m
■■ â
9
m
#
/
$
<*
*
€
«i
•
^r
■€t- I *
•
•
•
&
^«
1 I
For Référence
NOT TO BE TAKEN FROM THIS ROOM
J^\
1
spécial JWk dollecitmt
Iratrâna îïttttiFrattg ïiihrarg
'The search for truth even unto its innermost parts
ï$tx (i'Beinortani
,Jîîtatl]efa JKvtbm
The Gift of
SADYE RUBIN MARANTZ LEE
The National Women's Committee
of Brandeis University
\ i \
\
'A
«
A^ ^ÊS
<■ \
/
■^■rn
y
^>
»L
-j^^y
\\,
\
V
BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE
DES MUSICIENS
TOME TROISIEME
TYPOGRAPHIE DE B. FIRMIN DIDOT. — MESML (EURE).
BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE
DES MUSICIENS
ET
BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE
r>XKoo-
DEUXIEME EDITION
ENTIÈREMENT REFONDUE ET AUGMENTÉE DE PLUS DE MOITIÉ
PAR F. J. EÉTIS
MAITRE DE CHAPELLK DU nOI DES BELGBS
DIRECTEUR DU CONSERVATOIRE ROYAI. DE MUSIQl'B DE BRUXELLES, ETC.
TOME TROISIEME
~&JZ%T^&^2~~&^--
PARIS
LIBRAIRIE DE FIRMIN D1DOT FRÈRES, FILS ET G
IMPRIMEURS DE L'iNSTITUT, RUE JACOB, 56
1866
Tous droils réservés.
Musio
Eeferenoe
v3
BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE
DES MUSICIENS
D
DÉSARGUS (Xavier), né à Amiens vers
1768, fut d'abord attacbé à la catbédrale de
cette ville en qualité de musicien de cbœur;
il avait alors une fort belle voix de baute-contre.
Les églises ayant été fermées par suite de la
révolution de 1789, Désargus vint à Paris et
entra dans les chœurs de l'Opéra ; mais, ne se
sentant point de goût pour le théâtre, il quitta
cette carrière et se livra à l'étude de la harpe.
Il devint en peu de temps un habile professeur
de cet instrument, et en donna des leçons jus-
que vers 1832, époque où il a cessé d'enseigner.
Parmi plusieurs bons élèves qu'il a formés on
remarque son fils, qui, après avoir été attaché
comme barpiste à l'Opéra-Comique, a été à
Berlin au service du roi de Prusse, puis est re-
venu à Parisen 1832, et s'est établi a Bruxelles
vers la fin de la même année en qualité de
barpiste du théâtre. Après seize années de sé-
jour dans cette ville, Désargus fils a quitté la pro-
fession de musicien et s'est retiré à Paris.
Les compositions de Désargus (père), au
nombre d'environ vingt-cinq œuvres, consistent
en sonates pour la harpe, avec ou sans accom-
pagnement; en pots-pourris, fantaisies et airs va-
riés pour le même instrument; enfin en duos
pour harpe et piano. En 1809 il publia une
Méthode de harpe, à Paris, chez Naderman ;
il a refondu entièrement cet ouvrage, et l'a fait
paraître, en 1816, sous le titreile Cours complet
de harpe, rédigé sur le plan de la méthode
de piano du Conservatoire; enfin une nou-
velle édition de. cet ouvrage, fort améliorée et
considérablement augmentée, a été publiée à
Paris en 1820, chez Lal'lillé.
DESAUGES (Denis), prêtre du diocèse
d'Évieux, né en 1598, a publié un livre intitulé :
i'Esclàircissemèntdu plain-chant, oulevray
KiOCK UNIV. DES MUSICIENS. — T. III.
thrcsor des ciioristes ; Paris , 1665 , 30 pages
in-8°.
DÉSAUGIERS (Marc-Antoine), né à
Fréjus en 1742, apprit la musique sans maître.
En 1774 il se rendit à Paris, où il se fit con-
naître d'abord par la traduction des Réflexions
sur l'art du chant figuré de J.-B. Mancini;
Paris, 1776, in-8°. Cet ouvrage fut suivi du Petit
Œdipe, pièce en un acte, dont il fit la musique,
et qui fut représenté aux Italiens en 1779. L'an-
née suivante il donna à l'Opéra Érixène, ou
l'Amour enfant, paroles de Voisefton, et par
la suite il fit représenter au Théâtre-Italien
Florine, en deux actes ( 1780 ) , les Deux
Sylphides ( 1781 ), toutes deux sur des paroles
dTmbeVt , et les Jumeaux de Bergame ,
paroles de Florian (1782). Cette dernière pièce
eut un grand succès; on y trouve quelques pe-
tits airs qui firent longtemps les délices de Paris.
Vers le même temps, Désaugiers donna au
théâtre de Monsieur, alors à la foire Saint-Ger-
main, l'Amant travesti, en un acte, imité du
conte de La Fontaine intitulé le Muletier. En
1791 il fit représenter au théâtre Feydeau le
Médecin malgré lui, dans lequel il introduisit
d'une manière assez plaisante l'air révolution-
naire Ça ira. Outre ces ouvrages, il a composé
la musique d'une multitude de petits opéras
pour les théâtres . secondaires qui existaient de
son temps, entre autres les Rendez-vous, en un
acte, pour les Beaujolais. Le» chant de la musi-
que de Désaugiers ne manque ni de naturel, ni
de facilité; mais son harmonie, lâche et incor-
recte, se sent de la faiblesse des études musica-
les en France à l'époque où il avait appris la com-
position. Ce musicien fut lié d'amitié avec Gluck
et Saccbini, et composa à la mémoire de ce der-
nier une messe de Requiem qui fut estimée
1
MusîV
vérifier
erenc
9145f
DÉSAUGIERS — DESBROSSES
dans le temps de ai nouveauté. L'exaltation de i
ses idées lui avait fait embrasser avec ardeur les
principes de la Révolution; dans une pièce de
musique, composée de chœurs et d'instruments,
qu'il avait intitulée Hiérodrame , et qu'il fit
exécuter à Notre-Dame, il célébra la prise de la
Bastille. Il a laissé en manuscrit un grand opéra
sur le sujet de Bèlisairc, dont les paroles sont
de son fils aîné, lequel fut secrétaire de légation
en Danemark. Désaugiers est mort à Paris
le 10 septembre 179.1.
DESAYVE. Voij. Sayve (De).
DESBOULMIERS(Jean-Adcustin-Julibn),
littérateur, né à Paris en 1731, entra fort jeune
dans la carrière militaire, servit quelque temps
en Allemagne, puis revint à Paris et renonça
aux armes pour les lettres. Toutefois il y avait
en lui plus de penchant pour la littérature que
de talent véritable, et dans ses ouvrages il ne
s'éleva poiut au-dessus du médiocre. Il mourut
à Paris en 1771, à l'âge de quarante ans. Au
nombre de ses productions on trouve quel-
ques opéras-comiques , entre autres Toinon et
Toinette, dont Gossec a composé la musique ;
maissesouvrages les plus importants sont: 1° His-
toire anecdotique et raisonnée du Théâtre-
Italien, depuis son rétablissement (eniG97)
jusqu'à l'année 1769; Paris, 17C9 , 7 vol.
in-12. Ce livre renferme l'analyse des pièces
jouées au Théâtre-Italien, et des notices sur les
auteurs et les acteurs de ce théâtre jusqu'en 1709.
On y trouve aussi, à la fin, un catalogue raisonné,
par ordre alphabétique , des pièces et des ac-
teurs dont il n'est point parlé dans l'ouvrage. —
2° Histoire du théâtre de l'Opcra-Comiqne;
Paris, 1709 , 2 vol. in-12. Desboulmiers
donne dans ce livre l'analyse des pièces qui
ont été représentées sur le théâtre de l'Opéra-
Comique depuis 1712 jusqu'en 17f>t , c'est-à-
dire jusqu'à la naissance de l'Opéra -Comique
véritable.
DESBOUT (Loujs), chirurgien français,
attaché au service des troupes italiennes dans
la première partie du dix-huilième siècle. Il est
auteur d'une dissertation sur l'usage de la mu-
sique dans les maladies nerveuses, qui a paru
sous ce litre : llagionamento fisicochirurgico
sopra Veffelto délia musica nette malatie
nervose ; Livourne, 1740, in-8°.
DESBROSSES ( Robert ) , né à Bonn -sur-
Ie-Rhin, en 1719, entra comme acteur pension-
naire à la Comédie-Italienne, en 1743, et se re-
tira en 1764. H a composé la musique d'un di-
vertissement représenté en 1751, sous le litre du
Mai, et des Sœurs Rivales, opéra-comique, re-
présenté en 1702, du Bon Seigneur, et des Deux
Cousines, en 1763. Desbrosscs était mauvais
acteur et compositeur médiocre. Il est mort à
Paris, le 29 pluviôse, an vu ( 1799) , à l'âge de
quatre-vingts ans.
DESBROSSES (Marie), actrice del'Opéra-
Coinique, fille du précédent, naquit à Paris en
17r>3. Elle n'avait que treize ans lorsqu'elle dé-
buta à la Comédie-Italienne ; elle y parut pour la
première fois, le 29 avril 1770, dans le rôle de
Justine, du Sorcier, opéra de Philidor, et dan9
Coloinbine. de la Clochette, opérette de Duni.
Accueillie favorablement par le public, séduit par
un talent si précoce, elle fut engagée immédiate-
ment après comme pensionnaire. La suite de sa
carrièredramatiquene répondit point à ce brillant
début. Trop de charmes étaient attachés au talent
et à la personne deM me Dugazon, alors en posses-
sion des premiers rôles, pour que M lle Desbrosses
pût lutter avec elle. Toutefois, une maladie sé-
rieuse de l'actrice célèbre s'étant déclarée après
les premières représentations d'Alexis et Justine,
opéra de Dezaide, M"e besbrosses consentit à
la remplacer dansle rôle principal de cette pièce,
le 4 juillet 1785. L'accueil que lui fit le public
n'était point encourageant ; la douleur qu'elle
en ressentit donna à sa physionomie un carac-
tère si touchant que le public consentit enfin à
l'entendre, et cette disposition contribua à don-
ner à son chant et à son jeu une expression vive
qui enleva tous les suffrages et la fit rappeler à
la (in de la pièce aux applaudissements de toute
l'assemblée. Plus tard M" e Desbrosses joua les
rôles de la Comtesse d'Albert , de Camille,
dans l'opéra de Dalayrac, et d'autres rôles du
môme genre ; plus tard encore elle prit l'emploi
des rôles qu'on appelait les duègnes dans l'an-
cien opéra-comique fiançais, et remplaça l'ex-
cellente actrice madame Gonlhier pendant une
absente de celle-ci. Mécontente de se voir tou-
jours repoussée par les préventions de ses ca-
marades et de n'occuper qu'une position incer-
taine après de longs services, M" e Desbrosses
demanda sa retraite en 1796. Elle alla jouer quel-
que temps en province, revint à Paris en 1798,
elentra au théâtre Feydeau, où elle fut traitée
plus favorablement qu'à la Comédie -Italienne. A
la réunion des deux théâtres, en 1801 , elle reprit
son rang d'ancienneté dans la nouvelle société
des acteurs de l'Opéra-Comique. En 1812 la
retraite de M me Gonthier la rendit chef de l'em-
ploi des duègnes. Elle n'eut jamais le jeu fin et
spirituel de celte actrice inimitable ; mais, ayant
plus de voix et d'oreille, elle était moins anti-
pathique à la musique. D'ailleurs elle ne man-
quait pas d'une cettaine franchise de diction qui
produisait de l'effet dans les rôles de son emploi.
DESBROSSES — DESCOUTEA.UX
Après cinquante-trois ans de service au théâtre,
MUe Desbrosses s'est retirée au mois d'avril 1829.
Elle est morte à Paris, le2G février 1856, à l'âge
de quatre-vingt-douze ans révolus.
DESBUISSONS (Michel-Chaules ) , chan-
tre et compositeur du seizième siècle, naquit à
Lille, dans l'ancienne province de la Flandre
française, vers 1520, car il est appelé Flandrus
insulanus au titre d'un de ses ouvrages. Il fut
attaché en qualité de chantre à la chapelle de
l'empereur Ferdinand I. Il avait cessé de vivre
avant 1573, car Jean Faber, qui a recueilli et
publié quelques-uns de ses motets à quatre ,
cinq et six voix dans cette même année ,
dit, au titre de cette collection, qu'il l'a rassem-
blée après la mort de l'auteur. Ce recueil a
pour titre : Cantioncs alignât musicx, qux
vulgo motcla vocant, quatuor, quinque ci sex
vocum,authoreM. Michaelis-Carol. Desbuis-
sons, Flandro insulano, post obitum authoris
collecta, et x.dita per Johannem Fabrum;
Monachii, per Adamum Berg, 1573, in-4° obi.
Pierre Joannclli a inséré bon nombre de motets
de Desbuissons dans son ISovus Thésaurus mu-
sicus ( Venise, Ant. Gardane, 1568, in-4°). On
en trouve treize, à 5, 6 et 7 voix, dans le premier
livre; cinq, à 5, 6 et 8 voix dans le deuxième;
trois, à 5 et à 6 voix dans le troisième; un à 12
voix, un à 5, et un à 6 dans le quatrième;
enfin un à 6 voix dans le cinquième; en tout
vingt-cinq.
DESCARTES (René), philosophe célèbre
et génie sublime, naquit à La Haye, en Touraine,
le 31 mars 1596. L'histoire de ce grand homme
se liant nécessairement à celle des travaux qui
l'ont illustré, mais qui ne sont pas l'objet de ce
livre, on se bornera ici à renvoyer aux diction-
naires historiques, dans lesquels on trouvera sa
biographie, l'analyse de ses découvertes en mathé-
matiques, et celle de ses systèmes en physique et en
métaphysique, fruits d'une imagination brillante
qui, souvent, aima mieux chercher à deviner la
nature que de l'étudier. Je ne parlerai donc de
Descaries qu'à l'occasion d'un Compendhim
Musicx qu'il écrivit en 1618, à l'âge de vingt-
deux ans, à la prière de son ami Isaac Betkmann,
alors recteur à Dordrecht. Malheureusement cet
ouvrage est peu digne du nom de son auteur:
il parut le sentir, car il ne voulut jamais permet-
tre qu'il fût imprimé; aussi ne le fut-il qu'après
sa mort, à Utrecht, en 1650, in-4°. Ce livre a
clé réimprimé depuis lors dans les deux édi-
tions de ses Œuvres complètes, Amsterdam,
1690 a 1701, 9 vol. in-4°, et 1713, aussi en
9 vol. in-4°. Lord Bronneker, président de la
Société royale de~Londres , en publia une tra-
duction anglaise, à Londres, en 1653, in-4°, et le
P. Poisson, de l'Oratoire, en donna une en fran-
çais, à la suite de sa Mécanique, et la fit paraître
sous ce titre : Abrégé de la musique de
M. Descartes , avec les éclaircissements néces-
saires; Paris, 1068, in-4°. Cette traduction a été
insérée dans la collection des œuvres de Descartes
en français; Amsterdam, 1724-1729, 13 vol.
in-12. M. Cousin a placé la traduction française
du traité de musique de Descartes dans le cin-
quième volume de son édition des œuvres com-
plètes du célèbre philosophe (pages 445-503).
En 1683 il a été publié une nouvelle édition de
l'Abrégé de musique de Descaries, avec une tra-
duction latine des éclaircissements du P. Poisson,
sous ce titre •• Renati Des-Cartcs Musicx Corn-
pendium ; accedunt N. Poisson elucidationes
physicx inCarlesii musicam ; Amslelodami, ex
typographia Blaviana, in-4°.
Outre ce petit ouvrage, Descartes a aussi traité
de divers objets relatifs à la musique dans ses
épttres, imprimées à Amsterdam, in-4°, en 1682.
On y trouve: Part, i, Epist. 61, De Musica et
celeritaie motus; Part. 1,Ep. 23, DcMusica;
Ep.îk, De NervorumSono; Ep.G\, De Vibra-
tioneChordarum , Ep. 66, Varix animadver-
siones ad Musicam spectantes; Ep. 68, De
Musica, et responsio ad quasdam quxstiones
musicas; Ep. 72, Cursonusfacilius feratur se-
cundum longitudinem irabis percussx quam
per aerem solum; de tremore xris; Ep. 73, De
Reflexione soni ac luminis;de Consonnantiis ;
de Refractione sonorum; Ep. 74, De Réso-
nant ia Chordarum ; Ep. 76, Varix quxstio-
nes; Ep. 77, De Motu Chordarum ; Ep. 103,
De Motu Chordarum et de Musica; Ep. 104,
De Sono; Ep. 105, De Motu Chordarum
et de Musica ; de Sonis et intensione Chor-
darum; Ep. 106, De Tonis musicis : de
Tonis mixtis; Ep. 110, Ad quam distan-
tiam sonus audiri possit; de Imagina-
tione ad judicandum de tonis, de sonis, de
sono fistularum; Ep. 112, De Tonis musica-
libus. Les lettres de Descartes ont été traduites
en fiançais, et réunies en G vol. in-12, Amster-
dam, 1724-1725. Ce grand homme mourut en
Suède le 11 février 1650.
C'est Descartes qui , le premier, a placé le
principe esthétique delà musique dans la simpli-
cité des rapports des sons : erreur partagée par
Euler (voy. ce nom) et par quelques autres
géomètres.
DESCOUTEAUX ( Philibeut), très-bon
joueur de musette, vers le milieu du dix-sep-
lième siècle , fut attaché à la musique du roi, an
commencement du règne de Louis XIV. Il est
1.
DESCOUTEAUX — DESMARETS
rite avec éloges dans le Traité de la musette,àe
Borjon ( l rc partie, page 38 ).
DESEIVT1S (Jean-Pierre), professeur de
clavecin, à Paris, vers 1780, a publié en 1787 :
1" Trois sonates pour le clavecin avec accom-
pagnement de violon, op. 1.-2° Recueil d'airs
connus, mis en variations pour le clavecin.
DESESSARTS ( Nicolas - Toussaint
MOYNE, dit), né à Coutances le l eT no-
vembre 1744, fut avocat à Paris, puis libraire
et chargé d'afl'airescontpntieuses, particulièrement
près de la cour de cassation. Il mourut à Paris
le 5 octobre 1810. Compilateur infatigable, il a
publié un grand nombre d'ouvrages de tout genre,
parmi lesquels on remarque celui-ci : Les trois
théâtres de Paris, ou abrégé historique de
l'établissement de la Comédie-Française , de
la Comédie-Italienne et de l'Opéra; Paris,
1777, in-8°. On trouve quelques renseignements
relatifs à des écrivains sur la musique dans son
livre intitulé : Siècles littéraires de la France,
ou Nouveau Dictionnaire historique, critique
et bibliographique de tous les écrivains fran-
çais morts et vivants, jusqu'à la fin du dix-
huitième s/ècfc,- Paris, 1800-1801, six vol. in-8°,
et supplément, 1803, 1 vol. in-8°.
DESESSARTZ (Jean-Charles) , médecin
distingué, né à Bragehnne, près de Bar-sur-Seine,
en 1730, fit ses premières études à Tonnerre, et les
achevaàParis, au collégede Beauvais. Quand elles
furent terminées, il se livra à l'étude de la mé-
decine, et, pendant qu'il suivait les cours de cette
science, il donna des leçons de mathématiques
pour exister. Après avoir été reçu docteur à
Reims, il alla exercer la médecine à Villers-Co-
terets, puis à Noyon, et enfin à Paris, où il fut
nommé, en 1770, professeur de chirurgie, et en-
suite de pharmacie. A l'époque de la formation de
l'Institut, Desessartz y fut admis dans la classe
îles sciences physiques et mathématiques. Dans
une séance publique de ce corps savant il lut,
le 20 vendémiaire an xi (octobre 1803), des
Réflexions sur la musique considérée comme
moyen curatif. Elles ont été imprimées, sous ce
titre, chez Baudouin, à Paris, au mois de no-
vembre de la- même année , et forment une
brochure de 20 pages in-8°.
DESÉTANGS ( . . .), sous-chef du bu-
reau des gravures au ministère de l'intérieur, à
Paris, a publié, sous le voile de l'anonyme, un
petit écrit intitulé : Lettre sur la musique mo-
derne à messieurs les rédacteurs du journal
d'annonces de Musique, par D gs ; Paris,
Migneret, in-8°de S pages.
DESFORGES ( Hus). Voy. Hus-Dksfor-
GES.
DESHAYES (Prospfr-Didier), compo-
siteur des divertissements et ballets de la Comé-
die-Française, depuis 1782, s'est fait connaître
à Paris, en 1780, par son .oratorio dés Macha-
bèes , qui fut exécuté au Concert spirituel. Il a
donné ensuite divers opéras-comiques, tels que :
1° Le Faux Serment , au théâtre des Beaujolais,
en 1786. — 2° L'Auteur à la mode, 1786. —
3° Le Paysan à prétention, i7S7. — 4° Berlhr
et Pépin, 1787. — 5° Adèle et Didier, 1790.
— 6° Zèlia, 1791. — 7° La Suie de Zèlia,
1792. — 8° Le Petit Orphée, 1793. — 9° Le
Mariage patriotique, 1793. — 10° Bella, en
1795. — 11° Don Carlos, en un acte, en 1799.
Deshayes fut un des compositeurs qui écrivirent
la musique du Congrès des Rois, opéra en trois
acles, qui fut joué en 1793, au théâtre Favart.
Les autres auteurs de la musique de cette pièce
révolutionnaire furent Grétry , Méhul, Dalayrac,
Devienne, Solié, Trial fils, Blasius, Kreutzer,
Berton , Chérubini et Jadin. On a aussi de Des-
hayes des symphonies à grand orchestre en ma-
nuscrit, et un livre de pièces d'harmonie à six
parties, gravé au magasin de musique du Con-
servatoire. On ignore l'époque de la mort de ce
musicien.
DESHAYES (A.-J.-J.), ancien premier
danseur de l'Opéra de Paris , professeur au Con-
servatoire de musique et auteur de plusieurs
ballets, a publié un petit écrit qui a pour titre:
Idées générales sur l'Académie royale de
musique, et plus spécialement sur la danse;
Paris, Mongie aîné, 1822, in-8°.
DÉS1DÉRI (Jérôme), docteur en droil,
naquit à Bologne vers 1635. Ses connaissances
profondes dans la philosophie, les mathémati-
ques, les lettres et la musique, lui avaient ou-
vert les porles de plusieurs académies d'Italie ;
il prit le nom (VIndifercnte dans celle des Gelai i
de Bologne. On lui doit un petit traité des ins-
truments de musique et de leurs inventeurs, inti-
tulé Disorso délia musica, qui a été inséré
dans les Prose dcgli Academici Gelati di Bo-
logna{\>. 321-356), Bologne, 1671, in-4°.
DESLOUGES, musicien français du sei-
zième siècle, n'est connu que par quelques
motets qui ont été insérés dans un recueil inti-
tulé .- XII motetz à quatre et cinq voix, corn-
j)Osés par les autheurs cy-dessoubz escripts,
naguères imprimés à Paris par Pierre At-
taignant, demourant à la rue de la Harpe
près de l'église Sainct-Cosme , 1529, petit in-
4° obi.
DESMARETS (Henri) , l'un des plus ha-
biles musiciens du règne de Louis XIV, naquit à
Paris en 1662. Après avoir été page de la musi-
DESMARETS — DESPÉRAMONS
que du roi, il conoouvut, en 1683, poui ■ l'une
des quatre places de maître de la chapelle du
roi; mais Louis XIV le trouva trop jeune et lui
donna une pension pour le dédommager. Des-
marets , qui avait composé une grande quantité
de motets , en lit paraître une partie sous son
nom et quelques-uns sous celui de Goupillier,
maître de la chapelle de Versailles. Le roi, en
ayant été informé, dit àGoupillier : Avez-vous au
moins paye Desmarets? — Oui, Sire, répondit
le maître de chapelle. Louis XIV, indigné, lit
défendre à Desmarets de paraître devant lui.
Les opéras dont ce compositeur a fait la mu-
sique sont : Didon, en 1693; Circé , en 1C94;
Théagènect Chariclëe, en 1693; les Amours
de Momus, dans la même année; Vévais et
Adonis, en 1697; les Fêtes galantes, en 1698;
Iphigénie en Tau ride , avec un prologue par
Campra.en 1704; Renaud, en 1722. Il avait
fuit, en 1682-, la musique d'une idylle sur la nais-
sance du duc de Bourgogne.
En 1700, Desmarets, ayant été passer quelque
temps chez son ami Gervais, maître de la ca-
thédrale de Senlis, lit la connaissance de la fdle
du présidial de l'élection, nommé de Saint-Gobert,
et l'épousa secrètement. Le père rendit plainte
en séduction et rapt , et Desmarets fut condamné
à- mort par arrêt du Châtelet. Il se sauva en
Espagne , où il devint maître de la chapelle de
Philippe V; mais, la chaleur du climat nuisant à
la santé de sa femme , il quitta son poste et se
rendit à Lunéville , où il fut nommé surintendant
de la musique du duc de Lorraine.
Quelque bonté que Louis XIV eut pour lui et
quelque estime qu'il eût pour ses talents, on ne
put obtenir de lui la grâce de Desmarets; ce ne
fut qu'en 1722, pendant la régence, que son pro-
cès fut revu : il le gagna , et son mariage fut
déclaré valable. 11 obtint aussi du duc d'Orléans
une augmentation de pension, et il passa le reste
de sa vie dans l'aisance. Il mourut à Luné-
ville, le 7 septembre 1741 , âgé de près de quatre-
vingts ans.
DESMASURES (Louis), né à Tournay,
dans la première moitié du seizième siècle , a
fait imprimer de sa composition : Vingt-six can-
tiques chantés au Seigneur, à quatre parties ;
Lyon, par Jean de Tournes, 1564 , in-4° obi.
L'auteur de cet ouvrage est qualifié de Tour-
ncsien (Tournaisien) au frontispice.
DESORMERY ( Léopold-Bastien ), né en
1740 à Bayon', en Lorraine, a fait ses études
musicales à la Primatiale de Nancy. Venu à
Paris vers 1765, il fit exécuter plusieurs motets
au Concert spirituel. Son opéra A'Enihym et
Lyris fut représenté à l'Académie royale, en
1776, et eut vingt-deux représentations. Myrlit
et Lycoris, qui fut joué à la cour en 1777, passa
ensuite au théâtre de l'Opéra, où il obtint assez
de succès pour avoir soixante-trois représenta-
tions consécutives, ce qui était sans exemple
jusqu'alors. Dcsormery avait composé la musi-
que de plusieurs autres opéras , mais il ne put
parvenir à les faire jouer, et, dégoûté par les obs-
tacles qu'il rencontrait, il renonça à la carrière
dramatique et se livra à l'enseignement. Cepen-
dant , à l'âge de soixante-huit ans , il reprit cbu-
rage, et composa la musique d'un ouvrage qui
avait pour litre : les Montagnards. Celui-là
ne fut pas plus heureux que les autres et resta
dans son portefeuille. Desormery s'est retiré
dans les environs de Beauvais. Il est mort
en lsio.
DESORMERY (Jean-Baptiste), fils du
précédent, né à Nancy en 1772 , fut un pianiste
habile. 11 était élève de son père pour la musique
et de Hulmandel pour le piano. On a de lui :
1° Sonates pour piano seul, œuvres 1,2,7, 14, 16.
— 2° Sonates avec accompagnement, œuvres 5,
6, 9 et 15. — 3° Sonate à quatre mains, op. 11.
— 4° Airs variés et fantaisies. En 1S31 ilapublié
son œuvre 19 e , consistant en 24 études pour le
piano, dans les 24 tons.
DESPÉRAMONS (François -Noël), né
à Toulouse, le 26 novembre 1783, vint à Paris
à l'âge de quatorze ans , et entra au Conserva-
toire de musique, en qualité d'élève violoniste. Il
quitta ensuite l'instrument qu'il avait adopte
pour se livrera l'étude du chant, sous la direc-
tion de Persuis. A l époque de la mue il fut
obligé d'interrompre son travail; mais, ayant
recouvré la voix , il continua ses études dans la
classe de chant de Garât. En 1804 il débuta à
l'Opéra, dans le rôle de Panurge, et renonça à
ce théâtre après quelques représentations. Rentré
au Conservatoire pour la troisième fois, il y
remporta le premier prix de chant qui fut dé-
cerné en 1805. L'année suivante il débuta à l'O-
péra-Comique dans l'emploi de Martin ;mais nul
ne pouvait alors soutenir la comparaison avec ce
chanteur, dont la voix était dans toute sa beauté.
Despéramons fut donc obligé de se borner à jouer
dans les grandes villes de province. Il s'est fixé à
Bordeaux comme professeur de chant. Il a chanté
pendant plusieurs années dans les concerts pu-^
blics et y a obtenu beaucoup de succès. Sa
voix était mauvaise , mais il était doué d'une
chaleur entraînante. Jamais le beau duo de Don
Juan, Fuggi, fuggi , crudel, n'a été aussi bien
chanté que par lui et par madame Barbier-Val-
bonne. Despéramons a publié plusieurs romances
de sa composition , à Paris , chez les frères,
r,
DESPÉRAMONS — DESPREZ
Gaveaux. Cet artiste s'est relire à Toulouse vers
1830, et y a été nommé professeur de chant du
conservatoire.
DESPINEY (Félix), docteur en médecine de
la faculté de Paris «4 professeur de l'École pra-
tique, est né en t797,'lans le midi «le la France.
On a de lui des Mélanges physiologiques ( Lyon,
Manuel, 1822,in-8°), dans lesquels se trouve
l'exposition d'un système particulier du méca-
nisme de la voix humaine. H a aussi publié :
Physiologie de la voix et du chant; Bourg,
1841, in-8°.
DESPLAIMES (Jean-Antoine PI ANI, dit),
habile violoniste, né à Naples vers la fin du dix-
septième siècle, vint en France en 1704 et s'alta-
cha au comte de Toulouse. Iî fut le maître de Se-
naillé. On a de lui un œuvre de sonates pour le
violon, quia été gravé à Paris. J'ai lu quelque
part que Desplanes, étant retourné en Italie et
s'étant fixé à Venise, y fut accusé d'avoir fait
de fausses signatures, et fut condamné à avoir le
poing coupé.
DESPOIXS (Antoine), luthier de Paris, vi-
vait au temps de Henri IV et de Louis XIII. Ses
violons, qui sont devenus fort rares, ont été es-
timés et recherchés.
DESPRÉAUX (Claudk-Jean-François), fils
d'un hautboïste de l'Opéra, qui se relira en 1767,
entra en qualité de violoniste au même spec-
tacle en 1759, devint chef des premiers violons
en 1771, et se retira en 1782. Ayant été juré du
tribunal révolutionnaire, il se tua le 24 thermi-
dor, après la révolution qui fit cesser le régime
de la Teneur. Il a publié quelques œuvres de so-
nates pour le violon et le clavecin.
DESPRÉAUX (Louis-Félix), frère puîné
de Claude- Jean-François, naquit à Paris le
17 avril 1746. Il se livra de bonne beure à l'é-
tude de la musique, t fut placé par son père,
en 1767, en qualité de quinte ou alto, à l'orchestre
de l'Opéra. L'année suivante il entra au Concert
spirituel. Nommé accompagnateur de l'École
royale «léchant, en 1771, il en remplit les fonctions
jusqu'à la suppression de cette école. En 1775
il avait quitté l'Opéra. À la formation du Con-
servatoire de musique il fut un des professeurs
de cette école; mais, à l'époque de la réforme qui
fut faite en l'an x (1802) dans cet établissement, il
perdit sa place comme beaucoup d'autres profes-
seurs. Il est mort à Paris en 1813. Despréaux
était claveciniste assez habile et surtout bon pro-
fesseur, llapublié plusieurs œuvres pour lepiano,
tels quedes sonates, des préludes et exercices, trois
pots- pourris, un recueil intitulé : Les genres de
musique des différents peuples, la Bataille
de Fleurit s, des airs variés, et un Cour d'édu-
cation pour le piano, en cinq parties : ce der-
nier ouvrage a eu du succès. On a aussi de lui des
Cartes musicales pour apprendre la musique
aux enfants, Paris, Janet et Cotelle.
Un frère cadet de Louis-Félix Despréaux,
nommé Jean- Etienne, a publié, en isi7, un ta-
bleau des mouvements de la musique, sous le
nom de Chronomètre musical établi sur les
bases du pendule astronomique. Il était né
le 31 août 1748, et était entré à l'Opéra, comme
danseur, en 1766. Retiré en 1781, il ne rentra à
ce spectacle qu'en 1792, en qualité de Directeur
de la scène ; mais , peu de temps après, les ad-
ministrateurs Célérier et Francœur ayant été ac-
cusés de malversation et arrêtés, Despréaux
cessa ses fonctions. En 1807 il fut nommé ins-
pecteur du même théâtre et de ceux de la court
A la même époque il était professeur de danse
et de maintien théâtral au Conservatoire de mu-
sique. Il est mort le 26 mars 1820.- Despréaux,
homme d'esprit et de manières distinguées, culti-
vait la poésie et (it représenter beaucoup de pa-
rodies et de vaudevilles de sa composition. II
avait épousé la célèbre danseuse Guiinard, qui
était née le 27 décembre 1743, et qui mourut
en 1810.
DESPRÉAUX (Guillaume ROSS), com-
positeur de musique, né à Clcrmont (Puy-de-
Dôme) en 1803, fut admis comme élève an Con-
servatoire de Paris, et reçut des leçons décom-
position de l'auteur de celle notice et de
Berton. Ayant été reçu comme acteur, en
1824, au Gymnase dramatique, il resta attaché à
ce théâtre jusqu'en 1828. L'année précédente le
second grand prix de «'omposilion musicale lui
avait élé décerné au concours «le l'Institut. Le
sujet du concours était la cantate d'Orphée. En
1823 M. Despréaux obtint le premier prix, et sa
cantate fut exéentée à la séance publique de l'Ins-
titut. Peu de temps après il partit pour Rome,
«Poii il envoya en 18:so un Requiem et un Dies
irx. Dans la même année il écrivit de Naples
une lettre spirituelle sur l'état de la musique dans
cette ville, qui fut insérée dans le septième vo-
lume de la Revue Musicale (p. 169 et suiv.), et
qui produisit une assez vive sensation. De retour
à Paris, Despréaux y a fait représenter à l'O-
péra-Comique, le 23 janvier 1833, un petit opéra
intitulé le Souper du Mari. Il a écrit depuis lors
plusieurs ouvrages qui n'ont point été joués.
DESPRÉS ou DESPREZ (Josquin). Voy.
Depkès.
DESPREZ (Jean-Baptiste), violoniste, né à
Versailles en 1771, eut pour maître de musique
Richer, son concitoyen. Il a publié : Six duo>
dialogues pour deux violons, op. 1, Paris,179*
DESPREZ — DESSAUER
On a aussi de cet artiste des Principes élémen-
taires de musique; Paris (sans date), in-8°.
DESQUESNES (Jean), ou d'ESQUE-
IVES (1), musicien belge, vécut vers la fin
du seizième siècle. 11 naquit vraisemblablement
à Mons ou à Saint-Ghilain, petite ville du Hai-
naut , où plusieurs familles de ce nom existaient.
Cet artiste n'est connu que par un recueil de
compositions intitulé : Madrigali di Giov. Des-
quesnes, il primo libroa chique voci ; Anversa,
1591, in-4° obi. Le prénom italianise et le genre
<le la musique semblent indiquer que le com-
positeur a vécu en Italie. Cependant, si c'est
de lui qu'il est question dans un compte de la
maison de l'archiduc Ernest, gouverneur des
Pays-Bas, en 1630, cité à l'article Dequesne
( Voij. ce nom ), il était revenu dans sa patrie à
cette époque et devait être d'un âge avancé, puis-
qu'un de ses ouvrages avait été publié près de
quarante ans auparavant.
DESQUESNES (Nicolas), vraisemblable-
ment parent du précédent et son contemporain,
fut bachelier en théologie et pasteur de Sebourcq
(dép. du Nord), près de Valenciennes, pendant
quarante ans. Il y mourut en 1633. Un histo-
rien contemporain (2) a dit de lui : « Ce dit
« pasteur de Sebourcq a laissé grands volumes
« musicales à ladite église, contenans diverses
« messes, antiennes, hymnes et oraisons en mu-
et sique, en ayant aussi laissé en plusieurs en-
« droits de ces provinces. Entr'aulres lorsqu'on
« se mouroit de la peste à Valentiennes, qui fut
« l'an 1627, il présenta un hymne ou oraison en
« cinq parties à Messieurs du Magistrat dudit
« Valentiennes laquelle commençoit :
« Hoc est prxclarum > ç.{c. » Le même écrivain
dit que le roi d'Espagne, Philippe III, lui lit
faire des propositions pour aller remplir la
place de maître de chapelle à sa cour, mais que
Desquesnes s'en excusa prudemment au con-
sentement de Sa Majesté. On n'a rien retrouvé
jusqu'à ce jour des ouvrages de ce prêtre.
DESSALLE-RÉGIS (...), littérateur et
critique , né à Montpellier, au commencement
de ce siècle, a publié une brochure qui a pour
litre : De lamusique danslemidi delaFrance;
Montpellier, Castel, 1839, in-8°de 64 pages. On
connaît aussi de lui : Feuilles de province. Lit-
il) Suivant le catalogue de la librairie musicale de Bal-
tliazar Bellere, cité par M. E. de Coussemaker (Notice
sur les collections musicales de la bibliothèque de
Cambrai, p. 1S2 ).
!2! histoire de la terre et comté de Sebourcq, par
Pierre Lebnucq [Valenciennes et Bruxelles, 1645, in-4°),
ouvrage cité par M. E. de Coussemaker (Notice sur les
collections musicales de la bibliothèque de Cambrai,
aages 17 et 161).
térature, mvsiquc;Parte, imprimerie de Gros,
1840, in-8° de 128 pages. Ce dernier ouvrage
esteomposé d'articles fournis par l'auteur à divers
journaux.
DESSANE (Louis), né à Paris vers 1802,
a fait ses études élémentaires de musique an
Conservatoire de cette ville. Son premier instru-
ment fut le violon, mais plus tard il se livra à
l'étude du mélophone , instrument à anches
libres dans une forme assez analogue à celle
de la guitare, avec un clavier mobile sur la
touche. Le vent était fourni par un soufflet que
la main droite faisait mouvoir, tandis que la
gauche formait des chants, des harmonies et des
arpèges sur le clavier du manche. Dessanne ac-
quit en peu de temps une grande habileté sur
cet instrument, et le fit entendre avec beaucoup
de succès à l'exposition de l'industrie en 1838. La
sensation qu'il y produisit fitimaginer d'employer
le mélophone pour des effets particuliers dans l'or-
chestre de l'Opéra. Dessane y fut attaché pendant
deux ans; mais l'usage du mélophone y était
trop borné ; il ne répondit pas à ce qu'on en atten-
dait : l'administration du théâtre y renonça, et
Dessane partit pour l'Allemagne, dans le dessein
d'y donner des concerts pour son instrument.
En 1844 il se lit entendre à Darmsladt, puis à
Francfort, et dans la même année il établit à
Nuremberg une fabrique de mélophones ; mais
cette entreprise ne réussit pas, parce que l'ins-
trument est imparfait, ses soupapes fonctionnant
mal, et parce que son doigté est difficile. Les
renseignements manquent sur la suite de la car-
rière de Dessane.
DESSAUER (Joseph), compositeur, né à
Prague, le 28 mai 1794, de parents aisés qui lui
firent donner une brillante éducation, fut destiné
au commerce dès son enfance. Tomaschek en
fit un pianiste habile, et Frédéric-Denis Weber,
directeur du Conservatoire de Prague, lui donna
des leçons d'harmonie. Quelques compositions
estimables qu'il fit paraître dans sa jeunesse
prouvèrent ses heureuses dispositions; mais,
détourné de la pratique de la musique par les
| affaires, il négligea cet art pendant plusieurs
I années. Un voyage qu'il fit à Naples, en 1821,
pour des spéculations de commerce, lui ayant
fourni l'occasion de faire admirer ses talents de
pianiste et de compositeur, lui fit comprendre
qu'il n'avait pas suivi sa véritable vocation. De
retour dans sa patrie, il prit la résolution de
cultiver avec plus d'activité les heureux dons
qu'il avait reçus de la nature pour la musique,
et il écrivit beaucoup de chants à une ou plu-
sieurs voix, des morceaux de piano, des qua-
' tuors et des ouvertures pour, l'orcuestce. Dau*
s
DESSAUER — DESTOUCHES
un autre voyage qu'il fit à Milan, dix ans plus
tard, il écrivit plusieurs ouvrages de musique
instrumentale et vocale, et commença un opéra
qui est resté inachevé jusqu'à ce jour. Dans les
années 1832 et 1833 il a visité l'Angleterre et
la France. Pendant un séjour de dix-nuit mois
à Paris, il y lit entendre souvent avec succès
dans les salons ses chansons allemandes. Il avait
le dessein d'écrire un opéra français; mais, après
mille démarches inutiles pour obtenir un livret,
il dut y renoncer, et, lorsqu'il s'éloigna de Paris,
il était tombé dans le découragement. Il s'est
ensuite fixé à Prague, y consacrant à la musi-
que tous les moments qu'il pouvait dérober aux
affaires. On a publié de M. Dessaiier : 1° Ri-
membranze di Napoli, composiziane per il
piano-forte sopra motivi originali napole-
tani, op. 1 et 2; Vienne, Leidesdorf. — 2° Ca-
priccio sopra alcuni motivi delV opéra
ISorma; Milan, Ricordi. — 3° Six Canzoni ita-
liennes et allemandes, avec accompagnement de
piano; Vienne, Mechetti. — 4° Six Chansons alle-
mandes avec piano, op. G ; Vienne, Arlaria. —
5° Trois Lieder avec piano, op. 6 ; Vienne, Dia-
belli; d'autres recueils de chants, œuvres 14, 45,
46, 47, et un nombre considérable de Lieder
détachés. C'est dans ces Lieder qu'est le génie de
Dessaiier, génie original et aussi fin que pas-
sionné. Le Wassermann (l'Homme de l'eau),
le Flot et V Enfant, les Deux Cercueils, la
Marguerite, V Asile, tous les chants des œuvres
5, 6, 14, 45, la Rêverie de nuit, et tant
d'autres qu'il faudrait citer, n'ont pas moins de
poésie que les mélodies de Schubert. Dessaiier a
tait aussi représenter à Dresde l'opéra comique
Ein liesuck m Saint-Cyr (une Visite à Saint-
Cyr), en 1838, et Lidwinna, à Prague, deux ans
auparavant.
DESSIRIER (Hippolyte), né à Besançon,
professeur de musique, a fait ses études musi-
cales sous la direction de Travisini , maître de
chapelle dans cette ville. Il est auteur d'une Mé-
thode élémentaire de musique.
DESTOUCHES (André-Cardinal), com-
positeur dramatique, né à Paris en 1672, fut
d'abord mousquetaire et simple amateur de mu-
sique. Dans sa jeunesse il fit le voyage de Siam
avec le P. Tachard, jésuite, à qui il promit d'entrer
dans la compagnie de Jésus; mais de retour en
Europe il oublia sa promesse et préféra la car-
rière des armes, que son humeur inconstante lui
fit bientôt abandonner pour se livrer à l'élude
de la musique. Lorsqu'il composa son premier
opéra {Issé), son instruction dans cet art était
si peu avancée qu'il fut obligé d'avoir recours
à un autre musicien pour écrire sa partition.
Cependant il avait des idées naturelles qui firent
le succès de cet ouvrage, dont la première re-
présentation eut lieu à Trianon , le 17 décembre
1697. Plus tard Destouches comprit la né-
cessité d'apprendre ce qu'on appelait alors la
basse continue ,• mais, devenu plus habile , il fut
moins heureux dans ses inspirations. Il fut su-
rintendant de la musique du roi et inspecteur
général de l'Opéra, depuis 1713 jusqu'en 1751.
Son opéra d'I&sefut suivi d'Amadis de Grèce, en
1G99; de Marthésia , dans la même année;
d'Omphale , en 1701 ; du Carnaval et la Fo-
lie, en 1704. En 1712 il donna Callirhoê , en
1714 Télémaque , en 1718 Sémiramis , en
1725 les Éléments, en société avec Lalande, et
enfin, en 1726, les Stratagèmes de l'Amour.
Louis XIV fut si satisfait d'/ssd qu'il fit donner
à l'auteur une gratification de deux cents louis,
et déclara que Destouches était le seul qui ne
lui eut point fait regretter Lulli. Toutefois il
parait que sa musique ne plut pas à tout le
monde, car on fit contre son opéra de Callirhoê
ce couplet satirique :
Roy sifflé,
Pour l'Être encore
Fait éclore
Sa Callirhoê ;
Et Dcslouches
Met sur ses vers
Une couche
D'insipides airs.
Sa musique
Quoiqu'étique
Flatte et pique
Le goût des badauds.
Heureux travaux I
L'ignorance
Récompense
Deux nigauds.
Destouches est mort à Paris, en 1749, à l'âge
de 77 ans.
DESTOUCHES (François), compositeur,
né à Munich le 14 octobre 1774 , prit des leçons
de musique et d^iarmonie de Théodore Griïn-
berger, moine augustin, et fit des progrès re-
marquables dans ces sciences. Son père, qui était
conseiller de la chambre fiscale de la cour de
l'électeur, l'envoya à Vienne, en 1787, pour y
étudier la composition sous la direction de Jo-
seph Haydn. Il resta dans cette ville jusqu'en
1791 et retourna ensuite dans sa patrie. Bientôt
après il y mit en musique l'opéra-comique in-
titulé Die Thomas Nachl (la Nuit de Thomas),
qui fut représenté sur le théâtre national et sur
celui de la cour en 1792. 11 partit ensuile pour la
Suisse et l'Autriche, et donna des concerts dans
plusieurs villes. Arrivé à Erlangen, il s'y arrêta et
y exerça les fonctions de directeur de musique
1 pendant deux ans. En 1799 il passa au service
DESTOUCHKS — DEVIENNE
du duc de Saxe-Weimar, revint à Munich en
1810, et fut enlin placé comme professeur d'har-
monie à l'université de Landshut, où il était en-
core en 181G. Outre plusieurs messes de sa
composition, qui sont connues avantageusement
en Allemagne, il a mis en musique, à Weimar,
l'opéra intitulé Missverstxndniss(\at Rupture),
qui eut beaucoup de succès dans la nouveauté.
Il a composé pour le même théâtre les chœurs
du drame Die Hussiten von Naumburg (les
Hussites de Naumbourg), ainsi que les ouvertures
des pièces de Schiller, la Fiancée de Messine,
la Pucelle d'Orléans, Guillaume Tell et
Wallerstein. Il est aussi l'auteur des chœurs de
Wanda, tragédie de Werner. On a gravé à Augs-
bourg, chez Gombart, et à OITenbach, chez
André, plusieurs de ses concertos pour divers
instruments , des sonates de piano , des varia-
tions et autres compositions instrumentales.
Parmi ces productions on remarque : 1° Trois
Sonates pour le piano , op. 1 ; Offenbach, 1792,
— 2° Fantaisie pour le piano, op. 10; Augs-
bourg, 1799. — 3° Marche avec 10 variations,
op. 8. —4° Ariette avec 9 variations, n° 2;
Heilbronn, 1798. —5° Ariette avec 9 variations,
n° 3. — 6° Sonates pour piano, violon et vio-
loncelle, op. il; Augsbourg. — 7° Concerto
(en sol) pour piano et orchestre; Augsbourg,
Gombart. Destouches est mort à Munich au mois
de décembre 1844.
DEURING (Benoit), moine allemand, né en
Bavière, vivait vers le milieu du dix-huitième siè-
cle. Il a publié douze motets de sa composition, sous
letitredc Conceplusmusicij Augsbourg, 1730,
in fol.
DEUZIIXGER (J.-F.-P.). On a sous ce
nom un traité d'accompagnement de l'orgue et
du clavecin intitulé : Compendium musicum,
oder Fundamenta partiturx, dass ist : Unter-
richt fur die Orgel und das Klavier, en deux
parties; Augsbourg, Lotler, 1788.
DEUTSCIIMANN (Jacques), facteur d'or-
gues distingué, à Vienne, a eu une part, consi-
dérable dans les perfectionnements des orgues à
anches libres, appelés Physarmanica en Alle-
magne , et Harmonium en France. Dans une
exposition publique d'instruments de musique
qui fut faite dans la capitale de l'Autriche, en
1839, il plaça un grand instrument de ce genre,
composé de trois registres. Le rapport des mem-
bres du Jury, MM. Bocklet, Antoine de Halm
et Fischof, constata en particulier que le sys-
tème du soufflet était nouveau , qu'il produisait
sans secousse le son, et qu'il le prolongeait long-
temps sans être renouvelé par le mouvement de
la pédale. En 1845 une médaille d'or fut dé-
cernée à Deutschmann pour de nouveaux per-
fectionnements faits aux instruments de ce genre
qu'il avait mis à l'exposition de celte année, à
Vienne. Cet artiste esl mort dans la même ville,
en 1853.
DEVASINI (....), compositeur de l'époque
actuelle, a fait ses études musicales au Conserva-
toire de Milan , où il se trouvait encore en 1842.
Il y fit représenter par ses condisciples, en 18il,
Francesca rfiJRimmi, drame musical, etdans l'an-
née suivante Un Giorno di nozze , opéra bouffe.
Cet artiste a écrit aussi de la musique instru-
mentale , parmi laquelle on remarque un Sestetto
pour flûte, hautbois , 2 clarinettes, cor et basson
concertants.
DEVERGIE (L'abbé), ecclésiastique à
Beauvais,est auteur d'une Méthode de Plain-
Chant ; Beau vais, Bocquillon-Porquier, 1840,
in-8°de 168 pages.
DEVICQ (Éloy), d'une famille distinguée
de l'ancien parlement de Flandres, naquit à
Douai vers 1778. Dans les troubles révolution-
naires de 1792, ses parents sortirent de France
et cherchèrent un asile à Hambourg. Privés de
leur fortune par l'émigration, ils trouvèrent
heureusement une ressource dans le talent mu-
sical de leur fils, qui, ayant étudié la musique
et le violon avec ardeur, dès son enfance, put,
à peine âgé de quinze ans, donner des leçons et
entrer comme violoniste à l'orchestre du théâtre
de Hambourg. Quelque temps après il partit pour
la Russie, vécut plusieurs années à Saint-Péters-
bourg et à Moscou, et perfectionna son talent
par ses liaisons avec Rode, Baillot et le célèbre
violoncelliste Lamare. De retour en France vers
1809 , M. Éloy Devicq se maria à Abbeville et s'y
établit, ne cultivant plus la musique que comme
amateur, mais y puisant ses jouissances les plus
vives. Sa manière grande et classique déjouer le
violon, et le profond sentiment musical dont il
était pénétré , ont fait longtemps le charme de
ceux qui l'onl entendu. C'est à ce pur amour de
l'art dont il était toujours animé qu'Abbeville
doit l'institution d'une école publique de mu-
sique qui a formé de bons élèves et propagé
le goût de cet art. M. Éloy Devicq a publié :
Air russe varié pour violon principal, avec
violon, alto cl violoncelle ou piano; Paris,
Pacini. Il est mort à Abbeville en 1.847.
DEVIENNE (François), né à Join ville
(Haute-Marne) en 1759, fut élevé par son frère,
musicien au service du prince de Deux-Ponts.
Dès son enfance il annonça les plus heureuses
dispositions pour la musique; à peine âgé de dix
ans il composa une messe avec accompagne-
ment d'instruments à vent, qui fut exécutée par
10
DEVIENNE
les musiciens du régiment où il élait déjà en-
gagé comme flûte. Ses études musicales termi-
nées, il s'attacha au cardinal de Rohan, et passa
ensuite dans la musique des Gardes-Suisses,
qu'il quitta pour entrer, en 1788, dans l'orches-
tre du théâtre de Monsieur; en qualité de basso-
niste. Également distingué par son talent sur la
Hâte et sur le basson, Devienne avait une con-
naissance générale de tous les autres instruments,
et savait en tirer des effets inconnus en France
avant lui. Né avec du talent pour la composi-
tion, il créa un nouveau genre de musique pour
les instruments à vent , encouragea les artistes
à perfectionner leur exécution , et contribua
par là à l'amélioration des orchestres français.
Non moins recommandable comme compositeur
dramatique, il a laissé quelques opéras qui pour-
raient être encore entendus avec plaisir, et qui
se. font remarquer par la fraîcheur des idées et
l'élégance de l'instrumentation. L'un de ses ou-
vrages, connu sous le titre les Visitandines, fut
joué longtemps avec succès.
Les productions de Devienne sont en si grand
nombre qu'on ne comprendrait qu'à peine sa
fécondité, si l'on ne savait que, nonobstant tous
les devoirs que lui imposaient ses places et les
leçons qu'il donnait, il travaillait ordinairement
huit heures chaque jour. Cet excès de travail
linit par altérer ses facultés; sa tête se dérangea,
ut Ton fut obligé de l'enfermer à Charenton, où
il mourut le 5 septembre 1803. Il avait été
professeur au Conservatoire de musique, et fut
compris dans la réforme générale de 1802.
Voici la liste de ses productions : I. Opéras :
1° Encore des Savoyards , opéra-comique en un
acte, au théâtre de Monsieur, en 1789. — 2° Le
Mariage clandestin, en un acte, au théâtre Mon-
tansier, 1791. — 3° Les Quiproquos espagnols,
au théâtre Feydeau, 1792. — 4° Les Visitandines,
en deux actes, au théâtre Feydeau , 1792. Un
troisième acte fut ajouté à cet opéra en 1793; puis
la pièce fut remise en deux actes, en 1795. Re-
fusée maladroitement au théâtre Favart, cette
pièce fut jouée avec un succès d'enthousiasme au
théâtre Feydeau, etcontinua dejouir de la faveur
publique jusqu'à la Restauration. Plus tard elle
fut arrangée sous le titre du Pensionnat de
Jeunes Demoiselles pour être jouée à l'Opéra-
Comique, et sous celui des Français au Sérail,
au théâtre de l'Odéon. Depuis la révolution de
juillet 1830 elle a repris son premier titre. —
5° RoseetAurèle, en un acte, au théâtre Feydeau,
1703. — 6° Agnès et Félix, ou les deux Es-
piègles, en deux actes, 1794. — 7° Valecour,
ou un tour de page, en un acte, 1797. —
8° Les Comédiens Ambulants, en trois actes,
1798. — 9° Le Valet des deux maîtres, en
deux actes, 1799. Devienne a été collaborateur,
pour la musique, du Congrès des Rois, opéra
révolutionnaire joué au théâtre Favart en 1793.
— II. Pièces détachées : 10° Romances
d'Estelle, avec accompagnement de piano et
flûte; Paris, Naderman. — 11° Romances de
Gonzalve de Cordoue, avec accompagnement
de piano et flûte ou violon ,op. 53, Paris, 1795.
— 12° Romances patriotiques ; Paris, Ozy. —
13° Chansons républicaines, à l'usage des
fêtes nationales; ibid. — 14° Première li-
vraison de six romances , paroles de Labiée, ■
avec accompagnement de piano et harpe. —
III. Ouvertures et symphonies : 15° Symphonie
concertante pour cor et basson, n° 1; Paris,
1792. — 16° Symphonie concertante pour haut-
bois ou clarinette et hasson, n° 2; ibid., 1793.
— 17° Symphonie concertante pour flûte, clari-
nette et basson; ibid. — 18° Symphonie concer-
tante pour flûte, hautbois, cor et basson, avec or-
chestre, n°4 ; ibid., 1794; production excellente en
son genre, et qui a obtenu le plus grand succès. —
19° Symphonie concertante pour deux clarinettes
et orchestre , op. 25; ibid. — 20° La Bataille de
Jemmapes, pour vingt instruments; ibid.,
1796. — 21° Ouvertures pour instruments à
vent, à l'usage des fêtes nationales, n" s 1, 2, 3,
4,5, 6 et 7; Paris, Ozy. — 22° Symphonie
concertante pour deux (lûtes et orchestre; ibid. —
23° Deuxième symphonie concertante pour flûte,
hautbois, cor et basson ; Paris, 1800. — IV. Con-
certos : 24° Concertino d'airs variés pour la
flûte, n° 1 ; ibid. — 25° Concertos pour (îùle et
orchestre, n os l, en ré; 2, en ré; 3, en sol; 4,
en sol; 5, en sol; 0, en ré; 7, en mi mineur;
8, ensol; 9, en mi mineur; 10, en ré; 11, en
si mineur; 12, en la; Paris, Imhault et Sieber;.
— n° 13, posthume, en. soZ; Orléans, Demar. ■ —
26° Concertos pour basson et orchestre, n° l,en
ut, Imhault ; n°2, Naderman ; n° 3, en fa; n° 4,
en ut; Paris, Sieber. — V. Quatuors : 27° Qua-
tuors pour flûte, violon, alto et basse, op. 1,3,
Paris, Le Duc; op. 16, liv. 1 et 2 , Paris, Sie-
ber; op. 62, Offenbach, André; op. 66, liv. 1 et
2, Paris, Imbault; op. 67, ibid., formant en-
semble trenie-six quatours. — 28° Trois quatuors
pour clarinette, violon, alto et basse, op. 73;.
Paris, Érard. — 29° Trois quatuors pour basson,
violon , alto et basse, op. 75 ; ibid. — VI. Trios :
30° Six trios pour flûte, alto et basse, liv. 1 et
2; Paris, Sieber. — 31° Six trios pour flûte,
violon et basse, op. 18; Paris, Imbault. — 32°
Six idem, op. 66; Paris, Gaveaux. — 33° Six
trios pour deux flûtes et basse, op. 19-; Paris,
Sieber. — 34° Six trios pour deux flûtes et bas-
DEVIENNE — DEVISME DU VALGAV
11
non , op. 77; ibiil. — 35° Six trios pour fliïte,
clarinette et basson, op. 6t, liv. 1 et 2 ; Offen-
bach, André. — 36° Six trios pour trois flûtes,
liv. l et 2 ; Paris, Imbatilt. — 37° Six trios pour
deux clarinettes et basson, op. 27; Paris, Sieber.
— 38° Trois trios pour deux clarinettes et basson,
op. 75; ibid. — 39° Trois idem, livre troisième;
Paris , Sieber. — 40° Six trios pour basson , vio-
lon et basse, op. 17; Paris, Imbault. — VII.
Duos : 4t°Cent cinquante-huit duos pour divers
instruments , œuvres 2, 5, 6, 7, 8, 15, 20, 21,
53, 64, 05, 08, 09, 70, 78, 79, 81 , 84; Paris,
Londres, Offenbacli, Berlin, 1788-1801. — VIII.
Sonates : 42° Six sonates pour piano, flûte et
basse, op. 22 et 23; Paris, Naderman. —
43° Six sonates pour basson , avec accompagne-
ment de basse, op. 24 ; Paris , Sieber. — 44° Six
sonates pour clarinette, avec accompagnement
de basse, op. 28 ; ibid. — 45° Six sonates pour
Urtte, avec accompagnement de basse, op. 14;
Orléans, Demar. — 46° Six idem , op. 58. —
47° Six idem, op. 68; Paris, Sieber. —48° Six
idem, liv. 4; Paris, Imbault. — 49° Six idem,
cinquième livre; Paris, Pleyel. — 50° Six idem,
liv. 0; Paris, Frey. — 51° Six idem, liv. 7;
Paris, Sieber. — 52° Six idem, liv. 8; ibid. —
53° Douze sonates pour bautbois, avec accom-
pagnement de basse, op. 70 et 71; Paris, Le
Duc. — IX. Harmonie : 54° Douze suites d'har-
monies à huit et douze parties; Paris, 1798-1801.
— X. 55° Méthode de flûte théorique et pra-
tique , contenant tous tes principes , des pe-
tits duos et sonates faciles; Paris, Imbault,
1795. Cet ouvrage estimé a été reproduit dans
plusieurs éditions.
DEVISME DU VALGAY ( Anne-Pierre-
Jacques), né à Paris en 1745, entra dans les
fermes, où il parvint à l'emploi de sons-directeur.
Dans sa jeunesse il se livra à l'étude delà mu-
sique, et publia un Abrégé des règles de la com-
position et de l'accompagnement , dédié à la
reine; Paris , 17G7, in-4°. La protection du valet
de chambre de la reine lui fit obtenir, en 1777,
l'entreprise de l'Opéra de Paris. Le privilège lui
lut accordé pour douze ans, moyennant un cau-
tionnement de cinq cent mille francs, dont la
ville devait lui payer l'intérêt, outre un subside
de quatre- vingt mille francs qu'il devait recevoir.
Deux règlements du 27 février et du 22 mars
1778 établirent les droits de l'entrepreneur et de
ses subordonnés; le premier avril suivant, De-
visme prit possession de son entreprise. A celte
époque les amateurs de l'Opéra étaient divisés
en quatre partis, dont les goûts et les préventions
étaient différents. Le premier de ces partis , com-
posé des Lnllistes ou amateurs de l'ancienne mu-
sique française, était le plus faible; le second ,
plus vigoureux, était formé par les défenseurs
de Rameau; les troisième et quatrième, où
étaient enrôlés les admirateurs enthousiastes de
la musique nouvelle, dédaignaient de combattre
les préjugés des partisans de Lulli ou l'entête-
ment des Ramistcs, et, se plaçant les uns sous
la bannière de Gluck, les autres sous celle de
Piccinni, se faisaient une guerre aussi vive que
s'il se fût agi des intérêts les plus graves. Ces
circonstances étaient favorables au nouveau di-
recteur : il sut en profiter et déploya une acti-
vité prodigieuse. Voulant que le public pût juger
des diverses transformations qui s'étaient opé-
rées en France dans la musique théâtrale, iï
donna dans une seule année Thésée, de Lulli;
Castor et Pollux, Pygmalion, de Rameau;
Ernelinde , de Philidor; Armide, Iphigénie ,
Orphée de Gluck; Roland, de Piccinni, et fit
composer par Grétry une pièce intilulée les Trois
Ages de l'Opéra. Outre cela il rappela les bouf-
fons italiens, et leur fit jouer, alternativement
avec l'Opéra français, les meilleurs ouvrages
d'Anfossi, de Piccinni et de Paisiello. Mais tant
de nouveautés avaient coûté des frais énormes ,
et, malgré l'al'llnence du public , la recette ne
couvrait pas la dépense. Devisme recevait les
félicitations de quelques amateurs zélés, mais il
se ruinait. D'ailleurs ses réformes et sa ma-
nière nouvelle d'administrer l'Opéra avaient
froissé des intérêts particuliers et lui avaient
fait des ennemis : ils l'accablaient de sarcasmes et
de dégoûts. Nonobstant ses talents et sa fermeté,
il ne put parvenir à déraciner les abus d'une ad-
ministration vicieuse. Malgré la protection de la
reine, Devisme ne put résister aux haines, aux ca-
bales et aux tracasseries de tout genre auxquelles
il était en butte; il offrit la résiliation de son
bail, et elle fut acceptée le 1 er avril 1779; mais
il conserva la direction jusqu'au mois de mars
de l'année suivante, pour le compte delà ville.
A la clôture de l'année théâtrale de 1780, Ber-
ton prit la direction de l'Opéra pour le compte
du roi, et Devisme reçut le brevet d'une pen-
sion de neuf mille francs avec une indemnité de
vingt-quatre mille francs, faible dédommagement
des pertes qu'il avait essuyées.
Le 20 fructidor an vu ( 12 septembre 1799 )
Devisme fut nommé administrateur de l'Opéra,
conjointement avec Bonnet de Treiches , ex-lé-
gislateur, par un arrêté du Directoire. Le 13
mars 1800 le ministre de l'intérieur nomma
Devisme directeur de ce spectacle, et Bonnet
n'eut plus que le titre de conservateur du maté-
riel ; mais bientôt des soupçons circulèrent sur la
gestion du directeur ; ils parurent assez graves et
î:
DEVISME DU VALGAY — DEVRIENÏ
assez fondés pour que l'autorité le privât de son
emploi et le fit remplacer par Bonnet, qui eut le
titre de commissaire du gouvernement, le 23
décembre 1800. Un procès fâcheux fut intenté à
Devisme sur la partie contentieuse de son ad-
ministration; mais il s'en tira avec habileté. Il
publia à cette occasion un petit écrit de deux
feuilles in-8° d'impression, sous ce titre : Devis-
me du Vulgay à ses concitoyens sur son ad-
ministration du théâtre de la République et
des Arts. Il a aussi fait imprimer quelques autres
petites brochures sur le même sujet, mais je
n'en sais pas les titres.
Devisme résida encore quelque temps à Paris,
et y fit représenter quelques ouvrages drama-
tiques au théâtre Montansier et à l'Opéra-Co-
mique, entre autres la Double Récompense ,
et Eugénie et Linval. En 1806 il publia à Paris,
en un volume in-8° , un livre intitulé : Pasi-
logie , ou de la musique considérée comme
langue universelle. Retiré dans la Normandie en
1810, Devisme est mort à Caudebec, vers le
milieu du mois de mai 1819, à l'âge de soixante-
quinze ans. Il avait annoncé des Mémoires sur
sa vie , mais cet ouvrage n'a pas paru.
DEVISME ( Jeanne -Hippolyte MOY-
ROUD), femmedu précédent, née à Lyon en 1765,
a composé la musique d'un opéra intitulé Praxi-
tèle, représenté en 1802 sur le théâtre de l'Opéra.
Cetiedame avait reçu des leçons de Steibelt pour
le piano , et jouait fort bien de cet instrument.
DEVOLDER (Pierre-Jean). Voyez Vol-
der ( Pierre-Jean de).
DE VOS ou plutôt DE VOS (Laurent),
frère du célèbre peintre Martin Devos , naquit
à Anvers, en 1533. Après avoir fait ses éludes
musicales à l'église Notre-Dame de cette ville et
avoir reçu les ordres de la prêtrise, il obtint la
place de maître des enfants de chœur de la cathé-
drale de Cambrai. M. Léon de Burbure n'a pas
trouvé dans les archives de l'église Notre-Dame
d'Anvers des traces de l'existence de ce musicien
dans le chœur de cette collégiale; il est donc vrai-
semblable que Laurent Devos. a occupé quelque
autre position dans une des églises de la Belgique
avant d'être appelé à Cambrai. Dans les troubles
de cette ville, l'archevêque ayant été obligé
d'en sortir, et d'Inchy, gouverneur, ayant ty-
rannisé les habitants, Devos eut la hardiesse de
composer un motet dont les paroles retraçaient
ces malheurs , et de le faire chanter en présence
de ce même gouverneur, ou prévôt. Cette im-
prudence fut cause de sa fin tragique. L'affaire
est rapportée en ces termes dans la Revue Cam-
bréslenne (année 1838, p. 81), d'après la
Chronique inédite de Jean Doudelet, clerc de
Notre- Dame- de-la- Chaussée, à Vulenciennes :
« Laurent Voscomposa un motet à grands chœurs
« de plusieurs versets de différents psaumes, qui
« étaient si artistement arrangés que toute l'his-
« toire des troubles de ce temps y était décrite :
« l'usurpation tyrannique de d'Inchy, la perfidie
« du prévôt et de sa cabale, l'ingratiluue, la
« révolte et la mort funeste de plusieurs bour-
« geois , l'éloignement et les malheurs de l'ar-
« chevêque , la vaine espérance des secours du
« duc d'Alençon, et le peu de durée de la gloire
« des méchants. Ce motet fut chanté après les
« vêpres un jour de fête solennelle. D'Inchy
« l'entendit : il entra dans une si terrible fureur
« qu'il ordonna que l'on saisît incontinent le
« maître de musique. On le conduisit en prison,
« et, sans autre forme de procès, d'Inchy, de
« son autorité privée, ordonna qu'on le pendît.
« On lui représenta vainement que l'usage de-
« mandait que l'on appelât le juge de l'Église,
« qu'il fallait faire la cérémonie de la dégrada-
« tion; rien ne put arrêter ni suspendre l'exé-
« cution d'une sentence contraire à toutes les
« règles (1). « Le chroniqueur ajoute que De-
vos (homme de grand renom au noble art de
musique) fut pendu, et étranglé sur le marché
dudit Cambray. Le chroniqueur place cette
catastrophe vers la fin de janvier 1580, époque où.
l'on attendait, en effet, le secours du duc d'A-
lençon, qui ne vint à la tête de ses troupes que
dans l'année suivante. Lacroix du Maine(Biblioth.
française) cite des motets et des chansons de De-
vos qui auraient été publiés, mais sans indication
précise de titre, de lieu et de date. Dans le nombre
immense de recueils du seizième siècle que j'ai
vus , je n'ai rien trouvé de ce musicien.
DEVRÉ (Marc), ou DE VRÉ, musicien
du seizième siècle, né à Dunkerque , fut nommé
maître de chapelle à Audenarde en 1590, et en
remplit les fonctions jusqu'à sa mort, en 1596.
Dans le trajet de Dunkerque à Audenarde il fut
fait prisonnier, avec sa femme et ses enfants, par
des soldats espagnols de l'armée du duc de
Parme. Les échevinsd'Audenarde furent obligés
d'intervenir pour lui faire obtenir sa liberté.
Devré a laissé en manuscrit une messe à quatre
voix et plusieurs motets. •
' DECRIENT (Edouard-Philippe), un des
meilleurs chanteurs de l'Opéra allemand , est né
à Berlin le il août 1801. Neveu du célèbre co-
médien Louis Devrient, il a hérité de ses talents
comme acteur. Après avoir eu dans son enfance
(l) M. E. de Cousscmaker, qui rapporte ce récit dans,
sa Notice sur les collections musicules de la bibliothèque,
de Cambrai (p. 12), a donné aussi , dans les pièces jus-
tificatives (p. 1S8), l'eitrait de la Chronique ongiRHie.
DEVR1ENT — DEZÈDE
13
une jolie voix do soprano, il acquit dans sa dix-
seplièrttë année un i>ary'ton grave dont le caractère
avait de l'analogie avec la véritable basse , mais
dont la qualité était médiocre. Vers cet âge il entra
dans l'école de Zelter et y apprit l'art du chant.
Pour la première fois il chanta en public dans
nne exécution de la Passion de Graun, qui eut
lieu à Berlin en 1819 ; pou de temps après il dé-
buta au théâtre dans VAlceste de Gluck, et le 25
avril de la même année il lit son second début
dans Mctsetto, de Don Juan. Bien accueilli par
le public , surtout à cause de son talent drama-
tique, il joua avec succès les principaux rôles
de basse des opéras allemands ou traduits de l'i-
talien et du français. En 1822 il voyagea et se
fit entendre à Dresde, à Leipsick, à Cassel et à
Francfort. Peu de temps après il fut engagé à
Vienne, et depuis lors il n'a plus quitté cette ville.
On dit qu'il a joué aussi bien YOrcste de Gluck
que le Barbier de Bossini; mais il ne faut pas
avoir trop de confiance aux éloges de ce genre
accordés en Allemagne, car on n'y a qu'une
connaissance fort imparfaite de l'art du chant. En
1 si * Devrient fut nommé régisseur du théâtre
royal de Dresde, et depuis 1S52 il est directeur
du théâtre royal de Carlsruhe (1860).
DEVRIENT (WiLHELMiNE SCHROE-
DER). Voyez ScHroeder.
DEWAR (Daniel), professeur de morale et
de philosophie an collège du Boi à l'université
d'Aherdeen , au commencement du dix-neuvième
siècle, a publié un livre qui a pour litre : Obser-
vations on the Character, Custom , Supersti-
tions, Music, Poctry and Language of the
frish , etc. ( Observations sur le caractère, les
mœurs, les supertitions, la musique, la poésie et
le langage des Irlandais); Londres, 1812, in-8°.
DEYCKS ( Ferdinand), docteur en philo-
sophie et professeur de langues anciennes et
d'histoire an collège royal de Coblence, est né
en 1802 à Burg, au duché de Berg. Il a fait ses
études au gymnase de Dusseldorfet aux univer-
sités de Bonn et de Berlin. Après les avoir ter-
minées, il a passe plusieurs années à Dusseldorf,
ne s'occupant que des sciences et des arts; la
musique surtout était l'objet de ses études, et il
eut pour maîtres dans cet art Burgniùller, Bies,
Salomon et Stegmann. Pour se distraire de ses
recherches d'érudition et de ses travaux sur la
littérature ancienne, il a écrit plusieurs articles
de critique musicale qui ont paru dans le recueil
Cxcilia. On y remarque particulièrement : t° Sur
l'oratorio de Spohr.D/e letzten Dinge (t. 5). —
2° Platon , sur la Musique (t. 8). — 3° Sur le
Jephté de B. Klein ( t. 8 '). — 4° Sur les derniers
œuvres de piano de Ries (t. 1 1 ). — 5" Sur l'é-
dition de la partition du Requiem de Mozart
publiée par André (t. 14). — 6° Gcethe, .Sur
la musique (t. 11). — 7° Et en dernier lien ■
Sur le chant, de l'Église catholique (1835).
DEYSI1XGER (Jean-François-Pierre), mu-
sicien qui paraît avoir vécu en Bavière, vers le mi-
lieu du dix-huitième siècle, n'est connu que par
un ouvrage qui a pour titre : Compendium mu-
sic uni, oder Fundamenlapartiturx, dassisf :
ç/riïndlichcr Unlerricht die-Orgel und das
Clavier trahi schlagen (Abrégé de musique
nu Méthode fondamentale |>our apprendre à
bien jouer de l'orgue et du piano); Augshourg,
1763, in-4°, divisé en deux parties.
DEZÈDE ou DEZA1DES (N.), compo-
siteur dramatique, paraît être né vers 1740. On
ignore quelle fut sa patrie. Parmi les biographes,
les uns ont cru qu'il était allemand; d'autres,
qu'il était né à Lyon. Lui-même ne connut ja-
mais sa famille. Son éducation fut celle d'un
homme bien né. Après quelques éludes on le
retira du collège, et il fut mis sons la direction
d'un abbé, qui, entre autres connaissances, lui
donna celle de la musique et lui apprit à jouer
de la harpe. Venu de bonne heure à Paris, il y
perfectionna son instruction et apprit la compo-
sition. Il jouissait alors d'une pension de vingt-
cinq mille francs , qui fut doublée à sa majorité.
Désirant connaître les auteurs de ses jours , il
s'adressa à son notaire ; mais celui-ci le prévint
que ses démarches seraient inutiles , et qu'en les
continuant il s'exposerait à perdre son revenu.
Il ne Tint compte de cet avis, continua ses re-
cherches, ne découvrit rien, et fut privé de sa
pension. Ce fut alors qu'il songea à tirer parti de
ses talents pour assurer son existence. Il début:)
aux Italiens, en 1772, par le petit opéra de
Julie, et donna ensuite V Erreur d'un mo-
ment; le Stratagème découvert (1773); les
Trois Fermiers (1777); Zulime; le Por-
teur de chaises (1778); A Trompeur trom-
peur et demi; Cécile ( 1781 ) ; Biaise et Babel
(1783); Alexis et Justine (1785); la Cin-
quantaine; les Deux Pages, et Ferdinand,
ou la suite des Deux Pages. Ses productions a
l'Opéra sont Fatmé, ou le Langage des Fleurs
(1777); Péronne sauvée (1783); et Alcindor
(1787).
Le caractère du talent de Dezède est le genre
pastoral; son style n'est imité d'aucun autre,
et personne n'a songea imiter le sien. Son opéra
de Plaise et Babel a eu pendant deux ans un
succès de vogue tel qu'on en voit fort peu au
théâtre. On trouve aujourd'hui que les formes
de la musique de Dezède ont vieilli, mais ses
mélodies sont gracieuses et naïves. Son harmo
M
DEZÈDE — DIABELLI
nie est d'ailleurs assez pure et son orchestre
soigné , pour l'époque et le pays où il écrivait ,
ce qui pourrait faire croire qu'il a eu des leçons
de Philidor, le seul maître qui sût alors en France
écrire avec correction.
Dezède avait la taille, la tournure et l'accou-
trement du peintre Greuze. Il était presque tou-
jours vêtu d'un habit richement brodé et chaussé
avec des bottes. Son caractère était aussi original
que sa mise : il affectait de prendre des manières
brusques et un ton grondeur que démentait sa
bonté naturelle. En 1785, le duc Maximilien de
Deux-Ponts, qui fut ensuite électeur et depuis
lors roi de Bavière, et qui aimait beaucoup la
musique de Dezède, fit venir à sa cour ce com-
positeur, lui donna un brevet de capitaine avec
cent louis d'appointements, à la seule condition
qu'il irait tous les ans passer un mois à Deux-
Ponts. Cette faveur ne le rendit pas plus riche ,
car il était dissipateur et tranchait du grand sei-
gneur. On dit que ses prodigalités ruinèrent sa
maîtresse, M me Belcour, de la Comédie-Fran-
çaise, qui, beaucoup plus âgée, s'était éprise de
lui lorsqu'il n'était déjà plus jeune. Il est mort à
Paris en 1792.
DEZÈDE (Florine), fille du précédent, a
donné à l'Opéra-Comique , en 1781 , Nanette
et Lucas, ou la Paysanne curieuse. La mu-
sique de cet ouvrage est une copie du style de
Dezède.
D'HAUDIMONT (L'abbé Etienne-Pierre
MUN1ER), né en Bourgogne en 1730, fut
élevé à Dijon , et quitta cette ville vers 1754 ,
pour aller occuper la place de maître de chapelle
de Chalon-sur-Saône. Après en avoir rempli les
fonctions pendant six ans , il vint à Paris et se
livra à l'étude de la composition sous la direc-
tion de Bameau . son compatriote et son ami.
En 1764 il succéda à Bordier dans la place de
maître de chapelle des Saints-Innocents. Ce fut
iilors qu'il composa plusieurs motets que l'on
entendit au Concert spirituel , chez le roi , et
dans les fêtes publiques. Les plus connus sont
le Mémento Domine David, le Deus noster,
\eHeahisvir, le Quare fremucrunt, YExurgat
Dcus , etc. 11 a écrit aussi une messe de Re-
quiem et un De profundis, en 1772. Enfin il
est auteur d'un grand nombre d'ariettes, qui ont
été publiées sous le voile de l'anonyme. L'abbé
d'IIaudimont a formé beaucoup d'élèves, parmi
lesquels on remarque Perneet Chénié.
D'HERBAIN (Le chevalier). Voyez IIER-
BAijy.
DIABELLI (Antoine), professeur et édi-
teur de musique à Vienne, est né le 6 septembre
1781 à Mattsée, dans le pays de Salzbourg, où
son père était musicien et sacristain. Celui-ci en-
seigna à son fils les éléments du chant, du piano
et du violon. A l'âge de sept ans Antoine fut
reçu comme enfant de chœur au couvent de Mi-
chaelbayern , et deux ans après il entra dans la
chapelle de Salzbourg. En 1796 il alla continuer
ses études au collège de Munich , et perfectionner
son savoir dans la théorie et dans la pratique de
la musique. Lorsqu'il eut atteint sa dix-neuvième
année, il étudia la théologie au monastère dcDai-
tenbosslach et commença à essayer ses facultés
en différents genres de composition. Il soumettait
ses ouvrages à la censure de Michel Haydn, qui
lui avait enseigné l'art d'écrire, et qui lui té-
moigna toujours un intérêt paternel. Il se des-
tinait à l'état monastique; mais la sécularisation
des couvents en Bavière changea ses projets et
le détermina à se rendre à Yienne. Là il se
livra à l'exercice de son talent et se fit profes-
seur de musique. En 1818 il s'associa avec l'é-
diteur de musique Cappi, et en 1824 il prit pour
son compte la maison de commerce dont il n'é-
tait auparavant que l'associé. Comme composi-
teur, Diabelli s'est fait remarquer par sa fécon-
dité, si ce n'est par le mérite de ses ouvrages.
Il a écrit dans tous les genres et presque pour
tous les instruments, pour le chant, pour la
chambre, le concert, l'église et le théâtre. On a
de lui plusieurs recueils de danses et de valses
pour l'orchestre on en quatuors, en trios, etc.;
des duos pour violon et pour flûte, de la mu-
sique de guitare en tout genre , des sonates
pour piano avec et sans accompagnement;
des rondeaux, menuets, valses, cadences,
études, pots-pourris, etc., pour le même instru-
ment; dix messes, douze graduels, douze of-
fertoires, sept Tantum ergo pour plusieurs
voix , orchestre et orgue ; des cantates , duos ,
chansons allemandes et romances avec accompa-
gnement de piano; des opérettes ou vaudevilles,
etc., etc. Enfin le nombre de ses productions
de différents genres s'élève à cent quatre-vingts
œuvres parmi lesquels on remarque plusieurs
recueils de messes brèves avec orgue ou orches-
tre, des messes solennelles, des graduels,
offertoires, Tantum ergo, et d'autres pièces
de musique religieuse. Comme éditeur Diabelli
montra beaucoup d'activité; mais il était avare
et dur envers les jeunes artistes dont il pu-
bliait les ouvrages et qui contribuaient à sa
fortune. C'est ainsi qu'il acquit à vil prix la plu-
part des compositions de François Schubert, lui
reprochant même de trop écrire et de lui ap-
porter trop souvent des manuscrits, afin de di-
minuer la somme qu'il lui payait. Diabelli est mort
à Yienne, le 8 avril 1858.
DIAMANT1 — DIBDIN
ih
DIAMA1XTI (Paolo), boude clianlant et
compositeur, né dans la Romagne vers 1805, a
('■té attaché an théâtre communal fie Bologne en
l 838, et y a fait représenter deux opéras en un acte
dans la môme année. Le premier avait pour titre :
la Distrusione de' Masnadieri , et l'autre, la
Turca fedclc. Deux ans après on le retrouve
à l'île Maurice, comme hasse comique; mais
depuis lors on n'en a plus entendu parler.
DIBDIN (Chaules), comédien, composi-
teur, poète et prosateur, était fils d'un orfèvre
de Southampton. L'époque de sa naissance n'est
pas exactement connue; mais, dans un de ses
ouvrages , il dit qu'il était enfant de chœur en
1747; il ne naquit donc pas en 1748, comme on
le voit dans le supplément de la Biographie uni-
verselle de Michaud. Quelque temps après il
lut attaché au chœur de la cathédrale de Win-
chester, et y reçut des leçons de musique et de
chant choral de Fussel, organiste de cette église ;
mais c'est , disait-il, à l'étude des ouvrages de
Corelli et des écrits didactiques de Rameau qu'il
devait ses connaissances en composition. Au
commencement de sa carrière musicale il se
présenta comme candidat pour la place d'orga-
niste de Waltham, dans le Hamsphire; mais il
l'ut écarté à cause de son extrême jeunesse,
bientôt après il se rendit à Londres ; il y était
depuis peu, et avait à peine seize ans, lorsqu'il
lut engagé comme chanteur au théâtre de Covent-
Garden. Les rôles qui lui furent confiés étaient
peu importants et ne le firent point remarquer,
jusqu'à ce que la manière dont il joua celui de
Ralph dans The Maid of ihe Mill ( la Fille du
moulin) fixa sur lui l'attention du public. Dans
la saison de I7G2 à 1763 il fit représenter à
Covent-Ganlen la pastorale intitulée The She-
pherd's Artifice (la Ruse du Berger), dont il
avait composé la musique, et qui fut accueillie
favorablement. Environ cinq ans après il com-
posa l'ouverture, le premier chœur, les finaliàw
premier et du second acte, et trois airs de la farce
intitulée Love in a Cily ( l'Amour dans une
ville), qui fut suivie de Damon and Phillida
(Damon et Phillis), opéra-comique, The Ephe-
sian Mat ron (la Matrone d'Éphèse), et de
Lionel and Clarissa ( Lionel et Clarisse), tous
faits en collaboration avec d'autres musiciens.
Engagé comme compositeur au théâtre de
Diui y-Lane, sous la direction de Garrick, Dibdin
donna une preuve de son talent musical dans
l'intermède de Padlock, qui fut représenté pour
la première fois en 1768, et où il joua le rôle de
Mungo avec un grand succès. Il composa en-
suite la musique île différentes pièces pour le
même théâtre; mais les titres en sont presque
entièrement oubliés. Celle du Jubilé est la plus
connue, car elle fut représentée quatre-vingt-
treize fois dans une saison, et elle a été reprise
souvent. Les ouvrages que Dibdin fit ensuite
furent écrits et composés par lui seul. Les
plus célèbres furent The Waterman ( le Ba-
telier), The Quaker (le Quaker), The Deser-
tur ( le Déserteur), traduit du français, et Liber-
ty-Hall (le Palais de la liberté). Plusieurs airs
de ses opéras, principalement de Liberty- H ail,
ont été populaires. Le terme de l'engagement de
Dibdin à Drury-Lane étant expiré, et quelques
différends s'étant élevés entre lui et Garrick, il
résolut de se rendre indépendant des directeurs
de spectacles, et se hasarda à établir à Exeter-
Exchange une nouvelle espèce d'amusement, qui
consistait en marionnettes musicales; il annonça
ce spectacle sous le nom de The Comic Mir-
ror ( le Miroir comique). Ces marionnettes re-
présentaient des caractères connus, et quelque-
lois faisaientallusionàdes personnages politique*.
Il écrivit aussi pour le théâtre de Sadler's- Wells
une grande quantité de bagatelles, et, à l'ouver-
ture du théâtre appelé le Cirque royal, il eut
un engagement comme directeur et comme com-
positeur. Cela ne dura toutefois qu'une saison ;
quelques difficultés étant survenues, la société fut
dissoute, et Dibdin ne retira qu'une perte assez
considérable «le ses efforts.
Dans l'année 1788 il publia un livre intitulé
A musical Tourthrough England (Voyage mu-
sical en Angleterre) ; Sheffield, 1788, un vol. in-4*
de 443 pages, avec quelques morceaux de mu-
sique. Cetouvragecontient quelques faits curieux
dans une suite de lettres. Les lettres 69 à 74 renfer-
ment la liste des principaux ouvrages que Dibdin
a écrits pour le théâtre. Le voyage musical de cet
artiste avait été entrepris pour lui fournir les
moyens de se rendre dans 1 Inde; il s'embarqua
en effet, mais, un temps peu favorable ayant obligé
le vaisseau de jeter l'ancre à Torbay, Dibdin
changea de résolution et retourna à Londres. Il
composa alors pour une réunion, dans King-Sf reet,
l'intermède The Whim of the moment ( le
Caprice du moment) , qu'il exécuta seul. Pour
donner une idée du succès de cet intermède, il
suffit de dire que, dans l'espace de quelques se-
maines, il a été vendu dix-sept mille exemplaires
d'un de ses airs, Poor Jack (Pauvres Jacques),
qu'on a aussi chanté en France à cette époque.
En 1790 Dibdin prit à bail le local appartenant
à la Société polygraphique, et y éleva un théâtre
où il fit représenter plusieurs pièces de sa com-
position. Quelques années après il ouvrit un
nouveau théâtre à Leycester-Place, qu'il nomma
Sans-Souci, et où il donna dix opéras-comique*.
16
DIBD1N — DICKONS
Directeur, compositeur de musique, auteur des
canevas des pièces et seul acteur de ce petit
théâtre, il y fit fortune par sa gaieté, par ses
hymnes à l'honneur de la Grande-Bretagne, et
surtout par ses sorties furibondes contre la France
et la Révolution ; mais le changement de système
politique de l'Angleterre, après la mort de Pitt,
ruina l'entreprise de Dibdin, qui, forcé d'y re-
noncer, se fit marchand de musique dans le
Strand. Celte spéculation n'ayant pas été lieu-
reuse, Dibdin serait tombé dans la misère si
quelques personnes de la haute société ne s'é-
taient intéressées à son sort, et ne lui avaient
lait une rente viagère dont il jouit jusqu'en 1815,
époque de sa mort. Après avoir travaillé quarante-
deux ans pour les divers théâtres de Londres, il
s'est retiré en 1804, et a publié dans cetle année
un poëme didactique sur la musique, intitulé :
The harmonie preceptor, a didactic poèm, in
three parts; Londres, 1804, in-4° de 150 pages,
avec quatorze planches. On a aussi de lui un
traité élémentaire de musique intitulé : Music
epitomised in which the whole Science of
Music is cleojrly explained from thesimplest
rudiments to the principles of thoroug bass
and harmony (Abrégé de musique dans lequel
toute la science musicale est expliquée avec clarté,
depuis les premiers principes jusqu'à la basse
continue et l'harmonie) ; Londres, sans date,
1 vol. in-12. Cet ouvrage eut beaucoup de succès.
La. neuvième édition a été publiée par J. Jousse
avec des additions et des changements ; Londres,
Goulding et Dalmaine (s. d. ), in-12. Le nombre
de pièces mises en musique par Dibdin s'élève
à plus de cent vingt, et l'on y compte plus de neuf
cents airs et beaucoup de morceaux d'ensemble.
J'en possède une grande collection formant 6 vo-
lumes in-folio, et je n'ai pas tout. Dibdin a été
lui-même l'éditeur de tous ces morceaux. Il a
écrit aussi plusieurs œuvres de sonates pour le
piano, et d'autre musique instrumentale. Comme
prosateur il a publié plusieurs ouvrages, parmi
lesquels on remarque une histoire de la scène
anglaise (Londres, 1795), 5 volumes in-8°, et
les Mémoires de sa vie ( Londres, 1802), 4 vo-
lumes in-8°.
DIBDIN ( Miss), née à Londres en 1787, a eu
la réputation d'une harpiste habile. Elle com-
mença à étudier la harpe en 1808, sous la di-
rection de Cballoner, et se fit entendre en pu-
blic pour la première fois, en 1815, dans un
concert de Covent-Garden. Depuis lors elle a
reçu des leçons de Bochsa. Elle a été professeur
adjoint àl' Académie royale de musique à Londres.
DICEARQUE , philosophe péripatélicien,
naquit en Sicile, trois cent quarante -sept ans
avant l'ère chrétienne. Il avait écrit un traité de
musique qui s'est perdu.
DICELIUS (Jean-Sébastien), cantor à
Tondern, dans le duché de Schleswig, en Dane-
mark, naquit à Schmalkalden, dans la Hesse,
vers 1648. Il étudiait la mrdecine à l'université
d'Iéna en 1669, et vivait encore en 1693. On a
de lui une cantate intitulée : Nacht-Musik auf
Schenckii Geburistag, a canto solo con ritor-
nel/o a 2 violini e continuo ; Jéna, 1669, une
feuille in-fol.
DICKHUT (Chrétien), virtuose sur le cor,
le violoncelle et la guitare, était attaché à la cour
de Mannheim en 1812. Il s'est fait connaître par
quelques compositions pour ces instruments.
Parmi ces ouvrages on remarque : 1° Six pièces
pour deux cors à clefs ou bugles, cornet de
poste, cinq trompettes, quatre cors, trois trom-
bones et deux trompettes basses; Mayence ,
Schott. — 2° Trois duos pour deux violoncelles,
op. 2 ; ibid. — 3° Dix-huit trios pour trois cors ;
ihid. — 4° Marches et fanfares pour sept trom-
pettes, quatre cors, deux cors de signal, et trois
trombones ; ibid. — 5° Trois sérénades et un trio
pour guitare, flûte et cor, œuvres 1, 3, 4 et 6. —
6° Concertante pour deux cors, exécutée à la cour de
Manheimen 1815; Mayence et Manheim.Dickhut
a contribué an perfectionnement du cor, en 1811,
par l'invention de la coulisse d'accord, qui, lorsque
l'instrument élève ses intonations, par l'effet de
la chaleur, allonge le tube et sert de compensa-
teur.
DICKIIXSOIV (Edmond), médecin anglais, né
en 1624 à Appleton, dans le comté de Berks, fit
ses études à Oxford et mourut en 1707, âgé de
quatre-vingt-trois ans. Au nombre de ses ou-
vrages, remplis d'une érudition profonde, on en
trouve un, publié après sa mort, sous le titre de
Periodica exegesis, sive celeberrimorum Grœ-
cix ludorum déclaration Londres, 1739, in-8°.
Il y traite de la musique dans les jeux publics de
l'ancienne Grèce.
DICKONS (Madame), précédemment Miss
Poolé, cantatrice, née à Londres vers 1780,
cultiva la musique avec succès dès ses premières
années. A l'âge de six ans elle jouait sur le piano
les concertos et les fugues de Haendel avec beau-
coup de précision. Quelques années plus tard,
son père la confia aux soins de Rauzzini (voy. ce
nom), alors fixé à Bath, pour la direction de ses
études de chant. A treize ans elle chantait déjà
dans les concerts du Vauxhall, et bientôt après
elle eut un engagement pour le concert de la mu-
sique ancienne, à Hannover Square. Engagée au
théâtre de Covent-Garden, elle y débuta avec
succès dam des traductions d'opéras français,
DICKONS — D1DYR1K
17
entre autres dans la Nina de Dalayrac. Sa répu-
tation, q»i commençait à s'étendre, la fit appeler
en 1800 au théâtre du Roi, sous l'administration
de Taylor. L'absence de M me Billington lui fut fa-
vorable, et les applaudissements du public l'ac-
cueillirent dans plusieurs rôles, particulièrement
dans celui de la Comtesse du Mariage de Fi-
garo; mais, au retour de la célèbre cantatrice an-
glaise dans sa patrie, Miss Poole vit son étoile
pâlir. Son engagement terminé", elle ne crut pas
devoir soutenir une lutte inégale, et elle se retira
du théâtre du Roi pour voyager en Ecosse, en
Mande et dans quelques-uns des comtés d'An-
gleterre. Cette tournée fut aussi fructueuse pour
sa renommée que pour sa fortune. De retour à
Londres, elle s'y maria et entra au théâtre de
Drury-Lane, sous le nom de M me Dickons. Elle
y resta jusqu'en 1816. M ïae Catalani, qui venait
de se charger de la direction du Théâtre-Italien
de Paris, l'y appela pour y remplir à côté d'elle
les seconds rôles ; mais M me Dickons n'y a pas
eu la faveur du public parisien ; elle se tendit en
Italie à la fin de la saison, et y fut plus heureuse,
particulièrement à Venise, où elle eut de beaux
succès. Après cinq années de séjour dans ce pays,
elle prit, en 182',!, la résolution de quitter la
scène, quoique sa voix fût encore belle et facile.
Une maladie cruelle (le cancer du sein) com-
mençait à lui rendre le repos absolument néces-
saire. Elle se retira dans sa patrie, où ses vertus
et l'agrément de sa conversation lui firent de nom-
breux amis. Une attaque de paralysie vint tout
a coup aggraver ses maux, qu'elle supportait avec
une pieuse résignation, et la conduisit au tom-
beau, le 4 mai 1833.
D1DAY (E.), médecin de la Faculté de Pa-
ris, a donné, avec son confrère Pélrequin,
une bonne théorie physiologique de la voix som-
brée, dans la Gazette médicale (Paris, 1840,
t. VIII, p. 301 et suiv.). Les auteurs de cette
dissertation établissent que, dans l'emploi de celte
voix, le larynx ne change pas de place, quelle
que soit l'intonation-; que le cartilage thyroïde
demeure immobile, dans une situation moyenne
entre l'élévation et l'abaissement extrêmes ; enfin,
que le chanteur, au lieu de renverser la télé
pour allonger le cou, conserve son attitude ordi-
naire. Les mêmes auteurs ont donné un article
remarquable, dans la Gazette médicale (ann.
1844, t. XII, p. 222 et suiv. ), sur le mécanisme
de la voix de fausset (voir sur cet article une
note de Jourdan, dans le Manuel de Physiologie
de Muller, t. II, p. 192 ).
DIDEROT (Denis), fils d'un coutelier de
Langres, naquit dans celle ville en 1712. Pas-
sionné pour les lettres, les sciences et les arts,
BIOCK. UNIV. HES MUSICIENS. — T. III.
il vint à Paris fort jeune, afin de suivre son pen-
chant, se lia avec les hommes de lettres les plus
célèbres, et, après avoir publié plusieurs ouvra-
ges, conçut le projet de {'Encyclopédie, et
l'exécuta avec d'Alembeit On trouve des détails
sur la vie et les ouvrages de ce philosophe dans
tous les Dictionnaires historiques; il n'est consi-
déré ici que dans ce qu'il a fait relativement à la
musique.
En 1748 il fit paraître à La Haye un recueil
intitulé : Mémoires sur différents sujets de
mathématiques , in-S°. On y trouve : 1° Des
Principes d'acoustique, oh la matière est traitée
avec beaucoup de simplicité. — 2° Projet d'un
nouvel orgue; il y propose une nouvelle cons-
truction de l'orgue à cylindre, où l'on pourrait
varier les airs à volonté et à l'infini , sans chan-
ger de cylindre : c'était une idée inexécutable.
— 3" Observations sur le chronomètre. Ces
Mémoires se trouvent dans les diverses éditions
îles oeuvres complètes de Diderot qui ont été
publiées. Lichtenthal a cru que les Principes
d'acoustique sont un ouvrage différent des Mé-
moires de mathématiques : c'est une erreur.
Tous les articles relatifs à la construction des
instruments qui se trouvent dans l'Encyclopédie
sont de Diderot. C'est lui aussi qui a rédigé les
Leçons de clavecin de Remetzrieder ; l'originalité
de son style a procuré une sorte de célébrité à
ce livre, qui, d'ailleurs , n'en méritait aucune.
Diderot est mort à Paris, le 30 juillet 1784.
DIDIER LUPI SECOND. Voyez Luri
( Didier ) .
DIDYME , musicien grec et écrivain sur la
musique, né à Alexandrie, était fils d'Héraclide,
et, selon Suidas, vivait au temps de Néron.
Porphyre dit, dans son commentaire sur Pto-
lémée , que Didyme a écrit un livre en faveur
des proportions musicales dePythagore contre le
système égal d'Aristoxène , ce qui lui avait fait
donner le nom de Pythagoricien. Cet ouvrage
paraît être perdu, mais Porphyre nous a donné
un abrégé delà doctrine qu'il renfermait (Com-
ment, in Harnwn. Ptolem., p. 210, éd.
Wallis.) Ptolémée a cité aussi Didyme en
beaucoup d'endroits de son traité des harmoni-
ques, mais il le critique avec amertume et
souvent avec peu de justesse. En d'autres pas-
sages il adopte ses idées et s'en empare sans le
citer; c'est du moins ce qui lui a été reproché
par Porphyre (voy. Comment, in Harmon.
Ptolem., p. 190, cd. Wallis.) Le genre dia-
tonique, ou plutôt unitonique, conforme à la
tonalité du plain-chant , passe pour avoir été
formulé d'une manière régulière par Didyme ,
souslen^m de diatonique synton , suivant la
2
18
DIDYME - DIETERICH
doctrine de Pythagore. Ce synton diatonique
de Didyme est préférable à celui de Ptolémée,
en ce qu'il offre l'octave divisée en deux tétra-
cordes parfaitement réguliers, ce qui n'a lieu
dans le synton de Plolémée qu'en altérant la
tonalité. C'est ce qu'on peut voir dans les deux
tableaux suivants, où l'on trouve pour chaque
intervalle les nombres des proportions dePylha-
gore. Le synton de Didyme est conforme au
quatrième tondu plain-chant ; celui de Plolémée
donne naissance au plagal du premier.
Synton diatonique de Didyme.
mi fa sol la.
si ut ré mi.
If, 9 10
15 8 9
Synton de Ptotémée.
la
si b
ut
ré.
mi
fa
sol
la.
1G
9
10
15
8
9
On trouve des détails étendus sur la question
de ces deux syntons dans le traité de musique
«le Salinas (De Musica, lib. IV, cap. 25, 26),
et dans un discours de Doni (adressé au P.
Kircher), Del Sintono di Didimoe di Tolomeo
( t. 1 délie Opère, p. 349-355).
DiEPPO (Antoine-Guillaume), virtuose
tromboniste, est né le 28 novembre 1808 à
Amersfoort, dans ,1a province d'Utrceht, en
Hollande. Dès sa jeunesse il entra dans la musi-
que d'un régiment hollandais qu'il quitta plus
tard pour se rendre à Paris; où il fit admirer son
talent dans quelques concerts. En 1831 il fut
attaché à l'orchestre de l'Opéra, et en 1830 une
classe de trombone fut instituée pour lui au
Conservatoire de Paris; il en est encore aujour-
d'hui le professeur ( 1S60). M. Dieppo a publié,
pour l'usage de ses élèves : Méthode complète
de Trombone adoptée par le Conservatoire,
avec tablature et positions ; Paris , Brandus,
in-4°.
DI ES (Albert C), bon peintre paysagiste
de Vienne né à Hanovre en 1755, mort à
Vienne! le 28 décembre 1822, a publié une no-
tice biographique sur Haydn. Cette monographie
a pour titre : Haydn's Biographie, nach mund-
lichen Erzxhlungen , Vienne, Camesina (Heub-
ner), 1810, in-8° de 220 pages.
DIETERICH (Sixte) ou DÏETRICH,
compositeur du seizième siècle, né à Augsbourg,
vécut habituellement à Constance. Son nom la-
tinisé, dans quelques anciens recueils de motels,
est Tltcodoricus. Les circonstances de la vie de
cet artiste sont ignorées jusqu'à ce jour; mais
quelques-unes de ses compositions mises en
partition m'ont démontré que son mérite est
égal à celui des meilleurs musiciens de son temps.
Deux ouvrages importants de sa composition
ont été imprimés; malheureusement ils sont au-
jourd'hui d'une rareté excessive. Le premier a
pour titre : Magnificat octo lonorum, auctore
Xisto Theodorico, Liber primus ; Argentorati,
per Petrum Sclvœffer et Mathiam Apiarum ,
1535. Sexta die Mardi. On en trouve un exem-
plaire à la bibliothèque royale de Munich, au-
quel manque la partie de basse. Le savant M. An-
toine Schmid croit à l'existence d'une deuxiè-
me édition qui aurait été donnée par les mômes
imprimeurs (I), dans la même ville, parce qu'il
se trouve aussi une partie de ténor séparée du
même ouvrage, qui, à la fin de l'épltre dédica-
toire, porte la date de 1537, bien que celle de
1535 se lise après les noms des typographes. Pour
moi, j'avoue qu'une deuxième édition si rap-
prochée de la première ne me paraît pas vrai-
semblable , et je crois que la date de l'épître
dédicatoire est le résultat d'une faute typogra-
phique. Je possède les parties du dessus et de la
basse de ces Magnificat, dans lesquelles on ne
trouve ni le titre, ni le nom de l'auteur, et qui
sont également dépourvues de nom d'imprimeur,
de lieu et de date. Le dessus a seulement au
milieu de la première page un grand D(Dis-
cantus), et la basse un grand B (Bassus), au-
dessous duquel on lit : Magnificat, Liber pri-
mus. Le titre, le nom de l'auteur, celui de l'im-
primeur, le lieu et la date ne se trouvent qu'à
la partie de ténor , ainsi qu'on le voit dans
l'exemplaire de Munich. L'autre ouvrage, non
moins rare, de Sixte Dieterich , s'est trouvé
complet chez M. Bulsch , libraire à Augsbourg,
au mois de mars 1840, sous ce titre : Noimm
ac insigne opus musicum 30 Antiphona-
rum quatuor vocum ; Vilebergaj, apn'd G. Rau
(sic), 1541, 4 vol. in-4° obi. (V. Catalog
einer Sammlung seltener Notendrucke des
XVI und XV II Jahrhunderts, etc. Zu haben
in der Birelt'schen Antiquariats-Buchhand-
lung F. Buisch , in Augsburg , 1840, p. 6 ). On
trouve des psaumes de Dieterich , à 4 et 5 voix,
dans la collection intitulée : Tomus primus
Psalrnorum selectorum a prxstanlissimis
musicis in Ilarmonias quatuor aut quinqua
vocumredactorum ; Norimbergx, apudJohan.
Petreium, 1 538, in-4°obl. Des pièces du même
artiste se trouvent dans les Selcctissimxnec-
non familiarissimx canlioncs ultra cenlum ,
|i) Ottaviuno dei Petrucci de Fossombrone, etc.,
p. 178.
DIKTERICII — D1ETRICIISTEIN
I!)
publiées par Melchior Kricsstein , à Augsbourg,
pu 1540, petit in-8° obi. On eu trouve aussi dans
les collections suivantes : Cantiones septevi,sex
et quinquevocum;Mà., 1545, petit in-4°obl.;
Concentus octo , sex, quinque et quatuor vo-
cum, etc.; Auguslx Vindelicorani ,'Philippus
Vhlhardus excudebat, 1545, petit in-4°obl.;
dans le recueil de 251 ebansons allemandes pu-
blié en 2 parties, en 1539 et 1540, à Nuremberg,
par J. Petrejus; dans les Neice geistliche Ge-
sange C XXIII mit 4 und 5 Stimmen, etc.;
Wittenbcrg , G. Rhaw , 1544; et enfin *lans la
Bicinia Gallica,La(ina et Germanica, etquœ-
dam fugx , tomi duo; ibid. 1545, petit in-4".
Glaréan nous a conservé trois morceaux de ce
compositeur, p. 276, 328 et 343 de son Dode-
cachordon. J.-G. Schieleji attribue à Dieterich
un Compendium musicale ; mais il ne dit pas
si cet ouvrage est imprimé.
DIETERICH (Conrad), né à Gemunda,
dans la Hesse, le 9 janvier 1575 , fut surinten-
dant d'Ulm et directeur du Gymnase de cette
ville, où il est mort le 22 mars 1639. On a de
lui une dissertation allemande intitulée : Ulmis-
che Glockenpredigt , darinn von der Erfln-
dung, Brauch und Missbrauch der Glocken
in der Kirche Gottes gehandelt wird (Ser-
mon sur les cloebes d'Ulm , dans lequel on
traite de l'origine des cloebes, de leur usage et
de leur abus dans l'Eglise); Ulm, 1625, in-4°.
C'est un écrit savant et l'un des meilleurs qu'on
puisse consulter sur cette matière.
DIETERICH (Jean-Conrad), pbilologue
et helléniste , né But/bacb, en Wétéravie, le 19
janvier 1612, étudialesbelles-lettreset la théologie
à Marboiirg. En 1639 il fut nommé professeur de
grec à l'université de cette ville, et passa ensuite
à Giessen pour y exercer les mêmes fonctions.
Il est mort dans cette dernière ville, le 24 juin
1669. Au nombre de ses ouvrages, on en trouve
un intitulé Antiquitates biblicx, publié après sa
mort par Pistorius ; Giessen, 1671, in-fol. Il
traite au sixième chapitre , p. 349-353, de Mu-
sica sacra.
DIETERICH (Frédéric-Georges). Voyez
Dieterick, ci-dessous.
DIETERICH (Frédéric-Georges), né à
Halle en 1686, eut pour premier maître J. Sa-
muel Wetter, organiste de Saint-Michel de cette
ville, et apprit la composition sous la direction
de J.-G.-C. Slœrl, maître de chapelle à Stutt-
gart! . Le roi de Danemark, devant qui il toucha
du clavecin , eu 1708, fut si satisfait de son jeu
qu'il lui lit présent d'une médaille d'or. En 1710
il alla en Italie pour s'y perfectionner dans la
composition et le jeu du clavecin, sous Vinao-
cesi; puis, en 1711, il rovintà Malle occuper la
place d'organiste de Sainte-Catherine, et en 1720
il succéda h Wetter dans son emploi. Il mourut
vers 1750. Plusieurs pièces d'orgue de sa com-
position se trouvent en manuscrit dans divers ma-
gasins de musique de l'Allemagne.
DIETRICH (Georces) est le nom véri-
table de l'auteur d'un petit ouvrage intitulé :
Quxstiones musicx brevissimx, variis aucto-
ribus excerptx , et illustratx variis exemplis,
ad usum puerorum scholx Misniensis a
Georgio Thedorico Miseno ; Gcertilz , Ambroise
Fritsch, 1573, petit in-8° de 4 feuilles non pa-
ginées. C'est ce même auteur qui est appelé
ThédoricparLipénius (Biblioth. philos, p. 978),
et par Drandius (Biblioth. classica, p. 1642);
je les ai suivis dans l'article Thédoric de la pre-
mière édition de cette Biographie des Musiciens.
Gerber le cite sous le nom de Misenus, ayant
pris l'indication de la patrie de ce musicien pour
son nom propre. Lichtenthal et Becker ont
changé, dans leurs Bibliographies musicales,
Thédoric en Tbéodoric. Dietrich, né à Meissen
dans la première moitié du seizième siècle, était
Cantor dans cette ville. C'est le même auteur
qui a publié à Nuremberg, en 1565, des Can-
tiones funèbres plurium vocum , en latin et en
allemand, in-4° obi.
DIETRICH. Plusieurs musiciens de l'épo-
que actuelle se sont fait connaître comme com-
positeurs de' bagatelles sous ce nom. F. Dietrich
a publié des polkas pour le piano, à Prague ; J.
Dietrich, des polkas et des galops, à Leipsick;
M. Dietrich , des polkas, des valses et des chants
sans paroles, à Varsovie; G.-A. Dietrich, des
chants des Alpes pour 4 et 5 voix d'hommes, à
Stuttgard.
DIETRICHSTEIN ( Maurice - Joseph ,
comte de), conseiller privé et chambellan de
l'empereur d'Autriche, est né à Vienne, le 19 fé-
vrier 1775, d'une des familles les plus anciennes de
la monarchie autrichienne. Dès son enfance il lit
voir d'heureuses dispositions pour les sciences ,
les arts, et particulièrement la musique; on lui
donna des maîtres pour les développer. En 1791
il entra dans la carrière militaire; il se rendit à
l'armée en 1792 et s'y distingua dans le corps
d'artillerie comme général -adjudant. Après la
paix de 1800 il quitta le service, épousa la
comtesse deGilleis, et se livra à la pratique des
arts. Lié d'amitié avec le poète Collins et l'abbé
Stadler, compositeur distingué, il les servit de
tout son pouvoir, dans toutes les circonstances de
leur vie. En 1815 l'empereur François II choisit
le comte de Dieti ichslein pour diriger l'éducation
du duc de Reichsstadt. Quatre nus après, l'intei:-
2.
20
DIETRïCHSTEiN — DIETTER
dance delà -chapelle île ia cour lui fut confiée,
et les soins qu'il y donna en améliorèrent beau-
coup la musique. En 1821 l'empereur ajouta à
ses fonctions la direction supérieure des théâtres
•le la cour ; et enfin, en 1S26, le monarque le
nomma conservaleur en chef de la bibliothèque
impériale, l'une des plus considérables et des
plus précieuses de l'Europe. Le comte de Die-
trichstein est mort à Vienne au mois de juillet
1854, ,à l'âge de près de quatre-vingts ans. On
a de sa composition : 1° Cinq recueils de
douze danses chacun, pour piano àqiiatre mains;
Vienne, Weigl, Haslinger, Mechetti et Diabelli.
— 2° Douze valses de redoute avec trios pour
piano à quatre mains; Vienne, Diabelli. —
,i° Douze menuets avec trios pour piano seul ;
Vienne, Mechetti. — 4° Douze danses allemandes
pour piano seul; ibid. — 5° Huit recueils de
chansons allemandes pour voix seule, avec ac-
compagnement de piano ; Vienne, Arlaria et Has-
linger. — ^Six romances françaises et alleman-
des; Vienne, Diabelli.
rMETSCH (Pisrrê-Louïs- Philippe), maître
de chapelle de l'église de la Madeleine, à Paris,
et chef d'orchestre à l'Opéra, est né à Dijon le 17
mars 1808, suivant les registres du Conservatoire
et des concours de composition à l'Institut de
France, ou le 18 du même mois d'après la bro-
chure de M. Poisot (les Musiciens bourgui-
gnons , p. 49). D'abord enfant de chœur, il
commença son éducation musicale dans la
maîtrise de la cathédrale, dirigée par un musi-
cien italien de mérite , nommé Travisini. En
1822 ses parents l'envoyèrent à Paris, et Cho-
ron l'admit au nombre de ses élèves, dans l'é-
cole de musique classique et religieuse. Après
deux ans d'études dans cette institution, il y
remplit les fonctions de professeur d'une classe
élémentaire. En 1830 (4 janvier) il fut admis au
Conservatoire |>our y suivre le cours de contre-
point de Reicha, et il étudia la contrebasse sous
la direction de Clienié ; mais il quitta celte école
au mois de lévrier 1831 , sans avoir achevé ses
études. Il entra à la même époque à l'orchestre
du Théâtre-Italien en qualité de contrebassiste ,
puis à celui de l'Opéra, où il fut ensuite un des
chefs du chaul. Ayant obtenu en 1830 la place île
maître de chapelle de l'église Saint-Euslache, il
en dirigea le chœur pendant douze ans et y lit
entendre ses premières compositions de musique
religieuse. En 1834 il se présenta au concours
de l'Institut pour le grand prix de composition ;
mais, son essai n'ayant pas réussi , il ne lit plus
de nouvelles tentatives. Le 9 novembre 1842 il a
fait représenter à l'opéra de Paris le Vaisseau
fantôme, ouvrage en deux actes de sa compo
silion, sur le même sujet que te Hollandais
volant, de Richard Wagner. Cet opéra ne
réussit pas et n'indiqua point chez son auteur
les qualités nécessaires pour le style dramati-
que. M. Dietsch s'est particulièrement attaché a
la musique d'église et a beaucoup écrit en ce
genre. Ses messes, dont on n'a publié qu'une
partie, sont au nombre de dix-sept, tant avec,
orchestre qu'avec accompagnement d'orgue. Les
trois premières ont paru à Paris chez M n,e Ca-
naux. On a aussi de lui beaucoup de motets ,
hymnes, Magnificat et Te Deum; ibid. Cet ar-
tiste a succédé à Girard (voy. ce nom) comme
chef d'orchestre de l'Opéra de Paris, au mois de
janvier 18G0.
DIETTENHOFER (Joseph), professeur
de musique à Londres, vers la fin du dix-hui-
tième siècle, était né à Vienne en 1749. Il lit
ses études musicales dans sa ville natale et vint
à Paris en 1uther et d'un étudiant malade, etc.,
mis en musique à 4 voix) ; Cobourg, in-4°. —
7° Musica votiva, Deo sacra, de Tempore,
zum lieben neuen Jahreder ganzen werthen
jetzo hoch-betruebten Christenheit, mit 2, 3, 4
und 5 Stimmen, Theils Concerts, Theils Con-
trapuncto-Weise verfertiget, 1629. — 8° Mu-
sica Christiana Cordialis Domeslica, dass ist :
Christliche Hauss-und H ert zens ^ Musica,
aus 37 in Contrapuncfo simplici gesetzen
2, 3 und 4 Stimmigen Arien bestehend; Co-
bourg, 1630. — 9° Deux suppléments au même
ouvrage, 1631.
10° Musica Concertativa,
oder Schalz-Kwmm erlein, ncuer geist lichen,
auserlesenen Concerte, von 1, 2, 3, 4, 5., 6-
12 Stimmen, etc. ; Cobourg, 1632, in-4°. —
11° Musica Oratoria; Musica Thanatobuleu-
tica; Musica Castrensis; Musica invitatoria
ad Epulum Cœleste, m-48 Liedem fur 2, 3
und 6 Stimmen; Cobourg, 1633. — 12° Jere-
mias pœnitentiarius, m-52 teutschen Buss-
Sprùchen, aus jedem Capitel des Prophetcn
Jeremix genommen, fur 2 Singstimmen ;
ire et 2e parties; Cobourg, 1640, in-4°. •— 13°
Musica Christiana valedicioria , dass ist,
geistliche valet-Musica, teutsch in Begrifft
anmûthige und erbautliche Reim geletlein, etc.
mit dreyen Stimmen (Musique chrétienne d'a-
dieux, qui renferme des prières rimées,agréables
et édifiantes, à trois voix, lesquelles conviennent
aux temps malheureux et misérables actuels);
Cobourg, 1642, in-4°. Ce recueil contient vingt-
sept pièces.
DILLSOUK, célèbre chanteur hindou, na-
quit dans le royaume de Cachemire en 1751. La
plus brillante époque de son talent fut de 1775
24
DILLSOUK — DIRUTA
à 1790. Sa voix était un ténor élevé. Il clianlait
avec une expression touchante les quatre genres
d'airs connus dans l'Inde à cette époque sous lès
noms de Rcktahs, Tiranas, Touppuhs et Ragi-
nies. A la même époque vivait Chanem, canta-
trice également célèbre, dont les accents mélan-
coliques faisaient verser des larmes ou prenaient
un caractère voluptueux. Une ardente rivalité
existait entre Dillsouk et cette bayadère ; tous
deux étaient recherchés dans les cours de l'Inde
et comblés de riches présents.
DIMMLER (Antoine), compositeur et con-
trebassiste au service du roi de Bavière, naquit
à Manheim le 14 octobre 1753. Le musicien de
la cour Joseph Zwini lui enseigna la musique
et le cor, et l'abbé G.-J. Vogler la composi-
tion. A l'âge de onze ans il entra dans la musi-
que de la cour en qualité de corniste. En 1778
il se rendit à Munich, où il s'adonna à l'étude de
la contrebasse, et devint très-fort sur cet instru-
ment, pour lequel, à l'exception de Marconi et
de Gaspard Bohrer, il ne se trouvait pas alors un
homme détalent dans toute la Bavière. Dimmler
a composé les petits opéras suivants : 1° Der
Guck-Kasten (la Jalousie) , représenté à Mu-
nich en 1794. — 2° Die SchatzCreber (les Cher-
cheurs de trésors), représenté au château de
Sufeld, près de Munich. — 3° Zebel- Juger (les
Chasseurs de Zibeline). 11 a en outre composé la
musique de cent quatre-vingt-cinq ballets, parmi
lesquels on distingue : 1° Der Erste Tod (la Pre-
mière Mort). — 2° Des erste Schae fer (le Premier
Pâtre). — 3° Medea (Médée). — 4° Die Grazien
(les Grâces). — 5° Ritter Amadis (le Chevalier
Amadis), etc. On connaît aussi en manuscrit des
symphonies, quatuors, concertos, etc., de sa com-
position-, outre une grande quantité de musique de
guitare, instrument dont il jouait très-bien. Il vi-
vait encore à Munich en 18,15. La bibliothèque du
Conservatoire de Paris possède les partitions ma-
nuscrites de plusieurs concertos pour le hautbois,
pour la flûte, le cor et le clavecin, de la compo-
sition de Dimmler.
Dimmler a eu un fils, nommé Antoine comme
lui, né à Munich le 24 avril 1783, qui a reçu
les premiers principes de musique de son père,
et qui-est entré au service de la cour, en qualité
de clarinettiste, le 16 juin 1796, n'étant âgé que
de treize ans.
DIOMÈDES (Caton), luthiste, né à Venise,
vivait à la lin du seizième siècle et au commen-
cement du dix-septième. Il passa fort jeune en
Pologne, et entra au service de Stanislas Kostka,
grand-trésorier de la Prusse polonaise. Son ta-
lent sur le luth était remarquable, et il chantait
fort bien. Il a fait imprimer à Cracovie, eu 1607,
des mélodies qu'il avait composées en l'honneur
de saint Stanislas, patron de la Pologne. C'est
aussi ce musicien qui a composé la musique
pour les poésies de Stanislas Grochowski, pu-
bliées à Cracovie en 1606. On trouve quelques
pièces de luth composées par Diomèdes dans le
Thésaurus Harmonieux de Besardus.
Un autre musicien du même nom vécut à la
fin du quinzième siècle et naquit vraisembla-
blement dans l'État de Venise. On trouve de lui
le chant Sempro haro (sic) quel dolce foco,
dans le neuvième livre des Frottole, imprimé è
Venise, en 1508, par Petrucci de Fossombrone.
DION, cythariste, naquit à l'île de Chio.
Ménechme, cité par Athénée (liv. 54, c. 9), dit
qu'il joua le premier, sur la cythare, les chants
des libations qu'on faisait aux fêtes de Bacchus.
DIONIGl (Mahc), docteur en droit, naquit
à Poli, bourg de l'État Romain, au commence-
ment du dix-septième siècle, et fut garde du
chœur à la cathédrale de Parme. Il est auteur
d'un traité de plain-chant intitulé : Primi
Tuoni, Introdutlionenel canio fermo, Parme,
1648. Il en a donné une deuxième édition en
1667, avec des augmentations.
DIRUTA (Giuolamo) , frère mineur conven-
tuel, né à Pérouse, non vers 1580, comme je
l'ai dit dans la première édition de cette Bio-
graphie, mais plus de vingt ans auparavant; car
i'épîlre dédicatoire d'un livre important dont \\
est auteur est datée de Venise le 10 avril 1593.
Il résulte d'un document authentique rapporté
par Colleoni (1) que le P. Diruta était au cou-
vent de Correggio en 1580 et qu'il y était l'ami
du P. fJaptiste Capuani {Voy. Capuani). En 1593
il était organiste de la cathédrale de Gubbio,
dans l'État de l'Église. Il s'y trouvait encore en
1609, lorsque fa deuxième partie du livre dont
il vient d'être parlé fut publiée; mais peu de
temps après il fut nommé organiste de la cathé-
drale deChioggia, ville de l'État vénitien. L'épo-
que de sa mort est ignorée. Diruta nous apprend,
à la fin de l'ouvrage dont la description sera
donnée tout à l'heure, qu'ayant reçu dans sa
jeunesse de mauvais principes de doigter, et err
ayant acquis la conviction, il se rendit à Venise,
et, après avoir entendu André Gabrieli et Claude
Mérnlo sur l'orgue de l'église de Saint-Marc,
il s'attacha à ce dernier et en reçut des leçons.
Mérulo dit aussi, dans l'avis au lecteur placé en
tête du premier livre de ses Canzoni à la
francese intavolaiura (publié en 1598), que
Diruta a été son élève, et que, par son talent, il
faisait honneur à son maître. Voici ses paroles ;.
(t) Cli Sctitt. di Corregio, t> XII.
DIRUTA — DITTERS DE DITTERSDORF
25
ed io infinUamente mi gloria, ch'egli (Diruta)
sia stato mia creatura, perche in questa dot-
trina ha fatto a lui, et a me insieme, quai
singolare honore, che da persona di molto
ingegno si deve aspeUare. L'ouvrage qui re-
commande Diruta à la postérité a pour titre :
Il Transilvano , o dialogo sopra il vero
modo di sonar organi e stromenli da penna,
Parte I ; Venise, 1593, in-fol. Cet ouvrage est
dédié à Sigismond Bâton'» prince de Transyl-
vanie, célèbre par ses talents militaires et sa vie
aventureuse. C'est à cause de cette circonstance
que l'ouvrage est intitulé II Tramiloano. Outre
la partie didactique, qui concerne le doigter des
instruments à clavier, on y trouve des toccates
et des pièces d'orgue de Diruta, Claude Merulo,
André Gabrieli, Luzzasco-Luzzaschi, Paul Qua-
gliati, Joseph Guami, et d'autres compositeurs
célèbres.. La seconde partie du Transilvano a
clé publiée à Venise, en 1609, in-fol. Elle est
divisée en quatre livres. Le premier est intitulé :
Sopra il vcro modo di intavolare ciasche-
dun canto. Le deuxième contient les règles du
contrepoint , avec des exemples de Luzzasclii,
de Gabriel Fattorini et d'Adrien Banehieri. On
trouve dans le troisième l'exposition des tons de
l'Église et les règles de la transposition. Le qua-
trième contient les règles du mélange des re-
gistres de l'orgue. Les deux parties ont paru
chez Giacomo Vincenti. Une deuxième édition
de la première partie a été publiée chez Je
même Vincenti, en 1 G 1.2, in-fol., et la deuxième
partie a été réimprimée chez le même éditeur
en 1622.
DIRUTA (Acostino), moine de l'ordre de
Saint-Augustin, né à Pérouse vers la fin du
seizième siècle, était vraisemblablement de la
même famille que le précédent. Il fut d'abord
maître de cliapelle à Asola, petite ville de la
Lombardie, et s'y trouvait encore en 1622. Plus
tard il se rendit à Rome au couvent de son or-
dre, dont il devint le maître de cliapelle. En
1.C4G il était retourné dans sa ville natale,, et
remplissait dans le couvent de son ordre les
fonctions de directeur du chœur. Oldoini dit que
LMruta a publié environ vingt œuvres de ses
compositions, dont la plus grande partie avait
été imprimée à Rome, chez Grignani (Voy. Ol-
doini : Athenxum Auguslinum, in quo Perusi-
norum scripta publiée exponuntur, p. 33).
Je ne connais de ces ouvrages que ceux dont
voici les titres : l° Messe concertate a cinque
voci; Venise, 1622. — 2° Litanie di Gloriosa
Domina, a 4, 5 e 6 voci; Rome, 1631. —
3" Messe concertate a 5 voci,lib. 1, op. 13;
liomu, J.-B. Roblelti, 1631.-^.4° Modulatiohes
respertini cum Litaniis B. V. M., 3 vocibus
concin., op. 18; Roma,Gia. Fei, 166S. C'est
une réimpression. — 5° Poésie heroiche, a \,
2, 3,4c( 5 voci; Roma, Grignani, 1641. —
6° Secondo libro de Salmi che si cantano
ne' vespri in tutto l'anno, concertati a 4 voci,
op. 21 ; Roma, Luigi Grignani, 1647.
D1STLER (Jean-Geohges), maître des con-
certs de la cour de Stuttgard, né dans un vil-
lage du royaume de Wurtemberg, vers le milieu
du dix-huitième siècle, s'est fait une réputation
en Allemagne comme violoniste et comme com-
positeur. Pleyel, Neukomm et lui sont les
seuls élèves que Haydn ait formés. En 1781
Distler se rendit à Stuttgard ; il y obtint la place
de premier violon à l'orchestre de la cour; neuf
ans après il fut fait maître des concerts. Une ma-
ladie mélancolique le conduisit à Vienne, en 1796,
pour y. voir ses parents; il y mourut en 1798 des
suites de cette hypocondrie. Les compositions
de Distler ont été publiées de 1791 à 1804;
elles consistent en : 1° Six quatuors pour le
violon, op. 1; Augsbourg, 1791. La deuxième
édition a paru dans la même ville en 1795. On
a gravé aussi cet ouvrage à Amsterdam, 1791;
à Bàle, 1791 ; à Londres, 1797; à Paris, 1797. —
2° Six quatuors pour deux violons, alto et basse,
op. 2. — 3° Concerto pour le violon ; Augs-
bourg, 1795. — 4° Six quintetti pour deux vio-
lons, deux altos et basse, en manuscrit; à Vienne,
chezTraeg. — 5° Six quatuors pour deux violons,
alto et basse, op. 4; Augsbourg, 1798.
DITTERS DE DITTERSDORF (Chau-
les), compositeur et violoniste allemand, dont
le nom de famille était simplement Ditlers, na-
quit à Vienne en 1739. Dès l'âge de sept ans il
montra un goût décidé pour la musique; ses
parents lui firent cultiver cet art et lui donnè-
rent une éducation soignée. H forma son talent
pour le violon à l'école des plus habiles violo-
nistes de l'Allemagne, et lui-même ne tarda pas
à être compté au nombre des virtuoses sur cet
instrument. Un solo qu'il joua dans une' église
excita l'admiration de tons les auditeurs et ré-
véla son talent. Hnbaczek, fameux corniste, qui
était présent, prit Ditlers en affection, et le re-
commanda si fortement au prince deHildbur-
ghansen, auquel il. était attaché, que le jeune
artiste fut admis au nombre des pages de ce
prince, quoiqu'il n'eût pas encore douze ans ac-
complis. Après avoir achevé son éducation mu-
sicale dans la petite cour de son bienfaiteur, il
fut attaché à l'orchestre d'un théâtre de Vienne.
se lia avec Métastase, et eut le bonheur de de-
venir l'ami de Gluck,, qui l'emmena avec lui en
Italie. Là, son jeu sur le violon fut admiré de
26
DITTERS DE DITTERSDORF
Ions les artistes j lui-même rapporte qu'après
avoir joué en public un concerto il reçut une
lettre anonyme remplie d'éloges et accompagnée
d'une montre fort riche. Il ne sut que longtemps
après que ce présent lui venait du fameux Fa-
rinelli. De retour à Vienne Ditters mit à profit
la bienveillance de Joseph Haydn et augmenta
ses connaissances dans la composition. Lors du
couronnement de l'empereur Joseph II, en 1765,
Ditters suivit la cour à Francfort et s'y (it en-
tendre avec succès. De là il passa au service de
l'évêque de Gross-Wardein, en Hongrie. Il y écri-
vit quatre oratorios, Isaac, David, Job et
Esther, qui furent exécutés à Vienne avec beau-
coup de succès. Ce fut aussi vers le même temps
qu'il commença à écrire pour le théâtre. En
1769 il quitta Gross-Wardein pour se rendre
en Silésie, où il entra au service du prince-évè-
qué de Breslau en qualité de maître de cha-
pelle. Ce prélat aimait passionnément la musi-
que, et il goûta si bien celle de son maître de
chapelle qu'il voulut faire sa fortune. En 1770
il le fit nommer maître des forêts de la Silésie
autrichienne, lui fit accorder des lettres de no-
blesse et la permission d'ajouter à son nom celui
de Diltersdorf, qu'il porta toujours depuis lors.
Le sort de cet artiste semblait assuré de la ma-
nière la plus heureuse; il était recherché à
Vienne et surtout à Berlin, où on l'appelait
souvent; mais le malheur qu'il eut de se brouiller
avec l'évêque de Breslau, le succès de la musi-
que de Mozart, qui changea la direction de
l'art et fit paraître le style de Ditters vieux et
mesquin , enfin les infirmités qui accablèrent
celui-ci dans ses dernières années, tout cela,
dis-je, empoisonna la fin de sa vie, et il aurait
été réduit à la dernière misère sans les bien-
faits du baron de Stillfried, qui le prit dans son
château en Bohême et le mit ainsi que sa fa-
mille à l'abri du besoin. Il y est mort le 1"
octobre 1799, deux jours après avoir achevé de
dicter à son fils Vhisloire de sa vie, ouvrage
intéressant par le ton d'originalité naïve qui y
règne, et dans lequel les jeunes musiciens peu •
vent trouver des instructions utiles. Il renferme
aussi des anecdotes curieuses et peu connues sur
Lolli et d'autres grands maîtres. On a de Ditters
les ouvrages suivants : 1° Brief uebcr die
Grenzen des Komischcn und Heroischen in
der Musik (Lettre sur les bornes du comique et
de l'héroïque en musique), dans la Gazette mu-
sicale de Leipsick, première année, p. 138. —
2° Brief ueber die Behandlung italixnischer
Texte beyder Composition und ueber andcre
Gegenstxnde (Lettre sur l'expression des paroles
italiennes dans la composition et sur d'autres
objets relatifs à la musique); ibid., p. 201. — •
3° Cari von Dittersdorfs Lebensbeschreibung
(Histoire de la vie de Charles Ditlersdorl), pu-
bliée par son fils, à Leipsick, 1801, 294 pages
in-8°. — 4° Isacco , figura del Redentore,
oratorio, composé à Gross-Wardein en 1767. —
5° La libératrice del Popolo Giudaico nella
Persia, o sia l'Eslher, oratorio. Cet ouvrage,
qu'on exécuta deux fois à Vienne, en 1785, au
profit des veuves d^s musiciens, fut accueilli
avec beaucoup d'applaudissements. — 6° Job,
oratorio; Vienne, 1786. — 7° Messe en ut, avec
orchestre, en manuscrit, chez Breitkopf. — 8°
Motets pour le jour de Saint-Népomncène, en
Mss., chez Bellstab. — 9° Amore in musica,
opéra-buffa, à Gross-Wardein, en 1767.' — 10° Lo
Sposo burlato, opéra bulfa, à Johannisherg, en
1775. — 11° Der Doktor und Apotheker (le
Médecin et l'Apothicaire), opéra en un acte, à
Vienne, en 1786. Cet ouvrage fut accueilli avec
tant de faveur,que l'empereur Joseph II, assis-
tant à une de ses représentations, ne dédaigna
pas de témoigner par ses applaudissements sa
satisfaction, au moment où Ditters entra dans
l'orchestre. A Londres cette pièce eut trente-
six représentations de suite. Elle a été gravée
en partition pour le piano à Vienne, à Berlin
et à Mayence ; on l'a aussi arrangée pour
tous les instruments. — 12° Betrug durch
Aberglauben (la Fourberie par superstition)^
opéra en un acte , à Vienne, en 1786. — 13° Die
Liebe ivi ISarrenhauscn (l'Amour aux petites
maisons), en un acte, à Vienne, en 1786. Cet
ouvrage a été gravé à Mayence en 1790 et à
Berlin en 1792. — 14° Il Dcmocrito corretto ,
opéra bouffe, à Vienne, en 1786. — 15° Hierony-
mus Knicker (Jérôme Knicker), opérette, à
Vienne, en 1787, gravé en partition pour le
piano à Leipsick, en 1792. — 10° La Contadina
fedele, opéra bouffe, à Johannisberg, en 1785.
— 17° Orpheus derzweyte(\e Nouvel Orphée),
en un acte, à Vienne, 1787. — 18° Das rote
Kseppchen (le Chaperon rouge ), à Vienne, en
1788, gravé à Leipsick en 1792. — 19° Der
Schiffspatron, oder neue Gutsherr (le Patron
de navire, ou le Nouveau Seigneur de village), à
Vienne, en 1789; gravé en partition pour le
piano, à Leipsick, en 1793. — 20° Hokus Pokus,
en un acte, à Vienne, en 1790, et à Weimar, en
1792, avec des changements. — 21° Das Ges-
penst mit der Tromviel (le Tambour nocturne),
à Oels, en 1794. — 22 1 Gott Mars, oder der ei-
seme Mann (le Dieu Mars, ou l'homme insen-
sible), en deux actes, à Oels, en 1795. — 23° Der
gcfoppte Br&utigam, ibid., 1795. — 24° Don
Quichotte, en italien, ibid., 1795. — 25° Die
'DITTERS DE DITTERSDORF — DIVISS
27
Guclfcn (les Guelfes), prologue, ibid., 1795.
— 2(i° Der Schah von Schiras (le Sullan
de Schiras), ibid., 179j. — 27° Ugotino , en
deux actes, ibid., 1796. — 28° Die Lustigen
Wcibcr von Windsor (les Joyeuses Comères
<lc Windsor), ibid., 1796. — 29° Der Schœne
Herbstlag (le Beau Jour d'automne), ibid.,
1 796. — ^0° Der Temcngewinnst ( le Terne à la
lolcrie), en un acte, ibid., 1797. — 31° Der
Mxdchenmarcht (le Marché de filles), en un
acte, ibid., 1797. — 32° Tcrno Secco, opéra
bouffe en deux actes, à Dreslau, en 1797. —
33° L'opéra bouffe de Brctzner, en Mss., 1798.
— 34° Don Coribaldi, o sia l'usurpata Pre-
potenza, en deux actes, 1798, en Mss. — 35° 11
Mercato délie Ragazze, 1798, en Mss. Cet ou-
vrage paraît être une traduction du n° 31. —
36° Il Tribunale di Giove, en Mss. Ces quatre
derniers ouvrages sont restés entre les mains
de la famille de Ditters. — 37° Grande cantate
latine, pour le jour de fête de Pévêque de Gross-
Wardcin, en 1765. — 38° La Fille de Kola, chant
ossianique, avec piano; Leipsick, 1795. — 39°
Grand concerto pour onze instruments concer-
tants, avec orchestre, 1765. — 40° Quinze sym-
phonies à grand orchestre, intitulées les Méta-
morphoses d'Ovide ; Vienne, 1785. — 4l°Trente-
cinq symphonies, en manuscrit, chez Traeg, à
Vienne. — 42° Six nouvelles symphonies en
manuscrit , dans les mains des héritiers. —
43° Concert ino a 2 ob. fag. e 2 cor. concert.,
1 viol., 2 ait. e b., en Mss., chez Traeg, à
Vienne. — 44° Douze concertos pour violon,
ibid. — 45° Deux nocturnes pour deux cors et
violoncelle obligé, ibid. — 46° Six quatuors
pour violon; Vienne, Artaria. — 47° Douze di-
vertissements pour deux violons et violoncelle,
en Mss., chez Traeg. — 48° Duos pour violon et
basse, ibid. — 49° Douze sonates à quatre mains
pour le piano, 1796-1797, en Mss.— 50° Soixante-
douze préludes pour le piano, dans tous les
tons. — 51° Douze chansons et romances variées
pour le piano. On a appelé Ditters le Grêtry
de l'Allemagne; cet éloge est exagéré. Si ses
compositions sont plus pures d'harmonie que
celles du musicien belge, elles leur sont bien in-
térieures sous le rapport de l'invention. L'opéra
te Docteur et l'A j.ot hic aire est son ouvrage le
plus populaire.
D1TTMER (Mantey, baron de), maître de
chapelle du duc de Mecklembourg-Strelitz , est
né en Bavière, a eu pour maître Winter, et s'est
l'ait son imitateur. On a de lui un petit opéra ,
Die beide Galxrensclaven ( les Deux Galé-
riens), qui n'a lien de remarquable. Son meilleur
ouvrage en ce genre est son opéra intitulé Louis
de Bavière; on a gravé l'ouverture pour piano.
Sa musique religieuse se distingue par un style
assez pur et par son caractère pieux ; elle est
restée jusqu'à ce jour en manuscrit. Parmi ses
œuvres de musique instrumentale on remarque :
1° Fantaisie sérieuse pour le piano; Berlin. —
2° Fantaisie en forme de variations sur l'air de
Himmel : An Alexis; ibid. — 3° Adagio et al-
legro agitato pour piano, violon et flûte ; ibid. —
4° Six danses populaires de la Bavière pour piano,
op. 2 ; ibid. — 5° Six valses de Rossini , op. 7 ;
ibid.
