , en i\55 , laissant plusieurs 
élèves distingués. Voyez de Domi- 
nai , Vite di pittori Napoletani , 
tome i , p. n8. A — g — s. 

SOLDANI ( Jacques), poète sa- 
tirique, ne' à Florence , eu i5^9, ap- 
prit le droit, se livra de bonne heure 
* l'étude des sciences , et fut assez 
heureux pour recevoir des leçons 



SOL 5 

de Gaïïlée. Son instruction et son 
amabi'ilele firent accueillir du grand- 
duc Ferdinand II , qui le nomma 
son chambellan, et le donna pour 
gouverneur à son frère Léopold, 
devenu plus tard cardinal, et fon- 
dateur de l'académie del Cimenta. 
Malgré ces occupations , Soldani 
n'abandonna jamais l'étude : il fré- 
quentait assiduement les sociétés 
littéraires auxquelles il appartenait, 
surtout l'académie Floreuunc, qui le 

Sroclama consul en 160O. Le grand- 
uc lui accorda une plus grande 
marque d'estime en l'élevant au rang 
de sénateur, en 1(337. Censeur aus- 
tère des vices de la société , Soldani 
composa des satires , où il s'etibrça 
d'imiter le style du Dante , dont 
il était admirateur passionné; mais 
trop faible pour s élever à une si 
grande hauteur , il se traîue pénible- 
ment sur les traces de son modèle , 
sans pouvoir jamais l'atteindre. Si's 
satire* au nombre de sept, sont écri- 
tes eu terza rima , initie adopté par 
les satiriques italiens , et qui est celui 
du Dante , dont le poème offre , en 
plusieurs endroits, les premiers et les 
plus beaux essais en ce genre. Les sa- 
tires de Soldani , avant même d'e - 
Ire publiées, avaient été rangées par 
l'académie de la Grusea au nom- 
bre des testi di lingtia. Si l'on ex- 
cepte la quatrième, dans laquelle l'an' 
tcur attaque les ennemis de sou mai- 
tre Galilée , toutes les autres ne con- 
tiennent que des lieux communs con- 
tre les courtisans , les hypocrites , 
les avares , etc. Soldani mourut à 
Florence , le 1 1 avril 1O41 , et sa fa- 
mille s'éteignit dans la personuc d» 1 
Philippe , sou fils , évéquede Ficsoîe. 
Ses ouvrages sont : I. Satire , Flo- 
rence , 17 li , in-H«. , avec un Dis- 
cours préliminaire de Gori , et des 
Notes fournies en grande partie par 




6 SOL 

Bianchini : réimprimées dans la col- 
lection des autres satiriques , de Pog- 
giali, Livourne, 17BO, 7 vol. in-12,. 
W.DeUe lodidiFerdinando 1°. Me- 
dici , orazione recitata nelV aca- 
demia degli Alterati , Florence , 
1609, in-4°. III. Orazione funèbre 
recitata neW esequie di Luigi Ala- 
manni (le jeune), dans les Prose 
Jiorèntine , tome iv , part. 1 , pag. 
46. Il avait aussi compose' un Trat- 
tato délie virtù morali, qui n'a pas 
e'té rendu public. Voyez le Discours 
préliminaire de Gori, et Salvini, 
Fasti consolari. A — g — s. 

SOLDAftI ( Maximilien ) , sculp- 
teur, naquit à Florence , en i65o. 
Son père , qui descendait de l'an- 
cienne et illustre famille des comtes 
Benzi de Figline, ne négligea rien 
pour lui donner une bonne éduca- 
tion ; mais le besoin d'élever une 
nombreuse famille , le força de se re- 
tirer dans une campagne qu'il possé- 
dait à Petriolo. Le jeune Maximilien, 
qui sortait à peine de l'enfance , put 
se livrer alors à son penchant pour 
le dessin , et employait tous ses loi- 
sirs à faire , sans secours, de petits mo- 
dèles en argile , qu'il s'amusait ensuite 
à colorier et à faire cuire. Un capucin 
qui fréquentait la maison , lui ensei- 
gna à prépara les couleurs et à les 
employer. Cette simple indication lui 
•sufht , et il parvint , par ses rares 
dispositions , à peindre sur toile une 
Annonciation de la Vierge, Alors 
un de ses oncles décida son père à 
l'envoyer à Florence. A son arrivée 
dans cette ville , Soldani fit la copie 
d'une terre cuite, représentant Y As- 
somption de la Vierge. Balthasar 
Franceschini , qui vit ce morceau , en 
fut étonné, et conûa le jeune artiste 
à Joseph Arrighi, son meilleur élève. 
Les progrès qu'il fit décidèrent le 
grand -duc Corne III à l'envoyer à 



SOL 

Rome, où il suivit conjointement les 
leçons du peintre Ciro Ferri et du 
sculpteur Hercule Ferrata. Il ne se 
montra pas moins habile graveur de 
médailles y et fut chargé de faire 
l'histoire métallique de la reine de 
Suède Christine, qui se trouvait alors 
à Rome. Cette collection devait se 
composer de cent médailles ; mais 
Soldani, ayant été rappelé à Florence, 
par le grand-duc , ne put en exécu- 
ter que cinq. Il a fait aussi en médail- 
les les têtes des cardinaux Azzolino, 
Chigi et Rospigliosi , et celles de Ciro 
Ferri et d'Hercule Ferrata , ses maî- 
tres. Innocent XI ; frappé de la 
beauté de ces ouvrages , voulut aussi 
qu'il fit sa médaille. C'est alors que 
le grand-duc le rappela près de lui , 
et ce ne fut pas sans regret que l'artiste 
se rendit à cette invitation, qui nuisit 
beaucoup a sa fortune. A son arrivée 
à Florence , il fit le magnifique bas- 
relief delà Décollation de saint Jean- 
Baptiste. Le grand-duc lui accorda 
un logement dans les bâtiments de 
l'ancienne Monnaie , et l'envoya , 
quelque temps après , à Paris, pour 
se perfectionner dans son art. Pen- 
dant son séjour en France, il ob- 
tint jusqu'à trois séances de Louis 
XI V, et grava la tête de ce prin- 
ce sur une médaille de dimension 
extraordinaire, frappée à l'occa- 
sion de la paix , et dont le revers 
représentait Hercule se reposant 
après avoir abattu V Hydre. Il re- 
vint , en 1686, à Florence, où il 
exécuta plusieurs médailles, et une 
foule de petites statues et de bas- 
reliefs en or et en argent , du travail 
le plus exquis et le plus délicat , <jue 
les plus nobles familles de la ville 
s'empressèrent de lui demander. II 
fut alors chargé de faire les magni- 
fiques Candélabres en bronze doré , 
pour l'église de la Sainte* Annonciade 



SOL 

île Florence, et la CluUse destinée à 
renfermer les reliques de sainte Marie- 
Madelêoe de Pazzi. Il fit aussi, pour 
J enlise de Saint-Laurent , un Osten- 
soir magnifique , dont le pied est sou- 
tenu par deux anges. Après la mort 
du grand-duc Corne 111 , Solda ni 
trouva dans son successeur, Ferdi- 
nand , la même protection et la mê- 
me faveur ; et ce prince le décida , 
eu i(k)8 , à épouser la fille de Juste 
Subtermans , habile |>eintre de por- 
traits y attaché à son service. Entre 
tou* les travaux qu'il exécuta pour 
ce prince et pour divers grands sei- 
gneurs, on cite les mausolées de Marc- 
Antoine Zondadari et de don Manuel 
de Vîllena t grand- maître de Malle, 
ainsi que les Las-reliefs , les douze 
bustes et les trois statues eu brouze 
qui lui avaient été demandés par le 
prince Jean-Adam de Lichtenstein 9 
pour sou riche musée de Vienne. Sur 
la fin de sa vie, Soldaui s'était retiré 
dans une campagne qu'il possédait 
à Moutcvarchi. Apres trois ans de 
repos , il fut atteint d'une attaque 
d'apoplexie à laquelle il succomba , le 
n3 février 1740. Son coq>s fut rap- 
porté à Florence, et enterré dans 
l'église de Saint-Pierre- le-Majeur. Il 
avait formé plusieurs élevés habiles , 
|karmi lesquels les plus célèbres sont 
Laurent Webcr , le Selva , et surtout ' 
Jean-Baptiste Foggini. P — s. 

SOLDANI f Ambroise), naturalis- 
te , ne à Prato-Vccchia eu Toscane , 
vers l'année 1 7 3(), sentit naître dans 
le cloître l'amour le plus ardent pour 
l'étude de la nature. Après avoir 
rempli les formalités nécessaires pour 
être adnm dans l'ordre de Saint- 
Romuald , il partagea son temps 
entre les devoirs de son état et les 
recherches géologiques , s'attacbaut 
principalement à examiner ces tes- 
Uccs microscopiques , jadis si dé- 



SOL ' 7 

daignés par les naturalistes , et qui 
figurent maintenant parmi les prou- 
ves les plus positives des anciennes 
révolutions du gloire. Boyle et Wal- 
ker en Angleterre , Fichtel et Moll en 
Allemagne, Biauchi (Janas Plancus) 
en Italie, avaient commencé par leurs 
essais à faire apprécier l'importance 
de cette branche de l'histoire naturel- 
le. Animé du ineme zèle , Soldani se 
proposa d'observer ces myriades de 
coquilles imperceptibles que l'on 
trouve dans les montagnes de Sienne, 
,ct de Volterre. Il lui fallut pres- 
que inventer une méthode pour ana- 
tomiser les pierres qui recèlent les 
dépouilles de ces êtres inconnus et 
auxquelles nous sommes redevables 
de leur conservation. Le premier 
ouvrage qu'il publia sur ce sujet lui 
valut d'un coté la protection du 
grand-duc , qui le nomma professeur 
de mathématiques à l'université de 
Sienne ; et de l'autre les critiques de 
quelques savants , qui lui reprochè- 
rent un certain désordre dans la clas- 
sification des fossiles , et trop peu 
d'exactitude dans l'indication des 
terres dont il les avait retirés. Ces 
reproches sembleraient néanmoins 
peu mérités par celui qui s'était bor- 
né à rassembler des matériaux , pour 
laisser à un autre la gloire de fonder 
un système. 11 sentait l'imperfection 
des anciennes classifications, et c'est 
ce qui l'empêcha de les adopter. Celle 
de Liuné n'était pas assez détaillée 
pour embrasser les nouvelles espè 
ces 7 et quant à la méthode de Millier 
{V, ce uom, XXX, 3q4), établie tout 
entière sur l'organisation des mollus- 
ques, elle ne pouvait pas s'employer 
avec succès , à une époque où l'ana- 
tomic de ces animaux n'avait pas été 
perfectionnée par les nouveaux pro- 
cédés. Soldani ne s'était pas trompé 
sur les besoins réels de là, gcologi»; 




8 



SOL 



et il aima mieux accumuler des faits, 
qu'improviser des théories. Il s'était 
toutefois propose' de donner une 
description géologique , à-peu-près 
comme MM. Cuvier et Brongniart 
l'ont exécutée pour les environs de 
Paris : une partie de ce travail était 
achevée, et Ton ne sait pas ce qui a 

Eu déterminer l'auteur à y renoncer. 
,e talent d'observation qu'il tenait 
de la nature , et qui s'était agrandi 
par l'usage , s'exerça sur une autre 
classe de phénomènes , qui sont du 
ressort de la météorologie. En 1794? 
une pluie d'aérolithes tomba dans 
la vallée de Lucignan d'Asso, près 
de Sienne. Soldani, à qui une de ces 
pierres avait été apportée, lui re- 
connut une nature tout-à-fait étran- 
gère au sol de la Toscane ; et il pu- 
blia une relation contenant ses h y- • 
pothèses sur l'origine de ces subs- 
tances. Sun opinion fut attaquée par 
Santi, Fabbroni, Giovane, Targio- 
ni, Thompson , Spallanzani. Provo- 
qué par d'aussi redoutables adversai- 
res , il donna de nouvelles preuves sur 
la formation récente de ces pierres 
dans l'atmosphère. Ce qu'il y a de re- 
marquable dans la vie de Soldani , 
c'est que tous ceux qui l'avaient d'a- 
bord combattu ont fini par lui ren- 
dre justiee , entre autres M. De- 
nys de Montfort, qui ayant fort blâ- 
mé sa classification, lui a dédié un 
bitome ( Bitomus Soldani); et Tar- 
gioni , qui a nommé Soldanites les 
aérolithes . sur lesquels il avait tant 
disputé. Soldani écrivit encore deux 
Mémoires sur les terrains brûlants 
et sur les tremblements de terre. 
Quoique privé de l'appui de la chi- 
mie moderne , ses conjectures n'ont 
pas été démenties par les progrès ul- 
térieurs de cette science. Cet illustre 
cénobite avait captivé les suffrages 
des savants et l'estime de ses con- 



SOL 

frères. Les premiers le nommèrent 
secrétaire perpétuel de l'académie 
des Fisiocritici de Sienne , et les se- 
conds l'élevèrent à la dignité de gé- 
néral de l'ordre des Camaldules. H 
mourut à Florence , le 1 4 juillet 
1808. Ses ouvrages sont : I. Saggio 
orittografico , ed osservazioni sopra 
le terre nautUichc ed ammonitiche 
délia Toscana , Sienne , 1780", in- 
4°. Modéer y fit des observations , 
auxquelles répondit l'auteur. II. Tes- 
taceographia et zoophytoarapkia 
parva et microscomea , ibia. , avec 
un appendix, 1709-98, 4 vol. in- 
fol. , fig. III. Memoria sopra ilter- 
reno ardente di P ortie o in Roma- 
gna, et di altri simili , dans le tome 
vu des actes des Fisiocritici de 
Sienne. IV. Dissertasione sopra 
una pioggetta di sassi , accaduta 
il 16 giuçno 1794 , in Lucignan 
d'Asso, ibid., 1794 « in-8°. , fig. 
Targioni -Tozzetti publia quelques 
observations dans le tome in du 
Nuovo Giornale de* LetteratL V. 
Rifiessioni sulV articolo di una let- 
tera riguardante lapioggia di sas- 
si y avvew&a in Toscana , dans le 
tome xviii des Opuscoli scelti de 
Milan. VI. Osservazioni apologetir 
che intorno aUapioggia de' Sassi , 
ibid. , tome xix. Les deux derniers 
articles contiennent les réponses de 
Soldani aux remarques de Spallan- 
zani , insérées dans le tom. xviii du 
même Recueil. VII. Storiadi quelle 
Bolidi che hanno da se scagliaio 
piètre alla terra , dans le tome ix 
des actes des Fisiocritici. VIII. Re- 
lazione del terremoto accaduto m 
Siena , il 26 Maggio 1 798 , Sienne , 
1798, in-8'., fig. rqy.Bicc*, Dis- 
corso sopra le opère di Soldani, 
ibid., 1810, m-8°., et l'Éloge de 
ce savant religieux , prononcé par 
Bianchi. A— *•— -s. 




.SQL 

SOLE ( Antoine- Marie dal ), 
peintre , né à Bologne, en 1597, fut 
élève de l'Albane; mais , déterminé 
par son penchant, il s'adonna ex- 
clusivement au paysage, et se fit 
dans ce genre une réputation bril- 
lante. Ses sites y remarquables par 
leur beauté, sont toujours parfaite- 
ment choisis ; il entend très-bien la 
perspective aérienne et linéaire ; ses 
différents plans sont distribués d'une 
manière judicieuse, et son coloris 
est chaud et brillant. Il s'était accou- 
tumé a peindre et à écrire de la 
main gauche, ce qui lui fit donner 
le surnom de Manchino de' paesi, 
Tl mourut en 1684. — Jean-Joseph 
dal Sole, fils du précédent, naquit 
à Bologne, en i054. Élève du Pasi- 
nelli , il ne cessa jamais de faire tous 
ses efforts pour atteindre à la' perfec- 
tion : c'est ainsi qu'il se plaça au 
premier rang des peintres de son 
époque, qu'il vit ses ouvrages re- 
cherchés dans toutes les contrées de 
l'Europe, et qu'il mérita d'être in- 
> ité par les rois de Pologne et d'An- 
gleterre, à se rendre à leur cour. 
Pendant plusieurs années, il adop- 
ta une manière conforme à celle 
de son maître, et il fit plusieurs 
fois le voyage de Venise , pour re- 
tremper son talent aux mêmes sour- 
ces. Cependant il n'atteignit jamais 
à cette fleur de beauté , que le Pasi- 
nelli savait si bien déployer dans ses 
gracieuses compositions; mais per- 
sonne n'a répandu plus d'élégance 
que lui dans certains accessoires, 
tels que la chevelure et les ailes des 
aages, les voiles, les courouncs, les 
armures. Jl parut avoir aussi plus 
de disposition que son maître à trai- 
ter des sujets qui exigent de la force; 
il observa mieux le costume , sa com- 
position fut plus régulière, et il se 
montra plus savant dans l'architec- 



SOL 



9 



turc et dausle paysage. Il a dévelop- 
pé, dans ce dernier genre, un talent 
rare; et l'on regarde comme les plus 
beaux de ses tableaux, ceux qu'il a 
peints à Imola, pour la famille Zappi, 
et qui représentent un Soir, une Nuit 
et une Aurore, Le coloris, l'effet géné- 
ral , tout en est remarquable. Ses au- - 
très ouvrages sont, pour ainsi dire, 
resplendissants de tous les feux de la 
lumière, surtout dans les sujets sa- 
crés et dans les visions célestes , com- 
me , par exemple , dans le Saint 
Pierre d'Alcantara, de l'église de 
Saint- Ange, à Milan, Son faire est 
plus limé et plus exact que celui du 
Pasinelli,nou qu'il n'eût pas une exé- 
cution aussi prompte qu'un autre ; 
mais il pensait qu'il était indigne 
d'un honnête homme de ne pas don- 
ner à ses ouvrages toute la perfec- 
tion dont ils étaient susceptibles. 
Ainsi, tandis qu'il était occupé à 

5 oindre à Vérone, pour la famille 
e' Giusti, plusieurs tableaux d'his- 
toire et de mythologie, d'une rare 
beauté , il exécuta , dans une semaine, 
un Bacchus et Ariane , dont la per- 
fection étonna les artistes eux-mê- 
mes : lui seul ne fut pas satisfait de 
son ouvrage, il l'effaça presqu'entiè- 
rement, et le refit à loisir, disant 
qu'il lui suffisait d'avoir prouvé 
qu'il pouvait contenter les autres par 
sa célérité , mais que ce n'était que 

Sa r le soin qu'il prétendait et qu'il 
evait se satisfaire lui-même. Les 
fresques qu'il a exécutées dans l'égli- 
se de Saint 'Biaise à Bologne, l'ont 
occupé long-temps ; ses tableaux 
d'autel , qui sont rares et estimés , 
ses tableaux d'appartement , qui sont 
nombreux , étaient payés fort cher t 
parce qu'il ne voulait rien pciudni 
sans y donner tous ses soins. Ou dis- 
tingue deux périodes dans sa manie 
re. La seconde rappelle celle du Gui - 




IO 



SOL 



de. Quelques écrivains prétendent 
qu'iH'adopta fort tard, et qu'il y 
réussit moins que dans sa première. 
Cependant l'examen de ses tableaux 
démontre qu'il est un des plus ha- 
biles imitateurs de ce maître, et jus- 
tifie le surnom de Guide moderne , 
qiû lui a été unanimement décerné. 
De tous les peintres de son temps, 
aucun, à l'exception peut-être du 
Solimène , n'eut un aussi grand nom- 
bre d'admirateurs. Il estimait parti- 
culièrement le talent de ce dernier 
peintre , et il fit exprès le voyage de 
Maccrata, pour voir les peintures 
que Solimène y avait exécutées. Tl 
est probable que c'est à la suite de 
ce voyage qu'il adopta ce coloris , 
plus séduisant que vrai , qu'il a em- 
ployé dans certains petits tableaux , 
et que quelques peintres bolonais ont 
également imité à son exemple. Il 
forma plusieurs élèves habiles , et 
mourut en 17 19. Il a gravé à l'eau- 
forte plusieurs pièces de sa composi- 
tion : on estime particulièrement les 
deux morceaux qu'il a faits d'après 
son maître , et qui représentent : I. 
Mai*s recevant un bouclier des 
mains de Jupiter et de Junon. IT. 
Saint François- Xavier prêchant la 
foi dans les Indes. P — s. 

SOLEISEL. Voy. Solleysel. 

SOLÉMAN( Abou-àyoub ), 7*. 
khalife Ommeyade de Damas , était 
le second fils d'Abd-el-Mclek, et suc- 
céda à son frère Walid I er ., au mois 
de djoumady 2 e . de Tan 96 de l'hégire 
( juillet 715 de J.-C). Son premier 
soin fut de réprimer les désordres qui 
s'étaient introduits dans l'empire, de 
rétablir la justice, d'encourager le 
commerce et les arts, et de rendre la 
liberté à un grand nombre de prison- 
niers , dont il n'excepta que les coupa- 
bles de crimes capitaux. Les commen- 
cements du règne de Soléiman furent 



SOL 

marques par l'expédition de son frè* 
re Mosleinah contre Constantino- 
p!e , et par la révolte de Kotaïbah , 
dans le Khoraçan {V. Moslemah et 
Kotaïbah ) ; Yezid Ibn Mahleb , qui 
remplaça celui-ci , fit de graudes con- 
quêtes dans le Djordjan et le Tha- 
baristan ( V* Yezid Ibn Mahleb ). 
Soléiman ordonna au gouverneur 
d'Egypte de construire dans l'île de 
Rbaoudah , entre Djizch et Al-Fos- 
tat, un mekkias ou nilomètrc, le 
même probablement qui subsiste en- 
core aujourd'hui. Ce khalife qui avait 
fixé sa résidence à Ramlah , avant de 
monter sur le trône , y fit élever un 
beau palais , une mosquée , des aque- 
ducs et autres édifices publics. Cepen- 
dant ce prince n'eut pas la manie de 
Walid , sous le règne duquel on ne 

Sa riait que de bâtiments : sous celui 
e Soléiman, on ne s'occupait qu'à 
boire et à manger, de même que, sous 
son successeur , il ne fut question que 
déjeunes et de prières; car, dit l'au- 
teur musulman qui nous fournit ces 
détails , le goût des princes est tou- 
jours la règle de leurs sujets. En ef- 
fet , Soléiman était passionné pour 
la bonne chère, et d'une voracité 
qui tenait du prodige. On raconte 
qu'il dévorait cent livres de viande 
par jour. Suivant quelques auteurs, 
après avoir mangé trois agneaux à 
son déjeuné , il dînait en public , et 
tenait table. Pendant le pèlerinage 
qu'il fit à la Mekke , le froid l'ayant 
obligé de s'arrêter dans une maison , 
près de Taïef , il mangea soixante- 
dix grenades, un chevreau, six pou- 
les et une énorme quantité de raisins 
secs. Sa gloutonnerie fut la cause de 
sa mort : étant parti de Damas , à la 
tcted'uu corps de troupes qu'il en- 
voyait pour renforcer l'année de son 
frère, il campa dans la plaine de 
Dàhek, près de Kennesrin. Après y 




SOL 

avale' plein deux corbeilles 
& et de ligues , il se gorgea de 
e et de sucre , et eut une indi- 
n qui Pélouffa , au mois de sa- 
) ( septembre 717 ). Il n'avait 
pgne' trois ans, et en avait ve- 
nte-neuf ou quarante-cinq. Pri- 
son fils Aïoub, il avait désigne' 
ement pour héritier du khali- 
on cousin, Omar ben Abd-el- 
( V. Omar II ) , à condition 
on frère Yezid succéderait à 
. On prétend que Yezid, me- 
nt de ces dispositions , empoi- 
Solelman. Ce khalife c'tait brun, 
et bien fait , quoique boiteux. 
kit les mœurs douces, et aimait 
;oup les femmes. Sa clémence et 
fnèrosité lui méritèrent les re- 
de ses peuples , qui lui avaient 
? le surnom de Meftah alKhàir 
lef de la bonté). On lui repro- 
"op de faiblesse dans le carac- 
ct trop de condescendance pour 
urtisans et ses flatteurs. A-t. 
LEIMAN (Abou- Ayoub al- 
tTvs Billah), douzième émir ou 
• Cordoue, de la race des Om- 
les, était arrière -petit -fils au 
•e Abd-el-Rahman III. Lorsque 
olte de son cousin Mohammed 
hd y , qui détroua Hescham II 
ovtaïad , eut détruit tous les 
qui unissaient les membres de 
aille régnante , Solciman , chef 
garde africaine, refusa de re- 
Itre l'usurpateur. Ayant re- 
secours de Sanche - Garcia , 
de Castille, il vint livrer ba- 
à son rival , le vainquit près 
nontagne Quintos ou Cantisch, 
la lis Cordoue, le i5 rabi 11 e . 
6 décembre 1009), ct J ^ ut 
me khalife; mais son autorité 
pas reconnue dans toute l'Es- 
. Des insurrections éclatèrent à 
a et sur divers points de l'An- 



SOL 



11 



dalousie. Merwan, son cousin, se 
révolta contre lui; et, malgré le mau- 
vais résultat de cette entreprise , 
Solciman n'en fut pas plus tranquil- 
le, ni mieux affermi sur le tronc. At- 
taqué par Mohammed al - Mahdy , 
qui était resté maître des province^ 
du nord-est, il marcha contre lui 
avec les troupes des provinces occi- 
dentales, fut défait près de Cordoue, 
s'enfuit à Zahra , dont il enleva les 
trésors, ct se dirigea sur Algcziras , 
dans le dessein de passer en Afrique: 
mais une victoire qu'il remporta, non 
loin de cette ville , près des bords du 
Guadiaro , sur Mahdy , qui s'était 
acharné à sa poursuite , fut suivie 
d'une nouvelle révolution. Hescham 
al-Mowaïad , délivré de la prison 011 
Mahdy l'avait renfermé, remonta sur 
le trône de Cordoue , et fit périr cet 
usurpateur (F. Mahdy, xxvi, i55). 
Solciman , au lieu de se soumettre à 
son souverain légitime , qui lui avait 
envoyé la tête de Mahdy , la fit por- 
ter au fils de celui-ci , à'Obcïd-Allah, 
gouverneur de Tolède , qui , de sou 
ennemi , devint son ami et son allié. 
Obeïd-Allah périt dans cette guerre; 
mais Soleiman , qui s'était procuré 
des secours de plusieurs gouverneurs 
auxquels il avait cédé l'hérédité de 
leurs provinces , ravagea les environs 
de Cordoue , et assiégea cette capi- 
tale , dont une porte lui fut ouverte , 
le 6 chawal 4<>3 (20 avril ioi3), 
par la faction qui lui était dévouée. 
Il prit alors le titre de Dhafer-be- 
haul-allah ( victorieux par la puis- 
sance divine). Se voyant sans com- 
pétiteur, par la mort ou la dispari- 
tion de Hescham, il congédia les 
Chrétiens auxiliaires, au lieu de sui- 
vre le conseil perfide de quelques 
courtisans, qui l'exhortaient à se dé- 
faire d'eux , pour gagner l'affection 
des Musulmans. Il fit venir à Cor- 




93 



SOL 



doue «m père Al -Hakem ben - Solei- 
man, qui avait renonce' aux grandeurs 
pour vivre dans la retraite et la dé- 
votion. Il donna le gouvernement de 
Séville à son frère Abd el-Rabman , 
celui de Grenade à Zawy , prince de 
la famille des Zeirides , qui régnaient 
à Tunis ; et distribua des fiefs , en 
toute propriété, aux capitaines afri- 
cains et à tous ceux qui avaient servi 
sa cause : mais un nouvel orage se 
formait contre lui. Kbaïran , vezir et 
badieb du malheureux Hescham, 
voulant rétablir son maître sur le tro- 
ue ou le venger, intéressa dans cette 
querelle Aly ben - Hampud , gouver- 
neur de Ceuta et de Tanger, et son 
frère Gacem , wali d'Algeziras. Aly 
prend Malaza de vive force. K haï- 
ra n vient le joindre avec les troupes 
d'Almerie; et tous les partisans de 
Hescbam accourent se ranger sous 
les étendards de son défenseur. So- 
leiman craint d'être assiégé dans Cor- 
doue, qui le haïssait, à cause des 
excès de ses troupes africaines. 11 y 
laisse son père, et marche contre 
l'ennemi , avec des forces inférieures. 
Il tache d'éviter une action décisive, 
dans l'espoir que la mésintelligence 
divisera les chefs de la coalition , ou 
aue l'ardeur de leurs soldats se re- 
froidira ; mais ils devinent ses inteu- 
jbons , et gagnent sur lui deux batail- 
les f dans la seconde desquelles So- 
leimau et son frère sont faits prison- 
niers et conduits à Cordoue, qui 
ouvre ses portes aux vainqueurs. 
Aly ordonne qu'on traîne à ses pieds 
les deux princes, mourants de leurs 
nombreuses blessures , et qu'où amè- 
ne leur père, Al -Hakem: n'ayant pu 
arracher de leur bouche ancuu indice 
sur le sort de Hescham , il tire son 
cimeterre, et s'écrie : Je dévoue ces 
têtes k la vengeance de Hescham 
*l~MowàLad,et j'exécute ses ordres. 



SOL 

En vain Soleiman proteste de l'in- 
nocence de son père et de sou frère, 
et demande à mourir seul : Aly les 
immole tous les trois de sa propre 
main, le 22 moharrem 407 ( i er . juill. 
1 o 1 G ). Soleiman avait régné 3 ans et 
demi. Il était brave , éloquent , bon 
poète et doué de grands talents mili- 
taires. La monarchie des Ommeya- 
des , ébranlée et démembrée par l'u- 
surpation d'Aï y et de deux autres 
princes Mamoudides , s'éteignit, quin- 
ze ans après la mort de Soleiman 9 
par la déposition de Hescham III , 
son quatrième successeur; et de ses 
débris se formèrent les royaumes de 
Séville, Tolède, Valence , Saragoce, 
etc A— ""-T 

SOLEIMAN I« r .,fondateur de la 
dynastie des sulthans d'iconîum ou 
de l' Asie-Mineure , était de la raee 
des Turcs Seldjoukides et fils de 
Koutoulmisch, qui avait péri par suite 
de ses révoltes contre le snrthan de 
Perse Alp - Arslan, son cousin ( Fqy. 
Koutoulmisch ). Il ne partagea pas 
la disgrâce que sou père avait encou- 
rue. Melik-Chali lui donna une ar- 
rive et le chargea d'aller subjuguer 
tous les pays depuis la Syrie etP£u- 
frate jusqu'au Bosphore. Soleiman 
entra daus l' Asie-Mineure , vers l'an 
4O7 de l'hégire (10*74 de J.-G. ) : il 
poussa ses conquêtes jusqu a JN icee , 
dont il s'empara , et qui devint la ca- 
pitale d'un eut célèbre dans l'his- 
toire du Bas-Empire et dans celle 
des croisades , mais feudataire des 
sulthans Seldjoukides de Perse. Ce fut 
alors que recommença, entre les Grecs 
et les Turcs , cette longue et sanglante 
lutte, qui dura près de quatre cents 
ans , et qui ne cessa qu'à la prise de 
Constantinople. Alors aussi les pays 
enlevés aux Grecs par les Turcs , pri- 
rent le nom des conquérants. Solei- 
man ne fut pas toujours heureux dan 




SOL 

• 

ses guerres contre l'empereur Alexis 
Gomnène; mats il fit la paix et garda 
ses conquêtes. L'an 477 de l'hégire 
( i o8i de J.-C. ) , il surprit Antiocne, 
que les Grecs avaient reprise depuis 
cent dix - huit ans sur les Musul- 
mans , et dont le gouverneur, révolté 
contre l'empereur de Constautinople , 
s'était rendu tributaire de Mouslem , 
émird'Ha'ep.Soléiman,maUre d'An- 
tioche , avant refusé le tribut que ce- 
lui-ci exigeait , gagna , l'année sui- 
vante, une grande bataille, dans la- 
quelle Mouslem perdit la vie ( Fojr. 
Mouslem ) : Soléiman marcha sur 
Ilalep et la somma de se rendre ; 
mais le gouverneur réclama le secours 
de Toutousch , autre prince Seldjou- 
kide, qui régnait à Damas. Tou- 
tousch, qui convoitait Halep, accou- 
rut aussitôt , et remporta, sous les 
murs de cette ville, une victoire dé- 
cisive sur le sulthan de Nicée. Soléi- 
man, entraîné par les fuyards, fut 
découvert par quelques officiers de 
l'armée ennemie, qui voulurent en 
vain lui persuader de se fier à la 
clémence d'un vainqueur dont il con- 
naissait la perfidie (f. Toutousch). 
Voyant qu'ils se disposa ientà l'emme- 
ner de force, il se perça de son énée; 
d'autres auteurs disent qu'il périt dans 
le coca ha t. La mort de Soléiman, ar- 
rivée au mois de safar 479 ( 1084 ) , 
plongea son empire naissant dans 
une anarchie qui dura plusieurs an- 
nées { Foy. Aboul Cacem ). Cet état 
de choses ne cessa que lorsque le fils 
aine de Soléiman put se mettre en 
possession des états de son père ( V. 
KiLifu-AitsLAN I er . au Supplément). 
Les historiens tant chrétiens que mu- 
sulmans, qui ont prolonge de plusieurs 
années le règne et la vie de Soléiman, 
l'ont confondu avec son fils. A-t. 
SOLÉIMAN II Voyez Rokhn- 
tDDïw Soléiman. 



SOL i3 

SOLÉIMAN ( Chah ) , 8<\ ou 9*. 
prince de la dynastie des sofys , peut 
être regardé comme le troisième roi 
de Perse du nom de Soléiman, si 
Ton compte pour les deux premiers y 
comme l'a sans doute fait Chardin , 
un prince ivrogne et lâche , l'un des 
derniers de la race des Turks Seld- 
joukides, et un autre encore plus obs- 
cur parmi les derniers descendants 
du monghol Houlagou. Le nom de 
Soléiman , si justement célèbre parmi 
les sulthans othomans , n'a pas fait 
fortune en Perse ; car le prince qui 
est le sujet de cet article fut aussi 
indigne du tronc que les deux qui 
avaient porté ce nom avant lui. Il 
était (ils aîné d'Abbas II , et avait 
vingt ans lorsqu'il lui succéda , en 
1 G&>. Il prit , a son couronnement , 
le nom de Séfy II; mais peu de 
temps après, sur la décision de ses 
astrologues, il se fit couronner une 
seconde fois, sous le nom qui lui 
est resté. Les principaux officiers du 
gouvernement , désirant conserver 
dans leurs mains toute l'autorité , 
avaient songé à mettre sur le tronc 
son frère Hamza , âgé de sept ans ; 
mais l'eunuque Agha Moubarck, gou- 
verneur de cet enfant , animé par 
le plus noble désintéressement et par 
un sincère amour de son pays , fit 
valoir avec tant de force et d'élo- 
quence les droits de Scfy , qu'il dé- 
termina le divan à prendre le parti 
que lui semblaient exiger la justice 
et la raison. On ne pouvait cepen- 
dant faire un plus mauvais choix. 
Soléiman fut le Vilellius de la Perse. 
Lâche et cruel , il passa sa vie entre 
les plaisirs de la table et ceux du 
harem. Aussi son règne , qui dura 
vingt-huit ans , ne fournit aucun évé- 
nement mémorable. Dans les premiè- 
res années , les bords de la mer Cas- 
pienne furent exposés aux ravages 




i4 



SOL 



des Cosaques 7 commandés par le fa- 
meux Stenko - Razin. Les Ouzbeks 
firent , presque tous les ans , des 
invasions dans le Khoraçan.Les Ara- 
bes de Maskat infestèrent le golfe 
Persique par leurs pirateries, et con- 
quirent les îles Bahrein. Les Hollan- 
dais s'emparèrent de celle de Kis- 
misch. Soléiman ne prit aucune me- 
sure pour arrêter ces désordres. Son 
indolence, plus que l'amour delà jus- 
tice, et la crainte de rompre la longue 
paix de ses frontières en empiétant 
sur celles de l'empire Othoman , 
lui firent manquer l'occasion de se 
rendre maîlre de Bassora. Son 

Salais était le foyer des intrigues 
es courtisans , le théâtre des conti- 
nuelles orgies qu'ils faisaient avec le 
roi , et des sanglantes exécutions qui 
atteignaient rarement d'autres têtes. 
La Perse avait heureusement un mi- 
nistre intègre et habile , Cheikh - Aly 
Khan , dont l'austère vertu résistait 
au torrent de la corruption, et en 
imposait souvent au monarque; aussi 
la tranquillité ne fut point troublée 
dans l'intérieur du royaume. La cour 
d'Ispahan n'avait rien perdu de sa 
splendeur, de sa magnificence. Les 
ambassadeurs, les missionnaires, les 
voyageurs, y affluaient de toutes les 
parties de 1 Europe. Chah Soléiman 
les accueillait, à l'exemple de ses pré- 
décesseurs. La France entama des né- 
gociations avec ce prince et obtint de 
lui des concessions avantageuses dont 
elle ne sut pas proG ter. Dans les derniè- 
res années de sou règne , il ne sortit 
plus de son palais : son humeur sangui- 
naire sembla s'adoucir; son intempé- 
rance ne fit que redoubler. Abruti par 
le vin , entouré de femmes et d'eu- 
nuques , il laissa prendre à ceux-ci 
une influence dont ils abusèrent; et il 
prépara , comme Louis XV, les mal- 
oeurs du règne suivant. Soléiman 



SOL 

était doué de forces physiques ex- 
traordinaires: il les épuisa par l'abus 
de tous les plaisirs ; et après avoir lan- 
gui long-temps , il mourut à quarante- 
huit ans, en i6q4, laissant pour 
successeur son fils , le faible et infor- 
tuné Chah Houcein ( V. Hougein au 
Supplément ). On peut voir le détail 
dégoûtant des turpitudes et des 
cruautés de ce monarque dans Kaemp- 
fer Âmœnit exot. y dans la Relation 
du P. Samson , et surtout dans les 
foyages de Chardin. A — t. 

SOLÉIMAN AL KHADEM , gé- 
néral othoman , dis d'un corroyeur 
de Mételin, avait d'abord été esclave 
de Sélim I cr .,et dès la i c année du rè- 
gne suivant , il parvint quoique eu- 
nuque, au poste de pacha de Damas. 
Le grand - vézir Ibrahim , char- 
mé du bon accueil qu'il en avait 
reçu , et lui reconnaissant dés talents ' 
et de l'habileté, se démit en sa fa- 
veur du gouvernement de l'Egypte, en 
vertu des pleins pouvoirs que lui 
avait donnés le sulthan,et l'emmena 
dans cette province qui venait d'être 
troublée par la révolte d'Ahmed 
Pacha. Ils firent leur entrée au Caire 
au commencement de l'année 93 1 
( i5s5 de J.-C. ). Ibrahim repar- 
tit bientôt pour Constantinoplc, après 
avoir paciiié l'Egypte, et Soléiman 
prit possession de ce gouvernement , 
qu'il administra pendant près de dix 
ans avec assez de sagesse et de mo- 
dération. Il y éleva un grand nombre 
d'édifices publics , des khans , des 
bazars , des hospices pour les pau- 
vres , une belle mosquée dans le châ- 
teau du Caire , une autre à Boulak , 
etc. Les archives ayant péri dans un 
incendie l'an 933 (i5a6), 11 fit 
dresser un cadastre de toutes les ter- 
res en friche ou cultivées , apparte- 
nant au sulthan ou aux particuliers , 
ainsi qu'un état des fermes ,. des 




v ' SOL 

iffs.? Les originaux de -ces 
içmés au greflè do divan 
► étaient les seuls que l'on 
more dans le dernier siè» 
rge' par. sou souverain du 
lait du Yémen , et du 
emrnt d'une année navale 
I porter des secours aux 
nsulmaos de l'Inde contre 

des Portugais , Soléiman 
arquer à Suez, en 1 538 ( i ), 
«r lait périr le gouverneur 
to-Égypte, qui venait de 
r de puissants secours en 
£ en argent. Tel fut le pré- 
i série a actes de perfidie , 
m et de cruautés, que Soléi- 
lit pas donné lieu de soup- 
ooaut sa résidence en 
Arrivé devant Djidda , il 
qua point , et reçut sur 

les. compliments des en- 
ehérif delà Mekke. Avant 
i voile pour Aden , il fît 
i mât de son vaisseau le 
Qeton de la dynastie des 
s, Amer Ibn-Daoud, à qui, 
le ses ancêtres , il ne res~ 

Sie cette ville. Soléiman 
'Aden , en empêcha le 
laissa un gouverneur avec 
ton , et continua sa route 
e. Sa réputation l'y avait 
lussi la plupart des musul- 
sèrenl-ils Je se joindre à 
aix allié, contre les Por- 
eçut néanmoins un secours 



te offre ose contradiction avec la 
s aesignons an gooTerncment de ce 
i la h*le chronologiqne des pachas 
■née par Vansleb , et l'histoire que 
idaite dans son abrégé de l'histoire 
primée en tète de ses Coules turcs , 
roi. in-ia. Ce dernier place en i5«5 
tléiman pour l'Inde: mais nons avons 
rapportée par les historiens portu- 
dle s'accorde ayee celle aue M. Sil- 
a fixée dans l'extrait qn il a donné 
» la amqufle du Yimen^ par Kothb- 
i, t-iT des Notices et extr. des Mm., 
« cfcranol. d'Hadfr-KhelfiJi. 



SQL 



15 



de cinq mille hommes, envoyés par 
Mahmoud , sulthan du Gouzarât * et 
assiégea. Dm par terre et par mer. 
Mais le mépris avec lequel le pacha 
traitait le commandant des troupes 
gouza rates, et le peu d'égards qu'il té- 
tnoienait à leur souverain , excitèrent 
une naine réciproque entre les Tores 
et les Indiens ,' et firent échouer l'ex- 
pédition. Pour se débarrasser de ses 
incommodes alliés, le sulthan Mah- 
moud feignit d'avoir intercepté une 
lettre supposée du vice-roi portugais 
de Goa au gouverneur de Dinj, et 
annonçant la prochaine arrivée d'un 
puissant armement destiné contre, les 
Turcs. Soléiman , alarmé de cette 
lettre qui lui fut communiquée à des- 
sein , et non moins effraye de la dé- 
sertion de ses troupes , que l'appât 
d'une plus forte paie avait attachées 
au service des princes de l'Inde , se 
rembarqua précipitamment , et fit 
voile pour le Yémen. Arrivé à Mokka , 
en février 1 539, il sut y attirer Ah med, 
gouverneur datZabid , le fit mettre à 
mort dans sa tente, et se défit de 
tous les esclaves noirs qui avaient 
été à son service. Il établit un nou- 
veau gouverneur à Zabid, envoya 
des intendants et des kachefs dans 
les autres départements du Yémen , 
et reçut des compliments et de vai- 
nes protestations d'amitié de l'i- 
mam de Sanaâ. 11 remit à la voile , 
et s'étant arrêté à Djazan, il chassa 
l'officier qui y commandait, y mit un 
nouveau gouverneur et une garnison 
turque , alla débarquer à Djidda , et 
se rendit à la Mekke. Après y avoir 
commis toutes sortes d'excès et 4* 
cruautés pendant la durée du pèle- 
rinage , il revint au Caire le i er . red- 
jeb 946 (décembre i53q ) , et gou- 
verna pour la seconde fois l'Egypte, 
un an et cinq mois. Il partit enfin 
pour Gonstantinople , accompagné 




iG SOL 

d'un fils du chérif de la Mekke.1l 
fit beaucoup valoir ses prétendus 
succès , et obtint la place de grand 
vézir; mais il en fut dépouille' en 
1 544 > & mourut dans une de ses 
terres, l'an 960 (i553). Suivant les 
auteurs portugais , Soléiman , aussi 
diflbrme que cruel, était d'une gros- 
seur si démesurée , qu'il lui fallait le 
secours de quatre esclaves pour se 
relever : il avait néanmoins l'esprit 
vif. Ils ajoutent sans raison qu'ayant 
échoué dans son entreprise contre 
Diu , il s'empoisonna pour échapper 
au fatal cordon. A — t. 

SOLÉIMAN I OT . , pacha de Bagb- 
dad , était Géorgien de naissance , et 
fut d'abord esclave du célèbre Ahmed 
pacha , qui s'était , en quelque sorte, 
rendu souverain de ce gouvernement. 
Soléiman occupait un poste médio- 
cre , lorsqu'il eut le bonheur , dans 
une partie de chasse, de tuer un lion 
qui allait dévorer son maître. Telle 
fut l'origine de sa fortune : il devint 
tout-à-coup trésorier ÇKhasmadar), 
parvint jusqu'à la charge deKiaya, 
qui équivaut dans les pachaliks à 
celle de grand - vézir à Constantino- 
ple, et il épousa la fille aînée d'Ah- 
med. Celui-ci étant mort, l'an 1 161 
de l'hég. ( 1 748 de J.-C. ) , les peu- 
ples, qui avaient été heureux, sous son 
gouvernement et celui de son père, 
étaient disposés en faveur de Soléi- 
man son gendre ( Ahmed n'avait pas 
laissé d'enfants mâles ) : mais la Porte 
résolut de ne plus souffrir, dans cette 
famille, le gouvernement d'une pro- 
vince si importante : elle envoya un 
nouveau pacha à Baghdad , et se 
contenta de donner à Soléiman le pa- 
cha lik de Bassora. Dans l'espace de 
deux ans , Baghdad eut quatre gou- 
verneurs, qui rencontrèrent toutes 
sortes d'obstacles; l'un mourut en 
route, un autre fut défait en chemin 



SOL 

par les Arabes. Les habitants ne 
cessaient de se plaindre de leur 
inipéritic ou de leur injustice. En- 
fin , Soléiman marcha sur Baghdad, 
avec environ huit cents hommes seu- 
lement , parce qu'il comptait sur 
ses partisans. Mohammrd Tériaki , 
alors pacha de cette ville , s'avança 
contre lui , à la tête de quatorze 
mille hommes , et le rencontra près 
de Hella ; mais son armée entière 
ayant passé sous les drapeaux de 
son rival, il se sauva précipitam- 
ment et trouva les portes de Bagh • 
dad fermées. Soléiman y fut reçu 
avec une joie universelle , en 175Ô. 
On assembla le divan , et l'on y 
dressa un Mémoire qui fat envoyé à 
Constantinople , dans le bot de de- 
mander ce pacha comme le seul 
homme capable de réparer les maux 
causés , disait -on, par les fautes 
des gouverneurs qui avaient succé- 
dé à Ahmed. Soléiman fut donc 
confirmé pacha de Baghdad et ob- 
tint en outre toutes les provinces que 
son beau-père s'était appropriées. Il 
remplit les espérances qu on avait 
conçues de ses talents , et marcha sur 
les traces d'Ahmed , darfs les mesu- 
res vigoureuses qu'il employa pour 
réprimer les brigandages des AraLes : 
mais il se montra bien plus sévère; il 
ne leur faisait aucune grâce. Avant 
lui , aucun bâtiment n'osait aller de 
Hella à Bassora sans prendre on 
guide qui coûtait fort cher. Mais bien- 
tôt on put voyager seul dans tous 
les pays , entre le Tigre et l'Eufrate, 
sans craindre d'être pillé : aussi les 
guerres civiles, qui déchiraient la 
Perse, ayant interrompu le commerce 
de l'Inde , qui se faisait par Ispaban 
et Bender-Abbassy, Soléiman sut l'at- 
tirer dans ses états , à Baghdad et 
Bassora , qui devinrent très - flo- 
rissantes. Gomme il n'entreprenait 




SOL 

que de nuit ses expéditions contre 
les Arabes , qu'il les attaquait brus- 
quement, et leur laissait rarement 
le temps de se sauver dans le désert, 
les Bédouins lui avaient donné le 
surnom à'Aboul Lejrl ( le père de 
la nuit ) ; mais à Baghdad on rap- 
pelait Soléiman le Lion» Il alla une 
fois , en 9 jours, à Damas , qu'il pil- 
la, parce que les Arabes de ce pacha- 
lick avaient détrousse' une ca ra vanede 
Baghdad. Il exigeait une semblable sé- 
vérité des pacbas voisins, et s'était ar- 
rogé le droit de les punir lui-meme. 11 
différait en un point d'Ahmed, qui 
estimait la valeur jusque dans ses en- 
nemis. Soléiman, au contraire, en 
était jaloux et ne faisait aucun quar- 
tier à un ennemi vaincu qui s'était 
défendu avec courage. Croira -t-on 

rce pacba si brave , si ferme , si 
, était l'esclave de sa femme? 
Adila Kbatoun, ficre d'être la fille 
d'un pacba du premier raug, ne 
pouvait oublier quelle avait été la 
première condition de son époux. 
Elle dounait des audiences publii nies 
à ses sujets , et recevait leurs p lacets 
par un eunuque , qui leur en trans- 
mettait les réponses. Instruite par 
ce moyen, de ce qui se passait, elle 
faisait souvent rétracter les ordres 
du pacha ou de son kiaya. Aussi 
avide et vindicative que fière et am- 
bitieuse , elle tirait de l'argent des 
grands , en leur distribuant des ban- 
deaux de soie qu'ils regardaient 
comme une marque d'honneur , et 
elle se servait de son ascendant sur 
son époux, pour satisfaire ses aui- 
mosîtés personnelles. Ce fut ainsi 
qu'elle fit périr le mari de sa sœur 
cadette, par jalousie contre celle-ci, 
et un pacha du Kourdistan, à qui 
elle reprochait la mort de son père 
AhmfA , quoique celui-ci fût mort 
naturdkment dans une expédition 

xuu. 



SOL 



*7 



contre ce pacha. £11 un mot, elle 
eut tant de pouvoir sur l'esprit de 
Soléiman , qu'elle l'empêcha d'épou- 
ser d'autres femmes et d'avoir des 
esclaves du .*exe. La Porte attenta 
plusieurs fois, mais toujours sans 
succès > contre la vie de Soléiman. Il 
mourut , le 1 5, mai 1 70*2 , après avoir 
régné treize ans, avec tant de répu- 
tation , que les Arabes même com- 
posèrent sur sa mort des chants fu- 
nèbres qu'on entendit long-temps dans 
les cafés et les rues de Baghdad. Il 
ne laissa d'autre héritier que sa veuve, 
qui lui survécut long-temps, et qui 
employa une partie de son immense 
fortune à élever des mosquées, des ka- 
ravanserais tant à Baghdad que dans 
d'autres villes. Sa sœur épousa , en 
secondes noces Omar-kiaya , qui de- 
vint pacha de Baghdad après Aly, 
successeur de Soléiman, et qui paya 
de sa tête , en 1776, l'honneur d'a- 
voir été le prétexte d'une guerre en- 
tre les Turcs et les Persans. ( Voy. 
KhRiM khan et Sadkk-kiian). A-t. 
SOLÉIMAN II, dit le Vieux, pa- 
cha de Baghdad, était né en Géor- 
gie , et avait été , dans sa jeunesse , 
esclave de Mohammed - Efcndy , à 
Baghdad , sous le gouvernement 
du fameux Ahmed-Pacha. Devenu 
libre par la faveur de son maître, 
il s'éleva, par son mérite , à l'em- 
ploi de Moutselim , ou gouverneur 
de Bassora. Le siège qu'il soutint 
pendant un an contre les troupes 
du régent de Perse ( F oyez Kkrim- 
Khan ) , lui acquit une grande répu- 
tation. Après la prise de cette ville , 
en 1776» il fut envoyé prisonnier 
à Chiraz , où il demeura jusqu'en 
1779. Sadek-Khan ayant alors usur- 
pé le trône de Perse sur son neveu 
( V. Sadek-Khan ), rendit la liber- 
té à Soléiman , et le renvoya comblé 
de caresses et de présents. Depuis 

1 




i8 



SOL 



près d'un siècle, la famille de Haçan 
Pacha ou ses créatures étaient en 

Sossessiondu gouvernement de Bagh- 
ad. La Porte Othomane s'était flat- 
tée de recouvrer ses droits , eu faisant 
étrangler Omar Pacha , qu'on accu- 
sait d'avoir provoqué la guerre avec 
les Persans. Mais dans le court espa- 
ce de quatre ans qui s'étaient écoulés 
depuis la mort de ce pacha , elle lui ' 
avait donné déjà quatre successeurs. 
Les peuples 3e Baghdad, mécontents 
de ces tyrans amovibles et précaires , 
soupiraient après un gouvernement 
plus stable, tel que celui dont ils 
avaient joui long-temps. Soléiman, 
de retour à Bassora sur ces entre- 
faites , fut nommé pacha de ce dis- 
trict , que l'on détacha du pachalik 
de Baghdad ; et dans l'année 1 780 , 
il obtint ces deux gouvernements 
réunis , avec le titre de pacha à trois 
queues , par le crédit de l'ambassa- 
deur d'Angleterre à Constautinople. 
Soléiman sut justifier lechoix'du di- 
van , sans tromper les vœux et les 
espérances des peuples qui l'avaient 
désiré. Sa taille avantageuse , sa 
physionomie affable et gaie , sa dou- 
ceur, son honnêteté, sa justice, le 
rendirent cher à ceux-ci , et sa libé- 
ralité lui assura toujours des amis 
puissants à Constantinople. Ce fut 

Sar ces moyens qu'il se mit à l'abri 
es séditions et des disgrâces , et 
qu'il se ma intint jusqu'à sa mort, avec 
une autorité presque absolue, dans 
le gouvernement le plus vaste de 
l'empire Othoman. Les diverses tri- 
bus d'Arabes et de Kourdes qui habi- 
tent les environs de l'Eufrate et du 
Tigre, continuèrent leurs incursions 
accoutumées , soit pour s'affranchir 
du tribut, soit pour se livrer au pil- 
lage , et interrompirent souvent le 
commerce et la navigation. Elles fu- 
rent toujours repoussées par Soléi- 



SOL 

man, qui, presque tous les ans, fai- 
sait une ou deux campagnes contre 
ces hôtes incommodes, les mettait à 
contribution , et exerçait quelquefois 
sur eux de justes et dures représail- 
les. Cependant il ne put jamais par- 
venir à réduire le cheikh de la tri- 
bu de Kiab, qui, par la position de 
ses états, situés à l'embouchure du 
Schat - el - Arab, dans le golfe Per- 
sique , tenait souvent Bassora en 
état de blocus, et dévastait son ter- 
ritoire. Les troupes qu'il envoya, 
en 1 783 , pour assiéger Félayé , rési- 
dence de ce pirate, furent repous- 
sées. En I787, le* cheikh Touheny, 
qui commandait à la puissante tribu 
arabe de Mountelik , s'autorisant des 
droits que les Arabes prétendent 
avoir sur Bassora , s'empara de cette 
ville : mais six mois après , le pacha 
ayant taillé en pièces les Arabes Kha- 
zaels, allies du rebelle, et gagné par 
des concessions les tribus de Kiab 
et de Beni-Khalcd, vainouit Touhe- 
ny, en bataille rangée , l'obligea de 
s enfuir dans le désert, et reprit Bas- 
sora. De retour dans sa capitale , à 
la fin de l'année , Soléiman recueillit 
peu d'avantages de ses victoires. In- 
trépide , actif, entreprenant à la tête 
de son armée, il était naturellement 
ami du repos et des plaisirs tranquil- 
les. Il pardonna au cheikh rebelle, 
et les troubles recommencèrent. Le 
moutselim de Bassora se révolta , en 
1 788 ; mais l'approche du pacha , 
au commencement de l'année suivan- 
te, l'obligea de se retirer dans le 
grand désert. Soliman se dispensa , 
sous divers prétextes , d'envoyer son 
contingent oe troupes à Constanti- 
nople , pendant la guerre contre la 
Russie et l'Autriche; mais il ne put 
éluder les ordres que la Porte lui 
adressa spécialement de marcher 
contre Tymour-Pacha , qui , depuis 




SOL 

quelques années, ravageait la Méso- 
potamie. Il s'avança , en 1791 , à la 
tête de vingt-cinq mille hommes, jus- 
qu'à Ourfa; et ayant mis en fuite le 
rebelle , qui se saura en Syrie avec 

ru de monde , chez les Motoualis, 
s'empara de sa tribu , de tous ses 
biens , et rétablit la tranquillité dans 
le pays. Son absence occasionna 

Quelques troubles à Bassora , où les 
uifs excitèrent une sédition contre 
les chrétiens, abusant ainsi de la fa- 
veur dont ils jouissaient auprès du 
pacha, faveur telle qu'il avait donné 
à l'un de leurs co-religionnaires l'in- 
tendancede Bassora . La reconnaissan- 
ceque ce pacha devait aux Anglais ne 
l'empêcha pas d'accueillir favorable 
ment les Français : le consul Rousseau, 
les voyageurs Ferrières-Sauvebœuf , 
Michaux, Beauchamp, Bruguières 
et Olivier, n'eurent qu'à se louer des 
marques de sa bienveillance. Ces 
deux derniers lui rendirent la santé, 
en 1796, et le premier usage qu'il 
en fit, fut d'ordonner la mort du 
kiaya, Ahmed, qui, pendant la ma- 
ladie de son maître, avait intrigué 
pour obtenir sa place. La guerre qui 
éclata entre la lurquie et la France, 
à l'occasion de la conquête de l'É- 
grpte par les Français, ne changea 
rien aox sentiments du pacha de 
Baghdad pour ces derniers , et n'af- 
faiblit point la reconnaissance qu'il 
devait à Rousseau leur consul ( Foy. 
RocssEAi'y J. F. X.)* S'il ne put le 
préserver entièrement des avanies et 
des mauvais traitements auxquels 
furent exposes tous les autres agents 
diplomatiques dans l'empire otho- 
man , il employa du moins tout son 
pouvoir et son crédit pour adoucir 
la rigueur de son exil, et parvint à en 
abréger la durée. La secte des Wa- 
fcahis, qui s'était élevée depuis trente 
*a§ m Arabie ( Fqye* Mpmhwp 



SOL 



»9 



Cheikh ), ayant étendu ses progrès 
jusqu'aux frontières du Pachalik de 
Baghdad, la Porte s'en alarma, et 
donna ordre, en 1798, à Soléiman, 
d'attaquer ces dangereux sectaires. 
Aly, nouveau kiaya , chargé d'exé- 
cuter ces ordres , traversa le désert, 
pénétra dans le pays de Lahsa , sur- 
prit les Wahabis , et les mit en fui- 
te; mais au lieu de profiter de leur 
terreur panique pour les exterminer, 
il se laissa corrompre par leur chef 
( F. Abd el Aziz ) , leur accorda la 
paix , et revint chargé de butin. Ils 
prirent leur revanche, en 1801 , en- 
trèrent dans le gouvernement de Bagh- 
dad , au mois d'avril , s'emparèrent 
de la ville de Meschehd - Houcein, y 
égorgèrent plus de trois mille habi- 
tants, détruisirent la mosquée où était 
le tombeau révéré du petit-fils de 
Mahomet {F. Hocein, xx, /J34) , en 
pillèrent le trésor inappréciable , et 
en enlevèrent jusqu'à la coupole de 
cuivre doré. Les menaces , les repro- 
ches du roi de Perse , et de nouveaux 
ordres de Constantiuople obligèrent 
Soléiman à lever des forces plus im- 
posantes , contre les Wahabis. Il fit 
aussi évacuer sur Iraam-Mousa , près 
de Baghdad , les richesses que con- 
tenaient la ville et la mosquée de 
Meschehd - Aly , lieu célèbre par le 
tombeau du khalife Aly ( Foy. ce 
nom ) , et qui pouvaient tenter aussi 
la cupidité de ces brigands fanati- 
ques. Mais il n'eut pas le temps de 
diriger contre eux une nouvelle expé 
dition. Il mourut eu 1802, à l'âge 
de plus de 80 ans , laissant plu- 
sieurs fils 9 dont l'aîné, Açad-Beig, à 
cause de sa trop grande jeunesse , fut 
exclu du gouvernement de Baghdad 
ar la faction du kiaya , Aly, auquel 
a Porte accorda ce gouvernement et 
la dignité de pacha à trois queues.. 
Açadyparvuitquelquesanaées après,, 

2.. 



I 




20 



SOL 



et périt , en 1817, victime de la tra- 
hison de son beau-frère Daoud, qui 
le supplanta. A — t. 

SOLENANDER (Reinier), mé- 
decin^ né à Butrich , dans le duché' 
de Clèves, en i5*2i , fit ses études à 
Louvain, et voyagea en France et 
en Italie , par les bienfaits du duc de 
Clèves , Guillaume , qui Je nomma 
son médecin. Il séjourna long-temps 
à Pise, et y fit des observations sur 
les eaux mmérales, qu'il publia, en 
i558 , lors de son passage à Lyon , 
sous ce titre : De calorisfontium me- 
dicatorum causa et temperatione. 
Solenander possédait l'art dilïicile 
de bien voir dans les maladies d'un 
caractère extraordinaire , et d'y ap- 
pliquer le traitement convenable, 
d'attachant surtout à observer les 
faits ; il sut se mettre au-dessus des 
préjugés qiû dominaient dans un 
temps où la doctrine des Arabes et 
le.galénisme étaient enseignés dans 
toutes les écoles. On a réuni ses OEu- 
vres sous ce titre : Raneriï Solenan- 
dri consilia medica, Francfort , 
i6o9,in-4°. C'«st un recueil de méde- 
cine-pratique , qui fut très-recherché 
dans le temps, et où Fauteur a rap- 
porté beaucoup de faits curieux et 
instructifs, tels qu'une affection spas- 
modique, fort rare, du larynx; des 
vers sortis avec l'urine , une hémor- 
rhagie mensuelle par le nez , tenant 
lieu des écoulements périodiques chez 
une femme; une hydropisie dans la- 
quelle le côté droit de l'abdomen 
s ouvrit spontanément , et d'où il 
sortit un nombre considérable d'hy- 
datides et de vers lombrics , etc. 
Solenander mourut à Juliers , en 
1596. Oz — M. 

SOLERI ( George ) , peintre , né 
à Alexandrie , dans les premières an- 
nées du seizième siècle , fut un des 
artistes les plus distingués de l'école 



SOL 

milanaise. Vasari , qui cite de lui 
une Assomption, peinte dans la Char- 
treuse de Pavic , le vante comme un 
coloriste plein de charmes , et d'un 
talent remarquable. Malvasia le com- 
pare au Passerotti , au Gaetano et à 
Jean de Monte, de Crème, pour son 
habileté dans le portrait. Ce n'est qne 
par induction que Ton peut conjec- 
turer quel a été son maître. Lorsqu'il 
se lia avec Bernardin Lanini , dont 
il épousa la fille, son talent était déjà 
formé. On ne connaît plus que deux 
ouvrages authentiques de ce maître. 
L'un se conserve à Alexandrie , et 
sert de tableau d'autel à une chapelle 
particulière des religieux de Saint- 
François. Il représente la Fierge qui , 
à la prière de saint Augustin et de 
saint François , prend sous sa pro- 
tection la ville d'Alexandrie y que 
l'on voit au bas du tableau , dans 
le milieu de la campagne. Le paysa- 
ge est dans le style de Paul Bril , com- 
mun à tous les Italiens avant les 
Carraches. Les figures sont remar- 
quables par le fini plutôt que par 
l'esprit ; le coloris manque de vi- 
gueur, et l'ensemble présente une 
imitation de la bonne école romaine. 
Le tableau que possèdent les Domi- • 
nicains de Casai ne laisse aucune 
incertitude. Il porte pour inscription : 
Opus GeorgiiSoleriAlexand., 1 573. 
Aux pieds de la Vierge, tenant l'En- 
fant Jto'sus , on voit saint Laurent à 
genoux , auprès duquel trois petits 
anges charmants s'efforcent de soule- 
ver le gril, instrument du supplice du 
saint martyr. Soleri , dans ce tableau , 
se montre disciple de Raphaël pour 
la pureté du dessin , la beauté et la 
grâce des têtes , et pour la, vérité' et 
la profondeur de l'expression. On 
pourrait même soupçonner quelque V 
imitation du Corrège dans l'idée de h 
ses anges. Pour ajouter au piquant \ 



SOL 

de la composition, il a introduit, dam 
le fond , une fenêtre par laquelle on 
aperçoit une belle campagne, ornée 
de riches fabriques,. La ville de Casai 
ne renferme aucun tableau que l'on 
puisse mettre en comparaison avec 
celui de Soleri. — Raphaël -Ange 
SoLtRi , son fils et son élève, cultiva 
la peinture avec moins de succès, 
comme on le voit par ses ouvrages 
<nri sont à Alexandrie, dans la sacris- 
tie deSaint-François. P — s. 

SOLGER (Adam -Rodolphe), 
premier pasteur luthérien à Nurem- 
berg, et savant littérateur, est con- 
nu surtout par sa bibliothèque, qui se 
parmi les collections qu'ont 
faites des particuliers. Elle contenait, 
en manuscrits et imprimes, les choses 
les pJas-curieuses et les plus rares. Le 
sénat Tacheta, en 1 766, et la réunit à 
la bibliothèque de la ville, célèbre par 
ses richesses, qui ont été décrites 
dans l'ouvrage de Murr , intitulé : 
Memorabilia bibliothecarum publi- 
cation fforimbergensium, 17H6, 3 
vol. in -8°. Une Notice détaillée sur 
les livres de la bibliothèque de Sol- 
ger, riche particulièrement en im- 
pressions du quinzième siècle , avait 
été publiée par le possesseur , en trois 
volumes in -8°. > sous ce titre : Bi- 
bUotheca > swe suppeîlex librorum 
impressorum in onuii génère scien- 
timnan maximum partent rarissi- 
morum et codicum manuscripto- 
rum y quos collegit A.-R. Solder , 
Ministerii ecclesiastici norimb. an- 
testes, Nuremberg, 1760 -(i'i. On 
trouve des renseignements sur les 
objets les plus précieux de cette col- 
lection, dans 6.-2/. MùUeri Corn- 
mentarii itineris sut , etc. , qui de 
mcunabulis artis tjrpographwœ No- 
rimbergœ visis , etc. y exponunt , 
Friderickstad, 1769, in-4°,p.7i- 
119. Z. 



SOL 



21 



SOLI (Joseph-Marie ), fils d'un 
laboureur de Vignola , dans le Mo- 
denèse , où il était né, en 1 745 , an- 
nonça de bonne heure un penchaut 
décidé pour les arts du dessin. L'in- 
tendant de ce fief, appartenant alors 
À la famille Malvasia de Bologne, par- 
la de lui au propriétaire : celui-ci 
faillit perdre ce beau talent en le con- 
fiant à un capucin oui passait pour 
bon peintre , et n'était qu un barbouil- 
leur. Le jeune élève résista au mau- 
vais exemple de son maître , cru' il lui 
fut plus facile d'étonner que de con- 
vertir. Le comte Malvasia , frappé du 
développement spontané de son pro- 
tégé, le lit venir auprès de lui à Bo- 
logne, pour qu'il suivit les écoles des 
beaux arts de cette ville. Soli apprit, 
en peu de temps, les principes au des- 
sin et de l'architecture , se montrant 
bien au-dessus de ses camarades. Les 
prix remportés aux concours , et les 
essais qu il envoyait à Modène , hù 
cognèrent la bieuveil lance des chefs 
de l'université , qui le comprirent 
dans la liste des pensionnaires que l'é- 
tat se chargeait d'entretenu à Rome. 
Le jeune artiste vit alors s'ouvrir de- 
vant lui une nouvelle carrière, et, des 
salles de l'académie, où il s'était 
borné à copier quelques modèles , il 
s'élança au milieu des ruines pour 
former son goût d'après les tradi- 
tions de l'antiquité. En 1784, il lut 
rappelé dans sa patrie ponr y orga- 
niser une académie des beaux-arts , 
dont il fut nommé maître et direc- 
teur. Il obtint en même temps le ti- 
tre d'architecte de la cour , et sur- 
veilla les travaux de plusieurs bâti- 
ments. Sous la république Cisalpine , 
il passa , en qualité de professeur de 
dessin, à l'école militaire de Modène, 
et fut consulté pour la plupart des 
constructions exécutées à Milan , à 
Mantoue et à Venise. Au retour dji 



aa 



SOL 



duc de Modène, dans ses états, Soli 
reprit ses anciennes fonctions , qu'il 
exerça jusqu'à l'année 1821 , époque 
à laquelle il demanda et obtint sa re- 
traite. Il ne jouit pas long-temps de 
ce repos , e'iant mort le 20 octobre 
1822. Quelques tableaux qu'il avait 
exécutes pour la duchesse d'Orléans, 
fille du roi de Naples, méritèrent 
l'approbation de cette princesse , 
qui fui fit espérerde grands avantages 
en France. L'empereur de Russie au- 
rait aussi voulu l'attirer à Péters- 
bourç ; mais Soli préféra la petite 
ville de Modène aux plus vastes capi- 
tales de l'Europe. If avait été élève 
de Battoni ( Voyez Battoni , III , 
5 19 ) , et il se serait peut-être placé 
au rang des meilleurs peintres de 
son temps, s'il avait aspiré à les 
égaler. Ses tableaux , qui ne sont 
pas en grand nombre , se font remar- 
quer parla pureté du dessin , la fraî- 
cheur du coloris, la vérité de l'expres- 
sion , ainsi que par un grand effet 
de la perspective linéaire et aérienne. 
Mais û ne voulut être qu'architecte , 
et ses compatriotes le regardent , 
à juste titre , comme le restaurateur 
du bon goût, dans un pays qui avait 
été envahi par l'école de Borromini 
et de Pozzi. Ennemi des ornements 
entortillés, des formes bizarres et 
fantastiques, ses plans sont d'une sim- 
plicité et d'une harmonie admira- 
bles. Chaque partie répond à l'en- 
semble de l'édilice, dont le caractère 
annonce toujours la destination. Cet 
artiste avait fait une étude particu- 
lière des voûtes en bois ; et quel- 
ques pages qu'il a laissées sur ce su- 
jet , peuvent tenir lieu de plusieurs 
volumes. Elles ont été imprimées à 
la suite du Manuale di architettura 
de Branca , Modène, 1789 , in-8°. 
Ses principaux travaux , comme 
architecte , sont : ['Église de Car- 



SOL 

boniano près de Rome; — le Pa- 
lais Bellucci ,■ à Fignola. ; — le 
Pont sur le Panaro, entre Modène 
et Bologne ; — troisfacades et deux 
escaliers du palais ducal de Mo- 
dène ; — un Hôpital et un Cime- 
tière à Cento ; — le Pont sur le 
Beno y près la même ville ; — le 
Pont sur le Bubicon, à Bimini; — 
des Etablissements très-vastes et 
d'un beau style pour les gens atta- 
chés au service de la cour de Mo- 
dène, A— -g— «. 

SOLIÉ ( Jean - Pierre Soulier , 
dit ) , acteur et compositeur de mu- 
sique , naquit à Nîmes , en 1 «755. Fils 
d'un musicien , il fut enfant ae chœur 
à la cathédrale; et il apprit , pour 
ainsi dire , dès le berceau , l'art où il 
devait se distinguer un jour : mais ce 
ne fut qu'à forcede persévérance et de 
travail qu'il parvint à s'y faire une ré- 
putation, dans un âge ou, pour l'ordi- 
naire , le talent commence à décliner. 
Il s'engagea d'abord pour jouer de 
la basse a l'orchestre de divers théâ- 
tres de province; et dans le j our il don- 
nait des leçons de chant et de guitare. 
Une circonstance imprévue décida 
de sa vocation, en 1778; c'était à 
Avignon. On avait affiché la Rosière 
de Salenci. L'acteur qui devait jouer 
le meunier, Jean Gaud, ayant été 
surpris d'une indisposition subite , 
Sohé voulut bien se charger du rôle 
pour le soir même ; et il y obtint 
tant de succès , dans la charmante 
ariette: Ma barque légère, qu'il fut 
aussitôt engagé comme chanteur. 
Après avoir parcouru quelque temps 
la province , où il tenait l'emploi de 
première haute-contre , il se trouvait 
a Nanci , en 1782 , lorsqu'il reçut un 
ordre de début pour le théâtre Ita- 
lien. Il y parut avec fort peu de suc- 
cès, le 3i août, dans Félix et dans 
Y Amant jaloux, fut obligé de re- 



SOL 

tourner à Nanci , d'oà il passa au 
théâtre de Lyon, et y joua pendant 
trois ans. Rappelé de nouveau à Pa- 
ris, il y dénota, pour la seconde 
fois , sur le théâtre de la rue Favart, 
en 1787 ; mais comme il continuait 
d'être mal accueilli du public, dans 
un emploi peu favorable à ses moyens, 
il se disposait à retourner en provin- 
ce, lorsque le hasard le servit encore 
et le fixa jpour toujours dans la capita- 
le Une indisposition ayant empeehé 
Clairval de jouer dans la Fausse pay- 
sanne, le rômarai 789, Solié s'offrit 
pour le remplacer. Quelques heures 
lui suffirent pour apprendre la mu- 
sique du rôle. Il le chanta le soir, lut 
le dialogue, et fut vivement applau- 
di. Les bouffons italiens attiraient 
alors tout Paris au théâtre de Mon- 
sieur, rue Feydeau. C'est à leur éco- 
le que Solié perfectionna cette mé- 
thode de chant dont il avait toujours 
eu le sentiment , et qu'il introduisit 
le premier sur la scène de l'Opéra- 
Comique. A force de patience et de 
travail , il réussit à vaincre les obs- 
tacles que lui opposait sa voix natu- 
rellement grêle , sourde et peu flexi- 
ble, et il devint un des plus agréables 
chanteurs de Paris. Les rôles du sei- 
gneur , dans les Petits savoyards ; 
du médecin, dans Euphrosine, et sur- 
tout dans Stratonice; de Bonne-foi , 
fans Philippe et George tte, etc., lui 
firent beaucoup d'honneur , et furent 
le commencement d'un emploi qu'il 
créa et qu'il remplit avec distinction. 
Comme acteur, Solié avait de l'a- 
plomb, de l'ame, de l'intelligence, 
de la rondeur, et quelquefois de la 
noblesse ; mais sa physionomie , trop 
régulière , n'avait pas assez d'expres- 
sion et de mobilité. On lui reprochait 
aussi de chanter un peu trop le dia- 
logue, de ne pas soigner assez son 
costume, et de donner parfois dans 



SOL 



»3 



la charge. Lorsque, dans ses derniè- 
res années, il eut pris les râles à 
manteau 9 il se grimait d'une ma- 
nière très -comique; et sa caricature 
était extrêmement plaisante dans les 
Deux avares. Solié passait pour le 
meilleur lecteur de musique de Fran- 
ce. Dès l'année 1790, il s'était fait 
connaître comme compositeur, dans 
l'opéra des Fous de Médine , ou la 
Rencontre imprévue. Quelques airs 
. nouveaux qu'il y ajouta , celui de la 
sonnette surtout, furent plus goû- 
tés , dit Grimm, que les autres mor- 
ceaux , qui avaient été parodiés sur la 
musique de Gluck. En 1 79a , il don- 
na Jean et Geneviève, qui réussit 
beaucoup , et qu'on a remis au théâ- 
tre en 1020. Le succès mérité qu'ob- 
tinrent le Jockei , le Secret et le 
Cluipitre second, joués en 1795 , 
1 796 et 1 799 , le placèrent au nom- 
bre de nos plus gracieux composi- 
teurs, à côté de Dalayrac et de Ga- 
vaux. Deux opéras en trois actes , 
d'une facture plus savante , Made- 
moiselle de Guise et le Diable à 
Quatre , représentés en 1808 et 
1809, établirent sa réputation. Ou- 
tre ces six ouvrages, Solié en a don- 
né dix - neuf , dont plusieurs ont 
été applaudis , tant au théâtre de la 
rue Favart qu'à celui de la rue Fey- 
deau : la Soubrette, Azeline y la 
Femme de quarante - cinq ans , la 
Rivale d'elle -même, l'Incertitude 
maternelle, V Époux généreux, Une 
matinée de Voltaire ^ la Pluie et le 
. beau temps , Lisez Plutarque, Hen- 
riette et FcrseuU, les Deux oncles, 
Louise , ou la Malade par amour; 
Chacun à son tour, Y À mante sans 
le savoir, ou la Leçon dun père; 
Y Opéra au village y ou la Fête im- 
promptu ; Anna , ou les Deux chau- 
mières; le Hussard noir; la P ictime 
des arts, avec Nicolo et M. Berton; 



•24 SOL 

et les Deux ménestrels. Veuf, de- 

Suis plusieurs années, de Rosalie- 
eanne Spinacouta, première danseu- 
se du théâtre Favart , Solié en avait 
eu trois fils. La mort de- Faîne , qui 
se noya par imprudence , et la chute 
de son dernier opéra , en 1 8 1 1 , le 
plongèrent dans une mélancolie qui, 
non moins que les excès d'intempé- 
rance auxquels il se livra pour la 
dissiper, le conduisit au tombeau, 
le 6 août i8r2. La musique de Solié 
n'a pas un caractère prononcé; mais 
les airs frais et mélodieux de plusieurs 
de ses opéras se retiennent aisément, 
et sont devenus populaires. Il en a 
aussi composé pour quelques vaude- 
villes et pour des pièces jouées en 
société. On a de lui plusieurs Roman- 
ces agréables et quelques OEuvres de 
musique instrumentale. A — t. 

SOLIER (François), né en i558, 
k Brive , entra chez les Jésuites , en 
1577, professa pendant dix ans, con- 
tribua à l'établissement de sa compa- 
gnie à Limoges , et en fut le premier 
recteur. Le P. Solier était infatiga- 
ble au travail. Malgré les grands 
soins qu'exigeait la direction d'un 
collège naissant, il trouva du temps 

Sour publier divers ouvrages. Il tra- 
uisit en français trois sermons com- 
posés en espagnol par un augustin 
et deux dominicains , à l'occasion 
de la béatification de saint Ignace. 
La traduction fut approuvée par le 
P. le Heurt , docteur de Sorbonne. 
La faculté fut moins indulgente; elle 

Ï condamna quatre propositions sur 
es sujets de mysticité. Solier ré- 
Îondit un peu vivement à la censure, 
'ouvrage avait été imprimé à Poi- 
tiers, chez Mesniers , en 161 1 , in- 
12. La censure est du I er . oct. de 
la même année. On a du P. Solier : L 
Histoire ecclésiastique du Japon , 
Paris, i627 7 2Vol.in-4°.ILLaPer- 



SOL 

fection religieuse , par le P. Pinelli, 
italien , mise en français , Limoges , 
i6o3 , in-24. III. Le Martyrologe 
romain > traduit de l'italien en fran- 
çais , Limoges , 1 599 ; Paris , 1 6 1 5. 
IV. Manuel des exercices spirituels , 
Paris , 1G01 , in- 16. V. La Science 
des Saints , Paris , 1 609 , in- 1 2. VI. 
Traité de l'Oraison mentale , Li- 
moges , 1 598 , Paris , 1606 , in- 1 2. 
Vil. La Vie du P. Jacques Laynez, 
Paris , 1699 , in - 8°. VIII. La Vie 
de saint François de Borgia, 1597. 
IX. Traité de la mortification , 
Paris , 1598, in- 12. Le P. Solier 
mourut au collège de Saint-Macaire , 
âgé de soixante-dix ans ; il jouissait 
d'une grande considération dans son 
ordre ( Voy. au volume du P. Bo- 
naventuro- de -Saint- A niable , An- 
nal du Limousin , pag. 808). Z. 
SOLIGJNAC ( Pierre- Joseph de 
la Pimpie, chevalier de ) , historien, 
né, en 1687 , à Montpellier, d'une 
famille ancienne , originaire du Bour- 
bonnais, fut destiné par ses parents 
À l'état ecclésiastique. Il annonça de 
bonne heure du talent pour la chai- 
re ; mais ayant fait un voyage à Pa- 
ris , avant de prendre les ordres , 
il ne songea plus qu'à cultiver son 
goût pour les lettres , fut initié , par 
Fontencl1e,etLamotte,dans les secrets 
de l'art d'écrire , et composa , sous 
les yeux de ses maîtres , quelques es- 
sais qui lui valurent de nouveaux en- 
couragements. Sa naissance et ses qua- 
lités personnelles lui méritèrent des 
amis , qui s'occupèrent de réparer , 
à son égard , les torts de la fortune. 
Il obtint , pour la Pologne , une com- 
mission honorable, dont il s'acquitta 
de manière à se concilier l'estime gé- 
nérale. La princesse Radziwill,sœur 
du roi Stanislas I er . , retint Solignac 
en Pologne, en se l'attachant par la 
place de grand maréchal. Il profita. 




SOL 

pour étudier les mœurs 
oes Polonais, et ras- 
leur histoire des mate- 
ra.. Stanislas le choisit 
ftaire; mais cet excellent 
hligéde fuir de ses états 
iS I CT .), Solignac , resté 
ie, n'échappa qu'avec 
xquisifions des Russes. 
nis sa famille en sûreté 
la Pologne sous un dé- 
rejoignit à Kœnigsberg 
chargea de publier un 
ificatif de sa conduite et 
. Attaché à ce prince 
naissance et l'admirà- 
uivit en Lorraine ; et 
ucoup à l'établissement 
i de Nanci , dont il fnt 
t secrétaire perpétuel, 
respondant de l'aca- 
criptions, et de beau- 
tés littéraires , son zèle 
ra'il conserva dans la 
permirent de remplir 
oirs avec exactitude, 
espectable mourut dans 
e la Lorraine, le u8 
: L'abbé Ferlet, pro- 
: de Solignac , à l'a- 
anci. C'est un modèle 
On en trouve un ex- 
Nécrologe des hom- 
année 1774, p- 65-qi . 
lent des Eloges de Fon- 
lontesquieu. Tercier et 
slas , ainsi que d'une 
eaux dans les M émoi-* 
fmie de Nanci , dont il 
quatre premiers volu- 
l à Solignac plusieurs 
rs dans les journaux du 
lesquels on distingue : 

ace, il avait couduit m femme 
ilogne. 

let a fait des remarques sur cet 
liées dan* le* Mémoires surFon- 



SOL 



s5 



Dissertation sur les sibylles ( Biblio- 
thèque française , tom. xxxvin et 
xxxix) . — Dissertation sur le dénom- 
brement ordonné par l'empereur Au- 
guste avant la naissance de Jésus- 
Christ ( ibid. , tom. xl ). — Lettre 
sur l'Histoire du roi de Pologne (par 
Chevrier ) , dans la Nouvelle Bi- 
bliothèque, publiée par Paupie, à 
la Haye, 174* ,mois de janvier. Ses 
autres ouvrages sont : l. Récréations 
littéraires , ou Recueil de poésies 
et de lettres, Paris, i«7*3, in-8*. 

11. Les Amours d'Horace f Co- 
logne, P. Marteau, 1738,111-12. 
C'est une débauche d'esprit et d'éru- 
dition. III. Quatrains ou Maximes 
sur l'éducation, Paris, 1728, in- 

12, réimprimé en 17 3 8. IV. Amu- 
sements des eaux de Schwabach, 
des bains de Wisbaden et de Schlan- 
genbad > avec deux Relations curieu- 
ses : l'une delà Nouvelle Jérusalem , 
et l'autre d'une partie de la Tar- 
tarie indépendante, Liège, 1738, 
petit in - 8°. , figures , traduit en al- 
lemand. V. Histoire générale de 
la Pologne, Amsterdam, 1751, 
6 vol. in- 12; traduit en allemand. 
Le sixième volume est tiré de Y His- 
toire universelle des Anglais. So- 
lignac n'a conduit son ouvrage que 
jusqu'à l'année i58o. Il en a para 
un Abrégé, 176a, in- 12. Cet ou- 
vrage , estimable par les recherches, 
est écrit d'un style simple et naturel , 
mais un peu diffus ; l'auteur manque 
d'ail leurs du talent d'intéresser et d'at- 
tacher ses lecteurs. Solignac avait 
commencé une Histoire du roi Sta- 
nislas , pleine, dit-on , de détails en- 
tièrement neufs. Ce manuscrit est 
conservé à la bibliothèque de Nanci. 
La France littéraire ( tom. 111 ) lui 
attribue une Histoire de l'Ancien et 
du Nouveau Testament , en vers po- 
lonais. La Saxe galante que quel- 




a6 



SOL 



Su 



ques bibliographes donnent à So- 
hgnac , est du baron de Pœlnitz ( F. 
ce nom ). W — s. 

SOLJMAN , fils aîné du sulthan 
Orkhan-Ghazy , fut célèbre par sa 
valeur brillante , et son beurcuse au- 
dace. Il tenta , avec autant de succès 
e de gloire , le premier passage 
es Otbomans en Europe. Une loi de 
mort, publiée par l'empereur , rete- 
nait également sur le rivage asiati- 
que et sur la cote d'Europe , les 
Musulmans et les Chrétiens. Le jeune 

S rince, sous prétexte d'une partie 
e chasse, amena de nuit quatre- 
viugt hommes sur le bord de la mer. 
Il construisit deux radeaux soutenus 
par des vessies de bœuf(i), liées en- 
semble. Sur cette fl ottille d'une espèce 
étrange, il arriva , par un beau clair 
de lune, sous les murs de Sestos,dont 
il s'empara , et força les habitants 
d'aller avec leurs navires embarquer 
trois ou quatre mille hommes qu'il 
avait laissés sur la cote d'Asie. Lors- 
oue cette petite armée eut passé le 
détroit , Soliman s'approcha de Gal- 
lipoli ' y et , après avoir battu les 
Grecs , il investit cette clé de l'Hel- 
lespont , que la famine mit bientôt 
entre les mains desOthomans. Depuis 
cette conquête, faite en i338 (a), et 
due plutôt à la ruse qu'à la force 
ouverte, Soliman ne cessa de presser 
les Grecs , et de les rejeter sur leur 
capitale. Il s'empara , de concert 
avec son frère Amurath , de Mal- 
lara , de Démotica , enfin d'Épi- 

(i) Il est plus probable que ces radeaux étaient 
(portés sur clés outre» di peaux de bœufs pleines de 
vent. C'est une manière de naviguer encore prati- 
quée aujourd'hui par les Arabes qui habitent les 
bords du Tigre et de l' Eu f rate. A— T. 

(a) Suivant Hadjy Khaltàh, dans son Takouim 
ml-Tawarik ( Tablettes chronologiques ) , le passa- 
ge du détroit eut lieu plus vraisemblablement l'an 
j58 de l'hégire, et la prise de Gallipoli, l'année 
suivante, c' est-a-dire en 13X7 et «35ft de J.-C. So- 
liman soumit ensuite Bulair , Khairapoli , Thekur- 
Udji et Iprnlah ; mets non pas Adrianoplé. comme 
t'osU dit epatUpeai oosnfibMare. *v— T. 



SOL 

batos , située à huit lieues de 
tantinople. Au milieu de ses su 
le jeune Soliman trouva , dai 
accident obscur , la mort qu'il 
tant de fois bravée sur le cl 
de bataille. Il périt d'une chu 
cheval, dans un divertissement 
rier , sous les yeux de toute se 
mée. Sa fin malheureuse , arrn 
i36o (3) , conduisit Orkhan 
père , au tombeau , par la de 
qu'elle lui causa , et lit monte 
frère , Mourad 1 er . , sur le 
othoman ( V. Amurath I er . ). \ 
SOLIMAN TGHELEBY, ( 
Bajazet I er . , et que quelques ai 
comptent parmi les sulthans 4 
mans , reçut ordre de se relîi 
champ de bataille , lorsque soi 
vit la victoire assurée à Ta me 
dans la terrible journée d'An 
l'an i4o2. Le jeune prince paj 
Europe, et se fit proclamer si 
à Adrianoplé par tout ce qui 
resté de troupes othomanes ai 
du Bosphore , dès qu'il eut apj 
mort de son père. Il rejeta 
que Ta merlan lui faisait faire 
nir une souveraineté de lui , et 
ses ambassadeurs avec mépris. 
Vérité , l'Hellespont prêtait s( 
pui à cette bravade ; et le conqi 
de presque toute l'Asie , le mai 
tant de soldats, n'avait pas u 
1ère. Après la retraite des Tar 
Soliman, à la tête des troupes 
rope , vint à Bursc attaque 
frère Mousa , qu'ils avaient pla 
le trône othoman d'Asie. Dct 
Mousa , sans oser l'attendre , 
fuit et disparut devant lui. M 

(3) Ce prince est nommé .Soulriman p 
Gbavy, dans les Tablettes chronologique* 
jy-Kbalfah. Ou y voit qu'il prit la ville 
nich, dès l'année 7Ϋ (,«33» ), et qu'il 
l'an 7G0 ( i359 ); ce qui prouve qu il n 
■voir guère moins de quarante-cinq ans à 




SOL 

■et h. fortune corrompirent 
in jeune et fougueux §oli- 
B eut l'imprudence de se 
r avec son frère Mohamed , 
enrd'Amasie. En dédaignant 
mage et en renvoyant ses 
tdeors, 3 se priva d une res- 
tasurée. Ses excès lui nuisi- 
i que les efforts ouverts ou les 
secrètes de son frère Mo usa. 
de ses passions et des peu* 
les plus honteux , Soliman 
mne à l'ivrognerie, le vice 
condamnable aux yeux des 
ids : ils méprisèrent un prin- 
iralait aux pieds leur sainte 
rappelèrent unanimement 
Soliman , abandonné , et ré- 
repasser en Europe , fut 
î par Mousa , qui t'obligea 
r Adrianople. Il alla cher- 
asile chez l'empereur Ma- 
éologue , auprès duquel il 
trouver un appui. Il se di- 
cheval vers Constantinople ; 
'arrêta en chemin pour se 
et demanda du vin. Cette 
i , l'état d'ivresse où il se 
la richesse de ses vêtements 
reconnaître ; des Turcs du 
son frère l'attaquèrent et le 
mort , l'an 1 4 1 o. Soliman , 
r mérité le titre de sulthan , 
sceptre pendant huit années. 
le composé monstrueux de 
vices et de toutes les ver- 
i d'un courage brillant que 
ieur faisait encore valoir, 
clémence et de générosité 
ses périls firent la règle de 
ite : dès qu'il crut n avoir 

part des historien* turcs ne comptent 
n , ni ses frères Isa , Mousa et Carem, 
parenrs othomans , parce qu'ils rétnè- 
nent, et qu'aucun d'eux ne posséda la 
jnpire, dont ils se disputèrent les lam- 
npa de trouble et d'anarchie est indi- 
r* annales par un interrègne de douze 
a r» Téaement da Mahomet 1". A-T. 



SOL 37 

plus rien à craindre, les plus hon- 
teux penchants le dominèrent ^ l'a- 
brutirent j son courage seul l'accott- 
pagna jusqu'à la mort* S»y. 

SOLIMAN I". ( 1 ) , le plus célèbre 
des empereurs othomans, surnommé 
le Grand , le Magnifique , le Conqué- 
rant et le Législateur , succéda sans 
trouble et sans opposition à son pète 
Selim I* r . Informé secrètement de h 
mort de ce prince, il accourut de Ma- 
gnésie à Constantinople , où il fit aon 
entrée a la fin de chawal 9*26 ( sept. 
i5ao) , la même année où Charles- 
Quint fut couronné empereur à Aix- 
la-Chapelle. L'opinion que les Turcs 
attachent aux nombres entiers leur 
fit concevoir les plus heureux présa- 

§ es sur la grandeur et la prospérité 
e leur nouveau sulthan , parce qu'il 
était né l'an 900 de l'hégire, et 
au 'il était le dixième monarque 
de sa maison. Soliman débuta par 
des actes de justice : il permit à tous 
ses sujets de réclamer les biens qui 
leur avaient été ravis , exemple uui- 
que dans l'histoire des Turcs ; mais 
les restitutions ne furent ni nombreu- 
ses ni considérables , parce que la 
plupart des proscrits avaient perdu 
la vie, et qu elles ne s'étendirent pas 
à leurs héritiers. Le perfide Kauber- 
dy ouDjabezdy al-Gazaly Beig, qui, 
pour avoir trahi les deux derniers 
sulthansmamlouks ( F*cy. Kans,ouh 
et Touman Baï ) , avait reçu de Se- 
lim I er . le gouvernement de Syrie , 
se révolta contre Soliman, usurpa 
la souveraineté à Damas , et mar- 
cha contre Alep, qui refusait de le 
reconnaître. L'hiver l'ayant obligé 



-Ut* 



(1) C'est ce prince que Marmontel , dan* - 
Contes moraux, Favart, dans sa comédie das Trais 
sultanes , et la plupart des compilateur» , ont impro- 
prement nommé Soliman II. Les meilleurs htsto 
riens turcs m» comptent pas au nombre de leurs 
sultbans la Soliman , fils da Bajaxat 1 er . , awoael 
nos autetua donnent le nom da finlisnasj 1 er . (roy. 
l'article précédant.) 



i8 



SOL 



d'en lever le siège, il fut vaincu par 
Ferhad Pacha , et sa mort mit fin à 
la rébellion. Soliman, non moins avide 
de gloire et de conquêtes que les plus 
belliqueux de ses ancêtres, sut profiter 
habilement de la rivalité de Charles- 
Quint et de François I er . , et tourna 
contre l'Europe ses premières armes. 
Dès Tannée 1 5:2 1 , provoque par l'ou- 
trage que ses ambassadeurs avaient 
reçu à la cour de Hongrie , où ils 
étaient allés demander le renouvelle- 
ment de la trêve , il prit en personne, 
après un siège de six semaines , Bel 
grade, le boulevard du royaume, re- 
cueil où avait échoué la puissance 
d'Amurath II et de Mahomet IL La 
réduction de cette place entraîna celle 
de Salankemen, de Peter wa radin et 
de plusieurs autres. L'année suivante 
il envoya son grand vézir (2) avec une 
puissante flotte, pour attaquer, sui- 
vaut les historiens Turcs , ce Repaire 
de brigands ( l'île de Rhodes ) , dont 
son père lui avait recommandé la con- 

Siête aussi expressément que celle de 
elgrade. Il se rendit bientôt lui- 
même devant la ville principale, qu'il 
força de capituler après un siège mé- 
morable de cinq mois et demi , aussi 
glorieux pour les vaincus que pour les 
vainqueurs. Rhodes et les îles voisi- 
nes étaient depuis deux cent douze 
ans au pouvoir des chevaliers de 
Saint-Jcan-de-Jérusalem. Le grand- 

(s) C'est sans doute d'nprès Cnntrmir qu'on a 
donné à ce vêxir le nom de Mustafa - Kirlou; mai* 
i] cul appelé Ahmed dans les Tables chronologiques 
d'Hadjj-Kbalfah , dan* V Histoire des pachas av E- 
gypte, traduite du turc par Digcon, dans la liste 
des mêmes pachas, rapportée par Wansleh , et daus 
une Hisl. d'Égrpt^, Mb. de la bihlioth. du Roi (t. 
a6 des traduclA- C'est par erreur qu'il est som- 
jné Soleiman dans l'extrait que M. Silvntre de 
Sacy nous a donné ( tom. I de» Notice» ) de Y Hit- 
toire d* Egypte et du Caire, par Schems-eddy» Mo- 
hammed. Soleiman peut être regardé comme le suc- 
cesseur immédiat d'Ahmed ( V. SOLEIMAN AL 
K.HA.DEM ). Quant à Musla r a-Kirlou , qui ne fut 
pas grand-7é»ir comme le dit Canlemir , mais se- 
cond véjir, c'est pent-être le Mustafk qui gou- 
verna l'Egypte aprfs Khaïr-Bcig , et à la faiblesse 
duquel on attribue les troubles de cette province. 



SOL 

maître Villiers de Îlle-Àdam obtint 
une capitulation honorable , qui fut 
religieusement observée par les Turcs. 
Le généreux Soliman voulut voir ce 
digne chevalier et rendit un juste 
hommage à sa valeur ; mais la poli- 
tique et la religion lui imposèrent la 
dureloi de faire périr un prince de«on 
sang avec sa femme et ses enfants , 
parce qu'ils refusèrent d'abjurer le 
christianisme qu'ils avaient embras- 
sé. C'était un Gis de Djem, l'infortuné 
frère de Bajazet II ( V. Zizim ). Des 
troubles ayant éclaté en Egypte, 
après la mort de Khaïr-Bcig , à qni, 
pour prix de sa trahison , Selim 1 er , 
en avait laissé le gouvernement; le 
vézir Ahmed-Pacha , porteur des or- 
dres du Sulthan , fit rentrer les sédi- 
tieux dans le devoir. Toutefois, lors- 
qu'il apprit que les sceaux de l'em- 
pire venaient d'être donnés à Ibrahim, 
après la démission du vieux Piri- 
Pacha, en i523, il dissimula sa colère, 
et ayant obtenu la vice-royauté de 
l'Egypte comme un exil honorable, il 
s'y érigea bientôt en souverain. Il fol 
massacré par la soldatesque , âVant 
l'arrivée du grand vézir Ibrahim, 
son rival , chargé de le réduire et de 
pourvoir à son remplacement. De 
retour à Gonstantinople , Soliman 
donna ses soins au gouvernement. Il 
publia des ordonnances pour l'admi- 
nistration de la justice et des finances, 
et pour la gestion des revenus des 
mosquées. Il réforma plusieurs abus 
que l'ignorance et la cupidité avaient 
introduits , et fit punir les cadhis cou- 
pables de prévarication. Quoique 
jeune et absolu , il sentit les inconvé- 
nients d'un pouvoir arbitraire et illi- 
mité. Il prescrivit différentes pei- 
nes suivant la diversité des crimes, 
la peine de mort pour tous les meur- 
tres et pour quelques vols ; mais il 
soumit toujours le coupable à l'aceur 




SOL 

sateur , et ne comprit pas qu'un délit 
qui attaque la société entière, ne peut 

Sas être absous par la réparation 
ont se contente la partie lésée. 11 con- 
firma aussi la preuve testimoniale , 
en lui donnant toutefois trop d'ex • 
tension. Soliman aimaitrordre et vou- 
lait l'établir dans toutes les branches 
du gouvernement. Il érigea les pro- 
vincejen pachaliks et en sandjakats , 
et assigna des troupes aux pachas qu'il 
investit d'une grande autorité , afin de 
contenir' les peuples dans l'obéissan- 
ce. Il multiplia les grades parmi les 
officiers de ses armées; et voulant 
balancer le pouvoir que les janissai- 
res commençaient à s'arroger , il créa 
le corps des bostandjis, auquel il 
confia la garde extérieure de ses pa - 
lais et l'entretien de ses jardins. Cette 
institution et les reformes de Soliman 
excitèrent re mécontentement des ja- 
nissaires ; mais la fermeté du monar- 
que réprima la sédition dans son prin- 
cipe. Pour faire cesser les murmures 
de ses troupes aigries par le repos 
de l'oisiveté, l'infatigable Soliman 
reporta la guerre en Hongrie, reprit 
Peter-Waradin et plusieurs autres 

faces, et gagna, le 29 août i5rô, 
célèbre bataille de Mohacz. Le 
jeune roi Louis H , y perdit la vie , 
victime de l'ignorance et de la témé- 
rité des evéques qui commandaient 
son armée. Cette victoire ouvrit au 
sulthan les portes de Bude , qu'il fit 
saccager; et l'incendie qui consuma 
■nej>artiede cette capitale, détruisit 
2a nche bibliothèque que le roi Ma- 
thias Corvin y avait fondée (3). Ras- 
sasié de gloire et de butin , l'heureux 
sulthan donna des fêtes brillantes dans 
la capitale, à l'occasion du mariage 
de sa sœur avec son grand vézir Ibra- 

(1) n s'échappa a cette dm im ciion que quel- 



SOL 39 

him. Le faux bruit de sa mort s 'étant 
répandu dans l 'Asie-Mineure, une 
foule de brigands et de gens sans 
aveu , conduits par un kalender de 
l'ordre des Bekhtachys , prirent les 
aimes, et commirent les plus af- 
freux ravages. Envain le pacha d'A- 
dana fit les plus grands efforts pour 
arrêter les progrès de cette révolte : 
elle ne put être étouffée que par Ibra* 
him, qui tailla en pièces les rebelles 
près de Césaree; leur chef et trente 
mille d'entre eux demeurèrent sur le 
champ de bataille. L'archiduc Ferdi- 
nand d'Autriche, beau-frère et succes- 
seur de Louis , ayant repris Bude, en 
1527 y Soliman resta quelque temps 
spectateur armé de la lutte qui s'était 
engagée pour la couronne de Hongrie 
entre ce prince et Jean Zapolski ou 
de Zapol. Habile à ruiner les deux 
princes chrétiens l'un par l'autre, 
et suivant le proverbe turc qu'il ré- 
pétait souvent , adroit à rompre un 
œuf contre un autre sans se salir 
les mains, il contemple les deux ri- 
vaux se détruire mutuellement ; et 
feignant enfin de protéger le plus fai- 
ble , il revient en Hongrie , l'an 1 529, 
comme allié de Jean Zapolski; mais 
il s'v comporte en ennemi. Maître de 
Bucle pour la seconde fois , il en laisse 
égorger la garnison pendant sa retrai- 
te, au mépris de la capitulation (4). 
Altembourg ayant été pris d'assaut, 
tout y est passé au fil de l'épce, sans 
distinction d'âge , de rang et de sexe. 
Soliman efface en partie cette tache 
à son triomphe, en renvoyant à Fer- 
dinand le brave Nadasti , gouverneur 
de Bude, et en remettant cette place 
avec le troue au roi Jean , devenu 



^4) Un soldat allemand ayant tué an janissaire 
qui reprochait aux Chrétiens leur peu de courage, 
les Turcs crièrent que ceux-ci araient enfreint le 
traité, tombèrent sur eux et les mirent en pièces ; 
c'est ainsi que ce massacra est raconté par les écri- 
vains occidentaux. 




3o SOL 

vassal de la Porte. Le prince de 
Moldavie, Bogdan, fils a'Étienne, 
pressé dans ses états par les gé- 
néraux othomans, vient alors se 
soumettre au sulthan, qui fait de 
cette province un fief de son em- 
pire. Quoique la saison fût avan- 
cée , Soliman va mettre le siège de- 
vant Vienne , le 26 septembre , avec 
une armée de deux cent cinquante 
mille hommes. La vigoureuse résis- 
tance de la garnison, commandée 
par Frédéric, prince palatin, et les 
retards dans l'arrivée des munitions, 
occasionnés par les pluies continuelles 
et par le débordement du Danube , 
obligent le sulthan à décamper, le 14 
octopre, après vingt assauts meur- 
triers , et une perte de quatre-vingt 
mille hommes. Il crut sauver sa 
gloire en disant qu'ii n'avait voulu 
que braver Ferdinand dans sa capi- 
tale, et mettre à l'épreuve le courage 
des soldats autrichiens : mais l'aveu 
de son dépit et de sa honte est consa- 
cré dans Pana thème qu'après la levée 
dusiégc,il prononça contre ceux de ses 
successeurs qui oseraient renouveler 
l'entreprise où il venait d'échouer. 
En traversant la Hongrie, il y laissa 
de nouvelles traces de cruauté . et fit 
égorger tous les captifs qui n'étaient 
pas en état de suivre son armée. De 
retour à Constantinople , il célébra 
la circoncision de trois de ses fils, 
avec une pompe incroyable , et dans 
le festin solennel qui suivit cette cé- 
rémonie, il admit à sa propre table, 
son précepteur, le mouftyet lekadhi 
el-asker. Ferdinand ne sut pas pro- 
fiter de la retraite de son ennemi. Il 
obtint de légers avantages , et reprit 
quelques places; mais trompé par 
Méhémed Beig , gouverneur de Se- 
mendrie, qui se fit passer pour le 
grand-vézir, il fut forcé de lever le 
siège de Bude. Soliman revint en 



SOL 

Hongrie , Tan 1 53 1 , et remporta sur 
ce prince , près de Gradisca, une 
victoire qui lui soumit l'Ësclavonie* 
Charles - Quint , le seul des souve- 
rains de l'Europe, dont la puissance 
fût en état de balancer celle du mo- 
narque othoman , n'avait jusqu'alors 
fait la guerre qu'au roi de France et 
au pape ; et loin de prendre les ar- 
mes contre le formidable ennemi de la 
chrétienté, il semblait même avoir ou- 
blié de secourir son propre frère Fer- 
dinand. Enfin il rassembla , sous les 
murs de Vienne , en 1 53a , cent vingt 
mille hommes tirés de l'Espagne, de 
l'Italie, des Pays-Bas et de l'Alle- 
magne , sans compter un nombre 
prodigieux de troupes irrégulières. 
C'était la première fois que Charles 
paraissait à la tête de ses armées. 
Soliman assiégeait alors Strigonie 
avec plus de deux cent mille hom- 
mes. L'Europe attendait l'issue de la 
lutte qui allait s'engager entre les deux 
empereurs ; mais ces rivaux , égale- 
ment redoutables, craignirent sans 
doute de compromettre leur gloire. 
Ils se conduisirent avec tant de cir- 
conspection , que la campagne finit 
sans résultats importants. Charles se 
contenta de s'être montré aux Turcs , 
et Soliman reprit le chemin de Cons- 
tantinople. Les forces combinées des 
puissances italiennes avaient, sur ces 
entrefaites, ravagé la M or ce et enle- 
vé Coron. Le grand-seigneur confia 
le soin de sa vengeance au brave 
gouverneur de Semendrie, qui par- 
tit comme un éclair, reprit Coron, 
et délivra la Morée. On a prétendu 
que le grand vezir Ibrahim, gagne 
par l'argent des Chrétiens , engagea 
son maître à porter ses armes en Asie; 
mais suivant les historiens turcs , 
dont le témoignage semble mériter 
ici la préférence, la révolte de Sa- 
heb-Gnéraï , Khan de Grimée , les 




SOL 

i da gouvern eur de l'Àdzer- 
quî avait trahi le roi de 
nt se soumettre à la Porte 
« , et la mort du gouverneur 
lad , qui peu de temps aupa- 
rait fait nommage de cette 
oliman , furent les véritables 
ni déterminèrent ce monar- 
errompre la conquête de la 
Ibrahim part de Cons- 
le y en novembre i533 , et 
r l'hiver à Halep , où il fait 
iratifs de la campagne sui- 
marche, au printemps, vers 
, s'empare de Vau et de 
places du Diarbekr et de la 
rménie , rencontre V armée 
i Eiad- Abad , près de Tau- 
fan livre une bataille san- 
uis indécise. Le grand sei- 
•rive bientôt dans l'Adzer- 
t joint ses troupes à celles de 
. Chah Thalimasp , n'osant 
ine seconde bataille contre 
$ si supérieures, les harcela, 
i , en feignant de fuir et en 
»ant les vivres. Soliman, qui 
tétré jusqu'à Sultlianieh, re- 
cette guerre de chicane , et 
rage épouvantable qui avait 
ies tentes etfa it périr un grand 
le ses chameaux et de ses che- 
andonna le nord de la Perse , 
l ses étendards sur Baghdad. 
s de cette cité , fameuse par 
résidence deskhalifes , lui fli- 
rtes, malgré les eflbrtsdu nou- 
verneur, qui se retira auprès 
r Perse. Pendant les six mois 
man passa dans l'ancienne 
les Abbassides , il visita les 
t d'Àly , de Houcein et des 
ams , qui rendent cette ville 
rirons vénérables aux Mu- 
de toutes les sectes : il assi- 
fonds considérables pour la 
ion et l'entretien de ces édi- 



SOL 



3i 



fices sacrés , et fit creuser un canal 
depuis TEufrate jusqu'à AiUsched* 
Houcein, afin de fertiliser cette con- 
trée aride et sablonneuse. Au prin- 
temps de l'année i535, le sulthan 
quitta Baghdad, marcha surTauris, 
où il entra sans résistance, y fit pro- 
noncer la khothbah (prière ou prA- 
ne), en sonnom, etrenditcette ville au 
roi de Perse, en lui accordant la paix* 
Tandis que Soliman reculait en Asie 
les bornes de son empire jusqu'aux 
montagnes du Kourdistan et au 
golfe Persique , le fameux corsaire 
Khaïr-eddyn Barberousse, devenu le 
grand-amiral de ce monarque, auquel 
il avait fait hommage de son royaume 
d'Alger, détrônait Te roi de Tunis, et 
soumettait aussi la ville et les états 
de ce nom à la domination othomane 
( Fojr. Mulet Haçan). Mais, l'année 
suivante ( 1 535) , Charles-Quint ayant 
rétabli Muley fia ça n sur sou trône, 
Barberousse., forcé de céder à la va- 
leur et au nombre des troupes chré- 
tiennes , abandonna Tunis , alla 
surprendre le Port-Mahon , ravagea 
les cotes de la Sicile et de la Pouille, 
et se rendit maître de Castro ( Fqy. 
Barberousse II ). Soliman , reparut 
en Europe ; dans les premiers jours 
de Tannée i536 , traînant après lui 
une foule de captifs pour remplacer 
les soldats qu'il avait perdus. Il si- 
gnala sa rentrée dans Constantinople 
par la mort d'Ibrahim , son grand- 
vézir , le plus habile de ses généraux 
et de ses ministres ; mais qui , fier de 
la faveur et -de l'alliance ae son maî- 
tre , avait poussé l'orgueil au point 
de prendre le titre, jusqu'alors inoui, 
de ser-osker sulthan, et s'était rendu 
coupable de plusieurs abus de pou- 
voir. Suivant Mouradgea d'Ohsson , 
l'apparition nocturne du fantôme du 
detterdar , ou ministre des finances , 
Iskeuder Tchéléby , que le favori 




32 



SOL 



avait injustement sacrifié à sa sûreté, 
avant de partir de Baghdad, suflit 
pour déterminer le sulthan à se dé- 
taire de ce dernier ( V, Ibrahim , 
XXI, 161 ). Mais s'il crut avoir 
besoin de faire intervenir , dans un 
acte de justice ou de vengeance , un 
moyen extraordinaire , il est du moins 
certain qu'une lettre, écrite par le 
malheureux defterdar , un moment 
avant son supplice , avait instruit le 
souverain que l'accusateur d'Isken- 
der avait été le complice de ses 
dilapidations. Cependant les armées 
de, Soliman , commandées par ses 
généraux , triomphaient en Asie , 
des princes de Géorgie , tributai- 
res de la Perse , et les forçaient 
de livrer leurs forteresses , et d'en- 
voyer des ambassadeurs à Constanti- 
nople, pour traiter des articles de leur 
sujétion à la Porte-Othomane. Dans 
le même temps, les Impériaux, ayant 
pénétré en Bosnie , furent repoussés 
parle pacha de Belgrade , qui rangea 
sous les lois du croissant la ville et le 
Sandjakat de Kilia. L'an i53^ , le 
sulthan , devenu la terreur des trois 
parties de l'ancien hémisphère , atta- 
que les possessions vénitiennes dans 
le golfe Adriatique. Le grand-vézir 
Ayas et le capitan pacha Khaïr- 
eddyn débarquent dans l'île de Cor- 
fou. Soliman, après avoii soumis, 
en personne, sans effusion de sang, 
le pays d'Arnaut ( l'Albanie ) , 
dont les peuples belliqueux avaient 
commis quelques désordres , passe 
dans l'île dont il se croit déjà le 
maître; mais le vainqueur de Rho- 
des , échoue devant Coribu. Il pille 
et brûle les bourgs et les villages , 
sans pouvoir prendre la capitale. Les 
dégâts occasionnés dans son camp 
par une grêle extraordinaire, lui pa- 
raissent de sinistres présages. Il levé 
Je siège , malgré les représentations 



SOL 

de ses généraux, et se rembarqne 
pour Constantinople. Il fut dédom- 
magé de cet échec par les conquê- 
tes et le butin que Khaïr- eddyn 
lit dans l'Archipel , et par la victoire 
que le pacha de Sémeudrie remporta 
sur les Allemands et les Hongrois. Les 
progrès des Portugais sur les cotes 
de l'Inde et de l'Arabie , les troubles 
qui s'étaient élevés dans le Yémen , 
et les réclamations du roi de Cain- 
baye et des autres princes Musul- 
mans de l'Inde, appelèrent l'ambi- 
tion de Soliman vers ces contrées, et 
flattèrent sa vanité. Il chargea le pa- 
cha d'Egypte de cette expédition loin- 
taine (5). En 1 538, une flotte consi- 
dérable fut construite à Suez , avec 
des bois coupés dans les montagnes 
de Caramanie , transportés en Egyp- 
te, et portés à dos de chameau à 
travers le désert, après avoir re- 
monté le Nil. Le pavillon othoman 
flotta pour la première fois sur le 
golfe arabique, et sur la mer des 
Indes. Le Yémen fut conquis plus 
par la cruauté que par le courage et 
les talents du général tur*. j mais sa 
tentative pour enlever Diu aux Por- 
tugais , ne lui laissa que la honte de 
l'avoir entreprise {F. Soleiman al- 
Khadem). Tandis que les généraux 
du sulthan portent chez diverses na- 
tions , la gloire et l'effroi de son 
nom , il entre lui-même en Molda- 
vie, où il est reçu comme ami; mais 
bientôt il exige à main armée le tribut 
annuel que les habitants avaient né- 
gligé de payer , les réduit à s'hu- 
milier devant lui , à accepter les 

(5) C'est à tort que l'on a répète dans plusieurs 
compilation', mr l'autorité erronée de l'historien 
Démetrius Cantemir, mie BarberouMe enntmen- 
dait la flotte othomane dans cette navigation. Las 
auteurs portugais et turcs qui uous ont fourni dw 
détail» curieux mr cette importante expédition, 
sont d'accord sur le nom du pacha qui en fut le 
chef, et ne font aucune mention rir Harlir ransas 
qui eu effet était alors occnpé dans la Méditer- 
ranée. 




SOfi 

conditions et le prince amovible 
qu'il leur impose , et emporte à Cons- 
tantinople tous les trésors de leur 
province et de leurs églises. La mê- 
me année Khalr-eddvn Barberousse 
Battit, près de Candie, une escadre 
vénitienne , et triompha, devant 
Prcvesa, d'une autre flotte combinée 
des princes chrétiens , commandée 
par le célèbre André Doria. Les Vé- 
nitiens alors demandèrent la paix ; 
mais le fier sultban ne la leur accorda 
que l'année suivante , après leur avoir 
repris Cas tel Novo , et exigé la ces- 
sion de Malvoisie et de Napoli , ou- 
tre les quatorze iles qu'ils avaient 
perdues. La mort de Jean Zapolski , 
roi d'une partie de la Hongrie , vas- 
sal et tributaire de la Porte, ral- 
lume h guerre entre les Turcs et la 
maison d'Autriche, en i54o. Soli- 
man se déclare le protecteur d'un fils 
en bas â^e du feu roi , et dispute, 
au nom de son pupille , le trône de 
Hongrie à Ferdinand , qui , aux ter- 
mes de son traité avec Zapolski , 
espérait de le posséder sans compé- 
titeur. Le sulthan refuse l'hommage 
et le tribut du prince autrichien, fait 
arrêter ses ambassadeurs , et envoie 
des troupes qui l'obligent de lever le 
siège de Bude. Il vient camper de- 
vaut cette capitale , les usages de sa 
nation ne lui permettant pas de se 
loger dans une ville murée qui ne re- 
connaissait pas ses lois. Les mêmes 
scrupules l'empêchent de visiter et 
de recevoir la veuve de sou vassal : 
mais trompant la vigilance de cette 
princesse, qu'il éblouit par la pro- 
messe de donner à son fils un témoi- 
gnage solennel de sa puissante pro- 
tection , il prépare dans son camp 
«ne fête magnifique pour les seigneurs 
qui ont accompagné le roi enfant , 
et Jes y retient , tandis que les jan- 
«ssaires s'emparent, sans obstacle , 

XLHI. 



SOL 



33 



des portes de Bude, et en desarment 
les gardes. Il ne renvoya le fils à 
sa mère qu'après qu'elle eût ordonné 
k tous les commandants militaires 
de remettre aux Turcs les provinces 
et les places de la Hongrie; en- 
suite il relégua la reine et le jeune 
{)rince dans la Transsilvanic , qu'il 
eur donna en fief pour toute com- 
pensation. Maître de la Hongrie par 
un artifice plus convenable à la ti- 
mide politique d'un lâche usurpa- 
teur qu'à la magnauimité d'un in- 
vincible conquérant , Soliman fit 
son entrée triomphale dans Bude, 
en i54i ; changea les églises prin- 
cipales en mosquées , et y laissa une 
garnison turque sous les ordres du 
beigler-beig , auquel il confia le gou- 
vernement de la Hongrie. Quoique 
la souveraineté de ce royaume lui 
fût acquise par les armes, par la 
vassalité de Zapolski et la soumis- 
sion proposée de Ferdinand, il lais- 
sa aux Hongrois leur religion , leurs 
privilèges et leurs propriétés. L'enne- 
mi de la maison d'Autriche devait 
être disposé à être l'ami de la Fran- 
ce. Déjà des relations secrètes avaient 
eu lieu entre Soliman et François I er . 
L'assassinat commis dans la Lom- 
bardie autrichienne , par ordre de 
Charles-Quint , sur la personne de 
deux ambassadeurs de France qui 
revenaient de Constantinoplc , n'em- 
pocha pas la conclusion d'un traité 
d'alliance et d'amitié entre la Fran- 
ce et la Turquie, en i54^ (6). Pau- 
lin, qui avait terminé cette négo- 



ce» Le premier traite de commerce, base de ce 
<[u 'on appelle les cupilulnt ions de la 1* nu» ce avec 
la porte Olliom.ine, e»t du (i inoli.trrein «)!î:7 ( m»p- 
leinhrr ii»a8 \ On y relaie un coniiu;uideiueiit de 
RaJMzet II, de l'année i|i'l ( i.ïo- ). (À' fui au uioi.« 
do eliiiltau |)ji ( février ijHJï ), «pie fui siruc le 
traite de paix et d'alliance enlre Soliman I er . et 
Jean de Ln Furent, ambassadeur de IVaui'us !•'. 
Une double copie de cc< deux traites existe aux 
manu s cri lu de la bibliothèque du Roi , n°. 778, et 
«48 H. , foudi de Saint-Germain. 




34 



SOL 



dation, s'embarque, l'année suivante, 
sur la galère de Barbcroussc , qui , 
après avoir conduit la flotte otho- 
mane dans le phare de Messine, pris 
et pille Rcggio , jeté répouvante dans 
Ostie et dans Rome , vient mouiller 
à Marseille , suivant les ordres de son 
maître , pour y recevoir les instruc- 
tions du roi de France. Les lis se 
joignent au croissant , et l'armée na- 
vale combinée va mettre le siège de- 
vant Nice, qui capitule bientôt : mais 
la résistance du château , et les se- 
cours qu'y amènent les généraux de 
Charles -Quint , irritent les Turcs. 
Ils pillent la ville , et remettent à la 
voile , abandonnant des alliés avec les- 
quels ils s'accordaient di (licitement. 
L'amiral othoman, pour ne pas per- 
dre le fruit de cette campagne , va 
ravager les îles d'Ischia et de Lipari, 
et ramène dans Gonstantinople sept 
mille prisonniers. Soliman qui, dans 
le même temps , avait repris , en 
Hongrie, quelques places aux Alle- 
mands, revenait triomphant de sa 
dixième expédition , lorsqu'il apprit 
la mort de Mahomet , son fils aine. 
Accablé de douleur , il renonce pour 
quelques temps à la guerre , aux 
conquêtes ; il rend la liberté à un 
grand nombre de captifs chrétiens , 
accorde enfin une trêve à Ferdinand, 
et fonde plusieurs établissements 
pieux. Une perte aussi sensible , 
quoique moins cruelle pour le sul- 
than , fut celle du fameux Khaïr-cd- 
dynBarberouse ,qui mouruten 1 546. 
Un frerc de Chah Thahmasp étant 
venu implorer le secours de la Porte 
Othomanc, SoMman lui accorde sa 
protection, et saisit cette conjoncture 
pour envoyer une armée contre la 
Perse, en 1 548. Il s'y rend lui- 
même, et s'empare de Tauris : mais 
voyant que Chah Thahmasp, aulicu 
do défendre sa capitale et l'entrée du 



SOL 

cœur de son royaume , e*tait allé s'em- 
parer de la place importante de 
Van , et manifestait ainsi l'inten- 
tion de couper la retraite à l'armée 
othomane ; il revient sur ses pas , re- 
prend cette forteresse après une courte 
résistance; et bornant là ses exploits , 
il va passer l'hiver à Halep, d'où 
il retourne, au printemps de i54<), à 
Constantinople. Le peu de gloire et 
de fruit que Soliman recueillit de 
cette campagne , la onzième où il 
avait commandé son armée en per- 
sonne, parut le dégoûter du rôle de 
conquérant; mais ses généraux con- 
tinuèrent encore d'à (Terni ir son em- 
pire , et d'en reculer les frontières. Le 
Yémen et la Géorgie révoltés rentrent 
sous sa domination. Sinan Pacha et 
le corsaire Dorgoudjé(Dragut), digne 
successeur de Barberousse dans la 
charge de capitan - pacha , après 
avoir fait une tentative inutile sur 
Malte , devenue le chef-lieu de l'ordre 
de Saint-Jean de Jérusalem , et pris 
l'île de Gozze , enlèvent , en 1 55 1 , Tri- 
poli de Barbarie aux chevaliers, qui 
capitulent malgré leur brave gouver- 
neur. La cession de la Transsilvanie 
au roi Ferdinand par la veuve de 
Zapolski , ayant occasionné la rup- 
ture de la trêve , les Othomans re- 
viennent en Hongrie, assiègent Té- 
meswar sans succès , et se rendent 
maîtres de plusieurs autres places, 
notamment de Lippa , qui retombe 
la même année au pouvoir des Alle- 
mands. Plus heureux l'année sui- 
vante , ils s'emparent de la ville et 
de tout le banat de Témeswar j 
mais la peste, qui seconda la bravoure, 
des citoyens d'Agria et de leurs fem- 
mes , força les Musulmans de s'éloi- 
gner de cette ville ( F, Olahus ). La 
défaite d'une armée othomane par 
Chah Thahmasp, est pour le sultbaa 
un prétexte plausible de porter * 







S* 



SOL 

armes pour la troisième fois contre 
la Perse : mais un plus pressant mo- 
tif l'appelait en Asie. Le vainqueur 
de Rhodes et de la Perse , le conqué- 
rant de la Hougrie , de l'Arabie Heu- 
reuse et de l'Afrique , le législateur 
desOthomans, avait trouvé un vain- 
queur. L'ambitieuse et cruelle Roxc 
lâne ( Rouschcn ) , qui , du rang d'es- 
clave, était devenue sa favorite et son 
épouse , abusait d'un ascendant que 
w-s artifices plus que sa beauté lui 
avaient acquis sur 1 esprit de l'amou* 
reux Soliman , ascendant qui ne fit 
que s'accroître lorsque l'âge, aflaiblis- 
blissaot le caractère du monarque, 
l'eut rendu plus crédule et plus défiant. 
On a rapporte avec des détails assez 
circonstanciés , dans divers articles 
de cet Ouvrage, les détestables ma- 
nœuvres de cette méchante femme , 
i qui seule on doit imputer les fautes , 
les crimes et les chagrins domesti- 
ques qui ont llétri et empoisonné la 
vieil Je>se du grand Soliman ( V, Ba- 
JiZF.T,IlI,-23o; Mustapha, XXX, 
{•SS et 4#< )•» Rous r am-Pacu a et Roxr.- 
Li3r&). Il surtit dédire ici que depuis 
ii mort du prince Mahomet , rainé 
dr.i fils qu'elle avait donnés au sul- 
than, Ro\cIane, jalouse de Mustafa 
qui. ué d'une rivale odieuse , était 
tveuu r héritier présomptif de l'em- 
pire . s'efforça de le reudre suspect à 
sou ]K*re , afin d'assurer le troue à 
l'un de ses propres iils. Le grand 
vtzir Roumain fut le complice et le 
principal agent de la haine et de la 
pridie de cette femme. Musta- 
fa résidait daas son gouvernement 
A Amasie , qui touchait aux fron- 
tières du roi de Perse. Accusé d'in- 
digence avec ce monarque, et de 
inspira lion contre son père , il fut 
fcandé au camp de ce dernier, qui 
*m rt entrepris cette expédition con- 
j*k Perse , qne pour se défaire d'un 



SOL 



35 



fils qu'il regardait comme son plus 
dangereux ennemi. A peine Mus- 
tafa fut-il entré dans la tente impé- 
riale, que des muets apostés l'étran- 
glèrent au premier signal que leur 
donna le sulthan , caché derrière un 
rideau. Cette horrible scène se passa, 
l'an 1 553 , dans les environs de Tokat 
ou de Tauris. Djihanghir, frère de 
ce malheureux prince , mais fils de 
Roxclanc , mourut peu de temps 
après, soit de sa douleur, soit du poi- 
son qu'on lui donna , soit par l'ef- 
fet naturel de sa défectueuse con- 
formation ; car il n'est pas vrai- 
semblable qu'il se soit poignarde 
sur le corps de son frère , le suicide 
étant diamétralement opposé au dog- 
me de la prédestination si générale- 
ment admis par les Musulmans. Les 
historiens turcs, habitués à rapporter 
les événements généraux .sans en re- 
chercher les causes , sans dévoiler 
les intrigues secrètes de la cour de 
leurs souverains , se bornent à dire 
que Mustafa avait mérité son sort 
par ses pratiques séditieuses , et que 
son (ils fut enveloppé dans le même 
châtiment. Après ces cruelles exécu- 
tions , Soliman envova délier le roi 
de Perse eu rase campagne : n'ayant 

}>as reçu de réponse , il entra dans 
'Arménie persanne , prit Érivau , 
dont il détruisit les principaux édifi- 
ces , et ravagea tous les pays entre 
Tauris et Mcraga. Au printemps de 
l'aimée if)i>4 , il se reudit à Arnasie , 
où il conclut la paix avec les ambas- 
sadeurs du sofy. Les villes de Van , 
Marasch et Moussoul furent recon- 
nues pour les limites de l'empire 
Othoman du côté de la Perse. Pen- 
dant l'absence du sulthan , un im- 
posteur, se faisant passer pour le 
prince Mustafa , excita des troubles 
dans les environs de Nicopoli : il 
était suscité , suivant les uns , par 




36 



SOL 



Roxelane et par Bajazet , son second 
(ils , à qui elle voulait assurer le 
trône au préjudice de Sélim , son 
frère aine' , en faisant périr ce prince 
et le sulthan même , par un instru- 
ment qu'elle était sure de briser à 
son gré. Le faux M us ta fa fut arrêté 
par les soins du grand-vezir Ah- 
med ( Voy\ àchmet , 1. 1 , p. 1 5 1 ). 
Avant de périr , il dénonça Bajazet 
comme son complice; mais Roxe- 
lane , qui avait su ne pas se mettre 
en évidence , obtint la grâce de 
son fils , et sacrifia le grand - vézir. 
D'autres disent que Bajazet as- 
soupit lui-même cette révolte , et li- 
vra l'imposteur à Soliman. Vers le 
même temps , une flotte otbomane , 
partie de Suez , allait attaquer , sans 
succès, l'île d'Hormuz, essuyait une 
défaite dans le golfe Persique , et bat- 
tait à son tour les Porfugais. Les ar- 
mes du sulthan triomphaient encore 
en Hongrie ; le khan de Crimée , De w- 
letGheraï , son vassal, remportait une 
victoire sur les Russes; et le gouver- 
neur d'Alger lui soumettait Budjie et 
trois autres châteaux , qu'il enlevait 
aux Espagnols. De retour à Cous ta n- 
tinople, en 1 555 , le sulthan renouve- 
la, par un édit sanglant, la prohibition 
du vin, dont l'usage, par la tolérance 
et surtout l'exemple de quelques-uns 
de ses prédécesseurs , était devenu 
presque général. Soliman ordonna de 
verser du plomb fondu dans la bou- 
che de ceux qui auraient transgresse 
ce précepte du Coran ; et il lit brû- 
ler tous les navires chargés de vin , 
qui arrivèrent à Constantinonle dans 
les premiers jours de la publication 
de cette défense. Toujours fidèle à 
son alliance avec les Français , il en- 
voya dans la Méditerranée une for- 
te escadre sous les ordres de Pialéh 
Pacha , qui , ayant fait sa jonction 
avec celle du roi Henri II, défit 



SOL 

la flotte espagnole, prit M 
Reggio et les îles Baléares. I 
delà fameuse Roxelane, arri 
1 557 , fut encore fatale a Soli 
à l'empire. Bajazet , digne fil 
telle mère , laissa bientôt ecl 
jalousie et sa haine contre se 
Sélim. En v^in le vieux sultha 
lant éloigner les causes de d 
entre ses i ils par la distance de 
ordonna à Sélim de quitter le \ 
nement de Magnésie pour c 
Konieh , et à Bajazet d'aller 
à Amasic. Celui-ci résista aux 
de son père , se maintint d« 

§ouvcrnement de Kiutayeh, 
es impôts et des troupes, et i 
contre Sélim qui l'attendait c! 
plaines de Konieh. La bat 
donna , le 23 schaban 966 ( 
i55f)ï; elle dura depuis I 
jusqu'au coucher du soleil , c 
quarante mille hommes à 1 
Othoman. Bajazet , vaincu, s 
avec ses quatre (ils et les dé 
ses troupes , à Amasie , où il 
vainement de relever son p 
prit alors la résolution de se 
en Perse. Avec les douze mi II 
mes qui lui restaient , il repou 
tre Siwas et Arzroum , les 
que le sulthan avait mises à s 
suite , et arriva enfin à Cazb 
Chah Thahmasp lui fit Tac 
plus a 11 cet ueux : mais un an a 
monarque cédant aux sollicil 
aux menaces , et surtout aux 1 
d'un père irrite, d 'un voisin pui 
redoutable, fit empoisonner ! 
avec ses 4 fils (7), et livra leur 
aux ambassadeurs de Sol ira.' 
les portèrent à Siwas , 011 lei 



(7} SuiTunt Busbrr et Hadiv Khalfal 
fut étranglé dan* m prison , en i56i , p«» 
*airra de ton perr. Soliman bt mnnr pr 
fanl an berceau de ce prince , •'autorisai 
verbe : yW anMMMi arbre a» peut f 
d* mtawaai fait. 




I 

l 



SOL 

beau fut depuis converti eu mosquée. 
L'an 967 ( 1 5(5o) , les forces d'Ëspa- 

§ue et de Malte réunies sous les orares 
udiic de Médina -Ccli, vice-roi de 
SicUt y et d'André Doria , ayant pris 
l'île de Djerbessur la cote d'Afrique, 
et attaque Tripoli, 011 commandait 
le fameux corsaire Dorgoudjc Pacha, 
la flotte otliomaue , conduite par Pia- 
lch Pacha , leur livra bataille à l'em- 
bouchure du golfe de Tripoli, e t rem- 
porta une victoire ce mp!î le. Les Cli re- 
tieus perdirent dix - Luit mille hom- 
mes, vingt-huit galères et quatorze 
gros vaisseaux. Pialch , après avoir 
repris Djerbcs v revint triomphant 
à Coustautinoplc. Le baron de Bus- 
bec, alors ambassadeur d'Autriche 
dans cette capitale, dit qu'où n'a]>cr- 
çot auaiu changement sur le visage 
de .Soliman j tant ce sage vieillard 
était prêt à recevoir l'une et l'autre 
fortune d'un œiljndi fièrent. L'ambas- 
sadeur français La vigne fit de gran- 
des instances. jK)ur obtenir la liberté 
de» prisonniers espagnols. « Gc n'est 
pas là la demande d'un aml>assadcur 
de France , dit en riant le sullhan; 
je tic: livre pas ainsi des ennemis à 
leur» ennemis. » ]| lui accu nia cepen- 
dant la liberté de quelques prisonniers 
llauiinds et allemands, quoiqu'il n'i- 
guoràt pas alors lctraitcdcpaix signé 
a souiusiietsaiissa participation, l'an- 
née précédente, avec l'Espagne, par 
Henri il. auquel il h\ ait même adressé 
une lettre de reproches à ce sujet. 
Enhardi par ce succès , Dorgoudjé 
teuU de s'emparer d'Oran , sur les 
Etpa^nols; mais il échoua dans < ctlc 
expédition. L'an )5(>'A , Soliman 
conrlut une trêve de huit ans , avec 
l'empereur Ferdinand, et lui envoya 
un ambassadeur pour obtenir la ra- 
tification du Uaité. Irrite contre les 
chevaliers de Malte , qui figuraient 
dans tous les actes d'hostilité envers 



SOL 3 7 

la Porte-Odiomanc , le sulthan équi-» 

Sa une flotte nombreuse , une armée 
e quarante mille hommes , et char- 
gea de sa vengeance, son amiral 
Pialch et Militer Mustafa Pacha , 
l'un de ses vézirs; mais avec or- 
dre de ne rien entreprendre sans 
consulter Dorgoudjé, qui , bien qu'il 
eût hautement désapprouvé cette ex- 
pédition , vint s'y joindre , avec 
une escadre qu'il amena de Tripoli. 
Les Turcs avaient débarque le *Jt3 
srhawal çrrj ( :i4 m! *i >-W5 ) : ils 
assiégèrent le fort Saint-Klme , qu'ils 
prirent au bout d'un mois. Ils for- 
mèrent alors le siège de Malte : mais 
Dorgoudjé ayant été tué, sans qu'on 
sache , dit un historien turc , si le 
coup ]iarlit de la place ou du camp 
des Olhomaus ; la désunion entre 
Mustafa et Pialch,!' indiscipline et les 
désordres qui en résultèrent dans 
l'armée, contribuèrent, non moi ils 
que la l)elle résistance du grand-maî- 
tre , Parisot de la Valette, et de ses 
braves chevaliers , à forcer les Turcs 
de renoncera une eut reprise qui leur 
avjit coûté quinze à vingt mille hom- 
mes. Ils remirent à la voile, le 11 
sept., malgré le secours que leur avait 
amnié Flacau-Pacha , dey d'Mger, 
lils de Harberoussc , et gendre de 
Dorgoudjé. Soliman, mécontent de 
ses deux généraux, qui s'accusaient 
réciproquement de ce revers, mit 
en délibération s'il les ferait pé- 
rir. 11 voulut néanmoins qu'ils en- 
trassent à r.nnstantinnplc , tambours 
battants , enseignes déployées , et 
se contenta de déposer Mustafa. 
Quant à Pialch, pour retirer quelque 
fruit de cet armement , il alla dépouil- 
ler les habitants deScio du droit de se 
gouverner eux - mêmes , afin de les 
punir d'avoir informé les Maltais des 
desseins de la Porte. Mais , l'année 
suivante , à la demande de Henri II , 




38 



SOL 



roi de France, le sulthan rendit à 
ces insulaires les familles qu'on leur 
avait enlevées et. leur ancienne for- 
me :de justice, sauf l'appel au ca- 
dhii- Apres là mort de Ferdinand, le 
gouverneur de la Hongrie autrichien- 
ne pour son fils , Maximilicn II., 
avait rompu |a trêve et commis des 
hostilités contre les possessions des 
Turcs et celles du Vaïvodc deTrans- 
silvanie, leur vassal. Soliman, per- 
suade que son ëpée ne pouvait triom- 
pher que dans ses mains , entreprit 
sa treizième expédition , maigre son 
Âge et ses infirmités. Précède' d'une 
armée do deux cent mille hommes , 
sous la conduite du second ve'zir , 
•Mechir-Duna-Perter Pacha>, il partit 
de-Coustantinople, le 9 schawal 9^3 
(10 mai 1 566 ) , avec son grand-vé- 
zir , sa garde et ses principaux offi- 
ciers. Il était porté alternativement 
dans un carrosse et dans une litière ; 
mais à l'approche des villes et des 
bourgs , il montait à cheval pour se 
montrer au peuple. Âpres avoir passé 
la Save et la Drave, sur un pont 
construit avec autant d'art et d élé- 
gance que de promptitude , il arrive 
à Bude , où il fait trancher la tête 
au beiglcr-beig Arslan Pacha , qui , 
au lieu de centraliser ses forces, avait 
formé des entreprises hasardeuses, 
et s'était laissé battre par les Autri- 
chiens. Il charge ensuite son second 
vézir d'aller s'emparer de Ghiula; et 
il va lui-même camper devant Szi- 
gheth. Il y était depuis près d'un 
mois, lorsque la fatigue, les exhalai- 
sons des marais voisins, l'âge et lécha- 
grin de la résistance que lui opposa le 
comte Nicolas Zrini , lui causèrent une 
fièvre maligne dont il mourut, le 22 
safarQ74 (8 septembre i566). Le 
bonheur de ce conquérant le suivit 
au-delà du tombeau. Deux jours 
après sa mort, Szigheth fut emporté 



SOL 

d'assaut par les Othomans; et l'on 
apprit que Ghiula s'était rendue , au 
bout d'un mois de siège. Les auteurs 
varient sur la date de la mort de So- 
liman (8); et quelques-uns la placent 
après la réduction de la forteresse qu'il 
assiégeait. Cette incertitude vient de 
ce que le grand -vézir Tcheleby Mo- 
hammed Pacha , voulant prévenir 
toute sédition dans le camp, et assu- 
rer le trône à Sélim , le seul vivant 
des sept fils de Soliman; cacha avec 
le plus grand soin la mort du sul- 
than , fit périr le médecin et les es- 
claves qui en avaient le secret, et ne 
le confia qu'au 1 reis-efendy et au si- 
likhdar, ayant besoin de l'un pour 
sceller les fi rm a us, et de l'autre pour 
imiter la signature du monarque dé- 
funt. Il fit enterrer le corps de Soli- 
man dans la tente impériale, conti- 
nuer le siège et les opérations de la 
guerre, réparer les fortifications de 
Szigheth. dix semaines après , il don- 
na le signal du départ. Lé cadavre 
exhumé fut mis dans une litière, dont 
le graud-veiir s'approchait de temps 
en temps , comme pour converser 
avec le sulthan et recevoir ses ordres. 
Ce ne fut qu'à Belgrade que l'armée 
apprit la mort do son souverain , et 
proclama -Sélim II , qui venait d'y 
arriver. Le corps de Soliman fut alors 
placé sur un enar funèbre, et porté 
religieusement à Constantinoplc, où 
on le déposa dans la grande mosquée 
Souléimanich , qu'il avait fondée, et 
dont la magnificence et la grandeur 
ne le cèdent qu'à celle de Sa in te -So- 
phie. Ce vaste édifice renferme dans 
son enceinte quatre collèges , un 
hospice pour les' pauvres, un hô- 



(8Ï La date de la naissance de Soliman et celle de 
•on avènement au trône étant connue», il est étonnant 
qoe tout les auteurs aient varie sur la dorée de son 
règne et de son Age. Il rét,na quarante-six ans, et 
en vécut soixante-douxe. Si l'on compte par année» 
d« l'hégire , il firat ajouter dans ans. 



SOL 

pîtal pour les malades , et une biblio- 
thèque publique, qui contient deux 
mille manuscrits (9). Soliman fit 
rétablir l'ancien aqueduc qui con- 
duit l'eau à Constautiuoplc, où elle 
se partage en plus de huit cents fon- 
taines, il lit eucorc ériger (la us cette 
ville une mosquée, un hôpital et d'au- 
tres édifices , au nom de sa mère ou 
de Roxelane ; une mosquée en mé- 
moire de son fils Djihanguyr; un 
pont sur la route de Romélic; à Scu- 
tari, une mosquée, deux klianehs(ho- 
telleries ) , un collège et un hospice 
pour les pauvres , eu l'honneur de sa 
fille chérie , Mihr - u - Mali ( so- 
leil et lune ). Ces monuments et un 
grand nombre d'autres qu'il fonda à 
Konien,à Damas, à Jérusalem, à 
Adrîanople , à Baghdad , en Egypte , 
à h Mekkc , à Médinc , etc. , et qui 
tous attestent son amour pour 
l'humanité, les sciences et la reli- 
gion ; les fonds assignés par lui à 
l'entretien de ces édifices et des fonc- 
tionnaires qui y sont attachés ; la 
protection qu'il accorda aux lettres 
et aux arts; l'éclat de sa cour, où fi- 
guraient des ambassadeurs, des prin- 
ces, des souverains de diverses con- 
trées de l'Europe, de l'Asie et de 
l'Afrique; l'air de grandeur et de 
majesté répandu sur toute sa per- 
sonne , malgré la simplicité de 
ses vêtements, justifient les surnoms 
de Magnifique et de Grand , que la 
postérité lui a décernés. Les Turcs 
lui ont donné le titre de Ghuzy à 
cause de ses conquêtes et de ses vie 
toires: ils l'honorent comme Sche- 
hid ( martyr ), parce qu'il est mort 
dans une guerre contre les chrétiens; 

\iy 4j* nooibre pourra «eiubler I»irn modique ; 
aaait il faut se lappeirr qu'à relie épuiiiif* le» ili-m'ils 
littéraire* étaient rare» el peu consiuVmhlf* d» 



l 



MUS 



Je* e-iHir* de» .«ouvert in» de l'Lurope, et qu'il v a 
m an'ô»» d<iu*e bibliolbi'nues publique» à Cuu»ûu< 
ttn-'plc, outre celle de Soliman I er . 



