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BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE
DES MUSICIENS
TOME TROISIEME
TYPOGRAPHIE DE B. FIRMIN DIDOT. — MESML (EURE).
BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE
DES MUSICIENS
ET
BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE
r>XKoo-
DEUXIEME EDITION
ENTIÈREMENT REFONDUE ET AUGMENTÉE DE PLUS DE MOITIÉ
PAR F. J. EÉTIS
MAITRE DE CHAPELLK DU nOI DES BELGBS
DIRECTEUR DU CONSERVATOIRE ROYAI. DE MUSIQl'B DE BRUXELLES, ETC.
TOME TROISIEME
~&JZ%T^&^2~~&^--
PARIS
LIBRAIRIE DE FIRMIN D1DOT FRÈRES, FILS ET G
IMPRIMEURS DE L'iNSTITUT, RUE JACOB, 56
1866
Tous droils réservés.
Musio
Eeferenoe
v3
BIOGRAPHIE
UNIVERSELLE
DES MUSICIENS
D
DÉSARGUS (Xavier), né à Amiens vers
1768, fut d'abord attacbé à la catbédrale de
cette ville en qualité de musicien de cbœur;
il avait alors une fort belle voix de baute-contre.
Les églises ayant été fermées par suite de la
révolution de 1789, Désargus vint à Paris et
entra dans les chœurs de l'Opéra ; mais, ne se
sentant point de goût pour le théâtre, il quitta
cette carrière et se livra à l'étude de la harpe.
Il devint en peu de temps un habile professeur
de cet instrument, et en donna des leçons jus-
que vers 1832, époque où il a cessé d'enseigner.
Parmi plusieurs bons élèves qu'il a formés on
remarque son fils, qui, après avoir été attaché
comme barpiste à l'Opéra-Comique, a été à
Berlin au service du roi de Prusse, puis est re-
venu à Parisen 1832, et s'est établi a Bruxelles
vers la fin de la même année en qualité de
barpiste du théâtre. Après seize années de sé-
jour dans cette ville, Désargus fils a quitté la pro-
fession de musicien et s'est retiré à Paris.
Les compositions de Désargus (père), au
nombre d'environ vingt-cinq œuvres, consistent
en sonates pour la harpe, avec ou sans accom-
pagnement; en pots-pourris, fantaisies et airs va-
riés pour le même instrument; enfin en duos
pour harpe et piano. En 1809 il publia une
Méthode de harpe, à Paris, chez Naderman ;
il a refondu entièrement cet ouvrage, et l'a fait
paraître, en 1816, sous le titreile Cours complet
de harpe, rédigé sur le plan de la méthode
de piano du Conservatoire; enfin une nou-
velle édition de. cet ouvrage, fort améliorée et
considérablement augmentée, a été publiée à
Paris en 1820, chez Lal'lillé.
DESAUGES (Denis), prêtre du diocèse
d'Évieux, né en 1598, a publié un livre intitulé :
i'Esclàircissemèntdu plain-chant, oulevray
KiOCK UNIV. DES MUSICIENS. — T. III.
thrcsor des ciioristes ; Paris , 1665 , 30 pages
in-8°.
DÉSAUGIERS (Marc-Antoine), né à
Fréjus en 1742, apprit la musique sans maître.
En 1774 il se rendit à Paris, où il se fit con-
naître d'abord par la traduction des Réflexions
sur l'art du chant figuré de J.-B. Mancini;
Paris, 1776, in-8°. Cet ouvrage fut suivi du Petit
Œdipe, pièce en un acte, dont il fit la musique,
et qui fut représenté aux Italiens en 1779. L'an-
née suivante il donna à l'Opéra Érixène, ou
l'Amour enfant, paroles de Voisefton, et par
la suite il fit représenter au Théâtre-Italien
Florine, en deux actes ( 1780 ) , les Deux
Sylphides ( 1781 ), toutes deux sur des paroles
dTmbeVt , et les Jumeaux de Bergame ,
paroles de Florian (1782). Cette dernière pièce
eut un grand succès; on y trouve quelques pe-
tits airs qui firent longtemps les délices de Paris.
Vers le même temps, Désaugiers donna au
théâtre de Monsieur, alors à la foire Saint-Ger-
main, l'Amant travesti, en un acte, imité du
conte de La Fontaine intitulé le Muletier. En
1791 il fit représenter au théâtre Feydeau le
Médecin malgré lui, dans lequel il introduisit
d'une manière assez plaisante l'air révolution-
naire Ça ira. Outre ces ouvrages, il a composé
la musique d'une multitude de petits opéras
pour les théâtres . secondaires qui existaient de
son temps, entre autres les Rendez-vous, en un
acte, pour les Beaujolais. Le» chant de la musi-
que de Désaugiers ne manque ni de naturel, ni
de facilité; mais son harmonie, lâche et incor-
recte, se sent de la faiblesse des études musica-
les en France à l'époque où il avait appris la com-
position. Ce musicien fut lié d'amitié avec Gluck
et Saccbini, et composa à la mémoire de ce der-
nier une messe de Requiem qui fut estimée
1
MusîV
vérifier
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9145f
DÉSAUGIERS — DESBROSSES
dans le temps de ai nouveauté. L'exaltation de i
ses idées lui avait fait embrasser avec ardeur les
principes de la Révolution; dans une pièce de
musique, composée de chœurs et d'instruments,
qu'il avait intitulée Hiérodrame , et qu'il fit
exécuter à Notre-Dame, il célébra la prise de la
Bastille. Il a laissé en manuscrit un grand opéra
sur le sujet de Bèlisairc, dont les paroles sont
de son fils aîné, lequel fut secrétaire de légation
en Danemark. Désaugiers est mort à Paris
le 10 septembre 179.1.
DESAYVE. Voij. Sayve (De).
DESBOULMIERS(Jean-Adcustin-Julibn),
littérateur, né à Paris en 1731, entra fort jeune
dans la carrière militaire, servit quelque temps
en Allemagne, puis revint à Paris et renonça
aux armes pour les lettres. Toutefois il y avait
en lui plus de penchant pour la littérature que
de talent véritable, et dans ses ouvrages il ne
s'éleva poiut au-dessus du médiocre. Il mourut
à Paris en 1771, à l'âge de quarante ans. Au
nombre de ses productions on trouve quel-
ques opéras-comiques , entre autres Toinon et
Toinette, dont Gossec a composé la musique ;
maissesouvrages les plus importants sont: 1° His-
toire anecdotique et raisonnée du Théâtre-
Italien, depuis son rétablissement (eniG97)
jusqu'à l'année 1769; Paris, 17C9 , 7 vol.
in-12. Ce livre renferme l'analyse des pièces
jouées au Théâtre-Italien, et des notices sur les
auteurs et les acteurs de ce théâtre jusqu'en 1709.
On y trouve aussi, à la fin, un catalogue raisonné,
par ordre alphabétique , des pièces et des ac-
teurs dont il n'est point parlé dans l'ouvrage. —
2° Histoire du théâtre de l'Opcra-Comiqne;
Paris, 1709 , 2 vol. in-12. Desboulmiers
donne dans ce livre l'analyse des pièces qui
ont été représentées sur le théâtre de l'Opéra-
Comique depuis 1712 jusqu'en 17f>t , c'est-à-
dire jusqu'à la naissance de l'Opéra -Comique
véritable.
DESBOUT (Loujs), chirurgien français,
attaché au service des troupes italiennes dans
la première partie du dix-huilième siècle. Il est
auteur d'une dissertation sur l'usage de la mu-
sique dans les maladies nerveuses, qui a paru
sous ce litre : llagionamento fisicochirurgico
sopra Veffelto délia musica nette malatie
nervose ; Livourne, 1740, in-8°.
DESBROSSES ( Robert ) , né à Bonn -sur-
Ie-Rhin, en 1719, entra comme acteur pension-
naire à la Comédie-Italienne, en 1743, et se re-
tira en 1764. H a composé la musique d'un di-
vertissement représenté en 1751, sous le litre du
Mai, et des Sœurs Rivales, opéra-comique, re-
présenté en 1702, du Bon Seigneur, et des Deux
Cousines, en 1763. Desbrosscs était mauvais
acteur et compositeur médiocre. Il est mort à
Paris, le 29 pluviôse, an vu ( 1799) , à l'âge de
quatre-vingts ans.
DESBROSSES (Marie), actrice del'Opéra-
Coinique, fille du précédent, naquit à Paris en
17r>3. Elle n'avait que treize ans lorsqu'elle dé-
buta à la Comédie-Italienne ; elle y parut pour la
première fois, le 29 avril 1770, dans le rôle de
Justine, du Sorcier, opéra de Philidor, et dan9
Coloinbine. de la Clochette, opérette de Duni.
Accueillie favorablement par le public, séduit par
un talent si précoce, elle fut engagée immédiate-
ment après comme pensionnaire. La suite de sa
carrièredramatiquene répondit point à ce brillant
début. Trop de charmes étaient attachés au talent
et à la personne deM me Dugazon, alors en posses-
sion des premiers rôles, pour que M lle Desbrosses
pût lutter avec elle. Toutefois, une maladie sé-
rieuse de l'actrice célèbre s'étant déclarée après
les premières représentations d'Alexis et Justine,
opéra de Dezaide, M"e besbrosses consentit à
la remplacer dansle rôle principal de cette pièce,
le 4 juillet 1785. L'accueil que lui fit le public
n'était point encourageant ; la douleur qu'elle
en ressentit donna à sa physionomie un carac-
tère si touchant que le public consentit enfin à
l'entendre, et cette disposition contribua à don-
ner à son chant et à son jeu une expression vive
qui enleva tous les suffrages et la fit rappeler à
la (in de la pièce aux applaudissements de toute
l'assemblée. Plus tard M" e Desbrosses joua les
rôles de la Comtesse d'Albert , de Camille,
dans l'opéra de Dalayrac, et d'autres rôles du
môme genre ; plus tard encore elle prit l'emploi
des rôles qu'on appelait les duègnes dans l'an-
cien opéra-comique fiançais, et remplaça l'ex-
cellente actrice madame Gonlhier pendant une
absente de celle-ci. Mécontente de se voir tou-
jours repoussée par les préventions de ses ca-
marades et de n'occuper qu'une position incer-
taine après de longs services, M" e Desbrosses
demanda sa retraite en 1796. Elle alla jouer quel-
que temps en province, revint à Paris en 1798,
elentra au théâtre Feydeau, où elle fut traitée
plus favorablement qu'à la Comédie -Italienne. A
la réunion des deux théâtres, en 1801 , elle reprit
son rang d'ancienneté dans la nouvelle société
des acteurs de l'Opéra-Comique. En 1812 la
retraite de M me Gonthier la rendit chef de l'em-
ploi des duègnes. Elle n'eut jamais le jeu fin et
spirituel de celte actrice inimitable ; mais, ayant
plus de voix et d'oreille, elle était moins anti-
pathique à la musique. D'ailleurs elle ne man-
quait pas d'une cettaine franchise de diction qui
produisait de l'effet dans les rôles de son emploi.
DESBROSSES — DESCOUTEA.UX
Après cinquante-trois ans de service au théâtre,
MUe Desbrosses s'est retirée au mois d'avril 1829.
Elle est morte à Paris, le2G février 1856, à l'âge
de quatre-vingt-douze ans révolus.
DESBUISSONS (Michel-Chaules ) , chan-
tre et compositeur du seizième siècle, naquit à
Lille, dans l'ancienne province de la Flandre
française, vers 1520, car il est appelé Flandrus
insulanus au titre d'un de ses ouvrages. Il fut
attaché en qualité de chantre à la chapelle de
l'empereur Ferdinand I. Il avait cessé de vivre
avant 1573, car Jean Faber, qui a recueilli et
publié quelques-uns de ses motets à quatre ,
cinq et six voix dans cette même année ,
dit, au titre de cette collection, qu'il l'a rassem-
blée après la mort de l'auteur. Ce recueil a
pour titre : Cantioncs alignât musicx, qux
vulgo motcla vocant, quatuor, quinque ci sex
vocum,authoreM. Michaelis-Carol. Desbuis-
sons, Flandro insulano, post obitum authoris
collecta, et x.dita per Johannem Fabrum;
Monachii, per Adamum Berg, 1573, in-4° obi.
Pierre Joannclli a inséré bon nombre de motets
de Desbuissons dans son ISovus Thésaurus mu-
sicus ( Venise, Ant. Gardane, 1568, in-4°). On
en trouve treize, à 5, 6 et 7 voix, dans le premier
livre; cinq, à 5, 6 et 8 voix dans le deuxième;
trois, à 5 et à 6 voix dans le troisième; un à 12
voix, un à 5, et un à 6 dans le quatrième;
enfin un à 6 voix dans le cinquième; en tout
vingt-cinq.
DESCARTES (René), philosophe célèbre
et génie sublime, naquit à La Haye, en Touraine,
le 31 mars 1596. L'histoire de ce grand homme
se liant nécessairement à celle des travaux qui
l'ont illustré, mais qui ne sont pas l'objet de ce
livre, on se bornera ici à renvoyer aux diction-
naires historiques, dans lesquels on trouvera sa
biographie, l'analyse de ses découvertes en mathé-
matiques, et celle de ses systèmes en physique et en
métaphysique, fruits d'une imagination brillante
qui, souvent, aima mieux chercher à deviner la
nature que de l'étudier. Je ne parlerai donc de
Descaries qu'à l'occasion d'un Compendhim
Musicx qu'il écrivit en 1618, à l'âge de vingt-
deux ans, à la prière de son ami Isaac Betkmann,
alors recteur à Dordrecht. Malheureusement cet
ouvrage est peu digne du nom de son auteur:
il parut le sentir, car il ne voulut jamais permet-
tre qu'il fût imprimé; aussi ne le fut-il qu'après
sa mort, à Utrecht, en 1650, in-4°. Ce livre a
clé réimprimé depuis lors dans les deux édi-
tions de ses Œuvres complètes, Amsterdam,
1690 a 1701, 9 vol. in-4°, et 1713, aussi en
9 vol. in-4°. Lord Bronneker, président de la
Société royale de~Londres , en publia une tra-
duction anglaise, à Londres, en 1653, in-4°, et le
P. Poisson, de l'Oratoire, en donna une en fran-
çais, à la suite de sa Mécanique, et la fit paraître
sous ce titre : Abrégé de la musique de
M. Descartes , avec les éclaircissements néces-
saires; Paris, 1068, in-4°. Cette traduction a été
insérée dans la collection des œuvres de Descartes
en français; Amsterdam, 1724-1729, 13 vol.
in-12. M. Cousin a placé la traduction française
du traité de musique de Descartes dans le cin-
quième volume de son édition des œuvres com-
plètes du célèbre philosophe (pages 445-503).
En 1683 il a été publié une nouvelle édition de
l'Abrégé de musique de Descaries, avec une tra-
duction latine des éclaircissements du P. Poisson,
sous ce titre •• Renati Des-Cartcs Musicx Corn-
pendium ; accedunt N. Poisson elucidationes
physicx inCarlesii musicam ; Amslelodami, ex
typographia Blaviana, in-4°.
Outre ce petit ouvrage, Descartes a aussi traité
de divers objets relatifs à la musique dans ses
épttres, imprimées à Amsterdam, in-4°, en 1682.
On y trouve: Part, i, Epist. 61, De Musica et
celeritaie motus; Part. 1,Ep. 23, DcMusica;
Ep.îk, De NervorumSono; Ep.G\, De Vibra-
tioneChordarum , Ep. 66, Varix animadver-
siones ad Musicam spectantes; Ep. 68, De
Musica, et responsio ad quasdam quxstiones
musicas; Ep. 72, Cursonusfacilius feratur se-
cundum longitudinem irabis percussx quam
per aerem solum; de tremore xris; Ep. 73, De
Reflexione soni ac luminis;de Consonnantiis ;
de Refractione sonorum; Ep. 74, De Réso-
nant ia Chordarum ; Ep. 76, Varix quxstio-
nes; Ep. 77, De Motu Chordarum ; Ep. 103,
De Motu Chordarum et de Musica; Ep. 104,
De Sono; Ep. 105, De Motu Chordarum
et de Musica ; de Sonis et intensione Chor-
darum; Ep. 106, De Tonis musicis : de
Tonis mixtis; Ep. 110, Ad quam distan-
tiam sonus audiri possit; de Imagina-
tione ad judicandum de tonis, de sonis, de
sono fistularum; Ep. 112, De Tonis musica-
libus. Les lettres de Descartes ont été traduites
en fiançais, et réunies en G vol. in-12, Amster-
dam, 1724-1725. Ce grand homme mourut en
Suède le 11 février 1650.