DIVISS ou DIWISCH (Procope), musi-
cien, mécanicien et physicien, naquit le 1 er août
1696 à Senftenberg, en Bohême. Après avoir fait
ses études à Znaïm, il entra en 1719 dans l'ordre
des Prémontrés, à Bruck. Il y enseigna la théo-
logie et la philosophie avec éclat, jusqu'en 1733;
à cette époque la cure de Prenditz, près de
Znaïm , lui fut offerte , et il l'accepta. Ce fut dans
cette retraite qu'il se livra avec ardeur à des re-
cherches de physique et de mécanique, et qu'il
imagina le paratonnerre, dont l'invention a été re-
trouvée depuis lors par Franklin, et une sorte
(TOrchestrion, grand instrument de musique ,
auquel il donna le nom de Denis d'or, par ana-
logie avec le sien, qui signifie Denis, en bohémien.
En 1741 Diwisch accepta l'emploi de supérieur
de l'abbaye des Prémontrés de Bruck, et son ad-
ministration fut si sage que, pendant la guerre
de l'Autriche contre la Prusse, le monastère fut
toujours respecté, même par les ennemi». Après
que la tranquillité eut été rétablie dans la Moravie,
il retourna dans sa cure et reprit ses travaux
scientifiques. Il mit alors la dernière main à ses
inventions du paratonnerre et du Denis d'or. En
1754 il plaça un paratonnerre près de sa mai-
son ; mais cette nouveauté lui fit courir quelque
danger, car le peuple, ayant considéré cet appa-
reil comme un instrument de sorcellerie et lui
attribuant la sécheresse qui se fit sentir alors
pendant deux ans, renversa cette machine, qui
fut transportée à l'abbaye de Bruck. Les savants
de l'Autriche ne se montrèrent pas beaucoup
plus raisonnables que le peuple, car ils s'opposè-
rent à l'établissement des paratonnerres sur les
édifices publics, qui avait été proposé à l'empe-
reur par Diwisch. A l'égard du Denis d'or, il
paraît qu'il lui donna la dernière perfection en
1762. Cet instrument se jouait, tomme l'orgue,
avec les mains et les pieds; il imitait, dit-on,
tous les instruments à cordes et à vent, et l'on
assure qu'il pouvait produire cent trente variétés
de qualités de sons. Le prince Henri de Prusse
en offrit une somme considérable; mais, lorsqu'il
l'entendit, Diwisch le croyait susceptible de plus
23
D1VISS — DIXON
<lc perfection : il ne consentit pas à le céder.
En 1790 Pévêque de Bruck, Georges Lambeck,
possédait le dernier instrument de ce genre exé-
cuté par L'inventeur, et entretenait un musicien
chargé spécialement de le jouer. On ignore ce
qu'il est devenu depuis ce temps. Diwisch est
mort à Prenditz le 21 décembre 1765. On a de
lui un ouvrage posthume en allemand, qui a pour
titre : Théorie de l'électricité et application
de ses principes à la Chimie- Tubingue , 1768,
in-8°. Le portrait de ce savant a été gravé par
Balzer, avec ce distique :
Non laudate J.ovein, Rentes ! Quid vester Apollo?
Isle inagis Deus est.fulminis atque soni.
DIVITIS (Antoine), musicien français, na-
quit dans la seconde moitié du quinzième siècle,
car il était un des chantres de la chapelle de
Louis XII, qui mourut en 1515. J'ai dit, dans
la première édition delà Biographie universelle
des musiciens (t. III, p. 316), qu'il est permis
de croire que le nom réel de ce musicien est
Le Riche; une découverte faite aux archives de
l'État, à Paris, a justifié ma conjecture, car
(sous la lettre K. n° 322) on trouve un compte
de dépenses de la cour du roi de Fiance, où est
cet article : « La somme de 310 livres 10 s. tour-
« nois pour le payement de cent trois aulnes de
« drap noir, livré aux chantres de la chapelle du
« dict feu seigneur ( Louis XII) qui s'ensuivent,
« savoir : Le maistre de la chapelle Gonrard , Mi-
« chau, Allard, Albi , Guill. Cousin, Claudin ,
« Mouton, maistre Jehan Thierry, Le Vigoureux,
« Porclii, Carimont, Perroton de Manconrt,
« George T. Reverdi, Jacques Baudet, M au pin ,
« Noèl, Furhisseur, Noly , maistre Antoine Le
" Riche, maistre Pierre Monton , maistre Jac-
«■ ques Favieres et maistre Pierre de Fray, qui
« sont 23 personnes. » Il ne peut y avoir de
doute sur l'identité à' Antoine Divitis et d' An-
toine Le Riche, car le premier nom est celui de
Le Riche latinisé et le prénom est le même.
Le Riche était d'ailleurs compositeur comme
Divitis, car on trouve deux chansons françaises
à 5 voix sous son nom dans un recueil publié par
Nicolas Duchemin, en 1551, sous ce titre: le
Premier livre des plus excellentes chansons
de divers autheurs. On connaît sous le nom de
Divitis les ouvrages suivants : 1° Le motet De-
aolatorum Consolator, à 4 voix, dans le pre-
mier livre des Motettide la Corona, imprimé
en 1514 , par Petrucci de Fossombrone, in-4"
obi. — 2° Gloria, laus, à 4 voix, dans le dixième
livre de la collection d'anciens motets, impri-
mée à Paris, par Pierre Attaingnant, 1530.—
3° Plusieurs motets à trois voix dans le recueil
intitulé : Trium Vocum Cantiones Ccntum
D. Georgio Forstcro Selectore. Imprimcbat
Joannes Petreius, Norimbergee , 1540, petit
in-4° obi. — 4° Un Magnificat dans le sixième
livre publié par Attaingnant, sous ce titre: Li-
ber sextus. XIII Quinque ultimorum lono-
rum Magnificat continens. Parhisiis , apud
Pet. Attaingnant , 1534, petit in-4° obt. —
5° Plusieurs motets à quatre voix dans le dixième
livre de la collection qui a pour titre : Pas-
sioncs Dominice (sic) in ramis Palmarum ,
Veneris sancle , nec non lectiones feriarum
quinti, Sexti et Sabbati hebdomade Sancte,
etc.; ibid. 1534, petit in-4 obi. —6° Credo à G
voix, dans le mss. coté VI de la Bibliothèque
royale de Munich. — 7° Gei ber dit qu'il y a plu-
sieurs morceaux de la composition de Divitis
dans un recueil de chansons, en diverses langues,
imprimé depuis 1530 jusqu'en 1540, sous le titre
de Satnmlung VonGesangen in verschiedenen
Spraechen , dont il y a un exemplaire à la bi-
bliothèque de Zwickau; mais il n'indique ni le
lieu de l'impression, ni le nom de l'imprimeur. —
8° On trouve un morceau bien fait, à cinq voix,
de Divitis, sur le texte: Ista est speciosa in-
ler/ilias Hierusalem, dans le recueil intitulé :
Bicinia Gallica, Latina, Germauica, etc., pu-
blié par Georges Rhaw , à Wittenberg, 1545. —
9° Deux chansons françaises à 4 voix , de Le
Riche, sont dans un recueil publié par Nicolas
Duchemin , à Parisien 1551, sous ce titre : le
Premier livre des plus excellentes chansons
de divers autheurs. — 10° La messe à 4 voix.
intitulée Gaude Barbara, par Divitis, se trouve
dans un manuscrit de la bibliothèque de Cam-
brai, colé n° 4. C'est la douzième du recueil , qui
en contient quinze de divers auteurs. (Voy. No-
tice sur les collections musicales de la biblio-
thèque de Cambrai, par M. E. de Coussemaker,
p. 31.)
DIXON (William), compositeur et orga-
niste anglais, vécut à Londres depuis 1770
jusque vers 1800. Il a publié une collection de-
musique sacrée , choisie dans les œuvres des
meilleurs maîtres anglais, sous ce titre : Psalmo-
dia Christ iana; or Collection of sacred Music,
in four parts, designed for public worship ,
containing 200 plain psalm-tunes, 50 fugues,
and a few pièces in the Hymn style , for the
tree great festivals, Christmas-Day , Easter
Day and Whitsunday, with the bass-figured
for the organ or harpsichord, etc.; Londres,
1790. Cette collection est précédée d'un traité
élémentaire d" chant, intitulé : An Essay anâ-
concise Introduction to singing, containing
rules for singing at sight, formed by the
author during many years sludy and pruc-
D1X0N — DI'ZI
2!)
tice in teaching. On a aussi de Dixon un recueil
de chansons anglaises, Londres, 1795, et un
Pocket companion or New Psalm Tunes,
for the use of Choirs and congregaiional
Singing (sans date).
DIZI (Fkançois-Joskph), Hé à Namur le 14
'janvier 1780 , est (ils d'un professeur de musique
qui , de Dinant-sur-la-Mense, alla s'établir dans
«elle ville. Le jeune Dizi fit voir dès son enfance
tes plus heureuses dispositions pour la musique,
et la sévérité de son père développa ses facultés
par des études laborieuses. La harpe était l'ins-
trument pour lequel il avait le plus de penchant;
malheureusement il n'y avait pas de maître à
Namur qui pût lui enseigner à en jouer. Les le-
vons de son père, qui était violoniste, furent les
seules qu'il reçut, et ce fut en lui-même qu'il dut
chercher les moyens d'acquérir du talent. Il avait
à peine atteint sa seizième année lorsqu'il conçut
le projet de se rendre en Anglete/re. Il voya-
geait alors en Hollande pour s'y faire entendre :
il s'y embarqua. Arrivé dans un port où le vais-
seau fut obligé de relâcher, il se promenait sur
le pontdu bâtiment; tout à coup il vit un matelot
tomber à la mer, et, poussé par un mouvement
^l'humanité, il s'y précipita lui-même pour le sau-
ver, oubliant qu'il ne savait pas nager. Il perdit
bientôt connaissance, et, lorsqu'il revint à lui, il
se trouva dans une maison sur le port, où on lui
donnait des soins. Dès que ses habits furent sè-
ches, il voulut retourner au vaisseau; mais ce
bâtiment, dont il ne savait pas même le nom,
avait continué sa roule, parce qu'on ne s'était
pas aperçu de l'accident de Dizi, qu'un ouvrier
du port avait sauvé. La situation du jeune ar-
tiste était des plus pénibles, car sa harpe, et les
malles qui contenaient ses habits, son linge, ses
lettres de recommandation et son argent, étaient
sur le vaisseau qui s'éloignait de lui. Sa bourse
ne renfermait que quelques écus à peine suffi-
sants pour le conduire à Londres, et il ne savait
pas un mot d'anglais. Il se décida pourtant à sa-
crifier le peu qui lui restait pour arriver jusqu'à
la capitale de l'Angleterre , dans l'espoir d'y re-
trouver le navire qui contenait toutes ses ri-
chesses et l'espoir de son avenir.
Arrivé à Londres, il ne put jamais découvrir
ce bâtiment, n'ayant aucun renseignement qui
pût l'aider dans ses recherches au milieu de l'im-
mense quantité de vaisseaux qui stationnaient sur
la Tamise ; il se trouva donc dans cette grande
ville sans ressources, et n'y connaissant personne.
Après quelques semaines passées dans la situation
la plus pénible, le hasard le conduisit près d'une
maison où il entendit jouer de la harpe; il se
décida à y entier, exposa sa situation à ceux qui
l'habitaient, et demanda qu'on l'entendit sur son
instrument. Cette maison était celle de Sébastien
Érard , célèbre facteur de harpes et de pianos.
Le chef de cette maison apprécia le talent du
jeune Dizi, comprit qu'il avait de l'avenir, et
l'aida à se poser convenablement dans le monde
en lui procurant des élèves. Clementi lui lut aussi
utile par l'estime qu'il témoigna pour ses talents.
Bientôt Dizi deyint le harpiste le plus renommé
de Londres, et pendant trente ans il jouit en
Angleterre d'une brillante réputation comme vir-
tuose et comme compositeur pour son instru-
ment.
La nature l'avait doué de dispositions natu-
relles pour la mécanique et de beaucoup d'a-
dresse Il voulut appliquer ces facultés au perfec-
tionnement de son instrument, et inventa, avec
l'assistance d'un Polonais , une harpe à double
action qu'il appela Harpe perpendiculaire ,
parce que les cordes, placées au centre de la
console, étaient dans une position exactement
verticale avec le centre de la table. L'élévation
de ces cordes, à un demi-ton ou à un ton pins
haut que l'accord naturel , se faisait par des bas-
cules placées à l'intérieur de la console. La diffi-
culté du placement des cordes et les dérange-
mens fréquents do mécanisme ont déterminé
plus tard Dizi à renoncer à ce système de cons-
truction pour se rapprocher de celui d'Érard,
qu'il a seulement voulu simplifier en substituant
aux mouvements particuliers de chaque note
des mouvements généraux de communication
d'octave en octave. Dizi est aussi le premier qui
ail imaginé de doubler les tables d'harmonie des
harpes, pour leur donner plus de résistance aux
vibrations des cordes. Enfin il a disposé les pé-
dales de l'instrument dans un ordre plus régulier
que celui qui est généralement adopté; mais
cette innovation a eu peu de succès, parce qu'elle
contrariait les habitudes des harpistes.
En 1830 Dizi a quitté Londres pour s'établir
a Paris , où il a formé une association avec la
maison Pleyel , pour l'établissement d'une fabri-
que de harpes ; mais cette entreprise n'a point en
de succès. Depuis son arrivée en France Dizi
avait élé nommé professeur de harpe des prin-
cesses de la famille royale. Il est mort à Paris.
Les compositions de Dizi pour la harpe sont :
1° Une grande sonate, publiée à Londres. —
2° Air Saxon, de Cramer, varié; Paris, Janef. —
3° Danse du Châle, variée; ibid. — 4° Trois
thèmes originaux variés ; ibid. — 5° Douze exer-
cices ou fantaisies pour la harpe à deux rangs de
pédales, première et deuxième suite; Paris,
Pleyel. — 0° Une grande quantité de romances
françaises , d'airs anglaise! italiens variés pour la
so
DIZI — DOBnZYNSKI
harpe; Londres, Paris, Erard, Plcyel et autres.
DLABACZ (Joseph-Benoît), virtuose sur
le trombone, naquit à Podécbradt le 2 juillet
1703. Après avoir fini ses études à Prague il
voyagea , puis se fixa à Coblence, où son talent
remarquable le fit engager dans la chapelle de
l'électeur. 11 mourut en cette ville vers 1769. On
ignore s'il a écrit pour son instrument.
DLABACZ ( Godefroi-Jean ) , né vers 1760
à Bcfchmiscb-Brod , en Bobême , entra dans l'or-
dre des Prémontrés à Prague, et devint direc-
teur du chœur et bibliothécaire du chapitre de
StraKow, dans la même ville. Il a donné l'Essai
d'un catalogue des meilleurs musiciens de la
Bohême , dans les septième et neuvième parties
de la Statistique delà Bohême, qui a été pu-
bliée en 1788. Le troisième volume de la So-
ciété royale des Sciences de la Bohême (1798,
in-4°, n° 2) renferme une dissertation sur l'état
des arts dans ce pays, dont il est aussi l'auteur.
On y trouve quelques détails curieux sur les
orgues et sur plusieurs musiciens. L'ouvrage le
plus important qu'il ait publié est le Dictionnaire
historique des artistes de la Bobême, qui a paru
sous ce ce titre: Allgemeine-hist. Kunstler-
Lexikon fur Bœhmen, 3 vol. in-4°, Prague,
1815-1818. On y trouve une multitude de notices
intéressantes sur les musiciens de cette partie
de l'Allemagne. Dlabacz est mort à Prague le 4
janvier 1820.
DLUGOBAI (Albert), compositeur et lu-
thiste distingué, né en Pologne, vécut vers la
fin du seizième siècle. On trouve quelques-unes
de ses pièces de luth dans le Thésaurus Har-
monicus de Besard.
DOBBERT (Chrétien- Frédéric). Voyez
DOEBBERT.
DOBLER ( Joseph-Aloys), un des meilleurs
chanteurs du dix-neuvième siècle en Allemagne,
est né le 17 novembre 1796 à Gebratzhofen , dans
le royaume de Wurtemberg, où son père était
maître d'école. Celui-ci lui donna les premières
leçons de musique, de chant et de piano. A l'âge
de dix ans Dobler fut admis comme enfant de
chœur à l'église cathédrale de Constance. Il y fit
ses études jusqu'en 1813; alors, pour se sous-
traire aux lois de la conscription, il se décida
à aller faire un cours de théologie à l'université
d'EUwangen. Là il eut occasion d'exercer sa
belle voix de basse dans les concerts d'amateurs
que le recteur Spn-gele avait institués. Encou-
ragé par les succès qu'il obtint dans ces con-
certs, il résolut de ne point entrer au séminaire,
et se rendit secrètement à Vienne , où il trouva
un protecteur dans l'ambassadeur de Wurtem-
berg. Wcigl ayant entendu la belle voix de
Dobler, l'encouragea à cultiver le chant, lui
donna des conseils et lui procura un engagement
au théâtre de la porte de Carinlhie, avec deux
mille florins d'appointements. Le jeune chanteur,
âgé seulement de dix-neuf ans, se fit remarquer,
et bientôt il fut engagé pour le théâtre de Linz,
comme première basse. Il y débuta par le rôle
d'Alcindor dans Cendrillon , et son succès fut
complet. En 1820 il prit l'emploi de première
basse au théâtre de Francfort-sur-le-Mein, resta
dans cette ville jusqu'en 1«25, et entreprit
alors un grand voyage en Allemagne. Il chanta
avec succès à Mayence , Stuttgard , Wiesbaden ,
Berlin, etc. Engagé pour l'Opéra-Allemand de
Londres en 1833, il y chanta dans trente-deux
représentations pendant la saison, et se lia d'a-
mitié avec les célèbres chanteurs italiens Rubini,
Tamburini et Madame Malibran , qui devinrent
ses modèles. De retour à Franfort à la fin de cette
année, Dobler y resta jusqu'au 15 septembre
1834, époque où il entra au service de la cour
de Wurtemberg, à Stuttgard. Cetartiste n'avait
point étudié de méthode de chant proprement
dite; ce qu'il savait dans cet art, il le devait à
sa propre expérience, aux exemples qu'il avait
recueillis des chanteurs habiles, et surtout à sa
rare intelligence et au sentiment dramatique dont
il était doué au plus haut degré. Sa voix était
pure , égale, flexible , et d'une grande puissance.
Dobler est mort à Stuttgard le 6 septembre 1841 .
DOBLOF-D1ER (Le baron Charles),
amateur de musique à Vienne et compositeur
de musique d'église au commencement du dix-
neuvième siècle , a beaucoup écrit ; mais ses ou-
vrages, restés en manuscrit, sont devenus la
propriété du conseiller Georges Kiesewetter ,
qui les a légués à la bibliothèque impériale de
Vienne avec toute sa collection de musique.
Voici la liste de ses compositions religieuses :
1° Messe à 4 voix en contrepoint (ré mineur),
écrite en 1820. — 2° Te Deumb. 4 voix. —
3° Hymnes en allemand. — 4° Inni sacri, a 2
3 e 4 voci. — 5° Invocavi Dom., h 4 voix.
— 6° Timete .Dom., à 4 voix. — 7° Trois grands
chœurs à 4 parties. — 8° Messe à voix seule, avec
orgue. — 9° Messe en contrepoint à 4 voix. —
10° Las GebcthdesHerrn, à 4 voix. — il Pa-
ter nosier, à 4 voix, avec un Amen à 1 voix. —
12° Ego sum resurreclio , à 4 voix. — 13° Hym-
nodie chrétienne à voix seule, avec piano. —
14° Hymne pour le temps de Pâques, à voix seule
et piano.
DOBBZYNSKI (Jean-Félix), pianiste et
compositeur polonais, est né en 1807 à Roma-
now, dans la Wolhynie, où son père, violo-
niste distingue, dirigeait l'orchestre des concerts
DO BR Z Y NSK I — DOCI I E
:',i
et <Ie l'Opéra chez le comte Ilinski. C'est sous sa
direction que le jeune Dobrzynski étudia le piano
et le violon. Ses progrès furent rapides dans tout
ce qui concerne le mécanisme; mais ses facultés
pour l'art ne se développèrent qu'après que sa
famille se fut établie à Varsovie. Devenu alors
élève d'Elsner pour l'harmonie et le contrepoint,
il ne tarda point à faire reconnaître que la na-
ture l'avait doué d'un heureux instinct pour la
composition de la musique instrumentale. Vers
1828, ses études musicales étant achevées,
il commença à se livrer à l'enseignement du
piano, se fit entendre dans les concerts et publia
ses premières compositions. On a de lui beaucoup
de mozourkes, de nocturnes et de morceaux de
salon pour le piano, publiés à Varsovie, à Posen,
à Berlin et à Leipsick , ainsi que de jolies mé-
lodies pour voix seule et piano ; mais il s'est rendu
recommandable par des œuvres instrumentales
d'un ordre plus élevé, parmi lesquelles on remar-
que : 1° Une symphonie en ut mineur, qui obtint
en 1838 le deuxième prix dans le concours ouvert
à Vienne pour ce genre de composition, et qui
fut exécutée à Leipsick avec succès dans l'année
suivante. — 2° Trois quatuors pour 2 violons, alto
et basse. — 3° Deux quintettes pour 2 violons,
alto et deux violoncelles, œuvres 38 et 40, pu-
bliés à Leipsick, chez Hoffmeister. Ces compo-
sitions sont d'un ordre très-distingué. — 4° Un
sextuor (en mi majeur) pour 2 violons, alto, 2
violoncelles et contrebasse, op. 39; ibid. —
5° Trio pour piano, violon et violoncelle, dédié
à Huinmel , op. 17 (en la mineur); Leipsick,
Breitkopf et Hœrtel. — 6° Sonate pour piano et
violon. — 7° Nocturne pour piano et violoncelle,
intitulé les Larmes. Dobrzynski s'est aussi essayé
dans la musique dramatique par un opéra qui
a pour titre Monbar, dont l'ouverture et quelques
morceaux détachés ont été exécutés à Leipsick
et à Dresde en 1845 et 1846 ; mais on n'y a pas
remarqué l'originalité d'idées qui règne dans ses
compositions instrumentales. Dans les mêmes
années il donna des concerts à Berlin, à Leipsick
et dans quelques autres villes du nord de l'Al-
lemagne, et y produisit une vive impression par
le mérite de quelques-unes de ses œuvres.
DOBYHALL(JosEPn),etnonDOBYHERLL,
comme il est dit dans la première édition de
celte Biographie, maître de musique du deuxième
régiment d'artillerie en garnison à Vienne, est né
le 13 juin 1779 à Krasowitz, en Bohême. Destiné
à l'enseignement de la musique par son père, il
étudia toutes les parties de cet art et apprit le
chant, le piano , l'orgue, le violon et presque
tous les instruments à vent, sous la direction de
Nawralil, Doluzalek, Johanis, et surtout d'un
organiste très-habile nommé Bubmik. Lorsqu'il
eut atteint sa quinzième année, il fut envoyé à
Enns, dans la Haute-Autriche, pour y appren-*
dre, sous la direction du musicien de la ville.
à jouer du cor, de la trompette et du trombone ;
puis il alla à Vienne faire un cours d'études litté-
raires. Admis dans cette ville au théâtre Léopold
comme clarinettiste, il y resta pendant six ans.
Pendant ce temps il apprit l'harmonie et la
composition chez Heidenreich et Tayber. En
1808. Dobyhall fut nommé chef de la musique
du prince Kourakin, ambassadeur de Russie à la
cour de Vienne. Deux ans plus tard il entra au
théâtre Hofburger, et peu de temps après il eut
la direction de la chapelle du prince de Lobko-
witz. Depuis lors il a été admis à l'orchestre du
théâtre de la Cour comme seconde clarinette, et
a été nommé maître de musique du deuxième
régiment d'artillerie. Le talent de cet artiste pour
la direction d'un orchestre d'instruments à vent et
pour l'arrangement de la musique en harmonie mi-
litaire était très-remarquable. On a de lui plus
de cent suites de morceaux extraits d'opéras ita-
liens, allemands et français, arrangés avec beau-
coup de goût et une rare intelligence. Dobyhall
y a introduit une multitude de nouvelles combi-
naisons d'instruments, du plus grand effet. Lors-
que Rossini alla à Vienne , il éprouva tant de
plaisir, à l'exécution de quelques-unes de ses pro-
ductions ainsi arrangées, qu'il désira avoir les
partitions de ces morceaux, pour étudier le sys-
tème et le mécanisme des combinaisons d'instru-
ments à vent.
DOCHE (Joseph-Denis), né à Paris le 22
août 176fi, entra comme enfant de chœur à la
cathédrale de Meaux , à l'âge de huit ans, et y
apprit la musique sous la direction de Guignet.
Nommé maître de chapelle de la cathédrale de
Constance, à dix-neuf ans, il y resta jusqu'à
l'époque dé la Révolution. Il entra alors à l'orches-
tre du théâtre du Vaudeville pour y jouer de
l'alto, puis du violoncelle, et enfin de la contre-
basse. Devenu chef d'orchestre du même théâtre,
il composa, pour les pièces qu'on y représentait,
une multitude d'airs qui se distinguent par un
chant naturel et gracieux. Les plus connus sont
ceux de Fanchon la Vielleuse, la romance de
Santeuil, celle de Gentil Bernard, etc. Il en a
publié le recueil, en 1822, sous le titre de la
Musettedu Vaudeville, grand in-8° obi. Doche
a fait aussi la musique d'un opéra-comique intitulé
les Trois Dcrville, qui fut refusé au théâtre
Feydeau en 1818, et de plusieurs opérettes joués
aux théâtres des Boulevards, entre autres Point
de bruit, qui fut joué avec succès au théâtre de
la Porte-Saint-Martin, en 1801. Il a fait entendre
S2
DOCHE — DODWELL
à Paris plusieurs messes à grand orchestre. La
dernière a été exécutée à Saint-Eustache, le 22
•novembre 1809, jour de Sainte-Cécile. Retiré du
Vaudeville en 18"24 , Doclie est mort à Soissons
au mois de juillet 1825.
DOCHE (Alexandre-Pierre-Josepii), fils du
.précédent, né à Paris en 1799, fit ses études
musicales au Conservatoire de Paris, et succéda
à son père dans la place de compositeur et de
chef d'orchestre du Vaudeville. Plus tard il est
entré au théâtre du Gymnase comme chef d'or-
chestre. H a écrit pour les pièces de ce théâtre
beaucoup de morceaux de musique, dont quel-
ques-uns ont été publiés à Paris, cliez Petit,
Savaresse et Lemoine. Au mois •de mai 1846
Doche a fait représenter à l'Opéra-Comique un
ouvrage en unacte, intitulé le Veuf du Malabar,
dont la musique était assez médiocre, et au mois
de mars de l'année suivante il a donné au même
théâtre Alix, petit acte qui n'a inspiré également
au musicien que des idées communes, écrites avec
négligence. Doche est mort à Saint-Pétersbourg
au mois d'août 1849.
DODART (Denis), médecin, naquit à Paris
en 1624. Après avoir été reçu docteur en 1660, il
fut nommé, six ans après, professeur de pharma-
cie, et ensuite conseiller-médecin de Louis XIV.
En 1673 l'Académie des Sciences l'admit au nom-
bre de ses membres. Il fut chargé par ses con-
frères de rassembler les matériaux d'une his-
toire de la musique ; mais il s'est borné à publier
plusieurs Mémoires sur la formation de la voix
et sur la détermination du son fixe. Ces Mémoi-
res ont été insérés parmi ceux de l'Académie des
Sciences. Dodart est mort à Paris le 5 novembre
1707. Les Mémoires publiés par lui sur les objets
relatifs à la musique sont les suivants : 1° Mé-
moire sur les causes de la voix de l'homme
et de ses différents ions (Mém. de l'Académie
des Sciences, ann. 1700, p. 238-268). — 1°Aotes
sur le Mémoire précédent (Idem, p. 268-287).
— 3° Supplément au Mémoire sur la voix
et sur les tons, première partie (ann. 1706,
p. 136). — 4° De la différence des ions, de
la parole et de la voix du chant, par rap-
port au récitatif, et, par occasion, des expres-
sions de la musique antique et de la musique
moderne (Id., p 388).— 5° Supplément au
Mémoire sur la voix et sur les tons, seconde
partie (ann. 1707, p. 66). Dodart cherche à
établir dans ces Mémoires la similitude de l'organe
vocal avec un instrument à vent , système adopté
jusqu'en 1743, où Ferrein en proposa un autre,
qui partagea les savants. On a aussi du môme au-
teur ■. Sur la détermination du son fixe (Mém.,
ann. 1700, p. 131-140). H y a quelques exemplai-
res du Mémoire de Dodart sur les -causes de la
voix de l'homme imprimés séparément avec les
notes et les additions, lesquels portent la date
de 1703, sans nom d'imprimeur. L'auteur les
avait fait tirer pour ses amis; la Bibliothèque
impériale, à Paris, en possède un qui vient du
cabinet de Brossard.
DODDHIDGE (Philippe), ecclésiastique
anglais, naquit à Londres le 26 juin 1702. Il com-
mença ses études à l'école de Saint-Alhain , et
les acheva au collège des ministres non confor-
mistes, à Kibworth, dans le comté de Leycesler.
En 1722 il lut nommé prédicateur à Kibworth,
ensuite à Market-Harborough, et enfin professeur
au collège de Northampton en 1730. Sa santé, qui
avait toujours été très-faible, s'étant entièrement
dérangée, les médecins Jui conseillèrent de
changer de climat ; il se rendit à Lisbonne; mais
à peine y fut-il arrivé que son mal empira, et il
mourut dans cette ville, le 26 octobre 1750.
Doddridge a donné dans les Transactions phi-
losophiques , t. 44, p. 596, Account ôf ones ,
who had no Ear to Music naturally , singing
several tunes whenin a delirivm (Notice sur
un individu qui, n'ayant pas l'oreille musicale,
chante plusieurs airs avec justesse, dans une
accès de délire).
DODWELL (Henri), philologue célèbre,
naquit en 1641. Ayant perdu ses parents de bonne
heure, il tomba dans l'indigence jusqu'à ce qu'un
de ses oncles le recueillit et lui fournit les moyens
de faire ses études, d'abord à Dublin, ensuite à
Oxford. Ayant été nommé professeur d'histoire
dans cette université en 1688, l'année même de
la révolution anglaise, il ne tarda pas à perdre
cette place, parce qu'il se refusa à prêter le ser-
ment à? allégeance. Après s'être engagé dar.s
toutes les querelles religieuses de son temps et
avoir écrit une immense quantité d'ouvrages de
fout genre, il mourut le 7 juin 1711. Les travaux
de ce savant homme sur les historiens et les
géographes anciens, ainsi que sur les antiquités
ecclésiastiques, n'étant point de l'objet de ce
dictionnaire, je me contenterai de citer son
livre intitulé Treatise concerning the laivful-
ness of instrumental Music in holy offices,
etc. (Traité concernant l'admission de la musique
instrumentale dans l'office divin); Londres, 1700,
in-8". C'est une seconde édition : j'ignore la date
de la première. Ce traité est tout théologique.
Dodvvell y établit que la musique des instru-
ments, particulièrement celle de l'orgue, ayant
pour objet d'affecter la sensibilité, ne peut être
admise dans l'office divin, où l'homme ne doit
porter qu'un esprit dégagé de toute émotion sen-
suelle; cl il déclare que les exemples de l'usage
DODWELL — DOEIILKK
33
des instruments dans le temple «le Dieu , lires
de l'Ancien Testament, sont sans valeur, parce (pue
les Juifs, comme les papistes, ne professent que de
fausses religions. Une préfacé de 84 pages du mi-
nistre anglican John Newte, où la même doc-
trine est soutenue, précède l'ouvrage «le Dodvvell
(Voy. Newte).
DOEBBERT (Chrétien- Frédéric), lia-
bile flûtiste, naquit à Berlin, où il prit des leçons
de hautbois et de flûte. Ayant acquisbeaucoup de
talent sur ces deux instruments, il passa au ser-
vice du margrave Frédéric de Brandebourg Culm-
bach, auquel il donnait des leçons de flûte. A
la mort de ce prince, en 1763, les virtuoses ita-
liens, chanteurs et cantatrices, ayant été congé-
diés, Doebbert passa avec les niiisiciensallemands
au service du margrave d'Anspach et de Bay-
reuth; il y mourut en 1770. lia publié à Nurem-
berg, en 1759, six solos pour la tlûte, avec accom*
pagnementde basse.
DOEDERL1N (Jean-Alexandre), né le
Il lévrier 1675 à Biswang, dans le comté de
Pappenheim, lut magister et recteur de l'école de
Weissenfels en Nordgau, où il mourut le 23 oc-
tobre 1745. On a de lui un écrit intitulé : Ars
canendl veterum, et veterum cantores Weis-
senburgenses, 2 feuilles infol. sans date. Cet
ouvrage , qui parait devoir être intéressant par
son titre, est de la plus giaruie rareté.
DOEHLER (Théodore), pianiste et compo-
siteur pour son instrument, naquit le 20 avril
1814 a Naples, où son père était chef de musi-
que d'un régiment. Il était âgé de sept ans lors-
qu'il reçut les premières leçons de piano. Ses
dispositions pour la musique et l'instrument
étaient si heureuses qu'après six mois d'études
il avait dépassé en habileté sa sœur aînée, qui
jouait du piano depuis plusieurs années. Lorsque
Benedict arriva à Naples, il accepta Dœbler
comme élève. Celui-ci n'était âgé que de treize
ans lorsque son maître le fit entendre au théâtre
du Fondo, où il reçut des applaudissements. En
1829 Dœbler suivit sa famille à Lucques, où le
père était engagé au service du prince; mais il
n'y resta que peu de temps, parce que sa famille
alla bientôt après s'établir à Vienne, où le
jeune pianiste fut mis sous la direction de Czerny,
pendant qu'il faisait des études de composition
chez Secbter. Parvenu à l'âge de dix-sept ans,
Dœbler obtint la position de virtuose de la mu-
sique particulière du duc de Lucques et eut
l'honneur de l'accompagner dans quelques voya-
ges. En 1836 il entreprit lui-même une grande
tournée pour faire connaître son talent : il était
alors âgé de vingt -deux ans. Il visita d'abord
l'Allemag-ie, et les premières villes où il se lit
BIOCR. IMV. DES MUSICIENS. — T. III.
entendre furent Leipsick et Berlin ; il y obtint
de brillants succès. Au commencement de 1837
son service le rappela à la cour de Lucques, mais
il fit dans la même année une excursion à
Florence et à Bologne, où il donha des concerts.
Vers la fin de 1838 il arriva à Paris. Tbalberg y
causait alors une vive sensation par les effets
nouveaux qu'il faisait produire au piano et par la
sonorité puissante qu'il tirait de l'instrument. Le
talent de Dœbler n'atteignait pas à cette hauteur;
mais il se faisait remarquer par beaucoup de
délicatesse dans le toucher, par l'élégance et la
grâce. Il joua dans un des concerts de la société
du Conservatoire et y obtint un brillant succès.
C'est de celte époque que date sa réputation de
virtuose. Au printemps de 1839 il se rendit à
Londres, où ses manières gracieuses et polies
préparèrent ses succès dans la haute société.
Dans la même année il visita la Hollande, où
l'enthousiasme pour son talent alla si loin que son
buste fut inauguré solennellement à la Haye.
De retour en Italie vers le mois d'août, il obtint
de son prince un nouveau congé dans l'année
suivante, pour retourner en Hollande, où il était
appelé. Il donna alors des concerts à Amster-
dam, à Botterdam, à Utrecbt; puis il se rendit
en Belgique, et obtint à Bruxelles de brillants
succès. Après un séjour d'environ deux ans h
Lucques, Dœbler reparut en Allemagne, et donna
des concerts à Francfort, Leipsick, Berlin et
Hambourg; puis il se rendit à Copenhague, dans
l'hiverde 1843, et enfin en Bussie, où il s'arrêla pen-
dant près de deux ans. A Saint-Pétersbourg il avait
trouvé une protection très-active dans la princesse
Tschermeteff; bientôt l'intérêt que prenait à lui
cette dame devint un sentiment plus tendre, et
elle prit la résolution de lui donner sa main ;
mais de grandes difficultés s'opposaient à celle
union, La princesse mit à les surmonter l'éner-
gie et la ténacité que donne la passion à une
lemme. Après bien des négociations délicates et
de grands sacrifices, elle atteignit enfin son but,
et Dœbler devint son époux en 1846. Tous deux
se fixèrent dès lors en Italie, et l'artiste se trans-
forma en amateur. Une seule fois il se fit encore
entendre dans un concert public à Florence ; mais
ce fut pour une œuvre de bienfaisance. Tout
semblait lui présager une existence heureuse;
mais bientôt sa santé se dérangea. En vain il
essaya de l'influence des changements de climat
et des eaux les plus renommées; il ne fit plus
que languir, et il mourut à Borne, le 21 février
1856, à l'âge de quarante-deux ans. Dœbler a
publié beaucoup de compositions pour le piano,
dont plusieurs ont eu de la vogue et sont en-
core dans le répertoire des pianistes ; on y re-
3
34
DOEHLER — DOISY-LI NIANT
marque un concerto, œuvre 7; douze fantaisies
sur des thèmes de divers opéras de Rossini,
Meyerbeer, Donizetti, Bellini, Hérold , Halé-
vy, etc.; dix nocturnes détachés; beaucoup de
thèmes variés, des études, des caprices, des ron-
dos, des pièces détachées de tout genre, des valses
et des polkas. Comme pianiste Dœhler manquait
de puissance, et quelquefois de correction ; mais
il y avait beaucoup de charme dans son jeu.
DOELZSCH(Jean-Gottlieb), constructeur
d'orgues, né à Dœbeln, en Saxe, vivait dans la
première moitié du dix-huitième siècle. En 1729
il finit l'orgue de Grueneberg, composé de douze
jeux. Il répara celui de l'église de Sainte-Cuné-
gonde, à Rochlilz, en 1732.
DOEMEiXY (Alexandre de), pianiste et
organiste à Pesth, est né en Hongrie vers 1801. Il
s'est fait connaître par deux ouvrages, dont le pre-
mier est une instruction, en hongrois et en alle-
mand, pour apprendre à jouer du piano, avec des
exercices tirés des œuvres de Ha?ndel , démenti,
Cramer, Steibe't, Kalkbrenner, etc.; Pesth, Char-
les Miiller, 1828 , in-fol. de 121 pages. L'autre
a pour titre : Kerénekesksenya inehjet d'Helve-
zini Vallaistêtett TartoJi Deoz hasznokra
nézy Enakozora, etc. .'Livre choral à 4 parties
pour l'orgue, à l'usage des congrégations de la
confession helvétique, etc.); Pesth, 1830, in-4°.
Fink a fait une analyse de ce livre choral dans la
Gazette générale de musique de Leipsick (ann.
1831, n°22, p. 349—354).
DOERFFEL (Alfred), pianiste distingué,
est né à Waldenbourg, en Saxe, le 24 janvier
1821. Ses parents l'envoyèrent fort jeune à Leip-
sick, où il reçut des leçons de piano de Gùnther.
A l'âge de treize ans il débuta dans les concerts de
la société (VEuterpe et y fit sensation par son
talent précoce. Pendant les années 1837, 38 et 39,
il joua souvent dans ces concerts et y fit remar-
quer ses progrès. Postérieurement il s'est fixé dans
celte ville comme professeur de piano. M. Dœrffel
a été pendant plusieurs années un des rédacteurs
de la Nouvelle Gazette de musique de Leipsick.
J'ignore s'il a publié quelques compositions pour
son instrument.
DOERIiYG (Jean-Fréderic-Samuel), né le
16 juillet 1766 à Gatterslaedt, près de Querfurt,
où son père était maitre d'école. En 1776 il entra
à l'école Saint-Thomas de Leipsick comme élève
etcomme sopranistedans le chœur. Après y avoir
fait ses études élémentaires, il suivit en 178S les
cours de l'université de Leipsick, comme étudiant
en théologie; puis il se rendità Dresde en 1791 et
y remplit les fondions de précepteur dans une
famille pendant deux ans. En 1793 il obtint une
place de cantor à Luckn,dans la Lusace infé-
rieure ; deux ans après il alla occuper une posi-
tion semblable à Gôrlitz. Il y resta jusqu'en 1814,
époque où il accepta le cantorat à Altenbourg.
Il mourut dans cette ville le 27 août 1840, à l'âge
de 74 ans. Doering fut également distingué
comme basse chantante et comme professeur.
Il jouait bien du violon , du piano et de l'orgue.
Il s'est fait connaître dans le monde musical par
les publications suivantes : Die 3 Rosen des L< •
bens, Gcsellschaftsbildfur 4 Singstimmen, etc.
(les Trois Roses de la vie, chansons de société
à quatre voix); Gôrlitz, 1799. — 2° I ollstœn-
diges Gôrlitzer Choral- M elodien-Buch in
Buchstaben, Vierstimmig gesestzt ( Livre com-
plet de mélodies chorales, pour la ville de Gôr
lilz, arrangé à 4 voix ); Gôrlitz, 1802. — 3° An-
u-eisung zum Singen. Erster Kursus ( Instruc-
tion pour le chant : premier cours); ibïd., 1805,
in-8° de 80 pages. — 4° Etuas zur Berichti-
gung des Vrtheilsuber die musikalischen Sing-
chore auf den gelehrten protest antischen
Schulen Deutschlands (Observations pour l'a-
mélioration des jugements sur les chœurs musi-
caux des écoles supérieures protestantes de l'Al-
lemagne); Gôrlitz, 1806, in-4° de 24 pages. —
5° Onze chœurs à 4 voix : l re suite ; Altenbourg,
1815. — 6° Livre choral complet, à l'usage de
la ville d'Altenbourg ; Altenbourg, 1817, in-4°.
— 7° Vingt-quatre mélodies chorales à 4 voix;
ibid., 1830.
DOER1NG (M.-L.-J.); on a sous ce nom
une suite d'articles sur l'existence et la nature
du rhythme, qui ont été insérés dans la vingt-sep-
tième année de la Gazette musicale de Leipsick,
p. 3-9, 17-26, 37-41. Ces morceaux ne sont point
sans intérêt et se font remarquer par des vues
neuves.
DOERIIXG (Le docteur Henri) , littérateur
allemand, né à Cassel, si je suis bien informé,
s'est fait connaître avantageusement, dans ces
derniers temps, par divers ouvrages, et par des
morceaux détachés dans les revues littéraires,
parmi lesquels on remarque un aperçu rapide de
la vie de Mozart. Ce morceau a été traduit de
l'allemand par M. C. Viel, sous le simple titre :
W.-A. Mozart ; Paris, A. Bohné, 1860, in-12
de 76 pages.
DOERNER (Jean-Georges), organiste à
Bitterfeld, en Prusse, vers le milieu du dix-hui-
tième siècle, a fait imprimer une Épure au
docteur Mitzler sur l'origine du son et des
tons principaux ( en allemand ) ; Bitterfeld, Midi.
Ileunigen, 1743 , 3 feuilles in-8°.
DOISY-LINTANT (Charles), guitariste
et marchand de musique à Paris , est mort dans
cette ville en 1807. Il a publié un grand nombre
DOISY-LINTANT — DO M ART
:}.>
rie morceaux pour son instrument. Les plus con-
nus sont : 1° Un concerto , avec accompagne-
ment de deux violons, alto et basse. — 2° Dix
trios pour guitare, violon et alto, op. 1 et 3. —
3° Trois trios pour trois guitares. — 4° Qua-
rante-neuf duos pour deux guitares ou pour gui-
tare et violon. — 5° Plusieurs sonates, rondos
et solos. — 6° Principes généraux et raisonnes
de la guitare ; Paris, Naderman, 1801. — 7° Pe-
tite Méthode pour le même instrument, avec
des airs; ibid.
DOLÉ (L'abbé F.-C), né en Normandie
vers 1810 , a fait ses études au petit séminaire de
Rouen. Devenu directeur du pensionnat de Vire
et aumônier de l'Hôtel-Dieu de cette ville, il
occupait encore cette position en 1848. 11 est au-
teur d'un livre très-estimable qui a pour titre :
Essai théorique , pratique et historique sur
le plain- chant ; Paris, Lecoffre, 1S47, 1 vol.
in-8° de 264 pages.
DOLES (Jean-Frédéric), né à Steinbach,
en Franconie, en 1715, commença ses études
au gymnase de Schleusingen, et apprit la musi-
que à l'école de Saint-Thomas de Leipsick. Son
maître de composition fut Jean-Sébastien Bach.
En 1744 il obtint la place de chantre à Frey-
berg , où il resta jusqu'en 1756, époque où il
succéda à Harrerdans les fonctions de directeur
de musique à l'église de Saint-Thomas de Leip-
sick. Il unissait le talent de bien enseigner à
celui de bien écrire , et jouissait d'une grande
considération parmi les musiciens de son temps.
Il est mort le 8 février 1797. On a de lui les
ouvrages suivants : 1° Anfangsgrûnde zum Sin-
gen (Introduction à l'art du chant), manuscrit
in-8° de 158 pages. — 2° Neue Lieder von
Fuchs( Nouvelles Chansons deFuchs); Leipsick,
1750. — 3° Le quarante-sixième psaume mis
en musique; ibid., 1758, in- fol. — 4° Mélo-
dieux zu Gellerts geistlichen Oden, etc. (Mé-
lodies pour les odes spirituelles de Gellert, à
quatre voix , avec accompagnement de clavecin ) ;
ibid., 1762, in-fol. min. — 5° Vierstimmiges
Choralbuch , oder harmenische - Melodien
Sammlung fur Kirchen ( Livre choral à quatre
voix , ou recueil de mélodies harmoniques pour
l'église); ibid., 1785, in-4°. — 6° Cantate sur le
chant de Gellert : Ich Komme vor dein Ange-
sicht, etc., pour quatre voix et orchestre; Leip-
sick, 17'JO, petit in-fol. Cet ouvrage, dont une
partie est dans le style fugué, fait voir que Doles
était un digne élève de J.-S. Bach. On y trouve
une préface excellente sur l'art de traiter la mu-
sique d'église. — 7° Singbare und leichte
Choralvorspiele fur Lehrer und Organisten,
etc. (Préludes chantants el choisis pour des cho-
rals à l'usage des professeurs et des organistes»
etc.), première suite, Leipsick, 1795, in-fol.;
deuxième suite, ibid., 1795; troisième idem,
ibid., 1796; quatrième idem, ibid., 1797. Cette
collection présente des pièces d'un fort bon style.
Doles a laissé en manuscrit : 1° Passion, d'a-
près Saint-Marc. — 2° idem, d'après Saint-Luc.
— 3° La Passion, oratorio. — 4° Les Psaumes
quatre-vingt-cinq et cent. — 5° Salvete vos. —
6° Un cantique : Jésus meine Zuversicht. —
7° Magnificat, en allemand. — 8° Deux Messes.
— 9° Kyrie cum Gloria, en si mineur. — 10°
Les 2 e , 16 e , 25 e , 33% 81° et llî e psaumes.
DOLES (Jean-Frédéric) fils du précédent,
naquit à Freyberg le 26 mai 1746. Son pre-
mier maître fut. le recteur Funcke, de Freyberg.
Jl apprit ensuite la musique et le chant sous la
direction de son père. En 1764 il entra à l'u-
niversité de Leipsick et ensuite à l'académie d'Er-
langen pour se livrer à l'étude de la jurispru-
dence. Il prit ses degrés de docteur en droit en
1776 et fut nommé subsistut dans la Faculté de
droit. Il est mort à Leipsick le 16 avril 1796.
Doles est compté parmi les amateurs de musique
les plus distingués. Il a publié en 1775 six solos
pour le piano, à Leipsick, chez Breitkopf. On
connaît aussi en manuscrit un concerto pour le
t même instrument, qui a eu beaucoup rie succès
en Allemagne.
DOLEZALEK (Jean-Emmanuel), excellent
pianiste, né àChotiebarz, en Bohême, vers 1785,
vécut à Vienne en 1815 et dans les années sui-
vantes. En 1814 il s'était fait admirer à Prague
par son habileté comme exécutant et par l'origi-
nalité de ses chansons bohémiennes , publiées en
1812 sous le titre de Cziske Pjsnë wkudbu
vvoedenê , etc. Parmi les autres compositions de
Dolezalek on remarque : 1° Douze écossaises
pour deux violons, deux clarinettes, deux cors,
flûte, deux bassons et basse; Vienne, Artaria.
— 2° Neuf variations sur un thème de Sargines,
pour le piano; ibid. — 3° Variations sur un
thème du ballet Der Fassbinder ; ibid. — 4°
Plusieurs recueils d'allemandes, écossaises et
valses pour le piano; Vienne, Mechetti et Ar-
taria. — 5° Deux marches russes pour le piano ;
Vienne, Artaria.
DOMARTou DOMAR TO, musicien fran-
çais, né vraisemblablement en Picardie , vécut
dans la première moitié du quinzième siècle. Son
nom ligure parmi ceux des contrapuntistes les
plus célèbres de son temps. Tinctoris le cite en
plusieurs endroits de ses ouvrages, notamment
dans son Proportionale, où il critique quelques
erreurs de proportions dans la messe Spirilus
almus de Domart. Dans les archives de la cha-
3.
30
DOMART — DON ATI
pelle pontificale il y a un recueil de messes
manuscriles, des maîtres les plus anciens (coté
14, in-fol.), parmi lesquelles on en trouve de
ce musicien. Une chanson française à trois voix
de ce même compositeur a été recueillie par
M. Stéplien Morelot dans les manuscrits de la
bibliothèque du Vatican.
DOMENJOUD (Jean-Baptiste), avocat
au parlement de Paris, présenta à l'Académie
royale des Sciences, en 1757, un violon dont les
cordes étaient tendues par des vis au lieu de
chevilles, et dont la tête mobile permettait d'é-
lever ou d'abaisser à la fois les quatre cordes de
l'instrument. L'Académie jugea que la mécanique
employée par Domenjoud pour hausser et baisser
le ton de l'instrument n'était pas susceptible d'une
grande précision, par l'impossibilité de connaître
exactement les proportions de grosseur des cor-
des et les diverses circonstances qui exercent
de l'influence sur leur tension réciproque; mais
elle approuva la substitution des vis aux chevilles,
par lesquelles il estdiflicille de bien régler l'ac-
cord et d'empêcher le relâchement accidentel.
Satisfait de ce rapport, Domenjoud fit imprimer
la discription de son double mécanisme sous ce
titre : De la préférence des vis aux chevilles
pour les instruments de musique ; et un essai
sur la manière de cht nger i A-mi-la , en,
tendant ou détendant toutes les cordes à la
fois, sans détruire l'harmonie ; ce qui donne
lieu à des manches d'une forme nouvelle ,
beaucoup plus commodes que les anciens;
Paris, 1757, in- 12 de 22 pages, avec une planche.
DOMINGOS DE S. JOSÉ-VERELLA
( Le Père), moine bénédictin portugais, an cou-
vent de Porto, vivait au commencement du dix-
neuvième siècle. ]l est auteur d'un ouvrage qui
a pour titre : Compendio de Musica, theorica
et pratica, que conlem brève instrucçao para
lirer musica ; Lcçones de accompanhamcnlo
em orgad, gravo (clavecin), guitarra, etc.;
Porto, 1806, l vol. petit in-4°.
DOMIJMCO (Jkan), musicien italien qui
vivait vers le milieu du seizième siècle, a fait
imprimer: Cantiones sacrx quinque rocum;
Venise, 1566.
DOMNICH (Hf.nki), fils d'un musicien de
l'électeur de Bavière , naquit à Wùrzbourg vers
1760. Dès son enfance il cultiva la musique et
s'adonna particulièrement à l'étude du cor, sur
lequel il fit de si rapides progrès, qu'à l'âge de
douze ans il fut admis à la chapelle électorale.
De là il passa à Mayence, au service du comle
de Oelz, grand amateur de musique. Enfin il
vint à Paris , où il fut assez heureux pour rece-
\oii des leçons de Punlo. A la formation du
Conservatoire de musique, Domnich fut com-
pris au nombre des professeurs, et il se montra
digne de cette distinction par les excellents élèves
qu'il forma, et dont il a peuplé les orchestres de
Paris et de la France. On lui doit la Méthode de
premier et de second cor, à l'usage du Con-
servatoire (Paris , 1805, in-fol. ) , qui fut long-
temps la meilleure qu'on eût en France, et qui
n'a été remplacée avantageusement que par celle
de Daupral. Il a aussi publié : 1° Trois concertos
pour le cor, avec accompagnement d'orchestre;
Paris, Ozi. — 2° Symphonie concertante pour
deux cors ; ibid. — 3° Deux recueils de romances,
avec accompagnement de piano, op. 4 et 5. Quel-
ques-unes de ces romances sont charmantes et
ont eu un sucrés de vogue. Domnich a eu deux
frères, Jacques et Arnold , tous deux virtuoses
sur le cor. Le premier, qui était son aine, est
passé en Amérique et vivait à Philadelphie en
1806; le second, plus jeune que lui, était, en
1805, au service du duc de Saxe-Meinin»en.
DOMONATUS (Jean-Henri-Samuel), or-
ganiste de l'église principale à Jéna, naquit en
cette ville le 3 avril 1758. Fils d'un fabricant de
soieries qui aimait beaucoup la musique, il reçut
des leçons de clavecin et d'orgue dès ses pre-
mières années. A l'âge de treize ans il fut en-
voyé au gymnase (collège) de Weimar; le maître
de chapelle Wolf, de cette ville, se chargea de
le diriger dans la suite de ses études musicales.
Plus tard il alla suivre les cours de l'université
de Jéna et y fit des études de droit; mais, fidèle
à la musique , il brilla dans les concerts comme
claveciniste et se fit remarquer par son talent sur
l'orgue. Ses études terminées, il entra comme
secrétaire chez le comte de Solms, dont les pro-
priétés étaient situées en Silésie. Après y être
reste trois ans, il obtint du comte une pension
de 50 écus pour le reste de ses jours, et retourna
à Jéna, où il accepta la place de directeur de
musique de l'Académie, en 1786. Neuf ans après
il fut nommé premier organiste de l'église princi-
pale; mais ses emplois étaient si mal payés, que
le pauvre artiste passa la plus grande partie de
sa vie dans un état voisin de la misère. Cepen-
dant son mérite le plaçait au rang des musiciens
les plus distingués de la Thuringe. Il avait com-
posé des cantates d'église et des pièces d'orgue
d'un très-bon style, lesquelles sont restées en
manuscrit. Vers la fin de sa vie la goutte avait
paralysé en partie ses doigts; cependant il jouait
encore de l'orgue à l'âge de quatre-vingt-un ans,
et l'on pouvait juger qu'il avait dû posséder au-
trefois un talent remarquable. Ce pauvre homme
a cessé de vivre en 1 84 1 .
DOiXATI (Ignace), compositeur, né à Ca-
D0NAT1 — DONE
37
saU; Maggiore, près de Crémone, vers la fin du
seizième siècle, fut d'abord, en 1619, maître de
chapelle de l'académie du Saint-Esprit à Ferrare.
En 1624 il passa en la môme qualité dans le
lieu de sa naissance, et enfin, en 1633, il fut ap-
pelé à la cathédrale de Milan. Ceux de ses ou-
vrages dont les titres sont connus sont : 1° Sacri
Concenius a 1,2, 3, 4 e 5 vocum; Venise,
Alexandre Vincenti, 1612, in-4°. — 2° Le Fan-
f'alagc , madrigali a 3, 4 e 5 voci; ibid.,
1615, in-4°. — 3° Concerli ccclesiastici a 2, 3,
4 c 5 voci, opéra 2; ibid, 1617, in-4°. Il y a
une deuxième édition de cet œuvre publiée chez
le même, en 1626. 4° Messe a 4, 5 e 6 voci
piene e concertati; terza impressione ; ibid.,
1626, in-4°. Ces messes avaient été déjà réim-
primées avec le deuxième livre des messes, sous
ce litre : Libri I e II délie messe a 4 , 5 e 6
voci; ibid., 161S, in-4°. — 5° Concerté cccle-
siastici a 2, 3, 4 e 5 voci, op. 4; ibid., 1619,
iii-4°. Il y a une deuxième édition de ces motets,
imprimée chez le môme éditeur, en 1626, in-4°,
et une troisième datée de Venise, chez le même,
en 1630. — 6° Motetti a 5 voci concertati,
con due Litanie délie B. V. enel fine alcuni
canoni da cantarsi in 24 modi ; terza impres-
sione; ibid, 1626. Je ne connais pas les dates
îles deux premières éditions. — 7° Motetti con-
certati a b e G voci , con Dialoghi , Salmi e
Litanie delta B. V., op. 6; ibid., 1627, in-4°.
— 8° Motetti a voce sola co'l basso per l'or-
gano; ibid., 1628. — 9° Salmi Boscarecci a
sei, op. 9; ibid., 1629.
11 y a eu un autre musicien plus ancien, du
nom de Donati (Giuseppe-Maria), qui a pu-
blié à Venise, en 1585, des Madrigali a cin-
que voci.
DONATO (Balthasak), ou DONATI, maître
de chapelle de Saint-Marc de Venise, vivait dans
la seconde moitié du seizième siècle. Il fut d'a-
bord simple chantre de cette chapelle célèbre :
son habileté, sa grande expérience dans l'art du
chant et son mérite comme compositeur lui
procurèrent l'honneur d'être mis, en 1562, à la
tête de la petite chapelle, qui venait d'être
instituée par les procurateurs de Saint-Marc
pour suppléer la grande chapelle , pendant les
dernières années de la vieillesse d'Adrien Wil-
laert, et pour former des chanteurs destinés à
cette même grande chapelle. Willaert étant mort
presque subitement, le 7 décembre 1662, la petite
chapelle fut maintenue sous la direction de Do-
nato pendant que Cyprien Rore, successeur de
Willaert, fut le maître qui dirigea la grande;
mais, le célèbre musicien belge ayant aban-
donné celte position au mois de décembre 1564,
Zarlino (Voy. ce nom) fut appelé à le remplacer,
le 5 juillet 1565. Celui ci demanda la suppression
de la petite chapelle, qui n'avait plus de raison
d'être, et Donato fut obligé de rentrer dans la
position de simple chantre. II paraît qu'il en eut
un vif chagrin qui se traduisit un jour par des
paroles insultantes contre Zarlino. Enfin, après
une pénible attente de vingt-cinq années, Donato,
grand artiste et homme de génie , fut appelé à
succéder à Zarlino dans la place de premier
maître de chapelle. Sa nomination est du
9 mars 1590, suivant les registres de la cha-
pelle. Il mourut au mois de juin 1603. On con-
naît de lui les ouvrages dont les titres suivent :
1° Il primo libro di canzonelte villanesche
alla Napolelana, a quattro voci ; V enise, Gar-
dane, 1555, in-4°. Il y a une autre édilion anté-
rieure du même ouvrage, laquelle n'est pas la
première, et qui a pour titre : Canzon villanes-
che alla Napolelana, a quattro voci, insieme
con alcuni madrigali novamente ristampati,
aggiuntevi ancora alcune villote di Perizone
a quattro, con la canzon delta Gallina; libro
1°; Veneliis, apud Hieronymum Scottum ,
1551, in-4° obi. — 2° Madrigali a 4 voci, libro
\°e 2°; Venise, Ant. Gardane, 1568, in-4°. C'est
une réimpression. — 3° Madrigali a cinquevoci,
libro quarto; ibid., 1567, in-4°. Je ne connais
pas les dates des trois premiers livres. — 4° Ma-
drigali a cinque e sei voci, con ire dialoghi
a 7 ; libro 1°; ibid., 1560, in-4° obi. — 5° Ma-
drigali a cinque, a sei, a sette e ollo voci ,
libro seconda; Venise, Jérôme Seolto, 1559,
in-4° obi. — 6° Il primo libro de' Motetti, a
5, 6 e 8 voci; Venise, 1599> in-4°. C'est une
réimpression. On trouve quelques madri-
gaux à 4 voix de Donato dans la collection in-
\i[\i\ée:Eletta di tutta la Musica intitulata
Corona di diversi, data in luce da Zuan Ja-
como di Zorzi; libro 1°; Venezia, alla in-
segna delCagniolo, 1569, in-fol. La plupart de
ces ouvrages brillent par l'originalité; les villa-
nelles sont particulièrement remarquables par
les formes du rhythme.
DONE (Josué), professeur de musique et ac-
cordeur de pianos à Londres, est auteur d'un
livre qui a pour titre : The Tunner companion,
being a treatise of the construction of piano
forte, with rules for régulât ing and tuning
them (Manuel de l'accordeur, ou traité de la
construction des pianos-fortés, avec des pré-
ceptes pour les régler et les accorder) ; Londres,
1827, in-4° de trente-trois pages. Cette édition
est la deuxième; la première avait paru sans
date (1816), à Londres. L'accord du piano n'oc-
cupe que deux, pages dans l'ouvrage de Done;
38
DONE — DON!
tout le reste concerne les diverses parties dont
se composent les pianos de différentes formes,
les dérangements qu'elles éprouvent, et les ré-
parations qu'y doivent faire les accordeurs expé-
rimentés.
On a aussi sous le même nom un traité de
la prononciation de l'italien, à l'usage des chan-
teurs anglais, sous ce titre : Rules for Ilalian
Pronunciation, particularhj useful to sin-
gers and to musicians in gênerai; Londres
un vol. in- 12. Je crois que l'auteur de cet ou-
vrage était le frère aîné de celui qui est l'objet «le
cet article.
DONFRID (Jean), directeur de musique à
l'église Saint-Martin de Rothenbourg sur le
Necher, et recteur de l'école de la même ville,
riaquit vers la fin du seizième siècle. On lui doit
la publication de trois collections de motets et
de messes de divers auteurs, des seizième et
dix-septième siècles. Elles sont intitulées -.
1° Promptuarium musicum; rvelches Con-
centus ecclesiast. von verschiedenen Kompo ■ \
nisten, fur 2, 3 und 4 Stimmen enthalten, I
première partie; Strasbourg, 1622; deuxième
partie, ibid., 1623; troisième, idem, ihid.,
1627. Ces trois parties contiennent six cent
quatre-vingt-treize motets. — 2° Viridarium
Musico-Marianum, enthalten mehr als 200
Goncentus ecclesiast. fur 3 und 4 Stimmen
von verschiedenen Komponisten, op. 4 ; Stras-
bourg,. 1627, in-4°. — 3° Corolla musiea, con-
tenant trenle-sept messes à deux, trois, quatre
et cinq voix, op. 5; Strasbourg, 1628. On a ■
aussi de Donfrid un recueil de pièces d'orgue
sous ce titre : Der Tabulatur fur Orgel, pre- j
mière et deuxième parties ; Hambourg, 1623. On
y trouve des variations et des fugues sur le chant
des psaumes et des cantiques; ces pièces sont
d'un bon style.
DONI (Antoine-François), prêtre et litté-
rateur, naquit à Florence vers 1503. Il entra fort
jeune dans l'ordre des Frères Servîtes; mais il
fut sécularisé dans la suileet resta simple prêtre.
Fort pauvre, et contraint souvent de vivre du
seul produit de ses messes, il fut occupé sans cesse
du soin d'améliorer sa fortune, mais ne put ja-
mais y parvenir. Son humeur inconstante le
portait à changer de lieu à chaque instant;
c'est ainsi qu'il vit en peu de temps Gênes,
Alexandrie, Pavie, Milan, Plaisance, Rome et
Venise. Il eut pour amis les hommes les plus
célèbres de son temps, tels que l'Arétin et le
Dominichi ; mais il finit par se brouiller avec
eux, et mourut ignoré au village de Monselice,
près de Padoue, au mois de septembre 1574.
Parmi les nombreux ouvrages qu'il a publiés
l'on remarque : Dialocjostres: unum de foriuna
et infelicitate Cxsaris; alterum de Dclinca-
tione (vulgo disegno) ; tertium de Musiea ;
Florence, 1534,in-8°. Les sujets de ces dialogues,
plus développés et traduits en italien, ont paru à
Gênes en 1541. Le dialogue sur la musique,
séparé des autres, a été publié sous ce titre •
Dialogo délia Musiea, Venise, 1544. Dans sa
Libraria, 1550, 1551 et 1560, in-12, Doni in-
dique un assez grand nombre d'ouvrages relalifs
à la musique qui sont devenus rares ; mais la
Bibliothèque italienne de Fontanini, avec les
notes d'Apostolo Zeno, a rendu le catalogue de
Doni à peu près inutile.
DOIVI (Jean-Baptiste), noble Florentin,
naquit en 1593. Après avoir fait ses études à
Bologne, il alla les terminer à Rome sous les
Jésuites. Ses progrès dans la langue grecque, la
rhétorique, la poétique et la philosophie furent
très-rapides. Son père, qui le destinait au bar-
reau , l'envoya à Bourges, en 1613, pour y
étudier le droit dans l'école célèbre de Cujas :
il y passa cinq ans. De retour en Italie en 1618,
Doni reçut le bonnet de docteur dans l'université
de Pise, et se livra ensuite à l'étude des langues
orientales, des sciences naturelles et de toutes
les parties de la philologie. Son père le pressai i
d'embrasser l'état auquel il l'avait destiné, mais
le cardinal Octave Corsini, qui venait d'être
nommé légat en France, lui proposa de l'accom-
pagner à Paris, ce qu'il accepta avec joie. 11 y
passa plus d'un an, occupé sans cesse à étendre la
sphère de ses connaissances par la fréquenta-
tion des bibliothèques et des savants. Ce fut à
celle époque qu r il se lia d'une étroite amitié avec
le P. Mersenne. La mort d'un frère et des af-
faires de famille l'ayant ramené à Florence en
1622, il fut appelé l'année suivante à Rome par
le cardinal Barberini, neveu du pape Urbain VIN.
Ce cardinal avait un goût passionné pour la mu-
sique ; Doni, qui avait fait une étude approfon-
die de cet art, et surtout de ce qui concernait
la musique des anciens, écrivit sur cette matière
plusieurs dissertations, dans le dessein de se
rendre agréable à son nouveau protecteur. Il en
reçut la récompense par sa nomination à la
place de secrétaire du sacré collège. Peu de
temps après, le cardinal, étant venu en France
avec le titre de légat, y amena plusieurs savants,
parmi lesquels était Doni, qui revit avec plaisir
les amis qu'il avait laissés dans ce pays. De là
il suivit le cardinal en Espagne et revint enr
suite à Rome. Ce fut alors qu'il imagina un ins-
trument à cordes, qu'il appela Lyra Barberina
àp.çixopS6ç, et qu'il dédia à Urbain Vm. Cet
instrument était composé d'un corps sonore
DONI
30
mobile, posé verticalement sur un socle, et sur
lequel des cordes tendues dans divers systèmes
permettaient de passera volonté, et subitement,
de l'un des modes grecs dans un autre. Il écri-
vit, à propos de celte invention, une dissertation
intitulée Commentant de Lyra Barberina, où
il examine tout ce qui concerne les divers ins-
truments à cordes des anciens : c'est ce qu'on a
de plus savant sur cette matière. Cette disser-
tation ne fut imprimée que plus d'un siècle
après sa mort. La perte de deux frères qui lui
lestaient, et le besoin de soigner ses affaires do-
mestiques, l'obligèrent à retourner à Florence
en 1640; il s'y maria l'année suivante, et ac-
cepta une chaire publique d'éloquence que lui
offrait Ferdinand II de Médicis. Ses devoirs de
professeur ne l'empêchèrent point de continuer
ses recherches sur la musique des anciens, et
particulièrement sur l'union de cet art avec la
déclamation théâtrale. Ayant été nommé aca-
démicien de Florence et de laCrusca, il ne jouit
pas longtemps de ces honneurs, car il mourut
en 1647, âgé de cinquante-trois ans.
Les ouvrages de Doni, relatifs à la musique,
qui ont été publiés de son vivant, sont les sui-
vants : i° Compendio del trattalo del gencri
e modi délia musica, con un discorso sopra
la perfezzione de' concenti, e unsaggio a due
voci di mutazione di génère e di tuono, in
ire manière d'intavolatura; Rome, 1635,
iu-4°. On voit, dans la dédicace au cardinal Bar-
berini, que cet abrégé est celui d'un traité con-
sidérable, en cinq livres, que l'auteur avait écrit,
mais qu'il n'a pas publié. — 2° Annotazioni
sopra il compendio dé" gencri de' modi délia
musica, etc., con due trattali, l'uno sopra i
tuoni e modi veri, Valtro sopra i tuoni o
Armonie degli antichi : e sette discorsi sopra
le materie più principal* délia musica, e
concernenti alcuni stromenti nuovi praticati
dall' autore; Rome, 1640, in-4°. — 3° De
Prxstantia musicss veteris libri très, totidem
dialogiis comprehensi, in quibus vêtus et re-
cens musica cum singulis earum partibus
accurate inter se conferuntur ; Florence, 1647,
in-4°. Dans cet ouvrage, traité sous la forme
du dialogue, Doni a répandu une érudition im-
mense; mais ilse trompe souvent sur le fond des
choses. Il s'y prononce en faveur de la musique
des anciens contre la moderne, et oppose, comme
preuve de son opinion, l'anathèrne lancé par le
concile de Trente sur la musique du seizième
siècle, aux éloges donnés par tous les écrivains
de l'antiquité à celle de leur temps; mais cette
question, de peu d'intérêt, demeurera à jamais
insoluble par le dénuement où nous sommes de
monuments de celte musique antique; et, les
eussions-nous en notre pouvoir, nous n'en se-
rions guère plus avancés, n'étant point placés
dans des circonstances favorables pour en juger.
— 4° Deux tr aides de musique : 1° Nouvelle
introduction de musique, qui monstre la ré-
formation du système ou eschelle musicale,
selon la méthode ancienne et meilleure; la
facilité d'apprendre toute sorte de chants
par le retranchement de deux syllabes ut et
la; une nouvelle manière, et plus aisée, de
tablature harmonique; et un nouveau reigle-
ment des avant-exercices de la musique; 2°
Abrégé de la matière des tons, qui monstre
en peu de mots tout ce que l'auteur a traicté
plus amplement, en plusieurs discours ita-
liens, touchant les tons et les harmonies des
anciens, par lui heureusement renouvelées
et remises en usage. Ces deux traités sont in-
diqués par Gori, dans son catalogue des œuvres
de Doni, comme étant imprimés; si cela est, ils
ont dû l'être à Paris, vers 1639, car l'auteur dit,
dans ses Annotazioni sopra il Compendio, etc.,
qu'il en avait envoyé les manuscrits à l'impres-
sion dans cette ville. Toutefois, je présume
qu'ils n'ont point vu le jour, car mes recherches,
pour en découvrir des exemplaires dans les
catalogues de bibliothèques et chez les bibliogra-
phes, ont été infructueuses, et je suis confirmé
dans ma conjecture par une lettre de L.-Giac.
Bucciardi , datée de 1641, et rapportée par
Bandini (deVita et Scriptis Donii, part. 11,
p. 149, Epist. 94), où il dit : De' suoi trattati
francesi non ho avuto fino adesso avviso ve-
runo. Mattheson semble cependant les avoir eus
en sa possession, car il donne une petite notice de
leur contenu dans sa Critica musica, part. VI,
p. 102; mais peut-être n'en avait-il que des co-
pies manuscrites. Quoi qu'il en soit, ces ou-
vrages paraissaient être perdus, lorsque le ha-
sard m'en a fait découvrir les manuscrits auto-
graphes parmi ceux de la Bibliothèque impériale
(n° 1689, fonds de l'abbaye Saint-Germain des
Prés), dans une liasse de vieux écrits relatifs à
des matières théologiques.
Ces manuscrits, qui forment un cahier de
cent quarante-deux pages in-8°, sont d'une belle
écriture italienne, et sont chargés de correc-
tions de plusieurs mains ; celles-ci sont généra-
lement relatives au style et à des expressions
impropres qui ont. veilli. On trouve en tête du
premier ouvrage deux lettres de Doni, datées du
12 mai 1640; l'une est adressée à l'évêque de-
Riez, qu'il nomme son parent, et à qui il rap-
pelle qu'ils ont fait ensemble leurs études à
Bourges : cette lettre est une dédicace; l'autre,
40
DONI
qui est adressée à Messieurs les musiciens de
France, contient l'éloge des écrivains et des
compositeurs français qui se sont distingués dans
la musique, et parmi eux il place Aurélien de
Reims, Jean de Mûris (qu'il appelle de Mairis),
Jacques Le Febvre(d'Étaples), Pierre Maillait,
Josquin de Prés, Jean Mouton, Nicolas Gombert,
qu'il appelle Crombert, Goudimel, Claude Le
Jeune, Du Caurroy et Guesdron. Il y place son
livre sous la protection des musiciens français,
et leur adresse des observations sur la nécessité
d'adopter la réformation des tons modernes qu'il
propose.
Le premier traité (Nouvelle introduction
de musique, qui monstre la réformation du
système ou eschelle musicale, etc.) est com-
plet; il contient quatre-vingt-quinze pagRS. Doni
y critique avec sévérité l'hexacorde de Gui
d'Arezzo (ou du moins celui qui lui est attribué),
le déclare très-inférieur à la constitution des
modes grecs, et ne le trouve bon que relative-
ment à la tonalité barbare du moyen âge. Villo-
teau a émis une opinion à peu près semblable
dans son ouvrage intitulé : Recherches sur l'a-
nalogie de la musique avec les arts qui ont
pour objet l'imitation du langage. Les dé-
veloppements dans lesquels Doni entre sur cette
matière me paraissent de peu d'utilité, comme
tout ce qui a été écrit par lui et par ses con-
temporains sur le rapprochement de la tonalité
moderne et des modes grecs; mais on y remar-
que un fait curieux et entièrement ignoré : c'est
que Doni est le premier qui ait proposé de subs-
tituer la syllable do à ut dans la solmisation.
On ne trouve, en effet, cette syllable dans aucun
ouvrage italien antérieur à l'époque où celui de
Doni a été écrit.
Le second traité contenu dans le manuscrit
que j'examine est celui quia pour titre : Abrégé
de la matière des tons, etc. Il est incomplet,
mais il m'a paru qu'il ne doit y manquer que
quelques pages de la fin. Ce n'est, en quelque
sorte, qu'un corollaire du premier, maison y re-
marque (p. 111) un renseignement intéressant pour
l'histoire de la musique. Il s'agit d'un clavecin
transpositeur, qui avait été fait par un con-
temporain de Doni; sorte d'invention qu'on a
renouvelée de nos jours, et dont l'existence an-
térieure avait été longtemps ignorée. Voici le
passage dont il est question : « Enfin la diversité
« des tons d'aujourd'hui n'est autre que celle
« qu'on entend au clavecin fabriqué par Jacques
« Ramerin, Florentin, auquel, par le change-
« ment des ressorts, le même clavier sert à
« divers tons différents par degrés semi-toni-
" ques. » Ce passage, et quelques détails sur
j les ouvrages de Marenzio, de Cyprien Roze et
du prince de Venouse, sont à peu près tout ce
qu'il y a de remarquable dans ce traité.
Outre la description de sa Lyre Barberine ,
et le traité des instruments à cordes qui y est
joint, Doni avait laissé plusieurs ouvrages rem-
plis de recherches curieuses, et presque tous re-
latifs à la musique des anciens ; tous ces travaux
restèrent ensevelis dans l'oubli jusqu'à ce que
le savant antiquaire Gori , les ayant rassemblés,
en prépara une belle édition; à laquelle il joignit
le traité de Praestantia musicœ veleris ; mais il
mourut avant qu'elle eût paru , et ce fut Passeri
qui la publia à Florence en 1773, en deux vo-
lumes in-fol. Le premier, inlitulé : Jo,h. Ba~
ptistse Don,i Patrici Florentini Lyra Barbe-
rina àu.çî)ropSoç , accedunt cjusdem Opéra,
pleraque nondum édita, ad veierem musicam
illuslrandam pertinentia , contient : 1° Com-
mentant de Lyra Barberina, orné de gravures
représentant les instruments à cordes antiques. —
2° Le traité de Prucstentia muskse veteris. —
3° Progymnastica musicce pars veterum resti-
tuta et ad hodiernam praximredacta, libri H.
— 4° Dissertatio de musica sacra , recitata
in academia Basiliana; Borna; , anno 1640.
— 5° Due Trattati di Giov. Batista Doni,
l'uno sopra il génère enarmonico , l'altro so,-
pra gV instrumenti di tasti di diverse ar-
monie, con cinque discorsi : il primo, dcl
sintono di Didimo e di Tolomeo ; il secondo,
del Diatonico equabile di Tolomeo ; il terzo,
qualspezie del diatonico si usasse degli An-
tichi , e quale oggi si pratichi ; il quarto, délia
disposizione e facilita délie viole diarmoniche;
il quinto, in quanti modi si possa practicare
l'accordo perfetto nette viole diarmoniche.
— Le second volume, intitulé : De' Trattati di
Musica di Giov. Batista Doni, contient : 1°
Trattato délia musica scenica, ouvrage rempli
de recherches curieuses et fort important pour
l'histoire de la musique théâtrale. — 2° Neuf
discours sur le même objet. — 3° Discorso délia,
rithmopeia de' versi latini e délia melodia
de' cori tragichi. — 4° Degli oblighi ed osser-
vazione de modi musicali. — 5° Discorso,
sopra la musica antica e il caniar bene : ce
discours est de Giov. Bardi. — (5° Délia musica
dell' età nostra, che non è punto inferiore ,
anzi è migliore, di quella dell' età passata ,
par Pierre délia Valle.
Doni avait aussi laissé beaucoup d'ouvrages
commencés , et plus ou moins avancés dans leur
rédaction ; Gori n'a pas cru devoir insérer ces
fragments dans son édition ; mais il en a donn4
une liste complète que je transcris ici :
noNi
DONIZETTl
41
1° Versio Latina Aristidis Quinldiani, Aris-
loxeni Fragment! de Rh yth mica, aliommque
similium , cum notis. Les fragments des Élé-
ments rhythmiqucs d'Aiistoxène, dont il est ici
question, lurent découverts par Doni dans un
manuscrit de la bibliothèque du Vatican , comme
il le rapporte dans son traité de Prœstantia mu-
sicx veteris (lib. Il, p. 130); le savant biblio-
thécaire Morelli les a publiés depuis , d'après un
manuscrit de la bibliothèque de S. Marc de Ve-
nise, avec un opuscule inédit de Michel Psellus
le Jeune , intitulé : npo).au,ëavâ 1 u.ev<x et; ttjv pOO-
(«x^v é7n<îTY][*rjv, Venise, 1785, in-8°. 2° De ra-
tione modulandorum Carminum Latinorum
lib . I. — 3° De Re musica libri duo. — 4° De
JUnjthmopxia lib. 1. De Rhythmographia lib.
I. — 5° De Generibus et speciebus musicse
libri duo , etc. — 6° Pandectarum liber XI.
Qui musices inscribitur, et vocabula, sive
nomenclaturas rei Musicse Grxcas ac Latinas,
etc. Enfin, beaucoup de dissertations ébauchées
sur divers sujets , telles que : De Prœstantia
studiorum musicorum. — De Scriptoribus
musicx. — De Musicis interoallis. — De per-
fecta Harmonia. — De Vi harmonice conju-
gale . — De Efficacia musicœ. — De Phona-
scia veterum. — De variis seinxographix
speciebus, etc.
DONIZETTI (Gaétan) , compositeur dra-
matique, naquit à Bergame le 25 septembre 1798.
Destiné à la profession d'avocat, il fit, pour s'y
préparer, de bonnes études de collège ; mais son
goût le portail vers les arts du dessin. Il désirait
être architecte : pourquoi ne le fut-il pas? on
l'ignore; lui-même n'a jamais expliqué cette cir-
constance. Son père, simple employé, dont les
ressources se bornaient à de faibles émoluments,
obtint de le faire entrer au lycée musical de Ber-
game, alors dirigé par Simon Mayr (voy. ce
nom). Donizetti y reçut des leçons de chant de
Salari, et Gonzalès lui donna des leçons de piano
el d'accompagnement. En dépit de son penchant
pour l'architecture, la nature l'avait fait musicien.
Frappé de ses heureuses dispositions, Mayr lui
enseigna les éléments de l'harmonie; mais, obligé
de faire de fréquentes absences pour ses travaux
de composition dramatique, et ne voulant pas
abandonner son élève aux fantaisies de I instinct,
il le recommanda à Mattei , chef de l'école de
Bologne, pour qu'il le fit admettre au lycée mu-
sical de cette ville. Donizetti, alors âgé de dix-
sept ans et quelques mois, y arriva en 1815. Pi-
lotti (voy. ce nom) et Maltei furent successive-
ment ses maîtres de contrepoint etde composition.
Tendant trois années le jeune musicien se livra
à des études sérieuses sous leur direction. Dans le
but d'acquérir la facilité pratique indispensable
an compositeur, il écrivit dans cette période de sa
vie des ouvertures pour l'orchestre, des qua-
tuors de violon , des cantates et de la musique
d'église. De retour à Bergame, après avoir ter-
miné ses études , il avait pris la résolution de
composer pour le théâtre ; son père, qui le des-
tinait à l'enseignement, pour augmenter les res-
sources de sa maison , ne goûta pas ce projet. Il
en résulta des discussions orageuses qui déter-
minèrent Donizetti à s'engager comme soldat.
Peu de temps après, son régiment fut envoyé en
garnison à Venise. Le jeune musicien , parvenu
à l'âge d'environ vingt ans, y fit représenter, en
18l8,au théâtre San-Lucas, son premier ouvrage,
dont le titre était Enrico, conte di Borgogna.
Le succès de ce premier essai lui procura un
engagement pour écrire II Falegname di Li~
vonia , représenté dans la même ville en 1819,
et qui commença sa réputation. Quelques bons
morceaux de cette partition eurent un moment
de vogue parmi les amateurs, et procurèrent à
Donizetti des protecteurs qui obtinrent son congé
du service militaire. Cette époque était celle de
la domination de Rossini sur tous les théâtres de
l'Italie. Son génie avait créé des formes nouvelles
et des effets auparavant inconnus qui jouissaient
d'une immense popularité, et que la plupart des
compositeurs s'efforçaient d'imiter, afin d'obtenir
de faciles succès. Donizetti ne résista point à cet
entraînement. Doué d'instinct mélodique et d'une
rare facilité d'improvisation , il écrivait avec une
rapidité peu ordinaire, el ne se préoccupait ni
de l'originalité de la pensée, ni du soin de perfec-
tionner le premier jet de son travail. C'est ainsi
que chaque année était marquée, presque sans
exception, par la composition de quatre opéras, et
qu'en 1830 il donna à Naples il Diluvio univer-
sale, I Pazzi per progelto, Francesca di Foix,
Isnelda di Lambertazzi , la Romanziera ,
et à Milan Anna Bolena. Cependant, au sein
même de cette production trop hâtive, le talent
du compositeur prenait çà et là un caractère plus
sérieux , plus dramatique qu'on n'aurait pu l'es-
pérer; ainsi Elisabeth à Kënihvorlh, représenté
à Naples en 1828, VEsule di Roma , écrit dans
la même ville, l'année suivante , et Anna Bo-
lena renferment de véritables beautés. L'en-
gagement que Donizetti avait souscrit avec
l'entrepreneur Barbaja lui imposait l'obligation
d'un travail sans relâche qui semblait devoir
épuiser bientôt ses forces ; mais sa robuste cons-
titution n'en paraissait pas ébranlée.
11 était dans sa destinée d'avoir à lutter dans
sa carrière contre des talents aimés du public
qui le reléguaient toujours au second rang; car,.
i'2
DONIZETTI
peu d'années après le départ de Rossini pour la
France , les succès de Bellini à la scène préoc-
cupèrent les dilettanti de l'Italie d'une manière
presque exclusive. Donizetti était bien plus lia-
bile que son rival dans l'art d'écrire et d'instru-
menter ; mais Bellini avait sur lui l'avantage de
l'originalité des idées. Son style était à lui, tan-
dis que celui du compositeur bergamasque se
ressentait souvent de l'imitation. Toutefois il
n'est pas douteux que la rivalité nouvelle dans
laquelle il se vit engagé ne lui ait été plus utile
que nuisible, car elle l'obligea à mettre moins
de précipitation dans la composition de ses ou-
vrages. Son Anna Bolena, qui obtint à Milan
un brillant succès en concurrence avec la Son-
nanbula de Bellini, nous fournit une démons-
tration de cette vérité. Cet ouvrage est en effet
plus complet , mieux inspiré que les précédentes
productions de son auteur ; il fut le commence-
ment d'une époque de transformation du talent
de Donizetti, transformation qui aurait été bien
plus satisfaisante s'il n'eût emprunté des formes
mélodiques à Bellini , comme il en avait pris
autrefois dans les partitions de Rossini.
En 1835 Donizetti se rendit à Paris ; il y re-
trouva Bellini en possession de la faveur du public.
Au succès des Puritani il voulut opposer Marina
Faliero ,• mais la lutte n'eut pas cette fois l'heu-
reux résultat qu'elle avait obtenu à Milan : son
ouvrage ne réussit pas, bien qu'il s'y trouvât de
belles choses. Il ne tarda point à retourner à Naples,
où l'attendait une belle revanche dans l'éclatant
succès de Lucia di Lammermoor, partition
considérée à juste titre comme son œuvre capi-
tale. Il dut à la vogue dont jouit cet ouvrage
dans toute l'Italie sa nomination de professeur
de contrepoint au collège royal de musique de Na-
ples. La mort prématurée de Bellini laissa, dans le
môme temps, Donizetti sans rival sur la scène
italienne ; ce fut un malheur pour lui , car, n'étant
plus stimulé par la lutte , il reprit ses habitudes
de hâte et de négligence dans ses travaux, et
écrivit pendant les années 1830, 1837 et 1838
plusieurs ouvrages médiocres, tels que Belisario,
il Campanello di -natte , Betly, l'Assedio di
Calais, Pio di Tolomei, Roberto d'Evereux et
Maria di Budenz. Ce fut à la même époque
qu'il composa pour Adolphe Nourrit (voy. ce
nom) la partition île Poliuto, ouvrage sérieux
dont le chanteur français avait^ indiqué le sujet,
d'après le Polyeucte de Corneille. La censure
napolitaine n'ayant pas autorisé la représentation
de cet opéra , auquel le compositeur attachait
plus d'importance qu'il n'avait l'habitude d'en
accordera ses productions, il en éprouva une
Vive contrariété qui lui fit prendre la résolution
de quitter Naples pour se rendre à Paris. Il y
arriva dans les premiers jours de 1840. Des pro-
positions lui avaient été faites par l'administration
d'un nouveau théâtre d'opéra qui s'était établi
dans la salle de la rue Ventadour, et auquel on
avait donné le nom de théâtre de lu Renais-
sance. Un livret d'opéra sérieux, intitulé l'Ange
de ISisîHa, avait été envoyé à Donizetti par cette
administration avant qu'il quittât Naples , et il
avait écrit la plus grande partie de l'ouvrage
lorsqu'il arriva à Paris. Il apportait aussi la par-
tition de la Fille du régiment, que le directeur
de l'Opéra-Comiquelui avait demandée. Enfin, à
a sollicitation de Duprez, la direction de l'Opéra
avait proposé à Donizetti d'arranger son Poliuto
pour la scène française, et la transformation
avait été faite rapidement , sous le titre : les
Martyrs. Pendant qu'il y travaillait, la Fille
du régiment fut représentée à l'Opéra-Comique ;
médiocrement chantée par l'actrice chargée du
rôle principal, l'ouvrage ne réussit pas : il fallut,
pour le relever de celte quasi chute, qu'il fût
traduit en italien , en allemand , et qu'il obtînt
partout des applaudissements. Des cantatrices
françaises détalent en firent de nouveau l'essai à
Paris et sur les principaux théâtres des départe-
ments ; alors l'indifférence du public fit place à
l'engouement. Les Martyrs ne furent pas plus
heureux à l'Opéra que la Fille du régiment ne
l'avait été à l'Opéra-Comique. Représenté dans la
même année ( 1840) , ce grand ouvrage n'occupa
la scène que pendant un petit nombre de soirées.
Le talent de Donizetti n'était pas en harmonie
avec un sujet si sévère. La partition était bien
écrite, mais l'inspiration avait manqué au com-
positeur. La mauvaise fortune semblait le pour-
suivre à Paris, car dans la même année le théâtre
de la Renaissance, pour lequel l'Ange deNisida
avait été composé, fut fermé ; toutefois l'événe-
ment fut heureux pour Donizetti, car, en ajou-
tant un quatrième acte à sa partition, il en lit la
Favorite, l'une de ses meilleures productions :
il en obtint la représentation à l'Opéra. Une pré-
vention défavorable régnait alors parmi les ar-
tistes et dans le public contre Donizetti : elle
exerça son influence sur cet opéra, qui, d'abord,
fut froidement accueilli. Telle était l'incertitude
sur le succès, après la représentation, que le
compositeur eut beaucoup de peine à trouver
un éditeur qui consentît à lui donner 3,000 francs
pour prix de sa partition , devenue ensuite une
source de fortune pour cet éditeur; car bientôt
la sympathie du public s'éveilla pour cette Fa-
vorite si dédaignée à la première audition. Jouée
partout avec un succès toujours croissant, elle-
est restée en possession de la scène, et quelques.-
DONIZETTI
43
uns de ses plus beaux airs et duos sont entrés
pour longtemps dans le répertoire des salons
et des concerts. Peu de jours après les premières
représentations de la Favorite, Donizelti se
rendit à Rome et y fit représenter Adelia, ossia
la Figlia dell' arciero, faible composition qui ne
put se soutenir à la scène. Il fut plus heureux
à Milan, où Maria Padilla obtint du succès.
Arrivé à Vienne en 1842 , il y écrivit Linda di
Chamounix, partition remarquable par la cou-
leur locale et le métite d'une instrumentation élé-
gante. L'ouvrage obtint dans cette ville un succès
d'enthousiasme qui décida l'empereur d'Autriche
à honorer l'auteur du titre de compositeur de la
cour et de maître de la chapelle impériale.
De-retour à Paris au commencement de 1843,
Donizetti écrivit en huit jours la partition de
Don Pasquale, charmant ouvrage bouffe, d'une
inspiration libre et franche, qui rapelle le style
îles bons maîtres italiens de la seconde moitié
du dix-huitième siècle. Bien chanté et joué avec
un talent inimitable par Lablache, cet opéra
produisit une vive sensation et rehaussa la re-
nommée du compositeur. Peu de temps après
avoir obtenu ce succès, Donizelti retourna à
Vienne pour y faire jouer sa Maria di Rohan,
faible production qui se ressentait des premières
atteintes du mal incurable qui conduisit au tom-
beau l'artiste jeune encore. Le repos absolu au-
rait été nécessaire; mais il semblait que, pres-
sentant sa fin prochaine, Donizetti voulait se
hâter de produire encore avant que son intelli-
gence l'eût abandonné. Il revint à Paris pour y
donner des soins aux répétitions de Don Sébas-
tien de Portugal, ouvrage composé pour le
théâtre de l'Opéra , et qui ne lui avait coûté que
deux mois de travail, bien que la partition fût
remplie de morceaux d'une étendue considérable.
Déjà la robuste constitution du compositeur était
ébranlée , et pour la première fois il avait éprouvé
de la fatigue en écrivant cette composition. Pen-
dant les répétitions on remarqua dans le troi-
sième acte des défauts assez importants pour
compromettre le succès de l'ouvrage, et l'auleur
du livret dut le refaire en entier, ce qui exigea
une musique nouvelle. Il en résulta un retard
de près de deux mois pour la première représen-
tation. Dans cet intervalle , Donizetti , tourmenté
d'impatience, écrivit en huit jours un opéra
comique dont la partition n'a été retrouvée que
longtemps après son décès, et qui, jusqu'au mo-
ment où cette notice est écrite , n'a point été re-
présenté. Enfin arriva le moment de la représen-
tation de Don Sébastien, qui fut une arnère dé-
ception pour le compositeur,, car le résultat fut
une chute complète. A la dernière répétition gé-
nérale, Donizetti s'était trouvé mal et avait dit
à un de ses amis : Don Sébastien me tue. A
peine remis de cet échec et des émotions qu'il
en avait ressenties, il partit pour Naples en
1844 et écrivit Catarina Cornaro , qui fut son
dernier opéra ; puis il fit un voyage à Vienne ,
où l'appelaient ses fonctions à la cour; mais des
atteintes plus sensibles d'une affection des centres
nerveux , qui le minait sourdement , le mirent
hors d'état d'y satisfaire. De retour à Paris vers
le milieu de l'année suivante , il n'était plus que
l'ombre de lui-même; cependant il essayait en-
core d'écrire et d'achever un opéra destiné au
Théâtre-Italien, lorsqu'il eut une attaque de para-
lysie, le 17 août de la même année. A la suite de
cet accident son intelligence disparut, et, de cet
artiste naguère si plein de vie et d'une constitu-
tion si énergique, il ne festa plus qu'un corps
débile, d'où avaient disparu toutes les facultés
qui l'animaient autrefois. Transporté au mois de
janvier 1846 dans une 'naison de santé située
à Ivry, il n'y éprouva aucun soulagement du
traitement auquel on le soumit. Il en fut de
même des essais qui furent tentés dans la maison
du docteur Blanche, à Paris. Ce fut alors que
ses amis conçurent le dessein de le transporter
en Italie et d'essayer l'influence de l'air natal
comme dernière ressource. Il s'éloigna de Paris
au mois d'octobre 1847. De nouvelles attaques
frappèrent son cerveau pendant le voyage, et (a
dernière, arrivée à Bergame le 1 er avril 1848,
rendit la paralysie complète. Huit jours après,
Donizetti expira, a l'âge d'environ cinquante
ans. Telle fut la fin de cet artiste distingué ,
dont la vigoureuse constitution fut usée avant le
temps par un travail sans repos et par l'excès
des plaisirs sensuels. Ses funérailles furent célé-
brées avec pompe dans la cathédrale, où la
messe de Requiem composée par Simon Mayr
fut exécutée : toute la ville de Bergame y as-
sista et fit un cortège immense aux dépouilles
mortelles du compositeur jusqu'au champ de
repos.
La carrière productive de Donizetti s'étend
depuis 1818 jusqu'en 1844, et comprend consé-
quemment un espace de vingt-six ans, dans le-
quel il écrivit soixante-quatre opéras, plusieurs
cantates, des messes et des psaumes, c'est-à-dire
environ quatre grandes compositions chaque
année. Pour apprécier le talent de l'artiste il
est indispensable de prendre en considération
cette rapidité excessive de travail. Engagé pen-
dant plusieurs années aux gages de Barbaja , en-
trepreneur des théâtres de Naples, Donizetti devait
écrire chaque année deux opéras sérieux et deux
opéras bouffes; le salaire qu'il recevait pour uu
44
D0JN1ZETTI
si grand travail était à peine suffisant pour les
premières nécessités de la vie. De là l'obligation
de composer en même temps pour les autres
théâtres principaux de l'Italie; de là de fréquents
voyages qui absorbaient une partie du temps ; de
là, enfin, la production sans relâche et sans mé-
ditation. On a vu Donizetti instrumenter toute
une partition d'opéra en trente heures, temps
à peine suffisant pour le travail matériel, nonobs-
tant les abréviations usitées en Italie. Si l'on a
lieu de s'étonner, ce n'est pas que beaucoup
d'ouvrages de peu de valeur ou médiocres aient
été le résultat d'une telle hâte, mais bien que de
véritables beautés en aient été le produit. D'un
grand nombre de partitions improvisées par Do-
nizetti il ne reste déjà plus, il est vrai, que les
noms enregistrées dans les annales des théâtres ;
mais l'auteur A' Anna Bolena , de Lucia di
Lammermoor, de la Favorite, de Don Pas-
quale, laissera un nom honoré dans l'histoire de
l'art, et la postérité ne méconnaîtra pas les
beautés réelles répandues dans l'Esule di Roma,
Isnelda de' Lambert azzi , VElisire d'amore ,
Lucrezia Borgia, Marino Faliero et Linda
de Chamounix. Riche d'inspirations mélodiques
et de sentiment dramatique, l'auteur de ces ou-
vrages n'a malheureusement pas au même degré
le don de l'originalité. Artiste éclectique, il use
avec habileté des moyens et des formes imaginées
par d'autres compositeurs; mais il n'invente ni
dans le rhythme, ni dans l'harmonie, ni dans
l'instrumentation, ni dans la contexture scénique ;
enfin son œuvre ne marque, à aucune époque
de sa carrière, le point de départ d'une transfor-
mation de l'art. Aux qualités qui lui ont été re-
connues dans ce qui précède il est juste d'a-
jouter que Donizetti et Mercadante ont été les
derniers compositeurs dramatiques de l'école
italienne qui ont écrit avec pureté.
Donizetti , qui avait fait de bonnes études dans
sa jeunesse, avait de l'instruction, parlait bien
plusieurs langues et avait acquis dans la fréquen-
tation des hommes distingués de la politesse et
de l'urbanité. Doué de bienveillance, il encou-
rageait les jeunes artistes de ses conseils, et, bien
qu'il attachât beaucoup de prix au succès de ses
ouvrages, surtout vers la fin de sa carrière, il ne
s'attristait pas de ceux de ses rivaux, faiblesse
trop commune chez les artistes. S'il ressentit
quelque atteinte de jalousie à l'époque de son
premier voyage à Paris, ce ne fut que contre
Bellini, dont il croyait que la renommée avait
été acquise à trop bon marché ; mais ce ne fut
qu'un éclair. Plus tard il alfecta de ne ja-
mais contredire les éloges qu'on lui prodi-
guait.
Voici la liste chronologique des opéras com-
posés par Donizetti : 1818, Enrico diBorgogna,k
Venise. — I819,«7 Falegname di Livonia, idem»
— 1820, le Nozze in villa, à Mantoue. — 1822,
Zoralde di Granata, à Rome; la Z ingara,
à Naples; la Lcttera anonima, idem; Chiara
eSerafina, à Milan. — 1823, il Fortunato in-
ganno; Alfredo il Grande; una Follia , à
Venise. — 1824, l'Ajo nell' imbarazzo, à Rome;
Emilia di Liverpool, à Naples. — i82f>, Ala-
hor in Granata, à Palerme; il Castello degli
Invalidi; Elvida, à Naples. — 1827, il Gio-
vedi grassot à Naples; Olivo e Pasquale, à
Rome; il Borgomastro di Saardam, à Naples;
le Convenienze tcatrali, idem. — 1828, Otto
mese in due Ore,h Palerme ; l'Esule di Roma ,
à Naples; la Regina di Golconda, à Gênes;.
Gianni di Calais, à Naples. — 1829 , il Paria,.
idern; il Castello di Kenilworth, idem; il
Diluvio universale, idem. — 1830, / Pazzi
per progetio , idem ; Francesca di Foix, idem ;
Isnelda de' Lambert azzi , idem ; la Roman-
ziera, idem. — 1831, Anna Bolena, à Milan;
Fausta, à Naples. — 1832, VElisire d'amore,
à Naples; Ugo, conte di Parigi, à Milan;
Sancia di Castilla, à Naples; il Nuovo Pour-
ceaugnac, idem. — 1833, il Furioso nell'
isola di San- Domingo, à Rome; Parisina,k
Florence; Torquato Tasso , à Rome; Lucrezia
Borgia, à Milan. — 1834, Rosamunda d'In-
ghilterra, à Florence, donné ensuite à Naples,
avec quelques morceaux nouveaux, sous le titre
(YEleonora di Guienna; Maria Sluarda, à
Naples, jouée ensuite à Rome, sous le titre de
Buondelmonte ; Gemma di Vergi, à Milan. ^
1835, Marino Faliero, à Paris; Lucia di
Lammermoor, à Naples. — 1836, Belisario ,
à Venise; il Campanello diNotte, à Naples;
Betlg , idem; l'Assedio di Calais, idem. —
1837, Pio di Tolomei , à Venise; Roberto
d'Evereux, à Naples. — 1 838 , Maria di Rudenz,
à Venise; Poliuto, à Naples, non représenté et
refait à Paris, en 1840, pour l'Opéra, sous le
titre les Martyrs. — 1839 , Gianni di Parigi,
à Milan. — 1S40, Gabriella di Vergi .idem, non
représenté et donné à Naples en 1844; la Fille
du régiment, opéra-comique, à Paris; les
Martyrs , grand opéra , à Paris ; la Favorite,
idem. — 1841, Adelasia, ossia la Figlia dell'
arciero, à Rome; Maria Padilla , à Milan. —
1842, Linda di Chamounix, a Vienne 1843,
Don Pasquale, à Paris ; Maria di Rohan, à
Vienne; Don Sébastien, grand opéra, à Paris;
un opéra-comique inédit. — 1844, Catarina
Cor laro , à Naples. — Cantates dramatiques
et autres -, 1823, VAristea. — 182.5, 1 VÔtU
DONIZETTI — DOPPLER
de' sudditl. — 1820, El vira. — 1830, il
Fausto Ritorno. — 1832, Admete. — 1835,
•/« Morte d'Ugolino.'Oa a aussi de Donizelti
des recueils de chants et de duos publias à Paris
*t à Milan, sous ces titres: 1° Nuits d'été à
Pausilippe , album lyrique. — 2° Soirées d'Au
tomne à ITnfrascata, recueil de six chants et
duos. — 3° Rêveries napolitaines , six ballades
à voix seule. — 4° Ispirazioni Viennesi, cinq
ariettes et deux duos. — 5° Les Soirées de
Paris, recueil de douze canzonnette et duos;
des variations pour le piano sur le chant du
Barde, dans Y Alfred de Mayr; Milan, Ricordi;
sept messes , dont une de Requiem ; des vêpres
complètes; plusieurs psaumes, dont un Miserere
avec orchestre et divers motels ; des sonates de
piano, douze quatuors pour instruments à
cordes, et des ouvertures de concert.
DONIZETTI (Joseph), frère du précédent,
naquit à Bergame vers 1797. Après avoir fait
des études au lycée musical de cette ville,
sous la direction de Mayr, il devint chef de
musique dans nn régiment d'infanterie ita-
lienne au service de l'Autriche. En 1831 il se
rendit à Constantinople avec des lettres de
recommandation , et y organisa la musique
militaire de la garde du sultan à la manière eu-
ropéenne. Satisfait de son intelligence et de son
activité, le grand-seigneur le décora de son ordre
et Péleva au rang de général de brigade. Joseph
Donizelti est mort à Constantinople , le 10 fé-
vrier 1850, à l'âge d'environ soixante ans. 11 a
écrit beaucoup de musique en harmonie mili-
taire. On a publié de sa composition la Marche
favorite du sultan Mahmoud, et des marches
algériennes, à Milan, chez Ricordi. On connaît
aussi de cet artiste des Canzoni et quelques petites
pièces pour le piano, chez le même éditeur.
D'ONSEMBRA Y. Voy. Onsembkvy (M. D').
DONT ( Jacques ), bon violoniste, est fils
de Joseph-Valentin Dont, violoncelliste distin-
gué de quatuor et d'orchestre, né en Bohême,
et mort à Vienne, en 1833, d'une attaque d'a-
poplexie. Jacques Dont est né dans cette ville,
le 21 mars 1815. Après avoir étudié le violon
sous la direction de Boehm et de Helmesberger,
et s'être fait remarquer par la rapidité de ses
progrès, il a été admis dans l'orchestre de Burg-
Ihéâtre, en 1831, et est entré dans celui de la
chapelle impériale trois ans plus lard. Dont a
publié des compositions pour son instrument,
au nombre d'environ 50 œuvres, parmi les-
quelles on remarque des variations brillantes
avec piano, op. 21 , et des études, op. 30.
DONZELLI (Dominique), chanteur distin-
gué, est né à Bergame vers 1790. Après avoir ter-
miné ses éludes de chant dans sa ville natale»
il débuta sur quelques théâtres des villes de se-
cond ordre. En 1816 il était au théâtre Va lie ,
à Rome, et sa réputation commençait à s'éten-
dre lorsque Rossini écrivit pour lui, dans celte
ville, le rôle de Torvaldo, où il se fit remarquer.
Au carnaval de l'année suivante, il chanta à la
Scala, de Milan, avec madame Festa-Maffei ,
Caroline Bassi et Philippe Galli. Son succès fut
si décidé qu'il fut engagé pour les deux saisons
suivantes. De Milan il alla à Venise, puis à
Naples , d'où il revint à Milan , où Mercadante
écrivit pour lui Elisa e Claudio. A Vienne
Donzetti produisit un grand effet en 1822, et le
succès qu'il y obtint porta sa réputation à Paris,
où il fut engagé en 1824. Il resta attaché au
Théâtre-Italien de cette ville jusqu'au printemps
*de 1831 ; il eut alors pour successeur Rubini. En
1828 il chanta au théâtre du Roi, à Londres, et
le succès qu'il y obtint le fit engager au même
théâtre les années suivantes, après la saison de
Paris. De retour en Italie en 1832, Donzelli
a chanté pendant plusieurs années sur quelques
grands théâtres. En 1841 il se fit encore entendre
à Vérone et à Vienne , quoiqu'il fut alors âgé
d'environ cinquante et un ans. Vers la fin de la
même année il se retira à Bologne , pour y jouir
dans ses dernières années de l'indépendance ac-
quise par ses travaux. Le caractère du talent de
ce chanteur consistait dans une grande énergie
dont il abusait quelquefois, mais qui produisait
de Peffet dans quelques rôles, tels que celui d'O-
tello. Donzelli est membre associé de l'Acadé-
mie des Philharmoniques de Bologne et de l'A-
cadémie de Sainte-Cécile de Rome. On a de cet
artiste un recueil d'exercices de chant intitulé
Escrcizi giornalieri, basât i sulV esperienza
di molti anni; Milan, Ricordi.
DOPPERT (Jean), savant allemand, na-
quit à Francfort-sur-le-Mein en 1671, devint
en 1703 recteur du collège de Schneeberg , en
Saxe, et mourut le 18 décembre 1735. Au nom-
bre de ses dissertations sur divers sujets d'éru-
dition on en trouve une intitulée : de Musiccs
prxstantia et antiquitate; Schneeberg, 1708,
et une autre : Musices cum litteris copula
dcscripla; ibid., 1711.
DOPPLER. Trois artistes de ce nom se
sont fait connaître avantageusement depuis IS40.
Le premier, violoniste, né à Kiew, en Russie,
de parents originaires de Pologne, et élève de
Lipinski, a donné des concerts à Saint-Pétersbourg
avec succès. Deux ans après il était à Varsovie,
où il paraît s'être fixé. On a publié de sa compo-
sition quelques morceaux de concert el de salon
pour son instrument.
40
DOPPLER — DORAT1US
DOPPLER (Albert-François), flûtiste dis-
tingué et compositeur dramatique, est né à
Lemberg, eu Pologne, dans l'année 1822. Son
père, premier hautbois du grand théâtre de
Varsovie, lui donna des leçons de flûte, dans
les années 1828 à 1831. Doué d'une heureuse
organisation pour la musique, le jeune Doppler
fit de rapides progrès sur son instrument. Lors-
qu'il eut atteint un certain degré d'avancement,
il se rendit à Vienne pour y compléter son édu-
cation musicale ; il y fit aussi quelques études
de composition. Il était âgé d'environ vingt et
un ans lorsqu'il entreprit avec son frère, flûtiste
comme lui , un voyage en Allemagne pour don-
ner des concerts. Ils visitèrent la Galicie, la
Russie méridionale , Kiew, Bucharest, et finirent
par se fixer à Pesth en Hongrie, où François fut
attaché comme première flûte au théâtre. Ce fut
alors qu'il commença à s'occuper de la compo-
sition d'ouvrages dramatiques. Son premier
opéra, intitulé le Comte Benjowski, fut joué au
théâtre de Pesth sur.un texte polonais, en 1847; il
obtint un succès d'enthousiasme et eut vingt-cinq
représentations consécutives. Cet ouvrage fut
suivi tfllka, drame musical en trois actes, en
langue hongroise, qui eut quarante représentations
en 1849. Repris en 1854, pendant le séjour de
Mme Lagrange à Pesth, cette grande canta-
trice chanta deux fois le rôle à'ilka en hongrois
«t y produisit une vive sensation. Les autres
opéras de M. Albert-François Doppler, joués jus-
qu'à ce jour sur le théâtre de la capitale de la
Hongrie, sont Vanda, opéra en quatre actes, sur
un sujet polonais écrit en hongrois, qui fut repré-
senté en 1851, et les Deux Housards, opéra-
comique en deux actes, joué en 1853. Les par-
titions de tous ces ouvrages, réduites pour le
piano, ont paru à Pesth chez Treichlinger et
Wagner. En 1856 les frères Doppler ont visité
Bruxelles et Londres. Après avoir donné dans la
première de ces villes un concert où ils ont fait
entendre plusieurs concertantes pour deux flûtes
avec orchestre, ils ont exécuté les mêmes mor-
ceaux dans un concert de l'association des Mu-
siciens. Par la perfection d'ensemble de leur jeu
dans les traits les plus rapides et les plus diffi-
ciles, ainsi que par la délicatesse et le fini des
nuances , ces artistes ont obtenu le plus brillant
succès et ont laissé de beaux, souvenirs chez les
artistes et les amateurs. Un compositeur distingué
de Paris se plaignait tin jour des ennuis que lui
causait un voisin flùtcur, et disait à Cherubini :
Connaissez-vous rien de pire qu'une flûte ? —
Oui.— Quoi donc? — Deux/lûtes! Si l'illustre
maître eût entendu les frères Doppler, il n'eût pas
dit ce mot plaisant. Outre ses opéras, M. Fran-
çois Doppler a composé plusieurs ballets, plus
de dix ouvertures à grand orchestre, et
beaucoup d'autre musique instrumentale. Une
de ses ouvertures a été exécutée au concert de
l'association des Artistes, à Bruxelles , mais elle
n'a produit que peu d'effet. M. François Doppler
a été nommé chef d'orchestre du théâtre de la
cour, à Vienne, le 1 er avril 1S58.
DOPPLER (Charles), frère du précédent,
virtuose sur la flûte, comme lui, et chef d'or-
chestre du théâtre de Pesth , est né à Lemberg
en 1826. Élève de son père et de son frère, il
fit avec celui-ci un voyage dans l'Allemagne du
nord, en Pologne, en Russie et en Moldavie,
puis se fixa dans la capitale de la Hongrie , où
les fonctions de chef d'orchestre du théâtre lui
furent confiées. En 1852 il a fait jouer à ce
théâtre son premier opéra, en un acte , intitulé
le Camp des grenadiers, sur un texte hongrois.
Le bon accueil fait à ce petit ouvrage a décidé
l'auteur à écrire un grand opéra en quatre actes,
qui a pour titre hongrois Wadou fia (le Fils du
désert), joué en 1854, et dont le succès a eu
beaucoup d'éclat. M. Charles Doppler a écrit
aussi plusieurs ballets - et des concertantes
pour deux flûtes, en société avec son frère.
Un quatrième artiste du même nom, et peut-
être de la même famille, Jean Doppler, s'est
fait connaître par une grande quantité de petites
pièces pour le piano, telles que variations, pe-
tits rondeaux, danses, etc. Les renseignements
manquent sur cet artiste ; on sait seulement
qu'il était à Hambourg vers 1840, qu'il alla en-
suite s'établir à Prague, et que postérieurement
il s'est fixé à Vienne. Ce que j'ai vu de lui est
de peu de valeur.
DORAT (Claude-Joseph), poète français,
né à Paris, le 31 décembre 1734, d'une famille
ancienne dans la robe, s'attacha d'abord au bar-
reau, puis se fit mousquetaire, et, enfin, quitta
cette dernière carrière pour se livrer à son goût
pour les lettres. I! est mort à Paris le 29 avril
1780. Dorât a consacré à l'Opéra un chant de
son poëme de la déclamation. On a aussi de lui
un petit poëmc intitulé le Pouvoir de l'har-
monie, imité de Dryden et dédié à M. le Ch.
Gluck (voy. le Journ. encyclop., octobre 1779,
p. 114). Dans ses œuvres diverses, publiées à
Amsterdam et à Paris, on trouve des Recher-
ches sur l'usage et l'abus de la musique dans
l'éducation moderne, qui ont été traduites en
anglais sons ce titre : Euterpe, or rcmarks
on ihe use and abuse of Music, as a part of
modem éducation; Londres, 1779, in-8°.
DORATUÎS (Jérôme) , ou plutôt Dorait,
compositeur, né à Lucques vers 1580, a fait im-
D0RAT1US — DORN
47
primer : Psalmi vespertini quatuor vocum;
Venise, 1609.
DORATI (Nicolas), compositeur de l'école
vénitienne dans le genre madrigalesque, vécut
dans la seconde moitié du seizième siècle. Les
ouvrages par lesquels il s'est fait connaître sont :
1° Madrigali à cinque, sei e sette voci, lib.
1° et 2°; Venezia, appresso Girolamo Scolto,
1559, in-4°. — 2° Madrigali a cinque voci, lib.
1,2,3,4; in Venezia, appr. Antonio Gardano,
1567, in-4° obi.
DORELLI (Antoine), habile ténor, élève
d'Aprile, entra en 1788 au service de l'électeur
de Bavière, et chanta pendant plusieurs années
sur le théâtre de Munich.
DORFSCHM1D (Georges), musicien alle-
mand qui vivait dans la seconde moitié du sei-
zième siècle, a publié des vêpres à quatre voix
sous ce titre : Sacrificiurn vesperiinum quatuor
vocum ; Augsbourg, 1597.
DORION, célèbre joueur de flûte, fut con-
temporain de Philippe de Macédoine; on croit
qu'il était né en Egypte. Plularque {de Musica)
dit qu'il fit, dans un mode de musique pour la
flûte, des innovations qui prirent de son nom
celui de mode Dorionien, et que ceux qui adop-
tèrent ce mode formèrent une sorte de secte,
opposée à une autre qui avait pour chef Anli-
génide (voy. ce nom). Dorion était fertile en
bons mots; Athénée en rapporte plusieurs (lib. 8,
c. 4;, parmi lesquels on remarque celui-ci :
étant un jour dans une ville où il n'avait pu
trouver de logement, il se reposait dans un bois
sacré, près d'un petit temple; il s'informa du
nom delà divinité à qui il était consacré : A Ju-
piter et à Neptune, répondit le sacrificateur.
Comment, s'écria Dorion, pourrais- je trouver
un gîte dans une ville où les dieux mêmes
sont logés deux à deux? Il passait pour un
de ces gourmands si communs dans l'antiquité,
car le poète comique Mnésimaque faisait dire
dans une de ses pièces : Dorion passe chez,
nous la nuit à jouer, non de la flûte, mais
de la casserole.
DORIOT (L'abbé), né en Franche-Comté
vers 1720, fut «l'abord maître de chapelle à Be-
sançon, et fut appelé à Paris vers 1758, pour y
être attaché à la Sainte-Chapelle en cette qualité.
Il y occupait encore le même poste en 1780.
L'abbé Doriot a composé plusieurs motets qu'on
entendait le samedi saint à la Sainte-Chapelle,
et qui jouissaient de son temps de quelque ré-
putation. On connaît aussi de lui un Traité
d'Harmonie selon les principes de Rameau,
dont une copie se trouve clans la bibliothèque
du Conservatoire de Musique, à Paris.
DORLE, musicien français qui vécut au
commencement du seizième siècle, n'est connu
que par des motets imprimés dans les recueils
d'Attaignant (voy. ce nom), particulièrement
dans celui qui a pour titre : XII Motets à
quatre et cinq voix composés par les autheurs
cy-dessoubz escripts, naguères imprimés à
Paris par Pierre Attaignant, demourant à
la rue de la Harpe près de V église de Saint-
Cosme, 1529, petit in-4° obi.
DORN (Jean-Frédéric), professeur de mu-
sique à Kœnigsberg, s'est fait connaître par
plusieurs recueils pour trois ou quatre voix
d'hommes, à l'usage des écoles de chant, les-
quels ont été publiés à Kœnigsberg, Leipsick et
Berlin.
DORN (Henri-Louis-Edmond), compositeur,
neveu du précédent, est né à Kœnigsberg le
4 novembre 1804. Les éléments de la musique
lui furent enseignés par Sœmann, pour le chant,
par Muthreich, puis C. Kloss, pour le piano, et par
le compositeur Jules Mùller, pour la théorie de
l'art. Son oncle Jean-Frédéric Dorn lui donna
ensuite des leçons, et exerça une active influence
sur les commencements de sa carrière d'artiste.
En 1823 Dorn suivit les cours de Kœnigsberg et
s'y livra à l'élude du droit. Lorsqu'elle fut ter-
minée, il entreprit un voyage à Leipsick, Dresde,
Prague et Vienne ; puis il se rendit à Berlin, où
il devint élève de Bernard Klein pour la compo-
sition et de Louis Berger pour le piano. 11 reçut
aussi des leçons de plusieurs autres maîtres. Ce
fut dans cette ville qu'il fit paraître ses premiers
ouvrages pour le piano, le violon et le violon
celle. Il y composa aussi la musique d'un grand
opéra en deux actes intitulé Rolande Knap-
pen ( les Écuyers de Boland), dont il avait
fait le livret, et qui fut représenté au théâtre
Kœnigstxdt avec quelque succès. Il y donna aussi
le Magicien (der Zauberer), mélodrame repré-
senté en 1827. Rappelé à Kœnigsberg, à l'âge de
vingt-quatre ans, pour y prendre possession de
la place de directeur de musique, il fit repré-
senter sur le théâtre de cette ville, en 1829 f
la Mendiante (die Bettlerin) , opéra en deux
actes. Vers la fin de la même année, la place de
directeur de musique d'une des églises de Leip-
sick lui fut offerte et il l'accepta; mais il l'a-
bandonna l'année suivante pour la direction de
la musique de la cathédrale de Saint-Pierre, à
Riga. Il y organisa et dirigea la grande fête mu- ;
sicale en 1836. Après douze années de séjour et
d'activité artistique dans celte ville, Dorn donna
sa démission de ses emplois pour aller à Colo-
gne, où l'attendaient de plus grands avantages ;
il y arriva en 1843; et enfin, après la mort de
48
DORN — DORUS
ÎNicolaï, en 1849> il lui succéda dans la place de
chef d'orchestre du théâtre de Berlin. Au moment
où cette notice est écrite (1859), il occupe en-
core cette position. Les opéras que Dorn a écrits
après ceux qui ont été mentionnés précédem-
ment, sont : Abu-Kara, représenté à Leipsick en
1831; das Schwsermenmxdchen (les Filles
volages), idem, 1832; les Échevins de Paris
(der Schôffe von Paris), à Riga, en 1838; les
Bannerets d'Angleterre , 1843; les Musiciens
d'Aix-la-Chapelle, à Cologne, 1848; Artaxer-
cès,k Berlin; die Niebelungen , grand opéra
en cinq actes, joué à Weimar le 22 juin 185 '«.
M. Dorn a composé des symphonies qui ont été
exécutées à Cologne ; une grande ouverture pour
la cinquième fête, séculaire de la cathédrale de
cette ville, en 1848; un Te Deum;\zïV psaume;
une messe de Requiem, et plusieurs autres com-
positions religieuses; enfin, environ soixante-dix
œuvres de musique instrumentale et vocale,
particulièrement pour le piano, des recueils de
chants pour voix d'hommes et un grand nombre
de Lieder.
DORN (Alexandre-Jules-Paul), fils du
précédent, est né à Riga le 9 juin 1833. Élève
de son père, il l'a suivi à Berlin, en 1849, et y a
publié un recueil de 4 Lieder, chez Bote et
Bock, deux duos pour soprano et ténor, et un
chant de Nymphes, pour 3 voix de femmes. En
1855 il s'est fixé au Caire, en Egypte, et y a fait
exécuter une messe de sa composition, le 15
août 1858.
DORIX (Jacques), virtuose sur le cor et
membre de la chapelle du grand-duc de Bade, est
né à Licbtenau le 7 janvier 1809. Élève de
Schunke pour son instrument, il entra, en 1825,
dans la musique militaire d'un régiment badois.
En 1832 il fit un voyage en Angleterre et s'y fit
remarquer par son talent. De retour à Karls-
:uhe, il y a été attaché à la musique de la cour.
Dorn est aussi très-habile guitariste et a publié
plusieurs compositions pour le cor et pour la
guitare.
DORIVAUS (Philippe), virtuose sur le cor
et musicien de la chambre de l'électeur de
Trêves, naquit vers 1769. On dit qu'il jouait
déjà les concertos de Punto à l'âge de huit ans.
A quatorze, il se mit à voyager avec son frère,
et vint à Paris en 1783. Les connaisseurs admi-
rèrent l'habileté de ces deux enfants, qui retour-
nèrent ensuite en Allemagne. En 1769 ils en-
trèrent tous deux au service du comte de Ben-
theim-Steinfurlh, d'où ils passèrent ensuite à la
chapelle électorale de Coblence. Philippe Dornaus
a publié à Offenbach, en 1802, un concerto
pour deux cors, avec accompagnement d'or-
chestre arrangé par André. Il a fait aussi insérer
«lans la tioisième année de la (Jazelte musicale
de Leipsick (p. 308) des remarques sur l'usage
utile qu'on peut tirer du cor.
DORIVAUS (Lucas), frère cadet du précé-
dent, a toujours accompagné son frère, et se
trouvait avec lui, en 1800, à la chapelle électo-
rale de Coblence. Il a publié : 1° Six petites
pièces pour flûte et deux cors, op. 1; Offen-
bach. — 2° Six petites pièces pour deux cla-
rinettes, deux cors et basson, op. 2; ibid.
DORNEL (Antoine), né en 1696, fut d'a-
bord organiste de la Madeleine en la Cité, et en-
suite de l'église de Sainte-Geneviève. Il est mort
à Paris en 1765. C'était un organiste médiocre
et un mauvais compositeur, mais il passait pour
être bon maître d'accompagnement. Il a publié,
en 1727, des cantates intitulées : les Caractères
de la musique, et le Tombeau de Clorinde.
Il a fait imprimer aussi trois livres de trios pour
le violon.
DORRIAGTOiV (Théophile), né à Witt-
nesham,dansle duché de Kent , fut recteur dans
ce lieu depuis 1686 jusqu'en 1712. On a de lui :
Discourse on singing in the ivorship of God ;
Londres, 1714, in-8°.
DORSTIN (Jean de), de l'ordre des Er-
mites de Saint-Augustin, né à Recklinghauser
(Westpbalie) , vécut au couvent d'Erfurt vers
1475, au temps de l'empereur Frédéric III et du
pape Sixte IV. Au nombre de ses ouvrages, qui
n'ont pas été imprimés, on remarque : 1° De
Monocordo liber unus. — 2° De modo bene
cantandi liber unus. (Voy. Hartzheim, Bi-
blioth. Colon., fol. 167.)
DORUS (Vincent-Joseph Van STEENKISTE,
dit) , virtuose sur la flûte, est né à Valenciennes
le l* r mars 1812. Admis comme élève au Con-
servatoire de Paris le 31 janvier 1812, il reçut
des leçons de Guillou (voy. ce nom) pour la
flûte. En 1826 il obtint le second prix de cet ins-
trument an concours, et le premier lui fut dé-
cerné en 1828. Jusqu'en 1833 son instrument
fut l'ancienne flûte ; mais, convaincu alors de la
supériorité de la flûte réformée par Boehm, dans
les sons graves, dans la justesse, pour la facilité
de jouer dans tous les tons, et par la possibilité
d'exécuter beaucoup de trilles auparavant à peu
près impossibles, M. Dorus n'hésita pas à se re-
mettre à l'étude, et sa persévérance le conduisit
à la possession d'un des plus beaux talents de
flûlistes qu'on puisse entendre. Dans les années
1828, 1829 et 1830, il était attaché à l'orchestre
du théâtre des Variétés ; pn 1834 il est entré à
celui de l'Opéra, où il est encore (1861), en
qualité de première flûte solo. M. Dorus est aussi
DORUS — DOTZAUER
4î>
membre de la société des Concerts du Conserva-
toire et de la musique de l'empereur. En 1858
il a succédé à Tulou comme professeur de flùle
au Conservatoire de Paris. On a de cet artiste :
l° Échos des Lagunes, solos pour flûte. —
2° 1C airs variés, idem. — 3° Fantaisies et Mé-
langes sur des méjodies de Donizetti ; Mayence,
Scliott. — 4° Variations sur une tyrolienne de
Weber. — 5° Crelly, grande valse suisse ; 3 mar-
ches des chasseurs de Lulsow, en collaboration
avecHerz, et d'autres productions pour son ins-
trument.
DORUS-GRAS (M me Julie-Aimée). Voy.
Gras (Mme Dorus).
DORVAL ( P. ) , professeur de chant à Ver-
sailles, s'est fait connaître par un petit ouvrage
estimable qui a pour titre : l'Art de la pronon-
ciation appliquée au chant , et manière fa-
cile d'augmenter les ressources delà voix par
le secours de l'articulation* Versailles, l'au-
teur, 1850, gr. in-8° de 30 pages.
DOTIiEL (Nicolas), flûtiste , né en Alle-
magne vers le commencement du dix-huitième
siècle, était fils d'un artiste habile sur le même
instrument. Vers 1750 il était attaché à la cha-
pelle du grand-duc de Toscane. Le jeu de Do-
tliel, différent de celui de Quantz, éiait lié et
dépourvu de coups de langue. Les composilions
de ce virtuose étaient estimées de son temps en
Allemagne. Il a fait graver à Amsterdam, en
1763 , six duos pour la llùle, et ensuite , à Paris,
Studi per il flaulo, in tutti i tuoni e modi,
avec la basse. Outre cela, on connaît encore en
manuscrit neuf concertos pour flûte et sept
quatuors de sa composition.
DOTZAUER ( Juste-Jean-Frédéric ) , cé-
lèbre violoncelliste, né à Htesseli ietli , près de
Ilildburghausen, le 20 janvier 1783, se livra
de bonne heure à l'étude de la musique. Son
père, pasteur du lieu de sa naissance, lui pro-
cura une éducation soignée, et lui lit apprendre
à jouer du piano, du violon, du violoncelle, et
les éléments de la composition. Le goût pas-
sionné qu'il montrait particulièrement pour le
violoncelle, et les progrès remarquables qu'il fai-
sait sur cet instrument, déterminèrent son père
à le mènera Meiningen, en 1799, pour le confier
aux soins de Kriegek , maître des concerts. Deux
ans après, Dotzauer obtint une place de musicien
de la chambre à Cobourg, ou, suivant d'autres
versions, à la chapelle du duc de Saxe-Meiningen.
Il la conserva jusqu'en 1805, époque où il entra
, à l'orchestre de Leipsick. Un voyage qu'il lit à
Berlin, en 180G, lui procura l'occasion d'entendre
Bernard Romberg, et de perfectionner son talent
sous la direction de cet habile artiste. En 1811 il
BIOCR. UNIV. DES MUSICIENS. — T. III.
a quitté Leipsick pour entrer à la chapelle royale
de Dresde. Voici la liste de ses compositions :
1° Deux quatuors pour violon, op. 12. — 2°
Trois idem, op. 19. _ 3° Un idem, op. 29. —
4° Trois idem, op. 30. — 5° Trois duos fa-
ciles pour violon et basse, op. 4. — 6° Trois
idem, op. 8. — 7° Trois idem, pour deux vio-
lons, op. 14. — 8° Trois idem, op. 16, liv. 1
et 2. — 9° Six idem, op. 25. — 10° Variations
pour violoncelle, avec deux violons , alto et
basse, op. 7. — 1 1° Concertos pour violoncelle
et orchestre : 1 er , op. 27, Mayence, Scholt; 2 e
en ut, op. 06, Offenbacli, André; 3 e en mi, op.
72, Bonn, Simrock ; 4 e en ré, op. 81, ibid; 5 e
en mi bémol, op. 82, ibid ; 6 e en mi mineur, op.
84, ibid; 7 e en fa, op. 93, ibid.; 8 e en ré mi-
neur, op. 100, ibid; 9 e en fa, op. loi, ibid. Con-
cerlinos : 1 er en la mineur, op. 67, Olfenbach,
André; T en la, op. S9, Bonn, Simrock; 3 e en
la, op. 150, Berlin, Challier et Cie. — 12° Pot-
pourri pour violoncelle , avec deux violons,
alto et basse, op. 33. — 13° Quatuor pour vio-
loncelle, deux violons et alto, op. 13. — 14°S/x
duos faciles pour deux violoncelles, op. 9. —
15° Trois idem, pour deux bassons ou deux vio-
loncelles, op. 10. — 16" Trois idem, op. 15. —
17° Huit variations pour violoncelle, avec ac-
compagnement de basse, op. 1. — 18° Deux
sonates pour violoncelle, avec basse , op. 2. —
19° Dix variations pour violoncelle , avec
basse, op. 11. — 20° Plusieurs divertissements
pour violoncelle et piano, ou avec orchestre, op.
73, 105, 125, 143. — 2i° Dix-huit valses à
quatre mains pour le piano, op. 5, 17 et 20. —
22° Exercices pour le violoncelle , op. 47. —
23° Douze idem, op. 54. — 24° Beaucoup de pièces
détachées, de pots-pourris, etc., pour le violon-
celle. — 25° Symphonie à grand orchestre, op.
40; idem, op. 85. — 26° Plusieurs ouvertures,
idem. — 27° Messe en fa, exécutée à Dresde, eu
1837. On a aussi représenté dans la même ville,
en 1841 , l'opéra de cet artiste intitulé Graziosa.
DOTZAUER ( Juste-Bernard-Frédéric ),
fils du précédent, estnéà Leipsick le 12 mai 1808.
Il s'est fait connaître comme pianiste et a publié
quelques morceaux pour son instrument, entre
lesquels on remarque des variations pour piano
et violoncelle sur l'air allemand an Alexis.
DOTZAUER (Charles-Louis), deuxième
fils de Juste- Jean-Frédéric, est né à Dresde le 7
décembre 1 S 1 1 . Élève de son père pour le vio-
loncelle , il a fait avec lui et son frère aine quel-
ques voyages et s'est l'ait applaudir à Berlin. De-
puis 1830 il est attaché à la musique du prince
de Hesse-Cassel. Il a écrit quelques morceaux
pour son instrument.
50
DOUAI — BOURLEN
DOUAI on DOUAY (Emile), composi-
teur, est né à Paris vers 1802. On ignore quelle
fut la première direction de ses études musicales,
car il ne fut point élève du Conservatoire ; mais
on sait que ficicha lui enseigna l'harmonie et le
contrepoint. Le théâtre du Gymnase drama-
tique ayant été ouvert en 1822, M. Douay y eut
une place de premier violon dans l'orchestre; il
en fut nommé deuxième chef en 1823, et dans la
même année il y lit représenter le petit opéra une
Aventure de Faublas, qui fit une lourde chute
et ne fut pas achevé. En 1827 il donna sa dé-
mission de sa place de second chef d'orchestre
et prit celle de violon solo au même théâtre ;
mais il ne la garda que jusqu'en 1831 , époque
de sa retraite. Alors il disparut de la vie active
des artistes, se bornant à former quelques
élèves, cachant son existence, vivant de peu, et
méditant en silence sur certaines innovations
qu'il entrevoyait dans son art. Esprit sérieux ,
homme d'étude, et possédant une instruction
solide qu'il est rare de rencontrer chez les ar-
tistes, il préparait de grandes compositions dont
il ne parlait à personne. Enfin il était com-
plètement oublié lorsqu'en 1843, douze ans
après sa retraite, et parvenu à l'âge de près de
quarante-deux ans , il annonça un concert à la
salle de la rue Neuve-Vivienne, où l'on devait
exécpter deux grandes œuvres de sa composi-
tion. De ses économies il avait fait la dépense
d'un orchestre complet, et, Décomptant pas sur
une recette productive, il avait invité les ar-
tistes à venir l'entendre et le juger. Ses œuvres
avaient pour titres Geneviève des Bois, ou-
verture, et la Création, la Vie et la Destruc-
tion, symphonie poétique. Dès les premières
mesures l'auditoire reconnut un musicien habile
dans l'art d'écrire, ainsi qu'un esprit indépendant
qui cherche des voies nouvelles. Il y avait là
de la hardiesse, de la grandeur, des effets in-
connus, mais du charme, point. L'auditoire, ap-
préciant le mérite de ces ouvrages, applaudit
avec chaleur ce qu'il venait d'entendre, mais il
sortit plus étonné que séduit. Toutefois, les jour-
naux ayant appelé l'attention publique sur les
œuvres de M. Douay, les amateurs se portèrent
en foule à deux autres concerts où les mêmes
compositions furent exécutées. Après cet essai de
son talent, lecompositeur partit pour l'Allemagne,
la parcourut sans dire son nom, sans se faire
connaître comme artiste, écoutant, comparant
et méditant.
Rentré à Paris, il se remit à l'œuvre, et , après
trois années de silence , il reparut de nouveau
dans des concerts donnés à la salle Ventadour,
où il fil entendre deux grandes compositions d'or-
chestre, avec chœurs clsolos, lesquelles avaient
pour litres Crisiophe Colomb, et la Mer, ou
une voix dans l'orage. L'impression produite
par ces œuvres fut moins favorable que celle des
premiers ouvrages. Enfin, dans l'aimée suivante,
il donna de nouveaux concerts au Théâtre-Italien,
dans lesquels on entendit deux œuvres nou-
velles, intitulées Jeanne (d'Arc), trilogie mu-
sicale à grand orchestre, avec chœurs et voix
principale , et la Chasse royale (vision de
Henri IV) , légende de la foret de Fontaine-
bleau, en 2 parties, pour orchestre, chœur
et voix principale.
L'effet de ces compositions ne répondit pas à
l'attente de l'auteur : la trilogie de Jeanne parut
d'une longueur excessive, et les fanfares de la
Chasse royale, pour quatre cors à sons bouchés,
furent fort mal exécutées , et ne firent entendre
que des sons étranges et faux.
Ainsi qu'on le voit, M. Douay est un de ces
musiciens qui veulent faire de la musique des-
criptive, imilative, et transportent dans la genre
instrumental le sujet du drame. Son entreprise
en ce genre n'a pas élé plus heureuse que celle
(ie ses prédécesseurs, et de ceux qui , en dépit
de tant d'essais peu satisfaisants, se sont obstinés
à suivre les mêmes voies. Ainsi que nous l'avons
écrit souvent, nous répétons ici que ces innor
valions, loin d'être un progrès de l'art, en mar-
quent la décadence, parce qu'on veut lui donner
une mission qui n'est pas dans sa nature.
Après que M. Douay fut revenu de son voyage
en Allemagne, il entra à l'orchestre du Théâtre
Italien comme violoniste et y fut attaché pendant
plusieurs années; mais, jaloux de son indépen-
dance, il s'est retiré de nouveau, et n'a reparu
dans le monde musical que pour faire entendre
aux concerts des Jeunes Artistes du Conservatoire,
dirigés par M. Pasdeloup, une ouverture et une
symphonie qui, après avoir été applaudies avec
enthousiasme par l'orchestre aux répétitions ,
n'ont pas eu de succès près du public. On con-
naît aussi de M. Douay une héroïde musicale pour
voix seule et orchestre, intitulée Homère.
DOUET ( Alexaxdre), prêtre et maître de
chapelle de l'église Saint-Hilaire de Poitiers,
dans la seconde moitié du dix-septième siècle,
a publié : Missa sex vocum ad imitalionem
moduli Consolamini; Paris, Cristophe Ballard,
1G70, in-l'ol.
DOURLEN (Yictok), né à Dunlterque en
1779, entra au Conservatoire, dans la classe de
piano de Mozin, en 1797, reçut des leçons d'har-
monie de Catel, et apprit ensuite le contrepoint
sous la direction de Gossec. En 1806 il concou-
rut pour le grand prix de composition musicale,
DOURI.EN — DOWLAND
ôt
qui lui fut décerné par la classe des beaux-arts
de l'Institut. Ce prix lui procurait l'avantage
daller en Italie, aux frais du gouvernement,
étudier l'art de chauler avec facilité dans la com-
position ; mais avant son départ il lit représenter
au théâtre Feydeau Philoclès, opéra en deux
acîes, dont il avait fait la musique. Pendant son
séjour à l'école des Beaux-Arts, à Rome, Dourlen
envoya à PInslitut un Dies irx dont il était
l'auteur, et sur lequel le Breton, secrétaire de la
quatrième classe de cette compagnie, lit un rap-
port favorable, au mois d'octobre 1808. De retour
à Paris, Dourlen a donné au théâtre Feydeau les
opéras suivants : 1° Linnée , an trois actes,
1808. — 2° La Dupe de son art, en un acte,
1809. — 3° Cagliostro, en trois aptes, en société
avec Reicha, 1811. — 4° Plus heureux que
sage, en un acte, 1S1G. — 5° Le Frère Phi-
lippe, en un acte, 1818. — G Marini, en trois
actes, 1819. — 7° Le petit Souper, en un acte,
1822. Oulre ces ouvrages, M. Dourlen a publié
plusieurs compositions instrumentales, parmi
lesquelles on remarque : 1° Sonates pour le
piano, op. 1. — 2° Fantaisie sur la romance de
Bélisaire. — 3° Premier concerto pour le piano,
op. 3. — 4° Trio pour piano, violon et basse,
op. 4. — 5° Trois sonates avec accompagnement
de violon , op. 5. — 6° Fantaisie en trio , avec
F. Kreubé. — 7° Pot-pourri sur les airs de Jean
de Paris. — 8° Sonates faciles pour le piano,
op. 6. — 9° Sonate avec accompagnement de
flûte, op. 9. — 10° Sonate à quatre mains, op.