SOL 3r> 

mais le surnom de Canounjr ( le lé- 
gislateur) consacre à-la-fois le sou- 
venir de sa sagesse et celui du res- 
pect des Othomaus qui se gouver- 
nent encore aujourd'hui par ses insti- 
tutions. Ce n'est pas que Solimau ait 
ublié un corps de lois : le Coran est 
e code unique et universel des Mu- 
sulmans. Il ordonna seulement une 
compilation, une révision de toutes 
les maximes et ordonnances de ses 
prédécesseurs sur l'économie politi- 
que, civile et militaire: il en remplit 
les lacunes en réglant les devoirs , le 
rang, le costume, les pouvoirs et les 

{) ri vi loges de tous les fonctionna ires à 
a cour, à -la ville, à l'armée; les le- 
vées, le service, l'équipement, la sol- 
de des troupes de terre et de mer ,4c 
mode de recettes et de dépenses du 
trésor public. Il faut le dire cepen- 
dant : toutes ces institutions, q'ii, su- 
périeures alors à celles des autres na- 
tions de l'Europe, passaient , au rap- 
port des contemporains , pour le 
chef-d'œuvre de la sagesse humaine, 
n'avautsubiauciiiicaméliuraliou pos- 
térieure; ont dû nécessairement, par 
le laps du temps, se trouver au- 
dessous des progrès qu'ont fait plus 
tard la civilisation , la législation et 
les découvertes utiles. Aussi, quel- 
ques éloges qu'ail mérités le système 
d'administration de Soliman, il est 
certain que la constitution et la puis- 
sance des Turcs , parvenues , sous 
son lègue, au plus haut degré de per- 
fection elde consistance, ont toujours 
décliné depuis, lia peut-être préparé 
lui-même celte décadence par la fa- 
meuse loi qui, éloignant du comman- 
dement des armées et du gouverne- 
ment des provinces les membres de la 
famille impériale, assure faiblement 
la tranquillité du souverain, et con- 
damne les héritiers du trône à la ré- 
clusiou , par conséquent a 1 igno- 




4o SOL 

rance , à la mollesse et à là nullité. 
Mais telle e'tait la force d'un empire 
agrandi, régénéré et consolidé par 
lui , que cette décadence , du moins 
quant au* limites territoriales , n'est 
pas encore très-scnsiblc de nos jours; 
et l'on est forcé de convenir que les 
annales des peuples mahométans 
ne présentent aucune dynastie dont la 
durée , la puissance et la stabilité aieut 
égalé celles de la monarchie des Otto- 
mans (10). Sous le règne de Soliman, 
la langue turque s'embellit, se perfec- 
tionna et acquit plus d'harmonie, de 
douceur et de noblesse, par le mélange 
de l'Arabe et du Persan. L'empe- 
reur parlait ces trois langues avec 
pureté et il excellait dans la poésie. 
Il savait aussi le grec , et il lit tra- 
duire en cette langue les Commet* 
taires de César. Soliman eut toutes 
les qualités des héros et plusieurs ver» 
tus des bons rois. Sobre, tempérant, 
juste , rigide observateur de son culte , 
religieux gardien de la foi des trai- 
tés, il était brave , infatigable à l'ar- 
mée, magnanime, grand politique et 
ami de la vérité. Quelle noble com- 
passion ne montra-t-il pas , lorsqu'en 
entrant à Rhodes , dans le palais du 
vénérable grand-maître , il s'écria : 
« J'ai quelque peine à forcer ce vieil- 
» lard , à son âge , de sortir de sa 
» maison? » Dans une de ses expédi- 
tions de Hongrie , une femme éche- 
velée se précipite à ses pieds pour se 
plaindre que des soldats ont pillé sa 

^10) Peux seules dynastie» mit Mirpa»se l'éten- 
due ri la dur» de l'empire de* Othomatis ou Os- 
tnnnl\(, savoir: le* Khalife» Al>l»itMÙdn» cl le* 
descendants de njcnphy/-Khnn. Mai* les premier* 
n'uni joui que cent sritr nus de la plénitude de 
leur puishauce; leur* »urce>scurx A liaghdad , el 
surtout en Egypte nul e?l« réduit» au* vains 
liuuueura du pontifical , prndant plus de sent siè- 
cles. QumdI h fa rare de Djeiighix-Khan , don/ l'éclat 
n'a lirilir que deux cent» ans , au plus , elle n'existe 
aujourd'hui que dans Quelques petiU princes obs- 
curs de la grande Bouk bar ie , et dans la famille da» 
Khasw de Crimée , long-lemns tributaire* de la 
Porte-Olbomanc , et dépossède», depuis plus de 
qiurauU- an* , par la Russie. 



SOL 

maison pendant la nuit à ion mto, 
« Tu dormais donc bien profondé* 
» ment, lui dit Soliman? — Oui , re- 
» prit cette femme , parce que je sa- 
» vais que le devoir de ta hautesse 
» est de veiller pour ses sujets. » Le 
sulthan , frappé de cette leçon har- 
die , lui (it donner une poignée de se- 
quins , et exempta sa maison et son 
village de toutes contributions pen- 
dant dix ans. Sévère et quelquefois 
terrible dans ses jugements', mais 
toujours impartial, il savait conci- 
lier le maintien du respect qu'il exi- 
geait pour la reliçion de l'état, avec 
la protection qu'il devait à tous ses 
sujets indistinctement. Ainsi, taudis 
qu'il faisait instruire juridiquement 
le procès de Cabiz, eu i5a6 ou 1527, 
et condamner à mort ce docteur, 
convaincu d'avoir professé que Jé- 
sus-Christ était supérieur à Maho- 
met, et l'Évangile au-dessus du Co- 
ran ( V. Cabiz ) j il ordonnait l'exé- 
cution de tous les Albanais qui se 
trouvaient à Ccnstàntmople , parce 
qu'on ne put découvrir ceux d entre 
eux qui avaient assassiné et volé un 
marc handch rétien. Voulant bâtir une 
mosquée, Soliman acheta le terrain 
nécessaire pour cet édifice, à l'ex- 
ception d'une maison de peu de valeur, 
placée dans le centre , et qu'un Juif, 
qui en était propriétaire , refusait de 
lui vendre. Tout le monde s'attendait 
à voir cet Israélite devenir la victime 
de son entêtement. Le mouftv. con- 

sy * 

suite par Soliman , répondit que les 
propriétés sont sacrées sans distinc- 
tion d'individu, et qu'on ne peut ' 
élever un temple à Dieu sur la des- 
truction d'une loi aussi sainte; mais 
que le souverain avait le droit de 

{>rendre cette portion de terrain à 
oyer , en faisant un contrat au pro- 
fit du propriétaire et de ses deseen- ' 
dants. Le sulthan s'en tint à k ré 



SOL 

ponse dn moufty. Ce trait de modé- 
ration, sons l'empire le plus despo- 
tique, pourrait servir de leçon à 
des gouvernements plus tempérés 
de leur nature. Il ne serait pas dif- 
ficile de prouver que Soliman fut 
le plus grand prince d'un siè- 
cle où figuraient François I er . , 
Cbarles-Qiiint et Henri VI11. Il eût 
peut-être mérité de donner son nom 
à ce siècle , s'il eût régné sur des na- 
tions chrétiennes. Ses vertus , ses ta- 
lents lui étaient propres: ses fautes, 
ses crimes , car il paya un tribut hon- 
teux à la faiblesse humaine , appar- 
tenaient à sa nation , 'à sa religion , 
à son aveugle tendresse pour une 
femme adroite, ambitieuse et c nielle. 
Dans sa vieillesse il devint plus dé- 
vot, plus superstitieux. Passionné 
pour là musique , il renonça à donner 
des concerts ; il brisa , il jeta au feu 
tous ses instruments de musique, par 
scrupule de conscience. Docile aux 
remoutranccsdumoufty,il vendit son 
argenterie au profit des indigents , et 
se fit servir dans de la vaisselle de 
terre : mais dans le même temps , il se 
fardait, afin de se donner un air de 
fraîcheur et de santé, en cachant les 
rides et la pâleur de sou visage , et de 
persuader aux ambassadeurs des puis- 
sances étrangères qu'il était encore 
en état de gouverna son empire et 
de le défendre les armes à la main. 
Comparable à Louis XIV , sous plu- 
sieurs rapports physiques , politiques 
et moraux , il vécut et régna long- 
temps ; sut choisir et conserver d'ha- 
biles ministres et de bons généraux ; 
encouragea les lettres, les arts, l'agri- 
culture et le commerce; sut allier la 
puissance à la majesté du troue, et eut 
à-Ja-fuissur pied des années de terre 
et de mer, égales en force et en 
nombre à celles de tous les états 
réunis de l'Europe. Il eut la gloire 



SOL 41 

d'opposer une digue à l'ambition de 
la maison d'Autriche, et de déjouer 
les projets de monarchie universelle 
dont s'était bercé Charles-Quint. Il 
établit la discipline dans ses armées , 
plus par son exemple que par son 
autorité, et les conduisit , dans leur 
carrière victorieuse , depuis l'Araxe 
et le golfe Persique jusqu'au centre 
de l'Allemagne. On trouve , à la bi- 
bliothèque du roi à Paris, une histoi- 
re manuscrite eu turc du grand Soli- 
man, sous le titre de : Soliman -nor 
meJi, parCara-Tchéléljy-Zadch Abd- 
el-Aziz, in- 4°. Elle possède plu- 
sieurs manuscrits sur les divers évé- 
nements du règne de ce prince , par 
Saad-cddynet autres historiens turcs 
(n). Un recueil de lettres turques 7 
sous le n°. 1 44 de la même bibliothè- 
que, en contient deux de ce sulthan 
adressées à Henri II. On y voit aussi 
des exemplaires du Canoun nameh , 
ou Recueil des lois de Soliman , tant 
en turc , que traduits. A. L. M. Pétis 
de la Croix en a publié une traduc- 
tion iu-13. Les parties relatives aux 
finances et aux aU'aircs militaires , ont 
été insérées par Marsigli , dans son 
Etat militaire de V empire othoman 
{F. M ARSic.M ). Les édits de ce prince 
.sur la police et l'administra tion de l'E- 
gypte, sont un monument précieux qui 
honore sa mémoire. On y reconnaît un 
ami sévère île Tordre , un protecteur 
zelé de l'agriculture, et le père d'un 
peuple nouvellement conquis. Ils ont 
été traduits parDigcon, à la suite des 
Nouveaux contes arabes et turcs , 
précédés d'un Abrégé de l'histoire 
othomane, Paris, 1781,2 vol. in- 1 1. 
La vie de Soliman attend encore dans 
notre langue uu bon historien. Presque 

(1 1) L'hiktoirr de Soliman I". et de »»« d*» 

Eri'tuirrs ■»uccr**eur» drvail former le tome IV dm 
i traduction im. queGalland alaùflëe de l' Histoire 
otlmmane de Saad-eddyn et de Naima ■faidv : 
mai» ce volume manque a b bibliothèque du rut. 




4* SOL 

t ont ce qu'on a écrit sur cet illustre sul- 
than, dans nos histoires générales et 
particulières de l'empire othoman , 
est inexact ou incomplet. On trouve 
des détails curieux sur son caractère 
et sa politique dans les Lettres du 
baron de Bits bec. A— t. 

SOLIMAN II, vingtième empe- 
' reur de la même dynastie , succéda , 
en 1687 , à son frère Mahomet IV, 
qui était dépose. Il sortit du sérail, 
où il était renfermé depuis quarante 
ans, pour monter sur le trône. Faible, 
timide , dévot , et peu fait pour gou- 
verner , il refusa d'abora la cou- 
ronne , par crainte ou par respect 
pour son frère, et ne l'accepta que 
malgré lui. L'épuisement des Jinances 
ne lui ayant pas permis d'accorder 
auxJanissaires la gratification d'usage 
après qu'il eut été proclamé , il s'en- 
suivit une violon te sédition qui coûta 
la vie au grand véiir( V. Tchaousch). 
Les mutins 1 entrèrent dans le devoir 
à ('aspect de l'étendard de Mahomet : 
mais le grand seigneur ayant voulu 
faire périr les. chefs , la sédition re- 
commença avec plus de fureur , et 
ne se termina que par l'exil du nou- 
veau véxir. Gçs scènes funestes , pro- 
voquées par le même motif, curent 
lieu dans tout l 'empire othoman, 
qui n'éprouva , sous un pareil prince, 
que des revers et des troubles. Dès 
cette même année, 1681 , les Impé- 
riaux reprirent Agria , le boulevard 
de. la Haute-Hongrie. Pcterwaradin 
et Albe Royale leur ouvrirent leurs 
portes. Ces échecs ayant excité en- 
core les murmures de la populace, 
Soliman alarmé voulut partir pour 
Andriuople, mais il ne put trou- 
ver daus le palais ni chariots , ni 
•chevaux pour transporter ses équi- 
pages , et il fut obligé de vendre 
Quelques bijoux , afin de se procurer 
1 argent nécessaire à ce voyage. Cet 



SOL 

aveu public de son indigence calma 
enfin les esprits. Les Vénitiens , qui 
avaient échoué dans leur entreprise 
sur Négrcpont , faisaient de grands 

Srogrèsen Dalmatie. Soliman, effrayé 
e tant de revers , demanda la paix , 
et ne put l'obtenir. Le prince Louis 
de Bade battit l'armée othoinane,en 
1689 , près de Nissa. Le sulthan fit 
étrangler le ser-asker qui la comman- 
dait, pour avoir cru à la victoire sur 
la foi d'un magicien ; car tout inepte 
qu'était ce souverain , il n'en était 
pas moins religieux observateur de 
la loi musulmane , qui défend de 
croire à l'astrologie , et même de 
l'interroger. Les talents qui man- 
quaient à Soliman II pour régner 
étaient remplacés par de bonnes in- 
tentions. C'est ainsi qu'il sut faire 
choix d'un quatrième Koprolv pour 
grand-vézir ( V* Koprolv, XXII, 
543 ). L'apparition de cet homme 
ferme et courageux changea totale- 
ment la face de l'empire , et rédui- 
sit l'empereur Léopold I er . à de- 
mander la paix à son tour. Elle 
lui fut refusée. Koproly Mustapha 
prit , en 1690, Nissa et Belgrade; 
il ravitailla Témeswar, s'empara de 
Lippa et d'Orsowa , et battit le gé- 
néral Vétérani , sous les murs d'Es- 
sek. Une hydropisic, survenue à So- 
liman II , retint le grand-vézir près 
de sa personne , et l'empêcha de 
pousser plus loin ses succès dans uue 
seconde campagne dont il faisait les 
préparatifs. Le sulthan n'avait pris 
aucune part aux glorieux efforts de 
ses armes pendant la dernière année 
de son règne. Livré à la méditation 
du Coran , et scrupuleux observa- 
teur de toutes les pratiques ordon- 
nées par ce code de l'islamisme , il 
Sasscpourun saint dans l'opinion des 
•thomans. Soliman H n'en fut pas 
moins un prince stupide et crédule , 




SOL 

plus propre à être derviche qu'em- 
pereur : il était si borne', même dans 
ks habitudes journalières de la vie, 
que l'histoire rapporte qu'il man- 
gea un jour des petits poissons gril- 
les pour des gâteaux , et redemanda 
Je lendemain des mêmes gâteaux. Ce 

S rince mourut en juin itkjt , âge 
e 32 ans , après un règne de trois 
ans et neuf mois. L'empire othonian, 
qui était parvenu au plus haut pé- 
riode de puissance sous Soliman I er . , 
marcha plus rapidement vers sa dé- 
cadence sous Soliman H, qui eut pour 
successeur son frère Ahmed ( Fojr. 

ACBMET II. ) S — Y. 

SOLIMAN. Voy. Solliman. 

SOLIMENA (François), pein- 
tre , ne en 1657 , à No cor a de' Pa- 
gani. dans le royaume de Naples, 
ills d'un artiste qui , le destinant au 
barreau , lui avait défendu d'embras- 
ser sa profession , devint peintre mal- 
gré ses parents. Il s'amusait , eu se- 
cret, à ébaucher quelques dessins, qui, 
étant tombes par hasard sous les yeux 
du cardinal Orsiiii(f. Bi.koit XllI, 
IV, 187 ), lui acquirent un protec- 
teur assez puissant pour triompher 
des obstacles opposés au libre déve- 
loppement de son géuic. En 1(174 •. il 
mt envoyé à Naples , que Luc Gior- 
dano remplissait de sa renommée. On 
v faisait beaucoup de cas d'un cer- 
tain de Maria, qui passait pour un 
fort habile dessinateur. Ce fut à ce 
dernier que Solimena s'attacha ; mais 
bientôt fatigué de la pédanterie de 
son maître , il résolut de terminer son 
apprentissage en se bornant à étudier 
les ouvrages des meilleurs artistes. Il 
tacha d'imiter Lanfranc , Piètre de 
Cortone et le Calabrcse. De ce mé- 
lange de modèles , il sortit un style 
cm tout était indécis. Malgré ces 
défaut* , ses premiers tableaux of- 
fraient des beautés -qui n'échap- 



SOL 



43 



pèrent pas aux véritables connais- 
seurs. Appelé à peindre quelques fres- 
ques dans une chapelle de l'église du 
Gesù-Nuovo , il se plaça au rang 
des meilleurs peintres vivants ; et 
pourtant le duvet n'avait pas encore 
disparu de son menton. Cette extrê- 
me jeunesse l'aurait empêché d'être 
admis à travailler dans le couvent de 
Donna -Résina , si l'archevêque de 
Naples n'eût répondu de ses mœurs. 
A force de tâtonnements et de recher- 
ches , Solimena avait fini par s'a per- 
cevoir des imperfections de son style: 
il s'empressa de l'épurer ; niais en- 
traîné plus loin qu'il ne l'aurait dit , 
il n'évita un défaut que pour rctoin- 
Ixr dans un autre. Ses derniers ta- 
bleaux présentent , en général , une 
exagération dans le ton, nu désordre 
dans les lignes , une confusion dans 
les plans, qui en rendent l'cflét péni- 
ble et même désagréable. Les plus 
estimés sont les fresques de la sacris- 
tie de Saint-Paul à Nanles , où il a 
peint la conversion de l'apôtre , et la 
chute de Simon le Magicien. On van- 
te aussi la vision de saint Benoît , 
dans l'église de Donna Alvina ; 
Héliodore chassé du temple , sur la 
porte de l'église de Gem-Nuovo , de 
la même ville; trois grands tableaux 
pour la salle du séuat , à Gènes , 
entre autres l'Arrivée de Christophe 
Colomb dans le Nouveau-Monde, etc. 
En 170U, Solimena était au Mont- 
Cassiu, lorsqu'il reçut l'ordre de se 
rendre à Nanles pour exécuter le 

{)ortrait de Philippe V. Ce fut par 
a volonté du même monarque, qu'il 
fut chargé de continuer les douze ta- 
bleaux que Giordano avait esquissés 
pour la chapelle royale de Madrid , 
et que la mort l'avait empêché de ter- 
miner. Solimena déployait une grande 
richesse d'imagination dans les sujets 
mythologiques; et Pou admire plutôt 




44 



SOL 



le poète que le peintre dans son tableau 
del' Aurore, exécutépour rélecteur de 
Maïence; dans ceux de Phaè'ton, du 
comte de Daun et de l'Enlèvement -de 
Céphale,pour le prince Eugène. Plu 
sieurs souverains avaient désire' pos- 
séder quelques-uns de ses ouvrages , 
et il avait été obligé de peindre , à 
un âge très-avance , la défaite de Da- 
rius pour le roi d'Espagne , qui lui 
envoya une somme de mille pistoles. 
Cependant cette bataille n'avait coû- 
té qu'un mois de travail. On, com- 
prend comment il parvint à ramas- 
ser une fortune considérable. Ses ne- 
veux , qui en héritèrent , prirent en- 
suite le titre de marquis. Le palais 
qu'il avait bâti à Naples , et qui 
contenait un grand nombre de ses 
tableaux c> de ses dessins , fut détruit 
par un incendie , eu 1 799, lors de la 
première entrée des Français dans 
cette ville. Soli mena mourut en 1 «47 > 
à la- Barra , lieu de plaisance entre 
Naples et le Vésuve. 11 laissa un 
grand nombre d'élèves , parmi lès- 
quels se firent remarquer Sa nfcKco , 
Cunea et de Mura. Voyez de Domi- 
niez y Vite de piltori Nappletani ? 
in , 579. ... A— g — s. 

:SOLIN (Cjius Julïus Sor.i- 
NUs)'> géographe latin, était né a 
Rome, suivant l'opinion la plus pro- 
bable. On a longuement discute sur 
l'époque à laquelle il a voeu : il est 
vraisemblable qu'il fut contemporain 
de Censurions, et par conséquent qu'il 
vivait vers l'an 23 o. On a de lui un 
ouvrage intitulé , dans la première 
édition , sans date, in-4°« , donnée 
par Bonini Momlirili , et dans la se- 
conde , Venise , 1 4^3, in-fol. : De situ 
et mirabilibus orbis ; dans celle de 
Parme , 1480 , m-4°, et autres: 
Rerum îuemorabilium collectanea; 
dans d'autres postérieures : de Mira- 
bilibus où manorahilibus mundi; en- 



SOL 

lin, dans la première de Para , 1 5o3, 
in-4°. : Pobkistor) c'est le titre qui 
depuisa été le plus généralement adop- 
té. ; Cet ouvrage a souvent été réim- 
primé soit à part « spit avec Pompo- 
nius Mêla , et d'autres géographes 
latins. On trouve une Notice de tou- 
tes .les éditions, dans celle de Deux- 
Ponts, 1794, in-8°. La plus célèbre 
est celle ae Saumaise , Paris , 16119 , 
a vol. in-fol., réimprimée à Utrecbt, 
1O89 , in-fol.. On a dit efcrépété que 
ce docte commentateur avait supposé 
et prouvé , autaut que des choses de 
cette nature peuvent l'être ,-que Solin 
avait publié deux éditions de sou ou- 
vrage , la première sous le titre de 
Colicctanea rerum memorabilium ; 
La. seconde sous celui de Pcljrhistar. 
Mais en écrivant ces mots , on dé- 
montrait que l'on n'avait pas lu So- 
lin. En effet , cet auteur nous l'ap- 
prend dans la dédicace de son livre, 
qu'il adresse à son ami Adventus fc 
quç l'on suppose avoir été consul 
en 2 1 8. 11 dit que des gens trop' em- 
pressés s'étaient hâtés de Caire n** 
raÎLrc le travail dont il s'occupait "• 
qu'il l'avait doue revu avec soin, jet 
en avait changé le titre. 11 est possi- 
ble , comme Saumaise l'observe avec 
raison, que des copistes aient mnë* 
et confondu ces deux éditions; et 
c'est , suis doute , ce qui a été cause 
que l'ouvrage de Solin est divisé 
tantôt en ciiiquaute-six , tantôt en 
soixante-dix chapitres. Solin, qualifie 
de grammairien! dans quelques ma- 
nuscrits, était probablement, comme 
ce nom l'indique , professeur de scien» 
ces et de belles-lettres. Ses auditeurs 
avaient écrit ses leçons, ou peut-être 
avait-il communiqué ses cahiers, pour 
lès bre à des personnes qui en avaient 
tiré des copies.. Il annonce , dans sa 
préface qu'il a extrait des éerhs là 
plus authentiqués ce qui concerné 



SOL 



la position des lieux, des pays et des 
mers les plus considérables du monde, 
et qu'à a aussi porté son attention 
sur le caractère physique et moral 
des peuples , sur leurs usages parti- 
culiers, sur leur commerce et sur 
tout ce ara est remarquable ; enfin 
qu'il a également parle des animaux , 
des plantes , des arbres et des pierres 
qui se trouvent dans chaque pays. 11 
ajoute qu'en faisant ses extraits, il a 
eu soin de réunir ce que les auteurs 
qu'A a consultes contiennent d'utile 
et d'agréable , et que c'est sur la vé- 
racité de ceux-ci que se fonde la 
sienne. Ayant avoué qu'il s'était 
borné â faire des extraits , il ne peut 
mériter les reproches qu'on lui a 
adressés à cet égard. Il cite près de 
cj6 auteurs , et cependant il ne nom- 
me pas Pline , auquel il a beaucoup 
emprunté : son texte peut quelquefois 
servir à corriger celui de cet écrivain, 
et on l'a nommé le singe de Pline. 
C'est à tort; peut-être avaient-ils 
puisé tous deux à des sources com- 
munes. L'ouvrage de Solin ressemble 
beaucoup à ceux, que l'on public au- 
jourd'hui sous le titre de Curiosités 
et Merveilles de la Nature , car ce 
sont ta les objets qui l'occupent Je plus. 
Son stvle simple est quelquefois élé- 
gant :*il emploie fréquemment des 
mots que l'on ne trouve pas chez 
d'autres. Telle fut dans le moyen 
Âge la fureur de faire des abrégés , 
qu'un certain Pierre le Diacre , bi- 
bliothécaire du Mont-Cassin , dans le 
douzième siècle, abrégea l'ouvrage 
de Solin. Ce dernier avait composé 
sur la pèche un poème intitulé : Pon- 
tîca , dont il existe vinfct-deux vers 
dans l'Anthologie latine deBurmann. 
Le Polyhistor a été traduit en alle- 
mand par JeanHeydan ,' Francfort , 
1 600 , in-fol. , et en italien par Louis 
Domenichi , Venise , 1600 , in-4°. 



SOL 45 

Le travail de Saumaise sur Solin 
est un monument d'une érudition 
prodigieuse, dans lequel on ne trouve 
cependant pas toujours l'explication 
des points difficiles. Ë— s. 

SOUS ( Jean Dtaz de ) , naviga- 
teur espagnol , était né à Lcbrixa. 
Il accompagna Pinzon , lorsqu'en 
i5on celui-ci fit la reconnaissance 
de la cote septentrionale de l'Améri- 
que du sud, et découvrit le Yucatan. 
Tous deux furent ensuite membres 
du conseil chargé de délibérer sur 
les découvertes qui restaient à faire f 
et nommés pilotes royaux. Dans la 
campagne qui eut lieu en i5oq, ils 
mécontentèrent le gouvernement {V. 
Pinzon , XXXIV , 49»)' So- 
lis, mis en prison en i5io, recou- 
vra sa 'liberté peu de temps après. 
Il obtint , en 1 5 1 1 , la permission 
de suivre les découvertes de Pinzon , 
et il partit à ses frais. Ayant rcld* 
ché à Tcncrifc, il alla reconnaî- 
tre le cap Saiut-Roch , puis le cap 
Saint-Augustin, et, continuant sa 
rouleau sud, il vit le cap Frio , et 
entra , en novembre, dans la baie de 
Rio de Janeiro , où Ton pense qu'il 
mouilla le premier. Après avoir at- 
léri à différents points, notamment 
à Tile Sainte-Catherine, il arriva au 
cap Sainte-Marie, situé sous le trente- 
six ième parallèle. Lorsqu'il s'était 
engagé dans la baie de Rio de Janeiro, 
il avait supposé que c'était le détroit 
qu'il cherchait : cette fois ses espé- 
rances furent encore plus vives , car 
il apercevait un vaste bras de mer; 
il prit possession de la côte septen- 
trionale au nom du roi d'Espagne , 
et nomma Mer Fraîche l"étendue 
d'eau qu'il avait devant lui. Côtoyant 
la terre, il vit des Indiens qui nom- 
maient le fleuve Paranguaza, c'est-à- 
dire grande mer ou grande eau. Il y 
aperçut, drtGomara , quelques mon- 




46 SOL 

fres(indices) d'or, et le surnomma de 
son nom. Le pays lui semblait beau 
et bon fil y vit force brésil. Revenu 
en Espa pagne . il demanda la con- 
quête de ce fleuve, et partit de Lé- 
pé,le8 octobre i6i5, avec trois 
navires., l'un de soixante tonneaux, 
et les deux autres de trente : il avait 
embarque soixante soldats et des vi- 
vres pour deux ans et demi. Il laissa 
en arrière deux, de ses navires, et, 
avec le troisième , poursuivit sa route 
vers l'ouest. Uu graud nombre d'In- 
diens lui témoignèrent de l'amitié 
comme à son premier voyage , et lui 
ouvrirent des présents. Dès que ces In- 
diens, qui avaient préparé une embus- 
cade, virent les Espagnols unpeu écar- 
tés du rivage, ils les enveloppèrent et 
lestuèrent tous, sans quel' artillerie de 
la caravelle pût les en empêcher. Ils 
emportèrent ensuite les corps sur leurs 
épaules , les firent rôtir et les man- 
gèrent. Cet événement se passa près 
d'un ruisseau qui est situé entre Mon- 
tevideo et Maldonado , et qui a con- 
servé le nom de Rio deSolis. a Ce na- 
vigateur, dit Herrera, était plus fa- 
meux pilote que bon capitaine. » Ses 
compagnons se hâtèrent d'aller re- 
j oindre les autres navires. Son frère 
et François Torrcs , qui étaient pi- 
lotes de l'expédition , ne perdirent 
pas un moment pour retourner en 
Espagne, et en passant, chargèrent 
leurs caravelles de bois de brésil au 
cap Saint- Augustin. E — s. 

SOLIS ( Virgile ), graveur, 
naquit à Nuremberg , en 1 5 1 4- On 
trouve dans ses estampes , dont la 
plupart sont de sa composition , 
de la correction et de la délica- 
tesse ; et sa manière a quelque res- 
semblance avec celle de Beham. lia 
dimension de ses pièces l'a fait ran- 
ger dans la classe des petits-maîtres. 
11 était très -laborieux : outre les 



SOL 

morceaux qu'il a gravés d'après Ra- 
phaël , Lucas de Lcyde et Aldegrave, 
son œuvre se compose de plus de 
huit cents pièces , tant en cuivre qu'en 
bois. Les plus estimées sont une Col- 
lection aie portraits des rois de 
France , depuis Pharamond jusqu'à 
Henri III, avec une explication en 
latin , publiée à Nuremberg , en 1 566, 
in-4°. , et les Métamorphoses d'O- 
vide , eu 170 pièces en tailles de 
bois. Ces petites gravures, parmi les- 
quelles il s'en trouve de très-belles , 
ont été imprimées à Francfort sur 
leMein, en i563, 1 vol. in-8°. , par 
le célèbre libraire Sigismond Feyer- 
abend. Solis mourut à Nuremberg , 
en 1 570. — Don François de Solis , 
peintre , né à Madrid, en 1629 , fut 
élève de son père , Juan de Solis , 
élève d' Alfonse Herrera , et qui avait 
cultivé lui-même la peinture avec 
succès. D'abord destiné à l'état 
ecclésiastique , il étudia en consé- 
quence; mais son inclination pour les 
arts fut la plus forte ; et il fit des 

Srogrès si rapides, qu'à l'âge de 
ix - huit ans, il osa exposer dans 
l'église de la Patience , à Madrid , un 
tableau de sa composition, qu'il avait 
exécuté po^r le couvent des Capu- 
cins de V.iarubia. Le roi Philippe 
IV , qui vit ce tableau , fut si frappé 
des dispositions qu'annonçait son au- 
teur , qu'il exigea que Solis y mît son 
nom , et l'âge auquel il l'avait peint. 
Il fut alors chargé de l'exécution de 
beaucoup de travaux , tant publics 
que particuliers , entre autres d'une 
partie de la décoration de la "petite 
place de l'hôtcl-dc-ville de Madrid , 

Eour l'entrée solennelle de la reine 
ouise d'Orléans. Les Capucins du 
Prado lui firent peindre quelques ta- 
bleaux pour leur couvent. Une Con- 
ception, dans laquelle il avait repré- 
senté la Vierge foulant aux pieds la 




SOL 

on , mit le comble à sa 
t beaucoup, d'églises lui 
une répétition du même 
rers travaux lui avaient 
brtunc considérable ; et, 
lières années de sa vie, 
endre avantageusement 
, il négligea l'étude 
pour peindre de prati- 
ta un coloris brillant , 
xel, se justifiant d'avoir 
flhode mensongère , par 
Ile obtenait. Le nombre 
qu'on lui doit est im- 
ait ouvert chez lui une 
ure, dont il faisait tous 
ians laquelle il recevait 
iement tous les jeunes 
Iraient des dispositions. 
en espagnol la Vie des 
ulpleurs et s/rchitec- 
'S. Il eu préparait l'im- 
il avait gra^é plusieurs 
qui devaient l'accom- 
; après sa mort , arrivée 
bre iGH.j, le manuscrit 
ré, et l'on ignore com- 
sa entre les mains de 
ienti , qui s'en est servi 
■itions à Y Abecedario 
'Orlandi. P— s. 

on Antonio de), his- 
iol , né , le 18 juillet 
entia , dans la Castille- 
ircnts illustres, annon- 
•mierc jeunesse, un goût 
l'étude, et fit de rapi- 
ans la littérature et les 
?nnes. A l'âge de dix- 
it représenter une co- 
ry obligation , dont le 
;ea dans la carrière du 
lia d'uue étroite amitié 
1(1), qu'il choisit pour 

rite de reconnaîtra lui mi'-rae la 
\rron , et compom les prologue» 
le* grande* pièce* de ce dernier. 



SOL 47 

son modèle, et donna successivement 
plusieurs pièces , où l'on trouve de 
l'imagination et de l'esprit , mais 
beaucoup de jeux de mots. La com- 
position de ses ouvrages dramatiques 
n'était pour Solis qu'un délassement. 
Il étudiait le droit, l'histoire, la po- 
litique et la morale, et perfectionnait 
son goût par la lecture des meilleurs 
écrivains. Le comte d'Oropesa, vi- 
ce-roi de Navarre, voulut être le bien- 
faiteur du jeune poète, et se l'atta- 
cha comme secrétaire , afin de lui 
laisser le loisir de suivre ses goûts. 
Solis reconnaissant célébra les vertus 
de son Mécène , dans une foule de 
vers, et composa, pour la naissance 
d'un des fils du comte , une comé- 
die : Orphée et Eurydice , qui fut 
représentée dans les fetes données à 
cette occasion par la ville de Pam- 
pclune. Sa réputation le fit appeler 
à la cour d'Espaguc. Philippe IV le 
retint en le nommant son secrétaire j 
et , bientôt après, Solis fit représenter 
à Madrid, pour la naissance de l'infant 
Philippe - Prosper : Los triunfos di 
amor y forluna , dont le succès fut 
très - brillant (2). En 1GC1 , il fut 
nommé, par la régente, historiogra- 
phe des Indes, charge très-lucrative, 
et , comme l'observe naïvement son 
biographe, par conséquent très - re- 
cherchée. Malgré son goût pour le 
théâtre , il avait toujours eu des 
mœurs pures et une conduite sévère. 
A l'âge de cinquante-six ans, il em- 
brassa l'état ecclésiastique, et, re- 
nonçant à la culture de la poésie , 
Sartagea le reste de sa vie entre les 
evoirs de sa charge et les exercices 
de piété. Solis mourut à Madrid , le 
iy avril 168G. On a de lui : I. Neuf 



(■>) Celle pièce a e'té' imite'e par Quinault, dans 
les i'oupf de l'amour fi de la fortune ; Thomas Cor* 
neiJIe avait déjà tiré V Amour à U mode de I» co- 
médie de Sol i*, Amor altoo. 




48 SOL 

Comédies , Madrid, 1681 , in - 4°. 
-Quoique plus régulières que celles de 
Caldcron , les critiques espagnols les 
trouvent inférieures aux pièces de ce 
maître. L'intrigue en est cependant 
ingénieuse, la marche rapide et le 
style agréable, quand il n'est pas de- 
figure par des expressions triviales. 
Parmi ses pièces héroïques, on dis- 
tingue : El Alcanzar del sunto ( le 
Château du mystère), et parmi les 
pièces d'intrigue , la Gitanilla ( la 
Bohémienne de Madrid ) , imitée d'u- 
ne nouvelle de Cervantes. La Huerta 
les a recueillies dans son Théâtre es- 
pagnol ( F. Ht tnx a , XXI , \6 ). 
Une de ces dernières ( Un bobo haze 
cicnlo ) a été traduite en français , 
par Liuguet, sous le titre du Fou in- 
commode , dans le tome iv du Théâ- 
tre espagnol. 11. Historia de la con- 
ouista de Mexico , Madrid , 1 684 > 
in -fol. Cet ouvrage, le premier titre 
de Solis à l'estime de la postérité, a 
été souvent réimprime, clans divers 
formats , précédé de la Vie de l'au- 
teur , par Goyenèche (3). Les meil- 
leures éditions sont celles de Madrid, 
1^83, 1 vol. grand in -4°.; ibid. , 
1798, 5 vol. in- 12, lig. L'Histoire 
de la conquête du Mexique a été tra- 
duite en français par Ci tri de La 
Guette ( F. Cirai , VIII , 585 ) ; en 
italien , par un académicien de la 
Crusca, Florence, 1699, in-4°», et 
en anglais, par Thom. Townscnd , 
Londres , 1 7 14 ? in-fol. ; ibid., 1753, 
2 vol. iu-8°. C'est, dit M. Sismondi, 
le dernier des bons ouvrages de l'Es- 
pagne , de ceux 011 la pureté du goiit, 
la simplicité, la vérité, sont encore 
conservées en honneur. On ne trouve 
pas dans cette Histoire la moindre 
trace de l'imagination dont l'auteur 



[i) On en trouva IVxtmit <!*■■ !*■ Mémoirr* de 
KtceroM, IX; mai* Y*hhi Goajct l'a complet*' 
lom. x, i85. ■ • 



SOL 



avait donné tant de preuves comme 

I>oète. 11 est impossible de séparer 
es deux talents qu'il réunissait avec 



un esprit plus ferme et un goût plus 
solide. L intérêt romanesque et le 
merveilleux se présentent d'eux-mê- 
mes , dans la Couquélc du Mexique. 
Le tableau des lieux , cel ui des mœurs, 
les recherches philosophiques et po- 
litiques , tout est commandé par le 
sujet ; et l'auteur n'est point resté 
au-dessous d'un si beau cadre (Ltl- 
têrat, du Midi , iv , 1 o3 ). On repro- 
che cependant à Solis d'avoir flatté 
ou du moins ]>caucoup trop ménagé 
son héros, qui a trouvé un historien 
moins élégant , mais plus impartial, 
dans Bernard Diaz del Castillo ( F. 
Cortez , X, 18). III. Varias poe- 
sias saçradas y profanas , Madrid, 
169*2, 17 1(), 173*2, in-4°- IV. Des 
Lettres 9 ibid., 1737, publiées par 
Mayans y Siscar. W — s. 

SOLLKYSEL ( Jacques de), ce- = 
lèbre couver, fils d'un officier des ■ 
gendarmes écossais , naquit en 161 7, 1 
au Clapier, terre qui appartenait a • 
son père , près de Saint-Etienne , en 
Forez\ Après avoir achevé ses étu- 
des à Lyon , il se livra à son goût - 
pour les chevaux , et vint à Paris , . 
prendre des leçons des maîtres d*e- 
quitntion les plus habiles , tels que 
René Menou , ami de Pluvinel î F. -. 
ce nom , XXXV , 1 1*2). A l'époque \ 
des négociations de Munster, il ac- . 
compagna le comte d'Avaux en Alle- 
magne, et profita de son séjour dans . 
ce pays pour s'instruire à fond de 
tout ce nui concerne l'éducation et . 
les maladies des chevaux. De retour 
en France, il revint daus sa provin- '"' 
ce , où il établit une école qui fut bien- 
tôt fréquentée par tous les jeunes geo- . 
tilshommes du voisinage. Il concou- 
rut ensuite à la formation de l'aca- 
démie que Bcrnardi projetait de 




SOL 

fonder à Paris, et aux succès de la- 
quelle il contribua beaucoup. Aux ta- 
lents d'un habile écuyer, Soilcysel joi- 
gnait des connaissances très- variées et 
des dispositions reinarquablespour les 
arts. Sa conversation était vive, spi- 
rituelle et pleine d'intérêt. Il savait 
se faire aimer et craindre de ses élè- 
ves , dont il était le père. 11 mourut 
d'apoplexie, le 3i janvier i63o. 
On lui doit le Parfait maréchal, 
in- 4°., traduit dans presque toutes les 
laugues d'Europe , et souvent réim- 
prime. La première édition est de 
1G64, et la plus récente de 1775. 
Cet ouvrage est divisé en deux livres. 
Le premier traite des maladies des 
chevaux et de leurs remèdes ; le se- 
cond delà connaissance du cheval et 
des soins qu'il exige dans l'état de 
santé. On trouve, dans quelques édi- 
tions , une troisième partie , qui con- 
tient l'abrégé de l'art de monter 
à cheval. Les erreurs qu'il renferme 
sont celles du temps ; et , quoique 
vieilli bien plu6 encore que celui de 
Carsault { r . ce nom, AVI , 5oa ) , 
il tient toujours dans les bibliothè- 
ques une place honorable. On recon- 
naît sans peine , dans le style et la 
minière de l'auteur , cette bonne foi, 
cette probité, qui ont fait dire de lui 
qu'il aurait encore mieux fait le livre 
4L1 Parfait honnête homme que ce- 
lui du Parfait maréchal. En outre, 
Sollevsel a publié , sous le nom de 
La Bcssée , écuyer de l'électeur de 
Bavière , le Maréchal méthodique , 
et «n Dictionnaire de tous les termes 
de la cavalerie , qui font partie des 
Arts de l'homme il'épée , parGuil- 
leî ,; Foy. ce nom , XIX , 1G7 ). Il a 
traduit de l'anglais et perfectionné la 
Méthode de dresser les chevaux, par 
\t duc de >'cwcastlc [ ï". ce nom , 
XXXI , 1 14 )• Enfin il avait laissé 
te Mémoires surVemlouclutrc des 

XL1II. 



SOL 49 

chevaux y dont on a désiré long- 
temps la publication. G'u. Perrault a 
donné l'Éloge de Solleyscl , daus les 
Hommes illustres , précédé de son 
portrait , grave par Édflynck. W-s. 
SOLLIER ( Jeah-Battiste de ) , 
savant bollandiste, naquit , le 28 fé- 
vrier 1669, au village de Herseau , 
dans le Courtraisis. Après avoir ache- 
vé ses premières études au collège de 
Gourtrai, il prit, à dix- huit ans, 
l'habit de saint Ignace. Suivant l'u- 
sage de l'institut , il régenta quelque 
temps les humanités et la rhétori- 
que, et fut envoyé, par ses supé- 
rieurs , à Rome , en 1 G()7 , pour y faire 
son cours de théologie. Au nombre 
de ses condisciples se trouvait Thom. 
de Hénin, depuis cardinal d'Alsace 
( V. ce nom , 1 , 636 ) , avec lequel 
il se lia d'une étroite amitié, et dont 
il reçut dans la suite des preuves 
multipliées de bienveillance. A son 
retour eu France, îcs continuateurs 
de Bollandus l'associèrent à leurs 
travaux. La Chronologie des pa- 
triarches d'Alexandrie et une Dis- 
sertation sur le B. Raymond Lu lie , 
imprimées séparément, en 1708, et 
insérées dans les -4cta sanclorum , 
tome v du mois de juin, le firent 
bientôt connaître d'une manière avan- 
tageuse. 11 reçut de l'électeur pala- 
tin , Jean-Guillaume , l'invitation de 
se rendre à sa cour ; et pendant tout 
le temps qu'il y demeura , ce prince 
le combla des marques de son estime 
particulière. Le P. Sullicr s'occupait 
d'une nouvelle édition du Martyro- 
loge d'Usuard. Ce travail long et fas- 
tidieux lui coûta six années d'à pplica- 
tion. 11 revit le texte d'Usuard sur 
soixante-sept manuscrits, qu'il avait 
tirés des bibliothèques d'Allemagne, 
d'Italie et des L'avs-Bas, et en outre 
mit à profit les remarques c.e ses 
devanciers. Cette édition, publiée eu 

4 




5o 



SOL 



1714, in - fol. , est omëc d'une pré- 
face pleine de recherches sur les. an- 
ciens martyrologes, dont le savant 
auteur s'attache à montrer la liaison 
intime. Avec les ressources qu'il avait 
eues pour son travail , il s'était cru 
dispense de recourir au manuscrit 
d'Usuard delà bibliothèque de Saint- 
Germain -des -Prés, dont l'antiquité 
d'ailleurs ne lui paraissait pas bien 
constatée. Piqué des doutes que le P. 
Soliier montrait à oet égard , dom 
Bouillait publia le manuscrit de 
Saint Germain , en 1 n 1 8 , in-fol. ( F* 
D. Bouillart, V, 3 10), en y ajou- 
tant des notes dans lesquelles il re- 
lève avec aigreur les méprises dé 
son adversaire. Cette attaque ne lit 
rien perdre à l'édition de Soliier de 
l'estime des savants , et elle est tou* 
jours recherchée ( Fqy, Usuard ). 
La continuation des Actes des 
saints l'occupa depuis entièrement. 
Il fut , pendant vingt ans , à la tête 
de cette publication, l'une des plus 
importantes du di\- huitième siècle , 
et à la perfection de laquelle il con- 
tribua beaucoup. Tourmenté de- 
puis quelque temps d'un asthme, il 
fut réduit, en 1 737 , à la dernière ex- 
trémité. S'il se rétablit, ce ne fut que 
pour languir jusqu'à sa mort, arri- 
vée le 17 juin 1740. Le P. Soliier 
était un excellent religieux., fort at- 
taché à ses devoirs , puisque, malgré 
ses travaux cl la correspondance ac- 
tive qu'il entretenait avec tous les 
savants de l'Europe (1), il trouvait 
encore le loisir de prêcher et de se 
livrer à la direction des aines. Son 
Eloge, par le P. Stilting, est dans 
les A et a sanctorum, à la tête du 
cinquième volume du mois d'août. 
Ou en trouve un extrait étendu dans 



; • < )u trouva 

lelirr . 



«n l'upMn-tjtiuiu'&dc/uzr mille 



SOL 

les Mémoires de Trévoux , août 
ij4^, et dans le Dict . deMoréri, 
édition de 1759. W — s. 

SOLON , l'un des sept sages de 
la Grèce , naquit , l'an 5gi avant 
notre ère , dans le bourg de Sala mine. 
Il était fils d'Exéccstidas; et son ori- 
gine se perdait dans les illustrations 
de la ville d'Athènes. Il descendait 
de Godrus ; et sa mère , aïeule de 
Platon , était cousine germaine de la 
mère de Pisistrate. Son père avait 
dissipé presque tout son patri- 
moine dans des actes de bienfaisan- 
ce. Voulant rétablir sa fortune , 
Sol on résolut d'embrasser la car- 
rière du commerce : ce qui lui fit en- 
treprendre des voyages <jui ne pou- 
vaient être sans quelques fruits pour 
Un jeune homme naturellement porté 
à l'observation. En effet , dans ces 
courses lointaines , il tira un double 

1)rofit des correspondances qu'eta- 
)liss aient les rapports commerciaux; 
car en même temps que les opéra- 
tions du négoce augmentèrent sa for- 
tune , les liaisons qu'il avait formées 
dans divers pays , le mirent en rap- 
port avec les plus savants hom- 
mes de toutes les contrées. Il s'atta- 
cha de préférence à ceux qui se li- 
vraient à la grande étude de l'hom- 
me , à la science des gouvernements. 
Plusieurs sages s'étaient réunis pour 
s'éclairer dans ce concours de lumiè- 
res, qu'ils venaient , pour ainsi dire, 
mettic en commun. Ces sages étaient 
les esprits les plus distingues de 
cette époque. C'étaient des hom- 
mes rares, dépouillés d'ambition per- 
sonnelle , et animés de la seule pas- 
sion du bien-être général , tels que 
Thaïes, Pittacus de Mytilène, Bias 
de Priènc , Cléobule de Liudus , My- 
son de Chio , CL il on de Lacédcmo- .> 
ne, et le Scythe Anacharsis. Solon * 
fut reçu dans cette assemblée grave c 




sot 

, et il en devint! 
et la gloire. Noui'devci i OM 
mut d'être admis ù cet bot , 
ru parcouru' lTigypte qui u , 
De UpOqne « 08 M devint Q te 
Athènes, fat Mm «Unique de k 
s et des' 1 i 



que eei deux a vantaçes déjà 
sauts , appelaient à de haui 
aees, »Y*rt,donc de bonne h 



«vile à Aliéner , et sa génû . ] 

ie|à si nius- 
e hantes ! 
« herue a 
die.Mrltaneax mène, les il 
tsora dei p fiup l cs ,' leurs niocun , 
reHgwn , leur pohuqiie ; et , I 
éclairé des hanièrea de leurs sa 
•mata, il revint les importe 
son m natal. De retour à At 
il résolut de s'y fixer ; mais ce loi 
pour danger son esprit vers d'autres 
spéculations que celles du négoce. 
Air connaissances positives qu'il 
avait acquises dans ses voyages , aux 
lanières de cette philosophie natu- 
relle qu'il devait a son esprit abstrait 
et méditatif, il joignait tous les ta- 
lents agréables qui sont le fruit d'une 
unagînation curieuse, vive et bril- 
lante. Aussi) la poésie avait pour lui 
un grand charme : il s'y livrai! dan* 
ses dés c e iw rements; et comme sa pen- 
sée dominante était de ne produire 
rien que d'utile, il dirigeait toutes ses 
compositions vers ce but louable, en 
présentant tes masùmes les plus mo- 
rales et les plus instructives sons les 
fermes séduisantes de la poésie. Dans 
ses études philosophiques, il ne s'oc- 
cupait non plus, même en spécuk- 
1 bon , que de cette philosophie saln- 
I taire qui s'applique a la connaissance 
| tes meeurs et à l'administration des 
y. On sait que , à cette époque , 
I les lois civiles et les règles de !a mo- 
I taie étaient exprimées en vers. Il y 
■ de l'adres s dans le choix de ce 
m, en ce que la mesure ,'t l'aide 



SOL - 5i 

du tour concis qu'on lui fait pren- 
dre, grave plus facilement daus la 
mémoire les devoirs que l'homme 
doit connaître et pratiquer. De la 
ces vers rédiges en sentences par 
Tbeognis de Mesure , par Pbocyfide 
de Mflet, jarSoron, par Py thagore. 
Lorsque SÔlou reparut dans Ath&ics, 
les plaças les plus importantes de la 
république hu furent offertes. Il n'a- 
vait d'autre ambition que celle du 
bien public. Pour l'opérer , il fallait 
renoncer a la vie sédentaire et con- 
templative qu'il eut embrassée par 
ajout , mais qui n'eût fait de lui qu'un 
grand philosophe, uti grand poète, 
un célèbre sophiste. Il prit le parti 
le plus pénible pour lui , mais le plus 
utile pour les autres. Selon ne dé- 
daigna donc point les charges publi- 
ques , et il s en acquitta comme un 
Jiomme possédé de l'amour de ses 
devoirs, et que sa grande capacité 
net au-dessus des dignités qu'on lui 
confire. De ce moment , il dirigea 
toutes ses idées vers la politique. L'é- 
tude des hommes , celle des peuples , 
de leur caractère , de leurs passions , 
de leurs faiblesses , offrait un cons- 
tant aliment à ses méditations. En 
toutes choses , il songeait à prendre 
les moyens de succès, quels qu'ils fus- 
sent, pourvu que l'équité les approu- 
vât. Il se ployait habilement aux . 
circonstances , faisant même quel- 
quefois un sacrifice apparent de sa 
dignité. L'histoire en offre un exem- 
ple frappant dans la querelle entre 
les Athéniens et 1rs Méga riens , au 
sujet de l'île de Salaminc. Depuis 
quelques années , le sang de ces deux 
peuples , obstines l'un à retenir, l'au- 
tre à vouloir reprendre We, Coulait 
par flots , sans résultat heureux pour 
Athènes; c'ert-à-dire que Salamiue 
continuait, d'être possédée par les 
Hégariens, qui s'en étaient emparés 




Sa SOL 

sans droit, mais qui s'assuraient leur 
usurpation par la force. Athènes, 
qui s'était consumée en vains efforts , 
honteuse, mais contrainte de dévorer 
sun humiliation , renonça à l'espoir 
de recouvrer sa propriété ; et, cher- 
chant à étouffer jusqu'au souvenir 
de son affront , rendit un décret , por- 
tant peine de mort contre ceux qui 
tenteraient 7 soit en paroles , soit par 
écrit, de provoquer une nouvelle lut- 
te pour le recouvrement de Sala- 
mine. Solon, profondément indigné 
de cette bassesse , sentit pourtant que 
son indignation , en se manifestant 
par une réclamation trop brusque , 
mettrait ses jours en péril , sans 
sauver l'honneur de sa patrie. II crut 
qu'en une conjoncture aussi délicate, 
il fallait user de ménagement , même 
de ruse , et que le succès ennoblirait 
le moyen. Il commença par feindre 
quelques actes de démence, tan t en par- 
ticulier qu'en public. Le bruit courut 
bientôt que Solon, le sage Solon , était 
atteint d'une aliénation mentale. Tout 
étant ainsi préparé, et la ville entière 
offrant cette disposition d'esprit qui 
fait que l'on n'éprouve ni surprise, 
ni courroux contre ce que dit , con- 
tre ce que fait un insensé , Solon, un 
matin , revêtu d'un habit déchiré , se 
met à courir la place publique; il 
parle en déclamant, il s'arrête , s'as- 
sied , se relève , déclame de nouveau... 
On s'attroupe , on fait cercle autour 
de lui. 11 s'élance sur une pierre 
élevée , prenant la place et le rôle du 
cricur public; il récite des vers qu'on 
n'a point encore entendus. Ces vers , 
composés à la manière jie Tyrtéc, sont 
une violente déclamation contre les 
Mégariens , contre les Athéniens. . . . 
« Peuple dégénéré de tes ancêtres!... 
v> s'écriait-il , peuple indigne , qui ne 
» sait plus ni s'honorer de ses ver- 
» tus , ni rougir de sa honte ! . • . 



SOL 

» Malheureux Solon , que u'cs-lu né 
» Scytiic, barbare! il y aurait là plus 
» de gloire pour toi que d'être né 
» Athénien ! ou ne dirait pas, en te 
» voyant : Voilà un Athénien ! . . . 
» voilà un fuyard deSalamine !» Ce 
rapprochement lit frémir le peuple. 
Un cri de fureur s'éleva de toutes 
parts , non pas contre £olon , mais 
contre les Mégariens... « Aux armes, 
» s'écria-t-on , aux armes ! — Aux 
» armes , reprit Solon , jetant loin 
» de soi son bâton et ses vieux vête- 
» ments ; portons à Mégare lejvu et 
» lajlammc. » Ce généreux stratagè- 
me eut son plein effet ; Solon fut chargé 
de la conduite delà guerre, et par une 
autre ruse de sou invention, Sa la mine 
redeviiit la propriété d'Athènes. Ozi 
dit que par reconnaissance, Solon fit 
élever un temple au dieu Mars , sur 
le lieu même de sa victoire. H eut , 
dès ce moment , uu grand crédit et 
un grand pouvoir; et l'an r )(k), avant 
notre ère , il fut nommé archonte. 
Toutefois les débats entre les Athé- 
niens et les Méga riens ne cessèrent 
pas , et, durant plusieurs a nuées, il 
y élit des alternatives de g;;erre et 
de fausses trêves entre les deux peu- 
ples. Les discussions , dans la ville 
d'Athènes , dégénéraient en disputes 
quelquefois sanglantes. Les partis se 
heurtaient. La divergence des opi- 
nions entretenait les troubles, que l'au- 
torité civile u'avait pas la force d'a- 
paiser. Dans ce conîlit perpétuel , où 
les magistrats eux-mêmes finirent par 
n'être plus écoutés , où l'anarchie 
menaçait d'anéantir la république , 
les plus sages se réunirent, et vinrent 
presser Solon d'accepter la souveraine 
magistrature , c'est-à-dire la royauté ; 
il répondit : « Je ne me ferai jamais 
» le tyran de mes éçaux. — Devenez 
» leur maître , pour leur propre bien. 
» Pittacus ; k Mytilène, vous eu dou- 




SOL 

» ne l'exemple. Timondas de même , 
» mj Eubec y s'est déclaré roi , et les 

• deux îles ( J'Eubée et Lesbos ) sont 
» florissantes sous le sceptre paternel 
» rie ces denx princes. — Je désire 
» que cela dure , reprit SoIoji ; la 

• royauté est une route d'un abord 

• facile , d'un trajet pénib'e et d'une 
» issue dangereuse. » Quelques efforts 
que l'on teutàt , il fut inflexible ; 
mais il consentit pourtant à user de 
toutes les ressources de son génie , 
de toute l'éncrcne de son caractère 
pour sauver sa patrie de la ruine qui 
fa menaçait. C'est a lors qu'il compo- 
sa ce code de lois qiû a immortalisé 
sa mémoire. Il abrogea celui de Dra- 
c on, sans cesse compromis dans l'exé- 
cution par sa sévérité, ne main- 
tint de ces lois que celles qui concer- 
naient les mrnrtriers.il les remplaça 
par un code de lois sagement modi- 
fiées, et qui se trouvaient plus en 
harmune avec le caractère et les 
mœurs des Athéniens, ayant surtout 
la salutaire pensée de les faire telles 
que le ciïoyeu vît moins d'avantages 
et plus de danger à les violer qu'à 
les observer. « Je n'ai pas fait , di- 
v sait-il , les meilleures lois qu'il eût 
» été possible de faire; mais je les 
» ai faites aussi bonnes que les Atbé- 
» niens peuvent les supporter. » Son 
gouvernement fut une démocratietem- 
peréeet balancée par l'aristocratie de 
ses quatre cents sénateurs ou pairs, 
pris dans les quatre tri bu s de l'Attique; 
eir . après avoir établi un cens plus 
régulier, il avait partagé les citoyens 
en quatre classes, et produit une for? 
me de république appropriée au ca- 
ractère national. L'aréopage et le sé- 
nat des quatre cents avaient été ins- 
titués comme deux utiles contrepoids 
contre les riches et coutre la multi- 
tude. Sa nouvelle administration fut 
réglée avec tant de sagesse , la jus- 



SOL 



5 5 



tice répartie avec tant d'égalité entre 
les citoyens , et la concorde si bien 
rétablie entre les ordres de l'état, que 
tous le chérirent et l'admirèrent. Eu 
un mot , les combinaisons du lecisla - 
teur étaient sages , prudentes , fortes 
même. . . . Mais est-il des dignes con- 
tre certaines ambitions ? ... Il de \ ait 
arriver le jour où ces lois si sages 
ne prévaudraient pas contre le génie 
adroitement ambitieux de Pisistrate. 
On n'en doit faire aucun reproche à 
la prévoyance de Solon. Nous voyons 
qu'à l'exemple de Lycurguc , il avait 
pris ses mesures pour assurer la sta- 
bilité de ses institutions (f. Lycir- 
cue, XXV, 5 ï5 ). Tous les corps de 
l'état, solennellement convoqués dans 
le temple , avaient prêté serinent , en- 
tre ses mains et devant les statues des 
dieux, de les maintenir religieuse- 
ment durant dix années. Sulon , vou- 
lant en c.Tct essayer scu lois , ri s'af- 
franchir de toute réclamation , avait 
demandé et obtenu des Athéniens nu 
congé de dix ans , qu'il desirait con- 
sacrer à de nouvelles observations , 
dans les voyages qu'il projetait. Ras- 
suré par les serments de ses conci- 
toyens, il partit, dirigea une seconde 
fois ses pas vers l'Egypte et vers la 
Lydie. En Egypte , il séjourna près 
de Canopc , à l'embouchure du ;N T il. 
Là , il se mit en commerce d'entre- 
tiens religieux et politiques avec les 
prêtres les plus renommés du pays. 
Il lui racontèrent une histoire mer- 
veilleuse sur l'île Atlantide, qui parut 
lui offrir le sujet d'un beau poèinc. 
C'est en Egypte qu'un de ces prêtres 
dont nous parlons, qui pensaient, 
comme le remarque le savant Bar- 
thélémy , posséder entre leurs mains 
les annales du monde, dit à Solon, 
qui lui vantait les anciennes tradi • 
fions de la Grèce : fous au In:: 
Grecs, vous êtes bien jeunes : /»• 




x>4 



SOL 



temps ri a pas encore blanchi votre 
science.Dc l'Egypte, Solon passa eu 
Cyprc. Dans une de ses Elégies , il 
parle de la cité que Philocyre, prince 
ae Cypre, avait fait bâtir, et qu'il 
avait nommé Soli ou Solos , du nom 
du philosoplie.il souhaite à ce prince 
un long règne , et desire qu'il puisse 
' habiter long-temps sa nouvelle ville, 
lui et sa nombreuse postérité. En Ly- 
die , il eut à Sardes , avec le roi Gré- 
sus , cet entretien si connu touchant 
la véritable félicité dans cette vie, et 
clans lequel il se montra si peu cour- 
tisan, qu'Ésope le fabuliste , qui se 
trouvait alors a la cour de ce roi , 
prit sur lui de donner cet avis au 
philosophe ; « Trop véridique Solon, 
» il faut ou n'approcher point de la 
» personne des princes f ou ne leur 
» dire que des vérités agréables. — 
» Vous vous trompez, lui dit Solon y 
» il faut ou se teuir éloigné des prin- 
» ces , ou ne leur dire que des vérités 
» utiles. » Quelques auteurs ont douté 
de ce voyage en Lydie ( V. Ésope , 
XIII , 3 \ 'i ). Les dix ans n'étaient 
point expirés ( et Solon aurait pu 
prévoir ce résultat avant son depa rt ), 
que les troubles , fruits de nouvelles 
factions formées dans la ville , lui 
firent comprendre la nécessité d'un 

Î>rompt retour , afin de réprimer le» 
actions. Mais quelles armes opposer 
aux sourdes pratiques d'un ambi- 
tieux adroit ? Le scythe Anacharsis 
l'avait prévu, a Vos lois ( disait-il un 
jour à Solon lui-même, sur la place 
publique d'Athènes ) , sont des toi- 
» les d'araignées; elles ne prendront 
» que U's mouches; les gros insectes 
» et les oiseaux passeront à travers.» 
En ce moment , Pisistrate parut sur 
la place; Solon l'aperçut, et resta 
préoccupé du mot d Anacharsis. Pi- 
sistrate avait mis à profit l'absence 
de Solon. Plein d'habileté dans sa 



SOL 

marche , il n'avait rien brusqué : an 
contraire ; il avait trompé les Athé- 
niens par ses artifices , les avait sé- 
duits par ses flatteries et ses caresses. 
On ne lui avait pas conféré le pou- 
voir; il ne le possédait pas de droit; 
mais par le fait, il en jouissait. An 
retour de Solon , il continua de maî- 
triser les délibérations publiques ; 
mais c'était toujours au nom du grand 
législateur , et pour la plus stricte 
exécution de ses lois. Toutefois , les 
honneurs dont Pisistrate demandait 
que l'on comblât son ami , par l'avis 
duquel il déclarait vouloir se régler; 
le respect qu'il semblait porter, non- 
seulement à ses lois , mais à ses moin- 
dres résolutions ; tous ces dehors de 
dévoûment que savent si bien pren- 
dre les ambitieux pour cacher leurs 
vues secrètes, rien ne put séduire So- 
lon ; il rompit brusquement avec un 
homme qui , au lieu du beau rôle que 
ta naissance et ses talents l'appelaient 
a remplir parmi ses concitoyens, as- 
pirait, par l'usurpation, à devenir 
leur tyran. Il osa donc l'annoncer 
hautement comme un ennemi public: 
mais le mal était fait. Le peuple fas- 
ciné ne voyait plus que par les yeux 
de Pisistrate. Cet homme habile et 
audacieux, voulant hâter l'accom- 

Slissement de son grand projet, tenta 
'user d'un stratagème qui devait le 
perdre dans l'esprit facile et chan- 
geant des Athéniens , ou bien assurer 
son triomphe. Apres s'être porté lui- 
même quelqnes légères blessures au 
visage et sur le corps , il se fait con- 
duire , couvert de sang , sur la place 
Sublique , et jetant des cris le long 
u chemin : « Athéniens , s'ecrie-t- 
» il , voilà la récompense qui attend 
» les amis du peuple. ..! » 11 fit en- 
tendre que ses ennemis , c'est-à-dire 
les ennemis de la patrie , s'étaient 
vengés de son. dévoûment sans boruts 



SOL 

aux intérêts du peuple. L'indignation 
s'exhala par des clameurs féroces ; et 
il fallut tout l'ascendant qu'obtenait 
encore Solon sur les esprits , pour em- 
pêcher les actes de fureur qu'on était 
près d'exercer. Solon , seul , ne fut 
pas dupe de la ruse : il s'approcha 
avec calme de Pisistrate, et, d'ut* 
ton où régnait plus de mépris que de 
courroux r « Fort bien y Pisistrate l 
» mais tu joues mal le personnage 
» d'Ulysse. Ulysse s'égratigua pour 
9 tromper ses ennemis ; tu te déchires 
» la peau , toi, pour tromper tes con- 
» citoyens 1 ... » Solon fut respecté. 
Son nom et ses grands services im- 
posaieut toujours aux plus factieux j 
mats il fut traité de fou. Pisistrate 
fut plaint comme une victime de la 
bonne cause; et , par acclamation , 
ou lui vota une compagnie de gardes , 
qui , au nombre de cinquante y ac- 
coinpa£fiei aient sa personne en tous 
lieux.. l<a tyrannie de Pisistrate s'éta- 
blit ; et Solon , n'ayant plus rien à 
faire qu'à gémir sur l'avenir de sa 
patrie , s'exila volontairement. Il 
passa quelque temps à la cour du 
roi A nu sis, qui avait témoigné sou- 
vent le doit* de le posséder près de 
lui. Pisi»trate fut aiHigé d'un. départ 
qui clait Ja censure de sa conduite r 
une tache à son gouvernement et, 
sans doute, à sa mémoire. 11 lit des 
avances auprès de Solon pour obte- 
nir de lui qu'il revîut : le parti de ce 
dernier était pris. Il resta inébranla- 
ble. On a peut-être attaqué justement 
quelques-unes des lois de Solon. Plu- 
tarque le. traite avec beaucoup de sé- 
vérité lorsqu'il dit qu'il y a beaucoup 
d'absurdités dans les lois qu'il a faites 
sur les femmes. On assure , au sur- 
plus, qu'il n'avait voulu donner de 
crédit ni de valeur à ses lois que du- 
rant un laps de cent ans. C'était un 
Urine moyen assez adroit pour les 



SOL 



;>a 



perpétuer ? il n*Jr a guère de motifs 
raisonnables d'abroger des lois qui 
auraient fait , pendaut un siècle , le 
bonheur d'un peuple. On sait que 
Solon ne fit aucune loi contre les 
sacrilèges , ni contre les parricides. 
« Le premier crime est encore iu- 
» connu à Athènes , disait-il , et la 
» nature a tant d'horreur du second ¥ 
9 qu'il devient invraisemblable. » Ci- 
céron fait remarquer , à ce sujet, la 
grande sagesse de ce législateur. En 
effet , décerner des peines contre un 
crime inconnu , c'est plutôt l'ensei- 
gner , que le défendre. La lecture 
des lois de Solon et de quelques-uns 
de ses fragments poétiques est néces- 
saire pour connaître les antiquités 
athéniennes, et pour entendre beau- 
coup d'ouvrages dea écriviius de 
la Grèce , particulièrement de ceux 
de l'Attique, Dans plusieurs d*\ 
ecs fragments qui sont restes , t?i 
trouve d'utiles préceptes de îuoraio 
( i ). Il écrivit aussi des Lettres : on. 
en a conservé quelques-unes. Enfin il 
composa quelques Poèmes, non- seu- 
lement en se servant du rhythme élé- 
giaque, mais en iambeseten trimè- 
tres. Dans ses dernières années , il 
s'occupait d'achever son grand poè- 
me sur Y Atlantide , île qu'on avait, 
dit-on, découverte , ou seulement 
que l'on supposait dans une partienou 
parcourue de l'Océan. Au rapport 
d'Élieu ( traduction de Gaussin ) : 
« lorsque Pisistrate, dans une assem- 
» blée, demanda qu'il lui fût donné 
» une garde, Solon, (ils d'Exestidas, 
» déjà vieux, le soupçonna d'aspirer 
» à la tyraunic; mais, remarquant 



(i)On a dit que, dans quelques-unes dp se» pl- 
aies, qui ne son» pas parvenues jusqu'à nous , le »e- 
^ère. auteur de* l«>i& contre 1rs mauvais* iu<rur.i, 
le restaurateur de la vertu dans *a pairie, Solon 
entiu , avait pvllu<: la sawteti tlu lé»i*l,:tcur par la 
ii eu ce Je su «#»».•.• mai* rieu ne proutc q»»*- - «.«U*. 
conjecture »vK riW'ciuc-t l'oudc*. 




56 



h 



» qu'on écoutait sans intérêt les con- 
» seils qu'il donnait, et que la faveur 
» du peuple était pour Pisistrate, il 
» dit aux Athéniens : Parmi vous , 
» les uns ne sentent pas qu'en ac- 
» cordant une garde à Pisistrate , 
d on en fera un tyran; et les autres, 
« prévoyant 1'efl'ct de sa demande , 
i» n'osent néanmoins s'y opposer. 
d Pour moi, je suis plus clairvoyant 
» que les premiers et plus courageux 
» que les seconds, » Ccpendant( con- 
» tinuc Élien) Pisistrate obtint ce 
» qu'il desirait , et parvint en effet à 
» la tyrannie. Depuis ce temps , So- 
ft Ion , assis à la porte de sa maison , 
d tenant sa. lance d'une main , et de 
» l'autre son bouclier, ne cessait de 
» dire : J'ai pris mes armes pour 
» défendre la patrie autant que je 
» le pourrai. Mon grand âge ne me 
» permet plus de marchera la tête 
» de ses armées ; mon cœur du 
» moins combattra pour elle. Quant 
» à Pisistrate , soit respect pour la 
» haute sagesse de ce grand homme, 
» soit tendre souvenir de l'amitié uu 
» peu suspecte, ou du moins équivo- 
» que , que Solon lui avait témoignée 
» dans sa jeunesse, il ne lui fit point 
» éprouver son ressentiment. » Sur 
ce que les Athéniens le déclarèrent 
insensé, parce qu'il accusait Pisis- 
trate , il dit : Le temps fera con- 
naître le genre de ma folie, lors- 
que la vérité aura dissipé les om- 
bres qui couvrent vos yeux. Quand 
l'asservissement de sa patrie fut dé- 
cidé, il s'écria : Chère patrie , je te 
quitte avec le témoignage conso- 
lant de t' avoir servie par mes con- 
seils et par ma conduite. Solon n'é- 
tait pas ennemi des richesses ; mais 
on aurait mauvaise grâce a lui re- 
procher son attachement pour ces 
tiens frivoles, quand lui-même dit, 
dans, une de ses Élégies : Je souhaite 



SOL 

d'avoir des richesses, mais de celles 
qu'on peut avouer. Les richesses 
injustement acquises attirent tôt 
ou tard le courroux des dieux. Ce 
qui ferait croire qu'il n'en possédait 
pas de très-grandes , c'est qu'il disait 
cucore, dans une autre Élégie : « Que 
» de méchants deviennent riches! 
» que de gens de bien qui restent 
» dans leur médiocrité ! mais nous , 
» voudrions -nous donc troquer no- 
» tre vertu contre leurs trésors ? Non, 
» sans doute ; car la vertu est per- 
» manente, et les richesses changent 
» tous les jours de maîtres. » Il pa- 
raît, dans ses vers, qu'il affectionnait 
les ligures de comparaison, qui met- 
tent en effet la pensée plus en relief 
sous les yeux. Dans lepreraier livre 
de ses lois , qu'il avait entrepris de 
rédiger en vers , il annonçait que son 
but était de balancer, l'un par l'au- 
tre, le pouvoir des grands et celui du 
peuple , et , comme il disait : « de 
» munir les deux partis d'un fort 
» bouclier , afin que l'un ne pût ja- 
» mais opprimer l'autre. » Plutarque 
dit : « On loue à bon droit une autre 
» loi de Solon , qui défend de dire du 
» mal des morts ; car il y a de la re- 
» ligion à tenir les morts pour sa- 
» crés, de la justice a épargner ceux 
9 qui ne sont plus , et de la politique 
» à empêcher les haines d'être im- 
» mortelles. » On dit que Solon mou- 
rut en Cypre, à la cour de Philo- 
cyre, l'an 55q avant notre ère, âge 
de quatre-vincts*ans. Sa volonté der- 
nière fut que 1 on transportât ses res- 
tes dans sa patrie, qu'on les brûlât, 
et que ses cendres fussent répandues 
dans les campagnes de l' Attique. Les 
Athéniens lui dressèrent une statue 
en bronze. 11 était figuré tenant son 
Code à la main. Ceux de Sa la mine 
lui érigèrent une autre statue. Là il 
était représenté comme orateur , 1rs 




SOL 

scachees sons les pEs de ses vête- 
s* Tous ces attributs et d'autres 
re, hri convenaient. Solon était 
• fois grand homme de guerre , 
sttat intègre, administrateur ha- 
philosophe- pratique , orateur 
en , poète distingue'. Comme lé- 
cur , r histoire reconnaissante 
bce en première ligne , à côte 
Ins célèbres bienfaiteurs de l'hu- 
té. Comme philosophe , il ne fut 
une école. C'e'tait un de ces 
nés qui doivent donner la loi et 
as la recevoir. Il nous reste plu- 
i fragments de ses Élégies, qu'on 
rait appeler Elégies politiques 
l . de Chateaubriand en a traduit 
irait dans son Essai historique, 
ique et moral. Sol on eut un 
. poète médiocre , qu'où nom- 
Dropidès. L — a. 

)LO> , glyptographe , vivait à 
s sotts le règne d'Auguste. Son 

qu'on lit sur une belle pierre 
5e, a trompé long-temps les ari- 
ircs, persuades qu'elle represen- 
; fameux législateur d' Athènes. 
observation du duc d'Orléans , 
e spirituel et ami des arts ( V. 
.tus , XXX H , 120 ) , donna 

à Bandelot Dairval d'exami- 
rtte pierre plus attentivement ; 
se convainquit que le nom de 
1 était celui de l'artiste qui l'avait 
?e. Baudelot donna les raisons 
n opinion dans une Lettre sur 
étendu Solon des pierres gra- 
, Paris , 1717, in-4°. ; ou en 
e ira extrait dans les Mémoires 
icadémiedes inscriptions, tome 
)remièrc partie , pag. i/^S. Le 
ait représenté sur cette pierre 
lit Baudelot , celui d'un Romain 

olnmit Athenientit cmrminum tptm super*nnt^ 
•m t^mmentalione de Solvnr pnetn, di<po- 
n-mdmvU ***** artnalmtionihits instmxit S. 

s.Saan, Wé<r, iSu,in-t*. 



SOL 



*7 



assez connu alors pour qu'on pût se 
dispenser d'y mettre son nom. De nou- 
velles découvertes ont confirmé cette 
conjecture du judicieux antiquaire ; 
et Ton sait maintenant que ce portrait 
est celui de Mécène. Solon , l'un des 
j>lus habiles glyptographes de son 
temps , fut attiré par Auguste à Ro- 
me. Il avait Dioscoride ( Voy. ce 
nom , XI , 4°9 ) pour concurrent 
ou pour émule , puisque les deux ar- 
tistes ont travaillé sur les mêmes su- 
jets , sans se copier. Outre la Tête 
du favori d'Auguste, que ce grand 
artiste a reproduite plusieurs fois, on 
cite de Solon: Diomède assis , gravé 
en relief avec une rare perfection : 
cette pierre est connue des antiquaires 
sous le nom de l'enlèvement du Palla- 
dium ; — une tete de Méduse , — 
Cirpidon debout > — une tête d'/ifer- 
cule en face. De Murr reproche k 
Baudelot d'avoir manqué d'exacti- 
tude dans la planche qu'il a donnée 
des différents ouvrages qui portent le 
nom de Solon ( Voy. BibL glypt.t- 
graph. , 107 ). Gaylus a décrit V En- 
lèvement du Palladium dans sou 
Recueil d'antiquités , 1 , pi. 4 r ». Ou 
peut voir aussi le Traité des pierres 
gravées , par Mariette , et la Des- 
cription des pierres antiques du ba- 
ron de Stoscn , par Wiuckclmaan. 

W s. 

SOLORÇANO PEREIRA ( jL* 
de ) , né à Madrid , vers la fin du 
seizième siècle , fut professeur de 
droit à Sala manque , et se fit connaî- 
tre d'abord par son petit traité du 
Parricide (2?e criminc Parricidii 
disputatio), i6o5, ouvrage qui 1» 
plaça parmi les meilleurs juriscon^ 
suites de ce temps. 11 s'occupa en- 
suite des lois des Indes Occidentales; 
et, en 1639, il publia le résultat de ses. 
recherches dans un volume in-folio :- 
Dispulatio de Indiarum jure , sive- 




58 



SOL 



de jusld Indiarum Occidentalium 
inquisitione , acquisitione ac reten- 
tione , auquel ii ajouta par la suite 
( 1O49 ) un second volume , sur 
le gouvernement de ces peuples. 
Cet ouvrage, que Léon Pinelo met 
au rang des plus profonds sur cette 9 
matière , fit nommer son auteur mem- 
bre du se'natdc Lima. Pendant dix- 
huit ans que Solorçano occupa ce 
poste , il se fit aimer par son intégrité 
et ses vertus. De retour dans sa pa- 
trie, il fut admis au conseil suprême 
âes Indes , puis nommé procureur 
fiscal. 11 mourut dans une extrême 
vieillesse. Il a encore laissé plusieurs 
Mémoires, dont le plus important 
est le Mémorial sobre que el real 
consejo de las Indias debe procéder 
en los actos publicos al que llaman 
île Flandes. Il fit paraître aussi : I. 
La Politique indienne , extrait de 
son grand ouvrage. II. EnMemata 
regio- polit ica in centuriam unam 
redacta , il>53. III. Ses OEuvrcs 
posthumes ont été imprimées à Sala- 
mànque , 1 (>54 , in-fol. — Gabriel de 
Solorçano Paniagua, son fils, don- 
na une Traduction ou plutôt un 
Abrégé du second volume du Droit 
des Indes, avec des Notes margi- 
nales , une Epître dédicatoire et un 
Compcndimn de tout ce qui se trouve 
daus les deux volumes de son père. 
Léon Pinelo pense néanmoins que ce 
Travail appartient à don Joseph Pcl- 
licer de Tovar. C — y. 

SOLORÇANO ( Alonzo de Cas- 
tillo y ) , écrivain espagnol du dix- 
septième siècle , fut le protégé du 
marquis de Los Velcs , lorsque ce 
seigneur était gouverneur de Valen- 
ce. Ce fut dans cette ville que Solor- 
çano publia la plus grande partie de 
ses nombreux ouvrages : I. Plusieurs 
Il omans assez gais, tels que les Voya- 
ges joyeux y ifoô; la Maison de 



SOL 

campagne de Laura , 16' 
Amants andalous , i633. 
remarquable de ses romans 1 
contredit , la Fouine de Se\ 
Y Hameçon des bourses, \i 
ouvrage , d'un genre bouffon 
que burlesque, eut un succè: 
gue. Trois éditions se suc« 
rapidement , dans un temps 
lisait peu. 11 fut traduit en fi 
par d'Ouvillc, Paris, 1661 , 
prime à Amsterdam, i^3i . 
titre d'Histoire de Dona Bu 

m 

la Fameuse courtisane de 

II. Le Jardin de Faïence, 
vers , lus dans les académies 
ville, 1629. III. Les Grâces 
nasse , en deux parties, 16 
Le Temps des réjouissance. 
Carnaval de Madrid, 1G27 
Harpies de Madrid. Ses au 
vrages Sont des Histoires, p 
mées que les écrits dont nom 
de parler. VI, Histoire d\ 
et de Cléopdtre, 1639. Vil 
gé de la vie et des actions a\ 

III, roi d'Aragon r 1 (>3p , 
Ce, in -8°. VIII. UReliqu 
Faïence, qid contient les ) 
saints les plus célèbres qui 
lustré ce royaume , iG35. 
nier ouvrage est le plus estime 
thélemi - Salvator Solorca 
naquit à Mcdina di Rio-Seco 
le Livre de compte , ou le 
des commerçants , Madrid ; 
— Arce de SoLoncAWo, né 
drid , laissa une Histoire de 
et de la Passion de Notrc-& 
et les Tragédies d* Amour y 

( 
S0LTIC0FF(ïvanMiciii 
fils du général russe de ce non 
lit connaître au commcncei 
dix-septième siècle dans les 
de sa patrie, et qui , selon Le 
était entreprenant , audacii 




SOL 

mployer tour-à-tour les ca- 
l'intngue, les menaces et la 
.Cet homme ambitieux , vou- 
gner de Moskou il» - s troupes 
fnaient daus ses projets (Tu- 
ut en faveur de Thctiuau Jcl- 
, prétexta que Novgorod était 
parles Suédois, et y en- 
; troupes, sous les ordres d'I- 
>u (ils. Ce jeune guerrier, 
cet article , c'tait déjà un 
distingué; et, à peine âgé 
jt ans , il avait remporté 
i vanta ges sur les Suédois, 
lia de nouveau contre eux , 
te occasion, avec beaucoup 
îge, cl reprit Ladoga, dont 
eut empares. Après celte vic- 
revint à Novgorod , sur l'in- 
des habitants, qui avaient 
e >e a ciller sur le (ils , de la 
l'iîs portaient au père pour 
rli< iu<iit aux Polonais. Dès 
lit oli' fut entré dans leurs 
i\s r.urc' ternit, l'accusèrent 
i.*>o:i. et lui lirent subir les 
rible.s tortures, sans en poii- 
er aucun aveu. Au milieu 
nient>, ce niallieureux jeune 
]icr>i>ta à dire que quand 
; iui-!:u>me serait venu atla- 
»\£nriiilà la tète des Polo- 
tr.iia.nl pas hésite à le rom- 
inais sa fermeté et ses scr- 
c pur; ::t le sauver; il fut ein- 
i.laniu 1O10. M — u j. 
L I* .'- >rY ; Le comte Pikiikf.- 
, icld-marcchal , de la même 
pif le précédent, naquit dans 
lières années du dix- huitième 
! lit ses premières armes, dès 
dix-huit ans, contre les Turcs 
jédui.s , sous 1rs veux de son 
ui était un des généraux les 
•tingués de ce temps-là (i). 

hiVihIii- Sul.TIkoF , général ru chrC, 
j it3* à MorKvu, où il tta.l ijmncr- 



SOL 59 

Le jeune Solticofl' fut fait géuéi ai- 
ma j or , sous le regue de l'impératrice 
Anne; et , trois ans plus tard , lieute- 
nant général. Parvenu à un grand cré- 
dit sous Elisabeth , il fut chargé, en 
17^9, du .commandement de l'armée 
que cette princesse avait envoyée con- 
tre Frédéric II. Conduites successi- 
vement par Apraxin , Totdebcn et 
Fermor , les troupes russes avaient 
obtenu quelques succès en Allema- 
gne ; mais peu d'accord avec les Au- 
trichiens , leurs alliés , et combattant 
un si redoutable ennemi , ces géné- 
raux avaient toujours vu leurs vic- 
toires rester sans résultats. A la con- 
fiance de sa souveraine , Solticofl* joi- 
gnait l'amour des soldats , et un grand 
courage. Attaqué près de Grossen , il 
résista pendant quatre heures aux ef- 
forts réitérés des Prussiens , leur tua 
deux mille hommes , et les contraignit 
à Ja retraite. Il s'empara ensuite de 
Francfort-sur-l'Oder, et s'étant réuni 
au général Laudou , il remporta , le 
12 août 17TH), la sanglante victoire 
de Kunnersdorf , où il s'empara de 
cent soixante pires de canon , et fit 
sept mille prisonniers ( V. Frédéric 
II, XV, 58o). Mais d'un caractère 
brusque et impérieux , Solticofl' ne 
tarda pas à se brouiller avec les Au- 
trichiens, comme avaient fait ses pré- 
décesseurs ; il eut d'abord avec Lau- 
don de \ivcs explications, et finit 
par refuser positivement, àDaun, de 
concourir à ses opérations (-à : « J'en 



lient. On ri!iu]it.iit il-in' !«■<« iMe^lralion:» de rf'lc 
famille, l'une de- plu» di»tiïi:'.uee<. de J'empiie 
ni!":»*, »|ne l'« mi» ■• en h. n, t:.re île Piei n- l«- 
(iiaml. #-l nîn'iir l'iui^et -»t: .ce Anne a\ait tp«nisi- 
une *>«»ll ir «•!". 

i O On «T'iil ijui- !»•» firve* m.nurn\ re* de» £e- 
iiiM-aut ni «M'a dui« !.» n'iiTi ■ de Spl-An» . *l l"' 1 ' 
ui< Miilelli^euee h\i e le* Au't i< liini» , \intent »ur 
{••ni ds re «ju'iUif i^nniiinii' p «» »pi<- le grand-dm-, 
qui lui depui» l'nrre III, wv uî de> relut im» «\ei: 
Frédéric. II . cl qu'il l'aNuil pa.^ei à ce prime !«"» 
Lui* du calu'iirl ruw, par le -»i relaire-d'ilat 
o'.Lof. pyraMTDtnut uluv» )« cbunifiucut de pol» ■ 



« 




Gt» 



SOL 



» ai assez fait cette année, écrivit-il 
» à ce maréchal ; j'ai gagné deux ba- 
» tailles qui coûtent vingt-sept mille 
» hommes à la Russie ; j'attends pour 
* me mettre de nouveau en action , 
» que vous ayez remporté deux vie- 
» toires à votre tour; il n'est pas 
t » juste que les troupes de ma souve- 
» raine agissent toutes seules. » Fré- 
déric profita admirablement bien de 
ces dissensions : Solticoif ne tarda pas 
à être remplacé par Czernichef ; et 
la mort d'Elisabeth vint. Tannée sui- 
vante ( 1761 ) , changer entièrement 
Taspect du Nord de L'Lurope.Solticoii' 
fut nommé gouverneur de Moscou , et 
il mourut dans cette capitale, le i5 
décembre 1772. L'impératrice Eli- 
sabeth avait ordonné qu'il lui fût 
rendu de grands honneurs à son re- 
tour de la brillante campagne contre 
les Prussiens ; mais il s'y déroba 
avec beaucoup de modestie , en allant 
s'enfermer dans une de ses terres. 
Cette princesse lui donna alors un 
témoignage plus durable de sa re- 
connaissance, en lui faisant accepter 
quatre pièces d'artillerie , ainsi que 
la selle et les pistolets de Frédéric II, 
prisa Kiuuiersdorir. Ces trophées or- 
nent encore le château des SolticofF, 
à Marfina près de Moscou. M-u j. 

SOLT1COFF { le comte Ivan 
pKTHOwrrcn ) , (ils du précédent, fut 
élevé à l'école de son père , dont il 
égala les vertus et le courage. Décoré , 
par l'impératrice Elisabeth , du ti- 
tre de gentilhomme de la chambre , 
il s'ennuya bientôt de la vie de cour- 
tisan , et demanda comme une grâce 
d'être euvové à l'armée , où il re- 
parut avec le grade de brigadier. Il 
prit part à toutes les opérations con- 

Aiquc qui aérait la couWquence d'un nouveau rè- 
jtne, cw genérau* n« voulaient pas f'expo«cr au 
,rrMi' > ntiinenl de l'hrrilier du troue, qui ne Irnr 
aurait pa» pardonne d'avoir concouru avec trop 
«l'^rdeiir h la ruine de *«« ami» le* Prujiictis. 



SOL 

tre la Prusse , la Turquie , la Polo- 
gne; parvint au grade de général 
en chef, et, quand la Russie n'eut 
plusd' ennemis à combattre, fut nom- 
mé gouverneur de Wladimir et de 
Kostroma. L'administration de ce» 
provinces était dans l'état le plus fâ- 
cheux. Ce ne fut qu'après plusieurs 
années de travaux éclairés et nru* 
dents qu'il réussit à y rétablir l'or- 
dre et la justice. Il commençait à 
jouir du fruit de ses fatigues, lors- 
que l'impératrice Catherine 1 1 lui 
conféra le commandement ^du Cau- 
case et de l'armée qu'on venait d'y 
rassembler contre la Perse. 11 fut en- 
suite rappelé à Pércrsbourg , pour 
combattre les Suédois, qui mena- 
çaient cette capitale , au moment 011 
la Russie était engagée dans une lutte 
sanglante avec les Turcs. Solticoif 
parvint à couvrir Pétersbourg avec 
beaucoup d'habileté; et sa seconde 
campagne fut terminée par une paix 
avantageuse. L'impératrice le com- 
bla de riches présents , et lui accorda 
la propriété d'un régiment de cava- 
lerie de sa garde , avec le titre de 
son aide-de-cainp-général. I/empe- 
reur Paul avait combattu comme 
simple volontaire, sous ses ordres , 
en h inlande. A peine monté sur le trô- 
ne, il Téleva à la dignité de maré- 
chal de l'empire, et le nomma géné- 
ral en chef de la même armée qui 
s'était couverte de gloire sous le cé- 
lèbre Romanzoll*. L'année suivante , 
Solticoif fut nommé au gouvernement 
de Moscou , que ses ancêtres avaient 
eu si long - temps , et il le conserva 
jusqu'à sa mort, arrivée en noveinb. 
i8o5. Le maréchal Ivan Solticoflf 
formait une exception rare dans la 
foule de courtisans qui s'étaient éle- 
vés par leurs aventures ou par leurs 
bassesses. Issu d'une des plus an- 
ciennes familles de l'empire , héritier 




gft|t ta gloire de «es aïeux, 
Mnr aux saturnales de la 
gfffaerine U, et ne fléchit 
fc|le despotisme de son ca- 
nJeoesseur* À— o— §* 

là)FF<ÀwwEh Clic du 
;, péc a Pelersbourg , e& 
tt Mariée, À l'âge de dix- 
nu conte Grégoire Orloff , 
ibs riches seigneurs de la 
lût maladie cruelle, dont 
âmes se manifestèrent an 
i de Tannée 1813, l'ohl*-* 
Htler son pays , qu'elle ne 
m revoir. Elle voyagea sue- 
nt en Allemagne , en Angle» 
[talie et en France. En proie 
■es les plus aiguës , elle ca- 
rnet les plus clairvoyants 
Ue$ souffrances. Son esprit 
i élevé que son cœur , et son 
n n'était pas au-dessous de 
sauce. Son immense fortune 
i peine aux demandes des 
ox , auxquels elle sacrifiait 
es besoins. Partout où elle 
die a laissé des traces dura- 
bonté, et un long souvenir 
tus. Sa maladie, sur laquelle 
tercés les plus illustres nie- 
rait résisté à tous les remè- 
fut délinitivement recon- 
ible. Des promesses trom- 
irent réveiller les espéran- 
Ite intéressante malade ; 
dnne ne les partageait avec 
s nombreux amis l'ont vue 
au tombeau avec beaucoup 
pet que de surprise. Elle est 
iris , le 16 décembre 1824. 
atey lui a consacré une pe- 
; , à la f iu de son iutroduo 
Fables russes de KrtlotT, 
»5 , 1 vol. in-8°. A-g-s. 
GOFF (Nicolas), cousin du 
a, naquit le 3i oct. ^16, 
une lui, son apprcntBnge 



SÛL 



Cr 



dans le métier des armes amis leftWM* 
du fcid - maréchal Pierre Sulttcoir. 
Pour pris de sa conduite aux coai- 
bats d'Egtrsdorff, deZomdorffet de 
Francfor*suf4'Oder , il devînt auc* 
cetsivementfaajor, kentenant-cote- 
nel et oofin eolond. £n 1761,1! fit 
partie d'un coups détaché de l'armée, 
et ont parla JapriaedeColherg. LW 
ne«suivam^,iltutiaitgeneimfma|or k , 
et commanda les trompes rosses en Po- 
logne, pendant la nrohtkm. If fut 
décoréoe l'ordre de Sainte»- Anne , en 
1766, et, quelque temps après, de ce- 
lui de rAkle^laoc. En 17a7.il lut éle- 
vé au grade de beutenantjenéral , fit 
une campagne contre la Turquie , vé- 
cut, en 1709» l'ordre de St.-Alexan- 
dre Newsky : fut nommé, en 1773 , 
général en «nef, et placé auprès do 
grand-duc, depuis Paul I er . 11 accom- 
pagna ce prince dans ses voyages en 
France et dans les autres parties de 
l'Europe. Ce fut à son retour que 
l'impératrice le nomma son aide-de- 
camp, lui conféra l'ordre de Saint- 
André, et le mit, en 1783 , à la tête 
de l'éducation de ses petits -fils, les 
grands - ducs Alexandre et Constan- 
tin. En 1788, Solticoff obtint l'ordre 
de Saint - Wladimir de la première 
•lasse; et pendant la guerre de Tur- 
quie , de Suède et de Pologne, il di- 
rigea le département de la guerre. 
Fait comte, en 1791, et promu ait 
grade de feàd - maréchal , en 1796 , 
il devint , en 181 a, président du con- 
seil-d'état et de celui des ministres , 
fut élevé , en • 1 8 1 4 ? a la dignité de 
prince de Russie , et mourut peu de 
temps après. C'était un homme de 
tète et d'un esprit fin et délié; et, 
quoiqu'il portât, dans les habitudes 
de la vie, les manières et le caractero 
d'un courtisan très-adroit , il n'était 
pas moins considéré, dans les ciis. 
constances graves, ou il était toujours. 




6i 



SOL 



consulté , comme un homme de très- 
bon conseil. — Le comte Sergius 
Solticoff , de la même famille, qui 
fut le premier favori de Catherine II , 
lorsque cette princesse était en- 
core grande duchesse , était un des 
grands seigneursJcs plus aimables et 
les plus séduisants de la cour de 
Russie. L'impératrice Elisabeth, qui 
fut informée de son intrigue , lui don- 
na une mission en Suède , et le tint 
éloigné dans une sorte d'exil où il 
mourut. G— r d. 

SOLVYNS (François-Baltha- 
zar), né à Anvers , eu 1 760, s'appli- 
qua de bonne heure aux beaux-arts; et ' 
peignit plusieurs marines , entre au- 
tres le port d'Ostcnde , qu'il lit pour 
le gouverneur des Pays-Bas, et qui 
est maintenant au palais impérial de 
Vienne. Il eu existe une gravure 
vie grande dimension , par Daudet. 
Ayant été nommé , à l'âge de seize 
ans, capitaine du fort Lillo, il pas- 
sa delà, dans la même qualité, au 
château de Lacken. A l'époque de la 
révolution des Pavs-Bas, il suivit Par- 
chiduchesse gouvernante eu Autri- 
che , où il demeura jusqu'à la mort 
de cette princesse. Son goût pour les 
voyages l'ayant alors porté à s'embar- 
quer sur l'escadre de sir Home Pop- 
ham pour la mer Rouge et la merdes 
Indes, il dressa des cartes des riva- 
ges de la mer Rouge , qu'on dit re- 
marquables par leur exactitude ; nous 
ignorons où elles se trouvent ; on les 
chercherait inutilement dans la belle 
collection du prince Labanofl*. Arrivé 
dansl'ïnde.Solvynsrés&lutd'y rester, 
et de bien étudier le peuple qui l'habi- 
te. Il vécut au milieu des Hindous, et 
Huit par connaître à fond les mœurs 
et les habitudes de cette nation sin- 
gulière. 11 avait appris à graver , 
mais il avait peu cultivé cet art. A 
Calcutta , il entreprit un Recueil de 



SOL 

gravures représentant les diverses cas- 
tes , états et conditions des Hindous. 
C'est un petit volume in-folio , dont il 
a fabriqué lui-même le papier. Étant 
retourné en Europe , il fit naufrage 
sur les côtes d'Espagne , et ne sauva 
que ses dessins et ses notes. Il vint 
s'établir à Paris, avec sa femme, An- 
glaise de naissance, et conçut le pro- 
jet de publier un ouvrage immense sur 
les Hindous y au sujet desquels il 
n'existait presque rien dans la litté- 
rature française que quelques rela- 
tions de voyage. Il annonça quatre 
volumes in - folio , avec deux cent 
quatre- vin«jt-huit planches coloriées; 
la publication commença eu 1809, 
et fut achevée trois ans* après. 
L'auteur a gravé lui - même toutes 
les planches ; elles sont mauvaises , 
sous le rapport de l'art ; mais les 
sujets ont un caractère de fidélité et 
de vérité, qu'on trouve rarement dans 
la représentation de sujets étrangers. 
Les physionomies, les attitudes , les 
costumes, les usages, sont rendus avec 
une vérité dénuée de tout ornement , 
et par cela même précieuse. L'auteur 
a un peu trop multiplié les planches, 
et à la fin , n'ayant plus d'Hindous à 
représenter, if y a suppléé par des 
objets d'histoire naturelle peu im- 
portants. Chaque cahier commence 
par une planche double 7 qui repré- 
sente ordinairement une fête sacrée 
des Hindous , et dont la plupart sont 
remplies de figures. Elles sont ac- 
compagnées d'un texte français et 
anglais , qui est généralement court 
et un peu aride, parce que l'au- 
teur n'a voulu y rapporter que ce 
qu'il avait vu ou appris dans l'In- 
de. Les Discours préliminaires pla- 
cés à la tête des quatre volumes, ont 
été rédigés en grande partie par l'au- 
teur a^cet article. Pendant l'impres- 
sion fB cette belle édition , Solvyns 




SOL 

en entreprit une autre in-4°- » dont il 
grava également lui-même les plan- 
ches ; mais il n'en publia que quel- 
ques cahiers; le texte y esten trois lan- 
gues (français, anglais et allemand ). 
Cette vaste entreprise , exécutée 
au milieu des dernières guerres , en- 
gloutit la fortune de sa femme, et le 
jeta dans de grands embarras , dont 
il fr'est ressenti le reste de sa rie. 
Lorsquela Belgique passa sous'Ic scep- 
tre de la maison d'Orange, Solvyns 
retourna dans sa patrie, et fut nom- 
mé capitaine du port d'Anvers. Il 
annonça une loterie par laquelle de* 
rait être vendu le restant de l'édition 
de son ouvrage; mais elle n'eut pas 
heu. Il avait annoncé aussi le projet 
de publier un Voyage pittoresque 
aux Indes Orientales et en Chine, 
décrit en deux cents planches , avec 
des cartes et un texte explicatif. Il 
devait encore graver toutes les plan- 
ches de cet ouvrage; mais il n'en a 
rien paru. Solvyns est mort à Anvers, 
le 10 oct. 1&14. Sa veuve a annoncé 
roeédit. in-4 ., des Hindous; il en a 
nême été distribué un cabier comme 
échantillon. Par ses entreprises , on 
peut juger combien Solvyns était la- 
borieux ; il avait la mémoire pleine 
de souvenirs de l'Inde , et sa conver- 
^aùon sur ce chapitre était très-ins- 
tructive. On a commencé à Leipzig, 
il y a plusieurs années, une petite édi- 
tion ou plutôt une faible imitation du 
grand ouvrage des Hindous , avec un 
texte du docteur Bergk ; nous igno- 
rons si elle a été continuée. Une Noti- 
ce biographique sur Fr. B. Solvyns , 
par Ph. L*** ( Lesbroussart ) , a été 
imprimée récemment à Bruxelles. 

D— g. 

SO.WAIZE ( Antoine Baldeau 

&icur ll ; , l'apologiste et l'historien 

des Précieuses, naquit vers iti3o. 

* C'est, dit un écrivain contemporain 



SOtt 



63 



(i), un des galants hommes de ce 
siècle, et quoique ses ennemis n'aient 
rien oublié pour noircir sa réputa- 
tion, il a néanmoins eu l'honneur 
d'être estimé de tout ce qu'il y a dans 
Paris de gens raisonnables et de per- 
sonnes de qualité. Jamais homme u'a 
causé tant de bruit dans un âge si 
peu avancé. 11 a fait assembler deux 
ou trois fois l'académie française ; il 
s'est fait craindre , il s'est fait aimer. 
Les envieux et les jaloux de >a gloire 
l'ont accusé d'être satirique, quoi- 
qu'il soit bien loin d'avoir cette hu- 
meur; ils lui ont aussi reproché que 
•*es ouvrages ne se vendaient pas au 
palais (2); mais il regarde comme 
une chose glorieuse d'avoir fait ven- 
dre neuf ou dix ouvrages dans un 
lieu (3) où ils seraient éternellement 
demeurés sans le mérite et la répu- 
tation de l'auteur. Au surplus , il 
écrit avec une telle facilité que les vo- 
lumes qu'il met au jour ne lui coû- 
tent que fort peu. » Malgré les efforts 
de son panégyriste , Somaizc n'en est 
pas moins un des écrivains les plus 
obscurs du dix- septième siècle; et à 
peine connaît-on les titres de la moi- 
tié des ouvrages qu'il avait , dit-on , 
Êubliés dans sa première jeunesse, 
n 1057, il débuta par des Bemar- 
ques sur la Théodore , tragi-comé- 
die de l'abbé de Boisrobert ; et quoi- 
qu'elles soient loin d'être flatteuses , 
il en offrit la dédicace à l'auteur. 
Nous citerons encore le Secret d'ê- 
tre toujours belle : cet opuscule de So- 
maizc , dont ou ne connaît pas la 

\\) Toul ce panure e*t lire de 1» Préface du 
Grand dictionnaire hi^lotùf ne des Préticuses , ul- 
tribuée à un des amit de l'auteur. 

(*) Le» livret ne ae vendaient alors à Paria , que 
dans le Palais. Vuy. Ve la Connaissance des ions 
livret y parSorel, p. II. 

(3) Sur le quai de» Augustin*, où domrurait J. 
RiLoii , ton libraire. I.e* rhotc* oui bieu change 
depuis , c'est un de* quartiers de Puri» où se trim- 
* est le phi* de libraires. 




<* 



SOM 



première édition , a été réimprime à 
ta suite de X An de conserver la 
santé, composé par l'école de Saler- 
ne, traduit en vers français, par B. 
L. M.(BruzenLa Ma rtinière), Paris, 
1777, in-ia, p. ii7-6(i(V.le Dict. 
de bibliogr. française, par Flcischer, 
tom. 11, p. 1 4 1 )> Molière ayant don- 
né, en i65f), les Précieuses ridicu- 
les, Somaize s'empressa d'opposer 
à cette pièce , les Véritables Prétieu-' 
ses y comédie en un acte et en prose , 
Paris , 1660, in- 12, avec une préfa- 
ce , dans laquelle il reproche à Mo- 
lière d'avoir pris ce sujet à l'abbé de 
Pure ( V. ce nom ) , qu'il appelle un 
illustre et galant homme. Les Pré- 
cieuses sont y suivant Somaize , des 
femmes qui, ayant de tout temps 
cultivé leur esprit naturel, et s'étant 
adonnées à toutes sortes de scien- 
ces , sont devenues aussi savantes que 
les plus grands auteurs de leur siè- 
cle , et ont appris à parler plusieurs 
belles langues , aussi bien qu'à faire 
des vers et de la prose. Sa pièce ne 
fut pas représentée j mais il s'en fit , 
la même année , une seconde édition , 
diminuée de \&Mort de V Eusses-Tu 
Cru lapidé par les femmes , tragé- 
die ; et augmentée d'un Dialogue de 
deux Prétieuses , sur les affaires de 
leur communauté. Après s'être dé- 
chaîné contre la pièce de Molière, 
Somaize s'avisa de la mettre en vers, 
hi toutefois l'on peut donner ce nom 
à des ligues rimecs où la césure mê- 
me n'est pas respectée. Depuis , il 
publia successivement , et presque 
sans interruption : Le Procès des 
Prétieuses , comédie en un acte , en 
vers burlesques de quatre pieds, in- 
m. — Récit en prose et en vers des 
Prétieuses , in- 1*2; c'est un dialogue 
plutôt qu'une comédie ( Biblioth, du 
Théâtre-Français, m, &} ). — Le 
Grand dictionnaire des Prétieuses, 



SOM 

ou la Clef de la langue des ruelles , 
in-i 2 de 84 pag. , et enfin le Grand 
dictionnaire des Prétieuses , his- 
torique , poétique, géographique, 
Paris, 1661, a vol. in-8°. y avec la 
Clef. C'est le seul des ouvrages de 
Somaize qui soit un peu recherché 
des curieux. Il offre la galerie la plus 
complète des femmes de son temps 
qui avaient au bel esprit des pré- 
tentions plus ou moins fondées j mais 
comme elles ne sont désignées que 
par des noms de convention , il serait 
impossible de les reconnaître sans la 
Clef y qui ne se trouve pas à tous les 
exemplaires. Le passage le plus re- 
marquable de ce livre est* celai 00 
l'auteur justifie les manières de par- 
ler des précieuses par des exemples 
tirés des tragédies du grand Corneil- 
le ( tom. i er ., i49~75 )» Somalie 
était attaché , comme secrétaire , a 
Marie Mancini, qu'il suivit en Italie , 
après son mariage avec le connéta- 
ble Colonna ( F. ce nom ). On peut 
conjecturer qu'il n'en est pas revenu, 
puisqu'il n'est plus fait mention de 
lui après cette époque. On ignore 
l'année de sa mort. Il s'est donné un 
article dans le Grand dictionnaire 
historique des Précieuses , sous le 
nom de Suzarion; voici le portrait 
qu'il fait de lui : C'est un jeune hom- 
me qui fait des vers et de la prose 
avec assez de facilité : son penchant 
est du côté de la raillerie , et il se 
persuade qu'il est bien difficile de ne 
point écrire de satires; mais quelque 
plaisir qu'il trouve à dire les vérités 
des autres , il sait pourtant bien ca- 
cher celles que l'honneur nous obli- 
ge à taire, et n'a pas assez de malice 
pour inventer une fausseté, ni pour 
assurer une chose douteuse , quelque 
plaisante qu'elle fût. ... On lui a 
fait dire des choses à quoi il n'avait 
peusé de sa vie. . . . L'on ne peut ac- 




SOM 

caser ses actions que d'une franchise 
trop ouverte, soit à servir ceux qu'il 
estime, soit à pousser ceux qui le 
méprisent; et cette franchise a donne 
lieu de croire de lui des choses dont 
il ne fut jamais capable. 11 a pour 
devise un soleil en son midi, avec 
ces mots : // brûle autant qu'il 
éclaire ». W— -s. 

SOMBREUI L(Gbables Vérot de) 
était le second iils du gouverneur des 
Invalides , qui , au commencement de 
la révolution, montra , dans cet em- 
ploi, beaucoup de fermeté' et un grand 
dévouement à la cause royale. Ce mal- 
heureux vieillard fut mis en prison 
après le dix août 1 79a. Le 2 septem- 
bre, ii allait être massacré , si sa fil* 
le, en se précipitant devant les assas- 
sins , ne fût parvenue à les attendrir 
par ses larmes et ses supplications. 
Elle ne e sauva pas pour long- temps: 
il fut remis en prison; et celui que les 
pleurs de sa (il le avaient arraché à 
aes meurtriers ivres de sang, fut , le 1 7 
juin 1 79$ , impitoyablement envoyé 
àrécliafaod, lui et son fils aîné, par 
les juges du tribunal révolutionnaire 
(1). Charles de Sombreuil, dès les 
premiers troubles, manifesta un ca- 
ractère noble et courageux. Dans 
une des scènes tumultueuses du Pa- 
lais - 80 val , il arracha des mains 
de la populace un des MM. de Poli- 
çnac. Plus tard il émigra ; et, dans 
la campagne de 1^92, il servit à l'ar- 
mée du roi de Prusse. Une action 
d'éclat lui valut sur le champ de ba- 
taille Tordre du mérite militaire. 



(i* Srautsm» de Sombres il, fils aîné du «ouvri- 
er , ni* rfaau la même prison que son père , m 
r*i\.y fut l'objet d'un attadiemeut extraordinai- 
re dr n part d'une je nne femme qui l'aimait len- 
fceuwt. Elle •'iutmdumt dan» la prison de la 
Force, à U faveur d'un déguisement, et lui offrit 
«a moven sûr de s'évader ; mai» par un dévouement 
•ai •rmhlait être le partage de boute ceUe hêroi- 

rfundJe, il §' y refusa, de peur d'n'iouler aux 
c#r t de ton p*re, et périt, quelque* jours aprèa , 
■ar ('««.Uafaud en même temps que ca vieillard. 

iLlll. 



SOM ( «5 

Avec quatre hussards seulement , il 
s'était emparé d'un convoi que dé- 
fendait une escorte de cent hommes. 
U continua de se distinguer dans 
les campagnes de 1793, de 1794* 
sur les bords du Rhin , et en Hollan- 
de. Après l'évacuation de ce pays , 
il passa en Angleterre. On s'y oc- 
cupait alors de relever , par une puis- 
sante expédition , les forces abat- 
tues du parti royaliste dans la Bre- 
tagne et le Poitou. La grande armée 
vendéenne , qui avait fait la premiè- 
re guerre, était détmite. Ses chefs 
les plus illustres avaient péri ; Cha- 
rette , StofHet et les chefs des Chouans 
qui leur avaient succédé, venaient 
de conclure avec le gouvernement de 
la république une pacification , ou 
plutôt une sorte d'amnistie, qui leur 
laissait les armes à la main. La chu- 
te de Robespierre , le déclin successif 
du régime révolutionnaire, l'horreur 

2ue la France témoiguait aux auteurs 
c tant de cruautés , beaucoup de 
circonstances enfin devaient faire 
croire que le moment était venu de 
former une grande entreprise en 
faveur de la monarchie. Sombreuil 
se trouva en relation avec les roya- 
listes qui s'occupaient de projets 
de descente en Bretagne , et se 
montra très - ardent à y participer. 
Les ministres du roi d Angleterre 
prirent confiance en lui ; et il fut 
chargé de commander la seconde di- 
vision de l'année destinée au débar- 
quement. On mit sous ses ordres sept 
régiments, formant environ quatre 
mille hommes. Il h étaient encore dans 
le Hanovre ; et c'était avec eux que 
Sombrcuil venait de faire la pierre 
en Hollande. 1 1 retourna en Allema- 
gne , afin de les passer en revue, et de 
tout disposer pour leur départ. Son 
mariage venait alors de se conclure 
avec M 11 *, de La Blachc. Il quitta 




f« 



SOM 



ï 



l'armée, et revint à Londres. Tout 
était prêt pour la cérémonie ; la 
fiancée revêtue de son habit de noces , 
il allait marcher à l'autel, lorsque 
tout -à -coup on vint lui annoncer 
uc son armée était dans la rade 
e Spithead, que le vent était favo- 
rable, et qu'il n'y avait pas un mo- 
ment à perdre. Scrupuleux comme 
il l'était dans tout ce qui touche au 
devoir et à l'honneur, il n'hésite pas, 
et s'éloigne d'un rivage où semblaient 
devoir l'attacher les hens d'un amour 
partagé. Le 7 juillet 1794, les bâti* 
ments qui transportaient sa division 
arrivèrent dans la rade de Quiberon. 
Déjà depuis neuf jours, la première 
division , commandée par d Hervilly 
( F. Hervilly ) , avait pris terre sur 
cette mêmecôte.Ellc occupait la près* 
qu'île et les Forts qui la défendent. 
La prise du fort Penthièvre semblait 
surtout un événement décisif. Cette 
forteresse , placée sur la langue de 
terre qui sépare la presqu'île du con- 
tinent , offrait des moyens de débar- 
quer avec sûreté, en même temps 
qu'elle était un excellent appui en 
cas de revers. Mais le plus complet 
désordre avait régné dans les opé- 
rations. M. de Puisayc se prétendait 
général en chef de toute l'expé- 
dition. Il avait , ou semblait avoir 
la confiance des chefs de chouans 
qui arrivaient d'Angleterre avec lui, 
ou qui étaient accourus avec leurs 
troupes, pour favoriser le débar- 
quement. D'HervilIy maintenait qu'il 
n'était point sous les ordres de M. 
de Puisaye; et les troupes régulières , 
ainsi que les officiers- supérieurs ne 
reconnaissaient pas le commande- 
ment de celui-ci. Les uns voulaient 
qu'on avançât rapidement dans l'in- 
térieur des terres , qu'on profitât 
des dispositions des habitants, en- 
fin , qu'on appuyât le mouvement 



des chouans, qui, des le promu r 
jour , avalent poussé jusqu'à Au- 
ray ; les autres pensaient que les res- 
sources et les espérances de l'expédi- 
tion ne devaient pas être compromises 
si légère ment. La facilité avec laquelle 
les républicains reprirent Auray et 
forcèrent les chouans à se replier vers 
Quiberon , fournissait des arguments 
à d'HervilIy et un sujet de reproche 
à M. de Puisaye , qui se plaignait de 
n'avoir pas été secouru. Pendant que 
tout était ainsi dans l'hésitation, 
et qu'on allait savoir à Londres 
auquel des deux commandants il fal- 
lait obéir, le général Hoche ras- 
semblait des forces; les républicains 
étaient revenus de leur premier éton- 
nement ; la Convention avait envoyé 
des commissaires : l'un deux était 
Tallien, qui, pour lors, jouait un 
assez grand rôle en France ( Voj . 
Tallien ). Ainsi lorsque la division 
de Sombrcuil débarqua , les royalistes 
étaient sur la défensive , et déjà res- ^ 
serrés dans l'étroite presqu'île de Qui- 
beron. Toutefois, à l'instant même où 
lui arrivait ce renfort , d'HervilIy se 
détermine à attaquer sur-le-champ le 
poste fortifié de Sainte-Barbe, <roe . 
tes républicains occupaient, après l a- 
voir repris sur les émigrés. Cette af- . 
faire fut malheureuse ; les dispositions 
étaient mal prises : on comptait sur 
une attaque , de la part des Bretons, 
sur les derrières de l'ennemi; mais, 
par des incidents fimestes , cette at- 
taque n'eut pas lieu ( Voyez Tm- 
teniac et Vaubaw ). Après des ef- 
forts du courage le plus héroïque, 
d'HervilIy fut mortellement blessé ; 
sa valeur et celle de tous ses bra- 
ves compagnons ne purent suppléera 
la malhabileté, a l'irapcritie qui pré- 
sidaient à tonte cette affaire. Encûtt* 
ragé par ce succès , Hoche conçut l'i- . 
déede surprendre le fort Pentbicvie. 




SOM 

Ce projet lui fut suggère par les dé- 
serteurs qui arrivaient, de momeut 
eu moment , du camp de d'HerviUy. 
Les émigrés et le ministère anglais 
avaient recrute , avec une extrême im- 
prudence , les troupes de l'expédition 
parmi les prisonniers français. Ces 
hommes , qui avaient servi sous les 
drapeaux de la France républicaine , 
étaient pénétres d'un sentiment d'hor- 
reur patriotique de l'invasion étran- 
gère, dont les émigrés ne connais- 
saient pas toute la force. Les mau- 
vais traitements qu'ils avaient endu- 
res en Angleterre les avaient excès* 
sivement aigris , et presque tous ne 
voyaient dans cet enrôlement qu'un 
moyen d'évasion. Ils racontèrent au 
général Hoche l'état intérieur de l'ar- 
mée de d'Hervilty , et finirent par lui 
donner l'espoir de s'emparer, durant 
la nuit T du fort qui faisait l'unique dé- 
fense des émigrés. Au milieu d'un 
orage épouvantable et d'une complète 
obscurité , deux colonnes républicai- 
nes s'avancèrent, l'une à droite , l'au- 
tre à gauche, le long de la plage, tan- 
dis que le général avec son corps 
d'armée se présentait en face du fort. 
Au crépuscule du matin, les bâti- 
ments anglais, embossésdans la rade, 
virent filer le long des rochers comme 
une ligne noirâtre: c'était la colonne 
de gauche qui , marchant dans l'eau, 
se glissait vers le fort. Au même 
moment les batteries du fort com- 
mencèrent à tirer; le trouble se 
mit dans l'armée républicaine , et une 
sorte de désordre l'entraîna loin du 
point d'attaque. Le général mainte- 
nait avec peine l'arrièrc-gardc , lors- 
que , aux premiers rayons du soleil , 
on aperçut sur le sommet du fort 
le drapeau tricolore remplaçant le 
drapeau blanc. La colonne de gau- 
che avait eu pour guide un nommé 
David , prisonnier enrôlé en Angle- 



SOM 67 

terre ; cet homme , qui donna le mot 
d'ordre aux républicains , avait ma- 
nifesté au général une ardeur, un 
courage extrême , et surtout un pro- 
fond ressentiment des souffrances 
de sa captivité en Angleterre y mon- 
trant avec une sorte de rage la tra- 
ce des coups qu'il avait reçus pour 
une tentative d'évasion (2). Les 
républicains, conduits par David, 
et gravissant la falaise et les forti- 
fications sur un poiut mal gardé, 
avaient pénétré dans le fort. La 
garnison avait été surprise; beau- 
coup de prisonniers enrôlés s'étaient 
sur - le - champ joints à eux. Les 
canoniers avaient été tués sur leurs 

Sièces; enfin toute résistance était 
e venue impossible. Les restes de la 
division d'Hervilly et celle de Som- 
breuil étaient cantonnés çàct là dans 
la presqu'île sans nulle précaution; 
leur parc d'artillerie était sous le fort : 
il fut pris , sans que l'on eût seule- 
ment le temps de distribuer des 
cartouches. Puisayc , se jetant dans 
une barque, alla chercher un asile 
sur la flotte anglaise ; et oe fut dans 
une telle extrémité qu'il laissa le 
commandement à Sombreuil. La 
troupe de celui-ci était encore à peu 
près intacte ; elle pouvait peut-être 
taire un effort pour reprendre la for- 
teresse; et l'on dit que quelques offi- 
ciers le demandèrent. Si son chef n'en 
donna pas l'ordre, ce ne fut assuré- 
ment pas faute décourage personnel. 
Il pouvait aussi se réfugier sur les va is- 
scaux anglais; mais abandonner sou 
poste, ses compagnons d'armes.... 
Sombreuil était incapable d'une pa- 
reille lâcheté. Son noble dévoûment 
fut partagé par tous les oiliciers 



00 Philippe David, de Dieppe, alors sergvnt 
dan? l 'armer royale, fut réooniprn«c pliu» lard »!«♦ 
cette trahison ," par le grade d« chel do bataille* 
4-in9 l'arme** de la rrpuliliqne. 




G8 



SOM 



de sa division (3) ; et cette troupe , 
fort affaiblie par la désertion , se re- 
tira en désordre devant les républi- 
cains, jusqu'à un vieux fort en rui 
ncs qui se trouvait au fond delà pres- 
qu'île. Pour l'atteindre dans ce dernier 
asyle, il fallait que les républicains 
traversassent une plage où portait le 
canon des bâtiments anglais. Le gêne- 
rai Hoche arrêta un moment ses sol- 
dats : on lui ût remarquer quela victoi- 
re qu'il poursuivait ne serait qu'un 
horrible carnage. « Je ne veux pas , 
dit-il d'abord, remettre en question ce 
qui est décide'. » Quelques émigrés se 

Ï>résentèrent pour parlementer : il ne 
es écouta point, et les fit arrêter. On 
lui rappela que parmi les malheureux 
vaincus, qu'il avait réduits à l'extrémi- 
té , se trouvaient encore un grand nom- 
bre de prisonniers venus d' Angleterre. 
Pendant ce moment d'hésitation , 
quelques officiers, quelques généraux 
s étaient avancés jusqu'au pied d'un 
petit mur ruiné , dernier retranche- 
ment des royalistes: « N'êtes-vouspas 
» Français, criait-on à ceux-ci? ne 
» vous faites point massacrer, ren- 
» dez- vous , faites cesser le feu des 
» Anglais; si un des nôtres est encore 
» frappé, le général va faire marcher 
» en avant. » Les uns franchissaient 
la muraille et venaient se mêler aux 
républicains; les autres tentaient de 
s'embarquer, et se jetaient à la nage 
pour rejoindre les barques. Deux 
pièces de canon , amenées par les ré- 
publicains , vinrent encore enlever 
cette ressource. Néanmoins la plu- 
part attendaient avec fermeté les or- 
dres de leur général. N'ayant plus au- 
cune espérance, Sombrcuil résolut de 
se fier à la capitulation que semblait 
lui promettre ce cri général de l'ar- 



(3) On rit un Lamoignon porter son frère ble*» 
•i dan* une barque , et revenir enfuit* eapre» de 
comptera» Je owrt. ' 



SOM 

mée française : il fit cesser le feu 
des bâtiments anglais. Un des offi- 
ciers ( M. de Guery ) alla en porter 
l'ordre, et revint partager le sort de 
ses compagnons , quel qu'il pût être. 
Sombrcuil commanda ensuite à sa 
troupe de mettre bas les armes ; il 
demanda à voir le général Hoche: 
celui-ci descendit de cheval et vint 
trouver Sombreuil, qui déj à était pres- 
que seul : il lui témoigna de grands 
égards : on les vit tous les deux se pro- 
mener sur le bord escarpé de la haute 
falaise , où est situé le fort. Sombreuil 
lui demanda à être la seule victime , 
ainsi qu'il l'avait déjà offert aux of- 
ficiers qui étaient venus parlementer, 
et dont les paroles lui avaient laissé 

Sielque espoir pour ses compagnons, 
oche , dès qu'il avait vu la victoire 
assurée, avait envoyé avertir les re- 
présentants Tallien et Blad. « Mon 
affaire est faite , avait-il dit , le reste 
les regarde. » Ils arrivèrent; et Som- 
breuil parut devant eux. a Monsieur, 
» lui ait Blad , j'ai été en prison avec 
» vos parents. — Les émigrés sont-As 
» donc si coupables , répondit Som- 
» breuil, d'avoir voulu éviter les pri- 
» sons et l'échafaud? » Alors Tallien, 
avec plus de dureté et de hauteur , 
répliqua : « Monsieur , nous avons 
» tous été sous le couteau $ mais la 
» pensée ne nous est pas venue de 
» porter les armes contre la patrie. * 
Sombrcuil rompit cette conversation, 
et remit son sabre à Tallien. Conduit 
à Auray , avec ses compagnons d'in- 
fortune , il écrivit , en arrivant dans 
cette ville , à l'amiral Warren , pour 
lui raconter ce qui venait de se pas- 
ser , et surtout pour accuser , avec 
toute l'acreté du désespoir, la re- 
traite de M. de Puisaye. a L'abandon 
» de mes compagnons, lui dit -il, 
» eût été pire que le sort qui m'at- 
» tend , je crois, demain matin } j'en 



\ 



* 

*; 




SON 



mentais un meilleur, tous en con- 
viendrez avec tous ceux qui me 
connaissent.. . Beaucoup diront : 
que nonvait-il foire ? d'autres ré- 
pondront : 3 devait périr. Oui , 
sans doute, et je périrai aussi.... 
Adieu, je tous le ois avec le calme 
âne donne seule la pureté 4e cons- 
cience. L'estime de tous les braves 
genscpiparUgent aujourd'hui mon 
sort, et qui le préfèrent à la fuite 
des lâches , cette estime est pour 
moi l'immortalité. Je succombe à. 
la force des armes , qui me furent 
long-temps heureuses j et dans ce 
denuer moment, je trouve encore 
une jouissance , s'il neut en exister 
dans ma position, dans l'estime de 
met compagnons. d'infortune , et 
dans celle de l'ennemi même , qui 
nous a vaincus. Adieu , adieu à 
tonte la France ! » Sa mort ne fut 
pas aussi prochaine qu'il le croyait: 
peut-être même conçut-il quelque es- 
pérance de sauver ks compagnons. 
Les généraux et les officiers lui té- 
moignaient tout le respect dû à un 
si noble malheur. Le caractère , les 
manières, l'extérieur même de Som- 
brant, inspiraient autour de lui un 
respect mêlé d'attendrissement, et 
dont oo retrouve la trace dans tous les 
récits de ses compagnons d'armes. 
Tons parlent de sa beauté comme.de 
son eourace ; et l'on voit que sa noble 
figure a laissé dans leur souvenir 
une impression aussi profende que 
sa vertu. Ses ennemis mêmes éprou- 
vaient cette influence. On commen- 
ça par le tirer de prison , pour le 
loger dans la maison ou était l'état- 
major (4)- Cependant l'armée répu- 
blicaine semblait répugner au mas- 



{fS Cm foi la que , retire en fond d'une alcôve , 
a »ananf dan* un m ome nt de deiire se donner le 
cTau* coup de pistolet ; maie ses lunreiOaaU 
: a tirer cette arme de ce* main*. 



SOU 

sacre juridique des prisonniers qu'elle 
avait ; pour ainsi dire , abuses par un 
Tain espoir. Hoché s'était éloigné, 
pour ne point prendre part à ce san- 
glant résultat de sa victoire. Tallien, 
empressé d'aller célébrer/lans la Con- 
vention nationale , l'anniversaire du 
9 thermidor, en y apportant la nou- 
velle de Quiberon , avait laissé à son 
collègue Blad l'odieuse mission de 
faire exécuter les lois révolutionnai- 
res. On crut quelque temps que ces 
lois seraient oulles devant une capi- 
tulation consentie les armes à la 
main ; mais la Convention passa froi- 
dement à l'ordre cm J our i et '• 
malheureux Sombreuil n'eut plus 
qu'à mourir. Jl écrivit ses der- 
niers adieux à sa sœur et à sa 
fiancée. Un même sentiment dicta 
ses deux lettres. L'une et l'autre ex- 

£ riment un noble dédain pour ses 
ourreaux , une patriotique dou- 
leur sur le sort de la France , les re- 
grets les plus tendres pour sa sœur , 
les plus passionnés pour celle qu'il 
avait nommée son épouse. Conduit 
à. Vannes , avec l'évéque de Dol , fait 
prisonnier comme lui, il fut jugé par 
une commission militaire , avant la 
plupart de ses compagnons. Son cou- 
rage et la dignité de son caractère ne 
l'abandonnèrent pas un instant. « J'ai 
» vécu et je mourrai royaliste , dit- 
» il ; prêt à paraître devant Dieu , je 
» jure qu'il y a eu une capitulation , 
» et qu'on s est engagé à traiter les 
» émigrés comme prisonniers de 
» guerre. » Puis , s adressant aux 
grenadiers qui l'entouraient, il ajou- 
ta : « J'en appelle à votre témoigna- 
» ge ; c'est devant vous que j'ai ca- 
» pitulé. » Conduit au heu du sup- 
plice, il refusa de se laisser bander 
les yeux ; et , sommé de se mettre à 
genoux , il dit : a Je fléchis le geoQu 
» devant Dieu 7 dont j'adore la jnv 




: o SOM 

» tloe: je me relève devant tous, 
» misérables assassins. » 11 avait 
vingt-six ans. Encore aujourd'hui, 
après trente années d'événements si 
' grands et si variés, parmi la foule de 
nobles victimes immolées dans nos 
troubles civils , le nom de Sombreuil 
jette dans toutes les âmes un doulou- 
reux souvenir. Il rappelle à-la-fois 
la fille sauvant son vieux père des 
mains des meurtriers de septembre; 
le fils se sacrifiant volontairement 
aux scrupules les plus élevés du de- 
voir et de l'honneur , se dévouant 
pour sauver ses compagnons , sa us 
pouvoir même obtenir le prix de s* 
mort. Gomme dans les guerres civi- 
les la gloire reste presque toujours 
aux vaincus , Sombreuil a plus ho- 
nore le nom français par son malheur 
qu'il ne l'eût illustré s'il lui avait été 
donné de remporter la victoire. II 
mourut victime de l'impéritie des 
uns et de la lâcheté des autres. On a 
cherché, par beaucoup de faux raison- 
nements , à excuser les torts de cette 
malheureuse expédition ; mais le pre- 
mier et le plus grand de ces torts fut 
évidemment d'en avoir confié le com- 
mandement à plusieurs chefs, avec 
nu pouvoir à peu près égal et des ins- 
tructions presque nulles; ce fut aussi 
d'avoir choisi ces chefs parmi des jeu- 
nes gens, sans doute pleins d'honneur 
et de courage , mais dépourvus de la 
capacité et de l'expérience qu'exi- 
geait une aussi grande entreprise (5). 
Enfin , la plus grande et la plus in- 



[5) Ni d'Hervil)r,ni Puiseve, ni Sombreuil n'a- 
vaient («mai* commandé un corps de quelque im- 
iiurUnce. On comptait cependant encore dans 
l'émigration des militaires du premier rang, des 
hommes que leurs grades et une ancienne renom- 
mée désignaient pour diriger une opération où l'on 
allait exposer a toutes 1rs incertitudes de la plus 
aventureuse tentative les dernières ressources de 
la monarchie. On dit que M. de Bouille, qui était 
fc Londres, a cette époqne, fut sm moment d'en 
«*lrc charge'. On ne peut nier que ce genre de 
guerre ne convînt parfcitetuciit & un gcwcral qui 



SOM 

croyable de ces fautes fut de diviser 
les forces en trois expéditions, de les 
faire partir l'une après l'autre; et de 
réserver pour la dernière le moyen 
de succès le plus décisif, la présence 
d'un prince qui eût rallié tout le 
monde et fait taire toutes les préten- 
tions. — M llc . de Sombreuil , l'une 
des femmes les plus distinguées de ce 
temps-là , par son esprit , sa beauté , et 
surtout par ses vertus, fut assez heu- 
reuse pour attendrir les assassins prêts 
à égorger son père. Son héroïque dé- 
Toument excita l'admiration de ces 
hommes féroces; et quatre d'entre eux 
la reconduisirent en triomphe à l'hô- 
tel des Invalides, à côté de son père. 
Mise en arrestation, quelques mois 
après, avec ce père chéri et son frère 
aîné, elle eut la douleur de les voir 
conduire à l'échafaud, sans pouvoir 
toucher les juges du tribunal révolu- 
tionnaire , plus cruels que les assas- 
sins de septembre. Elle eût sûrement 
péri elle-même de la même manière, 
si la révolution du 9 thermidor ne 
fût venue ouvrir les prisons. M ,Ie . 
de Sombreuil se rendit alors en Prus- 
se, où elle vit, pour la dernière 
fois, son frère, qui était au moment 
de s'embarquer pour l'expédition de 
Quiberon. Elle épousa plus tard le 
comte de Villelurae. Revenue , avec 
son époux, dans sa patrie, en 181 5, 
ils allèrent habiter Avignon , où elle 
est morte dans le mois de mai i8a3. 

M — d j. 
SOMEREN ( Jean Van ) , juris- 
consulte, naquit à Utrecht, en i634« 
Après avoir fait de bonnes études 
d'humanités et de droit dans sa ville 

■'était précisément distingue en Amérique par 
des descentes et dru attaques de la même espèce. 
Ceux qui commandèrent en chef a Quiberon, 
eussent ele sou» lui de fort hons divisionnaire*, et 
si l'on se rappelle la situation de la France a celte 
énoqnr, ou ne peut pas douter qu'une pareille réé- 
dition, bien conçue et dirigée par un chef b*|^lr 
lie pût avoir les plus grands résolut». 




sep 

ragea en France, et fut 
se distinction peu com- 
ir en droit à Angers , en 
art, en 1 66a, à Utrecht, 
it différentes magistra- 
sa mort, arrivée le 20 
)n a de lui : I. Tracta- 
novercarum , Utrecht , 
n-ia. II. Tractatus de 
one, ibid. , 1676 , raê- 
reimprimés ensemble à 
7 19 , in- 1 a. — Corncil- 
eben, ne' à Dordrecht, 
pratiqua la médecine, 
liflerentes charges de 
, avec une égale distin- 
rorut , le 1 1 décembre 
ation sur le terme de la 
beaucoup de son temps. 
cœ quœstiones de vitœ 
Jean Van Beverwyck , 
i63o, in- 1 1 , offrent une 
1 Someren sur cette ma- 
)re laissé : I. Tractatus 
l morbillis, cum epistold 
vesicœ calcule* , ibid, , 
, , traduit en hollandais 
[uygens, avec une autre 
re auteur sur la guéri- 
vclle dans les personnes 
De unitate, liber singu- 
, i63q. III. Epistola 
le curatione iteratiabor- 
Epistolicœ quœstiones 
Une Oraison funèbre, 
on oncle Guillaume de 
guemestre à Dordrecht , 
, — Jean Van-SoMEREW 
dent , né à Dordrecht , 
%i y fut docteur en droit, 
rses magistratures , et 
5 sa ville natale , le 2a 
-6A\ cultivait avec dis- 
>oésie hollandaise, té- 
:ueil qu'il a laissé, Ni- 
3 , et -qu'a honorable- 
111e M. Jérôme de Vrics 



SOM 71 

dans son Histoire de la poésie hollan- 
daise , tome 1 , pag. 223-?a5. On a 
eucore de lui : i°. trois tragédies en 
hollandais , savoir : Jules - César , 
Cléopâtre et Mithridate ; a°. une 
Description de la Batavie, en hol- 
landais , Nimègue, 1657 , in - 4°. ; 
3°. un Recueil, de Consultations , 
avis, etc. M — on. 

SOM ERS (Lord Jean ) , homme- 
d'état et célèbre légiste anglais , na- 
quit à Worcester , le 4 mars i65o. 
Il était fils de Jean Somers , procu- 
reur très renommé , qui possédait à 
Clifton une propriété de trois cents 
bvres sterling de rente (1) ( près de 
huit mille francs ) y et fut élevé à l'u- 
niversité d'Oxford. Lorsque son édu- 
cation scolastique fut terminée, il se 
livra à l'étude des lois , sans négli- 
ger la culture des lettres, s et se fit 
d'abord connaître par des traduc- 
tions et des essais poétiques*. Ce gen- 
re de mérite était, à cette époque , un 
sûr moyen d'acquérir de la gloire et 
des richesses 5 et Somers , qui devait 
en quelque sorte aux Muses la répu- 
tation qu'il avait acquise , ne se mon- 
tra pas ingrat en produisant au grand 
jour leur favori Addison. Sir Francis 
Winington , alors solliciteur ( soUci- 
tor ), fut un de ses premiers protec- 
teurs , et le jeune Somers dut en 
Sartie au crédit de ce baronnet , 
'acquérir avant l'âge de trente ans 
une clicntdle nombreuse; chose rare 
dans ce temps-là. Ayant fait connais- 



(0 Le père dn personnage qnï est sujet de notre 
article commanda, pendaut la rébellion, un corp» 
decaralrrie de l'armée de Cromwell; mai» il rési- 
gna sa commission après la bataille de Worcester , 
et reprit sa profession.. Il comptait parmi ses client» 
lesTalbot, comtes de Shrewsbnry, dont il gérait 
la fortune. Ce fat cette circonstance oni. amena la 

I inison entre son fils et le doc de Shrewsbury. Apns 
la restauration , le Tiens Somers obtint son pardon 

II mourut an mois deiafmer 1681, et fut enterre 
Severn-Sloke, d»n« nn tombeau de marbre , »u 
Ircrael mn fil» (it graver nos ùwcriptkm l«vit« 
M co«ii|>r>«ili<m. 




7* 



sance avec lord Russell , Algernon. 
Sidney et d'autres partisans des idées 
démocratiques, Somers publia plu- 
sieurs pamphlets contre Charles II ; 
mais comme il les faisait paraître 
sans y mettre son nom , on n en con- 
naît maintenant qu'un très-petit nom- 
bre qu'on puisse lui attribuer avec 
certitude : nous les indiquerons à la 
fin de cette notice. En 1688, il ser- 
vit de conseil aux sept prélats qui 
furent mis en jugement pour avoir 
montré de l'opposition aux préten- 
tions de Jacques II; et il prit une 
part active aux événements qui pré- 
cipitèrent ce monarque du trône. La 
"" ville de\Vorcester,sa patrie , l'ayant 
chargé de la représenter au parle- 
ment qui prit le titre de Convention , 
il prononça un discours très- remar- 
quable lors de la conférence entre les 
deux chambres, au sujet du mot ab- 
dique', et fut à cette occasion l'un 
des commissaires de la chambre des 
communes. Le 9 mai 1689, Guillau- 
me II , voulant récompenser les servi- 
ces que Somers lui avait rendus , le 
nomma solliciteur-général. L'année 
suivante , il devint recorder fa Glou- 
cester; le a mai 1602, procureur- 
général , et lord garde du sceau en 
1693. On peut juger de sa popula- 
rité, de ses talents politiques et de 
l'influence qu'il exerçait , par cette 
phrase d'une lettre que lord Sunder- 
land écrivit vers cette époque au roi 
Guillaume, a Lord Somers est la vie, 
'» l'ame, l'esprit de son parti , et peut 
» répondre pour lui. » Aussi ce sou- 
verain qui en avait conçu la même 
opinion , et qui, ne se croyant pas très* 
affermi sur un trône usurpé, cher- 
chait a gagner des partisans , confé- 
ra à Somers les honneurs de la che- 
valerie pendant qu'il occupait le pos- 
te de solliciteur-général, et le créa 
bientôt après baron d'Evesham et 



îord chancelier d'Angleterre. II hn 
fit don en outre des manoirs de Rye- 
gate et d'Howlegh , dans le Surrey, 
et d'une pension de 2000 liv. sten. 
Avant le départ du roîpour la Hollan- 
de , dans l'été de 1 697, ce prince com- 
muniqua à lord Somers une propo- 
sition faite par le comte de Tallard, 
pour prévenir une guerre, lorsque la. 
succession d'Espagne s'ouvrirait par 
la mort du monarque qui gouvernait 
alors ce royaume. Plus tard il lui fit 
part également des nouvelles offres 
qui lui avaient été faites a la même 
occasion, et le pressa de lui envoyer 
des pleins-pouvoirs sous le grand 
sceau, avec les noms en blanc, pour 
être autorisé à traiter avec Tallard. 
Cet ordre ayant été exécuté , les né- 
gociations commencèrent immédia- 
tement, et le premier traite de par- 
tage fut conclu. Lorsqu'il fut connu 
du parlement qui s'ouvrit le 16 no- 
vembre 1699, de vives réclamations 
s'élevèrent contre le chancelier; et le 
1 o avril 1 700 , on proposa a la cham- 
bre des communes une adresse an 
roi pour demander que lord Somers 
fût éloigné de sa présence et de ses 
conseils; mais elle fut écartée par la 
majorité. Néanmoins le parlement 
fut prorogé le lendemain; et Guillau- 
me invita le chancelier à lui remet- 
tre les sceaux , ce que celui-ci refusa 
pour ne pas paraître avoir quelque 
chose à se reprocher : mais il dit an 
roi qu'il les rendrait sur un ordre de 
sa part. Cet ordre lui fut porté par 
lord Jersey. Guillaume aimait et ap- 
préciait lord Somers , oui avait rem- 
pli les devoirs de la place de chan- 
celier avec autant d'intégrité que de 
talent ; et il ne se décida qu'à regret 
à la lui ôter. Ce sacrifice qu'il crut 
devoir faire au parti Tory, ne satis- 
fit pas les ennemis de lord Somers, 
et ils résolurent de le mettre en ac-J 




hri-d, probablement 

wr dessein , le prévint 
,1e 14 avril 1701 , un 
chambre des commu- 
sandar d'être admis à 
d'être entendu sur les 
ivait qu'on lui imputait, 
en effet, et parla avec 
force et d'éloquence : 
versaires, pour effacer 
que son discours avait 
rolongèrent les débats 
lit, et parvinrent à obte* 
i une majorité de sept à 
e 19 mai suivant, les 
acte d'accusation furent 
lirs; mais par suite d'un 
entre les deux chambres 
icqiritté par la chambre 
communes ne renouvelè- 

• tentative. A la mort de 
[, Somers, qui n'était 

* la nouvelle cour , s'é- 
tait des a flaires, et se 
ine de ses terres , près de 
ins le comté d'Hertford, 
l à l'étude de l'histoire , 
s et de la littérature. Il 
nctions de président de 
vale , depuis 1698, qu'il 
? élu membre, jusqu'en 
ssista régulièrement aux 
. chambre haute, où il 
bill pour prévenir occa- 
onformitjr, et fut l'un 
aires dans la conférence 
între les deux chambres, 
l'occasion de ce bill. En 
nna un plan pour l'u- 
igleterre et de l'Ecosse , 
ié par la reine Anne l'un 
nissa ires. La même an- 
osa un bill pour abréger 
t diminuer les frais des 
En 1708, le système de 
tion ayant changé , So- 
>mmé président du con- 



StMff 

sefl. Mais le parti whïg, dont il 
était le principal appui v ne tarda 
pas à perdre son influence; et le ca- 
binet ayant encore changé , en 1710, 
il rentra de nouveau dans la vie pri- 
vée. Vers la fin du règne de la reine 
Anne, i! fut accablé a'infirmités, et 
ses facultés morales en furent affec- 
tées. M. Cooksey, l'un de ses biogra- 
phes et de ses admirateurs les plus 
enthousiastes, attribue cet état à la 
débauche, à laquelle lord Somers se ' 
livrait , pour ainsi dire , par système. 
Enfin, le 06 avril 1710 , il mourut 
d'une attaque d'apoplexie. Burnet 
dit qu'il avait beaucoup de capacité 
pour les affaires , et cpi'il possédait 
toutes les qualités qui font le grand 
magistrat. Lord Orford l'appelle 
« l'un de ces hommes divins qui, 
» semblables à la chapelle d'un pa- 
» lais, restent purs, tandis que tout 
» ce qui les entoure est livré à la ty- 
» rannie, à la corruption et à la fo- 
» lie. » Cet écrivain ajoute que « tous 
» ceux qui ont parlé de lord Somers 
» le représentent comme le plus in- 
» corruptible des magistrats , le plus 
» honnête des hommes d'état , un 
» orateur distingué , un patriote 
» oui avait des vues très - éten- 
» dues , etc. » Lord Somers s'était 
fait le mécène des savants et des 
hommes de talent; nous avons déjà 
dit que c'était lui qui avait fait con- 
naître Addison : cet écrivain a tra- 
cé, en mai 17 16, un beau portrait 
de son bienfaiteur, dans l'un de ses 
Frecholders. Lord Somers fut aussi 
l'un des premiers oui tirèrent le Pa- 
radis perdu de Milton de l'obscuri- 
té dans laquelle l'esprit de parti l'a- 
vait laissé si long-temps, M. Cook- 
sey pense que lord Somers est Tau-» 
teur du Conte du tonneau, que MabV 
dock, son dernier biographe, croit 
être de Swift, auquel if est géntf- 




7 4 SOM 

ralcment attribue. Les autres ou- 
vrages qu'on attribue à lord Somcrs, 
avec plus ou moins d'autorité, sout : 
I. Satyre de Drjrden à sa muse; 
mais cet écrit lui est contesté: Malo- 
ne dit que « l'auteur de cette atta- 
» que violente contre Dryden est en- 
)> core inconnu » , et Pope assure que 
Somers n'en a jamais eu connais- 
sance. II. Traduction de YEpître de 
Didon à Enée. III. Traduction 
à! Ariane à Thésée. IV. Traduction 
de la Fie d'Alcibiade de Plutarque. 

V. Juste et modeste défense des 
mesures suivies par les deux der- 
niers parlements, 1681 ,iu-4°. , écri- 
te d'abord par Âlgernon Sidncyj 
mais refondue par Somers, publiée 
dans la collection des pamphlets du 
règne de Charles II , par Baldwin. 

VI. La sécurité de la vie des An- 
glais , ou le fidei-çommis ( trust ), 
le pouvoir et le devoir des grands ju- 
ris d'Angleterre, expliqués siùvant 
les lois fondamentales du gouver- 
nement anglais, etc. , 168:1 et 1 700. 

VII. LordSomer J s judgment ofwho- 
le kingdoms in thepower, etc., of 
Kings y 1 7 1 o , in-8\ 11 est très-dou- 
teux que ces deux derniers ouvrages 
soient sortis de la plume de Somcrs. 
On ne retrouve dans le n°. vu ni 
sou style ni sa manière. VIII. Dis- 
cours prononcé à la conférence sur 
le mot abdiqué. II se trouve dans 
le General Dictionary; mais il a été 
probablement publié séparément. 
IX. Autre Discours sur le même su- 
jet. X. Discours à l'occasion du 
procès de lord Preston. XI. Let- 
tre au roi Guillaume, sur le traité 
de partage. XII. Réponse à son 
acte d'accusation. XIII. Adresses 
des lords en réponse aux adresses 
tics communes. XIV. Raisonnement 
du lord garde - des « sceaux Somcrs , 
m rendant son jugement In the 



SOM 

Banker's case, prononcé dans la 
chambre de l'échiquier, a3 juillet 
i(i()0. On suppose aussi qu'il a écrit : 
la préface des Droits de l'église 
chrétienne de Tindal ; une Histoire 
succincte de la succession, d'après 
les actes publics , pour la satisfac- 
tion du comte de II. Ce dernier ou- 
vrage, fait en faveur du projet d'ex- 
clure le duc d'York , fut réimprimé 
eu 1714* Les manuscrits de Somers 
formaient au-delà de soixante volu- 
mes in-folio, qui furent détruits par 
un incendie dans Liucoln's Inn , en 
17.52. Quelques fragments que le feu 
avait épargnés furent publiés par 
lord Hardwicke, en 1778, in-4°. , 
sous le titre de Papiers d'état de 
1 5o 1 à 1 7 26. L'éditeur annonce que 
le Traité sur les grands juris, la dé- 
fense du dernier parlement de Charles 
II , et le fameux et dernier discours 
du roi Guillaume, se trouvaient dans 
les manuscrits de lord Somers. Les 
Somers Tracts, etc. , si souvent cités , 
sont une collection de pièces rares , en 
4 v. in-4°. publiés par Cogan, d'après 
des pamphlets presque tous de So- 
mers. Il laissa une bibliothèque con- 
sidérable et précieuse par les livres 
rares et les manuscrits qu'elle conte- 
nait. Une belle collection de Bibles 
dans les différentes langues en faisait 
partie. Lord Somers ne fut jamais 
marié. D — z — s. 