C'est Descartes qui , le premier, a placé le
principe esthétique delà musique dans la simpli-
cité des rapports des sons : erreur partagée par
Euler (voy. ce nom) et par quelques autres
géomètres.
DESCOUTEAUX ( Philibeut), très-bon
joueur de musette, vers le milieu du dix-sep-
lième siècle , fut attaché à la musique du roi, an
commencement du règne de Louis XIV. Il est
1.
DESCOUTEAUX — DESMARETS
rite avec éloges dans le Traité de la musette,àe
Borjon ( l rc partie, page 38 ).
DESEIVT1S (Jean-Pierre), professeur de
clavecin, à Paris, vers 1780, a publié en 1787 :
1" Trois sonates pour le clavecin avec accom-
pagnement de violon, op. 1.-2° Recueil d'airs
connus, mis en variations pour le clavecin.
DESESSARTS ( Nicolas - Toussaint
MOYNE, dit), né à Coutances le l eT no-
vembre 1744, fut avocat à Paris, puis libraire
et chargé d'afl'airescontpntieuses, particulièrement
près de la cour de cassation. Il mourut à Paris
le 5 octobre 1810. Compilateur infatigable, il a
publié un grand nombre d'ouvrages de tout genre,
parmi lesquels on remarque celui-ci : Les trois
théâtres de Paris, ou abrégé historique de
l'établissement de la Comédie-Française , de
la Comédie-Italienne et de l'Opéra; Paris,
1777, in-8°. On trouve quelques renseignements
relatifs à des écrivains sur la musique dans son
livre intitulé : Siècles littéraires de la France,
ou Nouveau Dictionnaire historique, critique
et bibliographique de tous les écrivains fran-
çais morts et vivants, jusqu'à la fin du dix-
huitième s/ècfc,- Paris, 1800-1801, six vol. in-8°,
et supplément, 1803, 1 vol. in-8°.
DESESSARTZ (Jean-Charles) , médecin
distingué, né à Bragehnne, près de Bar-sur-Seine,
en 1730, fit ses premières études à Tonnerre, et les
achevaàParis, au collégede Beauvais. Quand elles
furent terminées, il se livra à l'étude de la mé-
decine, et, pendant qu'il suivait les cours de cette
science, il donna des leçons de mathématiques
pour exister. Après avoir été reçu docteur à
Reims, il alla exercer la médecine à Villers-Co-
terets, puis à Noyon, et enfin à Paris, où il fut
nommé, en 1770, professeur de chirurgie, et en-
suite de pharmacie. A l'époque de la formation de
l'Institut, Desessartz y fut admis dans la classe
îles sciences physiques et mathématiques. Dans
une séance publique de ce corps savant il lut,
le 20 vendémiaire an xi (octobre 1803), des
Réflexions sur la musique considérée comme
moyen curatif. Elles ont été imprimées, sous ce
titre, chez Baudouin, à Paris, au mois de no-
vembre de la- même année , et forment une
brochure de 20 pages in-8°.
DESÉTANGS ( . . .), sous-chef du bu-
reau des gravures au ministère de l'intérieur, à
Paris, a publié, sous le voile de l'anonyme, un
petit écrit intitulé : Lettre sur la musique mo-
derne à messieurs les rédacteurs du journal
d'annonces de Musique, par D gs ; Paris,
Migneret, in-8°de S pages.
DESFORGES ( Hus). Voy. Hus-Dksfor-
GES.
DESHAYES (Prospfr-Didier), compo-
siteur des divertissements et ballets de la Comé-
die-Française, depuis 1782, s'est fait connaître
à Paris, en 1780, par son .oratorio dés Macha-
bèes , qui fut exécuté au Concert spirituel. Il a
donné ensuite divers opéras-comiques, tels que :
1° Le Faux Serment , au théâtre des Beaujolais,
en 1786. — 2° L'Auteur à la mode, 1786. —
3° Le Paysan à prétention, i7S7. — 4° Berlhr
et Pépin, 1787. — 5° Adèle et Didier, 1790.
— 6° Zèlia, 1791. — 7° La Suie de Zèlia,
1792. — 8° Le Petit Orphée, 1793. — 9° Le
Mariage patriotique, 1793. — 10° Bella, en
1795. — 11° Don Carlos, en un acte, en 1799.
Deshayes fut un des compositeurs qui écrivirent
la musique du Congrès des Rois, opéra en trois
acles, qui fut joué en 1793, au théâtre Favart.
Les autres auteurs de la musique de cette pièce
révolutionnaire furent Grétry , Méhul, Dalayrac,
Devienne, Solié, Trial fils, Blasius, Kreutzer,
Berton , Chérubini et Jadin. On a aussi de Des-
hayes des symphonies à grand orchestre en ma-
nuscrit, et un livre de pièces d'harmonie à six
parties, gravé au magasin de musique du Con-
servatoire. On ignore l'époque de la mort de ce
musicien.
DESHAYES (A.-J.-J.), ancien premier
danseur de l'Opéra de Paris , professeur au Con-
servatoire de musique et auteur de plusieurs
ballets, a publié un petit écrit qui a pour titre:
Idées générales sur l'Académie royale de
musique, et plus spécialement sur la danse;
Paris, Mongie aîné, 1822, in-8°.
DÉS1DÉRI (Jérôme), docteur en droil,
naquit à Bologne vers 1635. Ses connaissances
profondes dans la philosophie, les mathémati-
ques, les lettres et la musique, lui avaient ou-
vert les porles de plusieurs académies d'Italie ;
il prit le nom (VIndifercnte dans celle des Gelai i
de Bologne. On lui doit un petit traité des ins-
truments de musique et de leurs inventeurs, inti-
tulé Disorso délia musica, qui a été inséré
dans les Prose dcgli Academici Gelati di Bo-
logna{\>. 321-356), Bologne, 1671, in-4°.
DESLOUGES, musicien français du sei-
zième siècle, n'est connu que par quelques
motets qui ont été insérés dans un recueil inti-
tulé .- XII motetz à quatre et cinq voix, corn-
j)Osés par les autheurs cy-dessoubz escripts,
naguères imprimés à Paris par Pierre At-
taignant, demourant à la rue de la Harpe
près de l'église Sainct-Cosme , 1529, petit in-
4° obi.
DESMARETS (Henri) , l'un des plus ha-
biles musiciens du règne de Louis XIV, naquit à
Paris en 1662. Après avoir été page de la musi-
DESMARETS — DESPÉRAMONS
que du roi, il conoouvut, en 1683, poui ■ l'une
des quatre places de maître de la chapelle du
roi; mais Louis XIV le trouva trop jeune et lui
donna une pension pour le dédommager. Des-
marets , qui avait composé une grande quantité
de motets , en lit paraître une partie sous son
nom et quelques-uns sous celui de Goupillier,
maître de la chapelle de Versailles. Le roi, en
ayant été informé, dit àGoupillier : Avez-vous au
moins paye Desmarets? — Oui, Sire, répondit
le maître de chapelle. Louis XIV, indigné, lit
défendre à Desmarets de paraître devant lui.
Les opéras dont ce compositeur a fait la mu-
sique sont : Didon, en 1693; Circé , en 1C94;
Théagènect Chariclëe, en 1693; les Amours
de Momus, dans la même année; Vévais et
Adonis, en 1697; les Fêtes galantes, en 1698;
Iphigénie en Tau ride , avec un prologue par
Campra.en 1704; Renaud, en 1722. Il avait
fuit, en 1682-, la musique d'une idylle sur la nais-
sance du duc de Bourgogne.
En 1700, Desmarets, ayant été passer quelque
temps chez son ami Gervais, maître de la ca-
thédrale de Senlis, lit la connaissance de la fdle
du présidial de l'élection, nommé de Saint-Gobert,
et l'épousa secrètement. Le père rendit plainte
en séduction et rapt , et Desmarets fut condamné
à- mort par arrêt du Châtelet. Il se sauva en
Espagne , où il devint maître de la chapelle de
Philippe V; mais, la chaleur du climat nuisant à
la santé de sa femme , il quitta son poste et se
rendit à Lunéville , où il fut nommé surintendant
de la musique du duc de Lorraine.
Quelque bonté que Louis XIV eut pour lui et
quelque estime qu'il eût pour ses talents, on ne
put obtenir de lui la grâce de Desmarets; ce ne
fut qu'en 1722, pendant la régence, que son pro-
cès fut revu : il le gagna , et son mariage fut
déclaré valable. 11 obtint aussi du duc d'Orléans
une augmentation de pension, et il passa le reste
de sa vie dans l'aisance. Il mourut à Luné-
ville, le 7 septembre 1741 , âgé de près de quatre-
vingts ans.
DESMASURES (Louis), né à Tournay,
dans la première moitié du seizième siècle , a
fait imprimer de sa composition : Vingt-six can-
tiques chantés au Seigneur, à quatre parties ;
Lyon, par Jean de Tournes, 1564 , in-4° obi.
L'auteur de cet ouvrage est qualifié de Tour-
ncsien (Tournaisien) au frontispice.
DESORMERY ( Léopold-Bastien ), né en
1740 à Bayon', en Lorraine, a fait ses études
musicales à la Primatiale de Nancy. Venu à
Paris vers 1765, il fit exécuter plusieurs motets
au Concert spirituel. Son opéra A'Enihym et
Lyris fut représenté à l'Académie royale, en
1776, et eut vingt-deux représentations. Myrlit
et Lycoris, qui fut joué à la cour en 1777, passa
ensuite au théâtre de l'Opéra, où il obtint assez
de succès pour avoir soixante-trois représenta-
tions consécutives, ce qui était sans exemple
jusqu'alors. Dcsormery avait composé la musi-
que de plusieurs autres opéras , mais il ne put
parvenir à les faire jouer, et, dégoûté par les obs-
tacles qu'il rencontrait, il renonça à la carrière
dramatique et se livra à l'enseignement. Cepen-
dant , à l'âge de soixante-huit ans , il reprit cbu-
rage, et composa la musique d'un ouvrage qui
avait pour litre : les Montagnards. Celui-là
ne fut pas plus heureux que les autres et resta
dans son portefeuille. Desormery s'est retiré
dans les environs de Beauvais. Il est mort
en lsio.
DESORMERY (Jean-Baptiste), fils du
précédent, né à Nancy en 1772 , fut un pianiste
habile. 11 était élève de son père pour la musique
et de Hulmandel pour le piano. On a de lui :
1° Sonates pour piano seul, œuvres 1,2,7, 14, 16.
— 2° Sonates avec accompagnement, œuvres 5,
6, 9 et 15. — 3° Sonate à quatre mains, op. 11.
— 4° Airs variés et fantaisies. En 1S31 ilapublié
son œuvre 19 e , consistant en 24 études pour le
piano, dans les 24 tons.
DESPÉRAMONS (François -Noël), né
à Toulouse, le 26 novembre 1783, vint à Paris
à l'âge de quatorze ans , et entra au Conserva-
toire de musique, en qualité d'élève violoniste. Il
quitta ensuite l'instrument qu'il avait adopte
pour se livrera l'étude du chant, sous la direc-
tion de Persuis. A l époque de la mue il fut
obligé d'interrompre son travail; mais, ayant
recouvré la voix , il continua ses études dans la
classe de chant de Garât. En 1804 il débuta à
l'Opéra, dans le rôle de Panurge, et renonça à
ce théâtre après quelques représentations. Rentré
au Conservatoire pour la troisième fois, il y
remporta le premier prix de chant qui fut dé-
cerné en 1805. L'année suivante il débuta à l'O-
péra-Comique dans l'emploi de Martin ;mais nul
ne pouvait alors soutenir la comparaison avec ce
chanteur, dont la voix était dans toute sa beauté.
Despéramons fut donc obligé de se borner à jouer
dans les grandes villes de province. Il s'est fixé à
Bordeaux comme professeur de chant. Il a chanté
pendant plusieurs années dans les concerts pu-^
blics et y a obtenu beaucoup de succès. Sa
voix était mauvaise , mais il était doué d'une
chaleur entraînante. Jamais le beau duo de Don
Juan, Fuggi, fuggi , crudel, n'a été aussi bien
chanté que par lui et par madame Barbier-Val-
bonne. Despéramons a publié plusieurs romances
de sa composition , à Paris , chez les frères,
r,
DESPÉRAMONS — DESPREZ
Gaveaux. Cet artiste s'est relire à Toulouse vers
1830, et y a été nommé professeur de chant du
conservatoire.
DESPINEY (Félix), docteur en médecine de
la faculté de Paris «4 professeur de l'École pra-
tique, est né en t797,'lans le midi «le la France.
On a de lui des Mélanges physiologiques ( Lyon,
Manuel, 1822,in-8°), dans lesquels se trouve
l'exposition d'un système particulier du méca-
nisme de la voix humaine. H a aussi publié :
Physiologie de la voix et du chant; Bourg,
1841, in-8°.
DESPLAIMES (Jean-Antoine PI ANI, dit),
habile violoniste, né à Naples vers la fin du dix-
septième siècle, vint en France en 1704 et s'alta-
cha au comte de Toulouse. Iî fut le maître de Se-
naillé. On a de lui un œuvre de sonates pour le
violon, quia été gravé à Paris. J'ai lu quelque
part que Desplanes, étant retourné en Italie et
s'étant fixé à Venise, y fut accusé d'avoir fait
de fausses signatures, et fut condamné à avoir le
poing coupé.
DESPOIXS (Antoine), luthier de Paris, vi-
vait au temps de Henri IV et de Louis XIII. Ses
violons, qui sont devenus fort rares, ont été es-
timés et recherchés.
DESPRÉAUX (Claudk-Jean-François), fils
d'un hautboïste de l'Opéra, qui se relira en 1767,
entra en qualité de violoniste au même spec-
tacle en 1759, devint chef des premiers violons
en 1771, et se retira en 1782. Ayant été juré du
tribunal révolutionnaire, il se tua le 24 thermi-
dor, après la révolution qui fit cesser le régime
de la Teneur. Il a publié quelques œuvres de so-
nates pour le violon et le clavecin.
DESPRÉAUX (Louis-Félix), frère puîné
de Claude- Jean-François, naquit à Paris le
17 avril 1746. Il se livra de bonne beure à l'é-
tude de la musique, t fut placé par son père,
en 1767, en qualité de quinte ou alto, à l'orchestre
de l'Opéra. L'année suivante il entra au Concert
spirituel. Nommé accompagnateur de l'École
royale «léchant, en 1771, il en remplit les fonctions
jusqu'à la suppression de cette école. En 1775
il avait quitté l'Opéra. À la formation du Con-
servatoire de musique il fut un des professeurs
de cette école; mais, à l'époque de la réforme qui
fut faite en l'an x (1802) dans cet établissement, il
perdit sa place comme beaucoup d'autres profes-
seurs. Il est mort à Paris en 1813. Despréaux
était claveciniste assez habile et surtout bon pro-
fesseur, llapublié plusieurs œuvres pour lepiano,
tels quedes sonates, des préludes et exercices, trois
pots- pourris, un recueil intitulé : Les genres de
musique des différents peuples, la Bataille
de Fleurit s, des airs variés, et un Cour d'édu-
cation pour le piano, en cinq parties : ce der-
nier ouvrage a eu du succès. On a aussi de lui des
Cartes musicales pour apprendre la musique
aux enfants, Paris, Janet et Cotelle.
Un frère cadet de Louis-Félix Despréaux,
nommé Jean- Etienne, a publié, en isi7, un ta-
bleau des mouvements de la musique, sous le
nom de Chronomètre musical établi sur les
bases du pendule astronomique. Il était né
le 31 août 1748, et était entré à l'Opéra, comme
danseur, en 1766. Retiré en 1781, il ne rentra à
ce spectacle qu'en 1792, en qualité de Directeur
de la scène ; mais , peu de temps après, les ad-
ministrateurs Célérier et Francœur ayant été ac-
cusés de malversation et arrêtés, Despréaux
cessa ses fonctions. En 1807 il fut nommé ins-
pecteur du même théâtre et de ceux de la court
A la même époque il était professeur de danse
et de maintien théâtral au Conservatoire de mu-
sique. Il est mort le 26 mars 1820.- Despréaux,
homme d'esprit et de manières distinguées, culti-
vait la poésie et (it représenter beaucoup de pa-
rodies et de vaudevilles de sa composition. II
avait épousé la célèbre danseuse Guiinard, qui
était née le 27 décembre 1743, et qui mourut
en 1810.