10. Dourlen a élé professeur d'harmonie et d'ac-
compagnement au Conservatoire de Musique de
Paris, depuis 1816 jusqu'en 1846, époque où
il a pris sa retraite. Il a publié, pour l'usage de
ses élèves, un Tableau synoptique des Accords ;
Paris, Pacini, et un Traité d'Harmonie, conte-
nant un cours complet, tel qu'il est enseigné
au Conservatoire de Paris; Paris, Prilipp,l834,
1 vol. gr. in-4°. Cet ouvrage, dédié à Cherubini,
a été approuvé par la classe des beaux-arts de
l'Institut de France sur le rapport de Berton. La
doctrine quien est la base est celle de Catel, et ses
développements y sont enrichis d'un grand
nombre d'exemples bien écrits, à quatre parties.
DOUTH (Philippe), écrivain anglais du
dix-septième siècle, a publié un poème sur la
musique sous ce litre : Musica incantans, seu
Poema exprimens vires musices, juvenem in
ins.aniam adigentis , et mùsici inde pericu-
lum; Londres, 1674, in-4°. Cet ouvrage est fort
rare.
DOUWES (Nicolas, en hollandais Klaas),
organiste et maître d'école à Tzum, dans la Frise,
naquit à Leuwarden en 1668. Il fit imprimer
à Franeker, en 1099, in-12 de cent trente-deux
pages, un traité de la musique et des instru-
ments, dont il avait préparé une deuxième éd -
tion améliorée, qui ne parut qu'après sa mort,
en 1722, et qui fut reproduit plusieurs fois sous
le titre suivant : Grondig ondersoek van de
Toonen der Muzijh; veaarin van de wijd(e of
groolheit van Oclaven, Quinten , Quarten en
Tertien,ghecleen halve Toone onvolmakteen
valsche spetien gcoorloofde V zamenvoeging
van Oclaven, etc. (P«echerches fondamentales
sur lestons de la musique, etc.). La dernière édi-
tion a paru à Amsterdam, en 1773, in-4°. Dans la
deuxième partie on trouve la description de
l'orgue, du clavicorde, du clavecin, du flageolet,
des flûtes (à bec), du chalumeau, du hautbois,
des cornets, des trompettes, de la trompette
marine, des violes, et des instruments à cordes
[rincées, avec les systèmes de leur accord.
DOWLAND (Jean), célèbre joueur de luih
anglais, né dans la cité de Westminster, en 1562,
fut admis à l'âge de vingt-six ans à prendre le
grade de bachelier en musique, à l'université
d'Oxford. Dans un sonnet attribué à Shak-
speare on trouve ce passage relatif à Dowland :
If musicke and swect poetry agrée.
As they must needs ( 1 tic sister and the brother )
Then must the love be great twtxt tliee and me,
Because lliou lov'st the oneaml I Ihe olher.
Dowland to thee is deer, whose heaveuly touch
TJpon the lutc doth ravisch human sensé;
Spencer to me, etc., etc. (i).
j En 1584 Dowland voyagea en France, et de
là passa en Allemagne, où il fut reçu de la ma-
nière la plus flatteuse par le duc de Brunswick
et par le prince Maurice, landgrave de Hesse-
Cassel. Après avoir passé quelques mois à la
cour de ces princes, il traversa les Alpes, et visita
Venise, Padoue, Gênes, Ferrare et Florence.
A Venise il se lia d'amilié avec le célèbre com-
positeur Jean Croce. De retour en Angleterre il
y publia ses premières compositions en 1595,
sous ce titre : The first Booke of songs or
agrès of foure parts, with tablature for the
lutc (Premier livre de chansonsou d'airs à quatre
parties, avec tablature de luth). Peu de temps
après il partit pour le Danemark et devint
premier luthiste du roi de ce pays. Le deuxième
livre de ses chansons {the second Book of
song or airs for the lute or Orpharion, with
the viol de Gamba) est datée de Helsingôrs
(1) Si la musique et la douce poésie se plaisent comme
le doivent une sœur et un frère, l'amourentre vous et moi
doit être grand, car vous aimez l'une et moi l'autre ■
Dowland vous est cher par sa touche divine sur le
luth, qui ravit les sens: Spencer me plait, etc.
4.
52
DOWLAND — DOYAGUE
en Danemark, le 1er juin 1600. En 1603 il «'tait
de retour à Londres, et y publia : The third
Jïook of songs or airs to sing to the lute,
Orpharion, or violls. Cet ouvrage fut suivi de
celui qui a pour titre : Lachrimse, or seaven
teares figured in seaven passionate pavans,
tolth divers others pavans, gagliards and
almands, set forth for the lute, viols, or vio-
lins, in five parts (les Larmes, figurées par sept
pavanes passionnées , avec d'autres pavanes,
gaillardes et allemandes, arrangées pour le luth,
les violes ou violons, à cinq parties). Cet ouvrage
paraît avoir joui d'une assez grande célébrité,
car il en est fait mention dans une comédie de
Midleton intitulée : No witlike a Woman's (Nul
esprit n'est semblable à celui d'une femme),
dans laquelle une servante annonce une fâcheuse
nouvelle à sa maîtresse, et en reçoit la réponse
suivante :
No, Thouplayest Dowland's Lachrimse to thy master.
Dans la dédicace de cette œuvre à la reine
Anne, qui était sœur de Christian IV, roi de
Danemark, Dowland dit que, voulant retourner
près de ce prince, son maître, il s'était embar-
qué, mais que les vents contraires l'ont obligé
à passer l'hiver en Angleterre.
En 1609 Dowland publia à Londres sa traduc-
tion anglaise du traité de musique d'Ornitopar-
cus. Cette traduction est plus rare que l'ouvrage
original, parce qu'il n'en a été fait qu'une édi-
tion. Dans la préface il dit que, étant résolu de
rester désormais chez lui, il publiera d'autres
ouvrages, particulièrement ses observations et
instructions concernant l'art de jouer du luth
( My observations and directions concerning
the art of Lute playing). Ces instructions et
observations parurent en effet dans l'année sui-
vante, en tète d'une collection de leçons pour le
luth, éditée par le frère de Dowland, sous ce titre :
Varietie of Lessons : vlz. Fantasles, Pavins,
Gaillards , Almaines, Coranloes and Volts.
Selected out of the best approved aulhors
as well betjond the seas as of our owne coun-
try ,• by Robert Dowland. Where unto is an-
nexed certaine observations belonging to Lutc-
playing, by John-Baptisto Besardo ofViscon-
ti; Also a short treatise ihereunto appertay-
ning by John Dowland, batchelor ofmusicke;
London, printed for Thomas Adams, 1610.
Un exemplaire de ce recueil, considéré comme
unique par M. Chappell, existe à la bibliothèque
bodléienne. En 1612, Dowland fit paraître une
collection de pièces sous ce titre : A Pilgrini's
sotace, wherein iscontained musical harmony
ofthree, four andfive parts, to be sung and
plaid with lute and viols ( la Consolation d'un
pèlerin, où est contenue une harmonie musicale
à trois, quatre et cinq parties, pour être chantée
ou jouée sur le luth ou les violes). Quelques
madrigaux de Dowland ont été insérés dans la
Musica antiqua de Smith et dans la collection
du docteur Crotch. Ces spécimens de sa musique
ne donnent pas une idée favorable de son génie
ni de son savoir. Nonobstant la médiocrité de
leur mérite au point de vue de l'art, les li-
vres de chansons ou madrigaux de Dowland
sont si rares aujourd'hui qu'un exemplaire des
trois livres réunis (1595-1603) a été vendu en
1846, chez MM, Kalkin et Budd, à Londres,
la somme énorme de 12 livres 15 schellings
(318 fr. 75 c). M. W. Chappell a publié le pre-
mier livre des Airs de Dowland, en partition,
dans la collection de la Société des Antiquaires
de musique, à Londres, in-fol. Il y a lieu de
croire que Dowland était meilleur instrumentiste
que compositeur. Hawkins indique l'année 1615
comme la date de la mort de ce musicien ( Hist.
of the Science and practice of Music, t. III,
p. 326); mais deux documents authentiques
découverts par M. le docteur Rimbault, et publiés
par M. Chappell, prouvent que Dowland était
encore attaché à la musique de la cour, à Londres,
en 1625, et qu'il était alors âgé de soixante-trois
ans ; enfin , qu'il était décédé au mois d'avril
1626 (1).
DOWLAND (Robert), frère du précédent,
a publié un recueil de chansons à plusieurs voix,
de sa composition, sous le titre de A musical
Banquet; Londres 1610, in-fol.
DOYAGUE (D. Manuel-José), compositeur
espagnol, naquit à Salamanque, le 17 lévrier
1755. Fils d'un artisan de cette ville, il semblait
destiné à la modeste condition de son père ; mais
ses heureuses facultés en décidèrent autrement.
Trop pauvres pour lui faire suivre le cours d'é-
tudes de l'université, ses parents eurent la bonne
pensée de le faire admettre parmi les enfants de
chœur de la cathédrale , et le jeune Doyagiie apprit
au collège de la maîtrise la musique théorique et
pratique, ainsi que les lettres latines. Il était âgé
de vingt-six ans lorsque son maître de musique
et de composition, D. Juan Martin, maître de
chapelle de la cathédrale, se retira en 1781 ;
Doyagiie fut désigné pour lui succéder, A dans
le même temps on lui confia la chaire de mu-
sique de l'université. Il était ecclésiastique et
chanoine de la cathédrale; mais, d'un caractère
peu sociable, il ne voyait personne, et sa longue
(1) Voyez l'introduction placée par M. Chappril dans
The flrst set of songs in four parts composed by John
Dowland, etc., p. 4. )
DOYAGUE — DRAGHI
53
vie s'écoula dans une retraite absolue. Passionné
pour l'art, il était incessamment occupé de la
composition de ses ouvrages; mais, sans ambi-
tion de renommée, il ne cherchait point à les
répandre, se contentant de les faire exécuter
dans son église. De là vient qu'il était à peine
connu de ses compatriotes, lorsqu'en 1813 il
consentit à se rendre à Madrid pour diriger l'exé-
cution d'un Te Deum de la plus grande beauté
qu'il avait composé à l'occasion de l'heureux
accouchement de la reine. En 1830 on chanta
dans la même chapelle une messe de Doyague,
à 8 voix réelles avec orchestre, dont la beauté
excila l'enthousiasme des artistes. L'effet de
cette composition fit décerner à .son auteur le
titre de maître honoraire du Conservatoire de
Madrid, en 1831. Le chef-d'œuvre de cet ar-
tiste remarquable est, dit-on, un Magnificat
à 8 voix, avec orchestre et orgue obligé. En
1829 un de ses Miserere fut envoyé à Ros-
sini, qui, frappé de l'originalité des idées et de
l'élévation du style, écrivit à Doyague une lettre
flatteuse de remercîments et d'éloges. Ce
maître, décédé le 18 décembre 1842, à l'âge de
87 ans, a été enterré avec pompe au cimetière
de Salamanque; un tombeau en marbre lui a
été élevé, et l'on y a déposé, à côté de ses restes
mortels, l'original de son célèbre Magnificat,
dans une cassette recouverte en plomb. Parmi
les productions de Doyague on remarque : 1° Le
grand Magnificat dont il vient d'être parlé. —
2° Un autre Magnificat à 4 voix et orchestre.
— 3° Un troisième idem à 8 voix avec instru-
ments, en ré. — 4° Des Lamentations pour la
semaine sainte. — 5° Trois Miserere, en mi
bémol, parmi lesquels se trouve celui qui fut
envoyé à Rossini. — 6° D'antres Miserere en
style plus léger, à 4 voix, en fa. — 7° Une
messe solennelle à 8 voix, orchestre et orgue
obligé, en sol. — 8° Messe à 4 voix , en fa. —
9° Deux autres idem, en la. — 10° Une autre
idem , en si bémol. — 11° Les psaumes des vê-
pres pour toutes les fêtes. — 12° Office des
Morts à 4 voix, chœur et orchestre. — 13° Mo-
tet funèbre à 4 voix, avec accompagnement de
deux violons, alto et basse, en fa. — 14° Plu-
sieurs Genitori. — 15° Un grand Te Deum à
8 voix et orchestre. — 16° Un nombre immense
de psaumes, motets, villancicos, airs, duos et
quatuors d'église , en toute sorte de combinai-
sons de voix et d'instrumentation. Le style de
Doyague est une alliance des formes sévères
avec les tendances harmoniques de la musique
moderne.
DOZON ( M 1Ie ). Voyez Cuéron (M™ ).
DRAGHETTI (André), jésuite italien,
professeur de métaphysique à l'université de
Bréra, dans la seconde moitié du dix-huitième
siècle , a publié un petit traité de Psychologie
sous le titre de Psychologix spécimen; Milan,
1771 , in-8°. Il y traite ( p. 45-53) des lois des
séries arithmétiques et géométriques appliquées
à l'échelle musicale. Le P. Sacclii ( voy. ce nom
attaqua les idées du P. Draghetti, relatives à ce
sujet, dans un petit écrit qui a pour titre : Ri-
posta al P. Andréa Draghetti, dalla compa-
gnie di Giesù, sulle legge di continuité nella
scala musicale, Milan, 1771, et ce morceau
donna lieu à une autre publication du P. Dra-
ghetti, intitulée -.Délia legge di continuité nella
scala musicale, replica alla riposta del Padre
D. Giovenale Sacchi; Milan, 1772, 97 pages
in-8°, avec une planche. Il a été rendu compte de
la discussion de ces deux savants dans la Gazette
littéraire de Milan (1772, n° 26), et dans le
Journal des Savants (1773, janvier, p. 131, fé-
vrier, p. 375.)
DRAGHI (Baltuasar), compositeur italien
qui vivait vers la fin du seizième siècle, a publié
des Canzonnette e villanelle alla Napole-
tana ; Venise, 1581.
DRAGHI (Antoine), compositeur dramati-
que, né à Ferrare en 1642 , commença à écrire
fort jeune, et, après avoir fait des messes et des
motets à l'âge de vingt et un ans, composa son
premier opéra en 1663. Peu de musiciens ont
eu une fécondité égale à la sienne. Après avoir
passé plus de vingt-cinq ans au service de la
cour de Vienne, il retourna vers la fin de sa vie
à Ferrare, et y mourut en 1707. On peut juger
de sa facilité par la liste suivante de ses opé-
ras : 1° Aronisba, en 1663. — 2° Alcindo. — 3°
Cloriclea, 1665. — 4° Muzio Scevola, 1666. —
5° Ercole acquisitator délia immortalité ,
1667.— 6° Aialante, 1669. — 7° Leonida in
Tegea, i670. — 8°Ifide, 1670. — 9° Peneloppe,
1670. — 10° La Prospérité d'Elio Sejano ,
1670. — 11° Cidippe, 1671. — 12° Avidité di
Midé, 1671. — 13° Gara de Genni , 1671.—
14° Gundelberga, 1672. — lb°LaSulpizia, 1672.
— 16° Atomi d'Epicure, 1672. — 17° Provare
per non recitare (divertissement), 1673. — 18°
La Tessalonica , 1673. — 19° La Lanterna
di Diogene, 1674. — 20° Il Ratio délie Sabine,
1674. — 21° Il Fuoco eterno custodiio dalle
vestali, 1674.-22° Pirro, 1675.-23° I Pazzi
Abderiti, 1675.-24° Lucrezia, 1676. — 25°Se-
leuco, 1676. — 26° Il Silenzio d'Arpocrate,
1677 . — 27° Adriano surmonte Casio, 1677.—
2&°Chelonida, 1677 29° Rodogone, 1677 —
30° LaConquisté del vélo d'Oro, 1678.— 31°
Creso, 1678.-32° Eneain Italia, 1678. — 33?
54
DRAGHI — DRAGONETTI
Leucippe , 1078. — 34° La Monarchia latina
irionfante, 1678 — 35° 11 Tempio di Diana in
Taurica, 167s. — 36° Il Vincitor magnanime
in Tito Quinio, 1 C78.— 37° Flaminio, 1679—38°
Baldracca, 1679. — 39° La Pazienza di Socrate
con due moglie, 1680. —40° Il Temistocle, en
1681 . — 4 1° Achille in Tessalia, 1 68 1 . — 32° La
Forza dell amieizia, 1681. — 43° GliSlrata-
gemi di Bionte, 1082. — 44° La Chimera ,
1682. — 45° La Lira d'Orfeo, 1683. — 46° Il
Palladio in Borna, 1083. — 47° La più gène-
rosa Spartana, 1685.-48° Lenere Azioni di
Tempe, 1685. — 49° Il Bisorcimento délia
mot a dellaFortuna, 1685 — 50° Le Scioccagini
degli Psilli, 1080.— 51° Lo Studio d'amore,
1080.— 52° La Vendetta dell' onestà, 1687.—
53° La Vittoria délia fortezza, 1687. — 54°
Il Marito ama più, la moglie ama me-
glio, 1688. — 55° Tanasio, 1688. —56° 1
Pianeii benigni , 16S9. — 57° Pimmalione in
Cipro, 1689.— 58° Bcsaura, 1689. —59° La
Beginade Volsci, 1690. — G0° Il Bingiovenito,
1091.— &\° IlTribulo de' Suri, 1091. —02° La
Varietà di fortuna in Lucio Giunio Bruio ,
1691. — 63° Il Merilo uniforma i Geni, 1091 . —
04° Fedeltà e Generosità, en 1092. — 05°
Amore in Sogno, 1093 00° Le Fiante délia
viriù e délia fortuna, 1093. —67° Le più ric-
che Gemme , 1693. — 68° Pelopida Tebano
in Tessaglia, 1694. — 09° L'Ossequio delta poe-
sia e délia storia, 169$. — 70° Le Sere dell'
Aventino, 1094 — 71° La Chioma di Bérénice,
1695. — 72° La Finta creità d'Antioco Grande,
1695. — 73° Industrie amorose de' ragazze
di Traciu, 1695. — 74° Magnianimità di Fa-
brizio, 1696. — 75° La Tirannide abbatuta
délie virtù, 1097. — 70° Adalberto, ovvero la
forza dell' astuzie feminile, 1697. — 77° Amor
pervirtù, 1097. — 78° Le Piramide d'Egitlo,
1097. — 79° Arbace, fondatore dell' impero
■ de Parti, 1098 80° Delizioso Bitiro di Luc-
fvlïo, 1698. — 81° Idea del felice governo ,
1698. — 82° Le Finezze dell' amieizia e dell'
onore, 1699.— 83° L'Alceste, 1799. On connaît
aussi quelques oratorios d'Antoine Draghi,
parmi lesquels on remarque le Cinque Piaghe
di Crisfo, écrit en 1677.
DRAGSI! (Ji:\n -Baptiste), claveciniste et
compositeur né en Italie, accompagna en An-
gleterre Marie d'Esté, princesse de Modène et
épouse du roi Jacques II. Pendant toute la du-
rée de ce règne il tut le musicien favori de
la cour. On croit aussi qu'il donna des leçons
de musique à la reine Anne. L'année de sa
mort est ignorée. Les ouvrages qu'il publia en
Angleterre consistent en suite des pièces de
clavecin. Il fit aussi la musique de deux opéras :
l'un, intitulé Psyché, en société avec Lock ;
l'autre , sous le titre de the Wonders in the
Sun, or the kingdom of birds (les Merveilles
dans le soleil , ou le royaume des oiseaux ),
repésenté au théâtre de la Reine, dans Ilaymarket,
en 1706. On croit que plusieurs antiennes insé-
rées dans les collections de la lin du dix-sep-
lième siècle, et indiquées sous le nom de Bap-
tiste , sont de Draghi.
DRAGONETTI (Dominique), virtuose sur
la contre-basse, est né à Venise le 7 avril 1763.
Son père , simple ménétrier , jouait aussi de cet
instrument. Dragonelti n'eut point d'autre maître
que lui-même; un pauvre cordonnier, nommé
Schiamadori, lui enseigna les premiers principes
de la musique. Seul il apprit à jouer de la con-
tre-basse, et ses progrès furent si rapides qu'à
l'âge de onze ans il était capable de faire sa
partie dans un orchestre. Un musicien, nommé
Dorètti , ayant eu occasion de l'entendre, fut
si étonné de ses rares dispositions qu'il, pria
son père de lui donner un maître. Celui-ci confia
son tils aux soins de Cerini, contre-bassiste de
l'église de Saint-Marc et le meilleur maître de
Venise. Après avoir donné onze leçons au jeune
Dragonetli , ce vieux musicien n'eut irlus r:cn
à lui apprendre, car son élève était arrive a un
degré de talent supérieur au sien. A l'âge de
treize ans Dragonetli occupait la place de pre-
mier contre-bassiste à l'Opéra-Bouf e ; à qua-
torze on lui confia la même place à l'Opéra-
Sérieux de San-Benedetto; enfin, à dix-neuf, il
succéda à son maître Cerini au chœur de l'église
de Saint-Mare. Son talent extraordinaire le
faisait souvent choisir pour jouer sur la contre-
basse la partie de violoncelle dans les quatuors
de violon. Les concertos les plus difficiles de
basson ou de violoncelle n'étaient qu'un jeu
pour lui. il avait composé pour son usage des
concertos, des solos , des sonates, dans les-
quels il avait introduit des passages d'une
si grande dilficulté,que lui seul pouvait les jouer.
Dans un voyage qu'il fit à Vicence,il eut le
bonheur d'acquérir une contre-basse excellente
qui avait été construite par Gaspard de Salô,
maître d'André Amaii : c'est cette même
contre-basse dont il s'est toujours servi de-
puis lors. De retour à Venise il reçut l'invi-
tation de set de Leipsick ; ce fut dans ce dernier
lieu qu'il apprit à jouer du violon et qu'il se
forma dans l'art du chant. Il y demeura depuis
1753 jusqu'en 1756. Quelque temps après il alla
à Bayreuth, et, après y avoir pris des leçons de
58
DRESLER — DREYER
la célèbre cantatrice Tnrcolti , il entra dans la
chapelle du margrave , et fut nommé peu après
secrétaire des finances. Lors de !a mort du
margrave, en 1763, le duc de Gotha engagea
Dresler à son service en qualité de secrétaire
et de musicien de sa chambre. Il n'y resta que
peu de temps et donna sa démission en 1706.
L'année suivante le prince de Furstemberg lui
conlia les fonctions de secrétaire et de directeur
de sa chapelle à Welzlar; mais, ce prince étant
retourné en Bohême en 1771, Dresler ne voulut
pas l'y suivie et demanda sa retraite. En 1773
il fut admis à chanter devant l'empereur à
Vienne, puis se rendit à Cassel. Il s'y engagea
comme chanteur à l'Opéra, et y resta jusqu'à sa
mort, arrivée le 5 avril 1779. Dresler s'est fait
connaître par ses écrits sur la musique : en voici
les titres : 1° Fragmente einiger Gedankeu
des musikalischen Zuschauers , die bessere
Aufnahme der Musik in Deutschland betref-
fend ( Fragments d'idées d'un amateur sur les
progrès de la musique en Allemagne) ; Gotha ,
1767, six feuilles in-4°. — 2° Gedanken ûber
die Yorslellung der Alcest (Réflexions sur la re-
présentation (VAIcesle); Francfort et Leipsick ,
1774, deux feuilles in-8°. — 3° Theaterschule
fur die Deutschen das ernsthafle Sing-
schauspiel betref fend ( École du théâtre pour
les Allemands, concernant l'Opéra sérieux);
Hanovre et Cassel , 1777, quatorze feuilles in-8°.
Dresler a aussi publié des chansons détachées et
en recueils.
DRESSLER (Jean-Fuédéiuc), littérateur
à Magdebonrg, est né à Halle, en Saxe, vers
1760. Il a publié un opuscule intitulé : Beytrxge
zu Fischefs Versucheninder Tonund Dicht-
kunst (Additions aux Essais de Fischer sur la
musique et la poésie) ; Magdebonrg, 1791, in-8°.
DRESSLER (Raphaël), flûtiste et compo-
siteur pour son instrument, naquit à Gratz, en
Styrie, vers 1784. En 1809 il se fit connaître
en Allemagne par un concert qu'il donna avec
succès à Leipsick, le 19 janvier. Dans la môme
année il s'établit à Vienne, et y fut attaché comme
première flûte au théâtre de la porte de Carin-
Ihie. En 1817 il accepta une place dans la cha-
pelle de la cour de Hanovre; puis il vécut en
Angleterre pendant environ quatorze ans. De re-
iour sur le continent, il mourut à Mayence le 12
février 1835. Ou a de cet artiste environ cent
œuvres de différents genres pour la flûte, parmi
lesquels, on remarque trois concertos, œuvres
4, 27 et 40 ; des quatuors pour flûte, violon ,
alto et basse, œuvres 10, 30 et 37 ; des trios pour
Hlûte, violon et violoncelle, op. 39, et pour trois
Mites, op. G4; dix œuvres de duos pour deux
flûtes; des études, caprices, et un grand nombre
de thèmes variés.
DRETZEL ( Yalentin ) , organiste à l'église
Saint-Laurent de Nuremberg, vers le commen-
cement du dix-septième siècle, a publié une col-
lection de molets à trois voix, sous le litre de
Sertulum musicale exsacris flosculis conten-
tion ,■ Nuremberg, 1621. Son lils, Wolfgung
Drelzel, habile luthiste, naquit à Nuremberg en
1G:îo, et mourut dans la même ville en 1660.
DRETZEL (Corneille-Heniu ) , organiste
habile, né à Nuremberg, au commencement du
dix-huitième siècle, fut d'abord attaché a l'église
de Saint-Égide, puis à celle de Saint-Laurent ,
et enfin à celle de Saint-Sébald. I! joua l'orgue
de cette dernière jusqu'en 1773, époque de sa
mort. On a de lui les ouvrages suivants : 1° Livre
de musique chorale à quatre parties ; Nuremberg,
1731, in-fol. de 880 pages. — 2° Divertissement
harmonique, consistant en un concerto pour le
clavecin.
DREUILÏÎ (Jean-Jacques), violoniste at-
taché au théâtre de Brest en 1812, se noya dans
la même année, en se baignant dans la mer. On
a gravé de sa composition : Trois trios pour deux
violons et basse, I er livre ; Paris, Aug. Le Duc.
DREUX (Jacques- Philippe) , joueur de
flûte traversière à Paris, dans la première moitié
du dix-huitième siècle, a fait imprimer, vers 1730,
Trois livres de Fanfares pour deux chalu-
meaux ou deux trompettes, et des Airs pour
' chalumeau.
Le fils de ce musicien, professeur de piano à
Paris, a publié quatre pots-pourris pour cet instru-
ment ; la Bataille deMarengo, pièce caractéris-
tique; Paris, Imbault; et une petite méthode de
piano; Paris, Frère. Il est mort en 1805.
DREWIS (F.-G.), amateur de musique, né
en Saxe, et vivant encore en 1812, a publié des
lettres sur la théorie de la musique et de la
composition sous ce titre : Briefe ueber die
Théorie der Tonkunst und Composition ; Halle,
1796, six feuilles in-8°. Cet ouvrage ne contient
rien de remarquable; il est divisé en huit lettres.
DREYER (Jean-Melchior), organiste et
directeur de musique à Ellwangen, petite ville
du royaume de Wurtemberg, est né vers 1765.
Il a beaucoup écrit pour l'église, principalement
dans le style bref. Voici la liste de ses ouvrages
imprimés •. 1° Missx brèves et rurales ad mo-
dernum genium, 4 voc, 2 viol., org. oblig.,
2 clar., 2 c. et violonc. ad libit.; Augsbourg,
1790, op. 1.-2° idem, op. 2 ; ibid., 1790.— 3° VI
Solcmnes Miserere 4 voc. ord., 1 viol., viola,
organ. oblig., Ifl., 2 c. et violonc, op. 3;
ibid., 179t. — 4° XXVIII Psalmi vespsrtini
DREYER — DREYSIG
6«J
pro Dominica de Ticala, Aposlolis, Confessori
et rcsiduis,4 voc.,1 viol., organ. oblig., viola,
:> c, tympanis et violonc ad libit ., op . 4 ; 1791.
— 5° XXIV Hgmni brevissimi ad Yesperas,
op. 5; ibid, 1791. — G° VI Missx , quarum
prima solcmnis, reliqux vcro brèves et ru-
rales sunt, 4 voc, 2 viol., viola., 2 cor., organ.
et violonc. pattim obligal is, partim ad libit.,
op. 0; ibid., 1792. — 7° VIII Tant uni ergo,
4 voc. ord., 2 viol., organ. obi., 2 c. et vio-
lonc, op. 7; ibid., 1792. — 8° VIII Sehrkurie
und leichtc Landmcssen, irovon die 2 letzten
fur die abgestorbenen, sammt s kurzen of-
fertorïts fur 1 Singstimme und Orgel, mit
willkirehlichcn 3 andern Singstimmen iind
einer violino, op. S; ibid., 1793. — 9° VI
kurzc und leichte Orgel-sonaten, 1 und 1
Theile, op. 9; ibid., 1793. — 10° 17 idem,
dritter und vierier Theile, op. 10; ibid., 1793.
— 11° V Vcsperce cum IVpsalmis't voc, cum
organ. obi., 2 viol., viola, 2 c. et violonc,
op. 2; ibid. — 12° Deutsche Messe, oder der
heilige Gesang zum Gotlcsdicnslc in der ro-
misch-katolischen lu relie vnter der heiligen
Messen zum Gebrauch der Schulcn und Land-
Chorregenten, mil neuen Mclodien Verschen,
in-4°; ibid. — 13" XII Offer/oria brevissima
de Beata, 4 voc, org. et symph., op. 14; ibid.
— 14° Te Dcum Laudamus, 4 voc, org. et
symph., op. 1G; ibid. — 15° VI Missx brèves
rurales, 4 voc, org. et symph., op. 17;
ibid. — 10° XII Tanlwn ergo, 4 voc, org.
et symph., op. 18; ibid. — 17° Vf hurze und
leichte Land-Messen, etc., savant G kurzen
Offeriorien fur 1 oder 4 Sin/istimmcn mil
Orgel und 1 oder iViolinen ad libit., op. 19;
ibid. — 18° VI brèves ac rurales Missx pro de-
functis, cum 3 Libéra, 4 voc, org. et symph.,
op. 20; ibid. — 19° VI Symphonix cum violin.,
viol, et b. obligal., clarin., fl.., c. velclar. et
tymp. ad libitum, op. 21; Augsbouig, in-fol.
Dreyer est mort à Elwangen au commencement,
du dix-neuvième siècle.
DREYSCHOCÏÏ (Alexandre), pianiste
distingué, est né le 15 octobre 1818 à Zack, en
Bohème. Dès son enfance il montra d'beureuses
dispositions pour la musique, dont il apprit les
premiers éléments chez le maître d'école du lieu
de sa naissance. A l'âge de treize ans il fut en-
voyé à Prague et placé sous la direction du
maitre de chapelle Tomascbeck. Après avoir
reçu des leçons de ce maître pendant quatre
ans, pour le piano et la composition, il se livra
seul à l'étude des plus grandes difficultés de
l'instrument et acquit une grande habileté de la
main gauche, parliculièrement dans l'exécu-
tion rapide des tierces, des sixtes et des octaves,
qui forme le caractère distinctif de son talent.
En 1836 il fit son premier voyage d'artiste en
Allemagne, et visita Leipsick, Dessau, puis
Breslau, Schvverin et Weimar. En 1840 il se lit
entendre à Berlin et ne quitta cette capitale que
pour se rendre à Saint-Pétersbourg, d'où il revint
l'année suivante par Breslau, pour aller à Vienne
et parcourir la Hongrie Arrivé à Paris au prin-
temps de 1843, il y obtint de brillants succès
par l'énergie de son exécution et par ses varia-
tions pour la main gauche seule. Quelques mois
après il se rendit à Londres; puis il donna des
concerts à Bruxelles et dans plusieurs autres
villes de la Belgique. En Hollande il visita Ams-
terdam, Rotterdam et La Haye. Charmé de
son talent, le roi des Pays-Bas le décora de l'ordre
de la Couronne de chêne. Dreyscbock retourna
en Allemagne par Cologne, Francfort et Darm-
stadt, donnant partout des concerts et se fai-
sant applaudir. En 1845 on le trouve à Dan-
tzick, l'année suivante à Dresde, et en 1847 de
nouveau à Berlin. Postérieurement il a continué
ses pérégrinations en Danemark, en Suède et
en Norwége. Les compositions de cet artiste pour
le piano sont au nombre d'environ cent œuvres,
jusqu'à ce jour (I8G0); on y trouve des rondeaux
militaires avec orchestre, des sonates, éludes,
fantaisies, nocturnes, romances sans paroles,
thèmes variés et pièces de tout genre, sous des
titres très-divers. Il a publié aussi une ouverture
de concert à grand orchestre (en ré); Prague,
Hoffmann. Au moment où celte notice est écrite,
Dreyscbock vit à Prague, où il se livre à l'ensei-
gnement du piano.
DREYSC8ÎOCIÎ (Raimond), frère du pré-
cédent, est né le 20 août 1824 à Zark, près de
Prague. Après avoir obtenu son admission an
Conservatoire de celte ville, il y reçut des leçons
de M. Mildner pour le violon. Ses éludes
musicales terminées, il a fait avec son frère
plusieurs voyages et s'est fait remarquer par
sou talent de violoniste. En 1850 il s'est lixé à
Leipsick, en qualité de second maître des con-
certs du Gevandhaus et comme professeur au
Conservatoire. Il a publié plusieurs compositions
pour son instrument.
DREYS5G (Antome), organiste du roi de
Saxe, naquit en 1775 à Oberleiitensdorf, en
Bohême. Il n'avait que dix ans quand son prie
l'envoya à Dresde pour y faire ses éludes : son
premier maitre de musique fut François Hurka ;
puis il prit des leçons de chant de Mariotlini ,
chanteur de la cour. Après avoir achevé ces
éludes préparatoires, il devint élève de Arnest
pour l'orgue, et fut nommé son adjoint, pour
60
DREYSIG — DRIEBERG
muer les messes du matin; puis il succéda à son
maître comme organiste de la cour. On a de
Dreysig des préludes pour l'orgue qui sont restés
en manuscrit.
DRIEBERG (Frédéric De), chambellan du
roi de Prusse, né àCharlottenbourg le 10 décem-
bre 1780, s'est livré fortjeune à l'étude de la mu-
sique, et s'est particulièrement attaché à l'examen
de la musique des Grecs, sur laquelle il a publié
des opinions fort singulières. Ce fut vers 181(5
que M. de Drieberg commença à s'occuper de
cet objet, et que, sur quelques aperçus saisis à
la légère, il se donna la mission de réformer les
connaissances qu'on croyait avoir sur la musi-
que des anciens. Ses vues se portèrent d'abord
sur la construction de l'échelle musicale des
Grecs et sur la nature des intervalles de cette
échelle. L'ouvrage spécial dans lequel il avait
exposé ses idées sur cet objet fut annoncédansla
Gazette musicale deLeipsick(ann. 1817, n° 51),
et parut sous ce titre : Die mathematische In-
tervallenlehre der Griechen ( la Doctrine ma-
thématique des intervalles musicaux des Grecs) ;
Leipsick, 1818, in-4°. M. de Drieberg établit
dans ce livre que le système musical des Grecs
ressemblait parfaitement au nôtre, que le tem-
pérament est une invention misérable et fausse,
que les proportions de la tierce majeure ou mi-
neure sont purement arbitraires, et que le comma
est une quantité illusoire, n'y ayant d'autre
moyen de mesurer les intervalles des sons, pour
notre oreille et pour notre intelligence, que le
demi-ton. Il n'y avait rien de nouveau dans ces
propositions, car depuis Arisloxène le système
de la division de l'échelle en parties égales a eu
beaucoup de partisans, et M. de Momigny s'est
efforcé de le faire prévaloir pendant plusdetrenle
ans. En 1825 M. de Drieberg a développé les
conséquences de ce système dans deux arlicles
qu'il avait écrits pour le Dictionnaire de Musi-
que annoncé par Godfried Weber, et qui fu-
rent insérés dans le deuxième volume de l'écrit
périodique intitulé Cœcilia. Le premier de ces
articles concerne l'accord des instruments de
musique grecs, l'autre, le monochorde. M. de
Drieberg y soutient la nécessité d'accorder par
quintes et par quartes justes, et l'inutilité des
résultats de la division du monochorde. Chladni
saisit cette occasion pour mettre en évidence une
multitude d'erreurs de M. de Drieberg, et l'atta-
qua avee vivacité dans des observations sur la
musique ancienne et moderne, insérées au cin-
quième volume de Cœcilia (p. 279 et suiv.).
L'autorité du nom de Chladni dissipa les illu-
sions que beaucoup de personnes s'étaient faites
sur la valeur des prétendues découvertes de
M. de Drieberg, et depuis lors les opinions de
celui-ci ont perdu beaucoup de leur valeur en
Allemagne.
En 1819 M. de Drieberg fit paraître des Éclair-
cissements sur la musique des Grecs (Auf-
chslûsse ueber die Musik der Griechen;
Leipsick, 1819, in-4°), dans lesquels il exposa
l'ensemble de son système; il acheva de le
développer dans deux ouvrages qui ont pour
titres : Die musikalischen Wissenschaften
der Griechen (les Connaissances musicales des
Grecs), Berlin, T. Trautwein, 1821, in-4°, et
Die praktische Musik der Griechen (la Mu-
sique pratique des Grecs); Berlin, T. Trautwein,
1821, in-4°. C'est dans ces ouvrages que les
idées les plus bizarres et les plus fausses furent
émises par l'auteur de ce système sur la musi-
que des anciens. Il y reproduisit comme base
de sa théorie l'assertion de Pcpusch, depuis
longtemps oubliée (et sans citer cet ancien mu-
sicien), que le système lonal des Grecs se prenait
en descendant, en sorte que toutes les cordes de
l'échelle étaient placées au rebours de la disposi-
tion que les autres auteurs leur avaient donnée;
absurdité qui nesontient pas un examen sérieux
et qui aurait mis au néant l'utilité qu'on aurait pu
retirer des ouvrages de M. de Drieberg, lors même
qu'il ne se serait pas trompé sur les autres points
de la musique des Grecs. La manière dogmatique
et absolue de cet écrivain lorsqu'il présente ses
idées, et l'absence de toute citation, si ce n'est
celle de quelques auteurs de l'antiquité et de ses
propres ouvrages, ne permettent pas de savoir ce
qui l'a déterminé à adopter son singulier sys-
tème; il ne discute jamais, et avance les faits
qu'il imagine comme s'ils élaient incontestables.
Au reste, il ne paraît pas avoir eu des opinions
bien arrêtées ni formulées en un tout homo-
gène dont on ne peut rien changer sans qu'il s'é-
croule; car, vraisemblablement, ébranlé par les
objections qui lui ont été faites et parles travaux
consciencieux de Perne, publiés dans la Revue
musicale, il a renversé de nouveau l'échelle
musicale des Grecs dans le Dictionnaire de la
Musique grecque, son dernier ouvrage, et s'est
conformé au système réel de cette musique, en
replaçant la proslambanomène , ou corde
ajoutée, au grave, et les autres cordes dans
leur ordre naturel, en partant de ce point, nu
lieu de les mettre à l'aigu, comme il l'avait fait
d'abord.
En 1822 M. de Drieberg a publié un traité des
inventions pneumatiques des Grecs sous ce titre :
Die pneumatischcnErfindungen der Griechen;
Berlin, in-4° avec planches. Il y traite de l'orgue
hydraulique et de l'orgue pneumatique, mais ai-
DRŒBERG — DIlOBISCil
r,f
rangeant les documents qui lui étaient fournis
par Vitruve et Héron d'Alexandrie suivant ses
idées particulières, de telle sorte qu'on ne peut
pas plus se former une idée de ce qu'étaient ces
instruments chez les anciens, d'après l'ouvrage
de M. de Drieberg, qu'on ne le peut dans ce que
Perrault en a écrit.
11 me reste à parler du dernier ouvrage de
M. de Drieberg, c'est-à-dire du Dictionnaire
de la Musique des Grecs ( Wœrterbuch der Grie-
chischen Musik, etc. ; Berlin, Schlesinger, 1835,
in-4° de deux cent dix-neuf pages, avec sept
planches). Les assertions les plus bizarres, les
suppositions les plus gratuites, particulièrement
en ce qui concerne les instruments de musique
des anciens, abondent dans cet ouvrage, et l'on
y trouve encore une preuve du défaut de (ixité
des idées de l'auteur; car, après avoir nié autre-
fois la réalité des proportions musicales, il en
expose le système dans plusieurs articles, d'a-
près Euclide et Ptolémée. Au résumé, il est
permis de dire que M. de Drieberg n'a point fait
l'histoire, mais bien le roman de la musique
grecque, et qu'aucune utilité ne peut être tirée
de ses ouvrages sur ce sujet. Piqué des critiques
dont ses livres avaient été l'objet, M. de Drie-
beTg a cru devoir y faire une réponse dans
laquelle son amour-propre blessé n'est pas tou-
jours resté dans les limites de la politesse; elle
a pour titre : Die griechische Musikauf ihre
Grundgeselze zuriickgefiihrt. Eine Antikri-
tique, etc. (la Musique grecque ramenée à ses
lois fondamentales. Anticritique); Berlin, Traut-
wein, 1841, in-4° de 195 pages.
Ce n'est pas seulement comme écrivain sur la
musique que M. de Drieberg s'est fait connaître;
élève de plusieurs musiciens distingués , par-
ticulièrement de Spontini , il a écrit deux,
opéras ( Don Cocagno , et le Chanteur et le
Tailleur) qui ont été joués avec quelque succès
à Berlin et dans d'autres villes; l'ouverture et
quelques morceaux du premier de ces ouvrages
ont été publiés à Mayence, chez Schott. D'autres
opéras de M. de Drieberg sont restés en manus-
crit; en voici les titres : 1° L'Intrigo délia
lettera, farce en un acte. — 2° La Fata, opéra
comique en deux actes. — 3° Der Hechelkrœmer
(le Marchand de peignes à carder), opéra co-
mique en trois actes. — 4° Âlfonso de Castille,
opéra romantique en deux actes. M. de Drieberg
habitait ordinairement en Poméranie; il est mort
à Charlottenhourg le 21 mai 1856.
DRIEBERG (M me Louise De), femme du
précédent, s'est fait connaître comme compositeur
par plusieurs recueils de Lieder à voix seule
avec accompagnement de piano.
DROBISCH (Charles-Louis), né à Leipsick
le 24 décembre 1803, montra peu de goût pour
la musique dans son enfance, et rien ne faisait
présumer qu'il aurait un jour quelque talent;
ce ne fut qu'au collège de Grimma, où il lit
ses études, qu'un penchant chaque jour plus
prononcé se manifesta pour cet art, et qu'il
s'en occupa dans tous ses moments de loisir.
Sans autres moyens d'instruction que ses pro-
pres études , il parvint à composer quelques
bagatelles, des cantates et un petit opéra. A
Leipsick, où il fut envoyé pour faire ses huma-
nités, Drœbs, organiste de Saint-Pierre, lui
donna des leçons d'harmonie et de contrepoint.
Dans le même temps il écrivit plusieurs mo-
tets et des cantates qui furent exécutés dans les
églises de Leipsick , et en 1826 il fit entendre,
dans un grand concert, son premier oratorio ,
intitulé Boniface. Cette production eut peu de
succès; les critiques signalèrent alors la séche-
resse des mélodies, la divagation des idées et la
longueur excessive des fugues. Ces critiques sé-
vères furent un utile avertissement pour Dro-
bisch, qui, depuis lors, donna plus d'attention aux
leçons d'esthétique du professeur Weinlig : cette
époque fut celle d'une réaction dans ses vues et
dans ses études. Après avoir visité Dresde,
Prague, Vienne et l'Italie supérieure, pour aug-
menter ses connaissances musicales, il s'établit
à Munich. En 1837 Drobisch entreprit de
nouveaux voyages, visita la Hongrie, et dé-
finitivement accepta la place de directeur de
musique à l'église évangélique d'Augsbourg. Il
est mort dans cette ville le 20 août 1854. Dro-
bisch s'est spécialement occupé de compositions
pour l'église et s'est distingué dans ce genre.
Sa fécondité était telle, que, dans l'espace de dix
ans, il a écrit cent ouvrages, grands et petits, pour
l'église, dont on a publié chez Faller, à Munich,
une messe solennelle en mi majeur, six messes
plus petites pour les campagnes, trois litanies,
six offertoires et six graduels; et plus tard un
Te Deum à quatre voix et orchestre, des psau-
mes pour toutes les fêtes de l'année, et des chants
pour les chœurs de voix d'hommes, publiés à
Augsbourg; Moïse au Sinaï, oratorio exécuté
à Augsbourg en 1839; Messe en mi pour 4 voix
et orgue; op. 17 ; idem en ré mineur, ibid. ; idem
en mi bémol, ibid., op. 40; idem en ré, ibid.,
op. 31; idem en mi, op. 37; deux messes alle-
mandes à 4 voix et orgue; des litanies à 4 voix
et orchestre; six offertoires à 4 voix et orches-
tre; une symphonie en sol mineur, exécutée à
Leipsick en 1843 Drobisch a laissé en manuscrit
une messe solennelle en ré majeur, six autres
messes, deux Requiem, plusieurs litanies, un Te
G2
DROEISCH — DROUET
Dcvm, et plus de quarante graduels, offertoires
et psaumes.
DRQBISCH(Tuéodore), littérateur allemand
sur qui l'on n'a pas de renseignements, a publié
chaque année, depuis 1853, un almanach intitulé :
Humoristicher Musikund Theater-Kalender
(Calendrier humoristique de musique et de
théâtre); Leipsick, Wegeler. Cet annuaire, mêlé
de prose et devers, est une fantaisie spirituelle
illustrée de figures grotesques.
BROBïSCIf ( Maurice -Guillatjme), pro-
fesseur de mathématiques et de philosophie ,
membre île la Société royale des Sciences de
Saxe, est né à Leipsick, le 16 août 1802. Après
avoir commencé ses études au gymnase Nicolay,
dans sa ville natale, il alla les continuer au
collège des Prince, à Grimma. De retour à
Leipisck il suivit les cours de l'université en
1S20. D'abord attaché à la faculté de philoso-
phie comme professeur particulier, en 1 8 2 ï , il
fut agrégé deux ans après et devint professeur
titulaire de mathématiques en 1842. Élève
d'Herbart (voy. ce nom), il a suivi la doctrine
de ce philosophe dans ses divers écrits concer-
nant les sciences philosophiques. Comme ma-
thématicien il est cité ici pour une dissertation ,
dans le tome quatrième des Mémoires de la
Société royale des Sciences de Saxe, sous ce ti-
tre : ZJcber musikalischc Tonbcslimmung und
Temperatur (sur l'Accord des sons et le tem-
pérament musical). Entièrement analytique,
sa méthode, basée sur une courbe décrite sur
un cylindre, le conduit à un tempérament pro-
portionnel , au lieu du tempérament égal.
C'est un système faux, inapplicable à la vraie
théorie de l'accord des instruments à sons lixes.
DROECS (Jean-André) , organiste de l'é-
glise de Saint-Pierre à Leipsick, est né en 1784
à Erfurt, où son père était organiste et profes-
seur de piano. Après avoir fini ses cours au
gymnase de cette ville, il se livra presque seul
à des études de composition et d'orgue. En 1S08
il se rendit à Leipsick, y vécut d'abord comme
professeur de musique, puis fut nommé or-
ganiste de Saint -Pierre en 1810. Il est mort
dans cette ville le 4 mai 1825. C'était un
homme de peu de génie, mais un musicien
instruit, dont les compositions pour l'église ne
manquent pas d'un certain mérite de facture.
On a de Drœbs plusieurs œuvres de sonates pour
le piano, publiés à Leipsick chez Breitkopf et
chez Hofmeister, des thèmes variés pour le
même instrument, des préludes, des petites
pièces et des fugues pour l'orgue, œuvres 4,
!0, 12, 14, etc.; Leipsick, Breitkopf, et Bonn,
Simrock.
DROLLING (Jean-Michel), pianiste et
compositeur, est né à Turckeim (Haut.-Rhin) en
1796. Ayant été admis comme élève au Con-
servatoire de Musique de Paris, il a reçu des
leçons d'Adam pour le piano et de Méhul pour
la composition. Il a publié un grand nombre
d'ouvrages pour le piano, parmi lesquels on
remarque : 1° Des thèmes variés; op. 1 et 2,
Paris, P. Petit; op. 10, Paris, Meissonnier ;op. 10,
Paris, Richault; op. 18, Hanry 2° Di tant i pal-
piti, varié pour piano et violon , op. 3 ; Pans,
P. Petit. — 3° Des caprices pour piano seid,
op. 4 et 14; Paris, P. Petit et Meissonnier.
— 4" Des fantaisies idem, op. 15 et 20; Pa-
ris, P. Petite! Meissonnier, — 5° Un rondeau
pastoral, op. 19; Paris, Hanry. — 0° Des duos
pour piano à quatre mains, op. 5 et 17;
Paris, Janet et Richault. — 1° Des duos pour
piano et violon, op. lt, 12 et 22; Paris, Petit
et Schœnenberg. Drolling a laissé en manus-
crit un Traité élémentaire d'Harmonie et de
Composition. Il est mort à Paris en 1839.
DROMAL (Jean), chantre de l'église de
Sainte-Croix, à Liège, vivait dans le dix-septième
siècle. On connaît l'ouvrage suivant de sa com-
position : Convivium musicum, in quo binis,
ternis, quaternis, quinis et senis vocibus, nec-
non et instrumentis recolilur, cum basso
conlinuo ; Anvers, 1641, in-4°, opus 2.
DROPA (Matthias), bon constructeur d'or-
gues, vivait au commencement du dix-huitième
siècle à Lunebourg. On vante l'orgue qu'il a cons-
truit dans l'église deSaint-Jean de cette ville, ou-
vrage de quarante-sept jeux, trois claviers et
pédale, qu'il a fini en 1705. Celui de l'église de
Saint-Michel, composé de quarante-trois jeux,
trois claviers , pédale et dix soufflets, est son
meilleur ouvrage.
DROSTE-HULSIIOFF (Maximilien, che-
valier De). Voy. HuLsnoFF.
DROUAUX (Henri-Blaise), maître de mu-
sique, à Paris , dans la seconde moitié du dix-
septième siècle, a publié un livre intitulé :
Nouvelle Méthode pour apprendre le plain-
chant et la musique, divisée en quatre par-
ties; Paris, Gilles Blaisot, 1074, in-8°. La troi-
sième édition de ce livre, divisée en deux parties,
est datée de Paris, Christophe Ballard, 1687,
in-8". Il y en a une édition de 1690.
DROUET (Louis), flûtiste distingué et com-
positeur pour son instrument, né à Amsterdam
en 1792, est (ils d'un barbier français établi en
cette ville. Un musicien, qui allait se faire ra-
ser chez son père, lui ayant donné une petite
flûte, lorsqu'il n'était âgé que de quatre ans,
s'aperçut, à la manière dont il en jouait, qu'il
DROUET — DUBOIS
63
était doué des plus heureuses dispositions pour
cet instrument; il le prit en affection et se char-
gea de son éducation musicale. Drouet avait déjà
acquis quelque habileté quand il fut conduit
a Paris par ses parents; il entra comme élève
au Conservatoire de Musique et y fit de ra-
pides progrès sur son instrument. Sa répu-
tation commença à s'étendre en 1813, lorsqu'il
!-e fit entendre dans les concerts; ses succès
lurent brillants. Il fut attaché à cette époque
à la musique de Louis XVIII, en qualité de
première Mute. En 1815 il se rendit à Londres,
où il fut fort applaudi. La confiance dont il ne
tarda point à jouir en ce pays le détermina
à y établir une fabrique de flûtes de nouveau
modèle; mais cette entreprise ne réussit point,
et M. Drouet fut forcé de quitter l'Angleterre
en 1819. Depuis lors il a parcouru toute l'Europe,
a visité la Russie , foutes les parties de l'Alle-
magne, la Suisse, l'Italie, est retourné à Paris
en 1828, et a fait un court séjour à Londres en
182'J; [mis il est retourné en Allemagne par la
Belgique et la Hollanlc, est revenu une troi-
sième fois à Paris en 1832, y' est resté plusieurs
mois, s'est marié, et a vécu quelque temps en
Suisse. En 1 840 il est entré comme maître de
chapelle à la cour de Saxe Cobourg, où il est
resté environ quinze ans. ]1 était à Francfort
en 1SG0, M. Drouet excellait dans les diffi-
cultés et dans les traits rapides; son double
coup de langue était d'une admirable volubilité;
mais son intonation manquait de justesse, et son
sU le était dépourvu d'expression et de grandiose.
Partout où cet artiste s'est fait entendre, il a
obtenu des succès. Il a lait graver un très-grand
nombre d'oeuvres de sa composition pour la
flûte, parmi lesquels on remarque, dix-concertos
publiés à Paris et en Allemagne , des fantaisies
et thèmes variés avec orchestre, quatuor ou
piano, des trios pour trois flûtes, dix œuvres
de duos pour le même instrument, et un très-
grand nombre de morceaux détachés de tout
genre.
DROUET DE MAUPERTUY (Jean.
Baptiste), né à Paris en 1C50, se livra, dans
sa jeunesse, à l'étude de la jurisprudence, et
l'abandonna ensuite pour cultiver les lettres.
Un oncle, fermier général, lui procura un em-
ploi considérable dans ia Provence; mais Drouet,
en laissant tout le travail à ses commis, vit le
désordre se mettre dans ses affaires et dissipa
son riciie patrimoine. Revenu à Paris à l'âge
de quarante ans, il se dégoûta du inonde, prit
l'habit ecclésiastique en 1692, fit un séminaire
de cinq ans, puis se retira dans l'abbaye de
Srpt-Fonts. En 1702 il obtint un canonicat à
Bourges, le quitta, voyagea, revint à Paris,
et se fixa enfin à Saint-Germain en Laye où il
est mort en 1730, âgé de quatre-vingts ans.
Les Mémoires de l'Académie royale des Sciences
(ann. 1724, p. 215-226) contiennent l'analyse
d'un Mémoire sur la forme des instruments
de musique, qu'il avait adressé à celte so-
ciété savante. Ce morceau est de peu de va-
leur et renferme beaucoup d'inexactitudes dans
les faits.
DRUELE, en latin DRUEL^US (Curé-
tien), pasteur à. Kellinghausen, dans le Holstein,
vers le milieu du dix-septième siècle, fut aussi
compositeur de musique religieuse. 11 a fait
imprimer un recueil de vingt-neuf concerts à
plusieurs voix sur les dix premiers psaumes de
David, sous ce litre : Psalmodia Davidica,
Hambourg, 1C50.
DRUCKENMULLER (Chr.-Wouganc),
musicien allemand, compositeur et vraisembla-
blement violoniste , paraît avoir vécu dans la
seconde moitié du dix-septième siècle à Hall-dc-
Souabe (Schwad)isch-Ilall ), aujourd'hui ville du
royaume de Wurtemberg. Il s'est fait connaître
par un recueil de pièces instrumentales publié
sous le litre bizarre : Miïsikalischcs Tafel-
confect, etc. (Confitures musicales detable, les-
quelles consistent en sept parties, etc.) ; Hall-de-
Souabe, IC08, in-8° oblong. Celte musique est
écrite pour des violons, violes et basse de viole.
DRUZECHY ou DRUSCHETZIÎY
(Georges), musicien hongrois, né vers le
milieu du dix-huitième siècle, était, en 1787,
attaché au service du comte de Grassalkovicz.
Il a composé beaucoup de pièces d'harmonie
pour deux clarinettes, deux hautbois, deux cors,
deux bassons et trompette, ainsi que des con-
certos pour le hautbois et d'autres instruments
h vent. Enfin on a de lui l'opéra de Versée et
Andromède , le ballet de Inkle et Yariko, et
une symphonie de bataille pour Adèle de Pon-
ihieu. Druschetzky fut d'abord timbalier des
états de la haute Autriche, à Lintz, et y publia,
en 1783, six solospour le violon.
DUBOIS (Amédée), violoniste et directeur
de l'école communale de musique, à Tournay,
est né dans cette ville le 17 juillet 1818. Après
avoir appris les éléments de la musique et du
violon par les soins d'un musicien nommé Mo-
reau , il fut admis comme élève au Conserva-
toire de Bruxelles, en 1836, où M. Wéry fut
son professeur. En 1838 le second prix de cet
instrument lui fut décerné au concours, et il
obtint le premier l'année suivante. Peu de temps
après il partit pour Paris, s'y fit entendre avec
succès dans quelques concerts , et fut engagé
Gl
DUBOIS — DUBREUIL
pour l'orchestre du Casino Paganini. Recherché
dans les salons de cette capitale pour son talent
gracieux, il ne s'éloignait de temps en temps de
Paris que pour donner des concerts dans les dé-
partements, particulièrement dans le nord de la
France. En 1851 il visita la Hollande, s'y lit
entendre avec succès dans plusieurs villes , et
fut décoré par le roi de l'ordre de la Couronne
de chêne. Dans la même année il reparut à Pa-
ris et y donna un concert brillant. Rappelé dans
sa ville natale pour y prendre la direction de
l'école communale de musique, -il s'y est marié,
et s'y est livré avec ardeur aux soins que récla-
mait l'établissement qui lui était confié. Quelques
morceaux pour le violon, de la composition de
cet artiste, ont été publiés à Paris.
DUBOIS (Charles-Victor), organiste et
professeur d'harmonium au Conservatoire de
Bruxelles, est né àLessines (Hainaut) le 11 dé-
cembre 1832. Uneopbthalmiemal traitée dans son
enfance le priva de la vue. Entré à l'institution
des sourds-muets et aveugles de Bruxelles le
16 mai 1842, il y reçut son éducation musicale
de l'organiste de cette maison religieuse , nommé
Frère Julien. Après huit années d'études, M. Du-
bois sortit de l'institution, le 23 décembre 1850.
Doué d'une rare intelligence et d'un sentiment
musical distingué, il se fit bientôt remarquer par
son talent sur l'harmonium, et fut attaché à la
grande fabrique d'orgues et d'harmoniums de
MM. Merkliu et Schiitz, à Bruxelles. Ses progrès
étaient remarquables chaque année dans l'art de
jouer de ces instruments. Son talent consiste par-
ticulièrement dans l'art d'en varier les effets de
la manière la plus heureuse, et d'improviser des
pièces très-développées, où toutes les richesses
des sonorités sont employées avec beaucoup de
tact. Un cours d'harmonium à été établi comme
essai au Conservatoire de Bruxelles, et M. Du-
bois en a été nommé professeur. Ce. jeune ar-
tiste, digne de beaucoup d'intérêt, s'est fait en-
tendre avec succès dans les villes les plus impor-
tantes de la Belgique, à Paris , et dans plusieurs
grandes villes de France. On a imprimé jusqu'à
ce jour (18G0) de sa composition : 1° Trois mé-
lodies pour harmonium; Bruxelles, Katto, 1857.
— 2° Pastorale idem, ibid., 1858. — 3° Caprice
idem, ibid., 1858. — 4° Méthode pour harmo-
nium, ihid., 1859.
DUBOS ( Jean-Baptiste ), né à Beauvais en
1670, se livra d'abord à l'étude de la théologie,
mais y renonça bientôt pour celle du droit pu-
blic. Successivement employé par M. de ïorcy,
ministre des affaires étrangères , par le régent et
par le cardinal Dubois, dans plusieurs négocia-
tions secrètes, il réussit et reçut en récompense
des pensions et des bénéfices. Il quitta les af-
faires publiques pour se livrer à la culture des
lettres, et ses ouvrages lui valurent l'entrée de
l'Académie, en 1720. Il est mort à Paris le 23 mars
1742, âgé de soixante-douze ans. Parmi les ou-
vrages qu'il a publiés on remarque ses Réflexions
critiques sur la Poésie et sur la Peinture, qui
parurent en 1719 pour la première fois, 2 vol.
in-12, et qui ont été souvent réimprimées en 3 vol.
On trouve au premier vol. Sect. 45 : Delà mu-
sique proprement dite. Sect. 46 : Quelques ré-
flexions sur la musique des Italiens; que les
Italiens n'ont cultivé cet art qu'après les Fran-
çais et les Flamands. Sect. 47 : Quels vers sont
les plus propres à e'tre mis en musique. L'abbé
Dubos manquait des connaissance* nécessaires
pour traiter de tout cela d'une manière utile.
DUBOURG (Matthieu), l'un des meilleurs
violonistes que l'Angleterre ait produits, naquit,
en 1703, d'un maître de danse nommé Isaac.
Lorsqu'il eut atteint sa onzième année, il fut
placé sous la direction de Geminiani, qui lui
communiqua son excellente méthode. En 1728
il fut appelé à Dublin pour y remplir la place
de premier violon et de compositeur des concerts
de cette ville. Après un séjour de quelques an-
nées en Irlande, il passa au service du prince
de Galles, et à la mort de Festing, en 1752, il
devint directeur de la troupe du roi , place qu'il
occupa jusqu'à sa mort, arrivée en 1767. Burney
rapporte sur lui l'anecdote suivante : Accompa-
gnant un jour, au théâtre, un air avec violon
obligé, il s'égara si bien dans un point d'orgue
que Hsendel, qui conduisait l'orchestre, lui cria,
lorsqu'il revint dans le ton : Grâces au ciel, mon-
sieur Dubourg, vous voilà enfin rentré chez
vous! exclamation qui valut au violoniste les
applaudissements de toute la salle. Dubourg est
connu comme compositeur par quelques morceaux
de musique vocale qu'il écrivit en Irlande, et par
un grand nombre de solos et de concertos de
violon; aucun de ces ouvrages n'a été publié.
DUBOURG (Georges). Sous ce nom, qui
n'est peut-être qu'un pseudonyme, on a publié
en Angleterre un livre qui a pour titre: ihe Yio-
lin and its professons, from ihe earliesl period
to Ihe présent time ) uithoriginah Manoirs and
Anecdotes of Paganini' s, etc.; Londres, 1836,
in-8°. La troisième édition a paru en 1850 à
Londres, chez M. Rob. Cocks, lvol. in-12. Ce
volume renferme des choses curieuses et de
bons renseignements sur quelques violonistes.
DUBREUIL (Jean), maître de clavecin, né
à Paris vers 1710, est mort dans la même ville
en 1775.11 adonné un Manuel harmonique,
ou Tableau des accords pratiques; Paris, 1767.
DUBREUIL — DUCCI
61
in-8°, qui n'est qu'une rapsodie dénuée de tout
mérite, et un recueil d'airs, sous le nom de
Dictionnaire lyrique; Paris, 1769, 2 vol.
in-8°, avec un supplément eu deux volumes, pu-
blié en 1771.
DUBUGRARRE (....), organiste de Saint-
Sauveur de Paris, fut au nombre des professeurs
de musique qui plaidèrent contre Guignon , roi
des violons , vers le milieu du dix-huitième siècle,
comme on le voit par l'arrêt du parlement du
30 mai 1750. Dubugrarre a publié, en 1754, un
ouvrage élémentaire qui a pour titre : Méthode
plus courte et plus facile que Vanciennepour
F accompagnement du clavecin ; Paris, in-fol.
obi. En 1760 ce musicien a donné aussi des
principes élémentaires de musique en un petit
volume in-24 , sous le titre d'Étrennes à la
jeunesse, où Von détaille les principes de la
musique.
DUC (Philippe De), compositeur belge, vi-
vait dans la seconde moitié du seizième siècle
et paraît s'être fixé en Italie. On connaît sous
son non: 1° Madrigali a qualtro voci, con
nna serenata e un dialogo a otto; Venise,
G. Scotto, 1570. — 2° Madrigali a cinque et
sei voci; Venise, Giac. Vince7iti e Ricciardo
Amadino , in-4° obi., 1586. — 3° Il primo li-
bro de Madrigali a 4, 5 e 6 voci; Venise, 1591,
in-4°. — 4° Le Virgine, a sei voci, con un
dialogo a otto nelfme, novamente composti,
libro primo. In Venezia,app. lifigliuoli d'An-
tonio Gardano, 1574, in-4° obi.
DUC A (Jean), professeur de chant, né en
Italie, s'est fixé à Paris vers 1848, et y a pu-
blié un livre intitulé : Conseils sur l'étude du
chant , traduits de l'italien par M. J. Boyer ;
Paris, Bonoldi frères , 1851 , 1 vol. in-8° de
214 pages. Cet ouvrage, bien écrit, renferme
une exposition simple et claire des éléments
de l'art du chant.
DUCANCEL (Charles- Pierre), fils d'un
chirurgien de Beauvais, naquit dans celte ville
et exerça, pendant la révolution française, la pro-
fession de défenseur officieux, à Paris, puis
celle d'avoué, jusqu'en 1810. Il avait em-
brassé les principes de la Révolution avec ardeur;
mais, après l'arrestation de Louis XVI à Varen-
nes et les événements du 10 août, il revint
avec enthousiasme aux sentiments monarchiques
et écrivit des brochures hardies contre les ter-
roristes. Plus tard il fit représenter quelques co-
médies au théâtre Louvois et au théâtre Mon-
tansier. Estimé pour sa probité, mais homme
passionné, d'une instruction médiocre, et esprit
de peu déportée, il écrivait fort mal, et pas un
BIOCR. UNIV. DES MUSICIENS. T. 1U.
bon ouvrage n'est sorti de sa plume. Il s'est
retiré dans une propriété qu'il avait à Clermont,
département de l'Oise. En 1815 il fut nommé
sous-préfet de ce lieu; mais le ministère, mé-
content des élections de son arrondissement en
1816, le priva de son emploi, et depuis lors il
vécut dans la retraite. Il est mort à Clermont en
1835. Ducancel a publié une brochure de plus de
200 pages ayant pour titre : Mémoire pour J.-
F. Lesueur, un des inspecteurs de l'enseigne-
ment au Conservatoire de Musique, en ré-
ponse à la partie d'un prétendu recueil de
pièces imprimé, soi-disant, au Conserva-
toire, et aux calomnies dirigées contre le cit.
Lesueur par le cit. Sarrette, directeur de
cet établissement ; contenant en outre quel-
ques vues d'amélioration et d'affermissement
dont le Conservatoire paraît susceptible;
Paris, 1802, in- 8°. On a aussi de Ducancel :
Mémoire au roi, pour : 1° Colombe Rigiery,
dite Colombe aînée ; 2° Marie-Madeleine Ri-
giery cadette, dite Adeline; 3° Pierre-Jo-
seph Narbonne; 4° Joseph Dorsonville ;
5° Charlotte - Rosalie Pitrot; 6° Jeanne-
Louise-Elisabeth Verleuil; 7° Paul-Marie
Langlois, dit, Courcelles ; 8° Pierre-Phili-
bert Granger ; 9° Jean-Pierre Valroy; tous
anciens comédiens italiens ordinaires du roi
et pensionnaires de Sa Majesté, contre les
comédiens ordinaires du roi, sociétaires ac-
tuels de l 'Opéra-Comique; Paris, Le Normant,
1815, in-4°de44 pag. L'objet de ce Mémoire
était de faire admettre comme pensionnaires de
l'Opéra-Comique les anciens acteurs du théàtrequi
avaient été réunis aux acteurs du théâtre Feydeau.
DUCANGE (Charles DUFRESJNE). Voy.
Canoë (du).
DUCAURROY (François-Eustache). Voy.
Caurroï (du).
DUCCI (Les frères Antoine et Michel-Ange),
facteurs d'orgues à Florence, ont placé à l'expo-
sition universelle de l'industrie, à Londres, en
1851, un orgue ingénieusement conçu. Cet ins-
trument renferme un principal ou montre de 8
pieds, divisé en deux demi-registres; une flûte
de 4, également divisée par moitié, une doii-
bletle, un flageolet, un larigot, et une trompetto
de 8 divisée en deux demi-registres, le tout
contenu dans une caisse étroite dont la hauteur
n'est que de 1 mètre 46 centimètres, la largeur
96 centimètres, et la profondeur 52. Tout le
mécanisme et le placement des tuyaux dans un
espace si restreint indiquent une grande intelli-
gence dans les dispositions. Mais la partie essen-
tiellement remarquable de ce singulier instrument
consiste dans le jeu de la pédale, dont le clavier,
5
60
DUCCI — DUCHAMBGE
(Vut h-ut, a l'étendue d'une octave divisée en
douze demi-tons. Cette pédale est un bourdon
de 16 pieds dans la note la plus grave. Les
douze demi-tons sont produits par le même tuyau
en bois de 4 pieds, placé dans la caisse qui sert
de siège à l'organiste. Ce tuyau, étant bouché,
ne pourrait produire que l'intonation d'un tuyau
ouvert de 8 pieds pour la note la plus grave, ré-
pondant à Vut de la quatrième corde du violon-
celle; mais, par les circuits que l'air est contraint
de faire dans la capacité du tuyau , le son est
baissé d'une octave et sonne le 16 pieds. Des
ouvertures pratiquées dans la paroi supérieure
du tuyau, et fermées par des espèces de soupapes
à ressort, servent à produire les douze demi-tons
chromatiques, qui répondent aux marches du
clavier de pédales et fonctionnent avec beaucoup
de régularité. De cette combinaison résulte une
puissance de sonorité qui paraît incompatible
avec les proportions d'un si petit instrument.
Le jury de l'exposition a décerné une médaille
de prix aux inventeurs de cet orgue ingénieux.
Les mômes industriels ont voulu appliquer leur
principe à un instrument, basse d'orchestre, au-
quel ils ont donné le nom de baristate; mais
les résultats qu'ils ont obtenus n'étaient pas sa-
tisfaisants.
DUCERCEAU (Jean- Antoine), né à Paris
fe 12 novembre 1670, entra chez les jésuites le
12 janvier 1688. Ayant été nommé précepteur
du prince de Conti, il l'accompagna à Yéret,
château du duc d'Aiguillon, près de Tours. Le
jeune prince, en maniant un fusil qui avait été
chargé à balle, sans qu'il le sût, eut le malheur
de tuer son précepteur, le 4 juillet 1730. P.Dn-
«erceau fut l'un des rédacteurs du Journal de
Trévoux , où il a inséré : Dissertation adressée
au père Sanadon, où l'on examine la traduc-
tion et les remarques de M. Dacier sur un en-
droit d'Horace, et où l'on explique par occa-
sion ce qui regarde le tétracorde des Grecs;
Mém. de Trévoux, t. LU, pag. 100-141 et 284-
310. Le passage d'Horace qui donna lieu à celte
dissertation est celui-ci (Ode 9 e du 5 e livre) :
Souante mistum tibiis carmen lyra,
Hac liuriiui), illis barbarurn.
S'appuyant sur l'autorité de l'ancien scolraste
d'Horace, le P. Ducercean voulait que le mode
appelé barbare par ce poète fût, non le lydien,
mais le phrygien , dans lequel les flûtes auraient
accompagné la lyre, qui jouait dans le mode do-
rien. Pour faire coïncider ces modes, il imagi-
nait, d'après les notes de Wallis sur Ptolémée,
de transporter le mode dorien dans notre ton de
la mineur et le mode phrygien dans celui de la
majeur, prétendant que la lyre, et les flûtes
jouaient, non pas ensemble, mais alternativement
dans ces deux modes. Dans une analyse de la
traduction d'Horace par le P. Sanadon, qui fut
insérée an Journal des Savants du mois de
mai 1728, se trouve une critique de ces idées du
P. Ducerceau, dont on fait voir le faux et l'arbi-
traire. Une réponse fort longue et peu polie fut
faite à cette critique par Ducerceau ; elle parut
dans les Mémoires de Trévoux (novembre et
décembre 1728, janvier et février 1729). Une
réplique modérée et fort bien faite, quoiqu'elle
avance peu l'état de la question, fut publiée dans
le Journal des Savants du mois de mai 1729.
Elle porte particulièrement sur l'impossibilité
d'entendre les vers d'Horace dans le sens que
lui donne le P. Ducerceau , c'est-à-dire par la
supposition que la lyre et les flûtes ne se fai-
saient entendre qu'alternativement. On y discute
aussi la question de la transposition des modes,
et l'on fait voir que les opinions du jésuite sont
complètement erronées sur ce sujet. Cette répli-
que termina la dispute. Le passage qui y donna
lieu avait déjà été examiné dans un Mémoire
des Transactions philosophiques de 1702 (voyez
Molineux), et a été reproduit depuis dans les
Mémoires de l'Académie des Inscriptions, tome
35, pages 360-363. {Voy. Chabanon. )
DUCHAMBGE (M™ Pauline), ou DU
CHAMBGE, née à la Martinique, en 1778,
d'une famille noble et riche , fut amenée très-
jeune à Paris, et reçut sa première éducation
dans un couvent , où elle eut Desormery pour
premier maître de piano. Après les événements
du mois d'août 1792 elle fut tirée de cette retraite
et rentra chez ses parents. A vingt ans elle per-
dit son père, sa mère et sa fortune. Ce fut vers
cette époque qu'elle épousa le baron Duchambge,
qui ne la rendit point heureuse; un divorce s'en
suivit, et une modique pension fut la seule ressource
qui lui resta pour vivre. La simplicité de ses goûts,
l'ordre et l'économie la rendirent suffisante. C'est
vers cette époque (1800) que M me Duchambge
se livra avec ardeur à son penchant pour les arts,
particulièrement pour la musique, et qu'elle y fit
des progrès remarquables. Liée avec plusieurs
artistes de grand mérite, parmi lesquels on re-
marquait Dussek, dont les leçons perfectionnèrent
son talent de pianiste, Cherubini, qui écrivit pour
elle quelques compositions restées inédites,
Auber, pour qui elle eut un sentiment plus ten-
dre que l'amitié, Rode, Lamare, Girodet, Le-
gouvé, elle puisait dans leur conversation des
notions du beau qui répondaient à son propre
sentiment. Son entretien, où régnait toujours
une certaine mélancolie, était plein de douceur
et de charme. Son double talent de pianiste eJ
DUCHAMBGE — DUCHKMhN
67
de cantatrice se ressentait de cette disposition de
son âme. En 1814, M" ,e Duchambge, victime des
événements politiques, perdit la pension qui
jusqu'alors avait suffi à ses besoins ; elle dut
chercher dans ses talents d'autres ressources.
Quelques morceaux de piano, et plusieurs ro-
mances où l'on trouvait de la distinction, l'avaient
fait connaître des amateurs ; elle eut bientôt des
élèves et se consacra à l'enseignement autant
que le lui permettait sa constitution délicate.
C'est dans cette carrière pénible et dans la com-
position d'une multitude de romances charmantes
qu'elle parvint à la vieillesse. Lorsque les forces
lui manquèrent, elle se confina chez elle, ne con-
servant de relations qu'avec un très-petit nom-
bre d'amis intimes. Elle finit par être oubliée.
M me Duchambge s'est éteinte à l'âge de quatre-
vingts ans, le 23 avril 1858. On a gravé de sa
composition : 1° Trois études et un caprice pour
le piano; Paris, Pleyel. — 2° Deux thèmes va-
riés pour le piano; Paris, Le Duc. Mais c'est
surtout par le charme de ses romances que
j\irae Duchambge a conquis une place parmi les
artistes distingués ; elle en a composé plus de
trois cents. Quelques-unes sont comptées parmi
les meilleures productions de ce genre; pour
n'en citer que les plus célèbres, je mentionnerai
VAnge gardien, la Brigantine, la Séparation,
le Bouquet de bal, le Matelot, le Re've du
Mousse, le Couvre Feu, Angèle, etc. Les mé-
lodies deM me Duchambge se font remarquer par
une sensibilité douce et l'élégance de la forme.
DUCHA.MP (Marie-Catherine-Césarine),
née à Paris le 14 mai 1789, entra d'abord
dans la classe de chant de Plantade, au Con-
servatoire de Musique, le 15 pluviôse an x:n
(31 janvier 1805), et devint ensuite élève de
Garât, le 9 mars 1807. Mademoiselle Duchamp
possédait une très-belle voix de contralto et
avait acquis par les leçons de Garât un fort beau
talent qu'elle fil admirer dans les concerts de-
puis 1813 jusqu'en 1817; mais une surdité dont
elle fut atteinte, et qui augmenta progressive-
ment, ne lui permit plus de se faire entendre; ce-
pendant elle a continué d'enseigner le chant pen-
dant plusieurs années. Elle a publié à Paris quel-
ques romances avec accompagnement de piano.
DUCHARGER (...), professeur de mu-
sique, suivant ce qu'il nous apprend dans un de
ses écrits, était né à Dijon dans la première
moitié du dix-huitième siècle. Il est très-vrai-
semblable qu'il y a identité entre cet artiste et
un musicien nommé Charger dans la première
édition de cette Biographie, qui fut attaché au
service du prince de Conti entre 1745 et 1749,
ainsi qu'avec un académicien de Dijon indiqué '
sous le nom de Chargey (De), dans la France
littéraire de M. Quérard, et simplement Char-
ger) dans notre première édition. Par une lettre
que Ducharger écrivit à Rameau en 1753, on
voit qu'il était alors à Saint-Malo. En 1761,
époque où il publia un de ses ouvrages, il demeu-
rait à Rennes ; et, enfin, si, comme je le crois , il
est le même que De Chargey, cité par Quérard
comme l'auteur d'un autre opuscule concernant
la musique, il retourna ensuite à Dijon, où il
était en 1773. Quoiqu'il en soit, il parut sous le
nom de Charger ou Ducharger, à Paris , en
1745, une cantatille intitulée : le Pouvoir de
V amour, et quatre ans plus tard, dans la même
ville, un livre de sonates en trios pour le violon.
Sous le nom de Ducharger, de Dijon, fut pu-
blié ensuite un écrit qui a pour titre : Réflexions
sur divers oxwrages de M. Rameau; Rennes,
1761, in-12de47 pages. L'auteur établit très-
bien dans cet écrit que le système de la basse
fondamentale repose sur une base fausse, Ra-
meau n'ayant pu trouver dans le principe du
corps sonore l'accord de la sous-dominante, in-
dispensable à ce système, si ce n'est par la
supposition gratuite d'une résonnance appelée
sous-multiple par Rameau ; supposition suivant
laquelle la corde mise en vibration ferait entendre
un accord parfait dont le son de la corde serait
la quinte. Il ne faut pas confondre cette prétendue
résonnance avec le phénomène du troisième
son, sur lequel Tartini (voy. ce nom) a bâti son
système. Le dernier écrit qui paraît appartenir
à Ducharger, et non à De Chargey , est inli-
tulé : Entretiens d'un musicien français avec
un gentilhomme russe sur les effets de la mu-
sique moderne, ou tableau des concerts de
province, avec des lettres à l'Académie de
Dijon, à d'Alembert, Marmontel et J.-J. Rous-
seau; Dijon, 1773, in-8°.
DUCHEMIN (Nicolas), graveur, fondeurde
caractères typographiques et imprimeur de mu-
sique à Paris, naquit à Provins versl510.Un très-
grand nombre d 'œuvres de musique est sorti de
ses presses, depuis 1 550 jusqu'en J 571 - Ses éditions
sont nettes, ses caractères élégants et d'une bonne
dimension. Duchemin a aussi fait usage des ca-
ractères gravés par Nicolas Devilliers et Philippe
Danfrie. Peignot dit (Dictionn. raisonné de
Bibliologic, t. III, p. Il 1 ) que Duchemin a Im-
primé depuis 1541 jusqu'en 1544; il Be s'est pas
souvenu qu'il avait cité dans le premier volume
du même ouvrage ( page 470) le recueil de messes
de divers auteurs, avec un titre général qui porte
la date de 1568, in-fol. max. C'est pour ces mes-
ses, publiées séparément depuis 1556, que Duche-
min fit graver, en 1555, les grands caractères de
68
DUGHEM1N — DUC1S
Devilliers e { de Danfrie. Les exemplaires de re-
cueils de compositions publiés par Duchemin sont
aujourd'hui d'une grande rareté. Il a imprimé
aussi quelques traités de musique dont le moins
connu, sans nom d'auteur, est intitulé : L'Art,
science et pratique de Plaine Musique, et
de Vinstitution musicale, très-utile, profitable
et familière; Paris, Nie. Duchemin, 1556, in-12.
Après la mort de Duchemin , ses poinçons et
matrices ont passé chez Guillaume Le Bé.
DUCIS (Benoît), compositeur du seizième
siècle , naquit vraisemblablement à Bruges vers
1480, suivant quelques indications qu'on trouvera
plus loin. Ce musicien est désigné souvent sous
le nom de Benedictus par les auteurs anciens
qui en ont parlé, ainsi que dans les recueils où
l'on trouve quelqu'une de ses compositions.
Celles-ci portent tantôt le nom de Benedictus
simplement, tantôt celui de Benedictus Ducis ,
et même quelquefois celui de Ducis seul. C'est
le même musicien que Gesner ( Bibliotk. uni-
vers.), et, d'après lui, Walther et Gerber ont
appelé Dux, quoique, suivant l'usage parmi les
auteurs anciens des Pays-Bas, les noms latinisés
soient en général placés au génitif; il est vrai
que le nom de Dux se trouve sur un recueil
d'Odes d'Horace mises en musique à trois et à
quatre voix, lequel a été publié à Ulm en 1539,
ainsi que sur quelques mélodies placées par
Hans Walter dans son Cantionale. Ce nom
latin a fait croire à Kiesewetter que le nom
véritable de Ducis est Herzog, et qu'il était
Allemand de naissance (voy. le supplément du
Mémoire de Kiesewetter sur les musiciens néer-
landais, art. 3, p. 86 , et Geschichle der euro-
pxisch- Abendlxndischen oder unsrer heu-
tigen Musik, page 61). D'autres en ont fait un
Suisse, en le confondant avec Benoît d'Appenzell
(•iioy. ce nom). J'ai démontré dans la notice sur
celui-ci, par un monument authentique, qu'il n'y
a pas d'identité entre ces deux artistes, et que
Ducis est plus ancien que Benoît d'Appenzell.
Dans la première édition de cette Biographie
j'ai émis l'opinion que Ducis était Belge de nais-
sance, et que son nom tîamand était Hertoghs
(Duc), latinisé dans celui de Ducis ; des documents
récemment découverts, dans les archives d'An-
vers, par M. Léon de Barbare (voy. ce nom ), dé-
montrent que j'étais dans le vrai. On voit, dans
les registres de la confrérie de Saint-Luc d'Anvers,
que Ducis ou Hertoghs fut prince de la Gilde,
c'est-à-dire chef de cette confrérie, ce qui
était alors la plus haute dignité qu'un artiste
pût obtenir dans les Pays-Bas. On voit aussi, dans
les registres de l'église Notre-Dame de cetle ville,
qu'il était, dans le même temps, organiste spécial
de la chapelle de la Vierge , dans celte collé-
giale. Des offres avantageuses lui ayant été faites
pour qu'il s'établît en Angleterre, il les accepta
et partit d'Anvers en 1515. Après cette date on
n'a plus de renseignements sur lui. Henri "VIII
régnait alors, et, sans doute, amateur passionné
de musique et compositeur, ce fut lui qui attira
à sa cour le musicien belge, le plus célèbre alors
de ceux qui habitaient les Pays-Bas. J'ai fait de
vaines recherches chez les historiens anglais du
même temps pour découvrir quelque indication
relative à Ducis. Cependant il est hors de doute
qu'il vivait encore en 1531, et même après, car il
a composé une Monodie sur la mort de Josquin
Deprès, qui avait été son maître de composition,
et qui, comme je l'ai fait voir dans la notice de
cet illustre musicien, ne mourut que dans celte
même année. De tout ce qui précède il résulte
que la carrière d'artiste de Ducis appartient à la
première moitié du seizième siècle, ou, plus
exactement, aux quarante premières années.
Benoît Ducis est à juste titre placé au rang des
maîtres les plus distingués de son temps. Son
style a de la clarté, de l'élégance dans les mou-
vements des voix; son harmonie a de la pléni-
tude et de la pureté ; ses thèmes d'imitation sont
ingénieux et riches de développements ; enfin il
a toutes les qualités qu'on recherchait à une
époque où le sentiment esthétique n'avait pas
encore placé l'art dans le domaine de l'imagina-
tion libre. La Monodie à quatre voix qu'il a
écrite à l'occasion de la mort de Josquin Deprès
est jusqu'à ce jour le seul morceau de Ducis qui
ait été publié en partition. Burney (1) et Forkel (2>
l'ont insérée dans leurs Histoires de la Musique;
mai» il existe dans plusieurs recueils manuscrits
et imprimés au seizième siècle un grand nombre
de motets et de chansons de cet artiste. La Bi-
bliothèqne royale de Munich en possède quelques
morceaux ; un précieux manuscrit daté de 1542,
lequel a appartenu à Zéghère de Maie et se trouve
aujourd'hui dans la bibliothèque publique de Cam-
brai (n° 124, 4 vol. in-4° obi.), ce manuscrit,
dis-je, dont M. de Coussemaker a donné la des-
cription (3), renferme douze chansons françaises
à 4 parties, le motet Da pacem, Domine, le
chant funèbre sur la mort de Josquin Deprès, et
une pavane pour quatre instruments, tous de
Ducis. Les Odes d'Horace, mises en musique à
quatre voix par le même, ont été publiées sous
ce titre : Harmonien uber aile Oden des
horaz,fur3 und 4 Stimmen, der UlmcrJu-
(1) A General History of Music, t. II, p. 513.
(2) Allgem. Ceschiçhte der Musiic, t. Il, p. 601.
(3) Notice des collections musicales de la BibUotliàqxtt
de Cambrai, p. 65-91.
DUCIS
.69
gend zuGefallen in Druck gegeben, etc. (Har-
monies sur toutes les Odes d'Horace pour 3 et
4 voix, etc.) ; Ulm, 1539. Quoique le,tilre de ce
recueil soit en allemand, la musique est écrite
sur le texte du poëte latin. Ce titre a fait croire
à Gerber (1) que Ducis était professeur de mu-
sique à Ulm à l'époque de cette publication,
parce que l'ouvrage était destiné à la jeunesse de
celte ville ; le fait en lui-même n'a rien d'invrai-
semblable, car, Henri VIII ayant séparé son
royaume delà communion romaine' en 1534,
Benoît Ducis, calbolique fervent, comme on l'était
alors en Belgique , n'aura pas voulu rester au
service d'un prince scbismatique, ni écrire de la
musique pour le nouveau culte. Il est donc
moins étonnant qu'il ait accepté une position
dans une ville impériale qu'il ne le serait qu'il
eût destiné un de ses ouvrages à la jeunesse d'une
ville éloignée, où il n'aurait pas été lui-même.
Une messe à quatre parties se trouve dans deux
manuscrits de la bibliothèque de Cambrai, cotés
n°* 4 et 24 ; dans le premier elle porte le titre
d'une chanson damande Myn Hert ( Mon Cœur) ;
dans l'autre l'inscription est Myn Hertequin
heeft altyd verlangen (Mon petit cœur désire
toujours). J'ai dit, dans la première édition de
cette Biographie, que cette messe est de Ducis,
et je crois être certain que mon opinion
à cet égard est fondée; mais je n'ai point
conservé le souvenir de la source où j'ai
trouvé ce renseignement. Depuis 1822 je n'ai
point revu les manuscrits de Cambrai , dont la
valeur est très-considérable, et dont j'ai signalé
l'existence avant tout autre; depuis lors M. de
Coussemaker s'est livré à l'examen de ces ma-
nuscrits et en a publié la description : il n'a pas
trouvé , dit-il , d'indication de l'auteur de la
messe Myn Hert; ce n'est donc pas là que j'ai
pris mes renseignements, mais j'en ai eu certai-
nement d'autre part.
Les recueils qui contiennent des compositions
religieuses ou des chansons françaises à trois et
quatre parties, sous le nom de Benedictus, et
sans antre indication, sont en assez grand nombre;
il est difficile de décider quelles sont celles qui
appartiennent à Benoît Ducis ou à Benoît d'Ap-
penzell; cependant il est vraisemblable que
c'est dans les recueils dont les dates sont les plus
anciennes , et dans ceux qui ont été imprimés à
Augsbourget à Nuremberg, que se trouvent les ou-
vrages de Ducis (s'il est vrai toutefois qu'il s'était
retiré à Ulm), et que les autres, publiés à Anvers
et à Louvain, depuis 1544 jusqu'en 1560, con-
tiennent les productions de Benoît d'Appenzell.
(1) Neues Lexikon der Tonkûnstler, tome 1, col. 972
Quoi qu'il en soit, voici les titres de ces collec-
tions : 1° ISovum et insigne opus musicum,
sex, quinque et quatuor vocum , cujus in Ger-
mania hactenus nihil simile usquam est edi-
tum; Noribergae, arte Hieronymi Graphœi, 1573,
petit in-4° obi. Les pièces de Benedictus se
trouvent dans le deuxième volume de cette col-
lection. — 2° Psalmorum selectorum qua-
tuor et quinque vocum a prxstantissimis
musicis in harmonias redactorum ; Norim-
bergx, apud Jo. Petreium, 1539, petit in-4°
obi. Les psaumes de Benedictus sont dans les
deuxième et troisième volumes. — 3° Selectsc
Harmonix quatuor vocum de Passione Do-
mini; Vittebergx, apud Georg. Bhau, 1538,
petit in-4° obi. — 4° Tertius liber Moite-
torum ad quinque et sex voces. Opéra et
solertia Jacobi Moderni, alias dicti Grand
Jacques; Lugduni, 153S, in-4°. — 5° Collection
de petiles chansons allemandes pour divers ins-
truments, publiée par Fœrster sous ce titre -Ein
Auszug gute aller uud newer Teutschen-
Liedlein, einer rechten tcutsche-Art , auff
allerleg Instrumente zu gebrauchen, aus-
serlesen; Nuremberg, J. Pétréjus, l re et 2 e par-
ties, 1539-1540. — 6° Selectissimx nec non
familiarissimx Cantiones ultra centum ,
variis idiomatx vocum, etc., a sex usque ad
duas voces; Augvstx Vindelicorum, Melchior
Kriesstein excudebat, 1540, petit in-4° obi.
— 7° Trium vocum Cantiones centum ; No-
rimbergx , J. P être jus , 1541, in-4°. — 8°
Quintus liber Motletorum quinque et. sex
vocum, etc.; Lugduni, Jac. Moderni, 1543, in-4°.
— 9° Le quatrième livre des Chansons à quatre
parties, auquel sont contenues 34 chansons
nouvelles, etc.; imprimées à Anvers, chez
Tylman Susato, 1544, in-4° obi. On trouve
aussi trois chansons à 4 et 5 voix de Benedictus
dans le 5 e livre, ibid. , 1544; à 4, 5 et 6
voix dans le 6 e livre, ibid., 1545, et enfin,
c'est dans le septième qu'a été publiée la Mo-
nodie de Ducis sur la mort de Josquin De-
près, ibid., 1545. — 10° Cantiones octo, sex,
quinque et quatuor vocum, omnium ju-
cundissimi nuspiam antea (sic) xditi. Au-
gustx Vindelicorum, Philippus Vhlardus
excudebat, 1545, petit in-4° obi. — 11° Can-
tiones sex et quinque vocum longe gravis-
simx,juxtaac amenissimx , in Germania
maxime hactenus typis non excusx ;Augustœ
Vindelicorum, Melchior Kriestein, 1545, petit
in-4° obi. Salblinger(voy. ce nom ) fut l'éditeur
de ces recueils. — 12° Cantiones sacrx, quas
vulgo Motteta vocant, ex optimis quibusque
hujus xtatis musicis selectx libri quatuor ;
70
DUCIS — DUFAY
Antverpix, apud Tylmanum Susato , 1546-
1547, in-4° obi. — 13° Caniionum sacrarum,
quas vulgo Molelta vocanl, 5 et 6 vocum, ex
opiimis quibusque musicis selectarum , Libri
I'VIII ; Lovanii, apud Petrum Phalesium,
1554-1558, in 4° obi. Je crois que les pièces con-
tenues dans ces derniers recuei appartiennent
à Benoit d'Appenzell.
DUCLOS (Charles PINEAU), né à Di-
nan, en Bretagne, en 1704, fut envoyé fort
jeune à Paris pour y laire ses études. En 1739
il fut reçu à l'Académie des Inscriptions et Bel-
les-Lettres, et en 1747 à l'Académie Française,
dont il devint le secrétaire perpétuel en 1755.
Il e6t mort à Paris le 26 mars 1772, dans sa
soixante-neuvième année. Parmi ses ouvrages
on remarque : Mémoire sur l'art de partager
l'action théâtrale , et sur celui de noter la
déclamation qu'on prétend avoir été en
usage chez les Romains , dans les Mémoires
de l'Académie des Inscriptions, t. XXI,' p. 191-
208. Il est aussi l'auteur de l'article Déclama-
tion, dans l'Encyclopédie méthodique, où il est
question de la musique théâtrale. On trouve
ces deux morceaux dans la collection de ses
Œuvres donnée par Desessarls, en dix volumes
in-8°; Paris, 1800.
DUCLOS ( . . ■), horloger de Paris, in-
venta, en 1782, une machine destinée à in-
diquer la division des temps de la mesure en
musique. Il appela cette machine rhythmo-
mètre. Elle fut approuvée par les professeurs
de l'École royale de Chant, et Gossec, l'un d'eux,
fit sur cet instrument un rapport favorable
qui a été imprimé dans la môme année, en un
quart de feuille in-8°.
DUCRAY-DUMINIL (François -Guil-
laume), lié à Paris en 1761 , succéda en 1790
à l'abbé Aubert dans la rédaction des Petites-
Affiches de Paris. Il est mort à Ville-d'Avray
le 29 octobre 1819, à l'âge de cinquante-huit
ans. Auteur de beaucoup de romans mal écrits,
mais où l'on trouve de l'intérêt. Ducray-Duminil
a fait aussi des pièces de théâtre, des vaude-
villes dont il a composé les airs pour les théâ-
tres des boulevards de Paris, et s'est fait
connaître, comme musicien, par Six Romances
tirées du roman de Lolotte et Fanfan, avec
accompagnement de harpe ou de clavecin;
Paris, Boyer, 1788. — 2° Six Romances tirées
d'Alexis, ou la Maisonnette dans les bois;
ibid., 1789. — 3° Six Romances tirées des let-
tres à Emilie, ibid.
DUCREUX (Emmanuel ), fils d'un peintre
de portraits au pastel, naquit à Paris en 1765.
Destiné par son père à la peinture, il fit d'abord
des études pour se livrer à l'exercice de cet art;
mais son goût pour la musique le lui fit aban-
donner. Il apprit à jouer de plusieurs instruments
à vent, particulièrement de la flûte et du basson,
et entra à l'orchestre du Théâtre-Français, en
1789, pour ce dernier instrument. 11 est mort
à Paris vers 1812. On a de sa composition :
1° Symphonie concertante pour deux flûtes prin-
cipales ; Paris, 1795, Sieber. — 2° Symphonie
idem, n°2; ibid. — 3° Six Duos non difficiles
pour deux flûtes , œuvre 3 ; ibid. — 4° Duos
pour flûtes et basson, extraits des œuvres de J.
Haydn et Mozart, liv. 1,2; ibid. — 5° Des
airs variés pour flûte seule; Paris, Corbaux. —
6° Les Folies d'Espagne , variées pour basson ;
ibid. Ducreux a eu un fils qui, après avoir été
quelque temps musicien dans un régiment, a
été souffleur de musique à l'Opéra- Comique ,
en 1818. 11 a arrangé des airs d'opéras pour deux
violons.
DUERNER (J.), violoniste et composi-
teur, est né en Bavière vers 1812. Il fut d'abord
employé à la cour de Dessau comme violo-
niste, et reçut du maître de chapelle Frédéric
Schneider des leçons de composition. Eu 1838
il était directeur de musique à Anspach et s'y
distingua par la composition de plusieurs re-
cueils de chants pour des chœurs de voix
d'hommes. En 1844 il obtint la place de pro-
fesseur de musique à l'Université. Une sympho-
nie à grand orchestre composée par cet artiste
a été exécutée à Dessau en 1838 et à Leip-
sick en 1844. Il a publié à Leipsick , chez Pe-
ters, une bonne sonate pour piano et violon,
œuvre 15. Duerner est connu particulière-
ment en Allemagne par un grand nombre de
recueils de Lieder à une voix seule avec ac-
compagnement de piano, œuvres 5, 6, 8, 9, 10,
11, 12, 13, 14, etc.
DUFAUR (Pierre), ou DUFAUR DE
SAINT-JORY , fut un des plus savants
hommes du seizième siècle. Après avoir été
conseiller au grand conseil , puis maître des
requêtes, il fut élevé à la dignité de premier pré-
sident du parlement de Toulouse, le 8 juillet
1597, et mourut d'apoplexie , le 18 mai 1C00,
en prononçant un arrêt. Parmi ses ouvrages
on en remarque un qui a pour titre : Agonisti-
con, sive de re athletica, ludisque veterum
gymnicis, musicis atque circensibus, spicile-
giorum iractatus, tribus libris comprehensi,
opus tessellatum, etc. ; Toulouse, 1595, in-4°.
Cet ouvrage a eu plusieurs éditions.
DUFAY ou DU FAY (Guillaume), célè-
bre compositeur de la fin du quatorzième siècle,
partage avec Égide Binchois et Jean Dunstaple
DUFAY
:i
la gloire d'avoir épuré l'harmonie , de l'avoir
affranchie des formes grossières et des suc-
cessions de quintes , d'octaves et d'unissons
qui entachent les productions des plus habiles
musiciens du milieu du quatorzième siècle, tels
que François Landino de Florence, Jacques
de Bologne , Guillaume de Machault et autres ;
enfin , de lui avoir imprimé un caractère de
suavité qui a été se perfectionnant jusqu'à la fin
du seizième siècle, dans la tonalité du plain-
chant. Tinctor ou Tinctoris a fait de Dufay un
Français; il se pourrait toutefois qu'il eût été
mal informé, car j'ai trouvé, dans un traité ma-
nuscrit de musique du commencement du sei-
zième siècle, cette phrase : Secundum doc-
frinam Wilhelmi Ditfais, Cimacensis Hann.
( selon la doctrine de Guillaume Dufay, de
Chimay en Hainaut) (1). Mon savant ami et
parent Henri Delmotte, trop tôt enlevé aux let-
tres et à l'histoire des arts, m'a objecté contre
ce fait qu'il y avait peu de noms propres au
quatorzième siècle qui ne fussent des indica-
tions de lieux de naissance, de profession ou de
sobriquets; qu'il était vraisemblable que le nom
de Dufay était Guillaume, et que Dufay in-
diquait qu'il était né dans un lieu appelé le
Fay. S'il en était ainsi, Guillaume Dufay serait
encore né dans le Hainaut, car on trouvait dans
l'ancienne province de ce nom, intendance de
Maubeuge, gouvernement de Landrecies, les
communes de Fay-la-Ville et Fay-le-Château.
Mais, jusqu'à preuve du contraire, je m'en tiens
à l'indication du manuscrit.
Il y a beaucoup d'incertitude à l'égard de
l'école où ce musicien célèbre a pu s'instruire
dans son art. Le conseiller Kiesewetter pense
que ce dut être en Belgique , et fonde son opi-
nion sur ce que les compositions de Dufay in-
diquent un état de l'art beaucoup plus avancé,
sous le rapport de l'harmonie, qu'on ne le trouve
dans les ouvrages des musiciens florentins du
quatorzième siècle et de Guillaume de Machault,
auteur d'une messe à quatre voix écrite en
1367 ; ce qui lui fait croire qu'il existait en
Belgique une connaissance plus étendue de
l'ait d'écrire en musique qu'ailleurs, et que Du-
fay y a puisé son instruction. D'autre part,
Kiesewetter remarque qu'antérieurement à ce
musicien toute la notation était noire et dans
le système exposé par Francon , tandis que
la notation blanche apparaît pour la première
fois dans les compositions de Dufay, de Binchois
(1) Voyez à ce sujet mon Mémoire sur cette question ;
Quels ont été les mérites des Néerlandais dans la mu-
sique, etc., pages 12 et 13; Amsterdam, 1829, in-4°.
et de Dunslaple, particulièrement du premier.
(Voy. l'ouvrage de Kieseweller intitulé : Ges-
chichte der europxisch-abenlsendischen oder
unsrer heutigen Musik. Darstcllung ihres
Ursprungcs, etc., p. 42-49.) M. de Cousse-
maker suppose que la maîtrise de la cathé-
drale de Cambrai est l'école où l'éducation mu-
sicale de Dufay s'est faite ; il est conduit à
cette conjecture parce qu'un manuscrit du
commencement du quinzième siècle renferme
une messe qui porte le nom de cet homme
célèbre (1). Le fait n'est pas impossible; mais il
faut avouer que la raison sur laquelle se fonde la
conjecture est assez faible. Si l'artiste que celle
notice concerne était né à l'une des deux com-
munes du Fay , dont il vient d'être parlé, la
conjecture de M. de Coussemaker ferait vrai-
semblable, car toutes deux appartenaient au
diocèse de Cambrai. L'influence de Dufay sur les
perfectionnements de l'art ne peut être mise
en doute, car Tinctoris, Adam de Fulde, Spa-
taro, Gafori, ont signalé précisément ce maître
comme ayant eu la plus grande part aux per-
fectionnements de la musique de son temps.
Adam de Fulde (voy. ce nom) , auteur d'un
trailé de musique écrit en 1490, dit que Guil-
laume Dufay fut l'auteur d'une multitude d'in-
novations dans !a notation et dans l'emploi des
dissonances par prolongation (2). D'ailleurs,
Martin Le Franc , poëte français qui écrivait <le
1436 à 1439 et que j'ai cité à l'article Binchois,
ne nous laisse pas de doute sur l'opinion ré-
pandue parmi les contemporains de Dufay
concernant les perfectionnements introduits par
lui dans la musique. Je rapporterai de nouveau
ici les vers de ce poëte, à cause de leur im-
portance pour le sujet dont il s'agit :
Tapissier, Carmen, Cesarls
N'a pas long-temps si bien chantèrent
Qu'ils esbahirent tout l'aris
Et tous ceux qui les fréquentèrent :
Mais oneques jour ne deschantèrent
En mélodie de tels chois
(Ce m'ont dit ceuli qui les hantèrent),
Que Guillaume Dufay et Binchois.
Car ils ont nouvelle pratique
De faire f risque concordance
En haute et en basse musique,
En feinte, en paxisc et en imuince.
Etc., etc.
Voilà bien les inventions, la nouvelle pra-
(1) Notices sur les collections musicalesde la bibliothè-
que de Cambrai, p. 4o.
(2) Cujus rei venerabilem Guilhelmum. Duffaij inven-
torem extitisse credo, quem et ?noderniores musici om-
nes imitantur , etc. (Vide Scrip. ecclesiast. de Musica,
coll. M.Gcrbcrto, t. 111, p. 350.)
72
DUFAY — DU FORT
tique de Dufay et de Binchois constatée dans
l'harmonie (la (risque concordance et la feinte,
ou retard de consonnance) et dans la notation
(la pause). Cependant Part existait déjà avant
eux en France, bien que moins avancé, puisque
trois musiciens, Tapissier, Carmen et Cêsaris,
pouvaient esbahir tout Paris.
A l'égard de l'argument tiré par Kiesewelter
du peu de vraisemblance qu'on ait passé subite-
ment de la notation noire à la notation blanche
de Dufay, et de la probabilité que cette dernière
notation était en usage dans les Pays-Bas lors-
qu'elle était encore inconnue en France et en Ita-
lie, je ferai voir, dans mou Histoire générale de
la Musique, que la notation blanche était déjà
connue en France avant Guillaume Dufay, ou du
moins dans sa jeunesse, bien que d'un usage
peu répandu et bien qu'elle fut peu perfectionnée.
Je ferai voir aussi, par la publication de mor-
ceaux de musique composés dans la première
moitié du quinzième siècle, que l'usage de la no-
tation blanche ne s'était pas tellement répandu
qu'on ne se servît encore de la noire à cette épo-
que; enfin je démontrerai, par deux chansons à
trois voix composées aussi au temps de Dufay
dans les Pays-Bas, et tirées d'un manuscrit des
archives de Gand, que la notation noire était en-
core celle dont on se servait alors dans ce pays,
et que l'art d'écrire en harmonie y était inférieur
à celui dont ce musicien a fait preuve dans ses
ouvrages. D'où il suit qu'on ne peut contester
à Dufay l'importance de ses travaux par des
suppositions gratuites d'un avancement antérieur
de l'art dans les Pays-Bas, et que sa gloire reste
entière. (Voy. le Résumé philos, de l'hist. de la
musique, p. cxcix. ) Que Dufay ait commencé
l'étude de la musique dans la Belgique , cela est
vraisemblable puisqu'il y était né ; mais il a pu
la continuer en France, et y prendre les premières
notions de la notation blanche, dont il a ensuite
propagé l'usage et perfectionné le système.
L'abbé Baini a trouvé dans les archives de la
chapelle pontificale de Rome la preuve que Du-
fay était attaché à cette chapelle, en qualité de
ténor, dans l'année t380. Il ne devait pas être
alors âgé de moins de vingt-cinq ans, en sorte
qu'il a dû naître vers 1350 ou 1355 au plus tard.
Il demeura attaché à cette chapelle tout le reste
de sa vie et mourut en 1432, dans un âge
avancé ; circonstance qui prouve que l'époque
He sa naissance doit être placée vers 1350.
Pendant le temps où il fut au service de la cha-
pelle pontificale, il paraît qu'il visita la France
et les Pays-Bas, car quelques vers de Martin Le
Franc semblent indiquer que ce poète l'a vu à
la cour des ducs de Bourgogne.
Les archives de la chapelle pontificale ren-
ferment quelques messes composées par Guil-
laume Dufay, et dont les titres sont : Ecce
ancilla Domini; Omme (Homme), l'Omme
armé; Se la face ay pale; Tant me déduis.
Tinctoris cite aussi la messe de ce compositeur
intitulée de Saint Antoine. Kiesewetter a pu-
blié le Kyrie (à quatre voix) de la inesse Se la
face ay pale, le Benediclus de la messe Ecce
ancilla Domini (à deux voix), le Kyrie (à
quatre voix) de la messe de l'Homme armé.
La précieuse section des manuscrits de la Bi-
bliothèque royale de Belgique renferme un volume
qui provient de la chapelle des ducs de Bourgo-
gne, et qui contient beaucoup de messes et de
motets des musiciens belges les plus célèbres
au quinzième siècle. On y trouve trois messes à
trois voix et trois autres à quatre voix de Du-
fay. Le volume est coté 1555, in-fol. Un volume
manuscrit du quinzième siècle, qui est à la bi-
bliothèque de Cambrai sous len° 6, in-fol. , con-
tient des Kyrie, Gloria et Credo de différentes
messes, à trois et à quatre parties, au nombre
desquels est un Gloria à 4 parties qui porte le
nom de Dufay. Les autres pièces du volume
sont sans nom d'auteur, d'oùM.deCoussemaker
croit pouvoir conjecturer qu'elles appartiennent
toutes au même auteur. Un manuscrit intéres-
sant qui appartenait à Guilbert de Pixérécourt
contient des motets et des chansons françaises
de Dufay, entre autres la chanson à trois voix,
Cent mille escus quant je voeldroie, mor-
ceau très-remarquable par les imitations bien
faites qu'il contient et par la pureté de son har-
monie.
Plusieurs auteurs ont dit que Dufay a ajouté
deux octaves au système complet de Gui d'A-
rezzo; cette assertion ne se soutient pas à l'exa-
men des monuments historiques de l'art, comme
je le prouverai dans mon Histoire de la Musique.
Il est plus raisonnable de s'en tenir à cet égard
au texte à" 1 Adam de Fulde, qui dit que Dufay
ajouta quelques notes au-dessous du gamma-ut
grave du système de Gui, et quelques autres
notes au-dessus de cc-fa.
DUFORT (Charles De), compositeur et
maître de chapelle à Paris, est né à Sens le 21
novembre 1803. Après avoir fait ses premières
études de musique dans sa ville natale, il
devint élève du célèbre hautboïste Brod, pour
la composition. En 1831 il s'est présenté au con-
cours de l'Institut ; mais, n'ayant pas réussi,
il n'a plus tenté de nouvel essai. Il a publié beau-
coup de musique d'église de laquelle nous con-
naissons : 1° Messe semi-solennelle pour solos
et chœurs, avec orgue; Paris, V Canaux. —
DUFORT — DUGAZON
73
2° Psaume Lextcra Domini pour soprano et
basse, chœur et orgue; ibid. — 3° Motets, Vent,
Creator, à voix seule et orgue ; ibid i"A ve ve-
rum, pour ténor solo, chœur et orgue; ibid. —
5° salut aris Hostia, à 3 voix et orgue;
ibid. — 6" Adorcmus, à 2 voix de soprano,
chœur et orgue; ibid. — 7° Ave, maris Stella,
à 3 voix et org.ie; ibid. — 8° Sub tuum prx-
sidium, chœur à 2 voix de femme et orgue ;
ibid, — 9° Hymne Veni, Sancle Spiritus , pour
voix solo et chœur; ibid. — 10° Sombre nuit,
aveugles ténèbres, quatuor religieux pour so-
prano , contralto, ténor et basse, avec accomp. de
piano : ibid. On a aussi de M. de Dnfort des ro-
mances et des morceaux détachés de différents
genres.
DUFOUR ( Le P. J. ), jésuite de la maison
de Vaugirard-lez-Paris, adonné des soins à
l'impression du Graduale Romanum de son
confrère le R. P. Lambillotte (voy. ce nom ) ,
après la mort de celui-ci, et a été l'éditeur de
son livre intitulé : Esthétique, théorie et pra-
tique du Chant grégorien. Une dissertation
du R. P. Schubiger, moine bénédictin et maî-
tre de chapelle au couvent d'Einsiedeln ( Suisse,
canton de Schwitz ), ayant été insérée dans le
numéro de décembre 1856 de la Revue de Mu-
sique ancienne et moderne publiée par M . Th.
Nisard, on y lut une appréciation sérieuse des Ira-
vaux du P. Lambillotte sur le chant grégorien,
dans laquelle ses erreurs fondamentales étaient
démontrées (voy. Schubiger ). Le P. Dufourcrut
devoir publier à cette occasion, dans le journal
intitulé PAmi de la Religion ( 12 mars 1857),
une Réponse à quelques attaques dirigées
contre l'œuvre du P. Lambillotte. Elle fut ré-
futée dans un écrit de M. Nisard qui a pour
titre : le P. Lambillotte et dont Anselme Schu-
biger; notes pour servir à l'histoire de la ques-
tion du chant liturgique au commencement de
l'année 1857 ; Paris, 1857, in-8° de 46 pages. Cet
écrit fut suivi d'une Réponse de Loin Anselme
Schubiger au P. Dufour, précédée de quel-
ques réflexions faisant suite aux notes pour
servir à l'histoire de la question du chant
liturgique au commencement de l'année
1857, .par Théodore Nisard; Paris, 1857,in-8°
de 30 pages. D'autre part M. l'abbé Cloet ( voy.
ce nom ) avait publié des Remarques critiques
sur le Graduale Romanum du P. Lambillotte;
le P. Dufour y répondit par un Mémoire sur
les chants liturgiques restaurés par le P.
Lambillotte, de la Compagnie de Jésus, et
publiépar le P. L... de la même Compagnie.
Examen des principales difficultés propo-
sées par divers auteurs, et en particulier par
l'abbé Cloet dans les Remarques critiques sur
le Graduale Romanum, etc.; Paris, Adrien Lc-
Clerc el C><\ in-4° de VI et 64 pages (voy. Cloet
au sujet de ce Mémoire ).
DUFRESNE ( Ferdinand ), (ils d'un violo-
niste de l'orchestre de fa Comédie-Française,
naquit à Paris en 1783. Élève de son père, il
fut admis au Conservatoire en 1797, et reçut des
leçons de Gaviniès pour le violon. Sorti de
cette institution en 1800, il fut attaché à l'or-
chestre de POpéra-Comique jusqu'en 1806, puis
fut chef d'orchestre du théâtre de Nante>s
pendant deux ou trois ans. De retour à Paris
vers 1809 , il se livra à l'enseignement dans
les collèges et dans les pensionnats. If vivait
encore à Paris en 1825. Dufresne a publié en-
viron vingt-cinq œuvres de duos, trios, airs
variés, pots-pourris, et quatre concertos pour le
violon. Son œuvre 20 est un quatuor brillant
pour deux violons, alto et basse; Paris, Boiel-
dieu.
Le père de Dufresne, qui était attaché à l'or-
chestre de la Comédie-Française dès 1752, a fait
graver à Paris, en 1780, six solos pour flûte
avec variations, œuvre 1.
DUGAZON (Lodise-Rosalie LEFÈVRE),
femme d'un acteur renommé de la Comédie-Fran-
çaise, naquit à Berlin en 1753, et vint à Paris
à l'âge de huit ans. En 1767 on la fit débuter
comme danseuse au théâtre d'opéra -comique
qu'on appelait alors la Comédie -Italienne. Sa
grâce, sa gentillesse, l'intelligence dont elle fai-
sait preuve, et le succès qu'elle obtint dans
quelques petits airs qu'on lui fit chanter, déter-
minèrent sa vocation pour le genre des comé-
dies à ariettes. Le premier rôle qu'on lui confia
fut celui de Pauline, dans le Sylvain de Grétry.
Elle y fut applaudie avec tranports dès son dé-
but, qui eut lieu le 30 juillet 1774. Sans posséder
une belle voix , et sans instruction dans l'art
du chant, elle savait exciter l'enthousiasme des
habitués de la Comédie-Italienne par les accents
d'un organe plein de charme. D'ailleurs, actrice
douée d'instinct, de finesse et de sensibilité,
elle savait émouvoir, faisait verser des larmes
ou provoquait à son gré la gaieté. Les personnes
qui l'ont entendue dans sa jeunesse parlent en-
core avec admiration de son jeu et même de son
chant dans les rôles de Babet (de Biaise et
Babel )', de Justine (dans Alexis et Justine),
et surtout de Nina. Lorsque l'âge ne lui permit
plus de jouer ces rôles, elle prit ceux de mères ;
mais , quoiqu'elle y fût encore bonne actrice ,
elle n'y produisit plus autant d'effet que dans
ceux de sa jeunesse. En 1792 cette excellente
actrice se relira de la scène ; elle y reparut en
74
DUGAZON — DUIFFOPRUGCAR
1795', et sembla au public n'avoir rien perdu de
son talent. Dans le Prisonnier, dans le Calife
de Bagdad, et dans beaucoup d'autres pièces,
elle mit à ses rôles un cacbèt particulier de gaieté
et de linesse que n'ont pu retrouver toutes les
actrices qui lui ont succédé. Madame Dugazon
a donné son nom aux rôles de sa jeunesse et de
son âge mûr ; on les distingue encore au théâtre
en Jeunes Dugazon et Mères Dugazon.
Retirée du théâtre en 1806, cette actrice est
morte le 22 septembre 1821, à l'âge de soixante-
huit ans.
DUGAZON (Gustave), fils de la précé-
dente, naquit à Paris en 1782. Admis au Con-
servatoire de Musique de cette ville, il y devint
élève de Berton pour l'harmonie, et, après avoir
interrompu plusieurs fois ses études, passa sous
la direction de Gossec pour la composition. En
1806 il concourut à l'Institut de France et obtint
le deuxième grand prix; puis il se livra à l'en-
seignement du piano et publia plusieurs morceaux
détachés pour cet instrument. Son premier ou-
vrage pour la scène fut un ballet intitulé Noémi;
il l'écrivit pour le théâtre de la Porte-Saint-
Martin. En 1812 il fit représenter au théâtre
Fcydeau Marguerite de Waldemar, opéra en
trois actes, qui fut suivi de la Noce écossaise ,
en un acte (1814), et du Chevalier d'industrie,
en un acte (1818), composé en société avec
Pradher. Aucun de ces ouvrages ne réussit.
Pour l'Opéra Dugazon à écrit : 1° les Fiancés
de Caserte , ballet en un acte (1817); Alfred
le Grand, ballet en trois actes , arrangé avec la
musique du comte de Gallenberg (1822); Aline,
ballet en trois actes , en société avec Berton
(1823). Parmi les compositions instrumentales
de Dugazon on remarque cinq mélanges d'airs
variés en trios, pour piano, violon et violoncelle,
Paris, Dufaut et Dubois, et Janet et Cotelle;
cinq mélanges d'airs et nocturnes pour piano et
cor, Paris, Gaveaux, Petit, Janet, Pacini ; fantai-
sies , mélanges d'airs, préludes et toccates pour
piano seul, Paris, Dufaut et Dubois, Le Duc,
Petit, Janet, Schlesinger; airs variés pour
piano seul, Paris, Petit, Janet, Dufaut et Du-
bois; quadrilles de contredanses pour piano;
duos pour harpe et piano, Paris, Le Duc. On a
aussi de ce musicien plusieurs recueils de
romances et de nocturnes à deux voix. Du-
gazon est mort à Paris vers la fin de l'année
1826.
DUGUET (L'abbé), maître de musique à
l'église Saint -Germain l'Auxerrois en 1767,
passa en la même qualité à Notre-Dame en
1780. Il a composé beaucoup de messes et de
motets qu'on conserve en manuscrit dans la
bibliothèque de la cathédrale de Paris. En 1767
il fit exécuter avec succès un motet de sa com-
position au Concert spirituel.
DUHAMEL (J. -M.), ancien élève de l'É-
cole polytechnique, puis directeur des études,
dans cet établissement et membre de l'Académie
des Sciences de l'Institut de France, est connu
par divers ouvrages de hautes mathématiques ,
au nombre desquels on remarque celui qui a pour
titre : Mémoire sur faction de Varchet sur
les cordes (dans les Mémoires présentés par
divers savants à l'Académie des Sciences
tome VIII).
DU HEM ( Hippolvte-Jean) , professeur de
trompette au Conservatoire royal de Bruxelles,
est né à Paris, le 1 er décembre 1828, d'un père
belge. Admis au Conservatoire de Bruxelles
comme élève au mois d'avril 1845, il y reçut
des leçons de M. Zeiss, pour la trompette, et ses
progrès furent si rapides,que le premier prix de
cet instrument lui fut décerné au concours dans
l'année suivante. Il entra bientôt après dans la
musique des Guides et au Théâtre royal, en qua-
lité de trompette solo. Pendant les trois années
qu'il occupa ces positions, il perfectionna son ta-
lent par des études constantes. Engagé ensuite
pour les concerts et festivals de l'Angleterre, il
y obtint de brillants succès; puis il parcourut
l'Ecosse, l'Irlande, l'Amérique du Nord etduSud,
la Hollande et l'Allemagne, recueillant partout
des applaudissements par son talent remarquable.
De retour à Bruxelles dans les premiers jours
de 1860, M. Duhem a été nommé professeur
de son instrument au Conservatoire. On a de
lui plusieurs compositions pour la trompette
et le cornet à pistons, qui ont été publiées à
Londres.
DUIFFOPRUGCAR (Gaspard), célèbre
luthier, né dans le Tyrol italien vers la fin du
quinzième siècle, voyagea d'abord en Allemagne,
et s'établit ensuite à Bologne, vers 1510. Fran-
çois I er , roi de France, étant allé dans cette ville en
1515 pour y établir un concordat avec Léon X,
entendit parler des talents de Duiffoprugcar, et
lui fit faire des offres si avantageuses qu'il le
détermina à venir à Paris. Il paraît que, le climat
nébuleux de la capitale ne convenant point à la
santé de cet artiste, il obtint la permission de
se retirer à Lyon. Plusieurs instruments sortis
de ses mains sont datés de cette ville. On a gravé
son portrait en médaillon, où il est représenté
entouré d'instruments, tenant un compas d'une
main et un manche de l'autre ; ce portrait est
daté de 1562 , ce qui pourrait faire croire qu'il
vivait encore alors. M- Cartier a possédé une
belle basse de viole et un ténor de viole de cet artiste
DUIFFOPRUGCAR — DULON
75
célèbre, el M. Raoul, amateur distingué comme vio-
loncelliste, a eu aussi une basse de viole deDuiflo-
prugcar, qui est devenue ensuite la propriété de
l'excellent luthier M. Vuillaume. Cet instrument,
dont le dos représente l'ancien plan de Paris en
marquetterie , est remarquable par sa beauté
et la belle qualité de ses sons. L'instrument le
plus intéressant peut-être qui existe aujourd'hui
de ce luthier célèbre est un violon grand pa-
tron, le seul connu jusqu'à ce jour, et qui porte
son nom, avec la date de t539. La qualité des
sons de cet instrument est puissante , péné-
trante, et porte au loin dans une grande salle.
La tète représente une figure de fou de roi,
avec une fraise plissée. Ce violon a appartenu
à M. Merts, professeur au Conservatoire de
Bruxelles.
DUJARDIX (Dominique), prêtre etcomposi-*
teur, fut nommé maître de chapelle de la ca-
thédrale de Rouen en 1636. 11 quitta cette posi-
tion en 1648 et y fut rappelé en 1659. Il la con-
serva jusqu'à sa mort, arrivée en 1665. Dans la
collection de Messes publiée par RaHard , avec
les quatres parties en regard, il en existe une de
Dujardin, ad imitationem moduli Tu es Petrus;
Paris, 1643, in-fol. max.
DUJARDIN, ou DE HORTO. Voij. ce
nom.
DULCÏNO (Jean -Baptiste) , compositeur
italien , vivait au commencement du dix-sep-
Uème siècle. Il a publié un recueil de motets
de sa composition sous ce titre : Cantiones sa'
crx octo vocibus, una cum Litaniis B. M.
Virgins et Magnificat cumB. C; Venise , 1609,
in-4°.
DULICH (Philippe), né àChemnitz en /563,
fut professeur de musique à l'ancienne école
normale de Stettin, et mourut dans cette ville
en 1631 , à l'âge de soixante-huit ans. On a im-
primé de sa composition : 1° Harmonise aliquot
septenis vocibus compositx ; Stettin, 1593. — 2°
Centuriœ 6 octonum et septennumvocum har-
monias sacras laudibus Sanctse triados con-
secratas continentis ; Stettin, 1607, in-4°. La se-
conde partie de cet ovvrage a paru en 1610 ,
et la troisième en 1612 3° Novum opus viusi-
cum duarum partium , continents dicta in-
signiora ex evangeliis dierum domin. et festo-
rum totius anni desumpta et quinarum vo-
cum concentu exornata, etc.; Leipsick , 1609,
in-4\
DULlNG (Antoine), né à Magdebourg vers
la lin du seizième siècle , fut cantor à Cobourg.
Il a publié : Cythara melica, oder XXXII la'
teinische Motetten fur 8 bis 12 Stimmen, auf
die Fest-Tage gerichtet (Trente-deux Motets
latins, depuis huit voix jusqu'à douze, etc.),
Magdebourg, 1620.
DULKEIV (Jean-Louis), né à Amsterdam
le 5 août 1761 , apprit dans sa ville natale, et
ensuite à Paris, sous la direction de son père,
l'art de confectionner des clavecins, forté-pianos
et autres instruments. En 1781 l'électeur de Ba-
vière le fit venir à Munich, où il épousa la cé-
lèbre pianistn Sophie Lebrun, et où il se trouvait
encore en 1812. Les pianos qu'il y a fabriqués
élaient si estimés pour la qualité du son et le
fini du mécanisme, qu'ils se sont répandus non-
seulement dans toute l'Allemagne, mais même
en Suisse et en Italie, et qu'ils y ont été fort re-
cherchés.
DULKEIV (Louise), dont le nom de famille
était David, naquit à Hambourg le 20 mars 1811.
Élève du directeur de musique C.-F.-G. Schwen-
cke, elle prit ensuite des leçons de Wilhelm
Grund et devint une pianiste distinguée. Dès l'âge
de onze ans elle se fit entendre avec succès dans
les concerts , et brilla dans les villes principales
de l'Allemagne. En 1828 elle se rendit à Londres
et s'y fixa. Son talent la fit rechercher par la
haute société comme professeur de son instru-
ment, et elle se fit une très-bonne position dans
la capitale de l'Angleterre. M m e Dulken est morte
à Londres le 12 avril 1850.
DULOX (Lotis) (1), llùtiste distingué, naquità
Orianenhourg sur le Havel, en Prusse, le 14
août 1769, d'une famille originaire de France,
exilée par suite de la révocation de l'Édit de
Nantes. Une ophlhalmie dont il fut atteint à
l'âge de huit ans, et qui fut mal traitée par un ocu-
liste ignorant, le priva pour toujours de l'usage
de la vue. Son père, qui était inspecteur de l'ac-
cise, jouait fort bien de la flûte et était élève de
Quantz. Il lui enseigna à jouer de cet instrument,
et Angerstein, organiste ■de la ville, lui donna
des leçons d'orgue. Ses progrès sur ces deux
instruments furent rapides. A l'âge de treize
ans il fit un voyage dans les principales viiles
de l'Europe, accompagné de sa sœur, et par-
tout il excita l'admiration générale par la ma-
nière brillante dont il jouait les pièces les plus
difficiles. Il composait aussi et dictait ses ou-
vrages avec facilité. En 1796 il alla à Saint-Pé-
tersbourg, où il obtint le litre de musicien de
l'empereur de Russie. Deux ans après il revint
dans son pays et s'y fixa. La cour de Russie
lui avait fait une pension qui lui a été payé*;
régulièrement. De retour en Allemagne vers 1800,
(1) Dans la notice de la première édition j'avais suivi les
indications du nouveau Lexique d'Ernest L. Gerber ; mai»,
ayant acquis postérieurement l'autobiographie de Dulon
c'est elle qui m'a servi de guide pour celle-ci.
re
DULON — DUMAS
il se îlxa à Stendal, dans la régence de Marien-
bourg. Ce fut là qu'il écrivit sa propre bio-
graphie, à l'aide d'un alphabet en relief et mo-
bile que M. Wolke, directeur d'une école pri-
maire à Dresde, avait inventé pour lui, en 1796.
C.-M. Wieland a publié cet ouvrage sous ce ti-
tre : la Vie et les Opinions de Dulon, joueur
de flûte aveugle , dictées par lui-même (Du-
lons des blindai Flœtenspielers Leben xind
Meynungen, von ihm selbst bearbeitet) ; Zu-
rich, 1807-1808, deux vol. in-8°. En 1823, Du-
lon s'établit à Wùrzbourg, où il est mort le 7
juillet 1826. On a de ce musicien les composi-
tions dont les titres suivent : 1° Trois Duos pour
flûte et violon , op. 1 ; Leipsicli, 1800-. — 2"
Douze Variations pour flûte et violon, op.
2; ibid., 1800. — 3° Trois Duos pour flûte et
violon, op. 3; ibid., 1801. — 4° Caprices pour
une et deux flûtes, op. 4 ; ibid. — 5° Trois
Duos pour deux flûtes, op. 5; ibid. — 6°
Trois Duos pour flûte et violon, op. 6 ; ibid.
-*- 7° Premier Concerto pour la flûte, en sol,
op. 8; ibid.
DUMANOIR (Guillaume), fds d'un méné-
trier de Paris , succéda en 1659 à Constantin
dans la charge grotesque de roi des violons et
maître des ménétriers, de la confrérie de Saint-
Julien ; charge qui avaitétéétablie à Paris en 1331,
et que Charles VI avait confirmée par une ordon-
nance datée du 24 avril 1407. Les prétentions du
roi des violons, qui voulait asservir tous les mu-
siVens, et même les organistes, à se faire recevoir
maîtres de danse, occasionnèrent souvent des
procès qui furent toujours jugés en faveur des
musiciens. Dumanoir fut'le premier qui établit
cette prétention dans une brochure de cent
vingt pages in- 12, écrite d'un style bas et gros-
sier , et intitulée : le Mariage de la musique
avec la danse, Paris, 1664. Une ordonnance de
police rendue contre Dumanoir en faveur des
joueurs de hautbois, le 29 avril 1 689, nous apprend
qu'il exerçait encore sa charge à cette épo-
que. Son fils , nommé Guillaume comme lui, et
qu'on appelait Dumanoir second, lui succéda
en 1690 ; mais il se démit de son emploi , par
acte passé devant notaire, le 1 er décembre
1695.
DUMAS (Louis), fils naturel de Montcalm,
seigneur de Saint-Véran et de Candiac, naquit à
Nîmes en 1676. Il étudia la jurisprudence , la
philosophie, et se lia avec le P. Malebranche,
qui le fortitia dans son goût pour la dernière de
ces sciences. Il finit par se livrer à la culture des
lettres et des arts : la musique devint particu-
lièrement l'objet de ses études. Il passa les der-
nières années de sa vie au château de Vauxjours,
à quelques lieues de Paris, et y mourut le 19 jan-
vier 1744. On a de cet amateur des arts : l'Art
de composer toutes sortes de musique sans
être obligé de connaître le ton ni le mode ;
Paris, 1711, in-4°.
DUMAS (Antoine-Joseph), né à Bélhune
en 1705, fit ses études à Arias, et se rendit à
Paris, après les avoir terminées, pour y faire
connaître une méthode d'enseignement pour les
enfants qu'il avait inventée, et qu'il appelait la
Méthode du bureau typographique. Ce bu-
reau élait une imitation des procédés de compo-
sition de l'imprimerie, et par son moyen les en-
fants apprenaient à assembler les lettres dont les
mots sont formés, et à décomposer ceux-ci, pour
parvenir à lire avec promptitude. Dumas appli-
qua ses procédés à la musique, et publia sur ce
sujet un livre intitulé : l'Art de la Musique
enseigné et pratiqué par la méthode du bu-
reau typographique, établi sur une seule clef,
sur un seul ton, sur un seul temps et sur un
seul signe de mesure; Paris, sans date (1753),
in-4° obi. 'd'environ 450 pages, tout gravé. Un
abrégé de cet ouvrage a paru sous ce titre :
l'Art de la Musique enseigné et pratiqué
sans transposer , joint à une introduction
à la connaissance des clefs pour la démons-
tration des voix relatives; Paris, sans date
(1758), in-4°, gravé. La méthode de Dumas, en
ce qui concerne l'unité de clef, a beaucoup d'a-
nalogie avec les principes qui servent de base à la
méthode pliismodernedu méloplaste. L'auteur de
l'article Dumas (Louis) de la Biographie uni-
verselle deMichaud confond cet auteur avec Du-
mas (Antoine-Joseph), et lui attribue les deux
ouvrages de celui-ci ; il oublie que Louis Dumas
était mort en 1744, et que ces deux ouvrages
n'ont paru qu'en 1753 et 1758.
DUMAS (Le P. D.Henri-Bonaventure), cor-
delier du couvent de Lyon , naquit en cette ville
le 31 décembre 1698. Après avoir fait ses études
au collège des jésuites, il entra au couvent des
cordeliers et y prononça ses vœux en 1715.
Une bibliothèque ayant été fondée en 1735 par
les religieux de son ordre, le P. Dumas en fut
nommé directeur et ne négligea rien pour son
accroissement. Le catalogue de cette bibliothèque,
telle qu'elle existait encore en 1790, se trouve
parmi les manuscrits delà bibliothèque publique
de Lyon. Le P. Dumas mourut en 1773 ou 1774.
Il avait étudié la musique dans sa jeunesse;
plus tard il s'occupa de sa théorie avec beaucoup
de soin. Les ouvrages qu'il a laissés sur cette
matière se trouvent en manuscrit dans la biblio-
thèque publique de Lyon , sous le n° 964. Ils se
composent de divers Mémoires, dont voici les
DUMAS — DUMOJNCHAU
77
titres: \° Du tempérament de l'orgue et du
clavecin, daté de 1755. — 2° Principes de
l'Harmonie , 1756. Ce morceau est divisé en
trois parties, dont la première renferme la théo-
rie; dans les deux autres sont les applications
à la pratique. — 3° Éclaircissements sur
l'harmonie tempérée. — 4° Observations sur
le jeu de des harmoniques. Le petit ouvrage
intitulé Ludus melotheticus, publié en 1758,
a été l'occasion du Mémoire du P. Dumas; il
s'y proposa la solution du secret de ce jeu assez
futile. — 5° Traité de l'Harmonie théori-
que et pratique, 1759. La première partie de
cet écrit concerne la pratique de l'art; la se-
conde, la théorie. Delandine, dans son catalogue
des manuscrits de la bibliothèque de Lyon,
attribue ces ouvrages à un P. Dumas, jésuite
de la maison de Lyon; je crois que c'est une
erreur..
DUMAS (...), facteur d'instruments, à
Paris, né à Sommières, inventa en 1810 une
basse guerrière, instrument du genre de la
clarinette, qu'il destinait à jouer les parties de
basse dans la musique militaire. Cet instrument
fut soumis à l'examen d'une commission qui
l'éprouva , et il fut décidé qu'il serait employé
dans la musique de la garde impériale; toute-
fois cette clarinette basse ne fut pas alors intro-
duite dans la musique d'instruments à vent ; ce
n'est qu'environ vingt ans plus tard qu'on a re-
connu l'utilité de ce genre d'instrument, et que
l'usage a commencé à s'en établir. Dumas est
mort à Versailles en 1828.
DUMENIL ou DUMEN1, acteur de l'O-
péra, du temps de Lulli, avait une haute-contre
de la plus belle qualité; il chanta longtemps les
premiers rôles avec le plus grand succès. Son
début eut lieu, en 1677, dans l'opéra A'Isis; il
mourut en 171 5, fort âgé. Il avait été cuisinier
de M. de Foucault, intendant de Montauban , ce
qui fit qu'un plaisant du parterre s'écria, un jour
qu'il jouait le rôle de Phaélon :
« Ah! Phaéton! est-il possible
« Que vous ayez fait du bouillon ? »
Ce fut lui qui joua le premier le rôle de Re-
naud, dans Armide. Mattheson, qui l'avait en-
tendu, dit. qu'il chantait comme un cuistre. C'é-
tait un homme abject, vivantaux dépens des filles
de l'Opéra, se laissant battre par elles, et ne pa-
raissant sur la scène que dans un état d'ivresse
habituelle. {Voyez M\upin.) La Viéville de Fie-
lleuse, son contemporain, dit de lui : « Il est in-
« digne qu'un maraud ose paraître sur le théâtre
■< ne pouvant se soutenir, en changeant la di-
« gnité du spectacle en farce ou bouffonnerie, par
« des postures, un badinage ridicules, comme l'ai-
n sait tous les jours Duménil (Comparaison de
« la musique italienne et de la musique fran-
« çoise, 2 e partie). »
DU MOLIN, ou DUMOLIN (Jean-Remi),
musicien belge, né dans les dernières années du
quinzième siècle, fut organiste de l'église Saint-
Jean, à Matines. Il occupait encore cette place
en 1528, suivant la note d'un payement qui lui
fut fait en cette année, lequel est mentionné au
registre 1804 de la chambre des comptes (Ar-
chives du royaume de Belgique). Le nom de cet
artiste est écrit du Moulin (J.) dans plusieurs
recueils de compositions des musiciens du sei-
zième siècle , mais il est bien orthographié dans
les Motelti delFiore aquattro voci, libri 1, 2,
3, 4, publié à Lyon par Jacques Moderne de Pin-
guento, en 1532-1539, in-4°. Le troisième livre
de cette collection renferme le motet à 4 voix
In Domino confido de Du Molin, page 25.
Une autre collection intitulée : Motettorum a Ja-
cobo Moderno, alias Grand-Jacques , in unum
coactorum et ab eodem impressorum liber
primus cum quinque vocibus; liber secundus
cum quinque vocibus; liber tertius cum quin-
que et sex voc; liber quartus ad quinque et
sex voces; liber quintus ad quinque, sex et
septem voces; Lugduni per Jacobum Moder-
num, 1532-1542, in-4° obi., renferme les mo-
tels à 5 voix de Du Molin : Adonay Domine:
et Pater, peccavi. Le deuxième livre des Mis-
sarum dominicalium quatuor vocum, publié
par Pierre Attaingnant, en 1534, contient deux
messes de cet artiste.
DUMOiXCHAU (Charles-François), naquit
à Strasbourg le 11 avril 1775, et non le 15 février
1778, comme on le dit dans le Dictionnaire
historique des Musiciens de Choron et Fayolle.
Son père lui enseigna les principes de la musi-
sique et lui donna des leçons de violoncelle;
Berg lui donna ensuite des leçons d'harmonie,
et Baumayr lui enseigna à jouer du piano. Cet
instrument lui fit négliger l'étude du violon-
celle ; il y fit de rapides progrès et acquit une
habileté peu commune, particulièrement dans
l'exécution de la musique fuguée. La guerre
vint interrompre ses études. Il fut employé dans
l'administration des vivres de l'armée, et les évé-
nements militaires le conduisirent à Paris, où
il se lia d'amitié avec Kreutzer, à qui il dédia son
premier oeuvre^ qui consistait en sonates de
piano. Admis au Conservatoire de Musique,
il y reprit ses éludes de piano et de composition ;
mais quelque temps après il sortit de cette école
pour prendre des leçons de Wœffl. En 1805 il
donna au théâtre de la Porte-Saint-Martin un
opéra-comique intitulé l'Officier cosaque; cet
78
DUMQNCHAU
DUM
ouvrage eut quelque succès; les morceaux déta-
chés ont «Hé gravés, avec accompagnement de
piano, chez Le Duc. Peu de temps après, Du-
nionchau retourna à Strasbourg, y vécut comme
professeur de piano, et alla s'établir à Lyon en
1809. Il mourut dans cette ville le 21 décembre
189.0. Comme compositeur, Dumonchau se dis-
tingue par un style élégant et pur ; mais il man-
quait d'invention : de là vient que sa musique
est déjà oubliée depuis longtemps. Il a fait graver
à Paris •. 1° Trente-trois sonates pour piano
seul , œuvres 1 , 3, 5, 1 9, 2 1 , 26, 28 , 30 et 32.
— 2° Vingt-quatre sonates pour piano, avec vio-
lon ou flûte, œuvres 4, 13, 15, 20, 23 et 24.
— 3° Deux trios pour piano, violon et basse,
op. 29 et 34. — 4° Deux concertos de piano,
œuvres 12 et 33. — 5° Des bagatelles, des
airs variés, des mélanges et des pots-pourris.