SOMERSET(Êdouard Seymoub, 
duc de ) , oncle du roi Edouard VI , 
était le (ils aîné de sir John Seymour 
de Wolfball , dans le comté de Wilts* 
et d'Elisabeth , fille de sir Henri , 
Wentvvorth de Ncttlestcd, dans le 
Suflolk. Il fut élevé à l'université 
d'Oxford, d'où il viut rejoindre son 
père à la cour, à une époque où les 
entreprises guerrières étaient encou- 
ragées par Henri VI II. 11 se rendit à j 
l'armée , accompagna le duc de Sut : 




SOM 

folk dans ion expédition en France 
( i553 ), et fut fait chevalier le I er . 
novembre de la même année. Lors- 

3 ne sa soenr épousa le roi , en i536, 
reçut le titre âVvicomte Beau* 
champ , qu'on de ses ancêtres mater- 
nels avait porté; et, au moi* d'oc- 
tobre i547 , il fut créé comte d'Hert- 
ford. En i54o, il fut envoyé en 
France pour discuter les limites des 
froutiè i e s anglaises ; et à son retour, 
H obtint l'ordre de la Jarretiëre. En 
i54* , il accompagna le duc de Nor- 
folk dans son expédition en Ecosse , 
et y la même année , fut fait lord 
mnd^chambelland' Angleterre à vie. 
En i544* avant été nommé lieute- 
Bant-généraldu nord, il s'embarqua 
pont VÉeoase avec deux cents voiles. 
à l'occasion du refus des Écossais de 
marier leur jeune reine au prince 
Edouard , et débarqua dans le Frith, 
prit Leith et Edimbourg ; et , après 
avoir pillé et brûlé ces deux villes , 
rentra , par terre , en Angleterre. Au 
mois d'août de la même année , il 
alla joindre le roi , qui faisait le siè- 
ge de Boulogne , avec un corps de 
troupes flamandes et allemandes ; et , 
après avoir pris cette ville, il défit 
une armée de quatorze mille Fran- 
çais, qui étaient campés auprès. 
Henri VIII le nomma , par son tes- 
tament, l'on des seize exécuteurs 
testamentaires, qui devaient être en 
même temps gouverneurs de son 
fils, jusqu'à ce qu'il eût atteint sa 
dix - huitième année. Le 1 o février 
] 548 , le protecteur fut nommé lord- 
tresorier, et, le jour suivant, créé 
doc de Somerset. Le 17 du même 
mois , il obtint l'office de comte- 
maréchal d'Angleterre. Le 12 mars 
suivant, on lui délivra une patente 
pour l'office de protecteur et ae gou- 
verneur du roi et de ses royaumes, 
hr cette patente, on lui accorda un 



SOM 



75 



veto dans le conseil , tandis qu'aucun 
^membre ne pouvait s'opposer à sa 
volonté. 11 put faire entrer dans le 
conseil ses propres adhérents, ou for- 
mer à son gré un conseil de cabinet, 
tandis que les autres exécuteurs, lui 
ayant ainsi abandonné leur autorité, 
ne furent plus que des conseillers 
privés sans aucune autorité parti- 
culière. Au mois d'août 1 54o , le 
protecteur prit une commission de 
général , pour aller porter la guerre 
en Ecosse. Il entra dans ce royaume, 
à la tête d'une armée, obtint, le 
1 o septembre , une victoire complète 
à Musselburg , et revint triomphant 
eu Angleterre , n'ayant perdu que soi- 
xante hommes, dans tout le cours 
d'une expédition où il avait pris qua- 
tre-vingts pièces de canon , bridé les 
deux principales rivières du royau- 
me par des garnisons , et conquis 
plusieurs places-fortes. Il est facile 
de concevoir combien ces succès éle- 
vèrent sa réputation en Angleterre , 
lorsqu'on se rappelait les services 
qu'il avait rendus précédemment 
contre la France. Aussi la nation en 
général attendait les plus grandes 
choses de son gouvernement; mais 
la rupture du duc de Somerset avec 
son frère, grand amiral d'Angleterre, 
lui fit perdre tous ses avantages. La 
mort de l'amiral, qui eut lieu au 
mois de mars 1 548, attira des cen- 
sures au protecteur. Une faction puis- 
sante se forma contre lui , sous l'in- 
fluence du comte de Southampton , 
lord - chancelier , et du comte de 
Warwick. Sa partialité pour les 
communes anima aussi cou ire lui la 
noblesse de province Le consente- 
ment qu'il donna à l'exécution de son 
frère et l'érection de son palais dans 
le Strand , sur les ruines de plusieurs 
églises et d'autres édifices religieux , 
dans des temps de guerre et de peste, 




1* 



SOM 



lui ôtèrent l'affection du peuple. 
Le clergé le haïssait, non-seule- 
ment parce qu'il était un promo- 
teur actif des changements dans 
la religion , mais parce qu'il s'e'tait 
empare des meilleures propriétés des 
éyéques. On lui reprochait en même 
temps d'entretenir des troupes alle- 
mandes et italiennes. Les conseillers 
privés se plaignaient de son despo- 
tisme , de ses mesures arbitraires et 
d'autres griefs qui avaient exaspé- 
ré contre lui tout ce corps , à 1 ex- 
ception de l'archevêque Cranmer, 
de sir William Paget et de sir Tho- 
mas Smith , secrétaire-d'état. La pre- 
mière découverte de leurs desseins 
le détermina à conduire le roi à 
Hampton-Court ,et de là à Windsor; 
mais , trouvant que le parti qui s'é- 
tait formé contre lui était trop for- 
midable pour qu'il pût lui résister, il 
se soumit au conseil. Le i4 octobre, 
il fut envoyé à la Tour, et condamné, 
dans le mois de janvier suivant, aune 
amende de deux mille livres sterling 
par an , et dépouillé de tous ses em- 
plois et de ses biens. Néanmoins, le 
16 février i55o, il obtint un par- 
don absolu , et s'empara si bien de 
l'esprit du roi, qu'il put reparaître 
à la cour et rentrer au conseil , au 
mois d'avril suivant. Pour sceller sa 
réconciliation avec le comte de War- 
wick, la fille de Somerset épousa, le 3 
juin suivant , le (ils du comte de Lisle : 
mais leur amitié ne fut pas de longue 
durée; car, en octobre i55i , War- 
wick, qui venait d'être créé duc de 
Northumberland, fit envoyer le duc 
de Somerset à la Tour, sous prétexte 
qu'il avait formé le dessein de soule- 
ver le peuple , et de l'assassiner lui- 
même , ainsi que le comte de Pem- 
broke , dans un dîner auquel on les 
avait invités; ajoutant d'autres parti- 
cularités de la même espèce, qu'ils 



SOM 

rapportaient au roi , et qu'ils aggra- 
vaient encore , tellement qu'ils alié- 
nèrent l'esprit de ce prince contre 
son oncle. Le 1 e1 décembre , le duc 
fut mis eu jugement ; et, quoique ac- 
quitté sur le fait de trahison , on le 
jugea coupable de félonie, pour avoir 
formé le dessein d'empoisonner le duc 
de Northumberland. 11 fut décapité 
à Tower - Hill, le 11 janvier 1 55a , 
et mourut avec beaucoup de calme. 
On pensa généralement que la cons- 
piration dont on l'avait accusé n'était 
qu'une pure invention. Ses quatre 
amis , qui furent exécutés pour la mê- 
me cause, perdirent la vie en faisant 
les protestations les plus solennelles 
de leur innocence. Somerset avait de 
grandes vertus , beaucoup de piété ; 
il était poli et affable dans sa gran- 
deur , sincère et franc dans ses re- 
lations; soutien du pauvre et des 
opprimés ; mais meilleur général que 
conseiller. Il avait une teinte de vanité 
et trop d'obstination dans ses opi- 
nions. Dépourvu de talents , il était 
à la disposition de ceux qui , par 
leurs flatteries et leur complaisances, 
s'insinuaient dans son estime et sa 
confiance. Il acquit une fortune co- 
lossale , avec trop de rapidité , 
Ï>our être tout -à - fait innocent* 
jord Orford remarque que la part 
qu'il prit à la ruine des Howards lui 
lit un grand tort aux yeux de la na- 
tion. Sa sévérité envers son propre 
frère est encore moins excusable , 
quoique ce dernier fût un homme vain 
et peu digne d'estime. Mais comme ' 
il périt par les intrigues d'un homme 
plus ambitieux et beaucoup moins - 
estimé que lui, sa mort excita les ' 
regrets du peuple. Pendant que So- ~r 
merset était lord protecteur , il pa- ■'_ 
rut sous son nom une brochure ù> Ç 
titulée : Epistola exhortatoria ai \ 
nobilitatcm ac plcbetn umversum- & 

ï 




MlJuM 

Périt 



Suit 

que pomtfim regni Scotia?, Londres, 
1 54o , m - 4*- ^otà Orfbrd pense 
qu'il est possible qu'elle soit de qtiek 
qu'on et ses serviteur*. Ses autre* 
ouvrages forent composes au temps 
de ses vicissitudes, époque où il ne 
psrsît nas qu'il èotbeaueonp de flat- 
teurs* rendant son premier eniprtson* 
Bernent , H fît imprimer , par Mileà 
Gbverdale,1a Traduction d'un buvra- 
aHemand dé Wormulûs , intitule * 
spirituelle et très •-précieuse', 
àppr^tuoàt 'h toits tes hommes a m- 
ét k embrasser la croix corn* 
ne chose agréable et nêces- 
, etc. , Londres , i55t>,in w ro. 
Le doc en écrivit la préface. A cette 
époque, lés réformateurs Calvin et 
Kerre martyr montraient pour fin 
beracootrde considération . Lèpre*- 
nier Wf écrivit une Épître composée 
arant l'époque et la connaissance de 
si disgrâce j mais comme elle lui 
fat remise à la Tour , il la traduisit 
en anglais, et elle fut imprimée en 
i55o , sous le ûtreà 9 Épttre de divine 
consolation. Quelques-unes de-ses let- 
tres sont conservées dans le collège 
de Jésus & Cambridge, et parmi les 
Manu s cr its de la bibliothèque Har- 
lâeone. Somerset laissa trois filles : 
Ame , Marguerite et Jeanne , qiii se 
firent âlstinguerparleurs talents poé- 
tiques. EBes composèrent, sur U rt 
de Marguerite de Valois , rei de 
France, une centurie de distiqn I4- 
tfos, qm fat traduite en françai , en 
Çec et en italien , et imprimée a Pa- 
ns, 'en 1 55 1 . Anne , qui était l'atnée, 
épousa en premières noces le comte 
de Warwick , fils du duc de Hor- 
mumberland , et ensuite sir Edouard 
Hnnton. Les deux autres moururent 
dans l e céli bat. D — z — s. 

SOMERSET ( Robeht Cabr , vi- 
comte de Rochester, puis comte de), 
favori du roi d'Angleterre Jacques 



SOM "j«j 

1»., était néen Ecosse, d'une famille 
noble. Il avait Vingt ans , et Tenait d'a- 
chever ses voyages, lorsqu'il parut à 
Londres , n'ayant rien qui lé distin- 
guât qu'une belle figureetdes manières 
. élégantes. Un seigneur du même pays 
que lui, auquel u était recommandé, 
et l'un de ces hommes ambitieux qui 
ne reculent devant aucun moyen de 
s'élever dans les cours, fonda sur 
les avantages extérieurs de son jeune 
compatriote la certitude d'une fortu- 
ne brillante, et son assurance ne fut 
pas trompée. Il s'agissait de produi- 
re Robert Carr aux yénx d'un mo- 
narque dont on connaissait le faible 
pour la jeunesse et là beauté : on le 
chargea de présenter au prince son 
bouclier dans un tournois. Un acci- 
dent grave qui lui arriva dans cette 
occasion , loin de nuire à l'eflet qu'on 
s'était proposé , ne servit qu'à ren- 
•dre plus profonde l'impression que 
fit sur Jacqties la vue du bel écuyer; 
et alors , comme il arrive quelque- 
fois, l'inclination se fortifia de la pi- 
tié. Nous ne répéterons pas ici des 
détails qui se trouvent déjà dans les 
articles de Jacques I er . ( t. XXI , 
p. 354 ) et d'OvEBBURY. Robert Carr 
sorti de l'obscurité et de l'ignorance 
par les soins empressés de son sou- 
verain, fut fait chevalier, reçut le 
cordon de la Jarretière, et fut créé 
Vicomte de Rochester. Il exerça due 
grande influence dans le cabinet bri- 
tannique, et se vit comblé des tré- 
sors refusés aux plus sages ministres 
et aux besoins de l'état. La situation 
extraordinaire à laquelle il était par- 
venu lui fit sentir l'utilité d'un ami 
éclairé qui pût guider son inexpé- 
rience : il trouva ce qu'il desirait 
dans Thomas Overbury, homme de 
' lettres autant qu'homme du monde. Il 
se soumit V ses conseils , et recueillit 
le fruit de sa docilité , jusqu'au me- 




7 8 SO.\î 

ment où sa passion pour onc fem- 
me saus vertu le conduisit dans un 
abîme. Peu coûtent d'avoir inspiré à 
la jeune comtesse d'Essex l'amour 
qu'il éprouvait pour elle , jusqu'à 
bannir de son cœur l'affection qu'elle 
avait jurée à son époux, Roc h ester 
voulut que le mariage même l'unît 
d'une mauière indissoluble à la com- 
pagne de ses désordres. Overbury, 
consulté , désapprouva fortement une 
pareille résolution, et menaça de 
quitter à ce sujet pour toujours 
un ami qui oubliait à ce point son 
honneur et son intérêt véritable. 
La comtesse , imprudemment infor- 
mée de cette opposition, brûla de 
s'en venger; et son amant aveuglé, 
fut assez faible pour s'engager à le ser- 
vir daus son ressentiment. Leur victi- 
me , calomniée auprès du roi, fut ar- 
rêtée , et passa six mois étroitement 
enfermée dans la tour de Londres» 
La comtesse, qui employa ce temps 
à effectuer son divorce avec son ma- 
ri , ne fut pas plutôt unie par le lien 
conjugal à l'objet de son amour, 
qu'elle reprit le soin de sa vengean- 
ce. Le comte de Northampton, son 
oncle, et Rochester, récemment crée' 
comte de Somerset, se chargèrent 
d'empoisonner le prisonnier de la 
Tour , dont le gouverneur leur était 
dévoué. Le crime fut consommé , le 
1 5 septembre i6i3 , mais heureuse- 
ment avec assez de maladresse pour 
éveiller au moius le soupçon. Somer- 
set jouit peu d'un bonheur qu'il avait 
si chèrement payé. Le remords suc- 
céda rapidement à l'ivresse du plai- 
sir : son enjouement et les grâces de 
sa jeunesse disparurent; d devint 
sombre et silencieux ; et Jacques ne 
lui trouvant plus les agréments qui l'a- 
vaient séduit , se détacha de lui insen- 
siblement. Les courtisais, à qui ce 
refroidissement ne pouvait échapper, 



SOM 

en profitèrent pour élever une nou- 
velle idole ; et ce fut alors que com- 
mença la fortune de George Villicrs, 
duc de Buckingham. La cour se di- 
visa eu deux partis, pour soutenir 
ces deux champions de la faveur; 
mais l'astre de Somerset pâlit de 
jour en jour; enfin son crime fut en- 
tièrement dévoilé par la révélation 
d'un garçon apothicaire qui avait 
concouru à préparer le poison. Le 
roi fut consterne d'apprendre qu'un 
pareil forfait eût été commis par 
un homme qui lui avait été si cher. 
Il enjoignit au grand juge d'exa- 
miner cette affaire sans ménagement, 
résolu de livrer tous les coupables à 
l'action des lois. La culpabilité du 
comte fut mise au plus grand jour ; 
mais la détermination de Jacques ne 
se soutint pas. Il frémit peut-être de 
l'idée d'abandonner à l'exécuteur 
public celui qui avait été si long- 
temps le confident de ses secrets , le 
dépositaire de toutes ses pensées, et 
qui , dans l'instructionde son procès, 
s'était permis d'insolentes menaces 
qu'il pouvait réaliser. Les coupa- 
bles d'une classe inférieure subi- 
rent seuls leur sentence. Une mort 
naturelle avait épargné à Northamp- 
ton la honte d un jugement public. 
Somerset et la comtesse, après avoir 
langui quelques années dans leur pri- 
son , recouvrèrent la liberté, et re- 
çurent du roi une pension à l'aide de 
laquelle ils allèrent cacher leur Infa- 
mie loin de l'Angleterre. Leur cou- 
pable amour s'était changé en une 
naine mortelle, et ils passaient des 
années entières sans avoir aucune 
communication l'un avec l'autre, 
quoiqu' habitant la même maison. On - 
suppose que le comte mourut vers 
l'an iG38. 11 vécut assez pour voir 
sa fille unie au duc de BeafonL Ge : 
fut de cette alliance que uaquit lord > 




SOM 



SÔM 



70 



Russcl , oui fut décapité sous le rè- 
Çne de Charles 11» L. 

8O1MERVILE (Guillaume), 
poète anglais, naquit en ifop, dans 
le château d'Edston, dont sa famille 
était en possession depuis le règne 
d'Edouard I er . Il étudia d'abord à 
l'école de Winchester , d'où il passa, 
comme boursier, au collège neuf 
à Oxford. Après ses études , il se re- 
tira dans ses terres, et servit hono- 
rablement son pays dans la place de 
juge de paix. Il mourut , le 19 juillet 
174? 9 attaqué, depuis quelques an- 
nées, d'une maladie mentale, qui lui 
faisait voir sans cesse des brigands 
prêts à l'égorger. Comme poète, So- 
mervik s'exerça dans plusieurs gen- 
res : on distingue dans ses poésies 
lyriques ses Stances à Addison , et ses 
(Aies à Marlborough. Ses Fables sont 
moins estimées; et ses Contes, d'un sty- 
le lâche et diffus , n'offrent que peu 
d'intérêt. Son Poème delà Chasse est, 
sans aucun doute, son plus beau' ti- 
tre: il a su rendre agréable, par l'art 
et la variété de ses tableaux , un sujet 
qui intéresse peu le commun des lec- 
teurs. On a encore de Somcrvilc : 
Les Amusements champêtres , et 
le précieux shelling, auquel le caus- 
tique Johnson ne trouve d'autre mé- 
rite que d'être extrêmement court. 
Enfin on sait , par une lettre de 
lady Lnxborough , que Somervile 
s'occupa d'enrichir l'Angleterre des 
trésors de notre littérature. I>c ma- 
nuscrit de sa traduction de l'Alzirc 
de Voltaire était entre les mains de 
cette dame. Les Poésies fugitives de 
Somervile ont été publiées dans les 
recueils du temps. Son poème sur la 
Chasse l'a été de nouveau en 1 796 et 
1801. C — Y. 

SOMMERY (Mademoiselle de), 
■ée dans les premières années du 
dix-huitième siècle, et dont l'origine 



reste ignorée, était une personne de 
beaucoup d'esprit, qui, en sortant 
du couvent, où sa pension avait été 
payée par une main inconnue, trouva 
une protectrice dans la maréchale de 
Brîssac , avec qui elle avait été éle- 
vée. Après la mort de sa bienfaitrice, 
qui lui assura une rente de quatre 
mille francs , elle eut une existence 
indépendante. Dénuée de toute beau- 
té , mais douée d'un esprit rare , elle 
attirait chez elle très-bonne compa- 
gnie en gens de la haute société , et 
se voyait souvent entourée de littéra- 
teurs distingués. Le président de Ni- 
colaï(A. C. M.), de l'académie 
française, était le plus assidu de ces 
habitués. Elle s'était occupée toute sa 
vie de l'étude du monde et de tout ce 
qui tient à l'amour des lettres. Sa con- 
versation était piquante et caustique. 
Sachant braver les ridicules , et sai- 
sissant ceux des autres avec beaucoup 
de iinesse, clic plaisait par sa franchi- 
se, même par sa bizarrerie, et se faisa it 
pardonner un ton fort tranchant et 
des opiuions qui, dans tout autre , 
eusseut excitcTindignation : « La fou - 
» taine , disait-elle , est un niais, Fc- 
» nélon un bavard , et M me . de Sé- 
» vigne une caillette, etc., etc. » Du , 
reste, M llc . de Sommery était ser- 
viable et se faisait citer pour son 
active charité. Elle avait du talent 
pour écrire ; mais elle ne l'exerça que 
fort tard. Tous les habitués des as- 
semblées publiques del'académic fran- 
çaise, qui, dans la plus grande partie 
du siècle dernier, furent de véritables 
solennités , et ce qu'on pouvait mê- 
me appeler les fêtes de l'esprit , con- 
naissaient la figure très-remarquable 
de M 1,c . de Sommery. Sans attacher 
sou nom à aucun ouvrage, elle finit 
par avoir l'existence d'auteur. Le 
premier livre qu'elle publia , n'étant 
plus très-jeune , fut un recueil de peu- 




80 SOM 

sëes détachées , dédié aux mânes de 
Saurin , qu'elle intitula : Doutes sur 
différentes opinions reçues dans la 
société, petit in- 12, 178a; troisième 
édit., 1 784 , 2 ▼• in-ia. On y recon- 
naissait qu'elle s'était nourrie de la 
x lecture des Maximes de La Roche- 
foucauld , et plus encore des Carac- 
tères de' La Bruyère. Ce recueil eut 
un véritable succès. S'il contient un 
assez grand nombre de pensées com- 
munes , l'expression a presque tou- 
jours de la précision , de la iinesse et 
de l'élégance, un peu recherchée à 
la vérité. En 1786, elle fit paraître 
les Lettres de Madame la comtesse 
de X***. à M. le comte de R+*+., 
un vol. in-8°. Ces lettres sont censées 
avoir été écrites de 1674 à i(38o. On 
discuta , avec assez de vivacité, pen- 
dant plusieurs mois , pour savoir si 
cette correspondance, où le ton et les 
mœurs du temps avaient été assez 
bien saisis , était réelle ou supposée. 
Septchênes ( Voyez ce nom ) écri- 
vit à ce sujet , dans le Journal de 
Paris , le 'i5 janvier 1786, et prou- 
va par des faits , qu elles ne pou- 
vaient avoir été composées sous le 
règne de Louis XIV. 11 exhorta les 
lecteurs à se mettre en garde contre 
quelques-uns des jugements de l'au- 
teur. Comme on savait assez généra- 
lement que c'était une femme, les 
soupçons se portèrent d'abord sur 
M me . Riccoboni et sur M" 1 * 1 , de Gcn- 
lis. L'académicien Gaillard a don- 
né , dans le tome iv de ses Mélanges , 
on long article sur cet ouvrage de 
M 1,e . de Sommery. II lui reproche jus- 
tement d'avoir , indépendamment du 
mal qu'elle avait dit de M B>e . de Sé- 
vigné, fait , de M me . de Grignan, une 
bégueule impertinente, de M me . de La 
Fayette, une nouvelliste visionnaire et 
inintelligible, et enfin deGoulanges un 
bourgeois de la rue Troussevache. En 



SOM 

1 788, M lle . de Sommery publia : Let- 
tres de Mademoiselle de Tourville à 
Madame la comtesse dcLénoncourt, 
un vol. in-ia. Le livre indiqué plus 
haut avait montré l'auteur en op- 
position permanente avec les idées 
reçues : celui-ci annonçait l'amour 
de l'esprit et la haine des sots pous- 
sée jusqu'à l'intolérance. Pour don- 
ner une idée de ce roman , nous nous 
contenterons de dire que l'héroïne 
est un être assez ordinaire; mais 
qu'en revanche sa rivale est une fem- 
me comme il y en a peu. Dans un 
désespoir de jalousie, cette dernière 
se fait couper les plus beaux che- 
veux du monde. Non contente de ce 
sacrifice, elle s'occupe pendant trei- 
ze jours à se faire arracher vingt- 
huit dents , et ne se réserve qu'un 
chicot. Après avoir envoyé à M H# . 
de Tourville cette belle chevelure 
et ses vingt -hiùt dents, artistement 
enfilées avec une chaîue d'or, elle se 
tue de trois ou quatre coups de cou- 
teau.... On trouve , au reste , dans ce 
volume , des scènes bien faites et un 
développement habile de quelques 
caractères. Il y a de plus, entre au- 
tres choses, qui paraissent hors de 
leur place, des synonymes excellents. 
On sait que ce jeu d'esprit était très 
à la mode à Paris , en 1 n88. Le der- 
nier ouvrage de M lle . de Sommery 
fut imprimé en 1 789. Il était intitule 
Y Oreille, conte asiatique , 3 petits . 
volumes in- 12. L'auteur, cherchant - 
à se distraire, elle et ses amis, des r 
premières désolations de la revois- t 
tion frauçaise, avait voulu imitrr ... 
la manière d* H ami 1 ton , mais n'avait . 
ni la grâce ni la facilite de cet aima-,', 
ble conteur. Cette composition csV> 
trop longue; il y règne une sorte de. 
merveilleux dont 1 exagération est 
froide et pénible. L'héroïne est ussv 
princesse , dont la fée Furibonde, ssjt> 




SOM 

lia éler U vie, a dispersé les mem- 
bres en divers pays ; et ce sout les 
aventures de son oreille qui ont four- 
ni Je titre de l'ouvrage. Grimm , sé- 
vère sur l'ensemble du conte , en cite 
un joli épisode dans sa Correspon- 
dance ( iu e . partie , tome v T page 
228 ). Une violente attaque d'apo- 
plexie, survenue long- temps avant 
<pie cette fille auteur eût atteint Page 
où Ton craint ordinairement ce mal, 
paralysa et vicia tellement chez clic 
les organes de la prononciation , 

3ue, bien qu'elle eût conservé l'usage 
ela voix, il était impossible de dé- 
mêler aucune articulation. Jusqu'au 
moment de son accident, elle avait un 
air franc, ouvert et animé, qui don- 
nait du charme à ses paroles. Alors 
un sourire insignifiant , un faux air de 
finesse ajoutèrent à l'imbécillité où la 
maladie l'avait réduite. Dans cet état 
de décadence, clic ne fut point aban- 
donnée par ses amis , qui étaient pour 
la plupart des personnes recomman- 
dantes. Elle mourut vers la fin de 
1790. L — p—e. 

SOMMIER (Jf.an-Gl.aui>*:'), ar- 
chevêque de Césarée , naquit , le '22 
juillet iGGi , à Vauvillers, dans le 
comté de Bourgogne, d'une famille 
honorable. Ayant achevé ses études 
i l'université de Dole , où il se dis- 
tingua par une ardeur infatigable, 
il embrassa l'état ecclésiastique , se 
fit recevoir docteur en théologie, 
et fut pourvu successivement des 
cures de la Bresse et de Giraucourt , 
dans les Vosges. Doue d'une mémoire 
heureuse, il possédait une instruction 
supérieure à son âge , et ne tarda 
pt< à se faire remarquer dans la 
chaire évangelique. D'après les con- 
seils de l'eveque de Toul , son diocé- 
sain, il se rendit à Paris, pour se 
perfectionner sur le modèle des 
panda orateurs , et s'y lia particu- 

XLIII. 



SOM 81 

lièreinent avec Nicole, dont les avis 
lui furent très - utiles. Il passa , lors 
de sou retour en Lorraine, à la cure 
de Ghamps ( 1696) j et , quoique pri~ 
vé de toute espèce de secours, il prit 
la résolution de consacrer à l'étude 
les loisirs que ses devoirs pourraient 
lui laisser. Avec des revenus très- 
bornés ? il parvint à se former , en 
peu de temps , une biblothèque assez 
considérable. Il s'appliqua surtout à 
la théologie , à l'histoire et à la cri- 
tique sacrée : la philosophie et les 
sciences occupaient aussi ses mo- 
ments ; et il trouvait encore quelques 
heures à donner à la culture des let- 
tres latines et françaises. L'extrême 
activité de Sommier lui permettait 
de su/lire à tout. Il ne laissait passer 
aucune occasion d'instruire ses pa- 
roissiens. Il les édifiait par sa piété, 
et les soulageait de tous ses moyens. 
Appelé à la cour de Lunéville, pour 
y prêcher un a vent et un carême , il 
plut au duc de Lorraine (Léopold 
I er .), qui le nomma son prédicateur 
ordinaire, et le chargea de quelques 
Oraisons funèbres, dont le succès 
étendit sa réputation , et accrut pour 
lui l'estime de son protecteur. II 
devint bientôt conseiller - clerc à la 
cour de justice du Barrois , fut char- 
ge de dillérentes négociations impor* 
tantes à Vienne, Venise, Mautoue, 
Parme , Paris , et envoyé résident du 
duc de Lorraine à Rome. Accueilli par 
le pape Clément XI,qui lcnomma pro- 
tonota ire apostolique, ce fut à la de- 
mande de ce pontife qu'il entreprit 
l'Histoire dogmatique de la religion, 
dont il publia les quatre premiers 
volumes à Champs, où il établit, 
dans sa cure, un atelier typographi- 
que , afin de pouvoir surveiller plus 
facilement l'impression de ce grand 
ouvrage. Dans un second voyage qu'il 
fit à Rome , il fut créé cameiier ho- 

6 




8a SOM 

noraire du Saint - Siège ; et enfin , 
ayant été renvoyé dans cette capi- 
tale, une troisième fois; en iyi5 , 
pour féliciter Benoît XIII, au sujet 
de son exaltation , le nouveau pontife 
l'institua archevêque de Césarée , et, 
par une faveur aussi rare qu'elle est 
honorable, voulut faire lui-même la 
ce'rémonie de la consécration. Le duc 
de Lorraine récompensa les services 
de Sommier par la place de conseil- 
ler-d'état. Outre l'abbaye de Sainte- 
Croix, il obtint la grande prévôté 
de Saint - Dicz , avec l'autorisation 
d'exercer les fonctions épiscopales 
dans le territoire de cette ville , qui fut 
distraite momentanément de l'évèché 
de Toul (i). Le zèle , peut-être trop 
ardent, de Sommier pour maintenir 
les prérogatives de son église, qu'on 
l'accusait de vouloir étendre , lui sus- 
cita plusieurs contestations embar- 
rassantes , et qui n'étaient point ter- 
minées quand il mourut, le 5 octo- 
bre 1737. Ce prélat était petit , con- 
trefait et d'une physionomie peu pré- 
venante : mais il raillait le premier 
de sa laideur ; et ses qualités faisaient 
oublier promptement sa figure. Com- 
me prédicateur , on trouvait dans ses 
sermons plus de solidité que d'agré- 
ment. Il ne manquait cependant pas 
d'onction ; et quelquefois il s'élevait 
à la véritable éloquence. Outre Je Pa- 
négyrique de Charles V, duc de Lor- 
raine, et les Oraisons funèbres de 
Marie - Éléonorc d'Autriche, reine 
douairière de Pologne, duchesse de 
Lorraine, et de la princesse Char- 
lotte, abbesse de Remircmonl, on a 
de lui : I. Orgia Àlicapellana , Fê- 
tes d'Alichapcllc ( 1 702 ) , in-8°. de 
a8 pag. , rare. C'est un petit poème 
en trois chants , avec la traduction 



'1) Saint-Diez ne fut érigé définitivement eu évè- 
thi qu'en 1777. 



SOM 

en vers français , en regard, qui con- 
tient la description d'une fête que 
l'auteur avait donnée à quelques-uns 
de ses amis. IL Histoire dogmati- 
que de la religion , on la Religion 
prouvée par l'autorité divine et hu- 
maine et par les lumières de la rai- 
son, Champs, 1708; Paris, 171 1 , 
6 vol. in - 4°. C'est le meilleur ou- 
vrage de Sommier. Le P. Pouget (F. 
ce nom ) , qui ne connaissait pas l'au- 
teur , y trouve beaucoup de méthode, 
jointe à beaucoup d'érudition, avec 
une justesse et une précision peu com- 
munes. III. Histoire dogmatique du 
Saint-Siège, Nanci et Saint-Diez , 
1716-33, in- 19. , 7 vol. Elle n'eut 
pas de succès en France , parce qu'el- 
le est trop favorable aux prétentions 
de la cour de Rome. IV. Histoire 
de V église de Saint-Diez, avec les 
pièces justificatives , ibid., 1721 , h> 
}i. On prétend qu'elle est de Fran- 
çois de Riquct , grand -prévôt de 
Saint-Diez, mort en 1699; mais 
le caractère de Sommier repousse 
l'idée de plagiat. Quoiqu'il en soit, 
cet ouvrage fut attaqué vivement 
par lYvêque et le chapitre de Toul. 
V. Apologie de l'Histoire de l'é- 
glise de Saint - Diez et d'un Mé- 
moire touchant les droits de son 
prélat, etc., ibid., 1737, in - 4°» 
C'est une réponse à la Défense de 
V église de Toul (par Nicolas de 
lïrouilli , chanoine et archidiacre de 
Ligni \ imprimée dès 1717, mais 
qui ne fut mise en circulation que dix 
ans après. En lisant ce dernier ou- 
vraçc de Sommier, on sent qu'il a 
été compose' avec trop de précipita- 
tion. Voyez , pour plus de détails, les 
Mémoires de Niceron, tome xu, et 
le Divt, de Moréri. W — s. 

SOMNER (Guillaume), antiquai- 
re anglais, était né en 1 5q8, à Canter- 
bury, d'une famille respectable. Aprèf 




SDM 

ses études , H travailla 
CBtps avec son père , gref- 
t cour de justice , et très- 
us les lois et coutumes an- 
1 s'appliquait, dans ses loi- 
lier les antiquités nationales, 
e conseil de Meric Casaubon 
m) , il apprit l'ancien saxon, 
i de deux manuscrits qu'il 
ouverts. Dès qu'il eut acquis 
laissance su (lisante de cette 
l en composa le glossaire , 
ît très-utile dans la suite. Il 
»olu d'écrire l'histoire des 
i du comté de Kent ; mais il 
nié de ce projet par d'autres 
ms. Attaché sincèrement à 
î desStuarts, il publia divers 
las le but d'exciter l'intérêt 
faveur du fils de l'infortuné 
er „ Après la mort de Cro ni- 
ât rais en prison, étant con- 
avoir rédigé et colporté une 
îour demander un parlement 
ne recouvra sa liberté qu'à 
ration ; mais il fut dédoin- 
ce qu'il avait smiflèrt pour 
royale, par dillërents em- 
atifs. Somner mourut , le 3o 
ir>, danssa ville natale, qu'il 
>resque pas quittée. C'était 
le de mœurs antiques , scr- 
intègre, loyal et d'un rare 
ssement. Il comptait au nom- 
5 amis les savants le* plus 
s de l'Angleterre , tels que 
lob. Cotton , Dugdale , Mar- 
pelman , et possédait toutes 
es de l'Europe. Ses princi- 
râges sont : I. Antiauities 
rbury , ibid., i04o, m-4°.; 
édit. augmentée, par Nicol. 
Londres , 1 ^o3 , in - fol. , 
aé.ll. Dictionnarium saxo- 
w-angUcttm, Oxford, i(i :>(), 
auteur y a joint , en forme 
lix , la Grammaire et le 



SOM 



83 



Glossaire saxon d'Aetfrîc; c'était 
son ouvrage de prédilection , et il 
employa le reste de sa vie à le per- 
fectionner. III. Un Traité du Ga~ 
velkind (eu angl. ) , Londres, 1660, 
in-4°. C'est un commentaire sur Pan- 
cienne coutume du comté de Kent 
IV. Ofthe Roman, etc., Traité des 
forts et des ports des Romains dans 
le Keasthirc , Oxford, i6q3 , in-8°. , 
publié par Kennett, qui fit précéder 
ce volume de la vie de l'auteur. V. 
Ad Chiffletii librum de portu Iccio 
responsio , nunc primàm ex ms. , 
édita. Càroli Dvfresne Dissertatio 
de portu Iccio : tractatum utrumque 
latine vertit et novd dissertations 
accessit Edm. Gibson, ibid., 1694, 
iti-8». ChifHet place à Mardick,j>v& 
de Dunkerquc, le port célèbre où Cé- 
sar s'embarqua pour passer dans la 
Grandc-Brctagnc( F. J.- J. Chifflet). 
Morel Disque , dans une dissertation 
spéciale, rare et peu connuc(i)cst 
pour Calais. Ducangc (•>.) , Somner , 
( tibson et D'Ain ille sr déclarent pour 
TVitsand près de (lalais. Une foule 
de savants ont embrassé depuis l'une 
ou l'autre opinion (3) ; mais l'abbé* 
Mann (4), dans une Dissertation lue 
à l'académie de Bruxelles , en 1778 x 
( Mémoires , îv, *Ji3i ), a prétendu 
établir d'une manière incontestable f 
que c'est à Gessoriacum, aujourd'hui 
Boulogne , que César dut s'embar- 
quer pour cette fameuse expédition. 

Le chapitre de Canterbury acheta 

^ — ^ _____ _____________ « 

(1) Mémoire tur le Portut liius , Calais , '807* 
in-4°. de 3(ï page*. 

(a'^I*a Di**ertalion de Ducange mr le port Fccioa 
rst la dix-haitirme, a la suite de aon édition d« 
l'iliitoirr Je Saint foui* , par le »irr de Join ville. 

P Ou trouvera le» titre* de tout les ourrAges 
T-ul.liYs sur le port Itciiis, a\aut 1778, dans la air 
blwt'i. hiili vitf. Je lu France, 1 , n°». af>5-3il. 

y\\ L'abbé Mann , movt à Prague. -vers 1810, a 
)ai*M>, ou Ire le» ou\ !«;;<•» indiqué* a «on article 
( \ \ \ 1 , .fyfl) , itur Lettre, imprimée dans les Œu- 
\ i-ea d' thantit , rt l'Hi»loire de sa fie, dont le 
niun^crit appartùul a M. de BaùflVubaTf , 
»cur a BruxeQrs. 

G.. 




84 SOM 

les manuscrits de Somner , dont on 
trouvera les titres dans le Diction- 
naire de Chaufepié ( toin. îv ) où 
notre savant a un article très-de- 
taille. W— s. 

SOMPEL ( Pierre Van ) , gra- 
veur au burin , né à Anvers , dans les 
dernières années du seizième siècle , 
fut élève de Soutman, et travailla dans 
la manière de son maître. Son dessin 
n'est pas dénué de correction ; il 
rend les extrémités de ses figures 
avec une précision remarquable, et 
il traite le nu avec des points d'un 
travail aussi délicat qu'agréable. Si 
l'on peut adresser à cet artiste un re- 
proche fondé, c'est de n'avoir pas su 
exprimer dans ses pièces historiques, 
et notamment dans celles qu'il a gra- 
vées d'après Rubens, la largeur de 
pinceau cte ce grand maître, les por- 
traits qu'il a exécutés d'après Ru- 
bens, Van-Dyck et Soutman, sou- 
tiennent la réputation de ses pièces 
historiques , dont les plus estimées 
sont : I. Le Christ en croix, avec 
une bordure cintrée par le haut. II. 
Jésus à table avec les pèlerins 
d'Emmaûs, où l'on voit une vieille 
femme debout , tenant un verre de 
vin. III. Erichton découvert dans 
sa corbeille, par Àçlaure et ses 
sœurs. IV. Ixion , trompé par Ju- 
non. Ces quatre pièces sont d'après 
Rubens. P — s. 

SOMROU est le nom sous lequel 
s'est fait connaître un aventurier eu- 
ropéen, moins célèbre par le rôle 
3u il a joué dans l'histoire moderne 
el'Indoustan, que ne Test sa femme, 
par le rang et la considération dont 
elle a joui dans cette contrée, pen- 
dant un demi-siècle. Né à Trêves , 
ou à Strasbourg, vers i*ju5 , il s'ap- 
pelait Walter Reinhardt ; mais son 
teint hâlé , son caractère, ou son nom 
de guerre Summer, lui firent donner 



SOM 

le sobriquet de Sombre, par les sol- 
dats d'un régiment français , où il 
était parvenu au grade de sergent; et 
les naturels de l'Inde changèrent 
ce nom en celui de Sombrou ou 
Somrou. Ayant quitté les drapeaux 
français pour entrer dans l'armée 
anglaise, il déserta bientôt, passa 
successivement au service de deux 
ou trois princes indiens , et enfin à 
celui du nabab du Bengale , Gacem- 
Aly-Khan (1). La guerre éclata, 
deux ans après , entre Gacem-AIy et 
la régence de Calcutta , dont il vou- 
lait secouer le joug. Quelques An- 
glais étant tombés au pouvoir du na- 
bab , il ordomia de les faire périr ; 
et Somrou qui commandait alors 
deux bataillons de cipayes, et qu'on 
regardait comme un des provoca- 
teurs de la guerre , prêta son bras à 
cette exécution. Mais bientôt Cacetn- 
Aly-Khan, chassé du Bengale, en 
juin in63 , et remplacé par son beau- 
père , fut , avec ses trésors , Som- 
rou , son général , et les débris de son 
année, contraint de se retirer sur les 
domaines de Choudjâ - eddaulah , 
nabab d'Aoudc , et vezir titulaire de 
l'empire Moghol. Ces deux princes 
ayant uni leurs forces pour envahir 
le Bengale , furent repousses devant 
Patnah , en 1 764, et vaincus à Balfc- 
char , le a3 octobre , par les Anglais. 
Ceux-ci, qui avaient d'abord exigé 
l'extradition de Somrou et de six au- 
tres déserteurs européens , se contes- " 
terent de stipuler , dans le traité avec ' 
Ch oud j a - eddaulah , qu'il ne les prea- " 
drait pas à son service^ F. Choudjai- 
eddaulau ). Somrou se retira alors * 
chez les D jattes , belliqueuse et puis- *" 
santé tribu , qui , pendant les derme- ~ 



(1) C/étai! le gendre et le racrftwur de _. 

Ali-Khan . a qui les Angjaia avaient donne la 

bie, en 171*7, pour prit <U M trahison IV. S EU AN- _ 
■nnAixtli ). ot fpj'ib avaient d«p«W en ijft. 




SOM 

rotations de l'Indoustan, s'é- 
apuré d'Agrah et de plusieurs 
contrées but la rive droite du 
lah. Après la réduction des 
s, lerohillah Nadjyb-Kouli- 
kur vainqueur, employa uti- 
. Somrou , lui donna , outre 
aillolis disciplines , lecomman- 
t d'un corps de cavalerie mo- 
et lui assigna , pour l'entretien 
troupes, le district de Sardha- 
l'environ douze lieues de long 
uf de large , dans le Dou-ab 
eut. Somrou épousa une fem- 
ighole , dont la famille noble 
•té ruinée par les malheurs du 
. Après la mort de Somrou, 
[8 , sa veuve et son fils furent 
nés par Nedjef-Khan, emir- 
ra de l'empire Moghol , dans 
mmandement des troupes et 
i jouissance de sa principauté, 
» appointements de soixan te- 
ille roupies ( cent trente mille 
) par mois. Cette femme , qui 
mbrassé le christianisme à la 
sion de son époux , ne laissa 
* figurer d'une manière assez 
amie parmi les puissances de 
, sous le titre de Beigoum- 
>u ( la princesse Somrou ). Ses 
consistaient en cinq batail- 
e cipayes, disciplines et com- 
s par des Européens. Un fort , 
•rcs deScrtlhauah , sa capitale, 
niait son arseual et une fonde- 
canons. Son artillerie était ser- 
r deux cents Européens. Au mi- 
ts troubles qui l'environnaient, 
•ploya un grand caractère, et 
ar un courage et des talents 
»sus de son sexe, maintenir 
e, la paix et l'abondance dans 
ctit état. Elle y attira les Chré- 
t encouragea l'agriculture et 
strie, et rendit ce canton l'un 
os riches et des plus fertiles de 



SOM 



85 



l'Indoustan. I M i paix avec les Mah- 
rates ayant donne plus de prépondé- 
rance aux Anglais, Beigoum-Somrou 
fixa sa résidence à Dehly, où elle vécut 
tranquille sous leur protection, dans 
un Superbe palais qu elle y lit bâtir. 
Lorsque le Rohillah Gholam-Kadir, 
en 1787, eut vaincu les troupes de 
Madadjy-Sindiah, et fut entré par 
trahison dans Dehly, pour contrain- 
dre l'empereur Chah-Aiem de lui dé- 
férer la charge d'émir-al-omrah ; la 
veuve de Somrou , inaccessible à tou- 
tes ses propositions, l'obligea par sa 
fermeté de retourner dans son camp. 
De là il somma la cour de congédier 
cette princesse : irrité d'éprouver un 
refus, il fit tirer à boulets sur le pa- 
lais impérial : mais une batterie , dres- 
sée à la hâte, Ht un feu si terrible que 
le rebelle se vit forcé d'implorer son 
pardon, qu'il obtint, et d'ajourner 
ses prétentions. En 1 788, pendant le 
siège de Ghous-Gor ou Gocul-Ghour , 
l'empereur faillit perdre la vie, dans 
une attaque dirigée par la garni- 
son contre son quartier - général. 
Une terreur panique s'était emparée 
de sa garde , et commençait à gagner 
le reste de l'armée. La veuve de 
Somrou, postée à l'extrémité de la 
ligne , accourt aussitôt au secours 
de son souverain , avec une centaine 
d'hommes et une pièce de campagne, 
et donnant l'exemple de l'intrépidi- 
té , parvient à repousser les assiégés 
jusque sous les murs du fort , et les 
détermine à faire des propositions de 
paix, qui sont acceptées. Ghah-Alem 
récompensa le zèle et la loyauté de 
cette femme extraordinaire, parle 
titre de Zeyn-al-Nissa ( l'ornement 
du sexe ) ; mais il ne sut pas profiter 
de ses services. Ce fut elle encore qui 
appela les Mahrates pour délivrer le 
faible monarque de la tyrannie de 
Gholam-Kadir; si eue ne put le sous- 




86 SOM 

traire à son malheureux sort, clic 
contribua du moins à sa vengeance 
^V. Chau-Alem cl Simuau ). Lors- 
que la victoire des Anglais sur le suc- 
cesseur de Madadjy-Sind'ah , aux. 
portes deDclily , les eut rendus maî- 
tres de cette capitale, en iSoi , Bey- 
goum-Somrou venait souvent à leur 
quartier-général, vêtue à l'européen- 
ne y avec un chapeau et un voile, tan- 
tôt dans un palanquin , tantôt à che- 
val ou sur uu éléphant. Elle parais- 
sait avoir cinquante-cinq ans; elle 
était de moyenne taille et d'une belle 
carnation. Ses anciennes liaisons avec 
les Mabrates, et une lettre intercep- 
tée qu'elle était supposée avoir écrite 
à Djeswant-llaou-llolkar, ayant ren- 
du sa fidélité suspecte aux Anglais, 
pendant leur guerre contre ce der- 
nier, eu i8o5j elle s'empressa de se 
justifier, rappela que, depuis quaran- 
te ans , on n'avait pas à lui repro- 
cher un seul acte de trahison , prou- 
va que la lettre était fausse, deman- 
da qu'on en recherchât les auteurs, 
et parvint à détruire tous les soup- 
çons. Nos Mémoires ne nous appren- 
nent pas l'époque de la mort de la 
Beigoum-Somrou. Son fils , dont 
l'histoire ne dit rien, était mort sans 
doute depuis long-temps , puisqu'elle 
régnait seule avec un pouvoir absolu. 

A— T. 
SON ( Joris ou Gf.ouges Van ), 
peintre d'Anvers, né eu i(ki2, se lit 
une réputation par ses tableaux de 
fleurs et de fruits, qu'il peiguaitavec 
une perfection rare et une grande fa- 
cilité. Ses ouvrages, quoique nom- 
breux , obtiennent une place distin- 
guée dans le cabinet des amateurs. 
Son fils , Jean Van Son , se lit 
remarquer dans le même genre, et 
quoique élève de son père, il le 
surpassa en ajoutant l'étude exacte 
et assidue de la nature aux leçons 



SON 

qu'il en avait reçues. Sa réputation 
se répandit dans les principales cours 
de l'Europe, qui se disputaient ses 
ouvrages. 11 conçut alors le projet de 
se rendre en Angleterre, et il fut reçu 
à Londres de la manière la plus distin- 
guée. 11 y peignit une quantité innom- 
brable de tableaux de toutes les dimen- 
sions , sans pouvoir satisfaire aux de- 
mandes qu'on lui adressait de toutes 
parts. Malgré la multiplicité de ses 
travaux , il ne négligeait aucun moyen 
de rendre ses ouvrages parfaits , et les 
derniers qu'il exécutait avaient tou-r 
jours un degré de perfection de plus. 
Dans ses grands tableaux de fleurs et 
de fruits, il introduisait ordinairement 
des tapis de Turquie, des rideaux 
d'étoiles d'or et d'argent , disposés 
de manière*à donner de l'harmonie 
et de la richesse à sa composition, 1 
et a faire ressortir la fraîcheur et 
l'éclat des Heurs et des fruits. Ce- 
pendant rien dans ses travaux ne 
sent la recherche ou la convention; 
c'est la nature elle-même ; sa touche 
est tout -à-la-foi s ferme et facile : ses 
fleurs, qui sont toujours du plus béai» 
choix, sont remarquables par la vé- 
rité, l'élégance et la légèreté; et per- 
sonne ne l'a égalé pour peindre les 
raisins et les pêches. La perte de sa 
femme affaiblit s» santé; celle de sa 
fille, qui mourut quelque temps après, 
acheva de l'accabler, cl le conduisit 
au tombeau , en 1^03. 11 avait 
coutume d'ébaucher plusieurs ta- 
bleaux à-la-fois, avant d'en termi- 
ner un >eul. Lorsqu'il mourut, on en 
tiouva un grand nombre ainsi prépa- 
rés ; Wevei maus voulut les terminer; 
mais eette entreprise n'eut pas un. 
grand succè?. Les ouvrages de Jean 
Van Son ont été quelquefois confon- 
dus avec ceux de son père; inais uu 
examen un peu attentif découvre bien- 
tôt leur supériorité. P — s. 




SON 

SONNENBERG ( Frahçois-àw- 
toine-Joseph-Ignace-Marie , baron 
de), poète allemand, naquit à Muns- 
ter, le 5 septembre 1^78. Son talent 
se développa de bonne heure, et sou 
imagination hardie brisa les entraves 
dont une éducation très anti-poétique 
l'environnait. À l'âge de douze aus , 
lorsqu'il fréquentait le gymnase de 
Munster, il composa, d'après le Mes- 
sie de Klopstock , que le hasard mit 
dans sis mains, le premier plan de 
son poème épique : la Fin ilu mon- 
de, Vienne , 180 1 , iu-8 '. , dans le- 
quel, à côte des défauts d'une compo- 
sition irrégulièic et gigantesque , et 
d'une diction souvent ampoulée, le 
lecteur impartial et non prévenu re- 
marque une brillante imagination, 
des conceptions hardies et un talent 
particulier de peindre avec vérité et 
chaleur. Ce fut probablement par 
des motifs fort étrangers à ses goûts, 
qu'il étudia le droit. Dès l'âge de 
dix-neuf ans, il parcourut l'Alle- 
magne , la Suisse et la France , et se 
lîxa eiitin à Iéna , entièrement occupé 
d'une seule idée , celle de Unir un 
Dou\eau poème épique , qiii ne parut 
qu'après sa mort, sous ce titre : Do~ 
natua , 2 volumes , Halle , 1 80G , 
in- 12. 11 renonça, pour la com- 
position de cet ouvrage, au com- 
merce des hommes , au sommeil 
et à tout ce qui est le plus nécessai- 
re à la vie ; en lin son imagination s'é- 
gara entièrement, et il se donna la 
mort à léna, le *ïi no\enibre i8o5. 
Par son extérieur, Soiuienberg rcs- 
semb'ait d'une manière frappante à 
Schiller; et il faut a\ ouer, que pour le 
moral, ces deux poètes avaient aussi 
quelque ressemblance. La nature avait 
doué le premier de ses dons les pïus 
précieux. Sa mémoire était prodi- 
gieuse , sou esprit pénétrant , et son 
imagination extrêmement riche. S?. s 



SON 87 

connaissances étaient fort étendues eu 
histoire, et particulièrement dans l'his- 
toire d'Allemagne.. L'astronomie, les 
mathématiques, la tactique militaire, 
rieu ne lui était étranger ; mais la 
poésie était par dessus tout l'objet 
de ses pensées; et sa Donatoa prou- 
ve que s'il avait pu se soumettre aux 
règles immuables du beau et du vrai, 
il aurait renouvelé , pour la littéra- 
ture allemande, le sic de de Klops- 
tock ; il excelle surtout dans le pa- 
thétique et dans tout ce qui tient à 
la sensibilité. Le Recueil de s*6 Poé- 
sies fut publié après sa mort, par 
J. (r. Giuber, Rudolstadl, 1808, 
in-8». Z. 

SONNERAI ( Pierre ), voya- 
geur, né à Lyon vers il45, en- 
tra dans l'administration de la ma- 
rine y ayant déjà des connaissan- 
ces en histoire naturelle , et dessi- 
nant avec facilité. Il partit de Paris, 
en 1 «;G8 , pour l'Ile - de - France , 
où Poivre, son parent , exerçait Ie& 
fonctions d'intendant ; et il trouva 
dans cette île son compatriote (lom- 
mersou , qui , reconnaissant en lui du 
zèle et le goût des observations, le 
prit pour compagnon des courses qu'il 
lit pendant trois ans dans Icsllcs-de- 
France , de Bourbon , de Madagas- 
car, etc. Poivre avait déjà envoyé, 
dans les mers des Moluqucs, une ex- 
pédition chargée d'en rapporter des 
arbres à épites. 11 en lit partir une 
autre, eu 1771 ; elle était composée 
de la i\\\Xv\ Ile-de-France , comman- 
dée par Coctivi , et de la corvette le 
Nécessaire, sous les ordres de Cordé. 
Soi. nera t s'embarqua sur le premier 
bâtiment. En passant aux Sec h elles, 
Sonnerat cul occasion d'observer à l'î- 
le Praslin ie coco de cet archipel, que 
sa forme singulière faisaitdcpuis long- 
temps remarquer des curieux, et que 
l'on attribuait aux î!cs Maldives; il eu 




88 



SON 



a le premier donné une figure exacte 
et la description. ]as vaisseaux al- 
lèrent ensuite à Manille , à Sambouan- 
gan , à Mindanao et à Yolo , dans les 
Philippines , puis à Patani et à Poulo- 
Ghébi , îles habitées par des Papous, 
où ils chargèrent une quantité consi- 
dérable de plantes et de graines de 
giroflier et de muscadier. Ils furent 
de retour à l'Ile-de-France , dans le 
mois de juin 1772 ; et Sonnera t re- 
vint en France, en 1774» rapportant 
une riche collection a histoire natu- 
relle, qu'il déposa au cabinet du Roi. 
Il repartit pour l'Inde, en 17 74, avec 
le titre de commissaire de la marine , 
et fut charge' par le gouvernement de 
continuer ses recherches dans les pays 
qu'il allait visiter. 11 parcourutCeylau, 
puis la côte de Malabar, Mahé, les 
Gâtes ; remonta la cote jusqu'à Su- 
rate, et dans le golfe de Caninayc. Il 
vit ensuite la côte de Coromandel , 
uis la presqu'île au delà du Gange, 
a péninsule de Malacca et la Chine. 
Jugeant qu'il pouvait encore don- 
ner plus d'étendue à ses observa- 
tions dans l'Inde , et suivre le travail 
qu'il y avait commencé , il regagna 
la côte de Coromandel , et pendant 
deux ans , voyagea dans les provin- 
ces du Carnate, du Tanjaour et du 
Madurc ; mais la guerre vint inter- 
rompre ses recherches. Se trouvant 
chargé de l'inspection et du détail 
des hôpitaux , des magasins du roi et 
du port pendant le siège de Pondi- 
chéri , il fut obligé , après la capi- 
tulation de celte place, en 1778 , de 
repasser enEuropc ; mais auparavant 
il séjourna quelque temps à l'Ile-de- 
France, à Madagascar et au Cap de 
Bonne-Espérance. Il enrichit de nou- 
veau le cabinet dû Roi d'une belle col- 
lection d'histoire naturelle , et fit pa- 
raître la relation de son voyage. Il fit 
depuis d'autres courses dans l'Inde 7 



I 



SON 

où H séjourna longtemps. II était k 
Pondichéri au mois d'avril i8c*i. Il 
revint plus tard en France , et mou- 
rut à Paris , le ia avril 1814. On a 
de Sonnerat : I. Voyage à la Nou- 
velle Guinée , dans lequel an trouve 
la description des lieux, des obser- 
vations physiques et morales , et des 
détails relatifs à V histoire naturelle 
dans le règne animal et le règne vé- 
gétal, Paris , 177G , 1 vol. m-4°. , 
avec cent vingt figures; traduit en alle- 
mand, par J.-Pli. Ebeling, I*eipug, 
1777, in-4°., fig« Ce livre est dédié k 
M*" 1 '. P... (Poivre). Sonnerat dit qu'il 
appartient à cette dame par les liens 
du sang. Quoique le titre de ce voyage 
désigne la Nouvelle Guinée, Sonnerat 
n'a pas abordé ce pays. Poulo-Gheby, 
terme de l'expédition , est une petite 
île située à quelques minutes au nord 
de l'équateur , et à peu près à 126 
degrés , à Test de Paris , près de la 
côte sud-ouest de Gilolo. Cet ouvrage 
contient de curieux détails sur Ma- 
nille et les Philippines, sur Yolo, 
Poulo-Gheby et les Moluques. Le 
nom de cette petite île est laissé en 
blanc ; ou ne l'apprend que par la 
lecture du journal de route, inséré 
dans l'ouvrage suivant. II. Voyage 
aux Indes orientales et à la Chine , 
fait par ordre du Roi depuis 1774 
jusqu'en 1781 , Paris, i*j8a, a vol. 
iu-4°. , avec beaucoup de figures; 
traduit en allemand ( par J. Pezzl ), 
Zurich , 1 783 , 'i vol. in-4°. 1 fig» Le 
premier volume comprend tout ce qui 
a rapport à la presqu'île de l'Incfe r 
c'est-a-dire au Décan , l'histoire de 
ses révolutions, sa topographie , son 
commerce; les mœurs , les coutumes, 
les langues, les arts des Indous, l'é- 
tat où ils ont porté les sciences , leur 
système d'astronomie, leur mytho- 
logie et leur religion. J^es détails que 
Sonnerat donne sur ces divers objets, 




MMt «ksi»**)**»*»»» et forte* 
en ^B gnhli. 

ipw dé>wM> dànSeux* fui d 
ont acrit aaa»W maû a a «ta Ind 
on U mi ni k peu près, les 
seadarapbueni " 



SOI* 8g 

supplier, de l'ordre des rameurs, et 
plnneun oiseaux , dont quelques-uns 
forment des eenrw nouveaux. 1) trou- 
■ Gîtes 01 



livres plus re a souche 

« I* sieà. Le GentH a mieux c 

PmWébwi» des Indous. Le m 

Ttèimi tnilc de l'eut des sci 

et des arts cbex les Chinois, 

■MM» des Pegouans , et de leur c 

sserce avec les nations europée 
0>t lit ensuite des observation ; 
Madagascar, sur te cap de B< 
Bsaéranee, sur les Iles^de-Franee et 
•sBoarbcs , les Maldites et Ccylan T 
ssr kJalacca , les Philippines et les 
Ksbçae». Sonnerai est mj de au- 
tan» «nâ ont le phis nul parle des 
Chinois ; le jugement qu'il porte de 
cette natte*, si remarquable à tant 
d'égards, est évidemment erroné, 
et les missionnaires français l'o : re- 
laté dans le grand recueil des M . moi- 
ns sur la Chine (i). On peut repro- 
cher à ce voyageur, de manquer 
d'ordre et de se montrer quelquefois 
crédule. Du reste, son «Je était in- 
fibgable : lorsqu'il rencontrait uu 
relire ou une plante utile , il les en- 
rayait dans nos colonies pour les y 
anutiptjer. Les îles de France et de 
Bsarnon lui doivent le rima ou arbre 
iaain , le cacao , le mangoustan et 
d'autres arbres à fruit ou à résine , 
fwmmiT aujourd'hui dans ces îles. 
Daas chacune de ses relations , Son- 
nerai a revu tontes les observations 
s'histaârc naturelle relatives au pays 
■ont il parle. Il a le premier décrit 
l*ajNJe , grand quadrupède fort 







va dans les Gîtes oeux qu'il p 
a l'académie des sciences somme la 
souche primitive dû coq et de la 
poule. Tous ces animaux et les vé- 
gétaux sont dessiné» avec beaucoup 
d'exactitude. D'autres figures repré- 
sentent les usages et métiers des In- 
dous; on reconnaît que l'on n'a pas 
cherché, dans leur éxecution, à sacri- 
fie»- l'exactitude au désir d'embellir 
les objets qu'elles font connaître. Son- 
nini publia une nouvelle édition de 
ce voyage de Sonnerai, Paris , 1 866 , 
4 vol. in-8°-, avec un atlas. Ce sont 
les mêmes figures que dans la pre- 
mière édition ( a). Le texte contient 
plusieurs additions fournies à l'édi- 
teur par le fils de l'auteur. Les plu» 
remarquables sont: Remarques sur 
les pratiques religieuses des Indous , 
traduction du Charta-Badiou Char- 
ta-Birma; Traite abrégé des quinze 
provinces de la Chine: notice ancienne 
mais curieuse ; Notes sur le Pegour; 
Relation abrégée du naufrage du 
vaisseau le Duras aux Maldives, 
Quelques morceaux altérés ou suppri- 
mesdansl'eart. précédente ontété ré- 
tablis dans celle-ci. Sonnini ajouta , 
Le Tableau des révolutions de l'In- 
doustan jusqu'au commencement 
du dix-neuvième, siècle ( Sonnent 
l'avait terminé en 1778); Corres- 
pondance de Tippou avec les com- 
mandants français ,■ Mémoire sur 
l'agriculture du Carnate ; Ré- 
cit de deux expéditions faites à 
Bornéo ,- Extrait des Mémoires de 
Chevalier, sur les Ues Andaman; 
If oies sur Madagascar ; Instrua- 



lanna i* 1 Ma,«M » ptancht» 
•yUabw* I M r ni , ptM «if tH 



90 SON 

tien sur la culture du giroflier et du 
muscadier, par Puivrc ; Notice sur 
les productions des Philippines; Re- 
lation d'un voyage à Rio de Ja- 
neiro; des Observations de Law de 
Lauristou , gouverneur de Pondi- 
chei i , sur le voyage de Somicrat ; 
et un extrait d'un pamphlet imprime 
à rjlc-dc- France , contre Poivre. 
Sonnera t était correspondant du 
Cabinet du Roi et de l'académie des 
sciences. Liuné nomma Sonneratia 
un arbre de Malabar, des Moluques 
et de la Nouvelle-Guinée, décrit par 
Sonnera t sous le nom de Pagapaté. 
11 est de Ticosandric monogyuie et 
appartient a la famille des myrloï- 
des. E — s. 

SONNET ( l ; RANçois-CnArxLis) , 
jurisconsulte , né , dans le seizième 
siècle, à Vesoùl , d'une famille qui a 
produit plusieurs hommes de mérite 
( Fojr. la Descrip, comitatus Bur- 
ftuntliiv , par Gilb. Cousin ), lit ses 
études à Dole et à Paris 5 et après 
a\oir reçu le doctorat, revint dans 
sa ville natale, où il partagea ses 
loisirs entre les exercices du barreau 
et la cuîtnicdes lettres.- Il était Faïui 
de Chassignct ( F. ce nom ), qui Ta 
célébré dans ses vers. On a de lui : 
I. Primum consilium analyticum 
très complectens Quœstioîies, Paris, 
15-jG, in-4°. il. Conseil sur les do- 
nations réciproques des pupilles et 
mineurs , etc. , Besançon, iGovt , in- 
4°« — - Claude-François Somnkt, son 
neveu , jouissait de la réputation 
d'un des plus habiles hommes de son 
temps ( Lainpiuct , Riblioth, sequen. 
mss. ) il cultivait, avec un égal suc- 
cès, les sciences et la littérature. 
Ayant embrassé l'état ecclésiastique, 
il obtint au concours une chaire de 
théologal du chapitre de Besançon , 
( t mourut en cette ville , vers i(>3o , 
dans un âge avancé. — T. 11. Soni^t 



SON 

de Com-val a publié des Œuvres 
satiriques , seconde édition , Paris , 
i6i'i, iu-8°. , principalement diri- 
gées contre les femmes et les charla- 
tans. W — s. 

SONNIM ( Erwlst-George ) , ar- 
chitecte, né, en 1709 , à Perleberg f 
dans la Marche de Pricgnitz,ou son 
père était pasteur, se distingua , dès 
l'enfance, par un esprit vif, une ap- 

Slicatiou soutenue ctunc rare dextérité 
ans tous les exercices du corps. Il 
perdit son père à l'âge de douze ans ; 
et, resté sans ressources, il continua 
néanmoins ses études au gymnase 
d'Altona, où le recteur, ami de ses 
parents, prit beaucoup d'intérêt à 
lui. L'amitié d'un jeune homme lui 
fut aussi d'une grande utilité pour 
l'achèvement de ses études. Cet ami , 
nommé C.-M. Mollcr, était appren- 
ti ciiez un potier, où Sonnin se trou- 
vait en pension; ce fut là que les 
deux jeunes gens se lièrent de l'ami- 
tié la plus tendre. Mollcr acquit dans 
le dessin un talent qui s'augmenta en- 
core par les leçons de mathématiques 
que lui donna Souuin. Le maître po- 
tier s'étant mis à travailler d'après 
ses dessins , lit de grands bénéhecs , 
dont il céda une part à son élève» 
Mol 1er, à son tour, en lit part à Sob- 
niu ; et celui-ci , par ce moyen , put 
se rendre à l'université de Halle, où 
il termina ses études, s'appliquant 
spécialement à l'étude des mathémati- 
ques. 11 s'y lia surtout avec G.-G. Guis- 
chardt, connu plus tard sous le nom 
de Quintus Icilius ( f. Guischardt, 
XIX, iH'j }. lïc Halle, Sonniu se ren- 
dit à léna, et retourna presqu'aus- 
sitôt à Aliéna , où Mollcr le reçut à 
bras omerts, et lui donna un loge- 
ment chez lui; mais , ne voulant pas 
être à charge à son ami, Sonnin éta- 
blit un atelier d'instruments de phy- 
sique et de mathématiques , où il cou- 




SON 

arec une adresse sineu- 

clepsydrcs , des globes 
1 célestes, des machines 
eut , et surtout des instru- 
tique. Parmi les produc- 
3 industrie, on remarqua 

instrument dont il fit le 
eque Ton fait aujourd'hui 
ite. Les rapports qu'il eut, 
•que , avec un riche Ham- 
uommë Rahusen , ami des 
es arts , le conduisirent à 
'chitecture , qui avait tant 
avec ses connaissances ac- 
r lit de grands progrès on 
ps. La première conslruc- 
m le chargea , sur la rc- 
tion de son ami Rahusen, 
db.'ïtimcnt occupe par une 
à Altona. Il y réussit à la 
1 du propriétaire; et bien - 
nommé, par le sruat de 
. architecte eu seci nd de 
Saint- Michel, qui (levait 
uiîe «i la place de celle qi.c 
■la\ ail consumée en l'jJo. 
licore peu connu à cette 

lut pas charge seul de < el- 
nîe construction. L'archi- 

, q'ii en fut le chef, était 
: entité et fort inférieur, 

les rapports, à Sonnai ; 
-ci sut mettre dans leurs 
ant de prudence et de su- 

(jii'en elî'et il eut le do- 
tes choses, et qu'il dirige»* 
l'opération. Cependant 
?\\ lai à la construction du 
Ve'cv et les maîtres char- 
ii cii t des représentations 

pians, auprès du comité 
ispcetcr et d'an éter les tra- 
duite ne prononça point : 
i les architectes les plus 
rAllemagne. En attendant 
ise , Soiiniii fit lui - même 
[•les, dont l'un représente 



SON 91 

une toiture à l'italienne, et l'autre 
un comble coupé et brisé (à la man- 
sarde;. Ces deux modèles, exécutes 
supérieurement , existent encore, et 
sont religieusement conserves. Il en 
résulta que le nouvel édifice était très- 
propre a recevoir un comble à la 
mansarde; et cette toiture fait au- 
jourd'hui l'admiration de tous les 
connaisseurs. 11 convient de remar- 
quer que Souniii ne se servit , pour 
la construction de la tour, d'aucun 
échafaudage quelconque , mais d'ins- 
truments très simples , par exemple, 
d'un guiiida! mis en mouvement par 
un cheval , au moyen duquel on éleva 
toutes les masses, dette tour , la plus 
haute <iui ait été bâtie dans le dix- 
huitième siècle , ollrc encore une 
autre singularité , c'est qu'elle est 
construite de manière que de son 
sommet , c'est - à - dire , du point le 
plus c!c\e auquel en puisse parvenir 
dans son intérieur, jusqu'au pave de 
l'église, l'espace est entièrement li- 
bre, de telle sorte que le physicien 
jjen/.enberg n'a pu trouver une posi- 
tion plus favorable pour v faire des 
expériences sur le mouvement terres- 
tre , par la chute de boule* eu métal, 
qui .h 1 faisait sans la moindre dévia- 
tien, à l'abri du vent et de tout au- 
tre obstacle. On a blâmé avec raison 
le style des ornements et décorations 
de l'extérieur et de l'intérieur , sur- 
tout les crosse! tes ou oreillons des 
murs principaux; mais Sonnin pré- 
tendait qu'elles ajoutaient à la so- 
lidité, et qu'elles sont très-utiles dans 
une église qui a besoin de grands vi- 
traux. On a trouvéà cette église quel- 
ques autres défauts; mais ce n'en est 
pas moins un des plus beaux édifices 
qui aient été construits dans le siè- 
cle passé. Sonnin dirigea encore dif- 
férentes constructions; et il mérita 
l'estime de ses contemporains jusr* 




9» SON 

qu'à sa mort, qui eut Heu le 8 juil- 
let 1 794. Schlichtegroll lui a consa- 
cre' une Notice très-étendue , dans son 
Nécrologc. Z. 

SONNINI de MANONCOURT 
(Charles-Nicolas-Sigisbert), na- 
turaliste, naquit à Lunévillc, le i er . 
février 1 751. Il était fils de Nicolas- 
Charles - Philippe Sunnini , 1*0 ma in 
d'origine, conseiller du roi de Polo- 
logne Stanislas , receveur particu- 
lier de ses finances , seigneur du fief 
de Manoncourt en Vcrmois , et se 
prétendant issu de l'illustre maison 
Farnèsc. II lit ses études à l'univer- 
sité' dePont-à-Mousson, la plus con- 
sidérable des maisons que les Jésui- 
tes possédassent alors en France. 
Ses succès furent si rapides , que , le 
tli juillet 176*», à peine âgé de quin- 
ze ans et demi , on Péleva au grade 
de docteur en philosophie. De cette 
époque datent ses liaisons avec Buf- 
fon et avec Nollet , qui favorisèrent 
ses brillâmes dispositions pour les re- 
cherches d'histoire naturelle. Son 
père le destinant à la magistrature , 
il se rendit à Strasbourg , a (in d'étu- 
dier le droit , et se lit rerevoir , le 
i4 novembre 1 -08 , avocat à la cour 
souveraine de Nanci. Mais le Ix'soin 
des voyages et la passion des décou- 
vertes ne lui permirent point de sui- 
vre cette carrière : il l'abandonna 
bientôt pour prendre le parti désar- 
mes. 1) abord cadet noble dans les 
hussards d'Kstcrha7.i,il passa ensuite 
dans le génie de la manne, et solli- 
cita son envoi à Caïcnnc, en qualité 
de cadet à l'aiguillette; ce qui eut 
lieu en 1 77*^. Arrivé à la Guiane, il 
se hâta de parcourir cette immense 
province. Les dangrrs, les entrepri- 
ses d ilhcilcs , les privations qu'elles 
exigent, une nature toute sauvage, 
rien ne peut l'arrêter : rien n'effraie 
son ame ardente, rien n'est au- 



SON 

dessus de sou robuste tempéra- 
ment. En peu de temps il acquiert, 
même parmi les créoles flibustiers, 
la réputation d'un voyageur déter- 
miué et infatigable. Les administra- 
teurs de la colonie pensèrent à pro- 
fiter de son zèle et de son dévoûâent, 
pour connaître toutes les ressources 
que le pays présente. C'était rendre 
service au jeune Sonniui, c'était flatter 
en même temps ses goûts et sa noble 
ambition. Il s enfonce dans les bois, 
afin de rechercher, découvrir, atta- 
quer et détruire les établissements des 
nègres-marrons, qui inquiétaient sans 
cesse la colonie. Cette première expé- 
dition date du 19 oct. 1 ^73 ; elle s'é- 
tendit jusqu'au rivage du Rio-Negro, 
qui sépare la Guiane du Pérou , et 
se termina, en avril 1 774 » par l'éloi- 
gnement des nègres - marrons , par 
l'ouverture d'une route à travers 
d'épaisses forets vierges, pour com- 
muniquer avec l'ancien pays des In- 
cas , et par d'utiles observations en 
histoire naturelle. Lne semblable 
expédition donnait bien des connais- 
sances topographiques sur le point 
le plus large de la colonie , mais elle 
intéressait moins encore que rétablis- 
sement d'une route par eau, pour se 
rendre de Caïennc à la montagne la 
Gabricllr , où l'excellence du terrain 
a rendu facile la culture des plantes 
à épiées de l'Inde, de l'arbre a pain 
d'O -Taïli , du café de l'Arabie, de 
la canne à sucre et de tous les végé- 
taux du Nouveau- Monde, suscepti- 
bles d'agrandir les ressources et le 
commerce de l'ancien. Plusieurs ten- 
tatives avaient été faites, toujours en 
vain. La dernière même, dirigée par 
La Mauccllièrc, avait détruit toute es- 
pérance. Sounini en est instruit. Plus 
on lui montre de dangers, plus l'en- 
treprise est difficile, et plus il éprou- 
ve le besoin de se frayer un chemin 




SON 

au sein même de ces immenses plai- 
nes basses et marécageuses, dans 
lesquelles on ne voit aucun arbre, 
ou babitent le féroce caïman et 
des myriades de maringouins et de 
moustiques. 11 sollicite l'honneur 
d'ime découverte aussi importan- 
te , et s'embarque sur un frêle ca- 
not , avec dix Indiens. On ne peut 
se faire une idée des peines qu'il 
éprouva , pour obtenir le succès 
qu'il s'était promis, et qu'il avait 
•annoncé aux autres, pendant les douze 
jours employés à naviguer dans 
les savanes , disons mieux , à glisser 
péniblement sur une surface solide 
en apparence , mais mouvante et cé- 
dant au moindre poids. Sonnini af- 
fronta courageusement toutes les hor- 
reurs delà soif et de la faim , tous les 
inconvénients des eaux stagnantes qui 
l'infectaient , des pluies qui l'inon- 
daient , des insectes dont il était dévo- 
ré, de la lièvre qui l'affaiblissait, des 
murmures de ses compagnons ; mais 
le pire de tous les maux était pour 
lui la lenteur désespérante du succès. 
Enfin il réussit , et parvient sur cette 
montagne tant désirée : son équipage 
reçoit des secours, il prend lui-mcinc 
des rafraîchissements dont le besoin 
était si pressant; satisfait de son 
triomphe , il retourne avec joie dans 
son canot, et en moins de deux jours, 
par le chemin qu'il s'était frayé , il 
rentre à Calennc. À son arrivée . ad- 
miiiitrateurs et colons l'accueillent 
avec empressement , et donnent son 
nom au canal que l'on fait aussitôt 
creuser sur sa route. Ainsi , touchant 
à peine à sa vingt- troisième année , 
son nom est déjà fixé très-honorable- 
ment dans les fastes de la colonie. 
Envoyé en France pour y donner lui- 
même des détails sur son expédition, 
il est promu au çrade de lieutenant ; 
et comme il avait rapporté une belle 



SON 



93 



collection d'oiseaux rares pour le 
cabinet d'histoire naturelle, il reçut 
en même temps le brevet de corres- 
pondant de cet établissement, et le 
titre de naturaliste-voyageur du gou- 
vernement. 11 retourna, eu 1773, à 
Caîenne , après avoir visité la cote 
occidentale de l'Afrique depuis le 
cap Blanc jusqu'à Portudal , où la 
France possède un comptoir- il fit 
quelques observations dans l'île Go- 
réc ,dans les pays de Caïor, de Baol 
et des Yolofes , qui sont habites par 
de très beaux nègres , ainsi que les 
îles du Cap Vert , alors désolées par 
la famine , et la rade de la Praïa où 
Suflren se couvrit de gloire. Sounini 
reparut à Caïennc à la grande sa- 
tisfaction de tous les habitants , et 
pendant les deux années qu'il y passa, 
comme iugénieur de la marine, il fut 
uniquement occupé de recherches 
d'histoire naturelle , qui sont toutes 
consignées dans le Journal de phy- 
sique de l'abbé Rozier. La relation 
de ces voyages est demeurée inédite: 
elle est souvent citée par BiiObn, sous 
le nom du Journal d'un navigateur. 
Après avoir quitté Caïennc, à cause 
d'une fièvre quarte opiniâtre qui con- 
sumait sa vie, Sonnini passa l'hiver 
de 177O à 1777 à Montbard , où le 
grand naturaliste le chargea de tous 
les articles d'ornithologie étrangère. 
Il était occupé de ce travail, quand 
le fameux baron de Tott fut nommé 
inspecteur des échelles dn Levant et 
de la Barbarie. Sonnini témoigna le 
desir de monter le bâtiment destiné à 
cette expédition. Bufïbn appuya vi- 
vement sa demande, qui fut accordée; 
et, à son arrivée à Alexandrie, le 20 
juin 1777 , Sonnini trouva des or- 
dres particuliers pour voyager en 
Egypte. Il conçut aussitôt le projet 
de parcourir toute la longueur de 
l'Afrique , dans son milieu , depuis le 



94 



SON 



golfe alors très-peu connu de la Sidra, 
jusqu'au cap de Bonne - Espérance. 
Ce dessein gigantesque , dont l'idée 
seule effraie l'imagination , ne fut 
point approuve; et Sonnini, limité 
dans sa course , s'appliqua à mieux 
faire connaître l'Egypte que ne l'a- 
vaient fait ses prédécesseurs , non- 
seulement sous le rapport des pro- 
ductions , mais encore sous celui des 
mœurs et des habitudes. Ses obser- 
vations sur l'histoire naturelle sont 
nombreuses , parfois neuves et du 
plus haut intérêt , quoique moins 
complètes et moins variées que celles 
de Hassclquist, disciple du grand 
Linné. Depuis le chirurgien Gran- 
ger, dont le vovage date de 1730, 
Sonnini est le seul Français, jusqu'en 
1778, qui ait remonté le Nil jusque 
près de ses cataractes , et le premier 
qui ait donné une parfaite connais- 
sauce du pays situé entre Dcman- 
hour, capitale du Bahiré, et les lacs 
Natron,où s'arrêtent le brillant phe- 
nicoptère et des troupeaux de bètes 
fauves. Des plages inclinées de l'E- 
gypte , il se rendit en Grèce , et ex- 
plora plus particulièrement la grande 
et belle île de Candie; les groupes 
de terres et de rochers qui peuplent 
la mer Egée, quelques parties de 
l' Asie-Mi ueurc , de la Macédoine et 
de la Morée.Cequ'il écrivait en 177?) 
et en 1780, sur ce pays, plein des 
plus nobles souvenirs , intéresse en- 
core aujourd'hui que la Grèce s'effor- 
ce de reconquérir son indépendance. 
Avant de quitter l'île de Mi!o , où il 
goûta toutes les délices de la vie, Son- 
nini se signala par un acte de cou- 
rage et de présence d'esprit , qui 
sauva une frégate française, montée 
par son ami le chevalier d'Entrc- 
casteaux , et uu convoi de plus de 
MMxaute voiles , attaqué par l'ami- 
ral anglais Keppcl. Notre infatiga- 



SON 

ble voyageur rentra , le 18 octobfe 
1780^ dans le port de Toulon, 
d'où il était parti quarante mois 
auparavant, et peu de jours après, 
il reparut sous le toit paternel dans 
l'espoir d'y trouver le repos si ne'- 
cessaire après tant de fatigues* Son 
cœur fut cruellement déçu : l'accueil 
franc et désintéresse' que lui firent les 
habitants du village dont son père 
était le seigneur , ne fut point parta- 
gé par sa famille; son absence avait 
éveillé la cupidité de quelques pa- 
rents, qui s'étaient mis en possession 
d'un héritage, du reste moins considé- 
rable qu'on se l'imaginait; son père, 
ami du faste et delà représentation, en 
ayant dissipé une grande partie. Du- 
rant le procès qu'il dut intenter et 
qu'il gagna , il s'était retiré successi- 
vement à Eironcourt, dans 1rs Vos- 
ges, et à Marigni près de Château- 
Thierri, où il a fait de fort belles 
plantations qui subsistent encore. Dès 
qu'il eut recouvré une petite ferme à 
Mauoncourt, il se bâtit un manoir 
assez agréable, et v créa des jardins 
qu'il prenait plaisir à cultiver. C'est 
là que . se livrant à des essais eu 
grand , il introduisit dans notre sys- 
tème agricole plusieurs végétaux exo- 
tiques d'une utilité reconnue : le 
chou -navet de Laponic ou rutaba- 
ga ; la grande vesce ou lentille du 
Canada; le fenu grec, connu des 
Egyptiens , sous le nom de hclbè ; et 
la julienne , plante oléifère , qui don- 
ne plus d'huile que la navette et le 
colza. Bientôt les orages politiques 
vinrent l'arracher à ses paisibles 
jardins. Dès les premiers jours de la 
révolution, il fut nommé juge de 
paix , puis juge au tribunal de Nan- 
ci , et enfin l'un des administrateurs 
du département de la Mcurthe. Voya- 
geur par état et par besoin , on pour- 
rait dire par tempérament 7 culti- 




SON 

r gO»it ? il s'acquit en peu 
la réputation (l'administra- 
pc et laborieux. Elle ne le 
lant pas à l'abri dcl'injus- 
e put empêcher la mesure 

des proconsuls Saint- 
«bas, qui frappa l'admi- 
entière de la Meurthc, en 
fui traduisit au tribunal 1 c- 
ire Sonnini et tous ses col- 
is le prétexte qu'ils avaient 
iqnerde vivres les armées 
t de la Moselle, dans un 
i tout le département qu'ils 
ient e'tait en proie à une 
bsolue. Apres cinq mois 
on , ils furent rendus à 
•s, et réintègres dans leurs 
Ce triomphe fut de courte 
p Sonnini . puisqu'un mois 
t destitué cniume noble et 
re d'émigré. Il reprit avec 
cupations agricoles; mais 
\t des assignais ne tarda 
•lire à rien son modeste 

le força au plus dur sa- 
flui d'abandonner sa re- 
rie, et de rentier dans le 
ir y réparer le* torts de la 
ans son désespoir, il vou- 
*d se rendre à l'île de 
n d'v fonder un grand cfa- 
ecunmereial, et s'y livrer 
[dations; mais guidé par 
• l'amitié, il vint à Paris, 
1 de travaux littéraires 
•>port avec ses habitudes, 
profit les immenses ma- 
'il avait rassemblés dans 
5 et préparés au sein de 
•s. Le premier ouvrage 
if, fut un monument à la 
c Rufïbn, (]m l'avait bo- 
re d'ami : il donna une 
m de l'Histoire naturelle, 
le on trouve, avec les ad- 
es par le Pline français , 



SON tf 

les découvertes particulières à Son- 
nini et aux a titres observateurs mo- 
dernes, et tous les faits épars dans 
une multitude de volumes et de mé- 
moires isolés , imprimés dans toutes 
les langues vivantes. A l'époque de 
l'expédition des armées françaises en 
Egypte, Sonnini publia la relation 
de ses voyages dans cette contrée; 
elle fut bientôt suivie des Voyages 
en Grèce , et d'un grand Dictionnaire 
d'histoire naturelle, dont l'idée pre- 
mière appartient à Valmont de Bo- 
mare. Ces grandes entreprises litté- 
raires semblaient devoir assurer à 
leur auteur une vieillesse heureuse et 
indépendante; mais elles fixèrent sur 
lui les yeux de Foureroy, alors di- 
recteur-général de l'instruction pu- 
blique; elles le firent placer à la tête 
du grand collège de Vienne , dépar- 
tement de l'Isère, et par suite sonner 
ce qu'il appela son agonie de deux 
ansA.Q collège de Vienne avait autre- 
fois joui d'une certaine réputation : en 
en prenant les îvnes , Sonnini voulut , 
par l'ordre et la discipline, lui ren- 
dre sa première splendeur. Ti fut con- 
trarié dans ses plans de réforme , 
et tellement abreuvé de tribula- 
tions , qu'après deux ans d'efforts et 
de résistances, il se vit forcé de quit- 
ter le poste où l'avaient appelé des 
talents réels et la confiance du gou- 
vernement. Une semblable circons- 
tance aigrit son a me , et le décida à 
s'isoler des hommes, que, dans son 
chagrin, il accusait tous de perfi- 
die; il reprit ses travaux littéraires, 
et donna successivement plusieurs 
Traités d'agriculture , une édition 
du Cours de Rozicr, réduite aux lois 
certaines d'une pratique éclairée par 
la théorie, et mise à la portée du sim- 
ple cultivateur. Quelques voyageurs 
qui desiraient publier leurs richesses 
en histoire naturelle sollicitèrent bcs 




OC SON 

conseils, et voulurent donner une 
grande importance à leurs travaux , 
en associant à leur nom celui d'un 
savant qui signala sa carrière par de 
véritables services rendus aux scien- 
ces , et oui paraissait destine' à ache- 
ter la gloire par le sacrifice de sa 
propre tranquillité. C'est ainsi que 
l'on vit Sonnerat, Félix Azara, Le- 
dni et Tombe imprimer leurs Voya- 
ges avec des notes et additions par 
5ouuini. Pendant qu'il se livrait ainsi 
à des travaux .devenus peu lucratifs, 
une circonstance imprévue changea 
sa destinée , et le força , pour ainsi 
dire, à s'expatrier. 11 partit le i5 
octobre 1810 , se rendit dans la ca- 
pitale de la Moldavie, où la fortune 
semblait lui sourire; mais, toujours 
trompé y six semaines après son ar- 
rivée à lassy, il s'aperçut que sa 
bonne-foi avait été surprise, et qu'il 
lui fallait revenir sur ses pas. Sa riche 
bibliothèque fut achetée par l'arche- 
vêque Ignatius, qui en a fait présent 
au Lycée grec de Bukharest dont 
il est fondateur. Sounini ne voulut 
pas cependant rentrer en France 
sans avoir parcouru la Moldavie et 
la Valakie , sans avoir recueilli sur 
l'ancienne patrie des Slaves des ma- 
tériaux nécessaires pour en donner 
une idée exacte. Dans cette course 
imprudente, il gagna la fièvre per- 
nicieuse endémique à ces contrées in- 
hospitalières , et revit encore une fois 
Pans, le uG décembre 18 1 1 . De re- 
tour dans cette capitale , il se sentit 
chaque jour décliner. I*i fièvre per- 
nicieuse fit de funestes progrès ; et 
il mourut le 29 mai 1812. Sonnini 
-était né avec les plus heureuses 
•dispositions ; mais son inconstance , 
son ame ardente , le poussaient sans 
cesse hors de la ligne où l'homme 
peut goûter quelque félicité. Il était 
généreux , et ne calculait point avec 



x SON 

l'avenir: ainsi il vécut pauvre; et 
s'il eut un reproche à se faire r c'est de 
n'avoir pu céder aux circonstances, 
et corriger l'amour du faste, qui avait 
présidé à ses premières années , et 
qui avait perdu son père. Il s'est 
peint dans ses écrits. Aimant pas- 
sionnément les chats , comme Pé- 
trarque, il en avait toujours plusieurs 
auprès de lui , même alors qu'il 
voyait ses propres ressources hn 
manquer. Il faut lire ce qu'il en dit, 
dans son Voyage en Egypte , dans le 
tome xxi v de son édition de Bufibn, 
et dans le tome v du Dictionnaire 
d'histoire naturelle. Il a laissé phi- 
sieurs Mémoires et quelques grands 
ouvrages , que l'on consultera encore 
long-temps avec profit : I. Mémoire ' 
sur la culture du chou - navet de 
Laponie, Paris, 1788 et 1804, in- 
8°. II. Vœu d'un agriculteur, Pa- 
ris , 1 788 , in -8°. ; brochure pleine 
de vues sages , publiée à l'occasion 
du désastre causé à une grande par- 
tie de la France agricole par le tes» 
pête du i3 juillet 1788. III. De 
V admission des Juifs à Vétat cwd, 
Nanci , 1 790. IV. Journal du dé- 
partement de la Meurthe, 1790, 
in-8°. (1). V. Essai sur un genre 
de commerce particulier aux îles 
de l'archipel du Levant, Nanci, 
1797, in 8°. VI. Histoire naturelle, 
générale et particulière , par Le- 
clerc de Bujjbn , nouvelle édition , 
accompagnée de notes, de l'histoire 
des reptiles , des plantes , etc. , Pa- 
ris, 1799 à 1808, 127 vol. ia-8 . 
( Voyez Buffon , vi , a4° )• VII. 
Voyage dans la Haute et Basse* 
Égjpte , Paris , 1 799 , 3 vol. iu-8% 
avec Atlas ; traduit deux fois en an- 
glais , par Henri Hunter et par le 
major de marine Mouke. Cette der- 



(1) Voy. le Journal Jts wwd , <U >79> V P< 




SON 

est la meilleure. VIII. 
irice et eh Turquie , 

a Toi. in -8°., avec 
'raité de l'arachide , 

in - 8°. X. Manuel 
aires ruraux , Paris , 

Il a eu trois éditions ; 
, l'autre en 1 8a3 , que 
lugmentée. XI. Traité 
es , Paris , 1 8 1 o , in-8°. 
|dix ans , c'est-à-dire , 
JF1802 au mois -de mai 
u a rédigé la Bibliotliè- 
économique , coinmen- . 
, par notre célèbre Par- 
me je continue depuis 
Jnlui doit encore la pu- 
Nàuveau Dictionnaire 
iturelle, imprimé par 

I i8o3 et 180 4 , en i(\ 
t le Cours complet d'à- 
5 Rozier , en 7 vol. in- 

par Buisson , en 1 8 1 o. 
Tune et à l'autre édi- 
iricbit d'une foule d'ar- 
tants. L'auteur de cet 
ié son Éloge historique, 
, in-8<>. T. d. B. 
SkTL ( Léger - Frxi- 
îissaire délégué à Saint- 
iqriit en 1763, à Oyona, 
lépartement de l'Ain ). 
'abord porte-balle , et à 
rce de marchand forain, 

sévère économie , avait 
jue fortune , acheta des 
ans ce village, et s'y 

négligea rien pour que 
le son fils répondît aux 
positions qu'il montrait. 

furent rapides soit à 

à Paris , où sou père 
acheter une charge d'a- 
lement. U en était pour- 
os premiers troubles se 
t. Plein de feu et d'am- 

II d'ailleurs de tous les 

LUI. 



SON 97 

principes des philosophes du 18 e . 
siècle , il embrassa la cause delà ré- 
volution avec ardeur , et consacra sa 
plume à la défendre. Il eut une part 
très-active à la rédaction des Revote* 
tians de Paris. S'étant affilié aux 
Jacobins , il se lia avec le parti de 
Brissot et de Condorcet, qui cher- 
chaient dès-lors à faire proclamer 
dans les Antilles la liberté des hom- 
mes de couleur. Sonthonax écrivît 
dans ce sens ; mais les premiers dé» 
crets ayantnrencontré chez les colons 
une vive opposition, qui amena des 
troubles sérieux à Saint-Domingue , 
les meneurs de l'Assemblée législa- 
tive pressèrent l'envoi d'un armement 
dont la direction fut confiée a trois 
commissaires civils, nommés par leur 
influence. Sonthonax , particulière- 
ment lié avec Brissot et attaché aux 
mêmes principes politiques , fit par- 
tie, conjointement avec Poiverel et 
Ailhaud , de cette commission revê- 
tue de pouvoirs sans bornes. On croit 
même qu'il avait particulièrement la 
mission secrète de vaincre par la 
force la résistance des colons au dé- 
cret du 38 mars , par lequel les hom- 
mes de couleur et les nègres libres 
devaient jouir , comme les blancs , 
de Végaûte' politique. Sonthonax fut 
chargé, avec les deux autres com- 
missaires , de l'exécution de cette loi. 
L'expédition mit à la voile au mois 
de juillet 179a , avec 6,000 hommes 
de troupes, et débarqua au Cap, le 19 
sept. ï)éjà l'île avait été troublée par 
les premiers décrets de l'assemblée 
constituante. \Voy* Blanchelande) 
et par l'apparition des trois commis- 
saires , Boume , M irbeck et Saint- 
Léger, qu'on y avait envoyés l'année 
précédente ; et la province du Nord 
était en proie à la . plus terrible 
insurrection des noirs. ? Les blancs , 
bloqués dans la ville du Gap, n'o» 




9» 



SON 



saicnt pas en sortir, et leurs avant- 
postes étaient souvent attaqués et 
forces. La province de l'Ouest était 
également dévastée par la guerre ci- 
vile entre les blancs et les hommes 
de couleur : les deux partis se gros- 
sissaient d'esclaves armés, et les vil- 
les de Jacmel et du Port-au-Prince 
avaient déjà été incendiées. La pro- 
vince du Sud , la moins considérable 
des trois, s'était conservée quelques 
mois de plus dans le calme ; mais 
elle devint bientôt la pins malheu- 
reuse par la double insurrection des 
noirs, qui en bloquèrent la capitale , 
et des hommes de couleur, qui, maî- 
tres de tout le reste , brûlèrent et dé- 
vastèrent les plaines et les bourgades. 
Ce fut sous ces tristes auspices qu'ar- 
riva la commission présidée par Son- 
thonax. Les documents officiels qui 
lui furent transmis , lors de son dé- 
barquement, par les assemblées colo- 
niales, attestent la vérité de ce ta- 
bleau, et MM. les Commissaires , 

* disait l'assemblée provinciale du 
» Nord , la province dans laquelle 

* vous abordez , et dont nous som- 
» mes les représentants ; cette pro- 
» vince, jadis si florissante , va vous 
» offrir le spectacle le pi us déchirant. 

* Depuis près d'un an , elle est presque 
» au pouvoir des esclaves révoltés. 
» Moitié de ses habitants a péri sous 
» le fer assassin, ou a succombé sous 
» le poids de la misère; plus de trois 
» mille habitations sont couvertes de 
» cendres et de décombres. » A l'as- 
surance d'une obéissance entière de 
la part des colons-, les commissaires 
répondirent d'abord par la déclara- 
tion solennelle qu'ils reconnaissaient 
à Saint-Domingue deux, classes dis- 
tinctes, et séparées , savoir celle 
des hommes libres, sans distinction 
de couleur , et celle des esclaves. 
Cette déclaration produisit un grand 



SOS 

effet ; et peu s'en fallut qu'elle n'o- 
pérât un rapprochement, et qu'u- 
ne généreuse émulation ne persuadât 
les libres de toute couleur de la né* 
cessité de se réunir. Mais , au lieu de 
concerter une attaque générale con- 
tre les noirs révoltés, au lieu de les 
accabler par l'apparition soudaine 
des troupes d'Europe, Sonthonaxse 
perdit dans des détails d'administra- 
tion à -peu -près inutiles; et, après 
avoir consumé un tempP précieux k 
écouter des plaintes réciproques , il 
déporta le général Blanchdande , 
s'attacha la municipalité et la société 

Sopulaire du Cap , et prononça la 
issolution de l'assemblée coloniale. 
Quand les événements du 10 août , 
1792 furent connus, les haines se 
réveillèrent ; et l'activité se retourna 
vers les dissentions intestines. Les 
commissaires , mettant à profit l'hé- 
sitation des colons, leurs antagonistes, 
eurent l'adresse de se servir contre 
eux de la présence des généraux et 
du mécontentement des troupes de 
renfort qui venaient de la Martini- 
que. Ils se séparèrent ensuite pour 
aller chacun administrer un dépar- 
tement de la colonie. Sonthonax con- 
tinua de rester à la tête de l'admi- 
nistration de celui du nord. Polverel 
se rendit à l'ouest; et Ailhaud , des- 
tiné pour le sud , repassa en France, . 
ne se sentant ni la force ni la volonté 
de remplir sa mission. Sonthonax et 
Polverel , restés seuls à la tête de l'ad- 
ministration, donnèrent tête baissée 
dans le parti des hommes de couleur. 
Un attroupement ayant eu lieu m 
Cap, contre l'autorité de Sonthonax, 
il fut dispersé par la force armée ; et 
ce commissaire en prit occasion dt 
se débarrasser, par la déportation, 
des personnes qui lui portaient om- .^ 
brage. La guerre fut reprise alott ~~ 
contre les noirs en révolte. Sontho* - ~ 




SON 

x confia le commandement dés 
urnes mû restaient dans le nord au 
aeral La veaux ( F*, ce nom )• Il fit, 
ds l'ouest, une expédition , tandis 
t son coDègue en taisait une autre 
sfcle sud. Réunis ensuite k Saint- 
ire, ks deux commissaires resser- 
■ent , par des cajoleries, les liens 
prédilection qui les attachaient 
t cens de couleur, dont le parti 
MStssait chaque jour. Dans le parti 
i blancs , le caractère des commis- 
1res était peu respecté. Le (général 
dband, nommé au commandement 
aérai de Saint - Domingue, étant 
tiwé au Gap , crut pouvoir se sous- 
ûre k une autorite qu'il regardait 
rame chancelante,' mais ses mesu- 
s furent mal combinées. Sontho- 
x, qui venait d'assurer la soumis- 
n du Port - au - Prince , revint de 
te Tille au Cap , dans les premiers 
rs de juin 1 793 j il y fut reçu aux 
'amations d'un peuple immense 
n véritable triomphateur. Qui 
it prédit alors que, le 21 du ma- 
tois , il serait chassé de la même 
à coups de canon , et que cette 
de serait réduite en cendres? Ce 
re fut occasionnéparrinsurrec- 
» Galbaud contre l'autorité des 
ssaires, qui venaient de lui 
commandement. Ce général 
ra de la rade , de l'arsenal , 
les commissaires à se réfu- 
s l'égide des troupes de li- 
milieu du désordre, le parti 
nissaires , foudroyé par. les 
de l'arsenal , porte Je res- 
jusqu'à rompre la chaîne 
ouvrir les prisons , armer 
s et les ouvriers. La lutte 
wvantable s'engage dans 
11e; des deux côtes on ém- 
et le feu , qui éclate à-la- 
ous les quartiers. Gai- 
ne trouve de refuge que 



SON 

dans la rade, et, mettant k la y 
notariés États-Unis, laisse les cend 
fumantes du Cap au pouvoir des ; 

Es révoltés. Les commissaires , 
yés du dangereux appui auqu 
leur desespoir avait eu recours, t 
virent bientôt contraints de faire d 
nouvelles concessions; et l'entier* 
émancipation des noirs en fut la sui- 
te. Sonthonax etPolverel aperçurent 
alors , mais trop tard , le torrent qui 
allait tout entramer. Tandis que Pol- 
verel, à la tête d'une troupe d'hom- 
mes de couleur, balayait la route 
et attaquait les frontières espagnoles, 
ou les noirs révoltés trouvaient ap- 
pui et secours, Sonthonax, après l'in- 
cendie du Cap, n'ayant que quinze 
cents militaires blancs ou colons de 
toute couleur , se trouva au milieu de 
trente mille noirs, sans munitions 
de guerre ni de bouche. Redoutant à- 
la-fbis les Anglais et les nègres , in- 
formé que leur chef, Jean-François, 
allait fondre sur lui, en appelant à 
la liberté tous les noirs qui voudraient 
se ranger sous ses bannières , il crut 
conserver Saint-Domingue à la Fran- 
ce , en devançant la politique étran- 
gère par un acte solennel. En consé- 
quence , il proclama , le 29 août, l'af- 
franchissement général dans la par- 
tie française (1), s'imaginant, par 
ce coup décisif, s'assurer la majorité, 
et effrayer à -la -fois les ennemis du 
dedans et du dehors. La proclama- 
tion de la liberté générale Drisa tous 
les liens qui attachaient à la France 
la masse des colons. Non-seulement 
tous les propriétaires d'esclaves , 
mais tous les blancs frémirent d'ef- 
froi. Les anciens libres, dont les dé- 
crets avaient flatté les espérances , 



( t] Le décret iftidu nar ]• < 
le ib pluTiàte an II ( 4 férrier 1793 ), coafirtm là 
liberté géuérmle de. ton» les cacHves , en déclinai 
Saint-Domingue parti* intégra** **• *■ Fwac*. 

7- 




100 



SON 



Turent tout aussi mécontents que les 
blancs , d'une mesure à laquelle ils 
n'étaient pas préparcs. Personne ne 
voulut croire à l'impérieuse nécessité 
qui avait détermine le commissaire 
âonthonax, et ensuite entraîné son 
collègue. Dans le mécontentement 
commun, on se jeta dans les bras 
des étrangers ; autant par désespoir 
que par intérêt et par opinion. Ap- 
pelée par les colons, une expédition 
anglaise delà Jamaïque vint s'em- 

Sarer du môle Saint- Nicolas et de 
érémie. En vain Sonthonax accourt 
dans l'Ouest , pour rompre les tra- 
mes de l'intrigue étrangère. Presque 
sous ses yeux les hommes de couleur 
de l'Artibonite forment une agréga- 
tion défensive qui amène la défec- 
tion d'une grande partie du terri toi- 
reï Saint-Marc, l'Arcahaye, Leoga- 
ne, le Grand Goave et plusieurs vil- 
les du sud , où dominent les hom- 
mes de couleur , se détachent. Son- 
thonax donne Tordre au général La- 
veaux d'incendier les lieux qu'on se- 
rait obligé d'abandonner. En per- 
dant du terrain , il cherche des res- 
sources dans le patriotisme exalté 
des chefs militaires , et dans l'appui 
effrayant des nouveaux affranchis. 
Soumettant la surveillance au régi- 
me militaire le plus dur , lui et son 
collègue ordonnent que les blancs et 
les anciens libres seront désarmés, 
et que leurs armes passeront dans 
les mains des noirs, jadis leurs es- 
claves. Les Anglais , maîtres du golfe 
du Port-au-Prince , et voulant s'em- 
parer de la ville où était Sonthonax, 
font des démonstrations menaçantes. 
Le commodore Forp apparaît avec 
une flotte et plusieurs bâtiments lé- 
gers. Il détacne un canot en parle- 
mentaire avec 3 officiers. Sonthonax 
les fait conduire près de lui au milieu 
d'une foule agitée, qui ne cessait de 



SON 

crier : Vive la république et mort 
aux traîtres! Ces officiers ayant de- 
mandé à lui parler en particulier : 
« Des Anglais , leur répondit-il , ne 
» doivent avoir rien de secret à me 
» dire; parlez en public ou retirez 
» vous. » L'un des officiers lui dit 
alors : « Je viens vous sommer au 
» nom du roi d'Angleterre , de lui 
» rendre la ville et les bâtiments qui 
» sont dans le port , qu'il prend sous 
» sa protection. — Ni l'un ni l'au- 
» tre , repond Sonthonax , et si nous 
» étions jamais forcés d'abandonner 
» la place, vous n'auriez de ces bâ- 
» timents que la fumée ; car les cen- 
» dres en appartiendraient à la mer. » 
Les parlementaires virent de bord i 
au milieu des cris de vive Sontho- 
nax, vive la république! Le lende- . 
main , le commodore le somme de 
nouveau , et menace en cas de refus 
de bombarder la ville, ce Gommen- 
» cez , Monsieur le commodore , ré- 
» pond Sonthonax; nos boulets sont 
v rouges , et nos canonniers sont à 
» leurs postes. » Les Anglais s'éloi- 
gnent alors , jugeant que l'occasion 
n'est pas encore opportune. Ils l'em- 
portèrent enfin , les commissaires 
n'avant pu contenir les agitations in- 
térieures, et des traîtres ayant ou- 
vert aux ennemis la barrière du fort 
Bizoton. Sonthonax , en quittant le 
Port-au-Prince, rallia les débris de 
la force militaire à Jacmel. Il était 
secondé par le général Rigaud, créa- 
teur du système de la petite guerre 
à Saint-Domingue, qui finit par 
apprendre aux esclaves armés qu'ils 
étaient des hommes et des soldats. 
Au départ des commissaires , Rigaud 
fut nommé gouverneur provisoire de 
la colonie. La proscription de Bris- 
sot et du parti de la Gironde , avait 
entraîné à Paris celle de Sonthonax. 
Décrète' d'accusation, le 16 juillet 




SON 

« 

I^g3 , à peine en eut-il connaissan- 
ce, qu'il mit à la voile pour aller 
présenter sa j ustifTeation à fa Conven- 
tion. Attaqué par le député Bréard, 
dénoncé par tes colons , poursuivi 
encore par Danton , qui réclamait 
l'exécution du décret d'accusation 
rendu contre lui , Sonthonax , à son 
arrivée, s'empressa d'aller repousser 
a la société des Jacobins les accusa- 
tions dont il avait été l'objet. Lui et 
son collègue accusèrent à leur tour 
les colons d'avoir , à l'exemple des 
habitants de la Martinique , appelé 
les Anglais à leur secours. Il obtint 
d'abord sa liberté provisoire; et la 
révolution du 9 thermidor ( 27 
juillet 1794 ) 9 étant venu mettre 
im terme au pouvoir de ses enne- 
mis personnels , il parut sans crain- 
te a la barre de la Convention , de- 
vant laquelle il venait encore d'être 
dénoncé par les commissaires colo- 
niaux Page , Brûlé et Legrand. Là il 
réclama la suspension de toute dé- 
cision sur sa conduite , jusqu'a- 
près le rapport qui devait en être 
lait. Une commission fut nommée , 
il s'ensuivit une enquête et des dé- 
bats célèbres à cette époque , et qui 
durèrent pendant huit mois. La Con- 
vention après avoir entendu l'exposé 
de la conduite de Sonthonax , fait 
par le député Lecointe de la Seine 
inférieure, et après l'avoir entendu 
lui-même, le déchargea, par un dé- 
cret, de toute accusation , et pronon- 
ça sa liberté définitive. En 1 796 , le 
Directoire exécutif, sur la proposi- 
tion du ministre de la marine Tru- 
guet , l'envoya de nouveau à Saint- 
Domingue , revêtu des mêmes pou- 
voirs qu'il avait exercés sous les gou- 
vernements précédents. Il fut surpris 
, de l'état dans lequel il retrouva la co- 
lonie. Le nègre Toussaint - Louver- 
ture , associé au commandement mi- 



SON 



101 



litairt par le général Laveaux , y 
était maître absolu de la volonté des 
noirs ; de là le pouvoir de ces der- 
niers et la chute de celui des blancs. 
Mais Toussaint établissait l'ordre et 
la discipline parmi ceux qu'il retenait 
sous les armes , et il était obéi en 
ordonnant aux autres de rentrer sur 
les habitations pour y reprendre les 
travaux pénibles de la culture. La 
résignation à ses ordres émanait de 
la confiance. Le commissaire Son- 
thonax , après s'être débarrassé de ses 
collègues qui formaient un obstacle 
à son ambition , fit entendre à Tous- 
saint qu'il le destinait au commande- 
ment en chef. Il fit déporter le géné- 
ral Rochambeau , envoyé de France 
pour être employé dans la colonie ; 
et craignant les plaintes de ce général 
et celles de ses collègues renvoyés, il 
ambitionna d'être nommé députe de 
la colonie au corps législatif, pour 
montrer à la France un titre de po- 
pularité en faveur de sa nouvelle ad- 
ministrât ion. Toussaint l'aida de tout 
son crédit pour faire remplir par des 
noirs les cadres des douze demi-bri- 
gades appelées à former l'armée co- 
loniale. Les trente mille fusils ap- 
portés de France par *Sonthona\ 
servirent à l'armement de ces demi- 
brigades ou à celui des noirs auxquels 
on supposait de rattachement pour 
la France. Sonthonax , qui avait à 
cœur de faire oublier la crise vio- 
lente du Sud, ne négligeait aucun 
détail militaire, et cherchait à aj)soi 
ber l'attention par des entreprises 
offensives sur les Anglais. Tandis que 
le général Rigaud les harcelait dans 
le Sud , Toussaint les chassait du Mi- 
rebalais et des Grands Bois. En même 
temps les noirs s'organisaient , et Son- 
thonax était adroitement amené à 
proclamer Toussaint-Louverture gé- 
néral en chef des armées de Saint- 




103 SON 

Dominçne.Dès que cette nomination 
fut connue , tontes les espérances se 
tournèrent vers lui , et l'administra- 
tion de Sonthonax perdit d'autant 
plus de son crédit , qu'on ne pouvait 
voir de sang-froid les troubles qu'elle 
avait fait naître. Dans l'opinion gé- 
nérale, il fut remplacé , sans s'en être 
douté, par Toussaint, qu'il venait 
d'élever au commandement. Il ne fut 
désabusé que lorsqu'il eut la certitude 
que ce général faisait solliciter contre 
lui des adressés collectives. Il réunit 
aussitôt les chefs de la force armée , 
et employa les ressources de son élo- 
quence pour les détourner d'une sou- 
mission aveugle aux ordres de Tous- 
saint. On lui répondit que la volonté 
de la commission devait se manifes- 
ter par un arrêté j mais cet arrêté 
était d'autant plus difficile a pren- 
dre, que son collègue Raimond venait 
de se coaliser secrètement avec le gé- 
néral en chef pour l'expulser de la 
colonie et rester seul à la tête de l'ad- 
ministration. Sonthonax n'avait pas 
pressenti la possibilité de cette ligue. 
Dans une dernière entrevue qu'il eut 
avec Toussaint , il se résigna , sans 
murmures, à l'injonction secrète que 
lui fit ce chef noir de quitter la colo- 
nie. Le lendemain, 20 août 1797 , 
Toussaint lui fit remettre sa lettre de 
congé , écrite avec tous les égards et 
toute la mesure que méritait encore 
à ses yeux celui à qui les noirs de- 
vaient leur liberté. « Nommé député 
» de la colonie au corps législatif , 
» lui disait Toussaint, des circons- 
» tances impérieuses vous firent un 
» devoir de rester encore quelque 
» temps au milieu de nous : alors 
» votre influence était nécessaire ; 
» des troubles nous avaient agités , il 
v fallait les calmer. Aujourd'hui que 
» l'ordre , la paix y le zèle pour le 
» rétablissement des cultures , nos 



SON 

j> succès sur nos ennemis extérieur» 
1» et leur impuissance vous permet* 
» tent de vous rendre à vos fonctions, 
» allez dire à la France ce que vouf 
» avez vu, les prodiges dont vous 
» avez été témoin , et soyez toujours 
» le défenseur de la cause sacrée que 
» nous avons embrassée , et dont 
» nous sommes les éternels soldats. » 
Sonthonax mit à la voile accompa- 
gné du général noir Léveillé et de 
plusieurs officiers blancs, qui avaient 
refusé à Toussaint leur assentiment 
pour son renvoi en France. Là , un 
nouvel orage avait éclaté contre lui , 
par suite d un retour à la modéra- 
tion et de l'influence du parti roya- 
liste dans le corps législatif, en 1797. 
Les dénonciations s'y succédaient, et 
Sonthonax fut hautement attaqué par 
Blad , Bourdon de l'Oise , et surtout 
par M. de Yaublanc qui parla avec 
force à la tribune contre l'adminis- 
tration du commissaire. Sonthonax 
fut défendu par Hardi , qui rappela 
ses baisons avec les députés proscrits 
au 3i mai, et son opposition cons- 
tante au parti de Robespierre. De- 
venu l'objet de nouvelles attaques 
de la part des députés Yaublanc et 
Tarbé, il invoqua en sa faveur le 
décret de la Convention , qui annu- 
lait toute accusation contre lui. D oui- 
cet Poutécoulant attribua ce décret à 
des considérations politiques. Le Di- 
rectoire , instruit qu'une commission 
du corps législatif devait proposer 
de rapporter la loi qui l'autorisait à 
envoyer des agents à Saint - Domin- 
gue , prit un arrête d'initiative , par 
lequel il rappelait Sonthonax et ses 
autres agents dans cette colonie, pour 
venir rendre compte de leur mission. 
Peu de jours après , le député Tarbé 
fit , sur la colonie, un rapport dans 
lequel il rappela les divers griefs ar- 
ticulés contre Sonthonax. Garan de 




SQ* SON io3 

Gouftoii dk <m*on trompait k conseil tieaumoiipdesavancesayilsavakm 

quand on venait loi présenter les faites en Amérique. Quelque temps 

agents 4a Directoire comme les au- après, il se plaignit d'avoir été porté 

teuis des maux du Saint-Domingue ; sur une liste d'émigrés pendant qu'il 




qu 

avaitété arbitraire; maïs il commission spéciale lut chargée 

soutintqu'en'ene pouvait pas manquer d'examiner sa demande en radia tion; 

de rteedansunpayslivréàtoutesles ce oui lui fut accordé par le conseil , 

lorreurs de la guerre civile , et où 3 ou fut prononcée , peu de jours après, 

n'y avait plus ni tribunaux ni admi» sa radiation définitive. Sonthonax , 

nistrations. « Si $onthonax et les au- depuis son installation dans le con- 

» très agents, dit - il , entraînés par seu, votait constamment avec les ré- 




plus 

9 jager que sur l'ensemble et les de la souveraineté du peuple. Ayant 

» réultats généraux de leur admi- pris part, au mois d'août , à une 

» mutation.» Le but des adversaires fête de républicains, où se trouvait 

de Seadmnax était d'abord de faire Kosciusko, il porta , au milieu du 

ann u l e r sa nomination au conseil des repas, un toast en l'honneur de ce 

Cinq - Cents , par l'assemblée c'Iecto- chef des patriotes polonais, et un au- 

raie de Saint-Domingue ; et ils y au- tre en commémoration du dix août 

raient réussi sans la révolution du 1 8 x 792. U parla quelquefois encore au 

fructidor ( 4 sept. 1 797 ) , qui fit conseil , dans les questions relatives 

triompher le Directoire. Peu de temps aux colonies, et cessa ses fonctions 

après cette journée, Sontbonax abor* législatives au 20 mai 1799, mais 

da au Férol; et, prenant aussitôt la sans cesser de figurer dans les cer- 

routede Paris, il demanda, le jour clés et les réunions des patriotes. 

même de son arrivée , à prêter ser- Quand Buonaparte , au mois de no- 

ment, comme député, et à rendre vembre de cette année, s'empara 

compte de sa mission. Admis au corps du gouvernement, Sonthonax fut 

législatif, il obtint la parole, le 4 ié- compris dans une liste de déportés , 

vrier 1798, entra dans tous les dé- puis arrêté et conduit à la Concicr- 

tails relatifs à sa mission de Saint-Do- gerie , où il ne resta néanmoins que 

mjngue, répondit aux diverses accu- peu de jours. Rendu à la liberté , par 

sations portées contre lui, opposa fa protection de Fouché, alors mi- 

Toussaint-Louverture à lui-même, et nistre de la police, il vécut depuis 

termina en demandant, pour les An- dans l'obscurité et presque toujours 

nlles, une amnistie , au bénéfice de dans la retraite, ne voyant qu'un pe- 

laqueUe il renonça pour son compte, tit nombre d'amis , mais conservant 

Le conseil ordonna L'impression de toujours des relations avec Fouché. 

son discours. Dans le mois d'avril Toutefois ce ministre pouvait à peine 

suivant, il fit une motion tendante à le garantir des effets de l'animadver- 

obtenir, pour les colons résidants en sion de Buonaparte, qui n'ignorait 

France, le remboursement d'une par- pas que Sonthonax était un des plu* 




io4 



SON 



chauds improbateurs de ton gouver- 
nement. Plus tard, après la paix 
d'Amiens , l'ancien commissaire de 
Saint - Domineue , excité secrète- 
ment par Fouché; rédigea, sur l'ex- 
pédition qui se préparait contre les 
noirs de cette colonie , plusieurs 
Mémoires, qui furent mis sous les 
jeux de Buonaparte, mais qui n'eu- 
rent aucun eflet, les vues de Son- 
thonax étant opposées au plan qu'a- 
vaient fait prévaloir ses antagonistes. 
N'ayant pu taire son improbation de 
la conduite qu'on tint, peu de temps 
après , à Saint - Domingue , il reçut 
l'ordre de quitter Paris , et de se ren- 
dre en exil à Fontainebleau. Fouché 
essaya, à plusieurs reprises, de le 
rappeler dans la capitale ; mais tou- 
jours il reçut du cabinet de Napoléon 
l'ordre d'éloigner South onax. Las de 
lutter contre ce pouvoir tyrannique , 
et le croyant affermi pour long-temps, 
Sonthonax prit la résolution de se 
retirer dans son pays natal, où, 
après avoir mené une vie paisible , il 
mourut, au mois de juillet i8i3, 
dans la 5o c . année de son âge. Il 
était devenu d'un extrême embon- 
point , et il pouvait à peine marcher 
dans les derniers temps. Cet homme 
fameux avait une ame altière, des 
principes révolutionnaires très-pro- 
noncés , et des connaissances assez 
étendues. Il avait peu songé à grossir 
sa fortuue , puisqu'après avoir exer- 
cé un si grand pouvoir dans une co- 
lonie opulente , il ne jouissait guère 
que de dix mille livres de rentes. 

B— p 

SOPHI. F. ISMAEL. 

SOPHIE, fille du czar Alexis Mi- 
chaïlowitz, naquit, en 1667 ,du pre- 
mier mariage de ce prince , et ne fut 
par conséquent sœur de Pierre -le- 
Grand que par son père. Plus étroi- 
tement unie par les liens du sang avec 



SOP 

Ivan, qui était, comme elle, (ils de 
Marie Miloslavski, elle montra tou- 
jours pour lui beaucoup d'affection. 
Après la mort de leur frère Fédor , 
en 1682, quelques grands du royau- 
me , dirigés par la princesse Nari- 
schkin , mère de Pierre , tentèrent de 
faire passer la couronne sur la tètt 
de cet enfant; mais Sophie, appuyée 
par un parti nombreux , excita con- 
tre ce complot une sédition où les 
Strélitz, persuadés que le czar Alexis 
était mort empoisonné nar les Nari- 
schkin, immolèrent plusieurs indivi- 
dus de cette famille, et ne s'apaisè- 
rent que lorqu'ils eurent mis le pou- 
voir dans les mains de Sophie , qui 
régna ainsi sans obstacle, pendant 
plusieurs années , au nom d'Ivan et 
de Pierre , et conseillée par son fa- 
vori Galitzin ( V, Pierre, XXXIV, 
34i ). Respectant les croyances et 
les mœurs des Moscovites, cette prin- 
cesse se fit de nombreux partisans , 
surtout parmi les strélitz,qui voyaient 
avec peine le jeune Pierre s'entourer 
d'étrangers , et former une troupe 
nouvelle destinée à les remplacer. 
Lorsque ses projets devinrent plus 
manifestes et qu'il ne fut plus pos- 
sible à Sophie de se faire illusion 
sur l'ambition de son jeune frère, 
le mécontentement àes strélitz écla- 
ta une seconde fois ; et une partie 
de cette troupe se dirigea vers Bo- 
brasehensko, où Pierre se trou- 
vait avec sa mère. Averti par des 
transfuges , ce prince se réfugia a la 
hâte dans le couvent de la Trinité. 
S'ctant mis en défense dans cette 
forteresse , il épouvanta les révoltés 
par sou énergie , et les obligea de ren- 
trer dans la capitale, où Sophie, en 
Sroie aux plus vives alarmes, nia 
'abord toute participation au com- 
plot , et finit par avoir recours aux 
larmes et aux prières pour apaiser 




r réussir, die 
partit pour a se je a ses pieds; 
mais eUe reçue en chemin l'ordre de 
rentrer dans Moscou, et fut con- 
damnée à passer le reste de ses jours 
dans un cloître. Galitzin fut exilé; et 
le chef des strélitz, avec un grand 
nombre de ses complices, périrent 
dans les supplices. La princesse 
Sophie essaya de se sauver en Po- 
logne; mais eUe rat arrêtée et ren- 
fermée dans le courent de Dewitz, 
où die devait passer le reste de ses 
jours. Quoiqu'elle y fut très-étroite- 
ment gardée, on 1 accusa encore de 
plusieurs complots qui furent diri- 
gés par la suite contre Pierre 1 er . ; et 
la plupart des historiens ont admis 
ces accusations sans examen. Voltaire 
surtout, qui Toulait montrer le czar 
g é oci e m et clément envers sa sœur, 
a présenté celle-ci comme l'artisan de 
toutes les conspirations que les inno- 
vations de Pierre firent eclore. Com- 
me elle avait un parti nombreux, et 
que le peuple et les soldats regret- 
taient beaucoup son gouvernement , 
il est probable qu'elle fut au moins 
la cause ou l'obi et de ces révoltes ; 
nais il est évidemment impossible 
qu'elle les ait suscitées du fond de sa 
prison , où elle était rigoureusement 
sweîllee. Cependant il est sûr qu'au 
niheu des sanglantes exécutions de 
1682, Pierre conçut la pensée de la 
(aire mourir, et qu'il n'en futdëtounié 

Îie parles représentations de Lefort. 
se contenta ae dresser des échafauds 
levant la prison de sa sœur et de met- 
tre à mort sous ses jeux ceux qu'il 
l'accusait d'avoir excités à la révolte* 
11 alla ensuite la voir , et l'accabla 
4e reproches. Sophie lui répondit 

Kdes dénégations et des larmes. 
ïtard elle se fit religieuse, et mou- 
rat dans son couvent, en 1704, dans 
toute la force de l'âge, et non sans 



io5 

soupçon d'empoisonnement. Cette 
princesse était aussi distinguée par sa* 
beauté que par son esprit et son cou- 
rage. Soit qu'elle aimât réellement 
son frère Ivan ou que le caractère 
de ce prince lui donnât l'assurance 
de régner en son nom , elle fit tous 
ses efforts pour lui conserver une cou- 
ronne à laquelle d'ailleurs il avait 
un droit incontestable ; et en cela elle 
fut secondée par tous ceux qui avaient 
quelque respect pour les lois, les 
mœurs et la religion de leur patrie. 
Si les intrigues de Pierre et de sa mè- 
re prévalurent sur le dévoûment de 
la princesse Sophie , c'est probable- 
ment parce que celle-ci ne fut ni assez 
prévoyante ni assez habile. Elle eut 
ensuite le sort des vaincus : sa mé- 
moire fut calomniée; et on lui attri- 
bua des crimes dont die avait été 
victime. M— d. j. 

SOPHIE-CHARLOTTE, reine de 
Prusse, née le «20 octobre 1668, fille 
d'Ernest-Auguste, électeur de Bruns- 
wick-Lunebourg, fut la deuxième fem- 
me de Frédéric I er . , qu'elle épousa , 
le 28 septembre 1O84. Celte prin- 
cesse dont Frédéric II a fait un grand 
éloge dans ses Mémoires pour servir 
à l'histoire de Brandebourg, se 
distingua par son amour pour les let- 
tres , et par les relations qu'elle en- 
tretint avec les -savants , entre au- 
tres avec Lcibnitz, qu'elle semblait 
Sreudre plaisir à embarrasser par 
es questions multipliées. C'était d'el- 
le que ce savant disait : « 11 est im- 
» possible de lui répondre toujours 
» jusqu'au fond , car elle veut tou- 
» jours savoir le pourquoi du pour- 
» quoi. » Ce fut à son instigation que 
le roi , son époux , fonda l'académie 
des sciences de Berlin. Sophie-Char- 
lotte mourut en 1705. On a un Elo- 
Îe historique de cette princesse, par 
. P. Erman , qui a été lu à l'acadé- 




ioO SOP 

mie royale, dans la séance du ag 
septembre 1790, Berlin, 1790, in- 
8°. ( en français ). M — d j. 

SOPHIE-DOROTHÉE, rei- 
ne de Prusse , épouse du roi Frédé- 
ric - Guillaume 1 er . , née en. 1687 , 
était fille de George I er ., roi de la 
Grande-Bretagne , électeur d'Hano- 
vre. Son esprit et sa rare beauté la fi- 
rent regarder comme la princesse la 
plus accomplie de son temps ; mais il 
est impossible de croire qu'elle fut la 
plus heureuse , d'après la connais- 
sance que Ton a du caractère de son 
époux. On voit, dans l'article de Fré- 
déric Il , son fils ( XV , 508), et dans 
tous les Mémoires du temps, com- 
bien elle fut bonne mère. Elle se tint 
toujours éloignée des affaires publi- 
ques , et l'on sent qu'avec un tel 
époux, il lui eut été difficile d'y 
prendre part. Cette princesse, veuve 
en 1740, mourut, le a8 juin 1757 , 
au château de Monbijou , sa rési- 
dence d'été. L — p — e. 

SOPHOCLE, le plus grand poète 
tragique de la Grèce , naquit environ 
cinq siècles avant J.-C. ; mais Tan- 
née précise de sa naissance est sujette 
à quelques di IL" cultes. L'indication qui 
se concilie le mieux avec les circons- 
tances de sa vie, est celle du scholia.ste 
grec qui le fait naître dans la deuxiè- 
me année de la soixante-onzième olym- 
Siade, 4î)5 avant J.-C. L'allégation 
e Suidas, d'après laquelle il serait 
né dans la troisième année de la 
soixante-treizième olympiade, s'ac- 
corde mal avec les époques les mieux 
connues de ses productions. Mais on 
peut, sans tomber dans cet inconvé- 
nient , le faire plus âgé de deux ou 
trois ans ( 1 ), en fixant , avec les mar- 
bres de Paros , sa naissance à la troi- 
— ■* 11 

(O Larrher, Clin'moloçie d'IicrodiUe , p. 5j>î; 
Otmini, AVi«/i AUici, m, p. 1.40; Leasing, Ztr 
t'rn de» So/tàolles, p. 3». 



SOP 

sième année de la soixante-dixième 
olympiade. Ce qui est plus inté- 
ressant , c'est de voir la fortune d'A- 
thènes rémur dans le même siècle les 
trois grands tragiques de l'antiquité : 
celui dont l'audacieux génie créa h 
tragédie nationale et religieuse des 
Grecs; celui dont le génie, mieux 
réglé par le goût , fixa les règles du 
genre , et en porta le style à la per- 
fection ; enfin , l'homme d'esprit qui, 
pour séduire la multitude, amollit et 
corrompit le caractère de cette poé- 
sie essentiellement austère et élevée. 
Réunion de talents, de circonstan- 
ces , d'événements, que l'histoire des 
âges suivants n'a pas reproduite! 
Siècle trop court d'héroïsme et de lu- 
mières , de génie et de goût, de pen- 
sées profondes et d'émotions vives ! 
Sophocle paraît avoir été plus jeuM 
qu Eschyle, de vingt - sept ou ( se* 
Ion les marbres de Paros ) de trente- 
un ans , et plus âgé qu'Euripide de 
seize ou dix-sept ans. Le jour de la 
bataille de Salamine , l'audacieux 
Eschyle combattit dans les rangs des 
vainqueurs ; Sophocle fut choisi, k 
cause de sa beauté > pour être le co- 
ryphée des adolescents qui dansèrent 
autour des trophées; et Euripidr, 
destiné à devenir son émule , naquit 

Scudant le combat dans l'île ment 
c Salamine. Le père de Sophocle s« 
nommait Sophilc ou Diphilc, o« 
Théophile ; c'est probablement lt 
même nom , écrit d'après des pro* 
nonciations différentes. Deux ancieas 
littérateurs , cités par le scholiastr, 
fout de ce Sophile un armurier an 
même un forgeron; mais le scholus* 
te révoque eu doute cette assertion* 
Et comment pourrait-on supposa 
que les poètes comiques , auxquels 
l'extraction d'Euripide, fil» d'uni ^ 
fruitière, a fourni de ai grossières* 
plaisanteries , auraient épargné So- 



SOP 

né d'un forgeron? 
ut l'auraient-us mé- 
Sophoclt'cûtfaitpro- 
: un vers plein de dé- 
.rtisans? ( ,4jax , V. 
aristocratique aurait- 
tlontic ,111 lilsd'iui ar- 
■iiiens n'aimaient rien 
■milier leurs hommes 

: silcnte îles couiiiiues 
singulièrement le té- 
ine le natuiM liste , qui, 
leurs aujourd'hui m- 
que Sophocle élail 
de famille, principe 
Cette origine explique 
îr dans ses pièces des 
raircs au système po- 
re le père de Supho- 
dc grondes forges ou 
■e d'armes; mais dans 
, il n'aurait pas été 
■S citoyens; et les au- 

aiiraicnl toujours Lit 
IX forces de son père, 

faisaient aux flûtes 
socralc possédait une 
i a probablement cau- 
st que Sophocle est 
me uatif du bourg 
■loues. Or, il y avait 
r d'Atliènes un quar- 

itc que par des arti- 
lourg de Colorie e'tait 
es portes d'Athènes; 
:t l'Académie , à cinq 
;mière ( Cic. de Finib. 
e Cvlonos ou Colone, 
mort d'OEdipe , qui a 
totre poète. Les scho- 
gramroairiens disent 
que dans la tragédie 
atone, le poète avait 
son pays natal. En ef- 
icé le tableau le plus 



SOP 107 

brillant dansttn des choeurs. » Élran- 
» fier, tu es arrive dans le phis beau 
» lieu de [a férule Alliquc, dans le 
» riant Colone. Le rossignol y fait 
» entendre ses doux accents, dans les 
» vallées verdoyantes où ne péné- 
» Ira jamais le suurlle glacial de l'Iii- 
» ver, et oùlcsravousdu soleilsont 
» inlercepléspar l'épais fetùllage des 
» arbres chargés de mille fruits di- 
wvers, et entrelacés de pamprrs et 
» de lierre. Le joyeux Bacebnsycm 
» toujours parmi ses divines uour- 
n rites, les nymphes de la pluie. 
» Rafraîchi par leur rosée céleste, 
» le safran y brille d'un éclat doré; 
u le narcisse y étale son beau calice, 
» qui jadis orna la tête des grandes 
» déesses. Jamais on ne voit tarir les 
» eaux vagabondes dt Cephisse (t) , 
» quidiviséesenmillecanainyfécon- 
« dent la terre. Les chœurs des muses 

I ne dédaignent point ce séjour; 
» Vénus elle-même quitte les rênes 
n d'or avec lesquelles elle gouverne 
m le monde , pour venir l'habiter. 

■ Mais l'orgueil de ce pays , c'est m 

■ arbre que ne possède ni l'Asie, n* 
* la péninsule Borienne , et qui vient 
» ici sans culture, le bleuâtre olivier, 
v la terreur des ennemis , le noiin'i- 

II cier des peuples, etc. ( OKd. Cot., 
668, sqq. ). ■ Les anciens ont e» 
soin de nous apprendre que Sopho- 
cle reçut une éducation brillante, Ht 

Îu'il remporta des prix de danse H 
c musique. « Les maîtres de nnsf- 
» que , . dit Platon ( in Protag. ) , 
» étaient alors des maîtres de tempe- 
» rance, » Celui de Sophocle se nom- 



',;;(".;?. 



kloùlîi* (taule 1» 




io8 



SOP 



mait Lamprus ; il ne buvait que de 
l'eau, selon Athénée : aussi le poète 
comique Phrynicus fit-il chanter son 
hymne funèbre par un chœur de 
poules d'eau. Un simple musicien 
n'aurait peut-être pas eu l'honneur 
d'être loué de la sorte : mais Lam- 

Ïirus était probablement le même que 
e poète lyrique de ce nom , cité par 
Plularque dans le Traité sur la mu- 
sique. On donne à Sophocle un maî- 
tre plus fameux r c'est Eschyle : le 
scholiaste prétend qu'il lui ensei- 
gna la tragédie; mais s'il en eût 
été ainsi , notre poète se serait-il 
permis de tenir le propos qu'A- 
thénée lui attribue? « Eschyle, di- 
» sait-il, fait quelquefois bien; mais 
» il ne sait pas lui-même comment il 
» le fait.» LtPlutarque, qui raconte 
en détail comment Sophocle, par sa 

Èremièrc pièce , remporta le prix sur 
ischyle, aurait-il manqué de rappe- 
ler que c'était le disciple qui battait le 
maître ? Il est donc probable qu'Es- 
chyle n'a enseigne la tragédie à So- 
phocle que de la manière dont Cor- 
neille l'enseigna à Racine. Ce fut dans 
la dernière année de la soixante-dix- 
septième olympiade , à l'occasion du 
retour de la flotte qui , sous la con- 
duite de Cimon , avait conquis l'île 
de Scvros , et en ramenait les restes 
mortels de Thésée, que Sophocle, 
âgé de vingt ans , donna sa pre- 
mière pièce. Jusqu'alors les juges du 
concours tragique avaient été choisis 
par le sort parmi les citoyens qui 
avaient servi dans les armées : l'ar- 
chonte Aphepsion, dont le nom a fait 
faire bien des conjectures aux criti- 
ques (3) , changea cet usage, et se 
vit oblige, par la conduite tumul- 
tueuse du public , de dévier de cette 



SOP 

coutume en déférant le jugement aux 
dix généraux, nommés tous les ans par 
les dix tribus d'Athènes. La pièce de 
Sophocle était celle dont il nous reste 
quelques vers sous le titre de Tripto- 
lème : c'était un drame satirique , 
c'est-à-dire un drame dans lequel les 
satyres , les nymphes et les autres 
divinités champêtres, jouaient us 
rôle , par conséquent une sorte de 
pastorale, et non pas une tragédie 
(4). C'est à Pline qu'on doit de sa- 
voir que cette pièce, relative aux 
voyages de Triptolèmc, et peut-être 
aux mystères de Cérès, fut le pre- 
mier essai de Sophocle. Le natura- 
liste romain, citant un vers du Trip- 
tolèmc , dans lequel on loue le blanc 
froment de V Italie, observe que cette 
pièce avait été donnée cent quarante- 
cinq ans avant la mort d'Alexandre: 
or ce prince mourut dans la cent-qua- 
torzième olympiade ; donc le Trip- 
tolème fut donné dans la soixante- 
dix - septième olympiade. C'est à 
Fabricius que l'on doit ce calcul ; 
mais Lessing a le mérite d'en avoir 
tiré la conclusion. Depuis ee pre- 
mier succès jusqu'à sa mort > qui eut 
lieu dans sa quatre-vingt-neuvième 
ou quatre-vingt-onzième année, So- 
phocle ne cessa de travailler pour le 
théâtre. 11 n'est donc pas étonnant 
qu'il ait composé cent trente, ou, 
selon d'autres, cent-vingt- trois pièces 
de théâtre. 11 nous reste les titres et 
quelques fragments d'environ cent 
deux ouvrages , savamment recueillis 
et discutés par ttrumk, dans sa belle 
édition des sept tragédies qui ont été 
conservées en entier. Il s'en faut bien 
que tous ces ouvrages appartiennent 
au genre tragique , même dans l'ac- 



(3) LeMing ( I. r. p. 67-84 ) ■ conplèt«mcfit ré- 
»ou le* diScultcs. 



(4) Le» marhres d« Paro» diktat , il «est 
£Vtxrj(jyj ?pay» Jia , mail il ne bat pM 
cher de l'exactitude ïitlemire dau nnc * 
lapidaire. 



SOP 

très-étendue que ce mot 
i anciens. On reconnaît cn...u U 
TÏngt-dcus pièces de Sopbo- 
■r avoir été décidément du 
«igné par les Grecs sons le 
satyiïtjue; genre donlCasau- 
Eichhorn ont développe* la 
et l'histoire , et doDt il nous 
s ira seul modèle dans le Cy- 
L'Eurîpidc. Le drame salyri- 

nous appelons satire, et que 
«s nommaient silli .- ce dra- 
lerieur peut-être à la comédie 
ragédic , tenait à la première 
Tleet par les situations, inaisà 
itère par le racg des person- 
!)ny voyait paraître des héros 
lient même; mais le sujet de 
r était quelque Table plaisante, 
ratait à la peinture (les mœurs 
j , de celte vie des premiers 
« de la Grèce, vie que Stra- 
ipelle cyclopeenne , et que 
ite a retracée dans quelques- 
■ ses Idylles. Le trait qui dis- 
; ces pièces , quant au mate*- 
•lait le chu-tir forme tic s.ity- 
silênes et d'autres divinités 
très. Ce chœur ne se bornait 
exécuter des chants remplis 
iliilosophie tour - à - tour ai- 
it grave; il donnai! dans les 
ictes de véritables ballets , 
déployait , en fait de cos- 
■t d'ornements , toutes les ri- 
de la mythologie la plus 
;t la plus pittoresque. Enfin 
étalions destinées au drame 
ne diraient des bois, des Ton- 
des grottes et d'antres vues 
Èures. C'était un genre de poê- 
le génie aimable et le style 
x de Sophocle devaient briller 
leur éclat: il s'y est beaucoup 
; et c'est un trait de ressent- 
ie plus avec Racine. Parmi les 



SOP iog 

drames satyriqncs de Sophocle, il y 
en a dont on devine facilement les 
sujets parle litre el par quelques lignes 
conservées. De ce nombre sont les 
A oces d'ii <&W,la Pandore, V An- 
dromède , l'Alexandre ou Paris re- 
pat l'riam , apri 



porté t 



s les 



\ dans tous li 



jeux 



, le Thamyris, dont le 
sujcl était la lutte audacieuse d'un 
musicien poêle contre les muses , et 
daus lequel Sophocle lui-même pa- 
raissait sur la scène, jounnl de la 
guitare, et probablement remplissant 
ie rôle de l'kiinviïs; cnlïn la Nau- 
sicaa , dans laquelle on voyait celte 
princesse se rendre au bord d'une 
rivière , avec ses suivantes , pour la- 
ver sou linge , et sans doute, en at- 
tendant qu'il séchât, se livrer, avec 
ses compagnes , à divers jeu* , entre 
autres , à celui de la paume. Sopho- 
cle . qui excellait dans eel exercice , 
remplissait lui-même le riile de Nau- 
sicaa (j). Quelques-uns des drames 
de Sophocle paraissent avoir clé sa- 
tiriques, dans l'acception moderne 
de ce mol: la Criée des Dieux , était 
certainement de ce genre; si, avec 
Tywhiu et Brunck, nous voulons 
admettre que le sujet en fut le même 
que celui du dialogue de Lucien , 

voyait Vénus occupée à se mirer , et 
se plaignant que ses cheveux étaient 
mal arranges. Le Momus était, sans 
doute, du même genre. Les fragments 
qui restent de la pièce des A tondes , 
expressément désignée comme satiri- 
que , roulent , entre autres , sur la 
dé génération des institutions d'A- 






no SOP 

thènes, par l'influence des riches- 
ses, et par l'abus de l'éloquence. 
On croirait lire Aristopbanes. Le 
Festin des Grecs devant Troie , 
paraît avoir eu pour sujet les que- 
relles des chefs ae l'armée grecque , 
qui s'y faisaient des reproches très- 
amers (6). S'il faut en croire Ovide , 
appuycparunscholiaste(7),ledranie 

intitulé la tragédie des Amants d'A- 
chille* a dû blesser la décence. Il sem- 
ble pourtant qu'Achille, pris pour une 
des filles de Lycomèdc, pourrait 
fournir matière à un badina ge inno- 
cent (8). Celui des drames de Sopho- 
cle que les érudits regrettent le plus , 
c'est son Triptolème , rempli de dé- 
tails sur l'histoire de la géographie, 
et qui aurait servi à nous faire mieux 
connaître les anciennes relations en- 
tre T Italie et la Grèce. Le héros de 
la pièce, en recevant de Cérès un char 
magique, recevait en même temps 
de cette déesse des notions étendues 
sur l'Italie, l'Oenotrie, la Tyrrhé- 
nic et la Liguric ( Dion. Halicarn, , 
1. 1. ). Outre les pièces de Sophocle, 
décidément reconnues pour être du 
genre satyrique, il s'en trouve enco- 
re une vingtaine qu'on ne sait dans 
quelle classe ranger , mais dont les 
titres ne paraissent pas indiquer des 
sujets tragiques. Nous avons donc à 
regretter environ soixante tragédies 
perdues ; c'est beaucoup , mais c'est 
bien moins qu'on ne dit dans les 
Cours de littérature et dans d'autres 
compilations, tant françaises qu'e- 



((») Peut-être ce I ilrc a-t-il fourni & Schiller l'i- 
dée du Camp de M aHemlein. 

{-) Trist. il, 4°9- *'omp. ScUol. Àrisloph. ad 
Vrspas. , in?i. 

(8) 1^ perte de t»nt de drames idylliques ou aa- 
tyriques, prrte à peine remarquée par nos profes- 
seurs de littérature ancienne, est a regretter sous 
deux rapport» : i°. Ils nous auraient fait connaître 
un genre tout-a-fait particulier de la poésie grec- 
que; i°. Us auraient conserré une foule de détails 
iur le* moeurs , les localités et d'autres objets in- 
téressants. 