DESPRÉAUX (Guillaume ROSS), com-
positeur de musique, né à Clcrmont (Puy-de-
Dôme) en 1803, fut admis comme élève an Con-
servatoire de Paris, et reçut des leçons décom-
position de l'auteur de celle notice et de
Berton. Ayant été reçu comme acteur, en
1824, au Gymnase dramatique, il resta attaché à
ce théâtre jusqu'en 1828. L'année précédente le
second grand prix de «'omposilion musicale lui
avait élé décerné au concours «le l'Institut. Le
sujet du concours était la cantate d'Orphée. En
1823 M. Despréaux obtint le premier prix, et sa
cantate fut exéentée à la séance publique de l'Ins-
titut. Peu de temps après il partit pour Rome,
«Poii il envoya en 18:so un Requiem et un Dies
irx. Dans la même année il écrivit de Naples
une lettre spirituelle sur l'état de la musique dans
cette ville, qui fut insérée dans le septième vo-
lume de la Revue Musicale (p. 169 et suiv.), et
qui produisit une assez vive sensation. De retour
à Paris, Despréaux y a fait représenter à l'O-
péra-Comique, le 23 janvier 1833, un petit opéra
intitulé le Souper du Mari. Il a écrit depuis lors
plusieurs ouvrages qui n'ont point été joués.
DESPRÉS ou DESPREZ (Josquin). Voy.
Depkès.
DESPREZ (Jean-Baptiste), violoniste, né à
Versailles en 1771, eut pour maître de musique
Richer, son concitoyen. Il a publié : Six duo>
dialogues pour deux violons, op. 1, Paris,179*
DESPREZ — DESSAUER
On a aussi de cet artiste des Principes élémen-
taires de musique; Paris (sans date), in-8°.
DESQUESNES (Jean), ou d'ESQUE-
IVES (1), musicien belge, vécut vers la fin
du seizième siècle. 11 naquit vraisemblablement
à Mons ou à Saint-Ghilain, petite ville du Hai-
naut , où plusieurs familles de ce nom existaient.
Cet artiste n'est connu que par un recueil de
compositions intitulé : Madrigali di Giov. Des-
quesnes, il primo libroa chique voci ; Anversa,
1591, in-4° obi. Le prénom italianise et le genre
<le la musique semblent indiquer que le com-
positeur a vécu en Italie. Cependant, si c'est
de lui qu'il est question dans un compte de la
maison de l'archiduc Ernest, gouverneur des
Pays-Bas, en 1630, cité à l'article Dequesne
( Voij. ce nom ), il était revenu dans sa patrie à
cette époque et devait être d'un âge avancé, puis-
qu'un de ses ouvrages avait été publié près de
quarante ans auparavant.
DESQUESNES (Nicolas), vraisemblable-
ment parent du précédent et son contemporain,
fut bachelier en théologie et pasteur de Sebourcq
(dép. du Nord), près de Valenciennes, pendant
quarante ans. Il y mourut en 1633. Un histo-
rien contemporain (2) a dit de lui : « Ce dit
« pasteur de Sebourcq a laissé grands volumes
« musicales à ladite église, contenans diverses
« messes, antiennes, hymnes et oraisons en mu-
et sique, en ayant aussi laissé en plusieurs en-
« droits de ces provinces. Entr'aulres lorsqu'on
« se mouroit de la peste à Valentiennes, qui fut
« l'an 1627, il présenta un hymne ou oraison en
« cinq parties à Messieurs du Magistrat dudit
« Valentiennes laquelle commençoit :
« Hoc est prxclarum > ç.{c. » Le même écrivain
dit que le roi d'Espagne, Philippe III, lui lit
faire des propositions pour aller remplir la
place de maître de chapelle à sa cour, mais que
Desquesnes s'en excusa prudemment au con-
sentement de Sa Majesté. On n'a rien retrouvé
jusqu'à ce jour des ouvrages de ce prêtre.
DESSALLE-RÉGIS (...), littérateur et
critique , né à Montpellier, au commencement
de ce siècle, a publié une brochure qui a pour
litre : De lamusique danslemidi delaFrance;
Montpellier, Castel, 1839, in-8°de 64 pages. On
connaît aussi de lui : Feuilles de province. Lit-
il) Suivant le catalogue de la librairie musicale de Bal-
tliazar Bellere, cité par M. E. de Coussemaker (Notice
sur les collections musicales de la bibliothèque de
Cambrai, p. 1S2 ).
!2! histoire de la terre et comté de Sebourcq, par
Pierre Lebnucq [Valenciennes et Bruxelles, 1645, in-4°),
ouvrage cité par M. E. de Coussemaker (Notice sur les
collections musicales de la bibliothèque de Cambrai,
aages 17 et 161).
térature, mvsiquc;Parte, imprimerie de Gros,
1840, in-8° de 128 pages. Ce dernier ouvrage
esteomposé d'articles fournis par l'auteur à divers
journaux.
DESSANE (Louis), né à Paris vers 1802,
a fait ses études élémentaires de musique an
Conservatoire de cette ville. Son premier instru-
ment fut le violon, mais plus tard il se livra à
l'étude du mélophone , instrument à anches
libres dans une forme assez analogue à celle
de la guitare, avec un clavier mobile sur la
touche. Le vent était fourni par un soufflet que
la main droite faisait mouvoir, tandis que la
gauche formait des chants, des harmonies et des
arpèges sur le clavier du manche. Dessanne ac-
quit en peu de temps une grande habileté sur
cet instrument, et le fit entendre avec beaucoup
de succès à l'exposition de l'industrie en 1838. La
sensation qu'il y produisit fitimaginer d'employer
le mélophone pour des effets particuliers dans l'or-
chestre de l'Opéra. Dessane y fut attaché pendant
deux ans; mais l'usage du mélophone y était
trop borné ; il ne répondit pas à ce qu'on en atten-
dait : l'administration du théâtre y renonça, et
Dessane partit pour l'Allemagne, dans le dessein
d'y donner des concerts pour son instrument.
En 1844 il se lit entendre à Darmsladt, puis à
Francfort, et dans la même année il établit à
Nuremberg une fabrique de mélophones ; mais
cette entreprise ne réussit pas, parce que l'ins-
trument est imparfait, ses soupapes fonctionnant
mal, et parce que son doigté est difficile. Les
renseignements manquent sur la suite de la car-
rière de Dessane.
DESSAUER (Joseph), compositeur, né à
Prague, le 28 mai 1794, de parents aisés qui lui
firent donner une brillante éducation, fut destiné
au commerce dès son enfance. Tomaschek en
fit un pianiste habile, et Frédéric-Denis Weber,
directeur du Conservatoire de Prague, lui donna
des leçons d'harmonie. Quelques compositions
estimables qu'il fit paraître dans sa jeunesse
prouvèrent ses heureuses dispositions; mais,
détourné de la pratique de la musique par les
| affaires, il négligea cet art pendant plusieurs
I années. Un voyage qu'il fit à Naples, en 1821,
pour des spéculations de commerce, lui ayant
fourni l'occasion de faire admirer ses talents de
pianiste et de compositeur, lui fit comprendre
qu'il n'avait pas suivi sa véritable vocation. De
retour dans sa patrie, il prit la résolution de
cultiver avec plus d'activité les heureux dons
qu'il avait reçus de la nature pour la musique,
et il écrivit beaucoup de chants à une ou plu-
sieurs voix, des morceaux de piano, des qua-
' tuors et des ouvertures pour, l'orcuestce. Dau*
s
DESSAUER — DESTOUCHES
un autre voyage qu'il fit à Milan, dix ans plus
tard, il écrivit plusieurs ouvrages de musique
instrumentale et vocale, et commença un opéra
qui est resté inachevé jusqu'à ce jour. Dans les
années 1832 et 1833 il a visité l'Angleterre et
la France. Pendant un séjour de dix-nuit mois
à Paris, il y lit entendre souvent avec succès
dans les salons ses chansons allemandes. Il avait
le dessein d'écrire un opéra français; mais, après
mille démarches inutiles pour obtenir un livret,
il dut y renoncer, et, lorsqu'il s'éloigna de Paris,
il était tombé dans le découragement. Il s'est
ensuite fixé à Prague, y consacrant à la musi-
que tous les moments qu'il pouvait dérober aux
affaires. On a publié de M. Dessaiier : 1° Ri-
membranze di Napoli, composiziane per il
piano-forte sopra motivi originali napole-
tani, op. 1 et 2; Vienne, Leidesdorf. — 2° Ca-
priccio sopra alcuni motivi delV opéra
ISorma; Milan, Ricordi. — 3° Six Canzoni ita-
liennes et allemandes, avec accompagnement de
piano; Vienne, Mechetti. — 4° Six Chansons alle-
mandes avec piano, op. G ; Vienne, Arlaria. —
5° Trois Lieder avec piano, op. 6 ; Vienne, Dia-
belli; d'autres recueils de chants, œuvres 14, 45,
46, 47, et un nombre considérable de Lieder
détachés. C'est dans ces Lieder qu'est le génie de
Dessaiier, génie original et aussi fin que pas-
sionné. Le Wassermann (l'Homme de l'eau),
le Flot et V Enfant, les Deux Cercueils, la
Marguerite, V Asile, tous les chants des œuvres
5, 6, 14, 45, la Rêverie de nuit, et tant
d'autres qu'il faudrait citer, n'ont pas moins de
poésie que les mélodies de Schubert. Dessaiier a
tait aussi représenter à Dresde l'opéra comique
Ein liesuck m Saint-Cyr (une Visite à Saint-
Cyr), en 1838, et Lidwinna, à Prague, deux ans
auparavant.
DESSIRIER (Hippolyte), né à Besançon,
professeur de musique, a fait ses études musi-
cales sous la direction de Travisini , maître de
chapelle dans cette ville. Il est auteur d'une Mé-
thode élémentaire de musique.
DESTOUCHES (André-Cardinal), com-
positeur dramatique, né à Paris en 1672, fut
d'abord mousquetaire et simple amateur de mu-
sique. Dans sa jeunesse il fit le voyage de Siam
avec le P. Tachard, jésuite, à qui il promit d'entrer
dans la compagnie de Jésus; mais de retour en
Europe il oublia sa promesse et préféra la car-
rière des armes, que son humeur inconstante lui
fit bientôt abandonner pour se livrer à l'élude
de la musique. Lorsqu'il composa son premier
opéra {Issé), son instruction dans cet art était
si peu avancée qu'il fut obligé d'avoir recours
à un autre musicien pour écrire sa partition.
Cependant il avait des idées naturelles qui firent
le succès de cet ouvrage, dont la première re-
présentation eut lieu à Trianon , le 17 décembre
1697. Plus tard Destouches comprit la né-
cessité d'apprendre ce qu'on appelait alors la
basse continue ,• mais, devenu plus habile , il fut
moins heureux dans ses inspirations. Il fut su-
rintendant de la musique du roi et inspecteur
général de l'Opéra, depuis 1713 jusqu'en 1751.
Son opéra d'I&sefut suivi d'Amadis de Grèce, en
1G99; de Marthésia , dans la même année;
d'Omphale , en 1701 ; du Carnaval et la Fo-
lie, en 1704. En 1712 il donna Callirhoê , en
1714 Télémaque , en 1718 Sémiramis , en
1725 les Éléments, en société avec Lalande, et
enfin, en 1726, les Stratagèmes de l'Amour.
Louis XIV fut si satisfait d'/ssd qu'il fit donner
à l'auteur une gratification de deux cents louis,
et déclara que Destouches était le seul qui ne
lui eut point fait regretter Lulli. Toutefois il
parait que sa musique ne plut pas à tout le
monde, car on fit contre son opéra de Callirhoê
ce couplet satirique :
Roy sifflé,
Pour l'Être encore
Fait éclore
Sa Callirhoê ;
Et Dcslouches
Met sur ses vers
Une couche
D'insipides airs.
Sa musique
Quoiqu'étique
Flatte et pique
Le goût des badauds.
Heureux travaux I
L'ignorance
Récompense
Deux nigauds.
Destouches est mort à Paris, en 1749, à l'âge
de 77 ans.
DESTOUCHES (François), compositeur,
né à Munich le 14 octobre 1774 , prit des leçons
de musique et d^iarmonie de Théodore Griïn-
berger, moine augustin, et fit des progrès re-
marquables dans ces sciences. Son père, qui était
conseiller de la chambre fiscale de la cour de
l'électeur, l'envoya à Vienne, en 1787, pour y
étudier la composition sous la direction de Jo-
seph Haydn. Il resta dans cette ville jusqu'en
1791 et retourna ensuite dans sa patrie. Bientôt
après il y mit en musique l'opéra-comique in-
titulé Die Thomas Nachl (la Nuit de Thomas),
qui fut représenté sur le théâtre national et sur
celui de la cour en 1792. 11 partit ensuile pour la
Suisse et l'Autriche, et donna des concerts dans
plusieurs villes. Arrivé à Erlangen, il s'y arrêta et
y exerça les fonctions de directeur de musique
1 pendant deux ans. En 1799 il passa au service
DESTOUCHKS — DEVIENNE
du duc de Saxe-Weimar, revint à Munich en
1810, et fut enlin placé comme professeur d'har-
monie à l'université de Landshut, où il était en-
core en 181G. Outre plusieurs messes de sa
composition, qui sont connues avantageusement
en Allemagne, il a mis en musique, à Weimar,
l'opéra intitulé Missverstxndniss(\at Rupture),
qui eut beaucoup de succès dans la nouveauté.
Il a composé pour le même théâtre les chœurs
du drame Die Hussiten von Naumburg (les
Hussites de Naumbourg), ainsi que les ouvertures
des pièces de Schiller, la Fiancée de Messine,
la Pucelle d'Orléans, Guillaume Tell et
Wallerstein. Il est aussi l'auteur des chœurs de
Wanda, tragédie de Werner. On a gravé à Augs-
bourg, chez Gombart, et à OITenbach, chez
André, plusieurs de ses concertos pour divers
instruments , des sonates de piano , des varia-
tions et autres compositions instrumentales.
Parmi ces productions on remarque : 1° Trois
Sonates pour le piano , op. 1 ; Offenbach, 1792,
— 2° Fantaisie pour le piano, op. 10; Augs-
bourg, 1799. — 3° Marche avec 10 variations,
op. 8. —4° Ariette avec 9 variations, n° 2;
Heilbronn, 1798. —5° Ariette avec 9 variations,
n° 3. — 6° Sonates pour piano, violon et vio-
loncelle, op. il; Augsbourg. — 7° Concerto
(en sol) pour piano et orchestre; Augsbourg,
Gombart. Destouches est mort à Munich au mois
de décembre 1844.
DEURING (Benoit), moine allemand, né en
Bavière, vivait vers le milieu du dix-huitième siè-
cle. Il a publié douze motets de sa composition, sous
letitredc Conceplusmusicij Augsbourg, 1730,
in fol.
DEUZIIXGER (J.-F.-P.). On a sous ce
nom un traité d'accompagnement de l'orgue et
du clavecin intitulé : Compendium musicum,
oder Fundamenta partiturx, dass ist : Unter-
richt fur die Orgel und das Klavier, en deux
parties; Augsbourg, Lotler, 1788.
DEUTSCIIMANN (Jacques), facteur d'or-
gues distingué, à Vienne, a eu une part, consi-
dérable dans les perfectionnements des orgues à
anches libres, appelés Physarmanica en Alle-
magne , et Harmonium en France. Dans une
exposition publique d'instruments de musique
qui fut faite dans la capitale de l'Autriche, en
1839, il plaça un grand instrument de ce genre,
compos de trois registres. Le rapport des mem-
bres du Jury, MM. Bocklet, Antoine de Halm
et Fischof, constata en particulier que le sys-
tème du soufflet était nouveau , qu'il produisait
sans secousse le son, et qu'il le prolongeait long-
temps sans être renouvelé par le mouvement de
la pédale. En 1845 une médaille d'or fut dé-
cernée à Deutschmann pour de nouveaux per-
fectionnements faits aux instruments de ce genre
qu'il avait mis à l'exposition de celte année, à
Vienne. Cet artiste esl mort dans la même ville,
en 1853.
DEVASINI (....), compositeur de l'époque
actuelle, a fait ses études musicales au Conserva-
toire de Milan , où il se trouvait encore en 1842.
Il y fit représenter par ses condisciples, en 18il,
Francesca rfiJRimmi, drame musical, etdans l'an-
née suivante Un Giorno di nozze , opéra bouffe.
Cet artiste a écrit aussi de la musique instru-
mentale , parmi laquelle on remarque un Sestetto
pour flûte, hautbois , 2 clarinettes, cor et basson
concertants.