II a laissé en manuscrit quelques composi-
tions, entre antres une symphonie concertante
pour flûte , hautbois et basson, et un concerto
pour cor.
DUMOINT (Henri) , né près de Liège en
1610, apprit dans cette ville la musique et à
jouer de l'orgue. Étonnés de la rapidité de ses
progrès , ses parents l'envoyèrent à Paris, pour
qu'il y perfectionnât ses talents. En 1639 il obtint
l'orgue de Saint-Paul, et peu de temps après le roi,
ayant entendu quelques morceaux de sa compo-
sition , en fut si satisfait qu'il nomma Dumont
l'un des maîtres de sa musique, où il remplaça
SpiilietGobert.il remplit les fonctions de cette
place pendant trente ans, conjointement avec son
confrère l'abbé Robert. La reine, qui aimait la
musique de Dumont, donna à ce musicien le
même emploi dans sa maison et le fit nommer à
l'abbaye de Silly. La musique qui se chantait à
la chapelle du roi avait été, jusque vers 1670,
composée seulement pour les voix, selon l'ancien
système, avec une partie de basse instrumentale,
qu'on appelait basse continue. Louis XIV,
porté vers tout ce qui avait un air de grandeur,
désira qu'à l'exemple de Carissimi et de ses imi-
tateurs les maîtres de sa musique joignissent à
leurs motets des accompagnements d'orchestre ;
il en parla à Dumont, qui, religieux ohserva-
ieur des décisions du concile de Trente, répondit
au roi qu'il ne pouvait se prêter à ce qui lui était
demandé. Louis XIV, curieux d'examiner d'où
pouvait naître ce scrupule, consulta l'archevêque
de Paris (de Harlay ), qui affirma que le concile
avait proscrit les abus de la symphonie, mais
non la symphonie elle-même. Dumont ne se
rendit qu'avec peine à cette décision. Il se pour-
rait que le concile eût été d'un grand secours au
roat':rede chapelle, pour cacher son inhabileté à se
servir d'un orchestre. Quoi qu'il en soit, peu de
temps après (en 1674 ) il demanda et obtint sa
retraite de vétérance. Il mourut en 1684 et fut
inhumé dans l'église de Saint-Paul , dont il avait
été organiste pendant quarante cinq ans.
On a de Dumont cinq messes en plain-chant,
connues sous le nom de messes royales , qu'on
chante aux fêtes solennelles dans plusieurs églises
de Fiance : ce sont ses meilleurs ouvrages; leur
caractère est noble et solennel. Ses autres ou-
vrages sont : 1° Mélanges à 2, 3, 4 et 5 parties
avec la basse continue, contenant plusieurs
chaivions, motets, Magnificat , préludes et
allemandes pour l'orgue et pour les violes,
UvreV; Paris, Robert Rallard, 1649, in-4°. —
2° Mélanges à 2, 3 , 4 et 5 parties , et c, II e
Livre; ibid., 1757, in-4°. — 3° Cantica sacra,
2, 3,4 voc. et inst ruinent ismodulata, adjeclx
itidem litanix 2 vocibus,ad libitum 3 et 4,
cum basso continuo, liber primus ; Paris, R.
Ballard, 1662, in-4°. — 4° Motets à deux voix
avec le basse continue ; ibid., 1668, in-4°. — 5°
Motets à 1, 3 et 4 parties pour voix et ins-
truments, avec la basse continue; Paris, Chris-
tophe Ballard , 16S1 , in-4°. 11 est vraisemblable
que ceux qui ont été publiés chez le même im-
primeur , en 1686 , sous le titre de Motels pour
la chapelle du Roi, mis en musique par
M. Dumont, etc. , sont la seconde édition de
ceux-ci. J
DUN, famille de musiciens qui fut attachée à
l'Opéra de Paris et à la musique du roi, de géné-
ration en génération, pendant plus d'un siècle.
Dans la Pastorale comique, ballet de Molière ,
chanté et dansé, on trouve un chanteur de ce
nom. Jean, son fils, remplissait le rôle d'Hidraot
dans VArmide deLulli, en 1688, et remplaça
Beaumavielle dans les barytons. Deux filles et
un fils de celui-ci, nommé Jean comme lui, fu-
rent attachés à l'Opéra jusqu'en 1742, en qualité
de chanteurs. Ce dernier Jean Dun vivait encore
en 1772 et recevait une pension de mille li-
vres; mais il disparaît de la liste, des pension-
naires de l'Académie royale de Musique dans le
Calendrier des Théâtres de 1773, ce qui indique
qu'il a cessé de vivre dans cette même année
1772.
DUIYI (Écide-Romuald), compositeur drama-
tique, naquit à Matera, dans le royaume de Na-
ples, le 9 février 1709, d'un maître de chapelle,
dont il était le dixième enfant. Lorsqu'il eut at-
teint l'âge de neuf ans, on l'envoya au Conserva-
toire dei Poveri di Gesù Cristo, à Naples,
dirigé alors par Durante. Ses études étant ter-
minées, il se rendit à Rome , où il fut chargé
d'écrire l'opéra de Nerone, en concurrence avec
DUNI — DUINKELFEIND
Pergolèso, qui travaillait alors à son Olimpiade ,
et, ce qu'on aurait peine à comprendre en com-
parant les deux partitions, l'ouvrage de Pergo-
lèse tomba, et celui de Duni eut le plus grand
succès. On doit rendre justice à celui-ci; il ne
s'enorgueillit point de son triomphe, et proclama
hautement la supériorité de son rival. Chargé
d'une mission secrète pour Vienne, par la cour
de Rome, il profila de cette occasion pour faire
entendre sa musique dans la capitale de l'Au-
triche. 11 revint ensuite dans sa patrie, où il fut
nommé maîtrede chapelle de Saint-Nicolas de Bari.
Quelques années après il écrivit pour le théâtre
Saint-Charles, de Naples, l'opéra tfArtaxercès,
qui eut du succès ; après quoi il se rendit à Ve-
nise, et de là à Paris et à Londres, où il composa
la musique de plusieurs ouvrages. Une maladie
chronique, dont il ressentait les effets , l'inquié-
tait beaucoup ; les médecins anglais lui conseil-
lèrent de passer en Hollande, pour y consulter
Boërhaave, qui le guérit en effet ; mais, comme
il revenait dans sa patrie, il fut attaqué par des
voleurs, près de Milan, et le trouble que lui
causa cet événement détruisit sa santé pour tou-
jours. Après avoir visité Gênes, il fut chargé
d'enseigner la musique à la fille de l'infant de
Parme. La cour de ce prince étant presque toute
française, Duni se hasarda à écrire quelques pe-
tits opéras dans celte langue. Son coup d'essai
fut la ISinette à la cour de Favart; le succès
fut si grand qu'on lui envoya la Chercheuse
d'esprits le Peintre amoureux de son modèle.
En 1757 il revint à Paris, où il se fixa, et, après
y avoir fait la musique de dix-huit opéras, dans
l'espace de treize ans, il y mourut le 11 juin
1775. Presque tous les opéras français de Duni
ont eu du succès. Pour juger du mérite de sa mu-
sique il ne faut point y chercher des formes dé-
veloppées auxquelles on est maintenant accou-
tumé, mais qui étaient inconnues de son temps ; son
instrumentation est nulle, et même, sous ce rap-
port, il est-très inférieur à Pergolèse et à tous les
compositeurs sortis comme lui de la première école
de Durante; son expression dramatique manque
souvent de force, mais ses mélodies sont natu-
relles et gracieuses; il a de la gaieté, et même
quelquefois de la verve comique. Ses opéras
italiens sont Nerone, Artaserce, Bajazet, Ciro,
Ipermnestre, Demofoonte, Alessandro,Adria-
7io, C atone , Didone, Demetrio, l'Olimpiade.
Voici la liste de ses opéras français : ISinette. à
la cour (1755) ; le Peintre amoureux de son
modèle (1757); le Docteur Sangrado ; la
Veuve indécise (1758); la Fille mal gardée
(1759) ; Nina et Lindor; l'Ile des Fous; Mazct
1761); la Bonne Fille; le Retour au village
(t 7G2) ; la Plaideuse et le Procès ; le Mili-
cien ; les Chasseurs et la Laitière; le Ren-
dez vous (17 63) ; l'École de là jeunesse ; la
Fée Urgèle (1765); la Clochette (1766),- les
Moissonneurs; les Sabots (176S); Thémire
(1770).
Duni avait un frère aîné , nommé Antoine,
lequel, après avoir étudié la musique sous la di-
rection de son père, s'éloigna de sa patrie pour
aller chercher fortune ailleurs. Arrivé à la cour
de l'électeur de Trêves, il y écrivit plusieurs
ouvrages pour la chapelle de ce prince, qui,
charmé de son talent, le récompensa magnifi-
quement. Toutefois Antoine Duni, ayant formé
le projet de se rendre en Espagne, ne s'arrêta
pas à Trêves. Son compatriote Farinelli, qu'il
trouva à Madrid, lui fit obtenir la place de maître
de la chapelle royale , et le fit choisir pour maître
de musique du fils du duc d'Ossuna. Mais l'in-
constance de son caractère le poussa à quitter
encore celte position avantageuse et à se rendre
en Russie, où il se maria et eut plusieurs fils.
Devenu maître de la chapelle impériale, il écri-
vit , pour le service de l'impératrice Catherine,
plusieurs morceaux de musique religieuse qui
furent estimés à cette époque.
DUNKEL (François), né à Dresde en 1769,
commença l'étude de la musique à l'âge de six
ans, sous la direction de son père, musicien de
la chapelle de l'électeur de Saxe, et apprit
ensuite le contrepoint par les leçons de Weinling.
En 1788 il entra comme violoniste dans la cha-
pelle de son souverain. Il a composé : 1° les
Anges près de la Croix, oratorio. — 2° Trois
cantates. — 3° Recueil de Chansons avec ace.
de piano; Dresde, 1790.-4° Duos pour flûte
et violon; ibid., 1792. — 5° L'ouverture et
les chœurs d'un drame intitulé : Kein Faust-
rcchl mehr, qui fut représenté à Weimar en
1797. Dunkel a laissé aussi en manuscrit des
symphonies, des concertos pour le violon et le
violoncelle, des quintettes, des quatuors, des trios
et des duos.
DUIXKELFEIIVD (Gaspard), pseudonyme
sous lequel a été publiée une critique du traité
de Nichelmann (voij. ce nom) sur la mélodie.
Cette critique a pour titre : Gedanken eines
Liebhabers der Tonkùnst uber Herrn Nichel-
mann's Tractât von der Mélodie (Idées d'un
amateur de musique sur le traité de la Mélodie
de M. Nichelmann); Nordhausen, 1755, in-4° de
deux feuilles. Nichelmann répondit à cette critique
par le petit écrit intitulé : Die Vortreflichkeit
des Gedanken des Herrn Gaspar Dunliel-
feindes ûber die Abhandlung von der Mé-
lodie, etc. (l'Excellence des idées de M. Gaspard
80
DUNRELFEIND — DUPAR
Dunkelfeind sur la dissertation concernant la
mélodie, etc. ) , in-4° de 16 pages , sans date et
sans nom de lieu.
DUNSTABLE (Jean), ouDUNSTAPLE,
né vers 1400 dans un bourg d'Ecosse dont il prit le
nom, est cité par les écrivains sur la musique des
quinzième et seizième siècles, avec Dufay et Bin-
chois, comme auteur de plusieurs perfectionne
ments importants dans l'harmonie et dans la nota-
tion, ïinctor ouTinctoris (voy. ce nom), qui écri-
vait en 1476, dit à propos de la transformation de
Part d'écrire appelé contrepoint : « La source et
« l'origine de cet art nouveau, s'il est permis de
« s'exprimer ainsi , paraît avoir été chez les An-
« glais, dont le chef fut Dunstaple. Ses contem-
« porains en France ont été Dufay et Binchois, sui-
« vis immédiatement par les modernes Okeghem,
« Busnois, Régis et Caron, tous excellents dans
« la composition, suivant ce que j'ai appris (1). »
Burney, appuyant son opinion de ce passage,
n'hésite pas à attribuer à ses compatriotes les
perfectionnements de l'harmonie figurée et en
fait particulièrement honneur à Dunstable, ajou-
tant qu'il a fait de vaines recherches dans les
Pays-Bas pour y trouver la confirmation de ce
qu'ont avancé Guichardin et l'abbé Dubos con-
cernant l'invention du contrepoint par les Fla-
mands. Mais il ne s'agit pas ici de cette inven-
tion : Burney le reconnaît lui-même, puisqu'il
avoue qu'il existait des traités de contrepoint
avant que Dunstable fût né (2). Au reste , sans
entrer au fond du sujet, et sans avoir besoin de
démontrer par des documents certains qu'il y
avait en Belgique une école de musique d'où sont
sortis les perfectionnements de l'art au quinzième
siècle, et qui existait deux cents ans avant Duns-
table, il suffit d'une simple observation pour dé-
montrer l'erreur de Tinctoris, à savoir que Dufay
était lénordelachapelle pontificale en 1380, comme
e prouvent les registres de cette chapelle cités
t ,ar Baini (3) ; d'où il suit que sa naissance a
précédé celle de Dunstable de plus de quarante
ans, et que, parvenu à cette époque de sa vie, il
avait déjà trouvé les perfectionnements qui don-
nent à ses ouvrages une supériorité incontes-
table sur ceux de ses prédécesseurs. Dunstable
partage avec ce même Dufay et Binchois la
(t) Cujus, ut ita dicam, novœ artis fons et origo apud
Anglicos, quorum caputDunstaplc extitit, fuisse exhibetur,
et huic contemporanei fuerunt lu Gallia Dufai et Binchois,
quibus immédiate successerunt modernl Okeghem, Bus-
nois, Régis et Caron, omnium quos audiverim in com-
posltione prxstantlssimi. » Voy. Proportionale , Prohe-
mhtm.
(2) A General H istory of Muslc, tome II. p. 400.
(3) Memorle storico-critiche délia vita e délie overe di
Glov. Picrl. da Palestrina, t. I, n. 65S.
gloire d'avoir fait disparaître de l'harmonie les
successions grossières de quintes , d'octaves et
d'unissons, qui abondent dans les productions
musicales des treizième et quatorzième siècles ;
d'avoir diminué la fréquence des croisements de
voix, et d'avoir rendu les mouvements de celles-
ci plus simples et plus naturels; d'avoir donné
plus deplénitude aux accords ; enfin d'avoir donné
à l'harmonie plus de variété par l'artifice des
prolongations ou retards. C'est par là qu'il est à
citer dans ce que Tinctoris appelle Y art nou-
veau, et c'est ce qui lui assure une place hono-
rable dans l'histoire des transformations de la
musique. Dunstable mourut en 1458 et fut
inhumé dans l'église de Saint-Étienne, à Wal-
brooek. Dans son épitaphe il est qualifié de ma-
thématicien, maître d'astronomie et musicien.
( Voy. Weaver, Funeral Monuments, p. 577. )
Gafori (1), Morley (2), Ravenscroft (3) , et
d'après eux Burney (4) et Hawkins (5), attri-
buent à Dunstable un traité de la musique me-
surée ( de Mensurabili Musica), qu'on n'a pas
retrouvé jusqu'à ce jour. Cependant un manus-
crit du Muséum britannique , petit in-4°, coté
10,336, renferme un traité sur la même matière,
au bas duquel on lit Qd. Dunstable. Ce traité,
dit le rédacteur du catalogue des manuscrits de
musique qui se trouvent au Muséum, commence
au feuillet 6 et finit au feuillet 18 du volume,
lequel contient divers autres ouvrages de musique
transcrits dans l'année 1500 par Jean Tucke, ba-
chelier es arts du collège de Sainte-Marie à Ox-
ford. L'auteur du catalogue pense que ce petit ou-
vrageest celui de Dunstable, qu'on croyait perdu,
et il en cite le commencement que voici : Quili-
bet in arte practica mensurabili canins ;
mais il ne s'est pas souvenu que ce commence-
ment est celui du traité du chant mesuré de Jean
de Mûris.
Gafori a rapporté un Veni, Sancte Spiritus,
à trois voix écrit par Dunstable. Ce morceau, le
seul de ce maître qui ait été connu jusqu'à ce
jour, est de peu d'importance; mais M. Danjou
{voy. ce nom) a trouvé, au mois de juin 1847,
à la bibliothèque du Vatican, un volume manus-
crit qui renferme un grand nombre de chansons
françaises à trois voix , de Dunstable, Dufay et
Binchois.
DUPAR (Elisabeth), cantatrice française,
chanta pendant longtemps en Italie, où elle était
connue sous le nom de la Francesina. lin
(1) Pract. iVt/s.,1.. s, c. 7.
(2) Introd., p. 178.
(3) Briffe Disc., p. 1 et suiv.
(4) Loe. cit. p. 399.
(S| A Général llisl. of ihe science and praet. of Music,
t. II, p. 298.
DUPAll — DUPONT
81
1736, elle se rendit à Londres, où elle chanta
deux ans après dans l'opéra de Pharamond de
Ha'iidel. En 1745 elle remplit l'emploi de prima
donna dans les oratorios du môme compositeur.
Son portrait a été gravé.
DUPHLY (. . .), bon claveciniste et pro-
fesseur distingué, est né à Dieppe, en 1716. Il
avait eu pour maître de clavecin Dagincourt,
organiste à Rouen. Vers 1750, il vint s'établir à
Paris, où son talent le lit recliercber avec empres-
sement. Il y publia quatre livres de pièces de
clavecin. Il est mort en 1788.
DUPIERGE (Félix-Tiburge-Auguste), né
àCourbevoye, près de Paris, le 11 avril 1784, est
élève de son père pour le violon et pour la com-
position. Il est entré comme violoniste à l'or-
chestre de l'Opéra-Comique. On a gravé à Paris
les ouvrages suivants de sa composition : 1° Duos
pour deux violons, œuvres 1, 5, 6 et 7 ; —
— 2° Deux concertos pour le violon, œuvres 2 et 4 ;
3° Grandes sonates pour le piano avec accomp.
de violon, liv. 1,2 et 3; — 4° Méthode de
violon; Paris, Frère. La musique de violon de
cet artiste a eu du succès et est estimée. Vers
1815, M. Dupierge a quitté l'orchestre de l'Opéra-
Comique pour se fixer à Rouen.
DUPIN (Philippe-Simon), connu sons le
nom de Dupin jeune, avocat à la cour royale
de Paris, né à Varzy (Nièvre), le 7 octobre 1795,
est mort à Nice, le 14 février 1846. Au nombre
des écrits qu'il a publiés, on remarque celui qui a
pour titre : Mémoire pour MM. les sociétaires
de l'Opéra-Comique contre M. le directeur de
l'administration ; Paris, 1827, in-8°.
DUPLESSiS (Le Jeune), violon de l'Opéra,
entra à l'orchestre de ce théâtre, aux appointe-
ments de 450 livres, fut nommé maître de mu-
sique de l'école de magasin de V Opéra en 1748,
et mis à la retraite au mois de décembre 1749.
Il a écrit la musique d'un opéra-ballet joué en
1734, sous ce titre : Les Fêtes nouvelles.
Le frère de cet artiste, connu sous le nom de
Duplessis l'aîné, était entré comme violoniste
à l'Opéra en 1704, et se retira après quarante-
quatre ans de service en 1748. On a de lui deux
livres de sonates de violon, gravés à Paris.
DUPLESSIS (Le Chevalier LE1VOIR),
né à Paris, en 1754, a donné, sur le petit théâtre
des élèves de l'Opéra de Paris, V Amour enchaîné
par Diane (en 1779), opéra en. un acte, com-
posé en société avec Edelmann , et Don Carlos,
ou la Belle invisible (1780). Celte dernière
pièce est un pastiche arrangé avec de la musique
de plusieurs auteurs italiens.
DUPONCHEL (Le P. Jacques), né à Douai,
dans la première moitié du dix-septième siècle ,
BlOCIi. UNIV. DES MUSICIENS. — ,T. 111.
fut moine de l'ordre des Cordeliers, et organiste
attaché au cardinal liiclii, a Rome. Il s'est fait,
connaître comme compositeur par les ouvrages
suivants : 1° Psalmi vespertini cum Utaniis
B. M. V. 3 vocum; Rome, 1G65. — 2° Sacne
cantiones 1, 3 et 4 vocibus cum Utaniis
B. M. F. op. 2; Bologne, Jacques Monti, 1671.
— 3° Messe a 3,4, 5 voci concertait con vio-
lini ë ripieni a bene placito, op. 3; Rome,
J.-A. Mnzio, 1676.
DUP01XT (Henri-Bon aventure) , musicien
à Paris, an commencement du dix-huitième
siècle, a publié dans celte ville des Principes
de musique, par demandes et par réponses;
Paris, 1713, in-4°. La deuxième édition a paru
dans la même ville, en 1718, in-4°. C'est à tort
qu'on a attribué cet ouvrage à Jean-Baptiste Du-
pont, qui se rapporte à l'article suivant , dans le
Dictionnaire des Musiciens (Paris, 1810).
DUPONT (Jean-Baptiste), violoniste à
l'orchestre de l'Opéra de Paris, depuis 1750,
retiré avec la pension en 1773, a fait graver deux
concertos pour le violon , arrangés sur les airs
de Lucile et du Déserteur.
DUPONT (Pierre) littérateur, vivant à Pa-
ris vers 1800, est l'auteur d'un écrit publié soiw
le voile de l'anonyme, et qui est intitulé Ré-
flexions sur la décadence du théâtre de l'O-
péra, ou Aperçu des moyens capables de le
relever; Paris, 1799,in-l2.
DUPONT (. . . .), facteur d'orgues à Nancy,
naquit dans les premières années du dix-hui-
tième siècle, et mourut en 1757. Il apprit les
éléments de son ait dans les ateliers de Nicolay,
facteur de la même ville, devint un habile ou-
vrier, et lit les plus grands travaux de la facture
d'orgues dans la Lorraine. Ses principaux ou-
vrages sont : 1° Le grand orgue de 16 pieds à
l'église cathédrale de Toul, qui a coûté plus
de 45,000 francs; 2° l'orgue de Verdun ; 3° ce-
lui de Saint-Jacques à Lnnéville , en 1749;
4° celui de Saint-Michel, dans la même ville, en
1753; 5° l'orgue des Carmélites, à Ormes;
6° l'orgue de l'abbaye de Moyenmoutier ; 7° Le
grand orgue de la cathédrale de Nancy, 175/.
Dupont mourut pendant la construction de cet
instrument, qui fut terminé par son élève Vau-
trin, en 1758.
DUPONT (Auguste), pianiste, compositeur
et professeur au Conservatoire royal de musique
de Bruxelles, est né à Ensival (province de
Liège), le 9 février 1828. Son père, musicien de
mérite, qui a laissé en manuscrit beaucoup île
compositions pour l'église , fut son premier
maître de musique et de piano. En 1840, M. Du-
pont est entré comme élève au Conservatoire de
6
82
DUPONT — DUPORT
Liège, et y a étudié le piano pendant quatre ans,
sous la direction de M. Jalheau, élève de Jac-
ques Herz et de Kalkbrenner. Des revers de
fortune ayant causé la mort de son père, en
1844 , Dupont sortit du Conservatoire et se re-
tira à Ensival, où pendant six ans il s'est livré
à un travail assidu, donnant des leçons dans
les châteaux voisins pendant le jour, et consa-
crant toutes les soirées à l'étude du mécanisme
du piano et de la musique classique. C'est ainsi
qu'il parvint à placer dans sa mémoire les 48
préludes et fugues que renferme le clavecin
bien tempéré de J.-S. Bach. Ses premiers essais
de composition appartiennent aussi à cette
époque : ses ouvrages furent publiés à Liège,
pendant lesements dans toutes les parties de la salle.
Bientôt après vint la mue de sa voix, qui l'o-
bligea de suspendre les études de chant.
Pendant cette crise de l'organe vocal , il apprit
l'harmonie et le contrepoint , et ses essais en
composition prouvèrent qu'il pouvait obtenir des
succès en ce genre. Cependant une voix de ténor
avait succédé à sa voix enfantine; d'abord faible
et sourde de timbre , elle ne laissa que peu d'es-
poir pour l'avenir; mais le sentiment musical
de Duprez était si beau, si actif, si puissant,
qu'il triomphait des défauts de son organe. Au
mois de décembre 1825 il débuta au théâtre de
l'Odéon.dans le rôle d'Almaviva, de la traduc-
tion française du Barbier de Séville de Rossini.
Il lui manquait l'assurance en lui-même, et
l'expérience dans l'art du chant scénique ; tou-
tefois on put comprendre dès lors que, malgré
la faiblesse de sa voix , Duprez serait un chan-
teur distingué. Il resta au théâtre de l'Odéon
jusqu'en 1828, époque où l'opéra cessa d'être
joué à ce théâtre. Il partit alors pour l'Italie, et y
obtint des engagements qui ne le firent pas re-
marquer d'abord, mais qui furent utiles à son
talent et au développement de sa voix , dont le
timbre acquit plus de puissance. De retour à
Paris en 1830, il joua quelques représentations
à l'Opéra-Comique, notamment dans La Darne
Blanche, où les connaisseurs l'applaudirent et
remarquèrent ses progrès ; mais n'ayant pu con-
tracter d'engagement à ce théâtre, il retourna en
Italie. C'est alors que Duprez prit la résolution
de donner a son organe l'intensité qui lui man-
quait par le travail de la voix sombrée. Il y
réussit au delà de ses espérances. Ses succès
datent de cette époque. Bientôt sa réputation s'é-
tendit : il chanta dans toutes les grandes villes,
et en dernier lieu à Naples, où il fut en possession
delà faveur du public pendant plusieurs années.
Cependant, quels que fussent. les avantages qu'il
trouvait en Italie» il désirait ardemment se re-
trouver à Paris, et entrer à l'Opéra. Ses vœux se
réalisèrent en 1836; son engagement comme
premier ténor y fut signé par la direction de ce
théâtre •• il y succéda à Adolphe Nourrit, et dé-
buta avec un succès d'enthousiasme dans Guil-
laume Tell. L'élévation de son style dans l'art
de phraser, la puissance de son organe dans tout
ce qui exigeait de l'énergie, et sa manière admi-
rable de dire le récitatif , firent naître des trans-
ports frénétiques dans toute la salle. Pendant
plusieurs années Duprez conserva route la puis-
sance de se3 facultés chantantes; mais il est dans
la nature de l'organe factice appelé voix som-
brée de se fatiguer rapidement : ce fut ce qui
se produisit dans la voix de Duprez. Par des
efforts inouïs d'art et de volonté il prolongea sa
carrière dramatique; mais ces mêmes efforts
rendaient souvent le chant pénible et se faisaient
apercevoir. L'artiste, comprenant enfin qu'il
compromettait son beau talent, demanda sa re-
traite et l'obtint. II prit alors la résolution de se
livrer exclusivement à l'enseignement du chant ,
et fonda une école où se sont formés plusieurs
chanteurs distingués, et qui est encore ( 1860) en
activité. Il fut aussi professeur de déclamation lyri-
que au Conservatoire de Paris pendant plusieurs
années ; mais il donna sa démission de cette posi-
tion lorsqu'il eut conçu le projet de son école de
chant. Duprez a publié, une méthode dans la-
quelle il a exposé les principes de son école,
sous le titre de V Art du chant ; Paris, 184C, r.\
in-4°. Il s'est fait connaître comme compositeur
dramatique par un opéra en trois actes, intitulé
Joanita, qui fut représenté au théâtre royal de
Bruxelles en 1851, et dont la partition pour le
piano a été publiée à Paris , chez Meissoimier.
Le 28 avril 1853 il a fait jouer au théâtre de
l'Opéra-Comique de Paris La Lettre au bon
Dieu, ouvrage en deux actes, qui eut peu de
succès.
Au nombre des meilleurs élèves formés par
Dupiez, on distingue sa fille, Caroline, de-
venue la femme de Vanden Heuvel, bon pia-
niste accompagnateur et compositeur. Elle a
brillé au premier rang sur les scènes de l'Opéra-
Comique et du théâtre Lyrique par un talent (in,
élégant, et par une rare intelligence. Sa vocali-
sation est brillante et correcte.
DUPUIS (Thomas SAUNDERS ), docteur en
musique, naquit en Angleterre, de parents
français, en 1733. Son père occupait quelque
emploi à la cour de Georges II , et ce fut pro-
bablement par cette raison que le jeune Dupuis
fut placé à la chapelle royale. Il reçut les pre-
mières leçons de musique de Gates, et devint
ensuite élève de Travers, qui était dans ce
temps organiste de la chapelle du roi. A la mort
du docteur Boyce, en 1779, Dupuis fut nommé
organiste et compositeur de la chapelle. Lors de
l'exécution de la grande musique funèbre en
l'honneur de Haendel, en 1784, il fut l'un des aides
directeurs. Comme compositeur, il est connu par
plusieurs œuvres de sonates pour le piano, et
deux concertos pour le même instrument, qui
ont été gravés. On a aussi de lui des pièces
d'orgue, deux recueils d'hymnes à l'usage de la
DUPUIS — DURAN
chapelle royale, et quelques antiennes. Il avait
reçu le grade de docteur en musique , à l'uni-
versité d'Oxford, en 1790. Du puis est mort le 17
juin 1796, et a été remplacé, comme organiste
de la chapelle royale par le docteur Arnold , et
comme compositeur du roi par Atwood, or-
ganiste de Saint-Paul. Après sa mort, on a
publié de sa composition quatre services complets
pour l'Église anglicane et quatorze antiennes-, en
2 volumes in-fol.
DUPUY (Henri). Voy. Putte (van de).
DUPUY (ALBERT-Cn4Ri.Es), maître de
chapelle du chapitre abbatial de Saint-Saturnin ,
à Toulouse, naquit dans cetle ville. Dans sa
jeunesse, il avait fait un voyage en Italie, et en
avait rapporté le goût de la musique d'église
qu'il avait entendue à Milan, à Venise, à Bologne
et à Rome. De retour dans sa ville natale, il
essaya d'y opérer une réforme dans la maîtrise,
où il fut admis, et y fit entendre quelques bons
ouvrages de l'école italienne. Lui même essaya
de former son style sur ce modèle. Une messe,
quelques motels et un oratorio de sa composition
ont été entendus avec plaisir à l'église de Saint-
Saturnin, et y sont encore exécutés de temps en
temps. On connaît aussi une Ode sur la nais-
sance de Jésus-Christ, composée par le bénédictin
d'Olive, et mise en musique par Dupuy. Ce mu-
sicien est mort en 1789, âgé d'environ cinquante
ans.
DUPUY (Jean-Baptiste-Édouard-Louis-Ca-
mjîxe), né en 1775, au village deCorselles, près
de Neufchàtel, fut envoyé à l'âge de quatre ans
chez un oncle qu'il avait à Genève, pour y faire
non éducation. Il y resta jusqu'à sa treizième
année, et se rendit ensuite à Paris, où Chabran
lui donna des leçons de violon , et Dussek lui
enseigna à jouer du piano. Ses progrès furent
m rapides, qu'à l'âge de seize ans il put remplir
les fonctions de maître de concerts du prince
Henri de Prusse, à Rheinsberg. Il resta au ser-
vice de ce prince pendant quatre ans, et le suivit
a Berlin , où il étudia l'harmonie sous la direc-
tion de Fasch. Il fit ensuite plusieurs voyages,
parcourut l'Allemagne et une partie de la Po-
logne , donnant des concerts dans, toutes les
grandes villes. Vers la fin de 1793 il arriva à
Stockholm, et y fut engagé comme chanteur au
théâtre de l'Opéra, et comme second maître des
concerts de la cour. En 1799 il s'éloigna de la
capitale de la Suède pour aller à Copenhague,
où on lui avait offert un engagement comme
maître des concerts et comme chanteur de l'O-
péra. A l'époque de l'expédition des Anglais,
sous le commandement de Nelson, contre Co-
penhague, Dupuy entra en 1801 dans le corps l
de volontaires organisé pour la défense de la
ville; iiy étaitencoreen 1807, lorsque cette ville
fut bombardée , et s'y distingua si bien par son
courage, qu'il fut élevé au grade de lieutenant ;
néanmoins ses travaux militaires ne l'empêchè-
rent pas de cultiver la musique avec succès.
ËD 1809 il s'éloigna de Copenhague, et se rendit
à Paris, où il resta jusqu'à l'automne de 1810.
A celle époque il retourna en Suède, et vécut
d'abord à Schœnen, puis à Stockholm. En 1812 il
fut nommé chanteur, professeur et maître do
chapelle de la cour. Une apoplexie foudroyante
l'enleva à sa famille et à ses amis, le 3 avril 1822,
et ne lui permit pas de voir la première repré-
sentation de son opéra suédois BjornJamsida.
Comme compositeur, Dupuy s'est fait applaudir
dans les opéras intitulés : Une Folie, Félicie,
et Bjom Jarnsida. Son style est vif et animé
dans les deux premiers , sentimental dans le
dernier. Ses musiques funèbres pour le service
du roi Charles XHI et de la reine sont aussi
estimées. Parmi ses compositions instrumentales
on distingue : l°Des duos pour deux violons
concertants, gravés à Copenhague, chez Lose.
— 2° Un concerto pour flûte (en ré mineur);
Leipsick, Breitkopf et Hœrtel. — 3° Une polo-
naise pour violon priucipal,un second violon,
guitare et basse; Prague, Kronberger. — 4° Des
quadrilles de contre-danses, valses et écossaises
pour piano ; Stockholm, Graef. — 5° Des marches
en harmonie militaire, Copenhague. On a aussi
de lui pour le chant une romance à trois voix
intitulée l'Amour, Copenhague, Lose, et six
quatuors pour deux ténors et deux basses ; ibid.
DUPUY (N. ), littérateur français, réfugié en
Hollande vers le milieu du dix-huitième siècle,
est auteur d'un livre intitulé : Amuseme'nts du
cœur et de l'esprit (La Haye, 1741, in-12), où
l'on trouve des lettres sur l'origine et les pro-
grès de V opéra en France.
DURAN (Dominique-Marc), né à Alconela,
dans l'Estramadure , vers le milieu du seizième
siècle, est auteur 'de deux traités sur le plain-
chant, intitulés : 1° Luxbella de canto llano;
Toledo, 1590, in-4°. — 2° Comento sobre la
Lux bella; ibid. , in-4°. Blankenberg ( Nouvelle
édition delà Théorie des beaux-arts de Sulzer)
assure qu'il y a une deuxième édition de ces li-
vres, sous la date de Salamanque, 1598.
DURA1V (Juan), maître de chapelle de la
cathédrale de Santiago (en français Saint-Jac-
ques de Compostelle) , occupait cette place en
1525. Il a laissé en manuscrit de bonnes compo-
sitions religieuses qui se trouvent dans les archives
de cette église , et dans plusieurs autres en Es-
pagne.
DURAND — DURANDE
8?
DURAND ou DURANOWSKY (Au-
guste-Frédéric;, virtuose sur le violon, qui n'a
point joui de la réputation qu'il méritait par son
talent, est né vers 1770 à Varsovie, où son père
était musicien au service du dernier roi de Po-
logne. Il apprit de lui les principes de la mu-
sique, et reçut les premières leçons de violon.
Conduit à Paris, en 1787, par un seigneur polonais
qui s'intéressait à son sort, il fut dirigé dans
l'étude de son instrument par Viotti, qui trou-
vait en lui le génie de l'art et une admirable
facilité à jouer les choses les plus difficiles. Du-
rand vécut quelque temps à Paris, puis voyagea
en Allemagne et en Italie, pendant les années
1794 et 1795. Partout il fit admirer sa prodi-
gieuse habileté; mais tout à coup il sembla re-
noncer à l'usage de son talent, entra dans l'armée
française, et devint aide de camp d'un général.
Une fâcheuse affaire, dans laquelle il fut com-
promis, le fit mettre en prison à Milan ; la pro-
tection du général Menou le sauva des suites de
cette affaire, et le rendit à la liberté ; mais il fut
obligé de donner sa démission d'officier, et de se
rendre en Allemagne, où sa vie fut agitée. Dans
l'intervalle de 1810 à 1814 il séjourna plus ou
moins longtemps à Leipsick, Prague, Dresde,
Cassel, Varsovie, Francfort-sur-le-Mein,Mayence,
et quelques autres villes. Vers la fin de 1811 il
joua deux fois avec le plus grand succès à la cour
de Cassel, et l'année suivante il se .fit entendre
chez le grand-duc de Darmstadt et à Aschaffen-
bourg. Enfin, le besoin du repos lui fit accepter
en 1814 les places de premier violon du concert
et du théâtre qui lui étaient offertes à Stras-
bourg, et depuis ce temps jusqu'à l'époque ac-
tuelle, il ne s'est éloigné de cette ville que pour
faire de petits voyages en France et en Allemagne.
Il y était encore à la finde 1834. Dans ses Lettres
sur la musique, adressées à un de ses amis de
Florence, en 1828, le comte Michel Oginski parle
en ces fermes de l'artiste dont il s'agit : « Le
« nom de Durand ne doit pas vous être inconnu.
« Originaire d'une famille française, mais natif
« de Pologne, il avait pris le nom de Dura-
« nowski, qu'on lui donnait généralement par-
« tout. On m'a assuré que c'était un des artistes
« les plus distingués pour le violon; mais
« comme sa conduite ne répondait pas à son
« talent, il se trouvait très-souvent dépourvu
« de tout moyen de subsistance , et pour ainsi
« dire dans la misère. Il n'avait pas même de
« violon à lui; et comme l'usage decetinstru-
« ment était la seule ressource qui lui restait
« pour vivre , il s'arrêtait dans toutes les villes
« un peu marquantes qu'il rencontrait en route,
« y annonçait un concert, et, se servant du
" premier mauvais violon qu'il trouvait dans
« l'auberge, il en jouait de manière à enchanter
<> le public et à subvenir à ses besoins. Je ne
« l'ai jamais entendu ; mais son talent, tout aussi
« bien que - ses aventures, ont fait beaucoup
■< parler de lui dans toutes les capitales où je me
<« suis trouvé. »
Si Durand eût pu se défendre de l'agitation de
sa vie et se lût livré sans réserve au dévelop-
pement de ses facultés, il eût été le plus éton-
nant des violonistes. Sa manière était originale
et toute de création. Son adresse dans l'exécu-
tion des difficultés était prodigieuse, et il avait
inventé une multitude de traits inexécutables
pour tout autre que lui. Il tirait un grand son
de l'instrument, avait une puissance irrésistible
d'archet, et mettait dans son jeu une inépuisable
variété d'effets. Paganini, qui avait entendu Du-
rand dans sa jeunesse, m'a dit que ce virtuose
lui avait révélé le secret de tout ce qu'on pou-
vait faire sur le violon, et que c'est aux lumières
qui lui ont été fournies par cet artiste qu'il dut
son talent.
Comme compositeur pour son instrument,
Durand ne s'est pas élevé au-dessus du mé-
diocre ; autant il y avait de génie dans son jeu,
autant cette qualité est négative dans sa mu-
sique. Il a publié : 1° Concerto pour violon et
orchestre, œuvre 8, en la; Leipsick, Peters. —
2° Pot-pourri, idem, œuvre 10, en ré; ibid. —
3° Idem , op. 1 1 ; Offenbach , André - . — 4° Deux
airs variés pour violon et orchestre; Bonn, Sirn-
rock. — 5° Fantaisie suivie de deux airs variés
pour violon et quatuor; Leipsick, Hofmeister. —
6° Duos pour deux violons, œuvres 1, 2, 3, 4
et 6; Leipsick, Breilkopf et Haertel, et Paris,
Sieber. — 7° Des airs variés pour le violon seul ;
Vienne, Cappi, et Leipsick , Br. et H. — 8° Six
caprices ou études, op. 15; Mayence, Scholt. —
9" Six chansons allemandes pour voix seule ,
Offenbach, André.
DURAND (F.-L. ), professeur de musique à
Paris , ancien élève du Conservatoire de cette
ville, est connu par un ouvrage qui a pour titre -.
Petite grammaire musicale, ou Principes
élémentaires de la musique exposés par de-
mandes et par réponses, à l'usage des élèves
du collège Bollin; Paris, Meissonnier, 1837,
in-8°. La troisième édition de ce petit ouvrage à
paru chez le même éditeur, en 1845.
DURANTE (Ancelo), né à Bologne, vers
le milieu du seizième siècle, a publié •• \°Messe
a cinquevoci; Venise , 1578. — 2° Madrigali
a cinque; Venise, 1585.
DURANTE (Octave), compositeur et
maître de chapelle à Viterbe, au commence-
88
DURANTE
nient <!ii dix-septième siècle, naquit à Home. Il
y \ivait encore en 1614, suivant ce que rapporte
Mamlosio, dans sa Bibliotheca Romana, tome 2,
septième centurie, n° 83. H a fait imprimer un
ouvrage de sa composition sous ce titre : Arie
dévoie, le quali conlengono in se la maniera
di cantar con grazia l'imilazione délie pu-
rôle, e il modo di scriver passagi ed allri
affetli, no camente composte; Roma, appresso
Simone Verovio, 1608, in-l'oL II y a une
deuxième édition gravée sui cuivre, publiée sous
le même titre, à Rome, 1624, in-fol. Les mots
novamenle composte, placés au frontispice
de cette édition pourraient faire douter de l'exis-
tence de l'édition de 1608, citée par Walther
( Musikal. Lexicon , p. 220 ) ; mais j'ai vu cette
même édition dans la bibliothèque de l'abbé
Santini, à Rome.
DURANTE (Silvestre), maître de cha-
pelle à Sainle-Marie in Transtevere , vers le
milieu du dix-septième siècle, a l'ait imprimer
de sa composition : 1° Messe a à e 9 ad libi-
tum; Rome, 105 1. — 2° Moletti atre;Md.,
1664.
DURANTE (François) (1), chef d'une
école fameuse qui a produit quelques-uns des
compositeurs les plus renommés du dix-huitième
siècle, est né le 15 mars 1684, à Frattamaggiore,
au diocèse d'A versa, dans le royaume de Naples.
Ses parents, peu fortunés, ayant obtenu son
admission au Conservatoire Dei poveri di Giesà
Cristo , il devint élève de Gaetano Greco, alors
premier maître de ce Conservatoire. Durante
acquit sous sa direction de l'habileté dans le jeu
du clavecin, dans l'accompagnement des parll-
menti, et dans l'art de jouer de l'orgue. Le
Conservatoire ayant été supprimé, et les élèves
ayant été répartis dans les autres écoles du
même genre, Durante et son condisciple Cotu-
macci furent envoyés au Conservatoire de
S. Onofrio,où ils trouvèrent Alexandre Scarlatti,
dont les leçons perfectionnèrent leur goût et
leurs connaissances musicales (2). M. Le mar-
quis de "Villarosa, auteur de Mémoires sur les
musiciens napolitains , révoque en doute le
voyage qu'aurait fait à Rome Durante dans sa
jeunesse, suivant certaine tradition répandue en
Italie, dans le but de se perfectionner dans l'art
(0 La notice de ce musicien célèbre qui a paru dans la
première édition de cette Biographie est refaite d'après le
livre de M. de Vlllarosa sur les musiciens napolitains.
(2) Suivant Burney, le Conservatoire n'aurait été dé-
truit par le cardinal Spinellr, archevêque de Naples, qu'en
1740, et Durante aurait été premier maître de cette école;
mais le marquis de Villarosa, que j'ai pris pour guide,
paraît mieux instruit de l'histoire de3 Conservatoires de
cette ville.
du chant, par les leçons de Piloni , et dans le
contrepoint par celles de Bernard Pasquini. Il
dit que Durante vécut dans une situation si peu
fortunée, qu'il ne posséda jamais de ressources
suflisantes pour aller à Rome et pour y demeurer.
Il demande aussi quel besoin pouvait avoir Du-
rante des leçons des maîtres romains, ayant eié
instruit par Gaetano Greco et par Scarlatti? La
réponse à celte question est facile. L'école na-
politaine se distinguait dès le seizième siècle
par un sentiment de mélodie supérieur à celui
des autres écoles de l'Italie, et par une certaine
clarté d'harmonie d'où les recherches scolas-
tiques étaient bannies. Scarlatti, le plus grand
des maîtres de celte école; Scarlatti, homme de
génie, et de plus doué d'une organisation forte,
qui le rendait capable d'entrer dans la conception
des combinaisons harmoniques de l'école ro-
maine, avait introduit ces combinaisons dans
quelques-uns de ses ouvrages pour l'église ; mais,
dominé par son penchant pour l'expression dra-
matique, il modifiait les formes d'école en ce
qu'elles avaient de trop régulier et de trop raide ,
pour laisser toujours aux idées originales et
mélodiques, ainsi qu'à l'expression variée des
sentiments passionnés, leur prééminence dans
l'ait. L'organisation de Durante était très-difle-
rente de celle de son maître; peu riche d'idées,
froid par tempérament; timide par caractère
et par position sociale; enfin, complètement
étranger aux hardiesses du géniedramatique, Du-
rante portait dans la musique la dévotion de ses
sentiments religieux, la lucidité de conception,
le goût pur et le respect des traditions d'école
qui caractérisent son talent. S'il n'alla pas à
Rome , il lit évidemment une étude sérieuse des
maîtres de l'école romaine, et ses travaux curent
pour objet d'introduire dans l'école napolitaine
des formes plus sévères. C'est là son rôle dans
la direction que l'art prit à Naples au dix-hui-
tième siècle. On voit donc qu'il n'avait pas tout
appris de Gaetano Greco et de Scarlatti : la lec-
ture de ses partitions démontre qu'il s'était mo-
difié sous l'influence du génie de Rome. Ce
maître est considéré comme le plus habile pro-
fesseur qu'ait eu l'école Napolitaine; toutefois,
on serait dans l'erreur si l'on croyait que son
habileté consistait dans une doctrine lumineuse,
où tous les faits auraient été ramenés à des prin
cipes généraux tirés de la nature des choses. 11
n'y a jamais eu rien de pareil dans les écoles
d'Italie. La méthode d'enseignement n'y avait
d'autre base qu'une tradition d'école émanée d'un
sentiment très-délicat; elle procédait de ce senti-
ment bien plus que du raisonnement. Sous ce
rapport, Durante paraît avoir eu plus qu'aucun
DURANTE
89
antre le talent de communiquer celle tradition,
et le sentiment le plus perfectionné de la tona-
lité. Le grand nombre d'élèves excellents qu'il a
lormés en est une preuve irrécusable. On dis-
tingue deux époques dans son professorat. La
première a produit Traetta, Vinci, Terradeglias
et Jomelli; la seconde, qui commencée lamorl
de Léo et qui linit à la sienne, a faitéclore des
talents de premier ordre, tels que ceux de Pic-
c.inni, Saccbini, Guglielmi et Paisiello.
Dans le mois de janvier de l'année 1742, Du-
rante fut nommé maître du Conservatoire de
Loreto, après le départ de Porpora pour l'Alle-
magne. Son traitement fut fixé à 10 ducats (40
francs) par mois ; car c'est ainsi qu'étaient alors
rétribués ces grands arlisles dont les ouvrages
excitaient l'admiration de toute l'Europe. C'est
dans ce môme Conservatoire qu'il a formé quel-
ques-uns de ses meilleurs élèves. Durante avait
été mai'ié trois fois; mais aucune de ses femmes
ne put en faire un homme aimable et poli. Dans
la conversation, il était souvent bourru; quel-
quefois cependant il s'efforçait de se corriger de
ce défaut et de paraître agréable, ce qu'il faisait
du reste d'une manière assez gauche. Il s'ha-
billait avec une simplicité qui tenait de la né-
gligence, n'ayant aucun penchant non-seulement,
pour l'élégance, mais môme pour la propreté. 11
mourut le 13 août 1755, à l'âge de soixante et
onze ans. F5ien qu'il eût tiré peu de profit de ses
ouvrages, il avait vécu avec tant d'économie,
qu'il put faire construire dans l'église de Saint-
Antoine, à Frattamagiore, une chapelle dédiée à
l'archange Gabriel, avec la statue du saint dans
une niche et sur un autel de marbre : on y lit
cctle inscription : Franciscus Durante cap-
pella magister musicx fecit.
Durante est compté parmi les compositeurs les
plus célèbres de l'Italie. 11 s'est livré surtout à
la culture de la musique d'église, et n'a rien pro-
duit pour le théâtre. Il a peu d'invention dans
les idées; ses motifs sont même souvent com-
muns ou surannés ; mais nul n'a connu mieux
que lui l'art de les développer et de les enrichir
d'une harmonie vigoureuse et piquante. Son
style est religieux, solennel, et généralement
brillant, quoique dépouillé de ces effets d'orchestre
qui font le charme de la musique de nos jours,
mais qui étaient inconnus de son temps. Il a
aussi le grand mérite de donner à toutes les
parties vocales des formes chantantes et faciles;
sous ce rapport, ses compositions ont servi de
modèles, tant qu'il y a eu des écoles en Italie.
La bibliothèque du Conservatoire de musique
de Paris possède une collection complète des
œuvres de Durante, qui a été apportée en France
par Selvaggi, Napolitain et musicien distin-
gué. En voici le catalogue. Messes : 1° Missa
alla Palestrina, en ré mineur : ouvrage médio-
cre et fort inférieur au modèle que Durante
voulait imiter. — 2° Missa a 9 voci, en la ma-
jeur. — 3° Messe des morts à quatre voix, eu
sol mineur. — 4° Messe des morts à huit voix,
en ut mineur. ■ — 5° Missa a 4, Kyrie, gloriu ,
en si b. — 6° Idem, en la majeur. — 7" Idem ,
à cinq voix, en ut mineur. — 8° Idem, à cinq
voix, en ut majeur. — 9° Idem, à cinq voix, en
sol majeur. — 10° Idem, à quatre voix, en ré
majeur. — 11° Autre, à quatre voix, en rê ma-
jeur. — 12° Credo à quatre voix, en sol ma-
jeur. — 13° Credo à cinq voix, en soi majeur.
— Psaumes : 14° Dixita 8 voci con slromenti,
en ré majeur. — 15° Idem, à huit voix, en ré
majeur. — 16° Idem, à cinq voix , en ré majeur
(brillant). — 17° Idem, style trêve. — 18° Idem,
à quatre voix, ré majeur. — 19° Con/itebor a
vocesola,en ré majeur. — 20° Idem, style bref.
— 21° Laudate,pueri, a voce sola, en la mi-
neur 22° Idem, à quatre voix, en sol majeur.
— 23° Idem, à huit voix, en sol majeur. —
24" Beatus vir à quatre voix, en fa majeur. —
25° Idem, style bref. — 26° Lxtatus sum, à
quatre voix, en la majeur. — 27° Misericor-
dias Domini, a 8 senza stromenti. — 28° Ma-
gnificat à quatre voix en si b. — 29° Idem, a 8
voci, en la mineur. — Antiennes : 30° Aima,
a voce sola. — 31° Idem, a voce sola di basso.
— 32° Salve, Regina, a voce sola. — 33° Idem,
a 2 voci. — 34° Veni, Sponsa, a 5 voci. —
35° Idem, ak voci. — Hymnes-. 36° Iste con-
f essor, a 4 voci — 37° Pange lingua, a 3 voci.
— 38° Vexilla régis, à quatre voix. — Motets :
39° O gloriosa Domina, a 5 voci. — 40° O
divi amoris victima. — ^1° Si quecris mira-
cula, a voce sola — 42° Surge, a 5 voci, ré
majeur. — 43° Jam si redit, a 8 voci. —
44° Cito Pastores, a voce sola, en la majeur.
— 45° Adprxsepe,a 4 voci, en sol majeur —
46° Toccate, sonate, a 4 voci, en sol majeur.
— 47° Ave, Virgo, a voce sola, en ré majeur —
48° Surge, aurora, à trois voix, en soi majeur.
49° Inter choros, à cinq voix, en sol majeur.
— 50° Cessent corda (chœur). — 51° Videtur,
à quatre voix, en ré majeur. — 52° Te Deum,
a 5 voci, ut majeur. — 53° Litanies de la
Vierge,h quatre voix, en mi mineur. — 54° Idem,
à quatre voix, en sol mineur. — 55° Idem, à
quatre voix, en fa mineur. — 56° Idem, à deux
voix, mi mineur. — 57° încipit oralio,'a quatre
voix.— Musique de chambke : 58° Cantate : Dopo
sentira, a voce dicontr'alto — 59° XII madri-
gali col basso continuo estratti dalle cantato
90
DURANTE — DURUTTE
delScarlalti. — 61° A7 solfeggi a 2 voci, col. b.
c. — 61° Partimentipercembalo. — 62° 6 sonate.
DURELL (Jean), né à Jersey, en 1625,
mourut le 8 juin 1683. Le vingt-septième cha-
pitre de son Historia rituum (p. 314 à 323)
contient une défense de l'orgue contre les Pres-
bytériens.
DURET (Anne-Cécile DORLISE), fille
de madame Saint- Aubin, actrice de l'Opéra-Co-
mique, est née à Paris, en 1785. Admise au Con-
servatoire comme élève de Garât, le 15 germinal
an xi, elle en sortit l'année suivante, et débuta
à l'Opéra-Comique au mois de juin 1805, dans
le Concert interrompu. Sa voix était belle ,
mais son éducation musicale n'était pas terminée
et elle manquait absolument d'habitude de la
scène. Peu de mois après, elle rentra au Con-
servatoire, y reprit ses études de chant, déve-
loppa son talent par les leçons de Garât, et fut
en état de reparaître avec éclat à l'Opéra-Co-
mique le 2 avril 1808, dans le rôle de son premier
début. Une voix de la plus belle qualité, une
excellente vocalisation et une manière large de
phraser lui assurèrent dès lors la réputation d'ha-
bile cantatrice, et la plaça au premier rang à
l'Opéra-Comique, bien qu'elle n'ait jamais été
qu'actrice médiocre. Nicolo lsouard écrivit pour
elle des rôles importants qui firent briller son
talent, et qui furent longtemps difficiles à chanter
pour les actrices qui lui succédèrent. Tels fu-
rent ceux qu'elle joua dans Jeannot et Colin,
et surtout dans le Billet de Loterie. Jeune en-
core, Madame Duret fut obligée de quitter le
théâtre, parce que sa respiration était devenue
laborieuse, d'où résultait pour elle l'obligation
de couper les phrases de son chant : elle se re-
tira au renouvellement de l'année théâtrale, en
1820.
DUREY DE NOINVILLE (Jacques-
Bernard), né à Dijon, le 3 décembre 1683, fut
conseiller au parlement de Met? en 1726, et pré-
sident au grand conseil en 1731. Il est mort le
20 juillet 1768. On a de lui : Histoire du théâ-
tre de l'Académie royale de musique en
France, depuis son établissement jusqu'à
présent; Paris, 1758, in-8°. La seconde édition,
augmentée, a été publiée à Paris en 1757, deux
parties in-8°. Dans quelques exemplaires on
trouve à la fin du volume un Catalogue de
quelques ouvrages qui traitent de l'Opéra,
etc., et qui ont rapport à l'histoire de ce
théâtre. Le président de Noinville tenait de Tra-
venol, violoniste de l'Opéra (voij. ce nom) une
partie des renseignement qu'il donne. Son livre
est au reste, fort mal fait et rempli d'inexac-
titudes. •
DURIEU (. . .), professeur de musique à
Paris, vers la lin du dix-huitième siècle, a pu-
blié : i° Nouvelle méthode de musique vo-
cale , Paris, 1793, in-fol. — 2° Méthode de
violon; ibid., 1796.
DURINGER (Philippe-Jean), auteur d'une
notice intéressante et bien écrite , sur la vie et
les ouvrages du compositeur Albert Lortzing,
dont il était l'ami : il vivait à Mannheim en 1851.
C'est le seul renseignement que j'aie sur sa per-
sonne. Sa notice a pour titre : Albert Lortzing,
sein Lebenund Wirken (Albert Lorlzîng, sa
vie et ses travaux). Leipsick, O. Wigand, 1851,
in- 12 de 126 pages, avec le portrait de Lortzing.
L'ouvrage est précédé d'une appréciation du ta-
lent de Lortzing par le maître de chapelle Vincent
Lachner.
DURON (Don Sébastien), maître de cha-
pelle du roi d'Espagne, eut une brillante répu-
tation dans sa patrie; néanmoins on ne sait
presque rien des circonstances de sa vie, et le
seul renseignement positif qu'on ait sur lui se
tire du livre des /testas de acompanar, publié
par José Torres, en 1702, où l'on voit, dans l'ap-
probation donnée par Duron, qu'il était alors maî-
tre de la chapelle royale. La plupart des composi-
tions de ce maître ont été détruites par l'incendie
de la chapelle, en 1734. Ce qui en a été sauvé
consiste en une messe de requiem, à 8 voix, un
motet ( Txdet ) à 10, un autre motet (Périme
Consumptis) à 8, et des Litanies des saints à 8.
M. Eslava a publié un motet à 4 voix de Du-
ron (O vos omnes) dans sa collection intitulée :
Lira sacro-hispana. Duron fui le premier qui
introduisit en Espagne l'usage des violons dans
la musique d'église.
DURUTTE ( Le comte François-Camjlle-
Aktoine), né à Ypres (Flandre occidentale), le
22 vendémiaire en xu (15 octobre 1803), cul-
tiva dès sa jeunesse la musique et les mathéma-
tiques. Admis à l'École polytechnique, il y ter-
mina ses études, fut nommé officier et envoyé à
l'École d'application à Metz; mais , dominé par
son penchant pour la musique, il donna sa dé-
mission, se maria et s'établit dans celle ville.
M. Barbereau a été son maître de composition.
Les amis de M. Durutle , qui ont entendu ses
ouvrages , en parlent avec beaucoup d'estime.
M. Durulte s'est aussi livré à de longues études
et à de grands travaux concernant la théorie c!e
la musique et de l'harmonie ; mais comme la
plupart des mathématiciens qui ont appliqué les
chiffres et les formules à cette théorie, il s'est
égaré en cherchant son principe ailleurs que
dans ce qui constitue l'art immédiatement, à sa-
voir le sentiment intime des rapports des sons
DURUTTE
î)i
et de la tonalité. L'erreur des géomètres a tou-
jours été et sera toujours de se persuader que
l'art peut s'assimiler à la science et avoir d'au-
tres lois que celles de la nature humaine : ils
ne comprennent pas que hors de l'homme il n'y a
punit d'art possible. Au reste, cette erreur est an-
cienne comme le monde, et les hypothèses pour
la formation d'une science abstraite de la rnusi-
()ue ont revêtu toutes les formes. M. Durutte a fait
l'exposé de sa doctriue dans un gros livre inti-
tulé : Esthétique musicale. Tcchnie ou lois
générales du système harmonique; Paris,
Mallet-Bachelier, 1855, 1 vol. in-4° de xxxiv
et 556 pages. A la lecture de ce titre, une con-
tradiction manifeste se présente tout d'abord;
car l'esthélique est la doctrine de la science qui
a pour objet le beau ; et la technie est la doc-
trine de la science qui a pour objet le vrai : or
le beau est le but de l'art, comme le vrai est ce-
lui de la science; la technie est le domaine de la
connaissance; l'esthétique est celui de la créa-
tion de l'idée. Les voies que l'une et l'autre sui-
vent sont aussi différentes que leur objet. Ici donc
l'absence de justesse dans les aperçus est la pre-
mière impression qui nous saisit à l'aspect du
livre de M. Durutte. Pour apprécier la justesse
de la critique de la doctrine qu'il renferme, il
est nécessaire de se rappeler certaines proposi-
tions dont nous avons fait la base de la musi-
que et de la théorie de l'harmonie ; les voici -.
« La nature ne fournit pour éléments de la
« musique qu'une multitude de sons qui diffè-
<• rent entre eux d'intonation, de durée et d'in-
• tensité, par des nuances ou plus grandes ou
« plus petites, »
« Parmi ces sons, ceux dont les différences
« sont assez sensibles pour affecter l'organe de
« l'ouïe d'une manière déterminée deviennent
" l'objet de notre attention ; l'idée de rapports
« existant entre eux s'éveille dans l'intelligence
« et sous l'action de la sensibilité d'une part,
« et de la volonté de l'autre ; l'esprit les coor-
« donne en séries différentes, dont chacune cor-
« respond à un ordre particulier d'émotions, de
« sentiments et d'idées.
a Ces séries deviennent donc des types de to-
rt nalité et de rhythmes qui ont des conséquences
« nécessaires, sous l'influence desquelles l'ima-
« gination entre en exercice pour la création du
« beau (1). C'est ainsi que par l'élimination des
sons irrationnels l'esprit arrive progressivement
à la formation de l'échelle chromatique, et en
définitive à la gamme diatonique; ces opérations,
|l) Traité complet de la théorie et de la pratique de
l'harmonie, Préface ;dc la 3 e édition, pasn s.u.
résultats de la synthèse du sentiment et cm l'in-
telligence, peuvent être démontrées avec facilité
par les principes de la psychologie, et sont d'ac-
cord avec l'enseignement de l'histoire de l'art.
Les transformations de la tonaliiéde la musique
chez les Grecs, depuis le temps où vécut Olympe
jusqu'à l'époque de Pylhagore, nous en offrent
des exemples frappants.
Mais toutes les intonations des sons étant re-
présentées par des longueurs de cordes tendues,
lesquelles deviennent plus courtes en raison de
l'élévation des intonations, les rapports de ces
longueurs s'expriment par des nombres, consi-
dérés comme identiques aux rapports des in-
tervalles des sons. De là l'opinion émise dès la
plus haute antiquité que la loi suprême de la
musique consiste dans certaines relations de
nombres; delàentin l'idée de l'harmonie univer-
selle, dont les lois analogues à celles des rap-
ports des sons régiraient les mouvements des
astres, qui dans leurs révolutions produiraient
un concert sublime. Il est évident qu'une telle
doctrine anéantit l'action de l'humanité dans la
créalion de la musique, et que les conditions es-
sentielles de cet art lui sont imposées fatalement.
Abandonnée dans les temps modernes, la théo-
rie de l'harmonie universelle a laissé subsister
l'opinion que la loi de la tonalité harmonique ré-
side dans des rapports de nombres ; mais ce
principe supposé a donné lieu à des systèmes di-
vers. Au nombre de ces systèmes , il en est un
qui consiste à former une série de quintes la-
quelle a été déduite par l'abbé Roussier ( voy.
ce nom ) d'une très-ancienne formule de quatre
sons connue dans l'antiquité sous le nom de
lyre de Mercure, et que Boèce nous a conser-
vée (1). Commençant arbitrairement sa progres-
sion par le son si, el la poussant à douze termes
pour en former l'échelle chromatique, Roussier
en trouve l'expression numérique dans la pro-
gression triple 1, 3, 9, 27, 81, 243, etc., parce
que la quinte est représentée par le tiers de la
corde, et qu'elle continue dans cette proportion
jusqu'au dernier terme : mais il renverse la série en
la prenantendescendantde cette manière : si, mi,
la, ré, sol, ut, fa, si \>, mi \>, la \>, ré \>,sol \>. Pour
compléter la série , il faudrait . un treizième
terme ; mais il donnerait pour douzième quinte
sol \, , ut \> ; or ut ' p n'est point identique avec
si : la différence d'intonation de ces deux sons est
représentée par la proportion numérique 80 : 81,
et cette différence est la cause du tempérament
dont on fait usage dans l'accord des instrumenta
(!) De Musica, lib. I, c. S0.
92
DURUÏTE
à claviers. Le système de l'abbé Roussicr fut pu-
blié en 1770.
Repris environ quatre-vingts ans plus tard
par M. Barbereau, dont M. Durutte est élève,
ce système s'est modifié entre ses mains par le
changement de la note initiale de la série des
quintes, dans le but de parvenir à la formation de
la gamme diatonique, de cette manière : fa, ut,
sol, ré, la, mi, si (1) ; mais, ainsi qu'il a élé dé-
montré dans l'analyse du travail de M. Barbe-
reau (2) , cette constitution est illusoire, d'une
part par le choix arbitraire du son inilial de la
série; de l'autre, parce que la gamme est incom-
plète, attendu qu'il y manque le deuxième demi-
Ion , lequel ne peut se trouver sans l'octave du
son primitif. Or cette octave ne peut être donnée
par la série des quintes, puisque le huitième
terme donnerait fa dièse, quinte de si, lequel
n'appartient pas à la gamme qu'on a voulu former.
C'est ici que commence la théorie de M. Du-
rutle. La gamme de M. Barbereau et l'échelle
chromatique de l'abbé Roussier ne lui suffisent
pas ; car il ne se propose pas moins que d'arri-
ver à la loi génératrice de tous les accords, con-
sonnants, dissonants et altérés , ainsi qu'à la loi
de leur enchaînement, et, enfin, à la loi tonale ;
ce qui, par parenthèse, est un non sens ; car il
est évident que la loi de l'enchaînement des ac-
cords ne peut être autre chose que la loi tonale.
Or, pour parvenir à ces immenses résultats, il
ne faut à M. Durutte que la progression des
quintes ; mais il la lui faut poussée jusqu'au trente
et unième terme , afin qu'elle contienne tous les
éléments diatoniques, chromatiques, enharmoni-
ques.
Quelle est donc cette loi de laquelle doivent
sortir toutes les merveilles promises par M. Du-
rutte? C'est une gamme, ou plutôt une échelle
chromatique fausse que lui a fournie son maître
Hoène Wronski ( voij. Wronski ) ; échelle qui
n'a aucun rapport avec la gamme de Ptolémée,
de la plupart des géomètres , du plain-chant,
et qui n'est que le résultat d'un mauvais tempé-
rament inégal ; échelle, enfin, qui n'est pas
moins étrangère h la gamme harmonique et at-
tractive qui constitue la musique moderne. Voici
ce critérium prétendu de l'art absolu, dont le
genre humain n'aura vraisemblablement jamais
connaissance :
ut » ut g 1 1 ré \,\\ré » ri « f | mi \, «■§ mi \
fa * fa g \\ sol], U sol | sol # $£ la L \\
(\) Études sur l'origine du système musical. Premier
mémoire; Metz, 1832, ln-s°.
(2| iievue et Cazctte musicale de Paris ( n. 4, 23 Janvier
1153, pages 2B et suivantes ).
la à? fa # ïjj si b ™ si \] ut 2 (1). On voit
que la formule de Wronski a pour objet de ren-
dre identiques les intonations de ri # et mi \>,
fa # et sol \>, sol # et la ],, etc.
M. Delezenne ( voy. ce nom ) a fait de cette
formule l'analyse suivante, dont l'évidence n'a
pas besoin de commentaire : « Cette gamine est
« fort irrégulière. On y remarque trois tons ma-
« jeurs ^, de 9 c (commas), 4811, savoir ut ré,
<< fasol, sol la. Il y a un quatrième ton majeur,
« la si de 9 c, 0755, dont le rapport synchronique
« ?,''~ est fort compliqué.
« H n'y a qu'un seul ton mineur : c'est celui
« ' 9 ° de ré à mi. Le demi-ton majeur |{? du
« mi au fa n'est pas égal à celui V^ de si à ut 1 ;
« ils diffèrent de C ,5941; par suite, les trois
« tierces majeures sont inégales. Il en est de
« même des tierces mineures, des quartes, des
« quintes, etc. Cette gamme est tempérée puis-
ci qu'entre les notes qui diffèrent d'un ton le
« dièse se confond avec le bémol ». Voy. Ta-
ble des Logarithmes acoustiques, etc , dans
les Mémoires de la Société impériale des
sciences, de l'agriculture et des arts de Lille,
1857).
Les mêmes causes qui rendent illusoire la for-
mation complète de la gamme et de l'échelle
chromatique par la série de quintes appelée pro-
gression triple existent dans le système, beaucoup
plus étendu, de M. Durutte ; car elles sont insé-
parables de ce mode de génération. Ce n'est pas
ici le lieu d'en donner une démonstration, qui
entraînerait trop loin; mais ces causes de dé-
fectuosité n'existassent-elles pas, la théorie qui
en est le produit ne serait pas plus admissible
comme loi de la tonalité et de l'harmonie. La
loi d'une chose est ce qui lui donne l'être, ce
qui en est le principe et en maintient l'existence.
Or, comment des combinaisons mécaniques et
des relations de nombres, dont on n'a point con-
science en musique, seraient-elles le principe
et la loi de cet art? M. Durutte partage à cet
égard l'erreur de beaucoup de théoriciens au-
teurs de systèmes divers. Toutes les écoles de
philosophie admettent l'origine psychologique
que nous avons donnée à la formation des to-
nalités, c'est-à-dire la musique dans son principe :
cette origine a pour elle l'évidence, parce qu'il
s'agit d'un art qui repose sur la sensibilité; art
idéal , qui ne prend pour base dans le monde
réel que le phénomène du son. Les sons, comme
(l) Cette forme est la traduction saisissante par tous le»
musiciens de la Formule donnée dans la lettre de Wronski
à M. Durutte. EsttiClique musicale. Foy. pag. :;2.
DURUTTE
93
(es 'nombres, ont la propriété de se grouper di-
versement deux par deux, trois par trois, quatre
par quatre, et on en forme des séries de tierces,
de quintes; enfin, on les coordonne en raison
du système qu'on adopte, et chacun de ces sys-
tèmes correspond à des formules de nombres. De
même, certains phénomènes de résonnance font
entendre d'une manière plus ou moins distincte
des harmoniques du son principal môles à
beaucoup d'autres sons moins perceptibles - ; ces
harmoniques sont exprimés par des nombres de
vibrations dont on peut également former des
séries. Mais est ce par des choses de cette na-
ture que la musique se forme et devient un art?
Non, certes. C'est par sentiment que toutes les
tonalités se sont constituées; c'est par sentiment
que toute la musique est restée pendant deux
siècles dans le domaine de l'harmonie conson-
nante représentée par l'accord de trois sons ;
c'est par sentiment qu'elle est entrée immédia-
tement dans l'harmonie dissonante naturelle,
par la découverte fortuite de l'accord dissonant
de quatre sons ; c'est, enfin, par sentiment que,
tour à tour, les modifications des deux accords
consonnant et dissonant, par le renversement
des intervalles, par les prolongations, par les
altérations ascendantes et descendantes , par la
substitution du sixième degré de la gamme, et
par les combinaisons de ces modifications , c'est
dis-je, par sentiment que toutes ces choses ont
été trouvées. On en déduit une théorie conforme
aux impressions que produit la musique, con-
forme à l'art d'écrire ainsi qu'à l'histoire de
cet art; théorie simple comme tout ce qui est vrai,
et qui saisit l'esprit par son évidence. Elle peut
se formuler par les nombres ; mais elle ne se
orée point par eux.
Que par la propriété qu'ont les sons de se
grouper systématiquement , dont il vient d'être
parlé, et par les rapports de ces groupes avec les
nombres, on puisse représenter tous les faits
harmoniques, comme le fait M. Durutte, en choi-
sissant dans la série des quintes le terme dont
il a besoin pour former chaque accord pris iso-
lément, cela se peut sans doute ; mais qu'en ré-
sulte-t-il? Une effroyable multiplicité de faits par-
ticuliers,, sans connexion au point de vue de l'art;
un dédale abrutissant, fait pour inspirer le dé-
goût de l'étude de cet art , et sans utilité dans la
pratique. Au lieu des deux harmonies conson-
nante et dissonante, origine et base de toute mu-
sique, M. Durutte présente des milliers d'accords
constituésgéométriquement : c'estentre ces choses
qu'il faut choisir ; mais le choix ne sera jamais
douteux pour qui aura le sentiment de la mu-
sique. Que le système présenté d «ns la Technie
de l'ancien élève de l'École polytechnique, en
le supposant aussi juste qu'il est faux, puisse
être considéré comme un produit curieux de
la propriété qu'ont les sons de se grouper par
séries, soit; mais qu'on ose dire que cette pro-
priété est la loi de la musique et de toute l'har-
monie, cela est simplement ridicule. De même
on peut s'amuser, comme l'a fait M. Durutte, au
passetemps innocent de la classification mathé-
matique des accords ; mais cette fadaise est par-
faitement inutile; car la notation musicale est
pour cette chose infiniment plus simple que la
notation algébrique.
Confondant la science de l'acoustique avec la
musique, M. Durutte accorde aux chiffres et aux
propriétés des séries un avantage immense sur
les phénomènes de l'ouïe et sur le sentiment de
l'art. Pour voir à quelles extravagances ses idées
le conduisent à cet égard, il faut lire ce curieux
passage de son livre : « Afin de préciser, nous
« dirons que les accords dont l'étendue sur l'é-
« chelle des quintes ne s'étend pas au delà de
« 1 1 termes = 10 quintes (par exemple du ré |>
« au si), ce qui forme l'intervalle de sixte
« augmentée ou de tierce diminuée, appar-
« tiennent à ^harmonie immanente, c'esl-à-
« dire à l'harmonie que l'oreille perçoit immé-
« diatement, conformément aux lois de Vorga-
« nisation de l'homme; et nous ajouterons qu'au
« delà du 11 e terme commence le domaine de
« V harmonie transcendante, c'est-à-dire le do-
« maine de l'harmonie qui dépasse les condilions
« de l'existence terrestre; harmonie qui ne peut
« être saisie que par l'esprit de l'homme, et nul-
« lement perçue par le sens auditif. L'expé-
« rience, du reste, prouve la vérité decette asser-
« tion, et c'est là, c'est dans l'intervention de
« Vesprit (Geist), que réside la grande différence
« qui existe entre les modulations ordinaires et
« celles dites enharmoniques. Peu importe,
« d'ailleurs, l'instrument dont on se sert, car uu
« piano accordé selon' le tempérament égal
« nous donne, aussi bien que les instruments non
« tempérés, l'idée d'une modulation enharmo-
« nique; parce qu'il y a -quelque chose de plus
« que la sensation, quelque chose de plus que
« le sentiment, savoir : intervention de Vesprit,
« pressentiment d'un ordre plus élevé, auquel
« l'organisation ne peut atteindre, ce qui est la
« vraie source du sublime. »
Certes il y a intervention de l'esprit dans la
conception du beau musical; mais elle se fait
dans l'ordre des idées de création de l'œuvre'
et non dans l'ordre de faits harmoniques qui
seraient hors du domaine de l'organisation sen-
timentale. Où le sentiment est inerte, il n'y a
94
DURUTTE — DUSSEK
plus d'art. Remarquons que M. Durutte est en
opposition avec son principe lorsqu'il parle de
l'usage d'un piano accordé par le tempérament
égal, puisque sa loi de tonalité de la musique,
qui ne peut être saisie que par l'esprit, est le
plus inégal et le plus irrégulier de tous les tem-
péraments.
Je ne nie suis autant étendu sur le faux sys-
tème dont il vient d'être parlé, que parce qu'il
a eu du retentissement en France à la suite de
séances publiques où l'auteur l'a exposé à Paris
en 1855, sans être compris de son auditoire :
il suffit de l'expliquer pour le réduire au néant.
Pour l'origine de toutes les aberrations où
M. Durutte s'est laissé entraîner dans son livre,
voyez l'article Wronski de ce dictionnaire. Quant
au langage ambitieux dont se sert habituellement
M. Durutte, on y reconnaît aussi l'école dont il
sort : c'est celui de l'auteur de la Réforme des
«ia//ieHiaft<7iies,copiéjusqu'à l'affectation la plus
puérile.
DURYER (Amand-Cuarles) ou plutôt Du-
rier, suivant son acte de naissance, né à Paris,
le 3 mai 18O8, fut admis au Conservatoire de cette
ville à l'âge de dix-neuf ans, le 1 er mars 1827,
et y devint élève de Clienié pour la contrebasse.
Il y reçut aussi des leçons de contrepoint de
Seuriot et de Jelensperger, répétiteurs du cours
de Reicha. Sorti du Conservatoire, il entra à
l'orchestre de l'Opéra-Comique en 1829, et passa
à celui de l'Opéra en 1S31, en qualité de contre-
bassiste. Dans le même temps il était attaché
au choeur de l'église Saint-Roch. On a de cet
artiste : Méthode complète de contrebasse;
Paris, 1836, in-fol. M. Duryer a été considéré
à juste titre comme un des meilleurs contrebas-
sistes de Paris.
DUSCIIECK ou DUSSEK (François),.
né à Chotiborck, en Bohême, le 8 décembre 173G,
trouva dans le comte de Spork un protecteur
qui lui fit faire d'abord ses études chez les jé-
suites de Kœnigratz , et qui l'envoya à Vienne,
pour y apprendre à jouer du piano et les rè-
gles de la composition , sous la direction de
Wagenseil. De retour à Prague, il s'y fit remar-
quer comme virtuose sur le piano, comme pro-
fesseur, et forma plusieurs élèves distingués,
parmi lesquels on remarque Vincent Mascheck
et Jean Wittasseck. Duscheck est mort dans
celte ville le 12 février 1799. On a de lui :
1° Vingt-cinq chansons de Spielmann pour les
enfants; Prague, 1792, in-4°. — 2° Sonate à
quatre mains; n° 1 ; Vienne, 1792. — 3° Deux
sonates à quatre mains; Leipsick, 1797. —
4° Sonate pour le piano; ibid. — 5° Le combat
naval et la défaite complète de la grande
flotte hollandaise, par l'amiral Duncan, le
2 octobre 1797, sonate caractéristique pour
le piano ; Vienne, 1799. — 6° Andante avec
variations pour le piano; Leipsick, Kùhnel.
Duscheck a laissé en manuscrit beaucoup de
concertos, de symphonies, de quatuors et de trios.
DUSCHECK (Joséphine), femme du précé-
dent, naquit à Prague vers 1756. Élève de son mari
pour le piano et pour le chant, elle brillait à Prague,
en 1790, comme cantatrice et comme virtuose sur
le piano. Elle joignait à son talent sur cet ins
trument une grande habileté sur la harpe. En
1794, elle se fit entendre avec succès dans les
concerts de Vienne. Après la mort de son mari,
elle partit pour Londres, où elle s'est fixée vers
1800. Elle y est morte en 1823.
DUSSAULX, ou DU SAULE (Gérard),
en lalin Gerardus a Salice, prêtre et compo-
siteur belge, a vécu au commencement du sei-
zième siècle. Il n'est connu que par ce qu'en dit
Glaréan (Dodecach., fol. 280), ainsi que par le
motet Os justi meditabitur sapientiam, et par
le psaume Laudate Dominnm, omnes gentes,
tous deux à quatre voix, rapportés par cet au-
teur (fol. 284-287). Ces morceaux, bien écrits,
sont du onzième mode, appelé hypolydien par
Glaréan, bien qu'il ne soit pas l'hypolydiendes
didactiques grecs, et qu'il corresponde aoias-
tien d'Aristoxène et au ionien d'Alypius.
DUSSEK (Jean-Joseph), excellent organiste
et directeur du chœur de l'église collégiale de
Czaslau, naquit en 1739, à Wlazowicz, en Bo-
hême, où son père était charron. Lorsqu'il eut
atteint l'âge de dix ans, sa mère le mit à l'école
de son beau-frère Jean Wlachs, instituteur et
bon maître de musique à Wlazowicz. Après quel-
ques années d'étude, Dussek fut en état d'ensei-
gner lui-même dans l'école de son oncle. A l'âge
de seize ans il se rendit à Langenau, comme ins-
tituteur primaire agrégé; il demeura en ce lieu
pendant trois ans, et employa une partie de ce
temps à l'étude de l'harmonie. Appelé ensuite à
Chumecz pour y enseigner la musique dans l'é-
cole publique, il alla prendre possession de l'em-
ploi qui lui était offert, et ne tarda point à se
faire remarquer par son talent sur l'orgue. Sa
réputation fut bientôt si bien établie que le ma-
gistrat de Czaslau lui offrit la place d'organiste
et de premier instituteur de la ville; avec un trai-
tement considérable. Il accepta cette position
et entra en fonctions en 1759, n'étant âgé que de
vingt ans. L'année suivante il épousa Véronique
Stebeta, fille d'un jugedela ville, et de celte union
. naquirent trois enfants, dont il sera parlé dans les
articles suivants, et qui furent tous des artistes
distingués. L'étude des œuvres des grands orga-
DUSSEK
95
nistes et compositeurs occupa la plus grande
partie de la vie de J.-J. Dussek ; et les plus ha-
biles furent ceux qu'il se proposa pour modèles.
Depuis longtemps ses enfants étaient séparés
de lui, lorsqu'en 1802 il eut le bonheur d'em-
brasser son fils, pianiste célèbre, dont le nom
était devenu européen, et sa fille, Madame Cian-
chetlini. Le plaisir d'entendre des artistes sem-
blables fut pour sa vieillesse une source de pures
jouissances. J.-J. Dussek cessa de vivre en 1811.
Trois années auparavant, il remplissait encore
ses doubles fonctions d'organisie et d'instituteur
primaire. Parmi les meilleurs ouvrages de J.-J.
Dussek , qui sont tous restés en manuscrit, on
distingue : 1° Une messe pastorale à quatre voix
et orchestre. — 2° Deux litanies. — 3° 1 Salve,
Regina. — 4° Des sonates pour le piano. —
5° Des fugues et des toccates pour l'orgue.
DUSSEK (Jean-Louis ou Ladislas), fils du
précédent, artiste illustre comme virtuose sur
le piano et comme compositeur, est né à Czaslau,
en Bohême, le 9 février 1761. A l'âge de cinq ans
il jouait déjà du piano, et, suivant le témoignage
de son père, il accompagnait sur l'orgue dans
sa neuvième année. Il fut ensuite envoyé comme
sopraniste au couvent d'Iglau, où il continua d'é-
tudier la musique sous la direction du P. La-
dislas Spenar, maître du chœur de l'église des
Minorités. Dussek étudia les langues anciennes
au collège des Jésuites, et alla achever ses études
à Kuttenberg, où il avait été appelé comme orga-
niste. Après avoir passé deux années et demie
en ce lieu, il alla suivre un cours de philosophie
à Prague , et ses progrès furent tels, qu'il put
soutenir avec honneur sa thèse de bachelier en
cette science. Ce fut alors que le comte deMœn-
ner, capitaine impérial d'artillerie, et protec-
teur de Dussek, l'emmena avec lui en Belgique
et le fit entrer comme organiste à l'église Saint-
Rombaut de Malines. Après avoir passé quelque
temps dans cette situation, Dussek alla à Berg-
op-Zoom, où il remplit aussi les fonctions d'or-
ganiste, et se rendit ensuite à Amsterdam. Arrivé
dans cette ville, il y fit admirer son habileté sur
le piano. Sa renommée le fit bientôt appeler à
La Haye par le Stathouder, et il passa près d'un
an dans cette résidence, pour y donner des leçons
Je piano aux enfants du prince. Ce fut là qu'il
publia ses trois premiers ouvrages, qui consistaient
en trois concerts pour le piano, deux violons,
alto et basse, œuvres 1 er ; six sonates pour piano
et violon, œuvre 2: et six autres sonates du même
genre, œuv. 3. Ces productions sont comptées
parmi ses meilleures. En 1783 Dussek avait at-
teint sa vingt-deuxième année , et déjà son ta-
lent excitait la plus vive admiration; cependant
il était encore en doute sur lui-même, et ce doute
lui fit prendre la résolution de se rendre à Ham-
bourg pour consulter Charles-Philippe-Emmanuel
Bach. Il en reçut d'utiles conseils et des éloges.
L'année suivante, le jeune virtuose était à Berlin,
où des applaudissements lui étaient prodigués
pour son habileté sur le piano et sur l'harmonica
à clavier, instrument nouvellement inventé par
Hessel. De Berlin, Dussek alla à Pétersbourg, où
il avait le dessein de résider quelque tempsjrnais
le prince Charles de Radziwill lui proposa un
engagement si avantageux, qu'il crut devoir l'ac-
cepter, et il demeura deux ans avec ce seigneur
dans le fond de la Lithuanie. Vers la fin de 1786,
il vint à Paris, y joua devant la reine ( Marie-
Antoinette), et reçut de la part de cette princesse
des offres avantageuses, qui ne purent le dé-
cider à se fixer en France, parce qu'il avait le dé-
sir de visiter son frère en Italie. Arrivé à Milan,
il y donna des concerts, où il se fit entendre sur
le piano et sur l'harmonica, et son talent pro-
duisit une vive sensation, bien que les Italiens
fussent peu sensibles aux beautés de la musique
instrumentale, surtout à cette époque. De retour
à Paris, en 1788, il y resta peu de temps; les
premiers troubles de la révolution française le
décidèrent à passer en Angleterre ; il s'y maria en
1792, et se fixa à Londres, où il établit un com-
merce de musique. Dussek, enthousiaste de son
art et aimant le plaisir, était peu propre à diriger
des spéculations commerciales : de là vint que
son établissement ne prospéra point. Poursuivi
par ses créanciers, ce grand artiste fut obligé de
quitter l'Angleterre et de se réfugier à Hambourg,
en 1800. Là, une princesse du Nord se passionna
pour lui , Venleva et vécut avec lui dans une
retraite située vers la frontière de Danemark.
Cette liaison dura près de deux ans. En 1802,
Dussek fit un voyage en Bohême pour y revoir
son père, dont il était séparé depuis vingt-cinq
ans. A son retour, il passa par Magdebonrg, fut
présenté à l'infqrtuné prince Louis-Ferdinand de
Prusse, et s'attacha à sa personne. Ce prince
ayant perdu la vie au combat de Saalfeld, en 1806,
Dussek passa d'abord au service du prince d'Y-
senbourg, puis, en 180S, il se rendit à Paris et
prit un engagement avec le prince de Talley-
rand, dont il devint le maître de concerts. Fa-
tigué de la vie agitée qu'il avait eue jusqu'alors,
il ne songea plus qu'à jouir en paix du repos qui
lui était offert.
Doué du caractère le plus aimable , de bonté
et d'obligeance pour les artistes, d'un esprit na-
turel orné d'une instruction variée, de beaucoup
de gaieté, et de manières nobles qu'il avait puisées
dans la haute société où il avait vécu, Dussek
96
DUSSEK
avait pour amis fous ceux qui le connaissaient.
On ne lui reprochait qu'un défaut, qui nuisait
plus à lui-même qu'aux autres : c'était une in-
souciance incurahle, qui lui faisait négliger le
soin de ses affaires, et qui le mit souvent dans
de grands embarras. Dans les dernières années
de sa vie, son embonpoint était devenu excessif,
ce qui ne lui avait rien ôté de son agilité sur le
piano ; mais la difficulté de se mouvoir, qui
en était la suite, lui avait fait contracter l'ha-
bitude de passer au lit la plus grande partie du
jour. Pour sortir de l'espèce d'apathie qui ré-
sultait de ce genre de vie, il était obligé de faire
un usage immodéré de vin et de liqueurs fermen-
tées, comme de stimulants, qui Unirent par al-
térer sa constitution, et par lui donner la mort.
Il cessa de vivre, à Paris, le 20 mars 1812.
Également célèbre comme exécutant et comme
compositeur pour son instrument, Dussek a mé-
rité sa double réputation par de rares talents. On
se souvient encore de l'effet prodigieux qu'il fit
en 1808, aux concerts qui furent donnés à l'O-
déon par Rode , Baillot et Lamare. Jusque-là ,
le piano n'avait paru qu'avec désavantage dans
les concerts ; mais sous les mains de Dussek
il éclipsa tout ce qui l'entourait. Le style large
et sage de cet artiste , sa manière de chanter
sur un instrument privé de sons soutenus, enfin
la netteté et la délicatesse de son jeu, lui procuré -
rent un triomphe dont il n'y avait point en d'exem-
ple auparavant. Ses compositions se distinguent
par des formes qui lui sont propres , par des
motifs brillants, par des mélodies heureuses,
et par une harmonie riche, bien que parfois in-
correcte.
Dussek a publié soixante-seize œuvres pour le
piano, qui consistent en douze concertos, une
symphonie concertante pour deux pianos , un
quintette pour piano, violon, alto, violoncelle
et contrebasse, un quatuor pour les mêmes ins-
truments sans contrebasse, dix œuvres de trios
ou sonates accompagnées ; quatre-vingts sonates
avec accompagnement de violon, neuf sonates
à quatre mains, trois fugues idem, cinquante-
trois sonates- pouf piano seul , et un grand
nombre de rondeaux, fantaisies, airs variés, et
valses pour piano seul. Une collection com-
plète de ses œuvres à été publiée à Leipsick,
chez Breitkopf et Haertel. Parmi ses ouvrages,
ceux que Dussek estimait le plus sont les œu-
vres 9, 10, 14, 35, la sonate intitulée les Adieux
à démenti, et celle qui a pour titre le Re-
tour à Paris. Il avait publié à Londres une mé-
thode pour le piano, en anglais, qu'il a traduite
en allemand, pour la faire paraître à Leipsick,
et dont une traduction française a été publiée
à Paris, chez Érard. Il a donné aussi à Londres
deux opéras anglais, qui ont eu peu de succès ;
enfin, on connaît de lui en Allemagne une messe
solennelle qu'il a composée à l'âge de treize ans,
plusieurs oratorios allemands, entre autres celui
delà Résurrection, sur la poésie de Klopstock.
Il y a aussi beaucoup d'autre musique d'église
de sa composition qui est conservée à l'église
de Sainte-Barbe, à Kuttenberg, ainsi que dans
l'église collégiale de Czaslau.
Un beau portrait de Dussek a été peint à
Londres par Cosway, et gravé en 1800 par P.
Condé.
DUSSEK ( François-Benoit ) , second fils
de Jean-Joseph, naquit à Czaslau, le 13 mars
1766. Après avoir fait ses premières études de
musique sous la direction de son père, il fut en-
voyé à Prague en qualité d'organiste du cou-
vent d'Emaus, où il apprit l'harmonie et le con-
trepoint par les leçons d'un bon organiste et com-
positeur nommé le P. Augustin Ssenkyrz. Ce fut
aussi dans ce couvent qu'il apprit à jouer du
violoncelle et du violon , instruments sur les-
quels il parvint à une grande habileté. Lorsque
ses études furent entièrement terminées, il entra
comme maître de chapelle au service de la com-
tesse de Liitzow , ancienne élève de son père et
protectrice de sa famille. Cette dame ayant ré-
solu de faire un voyage en Italie, prit avec elle
son maître de chapelle, qui s'arrêta d'abord »
Mortai a, dans le Piémont, en qualité d'organiste
et de mattre de musique, et qui fut ensuite ac-
compagnateur au théâtre S. Benedetto , à Ve-
nise, puis au théâtre de la Scala, à Milan. Pen-
dant qu'il était employé à ces théâtres, il écrivit
les opéras intitulés : 1° La Caffetiera di Spirito.
— 2° Il fortunato successo. — 3° La Feuda-
taria. — 4° L'Itnpostore. — 5° Voglia di dote
e non di moglie. — 6° Malrimonio e divorzio
inun sol giorno. — 7° L'Incantesïmo. — 8° La
Ferita mortale. Tous ces ouvrages furent ac-
cueillis favorablement ; cependant ils ont le dé-
faut de manquer d'originalité dans les mélo-
dies , quoiqu'ils soient assez riches d'harmonie.
Vers 1790, Dussek s'établit à Laybach, comme
organiste de la cathédrale et professeur de violon.
Il y vivait encore en 1800; on ignore ce qu'il est
devenu depuis ce temps. On connaît de cet ar-
tiste de jolis canzoni pour le chant, avec ac-
compagnement de piano, un trio ou nocturne
pour trois flûtes, n° 1, Leipsick, Peters, et une
sonate pour piano et violon, ibid. Il a laissé en
manuscrit des concertos pour piano et pour violon,
des sonates, solos, trios, etc.
DUSSEK (Véronique-Rosalie). Voij. Cian-
CI1ETTINI (M ,ne ).
DUSSEK — DUTENHOFER
ï)7
DUSSEK (M n,e ), femme de Louis Dussek,
plus tard Madame Moralt, née filfe de Domi-
nique Corri, vit le jour à Edimbourg, en 1775.
Ses grandes dispositions pour là musique se ma-
nifestèrent dès sa plus tendre enfance. Elle joua
môme du piano en public à l'âge de quatre ans.
Lu 1788 sa famille quitta l'Ecosse, et alla s'éta-
blir à Londres. Miss Corri, âeée alors de quatorze
ans, cbanta avec succès aux concerts du roi et
aux soirées publiques. Son premier maître de
chant avait été son père, mais elle profita beau-
coup ensuite des conseils de Marcbesi, de Viga-
noni et de Cimador. En 1792, elle épousa J.-L.
Dussek, et, par ses leçons, devint bientôt aussi
célèbre comme pianiste et comme virtuose sur
la harpe que comme cantatrice, en jouant à tous
les oratorios et aux concerts de Salomon avec son
mari. Elle chanta à Cambridge, à Oxford, à
Liverpool, à Manchester, Dublin et Edimbourg
avec un égal succès. Elle fut ensuite engagée à
l'Opéra, pendant une saison; mais dégoûtée des
tracasseries et des intrigues de théâtre, elle quitta
la scène, et se livra à l'enseignement. Devenue
veuve en 1812 , Madame Dussek épousa en se-
condes noces M. Moralt. Depuis lors elle a tou-
jours résidé à Paddington, où elle a établi une
académie de musique. Elle a publié les ouvrages
suivants, de sa composition: 1° Trois sonates
pour le piano, op. 1 ; Londres. — 2° Trois idem
pour la harpe, op. 2 ; ibid 3° Trois idem,
op. 3; ihid. — 4° Trois idem pour le piano,
n° 1, 2,3; ibid. — 5° Walse de la duchesse
d'York pour le piano. — 6° Walse allemande
pour la harpe. — 7° Rondo pour le même ins-
trument. — 8° Rondo du Déserteur pour le
piano.
DUSSEK (Olivia), fille des précédents, est
née à Londres, en 1799. Héritière des talents de
ses parents, elle excellait sur le piano et sur la
harpe. Sa mère, qui fut son institutrice, la mit
en état de se faire entendre sur le piano à l'âge
de huit ans, à la salle d'Argyle. Elle demeurait
avec sa mère à Paildington et exerçait la même
profession. Elle a composé quelques jolies bal-
lades et un duo pour harpe et piano qui a été
gravé à Londres.
DUTARTRE (Jean-Baptiste), professeur
de musique et de chant, mort à Paris, en 1749,
a donné à la Comédie-Italienne l'Amour mu-
tuel, comédie à ariettes, en 1729 , et le Diver-
tissement de la paix. On trouve dans un re-.
cueil d'airs sérieux et à boire, publié par Bal-
lard, en 1710, in-4° obi., un air pour voix de
dessus, avec accompagnement de flûte et de
basse continue par Dutarlre.
DUÏILLIEU (Pierre), né à Lyon, vers
B10GR. UMV. DES MUSICIENS. — T. III.
1765, voyagea d'abord en Italie, où il écrivit la
musique de plusieurs ballets, et fut ensuite at-
taché comme compositeur à la cour impériale (!«
Vienne, vers 1791. Ses compositions les plus
connues sont : l° Antigona ed Enone , à
Naples, 1788. — 2° I Curlandesi, ballet, ibd.,
1791. — 3° Maggia contra Maggia, ballet, ibid.,
1791. — 4° Il Trionfo d'amore, opéra buffa,
à Vienne, en 1791. — 5° Nannerina e Pandol-
fino, o sia glisposi in cimento, opéra buffa ,
ibid., 1792. — 0° Die Freywilligen , ballet, à
Vienne, 1793. — 7° Gli Accidenti delta Villa,
opéra buffa, ibid., 1794. — 8° La Superba
corretla, opéra buffa, ibid., 1795. — 9° Der
Jarhmarkt, ballet, ibid. — 10° Arminio, ballet,
ibid. — 11° Die Macht des schœnen Gech-
lechts (la Puissance du beau sexe), ballet.
— 12° Six duos pour deux violons, op. l;
Vienne, Artaria , 1800. — 13° Concerto pour
le violon, en manuscrit, chez Trae^, à Vienne.
DUTROCHET (René-Henri-Joaciiim), né
en 1776, au château de Néon , département de
l'Indre, était destiné par sa naissance à jouir
d'une fortune considérable ; mais il en fut privé
par la révolution de 1789. Son père ayant émigré,
ses biens furent confisqués et vendus. Ces cir-
constances obligèrent Dutrochet à faire choix
d'un élat; il se livra à l'étude de la médecine.
Le 26 juin 1806 il soutint une thèse remarquable,
qui a paru la même année chez Firmin Didot
(in-4°), sons ce titre : Mémoire sur une nou-
velle théorie de la voix, avec l'exposé de di-
vers systèmes qui ont paru jusqu'à ce jour
sur cet objet. C'est un fort bon ouvrage et qui
contient des vues neuves. Nommé dans le même
temps médecin des armées, Dutrochet fit en cette
qualité les campagnes d'Espagne pendant îes
années 1808 et 1809. Depuis lors, relire dans
les environs de Châleau-Regnault , il s'est livré
exclusivement à l'étude de la nature. Outre ses
ouvrages spéciaux sur la physiologie, l'histoire
naturelleet la médecine, on a de ce savant : Mé-
moire sur une nouvelle théorie de l'harmonie,
dans lequel on démontre l'existence de (rois
modes nouveaux qui faisaient partie du, sys-
tème musical desGrecs; Paris, Allut, 1810, in-s°
de 90 pages. 11 a aussi traité de la théorie de la
voix dans ses Mémoires pour servir à l'histoire
anatomique et physique des animaux et des vé-
gétaux; Paris, 1837 (t. II. p. 519 et suiv.) Du-
trochet fut d'abord correspondant, puis membre
titulaire de l'Académie des sciences, de l'Institut
de France. Il est moitié 4 février 1847.
DUTTENHOFER (F.-M.), docteur en
médecine et en chirurgie à Slnttgard, précédem-
ment professeur à l'école vétérinaire de cette
7
î)8
DUTTENHOFER — DUVAL
>ille, est auteur d'un opuscule intitulé : Hâter- .
suchungen uber die menschlich Stimme in i
hinsicht auf Physiologie , Physik und Musik
(Recherches sur la voix humaine dans ses rap- I
ports avec la physiologie, la physique et la mu-
sique); Stuttgard, 1839, in-8° de 47 pages. L'au-
teur s'y prononce contre la théorie de la voix
de fausset exposée par Jean Mùller (voy. ce
nom). Il examine aussi la nature des sons de
gorge des Tyroliens, appelés johdlen; mais ce
qu'il en dit manque de développements et de
clarlé.
DUVAL (François), violoniste de la chapelle
du roi depuis 1704, est mort à Paris, en 1738. j
C'est le premier Français qui ail composé des !
sonates de violon, à l'imitation des Italiens. On
a de lui sept livres de sonates qui ont été pu-
bliées à Paris.
DUVAL (Mademoiselle), actrice de l'Opéra
de Paris, y jouissait d'une grande réputation en
1720. Elle a composé la musique du ballet les
Génies, qui a été représenté en 1730, et a pu-
blié aussi un ouvrage élémentaire qui a pour
tilre •• Méthode agréable et utile pour ap-
prendre facilement à chanter juste et avec
goût , etc. ; Paris , 1741 , in-fol. obi. M"e Duval
est moi te à Paris en 1769.
DUVAL (L'abbé) , musicien de la Sainte-
chapelle du palais, vers le milieu du dix huitième
siècle, est mort à Paris , en 1781. On a de lui :
Principes de la musique pratique, par de-
mandes et par réponses ; Paris, 1764, in-8°.
DUVAL (Charles), avocat, né en 1753,
fut membre de la convention nationale. Il est
mort à Paris, au mois d'avril 1825. On a de lui
un pamphlet sous ce titre : Instruction du
procès entre les premiers sujets de l'Académie
royale de musique et de danse, et le sieur De
Vismes, entrepreneur, jadis public, aujour-
d'hui clandestin, et directeur de ce spectacle .
Sans date ni nom de lieu ( Paris, 1779), in-8°.
DUVAL ( Edmond ), né à Engliien ( Hainaut ),
le 22 août 1809, apprit en Belgique la musique
vocale et les éléments du violoncelle. En 1828
il se rendit à Paris, et le 31 janvier de celte
année iï obtint son admission au Conservatoire,
comme élève de violoncelle, dans le cours
de M. Vaslin. Le premier avril suivant il entra
dans le cours préparatoire de contrepoint et
fugue tenu par Iîoilly, puis par M. Millault, tous
deux élèves de l'auleur de cette notice. Dans lo
même temps M. Duval fut compris dans la com-
position de l'orchestre du théâtre de l'Odéon en
qualité de violoncelliste. N'ayant pas mis d'exac-
titude à suivre les leçons de ses professeurs du
Conservatoire, il fit peu de progrès sur l'instru-
ment qu'il avait adopté, et ne se trouva pas en
état de prendre part au concours de 1831 ; ce
qui lui fit prendre la résolution de se retirer du
cours de M. Vaslin. Cependant il continua ses
études de composition, et obtint, le 17 décembre
de la même année, son admission parmi les
élèves de M. Fétis; mais la même inexactitude
s'étant fait remarquer dans sa présence aux
leçons, M. Duval fut rayé des contrôles de
l'école, par décision du comité d'enseignement,
en date du 15 juin 1832. Il quitta Paris peu de
temps après pour retourner dans sa ville natale,
où il vécut sans occupation déterminée pendant
quelques années.
Pendant ce temps de repos, l'attention de M. Du-
val fut fixée d'une manière fortuite sur le plain-
chant, dont il ne s'était jamais occupé aupara-
vant. M. l'abbé Janssen, alors professeur de
chant au séminaire de Malines, devint son guide
dans cette étude, nouvelle pour lui, et malheu-
reusement les prétendus Vrais principes du
chant grégorien, enseignés par le professeur,
égarèrent M. Duval , comme ils ont égaré tous
ceux qui les ont adoptés ; car ils sont fort er-
ronés et contraires aux bonnes traditions des
anciennes écoles. Le zèle que montrait M. Duval
dans sa nouvelle étude lui lit obtenir la protec-
tion de Mgr le cardinal archevêque de Malines.
Après l'adoption' des principes de M. Janssen
dans le diocèse , une réforme des livres de
chant devenait nécessaire pour les mettre en
harmonie avec ces mêmes principes : les yeux
se fixèrent sur M. Duval, pour en faire le pro-
moteur de celte réforme, et il reçut la mission
d'aller à Rome à la découverte d'un guide pour
le travail qui devait lui être confié : rien ne fut
négligé dans les précautions prises pour lui
aplanir les difficultés. Il ne s'agissait pas
pour M. Duval d'aller faire un long travail de
comparaison des leçons de manuscrits de di-
verses époques pour choisir les meilleures : on
voulait un travail plus expéditif, et l'on se borna
à chercher une édition publiée à Rome, avec
l'approbation du souverain pontife, qui pût de-
venir la base < u travail, sauf à lui faire subir
les altérations qui seraient rendues nécessaires
par l'application des Vrais principes de M. Jans-
sen. La grande difficulté, pour tout éditeur de
livres de chant, est dans le graduel, car l'ori-
gine des répons, graduels, des traits et leurs
versets, des offertoires et des communions, est
orientale; ces chants sont surchargés de notes
dont la valeur primitive n'était que celle de
simples ornements du chant. C'est là que la
fantaisie des réformateurs s'est donné libre
carrière; c'est là que les altérations les plus
DUVAL
99
f.tntasqucs ont été accumulées par les réforma-
teurs. Les manuscrits qui auraient dû les guider,
s'ils en avaient eu l'intelligence, furent négligés;
chacun suivit son système et y mit du sien. De
là vient que les éditions du Graduel sont toutes
dissemblables, et toutes sans autre valeur que
celle d'un usage plus ou moins long dans les
divers pays et diocèses. Le graduel imprimé par
ordre du pape Paul V dans l'imprimerie Médicis ,
en deux grands volumes in-folio (1614 et 1615),
le premier pour le propre du temps , l'autre
pour les saints, n'est ni meilleur ni plus mauvais
que les autres ; mais c'est un livre magnifique
•l'exécution typographique. Ce fut celui-là que
choisit M Duval. Quant au Vespéral, où les
altérations sont moins multipliées, parce que les
antiennes, dont le chant est beaucoup plus
simple que celui des pièces du Graduel , n'ont pas
fourni l'occasion d'autant de variantes capri-
cieuses, il est dit dans la préface de l'édition
donnée par M. Duval, que l'antiphonaire im-
primé par Pierre Licbtenstein, à Venise ( 1579-
1580), celui de l'imprimerie des Juntes (Venise,
1615), celui qui est sorti des presses de Paul
Ballioni (Venise, 1701), et enfin l'antiphonaire
imprimé par Plantin, à Anvers, en 1572, ont
été mis à contribution pour la formation de celui
de Malines, qui conséquemment est une sorte
de travail centonien. M. Duval n'était pas assez
lettré pour les parties de l'œuvre qui concernent
les textes et la liturgie : M. l'abbé De Voght,
professeur au séminaire de Malines, lui fut ad-
joint, pour l'aider de ses conseils et de sa plume;
enfin, en 1848 parurent les deux volumes in-
titulés : 1° Graduale romanum juxta ritum
sacrosanctx romance Ecclesix, cum cantu
Pauli V. Pont. Max. jussu reformato. Edi-
lio emendata; Mechlinix, P.-J. Hanicq, 1848,
in-8°. — 2°Vesperale romanum, cum Psalterio
ex antiphonali romano fideliter extractum,
cum cantu emendato; ibid., in-8°. l'édition
corrigée du Graduel de Paul V et le chant cor-
rigé du Vespéral, extrait des antiplionaires cités
précédemment, étaient un aveu forcé de ce qu'on
avait fait dans ces livres pour les mettre en
harmonie avec le système de M. Janssen, c'est-
à-dire des altérations de formes et des corrup-
tions de tous genres qui s'y étaient glissées. A
leur apparition, ils firent éclater une multitude
de réclamations, qui toutes n'osèrent pas se pro-
duire au grand jour, particulièrement dans le
diocèse; mais dans d'autres diocèses on fut
moins retenu. Un ecclésiastique de Liège , dont
je tairai le nom, puisqu'il n'a pas cru devoir le
révéler, mais homme de grand savoir en ces
matières, signala quelques-unes des altérations
des nouveaux livres dans le Journal histo-
rique de Liège, et lit remarquer qu'il les prenait
au hasard, parce qu'il s'en trouvait à chaque page
et qu'on ne pouvait tout discuter. Une Bé-
ponse aux observations du Journal histori-
que de Liège , sur le Graduel et le Vespéral,
édition de Malines, 1848, parut sous les noms
de MM. Edmond Duval et P. -F. De Voght, à
Malines, chez Hanicq, avril, 1849, 70 pages in- 12.
Celte réponse ne touchait point au fond des
choses : elle épiloguait sur les mots ; mais l'em-
barras était évident.
Les choses en étaient là quand une note de
l'auteur de cette notice tomba entre les mains
de M. l'abbé De Voght, et fit jaillir la lumière
à ses yeux sur l'œuvre d'égarement à laquelle il
avait pris part. Sa conscience en fut si troublée,
qu'il en fit une maladie sérieuse. De retour à la
santé , il ne voulut plus continuer le travail né-
cessaire pour compléter les livres de chant du
diocèse dans le môme système (voy. J\nssen),
et il sortit du séminaire. D'autres collaborateurs
furent donnés à M. Duval, et successivement pa-
rurent •. 3° Monnaie chori ad decuntandas
parvas lioras; Mechlinix , 1650, in-8". —
4° Processionale ritibus romanx Ecclesix ac-
comodatum, etc; cum cantu emendato ; ibid.;
1851 , in-8°. — 5° Rituale romanum Pauli F,
Pontificis Maxim i, etc., cum cantu emendato ,
ibid., 1854, in-16. — 6° Pastorale Mechliniense
Rituali rom. accom. etc., cum cantu emen-
dato; ibid., 1852, in-8°. De nouvelles éditions du
Graduel et du Vespéral ont été publiées chez le
même , dans les formats in-folio et in-octavo ,
en 1854. — On a publié aussi , sous le noiu
de M. Duval , et avec la coopération de M. Bo
gaerts, prêtre et professeur au grand séminaire
de Malines, les écrits polémiques dont les titres
suivent : 1° Éludes sur le Graduale Boma-
num, publié à Paris, chez M. Lecoffre ; Ma-
lines, 1851. — 2° Nouvelles études sur le Gra-
duale Bomanum, publié à Paris, etc.; Ré-
ponse à M. Céleste Alix; Malines , Hanicq ,
1852 , in-8°. — 3° Études sur les livres cho-
raux qui ont servi de base dans la publi-
cation des livres de chant grégorien édités
à Malines, etc.; Malines, 1855, in-8°; — ^Quel-
ques remarques à propos des Études sur la
restauration du chant grégorien par M. Th.
Nisard, et du Précis historique sur la res-
tauration des livres de chant grégorien par
Mgr Alfieri; Malines, 1S5G, in-8°. M. Duval
adonné aussi : Traité d'accompagnement du
plain-chant par l'orgue, d'après les règles
des théoriciens du treizième et du qua-
torzième siècle. Ce titre manque d'exactitude;
100
DUVAL — DUVERNOY
jusqu'à la fin du douzième siècle l'accompagne-
ment du plain-chant par l'orgue ne fut que la
diaphonie, et rien n'indique qu'il n'en fut pas
de même dans le treizième ; c'est pour cela que
les jeux de mixture étaient le fondement de
toutes les anciennes orgues, qui n'avaient pas,
comme les modernes, de puissants jeux de fonds
graves pour en absorber les quartes et lesquintes ;
enfin, il n'existe pas dans les traités de musique
des treizième et quatorzième siècles, de règles pour
l'accompagnement du plain- chant par l'orgue,
et ce serait une grave erreur de croire que les
règles de la res facta lui fussent applicables ;
car ces règles ne concernaient que la musique
écrite (chose faite). Quand l'accompagnement
du plain-chant cessa d'être la diaphonie, il ne
fut pendant longtemps qu'à deux parties , et les
successions de quintes s'y firent encore entendre
fréquemment.
DUVE (Jord\n), écrivain cité par Walthcr,
comme auteur d'une dissertation intitulée Pro-
gramma quo nimiam artis affeclaiionem in
musica sacra theologis magni nominis im-
/irobari ostendit; Neu-Rnppin, 1729.
DUVERGER (Eugène), imprimeur à Paris,
né à Lille, au commencement du dix-neuvième
siècle, commença ses études au lycée de cette
ville, puis vint les achever au collège Sainte-
Uarbe, à Paris. Après avoir appris tout ce qui
concerne la typographie chez Firmin Didot, il
établit une imprimerie à Paris. Après la révolu-
tion de 1830, il fut chargé par intérim de la di-
rection de l'Imprimerie royale. On lui est rede-
vable de l'invention d'un système de typographie
de la musique qui a donné les plus beaux résul-
tats jusqu'à ce jour. Il consiste en une série
complète de types sans portée. La composition
de la forme ou du fragment étant faite, on la
cliché avec du plâtre fin, el avec une sorte de
rabot on trace dans le cliché les portées sur les
types des notes. Après cette opération, on coure
dans le cliché en creux un cliché métallique qui,
après qu'ir a été réparé , sert à l'impression. Il
a publié un Spécimen des caractères de mu-
sique gravés, fondas, composés et stéréotypés
par les procédés de E. Duverger, précédé
d'une notice sur la typographie musicale,
par M. Fétis ; Paris, de l'imprimerie de E. Du-
verger, 1834 , gr. in-4°, avec des tableaux en
grands et petits caractères de musique, d'une
exécution parfaite. Duverger a imprimé par ses
procédés un grand nombre de traités élémentaires
de musique, de manuels, de tableaux pour les
écoles, de recueils de cantiques.de chansons,
de solfèges, etc.
DUVERNOY ( Frédéric ), ou plutôt
DUVERNOIS, né à Montbéliard (Haut-fihin),
le 15 octobre 1771, suivant le Dictionnaire his-
torique de Choron et Fayolle, mais suivant les
registres de l'Opéra, le 16 octobre 1765, ce qui
est plus vraisemblable, car Duvernoy exécuta
un concertode cor au Concert spirituel , le 6 août
1788. Il se livra sans maître à l'étude du cor et
à celle de la composition. En 1788 il entra à
l'orchestre de la Comédie-Italienne. Neuf ans
après, il fut admis à l'orchestre de l'Opéra , et
en 1801, on le choisit pour jouer les solos. En
1816, il en sortit avec la pension de. retraite.
Nommé professeur au Conservatoire de musi-
que, lors de sa formation, il en remplit les fonc-
tions jusqu'à la suppression de cette école en
1815. Duvernoy fut aussi attaché à la chapelle
et à la musique particulière de l'empereur Na-
poléon Bonaparte, qui aimait son talent. Ce
talent était d'une nature particulière. Satisfait
d'acquérir un beau son et une exécution par-
faite, Duvernoy borna l'étendue de son ins-
trument à un petit nombre de notes qui partici-
paient du premier et du second cor, appelés par
Dauprat cor alto et cor basse. Il résulta de
ce mélange a que Duvernoy appela cor mixte;
c'est cette classification particulière qu'il ensei-
gnait au Conservatoire. Quelle que fût la perfec-
tion de son jeu, il résultait du peu de notes
qu'il employait une sorte de monotonie qui
nuisit beaucoup à l'effet qu'il voulait produire.
Quant à ses compositions, le chant en est com-
mun, les traits peu élégants et les accompagne-
ments mal écrits : elles sont déjà tombées dans
un profond oubli. Ces compositions consistent
en douze concertos, trois quintetli pour cor,
deux violons, alto et basse, des trios pour cor,
violon et violoncelle, trois œuvres de duos pour
deux cors, plusieurs livres de sonales et d'é-
tudes, des solos, des duos pour piano et cor,
enfin une Méthode de cor mixte. Tons ces
ouvrages ont été gravés à Paris et en Allemagne.
Duvernoy est mort à Paris, le 19 juillet 1838.
DUVERNOY ( Charles ), frère puîné du
précédent, est né Montbéliard ( Haut-Rhin )
en 1766. Le maître de musique d'un régiment
en garnison à Strasbourg lui donna des leçons
de clarinette, et les progrès du jeune artiste
furent rapides. Après avoir été attaché pendant
quelque temps à un corps de musique militaire,
Duvernoy se rendit à Paris, en 1790, entra dans
la même année au théâtre de Monsieur, comme
première clarinette, et passa ensuite de la foiré
Saint-Germain au théâtre Feydeau. Pendant
vingt-cinq ans il a rempli ses fonctions avec ta-
lenl, et s'est retiré en 1824, avec la pension de
vétérance. Admis comme professeur, lors de l'or-
DUVERNOY — DUTTSCHOT
101
gartisalion du Conservatoire, il fut compris dans
les reformes qui furent faites en 1802. Un beau
son et beaucoup de netteté daris l'exécution des
traits rapides composaient le caractère particulier
du talent de cet artiste; mais son style laissait
souvent désirer plus d'élégance. Duvernoy a pu-
blié deux œuvres de sonates pour la clarinette ,
avec accompagnement de basse, et des airs va-
riés en duos pour deux clarinettes. Il est mort à
Paris, le 28 février 1845.
DUVERNOY ( Henri -Louis- Charles ) ,
pianiste et compositeur, fils du précédent, est né
à Paris, le 16 novembre 1820. Admis comme
élève au Conservatoire de cette ville, le 22 dé-
cembre 1829, à l'âge de neuf ans, il reçut toute
son éducation musicale dans cette école, dont
il suivit les cours pendant près de seize ans.
Toutes les distinctions des diverses brandies de
l'ait lui furent tour à tour décernées. Après
avoir obtenu le deuxième prix de solfège en
1831, il eut le premier en 1833. Devenu élève
de Zimmerman pour le piano, il conquit le
deuxième prix de cet instrument en 1837, et le
premier au concours de l'année suivante. Le pre-
mier prix d'harmonie et d'accompagnement pra-
tique lui fut décerné en 1839, et il obtint celui de
contrepoint et île fugue, comme élève d'Halevy,
en 1841. Le second piix d'orgue lui avait été dé-
cerné eli 1840; il obtint le premier en 1842.
Enfin, ayant pris part au grand concours de
composition musicale de l'Instilut de France,
en 1848, il obtint le second prix. Dès 1839 il
avait été appelé aux fonctions de professeur
adjoint de solfège : il en fut nommé professeur
titulaire le 1 er octobre 1848. Dans celte posi-
tion, il a eu pour élèves un grand nombre d'ar-
tistes qui depuis lors se sont distingués comme
chanteurs et comme instrumentistes. Après avoir
rempli pendant quelques années les fonctions
d'organiste aux temples protestants de la rue des
Rillettes et de la Rédemption , il a été nommé
organiste titulaire du temple de Panthemont
(culte réformé), à la suite d'un concours qui
eut lien en 1858. Artiste instruit et laborieux,
M. Duvernoy a produit quelques ouvrages sérieux,
qui lui font honneur. En 1846 il fut chargé,
conjointement avec son oncle Georges Kuhn
( voij. ce nom ), par le consistoire de Montbel-
liard (Doubs), de la réforme du chant des
psaumes et cantiques, pont l'usage des temples
du culte évangélique de France. Ce travail a
été publié sous ce titre : Nouveau choix de
■psaumes et de cantiques harmonisés à quatre
voix, et composés en partie par MM. Kuhn
et Henri Duvernoy. Paris, 1848, 2 vol. in- 12.
Un des volumes de cette collection apparlient à
M. Duvernoy. Une suilc de ce travail a été de-
mandée par les pasteurs des églises reformées de
France, et exécutée, en 1859, par le même artiste,
en collaboration de M. Dnprato ( voij. ce nom ).
M. Duvernoy a pris part aussi à la rédaction
de l'ouvrage de Georges Kuhn, intitulé Solfège
des chanteurs; Paris, 1855. Enfin, il est auteur
du Solfège à changements de clefs ( Paris,
1857), ouvrage adopté pour l'instruction par
le Conservatoire de Paris et par ses succursales
de Toulouse, Marseille, Metz et Lille, ainsi que
par les conservatoires de Bruxelles et de Liège.
Enfin, on a de cet estimable artiste un Solfège
artistique, divisé en deux parties et dédié a
l'auteur de cette notice; Paris, 1860, gr. in-4°.
Comme pianiste et compositeur pour son ins-
trument, M. Duvernoy a publié environ cent
œuvres de musique légère qui ont paru chez l.i
plupart des éditeurs de Paris.
Deux autres fils de Charles Duvernoy se sont
fait connaître comme artistes musiciens. L'aîné
(Charles), ténor de l'Opéra-Comique pendant
plusieurs années, a été professeur de déclaui-
tion lyrique au Conservatoire de Paris, et a sm -
cédé à Moreau-Sainti, comme chef du pensionnat,
dans la même institution; le second, élève de
Daiiprat pour le cor, est entré à l'orchestre du
l'Opéra, en 1830.
DUVERNOY ( Jean-Baptiste ), professeur
de piano à Paris, et compositeur fécond de fan-
taisies et de bagatelles faciles pour le piano.
Depuis 1825, environ, il a produit quelques ceu-
taines d'œuvres de cette espèce, la plupart sur
des thèmes d'opéras. On ne trouve pas de ren-
seignements sur cet artiste dans les registres du
Conservatoire de Paris, d'où il résulte qu'il n'y
a pas reçu son éducation musicale. Il n'appartient
pas à la famille des précédents.
DUYSCHOT (Jean ), constructeur d'or-
gues hollandais, vivait au commencement du dix-
huitième siècle. Ses principaux ouvrages sont :
1° Un orgue de huit pieds, composé de dix-huit
jeux, deux claviers et pédale, dans l'église fran-
çaise de Délit, en 1696. — 2° Un idem, de seize
pieds, à trente-cinq jeux, trois claviers et pédale ,
dans l'église neuve de La Haye, en 1702. —
3° Dans l'église française du même lieu, un posi-
tif de onze jeux, en 1711. — 4° Un ouvrage de
treize jeux, deux claviers et pédale, en 1712, à
Zaandam.
DUYTSCHOT (R.-B), autre construc-
teur d'orgues, et peut-être le père du précédent,
s'est fait connaître par les ouvrages suivants ;
1° Des améliorations au grand orgue de l'église
neuve d'Amsterdam, avec addition de treize
jeux et d'un clavier, en 1666. — 2° Un ergue
102
DUITSCIIOT — DZONDY
de trente-huit jeux, trois claviers, pédale et huit
soufflets, commencé en 16S3, et fini en 1686,
dans l'église de l'Ouest, à Amsterdam.
DYGON (Jean), bachelier en musique, né
en Angleterre, vers le milieu du quinzième siècle,
fut élu prieur du couvent de Saint-Augustin, à
Cantorbery, en 1497. Il est mort dans le même
lieu, en 1509. Hawkins a inséré un motet à trois
voix de sa composition, dans son histoire de la
musique ( t. II, p. 519).
DZONDY (Charles-Henri), docteur et
professeur de médecine à l'université de Halle,
dont le nom véritable était Schundemius, na-
quit à Oberwinkel, en Saxe, le 25 septembre
1770. Il fit ses études à Altenbourg, et les ter-
mina à l'université de Wittenberg; puis il s'é-
tablit à Halle, où il exerça la médecine; il y est
mort , le 1 er juin 1835 , des suites d'une at-
teinte d'apoplexie. Il a publié un grand nombre
d'ouvrages relatifs à la médecine, mais qui n'ont
point de rapports avec l'objet de cette Biogra-
phie. Il n'est cité ici que pour ses discussions
avec Nauenburg sur l'organisation de l'appareil
vocal, dont on peut voir les détails dans la
Gazette musicale de Leipsick (ann. 1831 et 1832).
Ces discussions déterminèrent Dzondy à publier
un ouvrage spécial sur les fonctions du voile du
palais dans la respiration, la parole, le chant, etc.;
cet ouvrage a paru sous le titre suivant : Die
Functionem des weichen Gaumens beim
Athmen, Sprechen, Singen, Schlingen, Er-
brechen, etc. (Halle, Schwetschke, 1831, in-4 u
de 74 pages et onze planches ).
E
EA.GER (Jean), né à Norwich, en 1782,
eut pour père un ancien militaire qui avait em-
brassé la profession de luthier et de constructeur
d'orgues. L'éducation d'Eager fut fort négligée :
quelques notions de musique furent tout ce que
son père lui enseigna. Lorsqu'il eut atteint l'âge
de douze ans, le duc de Dorset le prit sous sa
protection et l'emmena dans sa maison à Kent.
Il y jouissait d'un sort agréable, lorsqu'il eut
le malheur de perdre subitement son protecteur,
qu'une maladie aiguë enleva en peu de jours. Il
sentit bientôt la nécessité, d'user de ses talents
pour assurer son existence. A dix-huit ans il
épousa une jeune personne de Yarmouth, qui
lui appora en dot une somme considérable, qu'il
dissipa en peu d'années. Vers 1820 il a ouvert
une école de musique basée sur la méthode de
Logier. Cet artiste a composé et publié un con-
certo pour le piano et une collection de chan-
sons. Il jouait de presque tous les instruments
et en donnait des leçons.
EASTCOTT (Richard), ecclésiastique et
littérateur anglais, né à Exeter, vers 1740, a vécu
quelque temps à Londres, où il fut lié avec les
principaux artistes et amateurs de musique; puis
il retourna à Exeter pour y remplir les fonctions
de doyen. On a de lui un livre qui a pour titre :
Sketches ofthe origin, progress and effecis
of music, with an account of the ancient
Lards and minstrels ( Esquisse de l'origine ,
des progrès et des effets de la musique, avec
une notice sur les anciens bardes ot ménestrels);
Bath, 1793, in-8°. Cet ouvrage n'est qu'une com-
pilation des histoires de la musique de Burney,
de Hawkins, et du livre de Walker sur les
bardes et les ménestrels de l'Irlande ; mais cette
compilation est faite avec goût, et renferme des
faits intéressants. Le livre est divisé en treize
chapitres suivis de quatre chapitres de supplé-
ment. Eastcolt a publié aussi un recueil de
morceaux choisis sous le titre de The Harmomj
of the Muses, six sonates pour le piano, dont il
a été fait deux éditions qui ont paru à Lon-
dres , et des Essais poétiques, en deux feuilles
in-8°.
EBDON (Thomas), professeur de musique
à Durham, vers la (in du siècle dernier, a publié,
en 1780, un œuvre de deux sonates pour le
1
clavecin, un recueil de Glees, et, en 1790, une
collection de musique sacrée intitulée Sacred
Music, containing complète services for ca-
thedrals.
EllELIXG (Jean-Georges), directeur de
musique à Berlin vers le mileu du dix-septième
siècle, a mis en musique les cantiques allemands
de Paul Gérard pour 4 voix, 2 violons et basse
continue. Cet ouvrage est intitulé : Geistliche
Andachlen in 120 Liedern, mit 4 Singstimmen,
1 violïnen und den Generalbassen; Berlin ,
1666, in-fol. Postérieurement Ebeling est devenu
professeur de musique du collège Carolinum
à Nuremberg : il occupait encore cette position
en 1683. Les cantiques de Paul Gérard , pour
tous les dimanches de l'année, ont été réimprimés
avec le chant et la basse seulement de la mu-
sique d'Ebeling, en format portatif. La troi-
sième édition de ce recueil a été publiée, avec
une préface de Conrard Feuerlein, prédicateur
de l'église ISotre-Dame, à Nuremberg, sous ce
titre •. Pauli Gerhardi Geistliche Andachlen
bestchend in 120 Liedern^ Aufalle Sonntage,
und gewisse Zeiten ira Jahr gerichtet. Vor
diesem mit sechs Stimmen in-folio gedrucket,
und mit zwei Stimmen , von J. G. Ebeling,
des Gymn. Carolini profess. Music^ Nurem-
berg, Chrisloff Riegel, 1682, 1 vol. in 8° d&
723 pages.
EBELING (Jean-Georges), né à Lune-
bourg, fut d'abord, en 1662, directeur de mu-
sique à l'église principale de Berlin et au collège
de Saint-Nicolas de la même ville. En 1668 il
passa à Stetlin en qualité de professeur de mu-
sique du - collège Saint-Charles, et il mourut
dans ce poste, en 1676. On a de lui un livre in-
titulé Archxologix orphicx sive antiquitates
musicx; Stettin, 1657, in-4°. Il n'a poussé ses
recherches sur cette matière que jusqu'à l'an du
monde 3920. Cet ouvrage, d'ailleurs , selon Fa-
bricius (Bibl. Grœc. lib. 3, c. 10), ne contient
que des choses insignifiantes. Les autres pro-
ductions d'Ebeling sont : 1° Un concert pour
plusieurs instruments ; Berlin, 1662, in-fol. —
2" Cantiques spirituels à quatre voix, deux
violons et basse continue; Berlin, 1666, et la
suiteen 1667, in-fol. Euelingadonnéaussileméme
ouvrage arrangé pour une voix avec accompa-
03
104
EBELING — EBELL
gnementde clavecin: Stettin, 16G9, in-8°. Pierre
Stamm a fait imprimer un éloge d'Ebeling, sous
ce titre : Programma funèbre in obitum J.
G. Ebelingii; Stettin, 1676, in-4°.
EBELUMG (Christomie-Daniei,) , savant
littérateur et musicien instruit, naquit au vil-
lage de Garmissen , près de Hildesheim, en 1741,
et devint en 1784 professeur d'histoire et de
langue grecque au collège de Saint-Jean, à Ham-
bourg. Le docteur Burney, qui le vit dans celte
ville en 1772, vante son amabilité et son obli-
geance. Il était alors l'un des directeurs de l'a-
cadémie de commerce établie à Hambourg. Sa
bibliothèque musicale étaif nombreuse et renfer-
mait les meilleurs ouvrages sur la pratique, la
théorie et l'histoire de cet art. On a de lui les
ouvrages suivants : 1° Versuch einer auserle-
senen musikalischen Biblioihek (Essai d'une
bibliothèque musicale choisie); Hambourg, 1770.
— 2° Une traduction allemande du voyage mu-
sical de Burney en France et en Italie, sous le
titre de Tagebuch einer musikalischen Reise
durch Frankreich und Italien, etc.; Hambourg,
1772, in-8°. Les voyages en Allemagne et dans
•es Pays-Bas ont été traduits par Bode (voij. ce
nom). — 3° Ueber die Oper (Sur l'Opéra),
dans le journal intitulé Magasin de Hanovre,
de 1767. — 4° Geschichle der Oper ( Histoire
de l'Opéra), ibid. — 5° Une traduction âe'l'Es-
sai sur l'union de la poésie et de la musique
par le chevalier de Chastellux, dans les Entretiens
de Hambourg, tome VIII. Hitler a rendu compte
de cette traduction dans ses Notices musicales,
(Musik. Nachriclilen, tome IV.
EBELL (Henri-Charles), amateur de mu-
sique, compositeur, et conseiller du gouverne-
ment prussien, a Oppeln,esf né* âNeu-Buppin,
le 30 décembre 1775. Ayant été placé dès son
enfance au gymnase de cette ville, il y apprit la
musique en même temps que les éléments de la
littérature. Ses heureuses dispositions pour cet
art lui firent faire de rapides progrès; il s'essaya
»le bonne heure dans la composition, et écrivit
avant d'avoir atteint sa dix-neuvième année une
symphonie remarquable par la pureté de son
style. En 1795 il quitta le gymnase de INeu Bup-
pin, et se rendit à l'université de Halle. Tiirk,
(pli habitait celte ville, prit le jeune Ebell sons
sa direction, et lui fit achever ses études de com-
position et d'harmonie dans les partitions de
Jean-Sébastien Bach, de Hœndel et de Mozart.
Il lui faisait lire en môme temps les traités di-
dactiques de Kirnberger et de Marpurg.
En 1797, Ebell partit pour Berlin, où il passa
son examen de référendaire. Là, il se lia avec
le maître de chapelle Bticliardf, et prit quelque
chose de son style, dont il est rjsté des traces
dans tout ce qu'il a écrit depuis lors. Dans l'an-
née suivante il écrivit son premier opéra, intitulé
L'Ange gardien(ï)er Schiitzgeist). Cet ouvrage
fut suivi de Selico et Berisa,opéra en quatre actes,
poëme de Kinderling, du Déserteur, opéra en
deux actes.de Melida, opéra, de V Immortalité ,
oratorio dédié à la reine de Prusse. Ebell écrivit
aussi dans le même temps une symphonie en mi
bémol, deux concertos pour cor, dédiés à l'em-
pereur de Bussie, des Consolations musicales,
pour le piano, des suites de pièces pour des ins-
trumens à vent, en 14 cahiers, des chansons avec
accompagnement de piano, une symphonie en
ut, et le monologue de Thekla, pour voix seule
et piano, tiré de La mort de Wallenslein, de
Schiller. Les succès obtenus par ces premiers ou-
vrages décidèrent Ebell à suivre la carrière d'ar-
tiste. Tuscheck, premier directeur de musique
du théâtre de Breslau, ayant quitté cette place
en 1801, Ebell l'obtint, à la recommandation de
Beichardt. Avant de s'éloigner de Berlin, il avait
envoyé à Breslau la partition d'un nouvel opéra
intitulé .Der Brxutigamspiegel (le Miroir du
fiancé). Son engagement, moyennant 400 écus
de Prusse, fut signé au mois de juin 1801, et il
prit possession de sa place le 28 septembre de la
même année, par la première représentation de
son opéra. Depuis 1801 jusqu'en 1803 Ehell
composa plusieurs mélanges tirés d'un poème
de Kinderling, les cantates funèbres de Heide-
mann, In Fête de l'amour (Das Feslder Liebe),
opéra , la musique de la tragédie de Lanassa
(en mai 1802), une cantate pour un jour de
naissance, un chœur, trois quatuors pour des
instruments à Vent, une musique pour les funé-
railles de la cantatrice Distel, les Dons du génie,
(Die Gaben des Genius), opéra dont le livret,
trop faible, causa la chute, le Retour, cantate]
îles romances et des chansons avec accompagne-
ment de piano ; enfin une cantate exécutée au
bénéfice de son auteur, le 20 octobre 1802.
Streit ayant quitté la direction du théâtre en
1802, Ebell donna sa démission, et demanda à
entrer au service du gouvernement ; au printemps
de 1804 il fut nommé secrétaire au département
de la guerre et des domaines. Quoiqu'il eût
quitté la profession d'artiste, il conserva un vif
amour pour l'art. Dans la même année, il conçut
le plan d'une société pour les progrès de la mu-
sique; elle fut installée le 30 août 1804, sous |«
nom de société philomatique. Parmi ses mem-
bres on comptait Ebell, le maître de chapelle
Scbnabel, l'organiste Berner, et le directeur de
musique Foersler. Ebell écrivit pour celte société
des dissertations intitulées : 1° Remarques sur
EBELL — EBERHARD
105
la terminologie adoptée par l'abbé Vogler
dans son traité d'harmonie et de basse géné-
rale, d'après les principes de V école de Mann-
heim ; 2° Que peut faire le gouvernement en
faveur des progrès de la musique, et quels
seraient les moyens les plus efficaces pour
atteindre à ce but? 3° Remarques sur l'O-
péra de Breslau. La Société philomatique,
<lont l'existence était due à Ebell, ne se soutint
pas, et fut dissoute en 1806, après les événements
de la guerre de Prusse.
Depuis que Ebell avait quitté 1e théâtre, sa
position était pénible, car il n'avait aucun re-
venu et il ne recevait pas d'appointements du
gouvernement. Enlin, il fut attaché au commis-
sariat de l'armée de la haute Silésie. Son zèle fut
remarqué par le ministre comte de Hoym, qui le
lit son secrétaire particulier, au mois d'avril
1806, et qui lui lit obtenir, en 1807, la place de
secrélaire de la régence de Breslau, avec un trai-
tement de 300 thalers. Il est mort dans cette
ville, le 12 mars 1824.
Les ouvrages qu'Ebell a publiés depuis 1807
lui assurent une place distinguée parmi les com-
positeurs allemands du dix-neuvième siècle. En
1807 il a fait représenter à Breslau la Fête
d'Eichtale, opéra en trois actes, qui fut joué en-
suite avec succès à Dresde, en 1812. Le Garde
de nuit ( Der Nachwaechter ) est un petit ou-
vrage plein de verve comique, qui fut aussi
bien accueilli à Cassel et à Leipsick. Un de ses
meilleurs ouvrages est son Anacréon en Ionie,
opéra en trois actes, qui fut joué à Breslau, en 1810.
On a aussi de lui cinq symphonies ( en ré mi-
neur, la majeur, mi \>,si majeur, et ré mineur) ;
trois quatuors pour violons, alto et basse, op. 2,
Leipsick , Breitkopf et Ha?rtel; un idem, ibid.;
des variations pour le piano sur un thème de
Himmel ; des cantates ; une polonaise pour vio-
lon, avec accompagnement d'orchestre ; des chan-
sons à plusieurs voix, etc. Dans l'hiver ds 18i2,
Ebell fut attaché à la rédaction de la Gazette
musicale de Leipsick; il publia plusieurs ana-
lyses de compositions dans ce journal. On a aussi
plusieurs morceaux de critique musicale qu'il a
fait insérer dans divers journaux, particulière-
ment dans ceux de la Silésie.
Un compositeur du même nom, directeur de
musique à Magdebourg, y a fait représenter, en
1847, un opéra dont le sujet était les Flibustiers.
EBERHARD, surnommé de Frisange
( Eberhardus Frisengensis) , parce qu'il était
moine dans une abbaye de bénédictins située au
bourg de Frisange, dans le comté <le Luxem-
bourg, a écrit dans le onzième siècle deux
petits traités lelatifs à la musique, dont l'un a
pour titre : De Mensura ftslularum, et l'au-
tre : Régulée ad fundendas nolas ,id est orga-
nica tintinnabula. L'abbé Gerbert les a in-
sérés dans sa collection des écrivains ecclésias-
tiques sur la musique (t. 2, p. 279).
EBERHARD ( ), hautboïste au
deuxième bataillon de Hesse-Hanau, i Hanau, a
composé la musique d'un opéra allemand inti-
tulé La loi tartare, en 1780. Cet ouvrage a ob-
tenu quelque succès.
EBERHARD (Jean-Auguste ), professeur
ordinaire de philosophie à l'université de Halle,
depuis 1778,estnéà Halherstadt, le 3laoûl 1738.
Il a fait insérer dans la feuille hebdomadaire mu-
sicale de Berlin ( Berl. mus. Wochenblalt ), pu-
bliée par Reichardt (1805, p. 97 ), quelques idées
en réponse à une question sur les instruments
à vent (Fragmente einiger Gedanken zur
Beantwortung einer Frage ùber die Blas-
instrumente ). H est aussi l'auteur d'une
théorie des beaux-arts et des sciences ( Théo-
rie des schœnen Kunste und Wissenschaf-
ten), où l'on trouve une dissertation sur le mé-
lodrame. La troisième édition de ce livre a
paru à Halle, en 1790. Son ouvrage le plus im-
portant est son Manuel d'Esthétique ( Hand-
bucli der .Fsthetik ) ; Halle, 1803-1805, 4 parties
in-8°. La deuxième édition a été publiée dans
la même ville, en 1807, et la troisième, en 1814.
Kant avait réduit les impressions produites par
la musique à un jeu de pures sensations :
Eberhard fut un de ses adversaires à ce sujet. Le
premier entre les philosophes modernes, il traita
de la musique avec un développement scientifique
dans l'ouvrage qui vient d'être cité : le troisième
volume renferme un morceau étendu sur la théo-
rie du beau dans cet art (pages 66 à 123).
Son principe fondamental est que l'homme a
conscience d'une combinaison complète des élé-
ments de la musique dont il détermine les rap-
ports bons ou mauvais par un sentiment que
l'expérience développe. Suivant sa classification ,
ces éléments sont rangés dans cet ordre :
rhythme , mouvement, ton (qualité du son ),
mélodie et harmonie. Cette classification suffit
pour faire voir qu'Eberhard a plus appliqué ses
recherches à la manière dont les diverses par-
ties de l'art agissent sur les hommes dépourvus
de connaissances, qu'à la découverte du principe
absolu de l'art en lui-même, et à la conception
idéale que nous pouvons avoir de son unité.