SOP 

trangères. Le seul M. Schœll , dans 
son Histoire de la littérature grec- 
que , a indiqué la nécessite de rédui- 
re le nombre général des pièces at- 
tribuées à Sophocle; il se fonde 
sur la distinction entre les ouvrages 
du poète lui-même et ceux de ses élè- 
ves; distinction très-juste , mais que 
nous n'avons pas les moyens d'éta- 
blir avec certitude. La distinction en- 
tre les divers genres dans lesquels 
Sophocle a travaillé , n'est pas moins 
importante pour l'histoire littéraire; 
et nous croyons en avoir indiqué les 
fondements solides quoique encore in- 
complets. Nos lecteurs n'ont pas be- 
soin que nous caractérisions le mérite 
littéraire des sept admirables tragé- 
dies qui nous restent de Sophocle) 
mais ils auraient droit à s'attendre' 
que nous en fixassions les dates si ce- 
la était possible. Malheureusement, 
nous sommes obligés de reconnaître 
que la seule date du Philoctète est 
constante : cette pièce fut jouée sous 
l'archontat de Glaucippus , dans U 
troisième année de la quatre-vingt- 
douzième olympiade, l'an 4io avant 
J.-C. , et trois ou cinq ans avant la 
mort de l'auteur. L'Antigone paraît 
avoir été jouée peu de temps avant 
la guerre contre Anxa, ville alliée des 
Samiens, par conséquent vers l'an 
44<> avant J.-C, et vers la cinquan- 
te ou cinquante-septième année de 
Sophocle. Mais comme il y a eu deux 
expéditions de Samos sous Périclès, 
cette date peut varier de quelques an- 
nées, comme Lessing l'a démontre 
contre Samuel Petit ( Leben Sopho- 
clis's , note o }. Il est extrêmement 
probable que l'Œdipe-Roi l'avait 
précédé de quelques années, et ce- 
pendant le commencement de cette tra- 
gédie ferait croire qu'elle a été écrite 
après la grande peste dont Pcricles 
fut victime; peut-être le texte que nous 




SQP 

• .est-il d'une seconde édi- 
Cfedipe à Colone suivit l' An- 
■te tbxaine d'années de dis- 
isehoiiastes auront en raison 
m l'auteur* écrit cette pièce 
ieiflei se, sans qu'on soit fon- 
tpporter absolument à ses 
années ( Voy. plus bas ). Il 
«cou indice chronologique 
mt à XAjax , VElectra et 
ïmiennes; l'une ou l'autre 
feces peut être de sa jeunes- 
l Pest , selon les probabili- 
ubtilités mises dans la bou- 
'ecmessa, sentent le jeune 
[1 serait bien intéressant de 
indiquer ici le sujet des tra- 
rdues; mais nous ne pou- 
te l'essayer qu'à l'égard de 
- unes. Parmi les tragédies 
b Sophocle, on en cite deux 
i avoir pour titre Atliamas. 
le la seconde , qui nous est 
ar les scholiastes dans leurs 
les Nuées d'Aristophane , 
tïter quelqu'attention : c'est 
e du jeune Phryxus , deman- 
t oracles à son père Atha- 
c histoire est racontée di- 
\* un poète pourrait la cou- 
la manière suivante : Atha- 
: eu de sa première femme 

deux enfants, Phryxus et 
non inspira à sa deuxiè- 
me Ino , le projet d'ôter la 
s enfants. Il régnait une 
sette ou une peste; on de- 
l'oracle de Delphes ce qu'il 
» pour apaiser les dieux. 
, gagné par Ino , annonce 
:Ie a ordonné qu'Athamas 
m fils Phryxus. Le père 
et ordre inhumain ; le peu- 
clame l'exécution; le jeune 
li-méme veut s'immoler. 

touché découvre la tra- 
thamas livre a Phryxus 



SOP m 

sa barbare marâtre; le prince gé- 
néreux loi pardonne : les dieux sa- 
tisfaits font cesser les' effets de leur 
colère. Voila comme on peut , d'au- 
près Leasing, concevoir ce sujet 
dans le système de la tragédie moder- 
ne; maïs il est probable que Sophocle 
tranchait le nœud par une catastro- 
phe miraculeuse. Il est des pièces 
perdues de Sophocle dont on ne peut 
pas même indiquer le sujet d'une ma- 
nière raisonnée. Telle est celle qui 
porte le nom de Tyro. C'est une mo- 
re délivrée par ses fils de la dure 
captivité où la retenait une rivale. 
Il nous reste de cette pièce l'admira- 
ble peinture d'une cavale, « à qui 
» ses gardien! ont enlevé sa crinière 
» ondoyante, et qui , tristement cou- 
» chee dans la prairie, cherche des 
» yeux, dans les flots, l'ancien, or- 
» nement de son cou. » Térée est un 
sujet plus connu; et nous voyons par 
les fragments que , supérieur aux pré- 
jugés de sa nation contre la liberté et 
la dignité des femmes , Sophocle 
avait su reporter un grand intérêt 
sur l'infortunée Athénienne, livrée, 
comme épouse, à un prince barbare. 
« Jeunes , la folie nous élève dans la 
» maison paternelle nous grandis- 
» sons au milieu des jeux; devenues 
» nubiles, nous sommes déportées an 
» milieu des étrangers , loin des au- 
» tels de famille. Une seule nuit chan- 
» gc notre existence entière. Il ne 
» nous reste qu'à nous résigner. » 
Quelle idée ces sentiments délicats ne 
nous donnent -ils pas du drame qui 
en était rempli ! Mêmes regrets pour 
la pièce intitulée Alètes, et dont il 
nous reste tant de belles sentences , 
entre autres, celle-ci : «Un cœur bien- 
» veillant, une ame droite décou- 
» vrent souvent ce qui échappe à la 
» finesse. » C'était dans quelque piè- 
ce perdue que Sophocle avait placé 




ni SOP 

la belle tirade sur les mystères d'E- 
leusis : a Heureux ceux qui les ont vus 
» et qui meurent tout de suite! car 
» ils vivront éternellement ; » et cette 
autre tirade sur l'unité de Dieu , ci- 
tée par Clément d'Alexandrie, etcnje 
la critique capricieuse prétend reje- 
ter, comme supposée , de même qu'on 
rejette la peinture de l'embrasement 
du monde , citée par Justin le martyr, 
et dont l'idée se retrouve chez tant 
de poètes romains. Il est des tra- 
gédies perdues de Sophocle dont le 
sujet n est soumis à aucun doute. Il 
avait écrit une PItèdre, une Mort 
d'Ulysse, traduite librement en la- 
tin , par Pacuvius ; un Àtrée , un 
Thyeste. L'histoire de Médée paraît 
lui avoir fourni quatre tragédies : 
les Colchidiennes , où Ton voyait la 
fille d'Éète trahir son père pour son 
amant , et immoler Absyrte , que 
notre poète donnait pour être fils 
d'une autre mère , trait qui adoucit 
le caractère de l'héroïne ; les Scy- 
thes , ou la Fuite de Médée , dans 
laquelle les Argonautes retournent 
par le chemin naturel du Bosphore, 
et non pas par le fabuleux Océan : 
un vers de cette pièce a été traduit 

5ar Virgile ( Géorg. , m , 276 ) ; les 
Ihizotomi , ou la Récolte des raci- 
nes , dont le sujet a dû être la mort 
de Pélias, provoquée par les artifices 
de la magicienne ; enfin Creusa , ou 
les secondes noces de Jason avec la 
princesse de Corinthe. Cette manière 
de développer une histoire tragique, 
dans une suite de plusieurs pièces , 
dont chacune formait un ensemble 
régulier , paraît avoir été singu- 
lièrement goûtée des Athéniens ; et 
Sophocle a souvent sacrifié à ce 
goût de ses compatriotes. Nous en 
avons l'exemple le plus brillant dans 
Jes deux OEdipes et Àntigone; mais 
aojispouvons reconnaître , par les ti- 



SOP 

très des pièces perdues , crue £ 

cie avait traité beaucoup d'aut 

jets de la même manière. On a 

par exemple, l'histoire du col 

neste,qui attirait sur ses posse 

la haine du destin , et dont la 

de Vénus avait d'abord fait r 

à Harmonie , l'épouse de Cadn 

collier avait été donné à Ériphi 

Polynicc et Adraste , pour la 1 

penser d'avoir trahi 1 asile où 

caché son époux Amphiaraus 

prévoyant , en qualité de pro 

sa mort certaine , avait refusé c 

cher contre Thèbes. Entrain 

guerre, Amphiaraus command 

fils Alcméon de venger sa moi 

sitôt qu'il l'aurait apprise, < 

molantÉriphile. Alcméon exé< 

ordres de son père ; mais dès q 

souillé ses mains du sang de sa 

les furies , vengeresses même c 

mes involontaires, suivent pari 

pas vagabonds , jusqu'à ce que 

tre Phéléus le purifie dans un 

ce sacrée, et lui donne en mar 

fille Alphésibéc. Le tranquill 

heur qu'il commençait à goût 

bientôt troublé par l'influenci 

ta! collier. Alcméon avait pri 

neste bijou sur le corps de sa 

il l'avait donné à Alphésibée. ; 

les mânes irrites d'Eriphile v 

obséder et troubler sa raison. 1 

donne sa jeune épouse , et cl 

d'après les conseils d'un orael 

que terre nouvelle , qui n'exis 

à l'époque où furent pronom 

malédictions attachées au ni 

de. Cette terre nouvelle se ti 

une île , née dans le fleuve A cl 

reçut le fugitif, qui s'y maria • 

veau à la nymphe Ca(lirhoé,fi 

cheloiïs, laquelle, ayant enten< 

ter le fameux collier , ne laiss 

de repos à Alcméon qu'il n'ci 

mis de le lui procurer. Il rent 




m» 

Aét pour le chcfofcper j 
Massacré par les frères 4t 
m offensée. Son cadavre 
oBîer sont abandonnés an 
i forêt Voila la fable q*i 
e sujet d'Amphiarams , 
le et de VAlcméan de 
i Fon se place dans la si- 
pectateurs crées , si dans 
m ne cherche que le ter* 
ût d'une fatalité irrésis- 
es coups de laquelle suc- 
•lement le vice et la ver- 
et la faiixkssc , on sentira 
! grec pouvait difficile- 
un sujet plus attachant, 
ni et plus riche que cette 
•Hier. Àlcmcon surtout, 
lans une situation émi- 
ragiqtte > dans le sens 
. Venge -t -il la mort de 
es furies ne peuvent lais- 
un parricide; néglige- 
rcs d'un père mourant? 
itée d'Amphiaraiïs ne lui 
s de repos. Le "caractère 
paraîtra vil et odieux au 
in -d'œil : mais eu réfle- 

• la situation de cette prin- 
du roi d'Argos , dont la 

pousé Polynice , on con- 
onneur de sa maison dût 

* de haine contre Etcocle. 
t d'ailleurs ignorer l'ora- 
it prédit la mort d'Am- 
ies vers qui nous restent 
le de Sophocle semblent 
quer que ce poète avait 
^position heureuse entre 
es politiques d'Adraste 
araiïs. Les trois tragédies 
pour titre : Thésée, De- 
i Camiriens, paraissent 
assé l'histoire de Minos, 
à Camiri en Sicile, par 
m roi Cocalus : mais une 
tjg cturalede toutes ces ptè- 

IL1II. 






tiS 



ces dé pute» * ft iesti mites de cet arti- 
cle i bttrftom-Mtts à signaler là série 
de tragédies relatives à la guerre de 
Troie , et dont t'Àjax seul nous est 
resté. Le sëholiaste d'Âjax en nom- 
flto seulenmt trois , le Memmm( peut 
être identique «evec les Éthiopiens ) , 
les Ttotènke* captives et les Antè- 
noridex$mm nous avons des cita- 
tions des trois autres : le Laocoon, 
où il était parié de l'émigration des 
Troyens Sous Ênèe ; la Polixèhe , 
où r ombre plaintive d'Achille décrit 
la triste existëftfedes morts aux bords 
des tnafais nébuleux ; enfin , Nnu* 
plius, où ce {Ait de Palamède exer- 
ce ses vengeances contre les Grecs*, 
et dont il rions resle une quinzaine de 
vers, très-imp ottânts pour l'histoire 
des arts et dès sciences. Dans cette 
série des tragédies troyennes y Sophb- 
cle suivait les poètes cycliques , qui 
souvent rapportaient d'autres tradi- 
tions que celtes d'Homère, et souvent 
aussi continuaient la suite des événe- 
ments chantes par ce grand -poète. 
Il n'est pas douteux que Virgile n'ait 
puisé amplement dans cette partie 
du théâtre de Sophocle. Que de tré- 
sors de poésie et de philosophie nons 
sont ravis , probablement pour tou- 
jours! On avait retrouvé il y a une 
vingtaine d'années un fragment tfe 
trois cents vers d'une Glytemnestre 
qu'on croyait être celle de Sophocle; 
mais il a été démontré que c'est l'ou- 
vrage d'un faible imitateur. Les 
journaux ontjparlé d'un fragment de 
la Phèdre de Sophocle , qui aurait 
été retrouvé pat M. Hase ( de l'aca- 
démie des inscriptions ) ; mais nous 
tenons de ce savant helléniste , que 
c'est un fragment du Phaëton d'Eu- 
ripide. Le théâtre d'Athènes dut à 
l'influence de Sophocle de grandes 
réformes. Jusqu'à son temps , et 
même quelquefois plus tard, les 

8 




Il* 



SOP 



poète» tragiques ne présentaient pas 
un, seul ouvrage au concours-; ils 
y paraissaient avec le cortège impo- 
sant de trois tragédies, ou, comme 
disaient les Grecs d'une trilogie ac- 
compagnée pour l'ordinaire d'une 
quatrième pièce satirique ou pasto- 
rale, qui complétait la tétralogie, 
ou ( si l'on pouvait se permettre cette 
expression ) le quadrille dramati- 
que. Sophocle fit le premier des ten- 
tatives pour abolir cet usage , et pour 
Taire concourir les tragédies une à une. 
Les Athéniens n'étaient pas moins 
embarrassés que les Français pour 
trouver des juges impartiaux et éclai- 
rés. Afin d'obtenir au moins la pre- 
mière de ces deux qualités de tout 
bon juge , on chargea d'abord l'ar- 
mée , et dans la suite les dix géné- 
raux, de décerner le prix de la tra- 
gédie. Les cinq personnes chargées 
de juger les comédies étaient prises 
au sort et indistinctement parmi tous 
les citoyens. Voilà pourquoi Eschyle 
et .Euripide, dans les Grenouilles, 
où Aristophane les met aux prises 
ensemble , en voyant parmi les spec- 
tateurs beaucoup d'affranchis qu'on 
avait été obligé d'enrôler, s'écrient 
d'une commune voix : nous ne vou- 
lons pas être jugés par un tribunal 
comique, a Allez, leur répond le 
» chœur, les spectateurs sont très- 
» capables de vous juger ; ils ont fait 
» une campagne. » Estrateume- 
noi gar eisi , passage que plusieurs 
commentateurs ont traduit d'une ma- 
nière insignifiante. Sophocle fit beau- 
coup d'autres réformes dans le ma- 
tériel du théâtre grec : la principale 
fut d'introduire sur la scène un troi- 
sième acteur principal. Les pièces 
de Thespis étaient très-probablemeut 
récitées par un seul acteur, quoiqu'il 
parait qu'elles fussent déjà dialoguées. 
Quand on dit qu'Eschyle inventa le 



SOP 

dialogue, on a voulu dire qu'il intrô=- 
duisit sur la scène l'usage de dent 
acteurs parlants. Ces anciennes coutu- 
mes devaient nécessairement resser- 
rer le génie du poète dans des bornes 
étroites. Quand Sophocle eut hasar- 
dé de faire parler ensemble trois ac- 
teurs , le vieux Eschyle imita , dans 
ses dernières pièces, l'exemple de son 
jeune rival. Sophocle abolit encore 
les épouvantables représentations d'ê- 
tres mythologiques et allégoriques 
dont Eschyle avait rempli sou théâ- 
tre. On ne vit plus Vulcain attacher 
Prométhéeau Caucase avec de grands 
clous d'airain; les furies ne vinrent 
plus faire mourir d'effroi les femmes 
enceintes en agitant les torches infer- 
nales et laissant leur chevelure de 
serpents flotter au gré des vents. Ce- 
pendant le théâtre, sous le règne de 
Sophocle , conserva encore beaucoup 
d'éclat extérieur : les rois et les hé- 
ros n'y paraissaient jamais qu'eu, ha- 
bits de pourpre , et chaussés de co- 
thurnes élégants; il fut réservé à Eu- 
ripide de se rendre le précurseur de 
nos dramaturges modernes , en mon- 
trant des personnages illustres cou- 
verts de vêtements déchirés et mal- 
propres : iuuovalion qui ne manqua 
pas d'etre approuvée par la multi- 
tude : Judice , quo nosti , populo. 
Il est difficile de croire, sur le juge- 
ment d'unscholiaste, que Sophocle, 
dans Térée, ait fait métamorphoser 
sur la scène ce prince en oiseau de 
proie; mais il paraît certain que dans 
le drame de Tliamyris, le person- 
nage de ce nom paraissait siibir sur 
la scène la privation de la vue, à la- 
quelle les Muses l'avaient condamné: 
il portait à cet effet un masque qui 
d'un coté offrait un œil voyant, et de 
l'autre un œil éteint et frappé d'une 
cataracte très-visible. L'acteur au 
moment de la punition , tournait yen 




te f œil éteint, qifaupà» 
érobait à leur vue. Dans 
ie de notre poète , on 
fare d'Achille paraître sur 

probablement demander 
i tille de Pria m. Sophocle 
ix faible , changea l'usage 
rail aux poètes de jouer 
kprincipal rôle dansleurs 
s les réformes les .plus im- 
e ce grand geme portèrent 
jsition T la conduite et le 
tragédie ; et ici nous de- 
Ire également de nous 
ns une discussion littc- 
*. laisser imparfait le por- 
ahocle. Nous espérons ne 
Vie contradicteurs en di- 
poète a fixé le plus haut 
* système de la tragédie 
t parvenu. La destinée, 
•chyle 1 , est un pouvoir des- 
ivernant d'un sceptre de 
x et les mortels , se rap- 
ïz Sophocle, de notre idée 
ideuce sage et juste : les 
s de notre auteur , ayant 
rbirre , du moins jusqu'à 
degré, développent leur 
leurs passions , leurs ver- 
■s vices, d'après des lois 
ogiques; de là moins de ter- 
ts de sympathie dans les 
ophocle que dans celles de 
ier. D'un autre coté , les 

rois , les princesses de 
conservent ces sentiments 
5 langage noble , qui con- 
e ne dirai pas à leur rang, 
beauté idéale et poétique 
eut leur donner ; jamais 
i les héroïnes de notre au- 
cendent à ces lamentations 
BTéminées , à ce délire des 
vulgaires , qui dégradè- 
Itre sous la main d'Euri- 

dramatique, dans les e\- 



SOP 



u5 



positions , dans la conduite des scè- 
nes, quelquefois dans les dénouements, 
rapproche Sophocle du système de 
la tragédie française. Enfin ses chœurs 
sont, parle style, la versification et les 
pensées , ce quela poésie lyrique grec- 
que offre de plus parfait , sans ex- 
cepter les morceaux qui nous restent 
de Pindare; c'est encore un trait de 
ressemblance de Sophocle avec Ra- 
cine (9). Malgré tant de perfection, 
quelques-uns , parmi les anciens mê- 
mes , ont donné l'exemple de Pin jus* 
tice en établissant -une absurde pré- 
férence eu du moins une scandaleuse 
égalité d'admiration pour Euripide : 
ce sont les philosophes, Socra te à leur 
tête, qui ont crée çt propagé cette 
opinion. « Euripide, disaient-ils, a 
» pour but de rendre les hommes 
» plus vertueux. » Sans doute , il s'en 
vantait lui-même, selon Aristophane; 
mais Sophocle a montré bien plus de 



(9) II est Trai , cumin* le dit Laharpe « Que pour 
juger Sophocle, il lit ut étudier le tevte grec. » 
C'est pour ne pu «voir suivi lui-même an précep- 
te «usai Jagn, que Lauarpe, dan* ses élégante» tra- 
duction*, a fait parler Apx de «<>' Xourrice* , tan- 
disque le teste lui aurait fourni presque littérale- 
ment cette ligue poétique : 

O fleuve* nourriciers , et vou* , mont* paternels , 
Adieu ! 

LeP.Brumoy,-enrend:.ut 'es beautés poétiques avec 
toute la froideur d'où mvnl.1 , ue commet pa< de* 
erreurs moins graves que celles îles simples litté- 
rateurs. Par exemple, aVias la belle scène qui com- 
mence l'Antigone, il lait faire à Isntèuc, eu milieu 
de» seulimenlt les plus touchants, un délestiiMe jeu 
de mots sur \*. chaud attachement. d'Anfîgouepoiir 
le corps Jixnd de fou frère. On aaouveut reproché 
à Sophocle ce trait de mauvais g Jiit. Mais il n'exis- 
te pas dans le texte; lu tchoiie grecque , imptimee 
par brunck , explique les mot* de manière à faire 
coiiipK-temenl duparaître cet indigne calrmbourg. 
Le croirait-on ? Bmork lui-même reproduit dans s* 
traduction latine le fatal jeu de mots ! U nous sem- 
ble qur le savant brlléuisto vivant qui a attaché sou 
nom à l'édit. cumplète du Tkédtra dr< Grecs, au- 
rait dû faire remarquer des fautes qu'il a sans dou- 
te trop de goût peur soutenir ou même pour excu- 
ser. Plutarque ( De audiendii pottis) est le *eul 
ancien qui paraisse reprdeber a Sophocle une sorte 
d'inégalité dans le style , si l'on doit entendre aiusi 

md expression 0CVa>CA2AC2V j mais le docte Béo- 
tien aurait mieux f»u d'apprécier l'art du poète 
albeuiru unu* Jeu nuances qu'il met a dessein entre. 

If '•n;^g«* i!c* r>}\- e* . ' .'"s ?•. >uiiuc* da pcttr.le. 

8. 




n6 



SOP 



jugement et de génie en ne sacrifiant 
point y à un but moral , le Lut propre 
de la tragédie. « Euripide , disaient- 
» ils encore , sème ses pièces de belles 
» sentences ; ses tragédies offraient 
» presq u'un cours de morale; la vieille 
» HécuDC elle-même parle chez lui 
» comme un philosophe. » Dans ces 
ph rases de Cicéron et d'à «très a nciens, 
on croirai t reconnaîtreles philosophes 
français du 18 e . siècle exaltant Vol- 
taire aux dépens de Racine. On ne 
saurait nier qu'Euripide a le premier 
corrompu le système tragique des 
Grecs, par ses étemels discours de 
morale ; mais ou aurait tort de croire 
que Sophocle ignorait l'art de semer 
dans ses dialogues quelques traits de 
philosophie bien amenés. Outre les 
preuves du contraire que fourniraient 
les sept tragédies conservées , les frag- 
ments de celles que nous ne possédons 
plus , sont, en grande partielles mor- 
ceaux sententieux d'une parfaite beau- 
té et d'une philosophie plus pure que 
celle d'Euripide. Il suffit de ren- 
voyer nos lecteurs aux citations 
que nous avons faites plus haut. 
Je ne crois pas qu'il y ait aujour- 
d'hui personne qui ne donne la pal- 
me à 1 auteur d'OEdipe, d'Electre et 
d'Antigone. Aussi Virgile place-t-il , 
sans hésitation , Sophocle au premier 
rang parmi les tragiques; Aristopha- 
ne, a août l'esprit , selon Platon , était 
» un temple des grâces, 1» a Laissé 
percer la même opinion : tout en ren- 
dant hommage au génie créateur d'Es- 
chyle , il permet à Sophocle d'occu- 
Ser le trône tragique, dans l'absence 
e son devancier. Un suffrage bien 
imposant est celui de Racine, qui fai- 
sait des tragédies de Sophocle l'objet 
d'une, étude constante et même minu- 
tieuse ; l'exemplaire qui a appartenu 
à Racine , et qui est maintenant à la 
bibliothèque du roi , est chargé de 



SOP 

notes manuscrites de l'auteur d'Atha- 
lie. Voltaire et La harpe out dû à des 
imitations de Sophocle leurs plus bril- 
lants succès. Il n'a manqué au génie 
du tragique grec qu'un seul genre 
d'illustration ; c'est celui que donnent 
les persécutions et les injustices. « Il 
» y avait , dit le biographe grec , tant 
» d'aménité dans les mœurs de ce 
» poète , qu'il était chéri partout , et 
» qc tout le monde. » C'est pourtant 
trop dire , car nous savons , par un 
scholiaste d'Aristophane y que l'on 
accusa Sophocle de s'être enrichi in- 
justement clans quelques emplois qu'il 
avait remplis; d'autres écrivains lui 
ont fait un crime de ses faiblesses 
pour le beau sexe ; enfin il s'est trou- 
vé un grammairien d'Alexandrie, qui 
a publié un volume sur les prétendus 
plagiats de ce poète. Ainsi , malgré 
sou biographe , Sophocle n'a pas en 
l'avantage de plaire à tout le monde; 
avantage très -équivoque , et qui ne 
semble , en général , réservé qu'à la 
médiocrité pu à l'intrigue. Mais on 
sait que , selon un proverbe grec , 
« la médisance était le véritable miel 
» attique. » D'ailleurs les petites ca- 
lomnies auxquelles Sophocle fut ex- 
posé , ne troublèrent pas le bonheur 
de sa vie. Il fut si content des Athé- 
niens , que les offres les plus brillan- 
tes , de la part de plusieurs rois et 
princes, ne purent jamais l'engagera 
quitter sa ville paternelle. Vingt fois 
il rcmpprta le premier prix de U 
tragédie, qu'Euripide ne put obtenir 
que cinq fois. Si dans quelques occa- 
sions la palme lui échappait , il ob- 
tenait au moins le deuxième prix; 
jamais il ne descendit au troisième. 
Peut-être, quelques-uns de nos lecteurs 
eu pensant àiixphilippes d'or donna 
par Alexandre à Ghérile, s'imaginent- 
ils auc tant de prix durent enrichir 
Sophocle; mais qu'ils se détrompent f . 




SOP 

oaire, du moins dans le 
{junte joint i la fête des 
, du temps de Périclès , 
: mie mesure (t'huile et 
b de branches d'olivier , 
leë bosquets de i'Acadé- 
pdîes représentées dans 
s , étaient censées faire 
i solennité religieuse et 
es Athéniens mettaient 
i importance à ces sortes 
qtfik ne crurent pas 
enser l'Antigone de So- 
tmmant l'auteur un des 
r ou généraux d'armée , 
lire la guerre aux 5a- 
*tte charge, il eut pour 
des et Thucydide; c'est 
i nous l'apprend, en rap- 
ibf de Périclès qui jette 
je sur la chasteté de no- 
icéron , en racontant la 
3te, traduit fort inex ac- 
mé st rat ego s , par celui 
ce mot latin, mai corn- 
[ire à plusieurs compila- 
ihocle a vait été archonte 
[ais si Sophocle ne rcm- 
a première magistrature 
ibfiquc , il fut plusieurs 
l'importantes ambassa- 
mssi revêtu d'un sacer- 
stoire , qui se tait à l'é- 
exploits militaires et di- 
, n'a pas dédaigné de 
elques anecdotes qui sem- 
er que les superstitieux 
tribuaient à ce poète des 
ions spéciales avec les 
le ces anecdotes est re- 
; tempête que l'on dit 
>aisée par un hymne de 
c'est le fameux magi- 
ius de Tyane , ou plutôt 
phe Philoslrate ( Fit. 
'i , chap. 7 ) , qui nous 
prodige; mais si l'on 



SOP 



117 



se rappelle que les P céans ou Hym- 
nes à Apollon, étaient souvent chan- 
tés dans les fêtes publiques, aiindedé- 
tourner et conjurer toutes sortes die de* 
«astres nationaux; si l'on y ajoute que 
Sophoclea vait composé des Pocansjl 
est facile d'expliquer le prétendu mi- 
racle. Une tempête horrible, qui fa*; 
sait trembler les Athéniens pour leurs 
oliviers et pour leurs vaisseaux mar- 
chands , aura cessé naturellement 4 
au moment où Ton exécutait un hym- 
ne de Sophocle. Philostrate le jeune, 
dans ses Tableaux, décrit une fan- 
fare qui représentait Sophocle, a qui 
Ta muse de U tragédie, offrait un 
don; des abeilles, emblème de ta 
douceur, voltigeaient autour de la 
tête du poète, qui, baissant modes- 
tement ses regards vers la terre, 
semblait ne pas oser accepter les pré- 
sents de la déesse. A ses cotés était 
le dieu de la médecine , Esculape , qui 
semblait l'inviter à chanter devant 
lui l'hymne qu'il avait composé en 
son honneur, et que ce dieu, dit-on, 
trouva si beau , qu il vint en personne 
rendre une visite au poète , et con- 
clure avec lui une alliance d'hospita- 
lité, compliment poétique qui s'a- 
dresse évidemment à Hippocrate, 
dont le voyage à Athènes eut lieu 
pendant la vieillesse de Sophocle. Il 
est à regretter que Philostrate n'ait 
pas décrit les traits de Sophocle, 
qui , d'après d'autres témoignages , 
avait eu , comme Racine , la beauté 
en partage. Le doux Sophocle res- 
semblait encore au doux Racine, par 
sou humeur maligne et ses railleries 
mordantes. On comparait son esprit 
à une niche pleine du miel le plus 
exquis, a Mais prenez garde , disait 
» Philostrate , qu'il n'en sorte quel- 
» que abeille munie d'un aiguillon, 
» et qui vous pique au moment où 
» vous vous y attendez le moins. » 




n8 



SOP 



Qiioiqu'il ait écrit contre Thespis , et 
même contre Euripide , auquel il re- 
prochait avec raison de dénaturer ïc 
chœur, Sophocle était d une grande 
modestie. Lorsqu' Aristophane, dans 
les Grenouilles, représente la lutte 
entre Eschyle cl Euripide, qui se dis- 
putaient aux enfers le trône réservé 
au meilleur trafique, il commence 
par nous faire voir Euripide , appuyé 

Ear les voleurs , les escrocs et toute 
i populace, criant à haute voix 
qu'Eschyle doit lui céder le premier 
rang. Il nous montre au contraire 
Sophocle plein d'un juste respect 
pour le père de la tragédie , l'embras- 
sant avec tendresse, et lui déclarant 
2u'il ne lui disputera jamais le trône 
ont il est si digne; a mais, ajoute- 
» t-il, si, par mi hasard singulier . 
» Euripide l'emportait sur vous, je 
» lutterai contre lui , pour la gloire 
a de l'art dramatique. » Il ne faut 
pas même croire que Sophocle , aveu- 
glé par la Jalousie, ait méconnu ce 
qu'il y avait d'estimable dans le ta- 
lent d'Euripide : au contraire, ayant 
survécu à ce rival , il en prit publi- 
quement le demi , et ordonna aux ac- 
teurs , qui, à la même époque, j ouaient 
une de ses pièces , d'ôter de leur tête 
les couronnes de lierre qu'ils por- 
taient ordinairement. La vieillesse de 
Sophocle lut un instant troublée par 
,tm événement qui, raconté briève- 
ment et vaguement par Tes anciens , 
est un sujet de controverse pour les 
modernes. Il s'agit du procès que lui 
intentèrent ses enfants. Ce procès, 
odieux d'après la première appa- 
rence, ne l'était peut - être pas dans 
un aussi haut degré que les moder- 
nes l'ont cru. Voici les faits, selon 
le biographe anonyme : a Sophocle 
» avait plusieurs fils , entre autres , 
» Iophon , de sa femme Nicestrate , 
» et Aristou, d'une femme de Sicyone, 



SOP 

» nommée Théoris. Cet AristonayanC 
» un fils nommé Sophocle , d'après 
» son grand-père, celui-ci lui voua 
» une affection particulière. Il fit me- 
» me allusion, dans un drame, à la 
» jalousie que cette préférence inspi- 
» rait à Iophon. Celui-ci avant porte' 
» devant les phratores (c est-à-dire, 
» devant les membres de la confrérie 
» à laquelle il appartenait) une ac- 
» cusation contre son père , comme 
» ayant perdu l'usage de la raison , 
» les phratores lui donnèrent tort » 
Pour entendre ceci , il faut savoir que 
chaque enfant Athénien , légitime ou 
adoptif , devait être inscrit sur le re- 
gistre de la phratria , ou confrérie de 
laquelle sa famille faisait partie. Les 
phratores, ou confrères , . pouvaient 
refuser leur consentement à l'inscrip- 
tion; alors le père devait les citer 
devant les tribunaux^ ordinaires. A 
quoi donc se réduit la démarche d'Io- 
phon ? Ce n'est point une plainte ju- 
diciaire contre son père; c'est une 
opposition formée, pour ainsi dire, 
à 2a municipalité contre l'admission % 
comme enfant légitime, de cet Aris- 
ton , que Suidas dit expressément 
avoir été un bâtard. Les phratores 
rejetèrent l'opposition, par consé- 
quent il n'y eut pas deprocès en forme» 
Voyons maintenant comment Sopho- 
cle se défendit devant les phratores. 
« 11 établit, dit un auteur cité par le 
» biographe , ce dilemme : on je suis 
» un imbécilIe,etalorsjene suis point 
» Sophocle; ou je suis Sophocle, et 
» dans ce cas, je ne suis point uu imbé- 
» cille ; » puis il récita son Œdipe à 
Colone. Plutarque, qui fait allusior 
à ce trait , dit qu'il récita le passage 
de l'arrivée d'OEdipc dans la forêt sa- 
crée de Colone. N est-il pas évident 
pour quiconque a lu l'Œdipe , que 
Sophocle y trouva plusieurs passa- 
ges très -applicables à sa propre si- 




cnanii 
cediffé 



S» 

tuatfon et à la conduite de son. fîis ? 
Mais rien n'annonce qu'il n'ait corn* 
posé Mo Œdipe qu'à. cette époque; 
au contraire , tout concourt â nous 
faire croire qu'il avait écrit cette piè- 
ce, sinon ayant Antigone , du moins 
à peu d'années de distance. Œdipe à 
Colone devait naturellement précé- 
der Aabgone*lans l'ordre et l'anan-. 
flHMnt d'une trilogie dramatique. 
Or y avait donné Antigone à l'âge de 
ante-cinq ans ; et lorsqu'à eut 
rérend avec son fils , il était âgé 
de orotre- vingt - dis ans. Où les 
modernes ont-ils pris cette assertion 
muuùme, d'après laquelle ils veulent 
■on» Cure considérer l'Œdipe à Co- 
lone comme une production de l'ex- 
tEtaevieiUesse deSophocle? C'est un 
pa^sagedeCicéron, aeSenectute f qm 
aservidetexteàtoutce que l'on a dit 
a ce sujet Cicéron nous parait avoir 
défiguré toutl'événemeut ; il fait d'une 
discussion de famille devant une sorte 
de tribunal de paix , un procès for- 
mel : il nomme comme accusateurs 
v Iophon avec ses 1 frères; » ce qui 
prouve qu'il a pris le mot phrator, 
confrère, pour celui de phrater, frè- 
re; et en effet les Athéniens pronon- 
çaient ces deux mots de même. Enfin 
Cicéron donne pour motif à Iopbon 
et à ses frères la négligence qu'ap- 

nit Sophocle à l'administration 
i biens. Or ce motif paraît mal 
fondé, puisque les scholiastes grecs 
accusent Sophocle d'avarice et d'a- 
voir écrit des tragédies pouade l'ar- 
gent, c'est-à-dire, pour les vendre à 
d'autres poètes. 11 nous semble donc 
qu'un récit aussi peu conforme à ce 
que disent les écrivains grecs ne doit 
être considéré que comme un des 
nombreux exemples des mal-entendus 
si fréquents chez les auteurs romains, 
lorsqu'ils rapportent des anecdotes 
sa la Grèoe.ÏTOt-étre parviendrait-on 



SOP IIQ 

à concilier toutes les opinions, en sup- 
posant que Sophocle , au moment de 
cette dispute de famille, était occupé 
d'une seconde édition de son Œdipe , 
et qu'il aura lu à ses juges les passages 
qoïl venait de retoucher. Ce serait le 
moyen de sauver un peu la vraisem- 
blance de ce trait , fort romanesque 
et fort dramatique, mais que nous 
croyons très-peu historique. Les fils 
de Sophocle ne furent pas tout-à- 
fait indignes d'un tel père $ Iophon 
surtout rut un poète très-fécond, et 
le fils d'Ariston, qui porta le nom 
de Sophocle, est peut-être auteur de 
quelques-unes des*pièces citées sous 
le nom de son illustre grand-père. La 
mort de Sophocle arriva dans la troi- 
sième année de la quatre-vingt-trei- 
zième olympiade , l'an 4°5 avant 
J.-C., un peu après la mort d'Euri- 
pide, et avant la prise d'Athènes 
par Lysandre. Elle est racontée de 
plusieurs manières : selon les uns , il 
mourut de joie en apprenant le suc- 
cès d'une de ses pièces; selon d'autres 
il expira en récitant des passages de 
son Antigone. Une épigramme de 
l'Anthologie affirme aii'il mourut 
pour avoir avalé du raisin. C'est peut- 
être une mauvaise expression allégo- 
rique : le raisin étant consacré à Bac- 
chus, qui présidait à la tragédie, le 
poète aura voulu faire allusion au 
prix que Sophocle remporta au mo- 
ment de sa mort. Le tombeau de 
famille de Sophocle se trouvant dans 
un terrain occupé par l'armée des 
Lacédémoniens, JBacchus apparut en 
songe à Lysandre , roi de Sparte , et 
lui ordonna de Lisser enterrer ce 
que lui , Bacchus , avait de plus cher : 
le roi eut quelque peine à deviner 
l'énigme f mais enfin il obtempéra à 
Tordre céleste. On a décrit de diver- 
ses manières le monument que les 
Athéniens élevèrent à leur poète ché* 




120 



SQY 



ri : la version la plus intéressante est 
celle que donne une épigramme de 
l'Anthologie , attribuée à un certain 
Dioscorides II y avait sur le tom- 
beau de Sophocle une statue de 
Bacchus , tenaut à la main le mas- 
que d'une vierge. L'auteur de L'épi* 
gramme fait parler le dieu en ces 
termes : a Passant , voici le tombeau 
» de Sophocle; les Muses m'en ont 
» confie. la garde. C'est lui qui 
» in'ayant rencontré lorsque j'arri- 
» vais de Phlius , un grossier bâton 
» à la main , accoutumé à marcher 
» parmi les buissons et les ronces , 
» m'a orné d'un vêtement d'or et de 
» pourpre. Depuis qu'il n'est plus, 
» )'ai oublié les danses solennelles, 
» et je me repose ici. » Le passant 
répond : « Vous êtes heureux d'oc- 
» cuper un aussi beau poète; mais 
» quelle est la vierge dont vous te- 
» nez le masque? De quelle pièce de 
» Sophocle csl-el|e? Bacchus repli- 
» que : c'est Autigoue ou Electre, 
» comme il vous plaît; l'une et l'au- 
» tre sout des chefs-d'œuvre. » Dans 
ce morceau curieux., le dieu de la 
tragédie décide donc lui-même que la 
première ébauche grossière Je ce 
genre de spectacle est due à la petite 
villede.^icyone, dont Phlius était une 
dépendance ; c'est aussi à Sicyonc que 
naquirent la peinture et la sculpture. 
La vie de Sophocle n'a été traitée 
avec soin que par Meursius, dans son 
écrit intitulé : Jïschfius , Sophocles, 
Euripide s , sive de trageediis eorum 
libritres, îGig, et bien mieux toicore 
par Lessing, dans sa Vie de Sopho- 
cle ( Leben des Sophocles , 1790 ), 
morceau de critique admirable , mal- 
heureusement resté incomplet. Nous 
avons beaucoup profite de l'édition 
de Brunck , où les fragments et les 
titres des pièces perdues sont recueil- 
lis , travail excellent qu'on prétend 



SOT 

avoir été fourni a l'éditeur par Val- 
kenaer. On peut consulter la savante 
Histoire de la buérature grecque, 
par M. Schœll, pour connaître les 
diverses éditions du texte de Sopho- 
cle, ainsi que l'espèce de falsification 
dont ce texte a été l'objet : c'est 

Sour cela même que la seule éditioa 
e Brnnck ( 4 Toi. in«*8<\ , ou a îu- 
4°. , Strasbourg , 1 789 ) , mérite l'af» 
tention des amateurs. Parmi les tra- 
ductions, nous devons distinguer, 
comme la plus poétique, celle que lé 
comte Frédéric Stolbcrg a donnée es 
vers allemands. On dit du bien de h 
traduction française de Rochefort 
( 'i vol. 1788 ) ( 10). L'auteur de cet 
article a publié , il y a trente ans, 
à Copenhague, quelques échantillons 
d'une traduction en vers danois, dt 
Sophocle, ce qui lui avait donné lieu* 
d'étudier spécialement la vie de ce 
poète. M — B — w. 

SOPHONIE , le neuvième des pe- 
tits prophètes, était iris de Chu&i : 
il exerça son miuistère pendant les 
premières années du règne de Josûs; 
car les reproches qu'il adresse ara 
Juifs, sur leur idolâtrie, ne permettent 
pas de le placer après la dix-huitième 
année de ce prince, 011 l'on met ordina> 
rement la grande rcforuiatiou qu'il fit 
dans toute l'étendue de son royaume. 
L'attentiou de ce prophète à conser- 
ver sa géuéalogie jusqu'à Ézécbias, in- 
clusivement, a porté plusieurs auteurs 
à croire que cet Ézéchias était le rot 
de ce nom , et que le père de Sonne» 
nie était son arrière - petit - fils* 
On voit cependant que rEcriture, 
qui ne donne d'autre lils au roi Ézé- 
chias que le seul Manassès , ne fiV 



(m) !.«•»• |l»lii'D4, qui n'avaient q«e de» piri — 
cli-tacht-c* t\v Siiplmclc, v initient d'eu donner dm* 
Iradurlmiii niinplcir» 111 vers; Y tin* dr M. IW- 
lnti. Milan, iRi3, a vol. iit-H». ; et l'uni re de M. 
AiiK<-l«'lli; lioloipir, iB»3,avol. iu-4*. La première 
e*i lu pliu «attire. A-— e — * 




aantimant, unique» 
lu praire très-equi- 
teemblaine dt nom. 
âûphonie peut serap- 
Hata principaux : les 
fltj gp^pr mit Jésus»* 

t relatif à la prise de 
rfabuchodonosor , et 
Éprouvèrent les, Juifs 

C* rite; la destruction 
Maabit6s,de*Am»- 
Ethiopiens et des As* 
traient triomphé des 
«unie de Dieu ; enfin 
leux maisons de Jtida 
>nt la gloire retentira 
tre, comme un effet 
i que Dieu leur accor- 
roière partie n'a eu 
scomjplissement après 
captivité et au temps 
, mais ce ne sera qu'à 
ïtale de ces deux mai- 
ie de la fille de Sion , 
l'Israël et l'allégresse 
seront portés à leur 
qu'alors Sion sera un 
riaisance pour le Sei- 
e de ce prophète est 
înt, ses figures sont 
de la tendresse dans 
tpi'il fait au peuple de 
nie chose de touchant 
ires sous lesquelles il 
ilheurs qui l'attendent. 
;t renfermée dans trois 
Grecs et les Latins sont 
l pour fixer sa fête au 

T— n. 
BE , reine de Numidie, 
thage, vers l'an 'J*35 
Lsdrubal , fils de Gis- 
, l'élcva dans la haine 
et chez cette jeune tille 
ible par sa force d'à me 
au té, ce sentiment de- 
profond, tellement en» 



SOf 



121 



traînant, que quand même Sopho- - 
aisbe, recherchée par plusieurs prin- 
ces de l'Afrique, eut pu accepter un 
épous qui n'aurait pasiHé l'ennemi 
ne Rom*, elle n'aurait pas tardé à 
mi mire partager son inimitié con^ 
toc b maie de Carthage. C'est ce 
qui explique h peKtkrae froidement 
orueJfti <fe Scipion l'Africain, envers 
cette; p r in cesse ; et voilà pourquoi 
Tite-Live, ordinairement succinct 
8«f les malheurs des princes étran- 
gers, donne quekra'étendue au récit 
de m catastrophe «roi terminales jour» 
de Sophonisbe. de récit se trouve 
également fort an long dans la Guer- 
re iÀbyquc d'Appien d'Alexandrie. 
Hue peut rien être ajouté & ce qui a 
été dit dans la Notice sur Masmissa 
(F. ei-dessus XXYII, 365 ), con- 
cernant la première liaison de ce 
prince avec Sophonisbe , et la mâ- 
ture de leur mariage projeté , jus- 
qu'au moment où la fille d'Asdruba! 7 
unie à Syphax, rendit son époux in- 
fidèle à l'alliance des Romains. Ou a 
tu également, dans Farticle précité , 
quel rot le triste sort de ce prince et 
de Sophonisbe tombée au pouvoir 
de Lauius et de Masinissa , Fan ao3 
avant J.-C. Maître de Cirta , ce der- 
nier courut d'abord au palais de So- 
phonishe , pour se venger de l'outra- 
ge qu'elle lui avait fait en épousant 
Syphax , au mépris de ses premiers 
serments. Mais la vue de cette prin- 
cesse* le désarma , et Tfce-Live onser- 
ve qwa», comme eBe sut joindre à ses 

Srièfes pleines de fierté, quelques tea- 
res caresses*, le sang du prince Nu- 
mide s'enflamma ; et tombant aux. 
Ïûeds de sa captive, il l'épousa sur^ 
e- champ, bien que Sypnax vécût 
encore. On voit par ces détails que 
Sophonishe n'arvait d'autre vertu 
qn un courage fH , et que la pu- 
deur dt son sexe* lui était étrangère.. 




IU2 



SOP 



En époiuant Sophonisbe, Masinissa 
avait espéré la soustraire aux droits 
de conquête que les Romains pour- 
raient exercer sur elle : il se trompa. 
Scipion , informe' par Syphax lui- 
même, que, sans les funestes conseils 
de la fille d'Asdrubal , ce prince in- 
fortuné serait demeure fidèle à l'al- 
liance de Rome , craignit qu'elle 
n'exerçât le même empire sur son 
nouvel époux, plus jeune et plus ar- 
dent que Syphax: Ut est genusNu- 
midarum in venerem, prœceps , dit 
Tite-Live. De là l'injonction donnée 
par Scipion à Masinissa , de re- 
noncer à Sophonisbe ou à l'amitié 
des Romains. Quand ce prince, lâche- 
ment ambitieux, envoya du poison à 
cette reine, comme le seul moyen de 
la dérober à l'esclavage : a J'accepte 
» ce présent nuptial, s'écria-t-elle, et 
» même avec joie, s'il est vrai qu'un 
» époux n'a pu faire davantage pour 
» une épouse. Va pourtant dire à ton 
» maître, a j ou ta-t-elle en s'adressa nt 
» à l'officier porteur de la. coupe fa- 
» taie, que j aurais quitté la vie avec 
» plus de gloire, si mes funérailles 
* n'avaient pas suivi notre hyménéc. » 
A ces mots , elle vida la coupe d'un 
seul trait. « Ainsi , dit le P. Gatrou, 
» Sophonisbe perdit en un jour la 
» couronne et la recouvra ; se vit 
» privée d'un mari et en retrouva un 
» autre ; enfin passa presqu'eu un 
» moment du troue à 1 esclavage , et 
» de lVsclavage sur le trône.» Peu de 
traits d'histoire ont plus fréquemment 
exercé la plume des romanciers /et 
des poètes. La lettre de Sophonisbe à 
ÏÏJasinissa figure parmi les haran- 
gues héroïques des femmes illustres 
de Scudéry. La première tragédie 
régulière donnée sur le Théâtre ita- 
lien , est la Sophonisbe du Trissin , 
représentée à Vicence , en i5i4» 
Celle de Mairet fut terminée en 1629, 



SOP 

et jouéeàParisen i633 ( V. 
XXVI, 2 9 3 ). C'était la p 
tragédie française oit la rèi 
trois unités se trouvât o'bserv 
a souvent cité avec éloge, da 
pièce, le vers suivant : 

MacsiuiMe «a an Jour Toit, «une ci M 

Dans l'intervalle , Mellin di 
Gelaisavait traduit en prose fi 
la. pièce du Trissin, cinqua 
après son apparition, Clati 
met avait donné une Sôpha 
1 584 y et Montchrestien en a 
primé une sons ce titre: les < 
ginoises ou la Liberté, C 
traita le même sujet en i663 
crange-Cbancel , en 1716. 1 
de ce dernier, jouée quatre i 
pas été publiée; enfin Voîl 

Sas dédaigné de retoucher] 
ic de Mairet. En 1769, i 
jour, sous 'le nom de Lani 
Sophonisbe, qui fut jouée e 
Toutes ces pièces françaises i 
bées dans 1 oubli qu'elfes n 
car Voltaire , qui , dans son < 
taire de Corneille , qualifie h 
nisbe de ce grand homme, 
très-froide, très-mal conçu 
mal écrite , n'a pas mien 
daus ce sujet qui , malgré la 
du personnage de Sophonisl 
convénient d'oftrir un héro 
Masinissa. D — 

SOPRANI (Raphaël), bi 
né à Gènes , eu 161 3 , fut é 
les Jésuites, avec tous les 
ménisque l'on devait à sa fai 
titution. Ses progrès furenl 
incertains : il aimait (es ar 
lui permit de consacrer an d 
grande partie de son terr 
demande d'un certain Man 
Bologne, qui travaillait à 11 
menl pour les Vies des pt 
Vasan , il rassembla des r 




SOP 

sur les artistes génois; et quoique 
l'ouvrage fiît achevé en i665 , il ne 
parut qu'après la mort de Fauteur. 
Dans ce Recueil , ainsi que dans celui 
qo'il a intitulé : Gli scrittori délia 
Liguria , Soprani s'est montré un 
biographe 
tique, etp 
acseloejes à tout le monde. Apre; avoir 
parcouru cette longue nomenc iture 
aveulirai deux cent vingt peu es , 
au est étoamé de ne pouvoir c< <- 
■munie nom de Luc Cambiaso, qui 
est peut tfcri le seul bon artiste que 
Cèua ah produit* Soprani, qui était 
très -attaché à sa femme, ne put 
se coasoler de l'avoir perdue. Il se 
déû de sa charge de sénateur, en- 
tra daas les ordres , et allait être 
élevé à la prêtrise , lorsqu'il mourut à 
le a janv. 167a. Ses ouvrages 
I. Scrittori délia Liguria , e 
fërticoiarmente délia marUtima , 
Gènes, i667,in-4°. : ouvrage sec, su- 
perficiel et peu exact. Michel Giusti- 
siam en publiait un sur le même su- 
jfÇmais il n'en donna que la première 
•arue : Oldoini , qui , en 167 1 , en 
iéligea un en latin sur le même plan, 
t'a que le mérite d'être un peu plus 

a et. Ce dernier parut en 1080 : 
s trois sont par ordre a Iphabéti- 
euedes prénoms ou noms de baptême, 
anvant l'usage le plus commun de 
ee teaps-Iâ. IL Fit a di suor Tom- 
Fiesca , et délia beat a Cate- 
Fiesca Adorna , ibid., 1667, 
a>-4 . III. Quelques opuscules restés 



SOP 



i*3 



ts y dont on trouve la liste 
Oldoini , qui donne aussi le dé- 
tail de trois ouvrages peu importants 
dont Soprani fut l'éditeur. IV. Vite 
aV ptitori, sctdtori ed architetti 
i, e de 9 forestieri die in Ge- 
eperarono, ibid., 1674 in-4°., 

plusieurs portraits; réimprimé 

• 1768, a toi. in-4% avec la Vie 



de l'auteur, par Cavanna , et des ad- 
ditions par Ch. Jos. Ratti. A-o-s. 

SORANZO ( Jean ) , doge de Ve- 
nise, succéda, le 1 3 juin i3i?, à 
Marin Giorgi , et administra la répu- 
blique à l'époque où son gouverne- 
ment aristocratique acquérait la plus 
grande solidité, tandis que toutes les 
provinces voisines étaient boulever- 
sées par les factions et par les guer- 
res qu'excitait la vacance de l'empi- 
re, il mourut le 8 janvier i3?8, 
sans avoir rien fait de mémorable. 
François Dandolo lui succéda. 

S. S— 1. 

SORBIÈRE ( Samuel) , né à 
Saint-Ambroix , diocèse d'Uzès , en 
161 5, et non 1610, comme l'indique 
la date mise autour de son portrait 
gravé à Rome, en 1667 , était neveu 
du docte Samuel Petit , et fut élevé 
par lui. Protestant et destine d'abord 
au ministère pastoral , il se dégoû- 
ta bientôt des études théologiques , 
et vint à Paris, en 1639, se livrer 
à celle de la médecine. Il adopta la 
méthode galcnique , alla exercer son 
art en Hollande, et y obtint du succès. 
Après quelques années de séjour à 
Leyde, il rentra eu France, et fut ap- 
pelé à la direction du collège d'O- 
range. Son ami,l'évéque de Vaison , 
Suarès , lui persuada d'embrasser la 
religion catholique : il retourna sa 
jaquette , comme disait Gui Patin , 
qui s'est égayé plus d'une fois sur 
cette conversion. Les modiques pen- 
sions que lui payèrent le cardinal 
Mazarin et le clergé . n'ayant point 
paru au prosélyte de suffisantes ré- 
compenses , il prit Thabit ecclésias- 
tique à la mort de sa femme , et se 
rendit à Rome pour eu solliciter do 
plus grandes. An tu ille Samuel is 
Pctiti nepos ? lui demanda Alexan- 
dre VII , lorsqu'il fut présenté à ce 
pape : mais malgré l'accueil distiu- 




i*4 



SOR 



gué que celte parenté lui valut de la 
part du Saint - Père , et la lettre 
latine contre les protestants, adres- 
sée par Sorbière à ce chef de l'Église, 
il ne fit qu'un voyage infructueux. Il 
revint à Paris , visita bientôt après 
l'Angleterre, et publia la relation de 
son voyage : mais sur les plaintes de 
la cour de Danemark y offensée de plu- 
sieurs passages de cet écrit, une let- 
tre de caehet en exila l'auteur pen- 
dant quelque temps à Nantes. Clé- 
ment IX ( Rospigliosi ) % ayant suc- 
cédé à Alexandre VII, Sorbière, qui 
avait entretenu d'assez étroites rela- 
tions avec le nouveau souverain pon- 
tife avant son exaltation, et publié 
en son honneur des vers en plus d'une 
langue , courut une seconde fois à 
Rome, mais non moins- vainement 
que la première. Ce pape ne lui ayant 
donné que des bagatelles , il dit à ses 
amis que l'on envoyait des manchet- 
tes à un homme qui n'avait pas de 
chemises. Déçu de ses espérances , 
mais voulant du moins prouver qu'il 
ne s 9 j était pas confie sans quelque 
apparence de fondement, il lit impri- 
mer , dans un Recueil de lettres illus- 
trium et erudUorwnvirorum( i ),tou- 
tes celles qu'il avait reçues du cardinal 
devenu pape. Les recommandations 
de son oncle Samuel Petit l'avaient 
mis en rapport avec les hommes les 
plus distingués de son temps ; et 
oomme il ne manquait ni d'esprit , 
ni d'intrigue , il ne lui fut pas diffi- 
cile de multiplier ses connaissances 
-de cette espèce. Habile à s'entremê- 
ler dans les discussions des savants , 
il fut quelquefois leur médiateur ; et 
non moins doué du talent de saisir 



(i) Paru, ititH), in-t*. Sur ce volume rare, rt 
dont tous W* v\etn\tliàirr* »onl incomplet* , nu prut 
roiiMillcr In rurieiiM» mite qni* donne M. llarmcr 
iliin* m»d Htci. drs anonrme% . »*. edit. , u*. ?n(>.t4. 
et <|ii'il avait Joniu'i» avec "lu* de drlaîl daiix fr 
Mitgmf. encyti. , §»• •nné>, I. «35. 



SOR 

leurs idées, soit dans la conversa- 
tion , soit dans leur correspondance, 
il les colportait des uns aux antres 
comme siennes , et se fit ainsi pen- 
dant quelque temps, même auprès 
des pras éclairés , une sorte de répu- 
tation. Plusieurs , tels que Patin , 
Hobbes , Baluze , etc. . 1m dédièrent 
des ouvrages; mais, dans la réalité, 
ses lumières étaient superficielles , et 
son génie ne consistait guère que dans 
une certaine facilité à lancer des traits 
satiriques, et à dire de prétend» 
bons mots. Il avait soin d'enregis- 
trer ces saillies , et c'est de leur as- 
semblage auquel il a joint quelques 
anecdotes plus ou moins suspectes, et 
un petit nombre de remarques cri- 
tiques sur ses lectures , que se com- 
pose le Sorberiandy Toulouse, 1691. 
publié par François Graverol (F. ce 
nom) , avec une vie de l'auteur. Admis 
dans la société des physiciens qui s'as- 
semblaient chez Montmor, Sorbière 
publia, dans des Lettres et Discemrs 
sur diverses matières curieuses, $&; 
sieurs Dissertations qu'il avait com- 
posées pour cette académie. Un auto 
Recueil du même genre ( Relations, 
Lettres et Discours sur diverses 
tières curieuses ) , contient un 
grand nombre de ses opuscules 
des sujets de philosophie , de morale, 
de critique , d'antiquités, et de con- 
troverse. Grand admirateur de la *" 
philosophie de Gassendi , il a placé 
la vie de cet homme illustre à la télé / 
de l'édition de ses Œuvres , Lyon , " 
i658, 6 vol. in -fol.; mais cette >' 
biographie eut peu de succès. G» "'■ 
Patin la traite avec mépris dans sa • 
cent cinquante-sixième Lettre Jr Spom, - 
et ue ménage guère plus l'auteur quf ' 
l'ouvrage , malgré l'intimité de leun / 
lia isons. Les ouvra ges de médecine dt '» 
Sorbière n'ont pas joui de beaucoup* 
plusKl'estiino. HaJier parle peu iw t 




*0B 



ri5 



àtwnDiiêerùtiiomspO' 
>im trwmsfœÙM du sang, 
page pas moi» eéwère- 
wcours sceptique sur le 
chyle et te mouvement 
sÉîfoe a traduit \ Utopie 
: sons le titre d'Éléments 
les du citoyen y 1649, 
h Corps politique , ou 
? h* loi morale et ei+ 
, in- 12 , deux ouvrages 
ois réunis au Traité de 
mmuine, traduit par le 
bach , et publié sous le ti- 
« philosophiques de Th. 

*7 2 1 79° * * v °k in^°« 
mère, comme éditeur , 

s d'un écrit de Gassendi t 

metaplijrsica adversus 

les Mémoires de Hohan, 

6, et d'un Traité de Sa* 

De jure principum edic- 

quœsito , etc. , qu'il dé- 

i Saumaise. Nommé his- 

dn roi , en 1660 , il ne 

le d'un titre sans fono 

levons dire, à la louange 

, que Rabelais , Montai-' 

on étaient ses auteurs de 

11 mourut à Paris , le 9 

V. S. L. 

dit de Sainte-Foi (An- 
nie de Nevers et prédi- 
ts Charles IX, Henri III 

théologal de Toulouse, 
m la métropole de Paris 
funèbres des plus illus- 
ages de son temps , et fut 
les hommes les plus mar- 
moins les plus fameux , 
ière moitié du 16 siècle, 
;ri vains les plus féconds 
ne , puisqu'il publia près 
rages en prose et en vers, 
une destinée singulière , 
m s'attache aux auteurs 
livres, est aujourd'hui 



oublié , presque inconnu ; et son nom 
né se trouve dans aucun dictionnaire 
historique. H ne méritait pas cet on* 
Mi; et sa mésnoii* n'en eût point subi 
l'affront , s'il n'avait pas d'abordeté 
fut dans les pus anciennes collée» 
tioBft kiefpaafbiqnta. Araassd âorisin 
naquk à Montetg, village du Querci , 
preadeMontaaban. I* cardinal d'Ar- 
magnac, archevêque de Toulooae, 
lui donna la cure de Sainte-Foi; et 
le nom de cette commune resta demi* 
ajouté à celui de SorJbin. Le cardinal 
d'Esté, archevêque d'Audi , voulue 
attacher Serbin à son diocèse, et le 
nomma ibéologaï de ta métropole ; 
mais se oardinaàd'Arinagnaclui con- 
fiera le même ta»* dana celle de Ton* 
louae. Ainsi dans princes de l f JËdise 
se disputaient le curé de Sainte»Foi. 
La réputation de son talent oratoif* 
le fit bientôt connaître à la eonr de 
Charles IX 7 qui le nomma son eo 
clesiaste ou aon prédicateur. Sorbin 
prenait déjà ce titre en i568. Il 
prononça les Oraisons funèbres du 
connétable Ame de Montmorenci , 
de Cosme de Médick , de Châties 
IX, de Marguerite de France, du- 
chesse de Savoie; de Claude de Fran* 
ce, duchesse de Lorraine, fille de 
Henri II; de Marie-Isabelle, fille de 
Charles IX ; et plusieurs autres. Sor* 
bin fut sacré croque de Nevers , le 32 
juillet 15761, par le cardinal /Pierre 
deGondi, évéque de Paris, qui avoit 
pour assistants le célèbre Anryot, 
évêque d'Amené, et Nie. Fumée r 
éveque de Beauvais. Déjà Sorbin, ar- 
dent ennemi de la réforme, avait pu- 
blié divers ouvrages de controverse, 
où moins d'emportement eût été peu» 
louable et peut-ctn plus utile. Il 
a vartdonné aussi uneHistoire des Al* 
biçeois y une Bistoire de Cliarics IX r 
des Sermons, un Recueil d'Homélies 
et trois ouvrages on vera. On remww 




l'iG 



SOR 



que qu'il fut nomme eYéque de Nc- 
vers à l'époque ou il prononça les 
Oraisons funèbres de Quelus et de 
Saint-Maigrin. Ce fut la récompense 
peu flatteuse d'un zèle au inoins sans 
discernement. Quelus avait été tue' en 
duel; Saint -Maigrin, tombe sous le 
fer d'un assassin, ne méritait pas 
plus que Quelus un éloge prononcé 
dans la chaire évangélique. On sait 
que Henri III fit élever à ces deux 
favoris , dans l'église de Saint-Paul , 
des tombeaux et des statues de mar- 
bre , qui furent brisés dans les fureurs 
populaires du jour des barricades , 
en 1 588. Sorbiu entra dans la Ligue; 
et l'on voit par les titres seuls de plu- 
sieurs de ses ouvrages , qu'il y porta 
cet esprit passionné dont les hommes 
de parti peuvent rarement se défen- 
dre. « Comme on était, dit l'histo- 
» rien de Thou, dans uu temps où 
» les prédicateurs se donnaient la li- 
» berté de dire tout ce qui leur plai- 
» sait, Arnaud Sorbin osa uu jour 
» ( i 58q ) , dans un sermon où le duc 
» (de Nevers) assistait, le censurer 
» en sa propre présence, en disant 
» qu'il écoutait trop facilement les 
y» courtiers des hérétiques ; car c'est 
9 le nom qu'il donnait aux magistrats 
» du parti du roi ( Henri IV ) : mais 
1» leduc l'obligea de se rétracter dans 
» un autre sermon , où de Thou se 
» trouva } et de réparer ainsi publi- 
» quement l'outrage qu'il avait fait à 
» la personne du roi et à la sienne 
» ( Hist. unw. , liv. xcvn ). » Cepen- 
dant Sorbin obtint dans la suite , et 
mérita sans doute la confiance du 
vainqueur de la Ligue , qui le nomma 
aussi son prédicateur. Il fut envoyé, 
en i5g5 , à Rome, pour solliciter 
l'absolution du monarque. En 1600, 
il fut l'un des arbitres de la fameuse 
et inutile conférence de Fontaine- 
bleau, entre le cardinal du Perron et* 



SOR 

Philippe de Mornay. La plupart de 
ces faits sont consignés dans Pépita* 

Î>he de Sorbin, qui mourut à Nevers, 
e i er . mars 1606, âgé de soixante- 
quatorze ans (Voyez Nova Gallia 
christiana)* Pierre Matthieu rappor- 
te que , lorsqu'en i6o4 * Henri fît en* 
trer dans l'ordre de Malte le second 
fils naturel qu'il avait eu de Gabrielle 
d'Estrées ( et qu'on appelait Alexan- 
dre ou Monsieur), borhin prononça 
le discours d'usage , et oilicia ponti- 
fical ement , à cette cérémonie, qui fut 
faite, avec beaucoup de pompe, dam 
l'église des Augustins , et à laquelle 
assistaient , avec le roi et sa cour, le 
grand -prieur, douze commandeurs 
de Malte, seize chevaliers, le cardi- 
nal de Gondi, le nonce du pape, 
plusieurs éveques , les ambassadeurs 
d'Espagne et de Venise, le connéta- 
ble , le chancelier , les sept présidents 
du parlement de Paris et les cheva- 
liers de l'ordre du Saint - Esprit. Si 
l'on ne peut trouver la vente dans les 
libelles d'aucun temps, ce n'est pas 
dans ceux de la Ligue qu'il faut la 
chercher. Sorbin est fort maltraité 
dans la Confession deSancy. « Sain- 
» tc-Foy , y est-il dit, a été fait évê- 
» que pour avoir mis le roi Charles 
» (IX) au rang des martyrs. » On 
lit , dans les Mémoires de Ve[tat de 
France sous Charles IX ( 1 579, to- 
me in , pag. 267 ) : « Les uns ont 
» parlé de la vie et de la mort du roi 
» Charles comme si gavait été le pins f 
» accompli et saint personnage qm 
» fût jamais. De ce nombre est un ^ 
» certain Sorbin, surnommé de Sain- 
» te - Foy , lequel en compte mer- 
» veilles , si on l'en croit ; mais et 
» telle sorte que je ne sais si l'on doit 
» rire ou pleurer de l'impudence et 
» vilainie de ce caflard. » Sorbin est • 
accusé , dans le même ouvrage, d'à- '< 
voir fait rage à la cour, avant la 




90R 

IVtkâemi, « tantôt criant 
feiot , de ce qu'il se mon- 
op doux envers les Hugue- 
t tantôt exhortant le duc 
i. à entreprendre le massa- 
n sans lui donner l'espéran- 
A piimogéniture , comme 

I avait eue sur son frère 
jetaient les propres termes 
tait ordinairement , en ses 

», ce bouffon, etc Un 

arlantdu mariage du prince 
anre avec la sœur du roi 
; IX , il dit ouvertement 
ie pouvait pas espérer que 
jeile alliance il sortît autre 
«nmulet , engendré de deux. 
, d'animaux, parce que les 
Mx étaient de religion dif- 
. » Cette accusation , au 
ijpecte , est tirée d'un autre 
i a pour titre : le Tocsain 
acreurs ( édit. de 1679, p. 
, est l'affreux langage des 
: tel est trop souvent aussi 
hant à la calomnie. Dans 

orages politiques, il y a 
deux histoires contraires 
es événements; et chaque 
gea aussi deux réputations» 
Marthe loue, dans le Gai- 
tiana , la science et la ver- 
aud Sorbin. « Il a mis en 
:, dit Lacroix -du -Maine, 
rs beaux Œuvres, tant de 
(position que de sa traduo 

et il en cite douze, dans sa 
que. Du Vcrdier en fait con- 

plus grand nombre dans la 

II voici une liste complète, 
conservé aux titres leur dev- 
ient , lorsqu'ils peuvent fai- 
hre l'esprit du temps : I. 
% ministère visible de VÊ- 
holique romaine , prouvée 
Ire des pasteurs et pères 
écrit et prêché en icelle , 



SOft 



!*} 



avec la réponse des algarades que 
l'hérésie cahinesque lui a données 
en divers temps , et une briève ré- 
ponse à dix principales raisons y des- 
quelles les hérétiques se veulent jus* 
ti fier sur la prise des armes , Paris, 
i568, in -8°. II. Oraison funèbre 
prononcée en l'église Notre-Dame 
de Paris , aux funérailles de mes- 
ure Anne de Montmorency , pair 
et connétable de France, ibid., 
15G7 , in - 8°. ; autre Oraison funè- 
bre prononcée , le *2Ô de février, au 
lieu de Montmorency , à la sépul- 
ture du corps duditfeu sieur con- 
nétable, ibid., 1 568, in- 80. III. , 
Histoire de la Ligue sainte , sous la 
conduite de Simon de Montfort , 
contre Us Albigeois, tenant le 
Bearn , le Languedoc, la Gascogne 
et le Daupliiné , laquelle donna la 
paix à la France, sous Philippe- Au 
gusteetSaint-Loys , traduite du la- 
tin y dePierre^noinede VaUx-de-Ccr- 
nay, ib., 1 56g, in«8°. IV. Conciles de 
Tholose , Beziers et Narbonne, en- 
semble les ordonnances du comte 
Raymond contre les Albigeois, et 
les instruments à" accord entre ledit 
comte et Saint-Loys , roi de Fran- 
ce; arrêts et statuts pour Ventre- 
tien cficelui, où est peint au natu- 
rel le moyen propre pour l'extirpa- 
tion de l'hérésie et des abus, ibid., 

1569, inr8°. V. Allégresse de la, 
France pour V heureuse victoire ob - 
tenue entre Coi&nac et Chastelneuf, 
le i3 mars iSop, ibid., i56g, ni- 
8°. (en vers). VI. Tractatus de 
monstres quœ à temporibus Cons- 
tantinihuc usque ortum habuerunt, 
ac Us •quœ cire à eorum tempora mi- 
sère acciderunt, Paris, de Marnef , 

1570, in- 16. €et ouvrage a été tra- 
duit en français , et se trouve dans le 
recueil des* Histoires prodigieuses. 
(V* Boi6tuau). VIL Description de 




1*8 



SOR 



la source , continuation et triomphe 
d'erreur f de ses maux et des re- 
mèdes qui lui sont propres, oà est 
contenu le portrait du vrai politi- 
que moderne, Paris, G. Chaudière, 
i5^o, in- 12 (en vers); réimprimé 
en 1 572 , iu*4°* Voici lédébut de cet 
ouvrage : 

An malin quand Pfacbas ses clairs baraui envoyé 

Annoncer son rstour , et taptusr la voye 

D'un air gay et riant, je sommeilloy un jour, etc. 

VIII. Histoire contenant un abrégé 
de la vie, mœurs et vertus de Char- 
les IX y oà sont contenues plusieurs 
choses merveilleuses advenues pen- 
dant son règne >ib.)i 5*] h in-8°. IX. 
Le Frai réveil - matin pour la dé- 
fense de la majesté de Charles IX, 
ibid., i5nb, in-8°; réimprimé sons 
ce titre : le Vrai réveil - matin des 
Calvinistes et pubUcainsfrançois, oà 
est amplement discouru de V auto- 
rité des princes si du devoir des su- 
jets envers iceux , ibid., i5j6,in- 
8°. X. Oraison funèbre de Ùwrles 

IX. prononcée en l'église Notre- 
Dame de Paris , le 22 juillet i$74> 
avec une Elégie sur la mort de ce 
prince, ibid., 1579, in -8°. XI. 
Huit Sermons sur la résurrection de 
la chair, prononcés au château du 
bois de Fincennes, au temps du 
deuil du Jeu roi Charles IX, ibid., 
4 574 , in*8°. XII. Le Frai discours 
des derniers propos mémorables et 
■trépas du feu roi Chartes IX, Pa- 
ris, Lyénard Le Sueur, 1^74, >b-8°. 
XIII. Oraison funèbre prononcée 
•à Paris, en l'église Notre-Dame , 
*aux honneurs du sérénissime prince 
Cosme de Médicis , grand duc de 
Toscane, le 27 mai i$lk> Paris , 

Chaudière , 1 5} 4 » ro-8°. XIV. Orai- 
•son funèbre aux obsèques de très* 
illustre et très -vertueuse princesse 
Marguerite de France , duchesse 
de Savqye, prononcée en l'église 



SOR 

Notre-Dame ,le 29 mars 1 

i5 7 5,hi-8o.XV. Oraison 

de T. J. et T. vertueuse } 

Claude de France, due 

Lorraine et de Bar(€i\\e p 

Henri II , roi de France ),pi 

en l'église N-D. , le Sa ma 

ibid., i5 7 5,iu-8o.xVI.^ 

semens apologétiques an 

françois, avec briève rept 

quinze raisons par lesqu 

certain personnage a tach 

prendre la manière de prie 

des sermons , ibid., 1575 

XVII. Homélies (au nomb: 

neuf) sur l'interprétation 

Commandemens delà loi, 

siiion des piaf es d'Ègp 

transgressions d' iceux coi 

mens y ibid., i5^5, in-8° 

Manuel de dévotion, ex 

écrits des SS. Pères et D 

mis en très-bel ordre par Si 

repé; trad, en françois, p 

( et augmenté de plusieurs 

Oraisons, par À. Sorbin ); I 

chelJovc, 1575. XIX. Or 

nèbre de très -haute princ 

rie-Isabelle de France \fiUt 

les IX , prononcée en Vé^ 

/>., le 1 1 avril 1578, Pari 

m-8°. XX. Oraison funèbi 

ble Jacques de Levis, comt 

lus ( ou Quélus ) , gentil 

chambellan ordinaire du 

ri III ) , prononcée en Végl 

Paul de Paris, le derr 

1578; ibid. , 1 578 , în-8°. 1 

funèbre est précédée d'une 

en vingt-quatre vers. XXI. 

funèbre de noble Paul de 

de , seigneur de Saint-Mai[ 

tilhomme ordinaire de la 

du roi, prononcée en Végl 

Paul y le 25 juillet 1 57! 

1678, h>8 a . Il jades ver 

mneement et h n in. XXI 



v. 



tmiion i U notrless* pour la di a*- des Seize , au nom du prévôt des 
«ïer et J« détourner des duth et «u- marchand* et ries échevias de la ville 
très cem**ts centre les coatmnnde- de Paris, on ne pouvait en inférer 
mu de Die* , devoir et km leur que le roi tut déchirde sa couronne, 
Jms. nu prince, ïbkL, i5-t8, il iU in qu'il fut permis à ses sujets de s'é- 
XXIII. Aegrel* de fa France carter de-. l'obeïssJoce qu'ib lui de- 

Ie»ax*seVujdwire««Vfa»,ib., i&to, vaieut (fluiosre de»'gmérre$ civiles 
' "8°.[>D vwjXXlV.forou e Ajjfr««e,liY. x. )■ » V?-v e. 
_ * oraison* firopret à dire en SOftBGN ( Hobb*t ) ,- fondateur 

tri ordiimiret actions chreiiei , de la Sorbonne , naquit le 9 octobre' 
" 11, Beucdict Mare, i58«, i iaV 1&0J j au village deSorbon «n Son. 
V. Humrlin sur t ÊpWti ». bonne, dani k diocèse de Reims. On 
un de saint Jade, nmend/le-evié Yoinroe o'eet dû lieu de si naissance 
U yMivac de J.-C- , ftre ojufti arit le nom qui fui dame' 'à l'é^ 

l'egliSc c,i:h.\lrulr de JYi r** tailisscomnt doit on. lui fat redeva- 
nint lovent de 1 '.7S, cm uil Mo. La /a mil le de Robert amffpau' 
atfttigeej en rcrit, Paris, ijH , «rett obacum! L'état: âVeu fortune 

8". X XVI. Oraison fit/iibre dt -1 fat quel quefaisun oaetaoleàawpro-' 
dûwtl Ùmrlcidr Hmrbun , >» J gréa. GhpeÉdanEil 'fit -se». études à 
1&9Î, in-8". XXVU. Çtoaù /*>-' Paria , avec distinction , y ïut reçu 
j»èirr *&.- Louis de. Gofizagtte , duo- docteur , et l'acquit bientôt nne 
4f$bve nu ) ii et de PJieteloîstgoU'. grande réputation' par «» sermons et 
venwrêtptirs dt< lirisetde. Gham- ses conférence». Des que le nom de 
pagne, Paru . 1 -îç/i, in-S". XXVIII.: Robert fat contai de saint Louis , ce 
Oraùon/uncbre do Marie pQlè- monarque appela le docteur à sa 
ra«, prince œ de Coudé , Nawrsy cour, le goûta beaucoup , l'admit à 
1601, in-S . XXJX. Il j.^rtitiPa- sa table, «t se plaisait dans ses eu- 
m,uu .1575, jn'.b^i, un jthxueil (retiens. Il le nomma son chapelain, 
/PUT. l'histoire de Charles IX,apeV et même son confesseur. Les faveurs 
f £fateîKe abri un de fa vie, par- du monarque purent inspirer quelque 
B. Fajîer, sV4* Beljefonest et Ar-, vanité à celui qui en était l'objet , et 
tapd Serbie.— Denis Son BiN , doc- durent encore plus exciter l'envie des 
Uni de, jSwbonnc pendant la Ligue, courtisons. Un jour Robert, eu pre- 
ji diiliniua[i 11 son atascbemenlaus sence de Louis-, demanda au sire de 
i^*ja principes delà oii)iiircJ)ie,Da- Joinvdle s'il fallait blâmer celui qui, 
tjLi nconte que lonqu'anrea le près de son prince, prenait un siège 
v meurtre- du duc et du cardinal de plus haut que le sien. Sur la réponse 
ÇigiseaaaeutséeBlois.laSoibon- affirmative de- Jontville , Robert lui 
a» déclara Henri III déchu de U cou- dit : a Vous êtes donc bien à blâmer 
«me, • Jean Lefevre, doyen de la quand vous êtes plus richement velu 
(iculté ( banuncd'iin savoir profond, que le roi. — .le ne suis point à Mà- 
VauMarin et Denis Sorbin , deux des mer, répliqua Joinville à Robert : car 

F pieu* du nacmecorps, s'eflbr- l'iiabit que je porte m'a étélaissuVpar 
le persuader aux autres qitc , mon père et nu mère; mais vous, 
mem- I*» choses se seraient fils de vilain et de vilaine, vous avez 
corn on I exposait dans laissé les habits de vos parents pour 
Ae irai • r le conseil des étoffes plus fines que celles que 
xxtn. 9 




i3o 



SOR 



porte le roi. » Joinville , qui raconte 
le fait, ajoute que saint Louis entre- 
ptist à défendre maître Robert , des 
paroles , de tout son pouvoir , vou- 
lant le ménager et adoucir la confu- 
sion qu'il s'était attirée par son im- 
prudence. Ce fut vers ia5i , que 
Robert Sorbonne obtint un canonicat 
à Cambrai. Il n'avait pas oublié les 
difficultés qu'il avait essuyées dans 
ses études, et résolut de les aplanir 
aux pauvres écoliers. 11 imagina une 
« société d'ecclésiastiques séculiers , 
» qui, vivant en commun et ayant les 
» choses nécessaires à la vie , ne fus- 
il sent plus occupés que de l'étude et 
» enseignassent gratuitement. » Telle 
fut l'origine de la Sorbonne. On fixe 
ordinairement à i453 sa fondation ; 
mais les jetons mû, dans les derniers 
temps , se distribuaient aux assem- 
blées de la société, la mettent à i45a. 
Saint Louis encouragea par des libé- 
ralités et des échanges l'établissement 
nouveau. Le fondateur en fut le di- 
recteur ; et ce ne fut qu'après dix- 
huit ans d'expérience dans le gouver- 
nement de la maison , qu'il en rédi- 
gea les statuts, qui n'ont jamais été 
reformés ni changés jusqu à la sup- 
pression de la maison , pendant la 
révolution. On peut , sur le régime 
de la Sorbonne et sa constitution , 
consulter l'article Sorbon du Dic- 
tionnaire Iiistorwucàe.]jaàvocal(F. 
ce nom ); cl aussi les Mémoires pos- 
thumes de l'abbé Morcllet. Robert , 
en iiii , acheta une maison proche 
de la Sorbonne, et y fonda le collège 
de Calvi , appelé aussi la Petite 
Sorbonne : on y enseignait les basses 
classes. Le cardinal de Richelieu fit , 
en iG3(>, démolir ce dernier établis- 
sement pour y construire l'église. I,c 
ministre tout-puissant avait promis 
de bâtir un autre collège qui eut aussi 
appartenu à la Sorbonne. La mort 



SOR 

l'empêcha de tenir sa promesse ; 
ce fut pour la remplir en partie, < a 
sa famille fit , en 1648 , réunir à*I 
Sorbonne le collège du Plessis. 

bert devint, en ia58, chanoine 

Paris. Sa réputation s'étendait si loin 
que des princes, dit- on, le priren T 
pour arbitre en quelques occasions 
importantes. Par son testament, daUf 
du jour de la saint Michel , 1270. 3 
donna entre-vifs, à la congrégation 
de Sorbonne , tous les biens iranien* 
blés qu'il tenait de main -morte, et 
institua son héritier Geoflroi de Barro 
ou de Barbo, archidiacre de l'Église 
de Paris , depuis doyen de la même 
Église, puis cardinal. Après la mort 
de Robert , arrivée le i5 août 1274. 
Barro , par acte du mois de novem- 
bre de ta même année, donna à h 
congrégation des pauvres maîtres et 
aux pauvres maîtres eux-mêmes étu- 
diants dans la faculté de théologie de 
Paris , tous les biens que Robert Sor- 
bon lui avait laissés , aux mêmes 
charges et conditions. Les écrits de 
Robert de Sorbonne , sont : I. De 
conscientid. II. Super confcssùme. 
III. Iter Paradisi. Os trois opus- 
cules sont imprimes dans le Bwlio- 
theca patrum. IV. Glossœ dwino- 
rum librorum, imprimé dans l'é- 
dition donnée, en 1719, par le P. 
Tournera ine, des Commentant totius 
S. Scripturœ de Menochius. V. Son 
Testament y dans le SpicUegium de 
D. d'Achcry. VI. Les Statuts de U | 
maison et société de Sorbonne ; ni 
livre du Mariage; un autre des Trois -• 
moyens d' aller en paradis; un grand * 
nombre de Sermons. Ladvocat nous 
apprend que ces derniers se trouvaient 
en manuscrit dans la bibliothèque de 
Sorbonne. Papillon, dans sa Bibl. de 
Bourgogne, 11 , 7, dit que, parmi les 
Sermons de Robert de Sorbonne, _ 
on en a m&c plusieurs de G. de 




soa 

«I Maly ou Malig. L'abbé 
pf cat y en 1748» une dispute 
guâol de La Force, qui prê- 
te Robert de Douai était le 
nr de la Sorbouue. Les deux 
qu'ils ont écrites à ce sujet, 
tns le Mercure de juillet et 
ire inlfi* A. B — t. 

iDELLO , troubadour du trei- 
siède, n'est nommé que par 
des historiens ou chroniqueurs 

enps , saToir par Rolandin 
fait pas connaître sous des 
ts très «honorables. Rolandin 
s que la sœur d'Ezzelino da 
10, appelée Cuiwa , épousa le 
Richard de. Saint-Bonifece , et 
met à son mari , par un Sor- 
, qui était de ipsius familid. 
nuers mots ne semblent pas 
A clairs à Tiraboschi : d a- 
parce qu'on ne sait trop s'ils 
eut parenté ou service ; en- 
parce qu'ils laissent lieu de 
• si c'était à la maison des 
us ou à celle du comte de Saint- 
ice , que Sordello appartenait, 
avoir passé quelque temps avec 
1 , chez le père de cette dame , 
isseur fut enfin chassé : voilà 
t que Rolandin nous apprend 
( 1). Mais Dante rencontre Sor- 
'entrée du purgatoire ( canto 
au lieu où sont ceux qui ont 
\ de faire pénitence , ceux sur- 
[ui ont péri de mort violente : 
antouan, s'écrie cette ame souf- 
; , en s'adressant à Virgile , je 
•ordello , né sur la même terre 
oi : 6 Montwano io son Sor- 
, délia tua terra. On doit con- 
de là que ce troubadour était 
us le territoire de Mantoue ; et 
peut en induire aussi , quoique 

cript. nr. Umlie. eolUcU Mtuutoii, t. YIII, 



SDR 



i3i 



moins rigoureusement, qu'il n'avait 
pas terminé ses jours d'une manière 

Kisibte. Dante lui attribue , de plus , 
ispect et le regard d'un IkraJ ce qui, 
selon certains commentateurs, indi- 

3 ne une extraction noble ou un rang 
istingué. Le Traité latin que Dante 
a composé sur le langage vulgaire , 
contientquelques lignes relatives a Sor- 
dello. On y lit qu'il excellait en poésie 
dans tous les genres de discours, et 
qu'il a contribué à fonder la langue 
de l'Italie, par d'heureux emprunts 
qu'il savait mire aux dialectes de 
Crémone, de Brescta, de Vérone, 
cités voisines 4e Mantoue, sa patrie. 
En un antre endroit du même Trai- 
té , Dante fait mention du Man- 
touan Gotto , auteur de plusieurs 
bonnes chansons , où il laissait en 
chaque stance un vers dépareillé , 
scompaenato y qu'il appelait la clef. 
Crescunbeni et Quadrio ont cru que 
ce nom de Goïto désignait un poète 
distinct de Sordello; mais c'est ae lui 
même qu'il s'agit encore, selon Tira- 
boschi : en effet , nous verrons bientôt 
qu'il était, selon toute apparence, de 
Goito dans le Mantouan. Après Ro- 
landin et Dante , le plus ancien au- 
teur qui ait parlé de Sordello , est 
Benvenuto d'imola qui, au quator- 
zième siècle , commentait la Divine 
Comédie , et ajoutait au texte que 
nous avons extrait du sixième chant 
du Purgatoire, une Note historique , 
conçue en ces termes : « Sordello fut 
citoyen de Mantoue , illustre et ha- 
bile guerrier, et homme de cour»; car 
c'est ainsi qu'il semble convenable de 
traduire ici le mot curiaUs. Le com- 
mentateur ajoute , sans l'ailtnner 
pourtant, que ce noble chevalier vi- 
vait au temps d'Ezzelm da Romano, 
dont la sœur Cuniza conçut pour lui 
un si ardent amour , qu'elle lui or- 
donna plusieurs fois de se rendre au- 

9- 




\Sl 



SOR 



près d'elle par un chenu d détourne. 
Ezzelino , informe de cette intrigue , 
se déguisa un soir eu serviteur , et 
surprit Sordcllo qui demanda pardon, 
en promettant de n'y plus revenir. 
Mais, dit Benvcnuto, c'est la maudite 
Cm lira qui de nouveau l'entraîna 
dans la première faute : Tamcn Cu- 
rât i a malcdicta Iraxit cum in pri- 
mumfallum : il était naturellement 
vertueux , grave et de très - bonnes 
mœurs. Toutefois , pour se soustraire 
aux ressentiments du frère de la dame, 
il prit la fuite ; mais il lut attciut et 
assassiué par des émissaires d'Eize- 
liuo. Sordcllo avait composé un livre 
intitulé: Thésaurus thesaurorum , à 
ce que dit encore Bcuveuuto , qui dé- 
clare pourtant n'avoir jamais vu cet 
ouvrage. Presque eu même temps 
que ce commentateur écrivait ainsi ce 
qu'il avait appris de la vie de Sor- 
dcllo , on rédigeait en langue proven- 
çale des Notices biographiques sur les 
troubadours , et Ton y disait que , né 
dans le Mautouan d'un pauvre che- 
valier nommé El Cort, Sordel avait, 
de bonne heure , composé des chan- 
.Nons et des sir ventes ; qu'attiré à la 
cour du comte de Saint -Bouiiacc, il 
ueviut l'amant de l'épouse de ce sei- 
gneur , l'enleva et fut reçu avec elle 
chez les frères de cette dame, alors 
brouillés avec le comte; que de là , il 
passa eu Provence, où ses talents 
obtinrent de si brillants succès, qu'on 
lui donna un château, et qu'il lit un 
mariage honorable. Telles avaient été 
les notices historiques relatives à ce 
poète , lorsqu'au commencement du 
quinzième siècle, Aliprando écrivit en 
vers italiens une Chronique fabuleuse 
du Milauez, où il parle beaucoup 
plus au long de Sordcllo. Peut-être 
empruntait-il ces détails d'un plus 
auric-n recueil de contes : ce qiu est 
connut, c'est qu'ils ont passe de 



F 

le 



SOR 

cette Clirouique dans l'Histoire de 
Mautoue , composée par Platina ; il* 
s'y retrouvent traduits en prose la- 
tine {'ï). Suivant ces récits , SordeMe 
est né en 1 189, au sein de la famille 
des Yisconti, originaire de Goïtov 
Dès sa jeunesse, il débuta dans la- 
carrière des lettres , par un livre in- 
titulé : Trésor. Celle des armes s'ou- 
vrit pour lui , lorsqu'il eut atteint sa 
vingt-cinquième aimée, et il s'y dis- 
tingua par sa bravoure , par son 
adresse, par la noblesse et la grâce de 
son maintien , quoiqu'il fût d'une 
taille médiocre. Il accepta plusieurs 
délis , sortit vainqueur de tous se» 
combats , et envoya les adversaires 
qu'il avait terrasses , raconter ses 
hauts faits au roi de France* Attiré 
ar ce prince , il songeait à passe* 
es Alpes , quand cédant aux instan- 
ces d'Ezzdino , il prit le parti de s'é- 
tablir à Vérone. Long-temps il y ré- 
sista aux prières, aux larmes, aux éva- 
nouissement* de Béa tri x, sawr d'En* 
liuo , qui , déguisée en homme , le 
poursuivit jusqu'à Mantoue, -où il s'é- 
tait enfui pour se débarrasser d'elle. 
A la lin pourtant , il l'épousa ; mais 
peu de jours après la noce , se sou- 
venant des promesses qu'il avait faî- 
tes au roi Louis , il accourut ea 
France, passa quatre mois tant à 
Troyes qu'à la cour , y fit admirer 
sa galanterie , sa Taillante et soi 
talent poétique. Après avoir reçu da 
roi la dignité de cuevalier, une gif- * 
ti fi cation de trois mille francs , et «a 
epervier d'or, il repassa en Italie» | 
Toutes les villes le recevaient pom- 
peusement comme le premier guer- 
rier du siècle : les Mantouans vin- 
rent à sa rencontre. 11 les quitta pour 
aller a Padoue reprendre sa femme: _ 
quand il revint avec elle, ou célébra ... 



; ."Mmatori, Srtîp. nr. itat , t. \X , p. 



(?) M 



p.tfft». 




SOH SOft i33 

son retour par auàfc jours de fêtes. Il Viesdes poètes provençaux, publiées 

aurait alors (parante amsi; et- par coav an- seizième siècle. Il se borne à dire 

aeqaentce aérait être en' 1*29. Ma*. que Sorctel était Mantouan, qu'à l'a 1 - 

lama raconte ensuite oorament Eue- ne de quinze ans , il entra au service 

Iîbo vint assiéger la tille de MantotiTyi de Bérenger, comte de Provence; 

4B iaôo , et fa tint invertie jusqu'en que ses poésies étaient préférées à 

K>53 ; comment Sorddlo la saura ,. celles de Folquet de Marseille , de 

et depuâ? seconda les Milanais dan» Percerai Doria et des autres trouba- 

larlntaiHe qu'Ut hvvrerent à Ezselino; dours génois ou toscans; qu'il fit de 

«afin comment eu tyran vécut nm très-belles chansons sur des sujets de 

Menante dont 9 Courut. Que devint philosophie, et non d'amour, ce qui 

Satdrild après cet événement Corn- sera démenti par les détails que nous 

litA im temps vécut-il encore? U exposerons bientôt; qu'il traduisit en 

ft'eo est rien dit dans la livre de Pla» provençal la Somme du droit , et 

' f ni' dans les, vers d'Aliprando* composa , dans la même langue , 

Précis a été 0tunlts r parTirabo»- un Traite intitulé : Lou progrès et 

i» i an «examen que ne pouvait pasi àvansament dels reys d'Aragon 

no pareil tissu de fictions., en la dontat de Prouenza ,- qu'on 



Ce récit feit mention d'un Boger, ror distingue parmi ses poèmes un sir 

delà Pouiflê , entre i ign et ii5o , v*nte,où en faisant l'éloge funèbre de 

temps où cette partie de 1 Italie n'av Blacas, il censurait tous les princes 

Voie pas d'autre souverain que l'em- chrétiens; que cette production est 

MMur Frédéric IL Sordeflb avant* de l'année 128 1, et qu il mourut vers 

*'<am âgé de trente, an» , et par con» ce même temps. Voilà ce que Nostra - 

«équent avant 1319V est ajjpelé en damus extrait des Notices rédigées 

france par un roi qu'on nommer pat* le Morne des îles d'Or, par Hu- 

Leai», tandis que Philippe-Auguste gttes de Sa in t-Césa ire, par le Moine 

tenait encore:* Aucun' autre bisto- de Montémalor , et par Pierre de 

Ma me donne à Euelino une sœur 6dstêhiuovo. L'article de Duvcrdicr 

ào nom dé Béatrix :' aocim ne fait sur Sordel /n'est qu'une traduction 

le siège dé; Mantone de celui de Nostradamus. On n'a 



avant i*56, ni mourir* Ëutelino 1 point imprimé les Mémoires d'A- 
avant io5<). C'est-afasi qu'où a rem- fessandro Zilioli sur les poètes ita- 
pS d'anachronismes et de iftenson- liens ; mais on les conserve manus- 
ges-la vie de pksieors troubadours f crits, et il parait, qu'en ce qui cou- 
poètes vont contribué eux- cerne Sordello , les fables de Platina 



y en se faisant quelquefois les j sont en partie reproduites. C'est à 
héros des aventures chevaleresques 00$ différentes sources que Crcscira- 
et galantes qu'ils imaginaient. Peut- benrerQuadrio ont puisé , sans assez 
AreSerdello , en des vers qu'on n'a- de critique ni de méthode, ce qu'ils 
phttH s'était-il attribué quelques-unes ont dit de ce troubadour. Millot par- 
ée* entreprises qu'Aliprando et Pla- tage tous les faits en deux ordres : 
tma racontent fort au long , et dont les uns lui semblent probables , ce 
notis n'avons donné qu'une idée som- sont ceux qui se rattachent au ré- 
aamra MJIes n'ont point été répétées! cit original de Rolandin; il écarte 
par Nostradamus , qui néanmoins a- comme fabuleux ou mal applique? . 
avéré beaucoup de fables dans ses ceux qu'ont débités les historiens d? 




i34 



SOR 



Mantouc. Ces questions ont ëte' trai- 
tées par le comte Giamhattista d'Ar- 
co, dans une Dissertation académi- 
que (3) qui , avant d'etrë imprimée , 
avait été communiquée à Tiraboschi. 
C'est dans l'ouvraee de ce dernier (4) 
qu'on trouve le plus de documents 
sur k vie de Sordello : il en résulte 
que, selon toute apparence , ce poète 
était né à Goïto, bourg du Mantouan , 
dans le cours des vingt dernières an- 
nées du douzième siècle , qu'il en- 
leva l'épouse de son protecteur, le 
comte de Saint -Boniface; qu'en un 
temps quelconque , mais non dès 
l'âge de quinze ans , il fit nn assez 
long séjour eu Provence. Tiraboschi 
rejette tout le surplus : seulement il 
croit que Sordello appartenait à une 
famille noble; qu'il a été homme de 
guerre, sans avoir pourtant vantais 
rempli- les fonctions de capitaine-gé- 
néral ou de podestat de Mantoue, 
qui lui sont attribuées par quelques 
auteurs; qu'enfin il périt d'une mort 
violente , on ne sait trop à quelle 
époque : il est difficile que ce soit en 
ia8i , puisqu'il aurait été alors cen- 
tenaire ou nonagénaire. Nous croyons 
que les résultats les plus plausibles 
sont encore ceux que Millot a énon- 
cés , quoiqu'il se soit trop abstenu 
de les discuter , ainsi que Tiraboschi 
le lui reproche. Ginguené n'a pas 
non plus examiné les circonstances 
de la vie de- Sordello ; et M. Ray- 
no uard s'est borné à transcrire quel- 
ques lignes d'une chronique romane 

0) Celle dissertation, imprimer a Crémone, 
1^83, in-8°. de i5o pag. , est intitule : Sordello , 
avec l'épigraphe Pott fala remrgam . mai* sans 
nom d'auteur aur le titre. On y trouve, a la tin 
une maiiTaise carte des environ* de Goïto. Le 
comte d'Arco , d'après l'autorité d'un certain 
Richard de Modigliani , attribue a Sordello le mé- 
rite d'avoir traduit trois fois les Commentaires de 
(>»ar; deux fois l'Histoire de Quiote-Curce et d'a- 
voir présenté au conseil de Mantoue quelques idée* 
mit la défense des places. A— G—*. 

(l) Atari* delta leUtr. liai. , a*, édit. Modcnc- 

M", t. |V, p. 37Î-390. 



SOR 

(5) y en distinguant , peut-être mal-i-' 
propos , de l'amant de Cuniza , us 
Sordel de Goi, dont il cite 7 vers, sans 
rien dire de sa personne. Ce sont , au 
fond , les écrits de Sordello qu'il im- 
porterait le plusde connaître. Rien n'a 
été publié ni de ses poèmes en langue 
italienne , ni des ouvrages en prose , 
indiqués comme rédigés par lui dans» 
le cours de cet article : on ne con- 
naît que ses pièces de vers en langue 
provençale. Il s'en est conserve au 
moins trente-quatre , dont la moitié , 
ou peu s'en -faut, consiste en chan- 
sons fort galantes , quoi qu'en ait dit 
Nostradamus. M. Raynotiard en & 
imprimé deux (6) , qui avaient été 
traduites par Millot. L'une a pou* 
refrain : Aylasl E que mefanmiey 
huels, etc. 9 {Jïélas! aquoiwe servent- 
mes yeux, s'ils ne voient pas celle 
que je désire l ) c'est une composition 
d'un goût très-pur ; la seconde ren- 
tre un peu plus dans les lieux corn-* 
muns ae ce genre. Millot en cite une 
troisième , ou le poète se vante de ses 
bonnes fortunes et de ses infidélités $ 
et l'on peut considérer comme extrait 
d'une quatrième, le couplet attribut 
à Sordel de Goi , par M. RaynouanL 
Trois des pièces de notre poète ap- 
partiennent au genre des Tensons « 
c'est-à-dire des dialogues ou contro- 
verses. Dans l'une, il est question de 
savoir si un amant doit mourir ou se 
résigner à vivre après avoir perdu 
sou amie. Dans une autre, s'il faut 
sacrifier l'honneur à l'amour , ou 
préférer à l'amour la gloire des com- 
bats chevaleresques. La mauvaise 
foi des princes est le sujet de la troi- 
sième : celle-ci a un caractère politi- 
que , qui se retrouve dans une Épî- 
tre où Sordello prie son seigneur, 
le comte de Provence , de ne point 

(5) Choix des pois, dtt Troub., t. V, p. 444-4A&» 

(G)ibid.,t. iu,p.44»-444- 




SOR 

le mener à la croisade ( de ia48 ). 
Le troubadour ne peut se résoudre 
à Passer la mer : il veut , dit - il , 
arriver le plus tard possible à la 
vie éternelle j cette pièce ne donne- 
rait pas une haute idée de son cou- 
race. Ses autres poèmes connus sont 
dTnrrartes oJwSre. s il y en « 
plusieurs contre le troubadour Pierre 
Vidal $ de violentes menaces y sont 
jointes à des injures qui ne sont plus 
que grossières dès qu'on les traduit. 
Quatre autres surventes de Sordello 
tiennent à l'histoire morale et poli- 
tique de son siècle, et méritent , k 
tous égards , plus d'attention. Tel est 
û dont M. Raynouard a publié le 



SOR 



i35 



teste , pag. 3a$ et 33o du tome vi 
de son Recueil. Ailleurs le poète cen- 



i 



sure les princes qui , sous prétexte 
d'étendre l'hérésie des Albigeois, s'é- 
taient ligues pour s'enrichir des dé- 
pouilles de Raimond VI , comte de 
Toulouse. La Satire où les princes 
sont exhortés à ne plus souffrir qu'on 
les insulte et qu'on leur ravisse leurs 
états , paraît être de l'an 1 aa8 , 
puisqu'il y est parlé du pardon que 
haimond VII vient d'obtenir. De 
tous les poèmes de Sordello > le plus 
estimé est sa complainte sur la mort 
de Bkcas ( F. ce nom , IV, 546 y 
c'est aussi une satire. Les souverains 
y sont invites à partager entre eux 
le cœur de ce brave : a L'empereur 
» en mangera le premier, a lin de 
s recouvrer les pays que les Milanais 
» lui ont enlevés. Le noble roi de 
a France en mangera , pour repren- 
» dre la Castille ) mais si sa mère 
» le sait , il n'en mangera point ; car 
» il craint trop de lui déplaire, etc.» 
Nous croyons , avec Millot , que ce 
roi de France est Louis IX , et que 
cette complainte satirique a été com- 
posée entre les années i2'i6et 1236» 
non en ia8i , comme Nosiradamus 



et d'autres l'ont supposé. Du reste , 
cette pièce , la première des chansons 
que nous avons indiquées, et quel- 
ques traits remarquables dans les 
autres morceaux, assurent à Sordello 
un rang émirent parmi les poètes 
du treizième siècle qui ont écrit en 
langue provençale. D — n — u. 

SORÉAU ( Antoine ), avocat du 
1 7 e . siècle, a traduit les Lettres de 
Brutus et de Cieéron touchant les 
affaires de la république , depuis la 
mort de Jules-César jusqu'au trium- 
virat , avec des notes historiques , 
i663, in - 12. — Jean - Baptiste- 
Étienne-Benoît SoREAU,né à Tours, 
le ai mars 1738, fut reçu avocat au 
parlement de Paris, le 13 décembre 
1774* La jurisprudence ne lui fit 

ris oublier la littérature. 11 est mort 
Paris, le i5 août 1808. II a coo- 
péré à la nouvelle édition du Deni- 
sart, entreprise par Camus et Bayard 
( F. Denisart ,XI , 89) ; il a fourni 
beaucoup d'articles au Magasin en- 
cyclopédique de Millin , eutr'autres 
sur les manufactures de coton fran- 
çaises , sur le jardin de Charïema- 
gfie , sur le jurisconsulte Bayard , 
etc., etc. La Notice sur Bayard , et 
quelques autres morceaux , ont été 
tirés à part. On cite encore de So- 
reau : I. Notice sur un incendie à 
Esmansprès Montereau-jaut-Yon- 
ne ,cn 1 777 , et sur la maison de 
Launay. II. Fqyage à Ermenon- 
ville (dans les Foyages en France , 
avec des notes par M. de La Mcsan- 
gère, 1798, 4 vol. in-18.) III. Dis- 
cours à Louis XFI et à la reine , 
prononcé aux Tuileries le 3i octo- 
bre 1 789 : ou ne dit pas à quel titre. 
IV. Rapport/ait le 29 janvier 1 790» 
sur l'exécution du canal de M. 
Bndltty de Paris. V. Une Notice 
sur Fr. F. de Lannoy ( Fqy. L an- 
no y, xxiii, Vj4). VI. Un volume 



3G 



son 



in - 8°. sur l'administration des 
provinces et sur les événements les 
plus remarquables de l'Europe en 
1790 , indication très - vague, il est 
vrai , mais qu'après un grand nom- 
bre de recherches infructueuses , 
nous nous trouvons réduits à ré- 
péter. À. B — T. 
SOREL ( Agnks ). Voy* Agnès , 

*> 299. 

SOREL ( Charles ) , sieur de Sou- 

viguy , littérateur aussi fécond que 
médiocre , était fils d'un procureur 
au parlement de Paris , et se préten- 
dait de la même famille que ta belle 
Agnès. Si Ton s'en rapporte à Gui 
Patin , l'un des plus intimes amis de 
Sorcl , il faut placer sa naissance à 
l'année i5r)Q; mais comme lui-mê- 
me nous apprend qu'il devint auteur 
à l'âge de dix-sept ans ( 1 ) , et que le 
premier ouvrage qu'on lui attribue 
( les Amours de Floris ) est de 
161 3 , on doit la reculer de quelques 
années. Ch. Bernard, son oncle, fa- 
vorisa son goût pour la lecture , et se 
chargea de diriger son éducation. Il 
n'avait pas encore quitté les bancs de 
l'école quand il publia , sous un nom 
emprunte , plusieurs romans dont le 
succès surpassa son attente, et décida 
sa vocation pour la littérature. Ce- 
pendant , d'après les conseils de son 
oncle , il renonça bientôt à ce genre 
frivole pour se livrer à l'étude des 
sciences et de l'histoire. En i635 , il 
remplaça Charles Bernard dans la 
charge d'historiographe de France. 
Plein de reconnaissance pour les soins 
qu'il avait reçus de ce bon parent, So- 
rel termina les ouvrages que celui-ci 
laissait imparfaite , et publia son 



»' il f>t »%jif roiuuQM- «>ri'n dm ii<»ii7e nruul qu'il 
tut nnr m *iti£l - quatrième annrr. lin h* rru\- 
Pi , il v i*u avait iiK'iae tir morale <*t d'aufrn «îipt* 
ffirl «rrîi'iix. » £>#■« liir « al'rib. à l'auteur de lu 
liihl.frum^mitf, \**. rdit. , 36». 



sort 

Histoire de Louis XIII , précédée 
de l'éloge de l'auteur ( V. Dlrnird , 
IV , 289 ). N'ayant pas de fortune f 
il ne voulut point se marier aGn 
de conserver son indépendance, et 
se logea chez son beau - frère , subs- 
titut du procureur- général. Gui 
Patin, qui fréquentait habituellement 
Sorel , donne des détails assez cu- 
rieux sur cet écrivain , dans une let- 
tre à Ch. Spon , du a5 novembre 
i653 : « Je puis bien vous dire des 
» nouvelles de M. Sorel , puisqu'il y 
» a trente-cinq ans qu'il est mon 
» bon ami. C'est un petit homme 
» grasset , avec un grand nez aigu, 
» qui regarde de près, âgé de cin- 
» quante-quatre ans , qui paraît fort 

» mélancolique , et ne l'est point 

» 11 a fait beaucoup de livres fran- 

» çais 11 a encore plus de vingt 

» volumes à faire, et voudrait bien 
» que cela fût fait avant que de 
» mourir : mais il ne peut venir à 
» bout des imprimeurs. Il est fort 
» délicat , et je l'ai vu souvent ma- 
» lade ; néanmoins il vit comraodé- 
* ment , parce qu'il est fort sobre. Il 
» est homme de fort bon sens et ta- 
» citurne , point bigot ni Mazarin. » 
Sans besoin , comme sans ambition , 
Sorel cultiva tonte sa vie les lettres 
avec une ardeur infatigable. Il ne re- 
chercha jamais la protection de* 
grands ; et quoiqu'il ait publié on 
très-grand nombre de volumes, il 
n'en est aucun qui soit décoré du nom 
de quelque mécène , dont l'influence 
aurait pu déterminer la vogue de 
l'ouvrage. Un homme de ce carac- 
tore ne pouvait avoir aucune part 
aux grâces que la cour distribuait 
aux gens de lettres. Privé par le 
retranchement des rentes, de l'aisan- 
ce dont il avait joui jusqu'alors , il 
perdit plus tard sa charge d'histo- 
riographe. Il se soumit à cette é- 



SOR 

tira? , et n'en conti- 

d'ecrirc jusqu'à, sa 
8 mars 1674. 11 se- 
'd'alonger cci article 
ruducliuusde Sorti, 

toutes tombées dans 
ricux tawnrai les 
vrages avec le juge- 
-tait l'auteur , à la 
Uathique française. 
ra de citer ici les 
Les simoun île Flo- 
ithe , Paris, 161a, 

nom de Mmilîni I 

II. La fraie His- 
le Francien, ibid. , 
elle édition ne ron- 
nrs; celle de i633, 
rrme douze. Ce Ro- 
ts amateurs de l'an- 
rançaise, a été tra- 
its presque toutes les 
rope. Les meUlenres 
les de Lcyde, i685 
. in-12, lig. On en 
: dans la Bil/l. des 
i^8i,p.64-aoi(2). 
1 extravagant , où 



inenres des Romans 
Paris, 16-27,3 vol. 
me sous le titre de 
m l'histoire du Ber- 
1. , i635, 1 vol. 
1646 , 4 vol. in-8", 
titin de Don Qui- 
1 de Sorel est devenu 
. pastorales , comme 
tes en lisant des 011- 
ilcrie. Dans cet ou- 



SOR i3 7 

vragc.Sorel a eu particulièrement en 
vue de critiquer VAslrée d'Urfr, 
regarde alors comme Inchef-d'œiiTie 
du genre pastoral ( F. Ubfe ). 
IV. h'Wstoire de la Monarchie 
française, où soril décrits les faits 
mémorables et les vertus de nos an- 
ciens rois , depuis l'harnmond j u-.- 
qu'en 840, Paris, i63(ï,2 vol, 
iu-8". V. Des Talismans, ou figures 
faites nos certaines constella lions , 
ibid., i(i3(j. in-8". , sous le nom 
de Delislc (3) : c'est une réfutation 
de l'ouvrage de GaiTarelf V. ce nom, 
xvi, a^g ). VI. La Maison des 
Jeux ou se trouvent les divertisse- 
ments d'une compagnie, par des nar- 
rations agréables cl par des jeut 
d'esprit, ibid., 164*, 4 vol. in-8". 
VII. Nouveau Recueil des pièces 
les plus agréables de ce temps , 
ensuite des Jeux de l'inconnu 
(4) et de la Maison des jeux, ibid. , 
iU44> iu-8°. , réimprimé en ifi:}8, 
avec quelques changements. VI II. Tir 
V Académie française, établie pour 
la correction et l'embellissement du 
langage; et si elle est de quelqu'utilitii 
aux particuliers el au public , ibid. . 
1 654 ■ "■" ■ 3 (51- !X- Description, de 
la grande isle. des portraitures , 011 
de la ville des portrait*, ibid. , <():«), 
iu-iM. C'est une rriliepte assez pi- 
quante de la manie des portraits en 



>*('.»»*., IX.i>.ii). 






„i,-„r ilit HJ-.I- ,...-, >I C I f, . 

"1.'; . ",:..''."::.; 

■mnll. Vny, VHM.ëiftl'mt . 




i38 



SOR 



vers et en prose, qui fut k la mode 
dans cetemps-là, et qui se renouvela il 
y a environ 60 ans. X. Relation dece 
qui s'est passé au royaume de So- 

Îthie , depuis les troubles excités par 
a rhétorique et l'e'loquence , ibid. , 
1659 , in-i'i. XL La Science uni- 
verselle , 4 V °L in- 12 5 c'était, au 
jugement de Sorel , son ouvrage le 
plus important ; mais quoiqu'il ait 
passe' trois ou quatre fois sous l'im- 
pression y il n'en a point fait qui soit 
plus complètement oublie'. XII. 
L'Histoire de la Monarchie fran- 
çaise sous le règne de Louis XIV *, 
taris, 1GG2, 1 vol , in- m. XIII. 
La Bibliothèque française , ibid., 
1664 ; nouvelle édition augmentée , 
1667 , in- 12. Cet ouvrage dont le 
plan est à-peu-près celui de l'abbé 
Goujet ( V. ce nom ) , peut encore 
être consulte pour les jugements qu'on 
y trouve sur nos anciens historiens , 
auc Sorel apprécie avec beaucoup 
d'impartialité. XIV. Delà Connais- 
sance des bons Livres , ou Examen 
de plusieurs auteurs , ibid. . 1O7 1 , in- 
1 a. Il y a des réflexions utiles , et une 
critique décente; mais l'ouvrage est 
ennuyeux. Il a été réimprimé, Ams- 
terdam, 1673, in- 1*2. XV. Delà 
Prudence , ibid., 1^3, in- 12. Le 
portrait de Sorel a été gravé par 
Mich. Lasne, format in-4°. On trou- 
vera, dans les Mémoires de Niceron, 
tome xxxi, une liste des Ouvrages 
de Sorel au nombre de trente-neuf; 
mais elle n'est point complète et 
manque d'exactitude. W — s. 

S R I A ( François - Antoine ) , 
biographe, né, vers l'année 1730, à 
Massa di Novi , dans le royaume de 
Naplcs, embrassa l'état ecclésiasti- 
que , après avoir achevé ses études à 
l'université de cette capitale. Signo- 
relli , qui avoue avoir beaucoup pro- 
fite des travaux de Soria, ne donne 



•: 



SOR 

presque pas de renseignements sur m 
personne. Il écrivait pourtant à une 
époque rapprochée de la mort de cet 
historien, qui vivait encore en 1797. 
Soria a montré beaucoup d'érudition 
dans ses Mémoires sur tes historiens 
napolitains, livre rempli de recher- 
ches sur cette partie de l'histoire 
littéraire de l'Italie. On pourrait Y 
ajouter quelques noms , l'enrichir os 
quelques détails ; mais on trouve n* . : 
rement à combattre les jugements. : 
portés sur les différents ouvrant ? 
qui s 9 y trouvent analyses. Cette ni- « 
bliotheque , intitulée : Memorie sUh 
rico - critiche deeli storici napoth v 
tani, Naples, 1781 -8a, 2 v. ù>4*., : ; 
contient environ deux cent soixan- j 
te -dix historiens nationaux et etran- • 
gers,outrecent cinquante-sept articfcs ! 
relatifs aux auteurs qui ont écrit sot 
le Vésuve ou sur les antiquités dUcr- 
culanum. Les autres ouvrages de So- .j 
ria sont : I. Lettere ad un amico f ; 
ibid. , 1 797 , in - 8°. L'auteur passe, -■■■, 
en revue une partie des ouvrages àêJ< 
Papebrœck , de Sigonio , de Bailltt My 
de Muratori, de Baronius, de Str»H< 
ve, etc. , dont il relève quelques C0JS 
rctirs. IL Storiadel regno tH JMn> 
metto //, traduit du français de Gui- *•! 
let de Saint-George.— Soria ( Jeniv ; 
de), professeur et bibliothécaire «, 
Pavic , mort à Calvi , en 1 767 , a m ^ 
blié : Recueil d'opuscules philos** 
phiques et philologiques T V'i$c y 1 768) 
3 vol. iu-o°. A-g— s. ' \: 

SORIN1ÈRE ( GLAUDE-FiuHiçtffy 
du Verdier de La), Angevin, nu : 
vers 1702, a fourni beaucoup 43 ; . 
morceaux, soit en vers, soit en pmv 
se, au Journal de Perdun et 
Mercure. Ses travaux littéraires 
firent obtenir, en 1748s le titre 
membre de l'académie royale d' 
ecrs. On ignore l'époque de sa 
Le Mercure de 1770 contient 




soa 

ipetkms. Soit dédain , soit 
Vit pas compté au Min- 
istres Angevins, par l'au- 
tcherches Instoriques sur 
éngers, publiées en 1776, 
s ose lettre à l'abbé a' Ar- 
ree an tome vu dés Nou- 
Uaoires d'histoire , etc. 
ne* y ) , et aussi au Mer- 
g I er . , de juin 1750 . La 
«unbat l'opinion de d Ar- 
f d'après d'Olivet, attri- 
iae de Jurieu contre Bayle 
in de ce dernier avec M me . 
% vers de La Sorinière ont 
et la» rime : c'est tout ce 
en dire. Cependant, trou- 
qg de la rime trop pe- 
NDposa , en vers blancs , 
e , qui fut insérée dans 
e de janvier 17 43. Son 
t Essai sur les progrès 
55 et des beaux-arts sous 
e Louis le Bien - Aimé , 
bord dans le Mercure 
ire 1 749 1 a été réimprimé 
te troisième édition, avec 
7ns et changements con- 
, parut à Angers , chez 
1750, in - 4°. Quelques 
;onsacrés à Voltaire , qui 
, dans son Epitre à Boi- 
9) 9 dit qu'il a vu le parti 
ilus méprisé que le parti 



Tombant dans la pouMÎlre 
, Fréroo , Nonotle *t Soriuilre. 

ce vers seulement que So- 
appe à l'obscurité. On cite 
ui un Discours sur le roi, 
' 4°- — Jean Morin , sieur 
nviERE, premier président 
nbre des comptes de Bre- 
fin du seizième siècle, avait 
les Mémoires et recher- 
ant les antiquités et sin- 



SOft *3g 

gularUés de la Bretagne armori- 
qucy qui n'ont point été imprimes , 
et qui paraissent perdus. Lacroix- 
du-Maine , d'après Scévole de Sain* 
te-Marthe , lui attribue des Oraisons, 
des Poésies françaises , et entre au- 
tres un Discours par lequel il mé- 
prise les biens de fortune. A.B-t. 

SORNET ( Claude-Benoit ) , sa- 
vant bénédictin de la congrégation 
de Saint-Vannes , naquit à Salins, en 
1 739. Après avoir terminé ses études 
au collège de cette ville , il embrassa 
la vie religieuse, et fit profession à 
l'abbaye de Luxeuil. Ses talents et 
ses qualités personnelles le firent par- 
venir aux premiers emplois de sa 
congrégation; et il se sarvitde son 
influence sur ses confrères pour leur 
faire adopter des mesures propres à 
ranimer le goût des recherches diplo- 
matiques et des études sérieuses. Dom 
Sornet était déjà connu par des suc- 
cès dans la chaire , quand il se pré- 
senta pour disputer les prix propo- 
sés par l'académie de Besançon; et 
il acquit , dans cette carrière , de 
nouveaux droits à l'estime publique. 
La révolution de 1789, en l'arra- 
chant au calme du cloître , le força 
d'interrompre ses travaux. 11 vécut 
ignoré, dans la retraite, jusqu'en 
1801 , qu'il accepta la cure de Sel- 
lières, dans l'arrondissement de Lons- 
le- Saunier. Il se consacra dès -lors 
tout entier à ses devoirs de pasteur ,, 
et mourut en 181 5. Indépendamment 
de divers ouvrages restés manuscrits^ 
et qui ont été perdus avec ses recueils, 
on a de D. Sornet : I. Dissertation 
sur l'origine, la forme et le pouvoir 
des états de Franche - Comté, cou- 
ronnée , en 1 764 y par l'académie de 
Besançon. II. Becherches histori- 
ques sur les princes et seigneurs du 
comté de Bourgogne qui se sont dis- 
tingués dans les croisades; couron» 




t$o S0R 

né en 1767. TIT. Éloges de Jean de 
Vienne, amiral de France ; — de 
Nicolas Perrenot de Granvelle, chan- 
celier de l'empereur Charles-Quint; 
— d'Antoine Brun , ministre d'Es- 
pagne au congres de Munster. Le 
{>rcmier obtint un accessit, en 1770; 
es deux, autres furent couronnés en 
1775 et en 1786. On conserve ces 
divers ouvrages de D. Sornet à la 
bibliothèmie de Besançon , dans le 
Recueil de l'académie. W — s. 

SORRI ( Pierre ) , peintre, naquit 
an château de Gusme , dans le pays 
de Sienne , en 1 55(5. Après avoir re- 
çu les premiers principes de son art 
du Sa limbeni , il se rendit à Floren- 
ce , où le Plssignano acheva de per- 
fectionner son talent , le prit en ami- 
tié , lui donna sa fille en mariage , et 
l'associa a tous les travaux qu'il était 
chargé d'exécuter, tant à Florence 

Su'à Venise. Sorri suivit la manière 
e ce peintre, sul allier, comme lui, 
le goût florentin au goût vénitien, et 
s'appropria si bien lestvle de son se- 
cond maître, qu'on ne distingua plus 
les ouvrages des deux artistes. Cepen- 
dant Sorri peignait avec moins de 
promptitude que son beau-père; mais 
son coloris était plus solide, et son 
dessin peut-être plus gracieux. La con- 
frérie de Saint-ocbastien de Sienne , 
jqui , à cette époque , fut décorée par 
les plus habiles artistes siennois, est 
ornée d'un de ses tableaux. Sorri resta 
long temps fixéà Florence, parcourut 
les principales villes de Toscane , et 
y laissa quelques productions de son 
pinceau gracieux et facile. C'est dans 
t'élise du dôme de Pise qu'il s'est 
principalement distingué. Il y peignit 
la Consécration de cette basilique , 
sur une vaste toile, et dans une autre 
rm il a mis son nom , la Dispute de 
Jésus avec les docteurs. Jamais il 
déploya un aussi grand talent 



SOS 

dans l'architecture et dan» 
monts , qui rappellent Paul Y 
11 laissa aussi quelques - uni 

Eroductions à la chartreuse c 
c 1610 à 1613, il se rend 
la seconde fois , à Gènes , où 
une école. I! y exécuta plus 
bleaux , et y forma de nomb 
ves. Il revint à Rome , d'où i 
à Sienne le tableau du Ma\ 
la Vierge^ destiné pour l'« 
Santuccio. Il se retira , dans 
lesse, à San Gusme, lieu de 
sance.etil y avait fait consti 
habitation agréable , où il » 
à cultiver son jardin. En 1 
éprouva , en se promenant su 
une attaque d'apoplexie, se 
la mâchoire en tombant , ei 
quelques jours après. Ce pi 
teignit à- la même perfectti 
l'histoire , dans le paysage « 
portrait. Ses inventions soi 
et judicieuses ; son pinceau e 
plein de grâce et de fines* 
pensées sont nobles et élevët 
SGSÎC.ÈNE, astronome d 
drie , fut du nombre des ma 
riens appelés à Rome par Ces 
la réforme du calendrier. Ar 
rents essais infructueux , il I 
va la nécessité de l'abandon 
adopter l'année solaire. II n 
pas qu'elle avait été fixée | 
parque à trois cent soixante-c 
cinq heures cinquante - cinq 
douze secondes ; mais il oc 
devoir s'arrêter à ces frac! 
régla l'année à trois cent î 
cinq jours six heures. L'a 
naire n'en avait que trois c 
qiiante-cinq.Lcsdix jours d 1 
tation furent répartis entre 
de la manière suivaute : on < 
deux aux mois de janvier % < 
de décembre; et un seulem 
mois d'avril , de juin , de m 




ttfjàvne. Les six. heures 
ftmttfanner, tous le* quatre 
■l lègue! fut intercalé dans 
pfevner , avant le sixième 
«fcéclait les kalendes , d'où 
ete* bissexte et l'aimée bis- 
Ar travail de Sosigène ter- 
bar 1U adopter , dans tout 
le nouveau Calendrier , qui 
Boni de julien. Pour remet» 
umeeMà en harmonie avec 
lit soleil, il fallut la prolô*- 
ntre- vingt -dix jours, de 
Ut en eut quatre cent que- 
[ t les chronologistes la ooav 
nsiée du désordre ou 4b la 
..(j). Sosigène avait bien 
tijfli quatre minutes quaran- 
jCqjdcs dont son année était 
jm w . Uniraient par rendre 
►njne nouvelle réforme ç|u ca- 
nais il craignait, sans doute, 
' r ^Hntroduire une compli- 
i ne serait pas suivie en y 
t dès-lors, et laissa aoxsiè» 
s le soin de corriger l 'erreur 
seraitarrivée( r.YHist. de 
nt. ). Ce fut , comme on sait, 
du pape Gregoirc.XIIi {V* 
dont le calendrier remplaça 
Sosigène , lequel avait duré 
scies. Sosigène avait com- 
Tomstècntaires sur le Traité 
*ide Cœlo; et un livre des 
w$ de Sparte : ces deux 
ne nous sont point parve- 

W— s. 
UTEDECNlDE,arc'hi-. 
i de Dexiphanes , construi- 
es Ptolémées , le phare ce- 
Jexandrie , qui , depuis , 
modèle à tant de monu- 
mëme genre. Sostrate vou- 
ou nom parvînt , avec son 
à la postérité la plus recu- 



44-. 



«rapt I'&m «fcréti«iM. 



SOff, .4* 

lee. Ù le ût graver profondément sur 
la pierre., et couvrit cette inscrip- 
tion d'un enduit ou espèce de stucy 
sur lequel on ljsak le nom de Ptelé* 
mée. L'artiste avait calculé que l'ef- 
fet du temps détruirait cet enduit, et 
laisserait enfin son nom a découvert. 
Au rapport de Lucien * l'inscription 
cachée était ainsi conçue : « Sost**» 

» TÇl>£GlHDE,FlLSDfc:D&ïl»tt4ft£iy 

» Aux Dreux. Goi«sH(v*TBtJM , *ové 

» LE SALUT D** ff4VlU/4T£V*S. » Sfrt- 

bon la rajpporfe différemment. SwV 
vaut lai % on lisait *« £attr*ie y 
» Vfmiéksrois Va fait. » JMiaé.dit 
positivement que çejat du cen «nie* 
ment de Ptojéw? que Sestra te plaça 
son nom sur Je phare ; il ajoute «ue4 
de son temps» on voyait de sembla* 
blés tours a Puteolt-et à Ravena* 
Sostrate fut aussi le. constructeur des 
jardins suspendus de Gaide, sur lès* 
quels on a fait beaucoup de conjec* 
turcs. — Un -aulre Sostrate , sta- 
tuaire , vivait vers, la cxiv c » olynt* 
piade , et fit contemporain de Ly- 
sippe et dfi|jSManien, Pline parait le 
confendreavecun troisième Sostrate^ 
qui ^ sans doute, a vécu bien auté* 
rieurement, puisqu'il était élève et 
neveu de .Pytfcagorc de Rhègc, et 
père de Pantias de Chios, auteur 
d'une; statue d'Aristee d- Argos, vaut» 
queur à la course des chars. L«*~e« . 
SOÎER ^pape, successeur de Saint 
Anicet, né i Fondi, dans la terre de- 
Labour, fut élu, suivant Lènglet Du* 
fresnoy, le I er . janvier i&t. Le P. 
Pagi place cette élection en 161 , et 
Fleury, comme Y Art èe vérifier les 
Dates , en 168.. Toutes les dates 
Sont fort incertaines dans ces pre- 
miers temps. Ce qu'on sait de plus 
certain relativement à saint Soter > 
c'est qu'il vécut et gouverna l'Église 
sous Marc-Aurtle. La tradition ecclé* 
siaatique a conservé le souvenir de 




i4* SOT 

son zèle, de sa charité , de ses lumiè- 
res. On assure qu'il s'opposa coura- 
geusement aux hérésies qui commen- 
çaient à paraître , telles que celles des 
Moutanistes ou Cataphryges. Sa mé- 
moire est honorée le 2 avril par les 
Martyrologes, quoique rien n'indique 
qu'il ait été la victime d'aucune per- 
sécution. L'Église ne doute pas que 
ces premiers pasteurs n'aient com- 
battu pour la foi, et les honneurs 
211'elle leur rend sont la récompense 
e leurs vertus. Saint Soter eut pour 
successeur saint Éleutlière. D — s. 

SOÏIN de La COIND1ÈRE 
( Pierre-Jean-Marie), né à Nantes, 
en 1 76 j , était fils d'ud avocat au par- 
lement de Bretagne. Destiné à suivre 
la même carrière que son père , il fit 
son droit à Rcitnes, et revint à Nantes 
peu de temps avant que la révolution 
éclatât : il s en montra zélé partisan. 
Comme la profession de jurisconsulte 
ofTraitpeu de ressources dans ces cir- 
constances, il exerça l'état de courtier. 
Nommé, en 1 ^90, membre du direc- 
toire du district de Nantes , et en 
179a, l'un des administrateurs du 
département de la Loire-Inférieure, 
il remplissait ces dernières fonctions , 
quand il fut enveloppé dans la pros- 
cription des cent trente-deux Nan- 
tais qni furent envoyés à Paris , où 
ils se trouvèrent réduits à quatre- 
vingt - quatorze par les fatigues, les 
maladies et la misère. Lorsque, après 
la mort de Robespierre, ils eurent 
été jugés et acquittés par le tribunal 
révolutionnaire , bientôt d'accusés de- 
venus accusateurs , ils dénoncèrent les 
crimes de Carrier et des membres du 
comi té révol utionnaire de Nantes , qui 
furent condamnés et conduits a Pécha- 
faud ( Voyez Carrier ). Sotin s'é- 
tablit alors à Paris, où, par le cré- 
dit de la faction thermidorienne , il 
obtint la place de commissaire central 



sot 

auprès dn département de la Seine\ 
A la fin de juillet 1797, il fut nommé 
ministre de la police, en remplace- 
ment de Lcnoir - Laroche. Cliarcé 
par le Directoire executif , après Ta 
révolution du 1 8 fructidor , de pré- 
sider à la déportation des victimes 
de cette journée , et reconnaissant 
parmi elles des hommes qui, na- 
guère, avaient figuré daus le parti 
de ses persécuteurs ( Voy. Bourdon 
de l'Oise et Rovere ) : Messieurs , 
leur dit-il , je vous souhaite un bon 
voyage ; voilà ce que c'est que Us 
révolutions. Pendant son ministère, 
Sotin fit exécuter rigoureusement la 
loi du 19 fructidor sur les passeports, 
ainsi que les mesures arbitraires du 
Directoire contre les prêtres , pour la 
prohibition des journaux et la sur- 
veillance des spectacles. Il est néan- 
moins à notreconnaissance, querparmi 
un assez grand nombre d'émigrés 
maintenus, d'après sa demande, sur la 
liste de proscription, plusieurs obtin- 
rent de lui gratuitement leur radia- 
tion. Un zèle inconsidéré fit commettre 
à Sotin une bévue qui le priva du por- 
tefeuille. Ou avait brodé à Lvon, pour 
les membres du conseil des Anciens et 
de celui des Cinq -Cents, des man- 
teaux de Casimir de Sedan , qu'il lit 
saisir comme étant de fabrique an- 
glaise. La lettre qu'il écrivit à ce 
sujet, le 1 3 janvier 1798 , à la com- 
mission des inspecteurs du consefl 
des Cinq - Cents , donna lieu à une 
vive discussion dans laquelle le mi- 
nistre fut inculpé d'étourderie et de 
légèreté ; et l'accusation devint plus 
grave encore lorsqu'on eut insinué 
qu'il avait voulu par là empêcher 
les députés d'assister , avec leur 
nouveau costume , le ai janvier, à 
la fête anniversaire du supplice de 
Louis XVI. Sotin, obligé de don- 
ner sa démission, et remplacé par 



SOT 

leau, fut envoyé à Gènes, arec le 
d'ambassadeur, pour succéder 
inistre Faypoult. Une nouvelle 
berie le fît rappeler au bout de 
mois. Le gouvernement français 
tnt s'emparer, sans coup férir, 
tats du roi de Sardaignc , avait 
é des instructions secrètes à So- 
ni invita par écrit le Directoire 
•ien à seconder les insurgés pic- 
aïs. On lui sut très-mauvais gré 
rtre mis ainsi en évidence, et on 
inoa pour successeur le chargé 
ires BelfeviJIe. Il quitta Gènes, 
IL 1798. et s'embarqua pour les 
•Unis d'Amérique, avec le titre 
msul - général à New - York , 
1 fut transféré au simple cousu- 
Savanah. Il semblait être dans 
iinee de cet homme de déchoir 
chacun de ses emplois , et de 
rdre tous successivement pour 
contrarié, par imprudence, le 
rnement qui le salariait. Jérôme 
ipartes'étantmariéà Savanah, 
e consentement de son frère Na- 
n, celui-ci s'en prit à Sotin qui , 
qualité' de consul , avait eu la 
tresse de prêter la main à ce ma 
au lieu de s'y opposer; et il le 
la aussitôt. De retour à Nantes, 
04, Sotin, dégoûté des hon- 
, et ruiné par ces fréquents dé- 
neuts , obtint le modeste emploi 
rcepteur de la commune de La 
oliere, où il avait une petite 
ieté. Il y mourut , le i3 juin 
, laissant une nombreuse fa- 
tans fortune. A — t. 
TO ( Dominique) , thcolo- 
né à Ségovie, en i/|()4 , fut 
é à l'état de son père , qui 
jardinier ; mais ayant trouvé 
yen d'apprendre à lire et à 
, il devint sacristain d'une pa- 
de campagne, consacrant à 
le temps que lui laissait son 



SOT 143 

emploi. Étant allé ensuite faire sa 
philosophie à Alcalà , il se lia avec 
un jeune seigneur son condisciple , et 
le suivit à Paris , où il prit le grade 
de maîtrè-ès-arts. De retour en Es- 
pagne , il enseigna la philosophie avec 
succès à Alcalà , entra dans l'ordre 
de Saint Dominique , en 1 5?4 9 re- 
prit l'enseignement dans l'université 
de Salamanque , et y publia des 
commentaires sur la philosophie d'A- 
ristote. Sa grande réputation engagea 
CharJes-Quintà l'euvoyer, en i545, 
au concile de Trente, avec le titre de 
son premier théologien. Ou déféra 
à Soto l'honneur de représenter son 
général , quoiqu'il y eût dans l'assem- 
blée plus de cinquante religieux du 
même ordre, évoques ou théologiens. 
Il était ordinairement chargé de la 
discussion des points les plusdiili- 
ciles , ce qui le mit souvent aux pri- 
ses avec son confrère Catharin , qui 
n'avait pas les mêmes sentiments que 
lui sur des points assez importants. 
Il se faisait écouter avec intérêt , et 
s'acquit tellement la conliance des 
pères , qu'il fut un de ceux que l'on 
chargea de rédiger les décisions et 
de former les décrets. Au retour du 
concile, Charles-Quùitle choisit pour 
son confesseur, et voulut le faire évê- 
que de Ségovie. Ce prince l'établit 
juge dans le dillcrcnd qui était entre 
Las-Casas et Sepulveda , au sujet des 
malheureux Indiens. Il se prononça, 
en faveur du premier, conformément 
aux principes de l'humanité ; enfin , 
Soto quitta la cour, en i55o, pour 
se retirer à Salamanque, où il mou- 
rut le 1 5 novembre 1 56o. Ses ou- 
vrages sont : I. Un Commentaire 
estimé sur le maître des sentences, 
Venise, a vol. in fol. II. Un Com- 
mentaire sur l'Épitrc aux Romains , 
où il mcle la critique avec la contro- 
verse , s'a Ita chant surtout à réfuter 




*44 



sot 



les explications de Cajetan ; Sa- 
la inaoquc , 1 53o ; Anvers , 1 55o. 
111. Traité de la Nature et de la 
Grâce, pour défendre la doctrine du 
Concile de Trente sur le pèche origi- 
nel , le libre arbitre et la justifica- 
tion. Cet ouvrage fut «omposc pen- 
dant que Soto était au concile* On 
le trouve dans l'édition d'Anvers 
du Commentaire sur l'Épître aux 
itomains , avec son apologie contre 
Catharin. IV. Traité De Justitid 
et Jure , Anvers , 1 508 ; Lyon â 
158a; Venise, i(>o8 (i). Il y dé- 
fend l'opinion qu'il avait soutenue à 
Trente , sur la résidence des évêques 
de droit divin ; mais il est un peu 
moins rigide sur la pluralité des bé- 
néfices , etc. Soto est un des plus 
profonds théologiens de son temps : 
il traite les matières avec étendue , et 
néanmoins avec méthode; mais sa mé- 
th ode est celle des scotastiques. On lui 
reproche de n'avoir pas assez connu 
les pères et l'histoire ecclésiastique. 
— Pierre Soto , autre dominicain , 
né à Cordoue, vers Tan i5oo, fut 
aussi , pendant quelque temps (a) , 
confesseur de Charles-Quint, et mis 
a la tète de l'université de Dillingen, 
puis accompagna Philippe II en An- 
gleterre, où il rétablit 1 enseignement 
de la foi catholique aux universités 
(l'Oxford et de Cambridge , par or- 
dre de la reine Marie. Envoyé plus 
tard au concile de 'Trente , il y mou- 
rut , le ao avril 1 503 , laissant des 



(i) Cent »urtont dani ce livra ipie Soto, pro- 
fond thrnlogieu d'ailleurs , te montre au écrivain 
ridicule pur aou elrgaure attectr«; evneinntr ine/fc. 
irtuilinit, ditP.de Valle t Jausi , c'e»t - a dire 
le H. Théophile Kuynand ( l>* imm*niltite Di>.- 
IribtM ) fo éjuod irt'lieem QmrMonum i péris DE 
JURIITIA El JLRF, a iett affala r icrnavti ut tep- 
iuagies ewjut amp'ius pJ:ims«tn contmulavci it tjmd 
nvmeru* aiiù nlurum tel ifiiaenUonum est expnmen- 
du$ ( Cabatlero. Suppleu. 1 UiLliolh. »cr. S. J. 
p. xo ). 

(») Ptraliyuol an nos , dit Nie. Aalonio, Bibl. 
îfitfi. mort, u t 19S. 



SOT 

écrits théologiques , oubliés 
d'hui. 

SOTO ( Ferwakd de ) , 
espagnol , né à Yillanueva d 
Rotta, en Estramadoure , 
dernières années du quinûèH 

Sassa en Amérique vers tij 
rarias , gouverneur du 
charmé de sa valeur , lui 
"commandement d'une ce 
de cavalerie, et l'envoya ; 
zarre à la conquête du Pén 
se distingua dans cette ex[ 
et eut une bonne part au L 
retour en Espague , il y m© 
tràiu y et se maria. Sur ceseï 
Cabcza de Vaca qui avait 

SngnéNarvaez dans son e? 
e Floride; arriva en Esp,' 
Narvaez, XXX , 574 ). I* 
conta des pays lointains qi 
Vus, embrasa Soto du à 
faire la conquête. Il alla sol 
Charles-Quint la permissioi 
treprendre, s'engageant à se 
de toute la dépense. L'cmpe 
accordant cette demande, 
mit d'ériger un marquisat d* 
étendue dans le pays qu'il | 
par ses armes, et lui donna I 
ncmeut de Sant-lago de Cii 
qu'il pût prendre dans cctti 
ce qui lui serait nécessaire; 
nomma gouverneur -géner 
Floride. Comme Soto, qui s 
tribué à soumettre le Per 
ployait tous ses biens dans le 
projet, une foule d'aveul 
joignirent à lui. Sa troupe 
qua , en avril 1 538 , à San- 
Andalousie , sur six vaissea 
jour de la Pentecôte entra da 
de Sant-lago. De nouveaux 
rcs vinrent encore le joind 
ques-uns étaient déjà riches 
liaient tout pour aller en va h 
que l'onsnpposait extrémen] 




afanienawmaxpi'écieux.Soto s'occu- 
m d'abord de rebâtir la Havane, qie 
les corsaires français avaient sacca- 
gée , puis il envoya on pilote expéri- 
aneaXe avec deux brigautins, pour 
naconnaître les cotes de la Floride. 
te pilote revint ati bout de deux 
«ois , amenant deux Indiens ; Soto 
1 fc §t partir de nouveau pour qu'il re- 
'«mpiât les lieux où l'on pourrait 
iÉbanpif i . Enfin , toot étant dispose' 
'la* gré de ses vœux, il mit en mer, 
le 1 3 aaai 1 53p. « Jamais , dit Gar- 
de la Vega , on n'avait vu 
les Indes un armement si consi- 
: il e'Iait compose de dix 
portant mille fantassins et 
cents cavaliers avec leurs che- 




Dtx-neuf jours après , l'esca- 

dre amonilla dans la baie du Saint- 

' &piit, aur la côte occidentale de la 

' floride. Dès le lendemain , Ton dé- 

Imnp» : les Indiens attaquèrent les 

fiaaagbols ; ce ne fut pas sans peine 

«Jroai les repoussa. Soto ay*nt laissé 

9ts troupes pendant huit 

, donna des ordres pour la 

des vaisseaux , et s'avança 

^intérieur du pays. Son histo- 

Aeerve que dans la Floride , et 

$tm petit ajouter dans la plupart des 

de rAraérique septentrionale où 

peens entrèrent , la province , 

pttafe et le Cacique , portaient 

iremeot le même nom. Déjà 

I disposes pour les Espagnols, qui 

avaient maltraités, les Indiens 

eut souvent les soldats de 

mais d'autres leur faisaient un 

ceneil :deu\ Indiens qui devaient 

ir d'interprètes s'étaient enfuis ; 

souffrait beaucoup , ou cherchait 

For ; on était souvent trompé par 

s indications des Indiens ; 

les combattait , on perdait du 

Continuant à poursuivre sa 

, Soto parcourut toutes las 

ma. 



i4ï 

parties occidentales de la Floride , 
et l'intérieur de ce qu'où appelle au* 
jourd'hui la Géorgie , ju&qu au point 
où commencent les montagnes ; il 
alla jusqu'à une distance de trois 
cents lieues de la côte , ne trouvant 
qu'une contrée couverte de sable 
En , et entrecoupée de marais où 
croissaient des buissons hauts et très- 
ejpais. Il passa le premier hiver près 
de la source de la rivière d'Apa lâ- 
che, alla ensuite au nord jusqu'au 
pays des Chicuasâs et des Cousa, 
sous le trente-ciuquième parallèle , 
descendit de là aux affluents supé- 
rieurs de l'Alabama , et à l'embou- 
chure de la Mobile, traversa cette 
rivière , puis le Pasco-goula , J Ta- 
tou et le Mississipi , à la hauteur du 
lac Mitchigamia , atteignit les bords 
del'Arkansas, traversa cette rivière, 
et enfin arriva près du confluent de 
la rivière rouge et du Mississipi. Il 
avait résolu de passer l'hiver da us 
cet endroit , en attendant les secours 
qui devaient lui arriver du Mexique; 
mais attaqué d'une fièvre , il mourut 
le 2-5 juin i5f>2. Ses so'dats crai- 
gnant que les Indiens ne vinssent ou- 
trager son cadavre, l'enterrèrent, la 
nuit, dans une fosse creusée depuis 
long-temps par les indigènes ; puis 
ils répandirent le brait que leur géné- 
ral se portait bien. Malgré leurs pré- 
cautions , les Indiens s'e'tant doutes 
du lieu où l'on avait déposé le corps 
de Soto, les Espagnols l'en retirè- 
rent , creusèrent un tronc de chêne , 
l'y placèrent , le couvrirent d'une 
planche , puis le coulèrent dans la 
rivière , dans un endroit où elle av;ji| 
neuf brasses de profondeur. Après 
la mort de Soto , nul de ses officiers 
n'eut le courage de poursuivre son 
dessein. La troupe marcha vers 
l'ouest pour gagner le Mexique. 
Ayant parcouru oent lieues, et aner« 

io 




t46 



SOT 



cevant de hautes montagnes et des 
déserts , on revint vers le Chucagua 
( Mississipi), qui e'tait déborde, on 
construisit grossièrement des navires 
sur lesquels les hommes s'embarquè- 
rent, au commencement de j uni 1 543 , 
avec les bagages et les chevaux qui 
restaient ; on soutint plusieurs com- 
bats contre les Indiens ; enfin après 
vingt-huit jours de navigation , on 
atteignit la mer. On attérit ensuite à 
l'embouchure du Pannur , fleuve du 
Mexique. Cette malheureuse expédi- 
tion avait coûté la vie à plus de sept 
cents hommes, et plus de cent mil! edu- 
cats à Soto. Elle est décrite dans V His- 
toire de la Floride, par Garcilasso 
de LaVega, et dans un petit ouvrage 
intitulé : Histoire de la Conquête de 
la Floride , par les Espagnols sous 
Ferdinand de Soto , par un gentil- 
homme de la ville d'Elvas , Paris , 
i685 , in- ia. Ce gentilhomme avait 
accompagné Soto. La traduction en 
français est de Citri de la Guette. 
Cotte relation diffère en quelques 
points de celle de Garcilasso. Dans 
l'une et dans l'autre, on a beaucoup 
de peine à suivre sur la carte la 
marche des Espagnols ; les auteurs 
exagèrent les distances parcourues. 
Quelques noms se retrouvent dans 
ceux qui existent encore. La carte 
jointe à la traduction de Garcilasso, 
est conforme aux connaissances géo- 
graphique^ de l'époque. E — s. 

SOTO ( Jean de ) , peintre , né à 
Madrid , en 1 5gi , fut un des élèves 
les plus distingués de Barthclemi 
Carducbo, qui le prit en affection, et 
l'associa à la plupart de ses travaux. 
Ce fut à lui que , malgré sa jeunesse, 
on confia la peinture des fresques du 
cabinet de toilette de la reine, au 
Pardo. D'autres ouvrages à l'huile, 
qu'il exécuta avec un égal succès, 
assurèrent sa réputation. Tous étaient 



SOU 

remarquables par la corre 
pureté des contours, l'éck 
gueur et l'harmonie de la c» 
promettait de devenir un des 
les plus renommés de l'I 
lorsqu'il mourut, en 1620 
de vingt- huit ans. — Don 
Soto , né à Madrid , en 1 6 
nifesta de bonne heure de 
dispositions pour la peinture 
parents s'empressèrent de le 
trer dans l'école de Benoît 
de Aguero , célèbre peintre 
sages. Soto sut s'approprii 
nière de sou maître , et enx 
compositions d'épisodes bis 
conçus et exécutés avec esp 
se borna pas à ce genre ; et i 
gnit pas de tenter plusieurs 
compositions. Le tableau d 
Rosalie , qu'il avait fait pou 
Dame d'Atocha , et qui m; 
se trouve au Rosaire, à '. 
prouve qu'il aurait été ungra 
tre d'histoire , s'il n'eût ab 
la peinture : mais il la qui! 
exercer un emploi en provû» 
qu'il voulut la reprendre, à 
cinquante ans, il ne putrecou 
talent, et mourut dans la m 
Madrid, en 1688. 