DEVERGIE (L'abbé), ecclésiastique à
Beauvais,est auteur d'une Méthode de Plain-
Chant ; Beau vais, Bocquillon-Porquier, 1840,
in-8°de 168 pages.
DEVICQ (Éloy), d'une famille distinguée
de l'ancien parlement de Flandres, naquit à
Douai vers 1778. Dans les troubles révolution-
naires de 1792, ses parents sortirent de France
et cherchèrent un asile à Hambourg. Privés de
leur fortune par l'émigration, ils trouvèrent
heureusement une ressource dans le talent mu-
sical de leur fils, qui, ayant étudié la musique
et le violon avec ardeur, dès son enfance, put,
à peine âgé de quinze ans, donner des leçons et
entrer comme violoniste à l'orchestre du théâtre
de Hambourg. Quelque temps après il partit pour
la Russie, vécut plusieurs années à Saint-Péters-
bourg et à Moscou, et perfectionna son talent
par ses liaisons avec Rode, Baillot et le célèbre
violoncelliste Lamare. De retour en France vers
1809 , M. Éloy Devicq se maria à Abbeville et s'y
établit, ne cultivant plus la musique que comme
amateur, mais y puisant ses jouissances les plus
vives. Sa manière grande et classique déjouer le
violon, et le profond sentiment musical dont il
était pénétré , ont fait longtemps le charme de
ceux qui l'onl entendu. C'est à ce pur amour de
l'art dont il était toujours animé qu'Abbeville
doit l'institution d'une école publique de mu-
sique qui a formé de bons élèves et propagé
le goût de cet art. M. Éloy Devicq a publié :
Air russe varié pour violon principal, avec
violon, alto cl violoncelle ou piano; Paris,
Pacini. Il est mort à Abbeville en 1.847.
DEVIENNE (François), né à Join ville
(Haute-Marne) en 1759, fut élevé par son frère,
musicien au service du prince de Deux-Ponts.
Dès son enfance il annonça les plus heureuses
dispositions pour la musique; à peine âgé de dix
ans il composa une messe avec accompagne-
ment d'instruments à vent, qui fut exécutée par
10
DEVIENNE
les musiciens du régiment où il élait déjà en-
gagé comme flûte. Ses études musicales termi-
nées, il s'attacha au cardinal de Rohan, et passa
ensuite dans la musique des Gardes-Suisses,
qu'il quitta pour entrer, en 1788, dans l'orches-
tre du théâtre de Monsieur; en qualité de basso-
niste. Également distingué par son talent sur la
Hâte et sur le basson, Devienne avait une con-
naissance générale de tous les autres instruments,
et savait en tirer des effets inconnus en France
avant lui. Né avec du talent pour la composi-
tion, il créa un nouveau genre de musique pour
les instruments à vent , encouragea les artistes
à perfectionner leur exécution , et contribua
par là à l'amélioration des orchestres français.
Non moins recommandable comme compositeur
dramatique, il a laissé quelques opéras qui pour-
raient être encore entendus avec plaisir, et qui
se. font remarquer par la fraîcheur des idées et
l'élégance de l'instrumentation. L'un de ses ou-
vrages, connu sous le titre les Visitandines, fut
joué longtemps avec succès.
Les productions de Devienne sont en si grand
nombre qu'on ne comprendrait qu'à peine sa
fécondité, si l'on ne savait que, nonobstant tous
les devoirs que lui imposaient ses places et les
leçons qu'il donnait, il travaillait ordinairement
huit heures chaque jour. Cet excès de travail
linit par altérer ses facultés; sa tête se dérangea,
ut Ton fut obligé de l'enfermer à Charenton, où
il mourut le 5 septembre 1803. Il avait été
professeur au Conservatoire de musique, et fut
compris dans la réforme générale de 1802.
Voici la liste de ses productions : I. Opéras :
1° Encore des Savoyards , opéra-comique en un
acte, au théâtre de Monsieur, en 1789. — 2° Le
Mariage clandestin, en un acte, au théâtre Mon-
tansier, 1791. — 3° Les Quiproquos espagnols,
au théâtre Feydeau, 1792. — 4° Les Visitandines,
en deux actes, au théâtre Feydeau , 1792. Un
troisième acte fut ajouté à cet opéra en 1793; puis
la pièce fut remise en deux actes, en 1795. Re-
fusée maladroitement au théâtre Favart, cette
pièce fut jouée avec un succès d'enthousiasme au
théâtre Feydeau, etcontinua dejouir de la faveur
publique jusqu'à la Restauration. Plus tard elle
fut arrangée sous le titre du Pensionnat de
Jeunes Demoiselles pour être jouée à l'Opéra-
Comique, et sous celui des Français au Sérail,
au théâtre de l'Odéon. Depuis la révolution de
juillet 1830 elle a repris son premier titre. —
5° RoseetAurèle, en un acte, au théâtre Feydeau,
1703. — 6° Agnès et Félix, ou les deux Es-
piègles, en deux actes, 1794. — 7° Valecour,
ou un tour de page, en un acte, 1797. —
8° Les Comédiens Ambulants, en trois actes,
1798. — 9° Le Valet des deux maîtres, en
deux actes, 1799. Devienne a été collaborateur,
pour la musique, du Congrès des Rois, opéra
révolutionnaire joué au théâtre Favart en 1793.
— II. Pièces détachées : 10° Romances
d'Estelle, avec accompagnement de piano et
flûte; Paris, Naderman. — 11° Romances de
Gonzalve de Cordoue, avec accompagnement
de piano et flûte ou violon ,op. 53, Paris, 1795.
— 12° Romances patriotiques ; Paris, Ozy. —
13° Chansons républicaines, à l'usage des
fêtes nationales; ibid. — 14° Première li-
vraison de six romances , paroles de Labiée, ■
avec accompagnement de piano et harpe. —
III. Ouvertures et symphonies : 15° Symphonie
concertante pour cor et basson, n° 1; Paris,
1792. — 16° Symphonie concertante pour haut-
bois ou clarinette et hasson, n° 2; ibid., 1793.
— 17° Symphonie concertante pour flûte, clari-
nette et basson; ibid. — 18° Symphonie concer-
tante pour flûte, hautbois, cor et basson, avec or-
chestre, n°4 ; ibid., 1794; production excellente en
son genre, et qui a obtenu le plus grand succès. —
19° Symphonie concertante pour deux clarinettes
et orchestre , op. 25; ibid. — 20° La Bataille de
Jemmapes, pour vingt instruments; ibid.,
1796. — 21° Ouvertures pour instruments à
vent, à l'usage des fêtes nationales, n" s 1, 2, 3,
4,5, 6 et 7; Paris, Ozy. — 22° Symphonie
concertante pour deux (lûtes et orchestre; ibid. —
23° Deuxième symphonie concertante pour flûte,
hautbois, cor et basson ; Paris, 1800. — IV. Con-
certos : 24° Concertino d'airs variés pour la
flûte, n° 1 ; ibid. — 25° Concertos pour (îùle et
orchestre, n os l, en ré; 2, en ré; 3, en sol; 4,
en sol; 5, en sol; 0, en ré; 7, en mi mineur;
8, ensol; 9, en mi mineur; 10, en ré; 11, en
si mineur; 12, en la; Paris, Imhault et Sieber;.
— n° 13, posthume, en. soZ; Orléans, Demar. ■ —
26° Concertos pour basson et orchestre, n° l,en
ut, Imhault ; n°2, Naderman ; n° 3, en fa; n° 4,
en ut; Paris, Sieber. — V. Quatuors : 27° Qua-
tuors pour flûte, violon, alto et basse, op. 1,3,
Paris, Le Duc; op. 16, liv. 1 et 2 , Paris, Sie-
ber; op. 62, Offenbach, André; op. 66, liv. 1 et
2, Paris, Imbault; op. 67, ibid., formant en-
semble trenie-six quatours. — 28° Trois quatuors
pour clarinette, violon, alto et basse, op. 73;.
Paris, Érard. — 29° Trois quatuors pour basson,
violon , alto et basse, op. 75 ; ibid. — VI. Trios :
30° Six trios pour flûte, alto et basse, liv. 1 et
2; Paris, Sieber. — 31° Six trios pour flûte,
violon et basse, op. 18; Paris, Imbault. — 32°
Six idem, op. 66; Paris, Gaveaux. — 33° Six
trios pour deux flûtes et basse, op. 19-; Paris,
Sieber. — 34° Six trios pour deux flûtes et bas-
DEVIENNE — DEVISME DU VALGAV
11
non , op. 77; ibiil. — 35° Six trios pour fliïte,
clarinette et basson, op. 6t, liv. 1 et 2 ; Offen-
bach, André. — 36° Six trios pour trois flûtes,
liv. l et 2 ; Paris, Imbatilt. — 37° Six trios pour
deux clarinettes et basson, op. 27; Paris, Sieber.
— 38° Trois trios pour deux clarinettes et basson,
op. 75; ibid. — 39° Trois idem, livre troisième;
Paris , Sieber. — 40° Six trios pour basson , vio-
lon et basse, op. 17; Paris, Imbault. — VII.
Duos : 4t°Cent cinquante-huit duos pour divers
instruments , œuvres 2, 5, 6, 7, 8, 15, 20, 21,
53, 64, 05, 08, 09, 70, 78, 79, 81 , 84; Paris,
Londres, Offenbacli, Berlin, 1788-1801. — VIII.
Sonates : 42° Six sonates pour piano, flûte et
basse, op. 22 et 23; Paris, Naderman. —
43° Six sonates pour basson , avec accompagne-
ment de basse, op. 24 ; Paris , Sieber. — 44° Six
sonates pour clarinette, avec accompagnement
de basse, op. 28 ; ibid. — 45° Six sonates pour
Urtte, avec accompagnement de basse, op. 14;
Orléans, Demar. — 46° Six idem , op. 58. —
47° Six idem, op. 68; Paris, Sieber. —48° Six
idem, liv. 4; Paris, Imbault. — 49° Six idem,
cinquième livre; Paris, Pleyel. — 50° Six idem,
liv. 0; Paris, Frey. — 51° Six idem, liv. 7;
Paris, Sieber. — 52° Six idem, liv. 8; ibid. —
53° Douze sonates pour bautbois, avec accom-
pagnement de basse, op. 70 et 71; Paris, Le
Duc. — IX. Harmonie : 54° Douze suites d'har-
monies à huit et douze parties; Paris, 1798-1801.
— X. 55° Méthode de flûte théorique et pra-
tique , contenant tous tes principes , des pe-
tits duos et sonates faciles; Paris, Imbault,
1795. Cet ouvrage estimé a été reproduit dans
plusieurs éditions.
DEVISME DU VALGAY ( Anne-Pierre-
Jacques), né à Paris en 1745, entra dans les
fermes, où il parvint à l'emploi de sons-directeur.
Dans sa jeunesse il se livra à l'étude delà mu-
sique, et publia un Abrégé des règles de la com-
position et de l'accompagnement , dédié à la
reine; Paris , 17G7, in-4°. La protection du valet
de chambre de la reine lui fit obtenir, en 1777,
l'entreprise de l'Opéra de Paris. Le privilège lui
lut accordé pour douze ans, moyennant un cau-
tionnement de cinq cent mille francs, dont la
ville devait lui payer l'intérêt, outre un subside
de quatre- vingt mille francs qu'il devait recevoir.
Deux règlements du 27 février et du 22 mars
1778 établirent les droits de l'entrepreneur et de
ses subordonnés; le premier avril suivant, De-
visme prit possession de son entreprise. A celte
époque les amateurs de l'Opéra étaient divisés
en quatre partis, dont les goûts et les préventions
étaient différents. Le premier de ces partis , com-
posé des Lnllistes ou amateurs de l'ancienne mu-
sique française, était le plus faible; le second ,
plus vigoureux, était formé par les défenseurs
de Rameau; les troisième et quatrième, où
étaient enrôlés les admirateurs enthousiastes de
la musique nouvelle, dédaignaient de combattre
les préjugés des partisans de Lulli ou l'entête-
ment des Ramistcs, et, se plaçant les uns sous
la bannière de Gluck, les autres sous celle de
Piccinni, se faisaient une guerre aussi vive que
s'il se fût agi des intérêts les plus graves. Ces
circonstances étaient favorables au nouveau di-
recteur : il sut en profiter et déploya une acti-
vité prodigieuse. Voulant que le public pût juger
des diverses transformations qui s'étaient opé-
rées en France dans la musique théâtrale, iï
donna dans une seule année Thésée, de Lulli;
Castor et Pollux, Pygmalion, de Rameau;
Ernelinde , de Philidor; Armide, Iphigénie ,
Orphée de Gluck; Roland, de Piccinni, et fit
composer par Grétry une pièce intilulée les Trois
Ages de l'Opéra. Outre cela il rappela les bouf-
fons italiens, et leur fit jouer, alternativement
avec l'Opéra français, les meilleurs ouvrages
d'Anfossi, de Piccinni et de Paisiello. Mais tant
de nouveautés avaient coûté des frais énormes ,
et, malgré l'al'llnence du public , la recette ne
couvrait pas la dépense. Devisme recevait les
félicitations de quelques amateurs zélés, mais il
se ruinait. D'ailleurs ses réformes et sa ma-
nière nouvelle d'administrer l'Opéra avaient
froissé des intérêts particuliers et lui avaient
fait des ennemis : ils l'accablaient de sarcasmes et
de dégoûts. Nonobstant ses talents et sa fermeté,
il ne put parvenir à déraciner les abus d'une ad-
ministration vicieuse. Malgré la protection de la
reine, Devisme ne put résister aux haines, aux ca-
bales et aux tracasseries de tout genre auxquelles
il était en butte; il offrit la résiliation de son
bail, et elle fut acceptée le 1 er avril 1779; mais
il conserva la direction jusqu'au mois de mars
de l'année suivante, pour le compte delà ville.
A la clôture de l'année théâtrale de 1780, Ber-
ton prit la direction de l'Opéra pour le compte
du roi, et Devisme reçut le brevet d'une pen-
sion de neuf mille francs avec une indemnité de
vingt-quatre mille francs, faible dédommagement
des pertes qu'il avait essuyées.
Le 20 fructidor an vu ( 12 septembre 1799 )
Devisme fut nommé administrateur de l'Opéra,
conjointement avec Bonnet de Treiches , ex-lé-
gislateur, par un arrêté du Directoire. Le 13
mars 1800 le ministre de l'intérieur nomma
Devisme directeur de ce spectacle, et Bonnet
n'eut plus que le titre de conservateur du maté-
riel ; mais bientôt des soupçons circulèrent sur la
gestion du directeur ; ils parurent assez graves et
î:
DEVISME DU VALGAY — DEVRIENÏ
assez fondés pour que l'autorité le privât de son
emploi et le fit remplacer par Bonnet, qui eut le
titre de commissaire du gouvernement, le 23
décembre 1800. Un procès fâcheux fut intenté à
Devisme sur la partie contentieuse de son ad-
ministration; mais il s'en tira avec habileté. Il
publia à cette occasion un petit écrit de deux
feuilles in-8° d'impression, sous ce titre : Devis-
me du Vulgay à ses concitoyens sur son ad-
ministration du théâtre de la République et
des Arts. Il a aussi fait imprimer quelques autres
petites brochures sur le même sujet, mais je
n'en sais pas les titres.
Devisme résida encore quelque temps à Paris,
et y fit représenter quelques ouvrages drama-
tiques au théâtre Montansier et à l'Opéra-Co-
mique, entre autres la Double Récompense ,
et Eugénie et Linval. En 1806 il publia à Paris,
en un volume in-8° , un livre intitulé : Pasi-
logie , ou de la musique considérée comme
langue universelle. Retiré dans la Normandie en
1810, Devisme est mort à Caudebec, vers le
milieu du mois de mai 1819, à l'âge de soixante-
quinze ans. Il avait annoncé des Mémoires sur
sa vie , mais cet ouvrage n'a pas paru.
DEVISME ( Jeanne -Hippolyte MOY-
ROUD), femmedu précédent, née à Lyon en 1765,
a composé la musique d'un opéra intitulé Praxi-
tèle, représenté en 1802 sur le théâtre de l'Opéra.
Cetiedame avait reçu des leçons de Steibelt pour
le piano , et jouait fort bien de cet instrument.
DEVOLDER (Pierre-Jean). Voyez Vol-
der ( Pierre-Jean de).