Eberhard a vu, en effet, que les parties de la
musique qui agissent avec force sur les hommes
les moins initiés à cet art sont le rhythme et le
mouvement, puis la sonorité, puis enfin la mé-
lodie, et en dernier lieu l'harmonie ; mais ces
1CG
EBERIIARD — EBERL
considérations, bien que fondées en réalité, ne
peuvent conduire à une doctrine fondamentale
du beau, et n'ont de valeur dans la science que
comme des renseignements d'expérience , quel-
que soin qii'ait pris leur auteur de les rattacher
au sentiment général que nous avons de la beauté.
Une des meilleures idées d'Eberhard est d'avoir con-
sidéré l'histoire de la musique comme insépara-
ble de sa théorie esthétique. Ce professeur distin-
gué est mort à Halle, le 6 janvier 1809. Frédéric
Nicolaï a publié une notice étendue sur Eberhard
avec son portrait, sous ce titre : Gedachtniss-
schrift auf Joh. Aug. Eberard; Berlin et
Stettin, 1810, in-8°.
EBERHARD ( Viluelmine ) née Kœhler,
femme d'un procureur à Marbourg, a publié
dans le magasin des dames ( Frauen Zimmer
Mag. ), de 1783, une dissertation sur la mu-
sique.
EBERHARDT ( François- Joseph ) , cons-
tructeur d'orgues estimé, établi à Breslau, naquit
à Sprottau. Outre les réparations faites par lui
aux orgues de Breslau, il a construit : 1° L'orgue
du temple de Sprottau, en 1750, composé de 40
jeux, 3 claviers et pédale, avec quatre soufflets.
— 2° Celui des Franciscains de Breslau, en 1752,
composé de 15 jeux, 2 claviers et pédale. —
3° Celui des Franciscains à Neys, en 1754, de 18
jeux, 2 claviers, pédale, et 3 soufflets.
EBERHARDT (. . . ), organiste du châ-
teau à Schleitz, a donné en 1824 une bonne édi-
tion du livre choral d'Altembourg ; Altembourg,
in-4°.
EBERL ( Antoine ), habile pianiste et com-
positeur, naquit à Vienne en Autriche, le 13 juin
1765. Dès sa plus tendre enfance il annonça des
dispositions si heureuses pour la musique, qu'à
l'âge de huit ans il jouait des concertos de piano,
avec le plus grand succès. Cependant son père,
l'un des premiers officiers de la cour de l'empe-
reur, le destinait au barreau, et lui donna une
éducation soignée. Le jeune Eberl fit de rapides
progrès dans ses études, sans négliger néanmoins
celles qui avaient la musique pour objet. A l'âge de
seize ans, il composa la musique de deux opéras
comiques intitulés : les Bohémiens, et la Mar-
chande de modes, quoiqu'il n'eût point encore
appris les règles de l'harmonie. Gluck, ayant as-
sisté à la représentation d'un de ces ouvrages,
reconnut dans l'auteur" du génie, et engagea
sa famille à lui faire faire des études sérieuses,
afin de développer son talent naturel. Ce fut en
vain •. on le contraignit à suivre ses travaux
dans la jurisprudence et à se préparer à un exa-
men pour le doctorat. Vers ce temps il se lia d'a-
mitié avec Mozart, et cette circonstance fortifia '■
en lui le goût de la musique. Il se mit à étud ; er
avec assiduité le contrepoint et la théorie de l'art.
Sa première composition régulière fut le mélo-
drame de Pyrame et Thisbé , qu'on repré-
senta au théâtre impérial de Vienne, en 1796.
Dans la même année il accompagna la veuve de
Mozart et madame Lange dans un voyage où
elles visitèrent les principales villes de l'Alle-
magne, telles que Berlin, Hambourg, Leipsick,
et il donna des concerts où il fit entendre ses
compositions instrumentales. De retour à Vienne,
il y reçut un engagement comme maître de cha-
pelle à Pétersbourg, et partit bientôt après pour
cette ville. Il écrivit un opéra allégorique pour
le théâtre allemand, une cantate, des symphonies
pour les concerts de la cour, et beaucoup de
pièces détachées pour le piano. En 1801, il re-
vint à Vienne et y fit représenter un grand opéra
intitulé : Die Kœnigin der Sckwarzen Insein
( la Beine des îles noires). L'année suivante il
fit un deuxième voyage en Bussie, mais qui fut
de courte durée. Depuis lors il n'a cessé de
résider à Vienne, où il est mort le 11 mars 1807,
à l'âge de quarante et un ans. Voici la liste de
ses compositions : 1° Une sonate en ut mineur,
qui a été gravée à Vienne, et à Offenbach, sous le
nom de Mozart, op. 47, et que Pleyel a publiée
avec le titre de Dernière grande sonate de
Mozart. Artaria en a donné une édition , à
Vienne, en 1798, sous le nom de l'auteur véri-
table. — 2° Petite sonate pour le piano, à Vu-
sage des commençants, op. 2; Vienne. —
3° XII Variations sur le duo : bey Mxnnern ,
welche liebe fuehlen, gravées sous le nom de
Mozart à Vienne, en 1792. — 4° Six chansons
allemandes avec clavecin, première partie,
op. 4 ; Hambourg, 1796. — 5° XII Variations
pour le piano sur l'air : Zu Steffen sprach
im Traume, gravées sous le nom de Mozart,
à Hambourg, et rétablies depuis sous celui d'E-
berl, op. 5. — 6° Variations pour le piano sur
le thème : Freundin sanfter herzenstriebet,
op. 6 ; Vienne. — 7° Variations pour le piano,
op. 7; ibid. — 8° Deux Sonates à quatre
mains pour le piano; Pétersbourg, 1798. —
9° Trois Trios pour piano, violon et violon-
celle, op. 8; Pétersbourg. — 10° Variations sur
Vair : Escouto, Janelte, op. 9; ibid. — 11° Deux
grandes Sonates pour le piano, op. 10; ibid.,
1800: — 12° La gloria d'Imeneo, cantate à
grand orchestre; Vienne, Artaria, op. 11. —
13° Grande Sonate caractéristique pour le
piano, dédiée à Haydn, op. 12; Leipsick. —
14° Trois Quatuors pour deux violons, alto et
basse, op. 13, 1801. — 15° Grande Sonate pour
le piano avec violon obligé, op. 14 ; Leipsick-
EBERL — EBERLLN
107
— 16° Fantaisie el rondo pour te piano,
op. 1S ; Vienne. — 17° Grande Sonate pour le
piano, op. 16; ibid. — 18° Variations sur un
thème russe avec violoncelle obligé, op. 17 ;
ibid. — 19° Grand Quatuor pour piano, violon,
alto et basse, op. 18; ibid. — 20° Polonaise à
quatre mains pour le piano, op. 19 ; ibid. —
21° Grande Sonate avec violon obligé, op. 20,
ibid ; 1803. — 22° Grand Concerto pour piano
avec orchestre , op. 32. -» 23° Symphonie à
grand orchestre, op. 35. — 24° Grand Trio
pour piano, clarinette et violoncelle, op. 36.
— 26° Sérénade pour deux ténors et, deux
basses , avec clarinette, alto et violoncelle,
op. 37. — 27° Grand Concerto pour piano, op.
40. Ceux de ses ouvrages qui sont restés en ma-
nuscrit sont : 1° Les Bohémiens, opéra. —
2° La Marchande de modes; idem. — 3° La
Sorcière, id. — 4° Baudouin, comte de Flan-
dres , idem. — 5° La Reine des iles noires,
idem. — 6° Six concertos pour piano. — 7°
Trois symplionies à grand orchestre. — 8° Deux
sérénades. — 9° Un sextuor. — 10° Un quintetto.
— 11° Un quatuor. — 12° Concertos pour deux
pianos, œuvre 45.
EBERLE (Jean- Joseph) , virtuosesur la viole
d'amour et compositeur, naquit en Bohême, vers
1735. Il eut pour maître de musique Ganswind ,
artiste dont le talent sur la viole d'amour était
célèbre à cette époque. Eberle cultiva aussi la
poésie avec succès. Il mourut à Prague, au mois
d'août 1772. On ne connaît des compositions de
cet artiste qu'un recueil d'odes et de chansons
allemandes pour voix seule, avec accompagne-
ment de piano, publié à Leipsick , en 1765, chez
Breilkopf.
EBERLE (Jean-Ulric), excellent luthier de
la Bohême, demeurait à Prague en 1749, ainsi
que le prouve une viole d'amour que Dlabacz
vit en 1800, et qui porte intérieurement ces
mots : Joannes Ulricus Eberle me reparavit
Pragx anno 1749. Les violons de cet artiste
ne le cèdent pas aux meilleurs instruments de
Crémone; ils ont ordinairement pour inscri-
ption : Joannes Ulricus me fecit Pragx, sans
date.
EBERLIN (Daniel), excellent musicien,
naquit à Nuremberg, vers 1630. Doué de rares
facultés et de vastes connaissances, mais d'un
caractère inconstant, il changea souvent de pro-
fession, et sa vie fut celle d'un aventurier. Dans
sa jeunesse , il était capitaine dans les troupes
du Pape qui combattaient les Turcs en Morée.
De retour dans sa patrie, il y fut nommé biblio-
thécaire; mais il ne garda pas longtemps ce poste.
En 1673, il obtint la place de maître de chapelle
^ à Cassel, et la quitta ensuite pour aller à Eise-
nach occuper successivement celle de gouverneur
des pages, de maître de chapelle, de secrétaire
intime du Prince, d'inspecteur des monnaies et
de régent du Weterwald. De là il se rendit à
Hambourg, où il exerça pendant quelque temps
la profession de banquier, jusqu'à ce qu'il re-
tourna à Cassel, en 1678, où il mourut en 1685,
avec le grade de capitaine de la milice. Il fut
le beau-père de Telemann, qui le cite comme un
savant compositeur et un fort bon violoniste. Il
a publié des Trios de violon sous ce titre : Trium
variantiumfidium concordia, hoc est Moduli
musici, quos sonatas vocant, ternis partibus
conflati; Nuremberg, 1675, in-fol. Eberlin a cal-
culé qu'il y a deux mille manières de désaccorder
le violon.
EBERLIN (Jean), célèbre organiste et com-
positeur, naquit à Jettenbach, en Souabe, dans
la première partie du dix-huitième siècle , et
vraisemblablement dans les premières années.
La date de 1757 indiquée par Lipowsky, dans
son dictionnaire des musiciens bavarois, et par
Silwein, dans son lexique des artistes Salzbour-
geois (Salzbourg, 1821, in-8°, p. 36), date que
j'ai reproduite dans la première édition de celte
Biographie universelle des musiciens, est er-
ronée, car il exsite dans la bibliothèque impériale
devienne des ouvrages d'Eberlin écrits en 1730
et 1731. Il est bien extraordinaire que ce qui
concerne la vie d'un si grand musicien soit en-
tièrement ignoré. Walther et Mattheson, ses
contemporains , ne le mentionnent pas ; Gerber
nous apprend, dans son premier lexique, qu'il
naquit à Jettenbach et qu'il était porte-plat et
maître de chapelle de l'archevêque de Salzbourg,
vers 1757 : il n'ajoute rien à ces renseignements
dans le second lexique. Suivant le Dictionnaire
universel de musique de Schilling, Eberlin serait né
en 1716, et serait mort en 1776; s'il en est ainsi ,
ce compositeur n'était âgé que de quatorze ans
quand il écrivit ses premières compositions qui ont
été conservées. Au surplus, l'auteur de l'article
en quelques lignes qui se trouve dans l'ouvrage
de Schilling n'indique pas les sources où il a
puisé ces dates. Eberlin prend simplement le
titre d'organiste de la cour de l'archevêque de
Salzbourg au titre de son recueil de IXToccate e
fughe per l'organo, publié à Augsbourg, en 1747,
in-fol. obi. ( voy. Verzeichniss musical. Bûcher,
etc.de J.-G.-J. Breitkopf, Leipsick, 1761, p. 71.)
Parmi les compositions de ce maître, on remar-
que une suite de drames latins écrits pour être
représentés par les étudiants du couvent de
bénédictins à Salzbourg. On n'a pas retrouvé les
partitions de ces ouvrages; mais on en connaît
108
EBERLIN
les titres par les livrets, ainsi que les dates des
représentations. En voici la liste : 1° Ophele-
rima Faust o Polilissx connubio recreata, etc. ;
à l'occasion de l'installation du nouveau prince
archevêque, I er décembre 1745. — 2° Numitor
Albx regnator a nepotibus contra Amulii ly-
rannidem defensus, et avito solio restitutus ;
exécuté le 5 septembre 1746. — 3° Componi-
mento Sagro a 4 voci da cantare in corte nel
giorno delV Elezione del Arcivescovo Gia-
cobbe Erneslo de' conti di Lichtenstein; 1747.
Une autre exécution de cet ouvrage fut faite en
1754, pour la fête du jour de naissance de l'ar-
chevêque Sigismond Christophe, comte de Schrat-
tenbach — 4° Octavus Augustus in Perdu-
elles mitis, sui Victor gloriosus; représenté
par les étudiants, en 1747. — 5° Jugurtha a
Mario triomphatus; idem, le 6 septembre 174s.
— 6° Catilina ambitionis victima ; idem, le
3 septembre 1749. — 7° Richardus impius ,
Anglix rex, ab Henrico Richmondix comité
vita simul, et regno excitus; idem, 4 sep-
tembre 1750. — 8° Randrusia Justix U'bs
insignis eximia virlutepii Herois Nicolai Eb-
bonix liberata ( ce titre renferme un chrono-
grame); idem, 3 septembre 1751. — 9° Lucas
Notarascum Jîliis perfidi Mahometi victima;
idem, 3 septembre 1753. — 10° Abdalasius
Maurorum in Hispania rex ; idem, 2 et 4 sep-
tembre 1754.— 11° Demetrius Moscovix solio
restitutus ; idem , 3 et 5 septembre 1755. —
12° La Passion de N. S. Jésus-Christ (en al-
lemand), d'après Métastase; dans l'année 1755.
— 13° Augustinus Tzucamidonus fidei in
Christum et principem victima ; idem, 1er et
3 septembre 1756. — 14° Crispus, Constan-
tini Magni filius; idem, 31 août et 2 septembre
1757. — 15° Sethos, Mgypti rex; idem, 30 août
et 1er septembre 1758. — 16° Ozama, inlndiis
rex; le 29 et le 31 août. — 17° Sedecias, roi
de Judée , etc. ; représenté en 1755. — 18° Le
Crucifiement de Jésus (pour l'Église). — 19° La
Résurrection de Jésus (idem, en allemand). —
20° Nachmetkirgus, Chersonesi Tauricx rex,
cum filiis prodilus. Ces trois derniers ouvrages
ne portent point de date. La bibliothèque impé-
riale de Vienne possède en manuscrit : 1° In-
troiius pro Missa votiva B. M. V. in adventu
(Rorate cœlï), à 5 voix et orgue ; 1769. — 2° Of-
fertorium pro tempore adventus (Canite in
Sion), à 4 voix et orgue; 1770. — 3° Impro-
peria, seu Responsoria ad adorationem
S. Crucis in die Parasceves cantari solita, à
4 voix et orgue ; 1771.-4° Sequentia pro festo
Pentecostes (Veni, Sancte Spiritus) , pour 2
chœurs et orgue; 173t. —5° Quatuor Respon-
soria pro festo SS. Corporis Christi, a 4 voix
et orgue; 1773. — 6° Sequentia in festum
S. Benedicli (Lxta quies magni ducis), pour
deux chœurs et orgue; 1730. — 7° IX Res-
ponsoria pro feria V. in Cœna Domini, in I,
II et III nocturno , à 4 voix et orgue. —
8° IX Responsoria pro feria VI (Parasceve),
in I , II et III noct., à 4 voix et orgue. —
9° IX Responsoria in Sabbato sancto, in I,
II et III noct., à 4 voix et orgue. — 10° Gra-
duale (Christus factus est), à 4 voix et orgue.
— 11° Offertorium (Dextera Domini), à 4
voix et orgue. — 12° Domine, ad adjuvan-
dum me festina, à 5 voix. — 13° Sabbato in
quadragesima ad completorium (Hymnes et
motets à 4 et 5 voix avec orgue). — 14° Sab-
bato sancto ad completorium (Nunc dimittis
servum tuum), à 4 voix et orgue. — 15° Hym-
nus (Vexilla régis prodeunt),k 4 voix. —
16° Pro Dominica II Adventus (Deus, tucon-
vertens), à 4 voix avec instruments. — 17° Pro
Dominica Quinquagesima ( Benedictus es,
Domine), idem. — 18° Pro Dominica III Ad-
ventus (Benedixisti, Domine), idem. — 19° Pro
Dominica XI post Pentec. (Exaltabo te, Do-
mine), idem. La Société des amis de la musique
de l'empire d'Autriche possède : — 20° Messe
à 4 voix , 1 violons, alto, basse, 2 trompettes
etorgue; partition manuscrite (en ut). — 21° Cum
Sancto Spiritu (en u(), fugue pour 2 chœurs et
2 orchestres, chacun de 4 voix, 2 violons, alto,
basse pour l'orgue, 2 trompettes et timbales. —
22° Dans la collection d'Aloys Fuchs, à Vienne,
se trouvait le manuscrit original de Litanies
(en re')à 4 voix et instruments, du même maître.
La bibliothèque royale de Berlin possède du
même : — 23° Offertoire (Misericordias) à 4
voix et orchestre. — 24° Miserere, idem. Un
catalogue manuscrit d'œuvres de divers maîtres,
qui s'est trouvé dans les papiers de Mozart et
qui a appartenu à Tobie Haslinger, de Vienne,
indique sous le nom d'Eberlin : — 25° Messe cano-
nique à 4 voix et oi gue , n° 1 . — 26° Idem , n° 2.
— 27° Idem, n° 3. — 28° Hymne (Pater noster) ;
à 4 voix. — 29° Antienne (Tenebrx factx sunl),
à 4 voix et orgue. — 30° Graduel pour le di-
manche des Rameaux (Tenuisti) , à 4 voix sans
orgue. — 31° Offertoire (Improperiam), idem.
— 32° Communion (Pater, si potes), idem. —
33° Les motets : (in nomine Domini, Christus
factus est , et Domine Jesu, idem. — 34° Fu-
gue (Kyrie), idem. — 35° Fugue ( cum Sancto
Spiritu), idem. — 36° Fugue (cum Sancto
Spiritu, n° 2), idem. — 37° Miserere sur le
plain-chant, à 4 voix et instruments. Enfin
Ios frères Schott, de Mayence, ont publié dans
EBERLIN — EBERS
109
la 5"" livraison de leur collection de musique
religieuse avec orchestre : — 38° Motet (qui
confidunl in Domino) , à 3 voix et instruments.
— 39° idem (Sicut Mater consolât ur ) ,
idem. — 40° idem (Jérusalem qux edifi-
catur) , idem, démenti a inséré les neuf toc-
cates et fugues pour l'orgue d'Eberlin dans sa
collection de musique d'orgue et de clavecin ;
Naegeli en a donné une autre édition à Zurich, et
elles ont été aussi reproduites avec des préludes
du même pour orgue dans le deuxième volume
du Muséum fur Orgelspieler, Prague (sans
date), in-4° obi. Le style de ces morceaux est à
la fois noble, grandiose et riche en effets et mo-
dulations imprévues.
EBERS (Charles-Frédéric), compositeur de
la chambre du prince de Meklembourg-Schwe-
rin, naquit à Cassel, dans la Hesse, le 25 mars
1 770. Son père, qui était professeur de langue
anglaise, et non inspecteur des mines, comme
il a été dit dans la prem : cre édition de cette
biographie, d'après Gerber, le conduisit à Beilin
dans sa jeunesse, et le fit entrer dans l'artillerie ;
mais, passionné pour la musique, Ebers aban-
donna l'étude des mathématiques pour se vouer
à cet art. 11 s'engagea d'abord comme maître de
musique dans une troupe de comédiens ambu-
lants, et en remplit les fonctions pendant plu-
sieurs années, étudiant son art dans les parti-
tions des grands maîtres, dont il faisait exécuter
les ouvrages. Enfin, en 1797, il prit possession
de la place mentionnée ci-dessus; il se maria à
Schwerin, puis divorça, perdit son emploi, et
reprit sa vie nomade avec les compagnies de
comédiens. Tour à tour directeur de musique
aux théâtres de Pesth et de Dude, il se brouilla
avec les directions de ces théâtres, quitta ses
places, et s'attacha en 1814 au service de Joseph,
qu'il seconda pour la direction de l'orchestre de
sa troupe d'opéra. Après que cette société eut été
dissoute , Ebers se rendit à Magdebourg pour y
remplir des fonctions semblables; mais les mau-
vaises affaires de la direction ayant fait fermer
le théâtre, il alla à Leipsick, où il eut une exis-
tence misérable. En 1822 il s'éloigna de cette
ville pour aller à Berlin, où sa position ne fut
pas meilleure et où il mourut, le 7 septembre
1836. Depuis 179G il a écrit les ouvrages dont
les titres suivent : 1° Bella et Fernando,
opéra, 1796. — 2° U H ermite de Formentera,
idem. — 3° Die Blumeninsel (l'Ile Fleurie),
idem, gravé en partition pour le piano; Bruns-
wick, 1797. — 4° Der Liebescompass (la Bous-
sole de l'amour) ; idem. — 5° XII Chansons avec
accompagnement de piano; Hambourg, 1796.—
6° Deux trios pour piano et flûte, op. 4; Berlin,
Hummel. — 7° Six rondeaux pour le piano,
op. 5; Brunswick, 1796. — 8° Douze petites
pièces à quatre mains, op. 6; ibid., 1796. —
9° Six thèmes variés pour le piano. — 10° Va-
riations sur la chanson populaire : Heil dir in
Siegerkranz pour le piano; ibid. — 11° Trois
sonates pour le piano; Neu-Strelitz, 1798. —
12° Douze chansons allemandes avec accompa-
gnement de piano ; Berlin, 1799. — 13° Sym-
phonie à grand orchestre, liv. 1 ; ibid., 1799. —
14° Douze écossaises et douze walses pour le
piano; Leipsick. — 15° Six marches pour deux
clarinettes, deux hautbois, deux cors et deux
bassons, op. 18 ; ibid. — 16° Douze écossaises,
six walses, etc., pour le piano , op , 19 ; ibid. —
17° Douze écossaises et douze walses à grand
orchestre, op. 17; Leipsick. — 18° Douze pe-
tites pièces pour deux cors de bassette, deux
cors et deux bassons; Amsterdam, Hummel. —
19° Variations pour le violon sur l'air de la
pipe de tabac ; ibid. — 20° Neuf variations pour
le piano avec deux clarinettes, deux cors, et
deux bassons obligés; Offenbach , André. —
21° Ouverture pour piano; Leipsick. — 22° Des
solos, des duos et des airs variés pour la flûte.
— 23° Trois grandes sonates pour le piano, avec
flûte, op. 30. — 24° idem, op. 31. — 25° Une
très-grande quantité de danses, de polonaises, et
de walses pour le piano.
EBERS (Jean), libraire à Londres et ancien
directeur del'Opéra-Italien de cette ville, est né
en Angleterre, de parents allemands, vers 1785.
L'Opéra-Italien (King's Théâtre) ayant été fermé
en 1820, par suite du dérangement des affaires
de l'entrepreneur, M. Ebers fut engagé à en
prendre la direction par quelques lords avec qui
il était en relation, quoiqu'il n'entendît rien à
la musique. 11 se laissa séduire parles promesses
de protection qui lui furent données, et il se
chargea de cette lourde entreprise en 1821. Il
confia la direction de la musique à M. Ayrton,
et pendant sept années ce fut lui qui administra
la partie matérielle et contentieuse, à ses ris-
queset périls. Garcia, M me Camporesi, M me Pasta,
Rossini, Galli, furent appelés à Londres par lui,
et les dépenses furent si considérables, pour
donner de l'éclat à son entreprise, qu'après la
septième année, sa fortune fut complètement
anéantie. Il a publié une histoire de l'Opéra-Ita-
lien pendant sa direction , sous ce titre : Seven
years of the King's Théâtre ( Sept années du
Théâtre royal), Londres , Harrison-Ainsworlh ,
1828, 1 vol. in-8° de trois cent quatre-vingt-
quinze pages , orné des portraits de Mesdames
Pasta, Camporesi, Ronzi de Begnis, Caradori-
Allan, et Brambilla. Cet ouvrage, imprimé avec
110
EBERS — EBERWEIN
lu\e, renferme des notices intéressantes sur l'o-
péra italien de Londres.
EBERS (Jean-Jacques-Henri), né à Breslau,
dans les premières années du dix -neuvième
siècle, fut un des fondateurs de la société de
cliant d'église de cette ville. Il s'est fait connaître
par une brochure intitulée : Spohr und Halevy
und die neueste Kirchen und Opernmusik
(Spohr etHalévy, ou la nouvelle musique d'église
et d'opéra). Breslau, Jos, Max et Cie, 1837,
petit in-8° de xn et quatre-vingt-six pages.
L'auteur de cet écrit analysera Passionde Spohr
et la Juive d'Halévy ; il tire de ses observations
des conclusions qui ne sont pas favorables à la
musique moderne.
EBERT (Jean), compositeur et ténor à la
cour d'Eisenach, naquit à Naundorff, dans la Mis-
nie, le 27 septembre 1693, fut élevé à l'école de
la Croix à Dresde , où il resta douze ans , finit
ses études en 1 7 1 8, à l'université de Leipsick, pas-
sa en t720 à Weissenfels en qualité de chantre ,
et se fixa enfin, en 1726, à Eisenach. Il n'a fait
imprimer de sa composition que Six sonates
pour la flûte avec clavecin , 1729.
EBERWEIN (Traucott-Maximilien), na-
quit le 27 octobre 1775, à Weimar, où son père
était musicien de la ville. Ses progrès dans l'étude
de la musique furent si rapides, qu'à l'âge de
sept ans il était déjà employé comme violoniste
dans la chapelle du prince. Son père, qui fut son
instituteur, lui enseigna à jouer de tons les ins-
truments alors en usage. Eberwein fit aussi , fort
jeune, quelques essais de composition dans des
airs de danse et de ballet. En 1791 , il obtint de
son père la permission d'aller à Francfort pour
étudier la théorie de la musique sous la direction
de Kunze, et quelque temps après Schick, de
Mayence , lui donna des leçons de violon. S'étant
fait entendre avec succès à Hambourg, en 1796,
il lut engagé par le prince de Schwartzbourg-
Rudolsladt comme mucisien de sa chapelle. Quel-
ques désagréments qu'il ava't essuyés à Weimar,
par la jalousie des autres artistes , le détermi-
nèrent à accepter cette place en 1797. Ayant ob-
tenu un congé du prince en 1803, Eberwein
commença son premier voyage, et , prenant
sa route par la Franconie, la Bavière et le
Tyrol, il se rendit en Italie. A Rome il écrivit
ses premiers quatuors de violon. Arrivé à Na-
ples, il recommença ses études d'harmonie, sons
la direction de Fenaroli. De retour à Rudolstadt
dans l'automne de 1804, il reprit ses fonctions à
la cour. En 1809 on le chargea de la direction
de la chapelle de cette ville; mais il n'eut sa no-
mination définitive de mucisien de la chambre
qu'en 1810, et celle de maître de chapelle du
prince ne lui fut accordée qu'au mois de sep-
tembre 1817. Dans l'intervalle, il avait fait quel-
ques petits voyages en Allemagne, particulière-
ment à Berlin , où il se lia avec Himmel et Zel-
ter. En 1817 il retourna à Vienne, où il avait
connu précédemment Beethoven etSalieri; de là
il alla en Hongrie, en Bohême, etc.; et enfin il
retourna à Rudolstadt, où il passa le reste de sa
vie. Il est mort en cette ville, le 2 décembre
1831.
Eberwein était plein d'enthousiasme pour son
art, et l'activité de son esprit le portait incessam-
ment à faire des efforts pour en développer les
progrès et pour améliorer la condition des artis-
tes. C'est ainsi qu'on le vit prendre une part con-
sidérable dans l'institution des fêtes musicales
de l'Allemagne, et qu'il fonda à Rudolstadt une
caisse pour les veuves et les orphelins des mem-
bres de la chapelle. Ses vues étaient élevées, phi-
losophiques; il s'occupait de plusieurs sciences;
de politique, de médecine, et la bienveillance de
son caractère lui faisait rechercher avec avidité
tout ce qui pouvait contribuer à l'amélioration
de l'humanité.
Comme compositeur, il s'est fait plus remar-
quer par sa fécondité que par l'originalité de ses
productions. La liste de ses ouvrages est fort
étendue. On y remarque : 1° Cantate de la Pen-
tecôte (1821). — 2° Hymne pour la Trinité, op.
81 (1823). — 3° Te Deum en ut majeur, op.
86(1824). — 4° idem, en ré majeur. — 5° Messe
solennelle en la bémol majeur, op. 87. Cet ou-
vrage était considéré par Eberwein comme une
de ses meilleures productions. — 6° Cantate
pour la fôte de la moisson , op. 89. — 7° Cantate
pour la fête de la réformalion, op. 90. — 8° Les
psaumes 1 er , 67 e , 9 e et 100 H , sur le texte alle-
mand de Wette. — 9° Pedro et Elvira , opéra
(en 1805). — 10° Claudine de Villabella, idem
(1815). — 11° La Foire annuelle de Plauders-
weiler, id. (1818). — 12" Jérusalem délivrée,
id. (1819). — 13° Ferdusi , id. (1821). - 14° Le
Réseau d'or, id. (1827). — 15» Le Tournoi
(Schlachtturnier); vaudeville (Singspiele), 1809.
— 16° La Prêteuse, id., op. 95 (1826)— 17°. La
Lune, idem. — ts° Le Nid de Cigognes, id.
(1827).— 19° Le Chêne creux, id. (1829). —
20° Grande ouverture caractéristique de Mac-
beth, op. 105(1828). — 21° Une très-grande quan-
tité d'entr'acles pourdes drames, comédies ou tra-
gédies. — 22° Symphonie concertante pour haut-
bois , cor et basson , op. 47 ; Leipsick , Breitkopf
et Hœrlel. — 23° Trois Quatuors pour 2 violons,
alto et basse, op. 1 ; ibid. — 24° Variations en
sol, pour la flûte, op. 2 ; ibid. —25° 1 er Con-
certo pour la flûte, op 5'i; ibid. 2<>° Quatuors
EBERWEIN — EBI1ARDT
III
pour la flûte, œuvres 71, 74 et 79 ; Leipsick ,
Hofmeister. — 27° Concerto pour la clarinette,
op. 56; Leipsick, Breitkopf et Haertel. —
28° Concertino idem, op. 61; Bonn, Simrock.
— 29° Airs variés, polonaises et fantaisies pour le
même instrument, op. 63, 64, 65; Leipsick,
Mayenceet Bonn. — 30° Canons et chants à plu-
sieurs voix (plusieurs recueils); Leipsick , Breit-
kopf et Haertel. — 31° Chansons à voix seule,
avec accompagnement de piano, op. 13, 18,53,
91, 94.
Eberwein a eu deux fils ; le plus jeune ( Louis
Eberwein) est musicien de la cour à Budol-
sladt.
EBERWEIN (Charles), deuxième frère
de Traugott Maximilien, a été directeur de mu-
sique à Weimar, où il est né, en 1784. Comme
son frère, il apprit la musique sous la direction
de son père , el il fit ses études littéraires et
soientiliques au gymnase de sa ville natale. Plus
lard il reçut des leçons d'harmonie et de com-
position de son frère aîné. La nature lui avait
donné plus d'originalité dans les idées que celui-
ci n'en avait reçu ; Charles Eberwein développa
ces dons heureux par les méditations de son es-
prit sérieux. Toutefois, malgré celte qualité na-
turelle d'invenlion qu'on remarquait en lui dans
ses premiers ouvrages, son admiration pour les
œuvres de Mozart lui a fait imiter le style de ce
grand maître dans quelques-unes de ses produc-
tions. On connaît de Charles Eberwein : 1° Die
Heerschau ( l'Inspection de l'armée ) , opéra.
— 2° Grafvon Glcichen (Le comte de Glei-
chen), idem. — 3° Léonorede Holtée, idem. —
4° Le Fils du riche, ouïe Manteau rouge, idem ,
représenté à Weimar, en 1845. — 5° Le mar-
chand d'Orviétan, idem. — 6° Ouverture et
musique mélodramatique pour le Faust de
Gœthe. Ces ouvrages ont été joués avec succès
à Weimar. — 7° Des entr'actes pour plusieurs
drames, et l'ouverture pour le monodrame de
Gœthe, Proserpine. — 8° Cantique du diman-
che à 4 voix, avec accompagnement d'instruments
à vent et d'orgue, sur des paroles de Niemeyer. —
9° L'adoration, cantate de Keehler, pour 4 voix,
solos, chœur et orchestre, Bonn, Simrock. — 10°
Cantate pour le Jubilé de cinquante ans des prince
et princesse de Weimar et d'Eisenach, à 4 voix
et orchestre; Weimar, Wentzel. — 11° Le Jour
de mort du Sauveur, cantate à 4 voix, avec
accompagnement d'instruments à vent et orgue,
op. 17; Leipsick, Hofmeister. — 12° Élévation
vers Dieu, à 4 voix et orgue, op. 20 ; ibid. —
1 3° Le Jeune Homme à Naïn, oratorio, exécuté
à F.rfurt, en 1835. — 14° Concert d'amateurs pour
violon et orchestre, op. 15; ibid.— 15° Quatuor
brillant pour violon, op. 4 ; Leipsick, Brci'kopf
et Haertel. — lo° Trois œuvres de duos pour
deux violons; Leipsick, Breitkopf, Hofmeister. —
17° Concerto pour la flûte (en mi bémol), ibid.
— Quelques recueils de chants pour une et plu-
sieurs voix; Leipsick, Hambourg et Berlin.
M">e Eberwein, cantatrice qui a eu longtemps
de la réputation au théâtre pour les premiers
rôles, tels que ceux de Donna Anna dans Don
Juan, et de Léonore dans Fidelio, fut attachée
à l'Opéra de Weimar jusqu'en 1837.
EBERWEIN ( Maximilien-Charles ), de
la famille des précédents, est né à Weimar. Il
s'est fait connaître comme pianiste, dès 1831,
à Weimar, puis à Leipsick, Dresde, Berlin et
Paris. On a de lui quelques compositions légères
pour son instrument.
EBHARDT ( Gottuilf-Frédéric ), orga-
niste et maître d'école à Greitz, est né à Hohen-
stein, en 1771 , dans la principauté de Scheen-
bourg. Son premier instituteur pour le chant,
l'orgue et la composition, fut un musicien habile
nommé Tag; mais il se perfectionna dans la
suite par la lecture des ouvrages de Kirnberger,
de Wolf et de Marpurg. Il était âgé de vingt-
deux ans lorsqu'il fut appelé à Greitz, pour y
remplir les places dont il a été parlé ci-dessus.
11 a beaucoup écrit; mais on n'a imprimé de ses
compositions qu'une suite de Préludes pour
l'orgue; Leipsick, Ureitkopf. Ses autres ouvrages
sont : 1° Trois Chorals variés pour V orgue. —
2° Cantate funèbre avec orchestre. — 3°
Messe à 4 voix. — 4° Chant funèbre à 2 voir
sur la mort du prince Henri XL de Schœn-
bourg. — 5° Deux Cantates. — 6° Musique
pour la fête de V Ascension. — 7° Cantates
de louanges et d'actions de grâces à 4 et. 8
voix. — 8° Motet à 4 voix avec accompagne-
ment d'instruments à vent. — 9° Concerto
d'orgue pour un jeu de flûte, et plusieurs
suites de préludes. Vers 1807, Ebhardt a été
nommé organiste de ville et de cour à Schleitz,
petite ville de la principauté de Beuss-Sclilutz.
Son ouvrage le plus considérable est un traité
général de musique en forme de dialogue entre
un maître et un élève, qui a été publié sous ce titre :
Schule der Tonsetzkunst in systematischen
Form mit deutlichen Definilionen , und den
Hauptartikeln beigefûgten katechetischen
Unterredungen zwischen Lehrerund Schiller ;
Leipsick, Cnoblocb, 1824, in-8°, avec 50 plan-
ches. H a aussi publié un traité de théorie trans-
cendante de la musique sous ce titre : Die hoe-
hern Lerhzweige der Tonkunst ( les haute,
branches de la science de la musique ) ; Leipsick,
1830, in-8°, avec un livre d'exemples notés, in-fol.
112
EBRHARDT — ECOLES
obi. Cet ouvrage est la suile du précédent. On
connaît enfin de lui : Grilndlicher Anleitung
zur Erfindung harmonisch-melodischer Cho-
ralzwischen spiele ( Introduction fondamentale
à l'art d'improviser des versets harmonieux et
mélodieux pour les chorals, etc. ); Neustadt-sur-
l'Oder, Wayner, 1828, in 8°. Il a fait insérer
dans le n° 16 (année 1833 ) de la Gazette gé-
nérale de musique de Leipsick une réponse à des
questions proposées dans le n° 46 ( ann. 1832 )
du même journal, sur l'emploi des accords de
sixte et de seconde dans l'harmonie.
Ebhardt a un fils qui s'est fait connaître par
des danses pour le piano lesquelles ont paru à
Leipsick.
EBIO ( Matthieu ), chantre et maître d'é-
cole à Husum , dans le duché de Holstein , na-
quit dans le même endroit, en 1591. Après avoir
terminé ses études à l'université de Jéua, il
obtint la place dont il vient d'être parlé. Il est
mort à Husum, à l'âge de quatre-vingt-six ans,
le 20 décembre 1676. Ce musicien est auteur d'un
livre élémentaire intitulé : Isagoge musœa, das
ist : Kurzer, jedoch grûndlicher Unterricht,
voie ein Knabe in kurzer Zeil, mit geringer
Mùhe musicam lernen kœnne (Instruction
courte, mais complète, avec laquelle un jeune
élève peut apprendre la musique sans peine et en
peu de temps, etc.) ; Hambourg, 1651, 8 feuil-
les in-8°. Ebio se montre dans cet ouvrage
grand partisan de la méthode de l'hexacorde, at-
tribuéeàGui d'Arezzo, et antagoniste de la ré-
lorme de l'échelle musicale. On a aussi de lui
une collection de motets sous ce titre : Prodro-
mus cantionum ecclesiasticarum, mit 2 Stim-
\nen concertsweise und dem Basso-conlinuo;
Hambourg, 1651, in-4°.
EBNER ( Wolfgang ), organiste de l'em-
pereur Ferdinand III, vers 1655, était né à
Augsbourg. Il écrivit une instruction latine sur la
basse continue, qui ne fut point imprimée, et
que Jean André Herbst a traduite en allemand.
La traduction est resiée aussi en manuscrit. ( Voy.
Herbst, Arie pratica etpoetica, p. 43. )
ËCCARD ( Jean ), né à Mulhausen en Thu-
ringe, vers 1545, eut pour maître de composition
le fameux Roland de Lassus. En 1583 il fut
nommé vice-maître de chapelle de Georges-Fré-
déric, margrave de Brandebourg et duc de Prusse,
à Kœnigsberg, et fut adjoint à Théodore Riccius,
maître de chapelle titulaire, auquel il succéda
en 1599. En 1608 il suivit la cour à Berlin. Sou
portrait a été gravé avec une inscription à sa
louange, en six vers latins de Georges Frœlich,
professeur de musique. Il s'est fait connaître par.
Li publication des ouvrages suivants : 1° XX
Cantiones sacrx Helmoldi quinque et plur.
vocum; Mulhausen, 1574. — 2° A'euwe ieutS'J-he
Lieder mit 4 und 5 Stimmen gantz licblick
su singea, und auff allerleij musikalischen
Instrumentai zu gebrauchen ( Nouvelles Chan-
sons allemandes à 4 et 5 voix, etc. ) ; Mulhausen,
1578, in-4°. — 3° Crepundia sacra Helmoldi ,
Mulhausen, 1596, in-4 J . La deuxième édition de
celle collection a paru à Erfurt, en 1608, in-8°.
— 4° Zwey- Theile 5 Slimmige geislliche Lieder
avf den Choral gerkhiet ( Deux livres de
chants religieux à 5 voix sur des chorals, etc. ) ;
Kœnigsberg, 1597, 5 volumes in-4°. On chante
encore à Mulhausen les cantiques d'E< card, au
commencement et à la fin du service.
ECCLES ( Salomon), violoniste et compo-
siteur anglais, vécut vers la tin du dix-septième
siècle. Il était estimé pour son talent; mais sé-
duit par la doctrine des quakers, il entra dans
cette secte, brûla tous ses instruments, et publia,
en 1C97, un Dialogue sur la vanité de la mu-
sique, devenu d'une rareté excessive. 11 est au-
teur de principes de l'ait déjouer du violon, qui
ont été insérés dans l'ouvrage intitulé : The di-
vision violin, imprimé à Londres, en 1693.
Eccles se mit à faire publiquement des prédi-
cations , et se fit enfermer plusieurs fois. Il
s'enfuit, dit-on, en Irlande, d'où il paraît qu'il
tut déporté dans la Nouvelle-Angleterre. 11 finit
par se faire athée. On ignore l'époque de sa mort.
ECCLES (Jean), fils de Salomon, naquit à
Londres. Son père lui enseigna la musique.
Eccles a composé plusieurs airs détachés, qui
ont été insérés dans les collections de son temps,
des airs de danse et des entr'acles pour plusieurs
tragédies ou drames. Parmi ses compositions, on
cite particulièrement Rinaldo e Armida, et le
Jugement de Paris. Ce fut aussi lui qui le pre-
mier mit en musiqne l'Ode de Congrève pour le
jour de Sainte-Cécile. Outre les airs d'Eccles pu-
bliés dans diverses collections, et notamment dans
celle qui a pour titre : The pitls to purge me-
lancoly ( Pilules pour chasser la mélancolie ) ,
on a aussi imprimé à Londres : New Musick
for opening of the théâtre, elc, etc. ( Nou-
velle musique pour l'ouverture du théâtre) . Vers
1698, Eccles fut nommé maître de l'orchestre
de la reine, place devenue vacante par la mort
de Slaggins. Il passa la dernière partie de sa vie
à Kingston, dans Surry.
ECCLES (Henry), frère du précédent, fut
un violoniste d'une force peu ordinaire pour son
temps. Mécontent de ce que son talent n'était
pas récompensé dans sa patrie, comme il devait
l'être, il se rendit à Paris, et y fut admis dans la
musique du roi. Eccles a composé douze solos
ECCLKS — ECKELT
113
jiour le violon, qui ont été publiés à Paris, en
1720. Cet ouvrage a paru en deux livres. Eccles
imite dans sa composition le style de Corelli.
ÉCHIO.Y, musicien grec, qui vivait à Rome
du temps de Juvénal, était un fameux joueur de
cithare. Il paraît qu'il partageait avec les joueurs
de flûte Glapliire et Ambrosius les faveurs de
beaucoup de dames romaines, car Juvénal en
parle en ces vers :
Accipis uxoreni, de qua ritharxdus Ecliion,
Aul Glaplîyrus ûat pater, Ambrosltisque clinraules.
(Sat. VI, v. 76. )
« Tu te maries; les pères de tes enfants se-
« ront ou le citliarède Ecliion, ou les joueurs de
« flûte Glapliyre et Ambrosius. »
Laborde a fait sur ces vers une singulière mé-
prise : il a cru que choraules signifie employés
dans les chœurs, tandis que le sens est joueurs
de flûte.
ECK ( Jean-Frédéric ), né à Mannbeim, en
17ii6, passe pour avoir été un des violonistes les
plus distingués de l'Allemagne. Son père, né en
Bohème, et qui était premier cor au service de
l'électeur Palatin, mit le jeune Eck sous la di-
rection de Chrétien Danner, pour apprendre à
jouer du violon. Il acquit sous cet habile maître
un beau son, une intonation juste et beaucoup
de légèreté. En 1778 il suivit l'orchestre de la
cour à Munich ; le maître de chapelle Winter lui
donna des leçons de composition. Nommé direc-
teur des concerts de la cour, en 1788 , il ne tarda
pas à prendre aussi la direction du théâtre na-
tional. En 1801 il se maria pour la seconde fois,
demanda sa retraite, et l'obtint. Ce fut vers cette
époque qu'il fit un voyage en France et qu'il
visita Paris. Il a publié six concertos de violon
qui ont été gravés à Offenbach et à Paris, et
une symphonie concertante pour deux violons,
publiée à Leipsick , chez Breitkopf.
ECK (François), frère du précédent, et
comme lui violoniste fort habile, naquit à Man-
heim, en 1774, et reçut des leçons de son frère.
Admis dans la chapelle de l'électeur de Bavière,
il paraissait devoir finir ses jours à Munich;
mais une aventure galante qu'il eut avec une
dame de haute naissance, et qui eut de l'éclat,
l'obligea' à quitter cette ville, en 1S01. Sa situa-
tion était d'autant plus fâcheuse en cette cir-
constance, qu'un vol venait de le priver de
tout ce qu'il possédait. Il se rendit d'abord à
Riga, puis à Pétersbourg, où il se livra à un
travail constant et bien dirigé pour augmenter
son talent. L'empereur Alexandre , l'ayant en-
tendu, fut si satisfait de son jeu, qu'il le nomma
directeur et violon solo des concerls de la cour ;
BIOCR. UNIV. DES MUSICIENS. — T. III.
mais bientôt Eck tomba dans un bigotisme exces-
sif, et les remords dont il fut tourmenté, au sou-
venir des erreurs de sa jeunesse, troublèrent sa
raison. L'empereur de Russie le renvoya à son
frère, sous escorte, et celui-ci le plaça dans une
maison de santé à Strasbourg. Il y mourut, en
1804. Je possède en manuscrit un concerto de
violon de cet artiste.
ECKARD ( Jean-Godefroi ) naquit à Augs-
bourg, en t734. Issu de parents pauvres, il ne
put se procurer de maître pour apprendre la
musique, quoiqu'il se sentît un goût passionne
pour cet art. Il se mit donc à étudier seul
sur un mauvais clavecin qu'il s'était procuré, el
par une persévérance sans bornes et l'étude du
Clavecin tempéré de Bach, il parvint à un
haut degré de force sur le piano. Son ami,
Georges-André Stein , célèbre facteur d'orgues,
l'engagea à l'accompagner à Paris, en 1758; les
succès qu'il y obtint le décidèrent à s'y fixer.
Vers le même temps, il se livra à l'étude de la
miniature, et il acquit assez d'habileté en ce
genre pour assurer son existence. Ayant le dé-
sir de perfectionner son talent pour le clavecin,
il peignait le jour pour vivre, et étudiait la mu-
sique la nuit. C'est par ce moyen qu'il a obtenu
la réputation d'un des plus habiles clavecinistes
de son temps. Il est mort à Paris, vers la fin
du mois d'août 1809, âgé de soixante-quinze ans.
On a gravé de lui : 1° 6 sonates pour le piano ;
Paris, 1765. Elles ont été publiées aussi à Londres
et à Leipsick, avec un titre italien. — 2° Deux
sonates de clavecin , œuvre 2 e . — 3" Le Menuet
d'Exaudet , varié pour le clavecin ; Paiis, chez
l'auteur.
ECKEL (Mathias), compositeur allemand,
vécut dans la première moitié du seizième siècle.
11 a mis en musique un recueil de chansons en
diverses langues, qui a paru en plusieurs suites,
depuis 1530 jusqu'en 1540, in-8°obl. On trouve
ce recueil dans la bibliothèque publique deZvvic-
kau. Il y a des ouvrages de ce musicien dans
les recueils très-rares dont voici les titres : 1° A'o-
vum et insigne Opus musicum scx, quinque et
quatuor vocum , cujus inGermania hactenus
nihil simileunquam est editum, etc. Noriber-
gee, Hier. Graphxi, 1537, pelit in-4° obi. —
2° Selectx Harmonise quatuor vocum de Pas-
sione Domini ; Viiiebergx , apud Georg.
Rhauum , 1538. — 3° Sacrorum Hymnorum
liber primus centum et triginta Hymnos con-
tinens, etc.; Vittebergx , apud Georg. Iihau.,
1542, petit in-4.° obi. — 4° Jlicinia gallica, la-
tina et germanica, et quxdam fugx, lomi duo ;
ibid., 1545, petit in-4° obi.
ECKELT (Jean-Valentin), ne" à Wnnings-
8
114
ECKELT — ECKERT
liausen, près d'Erfurt, vers 1G90, fit ses études
h l'école de Gotha, et y apprit la musique. Lors-
qu'il crut avoir acquis assez de connaisanccs dans
son ait , il entreprit de voyager pour se faire con-
naître. Il ne tarda pas à être nommé organiste
à Wernigerode, en Prusse. La manière distin-
guée dont il remplit ses fonctions lui procura l'a-
vantage d'être appelé en qualité d'organiste à
l'église de la Trinité à Sondershausen , place qu'il
occupa jusqu'à sa mort, arrivée en 1734. Ce mu-
sicien a laissé en manuscrit plusieurs recueils
de pièces et de préludes pour l'orgue, une Pas-
sion à grand orchestre, et une collection de can-
tiques. Mais c'est surtout comme écrivain didac-
tique qu'il s'est rendu recommandable, par la
composition des ouvrages suivants : 1° Expéri-
menta musicx geometrica ; Erfurt, 1715. r—
2° Instruction pour former une fugue , 1722,
— 3° Abrégé de ce qu'il est nécessaire à un
musicien de savoir, in-4°. — 4° Enfin un ou-
vrage dont il s'est occupé dans les dernières an-
nées de sa vie, et dont il y avait déjà beaucoup
de cahiers achevés en 1724, mais qui s'est égaré
depuis la mort de l'auteur. C'était plutôt un com-
mentaire mathémalico-musico- mystique sur la
lîible entière qu'un trailé de musique. La biblio-
thèque musicale d'Eckelt, qui pouvait passer pour
complète de son temps , contenait tous les ou-
v rages de Werkmeister, de Prinz , de Matlheson
et d'autres , publiés jusqu'alors. Les noies qu'il
avait ajoutées à la plupart de ses livres prouvaient
l'étendue de son instruction.
ECKERSBERG (Jean-Guillaume), organiste
et habile violoniste , naquit à Dresde , le 20 août
1762. Nommé organiste de l'église Sainte-Sophie
de celte ville, en 1 783, à l'âge de vingt et un ans,
il le fut ensuite de l'église de la garnison. Plus
tard il fut appelé comme organiste à l'église de
N'eustadt; il est mort dans ce lieu, le 21 août
1821. Eckersberg s'est fait connaître comme com-
positeur par la cantate de Schiller intitulée la
cloche , qu'il a écrite à grand orchestre, en 1804.
On a aussi de lui un air varié pour le piano,
Dresde, Hilscher ; des polonaises, des danses
pour le piano, et des chansons allemandes avec
accompagnement.
ECKERSBERG (Edouard), fils du précé-
dent et son élève, est né à Neustadt-Dresde, en
1797. Il a succédé à son père comme organiste.
Cet artiste n'a publié jusqu'à ce jour que des
danses pour le piano.
■ ECKERT (Charles-Antoine-Florian), vio-
loniste, pianiste et compositeur, est né à Pots-
ilam, le 7 décembre 1820. Son père, Polonais de
naissance , servit sous le prince Poniatowski ,
dans les guerres de l'empire français , et entra
au service de la Prusse après la bataille de Leip-
sick. Il était en garnison à Potsdam, résidence
du roi de Prusse, lorsque Charles Eckert naquit.
Peu de temps après il fut envoyé à Berlin et im-
pliqué dans un procès politique, à la suite duquel
il fut placé dans un poste de douaniers, avec le
titre de brigadier, à la frontière du royaume. Il
fut tué dans une rencontre avec des contreban-
diers. Dénuée de toute ressource après la mort
de son mari, la mère de Charles Eckert se vit
obligée de retourner en Pologne, et d'abandon-
ner, dans sa détresse , son enfant, à peine âgé de
deux ans. Touchés de compassion, les anciens
camarades du père recueillirent son enfant or-
phelin, qui vécut ainsi dans une caserne pendant
sa première enfance. 11 n'avait pas encore ac-
compli sa troisième année quand M me de Fœrs-
ter, femme d'un littérateur distingué, et connue
par son talent pour la musique, l'adopta, et ,
remarquant ses heureuses dispositions pour cet
art, lui fit donner une éducation toute musicale.
Ses premiers maîtres furent Grenlach et Reclien-
berg. Plus tard il trouva une protectrice non
i moins dévouée dans la célèbre cantatrice Hen-
! riette Sontag (M m e de Rossi). Devenu élève de
I Zelteren 1830, et plus tard deRungenhagen, il fit
I de rapides progrès sous ces maîtres, particuliè-
rement dans la science de l'harmonie, et composa
des psaumes et d'autres morceaux de musique
d'église. Encouragé par le suffrage de Sponlini , il
s'essaya aussi dans le style dramatique, et donna
à l'âge de dix-sept ans Catherine de Nurem-
berg, et en 1840 le Charlatan, tous deux au
théâtre de Kœnigstadt. Lorsque Mendelssohn re-
tourna à Berlin, avec le projet de s'y fixer, Eckerl
devint son élève , et écrivit son oratorio de Ju-
dith, qui fut exécuté à l'Académie royale de
chant, en 1841. Dans l'année suivante il obtint
une pension du roi de Prusse pour voyager en Ita-
lie, et séjourna à Milan, Venise, Florence, Rome
et Naples. De retour dans sa patrie, après deux
ans d'absence, il écrivit la partition de son
opéra Guillaume d'Orange, dont la représen-
tation eut lieu le 12 novembre 1840, avec un
brillant succès. Les événements politiques qui
agitèrent l'Allemagne en 1848 décidèrent Eckert
à voyager en Hollande et dans la Belgique. Ar-
rivé à La Haye, il y fit représenter Guillaume
d'Orange, traduit en français, et l'ouvrage y
fut chaleureusement applaudi. A cette occasion
le roi lui accorda la décoration de la couronne de
Chêne. Eckert donna à la môme époque plusieurs
concerts en Hollande et en Belgique, puis il se
rendit à Paris. L'espoir qu'il avait conçu d'é-
crire pour les théâtres de cette capitale, et de se
créer une renommée, ne se réalisa pas plus pour
ECKERT — EDGECUMBE
115
lui que pour beaucoup déjeunes artistes. Fatigué
d'une vaine attente, et poussé par la nécessité ,
il se vit contraint d'accepter, en 1851, une place
d'accompagnateur au Théâtre-Italien : l'année
suivante il y fut chargé de la direction de l'or-
chestre. En 1853, ayant perdu l'espoir de se faire
une réputation de compositeur à Paris, il s'éloi-
gna de cette ville, et se rendit à Vienne, cù la
place de chef d'orchestre du Théâtre-Italien lui
fut conliée. Il a conservé cette position jusqu'en
1800. Mais alors une opposition qui s'était formée
contre lui l'a obligé de s'éloigner de la capitale
de l'Autriche. Outre les ouvrages de sa composi-
tion cités précédemment, on connaît aussi de lui
une symphonie à grand orchestre, exécutée à
Berlin, en 1836, une ouverturede fête, écrite pour
Munich en 1841 , un trio pour piano, violon et
violoncelle, op. 18; Leipsick, Breitkopf et User-
tel, des recueils de Lieder, op. 12, 13, 15, et
quelques autres compositions légères.
ECKHARD (Charles-Frédéric), chance-
lier delà régencedeDonaueschingen, dans le grand-
duché de Bade, s'est fait connaître , vers la fin
du siècle dernier, par les ouvrages suivants :
1° Trois Sonates pour le piano, op. 1 ; Offen-
bach , 1798. — 2° Variations pour le piano sur
l'air : Freut euch des Lebens , op. 2; ibid. —
3° Mélanges pour le piano et le chant ; ibid.,
1801. — 4° Six Sonates faciles ; Dresde.
EDEL (Georges), musicien de la cour de
Vienne en ISOO, a publié : 1° Huit Variations
sur un thème allemand; Vienne, 1798. —
2° Huit Airs allemands pour le clavecin, op. 5. —
3° Trois Duos pour deux violons, op. 6. — 4° Sé-
rénade pour violon, violoncelle et guitare, op. 7 ;
Vienne. — 5° Idem pour violon, alto et guitare;
Hambourg
EDELE (...), violoniste et compositeur, né
à Stuttgard, dans les premièresannées du dix-neu-
vième siècle, s'est fixé à Zurich, en 1833, et y a
été pendant plusieurs années l'Ame du monde
musical. En 1838 il y a fait représenter Rùbe-
zahl , opéra de sa composition.
EDELMANN (Jean-Frédéric), né à Stras-
bourg, le 6 mai 1749, fut un pianiste distingué.
En 1782 il donna à l'Opéra l'acte du feu,
dans le ballet des Éléments , et Ariane dans
l'île de Naxos, qui obtinrent du succès. A l'au-
rore de la révolution, Edelmann en embrassa
les principes avec fureur, et après avoir envoyé
à l'échafaud un grand nombre de victimes, et
notamment le baron de Dietricb, son bienfaiteur,
il y périt lui-même, avec son frère, en 1794. Ses
compositions, qui sont toutes pour le piano,
consistent en Trois Concertos, neuf œuvres de
sonates avec violon obligé, et des caprices, gra-
, vésàOffenbach, Worms, Mannheimet Paris. On
j connaît aussi de ce musicien des quatuors pour
1 clavçcin, op. 15, Amsterdam; et une scène ly-
rique intitulée la Bergère des Alpes, pour so-
prano et basse, gravée à Paris en partition. Il
; y a du talent dans tous ces ouvrages, et l'on ne
| peut douter qu'Edelmann ne se fût fait une bril-
I lante réputation si la révolution ne l'eût détourné
de sa carrière.
EDER (Philippe), pianiste à Vienne, au
commencement de ce siècle, a publié pour son
instrument les ouvrages suivants : 1° Variations
ires- faciles pour le clavecin, op. 1 ; Vienne,
1803. — 2° Idem, op. 2. — 3° Sonates très-
faciles pour le clavecin avec violon, op. 3. —
4° Rondo très-facile pour le clavecin, op. 4.
— 5° Valses pour le clavecin, op. 5. — 6° Al-
lemandes pour le clavecin, op. 6. Ce musi-
cien disparut du monde musical actif vers 1807.
Sa fille, pianiste distinguée, née à Vienne, a reçu
des leçons de Charles Czerny , et s'est fait connaître
par sondaient dès 1829. Après avoir donné pen-
. dant plusieurs années des concerts dans les villes
| principales de l'Allemagne, elle s'est fixée àCassei,
en 1843.
EDER (Charles-Gaspard), violoncelliste,
né en Bavière, en 1751, apprit la composition
sous la direction de Lang et de Kœlher, et fut
appelé, jeune encore, à la cour de l'électeur de
Trêves, où il obtint la place de premier violon-
celliste de la musique particulière. Il a parcouru
depuis ce temps les principales villes de l'Alle-
magne, et s'est fait entendre partout avec succès.
Il a composé pour le violoncelle vingt solos, trois
duos, deux trios et quatorze concertos; mais il
n'a fait graver que deux symphonies à grand
orchestre, et deux quintettes.
EDLEN DE MOSEL (J.F.). Voyez
MOSEL.
EDGECUMBE (Le Comte MOUNT-),
amateur de musique, d'une haute naissance, né
à Londres, vers 1752, mort en 1828, a publié
un livre intitulé : Musical réminiscence of an.
old amateur, chiefly respecting the italian
Opéra in England, for fifty years,from 1773
to 1823 (Réminiscences musicales d'un vieil
amateur, principalement en ce qui concerne l'O-
péra- Italien en Angleterre, pendant cinquante
ans, depuis 1773 jusqu'en 1823, seconde édition,
continuée jusqu'à ce jour); Londres, W. Clarke,
1827, in-8°. Dans ce résumé de ses souvenirs,
le comte Mount-Edgecumbe laisse partout percer
ses regrets sur la décadence de la musique et
particulièrement de l'art du chant. Ses héros en
ce genre sont Pacchierotti, Marchesi et la Banti ,
qu'il considère comme fort supérieurs à tous les
116
EDGECUMBE — EFFTERDINGEN
chanteurs de l'époque actuelle. Son livre est rem-
pli de curieuses anecdotes sur ces artistes et sur
Mme» Billmgton, Grassini et Catalani. Bien que
le titre de l'ouvrage du comte Edgecumbe indi-
que une deuxième édition, il n'y en a point eu
d'autre que celle-là; mais l'ouvrage était im-
primé depuis plusieurs années avant qu'il parût,
et quelques exemplaires seulement avaient été
donnés par l'auteur à ses amis. On y a fait
ensuite quelques additions, et dans cet état
le livre a été mis en vente, avec un nouveau
frontispice. Il y a des exemplaires qui ont la date
de 1S28, et qui sont indiqués comme une troi-
sième édition.
EDLIXG (Jean), virtuose sur la clarinette,
né à Falker, près d'Eisenach, entra fort jeune
dans la musique du duc de Saxe-Weimar. Son
jeu était d'une perfeclion peu commune, et il
promettait à l'Allemagne un artiste du premier
ordre, lorsqu'il mourut, en 1786, à l'âge de vingt-
deux ans. Il a laissé en manuscrit beaucoup de
concertos pour son instrument, et quelques sym-
phonies pour l'orchestre. Il a aussi composé la
musique d'un mélodrame intitulé Eljride : elle
a été gravée pour le piano, à Berlin, en 1790.
EDLIXG ER (Thomas), célèbre luthier, né
en Bohême, vivait à Prague en 1715. Baron,
dans ses Recherches sur le luth, lui accorde beau-
coup d'éloges pour la bonté de ses instruments.
Les luths de Thomas Edlinger soutiennent en
effet la comparaison avec les anciens instruments
vie Gaspard deSalo, qui furent longtemps consi-
dérés comme les meilleurs.
EDLIXGER (Joseph-Joachim) , fds du pré-
cédent, fut aussi excellent fabricant de luths.
Après avoir fait son apprentissage chez son père,
il fit un voyage en Italie pour se perfectionner
dans son art. Il y vécut quelques années, et vi-
sita Crémone, Rome, Naples, Bologne, Ferrare
et Venise, puis retourna dans sa patrie. Il est
mort à Prague, le 30 mai 1748. Ses instiuments
sont recherchés.
EEKMAXS (LiviMjs), constructeur d'or-
gues hollandais, vivait dans la première moitié
du dix-septième siècle, et paraît être mort en
IG45. 11 est auteur du grand orgue d'Alkmar,
achevé en 1639. Cet orgue est composé de
cinquante-six jeux : l'harmonie en est excel-
lente.
EFFREM (Mutio ou Muzio), maître de
chapelle du duc de Mantoue en 1622, avait élé
précédemment, pendant vingt-deux ans, au ser-
vice de Gesualdo, prince de Venouse, connu par
ses madrigaux, ainsi qu'il nous l'apprend par
une lettre placée au commencement d'un ou-
vrage dont il sera parlé tont-à-1'heure. Il était né
à Bari, dans le royaume de Naples, vers le milieu
du seizième siècle ; car on trouve une villanelle
à trois voix de sa composition (Perche non m'a-
mi, dvita?) dans le recueil publié par De Antique
sous ce titre : Villanelle alla napolitana a
tre voci da diversi autori di Bari, libri I, II
( in Venezia, app. li figli d'Ant. Gardano,
1574, in-8° ). Un ouvrage de ce musicien, dont
la rareté est excessive et qui a été inconnu à
tous les bibliographes, fournit les renseignements
qu'on vient de lire sur la position de Muzio Ef-
frem. Cet ouvrage est intitulé : Censure di
Mutio Effrem sopra il sesto libro de Madri-
gali di M. Marco da Gagliano , maestro di
cappella delta cattedrale di Fiorenza, sans
date et sans nom de lieu ni d'imprimeur; mais au
verso du dernier feuillet on lit : 1622, ihjanua-
rii,pro impressione, Augustinus Dulcius se-
cratarius, 58 pages in-fol. non chiffrées. Au pre-
mier feuillet l'on trouve une épître de Marco de
Gagliano au lecteur de son sixième livre de ma-
drigaux, dans laquelle il se plaint des attaques
sourdes d'Effrem contre ses ouvrages, disant que
son critique n'ose rendre publiques ses censures.
Cette épître est suivie d'une réponse assez dure,
dans laquelle Effrem annonce au maître de cha-
pelle de la cathédrale de Florence qu'il va le sa-
tisfaire et démontrer son ignorance au public.
Après cette lettre il réimprime en partition tous
les madrigaux du sixième livre de Marco de Ga-
gliano, et les accompagne de notes sévères dans
lesquelles il analyse toutes les fautes de tonalité,
de rhythme et d'harmonie qui s'y trouvent. Il
s'y montre musicien beaucoup plus habile que
son adversaire. Effrem publie aussi dans ce vo-
lume un de ses madrigaux à cinq voix, très-su-
périeur à ceux de Marco. Il dit, dans sa lettre, qu'un
grand nombre de ses ouvrages, consistant en mo-
tets et messes, se trouvent chez le grand-dur. de
Toscane, en manuscrit.
EFFREM (Alexandre), de la même fa-
mille, né à Bari, dans la seconde moitié du sei-
zième siècle , fut aussi compositeur de madri-
gaux et de chansons à la napolitaine. Quel-
ques villanelles à trois voix se trouvent sous son
nom dans la collection d'Anliquis.
EFFTERDIXGEN ou AFTERDIX-
GEX ( Henri d' ), maître chanteur (trouvère al-
lemand ), vécut au commencement du treizième
siècle. Il fut d'abord attaché à la cour de Léopold
d'Autriche, qu'il quitta pour se rendre à celle
du landgrave Herrmann de Thuringe. Plus tard
il obtint le titre de bourgeois d'Eisenach Eff-
lerdingen est le compilateur de VHeldenbuch
(le Livre des héros), où les plus anciennes chan-
sons allemandes sont recueillies.
EGARD — ÉGIDE
11?
EGARD ( I'aul ), prédicateur à Norttorp ,
dans le Holstein, naquit à Kellingliausen, dans
la même province, vers 1598. Il a publié une
dissertation sur le cornet d'or qui fut trouvé en
Danemark dans le seizième siècle, sous ce titre :
Schriftmxssige Gedanken ûber das Golden-
horn ; Lnnebourg, 1644.
EGENDACKER ( Jean-Chkistophe ), fac-
teur d'orgues , né dans le Palatinat, vers la fin
du dix-septième siècle, a construit, en 1706, l'or-
gue de la cathédrale de Salzbonrg , à trois cla-
viers et quarante-quatre registres. Son (ils,Roch
Egenilacker, l'a augmenté de plusieurs registres
en 1782.
EGENDACKER (Roch), fils du précé-
dent, facteur d'orgues, né à Passau, a construit
en 1735 le petit orgue, à douze registres, du cou-
vent de San-Salvador en Bavière , et en 1754
celui du couvent de Benedict Eaiern, à trente-
cinq registres,
EGENOLF ( Chrétien ), imprimeur-libraire
à Francfort-sur-le-Mein, naquit vers 1485, à Ha-
damar, petite ville du duché de Nassau. Ce fut
lui qui introduisit l'imprimerie à Francfort, en
1513. Par une singularité bien remarquable,
cette ville, si voisine de Mayence , n'a pas connu
l'art typographique avant cette date. Egenolf nous
apprend, dans l'épître dédii atoire d'un ouvrage
dont il sera parlé tout à ITeure, qu'il passa sa
jeunesse à Strasbourg. Ce fut sans doute dans
cette ville, où se trouvaient les imprimeries de
Scliœffer et de Prys, qu'il eut connaissance de
l'art, encore nouveau, d'imprimer les livres. Il
se distingua dans sa profession, et eut la gloire
d'avoir fait graver en bois les premières figures
pour des ouvrages d'bistoire naturelle. Egenolf
était musicien. On lui doit la publication d'un re-
cueil d'odes d'Horace et d'autres poésies d'Ovide
mises en musique, à quatre voix ; ce recueil a
pour titre : Melodix in Odas Horatii et qux-
dam alia carminum gênera. Earumdem ar-
gumenta , genus, ac ratio, etc. Ce titre ne se
trouve qu'au frontispice de la partie de ténor;
à ceux du discantus et du bassus, il y a sim-
plement : Odanim Horatii concentus, et à
Valtus on lit: Carminum Horatii. Au bas du
dernier feuillet on trouve : Franco for dise, apud
Christianum Egenolphum. Mense januario
1532 ; petit in-8°, dont les feuillets ne sont pas
chiffrés. Au frontispice de la partie de ténor
on voit la figure gravée en bois d'un homme
qui joue de la basse de viole. La publication
d'Egenolf a précédé de sept années celle des
Harmonise poeticv de Hofhaimer, et de vingt-
trois ans les odes d'Horace mises en musique par
Goudimel (voyez ce nom et Hofhaimer). Ce re-
cueil est si rare, que je ne l'ai trouvé dan» au-
cune grande bibliothèque de l'Europe, qu'aucun
catalogue ne le mentionne, et qu'il a été inconnu
à tous les bibliographes. Mon exemplaire a appar-
tenu à l'abbé Mercier de Saint-Léger, qui y a joint
une note ; puis il est passé en la possession de
Roquefort. La musique du recueil d'Egenolf
n'est qu'un simple contrepoint de note contre
note; mais elle a de l'intérêt, parce que tous les
chants de la partie de ténor sont, de tonte évi-
dence, des airs populaires de l'époque, et parce
que l'auteur de ce contrepoint a rhylhmé toutes
les voix d'après le mètre de la poésie latine.
EGGERS ( Nicolas), né à Lunebourg, étudia
à Jena vers 1684, et fut ensuite pasteur à Brème
et prédicateur du ministre de Suède résidant
dans cette ville. Il vivait encore en 1713. On a
de lui deux dissertations curieuses sur les clo-
ches ; elles sont intitulées : 1° Dissertatio philo-
logico-historica Campanarum nom en et ori-
ginem complectens : Jena ; 1084, 7 feuilles in-4°.
— 2° Dissertatio de Campanarum maleria et
forma; ibid., 1685, in-4°.
ÉGIDE (Jean), en latin Mgidius Zamo-
rensis , fut moine de l'ordre des Frères mineurs
de Saint-François, au treizième siècle, et naquit
à Zarnora, dans l'ancien royaume de Léon, en
Espagne. Il était docteur et lecteur de théologie
dans le couvent de cette ville. On a de lui un
petit traité de musique intitulé Ars musica,
publié par l'abbé Gerbert, dans sa Collection des
écrivains ecclésiastiques sur la musique ( t. II,
fol. 369-393 ), d'après un manuscrit de la biblio-
thèque du Vatican. Cet ouvrage , en partie his-
torique et en partie technique, est divisé en
quinze chapitres : il offre peu d'intérêt. Après
avoir traité de l'invention, de l'utilité et de la
division de la musique d'après des auteurs pkis
anciens, Égide emploie plusieurs chapitres à l'ex-
plication du nom des notes et de la représenta-
tion de celles-ci par les lettres romaines: de la
solmisation par la méthode des muances, et de
la constitution des tons du plain-chant. Le der-
nier chapitre renferme une description insuffi- ■
santé et peu exacte d'un certain nombre d'ins-
truments de musique. Une de ses explications
les plus singulières est celle qu'il donne de l'ins-
trument appelé symphonie dans le moyen âge.
On sait que les figures de cet instrument, que
nous offrent quelques manuscrits, sont semblables
à la vielle de nos jours ; mais l'instrument, dont
parle Égide de Zarnora est très-différent : c'est,
dit-il, un instrument fait d'un bois concave, avec
une peau tendue sur chacun de ses côtés, dont
les Musiciens jouent avec de petites baguettes et
dont le mélange des sons graves et aigus produit
118
EGIDE — EHLERS
des citants agréables (i). Cette description semble
être celle du tympanon ou canon arabe, dont
les tables n'auraient pas été faites de sapin, mais
de peaux parcbeminées , comme cela se voit
dans plusieurs instruments de l'Orient.
EGIDE (jEgidius), de Murino, auteur d'un
traité de la musique mesurée, dont ou trouve une
copie manuscrite, du quinzième siècle, dans la
bibliothèque du Vatican ( n° 5321 ), sous ce titre :
Tractatus cantus mensurabilis secundum
magistrupi sEgidium de Murino. La biblio-
thèque du Muséum britannique en possède une
copie moderne, faite pour Pepusch, d'après un
manuscrit de la bibliothèque Cottonienne , qui a
«té détruit par l'incendie. Cette copie a pour
intitulé : Incipit tractatus diversarum figu-
rarumperquas dulces modi discantantur, et
ideosequendo ordinum ienoris, scilicet alle-
rius temporis, secundum jEgidium de Mu-
rino. (Xay.Catal. ofthemanuscript Mitsic in
British Muséum , p. 50, n° 141. ) Cet Égide de
Murino vécut dans le quinzième siècle : il ne
doit pas être confondu avec Jean de Mûris,
comme l'a fait le rédacteur des manuscrits de
musique du Muséum britannique. Son ouvrage
renferme des choses curieuses et pleines d'in-
térêt , particulièrement sur les modifications de
la valeur des notes pai* les ligatures. Spataro
avait lu ce traité, et le cite dans son Tractatode
musica , nel quale si tracta de la perfection
( sic) de la scsquialtera producta in la mu-
sica mensurala. Il qualifie l'auteur de claro
musico. On ne sait rien sur la personne d'Égide
de Murino, ni sur le lieu où il a vu le jour. Il est
vraisemblable que De Murino équivaut à Mu-
rinensis, ce qui indique qu'Égide était né ou à
Mûri, dans le canton suisse de l'Argovie, ou
dans quelqu'une des communes du midi île la
France appelées La Mure et Mure. La qualifi-
cation de magisler, qui lui est donnée fait con-
naître qu'il était ecclésiastique et maître es arts ;
car à l'époque où il vécut les laïques ne pou-
vaient être que clercs.
EGLI (Jean-Henri), né à Seegreben , dans
le canton de Zurich, le 4 mars 1742, est considéré
comme un des meilleurs compositeurs nés en
Suisse, particulièrement pour les cantiques reli-
gieux. H était déjà âgé de quinze ans quand il
commença à s'occuper de musique ; le pasteur
Schmiedli , de Welzikon, fut son maître, et lui
lit faire de si rapides progrès, qu'après trois
(i) Symphonia est instrumcnlnm musicum, quod lit ex
lifltio concavo, pelle e\lenta in utraque parte sua , quam
musici liino inde virgulis feriunt, litque in ea ex concor-
dia gravis et acuti suavissimus cantus. (Ap. Gerb., II.
p. 3M. )
années d'études il put être employé comme musi-
cien dans les églises. Il y passa toute sa vie, livré
à la composition d'une multitude de chants reli-
gieux qui devinrent populaires dans toute la
Suisse, et à l'amélioration de l'art dans sa patrie.
Il mourut à Zurich, vers 1807 , laissant comme
monuments de son activité artistique environ
trente œuvres , parmi lesquels on remarque :
1° Cantiques avec des mélodies chorales sur des
textes de Lavater; Zurich, 1775. La 2 me édition
de ce recueil a paru en 1786. Vingt mélodies «le
ces cantiques ont été composées par Egli; le*
autres sont de Walder. — 2° Chants religieux
de KlopstocU, Cramer, Lavater, et autres poêles
célèbres, mis en musique pour une, deux, trois et
quatre voix ; Zurick, 1775 : la 2 mc édition est
de 1788. Vingt-cinq morceaux de ce recueil ont
été composés par Walder. — 3° Collection de
Chansons morales, avec accompagnement de cla-
vecin ; ibid., 1776. Il y a aussi des morceaux com-
posés par Walder dans ce recueil. — 4° Cantiques
spirituels à 4 voix avec la basse chiffrée; ibid.,
1777; 2e édition, 1793. — 5° Ode de Cramer :
Bald schuingt mein Geist sich auf vom
Staube ; ibid., 1778. La même ode a été réim-
primée avec deux autres en 1786. — 6° Douze
Cantates de nouvel an, mises en musique. —
7° Soixante cantiques avec mélodies; Zurich,
1779 ; 2 me édition, améliorée, 1791.— 8" Suite des
Cantiques spirituels de Klopstock, etc.; ibid.,
1780. — 9° Suite des Chansons morales, e!c. ;
ibid., 1780. — 10° Six chants religieux à 1 , 2, 3,
et 4 voix; ibid., 1781. — 11° Compositions vo-
cales, en 2 parties; Zurich, 1785. Ce recueil con-
tient 51 morceaux, grands et petits. — 12° Chan
sons suisses avec mélodies; Zurich, 1787 ; 2 e édi-
tion, 1798. — 13° Livre de Chant choral ; ibid.,
1787. La septième édition de ce livVe a été pu-
bliée en 1807. — 14° Chansons populaires de la
Suisse avec mélodies; ibid. — 15° Les Odes
sacrées de Gellert, avec les mélodies chorales ;
ibid., 1789; 2 e édition, en 1801.— 16° Les Odes
sacrées et les Chansons de Gelleri, ayee des mé-
lodies faciles, suivies de six autres, entremêlées
de solos et de duos; ibid., 1791. — 17° Marche
des troupes suisses et allemandes, arrangées
pour le clavecin ; ibid., 1796.
EGRESSY (l>), pianiste et compositeur
hongrois de l'époque actuelle, vit à Pesth. Il y a
publié, chez Wagner, environ cinquante de ses
compositions légères pour le piano et le chant,
en partie sur des chants populaires magyares.
EHLERS (Vkançois), en latin Elerus,né à
Uelzen, dans le duché de Lunebourg, vers 1650,
fut directeur de musique à Hambourg. Il a public
une collection de motets de sa composition, sons
EHLItRS — EHRENSTEIN
119
le titre <le Cantica sacra, etc.; Hambourg,
1688. David Cliytrœe y a ajouté une préface
inusico-historique.
EHLERS (Martin ), professeur de philoso-
phie à Kiel depuis 1770, et précédemment rec-
teur à Segeberg, naquit en 1732, au territoire
de Wilster, dans le Holstein. II est auteur d'un
livre qui a pour titre Betrachlungcn ûber die
Sittlichkeit der Vergnûgungcn (Considérations
morales sur les divertissements); Flensbourg,1779,
2 parties in-8°. Une deuxième édilion de ce livre
a été publiée à Flensbourg etLeipsick, en 1790,
in-8°. H y traite de l'effet de la musique et de la
danse sur la morale.
EHLERS (Guillaume), professeur de chant
et de déclamation , co-directeur des théâtres de
Mayence etdeWiesbaden, avec Clément de Re-
mie.est né à Weimar, en 1774. Après avoir fait de
bonnes études littéraires et musicales, il débuta
sur le théâtre de sa ville natale, et se fit bientôt
la réputation d'un des chanteurs d'opéra les plus
habiles de l'Allemagne. En 1809 il brillait sur
les théâtres de Vienne; cinq ans après il était
premier ténor au théâtre de Breslau. Il fut en-
suite attaché aux scènes principales de l'Alle-
magnejusqu'en 1824, époque où l'affaiblissement
de sa voix l'obligea à prendre sa retraite. En
1829 il se fixa à Francfort et y établit une école ]
de musique; deux ans après il devint régisseur
de l'Opéra de cette ville, puis il s'associa à la di-
rection du théâtre de Mayence, et prit la régie de
l'Opéra. Ehlers est mort à Mayence, au mois de
décembre 1845. Comme compositeur, il a publié :
1° Chants à voix seule avec accompagnement de
piano ; Hambourg, Bœhme. — 2° Quatre chansons
idem ; Leipsick, Hoffmeistes. — 3° Chansons avec
accompagnement de guitare; Stuttgard, Cotta.
EHLERS (Joachim), facteur d'intruments
à Vienne (Autriche), a pris, en 1825, un brevet
d'invention pour un Capotasto, ou sillet mobile
en mêlai appliqué aux pianos pour les mettre
immédiatement au ton d'orchestre, et même pour
en suivre les variations, lorsque la chaleur élève
("intonation des instruments à vent. Cette inven-
tion , comme beaucoup d'autres par lesquelles
on a voulu modifier la facture ordinaire des
pianos, est tombée dans l'oubli.
EHLERT (Louis), pianiste et compositeur
de l'école romantique nouvelle, estné à Kœnigs-
berg, en 1825, et vit à Berlin. On a gravé de sa
composition : 1° Sonate pour piano, op. 1 ; Ber-
lin, Guttentag. — 2° Caprice pour piano, op. 3 ;
Leipsick, Peters. — 3° Sonate romantique, idem.,
op. 5 ; ibid. — 4° Allegro concertant pour piano,
violon et violoncelle, op. 7 ; ibid. — 5° Des re-
cueils deLieder, avec accompagnement de piano,
op. 2, 4, et G ; ibid. Il a tait entendre à Berlin
et à Leipsick des ouvertures et des symphonies
qui ont trouvé des partisans chaleureux. Les
premières compositions de cet artiste ont paru
en 1847. Ehlert s'est fait connaître aussi comme
écrivain par un petit volume qui a pour titre :
Briefe ûber 3Iusik an eine Freundin ( Lettres
sur la musique à une amie); Berlin, Gultentag,
1859, petit in-8° de 166 pages. Ces lettres ren-
ferment des appréciations critiques du talent de
quelques-uns des compositeurs les plus renom-
més de l'époque actuelle. Les dernières œuvres
de Beethoven sont le point de départ de l'auteur,
et tour à tour Mendelssohn, Schumann, Richard
Wagner, Weber, François Schubert, Chopin ,
Berlioz et Meyerbeer sont analysés par lui. Chose
remarquable : Liszt est le seul dont il ne parle
pas. On comprend à quels points de vues sont
formulés les jugements d'Ehlert.
EHMAiXIX (Conrad), cantor à Reutlingen,
dans le royaume de Wurtemberg, s'est fait con-
naître par un petit ouvrage qui a pour titre : Die
Rcform des allgemeinen Kirchengcsang in
Wurtemberg (La réforme générale du chant d'é-
glise dans le Wurtemberg); Reutlingen, Macken,
1837, in-8°.
EIIREMBERG (. . .), musicien allemand,
mort fort jeune, en 1790, à Dessau, où il était
employé à la musique de la cour, a publié plu-
sieurs recueils de chansons avec accompagnement
de piano. Rellstab, marchand demusiqueà Berlin,
a acquis ses manuscrits , dans lesquels se trou-
vent les ouvrages suivants : 1° Geistliche Oden,
5 parties. — 2° Psalmcn und geistliche Licder.
— 3° La troisième partie de ses chansons. —
4° Cantique sur le Messie, avec ace. de piano.
— 5° Le Soir, chanson de Matthison. — 6"
Azakia , op. de Schwan. — 7° Élégie pour vok
de soprano. — 8° Hymne au mois de mai,
duo pour soprano et ténor. — 9° Idylle , duo
pour les mêmes voix. — 10° Chœur avec ace.
de deux clarinettes, deux cors et harpe.
EHRENHACS (Chrétien), né en Thuringe,
fut nommé diacre à Pulnitz, dans la Lusace su-
périeure, en 1659, et pasteur au même lieu, en
1670. Il est mort en 1703, à l'âge de soixante-
quinze ans. On a de lui un sermon sur l'usage de
l'orgue, en forme de commentaire sur le Psaume
150 : Il est intitulé : Organographia , das ist
Orgelpredigt ûber den 150 Psalm; Erfurt,
1669,6 feuilles in-fol. Cet ouvrage est fort rare.
EHRENSTEIN (Wolf de), compositeur
distingué de Licder, aveugle de naissance, vit
à Dresde. Ses chants avec accompagnement de
piano ont de la popularité dans toute la Saxe.
EHRLICH (C.-F. ), pianiste et compositeur,
120
IIHUIICH — EICHHORN
élève de Hiimmel, hé à Magdebourg, en 1812, est
fixé dans cette ville, comme professeur de son
instrument, depuis 1830. Il y dirige la société de
chant. On a publié de sa composition quelques
œuvres légères pour le piano, et environ trente
recueils de chants à voix seule avec accompa-
gnement de piano, de duos pour soprano et con-
tralto, de quatuors pour soprano, alto, ténor et
basse, et pour quatre voix d'homme.
EHRNSTEIN (Jean-Jacques Stupan de ) ,
compositeur allemand qui florissait au commen-
cement du siècle dernier, a publié des trios pour
deux violons et basse, sous le titre de Bosetum
musicum,oder VIParthienfur 2 Violinen und
Generalbass , 1702, et douze symphonies pour
violon seul et basse.
EICHBERG (Jules), violoniste et composi-
teur, est né à Dusseldorf, vers 1820. Fils d'un
professeur de musique de cette ville , il y fit ses
premières études de violon; puis il se rendit à
Bruxelles, et y devint élève de M. Meerts pour
cet instrument. De retour à Francfort en 1844,
il y fut attaché au théâtre, en qualité de violon
solo ; puis il fut appelé à Genève pour y remplir
les fonctions de professeur de violon au Conser-
vatoire. Après plusieurs années de séjour en cette
ville, il est parti pour l'Amérique en 1857. Ses
principaux ouvrages sont : 1° Études contenant
lis principaux coups d'archet et autres difficul-
tés, d'après la méthode du Conservatoire royal
de Bruxelles, etc., op. 7; Leipsick, Stoll. —
2° Trois duos concertants pour 2 violons, op. il;
Leipsick , Peters. — 3° Trois idem, op. 12 ; ibid.
— 4° Huit Études renfermant des difficultés de
doigts et d'archet, avec un second violon non
obligé, op. 16 ; ibid. — 5° Duo brillant et facile
pour violon et piano sur des motifs deStradella,
op. 6 ; Francfort, Hedler. — 6° Quatre mélodies
caractéristiques pour violon et piano , op. 8 ;
ibid. — 7° Grand duo brillant pour violon et vio-
loncelle sur les chants nationaux de la Russie
et du Wurtemberg, en collaboration avec
M. Boekmiïhl ; Leipsick, Seigel.
EICHBERGEH (Joseph), ténor drama-
tique allemand, qui a eu de la réputation pour
la beauté de sa voix et son talent scénique, a
brillé longtemps sur les théâtres de Vienne et
de Leipsick, eta chanté avec succès à Cassel, à
Berlin, à Mayence et à Londres. Il commença
sa carrière en 1823, et s'est retiré de la scène
en 1848, pour prendre possession- de la place
de régisseur du théâtre de Kœnigsberg.
EICHHORN (Adelure), musicien alle-
mand, vivait au commencement du dix-septième
siècle. Il a publié des pièces instrumentales à
quatre parties", sous ce titre : Schœne ausserle-
sene gantze newe Inlraden, Gagliarden und
Couranten, ohne Text, mit 4 Stimmen; Nu-
remberg, 1616, in-4°.
EICHHORIV (Jean), violoniste et composi-
teur allemand, né vers 1766, vécut d'abord à
Berlin, s'établit ensuite à Bruchsal, dans le
grand-duché de Bade, et enfin s'engagea , en
1807, à l'orchestre de Mannheim, où il se trou-
vait encore en 1815. Il a fait graver à Berlin,
en 1791, plusieurs solos et un concerto pour le
violon. On connaît aussi de lui trois quatuors
pour deux violons, alto et basse, Darmstadf,
1794; trois duos pour deux violons, op. 9,
Leipsick, Kùhnel, et un grand quintetto pour
2 violons, deux altos et basse, op. Il ; ibid.
EICHHORN (Jean-Paul), et ses (ils
( Je an-Godefroi- Ernest, et Jean- Charlf.s-
Éhouard), connus sous le nom des frères
Eichhorn. J'emprunte à VUniversal Lcxikon
der Tonkunst, publié par M. G. Schilling, celte
notice où le père des jeunes virtuoses est traité
avec beaucoup de sévérité. Je crois devoir faire
cette déclaration, parce qu'il m'a semblé que je
ne pouvais rapporter des faits tels que ceux qu'on
va lire, sans indiquer la source où je les ai
puisés. J'ai souvent regretté que d'aussi belles
facultés que celles de ces denx enfants, et sur-
tout de l'aîné, fussent exploitées au détriment
de leur avenir d'artiste ; j'ignorais qu'il y eût
des reproches plus graves à adresser à leur père.
J'abrège seulement les détails donnés par VUni-
versal Lexikon.
Eichhorn (Jean-Paul) est né le 22 février
1787, au village de Neuses, près de Cobourg, et
y a reçu une éducation de paysan. Ayant appris
le métier de tisserand, il l'exerça jusqu'à l'âge de
vingt ans. Son goût pour la musique s'était ma-
nifesté de bonne heure ; il fréquentait avec assi-
duité les leçons de chant de l'école du village,
si mauvaises qu'elles fussent, et retenait avec
facilité les mélodies qu'jl entendait. Il apprit d'o-
reille à jouer du violon, et se fit recevoir parmi
les musiciens du village qui jouaient le dimanche
des danses dans les cabarets. A l'âge de vingt
ans il fut appelé au service militaire, et dut par-
tir, malgré sa répugnance pour la vie de soldat.
Son séjour à la ville'lui fournit l'occasion de pren-
dre des leçons de musique ; le cor, le trombone
et le cor de bassette furent les instruments qu'il
apprit à jouer : plus tard il exécuta des solos sur
ce dernier instrument, dans les concerts de ses
fils. De retour à Cobourg, il fut admis dans la mu-
sique de cette petite cour; sa position s'étant
améliorée, il put se marier en 1821, et sa femme
(Margueiite-Éiisabeth-Maun) donna le jour â Er-
nest Eichhorn, le 30 avril 1822. Huit jours après
EICHHORN — EICHMANN
lîl
la jeune mère mourut, des suites de l'enfante-
ment. Les soins que réclamait l'enfant obligè-
rent Jean-Paul à se remarier bientôt après , et sa
nouvelle épouse lui donna un second (ils (Edouard
Eicliliorn), le 17 octobre 1823.
Dès l'âge le plus tendre, les deux enfants, et
surtout l'aîné, firent voir les plus heureuses dis-
positions pour la musique. Une circonstance sin-
gulière fixa l'attention du père sur ces artistes
nés. On leur avait donné de petits violons ache-
tés à la foire, et sur lesquels ils s'amusaient.
Jean-Paul Eichliorn rentrant chez lui fut étonné
d'entendre jouer par ses enfants la marche de la
retraite, à deux violons, avec une justesse re-
marquable; mais sa surprise devint plus grande
lorsqu'il eut examiné les instruments. Chacun de
ces petits violons était accordé par quintes jus-
tes, mais ils n'étaient point d'accord ensemble ;
en sorte que les enfants avaient dû éviter de faire
usage des cordes à vide et avaient corrigé d'ins-
tinct, par le doigter, les différences d'accord de
!enrs instruments. Dès ce moment le père donna
tous ses soins à l'éducation musicale de son fils
aîné , et pendant un certain temps celle du plus
!eune fut négligée; mais la mère d'Edouard fit
iant d'instances auprès de son mari, que celui-
ci consentit enfin à donner des leçons à ses deux
enfants. Leurs progrès tinrent du prodige. Ernest
n'avait point encore six ans quand il joua à la
cour un concerto le Kreutzer, au mois de mars
1828. Edouard, qui l'accompagnait, fit aussi
preuve d'une habileté étonnante pour son âge.
Deux mois après, un concert fut organisé chez
Je prince, et les deux enfants y produisirent une
vive impression. Us reçurent du duc de Cobourg
quelques pièces d'or. La vue de ce métal et la
faveur du prince firent comprendre à Jean-Paul
Eichliorn le parti qu'il pouvait tirer de ses enfants
pour sa fortune. Dès ce moment ils furent con-
traints de se livrer à l'étude de leur instrument
nuit et jour; toute instruction littéraire, morale
et religieuse leur fut refusée ; ils avaient' en eux
des sources de richesses que leur père voulait
exploiter à tout prix. Le 15 mai, un premier
voyage fut entrepris , et la famille Eichliorn visita
Bamberg, Nuremberg, Anspach, Munich, Tegern-
sée et Augsbourg. Partout les enfants excitèrent
l'admiration; partout ils firent une riche moisson
de l'or dont leur père était avide. De retour à
Cobourg, celui-ci voulut préparer ses fils à des
voyages plus étendus dans les grandes villes de
l'Europe , et ne leur laissa plus mêmes quelques
moments de repos ou de délassement. Si la fatigue
les accablait , si l'archet échappait à leurs mains
débiles, il n'y avait point d'excès auxquels leur
père ne se livrât contre eux ; jusque-là qu'on le
vit, malgré les cris (]e désespoir de la mère, les
traîner par les cheveux en les accablant de coups.
C'est ainsi que fut formé ce talent précoce de
deux infortunés que Paris, Londres, Vienne,
Berlin ont admirée En vain des richesses ines-
pérées, et cent fois au-dessus de ce qu'il pou-
vait attendre de ses propres travaux , ont-elles
été recueillies par Jean-Paul Eichliorn; sa soif
de l'or était insatiable. Dans l'été de 1835, ces
intéressants artistes visitaient les cours du Nord.
Ernest était parvenu à un degré d'habileté qui
pouvait soutenir la comparaison avec le talent
des plus grands violonistes pour les difficultés.
Son frère et lui ont été plus tard attachés à la
chapelle du prince de Cobourg; mais, épuisé sans
doute par la fatigue et par les mauvais traite-
ments, Ernest est mort à Cobourg, le 16 juin
1844, à l'âge de vingt-deux ans.
EICHHORST (C.) clarinettiste distingué,
est né à Berlin, en 1808. Élève de Tausc.h, il a
comme lui un beau son et beaucoup de netteté
dans l'exécution des traits. On a gravé de sa
composition, à Berlin, un thème original varié
pour la clarinette avec orchestre.
EICHLER (Henri), habile mécanicien, na-
quit à Liebstadt, près de Pima, en 1637, et
exerça son art à Augsbourg, où il est mort, en
17 î 9. On lui doit plusieurs perfectionnements
importants dans le mécanisme de l'orgue , et
l'on cite avec éloge plusieurs de ses ouvrages
en ce genre, et particulièrement des orgues de
chambre remarquables par la beauté des jeux
de flûte.
EICHLER (Ernest), musicien allevnand,
vint à Paris, vers 1776, et y enseigna la musique
jusqu'à sa mort, arrivée en 1794. Il a publié de
1783 à 1790 deux œuvres de quatuors pour
deux violons, alto et basse, chez Sieber, à
Paris.
EICHLER (Frédéric-Guillaume), premier
violon du théâtre de Kœnigsberg, est né à Leip-
sick, en 1809. Élève de Spohr, il a acquis par
les leçons de cet habile maître un talent remar-
quable par la justesse , la beauté du son, le ma-
niement de l'archet dans les plus grandes diffi-
cultés, et le goût dans les détails. En 1832 il a
été appelé à Kœnigsberg pour y prendre la po-
sition de premier violon solo du théâtre. Ou
connaît de lui des variations sur un thème suisse,
avec accompagnement d'orchestre ou de piano
(œuvre 2 e ; Leipsick, Breitkopf et Hsertel), qui
ont -obtenu en Allemagne beaucoup de succès ;
son œuvre 4 e est composé de romances sans pa-
roles pour violon seul.
EICHMANN (Pierre), cantor et maître
d'école à Stargard, dans la Poméranie, naquit en
122
EICHMAKN — EINERT
1561, et mourut en 1623, avec le titre de pro-
fesseur émérite. Il a fait imprimer un opuscule
qui a pour titre : Oratio de divina atque uti-
litaie multiplia prxstantissimx ac nobilis-
simx artis musicx, habita pro more anti-
quitus recepto in Schola Stargardiensi; SteL-
tin, 1600, in-4°.
EICHMANN (Bernard), compositeur, né
en Prusse, vers 1755, a publié à Berlin, en 1784,
trois symphonies à neuf parties, op. 1.
E1CHNER ( Ernest), virtuose de premier
ordre sur le basson, naquit à Mannhein, le 9 fé-
vrier 1740. A une habileté rare sur son instru-
ment, il joignait le talent du compositeur, el se
fit autant remarquer par la fécondité de sa plume
que par l'élégance de ses compositions. Nommé
maître de concerts au service du prince de Deux-
Ponts, à l'âge de vingt-six ans, il écrivit pour
cette cour un grand nombre de symphonies à
grand orchestre , dont il publia le premier œu-
vre en 1770.. Ayant demandé sa démission plu-
sieurs fois sans pouvoir l'obtenir , il s'éloigna
clandestinement. On courut après lui , mais il
eut le bonheur de n'être pas rencontré, et se
rendit en Angleterre, où il excita l'admiration.
Après deux ans de séjour dans ce pays, il entra
au service du prince royal de Prusse, à Potsdam,
et y passa le reste de ses jours, se livrant à la
composition et à l'instruction de ses élèves.
Parmi ceux-ci, les plus remarquables ont été Kno-
blauch et Masl. Eichner est mort à Potsdam, au
commencement de 1777, à l'âge de trente-sept
ans. Ses principaux ouvrages sont : 1° six Sym-
phonies à grand orchestre, op. 1 . — 2° Deux
concertos pour le basson, op. 5 et 6. — 3° Trois
Symphonies, op. 4. — 4° Trois idem, op. 5. —
5° Trois. idem, op. 6. — 6° Trais idem, op. 7.
— 7° Trois idem, op. 8. — 8° Deux concer-
tos pour le basson, op. 9 et 10. — 9° Six con-
certos, idem , op. 1 1. Il a publié en outre quel-
ques œuvres de quatuors et de trios pour violon.
EICHNER (Adélaïde), fille du précédent,
née à Mannheim, en 1762, fut cantatrice excellente
et pianiste habile. Sa voix s'étendait depuis Vut
grave du soprano jusqu'au fa aigu des pianos
à cinq octaves. Elle joignait à ce don fort rare ce-
lui d'une grande légèreté et beaucoupd'expression
dans l'adagio. En 1775, elle entra au service du
prince de Prusse ; de là elle passa, en 1784 , à la
chapelle royale, puis au grand théâtre de Ber-
lin. Elle est morte dans cette ville, en 1787.
EICHNER (Ernest), claveciniste allemand,
s'est fait connaître par huit œuvres do sonates
pour le piano, qui. ont été gravés à Amsterdam
et à Paris. On n'a point de renseignements sur
\a vie de cet artiste,
EIDENBENZ (Chrétien-Théophile), mu-
sicien de la chambre du duc de Wurtemberg,
et altiste dans la chapelle de Sîuttgard, est mort
dans cette ville, le 20 août 1799, à l'âge de trente-
sept ans. Il a composé pour le théâtre de la cour
la musique du ballet intitulé : Der Schxferlauf.
On a aussi sous son nom : 1° XXIV Divertisse-
ments pour le piano; Stuttgard, 1793, in-4".
— 2° Trois duos pour deux flûtes, op. 6; Heil-
bronn, 1794. — 3° Pièces choisies pour lepiano,
Leipsick , 1796. — 4° Douze chansons alle-
mandes avec ace de piano ;\1 98.
EIDOUS (Marc-Antoine) , né à Marseille,
vers 1724, servit quelque temps en Espagne
comme ingénieur, et se livra à des travaux lit-
téraires après qu'il fut rentré en France. C'est
surtout par de nombreuses traductions qu'il
s'est fait connaître; ces traductions sont en gé-
néral peu exactes et peu élégantes. 11 changeait
même souvent en partie la forme des ouvrages
qu'il traduisait, ou les abrégeait sans goût et
sans discernement. C'est ainsi qu'il a défiguré
le livre de John Brown (A dissertation on the
risc, union, and power, the progressions, sé-
parations and corruptions of poetry and mu-
sic) dans la traduction qu'il a publiée sous ce
titre : De l'origine et des progrès de la poésie,
dans les différents genres, traduit de l'Anglais
par M. E., et augmenté de notes historiques
et critiques; Paris, 1768, in-8°.
EIGENDORFER (Georges -Joseph), né
en Bavière, en 1745 , se livra dans sa jeunesse
à l'étude des sciences et de la musique, et em-
brassa ensuite l'état ecclésiastique. Son jeu par-
fait sur l'orgue le fit placer d'abord comme or-
ganiste à la cathédrale de Saint-Martin, à Lands-
liut. Ayant obtenu depuis lors un bénéfice à Se-
ligenlhal, près de cette ville, il s'y retira et y
vivait encore en 1812 ; on a de lui plusieurs con-
certos et des sonates de piano.
E1LSCHOW (Matthieu), écrivain danois
qui vivait dans la première partie du siècle der-
nier, a publié une petite dissertation intitulée
De choro antiquo, a Davide instituto ut tem-
plo inserviret ; Copenhague, 1 732, in-4° d'une
feuille. Il promettait dans la préface de donner
une suite dans laquelle il aurait traité des ins-
truments, de la manière de chanter, et de plu-
sieurs autres objets relatifs à la musique du Tem-
ple; mais il ne paraît pas. qu'il ait tenu sa pro-
messe.
E1NERT ( Charles-Frédéric), organiste à
Varsovie; est né à Lommatsch, en Saxe. Lors-
qu'il eut atteint sa douzième année, il entra à l'é-
cole Saint-Thomas de Leipsick, et y devint élève
de Schicht. Après avoir passé plusieurs années
EISERT — KISENMOLER
IJ3
dans cette école, il alla apprendre l'art de jouer
de l'orgue chez Frédéric Schneider. Il avait reçu
aussi des leçons de contrebasse chez Wacli,
contrebassiste de l'orchestre de Leipsick. En
1820 il fut attaché à une famille princière en
Pologne, en qualité de professeur de musique;
mais il y resta peu de temps, étant allé, en 1821,
à Varsovie, où Kurpinski lui procura une place
de contrebassiste au théâtre. Il obtint aussi la
position d'organiste au temple protestant. Einert
est mort dans cette ville, le 25 décembre 1836. On
a gravé de sa composition à Varsovie un recueil
de préludes pour l'orgue fort bien écrits.
EIXllîE (Georces-Frédéric), fils d'un
cantor et organiste de Hochstedt, en Thuringe,
naquit le lfi avril 1710, et reçut de son père les
premières inslructions sur les sciences et sur la
musique. 11 fréquenta ensuite pendant sept ans
les écoles de Closterdondorf et de Sangei hausen,
et se rendit, en 1732, à l'université de Leipsick,
où il étudia la composilion sous la direction de
Bach et de Scheibe! , qui y étaient maîtres de
chapelle. En 1740 il succéda à son père dans ses
places à Hochstedt, passa ensuite à Franken-
liausen, en qualité de chantre et de directeur de
musique; enfin, en 1750, il fut appelé aux mêmes
fonctions à Nordhausen, où il mourut, le 20 fé-
vrier 1770. On a de sa composition plusieurs
années complètes de musique d'église, beaucoup
de pièces et de cantates de circonstance, des
concertos, des symphonies, etc.; mais tous ces
ouvrages sont restés en manuscrit.
EISEL (Jean -Philippe), jurisconsulte et
compositeur à Frfurt, né dans cette ville, en 1098,
est auteur d'un livre curieux , où l'on trouve la
description de la plupart des instruments en
usage dans la première moitié du dix-huitième
siècle, précédée de quelques principes de musi-
que. Ce livre a pour titre : Musicus aùroSéSa-
xto;, oder der sich selbst informirende Mu-
sicus, bestehcnd sowohl in vocal-als iiblicher
instrumcntal-Musick, welche ùber 24 Sort en
sowohl mit Saiten bezegener als blasender
und schalgendcr Instrumente beschreibct, etc.
(Le Musicien instruit par lui-même , tant dans
la musique vocale qu'instrumentale, où sont dé-
crites vingt-quatre espèces d'instruments, tant à
cordes qu'à vent et de percussion, etc.); Erfurt,
Joh.-Mich.Funck,1738, 1 vol. in-4° de cent neuf
pages, avec treize planches gravées en bois. Eisel
n'a pas mis son nom à ce livre, mais seulement la
souscription Von einem der in praxi erfahren
(Par quelqu'un instruit par la pratique). Il y a
une deuxième édition de cet ouvrage, avec quel-
ques changements; elle a pour titre :Der sieh
selbst informirende Musions, oder grundli-
che Anweisung zu der vocal-und instmmcn-
tal-Musick, ivelcher ûbcr 24 sorten , sowohl
mit saiten bezugener, als blasend-und schla-
gender Instrument en; Augsbourg, 1762, 1 vol.
in-4°.
EISELT (Jean-Henri), violoniste à la cha-
pelle de Dresde, depuis 1756, étudia le contre-
point pendant trois ans, sous la direction de
Tartini. II s'est fait connaître en Allemagne, par
plusieurs compositions pour son instrument ; mais
elles sont restées en manuscrit.
EISEMMENGER (Michel), ingénieur et
musicien, né d'une famille originaire du Palatinat,
a présenté à l'Académie des sciences de l'Ins-
titut de France, le 8 avril 1838, un projet de no-
talion de la musique par un système de signes
sténographiques de son invention , et par le
moyen d'un appareil mécanique composé d'un
clavier semblable à celui du piano on de l'orgue, et
de deux cylindres, l'un de presse, pour la for-
mation des signes, l'autre servant de rapporteur
pour la traduction, et tous deux agissant par
un mécanisme d'engrenage sous l'impulsion d'une
manivelle et d'une vis sans fin. L'auteur avait
pris brevet d'invention en Fiance et patenle en
Angleterre : il espérait un rapport de l'Académie
des sciences; mais, ne l'ayant pas obtenu, il fit
imprimer une longue dissertation suivie d'une
description de son système et de son mécanisme
mélographe. Cet ouvrage a paru sous ce titre :
Traité de l'art graphique et de la mécanique
appliques à la musique; Paris, Gosselin,
1838, 1 vol. in-8°de 182 pages avec 4 planches.
Cette invention , comme toutes celles qui ont eu
pour objet de noter la musique par la mécani-
que, n'a point eu de succès : l'ouvrage d'Eisen-
menger n'a même pas trouvé de lecteurs. Sous
le nom de piano incliné M. Eisenmênger a
construit une variété du piano vertical, dont la
hauteur n'est à peu près que la moitié du piano
droit ordinaire. La table d'harmonie, au lieu
d'être horizontale , comme dans le piano à
queue et le piano carré, ou verticale , comme
dans le piano droit, est inclinée. Le clavier est
placé au sommet de l'instrument, et le méca-
nisme a une disposition telle, que le marteau
n'a que le tiers de la longueur de celui du
piano et fonctionne sous la main de l'exécutant.
Sa répétition est vive et nette. M. Eisenmênger
a établi à Paris une manufacture de cet instru-
ment, en 1855.
EISENMOEER (François-Xavier), connu
particulièrement comme compositeur de Lieder,
est né le 28 novembre 1783, à llmùnster, dans
la Haute-Bavière. Après avoir suivi les cours de
l'école primaire du lieu de sa naissance, et (ait
m
EISENMORLER — EKHART
les premières éludes de musique et de violon, il
entra, à l'âge de onze ans, au séminaire de l'abbaye
des bénédictins, à Scheiern, où il apprit les élément*
de l'harmonie et de la composition par les leçons
d'un moine nommé le P. Marianus. Plus tard il
étudia au séminaire de Neubourg sur le Danube,
et ensuite à celui de Munich. Ses relations avec
Winter, Danzi, Cannabich, Maurer, et plus tard
avec Michel Haydn, augmentèrent, ses connais-
sances musicales. Après avoir terminé ses études
universitaires et avoir reçu le brevet de candi-
dat (bachelier) en sciences, il fut employé comme
professeur à l'institut royal de Landshut, en 1810,
puis au gymnase (collège) de Passau, en 1817,
puis encore au gymnase de Neubourg, et enfin
comme directeur des éludes et professeur à Wiirz-
bouig, en 1823. On a de lui un grand nombre
de pièces de circonstance et autres, dont il a aussi
écrit la poésie; mais il doit principalement sa ré-
putation à ses chants pour trois et quatre voix
d'homme, qui sont devenus populaires en Alle-
magnes et dont il a publié plusieurs recueils. Ses
ouvrages les plus connus sont ceux-ci : 1° La
Fête du roi, ode sapbique en latin et en alle-
mand, pour chœur et orchestre; Munich, Falter.
— 2° Huit recueils de chants pour quatre voix
d'homme; ibid. — 3° Un recueil de chansons
pour trois voix, op. 6; ibid. — 4° Six chants
pour voix de soprano et de ténor, avec ace. de
piano, op. 8; ibid. — 5° Trois recueils dédiants
à voix seule, avec ace. de piano, op. 5, 9, 13;
ibid. — 6° Bavière, o ma pairie! Trois chants
avec ace. de piano; ibid.
EISEIMJTH (Thomas), chanoine régulier
du couvent de Saint-Georges , à Augsbourg, na-
quit en 13av ère , vers le milieu du dix-septième
siècle, et fut d'abord organiste et maître de cha-
pelle du prince abbé de Kempten. On a de lui :
Harmonia sacra, per 30 Concentus musicos,
2, 3, 4, 5,6,7 vocibus distributa; Augsbourg,
1675, in-4° 2° Antiphonarium Marianum,
continens quatuor Antiphonas B . V. Marias,
Aima Redemptoris , Ave, Regina cœlorum,
Regina cœli, Salve, Regina 1, 2, 3, 4 voc. et 2
vel 3 violin. adlibil; Kempten, t676, in-4°. —
3° Offertoria de Festis, Tempore , et Coin-
muni, novis textibus, Ariis, Fugis et stylo ré-
citât ivo animata 5 voc. concert. 5 inslrum.
et 4 ripien. Augsbourg, 1694, in-4° — 4° Musi-
kalischcs Fundament (Fondement musical) ,
2 parties; Kempten, 1702, in-4°. Cette édition est
la deuxième; on ignore la date de la première.
Ce dernier ouvrage est un traité de musique, di-
dactique et pratique. La première partie traite
des principes de la musique et du plain-cbant;
la seconde renferme les exemples.
EISER (Antoine), professeur d« flftte au
conservatoire de Prague , est né dans cette ville,
en 1800. Admis comme élève dans ce même con-
servatoire où il enseigna lui-même plus tard, il
y étudia pendant six ans, et en sortit bon mu-
sicien et flûtiste habile. FI obtint son premier
engagement <n 1832, a l'orchestre de Greetz eu
Styrie, comme première flûte. Peu de temps après
il abandonna cette position [tour revenir dans sa
ville natale, et entra au théâtre national ainsi
qu'au conservatoire. Il a plublié quelques com-
positions pour son instrument.
EISERT ( Jean) , musicien de la chambre et
violoniste à Dresde, est né à Georgenthal, près
de Rumburg, le 4 février 1775. Sans être placé
parmi les virtuoses de l'Allemagne, il possédait
un talent estimable. J'ignore si l'on a de lui quel-
que composition.
EISERT (Jean), fils du précédent, est un
organiste distingué. 11 est né à Dresde, en lslo,
et s'est fixé à Vienne, où il a publié des pièces
d'orgue, notamment de bonnes fugues.
Un frère de celui-ci, connu sous le nom de
Eisert jeune, s'est fixé à Dresde, et s'y est fait
remarquer comme organiste et pianiste dis-
tingué.
EISNER (Charles), un des virtuoses les
plus remarquables du milieu du dix-neuvième
siècle sur le cor, est né en Saxe, dans l'année 1796.
Après avoir été attaché pendant dix ans à la cha-
pelle impériale de Saint-Pétersbourg, il a obtenu
une pension de cette cour, et, de retour en Alle-
magne, est entré dans la musique de la chapelle
royale à Dresde, en 1836. Postérieurement il a
fait un voyage et s'est fait entendre avec succès
à Berlin, Vienne, Prague, et à Paris en 1840.
On a gravé quelques compositions de cet artiste
pourson instrument, parmi lesquelles on remar-
que : 1° Introduction et polonaise pour cor et
orchestre, op. 9; Leipsick, Breitkopf et Haertel.
— 2° Scène et air pour cor chromatique, op. 10;
Leipsick, Kistner.
EISRICH ( Chaules-Traugott), directeur
de musique à Riga, est né à Baireuth, vers 1776.
H possédait un talent assez distingué comme pia-
niste et comme violoniste; mais c'est surtout
comme compositeur de chansons qu'il s'est fait
de la réputation en Allemagne. Son mérite en ce
genre consiste surtout dans l'expression spiri-
tuelle des paroles. On a de lui des chansonnettes
pour soprano et ténor, avec acc.de piano, Leip-
sick, Hofmeister, et sept recueils de chansons à
voix seule, avec ace. de piano, Leipsick, Hof-
meister, Fleischer, etc.
EKHART(Franço;s- Joseph), né à Tœplitz.
en Bohème, vers 1735, était déjà assez habile
EKI1ART — ÉL1E DE SU.OMON
12;
sur le piano à l'âge de six ans. Élève de son
père pour l'orgue, il fut admiré pour son talent
sur cet instrument, et passa pour un organiste
distingué, même dans la Bohême, où les bons
organistes ne sont point rares. Il voyagea beau-
coup, particulièrement en Italie, et vécut à Rome
pendant plusieurs années. Le pape ( Clément
XIV), qui était connaisseur dans les arts, ad-
mira son talent sur l'orgue et sur la harpe.
Nommé organiste • de la basilique de Saint-
Pierre, par ce pontife, il charma souvent sa re-
traite par les accents de sa harpe. En 1780, Ek-
hart jouissait en Italie de beaucoup de célébrité
comme organiste et comme compositeur. La
plupart de ses ouvrages ont été dédiés à son
père, qui vécut.fort vieux, et se trouvent encore
en Bohême, dans quelques bibliothèques d'ama-
teurs.
ELER (André), né en Alsace, vers 1764,
vint fort jeune à Paris , et s'y fit connaître par
quelques bonnes compositions pour les instru-
ments à vent. Plus occupé du soin de s'instruire
que du désir de se faire valoir dans le monde,
il ne jouit pas de la réputation qu'il méritait : il
resta presque toujours dans un état voisin de la
misère. Lors de la réorganisation de l'école
royale de musique en 1816, il fut nommé pro-
fesseur de contrepoint; mais il ne profita pas
longtemps de cette amélioration dans sa fortune,
car il mourut le 21 avril 1S21. Le gouvernement
a voulu réparer l'injustice du sort envers lui,
en accordant une pension à sa veuve. Eler a
composé la musique (YApelle et Campaspe, qui
fut joué à l'Opéra en 1798, et celle de l'Habit
du chevalier de Grammont, qu'on a repré-
senté au théâtre de l'Opéra-Comique, en 1800,
et qui est resté au répertoire. Plus de vingt ans
avant sa mort il avait écrit un opéra intitulé :
la Forêt de Brama, dont le poème était reçu
depuis longtemps ; et, comme beaucoup d'autres
victimes de l'incurie de l'administration de l'A-
cadémie royale de musique, il a attendu vaine-
ment qu'on représentât son ouvrage. Les élèves
d'Eler trouvèrent un jour leur maître occupé à
fendre du bois dans la cour de la maison où iî
demeurait ; ils voulurent l'aider à porter ce bois
jusqu'à son cinquième étage : Laissez, mes-
sieurs, leur dit-il ; je suis fait à cette besogne,
et je m'uccoutume à tout, excepte" à la mu-
sique de Catel. Eler n'avait jamais pardonné à
ce maître d'avoir fait préférer autrefois Berton à
lui pour une des places de professeur d'har-
monie au Conservatoire. Les compositions
instrumentales d'Eler sont : 1° Ouverture en
harmonie; Paris, O/.i. — 2° Six Walses et une
Anglaise pour 2 clarinettes , 2 cors et 2
, bassons. — 3° Symphonie concertante pour
flûte , cor et basson; ibid. — 4° Trois quatuors
pour deux violons, alto et basse, op. 1 ; ibid.
— 5° Trois trios pour deux violons et basse ;
Paris, Pleyel. — 6° Trois quatuors pour flûte,
clarinette, cor et basson, op. 6; ibid. —
7° Trois quatuors pour flûte, violon, alto
! et basse, op. 7 8° Six sonates pour piano,
violon et v lle , op. 8 ; 1801. — 9° Concerto pour
cor en fa, avec orchestre; ibid. — 10° Trois
trios pour flûte, clarinette et basson, op. 9 ;
ibid. — 11° Trois quatuors pour deux cla-
rinettes, cor et basson, op. 10 ; ibid. —
12° Trois quatuors pour flûte, clarinette ,
cor et basson, op. Il ; ibid. Dans les dernières
années de sa vie , Eler fut presque constamment
occupé à mettre en parlition ou à extraire d'an-
ciens recueils les compositions des maîtres les
plus célèbres du seizième siècle. Il en avait formé
une collection d'environ sept volumes in-fol.
d'une écriture serrée. Ce précieux recueil a été
acquis après sa mort par le gouvernement fran-
çais , pour la bibliothèque du Conservatoire : il y
est connu sous le nom de Collection Eler.
ELEUTHERE, musicien grec, dont parle
Athénée, inventa l'espèce de chanson qu'on ap-
pelait œnope. Il gagna un prix aux jeux Pythi-
ques par la beauté de sa voix , quoiqu'il n'eût pas
composé l'hymne qu'il chantait.
ELFOUT (Bichard), musicien anglais, fut
d'abord attaché au chœur de l'église de Lincoln,
et ensuite à celui de Durham. La beauté de sa
voix de ténor le détermina plus tard à débuter
sur le théâtre de Londres, mais sa petite taille
son embonpoint, et son peu de talent comme, ac-
teur, le firent bientôt renoncer à cette carrière.
En 1706, il entra à la chapelle du roi, avec
cent livres sterling d'appointements. On a de lui
Six antiennes à voix seule, que Weldon a in-
sérées dans sa collection intitulée Divine Har-
mony, avec une préface d'Elfort.
ELIE DE SALOMON, en latin ELIAS
SALOiVIONIS, clerc de Sainte-Aslère , dans
le Périgord, vivait dans la seconde moitié du
treizième siècle, et a écrit, en 1274, un traité de
musique qu'il a dédié au pape Grégoire X, et qui
a pour titre : Scientia artis musicas. L'abbé
Gerbert a publié cet ouvrage dans le troisième
volume de sa collection des écrivains ecclésias-
tiques sur la musique (p. 16 — 64), d'après un-
manuscrit de la bibliothèque ambrosienne" de
Milan. L'ouvrage d'Ëlie de Salomon renferme un
traité du plain-chant où l'on trouve de bonnes,
observations, qui ne sont point ailleurs; mais ce
qui lui donne une importance assez grande pour
l'art, c'est qu'on trouve au trentième chapitre
126
EUE DE SALOMON — ELLER
les règles les plus anciennes qui soient parve-
nues jusqu'à nous pour faire le contrepoint impro-
visé appelé en France Chant sur le livre, et en
Italie Conlrapunto da mente (l). Ce chapitre
a pour titre : Rubrica de notifia cantandi in
quatuor voces, et de quibusdam notabilibus
debitis ethonestis.
ELKAMP ( Henri ), compositeur et pianiste,
né à Itzehoe, dans le Holstein, en 1812, fit son
éducation musicale à Hambourg, sous la direction
<le Clasing. Ses premières compositions furent
une sonate de piano , et de bons quatuors de
violon (œuvres 2 et 3), qui furent publiés en
1834. Fixéà Hambourg, il y fit exécuter, en 1835,
un oratorio de Paulus, qui obtint beaucoup de
succès, et que l'Académie de chant de Berlin a
fait entendre en 183S. La partition de cet ouvrage,
réduite pour le piano,a été publiée à Leipsick, chez
Breitkopf et Hsertel. On sait que Mendelssohn
a traité le même sujet après ElUamp : il y a plus
d'art dans son ouvrage, mais moins d'originalité
dans les idées. Au mois de novembre 1838, El-
kamp fit exécuter dans l'église Saint-Pierre, à
Hambourg, un autre oratorio, intitulé Die Ileilige
Zeit (le Saint-Temps) qui renfermait des beau-
tés signalées parles journaux du temps; mais
immédiatement après cette production l'auteur
disparaît du monde musical, et aucun ouvrage
depuis lors n'a fait connaître son existence, lin
1 836 il avait publié un recueil de chants spirituels
et une fantaisie avec variations pour le piano, qui
était son œuvre 15<\
ELLA (John), fondateur de la société de
musique instrumentale établie à Londres, sous
le nom de the Musical Union, est né dans le nord
de l'Angleterre, vers 1798. Destiné à la profession
d'avocat dès l'âge de dix-sept ans, par ses pa-
in On trouve, il est vrai, dans les écrits d'Hucbaud ou
d'Hucbald de Saint-Amand et de ses successeurs des in-
dications précises d'un genre de chant organisé et im-
provisé appelé diaphonie; mais c'est d'une sorte de con-
trepoint régulier qu'il est question dans le livre d'Elie de
Jjalomon, et non de cette barbare invention.
H est vrai encore que dans le manuscrit 812 du fonds
de Saint-Victor, de la bibliothèque impériale de Paris, le-
quel contient un traité de musique du commencement
<lu treizième siècle, on trouve des règles de déchant ou
contrepoint improvisé qui commencent par ces mots :
Quiquis vnilt deschanter, il doit premiers sauoir quest
(juins ci doubles; ejus est li quinte et doubles est la
toitiesme; et doit regarder se li chans monte oit auale :
se il monte nous devons prendre la double note ,■ se il
auale, nous devons prendre la quinte note, etc.; mais
ces règles ne s'appliquent qu'au contrepoint.à deux par-
tins, tandis que celles qui sont données par Elle de Sa-
lomon ont pour objet le contrepoint a quatre.
Vers le temps où vivait Elle de Salomon , Marchetto de
Padouc écrivait aussi des règlesde contrepoint improvisé;
mais ses ouvrages n'ont été rendus publics qu'an commen-
cement du quatorzième siècle.
renls, il trompa leur attente en se vouant à la
musique par amour pour cet art. Jemy, miiM-
cien peu connu, fut son maître de violon, cl il
reçut des leçons d'harmonie de Atwood. Dans un
voyage qu'il lit à Paris, en 1826, il fit aussi quel-
ques études de contrepoint sous ma direction.
Pendant vingt-cinq ans environ, Ella fut mem-
bre de l'orchestre de l'Opéra et de celui de la So-
ciété philharmonique en qualité de violoniste ;
mais ayant conçu le plan d'organisation d'une so-
ciété pour l'exécution de la musique instrumen-
tale de chambre, qu'il réalisa en 1845, il se retira
de ces emplois, afin de donner à la nouvelle
institution tous les soins qu'elle réclamait. Bien
accueilli par la haute aristocratie anglaise, il
parvint à l'intéressera son entreprise, obtint son
patronage, et, grâce à ce puissant appui , le
maintint dans une prospérité croissante. C'est
ainsi qu'il a exercé une salutaire influence sur
le goût de la nation anglaise pour la musique
classique. Chaque année, pendant la saison, les ar-
tistes les plus célèbres et les plus distingués dans
l'exécution de cette musique, Vieuxtemps, Sivori,
Joachim, Molique, Piatti, Halle, font entendre dans
des matinées périodiques, en présence d'un audi-
toire d'élite, des compositions instrumentales,
telles que quatuors, quintettes, sextuors, etc.,
de Haydn, Mozart, Beethoven, Mendelssohn, avec
une perfection d'ensemble qu'on entend rare-
ment ailleurs. Ella publie également chaque
année un bulletin analytique, avec les thèmes
notés, des compositions exécutées dans chaque
séance de la saison. Ce bulletin a pour titre :
The annual Record of the Musical Union.
Les bulletins réunis de chaque année forment
un cahier d'environ 45 pages in-8°, imprimés
avec luxe. La collection forme jusqu'à ce jour
( 18C0 ) seize années.
ELLER ( Louis ), violoniste remarquable
et compositeur pour son instrument, est né à
Graetz (Styrie), en 1819, et y a reçu sa première
instruction musicale du maître de chapelle Hysel.
Ses progrès sur le violon furent si rapides, qu'à
l'âge de neuf ans il put se taire entendre avec
succès, dans un concert donné par la société mu-
sicale de la Slyrie. Il donna ensuite plus de so-
lidité à son éducation de musicien, enchantant
comme enfant de chœur dans les églises. Après
avoir étudié le chant pendant plusieurs années,
il se rendit à Vienne, à l'âge de dix-sept ans, et
s'y fit entendre, pour la première fois, en 1836,
dans un concert donné par Dœhler. La justesse
de son intonation et l'habileté de son mécanisme
d'archet y furent déjà remarquées. Eller ne resta
pas longtemps à Vienne, parce que l'éclat de son
succès dans cette ville le fit bientôt après appeler
EELER — ELLERTON
127
à Salzbourg, en qualité de maître de concerts et
de professeur de son instrument. Ce lut de cette
ville qu'il partit pour l'aire son premier voyage
d'artiste en Hongrie et en Croatie, à la suite du-
quel il retourna, pour la première fois, à Grretz,
en 1842. Il parcourut ensuite la Suisse, la France
méridionale, et visita Paris en 1844. La Gazelle
musicale en parla alors (t. XI, p. 86 ) comme
d'un talent de premier ordre. Dans l'année sui-
vante, l'artiste retourna à Grœtz, et y donna
quelques concerts, ainsi qu'àTricste; puis il visita
le nord de l'Italie, et retourna dans le midi de la
France, s'arrôtant quelques mois à Toulouse,
dont le climat était favorable à sa santé. Son état
habituel de souffrance l'a décidé à se lixer dans
cette région, plus douce et d'une température
plus égale que celle des autres pays qu'il avait
visités : c'est à Pau, dans le département des
Basses-Pyrénées, qu'il a pris son séjour habituel.
Après avoir parcouru l'Espagne et le Portugal
et avoir joué dans les cours de Madrid et de Lis-
bonne avec son ami Gottschalk, M. Eller donna
son premier concert à Paris en 1850, puis il y
donna des séances de quatuors avec Franchomme,
MM. Sauzay et Segbers. Il y conquit l'estime des
artistes par les grandes qualités de son mécanisme
et par l'élévation de son style dans la musique
classique. Postérieurement, il a fait plusieurs
voyages en Allemagne, et a eu des succès d'en-
thousiasme à Dresde, à Dahtzick, à Stettin, en
1854, à Francfort et à Wiesbade, en 1855, de
nouveau à Dresde, à Dantzick et Hanovre, en
1858. En 1855 il était retourné à Paris, et y avait
donné un concert le 11 juin, dans lequel il
joua le concerto de Mendelssohn , une Corrente
de sa composition, la Chacone de Bach, une
Valse diabolique écrite par lui et des airs sty-
riens variés. Les journaux de cette capitale le
placèrent, après celte audition, au rang des
virtuoses les plus remarquables de l'époque. Le
17 juillet de la même année, il joua à Londres,
dans un concert de bienfaisance donné par la
princesse Czartoryska, et le Times, le Morning-
Herald et plusieurs autres journaux donnèrent
les plus grands éloges au talent du violoniste.
M. Eller a fondé à Pau des séances de musique
classique qui excitent l'enthousiasme des ama-
teurs. Ln beau f^on, une grande justesse, beau-
coup d'habileté de la main gauche, particulière-
ment dans la double corde, composent les qua-
lités principales de cet artiste; mais on lui
reproche de manquer de charme. Parmi ses com-
positions, on dislingue : 1° Corrente pour violon
et piano, op. 1 ; Paris, Richault. — 2° Valse
diabolique, idem, op. 10; ibid. — 3° Menuet
sentimental, idem. op. 12; ibid. — 4° Deux
études de concert pour violon seul, op. 2; ibid.
— 5° Improvisation sur un chant d'église de
Haydn; ibid. — 6° Rhapsodie hongroise pour
violon et piano, op. <); ibid. — 7° Adagio et
rondo pour violon, avec piano, op. 17; Leip-
sick, Scbuberth. — 8° Capricci, idem, op. 20 ;
ibid. — 9° deux impromptus, idem, op. 21 ;ibid.
— 10° Fantaisie originale, idem, op. 24 ; ibid. —
11° Menuets, contredanses et sérénades de Don
Juan, de Mozart, arrangés pour violon seul, op.
22; ibid. — 12° Fantaisie sur des thèmes espagnols
pour violon et piano, op. 22 ; Mayence, Scholt.
ELLERTON (John Lodge), compositeur, est
né le il janvier 1807, dans le comlé de Chester,
en Angleterre. Ses parents descendent d'une an-
cienne famille irlandaise, originaire de la Nor-
mandie. Dès son enfance on reconnut en lui un
goût passionné pour la musique; à l'âge de sept
ans il s'essayait déjà dans de petites compositions
qui indiquaient un heureux instinct; mais son
père ne cessa de combattre ce penchant et lui
refusa toujours un maître de musique. M. El-
lerlon fut obligé de se livrer seul à l'étude du
piano. Ayant été envoyé à l'université d'Oxford
pour y faire ses études, il y obtint, en 1828, le
grade de A. M. ( maître es sciences ). Il n'avait
pas cessé de cultiver la musique pendant son sé-
jour dans cette ville, continuant toujours de se
livrer à la composition, sans autre guide que des
traités d'harmonie. Il y avait même écrit un
opérette en langue anglaise et un opéra sur un
texte italien. Sorti de l'université, il se rendit à
Rome, et y fit des études sérieuses de contrepoint
pendant deux ans, sous la direction d'un maître
de chapelle nommé Terriani. Ce fut à Rome
qu'il écrivit la plupart de ses opéras. M. Ellerton
s'est exercé également dans la musique instru-
mentale, particulièrement dans le genre des qua-
tuors pour les instruments à cordes, et dans ce-
lui de la symphonie. L'ardeur qu'il mettait dans
son travail a souvent altéré sa santé, et l'a obligé
de se rendre à Aix-la-Chapelle pendant plusieurs-
saisons, pour y retrouver, par l'usage des bains ,
ses forces épuisées. Le climat de l'Angleterre lui
est défavorable, tandis que celui de l'Allemagne
lui est salutaire. C'est aussi dans les provinces
rhénanes, dans le duché de Bade et en Prusse
que ses ouvrages ont obtenu le succès le plus
décidé. M. Ellerton a épousé, en 1837, la fille du
comte de Scarborougb, pair d'Angleterre. Le ca-
talogue des ouvrages de cet amateur distingué
est composé de la manière suivante : 1° Issipile,
opéraen trois actes. — 2° Bérénice in Armenia ,
idem. — 3° Annibalein Capua, idem. — 4° Il
Sacrifizio d'Epito, idem. — ■ 5° Andromacca,
idem. - 6° Il Carnovale di Venezia, en deux
128
KLLERTON — ELLEVIOU
actes. — 7° Il Marito a vista, idem. — 8°Carlo
Roua, opéra allemand, en trois actes. — 9° Lu-
cinda, opéra anglais, en trois actes. — 10° Do-
m'enica, idem, en deux actes. — 11° The Bridai
of Greermain ( les Noces de Greermain), idem,
en cinq actes. — 12° Paradise lost ( le Paradis
perdu ), oratorio en quatre parties. — 13° Six
messes. — 14° six antiennes*. — 1 5° Dix-sept mo-
tets. — 16° Soixante et un glees à 4, 5 et 6 voix.
— 17° Quatre-vingt-trois duos à différentes voix.
— 18° Cinq symphonies à grand orchestre. —
19° Quatre ouvertures de concert. — 20° Trois
quintettes pour 2 violons, alto et 2 violoncelles.
— 21° Quarante-quatre quatuors pour 2 violons,
alto et violoncelle. — 22° Trois trios pour violon,
alto et violoncelle. — 23° Huit trios pour piano,
violon et violoncelle. — 24° Deux sonates pour
piano et violon. — 25° Une idem pour piano et
alto. — 26° Une idem pour piano et violoncelle.
— 27° Neuf idem pour piano et flûte.
ELLEVIOU (Jean), acteur célèhre de l'O-
péra-Comique, naquit à Rennes, le 14 juin 1769.
Son père, chirurgien en chef de l'hôpital de cette
ville, le destinait à suivre sa profession, et ses
études furent dirigées vers ce but ; mais la répu-
gnance que la dissection des cadavres inspirait
au jeune Eileviou était invincible. Un goût pas-
sionné pour la comédie lui faisait chercher les
occasions de la jouer en société, bientôt il ne lui
suffit plus d'en faire un délassement à ses tra-
vaux, et le désir de se faire comédien lui fit
abandonner clandestinement la maison pater-
nelle. Arrivé à Paris, il y fut engagé par le di-
recteur du théâtre de la Rochelle, qui l'emmena
et qui se disposait à le faire paraître en public,
quand l'intendant de la province fit arrêter le
débutant, qui ne recouvra sa liberté qu'à l'arri-
vée de son père. Après de vives altercations,
Eileviou promit de renoncer à la comédie, et
consentit à retourner à Rennes. Il y reprit le
cours de ses éludes , et quelque temps après it
fut envoyé à Paris pour y terminer ses cours.
Mais à peine y fut-il arrivé , qu'il prit la résolu-
tion de secouer le joug paternel et de s'aban-
donner à sa vocation pour le théâtre. Le 1 er avril
1790 il débuta à la Comédie italienne par le rôle
du Déserteur. Sa voix alors était une basse-
taille dont le timbre était sourd et dont l'étendue
n'était pas développée. Ses succès ne répondi-
rent point d'abord aux espérances que son
goût pour la scène avait fait naître; cependant
il fut reçu dans la même année comme acteur
aux appointements. Le premier rôle nouveau qui
lui fut confié est celui du nègre, dans Paul et Vir-
ginie , de Kreutzer; bientôt après, le travail
qu'il fit pour développer les sons élevés de sa
voix en changèrent le caractère; il perdit suc-
cessivement plusieurs notes graves, et de basse
qu'elle était d'abord, sa voix se transforma en
ténor, qui s'étendit chaque jour vers le haut par
l'étude qu'il fit des sons de tôle. La métamor-
phose était déjà opérée eu 1792, car Eileviou put
chanter alors le rôle de Philippe, dans l'opéra
de Dalayrac intitulé Philippe et Georgette.
Ce rôle commença sa réputation. Chanteuragréa-
ble, et doué de tous les avantages de la taille
et delà figure, il plaisait aux femmes, mais les
hommes le jugeaient plus sévèrement, et le pla-
çaient fort au-dessous de Michu, comme acteur.
Enlevé par la loi sur la réquisition à ses étu-
des dramatiques, Eileviou dut se rendre à
l'armée; mais il y resta peu de lemps; une
i commission fictive qu'il se fit donner le ramena
à Paris, où il prit parti dans les sociétés de jeunes
gens appelés Sociétés de muscadins, qui en-
treprirent d'opérer une réaction complète après
le 9 thermidor. Poursuivi par la police, Eileviou
se réfugia à Strasbourg, en 1795 , et ce fut là
qu'il commença à prendre cette aisance de la
scène, cette diction élégante, et ce jeu fin et
spirituel qui l'ont ensuite rendu célèbre. Rappelé
à la Comédie-Italienne de Paris, il y joua d'ori-
gine et avec de brillants succès les principaux
rôles dans Gulnare , Zoraime et Zulnarc ,
Trente et quarante, le Prisonnier, Adolphe
et Clara, Maison' à vendre, le Calife de
Bagdad. Sa voix était devenue plus belle, plus
sonore, plus flexible, et, bien qu'il fût inférieur
à Martin comme musicien, il se soutenait à côté
de lui comme chanteur. Il y avait d'ailleurs plus
d'expression naturelle el plus de charme dans
son organe et dans ses accents. Les rôles de pe-
tits maîtres et de jeunes militaires étaient ceux
où il brillait alors, quoiqu'il pût jouer avec succès
les caricatures, ainsi qu'il le fit voir dans le
Cabriolet jaune, l'Irato et Picaros et Diego.
Piqué du reproche que lui adressaient quelques
journaux de n'être bon acteur que sous le cos-
tume de houzard, et peut-être persuadé que dix
aimées de vogue avaient usé les succès de ce
genre, Eileviou songea à s'essayer dans des rôles
qui exigeaient plus de sensibilité, un talent plus
flexible. A la réunion des acteurs des théâtres
Favart et Feydeau , qui s'était opérée en 1801,
il était devenu un des cinq administrateurs de la
nouvelle société; il profita des avantages de
sa position pour faire remettre à la scène les
anciens opéras qui lui offraient des chances de
succès dans la nouvelle direction qu'il voulait
prendre. C'est ainsi qu'on vit reparaître tour à
tour VAmi de la maison, Zémire et Azor,
Richard, Coeur de Lion, le Roi et le Fermier,
ELLEVIOU — ELLMKJNREICII
12»
Félix, etc. Dans tous ces ouvrages, Ellevioufit
f)reuve de sensibilité, de goût et d'intelligence;
il leur rendit toute la fraîcheur de la nouveauté,
et leur procura des succès plus brillants que
ceux qu'ils avaient eus dans leur origine. Tout
Paris voulut le voir et l'entendre dans les rôles
de Blondel, û'Azor et de Félix ; il y était à la
fois chanteur plein de goût et d'expression, ac-
teur remarquable par la noblesse et la sensibi-
lité. Des rôles nouveaux écrits pour lui prouvè-
rent qu'il n'avait pas besoin de la tradition
pour se diriger dans la carrière nouvelle où il
s'était engagé Celui de Joseph lui lit particu-
lièrement beaucoup d'honneur. Dans Jean de
Paris il retrouva toute sou ancienne légèreté, mais
avec plus d'aplomb et de fini dans les détails.
Cet acteur, adoré du public, jouissait d'avan-
tages très-considérables au théâtre, car dans les
dernières années, ses appointements s'élevaient
à 84,000 francs de traitement annuel ou de gra-
tifications. Ses prétentions grandirent avec ses
succès, et ses exigences allèrent en 1812 jusqu'à
demander cent vingt mille francs par an. L'em-
pereur Napoléon s'opposa à cette concession de
ta part des sociétaires de l'Opéra-Comique, et
voulut même que le traitement de 84,000 liants
fût diminué. Elleviou, qui ne cherchait peut être
qu'un prétexle pour se retirer pendant qu'il
jouissaitencore de toute la faveur du public, sai-
sit cette circonstance, et quitta la scène au mois
de mars 1S13. Le 10 de ce mois il donna sa re-
présentation de retraite, et joua dans Adolphe et
Clara et dans Félix pour la dernière (ois.