SOTVEL. V. Soutrwei 
SOUABE(HedvigeouH 
duchesse de ) se distingua , 
xième siècle , par son goût 
études classiques. Elle était 
duc Henri de Bavière et v 
comte Burcard de Lint/gau , 
sédait une partie de la Suis* 
été élevé, en 916, à la di 
duc de Souabe, et avait es 
Suisse les pouvoirs de vie 
Saint Empire, pouvoirs qui 
naient une grande juridiction 
sa veuve continua d'exercé 
beaucoup d'équité, dans s( 
teau de flohentwiel, près di 



son 

t. Eik 1 était , suivant les 
», la teneur de l'opprcs- 
spuir (lu faible. On jurait, 
e, far les jours d'Hedvigc. 
ncesse, ayant été promise , 
ère, à l'empereur Je Cmis- 
e, avait appris le grec ; 
uite, aimant miens rester 
■aurie, elle s'était fait prin- 
ibleinenl laide et avec une 
le travers, quoiqu'elle f'il 
. Ce portrait , envoyé à 
jtoplc , avait dégoûté le 
i gric. Hedviee épousa cn- 
:omte Burcard, déjà oc- 
; , qui [a laissa bientôt veu- 
! tresse île biens très-cousi- 
Depuis lors elle vécut pour 
nmuent de ses états et pour 
Eut choisit, à l'abbaye de 
rail, un moine très -savant 
1rs dehors prévenants, u om- 



et lire avec elle les auteurs 
s de la Grèce et de Home. 
res duraient tout le jour et 
I nuit. Les pages et les 
ïe la princesse étaient sou- 
lis à ces doctes entretiens. 

agréable que fût pour le 
tache de s'entretenir jour 
rec une princesse belle, jeu- 
truite, on dit qu'il regrettait 
nii sou cou vent. Hedvigeétail 
ibledragon devertujetquel- 
pos galants qu'il s'avisa de 
ser un jour , faillirent lui at- 

rude châtiment. L'abbé du 

de Reichenau , ayant osé 
fr sur les tête-à-tête d'Hed- 
l'Eckard , fut cité devant le 

de la princesse, qui le mit à 
e, et le fit censurer par i'é- 
e Constance. Ce fut proba - 
pour rompre l'uniformité de 
instituteur" qu'Eekard amena 
■au de Hohen twiel un jeune 



SOU 147 

cousin , qui faisait ses études à l'ab- 
baye de Saint-Gall. En entrant, il 
adressa à la sa vante princesse uncom- 
plîmeiil en vers latins, dont elle fut 
si charmée, qu'elle l'embrassa pour 
l'amour de la langue de Virgile. Elle 
l'instruisit elle-même dans !e grec, et 
lui enseigna les hymnes qu'elle avait 
traduits. Dans ta suite , son maître 
Eckard, qu'elle avait comble de pré- 
sents , fut recommandé par elle h 
l'empereur Olhon , qui le nomma son 
rb.ijiel.iin et son secrétaire-, et lui 
coniia l'éducation de son fils. Hed- 
vige mourut vers le commence- 
ment du onzième siècle; et ses fiefs 
furent donnés au chapitre de Flam- 
ber;;, par l'empereur Henri II. D-a. * 

SOUABE tFaÊMRic, tew), 
second fils de ('empereur Frédéric 
Barberous.se et de Béa tris de Buur- 
gogue, naquit vers n'io. et reçut 
de son père, en iifit), l'investiture 
des duchés de Souabe et d'Alsace; 
mais ce ne fut que plusieurs années 
après, qu'il put prendre le gouverne- 
ment de ces belles provinces. En 
1 1 84 , il fut créé cbeva lier à Ma f en- 
ce , en présence des membres de la 
diète. Quelques diplômes , entre au- 
tres celui de la fondation de l'hôpital 
d'Haguenau,en 1 1 8g, sont les seuls 
monuments qui restent des premières 
années de ce prince. Leduc de Soua- 
be lit partie de la nouvelle expédi- 
tion formée pour la délivrance des 
I jeux saints. Après la mort de son 

fère, qui se noya dans le Cydnns'f . 
bédebic 1". , X V , 547 ) , il P rit le 
commandement de l'armée des Croi- 
sés , sans éprouver aucune opposi- 
tion de la part des autres chefs. Hé- 
ritier de la valeur et des qualités bril- 
lantes de Barberousse , le jeune duc 
de Souabe conquit plusieurs places 
sur les Sarrasins , et se signala d'une 
manière toute particulière au siège 




U8 



SOU 



d'Acre; mais une épidémie l'enleva de- 
vant cette ville, le 20 janvier 1 191. 
Ji était à peine âgé de trente ans. La 
mort de ce prince jeta le décourage- 
ment dans 1 a me des Croisés , qui , re- 
nonçant à tenter, sous un autre chef , 
le sort des combats , se rembarquè- 
rent pour revenir en Europe. W-s. 

SOUBADA. Fojr. Souboutai. 

SOCJBEIRAN (JeandeScopon), 
né à Toulouse, le 18 janvier 1699, 
lut destiné à la profession d'avocat ; 
^'en dégoûta et vint à Paris , cultiver 
le* lettres, fit un voyage en Hollande, 
et revint à Toulouse , puis à Paris , 
ou il se fixa par un mariage. Il mou- 
rut dans cette ville, en 1 751. On a de 
lui des Ré flexions sur la tragédie de 
Brutus par Voltaire (1 ) , qui furent 
réimprimées en 1 7 38, à l'occasion des 
Observations critiques que Soubei- 
ran publia sur les Remarques de 
l'abbé d'Olivet : il ne justifia point 
ceiuirci d'avoir attaqué Racine, com- 
me le prétendent les auteurs du Dic- 
tionnaire historique , car d'Olivet 
avait trop de goût pour s'être fait 
le (Jétracteur du premier de nos poè- 
tes ( Foy. d'OuvET ) ; Soubeiran ne 
le combattit point non plus , pa rce 
gne , ainsi que lui , il pensait que la 
gêne de la versification oblige sou- 
vent les poètes , même les plus par- 
faits , à se soustraire aux lois de la 
rammaire. Soubeiran publia encore: 
Lettre au sujet de l'histoire de 
jf™. de Luz. II. Examen des Con- 
fessions du comte de ***, 1742. Ces 
critiques de deux romans publiés par 
Duclos , obtinrent quelque succès , et 



(0 Cet ourrage de Soubejran fut imprimé dan* 
le nouvelliste du Parnasse , tom. 1 er ., pag. 6q de 
Tédit. de 1731, ou p. So de ledit, de 173/4. L au- 
teur jutttilie Voltaire du reproche de» plagiats du 
Brutus de Mlle. Barbier , et finit par transcrire , 
jan* reuVsion aucune , le» truia récita an vers . par 
Corneille, Voltaire et Lamotne, du combat d'OE- 
«a%»« contre Lelut. # 



Sou 

la dernière eut deux édition! 
même année. III. Réflexioi 
bon ton et la conversation 
in-12. IV. Caractère de la 
ble grandeur , 1 746 , in-i a. 
sidéral ions sur le génie et le 
de ce siècle , 1 749 » in- 1 a. 
essaya, dans ces deux derniei 
une lutte avec Duclos , qu'il 
capable de soutenir. Il a en 
blié divers morceaux en pr< 
vers, que Ton trouve dans l 
de l'académie des jeux flora 
il était un des membres les p 
et dont il porta , de ses pro 
niers, le prix d'éloquence à 
au lieu de i5o qu'il était ( 
Journal encyclopédique , 1 
cembre , p. 3qq). 

SOUBEYRAN ( Pierre ; 
nateur et graveur à l'eau-fei 
Genève , en 1713, vint fort 
Paris , et y fit un séjour » 
années , pendant lequel il gr 
grande partie des planches 
compagnent le texte des de 
mes du Traité des pierres , 
gravées du Cabinet du roi y 
riette , et dont les dessins so 
Boucbardon. Il s'était lié 
avec Michel Liotard , son 
triote , et les deux artistes f< 
le projet, resté sans exécu 
graver la Fie de saint Bruno 
Lesueur. Soubeyranrevint,ei 
Genève , fit une étude sérieus< 
thématiques , et se livra eus 
pratique de l'architecture, ar 
quel il montra une grande ha 
fournit les plans et dirigea la< 
tion de la plupart des batil 
plus importants élevés à c< 

2ue dans Genève ; et il rem; 
istinction la place de dire 
l'école de dessin établie (L 
ville. Outre les planches mei 
précédemment , 00 a de tu 



dm CtM- Piem4e-Cfmd, 
ïfravac , peintre de ce prin- 

£ Arrhes de Im ville de 
ées par des génies , d'a- 
cèWdon.lII. La Belle FO- 
^d'après Boucher. Elle Fait 
a»ee la Belle Cuisinière , 
trVivarès; et c'est une des 
s pièces qui aient été faites 
se maître. Soubeyran a de 
e' on grand nombre d'orne- 
ic vignettes, d'après Cochin 

P— ». 
ISE( Benjamin dxRojiak, 
m ) , baron de Frontenai , 
stmeux duc de Rohan , chef 

^^testant en France sous 
(T. Rouai» (Henri, duc 
ibi,4'^; . naquilversl'an 
M par une erreur, dont l'au- 

LVie de Rohan , publiée en 
inrni Petemplc, que Sou- 
aalifié de duc par la plupart 
riens ; ce qui a pu y donner 
que le roiérigea en faveurde 
rla baroniede Frontenai en 
lirie, par lettres datées de 
u mois de juillet 1616 , mais 
lient jamais enregistrées, 

sans laquelle elles deve- 
Ues. Cela n'a pas*erapéehé 

Boban , dans ses Mèmoi- 
onner à son frère la qualité' 
nème en racontant des faits 
1 à l'année i6'j.6. Soubise 
métier des armes , en Dol- 
ius Maurice de Nassau, et 
es gentilshommes français 
606 , se jetèrent dans Bar- 
que les Espagnols assiégè- 
t place. On le vit , depuis 
;urer dans toutes les assem- 
réfonnës qui se tinrent en 
pour assurer l'exécution de 
Nantes. Il entra, en 161 5 , 
■arti du prince de Coudé , 
■ni un renfort de troupes ; 



is celle F 



SOU ii 9 

:rre civile fut promptr- 
ment terminée. C'ëtail dans les guer- 
res religieuses , qui commencerai* 
en iG'ii .queSoubisedevait déployer 
si non les talents, du moins l'audace 
d'un chef de parti. L'asscmliléedela 
Rochelle lui conféra le comniiindr- 
DW général dans les provinces de 
Poitou , de Bretagne et d'Anjou. 
Tandis que les autres clicfs protes- 
tants rcutraieut dans le devoir, ou 
du moins faisaient acheter à la 
cour une soumission équivoque . 
Soubise et Hohan se montrèrent 
fidèles à leurs eo-religiounaires ri 
inaccessibles aux offres les plus bril- 
lantes. Abandonnés à leurs propre* 
forces , ils usèrent fiiire la guerre au 
roi de France. Louis Xlll, en per- 
soue, marche coulrc les rebelles et 
annonce qu'il va faire lesiégedeSaint- 
Jean-d'Àngeli. Soubise so charge 
défendre celle place : un grand 



riihrtMh-i 



itilsbo 



■M IV,, 



ment avec lui. Le roi, pour le som- 
mer de se rendre , renouvela les an- 
tiques formalités : un héraut d'armes 
se présenta aux portes de la ville, et 
sans se découvrir , dit à Soubise : * A 

■ toi Benjamin de Hohan ; le roi MB 
> souverain seigneur et le mien, te 
» commande de fui ouvrir les porte» 
» de sa ville de Saint-Jean-d Auge- 
» li , pour y entrer avec son armée. 
a A faute de quoi je te déclare éri 
» minci de lèse-majesté an -premier 

■ chef, roturier toi et ta postérité , 
s tous tes biens confisqués : nue les 
maisons seront rasées de toi et de 
u tous ceux, qui t'assisteront. — Je ne" 
u ne puis répondre que comme sof- 

■ dat, répliqua Soubise. qui élaitresté 
» couvert. — Tu ne dois répondre 
* ni comme soldat ni comme capi- 
» laine, reprit le héraut, avant qu> 
b tu sois dans ton devoir : sache que 
» quand je te parle an nom du roi 




i5o 



SOU 



» tou seigneur et le mien, ta dois 
» avoir le chapeau à la main. » Ha u- 
tefontainc, vieil officier, excusa la 
faute de son chef, en disant : « M. de 
» Soubise n'ayant jamais reçu une 
» pareille sommation , il est excusa- 
» ble de n'en pas connaître les for 
» malites. Si on lui avoit dit qu'il faut 
» mettre un genou en terre , il les au- 
» roit mis tous les deux. » Soubise 
donna , pour réponse , ces mots écrits 
de sa main. « Je suis très-humble ser- 
» viteur du roi : mais l'exécution de 
» ses commandements n'est pas en 
» mon pouvoir. Benjamin de Ro- 
han.» Après s'être défendu courageu- 
sement pendant un mois contre tou- 
tes les forces de Louis X11I , assisté 
du connétable de Luynes et de 4 maré- 
chaux de France, Soubise sévit con- 
traint de se rendre. Comme il défi- 
lait devant le Roi , à la tête de sa gar- 
nison , il s'approcha de Sa Majesté , 
mit les deux genoux en terre, et lui 
fit serment d'une inviolable fidélité. 
Louis répondit avec douceur : a Je 
» serai bien aise que vous me don- 
» niez dorénavant plus de sujet d'ê- 
» tre satisfait de vous que par le passé. 
» Levez-vous et servez- moi mieux 
» à l'avenir. » Soubise, oubliant aussi- 
tôt ses promesses et la bonté de son 
roi , alla ourdir de nouvelles intrigues 
à la Rochelle , où il fut assez mal ac- 
cueilli , disgrâce assez ordinaire à ceux 
qui servent un parti tumultueux et 
anarchique , selon l'aveu de Levassor 
lui-même. Bientôt, à la tête de quel- 
ques troupes, il s'empara de Royan, 
et, pendant l'hiver de 1G22 , se ren- 
dit maître du Bas-Poitou , ainsi que 
des îles de Rié , du Périer et de Mous. 
Ses succès attirèrent huit mille hom- 
mes sous ses drapeaux : il s'empara 
d'Olonne , menaça Nantes , et se 
flattait qu'on ne parviendrait pas à 
le forcer dans des positions aussi for- 



SOU 

tes. Mais le roi marcha coolr 

à la tête de son armée , puis s 

géant , au milieu de la nuit , d 

bras de mer peu profond q 

pare l'île de Rié du continent, il 

sur les Protestants,qui se disper. 

tous cotés. Soubise abandonnai 

non et ses équipages et s'enfuit à 

chelle sans avoir combattu. C 

on s'étonnait que les Hugueno 

sent montré si peu de courag 

mothe-Saint-Surin, un des o 

prisonniers , dit : a C'est à no 

» néral qu'il faut s'en prendre 

» jamais pu «e résoudre à coin 

» quelque chose qu'on lui ait 

Saint-Surin ajoutait mêmequ' 

nier conseil de euerre , Soubb 

montré tant d'irrésolution , < 

officiers avaient été tentés de 

gnarder, craignant qu'il ne 

les abandonner. Cependant* 

combattant contre les Prott 

Louis Xlll négociait avec e 

n'était pas même éloigné d 

Soubise à son service , dans le 

une paix générale serait impe 

et ce dernier , plus ferme da 

parti que sur le champ de b 

refusa des avantages que ne 

geaient pas ses co - religionua 

Sassa en Angleterre pour y dei 
u secours ; mais que pouva 
Réformés de France attendre 
dolent Jacques 1 er ., qui laissa 
bler les Protestants d'Allemagi 
qu'ils eussent sou gendre à Ici 
Louis XIII , justement irrite 
Soubise, le déclara, le 1 5 juilh 
coupable de Use-majesté au ] 
chef, ce qui n'empêcha pas 
belle d'être réintégré dans se? 
honneurs et pensions , par l 1 
pacification , donné à Montp 
i() octobeede la même aunce 
ce traité , il ne cessa d'intrigu 
auprès de la cour d'Espagne , 



tll 



son 

;■ de Londres, 
lume, jusqu'il 
>6i5 , où il la trou- 
ntrepi ise la plus auda- 
toiis demande seulement 
me secondiez, avait dit 
sonfrère, dans nue confé- 
lseiircni.'iClcrac;rtsîrcii- 
houe vous aurez lu liberté 
avouer. » Soubise , après 
ï un manifeste, s'embar- 
e Ré avec trois cent* sol- 
matelots , puis cingla ut 
petit port de la Bretagne, 
ait une Hotte royale, il 
plus grand vaisseau , y 
)isièniel'cpéeà!a main et 

ensuite pied à terre pour 
rie fort; maïs il y trouva 
i&tanee qu'il ne s'y était 
idanl trois semaines , re- 
s vents contraires, il eut 
is cette place contre les 
ieures que le duc de Ven- 
erneur de Bretagne, avait 
l'amener contre lui. Alin 

•e du port avec des cliai- 
orme câble. Soubise sou- 
it tout ce temps , la plus 
a Je, puis enfin, à la fa- 
in v°nl , îl força les bar- 
li interdisaient la sortie 
lit voile vers l'île de Ré, 
avec lui quinze vais- 
flotte royale, lls'empare 
île d'Oleron, et demeure 
i nier depuis Nantes jus- 
iux. Tant qu'il était resté 
I de Blavet , sans espoir 
le parti réformé , en dé- 
n entreprise , l'avait traité 
!t de corsaire. Dès qu'il 
se lircr de ce mauvais 
int le héros du parti. Le 
de la guerre contre l'Es- 



SOU i5i 

pagne, ollril à Suubise le eomiuaude- 
ment d'une escadre de dix vaisseaux 
destinés contre Gènes; mais celui-ci 
réfuta ce moyeu honorable de sor- 
tir des voies de la révolte, et prenant 
le titre d'amiral des Églises protes- 
tantes, îl persista dans une guerre 
qui devait tourner à sa perle. Une 
expédition qu'il lit dans le pays de 
Médoc ne lui réussit pas ; car , dit 
Bayle , u c'étuil assez son étoile de 
o n'être pas l'oit heureux dans les 
» vastes projets qu'il formoit. » At- 
taque', près de Caslillon, par les trou- 
pes royales, il remonta sur ses vais- 
seaux avec une précipitation qid ne 
Ut pas honneur à sou courage. De 
retour à l'île de Ré, il eut a combat- 
tre la flotte royale fortifiée de vingt 
vaisseaux hollandais commandés par 
Housteiu, amiral dcZélaude. Comme 
Soubise était encore, en négociation 
avec la cour, il obtint une suspension 
d'armes, et les deux amiraux se don- 
nèrent réciproquement des otages. 
Sans attendre le résultat des confé- 
rences de ses députés avec Louis XIII 
à Fontainebleau ( car un sujet trai- 
tait alors de puissance à puissance 
avec son roi ), Soubise envoie rede- 
mander ses otages; l'amiral hollan- 
dais les rend, mais sous la condition 
que la suspension d'armes ne finira 
que lorsqu'on aura des nouvelles de 
là cour. Au mépris de celte clause , 
Soubise attaque au dépourvu la flotte 
ennemie et met le feu au vaisseau 
amiral. Les écrivains protestants se 
sont efforcés d'absoudre ce ebef de 
parti du reproche de perfidie en cette 
occasion ; mais, comme Bayle le re- 
connaît avec franchise , aucun ne l'a 
lait solidement. Au reste, l'avantage 
remporte par ce moyen fut assez con- 
sidérable pour confirmer Louis XIII 
dans ses dispositions pacifiques à l'é- 
gard des protestants j mais en dépij. 




dès conseils de Soubise et de Rohan , 
les Rochellois , aveuglés par la pros- 
périté, se montraient d'autant plus 
exigeants que la cour paraissait plus 
facile; la guerre continua donc. Le 
i5 septembre , leur flotte , après un 
Combat très-vif. fut battue, à la hau- 
teur de Pi!e de Ré, par la flotte royale, 
que commandait le duc de M un im o- 
renci. Soubise alors, quittant son vais- 
• seau amiral , se porte dans l'île, où les 
royalistes vainqueurs avaient débar- 
qué: il les fait attaquer par un corps 
de 3 mille hommes, qui ne cèdent le 
champ de bataille qu'après y avoir 
laissé 800 des leurs. Pour lui il se tint 
toujours à l'écart, avec cinq à six ca- 
valiers, derrière sa troupe, attendant 
quelle serait l'issue du combat. Dès 
qu'il vit ses soldats en déroute , il 
s'enfuit avec précipitation , et gagna 
une chaloure qui l'attendait. Cette 
conduite lui attira les railleries dn 
parti catholique: « Sire , dit un plai- 
» sant à Louis XI] I , M. de Soubise 
» ayant fui votre personne à Rié , et 
» ayant encore maintenant fui celle 
» de votre amiral à l'île de Ré, il 
» faut croire, s'il conlinuc, qu'il sc- 
» ra un jour lep'us vieux capitaine 
» de l'Europe. » De l'île de Ré, Sou- 
bise s'était porté à Oleron : il y fut 
suivi par Montraorenci ; mais ne ju- 
geant pas à propos de l'attendre , il 
se rembarqua promptement et fit 
voile pour l'Angleterre. Ce fut alors 

Îfue Charles 1 er . s'interposa pour 
aire obtenir aux Réformés de France 
un nouvel édit de pacification , daté 
du (i avril îfitif), et qui offrit à Sou- 
bise les mêmes avantages que les pré- 
cédents édits. Alors il reçut le titre 
de duc et pair, comme il est dit au 
commencement de cet article. II resta 
néanmoins en Angleterre, ne cessant 
de presser Buckingham , favori de 
Charles I tr , de soutenir les Huguenots. 



900 

Enfin, lorsque Louis XIII songea sé- 
rieusement à faire le siège de la Rochel- 
le, Soubise amena au secours de 
* cette ville une flotte commandée par 
Buck'iigham lui-même. Il régnait si 
peu d'accord dans le parti protes- 
tant, que les Rochellois refusèrent 
de recevoir les vaisseaux anglais dans 
leur port et Soubise dans leurs murs, 
11 fallut que la duchesse douairière de 
Rohan , mère de ce seigueur , vînt 
elle-même faire ouvrir d'autorité une 
des portes de la ville , et qu'elle prit 
sou fils par la main pour l'introduire. 
Buckingham , surpris et choqué , ne 
témoigna plus aucuncconfianceà Sou- 
bise : il se fit une loi de s'écartei dm 
plan concerté d'avance entre eux, et 
de prendre le con trépied des conseils 
utiles que lui donnait un homme aussi 
bien instruit des localités. On peut 
voir dans l'article de ce miuistre 
( F. tora. VI , 1 1 1 ) , quel fut le ré- 
sultat de cette expédition , que Buc- 
kingham, après quatre mois d'opé- 
rations mal concertées , termina par 
la plus honteuse retraite. Soubise , 
que venait d'atteindre une nouvelle 
condamnation capitale , retourna ea 
Angleterre , et sollicita auprès de 
Charles 1 er . un second armement 
qui , dirigé par Deubigh , 1 eau-frère 
de Buckingham , fut aussi peu utile* 
Ce rel>el e obstiné , que rien ne 
peut décourager , revient encore en 
Angleterre ; il presse de nouveau 
Charles, et une troisième flotte an- 
glaise est prête à mettre à la voile , 
sous les ordres de Buckingham lui-mê- 
me. Déjà celui-ci était à I Ivmouth ; 
mais plein de mauvaise volonté , il 
fatiguait Soubise par des délais in- 
terminables, et des objections ridi- 
cules. Le 'X septembre i0u8, ils 
rent une discussion fort animée, 
sujet d'une fausse uouvclle que le fa- 
vori répandit à dessein pour donner 



sou 

! sur lu détresse il <■• Rocbe- 
tretien avait lieu eu français, 
liciers anglais qui étaient 
'imaginèrent que la querelle 
e nature plus sérieuse. Qucl- 
*» après. Buckiugham sort 
poignardé par Fellon.Dans 

i députés Rochellois d'avoir 
np : déjà une populace fu- 
ail les rendre victimes de 
prise, lorsque le coupable 
V». I.e roi Charles c'en 
as moins le départ de la 
is les ordres du comte de 
auquel il donna cotnmnudc- 
«rlager l'a olori té avec Sou- 
lais . dit Itolian dans ses 
rts , la suite lit voir on que 
mandement éloil feint, ou 
viétoil mal obéi.n Linthey, 
evaiil la Rochelle , rejeta 
< propositions de Soubise, 
rit, par un liardi coup de 
reer la fameuse digue cous- 
r Richelieu , entreprise te- 
stas doute, mais qui, dans 
jn désespérée où se trouvait 
Mail peut-être le seul moyen 



SOU i5î 

cardinal Lavalelle , envoyés pour 
corrompre 'la fidélité' des sujets du 
roi , avaient été arrêtes , et qu'ils 
avaient avoué que ces deux seigneurs 
traitaient avec l'Espagne pour faire 
une desernie en Bretagne et dans U 
rivière de Bordeaux. S'jubise mourut 
la même année, sans laisser de posté- 
rité'. Il n'eut ni le courage, ni les ver- 
tus de sou frère: on conçoit avec peine 
Ju'un capitaine capable d'exécuter 
es coups de main si liardis, se soïl 
presque toujours montré si peu bra- 
iitiand il avait liii-m<W à 



fendre. On c 



;de lui 






ho- 






.a iê'.h 



■Ile capitula , et Soubise re- 
xepter les conditions Irès- 
s accordées par Louis XIII 
nçais rebelles qui se trou- 
r la flotte ennemie. Il pre- 
mier en Angleterre; et n'en 
10ms compris dans l'édït de 
oh, rendu le 39 juin i6if), 
r des Protestants , et par 
roi lui accordait entière 
pour le passé. Soubise ne 
nt pasdejouiren France de 
e, ne quitta point l'Angle- 
'où il ne cessa d'intriguer 

fft^ie. Une déclaration de 
, dotée du B juin ifl£i , 
! des agents de Soubise et du 



able. Comme il s'était r< 
Ire des Sables d'Olonnc, les habitants 
lui ollrirent vingt mille cens pour se 
racheter du pillage. Soubise y con- 
sentit, et à peine avait-il louché la 
somme, qu'il peimil à ses soldats de 
piller la ville pendant deux heures j 
puis il répondit froidement aui plain- 
tes des habitants : a J'avais promis 
■ le pillage à mes soldats avant la 
> composition que j'ai faite avec 
» vous. » D— r— a. 

SOUBISE (Charles de Robaii , 
prince de ) , et d'Épinay , duc de Ro- 
uan -Rohan et Veniadonr , pair et 
maréchal de France , de la même 
famille que le précédent , né le 16 
juillet 1715, fut un géne'ral inhabile 
et malheureux; et en revanche le 

Çlus fortuné courtisan. Ami de Louis 
IV, complaisant assidu des favori- 
tes , il devint , sans talents , maréchal 
de France , ministre d'état , allia 
de la famille royale; mais on 
lui pardonnait presque des titres si 
peu mérités , et les scandales de sA 
conduite privée , en faveur de sa gé- 
nérosité , de sa bienfaisance , de sa 
bravoure personnelle , de son zèle 
courageux à servir et à défendre se» 
■mis auprès du souverain. Le 1". 
nui *73u, il obtint U charge de 




i54 



SOU 



guidon des gendarmes de la garde : 
deux ans après, le 28 juin 1 7Î4 , sur 
la démission du prince de Rohan , 
son aïeul , il devint capitaine de cette 
compagnie. La même année ( 29 dé- 
cembre ) , il épousa M lle . de Bouil- 
lon , fille du grand chambellan de 
France: elle mourut Pau née suivante, 
à l'âge de dix-sept ans , après lui 
avoir donne' une fille. Il épousa , en 
secondes noces, la princesse Chris- 
tine de Hessc - Rhinfcls , le 24 dé- 
cembre 1745. L'année suivante, il 
fut reçu pair, et eut, le 3 mai 1753, 
l'honneur de s'allier à la famille roya- 
le , par le mariage de sa fille avec le 
prince de Condé. Cette union, qui fut 
en partie l'ouvrage de M me . de Pom- 
paaour , était regardée comme une 
mésalliance par les autres princes 
du sang ; tout en signant le contrat, 
ils protestèrent contre la qualité de 
très-haut et très - excellent prince , 
que prenait Soubise, titre qui n'appar- 
tient eu France qu'aux seuls princes du 
sang. Cette contestation partagea la 
cour. Le roi , au foud du cœur , 
penchait pour les princes; mais H ne 
voulait pas contrarier M mc .de Pom- 

Sadour, qui appuyait les prétentions 
. e Soubise; en conséquence, il ter- 
mina cette a (Ta ire par une lettre dans 
laquelle il déclarait ne vouloir rien 
juger ni faire juger , toutes choses 
restant dans l'étatoùellesétaient avant 
la contestation. Soubise servit Louis 
XV, en qualité d'aide-de-cainp , dans 
les campagnes que fit ce prince , de 
1 7 44 a ! 74^* Au siège de Fribourg , 
en 1 ^45 , il eut le bras cassé d'un coup 
de pierre. « Dès que le roi le sut, dit 
» Voltaire ( Siècle de Louis XV , 
» ch. xiii ) , il alla le voir , il y re- 
» tourna plusieurs fois, il voyait met- 
» tre l'appareil à ses blessures. * À 
Fontenoi, Soubise seconda le comte 
de La Marckdans la défense impor- 



sou 

tante du poste d'Antoin j 
tête des gendarmes de la 
contribua au mouvement <r 
victoire ( F. Richelieu, 5 
42 ). C'est ce que Voltain 
dans ces deux vers de son 
cette bataille : 

M sinon du roi, marche» , assure* h 
Soubise et Pecquigny tous mènent 

En 1746, il s'empara d 
Ces services lui valurent 1 
maréchal-de-camp , en 1 
gouvernement de Flandre 
naut , en 1 7 5 1 . Lorsque h 
Sept - Ans commença , 1 
M mc . de Pompadour, so 
obtenir à Soubise le comi 
d'une division de vingt-q 
hommes, stipulée par 1 
1757. Ses opérations fure 
très - heureuses : en moii 
jours , il prit Wesel , 1 
Clève et de Gueldre , et 
Prussiens jusqu'auprès de 1 
novrienne , commandée 
de Cumberland. La bâta: 
tembeck , gagnée par le 
d'Estrées , la convention < 
Seven, jointes aux progrès 
avaient placé Frédéric da 
tiou la plus désespérée {F 
II , XV, ^76 ). La guerr< 
terminer dès-lors à l'aval 
France , si au lieu de s'ar 
cette convention , Bichelie 
ché vers Magdebourg , e 
jonction avec Soubise , do 
pes, combinées avec celles c 
Saxe Hildburghausen , s'él 
cées jusqu'aux environs 
Cependant Frédéric, résoh 
à profit le peu d'accord d 
mis , se porte à leur reiicc 
burghausen était le plus 
le plus présomptueux des 
Soubise, avec une estimai 
de lui-même , n'avait pas h 



soc 

de l'armée, parce 
t de la favorite , il 
Mt officiers ud grand 
lis secrets , qui ne dé- 
niera que de lui voir 
Ters. Un échec qu'il 
:ha , fui le triste pré- 
s grande ignominie, 
te Tille par un corps 
russiens, il n'eut que 
jeter à cheval pour 
it prisonniers plus de 
;t des siens. On était 
« : la cour de Ver- 
Ijà donné l'ordre de 
rliers d'hiver. Ou re- 
le. Le roi de Prusse , 
:s l'armée combinée 
lent de retraite, u'é- 
résistanec qu'an pum 
. Impatiente de celte 
Itat.ct dans le besoin 
d'obtenir an succès de 
ance, il chercha tous 



ispu 



ràl'ei 



pense. Pendant qucl- 
lint immobile à Kos- 
tHildburghausen, re- 
petit nombre de ses 
s'élevaient pas à plus 
hommes, méprisèrent 
ble.cuï qui en avaient 
, et durent peu voir 
retraite en lilant sur 
3 novembre, ils étaient 
ir exécuter cette ma- 
■î de Prusse observait 
du haut d'une colline 
acé une batterie. Le 
jise, abandonnant par 
iilion où il était forle- 

dis[Hi.w.'s k no laisser 
contenait ses Irunjies 
lui-même pendant que 
tnéral côtoyait la gau- 



SOU i55 

cbe des Prussiens avec nnc telle as- 
surance que la musique des régiments 
exécutait des airs de victoire, Fjitin , 
à deux heures , Frédéric sort de son 
immobilité, les soldats abattent leurs 
tentes et se présentent en ordre de 
bataille à lents ennemis, qui mar- 
chaient au hasard; l'infanterie « 
la cavalerie alliée sont tournées 
eu même temps par nue habile wa- 
ULeuvre des Prussiens. Dans le pre- 
mier instant , SouAÛM et llildburg- ' 
hausen perdent la tète. Les troupes 
allemandes fuient, après avoir essuyé 
quelques volées de canon. Soubi.se, 
qui vuit les Français fuir également, 
rappelle son courage et ramène au 
combat quelques corps de cavalerie: 
il charge à leur tête avec la valeur 
d'un soldat; mais cette valeur est 
inutile pour lui qui n'a pas su rtre 

£ : néra! ; il est repoussé. An milieu de 
déroule de toute l'infanterie fran- 
çaise , deux régiments suisses étaient 
seuls demeures sur le champ de ba- 
taille, et continuaient à braver l'effort 
de la cavalerie prussienne et le feu 
des batteries. Soubise retourne sur le 
champ de bataille pour les obliger à 
se retirer, a II alla à eux , dit Vol- 
» taire ( Siècle de Louis XV ) , an 
n milieu du feu , et les fit retirer au 
» petit pas. » Les Français , écrases 
par l'artillerie des Prussiens, tandis 
que leurs batteries , placées dans un 
fond , n'atteignaient point l'ennemi , 
avaient rependant une forte réserve , 
sous les ordres\,du comte de Saint- 
('■ermain,qui ne parut que pour pro- 
téger la retraite. Cette inaction fut 
jugée bien suspecte. La journée de 
Rosbach ne fut pas moins honteuse 
pour la France , que celle de Fontenoi 
lui avait été glorieuse. Les Prussiens 
voulurent immortaliser le souvenir de 
leur victoire par une colonne que les 
Français devaient renverser eux-né- 



56 



SOU 



mes 5o aus plus tard (i). La lettre 
même de Soubise au roi , exprimait 
assez toute l'étendue de sa défaite, 
a J'écris à Votre Majesté' dans l'ex- 
» ces de mon dc'sespoir , disait-il ; la 
» déroute de votre armée est totale. 
» Je ne puis vous dire combien de ses 
» o (liciers ont été pris, tues ou per- 
» dus. » C'était la première fois peut- 
être, en pareille circonstance , qu'un 
courtisan disait toute la vérité à son 
maître , sans détour ni excuse. Cette 
lettre, et la modestie qu'eut ensuite 
Soubise de se mettre sous les ordres du 
maréchal de Richelieu, dont il croyait 
avoir à se plaindre, réparèrent aux 
yeux de bien des gens la faute qu'il 
avaiteommisc de se charger d'un em- 
ploi au-dessus de ses forces. On doit 
ajouter que ses partisans ont prétendu 
qu'il avait été forcé d'attaquer , par 
le prince de Saxc-Hildburghauscn, 
aux ordres duquel il devait déférer 
(a). Il revint tout honteux à la cour, 
et sévit pendant plusieurs mois en but- 
te aux épigramincs les plus sanglan- 
tes, lien fut en quelque sorte dédom- 
magé par les faveurs du roi. Au mo- 
ment où l'on renvoyait le marquis de 
Paulmy du ministère de la guerre , on 
lui conféra le titre de ministre d'état, 
on lui conserva son logement à l'Ar- 
senal, puis on lui donna 5o,ooo liv. 
de pension. Il eut, en outre, l'agré- 
ment de traiter de la charge de tréso- 
rier de l'ordre; ce qui entraînait la dé- 
coration du cordon bleu. Plus tard, il 
obtint les gouvernements du bois de 



(i) Après la bataille delena, en 1R07. 

(»ï ('/était l'opiiiiou de Louis XV, qui dans nne 
lettre ad muée an dur de Richelieu, «'exprimait 
ainsi : m M. de Soubi»e qui a été malheureux et 
» mal fécondé par le prince de Saxe- flildl»ur^- 
» bauMtn commandera «ont ro« ordre» , etc. *» ( Let- 
tre du ai) novembre 175-, cilée dau« l* tir pri- 
etfe deRùhelmt, t. III, 33 1 ). Le duc de >lalion, 
dans ses Ktimoirt militaire* , dit avoir \u l'écrit , 
ogné' de Louis XV, nui mettait Soubî*e s>,hi« le* 
avdres do prisée de S«xe*Hildb«rghau»e»i. 



SOU 

Boulogne, de Madrid etde La Muette. 
En 1 758 , une nouvelle armée lui fut 
confiée. Il brûlait d'effacer Je soure» 
nir de Rosbach , et parvint du moi» 
à l'affaiblir par deux combats dont 
il sortit vainqueur des Hcssois , Ha- 
novricus et Anglais, le i3 juillet, k 
Sundershausen , puis à Lutrelberg , le 
1 o oct. La conquête du landgraviat 
de Hessefut le fruit de ces deux jour- 
nées, a On en a parlé à peine , dit 
» Voltaire, en rappelant cette vic- 
» toirc : tel est l'esprit d'une grande 
» ville , heureuse et oisive , dont on 
» ambitionne le suffrage. » Neuf jours 
après la bataille de Lutzelberg, Louis 
XV envoya à Soubise le bâton de 
maréchal , faveur au moins très-pré- 
maturée ; mais , de tous les courte* 
sans , il était le plus chéri de ce prin- 
ce, maître si bon et si facile avec les 
seigneurs qui composaient sa société 
intime. Aussi appelait -on Soubise 
Y ami du cœur, son Soubise, Pen- 
dant la campagne de 1761 , il com- 
mandait une armée de cent dix mille 
hommes , sur les bords du Rhin. Lt 
maréchal de Broglie, qui avait an 
corps bien moins nombreux sur lt 
Mcm, murmurait de se voir rédaif 
à un rôle secondaire, et fomentait 
dans le camp de Soubise l'esprit de 
mécontentement et d'indisciplint. 
Les deux années , en agissant sépa- 
rément, n'avaient que de faibles 



ces. Broglie proposa d'en opérer lt 
jonction. C'était un triomphe qu'il 
se ménageait. En elfet, au mômes* 
de celte réunion , les troupes de Sot- 
bise accueillirent avec les plus rivtl 
acclamations le maréchal de BrogUt, 
Soubise sut affaiblir cet outragent* 
un procédé loyal et plein de grâce. 
11 conduisit Broglie sur un tertre qm 
dominait tout le camp. « Monsieur, 
» lui dit- il , vous voyez avec qnab 
» applaudissements mon armée vons 






sou 

m lw deve» de rons 
r ceux doDt vous n'a- 
dk été aperçu, n Bro- 

f «lient de justifier la 
année que jaloux de 
a générosité délicate 

, mît en mouvement 
roupes , et en donna 
tardif à Soubise, qu'il 
oeot rendre témoin de 
nais sa confiance pré- 
t trompée:!] fut battu 
ai ; et il accusa , de ne 
«couru , son collègue , 
t avec raison de n'a- 
rerti. Les deux 1 armées 
et les deux généraux 
la cour des mémoires 
i. Soubîse avait , eu 
npadour , un avocat 
pour perdre sa cause 

Broglîe fut rappelé et 
. terres. Le public et 
nérent de ce jugement. 
)igraramcs accabla de 
ince de Soubise et sa 
ais celle fois l'opinion 

lort. Soubise étaii in- 
e dont l'accusait son 
me n'était plus éloigne' 
luvais procédé , tandis 
vec des talents vérita- 
ux, vain et tracassier. 
us employé , fut char- 
ampagne suivante, de 
endrecequeles Fran- 

on esprit de se laisser 
conseils du maréchal 
:ndit des services uli- 

gagnèrenl la bataille 
rg. Ce fut là le terme 

militaire de Soubise. 
■s , sa vie ne fut plus 
xwrtisan voluptueux, 
taché à Louis XV , 
: volonté que celle du 



SOD i5 7 

roi , rt flattant ses penchants, moins 

par calcul d'intérêt mie par l'auee- 
tiou vcrilabled'uu ami complaisant; 
car il savait parler au roi avec fran- 
chise dans l'occasion. On lui doil 
celelogc, qu'il n'employa jamais son 
ascendant pour nuire ni pmir op- 
primer, rqirocbcijuc le maréchal de 
Richelieu mérita trop souvent. Aussi, 
dans un Noël de la cour , disait-on , 
de Soubise : 



Lorsque Louis XV livra son creur et 
son royaume à M™*. Dubarry, Sou- 
bîse s'attacha .Ivmi.m! plus facile- 
ment à la nouvelle favorite, qu'il avait 
à se plaindre du duc de Cboiseul. 
Ce ministre a vnitoLlemi la charge de 
colonel - général des Suisses et Gri- 
sons, promise depuis long-temps au 
maréchal. (> dernier vint se plaindre 
auroi.» Que vou Ici- vous, répondit le 
» faible Louis; c'était bien mou de- 
» sir. mais je n'ai pas etc le maître. * 
AprèsqucM' nr .Diibarrv fut présentée ' 
à la cour, les dames les plus quali- 
fiées all'eclèrent d'abord de ne lui fai- 
re aucun accueil. Nulle marque de 
zèle ne plut davantage à Louis XV 

Sue la condescendance du maréchal 
e Soubise, qui engagea la comtesse 
de l'Hôpital, sa maîtresse avouée, à 
recevoir chez elle Ea nouvelle favori- 
te. Cei exemple fut bientôt imité par 
des femmes d'un rang encore plus il- 
lustre. Soubise eut même la bassesse 
de consentir au mariage d'une demoi- 
selle de Toumon , sa parente, avec 
le vicomte Dubarry , neveu de la 
favorite. Lors de la dissolution du 
parlement, en 1771 , il fut chargé 
par la roi de wmener le prince de 
Condé, qui s'était retiré de la cour , 
après avoir signé la protestation de» 



i58 



SOU 



princes. Si Ton en croit quelques mé- 
moires du temps , ce fut alors qu'il 
forma , avec le prince de Condé , son 
gendre , et le comte de La Marche , 
un triumvirat pour se partager la di- 
rection des affaires. Condé voulait 
être généralissime , La Marche sur- 
intendant des fiuances, et Soubise 
chef des conseils du premier minis- 
tre. Quoi qu'il en soit de ces projets, 
Louis XV ne vécut pas assez pour 
qu'ils se réalisassent. A la mort de ce 
monarque,lorsqueron porta avectaut 
d'indécence ses derniers restes»! Saint- 
Denis, le fidèle Soubise, seul de tous 
les nombreux courtisans que le feu 
roi avait eus de son vivant, suivit le 
cortège , compose* de quelques valets 
et de quelques pages , et ne se sépara 
delà dépouille mortelle de Louis XV 
que lorsqu'elle eut été déposée dans 
.son dernier asile. Ses liaisons avec M" 16 
Dubarry lui avaient fait perdre beau- 
coup de sa considération; et il avait 
résolu de se retirer de la cour : mais 
Louis XVI , instruit de la conduite 
vraiment touchante de Soubise aux 
obsèques de Louis XV , lui fit dire 
par la comtesse de Marsau (3) , de 
reprendre sa place dans le conseil 
des ministres. Soubise , dans ces fonc- 
tions , se montra fidèle aux principes 
monarchiques , et surtout ennemi 
des réformes dangereuses tentées par 
les Saint - Germain et les Turgot. 
Cependant il émettait ses opinions 
avec une modération qui prouvait 
autant de bon sens que ae véri- 
table politique. Il ménageait les 
économistes : non qu'il les estimât ; 
c'était , disait- il , crainte de plus 
grands maux ( Mémoires de Choi- 
seul). Heureux s'il se fût fait un de- 
voir de donner , dans sa vieillesse , 



(3) Gouvernante de» enfant» de France , et soenr 
et Soubiae. 



SOU 

d'aussi bons exemples que de bons 
avis; mais alors encore il se piquait 
d'entretenir à grands frais des filles 
d'opéra. On a même accusé le duc 
d'Orléans d'avoir profité bassement 
des sommes que Soubise prodiguait à 
la Michelon, courtisane alors célèbre 
par le nombre et la haute qualité de 
ses adorateurs. Ainsi des courtisans 
corrompus et inappliqués , tels que 
les Richelieu , les d'Aiguillon, les Son- 
bise, etc., ont mieux jugé des choses 
et des hommes à cette époque de dé- 
cadence pour la monarchie, que 
de prétendus philosophes qui se 
croyaient hommes d'état. La corres- 
pondance de Voltaire atteste qu'il ne 
craignait pas de faire passer au ma- 
réchal de Soubise des exemplaires des 
libelles irréligieux qui se fabriquaient 
à Fcmcy. C'est un des traits les plus 
caractéristiques de l'insouciance des 
ministres de l'infortuné Louis XVL 
Les Mémoiresdel'abbé Geo rgel repré- 
sentent Soubise comme initié dans les 
secrets du ministère occulte de Louis 
XV, et mêlé dans toutes les intrigues 
qui se rattacheut à l'ambassade du 
cardinal de Rohan à Vienne, ainsi 
qu'à la nomination de ce prélat à h 
dignité de grand-aumonier de Fran- 
ce, lie prince de Soubise mourut le 
4 juillet 1787. On a vu dans la No- 
tice sur l'abbé Georççel ( Vojr. xvii, 
i65 ), que ce jésuite composa , en 
1 77 1 , pour le prince de Soubise et 
pour les familles de Rohan, de Bouil- 
lon et de Lorraine, un Mémoire ten- 
dant à établir l'égalité de leurs pré- 
rogatives avec les ducs et pairs de 
France. D — a — a. 

SOUBISE ( Jean de Part bénit, 
seigneur de ) V. Parthenay. 

SOimOUTAl ou Soubaam, sur- 
nommé Bahadour ou le héros,eénéral 
Mongol, dont le nom ,mal lu dans les 
transcriptions qu'on en a faites cm 



sou 

lettres arabes , s'est changé en Suida, 
SowuLu et Sounathjr , est compté 
parmi ceux qui ont concouru à réta- 
blissement de l'empire de Tchingkis- 
Kbakan. Il était de la tribu des Ou- 
riyangkit; et ses ancêtres , établis sur 
les bords du fleuve Onon, avaient 
coutume de se rencontrer il la chasse 
avec Tun-pi-naï , trisaïeul de Tching- 
kis. Ces rencontres avaient lié les 
deux famUlesdepuis cinq générations. 
Haban , contemporain de Tcbingkis , 
- tut deux fils , l'aîné nommé Khour- 
khoun y et le cadet , nommé Sou- 
hootaï. Tous deux étaient coura- 
geux et habiles à tirer de Tare; mais 
r Souboutaï se fit surtout remarquer 
par son intrépidité et par le talent, 
fort estimé des Chinois et des Tar* 
tares , d'imaginer des stratagèmes et 
des roses de guerre. Lorsque Tching- 
[ Lisent établi son orde sur les bords 
do lac de Pan-chouna ou de la riviè- 
re Loung-kiu, Haban voulut lui con- 
duire en tribut un troupeau de mou- 
tons ; mais il fut attaqué par des bri- 
gands et emmené en captivité. Ses 
deux fils se mirent à la poursuite des 
voleurs , les tuèrent et délivrèrent 
leur père. Celui-ci servit sous Tching- 
kis , dans la guerre contre les Naï- 
ntan , en qualité de chef de tribu. Ce 
lot aussi à cette époque que Soubou- 
tal entra au service du prince mon- 
gol , avec la même qualité. En io.\i, 
il attaqua Houan-lcheou, appar- 
tenant aux Tchoutchi , monta le 
premier à l'assaut et s'empara de la 
ville. En iai6, Tcbingkis convoqua 
une assemblée de ses généraux pour 
marcher contre les Merkites. Il de- 
. manda quel était celui qui voulait 
ï donner le premier : Souboutaï s'of- 
kfrit; et Tchingkis , ayant loué son 
■ «enrage , lui proposa un corps de 
" «at hommes <r élite pour le soutenir; 
} tus Souboutaï s'y opposa, a Restez 



SOU i5g 

en repos, dit-il , je me charge de 
tout. » Il alla trouver les Merkites, 
en feignant d'abandonner la cause de 
Tchingkis. Pleins de confiance en ses 
rapports , les Merkites négligèrent 
de faire leurs préparatifs , et quand 
le gros de l'armée mongole fut avan- 
cé sur le fleuve Tchen ( Djem ) , il 
fondit sur eux , et prit deux de leurs 
généraux. Houtou , chef de la tribu 
se sauva dans le, Kiptchak et le reste 
se soumit. Tchingkis ayant fait la 
guerre aux Ouïgours du Kharisme , . 
Mohammed,que les Chinois nomment 
Mieï-li , abandonna son royaume et 
prit la fuite. Souboutaï eut ordre de ~ 
le poursuivre , et il eut pour collè- 
gue, dans cette expédition, Tchepe- 
Nouyan, autre général mongol cé- 
lèbre dans l'Occident. Parvenu au 
fleuve Hoe-li, Souboutaï fit halte sur 
la rive orientale, et ordonna d'allu- 
mer trois bûchers pour faire parade 
de la force de son armée.-A cette vue , 
Mohammed effrayé profita delà nuit 

Sour s'enfuir. Souboulaï, à la tcle 
'un corps de dix mille hommes, 
continua ae se porter sur ses traces, 
depuis la rivière Pou-han et la ville 
de Pi-li-hau jusqu'à Mieï-li, mar- 
chant jour et nuit et ne laissant pas 
au prince fugitif un seul instant de 
repos. 11 l'obligea d'entrer dans la 
mer, c'est-à-dire dans une île de la 
mer Caspienne , nommée Abiscoun , 
où ce malheureux prince mourut 
épuisé par la fatigue et le chagrin 
( r. Mohammed 7 XXXIX , rti }. 
Le général tartare s'empara de ses 
trésors consistant en pierres précieu- 
ses et en vases d'argent , et il les en- 
voya à son maître. Tel est le récit du 
biographe chinois, qui a tracé la vie 
de Souboutaï. Les écrivains musul- 
mans et chrétiens nous ont laissé 
quelques détails particuliers sur la 
marche des deux généraux tartares 



i6o 



SOU 




en Occident. On sait qu'après avoir 
traversé la Transoxane, pris Balkh , 
Nischapour et Zawe , ils partagèrent 
leurs troupes eu deux corps qui se 
dirigèrent sur le Mazenderau ctj'l- 
rak - Adjem. Il entrèrent ensuite 
dansl'Adhcrbidjane, reçurent la sou- 
mission du prince qui régnait à Tail- 
lis, et vinrent camper dans la plaine 
de Moughan eu Géorgie , plaine cé- 
lèbre depuis par le séjour qu'y firent 
babitue'.ieinentles généraux mongols 
et les princes de la famille de Hou- 
lagon. Au printemps de 1*221 , Sou- 
boutal et Tchepc prirent Mcragah, 
saccagèrent Hamadan , Ërdebiî , et 
rentrèrent de nouveau en Géorgie, 
où ils livrèrent aux troupes de la 
reine Rousoudan , une bataille dont 
les deux partis s'attribuèrent le gain. 
Souboutal, par une de ces ruses pour 
lesquelles il était renommé, avait at- 
tiré les Géorgiens dans une embus- 
cade où les attendait son collègue 
Tchepe. Tous deux ensuite les alta- 
quèreut de concert , et selon lbn el 
Âthir , détruisirent en grande partie 
leur armée. Au contraire, deux let- 
tres écrites au pape Honorius III, par 
Rousoudan et par son connétable 
Jean , donnent à entendre que les 
Mongols furent mis dans une pleine 
déroute. Ce qui est certain, c'est que 
la reine de Géorgie écrivit en Occi- 
dent pour implorer des secours, et 
que les Tartares poursuivirent le 
cours de leurs opérations, comme 
s'ils eussent obtenu une victoire en- 
tière. Souboutal, dit le biographe 
chinois, demanda et obtint la per- 
mission d'aller châtier les peuples 
du Kiptchak. A la tête de son année, 
il fit le tour de la mer Thian-ki-sse 
(Denghiz, la mer Caspienne), et revint 
jusqu'aux monts Tbaï-ho( Cauca- 
se ), dont il perça les rochers pour 
l'ouvrir un passage. Il eut d'abord 



son 

peu de succès ; mais ayant rencontré 
des chefs de tribus, nommés In-li-ki 
el Thathakhar , il réunit toutes les 
troupes sur la rivière de PouLsou, et 
par une marche rapide, il soumit 
tous les peup'es de ces contrées jus- 
qu'au fleuve Oliki ( le Wolga ). Une 
seule rencontre et un seul combat 
le firent triompher àes chefs des 
Wolosse ( Russes . Mitcbliissrlao k 
grand et le petit {flVfestislahT). 11 exer- 
ça de grands ravages dans le pays 
des Asou ( Ases ou Âlains). On sait 
qu'en effet les Mongols ayant passé 
le Caucase par le délilé de Derbend, 
défirent les Kiptchaks ou Comans e) 
les Russes, dévastèrent les contrées 
qui a voisinent la mer d'Àzof , pé- 
nétrèrent en Crimée et firent une a- 
vasion dans le pays des Bulgares, sar 
les bords du Wolga. Souboutal fat 
interrompu dans le cours de ses con- 
quêtes par un ordre de Tchingkis, .. 
qui voulait l'employer à la conquête 
du Tangut. 11 résista long-temps à ... 
ces ordres ; mais enfin oblige d'y ce- „j 
der , il revint à la cour , traversa h '. 
grand désert, battit les tribus deHia» .-' 
sa-li , Otiïgour, The-le-tchbi-min et .* 
autres , et soumit toutes les villes si* ., 
tuées sur le fleuve Jaune, du oôtédl '.y 
la Tartarie. Il ne revint de ce pM *," 
qu'après la mort de Tcbingkis. Bi ,,' 
1 tic) , Ogodai lui fit épouser nu . k 
princesse du sang, nommée Tka* <^ 
mieïkan , et le nomma pour 
pagner son frère Tholouï dans 
expédition au midi du fleuve Jai—, #. 
Les Tartares entrèrent dans le pM; 
des Kiu, par le passage delà Tèltm V 
Bœuf , et rencontrèrent le gênent * : 
ennemi H ou an yan-ho-tba , avec ■ij^ 
armée de plusieurs centaines de 
liers d'hommes , tantd'iufanteriei 
de cavalerie. Tholouï s'adressa à 1 
boutai , pour avoir un plan de 
pagne. « Les habitants des villes,! 




son . 

général , ne savent pas sup- 
l iatigne. Harassez-les par 
mes réitérées; rien tic sera 
5 ensuite que de les vaincre 
le rangée. » Effectivement , 
, qui était campée dans les 
an-foung, souffrit beaucoup 
es, qui iirent périr un grand 
de soldats. Les Mongols l'at- 
tt dans ce moment de détresse, 
ruisirent entièrement. Dans 
ia3a, le prince Tholouï 
Armée et laissa Souboutaï 
itenir les provinces conquises 
le siège de la ville dé Pian 
•fbnng, dans le Ho-nan ). 
Kurdes Kin envoya faire des 
(buis d'accommodement au 
mongol; mais celui-ci répon- 
avaît reçu l'ordre de prendre 
qu'il ne connaissait pas au- 
e ;et il n'en travailla qu'avec 
ictivité à combler les fossés 
s fascines. Le commandant 
iégés ayant fait percer les 
! la ville, voulut mettre le 
. fascines à coups de Pao. 
i siège de cette ville qufll est 
lour la première fois,*4e ces 
es de guerre , dont les Mon- 
prirent l'usage des Chinois, 
i portèrent dans l'Occident , 
croit qu'elles ont donné l'idée 
tiflerie. Les assiégés, placés 
murailles à côté des Pao , 
mt des signaux avec des lan- 
ga raies de papier rouge , et 
i combattaient en bas , y ré- 
ml en lâchant en l'air des fi- 
'oiseaux en papier. Souboutaï 
de ce manège par des pri- 
s, eu fit le sujet de ses plai- 
» : « Ces gens de Kin , dit-il , 
ent repousser leurs ennemis 
s lanternes et des oiseaux de 
» Cependant l'empereur des 
andouna Pian et se réfugia à 

XLIÎI. 



sot 



i6t 



TsaL JJn traître nommé Tbsouï-li , 
qui commandait les trounes des Kin, 
livra aux Mongols la ville de Pian 
avec l'impératrice et les autres fem- 
mes de 1 empereur , qui y étaient 
restées renfermées. Les Tartares mi- 
rent alors le siège devant Tsai , et la 
tinrent si exactement et si long-temps 
cernée , que la garnison fut réduite À 
manger le cuir des bottes et la peau 
des tambours. Enfiu les provisions 
étant entièrement épuisées , la ville 
fut prise, en i a34, et la dynastie des 
Kin renversée. Le long séjour des 
troupes et uneannée de disette a va ient 
tellement élevé le prix des vivres dans 
le Ho-nan, qu'un boisseau de riz s'y 
vendait deux onces d'argent. Sou- 
boutaï ordonna aux habitants de ces 
contrées de se transporter au nord 
du fleuve jaune. Comme , à l'issue 
de cette guerre , on conduisait à la 
mort Houan-yan-bo-tha , priucc du 
sang des Kin, et l'un de$ plus illus- 
tres généraux de cette dynastie , il 
demanda où était Souboutaï , et mar- 
qua le désir d'avoir une entrevue 
avec lui. Souboutaï s'avança : Toi 
qui n'as qu'un instant à vivre, dit-il, 
quel motif te fait désirer de me voir? 
— « Ton courage, répondit Houan- 
yan-ho-tha. C'est le ciel , uou le ha- 
sard qui fait naître les lier os. Puis- 
que je t'ai vu, je fermerai les yeux sans 
regret. » En 1235 , les Mongols en- 
voyèrent une nouvelleexpédition dans 
le Kiptchak. Souboutaï en fit partie, 
et fut même désigne par Batou pour 
commander l'avant-garde. Le roi des 
Coma us , nommé Pa - tchhi-man ou 
Batchman, fut saisi de terreur à cette 
nouvelle, et prenant la fuite, il se 
retira sur la mer , disent les Chinois , 
c'est-à-dire , dans une île de la mer 
Caspienne. On vainquit encore une 
fois les Russes, et l'on mit le siège de- 
vant Tbolisseko, ville dont on ne re- 



1 1 




jGt. 



SOU 



connaît pas le nom, sans doute altère 
dans les relations chinoises. N'ayant 
pu s'en rendre maître, Souboutaï 
marcha contre le prince des Russes , 
lui livra bataille, le prit, s'empara 
de Yelicïpan et d'autres villes des 
mêmes contrées , et soumit toutes les 
tribus qui # les habitaient. En reve- 
nant, les Mongols passèrent les monts 
Khatsali et attaquèrent les Madjars 
ou Hongrois. Batou et ses compa- 
gnons entrèrent dans leur pays par 
cinq côtés différents , et Souboutaï 
donna une nouvelle preuve de son 
habileté , en imaginant un stratagè- 
me pour tromper Khieï-lin, prince 
de cette nation. Parvenus au fleuve 
Thun-ning , le corps de Batou passa 
cette rivière par en haut , à l'endroit 
où elle était moins profonde et où il 
V avait un pont. Le corps de Sou- 
boutaï , au contraire, devait la tra- 
verser plus bas , dans un endroit très- 
profond : il imagina de lier ensem- 
ble des poutres et d'y faire passer 
son armée , de sorte qu'il pût venir 
au secours de Batou , qui ayant tra- 
versé le premier , se trouvait engagé. 
Le prince Mongol, rebuté par la ré- 
sistance qu'il venait d'essuyer, était 
tenté de revenir sur ses pas .• « Re- 
tournez , si vous voulez , lui dit Sou- 
boutaï ; pour moi, je ne m'arrêterai 
qu'au fleuve Tho-na (Danube) , après 
avoir achevé de subjuguer les Ma- 
djars. » Il se mit en marche, et Batou 
ne put s'empêcher de le suivre. On 
connaît , par les écrivains occiden- 
taux, les détails de cette campagne 
<nii ont échappé aux Chinois. On sait 
que toutes les contrées au nord de la 
mer Caspienne , du Caucase et de 
la* mer Noire, furent en proie aux 
ravagesdes Tartarcs, qui dévastèrent 
la Russie , la Pologne , la Hongrie > et 
pénétrèrent jusejue dans la Silésie. 
Souboutaï' contribua puissamment à 



L 



SOU 

leurs succès et prit part à toi 

expéditions. A la mort d'O 

eut une grande assemblée 

es princes de la famille de 

kis. Batou ne voulait pas s'; 

mais Souboutaï lui représeï 

tant l'aîné de tous ces princ 

était impossible de s'en d 

Batou partit donc pour l'as: 

qui se tint sur le bord de 1. 

Ye-tchi-li. Après rassemble 

boutai revint à son campei 

le Danube, et il y mourut , à 

soixante-treize ans. Conforn 

l'usage des Chinois , on lui d 

titre qui rappelait ses plus b 

tions ; ce fut le titre de roi 

nan , à cause de la conquête 

province qu'il avait enlevée « 

L'épithètc honorifique qui fi 

à son nom , fut celle de Fidè 

variable. Il laissa un fils 

Ouriyangkhataï , qui, après a 

senties Chinois , soumis te 

tribus des Russes , des Poloiu 

Allemands , fut envoyé pour 

rir le royaume d'Ava et le 1 

Ongcru devoir tirer des h i 

chinoif ces particularités s 

d'un général qui a fait suc 

ment la guerre en Médie , en G 

à la Chine, en Russie et en H 

et dont le nom se trouve lié 

des premières invasions d< 

gols dans l'Occident. Ce qu'c 

de lire est principalement ex 

Siu houng Kian tou, 1. xvn 

et suivantes. A — b 

SOUBRANY (Pierre -A 

de ) , né à Riom , en 1 7 5o 

famille noble , était officier ; 

ment de Royal dragons , et ; 

lement aimé dans son pays 

possédait une fortune consid< 

lorsque la révolution vint c 

toutes les idées et toutes les < 

ces. Entraîné par l'exemple 



sou 

une, «on compatrio- 
■ME ) , Soubrany se 
riolailes inspirations 
Le rédacteur de cet 
uiiu dam sa jeunesse, 
nu vêler connaissance 
*il yint siéger à l' As- 
ire : il le reconnut à 
: phis cette ligure ou- 
nte qui annonçait la 
la gaîté- Domine' par 
ilique funeste, Sou- 
r sombre et soupçon- 
conversation de sou 
lui fut courte; dès les 
. ils s'aperçurent que 
étaient pas les mêmes, 
ut plus. Ou ne doute 
•osilioudela dépuia- 
ny faisait partie n'ait 
influé sur sa con- 
traire. Sur douze in- 
lesquels on rcmar- 
. Maignet et autres 

roi. Soubran y suivit 
Is lui donnèrent , et 

i mort et contre le 
rut à la tribune que 

re aucune part aux 
qui agitèrent l'As- 
[iuunelle , depuis sou 
pi'à sa (in. Daus le 
)3, il eut une mission 
iee delà Moselle; et 
je de détails militai- 
is tard à l'armée des 



aies, il s 



lit a 



au bivouac et inar- 
au combat ; on as- 
;nt qu'il contribua 
cces de cette armée, 



SOU ifi3 

et «atout à la reprise du fort Saint- 
K!me, de Port-VeiidreeldeCollioure. 
Il était revenu de cette mission dc- 
puis peu de temps, lursque la Con- 
vention a vaut été atUquéc par le 
peuple île Paris, et en quelque sorte 
dissoute , une partie de ses membre* 
se mit à la tète de l'insurrection pour 
proscrire les autres, ri recommencer 
le régime de la terreur. Celte faction 
eut le dessus pendant quelques heures 
seulement, et Homme, qui en faisait 
partie, désigna SouLrauy pour com- 
mander la force armée, "il n'eu fallut 
pas davantage pour le perdre. A pei- 
ue la Convention, soutenue par la 
section de la Butle-dcs- Moulins , eut- 
elle repris ses séances, que Soulirany 
fut décrété d'arcusaliou( i ) .livré à min 
commission militaire, et condamne" 
à mort, ainsi que son funeste conseil- 
ler et quatre autres couveutionels , 
le i8juin 1 7«> ; '- Après leur condam- 
natîon, ils se poigua nièrent avec ure 
même paire de ciseaux qu'ils se com- 
muniquèrent successivement. Soubra- 
ny, IJourbutteelDuroy, n'étant pas 
expirés sur le coup , comme leurs 
collègues, furent traînes sanglants à 
l'écbafaud et exécutés. B — u. 

SOUCHAY (Jean - Baptiste) , 
né, en 1688, au bourg de Saint 
Amand, dans le Vendoraois , fit ses 
études avec distinction, au collège 
de l'Oratoire, à Vendôme. A l'âge 
de dix-sept ans , il partit pour Paris, 
où on lui confia une éducation parti- 
culière. Quelques années plus tard , 
le comte de La Vauguyon-CiKM* 
mit ses deux (ils sous la conduite de 
Souchay , qui eut encore siiccessivr- 



''■,', '",",',', l'p.. r.î'.^'jI'JÎ.X.'dc-ÎIÎÎlmillTO-tï 




if>4 SOU 

inent d'autres élèves , neveux du pré- 
sident Durey de Noinville ( Voy. ce 
nom, XII, 37a), qu'il ne fil, pour 
ainsi dire , que surveiller , parce 
qu'ils étaient peu ionnaires au col- 
lège des Jésuites de Paris. Ce ma- 
gistrat lui céda son droit d'induit , 
qui valut au jeune instituteur , en 
1734 , un canonicat de la, cathédrale 
de Uodez. Comme l'abbé Souchay 
avait été choisi , en 1 ^3*2 , pour rem- 
plir une des deux chaires d'éloquen- 
ce du collège royal, et qu'il avait 
commencé son cours au mois de fé- 
vrier 1733 , le chapitre auquel il ap- 
1>artenait le dispensa , en 1 7 36 , de 
à résidence. Il était entré a l'acadé- 
mie des inscriptions des 1726. Il y 
fut toujours très -assidu , et y lut un 
assez grand nombre de Dissertations 
pleines de mérite , mais le plus sou- 
vent relatives aux belles -lettres. On 
cite de lui, entre autres morceaux , 
un Mémoire sur le caractère de Mé- 
cénas , un autre sur Asinius Pollio, et 
différents travaux sur les anciens sys- 
tèmes de morale et de métaphysique. 
En sa qualité de professeur au col- 
lège royal , il se proposa de faire sen- 
tir j dans la lecture des grands mo- 
dèles de l'antiquité , l'application et 

I usage des préceptes généraux qui 
étaient déjà connus de ses auditeurs, 
formés et instruits pour la plupart. 

II choisit surtout , pour remplir cette 
vue, les ouvrages de Cicéron , dont 
il avait lu et expliqué toutes les Ha- 
rangues, lorsqu'il mourut. U livra 
au public, en 1730, le Commentaire 
de Julien Fleury ( V. ce nom , XV , 
66 ) sur Ausone , dans la forme de 
ceux qui ont été composés pour l'u- 
sage du dauphin, fils de Louis XIV. 
L'impression de ce Commentaire 
était depuis long-temps commencée. 
Souchay y mit tous ses soins, réta- 
blit ce qui avait été perdu du manus- 



SÏHJ 

crit , établit les changemei 

sa ires , et lit lui index , oui 

absolument. Ijc succès de 

sur Ausone porta plusieurs 

et même quelques auteurs , 

sèr à l'abbé Souchay de re 

retoucher des ouvrages m. 

quelquefois même des ouv 

primés , mais fautifs ou a 

toés H se chargea volontn 

revisions, qui d'abord le dét 

peu de &es études parti cul 

en eut qu'il entreprit par 

magistrats chargés de l'ins 

la librairie. La plus grande 

livres que le public doit à 

sont anonymes. Les autres < 

le nom de leurs premiers ; 

donna, en 1735, sans se* 

naître, une nouvelle éditioi 

vres de fioileau Despréau 

in-i'2 , avec des notes qu'il 

à Valincour et à l'abbé Rc 

la réimprima en 174°- H 

éditeur d'Honoré d Urfé 

lisson. Ce genre d'occup; 

par lui enlever la plus gra 

du temps dont il avait lx 

mettre la dernière main 

près ouvrages. Il était d'i 

tution très-délicate, et que 

maladies avaient encore a 

mourut dans sa cinquante 

année, le si5 août 1746- î 

tère, aussi attachant que 

était distingué , lui avai 

grand nombre d'amis d 

rangs. 11 légua tous ses 

comte de Maillebois. Outr 

Sermons , prêches avec s 

sa jeunesse, et des Disser 

divers sujets de littératur 

tique, composées à la nui 

il avait entrepris un Tra 

torique, dont les leçons 

données, pendant quator: 

collège royal , étaient les 



SOU SOU i6ï 

mu. (hi a diï liuuver dans ses ayant fail vemr le jeulic iiihihI<ii-h> , 
s la Vie du maréchal de Cali- l'invita de lui dire les défauts qu'il 
Sou Mogc fut prononce par avait remarqués dans son gouverue- 
, U l'académie dont i! était ment. Sou-ché répondit à la con- 
re, à rassemblée publique de fiance que lui témoignait son sonve- 
it-Martin lyfà. L — p— E. rain , et lui donna toutes les cxplica- 
j-('.HÊ. célèbre lettré chinois, lions qu'il pouvait désirer. ]j> mi- 
né dans le onzième siècle , à sistre sut que Son-clic avait ru une 
teou , ville du Ssc-tchhouan, conférence avec l'empereur ; et il se 
famille honorable. Sun père LaU de l'éloigner de la capitale , en 
été nommé magistrat dans une lui alignant la eliafge d'examinateur' 
ice éloignée , il resta sous la des lettrés, qui l'obligeait à pairon- 
llance de sa mère , femme ver- rir s uccessi veinent toutes les prnvin- 
:, qui ne négligea rien pour ces. Dans ses voyages, Sou-ché re- 
frsonbeureux. naturel. Un jour cueillait partout îles preuves de l'iu- 
; lui lisait la vie de Fau-peng , lidelité du ministre , et il eu avertit 
l'empereur; mais ce prince, avec le 
désir île faire le bien , n'avait pas la 
fermeté' nécessaire pour l'exécuter. 
Fatigue d'être le témoin des abus 
qu'il ne pouvait pas corriger, Snn- 
clié demanda la permission de ne 



I fameux dans la Chî 
a tendresse pour ses parents , 
be, sautant au cou de sa niera, 
i : Je nu être un second Fau- 
, el il tint parole. Après avoir 
é ses études dans les écoles pu- 
is . où ii se distingua BON moins 
i pureté de s 
pplicati 






r lu, 



fut accordée nvre empressement. 
t la rapidité de ses Nommé gouverneut du lhmg-lclicon, 
es, Sou-ché se rendit, en il montra dans cette place beaucoup 
, à la capitale pour subir ses de sagesse et d'activité. Il purgea 
en s et prendre ses grades. Le cette- pioviote des brigands qui Fin- 
ies lettrés fut si charmé de la (estaient, et réprima les désordres des 
d'éloquence qu'il lui remit, que gens de guerre , dont l'indiscipline 
•asantauxaulresexaminateurs: n'avait pas été moins funeste ans 
, leur dit-il , un jeune homme habitants. La sévérité qu'il avait 
ions surpassera tous. Sur le employée envers les militaires, ser- 
ite avantageux qui lue fut rendu vil de prétexte noue l'envoyer à 
' i-i> — - Siu-tcneou- , d'où il passa dans le dé- 

partement de Hou- tcheou. DaM h» 
rapports, qu'il adressait à l'empe- 
reur sur 1 état des provinces dont 
l'administration hii était cannée , il 
■laides savants, n'épargnait pas les reproches ait mi- 
«mduitc du ministre excitait , nistre* Celui-ci résolut enfin de se 
i» long-temps, de pistes récla- débarrasser d'u a censeur importun; 
onside toutes parts arrivaient! et l'ayant destitué de tou» ars cm- 
jtienr des plaintes contre son pluis,le fit mettre en prison. Les re- 
ri. Sou-cbo, lui-même, crut clamatious des nombreux amis de 
ir rcnieth e un mémoire à l'en»- Sou-ché , lui firent recouvrer sa li- 
ai- , qui le lot attentivement , ci lierie ; mais di fut exilé à Hoang- 



ilents de Sou-ché , l'empereur 
il le retenir à la cour; n 
ier ministre Wung-'an- 
itant sa perspicacité , éluda For- 
te l'empereur , et l'attacha com- 




i(K> 



SOU 



tcheou. Ayant revêtu l'habit de la 
dernière classe, il acquit une petite 
maison dont l'aspect était tourné 
vers l'orient , et cultiva , dans cet 
asile , la philosophie , l'éloquence 
et la poésie. 11 se croyait oublié de la 
cour, lorsqu'en 107*2 , l'empereur 
le désigna pour remplir les fonctions 
de son histriographe ; mais le pre- 
mier ministre lit donner celte charge* 
A une de ses créatures. C'était un bel- 
esprit léger et superficiel. Quelque 
temps après , l'empereur ayant tu 
les premiers chapitres de l'ouvrage 

Sue lui présenta le nouvel historien , 
éciara qu'il voulait que Sou-cjié 
fût chargé de mettre en ordre les 
Mémoires de la dynastie. Il ne fut 
pas possible au premier ministre de 
s'opposer à la volonté de l'empereur ; 
mais il obtint que Sou-ché s'ab- 
senterait de la cour , tant qu'il tra- 
vaillerait à l'histoire , et il lui fit 
assigner pour sa résidence , une pe- 
tite ville peu distante de la capitale. 
Sou-ché pria l'empereur de lui per- 
mettre d'habiter Tchang- tcheou , 
par la raison qu'il y possédait une 
maison avec quelques arpents de 
terre. Cette demande lui fut accor- 
dée. Pour se rendre dans cette ville , 
il fallait que Sou-ché traversât la 
capitale; et il profita de cette cir- 
constance pour présenter ses homma- 
ges à l'empereur, qui l'accueillit avec 
distinction, écouta ses sages conseils , 
et n'en continua pas moins de s'a- 
bandonner aveuglément à son pre- 
mier ministre. Sou-ché demeura dix 
ans dans le lieu cju'il avait choisi pour 
sa retraite, uniquement occupé d'é- 
crire l'histoire de la dynastie impé- 
riale. L'empereur Chen-tsoung mou- 
rut en 1 o85; et l'impératrice, aïeuledu 
jeune Tchi-tsung , se trouvant char- 
gée de la régence pendant la minorité 
de son petit-fils , se hâta de rappeler 



SOU 

les mandarins et les lettrés qui , sous 
le règne précédent , s'étaient éloigné» 
d'une cour où leurs talents étaient 
inutiles. Sou-ché nommé par la ré- 
gente , gouverneur de Ting -tcheou , 
fut appelé , peu de mois après , au tri- 
bunal des Rites , et mis au nombre des 
instituteurs des princes. Enfin il fut , 
en 1 089 , décoré du titre de grand- 
mail re de la doctrine , et chargé 
d'expliquer au jeune empereur l'his- 
toire et les King ou livres sacrés. 
Dans ce poste éminent , sa conduite 
fut celle d'un sage : étranger aux in- 
trigues de la cour, il ne s'occupait 
que de remplir les devoirs importants 
qui lui étaient confiés , et il ne tint 
pas à lui de former , pour sa nation, 
un prince accompli. Mais la régente 
mourut en 1093, et les services de 
Sou-ché ne tardèrent pas d'être ou- 
bliés. Il était à Hang-tcheou , tra- 
vaillant à procurer aux habitants de 
cette ville, des eaux salubres, quand 
il fut rappelé devant l'empereur, son 
élève , pour se justifier d'avoir pris 
part à un complot séditieux. L'accu- 
sation était si dénuée de vraisem- 
blance, que ses ennemis eux-mêmes 
furent forcés de l'abandonner; mais 
on l'envoya dans un autre gouver- 
nement, et il fut transféré en di- 
verses provinces , par l'espoir de le 
lasser et de l'obliger à se démettre de 
ses emplois. Sa fermeté déconcerta 
les courtisans ; mais ils trouvèrent en- 
fin moyen de le perdre , en le pré- 
sentant à l'empereur comme l'auteur 
d'une satire virulente sur le gouver- 
nement , dans laquelle le prince lui- 
même n'était pas épargné. Privé, 
pour la seconde fois, de toutes ses di- 
gnités , Sou-ché fut encore condamné 
à l'exil. Mais comme il était par tout 
l'objet des distinctions les plus flat- 
teuses , il fut relégué dans une bour- 
gade éloignée, et Ton défendit aa 



sou 

mandarin d'avoir, pour lui, même les/ 
égards qu'on ne muse pas aux plus 
grands criminels. Lorsqu'il se pré- 
senta devant le mandarin , pour ie 
prierdelui assigner un loeement: «Je 
»n'ai point d'ordre , lui dit celui-ci , 
» pour vousloge r; mais il existe dans 
» le bourg des terrains abandonnes, et 
» vous pouvez vous y construire une 
» habitation)). L'illustre exile' se ren- 
dit sur le bord du chemin et y plaça 
contre un arbre un écriteau portant ' 
ces mots : a Sou-ché voudrait se bâ- 
» tir ici une hutte, mais il n'en a pas 
» le moyen.» Sa réputation était telle, 

Ïie, dans l'espace de quelques jours , 
reçut une somme suliisante pour se 
construire une petite maison et s'as- 
surer les besoins de la vie. Plus heu- 
reux alors qu'il ne l'avait été jamais 
à la cour , il employa ses loisirs à 
terminer le Commentaire que son 
père avait commencé sur le Yi-King. 
Une amnistie générale , accordée à 
tous les condamnes pour des délits 
politiques , lui permit de fixer sa ré- 
sidence à Siu-tcheou. A peine arrivé 
dans cette ville, il v tomia malade , 
et d'après le conseil des médecins , il 
se rendit à Tchang - tchem , dont 
l'air plus pur convenait mieux à sou 
état; mais sou mal ne fit qu'empirer, 
et il y mourut en 1 1 o i , dans un âge 
peu avancé. Outre les divers ouvra 
ces dont on a parle, Sou-ché a pu- 
blié: T. une explication du Chou-king; 
II. Uhistoiredes premiers empereurs 
de la dynastie des Soung ; 111 une 
foule de pièces en prose et en vers in- 
sérées dans des Recueils. L'éloge de 
ce grand homme se trouve dans les 
Mémoires concernant les Chinois. 
x, 70-107. W — s. 

SOUCHET ( Jean-Baptiste ), né 
à Chartres , à la lin du seizième siè- 
cle, fut docteur de Sorbonne, curé 
d'Abondant, près Dreux, en 1618, 



SOU iG- 

ensuite notaire et secrétaire du cha- 
pitre de Notre-Dame , dans sa ville 
natale; et enfin chanoine de cette ca- 
thédrale, en i63ï2 (1). Les talents 
qu'il déploya dans les diverses fonc- 
tions auxquelles il avait été appelé , 
étaient en rapport parfait avec le* 
devoirs qui y étaient attachés. Il les 
signala surtout lorsque, devenu cha- 
noine de Notre-Dame, il put obéir li- 
brement au penchant qui l'entraî- 
nait vers les sciences, et dévelop- 
per ses connaissances profondes et 
sa vaste érudition. L'histoire du pays 
Chartrain, presque encore inconnue, 
lui avait paru mériter d'être tirée de 
l'obscurité dans laquelle elle languis- 
sait. Il l'avait étudiée dans les ma- 
nuscrits , les chartes , les chroniques , 
dans tous les actes que ses premiers 
travaux lui avaient fait connaître , et 
dans les anciens auteurs qui en avaient 
recueilli les faits et les particularités. 
Il s'y livra avec ardeur. C'est en re- 
cherchant tout ce qui appartient a 
cette histoire, qu'il découvrit les ta- 
lents éminents de saint Yves , l'un 
des plus célèbres évéques qui aient il- 
lustré le siège de Chartres, sa scien- 
ce immense, l'influence qu'il avait 
eue sur son siècle, le zèle qu'il avait 
développé dans toutes les grandes 
circonstances et les grands événe- 
ments qui troublèrent la France à 
cette époque. Les ouvrages de ce 
saint prélat, dont le nom brille avec 
tant cr éclat à la lin du onzième siè- 
cle, n'avaient pas encore été réunis. 
Quelques-uns seulement avaient été 

Subliés. Souchet conçut le projet 
'en former une édition complète. Jl 
y était encouragé par plusieurs sa- 

(11 Lu» Souchet descendaient du fameux f-'wfr* 
le Maire, dit Chalo Samt Mais , srrtiteur «ri fa 
luilirr de Philippe l* r . , <|ui «i|lrrpnt pour «.r i>ii 
le TovaRe de lu Terre-Saint»^ *»u j<>85. Crllr aiili- 
<|M<* fnuiille iïEudigs le Mitiie «nliftiMi- »nrnir «u- 
'lourd'lmi \ Clwrlro, eu la ntu>uiuic Je *ljkl. l«'"- 
leiunic. 



68 



SOU 






vants. Il l'exécuta.* et c'est le premier 
ouvrage par lequel il s'est £iit remar- 
quer (a). Les lettres du saint évêque, 
si précieuses sous tous les rapports, 
exigeaient un travail particulier. Dé- 
jà Fr. Juret, chanoine de Langres, 
es avait fait paraître, en i585 et 
1610 , avec des notes. Mais ces édi- 
tions étaient imparfaites. Juret n'a- 
vait pas des connaissances assez éten- 
dues sur l'état du diocèse de Char- 
tres, sur les circonstances de l'épis- 
copat de saint Ivcs , sur les événe- 
ments qui l'avaient traversé , les tri- 
bulations dont il avait été la victime , 
et les faits en tout genre auxquels 
ses lettres étaient relatives. Aussi, 
Souchet , en se livrant à la révision 
des Œuvres de l'évêquc de Chartres, 
s'appliqua plus particulièrement à 
ses lettres. 11 les enrichit de notes et 
d'explications qui les rendirent plus 
intelligibles, et suppléèrent à ce qui 
manquait aux précédentes éditions. 
Tout était réuni et préparé pour pu- 
blier ces ouvrages avec le soin qu'ils 
exigeaient; il ne s'agissait plus que 
de les confier à un imprimeur. Lau- 
rcut Cottereau , libraire à Paris , s'en 
chargea , et obtint en son nom le pri- 
vilège du Roi. L'abbé de Goussain- 
ville (3) offrit de diriger et surveiller 
l'impression. Il fit plus , il engagea 
Souchet à dédier lui-même les Oeu- 
vres de saint Ives à M. Lescot, alors 
évêquede Chartres, et à y joindre 

{») Quelque» n rits de saint Yve* peuvent ▼ avoir 
été omu; mais le* tarant* ne sont pan encore. d'»c- 
cord snr leur authenticité; d'ailleurs Souchet n'eut 

i»eut-être pa« alors le* manuscrits nécessaires ; car 
eaeul manuscrit de «aint Yves connu a Chartres, 
ne contient que se» Litres, FjtisUL", etproyient 
de la bibliothèque ,'n < !iapitrc de \otre-T>atne. Il 
•e troure aujourd'hui dans In bibliothèque pnhli» 
qne. Il est au duurième siècle, et parfaitement 
eonserre'. 

(3} Pierre de Gauwnrille, prêtre, ne dans le 
diocèse de (lhartre», éditeur des (iLuvres de Pier- 
re de Mois et de saint Grcgoi e-le-Grand. Voy. 
tes Lettres des i tr . septembre 1G46, 11 mars et 
i3 juillet i647> ûwérées dans le Vrritatis dtfenùo , 
ci-après. 



SOU 

la vie de ce saint „ qu'il avait corn* 
posée. Mais un chanoine régulier de 
Sainte-Geneviève, le P. Fronteau, 
en avait fait une autre ; et cette édi- 
tion étant achevée, le dernier août 
1647, parut presqu'aussitôt, non pas 
sous le nom de Souchet , mais sous* 
celui du P. Fronteau. L'épître dédi- 
catoire à M. Lescot , signée du P. 
Fronteau , et la vie de saint. Ivcs % 
qui était aussi son ouvrage, firent 
bientôt conuaître à Souchet la frau- 
de qui lui enlevait ses droits à cette 
édition, et furent les preuves dont il 
s'empara pour justifier ses plaintes. 
Il composa une épître dédicatoire au 
même M. Lescot, que le libraire 
Cottereau Ht imprimer, et joignit 
aux exemplaires qu'il mit en vente.. 
Souchet, dans cette épitre, accusait le, 
P. Frcntcau de plagiat. Les religieux 
de Sainte-Geneviève s'en irritèrent : : 
le P. Fronteau alla jusqu'à dire au, 
libraire qu'ils avaient résolu de ne; 
pas souffrir qu'on mît au jour une* 
épître si calomnieuse pour leur or- 
dre (4). Mais , malgré les clameurs 
des chanoines réguliers et du P. Fron- 
teau , les OEuvrcs de saint Ives pa- 
rurent avec la lettre dédicatoire. Alors, 
s'éleva un démêlé littéraire d'un gen- 
re nouveau , entre deux savants faits. 
pour s'estimer, dont l'un réclamait 
l'honneur de ses travaux, mais dont 
l'autre, le P. Fronteau , voulait s'au- 
toriser de la puissance de son ordre,, 
pour légitimer son plagiat, et se 
substituer impunément au chanoine 
de Chartres. Souchet, qui n'avait 
encore réclamé ses droits que dans, 
sa lettre dédicatoire à, M. Lescot, 
reproduisit ses plaintes dans la pré- 
face de son édition de la Vie. du bien- 
heureux Berna rd,abbé de Tvron.Le 
P.Fronteau, flr <?orc *»ôîé.n vriïî j usqu'a- 

{\\ Lettre de Cottereau h Souchet, dn ift BOveta- 
lue 1I47, p. icâ du Ver'ttalii u'rf. n%io. 



sou 

nie le silence: il entreprit, dans 
*lrc à l'évèque du Pïiy, inipri- 
i i'ÏV.vlesediseuIpereldc re- 
ir Taerusalion de plagiat diri- 
ntre lui. Mais Souclic*-, qui ne 
it bisser cette lettre sans ré- 
, réunit toutes les preuves qui 
lient sa réclamation, et s'em- 
dc les imprimer dans la même 
, sinis ce titre : J. Bapt. Sou- 
If. T. neentm Cumul, eceles. 
.veritatis defen sio inP. Joann. 
oncui cumin. rcgi/lareni.C.har- 
G5o'. in-tS"., 1 1 1 p., très-rare. 
NiciTiju . t. xxi , p. 8G , s'est 
1 d'appeler cette Défense un 
; tans doute il ne l'avait pas 
i les accusations de Soucie* y 
nultipiiées. elles se trouvent 
ici par des preuves restées sans 
ue. Ce sont les Lettres du li- 

Laurciil Cotlereau . de l'abbé 
■uss.iiiiville, île D. Sauvigc , 

dcSniijt-Yiclcr.du P. Du m 
'Acliery et du P. Frontcau lui- 
. Cttte défense amena le résul- 

P. Frontcau ne se _ 
pondre. Le P. Nicerou ( lor.o 
}, — l'Uist. litte'r. de France, 
irt. saint 1res, p. i^o, — M<>- 
Ed.it. de 1759, ont parle de ce 
md. Niccron n'est pas équitable. 
L littéraire, plus réservée, ne 
■met pas de rien préjuger, et 
lie seulement que , dans la bi- 
ëque de Saint- Vincent du Mans, 
aservait un exemplaire de saint 
avec les deux différentes épî- 
édicatoircs. Avant Niceron et 
.litte'r. dcFrancc.D.I.iron.dans 
blioth. chartraine, s'était pro- 
: en faveur de Soucliet , et s'y 
lécidé par la lettre même dit P. 
eau, imprimée dans la Ferita- 
ïjeruio. Go ni cl , dans le Mo- 
le i7-5g, articles Frontcau, t. 



SOU 



169 



11 e-perei- ; 



Y . et Souchrl , t. ix , est nhis véri- 
dique. Mais il avait lu le» écrits des 
deux savants, et il avait e'Ié con- 
vaincu de la justice des réclamations 
de Soucliet, par les nombreuses let- 
tres qu'il avait publiées. Ce débat 
littéraire occasionne entre les exem- 
plaires des OEuvres de saint Ives, 
imprimées en iG^y, une différence et 
une singularité qui n'ont pas été as- 
set remarquées : les nns existent ew 
petitpapier, les autres sont en grand 
papier. Les premiers, publiés en pe- 
tit papier , ont pour titre : D. Ivoni» 
opéra.... in duas partes.... pjiiir 
coiiti/wt.... PoMerùir cnniple<littir 
/•piftolns ciim iwtîs doctissim. viro- 
rum Jureti aunon. carnutemis , Pa- 
ris, m(J4 7. Au frontispice de la i a . 
partie, ou lit : Pars altéra.... FKttt 
notîs doctissirnoruniiiirvrum.furrli 
canitnici lingonemis et S"iwheti 
canon, cumul.. .. lies exemplaires 
contiennent l'épitre dédicatnire du 
P. Frnnteau à M. l.rseot, laquelle 
n'a rien de remarquable, et n'est 
nullement digne du prélat auquel elle 
est adressée. ni du talent du P. Fron- 
tcau , et ne paraît avoir été" imagi- 
née que pour faire croire que celte 
édition n était due qu'aux chanoines 
réguliers de Sainte- Geneviève. Les 
autres exemplaires, ceux «1 grand 
papier, sont extrêmemenl rare*. Ils 
portent le premier titre indiqué 
ci - dessus ; mais après les- mots 
Doctissimorum virontm Jureti, on 
a colle' nue petite bande de papier, 
sur ltiqnelleesC imprime : et Souche- 
ti canon,.. A la suite de ce frontis- 
pice, se trouve l'épitre dedicatoire à 
M. Lescot, c'vèqm- de Chartres, si- 
gnée J.'B. Souchetus , canon, car- 
nui, , et qui- est- In première comme 
dans laquelle il se soit plaint du pla- 
giai; ensuite vient la dédicace du P. 
F contenu au même évêque. Cette siu- 




1»J0 



SOU 



gularité des deux épîtres avait été re- 
levée _, mais sans aucun détail , par 
les auteurs du tomex del'Hist. littér. 
de France, qui l'avaient rencontrée 
dans l'exemplaire de la bibliothèque 
de Saint-Vincent du Mans, ainsi qu'il 
a déjà été dit; M. Barbier l'a con- 
servée dans sa Dissertation sur les 
traductions de l'imitation (p. 166}; 
enfin elle a été rappelée dans l'art. 
Fronteau (Voy . tom. XVI , p. 1 1 g). 
Un exemplaire en grand papier avec 
les deux circonstances du petit pa- 

Sier collé sur le frontispice , et des 
eux énîtres dedicatpires, existe dans 
la bibliothèque publique de Char- 
tres (5).. Dans les exemplaires en 
Srand et en petit papier , les Notes 
e Souchet sont imprimées à la suite 
de celles de Juret. Outre les OEu- 
vres de saint lves, et la Veritatis 
defensio, Souchet publia la Vie de 
Bernard, premier abbé de Tyron, 
sous ce titre : B. Bernardi fundato- 
ris et primi abbatis SS. Trinitatis 
de Tironio ord. 5. Benedicti , vita , 
autore coœtaneo Gaufrido Grosso, 
nunc primùm prodit in lucem , ope- 
rd et studio J. Bapt, Soucheti 
S. jT. doct. et carnut. canon .... 
Paris, J. Billaine, i64q, in-4°. , 
très-rare. Cette vie, composée par 
Geoffroi le Gros, est le seul ouvrage 
qui nous ait transmis l'histoire de la 
célèbre abbaye de Tyron , ordre de 
S. Benoît au diocèse de Chartres, 
dont l'origine remontait à l'au 1 109, 
et dont Ja charte de fondation avait 
été accordée au bienheureux Ber- 
nard , par saint lves , évêque de 
Chartres , en 1 1 1 8. Les observations 
et les Notes dont Souchet a enrichi 
cette édition , et qui en forment la 

JS) I/autrar de cet article en powede aa*»i nu 
exemplaire en grand papier , m\rr 1rs dent dif- 
férence*; et un Mcroud ni petit papier, «vit In 
•eule enître du 1\ Fronteau , et mus le petit pa- 
pier cota. 



SOU 

2*. partie, démontrent bic 
nement qu'elles sont du sai 
mentateur des Lettres de s 
L'ouvrage le plus impôt 
Souchet ait laissé , est 1 Hi 
la ville et de l'église de i 
dont le manuscrit original 
1 vol, est conservé dans 1 
thèque de Chartres , après a 
qu'à la révolution, fait j 
celle du chapitre de Notre-1 
il était resté presque igne 
cité par Fontetle , en sa bit 
historique de France , 1. 1, 
Une copie en existe à la bil 
du Roi, manuscrit de Gaig 
elle est aussi rappelée par 
n°. 3553u. On connaît tr 
copies entières de cette histc 
il existe plusieurs copies d' 
qui en fut fait vers l'an 1 70 
M. Etienne , chanoine de 
Cette histoire de Souchet 
aux premiers siècles , et fit 
i63g. Quoique, par sou titi 
raisse consacrée spéciale» 
ville et à l'église de Chartn 
dant elle embrasse tout ce • 
latif au pays chartrain en 
Beausse, Dunois, Perche, 
Mantois. . . . , et à l'évêchc 
très dans ses ancienueslimi 
qu'il en eût été fait les di 
qui ont servi à l'érection d 
deBlois, en iGq3. A la véi 
chet y a joint beaucoup de 
partenant à l'histoire genér 
ces excursions se rattach 
beaucoup de rapports, à Yh 
Chartres, à laquelle il avai 
tous ses soins et toutes s< 
ches , et elles ne la dépare 
C'est dans cet ouvrage qu' 
tous les documents et ton 
que sa science et son cru 
avaient fait découvrir et 
Plus que tout autre, il pouv; 



sou 

cliente histoire générale du 
ie l'évêché de Chartres. La 
i de la cathedra ledonl il était 
e, lui avaient offert tous les 
■nts et tous les renseigne- 
uî y étaient réunis et eouser- 
uis l'incendie de cette église, 
i. Il avait aussi eu le soin de 
«r les archives de l'évèché , 
»ye de Saint Pierre, et d'un 
ombre de monastères et au- 
Jisseinculs. De plus , il avait 
posiiiou les intéressa a ts Mê- 
le Guillaume Laisné, prieur 
donville , contenant ses re- 
5 sur Chartres et lcpays 
m,Ms. in-fol. , xnvol.,inain- 
i fa Bibliothèque du roi , 
■Gaïguières^ 10 . 4oç)-4<3Gdu 
de" Foutelte. Enlin , il avait 
les généalogies des prînci- 
aisoiis du pays Chartraiu , 
nmense quantité de chartes, 
:(c. A la vérité, il n'a pas 
s chartes , ces titres.... à sou 
. comme pièces justificatives ; 
n'en est pas moins un hislo- 
ct, véridique, et qui mérite 
grande confiance. Il est un 
r, on pourrait dire invaria- 
xqui , postérieurement à Sou- 
it écrit sur l'histoire de Char 
: se sont pas fait scrupule de 
r, sans lui rendre la justice 
frite. On regrette que cette 
n'ait pas été publiée. S ouebet 
jrmé une bibliothèque nré- 
ont il fit présent à l'abbaye 
ihat-ln- Chartres; mais ses 
■its furent disperses. Quel- 
do ses livres se retrouvent 
'bui dans la bibliothèque pu- 
te Chartres. 11 mourut subi- 
)eç>avril i654. H— n. 
:iÉT [ Étikunë ) , savant jé- 
laquit à Bourges , le 1 3 act- 
ion père était avocat au par. 



SOU 171 

lement. Le goûl de l'élude décida sa 
vocation, et, à l'âge de 19ans.il em- 
brassa la règle de Saint-Ignace. Forcé 
Sar la délicatesse de sa santé d'ahan- 
otiner la carrière de l'enseignement, 
il vint h Paris, où ses talents le firent 
bientôt connaître. Il fut choisi pour 
travailler à l'ouvrage que les Je- 
suilcs se proposaient d'opposer aux 
Criticisacri de Pemson ( P. ce nom, 
XXXIII, j4m ). Cette tâclic le mit 
dans la nécessité d'apprendre l'hé- 
breu ; el il s'engagea dans l'élude Ôr* 
langues orientales, cil il lit de rapide- 

Erogrcs. L'histoire , l'astronomie, 
1 chroiiolosie et les mathént. 1 tiques 
occupaient les loisirs du P. Souciel, 
et il s'y rendit bientôt très-habile. 
Eu quiilant la chaire de théologie 
morale, qu'il avait occupée quelques 
années , il fut nommé conserva teui- 
dc la bibliothèque du collège de 
Louis-lc-Grand. Cette place élait celle 

et il la remplit avec un zèle infatiga- 
ble. Plus jaloux de la réputation des 
autres que de la sienne , il s'empres- 
sait de communiquer les trésors de 
son érudition aux savants français et 
étrangers qui recouraient à ses lu- 
mières. II mourut à Paris, le i4janv. 
1744- On trouve sou éloge dans les 
Mémoires de Trévoux , avril , même 
année , avec la liste de ses ouvrages 
( Poyez Decbamps , vm , 35 , et 
Bicb. Simon , xlii , 384 )■ H avait 
été long-temps l'un des principaux 
rédacteurs de ce Journal , qu'il en- 
richit d'un grand nombre d'articles 
intéressants, parmi lesquels on se 
contentera de citer : Lettre conte- 
nant quelques reflexions sur la tra- 
gédie , juillet et août, 1709; — 
Dissertation sur une médaille singu- 
lière de César, décembre, îjj t3; — 
Description d'un anneau et d'une 
monnaie antique, mai 1718; — 




i7* 



SOU 



Critique d'un passage de l'histoire 
de Sable , par Ménage, janvier 1 720; 
— Critique d'un endroit de Pom- 
peius Festus , où il est parlé des pré- 
fectures , février 1 751a 5 — Mémoire 
sur deux médailles, l'une de Gailien , 
l'autre de Posthume , septembre 
17^5. Le P. Souciet eut la principale 
part à l'édition du Dictionnaire de 
Trévoux , 1 7 3 1 , in-£bl, , 5 vol . ; mais 
il ne voulut point l'avouer; et en 
mourant, il laissa de nombreux ma- 
tériaux dont Bcrthelin a profité pour 
perfectionner l'édition de 175^ , in- 
fol. % 7 vol. On doit en outre au P. 
Souciet : I. Recueil de Dissertations 
critiques sur des endroits difficiles 
de V Ecriture sainte , et sur des en- 
droits qui ont rapport à l'Écriture , 
Paris , 1-715 , in-4°. Cet ouvrage , 
plein de recherches curieuses , est 
très-estime. On y joint ordinairement 
le suivant : IL Recueil de Disserta- 
t ions chronologiques , ibid. , 17 2(5- 
30 , in-4°. y '* vol. Le premier con- 
tient un Abrégé de Chronologie; cinq 
Dissertations contre la Chronologie 
de Newton ( F. ce nom, XXXI , 
18'J ) , et une Dissertation sur une 
médaille singulière d'Auguste. C'est 
celle qu'il avait publiée dans les Mé- 
moires de Trévoux ( V. plus haut ) ; 
mais alors il croyait que la médaille 
avait été frappée par l'ordre de Cé- 
sar. Dans le second volume , on 
trouve l'histoire chronologique de 
Pythodoris , reine de Pont , et celle 
des rois du Bosphore ( immérien, par 
les médailles. Depuis le P. Souciet , 
un académicien de Marseille a donné 
de nouveaux éclaircissements sur l'h is- 
toire des rois du Bosphore (^.Cab y, 
vu , ^4? )• M • Observations ma- 
tliématiques , astronomiques % géo- 
graplUques et physiques , tirées des 
anciens livres chinois , ou faites 
nouvellement aux Iode» et à la Chir 



SOU 

ne, par les missionnaires jésuites , 
Paris , 1 7'iQ , in-4°* G* volume , mir 
fermant plusieurs Mémoires impor- 
tants du P. Gaubil , du P «Noël , etc. , 
forme le tome troisième et dernier, 
de cette collection , dont le premier 
volume parut en 1688 ( V. Gouye ). 

— Etienne -Augustin Souciet, frère 
puîné du précédent , à son exemple % 
entra chez les Jésuites, et se distingua 
dans la carrière parcourue avec tant 
d'éelat par les Bapin et les Vanière , 
dont il fut un des plus dignes suc- 
cesseurs. Il ne survécut y dit-on , 
que deux jours à son frère. On con- 
naît de lui deux poèmes écrits avec 
une rare élégance : I. Cemetet, 
Caen , 1710, in-8°., et dans le 1. 11 
des Poe mat a didascalica, l84~2o3 . 
IL Agricultures y Moulu»,, 171a, 
in-8 D . , et dans le supplément aux 
Poëmata didascalica y 1 90-239, Ce 
poème, que l'auteur a dédiéàTurgot, 
intendant du Bouibonnais ,, est di- 
vise eu trois livres. Le premier con- 
tient les préceptes généraux ; te se* 
cond traite plus spécialement de la 
culture , et le troisième de la récolte. 
Le P. Souciet est auteur d'un, autre 
poème que nous n'avons pu décou- 
vrir ; il le désigne, dans la péroraison 
du précédent , en ces termes : 

Arma tttieam primb clornmqu* inemtittiu muit 
Ilcrocm eteini , prinerp.* qui (iaUica Chrutû 
IJlia , regaUntt/ue abju'it spontè toronam. 

— Jean Souciet, frère cadet des 
précédents , fut Fun des principaux 
collaborateurs du Journal de Tré- 
voux, de 1737 à I745- H obtin*, 
après la mort de ses frères , la- pla- 
ce de bibliothécaire du collegp de 
Louis'le-Grand , qu'il remplit jus- 
qu'à la suppression de la société. La 
France littéraire place sa mort vens 
1763. W — s. 

SOU FFLOT ( Jacqves-(*rm4W ), 
architecte , naquit à Lraucy , pies 



!' 







é*A, 

t|mluiaoBè: \ ationurii- 

*aiis*:3onpè« h lautoitlkge 
de cette ville, aurau a . . ê qu'il sai*- 
vît la sème carrière; mais le jeune 
Soaflot Manifesta de si bonne heure 
un goàt irrésistible pour les beaux * 
arts, qu'il eèt été aussi imprudent 
qa*intrti!e de vouloir contrarier sa 
vocation. Dès sa plus tendre jeunes- 
se, k we d'un beau monument ? la 
impie ewnpe d'une pierre, fixaient 
m attention ncndantdes hetiresentîe* 
tes, et lu disaient oublier tous les 
notre* plaisirs de .«en âge. Il suivait 
les amaçeas et les charpentiers , liait 
eeaversàtion avec les architectes, les 
ajpsnitkaVMUt , et <jodqnefois te* éton- 
mah. Son père prit le sage parti 
dVsHOSjroser le pericbant qu'il n'a* 
vnrtp* vaincre. Il lui donna les meit- 
fan mitres, puis l'envoya en fta- 
Be, à Rome surtout, et jusqne dans 
l'Asie Mineure, pour y étudier les 
monuments. Sou/flot appelait l'Italie 
le pandit des artistes. M. de Saint- 
Aicnan , ambassadeur de France au- 
tres da Saint-Siège , le fit admettre 
ai awaébredes pensionnaires du roi, 
a Boame. Il avait à peine passé trois 
aanees dans cette ville ou ayant ap- 

Eque les Chartreux de Lyon vou- 
it reconstruire leur église, il leur 
«noya le plan d'un dôme* Cette es- 
quisse parut si parfaite, qu'il fut dé- 
calé qae le dôme serait construit sur 
tas dessins; et, dans la maturité de 
son âge et de son talent , Soufflot 
SI plaisait à dire que l'ouvrai qui 
atatt commencé sa célébrité était 
peat-4tre celui qui la justifi ; le 
aneax. Quoi qu'il en soit, à son re- 
tour d'Italie, il s'arrêta plusieurs 
lenées k Lyon, ou il fut successive- 
BMut chargé de construire V Hôtel 
Ai chmnge , < t aujourd'hui de 

lonpk aux I o înts; la salle de 



«M»e<}ie, l'une des phfe fcelWs de 
France, et enfin YffA&Dieu. C'est 
ce dernier mouument qui mit le sceau 
à sa réputation ( i), et qui le fît ap- 
peler à Paris. Il y fut reçu des aca- 
démies d'architecture et de jointure» 
Le roi lui donna le cordon de Saint- 
Michel, et le nomma contrôleur, 
puis intendant - général de ses bâti* 
ments.En 1^7, la construction dé 
la basilique ae Sainte- Geneviève de 
Paris fut en quelque sorte mise au 
concours. Les plans de Soufflot fu- 
rent adoptes; mais l'exécution de ce 
magnifique monument, dont ou ad- 
mirait déjà le portail , la nef et les 
bas-cotes , ne put être dirigée par lui 
que jusqu'à la naissance du dôme 
(a). Il essuya , au sujet de ce dôme , 
des contradictions nombreuses et vi- 
ves, des critiques très - amères; et, 
quoique l'érection en fût garantie par 

(1) La noblesse et la •implicite , la commodité et 
l'élégance, k salubrité et retendue fout de l'hôtel- 
dieu de Lyon, an véritable cne&d'aavrc d'archi- 
tectare. Le seul reproche qu'on puisse lui Taire t 
c'est que le dos»* en cet trop large et trou éleré ; 
mais ce défaut ne doit pas être imputé a Soufflot ; 
il Tient d'un changement que le harem d'admi- 
nistration de i;58 laissa Jàire an plan de cet ar- 
tiste , sans le consulter. 

(a) Le portail de Seiute-Generieve * quelque 
ressemblance avec le portique du Paulk<ou sW 
Rome; mais il est loin d'eu être une copie. Le 

S Un général de l'église est une croix grecque dè> 
3o pieds de long sur %S% pieds de large, Dans In 
construction primitive, quatre piliers triangulai- 
res supportaient le dame ; les plafonds de» g l a nd e » 
voûtes et des colonades servant de Las-cùtés étaient 
soutenus par i3* colunues corinthienne* tant Iso- 
lées qu'engagées dans le* murs. Le dôme , tout en 
pierre de taille , élevé sur 36 colonês corinthien- 
nes , disposées circnjatrssneat , est a fui seul un 
trait de génie. On douta , dans le temps , que les 
hases sur lesquelles on roulait faire porter >e damé 
fussent capable* d'en soutenir le poids. Il y eut a 
ce sujet de vives discussions eulre Putle *i Souf- 
flot. Gautbey, ingénieur des ponts et chaussées, 
et l'abbé Boesut, de l'académie des sciences , pri- 
rent la défense de l'architecte , d'après le plan 
duquel l'église lut terminée. Mais soit qu'en effet 
Souflot eut mal calculé la solidité des points d'ap- 
pui do dôme , soit, comme cela" est plus probable , 
que les c ar riè r es sur lesquelles l'cdiGce est cons- 
truit nient éprouvé on tassement, les pilastres et 
le* colonne» laolres qui soutenaient le dame , ont 
fléchi , et l'architecte Bundelet a dû rrc+mmaut 
ebrier a cet inconréuien* , en substituant on iuhh 
sifde construction aux cvlounet et aux pilastre» 
qui traient fléchi. 




i*j4 



SOU 



les calculs les plus scrupuleux et les 
moins contestables , quoique ses dé- 
tracteurs fussent évidemment des en- 
vieux sans génie comme sans mesure, 
Soufflot n'eut pas la force de résister 
à ces injustes tracasseries. Ce qui l'af- 
fligea le plus vivement, c'est qu'il 
trouva des ennemis dans des hom- 
mes qu'il avait le plus affectionnés , 
et <pii lui devaient le plus de recon- 
naissance. Sa sauté en dépérit. Atta- 
qué d'une maladie de langueur, il 
mourut, peu de temps après, à Pa- 
ris, dans les bras de son ami, l'ab- 
bé de l'Épée, le 29 août 1781 , 
et fut inhumé dans la vieille église 
de Sainte -Geneviève. Ses restes 
n'auraient-ils pas quelque droit d'ê- 
tre transportés dans l'admirable mo- 
nument qu'il a élevé de ses mains ; 
et ne pourrait- on pas lui reudre 
les mêmes honneurs qu'à l'archi- 
tecte de Saint -Paul de Londres 
( Fojr. Wren ) ? Cette idée ne pou- 
vait venir aux Vandales qui, en 1793, 
ont fait de la basilique de Soufflot le 
Panthéon de Marat; mais c'est un 
motif de plus, pour nous, de l'expri- 
mer aujourd'hui. La faculté de droit 
de Paris a déjà acquitté sa part de 
reconnaissance envers cet illustre ar- 
chitecte. C'est à lui qu'elle devait les 
dessins et les plans de son École : il 
avait refusé toute espèce d'honorai- 
res ; une délibération solennelle don- 
ne à tous les descendants de Soufflot, 
portant son nom , le privilège de sui- 
vre gratuitement les cours de la fa- 
culté. Soufflot a encore construit la 
maison du duc de Lauzun , dans le 
faubourg du Roule; le Château-d'eau 
de la rue de l' Arbre-Sec, l'Orangerie 
du château de Ménars, le Trésor et 
la grande Sacristie de Notre - Dame 
de Paris. Enfin ce fut sur ses dessins 

Sue Ton construisit la grande chaire 
e cette basilique, qui a été remar- 



SOU 

que'e par l'élégance et la nouveau- 
té de ses formes. Malgré son désin- 
téressement, Soufflot laissa, en mou- 
rant , une grande fortune à son frère 
et à ses sœurs. 11 fit, par son testa- 
ment, des legs assez considérables à 
quelques amis , et notamment à Jo- 
seph Yernet , qu'il nomma son exé- 
cuteur testamentaire. 11 était d'un 
caractère vif et brusque; mais il avait 
le cœur aimant , noble et généreux. 
On l'appela le bourru bienfaisant. Sa 
passion pour l'architecture ne lui 
avait fait négliger ni la peinture, ni 
l'art statuaire, ni même la littératu- 
re. 11 avait traduit en vers, avec au- 
tant de grâce que de précision , plu- 
sieurs morceaux de Métastase; mais 
cette traduction n'a pas vu le jour. 
11 a fait lui-même son épitaphe, en 
quatre vers , qu'on a places au-bas 
de son portrait , et qui le peignent 
fidèlement : 

Pour maître , dans son art , il n'eut que la nature; 
Il aima qu'au talent un joignît la droiture : 
Plus d'un rival jaloux, qui fut ion ennemi, 
S'il eût connu son corur, eût été' son ami/ 

On a de Soufflot : I. Suite de plans, 
coupes , profils , élévations géomé- 
trales et perspectives de trois tem- 
ples antiques, tels qu'Us existaient, 
en 1^50, dans la bourgade dePœs- 
tum , et mesurés et dessinés par /.- 
G. Soufflot , architecte du roi , en 
1 75o , et mis au jour par les soins 
de G. -M. Dumont, en 1764* IL 
Œuvres ou Recueil de plusieurs 
parties d'architecture de M. Souf- 
flot, Paris, 17G7 , 2 vol. gr. in-fol., 
orné de 23o planches. Il a laisse, 
dans ses papiers , un Tablean com- 
paratif de la force ou densité spéci- 
fique de plusieurs espèces de marbres 
et de pierres de presque toutes les 
carrières connues du royaume , avec 
un dessin de la machine qu'il avait 
imaginée pour faire ses expériences; 
ouvrage curieux et utile aux archi- 



son 

Durnont, ami de ce ce'lc- 
, a public, 01,1781 , les 
et coupes de quelques 
France et d'Italie, des- 
feu M. Soufflât. R— n. 
!T (du), gentilhomme 
1 , fut un de ces féconds 
■a écrivains qui , sans s'it- 
uplèrcnt le Parnasse à la 
me siècle. On a de lui : 
ws de Glorian et <tls- 
},in-i3. II. Les amours 
le et de Mélonimphe , 
1, 1600, in- 13. III. Les 
Palemon , Lyon , 160S, 
L' 'Académie des Ver- 
is, i(ioo,in-ia. V.Les 
tes chastes dames , l'a ■ 
in-12. WAx Pacifique, 
Mal français , sans date 
lieu , et Paris , 1604 , 
Marqueteries , ou Poé- 
s, Paris, 1601, in-ia. 
Divers Souhaits d'A- 
s, i5f)9 7 in-ta. Ce Be- 
at : Plaidoyer et fitge- 

'uses françaises ; Eade- 
lessede Bourgogne, tra- 
•té et Amour , pastorale. 
, en cinq actes et sans 
de scènes, est «ne mau- 
ion du sujet de Phèdre, 
ide y périt, excepté le 
}ogne. Ln pastorale offre 
le préférence entre la 
mour , nue les juges ter- 
faveur de la première. 

D. L. 
IE (L'abbé Juan Louis 
itéra leur plus connu par 
ions historiques , que par 
scientifiques qu'il publia 
nuit à i'Argentière dans 
ta i 7 5i ou 5a. Il était, 
e la révolution, cure de 
caire-général du diocèse 



SOU ,,5 

de Cbàloiis.IIdéb'iiapardcs ouvrages 
d'liisloin< naturelle, qui lui valurent le 
titre de correspondant de l'académie 
des inscriptions et belles-lettres de Pa- 
ris, et de celles des antiquités de iiesse- 
Casscl et de Pctersboiirg ; il était en 
outre associé de plus de quinze aca- 
démies de province. Dès 1789, il 
emhrassa chaudement les idées nou- 
velles , et devint membre de la so- 
ciété des ami* de la Constitution, qui 
fut plus tard celle des Jacobins. Di- 
vers articles qu'il publia dans les 
journaux, le firent distinguer parmi 
les prêtres les plus disposés à s'af- 
franchir du joug de J'Kg lise. Il publia, 
dans le Moniteur du a juillet t-go , 
un article tendant à priver le roi 
du droit de paix et de guerre. Peu 
de temps après, dans une Lettre 
insérée au même journal , il accusa 
l'abbé de Cileaux d'avoir enfermé et 
laissé mourir dans une cage de bois 
un des religieux de son ordre, pour 
se venger d un soufflet qu'A en avait 
reçu ; mais il faut mettre cette ac- 
cusation , dont son auteur même 
avouait n'avoir pas la preuve, par- 
mi les nombreuses calomnies dont 
sa plume fut toujours si prodigue. Ce 
fut à cette époque , qu il publia les 
quatre-premiers volumes des Mé- 
moires de Richelieu, qui eurent alors 
toute la vogue de fa-propos ; car en 
publiant les souvenirs d'un courtisan 
dont les vices et les succès faisaient 
enquc]i|iie sorte le procès à son siècle 



*I'a 



régie 



:, l'éditeur, hardi 



'0 , avait rembruni 
leurs , fondu les matériaux jusqu'à 
les falsifier, et caressé les idées du 
jour par la bouche de Richelieu , qui 
lui avait permis de le faire parler à 
la première personne, et à qui ce 
langage allait assez mal. Le duo de 
Frousac , fils du maréchal, réclama 
dans les journaux contre la n 




i-jC sou 

dont Soulavie avait abusé Je l'exces- 
sive confiance de son père. L'autcir 
des Mémoires répondit par une let- 
tre, du 2 5 janvier 1791 , adressée à 
ce seigneur qui mourut quelques jours 
«près. Cette réponse se trouve dans le 
Rloniteurdu J. 1 février suivant ; elle 
établit, d'une manière incontestable , 
que Soulavie avait obtenu du ma- 
réchal des pièces , des lettres origi- 
nales , et une foule de confidences 
verbales ; que même le duc de Fron- 
sac lui avait donné des communica- 
tions, et l'autorisation d'aller dans 
sa bibliothèque pour continuer son tra- 
yait; mais ce dont Soulavie n'essaye 
pas même de se disculper , c'est d'a- 
yoir fait de ces documents un usa- 
ge hostile et frauduleux. Vers le mê- 
me temps (janvier 1791 ), il rédigea 
et présenta à l'Assemblée nationale 
une adresse des prêtres de Saint- 
Sulpice qui avaient prêté serment à la 
constitution civile du clergé. Il était 
lié avec tout ce qu'il y avait de plus 
prononcé parmi les révolutionnaires, 
entre autres avec le capucin Chabot, 
Collot-d'Herbois , Bazire , Grégoire, 
Barère, Fauchet, etc. Il fut du nom- 
bre des écrivains politiques qui, avant 
et depuis le 10 août 17^0, ne cessa lent 
defairedesvœuxpour le renversement 
de la monarchie et l'établissement de 
la république. II s'est même vanté 
d'avoir suggéré l'idée de cette pro- 
position à Collot-d'Herbois, le 1$ 
septembre 1792; mais personne n'é- 
tait plus enclin que Soulavie à s'at- 
tribuer ce qu'il n'avait pas fait. Il 
fut encore un des premiers prêtres 
qui se marièrent, et s unit, dès cette an- 
née, avec la demoiselle Maynaud, par 
contrat sous seing-privé , et sans au- 
cune autorisation légale. Pour légiti- 
mer, autant que possible, cet acte 
scandaleux , les deux conjoints se 
firent donner la bénédiction nuptiale 



SOU 

pnr lé conventionnel Fauchet, 

évoque du Calvados , qui n'avî 

plus qualité pour recevoir c 

riage que Soulavie n'avait di 

le contracter. Une telle condi 

mit tellement en crédit dans I< 

dominant , qu'il obtint du coir 

volutionnaire la commuuicatû 

papiers enlevés des Tuileries , 

août, et dont il (it usage po 

Mémoires historiques et pol 

sur le règne de Louis XP. 

dans la préface de cet ouvrag< 

entretiens qu'il eut avec Chai 

que l'on pourrait regarder comi 

curieux, si sa véracité était mo 

pecte. Au mois de mai 1793 

nommé résident de la républiqi 

çaiseà Genève. L'abbé Barrw 

ses Mémoires pour servira VI 

du jacobinisme y et Francis d 

nois l'ont accusé d'avoir cont: 

révolutionner cette ville et pr 

son asservissement à la France 

défendu de ces torts dans les t. 

de ses Mém oires sur le règne d 

XFI, Quelques-unes de ses 

Paraissent assez plausibles ; c 
esireraient éclaircir ce proc» 
peu important , en trouver 
pièces dans les Mémoires de I 
et de Soulavie , déjà cités , da: 
de Barthélémy , dont il sera q 
ci-après , et dans plusieurs c< 
sir Francis d'Yvernois. Ce q 
blerait prouver que Soulavie 
pas un agent de Robcspiern 
au'au mois d'octobre 1793 
dénoncé par Chaumette à la 
des Jacobins, et destitué le 6 d 
vant, par un arrêté duGomité 
public , «igné de Robespici 
même. Rivais, son successc 
signé, avait ordre de le ren 
Paris, sous bonne escorte, 
arrêté dévouait Soulavie à 
faud : il dut, en cette occasi< 




Te, qui, guide par la de cet arrêté- Soulaue se livra dès- 
lans celle bonne action lors eu paix à ses travaux littéraires. 
s collègues ces paroles Pendaut sa résidence à Genève, il 
les : o Je connais le ré- avait contracté un troisième mariage 
lenève depuis très-long- avec sa même femme. Voici à quelle 
liauiuetlenousiucl hors occasion; la Convention, informée 
si nous nous réfugions qu'une fonte de prêtres et de moines 
résidence, Sonia viciions apostats vivaient en concubinage, 
rame il a reçu Gamon ; légitima ce comuiw e . à condition 
ra les syndics avec des nue les deux conjoints se rendraient 
tlà delà bonne dîplo- ilriant le maire do leur commune 
uellèt, Soulavic avait, pour renouveler leur union, dans le 
voiutioQ^i ires genevois, délai de liuit jours. Sou ta vie, après 
ndînprogc] -il , qui s'était avoir laisse passer six mois, se pré- 
teur ville. L'exécution sente, avec la demoiselle Maynaud , 
Uuenra doue suspendue, devant le maire de Ca rouge , bourg 
e résigna, sans peine, à français voisin de Genève, croyant se 
.pierre et ses adhère»!», conformer à la loi. Avant appris plus 
eut tout fut eu conduis- tard que ce fonctionna! rc n'avait pas 
ienève. Quelques jouis qualité pour recevoir un tel acte, il 
rmidor(^7 juillet i 7<j4). se maria pour la 4'' *"°' s a Paris de- 
ralliais envoyait encore vaut le rnairede son arrondissement, 
pour sa table, les plus ljilin, pendant le srjot.r de Pie VII 
ms du lac. Après cette eu France, il obtint de ce pontife 
il dénoncé dans la Cou- d'être rendu à la vie séculière. Cette 
une lie se conduisant pas persistance à renouveler quatre ma- 
nite convenable au dé- liages avec la même personne , indi- 
:upl'- libre ; et , ils le 9 qnait combien sa couscienceé tait tour- 
en vertu de trois arrêtés mentée de son apostasie. Ses derniers 
Treilbaiil, Mi-rli», etc. êcrilsattestentaussiqu'ilavaitouvert 
nouveau Coniitê desalnt les veux sur les malheurs produits 
il révoque', ramené en par l'esprit de révolte et d'irrélipcn. 
carecré. Son arrestation Au reste, dans les moment! même où 
» jusqu'à l'amnistie de il avait paru le plus exalte" pour la 
ne sorti de prison , il in- révolution , jamais il ne s'était mon- 
bardune aetiuuen dora- trémi méchant homme. Incapable de 
:èts pour la perle d'effets dénuiicer ou de persécuter, il savait, 
éprouvée à la saisie de dans l'occasion, s'exposer pour ren- 
à Genève. Un mandai ire service. Vers la lin de sa vie, il 
t décerné contre Treil- se réconcilia sincèrement avec l'É- 
le Directoire arrêta celle glîse . et il en donna la preuve la 
et celleaflaire n'eut au- plus éclatants en s'adKHBnt , pour 
.près le iH brunriire, les cet objet , à l'abbé Barmel qui l'a- 
'es et RogeiDiicos placé- vait unir' -lois couihulu dans ses on- 
de Soulavic sur une liste vrages. Ce fut à ce dernier qu'il rc- 
tion ; mais Buouaparte, mit la rétractation suivante , écrite , 
' " signée de sa main, et datée du ai 




i?8 



SOU 



février i3i3. « Mousieur, voulant 
» vivre et mourir dans le sein de l'E- 
» glisecath.apost. et romaine, je vous 
» prie de constater, par l'insertion de 
» ma présente déclaration dans vos 
» ouvrages, mon repentir d'avoir pu- 
» blic dans les miens des erreurs con- 
» tre la religion. Je les condamne. 
» Wcst-il pas notoire que les mal- 
» heurs de notre patrie et les crimes 
v de la révolution proviennent de 
» l'oubli de la Religion? Quel est donc 
» le chrétien qui ne gémisse des er- 
» reurs de cette nature , quand il en 
» voit les résultats ? » (i) Soulavie 
mourut, quelques jours après ( mars 
i8i3 ) , dans de grands sentiments de 
pieté. Son quadruple mariage , en 
compliquant les intérêts de sa suc- 
cession, a donne' lieu à un procès en- 
tre sa fille et sa veuve, qui fut juge' 
par la cour royale de Paris,au mois de 
février iS'i.\ (•x). Peu de littérateurs 
ont été plus féconds que Soulavie, 
et ont tire' de leurs productions un 
meilleur parti: aussi est-il mort dans 
une grande aisance. 11 a publie : I. 
Histoire naturelle de la France 
méridionale : première partie , les 
Minéraux, Pans, 1780, 7 vol. in- 
8°., imprimée sous le privilège de l'a- 
cadémie des sciences (3). 11. Idem, 
deuxième partie contenant V Histoire 



(1 ) L'auteur de cet article a sou * les \ eux la mi» 
nute de celle relructaliou. 

(») L'avocat de la veuve Soulavie ( M. Dupin ) 
a révèle une particularité Irès-ciirieim 1 *ur le.* pre- 
mier» mariage» rcvu)uti<>nnnirc* : « Lor»nnc l.i 
» constitution de 17O1 eut proclame eu principe 
» que le nj.*i-iape eUit un contrat civil, uj^i» y.uis 
11 en rcrf'er le» forme*, deux lui «nier* nommes Ha- 
>» Irj et l.ori % s'efaMirenl de leur chef m Pari», 
» tur le Port au Blé. pour v rerevoir le» dccljru- 
>» tion» de mariage de tous ceux qui t>e prrveu- 
» taient , «ans éviter d'eux aucune sorte de forma- 
w lile. Il* dressèrent ainci une «oitanLiine d'actes 
* ennsigue» sur un rrpi»tre informe, e! dont quel- 
m que* article» «ont irdigt» de la manière la plus 
» ridicule. >• 

(3) Dans ses Hetviennet , Barruel essaya de cou* 
vrir de ndiccia Jes systèmes de géologie de Sou- 

iavie. 



SOU 

physique des plantes distribuées par 
climats depuis les sommets Alpins 
et glacés des Pyrénées , des Ceven- 
nés et des Alpes, jusqu'aux climats 
de la Basse- Provence , Paris, 1 780, 
un vol. 111. Eléments d'histoire na- 
turelle, Pélersbourg, de l'imprimerie 
imper., 1 v. in-4°. L'auteur cherche 
à prouver que huit grandes révolu- 
tions arrivées à la surface du globe 
ont produit les huit classes de miné- 
raux. IV. Œuvres du chevalier 
Hamiltoiij ministre de George III 
près le roi de Naplcs , avec des com- 
mentaires sur les phénomènes com- 
muns aux volcans agissants de VI- 
talie et aux volcans éteints de la 
France, un vol. in-8°., Paris, 1781. 
On sut gré , dans le temps , à Sou- 
lavie , d'avoir fait connaître cet 
ouvrage en France : les Commentai- 
res occupent seuls 7,'xo pages. V. 
Des mœurs et de leur influence sur 
la prospérité ou la décadence des 
empires , discours composé pour la 
cérémonie de l'ouverture des états 
de Languedoc, en 1784, in-8°. VI. 
\J Histoire , le cérémonial et les 
droits des états-généraux, Paris, 
1789, 2 vol. in-8°. La première 
partie de cet ouvrage, si l'on en 
croit Soulavie lui-même, était du 
duc de Luynes. Vil. Mémoire du 
maréchal duc de Richelieu, pair 
de France, de, pour servir à l'his- 
toire des cours de Louis XIV, de 
la régence, du duc d'Orléans , de 
Louis XV, et à celle des quatorze 
premières années du règne de Louis 
XVI , roi des Français et restau- 
rateur de la liberté ; ouvrage com- 
posé dans la bibliothèque et sous les 
veux de M. le maréchal de Riche- 
lieu , et d'après les portefeuilles , 
correspondances et mémoires ma- 
nuscrits de plusieurs seigneurs , mi- 
nistres et militaires , ses contempo- 



- 

son 

portraits, etc.,Lon- 
1790. Cet ouvrage 
ma de tous ceux de 
n'en publia alors que 
niera volumes. Malgré 
inthenticité quedcvait 
grand nombre de piè- 
[ue l'auteur avait eues 
a, il n'a fait qu'un 
ijeui roman , eu de- 
ses interpola lions , les 
plus précieux. Il est 
courtisan aussi spiri- 
la fois aussi vaniteux 
, ait [lerrais à un litté- 
ocre de le faire parler 
cet ouvrage; car. usant 
eurent de cette liberté , 
m compléter les ta- 
ace, faisait débiter au 
ambeaux entiers d'au- 
contemporains. Riche- 
tôt s'embarrasser dans 
et revenir sur des cho- 
1, tantôt entrer dans 
is minutieuses sur des 
ont jamais dû avoir 
' lui , tantôt faire des 
ir l'avenir, et même 
s que .Sonia vie écrivait 
se après l'événement, 
avaient venir du vieux 
oi qu'il en soit, les 4 
le ces Mémoires étaient 
le les 5 autres paru- 
, ce qui engagea l'au- 
une seconde édition des 



onue,ee qui, eueern- 
It le plus choquant de 
Édition, » mettait, sc- 
ge d'un journaliste d'a- 
a philosophie révolu- 
son patriotisme plus à 



SOU 



179 



» l'aise. ■ VIII. Mémoires do Bar- 
thélémy, un vol. iu-8°., Paris, 1799, 
ouvrage publie pendant la déporta- 
tion de cet ex-directeur , dont Sonia- 
vie s'est attribué l'intention honora- 
ble d'adoucir et d'abréger la pros- 
cription; mais il n'a pas moins com- 
mis une nouvelle fraude littéraire , 
en attribuant a ce déporté des Mé- 
moires qu'il n'avait pas écrits. II 
vendit même son manuscrit à un ' 
libraire , comme l'ayant reçu de 
Sinamary. IX. Mémoires histori- 
ques et politiques du règne de 
Louis XVI, depuis son mariage 
jusqu'à sa mort , ouvrage composé 
sur des pièces authentiques four- 
nies à l'auteur , avant la résolution, 
par plusieurs ministres et hommes 
d'état , et sur les pièces justificati- 
ves recueillies, après le 10 août , 
dans les cabinets de Louis XVI, à 
Versailles et au château des Tui- 
leries, Paris, 6 vol. in-8 ., 1801, 
Cet ouvrage , fastidieux à cause de la 

Srolixité du style, o3re beaucoup 
e documents précieux dont l'auteur 
abuse selon sa coutume. Cependant 
il soulève parfois avec originalité de 
bautes questions politiques , il se 
montre généralement impartial à l'é- 
gard de l'infortuné Louis XVI, et 
même sévère envers les révolution- 
naires. X. Histoire de la décadence 
de la monarchie française , et des 
propres de l'autorité royale à Co- 
penhague, Madrid, Vienne, Stock- 
holm, Berlin, Pétersboura, Lan* 
dres , drpuis l'époque ou Louis 
XIV fut surnommé le Grand, jus- 
qu'à la mort de Louis XVI, Pa- 
ris , 3 vol. in-8 11 ., i6o5. La pensée 
de ce sujet est grande ; mais l'auteur 
n'en a fait qu'un ouvrage ennuyeux. 
Il y a joint un atlas, dans lequel , 
par une idée assez bizarre , il divise 
la république des lettres en France , 




i8o 



SOU 



en trente-cinq familles, selon leur 
rapport avec la prospérité, la déca- 
dence et la chute de la monarchie. 
XI. Mémoires de la minorité (le 
Louis XV ' , par J. C, Massillon , 
évéque de Clermont , etc., Paris, 
1792, un volume in - 8°. , rapso- 
die fabriquée par le prétendu éditeur. 
Jamais le brigandage littéraire ne 
fut poussé plus loin. Sonia vie prête 
à l'auteur du Petit Carême des phra- 
ses et des expressions que le valet de 
chambre du cardinal Dubois ne se 
fût pas permis d'écrire. Chénier, 
dans son Tableau de la littérature 
française depuis 1789, a fait justi- 
ce de celte ténébreuse production. 
Soulavie a public comme éditeur : 
I. Œuvres complètes du duc de 
Saint-Simon , contenant ses Mé- 
moires sur le règne de Louis 

XIV, sur la régence du duc d' Or- 
léans, et sur le règne de Louis 

XV, etc., i3 vol. in-8°., Paris, 
1790. C'est la plus précieuse et la 
seule authentique des publications 
qu'on doit à ce littérateur. II. Mé- 
moires du duc d'Aiguillon , un vol., 
1789, qui, comme Soulavie l'avoue 
lui-même , ont été composés par Mi- 
rabeau , sur les pièces fournies par 
le maréchal de Richelieu. Ce n'en 
est pas moins une compilation indi- 
geste, et qui mérite peu de confian- 
ce. III. Mémoires sur les règnes de 
Louis XIV, la régence et louis 
XV y par feu Duclos. Celte publica- 
tion attira à son auteur les critiques 
les plus méritées. On releva , dans 
cette édition, les fautes les pins gros- 
sières contre la langue et contre l'his- 
toire. IV. Mémoires de M, le duc 
de Choiseul , écrits par lui-même , 
et imprimés sous stsyeux à Chan- 
teloup , en 1778, Paris, 1796, 2 v. 
in-8°. V. Mémoires de Maurepas, 4 
v. in-8°., 1 79 r i ; rédigés par Salé, son 



SOU 

secrétaire. \I. Pièces inédi 

les règnes de Louis XIV 

XV et Louis XVI, 1 vol. 

Paris , 1 809. Soulavie avail 

une collection générale de tou 

avail été gravé , en Fiance < 

l'étranger, d'intéressant sur 1 

rede France depuis Plia raine 

qu'à Bnouaparte , en 1809 

collection , unique dans son g< 

formant 162 volumes in-fol. , 

sic, en 181 3 , à la mort de Vi 

par ordre de Buonaparte : e 

exister encore dans les arch 

ministère des alFaiivs étra 

Soulavie avait également réu 

son cabinet plus de trente mi 

ces ou brochures sur la rév< 

11 a laissé en manuscrit : i°. / 

de la révolution française , 

la seconde assemblée des ni 

jusqu'en Van ix. Cet ouvrage 

former 1 x vol. in-8°. — i l \ L 

vernement et de la société ai 

pendant la révolution , et sous 

sulat. — 3°. Révolutions de 

ve. C'est principalement Phisi 

l'apologie de la légation de \\ 

— 4°* Histoire de V établisses 

des progrès du protestantis 

puis l'époque de Calvin et < 

ther jusqu'à celle de la révi 

française. — 5°. Apologie de* 

tions des philosophe s du dix-hu 

siècle. — 6°. Dictionnaire î 

que des principaux persorma^ 

se sont fait un nom dans Vt 

dans la république des leltrt 

puis 1774 jusqu'en 1800. Q 

mépris que mérilentles falsifn 

historiques de Soulavie , son 

trivial et prolixe, et ses ta 

souvent obscènes, toujours di 

vaise société; on est quelque! 

duit par la grande facilité des 

ration et par la hardiesse de se 

eus. Ses écrits seront utiles à < 




sou 

r ceux qui voudront écrire 
npartialitc l'histoire de nos 
t; ils pourront y trouver , au 
l'une foule de mensonges, des 
nts authentiques , des révéla- 
ccieuses et des aveux, qu'on 

pas obtenus* sans la révolu- 
i un mot , pour un historien 
x et instruit , les indigestes 
tionsde Soulavie peuvent dc- 
• que le fumier d'Knuius fut 
rj*iie. ( V. Riciikliku ). Ch. 
Montigny, gendre de Ttirpiu, 

1818, a publie une critique 
a vie , sous ce titre : Les 
xslres victimes vengées des 
•ss de leurs contemporains , 
talion des paradoxes de M. 
r; i8«rj, in-iï>.. D-r-r 
LES ( Fra.m:ois ), ne à Bou- 
ir-Mer , \crs 1750, vécut 
ment, et mourut de même en 
I fut cependant compris dans 
s gens de lettres auxquels la 
ion nationale accorda des se- 
1 17:T>. On a de lui: I. /lis- 
es troubles de V Amérique 
l* , écrite sur les Mémoires 
authentiques , 1 787 , 4 vol. 
vec cartes. 11. Relation de 
^luel delà Nouvelle Ecosse , 
de l'anglais, 17^7 , iu-8". 
ra et Emmeline , ou ta lié- 
m paternelle , roman trad. 
;lcH. k ; , 1787 , 14 vol. in- 12. 
ndépendant , nouvelle , imi- 
înglais, 1 788 , iu 8°. V. Pro- 
fVarren Ilastings , écuyer, 
it gouverneur -général du 
-, traduit de l'aillais. r^H, 
il. .-///aires de l'Inde , de- 
commencement de la guerre 
France , en 1 7 5() , jusqu'à 
Utsion de la paix, en 1 783 , 
de l'anglais , 1788 , *2 vol. 
avec carte : le 'a c . \ol. est 
parmi Précis historique sur 



SOU 



181 



les Marattes , trad. du persan ( de 
Hamcddin ) , et communiqué à l'é- 
diteur par Langlès. Ce morceau , de 
5o pag. , n'est pas sans importance. 

VII. Exposition des intérêts des 
Anglais dans l'Inde 7 suivie d'un 
tableau des opérations militaires 
de la partie méridionale de la Pé- 
ninsule de 1780 à 1784 , par 
M. Fullarton , traduite et revue sur 
la seconde édition , 1787, iu-8°. 

VIII. Réflexions sur l'état actuel 
de ta Grande-Bretagne , compara- 
tivement à son état passé^parRich. 
Champion, trad. de l'anglais, 1788, 
in-8°. IX. Règle du Parlement 
d'Angleterre , 1 789 , iu-8°. X. Les 
Droits de l'homme , en réponse à 
l'ouvrage de M. Burke sur la révo- 
lution française 9 par Th. Payne , 
avec des notes et une nouvelle Pré- 
face de l'auteur , 1791 , in - 8°. 

( V. Payne , xxxii, 379). XL De 
Y Homme .des Sociétéset des Gouver- 
nements ^ 1 797. , in-8°. XII. Voyage 
à la mer du Sud , par G. Bligh f 
t radiât de l'anglais , 1792 , in-8°. 
Une première relation de ce voyage 
avait déià été traduite en français 
par Dan. Lescallier, sous le titre de 
Relation de l'enlèvement du navire 
le Rounty , Paris, i7«)°> in-8°. 
XIII. V oy âge en France pendant 
les années 1 787- 1790 , par Arthur 
Young , avec des notes et observa- 
tions par de Casaux , 1 793 , 3 vol. 
in-8°., avec cartes; seconde édition, 
corrigée et augmentée, 1794 » 3 vol. 
i n -8° . XIV. Voyage en Italie pen- 
dant l'année 1 789 , par A. Young^ 
ï 796 , in-8°. Le traducteur y a joint 
les remarques du docteur Symond , 
sur le sol 7 le climat et l'agriculture 
de l'Italie. XV .Le Véritable patrio- 
tisme , 1788, in-8°. XVI. Vade 
m ecum parlementaire, 1 789. XVI L 
Moyens de rétablir le crédit et les 




i8i 



SOU 



finances , 1800. XVIII. Montal- 
bert et Rosalie , trad. de l'anglais 
de Charlotte Smith, 1800 , 3 vol. 
in- 12. XIX. Adonia ou les Dan- 
gers du Sentiment , trad. de l'an- 
glais, 1801, 4voî.in-i'2. XX.Ti/ïs- 
toire civile et commerciale des co- 
lonies anglaises dans les mers occi- 
dentales , trad. de l'anglais de Bryan 
Kdwards, 1H01, in-8°. XXI. Voya- 
ge dans l'intérieur de V Afrique, 
Far Fred. Uornemann , irad. de 
anglais, 1802, in-8°. , anonyme 

(/'.HoRNEMANN, XX y $-]"). XXII. 

La Foret ou V Abbaye de Sainte - 
Clair, trad. d'Anne Radcliffc, 1798, 
3 vol. în-i'.î. XXX111. Edmond de 
laForét, 1799, 4vol. in- 12. XXIV. 
Le Château d'Athling et de Dum- 
bqyne, attribue' à Anne Radclifîe, 
1798, 1 v.in-18. Une autre traduc- 
tion a paru en 1819 ( V. Radclif- 
fe, xxxvi, 5^5). XXV. Voyageait 
Brésil, par Thomas Lindley , trad. 
de l'anglais, 1706, in-8°. XXVI. 
Arnold et la belle Musulmane , 
trad. de l'anglais, 1808, 1 vol. 
in- 12. XXVII. Avis au public, 
in - 8°. de quatre pages , sans date , 
mais qui doit être de 1789 ou envi- 
ron. L'auteur y dit avoir séjourne' 
douze ans en Angleterre , et il dé- 
clare que le discours préliminaire 
mis en tete des Affaires de VInde , 
n'est pas de lui. Il se plaint de ne 
pas avoir vu les épreuves de Y Ex- 
position des intérêts des Anglais , 
etc. Enfin il parle de la traduction 
d'un troisième volume de Gibbon , 
qui l'occupait alors. Soûles fut aussi 
un des traducteurs de la Géographie 
de Guthrie ( Voy. ce nom, xix, 
*38 \ A. B— t. 

SOULFOUR( Nicolas de), natif 
de Savoie , ami de saint François-de- 
Sales, accompagna, en 1610, le car- 
dinal de La Rochefoucauld à Rome , 



SOU 

exerça ,pendant deux ans,les f< 
d'intendant de la maison « 
éminence , reçut le titre d< 
notaire apostolique, et négoc 

§art du cardinal de Berulle, 
e fondation de la congre'g 
l'Oratoire. A son retour en 
en îGia , il entra dans cette 
gation. Le P. de Bertille le 
de nouveau à Rome , en 161 
prendre possession de l'établi 
qu'il y avait forme' dans 1 
de Saint - Louis. Étant nr 
bout de deux ans , il se 
Saint-Magloire , où il mourt 
mai 1G24 , âgé de soixante 
ans. On a de lui : I. /lis toi 
Vie de saint Charles-Borron 
cédée d'une Épître dédicato 
reine; cette dédicace est du 
de Berulle , Paris , 1 vol. in- 
vol. iu-8°. Cet ouvrage , \ 
d'après celui de Giussano , e 
mierqui soitsortide la cong 
de l'Oratoire. II. Du Dev 
Pasteurs , traduit del'italiei 
lio Carrelo , évoque de Casa 
16 15, in-8°. On attribue 
ouvrages au P. de Soûl four 
n'y a pas de preuves qu'ils « 
lui. 1 

SOULIER ( Pierre ),zélc 
versiste, naquit, vers 164° 
diocèse de Viviers. Si l'on 
Jurieu (1)1 il avait d'aborc 
à Paris le métier de cordoi 
de tailleur , sous le nom de 
Quoi qu'il en soit , il fréquei 
sid nment les conférences qu 
de Cordemoi ( V. ce nom ) 
très docteurs de Sorbonne 
établies dans cette capital 
l'instruction de ceux qui cbe 
la vérité de bonne-foi, et de 
sultat fut la conversion sine 

(1} F.iprii tU M. AnuutU t il, %5x. 




sou 

assez gr »nd nombre de calvinistes 
(a). Soulier , devenu prêtre, prit une 
part active à ces conférences ; et la 
duchesse de Bouillon l'envoya dans 
le vicomte' de Turenne , où il exerça 
son zèle dans les missions du Limou- 
sin. Il obtint une cure du diocèse de 
Sarlat; et son éveque, e'tant venu à 
Paris , le fit nommer syndic des af- 
faires concernant les temples des ré- 
formés dans le Rouergue et les pro- 
vinces voisines, dont les évéques lui 
donnèrent aussi leur confiance pour 
le même objet. Ou ignore l'époque 
' de sa mort , qui parait avoir eu heu 
avant la fin du dix -septième siècle. 
Voici la liste de ses ouvrages : I. 
Abrégé des édits , des arrêts et dé- 
clarations de Louis XI F ', touchant 
ceux de la religion prétendue ré- 
formée , avec des réflexions, Paris, 
1681 , in- 12. II. Histoire des édits 
de pacification, et des moyens que 
les prétendus réformés ont employés 
pour les obtenir, contenant ce qui 
s'est passé depuis la naissance du 
calvinisme jusqu'à présent, Paris , 
Dezallier, 1682, in - 12; livre fort 
curieux et qui vient, dit Lenglct, 
d'un homme qui avait fort étudié 
cette matière, a Son principal des- 
sein, dit Fontcttc, est de faire voir 
comment tous les édits accordés en 
faveur des protestants ont été extor- 
qués par la force des armes, et que 
nos rois se sont trouvés dans la né- 
cessité de les confirmer, pour entre- 
tenir la paix dans leurs états (3). » 
On y trouve plusieurs particularités 
tirées des manuscrits de la bibliothè- 



sou 



i83 



(»} Sur l'origine de ce» conférences et nr la 
•ocielé des controTenioles rlnblie sou» le nom 
de Compagnie de la propagation de la foi, puis 
sons celui du Suinta ire entrelien , -voy. ITfjtai his- 
t* liane tur l'injluenr- de la religion en France 
prndanl le dix -septième siècle ( Pâl^s , Leclèm, 
i&*4, s vol. in-8»), 11, ai. 