DE VOS ou plutôt DE VOS (Laurent),
frère du célèbre peintre Martin Devos , naquit
à Anvers, en 1533. Après avoir fait ses éludes
musicales à l'église Notre-Dame de cette ville et
avoir reçu les ordres de la prêtrise, il obtint la
place de maître des enfants de chœur de la cathé-
drale de Cambrai. M. Léon de Burbure n'a pas
trouvé dans les archives de l'église Notre-Dame
d'Anvers des traces de l'existence de ce musicien
dans le chœur de cette collégiale; il est donc vrai-
semblable que Laurent Devos. a occupé quelque
autre position dans une des églises de la Belgique
avant d'être appelé à Cambrai. Dans les troubles
de cette ville, l'archevêque ayant été obligé
d'en sortir, et d'Inchy, gouverneur, ayant ty-
rannisé les habitants, Devos eut la hardiesse de
composer un motet dont les paroles retraçaient
ces malheurs , et de le faire chanter en présence
de ce même gouverneur, ou prévôt. Cette im-
prudence fut cause de sa fin tragique. L'affaire
est rapportée en ces termes dans la Revue Cam-
bréslenne (année 1838, p. 81), d'après la
Chronique inédite de Jean Doudelet, clerc de
Notre- Dame- de-la- Chaussée, à Vulenciennes :
« Laurent Voscomposa un motet à grands chœurs
« de plusieurs versets de différents psaumes, qui
« étaient si artistement arrangés que toute l'his-
« toire des troubles de ce temps y était décrite :
« l'usurpation tyrannique de d'Inchy, la perfidie
« du prévôt et de sa cabale, l'ingratiluue, la
« révolte et la mort funeste de plusieurs bour-
« geois , l'éloignement et les malheurs de l'ar-
« chevêque , la vaine espérance des secours du
« duc d'Alençon, et le peu de durée de la gloire
« des méchants. Ce motet fut chanté après les
« vêpres un jour de fête solennelle. D'Inchy
« l'entendit : il entra dans une si terrible fureur
« qu'il ordonna que l'on saisît incontinent le
« maître de musique. On le conduisit en prison,
« et, sans autre forme de procès, d'Inchy, de
« son autorité privée, ordonna qu'on le pendît.
« On lui représenta vainement que l'usage de-
« mandait que l'on appelât le juge de l'Église,
« qu'il fallait faire la cérémonie de la dégrada-
« tion; rien ne put arrêter ni suspendre l'exé-
« cution d'une sentence contraire à toutes les
« règles (1). « Le chroniqueur ajoute que De-
vos (homme de grand renom au noble art de
musique) fut pendu, et étranglé sur le marché
dudit Cambray. Le chroniqueur place cette
catastrophe vers la fin de janvier 1580, époque où.
l'on attendait, en effet, le secours du duc d'A-
lençon, qui ne vint à la tête de ses troupes que
dans l'année suivante. Lacroix du Maine(Biblioth.
française) cite des motets et des chansons de De-
vos qui auraient été publiés, mais sans indication
précise de titre, de lieu et de date. Dans le nombre
immense de recueils du seizième siècle que j'ai
vus , je n'ai rien trouvé de ce musicien.
DEVRÉ (Marc), ou DE VRÉ, musicien
du seizième siècle, né à Dunkerque , fut nommé
maître de chapelle à Audenarde en 1590, et en
remplit les fonctions jusqu'à sa mort, en 1596.
Dans le trajet de Dunkerque à Audenarde il fut
fait prisonnier, avec sa femme et ses enfants, par
des soldats espagnols de l'armée du duc de
Parme. Les échevinsd'Audenarde furent obligés
d'intervenir pour lui faire obtenir sa liberté.
Devré a laissé en manuscrit une messe à quatre
voix et plusieurs motets. •
' DECRIENT (Edouard-Philippe), un des
meilleurs chanteurs de l'Opéra allemand , est né
à Berlin le il août 1801. Neveu du célèbre co-
médien Louis Devrient, il a hérité de ses talents
comme acteur. Après avoir eu dans son enfance
(l) M. E. de Cousscmaker, qui rapporte ce récit dans,
sa Notice sur les collections musicules de la bibliothèque,
de Cambrai (p. 12), a donné aussi , dans les pièces jus-
tificatives (p. 1S8), l'eitrait de la Chronique ongiRHie.
DEVR1ENT — DEZÈDE
13
une jolie voix do soprano, il acquit dans sa dix-
seplièrttë année un i>ary'ton grave dont le caractère
avait de l'analogie avec la véritable basse , mais
dont la qualité était médiocre. Vers cet âge il entra
dans l'école de Zelter et y apprit l'art du chant.
Pour la première fois il chanta en public dans
nne exécution de la Passion de Graun, qui eut
lieu à Berlin en 1819 ; pou de temps après il dé-
buta au théâtre dans VAlceste de Gluck, et le 25
avril de la même année il lit son second début
dans Mctsetto, de Don Juan. Bien accueilli par
le public , surtout à cause de son talent drama-
tique, il joua avec succès les principaux rôles
de basse des opéras allemands ou traduits de l'i-
talien et du français. En 1822 il voyagea et se
fit entendre à Dresde, à Leipsick, à Cassel et à
Francfort. Peu de temps après il fut engagé à
Vienne, et depuis lors il n'a plus quitté cette ville.
On dit qu'il a joué aussi bien YOrcste de Gluck
que le Barbier de Bossini; mais il ne faut pas
avoir trop de confiance aux éloges de ce genre
accordés en Allemagne, car on n'y a qu'une
connaissance fort imparfaite de l'art du chant. En
1 si * Devrient fut nommé régisseur du théâtre
royal de Dresde, et depuis 1S52 il est directeur
du théâtre royal de Carlsruhe (1860).
DEVRIENT (WiLHELMiNE SCHROE-
DER). Voyez ScHroeder.
DEWAR (Daniel), professeur de morale et
de philosophie an collège du Boi à l'université
d'Aherdeen , au commencement du dix-neuvième
siècle, a publié un livre qui a pour litre : Obser-
vations on the Character, Custom , Supersti-
tions, Music, Poctry and Language of the
frish , etc. ( Observations sur le caractère, les
mœurs, les supertitions, la musique, la poésie et
le langage des Irlandais); Londres, 1812, in-8°.
DEYCKS ( Ferdinand), docteur en philo-
sophie et professeur de langues anciennes et
d'histoire an collège royal de Coblence, est né
en 1802 à Burg, au duché de Berg. Il a fait ses
études au gymnase de Dusseldorfet aux univer-
sités de Bonn et de Berlin. Après les avoir ter-
minées, il a passe plusieurs années à Dusseldorf,
ne s'occupant que des sciences et des arts; la
musique surtout était l'objet de ses études, et il
eut pour maîtres dans cet art Burgniùller, Bies,
Salomon et Stegmann. Pour se distraire de ses
recherches d'érudition et de ses travaux sur la
littérature ancienne, il a écrit plusieurs articles
de critique musicale qui ont paru dans le recueil
Cxcilia. On y remarque particulièrement : t° Sur
l'oratorio de Spohr.D/e letzten Dinge (t. 5). —
2° Platon , sur la Musique (t. 8). — 3° Sur le
Jephté de B. Klein ( t. 8 '). — 4° Sur les derniers
œuvres de piano de Ries (t. 1 1 ). — 5" Sur l'é-
dition de la partition du Requiem de Mozart
publiée par André (t. 14). — 6° Gcethe, .Sur
la musique (t. 11). — 7° Et en dernier lien ■
Sur le chant, de l'Église catholique (1835).
DEYSI1XGER (Jean-François-Pierre), mu-
sicien qui paraît avoir vécu en Bavière, vers le mi-
lieu du dix-huitième siècle, n'est connu que par
un ouvrage qui a pour titre : Compendium mu-
sic uni, oder Fundamenlapartiturx, dassisf :
ç/riïndlichcr Unlerricht die-Orgel und das
Clavier trahi schlagen (Abrégé de musique
nu Méthode fondamentale |>our apprendre à
bien jouer de l'orgue et du piano); Augshourg,
1763, in-4°, divisé en deux parties.
DEZÈDE ou DEZA1DES (N.), compo-
siteur dramatique, paraît être né vers 1740. On
ignore quelle fut sa patrie. Parmi les biographes,
les uns ont cru qu'il était allemand; d'autres,
qu'il était né à Lyon. Lui-même ne connut ja-
mais sa famille. Son éducation fut celle d'un
homme bien né. Après quelques éludes on le
retira du collège, et il fut mis sons la direction
d'un abbé, qui, entre autres connaissances, lui
donna celle de la musique et lui apprit à jouer
de la harpe. Venu de bonne heure à Paris, il y
perfectionna son instruction et apprit la compo-
sition. Il jouissait alors d'une pension de vingt-
cinq mille francs , qui fut doublée à sa majorité.
Désirant connaître les auteurs de ses jours , il
s'adressa à son notaire ; mais celui-ci le prévint
que ses démarches seraient inutiles , et qu'en les
continuant il s'exposerait à perdre son revenu.
Il ne Tint compte de cet avis, continua ses re-
cherches, ne découvrit rien, et fut privé de sa
pension. Ce fut alors qu'il songea à tirer parti de
ses talents pour assurer son existence. Il début:)
aux Italiens, en 1772, par le petit opéra de
Julie, et donna ensuite V Erreur d'un mo-
ment; le Stratagème découvert (1773); les
Trois Fermiers (1777); Zulime; le Por-
teur de chaises (1778); A Trompeur trom-
peur et demi; Cécile ( 1781 ) ; Biaise et Babel
(1783); Alexis et Justine (1785); la Cin-
quantaine; les Deux Pages, et Ferdinand,
ou la suite des Deux Pages. Ses productions a
l'Opéra sont Fatmé, ou le Langage des Fleurs
(1777); Péronne sauvée (1783); et Alcindor
(1787).
Le caractère du talent de Dezède est le genre
pastoral; son style n'est imité d'aucun autre,
et personne n'a songea imiter le sien. Son opéra
de Plaise et Babel a eu pendant deux ans un
succès de vogue tel qu'on en voit fort peu au
théâtre. On trouve aujourd'hui que les formes
de la musique de Dezède ont vieilli, mais ses
mélodies sont gracieuses et naïves. Son harmo
M
DEZÈDE — DIABELLI
nie est d'ailleurs assez pure et son orchestre
soigné , pour l'époque et le pays où il écrivait ,
ce qui pourrait faire croire qu'il a eu des leçons
de Philidor, le seul maître qui sût alors en France
écrire avec correction.
Dezède avait la taille, la tournure et l'accou-
trement du peintre Greuze. Il était presque tou-
jours vêtu d'un habit richement brodé et chaussé
avec des bottes. Son caractère était aussi original
que sa mise : il affectait de prendre des manières
brusques et un ton grondeur que démentait sa
bonté naturelle. En 1785, le duc Maximilien de
Deux-Ponts, qui fut ensuite électeur et depuis
lors roi de Bavière, et qui aimait beaucoup la
musique de Dezède, fit venir à sa cour ce com-
positeur, lui donna un brevet de capitaine avec
cent louis d'appointements, à la seule condition
qu'il irait tous les ans passer un mois à Deux-
Ponts. Cette faveur ne le rendit pas plus riche ,
car il était dissipateur et tranchait du grand sei-
gneur. On dit que ses prodigalités ruinèrent sa
maîtresse, M me Belcour, de la Comédie-Fran-
çaise, qui, beaucoup plus âgée, s'était éprise de
lui lorsqu'il n'était déjà plus jeune. Il est mort à
Paris en 1792.
DEZÈDE (Florine), fille du précédent, a
donné à l'Opéra-Comique , en 1781 , Nanette
et Lucas, ou la Paysanne curieuse. La mu-
sique de cet ouvrage est une copie du style de
Dezède.
D'HAUDIMONT (L'abbé Etienne-Pierre
MUN1ER), né en Bourgogne en 1730, fut
élevé à Dijon , et quitta cette ville vers 1754 ,
pour aller occuper la place de maître de chapelle
de Chalon-sur-Saône. Après en avoir rempli les
fonctions pendant six ans , il vint à Paris et se
livra à l'étude de la composition sous la direc-
tion de Bameau . son compatriote et son ami.
En 1764 il succéda à Bordier dans la place de
maître de chapelle des Saints-Innocents. Ce fut
iilors qu'il composa plusieurs motets que l'on
entendit au Concert spirituel , chez le roi , et
dans les fêtes publiques. Les plus connus sont
le Mémento Domine David, le Deus noster,
\eHeahisvir, le Quare fremucrunt, YExurgat
Dcus , etc. 11 a écrit aussi une messe de Re-
quiem et un De profundis, en 1772. Enfin il
est auteur d'un grand nombre d'ariettes, qui ont
été publiées sous le voile de l'anonyme. L'abbé
d'IIaudimont a formé beaucoup d'élèves, parmi
lesquels on remarque Perneet Chénié.
D'HERBAIN (Le chevalier). Voyez IIER-
BAijy.
DIABELLI (Antoine), professeur et édi-
teur de musique à Vienne, est né le 6 septembre
1781 à Mattsée, dans le pays de Salzbourg, où
son père était musicien et sacristain. Celui-ci en-
seigna à son fils les éléments du chant, du piano
et du violon. A l'âge de sept ans Antoine fut
reçu comme enfant de chœur au couvent de Mi-
chaelbayern , et deux ans après il entra dans la
chapelle de Salzbourg. En 1796 il alla continuer
ses études au collège de Munich , et perfectionner
son savoir dans la théorie et dans la pratique de
la musique. Lorsqu'il eut atteint sa dix-neuvième
année, il étudia la théologie au monastère dcDai-
tenbosslach et commença à essayer ses facultés
en différents genres de composition. Il soumettait
ses ouvrages à la censure de Michel Haydn, qui
lui avait enseigné l'art d'écrire, et qui lui té-
moigna toujours un intérêt paternel. Il se des-
tinait à l'état monastique; mais la sécularisation
des couvents en Bavière changea ses projets et
le détermina à se rendre à Yienne. Là il se
livra à l'exercice de son talent et se fit profes-
seur de musique. En 1818 il s'associa avec l'é-
diteur de musique Cappi, et en 1824 il prit pour
son compte la maison de commerce dont il n'é-
tait auparavant que l'associé. Comme composi-
teur, Diabelli s'est fait remarquer par sa fécon-
dité, si ce n'est par le mérite de ses ouvrages.
Il a écrit dans tous les genres et presque pour
tous les instruments, pour le chant, pour la
chambre, le concert, l'église et le théâtre. On a
de lui plusieurs recueils de danses et de valses
pour l'orchestre on en quatuors, en trios, etc.;
des duos pour violon et pour flûte, de la mu-
sique de guitare en tout genre , des sonates
pour piano avec et sans accompagnement;
des rondeaux, menuets, valses, cadences,
études, pots-pourris, etc., pour le même instru-
ment; dix messes, douze graduels, douze of-
fertoires, sept Tantum ergo pour plusieurs
voix , orchestre et orgue ; des cantates , duos ,
chansons allemandes et romances avec accompa-
gnement de piano; des opérettes ou vaudevilles,
etc., etc. Enfin le nombre de ses productions
de différents genres s'élève à cent quatre-vingts
œuvres parmi lesquels on remarque plusieurs
recueils de messes brèves avec orgue ou orches-
tre, des messes solennelles, des graduels,
offertoires, Tantum ergo, et d'autres pièces
de musique religieuse. Comme éditeur Diabelli
montra beaucoup d'activité; mais il était avare
et dur envers les jeunes artistes dont il pu-
bliait les ouvrages et qui contribuaient à sa
fortune. C'est ainsi qu'il acquit à vil prix la plu-
part des compositions de François Schubert, lui
reprochant même de trop écrire et de lui ap-
porter trop souvent des manuscrits, afin de di-
minuer la somme qu'il lui payait. Diabelli est mort
à Yienne, le 8 avril 1858.
DIAMANT1 — DIBDIN
ih
DIAMA1XTI (Paolo), boude clianlant et
compositeur, né dans la Romagne vers 1805, a
('■té attaché an théâtre communal fie Bologne en
l 838, et y a fait représenter deux opéras en un acte
dans la môme année. Le premier avait pour titre :
la Distrusione de' Masnadieri , et l'autre, la
Turca fedclc. Deux ans après on le retrouve
à l'île Maurice, comme hasse comique; mais
depuis lors on n'en a plus entendu parler.