Malgré la gravité des événements politiques, à
cetleépoqup, le public se porta en foule an théâ-
tre , et donna , pendant tout le cours de la re-
présentation, des témoignages d'intérêt et de re-
gret a l'acteur de sa prédilection. Depuis ce
temps, Elleviou a vécu dans la retraite à sa
terre de Roncières, près de Tarare, dans le dé-
partement du Rhône. Ses économies et un ma-
riage avantageux lui avaient fourni les moyens
de faire l'acquisition de celte propriété considé-
rable. Là, il se livrait à son goût pour l'agricul-
ture , et les bonnes études de sa jeunesse lui
faisaient trouver dans la littérature et dans les
arts d'agréables délassements de ses travaux. On
a de lui les livrets de trois opéras: le Vaisseau
amiral, Délia et Werdikan, et l'Auberge de
Bagnères, qui ont été joués au théâtre Fey-
deau. Elleviou est mort subitement à Paris ,
d'une apoplexie foudroyante, le 5 mai 1842, à
l'âge de soixante-treize ans.
ELLIOTT (...), facteur d'orgues distingué,
né à Londres en 1782, a contribué aux perfec-
tionnements de la partie mécanique des instru-
BIOCR. 0NIV. HES MUSICIENS. — T. III.
ments de cette espèce. Ses orgues se font aussi
remarquer par la bonne qualité des jeux <le
fonds. Dans ses derniers travaux, les plus consi-
dérables, il a eu le bon esprit de s'asocier Hill.
homme degénie, fécond en expédients pour vain-
cre les difficultés que présente quelquefois l'em-
placement des orgues. Elliott avait été élève de
Hill , père de celui qui vient d'être nommé. Un
de ses premiers ouvrages fut la reconstruc-
tion, en 1814, de l'orgue de la chapelle royale de
Whitehall, construit originairement sous le règne
de Charles IF, vers 1680, par le vieux Schmidt,
facteur allemand. Ses instruments les plus con-
sidérables sont : 1° le grand orgue de la cathé-
drale d'York, en société avec Hill, composé de
trois claviers à la main, clavier de pédale, et qui
contient environ 8,000 tuyaux , dont 3 jeux de
32 pieds ouverts, un bourdon et une bombarde de
32 pieds. Cet instrument a coulé 125,000 francs,
non compris la dépense du buflet, qui a été de
mille livres sterling. — 2° L'orgue à trois claviers
manuels et ciavierde pédales, dansChrist-Church,
Newgate Street, à Londres. — 3° l'orgue à trois
claviers manuels et clavier de pédale, à l'église
de Creyditon. Elliott a cessé de travailler vers 1840.
ELLYS (Richard), littérateur anglais, et sé-
nateur du tribunal suprême, au commencement du
dix-huitième siècle, est auteur d'un livre cité par
quelques biographies sous ce titre : Observatio-
nés philolog . ad locaNov. Testant., Rolterdam
1 727, in-8° ; mais le titre véritable est Fortuita sa-
cra. On y trouve une dissertation sur les cymbales
antiques, intitulée Comment arius de cymbalis.
Très-su périeureà l'ouvrage de Lampe (woy.ee nom)
sur le même sujet, la dissertation d'Ellys com-
mence à la page 263 du volume, et finit page 378.
Elle est divisée en 32 chapitres, où il est traita
de l'origine des cymbales ; de l'analogie de leur
forme avec la plante du genre cotylédone ; des
coquillages qui servirent de cymbales ou de cro-
tales dans les premiers temps ; de l'usage dos
cymbales dans les fêtes de Bacchus, de Cybèle,
de Cérès et d'Isis; de l'union constante, chez les
anciens, des cymbales et des timbales et tambours;
de la matière des cymbales ; de la qualité des
sons qu'elles produisaient; de la variété de leurs
formes; de l'usage des cymbales en particulier
chez les Hébreux, etc. Le livre de Richard Ellys
est malheureusement assez rare.
ELLMEXREICH (Je\n-Baptiste), acteur
et chanteur allemand, né à Neubrisach en 1770,
parut sur le théâtre de Francfort pour la première
fois au mois de mars 1792 , et joua pendant plu-
sieurs années sur celui de Hambourg. Sa voix
était un« basse très-grave et d'un beau volume
de son. En 1803, on essaya d'établir à Paris, au
9
130
ELLMENREICH — ELSBETII
Ihéâtre de la porte Saint-Martin, un Opéra alle-
mand, auquel on donna le nom de Théâtre Mo-
zart. Ellmenreich y chanta dans V Enlèvement
du sérail et dans plusieurs autres ouvrages;
mais cette entreprise n'ayant point eu de succès,
Iti* acteurs furent congédiés , et ce chanteur se
borna à se faire entendre dans quelques con-
certs. En 1804, il entreprit de voyager avec le
pianiste Woelll, pour donner des concerts, et l'an-
née suivante il se fixa à Londres. On a sous son
nom quelques pièces pour léchant, parmi lesquel-
les on remarque : 1° Der Rechenmeister Amor
(l'Amour arithméticien) pour piano et chant,
avec accomp. de deux violons, alto et basse;
Hambourg, 1798. — 2° Air favori : Schœne
Mœdchen (Belle Fille). — 3° Das Leben ist ein
Wuerfelspiel (la Vie est un coup de dé), ariette;
l.eipsick, Kiihnel. — k° Amusements dessoirées,
trios pour soprano , ténor et hasse , avec ace.
de guitare et piano, Paris, 1803.
Un compositeur du même nom , attaché à la
petite cour de Schwerin , a donné dans celte
ville, en 1848, un opéra intitulé Ber beide Kai-
ser (les Deux Empereurs).
ELMENHORST (Henri), né à Parcbim,
dans le Mecklembourg, le 19 octobre 1632, fit
ses études à Leipsick, où il fut nommé magisler
en 1653. De là il alla à Wittenberg et ensuite à
Hambourg, où il fut fait diacre de l'église
Sainte Catherine, en 1660, et enfin pasteur de
l'hôpital de Saint-Job, en 1697. H est mort dans
celte ville, le 21 mai 1704. On a de lui un livre
de cantiques sous le titre de Geistliches Gesxng-
buch mit Franckens musikalischer Composi-
tion, et un traité historique sur l'opéra, intitulé
Dramatologia antiquo-hodierna, das ist Be-
richt von den Opernspielen , etc. Hambourg ,
16SS , in-4° de 186 pages. Cet ouvrage contient
de savantes recherches sur ce sujet.
ELOtfIS (Joseph), professeur de harpe, né à
Genève en 1752, vécut à Londres pendant plusieurs
années, etse fixa ensuite à Pans, en 1787. Il a pu-
blié plusieurs ouvrages pour son instrument; les
plusconnus sont : \° Air du paysdeGolles, varié.
— 2° Romances d'Estelle, suivies d'un air varié
pour harpe et piano. — 3° Sélection of favo-
rite Scotts songs, with accompaniment for ihe
piano-forte ; 2 vol. in-fol.
ELOY, musicien savant, vécut au quinzième
siècle, antérieurement à Tinctoris, qui le cite avec
•Moge dans le cinquième chapitre du troisième
livre de son Proportionna ire de musique. Il fut
tu peu postérieur à Dufay, Dunstablc et Bin-
ctioi», car les contemporains de ceux-ci ne ci-
tent pas son nom conjointement à ceux de ces
hommes célèbres ; mais il vécut dans la première
partie et vers le milieu du quinzième siècle, dan*
le même temps que Barbireau, Fauques, Domarl,
Brassart, Le Bouge, et Puylois. On n'a rien
trouvé jusqu'à ce jour (1860) pour établir les
cléments d'une biographie d'Eloy, car on ignore
également quelle fut sa patrie, le nom du
maître qui dirigea ses études, et la position
qu'il occupa. Plusieurs familles anciennes du
nom d'Eloy existent dans la Flandre française
et dans le Hainaut ; peut-être est-il permis de
croire que le musicien dont il s'agit a vu le jour
dans une de ces provinces. Il avait cessé de
vivre longtemps avant l'époque où Petrucci de
Fossombrone inventa la typographie de la mu-
sique , et ses ouvrages étaient sans doute ou-
bliés dès lors, car on n'en trouve aucun fragment
parmi ceux que ce typographe a publiés, ni dans
aucune autre collection postérieure. Tinctoris
( loc. cit. ) dit, en parlant de la manière d'indi-
quer le mode mineur dans la notation propor-
tionne : C'est ainsi qu'a écrit Eloy, très-
savant en ce qui concerne les modes, dans
sa messe intitulée .-Dixerunt discipuli (l). Ga-
fori accorde des éloges semblables à ce maître
à propos des mêmes choses , et cite la même
messe (2). Cette messe se trouve en manuscrit
à Borne , dans les archives de la chapelle pon-
tificale. L'abbé Baini en avait fourni au con-
seiller Kiesewetter le Kyriacl VAgnus : celui-
ci les a publiés en partition dans son histoire
de la musique européenne occidentale (3) ; ce
sont des morceaux de grand mérite pour le
temps où ils ont été écrits.
ELOY ou ELOl ( Casimir ), né à Amiens,
le 18 février 1778, entra comme élève dans les
classes de chant du Conservatoire, au mois de
floréal an vu (1799), et débuta à l'Opéra en
1804, dans les rôles de ténors. Cet acteur s'est
retiré à la fin de 1823, après vingt ans de ser-
vice.
ELSBETH ( Thomas ), compositeur, né à
Neustadt en Franconie, s'établit à Francfort-sur-
l'Oder, vers 1600, puis se fixa vraisemblablement
à Jauer, petite ville de la Silésie , d'où l'épître
dédicatoire d'un de ses ouvrages, imprimé en
1624 , est datée. Il est d'ailleurs remarquable
que la plupart de ses compositions ont été im-
primées àLicgnitz, autre ville de la Silésie,
(1( Sicut Eloy qiiem in modis doctUsimum accepl in
missa Dixerunt discipuli fecit.
12) Eloy igitur in modis doctissimus in missa sua Dixe-
runt discipuli duabus ipsis longarum perfectarum pausta
raodum majorera perfectum declaravit atque iifcupef
trium temporuen pausa minoris modi perfcctt'onem os-
tcndlt. ( Musicx utriusque canins practica, lib. Il, c. 7.)
{■H)Ceschicl>tederFurop. Abendlwnd. ftfttsik,pl. X1V-XV.
ELSBETH — ELSSER
131
et se trouvent dans la bibliothèque du Gymnase
de cette ville, où M. Dehn , conservateur de la
lîibliothèque royale de Berlin, pour la partie mu-
sicale, les a découvertes. On a de lui Vingt-quatre
motets à six voix, Francfort-sur-l'Oder, 1600.
Quatre de ces motets sont sur des paroles alle-
mandes, et les autres sur des textes latins. Le titre
de cet ouvrage est : Seleetissimx et novx
canlionessacrx, vulgo motecta appellatx, nec
unquam antehac inlucem emissx, sex vocum,
cum ad vivam vocem, ium ad omnis gene-
ris instrumenta accommodatx ; in-4° obi. Les
titres des autres productions de ce musicien sont:
1* Seleetissimx et novx cantiones sacrx
vulgo motecta appellatœ, nec unquam ante-
hac in lucem emissx , quinque vocum, in
publicum ccclesiarum et scholarum pia-
rum usum typis divulgatx per Thomam
Elsbelhum neapolitan. Franc. Lignicii typis
ISicolai Sartorii, 1590, in-4° obi. avec un in-
dex de xu n os . — 2° Neue ausserlesene wel-
iliche Lieder zuvor niemals in Druck aus-
gangen, mit 5 Stimmen (Nouvelles chansons
mondaines choisies à cinq parties) ; Francfort-
sur-l'Oder, 1599, in-4° obi. Ce recueil contient
36 morceaux. — 3° Seleetissimx et novx can-
tionessacrx vulgo motecta appellatx nec un-
quam antehac in lucem emissx, quatuor
vocum; Lignicii, excudebat Sartorius, 1606,
in-4° obi. Ce recueil contient 20 morceaux,
dont onze en latin et huit en allemand. —
4° Neue ausserlesene Lieder, zu Goites Lob
gerichtet dann auch von der edlen und
lieblichen Musica, mit 5 Stimmen ( Nouvelles
chansons choisies à la louange de Dieu et aussi
de la noble et aimable musique, à 5 voix ) ;
Liegnitz, Nie. Schneider, 1607, in-4° obi. Ce re-
cueil contient 20 morceaux. — 5° Erster Theil
Sontaglicher Evangelien, etc., mit 3 Stimmen
(Première partie des évangiles pour les dimanches,
à 3 voix ) ; Liegnitz, Nie Sartorius, sans date, avec
une dédicace datée du 1 er mars 1616. Ander Theil,
etc. ( secoude partie du même ouvrage), sans
date, avec une dédicace du 12 mai 1621, in-4°. La
première partie contient 30 morceaux, la deuxième
24 n os . — 6° Melpomene sacra, festis fide-
lium nuncupata, das ist ausserlesene geist-
liche Gesxnge auffalle vomehme Fest durchs
ganze Jakr, mit 6 Stimmen ( Cantiques
choisis pour toutes les grandes l'êtes de l'année,
à 6 parties) ; Breslau ( sans date ), avec une dé-
dicace datée de Jauer, 1624, in 4°.
ELSMER (Joseph), compositeur, né à Grot-
tkau, tille des États prussiens, le 1 er juin 1769,
était fils d'un menuisier qui, doué d'un esprit in-
génieux et de connaissances musicales, construi-
sait des clavecins, des harpes et d'autres instru-
ments de musique. En 1781, Llsner fut envoyé a
Breslau, pour y faire ses études au collège , et
entra, comme enfant de chœur, à l'église des Domi-
nicains. Plus tard, il futeinployé au théâtre comme
violoniste et comme chanteur; là, les occasions
fréquentes qu'il eut d'entendre de bonne musique
développèrent en lui le goût de la composition
dramatique. Destiné par son père à l'élude de la
médecine, il ne se rendit point à ses vœux , et sa
résolution fut prise de se livrer à l'élude de l'art
sous la direction de bons maîtres. Fœrster, ih-
recteur de musique à Breslau, lui donna des le-
çons d'harmonie. Ses premières productions fu-
rent des romances, parce queTe genre exige peu
de connaissances dans l'art de la composition.
Quoique peu avancé dans cet art, il essaya pour-
tant ses forces dans des airs de danse, des duos,
trios, et même dans un concerto de violon avec
accompagnement d'orchestre. L'habilclé venant
avec l'expérience, il écrivit des morceaux de
musique religieuse , un oratorio, un morceau de
musique pour des instruments à vent, destiné à la
procession de la Fête-Dieu, une symphonie ( en
ré ) et quelques autres morceaux de différents
genres. Arrivé à Vienne, pour y continuer ses
études, il abandonna complètement celle de la
médecine, et ne s'occupa plus que de la musique.
Lié avec les artistes les plus recommandables, il
puisait dans leur entretien et dans la lecture
des meilleures partitions l'instruction qui lui était
nécessaire pour parcourir la carrière d'artiste
avec honneur. En 1791, il s'établit à Briinn, où
la place de premier violon du théâtre lui fut
confiée. Il y écrivit, jusqu'à Pâques de 1792,
quatre quatuors pour des instruments à cordes,
un concerto pour la flûte, et une cantate dont
le mérite fit obtenir à Llsner la place de direc-
teur de musique à Lemberg. Depuis 1792 jus-
qu'en 1799, époque de son séjour en cette ville, il
écrivit des entr'actes pour la tragédie de Marie-
Stuart de Schiller, toutes les danses de la saison
du carnaval pendant plusieurs années , quatre
symphonies, huitqualuors pour des instruments
à cordes ( publiés à Vienne , Offenbach et Var-
sovie ), un concerto facile pour le violon, trois so-
nates pour violon et violoncelle, des sonates pour
piano, violon et violoncelle, plusieui-6 grandes et
petites cantates, des chœurs et des entr'actes
pour le drame intitulé Lanassa, une messe de
requiem brève, et les opéras dont les titres sui-
vent : 1° Die seltenen Briider oder die vler
Zauberkugeln ( les Frères bizarres ou les qua-
tre balles enchantées ), imitation de la Flûte
enchantée de Mozart. — 2° Der verkleldete
Sultan ( le Sultan travesti ). — i" Iskahai,
!32
ELSNER
pièce polonaise avec citant. — 4" Sydney e
Tumma, mélodrame polonais — 5° Les Amazo-
nes ( opéra polonais en deux actes ).
En 1799 Elsner fut appelé comme directeur de
musique au théâtre de Varsovie. Arrivé en cette
ville, il y fit représenter les pièces qui viennent
d'être citées; l'année suivante il y écrivit le
Sultan Wampon , opéra , et dans l'espace de
vingt années il composa vingt-deux ouvrages
dramatiques , tous en langue polonaise. Dans
cet intervalle, il avait fait un voyage à Paris,
et y avait fait entendre quelques-unes de ses
compositions dans des concerts donnés à Saint-
Cloud et aux Tuileries. Après l'institution du
grand-duché de Varsovie , Elsner , de con-
cert avec la comtesse Zamoïska, fonda en 1815
une société pour les progrès de la musique en
Pologne qui fut le commencement du Conserva-
toire de Varsovie, établi en 1821, après que Elsner
eut quitté la direction de la musique du théâtre.
Elsner fut nommé directeur de ce Conservatoire
et professeur de composition. Par ses soins, l'é-
tablissement était déjà parvenu à un état satis-
faisant de prospérité; mais les événements po-
litiques qui ont suivi la révolution de 1830 en ont
fait fermer les portes. Cette école a été rétablie
postérieurement , mais avec une organisation
moins importante. En 1834, Charles Soliva, com-
positeur italien, en avait la direction. Retiré dès
lors dans sa maison du faubourg de Praga, Elsner
continua d'écrire un grand nombre de composi-
tions religieuses, particulièrement plusieurs belles
messes , son oratorio la Passion de Notre- Sei-
gneur Jésus-Christ, qui fut exécuté solennelle-
ment en 1844, dans l'église évangélique de Var-
sovie, par trois cents musiciens, sous la direction
de T. Niducki et de Billing, et ewMn son Stabat
Mater, composé en 1844, et que l'auteur écrivit
de la main gauche, parce que la droite avait été
frappée de paralysie. Cet excellent artiste est
mort dans Pété de 1854, entouré de l'estime de
toute la Pologne, et en particulier de ses élèves. Sa
femme l'avait précédé de deux ans dans la tombe.
Son cabinet de travail et sa bibliothèque ont été
laissés intacts par sa famille : on y voit encore
sur sa table de travailles plumes avec lesquelles
il écrivit ses derniers ouvrages. Les connais-
sances solides que Elsner avait déployées dans
la direction et dans l'enseignement du Conser-
vatoire de Varsovie lui firent obtenir en 1825
le titre de chevalier de Saint-Stanislas.
En 1818, cet artiste recommandable visita la
Silésie , son pays natal, et passa une saison aux j
eaux de Rçinerz , pour y rétablir sa santé : il s'y j
lia d'une étroite amitié avec Ébell. La loge ma- '
çonnique de Varsovie, qu'il avait présidée pen- '
dant plusieurs années , a fait lilhographier son
portrait, et Bufuskawskin a publié sa biographie
détaillée, en langue polonaise. Ce compositeur
laborieux a produit, outre les ouvrages qui ont
été cités précédemment : I. Pour ie thévtre :
1° Mieszkancy Kamzalka (les Habitants du
Kamschatka), opéra en un acte. — 2° Siedcm razy
ieden (Sept fois le même), en un acte. . —
3° Stary trzpiat (le Vieux Petit-Maître), en deux
actes, 1805. — 4° Nurzahad, mélodrame, avec
danses et chants, en trois actes, 1805 b"Wies-
zczka Urzella (la Vieille Ursule), opéra en trois
actes, 1806. — 6° Sond Salomona (le Jugement
de Salomon), tragédie avec danses et chants, en
trois actes, 1 806. — 7° Andromède, opéra sérieux
en un acte, 1807. — 8° Trybunal niewid-
zialny (le Tribunal secret), en quatre actes, 1807.
— 9° Mieczyslaw Slepy (Mieczyslas l'aveugle),
opéra en trois actes, 1807.-10° Karol Wietki
i Witykind (Charlemagne et Witikind), drame
lyrique en deux actes, 1807. — 11° Szewc i
Kraucowtia (le Cordonnier et laTailleuse), duo-
drame en un acte, 1808. — 12° Uroienie i
Rzeczywistosi (Chimère et réalité), opéra en un
acte, 1808. — 13° Écho, drame en un acte,
1808. — 14° Sniadanie Trzpiotow (le Déjeû-
ner des petits-maîtres), en deux actes, 1808. —
1 5° Zonapo drodze (la Femme en voyage), en trois
actes, 1309. — 16° Rzymos wobodzony ( Rome
délivrée), drame avec chœurs, trois actes, 1809.
— 17° Benefis (le Bénéfice), duodrame en un
acte, 1810. — 18° Sierra-Morena (la Sierra Mo-
rena), opéra en trois actes, 1811. — 19° Kabalisla
(le Devin) en deux actes, 1813. — 20° Ktol Lo-
kietek (le roi Lokietek), opéiaendetix actes, 1818.
— 21° Jagiello Wielki (Jagellou leGrasd), en
trois actes, 1820. — 22° Le Sacrifice d'Abraham,
en quatre acles ; 1827. — 23° Cantate pour le jour de
naissance de l'empereur de Russie, Alexandre I er .
— 24° Deux scènes pour l'opéra d' Achille, de
Pacr. — 25° Trois scènes pour Ida, de Gyro-
wetz. — 26° Trois scènes pour Elisa, de Mayer.
— 27° Les deux statues, ballet. — 28° Chi-
mère et réalité, opéra français. — 29° La ri-
trosià disarmata, duodrame italien, de Mé-
tastase. — II. Pour l'église : 30° Trois messes
à quatre voix et petit orchestre; Posen, Simon.
— 31° Missa quatuor vocibus comptante or-
chestra; n os 1, 2; ibid. — 32° Messe en fa, à
quatre voix et orchestre; ibid. — 33° Messe en
ut, pour le couronnement de l'empereur de
Russie; Varsovie , 1829. — 34° Messe pour qua-
tre voix seules; Varsovie, Btzezina. — 35° Messe
pour trois voix d'hommes et orgue; ibid. —
36° Messe pour quatre voix d'hommes sans ac-
compagnement ; ibid. — 37° Requiem dedi-
ELSNER — ELST
ISS
catum manibus Alexandri I, quatuor voc.
cum instrum.; ibid. — 38° Graduels pour quatre
voix seules, ibid. — 39° Graduels pour trois
voix d'homme et orgue, ibid. — 40° Hymnus
Ambrosianus pro vocibus quatuor cum ins-
trum. ; Leipsick, Breitkopf et Hœitel. — 41° Messe
à quatre voix et orchestre ; Varsovie, Plachelzki.
— 42° Messe en sol à 2 et 4 voix, sur lé texte
polonais; ibid. — 43° Motet (Gloria et honore)
pour deux chœurs; œuvre 28 de musique d'é-
glise; Leipsick, Hofmeister. — 44° Vêpres à
4 voix et orchestre; Posen, Simon. — 45° In te
Domine speravï, motet à 4 voix. — 46° Veni
Sancte Spiritus, hymne de Saint-Joseph et
li y mue pour la fête de Noël, avec ace. de 2 vio-
lons, alto, flûte obligée et orgue. — 47° Hymne
de Sainte-Cécile, en ut. — 48° De profundis
pour trois voix d'homme, et quelques instru-
ments à vent; Varsovie, Brzezina. — 49° Offer-
toires pour quatre voix seules; ibid. — 50° idem,
pour 3 voix d'hommes et orgue; ibid. — 51° Deux
offertoires pour 4 voix, 3 violons, alto, cor et
basson solo ; Posen, Simon. — 52° Veni Creator à
8 voix ibid. — 53° Veni Creator à 4 voix ; ibid. —
54° TeDeum pour 4 voix, trompette et timbales.
— 55° Ave Maria à 4 voix et orchestre. —
56° Messe de Sainte-Cécile, en ré mineur, œu-
vre 87. — 57° Messe solennelle en la, op. 88.
— 58° Stabat Mater pour 4 voix solo, un et
deux chœurs, altos, violoncelles, contrebasse
et instruments à vent, op. 93. — 59° La Passion
de Notre-Seigneur Jésus-Christ, oratorio. —
60° Le Triomphe de la foi, oratorio exécuté à
Pétersbourg, en 1840. — 6t° Le Cantique de
Siméon, à 3 voix. — 62° Messe pour 4 voix
d'hommes avec orchestre. — 63° Deuxième Messe
idem. — 64° Messe à 4 voix d'hommes, solos
avec chœur. — III. Musique instrumentale :
65° Symphonie à grand orchestre en ré. —
66° Idem,* en ut, œuvre lie; Offenbach, André.
— 67° Idem, en si bémol, op. 17; Leipsick,
Breitkopf et Hœrtel. — 68° Deux Polonaises
pour l'orchestre; Offenbach, André. — 69° Thème
avec variations; idem. — 70° Variations ; idem ,
avec écho nocturne. — 71° 27 Suites de contre-
danses; idem — 72° Six quatuors pour d«ux vio-
lons, alto et basse. — 73° Quatuor en fa pour
piano ; violon, alto et basse. — 74° Grand qua-
tuor en mi bémol; idem, œuvre 14; Paris,
Hentz-Jouve. -75° Sonate à quatre mains pour
piano, Paris, Érard. — 76° Trois Polonaises pour
le piano ; Leipsick, Péters. — 77° Trois rondeaux
à la mazureck pour piano; ibid. — 78° Marche
militaire pour piano, arrangée par Riem; Leip-
sick, Hofmeister. — 79° Polonaise pour piano
et orchestre; Varsovie, Klukowski. — 80° Des
concertos pour divers instruments, en maaito-
crit. — IV. Musique de chant : 81° Morceaux de
chant et chansons à voix seule, avec ace. de
piano, 24 cahiers. — 82° Six airs italiens et un
duo; Varsovie. — 83" Plusieurs morceaux pour les
francs-maçons. — 84° Morceaux pour 4, 5, 6,
7, 8, 9 et 10 voix avec texte polonais, à l'usage
du Conservatoire de Varsovie. — 85° Canons à 3,
4 et 5 voix.
Les productions d'Elsner sont dans le style de
la musique de Paër et de Mayer. Dans sa mu-
sique d'église il y a un peu trop de formes mo-
dernes et dramatiques; on y trouve de la facilité,
une manière naturelle de faire chanter les voix,
mais peu d'originalité et de variété dans les idées.
Elsner écrit avec assez de pureté, bien qu'il laisse
voir dans ses fugues que ses études n'ont pas été
fortes.
Elsner est aussi l'auteur d'un petit mémoire
intéressant qui a pour titre : In wie Weit ist
diepolnische Sprache zur Musik geeir/nct
(Jusqu'à quel point la langue polonaise est fa-
vorable à la musique). Cet écrit a été publié
dans le journal de Kotzbue intitulé Freymû-
thigen, ann. 1803, n° 122, et 487. Il fut com-
posé originairement en langue polonaise. On
connaît aussi un autre ouvrage de lui, pour l'u-
sage des élèves du Conservatoire de Varsovie,
intitulé O Ritmicznosci i metryeznosci ienzyka
Polsiego ( Du rhythme et de la prosodie de la
langue polonaise).
M me Elsner a été longtemps cantatrice à l'o-
péra de Varsovie.
ELSPERUER ( Jean-Christophe -Zacha-
rie) ou Ehberger, né à Ratisbonne, en 1736,
fut d'abord chantre et magister à l'école latine
de Sulzbach, dans le haut Palatinat, et ensuite
premier secrétaire particulier de la comtesse
Palatine; il est mortà Sulzbach, le l" février 1790.
Il a composé plusieurs morceaux pour l'église,
et beaucoup de symphonies et de sonates de
clavecin. En 1783, il composa l'opéra du Barbier
de Séville, qui fut représenté pour célébrer
la cinquantième année du règne de Charles-Théo-
dore, duc de Sulzbach. Il écrivit aussi pour la
même circonstance une cantate intitulée das
Glûckliche Sulzbach (l'Heureuse Sulzbach ).
ELST (Jean Van Der), moine auguslin du
couvent de Gand, issu d'une famille noble, na-
quit au château de Meulenakers, dans le Brabant,
au commencement du dix-septième siècle. Dans
sa jeunesse, il visita la France, et reçut des leçons
d'orgue et de composition de Titelouse, orga-
niste de la chapelle du roi. De retour dans sa
patrie, il cultiva la théorie de la musique, et in-
venta un nouveau système de notation dans le-
m
ELST — ELVVART
quel il avait supprimé les queues et les liaisons
des notes, et teitr avait substitué les- ligatures de
l'ancienne notation noire du quatorzième siècle.
Il adopta aussi une nouvelle nomenclature de
solmisation dans laquelle il n'avait conservé les
anciens noms ut, ré, mi, fa, sol, la, que pour
les notes appelées vulgairement naturelles, et
où il nammoit it, ri, fi,sil, li, les notes diésées,
et ira, ma, sal, le, sa, les notes bémolisées. Les
principes de sa nouvelle méthode lurent dé-
veloppés dans l'ouvrage qu'il publia sous ce titre:
Xotie augustinianx sive musices figurx seu
iiotx novx concinnendis modulis faciliores,
tabulatis organicis cxhibendis aptiorcs ; Gan-
i.lavi, typis Maximiliani Groet , 1657, 3 feuilles
in-4°, avec 10 planches d'exemples. Une par-
tie de cet opu>cule est en langue française; la
seconde partie est en latin. On a aussi de Van
der List un traite de musique, d'accompagnement
et de composition, écrit en langue flamande et
intitulé : Den ouden en de nieuwen Grondt
van de Musickc; Gand, Max. Groet, 1062, in-
4 U . de 76 pages et 10 planches. L' auteur y a re-
produit son système de notation.
ELSTER (Le D'. Daniel), compositeur de
chants, particulièrement pour des voix d'hommes,
né dans la Thuringe, vivait en 1835 à Schleu-
singen, et s'est établi postérieurement à Bàle dans
l'Argovie, canton suisse, comme professeur de
musique et de chant, et comme directeur d'une
société chorale. Son premier ouvrage est un re-
cueil de mélodies avec accompagnement de
piano sur des poésies de Hoffmann de Fal-
lersleben; puis il fut l'éditeur d'une Biblio-
thèque «le chants à plusieurs voix d'nommes par
divers auteurs et par lui-même, publiée à Schleu-
singen, en 2 volumes (1835-1838). Parmi ses
dernières productions, on remarque le I00"' e
psaume pour 4 voix d'hommes, une collection
de 93 chants à 2, 3 et 4 voix, et une méthode
élémentaire de musique, à l'usage des écoles du
peuple, sous ce titre : Vollstxndige Volksge-
sangschule, en 3 parties; Baden, Zehnder.
Elster est mort à Willingen, près de Bade, le 19
décembre 1857.
ELTERLEIiX' (Ernest d'), amateur de
musique allemand demeurant à Waldheim , en
Saxe, n'est connu jusqu'à ce jour que par deux
petits écrits, dont le premier a pour titre : Bee-
thoven's Symphonien nach ihren idéale Ge-
hafte (les Symphonies de Beethoven consi-
dérées dans leurs combinaisons idéales, etc),
L'autre : Becthoveris Clavier-Sonalen. Fur
Freunde der Tonkunst (les Sonates de piano
de Beethoven. Pour les amis de la musique);
Inusick, Henri Malthes, 1856, petit-in-S". Une
deuxième édition de ces opuscules a paru à
Dresde, en 1858. M. d'Llterlein appartient au
parti qui considère la musique comme en pro-
grès, et montre un penchant sincère pour les
compositions de Beethoven qui caractérisent sa
troisième manière; car ainsi que M. de Lenz
et Oulibichetï, il adopte celte division des trois
styles dont nous avons signalé la réalité dans
la notice de l'illustre compositeur que nous avons
donnée dans la première édition de la Biogra-
phie universelle des Musiciens. Toutefois M.
d'Elterlen est raisonnable dans ses appréciations •
il reconnaît que l'époque des productions de
Haydn et de Mozart fut grande, belle, et que
ses monuments sont impérissables. Élève du
professeur de philosophie de Zurich, M. le doc ■
teur frédéric-Théodore Viscber, il a puisé dans
ses leçons le penchant à un idéalisme vague et
rêveur, dont le très-remarquable traité d'Es-
thétique de ce penseur distingué porte l'em-
preinte; mais il se trompe parfois dans les appli-
cations qu'il en fait. Ainsi, lorsqu'il dit que Bee-
thoven est l'expression la plus élevée (dans ses
symphonies) de l'idéal de la musique pure,
il oublie évidemment que cet homme illustre s'est
donné, pour quelques-unes de ses plus grandes
compositions, un programme qui les met en
dehors du domaine de la musique pure, c'est-
à dire, de la musique en elle-même; car il a
fait la Symphonie héroïque, la Symphonie pas-
torale, et la Symphonie avec chœurs. Jl parle
aussi un peu au hasard lorsqu'il dit qu'avec Gade
un nouvel élément est venu faire son apparition
dans la symphonie (Mit Gade kommt ein
neucs Elément in der Symphonie zur Ers-
cheinung, p. 109). Quel est cet élément, peut-
on demander à M. d'ElterleinPil répond : C'est le
caractère de la nationalité du Nord (Es istdies
des Character specifischer nordischer Na-
tionalitàt). Mais d'abord il serait assez difficile
d'expliquer comment le caractère spécifique de
la nationalité septentrionale pourrait se mani-
fester dans la symphonie, à moins que celle-ci
n'eût pour thèmes des mélodies de la Suède, de
la Norvège ou du Danemark; or, rien de sem-
blable ne se trouve dans les symphonies de
Gade.
ELWART (Antoine-Elie) , compositeur et
littérateur musicien, né à Paris, le 18 novem-
bre 1808 , entra à la maîtrise de l'église Saint-
Eustacbe , comme enfant de chœur, à l'âge de
dix ans, et y fit ses premières études musicales.
Lorsqu'il eut atteint l'âge de treize ans, son
père le plaça comme apprenti chez un layetier
emballeur ; mais sa répugnance invincible pour cet
état le détermina à soi tu de chez-son maltie, eu
ELWART
13.»
dépit de la volonté de ses parents. Obligé de pour-
voir dès lors à son existence, il entra dans l'or-
chestre d'un petit théâtre des boulevards en
qualité de second violon. Il était alors dans sa
seizième année. Admis vers le même temps au
nombre des élèves du Conservatoire, il y reçut
des leçons d'harmonie d'un élève de Reicha,
puis il suivit le Cours de composition de l'auteur
de cette Biographie. Devenu élève de Lesueur,
en 1828, il fonda dans la même année, avec le
concours de plusieurs autres élèves, les Concerts
d'Émulation, qui, pendant six ans, furent don-
nés dans la petite salle du Conservatoire, et de-
vinrent l'école pratique des jeunes compositeurs
et des solistes.. En 1831 Elwart obtint au con-
cours de l'Institut de France le deuxième prix de
composition; le premier grand prix lui fut dé-
cerné en 1834. Déjà depuis deux ans il remplis-
sait les fonctions de professeur adjoint du Cours
de composition de Reicha. Devenu pensionnaire
du gouvernement comme lauréat de l'Institut, il
partit pour l'Italie, et pendant son séjour il écri-
vit une Messe solennelle, la plus grande partie
d'un opéra italien , et une scène funèbre intitulée
Omaggio alla memoria di Vincenzo Bellini,
qui fut exécutée au théâtre Valle, au mois de
novembre 1835. De retour à Paris dans l'année
suivante, il y reprit possession de sa place de
professeur adjoint du Cours de Reicha. Pendant
quelque temps il a dirigé les concerts de la rue
Vivienne, puis ceux de la Société de Sainte-Cé-
cile. Il est aujourd'hui (1860) professeur titulaire
d'harmonie au Conservatoire. Artiste laborieux
et instruit, M. Elwart s'est livré à des travaux
de tout genre : composition vocale et instrumen-
tale, méthodes d'enseignement, critique, et
même poésie , tout a été de son ressort. Ses
principaux ouvrases sont ceux-ci : 1° Cinq Messes
dont une à quatre voix et orgue , et une à cinq
voix, chœur et orchestre, en action de grâces, à
l'occasion de la naissance du comte de Paris;
Paris, Catelin, 1840, gr. in-4°. — 2° Plusieurs
messes à 2 et à 3 voix avec orgue et deux messes
à 4 voix sans accompagnement. — 3° Noé, ou
le Déluge universel, oratorio-symphonie en
quatre parties, exécuté à Paris, le vendredi-
saint de l'année 1845. — 4° La Naissance d'Eve,
oratorio exécuté au Conservatoire en 1846. —
5° Les ftoces de Cana , mystère avec solos de
chant, chœur et orchestre. — 6° Miserere à 8
voix seules. — 7° Ruth et Booz, symphonie
vocale. — 8° Un grand nombre de motets, dont
plusieurs Salutaris et Ave Maria, publiés à
Paris, chez la Veuve Canaux.— 9° Les Catalans,
opéra représenté avec succès au théâtre des Arts,
à Rouen. — 10° Chœurs et musique instrumen-
tale pour l'^ces/e d'Euripide, traduite pat M. Hip-
polyte Lucas, et représentée à l'Odéon. — 11° La
Reine de Saba, opéra non représenté. — 12° Les
Chercheurs d'or , opéra en trois actes. — 1 3° Plu -
sieurs cantates de circonstance. — 14° Te Deum
exécuté dans les fêtes nationales de 1848 et 1849.
— 15° Des symphonies inédites , ouvertures,
quintettes, quatuors et trios pour des instru-
ments à cordes. Comme littérateur musicien ,
M. Elwart s'est fait connaître par les productions
dont voici les titres :— 16° Petit Manuel d'har-
monie , d'accompagnement de la basse chif-
frée, de réduction de la partition au piano, et
de transposition musicale; Paris, 1839, in-S°.
D'autres éditions de ce petit ouvrage ont été pu-
bliées en 1841 et 1844, et il a été traduit en es-
pagnol par M. Valdemosa, pour le Conservatoire
de Madrid. — 17° Duprez (chanteur de l'Opéra
de Paris), sa vie artistique, avec xme Bio-
graphie authentique de son maître Alexandre
Choron; Paris, 1838, un vol. in- 8°, avec le por-
trait de Duprez. — 18° Théorie musicale. Sol-
fège progressif rédigé d'après un plan qui réu -
nit l'exposé des règles à leur application im-
médiate, etc.; Paris, Colombier , 1830, in-S°. —
i9° Feuille harmonique, contenant la théorie
et la pratique de tous les accords du système
moderne; 'Paris, 1841. — 20° Le Chanteur ac-
compagnateur, ou Traité du clavier, de la
basse chiffrée, de l'harmonie simple et com-
posée; suivi de la manière de faire les notes
d'agrément , points d'orgue, .etc., toujours
soumis aux règles de la plus pure harmonie
et de l'expression la plus caractéristique ,
suivant le genre de chaque voix; Paris, 1844,
in-8° de 96 pages. — 21° Traité du contre-
point et de la fugue; Paris (sans date). —
2ï° Essai sur la transposition ; ibid. — 23° l'Har-
monie musicale, poème en quatre chants;
Paris, 1853, in-8°. M. Elwart a complété l'ou-
vrage publié sous les noms de MM. Burnett et
Damour {voij. ces noms) , avec le titre suivant :
Études élémentaires de musique , depuis les
premières règles jusqu'à celles de la compo-
sition. Douze livraisons seulement de cet ouvrage
avaient paru quand M. Elwart fut chargé de le
terminer : il en publia les 37 dernières ; Paris ,
1845, in 8°. — 24" L'Art de chanter en chœur,
suivi des Heures de l'enfance ; Paris, chez Ca-
naux. — 25° L'Art de jouer impromptu de
l'alto-viola ; Paris, Colombier.il a fourni aussi
de nombreux articles de musique à YEncyclo-
pédie du dix-neuvième siècle , à la Revue et
Gazette musicale de Paris , et à d'autres jour-
naux. M. Elwart est membre de plusieurs aca-
démies, et décoré des ordres de Charles III j
Î3G
ELWARÏ — EMPSER
d'Espagne , et de l'Aigle rouge de Prusse.
EMBACH (Chaules), facteur d'instruments
de cuivre, né en Allemagne, où il avait travaillé
longtemps comme ouvrier, s'établit à Amsterdam
vers 1815, et obtint du toi des Pays-Bas, en
1824, un brevet d'invention pour la fabrication
des cors et des trompettes chromatiques; mais
il n'aurait dû demander qu'un brevet d'impor-
tation; car son système n'était que celui des pis-
tons, récemment découvert dans sa patrie. Le
lits de cet industriel (L. A. Embacli), composi-
teur de musique, s'est fait connaître en 1840 par
une Ouverture à grand orchestre, qui a été publiée
à Leipsick. Aucune autre production n'a signalé
son existence depuis cette date.
EMERSON (Guillaume), mathématicien
anglais , né en 1701 à Hartworth , dans le comté
de Durham , reçut de son père, qui était maître
d'école, et du pasteur de son village, toute l'ins-
truction qu'il ne dut pas à lui seul. Il vécut
d'abord en enseignant les mathématiques; mais
un petit héritage qui lui échut le mit en état de
vivre dans l'indépendance , et de se livrer à son
goût pour l'étude. Il mourut de la pierre , le 20
mai 1782, âgé de quatre-vingt-un ans. On a
d'Emerson beaucoup d'ouvrages sur diverses
parties des mathématiques ; dans celui qui a
pour titre Cyclomathésis, ou Introduction aux
diversesbranchesdesmalhématiques (Londres,
1770, 10 vol. in-8°) on trouve un travail étendu
sur l'acoustique et la théorie mathématique de
la musique. Emerson avait un goût passionné
pour cet art, dont il avait étudié la théorie avec
persévérance; on peut dire que celte passion
était malheureuse , car il avait si peu d'oreille
qu'il lui était impossible d'accorder son violon,
instrument auquel il avait fait subir quelques
changements de forme, d'après ses idées sur
l'acoustique.
EMERSON (S.), ministre anglican à Port-
land, ville des États-Unis d'Amérique, vécut
dans la seconde moitié du dix-huitième siècle
et au commencement du dix-neuvième. Il a fait
imprimer de sa composition un discours à la
louange de la musique, sous ce titre: Oration
on Music. Portland, 1800, in-8°.
EMERY ou MÉDERIC (...), facteur de
clavecins et d'épinettes , travailla à Paris, vers
la fin du seizième siècle, et se distingua par l'ex-
cellence de ses instruments. Le P. Mersenne dit
de lui et d'Antoine Patin , son compatriote et
contemporain, qu'on les recognoist avoir esté
les meilleurs facteurs de France (voy. Harmo-
nie universelle ; Traité des instruments à
cordes, liv. III, p. 159).
EMMEKIG (Joseph), né à Kemnalh, en
Bavière, en 1772, reçut des leçons de musique
théorique et pratique de P. Sébastien Pirner,
préfet de Saint-Émeran , de Ratisbonne. Lorsque
ses études furent terminées , on le nomma préfet
du séminaire et régent du chœur de cette pré-
bende. Il remplissait encore ces fonctions en
18il. Emmerig a beaucoup écrit pour l'église;
parmi ses compositions les plus remarquables ,
on distingue trois messes, quatre vêpres, dont
une à deux chœurs , et un Stabat. Il a publié a
Rati3bonne et à Augsbonrg Vesperx solemnes
à quatre voix, avec orgue et orchestre.
EMMERT (Joseph) , né le 27 novembre
1732, à Kitzingen, en Franconie, fit ses études à
Schillingsfurst, en Bavière, et y apprit la musique
et la composition. En 1773 il fut appelé à Wiiitz-
bourg, en qualité de recteur de l'école latine de
Saint- Burkard, et de directeur du chœur de
l'université. Il est mort dans cette ville, le 20 fé-
vrier 1809. On a de sa composition les ouvrages
suivants : 1° Choralbuch zu dem 1800 erschie-
dencn neucn Wûrzburgischen Gesangbuche
(Livre de musique simple, etc); Wùrtzbourg,
in 4° de 112 pages. — 2° Psalmodia oesper-
lina mcthodo figurato-chorali cum 4 anlipho-
nis; Augsbourg, 1766. — 3° Te Deum; Salz-
bonrg, 1797. Il a laissé en manuscrit les orato-
rios iVEsther et de Judith; les opéras de Sé-
miramis, Tamyris, et Eberhardt ; des messes
latines et allemandes, des vêpres, Miserere, Te
Deum, et plusieurs cantates et pièces d'église.
EMMERT (Adam-Joseph), fils du précédent,
né à Wûrzbourg, ie 24 décembre 1765, fut d'a-
bord conseiller des archives à Salzbourg , et en-
suite premier officiai du dépôt des archives à
Vienne. 11 s'est fait connaître avantageusement
comme compositeur de musique dramatique, ins-
trumentale et sacrée. Ses principaux ouvrages
sont : 1° Te Deum pour les églises allemandes,
avec orchestre; Salzbourg, 1797, in-fol. —
2° Seize danses allemandes pour clavecin;
ibid., 1798, in-4°. — 3 U Cantate pour l'installa-
lion de l'archevêque de Salzbourg, à 4 voir
et orchestre, exécutée à Salzbourg en 1799. —
4° Harmonie pour deux coj's et basson , 1 er
recueil ; Salzbourg, 1 799. — 5° Harmonie pour
deux clarinettes, deux cors et deux bassons,
1" recueil; ibid. 1799. — 6° Don Silvio de Jîo-
salba, opéra représenté à Anspach.en 1801. — 7°
Der Siurm ( l'Orage) , opéra, joué à Salzbourg
en 1806.
EMPSER (Jérôme), théologien catholique
allemand, né à Ulm, en 1477, mort le 8 novem-
bre 1527, fut un des antagonistes les plus ardents
de Luther. S. Fontaine (Hist. catholique de
nostre temps touchant l'estat de la religion
EMPSER — EINDTER
137
enrestienne; Anvers, Steelsius, 1558, p. 105),
«lit, à l'occasion du mariage de Luther avec Ca-
therine de Ruren , religieuse du couvent de
r.rimma : « En dérision de quoi Gérome Empser
« feit une belle rithme latine qu'il meit en quatre
« parties de musique , et la feit publiquement
« chanter. »
EM Y-DE - LYLETTE (Antoine - Ferdi-
nand), amateur de musique à Paris, au commen-
cement de ce siècle, a fait graver un ouvrage de
sa composition, sous ce titre : Théorie musi-
cale, contenant la démonstration méthodique
de la musique, à partir des premiers élé-
ments de cet art jusques et compris la science
de l'harmonie ; Paris, 1810, in-fol. Ce livre ne
mérite aucune estime, soit sons le rapport de la
rédaction, soit sons celui des exemples, qui sont
écrits d'une manière fort incorrecte.
EIVCIÎE (Henri), pianiste et compositeur,
naquit à Neustadt (Bavière), en 1811, et vécut
quelque temps à Jéna; il s'y faisait entendre dans
des concerts en 1836. Plus tard, il se fixa à Leip-
sick et s'y livra à l'enseignement du piano, li est
mort dans celte ville, le 31 décembre 1859. Son
premier ouvrage est une grande valse de fe'te
pour piano, publiée à Leipsick, chez Hofmeister.
Ses autres productions consistent particulière-
ment en petites pièces pour le même instrument.
ENCKHAUSEN (Hinri-Frédéric), orga-
niste de la cour, à Hanovre, né à Celle, le 28 avril
1799, reçut les premières leçons de musique de
son père, instrumentiste de quelque mérite.
Le petit nombre de musiciens qui se trouvait
alors à Celle laissait souvent des vides dans les
concerts. Cette circonstance fut cause que le
jeune Enckhausen apprit à jouer de plusieurs ins-
truments, tels que le violon, la flûte, la clarinette,
le violoncelle, etc., afin de suppléer aux parties
qui n'étaient point remplies. Ces connaissances
pratiques lui furent ensuite fort utiles dans ses
compositions. En 1810 il entra dans le corps de
musique des cuirassiers de la garde, en garnison
à Celle. C'est aussi vers cette époque qu'il essaya
d'écrire des danses, des marches, des ouvertures
et des solos pour divers instruments. Tout cela
était assez faible et n'eut que peu de succès.
Enckhausen comprit alors la nécessité de faire
des études sérieuses dans l'art d'écrire. En 1826 ,
il se rendit à Berlin dans le but d'y perfectionner
son talent sur le piano, sous la direction d'Aloîs
Schmitt, et d'y étendre ses connaissances dans
l'harmonie et dans la composition. Schmitt ayant
été nommé organiste de la cour à Hanovre, En-
ckhausen le suivit dans cette ville. Ses études de
composition et de piano, et quelques leçons qu'il
donnait en ville étaient les seules occupations aux-
quelles il consacrait son temps. Après que Schmitt
eut quitté Hanovre, son élève lui succéda dans lu
place d'organiste de la cour et dans celle dfr di-
recteur de l'école de chant fondée par le maître.
Enckhausen eut aussi le titre de pianiste du duc
de Cambridge, vice-roi du Hanovre. Les compo-
sitions de cet artiste sont au nombre d'environ
soixante-dix œuvres; elles consistent en suites
d'harmonie militaire (Hanovre, Bachmann) , so-
los et duos pour (Iule, et beaucoup de morceaux
de différents genres pour le piano, parmi lesquels
on cite des sonates pour piano seul ou piano à
quatre mains (œuvres 11, 13, 32, 35, 59, 71, 76),
un grand rondo avec orchestre, œuvre 10 e , les
variations sur l'air allemand an Alexis, op. 21,
et beaucoup d'autres. Enckhausen a écrit aussi
130 chants pour quatre voix d'hommes, ainsi que
beaucoup de chansons allemandes et le psaume
100 à plusieurs voix. Quelquefois ce compositeur
abuse de l'usage des modulations, défaut assez gé-
néral dans l'école allemande de l'époque actuelle.
Il a fait représenter à Hanovre, en 1832, l'opéra
intitulé le Savoyard. Enfin , on a de lui un livre
de mélodies chorales, pour les églises du royaume
de Hanovre.
ENDERLE (Guillaume-Godefroi), l'un des
plus habiles violonistes de l'Allemagne, dans le
siècle dernier, né à Bayreutb, le 21 mai 1722,
apprit la musique à Nuremberg jusqu'à l'âge de
quatorze ans, et passa ensuite un an à Berlin,
pour y perfectionner son talent. En 1748 il en-
tra au service de l'évêque de Wiirzbourg, et en
1753 il fut appelé à Darmstadt comme maître
des concerts de la cour. Il est mort dans cette
ville, en 1793. Quoiqu'il ait beaucoup écrit pour
son instrument et pour le clavecin, il n'a rien fait
imprimer de ses ouvrages. Ses solos de. violon
sont la seule production qui soit connue aujour-
d'hui.
EiXDIG( Charles), organiste à Leipsick, en
1834, n'est connu que par six fugues pour l'orgue,
publiées dans celte ville, en 1831.
EIV'DRES ( S. J. ) , professeur de piano à
Mayence, dans la seconde moitié du dix-huitième
siècle , s'est fait connaître par la publication des
ouvrages suivants : 1° Quarante variations ca-
ractéristiques pour le clavecin. — 2° Yingt-quatie
variations pour le clavecin, sur un menuet de
Dietz.
ENDTER (Chrétien-Frédéric), né en 1728,
apprit les règles de la musique et l'art de tou-
cher de l'orgue à Hambourg , sous la direction
d'un savant organiste de l'église Saint- Pierre,
nommé Pfeiffer, et forma son talent en partie d'a-
près les conseils de cet habile artiste , et en parti*
d'après ceu* de Charles-Adolphe Kunzen. Lors*
138
ENDTER — ENGELBERT
qu'il eut atteint l'âge de dix-huit ans (en 1746),
il obtint la place d'organiste à Buxtehude, dans
le Hanovre, et, dix ans après, il alla en la même
qualité à l'église luthérienne d'Altona. Après y
avoir passé plus de trente ans, constamment li-
vrée l'étude des meilleurs théoriciens sur son art,
il est mort, le 20 mai 17*93. 11 a fait imprimera
Hambourg, en 1757, un recueil de chansonssous
ce titre : Lieder zum Scherz undZeitvertrieb
(Chansons pour rire et passer le temps). Il a
composé aussi une cantate sur des paroles latines,
qui fut exécutée à Altona, à l'occasion du cou-
ronnement du roi de Danemark, en 1767.
ENDTER (J. N. ), compositeur, pianiste et
organiste à Cassel, a commencé à se faire con-
naître par ses ouvrages en 1837. En 1848, il a été
appelé à la direction de la société de chant d'en-
semble ou Leidertafel de cette ville. On a de lui
quelques morceaux de piano publiés à Cassel, des
motets pour des voix d'hommes, et l'oratorio
intitulé : Der verlorene Solm (le Fils perdu ).
EXGEL ( Je\n-Jacques ) né le 11 sep-
tembre 1741, à Parchim, petite ville du duché de
Meklembourg-Schwerin, où son père était pas-
teur, fit ses études à l'université de Roslock, et
se rendit à Leipsick , vers 1765, pour suivre les
cours de philosophie. Les ouvrages qu'il publia
l'ayant fait connaître avantageusement du public,
on lui offrit une chaire à l'université de Gœt-
tingue et ladirection de labibliothèquedeGolha;
mais le désir de se rapprocher de sa mère lui fit
préférer l'emploi de professeur de morale et de
belles-lettres dans un gymnase de Berlin. Dans
les dernières années du règne de Frédéric-le-
Grand, il fut choisi pour enseigner les belles-lettres
aux enfants du prince royal de Prusse, et, à l'a-
vénement de ce prince au trône, on le chargea
de la direction du théâtre de Berlin ; mais, bien-
tôt dégoûté des tracasseries du théâtre, il se relira
à Schwerin. Il est mort à Parchim, le 22 juin 1 802.
Parmi ses ouvrages, on remarque celui-ci : Veber
die musikalische Mahlerey , an den kœnigl.
Kapellmeister Herrn Rcichardt ( Sur la pein-
ture en musique, adressé au maître de chapelle
Reichardt ) ; Berlin, 1780, in-8° de 48 pages. On
trouve aussi des observations sur la musique
dans sa Théorie du beau; Berlin, 1785, 2 vol.
i:i-8°. Jansen a donné une traduction française
tort médiocre d'une première dissertation de
Engel sur ce sujet, sous le titre de : Idées sur
le geste, dans son Recueil de pièces intéres-
santes concernant les beaux-arts, les belles-
lettres et la philosophie ; traduites de diffé-
rentes langues ; Paris, 1781, 5 vol. in-8°.
ENGEL ( Charles-Emmanuel ), né à Tech-
nitz près de Dœbcln , en Saxe, fut d'abord or-
ganiste de la chapelle de l'électeur de Saxe à Leip-
sick, et ensuite directeur de musique de l'Opéra
dirigé par Guardassoni. Il est mort dans le lieu
de sa naissance, le 7 septembre 1795. On croit
que ce musicien est le même que celui qui fut
maître de chapelle de Varsovie vers 1772, et qui
a publié six symphonies à huit parties. Engel a
donné aussi au public : 1° Douze chansons avec
ace. de clavecin ; Leipsick, 1790, in-4°. — 2° Trois
petites sonates pour le clavecin; ibid. 11 a laissé
en manuscrit plusieurs morceaux de musique
d'église, et des pièces d'orgue.
ENGEL ( David-Hermann ), directeur de
musique et organiste de l'église principale de
Mersebourg , en Prusse , est né a JN'eu-Ruppin,
le 22 janvier 1816. Il reçut son éducation mu-
sicale à Berlin, et fut d'abord professeur de
piano dans cette ville. Le roi de Prusse lui a
décerné une médaille d'or pour son livre choral
et de pièces d'orgue à l'usage des dimanches et
fêtes. On a de lui quelques petites pièces pour
le piano, un recueil de pièces d'orgue, op. 2, des
chants à voix seule avec ace. de piano, œuvres
7, 8 et 11, le 81 e psaume à 4 voix et piano, etc.
Son œuvre treizième, contenant huit pièces d'or-
gue pour l'usage des fêtes solennelles, a été publié
à Erlùrt, chez Kœrner.
EIXGEL (Charles), compositeur de lieder
à Berlin, dans les années 1842 à 1850 , n'est
connu que par des recueils de chants à voix
seule avec ace. de piano.
ENGELBERT, abbé d'Aimont , ordre de
Saint-Benoît, dans la haute Styrie, mourut en
1331, après avoir administré son monastère pen-
dant trente-quatre ans. Il a laissé un grand
nombre d'ouvrages parmi lesquels se trouve un
traité De Musica, publié par l'abbé Gerbert,
dans sa collection des écrivains ecclésiastiques sur
la musique, tom. 2, pag. 287-369, d'après un
manuscrit de l'abbaye d'Aimont. L'ouvrage d'En-
gelbert est divisé en quatre petits traités ; le pre-
mier concerne la gamme et les signes de la musi-
que, le second les intervalles et les proportions;
le troisième et le quatrième, le chant et les tons
de l'église. L'auteur se borne à développer la
doctrine de Gui d'Arrezzo.
ENGELBERT ( Charles-Marie ) savant
hollandais qui vivait dans la seconde, moitié du
siècle dernier, est cité par Forkel comme auteur
d'un livre intitulé : Verdediging van de eer der
hollandsche Natie en xrel ten aanzïcn zxin de
Musijk, en tonecl Poezy, etc. 1777. ( Défense de
la gloire de la nation hollandaise, en ce qui con-
cerne la musique et la poésie lyrique, etc. ).
Forkel n'indique ni le lieu de l'impression, ni le
format du volume. Cet ouvrage a donné lieu à,
ENGELBERT — ENGLER
»3D
un petit écrit qui a pour titre : Anmerkingen op
Ç. M. Engelberts vcrdediging van de eer der
hollandscheNatic, etc. ( Remarques sur la dé-
fense de la gloire de la nation hollandaise, etc.,
par C. M. Engelbert) , grand in-8° de 40 pages.
Voyez le journal hollandais intitulé Nederland
Bibl., t. K, n° 3.
ENGELBERTH( . . . ). On a sous ce nom
quelques morceaux de musique instrumentale,
dont voici les titres : 1° Polonaise pour violon
principal et orchestre, op. 3; Leipsick, Creitkopf et
Hœrtel. — 2° Variations pour violon; ibid. —
3° Variations pour le basson, avec ace. de qua-
tuor, op. 4; ibid. — 4° Variations pour le basson
avec ace. de deux violons et basse, ibid. Aucun
renseignement n'est fourni sur cet artiste dans
les journaux de musique de l'Allemagne, ni dans
les encyclopédies musicales.
ENGELBREGHT ( Charles-Frédéric), or-
ganiste de l'église principale de Havelberg , est né
le premier septembre 1817, à Kyrits, dans le
Brandebourg. On ne connaît de lui que quelques
bonnes fugues pour l'orgue , publiées à Erfurt,
chez Kœrner.
ENGELBRONNER ( D' ). Yoy. Auih-
GNY ( D' ).
ENGELHARD ( Salomon ) chantre et pro-
fesseur au collège deEisleben.au commencement
du dix-septième siècle, a publié un recueil de
morceaux à six voix des meilleurs compositeurs
de son temps , sous ce titre : Musikalisches
Streit-Krxntzlcin, hiebevor von den besten
Componisten in ivelscher Sprach pro certa-
mine, mit& Slimtnen componirl, nun mehr
verteutscht ; Nuremberg, Kauffman, 1613, in-4°.
ENGELMANN (Georges ),musicien alle-
mand, né à Mansfeld, en Saxe, dans la deuxième
moitié du seizième siècle, obtint le droit de
bourgeoisie à Leipsick vers 1620, et eut le titre
de musicien de l'université de cette ville. Ces
circonstances sont indiquées par un de ses ou-
vrages qui a pour litre : Fasciculus site Mis-
sus secundus quinque vocum cujusmodi Pa-
duanas et Galliardasvulgo vocant, in lucem
editus per Georgium Engelmanum Mansfcl-
densem Lipsiensis Academix civem ac mu-
sicum. Lipsix, imp.per Laurent. Cober, sump-
iibus hxredum Thomx Schuri, 1621, in-4°.
Ce recueil contient 22 numéros; c'est le second
livre de l'ouvrage indiqué ci-après au n° 2. En-
gelmann a laissé en manuscrit des discours sur
la musique ancienne et moderne. Outre cela, on
a de lui : 1° Quod libitum latinum, à 6 voix ,
Leipsick, 1620. — 2° Paduanen undGagliar-
den, à 5 voix, trois volumes , dont le dernier a
paru à Leipsick en 1622.
ENGELMANiV (...); on a sous ce nom
un article sur la musique considérée comme
moyen d'éducation ( Musik ah Erziehungs Mit-
tel), dans la septième année de la Gazettt mu-
sicale de Leipsick, pag. 633.
EIVGLER ( Michel ),chef d'une famille de
facteurs d'orgues distingués, -naquit à Brieg en
Silésie, le 6 septembre 1688, et s'établit à Bres-
lau, en 1722. Il mourut, en cette dernière ville,
le 15 janvier 1760. C'était un homme fort ha-
bile, à qui la facture de l'orgue est redevable de
plusieurs perfectionnements considérables. Ses
meilleurs instruments se trouvent àOlmiitz, à
Saint-Nicolas de Brieg, dans les églises du cou-
vent de Grùssau. On trouve aussi des orgues de
sa construction à Oels, Trebnitz , Schwanewetz,
Posen et Kosten. Le nombre de celles qu'il a
faites s'élève à vingt-cinq grandes et petites ; il
commença la construction de l'orgue de Brieg
au mois de juin 1724, et ne la termina que le 31
décembre 1730.
EiXGLER (Théophile-Benjamin), fils du
précédent , et comme lui facteur d'orgues et de
clavecins , naquit à Breslau vers 1725. Quoiqu'il
eût moins de génie que son père, il est compté
parmi les bons artistes de l'Allemagne , et l'on a
de lui de beaux instruments de grande dimen-
sion, parmi lesquels on remarque les orgues de
Glogau, de Wohlau , de Fribourg et de Weigels-
dorf. Il a fait aussi des réparations importantes à
plusieurs grandes orgues, et c'est lui qui a ter-
miné le bel orgue de Sainte-Elisabeth de Bres-
lau, qui était resté inachevé à la mort de son
père. Engler a cessé de vivre le 4 février 1793.
EIXGLER ( Jean -Théophile - Benjamin ) ,
petit-fils de Michel et fils du précédent, est né à
Breslau, le 28 septembre 1775. Il n'était âgé que
de dix-sept ans quand il perdit son père , et
malheureusement son instruction dans la fac-
ture de l'orgue était alors peu avancée. Il man-
quait d'ailleurs de connaissances dans les mathé-
matiques, le dessin et la musique, connaissances
indispensables à l'homme qui veut inventer ou
perfectionner dans la fabrication des instruments ;
mais il était doué d'une patience à toute épreuve,
et avait pour la perfection des détails un goût
si décidé, que tout ce qui est sorti de ses mains
porte le cachet d'un fini supérieur aux ouvrages
de son père et même de son aïeul, bien qu'il
n'eût pas le génie inventif de celui-ci. La souf-
flerie de l'orgue, l'harmonie des jeux, lui doivent
beaucoup d'améliorations en pratique. Presque
toutes les orgues qu'il a restaurées se sont trou-
vées meilleures et plus finies, quand il les eut
réparées, que dans leur origine. Cependant il était
si lent dans son travail, si minutieux, et en mémo
140
ENGLER — ENGRAMELLE
temps si entêté à travailler seul et sans aide,
qu'if ne livrait presque jamais ses ouvrages aux
époques déterminées par ses engagements .
Celte lenteur dans ses travaux lui attira quel-
quefois d'assez grands désagréments , et l'empê-
cha de sortir de l'état d'indigence où il a passé
toute sa vie. Il est mort à Breslau, le 15 avril
1829. Ses principaux ouvrages sont : 1° Un beau
positif de huit jeux, fait en 1795 pour le salon
de musique de M. Krieger de Breslau. — 2° Un
orgue de neuf jeux pour l'église de Schweitsch
( en 1797 ). — 3° Un orgue de onze jeux pour
l'église de Schwartzau, près de Loben (1797 ).
— 4° L'orgue de l'église de Herrenprotsch, à dix
registres ( 1799. ) — 5° L'orgue de vingt jeux
et deux claviers de l'église de Peterwitz près
de Schweidnitz ( 1800). Depuis cette époque
jusqu'en 1811, il lit presque toujours des répara-
tions d'orgues anciennes. — 6 ° Un orgue à
douze |eu\ et deux claviers dans l'église du fau-
bourg INicoluï de Breslau. — 7° En 1813 il en-
treprit la restauration du grand orgue de Sainte-
Mai ie-Madeleine à Breslau. Cet orgue avait été
achevé par Michel Boeder en 1724 : Engler y
emplova neuf années de travail, et fit monter la
dépense à 9 mille lhalers ( environ 37,500
francs ). Bien des réclamations s'élevèrent contre
lui i> cette occasion ; mais, quand il eut livré l'ou-
vrage en 1822, on avoua qu'il y avait mis une
rare perfection. Beaucoup d'autres réparations
importantes furent faites par lui. Au moment où
il est mort, il était en marché avec le magistrat
de Francfort pour la construction d'un grand
orgue de cinquante jeux.
EiXGLER ( Philippe ), recteur de l'école ca-
tholique de Bunzlau, et professeur d'harmonie
au séminaire évangélique, est né le 14 avril
1786 à Seflendorf. Bon harmoniste et organiste
de quelque mérite, il a publié : 1° Douze mor-
ceaux pour l'orgue, op. 1 ; Berlin, 1822. — 2°
Quatorze pièces d'orgue de diflérents caractères,
2 e recueil ; ibid. — 3° Morceaux faciles pour
l'orgue, 3 e recueil ; ibid.
4° Handbuch
der Harmonie , oder iheoretisch-prahtische
Prxludir-Schule fur aile, die sich oder an-
ders in der Tonsetzkunst unterrichlen oder
zu Organisten bilden wollen ( Manuel d'har-
monie ou École théorique et pratique de l'art de
préluder, etc. ); Berlin, 1825 , Trautwein, in-4°,
en deux parties. Engler a laissé en manuscrit
une petite méthode d'accompagnement, des re-
cueils de pièces d'orgue, quelques morceaux de
piano, des airs, des pièces de chant à l'usage des
écoles et des cantates.
ENGLERT (Antoine ), né le 4 novembre
107 i à Schweinlùrt, où son père était musicien
de la xille, se rendit, en 1693, à l'université de
Leipsick, pour y étudier les sciences, particu-
lièrement la théologie. Il y apprit aussi la musique
et la composition sous la direction de Strunck, de
Schadeetde Kuhnau. En 1697, il retourna dans
sa ville natale pour y occuper la place de cantor.
Vingt ans après il fut nommé co-recteur, et, en
1729, recteur et organiste. 11 a écrit plusieurs
années complètes de musique d'église qui annon-
cent du savoir.
ENGRAMELLE ( Marie-Dominique-Jo-
seph ) moine de l'ordre de Saint-Augustin, au
monastère de la reine Marguerite, à Paris, na-
quit à Nédonehal, en Artois, le 24 mars 1727. Il
se livra de bonne heure à l'étude des sciences, et
surtout de la mécanique. Le résultat de ses re-
cherches fut un ouvrage qu'il publia sous le ti-
tre de : La Tonoteclmie, ou l'art de noter les
cylindres, et tout ce qui est susceptible de no-
tage dans les instruments de concerts méca-
niques; Paris, 1775, in-8°. La matière était
neuve, car ce livre est le premier où l'on ait ré-
vélé les secrets d'un art dont les luthiers faisaient
un mystère (\). C'est aussi au P. Engramelle
qu'appartient tout ce qui a rapport au notage
dans l'Art du facteur d'orgues , de D. Bédos.
La Borde rapporte (Essai sur la musique, t. 2,
pag. 622), l'anecdote suivante sur cet habile
mécanicien. « Un virtuose italien se trouvait en
« Lorraine, à la cour du roi Stanistlas; il avait
« exécuté des pièces de clavecin fort admirées,
« mais qu'il n'avait voulu donner à personne.
« Baptiste, musicien du roi de Pologne, en parla
« au père Engramelle, qui crut entrevoir le moyen
« d'avoir ces pièces et qui engagea Baptiste à lui
« amener son claveciniste quelques jours après.
« Pendant cetintervalle, le P. Engramelle plaça
« sous son clavecin un grand cylindre couvert
« de papier blanc, et recouvert de papier noirci à
« l'huile. Il fit un clavier de rapport, dont les
« touches répondaient à celle du clavecin , en
« sorte que tout ce qu'on exécutait sur le cla-
« vecin, se trouvait marqué sur le cylindre à
« l'aide du papier noirci, Ce cylindre était mis
« en mouvement par une manivelle placée à la
« pointe du clavecin, et porté sur des bois à vis ,
« en sorte qu'il avançait un peu de côté à chaque
« tour, afin que les différentes marques ne pus-
ce sent se .confondre. Sa révolution totale était
« de quinze tours, et durait environ trois quarts
« d'heure. Tout ce mécanisme fut masqué de la
« manière la plus adroite. Le claveciniste se
« rendit chez le père Engramelle au jour con-
(1) Ce que Saloraon de Caus et d'autres av.iient donné
auparavant sur ce sujet était de peu d'Importance.
ENGRAMELLE
« venu, et il exécuta ses pièces. Dès qu'il fut
•■ sorti , le père Engramelle découvrit son
« cylindre, où il ne manquait pas une note. L'I-
« talien étant revenu quelques jours après, on
« lui fit entendre une serinette qui répétait ses
« pièces et imitait jusqu'aux agréments de son
« jeu. Sa surprise ne saurait se peindre, et il ne
« put s'empêcher d'applaudir lui-même à un lar-
« cin fait d'une façon si ingénieuse. »
Toute cette histoire est peu vraisemblable. Le
clavier ajouté aurait rendu celui du clavecin si
lourd, qu'on n'aurait pu le jouer que difficilement
et toute cette mécanique aurait fait assez de bruit
pour avertir l'artiste de ce qui se passait : mais
une difficulté bien plus grande est celle de la
mesure, car la valeur des notes ne pouvait être
représentée que par la dislance verticale qui
se trouvait entré les points, et cette distance
était le résultat de la rotation du cylindre ; or
comment supposer que la main qui imprimait le
mouvement à la manivelle ait agi assez régulière-
ment et dans un rapport assez exact avec la me-
sure des pièces exécutées , pour que ces valeurs
aient été lidèlement représentées ? Au reste, le père
Engramelle n'est pas le seul qui ait essayé de no-
ter par une mécanique les improvisations faites au
clavecin; de pareils essais ont été faits en Alle-
magne et en Angleterre ( Yoy. Frecxe et Vu-
cer ) ; mais le résultat a toujours été nul. Dans
une assemblée sur les beaux-arts, tenue chez
M. de la Blancherie, le 21 avril 1779 , le père
Engramelle a lu un mémoire sur un instrument
de son invention, propre à donner, selon lui, la
division géométrique des sons, d'où résulterait
l'accord le plus parfail des instruments à clavier.
C'était une idée fausse, sans application possible:
l'auteur est mort en 1781.
ENGSTFELD ( Pierre-Frédéric), profes-
seur de musique au gymnase deDuisbourg,est né
le 6 juin 1793 à Heiligenhaus (dans l'arrondis-
sement de Dusseldorf ). En 1820, il a été appelé
à Ouisbourg, pour y remplir les fonctions de
•professeur. Tous les travaux de cet artiste ont
eu pour objet l'enseignement dans les écoles.
Les ouvrages qu'il a publiés dans ce but sont :
1° Description abrégée du système tonal re-
présenté par des chiffres (Kurze Beschreibung
des Tonziffern-System),avec une défense de ce
système : ouvrage rédigé pour favoriser l'ensei-
gnement du chant dans les campagnes ; Essen ,
Bfedecker, 1825, in-8°. —2° Kleine practische
Gesangschule (Petite école pratique du chant,
à l'usage des commençants) ;ibid., 1828, in-8°. —
3° Plusieurs morceaux de musique chorale
notée en chiffres, d'après la méthode de Natorp.
— 4° Petit Guide du chant pour les écoles élé-
ENNELIN
141
mentaires ( Gesangfibel fur Elementarschule),
ou trois cents petites phrases musicales métho-
diquement disposées, selon le système de la mu-
sique chiffrée; ibid., 1831, in-8°. — 5° Prin-
cipes de la basse continue, suivis de questions
pour les commençants dans l'art de jouer les
chorals (Grundzùge des Generalbasses , nebst
Angabe fur angehende Choralspieler) ; ibid.,
1828, in-4° de 77 pages.
ENICCEL1US (Tobie), compositeur, né
à Leskow en Bohême, cantor à Flensbourg,
vers 1655, passa dix ans aptes à Tonningen,
pour y remplir les mêmes fonctions. Il a fait
imprimer : Die Fricdensf rende , bey anges-
telltem œffentlichen Dankfeste , in einer mu-
sikalischen Harmonie, alsfûnf Yocalstimmcn,
zwey Clarinen und zwey Violinen zu musici-
ren; Hambourg , 16G0. Outre cela, il a mis aussi
en musique les épUres d'Opilz, pour les diman-
ches et les jours de fêtes.
ENNELIN (Sébastien), né vers 1650 ou
1655, fut d'abord enfant de chœur de la maîtrise
de Saint-Quentin , et, après le décès d'Antoine
Gras, maître de chant du chœur de la chapelle
Saint- Louis, il lui succéda dans cette charge, le 3
juillet 1680. Il vivait encore en 17 19, car une
de ses compositions porte celte date. Ennelin l'ut
un laborieux compositeur pour l'église. La bi-
bliothèque de la collégiale de Saint Quentin pos-
sède encore aujourd'hui trois gros recueils ma-
nuscrits des œuvres de ce musicien, parmi les-
quelles on remarque sept messes, les antiennes
delà Vierge traitées de diverses manières, quinze
Salutaris, les hymnes du Carême, des motets ,
etc. Ces volumes, grand in-folio, offrent toutes
les parties de chaque composition en regard,
pour être lues au lutrin. Le premier volume,
relié en parchemin, est le plus ancien des trois :
il est daté de 1709; tous les morceaux qu'il ren-
ferme sont dédiés à la Vierge. On y trouve 8
Suive Regina, à 4 et à 6 voix , 4 Aima Re-
dempioris, 4 Ave Regina, 2 Inviolata et 3
Regina Cœli, le tout à quatre parties, un Pie
Jesu, une Messe à quatre voix en fa majeur,
laquelle a pour titre : Maria mater gralix, et
enfin le motet à quatre, sur le texte : Domine,
quinque talenta. Le second volume, également
in-folio, porte à la première page une dédicace fl
messieurs les chanoines du chapitre de Saint-
Quentin. Le premier ouvrage qu'il contient est
une messe des morts qui a été célèbre dans le
pays, et pour laquelle on voit qu'Ennelin a reçu ,
en 17 14, soixante livres de gratification. Cette
messe, à cinq parties , renferme l'introït Re-
quiem seternam, le graduel Si ambulabam, sui-
vant l'usage de Paris, et un autre graduel sur
U2
KJNNELIN — EPP
le chant romain Requiem, etc., la prose Dies
irx, l'offertoire Domine Jesu Christe, le Sanc-
tus et ï'Agnus. La première strophe du Dies
irx est établie sur le plain-chant autrefois en
usage dans l'église de Noyon. Cette messe est
suivie des hymnes du Carême: Audi bénigne;
— Christe qui lux es et dies; — Vexilla ré-
gis; — et Da pacem. Le troisième volume,
manuscrit in-fol. relié en veau, avec des fer-
moirs, porte la date de 1718 : il contient 15 Sa
lularis, en différents tons, et tous à cinq par-
ties, et cinq messes. La première (Exaltabo te
Domine ) est en ut majeur : la seconde ( Gallo
canente), est en ré mineur; la troisième (Hacc
est vera fralernitas), en la mineur. Ces trois
messes sont écrites à quatre voix (soprano,
alto, ténor et basse). La quatrième messe, écrite
en 1719, est à trois voix d'enfants de chœur, à
savoir deux soprani et contralto ; elle a pour
titre : Ore infantium. La cinquième messe, inti-
tulée : Sencs cum junioribus, en fa, est écrite
pour deux soprani, ténor et basse (1).
EiXiXO (Sébastien), compositeur italien , qui
vivait vers le milieu du dix-septième siècle, a pu-
blié un ouvrage de sa composition intitulé -.Arioso
e cantate, libro primo e secondo; Venise,
1C55, in-8° obi.
EIXSCHEDÉ (Jean), habile imprimeur
hollandais, avait établi sa typographie à Harlem ,
vers le milieu du dix-huitième siècle. Il se dis-
tingua par la netteté et la correction de ses édi-
tions. Un graveur de caractères allemand,
nommé Eleischmann , qui avait eu connaissance
des procédés de Breitkopf, pour l'impression de
la musique par les caractères mobiles, proposa
à Enschedé une association pour l'exploitation de
ce genre d'industrie : sa proposition fut accep-
tée. Les caractères de musique d'Enscliedé sont
beaux, bien proportionnés et d'une lecture plus
facile que ceux de Breitkopf.
EiXSLIIV (Philippe), maître de chapelle à
Welzlar, vers la fin du siècle dernier, a fait
graver les ouvrages suivants : 1° Trois quatuors
pour clavecin avec deux violons et basse;
Francfort, 1786. — 2" Le Franc-maçon, chan-
son; ibid. — 3° Andante avec variations pour
clavecin, deux violons, deux flûtes, deux cors
et basse; Offenbach, 1787. Il a publié aussi
quelques pièces détachées dans les journaux de
musique du temps.
E1VT (Georges), médecin anglais, né en 1603
à Sandwich, fit ses études à Cambridge, et alla
prendre ses degrés de docteur en médecine à Pâ-
li) Les renseignements pour cette notice m'ont été four-
nis par M. Charles Gomart (voy. ce nom ).
doue. De retour à Londres, il fut un des premieis
membres de la Société royale de médecine.
Charles II le créa chevalier à l'issue d'une de
ses leçons publiques, à laquelle ce prince avait
assisté. Il estmort le 13 octobre 1688, âgé de quatre-
vingt-six ans. Enta publié, dans le 22 n,e volume des
Transactions philosophiques ( pag. 1010) , une
dissertation intitulée : An essay tending to
make a probable conjecture of lemper, by
the modulation of the voice in ordinary dis-
course.
EKVALSOIV (Charles), notaire public à
Stockholm , et membre de l'Académie royale de
musique de la même \ille, au commencement
de ce siècle, fut attaché pendant plus de vingt
ans au théâtre de l'Opéra de cette capitale. Il est
le premier auteur de sa nation qui ait publié un
dictionnaire de musique. Ce livre a pour titre :
Svenskt musikaliskt Lcxikon, efter Grekiska ,
Latinska , Italiensila och Franska sprxken
(Dictionnaire suédois de musique, d'après la no-
menclature des langues grecque, latine, italienne
et française) ; Stockholm, J802, 346 p. in 8°,
avec 14 planches. Les Dictionnaires de Brossard
et de Bousseau, ainsi que la Théorie des beaux-
arts de Sulzer, ont été les sources principales où
a puisé l'auteur de cet ouvrage.
EPIGONE, citharède, originaired'Ambrarie,
fut fait citoyen de Sicyone , où il passa la [dus
grande partie de sa vie. Il inventa un instrument
monté de quarante cordes, qui fut appelé Épigo-
nion ou Épigone, de son nom. Athénée ( lib. 4,
c. 24) dit que cet instrument changea de forme
par la suite, mais qu'il conserva toujours le nom
de son inventeur. Il y a vraisemblablement quel-
que erreur dans le nombre des cordes de VÉpi-
gonion, à moins que les éléments des trois
genres, pour tous les modes, n'y eussent leurs
cordes spéciales; car le système général des
Grecs, y compris toutes les-cordes des genres
chromatique et enharmonique, ne renferme que
trente-neuf sons.
EP1SCOPUS (Melchior), nom latin d'un»
musicien appelé -B/sc/io//", qui, au commencement
du dix-septième siècle, fut pasteur à Cobourg et
surintendant de la province. On a de lui une
Passion à six voix quia pour titre : Christi ago-
nizantis precatio ardent issima, numeris mu-
sicis VIvocum ornata ; Cobourg, Justus Hauck,
160S,in-4°.
EPP ( Frédéric ) , naquit à Neuenheim, près
de Heidelberg. Son père, qui était instituteur dans
cette ville, lui donna des leçons de musique.
Vers 1770, il entra dans l'artillerie de l'électeur
Palatin. Sa belle voix ayant été remarquée à Man •
heim, où il chantait souvent dans la musique du
EPP — ÉRARD
in
chœur, à l'église de la garnison, le chanteur de
la cour Hartig entreprit de lui donner des leçons
de chant, et, au bout de trois ans, Epp, devenu
un chanteur habile, fut placé (en 1779) au théâ-
tre de la cour comme premier ténor. Son
chant et son jeu lui procurèrent des succès sur
les théâtres de Munich et de Stultgurd, où il dé-
buta ; mais une mélancolie noire s'étant empa-
rée de lui, il fut perdu pour la musique, le
théâtre et ses amis. Il mourut à Manheim en
1802.
EPPIIXGER (Henri) , amateur de musique,
demeurant à Vienne en 1796, était à cette époque
un des plus habiles violonistes de la capitale de
l'Autriche, il était élève de Zissler, virtuose hon-
grois. Parmi ses compositions, on remarque celles
dont les titres suivent : 1° Danse russe variée
pour deux violons et basse ; Vienne, Artaria.
— 2° Six variations sur : Nel cor più non mi
senlo, avec violoncelle; ibid. — 3° Six variations
sur l'air : A Reindetl anda Schisserl, op. 3;
ibid. — 4° Douze variations pour violon; Pa-
ris, Pleyel, 1799.
ERARD (Sébastien) , un des plus célèbres
facteurs d'instruments de musique, et celui dont
les découvertes ont été les plus utiles aux pro-
grès de son art, naquit à Strasbourg, le 5 avril
1752, et fut le quatrième enfant de Louis-Antoine
Érard, fabricant de meubles, qui ne s'était marié
qu'à l'âge de soixante-quatre ans. 11 tenait de son
père une constitution robuste qui n'a pas peu con-
tribué à ses succès ; car elle lui a permis de se livrer
à ses travaux avec une assiduité qui aurait altéré
la santé d'un homme moins heureusement orga-
nisé. A cet avantage, il joignait un esprit hardi,
entreprenant, et, ce qui est plus rare, une persé-
vérance sans bornes dans ses projets ou dans
les inventions qu'il voulait exécuter. Son carac-
tère décidé se manifesta dès son enfance. A l'âge
de treize ans, il monta au plus haut point du clo-
cher de la cathédrale de Strasbourg, et s'assit
en dehors sur le sommet de la croix : trait de
courage et d'adresse qui ne s'est peut-être pas
répété depuis.
Vers l'âge de huit ans, Sébastien Érard fut en-
voyé dans les écoles de Strasbourg pour y étudier
l'architecture, la perspective et le dessin linéaire,
genre de connaissance indispensable à qui veut se
livrera l'art des constructions et aux arts méca-
niques. Il y joignit un cours de géométrie pra-
tique; mais son esprit inventif ne tarda. pas à
lui suggérer des méthodes particulières pour la
résolution des problèmes qu'il se proposait à lui-
même. Celte première éducation , qui répondait
aux besoins de son imagination , lui fut dans la
«nite d'un grand secours pour tous ses travaux.
Continuellement occupé d'inventions nouvelles,
son esprit était sans cesse en méditation , et
son crayon lui fournissait les moyens de résoudre
toutes les difficultés avant qu'il se livrât à la
construction. Dans la dernière moitié île sa vie,
il dormait peu. Son lit était couvert de papiers
sur lesquels il traçait des plans d'amélioration
d'instruments ou d'inventions nouvelles. Ses li-
vres même , à défaut de papier, étaient couverts
de tracés de pièces mécaniques. Cette facilité
d'exprimer ses idées par le dessin lui a épargné
bien des essais superflus et bien des dépenses
inutiles. Au moyen de ses connaissances posi-
tives en mécanique, Érard voyait avec nettelé
les objets dont il s'occupait et évitait les tâtonne-
ments, qui font le désespoir des hommes d'in-
vention dont l'éducation élémentaire a été négli-
gée. Lui-même avouaitdanssa vieillesse les avan-
tages qu'il avait retirés de cette éducation, et di-
sait souvent qu'il devait ses succès au dessin, à
la géométrie et à la mécanique. Les moyens
d'exécution ne lui manquaient jamais : dès qu'il
tenait le principe de ce qu'il voulait faire, il im-
provisait quelquefois trois ou quatre modèles
fonctionnant dans des systèmes différents, et choi-
sissait ensuite celui qui remplissait le mieux son
but, abandonnant les autres, et mettant au rebut
des choses que d'autres ont cru trouver ensuite
comme des perfectionnements de ce qu'il avait
fait. De cette facilité d'invention et d'exécu-
tion résulte cette multitude de modèles de
tout genre qui se trouvent aujourd'hui dans
les ateliers et dans les magasins de Londres et
de Paris.
Ses heureuses dispositions et son aptitude au
travail lui avaient assuré de bonne heure une
grande supériorité sur ses condisciples; aussi
était-il toujours décoré de la croix de mérite que
l'on accordait au plus habile dans les écoles de
Strasbourg. Travaillant dans les ateliers de son
père, il avait acquis de bonne heure ce qu'on
nomme la main, c'est-à-dire l'habileté dans le
maniement des outils, genre de mérite indis-
pensable à qui est destiné à diriger des ouvriers
et à les former. Un professeur de l'école du gé-
nie de Strasbourg, qui connaissait l'aptitude du
jeune Érard pour l'exécution, s'adressait à lui
pour faire construire les modèles dont il se ser-
vait pour les démonstrations de son cours, et
lui disait souvent, admirant la perfection de son
travail et ses idées ingénieuses : Jeune homme,
vous devriez entrer dans le génie , votre place
y est marquée.
Il était encore enfant lorsqu'il perdit son père,
dont la mort laissait sans fortune une veuve et
plusieurs enfants. Sébastien prit la résolution de
141
ÉRA1U)
se rendre à Paris pour y chercher de l'emploi,
et partit de Strasbourg à l'âge de seize ans, ayant à
peine l'argent nécessaire pour le voyage. Son par-
rain, homme riche, auquel il alla faire ses adieux,
ne lui donna que sa bénédiction, et la seule chose
dont il ne se montra point avare fut l'eau bénite
qu'il lui jeta sur la tête. Ce fut vers 1768 que le
jeune Érard arriva à Paris; il s'y plaça chez un
facteur de clavecins dont il devint bientôt le
premier ouvrier, et dont il excita la jalousie par
sa supériorité. Ce facteur, importuné des ques-
tions que lui faisait Érard sur les principes qui
le dirigeaient dans ses constructions, et ne sa-
chant comment y répondre, finit par le congédier
en lui reprochant de vouloir tout savoir. Un
autre facteur renommé du même instrument, en-
core en vogue à cette époque, ayant été invité à
construire un instrument qui exigeait d'autres
connaissances que celles qu'il avait acquises par
ses habitudes routinières , se trouvait fort em-
barrassé pour satisfaire à cette demande : sur
la réputation naissante du jeune Érard, il alla le
trouver et lui proposa d'exécuter l'instrument
moyennant un prix convenu, mais sous lu condi-
tion que le facteur y mettrait son nom. Érard y
consentit; mais, lorsque l'instrument fui livré à
la personne qui l'avait commandé, et qui sans
doute avait peu de confiance dans l'habileté du
fadeur, celte personne, étonnée de la perfection
du travail, demanda au maître facteur s'il en était
réellement l'auteur; celui-ci, pris au dépourvu,
avoua que l'instrument avait été construit pour
lui par un jeune homme nommé Érard. Celte
aventure se répandit dans le monde musical et
commença à fixer l'attention sur le jeune artiste :
celui-ci acheva de se faire connaître avantageuse-
ment par son clavecin mécanique, chef-d'œu-
vre d'invention et de facture qui causa la plus
vive sensation parmi les artistes et les amateurs
de Paris. Ce morceau remarquable avait été
construit pour le cabinet de curiosités de M. de
la Blancherie (1). L'abbé Roussier en fit une
(i) Ce clavecin était remarquable par plusieurs inven-
tions dont on n'avait pas l'idée auparavant. On y trouvait
trois registres de plume et un de buffle ; une pédale y fai-
sait jouer un chevalet mobile qui, s'interposant sous les cor-
des à la moitié de leur longueur, les faisait monter tout a
coup d'une octave; invention qu'un facteur de Paris,
nommé Schmidt, a renouvelée dans le piano a l'exposition
des produits de l'industrie de 1806, c'est-à-dire trente ans
après qu'Krard l'eut trouvée. En appuyant par degrés le
pied sur une pédale attachée au pied gauche du clavecin,
on relirait le registre de l'octave aigué, celui du pelit cla-
vier, celui du grand clavier, et l'on faisait avancer le re-
gistre de buffle. En diminuant la pression du pied sur la
pédale, on avançait le registre de l'octave aigué, celui du
petit clavier, celui du grand clavier, et l'on retirait le Jeu l
<le buffle. Enfin, lorsqu'on voulait faire parler a la fois tous '
desctipliou détaillée qui fut insérée dans iV
Journal de Paris, et qui fut ensuite reproduile
dans YAlmanach musical de Luneau -de-Bois-
Germain, en 1780.
Sébastien Érard n'avait pas vingt-cinq ans, et
déjà sa réputation était si bien établie que c'é-
tait toujours à lui qu'on s'adressait pour toutes
les choses nouvelles qu'on voulait faire exécuter.
Il était recherché par les hommes les plus distin-
gués : l'un d'eux l'introduisit chez la duchesse
de Villeroy, qui aimait les arts , protégeait les
artistes, et qui avait surtout un goitt passionné
pour la musique. Elle voulait qu'Érard demeurât
chez elle, et lui offrait un engagement avantageux ;
mais le désir de conserver son indépendance lui
fit refuser ces propositions. D'ailleurs, il avait
déjà conçu le projet d'un voyage en Angleterre,
et brûlait du désir de le réaliser. Il fut seulement
convenu qu'il resterait chez la duchesse le temps
nécessaire pour exécuter plusieurs idées de celle
dame, qu'il aurait dans l'hôtel de Villeroy un ap-
partement convenable à ses travaux, et qu'il joui-
rait de la liberté la plus entière. Dans sa vieil-
lesse , Érard se plaisait encore à rendre hommage
à la bonté de M me de Villeroy, et à parler de la
reconnaissance qu'elle lui avait inspirée.
Ce fut dans l'hôtel de Villeroy qu'il construisit
son premier piano. Cet instrument, <onnu en
Allemagne et en Angleterre depuis plusieurs an-
nées, élail peu répandu en France, et le pelit
nombre de pianos qui se trouvait à Paris
y avait été importé de Ratisbonne, d'Augsbourg
ou de Londres. Il était de bon ton dans quel-
ques grandes maisons d'avoir de ces instruments
étrangers. M™e de Villeroy demanda un jour à
Érard s'il ferait bien un piano; sa réponse fut af-
firmative et prompte comme sa pensée : déjà
le piano était dans sa tête. Il se mit aussitôt
au travail. Comme tous ses ouvrages , ce premier
piano sorti de ses mains portait le cachet de
Phomme d'invention et de goût : il fut entendu
dans le salon de M me de Villeroy par tout ce que
Paris renfermait alors d'amateurs et d'artistes
distingués, et produisit la plus vive impression.
Beaucoup de grands seigneurs s'empressèrent de
lui demander des instruments du même genre;
mais ils ne furent pas si prompts à s'acquiller de
ce qu'ils lui devaient: la plupart ne le payèrent
point.
Ce fut vers cette époque que son frère, Jean-
Baptiste Érard, vint le joindre. Travailleur infa-
tigable, homme intègre et loyal, Jean-Baptiste a
les jeux, on se servait d'une pé.lale attachée au pied droit
du clavecin, sans être obligé d'attirer le petit clavier au-
dessusdugrand .etconséqiiemmentsans interrompre l'exé-
cution, comme cela s« faisait aux autres clavecins.
ERARD
14*
partagé depuis lors les travaux , les succès et
les revers de Sébastien. L'accueil favorable que
le public faisait aux instruments sortis de leur
fabrique les obligea bientôt à" quitter l'hôtel de
Villeroy pour un établissement plus vaste qu'ils
fondèrent dans la rue de Bourbon ( faubourg
Saint-Germain ) : insensiblement et par les ef-
forts des deux frères, cet établissement finit par
devenir le plus beau de l'Europe.
Les succès toujours croissants de Sébastien
Érard excitant la jalousie des luthiers de Paris
qui faisaient le commerce des pianos étrangers,
l'un d'eux, dont il est inutile de tirer le nom de
l'oubli où il est tombé, fit pratiquer une saisie
chez Érard, sous prétexte que cet artiste ne s'é-
tait pas rangé sous les lois de la communauté
des éventaillistes , dont l'état de luthier fai-
sait partie. Érard trouva facilement parmi ses
protecteurs des personnes en crédit à la cour, et,
sur le rapport favorable qui fut fait au roi de son
mérite et de ses mœurs, il obtint de Louis XVI
un brevet flatteur qui constatait les services qu'il
avait rendus à l'industrie française. Par l'effet de
cette protection , l'établissement des deux frères
prit chaque jour de nouveaux développements,
et le débit de leurs pianos à deux cordes et à
cinq octaves, tels qu'on les faisait alors, devint im-
mense.
Continuellement occupé d'inventions et de
perfectionnements , le génie de Sébastien Érard
s'exerçait sur une multitude d'objets. Ce fut ainsi
qu'il imagina le piano organiséavec deux claviers,
l'un pour le piano, l'autre pour l'orgue. Le suc-
cès de cet instrument fut prodigieux dans la
haute société. Il lui en fut commandé un pour
la reine Marie-Antoinette, et ce fut pour ce piano
qu'il inventa plusieurs choses d'un haut intérêt,
surtout à l'époque où elles furent faites. La voix
de la reine avait peu d'étendue, et tous les mor-
ceaux lui semblaient écrits trop haut. Érard ima-
gina de rendre mobile le clavier de son instru-
ment, au moyen d'une clef qui le faisait monter
ou descendre à volonté d'un demi-ton , d'un ton
ou d'un ton et demi ; et de cette manière la trans-
position s'opérait sans travail de la part de l'ac-
compagnateur. Ce fut aussi dans le même instru-
ment qu'il fit le premier essai de l'orgue expres-
sif par la seule pression du doigt, essai qu'il a
exécuté depuis lors en grand dans l'orgue qu'il a
construit pour la chapelle du roi. Grétry, dans
ses Essais sur la musique, qui furent imprimés
en 1797, a signalé cette invention à l'admiration
•les musiciens et à l'attention du gouvernement.
Un autre instrument, la harpe, commençait
à se répandre en France. Krumpholtz, par la
beauté de ses compositions et par son style plein
BIOCR. UNIV. DES MUSICIENS. — T. III.
. de goût , l'avait mis à la mode. Les harpes dont
Krumpholtz se servait alors", et qu'on désignait
sous le nom de harpes à crochets, étaient fort
imparfaites sous le rapport du mécanisme , bien
qu'on eût fait beaucoup d'efforts pour les rendre
aussi bonnes que le permettait le mauvais prin-
cipe sur lequel elles étaient établies. Les défauts
de cette construction inspiraient souvent à Krum-
pholtz du dégoût pour son instrument. Lié d'ami-
tié avec Érard, et témoin de la facilité avec la-
quelle il perfectionnait tous les objets dont il
s'occupait , il le pria d'abord de lui faire une con-
trebasse à clavier, pour la mettre sous la harpe
comme un tremplin, et pour s'accompagner
avec ses pieds; Érard satisfit à cette demande (1).
Alors Krumpholtz pria Érard de s'occuper de la
harpe elle-même , et de chercher des moyens
efficaces pour corriger ses défauts. Érard y pensa ;
des idées nouvelles lui vinrent, et il s'occupa de
les mettre sur le papier et de tracer le plan d'une
harpe conçue sur un principe absolument nou-
veau. Pendant qu'il était occupé de ce travail,
Beaumarchais vint le voir. Cet homme célèbre
jouait de la harpe et connaissait la mécanique ,
étant fils d'un horloger et ayant lui-même exercé
cet état. 11 voulut persuader à Érard de re-
noncer à son projet, et lui dit qu'il n'y avait
rien à faire à la harpe, qu'il s'en était occupé
et n'avait pu rien trouver de mieux que ce qui
existait. Heureusement Érard ne se laissa point
persuader; il était sûr de ce qu'il faisait, et bien-
tôt il fut en état de montrer à Krumpholtz le
résultat de ses travaux , qui répondait parfaite-
ment à ses vues
Les plus graves inconvénients de la harpe à
crochets consistaient dans le peu de solidité de
son mécanisme, le faux principe de son mou-
vement, qui ne s'opérait qu'en forçant vers un
point la flexion d'une branche conductrice des
crochets, et dans le mouvement même de ces
crochets, lesquels tiraient les cordes hors de la
verticale pour les élever d'un demi-ton. Les re-
cherches de Sébastien Érard le conduisirent à la
découverte d'un mécanisme dont le principe,
nouveau et rationnel, faisait disparaître tous ces
défauts. Ce mécanisme, quia été adopté par
tous les facteurs de harpes , après l'expiration du
brevet pris par Érard, est celui auquel on a
donné le nom de fourchette. Au lieu de tirer
les cordes hors de la verticale, il fonctionne au
moyen d'un disque armé de deux boutons qui ,
par un mouvement de rotation, saisit la corde
dans sa position naturelle, et la raccourcit de la
(1) Cette contrebasse existe encore dans les magasins de
la maison Érard.
10
146
ÉRARD
quantité nécessaire pour l'élever d'un demi-ton ,
et cela avec une solidité , une fermeté à toute
épreuve. Ceci se passait vers* 1786. Mais dans
l'intervalle des recherches d'Érard , Krumpholtz
s'était Hé d'intérêt avec le facteur qui était alors
en réputation pour la harpe à crochets. Celui-ci
fit comprendre à l'artiste que ce genre de harpes
serait bientôt oublié si Érard réussissait, et que
la ruine de leur établissement en serait la suite.
Krumpholtz, le même Krumpholtz qui avait
entraîné Érard dans des travaux immenses et
dans des dépenses considérables, vint le trouver
et le pria de renoncer à son nouvel instrument.
La situation fâcheuse des affaires de cet artiste,
la crainte de mettre le comble à son infortune,
et la conviction que la nouvelle harpe ne réus-
sirait qu'avec peine ayant Krumpholtz pour ad-
versaire, déterminèrent Sébastien Érard à re-
noncera la faire connaître en France dans ce mo-
ment. Près de quatre-vingts corps d'instruments
qui étaient déjà construits, ainsi que leurs méca-
niques, fuient mis à l'écart, et le travail des
harpes fut abandonné.
Vers cette époque, les troubles de la révolution
éclatèrent en France et portèrent un notable
dommage à l'industrie. Sébastien Érard prit le
parti de passer en Angleterre, non pour aban-
donner la France, mais pour y ouvrir de nou-
veaux écoulements aux produits de sa fabrica-
tion. Il y resta plusieurs années ; mais, lorsqu'il
voulut revenir, le régime de la terreur était éta-
bli en France. Déjà Érard était à Bruxelles ,
lorsqu'il reçut de son frère une lettre dans la-
quelle celui-ci lui peignait les dangers qui l'at-
tendaient à Paris. II prit le parti de retourner à
Londres et d'y fonder un établissement du même
genre que celui de Paris.
A Londres, comme dans cette ville, il remplit
ses magasins d'instruments et de produits qui
étaient tous de son invention. En 1794 , il prit
son premier brevet pour le perfectionnement des
pianos et de la harpe, et sa fabrique de ces ins-
truments ne tarda pas à obtenir la vogue. Ce-
pendant il n'oublia pas son pays, et le désir de
revoir la France l'occupait sans cesse; il profita
du changement qui s'était opéré dans le gouver-
nement après le 9 thermidor, et arriva à Paris
en 1796. Ce fut alors qu'il lit fabriquer les pre-
miers grands pianos en forme de clavecins ,
dans le système anglais, dont il avait perfec-
tionné le mécanisme , et qu'il fit paraître les har-
pes à simple mouvement, de son invention.
Ces pianos sont les premiers instruments à échap-
pement qu'on ait fabriqués à Paris. Ils avaient
dans le clavier le défaut de tous les instruments
de ce genre, c'est-à-dire la lenteur dans l'action
des leviers et du marteau. Les artistes et ama
teurs de Paris, accoutumés au jeu facile des pe-
tits pianos sans échappement, éprouvaient delà
gêne sur ceux-ci. Ce fut par ce motif qu'après
de nombreux essais et des recherches de tout
genre, Sébastien Érard fit connaître, en 1808,
un nouveau genre de piano à queue, dont le
mécanisme répondait avec plus de promptitude
et dont les dimensions, plus petites, étaient plus
en rapport avec la grandeur des salons de Paris.
Dussek joua sur un de ces pianos avec un succès
éclatant, dans les concerts qui furent donnés a
l'Odéon par Rode , Baillot et Lamarre , à leur re-
tour de Russie. Les amateurs et les artistes don-
nèrent beaucoup d'éloges à ces pianos et s'en
montrèrent satisfaits : Érard ne l'était pas. Il
savait qu'il restait encore à perfectionner, les cla-
viers étant faciles, mais le coup de marteau
manquant de précision. Nous le verrons plus
tard, de retour d'Angleterre , exposer le modèle
d'un uouveau grand piano qui réunit tout ce
qu'on peut désirer de perfection dans le méca-
nisme de cet instrument.
Vers 1808, il était retourné à Londres; il al-
lait y mettre le sceau à sa réputation de facteur
d'instruments, et plus encore à celle de grand
mécanicien , par l'invention de la harpe à dou-
ble mouvement, dont il avait déjà jeté autre-
fois le plan , et qui suffirait pour immortaliser
son nom. Quelle que fût l'importance des amé-
liorations qu'il avait introduites dans la cons-
truction de la harpe , il savait que tout n'était
pas fait, et que cet instrument était resté fort
inférieur au piano sous le rapport des ressour-
ces harmoniques. Des difficultés insurmontables
se rencontraient lorsqu'on voulait moduler dans
certains tons, et le seul expédient qu'on connût
était de s'interdire l'usage de ces tons. Ceci
demande une explication.
On sait que la harpe s'accordait en mi bémol,
en sorte qu'on obtenait le si, le mi et le la par
les pédales qui élevaient d'un demi-ton les mêmes
notes affectées d'un bémol. Mais le ré bémol ne
pouvait se faire qu'en élevant Yut à l'état d'ut
dièse, le sol bémol, que par le fa dièse, et
ainsi des autres notes ; il en résultait que dans le
ton de la bémol, par exemple, on ne pouvait
faire une gamine, parce que la même corde de-
vait servir pour ut et pour ré bémol. Cepen-
dant on sait que les deux systèmes de modula-
tion les plus usités et les meilleurs sont ceux
par lesquels on passe à la dominante et au qua-
trième degré d'un ton quelconque. Dans le ton
de mi bémol , par exemple , il faut pouvoir pas-
ser en si bémol ou en la bémol , sans compter
le mode mineur dut. On voit par là que la
ÉRARD
14'/
harpe était privée de l'une des modulations na-
turelles du ton qui lui était le plus favorable.
La musique qu'on écrivait pour cet instrument
était donc bornée, et, en quelque sorte, hors
du domaine de l'art.
Plusieurs facteurs, frappés de ces considéra-
tions, avaient essayé de porter remède aux dé-
fauts de la harpe, mais n'avaient pu y réussir.
Sébastien Érard , que la nature semblait avoir
destiné à perfectionner tous les instruments à
mécanisme , lit encore pour celui-ci ce que les
autres n'avaient pu faire. Il imagina de faire rem-
plir à chaque pédale une double fonction qui put
élever à volonté chaque corde d'un demi-ton
ou d'un ton. La combinaison d'un semblable mé-
canisme offrait des difficultés considérables, à
cause de la courbe de la console et de plusieurs
autres problèmes non moins embarrassants qu'il
fallait résoudre; Érard fut obligé d'y employer
plusieurs années d'un travail constant, et des
sommes considérables en essais. Enfin la réus-
site la plus complète couronna ses travaux , et sa
harpe à double mouvement vit le jour.
Le succès de cette harpe fut immense ; elle
parut à Londres en 1811, au moment où la
circulation du papier - monnaie était abon-
dante. Érard vendit pour 25,000 liv. sterl. (en-
viron 025,000 fr. ) de son nouvel instrument
dans le cours de la première année. Le travail
que cette invention avait coûté à Érard est à
peine croyable; on le vit pendant trois mois ne
pas se déshabiller et ne dormir que quelques
heures sur un sopha. Il fit plusieurs modèles
avant d'arriver à la perfection qu'il désirait, et
les difficultés à vaincre étaient telles qu'il était
presque décidé à renoncer à l'entreprise, lorsque
l'idée du mécanisme qu'il a définitivement adopté
vint le tirer d'embarras. Pendant un court sé-
jour qu'il avait fait à Londres en 1800, il avait
déjà construit une harpe à double mouvement
sur un principe curieux de mécanisme, mais qui
offrait des inconvénients sous plusieurs rapports.
Le 10 juin 1801, il avait pris un brevet pour cette
nouvelle invention. Le principe du mécanisme
une fois adopté et les modèles construits, il res-
tait un travail immense à faire pour en établir
la fabrication. C'est dans l'invention desoulilsde
tout genre et dans l'ordonnance et la distribution
du travail que le génie d'Érard se fait aperce-
voir. Sa manufacture de Londres, que j'ai visitée,
ne le cède à aucune autre, de quelque genre que
ce soit, pour les moyens ingénieux de fabrication,
la précision des outils et des machines, enfin
pour la perfection du travail. De retour en
France, Érard établit le même genre de fabrica-
tion dans ses ateliers de Paris, et eut à former
de nouveaux ouvriers et à construire de nou
velles machines et de nouveaux outils.
Les fréquents voyages qu'il faisailen France lui
avaient fait négliger la fabrication des pianos à
Londres, et la harpe seule se contruisait dans ses
ateliers. Cependant, dans tous les brevets qu'É ■
rard prit en Angleterre, et qui sont au nombre
de quinze ou vingt, de nouvelles idées pour le
perfectionnement du piano aussi bien que de la
harpe y sont exposées. Il se proposait de les
exécuter en France. A chaque exposition des
produits de l'industrie, ses ouvrages ont été
couronnés. Trois fois il reçut la médaille d'or,
et la croix de la Légion d'honneur lui fut décer-
née à l'une des dernières expositions ; enfin, au-
cun des témoignages honorables qui peuvent être
donnés à un manufacturier du premier ordre ne
lui a manqué. Le modèle de son grand piano à
double échappement fut exposé en 1823. Ce mé-
canisme, chef-d'œuvre de combinaison, est la
solution d'un problème qu'aucun facteur n'avait
pu résoudre. Il s'agissait de réunir dans un même
clavier toutes les nuances du toucher qu'offre le
mécanisme simple sans échappement et la préci-
sion du coup de marteau du mécanisme à
échappement. Il est facile de comprendre quelles
étaient les difficultés immenses de ce problème :
Érard les a résolues de la manière la plus heu-
reuse. Ces nouveaux instruments ont été établis
depuis lors dans la fabrique de Londres par
Pierre Érard, neveu de Sébastien. Le roi d'An-
gleterre, Georges IV, grand amateur et connais-
seur en musique, fut frappé de la beauté de ces
instruments et en acquit un pour son château de
Windsor ; la reine actuelle, non moins satis-
faite de leur supériorité, a donné à Pierre Érard
le titre de son facteur de pianos. Quoiqu'il fût
constitué de la manière la plus robuste, Sébas-
tien Érard pouvait difficilement résister à tant de
travaux. Les contrariétés inséparables d'une vie
si active sur le vaste théâtre de deux capitales
telles que Paris et Londres, devaient aussi exer-
cer leur influence sur sa santé. Depuis dix ans
environ, des maladies douloureuses venaient
souvent interrompre le cours de ses travaux.
Vers la fin de 1824, la pierre se déclara;
heureusement Érard fut opéré avec le plus
grand succès, au moyen du procédé de la li-
thotritie, par le docteur Civiale. A peine ré-
tabli, il s'occupa du perfectionnement de l'orgue,
et parvint à finir le grand instrument expressif
où tous les genres d'effets sont réunis, et qu'il a
construit pour la chapelle des Tuileries. Déjà, à
l'exposition de 1827, Érard avait livré à l'admi-
ration des connaisseurs un grand orgue dont la
construction pouvait passer pour un chet d'œu-
10.
148
ÉRARD — ERBA
vrede précision et de fini. Toutefois il n'y avait
point encore fait entrer le développement de sa
belle invention de l'expression par le toucher
plus ou moins léger, plus ou moins appuyé du
clavier. Cet orgue était expressif, mais autant
que le peut être le grand jeu de cet instrument.
Son expression était obtenue par le moyen de
pédales qui faisaient ouvrir ou fermer des ja-
lousies pour laisser le son se propager au de-
hors, ou pour le renfermer dans le corps de
l'instrument, et par celui de l'élargissement ou
rétrécissement progressif des conduits du vent
sur les jeux d'anches. Ces moyens étaient connus
depuis plusieurs années; Érard n'en réclamait pas
l'invention ; mais une multitude de perfection-
nements se faisaient apercevoir dans son instru-
ment, où les registres étaient ouverts ou fermés
par des pédales qui permettaient de ne point le-
ver les mains du clavier pour modifier à l'infini
les effets de l'orgue. Depuis lors, Érard a ajouté
à cet instrument un clavier de récit expressif par
le toucher, tel qu'il l'a exécuté dans le bel orgue
construit pour la chapelle des Tuileries; dans
cet état, cet instrument offre un modèle de per-
fection, sous le rapport de l'invention et de la
facture.
Érard était occupé à faire poser l'orgue de la
chapelle du roi, lorsque les événements de juillet
1830 arrivèrent, et causèrent la perte d'une par-
tie des tuyaux ; heureusement le mécanisme du
grand orgue et le jeu expressif par la main ont
été sauvés. Sébastien Érard, à cette époque, était
déjà atteint de la maladie à laquelle il a suc-
combé. Le mal calculaire dont il avait été déjà
opéré avait reparu, et il s'y était joint une in-
flammation des reins. Ni la science, ni les soins
assidus du docteur Fouquier, son médecin, ne
purent le soustraire à la gravité de ces acci-
dents; ils triomphèrent de l'excellente constitu-
tion qui lui promettait de prolonger son exis-
tence dix ou quinze années de plu?, et il cessa de
vivre, le 5 août 183t, àson château de la Muette,
où il avait fixé sa résidence depuis plusieurs
années.
ERARD (Pierre), neveu du précédent, est
né à Paris vers 1796. Ses éludes furent dirigées
dès son enfance dans le but de lui faire conti-
nuer la fabrication des instruments inventés ou
perfectionnés par ses parents; on lui fil apprendre
la musique, les mathématiques et le dessin li-
néaire. Envoyé jeune à Londres pour y diriger
la fabrique de harpes que Sébastien Érard y avait
fondée, il a passé la plus grande partie de sa vie
en Angleterre. En 1821, il publia une description
de la harpe à double mouvemeut Inventée par
son oncle, et des progrès de la construction de
cet instrument, sous ce titre : The Harp in Us
présent improved state comparée ioith the
original pedal Harp, in-fol. , orné de 10 plan-
ches lithographiées et gravées , d'après les des-
sins de l'auteur. Cet ouvrage, imprimé avec luxe,
n'a point été mis dans le commerce , et a été
donné en cadeau par P. Érard. Après la mort
de Sébastien, Pierre Érard, institué son héritier,
s'établit à Paris, pour donner une activilé nou-
velle à la fabrique de pianos, et, en 1834, il mit
à l'exposition des produits de l'industrie plu-
sieurs instruments nouveaux, pour lesquels la
décoration de la Légion d'honneur lui fut accor-
dée. Il publia à cette époque une description
historique de tous les pianos qui avaient été in-
ventés ou perfectionnés et fabriqués par son
oncle et par son père. Cet ouvrage a paru sous
ce titre : Perfectionnements apportés dans le
mécanisme du piano par les Érard, depuis
l'origine de cet instrument jusqu'à l'exposi-
tion de 1834; Paris, 1834, in-fol. avec huit plan-
ches lithographiées. Pierre Érard habitait alter-
nativement à Londres et à Paris, dirigeant à la
fois les deux grands établissements dont il avait
hérité. Dans les derniers temps de sa vie, sa
raison se dérangea. Il mourut au château de la
Muette, le 18 août 1855. Il était olficier de la
Légion d'honneur.
ERATOSTHÉIVE, célèbre géographe grec ,
naquit à Cyrène; la première année delà 120
olympiade (194 ans avant l'ère chrétienne). Il
eut pour maîtres Ariston, philosophe de Chio,
le grammairien Lysanias et Callimaque le poète.
Plolémée Évergète lui confia la direction de la
bibliothèque d'Alexandrie; il mourut en cette
ville, dans la première année de la 146 e olym-
piade (114 ans avant J.-C. ), à l'âge de quatre-
vingts ans. Ptolémée et Porphyre parlent d'un
livre qu'il avait écrit sur les proportions musi-
cales, et dans lequel il divisait les quatre cordes
du tétracorde dans les trois genres diatonique,
chromatique et enharmonique, selon une
doctrine qui lui était particulière. Cet ouvrage
est perdu. ( Vid. Fabr. Bibl. grœc, lib. III,
c. 18). Le genre diatonique d'Ératosthène est
conforme à celui de Pylhagore : il fait les tons
égaux à l et les demi-tons mineurs ou limma
256
dans le rapport de ~. Il constitue le genre
, .. * os 9 4 7 80 3 80 16 •
chromatique par 1, ^ 5> ïï) 5t Tu g, - 8 f, -5-;
genre- enharmonique a pour expression :
etc.
I,
M 9 20
39, 8, 19, 3,
ERBA (Georges), violoniste milanais, qui
demeurait à Rome , vers 1730, a fait graver
10 Sonate da caméra a violino solo e basso,
op. 1 ; Amsterdam 1736.
ERBACH — EREM1TA
119
ERBACH (Chrétien), l'un des plus grands
musiciens de l'Allemagne, dans le seizième siècle,
naquit vers 15G0, à Algesheim, dans le Palatinat.
Vers 1600, il était organiste de la ville et de l'il-
lustre famille des Fugger, à Augsbourg : il de-
vint membre du grand conseil de cette ville en
1628. Il a publié: 1° Cantvs musicus adcccle-
six catholicx usum, à 4 et 8 voix; Augsbourg,
1600. — 2° Cantionum sacrarum 4, 5, 6, 7,
8 vocum, liber secundus; Augsbourg, 1603. —
3° Mêle sive cantiones sacrx ad modum can-
zonette ut vocant, quaternis vocibus factx.
Auguslse Vindelicorum, Joli. Praetorius, 1603,
in-4°. — 4° Modorum sacrorum sive cantio-
num 4-8 et plurimis compositarum, lib. 2 ;
Augsbourg, 1604, in-4°. — 5° Sacrarum can-
tionum 4 et 5 vocibus, liber 3; Augsbourg,
lfill, in-4°. — 6° Acht geistl. deutsche Lieder,
mitbStimmen; Augsbourg, Schuftes (sans dale),
in-4°. On conserve encore toutes ses composi-
tions à la cathédrale d' Augsbourg. Dans le Flo-
rilegium Porteuse, d'Ehrard Bodenschatz, et
dans les Promptuarii musici d'Abraham Schad,
on trouve plusieurs motets à 4, 6 et 8 voix, de
la composition de Chrétien Erbach. La biblio-
thèque royale de Berlin possède en partition
manuscrite tous les motets du premier livre pu-
blié, à Augsbourg, en 1600. Je les ai examinés
et j'y ai vu que ce compositeur peut être consi-
déré, ainsi que Adam Gumpeltzhaimer, comme
un des fondateurs de cette harmonie allemande
dont le caractère particulier s'est conservé jusqu'à
nos jours. Le style est pur comme -celui des com-
positeurs italiens de la même époque, mais la
modulation est toute différente : le caractère de
la tonalité moderne y domine.
ERCOLEO (D. Marzio), ou ERCULEI,
musicien de la chapelle du duc de Modène, dans
la seconde moitié du dix-septième siècle, naquit
en 1623 à Otricoli, bourg des États de l'Église.
Il commença son éducation musicale à Rome;
puis il se rendit à Modène dans sa première
jeunesse, et entra dans la chapelle du duc Fran-
çois I er , en qualité de soprano. Par un document
des archives ducales cité par Tiraboschi (Bibliot.
Modenese, t. VI. p. 584), on voit qu'Ercoleo
avait présenté requête au duc François II, en
1672, pour obtenir une place vacante parmi les
mansionnaires (bénéficiés) de la cathédrale; ce
qui prouve qu'à cette époque il était ecclésias-
tique. N'ayant pas obtenu l'objet de ses désirs,
il se retira à Cherici, dans la maison des prêtres
de la congrégation de Saint-Charles , et y ouvrit
uneécoledeplain-chant. Il y mourut le 5 août 1706,
à l'âge de quatre-vingt-trois ans. Ercoleo a fait im-
primer un traité de plain-chant sous le litre de II
Musico ecclesiastico, Modène, 1086, in-fol. ; un
traité intitulé -.PrimiElementi dimusica,\bh\.,
1689; et un livre d'olfices pour la semaine sainle,
intitulé Cantus omnes ecclesiastiv. Hebdom.
major. Modène, 1688. Ercolea s'est aussi l'ail
connaître comme compositeur par l'oratorio qui
a pour titre : Il Baltesïmo di S. Valeriano,
dont le poème a été publié à Modène, chez Cas-
ciani, en 1682, in-4°.
ERDMANN (Pr.), nom sous lequel a été
publié un livre concernant la méthode de Logier,
sous ce titre : Die hohe Wichtigkeit von J. D.
Logier's erfundenen Musihwnterrichl Systems
( La haute importance du système d'enseignement
de la musique inventé par Jean-Baptiste Logier);
Hambourg, 1830, in-8° de 221 pages. Le véri-
table auteur de cet écrit est Élie Ilseseler, fils
d'un professeur de musique à Moscou.
ERED1 (François), maître de chapelle à
Ravenne , dans la première moitié du dix-sep-
tième siècle, s'est fait connaître par un recueil
de compositions pour l'église intitulé : Salmi e
vespri a 5 voci ; Venise, 1632, in-4°.
EREM1TA (Jules), compositeur du sei-
zième siècle, dont le nom véritable était Giulio
Giusberti (t), naquit à Ferrare vers 1550. Le
nom de i'Eremita lui fut donné parce qu'il était
moine de l'ordre des Ermites camaldules. Il n'est
connu que sous cette dénomination. Cet artiste fut
organiste à Ferrare, ou il s'était fait une grande
réputation par son talent d'exécution, et par la pu-
blication de trois livres de madrigaux. H mourut a
l'âge de cinquante ans, mais on ignore en quelle
année. Gn connaît de lui : 1° II primo libro de
madrigali a 6 voci, à Ferrare, par Vittorio
Baldini , 1584, in-4° ; réimprimé à Anvers, en
1600, in-4° obi. — 2° Madrigali a cinque voci,
lib. 1 ; Venise, 1597. — 3° Il secondo libro de
madrigali a cinque; ibid. , 1599. Les com-
positions d'Eremita ont élé souvent mises à con-
tribution par les faiseurs de recueils de madri-
gaux italiens et flamands. On trouve de ses pièces
dans le recueil publié par Pierre Phillips à An-
vers (en 1594), sous le titre de Melodia olym-
pien di diversi eccellent{ssimi musici a 4, 5, o
et 8 vocij dans les éditions de Venise (1596) et
d'Anvers (1596, 1601 et 1614) du recueil intitulé :
Il Trionfo di Dort descritto da diversi e posto
in musica da altreltanti musici ; dans II Pa-
radiso musicale di madrigali e canzoni a
cinque voci di diversi eccellentissimi autori
( Venise, Gardane, 1595; et Anvers, Pierre Pha-
lèse, 1596); enfin, dans les Madrigali a ottbvoci
(i) Voy. ttaii , Memorie per la storia di l'errara ,
t. iv, p. tu.
150
EREMITA — ERK
di diversi eccettenti e famosi autori, con al-
cuni dialoghi ed écho, per cantare e sonar a
due chori; Anvers, Phalèse, 1595, in-4° obi.
Il y a aussi plusieurs morceaux d'Eremita dans
les collections de Schad , de Bodenschatz et de
Donfrid.
ERFURT ( Charles ) , professeur de piano
à Magdebourg, est né en 1807. Placé sous la di-
rection de Mùhling, il a acquis par ses leçons des
connaissances étendues dans la pratique et la
théorie de la musique. Cet art est devenu d'un
intérêt plus général dans la ville de Magdebourg
depuis que le jeune artiste a communiqué son
enthousiasme à ses compatriotes. Ses composi-
tions, qui consistent jusqu'à ce moment en cin-
quante œuvres de sonates, variations, rondeaux,
et chansons allemandes, avec ace. de piano, an-
noncent du goût et de l'élégance dans les idées.
ERHARD (D.-J.-B. ), fabricant de cordes
de clavecin et de piano à Nuremberg, vers la
fin du siècle dernier, a fait imprimer un opus-
cule sous ce titre : Kurze Anweisung zum Ge-
branche eines zweckmxssigen Bezugs fur
Klavierinstrumentc ( Courte instruction sur
l'usage d'un nouveau calibre pour les instru-
ments à clavier); Nuremberg, 1795. Il y décrit
la nouvelle proportion établie par son père, Jac-
ques Reinhard Erhard , qui avait substitué, à
l'anciennesérie de cordes declavecinn 000 à 10,
celle qui a élé connue depuis lors en Allemagne
sous les n° 1-24. On a rendu compte de cet ou-
vrage dans Y Allgemeine Litter . Zeitungde 1795,
juin , n° 59.
ERHARD (Laurent), né à Hanau en Al-
sace, le 5 avril 1598, fut d'abord magistère
Sarbriïck, vers 1618, passa ensuite à Strasbourg
et à Hanau, pour y remplir les mêmes fonctions,
et finit par se rendre à Francfort-sur-le-Mein ,
comme cantor au gymnase. Ce fut vers 1G40
qu'il prit possession de cette dernière place, qu'il
a occupée jusqu'à sa mort. Il a fait imprimer
les ouvrages suivants : 1° Compendium mu-
sices latino-germanicum, cui recens nunc
accedunt : 1° Tricinia, 2° Fugx, 3° Diseur-
sus musicalis, 4° Index terminorum musica-
Uum, 5° Rudimenta arilhmelica, 6° Appen-
dix nova ad arithmetica perlinens ; Francfort-
sur-le-Mein, 1660, in-8°. La première édition
de cet ouvrage est de 1640. — 2° Harmo-
nisches Choral und' figurai Gesangbuch,
Francfort, 1659, in-8°. — 3° Compendium mu-
sices auctius editum, das ist kurzer, jedoch
recht Bericht von der Sing-hunst, der Musik
liebhabcnden Jungend zum bestenin dieser
zwegten Edition vermehrter vorgestellet ;
Francfort, 1609, in-8". J'ignore si ce livre, qui
est annoncé dans le catalogue de Francfort de
1669, est la seconde édition de l'ouvrage précé-
dent , ou s'il est différent.
ER1CH ( Daniel ) , organiste à Custrow ,
vers 1730, fut élève de Bextehude. Il a composé
plusieurs suites de pièces de clavecin , qui n'ont
point été imprimées.
ERICHIUS (Nicolas), chantre à Jéna,
au commencement du dix-septième siècle , y a
composé le premier psaume à six voix , et l'a
publié dans cette ville, en 1622.
ERIERS ( Thomas ) f poète et musicien du
treizième siècle, dont on a douze chansons no-
tées. Les manuscrits de la bibliothèque royale
de Paris en contiennent cinq.
ERK ( Adam-Wilhelm ), né à Herff, dans
la principauté de Saxe-Meiningen, le 10 mars
1779, mort le 31 janvier 1820 à Dreisichenhain,
près de Darmstadt, fut d'abord, depuis 1804 jus-
qu'en 1811, instituteur et organiste de l'église de
Wetzlar; ensuite il occupa les mêmes positions
à Worms pendant les années 1812 et 1813, et en
dernier lieu fut organiste, instituteur et secré-
taire de la commune à Dreisichenhain. On a de
sa composition huit pièces d'orgue faciles, publiées
à Worms, en 1812. Le fils de Erk a public une
deuxième édition de ce recueil, à Mùhlheim ,
en 1832, in-4°.
ERK ( Louis-Chrisian ) , fils du précédent,
est né à Wetzlar, le 6 janvier 1807. J.-B. Spiess,
mort en 1841, dans la position de pasteur évan-
gélique et de doyen à Sprendlingen , près de
Darmstadt, dirigea ses études littéraires. Antoine
André, d'Oflenbach, a été son maître d'harmo-
nie et de composition, et son éducation musicale
s'est complétée chez le célèbre organiste Rinck,
à Darmstadt. Depuis le mois de mai 1826 jus-
qu'en octobre 1835, Erk fut troisième profes-
seur pour les études musicales du séminaire
royal des instituteurs, à Meurs, dans la province
du Rhin inférieur, puis professeur de musique
au séminaire royal des instituteurs pour les
écoles de la ville de Berlin , où il est encore
(1860 ). Déterminé par un goût particulier à se
livrer à l'élude du chant choral et des mélodies
populaires, M. Erk s'y adonna dès sa jeunesse
avec une présévérance et avec un esprit d'ob-
servation qui, seuls, peuventeonduire au butdans
des recherches de ce genre. Ses goûts simples
et modestes, et la sérénité de son âme, s'accor-
daient d'ailleurs avec sa vocation. S'entourant
de tous les recueils et de tous les monuments
qu'il put rencontrer de chant choral et d'airs
nationaux et populaires, il en compara toutes les
versions , remonta aux- sources , distingua les
bonnes leçons de celles qui étaient altérées, e%
ERK — ERLANGER
151
couvrit tous ses li vres d'annotations dans lesquelles
il établissait les formes primitives, les origines
d'altérations , et déterminait l'âge et la source
de chaque mélodie. Le nombre de ses publica-
tions en ce genre est très-considérable. Tous ses
recueils ont eu des succès popidaires si prodi-
gieux, qu'on a fait jusqu'à vingt-cinq éditions de
quelques-uns , tirés à grand nombre , et qu'on
en a vendu plusieurs centaines de milliers
d'exemplaires. La première publication de M. Erk
fut un recueil de chants pour une, deux, trois et
quatre voix à l'usage des écoles, par divers com-
positeurs. Les trois livraisons de cette collection
ont paru à Essen, en 1828 et 1829. En 1836 et
1837 on en avait déjà publié la troisième édition.
Depuis cette époque jusqu'à ce jour ( 1860 ),
l'activité de M. Erk ne s'est pas ralentie. Parmi
ses nombreux travaux on remarque : 1° Drei-
und vierstimmigc Gesanga fur Schule und
Haus (Chants à 3 et 4 voix pour les écoles et la
maison ) ; Bonn, 1830, in-4° 2° Methodischer
Leitfadenfiir denGesang Unterricht in Volks-
schulen (Guide méthodique pour l'enseigne-
inentdu chantdansles écoles du peuple); Creleld,
1834, in-8°. Une deuxième édition améliorée a
paru en 1849. — 3° Recueil de chants à plusieurs
parties pour desvoixd'hommes, par divers compo-
siteurs, à l'usage des séminaires, gymnases et pe-
tites sociétés de chant; Essen, 1833. La quatrième
édition aparuen 1847. — 4° Livre choral pour les
écoles et la maison, suivi d'un supplément con-
tenant la liturgie pour un chœur à 4 voix ; Ber-
lin, 1836, in-8°. — 5° Liederkranz, etc. (Cou-
ronne de chants, etc.), en collaboration avec
M. Greef (voij. ce nom) ; Essen, 1839. La dixième
édition a paru en 1849.— 6° Singvogelein (Chant
dupetitoiseau), recueil de chansons à une, deux,
trois et quatre voix pour les écoles, la maison et
la vie; 4 livraisons; Essen, 1842-1848. La quin-
zième édition a été publiée en 1849. — 7°Kinr
dcrgarlchen (le Petit Jardin des enfants), re-
cueil de chants à 2 voix, en collaboration avec
M.Greef; Essen, 1843. — 8° Die deutschen Volks-
lieder, etc. (Les Chansons populaires alleman-
des, etc.), en collaboration avec M. W. Irmer. Le
premier volume, composé de six livraisons, a été
publiéàCrefeld,del838à 1841, in-12. Le deuxiè-
me et le troisième volumes, publiés par M. Erk
seul, ont paru à Berlin, en plusieurs livraisons,
1841-1850, sous le titre de Neue Sammlung
deutscher Volksliedcr. — 9° Chansons populai-
res, anciennes et nouvelles, arrangées pour quatre
voix d'homme; Essen, 1845-1847 in-4°. —
K»° Deutscher Liedergarten (Jardin de chansons
allemandes) pour une, deux, trois et quatre voix,
pour les écoles de jeunes tilles; en collaboration
avec Auguste Jacob; Essen, 1846-1847.— 11° Re-
cueil dechorals des maîtres les plus célèbres des
seizième et dix-septième siècles , en collabora-
tion avec le docteur Fielitz.
M. Erk a fondé en 1841, en collaboration avec
M. Hentschel (voy. ce nom) et quelques au-
tres professeurs zélés, un journal de littérature
musieale, dont il paraît un numéro chaque mois,
à l'usage des instituteurs des écoles populaires,
sous le titre : Euterpe : Ein musikal. Monats-
Malt, etc.; Erfart, 1841-1858. Cet écrit est
parvenu à sa dix-huitième année. M. Erk a
fourni aussi des articles à divers journaux de
musique de l'Allemagne , particulièrement au
recueil publié à Mayence sous le titre de Cx-
cilia.
ERKEL ou ERKL (François), maître de
chapelle à Pesth, s'est fait connaître comme com-
positeur par un opéra en langue hongroise re-
présenté en 1844 sous le titre de Stanislas
Hunijadg. Il a publié des mélodies hongroises à
Pesth et à Vienne, chez Mùller.
ERLAGH ( Frédéric d' ), lils d'un capitaine
de la garde suisse du roi de Prusse Frédéric I er ,
naquit à Berlin, le 2 août 1708. Atteint de cécité
dès son enfance, il ne trouva de consolation que
dans la musique. 11 apprit à jouer du violon, du
clavecin et de la flûte à bec, instrument négligé,
dont il sut tirer des effets inconnus avant lui. Il
avait fait faire un instrument de cette espèce
composé de deux tuyaux accordés à la tierce, et,
par un artifice qui lui était propre, il jouait al-
ternativement l'un ou l'autre, puis les réunissait
à volonté. Il était parvenu aussi à donner beau-
coup d'intensité aux sons de cette flûte, sans en
altérer la qualité, et à former d'heureuses opposi-
tions avec leur douceur ordinaire. Wallher, qui
parle de cet amateur distingué dans son Lexique
de musique, dit qu'il imitait à merveille les sons
du cor et de la trompette avec la bouche ; mais
Nicolai, qui a fourni quelques détails sur d'Er-
Iach, dans le Berlinisch Monatschrift (ann.
1807, cahier de février, p. 98-102 ), ne parle pas
de cette circonstance. En 1732 d'Erlach vivait
à Eisenach; plus tard il se rendit à Berlin et s'y
fixa. Nicolai, le connut en cette ville vers 1 755.
Il se faisait alors 'entendre avec succès dans les
concerts qui se donnaient chaque semaine chez
l'organiste Sack; il avait, dit-on, fort bien chanté
dans sa jeunesse, mais alors, parvenu à sa qua-
rante-septième année, il ne faisait plus entendre
sa voix. D'Erlach est mort à Berlin en 1757.
ERLANGER (Max ou Maximilien ), vio-
loniste qui a eu quelque réputation, né à Franc-
fort-sur-le-Mein, vers 1810, fit ses études mu-
sicales dans cette ville et reçut des leçons de
152
ERLANGER - ERNEMANN
Gulir pour son instrument. H fut d'abord attaché
comme violoniste au théâtre de Francfort, puis
fut directeur de musique d'une institution vo-
cale : plus tard il voyagea avec sa. femme, pia-
niste qui brillait avec lui dans les concerts.
En 1838 ils étaient à Berlin; deux ans après ils
se firent entendre à Prague, puis à Vienne.
En 1842, Erlanger accepta une place de direc-
teur de musique à Halle ; mais il n'occupa pas
longtemps cette position. En 1844 il était de re-
tour à Francfort. On a publié quelques bagatelles
de sa composition.
ËRLEBACH (PmxippE-HENRi ), né à Essen,
le 25 juillet 1657 , vint à Paris dans sa jeunesse,
et y demeura pendant plusieurs années. En 1083
il entra au service du prince de Schvvartzbourg
Rudolstadl, en qualité de maître de chapelle,
et y resta jusqu'à sa mort, qui eut lieu le 17
avril 1714. On a de sa composition : 1° Ouvertu-
res à 5 parties ; Nuremberg, 1693, in-fol. — 2°
VI Sonate a violino, viola da gamba e comti-
nuo ; ibid., 1694. — 3° Gotl-geheiligle-sing-
dunde, in XHkurz gefassten Arien mit einer
oder 2 obligaten Singslimmen, mit Beglei-
tung zivcycr Violinen, nebst Schluss Capella
zujeder Arie a 4 voci und 2 Violinen; Ru-
dolstadt, 1704, in-4°. — 4° Erster Theil harmo-
nischer Freude musikalischer Freunde in 50
moralisench und politischen deutschen Arien
von 1 Singst imme und 2 Violinen nebsteinem
Gencral-bass ; Nuremberg, 1697, pet. in-fol.
— 5° Streit der Fama und verschwiegenheit
iiber die Liebe, etc., Rudolstadt, 1G96, 3 feuilles
in-fol. — 6°Cantate: Bas istmeine Freude, pour
saprano, viole et orgue, en manuscrit. Erlebacli a
aussi composé quelques pièces pour l'orgue, qui
ont été insérées par EckoM dans son Tabula-
turbuch, en 1692.
ERMEL ( Louis-Constant ), pianiste et com-
positeur, né à Gand, le 27 décembre 1798, apprit
dans celte ville les premiers principes de la mu-
sique et Part de jouer du piano. Ses progrès furent
rapides, et bientôt il se fit assez remarquer pour
qu'on songeât à l'envoyer à Paris, afin qu'il y
complétât son instruction par les leçons de bons
maîtres. Admis au Conservatoire comme élève,
il entra dans la classe de Zimmerman pour le
piano , et dans eerle d'Eler pour le contrepoint ;
puis il devint élève de Lesueur pour la compo-
sition. En 1823, il concourut, à PAecadémie des
Beaux-Arts de l'Institut de France, pour le grand
prix : le sujet du concours était la cantate de
Thisbê, avec orchestre. M. Ermel obtint le pre-
mier prix, qui lui donnait le titre et les avan-
tages de pensionnaire du gouvernement , et il
voyagea plusieurs années en Italie et en Alle-
magne. Une ouverture de sa composition fut exé-
cutée à Vienne, dans un concert, en 1826. De.
retour à Paris, il espéra pouvoir justifier son pre-
mier succès par ceux qu'il obtiendrait au théâ-
tre; mais, ainsi que beaucoup d'élèves couronnés
par l'Institut, il a fait de vains efforts pour ob-
tenir des livrets d'opéras, ou pour faire recevoir
par les administrateurs de spectacles ceux qu'on
lui confiait. Jusqu'à ce jour, aucun ouvrage dra-
matique de sa composition n'a été entendu.
En 1834, le gouvernement belge ayant mis au
concours la composition d'une cantate intitulée .-
Le Drapeau belge, pour l'anniversaire de la
révolution de 1830, M. Ermel s'est mis au nom-
bre des candidats; et le second prix lui a été
décerné. Cet artiste est depuis plusieurs années
professeur de piano à Paris.
ERMENGARD ou ERMENGAUD, écri-
vain du douzième ou du treizième siècle, sur le-
quel on ne sait rien , si ce n'est qu'il écrivit
contre les Vaudois. Son ouvrage, intitulé : Contra
hxreticos qui credunt mundum istum a dia-
bolo et non a Deo esse factum , a été publié
à Ingolstadt,en 1614, in-4°, par J. Greiser; en-
suite dans la Bibliothèque des Pères, édition de
1644 ( Paris), tom. IV, et, en dernier lieu, dans
la grande Bibliothèque des Pères, tom. 24, p. 1607.
Le chapitre 10 e traite de cantu ecclesiûslico.
ERNEMANN (Maurice), virtuose sur le
piano et compositeur pour cet instrument , né à
Eisleben, en 1810, fut envoyé par ses parents à
Berliu, pour y suivie la carrière du commerce;
mais son penchant décidé pour la musique donna
une autre direction à son existence. Devenu élève
de Louis Berger pour le piano, il fit de rapides
progrès et devint habile sur cet instrument. En
1820, il suivit le prince Radziwill en Pologne et
vécut pendant quelques années chez le prince Za-
moiski, à Varsovie; puis il fut attaché comme
professeur au Conservatoire de cette ville. La
révolution de 1830 lui fit perdre cette position,
et l'obligea à se retirer en Silésie. Après avoir passé
plusieurs années à Breslau, il est retourné à Var-
sovie, et y a donné un concert en 1836, dans le-
quel son talent fit sensation. Il vivait en-
core dans cette ville en 1845. Il a publié :
l°Dix variations pour le piano (en mi bémol),
op. 1 ; Hambourg, Christiani. — 2° Dix varia-
tions sur le thème Là ci darem la mano, op.