(3) PAliothèanehistoriq, data France , lom. I f 



que du Roi (4)* III. Explication de 
ledit de Nantes, par P. Bernard, 
conseiller au présidial de Béziers , se- 
conde édition , avec de nouvelles ob- 
servations , ibtd. , «683 , in-8°. ; ou- 
vrage assez estimé, dit Lenglet, qui 
ajoute que cette édition est Ja meil- 
leure. IV. Histoire du calvinisme , 
Paris, 168G, in-4°* Elle est com- 
posée sur les pièces les plus authen- 
tiques, suivant le P. Daniel (5) : l'au- 
teur , excellent compilateur, homme 
sensé et judicieux, fortifie sa narra- 
tion, plus véridique qu'agréable, de 
bonnes preuves et d'actes originaux. 
« Ces ouvrages, dit l'abbé Goujet 
(6) , montrent que Soulier était très 
au fait de la matière qu'il avait en- 
trepris de traiter, et bien éloigné de 
l'ignorance que le ministre Jurieu lui 
impute faussement. » G. M. P. 

SOU MILLE (Beriiard- Lau- 
rent ) , prêtrc-béuéficier du chapi- 
tre de Villeneuve-lez-Avignon , cor- 
respondant de l'académie royale des 
sciences de Paris et de celle de Tou- 
louse, naquit à Carpentras vers la 
fin du dix -septième siècle. Il con 
sacra sa vie à l'étude des sciences phy- 
siques et mathématiques, et chercha 
surtout à faire d'utiles applications 
de la mécanique. Le premier ouvra- 
ge qui fixa sur lui l'attention publi- 
que , est iutitulé : le Grand Trictrac 
ou Méthode pour apprendre les fi- 
nés ses de ce jeu , 1 ^38 , 1 7 56 , etc. , 
in-8°. Il y en a un grand nombre 
d'autres éditions. C'est , sous une for- 
me élémentaire, une savante analyse 
de toutes les chances susceptibles d'ê- 
tre soumises au calcul desprobalités, 
et le guide le plus sûr pour la prati- 
que, bien que l'auteur y fût absolu* 



(4) Journal des savants, 16S*, p. a6«, 

(5) Fontette, toc. ci/., »•• 6o55. 
(<!) Snpnlém. au dict. d« Mpréri. 



184 SOU 

ment étraugcr. Ses inventions , pour 
faire remonter les bateaux sur les 
rivières navigables , n'eurent pas tout 
le succès que ses talents avaient 
fait espérer ; mais il en fut dédom- 
mage par la vogue des instruments 
aratoires qu'il imagina ou qu'il per- 
fectionna. Sou semoir à bras, dont 
il publia la description , 1 ^03 , iu-i(3 , 
obtint particulièrement les suffrages 
des agronomes les plus renommes 
de cette époque ; et long - temps 
après, Rozicr,dans son Conrs d'agri- 
culture, jugeait encore ce semoir, à 
cause de sa simplicité , supérieur à 
toutes les autres machines du même 
genre. Il ne consiste que dans une 
brouette surmontée d'une trémie qui 
renferme h» grain et le répand, avec 
égalité et avec économie , dans un 
sillon ouvert par un soc adapté à 
la tète de la brouette. Sept ans plus 
tard, l'académie des sciences, à la- 
quelle l'abbé Soumille fit hommage 
d'un thermomètre de sa façon , l'ap- 
prouva comme un moyen ingénieux 
et Irès-siir de faire apercevoir jus- 
qu'aux moindres changements dans 
ta température de Vair , sans trop 
augmenter la grandeur du thermo- 
mètre. Ou trouve la description et 
l'éloge de cet instrument dans les 
Mémoires de l'académie de 1770. 
L'inventeur eut l'honneur de le pré- 
senter au Roi. Les états de la provin- 
ce de Languedoc encouragèrent les 
travaux de Soumille , par des gra- 
tifications annuelles. Il publia en- 
core eu 1775, à la prière des ma- 
gistrats d'Avignon, où les jeux de 
hasard occasionnaient beaucoup de 
désordres : La Loterie insidieuse ou 
Tableau général de tous les point s , 
tant en perte quauprofit, qu'on peut 
faireavec sept dés y Avignon , in- 1 *Jt. 
Il mourut à Villcueuve-lez- Avignon , 
le 17 septembre 177/1. V. S. L. 



SOU 

SOUMOROKOFF ( Alexaudre- 
Petbovich ) , né à Moscou , en 1 727 T 
fut élevé à Saint - Pétersbourg , où 
d'heureuses dispositions, un esprit 
naturel et des manières aimables lui 
valurent la protection d'Ivan-Ivano- 
vitch Schouvaloff , alors favori de 
l'impératrice Elisabeth. Il se livra, » 
avec zèle , à la lecture des anciens 
classiques et des poètes français. 
Cette lecture éveilla son talent poé- 
tique , et il montra , le premier, de 
quoi était susceptible la langue russe, 
négligée avant lui. 11 ne chanta d'a- 
bord que l'amour : on admira ses 
chansons , et bientôt elles furent dans 
toutes les bouches. Animé par ce 
succès , Soumorokoff publia , peu à 
peu , ses poésies , qui embrassaient 
tous les genres. Après s'être fait con- 
naître comme poète lyrique et didac- 
tique, il parut comme poète dra- 
matique. C'était peut-être son admi- 
ration, toute particulière, pour Ra- 
cine, qui l'avait porté à s'essayer dans 
l'art où ce grand homme avait ex- 
cellé. Quelques cadets voulant s'exer- 
cer à la déclamation , avaient étudié 
la première tragédie de Soumoro- 
koff, intitulée Kore/JF. L'impératrice, 
en étant informée , eut envie de voir 
ces jeunes gins. Ils jouèrent, devant 
elle, sur un petit théâtre, et enlevèrent 
tous les applaudissements. Malgré le 
goût de la cour pour le spectacle, on 
n'avait point encore songé à établir, 
dans la capitale de l'empire ,un théâ- 
tre russe, lorsqu'en i^5o , il s'en 
é'eva un à Jaroslaw. Plusieurs tra- 
gédies do Soumorokoff y furent 
représentées par des amateurs; et 
le bruit que (it cette nouveauté 
étant arrivé à Saint -Pétersbourç, 
Elisabeth y appela, en 1752, la 
troupe qui avait si bien débuté. On 
mit son chef, ainsi que plusieurs des 
jeunes acteurs, à l'école des cadets r 




sou 

perfectionner dans la langue 
dans l'art de déclamer. Eniin, 
S , le premier théâtre national 
le par les soins de Soumoro- 
li en devint directeur , avec 
«ion de 1,800 roubles et le 
brigadier des armées ini pé- 
cule la troupe reçut un traite- 
.vantÀ'ore^, il n'y avait pas 
ece . écrite dans la langue du 
li ne fût. d'un bout à l'autre, 
d'absurdités. Celle-ci est en 
xandrins rimes , ainsi que les 
tragédies du mime auteur, 
: Sinaw et Truvor, Ha mie t, 
ta , Zêmire ( i * , Yaropolk 
Isa 9 Fischvla , le Faux Dé- 
s , etc . , etc . Koreff fa i sa it 
ir que , dans le plan , les mar- 
e caractères et le style , Sou- 
)fF avait pris pour modè- 
acine , Corneille et Voltai- 
iavait les apprécier tous les 
ainsi qu'on en peut juger 
qu'on lit dans une lettre du 
phe de Ferncy, en date du 
ricr i ; r 9, adressée au poète 
Vucuii de ses compatriotes , 
ji , n'avait fait de tragédies, 
, les lois et les règles de la 
doptéo» à Athènes et à Paris , 
ivait observé strictement les 
Quoique Soumoro koll' fut pri- 
énie créateur , il possédait ce- 
t Je talent de donner à ses 
étions dramatiques une oer- 
ïriginaîité qui 1rs distingue 
n'ont produit les tragiques des 
nations européennes. 11 s'ac- 
plus grande laveur du pou- 
sse , eu choisissant presque 
-s ses sujets dans l'histoire 
pays , et en donnant de l'é- 
, de la lierté à ses caractères. 



bnïii* II écrivait, en mars 177*, à V«»|- 
« Zémir- etuit U meilleure tragédie de 
ku(T. 



SOU 



85 



Catherine II le fit conseiller d'état , 
le décora de Tordre de Sainte-Anne 9 
et le combla d'honneurs et de riches- 
ses pendant le reste de sa yie. Mal- 
gré tant d'avantages et ses triom- 
phes sur la scène , Soumorokoff ne 
fut point heureux. Il avait tant de 
hauteur , il était si vain de ses suc- 
cès et des louanges qu'on lui avait 
prodiguées , qu'il ne pouvait suppor- 
ter la moindre critique. Il ne dissi- 
mulait pas surtout sa jalousie contre 
un autre poète russe, LomonosolT(f r . 
son article XXIV, 56oj. En 1778, 
le comte Soltikoff , gouverneur de 
Moscou , ayant ordonné la représen- 
tation d'unetragédie deSoumorokoff, 
ce dernier s'y opposa , parce qu'il 
était brouillé avecla première actrice 
qui devait jouer le principal rôle. 
Une pareille raison ne pouvait guère 
amener le gouverneur à changer d'a- 
vis. La représentation commença. 
Le poète , furieux , sauta sur le théâ- 
tre , et repoussa violemment dans les 
coulisses 1 actrice, qui était entrée en 
scène avec tout l'appareil tragique. 
Ne s'en tenant pas là , il écrivit con- 
tre elle deux lettres remplies d'invec- 
tives , à l'impératrice Catherine II. 
Cette princesse fit à Soumoiokofî'une 
réponse des plus remarquables par 
sa modération. Grimm l'a conservée 
dans sa Correspondance ( Voyez la 
seconde partie, tome I er . , p. 36o). 
Le Corneille des Russes , ainsi qu'on 
l'a quelquefois appelé ( d'autres ont 
dit , et u\ oc plus (1 apparence de rai- 
son , le Racine du Nord) , a donné 
aussi un grand nombre de comédies , 
on l'on reconnaît quelque chose de la 
manière de Molière. Malgré leur co- 
mique original, qui est quelquefois 
un peu bas , elles furent peu goû- 
tées. Les principales sont : la Que- 
relle entre le mari et la femme ; la? 
Mère rivale de sa fille ; le Corrup- 




i86 



SOU 



SOU 

à la Convention , par le dcp 
du Tarn. Il n'avait que v 
ans lorsqu'il entra dans la 

Eolittquc , et s'attacha des 
ut à la faction qui voula 
unerépubliqueen France. C< 
n'était pas dénué de talent 
provisait avec facilite , sa i 
étendue et retentissante; et 
discours , assez corrects , oi 
quait des mouvements oral 
ritablement éloquents ; mai 
cent aigre annonçait un bol 
lent et passionné, et il m 
mait jamais qu'avec un 
d'indignation réelle ou a fie 
le 11 novembre 1791 , il 
un discours véhément conti 
grés, et déclara pour la 
fois que la patrie était en d 
sait que cette déclaration eu 
pour objet de préparer un> 



tible; le Cocu imaginaire ; le Mé- 
chant ; Trissotin; le Jugement ar- 
bitraire ; la Dot illusoire ; le Tu- 
teur ; Y Usure ; les Trois frères 
rivaux ; Narcisse , et le Solitai- 
re, drame. Souraorokoffa fait, de 
plus , quelques opéras , entre autres 
Alceste; Ccphale et Procris , qui 
fut mis en musique par le maître 
de chapelle Araja, et joué d'abord 
à Saint-Pétersbourg , dans le carna- 
val de in 55. Les acteurs et actrices 
étaient des enfants au-dessous de 
quatorze ans. Outre le Théâtre de 
Soumorokoff, on a de lui des Psau- 
mes, des Epitaphcs, des Madrigaux, 
des Odes et des Énigmes qui , à elles 
seules , forment trois volumes j des 
Élégies, des Satires, en un mot toutes 
les espèces d'ouvrages qui sontdu do- 
maine de la poésie. Ce sont surtout 
ses Eclogues et ses Fabîes que l'on 

estime en Russie. Enfin Soumorokoff révolution ). Dans le mois s 
a publié plusieurs ouvrages en prose, Source qualifia d'assassin 
dont le style est fort admiré. La 
Description de la révolte des Stre- 
litz est un de ses bons morceaux. Ses 
Œuvres ne remplissent pas moins de 
dix gros volumes in-8°. On en a fait 
plusieurs éditions. Un journal, inti- 
tulé : Y abeille industrieuse , rendit 
compte d'une partie des productions 
de cet auteur, qni mourut à Moscou, 
en mars «778, âge de cinquante-un 
ans. On a dit que son irascibilité avait 
empoisonné une partie de sa vie, et 
contribué à le précipiter prématu- 
rément dans le tombeau. M. Dmi- 
trievsky, membre de l'académie des 
belles-lettres russes , prononça YÉ- 
loge de Soumorokoff, en 1807. Cet 
Éloge est prolixe et diffus. L-p-e. 
SOURCE (Marie-David-Albin 
la ) , ministre de la religion protes- 
tante , né à Angles , dans le Langue- 
doc , en inGi , fut député , en 1 791 , 
à l'Assemblée législative, et en 1792, 



nemis de la constitution 1 

de Blanchelandc et les 

sous ses ordres, qui avai 

s'opposer aux entreprises 

lutionuaires à Saint-Domi 

Blanchelande ). Plus tar 

qua une amnistie pleine et 

faveur des assassins d' A vij 

craignit pas d'assimiler 

faits à la conduite du n 

Rouillé, et même de les déc! 

coupables. L'existence de 

était , suivant La Source, 

tion contre la justice et 

ces mots, les tribunes reten 

plaudisscments. L'amni? 

crétée le i<) mars, et le* 

en furent en grande par 

blés au député du Tarn ; 

tard, eux et leurs amis ne 

rent pas de ce service. I 

à la suite d'un long disco 

nouvela sa déclaration si 



sou 

sers de la patrie, sollicita , quelques 
jours après, avec la plus grande 
chaleur , le licenciement de la garde 
de Louis XVI , et se fit bientôt re- 
marquer à la tcle de ceux qui diri- 
geaient les attaques du '20 juin , con- 
tre la personne de ce malheureux 
prince. Un mois plus tard , il insul- 
ta M. de Lafayette , et demanda 
contre lui un décret d'accusation, 
répétant qu'il voulait briser lui- 
même l'idole devant laquelle il avait 
trop sacrifie'. Après la' révolution du 
10 août , dont il fut un des instiga- 
teurs les pins actifs, le député La 
Source fit envoyer aux armées un 
grand nombre de pamphlets incen- 
diaires , et devint un des partisans 
les pïns zélés du système de boule- 
versement général connu sous le nom 
de Propagande. 11 obtint , le 19 de 
ce mois , contre le général Lafayette , 
le décret d'accusation qu'il avait 
provoqué, sans succès, le 28 du mois 
précédent. Le 3o , il lit passer un dé- 
cret semblable contre M. de Mont- 
morin. Étant devenu membre de la 
Convention, il s'éleva contre l'auto- 
rité despotique que la commune de 
Paris s était arrogée depuis le 10 
août. Cette motion le mit fort mal 
daas l'esprit de la députa lion de 
Paris et de toute la portion la plus 
révolutionnaire des habitants de cette 
ville, dont son parti ne put vaincre 
la redoutable influence. Poursuivant 
néanmoins ses grandes idées de ré- 
volution universelle , La Source de- 
manda , au mois d'octobre 1 792 , 
ou*à Tentréc des armées françaises 
uns les contrées ennemies , on dé- 
clarât tyrans , et par conséquent dé- 
chus de tout pouvoir , les chefs de 
leurs gouvernements ; que les peuples 
fusent la faculté de choisir la cons- 
tintion qui leur conviendrait , et que 
tus les biens des prêtres et des no- 



SOU 187 

blés fussent mis sous le séquestre. Le 
6 novembre, il prétendit que les mas- 
sacres du 2 septembre étaient l'ou- 
vrage des valets de la cour ; qu'on 
les avait vus parmi les assassins et 
que c'était eux qui avaient commencé 
ces atrocités pour sauver leurs maî- 
tres! La Source était auprès de l'ar- 
mée du Midi, sur les frontières de 
l'Italie , lorsque Louis XVI fut mis 
en jugement; il écrivit, le i er . jan- 
vier 1793, à la Convention, que ses 
collègues Goupilleau , Collot-d'Her- 
bois et lui voteraient la mort , ce 
qu'ils firent effectivement dans la 
séance du iG. Malgré l'opinion qu'il 
avait manifestée contre Je système 
des conquêtes , ce fut lui qui , le 3i 
janvier , contribua le plus à faire 
réunir le comté de Nice à la France. 
Peu de temps après , il parut se ra- 
doucir , et , le 5 mars , il témoigna 
quelque intérêt pour les enfants des 
émigrés , qui avaient été entraînés 
hors de France par leurs parents , 
et demanda que les lois sur l'émigra- 
tion ne leur fussent pas appliquées ; 
ce qu'il ne put obtenir. Un peu plus 
tara , les députés qui avaient voté 
l'appel au peuple, dans le procès de 
Louis XVI , ayant été dénoncés par 
le département des Bouches -du- 
Nord, La Source se déclara leur dé- 
fenseur , et encourut dès-lors Fana- 
thème lancé contre les appelants 
par le parti de la Montagne. Le 16 
avril.il attaqua vivement Robespierre, 
à propos de la pétition des sections 
de Paris contre les Girondins : il 
avait auparavant cherché à prouver 
que l'arrestation du duc d'Orléaus 
était nécessaire. Ces deux motions 
avaient soulevé contre lui les deux 
partis non encore divisés , mais 
très-distincts , qui siégeaient sur la 
Montagne , et il fut compris dans la 
proscription qu'ils prononcèrent , le 




t88 



SOU 



3i mai 1793. Condamné à mort 
par le tribunal révolutionnaire , le3o 
octobre 1793, avec les chefs de la 
Gironde , il dit à ses juges en enten- 
dant son arrêt : « Je meurs dans le 
» moment ou le peuple a perdu sa 
« raison ; vous mourrez le jour où 
» il la recouvrera. » B — u. 

SOURDIS ( François d'Escou- 
bleau, cardinal de ) porta d'abord, 
comme aîiié de la maison , le titre de 
comte de La Cliapelle-Bcrtrand ; il 
était fils de François d'Escoublcau, 
marquis de Sourdis et d'Alluie, et 
d'Isabelle Babou de La Bourdaisiè- 
re , tante de Gabriclle d'Estrées iV. 
BourdaisiÈre ). C'est au crédit de 
cette favorite, que la fa mille de Sour- 
dis dut sou élévation. François quitta 
brusquement le monde , et fut fait ar- 
chevêque de Bordeaux, en 1 5() 1 . Hen- 
ri IV sollicita vivement pour lui la 
pourpre romaine, et il en fut revêlu, 
avec le célèbre d'Ossat, le 3 mars 
i5()Q. Ainsi, l'un ne dut qu'à la fa- 
veur ce que l'autre devait à ses ser- 
vices.. Sourdis , qui était alors en 
procès avec sa mère , se hâta de 
partir pour Rome , a lin d'assister , 
disait-il , au jubilé séculaire de 1O00. 
Mais il obtint peu de considéra tfon 
dans la capitale du monde chrétien , 
s'il est vrai, comme le rapportent 
des auteurs contemporains , qu'où 
allicha, pendant la nuit, a la porte 
de sou palais , cette pasquinade où 
deux mots étrangers jouent, le pre- 
mier sur son nom , le second sur son 
siège : // cardinale Snrdido , arci- 

vescovo ili Bor Ce prélat inoutra 

peu de sagesse dans l'administration 
de son diocèse. Les démêlés qu'il eut 
avec sou chapitre et avec le parle- 
ment- de Bordeaux , eurent assez 
d'éclat pour tomber dans le domaine 
de l'histoire. Le cardinal avait fait 
démolir ( 1602}, dans la cathédrale 



SOC 

de Saint-André , et contre le gré du 
chapitre, un autel sans balustrade, 
sous prétexte que , pendant le ser- 
mon , le peuple le prenait pour siège, 
ou s'y tenait debout pour mieux voir 
le prédicateur. Les chanoines voulu- 
rent faire rétablir l'autel : mais le 
cardinal survint avec ses gens; les 
maçons furent chassés , et plusieurs 
chanoines, qui étaient présents, 
reçurent des coups dans le tumulte. 
Alors le chapitre recourut à l'autori- 
té séculière, et le parlement lit arrê- 
ter et conduire dans la prison mé- 
tropolitaine , le maron qui avait dé- 
moli l'autel. Le cardinal ordonna de 
rompre, en sa présence, les portes 
de la prison ; il frappa vivement le 
trésorier et un autre chanoine, qui 
voulaient s'opposer à ses violences, 
et le maçon fut délivré. A la nouvel- 
le de cet attentat, les chambres du 
parlement s'assemblèrent , et rendi- 
rent un arrêt , portant que l'autel se- 
rait rétabli. Le doyen de la cour, 
Géraud-d'Amalvy, sieur de Cessac, 
et un autre conseiller, sieur de Ver- 
dun , fureut commis à l'exécution de 
l'arrêt , que devaient protéger les 
compagnies bourgeoises des jurats. 
L'autel fut rétabli sans résistance. Le 
cardinal se contenta d'envoyer ex- 
communier les maçons, les conseillers 
et les soldats, par un prêtre que le 
doyen lit retirer en disant : a C'est 
» le cardinal qui, pour une excora- 
» municatioii de cette nature, devrait 
venir lui-même. » Le dimanche 
suivant, tandis q:ie les deux conseil- 
lers assistaient à l'otlice divin dans 
l'église de Saint-Projet, le cardinal 
s'y rend proccssionnellcmcnt, faisant 
porter devant lui la croix et le saint- 
sacrement. 11 s'arrête à la porte de 
l'église, cite à haute voix les deux 
conseillers Cessac et Verdun , les ex- 
communie, et, au lieu de deux cierges, 




sou 

, en éteint quatre pour 
• de plus d'horreur le peuple 
ait ; il défend ensuite au prêtre 
iner la messe en présence des 
>nseil!crs , sous peine d'être 
ics mêmes foudres. L'histo- 
Thou rapporte ( liv. iï>.<) ) , 
îrdiua! ajouta beaucoup d'in- 
auxquelles le doven répondit 
iiitres, traitant le prélat de 
son ordinaire, et que néan- 
l sortit de l'Eglise, avec son 
? , pour ne pas prolougcr le 
e. Le caidinal rentra proces- 
emeut et triomphant dans son 
après avoir allcctc de tra ver- 
principaux quartiers de la 
e lendemain, le parlement se 
«présence du maréchal d'Or- 
|ui commandait en Guienne. 
iiisitoire énergique du procu- 
•néral, contre l'archevêque, 
ri d'un arrêt qui , déclarant 
imuni:ation faite nullement , 
ment et par eut reprise sur 
té tht roi* ordonna que, par 
en bonne forme , le cardinal 
ait, dans vingt-quatre heu- 
grelïede la cour, la levée de 
niunication, à peine de quatre 
:us d'or d'amende. Une clau- 
tée à cet arrêt , défendait à 
heveques etévê(jucs du royau- 
excoiumunier aucun magis- 
ucim ollicier du roi, pendant 
rodes fonctions de sa charge, 
de dix mille écus d'amende; 
lit enjoint, sous les mêmes 
au cardinal, de faire lire pu- 
tent, par un prêtre, dans le 
de l'église de Saint-Projet, 
ar lequel l'excommunication 
îvoquée. Enfin, le temporel 
bevêque devait rester saisi 
l'entière exécution de l'ar- 
cardinal, suivi de IVvêquc 
, se rendit au parlement , dont 



SOU 189 

l'entrée lui fut d'abord refusée; mais , 
après avoir attendu pendant une 
heure à la porte , il fut reçu. Le 
ptemicr président lui fit, en présen- 
ce du maréchal d'Ornano , une re- 
montrance fort vive, et lui enjoignit 
de se conduire, à l'avenir, avec plus 
de circonspection. Eu même temps, 
l'avocat-géuéral Du Sault, fut dépu- 
té vers le roi , pour lui représenter 
3uc les actions du cardinal ne ten- 
ant qu'à la sédition, il était expé- 
dient, pour la ville de Bordeaux, 
que le prélat fut retenu loin de ses» 
murs. De son coté, le cardinal écri- 
vit au roi contre le parlement, et au 
pape contre le chapitre. Henri IV 
loua la modération du parlement, et 
néanmoins lui ordonna de surseoir à' 
l'exécution de ses arrêts. H manda le 
cardinal, lui adressa de vifs reproches, 
et menaça de l'éloigner de sou diocè- 
se. Le prélat répondit en substance , 
qu'il n'avait fait que suivre les ca- 
nons; que S. M. elle-même était obli- 
géedeles maintenir; que le parlement 
n'était ni infaillible ni à l'abri des 
censures de l'Eglise ; que si on voulait 
le séparer de son troupeau, il fau- 
drait l'arracher de l'autel ; et que le 
pape jugerait sans doute sa conduite 
plus favorablement que ne faisait le 
roi. En elîèt , Clément VIII écrivit à 
l'archevêque qu'il approuvait ses ac- 
tes, et qu'il le soutiendrait en toute 
occasion. Dans un autre bref, adresse 
au chapitre métropolitain, le souve- 
rain pontife le menaçait de son indi- 
gnation , et lui reprochait, en termes 
très - mortifiants , d'avoir invoqué 
contre son chef l'autorité séculière. 
Henri IV avait alors besoin de mé- 
nager Rome. Il manda au parlement 
de ne plus remuer cette a flaire. <t Le 
» roi, selon la formule ordinaire, dit 
» l'historien De Thou, défendit aux 
» deux partis de passer outre; et, 




i 9 4 sou 

» sérieusement par l'archevêque de 
» Bourdcaux , par son clergé, par les 
» évêques assemblés à Paris , et par 
» le roi lui-même; elle fit un si grand 
» éclat dans le royaume , que Ton ne 
» peut se dispenser d'en rapporter 
» tes principales circonstances. » 
Quelques historiens ont cru qu'en 
nommant Henri de Sourdisàl'arche- 
TÔché de Bordeaux, Richelieu avait 
voulu mettre un frein à l'humeur al- 
tière de d'Espernon. Déjà la mésin- 
telligence était établie entre le gou- 
verneur et l'archevêque , avant l'ar- 
rivée du prélat à Bordeaux. Sourd» s 
se croyait d'une naissance fort supé- 
rieure à celle de la Valette d'Esper- 
non , et n'était nullement disposé à 
ployer sous une autorité que le duc 
voulait générale et absolue. D'un au- 
tre côté , d'Espernon , suivant son 
historien , qui avait été son secré- 
taire , était l'homme du monde le 
plus ingénieux à chagriner ceux qu'il 
n'aimait pas. Le jour de son entrée 
à Bordeaux ( lin d'octobre i633), 
l'archevêque fut harangué , dans son 
palais, par les jurats. Nous citerons 
quelques traits de ce discours , pour 
faire connaître ce qu'était alors 1 élo- 
quence dans les provinces méridiona- 
les : « Monseigneur , dès que votre 
» grandeur a paru , nous avons été 
» poussez, non du mouvement de cet 
» Ethiopien qui maudissait le soleil 
» levant ; ains vous ayant toujours 
» pris pour l'astre le plus brillant , 
» et comme pour le coeur sacré de 
» cette province aussi bien que le 
» soleil est celui de tous les globes 
» célestes , nous avons résolu de 
» vous offrir nos cœurs. Que cette 
» rille soitdorénavant la belle Éphë- 
» se, c'est à-dire l'ame et le cœur 
w de votre grandeur. Elle la peut 
» aimer avec beaucoup plus de rai- 
» son qu'un prince romain ne se ren- 



SOU 

» dit amoureux de la lune , puisque 
» c'est avec ce port de la lune que 
» vous avez contracté un spirituel 
» hyménée. C'est en ce port que 
* nous vous saluons avec ardeur de 
» demeurer inviolablement vos très- 
» humbles et très - obéissans servi- 
» teurs. » L'archevêque ne fut pas 
content de cette harangue , par le 
seul motif qu'elle aurait du être pro- 
noncée, suivant un antique usage, 
sur les bords du fleuve , au débar- 
quement du prélat ; et si elle ne le fut 
pas , ce fut un tour de d'Espernon. 
instruit du moment de l'arrivée de 
l'archevêque , le duc avait mandé 
les jurats , et il les retint jusqu'à ce 
que le prélat fût rendu dans son 
palais. Alors il les congédia, disaut: 
Eh bien , vous pouvez aller rendre 
le devoir à votre .archevêque , 
vous y serez assez d'heure. L'ar- 
chevêque 7 en témoignant son mé- 
contentement aux jurats , eut soin 
d'ajouter ces mots : « La grandeur 
» de votre faute diminue à mes yeux, 
» parce que je sais que vous ne l'avez 
i) commise qu'en suivant des impres- 
» sions étrangères. » Cette première 
attaque , faite par le duc, tut suivie 
d'un affront plus considérable. Com- 
me époux de l'héritière de la maison 
de Foix, le duc d'Espernon prenant 
la qualité de captai de Buch et de 
seigneur de Puypaulin , prétendait 
que persoune ne pouvait acheter le 

Soisson frais , qui devait être porté 
ans un marché fermé de barreaux 
et appelé la Cite , que lorsque ses 
pourvoyeurs avaient fait leur provi- 
sion. Ce droit était appelé droit de 
Clie, et le duc l'avait maintenu en 
différents temps , même avec les offi- 
ciers de bouche du roi et de la reine. 
Un jour que l'archevêque devait 
donnera dîner aux corps de la ville, 
le gouverneur fit écarter de la Clie 




sou 

i acheteurs , en affectant de 
t l'heure où se faisait sa pro- 
En même temps, les gardes 
se répandirent dans les ave- 
e l'archevêché, avec ordre 
oigner tous )es pourvoyeurs 
iller tous les paniers. Par- 
i officiers de bouche de l'ar- 
ne furent repoussés , chassés 
mités. Dès ce jour commença, 
wdeaux, une longue suite d'à c- 
igéspar des notaires , et signi- 
r huissier aux parties et aux 
es. L'archevêque fit notifier 
suieur-syndic un acte notarié, 
lait dit que le jour pris pour 
r le corps de la jura Je et 
officiers de la ville , les do- 
te de l'archevêque attendant 
tare de la vente (du poisson), 
excédés par des soldats m- 
et impudents , vêtus de gris, 
ques de vert brun , avec des 
blanches ( c'était l'uni forme 
des du gouverneur ) , et s'en 
lérent chargés de coups et 
'mes de provisions. Le lende- 
8 octobre , l'archevêque com- 
en personne chez le notaire 
sge , et Gt rédiger un acte où 
it: « et de plus remontre que, 
les jours , il y a certaines pèr- 
es couvertes de casaques de 
brun et croix blanches dessus , 
e mettent aux avenues de son 
« archiépiscopal, et guettent 
eurs personnes qui y vont, de 
t qu'il ne peut plus y avoir de 
* pour le clergé dans ladite 
. C'est pourquoi , puisqu'on 
irrend aucune j ustice , le pro- 
ir-syndic n'ayant tenu compte 
ire sa charge, proteste mondit 
eur de retirer lesditsccclésias- 
s en heu assuré , jusqu'à ce que 
'. y ait pourvu et élit cesser 
i voyes de fait ; ce qu'il m'a 



SOU 195 

» requis de notifier auxdits sieurs 
» jurats et à M. le procureur géné- 
» rai du roi » Cette menace d'inter- 
dit sur les églises de Bordeaux mé- 
contenta les Jurats ; et le professeur 
régent Laroque, qui avait si bien 
harangué l'archevêque , rai fit signi- 
fier, an nom de la jurade, une ré- 
Sonse où ne se trouvait aucune trace 
es sentiments exprimât dans la ha- 
rangue. On y louait jusqu'à la poli- 
tesse des gardes du duc , traitant de 
prétendues les insolences dont se 
plaignait l'archevêque; et cette no- 
tification était terminée par la me- 
nace d'appel comme d'abus , si un 
interdit était jeté sur la ville. Les ju- 
rats avaient reconnu , dans cet acte, 
le droit de Clie , comme apparte- 
nant à d'Espernon. L'archevêque 
comparaît une seconde fois chez le 
notaire, et déclare a que jamais les 
» seigneurs de Puypaulin n'ont eu le 
» droit énoncé audit acte , et qu'ils 
» sont et ont toujours été vassaux 
» des seigneurs archevêques de Bor- 
» deaux.» Cependant le duc d'Esper- 
non poursuit le cours de ses outra- 
ges ; et comme l'archevêque s'est 
plaint de ses gardes, il veut que Nau- 
gas , son lieutenant , se mettant à leur 
tête , coure à la rencontre du prélat, 
sous prétexte de l'inviter à recon- 
naître ceux qui avaient pu lui faire 
quelque déplaisir* L'archevêque ve- 
nait de visiter l'église de Saint-Mi- 
chel : il était en carrosse 9 prœcedente 
cruce y et allait rentrer dans son pa- 
lais. Naugas commande au cocher 
d'arrêter , l'archevêque le lui défend. 
Naugas fait saisir la bride des che- 
vaux ; il se présente à la portière, 
tête nue; il veut parler : l'archevêque, 
indigné de cet attentat, ne veut rien 
entendre. Il s'élance hors du carrosse, 
fend la foule qui déjà s'est amassée , 
et se hâte de rentrer dans son palais. 

j3.. 



i9* 



SOU 



porteur des ordres du monarque, 
vint les signifier au concierge, nom- 
mé Castes , qui refusa de relâcher le 
gentilhomme, jusqu'à oe que le par- 
lement eût donné son autorisation. 
Le parlement se hâta de faire des 
remontrances au chancelier, au mo- 
narque , et la giàce fut révoquée. 
Le procureur-général voulut, sur-le- 
champ, faire procéder à l'exécution 
de l'arrêt; mais l'exécuteur avait dis- 
paru; il ne fut retrouvé qu'a dix 
heures de la nuit, dans un état coin- 

Ï)lct d'ivresse : il fallut remettre au 
endemain. L'échafaud était dressé 
devant le palais , le guet renforcé, le 
confesseur remplissait son picu\ mi- 
nistère, et l'exécuteur attendait, lors- 
que le cardinal , couvert d'un man- 
teau court rouge , et suivi de quarante 
àcinqiiantcgcutilhouimcsà cheval, se 
présente devant la grande porte du 
palais: la trouvant fermée, il envoie 
chercher deux marteaux à la mon- 
naie ; la petite porte est enfoncée , le 
prélat descend de cheval avec sa 
suite. On force la porte de la prison. 
Le concierge veut résister , un hom- 
me de la suite de l'archevêque le 
perce mortellement de son épéc. Le 
condamné est enlevé , mis dans un 
carrosse, et conduit, hors de Bor- 
deaux, par le cardinal à son château 
de Loi mon. Le parlement en corps 
se rend auprès du roi , qui voit sa 
majesté outragée par cet attentat, et 
veut que justice soit faite. La reiue- 
incre exprime vivement son indigna- 
tion. Le nonce Uhaldini ne petit s'em- 
pêcher de blâmer le cardinal , qui est 
décrété de prise de corps , ainsi que 
.son porte -croix, le meurtrier du 
concierge , et trois autres gentil hom- 
mes. Deux huissiers et cent vingt 
mousquetaires se rendent au château 
de Lormun pour exploiter l'arrêt ; 
inais le prélat, averti à temps , s'était 



SOU 

retire' à Vaires. Cependant le nonce 
Ubaldini le sert secrètement. H ob- 
tient du roi que l'arrêt qui devait 
être proclamé , à sonde trompe , dans 
les carrefours et sur le marche' pu- 
blic , pendant trois jours de suite, I 
ne soit lu que par un huissier à !a ) 
porte de l'archevêché. Le parlement 
allait procéder au jugement par con- 
tumace; le nonce continue d'agir , 
et fait enfin décider, en conseil du 
roi, que la connaissance de celte af- 
faire sera oléc au parlement . et ren- ■ 
voyée eu cour de Rome. Des lettres 
de surséance sont signiîiées aux ma- 
gistrats. Le pape examine , juge et 
condamne le cardinal: il c>t interdit; 
le roi l'exile de la métropole. Mais 
quelques mois se sont à peine écoulés, 
Home lève l'interdiction; Louis X11I 
ré\o([ue l'exil ; l'archevêque fait son 
entrée daus Bordeaux, ie iG mai , et 
reprend son droit de séance au par- 
lement. Depuis cette époque, il com- 
prit mieux les saintes fonctions du 
ministère pastoral, Grégoire XV et 
Urbain VI II lui donnèrent des té- 
moignages de leur estime. Il convo- 
qua un concile provincial, eu i(ii4; 
et ses ordonnances synodales dépo- 
sent de 5on y.èlc pour la discipline 
ecclésiastique. Il présida plusieurs 
assemblée* du clergé : il avait bap- 
tisé Gaston, tils de Henri IV ; il 
avait assisté, avec les cardinaux de 
Goiidi , de Jovcisc et Du Perron, 
au sacre et au couronnement de Ma- 
rie de Mcdicis. H célébra le mariage 
de Louis Xlll avec Aune d'Autriche, 
à Bordeaux, le 18 octobre i(>i5,ct 
mourut dans cette ville, le 8 jauvier 
1628, à l'âge de cinquante-huit ans. 
Gilbert de Grimauld , théologal de 
l'église de Saint- André, prononça 
son Oraison funèbre , qui fut impri- 
mée à Bordeaux , la même année , 
in-8".0n voit, par une lettre de Jac- 




sou 

Auguste De Thou au sieur de 
isc, qu'il était parent du cardi- 
îSourdis; mais le célèbre histo- 
e'moigne fort peu d'estime pour 
mme dont les sentiments, di- 
ront très-opposés aux miens; 
is cette même lettre , écrite en 
, il qualifie le meurtre et Ten- 
ait commis dans les prisons de 
taux , d'attentat inoui , de la 
tudacieitse témérité , d'entre- 
violente, qui blessait l'autorité 
c oCc prélat , ajoutait-t-il , 
»mphe en quelque façon du roi 
le ses magistrats • et dans l'ins- 
: où je vous e'eris , il fait son 
■éc dans la ville , prêt à com- 
tre encore un pareil attentat , 
'occasion s'en présente. » L'au- 
du Mercure français ( tome 
pag. f)'i5 ) , peint avec des cou- 
plus favorables le cardinal de 
lis : a Prélat de bonne et sainc- 
vic , irrépréhensible en ses 
urs, et qui faisoit honneur à sa 
rpre , autant par le mérite de 
vertus que par la splendeur de 
'a m il le; pasteur vigilant en sa 
rge, et entier en ses actions. 
reste un esprit mal endurant 
pli se faisoit au préjudice de sa 
isdiction , et qui ne pouvait 
flrir que Ton mit au rabais la 
mdenr de l'Eglise. En un, mot, 
dent , lilwîral , dévot icux et 
rageux. » V — vk. 

LIllDIS ( lIl.MM n'EsiCOUHLFAL" 

frère du cardinal , fut fait eve- 
k Maillczais , en i0'>3(0, et 
rèque de Bordeaux., en i(r>,8. 
,t , dans sa vie , deux carrières, 

lit . «f*n« h~ J«urn,il .lu / i-jj/'/' tir Henri //'", 
C I" I l»»»«lc . f|u'iiii .min* Ili-nri cI'Kmou- 
iO«*i rvrquc di- M.iillf/^iis , a<t»i.Ma, |o -\!i 
K|î , à rabiiirrtiimi que fit Henri , (Uns 
e S*»îot-Driii« , «t |ç 3- fovrirr i.*m)$ , au 

er prince, dans IVgliie de Charlre*. 1^ 
Je Sourdi», pore du cardinal, était nlurs 
ur Je «.««tte ville. 

XLUI. 



SOU iifl 

celle des armes et celle de l*Égb"se ; 
et il les parcourut en les mêlant avec 
confusion , selon l'esprit du temps. 
D'abord il accompagna Louis XIII 
au sie'gc de la Rochelle , ou il eut 
l'intendance de l'artillerie et la di- 
rection des vivres. Il fut fait com- 
mandeur de l'Ordre du Saint-Esprit, 
se trouva , en i(333 , à l'expédition 
d'Italie, et concourut, avec le comte 
d'Harcourt , à la reprise , sur les 
Espagnols , des îles Sainte -Margue- 
rite, en i658. « Il s'était attache 
a inséparablement , dit l'auteur du 
» Mercure français , au premier 
» mobile de la France ( Richelieu ) , 
» pour , dans le mouvement de ce 
» Ciel éminentissime , rouler désor- 
» mais avec plus de sûreté etd'éclat.» 
Non moins turbulent que le cardi- 
nal son frère , l'archevêque , qui lui 
succéda , remplit du bruit de ses 
. querelles Bordeaux , le royaume , et 
l'Eglise et la cour. Le cardinal avait 
lutté contre le parlement et contre 
son clergé. L'archevêque ne se com- 
mit qu'avec le gouverneur. Mais ce 
gouverneur était le lier d'Espcr- 
non , déjà vieilli à la cour de trois 
rois, et dont l'autorité ne savait ni 
se contraindre , ni fléchir. L'arche- 
vêque avait pour lui le clergé, le peu- 
ple, et le parlement. Le duc d'Esper- 
non avait vainement intrigué pour 
empêcher la nomination de Sourdis: 
il voulait une créature , et craignait 
un rival. Le cardinal et d'Espernou 
avaient vécu dans un état pénible 
d'observation et de défiance; leur 
accord apparent cacha toujours une 
secrète inimitié et fut l'clFet d'une 
double politique. L'archevêque n'i- 
mita pas la réserve du cardinal , et 
de grands troubles éclatèrent : « Cette 
» affaire , dit l'historien Daniel , est 
» si singulière dans son origine et 
» dans ses suites ; clic fut traitée si 

i3 




■94 



SOU 



» sérieusement par l'archevêque de 
» Bourdcaux , par son clergé , par les 
» évêques assembles à Paris , et par 
» le roi lui-même; elle f«t un si grand 
» éclat dans le royaume , que l'on ne 
» peut se dispenser d'en rapporter 
» les principales circonstances. » 
Quelques historiens ont cru qu'en 
nommant Henri de Sourdis à l'arche- 
vêché de Bordeaux, Richelieu avait 
voulu mettre un frein à l'humeur al- 
tièrede d'Espernon. Déjà la mésin- 
telligence était établie entre le gou- 
verneur et l'archevêque , avant l'ar- 
rivée du prélat à Bordeaux. Sourdis 
se croyait d'une naissance fort supé- 
rieure à celle de la Valette d'Esper- 
non , et n'était nullement disposé à 
ployer sous une autorité que le duc 
voulait générale et absolue. D'un au- 
tre côté , d'Espernon , suivant son 
historien , qui avait été son secré- 
taire , était l'homme du monde le 
plus ingénieux à chagriner ceux qu'il 
n'aimait pas. Le jour de son entrée 
à Bordeaux ( fin d'octobre i633), 
l'archevêque fut harangué , dans sou 
palais , par les jurats. Nous citerons 
quelques traits de ce discours , pour 
faire connaître ce qu'était alors 1 élo- 
quence dans les provinces méridiona- 
les : « Monseigneur , dès que votre 
» grandeur a paru , nous avons été 
» poussez, non du mouvement de cet 
» Ethiopien qui maudissait le soleil 
» levant ; ains vous ayant toujours 
» pris pour l'astre le plus brillant , 
» et comme pour le cœur sacré de 
» cette province aussi bien que le 
» soleil est celui de tous les globes 
» célestes , nous avons résolu de 
» vous offrir nos cœurs. Que cette 
» ville soit dorénavant la belle Éphè- 
» se, c'est à-dire l'ame et le cœur 
w de votre grandeur. Elle la peut 
» aimer avec beaucoup plus de rai- 
» son qu'un prince romain ne se ren- 



sou 

» dit amoureux de la lune , j 
» c'est avec ce port de la lu 
» vous avez contracté un S] 
» hyménée. C'est en ce po: 
*> nous vous saluons avec arc 1 
» demeurer inviolableraent v< 
» humbles et très- obéissais 
» teurs. » L'archevêque ne I 
content de cette harangue , 
seul motif qu'elle aurait du et 
noncée, suivant un antique 
sur les bords du fleuve, au 
quement du prélat ; et si elle n 
pas , ce fut un tour de d'Est 
instruit du moment de Tarn 
l'archevêque , le duc avait 
les jurats , et il les retint jus* 
que le prélat fût rendu dai 
palais. Alors il les congédia, i 
Eh bien , vous pouvez aller 
le devoir à votre .arche* 
vous y serez assez d'heure. 
chevêque, en témoignant so 
contentement aux jurats, ei 
d'ajouter ces mots : « La gr. 
» de votre faute diminue à me 
» parce que je sais que vous» 
» commise qu'en suivant des i 
» sions étrangères. » Cette pf 
attaque , faite par le duc, fui 
d'un affront plus considérable 
me époux de l'héritière de la i 
de Foix, le duc d'Espernon p 
la qualité de captai de Buco 
seigneur de Puypaulin , pré 
que personne ne pouvait ach 
poisson frais , qui devait êtr< 
dans un marché fermé de ba 
et appelé la Clie , que lors<] 
pourvoyeurs avaient fait leur 
sion. Ce droit était appelé d» 
Clie, et le duc l'avait maint 
différents temps , même avec 1 
ciers de bouche du roi et de h 
Un jour que l'archevêque 
donner à dîner aux corps de h 
le gouverneur fit écarter de 




sou 

lo acheteurs , en affectant de 
1er l'heure où se faisait sa pro- 
i. Ed même temps, les gardes 
ic se répandirent dans les ave- 
de l'archevêché, avec ordre 
éloigner tous les pouiToyeurs 
fouiller tous les paniers. Par- 
les officiers de bouche de l'ar- 
Sque furent repousses , chassés 
Itraités. Dès ce jour commença, 
[fardeaux, une longue suite d'à c- 
digéspar des notaires , et signi- 
ar huissier aux parties et aux 
îles. L'archevêque fit notifier 
ocureur-syudic un acte notarié , 
était dit que le jour pris pour 
ver le corps de la jurade et 
9 officiers de la ville , les do- 
qofes de l'archevêque attendant 
aime de la vente {au poisson), 
t excédés par des soldats in- 
ts et impudents , vêtus de gris, 
aques de vert brun , avec des 
blanches ( c'était l'uniforme 
aides du gouverneur ) , et s'en 
rnérent chargés de coups et 
vm es de provisions. Le lende- 

00 octobre , l'archevêque com- 
. es personne chez le notaire 
riège , et Gt rédiger un acte où 
dit: « et de plus remontre que, 
s les jours , il y a certaines per- 
ses couvertes de casaques de 

1 brun et croix blanches dessus , 
, se «citent aux avenues de son 
ai* archiépiscopal, et guettent 
sieurs personnes qui y vont, de 
te qu'il ne peut plus y avoir de 
été pour le clergé dans ladite 
e. C'est pourquoi , puisqu'on 
eur rend aucune j ustice , le pro- 
eur-syndic n'ayant tenu compte 

a charge, proteste mondit 
de retirer lesdits ccclésias- 
eo lieu assuré , jusqu'à ce que 
If. y ait pourvu et lait cesser 
es voyes de fait ; ce qu'il m'a 



SOU , 9 5 

» requis de notifier auxdits sieurs 
» jurats et à M. le procureur gêné- 
» rai du roi. » Cette menace d'inter- 
dit sur les églises de Bordeaux mé- 
contenta les Jurats ; et le professeur 
régent Laroque, qui avait si bien 
harangué l'archevêque , lui fit signi- 
fier, au nom de la jurade, une ré- 
ponse où ne se trouvait aucune trace 
des sentiments exprimes dans la ha- 
rangue. On y louait jusqu'à la poli- 
tesse des gardes du duc , traitant de 
prétendues les insolences dont se 
plaignait l'archevêque; et cette no- 
tification était terminée par la me- 
nace d'appel comme d'abus , si un 
interdit était jeté sur la ville. Les ju- 
rats avaient reconuM , dans cet acte, 
le droit de Clie , comme apparte- 
nant à d'Espernon. L'archevêque 
comparaît une seconde fois chez le 
notaire, et déclare « que jamais les 
» seigneurs de Puvpaulin n'ont eu le 
» droit énoncé audit acte , et qu'ils 
» sont et ont toujours été vassaux 
» des seigneurs archevêques de Bor- 
» deaux.» Cependant le duc d'Esper- 
non poursuit le cours de ses outra- 
ges ; et comme l'archevêque s'est 
plaint de ses gardes, il veut que Nau- 
gas,son lieutenant , se mettant à leur 
tête , coure à la rencontre du prélat, 
sous prétexte de l'inviter à recon- 
naître ceux qui avaient pu lui faire 
quelque déplaisir. L'archevêque ve- 
nait de visiter l'église de Saint-Mi- 
chel : il était en carrosse ,prœccdente 
cruce , et allait rentrer dans son pa- 
lais. Naugas commande au cocher 
d'arrêter , l'archevêque le lui défend. 
Naugas fait saisir la bride des che- 
vaux ; il se présente à la portière , 
tête nue; il veut parler : l'archevêque, 
indigné de cet attentat, ne veut rien 
entendre. Il s'élance hors du carrosse, 
fend la foule qui déjà s'est amassée , 
et se hâte de rentrer dans son palais. 

i3.. 




\çf> 



SOU 



lie duc , apprenant ce qui s'est passe , 
croit que l'archevêque a eu peur , et 
cette supposition le fait» rire. Il se 
trompait , et une affaire grave venait 
de commencer. L'archevêque convo- 
que le même jour les chapitres de 
Saint- André et de Saint-Seurin , les 
curés et les supérieurs des maisons 
conventuelles de Bordeaux. On déli- 
bère , Naugas est déclaré , d'une com- 
mune voix, avoir eucouru l'excom- 
munication prononcée par le canon 
Si quis suaaente diabolo. Mais il est 
décidé, qu'avant de passer outre, une 
députa ti on composée de quatre cha- 
noines des deux chapitres , des cu- 
res de Saint-Pro j ect et de Saint-Remi , 
du prieur des chartreux et du gar- 
dien des capucins , se rendra chez le 
gouverneur pour tâcher d'obtenir de 
lui quelque satisfaction. Leduc croit 
intimider le théologal de Sa m t- An- 
dré , qm porte la parole, en l'inter- 
rompant , à diverses reprises , par 
ces mots : Qui etes-vous? me con- 
naissez-vous ? Mais l'orateur répond 
sans s'émouvoir. Il expose , au nom 
du Clergé, les griefs de l'archevêque. 
Le duc Vinterrompt eucore plusieurs 
fois. Il convient de quelques faits , il 
nie les autres : « Je ne dois rien , 
» ajoute-t-il , à l'archevêque. En ma 
» aualité de gouverneur , j'ai droit 
» de le mander. Si je vous ai donné 
» audience , c'est parce que vous avez 
» dit venir au nom du clergé. » 11 
s'emporte ensuite contre le prélat, 
blâme les députés de s'être mêlés de 
cette affaire, et menace le chartreux 
et Je capucin déporter plainte à leurs 
supérieurs. La députa lion rentre au 
palais, fait son rapport ; l'assemblée 
délibère et exprime l'avis que Naugas 
et ses Carabins ayant déjà encouru 
l'excommunication ipso facto, soient 
formellement excommuniés par l'ar- 
chev&ftie. La sentence fut sienée le 



ugne< 



SOU 

3 1 octobre. On y lisait que Naugas 
levant un bâton qu'il avait à la 
main , pour faire arrêter le carros- 
se; et les gardes . mettant la main 
sur leurs épées , avaient mejfrisé la 
dignité' archiépiscopale ; en quoi 
tout le clergé avait été offense , et 
les immunités et franchises de l'é- 
glise métropolitaine violées en sa 
sauveté; attentat entièrement in- 
jurieux et honteux au chef de l'é- 
glise de la province : jugé tel par 
tous les ordres du clergé séculier et 
régulier. Après l'excommunication 
prononcée , venaient ces mots : a Et 
» bien que les auteurs de l'attentat 
» soient compris es mêmes censures, 
» ce néanmoins, nous, considérant 
» combien de personnes sont obli- 
» gées de les fréquenter pour le ser- 
d vice du roi et bien de sa province, 
» n'avons voulu et ne voulons en fai- 
» re la même déclaration et dénon- 

» ciation ; mais nous avons indit 

» et ordonné , indisons et ordonnons 
» prières de quarante heures, au di- 
r> manche 6 de novembre prochain , 
» en l'église de Saint-Michel de cette 
» ville, où nous exhortons tout le 
1 » peuple fidèle de s'y trouver,.... et 
» implorer le secours de la bonté' di- 
» vine pour la conversion des pê- 
» chenrs, etc. » Cette sentence fut 
lue, le jour de la Toussaint, aux 
prônes et aux prédications des égli- 
ses paroissiales. Le gouverneur res- 
sentit vivement ce qu'avait d'offen- 
sant pour sou caractère et pour son 
honneur cette indiction des prières 
de quarante heures, faite au chef-lieu 
de son gouvernement, pour sa conver- 
sion. 11 imagina donc de mander, au 
jour indiqué, tous les curés de la vil- 
le ; mais les curés prirent les ordres 
de l'archevêque , qui les renvoya dans 
leurs églises , avec défense , sons pei- 
ne d'excommunication , de se rendre 




sou 

mineur avant la célébra- 
fficedivin. Les prières pour 
non du duc furent donc 
es. Coutansous, sou auinô- 
interdit pour avoir dit la 
s l'église des Récollets , eu 
es gardes excommunies. 11 
ippel au pape , et continua 
mis de son ministère. Un 
archevêque donnait la cou- 
dans l'église de Saint - An- 
erçoit près de lui plusieurs 
d'Espernon : il les inter- 
>ur leur réponse , faite avec 
, qu'ils étaient de la suite 
, le prélat leur commande 
le4'église : ils refusent d'o- 
relat allait interrompre la 
, lorsque le peuple s écrie, 
prend sa crosse, marche 
gardes, leur enjoint de se 
les gardes se retirent. Ce- 
affaire était portée en cour, 
rait écrit au cardinal -mi- 
i saisit l'occasion de mor- 
Krnon. Villcmonlée, inten- 
îitou , arrive à Bordeaux , 
s'enquérir et de faire un 
Le gouverneur raconte les 
smmissaire les enregistre; 
mon signe, sans hésiter ; 
verbal. Cependant il cher- 
battre l'archevêque de Bor- 
rc ses propres armes. L'é- 
tantes , Philippe Cospéan , 
it son élévation , rédige et 
1 7 novembre , une espèce 
contre l'archevêque , en fa- 
uc. Il ne voit aucune ap- 
le faute dans* la conduite 
oeur. Il ne trouve dans celle 
s, rien qui ne soit plein de 
le modestie et d'une très- 
ndence. Ce qu'on peut dire 
iquer un tel langage , c'est 
fan écrivait, de Nantes, son 
« qui s'était passé à Bor- 



sou 



07 



deaux , et qu'il ne raisonnait que sur 
un expose de faits enyoyé par d'Et- 
pernou. Le savant évéque blâmé, avec 

S lus de raison , l'application an due 
es prières de quarante heures. U 
trouve le fait de ces prières étrange 
et approchant de U profanation des 
choses les plus saintes; et il croit 
que le duc veut poursuivre , par tou- 
tes les voies légitimes, la répara» 
tion de cette injure extraordinaire» 
Enfin, s'appuyant de l'autorité des 
Pères et de celle du premier concile 
d'Éphèse, il pense qu'on ne doit /«- 
mais excommunier personne qu'avec 
un extrême regret et une nécessité 
inévitable. De son côté, d'Ëspernon 
convoque chezlui en assemblée tous les 
docteurs de l'université de Bordeaux, 
in utroquejure , et an grand nombre 
de docteurs réguliers , qui , pour la 
plupart , refusent de se rendre à son 
invitation , mais dont plusieurs sont 
d'avis que l'excommunication lancée 
contre Naugas et ses carabins est nul* 
le , abusive et scandaleuse. Cet avis 
est sur-le-champ imprimé, affiché 
dans toute la ville , et publié par les 
jurats, à son de deux trompettes 
d'argent (9 nov.). L'archevêque rend 
(le 18) une sentence qui déclare l'as- 
semblée tenue chez le gouverneur , 
acéphale, illicite et schismatùjuc , 
poussée et animée de V esprit de ver* 
tigo et d'erreur; et tout ce qui s'en 
est suivi, un attentat contre l'auto- 
rité du Saint - Siège. « Louons for- 
» tement , disait -il , la résistance du 
» P. prieur des Chartreux, des reli- 
» eieux bénédictins et commandeurs 
» du couvent de la Mercy , eu ce qu'é* 
» tant appelés eu ladite assemblée, ils 
» ne s'y sont pas voulu rendre. Blâ- 
» mous tous ceux en général qui se 
» .sont facilement portes en icclle , 
» quoiqu'ils n'y aient pas voulu opi- 
» ncr. Tolérons toutefois le silence 




198 SOU 

» delà grande Observance, et du père 
» Théophilactc, récollet, et ai qucl- 
» quemanicre celui des religieux, car- 
» mes déchaux. Ixmons extrêmement 
» la constance et Je zèle du P. Chcy- 
» ron, prieur des carmes, qui a par- 
» lé librement, et soutenu la validité' 
» et certitude de la censure; et quant 
» à frère André de Saint - Joseph , 
» feuillant ; frère Àrchimbaut, domi- 
* nicain ; frère Naudinot , correcteur 
» des minimes ; frère Gaspar , son 
» compagnon; frère Grégoire, gar- 
» diendes capucins, et frère Fulgen- 
» ce . capucin , son compagnon , les- 
» quels ont été si osés et si hardis 
» que d'y opiner et jeter des semeu- 
» ces pour f m tir autel contre autel , 
» et d élever une Babel contre Hié- 
» rusalrra , avons iceux interdit etin- 
» lerdisons, etc. » Il est remarqué , 
dans la sentence de l'archevêque, que 
le duc d'Espernon n'avait point ap- 
appelé à l'assemblée des docteurs 
réguliers , les supérieurs de trois 
maisons professe, du collège et du 
noviciat des jésuites. Cependant , 
le feuillant, le dominicain , les deux 
minimes et les deux capucins, qui 
ont déclaré nulle et scandaleuse 
l'excommunication fulminée contre 
Naugas et les carabins , protestent 
( le a5 novembre ) , devant notai- 
re , contre leur interdiction. Ils ci- 
tent les bulles d'un grand nombre 
de papes, qui les exemptent de la 
juridiction des évêqucs , et mena- 
cent d'excommunication latœ sen- 
tentiœ, les prélats qui porteraient at- 
teinte à leurs privilèges. (>t acte fut 
notifié à l'archevêque , avec le texte 
entier de la bulle d'exemption du pa- 
pe Paul V. Les moines interdits , 
ayant été mandés à l'archevêché, in- 
vitèrent le gouverneur à placer aux 
avenues du palais des gardes qui leur 
fermeraient le passage quand ils fc- 



sou 

raient semblant de déférer à la cita- 
tion. Le duc rendît une ordonnance 
( 10 nov.) portant défense a toutes 
personnes, de quelque condition qu'el- 
les fussent, de se trouver à aiicns* 
assemblée extraordinaire , tenue à 
l'archevêché , pour semer du déum> 
are et de la confusion dans la vtik, 
et n'exceptant que les ecclésiastiques 
et religieux de l'Observance, Ré- 
collets et Jésuites, qui étaient alor* 
de la congrégation dudit sieur tr* 
chevéque ; mandant et enjoignant 
au capitaine du guet de se trans- 
porter y avec ses soldats, aux partes 
et avenues dudit archevêché' , pomr 
empêcher lesdites assemblées, qé 
sont pures factions et monopoles 
tendantes à sédition et à trômik. 
Le prélat, instruit que les archers re- 
poussent tons ceux qu'il a mandes , 
se fait revêtir de ses habits pontifi- 
caux , sort du palais , à pied, sont 
dcGasnardu Lude, évêque d'Age* , 
et de plusieurs ecclésiastiques. Il pap- 
court les principales rues de Bar- 
deaux; et quelques auteurs préten- 
dent qu'il criait r À moi , mon peu- 
ple! il nr a plus de liberté peur 
l'Église. Le peuple s'assemble , et 
suit en tumulte son pasteur. Le due 
d'Espernon était alors aux Capuci 
Les présidents Daffis et Lalane vi 
nent l'informer de ce qui se pa 
Aussitôt il monte en carrosse , a 
le comte de Maillé et le command 
d'Illièrc ou de lia Hillicre, suivi de 
tous ses gardes tenant la mèche al- 
lumée sur le serpentin de leurs moas* 
(piets. Le duc se fait conduire i le 
rencontre de l'archevêque : il l'aper- 
çoit dans la place de Saint - André, 
prêt à rentrer dans son palais, des- 
cend avec précipitation du carrosse, 
et , saisissant brusquement le prélat 
par le bras : Fous voici donc, difril, 
impudent , qui faites toujours dm 



i 




sou 

. — Je fais ma charge} 'ré- 
pond l'archevêque. — Fous êtes un 
insolent , reprend le duc; et en même 
temps, il fait voler à terre le cha- 
peau et la calotte du prélat. Fous 
êtes un brouillon, un méchant et 
«a ignorant. Je ne sais qui me tient 
que je ne vous mette sur le carreau; 
«t, damvson emportement, le duc lui 
portait lepoing fermé , tantôt au sein 
et tantôt au visage. Alors l'archevê- 

£ l'excommunie, au nom du grand 
a vivant : Tu en as menti, crie 
le duc , la canne levée et menaçante. 
frappe, tyran, dit l'archevêque; 
ies coups sont autant de roses et 
de fleurs que tu répandras sur moi : 
«oupe; tant que tu auras les armes 
du roi en la main , tu as puissance 
êmr mon corps ; mais sur mon orne, 
mum-esprit et mon cœur , tu rien as 
p am t s car ils me sont donnés pour 
.conduire mon peuple; et te dirai 
encore une fois , de la part du Dieu 
lavant y que tu es excommunié. A ces 
derniers mots, la fureur du duc, déjà si 
.grande, semble redoubler. Il frappait 
! du bout de sa canne l'estomac du 
nrelat; et il la levait sur ses épaules, 
lorsque le comte de Maille et le com- 
nandeur l'arrêtent. Je n'ai d'au- 
tres armes que la croix , disait 
J'archevêque. Le duc demandait son 
épee : Sans votre caractère , criait- 
il , je vous mettrais tout-à-l'heure 
sur le carreau. Cependant les gardes 
avaient mis l'épée à la main ; et , 
dans ce desordre , tandis qu'ils ebar- 
) ^eaient les prêtres et le peuple qui 
| voulait approcher, l'abbé de Sau- 
| «oar, prieur de Montra vel, neveu 
de l'archevêque , fut grièvement blcs- 
séàki tête; le porte-croix fut battu. 
Je chanoine Moreau bàtouné : For- 
flier, curé et promoteur , eut la bar- 
be brûlée avec la mèche d'un mous- 
•oet. On assassine mes préires , 



SOU 19g 

criait l'archevêque. Alors le corn- 
mahdeur dégagea le prélat ; et les 
gardes le laissèrent entrer dans sa 
•cathédrale. Le duc se retirait de son 
coté. Il aperçut l'évêqued'Agen en ro- 
chetet en ca mail : Et vous, que fai- 
tes-vous ici? dit-il; Févêque répondit 
qu'étant avec son métropolitain, il ne 
reconnaissait que lui ; qu'au reste, il 
ne se croyait obligé de rendre compte 
de ses actions qu'au roi. A peine ren- 
tré dans sa cathédrale , l'archevêque 
assembla le chapitre ; et tous les cha- 
noines déclarèrent que le duc d'Es- 
pernon et ses gardes étaient exconi- 
communiés ipso facto. L'archevê- 
que annonça au peuple que le gouver- 
neur et ses complices avaient tous 
encouru l'excommunication; et com- 
me de grandes violences venaient d'ê- 
tre commises à la porte de l'église , et 
avaient , en quelque sorte , souillé le 
sanctuaire, le prélat retira Je Saint- 
Sacrement de la cathédrale , et le por- 
ta processionnellement dans la cha- 
pelle de l'archevêché. Le parlement 
ne pouvait rester spectateur tranquille 
de ces désordres. Le président Da£- 
fis , d'autres présidents et un grand 
nombre de couseillers s'empressèrent 
de se rendre auprès de l'arohevêque, 
et lui témoignèrent leur déplaisir 
de ce qui avait eu lieu. -Le lende- 
main , le parlement s'assembla ex- 
traordinaire ment ( quoique ce fut le 
jour de la Saint- Martin ). Le palais 
archiépiscopal était encore investi. 
Deux présidents s'y transportèrent , 
■avec la missionde rester au près du pré- 
lat jusqu'à ce que les gardes se fussent 
retirés . En même temps deux membres 
de la cour se rendirent chez leduc,pour 
l'inviter à faire cesser l'investisse- 
ment, et pour déclarer que le parle- 
ment croirait manquer à son devoir, 
s'il n'avertissait pas le roi de ce qui 
venait de se passer. Ce fut alors que 




200 



SOU 



d'Espcnioii entrevit, pour la première 
fois , la gravite de sa querelle. Il lit 
lever le blocus du palais , et voulut, 
en déeuisant les faits , déguiser aussi 
la violence de sa conduite : « J'ai , 
» dit-il } rencontre l'archevêque dans 
» la rue. Gomme il restait la tête 
» couverte en me parlant , je lui ai 
» oté son chapeau qui lui a été aussi- 
» tôt remis , et je ne lui ai rien dit , 
v sinon : Fous seriez bien aise que 
» je vous frappasse ; mais je res~ 
» pecte trop votre caractère, » Le 
lendemain , le parlement s'assemble 
encore. Les chapitres de Saint André 
et de Saint Seurin , et les cures de 
la ville viennent demander justice des 
attentats commis contre leur arche- 
vêque. Un arrêt, humiliant pour le 
duc, déclare mettre tous les ecclé- 
siastiques de Bordeaux sous la pro- 
tection et sauve -garde du roi , et dé- 
fend de leur méfaire , ni médire , à 
peine d'être poursuivi selon la ri- 
gueur des ordonnances. Une infor- 
mation est commencée. En vain le duc 
oppose qu'en sa qualité de pair , cette 
affaire personnelle doit être portée au 
parlement de Paris , et que le parle- 
ment de Guïenne est sans droit pour 
en connaître. L'information est pour- 
suivie, comme devant servir d'ins- 
truction pour le conseil du roi , de 
règlement à la justice et de droit 
aux parties. Tous les faits rapportés 




chevêque : « Sans le respect de votre 
» caractère, je vous foulerais et frot- 
» terais à bon escient. » Lorsqu'à près 
les dernières violences , l'archevêque, 
conduit par le commandeur , allait 
se retirer dans l'achevêché : / ous n'y 
entrerez pas , cria le duc , je vous 
mettrai en quelque lieu...., il n'a- 
ebeva pas. « L'un des gardes donna 



SOU 

» de la mèche allumée dans la barbe 
» et moustache du promoteur ; un 
» autre desdites gardes donna au- 
» dit promoteur trois coups de four- 
» chette ; le sieur de Gaucour, neveu 
» du dit sieur archevêque , fut arrêté 
» par uu des gardes, qui lui donna de 
» la pointe d'un mousquet au-dessus 
» de l'œil , et le blessa à effusion de 
» sang.» Le n nov., l'archevêque, 
après avoirconvoqué le clergé séculier 
et régulier de la métropole , prononça 
l'excomunication du duc , des offi- 
ciers et des soldats de sa garde , mit 
en interdit toutes les églises de Bor- 
deaux , ainsi que celles de la ville et 
du château de Cadillac , qui appar- 
tenaient au duc d'Espernon. Cette 
sentence contient encore l'expose des 
faits. Le prélat se plaint d'avoir été 
furieusement attaqué , atrocement 
injurié, et frappé de plusieurs coups 
de poing et de bâton ! L'excommu- 
nication, portée, disait-on . sur la voix 
plaintive du clergé et par son avis 
et consentement commun , atteignait 
aussi nominativement a les sieurs 
» de Flamarens , baron de Fargues , 
» Naugas , Campet ,Mantel , avocat j 
» Verduc , capitaine des archers du 
» guet de la ville. » Voici la formule 
de la sentence : a Les avons dénoncés 
» et dénonçons , excommuniés et les 
» excommunions, ordonnéetordon- 
» nons que pour tels et tels ils seront 
» publiés à tout le peuple , pour les 
» fuir et éviter comme membres re- 
» tranchés de la Sainte Eglise ; li- 
» vreus et baillons, comme parle l'A- 
» pôtre , leurs corps à Satan , in in- 
» terilum carnis , ut sjtiritus salvus 
» fuit ; déclarons leurs peines être 
» préparées telles qu'aux fils dcBé- 
» liai et au traître Judas , disposés 
» aux ardeurs desllammes éternelles, 
* s'ils ne viennent promptement à 
» résipiscence, etc. Ayons déclaré et 




sou 

» déclarons la Tille et cite de Bor- 
9 deaux , ensemble la ville et cite' de 
* Cadillac , et ses faubourgs, appar- 
» tenants audit sieur duc d'Ésper- 
» non , avoir encouru l'interdit de 
droit. Ordonnons ce faisant , que 
ledit interdit sera gardé en toutes 
et chacunes des églises de cette 
yille , séculiers et réguliers , cha- 
pelles et oratoires , quels qu'ils 
soient , et en telles de ladite ville 
de Cadillac , . . . . portant ainsi le 
deuil de la liberté du clergé tyran- 
mquement oppressé ; et parce que 
Messieurs de la cour de parlement 
nous ont offert tout l'appui de leur 
justice , nous exceptons Messieurs 
de la Cour , présidens , conseillers 
et gens du roi de cettui notre inter- 
dit général , et permettons qu'en la 
chapelle du palais, une fois le jour, 
la sainte messe y soit célébrée. . . . 
Comme aussi avant égara* au grand 
peuple de la ville , et incommodité 
des sépultures , nons exceptons de 
cettui notre interdit présent , les 
cimetières de Sainte-Claire de cette 
ville de Bourdeaux , où nous per- 
mettons d'ensevelir tous les corps 
décèdes pendant cet interdit. » 
D'Espernon se rendit le lendemain 
appelant de cette sentence , qu'il 
qualifiait de : a certaine prétendue, 
» nulle et injuste excommunication , 
» prononcée contre lui par monsei- 
» gneur l'archevêque de Bourdeaux , 
9 sans aucun fondement , pouvoir ni 
» autorité légitime , et au préjudice 
s de l'autorité du roi. » Cet appel 
était fait par devant les juges qu'il 
appartiendra. Le cardinal de Ri- 
chelieu ne tarda pas à se prononcer 
pour l'archevêque , contre le duc 
d'Espernon. Le duc de La Valette, et 
le cardinal du même nom n'osèrent 

Cb défendre avec autant de chaleur, 
conduite deleur père, après la scène 



SOU soi 

scandaleuse du io novembre ; et , 
avant qu'un jugement définitif fût 
prononcé , l'altier gouverneur de 
Guienne reçut des marques écla- 
tantes du mécontentement du roi. 
Quatre lettres du monarque , sous 
le contre -seing du secrétaire -d'état 
Phelippeaux , arrivèrent dans la ca- 
pitale de la Guienne. La première 
ordonnait au duc d'Espernon de se 
retirer au château de Plassac , en x 
Saintongc. La seconde , adressée à 
l'archevêque , lui mandait : a de se 
» rendre à la cour , aussitôt qu'il au- 
» rait remis les choses en l'état où 
d elles devaient être dans la ville de 
» Bordeaux, pour la consolation des 
» habitants et pour l'exercice de la 
» religion. » C était faire entendre 
au prélat qu'il devait lever l'interdit 
jeté sur la ville. Un enseigne des 
gardes du corps lui était envoyé, 
avec ordre de l'accompagner dans 
son voyage pour plus de sûreté. La 
troisième lettre , adressée au parle- 
ment, faisait connaître à la compagnie 
les ordres transmis au gouverneur et 
à l'archevêque. Enfin la quatrième 
lettre, adressée aux Jurais, blâmait 
la conduite qu'ils avaient tenue dans 
cette affaire ; et déjà le parlement 
les avait mandés pour la faute consi- 
dérable qu'ils avaient faite en négli- 
geant d'avertir le procureur-géuéral 
de l'ordre donné par le gouverneur 
au capitaine du guet , d'investir le 
palais de l'archevêque avec ses ar- 
chers. On vit alors tomber l'orgueil 
du duc d'Espernon. Tout fléchissait 
sous Richelieu. D'Espernon vit que 
dans une longue vie pleine d'ora- 
ges , celui qui venait d'éclater était 
le plus difficile à conjurer : il se re- 
tira dans sa maison de Plassac, où il 
vécut en simple particulier , et com- 
me un excommunié , n'osant aller à 
l'église, et ne se montrant point en 




101 



SOU 



fmblic. L'archevêque leva (3o nov.) 
'interdit général fulminé contre les 
églises de Bordeaux , et se rendit à 
Par^s. Le 5 janvier iô33 , vingt-cinq 
archevêques et évêques se rendirent 
chez l'archevêque de Bourges , qui 
présida cette assemblée. L'archevê- 

2ue de Bordeaux fit un long exposé 
e son affaire ( on le trouve dans les 
Mémoires et dans les procès-verbaux 
des assemblées du clergé ) : il déposa 
tous les actes qu'il avait fait dresser, et 
d'autres pièces justificatives , en de- 
mandant une réparation solennelle de 
l'attentat contre sa personne , et des 
injures qu'avait reçues l'Église. L'ab- 
bé de Saint - Sivié , porteur de pou- 
voirs de d'Espernon , déclara que le 
duc avait soumis son différend au ju- 
gement du pape , du roi et du cardi- 
nal duc de Richelieu ; que néanmoins, 
si cela ne contentait la compagnie 
(des évêques) , il était prêt de subir 
leur jugement , pourvu qu'il leur 
' pldt d'examiner ses justifications 
sur les actes et témoins qu'il pro- 
duirait. Une commission fut nom- 
mée , et composée de l'arcbevêque 
d'Arles , des évêques de Séez , de 
Clermont , d'Amiens , de Scnlis , de 
Saintes, et (sur la réquisition de l'ar- 
chevêque de Bordeaux ) , de Philippe 
Gospéan, évêque de Nantes, qui déjà 
s'était prononcé contre lui. L'abbé 
de Saint- Si vie fut admis à produire 
tous les actes qu'il jugerait favorables 
à la cause du duc d'Espernon. L'ar- 
chevêque de Bourges , président de 
la commission , fit son rapport, à la 
séance du 9 janvier , après avoir en- 
tendu le cardinal de La Valette pour 
son père. Le duc de La Valette , ad- 
mis dans l'assemblée , déclara de la 
part du duc d'Espernon , « ses sou- 
» missions , respect et obéissance à 
» N. S. père le pape , au roi et à 
» monsttgnenr k cardinal duc de 



SOC 

» Richelieu, comme prince d 
» glise , aux services signales 
9 tout l'état était extrêmemei 
9 eé, lequel , en son particul 
» honorait avec passion , et 
» connaissait son obligé. » Il ; 
fin résolu , à la séance du 1 o , 
clergé de France se joindrai 
plaintes et poursuites de Par 
que de Bordeaux , pour obten 
tice de l'offense commise en 1 
sonne. En conséquence , <raal 
chevêques et onze évêques ftirc 
pûtes vers le roi , et chargés 
présenter , de la part du clerj 
cahiers qu'il avait fait drest 
les procès-verbaux et sur ks 

Sroauites par l'archevêque d 
eaux. L'archevêque d'Arles 
nouça la harangue devant J 
Voici le texte des trois pre 
demandes du clergé : a Qu'il 
» au roi châtier l'attentat com 
9 la personne de monseignen 
» chevêque de Bordeaux , < 
» d' Ageu , et son clergé. — I 
9 quelque marque à la postéi 
» châtiment. — Donner sure 
» évêques et au clergé à Pave 
La seizième et dernière demand 
pour but de maintenir les pourv 
de l'archevêque de Bordcau? 
le droit d'acheter du poissoi 
dans la Clic. . . . Le roi rcpoi 
clergé , qu'il pouvait compter 
constante protection , et qu'il 
examiner l'affaire dans son c 
Le duc d'Espernon était rega 
Rome comme un des plus a 
défenseurs de la religion calhi 
et sa longue aversion contre h 
testans lui rendit le pape favt 
Le duc lui écrivit pour lui ci 
der de le juger et de l'absoudre 
Urbaiu VIII , ne voulant heu 
le clergé de France , ni les vi 
du roi , n'évoqua point l'afTairi 



sou 

dieu se montrait in- 
inscigneur , lui dit uu 
; Cospéan , si le diable 
e de faire à Dieu les 
que le duc d'Esper- 
l'archcvèqne de Bor- 
oi ferait miséricorde. » 
u par le conseil ( 3i 
irononcé la destitution 
Ile de Naugas , licutc- 
t du duc d'Espemon, 
lue, capitaine du guet , 
«vaitd'ai Meurs être fait 
ces qu'ils avaient eom- 
r arrêt du conseil inler- 
îspeniondes fonctions 
îïges, le privait de tous 
ni y étaient attachés, 
oit de congédier ses 
iliationde d'Iisperuon 
udc, cl le jugement 
>re prononcé. Le car- 
dette et le duc sonfrè- 
ru'un singulier moyeu 
teurde leurs jours. Le 

Ire, fille aînée du ba- 
hatcau. Le duc de La 

considérable de la 
, la colère delliclielieu 

i ne lui fui point sigm- 
c montra d'abord une 



SOL' 



îo3 



faiblir le pouvoir de d'Espcrnon , en 
lui retirant le gouvernement de Metz, 
qui d'ailleurs ne sortit pas de la fa- 
mille , et fut donne' au cardinal de 
La Valette. Le cardinal de Bichi, 
nonce du pape, avait reçu de Rome 
un bref qui lui conférait un pouvoir 
spécial ptiur absoudre le due d'Es- 






t par 



> .le 






n absolution , 
ine partielle mes biens 
du cardinal; et j'aime 
ircr tonte ma vie dans 
lis, que d'en sortir par 
.■Cependant it se hissa 
prières rlesesdeiixlils, 
Eonsenletneiit. Dès-lors 
ilit tout ce qu'elle avait 
nnseil du roi, et l'ab- 
init devoir être qu'une 
helieu se contenta d'af- 



le prélat qu'il jugerait à propos de 
commettre. On ne crut pas pouvoir 
se dispenser de charger l'archevêque 
de Bordeaux de l'exécution du bref : 
mais Richelieu fit régler , avec soin , 
jusqu'aux plus petites circonstances 
de cette cérémonie. Elle aurait eu, 
dans Bordeaux , un éclat qu'on vou- 
lait éviter r il fut convenu qn'elfe se- 
rait faite, presque à huis clos, dans 
la chapelle du château de Courras. 
Un commissaire, l'abbé de Conrsan, 
remit à l'archevêque une instruction 
signée du roi , contenant tout ce qui 
devait être observe avant et après 
l'absolution. Leduc devait envoyer 
un honnête ecclésiastique à l'arche- 
vêque alio de lui témoigner l'extrême 
déplaisir qu'il avait de ce qui s'était 
passé , et de le prier de lui dési- 
gner le lieu où il le pourrait trouver, 
pour y recevoir l'absolution. L'ar- 
chevêque devait designer le lien de 
Contras et le jour qu'il s'y trouve- 
rait. Quatre on cinq présidents ou 
conseillers du parlement de Bordeaux 
devaient s'y rendre aussi. Le duc, en 
leur présence, dirait à l'archevêque, 
qu'il le priait de lui donner l'abso- 
lution de l'excommunication qu'il 
avait encourue , et qu'il la demandait 
de bon creitr. Le duc ne mènerait 
point de gardes avec lui; mais il pour- 
rait se faire accompagner par tel 
nombre de gentilshommes qu'il ju- 
gerait à propos. A l'heure même, 
l'archevêque lui donnerait l'absolu- 
tion en la forme et manière qui lui 




*<>4 



SOU 



serait prescrite par le nonce. Le duc 
irait voir l'archevêque pour le remer- 
cier et lui témoigner le desir de bien 
vivre avec lui. L'archevêque lui ren- 
drait sa visite et lui témoignerait le 
même désir, en l'assurant qu'il vou- 
lait oublier tout ce qui s'était passe. 
Le duc devait , dans cette visite, 
donner la main droite à l'archevê- 
que. Il retournerait ensuite à Plassac 
pour y recevoir les ordres du roi. 
Enfin , l'abbé de Coursan , commis- 
saire de S. M. , reviendrait à la cour 
pour rendre compte de la manière 
dont le duc aurait exécute' ses ordres , 
et pour savoir s'il plaisait au roi de 
le rétablir dans sa charge. « Ce qui 
» dépendra, portait l'instruction, du 
» bon procédé qu'il aura tenu dans 
» cette action ; et au cas qu'il ait été 
v tel qu'on le doit attendre, sadite 
» Majesté enverra audit sieur duc 
» les lettres nécessaires pour son ré- 
» tablissement. d Ou voit y par cette 
instruction , que la cour craignait en- 
core quelque démarche offensante du 
duc envers l'archevêque , dans la 
cérémonie de l'absolution • et comme 
Richelieu ne se défiait pas moins de 
l'humeur impétueuse de Sourdis , il 
lui écrivit : a M. d'Espernon pren- 
» dra l'absolution de vous , vous vi- 
*> sitera, vous donnera la main droi- 

» te chez lui Je vous prie de 

» vous conduire eu sorte que tout le 
» inonde juge qu'il n'y ait point de 
» défaut de votre part. Je vous con- 
» jure aussi de prendre tellement 
» garde à l'avenir à vos actions, que, 
» quoi qu'il se passe , on ne puisse 
» vous donner le tort : vous assurant, 
» pourvu que le bon droit soit de 
» votre côté, que vous n'aurez pas 
» moins d'assistance de moi, que 
» vous en avez ou par le passé, etc. » 
.Cette recommandation n'était pas 
inutile, mais elle ne fut pas tout-à- 



sou 

fait efficace. Leduc, à qui l'on avait 
communiqué l'instruction, s'y con- 
forme avec plus d'adresse que le pré- 
lat. 11 députe vers l'archevêque Des- 
pructs , théologal de Lescar, qui fut 
depuis évêque de Saint-Papoul. L'ar- 
chevêque exige que la demande d'ab- 
solution soit faite par acte devant 
notaire ; et le duc déclare devant no- 
taire, qu'iZ supplie humblement M, 
V archevêque deBourdeauxde lui oc- 
corder absolution de V excommuni- 
cation quil a encourue y protestant 
qu'il désapprouve et condamne tout 
ce qui a été fait contre la personne 
de monsieur Varclievêque de Bout- 
deaux , contre sa dignité archiépis- 
copale , son clergé f etc.; ayant tou- 
jours eu , comme il a encore, gran- 
de doideur de ce qui s'est passé, 
etc. L'archevêque fit nommer quatre 
députés de sa cathédrale , quatre de 
l'église de Saint-Seurin et quatre cu- 
rés de Bordeaux, pour être présents 
à l'absolution du duc. Elle eut lieu , 
le '20 septembre , uou dans la cha- 
pelle du château de Coutras, comme 
le voulait l'instruction royale , mais 
à la porte de l'église paroissiale de 
cette ville , coram populo. Ainsi l'a- 
vait exigé l'archevêque; et le duc se 
soumit à cette humiliation , pour se 
rendre la cour plus favorable et pour 
nuire à son ennemi. L'archevêque 
était assis à la porte de l'église, et le 
duc d'Espernon à genoux devant lui. 
En donnant l'absolution, le prélat 
fit rémunération des violences et des 
excès qui l'avaient provoquée. Les 
termes dont il se servit ne se trou- 
vaient ni dans le bref du pape ni dans 
la commission du nonce. D'Espernon 
fut tenté de l'interrompre ; mais, con- 
sultant sa politique, il laissa dire au 
prélat tout ce qu'il voulut. Il lui fut .' 
imposé, pour pénitence, de visiter 
trois chapelles de ia Vierge, de reri- ' 



sou 

s le Rosaire, de dire trois 
. OlT.ce de N.-D., et d'ac- 
pénitence que le nonce lui 
5ce, Les visites qnp se ren- 
■cs la céréuiouic, le dur et 
ic, furent marquées par 
c froideur. Ils se separc- 
Jiis d'aversion l'un contre 
1s n'en avaient eu jusque- 
s résolurent de ne pas la 
rudemment c'rlaier. L'ar- 
« tourna à Bordeaux, et 
i à Plassac. I.e rapport 
i cour le commissaire lut 
iblc au due qu'au prélat. 
L^oursan rapporta au car- 
ilainlcs indiscrètes échap- 
:hevrque, dans sa colère; 
«langue lettre que lui écri- 
u, était cet le leçon: g Vous 
nbîcn de fuis je vous ai 
prendre garde à la promn- 
votre esprit et à celle de 
guc. Comme j'ai toujours 
eces deux. ennemis fussent 
rands que vous eussiez, je 
juc que je l'appréhende 
jamais , et vous conjure 
retenir , pour l'amour de 
:me. » Le rot , mécontent 
a ordres n'avaient pas clé 
lent exécutés , défendit à 
le de se montrer à la cour. 
je le cardinal delticbelicu 
i cette circonstance; et le 
rivitau roi qu'il était bien 
ne pas abandonner qui 
ise être pour l'amour de 
t sans doute ce qui a fait 
orapierre : « I* roi vou- 
liniàtra que M. le cardi- 
nal ledit archevêque; ce- 
> Mais la disgrâce du pre- 
ourte durée. 11 présida, 

jlée du clergé , et reparut 
Ainsi fut terminé ce flilTé- 



, ch«. 

V— VE. 

é à Hackncy 
i633 , s-- 



SOU M 5 

rend , qui occupa long-temps les cours 
de France et de Rome, et sur lequel 
on a écrit un assez grand nombre 
d'ouvrages, dont on trouve les titres 
dans la Ji&liotliètfiir historique de la 
France (tome i, pag. jfji ). Henri 
de Sourdis mourut à Autrui I. le iS 
juin ifi45. Sou cieurfut porté dans 
l'église de Jouy (près de Versailles), 
où on lui éleva un tombeau, Son 
Oraison funèbre fut prononcée par 
Denis de La Barde , éveque de Sauit- 
Brieuc, et irapriméi ' " 
Yilré, iftfG, m-8°. 
SOUTH (Routier 
dans h Mîddlesex , 
vit alternativement tous les partis , 
A il us les trouilles qui affligèrent son 
pays. Il était à î'e'cole de West- 
minster, lorsque le roi Charles I w fut 
décapité ; et ce jour là même , on 
remarqua que le ]emic South eut le 
courage de réciter publiquement les 
prières accoutumées pour le prince. 
Mais quatre ans après , il adressa une 

fu'èce de vers à Cromwell pour le fé- 
iciter de ses succès. A la mort du 
protecteur, les presbytériens rem- 
portant sur les indépendants , South, 
qui était à Oxford , se déclara 
contre ces derniers , et à la restaura- 
tion , il s'exerça contre 1rs presby- 
tériens avec autant de ïèle qu'il I a- 
vait fait contre les indépendants. 
Flatteur de tous les partis , il ublint 
des faveurs de tous, et se fit rece- 
voir , en quelque façon , de force 
docteur en théologie. Bientôt après , 
îl fut chapelain du grand conseiller 
Clarendon , de l'université d'Oxford, 
et du duc d'York , chanoine de 
Christ-church à Oxford, et enfin cha- 
pelain de Laurence Hyde, qu'il ac- 
compagna dans son ambassade en 
Pologne. A son retour, il fut nommé 
curé d'Yslip dans rOxfordsbirej il 
rétablit le presbytère et le chœur de 




?o6 



SOU 



cette église , abandonna une partie 
du revenu à son vicaire , et en consa- 
cra le reste à l'instruction des pau- 
vres. Une manquait à South que d'ê- 
tre nommé évêque , et ce ne fut cer- 
tainement pas de sa faute. 11 prêcha 
un jour devant le roi, et s'exprima 
d'une manière si violente et si comi- 
que contre Cromwcll ( i ) , que le roi, 
éclatant de rire , recommanda à Lau- 
rence Hyde de lui rappeler South ,* 
au premier siège vacant. Cependant , 
on prétend que, sous le règne suivant , 
celui-ci refusa plusieurs évéchés dont 
on avait destitué les titulaires pour 
cause d'opinion. Ce trait de délica- 
tesse, qu'avec raison l'on révoque en 
doute , réconcilierait avec ce transfu- 
ge. En 1 693 , cet homme , que la vio- 
lence de son caractère faisait générale- 
ment redouter des controversistes, en- 
treprit de réfuter Sherlock. Cette 
querelle , qui (it beaucoup de bruit et 
partagea l'université , est oubliée de- 
puis long- temps. Outre ses ouvrages 
de controverse , South publiait, de 
temps en temps , des Sermons fort 
élaborés , mais péniblement compo- 
sés , et qui sont peu estimés ; il en 
parut 6 vol. in-8°. , après sa mort, 
qui arriva le 8 juin 1716. On a en- 
core de lui : 1. Opéra posthuma la- 
tina , Recueil d'Oraisons, et des Poè- 
mes latins. II. Posthumous works, 
qui renferment trois Sermons , le 
Voyage de l'auteur en Pologue, et 
les Mémoires de sa vie. C — y. 

SOUTHCOTE ( Jk anne ) , vision- 
naire anglaise , née au Devonshire, 
vers 1 7^0, passa les quarante premiè- 

(1) On peut se faire une idée des prédicateurs 
-'anglais de cr terap*-la, par l'anecdote suivante. 
South prêt-huit devant lé roi Otaries II; s'aper- 
*~e\»nt qu'une partie de l'auditoire éuil endnr- 
■snie , il appela partirais fois lord I^uderdale , et 
torsrm'il l'eut éveille' : k Mvlord, lui dit-il, je suis 
■1 lâché de troubler votre sommeil ; mais tous rou- 
" (lier, «i haut, que vous pou vie» éveiller Sa Ma- 
• i«*«té; » ri il continua son sermon avec le plus 
<(riiid ssm." -froid 



SOU 

res années de sa vie fort tranquille- 
ment. Elle fut servante, travaillant 
Quelquefois chez un tapissier , et ne 
onnant d'autre signe de dérange- 
ment d'esprit que par son assiduité 
aux. réunions des méthodistes. Un de 
ces enthousiastes, nommé Sander- 
son, qui fréquentait la maison d'un 
de ses maîtres , contribua beaucoup 
par ses discours à faire tourner u 
tête de Jeanne. On attribuait à cet 
homme des dons surnaturels; tous 
les domestiques le redoutaient. « Mais 
» dit-elle , il n'avait pas de pouvoir 
» sur moi : je pense que la salle était 
» pleine d'esprits quand il priait; ils 
» le tourmentaient tellement , qu'il 
» ne pouvait jamais dormir seul dans 
» une chambre. » Elle ne savait que 

Senscr de lui , car elle était persua- 
ée qu'il opérait des miracles ; mais 
elle ne pouvait deviner par quel es- 
prit il y parvenait. Enfin , quand 
elle fut devenue prophétesse , elle dé- 
couvrit que ce Sanderson était \tfaux 
propfièle de Y Apocalypse , gui doit 
être jeté avec la béte dans un lac de 
soufre brûlant. Jeanne se borna d'a- 
bord à des prédictions relatives an 
beau temps et à la pluie; ensuite elle 
proféra des menaces concernant l'é- 
tat de l'Europe et les succès de 
Buona parte, qui remplissaient alors 
les papiers publics. Quelques-uns de 
ses pronostics furent confirmes par 
l'événement; et les femmes qui tra- 
vaillaient avec elle chez le tapissier, 
lui prêtèrent une oreille plus attenti- 
ve. Alors elle soumit ses écrits a m 
prédicant méthodiste , dont elle fré- 
quentait le temple à Exeter. Il parait 
que ses discours encouragèrent Jean- 
ne à faire imprimer ses visions. La 
bonne intelligence ne régna pas tou- 
jours entre ces deux personnages: ce 
prédicant disait quelquefois que Jean- 
ne avait reçu sa vocation do dia- 



1rs elle cl ses adhérents le 
a d'infime apostat. Il avait 
s papiers scelles que Jeanne 
t remis ; il était accablé de 
anplirs de reproches, d'in- 
demenaecs. Ces lettres s'im- 
il parunc raison toute simple: 
leursdejcauncles achetaient. 
:cs de celte femme étaient 
11 prose , partie en lignes ri- 
dus les vers et une portion de 
; sont censés dictes par le 
'uissant. Sou écriture eïait 
lisible. Elle finit par rece- 
a haut l'ordre de jeter sa 
et de proférer ses oracles 

voix. Les mots sortaieut 
uche avec plus de prompti- 
- l'écrivain fe plus habile n'en 

mettre à les recueillir : ce 
I pas difficile à croire , car 
t que des notes vides de sens, 
table rhapsodie de telles de 
■e, de songes vulgaires , ac- 
nfs d'interprétations, d'ima- 
apptications du même genre, 
îta par écrit, à examiner sa 
i , le clergé et même l'évèque 
■, qui trailèrcul cet appel 
Mépris qu'il méritait. Cette 
iTa cepeudant des croyants , 
mfirmèrent dans son délire 
luroirent de l'argent et les 
de répandre au dehors ses 
Elle confirma l'authenticité 
ssioo de Jacques Brothers, 
wnut pour roi <fef Hébreux. 
■retendait être la femme de 
ypse, qui a la lune sous les 

sur sa tête une couronne de 
oiles ; elle devait briser la 
erpent. Sa Tocation nrinci- 
it de détruire le diable; elle 
ha, à huis clos, une dispute, 

publia le procès- verbal. On 
er , d'après cet échantillon , 
m ignore le langage de la 



boune compagnie. Ce livre est le plus 
curieiiï de ceux que Jeanne a fait pa- 
raître. Cette femme étant venue à 
Londres , le nombre de ses sectateurs 
augmenta dans cette capitale, où 
tant de jongleurs ont trouvé des dis- 
ciples. Elle offrit de subir un exa- 
men public, pour prouver la ve'rité 
de sa vocation : il n'y parut que des 
adeptes, mais tout s y passa suivant 
les formes. Eulin , cette visionnaire 
étant tombée malade, en 181.J, an- 
nonça qu'elle était enceinte, et pré- 
dit que te 19 octobre, elle accouche- 
rait du Shiloh , qui mettrait i.n Ur- 
ine à la misère des pécheurs. 1/ évé- 
nement devait avoir lieu à minuit. 
On conçoit que la nouvelle de ce pro- 
dige avait attiré une foule immense 
dans la rueoii demeurait la prophe- 
tesse : 'l'heure venue, ses disciples 
voyant que le miracle 11c s'opérait 
pas , s'écrièrent qu'elle était en exta- 
se; et que lorsque le tout-puissant 
l'eu ferait sortir , le décret s accom- 
plirait. Une partie de la multitude se 
dispersa; mais il en resta constam- 
ment un nombre considérable de cu- 
rieux , attendant la fin de l'extase. 
Elle se termina , le 37 décembre, par 
la mort de Jeanne Southcote, qui, à 
quatre heures du matin, rendit le der- 
nier soupir. Ses disciples les plus 
fervents, supposant que les fonctions 
vitales étaient simplement suspen- 
dues chez elle pour quatre jours , au 
bout desquels elle devait accoucher, 
comme eue l'avait prédit plus de 
vingt ans auparavant , ne voulurent . 
permettre qu on l'inhumât que lors- 
que des signes certains leur eurent 
Srouvé qu'elle avait réellement cessé 
'exister, (f. Will.Saiw, XLII, 
i-ifi.) Les succès de cette folle prou- 
vent que ce n'est pas toujours par 
le don de la parole que l'on réus- 
sit à séduire la multitude; car Jean- 




208 



SOU 



ne était ignorante et parlait mal. 
Danslcs innombrables volumes qu'el- 
le a publiés , on ne trouve pas trois 
phrases de suite qui soient liées ; les 
règles de la syntaxe y sont sans cesse 
violées. Cependant elle a eu des dis- 
ciples parmi des gens bien élevés, 
même parmi le clergé, et elle en con- 
serve encore (i). Voyez Lclters 
front England, by don M. A. Es- 
priella, translatcd from the spa- 
nish y London, 1800, 3 vol. in-8°. 
On suppose que ce livre est écrit par 
un anglais de quelque réputation. 

E — s. 
SOUTHERN ( Thomas ) , poète 
dramatique, né à Dublin, en i()5(), 
fit ses études au collège de la Trinité, 
sons le docteur Whitcnliall, quitta 
l'Irlande à l'âge de dix-huit ans , et 
s'établit à Londres, dans le quartier 
de Middlc-Tcmple , où demeuraient 
ceux qui se destinaient au barreau ; 
mais il se livra plus à la poésie qu'à 
l'étude des lois. Il avait à peine vingt- 
trois ans lorsqu'il donna son Prince 
persan ou le Frère, loyal ( 1 ()8u ) , 
pièce dç circonstance, pour célébrer 
le triomphe des torys, et faire sa 
cour au duc d'York , qui en sut gré 

1>ar la suite à l'auteur. Les travaux 
ittéraircs de Southern furent bientôt 
interrompus : appelé aux armées, il 
fut enseigne dans le régiment de 
Terrcr's; mais à la fin de la guerre, 
il se retira de nouveau à Londres , 
où il vécut honorablement du pro- 
duit de ses pièces de théâtre. Dans 
la préface de la Femme Spartiate, 
autre pièce qui passa encore pour 

(1) Le* journaux de Londres , du if) août ifi* - » , 
rapportent qu'un une d'une beauté extraordinaire, 
amené d'Alexandrie ( d'Jipypte ) , et débarqué à 
Livcrpool depuis peu de jour* , a été acheté i~5 
gui nées par le» diitciples de Johauna Soulhcotc , 
qui habitent Ashton-Uudei-Line (Li;nca«hire). IN 
ont gardé le secret mit ce qu'ils veulent faire de 
leur emplette ; maïs il* regardent cet animal 
comme un trésor inappréciable, parce qu'il est né 
dan* l'Orient. 



SOU 

être de circonstance , quota 

terminé les premiers actn 

révolution , il nous appren 

me qu'il en tira cent-cinqi 

nées , prix exorbitant pour 

et qui est pourtant bien il 

celui qu'il obtint parla sur 

fet, Dryden lui ayant dei 

jour combien chacune de 

ces lui avait valu : a J'en 

teux, répondit Southern, i 

guinées. » Dryden ne ref 

six cents des siennes. Ma 

avouer que Southern n'éta 

licat sur les moyens de 

loir ses productions , et qi 

se faire donner de forte: 

des personnes de la plus 1 

tiucliou , qui lui accord; 

suffrage, espèce de trafic 

pour un homme de lettre 

dant Dryden n'en consc 

moins la plus haute opinit 

lents de Southern : il érriv; 

tic de ses prologues , et il pL 

te d'une des comédies de 

( The wife's excuse), qui 1 

peu de succès en i(K)'2,uue pi 

dans laquelle, vengeant s 

mauvais goût du public , 

pelle le premier et le plus é 

comiques latins, et lui di 

» comme Térence que vov 

» c'est comme lui que voi 

» sez une intrigue. » Ce r 

ment un peu flatteur n'est 

dant tout-à-fait dénué de f 

surtout si Ton approfondit 

ges de ces auteurs , tous < 

vains élégants et harmonii 

olfrant l'un et l'autre des 

que rejette la sévérité de 11 

et qui furent même rcpoi 

quefois dans des temps 

gnaient avec une effrayai 

blance. L'Hécyre de Terri 

fiée deux fois, et l'Excus 





SOtf 

fut àpemesuppor- 
seulement dans ses 
reconnaissait le iné- 
_ ijaw : la plus grande preu- 
iâà qu'il en faisait, c'est qu'il 
fia sa Cléomenes, qu'il ne 
t achever, et qu'il le chargea 
erminer pour lui. De toutes 
et de Southern , la plus par- 
la plus renommée est son 
Jko tmYEscuweroral{ 1699), 
rime nouvelle de Mistnss 
Les passions y sont bien de- 
Ses , les sentiments en sont no- 
\ style brillant. On est allé jus- 
re qu'il n'existe aucune pièce 
lis, même en y comprenant 
s belles de Shakspeare, qui 
te Oroonoko pour le mouve- 
e l'action, la force des pen- 
la beauté' de la poésie. Cette 
1 , exagérée sans doute , prouve 
ns le mérite de cette pièce, 
itérons encore le Fatal ma- 
« Y Adultère innocent, tra- 
ite l'on donne encore très-sou- 
r le théâtre anglais , et où l'on 
des scènes d'une grande bean- 
u pathétique le plus tendre , 
celle où la malheureuse Isa- 
venant de se marier en se- 
nooes, voit arriver son pre- 
ari qu'on disait être mort de- 
usieurs années. Le caractère 
ï femme est le plus beau pen- 
5 celui de la Belvidera a'Ot- 
inssi croyons-nous que c'est 
tstice que Dryden plaçait ces 
oètes au même rang. Interro- 
1 sortie de la première repre- 
m de Y Adultère innocent , 
n'il pensait de l'auteur : C'est 
vd Otway, répondit-il. Les 
ïs français reprocheront sans 
Southern les défauts des au- 
amatiques de sa nation , d'être 
mbre et de trop ensanglanter 

XL1I1. 



son 



309 



tes tragédies, et d'être trop licen- 
cieux dans ses comédies; mais per- 
sonne ne lui refusera beaucoup a es- 
prit dans celles-ci ; et dans celles-là 
un talent supérieur pour créer et dé- 
velopper des caractères éminemment 
tragiques. Ce poète mourut, 1* ao 
mai 1736 , k l'ace de près de rjuatre- 
vinçt-cinq^ans. Il était très-religieux , 
et u aimait beaucoup k entendre la 
musique d'église. Dans les dernières 
années de sa vie, sa mémoire se per- 
dit entièrement. On a imprimé ses 
Œuvres , en 1 735 , a vol. in-i a. El- 
les se composent des cinq pièces dont 
nous avons parlé, et des cinq sui- 
vantes : La Mère à la mode , 1 684 ; 
la Dame errante, tOgt; la Der- 
nière prière d'une fille, i6p3; le 
Destin de Capoue , 1700, et une 
autre qui ne se trouve pas dans l'é- 
dition de 1 735 , et qui est la derniè- 
re de l'auteur ; elle fut jouée en 1 72$. 
Les autres éditions sont en 3 vol. 

in- 12. G — y. 

SOUTHWELL(fipBERT), naquit 
en i56o à Norfolk. Étant obligé de , 
fuir de sa patrie , à cause de la religion 
qu'il professait , il se retira eu Italie , 
entra chez les Jésuites , à Borne , en 
1 578 , et y devint, en i585 , préfet 
du collège anglais. U retourna eu An- 
gleterre , pour y exercer les fonctions 
de missionnaire, et il y demeura, 
dans la maison de la comtesse d'A- 
rundel,qui mourut par la suite dans 
la Tour de Londres. Southwell fut 
renfermé, en 159a, dans la même 




qu'il savait a un complot 
la reine Elisabeth. U répondit d'a- 
bord avec beaucoup de calme et 
de courage à toutes les questions 
captieuses qu'on lui adressa; mais 
les mêmes tortures ayant été renou- 
velées jusqu'à dix fois pendant trois 

■4 




aïo 



SOU 



ans, il finit par déclarer qu'il était 
jésuite , qu'il était verni en Angleterre 
pour y prêcher la religion catholi- 
que, et qu'il était disposé à donner 
sa vie pour la défense de cette cause. 
II fut en conséquence condamné à 
mort et exécuté à Tyburn , en février 
i5q5. 11 subit son supplice avec 
beaucoup de fermeté , et s'écria , 
sur l'échafaud , qu'il était fier d'ê- 
tre jésuite, et qu'il remerciait Dieu 
de l'avoir appelé au martyre. 
South well écrivait en anglais avec 
beaucoup d'élégance et de talent , 
en vers et en prose. Cependant 
on admire plutôt chez lui le méca- 
nisme de la diction que la finesse 
et la profondeur des pensées. Ses 
principaux ouvrages sont : I. Con- 
solations adressées aux Catholiques 
détenus pour cause de religion. IL 
Supplication à la reine Elisabeth , 
Londres, i5g3. III. Règle d'une 
bonne vie , av ec une lettre à son 
père. IV. Complaintes de saint Pier- 
re y avec d'autres Poésies , Londres, 
i5q3. V. Mœoniœ , ou Collection 
de différents hymnes , 1 5<)5. VI. 
Le Triomphe de la mort, Londres, 
i5q5, i5g6. VIL Les Larmes de 
sainte Marie Madelène, Londres, 
1609; réimprimé, en 1773, par W. 
Tooke , avec quelques changements , 
pour en rendre la lecture plus facile. 
VIII. Un Poème sur les mystères 
de la vie de Jésus-Christ. IX. Deux 
Lettres sur la persécution que les Ca- 
tholiques ont soufierte en Angleterre. 
Il n'existe maintenant qu'un petit 
nombre d'exemplaires de ses ouvra- 
ges. Cependant , si l'on en croit M. 
EHis, on en fit au moins vingt-quatre 
édifions de i5i)3 à 1600. Ce même 
Ellis et Headley se sont efforcés de 
populariser Southwell, en publiant 
des Spécimens de ses Poésies; mais 
ils ne sont pas même parvenus à 



son 

remplir une sonscriptMBr $Onr la 
réimpression de ses OEnvm. C-v. 
SOUTH WELL ( Niwuif hel ) , 
jésuite anglais , né à Hoffolc, fit pro- 
fession en i6a4* et > vingt-cinq ans 
après, fut nommé secrétaire du géné- 
ral de son Ordre , place qu'il occupa 
pendant dix-sept ans. Il mourut k 
Rome, en 1676. Ce fut dans l'année 
de sa mort qu'il publia la continua- 
tion de la Bibliothèque des Jésuites, 
commencée par RJbadeneira et par 
Alegambe. Cette nouvelle édition 
parut sous ce titre : Biblioiheca 
scriptorum societatis Jésus , opus 
inchoatum à R. P. Pelro Ribadc- 
neira et productum ad anmtrn 1 609 ; 
continuatum à Philippo Alegambe 
ad annum i643 , recognitum et 
productum ad annum 1 67 5 à Na- 
thanaelo SoJiveMo, Rome, 1676, in- 
fol. Southwell n'avait pas les talents 
d' Alegambe pour cette sorte d'ou- 
vrage ; il ne parle pas de divers 
écrits sortis de la Société sous des 
noms anonymes ou pseudonymes , et 
qui causèrent du scandale lorsqu'ils 
parurent , tels que le Faux Smith, le 
Faux Of- Jésus , l'Apologie des car 
suistes y etc. Cependant Southwell 
en avait connaissance ; car il dit que 
son silence doit être regardé comme 
un désaveu de la Société. Quoiqu'il 
y cite aussi les écrivains jésuites en- 
coie vivants à l'époque où il écri- 
vait, il ne s'y est point donné d'ar- 
ticle. Du reste , son ouvrage, qui 
est écrit sans affectation , est bien 
moins exact que celui d' Alegambe, 
dont il n'a pas corrigé les fautes. Il 
a été continué depuis ( Voy. Fr. Ou- 
din , not. 1 ). C — t. 

SOUTMAN (Pierre), peintre et 
graveur d'Harlem , né vers i58o , 
fut élève de Rubcns , et s'acquit une 
grande réputation, sous le double 
rapport de peintre d'histoire et de 







sou 

portrag}. ii*L beauté de ses ouvrages 
le fit mlritcher par l'électeur de 
Brandebourg , qui lui donna le titre 
de son premier peintre. Il fut ensuite 
appelé a la cour de Pologne, et s'y 
fit estimer par ses portraits et ses ta- 
bleaux, d'histoire; mais c'est surtout 
comme graveur que Soutman s'est 
rendu célèbre. Il a gravé un nombre 
assez considérable de pièces , d'après 
ses propres compositions et celles de 
différents maîtres. Rubens , en parti- 
culier , était son peintre favori ; et 
c'est d'après lui qu'il a exécuté ses 
jPhis belles estampes. Elles portent 
la date de 1626 à 1646; et sont 
fort avancées à l'eau-forte. « Sa poin- 
» te, dit Watelet, est maigre, cha- 
» cun de ses traits a peu de mérite, 
» si on les considère en particulier; 
» quelquefois ils sont en désordre ; 
» quelquefois leur ordre et leur choix 
» semblent contraires à la théorie de 
» l'art : mais leur ensemble produit 
» des estampes qui ont le grand mé- 

* rite d'indiquer toujours la molles- 
» se des chairs et le coloris du maî- 
» tre d'après lequel elles sont faites. 
» Il a gravé au burin pur avec le 

* même avantage et les mêmes dé- 
» fauts; mais quelque genre de gra- 
» vure qu'il ait choisi, il s'est ton- 
» jours montré grand peintre. » Son 
genre de gravure a été perfectionné 
par ses meilleurs élèves , Van >'om- 
pel , Jean Snyderhoff , Jean Louys y 
etc. Ses Portraits sont au nombre 
de huit , et ses pièces historiques de 
dix-huit , la plupart d'après Rubens. 
On distingue dans le nombre : I. Qua- 
tre Grandes Chasses. II. Un Christ 
en croix , clamans voce magna , 
dont il est extrêmement rare de trou- 
ver de belles épreuves. III. Jésus- 
Christ donnant les clefs à saint 
Pierre, d'après Raphaël. IV. La 
Cène 7 d'après Léonard de Vinci. Ces 



SOU 



211 



deux estampes ont été gravées d'a- 
près les dessins que Rubens lui-même 
en avait faits sur les originaux. P-s. 
SOUVENEL ( Alexis-François- 
Jacques ANNEIX de ) p avocat dis- 
tingué de Rennes , y était né en 1 689. 
On raconte que , dans une de ses plai- 
doiries, s 'étant aperçu que les juges 
sommeillaient , il éleva la voix pour 
* dire : Et quoi I dans le moment le 
plus intéressant, toute la cour som- 
meille ! — La cour, en se réveillant, 
dit aussitôt le premier président , in- 
terdit maître Anneix pour trois 
mois. — Et moi, reprit knnein, plus 
puissant que la cour } je m* interdis 
pour toute ma vie. Cette réponse est 
attribuée à plusieurs avocats. On ne 
sait, quant à Souvenel, comment la 
concilier avec ce que dit Sabatier, que 
cet avocat mourut à Rennes, en 1 758, 
étant bâtonnier des avocats du par- 
lement. Fréron ( Lettres sur quel- 
ques écrits , xi , 2 1 6 ) , lui donne ce 
titre en 1753. Sabatier ajoute que 
l'art de simplifier les faits , soutenu 
d'une diction noble , élégante et tou- 
jours correcte , a fait regaider Sou- 
venel comme le Cochin du barreau 
de Rennes. Ses plaidoyers n'ont pas 
été recueillis; mais on a de lui : I* 
Lettre critique et historique tou- 
chant Vidée que les anciens avaient 
de la poésie , et celle qu'en ont les 
modernes , 1 7 1 1 , in- 1 a. II. Ode à 
l'ombre du grand Rousseau. C'est 
Jean-Baptiste Rousseau qu'on appe- 
lait ainsi. Je cite cette Ode d'après 
M. Miorcec de Kerdanet {Notices 
chronologiques sur les littérateurs 
de la Bretagne ) , qui dit que cette 
pièce se trouve au tome vu des Let- 
tres sur quelques écrits de ce temps. 
Je n'ai aperçu aucune mention de 
l'Ode dans les treize volumes des 
Lettres. Je ne sais si la pièce dont 
il s'agit est celle qui est intitulée : la 

i4- 




213 



SOU 



1!' 

D] 



Calomnie, Ode aux mânes de Rous- 
seau 9 couronnée à Toulouse , et im- 
r)iimce dans le Mercure de nqvcm- 

>re 1753 , pag. 66- 72. III. Épîlre 
à l'ombre de Despréaux , ou essai 
sur le goût moderne , 1753. Fréron 
qui, dans le tome xi de ses Lettres 
citées plus haut, annonce ce poème, 
d'environ trois cent cinquante vers , 
dit qu'il est très -estimable pour le 
fond des choses , et souvent pour la 
manière, dont elles sont rendues. 

A, B T. 

SOU VIGNY (Gui de), orâto- 
rien, ne' à Blois, vers la fin du seizième 
siècle, après avoir professe' les huma- 
nités et la rhétorique dans plusieurs 
collèges , se rendit à Rome avec le sa- 
vant P. Morin. Léo Allatiuset Lucas 
Holstenius furent étonnés de son pro- 
fond savoir dans le grec et de son ra- 
re discernement dans la connaissan- 
ce des manuscrits ; ils lui ouvrirent 
une libre entrée dans la bibliothèque 
du Vatican. On le regardait comme 
uu des plus habiles hellénistes de son 
siècle ; et l'abbé de Longueruc dit 
qu'il fut d'un grand secours au P. Mo- 
rin, bien moins savant que lui dans 
cette partie. Après son retour de 
Rome , le P. de Souvigny se retira à 
Orléans, où il mourut en 1672. On 
a de lui : I. Cyri Theodori Prodromi 
epigrammata, primant latine do- 
nata, in universam scripturam, Pa- 
ris, i63a, in-4 .(^- Théodore). La 
version est en vers , comme l'original, 
placés l'un et l'autre en regard. II. 

Trattato delcomputo ecclesiastico y 
Rome, i64i,in-8°. III. Hellas inna- 
tales Delphini GaUicL C'est une Élé- 
gie composéeen çrec par Allatius, tra- 
duite en vers latins par le P. de Sou- 
vigny , qui est imprimée à la tête du 
livre intitulé : De Ecclesiœ occiden- 
tales perpétua constnsione. Elle y 
occupe trente pages. IV. Quelques 



SOU 

Lettres, dont une fort intéressante, 
se trouvent dans la Défense de l'É- 
glise romaine contre Leydccker. 

î— D. 
SOUVRÉ ( Gilles de ) , marquis 
de Courtcnvaux , maréchal de Fran- 
ce, né vers i54o, descendait d'une 
ancienne maison originaire du Per- 
che. Il embrassa jeune la profession 
'des armes, et suivit en Pologne le 
duc d'Anjou, depuis Henri fil. A 
son retour, ce prince le créa grand- 
maître de sa garde-robe et capitaine 
du château de Vincennes. Peu de 
temps après, le duc de Montmorenci » 
fut enfermé dans cette forteresse. La 
reine -mère, ayant conçu l'odieux 
dessein de faire périr cet illustre pri- 
sonnier, fut obligée de sonder Souvre, 
qui fit avorter le complot (Voyez 
Y Histoire de De Thou, liv. lxi). 
Souvre fut compris dans la promo- 
tion des chevaliers du Saint-Esprit , 
en i585. Il se distingua par sa va- 
leur à la bataille de Coutras ; et pen- 
dant les troubles de la Ligue, il sut 
conserver au roi la ville de Tours. 
Attaché sincèrement à Henri III , il 
ne pouvait excuser les torts réels de 
ce monarque ; et souvent , au risque 
de lui déplaire, il lui faisait entendre 
le langage de la vérité : mais quand 
il vit l'autorité royale compromise 
par les factions , il ne se montra pas 
moins empressé de justifier les fautes 
du roi qu il ne l'avait été de les blâ- 
mer. Grillon remarqua ce change- 
ment , et lui adressa des reproches à 
ce sujet, a Hélas ! dit Souvre, le roi est 
» si mal heureux!» Au m ois de janvier 
1 589 , il eut l'honneur de recevoir ce 
monarque à Tours ; et quoiqu'il fût 
loin d'être habituellement fastueux, il 
déploya la plus grande magnificence 
dans les tètes qu il offrit à son royal 
hôte. U reconnut, l'un des premiers , , 
les droits de Henri IV au trône , et 




sou 

le servit avec mie inébranlable fidé- 
lité. Le duc de Maïenne lui fit pro- 
poser cent mille écus d'or pour em- 
orasser le parti de la ligue : a Ce 
» serait , dit Souvré, payer trop cber 
9 on traître. » On voulut alors lui 
persuader que Henri IV soupçonnait 
sa conduite, et avait l'intention de 
lui Afer le gouvernement de la Tou- 
raine. « Quand bien même, répondit 
'» Souvré, le roi serait injuste a mon 
• égard, il n'en serait pas moins 
f w mon roi ; et je ne cesserais pas de 
" * le servir. » Henri IV le nomma 
m gouverneur du dauphin. On ne pou- 
vait pas faire choix , pour cette pla- 
ce, àvun plus honnête homme (i); 
et il la remplit avec beaucoup de zè- 
le* Il obtint, en i6i3, le bâton de 
maréchal, et mourut, en i6a4? a 
l'âge de quatre-vingt-quatre ans. On 
a un Discours sur la mort dé Gilles 
de Souvré, marquis de Courten- 
vaux, Paris, i6a6, in-8°. W — s. 
SOUVRÉ ( Jacques de ), grand- 

S rieur de France, était fils du précé- 
ent. Reçu dans l'ordre de Malte à 
l'âge de cinq ans , il fut attaché , dès 
sa première jeunesse, à la personne 
de Louis XIII. Après avoir débuté 
par prendre part à quelques sièges 
et combats en France , il se rendit , 
en 1628, à Malte, pour commencer 
ses caravanes; mais, instruit que 
la guerre venait d'éclater en Italie , 
il rejoignit l'armée, signala sa va- 
leur au siège de Casai , et leva bien- 
tôt, à ses frais, un régiment de ca- 
valerie , dont il garda le commande- 
ment pendant quinze années. Nommé 
• lieutenant -général , il lit, en 1646, 
avec les galères de France, le siéee 
de Portolongone , où il se couvrit de 



(«) Le Journal de Henri IV, par l'Estoîlc , con- 
tieut quelque* détails pleins de naïveté sur la ma- 
nière dont Sonvrc s'arrinittait de tes fonction* de 
panrerneur de Louis XIII. 



SOU 



2l3 



Sloire. Durant les guerres de la Fron- 
e,il resta fidèle au parti de la cour, 
et Saisit toutes les occasions de don- 
ner à la reine - mère des preuves de 
son dévouement. Accrédité, en 1648, 
près de Louis XIV , par l'ordre de 
Malte, il lui rendit de grands servi- 
ces , et soutint son rang au milieu de 
la cour la plus magnifique de l'Eu- 
rope. Le commandeur de Souvré 
( c est ainsi qu'on le nommait alors ) 
aimait les lettres et le plaisir. Sa mai- 
son était le rendei-vous habituel des 
épicuriens les plus spirituels. Per- 
sonne n'appréciait mieux le mérite 
et la qualité des vins; aussi faisait-il 
avec les frères Broussin, immortalisés 
par Chapelle ( F. ce nom ) , et avec 
Villandri, partie de Y ordre fameux 
des Coteaux (1). Il devint, en 1667, 
grand-prieur de France » et fit divers 
embellissements à l'hôtel du Temple. 
Il mourut septuagénaire , le 11 mai 
1670, et fut inhumé dans l'église de 
Saint- Jean -de-Latran , dépendante de 
sa commanderie , et ou l'on voyait 
son tombeau en marbre blanc , par 
Anguier le cadet , célèbre sculpteur.. 
Son portrait a été gravé , d'après 
Mignard , format in - fol. — L'aîné 
des frères du grand-prieur ( Jean, II * 
du nom, ) chevalier des ordres du roi, 
premier gentilhomme de sa chambre , 
gouverneur de Touraine, etc. , etc.,. 
mourut à Paris , en 1 656 , âgé de soi- 
xante-douze ans. — Entre autres en- 
fants , il eut Charles de Souvré , qui 
fut seigneur de La Chapelle, abbé de 
Saint-CalèS; et prit , apns la mort 
de ses frères et au vivant de son père 
(qu'il précéda dans la tombe, le 3 
mai 1646 ), la qualité de marquis de 
Courtanvaux. — Charles de Souvré 



(1) Voy. relativement y nY Ordre des Cnietuix^mir*- 
les Wol*«* »ur la 3 e . »atir« Ao Boileau (éd»'». de M. de 
Smii'-Surhi , i , 1 1- ) , la Vu de Saint F.vr< mon<l , 
par Dcainaitaanx a et la Dut. itrn». de Tlouagc* 




3i4 sou 

fut le dernier de la branche aînée de 
son nom. 11 laissa deux filles , dont 
la seconde, Anne de Souvré, mar- 
quise de Courtanvaux , nc'e posthu- 
me, en 1646, épousa, en 1662, 
François - Michel Le ïellier , mar- 
quis de Louyois, ministre.de Louis 
XIV (K Louvois, XXV, 286). 
Par ce mariage , la terre de Souvre' 
et le marquisat de Courtanvaux pas- 
sèrent dans la maison de Louyois. 
L— p-— e. et W— s. 
SOUWÀROW ou SOUVOROW- 
RIMNITZKOI (Pierre-Alexis-Wa- 
siliowisch , comte ) , fehl-maréchal 
russe, naquit, en 1 780, à Suskoï, petit 
village dans l'Ukraine. Son père, qui 
était oflicier, l'envoya fort jeune à 
Pe'tersbourg, où le jeune Souwarow 
fut e'ieve' dans l'école des cadets. Il 
entra au service à l'âge de 1 7 ans , 
fit une campagne contre la Suède, 
et parvint au grade de lieutenant. Son 
courage et sa valeur se développè- 
rent mieux encore dans la guerre de 
Sept-Ans , nommément à la fameuse 
bataille de Zorndorf , où il eut un 
commandement comme major, et où, 
malgré ses blessures , il sauva une par- 
tie du corps russe , en couvrant sa re- 
traite. Il ne prit pas une part moins 
active à la bataille de Kunnersdorf , 
et fit partie du corps qui s'empara 
de Berlin. Il se distingua aussi à 
l'affaire de Reichenbach près de 
Brcslau , et à celle de Klostcr-Wall- 
stadt. Lorsque Frédéric II vint cam- 
per près de Schwcidnitz, et que Pla- 
ten marcha au secours de Colherg , 
le général Bcrg ayant été envoyé à 
la poursuite des Prussiens, Souwarow 
dirigea une attaque imprévue contre 
Landsberg , et il battit le général 
Curbière , qu'il lit prisonnier. Quel- 
que temps après , il surprit le petit 
bourg de Jolnaw.En 1762 , il revint 
dans sa patrie avec 1 armée russe , 



SOU 

et fut promu au grade de colonel ; 
puis à celui de brigadier des armées. 
II épousa , à la même époque , une 
princesse Proscurowsky , nièce de 
Romanzow : mats cette union ne fut 
pas de longue durée ; et, du consen- 
tement des deux parties , le divorce 
la rompit. Chaque nouvelle guerre 
dans laquelle la Russie fut engagée 
donna à Souwarow l'occasion de 
faire éclater sa bravoure j mais ce 
fut surtout en Pologne , qu'il en 
donna des preuves plus multipliées. 
Il commanda, comme brigadier, Fas- 
saut de Cracovic, en 1 768. Ayant été 
détaché aussitôt nprès ponr Varso- 
vie , il fit une marche de quatre-vingt 
milles en douze jours; battit Kotelu- 
powski , dispersa le corps des deux 
Pula wski, et se rendit à Lublin. Nom- 
mé général-major, en 1770, il battit 
encore les confédérés sous les ordres 
d'Oginski , à Stralovitz , on mille 
hommes furent taillés en pièces , et 
sept cents faits prisonniers. Ce fut 
alors que les armées des trois gran- 
des puissances qui entouraient la Po- 
logue, occupèrent en même temps ce 
royaume, et que le premier partage 
s'accomplit. Souwarow retourna à 
Pe'tersbourg, où il fut chargé de l'ins- 
pection des frontières de la Fionie. 
Après avoir pris un peu de repos , il 
entra en campagne contre les Turcs , 
avec un corps séparé (1773). Ayant 
franchi rapidement le Danube, il atta- 
qua l'ennemi près de Turtukay, le 
battit deux fois , et s'empâta de la 
place. Investi, peu de temps après, 
du commandement d'un corps plus 
considérable, il remporta une nou- 
velle victoire à Hirsowt.En 1774? 3 
fut nommc'lieutenant-général, et com- 
manda la deuxième division du corps 
de réserve. Réuni au général Kamens- 
ky , il obtint encore , sur les Turcs , 
une victoire décisive près de Kos- 



sou 

ludje. Eo 178a , il fut envoyé en 
Crimée, contre les Tartares-Nogays, 
et les obligea de faire leur serment 
de soumission. Il se rendit à Moscou, 
en 1785, pour commander la divi- 
sion de Wolodemtr, et fut nommé, 
Tannée suivante, , général en chef et 
gouverneur delà Crimée. Souwarow 
s'acquitta de ces éminentes fonctions 
a,vec autant de prudence que d'habi- 
leté y jusqu'au moment où, la Porte 
ayant de nouveau déclaré la guerre 
t à la Russie, il fut chargé de com- 
mander Je corps des environs de 
Kiqw et de Pultawa. C'était l'époque 
du voyage' fue Catherine fit dans 
ce». contrées avec Joseph II; Sou- 
warow. eut l'honneur d être présenté 
Îces cfapx souverains à Cber&on, où 
commandait, et où les Turcs ne 
tardèrent pas devenir l'attaquer. Dé- 
barqués avec sept mille honimes,près 
de Kinburn , Us tombèrent sur le 
corps de Reck, son lieutenant. Ce 
général ayant reçu une blessure 
grave , et sa .troupe ayant pris la 
fuite, Souwarow accourutet repoussa 
l'ennemi; mais il reçut aussi une 
violente contusion, et tomba sans 
connaissance. On le transporta loiu 
du champ de bataille; et les trou- 
pes , le croyant mort , se mirent à 
tuir. Souwarow , revenu de son éva- 
nouissement, court après les fuyards; 
et saute à bas de son cheval, s'écriant : 
« Mes enfants , je vis encore ! » Us 
se rallient de nouveau : l'attaque re- 
commence avec une vigueur extraor- 
dinaire; Souwarow est encore une fois 
blesse à la main : mais il ne permet 
pas qu'on le panse avant que tous les 
Turcs soient tués ou poussés à la 
mer. Peu de temps après , Potcmkin 
ayant assiégé Okzakow , le comman- 
dement de son aile gauche fut conGé 
à Souwarow , qui reçut encore une 
blessure grave dans le cou. Obligé de 



SOO 



ai5 



se faire transporter à Kinburn , il 
faillit y périr par l'explosion d'un 
caisson d artillerie. L'année suivante, 
il eut le commandement du corps 
stationné près de Berlat , et, conjoin- 
tement avec le prince de Cobourg , 
il battit les Turcs près de Fokscha- 
ny; puis auprès du fleuve Rimnick , 
ou les deux armées alliées triomphè- 
rent , le 22 septembre 1789, du 
grand-vézir, qui avait cent mille 
nommes sous ses ordres ( Fojr. Se- 
lim III, xli, 5sw) ). Les deux chefs 
agirent de la meilleure intelligence , 
et ils conçurent l'un pour l'autre une 
amitié bien rare en pareil cas ( Voy. 
Saxe -Cobourg ). L'empereur Jo- 
seph II donna à Souwarow le titre de 
comte de l'empire , et l'impératrice , 
sa souveraine, celui de comte de l'em- 
pire Russe, avec le nom de Rimniskoï, 
et un présent considérable. Mais l'un 
des événements les plus importants 
de cette longue carrière de travaux 
et de succès est, sans doute, la prise 
d'Ismaïlow , forteresse de la Bessa- 
rabie , non loin des bouches du Da- 
nube. Souwarow y fut appelé par le 
prince Poterakin , le 1 1 décembre 
178g , et dès le 11 du même mois , 
il se rendit maître de la place, à la* 
suite d'un assaut qui coûta la vie à un 
nombre immense de Turcs. Il avait 
donné l'ordre de ne point faire de 
quartier ; et ce ne fut qu'au moment 
où la garnison , rejetée à son dernier 
retranchement, implora la généro- 
sité du vainqueur, que le carnage 
cessa. On se battit des deux cotés, 
avec une sorte de rage, pendant sept 
heures; le nombre des prisonniers 
fut de onze mille , et celm des morts 
de vingt-quatre mille ; il. fallut huit 
jours entiers pour les enterrer. Le 
fcutin fut immense ; mais Souwa- 
row ne s'appropria pas même un 
cheval; et 1 on peut cure que , sous 




2l() 



SOU 



ce rapport , jamais chef d'armée ne 
fut plus réservé et plus diçne d'élo- 
ges. Après ce brillant exploit, il reçut 
le gouvernement de Catharinoslaw , 
dans la Crimée. La paix ayant été 
conclue , il goûta quelques années de 
repos, jusqu'aux troubles de la Po- 
logne, en 1794* Envoyé alors con- 
tre l'armée polonaise , que comman- 
dait Kosciusko, il obligea bientôt 
toutes les forces des insurgés de se 
renfermer dans Varsovie ( Voyez 
Kosciusko ) f et termina cette courte 
campagne, le 4 novemb., par la prise 
de Praga , espèce de faubourg de cet- 
te capitale , où s'étaient réfugies les 
derniers appuis de l'indépendance 
polonaise. Praga , très-bien fortifié , 
avait une artillerie nombreuse et 
vingt-cinq mille hommes de garni- 
sou. Les Russes l'attaquèrent sur sept 
colonnes avec toute 1 impétuosité et 
la précision qui distinguèrent tou- 
jours les opérations dirigées par 
Souwarow : en moins de quatre heu- 
res , toutes les fortifications étaient 
enlevées de vive force , et six 
mille hommes baignaient de leur 
sang l'étroit espace du combat. La 
terreur s'empara des assiégés r la plus 
grande partie se dirigeant vers la 
Vistulc pour passer sur le pont 
de bateaux , ce pont s'écroula sous 
le poids; deux mille hommes trou- 
vèrent la mort dans les flots , huit 
mille furent faits prisonniers , et il 
n'échappa qu'un très-petit nombre à 
ce désastre. Soixante- douze canons 
et tous les magasins de munitions et 
de vivres tombèrent au pouvoir du 
vainqueur. Le 9 novembre 1794 > 
•Souwarowfitson entrée solemnelle à 
Varsovie; la guerre de Pologne fut ter- 
minée , et le dernier partage de ce 
royaume put se consommer sans obs- 
tacle. L'impératrice envoya au géné- 
ra] victorieux une couronnede feuilles 



SOU 

de chêne entrelacées de pierre 
rieuses, du prix de six cent mil 
blés , avec un bâton de comn 
ment en or massif, et garni d 
lans. Cette princesse le nomi 
même temps feid-marechal-gé 
et lui laissa la faculté de choi 
régiment qui porterait son non 
toujours. Enfin , elle ajouta à a 
faits sept mille paysans et des 
considérables, où il put joi 
quelque repos , jusqu'à la û 
coalition de 1799. Paul I or . , i 
nait alors de monter sur le tr> 
Russie, avait juré d'abattre la 
sance révolutionnairede la Fia: 
il forma avec l'Autriche m* 
puissante. Souwarow, nomni 
maréchal autrichien , fut le g 
lissime de la coalition, et il coi 
contre les Français une premi 
mée de trente mille combattant 
les Autrichiens avaient obtem 
ques succès, lorsqu'il arriva d 
environs de Vérone , au comi 
ment d'avril ( Voy. Scherer ). 
néral autrichien Ghasteler lui 
roposé le lendemain de son 1 
e faire une reconnaissance , 
répondit : a Je ne connais pa: 
» tre manière de reconnaître 1 
» mi que de marcher à lui e 
» battre. » Peu de jours api 
acheva la défaite de l'armée n 
caine à Gassano ( 27 avril ). 
força de se retirer en Piemo 
lendemain , il entra dans Mil 
milieu des applaudissements 
nombreuse population , et ce 
sa marche vers les Alpes. Le { 
Moreau , qui avait pris le coi 
dément de l'armée française , 
alors retiré vers l'état de i 
l'armée austro - russe occup 
rin , et se répandit dans le Pié 
où son généralissime fit dist 
des proclamations destinées à 



S; 



800 

mts contre les Français, 
même qu'il voulut des- 
«i de Sardaigne rentrât 
ts ; et que cet empressé- 
contrarié' les vues de la 
ne, il en résulta un pre- 
e ces divisions qui devin- 
sse la coalition. Le gêné- 
M était alors coupe et 
licalion dalis le royaume 
il reçut ordre de faire 
:1s pour se réunir a Ma- 
ns cette intention, il tra- 
a ts de l'Église , pénétra 
et vint forcer le gené- 
s* austro-russes à chau- 
plans d'invasion. Sou- 
couru sur les bords de 
avec toutes les troupes 
isposer(i), livra à Mac- 
Saut trois jours , de sau- 
tilles, où il déploya au- 
teur que de fermeté , et 
retourner sur ses pas. 
deiandrie et la plupart 
se rendirent bientôt par 
; et toute l'Italie, jus- 
re de Gènes, sembla pér- 
is Français. Cependant 
it fait sa jonction avec 
Naples; et renforcé en- 
r corps nombreux venus 
-, il menaçait de repren- 
ont, lorsque toutes ses 
nt mises sous les ordres 
Ftyr. ce nom ). La ba- 
ovi , où périt ce jeune 
t sans nul doute une des 
i plus sanglantes et les 
s qu ' a i t o bl e nu e s Sou wa - 
e n'est certainement pas 



SOO i «7 

celle où il montra le plus de talent et 
d'habileté. 11 y sacrifia évidemment 
ses troupes dans des attaques meur- 
trières et mal combinées; et les per- 
les qu'ily lit furent telles qu 'après ta 
relrailedes Français, il sevitli ors d'é- 
tat de profiter de ses avantages. 1*5 
plans qui furent adoptés à cette épo- 
que par les divers cabinets, et qui 
lui furent transmis par le conseil au- 
liqne, contra rièreut toutes ses idées 
et le mécontentèrent au dernier pniot. 
Cependant il n'hésita pas à s'y con- 
former, et se dîripea.avec son corps 
d'armée extrêmement aiïaibli , vers 
les montagnes de l.i Suisse, où il de- 
vait remplacer l'archiduc Charles, 
descendu vers le Bas-Rhin, et se réu- 
nir à la seconde armée russe , com- 
mandée par Korsakolf; mais déjà 
cette armée avait été défaite à Zu- 
rich ( Voyez Màssej«a ), lorsque 
Souwarow approcha de la position 
où 'il devait prendre en liane les 
Français; et lise trouva lui-même 
environné d'ennemis victoriens, 
n'ayant pour retraite que d'aÛreux 
précipices. Dans nue situation aussi 
diuicilc , il montra autant de fer- 
meté que de présence d'esprit, et lit 
une retraite aussi glorieuse peut-être 

Îie ses pins grandes victoires. Alors, 
: plus en plus mécontent de la 
cour deVienne, il se sépara entière- 
ment des armées autrichiennes, pour 
cantonner ses troupes en Bavière et 
en Bohème , en attendant des ordres 
de sa cour. Ces ordres furent de re- 
venir en Russie. Paul I™. { Vegr. ce 
nom ) n'était pas moins que Souwa- 
row mécontent de ses alliés ; rien ne 
put calmer son ressentiment contre 
la cour de Vienne. Ce monarque 
conservait alors pour son général 
autant d'estime que d'admiration, 
et il annonça même par un ukase, que 
Souwarow ferait une entrée triotu- 




2l8 



SOU 



phale à Pétersbourg , où il serait loge 
au palais impérial ; qu'enfin un mo- 
nument lui serait élevé dans la capi- 
tale ; mais par suite de cette mobilité 
qui caractérisa toutes les circonstan- 
ces de ce règne, on vit tout-à-coup 
le monarque accabler de toute sa 
disgrâce celui qu'un instant aupa- 
ravant il avait cru ne pouvoir as- 
sez récompenser; et ce changement 
vint de ce que Souwarow avait né- 
gligé de faire exécuter littéralement 
quelques ordonnances de discipline ! 
Ce général apprit sou malheur à 
Riga ; déjà il était malade ; et cette 
nouvelle ajouta beaucoup à son mal. 
II entra presque incognito à Pé- 
tersbourg , alla habiter un quartier 
éloigné, chez une de ses nièces , où il 
mourut quinze jours après son ar- 
rivée. Sa mort lit une vive impres- 
sion dans Pétersbourg ; et la plus 
grande partie des habitants suivit 
son convoi funèbre avec les témoi- 
gnages d'atiliction les moins équivo- 
ques. Malgré sa petite taille et sa 
physionomie assez insignifiante , 
Souwarow semblait respirer par 
le génie de la guerre. Sa bravoure 
était à toute épreuve , et son ta- 
lent fut surtout ae savoir la commu- 
niquer aux soldats. Son mot d'ordre 
«tait toujours en avant et frappe; 
stvpai i de. Les meilleurs juges 
dans cette partie ont vanté la rapi- 
dité de son coup-d'œil , et surtout la 
vivacité de ses attaques. C'est peut- 
être le seul général qui , dans une 
aussi longue et aussi périlleuse car- 
rière, n'ait jamais essuyé de dé- 
faites. Il vivait d'une manière sin- 
gulière et quelquefois bizarre ; sa 
nourriture, son costume et jusqu'à sa 

Çîetc tenaient plus des mœurs des 
a r tares que des usages européens. 
Cependant il ne manquait pas d'ins- 
ituction ni de politesse. Quelques écri- 



SOU 

vains en ont fait une vértU 
cature; et ils ont singulièrem 
son portra it, surtout Masson 
dans ses Mémoires secrets si 
sie y que c'était un monstr 
mant dans un corps de sin 
d'un chien de boucher. On a 
preuve de sa cruauté, les ass 
maïlow et de Praga ; mais i 
bable que daus ces deux o« 
il suivit les instructions de 
On sait d'ailleurs que la gu< 
fait pas autrement avec 1< 
Quant aux Polonais , il ne 
oublier que l'exaspération < 
grande de part et d'autre, q 
pie de Varsovie avait égor 
ques mois auparavant , 
militaires russes , et que 
ne pouvait être que très-n 
par la dispositiou des < 
des lieux. Nous avons 
yeux l'ordre que donna Si 
à son armée; et nous voyo 
vement qu'il lui prescrivit d 
la plus grande énergie c 
gens armés, mais d'épai 
gens sans armes , les kab 
ceux qui demanderont qua 
ordre est un modèle de pr 
de méthode ; on y voit corn 
warow avait acquis , par 
expérience , l'habitude de 
voir et de tout préparer < 
cas. On a imprimé , en 1 8 1 < 
cou : Vie de Souwarow 
par lui-même , ou collée tt 
lettres et de ses écrits , av 
marques par Serge Glinka , 
8 J . Beaucoup d'autres écrit 
homme célèbre ont paru c 
rentes langues : I. Histoire 
pagnes du maréchal Sou 
3 vol. in-8°. , et 3 vol. in- 1 
1799 et 1803, seconde cd 
première, qui ne comprend 
premières campagnes, en : 



SOO SOC * 510 

■Hambourg). H. His- le gouvernement portugais, pour 
■maréchal Souwarow, remplir In place dp scciétaire-iuier- 
ie son temps, par L. prête à la suite de l'ambassade que 
voue, vol. in-8". , Pa- le roi Joseph 1 er . envoya , en '77Î, 
I; La Fie et les cam- à l'empereur de Maroc L'aptitude 
feld - maréchal russe qu'il munira dans eM emploi le lit 
armv - Rimniski , par fréquemment employer dans ces sor- 
5 , an de ses aides-de- tes île uegori.i lions. La reine Mari* , 
. in-8°. (en allemand) pour mettre à profil le savoir du P. 
. IV. Précis lûslorique .1. de Nouza , fonda., dans le couvent 
taréchal Souwarow , de Jésus, une chaire de langue arabe, 
«r M. de Guillauman- duni il fut nomme professeur, et 
de son état- major. — Le pour laquelle il a compose în drain- 
ahow, lien tenant- gêné- maire dont ou se sert aujourd'hui. 
inique, qui avait berite' Tons ces services furent récoia- 
ens el titres , se noya , penses par un emploi de commis 
s de RimnicL, dans les de l,i secrciaireric - d'état de h iaa- 
jfti , trente ans aupara- rine, que cette princesse lui con- 
I été sigualc's par une fera. 1. 'académie royale des scieu- 
re de son père. M-dj. ces de Lisbonne , peu de temps 
eak de ), historien por- après sou institution, uoniina le P. 
lé à Damas, en Syrie, de .Sonja son correspondant, e! finit 
tholiques, vers l'année par se l'associer, en \n<yl- Il est 
i jeunesse, les Capucins mort dans le couvent de Jésus, à 
itle mission l'ayant dé- Lisbonne, le 19 janvier 181 1 , plca- 
irdans une maison de ré de ses confrères et de totis les 
leur nation, il s'embar- malheureux que secourait son ar- 
iurope; et après avoir dente charité'. Outre la Grammaire 
(coup de fatigues peu- dont nous venons de parler, on a 
;e, il fat enfin jeté par de lui, en portugais : I. Vestiges 
lans le port de Lisbon- île la langue arabe en Portugal, 
larqua. Son arrivée en ou Dictionnaire étymologique des 
ede 1750; et dès celte mots portugais dérivés de l arabe , 
, il se vit aidé de tout composé par ordre de l'académie 
1 maison de Saldanha , R. des sciences de Lisbonne, 1789. 
pour lui ne sedémeiilit IL Mémoire sur quatre inscriptions 
jr de Saldanba. ayant arabes, avec leurs traductions [dan» 
cteur de l'université de les Mémoires de littérature de l'aca- 
uraena avec lui, lui con- demie, V. vol.). III. Récit de for- 
. les plus secrètes, et le rivée des princesses africaines dans 
111 comte d'Oeiras , de- eette capitale de Lisbonne , 1 7<)3. 
le Po m bal. Quand Sou ?& IV. Documentas, etc., Documenta 
iremière jeunesse , de- arabes extraits des archives de Lis- 
une vie plus retirée , il bonne , etc. On conserve de lui plu- 
tiers ordre de Saint- sieurs manuscrits , tels que les Jour- 
1770. A peine avait-il naux de ses voyages; des Mémoires; 
1 , qu'il fut choisi par sur des médaille** et antres inscrif— 




220 



SOU 



SOU 



tions arabes , que le P. Joseph de 
Moura , son élève et son successeur , 
se proposait de publier. E — s. 