DIBDIN (Chaules), comédien, composi-
teur, poète et prosateur, était fils d'un orfèvre
de Southampton. L'époque de sa naissance n'est
pas exactement connue; mais, dans un de ses
ouvrages , il dit qu'il était enfant de chœur en
1747; il ne naquit donc pas en 1748, comme on
le voit dans le supplément de la Biographie uni-
verselle de Michaud. Quelque temps après il
lut attaché au chœur de la cathédrale de Win-
chester, et y reçut des leçons de musique et de
chant choral de Fussel, organiste de cette église ;
mais c'est , disait-il, à l'étude des ouvrages de
Corelli et des écrits didactiques de Rameau qu'il
devait ses connaissances en composition. Au
commencement de sa carrière musicale il se
présenta comme candidat pour la place d'orga-
niste de Waltham, dans le Hamsphire; mais il
l'ut écarté à cause de son extrême jeunesse,
bientôt après il se rendit à Londres ; il y était
depuis peu, et avait à peine seize ans, lorsqu'il
lut engagé comme chanteur au théâtre de Covent-
Garden. Les rôles qui lui furent confiés étaient
peu importants et ne le firent point remarquer,
jusqu'à ce que la manière dont il joua celui de
Ralph dans The Maid of ihe Mill ( la Fille du
moulin) fixa sur lui l'attention du public. Dans
la saison de I7G2 à 1763 il fit représenter à
Covent-Ganlen la pastorale intitulée The She-
pherd's Artifice (la Ruse du Berger), dont il
avait composé la musique, et qui fut accueillie
favorablement. Environ cinq ans après il com-
posa l'ouverture, le premier chœur, les finaliàw
premier et du second acte, et trois airs de la farce
intitulée Love in a Cily ( l'Amour dans une
ville), qui fut suivie de Damon and Phillida
(Damon et Phillis), opéra-comique, The Ephe-
sian Mat ron (la Matrone d'Éphèse), et de
Lionel and Clarissa ( Lionel et Clarisse), tous
faits en collaboration avec d'autres musiciens.
Engagé comme compositeur au théâtre de
Diui y-Lane, sous la direction de Garrick, Dibdin
donna une preuve de son talent musical dans
l'intermède de Padlock, qui fut représenté pour
la première fois en 1768, et où il joua le rôle de
Mungo avec un grand succès. Il composa en-
suite la musique île différentes pièces pour le
même théâtre; mais les titres en sont presque
entièrement oubliés. Celle du Jubilé est la plus
connue, car elle fut représentée quatre-vingt-
treize fois dans une saison, et elle a été reprise
souvent. Les ouvrages que Dibdin fit ensuite
furent écrits et composés par lui seul. Les
plus célèbres furent The Waterman ( le Ba-
telier), The Quaker (le Quaker), The Deser-
tur ( le Déserteur), traduit du français, et Liber-
ty-Hall (le Palais de la liberté). Plusieurs airs
de ses opéras, principalement de Liberty- H ail,
ont été populaires. Le terme de l'engagement de
Dibdin à Drury-Lane étant expiré, et quelques
différends s'étant élevés entre lui et Garrick, il
résolut de se rendre indépendant des directeurs
de spectacles, et se hasarda à établir à Exeter-
Exchange une nouvelle espèce d'amusement, qui
consistait en marionnettes musicales; il annonça
ce spectacle sous le nom de The Comic Mir-
ror ( le Miroir comique). Ces marionnettes re-
présentaient des caractères connus, et quelque-
lois faisaientallusionàdes personnages politique*.
Il écrivit aussi pour le théâtre de Sadler's- Wells
une grande quantité de bagatelles, et, à l'ouver-
ture du théâtre appelé le Cirque royal, il eut
un engagement comme directeur et comme com-
positeur. Cela ne dura toutefois qu'une saison ;
quelques difficultés étant survenues, la société fut
dissoute, et Dibdin ne retira qu'une perte assez
considérable «le ses efforts.
Dans l'année 1788 il publia un livre intitulé
A musical Tourthrough England (Voyage mu-
sical en Angleterre) ; Sheffield, 1788, un vol. in-4*
de 443 pages, avec quelques morceaux de mu-
sique. Cetouvragecontient quelques faits curieux
dans une suite de lettres. Les lettres 69 à 74 renfer-
ment la liste des principaux ouvrages que Dibdin
a écrits pour le théâtre. Le voyage musical de cet
artiste avait été entrepris pour lui fournir les
moyens de se rendre dans 1 Inde; il s'embarqua
en effet, mais, un temps peu favorable ayant obligé
le vaisseau de jeter l'ancre à Torbay, Dibdin
changea de résolution et retourna à Londres. Il
composa alors pour une réunion, dans King-Sf reet,
l'intermède The Whim of the moment ( le
Caprice du moment) , qu'il exécuta seul. Pour
donner une idée du succès de cet intermède, il
suffit de dire que, dans l'espace de quelques se-
maines, il a été vendu dix-sept mille exemplaires
d'un de ses airs, Poor Jack (Pauvres Jacques),
qu'on a aussi chanté en France à cette époque.
En 1790 Dibdin prit à bail le local appartenant
à la Société polygraphique, et y éleva un théâtre
où il fit représenter plusieurs pièces de sa com-
position. Quelques années après il ouvrit un
nouveau théâtre à Leycester-Place, qu'il nomma
Sans-Souci, et où il donna dix opéras-comique*.
16
DIBD1N — DICKONS
Directeur, compositeur de musique, auteur des
canevas des pièces et seul acteur de ce petit
théâtre, il y fit fortune par sa gaieté, par ses
hymnes à l'honneur de la Grande-Bretagne, et
surtout par ses sorties furibondes contre la France
et la Révolution ; mais le changement de système
politique de l'Angleterre, après la mort de Pitt,
ruina l'entreprise de Dibdin, qui, forcé d'y re-
noncer, se fit marchand de musique dans le
Strand. Celte spéculation n'ayant pas été lieu-
reuse, Dibdin serait tombé dans la misère si
quelques personnes de la haute société ne s'é-
taient intéressées à son sort, et ne lui avaient
lait une rente viagère dont il jouit jusqu'en 1815,
époque de sa mort. Après avoir travaillé quarante-
deux ans pour les divers théâtres de Londres, il
s'est retiré en 1804, et a publié dans cetle année
un poëme didactique sur la musique, intitulé :
The harmonie preceptor, a didactic poèm, in
three parts; Londres, 1804, in-4° de 150 pages,
avec quatorze planches. On a aussi de lui un
traité élémentaire de musique intitulé : Music
epitomised in which the whole Science of
Music is cleojrly explained from thesimplest
rudiments to the principles of thoroug bass
and harmony (Abrégé de musique dans lequel
toute la science musicale est expliquée avec clarté,
depuis les premiers principes jusqu'à la basse
continue et l'harmonie) ; Londres, sans date,
1 vol. in-12. Cet ouvrage eut beaucoup de succès.
La. neuvième édition a été publiée par J. Jousse
avec des additions et des changements ; Londres,
Goulding et Dalmaine (s. d. ), in-12. Le nombre
de pièces mises en musique par Dibdin s'élève
à plus de cent vingt, et l'on y compte plus de neuf
cents airs et beaucoup de morceaux d'ensemble.
J'en possède une grande collection formant 6 vo-
lumes in-folio, et je n'ai pas tout. Dibdin a été
lui-même l'éditeur de tous ces morceaux. Il a
écrit aussi plusieurs œuvres de sonates pour le
piano, et d'autre musique instrumentale. Comme
prosateur il a publié plusieurs ouvrages, parmi
lesquels on remarque une histoire de la scène
anglaise (Londres, 1795), 5 volumes in-8°, et
les Mémoires de sa vie ( Londres, 1802), 4 vo-
lumes in-8°.
DIBDIN ( Miss), née à Londres en 1787, a eu
la réputation d'une harpiste habile. Elle com-
mença à étudier la harpe en 1808, sous la di-
rection de Cballoner, et se fit entendre en pu-
blic pour la première fois, en 1815, dans un
concert de Covent-Garden. Depuis lors elle a
reçu des leçons de Bochsa. Elle a été professeur
adjoint àl' Académie royale de musique à Londres.
DICEARQUE , philosophe péripatélicien,
naquit en Sicile, trois cent quarante -sept ans
avant l'ère chrétienne. Il avait écrit un traité de
musique qui s'est perdu.
DICELIUS (Jean-Sébastien), cantor à
Tondern, dans le duché de Schleswig, en Dane-
mark, naquit à Schmalkalden, dans la Hesse,
vers 1648. Il étudiait la mrdecine à l'université
d'Iéna en 1669, et vivait encore en 1693. On a
de lui une cantate intitulée : Nacht-Musik auf
Schenckii Geburistag, a canto solo con ritor-
nel/o a 2 violini e continuo ; Jéna, 1669, une
feuille in-fol.
DICKHUT (Chrétien), virtuose sur le cor,
le violoncelle et la guitare, était attaché à la cour
de Mannheim en 1812. Il s'est fait connaître par
quelques compositions pour ces instruments.
Parmi ces ouvrages on remarque : 1° Six pièces
pour deux cors à clefs ou bugles, cornet de
poste, cinq trompettes, quatre cors, trois trom-
bones et deux trompettes basses; Mayence ,
Schott. — 2° Trois duos pour deux violoncelles,
op. 2 ; ibid. — 3° Dix-huit trios pour trois cors ;
ihid. — 4° Marches et fanfares pour sept trom-
pettes, quatre cors, deux cors de signal, et trois
trombones ; ibid. — 5° Trois sérénades et un trio
pour guitare, flûte et cor, œuvres 1, 3, 4 et 6. —
6° Concertante pour deux cors, exécutée à la cour de
Manheimen 1815; Mayence et Manheim.Dickhut
a contribué an perfectionnement du cor, en 1811,
par l'invention de la coulisse d'accord, qui, lorsque
l'instrument élève ses intonations, par l'effet de
la chaleur, allonge le tube et sert de compensa-
teur.
DICKIIXSOIV (Edmond), médecin anglais, né
en 1624 à Appleton, dans le comté de Berks, fit
ses études à Oxford et mourut en 1707, âgé de
quatre-vingt-trois ans. Au nombre de ses ou-
vrages, remplis d'une érudition profonde, on en
trouve un, publié après sa mort, sous le titre de
Periodica exegesis, sive celeberrimorum Grœ-
cix ludorum déclaration Londres, 1739, in-8°.
Il y traite de la musique dans les jeux publics de
l'ancienne Grèce.
DICKONS (Madame), précédemment Miss
Poolé, cantatrice, née à Londres vers 1780,
cultiva la musique avec succès dès ses premières
années. A l'âge de six ans elle jouait sur le piano
les concertos et les fugues de Haendel avec beau-
coup de précision. Quelques années plus tard,
son père la confia aux soins de Rauzzini (voy. ce
nom), alors fixé à Bath, pour la direction de ses
études de chant. A treize ans elle chantait déjà
dans les concerts du Vauxhall, et bientôt après
elle eut un engagement pour le concert de la mu-
sique ancienne, à Hannover Square. Engagée au
théâtre de Covent-Garden, elle y débuta avec
succès dam des traductions d'opéras français,
DICKONS — D1DYR1K
17
entre autres dans la Nina de Dalayrac. Sa répu-
tation, q»i commençait à s'étendre, la fit appeler
en 1800 au théâtre du Roi, sous l'administration
de Taylor. L'absence de M me Billington lui fut fa-
vorable, et les applaudissements du public l'ac-
cueillirent dans plusieurs rôles, particulièrement
dans celui de la Comtesse du Mariage de Fi-
garo; mais, au retour de la célèbre cantatrice an-
glaise dans sa patrie, Miss Poole vit son étoile
pâlir. Son engagement terminé", elle ne crut pas
devoir soutenir une lutte inégale, et elle se retira
du théâtre du Roi pour voyager en Ecosse, en
Mande et dans quelques-uns des comtés d'An-
gleterre. Cette tournée fut aussi fructueuse pour
sa renommée que pour sa fortune. De retour à
Londres, elle s'y maria et entra au théâtre de
Drury-Lane, sous le nom de M me Dickons. Elle
y resta jusqu'en 1816. M ïae Catalani, qui venait
de se charger de la direction du Théâtre-Italien
de Paris, l'y appela pour y remplir à côté d'elle
les seconds rôles ; mais M me Dickons n'y a pas
eu la faveur du public parisien ; elle se tendit en
Italie à la fin de la saison, et y fut plus heureuse,
particulièrement à Venise, où elle eut de beaux
succès. Après cinq années de séjour dans ce pays,
elle prit, en 182',!, la résolution de quitter la
scène, quoique sa voix fût encore belle et facile.
Une maladie cruelle (le cancer du sein) com-
mençait à lui rendre le repos absolument néces-
saire. Elle se retira dans sa patrie, où ses vertus
et l'agrément de sa conversation lui firent de nom-
breux amis. Une attaque de paralysie vint tout
a coup aggraver ses maux, qu'elle supportait avec
une pieuse résignation, et la conduisit au tom-
beau, le 4 mai 1833.
D1DAY (E.), médecin de la Faculté de Pa-
ris, a donné, avec son confrère Pélrequin,
une bonne théorie physiologique de la voix som-
brée, dans la Gazette médicale (Paris, 1840,
t. VIII, p. 301 et suiv.). Les auteurs de cette
dissertation établissent que, dans l'emploi de celte
voix, le larynx ne change pas de place, quelle
que soit l'intonation-; que le cartilage thyroïde
demeure immobile, dans une situation moyenne
entre l'élévation et l'abaissement extrêmes ; enfin,
que le chanteur, au lieu de renverser la télé
pour allonger le cou, conserve son attitude ordi-
naire. Les mêmes auteurs ont donné un article
remarquable, dans la Gazette médicale (ann.
1844, t. XII, p. 222 et suiv. ), sur le mécanisme
de la voix de fausset (voir sur cet article une
note de Jourdan, dans le Manuel de Physiologie
de Muller, t. II, p. 192 ).
DIDEROT (Denis), fils d'un coutelier de
Langres, naquit dans celle ville en 1712. Pas-
sionné pour les lettres, les sciences et les arts,
BIOCK. UNIV. HES MUSICIENS. — T. III.
il vint à Paris fort jeune, afin de suivre son pen-
chant, se lia avec les hommes de lettres les plus
célèbres, et, après avoir publié plusieurs ouvra-
ges, conçut le projet de {'Encyclopédie, et
l'exécuta avec d'Alembeit On trouve des détails
sur la vie et les ouvrages de ce philosophe dans
tous les Dictionnaires historiques; il n'est consi-
déré ici que dans ce qu'il a fait relativement à la
musique.
En 1748 il fit paraître à La Haye un recueil
intitulé : Mémoires sur différents sujets de
mathématiques , in-S°. On y trouve : 1° Des
Principes d'acoustique, oh la matière est traitée
avec beaucoup de simplicité. — 2° Projet d'un
nouvel orgue; il y propose une nouvelle cons-
truction de l'orgue à cylindre, où l'on pourrait
varier les airs à volonté et à l'infini , sans chan-
ger de cylindre : c'était une idée inexécutable.
— 3" Observations sur le chronomètre. Ces
Mémoires se trouvent dans les diverses éditions
îles oeuvres complètes de Diderot qui ont été
publiées. Lichtenthal a cru que les Principes
d'acoustique sont un ouvrage différent des Mé-
moires de mathématiques : c'est une erreur.
Tous les articles relatifs à la construction des
instruments qui se trouvent dans l'Encyclopédie
sont de Diderot. C'est lui aussi qui a rédigé les
Leçons de clavecin de Remetzrieder ; l'originalité
de son style a procuré une sorte de célébrité à
ce livre, qui, d'ailleurs , n'en méritait aucune.
Diderot est mort à Paris, le 30 juillet 1784.
DIDIER LUPI SECOND. Voyez Luri
( Didier ) .
DIDYME , musicien grec et écrivain sur la
musique, né à Alexandrie, était fils d'Héraclide,
et, selon Suidas, vivait au temps de Néron.
Porphyre dit, dans son commentaire sur Pto-
lémée , que Didyme a écrit un livre en faveur
des proportions musicales dePythagore contre le
système égal d'Aristoxène , ce qui lui avait fait
donner le nom de Pythagoricien. Cet ouvrage
paraît être perdu, mais Porphyre nous a donné
un abrégé delà doctrine qu'il renfermait (Com-
ment, in Harnwn. Ptolem., p. 210, éd.
Wallis.) Ptolémée a cité aussi Didyme en
beaucoup d'endroits de son traité des harmoni-
ques, mais il le critique avec amertume et
souvent avec peu de justesse. En d'autres pas-
sages il adopte ses idées et s'en empare sans le
citer; c'est du moins ce qui lui a été reproché
par Porphyre (voy. Comment, in Harmon.