2 ; ibid. — 3° Thème original varié, op. 3; ibid.
— 4° Les Charmes deVarsovie, divertissement ;
Varsovie, Brzezina. — 5° Cotillon pour le piano;
ibid. — 6° Marche triomphale; idem. — 7° Di-
vertissement pour le piano, op. 6; Leipr.ick, Breil-
kopf et Haertel. — 8° Introduction, variations et
finale sur le thème Schœnc Minka, op. 7 ; Leip-
ERINEMANN — ERNST
153
sicli , Hofmeisler. — 9° Huit chansons allemandes
à voix seule avec ace. de piano, op. 4 ; Hambourg,
Christiani. Pendant son séjour à Breslau, Erne-
mann se livra à la composition de chants à voix
seule et à 4 voix pour les sociétés et les écoles.
Parmi ses œuvres de ce genre on remarque ; 6 Lie-
der pour 4 voix d'hommes, op. 17 ; Breslau, Leu-
ckart. — Des Lieder pour soprano, alto , ténor et
basse à l'usage des écoles, op. 18 ; ibid. — Un re-
cueil de chansons faciles à une et 2 voix, pour les
enfants, op. 19; ibid. — 3 Lieder à voix seule
avec piano, op. 22. — 6 Lieder pour un chœur
d'hommes, op. 26.
ERNEST II ( Auguste-Ciiarles-Jean-Léo-
pold-Alexandre-Éoouard), duc de Saxe-Cobourg-
Gotha, né le 21 juin 1818, a succédé à son père,
comme duc régnant, le 29 janvier 1 844 . Cultivant
la musique dès son enfance, ce prince s'est livré
a l'étude de la composition, et a écrit plusieurs
opéras qui ont été représentés avec succès, non-
seulement à Gotha, mais dans plusieurs villes de
l'Allemagne. Traduit en français, Casilda, un
de ses ouvrages, a été représenté au théâtre royal
de Bruxelles, en 1855, et y a été bien accueilli.
Un autre opéra, intitulé Sainte-Claire, a été joué
au grand opéra de Paris, le 27 septembre 1855.
Les journaux de Paris ont donné des éloges à
cet ouvrage, et en ont vanté les mélodies. Au
nombre des productions de S. A. R. le prince de
Saxe-Cobourg , on remarque Zaïre, son premier
opéra, et Toni, son quatrième ouvrage dramati-
que. On cite aussi la cantate pour soprano et ba-
ryton avec chœur et orchestre, intitulée Immer
Liebe, poésie de Amdt, dont ce prince a écrit
la musique.
ERNST (François-Antoine) , violoniste dis-
tingué, naquit le 3 décembre 1745, à Georgen-
thal , petite ville de la Bohême. Les premières
leçons de violon lui furent données par son grand-
père. Après la mort de celui-ci, il alla à Kreibitz,
où il fit de bonnes études littéraires et musicales ;
puis il se rendit à Warndorf, où il prit des leçons
d'orgue chez l'organiste de la ville. Vers ce temps,
ayant été visiter un de ses parents au couvent
de NeuzeU , il y fut engagé comme chantre du
chœur. Il y resta pendant six mois ; ensuite il
entra chez les jésuites de Sagan, pour y terminer
ses études, et, pendant les quatre années qu'il
passa chez eux, il fut employé comme violoniste
dans toutes les solennités musicales. Arrivé à
Prague en 1763 , il y fit un cours de philosophie
et se livra à l'étude du droit, puis il retourna dans
sa ville natale, et y fut nommé syndic; mais il
n'y resta pas longtemps , car le comte de Sàlm ,
l'ayant entendu jouer du violon , fut si charmé
de son talent, qu'il l'engagea à son service comme
secrétaire. Ce seigneur résidait la plus grande
partie de l'année à Prague, en sorte que Ernst
eut l'occasion d'y entendre le fameux violonisle
Lolli, lors de son passage dans cette ville, et d'y
prendre de ses leçons. 11 profita si bien sous cet
habile maître , qu'en peu de temps il put jouer
avec facilité les traits les plus difficiles de ses
études et de ses concertos. Il se mit ensuite à
voyager et passa par Strasbourg, où il apprit d'un
bon violoniste, nommé Stadn, à jouer l'adagio avec
expression. En 1778 , il fut appelé à Gotha, comme
violon-solo de la cour. H y mourut à l'âge de
soixante ans, le 16 janvier 1805. Ernst a com-
posé plusieurs concertos et des solos pour le vio-
lon, mais il n'a fait graver qu'un concerto en mi
majeur. Il y proposa une souscription , en 1798,
pour la publication d'un traité sur le violon , qui
aurait été divisé en deux parties, dont l'une au-
rait traité de la construction du violon, et la se-
conde de l'art de jouer de cet instrument. Il ne
paraît pas que cet ouvrage ait été imprimé. On
doit encore à Ernst un petit mémoire sur la cons-
truction du violon, inséré dans la Gazette musi-
cale de Leipsick (7 e année, n° 4). Ses connais-
sances dans les principes de la construction des
instruments à archet étaient étendues; il a fait
plusieurs violons qui , dit-on, ne sont point in-
férieurs à ceux des meilleurs maîtres.
ERNST (....), musicien qui joua l'alto à
l'Opéra depuis 1786 jusqu'en 1800, a fait graver
à Paris, en 1792 , une collection de pièces pour
deux clarinettes , deux cors et deux bassons,
dont plusieurs sont de sa composition , et les
autres tirées de divers opéras ou de symphonies.
ERNST (Chrétien-Gottlob), organiste de
l'Église évangélique d'Ohlau , est né le 2 février
1778 à Silberberg , en Silésie , où son père était
huissier. La pauvreté de celui-ci ne lui permit
pas de donner à son fils d'autre instruction que
celle de l'école publique de sa petite ville ; bien-
tôt même l'enfant fut privé de ce secours, et dut
aller chercher son existence dans les campagnes
comme musicien ambulant. Lorsqu'il eut enfin at-
teint l'âge de dix-huit ans, il entra à l'école di-
rigée par le cantor Bûrgel, à Landshut. Là il
commença à étudier la théorie de l'harmonie, et
plus tard, lorsqu'il eut été admis au séminaire
de Breslau, il acheva de s'instruire par les leçons
de Neugebauer et de Berner. En 1798, Ernst
fut nommé organiste à Ohlau , et professeur de
l'école de musique de la ville. Son zèle y déve-
loppa le goût de l'art ; Il y établit une société d'ar-
tistes à laquelle vinrent se joindre ensuite plu-
sieurs amateurs ; son école s'agrandit progressi-
vement, et depuis que la direction lui en a été
confiée, elle a fourni des artistes à toule la Silé-
154
ERNST — ERSCII
sic Comme compositeur, Ernst s'est fait con-
naître par deux œuvres de sonates qui ont été
publiés à Breslau, chez Gross et Barth. Il a écrit
aussi la musique des psaumes 96 et 100.
ERNST (F.-A.). On a sous ce nom des va-
riations pour le piano sur le thème allemand
Gesternabend uar Wetter Michel da , Ham-
bourg, Christiani ; des thèmes de "Weber variés
pour la flûte, liv. 1 et 2 , Mayence, Schott; et des
airs d'opéras modernes variés pour flûte et guitare,
ibid.
ERNST (Henri-Viuielm), violoniste distin-
gué, est né en 1814 à Brûnn, en Moravie. Admis
au Conservatoire de Vienne comme élève, il y re-
çut des leçons de Bœhm , et le maître de cha-
pelle Seyfried lui enseigna l'harmonie ; puis il
reçut des conseils de Mayseder , qui lui lit ac-
quérir de la justesse et du brillant dans les traits.
Ernst n'était âgé que de seize ans, lorsqu'il fit un
premier voyage à Munich, Stuttgard et Franc-
fort, où il inspira de l'intérêt par son talent pré-
coce. Arrivé à Paris, à la fin de 1832, il s'y fit en-
tendre d'abord dans des représentations duThéâ-
Ire-Italien. 11 fit un assez long séjour dans cette
ville, et y étudia la manière des violonistes fran-
çais, et surtout celle du célèbre de Bériot, qui était
alors le héros du violon de concert. En 1838, il
parcourut la Hollande , et y eut des succès d'éclat
partout où il se fit entendre. De retour à Paris,
au commencement de 1839, il y donna plusieurs
concerts, puis il visita l'Allemagne méridionale et
se fit applaudir à Vienne, en 1S40. Poursuivant le
cours de ses voyages, il visita toutes les villes princi-
pales de l'Allemagne à diverses époques , la Silésie,
laPologne, la Russie, la Suède, le Danemark, se fit
entendre à plusieurs reprises à Berlin, Leipsick et
Dresde, et eut partout des succès. Depuis 1844
il a passé aussi plusieurs saisons à Londres, où
son talent trouvait de la sympathie. Le caractère
de ce talcntétait particulièrement le brillant dans
des traits que Ernst s'était rendus familiers, mais
qui n'offraient pas les difficultés que l'école plus
moderne, et surtout la musique de Vieuxtemps,
ont mis en vogue. Ernst avait aussi dans sa ma-
nière de chanter sur le violon une certaine poésie
qui avait du charme, bien qu'un peu maniérée.
Dans ces dernières années, sa mauvaise santé et
des affections nerveuses ont porté atteinte à la
justesse de ses intonations, et ont rendu son jeu
inégal. Parmi ses compositions pour son instru-
ment on remarque celles-ci : 1° Deux nocturnes
pour violon et orchestre, œuvre 8, dont le n° 2
est un andanie cantabile qui a eu beaucoup de
succès; Paris et Berlin, Schlesinger. — 2° Elégie
pour violon et piano, œuvre 10 ; morceau charmant
qui a élé joué partout et dont on a fait une mul-
titude d'éditions en France, en Allemagne, en
Danemark et en Russie. Spohr y a ajouté une
introduction avec laquelle l'œuvre de Ernst a été
gravée à Hambourg 3° Fantaisie brillante sur
la marche et la romance (TOtello, avec orchestre
ou quatuor, op. 11 ; Mayence, Schott. — 4°Concer-
tino avec orchestre ou quatuor, op. 12; Biuns-
wick , Meyer. — 5° Polonaise de concert avec
orchestre, op. 17; à Vienne chez Mechetti. —
6° Variations de bravoure sur un air national hol-
landais, op. 18 ; ibid. — 1°, Introduction , caprice
et finale sur un thème de l'opéra il Pirata, op.
19;HaDovre, Bachmann. — 8° Rondo Papageno,
sur un thème de la Flûte enchantée, op. 20 ;
Vienne, Mùller. — 9° Concerto ( allegro pathéti-
que), op. 23; Leipsick, Breitkopf et Hœrlel. On
a publié aussi une imitation que Ernst a faite du
Carnaval de Venise de Paganini, et qu'il a jouée
partout.
ERRARS (Jean), poëte et musicien, paraît
avoir été le père de Jean Errars, sieur de Valéry,
chambrier de Philippe le Hardi, qui mourut en
1372 , et qui comme lui composa les paroles et
la musique de plusieurs chansons. Il nous en
reste trente, sous le nom de Jean Errars ; les
manuscrits de la Bibliothèque impériale de Paris
en contiennent vingt-quatre.
ERSGll ( Jean-Samuel), laborieux bibliogra-
phe, naquit le 23 juin 1766, à Gross-Glogau ( basse
Silésie ), et mourut à Jéna, le 16 janvier 1828.
Après avoir reçu sa première instruction au gym-
nase de sa ville natale, il alla étudier la théolo-
gie à l'université de Halle. Ce fut dans cette
ville qu'il commença ses premiers travaux litté-
raires : puis il alla vivre quelque temps à Ham-
bourg et enfin se fixa à Jéna, où il oblint la place
de bibliothécaire de l'université. La plupart des ou-
vrages de cet infatigable écrivain étant étrangers
à l'objet de ce dictionnaire, on n'en parlera pas,
et l'on se contentera de renvoyer aux biographies
générales. Nous nous bornerons ici à citer son
manuel de la littérature allemande ( Handbuch
der deutschen literatur); Amsterdam et Leip-
sick, 1812-1814, 2 vol. in-8°. On trouve dans cet
ouvrage une liste d'ouvrages de littérature mu-
sicale, tome I er , section 3, p. 1023, section 4,
p. 1437, et tome H, sect. 7, page 2493. Ersch
et J. G. Gruber furent les fondateurs de la grande
Encyclopédie allemande des sciences et des arts
(Allgemeine Encyclopédie der Wissenschaften
und Kiïnste in alphabet ischer Folge, etc. ) ;
Leipsick, Gleditch et Brockhaus. On trouve dans
ce volumineux ouvrage une série de longs ar~
ticles relatifs à la musique, qui ont été rédigés
par Rochlit/., Gottfried, Weber, Fr. W. Finit et
plusieurs autres savants et artistes.
ERTELIUS —
ERTELIUS (Sébastien), moine bénédictin
à l'abbaye de Weichenstephan, dans le dix-sep-
tième siècle, a fait imprimer les ouvrages sui-
vants de sa composition : i° Symphonix sacrx
6 et S vocibus ; Munich, 1611.-2° Magnificat
S vocibus; Munich, 1615.
ERYTHREE US (Gottuard), né à Stras-
bourg, vers 1550, se rendit à Altdorfen 1587,
pour y exercer les fonctions de magister. En 1595
il fut nommé cantor et chargé d'enseigner la
musique au gymnase de la même ville; enfin en
1609 il devint recteur de ce gymnase, et conserva
cette place jusqu'à sa mort, qui eut lieu vers
1617. On a de lui : 1° Psatmi et Cantica va-
ria, ad notas scutonum musicum adstricta;
Nuremberg, 1608,in-4°.— T D.M. Lutheri und
anderer Gottsfuerchtiger Mariner Psalmen,
und geistliche Lieder in 4 Stimmen gebracht
durch, etc. (Psaumes de Luther, etc., à quatre
voix ) ; Nuremberg, 1608, in-4°.
Il est vraisemblable que le nom de ce musicien
indique une origine grecque, et qu'un de ses an-
cêtres était d'Erythrée, aujourd'hui Gesmc, dans
l'Asie Mineure, car il n'y a point de nom alle-
mand qui corresponde au latin Erythrxus.
ESCHBORN (. . .), maître de concert à
Mannheim, en 1830, fut appelé à Cologne , en
1842, comme directeur de musique. En 1845, il
prit la direction du théâtre d'Aix-la-Chapelle,
et dans l'année suivante il alla donner des re-
présentations à Amsterdam avec sa troupe d'o-
péra. Il a fait représenter à Aix-la-Chapelle, en
1847, l'opéra de sa composition intitulé Bas-
tards oder das Stiergefccht (le Bâtard, ou le
combat de Taureaux ). La femme d'Eschhorn est
cantatrice et a chanté à Mannheim en 1830 et 31,
à Amsterdam en 1836, à Cologne, en 1838 et à
Strasbourg dans l'année suivante.
ESCHELBACH ou ESCHENBACH
(Wolfram de), célèbre maître-chanteur (trouvère)
néenSuisse, brilla vers la lin du douzième siècle et
au commencementilutreizieme.il eut pour maître
un autre trouvère allemand, nomméFriedebrandt.
Après avoir longtemps parcouru les différentes
provinces de la Germanie, il se fixa, vers l'an 1200,
au château de Wartbourg, près d'Eisenach, où
il fut reçu au service du landgraf Hermann de
Thuringe, grand protecteur des arts et des ar-
tistes. C'est là qu'eut lieu une lutte célèbre entre
Eschelbach et le maître chanteur Klingsohr,
pour le prix du chant institué par Hermann. Es-
chelbach se montra plus habile dans le chant re-
ligieux, mais Klingsohr eut l'avantage dans les
autres genres. Eschelbach n'est pas seulement un
des poëtes-musiciens les plus féconds de son
époque, mais, par la richesse de son imagination,
ESCIIENBURG 1 55
l'élévation de ses idées, l'expression et l'élégance
de son style, il est considéré comme un véritable
poète épique. Cet artiste ayant été fait chevalier
à Henneberg, passa plusieurs années en voyages
chevaleresques. Dans les dernières années de sa
vie, il se retira dans la demeure de ses ancêtres.
Son tombeau fut placé dans l'église Notre-Dame,
à Eschenbach.
ESCHENBACH ( Jean-Tobie), garde de la
tour de l'église Saint-Michel, à Hambourg, in-
venta en 1800 un instrument à clavier et à an-
ches libres mises en vibration par l'action d'un
souflet simple, auquel il donna le nom d'jElo-
dion. J'ignore s'il y a identité de personne en-
tre lui et Eschenbach (...), receveur des finan-
ces à Kcenigshoven, dans le duché de Clèves, qui,
en 1814, imagina un instrument du même genre,
lequel fut connu sous le nom d'Organovioline.
Celui-ci, modifié parSchlimbach, facteur d'orgues
à Ohrdrulf, fut appelé JEoline, et Sturm (F.),
organiste à Subi, dans la Thuringe, donna en
1832, de l'extension à ce genre d'instrument dans
WElodicon, dont le clavier avait une étendue de
six octaves, tandis que Hàkel, de Vienne, le ré-
duirait dans le petit instrument appelé Physhar-
monica; mais le point de départ de toutes ces
combinaisons de l'anche-libre fut évidemment
le Chcng, des Chinois, et les premières applica-
tions qui en fuient faites aux instruments à cla-
viers appartiennent à Jean-Tobie Eschenbach et
à Grénié, auteur de l'orgue expressif. (Voy. mon
Eapjrort sur la fabrication des instruments
de musique danê l'exposition universelle de
Paris, en 1855, Tome II, p. 181 de la grande
édition officielle, et p. 27 et suivantes du tiré-
à-part).
ESCHENBURG ( Jean-Joaciiim), conseil-
ler de cour et professeur de belles-lettres au
collège de Saint-Charles à Brunswick, naquit à
Hambourg, le 1 er décembre 1743. Il fit ses étu-
des à l'université de Leipsick , et ensuite à celle
de Gœttingue. Jeune encore, il fut nommé gou-
verneur des élèves du collège de Saint-Charles, à
Brunswick, au mois de septembre 1767. Après
six années d'exercice, il occupa la chaire de phi-
losophie et de belles-lettres dans le même collège.
Il mourut âgé de soixante-quinze ans, le 29 fé-
vrier 1820. Eschenburg fut un amateur de mu-
sique fort zélé, et qui contribua à ses progrès en
Allemagne par les ouvrages qu'il publia sur cet
art, et par des traductions de bons ouvrages
étrangers. En voici la liste : 1° Une tra-
duction allemande de la dissertation de Jean
Brown sur l'origine et les progrès de la musique
et de la poésie, sous ce titre : Dr Brown's Be-
trachtungen iiber die Poésie und Musik nach
/56
ESCHENBURG — ESCOBEDO
Virent Ursprmge, etc.; Leipsick, 1769, in-8°
de 495 pages. — 2° Une traduction des réflexions
de Webb sur l'affinité de la poésie et de la mu-
sique, intitulée Betrachtungert ûber die Ver-
uandschaft der Poésie und Musik, etc.; Leip-
sick, 1771, in-8° de 169 pages. 11 y a joint des
notes intéressantes. — 3° Une autre traduction de
la dissertation sur la musique des anciens que
Burney a mise au commencement de son bistoire
«le la musique, sous le titre de Abhandlung ùber
die Musik der Alten ; Leipsick, 1781, in-4°,
216 pag. — 4° Une notice sur la vie deHaendel et
sur la pompe de son anniversaire à Londres,
traduite de l'anglais de Burney sous ce titre :
Nachricht von Georg. Friedrich Hxndel's Le-
bens umstxnden und der ihm zu Londort int
Mai und Jun. 1784 angestellien Gedachtniss-
feyer; Berlin, 1785, gr. in-4°. — 5° Enfin quelques
autres ouvrages moins importants, tels qu'une
dissertation sur sainte Cécile, dans le Magasin
d'Hanovre de 1786, pag. 94-96, une lettre sut-
la pompe funèbre de Jomelli, traduite de l'ita-
lien, et insérée dans le journal intitulé Musée al-
lemand, tom. 1, pag. 464 et une dissertation in-
titulée Ueber die kùrzere Dauer des wohlge-
l'allens an dent Spiel der Blasinstrumente
(Sur la courte durée du plaisir causé par le jeu
«les instruments à vent), dans le même journal,
pages 155 et 102. Eschenburg est aussi auteur
d'une théorie esthétique et générale de la litté-
rature, intitulée : Entwurf einer Théorie und lit-
teralur der schônen Redekùnsle, dont il a paru
cinq éditions à Berlin eu 1783, 1789, 1805, 1817
et 1836; 1 vol. in-8°. Il y traite de l'Opéra, mais
seulement sous le rapport littéraire.
ESCHERNY (François-Louis comten), an-
cien chambellan du roi de Wurtemberg, né le
23 novembre 1733, à Neufcbàtel (Suisse), est mort
à Paris, le 15 juillet 1815. Parmi divers ouvrages
qu'il a publiés, on remarque des Mélanges de
littérature, d'histoire, de philosophie, Paris,
1S09, 3 vol. in-12. dont plusieurs exemplaires
portent le titre de 2 e édition, avec la date de
1815. Il y traite plusieurs points relalifs à la
musique, qui en ont été extraits et imprimés
séparément sous le titre de Fragments sur la
musique; Paris, 1809, 1 vol. in-12. Les vues du
comte d'Escherny sont superficielles et de peu
d'utilité pour le musicien. Il était bon musicien,
chantait d'une manière agréable et jouait de l'alto
dans les parties de quatuors et de quintettes.
ESCHSTRUTH (Jean-Adolphe baron d'),
conseiller de régence à Cassel, naquit à Ham-
bourg, dans la Hesse, le 28 janvier 1756. Il fut
d'abord conseiller de justice à Marbourg, où il
étudia la composition , sous la direction de Hap-
feld, maître de concert. Dans la suite, il se lia
avec Vierling, organiste à Marbourg et élève de
Kirnberger, qui lui communiqua l'excellente tra-
dition de l'école de Bach. Il s'est rendu également
recommandable comme compositeur et comme
écrivain didactique. Outre les articles qu'il a
fournis aux divers journaux d'Erfurl et de Ham-
bourg, il a écrit : l° Musikalische Bibliothek
fur Kùnstler und Liebhaber (Bibliothèque
musicale pour le musicien et l'amateur), premier
cahier; Marbourg, 1784, in-8° de 152 pages,
deuxième cahier, 1785; troisième idem, 1789.
— 2° Instruction pour écrire la musique, par Jean-
Jacques Rousseau, traduite du français avec
beaucoup d'augmentations, préparée pour l'im-
pression en 1786. — 3° Principes de la musique
transcendante, où l'on traite principalement de
la littérature de la musique, également achevés de-
puis 1786. — 4° Biographie de Ch.-Pb . -Em. Bach,
achevée depuis 1789. Ces trois derniers ouvrages
n'ont point été publiés. Les compositions du ba-
ron d'Eschstruth consistent en un Essai de com-
position pour le chant, avec accompagnement
de clavecin; Cassel. 1781. — Un Chant pour so-
prano et ténor, avec accompagnement de
deux violons, alto et basse, op. 2; Marbourg,
1781. — Chansons, odes et chœur pour le cla-
vecin, première partie, op. 3 ; ibid., 1783. —
Soixante-dix chansons mises en musique,
ai ec une préface : Cassel, 1788. — Douze mar-
ches avec la théorie, l'histoire et la littéra-
ture de ce genre de musique. — Six sonatines
pour le clavecin. — Recueil de cantiques reli-
gieux. Eschstrulh est mort le 30 avril 1792, à
l'âge de trente-sept ans. Sa biographie a été
insérée dans le Nécrologe de la même année.
Charles Justi a aussi publié un petit écrit qui
a pour titre : Den Andenken Hans Ad.
Freiherrn von Eschstruth gewidmet; Mar-
bourg, 1792 in-8°.
ESCOBEDO ou ESCOVEDO (Barthé-
lémy), né en Espagne vers 1510, étudia à Sala-
manque, et fut d'abord chantre de la cathédrale
de cette ville. Il se rendit ensuite à Rome, où il
entra dans la chapelle pontificale, en qualité de
chantre, le 23 août 1536. Il obtint ensuite un
bénéfice à Ségovie, et partit de Rome le 25 oc-
tobre 1554, pour aller en prendre possession.
On ignore la date de sa mort. Escobedo fut, en
1551, l'un des juges dans la dispute musicale de
Vicentino et de Vincenzio Lusitano. ( Voy. ces
noms). Salinasdit qu'il était instruit dans toutes
les parties de la musique : Cum Bartholomxo
Escobedo viro in utraque musices parte exer-
citatissimo (De musica, lib. 4, c. 32, p. 228).
Il ne paraît pas qu'on ait conservé beaucoup de
ESCOBEDO — ESCUDIER
157
ses ouvrages. CepenJant Nebra, cité par
M. Mariano Soriano Fuertes (Historia de la
musica espanola, t. II, p. 120), dit qu'on
conservait dans la chapelle royale de Madrid
deux Miserere et un Magnificat remarquables
de ce musicien. M. Eslava a publié trois de ses
motels à quatre voix, dans la collection intitulée
Lira sacro-hispana (T. I er des Maîtres du
seizième siècle» p. 143-156).
ESCOVAR ( André de), musicien espagnol,
vivait dans le dix-septième siècle. Dans sa jeu-
nesse il fit un voyage aux Indes, et se fixa en-
suite en Portugal, où il fut musicien de la ca-
thédrale de Coïmbre. Il a écrit un traité de mu-
sique intitulé Arte musica para tanger o
instrumente) da charamelinha, qui est resté
en manuscrit. L'instrument dont il s'agit dans
cet ouvrage était la flûte à bec.
ESCOVAR (Jean de), musicien et poëte
portugais, vivait au commencement du dix-sep-
tième siècle. Il a publié une collection de motets
à Lisbonne en 1620, in-4°. Le catalogue delà
bibliothèque musioale du roi de Portugal indique
aussi sous son nom un traité de musique intitulé
Arte de musica theorica y pradea; mais il ne
fait pas connaître s'il est imprimé ou manuscrit.
ESCUDIER (Marie et Léon). Si ces noms
ne sont point ici séparés, c'est qu'ils sont insé-
parables en réalité; car il serait à peu près im-
possible de distinguer la part de chacun dans les
actes et les travaux faits en association perma-
nente par ces deux frères. Si nos renseignements
sont exacts, et nous avons lieu de nous croire
bien informé, l'aîné, Marie Escudier, est né le
29 juin 1819; le second, Léon, le 17 septembre
1821. Tous deux ont vu le jour à Castelnaudary
(Aude). Leurs études classiques furent faites
au collège de Toulouse. Par un rare exemple
de précocité, l'aîné fut reçu avocat à l'âge de dix-
huit ans. Devenus orphelins peu de temps après
avoir quitté les bancs de l'école, et sans for-
tune, les deux frères cherchèrent des moyens
d'existence dans la presse. Ils fondèrent, à Tou-
louse, un recueil littéraire intitulé Le Gascon,
et La Patrie, journal politique qui eut du reten-
tissement dans le midi de la France. Possesseurs
d'une imprimerie typographique, ils écrivaient,
composaient et imprimaient eux-mêmes ces
journaux. Après deux ou trois années de travaux
incessants qui n'avaient point augmenté leur
bien-être, MM. Marie et Léon Escudier prirent
la résolution d'aller, comme tant d'autres, sans
protection, sans appui, chercher fortune à Paris.
Arrivé dans cette ville, Léon put compléter son
instruction classique dans les cours publics de
la Sorbonne, et commença en mente temps l'é-
tudede la musique sous la direction de M. F. Dazin,
alors élève de composition au Conservatoire,
aujourd'hui professeur d'harmonie dans la môme
école. Son frère avait appris les éléments de cet
art dès l'enfance et jouait du violon à l'âge de
huit ans. Plus tard, il reçut des conseils, pour
cet instrument, de M. Michel, élève de Bailiot,
qui s'est fixé à Toulouse.
A l'époque où MM. Escudier arrivèrent à
Paris, la presse offrait des ressources faciles à
qui savait écrire : ce fut à elle qu'ils eurent
d'abord recours pour assurer leur existence : ils
prirent part à la rédaction du Bon Sens , de la
Revue du dix~neuvième siècle, de la Revue
du Nord, qu'ils dirigèrent, et du Monde, journal
politique quotidien fondé par l'abbé de Lamennais
et par Mme George Sand. Longtemps après
(1850 à 1858) ils ont été chargés de la rédac-
tion du feuilleton musical du Pays, journal
de l'Empire. Mais c'est surtout à cause des
publications qui vont être énumérées, que
MM. Escudier doivent trouver place dans ce
dictionnaire. La première en date est la France
musicale, journal hebdomadaire qu'ils fondèrent
en 1838, et par lequel ils se sont fait leur spé-
cialité. Nonobstant les perturbations politiques
de tout genre et de pénibles vicissitudes, ils
ont pu maintenir l'existence de cette publication
parvenue aujourd'hui (1860) à sa vingt-deuxième
année. Peu de temps après la fondation de la
France musicale, les deux frères établirent
une maison de commerce de musique, dont les
œuvres de Verdi ont fait la prospérité. Dans le
courant de la même année, les deux frères Es-
cudier, s'étant mariés , ont séparé leurs intérêts :
le magasin de musique est échu en partage à
Léon, et Marie a eu pour sa part la France
musicale, dont il continue la rédaction.
Les titres des ouvrages de littérature musicale
écrits et publiés par MM. Escudier sont :
1° Études biographiques sur les chanteurs
contemporains, précédées d'une Esquisse sur
l'art du chant; Paris, Juste Tessier, 1840, 1 vol.
in-is. — 2° Dictionnaire -de musique d'après
les théoriciens, historiens et critiques les plus
célèbres, 1 vol. in-18. Paris, au bureau central
de musique, 1844. — 3° Dictionnaire de mu-
sique théorique et historique, avec une préface
de M. F. Ilalévy ; Paris, Michel Lévy frères,
1854, 2 vol. in-18. Dans ce deuxième diction-
naire, le premier a été refondu, développé et
complété. — 4° Rossini, sa vie et ses œuvres,
avec une introduction par Méry ; Paris , Dentu,
1854, 1 vol. in-18. — 5° Vie et aventures des
cantatrices célèbres, précédées des music'ens
de l'Empire, et suivies de la vie anecdotique
1S8
ESCUD1ER — ESLAVA
de Paganmi, Paris, Dentu, 1856, 1 vol. in-18.
M. Marie Escudiei' est chevalier de la Légion
d'honneur.
ESCIUBANO (Jean), musicien espagnol,
fit ses études musicales à l'université de Sala-
manque, puis se rendit à Rome, et fut admis
dans la chapelle pontificale, en qualité de cha-
pelain-chantre, à la fin du quinzième siècle. Quel-
ques-unes de ses compositions pour l'église sont
conservées dans les archives de la chapelle
Sixtine.
ESENSA ( Salvador ), né à Modène, dans la
première moitié du seizième siècle, a publié de sa
composition : lî primo libro de' Madrigali à 4
voci; Venezia, pelGardano, 1566, in-4°.
ESLAVA (Don Mjchel-Hilarion), maître
(le chapelle de la reine d'Espagne Isabelle II,
est né le 21 octobre 1807, à Benlada, petit village
près de Pampelune, dans la Navarre. En 1816,
il entra comme enfant de clmeur à la cathédrale
de cette ville, et y reçut son instruction dans le
solfège et le chant; puis il se livra à l'étude du
piano et de l'orgue, sous la direction de D. Ju-
lien Prieto. Pendant ce temps il étudiait la lan-
gue latine et faisait son cours d'humanités au sé-
minaire de cette ville. A la même époque il ap-
prit aussi à jouer du violon, et en 1824 il fut
employé à la cathédrale de Pampelune en qua-
lité de violoniste. Dans les années suivantes il
compléta ses connaissances dans l'art de la com-
position, par les leçons d'un bon maître nommé
D. Francisco Secanilla. En 1S?8, M. Eslava ob-
tint, par un concours public, la place de maître
de chapelle de la cathédrale d'Ossuna. 11 suivit
dans celte ville les cours de littérature et de
philosophie de l'université, entra dans les ordres
et fut fait diacre. La place importante de maître
de chapelle de l'église métropolitaine de Séville
étant devenue vacante en 1832, M. Eslava l'ob-
tint au concours. Ce fut dans cette église qu'il
reçut la prêtrise. Quelques années plus tard, les
événements de la révolution espagnole l'obligè-
rent à chercher des ressources dans la compo-
sition dramatique. En 1841 il fit représenter au
théâtre de Cadix l'opéra italien il Solitario, et
dans les années suivantes les opéras la Tregua
di Ptolemmde, et Pietro el Crudele. Ces ouvrages
furent accueillis avec beaucoup d'applaudisse-
ments, et dans plusieurs villes de l'Espagne ils
eurent le même sort qu'au théâtre de la cour. En
1844, M. Eslava reçut sa nomination de maître
de la chapelle royale de Madrid : quatre ans
après, la reine l'a décoré de l'ordre de Charles III.
Le nombre des compositions religieuses pro-
duites par M. Eslava, jusqu'en 1853, s'élève à
cent quarante-trois, parmi lesquelles se trouvent
des messes, psaumes , hymnes, lamentations,
motets, villancicos, elc. Quelques-unes de ces
œuvres ont été publiées dans une collection inté-
ressante de musique d'église composée par les
meilleurs artistes espagnols depuis le seizième
siècle jusqu'au dix-neuvième ; collection formée
par M. Eslava même et qui a pour titre : Lira
sacro-hispana : gran coleccion de obras de
musica religiosa,compuesla por los mas acre-
ditados maestros espanoles, tanto antiguos
como modemos : publication que se hace
bajo la protection de S. M. la Reina Doua
Isabcl II, y dirigida par D. Hilar ion Eslava,
maestro de su Real Capilla (Lyre sacrée de
l'Espagne ; grande collection d'œuvres de musi-
que religieuse, composée par les plus célèbres maî-
tres espagnols, tant anciens que modernes, etc. ) ;
Madrid, Martin Salazar. De courtes notices bio-
graphiques sur les auteurs dont les ouvrages
sont dans la collection se trouvent au commen-
cement de chaque volume. Sept volumes in-folio
de cette collection ont paru jusqu'à ce jour. Le
style de M. Eslava est dans le caractère de la
tonalité moderne et de son harmonie appliquée
à la musique d'église; mais il a beaucoup d'in-
térêt. On y trouve du nerf dans le rhythme, de
l'effet dans l'instrumentation, et une certaine al-
liance heureuse des formes anciennes avec celles
de son temps. Qu'on examine, par exemple, son
Te Deum, placé au commencement de la section
du dix-neuvième siècle, dans la collection qui
vient d'être citée; on y reconnaîtra ces qualités
et l'on aura la conviction que cette composition
estdigne d'une haute estime. M. Eslava a com-
mencé aussi la publication d'une collection
d'œuvres des meilleurs organistes espagnols, sous
le titre de Museo organico espanol, avec des
notices biographiques ; Madrid, Martin Salazar,
in-fol. On y trouve aussi des pièces d'orgue de
la composition de l'éditeur. J'ignore si cette en-
treprise a été continuée. En I84G, M. Eslava a
fait paraître un solfège méthodique ( Mctodo de
solfeo) qui a obtenu un très-grand succès et a
été adopté dans toute l'Espagne. II prépare de-
puis plusieurs années pour l'impression un traité
d'harmonie, de contrepoint et de composition,
d'après les traditions de l'ancienne école des
maîtres espagnols.
Plein de zèle pour la restauration de l'art dans
sa patrie, ce musicien, aussi distingué comme
savant et critique que comme compositeur, a
entrepris la publication d'un journal intitulé Ga-
cela musical de Madrid, dont il a paru deux
années ( 1855 et 1 856 ; 2 vol. in-4° ). Il s'y trouve
de fort bonnes choses, dues en grande partie à
la plume de M. Eslava ; mais, découragé par l'in-
ESLAVA — EST
159
différence de ses compatriotes, il a dû renoncer
à continuer cette publication.
ESP1NAIS (Gactier d'), que Fauchet ap-
pelle ÏÏEspinois, fut poète et musicien vers 1260.
On a neuf chansons notées de sa composition.
Les manuscrits de la Bibliothèque impériale, cotés
66 (fonds de Cangé) et 7222 (ancien fonds), en
contiennent huit.
ESPINOSA ( Jean de), né à Tolède vers la
tin du quinzième siècle, est indiqué par le cata-
logue de la bibliothèque du roi de Portugal ,
comme auteur de deux ouvrages, dont l'un est
intitulé : Tractado de principios de musica
pralica y theorica, et l'autre : Betractationes
de los crrores, y falsedades, que escrivô Gon-
çalo Martine-, de Biscargui en el arte de
tanto llano. Ce dernier n'a pas dû être écrit avant
1512, car le traité de solmisation de Biscargui,
ou "Viseargui, n'a été imprimé qu'en 1511, à
Burgos.
ESSENGA (Salvator), frère servite du
couvent de Modène, dans la seconde moitié du
seizième siècle, naquit dans cette ville . Il oc-
cupa d'abord la position de maître de chapelle
de la cathédrale de Modène, puis fut appelé à
Sienne en la même qualité, suivant les renseigne-
ments fournis par le P. Giani, dans les Annales
des frères servîtes (1). Essenga fut le maître de
chant et de contrepoint du P. Archangelo Ghe-
rardini, frère servite de Sienne, et d'Horace Vec-
chi ( Voy. ces noms). On connaît sous le nom du
P. Essenga un œuvre qui a pour titre : Di Sal-
vator Essenga II primo libro di Madrigali a
quatre voci. Novamente da lui composli e
per Antonio Gardano stampati in Venelia,
1566, in-4°.
ESSER (Charles-Michel, Chevalier d'),
violoniste et compositeur, naquit à Aix-la-Cha-
pelle, vers le milieu du siècle dernier. B fut d'a-
bord attaché à la chapelle de l'électeur de Hesse-
Cassel, et voyagea ensuite en Allemagne, en
France et en Italie. Le pape le fit chevalier de
l'Éperon d'or. Vers 1786, il se rendit en Espagne
et y fut bien accueilli. En 1791, il a écrit pour
le théâtre de Gotha un opéra en trois actes inti-
tulé : Die drey Pachter (les Trois Fermiers).
Il a composé en outre six symphonies, six qua-
tuors, des trios et solos pour le violon, qui se
trouvent dans les archives de la chapelle à
Cassel.
ESSER (Henri), compositeur, est né à
Mannheim, le 15 juillet 1818, et y a fait ses
études musicales. Ayant acquis du talent sur le
violon, il fut nommé maître de concert de la
(i) T. H, page »s».
cour, à l'âge de vingt ans. Lu 1842 il remplit les
fonctions de maître de chapelle par intérim, el
comme tel dirigea la fête musicale de Mayence
dans la même année. La manière dont il s'ac-
quitta de cette mission lui fit obtenir la place de
directeur de musique dans cette ville. En 1847, il
fut appelé à Vienne en qualité de chef d'orches-
tre du théâtre Kàrnthnerthor. Son premier ou-
vrage de quelque importance fut une grande
cantate qu'on exécuta à Mannheim en 1837. Deux
ans après, il donna au théâtre de cette ville un
opéra intitulé Silas, qui eut quelque succès. En
1843 il fit représentera Aix-la-Chapelle Biquiqui,
opéra comique que le public a accueilli avec fa-
veur, et qui fut joué dans la même année au théâ-
tre de Francfort. La partition de cet ouvrage a
été gravée pour le piano ; mais la réputation d'Es-
ser s'est faite surtout en Allemagne par l'opéra
intitulé les deux Princes, qu'il écrivit, en 1844,
pour le théâtre royal de Munich, et dont le suc-
cès eut assez d'éclat pour que l'ouvrage fût joué
à Berlin, à Francfort et à Cassel. La partition,
réduite pour le piano, a été gravée en 1846, à
Mayence, chez Schott. Les autres compositions
d'Esser consistent en un psaume (le 23 e ) à 4
voix, un quatuor pour des instruments à cordes
œuvre 5, un trio pour piano, violon et violon-
celle, op. 6, une symphonie (en mi bémol), exé-
cutée à Francfort, en 1844,- et un grand nombre
de Lieder très-jolis , qui ont eu beaucoup de
vogue.
ESSEX (le docteur), né à Coventry, dans
le comté de Warwick, en 1779, prit ses degrés
de bachelier en musique en 1806, à l'université
d'Oxford, et ceux de docteur six ans après. 11
s'est fixé ensuite à Londres. Il a fait graver dans
cette ville : 1° Becueil de six duos pour deux
flûtes. — 2° Becueil de marches pour le piano.
— 3° Duos pour le piano avec accompagnement
de deux flûtes. — 4° Bondo militaire en duo
pour piano et harpe. — 5° The Britannia,
rondo pour le piano, avec accompagnement
de violon, dans le style anglais. — 6° The Hi-
bernia, rondo dans le style irlandais, pour
piano et violon. — 7° The Caledonian, rondo
dans le style écossais pour piano et violon. —
8° The Guaracha, rondo pour piano et flûte.
— 9° Introduction et fugue pour l'orgue.
ESSIGER (. . . .), directeur de musique à
Luebben, vers la fin du siècle dernier, a composé
en 1797 un opéra en trois actes intitulé Sultan
Wampum oder die Wuensche; l'année sui-
vante, Der Barbier und Schornsteinfcyer (le
Barbier et le Ramoneur), en un acte.
EST ou ESTE ( Michel ) , bachelier en
musique, et maître des enfants de chœur de la
ICO
EST — ETIENNE
cathédrale de Liehtfield, vécut dans la seconde
moitié du seizième siècle. Il a publié plusieurs
collections de madrigaux et de psaumes à plu-
sieurs voix. La plus connue de ses compositions
est intitulée : The sixt set ofBookes, wherein are
■anthemes for verses, and six parts ; apt fort
Tiolts andvoices (Sixième suite de livres con-
tenant des antiennes à cinq et six parties, etc).
On trouve aussi plusieurs pièces de Est dans la
célèbre collection publiée par Thomas Morley
sous le titre de The triumphs of Oriana, to
five and six voices ( le Triomphe d'Oriane, à
cinq et six voix); Londres, 1601. On croit que
Michel Est fut le fils de Thomas Est, musicien
et marchand de musique à Londres, qui a publié
une collection de psaumes de divers auteurs, sous
ce titre : The whole Book ofpsalmes, wanted
lunes as they are song in Churches, composed
into foure parts by nine sundry authors, etc.;
Londres, 1594. Les auteurs dont on trouve les
ouvrages dans cette collection, sont : Jean Dovv-
land, E. Blancks, E. Hooper, J. Farmer, R. Al-
lison, G. Kirby, W. Cobbold, E. Johnson et G.
Farnaby. Thomas Est fut le successeur de Byrd
etdeTallys pour le privilège d'imprimer la mu-
sique, et publia quelques-uns de leurs ouvrages
( Voyez Byrd),
EST (L.-B.) , musicien bavarois de l'époque
actuelle , est maître de chapelle d'une des églises
d'Augshourg. H s'est fait connaître par de petites
compositions pour l'église dont on a publié :
1° Litanies courtes et faciles pour soprano, con-
tralto, et basse, avec accompagnement d'orgue ;
Augsbourg, Bôhm. — 2° Quatre messes courtes
et faites pour une ou deux voix avec orgue; ibid.
— 3° Messes courtes et faciles pour soprano, con-
tralto et basse avec orgue, n os 1 à 6; ibid.
— 4°Six Offertoires facilesà 3 voix et orgue pour les
six messes précédentes ; ibid. — 5° Messe pastorale
courte et facile à 3 voix et orgue ; ibid. — 6° Messes
de Requiem courtes et faciles à 2 ou 3 voix avec
orgue. n os 1 à 4,
ESTEVE (Pierre), membre de l'Académie
de Montpellier, naquit dans cette ville au con>
inenrement du dix-huitième siècle. Ses écrits,
sur plusieurs questions de sciences, d'arts ou
de littérature, sont empreints d'une telle médio-
crité, qu'ils sont tombés dans l'oubli, et que lui-
même a eu le chagrin de leur survivre. Ce qu'il
a publié sur les arts en général, et sur la mu-
sique en particulier, est ce qu'il a fait de meilleur.
En 1750, il fit paraître un opuscule intitulé
Problème, si l'expression que donne l'harmo-
nie est préférable à celle que fournil la mélo-
die. Il se prononce en faveur de l'harmonie,
parce que, Ail-i], le plaisir qui résulte de l'ac-
cord des sons est dans la nature, au lieu que
celui qui nous vient de la mélodie n'est que
le fruit d'une convention humaine. Voilà une
plaisante raison pour donner à l'une la préfé-
rence sur l'autre! Au reste, ces questions oi-
seuses ne peuvent être élevées que par ceux qui
sont à peu près étrangers à la musique : la mé-
lodie et l'harmonie, séparées l'une de l'autre, ne
se peuvent concevoir dans la musique moderne
de l'Europe. Estève reproduisit la même doctrine
dans sa Nouvelle découverte du principe de
l'harmonie , avec un examen de ce que M.
Rameau a publié sous le titre de démonstra-
tion de ce principe. Paris, 1751, in-8°, 54 pages.
On a aussi de cet écrivain l'Esprit des beaux-
arts; Paris, 1753, 2 vol. in-12. La seconde par-
lie contient onze chapitres sur les effets attribués
à la musique des Grecs, et sur la comparaison de
cette musique avec celle des modernes. Estève
vivait encore en 1780.
ESTOCART (Pascal de l'). Voy. Lesto-
CART.
ESTRÉE (Jean d'), musicien du seizième
siècle , auquel Duverdier donne la qualité de
joueur de hautbois du Roi. Il a publié quatre
livres de danscries , contenant le chant des
bransles communs, gays, de Champagne , de
Bourgogne, de Poiclou, de Malte, des sabots,
de la guerre et autres ; gaillardes, pavanes,
ballets, voltes , basses-danses , hauberrois et
allemandes ; Paris, Nicolas du Chemin, 1564,
in-4°.
ESTWICK (Samuel), écrivain anglais, vi-
vait vers la fin du dix-septième siècle, et avait
le titre de docteur en droit canonique. Il a pu-
blié un discours pour l'anniversaire de l'institu-
tion de la Société des amateurs de musique de
Londres, sous ce titre : A Sermon upon occa-
sion ofthe anniversary meeting ofthe lovers
ofMusic; Londres, 1696,in-4°.
ETIENNE (Denis-Germain), né à Paris en
1781, élève du Conservatoire de musique de Pa-
ris, reçut d'abord des leçons de piano de Gobert,
puis de Boieldieu, et apprit l'harmonie sous la
direction de Catel. Le premier prix d'harmonie
et d'accompagnement lui fut décerné en l'an vm
de la république ( 1800). Après avoir enseigné,
le piano à Paris pendant plusieurs années, il par-
tit pour l'Amérique en 1814, et se fixa à New-
York, où il est mort en 1859. II a publié: 1° Pot-
pourri pour le piano, œuvre 1 er ; Paris, Le Duc.
— 2° Thème varié, op. 2°; Paris, Frey. — 3° Trois
romances avec ace. de piano; Paris, Le Duc.
Etienne tut pendant longtemps accompagnateur
au piano du théâtre italien de Ncw-Yorl» , et
voyagea en Amérique avec Garcia et avec M™*
ETIENNE — EUCLÏDE
1 01
Malibran, dans les premières années de sa car-
rière.
ETT (Gaspard), organiste de l'église Saint-Mi-
chel à Munich , également distingué comme vir-
tuose sur son instrument, comme compositeur et
comme érudit en musique, est né le 5 janvier
1788 à Eresing, arrondissement de Handsberg,
en Bavière. Dès son enfance il montra un goût
prononcé pour les études sérieuses et pour la mu-
sique ; il avait à peine atteint sa neuvième an-
née quand il entra comme enfant de chœur à
l'abbaye des bénédictins d'Andecb. Il y reçut une
instruction préparatoire pour entrer ensuite au
gymnase, et apprit les éléments du chant, du
piano et de l'harmonie. A l'âge de douze ans il
entra au séminaire de l'électeur, à Munich, alors
une des meilleures écoles de musique de la Ba-
vière, si riche d'ailleurs en institutions de ce
genre. Ett y apprit à jouer de l'orgue, sous la
direction de l'excellent professeur Schlet , et
Joseph Grûtz lui enseigna le contrepoint. Après
avoir achevé ses études littéraires au gymnase
et au lycée, il se livra sans réserve à ses travaux
sur la musique, et, en 1816, il obtint la place
d'organiste, qu'il a occupée pendant trente et un
ans. Il est mort à Munich, le 16 mai 1847. Comme
professeur de chant choral, il a formé de très-bons
élèves et a porté l'exécution à un point de perfec-
tion très-satisfaisant, dans le chœur de l'église de
Saint-Michel. Comme compositeur, il a produit :
1° Huit messes avec ou sans accompagnement
d'orchestre à 4 et à 8 voix ; ses trois messes à 8
voix ont été composées en 1821, 1822 et 1847. —
2° Doux Requiem. — 3° Deux Miserere qui pas-
sent pour excellents. — 4° Un Stabat Mater. —
5° Un Te Deam. — 6° Plusieurs litanies. — 7° Des
Vêpres. — 8° Des Graduels. — 9° Des Offertoires.
Toute cette musique jouit en Allemagne de beau-
coup d'estime. Ett a écrit aussi des chœurs et des
chansons à plusieurs voix. Il s'est livré pendant
longtemps à des recherches sur l'ancienne mu-
sique d'église des quinzième et seizième siè-
cles, pour laquelle la riche bibliothèque de Munich
lui a fourni de précieux documents.
ETTMULLER (Michel -Ernest), docteur
et professeur de médecine à Leipsick, naquit dans
cette ville , le 26 août 1673. Après avoir fait de
bonnes humanités à Zittau et à Altenbourg, il se
rendit, en 1692, à l'université de Wittemberg
pour y faire son cours de philosophie. De retour
à Leipsick, en 1694, il se consacra entièrement
à la médecine jusqu'à sa mort, arrivée le 25 sep-
tembre 1732. Il a publié une dissertation intitulée :
De Effectibus musiese inhominem; Leipsick,
17l4,in-4°.
ETTORI (Guillaume), célèbre ténor, né en
DIOCR. UNIV. DES MUSICIENS. — 1. III.
Italie vers 1740, fut d'abord au service de l'élec-
teur Palatin. En 1770, il chanta à Padoue avec,
un succès prodigieux. L'année suivante, il se
rendit à Stuttgard pour y entier au service du duc
de Wurtemberg , mais il mourut dans la même
année.
EUCHERO, de l'Académie des pasteurs «r-
endiens. On a publié sous ce nom, à Venise, en
1746, un opuscule qui a pour titre : Rifflessioni
sopra la maggior facilita che trovasi ncll'ap-
prendere il canto con Vuso di un solfeggio dt
dodici monosilabi, atteso il fréquente uso de-
gli accidenti: in Venezia, de Pecora, 1746, in-8".
L'abbé Gianelli prétend, au mot sistema de la
deuxième édition de son Dizionario délia mu-
sica, que le véritable auteur de cet opuscule fut
le marquis Fabio Chigi, de la noble famille de
Sienne. On trouve dans cet écrit l'exposé d'un
système de solmisation au moyen d'une syllabe
pour chacun des douze degrés de l'échelle chro-
matique, dans le but d'éviter la dénomination
des notes accidentées et l'usage des muances,
encore en vigueur à celte époque en Italie.
EUCLIDE, célèbre auteur des plus anciens
éléments de géométrie connus, a été confondu
souvent avec Euclide de Mégare , chef d'une
secte de philosophes dialecticiens. On ignore le
lieu de sa naissance : on sait seulement qu'il
vécut sous le règne de Ptolémée , fils de Lagus,
plus de trois cents ans avant l'ère chrétienne,
et qu'il ouvrit une école de mathématiques à
Alexandrie. Pappus vante sa douceur et sa bien-
veillance pour tous ceux qui travaillaient aux
progrès de la géométrie. Outre les Éléments etles
Données, qui sont les ouvrages les plus impor-
tants d'Euclide, Proclus Diadochus, l'un de ses
commentateurs, et Pappus d'Alexandrie, indi-
quent ceux dont les titres suivent : Introduction
harmonique (EîuaYwy^ âpjj.ovtxvj), et Section du
canon musical. Un assez grand nombre de ma-
nuscrits, contenant ces deux ouvrages, les attri-
buent, en effet, à cet auteur; mais il en est d'au-
tres où ils sont indiqués sous le nom de Cléo-
nides; tels sont ceux dont s'est servi Georges
Valla pour sa version latine , celui de la biblio-
thèque de S. Salvador à Bologne, et deux autres
manuscrits de la Bibliothèque impériale, à Paris.
Les savants ont été partagés d'opinion sur celui
de ces deux auteurs auquel ces ouvrages appar-
tiennent : outre Georges Valla, H. Grotius (m
Annot. ad Mart. Capellœ , p. 316), Gesner
(Biblioth. in Epi t. red., p. 158), et Glaréan
(Dodecach.) se sont prononcés pour Cléonides;
mais Meybom, Mersenne, D. Gregorius et Fa-
bricius ont rejeté cette opinion.
Wallis est le premier qui a remarqué (dans la
11
IG2
EUCLIDE — EUGEN1US
préface de sa version latine des Harmoniques de
Ptolémée) que l'Introduction harmonique et la
section du Canon ne peuvent être du même au-
teur, puisque le premier de ces ouvrages est con-
forme à la. doctrine d'Aristoxène , et le second à
celle de Ptolémée. En effet, l'Introduction har-
monique n'admet que trois modes, divise le ton
en deux demi-tons diatoniques, fait du dièse
chromatique le tiers de l'intervalle du ton ma-
jeur, et du dièse enharmonique le quart, tandis
que l'auteur du Canon établit le ton dans la pro-
portion de î) : 8, et le limma dans celle de 256 :
243. Plusieurs éditeurs et commentateurs d'Eu-
clide ont douté que ces opuscules fussent «le lui.
M. Pcyrard , qui a donné une belle édition des
œuvres de ce géomètre, d'après un manuscrit
du neuvième siècle (appartenant à la Bibliothèque
Saint-Marc de Venise), les rejette même positi-
vement, et dit, dans sa préface, p. xm : « Étant
« dépositaire de ce précieux manuscrit, je me dé-
« terminai, sans balancer, à donner une édition
« grecque , latine et française des Éléments et
« des Données d'Euclide, qui sont certainement
« les seuls ouvrages qui nous restent de ce
« géomètre à jamais célèbre. »
Quoi qu'il en soit, voici Pindication des édi-
tions diverses qui ont été données de ces opus-
cules : 1° Cleonidx harmonicum introducto-
rium, interprète Georgio Valla Placentino.
impressum Venetiisper Simoncm Papiensem,
anno 1497. Une deuxième édition de cette ver-
sion fut publiée l'année suivante à Venise , avec
quelques autres ouvrages de Valla; enfin la Biblio-
thèque impériale, à Paris , en possède un exem-
plaire, in-f°,qui portela date de Venise, 1504. —
2° Une autre traduction latine, donnée par Jean
Pena, professeur de mathématiques à Paris, sous
le titre : Euclidis Rudimenta musices, ejusdem
Sectio régulée harmonicas e regia Bibliotheca
desumpta, ac nunc grxce et latine excussa ;
Paris, 1557, in-4°. Meibomius (in Prœfat. ad
Eucl.) a reconnu beaucoup d'erreurs dans cette
traduction de Pena ; elles ont été reproduites dans
l'édition complète, grecque et latine, des œuvres
d'Euclide, donnée par Conrard Dasipodius, à
Strasbourg, en 1571 , in-8°, dans celle du jé-
suite Possevin (Rome, 1593, et Venise, 1603),
et enfin dans le Cours de mathématiques de
Herigoni (Paris, 1644, in-8°). — 3° Meibomius
ayant mis Euclide au nombre des auteurs grecs
sur la musique dont il a donné une édition sous
le titre : Antiqux musiese auctores sep(e?n i
Amsterdam , 1652 , in-4°, y a joint une version
nouvelle très-correcte , que Gregorius a insérée
dans son édition complète intitulée: Euclidis qux
supersunt omnia , grxce et latine ; Oxford ,
1703, in-fol. — 4° Une traduction française, par
Pierre Forcadel , professeur de mathématiques
à Paris, a été publiée sous le titre de la Musique
d'Euclide ; Paris , 1565, in-8°. Le P. Mersenne
en a donné une autre, dans son premier Traité
de l'harmonie universelle (Paris, 1627, in-8°),
pag. 107-141. — 5° C. Davy a inséré une traduc-
tion anglaise des traités de musique d'Euclide ,
dans ses Letters upon subjects of literature;
including a translation of Euclid's section of
the canon, and his treatise on harmonie
uith an exploitation of the greeh musical
modes. Londres, 1787, 2 vol. in-8°.
EUGÈNE (Charles -Paul -Louis), duc de
"Wurtemberg, né à Oels le 8 janvier 1788, était
cousin du roi de Wurtemberg, et fut général d'in-
fanterie au service de la Russie. Retiré dans sa
terre de Carlsruhe, en Silésie, il cultiva la mu-
sique avec amour, et se distingua autant par
son goût éclairé pour les arts, que par sa gé-
nérosité envers les artistes. Il n'était âgé que
de dix-sept ans lorsqu'il se livra à la composi-
tion, non pour y chercher des jouissances de
vanité, mais à cause du plaisir pur qu'il y trou-
vait ; car ce prince était âgé de cinquante ans
lorsqu'il fit imprimer ses ouvrages. Ses premières
productions furent des Lieder avec accompa-
gnement de piano , composés depuis 1800 jus-
qu'en 1820 : ces chants furent publiés à Breslau ,
en 1837. L'opéra Die Geislerbraut ( la Fiancée
des Esprits), que le prince avait terminé en 1811,
fut représenté plusieurs fois avec succès au théâ-
tre de Breslau, et la partition, réduite pour le
piano, par le directeur de musique Muscker, fut
publiée dans la même ville, en 1838. Fini; a
rendu compte de cet ouvrage dans la 40 me an-
née de la Gazette générale de Leipsick, p. 4 17
et suivantes. Un autre opéra intitulé la Foret
de l'Elbe supérieur, fut terminé par le duc
de Wurtemberg en 1815; mais il n'a pas été pu-
blié. On connaît aussi de ce prince quelques sym-
phonies et ouvertures, qui ont été souvent exé-
cutées par les musiciens de sa chapelle, au châ-
teau de Carlsruhe. Le duc de Wurtemberg est
mort dans cette résidence, le 16 septembre 1857,
à l'âge de soixante-neuf ans.
EUGENIUS (Traugott), cantork Thoin,
vers 1490, est l'un des plus anciens contrepointistes
allemands dont les noms sont parvenus jusqu'à
nous. Gerber dit, d'après un journal littéraire ,
qu'on trouve quelques-unes de ses compositions
dans un recueil de cinquante chansons qui a été
publié par Cothenius, surnommé le Botteleur,
en 1502; mai9 il n'indique pas le lieu de l'im-
pression. Il y a sans doute une erreur dans
cette indication, car il n'existait pas d'imprimé-
EUGENIUS — EULER
163
rit! de musique en Allemagne dans l'année 1502.
EULE(C.-D.), né à Hambourg, en 1776, était
fils d'un acteur qui était directeur du théâtre de
cette ville. Son père le destinait à suivre la même
carrière que lui , mais il ne se sentait point de
goût pour cette profession , et la musique fut l'u-
nique objet de ses études. En 1736, il commença
à se faire connaître comme compositeur, par la
publication de quelques morceaux de piano;
l'année suivante, il donna au théâtre de Ham-
bourg l'opérette intitulée Die verliebten Wer-
ber (Les Recruteurs amoureux), qui reçut
un accueil favorable. Plus tard il donna avec
succès les opéras : Der Unsichtbare (l'Invisible),
Giaffar et Zaïde, et Dos Amt und Wirths-
haus (le Bailliage et l'Auberge). Beaucoup de
compositions instrumentales et autres suivirent
ces premiers essais. Ayant été nommé directeur
de musique au théâtre de Hambourg , il conserva
cette place toute sa vie, et il en remplissait en-
cordes fonctions, lorsqu'il mourut en 1827. Parmi
les compositions de Eule , on remarque : 1° Con-
certino pour le piano mêlé de thèmes favoris, op.
7 ; Hambourg , Cranz. — 2° Quatuor pour pia-
no , violon , alto et basse ; Hambourg , Bœhme.
— 3° Sonate pour piano et violon , op. 10 ; Ham-
bourg, Cranz. — 4° Trois sonates pour piano
seul; Hambourg, Bœhme. —5° Grande polo-
naise pour le piano , op. 4 ; ibid. — 6° Deuxième
idem, op. 9; Hambourg , Cranz. — 7° Intro-
duction avec thème varié , op. 5 ; Hambourg ,
Bœhme. — 8° Variations brillantes sur le thème :
Guter Mond, op. 8; Hambourg, Cranz. —
9° Huit variations sur le thème : Je suis encor
dans mon printemps ; Hambourg, Bœhme. —
10° Dix Variations sur le thème : Enfants de la
Provence; ibid. — 11° Variations sur le thème :
Robert disait à Claire; Hambourg, Cranz. —
12° 6 Lieder à 3 et 4 voix, avec accompagnement
de piano; Hambourg, Bœhme. — 13° Chants à
voix seule,- ibid.
EULENSTEIN (Antoine-Henri SIGORA
DE), né à Vienne en 1772, mourut dans la même
ville, le 14 novembre 1821. Appelé par sa nais-
sance à servir l'État, il donnai la musique tous
les moments de loisir dont il pouvait disposer.
Ayant reçu quelques leçons de piano et de com-
position de Mozart , il a écrit des sonates , des
quatuor.';, des chansons avec accompagnement
de piano , et a composé pour les théâtres des
faubourgs de Vienne la musique de- quelques pe-
tits opéras comiques, qui ont été joués sous les
titres de Die Wanderschaft (la Promenade);
Vetter Damien (le Cousin Damien); DerPe-
ruckenmacher (le Perruquier); Der gebesserte
Lor'en fc (Laurent corrigé), etc., etc. M. de Ku-
lenstein dirigeait bien un orchestre et était fort
recherché pour cet emploi dans les sociétés d'a-
mateurs.
EULER (Léonard), illustre géomètre, naquit
à Bàle, le 15 avril 1707. Son père, Paul Euler,
qui avait étudié les mathématiques sous Jacques
Bernouilli, fut son premier instituteur dans cette
science ; Euler termina ses études à l'université
de Bâle, où il reçut des leçons de Jean Bernouilli
et se lia d'amitié avec ses deux fils, Daniel et Nico-
las. Ceux-ci , ayant été appelés à Saint-Pétersbourg
par Catherine I re , pour faire partie de l'Académie
des sciences établie par Pierre le Grand , s'ern-
pressèrent de procurer à leur jeune ami une
place d'adjoint dans la même académie. Bientôt,
resté seul par la mort de Nicolas et la retraite
de Daniel, il multiplia ses travaux au point de
remplir, à lui seul , la tâche de toute une aca-
démie. Cette fécondité prodigieuse n'est pas une
des moindres qualités d'Euler. On peut dire sans
exagération qu'il a composé plus de la moitié des
mémoires de mathématiques contenus dans les
quarante-six volumes publiés par l'Académie de
Pétersbourg, depuis 1727 jusqu'en 1783; il a
laissé en outre plus de cent mémoires inédits ,
que l'Académie insère dans ses volumes à me-
sure qu'ils paraissent; de plus il enrichit beau-
coup le recueil de l'Académie de Berlin, pendant
les vingt-cinq ans qu'il passa dans cette ville ;
envoya des mémoires à l'Académie des sciences
de Paris, dont il obtint ou partagea dix prix , et
publia une multitude d'ouvrages séparés fort
importants. Toutes les sociétés savantes de l'Eu-
rope s'étaient empressées de se l'attacher. Euler
est mort le 7 septembre 1783. Ce grand géomè-
tre s'est beaucoup occupé de la théorie mathé-
matique de la musique, et a consigné le résultat
de ses recherches dans les ouvrages suivants :
1° Dissertalio de sono ; Bâle , in-4°. — 2° Ten-
tamen novae theorix musicx ex certissimis
harmonix principiis dilucide cxpositx; Pé-
tersbourg, 1729, in-4°. Forkel cite deux autres
éditions de ce livre (Allgcm. Litter. der Musik.
p. 247), l'unede 1734, in-4°, l'autre de 1739,
également in-4°; Mitzler en a donné une analyse
très-étendue dans le troisième volume de sa Bi-
bliothèque (p. 61-136). — 3° Conjectura phy-
sica circa propagationem soni ac luminis;
Berlin , 1750, in-4°. — 4° Mémoire sur les vi-
brations des cordes , dans les Mémoires de l'A-
cadémie de Berlin, 1748 et 1753. — 5° De la
propagation du son; ibid., 1759. — 6° Conjec-
tures sur la raison de quelques dissonances
généralement reçues dans la musique; ibid.
— 7° Du véritable caractère de la musique
moderne , ibid. 17*4. — 8° Sur le mouvement
11.
1 G 1
EULER — EUSTACHE DR SA1NT-HUBALDE
d'une corde qui , au commencement , n'a été
ébranlée que dans une partie ; ibid. , 1765. —
y" Éclaircissements plus détaillés sur la gé-
nération et la propagation du son, et sur la
formation de l'écho; ibid., 1765, p. 335. —
10° De minimis oscillât ionibus corporum tam
rigidorum quam flexibilium , dans les Mémoi-
res de l'Académie de Pétersbourg, tom. 7. —
11° De motu oscillatorio corporum flexibi-
lium, ibid., t. 13. - 12° De motu vibratorio
fili flexibilis corporibus quotcunque onusti ,
dans les Nouveaux Mémoires de la même aca-
démie , 1. 1. — 13° De motu chordarum inae-
qualiler crassarum ; ibid, t. 9. — 14° De sono
tympanorum ; ibid. — 15° De sono campa-
narum; ibid., tom. 10. — 16° De motu aeris
in tubis ; 'ibid., tom. 16. Ce dernier mémoire est
fort intéressant. — 17° Quatre dissertations sur
les vibrations des cordes, et une autre sur les
mouvements vibratoires des verges flexibles,
ibid., tom. 17. — 18° De harmonise veris
principiis per spéculum musicum repreesen-
tatis; ibid., t. 18- — 19° De motu turbinato-
rio chordarum musicarum ; ibid., t. 19. —
20° Jnvcstigatio motuum , quibus laminx et
virgse elasticx contremiscunt , ibid. 1779. —
21° Determinatio omnium motuum, quos
chorda tensa et uniformiter crassa recipere
potest; ibid., 1779, partie 2. — 22° Delucida-
tiones de motu chordarum insequaliter cras-
sarum; ibid., 1780, t. II. — 23° Deperturba-
tione motus chordarum ab eorum pondère
oriunda ; ibid., 1781 , t. I. — 24° Deux disser-
tations sur les vibrations des cordes dans les
Mémoires de l'Académie de Turin. — 25° Enfin,
dans ses Lettres à une princesse d'Allemagne
sur divers sujets de phijsique et de philoso-
phie (Pétersbourg, 1768-1774, 3 vol. in-8°), Eu-
ler traite de la physique musicale dans les let-
tres 134, 135 et 136. Ce savant homme a prouvé
dans son Tentamen novae théorise musicae
qu'un profond savoir en mathématiques n'em-
pêche pas d'errer, quand la donnée qui sert de
base aux calculs manque de solidité. Partant de
ce principe adoplé par les géomètres, depuis
Pythagore, que lasuavité des rapports des sons est
eu raison de la simplicité des accords des nom-
bres qui les représentent, il a voulu fonder une
théorie de l'harmonie sur cette considération , et
a, d'après cela, établi une échelle de suavité sur
laquelle il a placé tous les accords ; or, les résul-
tats de ses calculs l'ont conduit à placer l'ac-
cord parfait majeur au neuvième degré de sua-
vité, tandis qu'il place la dissonance de seconde
/dissonance fort dure, comme on sait) au hui-
tième degié, et cela parce qoe les rapports com-
binés de la tierce et de la quinte sont moins
simples que ceux de la seconde I Ainsi , d'après
cette théorie, l'intervalle de seconde doit plaire
à l'oreille plus que l'accord qu'on a nommé
parfait pour indiquer les qualités de son har-
monie. Bien d'autres erreurs singulières sont
répandues dans cet essai d'une nouvelle théorie
de la musique , tiré de principes très-certaine
de l'harmonie; et pourtant Euler était un savant
homme qui avait le génie des mathématiques !
EUJXICKE (Frédéric), premier ténor au
théâtre national de Berlin, néàSachshausen, près
d'Orianenbourg, en 1764, débuta au théâtre en
1788,. et se fit ensuite remarquer à Manheim. En
1794, il chantait au théâtre allemand d'Amster-
dam ; l'année d'après il passa à celui de Franc-
foi t-sur-le-Mein, et enfin, en 1797, il alla à Berlin.
Il a publié quelques petites pièces pour le chant.
C'est aussi lui qui a arrangé pour le piano la
Flûte enchantée, de Mozart, pour l'édition qui
a été publiée à Darmstadt chez Bossler, en
1792.
EUMCKE (Thérèse), née à Mayence de
parents nommés Schuachhœfer, épousa Frédéric
Eunicke,el brilla longtemps comme cantatrice au
théâtre de Berlin. Elle est morte dans cette ville, en
1844. Elle a eu deux filles; l'aînée (Jeanne), née
à Berlin vers 1800, était une cantatrice fort ha-
bile; mais elle perdit la voix fort jeune, quitta le
théâtre, et devint la femme du pianiste Kriiger;
la plus jeune (Catherine) a épousé le violoniste
Mullenbrauch.
EUPHRANOR, joueur de flûte et phi-
losophe pythagoricien, fut contemporain de
Platon. Athénée (lib. 4, c. 24.) dit qu'il avait
composé un traité sur les flûtes : cet ouvrage
est perdu.
EUSEBII S1PONTINI. Sous ce nom, on
trouve dans la bibliothèque du Vatican un traité
manuscrit De octo Tonis, coté 378 du fonds de
la reine Christine de Suède. Eusèbe est le pré-
nom de l'auteur de cet ouvrage; Sipontinus
nous apprend qu'il était né à Manfredonia, ville
du royaume de Naples, dans la Pouille, bâtie
sur l'emplacement de la Siponte des Romains,
et dont le nom latin est Sipontum. L'ouvrage
d'Eusèbe ne contient rien de remarquable.
EUSTACHE-LE-PEINTRE, poète et
musicien, est quelquefois désigné dans les ma-
nuscrits sous le nom à'Eustache de Reims,
parce qu'il était né dans cetle ville. Il mourut
vers 1240. On a de lui sept chansons notées : les
manuscrits de la Bibliothèque impériale n'en con-
tiennent que deux.
EUSTACHE DE SAINT-IIUBALDE
est cité par Cyprianus (in Dissert, de propag.
EUSTACHE DE SAINT-HUBALDE — EVERS
trt.ï
hccr. pcr cant.p. 19) comme auleur d'un livre
intitulé : Disquisilio de cantu a D. Ambrosio
in Mediolanensem ecclesiam introducto ; Mi-
lan, 1695.
EUTITIUS (Augustin), frère mineur, était,
en 1643, chanteur et compositeur du roi de Po-
lo,<«e Ladislas IV. Marc Scacchi a rapporté un
canon singulier d'Eutitius dans son Cribrum
musictim, p. 209.
EVANS (James), néà New-York, vers 1770,
fut chantre de l'église épiscopale de la secte des
méthodistes de cette ville. Il employa plusieurs
années à réunir les chants en usage dans cette
religion en Amérique, les coordonna et les ar-
rangea à deux, trois et quatre voix, avec une
basse chiffrée pour l'accompagnement de l'orgue.
Ce travail a été publié sous ce titre : David's
Companion, orthe Methodist Standard; being
a Choice Sélection of lunes adapied to the
tcordsand measuresin the large Hymn Book,
and designed for the use to the Melhodisls
throuhg ont the United States (Le Compagnon
de David, ou le Drapeau méthodiste, contenant
une collection choisie de mélodies adaptées aux
paroles et aux rhythmes du grand livre d'hymnes,
et adopté pour l'usage «les méthodistes dans tous
les États-Unis); New-York, 1808, 1 vol. petit
in-4° obi. de 162 pages, entièrement gravé.
EVAIVS (Robert-Harding), écrivain anglais,
a publié une dissertation sur la musique et la
notation musicale des Hébreux sous ce titre :
Essay on y Hebrew Music, Londres, i.816, in-8°
de 24 pages. Le fond de cette dissertation est em-
prunté au travail de Villoteau publié dans la
Description de l'Egypte.
EVE ( Alphonse D'), né près deCourtrai,
vers le milieu du dix-septième siècle, fit ses
études musicales dans cette ville, puis entra au
séminaire, et fut ordonné prêtre. Après avoir di-
rigé longtemps le chœur de l'église Saint-Martin
à Courtrai, il obtint au concours la place de maî-
tre de chapelle de l'église Notre-Dame d'Anvers,
le 5 novembre 1718. Dans l'année suivante il
écrivit une messe solennelle à 9 voix en deux
chœurs, 2 violons, viole-alto , viole-lénor, basse
de viole, violoncelle obligé, 2 hautbois , basson
et basse continue pour l'orgue. D'Eve dédia cette
messe au chapitre de 1 église ; on la trouve en
manuscrit dans les archives de l'église Notre-
Dame; l'épltre dédicatoire est en latin. En 1725,
d'Eve fut invité par le chapitre à prendre sa re-
traite, à cause de son grand âge : Guillaume de
Fesch lui succéda dans la place de maître de cha-
pelle ( vqij. Fesch ) . Les archives musicales de
l'église Sainte-Walburge, à Audenarde, contien-
nent les compositions de d'Eve dont voici les
titres : 1° Trois motets à voix seule, 2 violons,
basse de viole et orgue. — 2° Motets à 2 voix et
orgue. — 3° Un motet à 4 voix , 2 violons ,
viole et orgue. — 4° Motets à 5 voix, 2 violons,
viole-alto, viole ténor, basse de viole et orgue.
— 5° Dies irx à 4 voix,, sans instruments —
6° Motet pour voix de contralto, avec 5 instru-
ments. Tous ces ouvrages sont en manuscrit.
ÉVEILLON (Jacques), né à Angers, en
1672, fut choisi au sortir de ses études pour en-
seigner la rhétorique à Nantes, quoiqu'il fût en-
core fort jeune. Il remplit ensuite successivement
les fonctions decurédeSoulerre,deco-recteurde
la Trinité d'Angers, et de curé de Saint-Michel-
du-Tertre. En 1620, Guillaume Fouquet , évêque
d'Angers, le nomma chanoine de la cathédrale
et son grand vicaire. Il est mort au mois de dé-
cembre 1621, âgé de soixante-dix-neuf ans. Au
nombre de ses écrits se trouve un bon ouvrage
intitulé De recta psallendi ration* >; La Flèche,
1646, in-4°.
EVERS (Charles), pianiste et compositeur,
est né à Hambourg, le 8 avril 1819. Fils d'un
mécanicien habile, qui jouissait d'une certaine ai-
sance, il reçut une bonne éducation. A l'âge de
six ans il commença l'étude du piano. Jacques
Schmilt (frère d'Aloys) fut son instituteur et lui
fit faire de rapides progrès. Il n'était âgé que de
douze ans lorsqu'il se fit entendre pour la pre-
mière fois dans un concei I à Hambourg : son
talent précoce y produisit une vive impression.
Peu de temps après, il fit son premier voyage
comme artiste, visita les duchés de Holstein et
de Schleswig, Copenhague, Stockholm, et partout
eutde brillants succès. Dans les années 1834 et 1835
il parcourut de nouveau le Danemark, la Suède,
et se fit entendre à Saint-Pétersbourg. De retour à
Hambourg.il s'en éloigna une troisième fois, en
1837, pour se rendre à Hanovre, où Marschner,
l'accueillit avec bienveillance et lui donna le con-
seil de se livrer à l'étude de l'harmonie sous
l'organiste Zieger; plus tard il prit des leçons de
composition du maître de chapelle Charles
Krebs. Ce fut dans cette école qu'il puisa le goût
des formes pures et classiques qu'il a développées
dans ses ouvrages. Arrivé à Leipsick vers la fin
de 1838, il y perfectionna son talent par les
conseils de Mendelsohn, avec qui il se lia d'a-
mitié. Ses rapports avec un artiste de si grande
distinction exercèrent aussi une puissante in-
fluence sur la direction de ses idées et de son
sentiment de l'art. En 1839, Evers fit un voyage
à Paris, où Chopin et Auber lui firent un accueil
sympathique. Ce fut dans cette ville qu'il ter-
mina ses premières compositions. En 1841, il se
rendit à Vienne, et s'y fit connaître avantageuse-
166
EVERS — EXIMENO
ment, comme virtuose et comme compositeur. Ce
fut à cette époque que des propositions lui furent
faites pour qu'il se fixât à Graetz en Styrie: il ne s'est
éloigné de cette ville que pour revoir Hambourg,
en passant par Prague et Francfort. Comme com-
positeur, Evers se distingue par le sentiment du
beau , des choses sérieuses, et par la pureté du
style, bien qu'il ait employé les formes modernes
en plusieurs de ses ouvrages. La plupart de ses
productions sont pour le piano et pour le chant.
Sa sonate en mi mineur, œuvre 1 2, et ses grandes
sonates en mi bémol, œuvre 20, et en ré mi-
neur , 22 , sont très-estimées des connaisseurs
en Allemagne. 11 y a aussi de lui une œuvre
charmante composée de douzes pièces qui ont
pour titre général : Chansons d'amour pour
piano, op. 13, et dont les titres particuliers sont :
l° Provence. — 2° Allemagne. — 3° Italie.
— 4° Arabie. — 5° Suède. — 6° Russie. —
7° Mauresque. — 8°Écosse. — 9° Languedoc.
— 10° Espagne. — 11° Styrie. — 12° Hongrie.
Evers a écrit aussi des fugues dans les styles de
Bach et de Scarlatti. Parmi ses autres ouvrages ,
les plus importants sont la 4 me grande sonate,
op. 27, la Fantaisie héroïque, op. 28, Jours se-
reins et jours d 'orages , inspirations fantasti-
ques au nombre de sept pièces, op. 24 ; chant de
chasseurs pour chœur d'hommes et 4 cors ,
op. 26; 6 chants pour soprano avec piano, op.
25 ; duos pour soprano et contralto, avec piano,
op. 30; romances et ballades pour contralto,
op. 36; chants pour 4 voix d'hommes, op. 38;
Melopoëmes pour voix seule et piano , op. 39;
6 poèmes pour contralto et piano, op. 41, etc.
Les ouvrages d'Evers sont publiés à Vienne,
chez Haslinger, et à Mayence, chez Schott.
EVERS ( Catinka ), cantatrice, sœur du pré-
cédent, est née à Hambourg, le 1 er juillet 1822.
Ses dispositions pour le chant s'étant développées
lorsque sa voix n'était pas encore formée, on
lui donna un maître pour la diriger dans cet art.
A l'âge de quinze ans elle se rendit à Hanovre
chez le compositeur Marschner, qui la guida
dans ses études du chant dramatique. Ses pro-
grès furent si rapides, que dès 1838 elle reçut un
engagement pour le théâtre de Leipsick. Deux
ans après elle accepta une position semblable
au théâtre de Wiesbaden, avec le titre de pre-
mière cantatrice de la cour. Pendant la durée
de cet engagement, elle chanta avec de bril-
lants succès à Mayence et à Francfort. L'effet
qu'elle produisit à Stuttgard dans les rôles
de Norma et de Bornéo , lui fit obtenir un bel
engagement pour le théâtre de la cour, le 2 oc-
tobre 1846. Elle y joua tous les rôles de son em-
ploi , tant dans le répertoire allemand , que dans
les opéras traduits de l'italien et du français.
Pendant la durée de ses congés elle fit plusieurs
voyages et chanta dans quelques-unes des grandes
villes de l'Allemagne, avec de beaux succès.
En 1847 , elle chanta au théâtre italien de
Bruxelles, et y produisit une vive impression dans
quelques ouvrages de Bellini et de Donizetti,
particulièrement dans Lucrèce Borgia, Bomeo,
et Ernani de Verdi. Dans la même année, elle
chanta à Hambourg , puis alla en Italie. Je la
rencontrai à Milan en 1850,- sa voix était déjà
fatiguée par le répertoire de Verdi ; bientôt après,
elle dut renoncer à la scène.
EWALD (Schack Hermann ), né à Gotha
le 11 février 1754 fut d'abord avocat dans sa
ville natale, et ensuite ( en 1784 ) secrétaire do
la surintendance de la cour. Il a fait insérer
une dissertation sur la musique dans le journal
allemand intitulé : Olla podrida, année 1779.
EXAUDÉ ou EX AUDET (Joseph), né
à Rouen, vers 1710, fut d'abord premier violon
du concert de cette ville, et vint ensuite à Pari.%
où il entra à l'Opéra comme violoniste, en 1749.
Il est mort en 1763. Dans un temps où il fallait
peu de chose pour acquérir de la célébrité en
Fiance, il s'est fait une réputation de composi-
teur par le menuet qui porte son nom.
EXIME1VO (D. Aistoine), jésuite espagnol,
et mathématicien, naquit en 1732 à Balbastro,
dans l'Aragon. Les études qu'il fit à Salamanque,
chez les jésuites, furent si brillantes, que ses maî-
tres ne négligèrent rien pour le fixer dans leur
société. Il y fut chargé d'enseigner les mathé-
matiques. Lors de l'établissement de l'école mi-
litaire de Ségovie, le P. Eximeno en fut nommé
professeur. Il remplit ses fonctions jusqu'à l'é-
poque de la suppression des jésuites : alors il
passa en Italie, et s'établit à Rome. La variété
de ses connaissances ne tarda point à le lier avec
tous les savants italiens, et plusieurs sociétés lit-
téraires de l'Italie s'empressèrent de l'admettre
dans leur sein. Il était connu dans celle des Ar-
cadiens sous le nom d'Aristodemo Megareo. Il
est mortàRome, en 1798, à l'âge de soixante-six
ans. Les ouvrages relatifs à la musique qu'il a pu-
bliés sont : i° Dell'origine délia musica, colla
storia del suo progressa , decadenza,e rinova-
zione. Rome, 1774, in-4°. Il y attaque, avec
raison, Rameau et tous ceux qui cherchent dans
de prétendus calculs mathématiques les bases
d'un art dont le but est d'émouvoir. Jus-
que-là, tout est bien; mais il pousse son sys-
tème jusqu'à proscrire la science des combi-
naisons harmoniques, du contrepoint, et veut
y substituer la prosodie exacte dans le chant,,
comme un moyen d'effet plus certain et plus uni-
EXIMENO — EYBLER
167
verscl : erreur commune à presque tous les gens
de lettres. Les Italiens ont dit du livre d'Eximeno :
Bizzarro romanzo di musica, con cui vuol
disiruggeresenza poter poi rifabbricare(\oy.
Elogi italiani, t. VIII). ,— 2° Dubbio di D.
Antonio Eximeno sopra il Saggio fondamen-
tale pratico di contrappunto del. R. Padre
Martini. Rome, 1775, in-4°. Le P. Martini avait
attaqué le système d'Eximenodans son Essai sur
le contrepoint fugué; mais en prenant pour base
de son ouvrage la tonalité du plain-chant, dont
l'analogie avec la musique moderne n'est pas facile
à saisir, pour quiconque n'est point initié dans
l'art, ce savant musicien prêtait des armes à son
adversaire, qui sut s'en servir habilement. Le
doute qu'il se proprose de résoudre (dit-il, dans
sa préface) est de savoir si le P. Martini a publié
son ouvrage comme un contre-poison du sien,
ou comme un témoignage en sa faveur. C'est
sous cette forme piquante qu'il combat en faveur
de son opinion. On peut voir une analyse sé-
vère de cet ouvrage dans les Efemeridi di
Roma,\o\. IV. p. 321. Le même journal avait
rendu compte du premier livre de D. Eximeno,
et lui avait été peu favorable, dans ses numéros
des 19 et 26 mars, 2 et 9 avril 1774; Eximeno
publia, en réponse à ces articles, quatre opuscules
qui forment 42 pages in-4°. sans nom de lieu ni
d'imprimeur, et qui ont pour titres : Risposte
al giudizio délie Efemeridi letterarie di
Roma sopra l'opéra di D. Antonio Eximeno
circa l'origine e le regole délia musica. Ces
pièces sont devenues fort rares. Les contempo-
rains d'Eximeno n'ont pas rendu justice au mé-
rite de cet écrivain; s'il est vrai que ses con-
naissances dans la théorie et dans l'histoire de la
musique manquent de profondeur, il n'est pas
moins certain qu'il se montre partout homme
de sens , et que ses aperçus sont souvent lumi-
neux. François-Antoine Gutierez, chapelain du
roi d'Espagne Charles IV, et maître de chapelle
des religieuses de l'Incarnation à Madrid, a tra-
duit en espagnol les traités de musique d'Exi-
meno, sous les titres suivants : 1° Delorigeny
reglas de la musica, con la historia de su pro-
gressa, decadencia y restauracion, Madrid,
1796,3 vol. in-8°.— 2° Buda de D.Antonio Exi-
meno sobre el ensayo fundamental practico
del M. R. P. M. Fr. Juan-Bautista Martini,
ibid., 1797, in-8°.
EXNER (Gcstave-Hermann), né le 28 oc-
tobre 1815, à Berbisdorf, près de Hirschherg, en
Silésie, commença ses études musicales sous la
direction de son. père, qui était cantor dans
ce lieu. Ses progrès furent si rapides, qu'à l'âge
<\>i sept ans il accompagnait déjà sur l'orgue les
chants du livre choral dont l'usage était habituel
dans le service. Plus tard il apprit le chant,
l'orgue, le piano et l'harmonie à Jauer, Hirsch-
herg et Bunzlau. En 1841, il fut nommé organiste
de l'église paroissiale de Goldberg : il occupa cette
position jusqu'en 1845. Dans cet intervalle, il eut
la direction de l'Union musicale et de l'Union
chorale de cette ville, qui donnèrent neuf concerts
publics dansun butde bienfaisance. En 1845, Ex-
ner quitta sa place de Goldberg pour celle d'or-
ganiste de l'église évangélique de la Trinité à
Sagan, à laquelle fut réunie celle de professeur
de l'école de la ville et de la principauté, en 1846.
A la même époque il y fonda la société phil-
harmonique de chant, dont il eut la direction.
Il fut aussi chargé de diriger l'Union chorale
de la même ville. Exner a fait connaître son
talent d'organiste au grand festival de Liegnitz
en 1840, par l'exécution d'un prélude et d'une
fugue de Bach. Exner a composé beaucoup de
chants pour un chœur d'hommes à quatre voix,
avec et sans accompagnement d'orchestre , de
différents genres, des motets, et des chœurs
faciles pour l'église avec un petit orchestre, à
l'usage des fêles principales de l'année. On a
aussi de lui un livre choral pour la ville et la
principauté de Sagan.
EYBLER (Joseph d'), maître de chapelle
de l'empereur d'Autriche, est né le 8 février 1764,
dans le petit bourg de Schwochut, à quelques
lieues de Vienne. Son père, instituteur et régent
du chœur, lui donna les premières leçons de
musique. Un amateur instruit, nommé Seilzer,
ayant eu l'occasion d'entendre Eybler exécuter
un concerto de piano à l'âge de dix ans, de-
vina l'avenir de cet enfant et le prit sous sa pro-
tection. Il le fit entrer d'abord au séminaire
de musique, à Vienne, où il fit un cours d'é-
tudes littéraires et reçut des leçons de chant,
de violon et d'harmonie; puis il le plaça sous
la direction d'Albrechtsberger, pour apprendre
la composition. Eybler reçut les leçons de ce
maître pendant trois ans (1777 à 1779), et fit
de grands progrès dans l'art d'écrire. Le sémi-
naire de musique ayant été supprimé en 1782,
Eybler se trouva, ainsi que ses condisciples,
abondonné à lui-même, et obligé de pourvoir à
ses besoins. D'abord il reçut de son père quel-
ques secours pour suivre les cours de droit;
mais un incendie ayant anéanti les ressources
de sa famille, il dut renoncer à l'espoir de con-
tinuer ses études pour obtenir un emploi civil,
et n'eut plus de ressource que la musique. Il
se mit à donner des leçons pour vivre, et com-
mença ses premiers essais de composition ,
heureux de recevoir les conseils de Joseph Haydn,
168
EYBLER
qui tifait lié d'une ancienne amitié avec son père.
Ce fut aussi vers ce temps qu'il fit la connais-
sance de Mozart, qui était alors occupé des ré-
pétitions de son opéra de Cosi fan tutte. Ce
grand artiste se servit d'Eybler pour diriger
au piano ses répétitions pendant qu'il achevait
d'écrire sa partition. L'amitié qui les unit dès lors
ne se démentit jamais, et Eybler reçut les der-
niers soupirs de l'illustre compositeur.
En 1792, Eybler concourut pour la place de
directeur du chœur à l'église des Carmélites et
l'obtint; l'année suivante il eut aussi celle du
couvent écossais. Ses messes ne tardèrent pas
à fixer sur lui l'attention publique; elles lui
procurèrent la protection de l'impératrice, qui,
frappée du mérite de leur auteur, l'attacha à
la famille impériale, et l'employa dans les
concerts et dans les représentations dramatiques
qui étaient donnés aux châteaux de Laxenbourg
et de Hezzendorf. Ce fut à la demande de cette
princesse qu'il écrivit sa messe de Requiem ,
considérée en Allemagne comme un œuvre de
premier ordre. En 1801, Eybler fut choisi comme
professeur de musique des archiducs et archidu-
chesses. En 1804, on lui confia la piace de vice-
mattrede chapelle de la cour. Sur l'invitation
de l'empereur, il écrivit le grand oratorio « Die
vier letzten Dinge, » qui fut exécuté en 1810,
dans une fête de la cour, et qui valut à son au-
teur les félicitations du monarque, devant toute
la noblesse invitée à cette solennité. Après la
mort de Salieri, Eybler lui succéda dans la place
de maître de la chapelle impériale, et depuis
cette époque jusqu'en 1833, il en remplit les fonc-
tions ; mais le 23 février de cette année il fut
frappé d'une atteinte d'apoplexie en dirigeant
l'exécution du Requiem de Mozart. Cet accident
n'eut pas de suites fâcheuses ; cependant l'em-
pereur l'a dispensé depuis ce temps de son
service à la cour, et son médecin lui a interdit
le travail de cabinet. L'empereur régnant Lui
a donné une résidence d'été au château de
Schoenbiun, cl, par son testament, l'empereur
François lui a accordé des lettres de noblesse
héréditaire. Eybler a cessé de vivre le 24 juil-
et 1846, à l'âge de quatre-vingt-un ans et cinq
mois.
Parmi les compositions d'Eybler, on compte
trente-deux messes, presque toutes solennelles,
avec orchestre : la première a été écrite en 1781, la
seconde, seize ans plus tard ; la dernière, en 1837.
De ces messes, on a publié celles dont voici les ti-
tres : l°Messen°l,enwJ bémol, pourle couronne-
ment de l'impératrice Caroline , comme reine de
Hongrie, àquatrevoix, orchestre etorgue; Vienne,
Hashnger. — 2° Messe n° 2 (en ut ), de Sancto
Maurilio, à 4 voix, orchestre et orgue, ibid.
— 3° Messe n° 3 (en ré), de Sancto Leopoldo,
à 4 voix, orchestre et orgue ; ibid. — 4° Messe
n° 4 (en ut), de Sancto Ludovico, idem ; ibid.
— 5° Messe n° 5 (en fa), de Sancto Rudolpho,
idem ; ibid. — 6° Messe n° 6 ( en fa ), de Sancto
Rainero, à 4 voix et orchestre; ibid. — 7° Messe
n° 7 (en ut), pour le couronnement de l'empe-
reur Ferdinand comme roi de Hongrie ; ibid. —
8° Messe de Requiem (en ut mineur ), à 4 voix,
orchestre et orgue ; ibid. — 9° Sept Te Deum avec
orchestre ; j'ignore s'il en a été publié quelques-
uns. Trois de ces Te Deum sont écrits à 8 voix
en deux chœurs. — 10° Trente offertoires; on a
publié les suivants : Domine, si observaveris,
pour soprano solo, chœur, orchestre et orgue ;
ibid. — 11° Si consistant adversum me, à 4
voix et orchestre; ibid. — 12° Reges Tharsis, à
quatre voix, orchestre et orgue, n° 3; ibid. —
13° Tui sunt cœli et tua est terra, à 4 voix
et orchestre, n° 4 ; ihid. — 14° Jubilate Deo, à
4 voix et orchestre n° 5, ibid. — 15° Timebunt
gentes (en ut), idem; n° fi, ibid. — 16° Magna
et mirabilia, idem ; n° 7 ibid. Trente-quatre
graduels pour chœur de quatre voix, orcheslre
et orgue; on n'en a publié que ceux-ci. -~
17° Tua est potentia, n° t ; Vienne, Haslinger.
— 18° Sperate in Deo, n° 2; ihid. — 19° Om-
nes de Saba veniunt, n° 3; ihid. — 20° Dies.
sanctificatus illusitnobis,n° 4; ibid. — 21° Be-
nedicam Dominum, n° 5 ; ibid. — 22° Non in
multitudine, n° G ; ibid. — 23° Domine Deus,
n° 7 ; ibid. Les autres compositions d'Eybler
pour l'église sont : — 24° Un Tantum ergo à
quatre voix et orcheslre. — 25° Une messe à
8 voix en deux chœurs, avec graduel et offer-
toire. — . 26° Une Litanie à quatre voix et orgue.
— 27° Un Dies irx à 8 voix. — 28° Un Libéra
à 4 voix et orgue. — 29° Deux Vent Sancte Spi~
ritus. — 30° Trois hymnes de vêpres à 4 voix
et orchestre. — 31° Deux Salve Regina. — 32° Un
Aima Redemptoris. -— 33° Un Ave regina cœ-
lorum. — 34° Les quatre fins de l'homme,
grand oratorio. — 35° Les Bergers à la crèche
de l'Enfant Jésus, idem (composé en 1794).
Parmi les autres compositions vocales du même
artiste on remarque : — 36° Un opéra ( l'Épce
enchantée) représenté au théâtre de Leopold-
stadt. — 37° La Mère des Gracques, panto-
mime sérieuse. — 38° Deux cantates avec or-
chestre. — 39° Quatre scènes italiennes. —
40° Plusieurs recueils de chansons à voix seule
avec ace. de piano; Augsbourg, Gombart, et
Leipsïck. — 41° Beaucoup d'autres chants et
canons à plusieurs voix. Les ouvrages de mu
eique instrumentale d'Eybler se composent de
KYBLER — EYMAR
lfifl
deux symphonies pour l'orchestre; six quatuors
pour «Jeux violons, alto et violoncelle; trois duos
pour violon et violoncelle, op. 4 e (Vienne,
Diabelli) ; deux concertos; sept sonates pour
piano; et beaucoup de danses de tout genre.
EYKEN (Jean-Albert Van), né le 29 avril
1823 à Amersfoorl, en Hollande, reçut les pre-
mières instructions dans la musique de son père
Gérard Van Eyken, organiste dans cette ville.
Dans les années 1845 et 1846 il alla continuer
ses études au Conservatoire de Lcipsick; puis,
d'après le conseil de Mendelsohn, il alla complé-
ter son éducation d'organiste chez Jean Schnei-
der, à Dresde. De retour dans c.a patrie, il donna,
en 1847, des concerts d'orgue dans les villes les
plus importantes. En 1848 il oblint la place d'or-
ganiste de l'église des Remontrants, à Amster-
dam, et en 1853 il accepta la place de professeur
d'orgue à l'école de musique de Rotterdam. Il
n'occupa celle position que pendant une année,
car il se rendit à Elberfeld, en 1854, en qua-
lité d'organiste de l'église réformée. Il vit en ce
moment ( 1860) dans cette ville. Van Eyken s'est
lait connaître comme compositeur par des so-
nates pour l'orgue, des préludes de chorals, des
chorals variés pour l'orgue, les 150 psaumes de
la congrégation réformée pour chœur et orgue,
avec des préludes, des versets et des finals, des
Lieder avec piano, des pièces pour cet instru-
ment, des hymnes pour un chœur d'hommes
avec des instruments de cuivre, etc. Il a écrit
aussi, pour la société néerlandaise instituée pour
l'encouragement de la musique, un quatuor pour
piano, violon, alto et violoncelle, deux belles so-
nates d'orgue, la musique du drame hollandais
intitulé Lucifer, des chants pour quatre voix
d'hommes, et une sonate pour piano et violon,
auxquels des prix ont été décernés.
EYKEN (Gérard-Isaac Van ), frère du pré-
cédent, est né à Amersfoort, le 5 mai 1832. Il a
reçu de son père les premières leçons de mu-
sique, puis est allé continuer ses études au Con-
servatoire de Leipsick, pendant les années 1851
à 1853, et a reçu, comme son frère, des leçons
d'orgue de Schneider, à Dresde. Il est mainte-
nant ( 1860) fixé à Utrecht, comme professeur
de piano. On a publié de. sa composition des
chants hollandais pour voix seule et piano, deux
sonatines pour cet instrument, et une sonate pour
piano et violon.
EYKENS ( Jean-Simon), compositeur et pro-
fesseur de musique à Anvers, est né dans cette
ville, le 13oclohre 1812. Ravets , organiste de l'é-
lise des Augustins, fut son premier maître de
musique et de piano. Après la mort de ce pro-
fesseur, Eykens se rendit à Liège et entra comme
élève au Conservatoire, où il recul des leçons de
piano de M". Jalheau et suivit le cours d'harmo-
nie de M. Daussoigne-Méhul. Il n'était âgé que
de dix-sept ans. lorsqu'il fit son premier essai de
musique dramatique dans une opéretts en un acte,
intitulée le Départ de Grétry, qui fut représentée
sur le théâtre de Liège, en 1829. De retour à
Anvers, en 1831, il s'y livra à l'enseignement
du solfège et du piano. Quelques romances, el
de légères compositions pour le piano, le firent
bientôt connaître. En 1836, il fit représenter au
théâtre de cette ville le Bandit, opéra en deux
acle9, qui obtint du succès, et dans l'année sui-
vante il y donna la Clé du jardin, en un acte.
Une cantate, avec orchestre, qu'il écrivit sur un
poème de Bogaerts, pour l'inauguration de la
statue de Rubens, fut exécutée au festival
donné à cette occasion, le 16 août 1840. En
1843, il devint directeur de la Réunion lyrique
anversoise, et cinq ans plus tard il fut nommé
président de la réunion des sociétés lyriques et
en fut un des chefs-d'orchestre. Il est aussi
membre de la Société royale des sciences d'An-
vers, et de la Société d'émulation de Liège.
M. Eykens est auteur de plusieurs messes et
d'autres compositions de musique religieuse qui
ont été exécutées dans les églises d'Anvers et
sont restées en manuscrit. On lui doit aussi un
grand nombre de chants en chœur, pour des
voix d'hommes, avec ou sans orchestre , parmi
lesquels on remarque Flandre-au-Lion, le Val-
Ion, le Départ du pécheur, les Napolitains,
le Retour de mai, et la. Madone des champs
( ces deux derniers morceaux ont été publiés à
Anvers, chez Possoz frères). Quelques livraisons
d'un Répertoire de musique religieuse ont été
publiés par le même artiste, à Bruxelles, chez
Schott, en 1S48. On a aussi de lui pour le piano
des fantaisies sur Robert-leDiable, Lucia di
Lammermoor, les Martyrs , la romance de
Guido e Ginevra , V Ambassadrice , etc : de»
thèmes variés pour le même instrument; des
albums de romances et des romances détachées,
etc. : tous ces ouvrages ont éfé publiés à Paris,
à Bruxelles chez Schott, et à Anvers.
EYMAR (Ange-Marie, comte d'), né en
1740 à Forcalquier (Basses-Alpes), fut député de
la noblesse aux états-généraux pour le bailliage
de cette ville, en 1789, adopta les principes de
la première révolution française , fut nommé
ambassadeur en Piémont, puis préfet du dépar-
tement du Léman , et mourut dans ce poste, le
11 janvier 1803. Il était associé honoraire de l'A-
thénée de Lyon, et de la Société des sciences et
arts de Grenoble. Enthousiaste amateur des
sciences et des arts, il s'était lié d'une vive ami-
170
EYMAR — EYTELWEIN
lié avec Viotti, et avait recueilli sur le talent, les
opinions et la vie de ce grand artiste , des anec-
dotes qu'il publia en l'an vi(1798) dans la Décade
philosophique. Ces mômes anecdotes , augmen-
tées de quelques aperçus assez superficiels d'Ey-
mar, furent réimprimées sous ce titre : Anecdotes
sur Viotti, précédées de quelques réflexions
sur l'expression de la musique; Milan, sans
date (1801), in-B°, et non in-12, comme on ledit
dans la plupart des recueils biographiques et bi-
bliographiques.
EYTELWEIN (Henri), compositeur alle-
mand, vécut au commencement du seizième
siècle. On trouve quelques pièces de sa compo-
sition dans un recueil de chansons mondaines à
4 voix imprimé en 1548, sans nom de lieu, et
dont un exemplaire existe dans la bibliothèque
de Zwickan.
F
FAA (Horace), gentilhomme né à Casait
di Monferrato, dans la première moitié du
seizième siècle, est connu par les ouvrages de
sa composition intitulés : 1° Salmi di David
profeta, con tre Magnificat ed altri componi-
menti a 5, 6 e 8 voci, dal signor, etc. ; dati
in luce da M. Gio. Andréa Boita, canonico
e Maestro di Capella di detta città. Venise,
chez les fils de Gardano, 1573, in-4° ; 2° Salmi
di David profeta con 3 Jlagnificat a 5 voci.
Brescia, Tom. Bozzola, 1587, in-4°.
FABER (Nicolou Nicolas), le plus ancien
facteur d'orgues allemand dont le nom est
connu aujourd'hui, était prêtre. En 1359, il
construisit un grand orgue dans la cathédrale
d'Halberstadt, et le termina en 1361. Praeto-
rius en a donné la description dans la troi-
sième partie du tome second de son Syntagma
musicum, et a rapporté l'inscription qui s'y
trouvait encore de son temps; en voici la tra-
duction : « L'an du Seigneur 1361, la veille de
«< Saint-Mathieu, cet ouvrage a été achevé par
« les mains de Nicolas Faber, prêtre. L'an
« 1495, il a été restauré par les mains de Gré-
« goire Kleng. » Cet orgue avait deux cla-
viers à la main, de l'étendue de trois octaves et
demie, appelés claviers de discant (déchant),
un clavier destiné à être joué avec les genoux,
et un clavier de pédales. Il était alimenté par
vingt soufflets. L'effet de sa sonorité était exces-
sivement dur, parce que les mixtures (appelées
en français fourniture et cymbale) y domi-
naient, pour faire entendre la diaphonie, c'est-
à-dire les harmonies complètes et redoublées
de quintes et d'octaves sur chaque note, sui-
vant le système barbare encore en usage vers le
milieu du quatorzième siècle, dans les églises,
et parce que l'étrange harmonie de ces jeux
n'était pas adoucie et en quelque sorte absor-
bée par un nombre suffisant de prestanls, de
flûtes, de bourdons et de principal ou montre.
Toutefois, l'orgue d'Halberstadt est un monu-
ment historique de grand intérêt, parce qu'il
nous fournit des renseignements certains sur
le système de construction des grands instru-
ments de cette espèce, tel qu'il était cinq cents
ans avant l'époque actuelle.
FABER (Jacques), surnommé STAPU-
LEINSIS. I oy. Febvre (Jacques LE)d'Étaples.
FABER (Pierre), dont le nom français
doit être Dufour, naquit au bourg de Sanjore
vers 1540. Il fut conseiller du roi, puis prési-
dent du parlement de Toulouse, et mourut le
20 mai 1600. On a de lui un ouvrage intitulé :
Agonosticon, sive de re athletica, ludisque
veterum gymnicis, musicis, atque circensi-
bus, Lyon, 1592, in-4". Gronovius a inséré ce
traité dans son Trésor des Antiquités, t. VIII,
n° m.
FABER (Nicolas), né vers la fin du quin-
zième siècle à Botzen, d'où lui est venu le nom
de Bolzanus, a écrit un petit traité de musique
à l'usage des écoles publiques, sous le litre de
Rudimenta Musicx, Augsbourg, 1516, in-8°.
FABER (Grégoire), né à Lutzen, fut pro-
fesseur ordinaire de musique à l'Académie de
Tubinge, vers le milieu du seizième siècle. Il
a fait imprimer un traité élémentaire de musi-
que, sous ce titre : Institutiones musicx, sive
musices praclicx Erotematum Lib. II, Bàle,
1552 et 1553, in-8°, 230 pages. Ce qui rend
cet ouvrage intéressant, ce sont quelques mor-
ceaux composés par Josquin Deprès, Antoine
Brumel et Okeghem, que Faber donne pour
exemples. Je connais plusieurs exemplaires
de l'ouvrage de Grégoire Faber; ils sont tous
de l'édition de 1553, et le titre n'indique point
une réimpression; cependant l'épitre dédica-
toire est datée du mois de juillet 1552; il se
peut donc que l'édition de 1552, indiquée par
Forkel, Gerber et Lichtenthal, soit réelle.
FABER (Henri), né à Lichtenfels, dans le
Voigtland, fut, à ce qu'il parait, maître d'école
à Naumbourg, vers le milieu du seizième
siècle; il occupait cette place lorsqu'il publia
l'ouvrage suivant : Ad Musicam praticam
introductio, non modo prxcepta, sed exem-
pta quoque ad usum puerorum accommo-
data, quam brevissime continens, Nurem-
berg, 1550, Jean Montanus et Ulrich Neuber,
in-4°. Le volume contient 95 feuillets chiffrés
d'un seul côté. L'épitre dédicatoire, au magis-
trat de Naumbourg, est datée de l'année 1549.
Il y a des éditions de cet ouvrage datées de
Leipsick, 1558, et de Tubinge, 1571, in-4». Il y
a aussi une édition de Mulhausen, 1571, in-4",
dont un exemplaire est à la bibliothèque royale
de Berlin. La dernière porte la date de Mul-
171
172
FABER
hausen, 1C08, in-4". Gesner (In Epilom. Bi-
blioth., p. 327) cite une édition du même ou-
vrage, avec l'indication de Mulhausen, 1508;
mais c'est évidemment une faute typogra-
phique. Il ne faut pas confondre cet auteur
avec le suivant.
FABER (Henri) fut d'abord magister et
recteur à Brunswick vers 1548. En 1551, on le
trouve à Witlemberg, exerçant la profession
de maître de musique ; enfin il passa à Qued-
linbourg, en qualité de recteur du collège, et
mourut de la peste dans cette ville, le 27 août
1598. Wallher (Musik. Lex.), Forkel (Allgem.
Litter. der 3Iusik), et Gerber (Neues Biogr.
Lex. der Tonkunst.) disent que Faber n'était
âgé que de 55 ans lorsqu'il mourut ; mais cela
ne se peut, car il n'aurait eu que cinq ans à
l'époque de la publication de son Compendio-
lum, dont voici le titre : Compendiolum Mu-
sical pro incipientibus, conscription ac nunc
denuo, cum additione alterius compendioli ,
recognitum, Brunswick, 1548, in-8°. Dans
une note intéressante, fournie par M. Antoine
Schmid (voy. Schmid) à M. Charles-Ferdinand
Becker, pour le supplément de son Tableau
systématique et chronologique de la littérature
musicale (Systematisch-chronologische Dar-
stellung, etc.), p. 68, ce savant a entrepris de
démontrer l'identité des deux Henri Faber aux-
quels se rapportent l'article précédent etcelui-ci,
contre l'opinion de tous les biographes. D'une
part, il trouve, dans la description du monastère
des Bénédictins de Saint-Georges, près de Naum-
bourg sur la Saale, par Schamelius, et dans le
Numburgum literatum du même, qu'un Henri
Faber existait dans cette ville en 1558 ; puis, et
c'est là son argument principal, M. Schmid dit
que la souscription de la première édition du
Compendiolum, imprimée à Brunswick, est
ainsi conçue : Henricus Faber, magister et
maître d'école, auparavant attaché au cha-
pitre de Naumbourg. Le savant bibliothécaire
pense que le monastère de Saint-Georges ayant
élé dévasté parles Espagnols, après la bataille
de Mulhausen, en 1547, Faber s'est retiré pen-
dant un temps assez court à Brunswick, et
qu'il y a publié le Compendiolum en 1548;
puis que, de retour à Naumbourg, en 1549, il
y a composé l'autre ouvrage, objet de l'article
précédent. Quelque vraisemblance qu'il y ait
dans ces conjectures, on ne peut expliquer ce
qui aurait porté Henri Faber à faire, à une an-
née de distance, deux ouvrages élémentaires,
différents de forme, sur les principes de la mu-
sique. Quoi qu'il en soit, les éditions du Com-
pendiolum se sont multipliées et ont été pu-
bliées à Leipsick, 1552, in-8°; Leipsick, 1556,
in-8°; Nuremberg, 1561, in-8°; Nuremberg,
1564, in-8°; Francfort-sur-1'Oder, 1585, in-8°;
Nuremberg, 1604, in-8°; Francfort, 1617,
in-8°. Il y a deux traductions allemandes de
l'ouvrage de Faber; la première par Christo-
phe Rid (voyez ce nom), dont la première
édition a paru sous le titre de Musica, kurtzer
inhalt der Singkunst, auss M. Henri Fabri
laleinischen Compendio Musices von Worl
zu Worl fur angehende Lehrjungen, in ge-
ring verstœndig Teutsch gebracht , Nurem-
berg, 1572, in-4°. Les éditions suivantes de
cette traduction sont de Nuremberg, 1591,
in-8°; Magdebourg, 1593; Nuremberg, 1594;
et Strasbourg, 1596. La seconde traduction,
qui est de Jean Golhart, a été publiée sous ce
titre : Musica, kurtze Anleilung der Sing-
kunst M. Heinrici Fabri, durch Johann Got-
hart verteuscht, und erchrrt, Leipsick, 1605,
in-8"; ibid., 1608, in-8°; Erfurt, 1609, in-8°.
Melchior Vulpius , canlor à Weimar (voyez
P^ulpius), a donné à Jena, en 1610, une édi-
tion du même ouvrage en latin et en allemand,
à laquelle il a ajouté un petit traité des modes,
le tout sous le titre de Musiez compendium
latino germanicum M. Heinrici Fabri : pro
tyronibus hujus artis ad majorem discen-
tium commoditatem aliquantulum variatum
ac disposition, cum facili brevique de modis
tractatu. Septimx huic editioni correctiorî
accessit doctrina 1° de intervallis ; 2° de ter-
minis italicis. apud musicos recentiores usi-
tatissimis, ex syntagmate Musico Michaele
Prsetorii excerptis. Il y en a aussi des édi-
tions de Leipsick, 1614, in-8°; de Halle, 1620;
de Leipsick, 1624, in-8°; de Jena, 1636, in-8°,
et d'Erfurt, 1665, in-8». Enfin, Adam Gum-
peltzhaimer a publié à Augsbourg, en 1618,
une édition de la traduction de Rid, enrichie
d'exemples et de préceptes, sous ce titre : Com-
pendium Henr. Fabri in vernaculum sermo-
nem conversum à M. Christ. Rhid, et prx-
ceptis ac exemplis auctum, studio Adami
Gumpeltzhaimer. On a copié cette édition dans
une autre datée de Jena, 1653, in-8°. L'ou-
vrage de Faber, si souvent réimprimé, n'a
d'autre mérite que celui de la brièveté et de
la clarté.
FABER (Benoît), compositeur, né à Hild-
burghausen vers la fin du seizième siècle, fut
attaché au service du prince de Saxe-Cobourg.
II a publié les ouvrages suivants : 1° Der 148
Psalm, lateinisch, fur 8 Stimmen (Le 14X C
Psaume à 8 voix); Cobourg, 1602, in-folio;
2° Sucrœ cantiones 4, 5, 0, 7 et 8 voc/bus
FABER - FADRI
173
voitcinendx, Cobourg, Henri Birnstill, 1005,
iu-4°; 5° Gralulalio musica ex primo capile
cant. canticorum quints vocibus composila,
ibid., 1607, 4°; 4° Canticum sex vocibus in
festivitattm nuptiarum, ibid., 1607, in-4°;
5° Der SI Psalm : Miserere met Deus, 8 voc,
Cobourg, 1608, in-folio; 6° Adhortatio prima
Christiad genus humanum direct a, musicis
numeris quintarum vocum condecorata, Co-
bourg, 1609, in-4°; 7° Cantio nuptialis ex
psalmo Davidis 52 desumpta, sex vocum,
ibid., 1609, in-4°; 8° Cantiones sacrae, 4-8
voc, Cobourg, 1610; 9° Triumphus Musica-
lis in victoriam resurrectionis Christi, 7 vo-
cibus compositus, Cobourg, 1611, in-4";
10 Zwei newe Hochzeit Gesdnge mit 5 stim-
men (Deux nouveaux chants de noces à 5 voix),
Cobourg, Hauck (s. d.), in-4°; 11° Gratula-
torium musicale 6 vocum, Cobourg, 16-31,
in-4°.
FABER (Jean-Adam-Joseph), musicien de
l'église Notre-Dame d'Anvers, était fort jeune
quand il composa, en 1720, une messe à huit
voix, deux violons, un hautbois, un violon-
celle et deux basses continues, la première
pour orgue, l'autre pour contrebasse. Il dit,
dans la dédicace de son œuvre aux chanoines
de la collégiale, qu'il n'avait pas de barbe
quand il la composa. Plus tard, Faber fut or-
donné prêtre et fait chanoine de la même
église. Il y chantait encore au chœur en 1759.
11 est aussi l'auteur d'une messe à cinq voix
avec deux violons, alto, deux violoncelles, un
hautbois, deux flûtes, une clarinette, contre-
basse, clavecin et orgue, pour l'Assomption :
elle est datée du mois de juillet 1726. Ces deux
ouvrages sont en manuscrit dans les archives
de l'église Notre-Dame d'Anvers.
FABRE (André), né à Riez, petite ville du
département des Basses-Alpes, vers 1765, fut
nn bon professeur de piano et d'accompagne-
ment, à Paris. Il a fait graver dans celte ville
deux recueils de romances avec accompagne-
ment de piano ou harpe; c'est aussi lui qui
est l'auteur de l'air si connu : Ce mouchoir,
belle Raimonde. On ignore l'époque de sa
mort.
FABRE-D'OLrVET(ANTOiNE),littéraleur
et amateur de musique, naquit le 8 décembre
1768, à Ganges, petite ville du département de
l'Hérault. A l'âge de douze ans, il vint à Paris
l»our s'y instruire dans le commercede soieries ;
mais, entraîné par son goût pour les lettres et
les arts, il quitta cette carrière. Il fut long-
temps employé au ministère de la guerre, puis
à celui de l'intérieur, et donna sa démission
de cette dernière place pour ne pas être obligé
de rédiger une pièce contraire à ses opinions.
Comme musicien, Fabre-d'Olivel s'est fait con-
naître par beaucoup de romances et un œuvre
de quatuors pour deux flûtes, alto et basse,
gravé à Paris, en 1800. Précédemment, il avait
composé : 1° Toulon soumis, fait historique,
opéra en un acte et en vers, joué à Paris en 1794 ;
2° Le Sage deV Indoslan, drame philosophique
en un acte et en vers, avec des chœurs en mu-
sique, représenté à Paris, en 1796. Il a essayé
de reproduire, en 1804, sous le nom de Mode
hellénique, le prétendu Mode mixte de Blain-
ville. Il fit exécuter, à l'occasion du sacre de
Napoléon Bonaparte, un oratorio entièrement
écrit dans ce mode ; les journaux de cette
époque en ont rendu un compte avantageux,
mais sans savoir de quoi il s'agissait. Fabre-
d'Olivet est mort à Paris au mois d'avril 1825.
Ce littérateur-musicien s'est particulièrement
occupé de la langue hébraïque. Pour ses tra-
vaux littéraires, on doit consulter les biogra-
phies générales.
FABRI (Etienne), surnommé L'ANCIEN,
devint maître de chapelle du Vatican le 26 avril
1599, et occupa celte place jusqu'à la fin de
septembre 1601. Il paraît qu'il se rendit en
Allemagne vers ce temps et qu'il ne retourna
à Rome que vers la fin de 1602. L'année sui-
vante, il obtint la place de maître de chapelle
de Saint-Jean de Latran, et la conserva jus-
qu'en 1607, où il eut pour successeur Curzio
Mancini. On ignore s'il se retira, ou s'il mourut
à cette époque. Les compositions connues de
cet artiste ont pour titre : 1° Buodecim modi
musicales, tricinis sub duplici texte lat. ger-
man. concinne expressi, Nuremberg, 1602,
in-4° ; 2° Tricinia sacra justa duodecim mo-
dorum serietn concinnata, Nuremberg, 1607,
in-4°.
F ABRI (Etienne), surnommé LE JEUNE,
maître de l'école romaine, né à Rome en
1606, fut élève de Bernard Nanini. Kircher,
son contemporain, nous apprend (Musurg.
Lib. 7, p. 614) qu'il était maître de chapelle
à l'église Saint-Louis-des- Français, à Rome,
en 1648. Le 25 février 1657, il obtint la place
de maître de chapelle de Sainte-Marie-Majeure;
mais il ne la conserva pas longtemps, car il
mourut le 27 août 1658, à l'âge de cinquante-
deux ans. On a de ce compositeur des motels
à 2, 3, 4 et 5 voix, publiés à Rome chez Fei, en
1650. Après la mort de Fabri, son beau-frère,
Jean-Bapliste Sani , fit imprimer un œuvre
posthume de ce maître, sous le titre de : Salin»
concertati a cinque voci, Roma, Fei, 1660.
171
FABRI - FABRICIUS
Une messe à 8 voix, composée pour la chapelle
<le Sainle-Marie-Majeure, et qui n'a point été
publiée, se trouve en manuscrit dans la collec-
tion de l'abbé Santini, à Rome.
FABRI (Honoré), jésuite, né vers 1607,
dans le Bugey, au diocèse de Bellay, professa
la philosophie à Lyon, dans le collège de la
Trinité, et fut ensuite appelé à Rome, pour y
remplir les fonctions de grand pénitentier. Il
mourut dans cette ville le 9 mars 1688. Dans
le cinquième volume de sa Physica, seu rerum
corporearum scientia (Paris et Lyon, 6 vol.),
on trouve un chapitre où il est traité Devibra-
tione Chordarum.
FABRI (Annibal-Pio), surnommé BA-
LirSO, naquit à Bologne en 1697. Il fut élève
de Pistocchi, et l'un des meilleurs ténors de
son temps. Plusieurs princes d'Italie et d'Al-
lemagne lui firent des offres avantageuses pour
l'attacher à leur service. L'empereur Charles VI,
grand connaisseur en musique, avait beaucoup
d'estime pour son talent. Appelé à Lisbonne
pour y être attaché à la chapelle royale, il y
mourut le 12 août 1760. Il était aussi compo-
siteur, et fut reçu en cette qualité à l'Académie
philharmonique de Bologne, en 1719. Il fut
président ou prince de cette société en 1725,
1729, 1745, 1747 et 1750.
FABRIANO (Sébastien), moine camal-
dule, né en Italie vers le milieu du seizième
siècle, a publié Librum missarum quinis et
senis vocibus, Venise, 1595.
FABRICE ou FABRIZIO (Jérôme), cé-
lèbre anatomiste, est surnommé D'AQUA-
PENDENTE, parce qu'il naquit dans cette
ville d'Italie, en 1537. Après avoir fait de bril-
lantes études à Padoue, sous la direction de
l'illustre Fallope, il succéda à son maître
comme professeur d'anntomie, après la mort
«le celui-ci, en 1565. En récompense de ses
profondes connaissances et des services qu'il
rendait à la science, le sénat de Venise lui
accorda un traitement considérable, des digni-
tés et des privilèges, la préséance sur les pro-
fesseurs de philosophie, le nomma citoyen de
Padoue, lui érigea une statue, le décora du
litre de chevalier de Saint-Marc, et, enfin, lui
accorda le droit de désigner son successeur.
Tant d'honneurs et de biens semblaient devoir
assurer à Fabrice une heureuse vieillesse,
mais l'envie lui suscita d'amers chagrins dans
ses derniers jours, et Ton croit qu'il périt
par le poison. Il mourut au milieu de violents
vomissements, le 21 mai 1619, à l'âge de
quatre vingt-deux ans, laissant à sa nièce une
ïorUuie de deux cent mille ducats. Parmi les
savants écrits de Fabrice, on remarque celui
qui a pour litre : De visione, voce, audituque,
dont la première édition parut à Venise, in-fol.,
avec figures, en 1600. On en fit ensuite des
éditions à Padoue, 1605, et à Francfort, en
1605 et 1613. Cet ouvrage a été réimprimé
dans les Opéra omnia anatomica et physio-
logica de Fabrice, imprimés à Leipsick, in-
fol., avec figures, 1687, et dont il y a une fort
belle et bonne édition publiée à Leyde, en
17-38, in-fol. Ce livre est le premier où il a été
traité ex professa de l'appareil vocal et de son
mécanisme : bien qu'il ait été fait postérieure-
ment d'intéressantes découvertes concernant
cet appareil, le travail du célèbre anatomiste
jouit encore de l'estime de tous les physiolo-
gis tes.
FABRICI (Pierre), prêtre florentin du
seizième siècle, est auteur d'un traité du
plàin-chant intitulé Regole generali di canto
fermo, Rome, 1678, in-4°. C'est la troisième
édition. Je n'ai pu découvrir les dates des
deux autres.
FABRICI (Gaétan), maître de chapelle du
duc de Guise, né en Italie vers 1530, obtint au
concours du Puy de musique, à Évreux, en 1577,
le prix du cornet d'argent, pour la chanson
française à plusieurs voix : C'est mourir
mille fois le jour.
FABRICIUS (Georges), né à Chemnitz,
le 24 avril 1516, commença ses études dans sa
ville natale, et les termina à Freyberg et à
Leipsick. Après avoir fait un voyage en Italie,
il revint en Allemagne, où il fut nommé direc-
teur du collège de Meissen. Il mourut dans
cette ville, le 13 juillet 1571. On a de lui un
Commentaire sur les anciennes poésies chré-
tiennes, imprimé à Bâle, en 1564, in-4°, dans
lequel il donne l'explication de quelques termes
de musique. Gesner (Biblioth. in Epit. red.)
indique un ouvrage de sa composition intitulé :
Disticha de quibusdam musicis, et septem sa-
pientibus 1 Strasbourg, 1546.
FABBICIUS (Albin), né en Styrie, dans
le seizième siècle, a composé des motets qu'il a
publiés sous le titre de Cantiones sacra; sex
vocum, Grœlz, 1595.
FABRICIUS (Bernard), organiste à Stras-
bourg, dans la seconde moitié du seizièmesiècle,
a fait imprimer un recueil d'excellentes com-
positions pour l'orgue et autres instruments,
sous ce titre : Tubulaturx organis et instru-
mentis inservientes, Strasbourg, 1577. Ce re-
cueil est devenu fort rare. Le style de Fabricius
est très-orné et a beaucoup d'analogie avec ce-
lui de Claude îMerulo.
FABRICIUS
175
FABRICIUS (Wehneii), habile organiste
et directeur de musique à l'église Saint-Paul
de Leipsick, naquit à Itzehoe, dans le Holstein,
le 10 avril 1653. Son père, bon organiste à It-
zehoe, et ensuite, à Flensbourg, lui enseigna
les éléments de la musique, et il acheva ses
études dans cette science sous la direction du
cantor Paul Mohtz. Ayant été envoyé au
gymnase de Hambourg pour y faire des études
littéraires, il profita de son séjour en cette ville
pour prendre des leçons de composition de
Thomas Sellius, directeur du chœur de l'église
Sainte-Catherine, et pour perfectionner son
talent dans l'art de jouer de l'orgue, sous la
direction du célèbre organiste Ilenri Scheid-
raann. En 1650, il partit de Hambourg pour
se rendre à Leipsick, où il termina ses éludes en
philosophie, théologie et jurisprudence. Son
grand talent, comme compositeur et comme
exécutant, le fit choisir, en 1656, pour remplir
la place d^organiste à l'église de Saint-Thomas.
Outre ses fonctions de musicien, il exerçait
aussi celles de notaire. On a de lui les ouvrages
suivants : 1° Delicïx harmonicx, consistant
en soixante-cinq pavanes , allemandes , cou-
rantes, etc., à cinq parties. Leipsick, 1657,in-4°;
2° Geïstliche Arien, Dialogen und Concerten,
so zu heiïigung hoher Fest-Tage mit 4-8 vo-
valstïmmen, nebst allerhand Instrumenten
(Airs spirituels, dialogues et concerts, pour les
fêles solennelles , à quatre et huit voix, avec
divers instruments) ; 5° Unterricht, wie men
ein neu Orgelwerk , obs gut und bestwndig
sey, nach allen Stiicken in- und auswendig
examiniren, und so viel mxglich, probiren
soll (Instruction sur la manière d'examiner un
nouvel orgue, etc.), Francfort et Leipsick, 1756,
in-8° de 87 pages. Walther cile aussi de cet
auteur un Manuductio zum general-bass (Ma-
nuel de basse continue), consistant en exemples
bien écrits, publié en 1675. Fabricius est mort
à Leipsick, le 9 janvier 1679. Jean Thilo a fait
imprimer dans la même année l'éloge de ce
savant musicien, sous ce titre : Musica Bavi-
dica, Leichenredeauf Wern. Fabricius, chori
musici Birector, nebst dessen Lebenslauff,
Leipsick, 1679, in-4°.
FABRICIUS (Jeai*- Albert), fils du pré-
cédent, un des bibliographes les plus savants
et les plus féconds, naquit à Leipsick, le 11 no-
vembre 1668. Après avoir commencé ses études
sous son père, il les continua sous Wenceslas
Buhl, sous J.-S. Herrichten, à Quedlimbourg,
et enfin, à l'université de Leipsick. En 1686, il
fut reçu bachelier en philosophie, et le 25 jan-
vier 1688, maître en la même faculté. Il se
rendit à Hambourg en 1693, où il devint bi-
bliothécaire de J.-F. Mayer, avec qui il alla en
Suède en 1696. De retour à Hambourg, il suc-
céda en 1699 à Vincent Placcius, dans la chaire
d'éloquence et de philosophre, et prit ensuite à
Riel le bonnet de docteur en théologie. Il mou-
rut à Hambourg, le 30 avril 1736. Les ouvrages
dans lesquels il a traité d'objets relatifs à la
musique sont : 1° Pietas hamburgensis in
celebratione solemni jubilai bis secularis Au-
gustanx confessionis publicité stata , Ham-
bourg, 1730, in-4°. On y trouve, sous le n° 5 :
Hamburgisches Benkmal der Poésie zur Mu-
sik u. s. xiû. aufgefuhrt von G.-P. Telemann
(Monument hambourgeois de la poésie et de la
musique, etc., etc.); écrit relatif à la musique
que Telemann avait composée pour ce jubilé,
et dans lequel Fabricius cite les noms de plus
de cent musiciens de son temps ; 2° Thésaurus
antiquitatum Hebraicarum , Hambourg ,
1713, 7 vol. in-4°. On y trouve (tome VI,
n° 50) la dissertation de Salomon van Till De
musica ffebrœorum, traduite du hollandais en
latin ; le n° 51 contient la dissertation de Zoega
de Buccina ffebrœorum; 3° Bibliotheca la-
tina medix et infimx œtatis , Hambourg,
1734-1744, 6 vol. in-8°, dont on a donné une
seconde édition, à Padoue, 1754, 6 vol. in-4",
avec les suppléments de Christ. Schoettgenius .
On y remarque (lib. 11, p. 644) Elenchus bre-
vis scriptorum medii œvi latinorum de mu-
sica, cantuque ecclesiastico. Cette table con-
tient les noms et l'indication des ouvrages de
beaucoup d'auteurs du moyen âge, qui ont écrit
sur la musique : il en est plusieurs dont les
manuscrits existent dans les principales biblio-
thèques de l'Europe, qui n'ont point été insérés
dans la collection de l'abbé Gerbert, et qui au-
raient dû l'être; 4° Bibliotheca grœca sive
notitia scriptorum veterum grœcorum, etc.,
Hambourg, 1705-1728, 14 vol. in-4". Harlèsen
a donné une nouvelle édition, avec des correc-
tions etdes additions considérables (Hambourg,
1790-1812, 12 vol. in-4°); mais ce travail n'a
point été achevé. On y trouve (t. III, c XII,
p. 652) une indication analytique des auteurs
qui ont écrit sur la musique des Grecs, suivie
du catalogue des auteurs grecs sur cet art, avec
la notice des manuscrits de ces auteurs existants
dans les principales bibliothèques,etdeséditions
ou traductions qui en ont été publiées. Bien
qu'incomplet et souvent inexact, ce travail est
utile.
FABRICIUS (M.-C.-F.), avocat, a fait in-
sérer dans le n» 9 de la Gazette générale de
musique de leipsick (ann. 1832), comme sup*
176
FABRICIUS - FACIUS
plément, un écrit qui a pour titre : Ueber die
Tone und Tonarten unserer Musik (Sur les
tons et la tonalité de notre musique). Son prin-
cipe de la formation de la gamme est la succes-
sion de quintes qui avait servi de base au sys-
tème de l'abbé Roussier, et, postérieurement, à
ceux de MM. Barbereau et comte Duruttc.
(royez ces noms.)
FABBIZI (Vincent), compositeur drama-
tique, né à Naples vers 1765, a donné, sur di-
vers théâtres de l'Italie, un assez grand nombre
d'opéras, parmi lesquels on remarque : 1° I Due.
Castellani burlati, en 1785, à Bologne ; 2° La
Sposa invisibile, en 1786, à Rome; 5otices biographiques et littéraires sur Jean-
Marie Artusi (t. I, p. 297), sur Adrien Ban-
chieri (t. I, pp. 538-34 i), sur Hercule Boltrigari
(t. II, pp. 520-529), sur le P. Martini (t. V,
pp. 542-555), sur Lauren?Penna (t. VI, p. 545),
sur Jean Spataro (t. VIII, p. 29 et 50), et sur
beaucoup d'autres artistes distingués de Bo
logne. Le neuvième volume, qui renferme des
additions et des corrections, contient (pp. 2-9)
un article historique sur l'Académie philhar-
monique de Bologne.
FAINZAGO (l'abbé François), recteur du
collège de Padoue, né en cette ville vers 1750,
y a fait imprimer, en 1770, un éloge de Tar-
tini, intitulé : Orazione délie Lodi di Giu-
seppe Tartini , recitata nella Chiesa de
RR. PP. Servitiin Padova, li 51 di marzo
Vanno 1770; in Padova, 1770, nella stam-
peria Conzatti, pet. in-4° de 48 pages. On a
aussi de lui : Orazione ne' funerali del
R. P. Erancesco Antonio Valotti, recitata
nella chiesa delSanto in Padova, 1780, in-4".
Enfin l'abbé Fanzago a publié les éloges réunis
de Tartini et de Valotti, dans une brochure
qui a pour titre : Elogi di Giuseppe Tartini
pi imo violinista nella cappella del Santo di
Padova, e del P. Erancesco Valotti, maestro
délia medesima. In Padova, 1795, in-8°.
FARABI (Abou-Nasser-Mohamed-Ben-Mo-
hamed AL), célèbre philosophe arabe, naquit
à Fàràb, aujourd'hui Othrâr, ville de la Trans-
oxiane. Le désir de s'instruire le porta à s'é-
loigner de sa patrie pour aller à Bagdad étu-
dier la philosophie, sous un docteur nommé
Abou Bekker Mattey, qui expliquait Arislote.
Il alla ensuite à Harran, où il apprit la logique
d'un médecin chrétien nommé Jean; de là, il
alla à Hamas, puis en Egypte; enfin il revint
à Hamas, où les bienfaits de Séif-ed-Baulah le
fixèrent. Il mourut dans cette ville l'an 539 de
l'hégire (950 de Jésus-Christ). Au nombre des
ouvrages d'Al-Farabi, on en trouve deux qui
sont relatifs à la musique : l'un est un traité
célèbre dans tout l'Orient, dont le manuscrit
existe à la bibliothèque de l'Escurial, cod. 91 1 ,
et que Casiri (Bibl. Arabico-Hisp. Escurial.,
t. I, p. 547) indique sous ce titre : Musices
Elcmenta, adjectis notis et instrnmenlorum
figuris plus triginta. L'auteur y explique les
divers systèmes de musique imaginés jusqu'à
son temps, en discute les avantages ou les dé-
fauts, et donne des règles pour la forme et la
construction des instruments. L'ouvrage est
divisé en deux livres : le premier livre est sub-
divisé en deux parties, dont la première ren-
ferme une préface (prologue) où les prélimi-
naires de la musique sont expliqués, et la
seconde les principes mêmes de la musique. La
seconde partie contient trois divisions, dont la
première traite des modes, la seconde de quel-
ques instruments des Arabes, et la troisième
de la composition des genres, en huit chapi-
tres. Bans le deuxième livre, le Farabi résume
les opinions des auteurs les plus célèbres sur
les diverses parties de la musique, les explique
et corrige leurs erreurs. Malheureusement ioi">
les feuillets dont se compose le manuscrit ont
été mêlés et reliés dans un grand désordre qui
rend souvent l'ouvrage inintelligible. Le cé-
lèbre orientaliste don Joseph-Antoine Coude
FARADI - FARINA
1S3
m a fait une traduction en langue espagnole,
(|ui est restée longtemps inédite. Le peu de
connaissance qu'il avait de la matière du livre,
jointe au désordre dont il vient d'être parlé,
ont rendu cette traduction souvent obscure ou
erronée. Dans ces derniers temps, elle est tom-
bée entre les mains de M. Mariano-Soriano
Tueries (voyez Soriaivo), de Barcelone, qui en a
publié le prologue, l'explication des intervalles
et de la solmisation, ainsi que des extraits in-
téressants des autres parties de l'ouvrage,
dans son livre intitulé : Musica arabo-espa-
v.ola, Barcelone, 185ô. L'autre ouvrage de
Farabi est une espèce d'encyclopédie (Ihsd-el-
c'ioàm), où il donne une définition précise et
une notice de toutes les sciences, de tous les
arts, et particulièrement de la musique. Cet
ouvrage se trouve aussi à la bibliothèque de
l'Escurial. Le catalogue des manuscrits orien-
taux de la bibliothèque de l'université de Leyde
indique (sous le n° 1080, p. 454) un traité de
musique de Farabi, sous ce titre de : De pro-
portione harmonica Musicx. J'ignore si cet
ouvrage est le même que celui de la biblio-
thèque de l'Escurial dont Casiri a donné la
notice; mais il est vraisemblable que ce n'en
est qu'une partie.
FARADAY (Michel), chimiste anglais
qui, jeune encore, s'est rendu célèbre. Il est
né vers 1790. Sa carrière scientifique com-
mença dans le laboratoire de sir Humphrey
Davy, dont il était le préparateur. Ses recher-
ches sur la liquéfaction des gaz commencèrent
sa répulalion qu'il a étendue par beaucoup de
mémoires presque tous remplis d'intérêt. Ce
n'est point ici le lieu d'analyser les travaux
scientifiques de M. Faraday; il n'est cité dans
celte biographie que pour deux mémoires; le
premier, Sur les sons produits par la flamme
dans les tubes, a paru dans le deuxième
volume du Journal of Sciences; il a été
traduit dans les Annales de Chimie pu-
bliées par Arago; le second mémoire, sur le
même sujet, a été inséré dans les Transac-
tions philosophiques de la Société royale de
Londres. M. Faraday est membre de cette so-
ciété et. correspondant de l'Académie royale
des Sciences, de l'Instilul.
FARCIFIV. Par une ordonnance de l'hôtel
de Charles VI, roi de France, datée du mois de
septembre 1418, on voit que parmi les ménes-
Irels de ce roi il y avait deux frères dont l'un
s'appelait Farcien l'aîné, et l'autre, Farcien
le jeune. En 1422, la France, partagée entre
Charles VI et le roi d'Angleterre, le parti île la
•reine, celui du dauphin (Charles VII), Cl cvux
des Armagnacs et des Bourguignons, celle
pauvre France, dis-je, était plongée dans la
misère, et le roi , retiré à Senlis, avait été
obligé de diminuer de plus de moitié les dé-
penses de sa maison. C'est ainsi que le nombre
des ménestrels ou ménétriers fut fixé à cinq
par une ordonnance du 1 er juillet 1422, au lieu
de onze qu'il y avait auparavant. Parmi ces
musiciens, on retrouve Farcien Taîné et Far-
cien le jeune. Leurs avantages avaient été di-
minués ; ils ne mangeaient plus à la cour, n'a-
vaient qu'un cheval, cinq sous par jour, et en
hiver un quart de molle de bûches. Le rôle des
pauvres officiers et serviteurs du feu roi
Charles VI, faict le 21 octobre 1422, fait voir
qu'à celte époque Farcien l'aîné était devenu
roi des ménétriers, ce qui prouve qu'il jouait
de la vielle ou viole, car ceux qui jouaient de
cet instrument pouvaient seuls acquérir celte
dignité ; c'est à cause de cela qu'on leur a donné
plus tard le nom de roi des violons.