SOUZA-BOTELHO ( Dom 
Îose-Marià ), également distingue' 
comme diplomate et comme littéra- 
teur , de l'une des familles les plus 
illustres du Portugal , était fils du 
gouverneur-général de la province de 
Saint -Paul au Brésil, et naquit à 
Oporto, le 9 mars 1758. Au sortir 
de l'université de Coïmbre, où il 
avait terminé ses études, commen- 
cées au collège des nobles, il entra 
dans l'armée et y servit depuis 1778 
jusqu'en 1791. Nomme, à cette épo- 
que, ministre plénipotentiaire en Suè- 
de , il découvrit le premier un ancien 
traité de commerce entre les deux 
pays, dont on avait perdu depuis 
long-temps le souvenir , et il parvint 
à en faire exécuter lesstipulations. De 
Stockholm, il passa , en 1 795 , à Co- 
penhague, avec la même qualité; mais 
la mort de son père le rappela , qua- 
tre ans après , à Lisbonne. 11 reçut 
bientôt l'ordre de quitter cette capita- 
le, et de se rendre à Madrid; cependant 
il paraît qu'il n'y fit qu'un court sé- 
jour, parce qu'il refusa de signer le 
traité de paix que la France et l'Es- 
pagne exigeaient du Portugal , et que 
Souza regardait comme honteux pour 
son pays. Il fut alors chargé d'une 
mission en Angleterre ; mais le but 
de son voyage ne put être atteint , la 
France n'ayaut pas voulu qu'il fût 
admis, comme il le demandait , au 
congres d'Amiens, poury stipuler les 
intérêts du Portugal. A la paix géné- 
rale de 1802, Souza se rendit en 
France, comme ministre plénipoten- 
tiaire, et continua d'y résider jus- 
qu'en 1 8o5. La situation préca ire dans 
laquelle se trouvait alors le Portugal , 
menacé à-la-fois par l'Espagne et par 
a France , et ne pouvant ni se dé- 



fendre, ni espérer d'être secouru par 
l'Angleterre, rendait la position de 



i 



ce ministre fort difficile. Son 
noble et généreuse, fut mise à de cruel- 
les épreuves pendant le séjour de trois 
ans qu'il fit à Paris , où il eut sans 
cesse à lutter contre les prétendons 
impérieuses du chef du gouvernement 
français. En i8o5 le cabinet de 
Lisbonne le choisit pour occuper k 
poste de ministre plénipotentiaire à 
Saint-Pétersbourg ; mais des motifs 
particuliers , et qui lui étaient étran- 
gers,^ permirent pas qu'il se renaît 
à cette nouvelle destination. Découlé, 
depuis plusieurs années , des affaires 
publiques , il résolut de partager 
son temps entre la société d'un pe- 
tit nombre d'amis, et l'étude des 
lettres et des arts , qui avait tou- 
jours charmé ses loisirs. Des ses 
plus jeunes années 7 Gamoèns loi 
avait inspiré le plus vif enthousias- 
me : il l'admirait surtout comme le 
Êocte de sa patrie , et il ne pouvait se 
isser de lire et de relire sans cesse 
ses Lusiades , où les faits héroïques 
de la nation Portugaise sont célé- 
brés en si beaux vers. Profondément 
affecté de l'oubli où Y Homère por- 
tugais était resté de son vivant , et 
déplorant l'imperfection de toutes les 
éditions de son poème , il résolut de 
lui élever un monument qu'il regar- 
dait comme une dette nationale, par 
une édition nouvelle faite avec le plus 
grand soin, et 0(1 seraient déployée 
toutes les richesses des arts oc 1 im- 
primerie, du dessin et de la gravure. 
Il ne s'occupa plus dès-lors qu'à ras- 
sembler et à comparer le* différents 
textes de ce poème publies à diver- 
ses époques. Il se mit en commu- 
nication avec plusieurs savants na- 
tionaux et étrangers , pour s'éclairer 
de leurs lumières. Ses liaisons avec 
MM. Gérard , Visconti , Bcrvic , 



» i 






sou 

rte. , lui donnèrent l'idée 
«•ter à Paris mine cet 
[ad ces hommes distin- 
ut gloire de concourir. 

épargné, ni soins, pi 
penses. Enfin, après dou- 
11 travail le plus assidu , 
iminer sa belle édition , 
tint livrée au public. Le 
r en offrit des exemptai- 
tcipales bibliothèques de 
i plusieurs souverains , 
t nombre d'amis. Il fit 

poème d'une Dédicace 
irtugal, d'un Avertisse- 

dc recherches biblioera- 

curieuses sur les dÏÏTé- 
QS des husiades (l) , et 
: sur Camoëns, qui ren- 
knc temps un jugement 
'épopée et des autres ou- 

graud poète. Dans cette 
i,en Ira i 1 1 é pa r son c nth 01 1- 
! Camoéns au-dessus de 
es modernes , et il laisse 

Homère, ni à Virgile; a). 
fut l'objet d'un rapport 
,fait le i5 octobre 1817, 
imîssaires de l'Institut 
les beaux-arts ) ; et M. 
dans un article fort 



s de 



ÏP 



journal des s 



SOU «V 

juillet 1818, en porte un jugement 
aussi avantageux; nom n'en citerons 
que la dernière phrase, a Le uionn- 
a ment élevé pur M. de Souza 3 la 
» gloire de l'Homère portugais, ne 
• se recommande lias seulement par 
u !a beauté de l'édition, des gi 
» res et de tout ce 
« giiificeuce de l'art typographique; 
» Te zèle , le talent que le généreux 
a éditeur met à développer et à faire 
» sentir toutes les beautés de la Lu- 
» siarle , méritent que sou nom soit , 
» en quelque sorte, associé désormais 
» aux éloges de l'illustre poêle dont 
» il cherche, eu tant de manières, ■• 
» consacrer la renommée^,, u Après 
avoir terminé celte édition des Lu- 
siadvs , Souza avait formé le projet 
d'écrire l'histoire du Portugal ; ruais 
sa sauté , qui avait déjà commencé à 
s'affaiblit pendant l'impression du 
Camoëns , et par suite des soins ex- 
trêmes qu'il s'était dounés , ne lui 
permit pas d'y consacrer assez de 
temps pour la termiucr; il n'en a 
laissé que des fragments manus- 
crits : ceux qui ont connu la rec- 
titude de son jugement et la sin- 
cérité de sou earactère, regrettent 
vivement qu'il n'ait pu compléter 
ce travail important , et d'autant plus 
utile qu'il n'existe aucune bonne nis- 



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l t , on , a Mi;,c..m. 






I* de h R^jr.pbit 










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SOU 



toire de cette contrée de peu d'éten- 
due, mais qui s'est rendue si célèbre. 
En 1 8'i4> il publia dans sa langue ma- 
ternelle une traduction des fameuses 
Lettres portugaises , avec le français 
en regard. Cette traduction, faite de- 
puis vingt-cinq ans, ne fut mise au 
jour par lui , que pour avoir occasion 
de faire paraître une Notice biblio- 
graphique destinée à prouver, contre 
l'opinion générale, qu'il n'a jamais 
existe que cinq Lettres authentiques, 
et que les six autres qui ont été ajou- 
tées à la première édition de i(i(3f) 
ne sont qu'une fabrication, et une 
spéculation de libraire Quelques mois 
après cette publication, la santé' de 
Souza s'affaiblit de plus en plus , et 
après six mois de dépérissement gra- 
duel, il mourut le i er . juin i8.>,5. 
D'une première femme de la mai- 
son de Noronha , il n'a laisse' qu'un 
fils, Dom Louis- José' de Souza, 
comte de Villaréal. Il n'eut point 
d'enfants du second mariage qu'il 
avait contracte à Paris, en 1802, 
avec la comtesse de Flahault , veuve 
du comte de Flahault de La Billar- 
deric, lieutenant-général, et dont les 
jolis romans sont connus dans toute 
l'Europe. Dans la séance publique 
annuelle de l'académie française 
( 25 août 182 5 ), M. Lemercier a 
lu une belle ode à la mémoire du 
comte de Souza. D — z — s. 

SOYE (Philippe de\ graveur , na- 
quit en Hollande, vers l'an 1 538. Élè- 
ve et compatriote de Corneille Cort, 
il suivit cet artiste lorsque celui-ci 
alla s'établir à Rome, et il y lixa, 
comme lui, son domicile. Il exécuta 
un grand nombre d'ouvrages estimés, 
dans lesquels on remarque, sinon une 
aussi grande correction de dessin que 
dans ceux de C. Cort , du moins un 
burin plus large et plus hardi. Il pu- 
blia , en 1 568 , une suite de portraits 



SOY 

des papes, en demi-figures, depuis 
l'an 4oo j usqu'à l'époque où il vivait, j 
Joseph Strutt, pciutre anglais y au- 
quel on doit un DicU des artistes, a ; 
v. in--'t°. , trompé par le nom de Sert- i 
eus et de Sj'tius, que de Soye prenait m 
dans ses estampes, et q:ii n'est que * 
la traduction de son véritable nom, 
en a fait deux personnages différents. 
Ses principaux -ouvrages sont : L 
h' Ange ordonnant à saint Joseph 
de fuir en Egypte , d'après C. Cort 

II . Saint François recevant les stig- 
mates, d'après Fréd. Zuccaro. Ces 
deux pièces sont signées Philip. Soye. 

III. La Vierge avec V Enfant-Jésus 
sur ses genoux , connue sous le nom 
de Vierge, au silence. Sur le prie- 
dieu, on lit Philip. Sériais, i566. 

IV. Prométhée enchaîné sur le Cau- 
case. Cette gravure, faite d'après le 
tableau du Titien , qui existe dans le 
palais du roi, à Madrid, est attribuée, 
par les connaisseurs , à de Soye , 
quoiqu'elle porte le nom de C. Cort. -. 

P— s. 
SOYOUTHI ou SIOUTI ( àboul 

FaDHL AbD-EL ÎUUMAN DjELAL- 

eddyn , surnommé Al- ) , parce , 
qu'il était natif de la ville de Siout 
en Egypte , est un des écrivains ara- 
bes le plus souvent cités , soit pour k 
nombre prodigieux d'ouvrages qu'il 
a composés sur toutes sortes de ma- 
tièies, soit pour la réputation qu'il 
s'est acquise, moins par le mérite réel 
de ses compilations, que par leur 
multiplicité. On a dit de lui qu'il a 
seul écrit plus de livres que beau- 
coup d'hommes n'en ont lu pendant 
tout le cours de leur vie. Né l'an 
84o de F hégire ( i4{f> de J.-C.), il 
mourut l'an 911 (i5o5), sous le 
règne dusulthan Kansouh AMiaury, 

{>eu d'années avant la conquête de 
'Egypte par les Othomans. L'his- 
toire de sa yie ne pourrait être que 




SOT v 

la Este de ses ouvrages , s'il était pos- 
able de la donner complète ; mais 
fa tâche est d'autant plus difficile , 
que divers manuscrits d'an même li- 
vre portent souvent un titre diffé- 
rent , et que plusieurs des écrits de 
Soyouthi sont peut-être inconnus en 
Europe. Voici. ceux que nous pou» 
von* citer : I. Un Commentaire sur 
k Coran , en forme de scbolie , qu'il 
acheva à Fige de vingt-deux ans. 
(Test là continuation d'un autre Com- 
j Me nte k e composé par DjelaL-ed- 
jjm Mohammed ben Ahmed al-Mo- 
kaly ; aussi ces deux livres sont-ils ap- 
pelés Djelalani, à cause d'un surnom 
commun aux deux auteurs. Ce travail 
de Soyouthi est regardé par les Mu- 
ttlmans comme son chef-d'œuvre. 
IL Les miracles les plus surpre- 
nants y contenant les actions et les 
lois de Mahomet , ouvrage futile , 
mais écrit élégamment, n°. 1 683 de la 
bibliothèque de l'Ëscurial. III. Lu- 
mière de la chronologie prophétique, 
ouvrage en trois parties, qui traite 
de l'apostolat de Mahomet , même 
bibliothèque , n°. 1740. IV. Biblio- 
thèque mahométane ou Petite col- 
lection contenant , par ordre alpha- 
bétique, les Sentences de Mahomet sur 
l'un et l'autre droit, n°. 1075 de la 
bibliothèque de l'Ëscurial. V. His- 
toire des divers interprètes du Coran 
et des traditions; bibliothèque de 
Leyde, n°. 1873. VI. Les Perles 
éparses , histoire critique des tradi- 
tions mahométanes véritables et apo- 
cryphes , bibliothèque de l'Ëscurial , 

n°. i749-^ÏI*Q uatreouvra & cs sous 
kn°. 1 793 de la même bibliothèque : 

Fie de Mahomet sous le titre de Mo- 
dèle de l'homme érudit ;Fléches don t 
t effet est certain , contenant les priè- 
res des Musulmans ; Recouvrement 
et la vie y renfermant quarante tra- 
ditions mahométanes ; Essai sur l'o- 



SOY 



223 



rigine de l'histoire sacrée musul- 
mane. VIII. Odeur de roses de Da- 
mas, ou Histoire de quelques com- 
pagnons de Mahomet, qui. ont vécu 
cent vingt ans , n°. 1697 de la même 
bibliothèque. IX. Fies des com- 
pagnons ( ou premiers disciples ) de 
Mahomet, par ordre alphabétique; 
bibliothèque royale de Paris , n° 65o , 
et bibliothèque de l'Ëscurial , 11 °. 
1684* X. Dorr al-tadj fi moschkel 
al-Menhadj ( le diamant de la cou- 
ronne ) , commentaire sur le livre 
Menhadj ÂWialcbin de Nahwa wi , 
où il est traité de diverses sectes mu- 
sulmanes ., bibliothèque royale de 
Paris, n°. 4^8 et 1206. XI. Huit 
Opuscules, sous le n°. 44 1 ^ e ' a me> ~ 
\nc bibliothèque , entre autres Des 
divers genres de martyres; de la 
remise delà peine de quelques délits 
jusqu'au jour du jugement. ( C'est 
peut-être le même que le Takhir al- 
Dholamat, où l'auteur essaie de prou- 
ve)- que la punition des tyrans est ordi- 
nairement différée jusqu'au jugement 
dernier ; et que le manuscrit de 
l'Ëscurial, n°. 1 538 , intitulé Tour- 
ment du sépulchre , sur les peines du 
purgatoire , etc.) Soyouthi, ainsi que 
tous les auteurs musulmans qui ont 
parlé de l'état des ames séparées des 
corps , place dans le tombeau le siège 
du purgatoire ; des Plaisirs et dé- 
lassements permis et prohibés ; le 
Triomphe éthiopique ( Refa schan 
Al-llabsclutri) ou Histoire apologé- 
tique des Abyssins, sur la couleur 
desquels Soyouthi donne l'opinion 
de divers auteurs ; Connaissance 
des choses premières , ou Histoire 
des inventeurs de tous les arts et de 
toutes les découvertes. Cet ouvrage 
utile et intéressant, si l'on en excepte 
les fables mahométanes. a été compo- 
sé par Al-Assaker : Soyouthi n'a fait 
que le corriger 7 le mettre en meilleur 




2*4 



SOY 



ordre et y ajouter les citations d'au- 
teurs. Les deux derniers ouvrages 
sont à Ja bibliothèque de l'Escurial , 
u°. 1 757 et 1760. XII. Histoire du 
temps de Salomon, n° S'il et 8'a3 
de la bibliothèque Bodléicnne. XIII. 
Tarikh al Kholafd ( Histoire des 
Khalifes ) , écrite en forme d'annales 
depuis Aboubckr Al-Sadik , succes- 
seur de Mahomet, jusqu'à Motawak- 
kcl Abd-el-Aziz, benYousouf,qui ob- 
tint le khalifat en Egypte , l'an 884 
de l'hégire , sous le règne du sulthan 
Caïtbaï. L'auteur y parle aussi des 
Omeyadcs qui ont régné eu Espagne, 
mais il n'y fait aucune mention des 
Fathimides, souverains de l'Afrique 
et de l'Egypte , les regardant comme 
bâtards et usurpateurs ( Foy, Obeid- 
Allah al - Mahdy et Moezz - Le- 
DiiN Allah ) : il en donne seule- 
ment la liste sous le nom d'Obcidi- 
des à la fin de son livre , qui se trou- 
ve à la bibliothèque royale de Paris , 
n°. 77G ; à celle d'Oxford ,n°. 777 , et 
à celle de Copenhague, n°. 22. C'est 
d'après ce dernier manuscrit qit'Adlcr 
a public, dans son Musée Cufique, la 
guerre entre les khalifes Amin et 
Mamouu ( Foy. ces noms). XIV. 
Histoire d'Egypte, en trois parties, 
depuis le commencement du monde 
jusqu'au règne du sulthan Abou -Nas- 
ser al-Melik al-Aschraf Caïtbaï , avec 
la description de ses monuments , le 
tableau de ses productions ; des hom- 
mes illustres dont elle est la patrie , 
et la liste de ciuquante auteurs qui 
ont écrit sur l'Egypte. Cette histoire 
se trouve à la bibliothèque royale de 
Paris , n os . 649 , 790 , 9 1 , 9-2 et 93; 
à celle de l'Escurial, n°. 1758; à 
celle de Leyde , n°«. 1777 , 1778 et 
1 79*2 : c'est d'après l'exemplaire que 
possède la biblioth. royale de Copen- 
hague , q il' Ad 1er a public' un long 
curait sur le commerce d'Egypte , 



SOY 

tome 11 de son Musée Cufique. XV. 
Histoire des hauts faits du sulthan 
Caïtbaï , de la dynastie des Mam- 
louks circassiens, bibliothèque Bod- 
léienne , n°. 8oo ( F. Caïtbaï ). XVI. 
Azhar alorouschfiakhbar alHa- _ 
bousch (Histoire des Abyssins), \ 
bibliothèque de l'Escurial , n°. 1 759; r 
Soyouthi les nomme les fleurs qui 
croissent autour du trône des sulthans, 
pour exprimer la confiance que ces 
souverains leur accordaient, XVI. 
Kaoukàb al-Raoudah( l'étoile du 
Jardin ) ; c'est une description de 
l'île de Baoudah : il y est parlé en 
outre du Nil et du mekkias ou nilo- 
mètre; n°. 63 1 de la bibliothèque 
royale de Paris. C'est à tort que ce 
manuscrit porte aussi le titre de Pré 
fleuri , qui pourrait le faire confon- 
dre avec un autre ouvrage de Soyou- 
thi , dont nous parlerons bientôt. 
XVII. Histoire d'un vêtement nom- 
mé Thailsan par les Arabes, les 
Persans et les Turcs , et apomis par 
les Grecs , en usage chez les philo- 
sophes et les moines musulmans; de 
son origine , de son utilité , de sa 
forme et sa beauté ; bibliothèque de 
l'Escurial, n os . 1787 et 1800. XVI II. 
Histoire des grands hommes de la 
ville de Mérou dans le Khoraçau, 
citée par d'IIcrbclot qui range aussi 
Soyouthi parmi les auteurs des Fies 
des poètes arabes. XIX. Traité de 
la sphère , 11 08 . 1 *38 et i3a8 de la 
bibliothèque royale de Paris. XX. 
Dialogues sur les sciences et sur leur 
utilité , ihià. , u°. 1697. XXI. La 
moelle de quatorze sciences; M. de 
Hammer en a tiré , en partie, son 
Essai encyclopédique des sciences de 
l'Orient, public en allemand , Leip- 
zig, 1804, 'i part. in-8°. L'auteur 
y a joint un autre opuscule de Soyou- 
thi : Méthode de se servir du précè- 
dent ouvrage (F. le Journal général 




s pierreries 
_. 'ii plusieurs cbapî- 
tulion du mariage, son 
e , son utilité , avec un Ap- 
ui traite particulièrement de 
S, et un supplément iulitulé : 
tvinùpie, on le grave auteiir 
ns des détails obscènes du 
ure que cens Un livre de Ni- 
iiel te. L'ouvrage de Soyonthi 
bibliothèque de l'Eseuri.il , 
XXIII. Lois du rnariage, 
e le même que le précédent ) 
Dîï Dissertations théolo- 
ralcssur la peste qui dévasta 
, l'an çjot) de l'hégire ; l'o- 
ie l'auteur est qu'il ne faut 
u'r : ces deux ouvrages sont 
'Escurial , n". 7&I et i53g. 
"arèties sur la simplicité' de 
Idfn Karakonsch , vézir de 
, n". i5$8, de la bibliotb. 
e Paris. XXVI. Mecainat , 
ou conversations dans le 
! celles de Hariri , sur divers 
tels que la mort , le vin , les 
\ de la Mekke , de Mcdine, les 
de Mahomet , etc. ; des Dia- 
Titre les (leurs qui -.e dispn- 
irecminence; n°. i5go delà 
ibliotlirque , et n" s . 53'J, 56i 
de l'Escurial. XXVII. Re- 
'histoires , de sentences et 
gmes, n". 1608 de la biblio- 
royale de Paris. XXVIII, 
lents de la grammaire ara- 
lliode que Suvoutlii prétend 

ptc'e par presque toutes les 
es, b°. 107 de l'Escurial. 
Les sources d'eau courante, 
considérable sur les précep- 
1 grammaire , n 01 . 38 et 3g 
me bibliothèque. XXX. Sous 
! litre, un Commentaire sur 



SOY ai5 

la collection des collections d'Abou 
A bdalia h Mohammed Schcms-eddyn, 
daus lequel Soyoathi a inséré tout 
ce que plus décent auteurs accrédités 
out écrit de mieux sur la grammaire, 
ii°. io5 de la même bibliothèque. 
XXXI. Le Magasin, ouvrage qui 
contient les préceptes de la gram- 
maire, avec des prolégomènes sur la 
propriété de la langue arabe, n°. 18G 
de l'Escurial. XXXII. Les Profu- 
sions, autre livre qui roule principa- 
lement sur la solution de dîllicuttés 
relatives à la grammaire, d'après 
l'autorité des meilleurs grammairiens, 
Ibn-Ma!ck,Ibn-He'cham, et IbnH.id- 
ieb, n<*. 4 1 de la même bibliothèque. 
XXXIII. Des Commentaires sur 
la Cafiya du dernier auteur, et 
sur X'Alfya du premier , manuscrit 
de l'Escurial, n°*. Si , 5i et 69. 
Tous ces ouvrage.' sur la grammaire, 
quelques-uns que l'on trouvera encore 
sur cette liste, et plusieurs autres que 
nous nous dispensons de citer, n'éton- 
neront point par leur nombre, si l'on 
considère que cette scienceest d'autant 
plus estimée des Arabes, qu'elle y est 

S lus difficile. Cette difficulté provient 
e la richesse prodigieuse de leur 
langue qui a plus de deux cents mots 

Sour exprimer l'amour et ses divers 
egrés, plusieurs centaines de mots 
pour signifier le vin , et bien da- 
vantage pour désigner les chevaux 
et les lions. XXXlV. Réfutation, 
des millénaires qui avaient annonce 
la fin du monde et l'arrivée de l'Anté- 
christ pour l'an millede l'hégire, n°*. 
1 1 8jj et ia48 de l'Escurial. XXXV. 
Le Pré fleuri ou odeur de parfums, 
que Casiri appelle un vrai trésor de 
langue et de littérature arabe. On le 
trouve à 'la bibliothèque de l'Escu- 
rial , n°*. a4t et 1826; le second 
manuscrit est plus complet et plus 
correct que le premier : cet ouvrage 
15 ■ 




2?6 



SOY 



comprend , en cinquante chapitres 9 
tout ce qui concerne la pureté, la fines- 
se et l'élégance de la langue et de l'art 
aratoire. C'est à l'étude que Pocock eu 
avait faite, qu'il attribuait principale- 
ment l'érudition qui brille dans son 
Spécimen historiée Arabu m. L'exem- 
plaire du livre de Soyoutbi que pos- 
sède la bibliothèque Bodleienne , n°. 
4o6 , porte le titre de Fleurs des 
sciences de la langue. On doit peut- 
être rapporter à cet ouvrage le ma- 
nuscrit ae la bibliothèque de Lcyde , 
n°. 1 365, intitulé Polyanthea , et 
contenantdivers traites philologiques 
de Soyouthi sur la science de la lan- 
gue arabe. C'est par erreur que les 
deux exemplaires qui sont à la bi- 
bliothèque royale de Paris, n°. 1 568 
et i56ç), ont été attribues à Dielal- 
eddyn Mohammed, sur le Catalogue 
imprimé des manuscrits orientaux , 
et qu'on y a porté , à l'article Soyou- 
thi, sous le titre du Pré fleuri , la 
description de l'île de Raoudah , que 
nous avons citée ci-dessus. M. Jean 
Humbert de Genève , qui , dans son 
Anthologie arabe , imprimée à Pa- 
ris, 1819, in-8°., a inséré et traduit 
plusieurs pièces du Pré fleuri de 
Soyouthi, dit que cet ouvrage est 
une espèce de bibliothèque poétique, 
où l'auteur arabe a fait entrer les 
plus jolis vers que lui avaient offerts 
ses lectures , et qu'il est divisé en 
cinq livres. Le premier roule sur l'a- 
mour, et ne contient que des pièces 
erotiques. Le second traite delà beau- 
té des femmes dans tous ses détails; 
le troisième , de la campagne : c'est 
la partie descriptive du recueil. Le 
quatrième a rapport à ce que l'au- 
teur appelle éloquence, c'est-à-dire, 
au roucoulement des colombes, aux 
chansons nommées mowaschah, aux 
lettres ou épîtres , aux énigmes , aux 
logogriphes, etc. Le cinquième est 



SOY 

un recueil d'anecdotes en prose et en 
vers. Soyouthi a toujours cité les 
noms des poètes dont il a emprunté 
quelques pièces j ce qui rend son ou- 
vrage utile aux amateurs de biblio- 
graphie orientale. XXXVI. Poème 
sur l'art grammatical, n os . 1787 et 
1800 de l'Escurial; c'est un abrégé 
de la Grammaire alfyalu XXX Vil. 
Collier orné de pierreries , poème 
sur l'art de la rhétorique, ibid., n°*. 
1788 et 1810.XXXVIII. Ceinture 
ornée de perles, poème de mille vers 
sur l'art de la rhétorique , ibidem , 
n°. 218 et -247* XXXIX. Divers 
Poèmes sur le même sujet, dont un 
exemplaire, indiqué dans la Biblio- 
thèque orientale d'Assemaui, existe 
au Vatican, mss. de Clément XI, 
portefeuille 26. XL. Poème sur h 
religion, à la bibliothèque Bodleien- 
ne. aLI. Les Fleurs du printemps, 
livre de rhétorique, n°. ifôdel Es- 
curial. XL1I. Anthologie, ouvrage 
sur l'art poétique, même bibliothè- 
que, n os . 248, 3^6 et 4^7 , et bi- 
bliothèque royale de Paris , n°. 65a. 
Celui-ci néanmoins , suivant le Cata- 
logue , paraît être un mélange de pro- 
se et de vers sur l'Egypte, les com- 
pagnons de Mahomet ; de contes , de 
traits historiques , etc. XLIII. Des 
Extraits choisis, qui embrassent tous 
les genres de poésie arabe, et en 
donnent des Essais avec des notes , 
nos. 333 9 334 ct 335 a e nSscmL 

XL TV Dictionnaire des surnoms 
u'on trouve dans les livres, biblioth. 
cLeyde,n°. i3qc).XLV. Traité sur 
l'usage du café, ib., n°.' 228. XLVI. 
Petit art , Traité des sciences , n°. 
946 de l'Escurial. XL VIL Mathlab 
al-adib ( Vœu et demande de l'hom- 
me érudit ) , bibliothèque royale de 
Paris, n°. i6o5. C'est encore us 
mélange d'anecdotes et d'extraits. 
XL VIII. Bibliothèque égyptienne, 



■ 



1 



j 



SOY 

tr Casiri , sans indication de 
IX. Promesses et prédictions 
homet ; Grande résurrection 
tis : Mahomet y annonce que 
Êtres payera s'y convertiront 
misme; Commentaire sur le 
Ces trois ouvrages sont à l'Es- 
n°. i358. L. Sekolîe sur les 
ni ta ires de Iîciclhawt , sur 
id, avec un Âppcndjl el des 
:es choisies de ce livre, ihi- 
n». i3o5, i3o(> et i3o 7 . 
te à'Abou - Zahharia Mo- 
■tyn, de Damas, surnomme' 
hwawi, n°. 1^79 de l'Escu- 
II. Office du jour el de la 
précepte et excellence de la 
mèmebibliutbèque, n". ii.{3. 
wut-étre le même que i'Ad- 
l-Adkhar, cite' par d'Hcrhe- 
■ières par excellence, espèce 
iviaire, qui en coulierit trois 
iquantc - sis., abrège de l' Ad- 
e Nahwaivijet qu'unaiitrc li- 
nème geurc, ci-dessus indique. 
Commentaire sur le livre des 
ira, par Abd - clralimanbcu 
ndcHerat, 11°. iSqodel'Escu- 
IV. Complément , Commcu- 
ir le Coran, iliid., 11". 11J17. 
'Astre qui propage son in- 
, ouvrage sur la Gr.immai- 
fcm,ii«.-ii8.IA'I. Commen- 
tr les ouvrages de Naliwawi , 
icquc royale de Paris , u". 
'Herbelntcilc encore quelques 
es de Soyouthi qui existent 
ème bibliothèque, mais qu'il 
icile d'y trouver jusqu'à ce 
nouveau catalogue soit termi- 
numéros ayant cliange' : tels 
Anmoudadj-Laihij ', Traité 
ellencedu Coran et du respect 
est dû , tire' du Commentaire 
-Cacem; Anwar al-Saadat 
mièresde la félicite), sur la 
ou de (01 des Musulmans, par- 



soz 



aa 7 



ticulièremeni sur celle qui est confir- 
mée par le martyre ; Abrégéde l'A- 
lfa al-Qloum-eddyn, ou Classes 
des sciences de la religion , de Gaza- 
1_V ; Adalt al'MoloitÀ ( Ma-urs et po- 
litique des rois); Ahhbar al-Mek- 
hiah ( Histoire de la Mekke ) , etc. , 
etc. Le seul ouvrage de Soyoïithï 
dont en ait imprimé une traduction 
presque complote, est une espèce de 
traité de matière médicale, publié en 
latin sous ce titre : De proprictati- 
bus el virtutibits medicis anima- 
litim , etc. ( f. ttcHttxEHsis). C'est 
un fatras comparable à celui que l'on 
connaît en Europe sons le titre de 
Secrets du petit Atlicrt ; mais quel- 
ques-unes des notes du traducteur 
sont curieuses. A — t. 

SOZOMÈNÉ(HBRMiAs)(i),l'im 
des auteurs de l'Histoire cccléstiasi- 
que, était ne dans ta Palestine, vers le 
commencement du cinquième siècle. 
Son aïeul paternel, qui tenait un rang 
honorable dans le bourg de Bethelia, 

Eès de Gaza , fut converti par saint 
liai ion à la foi chrétienne , et déci- 
da sa femme et ses enfants à suivre 
son exemple. Elevé dans un monas- 
tère près do Gaza , Sozomène puisa 
dans les entretiens de ses pieux ins- 
tituteurs le goût de la vie contem- 
plative dont on trouve des traces 
fréquentes dans son Histoire. Pour 
obéir à ses parents, il se rendit à 
Bérytc , qui possédait alors une école 
de droit, célèbre dans tout l'Orient ; 
et vint ensuite à Constantinople , où 
il exerça la profession d'avocat. Til- 
lemont conjecture qu'il remplit aussi 



[,) Q«lq.« nltan njoiilnrti «n «loi 
j SaUmiDF, dm* l'il* ilr CypT*. Il indique trop 
<-lt.' idi», Mil* L-rmmie <'U Irouic pu-nii Ut di»- 




!ri8 



SOZ 



quelque charge à la cour de Théodosc 
le Jeune. Quoique habile dans la 
scicucc du droit , Sozomènc n'eut que 
peu de succès au barreau. Maître de 
ses loisirs , il résolut de s'appliquer 
à l'histoire , et écrivit un Abrégé de 
ce qui s'était passe' depuis l'ascension 
de J.-C. , jusqu'à la mort de Lici- 
nius , en 3^3. Cet ouvrage ne nous 
est point parvenu. Ce fut vers l'an 
443, qu'il entreprit de continuer l'His- 
toire ecclésiastique d'Eusèbe. C'était 
refaire le travail de Socratc, dont il 
s'est beaucoup aide, sans le nom- 
mer ; aussi 1 a-t-on accusé de pla- 
giat. \ S Histoire de Sozomènc, qu'où 
trouve à la suite de celle de Socrate, 
est divisée en îx livres , et renferme 
les événements arrivés depuis l'an 
3 '24 à 439. On croit qu'elle a subi 
diflérentes altérations par l'ignorance 
des copistes, et que d'ailleurs nous 
ne la possédons pas tout entière. Su- 
périeur à Socrate, sous le rapport du 
style , Sozomènc montre moins de 
jugement et de critique. 11 a re- 
cueilli beaucoup de détails que So- 
crate avait négligés comme peu di- 
gnes de figurer dans une histoire 
aussi grave que celle des progrès du 
christianisme. C'est ainsi que , dans 
le premier livre, il parle longuement 
du vaisseau que les Argonautes por- 
tèrent sur leurs épaules , l'espace de 
quelques stades ; et que , dans le se- 
cond . il s'amuse à décrire le fau- 
bourg de Daphuc, et les charmes de 
la pieuse Vierge qui recueillit saint 
Atbana^c pendant la persécution. En- 
fin il rapporte une foule de miracles, 
entre autres les bienfaits qu'il re- 
çut lui - même du ciel par l'inter- 
cession de l'archange Michel. Les 
éditions et les traductions de l'His- 
toire de Sozomènc sont indiquées aux 
articles Eusebe , Socratk et Épi- 
phani-: le scolastiqiic. Valois a fait 



SOZ 

précéder celle qu'il a donnée ,dc re- 
cherches sur Sozomènc. On doit 
aussi consulter Y Histoire des Empe- 
reurs de Tillemont , vi , 1 i3. Lam- 
becius et Tenzel lui attribuent l'ou- 
vrage intitulé : Irrisio gentilium y qui 
Eorle le nom d'Hermias; mais Fa- 
ricius trouve cette conjecture peu 
vraisemblable. V. la Bibl. grœca , 
vi, 123. W — s. 

SOZOMENO, chroniqueur, né à 
Pistoia , eu 1 387 , fit ses premières 
études à Florence , qui était alors 
agitée par les discordes civiles, et 
embrassa l'état ecclésiastique. Il sut 
se préserver de l'esprit de factiou , 
et la seule grâce qu'il demanda au 

Farti dominant fut d'être envoyé à 
université de Bologne , aux frais 
de sa ville natale. Vers la fin de 
ses cours , il fit partie d'une réunion 
du clergé , rassemblé |>our recon- 
naître le nouveau pape Alexandre 
V. Il parut aussi au coucile de Cons- 
tance % où il eut des altercations très- 
vives avec son évêque , dont il avait 
d'abord embrassé la défense. D'un 
autre côté , il vivait en bonne intelli- 
gence avec Léonard Bruni et le Pog- 
gc , qu'il accompagna dans cette sa- 
vante excursion faite au monastère 
de Saint-Gall,et qui a valu an monde 
savant les ouvrages de Quintilien, 
de Valérius Flaccus et le Commen- ' 
taire d'Asconius Pédianus sur quel- 
ques Harangues de Cicéron. Sozo- 
meno se chargea de faire une copte 
de ce dernier manuscrit ; et son tra- 
vail est maintenant conservé à la bi- 
bliothèque de la Sàpicnce, à Pistoia. 
Après la dissolution du concile , il 
revint à Florence, à la suite de 
Martin V , qui y avait été proclamé 
pape; et en i4i8, il fut élu chanoine 
de Pistoia ; mais la cour de Rome 
le dispensa de s'y rendre, pour. ne 
pas le distraire de ses occupations 



îïtléraïrr*. Ce ne fut qu'en i43<> qu'il 
alla siéger dans son chapitre, où 
le nouvel évcqne le nomma vicaire- 
pénéral. Soiouieno en exerça les 
fonctions jusqu'à sa mort, arrivée 
quatre ans après, vers l'année i£5H, 
II a laisse' une ChroniqHC, où sont 
retraces 1rs événements les plus im- 

Ïortauts , depuis te commencement 
u momie jusqu'à l'année i455. Ce 
travail rstdivisr en trois grandes sé- 
ries: la prrmurr. depuis Adam jusqu'à 
Béilis; l.i seconde depuis Relus jus- 
qu'à la naissance de Jesus-Chrisl, 
avec une subdivision relative n l'Iiis- 
toire romaine; et la troisième depuis 
César, jusqu'au quinzième siècle. 
Cette Chnmiipie , divisée en quatre 
volumes, fut léguée, par l'auteur, à 
la ville de Pis toi a , où elle s'égara en 
partie, vers l'année i5o5. Muralori, 
qui eu a inséré un extrait dans sa 
cullrction des Script, rmtm itali- 

qni ne va pas an-delâ de ifao. Il 
n'eut pas connaissance d'une copie 
complet».', qui èlait déposée à la bi- 
bliothèque Viatieaiic( n°. ^aya des 
manuscrits latins), et qui va jusqu'à 
l'année iq»5. Les faits rapportés 
dans la partie inédite mériteraient 
d'être connus; car ce sont précisé- 
ment ceux dont Soïomrno a parle 
connue historien contemporain. Voy. 
Muntori,&n/;. reruffi ilal., t. xvi, 
pag. lo'ïi), et Mr. Ciampi , Noiitie 
delcanonicaSozomcno , Pisc , 18 10, 
in-r>. A— g— s. 

SPADA (Leohelm>), peintre, 
né à Bologne, en i5"G, dans la der- 
nière classe du peuple , fut un des ar- 
tistes les plus renommés de l'école 
bolonaise. Les Carraches se ser- 
vaient de lui pour broyer leurs cou- 
leurs. Témoin de leurs conférences 
et de leurs travaux, il se hasarda 
peu- 3 peu à manier le crayon. 1| 



SPA aag 

étudia d'abord sous ces habiles maî- 
tres, puis il passa dans l'école de 
Baglionî, suivant toujours, pendant 
ces premières années, l'exemple des 
Carraches. L'amitié qu'il contracta 
avec le Dentonc , tic contribua pas 
peu à le perfection ner dans l'art. 
Tandis qu'il était à l'école des Carra- 
ches, un certain Giovanni no deCapu- 
gnano, qui s'imaginait itre un artiste, 
parce qu'il avait peint quelques pay- 

lioniiues plus grands rjne les mai- 
sons , les troupeaux pins grands que 
tes hommes, et lesoiseaux plus grands 
encore que 1rs troupeaux, 11c put ré- 
sister aux louanges que lui donnèrent 
les habitants de son village; la tète 
lui tourna , et il n\\.\ s'établir à Bo- 
logne , qu'il regardait comme nu 
théâtre plus digue de ses talents. H 
ouvrit une école, et forcé de recon- 
naître la supériorité des Carraches , 



il leur demanda i 



élèv 



qu'il. 



,u'U nui 
instruire. Lconello , qui aimait à plai- 
santer, s'offrit; et pendant quelque 
temps, il s'amusa à copier les des- 
sins de Giovannino , et à lui montrer 
toute la déférence qu'on doit à un 
maître. Lorsqu'il crut devoir mettre 
un tenue à cette plaisanterie, il laissa 
dans son atelier une trés-lwlle tête de 
Lucrèce, et suspendit au-dessus delà 
porte des vers , où il louait ironique- 
ment le Capugnano. Celui-ci se plai- 
gnit amèrement de l'ingratitude par 
laquelle Spada le récompensait des 

Îirogrès rapides qu'il lui avait fait 
aire dans la peinture; et les Carra- 
ches, pour le guérir de sa folie, fu- 
rent obligés de lui découvrir tout le 
complot. Piqué par une plaisanterie 
du Guide, Lconello résolut de s'en 
venger, en opposant a la manière 
délicate de ce maître, une antre ma- 
nière pleine de force-. H se ren- 
dit à Rome ; cl s'otttnt i-appiodié 




s3o 



SPA 



du Caravagc, qu'il accompagna mê- 
me à Malte , il revint à Bologne , 
possesseur d'un nouveau style. 11 ne 
s'abaissa point, comme 1 école du 
Ca ravage, à copier sans choix tou- 
tes les formes que pre'sente la natu- 
re ; mais il ne leur donna pas non 
plus cette noblesse qui fait le carac- 
tère des Garraches. 11 est étudié dans 
le nu, mais il n'est point choisi; 
son coloris est vrai, son clair-obs- 
cur a du relief; mais on remarqué 
trop souvent dans ses ombres une 
teinte rougeâtre qui les rend manié- 
rées. Un des caractères particuliers de 
son style est une hardiesse,une origina- 
litéqu'il semblait puiser dansson pen- 
chant à la plaisanterie. 11 a souvent 
peint en concurrence avec Tiarini , 
qui l'emporte toujours dans ce qui 
tient à l'esprit et à la force du colo- 
ris, et qui le cède dans tout le reste. 
C'est ce que l'on voit dans le tableau 
qu'il a peint pour l'église de Saint- 
Dominique, et qui représente le Saint 
brûlant les livres prohibés , tableau 
qui passe pour le meilleur qu'il ait 
peint à Bologne; ainsi que le Miracle 
de saint Benoît, qui se trouve à 
Saint-Michel m Bosco, composition 
connue des -élèves sous le nom de 
Ciseau de Leonello y et dont l'origi- 
nalité frappa si fortement André 
Sacchi , qu il voulut en faire le des- 
sin. C'est ce qu'on vit encore par la 
suite, lorsque les deux artistes, pei- 
gnant en concurrence dans l'église 
de Reggio, à l'huile et à fresque, 
semblèrent , en quelque sorte , s'éle- 
ver au-dessus d'eux-mêmes. 11 n'est 
Sas rare de trouver dans les galeries 
es tableaux de Spada : ce sout en 
général des Saintes - Familles, et 
des traits de l'Évangile en demi-figu- 
res, suivant la méthode du Gucrchin 
et du Ca ravage. Les têtes en sont 
pleines d'expression , quoiqu'elles 



SPA 

pussent être d'une nature plus re- 
levée. Un des sujets qu'il répétait de 
préférence était la Décolation de 
saint Jean-Baptiste. On le rencon- 
tre dans presque toutes les galeries : 
la meilleure répétition est celle qu'on 
voit dans la galerie Malvezzi. Appe- 
lé à la cour de Parme , par le doc 
Banuccio , il fut chargé par ce prin- 
ce d'orner le magnifique théâtre 
qu'il avait fait construire dans cette 
ville , et qui , à cette époque , n'avait 
point d'égal. Les ouvrages que Leo- 
nello exécuta alors , soit à Parme , 
soit à Modène, sont dans un goût 
tout-à-fait différent de ceux qu'il 
avait peints à Bologne. Ils offrent 
un mélange des Carraches et du Par- 
mesan. On vante beaucoup la Su- 
zanne au bain e\Y Enfant prodigue, 
qui font partie de la galerie de Mo- 
dène. Mais celles de ses productions 
qui méritent une mention particuliè- 
re , sont le Martyre d'une Sainte , 
dans l'église du Saint-Sépulchre, a 
Parme, et le Saint Jérôme, aux 
Carmélites de la même ville. Ces ta- 
bleaux doivent avoir été peints dans 
le temps où Spada, admis & la 
cour et comblé de richesses et de fa- 
veurs , pouvait .étudier ses ouvrages 
tout à loisir. Son bonheur finit avec 
la vie de son protecteur , le duc Ra- 
nuccio; il sembla même que cette 
perte entraîna celle de son talent; 
car tout ce qu'il fit depuis est pres- 
que indigne de lui. Heureusement 
pour sa réputation , il ne survécut 
pas long-temps à son mécène , et il 
mourut en 1622, âgé de quarante- 
six ans seulement. Le Musée du 
Louvre possède deux tableaux de ce 
maître ; Y Enfant prodigue et le Mar- 
tyre de saint Christophe, au mo- 
ment où un ange apporte la palme 
du martyre au saint dépouillé de 
ses vêtements et prêt à recevoir 



SPA SPA a 3i 

la mort à genoux. Le même éla- molaires de l'hippopotame , ei d'un 

blissciDCtit a possède deux autres squelette de cerf pelulié, qu'il retira 

tableaux de ce maître, représen- du milieu d'un rocher; mais l'abbé 

tant la Salutation angélique , et Je- Forlis reconnut ensuite que ces der- 

sus ' Christ et la Vierge entourés niers oss.'jnruls u'.ivaicnl DU encore 

de la milice çflnt* t apparaissant acquis le caractère fossile. Cobres à 

àsainl Frane.iis d' -Issise , ijuilair rendu un compte avantageux des 

offre des rosis rouges et blanches t travaux de Spada { Ji'ùchersamml 

ëctases des épines inii lui avaient der NaturgesckAmot 1 , çiç, tao), 

serviàsejtaiieHerA'.v„\.ï\\\M,-,iu\ ijni est ili^ut- di: ces éloges, bien qu'il 

ont été' rendus eu iHiô. Par allusion à se soit quelquefois trompé. Il a cru, 

son nom, Spada marquait ses ou- par exemple, voir dans les en troques, 

vrages d'une épéc, coupée par la les vertèbres d'un poisson; lia pris 

lettre L, initiale de sou prénom. 1rs petites nuuiismales cl les lenticu- 

P — s. la ires pour les graines d'une piaule , 

SPADA ( Je a k- Jacques ), nain- et les pins grandes pour des bivalves: 

ralislc , né à Vérone, vers l'année erreurs Ires-graves pour un observa- 

itïbo, embrassa la carrière ccrléiias- leur, mais qui heureusement ne se 

tique, cl devint curé de Grczzana. trouvent pas répétées d.ius la der- 

Habitaiit d'un pav-, .ihuml.iiiL en lui- nière édition île ses uu vraies. Spada 

siles , il se mit à les étudier , et en s'était aussi occupe' à décrire les 

«73-j , il publia sa première Disscr- piaules des environs de Vérone; el 

talion , dans laquelle il donna la son Essai a été regarde comme le 

description des coquilles ramassées plus complet de ce temps -là. Une 

sur le territoire de Vérouc, Cet on- belle collection de fossiles , qu'il s'é- 

vrage ne fui que [t prodrome d'un tait famée, fut achetée et Iranspor- 

Traitcplus étendu , qu'il écrivit en tée en Fiance, par Séguier. Ses ou- 

lalin. sur le même sujet. Obligé de vrages sont : 1. De' petrifîcati corpi 

se défendre contre le marquis Malléi, mariai aalirfihoiaui, Vérone, 1737, 

qui aiait altaqiiéquclques-unesde ses iu-4"- II- Deplanlis Feronensilus, 

opinions, il le fit avec tous les égards ibid. , 1737 , iu-4°. III- Disserta- 

que méritait un personnage aussi zione , ove si prova che li petrifîcati 

distingué. Il profita des observa- corpi mariai , che ne nanti adja- 

tioos qu'on lui avait adressées, pour centia Verona sîtrovano, non sono 

corriger ses écrits , dont il parut une scherzi di natura , ne dihlviani ; 

nouvelle édition eu ii44 , peu avant ma aatidiluviani , ibidem, 1^3^ , 

sa mort. Les pétri lica lions y sont in-4°- IV. Ouata alla disserta- 

classées d'après le système de Lang zione de' corpi mariai petrifîcati , 

( Voyez Lang , XXIII, 343), dé- ove siprova che sono aniidiluviitii, 

crites avec précision , et accompa- 17^7 , in-4°. V. Catalogus lapidum 

6 nées de l'indication du sol dans reronensium tJiooûpywv, itîeît pro- 

iquel chaque espèce a été trouvée, pria forma prœditorum t qui apud 

Il serait à désirer qu'une méthode Joh. Jacobum Spadani asservan- 

si simple , et la seule qui puisse rai. lur , ibid. , t 73ç> , iu-4". , avec un 

dre ces catalogues utiles à la géolo- Supplément, imprimé en 1740: rcim- 

gîc, fût généralement adoptée par les primé en i ^44 1 avec l'indication de 

naturalistes. Spada parle des dents trente-cinq espèces de marbres qu'on 




23? 



SPA 



1 



trouve dans le territoire de Vérone. 
Voy. Brocchi, Conchiologia fossile 
subapennina , tome i cr ,pag. 33. 

A — g — s. 
SPADAFORA (Placide), gram- 
mairien, né à Palerme, en 1628, 
embrassa l'institut de saint Ignace 
et se voua de bonne heure à la car- 
rière de l'enseignement. Appelé à 
diriger les classes inférieures des éco- 
les de son ordre, il sentit la nécessité 
de composer des livres élémentaires 
pour l'instruction de» ses élèves. Au 
milieu des difficultés sans nombre 
ue présente aux commençants l'étu- 
e la langue italienne , une des plus 
embarrassantes est l'exacte prosodie 
des mots dont rien ne marque la quan- 
tité, et la nuance de quelques voyel- 
les que l'usage apprend rarement 
à bien prononcer. S pa (la fora , après 
avoir calculé l'utilité d'un travail 
sur la prosodie italienne , osa en 
braver 1 ennui , et il publia un Dic- 
tionnaire , dont le but était d'indi- 
quer y au moyen d'accents toniques, la 
valeur réelle de chaque syllabe. Ce 
livre y qui n'était adressé qu'aux élè- 
ves, fut bientôt recherché par les 
maîtres, et il est du petit nombre 
d'ouvrages qu'il est plus facile de 
perfectionner que de faire oublier. 
Spadafora mourut au collège des Jé- 
suites , à Palerme, le I er . novembre 
1 691. On a de lui : I. Patronymica 
Çrœca et latina , Palerme, i6(>8, 
m-4°. II. Phraseologia seu lugdo- 
dœdalus utriusque linguœ latinœ et 
romance, ibid. , 1G88, 1 vol. in-8°. 
Il en existe un abrégé par le P. Al- 
berto , ibid. 1708, in-8°. III. Pro- 
sodia italiana ovvero V arte con 
Vuso degli accenti nella volgar fa- 
vella à* Italia , ibid. , 1682 , 'x vol. 
in-8°. ; et 1709, édition augmentée. 
Ce Dictionnaire , qu'on ne cesse de 
réimprimer en Italie, est suivi de trois 



SPA 

Traités sur la lettre Z , suiTE et YO 
ouverts ou fermés , ainsi que sur la 
bonne et mauvaise prononciation des 
langues latine et italienne. IV. Pre- 
cetti gramaticali sopra le parti le 
pià dvfficili e vrincipali deu ora- 
zione latina , ibid. , 1691 , in-8°. Il 
préparait l'impression d'un Diction- 
naire sicilien et toscan , en 4 vol. , 
qui est resté inédit , ainsi qu'un Re- 
cueil de vers et de prose. V . Mon- 
gitore , Biblioth. sicida, tom. 11 , p. 
188. A — g — s. 

SPAENDONCK ( Gérard Van ), 
peintre de fleurs , né à Tilbourg , en 
Hollande , en 1 746 , trois ans avant 
la mort de Van Huysum , dont il était 
destiné à rappeler le talent, fut élève 
de Herreyns , peintre habile de fleurs , 
résidant à Anvers. Il n'avait que vingt- 
quatre ans lorsqu'il vint chercher à 
Paris une réputation qu'il n'espérait 

S lus trouver dans sa patrie. Il se fit 
'abord connaître comme peintre en 
miniature; et les ressources que lui 
procura ce genre de peinture lui 
permirent de cultiver celui dans le- 
quel il voulait s'illustrer. Il se lia d'a- 
mitié avec Watelet , qui , pour le fixer 
en France , lui fit obtenir, en 1774* 
la survivance de la place de peintre 
en miniature du roi. Sa grauae vo- 
gue date de cette époque. Il n'y eut 
personne à la cour qui n'eût, sur 
un dessus de boite , un vase de fleurs 
de Van Spaendonck. Les grands ta- 
bleaux de fleurs qu'il fit à la même 
époque attirèrent tous les regards, et 
l'admiration qu'ils inspirèrent ne con- 
nut plus de bornes. Tous les genres 
de mérite qui avaient fait la réputa- 
tion des plus célèbres peintres de 
fleurs se retrouvèrent dans les pro- 
ductions de leur émule. Ils lui ootin- 
. rent, en 1781 , l'entrée de l'acadé- 
mie de peinture , et depuis lors , il 
n'y eut pas une exposition au Lou- 



f SPÀ 
huis que Van Spaendonck y 
mirer quelque nouveau chef- 
re. Lorsque la révolution 
, il trouva daus la place d'ad- 
rateur et de professeur d'i- 
raphîe au Jardiu des Plati- 
ne lui confia le gouvernement 
s, un asile 011 il put exercer 
anger l'art dans Irqucl il avait 
S seules jouissances. Il forma 
les élevés , auxquels il apprit, 
ruleinent à copier la nature 
tactitude , mais à choisir , pour 
cl- qu'ils imitaient, les formes 
s heureuses et h» plus élégan- 
os manufactures , et eu parti- 
celle de porcelaines de lèvres 
it un grand avantage de ses 
les et de ses élèves. Lorsque 
tut fnt crée , il fut un des 
M appelés à former le noyau 
lasse des beaux arts. Dans tou- 
seances il se lit remarquer par 
siduite', par la justesse de ses 
ations , 1 agrément de son es- 
la douceur et l'amabilité d'un 
ère parfaitement en harmonie 
; genre de peinture qu'il avait 
I. Peu de peintres de fleurs 
ieux entendu la composition, 
■dire l'art de disposer les ob- 
manière à les faire valoir mu- 
tent sans opposition tranchée , 
me la nature elle-même les au- 
ranges. Sa couleur, pleine de 
«ret d'harmonie, est Hue, .lé- 
transparente ; ses accessoires 
.avec goût, elle principal, les 
ne leur est jamais sacnlié. Per- 
l'a mieux rendu lecolorisdes rc~ 
reloutédes fruits, la forme et le 
;s différentes espèces de fleurs. 
vrages sont nombreux, et les 
ches collections se font gloire 
>sseder quelques-uns. Le Mu- 
Louvre en a quatre. I. Un Vase 
re fleuri, sur une cousolc de 



SPA a33 

marbre rouge, contenant des Roses, 
des Tulipes, des Roses trémiéres, des 
Rciin- s- Marguerites , une Impériale , 
etc. Auprès du vase sont confusé- 
ment jetés des Ananas et des Châtai- 
gnes revêtues de leur enveloppe, et 
une corbeille dans laquelle Sont des 
Pèches, du Muscat noir et des Épis 
demaïs. II. Une Corbeille remplie de 
fleurs , posée sur un piédestal en 
marbre. III. Des Fleurs, des Pèches 
et des Raisins. IV. Une Corbeille rem- 
pliede fleurs posées sur nu piédestal , 
avec un bas-relief, peinte en 1789. 
Ces trois derniers tableau* sont dans 
la galcriedeSaiiit-l'.loud; lr premier 
est le seul qui fasse partie de l'expo- 
sition du Musée. Van Spaendonek 
jouit d'une excellente santé jusque- 
dans la vieillesse la plus avancée. II 
mourut presque subitement le 1 1 niai 
(8aH. M. Hersent fut son snreessenr 
a l'Institut, où M. Quairemère de 
Otiincy a prononcé son Eloge. P-s. 
* SPÀEW - LALECQ ( Le baron , 
Guillaume - Anne de ) , historien 
hollandais , ne le afi janvier i-]5o, 
d'une ancienne famille du pays de 
(ïueldre , fit ses études à l'université 
d'Utrecht; il fut députe aux états-* 
généraux des Provinces-Unie» en 
'7"4t P"' s membre du collège, de 
l'amirauté; et prit sa retraite en 
i7Ç|5 , pour consacrer tont son 
temps à la culture des lettres , et 
plus particulièrement à celle delliis- 
toire de son pays, qu'il a éclatrcie 
par de nombreuses recherches. Il 
mourut en avril 1817. On a de lui : 
I. Introduction critique à l'histoire 
delà Gucldre .Tllntht, i8oi-l8o5, 
4 vol. in-8°. H. Essais historiques 
et antiquaires t i8o5. III. Histoire 
de la province de Gueldre , tome 
i«.,.&i4- Z- 

SPÀGNUOI.I (Baptista ) Voy. 
Mantooan- 




s34 SPA 

SPÀLDING ( Jean - Joachim ) , 
célèbre prédicateur protestant, et 
l'un des auteurs classiques les plus 
distingués de la littérature allemande , 
naquit le i er . novembre 17 14 > à 
Triebsess, ville de la Poméranie sué- 
doise , où son père fut d'abord rec- 
teur du gymnase , et ensuite pasteur. 
Sa première éducation fut très-reli- 
eieuse. En 1729 , il se rendit auprès 
d'un frère aîné qu'il avait au gymna- 
se de Stralsund, et en 1731 , à l'uni- 
versité de Rostock. Ces deux insti- 
tutions n'étant pas du nombre des 
meilleures de l'Allemagne, Spalding 
a souvent regretté le temps qu'on l'y 
avait fait perdre. Un professeur de 
Grcifswald, homme de mérite, qui, 
en 1730, le prit chez lui comme ins- 
tituteur des enfants, et quelques autres 
professeurs de cette université don- 
nèrent une meilleure direction à ses 
études. Il soutint, en 1735 , une dis- 
sertation :Z>e calumràdJuliani Apos- 
tatœ in corifirmationem religioriis 
christianœ versd. Cette calomnie , 
que le jeune théologien fit tourner 
à l'avantage du christianisme , était 
une de celles que l'empereur avait 
Consignées dans sa défense du paga- 
uisme. On sait que ce livre est perdu; 
mais que saint Clément d'Alexandrie , 
qui l'a réfuté, en a conserve un si grand 
nombre de morceaux , qu'à leur aide , 
le marquis d'Argcns a cru pouvoir 
rétablir l'Invective de Julien , sous 

E rétexte de vouloir y répondre. Au 
out de 18 mois, Spalding retourna 
auprès de son père; cette époque de 
sa vie fut malheureuse, tant à cause 
des embarras domestiques dans les- 
quels il trouva l'auteur de ses jours, 
auc parce qu'il ne vit pas s'ouvrir 
devaut lui une carrière conforme à 
ses goûts , qui le portaient décidé- 
ment vers la prédication. En atten- 
dant , il accompagua , pendant plu- 



SPA 

sieurs années, comme gom 
un jeune gentilhomme; et c 
fut encore perdu pour les et 
lidcs. En in^o , il retourna 
conde fois dans sa ville nafc 
demeura chez son frère aîi 
teur du gymnase; ill'assist 
ses fonctions pastorales. Il ap 
glais, en traduisant Shaftcsbi 
lequel il croyait reconnaître 
tain platonisme qui avait un 
particulier pour lui. En 17^ 
chargea de nouveau de Vé 
d'un jeune homme , qu'il < 
à l'université de Halle , où i 
cha au célèbre Baumgartci 
sou retour à Triebsess, en 
M. de Rudenskiold , envoyée 
à Berlin, qui l'avait connu peD 
séjour dans cette ville, lui pr 
remplacer son secrétaire de '. 
qu'une maladie avait mis d« 
possibilité de continuer sesfc 
Spalding apprit , avec uni 
facilité, la laugue suédoise 
connaissance lui était devem 
saire. Il passa deux ans dam 
sou du ministre , et se lia 
avec les poètes Gleim et K' 
avec les autres hommes d< 
que la capitale de la Prusse 
dait. Il y publia des traductu 
vrages français et anglais , < 
tesbury, Silhouette et Le C 
lui olïrit diverses places en 1 
en Suède ; mais comme il m 
pas renoncer à la carrière ; 
quelle il se sentait du talent 
fera retourner encore une 
Triebsess pour soigner so 
dans la maladie longue et 
reusc à laquelle il succou 
amis de Berlin l'avaient soi 
gagé d'écrire sur un sujet 
phique: il les satisfit en pub 
1748, sa Destination de 11 
ouvrage qui a fondé sa r« 



SPA 
ralistc et comme homme 
îaldingcstconmienFran- 
eurs traductions. 11 don- 
Berlin sa Théorie de la 
lie que peut l'enseigner 
fikie épurée par la re- 
cul est aussi simple dans 



SPA 



a35 



i l'a 



s'est I 



t par la beauté du style. 
J49' ' e s °rt de Spalding 

fut appelé comme pas- 
il.ii , dans la l'oméranic 
i il passa quelques années 
wttbcur domestique; car 
trie en i-j5i , avec une 
leur Gebliardi , pasteur à 
tcoiitimia.de s'occuper de 

d'ouvrages pliilosophi- 
irent recherchées à cause 
ils morceaux qu'il yajou- 
ombre est 1 ouvrage an- 
iconim.surlc Déisme; les 
. le traducteur les accom- 
:it imprimées à part, et 
français. En i ^5-j ,Spal- 
>mmé premier pasteur à 
voisinedeSlialsuiid;mais 
s de la pierre de Sept-Ans 
: sur celte contrée, qui fut 
occupée par des troupes 
cl .siiiduiscs.il publia, en 
ierond ouvrage classique: 
r l'importance des senti- 
pieux. Le mysticisme , 
lie s'était propagé dans 
t avait gagné beaucoup 
s dans le pays de Mec- 
cn" aura Spalding à corn- 
vie. Il eut le malheur de 

couche 

is la douleur, lorsqu'une 
lendue vint adoucir son 
Trois jeunes théologiens 
vater , H. Fiissli cl t'élis 
■ut lui demander un asile, 
débuté dans leur patrie , 



par mie action d'éclat digne d'éloges, 
mais qui annonçait mi stèle que l'on de- 
vait modérrr(P". Lavateh). Bodiuer 
et Breitiiiger avaient conseille' à leurs 
jeunes amis d'aller passer quelques 
moiscbei Spalding, comme dans une 
excellente école de murale cl île chris- 
tianisme , et SuImï les confirma dans 
ce projet. Voici comment Lavater 
rend compte de ce voyage : k Nous 
connaissions Spaldiug , comme un des 

Elus beaux génies et un des hommes 
■s plus instruits d'Allemagne; nous 
vénérions en lui un des plus dignes 
ministres de la religion. Notrcpnncï- 
pal but, en entreprenant ce voyage , 
fut de nous préparer, dans la so- 
ciété de ce sage, au ministère auquel 
nous étions destinés, n Les voyageurs 
trouvèrent en Spalding au-delà de 
ce qu'ils avaient espéré. « I* goût 
exquis , dit encore Lavater, qui se 
manifeste dans les discours et dans 
les formes de cet homme, encore 
plus que dans ses ouvrages; la mo- 
ralité sublime qui dirige toutes ses 
actions, l'égalité de son humeur, 
l'harmonie qui règne dans ses senti- 
ments, la confiance qu'il montre et 
qu'il inspire, la candeur et la simpli- 
cité de son caractère, nous enchantè- 
rent; et nous nous félicitâmes de M 
qu'il nous était permis de vivre dans 
l'intimité d'un tel homme. » Plus de 
vingt-cinq ansaprès, dans un écrit qti> 
n'était pas destiné à voir le jour, 
Spalding rendit à Lavater le témoi- 
gnage suivant : ■ Lavater était l'o- 
racle , et pour ainsi dire le Mentor 
de ses deux amis; ils avaient pour 
lui une espèce de respect filial , dont 
il n'avait pas l'air de s'apercevoir , 
et qui ne troublait pas l'intimité qui 
régnait parmi eux. Jamais peut-être 
respect ne fut mieux mérité. Je n'a- 
vais pas vu jusqu'alors, et j'ajoute 
avec vérité, je n'ai pas vu depuis, 



*36 



SPA 



surtout dans une si grande jeunesse 
( Lavater n'avait que vingt-un ans ) , 
uneame si pure, un sentiment moral 
si vif et si actif, un si sincère épan- 
cbement des pensées les plus intimes , 
tant de douceur et d'aménité de 
mœurs , un christianisme si vrai, si 
éclairé; car à cette époque, il n'y avait 
pas une trace de mysticisme dans son 
système religieux. » Ce fut sous les 
yeux de Spalding que Lavater écrivit 
les premiers de ses ouvrages L'ardent 
Fiissli ne resta que six mois à Barth;ses 
deux compagnons de voyage ne quit- 
tèrent ce séjour que quand Spalding 
lui-même allait s'en éloigner. Après 
avoir refusé par modestie la place 
émiuente de surintendant-général des 
églises de la Pomérauic suédoise, de 
vice- chancelier de l'université de 
Greifsvvald , et de professeur de 
théologie, il en accepta une plus con- 
forme à ses goûts , qui lui était offerte 
à Berlin. C'était celle de membre du 
consistoire-général , et premier pas- 
teur de l'église de Saint- Nicolas. 
A va ut de se rendre, eu 17G4, à cette 
nouvelle destination, voulant don- 
ner une mère à ses quatre enfants , 
il épousa la fille du capitaine de So- 
dernstein. Ce mariage ne fut pas heu- 
reux; la nouvelle épouse de Spal- 
ding ne manquait pas de mérite ; 
mais une excessive sensibilité la fit 
tomber dans une profonde mélanco- 
lie. Ce fut d'après l'avis de Spalding, 
qu'en 1 76:*) , les deux gymnases de 
Berlin et de Cologne sur la Spréc, 
ville enclavée dans Berlin, furent 
réunis en un seul ; cette mesure fut 
regardée comme très-avantageuse à 
l'instruction pnblique. La direction 
du nouveau gymnase et des écoles 
qui en dépendaient, fut confiée au 
célèbre Biïsching. Spalding fut aussi 
cause que deux nouveaux cours fu- 
rent introduits dans les universités 



SPA 

protestantes : l'un sur la vérité de fa 
religion , et l'autre sous le nom à 1 En- 
çjrclopêdie théologique , embrassant 
un système général de toutes les 
branches de théologie. En 1765, 
il publia un choix de ses Sermons, 
vol. in - 8°. C'était un phénomène. 1 
dans l'Église protestante ; or s'y \ 
avait jamais vu les vérités du chris- 
tianisme et la morale précitées dans - 
un style si pur , si élégant , et tout- 
à-fait exempt d'ornements super- ' 
fins. Une seconde collection parut 
quelques années plus tard. En 1769, 
Spalding prit part à une délibéra- 
tion importante qui touchait à-la-fois 
à la politique et à la religion. Frédé- 
ric 11 avait établi une commission 
composée des ministres de la justice et 
des ail'aires étrangères , de deux mem- 
bres de la première cour de justice 
du royaume , et de deux du consis- 
toire suprême, pour décider s'il y 
avait lieu de dissoudre le mariage de 
l'héritier présomptif de la couronne. 
Le divorce que la princesse , qui était 
de la maison de Brunswick, avait 
rendu nécessaire , fut prononcé; mais 
les juges prêtèrent serment d'enseve- 
lir la procédure dans le plus profond 
secret. Spalding publia, en 177*, 
un traite sur VÙtùité de la prédica- 
tion , et en 1 784 » Lettres confiden- 
tielles sur la religion. Cet ouvrage 
était dirigé contre la classe des in- 
crédules , qui s'était extrêmement 
augmentée sous Frédéric II. Spal- 
ding , pénétré de sentiments reli- 
gieux très-sinecres , détestait franche- 
ment la fausse philosophie du dix- 
huitième siècle : il espérait que Fré- 
déric Guillaume II arrêterait le dé- 
bordement de la licence anti - reli- 
gieuse , et il fut très - satisfait lors- 
que le nouveau souverain déclara 
qu'il ferait de la religion un des prin- 
cipaux objets de sa sollicitude. «Mais, 



•SPA 
» <lil-it dans l'espèce de Biographie 

■ qu'il a laissée, on s'aperçut bientôt 
» que le zèle ici i (;i ci ix avaîl senle- 
» meut pmn objet (le conserver l'ut- 
» loritc des livres symboliques el 
s d'une dogmatique orthodoxe. 0» 
» vit le monarque entouré d'honi- 

■ mes , diriges pur des sociétés se- 
» Crêtes , qui voulaient supprimer la 
» liberté do penser cl replonger la 

■ religion dans las ténèbres de lu 
> seolastiquc et du mysticisme, » 
Spaldiug tic crevait pas que ce lût 
servir la religion que d'étouder ce 
qu'il appelait la lumière, et de vio- 
tenter les cou sciences ; il avait d'au- 
tant plus de motifs de revendiquer 
cette liberté , qui est la base du pro- 
testantisme , que lui - même tendait 
à s'écarter sur quelques points des 
opinions reçues par les formulaires 
prescrits , et qu il pencha» vers le 
système qu'on appelle en Allemagne 
naianalisnic , eu opposition au su- 
pernaturalismc. I.a publication de 
l'cdit de religion de 17M8 , fameux. 
dans les annales de l'Église luthé- 
rienne, et l'inutilité des représenta- 
tions que, conjointement avec liiis- 
chîng , Telfrr , Dietei'ich et Saek 

ijl].1lj-f Iti'lil-illiISlI'o plil'llli le-, llitll- 

logiens protestants) , il avait faites, 
contre quelques dispositions de ce 
règlement , le décidèrent à renoncer 
absolument a la prédication, Il con- 
tinua cependant ses fonctions consis- 
torialcs. En 1 797 , il publia sou der- 
nier ouvrage , intitule : la Religion, 
U phu grande affaire de l' humo- 
rale. Daus la même année, l'univer- 
sité de Halle s'honora , en conférant 
il ce respectable vieillard la dignité 
de docteur en théologie. 11 mourut à 
Berlin, leafimai 1804, âge de près 
<]r 90 ans. I.a bonté, la modestie , la 
tolérance , une piété sincère , forraè- 
mtl lecaractèredeSpalding.L.i nre- 



SPA 237 

mière instruction qu'il avait reçue 
n'était pas de nature à le préparer k 
une érudition profonde; et 1 on sait que 
la perte de ces années ne se répare 

S oint. Il savait néanmoins infiniment 
c choses par des lectures peut-être 
trop multipliées; son habitude de ré- 
fléchir lui avait rendu propre tout ce 
qu'il avait lu dans les livres, et son es- 
prit philosophique avait mis de l'or- 
dre et de la méthode dans ce chaos. 
Spalding est encore aujourd'hui 
compté au nombre des meilleurs pré- 
dicateurs de l'Allemagne. L'heureux 
ruiphij ilr".p;iMiig( >liiMiq>ie>.li'clii.ii\ 

j ud ici eu x de ses exera p les et d e ses coni- 

Saraisons; la vérité qui , dépouillée 
etout ornement oratoire, semblait 
parler par sa bouche ; le talent d'é- 
mouvoir à-la-fois le cœur de ses au- 
diteurs , et d'occuper leur esprit ; 
l'onction avec laquelle il s'exprimait 

traînaient ses auditeurs. Malgré les 

iirogrès que la langue allemande a 
aits depuis soixante ans, ses ouvra- 
ges sont encore au nombre des livres , 
classiques. La simplicité de la diction 
et la délicatesse des sentiments leur 
assurent cet avantage. La nature 
avait donné à Spalding nue ligure 
imposante , et une physionomie dis- 
tinguée. Quoique son organe lie fût 
pas iris-fort , la flexibilité et l'Iiar- 
monieilcsa voixsuppléaieulà ce qui 
lui ma tiquait pour en faire un excellent 
orateur. Elle partait du cœur, et fai- 
sait naître la persuasion, fiause, artis- 
te connu, a grave le portrait de Spal- 
ding, d'après n n exe client tableau que 
Gtatfavaitfaitdclui.eu 177a. Spal- 
ding fut marié trois fois. Sa première 
femme, morte en 177a, lui laissa 2 
lils, qui se sont signalés dans le monde 
littéraire. Sa seconde épouse mourut 
en 1774.ll avait (il ans lorsqu'il se 
remaria à une lillc du D. Licberkidtn, 



*38 



SPA 



un des premiers médecins de Ber- 
lin, qui était amie de sa seconde 
femme, et (pie celle-ci lui avait , pour 
ainsi dire, léguée. C'est aux soins 
de cette femme respectable qu'il dut 
en partie cette santé et ce contente- 
ment qui le tirent parvenir à un âge 
très-avancé. Elle acheva l'éducation 
des enfants qu'il avait de sa première 
épouse; et lorsqu'elle mourut, peu 
de temps après lui , sa perte fut pleu- 
rée comme celle d'une véritable mè- 
re. 11 existe une espèce de Biographie 
de Spalding, rédigée par lui -même. 
C'est moins une Vie que des réflexions 
jetées sur le papier , à des époques 
très-distantes , surtout aux anniver- 
saires de sa naissance. Son second 
fils (George-Louis) les publia , avec des 
additions, Halle, 1 8o4, in-8°. Quoique 
nous ayons indiqué les ouvrages par 
lesquels Spalding s'est placé au rang 
des écrivains classiques de sa nation, 
il nous paraît nécessaire d'en donner 
la liste. Nous ne parlons pas de ses 
Trad. de l'anglais et du français, quoi- 
que quelques-unes soient intéressantes, 
par les morceaux qu'il y a ajoutes : I. 
La Destination de l'homme, Greifî> 
walde, 1748, in - 8°.; réimprimée 
depuis , quatorze ou quinze fois. Il 
existe quatre traductions françaises 
de cet ouvrage. Formey , secrétaire 
de l'académie des sciences de Berlin, 
publia la première, Berlin, i-ySo. 
Comme elle était très-libre , il ne vou- 
lut pas nommer Spalding sur le fron- 
tispice; mais il en parle avec éloge, 
dans son avant - propos. Il fit réim- 
primer cette traduction*, à la suite de 
son Essai sur la perfection, Utrecht 
( Paris ) , 1751. L'avant - propos 
étant supprimé dans cette édition, 
le Journal des savants et les Mémoi- 
res de Trévoux en firent honneur à 
Formey. La seconde Traduction, in- 
titulée : Essai sur la destination de 



SPA 

Vhomme , parut k Dresde, 1752, 
in-8°. ; ensuite à Schwerin , IT54 , 
par les soins de la comtesse de Bas- 
sewitz , a mie de Spalding, et enfin en 
1 764 , encore une fois à Dresde. Elle 
est plus fidèle que celle de Formey. 
L'auteur de l'original n'y est pas nom- 
mé. La troisième Traduction , par un 
inconnu, qui s'est caché sous les initia- 
les J. B. , parut à Berlin , 1 765 , in- 
8°. La quatrième est de la reine Eli- 
sabeth de Prusse , épouse du grand 
Frédéric , Berlin , 1 776, in - 8°. Cet 
ouvrage fut aussi traduit en latin, 
par J.-Mich. Heinze, sous le titre de: 
Soliloquium , quà lege natus sit Ao- 
mo , délibérât io , Luneb. 1765, in - 
8°. II. Pensées sur l'importance des 
sentiments religieux ( ou propre- 
ment sur le rôle que le sentiment 
doit jouer), Leipzig, 1761 , in -8°. 
La cinquième édition est de 1784. 
III. Sermons, Berlin, 1765 , in-#°. , 
réimprimés en 1768 et 1775. IV. 
Nouveaux Sermons, vol. 1, Berlin, 
1768; réimprimés, 1770 et 1777 ; 
vol. 11 , 178/,. V. Sur l'utilité de la 
prédication , Berlin , 1772, in-8 ,; 
réimp., 1773 et 1791. VI. Lettres 
confidentielles sur la religion, Bres- 
lau, in -8°., 1784, 1785 et IJ788. 
Voici les sujets de quelques-unes de 
ces Lettres : Sur les gens du monde 
qui y sans être athées, montrent 
une grande indifférence pour la re- 
ligion. Sur l'injustice des attaques 
que quelques-uns des soi-disant 
philosophes de nos jours dirigent 
contre le christianisme, et de cette 
philanthropie qui tend à détrui- 
re les bases sur lesquelles reposent 
la vertu et le bonheur des hommes. 
Sur les sources d'où découle le dé- 
nigrement de la religion, etc. VII. 
La Religion Fa/faire la plus impor- 
tante de F humanité, Leipzig, 1 797 , 
1*798, 1799, 1806, ra-o°. S — L. 



ILDING (Gom-Uvh), 

ngue allemand, second fils du 
lent., naquit le 8 avril 176a, 
ih , où son pire était alors pas- 
ïa h.. 1 ----- - 1 1 1 ■ ■■ coûta la vif à sa 

II recul les premières instnic- 

III gymnase de Berlin , que di- 
t le célèbre Biiscliîng. Depuis 
le treize ans, ne fut la troisiè- 
otise de son pèi-c qui soigna 
[licatjovi , et il conserva pour 
ne tendresse qui n'aurait pu 
us grande si elle lui avait don- 
jour. Depuis 1779 jusqu'à 

le jeune Spaldiug étudia la 
>gie et la théologie à Gôltin- 
1 Halle , sous les célèbres pro- 
■s que ces universités possé- 
alors. La fortune de son père 
mettant de ne pas rechercher 
■op d'empressement une place 
U vivre, après son retour dans 
son paternelle, il continua ses 
encore pendant deux ans, 
entreprendre, en 1784, un 
; littéraire en Allemagne, en 
, en France , en Angleterre et 
lande. Revenu à Berlin , il fut 

Ïmr instruire les enfants du 
erdinand; et, nomme , en 
professcurau gymnasedcBer- 
mauière dépenser siirl'édit de 
n était conforme à celle de son 
il renonça à l'état ecclésiasti- 
iour se consacrer à la philolo- 
3 l'iustruction publique. You- 
1li.sf.-1 ire aiii règlements, qui 
ivaientaus professeurs dépré- 
ciasse du gymnase d'être re- 
les dignités académiques, il se 
, en 1792,6 Halle, et y prit 
le de maitre-ès-arts, après 
)ublié sa Dissertation philoso- 
critique : Vmdicia philoso- 
n Megaricorum ; sabjicitur 
•nlarius in priorem partent, 
de Xcnaphane , Zenone et 



SPA 339 

Gorgiâ, qui dès-lors fixa sur lui les 
Veux du monde savant. La un'mc an- 
née, il épousa la veuve d'un riche 
négociant, plus àgéeque lui de quel- 
ques années; ce mariage , très-heu- 
reux par le caractère des époux, Ht 
le bonheur de .Spaldiug, Élevé par 
une belle -mère, il s'attacha , avec 
toute la tendresse d'un père, au 
(ils que sa femme avait de son pre- 
mier mariage. A la demande d'un 
libraire de Leipzig, il se chargea 
de revoir le texte de Quinlilien, 
pour une nouvelle édition. Cette ré- 
vision ne devait l'occuper que peu 
d'années; mais quand il fut plus fa- 
miliarisé avec son auteur, il s'aper- 
çut qu'il fallait le soumettre à un 
travail critique complet , et qu'il 
avait besoin pour cela de secours 
qu'il n'était pas très-facile de se pro- 
curer sur-le-champ. Ainsi , Quinli- 
lien devint l'occupation de sa vie , et 
il mourut au bout de dix-neuf ans, 
sans en avoir achevé l'édition. Pour 
pouvoir y employer plus de temps , 
il refusa la place, honorable mais 
pénible, de directeur du gymnase, 
devenue vacante, eu i8o3, parla 
mort de Gcdike. La même année, il 
fut nommé membre de l'académie 
des sciences de Berlin , pour la classe 
historique. En 1 8o5 , il fit , pendant 
sept mois, un voyage en Italie, d'où 
il rapporta la collation d'un manus- 
crit florentin de Quinlilien. Dans les 
dernières années de sa vie, il fut at- 
taché , malgré lui , comme conseiller, 
a u ministère de l'instruction publique. 
Il mourut, le 7 juin 181 i, a' un coup 
d'apoplexie foudroyante. Son carac- 
tère était un mélange de douceur et 
d'une certaine vivacité quelquefois 
excessivcOn s'aperçoit de cette dis- 
position de son esprit jusque dans 
les notes de son Quinlilien , où les 
commentateurs sont quelquefois ver- 




*4o SPA 

temcnfc tances pour leurs méprises. 
Spalding n'a pas beaucoup écrit ; 
mais les trois premiers volumes de 
Quintilicn , surtout le troisième, suffi- 
sent pour porter son nom à la posté- 
rite'. Ils ont paru dans les années 
i*-()8, i8o3 et 1808. Une édition 
du discours de Démosthènc contre 
Midias est destinée aux écoliers. Kn 
i8o4, il publia la Biographie de 
son père, qui s'était trouvée parmi 
les papiers de celui-ci, et y joignit 
un petit monument pour sa veuve 
qui venait de mourir. La moine an- 
née , il lit imprimer un volume inti- 
tulé : Essai de poésies didactiques. 
Son Éloge , prononcé par son ami le 
professeur Bnttmanu, a été inséré 
dans les Mémoires de l'académie de | 
Berlin, ann. 181 /Jet 181 5. S — l. 

SPALLANZVN1 (Lazaiu:), na- 
turaliste , naquit , le l 'i janvier 1 7 *>-(), 
à Scaudiano, petite ville du IModénèsc, 
qui avait déjà donné le Boïardo à la 

i>oésic , et Yallisnicrt à la physique. 
1 commença son éducation sous les 
yeux de ses parents ; et , à l'âge de 
quinze ans , il fut envoyé à Reggio , 
où il apprit la rhétorique et la phi- 
losophie. Les Jésuites, qui lui ensei- 
gnèrent les belles-lettres , et les Do- 
minicains, qui entendirent parler de 
ses progrès , voulurent se l'attacher; 
mais le jeune élève sut résister à leurs 
sollicitations, et se rendit à Bologne^ 
pour profiter des leçons de Bianconi, 
et de Laure Bassi , cette femme éton- 
nante, dont le savoir avait fait ou- 
blier le sexe. {F. Bassi , III , 5o3 ). , 
Par suite de l'usage qui destinait les 
enfants à la profession de leurs pères , 
Spallanzaui fréquenta les cours de 
droit, pour entrer dans le barreau. 
Il allait être reçu docteur, lorsqu'à 
la demande de Vallisnieri , il obtint de 
pouvoir suivre sa vocation, qui l'a p- 
jK'Iait à l'étude de la nature. Quand 



SPA 

il eut embrasse l'état ecclésiasti- 
que, il continua d'étudier les langues 
savantes et les mathématiques , qui 
donnèrent à son esprit cette justesse 
et cette liaison sans lesquelles les 
plus grandes pensées deviennent sté- 
riles. K11 1754, l'université de Reg- 
gio le choisit pour remplir la chaire 
de logique , de métaphysique et de 
littérature grecque. Les travaux qu'il 
fut obligé d'entreprendre sur Homè- 
re lui révélèrent un grand nombre 
d'erreurs de Salvini, que l'on consi- 
dérait alors en Italie comme le meil- 
leur traducteur de ce poète. Spallan- 
zaui , dans l'agréable retraite de 
Motitcfalconc , où il était aile passer 
quelques jours de vacances, fit part 
au comte Algarotti du résultat de ses 
recherches; et il accusa le savant flo- 
rentin d'avoir altéré le sens , lorni 
le coloris , et affaibli l'énergie de l'o- 
riginal. Il fondait ces reproches sur 
des analyses très-savantes du texte , 
et sur l'étymologie des mots, dont 
il cherchait à rétablir le sens. Peu-, 
dant son séjour à Reggio , il Gtdes 
excursions dans une partie des Apen- 
nins, et reconnut la position du lac 
de Veutasso , dont il sonda la pro- 
fondeur. Il exposa aussi ses idées sur 
l'origine des sources , et rappela , 
comme un exemple décourageant des 
aberrations d'un grand talent, l'hy- 
pothèse de Descartes, qui supposait 
que les eaux de la mer s'avancent, par 
des canaux secrets, jusque dans le cen- 
tre des montagnes , pour y subir une 
sorte de distillation , sous l'action 
puissante des feux souterrains. En 
17 Go, l'abbé Snallanzani, ne voulant 
as s'éloigner de sa famille, préféra 
es offres de l'uuivcrsité de Modène 
aux invitations de celles deCoïmbre, 
de Parme , de Césène; et les mêmes 
considérations l'engagèrent, quelques 
années plus tard, à refuser les pro- 



l 



positions avantageuses qui lui furent 
adressées au nom de l'académie de Pé- 
tersbourg. Plus occupe de ses éludes 

Sie de sa fortune, il lit paraître une 
issertation sur la théorie des rico- 
chets , pour prouver que le rejaillis- 
sement de la pierre doit être moins 
attribue à la réaction du liquide frap- 
pe , qu'au changement de direction 
imprimé au mobile , lorsqu'il rebon- 
dit sur l'eau, en vertu de la première 
impulsion. On voit que Spallauzani , 
égaré dans sou propre paralogisme, 
confondait l'cRet avec la cause, et 
qu'il n'avait pas assez médite sur la 
propriété élastique des fluides. 11 
était alors plus particulièrement oc- 
cupé des phénomènes delà physique 
traîna le, dont il annonça quelques 
découvertes, dans un Prospectus pu- 
blie en i-t>8. L'histoire des animaux 
à sang froid offre peu de faits aussi 
remarquables que la reproduction 
des membres coupés. En esquissant 
le plan d'un grand travail sur une re- 
cherche aussi ténébreuse, le professeur 
de Modènc confirma les régénérations 
multipliées du polype, du ver de ter- 
re, et la réparation de la queue, 
des pattes et des mâchoires enlevées 
à la salamandre aquatique. Spallan- 
gani avait aussi avancé que l'escargot 
reproduisait sa tête; et quoique Près - 
ciani ait rigomeusment prouvé que 
l'organe cérébral n'avait jamais été 
compris dans les amputations opé- 
rées par le savant modenais, on ne peut 
regarder sans étounement cette régé- 
nération partielle d'un membre , 
pourvu d'un appareil organique très- 
compliqué (i). La physiologie de 



Hailer vint engager Spallaniani dans 
les mystères de la circulation du 
sang. l'iOiilinii-ieur des expériences 
de Malpighi ( F. ce nom, XXVI, 
4o8 1 et du physiologiste de Heine, 
il employa dans ses observations, 
l'appareil de Lyonnct, très-supé- 
rieur aux microscopes ordinaires. 
Parmi ses autres avantages , le plus 
réel est de pouvoir contempler le 
mouvement ou sang à la lumière re'- 
lléchiequi l'emporte sur la réfractée, 
en ce qu'elle n'altère point la couleur 
des objets. On est d'ailleurs maître 
de suivre le système vaseutaire dans 
tout son trajet , sans le déplacer de 
sa disposition naturelle, ni le tendre, 

Earmi procédé barbare, comrnedans 
i méthode de Lieblrkdbn ( For. 
ce nom , XXIV , 4Ci3 ). Avant Spal- 
lanzani , le cours du sang n'avait été 
observé que dans le mésentère; il 
l'a suivi (Lins le tube intestinal , dans 



lefo 


e, la rate, le ventricule, l'organe 


pu!n 


onaire, etc 


Il a e 


xaininé les 


progrès de la circulatîoi 


, à mesure 


que 


es canaux 


rléneli 


et veineux 


se développent , 


que le 


cœur aug- 




' i.l énergie 




ui ;il prend 


dcl 




it. llaa 


mai calculé 


lesv 


cissitiides d 


la cire 


ration lin- 




guissaiile, la cause de la pulsation des 
artères des animaux à sang froid. 11 
s'est trompé pourtant , en supposant 
qu e I e m o u v e m er: t c i rc ii 1 a toi re du sa ng 
était indépendant de la contraction des 
artères. D'à près la remarque des plus 
profonds anatomistes , et de fiarihez 
surtout , le tissu libreux de ces vais- 
seaux acquiert plus de solidité et de 
consistance à mesure qu'ils s'éloi- 
gnent du centre de la circulation, 
qui est le coeur; comme si la nature, 
en augmentant la force contractile 
de leurs parois , eût voulu balancer 
les pertes de mouvement causées par 
les obstacles que le sang rencontre 




1^2 



SPA 



sur son passage. La publication de 
cet ouvrage accrut la célébrité de 
l'auteur , qui fut invite* à occuper la 
place de professeur d'histoire na- 
turelle à Pavie. En arrivant dans 
cette université, il prit pour texte de 
ses leçons la Contemplation de la 
nature de Charles Bonnet , dont il 
développait les idées, confirmait les 
théories et remplissait les lacunes. 11 
traduisit cet ouvrage en italien, et y 
a jouta une préface, dans laquelle il si- 
gnalait les faits les plus importants de 
l'économie animale et végétale. Obli- 
gé d'exposer le système de ce natura- 
liste sur la génération des corps or- 
ganises, il sentit la nécessite de se li- 
vrer à de nouvelles recherches. Dans 
le premier volume de ses Opuscules 
de physique, qui parut en i 77O, il ex- 
posa ses hypothèses sur les animalcu- 
les infusoircs. Bulïbn ne voyait en 
eux ni forme constante, ni organisa- 
tion dc'termi née : il leur contestait les 
a ttribnts de l'animalité, et les a ppela it 
molécules organiques , ne les admet- 
tant que comme les bases constituan- 
tes des corps. 11 ressuscita , sans s'en 
douter, les forces plastiques de la 
nature , en supposant ces corpuscules 
mus et travaillés dans l'intérieur de 
certains moules , par une puissance 
occulte mais éternelle. Un anglais 
{Voy. Nledham, XXX, 29) appuie 
fortement ce brillant rêve: il 1 envi- 
ronne d'un appareil éblouissant d'ex- 
périences microscopiques , il substi- 
tue au mot vague et insignifiant de 
moule intérieur, celui de force vé- 
gélatrice y et il n'hésite pas a lui rap- 
porter tous les phénomènes des fonc- 
tions de l'économie animale. Mécon- 
tent des remarques de Spallanzani , 
qui renversaient \ts bases de son sys- 
tème, Ncedham le traita sans ména- 
gement dans les notes ajoutées à une 
Traduction française des Recherches 



SPA 

sur tes animaux microscopiques. Le 
naturaliste de Pavie démontra, par 
de iiouveilcs expériences , que les 
animalcules infusoircs sont produits 
par des germes , et qu'il y en a 
qui bravent les froids les plus ai- 
gus et la chaleur la pTus élevée. Il 
traite, à celte occasion, de l'influence 
du froid sur les animaux , et il prouve 
que l'engourdissement léthargique de 
quelques espèces , pendant l'hiver , 
ne dépend point , comme on l'avait 
supposé, de l'impression que le sang 
peut en recevoir. Dans le second vo- 
lume il relève plusieurs erreurs de 
Lccuwcuhocck {F. ce nom, XXIV, 
3(5*2 ) sur les animalcules sperma ti- 
ques, réfute Liuné, qui les regardait 
comme des parties salines , et Bu (Ton, 
qui les a confondus avec ceux d'in- 
fusion. II descend ensuite dans les 
plus grands détails sur le Rotifèrc 
et le Tardigrade , ces colosses du 
monde microscopique , singuliers par 
leur forme, par leur organisation, 
mais plus singuliers encore par la fa- 
culté qu'il ont de recouvrer la vie 
après une suspension totale de tous 
sas actes visibles , pendant plusieurs 
années. Le gouvernement venait de 
placer Spallanzani à la tète du ca- 
binet d'histoire naturelle de Pavie, 
en lui accordant une somme an- 
nuelle destinée aux achats qu'il juge- 
rait convenables pour l'augmenter. Il 
commença par négocier l'acquisition 
de la collection de vers de Goetze 
( Voyez ce nom , XVII , 597 ) , et il 
entreprit ensuite différents voyages 
pour compléter les échantillons des 
trois règnes , entassés dans le Mu- 
sée sans ordre et sans discerne- 
ment. En 1779 , il parcourut la 
Suisse, et vint à Genève , où il passa 
un mois dans la société de ses amis , 
Tremblcy, Bonnet , Saussure et Sc- 
nebicr. Il retourna en Italie par le 



SPA. 

è 

Saint - Gotha rd, après être allé à 
Berne rendre hommage aux cendres 
le Ha lier. Obligé d'expliquer à ses 
•lèves le mécanisme delà digestion , 
I répéta les expériences de Beau- 
mut sur les ciseaux gallinacés; et il 
ftablit : que les sucs gastriques sont 
l'agent direct et immédiat de la 
ligestion ; qu'ils n'agissent ni par 
fermentation , ni par putréfaction , 
nais qu'ils opèrent sur les aliments 
me véritable dissolution de leurs 
principes constituants. Afin de mieux 
xiaircir la théorie de cette fonction , 
j tourmenta ses propres organes -, et 
sedévoua courageusement à une mul- 
titude d'essais qui auraient pu porter 
ttteinte à sa vie. 11 osa introduire dans 
(on estomac divers aliments envelop- 
pes dans des sacs de toile : il avala 
usqu'à des tubes remplis de subs- 
inces , qui furent digérées sans le 
wours d'aucune trituration exer- 
e par les muscles de l'estomac. Il 
t même recours à des digestions 
tificielles , faites, dans des verres, 
• table , en mêlant les aliments 
chés avec le suc gastrique qu'il 
itdu ventricule des animaux. Ces 
ériences furent attaquées par Hun- 

ri eut le tort d'affecter un trop 
mépris pour le professeur de 
e. Celui-ci se vengea en relevant 
amertume les erreurs de son 
;oniste , qui jurait rendu un 
prand service à la physiologie 
fût borne à lui reprocher l'oubli 
ru'il faisait de l'action nerveuse 
•uvre de la digestion. Les au- 
ras ont laisse à peine des conjec- 
ur l'acte auquel est attachée 
agation des espèces. Harvcy, 
ti , Graaf , Vallisnîcri , n'a-* 
oulevé qu'un coin du voile 
îaturc s'est enveloppée. Les 
obtenus par Haller étaient 
> plus satisfaisants ; mais 



SPA a4 

une partie de ses opinions n'avait pa 
été approuvée* des savants. Spallan 
zani , qui aimait à traiter les ques- 
tions les plus difficiles, embrassa la 
défense de la préexistence des ger- 
mes. Il crut avoir prouvé celle des 
têtards dans les grenouilles, les cra- 
pauds et les salamandres, avant leur 
fécondation. M. Lacépède s'éleva 
contre cette assertion , et soutint que 
les globules visqueux que pond la gre- 
nouille sont de véritables œufs , for- 
més par des membranes si fines et si 
transparentes , que l'on peut aperce 
voir tous les mouvements de l'em- 
bryon. En 1 792, la société pbilomali-, 
que de Paris nomma une commission 

{)Our constater les expériencesdeSpal 
anzani, dont les hypothèses ne furent 
point conûrmées ( Voy. Annales de 
Chimie, tome xu ). Il avait encore 
opéré des fécondations artificielles 
sur les grenouilles , et même sur une 
chienne : expériences qui l'exposè- 
rent aux railleries des oisifs , mais 
ui pourraient bien avoir un jour 
es résultats importants. Frappé des 
analogies qu'il avait si souvent re- 
marquées entre les animaux et les 
végétaux , il étendit ses recherches 
sur tout le règne organique : il mon- 
tra la graine dans les fleurs avant 
rémission de leur poussière fécon- 
dante ; et par une anatomie très- 
délicate, il mit sous les yeux du lec- 
teur , la silique , les graines avec les 
lobes et la plantulc du svartium 
junceum en fleur : il les suivit dans 
leur développement , avant et après 
la fécondation , et il ne fut plus per- 
mis de douter que la graine et ses 
enveloppes n'existassent long-temps 
avant l'épanouissement des boutons , 
et par conséquent bien avant qu'elles 
fussent fécondées. Spallanzani pro- 
fita des fériés académiques de i jijf, 
pour faire un voyage , dont l'ac- 

16.. 



ï 




*44 



SPA 



croisement du Musée de Pavie était 
le but principal. Il côtoya les bords 
de la Méditerranée , depuis Mar- 
seille jusqu'à Livourne , et il ajouta 
une foule de faits curieux à l'His- 
toire des mollusques , des alcyons , 
des millépores , des madrépores , 
des gorgones , des corallines. II tâ- 
cha aussi d'expliquer la lumière noc- 
turne de la mer , qu'il considère 
comme un effet de la phosphores- 
cence d'une infinité d'animalcules qui 
nagent sur la surface des ondes. Il 
revint à Pavie , avec une immense 
récolte de poissons , de crustacés , 
de testacés , qu'il déposa dans le ca- 
binet dont il avait la direction. Les 
années suivantes, il visita les côtes 
de l'Istrie, et les montagnes des Apen- 
nins, où il fut témoin des orages 
terribles , et de la vapeur singulière 
qui ont rendu l'année 178^ si mé- 
morable dans les annales de la mé- 
téorologie. A la mort de Vallisnicri, 
l'université de Padoue offrit la chaire 
d'histoire naturelle à Spallanzani , en 
lui promettant des honoraires plus 
considérables que ceux dont il jouis- 
sait à Pavie. L'archiduc Ferdinand , 
3ui gouvernait alors la Lombardic , 
oubla la pension du professeur , et 
lui accorda la permission d'accom- 
pagner , à Constanlinople , le cheva- 
lier Zuliani, qui venait d'être nommé 
baile de la république de Venise. 
Spallanzani s'embarqua le 11 août 
1785 ; et pendant la traversée, il fit 

Slusieur* observations sur les pro- 
uvions marines , sur le choc de la 
torpille , sur les trombes de mer , sur 
les fossiles de l'île de Cerigo , et sur 
d'autres faits géologiques des îles de 
la mer Ionienne et de l'Archipel. Ar- 
rivé, le 11 octobre, dans la capi- 
tale de l'empire Othoman , il se li- 
vra à l'examen des phénomènes phy» 
siques et moraux d un pays si oiffe- 



SPA 

rent de celui qu'il venait de quitter. 
Il parcourut les bords des deux mers, 
gravit les collines voisines , alla aux 
îles de Calki et des Princes , où il 
découvrit des mines de cuivre et de 
fer, et descendit dans la plaine de 
Troie , pour visiter les lieux célébrés 
par le chantre d'Achille. Après un 
séjour de onze mois, il chargea sur 
un vaisseau les productions de tout 
genre qu'il avait ramassées ; et il 
affronta les périls des provinces mu- 
sulmanes j pour explorer un pays si 
peu connu sous le rapport de l'his- 
toire naturelle. Il s'arrêta neuf jours 
à Bukharest , dans le palais du célè- 
bre et infortuné Mauroyéni , hospo- 
dar de Yalakie. Ce prince , ami 
des sciences , lui fit l'accueil le plus 
gracieux et lui fournit des chevaux 
et une escorte pour parcourir sans 
danger toute l'étendue de ses états. 
Spallanzani passa par Hermanstadt, 
et séjourna quelque temps en Hon- 
grie, a fin de reconnaître les nombreu- 
ses mines de ce royaume. Joseph II 
le reçut, à Vienne, avec la plus 
grande distinction. On l'accusait alors 
d'avoir soustrait quelques morceaux 
rares du cabinet de Pavie ( Pojrcz 
Scopoli ) ; mais l'empereur refusa de 
croire que celui qui n'était occupé 
que d'enrichir cette belle collection, 
en fût devenu le spoliateur. L'inno- 
cence de Spallanzani fut proclamée 
par un edit impérial , et le savant 
professeur , après une absence de 
vingt-un mois, revint à Pavie, où il 
fit une entrée presque triomphale au 
milieu des acclamations universelles. 
Plus iltravaillaità compléter le musée, 
plus il y apercevait de lacunes. Les 
1 produits volcaniques surtout y étaient 
sans suite, sans intérêt, et muets pour 
l'instruction. Voulant c tabler ce vide, 
il prit la résolution de se transporter 
sur les lieux où les feux des volcans 



I 



T 



SPA 
déploient , depuis des siècles , leur 
désolante énergie. 11 partit pour Na- 
ples , dans l'été de 1 788 , impatient 
de visiter le Vésuve , et desiraut être 
témoin de quelque forte éruption. Sa 
curiosité ne tarda pas à être satis- 
faite. Les flancs du volcan s'ouvrent, 
et ils répandent des torrents de lai e 
sur les campagnes voisines. Spailan- 
lani s'achemine à la lueur des flam- 
mes , pour voir de près cette affreuse 
catastrophe. Il s'embarque ensuite 
pour la Sicile, escalade les sommets 
de l'Etna , et termine sa course aux 
îles Éolicnncs , que Dolomieu avait 
déjà visitées. Les volcans et les mi- 
néraux ne sont pas les seuls objets 
qui le frappent ; il embrasse , d'un 
eoup-d'œil , toutes les productions de 
ces contrées ; étudie les mœurs et les 
usages des habitants , calcule leur 
population T examine leur commerce, 
leur agriculture , leur industrie. Il 
s'approche de Scy 11 a etdeCharybde, 
et traverse , sur un frêle bateau , les 
flots écumanls qui mugissent autour 
de ces deux écueils célèbres par tant 
de naufrages, et rendus plus redouta- 
bles encore par l'imagina tiun des poè- 
tes. C'est ainsi qu'à l'âge de soixante 
ans, il recueil litceltefouled'anecdotes 
qui remplissent ses ftffttges , dans 
lesquels il a su lier la littérature an- 
cienne avec l'histoire naturelle , et les 
récits de Virgile, de Diodore, de 
Strabon , avec ses propres observa- 
dons. Cet ouvrage est terminé par 
des recherches intéressantes sur les 
hirondelles , dont il fait connaître tes 
mœurs, le vol et les migrations. 11 dis- 
cote aussi lefameuxproblèmede leur 
engourdissement pendant l'hiver, et 
prouve quedesfroidsartificielsbeau- 
coup plus rigoureux que ceux denos 
climats, ne parviennent jamais à met- 
tre ces oiseaux dans un état léthargi- 
que. En 1791, il adressa une lettre à 



SPA j,;5 

l'abbé Forlis , sur l'hydroscope Pen- 
nct,qui l'avaitséduit d'abord par ses 
jongleries. Haisdouéd'un esprit juste 
etd un œil observa teur, il ne tarda pas 
à rester convaincu que nul rapport 
cache* n'existe entre le système ner- 
veux de l'homme, et ces sources abon- 
dantes que la terre recèle dans ses en- 
trailles. En i-i|5,il publia ses idées 
sur un nouveau sens dans les chauve- 
souris. Il avait remarqué qu'après 
leur a voir crevé les y eux, ces animaux 
volaient, se dirigeaient et évitaient 
les obstacles avec la mente adresse 
qu'auparavant. Cette première obser- 
vation le porta d'abord à les suppo- 
ser pourvus d'un sixième sens , dont 
l'analomie ne put jamais luidévoiler 
l'existence ; il chercha dès-lors à dé- 
couvrir si q 11 elqu'a utre organe rem- 
plaçait celui qu'on leur enlevait; et 
après beaucoup d'essais infructueux , 
il adopta les idées de Jurine, qui sem- 
blait persuade' que l'ouïe pourrait bien 
servir de guide à ces volatiles aveuglés. 
Mais les expériences postérieures de 
M. Vassatli-Éandi ont détruit cette 
hypothèse, et l'opinion la plus pro- 
bable est maintenant celle de M. Cu- 
vicr, qui croit que les chauve-souris 
se dirigent dans leur vol, à l'aidedu 
sens du toucher , qui réside princi 
paiement dans leurs ailes membra- 
neuses. Tous les ouvrages dont on 
vient de rendre compte ucreprésen- 
tent pas encore la suite des travaux 
de Spallanzani. 11 observait depuis 
long-temps les phénomènes de la res- 
piration; et il continuait ses expérien- 
ces sur les reproductions animales; il 
avait presque terminé la relation de 
son voyage à ConsUnlinople , et ras- 
semblé des matériaux considérables 
pour une Histoire de la mer. Ces 
grands services rendus aux sciences 
naturelles furent récompensés par les 
suffrages unanimes des savants. En 




246 



SPA 



France , en Angleterre , en Allema- 
gne , on s'empressa de traduire les 
écrits du professeur italien , et la plu* 
part des académies de l'Europe lui 
adressèrent le diplôme de son admis- 
sion. Saliceti , en passant par Pavie , 
lui offrit, au nom de la république 
française , la chaire d'histoire na- 
turelle au Jardin des Plantes , à Pa- 
ris , honneur auquel Spallanzani se 
refusa , s f excusant sur son âge avan- 
cé , mais étant probablement effrayé 
des désordres qui régnaient alors en 
France. Le 3 février 1799," il fut 
atteint d'une rétention d'urine , et , 
frappé d'apoçlexie au bout de quel- 
ques heures, il expira le 12 février 
1799. Ses ouvrages sont : I; Ri- 
jtcssioni intorno alla traduzione 
delT Iliade del Salvini , Parme, 
1760, in-8°. IL Lettere due so- 
pra un viaggio ne' monti del Reg- 
eiano , ed al lago di V entas so, dans 
le tome ix de la Nuova raccolla Ca- 
logeriana. III. Saggio di osserva- 
zioni microscopiche concernenti il 
sistema délia generazione , dijfeed- 
ham e di Buffbn , dans le même 
Recueil ; traduit en français avec les 
notes de Needham , parRégley , Lon- 
dres et Pari*, 1769, in-8°. IV. De 
lapidibusabaqud resilieniibus , dans 
le tome xcv du même Recueil de Ca- 
logerà. Les deux dernières Disserta- 
tions ont été réimprimées ensemble À 
Modène, 1765, in-4°. V. Sopra gU 
animali délie infusioni, esui nuovi 
pensamenti, in proposito di Need- 
ham , dans le 3 m «. vol. du Giornale 
à" Italia , Venise , 176-7. VI. Me- 
moria sopra i muli , Modène ,1768, 
in-8°. C'est un Recueil de disserta- 
tions sur les mulets de Bonnet , de 
Spallanzani, de Hcbenstreit et de 
Klein. VII. Dell' azione del cuore 
ne' vasi sanguigni , ibid. , 1 768 , 
in»4°. VIII. Prodromo d'un'. opéra 



SPA 

da imprimera sopra leriproduuoni 
animali , ibid. , 1 768 , in-8°. , trad. 
en français, en anglais et en allemande 
Foy. le Recueil de l'académie des 
sciences de Paris , année 1 768 , Hist., 
pag. 33. IX. Contemplazione délia 
natura , trad. du français , de Bon- 
net, avec notes et observations , ib. , 
1769 , 2 vol. in-8°. X. Prolusio ha- 
bita in regio Ticinensi gymnasio, 
ibid., 1770, in-8°. C'est la réfuta- 
tion des notes de Needham , sur un 
ouvrage de l'auteur. XI. Dc'femo- 
meni délia circolazione osservata 
nel girouniversale de 'vasi; — de'fe- 
nomeni délia circolazione langue*- 
te; — de moti delsangue indipendenti 
daW azione del cuore; — âelpulsar 
delT arterie , ibid., I7t3, in-4 a . 
trad. en français par Tournes , Paris, 
1800, in -8°., avec une Notice 
sur la vie littéraire de Spallanzani. 
XII. Opuscoli difisica animale e 
vegetabile , ibid. , 1776 , 2 vol. in- 
4°. , trad. en allemand par Donn- 
dorf , et en français par Senebier , 

Genève, 1777, a vo *' uv ^°-> avec 
une Introduction du traducteur, qui 
renferme l'histoire des découvertes 
microscopiques. XIII. DcUafecan- 
dazione artifiziale, dans le Prodro- 
mo délia nuova Enciclopedia italia- 
na. XIV. Dissertazioni difisica ani- 
male e vegetabile, Modène , 1 780, 2 
vol. in-4°. , traduit en français par 
Senebier, sous ce litre: Expériences 
sur la digestion , avec des considé- 
rations (du traducteur) sur la métho- 
de suivie par l'auteur dans ses expé- 
riences (2) , Genève , 1 783 , in-8*>. ; 
et Expériences pour servir à l'his- 
toire de la génération , ib. , 1 785 , 
in-8°. L'ouvrage a été aussi traduit 



(•*) C'est dans ce* Considérations qve Seaebier 
donne le détail des curieuses expériences d* H. A. 
Gomc de Genève, sur la digestion, qmi fo»t le 
complément de celle» de SptJUnuHii. 



SIM 



B4 , 3 volumes iu - 8°. 
Itati di espericme sopra 
uzione delta lesta nelle 
lerrestri. Dans le i l *. et le 
es Mèmorie délia società 

Vérone , î-rSa , iu-4". 
liera sidla jtxandazionc 
■ , e sufrclcttricità dellc 
, dans Ie6 1 '. vol. des Opus- 

dc Milan, i,83, in-4». 
•.Itéra relaliva a diverse 
imarine, ibid., tome vu. 
citera rclativa a diversi 
issili e montant , ibid. , 
XIX. Letteraapoltïgetica 
i ail' osservazioni di Hun- 
vations on certain parts 
ûmal aconomy ) , sulta 

, ibidem, tome tx. XX. 
oni topra alcuite trom- 
?, ibidem tome : 
opra un fulmin 
1., tome 3iiv. XXII. let- 

espertmenti di Pcnnel , 
III. Lettera mil eleitrî- 
ica e minérale di Pennet, 

vol. des Aiumli di chi- 
IrugnateW. XXIV. Bis- 
una lettera interna ail' 
animait', ibid., tome vu. 
cre al signor StxipulîUmu- 
OTofi(Pavie), t,Htf,in-8<>. 
devenues extrêmement ra- 
(sur une anecdote tres-pi- 
a vie littéraire de Seopoli. 
lorla on jour la dépouille 
]<lu animal , qu'on assu- 
ni mardier. Li! profes- 
s l'avoir bien examine , 
laîlre en loi les caractères 
elle espèce de ver dont il 
description à sir JuscpL 



*4 7 



.XXI. 



i.ir.1.. 



c que la traclicc-artèrc 



d'un oiseau. Ce fait «eut servir à 
expliquer l'inimitié oui exista entre 
Seopoli et Spallanzani.XXVI./'irtg- 
gi aile due Sicilic ed in alcune par- 
ti deW A pjtenmno , Pavic, 179a, 
6 volumes in-8"., traduits eu français 
( le i«. vol. par Toscan , cl les au- 
tres par M. Amaury-Duval ) , avec 
des notes de Faujas de Saint -Fond. 
XXVII. Lettere sopra ilsosprtto di 
un nuovo senso ne' pipistn-lU, Tu- 
rin, 1794, in-8". XXVIII. lettera 
sutla pivggia di sassi avvemila in 
Toscana , dans le iviu=. vol. des 
Oi'usctili scelti de Milan , 1 ,y4 C f. 
Soloahi). XXIX, Lettera intor- 
no ail' esperienze di Goettling , 
sutla chimica anti-Jlogtstica , ibid. , 
tome m. XXX. Dcserizione ed 
uso delT Eudiomctro di Giobert , 
ibidem. XXXI. Lettera sopra le 
piante clause ne vasi dentro l'ac- 
mtac V aria, etc., ibid. , tome xi, 
XXXII. Chimicofsamedcgtisperi- 
menti di Goettling sopra la hier 
dcl fosforo di Kunkcl, Nodène , 
ïyji, in-8». XXXIII. Lettera ml 
un amico diMantova, Pavic , i>j<)6, 
in-8". XXXIV. Lettera sutla 'di- 
geslione degli uecclli dapreda not- 
turtii, dans le un", vol. icsAnnali 
di chimica de Bruguatelli. XXXV. 
Lettera a Fan-Mans di Brusselles, 
Pavie, ijg8, tu-8". XXXVI. Mè- 
morie sulla respirazione , ouvrage 
Soslbume , Milan , i8o3, 2 vol. in- 
■'. Senebicren avait donne une Tra- 
duction française d'après le manus- 
crit inc'dit, Genève, ami , in-8°- 
XXXVII. Rapport de t'air atmos- 
phérique avec les e'trcs organises , 
tire îles Journaux d'observations et 
d'experittires de Spallnns-jui, par le 
même , avec quelques Mémoires de 
l'éditeur sur le même sujet, Genève, 
3 vol. in-8°. Le professeur 
. 18», a 






!»48 



SPA 



Bologne , l'édition complète des ou- 
vrages de Spalianzani , en 16 vol, 
in-8°. F. Tourdes , Notice sur la 
Vie littéraire de Spalianzani , in- 
8°. j — son Éloge par Senebier , 
dans le Magasin Encyclopédique, v c . 
année , tome m , pag. 3*28; — Autre , 
en italien y par Pozzetti, Parme, 1 800, 
in-4°. ; — Autre , en latin , par Fa- 
broni, dans les Vitœ Italorum, to- 
me xix, page 3q; et par M. Ali- 
bert , dans ses Eloges historiques, 
Paris , 1806, in-8°. ; — Brera , Sto- 
ria délia malattia e morte di Spal- 
ianzani , Pavie , 1 80 1 , ù>4°. ; — 
Manibus Lazari Spalianzani , ami» 
citiœ tessera et monumentum , cum 
append. , Bologne , 1 80 a , in-8°. ; 
— V Ombra di Spalianzani vendi- 
cata posta ad un operetta di Mar- 
tinenghiy Reggio, in-8°. A — g — s. 
SPANGENBERG ( Cvriaque ) , 
historien, naquit le \i juin 1028, à 
Nordhausen, où son père était le pre- 
mier pasteur luthérien. Il étudia à 
Witleubcrg, devint pasteur et ins- 

Secteur des écoles à Eisleben , puis 
oyen et chapelain à Mansfcld. Accuse 
d'être partisan de Flacius ( V. Fran- 
cowrrz),il fut destitué, en 1 5^5, de la 

Ïriace qu'il occupait depuis 11 ans. 
1 mourut à Strasbourg , le 1 o fé- 
vrier 1604. C'était un homme de 
beaucoup d'érudition, mais de peu 
de jugement ; et il fut une des prin- 
cipales causes des troubles et des 
scènes souvent sanglantes occasion- 
nées dans le comté de Mansfcld, par 
les disputes de Flacius. Il publia des 
Sermons sur les Cantiques de Luther, 
sous le titre de : Cithara Lutheri, 
etc. , etc. , Ei fur t , 1 58 1 , in - 4°- 
Ses ouvrages concernant l'histoire 
d'Allemagne ne sont pas dépourvus 
de mérite, et ont principalement con- 
tribué à le faire connaître. La plus 
grande partie a paru sous le titre de 



SPA 

Chroniûues. On y trouve principa- 
lement l'histoire de la Saxe, des com- 
tes de Henneberg, de Querfurth, 
etc. Z. 

SPANGENBERG (Augustb- 
Théophile ), évêque de la secte des 
frères Moraves , naquit , le 1 5 juillet 
1 704 , à Klettenburg , dans le comté 
deHohenheiiri', qf^sou père était pas 
teur. Il fréquenta le gymnase dlle- 
feld, et se rendit, en \nii , à Iena, 

Sour étudier le droit. Le professeur 
e théologie Buddeus , qui I avait pris 
en amitié , à cause de son application 
et de ses mœurs douces et estimables, 
contribua beaucoup à lui faire quit- 
ter l'étude du droit pour la théologie. 
En 17 26, il reçut le grade de docteur 
en philosophie , et commença ses 
cours publics. La connaissance qu'il 
fit, l'année suivante, du comte de 
Zinzendorf, eut une grande influence 
sur sa destinée, et l'engagea sans 
doute à visiter, deux ans plus tard , 
Herrnhut, pour y examiner l'éta- 
blissement de la nouvelle secte, dont 
le comte était le fondateur et le chef. 
Après y avoir passé deux ans, il se 
rendit a Halle, où il fut place' comme 
adjoint de la faculté de théologie et 
inspecteur des écoles de la maison 
des Orphelins. Il donna sa démission 
de ces deux places dès l'année sui- 
vante, et revint à Herrnhut, où il 
se fit recevoir membre de la so- 
ciété de ce nom. A peine y était - il 
resté quelques mois, qu'il fut chargé 
d'accompagner jusqu'à Copenhague, 
sous le titre d'assistant de la société 
des frères Moraves, une petite colo- 
nie de frères , destinée pour Sainte- 
Croix , île des Antilles. Dès cette e'po- 
que, toute sa vie fut consacrée à prê- 
cher et à répandre sa doctrine en 
Europe et en Amérique. Il se ren- 
dit, en 1 735, pour la première fois , 
dans le nouveau monde , et y resta 



SPA 
jusqu'en 1739. Après avoir travaillé 
à l'établissement de la nouvelle colo- 
nie dans la Géorgie, a l'instar de l'é- 
tablissement central d'Herrnhul, il 
visita la Pennsylvanie, puisla mission 
de frères fondée a l'île danoise de 
Saint - Thomas , en faveur des pau- 
vres esclaves noirs. A son retour en 
Europe? il déploya la même activité 
et le même zèle, séjournant tantôt m 
Angleterre, tantôt en Allemagne, vi- 
sitant les différents établissements, 
et cherchant à les consolider par ses 
conseils et par des règlements et ins- 
tructions dont il fut chargé par la 
direction - générale. Il aida à fonder 
un établissemen tdefrèiesdansle com- 
té d'York , assista à plusieurs con- 
férences et synodes en Allemagne, et 
accepta la place de diacre - général 
de tous les établissements. En 1 "j45 
fut élu évèque de l'uni té-des-frères, 
(nom collectif sous lequel les Herra- 
hates comprennent tous les indi- 
vidus de leur secte ) , et envoyé , 
pour la seconde fois , en Améri- 
que, comme premier inspecteur de 
tous les établissements des frères 
parmi les Anglais et les nations sau- 
vages.II y resta jusqu'en t^^eteut 
la sa tisfactionde voir prospérer, sous 
ses veux , plusieurs établissements 
composés de familles indigènes d'In- 
diens. De retour en Europe , il fut 
chargé, en f]5i , d'une troisième 
mission en Amérique. Pour avoir une 
conférence avec le comte de Zinzen- 
dorf , à Londres , il quitta , en 1 -j53, 
l'Amérique, qu'il regardait comme 
une seconde patrie. Cependant, après 
un séjour de sept années consécuti- 
ves , les fatigues de la carrière qu'il 
parcourait commencèrent à lui pa- 
raître dures, et il désira retourner 
en Europe. La mort du comte de 
Zinzendorf, arrivée en 1760, hâta 
. La direction - générale 



' SPA a4g 

appela Spaneenberg au conseil su- 
prême des Hernihutes , où toutes 
les affaires des frères Moiaves sont 
jugées et décidées en dernier ressort. 
Il arriva à Herrahut vers la lin de 
176'j. En 17(141 ■' obtint encore 
l'inspection - générale des établisse- 
ments de la Manie- Lusace, el passa 
la plupart du temps, jusqu'en 1761), 
avec les membres de la direction-gé- 
nérale, à Zcitz, eu faisant , pendant 
cette époque , dillcretits petits voya- 
ges en Allemagne et en Hollande. En 
17*19, il revînt, avec les membres 
de la direction-générale , à Herrnhut. 
11 séjourna depuis, tantôt dans cette 
ville, tantôt à Barby, où la direction 
spéciale du séminaire destiné à l'édu- 
cation des frères qui se rouaient à 
l'état ecclésiastique et à celui des 
missions chez les peuples païens , 
l'occupa particulièrement; et il se 
chargea, malgré son âge, de toutes 
les fonctions importantes que la di- 
rection-générale lui confia. En 1789, 
il accepta encore la place de pré- 
sident de la direction -générale, If 
première dans l'organisation inté- 
rieure de cette secte; et deux ans 
plus tard il s'établit, avec la di- 
rection, à Berlholsdorf , près de 
Herrnhut, où il mourut, le 18 sep- 
tembre 179^, à l'âge de quatre- 
vingt-neuf ans, sans laisser d'enfants, 
quoiqu'il eût été marié deux fois. I] 
avait servi les intérêts de la secte, 
pendant soixante ans, avec le plus 
grand zèle et une rare habileté , sur- 
tout dans les dernières époques de 
sa vie. Son caractère aimable , sa 
probité , la pureté de ses mœurs, lui 
avaient concilié l'estime des honnêtes 
gens de toutes les croyances. Ce fut 
par lui que, dans tous les états pro- 
testants de l'Europe , même en Rus- 
sie , les Moraves obtinrent ta per- 
mission de suivre leur culte, ce dont, 




a5o 



SPA 



au reste, aucun gouvernement n'eut 
jamais à se plaindre. Parmi les écrits 
de Spangenberg , on remarque la 
Biographie du comte Nicolas-Louis 
de Zinzendorfy en 8 vol. in - 8°., 
Barby, 1772-75. L'ouvrage suivant 
mérite une attention particulière, 
parce qu'il contient l'exposition la 
mieux faite delà doctrine des frè- 
res, et parce qu'il jouit d'un grand 
crédit parmi eus. : Idea fidei Fra- 
trum , ou Résumé de la doctrine 
chrétienne dans la communauté 
évangélique des Frères , Barby , 
1779, in- 8°. La Traduction sué- 
doise parut, en 1782. in-8°. , et la 
Traduction anglaise, faite par La- 
Trobe, à Londres, 1785 , in -8°. Le 
Précis de sa Biographie, compose' 
par lui - même , à l'âge de quatre- 
vingts ans, se trouve dans les Ar- 
clùves pour l'histoire de V Église , 
dans les derniers temps , par Hen- 
ke, vol. 11, cahier 3. 11 a servi de 
base, quant aux faits, à la biogra- 
phie qui a paru sous ce titre : Fie 
de A, -Th. Spangenberg, évéque de 
l'Eglise évang. des frères , par J. 
JRisler , Barby , 1 794 , in-8°. Z. 

SPANGENBERG ( George- Au- 
guste ) , professeur de droit à l'uni- 
versité' de Gbttingcn , naquit dans 
cette ville, le 4 décembre 1738, et 
se fit connaître par les soins qu'il 
donna à l'édition du Corpus juris ci- 
vilisdc Gebauer. Son travail, dont 
le premier volume parut à Gbttin- 
gcn, 1776, in-4°., et le second en 
1797, même format, fut sévèrement 
critiqué par Kochler , qui avait d'a- 
bord été appelé par Gebauer, com- 
me collaborateur , et qui fut écarte 
après sa mort. Ce critique publia un 
Examen des deux volumes, et dé- 
montra qu'ils ne répondaient point a 
ce qu'on en avait attendu. wSpangcu- 
berg mourut le 4 mars 180G. Z. 



I 



SPA 

SPANHEIM ( Frédéric ) , théo- 
logien protestant , naquit dans la 
ville d'Amberg , le I er . janvier 1600. 
Son père, conseiller ecclésiastique 
de l'électeur palatin , jouissait d'une 
considération méritée. Après avoir 1 
achevé ses études à l'académie de 
Heidelberg , où il acquit des connais- 
sances étendues dans les langues et 
la philosophie , il se rendit, en 1 6 1 9 , 1 
à Genève pour y faire son cours de j 
théologie. Bientôt après, la guerre dé- - 
sola le Palatinat. Dans le dessein d'à- : 
doucir les charges desa famille , il en- 
tra comme précepteur chez le com- 
mandant d'Embrun, qui le garda 
trois ans. De retour à Genève , il y 
termina ses cours , puis fit le voyase 
de Paris, où il avait un parent mi- 
nistre de Gharenton , qui le détourna 
' d'accepter la chaire qu'on lui offrait 
à Lausanne. Il visita l'Angleterre 
en i6^5, revint, Tannée suivante, 
à Genève, et y obtint au concours , 
la chaire de philosophie. Un ma- 
riage qu'il contracta , peu de temps 
après , avec une demoiselle qui des- 
cendait du célèbre Budé , Je fixa 
dans cette ville. Admis au nombre 
des pasteurs, il succéda dans la chaire 
de théologie , en i63i , à Ben. Tur- 
retin. Les talents que Spanheim dé- 
ploya dans la carrière de l'enseigne- 
ment, étendirent au'loinsa réputation. 
Plusieurs académies d'Allemagne et 
de Hollande se disputaient l'avantage 
de le posséder: la jalousie qu'il con- 
çut des succès d'un de ses nouveaux 
collègues , Alexandre Morus , le dé- 
cida, dit-on, à quitter Genève. Le 
conseil fit de vains efforts pour le 
retenir; et il reçut, en partant , des 
preuves multipliées de rattachement 
quelles habitants lui portaient. Il 
arriva , sur la (in de l'année i(»4?, à 
Levdc , où il soutint et accrut enco- 
re Vidée qu'on avait de sa capacité; 



SPA 
tpuisé de travaux , il tomba 
e et moui-ut le 3o avril i(i4y. 
t un homme instruit et labo- 
,.niais animé d'un lèle farou- 
ussi prit-il une part active aux 
ea religieuses qui troublaient 
a Hollande. Malgré les devoirs 
place , et quoiqu'il fût astreint 
réquentes visites , il entretenait 
irrcspoudance active avec les 
Es. Outre des Sermons, des 
ignés , un abrégé de la Part- 
ie de Charnier (fcjf. ce nom , 
i i4)r et quelques ouvrages 
giques, qui n'oQ'rent plus au- 
itérét, dont on trouvera les 
dans les Mémoires de Niceron, 
ixix , et dans l'I/ist. littéraire 
mève, parSeuebicr , n , 193, 
de Spauhcim : 1. Le Soldat 
is, ou l'histoire de ce qui s'est 
en Allemagne , depuis l'entrée 
de Suède ( Gustave-te-Grand ) 
A sa mort, Geuéve , it>33, 
H. Le Mercure suisse, iUià. , 
, in-8 D . III. Commentaire kis- 
ie de la vie. et de la mort de 
:opbe vicomte ( 1 ) de Dbona , 
i63 9 ,in-4«.IV. Le Tableau 
princesse, représentant divers 
res et intrigues de nos temps , 
10m de ville et sans date, in-4°. 
n*, Bib. lib. rarior.); réimprimé 
* titre : Mémoires sur la vie et 
rt de l'cli'clricel'.ilatiiie (Louise- 
ine ) , née princesse d'Orange , 
: , 1 645 , même format. V. Dia- 
historica de originc,progressu 
tis anabaptistarum , FraneLer, 
, à la suite de l'ouvrage de 
oppenburg , Gangrœna ikeo- 
anabaplisticœ ; traduit en 
is , Londres, i(3j6 , iu - 4". 
heim laissa sept enfants , dont 



SPA a5 1 

les deux aines te sont acquis , ea mar- 
chant sur ses traces , un grand num 
dans les lettres. Indépendamment des 
auteurs cités , on peut consulter, pour 
plusde détail, Freher, Theatr.viror. 
illustrium.i, J4J, et le Dict. de 
Baylc , ainsi que le Supplément de 
l'abbé Jolly , où l'on trouve uue épi- 
taphe singulière du .Spanlieiin. VY — s. 
5PANHE1M t ÉsBOTO- ) .numis- 
mate , et l'un des plus illustres phi- 
lologues du dix-septième siècle , était 
l'aîné des lils du piéccileni, et naquit 
a Genève le 7 décembre îGag. II 
s'appliqua dès son enfance à l'élude 
des langues , et y (it de rapides pro- 
grès. Son père, nommé professeur de 
théologie à l'académie de Lcjde, le 
conduisit, en jti^a, dans cette vil- 
le où Eiécbicl perfectionna ses con- 
naissances par la fréquentation des 
savants. Il avait dès-lors tant d'éru- 
dition, que Saumaisc Je jugea en 
état de donner l'Anthologie grecque 



1 lai 



e.As. 



ndt^H^mV'" 



I Uirisl. il Dbuni. 



il combattit, dans des thè; 
rent imprimées, le sentiment de Louis 
Cappel ( V. ce nom , VII , 79 ) sur 
les caractères hébreux. Cappel avait 
avancé que les caractères perdus par 
les Juifs , ont clé conservés par les 
Samaritains ; et dans la suite, Span- 
beim se repentit d'avoir attaqué 
légèrement une opinion que parta- 

Eent les plus savants orientalistes, 
a piété filiale l'obligea , bientôt 
après , de défendre le dernier écrit 
de son père sur la Grâce universel- 
le , contre les critiques de Moïse 
Amyrault. Le desir de revoir sa pa- 
trie l'ayant ramené à Genève , on 
lui offrit la chaire d'éloquence a l'a- 
cadémie. Il en prit possession , en 
1 65 1 , par deux Discours latins sur 
la Crèche et sur la Croix de J.-C; 
mais il ne l'occupa que quelques 
mois. D'après sa réputation , l'clec. 




a5a 



SPA 



leur palatin, Charles-Louis, le nom- 
ma gouverneur de son fils unique , 
avec un traitement honorable. Span- 
heim consacrait à l'étude tous les 
loisirs que lui laissait cet emploi , 
et il devint fort habile dans le droit 
public d'Allemagne. Ses talents et 
ses qualités personnelles le ren- 
daient de jour en jour plus cher à Té- 
lecteur, qui finit par l'investir de 
toute sa confiance. Envoyé par ce 
prince en Italie , pour étudier la po- 
litique et les intérêts des différentes 
cours de la Péninsule , il visita suc- 
cessivement Florence , Mantoue , 
Parme, Modène et Rome, où il re- 
çut des témoignages multipliés de 
bienveillance de la reine Christine de 
Suède et de la princesse Sophie , 
sœur de l'électeur palatin. Les fonc- 
tions dont il était revêtu ne l'empê- 
chèrent pas de se livrer avec une ar- 
deur infatigable à l'étude de la nu- 
mismatique et aux recherches d'anti- 
quités. Toujours entraîné par le de- 
sir d'apprendre , il se renaît de Ro- 
me à Naples , en Sicile et jusqu'à 
Malte. Une revint à Heidclberg qu'en 
i665. Dès ce moment il ne cessa plus 
d'être employé par l'électeur daus les 
affaires les plus importantes. Son goût 
ou plutôt sa passion pour l'étude ne 
nuisit jamais a ses devoirs; et par une 
sage distribution de sou temps, il sa- 
vait trouver du loisir pour les recher- 
ches d'érudition et pour les travaux 
de la diplomatie. Envoyé successive- 
ment aux conféreuces d'Opoenheim 
et de Spire, et au congrès de Bréda , 
Spanhcim fut ensuite nommé rési- 
dent de l'électeur en Hollande et en 
Angleterre. L'électeur de Brande- 
bourg ayant, en 1G77 , rappelé l'en- 
voyé qu'il avait à Londres , char- 
gea Spanhcim d'en remplir les fonc- 
tions , et fut tellement satisfait de la 
maniècedont il s'en acquittai qu'il do- 



SPA 

sira l'avoir entièrement à son service. 
L'électeur palatin ne consentit qu'avee 
peine à se priver d'un ministre dont 
il connaissait le zèle et les talents. 
Dès l'année suivante, Spanheim vint 
en France avec le titre d'envoyé' ex- 
traordinaire de l'électeur de Brande- 
bourg 9 et remplit, pendant neuf ans, 
ce poste , qu'il revint occuper , en 
1697, après la paix de Riswyck. 
Son maître ayant été reconnu rot 
de Prusse , le créa baron et k 
nomma son ambassadeur à Lon- 
dres, en 1702. Spanheim mourut 
dans cette ville , le 7 novembre 1 7 1 o , 
à l'âge de quatre-vingt-un ans , et 
fut inhumé dans l'abbaye de West- 
minster. 11 était membre de la société 
royale de Londres. Sa bibliothèque 
riche en livres classiques , dont plu- 
sieurs étaient annotés de sa main, fut 
acquise par le roi de Prusse et placée 
à Berlin dans un local particulier. 
Ses principaux ouvrages sont : I. 
Thèses contra Lud. Capellum pro 
antiquitate litterarum hebraïca* 
rum , Leyde, i645 , in-4°. IL Dis- 
cours sur la Crèche et sur la Croix 
de N. S. J.-C. , Genève , 1 655, in-8<\ 
Spanheim avait, comme on l'a dit, 
prononcé ces discours en latin ; il les 
traduisit lui-même en français , lan- 
gue qu'il aimait beaucoup. 11 retou- 
cha depuis le Discours sur la Cri' 
che, et le fit imprimer à Berlin, en 
1 645, in- 1 2 . 1 II . Les Césars de V em- 
pereur Julien y trad. du grec, avec 
des remarques et des preuves illus- 
trées par les médailles et autres an- 
ciens monuments, Heidelberg , 1660 , 
in - 8 a . ; Paris , i683 , in -4°- î 
Amsterdam, 1728, même format. 
Celte édition est la plus recherchée 
{Voy, Julien, xxii , i4t.) La BJé- 
terie dit que la version de Spanheim 
ne ressemble à l'original que comme 
un squelette à un corps humain. IV. 



SPÂ 

Dissertationes de prœstantid et 
I usu numismatum antiquorum , 
' Rome, ip64, in-4°. ; Pans, 167 1 , 
même format; Londres et Anisterd. , 
1706-1*7 y in-fol., a vol. Il existe, de 
cette belle édition, desexemplaires en 
grand papier, qui sont fort rares. Cet 
ouvrage contient treize Dissertations, 
adressées à Ottavio Falconieri ( F. 
ce nom ) , dans lesquelles l'auteur 
s'attache à montrer l'importance des 
médailles et leur utilité pour expli- 
quer l'histoire, et en remplir les 
lacunes. C'est un trésor d'érudition ; 
et Ton ne peut trop regretter que 
Spanheim n'ait pas eu le loisir de 
terminer cet ouvrage sur le plan 
qu'il en avait tracé. Eckhel lui repro- 
che seulement un style négligé , de 
fréquentes divagations , et le défaut 
d'une table générale , qui aurait fa- 
cilité les recherches. Le second vo- 
lume , publié par lsaac Verburg, est 
5 récédé d'une Notice sur Spanheim , 
ont l'éditeur annonçait des Mé- 
moires qui son t restés inédits. On trou- 
ve une analyseétenduede cet ouvrage , 
par Leclerc , dans la Bibl. choisie , 
xi, i-io4? et dans la Bibl. ancien- 
ne, vu , i44-92« V'Denummo 
Smjrrnœorum inscripto Z/xvpvaeoav 
fcpvzTveiç ; scilicet de Vestd et pry* 
tanibus Grœcorum diatriba , Paris, 
1672 , à la suite du Traité des Mé- 
dailles de Séguin , et avec des addi- 
tions , dans le Thesaur. antiquitaU 
RomanarMe Graevius , v , 660. VI. 
Lettre sur VHist. critique du vieux 
Testament, par Rich. Simon , Paris, 
1678 , in-8°. VIL Deux Lettres à 
Laur. Beger , sur l'ouvrage intitulé : 
Observationcs in numismata quœ- 
dam antiqua ( V. Beger ), et cinq a 
André Morel , dans le Spécimen 
unwersœ rei nummariœ (V. A. Mo- 
*jx). VIII. Orbis Romanus seu ad 
constitutionem imper at. Antonini , 



SPA 



a53 



de qud Ulviaitus , leg. xnr l Dig. 
de statu hominum , exercitationes 
duœ, 1697, in-4°.; insér. dans le 
xi. volume du Thés, Antiquit. Ro- 
manar.y et avec des additions , Lon- 
dres, i7o4,in-4°. On doit encore 
à Spanheim la Préface des Œuvres 
de Julien , Leipzig , 1696 , in-fol. , 
avec des Remarques sur la première 
harangue 4c ce prince; *— de* Notes 
sur CalUmadue, dansl'édit. de Grae- 
vius, Utrecht, 1697; — surStra- 
bon y Amsterdam, 1707; — sur les 
trois premières comédies d'Aristo- 
phane, dansl'édit. deKuster, 1707- 
1 7<>9 î — sur Ml, Aristide , édit . ae 
Jebb, Oxford, 172a; — sur Josèphe, 
avec la chronologie de cet historien , 
Leyde , 1 726 ; — sur Thucydide , 
dans l'édition deDuker, Amsterdam, 
1731. Ces divers travaux prouvent 
que son érudition était aussi variée 
que profonde ; mais il paraît qu'il 
était d'un commerce difficile : le 
Journal des Savants lui reproche son 
affectation à critiquer les nommes les 
plus instruits de son temps. On trouve- 
ra des Notices sur Spanheim , dans 
les Nouvelles de la république des 
lettres, 1720; dans les Acta eruditor. 
Lips. , 1711 ; dans les Mémoires de 
Trévoux y même année, et le Jour- 
nal des Savants , 171a; dans les 
Mémoires de Niceron , tome 11 , et 
dans le Dictionnaire de Chaufiepié , 
etc. Son portrait a été gravé plu- 
sieurs fois. W — s. 

SPANHEIM ( Frédéric ) , théolo- 
gien , frère cadet du précédcnt,W- 
auit à Genève en i632 , et, à l'âge de 
dix ans, fut emmené par son père à 
Leyde , où il acheva ses études de la 
manière la plus brillante. Reçu doc- 
teur en philosophie , à dix-neuf ans , 
il se livra tout entier à la théologie 
et aux langues orientales , et fut ad- 
mis au saint ministère. Ses débuts 



a54 SPA 

dans la carrière évangéliquc étendi- 
rent promptement sa réputation. L'é- 
lecteur palatin Charles Louis , qui tra- 
vaillait à rclevcrl'académic de llcidcl- 
berg, nomma Spanheim à la chaire 
de théologie , et bientôt il se montra 
l'égal des plus anciens professeurs. 
Les bontés dont l'électeur ne cessait 
de le combler ne purent le faire 
transiger avec sa conscience: il eut 
le courage de s'opposer au divorce 
de ce prince ; et la fermeté qu'il fît 
éclater dans cette circonstance, fut 
d'autant plus remarquée, que le no- 
ble exemple qu'il avait donné ne fut 
imité par aucun de ses collègues. 
Spanheim avait refusé toutes les vo- 
cations qu'on lui avait offertes ; mais , 
en 1^70, il accepta la chaire de 
théologie et d'histoire sacrée à l'uni- 
versité de Lcydc. Il en prit posses- 
sion, au mois d'octobre , par un dis- 
cours qui fut généralement applaudi. 
En i6*;4i H joignit à cette place 
celle de bibliothécaire, et la même 
année il publia une nouvelle édition 
corrigée et augmentée du Catalogue 
des livres dont la garde lui était con- 
fiée (i). H remplit ce double emploi 
avec un zèle infatigable, et fut ho- 
noré quatre fois du titre de recteur. 
Les curateurs de l'université le dis- 
pensèrent de continuer ses leçons pour 
lui donner le loisir de travaillera l'é- 
ditionqu'il préparait de ses ouvrages; 
mais attaquéd'uneparalysie,cn i(k)5, 
il ne put jamais se rétablir entière- 
ment, et il mourut , le 18 mai 1701. 
Les nombreux ouvrages de Spanlicim 
ont été recueillis sous ce titre : Opéra 
<juatcnùs complectunlur çeogra- 



(i\ Catalrgus Mb!, publiar I u^ttiino-Batavar , 
l.f^di*, il»7**, in-'|°. , mrr. O nV.»l qu'ntir rvim- 
|>rrMtmii MiguiFiitcr, dit Catalogue pultlii* pari) au. 
ilcinniti», ru i(>|i>; rlleot tmit-à-fait inutik depuis 
la publication du (jifidogur în-fol. , 17 iH, a\<r un 
Mipplrmeiit , rédigé par Woll'crd Sciiguerd , Jacq. 
Otumniuj, etc. 



SPA 

phiam y chronoloçiam et historiam 
sacrant et ecclesiasticam , Levée , 
1701-03, in- fol., 3 vol. Le premier 
a été publié par Spanheim, et les 
deux autres l'ont été par Jean Marck, 
l'un de ses élèves. On trouvera les ti- 
tres des différentes pièces que contient 
cette collection, au nombre de soixan- 
te et onze , dans les Mémoires de 
Niceron,tom. xxix, dans le Dic- 
tionnaire de Chautt épié et dans Y His- 
toire littéraire de Genève, par /}e- 
nebicr, h , 269. Le premier volume 
renferme les ouvrages relatifs â la 
géographie et la chronologie sacrées 
et à l'histoire ecclésiastique ; le se- 
cond, les dissertations historiques et 
les harangues prononcées, par l'an* 
teur dans des occasions d'éclat; et 
enfin le troisième , les ouvrages de 
philologie, les traités de controverse 
et quelques dissertations qui n'avaient 
pu trouver place dans le volume pré- 
cédent. Ce recueil est peu commun et 
assez recherché. On n'y a point inséré 
les Sermons de l'auteur en français , 
ni quelques autres pièces d'un faible 
intérêt. Ses dissertations théologiques 
les plus remarquables ont été publiées 
séparément sous ce titre : Elenchus 
controversiarum de religione , Ams- 
terdam ,1701 ,in-8°, bonne édition. 
De tous les ouvrages de Spanheim, 
celui qui a fait le plus de bruit est la 
Dissertation sur la papesse Jeanne; 
on en a une traduction française par 
Jacques Lcufant ( Voyez ce nom , 
XXIV , 82). Spanheim avait beau- 
coup d'érudition et une saine critique, 
lorsqu'il n'était pas entraîne par les 
préjugés de sa secte, comme dans 
ce dernier ouvrage ( Voyez Benoit 
III ) ; et quoique plus tolérant qoe 
son père, il ne laissa pas de se 
faire des ennemis par le lèle avec le- ■ 
quel il combattit le cocceianisme. 
( V. Gocceius , IX , 1 54 ). Outre les 



SPft 

i cités , ou peut consulter, pour 
ails.Klcfeker, Bibl. erudît. 
■ban, 35 7 . W— s. 

JRFVENFELDT (Jean-Ga- 
, grand-maître des cérémonies 
leSuèdc,uécni655,d'uncfa- 
atingiïéc, lit de bonnes éludes 
[.Le désir d'augmenter ses con- 
ces le conduisit eu Hollande, 
ice et en Italie. II était à reine 
ur dans son pavs, lorsqu'il re- 
Jre d'aecompagner lesambas- 

de Suède à Moscou. Pen- 
1 séjour dans celle ville, il ap- 
tclavon, et composa un Dic- 
re de celte langue , en 3 vol. 

qui se trouvent manuscrits 
iliotheque d'Upsal. Étant re- 

nSuèdc(i()87), il entreprit 



■es, 



Ol'dlC 



yage, pour la découverte des 
entsgotliiques.il revit la Hol- 
la France , passa en Espagne 

en Afrique. La pestel'empè- 
roir l'Egypte cl la Syrie; mais 
e retourner enSnèdc,ilsc ran- 
ime. Il présenta au papelnuo- 
I son Diclionn. esclavou, et 
fe eu Tutsi content. qu'il donna 
le à railleur les ciels delà bi- 
[ue du Vatican , lui permet- 
prendre connaissance de tous 
« et de tons les manuscrits. 
nfeldt fut de retour en Sue 

i Im) 1 , et il obtînt la place 
d-mailre des cérémonies. En 
il donna sa démission , pour 
■r à la campagne, où il inou- 
1727. Ce savant amateur des 
■t des arts élaît connu daus 
ïurope, correspondait avec 
irl des hommes célèbres de 
ps.Il savait quatorze langues, 
t appliqué aui antiquités , à 
e, à la géographie.li fit pré- 
1 bibliothèque d'Unsal d'une 
m de livres rares et de manus- 



SPA i55 

crits en Janguc arabe , pcrsnuc, tur- 
que, arménienne, Syriaque, copte, 
esciavounc, moldave, épiroie, chi- 
noise, japonaise, dont le Catalogue 
a éléinjpriméàUjisal.enini volume 
in-/|°. 11 mdmjit lui-même en sué- 
dois quelques ouvrages latins et es- 
pagnols, composa un Discours en 
esclavtm , sur la mort de Charles 
XI, et commença un vocabulaire 
russe, suédois et ïau'u. Les Suédois 
ont comparé SparfveufeldtâPciresc, 
à Coltou, à Cambden , à Busbcc et à 
Scaliger. Ou a son oraison funèbre 
par G. Walliu; Stockholm . i : 3o, 
in-4"- (en latin). C — au. 