Ptolem., p. 190, cd. Wallis.) Le genre dia-
tonique, ou plutôt unitonique, conforme à la
tonalité du plain-chant , passe pour avoir été
formulé d'une manière régulière par Didyme ,
souslen^m de diatonique synton , suivant la
2
18
DIDYME - DIETERICH
doctrine de Pythagore. Ce synton diatonique
de Didyme est préférable à celui de Ptolémée,
en ce qu'il offre l'octave divisée en deux tétra-
cordes parfaitement réguliers, ce qui n'a lieu
dans le synton de Plolémée qu'en altérant la
tonalité. C'est ce qu'on peut voir dans les deux
tableaux suivants, où l'on trouve pour chaque
intervalle les nombres des proportions dePylha-
gore. Le synton de Didyme est conforme au
quatrième tondu plain-chant ; celui de Plolémée
donne naissance au plagal du premier.
Synton diatonique de Didyme.
mi fa sol la.
si ut ré mi.
If, 9 10
15 8 9
Synton de Ptotémée.
la
si b
ut
ré.
mi
fa
sol
la.
1G
9
10
15
8
9
On trouve des détails étendus sur la question
de ces deux syntons dans le traité de musique
«le Salinas (De Musica, lib. IV, cap. 25, 26),
et dans un discours de Doni (adressé au P.
Kircher), Del Sintono di Didimoe di Tolomeo
( t. 1 délie Opère, p. 349-355).
DiEPPO (Antoine-Guillaume), virtuose
tromboniste, est né le 28 novembre 1808 à
Amersfoort, dans ,1a province d'Utrceht, en
Hollande. Dès sa jeunesse il entra dans la musi-
que d'un régiment hollandais qu'il quitta plus
tard pour se rendre à Paris; où il fit admirer son
talent dans quelques concerts. En 1831 il fut
attaché à l'orchestre de l'Opéra, et en 1830 une
classe de trombone fut instituée pour lui au
Conservatoire de Paris; il en est encore aujour-
d'hui le professeur ( 1S60). M. Dieppo a publié,
pour l'usage de ses élèves : Méthode complète
de Trombone adoptée par le Conservatoire,
avec tablature et positions ; Paris , Brandus,
in-4°.
DI ES (Albert C), bon peintre paysagiste
de Vienne né à Hanovre en 1755, mort à
Vienne! le 28 décembre 1822, a publié une no-
tice biographique sur Haydn. Cette monographie
a pour titre : Haydn's Biographie, nach mund-
lichen Erzxhlungen , Vienne, Camesina (Heub-
ner), 1810, in-8° de 220 pages.
DIETERICH (Sixte) ou DÏETRICH,
compositeur du seizième siècle, né à Augsbourg,
vécut habituellement à Constance. Son nom la-
tinisé, dans quelques anciens recueils de motels,
est Tltcodoricus. Les circonstances de la vie de
cet artiste sont ignorées jusqu'à ce jour; mais
quelques-unes de ses compositions mises en
partition m'ont démontré que son mérite est
égal à celui des meilleurs musiciens de son temps.
Deux ouvrages importants de sa composition
ont été imprimés; malheureusement ils sont au-
jourd'hui d'une rareté excessive. Le premier a
pour titre : Magnificat octo lonorum, auctore
Xisto Theodorico, Liber primus ; Argentorati,
per Petrum Sclvœffer et Mathiam Apiarum ,
1535. Sexta die Mardi. On en trouve un exem-
plaire à la bibliothèque royale de Munich, au-
quel manque la partie de basse. Le savant M. An-
toine Schmid croit à l'existence d'une deuxiè-
me édition qui aurait été donnée par les mômes
imprimeurs (I), dans la même ville, parce qu'il
se trouve aussi une partie de ténor séparée du
même ouvrage, qui, à la fin de l'épltre dédica-
toire, porte la date de 1537, bien que celle de
1535 se lise après les noms des typographes. Pour
moi, j'avoue qu'une deuxième édition si rap-
prochée de la première ne me paraît pas vrai-
semblable , et je crois que la date de l'épître
dédicatoire est le résultat d'une faute typogra-
phique. Je possède les parties du dessus et de la
basse de ces Magnificat, dans lesquelles on ne
trouve ni le titre, ni le nom de l'auteur, et qui
sont également dépourvues de nom d'imprimeur,
de lieu et de date. Le dessus a seulement au
milieu de la première page un grand D(Dis-
cantus), et la basse un grand B (Bassus), au-
dessous duquel on lit : Magnificat, Liber pri-
mus. Le titre, le nom de l'auteur, celui de l'im-
primeur, le lieu et la date ne se trouvent qu'à
la partie de ténor , ainsi qu'on le voit dans
l'exemplaire de Munich. L'autre ouvrage, non
moins rare, de Sixte Dieterich , s'est trouvé
complet chez M. Bulsch , libraire à Augsbourg,
au mois de mars 1840, sous ce titre : Noimm
ac insigne opus musicum 30 Antiphona-
rum quatuor vocum ; Vilebergaj, apn'd G. Rau
(sic), 1541, 4 vol. in-4° obi. (V. Catalog
einer Sammlung seltener Notendrucke des
XVI und XV II Jahrhunderts, etc. Zu haben
in der Birelt'schen Antiquariats-Buchhand-
lung F. Buisch , in Augsburg , 1840, p. 6 ). On
trouve des psaumes de Dieterich , à 4 et 5 voix,
dans la collection intitulée : Tomus primus
Psalrnorum selectorum a prxstanlissimis
musicis in Ilarmonias quatuor aut quinqua
vocumredactorum ; Norimbergx, apudJohan.
Petreium, 1 538, in-4°obl. Des pièces du même
artiste se trouvent dans les Selcctissimxnec-
non familiarissimx canlioncs ultra cenlum ,
|i) Ottaviuno dei Petrucci de Fossombrone, etc.,
p. 178.
DIKTERICII — D1ETRICIISTEIN
I!)
publiées par Melchior Kricsstein , à Augsbourg,
pu 1540, petit in-8° obi. On eu trouve aussi dans
les collections suivantes : Cantiones septevi,sex
et quinquevocum;Mà., 1545, petit in-4°obl.;
Concentus octo , sex, quinque et quatuor vo-
cum, etc.; Auguslx Vindelicorani ,'Philippus
Vhlhardus excudebat, 1545, petit in-4°obl.;
dans le recueil de 251 ebansons allemandes pu-
blié en 2 parties, en 1539 et 1540, à Nuremberg,
par J. Petrejus; dans les Neice geistliche Ge-
sange C XXIII mit 4 und 5 Stimmen, etc.;
Wittenbcrg , G. Rhaw , 1544; et enfin *lans la
Bicinia Gallica,La(ina et Germanica, etquœ-
dam fugx , tomi duo; ibid. 1545, petit in-4".
Glaréan nous a conservé trois morceaux de ce
compositeur, p. 276, 328 et 343 de son Dode-
cachordon. J.-G. Schieleji attribue à Dieterich
un Compendium musicale ; mais il ne dit pas
si cet ouvrage est imprimé.
DIETERICH (Conrad), né à Gemunda,
dans la Hesse, le 9 janvier 1575 , fut surinten-
dant d'Ulm et directeur du Gymnase de cette
ville, où il est mort le 22 mars 1639. On a de
lui une dissertation allemande intitulée : Ulmis-
che Glockenpredigt , darinn von der Erfln-
dung, Brauch und Missbrauch der Glocken
in der Kirche Gottes gehandelt wird (Ser-
mon sur les cloebes d'Ulm , dans lequel on
traite de l'origine des cloebes, de leur usage et
de leur abus dans l'Eglise); Ulm, 1625, in-4°.
C'est un écrit savant et l'un des meilleurs qu'on
puisse consulter sur cette matière.
DIETERICH (Jean-Conrad), pbilologue
et helléniste , né But/bacb, en Wétéravie, le 19
janvier 1612, étudialesbelles-lettreset la théologie
à Marboiirg. En 1639 il fut nommé professeur de
grec à l'université de cette ville, et passa ensuite
à Giessen pour y exercer les mêmes fonctions.
Il est mort dans cette dernière ville, le 24 juin
1669. Au nombre de ses ouvrages, on en trouve
un intitulé Antiquitates biblicx, publié après sa
mort par Pistorius ; Giessen, 1671, in-fol. Il
traite au sixième chapitre , p. 349-353, de Mu-
sica sacra.
DIETERICH (Frédéric-Georges). Voyez
Dieterick, ci-dessous.
DIETERICH (Frédéric-Georges), né à
Halle en 1686, eut pour premier maître J. Sa-
muel Wetter, organiste de Saint-Michel de cette
ville, et apprit la composition sous la direction
de J.-G.-C. Slœrl, maître de chapelle à Stutt-
gart! . Le roi de Danemark, devant qui il toucha
du clavecin , eu 1708, fut si satisfait de son jeu
qu'il lui lit présent d'une médaille d'or. En 1710
il alla en Italie pour s'y perfectionner dans la
composition et le jeu du clavecin, sous Vinao-
cesi; puis, en 1711, il rovintà Malle occuper la
place d'organiste de Sainte-Catherine, et en 1720
il succéda h Wetter dans son emploi. Il mourut
vers 1750. Plusieurs pièces d'orgue de sa com-
position se trouvent en manuscrit dans divers ma-
gasins de musique de l'Allemagne.
DIETRICH (Georces) est le nom véri-
table de l'auteur d'un petit ouvrage intitulé :
Quxstiones musicx brevissimx, variis aucto-
ribus excerptx , et illustratx variis exemplis,
ad usum puerorum scholx Misniensis a
Georgio Thedorico Miseno ; Gcertilz , Ambroise
Fritsch, 1573, petit in-8° de 4 feuilles non pa-
ginées. C'est ce même auteur qui est appelé
ThédoricparLipénius (Biblioth. philos, p. 978),
et par Drandius (Biblioth. classica, p. 1642);
je les ai suivis dans l'article Thédoric de la pre-
mière édition de cette Biographie des Musiciens.
Gerber le cite sous le nom de Misenus, ayant
pris l'indication de la patrie de ce musicien pour
son nom propre. Lichtenthal et Becker ont
changé, dans leurs Bibliographies musicales,
Thédoric en Tbéodoric. Dietrich, né à Meissen
dans la première moitié du seizième siècle, était
Cantor dans cette ville. C'est le même auteur
qui a publié à Nuremberg, en 1565, des Can-
tiones funèbres plurium vocum , en latin et en
allemand, in-4° obi.
DIETRICH. Plusieurs musiciens de l'épo-
que actuelle se sont fait connaître comme com-
positeurs de' bagatelles sous ce nom. F. Dietrich
a publié des polkas pour le piano, à Prague ; J.
Dietrich, des polkas et des galops, à Leipsick;
M. Dietrich , des polkas, des valses et des chants
sans paroles, à Varsovie; G.-A. Dietrich, des
chants des Alpes pour 4 et 5 voix d'hommes, à
Stuttgard.
DIETRICHSTEIN ( Maurice - Joseph ,
comte de), conseiller privé et chambellan de
l'empereur d'Autriche, est né à Vienne, le 19 fé-
vrier 1775, d'une des familles les plus anciennes de
la monarchie autrichienne. Dès son enfance il lit
voir d'heureuses dispositions pour les sciences ,
les arts, et particulièrement la musique; on lui
donna des maîtres pour les développer. En 1791
il entra dans la carrière militaire; il se rendit à
l'armée en 1792 et s'y distingua dans le corps
d'artillerie comme général -adjudant. Après la
paix de 1800 il quitta le service, épousa la
comtesse deGilleis, et se livra à la pratique des
arts. Lié d'amitié avec le poète Collins et l'abbé
Stadler, compositeur distingué, il les servit de
tout son pouvoir, dans toutes les circonstances de
leur vie. En 1815 l'empereur François II choisit
le comte de Dieti ichslein pour diriger l'éducation
du duc de Reichsstadt. Quatre nus après, l'intei:-
2.
20
DIETRïCHSTEiN — DIETTER
dance delà -chapelle île ia cour lui fut confiée,
et les soins qu'il y donna en améliorèrent beau-
coup la musique. En 1821 l'empereur ajouta à
ses fonctions la direction supérieure des théâtres
•le la cour ; et enfin, en 1S26, le monarque le
nomma conservaleur en chef de la bibliothèque
impériale, l'une des plus considérables et des
plus précieuses de l'Europe. Le comte de Die-
trichstein est mort à Vienne au mois de juillet
1854, ,à l'âge de près de quatre-vingts ans. On
a de sa composition : 1° Cinq recueils de
douze danses chacun, pour piano àqiiatre mains;
Vienne, Weigl, Haslinger, Mechetti et Diabelli.
— 2° Douze valses de redoute avec trios pour
piano à quatre mains; Vienne, Diabelli. —
,i° Douze menuets avec trios pour piano seul ;
Vienne, Mechetti. — 4° Douze danses allemandes
pour piano seul; ibid. — 5° Huit recueils de
chansons allemandes pour voix seule, avec ac-
compagnement de piano ; Vienne, Arlaria et Has-
linger. — ^Six romances françaises et alleman-
des; Vienne, Diabelli.
rMETSCH (Pisrrê-Louïs- Philippe), maître
de chapelle de l'église de la Madeleine, à Paris,
et chef d'orchestre à l'Opéra, est né à Dijon le 17
mars 1808, suivant les registres du Conservatoire
et des concours de composition à l'Institut de
France, ou le 18 du même mois d'après la bro-
chure de M. Poisot (les Musiciens bourgui-
gnons , p. 49). D'abord enfant de chœur, il
commença son éducation musicale dans la
maîtrise de la cathédrale, dirigée par un musi-
cien italien de mérite , nommé Travisini. En
1822 ses parents l'envoyèrent à Paris, et Cho-
ron l'admit au nombre de ses élèves, dans l'é-
cole de musique classique et religieuse. Après
deux ans d'études dans cette institution, il y
remplit les fonctions de professeur d'une classe
élémentaire. En 1830 (4 janvier) il fut admis au
Conservatoire |>our y suivre le cours de contre-
point de Reicha, et il étudia la contrebasse sous
la direction de Clienié ; mais il quitta celte école
au mois de lévrier 1831 , sans avoir achevé ses
études. Il entra à la même époque à l'orchestre
du Théâtre-Italien en qualité de contrebassiste ,
puis à celui de l'Opéra, où il fut ensuite un des
chefs du chaul. Ayant obtenu en 1830 la place île
maître de chapelle de l'église Saint-Euslache, il
en dirigea le chœur pendant douze ans et y lit
entendre ses premières compositions de musique
religieuse. En 1834 il se présenta au concours
de l'Institut pour le grand prix de composition ;
mais, son essai n'ayant pas réussi , il ne lit plus
de nouvelles tentatives. Le 9 novembre 1842 il a
fait représenter à l'opéra de Paris le Vaisseau
fantôme, ouvrage en deux actes de sa compo
silion, sur le même sujet que te Hollandais
volant, de Richard Wagner. Cet opéra ne
réussit pas et n'indiqua point chez son auteur
les qualités nécessaires pour le style dramati-
que. M. Dietsch s'est particulièrement attaché a
la musique d'église et a beaucoup écrit en ce
genre. Ses messes, dont on n'a publié qu'une
partie, sont au nombre de dix-sept, tant avec,
orchestre qu'avec accompagnement d'orgue. Les
trois premières ont paru à Paris chez M n,e Ca-
naux. On a aussi de lui beaucoup de motets ,
hymnes, Magnificat et Te Deum; ibid. Cet ar-
tiste a succédé à Girard (voy. ce nom) comme
chef d'orchestre de l'Opéra de Paris, au mois de
janvier 18G0.
DIETTENHOFER (Joseph), professeur
de musique à Londres, vers la fin du dix-hui-
tième siècle, était né à Vienne en 1749. Il lit
ses études musicales dans sa ville natale et vint
à Paris en 1778. Deux ans après il partit pour
Londres, où il vivait encore en 1799. Il y fil
graver trois œuvres de trios pour le clavecin,
avec violon, et y publia un ouvrage élémen-
taire sur l'accompagnement et l'harmonie ,
sous ce litre : An Introduction to musical com-
position, or a préparation for the sludij of
counierpoint, through an original treatise on
Thorough Bass,ichich is the firststep towards
composition, etc., 1799, in-fol.