Un extrait des comples de François de Nerly,
receveur et trésorier de la maison du dauphin
de France, fait voir qu'en 1415 il y avait parmi
les musiciens de ce prince un nommé Simon
Balin, dit Fassien. Les noms sont écrits avec
si peu d'exactitude dans les manuscrits de cette
époque, qu'il serait possible que ce Fassien ne
fût autre que Farcien, qui serait ensuite passé
dans la maison du roi, et dont le nom véritable
serait Simon Balin.
Les comptes et ordonnances qui fournis-
sent des renseignements sur ces musiciens se
trouvent dans une collection de documents
contenus en trois volumes manuscrits de la bi-
bliothèque royale de Paris, cotes F. 540 du
supplément.
F ARIA (Hesrique pe), né à Lisbonne dans
le dix-septième siècle, fut élève d'un musicien
portugais fort habile, nommé Duarte Lobo.
Ayant été nommé maître de chapelle à Eralo,
il composa pour l'exercice de ses fonctions
plusieurs services complets qu'on conserve
en manuscrit dans divers couvents du Portu-
gal.
FARINA (Charles), violoniste, né à Man-
toue dans le seizième siècle, passa en 1G20 au
service de l'électeur de Saxe, et publia àPresdc,
en 1028, un recueil de sonates et de pavanes
pour son instrument.
FARINA (le docteur Joseph la), médecin
sicilien et amaleur de musique, a publié un
éloge du compositeur Bellini qu'il avait pronon-
cé dans V Académie Pa.Urmita.nu, à Messine.
Cet écrit a pour titre : Elogio del cavalière
Vincenzo Bellini, leltoall' Academia paler-
184
FARINA - FARMER
mitana, etc., dal socio, etc. Messina, presso
Fiumara, 1836, in -8° de 16 pages.
FARINELLI (Carlo EROSCIII). Voyez
Broschi.
FARINELLI (Joseph), compositeur dra-
matique, maitre de chapelle à Turin, né à
Este, dans le Padouan, le 7 mai 1769, com-
mença ses études musicales sous la direction
d'un maitre nommé Lionelli, puis les continua
à Venise chez Marlinelli. Admis à l'âge de
seize ans au Conservatoire de la Pietà de' Tur-
chini, à Naples, il y eut pour maitre, Bar-
hiella, qui lui enseigna le chant, reçut des le-
çons de Fago pour l'accompagnement, et de
Sala, puis de Tritto pour la composition. Sorti
jeune de cette école, il se livra à la carrière
théâtrale, et, bien qu'il se bornât à imiter le
style de Cimarosa, il obtint des succès dans
presque toutes les villes d'Italie où il écrivit.
Les opéras de sa composition qui ont réussi,
sont : / RM d'Efeso; II Trionfo d'Emilio;
la Locandiera; l'Arnor sincero; Bandiera
d'ognivento; Jlfinto Sordo; La Pamela ma-
ritata; Oro senza oro; la Giulietta; La
finta Sposa; Tcresa e Claudio; L'Amlco dell'
uomo; Un effetto naturale; Odoardo e Car-
lotta; Tl Colpevole salvato délia colpa; l'An-
netta , ossia Virtù trionfa ; L'Indolente;
L'Incognita; La terza Lettera, ed II terzo
Martinello ; Il Duello per compïimento ; Ido-
meneo; Attila; Il Cid délie Spagne; La
Ginevra degli Almieri; Lauso e Lidia; Il
Matrimonio per concorso; La Climene; La
Caritea, opéra séria en deux actes; Il Dotto-
rato di Pulcinella, farce ; La Contadina di
spirito; Il nuovo Savio délia Grecia; Rag-
giri a sorpresa , opéra bouffe; L'Inganno
non dura (Naples, 1806); Adriano in Siria
(Milan, 1815); Scipio in Cartago (Turin,
1815); Zoraide (Venise, 1816); La Chiarina
(Milan, 1816) ; Il Testamento a set cento mille
franchi (Turin, 1816) ; La Donna di Bessara-
bia (Venise, 1819). En 1808, Farinelli a donné
à Venise une cantate intitulée : Il Nuovo
Destino. Il avait adopté Turin pour son
séjour habituel vers 1810; il y resta jusqu'en
1817. Il vécut ensuite, pendant quelque temps,
à Venise. Après 1819, il cessa d'écrire pour le
théâtre, et vers le même temps il fut nommé
maître de chapelle à Trieste, où il mourut, le
12 décembre 18-36. Comme Nicolini, Nazzolini
et la plupart des compositeurs qui ont succédé
à Paisiello, à Cimarosa et à Gugglielmi, Fari-
nelli manque d'originalité; ses succès sont dus
principalement à la bonne disposition des airs
et des morceaux d'ensemble, et à celte canli-
lène naturelle qui, pendant longtemps, a été le
goût dominant des Italiens. Presque toujours
il est imitateur; mais il faut avouer que son
imitation est quelquefois très-heureuse : je ci-
terai pour exemple le duo qu'on a placé dans
Il Matrimonio segreto, et qui a passé pour
être de Cimarosa. Farinelli a écrit aussi pour
l'église : on trouve de lui, en nanuscrils, la
plupart originaux, dans la bibliothèque du Con-
servatoire de Naples, les ouvrages suivants de
ce genre: 1° Messe en ré, à quatre voix;
2° Idem, à cinq voix; 5° Messe à deux et trois
voix ; 4° Messe pastorale, à quatre voix ; 5° Messe
idem, en sol, à deux voix ; 6" Dixit en ut, à
cinq voix; 7° Idem en ré, à quatre voix;
8° Autre idem en ré, à quatre voix ; 9° Te
Deum en la, à quatre voix ; 10° Autre en ré, à
deux voix; 11° Responsor i di S. Antonio,
à quatre voix; 12° Laudate pueri, à quatre
voix; 15° Credo, à deux voix; 14° Miserere,
à quatre voix; 15° Improperia pour le ven-
dredi saint, à quatre voix; 16° Stabat Mater,
à deux voix. Tous ces ouvrages sont écrits avec
accompagnement d'orchestre.
FARENI (Monsignor Peliegrino), abbé ca-
merlingue du pape, attaché à la nonciature de
Bologne, est auteur d'une Lettera sopra la
musica, dont la deuxième édition a été pu-
bliée à Bologne, chez Sasi, en 1844, in-8°.
F ARMER (Jean), compositeur de musique
anglais, vécut sous le règne d'Elisabeth. On
a de lui une suite de madrigaux, sous le
titre de The flrst set of english Madrigals lo
fourvoices, Londres, 1599. Il assure, dans la
préface, qu'il s'est attaché à exprimer le sens
des paroles, ce qui, dit-il, est fort rare parmi
les Italiens. Celte assertion est fort éloignée
de la vérité, car on trouve, dit le docteur Bur-
ney, dans la musique de Farmer plus de contre-
sens que dans celle de ses contemporains. Mor-
ley a cependant inséré quelques pièces de la
composition de Farmer dans sa collection du
Triomphe d'Oriane. Farmer est aussi auteur
d'un petit livre, intitulé : Divers and saundrie
ivaies oftwo parts in one, to the number of
fourth, upon one playn song (Diverses ma-
nières de faire les canons à deux parties sur
le plain-chant), Londres. 1691.
FARMER (Thomas), hautboïste à Londres,
fut admis au degré de bachelier en musi-
que, à l'université de Cambridge, en 1684.
Il a composé des chansons à plusieurs voix, qui
ont été imprimées dans les collections de son
temps, notamment dans le Thcater of ' Mustek t
et dans le Trcasury of Musick. Il a aussi pu-
blié deux collcclions d'airs à quatre parties,
FARMER — FARRENC
ÏSÔ
dont Tune est intitulée : A Consort of Musick
in four parts , containing Ihirty-three tes-
sons, beginning with an Overture, Londres,
1686, et l'autre : A second Consort of Musick
in four parts , containing eleven tessons, be-
ginning with a ground, ibid., 1690. On a
une élégie sur la mort de Farmer, écrite par
Taie, et mise en musique par Purcell , de la-
quelle on doit conclure qu'il est mort jeune.
FARNABY (Giles), né à Trury, en Cor-
nouailles, fut reçu bachelier en musique, à
l'université d'Oxford, en 1592. On a de sa
composition des Canzonets to four voices ,
with a song of eight parts (Chansonnettes à
quatre voix, avec un air à huit parties), Lon-
dres, 1598, in-4". Ravenscroft a aussi inséré
quelques mélodies de psaumes, de la composi-
tion de Farnaby, dans sa collection intitulée :
Harmonia perfecta : a comptent collection of
Psalm-tunes in four parts, etc., dont la pre-
mière édition a paru à Londres, en 1621, petit
in-8°. Farnaby était habile dans l'art de jouer
de l'épinette ou virginale et autres instruments
à clavierde son temps, et il composait bien pour
ces instruments. Le Virginal-Book de la reine
Elisabeth contient vingt pièces de la composi-
tion deFarnaby. Les écrivains anglais Hawkins
et Burney ne nous apprennent rien concernant
la vie de cet artiste, et gardent le silence sur
l'époque de sa mort.
FARRANT (Richard), compositeur de
musique sacrée, né en Angleterre, en 1530,
était l'un des musiciens de la chapelle royale,
sous le règne d'Edouard VI, de la reine Marie
et de la reine Elisabeth. En 1564, il fut nommé
maître des enfants de chœur et organiste de la
chapelle de Saint-Georges à Windsor. Il rési-
gna alors sa place de la chapelle royale ; mais,
y ayant été rappelé, il continua à en exercer
les fonctions jusqu'en 1580. Il mourut à l'âge
de cinquante et un ans, le 30 novembre 1581 .
On croit qu'il a eu un fils, nommé Daniel, dont
Tudway a publié, dans le quatrième volume de
sa Collection of Church Music, une antienne
à quatre voix sur le texte : O Lord Almighly ;
mais 31. "VVarren, éditeur de la belle etdernière
édition de la Cathedral Music de Boyce, im-
primée chez MM. Robert Cocks et C !c , à Lon-
dres, pense que ce morceau est de Richard
Farrant. Les écrivains anglais disent que ses
compositions sont d'un style noble et sévère :
cr. en trouve plusieurs dans la collection de mu-
sique sacrée de Barnard, et dans le Cathedral
music du docteur Boyce. Son antienne « Lord,
« for thy tender mercics' sake » est encore
chantée de nos jours, et le docteur Crotch, qui
l'a insérée dans son Traité de composition, fait
observer qu'elle est remarquable par ses effets,
qui sont aussi beaux que le permet un contre-
point rigoureux. Burney dit {History of Music ,
vol. III, p. 74) qu'il y a en manuscrit, dans la
collection de l'église du Christ, à Oxford, plu-
sieurs antiennes en partition de Richard Far-
rant.
FARREN (Georges), auteur inconnu d'un
livre qui a pour titre : The Mortalities of cele-
brated musicians , Londres, 1834, in-8°. On
y trouve des essais sur la vie de Lully, Ra-
meau, Grétry, Ilsendel , Cimarosa, et quelques
autres musiciens célèbres , avec l'histoire de
leurs ouvrages. C'est une compilation de peu
de valeur.
FARRENO (Jacques-IIippolyte- Aristide),
né à Marseille, le 9 avril 1794, commença l'é-
lude de la musique à l'âge de treize ans. Un
de ses jeunes amis lui donna quelques leçon*
de solfège ; il apprit en même temps à jouer
de la flûte, et se livra avec passion et presque
sans maître à l'étude de cet instrument. Ses-
parents le destinaient au commerce, et la mu-
sique n'était pour lui qu'un délassement, après
les heures de travail. Tourmenté cependant
par le désir de se rendre à Paris, et d'y en-
tendre les artistes les plus renommés, princi-
cipalement Tulou, alors dans toute la puissance
de son talent, il se décida à faire ce voyage,
et arriva dans la grande ville au mois d'oc-
tobre 1815. A la fin de la même année, la
place de seconde flûte de l'orchestre du Théâtre-
Italien (alors sous la direction de M mc Catalani)
lui fut offerte ; il l'accepta et la conserva pen-
dant deux années. Ce fut là qu'il forma son
goût, par les occasions fréquentes qu'il eut
d'entendre le Matrimonio segreto, de Cima-
rosa ; la Nina, de Paisiello ; les Noces de Fi-
garo, Don Juan , la Clemenza di Tito et
Cosi fan tutte, de Mozart. Le Conservatoire de
Paris , qui avait été fermé après la seconde
restauration des Bourbons en France, ayant
été réorganisé en 1816, M. Farrenc y entra
comme élève de Guillou, pour la flûte, et de
Vogt, pour le hautbois. Bientôt il se livra au
professorat de l'art, et publia diverses compo-
sitions pour la flûte, parmi lesquelles on re-
marque un Concerto avec orchestre, œuvre 12,
Paris, Frey; des thèmes variés avec violon,
alto et violoncelle d'accompagnement; beau-
coup d'airs variés pour deux flûtes; des sonates
pour flûte et basse, op. 5, et des morceaux
pour flûte seule. Vers le même temps, il fit
aussi graver quelques œuvres de musique de
divers auteurs qui, par degrés, fornuienl un
isr,
FARRENC
fond d'éditeur aussi remarquable par le choix
des ouvrages, que par la beauté et la correction
des éditions. Vers 1841, M. Farrenc se retira
du commerce de musique. L'audition des con-
certs historiques donnés à Paris par l'auteur
de cette notice, et la lecture de la Revue mu-
sicale et de la Biographie tmiverselle des mu-
siciens, rirent naître en lui l'amour des études
relatives à l'histoire et à la littérature de la
musique; il s'y livra avec toute son ardeur
méridionale, ainsi qu'à la littérature italienne;
et par sa persévérance dans ses recherches il
parvint, en quelques années, à recueillir un
très-grand nombre d'observations et de notes
<:u'il se proposait de publier comme additions
et rectifications à toutes les biographies parues
jusqu'à ce jour (18G0); mais ayant appris que
l'auteur de la Biographie universelle des mu-
siciens, après avoir employé vingt ans à com-
pléter et améliorer son livre, allait en publier
une deuxième édition, M. Farrenc, plein d'obli-
geance et de dévouement aux intérêts de la
science historique, a bien voulu se charger de
revoir les épreuves de ce grand ouvrage, et de
mettre à sa disposition des notes intéressantes
sur des faits ignorés ou mal connus. Passionné
pour les œuvres classiques des grands maîtres
en tout genre, M. Farrenc s'est attaché à re-
cueillir les plus beaux monuments de l'art,
particulièrement dans la musique de clavecin
et de piano ; il y a fait un choix des plus belles
choses et en a formé un recueil du plus haut in-
térêt, dont la publication commencera enl8Gl,
sous ce titre : Le Trésor des pianistes: col-
lection desœuvres choisiesdes maîtres de tous
les pays et de toutes les époques, depuis le
seizième siècle jusqu'à la moitié du dix-neu-
vième: accompagnées de notices biographi-
ques, de renseignements bibliographiques et
historiques, d'observations sur le caractère
d'exécution qui convient à chaque auteur,
des règles de l'appogiature, d'explications et
d'exemples propres à faciliter l'intelligence
des divers signes d'agrément, etc., etc. ; re-
cueillies et transcrites en notation moderne.
Tout artiste, tout amateur de bonne musique,
doit comprendre l'intérêt qui s'attache à une
publication semblable. Depuis 1854, M. Farrenc
n figuré au nombre des collaborateurs du journal
intitulé la France musicale; il y a donné un
assez grand nombre d'articles de littérature,
biographie et critique musicale. On lui doit
aussi une série d'articles publiés dans la Revue
de musique ancienne et moderne. Rennes,
Valar, 18.''>S, soms le litre : les Livres rares et
teur destinée.
FARREIXC {M™ Jeaxse-Louise), femme
du précédent, pianiste et compositeur, profes-
seur au Conservatoire impérial de musique à
Paris, est née dans cette ville, le 51 mai 1804,
de Jacques-Edme Dumont, staluaire, ancien
pensionnaire de l'Académie de France à Rome.
Elle descend, par les femmes, de la famille Coy-
pel, et son frère, M. Auguste Dumont, membre
de l'Institut et professeur à l'École des beaux-
arts, est un des premiers statuaires de l'époque
actuelle. A l'âge de six ans, M lle Durnont com-
mença l'étude du solfège et du piano sous la di-
rection d'un bon maître; plus tard elle reçut
des conseils de Moschelès et de Hummel. Le la-
lent de ce dernier artiste lui était surtout sym-
pathique, par la belle simplicité du style et par
la délicatesse du toucher; il devint son modèle
de prédilection. Après avoir reçu, à l'âge de
quinze ans, des leçons d'harmonie de Reicha,
elle épousa, en 1821, M. Aristide Farrenc et
fil avec lui plusieurs voyages dans le nord et
dans le midi de la France. De retour à Paris,
M me Farrenc doubla son cours d'harmonie avec
son maître Antoine Reicha, et apprit de lui le
contrepoint, la fugue et l'instrumentation. Sur-
la présentation de M. Halévy, elle eut l'hon-
neur, en 1841, d'être agréée pour donner des
leçons de piano àS. A.R. M mc la duchesse d'Or-
léans. Nommée professeur de cet instrument
par arrêté ministériel du 10 septembre 1842,
elle entra en fonctions au mois de novembre de
la même année. Depuis celte époque, M""-' Far-
renc a formé un grand nombre de très-bonnes
élèves, parmi lesquelles on remarque sa fille
Viclorine (voyez la notice suivante), M lks Ma-
rie Mongin, Herm. et Car. Lévy, Colin, Saba-
tier-Rlot , M' nc Béguin Salomon et plusieurs
autres. Naturellement modeste et peu portée à.
se mettre en évidence, M me Farrenc aurait
peut-être borné sa carrière à celle d'un bon
professeur de piano, si son mari, ardent et
convaincu du mérite de ses productions, n'eût
employé tome son influence pour exciter sa
verve productrice et pour vaincre sa répugnance
à faire entendre ses ouvrages. Et vraiment il
eût été grand dommage que son talent pour la
composition fût demeuré inconnu; car il ne
faut pas croire que ce talent soil resté dans les
limites de celui de quelques femmes distinguées:
chez ]\I mc Farrenc, l'inspiration et l'art d'écrire
ont des proportions masculines. Sa tête a la
force de conception d'un maîlre consomma.
Les meilleurs artistes qui ont exécuté ou en-
tendu ses ouvrages lui ont tous rendu celte
justice; malheureusement le genre de musique
pour lequel l'organisilion cl l'élude l'ont des-
FARRENC
181
tinée, c'est-à-dire celui de la grande musique
instrumentale, exige des moyens d'exécution
que le compositeur ne se procure qu'avec
d'énormes difficultés ; d'autre part, le public,
en général peu connaisseur, n'a d'autre règle
pour juger du mérite d'une composition, sé-
rieusequele nom de l'auteur; pour l'inconnu il
n'a que de l'indifférence; enfin, l'éditeur, par-
ticulièrement en France, se bouche les oreilles
dès qu'on lui propose de publier une œuvre de
valeur; il ne croit au succès que pour les
babioles. Tels ont été les obstacles et les causes
do découragement rencontrés par M me Farrenc
en sa route : telles sont les circonstances qui
ont fait rester dans l'oubli des productions qui
auraient pu faire autrefois la réputation de
plusieurs artistes. Voici la liste des ouvrages
de celte femme si remarquable : 1° Grandes va-
riations pour le piano avecorchestre ou quatuor,
sur l'air : le Premier Pas, op. 4. Paris, l'au-
teur ; 2°Variations pour le piano sur une cava-
tine de Cenerentola , op. 5, idem, ibid.;
3" Variations idem sur l'air : O ma tendre
musette, op. C, idem, ibid.; 4° Air suisse
varié pour le piano, op. 7, idem, ibid.; 5° Trois
rondeaux originaux, op. 8, idem, ibid.;Cy u Ron-
deau sur un chant de 77 Pirata, op. 9, idem,
ibid.; 7° Variations idem sur une ronde du
Colporteur, d'Onslovv, op. 10, idem, ibid.;
8° Rondeau idem sur des thèmes tfEuryanlhe,
de Weber, op. 11, idem, ibid.; 9° Variations
idem sur une Galopade hongroise, op. 12, idem,
ibid.; 10° Rondeau idem sur un thème de Zel-
mira, de Carafa, op. 13, idem, ibid.; 1 1° Les
Italiennes, trois cavatines variées pour le
piano, op. 14, idem, ibid.; 12° Variations sur
une cavatine A'Jnna Bolena, op. 15, idem,
ibid.; 13° Les allemandes, deux mélodies
allemandes variées, op. 1G. idem, ibid. ;\ A Air
russe varié pour le piano, op. 17, idem, ibid.;
15° La Sylphide, rondo-valse sur un motif de
Masini, op. 18, idem, ibid.; 16° Souvenir des
Huguenots, fantaisie sur le choral de cet opéra,
op. 19, idem, ibid.; 17° Le même pour piano
à quatre mains ; 18° Variations pour piano et
violon sur un air suisse, op. 20, idem, ibid.;
19° Les Jours heureux, quatre petits rondeaux
idem, op. 21, idem, ibid.; 20° Six fugues
idem (inédites) ; 21° Première ouverture pour
l'orchestre (en mi mineur), (inédite) ; 22° Deu-
xièmeouverlure pour l'orchestre (en mi bémol)
exécutée plusieurs fois à Paris, notamment au
concert du 5 avril 1840, par la Société des
Concerts du Conservatoire; 23° Grande fantaisie
et variations pour piano et orchestre ou quin-
tette, sur un théine du comte Galienbcrg, op. 25,
Paris, l'auteur; 24° Trente grandes éludes pour
le piano, dans tous les tons, op. 2G, idem,
ibid.; 25° Hymne russe varié pour le piano,
op. 27, idem, ibid.; 2G° Variations sur
un thème allemand, op. 28, idem, ibid. :
27° Air martial des Capuleti, varié pour piano
à quatre mains, op. 29, idem, ibid.; Le même
en duo pour deux pianos (inédit) ; Le même -en
trio pour trois pianos (inédit) ; 28° Premier
quintette pour piano, violon, alto, violoncelle
et contrebasse (en la mineur), op. 30, Paris,
l'auteur; 29°Deuxième quintette idem (en mi),
op. 31, idem, ibid.; 30° Première symphonie
à grand orchestre (en ut mineur), op. 52 (non
publiée). Cet ouvrage a été exécuté avec beau-
coup de succès, à Bruxelles, dans un concert
du Conservatoire, le dimanche 23 février 184?»
(voyez la Revue et Gazette musicale de Paris
du 1G mars 1845, n° 11). La même symphonie
a été exécutée à Paris, le 17 avril 1845, dans un
concert donné par M mc Farrenc, au bénéfice de
l'Association des artistes musiciens, dans Kl
sslle du Conservatoire; 31° Premier trio pour
piano, violon et vioioncelle (en mi bémol),
op. 33, Paris, l'auteur ; 32° Deuxième trio idem
(en ré mineur), op. 34, idem, ibid.; ôô° Deu-
xième symphonie (en ré), (non publiée). Elle
a été exécutée dans un concert donné par
iïï mc Farrenc. dans la salle du Conservatoire, le
dimanche3mai 184G; 34° Troisième symphonie
(en sormineur;, op. 50 (non publiée). Elle a été
exécutée par la Société des Concerts, à Paris,
le dimanche 22 avril 1849; 55° Première sonate
pour piano et violon (en ut mineur), op. 57,
Paris, l'auteur; 56° Dionetto pour violon, alto,
violoncelle, contrebasse, flûte, hautbois, cla-
rinette, cor et basson (en mi bémol), op. 58,
(non publié). Ce bel ouvrage, écrit par M mc Far-
renc en 1849, fut exécuté, le 19 mars 1850,
dans les salons Erard, devant un auditoire de
plus de 400 personnes, par le célèbre violoniste
Joachim,MM. Blanc, Lebouc,Gouffé, Dorus,Ver-
roust aîné, Leroy, Rousselot et Verroust jeune.
L'exécution fui parfaite et l'effet fut très-grand ;
57° Deuxième sonate pour piano et violon (en
la), op. 59, Paris, l'auteur; 58° Sextuor pour-
piano, flûte, hautbois, clarinette, cor et basson
(en ut mineur), op. 40 (non publié) ; 59° Douze
études brillantes pour le piano, op. 41, Paris,
l'auteur; 40° Vingt éludes de moyenne diffi-
culté pour le piano, op. 42, idem, ibid. ;41°Mé-
lodie pour piano, op. 43, idem, ibid.; 42° Trio
pour piano, clarinette et violoncelle (en mi
bémol), op. 44 (inédit); 43° Trio pour piano,
(lûle et violoncelle (en mi mineur), op. 45
(inédit); bel ouvrage où le charme et le
188
FARIIENC — FASCH
mérite de la facture sont réunis; 44° Sonate
pour piano et violoncelle (en si bémol), op. 40,
Paris, l'auteur; 45° Scherzo pour le piano,
op. 47, idem, ibid.; 46° Valse brillante, idem,
op. 48, idem, ibid.; 47° Premier nocturne
idem, op. 49, idem, ibid. ■ — OEovres sans
numéros : 48° La Grand' Mère , premier
rondolelto pour le piano, Paris, l'auteur;
49° Naples, deuxième rondolelto, idem, ibid.;
50° Feriez dans la prairie, troisième rondo-
letto avec accompagnement de flûte et violon
ad lib., Paris, Heu; 51° Trois rondinos : Pas-
toral, Savoyard et Valse, Paris, Gérard;
52° Trois airs variés sur des thèmes de Bru-
guière et de Panseron, idem, ibid.; ^"Baga-
telle, rondino (en ut), Paris, l'auteur. M mc Far-
renc a écrit quelques morceaux de musique
vocale encore inédits. Ses quintettes, trios et
sonates ont souvent été exécutés à Paris par
l'auteur ou par ses meilleures élèves avec le
concours d'artistes célèbres tels que Joachim,
Sivori,Alard,Francliomme ; Dorus et Leroy, les-
quels ont toujours donné à l'auteur des éloges
et des témoignages d'intérêt.
FAïUlENC (Victorine-Louise), fille des
précédents, naquit à Paris, le 25 février 1826.
Elle commença l'élude de la musique à l'âge
de cinq ans et demi, sous la direction de sa
mère, et montra de bonne heure un heureux
instinct musical. A quinze ans, elle exécutait
déjà d'une manière remarquable les quarante-
huit fugues et préludes de J.-S. Bach. Au
commencement de 1843, elle entra comme
élève au Conservatoire, dans la classe de sa
mère, où, six mois après, elle obtint un accessit.
Dans l'année suivante, le premier prix lui fut
décerné. Après ce triomphe, elle se remit avec
plus d'ardeur à l'élude des fugues de Bach et
des œuvres de Beethoven, pour lesquelles elle
avait un amour passionné. En 1845, M' lc Far-
renc exécuta, à un concert du Conservatoire
de Bruxelles, le cinquième concerto de Beet-
hoven (en mi bémol) et produisit une vive
impression sur les artistes de l'orchestre et sur
le public. Elle n'eut pas moins de succès
quelques mois après, lorsqu'elle joua le même
ouvrage, à la salle du Conservatoire, dans un
concert donné par sa mère. Becherchée pourson
rare talent, elle joua dans plusieurs concerts,
en 1846, et s'y fil remarquer par l'excellent
sentiment qu'elle portail dans diverses compo-
sitions de grands maîtres, notamment dans le
Concerto de Mozart en re mineur. Élève de sa
mère pour la composi lion, comme pour le piano,
rllc montrait, dans quelques essais, une heu-
reuse organisation qui promettait de bons
ouvrages pour l'avenir. Quelques études et
mélodies pour le piano, environ dix romances
et des chœurs sur des textes sacrés, furent ses
premières productions ; on n'en a publié que
six romances et six pièces de différents carac-
tères. Tout semblait présager à cette jeune fille
une riante carrière; mais une maladie dont
elle fut atteinte vers l'âge de vingt ans, et dont
on n'aperçut pas d'abord toute la gravité, la
pi'iva tout à coup du plaisir de faire ou d'en-
tendre de la musique. Soumise à divers genres
de traitements, cette affection persista et ne
laissa à la malade que quelques rares instants
d'amélioration ; enfin, Victonne Farrenc suc-
comba le û janvier 1859 2 après douze années
de souffrance.
FASCI1 (Jean-Frédéric), maître de chapelle
du prince d'Anhalt-Zerbst, naquitàBullelsladl,
près de Weimar, le 15 avril 1688. Son père
ayant été appelé à Suhla, en 1G93, pour y rem-
plir les fonctions de recteur, il le suivit en ce
lieu, et y commença ses études littéraires et
musicales. Devenu orphelin, il fut recueilli par
son oncle maternel, chapelain à Teuchern.
Scheele, ténor de la chapelle du duc de Weis-
senfels, l'ayant entendu chanter quelques airs,
fut charmé de la beauté de sa voix, et le fit en-
trer comme enfant de chœur dans la même
chapelle. Peu de temps après, il suivit à Leip-
sick le chantre Kuhnau, qui le fit entrer à l'école
de Saint-Thomas; là, il se livra à l'étude du
clavecin et de l'orgue et apprit l'harmonie,
prenant pour modèles les compositions de Te-
lemann, dont il imita toujours le style. Ses
premières productions furent la musique des
cantates de Hunold, et quelques ouvertures.
En 1707, il entra à l'université de Leipsick pour
y étudier la théologie ; mais cette science ne
lui fil pas négliger la musique ; il profita même
des relations que son entrée à l'université lui
avait procurées pour fonder parmi les étudiants
une société musicale pour l'exécution des meil-
leurs ouvrages de ce temps. Appelé à Naum-
bourg, en 1710, pour y écrire l'opéra de la foire
de Saint-Pierre et Saint-Paul, il mérila des ap-
plaudissements par le talent dont il fit preuve
dans cet ouvrage, et fut ensuite chargé de la
composition d'un autre opéra pour l'anniver-
saire de la naissance de la duchesse. Ses succès
dans ces travaux lui méritèrent la faveur de
cette princesse qui lui accorda une pension,
pour qu'il allât en Italie perfectionner son ha-
bileté. Ce ne fut cependant qu'au retour de ce
voyage qu'il fit un cours régulier d'harmonie
et de contrepoint à Darmsladt, sous la direction
des mailres de chapelle Graupner et Grtine-
FASCH
(80
wald. Après six mois de séjour dans cetle ville,
Fasch entreprit un nouveau voyage dans l'Al-
lemagne méridionale : ce fut dans cette tournée
qu'il se lia d'amitié avec le maître de chapelle
Bumler, à Anspach. En 1715 il fut placé comme
secrétaire et greffier de la chambre à Géra, et
en 1720 il réunit les places d'organiste et de
greffier à Zeilz. L'année suivante, il entra
comme compositeur au service du comte Mor-
tzin en Bohême; mais il ne resta pas longtemps
<lans cette situation, ayant accepté, en 1722, la
place de maitre de chapelle à Zerbst, où il se
fixa jusqu'à sa mort. C'est dans cette ville qu'il
a écrit la plus grande partie de ses ouvrages
qui consistent principalement en plusieurs Pas-
sions, en messes, motets, oratorios, plusieurs
concertos pour divers instruments, particuliè-
rementpour le hautbois et pour la flûte, l'opéra
de Bérénice , et quarante-deux ouvertures et
symphonies pour l'orchestre. Après sa mort,
qui arriva en 1759, ou en 1758, suivant Zelter,
le vieux Breitkopf fit l'acquisition de la plupart
de ses partitions en manuscrit, dont il n'a été
rien publié. Une de ses meilleures productions
est une messe, Kyrie cum gloria, Credo,
Arjn-us et Sanctus à quatre voix, deux violons,
alto, violoncelle, orgue, trois hautbois,- flûte,
deux cors et basson. La bibliothèque royale de
Berlin possède les manuscrits originaux de
deux cantates d'église de ce maître, à quatre
voix et instruments.
FASCH (Charles-Fjiédéiuc-Chrétieiv), fils
du précédent, naquit à Zerbst, le 18 novembre
1736. Sa constitution faible et maladive obligea
ses parents à lui épargner toute espèce de tra-
vail manuel ou intellectuel, et à le laisser jouir
de la plus entière liberté ; mais disposé par la
nature pour la musique et constamment excité
par les travaux de son père, il composa d'in-
stinct quelques petits morceaux qu'il exécutait
au clavecin lorsqu'il était seul. Cette manifes-
tation des heureuses facultés du jeune Fasch
lui fil accorder les leçons de clavecin qu'il de-
mandait; le séjour de la campagne ayant d'ail-
leurs amélioré sa santé, il lui fut permis de
prendre part à la musique qu'on faisait à la
cour et à la chapelle du prince. La solennité de
l'office divin avait fait une vive impression sur
son cœur, elle le disposa particulièrement à
écrire pour l'église, et cette disposition se dé-
veloppa quelques années après, lorsqu'il eut
occasion d'entendre avec son père, à Dresde,
un ouvrage de musique religieuse composé
par Zelenka. L'impression que cet œuvre fit
sur lui fut si vive-, que son père, craignant
qu'il ne se convertît à la foi catholique, lui
interdit la fréquentation des églises. Les pro-
grès du jeune Fasch sur le clavecin , sur
l'orgue, et dans la composition furent rapides ;
il avait déjà composé plusieurs ouvrages de
musique religieuse et instrumentale, lorsque
François Benda, charmé de son habileté comme
accompagnateur, le fit appeler à Berlin, en
1756, en qualité de musicien de la- chambre et
de claveciniste du roi Frédéric II. Ses fonctions
consistaient principalement à accompagner au
clavecin, chaque jour, les solos et concertos de
flûte exécutés par le roi, alternant de mois en
mois avec Charles-Philippe-Emmanuel Bach.
Ce début avantageux dans la carrière du jeune
artiste semblait lui promettre un bel avenir;
mais l'âme de Fasch, plongée dans une dispo-
sition calme et dénuée d'activité, ne lui fil
point faire les efforts nécessaires pour arriver
à la réalisation de ce qu'il pouvait être. La
guerre de Sept Ans, dont les vicissitudes mirent
la Prusse à deux doigts de sa perte, obligèrent
Frédéric a faire des diminutions dans les trai-
tements de tous les employés de sa maison, et
celui de Fasch, quoique peu considérable (il
n'était que de 1,125 francs environ), fut réduit
comme les autres. Obligé de chercher dans les
leçons particulières des ressources pour son
existence, sa frêle constitution fut un obstacle
à ses succès dans l'enseignement ; d'autre part,
il avait si peu de confiance en lui-même, qu'il
anéantissait ses compositions presque à l'in-
stant où elles étaient terminées. C'est ainsi que
s'écoulèrent les plus belles années de sa jeu-
nesse, et qu'il finit par tomber dans le décou-
ragement. Pendant un assez long période de
sa vie, son esprit sembla même se détacher de
l'amour de l'art pour se porter sur des objets
puérils : c'est'ainsi qu'on le vit passer plusieurs
années à imaginer des stratagèmes qu'il croyait
devoir être de grande ressource dans la guerre
et dans la marine, et à construire artistement
des maisons de cartes. Devenu superstitieux, il
se proposait chaque malin de résoudre quelque
problème d'arilhmétique pour connaître la por-
tée actuelle de ses facultés; s'il réussissait au
premier coup, il se croyait en verve pour com-
poser; mais si la preuve lui révélait quelque
erreur de calcul, il demeurait convaincu de son
incapacité à faire quelque chose dans le cours
de la journée ; il était inquiet, et les heures s'é-
coulaient pour lui dans l'oisivelé et dans la mé-
lancolie, ou bien il s'occupait à des énigmes
musicales telles qu'en faisaient les maîtres des
seizième et dix-septième siècles. On connaît de
lui en ce genre un canon à cinq sujets et à vingl-
cinq voix disposé d'une manière fort ingénieuse.
19
FASCH — FASOLO
Une sorte de mécontentement de soi-même j
est inséparable de l'homme qui n'accomplit pas
sa destinée d'artiste, et cette situation de l'âme
conduit à la misanthropie ou au mysticisme.
C'est à celle dernière situation que Fasch ar-
riva dans la solitude où sa vie s'écoulait. Il fut
cependant tiré de son inactive rêverie, lors-
qu'en 1774 on le chargea de la direction de
l'opéra au clavecin; pendant deux années il
conserva cet emploi, et il ne cessa d'en remplir
les fonctions qu'après le retour de Reichardt à
Berlin. Personne moins que lui n'était propre
à écrire pour le théâtre ; cependant, à l'âge de
cinquante-six ans il céda aux instances de
quelques amis imprudents , et composa un
f'asco de Gama (en 1792) qui n'était qu'une
espèce de pasticcio, car tous les chanteurs y
introduisirent les airs qu'ils voulurent : cette
faible production n'cul pas de succès. Fasch
aurait mieux réussi dans le style religieux, s'il
eût voulu se livrer sérieusement à ce genre de
composition; mais, ainsi qu'il a été dit précé-
demment, trop défiant de ses forces, il ne laissa
subsister qu'un petit nombre de ses produc-
tions. Le plus considérable de ses ouvrages
écrils pour l'église est une messe à seize voix,
faite à l'imitation d'une autre, de Benevoli, que
Reichardt avait rapportée d'Italie. Cet ouvrage
fut entrepris en 1783, et fini en peu de temps.
Le système de Fasch est différent de celui du
maître qu'il imitait, car il avait voulu éviter les
licences qu'on trouve dans les productions de
celui-ci, et qui sont admissibles, parce que la
multiplicité des mouvements de toutes les par-
ties en absorbe l'effet. Fasch avait voulu d'ail-
leurs éviter la monotonie du style de Benevoli,
au moyen de modulations appartenant à la to-
nalité moderne; mais ces modulations, incom-
patibles avec des combinaisons si compliquées,
jetèrent de l'obscurité dans l'ouvrage, et lors-
qu'on voulut l'exécuter, il ne produisit d'autre
effet que celui de la confusion. En vain , les
chanteurs firent-ils preuve de patience dans
les répétitions, il fallut renoncer à un résultat
satisfaisant.
Quoique la messe de Fasch n'ait pas alteint
le but qu'il se proposait, elle le conduisit cepen-
dant à établir sa renommée sur des bases plus
solides que tout ce qu'il avait fait auparavant,
car voulant parvenir à la faire exécuter aussi
bien qu'il élait possible, il fonda une société de
chant dont il prit la direction, et pour laquelle
il écrivit des morceaux à quatre, cinq et six
voix. Cette société, qui devint progressivement
plus nombreuse, est aujourd'hui célèbre dans
toute l'Europe, sous Je nom iYAcadémie do
chant de Berlin. Zelter, élève de Fasch, a
complété l'ouvrage de son maître par des tra-
vaux constants pendant trente ans, et l'Acadé-
mie de chant de Berlin est devenue, par ses
soins, la société de ce genre la mieux organi-
sée, et celle qui entre le mieux dans l'esprit
des compositions qu'elle exécute. C'est à l'or-
ganisation de cette institution musicale que
Fasch doit la réputation dont il jouit encore, et
sa gloire la plus solide. Il mourut à Berlin, le
5 août 1800. L'année suivante, Zelter publia
une notice sur sa vie et sur ses travaux, ornée
de son portrait, sous ce litre : Karl Friedridi
Christian Fasch Leben, Berlin, 1801, in-4 n ,
de 62 pages. La bibliothèque royale de Berlin
possède en manuscrit des cantates spirituelles
de Fasch, à quatre voix et instruments pour les
5 e , 6 e , 9 e , 10 e et ll c 'dimanches après la Trinité,
ainsi que des pièces de clavecin. Par recon-
naissance pour la mémoire de son fondateur,
l'Académie de chant de Berlin a publié ses
œuvres complètes en partition. Cequi a paru de
la collection forme sept livraisons. Bans la pre-
mière se trouvent douze chorals à quatre, cinq
et six voix; sous le titre de Mendelsohniana ;la
deuxième livraison contient le psaume 50, tra-
duit par Moses Mendelsohn pour chœur et voix
solos, divisé en six morceaux ; la troisième li-
vraison contient le psaume Inclina Domine,
pour soprano, deux contraltos, deux ténors et
basse, "un Requiem ci une cantate funèbre; la
quatrième livraison, sous le titre de : Davi-
diana, renferme deux psaumes en chœur sur
les traductions de Luther ; dans la cinquième, on
trouve le psaume 119 {Ileil dem Manne, etc.);
la sixième renferme le psaume 51 {Miserere),
à deux chœurs ; la septième contient la messe à
seize voix, suivie d'un canon- à quinze. Cette
collection est éditée à Berlin, chez Trautwein.
l\!SCIOTTI(G-iovA?iNi-FRANCEsco),sopra-
niste, naquit à Bergamc, vers le milieu du dix-
huitième siècle. Il fut employé pendant quel-
ques années à la chapelle de Pise, et se livra
ensuite à la carrière théâtrale. Après avoir
chanté sur les petits théâtres de la Romagne, il
fut appelé à Naples, à Turin, à Gênes et à Mi-
lan. Il obtint partout du succès par l'expres-
sion, \n flexibilité et la justesse de sa voix.
FASELT (Chrétien) , magister à Wilten-
herg, né en 1657, a écrit en 1GC8 ses Dispula-
tiones ex physicis, dont la première traite De
auditu. Faselt est mort le 26 avril 1694, à l'âge
de cinquante-six ans.
FASOLO (le P. Jean Baptiste), religieux
de l'ordre de Saint-François, naquit à Asli,
dans la première moitié du dix-septième siècle,
FASOLO - FAUBEL
191
et prononça ses vœux au couvent de Palerme.
Je ne connais de sa composition que les ou-
vrages dont voici les titres : 1° Animale orga-
nistico che conliene tutlo quel che deve far
un organista per rispondere al coro tutto
l'anno, op. 8; in Venezia, app. Giac. Vincenti,
1645, in-fol.; 2° Aria spirituali a voce sola
co'l basso continua } Palermo, app. Bisagni,
1659.
FASSMAÏVN ( François ) , constructeur
d'orgues à Elnbogen, en Bohême, s'est fait
avantageusement connaître par le bel instru-
ment de cette espèce qu'il a établi dans le mo-
nastère de StrahowàPrague,en 1746. Cet orgue
est composé de trente-trois jeux, trois claviers,
pédale et six soufflets.
FA3TOLFIIE (Richard), Anglais, né à
York dans le douzième siècle, fut moine de
Citeaux dans l'abbaye de Clairvaux, au temps
de saint Bernard, dont il fut l'ami. Après avoir
exercé pendant quelques années, dans cette ab-
baye, les fonctions de précenteur et de chantre,
il fut envoyé dans le monastère de Fontaine,
nouvellement érigé en Angleterre, dont il de-
vint abbé, lorsque Henri Mordach fut élevé à
l'archevêché d'York. Leland et Pitsaeus lui at-
tribuent un traité De Musica vel Harmonia.
Voyez. Car. de Fisch. Biblioth. ord. cisterc,
p. 287.
FATTG!1I(Massiminiano), compositeur sur
qui l'en ne sait rien, si ce n'est qu'il était né à
Urbino, et qu'il vécut dans la seconde moitié
du dix-septième siècle, a fait imprimer de sa
composition un recueil intitulé : Motteti a due
c Ire voci, Bologna, app. Giov. Monli, 1074,
in-4°.
FATTORITNI (Gabriel), compositeur, né
à Faenza dans l'État romain, vivait au com-
mencement du dix-septième siècle. On connaît
de lui : Sacri Concerli a 2 voci cornmodi da
cantare col' organo, Venise, Ricc. Amadino,
1000, in-4°. C'est vraisemblablement la même
édition qui a reparu en 1602 avec un nouveau
frontispice portant le même titre. Enfin, on
trouve aussi, dans la bibliothèque du Lycée
communal de musique à Bologne, un ouvrage
de Gabriel Fattorini, intitulé: I Sacri Concerli
a ^voti, co'lbasso générale , ibid., 1608, in-4°,
qui parait être encore la même édition avec un
titre nouveau. L'ouvrage de fattorini est un des
premiers de ce genre qui aient été produits; il
a, sous ce rapport, un intérêt historique,
parce qu'il marque l'origine des nouvelles
formes delà musique d'église. On trouve aussi,
dans le catalogue de la bibliothèque du roi de
Portugal l'indication de messes à quatre et cinq
voix, livre I er , de psaumes des vêpres 5 (maire
voix et de complies à huit, dont Fattorini est
l'auteur. Enfin, il a écrit d'excellents Ricer-
cari, et l'on connaît de lui un canon très-ingé-
nieux, à cinq voix, sur les paroles : Ed ella
cangia piedi e muta voglia.
FATTSCIIECK. (Bernard), virtuose sur
la harpe et artiste de la chapelle du roi de
Suède, est né en Allemagne vers 1801. On
ignore où il a fait ses études musicales, mais il
y a lieu de croire qu'il ne doit qu'à ses propres
efforts son talent remarquable d'exécution.
Dans les années 1833 et 1834, cet artiste a fait
un voyage en Allemagne et en Hollande, et y a
obtenu des succès. On croit qu'il est retourné à
Stockholm au commencement de 1835. Il ne
parait pas qu'il ait publié jusqu'à ce jour au-
cune composition pour la harpe; mais il a fait
entendre en plusieurs lieux, notamment à
Hambourg, des morceaux écrits par lui, où l'on
a remarqué autant d'imagination que d'habi-
leté dans l'art d'écrire.
FAÏUSI (le P. Michel), né à Rome, vers le
milieu du dix-septième siècle, fut cordelier au
couvent de celte ville, docteur en théologie et
maître de chapelle de la basilique des Douze
apôtres. On a imprimé de sa composition :
Responsoria Ilebdomadœ sanclœ una cum
Benediclus, Miserere ac Antiphonum 4 roc,
opus I, Roma, Mascardi, 1684.
FAUÏ.EL (Joseph), clarinettiste du théâtre
de la cour à Munich, est né le 12 juin 1801 à '
Aschaffcnbourg, où son père était directeur de
musique militaire. Celui-ci instruisit lui-même
son fils, et lui fit faire de si rapides progrès,
qu'il put jouer, à l'âge de dix ans, un solo dans
un concert auquel assistait le grand duc, et
qu'il fut admis dans la chapelle de la cour.
Malheureusement il ne conserva pas longtemps
les avantages attachés à cette position, car le
grand-duché de Francfort ayant cessé d'exister
en 1815, la musique de la cour fut supprimée,
et tous les artistes qui la composaient furent
incorporés dans les corps de musique militaire
de plusieurs régiments. Tel fut aussi le sort de
Faubel ; il fit, comme clarinettiste, la campagne
de France en 1814. De retour dans sa patrie, il
y obtint son congé, et se livra à des éludes
sérieuses pour perfectionner son talent. En
1816 il donna un premier concert à Francfort
et y obtint de brillants succès. Peu de temps
après, il se rendit à Munich, s'y fit entendre
dans des concerts, et fut admis dans la musique
du roi en 1818. C'est de cette époque que date
la véritable éducation artistique de Faubel, car
le beau modèle qu'il trouvait dans le talent de
192
FAUBEL - FAUGUES
Baermann lui fit comprendre tout ce qui lui
restait à faire pour acquérir les qualités de ce
célèbre artiste. Ses études furent suivies avec
persévérance jusqu'en 1825, où il crut qu'il
pouvait voyager pour se faire entendre. Après
avoir parcouru le nord de l'Allemagne, il se
rendit à Vienne en 1831, et s'y fit applaudir
par la belle qualité du son qu'il tirait de son
instrument, et par l'expression de son jeu. En
1835, il était en Suisse; depuis lors il est re-
tourné à Munich, considéré comme un des
virtuoses les plus remarquables de l'époque
actuelle, sur la clarinette. Il a fait un voyage à
Paris, en 1837, et un autre en Hollande, en
1841. On a publié de cet artiste : 1° Air varié
]>our clarinette et orchestre (en mi bémol),
op. 1. Munich, Falter; 2° Six variations pour
la clarinette sur un thème en ut, Offenbach,
André; 3° Douze valses pour clarinette seule,
ibid; 4" Six duos pour deux clarinettes, Leip-
sick, Breilkopf.
FAUCOHMER (Benoît-Constant), pia-
niste et compositeur, né à Fontaine l'Évêque
{llainaul), le 28 avril 1816, reçut dès ses pre-
mières années des leçons de musique de son
père, professeur estimé. Plus tard, sa famille
se fixa à Thuin (dans la même province), et ce
fut là (pie le jeune Fauconnier continua ses
études. A l'âge de six ans et demi, il jouait déjà
des duos de piano et violon avec son père.
A huit ans, il possédait assez de connaissance
de l'orgue pour faire le service d'organiste de
Péglise paroissiale. En 1835, il entra comme
élève au Conservatoire de Bruxelles ; il était
alors âgé de dix-sept ans. Il reçut dans celte-
institution des leçons de piano de Michelol, et
l'auteur de celte notice lui enseigna l'harmonie
et le contrepoint. Devenu très-bon musicien
et habile dans l'accompagnement du chant, il
fut employé comme accompagnateur des classes
du Conservatoire et des concerts de la cour,
jusqu'en 1839. Ayant épousé alors M 1,e Sophie
Guelton, cantatrice d'un talent agréable, il
s'éloigna avec elle de Bruxelles, 'pour donner
des concerts. En compagnie du célèbre harpiste
Félix Godefroid (voyez ce nom), ils visitèrent
Liège, Spa, Francfort, Mannheim, Darmsladt,
Carlsruhe, et partout obtinrent de brillants
succès. Fixé à Paris en 1840, M. Fauconnier
s'y livra à l'enseignement, s'y fit connaître par
son talent distingué d'accompagnateur, et y
publia ses premières compositions. En 1843,
il fut attaché à la maison du prince de Cliimay
en qualité de maître de chapelle et de professeur
demusiquedesenl'anls de ce seigneur. En 184G,
Je prince ayant été nommé ambassadeur à
Borne, M. Fauconnier le suivit dans cette ville,
visita les villes principales de l'Italie et s'y
livra à l'étude des œuvres des anciens maîtres
italiens. M mc Fauconnieravaitsuecombédepuis
plusieurs années aux atteintes d'une maladie
de poitrine; devenu veuf, M. Fauconnier se
remaria en 1848 et s'établit définitivement à
Paris. Au nombre de ses ouvrages on remarque
une grande quantité de romances et de mélo-
dies, publiées à Bruxelles, chez Schott, Meynne,
KaUo; à Paris, chez Troupenas, M me Lemoine,
etc. On a de lui aussi beaucoup de morceaux
pour le piano dont les principaux sont : 1° Sou-
venirs de Schubert, fantaisie de bravoure,
Paris, Troupenas; 2° Trois Méditations, etc.,
Meissonnier; 3° Vingt-quatre Heures, recueil
de quatre mélodies, Bruxelles, Schott; 4° Pail-
lettes d'or, n os 1 et 2, et beaucoup de mor-
ceaux détachés; Bruxelles, Meynne; 5° Neuf
duos pour piano et violon avec M. De Beriot, sui-
des thèmes d'opéras italiens et allemands, etc.
Quelques ouvrages plus importants ont été
publiés par M. Fauconnier, à savoir : 6° Qua-
tuor pour piano, violon, clarinette et violon-
celle; Paris, chez l'auteur; 7° Sextuor pour
piano, deux violons, violoncelle, clarinette et
contrebasse, ibid.; 8° Le Guide de V Organiste
des petites villes et de la campagne; ibid.
Le 26 septembre 1859, M. Fauconnier a donné,
au théâtre de l'Opéra-Comique, la Pagode,
en deux actes, dont la musique a été remarquée,
mais qui n'a pu se soutenir à la scène, à cause
de la faiblesse du livret. Cet artiste a en ma-
nuscrit des messes à grand orchestre, des
chants religieux, beaucoup de morceaux de
piano et d'autres compositions de différents
genres.
FAUGUES, FAUQUES, ou FAGUS, ou
LAFAGE (Vincent), contrepointisle cité sous
le premier de ces noms par Tinctoris, en deux
endroits de son Proportionalc, comme un des
successeurs immédiats de Dufay, de Binchois et
de Dunstaple, et comme un contemporain de
Begis , de Caron , de Domart, de Obrecht, de
Courbet, de Le Bouge et de Puylois. L'abbé
Baini croit que les trois noms indiqués au com-
mencement de cet article appartiennent au
même personnage, et dit que des compositions
de la même époque existent sous ces noms dans
les archives de <Ja chapelle pontificale. Quoi
qu'il en soit, il parait certain que Faugues écri-
vait un peu avant Ockeghem. Les manuscrits
de la chapelle du Pape ont fait voir à l'abbé
Baini que ses messes et ses motets étaient
chantés dans celte chapelle au temps de Ni-
colas V, qui gouverna l'Église depuis 1 447
FAUGUES - FAVALLI
ii)3
jusqu'en 1451». Parmi ses compositions manu-
scrites qui sont dans les archives de la chapelle
Sixtine, on trouve une messe de l'homme armé,
à trois voix, dont kiesevvetter a publié le Kyrie
dans son ouvrage intitulé : Geschichte der eu-
ropxisch-abendlxndischen oder unsrerheu-
tigen Musik. Tinctoris cite aussi, dans son
Proportionale, la messe Unius de Faugues, et
en rapporte un passage à deux voix. Faugues
est appelé Guillaume, et non Vincent, par
Tinctoris, ce qui pourrait faire croire qu'il y a
eu deux musiciens de ce nom à la même
époque, ou peut-être que le nom de Vincent
était Faugues, et celui de Guillaume, Fauques.
FAULKNER (T.), architecte anglais, a
publié un ouvrage qui a pour litre : Organ
builder's assistant, London, 1826, in-4°. Ce
titre semble annoncer un traité de la construc-
tion de l'orgue ; cependant l'ouvrage ne ren-
ferme qu'une suite de planches gravées qui
représentent des projets de buffets pour cet
instrument.
FAURE (l'abbé David), professeur de chant
au séminaire de Limoges, est auteur d'un livre
qui a pour titre : Nouvelle méthode de plain-
chantet de musique, àVusage des séminaires,
collèges, écoles normales et primaires de
France. Limoges, Barbou frères, 1844, 1 vol.
in-12 de 407 pages. Grand amateur de la mon-
struosité qu'on désigne, dans certaines églises
de France, par le nom deplain-chant musical,
M. l'abbé Faure en a rempli son livre. Il est
difficile d'imaginer quelque chose de plus ridi-
cule que ce mélange de prétendu plain-chant
et de détestable musique.
FAURIEL (Claude-Charles), philologue,
historien et critique, né à Sainl-Étienne (Loire),
le 21 octobre 1772, servit d'abord dans les ar-
mées françaises, en 1793, et fut secrétaire du
général Dugommier, puis fut attaché à Fouché,
ministre de la police, également comme secré-
taire ; mais son penchant pour les lettres et les
études historiques le décida à donner sa démis-
sion. Ses liaisons avec les membres de la
société d'Auteuil, Cabanis, M mc de Staël, de
Tracy, Manzoni, M. Guizot, contribuèrent à
développer son goût pour la culture de l'intel-
ligence. Il étudia l'antiquité, apprit le grec,
l'arabe et le sanscrit, et amassa d'immenses
matériaux sur l'histoire du moyen âge. Il fut
membre de l'Académie des inscriptions et
belles-lettres de l'Insl.ilutde France, professeur
de la Faculté des lettres de Paris, et l'un des
conservateurs/les manuscrits delà Bibliothèque
nationale. Fauriel est mort à Paris, le 15 juil-
let 1844. Au nombre des ouvrages de ce savant,
BIOCK. UNIV. DES MUSICIENS. — T. III.
on remarque : Chants populaires de la Grèce
moderne, recueillis et publiés avec une Ira-
duction française, des éclaircissements et des
noies. Paris, Firmin Didot, 1824, 2 vol. in-8 n .
Le premier volume contient les chants histo-
riques ; l'autre, les chants romanesques et do-
mestiques. L'introduction de cette collection,
en CXXXIV pages, est un morceau du plus
grand intérêt, au point de vue de l'histoire de
la poésie et de la musique, aussi bien que des
mœurs.
FAUVEL ( André- Joseph ) , surnommé
L'AINE, parce qu'il y eut deux musiciens de
ce nom, lesquels étaient frères, naquit, non à
' Paris, comme il a été dit dans la première
édition de ce livre, mais à Bordeaux, en 1756,
suivant une note manuscrite de Roquefort sur
Fauvel , qui était son ami. Il reçut des leçons
de musique et de violon de plusieurs maîtres,
particulièrement de Gervais, dans un voyage
que celui-ci fit à Bordeaux, avant de se rendre
à Paris. En 1782, Fauvel eut pour élève un
jeune garçon de huit ans, qui plus tard a illus-
tré le nom de Rode. Les progrès de cet enfant
furent si rapides, qu'à peine âgé de douze ans,
il fut en état de jouer des concertos en public
et qu'il étonna tous les artistes et amateurs de
Bordeaux. Le talent, déjà remarquable, de son
élève décida Fauvel à se rendre avec lui à Paris,
en 1787, pour le faire entendre au Concert spi-
rituel. Bientôt après, Bode devint l'élève de
Violli; mais nonobstant le chagrin qu'il en
eut, Fauvel se décida à se fixer à Paris. En
1794, il entra à l'orchestre de l'Opéra comme
alto, et y resta jusqu'à la fin de 1814. Il prit
alors sa retraite après vingt ans de service, et
obtint la pension. Il avait épousé M" e Frey,
pianiste et compositeur, qui eut quelque répu-
tation et qui était sœur du violoniste et éditeur
de musique de ce nom. Fauvel a publié de sa
composition : 1° Trois quatuors pour deux vio-
lons, alto et basse, Paris, 1798; 2° Douze
exercices de violon suivis de six leçons en duos,
op. 5, ibid. 1801 ; 5" Six trios élémentaires de
la plus grande facilité pour deux violons et
basse, op. 4, ibid. 1802. En 1800 il fitentendre,
aux concerts du Lycée des arts, une symphonie
concertante pour huit instruments. Il a écrit
aussi une grande quantité de quatuors et quel-
ques symphonies, qui sont inédits.
FAVALLI (...), sopranisle, né en Italie,
vint en France en 1674, et fut attaché à la cha-
pelle du roi. La beauté de sa voix charma si
bien Louis XIV, que ce prince lui accorda la
permission de chasser dans toutes ses capitai-
neries, et même dans le parc de Versailles.
13
194
FAVART - FAY
FA VAUT (Marie -Justine -Benoîte DU
ROiMCEUAY), femme de Favart, auteur de
beaucoup d'opéras-comiques, naquit à Avignon,
le 15 juin 1727, et lut élevée à Luneville, où
ses parents étaient attachés à la musique du roi
de Pologne, Stanislas. Son père, André René
Du Ronceray, avait été musicien de la chapelle
du roi, et sa mère, Perrette-ClaudineBied, était
cantatrice de la chapelle du roi Stanislas. Douée
d'une figure charmante, de beaucoup de talent
et de grâces, elle obtint les plus grands succès
lorsqu'elle débuta à Paris, en 1744, sur le
théâtre de l'Opéra-Comique, sous le nom de
jf/ne Chantilly. La naïveté de son jeu, ce qu'on
appeïait alors la beauté de son chant, et les
grâces piquantes de sa danse, procurèrent une
telle vogue à l'Opéra-Comique, que les grands
théâtres, jaloux de celte prospérité, demandè-
rent et obtinrent la suppression de ce genre de
spectacle. Ce fut en 1745 que M lle Chantilly
devint l'épouse de Favart. Elle débuta aux
Italiens le 5 août 1749, et fut reçue sociétaire
en 1752. Les rôles de paysannes dans Bastien
etBastienne, dans dunette et Lubin, et dans
quelques autres opéras-comiques de son mari,
assurèrent sa réputation. Elle est morte le
20 avril 1772, âgée de quarante-cinq ans. Ma-
dame Favart a passé pour avoir travaillé à
plusieurs opéras-comiques de son mari, avec
l'abbé de Voisenon.
FAVERIUS ou FAVOR.EUS (Jean).
Draudius cite sous ce nom, dans sa Biblio-
thèque classique, quelques ouvrages d'un com-
positeur qui vivait à la fin du seizième siècle.
Il est vraisemblable que le véritable nom de ce
musicien était Favier, et qu'il était Français
de naissance. Quoi qu'il en soit, voici les litres
de ses compositions : Canzonelte napoletane
a tre voci, Ubro 1, 1595; 2° Teutsche Licder
mit 4 Stimmen, auff JVeapolitanische Art
componirt, Cologne, in-4°; Opus cantionum
seu mutetarum 4 et 5 vocibus, Cologne, 1600,
in -4°.
F AVI (André), compositeur italien, né à
Forli, s'est fait connaître par la musique qu'il
a composée pour un opéra bouffe intitulé : Il
credulo Pazzo, représenté à Florence en 1790.
Un autre compositeur, François Favi, vrai-
semblablement de la même famille, a fait, jouer
à Forli, en 1832, l'opéra sérieux Jlurg'ierila
d'Anjou.
FAVILLA (D. Saverio), chanteur célèbre
au service du roi de Naples, mourut subite-
ment, au milieu d'un morceau qu'il chantait
en présence de la famille royale, le 8 février
178«.
FAVRE (....), violoniste de l'Opéra en
1705, quitta sa place vers 1730, et se retira à
Lyon, où il est mort en 1747. Il a composé la
musique de quelques divertissements pour des
comédies, ainsi qu'un œuvre de sonates poul-
ie violon, qui a été gravé à Paris, sans date,
mais antérieurement à 1729, car on le trouve
indiqué dans le catalogue de Boivin de celte
année. On a aussi de lui un livre de menuets
pour deux violons et basse, gravé à Paris, sans
dale.
FAWCETT (JonN), organiste à Londres,
ne m'est connu que par un recueil de chants
à plusieurs voix pour les psaumes et hymnes,
' avec accompagnement d'orgue ou de piano, et
avec des versets (interludes) pour la plupart de
ces chants. Ce recueil a pour titre : Miriam
Timbrel (le Tambour de basque de Miriam),
a new set of Psalm and Hymn tunes (most
of which hâve interludes) , composed and
arrangea for one , two, threc, or four voices,
with an accompaniment for the organ or
pianoforte. Londres, J. Alfred Novello (sans
date), in8°oblong. On voit au frontispice de
cet ouvrage que M. Fawcett est aussi auteur
de deux autres recueils, intitulés : The f'oice
of harmony , et The Harp of Zion.
FAY (Etienne), né à Tours en 1770, fut
admis, à l'âge de huit ans, comme enfant de
chœur à l'église métropolitaine. Après y avoir
fait d'assez bonnes études de musique, il sortit
de la maîtrise à dix-huit ans. Plein d'espoir
d'obtenir une place de maître de musique d'une
cathédrale, il visita pendant quelque temps
les villes de province, puis vint à Paris et prit
la résolution de se faire comédien, la révolu-
tion l'ayant fait renoncer à ses premiers des-
seins. Le théâtre de la rue de Louvois, où l'on
jouait l'opéra-comique, ayant été ouvert en
1790, Fay y débuta comme ténor. L'année
suivante il se fit connaître comme compositeur
par un opéra en trois actes, intitulé Flora; cet
ouvrage obtint du succès. En 1792, il entra au
théâtre Favart et y prit en double l'emploi des
premiers ténors ; dans la même année il donna,
au théâtre Louvois, le Projet extravagant ,
opéra-comique en un acte qui ne réussit point,
et le Bon Père, autre ouvrage du même genre,
qui ne fut pas plus heureux. Quoique bon mu-
sicien et chanteur assez agréable, Fay produi-
sait peu d'effet au théâtre Favart, où Michu et
quelques autres acteurs jouissaient delà faveur
publique. Sa voix était sourde et son jeu man-
quait de chaleur et de légèreté;. mais il avait
de la noblesse dans certains rôles, et rachetait
ses défauts par i!e l'intelligence. Les Rendez-
FA Y - FAYOLLIi
tor.
vous espagnols, opéra en trois actes, qu'il fil
représenter au même théâtre en 1793, furent
bien accueillis ; dans la même année, il donna,
au théâtre Feydeau, Emma ou le Soupçon, en
trois actes. Clémentine ou la Belle-mère,
qu'on peut considérer comme le meilleur ou-
vrage de cet artiste, obtint un succès de vogue
en 1795. Ce fut vers cette époque que Fay entra
au théâtre Feydeau, où il partagea avec Ga-
veaux l'emploi de premier ténor. Il y resta
jusqu'en 1801. Ce temps est le plus brillant de
la carrière de Fay comme chanteur et comme
acteur. A l'époque de la réunion de - , deux en-
treprises des théâtres Favart et Feydeau, il ne
fut point admis dans la nouvelle société de
l'Opéra-Comique, et il quitta Paris pour se
rendre à Bruxelles. Quelques années aupara-
vant, il avait épousé M" e Rousselois, qui avait
débuté au théâtre Feydeau comme première
chanteuse, sous le nom de M me Bachelier, et
qui doubla ensuite M llc Maillard à l'Opéra.
En 1804, il revint à Paris et y fit représenter
Julie, en un acte, qui fut ensuite refait avec
Spontini, et .joué en 1805 sous le titre du Pot
de fleurs, En 1800, il avait donné, au théâtre
Feydeau, la Famille savoyarde, en un acte,
qui ne réussit pas. Après avoir longtemps
voyagé et joué dans les provinces, Fay revint à
Paris en 1819, et rentra à l'Opéra-Comique,
où il se fit entendre dans Montano et Stépha-
nie, dans Hèléna , et d'autres ouvrages de
l'ancien répertoire. Sa voix avait changé de
caractère et était devenue plus grave que dans
sa jeunesse. Sans être un chanteur de bonne
école, il ne manquait ni de goût, ni d'expres-
sion, et il était bon musicien : cependant il eut
peu de succès , ne fut pas engagé , et partit
pour la Hollande en 1820. De retour à Paris
l'année suivante, il entra au théâtre du Gym-
nase, mais y resta peu de temps, et retourna
en Belgique, où il demeura jusqu'en 1826. C'est
alors qu'il s'est définitivement fixé à Paris;
depuis lors il n'a plus été attaché à aucun
théâtre et a vécu dans la retraite. Il est 'mort
à Versailles, le décembre 1845, à l'âge de
soixante-quinze ans. On a peine à comprendre
qu'après avoir obtenu des succès comme com-
positeur, Fay ait renoncé jeune encore à une
carrière qui n'avait eu rien de pénible pour
lui. Il manquait de savoir, mais non de mé-
lodie, ni d'un certain sentiment dramatique.
FAYA (Aurelio peli.a) , maître de cha-
pelle de la petite, ville de Lanciano, dans le
seizième siècle, a publié un ouvrage ayant
pour titre : // primo libro de madrigali a
ci tique vaei, Venise, 1501, in-4" oblong.
FAYDIT ( Gai-cel* ) , troubadour, né à
Uzerche, dans le Limousin, vers 1150, n'eut
d'abord que la vie agitée et peu honorable de^
jongleurs : il se compromit en épousant en
province une fille de mauvaise vie qui était
belle, et qui chantait agréablement ses chan-
sons. Cependant quelques-unes de ces chan-
sons étant parvenues jusqu'à Richard, sur-
nommé Cœur-de-Lion, qui monta sur le trône
d'Angleterre en 1189, ce prince l'attira à sa
cour et lui accorda sa protection. Dès lors Fay-
dit fut tiré de la classe des jongleurs et passa au
rang des troubadours. Devenu l'un des poeies-
musiciens les plus renommés de ce temps, il
obtint les bonnes grâces de quelques dames de
haut parage, qui, pour voir leurs noms figurer
dans ses poésies, se montrèrent faibles ou co-
quettes avec lui. Lorsque Richard se croisa,
Fayditfutdu nombre de ceux qui le suivirent
à la terre sainte , et, après la mort de ce mo-
marque, en 1 199, il composa des stances lou-
chantes sur la fin prématurée de son bienfai-
teur. Ce troubadour vécut ensuite à la cour du
marquis de Montferrat et à celle de Raymond
d'Agoult, l'un des plus riches seigneurs de la
Provence, et zélé protecteur des poètes et des
musiciens. On croit qu'il mourut en 1220, près
de ce dernier. Faydit a laissé en manuscrit
environ cinquante chansons qui se trouvent
dans quelques grandes bibliothèques, et parmi
lesquelles il y en a onze qui sont notées avec la
mélodie. Une de ces chansons notées est dans
un manuscrit du treizième siècle, conservé à la
Bibliothèque ambroisienne de Milan avec d'au-
tres des troubadours Éméric de Pegulhan (Pé-
guilain), Pierre Vidal , Richard de Berbezil,
Folches de Marseille (Folquet), Peirol, Bernard
de Ventadour et Raimond de Toulouse.
FAYOLLE (François-Joseph-Marie), né
à Paris, le 15 août 1774, fit ses humanités au
collège de Juilly, et étudia les mathématiques
à l'École polytechnique, sous la direction de
Prony, Lagrange et Monge. Il publia d'abord
quelques éditions assez correctes de poètes
français du second ordre, ainsi qu'un recueil
intitulé Les quatre Saisons du Parnasse, dont
il a paru seize volumes, depuis 1805 jusqu'en
1809; il y a inséré plusieurs articles relatifs à
la musique, et des notices sur plusieurs musi-
ciens. En 1809, il entreprit de traduire ou de
faire traduire l'ancien Dictionnaire des Musi-
ciens d'Ernest-Louis Gerbcr ; malheureuse-
ment, celui qui fut chargé de ce travail con-
naissait peu la musique, en sorte qu'il fil une
foule de contre-yens que Fayollc n'a pas cor-
rigés. Pouiles musiciens français, il copia av,i c
U.
196
FAYOLLE — FEBVRE
trop de confiance les articles de La Borde.
Fayolle s'est moqué des fautes de Gerber en
plusieurs endroits de son ouvrage ; cependant
le modeste musicien allemand employait vingt-
deux ans à corriger ses inexactitudes et à pré-
parer le supplément qu'il a donné de son livre,
tandis que son critique faisait le sien à la hâte.
Il avait proposé à Choron une association pour
la confection de cet ouvrage ; mais quoique le
no«i de celui-ci figure au frontispice, il n'y a
mis que peu d'articles, et s'est contenté de
fournir l'introduction , extrait bien fait des
histoires de Forkel et de Burney, qu'il avait
mis précédemment dans ses Principes de
composition des écoles d'Italie. Le premier
volume de la compilation de Fayolle parut,
en 1810, sous le titre de Dictionnaire histo-
rique des musiciens, artistes et amateurs,
morts ou vivants, etc., Paris, in-8°. Le se-
cond volume fut publié en 1811. Il y a des
exemplaires qui portent la date de 1817 ; mais
c'est la même édition dont on a changé le
frontispice. Fayolle avait eu pour maître de
violoncelle Barny, et Perne lui avait enseigné
l'harmonie. Il avait annoncé une Histoire du
violon; mais il n'en a publié que quelques
morceaux, sous le litre de Notices sur Corelli,
Tartini, Gaviniés, Pugnani et f iotli, ex-
traites d'une histoire du violon. Paris, Dentu,
1810, in-8». Vers 1815, Fayolle s'est rendu
à Londres, où il est resté jusqu'en 1829, don-
nant des leçons de littérature française, et
fournissant des articles à quelques journaux,
entre autres au journal de musique intitulé The
Harmonicon. De retour à Paris, il y a publié
une brochure sous le litre de Paganini et Bé-
riot (1850, in-8°), dans laquelle il compare le
jeu de ces deux violonistes célèbres. Depuis lors
il a fourni quelques notices de musiciens au
supplément de la Biographie universelle de
Michaud. Retiré pendant les dernières années
de sa vie à la maison de §ainte-Périne, à Chail-
lot, sorte d'hospice où l'on ne paye qu'une
pension modique, il y vécut philosophique-
ment, se consolant de la perte d'une brillante
fortune, qu'il avait dissipée dans sa jeunesse.
Il y est mort le 2 décembre 1852. On a de
Fayolle plusieurs ouvrages de littérature, et il
a été éditeur de plusieurs écrivains classiques
de la France,
FAZZFNI (Jean -Baptiste), chapelain
chantre de la chapelle pontificale, né à Rome,
fut agrégé à celte chapelle en 1760. Il fut un
compositeur distingué tant dans le style ancien
que; dans le moderne, cl remplit successivement
les fonctions de mailrc de chapelle à Sainte-Cé-
cile, à Sainte-Marguerite et à Sainte-Apolline in
Transtevere. M. l'abbé Santini, de Rome, pos-
sède en manuscrit des messes à quatre et à
cinq, une messe de Requiem à huit, Christus
factus est à trois, Victimx Paschali à huit,
Veni Sancte Spiritus à huit, Dixit Dominus
à seize, avec instruments, de la composition
de ce maître.
FEBURE (Jean LE), maître de chapelle à
Mayence, vers la fin du seizième siècle, a fait
imprimer les ouvrages suivants de sa compo-
sition : 1° /ft/mm'4uoc.,Costnilz(l),1596, op.
1, gr. in-fol. ; 2° Madrigali e motetti a 4, 5 e
voci, Anvers, 1595; 3° Madrigali et mo-
tetti a 4, 5e6 voci, ibid., 1596; 4° Jl primo
libro de madrigali a 5 voci, Costnilz, 1600,
in-8°; 5° Fasciculus sacrarum cantionum
6-12 voc., Mayence et Francfort, 1607. Cette
collection contient 40 motets. 6° Canliones
sacras, 4, 5, 6, 8 voc:, Francfort, 1607, in-4° ;
7° Rosetum Marianum, oder miser lieben
Frauen Rosengxrtlein, von 35 Lobgesxngen
mit 3 Stimmen, Mayence, 1609, in-4°.
FEBURE (LE), l'oyez Lefebuke.
FEBVRE (Jacques FABER ou LE), sur-
nommé STAPULEftSIS, parce qu'il était
d'Etaples, au diocèse d'Amiens, naquit en 1455,
selon quelques biographes, ou, ce qui est plus
vraisemblable, en 1455. Après avoir fait ses
éludes à Paris, il parcourut une partie de l'Eu-
rope pour augmenter ses connaissances. De
retour à Paris, il enseigna la philosophie au
collège du cardinal Lemoine jusqu'en 1507.
Briçonnet, alors évêque de Lodève, se l'atta-
cha, et l'emmena avec lui lorsqu'il fut trans-
féré au siège de Meaux, en 1518. François I er
le nomma précepteur du prince Charles, son
troisième fils. En 1551, la reine de Navarre
l'emmena à Nérac, où il jwissa les dernières
années de sa vie. Fabricius place l'époque de
sa mort en 1557, et Freher en 1547; mais
celte dernière opinion est peu vraisemblable.
Au nombre des ouvrages de Le Febvre, on
trouve un traité intitulé : Flementa musicalia
ad clarissimum virum Nicholaum de Haque-
ville presidenlem Parisiensem, Parisiis, 1496,
in-fol. Celte édition est rare; un exemplaire est
à la bibliothèque Mazarine, à Paris ; le P. Mar-
tini en possédait un autre, et j'en ai acheté
un troisième à Londres. Une deuxième édition
du même ouvrage a paru sous ce titre : Musica
libris IV demonstrata; sur un second feuillet
on lil le litre de la première édition : Jacobi
Fabri Elementa musicalia, etc., Parisiis ex
(I) Petite ville du grand duché de Bade.
FEBVRE — FEDERICI
197
oflkina Ilenr. Stephani, 1510, in-folio. Le
livre de Le Febvre fut ensuite réimprimé dans
un volume composé de plusieurs ouvrages, et
au frontispice duquel on lit ces mots : In hoc
opéra contenta Arithmetica decem libris de-
monstrata; Musica libris demonstrata qua-
tuor,- Epitome in libros Arithmeticos divi
Severini Boetii; Rithmimachia ludus qui et
pugna numerorum appellatur. Au dernier
feuillet on lit : Ad studiorum utililatem Hen-
rici Stephani labore et sumptu Parhysiis
Anno salutis Domini, 1514, in-folio. Une
quatrième édition fut donnée du même traité
de musique, avec le Cursus quatuor mathema-
ticarum artium liber alium de Pierre Ciruelo,
et des Quxsiiunculaprxvia inMusicam spe-
eulativam divi S. Boetii; à Paris, chez Simon
de Colines, en 1528, in-folio. Enfin, on con-
naît une cinquième et dernière édition du
traité de Le Febvre seul, sous le titre de : De
Musica quatuor libris demonstrata, Parisits,
Cavellat, 1552, in-4°. Quoique souvent cité par
les écrivains du seizième siècle, ce livre est de
peu d'utilité, la matière y étant traitée d'une
manière spéculative, et non dans ses rapports
avec la pratique.
FEBVRE (Jacques LE), musicien fiançais
du dix-septième siècle, fut attaché à la mu-
sique de Louis XIII, et même, à ce que l'on
croit, fit partie de celle de Henri IV. On con-
naît de sa composition : Meslange de musique
à quatre parties.
FEBVRE (LE). Voyez Lefebvre.
FEDE (D. Joseph), né à Pisloie, fut agrégé
au collège des chapelains chantres de la cha-
pelle pontificale, en 1662. Il possédait une voix
admirable et chantait avec tant d'expression,
que Berardi affirme, dans ses Ragionamenti
musicali , qu'une fois entre autres, Fede
chanta un passage avec tant de douceur et
d'accent, que l'auditoire ne put s'empêcher de
verser des larmes. Après avoir été maître de
chapelle de l'église Saint Marcel, qui était celle
des PP. Servîtes, il fut bénéficier de Sainte-
Marie Majeure. L'abbé Ruggiero Gaetano, dans
ses mémoires de l'année sainte 1675, fait l'é-
loge de la musique de ce compositeur qui fut
exécutée, celte même année, dans l'église de
Saint-Marcel.
FEDE (François-Marie), frère puîné du
précédent, naquit à Pistoie dans la première
moitié du dix-septième siècle. Il fut agrégé
à la chapelle pontificale comme sopraniste, le
6 juillet 1667, ensuite il devint maître de cha-
pelle à Sainte-Marguerite in Transtcvcre.
L'abbé Ruggiero Gaetano dit, dans les mé-
moires cités à l'article précédent, que la mu-
sique de Fede était plus mélodique que cello
de tous ses contemporains.
FEDELE (Daniel -Théophile). Voyez
Tkeu.
FEDELI (Joseph), chanoine du collège de
Sainte-Agathe à Crémone, né dans cette vilje
vers 1720, est auteur d'un traité de plain-chanl
qui a pour titre : Regole di canto ferma, ov-
vero gregoriano, presentate ail' illustrissimo
e reverendissimo monsignore Ignazio Maria
Fraganeschi, vescovo di Cremona, etc. Cré-
mone, 1757, in-fol. avec planches. Cet ou-
vrage est un des meilleurs qu'on possède sur
celle matière.
FEDELI (Roger), compositeur, né en Ita-
lie vers 1670, fut d'abord maître de chapelle
du landgrave de Hesse-Cassel jusqu'en 1700 ; il
pa-isa ensuite au service du roi de Prusse, mais
il retourna à Cassel quelques années après, et
y mourut en 1722. Il a écrit quelques ouvrages
pour le théâtre de cette ville, mais les titres en
sont ignorés. En 1705, il fit exécuter à Berlin,
à l'occasion de la mort de la reine, une grande
musique funèbre de sa composition. On a aussi
de lui le psaume 110, en manuscrit, et un Ma-
gnificat à grand orchestre.
FEDERICI (D. Francesco), prêtre et
compositeur, né à Rome, vivait dans cette
ville vers la seconde moiljé du dix-septième
siècle. On a deux oratorios de sa composition,
qui sont : 1° Santa Christina, oratorio con
stromenti, 1676; 2° Santa Catarina di
Sienna, oratorio a cinque voci con stro-
menti, 1676. Bumey a donné deux airs de
ces oratorios dans son Histoire de la musique,
t. IV, p. 117. On a aussi de Federici vingt-
quatre airs pour voix seule, avec accompagne-
ment de piano. — Il y a eu un autre Federici
(Joseph), contemporain du précédent, et auteur
de six duos pour deux flûtes.
FEDERICI (Vincent), compositeur dra-
matique, et professeur de composition au Con-
servatoire de Milan, lors de l'établissement du
royaume d'Italie, est né à Pesaro, en 1764.
Destiné par sa famille à suivre la carrière d"es
lois, il fit de bonnes études, et soutint publi-
quement des thèses de philosophie à l'âge de
treize ans. Ce fut alors qu'il apprit à jouer du
piano et les règles de l'accompagnement de»
partimenti, sous Angelo Gadani, maître bolo-
nais. La mort de son père le rendit maître de
lui-même à l'âge de seize ans; il voulut alors
parcourir le monde, et, sans réfléchir sur les
suites de sa résolution, il partit pour Livourne ;
de là. passa à Londres, où il fui bientôt forcé de
198
FEDER1CI - l'EUU
donner des leçons de musique pour vivre.
Obligé d'exercer un art qu'il n'avait jusque-là
cultivé que comme amateur, il se livra avec
ardeur à des études théoriques et pratiques, et
chercha dans les compositions de Palestrina, de
Durante, de Jomelli et de Hœndel, le secret des
combinaisons harmoniques. Les symphonies de
Haydn, qu'il entendit alors pour la première
fois, lui donnèrent l'idée des effets que peut
produire un orchestre manié par un homme de
génie. Nommé vers Je même temps pianiste au
théâtre italien, Federici put aussi former son
style sur ceux de Sarti, de Paisiello et de Cima -
rosa, qui étaient alors les compositeurs en vogue.
Il commença sa carrière par l'opéra de l'Olim-
/jmde, qu'ilécrivitenl790.Cetouvragefutsuivi
de Demofoonte, de la Zenobia, de la Nitteti, '
de Didone, et de plusieurs autres, composés
pour le théâtre de Londres. Il écrivit aussi beau-
coup de morceaux détachés qui furent insérés
dans divers ouvrages joués sur le même théâtre.
Rappelé en Italie en 1803, par le vice-président
de la république italienne, il écrivit à Milan
Castore e Polluce, et il Giudizio di Numa.
En 1804, il donna VOreste in Tauride. Ap-
pelé à Turin en 180o, il y composa la Sofo-
nisbe. Il revint à Milan au printemps pour
remettre à la scène Castore e Polluce, à l'occa-
sion du couronnement de Bonaparte. En 1806,
il écrivit Jdomeneq, et Zaira : en 1808, à
Turin, la Conquista délie Jndie, et en 1809,
à Milan, Ifigenia in Aulide. Après le succès de
cet ouvrage, il obtint du prince Eugène Beau-
harnais la place de professeur de contrepoint
au Conservatoire de musique de Milan. Puis, il
alla à Rome écrire Virginia, qui ne réussit
pas. En 1812, Federici fit un voyage à Paris et
y donna la Locandiera scaltra, à laquelle une
exécution parfaite procura un brillant succès.
De retour à Milan, il y reprit ses fonctions de
professeur de contrepoint du Conservatoire, et,
en 1820, il succéda à Ambroise Minoja dans la
place de censeur de cette école ; mais il ne jouit
pas longtemps des avantages de celle position,
car il mourut le 20 septembre de ta même
année, à l'âge de G2 ans. On a aussi une can-
tate de sa composition intitulée Teseo. Federici
n'a point une manière à lui; son style res-
semble à celui de Farinelli et de Fioravanti,
mais à un degré inférieur; il a eu cependant un
moment de vogue en Italie.
FEDI (...), célèbre chanteur, fondateur de
la plus ancienne école «le chant qu'il y ait eu à
Borne, et dont on a conservé le souvenir. Il
vivait vers la fin du dix-septième siècle. Bon-
icmpi en parle avec (loge dans son Histoire de
la musique, qu'il publia en 1095. Cet écrivain
rapporte une singulière preuve de l'attention
que Fedi donnait à l'éducation de ses élèves.
Selon lui, ce professeur avait l'habitude de
les conduire hors des murs de Borne, dans un
lieu où se trouve un rocher fameux par un
écho polyphone; et là, il exerçait ces jeunes
gens en les faisant chanter en face du rocher,
qui répétait exactement leurs traits, et qui,
leur montrant leurs défauts, leur enseignait à
s'en corriger. Il est difficile de croire que cet
exercice en plein air ait été fort avantageux
aux élèves de Fedi. Ce maître fut lié d'une
étroite amitié avec Joseph Amadori, composi-
teur, que les auteurs du Dictionnaire des mu-
siciens (Paris, 1810) ont confondu avec Jean
Tedeschi, surnommé Amadori, en le faisant
élève de Bernacchi, qui n'était pas né.
FEHÎ1 (François-Joseph), organiste de
ville à Bavensbourg, naquit le G mai 1740, à
Lauffenbourg, petite ville du canlond'Argovie,
en Suisse. Son père, qui était meunier, et qv 5
le destinait à l'état ecclésiastique, le fit entrer
au monastère de Maria-Slein, près de Bâle.
Après y avoir fait ses études, tant dans la
musique que dans les autres sciences , sous
la direction d'un bénédictin nommé le
P. Félix Tschupp, et après y avoir achevé
son noviciat, il refusa d'entrer dans l'ordre,
alléguant le mauvais état de sa santé, et re-
tourna dans la maison paternelle. Son heu-
reuse étoile l'ayant conduit à Bavensbourg,
il y obtint la place d'organiste, et, après avoir
achevé l'étude du droit, il y réunit celle de
procureur de la ville. Le revenu de ces deux
places étant insuffisant pour l'entretien de sa
famille, il établit une fabrique d'instruments de
musique qui obtint bientôt de la célébrité, et
qui lui procura d'assez grands bénéfices. Cet
artiste, dont le talent sur l'orgue était distin-
gué, est mort vers 1804. Parmi ses composi-
tions, on cite particulièrement un Te Deum r
des chœurs pour le drame de Lanassa, et
quelques pièces pour le piano.
FEHU (JosEPii-AsToijiE), néàGrœnenbach,
au cercle de Piller, en 17015, commença ses
études littéraires el musicales chez les religieux
de Ste-Croix à Memmingen, et les acheva à
Dillingen. Doué d'une belle voix de basse et
bon musicien, il remplit d'abord avec distinc-
tion l'emploi de vice-mailre de chapelle au
couvent supérieur de Kempten ; puis, en 1800,
il fut nommé pasteur à Durach, près de celte
ville. Le chant de l'église était négligé dans
celle paroisse; Fehr s'allacha à le pei-reclion-
nci' cl ."i le rendre populaire. Il composa beau-
FEIlll - FEILLÉE
199
coup de cantiques, et fit paraître vers le même
temps plusieurs recueils de chants allemands
avec accompagnement de piano. Lorsque Remp-
len fut réuni à la Bavière, Fehr fut nommé
dii'ectcur de musique et inspecteur «les écoles
de ce canton, pour lesquelles il publia quelques
Livres élémentaires. Il mourut à Durach en
1807, au moment où on allait lui confier une
paroisse plus considérable.
FEHUE (J.-A.), fils d'un bon claveciniste
de Millau, naquit dans cette ville vers 17(30, et
reçut de son père son éducation musicale. Sa
brillante exécution le plaça en peu de temps
parmi les pianistes habiles de l'Allemagne.
Après avoir professé la musique pendant quel-
que temps dans sa ville natale, il se rendit à
Riga, pour succéder à JlUlhel, qui venait de
mourir. Quelque temps après il devint secré-
taire du conseiller de Vietinghof ; il occupait
encore cette place en 1797. Cet artiste a publié :
1° Différentes pièces pour le clavecin, Riga,
1792. Artaria en a donné une seconde édition à
Vienne ; 2° XII Chansons avec accompagne-
ment de clavecin, Rémpten , 1796, in-4°;
3 fl Recueil de douze chansons avec accompa-
gnement de clavecin, Bregenz, 1797, in-4".
FE1ISER (Jean-Jacques), directeur de
l'école de chant de l'église de Rovvig, près de
Zerbst, est né le 24 juin 1789 à Rarith, près de
Gommern. Il a publié un livre choral (Choral-
buch), à Fusage du district de Zerbst.
FEIGE (Jean-Théophile) , né à Zeitz en
1748, se livra fortjeune à l'étude de la musique,
et se fit d'abord remarquer par son talent sur
le violon ; mais la beauté de sa voix l'ayant fait
engager comme première basse-taille au théâtre
ducal de Strélilz, il cessa de jouer de cet in-
strument. Ayant été nommé inspecteur, puis
directeur du théâtre de la cour, il remplit ces
emplois pendant plusieurs années. Plus tard,
il renonça à la carrière dramatique, reprit son
instrument, et entra comme violoniste à la
chapelle de Rreslau. Il écrivit alors la musique
de deux opérettes de Rellner qui eurent beau-
coup de succès : ces ouvrages sont : 1° Der
Friihling (le Printemps), et Die Kermess (la
Pète de village). Feige est mort au commence-
ment de ce siècle.
FEIGE (Théophile), frère du précédent,
né à Zeitz en 1751 , reçut de son père des leçons
de violon, et fit de rapides progrès sur cet in-
strument. Son goût pour la carrière militaire
le fitenlrerdansun régiment, en 1771. Quatre
ans après, il se trouvait à Dantzick, comme
sous-officier, et s'y faisait remarquer par son
talent comme violonislc. Avant obtenu son
congé en 1786, il se liv.ra à de nouvelles études
pour perfectionner son talent, et fit un voyage
en Allemagne et en Russie, donnant des con-
certs dans plusieurs grandes villes, et se faisant
applaudir partout. AppeléàRiga,commedirec-
teur de musique, en 1797, il resta en celte ville
pendant trois ans, s'en éloigna en 1800 pour
aller occuper la place de maître des concerts
du duc de Courlande, à Mittau, et enfin alla
s'établir à Breslau. La guerre ayant éclaté de
nouveau en 1806, Feige, entraîné par son goût
pour la carrière des armes, reprit du service,
et entra comme trompette dans le régiment des
cuirassiers de Heising. A la bataille d'Auer-
slsedt, il sauva la vie au général Blllcher, dont
le cheval avait été tué, en lui donnant le sien.
Après la paix de Tilsitt, il rentra dans la vie
d'arliste , et fit un second voyage en Alle-
magne, dans lequel il prouva que son talent
n'avait rien perdu de sa jeunesse ni de son
brillant. Appelé à Rreslau, en 1810, comme
premier violon du théâtre national, il prit pos-
session de cette place; mais, en 1815, Blucher,
qui n'avait point perdu le souvenir de ce qu'il
devait au courage de l'artiste, l'appela près de
lui pour remplir les fonctions de trompette en
chef de l'étal-major. Feige obéit et servit en-
core jusqu'en 1815, où il retourna passer le
reste de ses jours à Breslau. Il mourut en celte
ville, le 24 mai 1822. Cet* artiste était consi-
déré comme un des meilleurs violonistes de
son temps en Prusse et dans, la Silésiej il n'a
publié aucune de ses compositions.
FEILLÉE (François de la), prêtre, était,
suivant les notices manuscrites de Boisgelou,
attaché au chœur de la cathédrale de Chartres,
vers le milieu du dix-huitième siècle. Cet ecclé-
siastique est auteur d'un livre, souvent réim-
primé, qui a pour litre : Méthode pour ap-
prendre les règles du plain-cliant et de la
psalmodie, Paris, 1745, in-12. Le même ou-
vrage, 2 n,e édition, Poitiers, J. Faulcon, 1748,
in-12. Il parait que l'auteur ne reconnaissait
pas celle édition, car il en donna une à Pa-
ris, chez Hérissant, en 1754, comme une se-
conde édition, augmentée, revue et corrigée,
sous ce titre : Méthode nouvelle pour ap-
prendre parfaitement les règles du plain-
chant et la psalmodie. Le même éditeur de
Poitiers a donné une autre édition du même
ouvrage en 1782, in-12. Après le rétablisse-
ment des églises, el lorsque le besoin de former
des chantres se fit sentir en France, on donna
de nouvelles éditions du livre de La Feillée.
Les meilleures sonl celles dont les titres sui-
vent : 1° Méthode pour apprendre parfaite-
200
FEILLEE - FELDMAYR
ment les règles du plain-chant, nouvelle édi-
tion , Avignon, Berenguier , 1810, in-12 ;
2° Méthode pour apprendre, etc., etc., avec
des messes et autres ouvrages en plain-chant
mesuré et musical, à voix seule et en parties,
à l'usage des paroisses, nouvelle édition,
Lyon, Am. Leroy, 1812, in-12; 3° Méthode
pour apprendre parfaitement les règles du
plain-chant et de la psalmodie, nouvelle édi-
tion, Avignon, 1815, in-12; 4" Méthode de
plain-chant disposée à l'usage des princi-
paux diocèses de France, notée, quant aux
chants figurés, d'une manière plus conforme
aux principes de la musique, édition donnée
par F.-D. Aynès, Paris, Rusand, 1820, in-12;
nouvelle édition, augmentée, Lyon et Paris,
Rusand, 1825, in-12; idem., 1825, in-12;
idem., 1827, in-12; 5° Autre édition, aug-
mentée par un ecclésiastique, élève de l'au-
teur, Avignon, Chambeau, 1825, 1827, 1835,
in-12. Nouvelles éditions, publiées à Lyon,
chez Pelagon, Lesné et Crozet, 1836, 1842 et
1846, in-12. Inférieur en mérite à quelques
autres traités de plain-chant publiés en France,
celui de La Feillée n'a dû son succès qu'à la
facile méthode de l'auteur. On a aussi de cet
ecclésiastique un abrégé de l'Antiphonaire
romain, dont la première édition a paru à Pa-
ris, chez Hérissant, en 1751, in-12. Un musi-
cien de la cathédrale de Poitiers, nommé Dollé,
en a donné de nouvelles éditions intitulées :
Epitome Antiphonarii romani, seu vespérale
vro dominicis et festis... Novissima editio,
adaucta, et in parte qux ad musicam spectat
emendata à D. Dollé natu major. Pictavien-
sis, Barbier, 1820, in-12; 1826, in-12; 1834,
in-12. Enfin, le même de La Feillée a donné
un abrégé du Graduel sous ce titre : Epitome
Gradualis romani, seu ca7itus Missarum do-
minicalium et festivarum totius anni. Il y
en a plusieurs éditions. Une des dernières a été
publiée à Sainl-Brieuc , Prudhomme, 1847,
in-12. M. Bourquelot, continuateur de la Litté-
rature française contemporaine de M. Qué-
rard, a pris cet abrégé du chant des messes
pour une édition nouvelle du volume précé-
dent , qui contient le vespéral (tome IV,
p. 529). La méprise est un peu forte, et l'on
peut s'étonner de voir un ancien élève de
l'école des Chartes confondre l'Anliphonaire
avec le Graduel.
FEIGERL (E.-M.), organiste et professeur
de piano, à Vienne, s'est fait connaître par les
productions suivantes : 1° Deux préludes et
fugues pour l'orgue, op. 1, Vienne, Diabclli ;
2" Trois préludes idem, op. 2, ibid. ; 3" Trois
préludes et fugues idem, op. 3, ibid.: 4" Trois
préludes, op. 4, ibid.; 5° Douze études pour le
piano, ibid.
Un violoniste du même nom (Wenzel Fei-
gerl), né à Vienne, a fait ses éludes musicales
au Conservatoire de cette ville. Après avoir
voyagé en Hongrie dans sa jeunesse, il s'est
fixé à Moscou. On a publié de sa composition
vingt-quatre études ou caprices pour le violon,
Vienne, Haslinger.
FEITHIUS (Éverard), philologue du sei-
zième siècle, naquit àElbourg,dans la Gueldre,
et fil ses études dans leBéarnetà la Rochelle. Il
a fait imprimer Antiquitatum homericarum,
libri IV; Leyde, 1677, in-12; Amsterdam,
1725, in-12, et Strasbourg, 1743, in-8°. Gro-
novius a inséré cet ouvrage dans son Thésau-
rus Anliquitatum grsecarum, tome VI. Au
chapitre 4 e du livre IV, Feithius traite de la
musique des anciens, notamment de la lyre,
du pleclre et de l'accompagnement du chant
par la cithare.
FEL (Marie) , fille d'un organiste de Bor-
deaux, naquit dans celte ville en 1716. Elle
n'avait que dix-sept ans lorsqu'elle débuta à
l'Opéra, en 1734, dans le ballet des Eléments.
Sa voix était belle, élendue, également sonore
dans toutes ses cordes, et ses connaissances en
musique étaient plus solides que celles des ac-
teurs de ce temps; tous ces avantages lui pro-
curèrent des succès éclatants, qui se soutinrent
pendant plus de vingt-cinq ans. Mais sa mauvaise
santé et la délicatesse de sa poitrine l'obligè-
rent à quitter le théâtre, en 1759. Cependant
elle chanta au Concert-spirituel jusqu'en 1770 :
elle y avait accompli un service de trente-sept
ans. Elle prononçait également bien le français,
l'italien et le latin.
FEL (....), frère de la précédente, né à
Bordeaux vers 1715, mourut à Bicêtre, atteint
d'aliénation mentale. Il a publié à Paris un
recueil de douze Cantatilles françaises, et deux
suites d'airs et de duos à chanter. Fel était
renommé, de son temps, comme maître de
chant dans le goût français. Il était entré à
l'Opéra comme basse taille des chœurs, en
1757; il se retira en 1753, et obtint une pen-
sion de 300 francs.
FELDMAYR (Jean), né en 1579 à Geisen-
feld, en Bavière, apprit la musique à Berch-
tolsgahlcn, et fut ensuite organiste dans le
même lieu. Il a publié une collection de mo-
tels de sa composition, intitulée : Scinlillœ
animas amantis Beum, Augsbourg, 1611, et
une autre, sous le titre AaJubilumD.Bernar-
di, imprimée à Dillingcn, 1607, in-4°.
FELDMAYR - FELLEK
201
FELDMAYR (Jean-Georges), naquit en
1757. à Pfaflenhoflen , petite ville sur l'Inn,
où son père était sacristain. Dès son enfance,
il apprit les principes du latin et de la musique
au couvent d'Indersdorff ; dans la suite il de-
vint directeur de la musique du prince de Wat-
terstein, et composa pour sa petite cour des
messes, des symphonies, des concertos et de
petits opéras. Il quitta ensuite celte position
pour se rendre à Hambourg, où il se trouvait
encore en 1811. On a gravé à Munich un con-
certo de flûte de sa composition.
FELICE (Augustin be), excellent chan-
teur, né à Piperno, dans l'État de l'Église, vers
1630, était au service de la cour de Bavière en
1662.
FELÏCI (Bartolomeo), compositeur, né à
Florence vers 1730, a donné sur divers théâtres
d'Italie quelques opéras, parmi lesquels on
cite V Amante contrastate , 1768, et Amore
xoldato, 1769. Il a composé aussi plusieurs
morceaux détachés, des quatuors de violon,
restés en manuscrit, et des psaumes à quatre
voix avec accompagnement d'orchestre. Cet
artiste ouvrit à Florence, en 1770, une école
de contrepoint qui a eu quelque célébrité.
FELICIANI (André) , maître de chapelle
de la cathédrale de Sienne, vécut dans la se-
conde moitié du seizième siècle. Il s'est fait
connaître avantageusement par un bon ou-
vrage, intitulé -.Missarum cum 4, 5 et 8 voci-
bus liber primus, Venise, Jacques \incenti et
Richard Amadino, 1584, in-4". On a aussi im-
primé de sa composition : Il primo libro de'
madrigali a 5 voci, Venezia, app. Ang. Gar-
dane, 1579, in-4° obi.
FELIS (Etienne), compositeur, né à Bari,
vers 1550, était, en 1585, chanoine et maître
de chapelle à la cathédrale de cette ville. Il a
publié des motels et cinq livres de madrigaux.
Le premier livre, à six voix, a été imprimé
par Ange Gardane, en 1579, in-4°, oblong.
Le cinquième est daté de Venise, 1583, in-4°.
Ou trouve aussi dans le catalogue de la biblio-
thèque du roi de Portugal l'indication du
sixième livre sous ce titre : flladrigali a cin-
que , con âleuni a sei, e un dialogo a sette.
Lorsque le duc Philippe Dominique de Croy se
rendit à Prague, en qualité d'ambassadeur,
Fclis le suivit en cette ville, et y publia un
recueil de messes sous ce litre : Missœ sex vo-
cum, liber primus, 1588, in-4". Cet ouvrage est
dédié par l'auteur au duc de Croy, son protec-
teur. L'ouvrage renferme deux messes à six
toi*. La première est intitulée: La, sol, fa,
mi} re, ut, cl L'autre : fllissa sancti Nicflolaï.
FELL (Jean), savant ecclésiastique anglais,
né à Suningwell, dans le comté de Berg, en
1625, servit d'abord avec zèle, dans un corps
de milice royale, la cause de Charles I er , entra
ensuite dans les ordres, devint, à la restaura-
tion, chapelain ordinaire du roi, chancelier de
l'église du Christ, vice-chancelier de l'Univer-
sité, puis évêque d'Oxford, où il mourut le
18 juillet 1686. Dans l'édition grecque d'Ara-
tus, qui a été publié à Oxford en 1672, in-8°,
il a ajouté, d'après des manuscrits grecs, des
Hymnes aux muses , à Apollon et à Némésis,
avec l'ancienne notation, et une petite disser-
tation intitulée : Diatribe de musied antique
grœca, avec un fragment de Pindare, égale-
ment noté, que le père Rirchcr, jésuite, avait
découvert en Sicile. Ces divers morceaux ont,
depuis lors , exercé la sagacité des amateurs
de la musique grecque, el beaucoup de fausses
interprétations en ont été faites.
FELLEU (François), facteur d'orgues, né,
en 1785, à Roenigswald, village de la Bohême, et
mort le l tr juin 1843, a construit, àOsseg, près
de Tœplilz (Bohême), dans une abbaye de l'ordre
de Citaux, un orgue remarquable qui n'a été ter-
miné que dans l'année même de sa mort. Ce
qui donne à cet instrument un caractère parti-
culier, c'est que, bien que composé de trente-
quatre jeux , répartis sur trois claviers, dont
quatre de 16 pieds et un de 32 pieds, il n'a
qu'un seul jeu d'anches, qui est un trombone
de 8 pieds dans la pédale. Tous les autres jeux
sont des montres (principal), des bourdons,
des flûtes ouvertes de 8, de 4 et de 2 pieds, des
salicionals et spitzflûtes (flûtes à fuseaux ou
coniques), des jeux de mutation et particuliè-
rement de puissants pleins jeux. Rien ne sur-
passe, dit-on, la majesté douce et en même
temps puissante de cet instrument, dont les
combinaisons ont été dirigées par le père Atha-
nase Bernard, directeur du chœur de l'abbaye
d'Osseg. L'orgue a deux claviers à la main et
un clavier de pédales ; il est disposé pour un
troisième clavier manuel positif qui aura sept
registres, dont un principal de 8 pieds. Le som-
mier de pédales est aussi préparé pour ajouter
à l'orgue un trombone de 16 pieds (Bombarde).
Au point de vue religieux, et particulièrement
peur l'accompagnement d'un chœur nombreux
de moines, ce système de construction d'un
orgue est très-bon ; mais il lui manque la va-
riété de timbres et les oppositions de sonorités
que la facture moderne a introduites dans les
instruments de ce genre. Pour la formation
d'un instrument parfait, autant qu'on peut
■mellrc de perfection dans les œuvres humaines,
:02
FELLER - FELSZTYN
il faudrait y réunir les deux systèmes dans
leurs plus belles qualités et éviter les excès de
l'un et de l'autre. L'instrument d'Osseg, non
compris le buffet, a coûté 8,180 florins de con-
vention (environ 17,000 francs) ; pendant la
durée de sa construction, le facteur, ses fils et
les ouvriers ont été logés et nourris à l'abbaye.
Feller a laissé deux fils qui continuent l'exploi-
tation de sa fabrique.
FELLEÏl (A.), organiste à Eisenhorg, dans
le duché de Saxe-Hildburghausen, a fait exé-
cuter, à la fête musicale de chant d'ensemble, à
Zeitz, le 21 mai 1834, un hymne de sa compo-
sition avec solos et chœurs, dont la dernière
partie fuguée a été louée à cette époque. En
1838, on entendit un psaume du même artiste
à la fête des sociétés chorales de la Saxe, dans
l'église de la ville, à Schmœll; et, enfin, au
mois de juin 1840, on exécuta, à la septième
fête des mêmes sociétés, à Altenbourg, l'hymne
de M. Feller, Empor, Gesang, Empor! (Haut,
Chant, Haut !) pour chœur et orchestre, où l'on
remarqua de belles choses.
FELSBERG (J.), canlor à l'église princi-
pale de Gotha, en 1850 et années suivantes,
professeur de musique et de chant au collège
de cette ville, et directeur de la Société de
chœurs d'hommes, a publié un livre élémen-
taire sous ce titre : Leilfaden beim ersten Un-
terriche im Singen fiir Lehrer und Lernende
(Guide pour les premières études du chant à
l'usage des professeurs et des élèves), Gotha,
1855.
FELSZTYN ou FELSTEIN (Sébastien
de), ou, enfin, FELSTUV, comme l'écrivent
les auteurs allemands, en polonais Feltsztyn-
ski, est connu sous ce nom à cause de la petite
ville de Felsztyn, en Galicie, où il avait vu le
jour. Il ne naquit pas à la fin du seizième siècle,
comme le dit M. Sowinski, dans son livre inti-
tulé : les Musiciens polonais et slaves (p. 185);
car ses ouvrages furent imprimés au commen-
cement de ce siècle ; cette faute est sans doute
une erreur de plume ou d'impression. Ce fut
dans la seconde moitié du quinzième siècle que
le savant dont il s'agit vint au monde. M. So-
winski dit que cet illustre professeur est peu
connu des historiens polonais, et que les autres
écrivains en font à peine mention : on ne com-
prend pas trop comment on peut être à la fois
illustre et peu connu; car l'illustration est in-
séparable de la célébrité. Q l, c-i qu'il en soit,
Sébastien de Felsztyn fit ses études à l'Univer-
sité de Cracovie et fut fait bachelierdans les arts
libéraux, puis tribun de Samborz, dit M. So-
winski, d'après Janocki, son biographe. Devenu^
professeur de l'Université où il avait étudié,
après être entré dans la prêtrise, il s'occupa
particulièrement du chant choral et de la mu-
sique. M. Sowinski ajoute que Sébastien, ayant
été nommé supérieur de Sanok, par l'influence
de Nicolas Herburt, castellan de Przemysl, re-
fusa cette place pour se consacrer aux sciences;
cependant, lui-même cite un ouvrage de ce
même savant (Directiones Musicx), où nous
voyons dans le titre : per venerabilem D. Se-
baslianum Felslinensen, artium liberalium
bacchalarium , ac Sanoc-Ecclesix parochialis
rectorem. Après la date de 1544, indiquée sur
le frontispice de ce volume, nous ne trouvons
plus rien sur Sébastien de Felsztyn, et ses bio-
graphes gardent le silence sur l'époque de sa.
mort. Je suis obligé de relever encore ici une
inexactitude échappée à M. Sowinski; il dit
(p. 188) : « Il est à remarquer que les ouvrages
« de Sébastien Felstin sont peu connus des his-
« toriens qui ont écrit sur la musique; ni Foc-
« kel, dans sa Littérature générale, ni Gerber,
« dans son Dictionnaire des Musiciens, n'en
» parlent, et cependant ces ouvrages, écrits en
» latin, au nombre de cinq, existent depuis
« trois cents ans Ce silence ne s'explique
« pas chez les biographes allemands, etc. »
L'observation est juste quant à la littérature
de la musique de Forkel; mais le même re-
proche ne peut s'adresser à Gerber, dont le
Nouveau lexique des Musiciens (1), publié
en 1812, contient un article sur Sébastien de
Felslein et sur ses ouvrages, emprunté aux
septième et huitième numéros du Magasin
historique , littéraire et bibliographique de
Meusel^), publié en 1794, elqui a été reproduit
parLichtenthal (ô), par M.FerdinandBecker (4)
et par moi-même, dans la première édition de la
Biographie universelle des Musiciens (5). De
plus, Sulzer a fourni des renseignements très-
exacts sur les ouvrages de Sébastien de Felstein
dans la seconde édition de sa Théorie générale
des beaux-arts, publiée, il y a soixante-douze
ans (6); renseignements ignorés de M. Sowin-
ski lui-même.
Les ouvrages connus deSébasliendeFclsz'.yn
(\) yeves hisloritch-biographischei Lexihon der Ton-
hiintller, i. Il, col. 101 .
(1) Hislor. litler. biblioyr. Mayazyn, 7len und 8lcn si.,,
p. 509.
(3) Dezzion. e biblioyr. délia Musica, t. III, p. o, l. IV,
p. 123.
(i) Syslem.-clironol. Darslellung der musikul. f,iur. t
p. i. 303, 307.
(ri) Tome IV. nrt. Frlstein.
(H) Alijem. Théorie tlcr Si-hœnen Kiïnste, t. IV, p 37*.
cl 773.
FELSZTYN - FELTRE
2or>
sont ceux-ci : 1° Opusculum musice compila-
tion noviter per dominum Sebastianum pres-
Injlerum de Idslin; pro instilulionc adolcs-
centium in cantu simplici seu gregoriano,
sans nom de lieu et sans date. M. Sowinski a
donné la description de ce volume (loc. cit.)
d'après un exemplaire appartenant au prince
"Wladislas Czarloryski ; il en existe un à Cra-
covie, dans la bibliothèque de M. Swidzinski, et
la bibliothèque royale de Munich en possède un
troisième. Celte édition est vraisemblablement
la première. Meusel a donné la description du
même ouvrage dans son Magazin historique,
littéraire et biographique (1794), n°7, p. 311,
mais d'après une édition publiée à Cracovie,
en 1515; M. Sowinski n'a point eu connaissance
de celle-là. Une troisième édition porte ce titre :
Opusculum musice, noviter congestum per ho-
norandum Sebastianum Felstinensis artium
baccalarium ; pro institutione adolescentium
in cantu simplici seu gregoriano. Addila est
Musica figuiutiva, Martino Cromero Biezen-
si, auctore, impressum Cracovix per Hiero-
nymum /7cforum, annoD.MDXXXIIII,in-4°.
Ce traité de la musique figurée ou mesurée de
Kromer semble indiquer que Sébastien de
Felstein n'a point écrit sur cette matière, puis-
qu'on ajoute à son ouvrage sur le plain-chanl
celui d'un autre auteur sur la musique propre-
ment dite; cependant, je trouve dans le cata-
logue manuscrit des livres sur la musique de la
bibliothèque royale de Berlin celui-ci : Felslin
(Seb. de) : Opusculum Musica mensuralis,
sine loc. et an. 4°. Voilà donc un traité de la
musique mesurée de cet auteur imprimé sans
nom de lieu et sans date, et nous trouvons dans
Sulzer (t. IV, p. 378) celle autre édition :
Sebast. von Felstein Opusculum utriusque
Music. lam choralis quam etiam mensuralis,
Cracovix', 1519, in-4°, et j'en ai vu une autre
édition de Cracovie, 1597, in-4° ; sous le même
titre exact, à Naples, chez Selvaggi. (Voyez ce
nom). Il y a donc un traité de la musique me-
suréede Sébastien de Felstein différent de celui
de Kromer ajouté au traité du plain-chantdans
l'édition de 1534. Cet ouvrage est le deuxième
dans l'ordre des dates; 3° Aliquot hymnieccle-
siastici, varia melodiarum génère editi, per
Dominum Sebastianum Felstinensem, artium
baccalarium, Cracovife, apud Hieronymum
Victorcm, anno Domini MDXXII, in-8°. Cet
ouvrage, dit RI. Sowinski, fut écrit par l'auteur
à la demande du roi de Pologne, Sigismond I cp .
4° Divi siurelii s/ugustini, episcopi liippo-
nensisde Musica Diulogi VI reverendipalris
el Domiui F.rasmi abbdlis ftlogilem auspicio
editi, per venerabilem D. Sebastianum île
Felstin, artium buccal. Sanocensis Ecclesix
parochum. Cracovue in ofïicina Hieronymi
Victoris,annoSalulis nostrœ MDXXXVI, in-4".
Cette édition du traité de musique de saint Au-
gustin n'est citée par aucun biographe; 5" De
Musicx laudibus Oratio, Cracovire, 1540,
in-S°. M. Sowinski n'a pas eu connaissance de
cet ouvrage (voyez Libanus). 6° Directiones
Musica; , ad cathedralis Ecclesix Premis-
liensis usum. M ugnifico Domino D. Nicholao
Herborto a Felstin, Castellano Premis liensi,
Domino ac Patrono suo benignissimo grati-
tudinis causa oblatx: per Venerabilem D. Se-
bastianum Felstinensem, artium liberalium
baccal.,ac Sanoc. Ecclesix parochialis recto-
rem. Excudebat Hierom. Victor régis chal-
cogr. Cracoviae, anno MDXLIII, kal. octobris,
in-8°.
FELTOr^f (William), chanoine de Hereford,
en Angleterre, vers le milieu du dix-huitième
siècle, a eu de la célébrité pour son exécution
sur l'orgue. Il a publié trois suites de concertos
pour cet instrument, où il a cherché à imiter le
style de Ha?ndel, et trois suites de leçons pour
le clavecin. Ces ouvrages sont devenus très-
rares.
FELTHE (Alphonse CLA11KE, comte
de), troisième fils du maréchal duc de Feltre,
naquit à Paris, le 27 juin 1806 (1). Il entra,
en 1824, dans l'École militaire des pages du roi
et en sortit à la fin de 1826, avec le brevet de
sous-lieulenantdans le régiment des cuirassiers
de Berry, où servaient déjà, comme officiers,
ses deux frères, le duc et le comte Arthur do
Feltre. En 1829, il donna sa démission pour-
vivre près de sa mère, et se livra sans obstacle
à la culture des arts. Il mourut à Paris, le 3 dé-
cembre 1850, dans sa quarante-cinquième an-
née. Dès son enfance, le comte de Feltre avait
montré d'heureuses dispositions pour la mu-
sique, et rien n'avait été négligé pour leur dé-
veloppement. Après s'être livré d'une manière
sérieuse à l'étude du piano et de l'harmonie, il
prit, en 1825, des leçons de compositions de
Beicha, et Boieldieu, dont il fit la connaissance
dans l'année suivante, lui donna des conseils
relatifs à la pratique de l'art, avec la bienveil-
lance qui lui était naturelle et ajoutait beau-
coup de charme aux enseignements qu'il pui-
sait dans son expérience. Après son retour à
Paris, en 1829, M. de Feltre se livra avec plus
d'ardeur à l'étude de la composition, et, bientôt
(I) .le suis redevable îles matériaux qui ont servi à In
composition de celle notice, a SI. le marquis île Cubiércs,
ami de feu 51. le corn le île I- cl ire.
204
FELTRE — EELTZ
après, il publia des premiers essais de musique
vocale et instrumentale. Ce fut à cette époque
qu'il écrivit la partition instrumentée d'Une
aventure de Saint-Foix, opéra comique en
un acte, paroles d'Alexandre Duval, qui avait
été représenté autrefois avec la musique de
Tarchi. Celte production de M. de Feltre est
restée inédite. En 1831, il écrivit, avec accom-
pagnement de piano et d'instruments à cordes,
le Garde de Nuit, opéra comique en trois actes,
qui fut représenté avec succès chez la princesse
de Vaudémont. Longtemps après (en 1844), le
compositeur refit en partie son ouvrage , y
ajouta plusieurs morceaux et l'instrumenta
pour l'orchestre. En cet état, l'opéra, auquel
on avait donné pour titre le Capitaine Albert,
fut mis en répétition au théâtre de l'Opéra-Co-
mique; mais des difficultés s'élevèrent pour
la distribution des rôles, et M. de Feltre retira
son ouvrage. La partition, réduite pour piano,
a été gravée dans ses œuvres posthumes. En
1854, il avait fait représenter, au théâtre de
l'Opéra-Comique, le Fils du Prince, ouvrage
en deux actes, dont la musique obtint du suc-
cès, en dépit d'un livret fade et ennuyeux. L'/n-
cendio di Babilonia, opéra italien en deux
actes, destiné au théâtre de Paris, fut écrit
en 1841, mais n'a pas été représenté; la par-
tition pour piano a été publiée dans les œuvres
posthumes de l'auteur. M. de Feltre écrivit
aussi une partie de la partition de Valérie,
opéra en deux actes de Scribe et Mélesville,
mais l'ouvrage ne fut pas achevé.
Les œuvres de musique instrumentale de
M. de Feltre qui ont été publiées sont : 1° Ron-
doletto (en si bémol) pour piano, op. 1; 2° Ron-
deau espagnol en septuor pour piano, deux
violons, alto, violoncelle et deux cors, op. 2;
■3° Deux rondeaux pour piano, op. 3; 4° Sou-
venir d'Auvergne, rondeau montagnard pour
piano, op. 6; 5° Deux airs suisses pour piano,
op. 5 ; 6° Air varié pour piano et violon, op. 7;
7° Douze valses pour piano, op. 4; 8° Huit
valses militaires pour piano (sans numéro);
9° Trois valses avec introduction et finale pour
piano (idem); 10° Grande sonate pour piano
(gravée dans les œuvres posthumes); 11° Trois
sonates pour piano et violon (idem); 12° Grande
valse pour piano dédiée à M" de Flavigny
(idem); 13° ïdem, dédiée au duc de Fezensac
(idem); 14° Trois valses pour piano (idem);
15° Trois valses à quatre mains pour piano
(idem). Musique instrumentale inédite: 1C°P1u-
sicurs fragments de symphonies; 17° Plusieurs
sérénades, quatuors et quintettes pour instru-
ments à cordes ou à vont ; 18° Fragments d'un
trio pour piano, violon et violoncelle; 19° Trots
suites d'airs variés pour piano ; 20° Rondeau
pour piano; 21° Rondeau pour piano et violon;
22° Rondeau de concert pour piano, deux vio-
lons, alto et violoncelle; 23° Air varié pour
piano et violon; 24° Quatre suites de valses-
pour piano; 25° Deux suites d'airs de ballets
pour piano, violon et violoncelle concertant.
Musique vocale publiée: 26° Le Fils du P rince r
opéra comique en deux actes, grande partition
d'orchestre, Paris, Meissonnier; 27° Le Capi-
taine Albert, opéra comique en trois actes,
partition de piano et chant (dans les œuvres
posthumes) ; 28° VIncendio di Babilonia ,
partition de piano et chant (idem); 29° Cinq
duos bouffes pour soprano et basse avec accom-
pagnement de piano ; 30° Les Chasseurs, deux
duos pour ténor et basse ; 31° Environ soixante
romances, mélodies et chansonnettes, parmi
lesquelles on a remarqué : l'Ame du Purga-
toire , Printemps d'amour, la Peur de-
l'Orage, Piétro, Chantons nos belles, elc.\
52° Les Femmes, recueil de six mélodies;,
33° Un Roman de jeune fille, recueil de six.
mélodies; 34° Un premier amour, recueil de
six mélodies; 35° Trois dernières pensées musi-
cales (dans les œuvres posthumes). Musique
vocale inédite : 36° Soixante-trois romanees,
chansons et mélodies; 37° Vingt nocturnes.,
duos et trios ; 38° Trois duos italiens; 59° Cinq,
cantates ou scènes avec chœurs; 40° Cinq
scènes et airs sur des Méditations de Lamar-
tine; 41° Hymne à la Vierge, pour soprano et
contralto; 42° Ave Maria, chant d'église.
La musique d'Alphonse de Feltre se recom-
mande aux hommes de goût par un caractère
dominant de douce mélancolie, par l'élégance
et par la distinction. Si elle ne fit pas dans le
monde artiste une vive sensation, si la presse
s'en occupa peu, les penchants de l'auteur en
furent la cause principale. Timide, craignant
le bruit, étranger à toutes les manœuvres par
lesquelles les hommes de notre époque occupent
le public d'eux et de leurs œuvres, il se conten-
tait du plaisir de produire, aimait l'art pour
lui-même, et ne fit jamais rien pour se mettre
en évidence. Lorsqu'il publia quelque chose,
ce fut pour céder aux sollicitations de ses amis,
et ce n'est qu'après son décès, qu'ils ont pu
mettre au jour quelques-uns de ses ouvrages
les plus importants. Mais qui s'occupe des
morts?
FELTZ (Louis), professeur de musique du
séminaire et organiste de la cathédrale de-
Langres, s'est fait connaître comme écrivain-
diilactiquc et comme compositeur par diverses.
FELTZ - FENAROLI
201
productions dont voici les litres : 1° Pratique
du plain-chant, ou Manuel du jeune Chan-
tre, précédé des principes élémentaires du
■chant grégorien, Langrcs, 1846, in-12 de
176 pages; 2° Supplément à la pratique du
plain-chant , ibid., 184G, in-12. Ce volume
contient une messe en plain-chant alternati-
vement à voix seule et à trois voix, des faux-
bourdons et des motets ; 5° Manuel musical
des écoles primaires, Paris, Hachette, in-8°
de 00 pages ; 4° Versets pour l'orgue, Paris,
Canaux ; 5° Morceaux d'orgue pour l'élévation,
idem; 6° Offertoires pour l'orgue, idem; 7° Mo-
tels à trois voix, idem; 8° Motets à voix seule et
avec chœurs à trois voix, idem; 9° Plusieurs
romances, ibid.
FËIUY (François) , connu sous le nom de
FÉMY L'AINE, violoniste, né à Gand, le
4 octobre 1790, était fils d'un musicien de celte
ville, nommé Ambroise Fémy. Il entra au con-
servatoire de musique de Paris, le 3 thermidor
an XI, et le premier prix d'harmonie lui fut
décerné en 1806. Élève de Kreutzer pour le
violon, il obtint le premier prix de cet instru-
ment au concours de 1807. Pendant quelques
années, il fui attaché à l'orchestre du théâtre
des Variétés, puis il voyagea en France et en
Allemagne. En 1827, H était à Francfort-sur-
le-Mein, et il y fit représenter, dans l'année
suivante l'opéra allemand, der Raugraf, et y
i\l exécuter sa première symphonie. On le re-
trouve à Rotterdam en 1834, où sa troisième
symphonie est publiée aux frais de la Sociélé
pour l'encouragement de la musique. Dans
l'année suivante, il y donne sa quatrième sym-
phonie. Il y était encore en 1859. On a de cet
artiste : 1° Trois concertos pour violon et or-
chestre; le troisième, publié à Mayence, chez
Scholt, a pour litre : le Quart d'heure; 2" Trois
quatuors pour deux violons, alto et basse, Pa-
ris, Aulagnier; 3° Quatuor concertant, Leip-
si-ck, Hofmeister; 4" Romance de l'opéra de
Joseph, variée pour violon principal et or-
chestre, Mayence, Scholt; -5° Couplets de Ccn-
drillon, variés pour violon principal et quatuor
«l'accompagnement; G Romance de Cendril-
lon, idem, avec quatuor d'accompagnement,
Paris, Troupenas; 7° Que ne suis-je la fou-
gère, varié pour violon, avec quatuor, Paris,
Schœnenberger; 8" Six duos faciles pour deux
violons, op. 4; liv. I et II, Offenbach, André;
9" Trois duos faciles, idem, liv. III, Paris,
Garnbaro; 10° Trois grands tluos, idem,
Bruxelles, Plouvicr; 11" Trois tluos, idem,
liv. V, Paris, Nadcrman; 12" Six duos fa-
ciles, Paris, Jome; 13° Air varié en sextuor,
Paris, Momigny; 14° Deux symphonies publiées
en Hollande.
FEMY (Henri), frère cadet du précédent,
né à Gand au mois de février 1792, fut admis
au conservatoire de Paris, au mois d'octobre
1805, tomme élève de Raudiot pour le violon-
celle. En 1808, il obtint, au concours, le pre-
mier prix de cet instrument. Deux ans après,
il commença à se faire entendre dans les con-
certs de l'Odéon, et joua à l'un deux un concerto
de son maître. Vers le même temps, il a pu-
blié : Trois trios pour deux violons et violon-
celle, op. 1, Paris, Ozy, et trois autres trios
pour les mêmes instruments, op. 2, Paris, Le
Duc. En 1515, Fémy s'est rendu en Amé-
rique.
FENAROLI (Feoele), né à Lanciano,
dans les Abruzzes, en 1732 (M. le marquis de
Villarosa dit que ce fut en 1740, mais il se
trompe, car les journaux ont donné son âge
de quatre-vingt-cinq ans lorsqu'il mourut), fut
élevé au conservatoire de Loreto, à Naples, ou
il reçut des leçons de Durante, lorsque ce
maître succéda à Porpora en 1742. Ayant fini
ses études, il entra au conservatoire de la Pietd
de' Turchini pour y remplir les fonctions de
maître, qu'il continua jusqu'à sa mort, ar-
rivé le l pr janvier 1818. Pendant le cours de
son long professorat, Fenaroli a formé une
mullitude d'élèves très-instruits, au moyen de
sa méthode simple et facile. Ce n'est pas qu'il
ait possédé une théorie profonde et raisonnée:
foute sa science était de tradition et de senti-
ment. Une harmonie simple, pure, et l'art de
faire chanter toutes les parties d'une manière
naturelle, en faisaient le fond. On raisonne
peu sur la musique en Italie : tout y est de
pratique, et, depuis plus d'un siècle, les mé-
thodes des conservatoires de Naples n'ont point
fait un pas. Toute la science y est bornée à un
petit nombre de règles que Fenaroli a expo-
sées avec clarté dans un livre élémentaire qui
a pour titre : Regole per i principianli di
Cembalo; mais ces préceptes peu nombreux
sont suivis de beaucoup de basses chiffrées
{partimenli) sur lesquelles le maître en fai-
sait faire l'application ; de sorte que ces règles
devenaient bientôt familières aux élèves par
l'usage con tant qu'ils en faisaient. L'ouvrage
de Fenaroli a été gravé à Paris par les soins
d'Imbimho, qui en a traduit le texte, et se
trouve chez Launer, successeur de Carli. Déjà
Choron avait introduit un choix «les parti-
menli de Fenaroli dans ses Principes de
composition des écoles d'Italie. Fenaroli a
écrit quelques morceaux pour l'église ; ses
206
FENAR.OLI - FERABOSCO
compositions se distinguent plus par la pureté
de style que par l'invention. On connaît de
lui : 1° Douze motets à quatre voix, dont deux
dans le style pastoral ; 2° quatre messes solen-
nelles avec orchestre ; 5° une messe de Re-
quiem ; 4" trois Uixit à quatre voix ; 5° deux
Te Deum avec orchestre ; 6° les Répons pour
la fête de saint Antoine ; 7° Laudate pueri à
quatre voix ; 8° Credo à deux voix et orchestre;
9° Improperii pour la semaine sainte; 10° Ecce
lignum crucis à quatre voix; 11° Ave Maria
à quatre voix; 12° Leçons des trois jours de la
semaine sainte; 15° Leçons des morts; \k° Veni
Creator pour soprano et contralto; 15° Veni
Sponsa Christi à quatre voix; 16° deux Mi-
serere à quatre voix; 17° Hymne pour la fête
de saint Michel; 18° Cantates à deux voix;
19° Études de contrepoint.
FENZÏ. Deux frères de ce nom se sont fait
une réputation comme violoncellistes. Ils sont
nés à Naples et ont fait leurs études musicales
dans cette ville. Victor, l'aîné, vint a Paris
en 1807, et s'y fit entendre dans plusieurs con-
certs avec beaucoup de succès. Il passait pour
l'emporter sur son frère pour la beauté du son
et le brillant de l'exécution. Vers la même
époque, il partit pour la Russie, où il se fixa,
après avoir parcouru une partie de l'Allemagne.
Il est mort à Moscou, au mois d'avril 1827,
laissant une veuve dans une situation peu for-
tunée. Après la mort de son mari, cette femme,
nommée Erminie Fenzi , et qui avait été
longtemps au service de la cour de Russie,
retourna en Italie et chanta à Milan, à Rome
et à Naples, depuis 1829 jusqu'en 1834. Fenzi
a publié, tant à Paris qu'en Allemagne, quatre
concertos pour le violoncelle, plusieurs -pots-
pourris, des trios, trois livres d'airs variés
pour son instrument, et deux livres de trios.
Son frère, Joseph, le meilleur violoncelliste de
Najles, est attaché à la chapelle du roi, et au
théâtre Saint-Charles. Il a écrit aussi quelques
concertos et des airs variés pour violoncelle. Il
a fait plusieurs voyages en Italie.
FEO (S.), conlrapunliste florentin, vivait
vers le milieu du quatorzième siècle, et était
contemporain de François Landino, surnommé
Francesco degli organi, de maître Giovanni
di Firenza, de maître Jacopo du FoIogna } de
Nicholo dcl Proposto. et de quelques autres
musiciens italiens. Dans un manuscrit pré-
cieux conservé à la bibliothèque royale de
Paris (n° 535, in-4", du supplément), et qui
contient deux cent vingt-neuf chansons ita-
liennes et françaises, du quatorzième siècle, à
trois \oix, on trouve dois morceaux de S. F en.
FEO (François DE), compositeur né à Na-
ples, en 1699, fut élève de Dominique Gizzi
pour le chant et la composition, puis se rendit
à Rome, où il reçut des leçons de contrepoint
de Pitoni. Après avoir terminé ses études
dans cette ville, il y écrivit un opéra intitulé
Jpermeslra, qui eut beaucoup de succès. Cet
ouvrage fut suivi de YArianna, en 1728,
d'Andromaque, Rome, 1730, et d'Arsace,
1731. En 1740, Feo succéda à Gizzi dans la
direction de la célèbre école de chant que
celui-ci avait fondée, et qui fournit à tous les
théâtres de l'Europe une multitude de grands
chanteurs lesquels brillèrent dans le cours du
dix-huitième siècle. La bibliothèque du conser-
vatoire de musique de Paris possède plusieurs
psaumes et messes, dont une à dix voix, de la
composition de Feo. Gluck a emprunté d'un
Kyrie de ce compositeur le motif d'un chœur
de son opéra II Telemacco, qu'il a reproduit
depuis lors dans son ouverture (VJphigénie en
Aulide. En 1739, Feo écrivit l'Oratorio inti-
tulé : la Distruzione deW esercilo de Cana-
nei con la morte di Sisara. Cet ouvrage lui
avait été demandé par les PP. de la Croix, de
Prague; il fut exécuté dans l'église de ces reli-
gieux, vers la fin de la même année. On con-
naît aussi des Litanies à quatre voix, et un
Requiem avec orchestre sous le nom de Feo.
Le style de ce maître a de l'élévation, et l'on
y remarque un sentiment profond d'harmonie.
FERABOSCO (Alphonse) ou FERRA-
BOSCO, compositeur né en Italie vers 1515,
parait s'être établi en Angleterre vers 1540.
Longtemps après on le retrouve par un de ses
ouvrages avec le titre de gentilhomme au
service du duc de Savoie. 11 y a beaucoup
d'obscurité sur la réalité du séjour de ce musi-
cien en Angleterre, parmi les écrivains anglais.
Ils nesontpasmêmed'accord sur l'orthographe
de son nom, car les uns écrivent Ferabosco,
conformément aux litres de ses ouvrages im-
primés en Italie, et les autres Ferrabosco.
Enfin, il n'est pas certain que ce musicien ail
été le père d'Alphonse Fekii vbosco (voyez ce
nom), qui naquit à Grecnwich, dans la seconde
moitié du dix-septième siècle. En 1544, quel-
ques-uns des motets d'Alphonse Ferabosco fu-
rent publiés en un recueil avec des compositions
du même genre de Cypricn Rore. Le catalogue
de la bibliothèque de musique du roi de Portugal
cite, sous le nom de ce musicien, deux livres dé
madrigaux à cinq voix; le premier livre a pour
titre : // primo libro de Madrigali acinque
voci compost» tlal sig. Àifonso Ferabosco.
gcnlilttomo al sercîzio d'il signôr duca di
FERABOSCO - FËRLENDIS
207
Sabandia. In f'enetia, app. Angelo Gar-
dane, 1587, in-4". Il est vraisemblable que
cette édition n'est pas la première. On a aussi
de ce compositeur : Il primo libro de' Madri-
gali a quattro voci. In Venetia , Antonio
Gardane, 1542, petit in-4° obi. On trouve des
pièces de cet auteur dans la seconde partie des
Promptuarii Musici d'Abraham Schad, et
dans le Thésaurus Harmonicus de Bésard.
Enfin il y a des Madrigaux de Ferabosco dans
le recueil de morceaux de différents auteurs
publié par André Pevernage, sous ce litre :
Harmonia céleste di diversi eccellentissimi
musici a 4, 5, 6 et 8 voci, nella quale si con-
tengono i piu eccelenti madrigali che oggidi
si cantino, Anvers, Phalèse, 1595, in-4 u obi.
FERABOSCO (Alphonse), voyez Ferra-
bosco (Alphonse).
FÉRAL (l'abbé), ancien curé de Launaguet
(diocèse de Toulouse), et membre de la Com-
mission toulousaine pour la révision du chant
«ie ce diocèse, est auteur d'une brochure inti-
tulée : Le Chant du diocèse de Toulouse vengé
de ses ennemis. Toulouse, Pli. MontaubiQ,
in-8° de 128 |>ages. Voyez Kunc (Aloys).
FERANDEIRO (don Fernahb), guitariste
espagnol qui brillait à Madrid vers 1800, a
publié une instruction sur l'art déjouer son ins-
trument, sous ce litre : Ârte de toccar la Gui-
tarra por musica, Madrid, 1799, in-4", avec
sept planches gravées. C'est à tort que Gerber
et Lichlenthal écrivent le nom de ce musicien
Ferandiero.
FERANDINI (Jean), compositeur drama-
tique, naquit à Venise, vers le commencement
du dix-huitième siècle, et fut l'élève de Biffi,
maître de chapelle de Saint-Marc. Étant fort
jeune encore, il se rendit à la cour de Munich,
ou il fut employé comme hautboïste. Ses pre-
miers ouvrages consistent en deux œuvres de
sonates de tliHe, qu'il fit imprimer à Amster-
dam, en 1730. Le prince électoral Charles-Al-
bert, qui fut ensuite empereur momentané et
compétiteur de Marie-Thérèse, sous le nom de
Charles VU, et qui aimait beaucoup son talent,
le nomma échanson et directeur de la musique
de la chambre, et plus lard conseiller et maître
de chapelle. Ferandini a mis en musique les
opéras suivants, pour le théâtre de la cour :
/>'erenice, en 17-30; Adriano in Siria ,. en
1737; Dcmofoonte, 17-37; Artaserse, 17-39;
('atone in Ulica, pour la fêle patronymique
■le l'Électeur, le 12 octobre 1 ~r> 3 ; Diana pla-
cata. 1758; Componimento Dramatico per
l'inanonazione délia sacra Cesarea e reai
Maeslà di Cakolo Sf.ttimo imperalorc dei
Romani sempre Augusto, 1742. Ferandini,
qui était excellent chanteur, a formé le plus
grand virtuose en ce genre qu'ait produit l'Al-
lemagne : le célèbre Raff. Ce compositeur est
mort à Munich, en 1795.
FERDINAND III, empereur d'Autriche,
né en 1608, monta sur le trône en 1657. Il eut
à soutenir pendant onze ans, la guerre contre
la France et la Suède. Partout repoussé et
vaincu par le Grand Condé, il se vit contraint
de signer, en 1648, le traité de paix de West-
phalie qui donna la liberté de conscience à
l'Allemagne, qui enrichit la Suède de la Po-
méranie, et la France de l'Alsace et des trois
évéchés. Il mourut en 1657, après un règne
de vingt ans, qui n'eut rien de glorieux. Ce
prince, né pour les arts plutôt que pour le
trône, aima passionnément la musique et la
cultiva avec succès. Wolfgang Ebner, orga-
niste de la cour, à Vienne, a publié, en 1646,
un air avec trente variations de la composi-
tion de Ferdinand, et, sous le litre de Musica
Cœsarea, Rircher a inséré dans sa Musurgie
(t. I, p. 685), en partition, un morceau à quatre
voix d'une modulation singulière, sorti de la
même main. La Gazette générale de Musique
de Leipsick (année 1855, col. 854) a annoncé
que le maître de chapelle Eybler a acheté à
Rome, avec d'autres curiosités, un drame mu-
sical de l'empereur Ferdinand III, imprime
en 1649, mais dont elle n'indique pas le litre.
Ce fut cet empereur qui fournil à Froherger
les moyens de se rendre en Italie pour y per-
fectionner son talent d'organiste près de Fres -
cobaldi.
FERDINAND! (François), très-bon pro-
fesseur de piano, organiste et compositeur, né
en 1752 à Dobrawicz, en Bohème. Élève de
Joseph Haydn, il acquit, sous la direction de
ce maître célèbre, beaucoup d'habileté dans
l'art d'écrire. On a de lui beaucoup de messes
avec orchestre, qui passent pour excellentes,
des symphonies, des sonates et des concertos
pour le piano. Tous ces ouvrages se trouvent
en manuscrit dans la Bohême. Ferdinand!
vivait à Prague en 1797. On n'a publié des
œuvres de cet artiste qu'une marche pour le
piano, à Vienne, chez Arlaria.
FËRLENDIS (Joseph), fils d'un profes-
seur de musique, naquit à Bcrgame en 1755.
Dès son enfance, il montra des dispositions
rares pour le hautbois cl en fil une étude suivie.
A l'âge de vingt ans, il se rendit à Salzboufg,
en qualité de premier hautboïste. Là, il trouva,
parmi les instruments de la cour, l'ancien ror
anglais, qu'on ne jouait pas, à cause de ses
208
FEKLENDIS — FERNANDEZ
imperfections et des sons rauques et durs qu'il
rendait: Ferlendis s'attacha à le perfectionner
et à le rendre plus facile à jouer : il y réussit
et le mit à peu près dans l'état où nous le