SPARRE ( Éwc ) , homme d'état 
Suédois, ne en i55o, d'une famille 
ancienne et puissante , devint séna- 
teur dès l'année i58a. En iSS^, il 
fui envoyé à Varsovie, par.lcau III, 
qui avait le projet de faire obtenir à 
sou fils Sigismond le trône de Pologne. 
La négociation réussit, et Sparre ac- 
compagna ensuite Sigismond à Varso- 
vie. Hais étant entre dans les vues d'un 
parti qui voulait séparer les intérêts 
de Jean de ceui de son fils, il fut 
mis aux arrêts , et accusé , ainsi que 
d'autres sénateurs , devant les états 
de Suède. Il ne fut condamné qu'à 
peidre les dignités dont il était re- 
vêtu. Charles, duc de Sudermanic, 
ayant pris part au gouvernement 
après la mort de Jean, Sparre se 
déclara contre lui , et écrivit Un 
Traité Pro lege, regeet grege, ou 
il attaquait ouvertement" les préten- 
tions du duc : mais il s'humilia en- 
suite devant ce priucc , rentra dans 
toutes ses charges , et servit de mé- 
diateur entre Charles et Sigismond, 
qui , après plusieurs difficultés , par- 
vint au troue de Suède. Cependant 
Sigismond ayant eu de nouvelles dis- 
cussions arec Charles , Sparre passa 
en Pologne ainsi que d'autres séna- 




*5ô 



SPA 



teurs;la guerre éclata entre les deux 
antagonistes , et le roi ayant été vain- 
cu par le duc , Sparre fut livré à ce 
prince, qui l'accusa ; devant les états 
assemblés à Linkoeping , et il eut la 
tête tranchée sur la place publique 
de cette ville , en iDoo. Le Traité 
Pro legc y rege et grege , suivant 
Amander, dans son Catalogue des 
ouvrages prohibés , et suivant Ge- 
zelius, dans le Dictionnaire biogra- 
phique de la Suède , a été imprimé ; 
mais il est au moins très-rare. Il en 
existe, dans la bibliothèque d'Upsal, 
un manuscrit in-folio , de cinquante- 
trois feuilles. Sparre composa plu- 
sieurs autres ouvrages , tous relatifs 
aux circonstances politiques de son 
temps. On a imprimé, dans le Mercure 
suédois de Tannée 1758 , une Lettre 
de Sparre en latin, adressée, en i58o, 
à Danzé , ministre de France en Da- 
nemark. C — AU* 

SPARRMAN ( André ) , natura- 
liste et voyageur suédois , était né 
dans la province d'Upland , vers Tan 
1^47* il étudia la médecine à Upsal , 
et par ses progrès dans l'histoire na- 
turelle, fixa les regards du célèbre 
Linné. En 1765 ,Sparrman, âgé de 
dix -neuf ans , alla en Chine avec Eke- 
berg son cousin, qui commandait un 
vaisseau de la compagnie suédoise 
des Indes orientales. Sparrman ob- 
serva et décrivit dans ce voyage des 
végétaux et des animaux non encore 
connus : ce fut le sujet d'une thèse 
qu'il soutint le 3o novembre 1768. 
Cet essai lui avait inspiré le plus vif 
désir d'aller examiner /es produc- 
tions de la nature dans les contrées 
lointaines ; mais la médiocrité de sa 
fortune ne lui laissait que peu d'espoir 
de satisfaire ce penchant. Ekefcerg 
lui en facilita les moyens , en lui fai- 
sant obtenir l'emploi de précepteur 
des enfants d'un habitant du cap de 



SPA 

Bonne-Espérance. Sparrman 

de Gothenbourg le 10 janvier 

sur un vaisseau de la compagi 

doise qui lui accorda son 1 

gratuitement. Il arriva le 3< 

sur la rade du Cap. Peu de 

après il eut le plaisir de renec 

celte extrémité australe de l'A 

son compatriote T h unberg , < 

goût pour la botanique avai 

dans ces régions ; mais il falh 

tôt se séparer de cet ami apre 

fait avec lui quelques excursio 

les environs du Cap; et Sp; 

regretta plus d'une fois que > 

cupations étrangères à ses 

tious lui prisseut toutes ses jo 

tandis que , dans les longues 

de l'automne , il manquait d 

et d'autres objets pour passer 1 

comme il l'aurait désiré : « c 

» sentais plus vivement encon 

» était le défaut d'amis et d< 

» ciété de quelque personne 

» attacher une juste valeur a 

» et surtout à celle de la nati 

fit au mois d'octobre un tour i 

au nord-est du Cap , revint 

séjour d'Alphen , dans le * 

ge de Constance, et s'y occi 

tièrement des plantes du Ca 

» songeais souvent, dit-il; aux 

» de poursuivre mes rechercl 

» dant les mois et les années 

» tes ; mais le destin en avail 

» né autrement. » Cook vena 

river au Cap ; Forster père 

qui raccompagnaient comm 

ralistes vinrent voir Sparrni 

les félicita sur leur bonheur 

visiter des parties du glob 

nues. Ils lui offrirent de le d 

du voyage, et une part dan 

les curiosités naturelles qu'il 

raient recueillir, à conaitic 

les seconderait dans leurs trai 

n'en fallait pas tant pour dét 




SPA 

«n homme si zélé. Sparrman fit donc 
oc voyage autour du monde, si cé- 
lèbre dans les fastes de la navigation, 
et à la fin duquel tous ceux qui 
Tenaient de l'achever , ressemblaient, 
en débarquant au Cap , à des spec- 
tres , par suite de la diminution et 
de l'altération de tous leurs moyens 
de subsistance ( Voyez Cook et 
Forster ). Sparrman revenu en 
Afrique , en juillet 1775 , y exerça 
la médecine et la chirurgie, ce qui lui 
procura les fonds nécessaires pour 
entreprendre son voyage dans l'in- 
térieur des terres : il nous apprend 
que sa bourse fut aussi grossie par 
une spéculation de commerce , car , 
au Gap , tout le monde est négociant, 
et par une soixantaine de ducats que 
lai valut sa traduction en anglais du 
Traité de son compatriote Bosen, sur 
les maladies des enfants, qu'il avait 
composée pendant son voyage autour 
du monde. Avant de se mettre en 
route , il prit des informations par- 
tout où il crut pouvoir obtenir des 
lumières ; mais il observe qu'au lieu 
de renseignements utiles , ses recher- 
ches n'aboutirent qu'à l'envelopper 
d'incertitudes et d'obscurités ; tant 
les habitants du chef-lieu de la colo- 
nie la connaissaient peu. On lui re- 
présentait que son projet était extra- 
vagant et dangereux. Rien ne l'arrêta; 
il eut pour compagnon de route Da- 
niel Immelman , jeune homme né en 
Afrique , qui avait déjà parcouru une 
partie de l'intérieur, et qui regar- 
dait comme une honte pour les co- 
lons d'être étrangers à la connais- 
sance de leur pays. Pourvu de tout 
ce qui était nécesssaire pour parcou- 
rir une contrée où l'on ne rencontre 
d'autre facilité pour voyager que 
l'hospitalité des habitants , Sparr- 
man partit le u5 juillet, se dirigeant 
à Test. Se tenant à une certaine 

XLIII. 



SPA 



157 



distance de la mer sur la partie in- 
férieure de la terrasse la plus voi- 
sine de la cote , il visita la baie de 
Mossel, regagna l'intérieur du pays, 
et ne se rapprocha que très - rare- 
ment de la mer; il alla ainsi jus- 
qu'aux rives du Grootevisch revier, 
qui à cette époque formait la limite 
entre le territoire européen et celui 
des Cafres, et remonta ensuite au 
nord vers Y Agten Bruntjès hoogt, 
canton élevé, voisin de la chaîne des 
Sneeuver Bereen , et des campagnes 
du Camdebo. Il était là sous le 28 . 
3o' de latitude australe , et à trois 
cent cinquante lieues du Gap. Le 6 
février 1776 , il reprit Je chemin de 
la ville , s'éloignant en quelques en- 
droits de celui qu'il avait suivi en 
venant , et arriva le 1 5 avril , rap» 
portant beaucoup de dépouilles d'a- 
nimaux de toutes les dimensions , et 
une grande quantité déplantes. Datas 
la même année , Sparrman revit sa 
patrie. Pendant son absence , il avait 
été élevé au grade de docteur en mé- 
decine; et à son retour, il fut élu 
membre de l'académie des sciences 
de Stockholm. Après la mort du 
baron de Geer , grand entomolo- 
giste , il fut nommé conservateur de 
sa belle collection d'histoire natu- 
relle , laissée à l'académie ; puis re- 
vêtu du titre honorifique de prési- 
dent de cette compagnie, emploi qu'il 
résigna trois mois après. En 1787 , 
Wadstrœm , son ami, lui persuada 
de l'accompagner dans le voyage 
qu'il projetait vers l'intérieur de 
l'Afrique - Occidentale ; l'entreprise 
échoua. Sparrman retourna dans sa 
patrie , en 1 788 : il est mort à Stock- 
holm, le 10 juillet 1820. On a de 
lui : i°. , en suédois : Voyage au 
cap de Bonne-Espérance , au cercle 
polaire austral > et autour du mon- 
de, ainsi que dans les pays des Hot~ 

*7 




-JÏS 



SPA 



tentots et des Cafres y en 1 7 72- 1 776. 
^Stockholm, 1787 ,in-8°. avec carte 
et figures. L'auteur annonçait uue 
deuxième partie qui n'a pas été pu- 
bliée. 11 s'est plus occupé de l'histoi- 
re naturelle que de la géographie; 
cependant il donne une bonne des- 
cription du Carrou , désert pierreux 
de l'Afrique australe, et de plusieurs 
cantons de cette région. La carte est 
dressée d'après ses observations et 
d'après celles qui lui ont été com- 
muniquées par Ekeberg et d'autres 
navigateurs suédois , que leurs voya- 
ges avaient mis à même de relever 
la cote. Celte carte est la première 
qui ait représenté avec exactitude la 
cote comprise entre le «ap de Bonne- 
Espérance et l'embouchure du Groo- 
te - Visch Revier ou Rio do In- 
fante des Portugais. Les remarques 
sur les mœurs des Hottcntots , des 
Boscliismans et des Cafrcs sont inté- 
ressantes. Sparrman redresse Kolbe 
sur plusieurs points , et même La 
Caille, qui avait rudement tancé le 
voyageur allemand. Dans ses recher- 
ches sur les animaux , Sparrman fait 
des digressions trop longues pour 
justifier des naturalistes , ses com- 
patriotes, attaqués par Bufïbn, et 
pour critiquer ce dernier. Le livre 
fut traduit en allemand par Gros- 
kard , avec une préface et aes remar- 
ques de Forsler , Berlin , 1784, in- 
8°. , fig. ; puis en anglais, Londres, 
178G, 2 vol. in-4°. C'est d'après 
cette Version , que Le Tourneur pu- 
blia sa Traduction française , Paris, 
1 787 , '2 vol. in-4°. , ou 3 vol. m-8°. , 
carte et fig, ; elle est très-médiocre. 
Ce traducteur a inséré , pour grossir 
l'ouvrage, à la fin du premier volu- 
me in-4°. , la description des termi- 
tes ou fourmis blanches, qui est de 
Smcatman ; et à la fin de la relation , 
l'extrait die l'article Cafrérie du 



SPA 

nonveau système de géographie de 
Middleton. On trouve aussi dans cette 
édition des figures qui ne sont pas 
dans l'original, telle que celle du Zer- 
da ou Fennec, qui est de la Barbarie, 
et de quelques animaux du Cap. La 
carte, graduée pour les latitudesdans 
l'original, ne l'est pas dans la copie. 
La préface , qui contient l'éloge de 
Sparrman , annonce à tort la mort ré- 
cente de ce voyageur , à l'instant où il 
arrivait à Paris. IL Muséum carlso- 
nianum , Stockholm, 1 786, a vol. f°. 
avec 100 pi. Ce bel ouvrage contient 
la description des animaux curieux de 
la collection du baron Carlson. III. 
Discours sur les avantages que les 
sciences et notamment l'Histoire na- 
turelle ont retirés et doivent retirer 
encore des expéditions passées et fu- 
tures dansla mer Pacifique , Stock- 
holm , 1 778 , in-8°. , et plusieurs au- 
tres discours et dissertations en sué- 
dots, sur des animaux et des végétaux, 
insérées dans le même Recueil. IV. 
Traduction abrégée , en suédois , du 
Forage de Vancouver autour du 
monde, Stockholm, 1800-1801-a. 
V. La Chimie de Fourcrojr (Voy . le 
Magasin encycl. , 1 793 , 4 e ann - > 
iv , 1 18. ) On a nommé Spurrmania 
un bel arbrisseau du cap de Bonne- 
Espérance de la famille des tib'acees, 
qui se cultive en Europe dans les 
orangeries. E — s. 

SPART ACUS, auteur et chef delà 
révolte des gladiateurs en Italie , ou 
de la seconde guerre des esclaves , 
fut l'un des hommes les plus extra- 
ordinaires dont les annales de Rome 
aient conservé la mémoire. Toute sa 
vie, excepté les trois dernières années, 
se passa dans l'abjection et dans une 
obscurité profonde. Du moment où 
il se montra , il acquit une gloire im- 
mortelle. Mais on connaît sa renom- 
mée plus que lui, et l'on a fort peu 



Sl'A 
de détails sur les événements qui l'ont 
illustré. On admire , en gênerai , la 
hardiesse de son entréprise, l'éclat de 
ses victoires; et même, dans l'esprit 
de beaucoup de personnes , chez les 
quelles les impressions reçues au théâ- 
tre dominent une instruction super' 
ficielle, «qui ont mieux aime' voir la 
tragédie de Saurin {V. ce nom) , que 
lire les récits des historiens de l'auti- 
qnité , il s'attache aux. exploits de ee 
personnage un intérêt d'exagération 
romanesque , surtout par rapport aux 
dangers dont ils menacèrent la répu- 
blique. Lorsqu'on étudie les circons- 
tances des faits et les actions du héros, 
on discerne les causes de ses succès 
prodigieux comme de sa chute inévi- 
table; il parait lui-même plus éton- 
nant, non par son intrépidité , mais 
par la sagesse de son dessein, par 
l'habileté de sa conduite. L'histoire 
de Rome, à cette époque, présente 
un grand sujet de méditation. Jamais 
les Romains ne furent à-la-fois plus 
enorgueillis et plus humilies; jamais 
leur puissance ne fut élevée à un si 
haut point de grandeur, et en même 
temps plus ébranlée dans sa base , 
et plus inclinée sur le hordduprécï- 

riee : d'un côté la Grèce asservie. 
Asie réduite en province , les rois 
d'Afrique abattus et subjugués; de 
l'autre les Cimbres et les Teutons re- 
nouvelant les ravages des Gaulois, 
les cites du Latium et de l'Italie sou- 
levées contre Rome , la guerre civile 
et tes proscriptions dévastant la pa- 
trie, enfin une troupe de gladiateurs 
triomphant des armées consulaires. 
Depuis la conquête de la Macédoine , 
les Romains eurent à soutenir contre 
les peuplades errantes et belliqueuses 
de la Thrace, une guerre difficile; ils 
eo réuhiisirentquclques-unessous leur 
obéissance et en tirèrent des corps 
d'auxiliaires pour subjuguer les au- 



SPA 



i5j) 



très. C est ainsi que Spartacus com- 
mença par sci-vir dans les armées 
romaines. Mais trop lier pour sup- 
porter cette servitude déguisée sous 
ieuuiildcinilice.il déserte, assemble 
une troupe de vaillants compagnons 
et fait une guêtre de partisans , que 
les Romains appelaient brigandage, 
et que les natiuns du Nord regar- 
daient comme l'exercice de la va- 
leur ( Tacit. Cerm. i5 ). Les Ito- 
mains lepreitnent; ou le vend comme 
esclave en Italie ; sa force et sa sta- 
ture le font réserver pour l'emploi 
de gladiateur. Sa femme l'avait ac- 
compa gué dans ses expéditions; elle 
partagea son esclavage. Elle faisait 
profession , comme les femmes du 
Nurd (Tacit. Ôerm. H), de lire dans 
l'avenir, et elle lui prédit, pendant 
qu'il était esclave , sa grandeur fu- 
ture. Il est probable qu'elle ne lui fut 
pas inutile, lorsqu'il eut levé l'éten- 
dard delà révolte. L'an 680, Sparta- 
cus était enferlméàCapoue, dans une 
école d'esclaves de cette profession , 
sous la direction d'un affranchi nom- 
mé Leutulus Batuatus. Ils étaient plus 
de deux cents, Thraces, Gaulois et 
Germains. Une conspiration se forme 
entre eux pour leur délivrance. L'oc- 
casion était favorable. La guerre te- 
nait les plus grands généraux occupés 
loin de l'Italie avec les légions :Pom- 

E:e , en Espagne , contre Sertorins ; 
ucullus, en Asie, contre Mithridate. 
Le complot est découvert par un des 
conjurés. Au moment où l'on va les 
sabir, Spartacus, à la tête de soixante- 
quatorze des plus résolus , s'échappe 
et les artnede couperets, de broches, 
de couteaux , qu ils saisissent dans 
une cuisine en fuyant. Sortis de Ga- 
poue , ils rencontrait des chariots 
chargés d'armes de gladiateurs ; ils 
les pillent: leur troupe se grossît en 
chemin; des gens de Capoue se met- 



i6o 



SPA 



tent à leur poursuite ; ils les défont et 
s'emparent de leurs armes : tout 
joyeux d'être équipés militairement, 
et uou plus en esclaves dévoues au 
combat de l'arène, ils vont se poster 
sur des rochers du "Vésuve , où le pré- 
teur Glaudius les cerne de toutes parts, 
excepté en un endroit où le terrain, 
coupé à pic, paraissait sans issue. 
Une nuit ils descendent tous l'un après 
l'autre, par ce précipice, à l'aide 
d'une chaîne qu'ils avaient fabriquée 
avec des sarments de vigne. Ils fon- 
dent, à l'improvistc, sur le camp du 
préteur, mettent ses troupes en dé- 
route, et restent maîtres des bagages 
et des armes. Une foule d'esclaves , 
de pâtres , de laboureurs ou, serfs , ou 
d'une condition à peu près aussi mi- 
sérable , accourent se ranger parmi 
eux. Ils étaient soixante-quatorze en 
partant de Capoue, ils sont à présent 
au nombre de dix mille, et ils s'aug- 
mentent de jour en jour. Cette armée 
se partageait en deux corps : les Gau- 
lois et les Germains avaient pour chefs 
OEnomaùs et Crixus; les Th races 
avec les autres alliés proclamèrent 
général Spartacus, qui conduisait 
toute l'expédition , mais avec une au- 
torité précaire, telle que la lui ac- 
cordait une multitude grossière, in- 
disciplinée , et qui , on reconnaissant 
la supériorité de son génie , voyait 
en lui leur créature, naguère leur 
égal. S'ils avaient pu obéir, et donner 
à Spartacus la puissance d'un véri- 
table commandement , leur succès 
eût été plus modéré, mais certain. 
Son dessein était de regagner la terre 
natale et d'assurer leur liberté. Ils 
s'abandomiaientàl'instinctdupillage. 
Cora , Nucerc , Noie , villes opulentes 
de la Campanie, éprouvèrent tous 
les excès de leur férocité sanguinaire, 
de leur licence brutale et de leur 
cupidité sans frein. On envoya un 



SPA 

autre préteur nommé Varinius , 
pour les combattre en Lucanie; ce 
pays montagneux était favorable aux 
gens de Spartacus. Frurius , lieute- 
nant du préteur, fut battu avec deux 
mille hommes. Cossinius, autre lieu- 
tenant, fut tué dans une seconde ac- 
tion. Varinius parvint ensuite à occu- 
per quelques défilés eLà cerner l'ar- 
mée ennemie. Pendant la nuit, Spar- 
tacus fait allumer de grands feux au- 
tour de sou camp ; il attache à des 
poteaux , de distance en distance , des 
cadavres armés de toutes pièces , et 
tandis que les Romains croient qu'il 
songe seulement à se défendre dans sa 
position , il opère sans bruit sa re- 
tra i te par des 1 îeux escarpés , reprend 
ses avantages, taille en pièces les 
troupes de Varinius, et lui prend son 
cheval et ses hathes avec ses faisceaux 

Sretoriens , qu'on porta désormais 
evant lui. Ses soldats ravagèrent en- 
core plusieurs villes du pays des Luca- 
niens , Narès, PopIiforme,Métaponte, 
Thurium. Il tachait en vain de rete- 
nir leurs fureurs par ses remontran- 
ces et ses prières ; en vaiu il leur re- 
présentait que c'était détruire eux- 
mêmes leurs ressources et s'aliéner 
les peuples. La raison ni l'autorité 
ne pouvaient rien sur eux. Tout ce 
qu'il put obtenir , ce fut de les faire 
camper hors des murs de Thurium, 
où il fixa son quartier général, afin 
de sauver la ville d un nouveau 
pillage. Ses victoires et ses pro- 
clamations adressées à tous les oppri- 
més en Italie, lui attirèrent encore 
des soldats , et il en compta bientôt 
soixante dix mille. Durant l'hiver, 
il essaya d'établir quelque ordre par- 
mi ce rassemblement tumultueux. 11 
prohiba l'or et l'argent , accueillit 
tous les marchands qui apportaient 
du fer, acheta des chevaux autant 
qu'il put s'en procurer, fit forger des 



SPA 

• 

innés avec une incroyable activité. 
Tandis qu'il organisait son armée , il 
avisait aux moyens de sortir d'Italie. 
« Luy mesurant sagement ses for- 
ces, dit Plutarque, et ne s'attendant 
point qu'il peust venir au-dessuzde la 
puissance des Romains, achemina 
son armée devers les Alpes, estant 
d'advis que le meilleur serait, quand 
ils auroyent passé les monts , que 
ebascun se retirast en son pals ; les 
mis en la Gaule et les austres en la 
Thrace; mais ses gents se confiants 
en leur multitude , et se promettants 
de grandes choses , ne luy voulurent 
point en cela obeyr; ains se remei- 
rent à courir et piller toute l'Italie. » 
Cependant les Romains, qui avaient 
méprisé dans le commencement cette 
révolte de gladiateurs , concevaient 
de sérieuses inquiétudes, et ils envoyè- 
rent contre Spartacus les deux con- 
suls . Gellius Poplicola et Cornélius 
Lenfulus , à la tête de deux légions. 
Mais déjà le faible de sa puissance 
se faisait sentir : la jalousie et la 
témérité divisèrent l'armée. Les Gau- 
lois et les Germains formèrent un 
corps séparé sous la conduite de Cri- 
xus et d'OEnomaùs , qui accusaient 
Spartacus de lenteur timide. Les 
Tnraces et les Lucaniens restèrent 
sous ses drapeaux. Crixus , après 
une victoire, fut surpris à son tour 
par le consul Gellius , et périt avec 
un grand nombre des siens. Spar- 
tacus sauva leurs débris. Le con- 
sul Lentulus et son collègue vou- 
lurent l'envelopper 7 pendant qu'il 
longeait l'Apennin , pour s'appro- 
cher du nord de l'Italie. Il les battit, 
dans la même journée, l'un après 
l'autre , et poursuivit sa route. Il 
renversa ensuite l'obstacle que lui 
opposait le préteur Cn. Manlius. Cas- 
sius , préteur de la Gaule Cispada- 
ne, vint a sa rencontre, avec dix 



SPA 



261 



mille hommes : il le mit en fuite près 
de Modène. En Du il arriva de Y ex- 
trémité méridionale de l'Italie , tou- 
jours combattant et toujours victo- 
rieux, jusqu'aux rives du Pô. Les 
habitants s'étaient enfuis ; la crue 
des eaux rendait le passage plus dif- 
ficile, et il n'y avait point* de ba- 
teaux ; il fallut s'arrêter. On célébra 
les funérailles de Crixus ; et quatre 
cents Romains furent contraints de 
combattre autour de son bûcher , à 
la manière des gladiateurs. Ce fut là 
le terme des prospérités de Sparta- 
cus. Ses victoires enivrèrent d un fol 
orgueil ses soldats , et ne déterminè- 
rent aucune ville, aucun bourg de 
l'Italie , à se soulever contre les Ro- 
mains. Les habitants de ces ancien- 
nes cités haïssaient Rome , mais ils 
auraient rougi de s'allier avec des 
gladiateurs et de faire cause com- 
mune avec des esclaves révoltés. Ce- 
pendant ces esclaves , ces gladiateurs 
osèrent concevoirl'espérancede pren- 
dre Rome; et ils entraînèrent Spar- 
tacus malgré lui. L'effroi s'était ré- 
pandu parmi le peuple romain; et 
quand les comices arrivèrent pour 
l'élection des préteurs, l'an 682 , per- 
sonne ne se présentait. Crassus fût le 
seul qui osa se charger du comman- 
dement. Il leva six légions d'ancien- 
ne milice, et y joignit les restes des 
armées consulaires. Les ennemis fu- 
rent obligés de renoncer à leurs pro- 
jets sur Rome. Spartacus les ra- 
mena vers les contrées méridiona- 
les, et défit Mummius , lieutenant de 
Crassus, qui devait les harceler avec 
deux légions. Crassus comprit qu'il 
fallait rendre la force aux légions 
romaines par de grands exemples de 
sévérité. 11 décima les vaincus; et, 
n'osant encore hasarder de bataille, 
il couvrit le Latium , et se contenta 
de tenir eu échec Spartacus, qui ce- 



2<b 



SPA 



gagnait l'Abruzze, malgré les légions 
romaines et malgré ses propres sol- 
dats , toujours tentés de se jeter sur 
Rome. De nouvelles divisions l'affai- 
blirent: il se forma un parti gaulois, 
qui avait pour chefs Castus, Grani- 
que , Cannimaque , et qui se fit bat- 
tre séparément. Spartacus s'était 
avancé dans la presqu'île de Rhe- 
gium , pour essayer de passer en Si- 
cile , ou il rallumerait les feux mal 
éteints de la guerre des esclaves. 
Les pirates Ciliciens entrèrent en 
négociation avec lui pour fournir 
des vaisseaux ; ils reçurent des avan- 
ces considérables, et lui manquè- 
rent de parole. Il construisit des 
radeaux qui échouèrent sur la cô- 
te. Cependant qu'on juge de la ter- 
reur qu'il inspirait encore , par les 
travaux qu'entreprit Crassus pour 
l'enfermer dans cette position ! Les 
Romains creusèrent un fossé de quin- 
ze pieds, et dressèrent derrière un 
retranchement, dans une longueur de 
quinze lieues , d'un rivage à l'autre. 
Spartacus , a la faveur d'une nuit 
obscure et pluvieuse, força les lignes 
des Romains , et manœuvra libre- 
ment dans la Lucarne, où û rempor- 
ta des avantages sur le questeur Tre- 
mellius Scrofa et le lieutenant Quinc- 
tius. Crassus fut si alarmé , qu'il 
écrivit au sénat qu'onlui envoyât Pom- 
pée y alors de retour d'Espagne. Lu- 
cuius revenait aussi d'Asie , avec ses 
légions victorieuses; et la nouvelle 
de son arrivée avait préservé Brin- 
des de l'invasion de Spartacus , qui 
aurait voulu s'y embarquer pour pas- 
ser en Sicile. Ses derniers succès 
avaient enfle de nouveau le cœur de 
ses compagnons. Ils lui demandaient 
le pillage de Rome ; mais lui , il pro- 
posait au général romain un accom- 
modement. La fierté romaine refusa 
tout traité avec des esclaves. Enfin 



SPA 

ses soldats , plus que les Romans , le 
forcèrent de livrer une bataille géné- 
rale , dans la vallée des Uirpins. 
Quand les armées furent eu présence, 
il fit élever en croix , dans l'espace 
intermédiaire , un prisonnier ro- 
main , pour montrer aux siens quel 
sort les attendait après une défaite. 
Au moment de donner le signal , fl 
tua son cheval d'un coup d'épée: 
« Vainqueur, dit - il , j'en trouverai 
assez d'autres chez les Romains; vain- 
cu, je ne veux pas fuir. * La mêlée 
fut sanglante. Spartacus s'entoura 
d'ennemis abattus; il tomba, blessé 
à la cuisse , et se défendit encore à 
genoux , jusqu'à ce qu'il fut enseveli 
sous les morts et les mourants. Le 
lendemain , on ne retrouva point son 
corps. La plus grande partie de ses 
soldats périrent sur le champ de ba- 
taille. Les restes disperses furent 
détruits en différents lieux. Sa mort 
était digne de son caractère. H méri- 
tait, par son courage, un meilleur 
sort. « llavoit non-seulement le cœur 
grand et la force du corps aussy, 
mais estoit en prudence et es dou- 
ceur et bonté de nature, meilleur que 
ne portoit la fortune où il estoit tom- 
bé, et plus approchant de l'humani- 
té et du bon entendement des Grecs 
[ie ne sont coustumièrement ceulx 
e sa nation ( Plutarq. , dans la Vie 
de Crassus, trad. d'Amyot). » On 

S eut consulter encore , pour l'histoire 
e Spartacus , Tit. - Liv. , Épi!. 95 , 
97 ; Vell. Pat. 11 , 3o ;Tac Ans. ni, 

?o; Appian. , De bett. civ. 1, i4; 
lor. m , 20; Front. Sfrat. 1, 5 , 11 , 
4 , 5. Le président Debrosses a insé- 
ré dans le trente-septième volume de 
l'académie des inscriptions et belles 
lettres, un Mémoire composé avec des 
fragments de Salluste, en forme de 
narration historique ,' sur la guerre 
de Spartacus. Il aurait dû être moins 



r 



SPA 
prolixe dans un Supplément de Sal- 
Juste ,ct quelquefois moins hardi dans 
l"iall l[Milllllli>ii Un quelques phrases 
détachées. M. Viollanta publiéS/iar- 
lacus , ou la Guerre des gladia- 
teurs , par Mcissner , trad. de l'alle- 
mand, i8o3, iii-ij. N — d — t. 

SPAKTIEN {JSlws-Spwij- 
ftl'j), le premier des si* écrivains 
de l' Histoire auguste , a (Jeuri depuis 
le règue de Dioclcliea , dont on croit 
qu'il était PnffïlBnlM. jusqu'à celui 
de Coiistaniin-lc-Graud. Fabricius 
conjecture que Spartien esl le même 
•lue Lampride ( F. ce nom , XX1TI , 
3u)j). Spartien avait compose' l'His- 
toire des empereurs depuis Jules Cé- 
sar; et il se proposait d'y joindre 
celle des tyrans et des princes qui 
n'ont point occupe le troue. Sauuiaise 
le regarde comme l'auteur de toutes 
les Vies des empereurs qui font par- 
tie de Y Histoire auguste, jusqu'à 
celle d'Alexandre Sévère; mais sept 
feulement portent son nom : ce sont 
les Vies d Adrien, d'iElius Verus, 
de Didâu Julien, de Septime Sévère, 
de Pesccnnius Niger, de Càracalla et 
de Gela. Le manuscrit de la biblio- 
thèque Palatine lui attribue celles des 
Aotonius, qui sont de Jules Capito- 
liu (T. ce nom, VII, 71); et on le 
regarde assez généralement comme 
l'auteur de la Vie d'Avidius Cassius, 
que revendique Vulcan. Gallicanus 
( y. ce nom , XVI , 363 ). Des six 
écrivains de l'Histoire auguste, qua- 
tre avaient compose celle de tous les 
empereurs; et cependant ce recueil, 
dans l'état où il nous est parvenu, 
présente des lacunes considérables. 
On ignore le nom de l'ancicu compi- 
lateur qui l'a mis dans .l'ordre où 
nous le voyons. Casaubon le blâme 
sévèrement. Moulines cherche à le 
justifier, en rejetant sur la perte de 
quelques manuscrits et sur l'impéri- 



SPA 



263 



tic des copistes, les fautes de toute 
cspcccqu'uH peut lui reprocher. L'in- 
currection du style, le manque de 
goût et l'absence totale de critique, 
sont des défauts communs aux écri- 
vains de ['Histoire auguste, excepte 
cependant Vopiscus ( F. ce nom); 
mais on leur doit la connaissance 
d'une foule de détails précieux Sur 
les lois, les usages et les mœurs des 
Romains, pendant un espace de cent 
suixaute ans (1). Cet ouvrage ne 
pouvait manquer d'exciter l'atten- 
tion d'un grand nombre de savants, 
parmi lesquels on doit distinguer 
Bapt. Eguazio, Sa umaise, Casaubon, 
Uoxboru el Janus (irnler. 1.' Histoi- 
re auguste a été imprimée, pour la 
première fois, parPhil.de I.av.igna, 
Milan, i4 7 5,!n.fol., a la suite des 
douze Césars de Suc'loue ( Voyez le 
Manuel au libraire, far M. ifrunet). 
L'édition de ce Recueil, publiée par 
Sanwaisc.avcc les notes de Casau- 
bon , Paris , 1 630 , in-fol. , est la plus 
estimée des savants. Les curieux re- 
cherchent les suivantes : Venise, Ai- 
de, l5l(f, in H". ; Lbid. , i5:jq, mê- 
me format; Florence , Giunta , 1 5 1 f|. 
Ces trois éditions contiennent tes 
Vies des Césars, par Egnozio (foy. 
ce nom;, des extraits de Dion, Irad. 
parMerula, etc. , Leyde , 1671, a 
vol.iu-8' l .,e'esll 'édition ftirtomm; 
et «iilin Leipzig, 17^1 in-8 J ., pu- 
bliée par Jo*.- Louis -Ernest Pull- 
maun. Les Ecrivains de l'Histoire 
auguste , qui comblent la lacune 
d'A mmien Marcellin, ont c'ié traduits 
en français, par Moulines, Berlin, 
1^83; Paris, 180G, 3 vol. iii-m 
{F. Moulines). Fabriciusa recueilli 
des détails intéressants sur ces histo- 
riens , avec les différents jugement 



2Ô4 



SPÀ 



qu'en ont portes les critiques dans la 
Bibl. latina. On a de Mol 1er une Dis- 
sertation De Spartiano, Altdorf , 
1687 , in-4°. W— s. 

SPÉ ou SPEE ( Frédéric de ) , 
jésuite , naquit , en 1 5g5 , au château 
de Langenfeld 7 prèsdeKeyserwerth, 
d'une ancienne et noble famille. Après 
avoir terminé ses cours , il embrassa 
la règle de saint Ignace , et, suivant 
l'usage de l'institut , professa , quel- 
ques années , les humanités, la philo- 
sophie et la théologie. Plein de zèle 
pour le maintien de la foi , il se con- 
sacra tout entier à la carrière évan- 
ge'liquc , et fit , dans l'évêché de Hil- 
deslieim, plusieurs missions qui pro- 
duisirent des fruits très-abondants. 
Le grand nombre de conversions 
qu'il opérait excita contre lui la fu- 
reur des hérétiques. Un jour il fut 
attaqué par uu assassin qui lui fit 
plusieurs blessures graves , et le laissa 
pour mort sur la place. Le P. Spé ne se 
rétablit qu'avec beaucoup de peine ; 
et , le reste de sa vie , il se ressentit 
du cruel traitement qu'il avait éprou- 
vé. Quoiqu'il admît l'existence des 
sorciers, il n'en croyait pas le nom- 
bre aussi grand qu'on le pensait 
alors généralement; et il entreprit, 
le premier , de montrer la nécessité 
de réformer le mode de procéder 
contre les prévenus de sorcellerie. 
L'ouvrage qu'il publia dans ce but , 
et dont on parlera plus bas , pro- 
duisit en Allemagne une grande 
sensation. Les Impériaux, et les Es- 
pagnols s'étant emparés de Trê- 
ves , par surprise , en it>35 , le 
P. Spé sauva cette ville du pillage. 
Il prodigua les soins les plus tou- 
chants aux Français qui se trouvaient 
prisonniers , leur procura des vivres 
et des vêtements , et leur fit obtenir 
la permission de retourner dans leur 
patrie. Tous les fléaux semblaient 



SPE 

conjures contre la malheureuse ville 
de Trêves. La contagion ne tarda 
pas de s'y manifester ; et le P. Spé, 
qui n'avait pas voulu cesser un ins- 
tant de porter aux malades les se- 
cours de son ministère , mourut vic- 
time de son zèle, le 7 août i635, à 
l'âge de quarante ans , laissant la 
réputation d'un saint. Outre quelques 
ouvrages de théologie, en allemand, 
qui furent publiés par ses confrères, 
et dont on trouvera les titres dans 
la Bibliolheca Coloniensis du P. 
Hartzheim , p. 88 , on a de lui : I. 
Cautio criminaîis scu de processh- 
bus contra sagas, authorc theoloeo 
romano y Rhintcl, i63i , in-8°. de 
398 pag. Cet ouvrage 7 dans lequel 
l'auteur devançait son siècle , fut 
réimprimé plusieurs fois à Francfort 
et à Cologne. 11 a été traduit en fran- 
çais sous ce titre : Avis aux crimina- 
listes sur les abus qui se glissent dans 
les procès de sorcellerie , par F. B. 
de Filledor, Lyon, 1660, in-8°. Ce 
traducteur , dont le nom était échap- 
pé jusqu'ici à toutes les recherches, 
est Ferdinand Bouvot , médecin de 
Besançon, ville qui s'est appelee,dans 
le dixième et le onzième siècle, Chry- 
sopolis ou Ville d'or. IL Trutz-Nad*- 
tigall, Recueil de poésies sacrées, 
en allemand, Cologne, 1649 « pu- 
bliées d'abord sous le voile de l'ano- 
nyme. Malgré l'âpreté du langage, 
qui tient du dialecte westphalien , 
elles sont pleines de verve et respi- 
rent un vrai génie poétique: aussi 
les Allemands les mettent au premier 
rang de ce qu'ils ont de mieux en ce 
genre. Elles ont été traduites en la- 
tin, par M. D.L., Francfort, 1719$ 
et J. H. de Wcssenberg a donne* un 
abrégé du texte allemand , retouché 
pour le style , sous le titre de Poe- 
sies choisies de Fréd. Spee, Zurich, 
1802. W- 



CIALE (Nicolas), aék No- l'empereur Sigûnoad el du Saiut' 

iicilc, vers la fin du treizième Siège. Il fut fait prisonnier à la ba- 

est l'auteur d'un travail bis- taille navale de Ponza , en combat- 

: reste long - temps inédit, et tant à cote du roi, le 5 août 1^35, 

par Baluze, d'après un ma- etmuurutàNotu.le 1 3 février t|Û. 

de la bibliothèque du Eoi , On ignore la date de la mort de Spe- 
r Supplément de l'ouvrage de ciale l'historien. A — o — s. 
, btitulé : Marc* f/ispanica, SPEDAL1KR1 (Nicolas), publi- 
i688,in-fo!., pag. 5(^.11 a ciste, ne', en 174*1 a Bronte, en Si- 
>lé ri eu rem eut insère, par Mu- cile, fut élevé' dans le séminaire de 
, dans sa grande collection des lion cal , où il apprit la théologie , 
ores rerum italicarum , tome sous Mgr. Testa , depuis arcbevC- 
». gi5. Mongitorc s'est trom- que de Païenne. Quelques opinions 
disant que le premier éditeur répandues dans une thèse qu'il sou- 
ouvrage était Pierre deMarca tint pour mirer dans les ordres, at* 
lême. Cet archevêque, mort tirèrent sur lui la censure de ses su- 
D2 , n'a pu surveiller aucune pcricurs; et il dut se soumettre à la 
itions du Marca Hispanica , révision de la chambre apostolique. 
parut qu'en 1680. L'His- l.e P. Ricchieri, que le pape avait 
le Spéciale, divisée en huit chargé de cet eratfèn, présenta un 

embrasse une période de cin- rapport lavorahle h l'auteur, qui fut 

■ - cinq ans , depuis les V e- invité de se rendre à Rome. C'était 

ctliennes, en tafia , jusqu'à la le moment où les ouvrages nhiloso- 

le Frédéric I tr . d'Aragon, en phiqiHB fanaient le plus de bruit en 

Cet ouvrage contient des ren- Europe. Spalalicri avait trop d'ins- 

ments exacts sur celte longue tructionpour être un fanatique; mais 

lans laquelle la Sicile fut en- sa conscience répugnait à embrasser 

par l'effet du traité conclu toutes les absurdités des novateurs, 

facques I* r . ( Foy. Jayhe II, Pour tâcher de mettre d'accord la 

Ja3) et Charles II d'Anjou, philosophie avec la religion, il rap- 

:ur y donne aussi plusieurs dé- procha l'unede l'autre, et cmtprou- 

nr la grande éruption de l'Et- ver que les droits de l'homme, tek 

rivée le 28 juin 1 3m, et dont qu'on venait de les proclamer en 

c comme témoin oculaire. Spe- France, étaient tous établis danal'E- 

tvait été envoyé, eu 1 334 > à" vangile, dont les dogmes luiparais- 

r d'Avignon , pour y apporter saient plus que suffisants pour fonder 

îveau pape les félicitations de la société sur les bases de l'égalité et 

rie. Cette circonstance, l'iden- de la justice. Dans cet ouvrage, Sdc- 

1 nom et du lieu de naissance, dalieri aborda les questions les plus 

fait confondre, par quelques délicates, et ne recula pas même de- 

ins, avec Nicolas Spéciale, vant la théorie du régicide, qu'il es- 

it vice-rai de Sicile, depuis saya dejustifierpar ladocirinede St. 

jusqu'en 1 43m. Cedernicr avait Thomas. Seulement d n'accordait le 

é une grande estime à Alphon- droit de détrôner un tyran qu'à la 

qui le combla de bienfaits , el dernière extrémité , avec les plus 

rgea de plusieurs missions im- fortes restrictions , et sans dégm- 

ites auprès de Jeanne II , de ser aucun des dangers auxquels on 




*G6 



SPE 



reste expose' après ira remède aussi 
violent. Du reste, dans le cours de ce 
Traite, l'auteur se livre à de longs 
développements pour prouver que 
les idées religieuses sont l'appui le 
plus ferme aes corps politiques ; 
que de toutes les croyances , la re- 
ligion révélée est la seule capable 
de fixer la destinée et le bonheur 
d'un peuple, et que le moyen le plus 
puissant pour arrêter les progrès de 
la révolution, était de relever le trô- 
ne et l'autel. Cet ouvrage, écrit dans 
le but de concilier les anciennes avec 
fes nouvelles idées, ne satisfît aucun 
parti. Les consciences timorées fo- 
rent effrayées des concessions faites 
à l'esprit du siècle; les philosophes 
dédaignèrent un écrivain qui se fon- 
dait sur la réalité des miracles , qui 
prêchait la nécessité du pouvoir ec- 
clésiastique, l'infaillibilité de l'Église 
romaine. Spedalicri en attendant re- 
cevait les félicitations des univer- 
sités de Padoue et de Pavie , tan- 
dis que son livre , repoussé de la 
plupart des états italiens, lui avait 
suscité une foule de contradicteurs. 
Les auteurs du Journal ecclésiasti- 
que de Rome, le P. Tamagna , pro- 
fesseur au collège de la Sapience, 
l'abbé Bianchi, un anonvme, et le P. 
Toni , clerc régulier , l'attaquèrent 
vivement dans leurs écrits. Ce der- 
nier , qui avait emprunté le nom de 
son imprimeur (Salomoni), s'atta- 
cha surtout à démontrer que le troi- 
sième livre de l'opuscule De repimi- 
wtf principum , imprimé parmi les 
OEuvres de saint Thomas, et auquel 
Spedalieri s'en était rapporté pour 
autoriser le tyrannicide , ne doit pas 
être attribué à ce saint docteur, com- 
me BeIJarmin et le P. Lnbbe l'ont 
cru. Spedalieri , assailli par tant 
d'ennemis , aurait succombé , si ses 
protecteurs n'avaient fait valoir les 



SPE 

services qu'il avait rendus à la reli- 
gion par ses réfutations de Fréretet 
de Gibbon. Par ce moyen il obtint 
un béuélice à la basilique Vaticane, 
malgré la constitution de Léon X, 
qui prescrivait de n'accorder cette 
faveur qu'à des Romains. Spedalieri 
mourut à Rome , le *4 nov « 179$ * 
laissant les ouvrages suivants il.J- 
nalisi deW Esamc critico del crû" 
tianesimo diFreret, Assise, 1791, 
a vol. in-4°, et Rome, 1778, in- 4°. 
II. Confutazione deW esame del 
cristianesimofattoda Gibbon, neUm 
sua Storia àeîla decadenza , Plai- 
sance, 1798, 1 vol. in-4°. III. De' 
diritti deW uomo , libri ri , ne'quali 
sidimostra cite la piàsicura custode 
de' medesimi nella società civile, è 
la religione cristiana , Assise, 1791, 
in - 4°. , avec le portrait de l'auteur, 
et Gènes, i8o5 y 2 vol. in-8°; trad. 
en allemand , Passau , 1793 , 2 
vol. in-8«>. IV. Difesa de' diritti 
delV uomo dello Spedalieri f in ris- 
posta al Bianchi, ibid., 1793, in-8°. 
On pourra consulter les ouvrages 
suivants, qui contiennent la crtti- 
ue des Diritti delT uomo de Spe- 

lieri : i°. Tamagna, Due ùet- 
tere sulT opéra de' diritti delF uo- 
mo , Rome , 1 792 , in-8 11 . ; a°. Doc- 
trina di Spedtdieri sulla sovranità 
confutata da per se stessa : discorsg 
d'un sacerdote romano{ anonyme); 
3°. Bianchi, Leltera delT Jdriali- 
co sopra V opéra de' diritti deW uo- 
mo , Venise, 1793 , in -8°.; 4°- Sa- 
lomoni (Toni) , Ragguaglio del giu- 
dizio formata deW opéra intitula- 
ta de 9 diritti deW uomo , e délie 
prime quattro impugnazioni délia 
medesima. ( f . son Eloge funèbre , 
écrit en latin, par Mgr. Nicolai, 
Rome, i-9:ï,in-4 . ) A — o— *. 

SPKDALIKRI ( AncHAifGE) , mé- 
decin , neveu du précédent , ne à 



Z 



,6, 



; les yeux de ses pa- 
, ne trouvant pas assez de 
nstruction chez eus , l'en- 
iccessivetnent à Païenne, 
i. Ses études étaient déjà 
tes, lorsque la révolution 
int les interrompre. En- 
ans la proscription des 
lapolitains, il vint cber- 
sife à Bologne, où il fut 
joint à la chaire de clini- 
ile t ce qui lui fournit une 
le se faire connaître de 
iirecteur général de l'ins- 
ublique en Italie. S'atta- 

personne , il le suivit en 
secrétaire, à Milan, et en 
la mort de Jacopi, profes- 
bysiolocic et d'anatomie 

a Pavic , Spedalieri se 
iu concours , et fut assez 
jour l'emporter sur ses 
irs. Il remplit , pendant 
innées, les fonctions dont il 
rgc , et enrichit le cabinet 
ic de l'université d'une sé- 
tante de préparations pa- 
is. Obligé de suspendre ses 
i cause d'une maladie ner- 
alla passer quelque temps 
iays natal. Sa santé parut 
ameliurer, et elle lui permit 
e rendre aux invitations des 
'lais frappé d'apoplexie, il 

Alramo , en .Sicile , le 7 



ltt%ram. 



ibid. , 



H17, 






rages s 



difisiologia c dipatologia 
ï , Milan , 1 8ot> , iu-B°. 
igia che passa Ira la vita 
abili , c quclla degli anî- 
à., 1807,111-8». III. iUe- 
■axeos compendium , Pa- 
ï , a vol. m-8». IV. Rifles- 
•logiche sulla rottura dello 



M liai: 



11-8». V. 



orico di Giovanni Filippo 



SPEED (Je*m), écrivain distin- 
gué ji.ir ses recherches sur la géogra- 
phie et l'histoire de l'Angleterre, na- 
quît, eu i55a, à Farriiigton, dans 
le conté de Chestcr- Il était tailleur 
à Londres, lorsque le protecteur des 
savants de ce temps-là, Fulk Gre- 
ville, ayant remarqué son zèle pour 
les a iitiq ni lés , le mit en état, par 
des bienfaits signalés, de rpiillcr son 
métier et de se vouera l'étude. Le 

iiremier ouvrage que Spccd publia 
iit son Théâtre de l'empire de 
la Grande-Bretagne, présentant 
la géographie exacte des roj mî- 
mes d'Angleterre , d'Ecosse cl 
d'Irlande et des îles adjacentes, 
Londres, itio6, in-folio. C'est une 
suite de cartes de tous les comtes, 
avec le plan des principales villes et 
de courtes descriptions empruntées , 

Sour la plupart , de la Srîtannia 
e Camden. Les cartes sont bien 
exécutées pour le temps ; mais la 
plus grande partie , comme l'auteur 
en convient lui-même , sont copiée» 
d'après des cartes déjà publiées. Son 
plus grand nuvrage, le fruit de qua- 
torze années de sa vie, intitulé -.His- 
toire de la Grande-Bretagne, etc., 
in-fol., parut en 1614. (l'est nue con*- 

Silation d'après les auteurs précéd- 
ents et d'après des Mémoires ma- 
nuscrits , contenant tous les événe- 
ments depuis l'invasion de Jules Cé- 
sar jusqu'au règne de Jacques 1 er . 
Malgré toute la rudesse du style, 

3 ne l'on peut attendre d'un écrirai» 
ont l'éducation n'avait pas été soi- 
gnée, cet ouvrage, sous le rapport 
iie la composition et de la richesse 
des faits , est supérieur à toutes les 
anciennes chroniques, a Speed , dit 
a M. Tyrid . fut le premier écrivain 
» anglais qui, dédaignant les récits 




268 



SPE 



» de Geoflfroi de Monmouth , s'oc- 
» cupa d'objets plus solides et plus 
» intéressants. » L'évêque Nicotson 
en parle comme de l'un des écri- 
vains qui avaient la tetc la mieux 
organisée pour écrire l'histoire. Sir 
Robert Cotton l'aida beaucoup dans 
son travail. Spced est encore l'au- 
teur à! Une nuée de témoins, ou 
les Généalogies de l'Écriture, ajou- 
tée à la nouvelle traduction de la Bi- 
ble , en 161 1 , et à plusieurs éditions 
postérieures. Cet homme laborieux 
vécut pendant cinquante - sept ans 
marié; et il eut de la même femme 
douze (ils et six filles. Il mourut 
à Londres, en 1G29. Voy. le Dict. 
de Chaufepié. — Son iils , Jean 
Speed , fut un médecin distingué de 
Londres. Z. 

SPEGEL (Haquin ) , archevêque 
d'Upsal, né en 1 (34 5, fut un des poè- 
tes suédois les plus féconds du dix- 
septième siècle. Ou a de lui un poè- 
me intitulé P Œuvre et le repos de 
Dieu y le Paradis fermé ou perdu 
et le Paradis ouvert et retrouvé, 
enfin plusieurs autres productions 
poétiques, qui ont eu de la vogue 
en Suéde, mais qui maintenant sont 
oubliées. Spegela composé de plus un 
Glossaire de la langue gothique, 
des Psaumes ou Cantiques , des Ser- 
mons , des Prières pour le service di- 
vin, une Bible des enfants , une His- 
toire ecclésiastique et un Catéchisme. 
Ce Catéchisme n'obtint pas l'appro- 
bation du clergé , et fut même défen- 
du. On a aussi de Spegel un Journal 
de la euerre de Scanie, pendant le 
règne de Charles XI , qui se trouve 
dans la Bibliothèque suédoise , tome 
11. Ce prélat mourut, en 1 7 1 ^ à [Jp- 
sa 1. Jean Uninark. prononça son 
Oraison funèbre, qui fut imprimée. 
"Voy. le Dictionnaire biograplUque 
de Gezelius. G — au. 



SPE 

SPELMAN ( Sir Henri , anti- 
quaire anglais , descendait d'une an- 
cienne famille du Hamnshire, qui 
s'établit au quinzième siècle dans le 
Norfolk. II naquit à Cougbam près 
de Lynn-Regis , en 1 56a , et fit ses 
premières études à l'école de Wal- 
singham , d'où il passa au collège de 
la Trinité à Cambridge. La mort de 
son père l'ayant rappelé dans le sein 
de sa famille, il y resta un an pour 
arranger ses affaires, et se rendit en- 
suite à Londres , où il fut admis 1 
Lincoln's-Inn pour y étudier le droit 
Son goût dominant pour l'antiquité 
trouva un grand aliment dans ces nou- 
vel! es études , et en reçut la direc- 
tion qu'il suivit toujours. Au lieu de 
s'appliquer à la connaissance des lois 
et des affaires , il embrassa l'étude dn 
droit ancien de son pays , des usages 
de ses premiers habitants ; il conti- 
nua ses études favorites , même après 
son mariage et son retour dans son 
pays , où il s'occupait à faire valoir 
ses biens fonds , et k cultiver l'esprit 
de sa famille naissante , et celui d'un 
neveu dont on lui confia l'éducation. 
C'est à cette époque qu'il publia son 
Aspilogie ou traité sur les cottes 
d'armes , dans lequel il déploie une 
vaste érudition , surtout par rapport 
aux chartes des monastères de Nor- 
folk et de SufTolk. Reçu membre de 
la société des antiquaires , il fut 
recherché par les savants les plus 
distingués , tels que Camden , sir Ro- 
bert Cotton , etc. , tandis que de son 
coté il aidait de ses lumières des 
hommes laborieux qui se livraient à 
l'étude de l'histoire, comme Speed, 
Dodsworth , etc. Il était shérif de 
Norfolk, lorsque la réputation de ses 
connaissances profondes en fait d'an- 
ciennes chartes le fit designer par 
Jacques I er . comme un des commis- 
saires charges de terminer les con- 



SPE 

ou relatives aux titres des 
et manoirs de l'Irlande. 11 
trois fois cette mission , et il 
nplit pas des fonctions moins 
âmes en Angleterre; car il y 
argé de prendre connaissance 
la étions qui se commet latent 
es cours civiles et ecclésiasti- 
>our le paiement du casuel et 
moraires. Ce fut à cette occa- 
a'il publia son savant traite de 
iuré , où il prouve qu'effecti- 
it les exactions les plus criantes 
n mettaient journellement. Les 
es éminçais qu'il rendit à l'élat 
■es emplois importants, lui va- 
une gratification de trois cents 
sterling, pour repaver sa for- 
ui avait souffert de ses dépla- 
is , et le titre de chevalier, qui 
1 conféré par Jacques I er . En 
, il s'était établi à Londres avec 
lilk; et son premier soin fut de 
pier de nouveau les assemblées 
tiqua ires qui avaient été sns- 
es pendant vingt ans : il ouvrit 
mien: séance par un Discours 
irigine des quatre termes de 
e pour rendre la justice; et 
iqua , avec autant de lucidité 
profondeur, les lois des Juifs, 
recs , des Romains , des Sa- 
t des Normands , qui ont trait 
matière. Il est fàrheux que ce 
n'ait été imprimé qu'après la 
le l'auteur , d'après un ma- 
: incorrect. Heureusement des 
s plus importants dédora ma - 
! cette-perte. La branche d'ari- 
queSpelman avait entrepris 
jiter le mettant souvent aux 
avec des mots étrangers etin- 
, il conçut l'idée d'en faire un 
gueavec des renvois aux pas- 
>ù ils se trouvaient, ce qui lui 
de comparer ces différents 
» f et de comprendre le sens 



SPE 269 

de la plupart de ces mots. L'étude 

de l'ancien saxon lui était indispen- 
sable ; mais alors celle langue était 
peu cultivée : il fallut toute la pa- 
tience cl la pénétration de Spelnian 
pour se rendre maître, sans aucun 
secours, d'un idiome presque entière- 
ment inconnu. Ses travaux furent 
tellement assidus , qu'avant tfiofî, il 
fut en mesure de publier son Glos- 
saire; mais se déliant de ses lu- 
mières , il n'eu iït imprimer que 
deux feuilles, qu'il communiqua aux 
savants de son pays cl de l'Europe. 
Il reçut les eucuu rage in culs les plus 
JUtteum, en Angleterre , d'Uslier, 
Williams, Seldeu , Robert Cottonj 
au dehors, de Rigault, Saumaise,Pci- 
resc, lîiguoi]. Meurs! us, etc. D'après 

il mil au jour la première partie de 
son ouvrage, qui va jusqu'à la lettre 
L. Il fut détourné par s es amis de 
publier la suite, parce qu'il expri- 
mait , aux mots Magna C/iarta et 
Maximum consilium , des opinions 
qui pouvaient lui devenir funestes. 
L'ouvrage était en effet terminé: 
Spelmanle fit voir entièrement ache- 
vé à sir William Dugdale. La se- 
conde partie fut imprimée longtemps 
après sa mort , non par son iils( qui 
était fort en état de revoir l'ouvrage 
de son père : les révolutions qui dé- 
solèrent l'Angleterre l'en empêchè- 
rent ), mais par Dugdale, qui en 
avait reçu l'invitation de l'archevê- 
que Sbeldon et du chancelier Hyde. 
Cette publication eut lieu en 1664 ;„ 
et, comme l'observe fort bien Gibsou, 
la seconde partie est aride et froide: il 
est facile de voir que ce ne sont que 
des matériaux et non un ouvrage lini 
comme la première partie; c'est de 
celle-ci que l'on peut dire que le ti- 
tre modeste de Glossaire lui convient 
moins que celui A' Archatologe , qui 



•JL70 



SPE 

devait d'abord lui être donne. Ce 
n'est pas imc explication aride de 
auelques mots : ce sont des Discours 
et des Dissertations sur des objets de 
la plus haute importance ; ce qui en 
fait un dictionnaire que ne sauraient 
trop étudier les personnes qui se li- 
vrent à la connaissance des anciennes 
coutumes et constitutions de l'Angle- 
terre. La première partie du Glossaire 
fut suivie (16^7) d'une compilation 
historique des, affaires civiles de la 
Grande-Bretagne, depuis la conquête 
de la grande Charte , compilation 
formée de passages des meilleurs au- 
teurs, qui sont souveut cités textuelle- 
ment. Bientôt après, parut un ouvrage 
plus considérable que tous ceux que 
Spelman avait publiés jusqu'alors : 
c'est la Collection des conciles , dé- 
crets , lois et constitutions de l'E- 
glise d'Angleterre , depuis 1066 
jusqu'en, i53i. Cet ouvrage forme 
trois volumes, qui contiennent cha- 
cun une des principales divisions. Le 
premier va de la naissance du chris- 
tianisme jusqu'à Guillaume le Con- 
quérant, eu 1066; le second, de la 
conquête des Normands à la des- 
truction du pouvoir papal et des 
monastères , sous Henri VIII. Enfin 
le troisième contient l'histoire de l'É- 
glise reformée, depuis Henri VIII 
jusqu'au temps de l'auteur. Deux 
volumes parurent de sou vivant ; 
\c second , qui comprend les con- 
ciles , fut remis par Sheldon et 
Hydc à sir William Dugdale, pour 
le faire imprimer : ce savant l'aug- 
menta considérablement , et le pu- 
blia en it>04. Malgré ses soins, cette 
édition fourmille de fautes. Le der- 
nier ouvrage de Spelman est son 
Trait é de l'origine , V accroissent eut , 
la propagation et la condition des 
fiefs avec redevance de service mili- 
taire en Angleterre. L'auteur avait 



SPE 

près de quatre-vingts ans lorsqu'il le 
composa, et Ton voit qu'il n'avait 
rien perdu de la vigueur et de la 
force de son esprit. Il passa ses der- 
niers jours avec son gendre sîr Ralph 
Whitfield , chez lequel il mourut à 
Londres, en 1641 , âgé de 81 ans. 
11 fut enterré avec pompe , par or- 
dre du roi y et placé dans l'abbaye de 
Westminster, vis-à-vis son ami Gain- 
den. Spelman n'était pas seulement 
un antiquaire distingué ; il était un 
zélé propagateur des sciences , et il 
aimait à produire les hommes qui 
lui paraissaient annoncer du talent 
Il fit de grands efforts pour ins- 
pirer le goût de la littérature saxone , 
qui est d'une si grande utilité pour 
l'étude des antiquités du Nord , et 
fonda même une chaire de saxon 1 
Cambridge; mais les guerres civiles 
empêchèrent sa famille de continuer la 
rente qu'il avait assignée pour servir 
d'honoraires au professeur. Outre les 
ouvrages dont nous avons parlé, 
Spelman a laissé : I. Discours sur 
les monnaies deV Angleterre, 1 5k)4 > 
dans lequel il cherche à donner une 
idée des sommes immenses qui sor- 
tirent de ce pays pour aller à Rome 
sous le nom d'Annates , de Denier 
de Saint - Pierre , etc. 11. De mm 
temerandis ecclesiis , réimprimé in- 
8'. , en 161 5 , petit traite' écrit pour 
engager son oncle , qui possédait me 
partie du presbytère de Cougham , 
à rendre cette propriété à sa pre- 
mière destination, et dans lequel l'au- 
teur donne des marques de la plus 
profonde vénération pour les pro- 
priétés de l'Église , principes qu'il 
professa dans plusieurs circonstances 
de sa vie. III. Traité des dîmes , 
1647. IV. nUarc angUcuM{t65Q 9 
ouvrage qui lui est attribué , et au- 
quel il a au moins travaillé. V. Ar- 
chaïsmus graphicus in usum fitio- 



SPE 
mscriptui. Il ne paraît pas 
ouvrage ail été imprime ; il 
C plusieurs manuscrits en An- 
■ VI. Discours sur l'ancien 
lement de l'Angleterre en 
L VII. Des Parlements en 
lier. VIII. Catalogue des 
■es occupées anciennement et 
■ours par les archevêques et 
jues de ce royaume , des 
î s'étend leur juridiction or* 
, quoiqu'ils se trouvent co- 
dons d'autres diocèses. On 
le cet ouvrage fut composé 
cques 1 er -, pour l'usage de 
èque de Canterbury. La plu 
ces travaux ont été imprimés 
«on qui donna d'abord les 
s anglaises de Speiman, et 
1698, publia ses Œuvres 
tes. Ces deux Collections ont 
iinées ensemble, î vol. in-f°. , 
n regrette la perte de son His- 
sacrilège, dont on avait sus- 
impression , parée qu'il atta- 
f propriétaires de biens ecclé- 
s; il fut détruit dans l'incendie 
«s. — Son (ils aîné ( Jean), 
rééchevalierparCharlesI",, 
■dit quelques services à lacau- 
ï, laissa plusieurs écrits dont 
apaux sont : I. L'édition d'un 
r saxon , Psalterium Davi- 

ire d'un ancien manuscrit de 
thèque de son père , et col- 
sur trois autres exemplaires. 
d'Mfred-le-Grand, publiée 
■ne, Oxford, 1 70c). Ce jeune 
qui promettait de marcher 
■ment sur les traces de son 
e lui survécut que de deux 
Son jeune frère ( Clément ) , 
t ensuite juge de l'échiquier, 
elques écrits sur le gouver- 
et une longue préface à la té- 
nvrage de son père , De non 



ans ajt 

temerandis ecclesUs, il mourut en 
1 679. — Edouard SwcunW , traduc- 
teur de Xénophon et de Denys d'Ha- 
licaiiins5C,et auteur d'un Traité sur 
les acreiilsgrecs, était pettt-lilsdcsir 
Henri ; il mourut en 1 767. C-r. 

Sl'EPICE (Jospth), littérateur 
anglais, né, en îtkjS , à Winches- 
ter , reçut son éducation à l'univer- 
sité d'Oxfurd , prit le grade de 
maitre-ès-arts, en 17-27 , et se lit 
connaître , la même année, par un £.•- 
soi surlii traduction de l Odyssée, 
de Pope, Si cet écrit ne se distin- 
guait pas par une grande profondeur 
de vues, il prouva au moins un goût 
cultivé, et le sentiment des beautés 
poétiques. Il était d'ailleurs si favo- 
rable au célèbre traducteur , que 
celui-ci désira connaître son apolo- 
giste, et l'admit bientôt dans s nu in- 
timité ( 1). En 17'irî , Spence fut élu 
Srofesseur de poésie à l'université 
'Oxford , et if occupa cette place 
pendant dix ans. Depuis il voyagea 
en Italie avec le jeune duc de New- 
easlle. Lorsqu'il quitta son élève , 
en f-fa , il fut présente par l'uni- 
versité pour un bénéfice ecclésiasti- 
que dans le comté de Buckingham : 
l'ayant obtenu, il résida néanmoins 
à lïyfleet , dans te comté de Surrey, 
où son ancien élève, le dac de New- 
castle, avait rais a sa disposition 
une habitation fort agréable. Peu de 
temps après, il fut nommé professeur 
d'histoire moderne à Oxford. Cet 
emploi hii laissant beaucoup de 
loisir, il publia , eu 1747 , son prin- 
cipal ouvrage, intitulé : Recherches 
sur les rapports qui existent entre 
les écrits des poètes romains , et ce 



at |rirt pMr qmfqn** T« inoril. 




I 



vii SPE 

ui reste des anciens artistes , pour 
s expliquer les uns par les autres, 
i vol. iii-fol. Le public accueillît fa- 
vorablement cette production ; et 
quoique Gray en parle avec quelque 
mépris sous le rapport de l'érudi- 
tion , d'autres écrivains distingues 
ont loue le savoir de l'auteur et 
l'élégance de son style. En 17 54, 

il tut installé à la prébende de près des documents originaux, 
Durham. Sa dernière publication avec des notes et la vie de Fauteur 
fut une édition des Remarques sur par S. Weller Singer* Edimbourg, 
Firgile , par HoUlsworta , accom- Constable, 18*10 , in-H°. Z. 



SPE 

poètes; ce que Ton a pu vérifier de- 
puis, puisque cette collection a été 
imprimée sous ce titre : Anecdotes ', 
Observations et Caractères concer- 
nant des livres, des personnages, etc., 
recueillies dans la conversation de 
Pope et autres personnages célè- 
bres de son temps , parJos. Spence; 
publiées pour la première fois d'à- 

^ ? 1 M • P 



pagnées de notes et d'oltservations 
Peu de temps après ( le uo août 
17G8), on le trouva mort dans un 
canal de son jardin , à Bylleet , où 
il était tombé , à ce qu'il paraîtrait , 
dans un état de paroxisnic, car l'eau 
n'était pas assez profonde pour le 
couvrir. Spence, d'un caractère bien- 
veillant et sociable, sut se fa ire beau- 
coup d'à mis. ïl s'empressa constam- 
ment de mettre au grand jour le mé- 
rite inconnu et obscur, comme on 
peut le voir dans ses remarques et 
notices sur Stepben Duck , sur Ro- 
bert Hill , le tailleur savant ( F. Ma- 
gliabecchi ) et sur Blacklock, le 
poète aveugle. ( Forez Blacklock.) 
Les morceaux qu'il a insérés daas 
plusieurs recueils périodiques ont été 
recueillis et publiés avec d'autres 
écrits de cet auteur , sous le titre 
de Moralités y 1753. Dans cette 
publication Spence prend le nom de 
sir Henry Bcaumont, sous lequel il 
s'est caché pour d'autres ouvrages. 
Il avait fait une collection d'anec- 
dotes concernant les écrivains cé- 
lèbres, recueillies dans ses entretiens 
avec Pope et d'autres gens de let- 
tres. Cette collection , formant plu- 
sieurs volumes manuscrits , était res- 
tée dans les mains du duc de Nevv- 
castlc. On a cru que Johnson en avait 
fait des extraits pour ses Vies des 



SPENCER(Edmojid) f.SPEwsa. 
SPENCER. (Jean) , antiquaire ' 
anglais, né à Bocton dans le comté de 
Kent , en i63o , perdit son père 
en bas âge ; mais sou oncle ayant pris ' 
soin de son éducation , il fut envoyé 
d'abord à l 'école de Canterbury , d'où 
il passa dans le Corpus^ collège , à 
Cambridge. Il était boursier dais 
cette université, lorsque son bienfai- 
teur mourut : cet oncle n'ayant pas 
réglé ou acquitté les comptes de ce 
que lui avait coûté l'éducation de sod 
neveu , le jeune Spencer fut poursuivi 
par les héritiers pour le paiement de 
cette somme. Heureusement il trouva 
des secours dans la générosité de ses 
camarades, et put satisfaire aux de- 
mandes de ses créanciers. Après avoir 
publié différents Sermons ( 1660), 
et des Discours sur les miracles et 
sur les prophéties ( iGC5 et 1667), 
il fut présenté par son université 
comme candidat à la rectorerie de 
Landbeach, qu'il obtint. Il y était 
installé depuis quelques années lors- 
qu'il publia sa Dissertation sur TU* 
rim et le Thuminin, qui n'était que 
le prélude d'uu plus grand ouvrage 
dont il s'occupait exclusivement f et 
dont il ne put être distrait ni par 
l'archidiaconal de Sudbury, ni par 
la prébende d'Ély , ni même le dia- 
conat de cette église, places qui là 



SPC SPE 2 7 3 

furent conféréc^dcpuis i*'^! jusqu'en vcqtie Tcnison, dont il avail étél'a- 
1C77. Il publia , j Cambridge , en mi île collège. Ce ne fut qu'en 17117, 
iGÔ5,son grand oin rage qui a pour que ruiiiviTMtédeCanihridge, à qui 
titre: de Legilms Uebrœuram rilua- l'archevêque avail légué, en mou- 
lifms e( eanim ralionibus libri 1res; raut , les papiers de Spencer, char- 
ma Toi. , La Haie, ifiSO , in-4" ; gea Léonard Cliappelow d'une nou- 
Leipzig, 1705, 4°i s vol. Le but Telle édition phu cuinplèle que les 
de l'auteur est d'expliquer les eéré- précédentes , et augmentée, d'un vo- 
nionies judaïques d'après les lumiè,- lumeoùsc tronvcla réponse deSpcn- 
re* de la raison, et de venger la di- cer à ses adversaires. Elle parut en 
TÏnité de l'accusation de caprice et Cambridge en 1727 , a vol. în-fol, 
d'arbitraire (pie la singularité de ces (Juelque rigoureux que soit le juge- 
lois a fait porter contre elle parles ment que de très-savants hommes 
ignorants et les incrédules : mais ont porté de cet ouvrage , il est sûr 
comme il a cherché l'origine de beau- qu'il renferme de* choses très-ciiricu- 
CC-up de ces cérémonies daus celles ses, et qu'on y remarque beaucoup 
des païens dont les Juifs étaient en- de recherches et d'érudition. L'au- 
virouuës.cet ouvrage causa nu grand leur est généralement regardé comme 
scandale lorsqu'il parut. Une foule l'un des plus doctes Uiéologrens de 
d'écrivains recoin mandai les entre- l'église anglicane et nu des plus I1.1- 
pripeot de réfuter des principes qu'ils biles héhraisans de ce temps-là. Il 
considéraient comme dangereux; et mourut le 37 mai iGrjfj, et fut en- 
partnî les athlètes qui eotrcri nt dans lerré dans la chapelle dit Corpus 
cette lice , on peut compter Wit- collège : il laissa à cet établissement 
sius, dans sou ^Ègrptiaca, sir John tous ses biens, qui se montaient a 
Marsham, Calmet et Snuckfutd, A plus de trois mille si* cents livres 
U lin du dernier siècle . ou est re- sterling. C — y et L — s — e. 
venu encore à la charge : Wood- SPENCER (Cnini.Es), duc de 
ward a entrepris de nouveau la ré- Marlburough , bis du comte de S1111- 
futatîon de Spencer dans un Dis- derl.indctd'unc lilledu célèbre Cliur- 
eoursSwrfe culte des anciens Égfp- ebill duc de Marlborough, naquit le 
liens, qui a été communiqué à la mi novembre 1707. A la mort du 
société des antiquaires de Londres, père ( 3o avril 172a), son frère aï- 
ea 177^; plus récemment encore, ne hérita de ses litres elbiens. Après 
en 1799, sir William Jones s'occupa ia mort de son grand-pcrc (37 août 
delà même réfuta li oit dans ses Con- 1-T1 ) ,il hérita du titre de duc de 
âdéralions sur le culte desPàiens. Mailborough , parce que la lillc aî- 
Cependant , malgré toutes ces crîti- uée do duc (1), héritière de son pere, 
ques et le zèle exagéré du dernier mourut, en i-j33 , sans descendance 
auteur que uous avons cité, l'on- masculine, à la mêïne époque oùce- 
TragedeS[iencer est In'v-esiimi' pour lui-ci termina sa carrière, de ma- 
» vaste érudition et l'étendue de ses tlière que les biens et titres de son 
Rclicrehes. L'auteur l'avait couside- père lui échurent , cl qu'il se vit 
nblem eut augmenté; il y avait ajou- en possession d'une immense fortune. 
ténu livre quatrième , qui ne parut Après son entrée dans la chambre 
qae très-lard, quoique, à sa mort, ses ■ ■ 
papiers eussent été couliés à l'arche- io Bfc«w«^fwii*fctta«Bl»*«s*» 




*74 



SPE 



haute, il embrassa ic parti du prince 
de Galles ; et lorsque celui-ci fut en 
disgrâce auprès du roi, le duc lui 
offrit sa bourse et son palais. Mais 
cette opposition ne dura pas long- 
temps ; depuis 1 738 , Spencer se rap- 
procha de la cour , et il reçut en ré- 
compense , des titres et des distinc- 
tions. En 1 74 1 f il obtint Tordre delà 
Jarretière, et pour la bravoure qu'il 
avait montrée a la bataille deDettin- 
gen, en 1743, le roi lui conféra le ti- 
tre debanneret du royaume. Les cir- 
constances changèrent, et avec elles 
les sentiments politiques du duc. 
Quelques mois après avoir été ré- 
compensé par la cour , il parla for- 
tement à la chambre haute contre 
les troupes hanuvricnncs.Sona'iculc, 
la vieille duchesse Sara h Marlboroug 
lui donna, à l'instant, en faveur de 
cette opinion, 10,000 livres ster- 
ling, et le lit son principal héritier. 
Mais avant que cette grand-mère fut 
morte, le duc était déjà retourné vers 
le parti de la cour. Eu 1747, il par- 
vint au grade de lieuteuant-^éneral , 
et fut nommé plus tard président du 
conseil de guerre formé pour juger 
le général Mordaunt , comte de Pc- 
terborough. En 1758, il fut charge' 
de commander les troupes qui de- 
vaient faire une descente, en France; 
mais ce commandement fut aussitôt 
révoqué, et le duc se rendit en Alle- 
magne, où il fut mis à la tète des trou- 
pes anglaises destinées à combattre 
avec les alliés. La campagne était 
presque Unie lorsqu'il vint à l'armée; 
cependant il dirigea quelques opéra- 
tions , et cantonna les troupes dans 
les environs de Munster. Ce fut là 
que, s'étant un jour mis en marche 
par une grande pluie, il fut atteint 
d'un rhume dont il mourut au bout 
de quelques jours, à l'âge de cin- 
quante-deux ans, en 1759. Z. 



SPE 

SPENDIUS , l'un des mercenai- 
res révoltés contreCarthage, Tan 241 
av. J.-C. , avait été esclave à Rome, 
et s'était sauvé eu Sicile, où les Car- 
thaginois l'avaient pris à leur solde» 
C'était un homme d'une taille gigan- 
tesque et d'un caractère audacieux. 
Après la première guerre punique, il 
excita les troupes mercenaires a la ré- 
volte, devint leur chef, conjointement 
avec Mathos, dont il partagea la fu- 
reur et les cruautés ; mais , défait par 
A m il car, après avoir fait trembler 
Carthage pendant deux ans. il se vit 
forcé , par les rebelles eux - mêmes , 
d'aller traiter avec le vainqueur , qui 
le lit arrêter et mettre en croix ( Vop. 
Mathos ). B — p. 

SPENER ( Philippe-Jacques ), 
un des plus célèbres docteurs de 
l'Eglise protestante dans le dix- sep- 
tième siècle, est regardé comme le 
foudatcur de la secte appelée des 
Pietistes. Son père, originaire de 
Strasbourg , était conseiller au ser- 
vice du dernier comte de Ribeau- 
pierre, en Alsace. Il naquit le i3 
janvier i635, à Ribeauviller, chef- 
lieu de cette petite souveraineté , et 
reçut, par les soins du chapelain, 
une éducation littéraire très-distin- 
guée. Cet homme de mérite lui ins- 
pira , dès l'âge le plus tendre, cette 
résigna tiun et ces sentiments reli- 
gieux qui devinrent la partie distinc- 
tive de son caractère. Un événe- 
ment fort simple frappa vivement 
son imagination, à l'âge de treize 
ans, et y laissa une impression qui 
ne s'eilaça jamais. Dans un précis 
de sa vie, rédigé par lui-même, 
qu'on trouva parmi ses papiers après 
sa mort, il raconte qu à cette e'po- 
cjuc, il fut apnelé au lit de mort 
de la comtesse douairière de RÛSeau- 
nierre , qui , l'ayant tenu sur les 
fonts baptismaux , l'aimait d'une 




r 



SPE 

de mère, et s'était beau- 
[Mie de son éducation. Cette 
un effort inutile pour lui 
lis 3 crut entendre par ses 
îts qu'elle voulait l'exhor- 
: fidèle aux principes qu'él- 
it inspirés. Dans ce mo- 
mel , le jeune homme prit 
lème l'engagement de con- 
te son existence au service 
iette disposition fut nourrie 
* la lecture assidue de la 
de pitié , de Thomas Bai- 
I traduisit divers passages 
lemands. À l'âge de quinze 
it envoyé au gymnase de 
pour y continuer ses étu- 
près y avoir passé une an- 
: jugé capable de frc'quen- 
irsité de Strasbourg, où il 
i l'étude de la théologie, 
e possédait deux, célèbres 
"s, Sébastien Schmidt et 
rad Daiinhauer , l'un et 
lés luthériens et ennemis 
i du système calviniste , 
elle en Allemagne reformé, 
nivant les cours decesmaî- 
erne négligea pas de se per- 

dans les langues ancien- 
1 possédait les éléments : il 
i aussi avec zèle à l'hébreu, 
était rare alors, à l'arabe, 
ses branches de philosophie 
lient vivement ; il lut , à 
reprises, l'ouvrage de Gro- 
e droit de la guerre et de 
t l'on eut lieu , par la suite , 
laître dans ses écrits com- 
lit pénétré des principes de 
r ain. Enfin il s'occupa , 

prédilection marquée , de 
de sa nation , où il devait 
"rayer de nouvelles routes. 
>ir soutenu une Dissertation 
. erreurs de Hobbes, il prit, 
e dix-huit ans, les grades 



SPE 



375 



académiques en philosophie , et lut 
nommé , eu i6!>4 > instituteur et 
deux princes de Biikenfidd, ave* 
lesquels il revint a Strasbourg, oà 3 
passa deux années. Le père de 00 
princes , qui appartenait à mie mai- 
son électorale , voulait que ses fils 
s'appliquassent de préférence a la 
connaissance des généalogies. Cette 
circonstance fut cause des recher- 
ches auxquelles Spener se livra dans 
une partie qui n'est devenue une 
science que par lui. Depuis 1659 
jusqu'en 1662, il fit des voyages es 
Allemagne, en Suisse et en France» 
A Baie, il étudia l'hébreu, sous le far 
meux Buxtorf. A Lyon , il connut le 
Père Mènes trier, qui lui inspira da 
.goût pour le blason, science que Spe- 
ner transporta en Allemagne, où elle 
trouva un sol fertile. Le sénat de 
Strasbourg lui avait destiné une chai- 
re d'histoire ; en attendant qu'elle de* 
vint vacante , on lui offrit, en 1662, 
un emploi secondaire de prédicateur» 
Il l'accepta, et prit, en 1664, le 
grade de docteur en théologie, le 
jour même où il épousait Susanae 
Erhard, fille d'un des premiers 
magistrats de Strasbourg. Bientôt 
il acquit une si grande réputation 
par son éloquence, par la pureté 
de ses moeurs et par sa pieté, qu'en 
1666, le sénat de Francfort lui 
otlrit la première place parmi les 
pasteurs de cette ville. Se regardant 
comme un instrument de la provi- 
dence , qui le placerait où ses talents 
pourraient être plus utiles , il n'ac» 
centa ni ne refusa une proposition 
si honorable, laissant aux chefs des 
deux républiques le pouvoir de dis- 
poser de lui. Ceux de Strasbourg dé- 
cidèrent qu'il devait entrer dans la 
carrière qui s'ouvrait devant lui. Les 
vingt anueesdeson séjour à Francfort 
furent les plus actives et les plus heu- 

18.. 




!i 7 6 SPE 

reuses de sa vie. 11 y posa les foudc- 
mcnts de la rcyolution qu'il se crut 
appelé à opérer, et s'y attira aussi des 
tribulations par un zèlcquc l'expéricn- 
ce ne lui avait pas appris à modérer. 
Une s'était point encore élevé au-des- 
sus des vices de son siècle. Le carac- 
tère particulier des théologiens lu- 
thériens de cette époque était une 
ha iue fanatique, moins pour l'Église 
dont ils s'étaient séparés , que pour 
leurs confrères les Calvinistes , dont 
la croyance ne différait pas essen- 
tiellement de la leur. Cet esprit d'in- 
tolérance avait été inspiré à Spener 
par les professeurs de Strasbourg , 
ses maîtres : il en donna une preuve 
en désignant les reformes, dans un de 
ses sermons , comme les faux pro- . 

Shètes qui, d'après l'Évangile, sont 
es loups couverts de la peau de 
brebis. Les réformés, exclus, par la 
constitution, de toute participation 
au gouvernement de Francfort , y 
formaient cependant la classe la plus 
riche et la plus considérée de la 
bourgeoisie. Leur ressentiment con- 
tre le prédicateur indiscret lui attira 
des désagréments qui le corrigèrent 
à jamais d'un défaut dont peu de 
ses contemporains furent exempts. 
Il changea si complètement à cet 
égard, qu'un des plus grands re- 
proches que ses adversaires lui fi- 
rent par la suite , était la tolérance 
qu'il montrait envers les hétérodoxes. 
Dès-lors il ne dirigea plus ses prédi- 
cations que contre les vices, l'im- 
moralité et les préjugés qui régnaient 
dans le troupeau particulièrement 
confié à sa conduite. La théologie 
des protestants à celte époque n'était 
qu'une vaine érudition scholastique , 
une science purement mondaine. Spe- 
ner regardait la véritable théologie 
comme une lumière venue d'en-haut, 
mais qu'on ne pouvait recevoir sans 



SPE 

être régénéré par la foi et pénétré 
d'une véritable piété. Quoiqu'il eut 
aprofondi toutes les parties de la 
philosophie, ou peut-être pour cette 
raison même , il voulait exclure de la 
théologie tout système philosophi- 
que , et particulièrement celui d'A- 
ristote ; il attribuait à la vogue de 
ce système la corruption qui avait 
envahi l'Église , l'intolérance et l'es- 
prit querelleur de ses ministres, cn- 
îin la décadence du christianisme. 
Convaincu que les froides prédica- 
tions qui constituaient l'essence du 
culte protestant , ne peuvent produi- 
re beaucoup d'effet sur les grandes 
masses, il institua chez lui, en i(>~o, 
des assemblées particulières , dans 
lesquelles, après des actes de dé- 
votion, il répétait, d'une manière 
S o pu la ire et sommaire, le contenu 
c ses sermons , et expliquait quel- 
ques versets du Nouveau - Testa- 
ment, sur lesquels il permettait à 
chaque auditeur de proposer avec 
simplicité des doutes et de deman- 
der des éclaircissements. Les femmes 
étaient admises à ces exercices de 
piété : mais elles ne pouvaient pas v 
prendre pa rt directement; elles étaient 
mnne soustraites à la vue du reste 
de l'auditoire. On appelait ces réu- 
nions des collèges de piété. Leur 
utilité se manifesta bientôt dans la 
conduite morale et réservée des fa- 
milles qui les fréquentaient. Pendant 
l'espace de douze ans, les collèges 
de piété subsistèrent , sans qu'il s'é- 
levât une plainte contre celte institu- 
tion. L'époque de leur dégénération 
est celle où, à la demande de plusieurs 
persouncs des hautes classes de la 
société' , on en étendit le cercle en les 
transférant dans une église. Les in- 
dividus qui y avaient trouvé de l'ins- 
truction , perdirent dès ce moment 
la liberté de parler au maître; des 



SPE SPE i-ji 

curieux M des hypocrites se glisse- populaires. Malgré le grand nombre 

reut dans une réunion où jusqu'alors d'ouvrages de théologie et d'instnic- 

on'u'avait pas comiii d'ostentation, lions rtUgMOKS qu'il publia pendant 

Les abus augmentèrent , lorsqu'à son séjour a Francfort, il trouva 

l'exempte de l.i société de Francfort, encore le temps de donner suite à des 

il se forma des assemblées pareilles travaux d'une autreespèce, pour les- 

à Essen , à Schivciufnrth , à Augs- quels il avait pris du coût dans sa. 

Itourg et dans d'autres villes, quel- jeunesse. Le premier volume de son 



qnefois sans le concours des ecclé- grand ouvrage généalogique sur les 
siastiques. Les pasteurs et les magis- familles nobles européennes , parut 



Irais commencèrent à s'en inquiéter, en 1668. Quoique imparfait, cet 

et il s'éleva de tout côté des plaintes, écrit fit époque. Ce fût depuis 1668 

sur lesquelles Spener n'eut pas de jusqu'en 1690 que Spener mît au 

• peine à se justifier. Sa candeur était tour les trais ouvrages par lesquels 

étrangère à l'intrigue. Poursuivant il devint le fondateur de la science 

sans relâche le but qu'il s'était pro- héraldique en Allemagne. L'érudi- 

- posé, de corriger les mœurs de ses tion dont ils sont pleins , la sagacité 
contemporains, il publia, en i6;5, et la critique avec lesquelles une fou- 
rni livre intitulé modestement : Fia le de questions historiques y sont dis- 
desideriu , dans lequel il démontra cutées, donnent encore aujourd'hui 
la nécessité d'une réforme générale une grande valeur à ces compost- 
dans tous tes états de la société, en lions. Jean-George, électeurdeSaxe, 
•'arrêtant particulièrement aux ec- qui, dans ses campagnes, avait coït-, 
_clésîastiqucs dont les études n'étaient nu Spener, voulut l'attirera son ser- 
dirigées que pour faire briller les vice. Les instances de ce prince s'é- 
predica leurs dans des disputes reli- tant répétées, Spener, av«c ta sim- 
gîeuses , an lieu de les pénétrer de plicité et la candeur qui le caraclé- 
cet esprit de charité' et d'humilité, risai'cnt, mit par écrit les motifs qui 
de ces sentiments pieux par lesquels paraissaient lui imposer le devoir 
ils devaient édifier les lidèles. Cet d'accepter ses propositions , et ceux 
ouvrage n'était ni Uue satire ni une qui devaient le retenir à Francfort 
invective contre le siècle : c'étaient , à la lête de son troupeau. Ses intérêts 
comme le titre l'annonçait, les pieux pcrsounels n'y entraient pour rien: 
désirs d'un homme de bien , pénétré il ue s'agissait que du plus grand bien 
de la vérité de ce qu'il disait , et qui de la chrétienté. Le sénat de Franc- 
pratiqu a itlui-uiéniecequ 'il demandait fort, auquel il soumit cette espèce 
aux autres. Ne se contentant pas de de . consultation , ayant refusé de 
signaler le mal, il proposa les moyens prononcer, Spener nomma un jury 
de le guérir ; et tout le reste de sa vie composé de cinq ecclésiastiques dis- 
fut consacré à exécuter le plan de ré- tingués , qu'il rendit arbitres de son 
forme qu'il avait médilé. ÎI corrigea sort. Ils déclarèrent qu'ils reconnais 
les mœurs et la doctrine, non qu'il saienlledoigldel/ieudansladéterrai- 
louchât au système de croyance qu'il nation de l'électeur. Enell'ct, le réfor- 
trouva établi; mais i! changea lamé- matenr pouvait, par ses talents et son 
tbode d'enseignement : et , sans abo- exemple , opérer infiniment plus do 
lir les prédications, il sut les rendre bien à une cour corrompue et dans 
utiles, en y joignant des leçons plus un pays qui renfermait les deux prin- 




i>]S 



SPE 



cipales universités protestantes , que 
dans la petite république de Franc- 
fort. Eu conséquence , il accepta , en 
1686, la place de prédicateur de la 
cour de Dresde, arc confesseur de 
l'électeur et de membre du consis- 
toire suprême. Sur ce nouveau théâ- 
tre , il continua de travailler , par 
des écrits , des sermons , et surtout 
par des instructions , à la réforme 
qu'il se croyait appelé à opérer ; mais, 
pendant son séjour à Dresde, il fut 
enveloppé daus deux disputes reli- 
gieuses, dont l'une, oubliée aujour- 
d'hui , n'est pas sans importance 
pour l'histoire ecclésiastique ; et l'au- 
tre a rendu Spener , bien malgré lui , 
chef de secte et presque hérésiarque. 
En contradiction avec le principe 
fondamental du protestantisme , qui 
exclut toute autorité en matière de 
religion ( excepté la Bible ) , les Lu- 
thériens d'Allemagne , pour mainte- 
nir une certaine conformité de doc- 
trine , se sont vus obligés d'avoir 
recours à quelques formulaires qu'ils 
appellent livres symboliques , parce 
qu ils renferment leur croyance com- 
mune. Un pasteur de Hambourg s'a- 
visa, en 1O90, d'augmenter le nom- 
bre de ces symboles , en invitant 
quelques-uns de ses collègues à signer 
des réservâtes, par lesquelles ils s'en- 
gageaient sous serment à s'opposer 
à tous les novateurs, principalement 
aux adhérents de Jacques Bœhm (f. 
Boehm : et aux Chiliastes ou Millé- 
naires. Cette formule était indirecte- 
ment dirigée contre Spcner , qui pen- 
chait pour le mysticisme et pour l'o- 
pinion des Millénaires. La prétention 
de quelques pa si cuis , d'imposer à 
leurs co-religionnaircs un nouveau 
symbole, était contraire à l'esprit 
du protestantisme et aux droits des 
gouvernements. Spcner s'y opposa , 
par un ouvrage qu'il publia , en 



SPE 

1691 , sous le titre à'Indépcniamœ 
des Chrétiens de toute autorité hu- 
maine en matière de foi. La disptdt 
de Spener avec les théologiens dt 
Hambourg a contribue à répandre 
les principes de tolérance, en éta- 
blissant la maxime que la liberté que 
les Protestants se sont arrogée en 
matière de foi , ne leur permet pas 
de condamner des opinions qui s'é- 
cartent de celles du plus grand nom- 
bre. La seconde dispute était plus 
personnelle à Spener. En vertu de» 
charge, il exerçait une inspection 
sur les facultés de théologie des uni- 
versités de Wittcmbcrg et de Leip- 
zig. 11 s'était efforcé d'y changer 
l'enseignement , en engageant kf 
professeurs à s'occuper de l'exegèir 
ou de l'interprétation des sa in tes Ecri- 
tures, de préférence à la dogmati- 
que et à la polémique. D'après ses 
exhortations , quelques jeunes doc- 
teurs ou maîtres-ès-arts de Leiprig, 
instituèrent , en i08() , des cour» 
bibliques , dans lesquels ces livres 
étaient interprétés en allemand, de 
manière qu'on s'attachait principa- 
lement a la morale qu'ils renferment 
Les principaux.parmices instituteurs, 
étaient Aug Herm. Franke ( f. son 
article) , qui par la suite devint cé- 
lèbre , Paul - Antoine et J. - Gasp. 
Schadcn : le premier avait été com- 
mensal de Spener. La jeunesse non- 
b rciisc qui fréquenta ses cours, se dis- 
tingua non-seulement par des mœurs 
régulières , et uue grande assiduité 
aux exercices religieux, mais aussi 
par la sévérité avec laquelle elle se 
refusait les plaisirs et les amusements, 
même les plus innocents, et, il faut l'a- 
vouer , par uue certaine affectation 
dans le costume et l'extérieur .qui 
pouvait les faire soupçonner d'hy- 
pocrisie. On les désigna nar le sobri- 
quet de Piétistes , et ils devinrent on 



objet de plaisanteries. L'espèce de 

rsécutioji à laquelle ces disciples 
Franke furent exposes , en fil une 
secte qui s'est perpétuée jusqu'à nus 
jours (i). Jean - Benoît Carpïov , 
célèbre professeur de Leipzig, fut 
le premier qui écrivit contre les Pié- 
tistes; il attaqua indirectement Spe- 
ner , qui avait perdu les bonnes 
grâces de l'électeur en M adressant 
une lettre respectueuse et touchante , 
mais très-énergique , pour lui repro- 
cher le débordement de ses sueurs. 
Jean-George, prévenu dès-lors con- 
tre les nouveaux docteurs M contre 
Frank? en particulier , défendit les 
réunions religieuses, que sou ordon- 
nance qualifie de tû NMN t icu /e.ï , et 
témoigna sa liai ne contre le pUHmt. 
Dans ces circonstances, S|>eiier,pour 
manifester d'une manière solennelle 
Mil attachement MM principes du lu- 
théranisme , soigna une réimpression 
de la Rodosopha ou dogmatique de 
son maître , le rigide Dannhauer , et 
il y joignit, en formede préface, une 
diatribe sur les vices des études théo- 
logiques , ouvrage écrit à-la-fois avec 
force et avec mesure , dans lequel il 
approuve la méthode d'enseignement 
de ses disciples à Leipzig. Depuis ce 
moment l'électeur ne lui permit plus 
de paraître devant lui ; et il affecta 
même de ne pas assistera ses sermons; 
ce qui décida Spener à accepter , en 
1690 , la place d'inspecteur et pre- 
mier pasteur à l'église de Saint-Ni- 
colas à Berlin. Son nouveau sou- 
verain, l'électeur de Brandebourg , 
ayant fondé, en 1693 , 1' 



o,,,,,'.' S..i..l-»I.J.rJ. V, ( r. ..ir Mit !Wc In 
MtUnff, Â, «t,;*, „,./„>, i'tli.leiri . rie. ' S„lIc 



de Halle , In m'flnuil proposée par 
Spener y fut complètement intro- 
duite. Franke, Antoine et Joachîm 
Breithaupt, qui étaient aussi du nom- 
bre de ses disciples , y obtinrent des 
chaires de théologie ; un des plus 
profonds penseurs de son temps , 
("hrisl. ThomasiusC'. Thomasws), 
y fut également appelé. Halle devint 
alors le centre du piétisme, et tous 
les luthériens d'Allemagne se parta- 
gèreuteu deux partis opposés (a). Les 
universités de la Saxe , «'arrogeant 
le titre d'orthodoxes, vouèrent au 
mépris le parti qui dominait ,i Halle, 
et était nomme jiiétisU- ou spene- 
rii-n. l#s docteurs de Wiltcmbcrg , 

publièrent m vrage dans lequel ils 

dénoncèrent deux cent soixante-qua- 
tre thèses hérétiques , extraites des 
livres de Spener. Celui-ci se justifia 
avec une gronde supériorité de ta- 
lent , par un gros volume in-4°. , 
qu'il publia en 1695, sous le titre 
Â'jJccurd véritable avec la Confes- 
sion à" Augsbourg, A Berlin, Spener 
eut le chagrin de voir s'élever une 
dispute religieuse qui , sans sa mo- 
dération et sa prudence, aurait peut- 
être fini par une émeute populaire : 
il prouva , à cette occasion , qu'il 
était parfaitement guéri du fanatisme 
dont sa jeunesse avait été imbue à 
Strasbourg. Les réformateurs duxvi e 
siècle avaient conservé, avec quelques 
modifications, la confession auricu- 
laire comme une préparation â'U 
communion , et comme un moyen 
d'entretenir des rapports confiden- 
tiels entre les pasteurs et leurs outil- 
les. Scbaden, qui de Leipzig avait 
été appelé comme prédicateur à Ber- 
lin, croyant avoir remarque que te 
peuple se faisait illusion sur l'effica- 



',-jJ. 



a8o 



SPE 



cité de l'absolution donnée par les pas- 
teurs à leurs pénitents , se fit cons- 
cience de perpétuer celte erreur , et 
refusa d'eu tendre la confession. Com- 
me il trouva des partisans , il en ré- 
sulta un schisme et une dispute extrê- 
meut passionnée , à laquelle tout le 
peuple de Berlin prit part. Spener 
parvint cependant à calmer les es- 

1)rils , en faisant décider qu'il serait 
ibre aux fidèles de faire précéder la 
communion par une confession auri- 
culaire, ou de se passer de celte for- 
malité. Cette décision , parfaitement 
couforme à l'esprit du protestantis- 
me , qui n'admet pas l'absolution 
dans le sens de l'Église , fit successi- 
vement tomber la confession en dé- 
suétude. Frédéric- Auguste l ,r ., qui 
était parvenu 9 en i(>«)i , à l'électorat 
de Sa\e, pressa vainement Spener de 
venir reprendre ses anciennes fonc- 
tions à Dresde : il ne voulut plus quit- 
ter Berlin, où il mourut le 5 février 
1705, laissant une réputation bien 
établie de bonté , de candeur et de 
piété, ainsi que celle d'un savant 

Srofond , d'un écrivain éloquent et 
'un grand théologien. Quelques-unes 
de ses opinions ne sont pas entière- 
ment conformes aux livres symbo- 
liques des Luthériens: celle qui, éle- 
vant la théologie au-dessus d'une 
science , eu faisait une lumière in- 
térieure, parut conduire au mysticis- 
me; et il sembla se rapprocher de 
l'Eglise catholique , par le mérite 
au'il accordait aux bonnes œuvres. 
Ses idées sur une seconde venue 
du Christ formèrent tout - à - fait 
une nouvelle croyance. Il existe plu- 
sieurs biographies de Spener. Lui- 
même a laissé un précis manuscrit de 
sa vie, qui servit de base à une Notice, 
que son ami le baron de Canstcin pu- 
blia à la tétc des Dernières répon- 
ses théologiques de Spener. Celte 



SPE 

Notice fut réimprimée deux fois en 
1 740 > savoir , à Halle , in-8°. , avec 
des observations de Joachim Lange, 
et à Macdebourg , in-4°. > avec beau- 
coup d augmentations , par Jean- 
Adam Stcinmetz. LcD r . Knapp en a 
inséré un extrait dans le Biogra- 
phe , recueil qui parut à Berlin an 
commencement de ce siècle. Le tome 
v de la Biographie universelle de 
Jean Math. Schrœckh , au vol. v , 
en contient une plus étendue , à la- 
quelle on a joint le portrait de Spe- 
ner. Il a laissé un grand nombre d'ou- 
vrages de théologie en langue alle- 
mande, oubliés aujourd'hui , quoi- 
que plusieurs ne méritent pas ce sort. 
De ce nombre sont ses Réponses 
théologiques et Consultations, qui 
parurent à Halle en 1700-1701, 4 
vol. iii-.|. - Après la mort de 1 auteur, 
Canotcin y ajouta , en 1715, un 
cinquième volume sous le titre de 
Dernières réponses théologiques. Il 
avait aussi paru, en 1709, à Franc- 
fort , un volume in-4°- , intitulé": 
Consilia et judicia theologica la- 
tina. Ces six volumes forment la 
meilleure Casuistique des protes- 
tants; les cas qui y soûl examinés ont 
tous été effectivement proposés à 
Spener ; et ce ne sont pas de vaines 
subtilités créées par l'envie de briller: 
ses réponses ont pour objet des ma- 
tières graves et d'une utilité prati- 
que. C'est par la lecture de ce Re- 
cueil qu'on apprend à connaître les 
intentions droites, les vues bienfai- 
santes et les petites faiblesses de ce 
réformateur , auquel on a donné le 
titre de Conseiller universel de l'é- 
glise protestante. Voici le titre de 
ses ouvrages historiques: l.Sjlloge 
genealogico- historien , è numéro 
pra'cipuarum familiarum quibus 
suos principes Uer mania nostra de* 
bet , mi exhihens , etc. Francfort , 




ora 

»4fc Ces douze familles tout : 
€ 9 Oldenbourg, Palatine, 
Bohenzollern - Brandebourg , 
Wurtemberg, Bade, Hesse , 
nbourg et Poméranie, Asca- 
Piasts de Silësie. II. Thea- 
wbiUtatis Europeœ , tabu- 
*onologîcis prœcipuorum in 
christiano orbe magnatum 
rium progenilores cxxrm, 
ut xxxn , justo ordine re- 
antibus, Francfort , 1668- 
j. roi. in-fol. Spencr ne re- 
•33 , dans cet ouvrage, à l'o- 
ts familles ; il donue , selon 
riaiix qu'il avait , ou 3a , ou 
1 38 ancêtres des deux sexes 
:es ou chefs de famille vivant 
emps; c'est-à-dire qu'il ne 
qu à la cinquième , la sixiè- 
eptième génération. Ses 1a- 
ressemblent pas à ce qu'on 
aujourd'hui des tables genéa- 
,qui commencent par la sou- 
îne d'uue famille , sous la- 
1 place, l'une sous l'autre, 
rations qui en sont descen- 
squ'à la génération vivante, 
mer la généalogie des fem- 
y sont eutrées par mariage, 
s sont des arbres généalo- 
ainsi nommées parce que la 
dont on veut prouver la 
; illustre , occupe seule la li- 
ieure et forme le tronc d'un 
ont les rameaux représen- 
ancêtres des deux sexes et 
res de toutes les femmes , 
n certain degré , de manière 
*ptième génération , on voit, 
i même ligne , cent vingt- 
lilles dont le sang circule 
reines de celui qui est l'objet 
il. III. Commentariushisto- 
insieniaserenissimœ domus 
«jfrancf. i668,in-4°. IV. 
untheoria, seu operis heral- 



SFE 



381 



dici pars spéciales, Francfort, 1680; 
ParsgeneraUs, 1690,2 vol. in- fol., 
réimprimésen 171 7, de manière que la 
partie générale précède. Y.IUustrio- 
res GaUiœ stirpes tabulis gencale- 
Çicis comprekensœ , ibid. , 168g, 
m-fol. (3). Son (Us, Jacoues-Çhap- 
les Spener , a laissé plusieurs ou- 
vrages fort estimés. I. Historia ger- 
manica universalis et pfagmatica , 
2 vol. in-8°. II Notitia Germmmœ 
antiquœ : 1717, iu-4°. Il mourut en 
1730. S — l. . 

S PENSER (Hugues). Voyez 
Edouard II. 

SPENSER (Edmond ), un de» ^ 

S lus fameux poètes de l'Angleterre , i** 
escendait , comme il nous 1 apprend 
lui-même, d'une famille noble, et 
naquit à Londres, on ne sait en quelle 
année, la date qu'on lit sur son 
épitaphe étant évidemment erro- 
née. Cependant on s'accorde à dire 
que ce fut vers 1 553 , parce que l'on 
présume qu'il entra à seize an* dans 
Je Pembroke-Hall, à l'université de 
Cambridge. En effet, le. 20 mai 
i56<), il y fut reçu comme sizer, 
c'est-à-dire , comme membre de l'or- 
dre, dernier degré des étudiants. 
Trois années après , il prit le degré 
de bachelier; et, en 1376, celui de 
maîlre-ès-arts. On a prétendu que , 
cette même année , il échoua en vou- 
lant disputer le titre et les droits de 
boursier à Andrews, qui devint par 
la suite évêque de Chich ester; mais 
cette assertion est sans fondement. 
Il est constant aujourd'hui que le 
concurrent d' Andrews fut Thomas 
Dove, qui parvint à l'évêché de Pe- 
terborough ; et si à cette époque 
Spenser déserta l'université de Cam- 
bridge , une lettre d'un de ses amis 



(3) L'auleur de cet article ne connaît le der- 
nier ouvrage que par de» catalogues. 




*fti 



SPE 



( Harvey ) nous apprend que ce 
fut à cause de désagréments particu- 
liers qu'il éprouva , et qui lui ôtèreut 
tout espoir d'avancement dans cette 
université. Au sortir du collège , il 
habita pendant quelque temps le 
nord de l'Angleterre , soit qu'il de- 
meurât chez des amis , ou qu'il fût 
charge' d'une éducation particulière. 
Ce qu'il y a de plus important dans 
ce voyage , c'est que ce fut alors que 
son talent poétique, dont il avait don- 
né quelques essais au collège , com- 
mença à prendre un plus grand es- 
sor. 11 s'était épris d'une jeune per- 
sonne dont il nous a transmis la mé- 
moire sous le nom de Rosalinde , et 
qui, après lui avoir fait éprouver les 
vicissitudes ordinaires de ces sortes 
d'aventures , finit par se donner à son 
rival. Cette passion mal heureuse lui 
inspira son Calendrier du berger, 
recueil de pastorales , composées de 
complaintes amoureuses sur le ton 
de la mélancolie la plus sérieuse. Ce 
fut en i S^f), qu'il publia ces poésies, 
un an après son retour à Londres. 
Cet ouvrage fut le premier qu'il li- 
vra à l'impression ; mais ce n'était 
pas le premier essai qui sortît de sa 
plume : on ne peut , il est vrai , dé- 
terminer au juste le temps où il com- 
posa son Théâtre pour les gens du 
monde , et ses Fistons , qui ne fu- 
rent imprimées que long-temps après; 
mais il parait certain que ces poèmes 
précédèrent la composition du Ca- 
lendrier du berger. Quoiqu'il en soit, 
Spenser, en publiant ses pastorales, 
les dédia, sous le titre modeste d'//n- 
meritOy à Philippe Sidney, le sei- 
gneur le plus accompli de ce temps. 
Son ami Harvey lui avait fait con- 
naître cet homme célèbre, qui était 
le Mécène de cette époque ; et comme 
notre poète lui avait été présenté 
avant la publicatiou du Calendrier 



SPE 

du berger, dont une parti 

avoir été composée à Penshi 

teau où demeurait Sidney, c 

constance réfute entièremen 

dote relative à l'introduc 

Spenser auprès de ce seigm 

vant cette historiette, ce p 

fortuné se serait rendu un 

Leicester-House, sans autre 

mandati on que le neuvième 

premier livre de son poèi 

Reine des fées ( The fairy 

où l'on trouve la belle 

du désespoir. 11 obtint, 

d'instances, la faveur de faii 

nir son manuscrit à Sidney. 

fort éclairé eu poésie fut 1 

frappé de la beauté de la 

stanec , qu'il lit compter aus 

quante livres sterling à 

Après avoir lu la seconde 

monta son présent de cent i 

vres , et après la troisième 

bla cette somme en prescriv 

intendant de la payer sur-le 

de peur, dit-il , que s'il coc 

lire , il ne finit par donner 

bien. Cette anecdote romane 

a été répétée dans beaucouj 

graphies , est, comme on le \ 

fondement, puisque ce fut 

auspices de Sidney, que 

acheva son premier poème 

publication précéda de plus 

ans celle des trois premiers 

la Reine des fées. D'ailleuri 

reconnaît lui-même qu'il es 

ble à Sidney de la premièi 

de tourner son talent vers c 

plus élevés , et de célébrer d 

Les bienfaits de ce seigne 

bornèrent pas à des conseil 

il se montra toujours un an 

porte de son coeur , se chai 

le produire à la cour , et d< 

curer quelque emploi hono 

fut à sa recommandation qu 



SPE 

de le comte de Leicester engagea 
lord Grey de Wilion,qui se rendait 
ai Irlande en qualité de lieutenant- 
général, a prendre tant pour 
son secrétaire, place que ce poète 
Occupa avec beaucoup de distinction. 
II prouva même que le génie de la 
poésie n'est pas contraire à celui des 
affaires et de la politique; car il s'ac- 
quitta de Ions les devoirs de son 
emploi avec beaucoup de sagacité , 
el il écrivit , sur la situation de l']r- 
laade. nu discours, qui n'a étéinipri- 
mequ'aprèssa mort, el dans lequel il 
développe avec beaucoup de talent des 
plans importants el Irès-proprcs à ré- 
Mir la paix dans celte malheureuse 
eontrée. D'est encore maintenant le 
meilleur ouvrage que l'on puisse con- 
sulter sur les mesura et les antiquités 
de ce pays. Spenser y demeura deus 
ans. A son retour en Angleterre, la 
protection du comte Leicester , de 
Sidnev et de lord Grev, lui fit oble- 
| nir(i58(JÎ la concession de trois 
mille vingt-huit acres de lerredans le 
comte* de Cork, pris sur l'immense 
propriété confisquée au comtedcDes- 
ttoôd; et comme d'après les lermes 
de celte concession Spenser devait 
cnllÎTer ces lerres , sa présence dé- 
tint nécessaire en Irlande; il s'y 
rendit de nouvcatiet lixa sa demeure 
dans le château de Kilcoluau , au 
milieu d'une contrée que l'ondéiicint 
nie faite exprès pour séduire 
l'imagina lion d'un poêle par les scè- 
nes romantiques el variées qu'elle 
présente. Aussi Spenser a-t-il rendu 
m quelque sorte classique . pour les 
anglais , la montagne de Mole et les 
rhres de la Muila. Ce fut dans ce sé- 
J jour qu'il reçut, pour la première 
fais , sir Woltcr Ralegli , qui devint 
r lui un second Sidney ( Spenser 
t eu la douleur de perdre son 
falloir qui périt si glorieusement 



SPE 



aH3 



A la bataille de Zulpheu, V .Siduey, 
XLH , 3o8). Il enti-eprit encore un 
voyage à la cour sous les auspices 
de son nouveau protecteur ; mais 
bientôt dégoûte' de la vie de courti- 
san , il retourna en Irlande , où , d'a- 
près les avis de Ralegli , il occupa 
ses loisirs à composer l'outrage qui 
est ilcn'uu son plus beau titre de 
gloire dam la postérité. C'est son, 
puènie île La reine des Fées , donl 
il publia les trois premiers livres en 
i5i)o , avec une dédicace à la reine 
Flisalietl) , cl plusieurs s.jiinets flat- 
teurs adic-sés à des personnes de 
liaitl rang. Ci I ouvrage eut un succès 
prodigieux. Elisabeth récompensa 
Spenser ji.ii une pcnsiuii île cinquante 
livres sierliug; ce qui l'a fait coiisidé- 
rcr comme poète lauréat de celte 
princesse, quoiqu'un tel titre n'ait 
jamais été accordé sous son règne. 
On s'esl eueoicetavc de celle pension 
puur révoquer en doute un fait rela- 
tif à l'inimitié que lord Bnrleigh, 
trésorier de la reine, portait à tous 
les hommes de lettres , et particulife- 
rement à Spenser. Lorsque ce poêle 
encore jeune fui produit à la cour par 
Sidiiev, Llisabeth, après avoir lu ses 

tiremîers essa is , ordonna a lord But- 
iigh de lui payer une somme de cent 
livres sterling : ce seigneur ayant 
trouvé que le présent était exorbi- 
tant pour un rimeitr de ballades, 
di liera de payer jusqu'à ce qu'il eût 
reçu de sa souveraine un oi-dre réi- 
téré; et cet ordre lui fut donné ac- 
compagné de réprimandes. Il faut 
atouerque celle anecdote, rapportée 
soixante ans après la mort de Spen- 
ser , mérite peu de croyance, quoi- 
que l'espèce de haine que le poète a 
témoignée à ISurleigh, ennemi de ses 
protecteurs , se trouve consignée 
dans plusieurs passages de ses ou- 
vrages. Les bienfaits de la cour ne 




a84 



SPE 



furent pas les seuls avantages que 
Spenscr retira de la première publi- 
cation de sou poème : sou nom de- 
vint si célèbre, que les libraires recher- 
chèrent avec ardeur ses productions. 
Il publia chaque a uuée quelques nou- 
veaux poèmes ; et continua de tra- 
vailler à son grand ouvrage , dont 
il fit paraître , en i 5q(> , une nou- 
velle édition augmentée de trois nou- 
veaux livres. C'est tout ce que nous 
avons de cette composition , qui n'est 
arrivée ainsi qu'à moitié. Il ne reste 
des six autres livres que deux frag- 
ments imparfaits de la Légende delà 
constance. On a beaucoup écrit pour 
savoir si Spcnser Pavait termine. 
Une tradition 1res -ancienne , qui re- 
monte même au temps de l'auteur, 
assure que, Tayaut achevé, il remit 
son manuscrit à son domestique pour 
l'apporter en Angleterre et le faire 
imprimer , mais que ce domestique 
infidèle égara ce précieux dépôt. 
D'autres prétendent que le héros du 
oème étant Siduey , la mort de ce 
jrave guerrier empêcha le poète de 
iinir, parce qu'il se proposait de le 
marier avec la reine des Fées. Cette 
opinion, qui est cependant celle de 
Drydcn , ne mérite pas grande atten- 
tion , puisque ce que nous avons du 
poème a été public etmeme composé 
après la mort de Siduey. Il serait 
impossible de décider cette question 
sans un document précieux qui a été 
publié par M. Todd : c'est une épi- 
gramme de JohnStradling, contem- 
porain de Spcnser , qui nous apprend 
Suc , dans la révolte de Tyroue qui 
ésola l'Irlande , la maison de ce 
poète fut livrée au pillage , et que 
tous ses manuscrits furent jetés aux 
flammes. II est probable que les six 
derniers livres de la Reine des fées , 
qui peut-être n'étaient pas encore 
prêts pour l'iinprcsàiou , curent la 



l 



SPE 

même destinée. Spenser ne survécut 
pas long-temps à ce désastre : le be- 
soin de se soustraire avec sa famille 
à la fureur des révoltes , l'obligea de 
chercher un refuge en Angleterre , où 
il mourut en 1 5()H , peu de temps 
après sou arrivée, victime du chagrin 
et du désespoir , mais non dans ou 
denument complet , ainsi qu'on l'a 
prétendu ; car si ses propriétés d'Ir- 
lande avaient été dévastées , ce mal- 
heur ne pouvait lui enlever la pen- 
sion que lui faisait la cour. 11 fut en- 
terré dans l'abl>aye de Wcsniinster 
à coté de Chaucer , aux frais do 
comte d'Essex. Trente ans après 
sa mort , la comtesse de Dorset 
lui lit élever le monumeut que 
l'on voit encore sur sa tombe , dans 
cette abbaye , et sur lequel est ins- 
crite cette épitaphe : 

Anglira , te vivo , m\i il , platttît que peesit ; 
A une moritura tinte I , te marient* , jwoji. 

Spenser fut marié dans les dernières 
aimées de sa vie. Le souvenir de sa 
première passion ne l'abandonna ja- 
mais; on croit même qu'il fait allu- 
sion à la cruauté de sa première maî- 
tresse , dans le sixième livre de la 
Reine des fées , lorsqu'il parle de 
Mirabella. ï)u reste , on ne sait rien 
de son caractère. S'il faut juger 
le caractère d'un écrivain d'après 
ses ouvrages, Spenser fut très-ver- 
tueux et d'une grande piété. D'ail- 
leurs on ne peut refuser des qua- 
lités estimables à l'ami de Ra- 
legh , et surtout de Sidncy; mais c'est 
principalement comme poète que 
nous (levons l'apprécier. Né dans un 
Merle qui touchait aux temps cheva- 
leresques, où la passion dominante 
>our le merveilleux, poussée jusqu'à 
'absurde, était entretenue par les 
poètes italiens, alors fort à la mode 
dans tous les pays, Spenscr, ne pos- . 
séduit pas cette rare élévation de gé- 



I 







1 



r 



SPE 

ite-qui place l'homme au-dessus de 
son siècle , se laissa entraîner par le 
torrent. La poésie pastorale et les 
romans poétiques de la chevalerie 
«raient été mis en vogue par le Tasse 
etl'Arioste. Spenser, doué de l'heu- 
reux don de revêtir ses pensées de 
fermes agréables , se lança avec avan- 
tage dans la double carrière que ses 
devanciers d'Italie avaient frayée 
d'une manière si supérieure. Ses Pas- 
torales ou le Calendrier du berger , 
qui renferment de grandes beautés , 
comme la Description du chêne et 
différentes Fables, n'indiquent pas 
cependant une prééminence marquée 
sur les autres poètes de son pays, 
qnoioue Dryden assure que , depuis 
Virgile, on n'a jamais rien vu de si 
parfait dans ce genre. Il est même à 
présumer mie ces poésies seraient 
restées oubliées , si elles n'avaient pas 
été soutenues par la brillante réputa- 
tation de la Reine des fées; car , du 
temps même de Spenser, Dove , qui 
les traduisit en latin , en parle com- 
me d'un poème déjà plonge dans 
l'oubli. Il n'en est pas de même de 
la Reine desfées , cette compagne in- 
séparable de la réputation de Spen- 
ser. Il n'y a pas de poème plus sin- 
gulier et d'une conception plus vaste. 
Il devait avoir douze livres, compo- 
ses chacun de douze chants ; ce qui 
faisait cent quarante - quatre chants 
de plus de cinquante stances de huit 
vers chacune. D'après le plan de ce 
poème, qui ne serait pas connu , à 
cause de l'état imparfait dans lequel 
il est resté, si l'auteur n'avait eu soin 
de le développer , dans une lettre à 
Baleigh , nous savons que son but 
principal est de former les hommes 
à l& vertu , en mettant sous leurs 
yeux un modèle parfait des douze 
vertus morales privées , telles qu'elles 
sont énumérées dans Aristote. Les 



SPE 285 

aventures de chacun de ces douze hé- 
ros sont le sujet des douze chants de 
chaque livre; ce qui en ferait douze 
poèmes distincts , si , pouf les réunir, 
l'auteur n'avait pas entremêlé avec 
les aventures de chaque héros parti- 
culier le prince breton Arthur, qui 
est le type de toute perfection , et 
par conséquent le principal person- 
nage du poème. Mais comme le rôle 
que le prince joue dans chaque évé- 
nement est très - secondaire, il suk 
que Spenser a pallié peut * être le 
défaut de sou action , mais qu'il ne l'a 
pas fait disparaître, et que, malgré 
ses efforts, chaque chant parait être 
isolé et n'avoir aucun rapport avec 
les autres. Tout, dans ce poème, est 
allégorique; et cependant tout y est 
historique , non à la manière du Tas- 
se , qui publia , après coup , une clef 
allégorique de son poème, pour se 
conformer au goût de son siècle, ni 
à la manière de l'Arîoste , qui ne mê- 
le que subsidiairement l'allégorie à 
ses aventures romanesques. Spenser 
a subi tout entier le joug du goût de 
son temps : chez lui tout est allégo- 
rie; seulement, en habile courtisan, 
il a su faire allusion , dans les prin- 
cipaux personnages de son poème , 
aux personnages les plus célèbres qui 
existaient alors e^p Angleterre. La 
Reine des fées ou Gloriana est évi- 
demment la reine Elisabeth ; le prin- 
ce Arthur , Sidney , etc. , etc. Gom- 
me si cette confusion n'était pas as- 
sez grande pour fatiguer l'esprit du 
lecteur , Spenser a cru devoir réser- 
ver pour le douzième et dernier livre, 
le développement de l'occasion qui 
met tous ses chevaliers en mouve- 
ment , et qui devait être , à ce qu'il 
dit, une fête annuelle, donnée pen- 
dant douze jours par la Reine des 
fées. Du reste, les allégories y sont 
dessinées avec beaucoup de force, de 



*86 SPE 

talent et d'imagination. Elles diver- 
sifient agréablement les combats que 
ses héros , chevaliers errants , ont à li- 
vrer contre des géants , des Sarrasins, 
des sauvages , des magiciens et leurs 
enchantements, etc. Tel est le plan 
( i ) de ce poème , où l'on trouve beau- 
coup d'invention et de l'originalité' , 
mais aussi beaucoup d'imitations et 
. même des traductions. Spcnser em- 
prunte librement de l'ancienne ray- 
Siologie; et il traduit littéralement 
es morceaux entiers des poètes clas- 
Âqucs, et même des auteurs ita- 
liens. Si son plan est singulier , la 
forme de son poème ne l'est pas 
moius. Il est compose en stan- 
ces de huit vers , à l'imitation de 
Vottava rima des Italiens. Cho/jue 
fiance se termine par un long Vers 
alexandrin , innovation qui fut très- 
van te'c dans le temps, mais qui pour- 
tant doit nuire à 1 VH'et gênerai , dans 
un poème de longue haleine. 1) '-ail- 
leurs Yottava rima nous semble peu 
convenable au genû» de la langue an- 
glaise, parce qu'elle redemande trop 
souvent les mêmes rimes. Aussi Sjhmi- 
scr, presse par cette nécessité , a-t-il 
été oblige d'employer de* mots suran- 
nés même de son temps , et son poè- 
me, écrit à une époque où la langue 
«tait formée , a-t-il besoin maintenant 
d'un glossaire pour être compris. Les 
expressions de Chaucer. qui se trou- 
vent mêlées dans un style plus ino- 
•derne, semblent être plutôt des pièces 
<de marqueterie bizarres que d'agréa- 
bles variétés. C'est cet étrange langa- 
ge, joint à la fatigue qiiel'onéprouvcà 
suivre le fil d'une allégorie sans fin , 
qui a excite' tant de critiques. Hume 
dit que la lecture en est plutôt une 



(i) Les ruriein prurrnt comparer lu Reine tiet 
fée* «>pp l'introduction du M noir lie* ningi%trrttt f 
par lurdliurkliur»! , comte d«* Durai"! . Cet ouvrage 
tut le modMc de celui de Spetuer. 



SPE 

tâche qu'un plaisir; et son avis sera 
celui de tous les lecteurs peu accou- 
tumés au langage des anciens poètes 
anglais. Ces inconvénients empêche- 
ront de lire le poème en entier; mas 
on en lira toujours avec plaisir des 
parties détachées , et ces morceaux 
seront long-temps cités comme des 
chefs-d'œuvre. Enfin ce poème doit 
être considéré comme un riche arse- 
nal d'inventions , ressemblant à quel* 
ques-uns des monuments de cette 
époque qui subsistent encore et qui 
étonnent autant par la magnificence 
que par le goût fantasque qui a pré- 
sidé à leur création. Les ouvrages de 
Spenser sont : I. Calendrier du ber- 
ger , i J79. 1 1 . Les Ruines du temps , 
où l'on trouve de belles pensées son- 
vent mai rendues. III. Les Larmes 
des Muses , complainte éloquente , 
mais un peu monotone. L'auteur ven- 
ge et défend le mérite des hommes 
de lettres contre les préjugés des sots 
et des riches. IV. Le Moucheron de 
rirçile, traduit en anglais. V. Le 
Conte de la mère Ifubberd, 011 Ton 
trouve des portraits et des détails de 
la cour du temps , qui intéressent peu 
ma in tenant. V 1 . Les Buines de Rome» 
\ 11. Musopotmos , ou le Conte d'un 
papillon. VI II. Les faisions de Im 
vanité du monde. IX. Les Pistons 
de Bellaj'e. X. Les Usions de Pé- 
trarque. Toutes ces visions sont des 
imitations des triomphes du poète 
italien. Ces ouvrages , dont la plus 
grande partie sont de la jeunesse de 
l'auteur, parurent la même année 
que les trois premi ers livres de la Hei- 
ne des fées y ik)o. XI . Daphnaîda , 
1 5«) 1 , élégie d'une longueur démesu- 
rée , sur une femme obscure. Ce qu'il 
y a de remarquable dans cette pièce , 
c'est une espèce d'apprndix, écrit en 
vers de trois pieds îainbiqnes sans 
rime , mètre dont on ne connaît au- 




iea\>\f. XU.ColinClouts, 
m toi , i5c>5. WW.As- 
[égie sur la mort de Phi- 
y, qui sans doute fut rura- 
le la mort de ce seigneur , 
i parut qu'en tSg5> XIV. 
ou Sonnets dans lesquels 
uis apprend ses nouvelles 
V. Epithalamion , pièce 
o,.ponr .on propre ma- 
,- remarque delà sensibi- 
imagiiutiun - de jndicien- 

ile. XVI. Quatre hymnes 
\r et In beauté , i5gf>. Le 
rioali|ii'uli v remarque, lit 
l'admiration du temps où 
iiiblics. XVII. Prothala- 
loutjcur du double maria- 
grandes danies du temps, 
111. Va Reine îles fers. 
lirions tpicl'auteurdnmia 
■I donl nous avons parle, 
; édiiiou complète de ce 
? avec les fragmenta pos- 
mit en 1609. Forbes pu- 
;^4 , des remarques très- 
r ee poème, dont la plus 
u est celle *û3voUn4°. J 
-,'>\. Elle est enrichie d'un 
comme eelle de T7i5;.r. 
SIX. f'uesitr la situation 
h, Londres, l633.CeSOO- 
iat pas les seuls que Spen- 
uposés. On a perdu une 
iid érable de ses travaux., 

iction du Cantiinie des 
a». Traduction de VEc- 
e. 3°. Le Pélican mnu- 
,es Heures de notre Sei- 
Le Sacrifice du pécheur. 
it Psaumes. 7". Les Srm- 
t Poète anglais. >y. Des 
10». La Cour d'amour, 
fer des amants. 1 a°. Leur 
e. i3°. Le Sommeil de 



huit jours. 1 4°- Les Pompes triom- 
phales. i5°. Neuf comédies dans le 
gm'ilde celles d'irioste. îrj". Strm- 
mnta Dudleiana. 17 . Thamesis 
epithalame. C — y. 

SPEUMNG (OtTon) , médecin 
naturaliste, était (ils du recteur de 
l'école de Hambourg, et naquit en 
celle ville, au mnis de décembre 
i(Joa. Il étudia les éléments de l'art 
de piérir à l'académie d'AuisIrrdara, 
et ensuite h Copenhague, sous Tho- 
mas Finrk et George Fniren, son 
pendre, avec lequel il iil une excur- 
sion botanique dans la Norvège. Le 
desir de perfec lion lier ses connais- 
sances , avait accru son goill pour les 
voyages. Il se rendit en Italie, où les 
di fierai tes branches de la science mé- 
dicale étaient alors cultivées avec 
succès ; et , après avoir suivi 1m le- 
çons des plus célèbres professeurs de 
Padoue , alla trouver k Venise Nicol. 
Contarinï , patricien , qui consacrait 
une partie dr ses richeses à l'avan- 
cement de l'histoire naturelle. Son 
noble patron le chargea d'explorer 
la Dalmatie et l'Islric; et pendant 
deux ans qu'il parcourut ces deux 
provinces dans tous les sens, il re- 
cueillit an grand nombre de plantes 
rares ou iuconnitcs ,i ses devanciers. 
Rappelé' par son père à Hambourg , 
d voulut, avanl de, quitter l'Italie, 
recevoir le laurier dortuvalàPadoiie, 
et rejoignit enlîn sa famille en tra- 
versant la France , les Pays - Bas et 
l'Allemagne. U ne tarda pas de re- 
commencer ses excursions scientifi- 
ques. Un vaisseau qui devait le por- 
ter à Londres, échoua sur la côte de 
Norvège. On lui persuada d'y atten- 
dre le retour de la belle saison; et 
un mariage avantageux qu'il lit à 
Bergen , le fixa dans cette ville , 
donl il fut élu médecin. Le comte 
d'Ulfdd, ministre et favori du roi df 




i88 



SPE 



Danemark, appela bientôt à Copen- 
hague Sperling, dont il connaissait 
les talents : nommé premier médecin 
du roi et du sénat , il eut la direction 
de la maison des orphelins et du jar- 
din des plantes. Cette baute faveur 
ne dura pas long-temps. Enveloppé 
dans la disgrâce du comte d'Ulfeld , 
il quitta Copenhague en iC5i , et 
n'ayant pas pu s'établir en Suède ni 
dans les Pays-Bas , il revint à Ham- 
bourg. L'accueil qu'il reçut de ses 
compatriotes le dédommagea des 
chagrins qu'il venait d'essuyer , et 
auxquels s'était jointe la perte de son 
épouse. Il eut bientôt, comme mé- 
decin , une clientelle nombreuse ; et 
un de ses parents lui résigna un ca- 
nonicat dont les revenus ajoutèrent à 
son aisance. Ses enfants répondaient 
à ses soins ; et il eut été heureux 
sans ses liaisons avec le comte d'Ul- 
feld , auquel il ne cessait de prendre 
le plus vif intérêt. Le nouveau roi de 
Danemark , Frédéric III , poursui- 
vait avec un incroyable acharnement 
le favori de son père ; il le lit con- 
damner au dernier supplice; et ayant 
trouve le moyen d'attirer Sperling 
hors de Hambourg, il le fit arrêter et 
conduire à Copenhague, en 16O4. 
Quoiqu'on n'eut d'autre tort à lui 
reprocher que de n'avoir pas aban- 
donné son ami dans la disgrâce, il fut 
enfermé dans une prison , où il ter- 
mina ses jours ; le 26 décembre 
1681 , après dix-sept ans de capti- 
vité. Outre des Commentaires , qu'il 
n'eut pas le loisir d'achever , sur 
l'Histoire naturelle de Pline et quel- 
ques ouvrages d'anciens médecins , 
on a de lui : I. Hortus Chrislianœus , 
seu Catalogus plant arum quibus 
Christian* IF viridarium Haf niai- 
se , 164? > adornalum erat , Copen- 
hague, in-i 1 ; inséré par Simon Pauli 
dans ses Firidaria. II. Catalogus 



SPE 

stirpium Daniœ indigenaru 
in horto Sperling aluit, i645 
dans la Cista medica de 1 
Bartholin ( F. ce nom , III , 
On attribue assez générale] 
Sperling Y Index plantarum 
narum Norvegiœ , quoiqu'il 
publié sous le nom de Fuir< 
compagnon. Eloy (Dict. de 
cine ) , et d'après lui , le DU 
versel, disent que Sperling 
écrit d'ouvrages sur les mecL 
les antiquités que sur des n 
de sa profession ; mais il est 
qu'ils le confondent avec sou t 
l'article suit. W 

SPERLING(OTTON),ant 
et numismate , fils du précède 
quit à Bergen, en 1634. Son 
recteur d'une école dans le H< 
et ensuite professeur de théi 
Kiel , prit soin de sa premièi 
cation. Après avoir termine j 
man i tes et sa philosophie , il 
dit à l'académie d'Uelmstadl 
étudia le droit public et s'api 
sous la direction de Corning ( 
nom), à l'histoire et auxanti 
La disgrâce de son père ne 11 
mettant pas de retourner en 
mark , il se chargea de sui 
quelques jeunes gentilhomme 
accompagna dans leurs Yoy; 
Allemagne , en France et aa 
Pays-bas. Ayant appris l'arre 
de sou père, il reviut à Han 
consoler ses sœurs et partag 
son. Doué d'une haute raison c 
fermeté de caractère inéhrai 
il se dévoua tout entier au s< 
ment ue sa famille , et s'étaut . 
cevoir docteur en droit, il cx< 
profession d'avocat avec succi 
qu'il eût amasse quelque arg< 
courut à Copenhague , dans 1 
de parvenir à briser les fers < 
père. Le roi et ses ministres 




SPE 

et il fut oblige de re- 

chemin de Hambourg, 
•ès-occupé de son état , 
le loisir de cultiver son 

les antiquités; et qucl- 
:u1es qu'il publia , le fi- 
ptement connaître. Etant 
ris, en 1681 , il fut ac- 
Colbert qui lui fit ace or- 
îsion. Quelques désagré- 

c'prouva de la paît des 
de Hambourg, Tayaut de- 
jour de celle ville , il con- 
2t de retourner en Danc- 
père e'tait mort , et Ton 
généra lemeut qu'il avait 
roc trop de rigueur. Spcr- 
$7 , obtint, avec la char- 
sur du tribunal dcllolstcin, 
ronsciller royal. Trois ans 
t nommé professeur d'élo- 

d'bistoirc à racadémie 
le Copenhague , récem- 
fe. De nouveaux ouvrages 

la marque de ronliaiicc 
Sperling et étendirent sa 
. 11 reçut, en 1G97, de la 
aie de Londres, un diplo- 
avait point sollicité. Pas- 
>lus en plus pour la numis- 
l emprunta de sa soîui* une 
P7. considérable pour acls- 
res et des médailles. Les 
; sa sœur l'ayant contraint 
• cette dette, il aurait été 
endre la collection qu'il 
éeavec tant de peines et 
;s, si Chr. Rcit/.er, l'un de 
les , ne fût venu à son se- 
rling mourut dans la inai- 
t7.er, le 18 mars 1 ■j 1 :"> , à 
(Uatrc-vingl-'in ans. Outre 
raud nombre de Disserta - 
les objets d'antiquités, in- 
sles journaux de Lubecket 
ark, ou a de lui : L Mo- 
rt Hamburgense Benedic- 

XL1I1. 



SPE 289 

tinum , Kiel, î0^5, in-4°. IL De 
numo Furiœ Sabinœ TranqiùlUnœ 
aug. imp. Gordiarù in, uxoris y Ams- 
terdam, i(i88,in-8°. La découverte 
de cette médaille fournit à Sperling 
l'occasion de donner de curieux dé- 
tails sur les différents genres de coif- 
fures des dames romaines; sur la lyre 
des anciens; sur la rivalitédes joueurs 
de lyre et des joueurs de flûte, etc. Tou- 
tes ces digressions sont pleines d'inté- 
rêt. 1 II . De danicœ linguœ et nominis 
antiqud glorid et prœrogativd inter 
septentrionales commentariolus , 
Copenhague , 1 GfyJ. , in-4°. Il y sou- 
tient la prééminence du danois sur 
toutes les autres langues du Nord. 
IV. Testamenlum Àbsalonis , <xr- 
chiep. Lundensis, notis illustratum, 
ibid. , i(k)G, in-8°. V. Diatribe de 
crepidis veterutn , ibid. , 1 696 , in- 
8°. Cette savante Dissertation sur les 
chaussures des anciens a été insérée 
par G ravins dans le Thés, antiq. 
grœcar., ix , 96 1 , et par Zorn, dans 
la BibliotJu antiquaria, i, a 10. VI. 
Dissert atio de baptismo ethnico- 
runi/ib. , 1700, in-o°. VIL Denum- 
mis non cusis tam veterum quant re~ 
centiorum , Amsterdam, 1700, in- 
4°. ; de 280 pages chiffr. Dans cet 
ouvrage, où l'on aurait désire de 
trouver plus d'ordre et moins de pa- 
radoxes , l'auteur démontre que la 
monnaie était en usage pour les tran- 
sactions commerciales, long-temps 
avant qu'on en eût déterminé la va- 
leur par une empreinte. VIII. De 
nwnnwrum bracteatorum et cavo- 
ritin origine et progressa, Lubeck , 
1700, in-4°. ; il traite dans celui- 
ci des monnaies recouvertes d'une 
feuille d'or ou d'argent ( bracteati 
numi), et des pièces fourrées. IX. De 
Siiecico nummo œreo , per errorem 
Francicorum Scvennensibus ad— 
svripto , Copenhague, 1703 , in-4°« 

*9 - 




2QO SPE 

X. Commeniarius de summo regio 
nomine et titulo , septentrionalibus 
et germants omnibus et aliïs usitato, 
Konning ; et cjus apudDanos ori- 
ghie , e jusque potestate et majes- 
tate, Copenhague , 1 707 ,in-/ f °. XL 
Quelques Opuscules moins importants 
que ceux que l'on vient de citer : 
Boreas e jusque laudes; De nomine 
etfesto Juél , etc. Spcrling a laissé 
eu manuscrit dix-sept vol. in-4°- , 
que Ton conserve à la bibliothèque 
royale de Copenhague. Joachim de 
Wcstphalen en a tiré des Notes sur 
les trente-deux premiers chapitres de 
Y Histoire ecclésiastique d'Adam de 
Brème, qu'il a insérées dans le tom. 11 
des Momimcnta inedita rerum ger- 
manicarum prœcipuè cimbricar. Par- 
mi les autres ouvrages manuscrits de 
Spcrling , on cite : le Valère Maxi- 
me danois y des Recherches sur les 
femmes savantes et leurs écrits ; la 
P r ie d'Albert Crantz; la Chronique 
de Hambourg , et des Dissertations 
sur les antiquités du Nord. La Des- 
cription de son cabinet de médailles 
a été publiée , Hambourg , 1717, 
iu-{o. \y s# 

SPERONI DEGL1 ALVAROTTI 
( Spehowe ), littérateur italien, né en 
i.Ooo, suivit les leçons de Pompo- 
nacc , à Rolognc , et fut reçu docteur 
dans l'université de Padoue , sa ville 
natale. Il y obtint bientôt la place de 
professeur de logique et «le philoso- 
phie, sans (pic ces honneurs préma- 
turés lui eussent inspire de l'orgueil. 
il forma, au contraire, la résolution 
de retourner auprès lie son maiire 
pour .se perfectionner d/iiis ic . {acui- 
tés qu'il devait prufesMT. A la inoit 
de PompoiiiKC. en rV.i"» . il prit 
possession de la chaire qui lui était 
destinée et qu'il ne garda pas long- 
temps. Ses intérêts rappelèrent au 
sein de sa famille , restée sans ap- 



SPE 

pui après la mort de son pè 

decin distingué à la cour de I 

Spcroui n'interrompit point 

des , et ce fut au couronnei 

l'empereur Charles-Quint, à B 

qu'il composa ses premier 

logues, qui ne parurent- qn'ei 

La galanterie rentrait alors 

domaine de la morale , et 

le talent de ces graves litt 

qui dissertaient sans fin pour 1 

nions que personne ne s'av 

contredire. 11 paraît que Sp 

trouva pas ses alFaircs eu tro 

désordre , puisqu'elles lui p< 

d'examiner sérieusement le 

mari ou de la femme dev 

mer dans le ménage. La 

fut discutée devant une d; 

eut assez d'impartialité pour 

noncer eu faveur des liomim 

roni profita de cet arrêt poui 

mander à sa fille , nouvcllenr 

riée, de vivre dans la déj] 

de son époux. Mais de tous 

cours , les plus ridicules se 

dans lesquels il parle pour c 

la sobriété, la discorde et 

Rnzzantc ( V. Rtoixo , IV 

qui , dans ce dernier dialog 

tient le rôle d'accusateur , 1 

à cette furie que l'auteur app< 

quefois déesse , de porter , 

peint sur son visage, a Cette 

» répond l'Usure, est moit 

» de la crainte que celui d 

» rance. Quand il in'arrivi 

» nier de Tor, qui, comme tu 

» jaune , mes yeux le regard 

» complaisance ; et le cciMir. 

» la sonne de la vie . puise 

» métal la couleur qur le 

» répandent ensuite dans 

» corps. » Ces platitudes d 

cependant lieu à une plaisar 

turc. Speroni avait été envo 

nisc, pour provoquer des 




SPE 

trc les juifs. La partie ad- 
uta jusqu'au bout , et lui 
quand son plaidoyer fut 
ut bien le même Speroni, 
composé un si beau dia- 
' prouver 1A avantages de 
iperoni aurait pu lui ré- 
e Platon* avait aussi loue 
:t l'hypocrisie , et que l'I- 
nquait pas de poètes dont 
ccupation était de faire 
dettes, du mensonge, de 
et même de la peste, 
goût du siècle , qui en- 
esprits vers les travaux 
eroui, qui s'était acquis 
ion d'orateur , cultivait 
:tion la poésie ; et ses vers 
remarquer par cette sim- 
est le véritable cachet 
fou content de ces succès 
il voulut enrichir le théa- 
agédic dont il emprunta 
la mythologie. A mesure 
ait dans la composition de 
, il en lisait des morceaux, 
c des lnjiammati , où il 
el enthousiasme , que ses 
isolurcnt de la faire jouer 
. LamortdeRcolco, l'un 
i»s de la commission , ar- 
jet; mais l'Italie lut inon- 
.es ma nu nc ri tes de la Ca- 
il se lit bientôt plusieurs 
ndestincs. Speroni était en 
c les éditeurs, lorsqu'il lut 
• défendre contre des criti- 
taquèreut son ouvrage. Il 
ger une apologie qu'il n'a- 
mais il récita devant les 
i jusqu'à six. discours, 
sser les reproches qu'on 
ulressés. 11 profita néan- 
s avis,qu'ala vérité on lui 
peu trop rudement , pour 
les changements à sa pic- 
isacn actes, en transposa 



SPE 291 

des parties, diminua le nombre des ri- 
mes , et supprima les pentamètres , 
qui, dans la première édition, étaient 
intercalés avec les vers de sept et de 
onze syllabes. Mais le vice radical de 
cette production était dans le sujet, 
que ces modifications ne pouvaient 
pas réformer. Du commerce inces- 
tueux des deux enfants d'Éole, il nait 
un fils : la nourrice de Canace, seule 
confidente du crime de sa maîtresse , 
essaied'en cacher ledesbonneur : mais 
les cris du nouveau-né rendent toute 
précaution inutile. Éole, fermant son 
cœur à la pitié, ordonne que ce fruit 
honteux soit livré à des chiens affa- 
més , et il envoie un poignard à Ca- 
nace , pour qu'elle devance le châti- 
ment qui lui est réservé. Macare ne 
survit pas à la mort de sa sœur , et 
lègue à son père le fer dont il s'est 
servi pour se frapper. Tel est le 
canevas de cette pièce , dont le fond 
appartient à Ovide (1). Speroni a 
rendu la position des amants plus 
touchante , en les faisant naître 
jumeaux , et en les exposant à 
la vengeance de Vénus , qui les 
pousse à l'inceste. Ces circonstan- 
ces entourent l'action d'accessoi- 
res intéressants ; mais en un sujet 
aussi sombre, où l'on aurait pu pla- 
cer les personnages principaux dans 
les situations les plus fortes et les 
plus dramatiques, le poète a peuplé 
la scène de confidents, de suivantes, 
de domestiques , et il s'est privé 
maladroitement de ce qui pouvait 
contribuer le plus à remuer l'aine des 
spectateurs, loute l'action se pa. scen 
récits , et se développe au moyen de 
ressorts secondaires, qui privent la tra- 
gédie de la dignité qu'elle doit avoir 
et de la terreur qu'elle doit inspirer. 
On a déjà remarqué que les chœurs 

(1) U'Tuid. Canaïf Macano L'piti. XI. 

U).. 



agi SPE 

n'ont pas assez d'étendue. Gnarini 
disait que Speroni n'avait pas su les 
faire , ce qui brouilla ces doux poè- 
tes. Mais n'aurait-il pas mieux, valu 
dégager la scène de ce hors-d'œuvre 
inutile , et ne pas imiter Euripide qui 
a environné Phèdre d'une troupe de 
femmes auxquelles elle fait des aveux 

Sn'clle doit craindre de se faire à 
le-mêmc. Le style de la Canace 
n'est pas non plus sans taches. Au 
rythme sautillant produit par des 
vers inégaux , il faut ajouter l'abus 
des ornements , des images et mê- 
me des pointes (a). Les admirateurs 
de Speroni n'ont pas manqué de van- 
ter dans cet ouvr