DIETTER (Cukétien-Louis), né le 13 juin
17ô7 à Ludwigsbourg, dans le Wurtemberg,
entra en 1770 au collège Carolinien et s'y con-
sacra d'abord à l'étude de la peinture. Ses loisirs
étaient employés à la musique, et ses progrès
furent si rapides que le duc de Wurtemberg lui
conseilla de se livrer exclusivement à cette car-
rière. L'instrument qu'il choisit fut le violon ;
mais dans la suite il apprit aussi à jouer de plu-
sieurs instruments à vent, et particulièrement du
basson. Ses maîtres de musique lurent Seuber
et Celestini. Il prit aussi quelques leçons de com-
position de Raroni, maître de chapelle du prince;
mais ce fut surtout à l'étude des partitions de Jo-
melli et des grands maîtres italiens qu'il dut les
connaissances qu'il acquit dans cet art. Dans les
années 1776 et 1777 il obtint les médailles dé-
cernées au concours, et en 1778 il reçut la même
distinction pour la composition. Il était encore
à l'Académie lorsqu'il publia, en 1781 , son pre-
mier ouvrage, qui consistait en un concerto pour
le cor, et dans la suite il fit paraître quatre
concertos pour la fliïic, deux concertos pour
le basson , une symphonie concertante pour deux
finies, une idem pour deux bassons; soixante-
trois duos pour deux flûtes, œuvres 9, 10, 21,
22, 23, 24, 25 et 29 ; douze duos pour deux bas-
DIETTEÏl — DIETZ
i>»
R«ns; six sonates pour le basson, livres 1 et 2,
Leipsick, 1803; six danses allemandes avec
«liant, pour le clavecin, Stultgard , 1794;
Elisonda, opéra en un acte, 1794 ; plusieurs
recueils d'airs variés pour la llûte, le basson et
la clarinette. Dietter est mort en 1822. Sa musi-
que a joui de quelque réputation en Allemagne.
En 1781 il avait été nommé premier violon de la
chapelle du duc de Wurtemberg , à Stuttgard ;
il ne quitta cette place qu'en 1817, et il obtint une
pension de retraite. Outre les ouvrages cités pré-
cédemment, il a écrit pour la cour de Stuttgard
beaucoup d'opéras-comiquesoù régne une verve
assez remarquable. Parmi ces productions on
cite : 1° Der Scholz im Dorfe (l'Écbevin au
village). — 2° Der Irwisch (le Feu follet). —
3° Der Rekruten auslwb (le Recrutement). —
4,° Laura Rosetti. — 5° Belmontet Constance.
-— 6° Glilcklich zusamvien Gelogen ( l'Heu-
reux Mensonge mutuel). — 7° Die Dorfdepu-
iirten ( les Députés du village). — 8° Der Luft-
ballon (le. Ballon aérostatique). — S) Eli-
sonda, etc. Il a laissé en manuscrit : trois
concertos pour violon , six solos pour le même
instrument, quatre concertos de cor, huit con-
certos pour la flûte , quatre symphonies concer-
tantes pour deux flûtes, sept concertos pour le
basson, quatre concertos pour le hautbois, et une
symphonie concertante pour deux hautbois.
DIETZ (Jean-Sébastien), né dans la Fran-
conie vers 1720 , fut maître du chœur de l'église
paroissiale de Wasserburg sur l'Inn (cercle de
l'Iser). 11 a publié : Alphabetarius Musicus ,
exhibens 1 missx solemnes in claves ordina-
rias distribut as , et secundum stylum moder-
num, at tamen ecclesiasticum, elaboratas ,
op. 1 ; Augsbourg, 1753, in fol.
DIETZ (Joseph), né en Prusse vers 1735, a
IHiblié à Nuremberg , en 1768 , une sonate pour
le clavecin, avec violon. Il a fait paraître aussi
dans la suite, à Amsterdam et à Paris, trois
œuvres de six trios pour le clavecin, avec violon
et basse.
DIETZ ( Jean-Chrétien ), mécanicien dis-
tingué, né en 1778 à Darmstadt, puis établi à
Emmerich, sur le Rhin, s'est fait connaître par
l'invention de plusieurs instruments de musique ,
notamment par le Mêlodion et le Claviharpe.
Le premier de ces instruments, qui fut achevé
en 1805, avait la forme d'un petit piano carré.
Sa longueur était d'environ quatre pieds, sa
hauteur et sa largeur de deux pieds. Les sons,
assez semblables à ceux de l'harmonica, mais
beaucoup plus forts, élaient produits par le frot-
tement de tiges métalliques, et pouvaient être
modifiés dans leur intensité par la pression plus
ou moins forte des doigts sur les touches. Le
Mêlodion fut entendu en 1806 dans les voyages
<pie fit alors Dietz en Westphalie et en Hollande.
Vers le môme temps cet artiste s'établit dans
ce dernier pays- et y fonda une fabrique d'ins-
truments et de divers objets de mécanique; mais
après quelques années il se transporta avec sa
famille à Paris, et y lit connaître un nouvel ins-
trument qu'il avait inventé et auquel il donna
le nom de Claviharpe. Cet instrument ingénieux
était composé d'un corps assez semblable pour
la courbe de la tèle à celui d'un grand piano
tenversé verticalement, avec un clavier placé
en saillie, comme aux pianos droits. Les tou-
ches de ce clavier faisaient mouvoir de petits
crochets garnis de peau, qui pinçaient des cordes
de métal lilées de soie. Quatre pédales servaient
à modifier de diverses manières les sons de
l'instrument , qui , bien que moins prolongés que
ceux de la harpe,, étaient néanmoins beaux et
moelleux. La facilité du jeu du claviharpe au-
rait dû lui procurer plus de succès qu'il n'en ob-
tint; mais on a en lieu de remarquer que tout
ce qui n'est pas d'un usage habituel et spécial
dans la musique est accueilli avec indifférence,
quel que soit d'ailleurs le mérite de l'invention.
C'est ainsi qu'une multitude d'instruments ingé-
nieux et d'un effet agréable ont été condamnés à
l'oubli. Dietz avait obtenu un brevet d'invention
pour son instrument le 1 8 février 1 8 1 4 ; mais le Cla-
viharpe construit par son fils ne parut en public
qu'à l'exposition des produits de l'industrie, au
Louvre, en 1819. En 1812 M. Dielz acheva le
Trochléon, instrument composé d'un archet
circulaire agissant sur des tiges métalliques,
qu'on entendit jusqu'en 1819. A cette époque
Dietz avait quitté Paris pour fonder un éta-
blissement de machines hydrauliques à Bruxelles.
Cet habile mécanicien s'est , pendant quelques
années, exclusivement occupé de la construction
de remorqueurs à vapeur pour des voitures de
tout genre sur les roules ordinaires. On a publié :
Description du Claviharpe, inventé par
M. Dietz père et exécuté par M. Dietz fils ;
Paris, 1521 , 19 pages in-8°, avec une planche qui
représente l'instrument sous ses différents as-
pects. Dietz est mort en Hollande, vers 1845.
DIETZ (CHRÉTtEN), fils du précédent, né à
Emmerich vers 1801, s'est fait connaître comme
inventeur de plusieurs instruments de musique
et comme facteur de pianos distingué. Il n'avait
que dix-huit ans lorsqu'il mit ses premiers
instruments à l'exposition du Louvre, à Paris,
en 1819. Quelques années après il produisit
un grand piano dont il n'avait fixé la table que
par les extrémités, laissant les côtés vibrer IL*
22
DIEÏZ — DILETZKY
brement. Cet instrument excita l'étonnement et
l'admiration par la puissance de ses sons. A
l'exposition des produits de l'industrie de 1827
on vit de lui un grand piano à quatre cordes ,
un piano de nouvelle forme, dont les dimensions,
sans être beaucoup plus considérables que celles
d'un piano carré , offraient dans leur ensemble
une régularité de dispositions qui n'existe pas
dans ce dernier. La médaille d'argent fut dé-
cernée au jeune artiste. Peu de mois après il fit
paraître un instrument à archet mécanique qui
se jouait avec un clavier, et auquel il donna le
nom de Polyplectron. On peut voir dans la
Revue musicale (t. III, p. 593) une description
de cet instrument, le meilleur de tous ceux du
même genre qu'on a essayé de construire. On a
aussi de M. Dietz un instrument à lames métal-
liques mises en vibration par l'action de l'air, du
même genre que le Physharmonica, mais su-
périeur à celui-ci par la pureté, la douceur et
l'égalité des sons. Comme facteur de pianos, ce
jeune artiste s'est particulièrement distingué par
ses petits pianos verticaux , auxquels il avait
donné une plus grande puissance de son qu'au-
cun autre facteur de France, avant que les
derniers progrès eussent été faits dans la fabri-
cation de ces instruments.
D1EUPART (Charles), musicien fran-
çais, également habile sur le violon et le cla-
vecin , naquit vers la lin du dix-septième siècle.
11 passa en Angleterre en 1707 , et tint le clavecin
aux opéras tfArsinoè, Camilla, Pyrrhus , Dé-
mëtrius, et au Rinaldo de Haendel. Il est mort
à Londres, vers 1740, dans un état voisin de
l'indigence. On a de ce musicien l'ouvrage sui-
vant : Six suites de clavecin, divisées en ou-
vertures, allemandes, courantes, sarabandes,
etc., composées et mis~es en concert pour un
violon et une flûte, avec basse de viole et
un archiluth ; Londres, sans date. Walther cite
aussi Six ouvertures pour clavecin, avec vio-
lon et basse continue, de sa composition, gravées
à Amsterdam , chez Roger.
DIEZ (Frédéric-Chrétien), littérateur alle-
mand, né le 15 mars 1794 à Giessen, dans
le duché de Hesse-Darmstadt , a fait ses études
dans cette ville et à l'université de Gôttingue ,
puis à Utrccht ; il a été nommé en 1822 lecteur
pour les langues de l'Europe méridionale à l'u-
niversité de Bonn, et professeur de littérature
moderne à la même université, en 1830. Gram-
mairien, philologue et écrivain distingué, il
s'est fait une réputation honorable par ses ou-
vrages sur les langues romanes, particulièrement
sur les poésies chantées des troubadours pro-
vençaux. Un de ses livres sur celte matière a été
publié à Zwickau, en 1827, fous le tilre : Die
Poésie der Troubadours, et traduit en français
(Poésie des Troubadours) par Roisin; Paris,
1845, in-8°. On y trouve des renseignements
intéressants concernant la musique et les instru-
ments en usage à l'époque de ces poètes chanteurs.
On a aussi de M. Diez un livre intitulé : Lcben
und Werken der Troubadours (Vie et œuvres
des Troubadours); Zwickau, Schumann, 1829.
DEEZEL1US (Valentin), musicien alle-
iiiiiikI qui vivait à Nuremberg au commencement
du dix-septième siècle , a publié dans celte ville,
en 1000, une collection de madrigaux de divers
maîtres italiens, sous ce titre: Erster Theil,
icelcher Madricjalien, auss den berûhmtesten
Musicis Jtalicjs colligit, mit 3, 4, 5, 6, 7
und 8 Stimmen.
DILETZKY (Nicolas), compositeur et
écrivain sur la musique , naquit en Lithuanie
vers 1630. 11 étudia la composition en Pologne,
car il n'existait pas alors en Russie de maître ca-
pable de l'enseigner, quoique les chantres de
chapelle eussent l'habitude d'improviser une
sorte de contrepoint sur les chants grecs de leur
Église. Fixé à Moscou, lorsqu'il eut acquis un
certain degré d'habileté dans son art , Diletzky
entreprit d'instruire ses compatriotes dans la
théorie et la pratique de la musique. Dans ce
desspin il publia en langue russe un livre dont
le tilre répond à celui de Grammaire du chant
musical; Moscou, 1077, in-4°. Cet ouvrage fut
suivi d'un autre intitulé -. Idée de la gram-
maire musicale; Moscou, 1679, in-4°. Par une
singularité remarquable, dans un pays dont les
habitants sont naturellement sensibles à la mu-
sique, Diletzky n'a pas trouvé d'imitateurs, et
la littérature musicale de sa patrie a été long-
temps renfermée tout entière dans ses ouvrages,
dont la rareté est maintenant excessive. Quelques
Allemands fixés en Russie, parmi lesquels on re-
marque Fuchs et Mùller, ont écrit des ouvrages
concernant la science de l'harmonie et d'antres
parties de l'art, qu'ils ont fait traduire en langue
russe etqu'ils ont publiés à Saint-Pétersbourg; de
plus, M. Bélikoff, inspecteur de la chapelle impé-
riale, a traduit en russe les livres de l'auteur de
cette Biographie, la Musique mise à la portée
de tout le monde, les Curiosités historiques
de la musique, et le Résumé philosophique de
l'histoire de la musique. Enfin, quelques livres
élémentaires sur cet art, écrits en langue alle-
mande ou française, ont aussi paru en Russie ;
mais la plupart ont pour auteurs des artistes
étrangers , à l'exception des ouvrages nouveaux
de MM. Oulibischcffjde Lenz et du prince Yous-
boupow (voy. ces noms).
D1LETZKY — DILLSOUK
23
DiletzKy s'est cxcercé comme compositeur et
a laissé daus les églises des psaumes et des an-
tiennes à 5, 6 et 8 voix, qui, nonobstant cer-
taines incorrections, ne sont pas sans intérAl
historique, parce que ce sont les premiers essais
réguliers de l'art d'écrire chez la nation mos-
covite. Un de ces morceaux , dont les paroles :
Mecle nocmz, etc., répondent au latin Tecanta-
vius , Te Benedicimus , Domine, est écrit à
8 voix , c'est-à-dire 2 sopranos, 2 contraltos,
2 ténors et 2 basses. Quelques successions d'u-
nissons, d'octaves, et un certain embarras dans
le mouvement des parties , n'empêchent pas d'a-
percevoir, surtout dans la seconde moitié de la
composition, un instinct heureux de l'harmonie,
et même une sorte d'art dans l'agencement des
imitations entre les voix.
DILLEN (Guillaume), compositeur belge,
était maître de chapelle à l'église cathédrale de
Parme, au commencement du dix-septième siècle.
Il a fait imprimer à Venise, en 1622, une
collection de messes à cinq, à six et à douze
voix.
DlLLENIUS(F.-L.-J.),co»toràTubingue,
né dans le royaume de Wurtemberg, a publié
un écrit dans lequel on trouve de bonnes obser-
vations sur le chant en chœur. Cet ouvrage a
pour titre : Ueberdie Schwierigkeitenbei einem
methodischen Gesang-unterricht in den Schu-
len, bel Errichtung von Singchœren und bel
Aufuhrung eines mehrstimmigen Gesanges
von ganzes Gemeindcn in den evangelischen
Kirchen (Sur les difficultés d'un enseignement mé-
thodique du chant dans les écoles, l'organisation
d'un chœur de chant et l'exécution du chant
à plusieurs voix par un chœur nombreux dans
les églises évangéliques) ; Tubingue, 1826, in-8°.
DILLHERR (Jean-Michel), fameux théolo-
gien, né le 14 octobre 1604 à Thémar, dans la
principauté de Henneberg, en Franconie,fut d'a-
bord professeur à Jéna, ensuite pasteur à Saint-
Sébald, inspecteur de l'école de Nuremberg et
bibliothécaire de la même ville. Au nombre de
ses ouvrages se trouve une dissertation intitulée :
De ortu et progressu, usu et abusu inusicx ;.
Nuremberg, 1643. Dillherr est mort le 8 avril
1669.
DILLIGER(Jean), magister et ensuite diacre
à Cohourg, né en 1590 à Eissfeld, en Franoonie,
étudia à Wittenberg, et fut d'abord cantor dans
la giande église de cette ville. En 1623 on lui
conlia l'emploi de magister, qu'il quitta en 1625
pour la place de cantor à Cobourg. On voit par
le titre d'un de ses ouvrages qu'il était pasteur
«i Gellershausen en 1633. Dans la suite il devint
diacre à lY-glise Morilz de Cobourg, et conserva
ce poste jusqu'en 1647, année de sa mort. Voici la
liste de ses ouvrages : l° Prodromi Triciniorum
sacrorum newer geistlicher Liedleiri mit 3
Stimmen g esetzt; Nuremberg, 1612.— 2° Me-
dulla ex Psalmo 68 deprompta et hannonice
6 vod composita; Magdebourg, 1614. —
3° Exercitatio musica I, continens XIII
selectissimos concentus musicos variorum au-
iorum, cum basso generali, quibus accesse-
runt 8 cantilense 3 voc, Wittenberg, 1624. —
4° Trauerlied auf den Todcincs Kindes, mit
4 Stimmcn (Chant funèbre sur la mort d'un
enfant, à 4 voix); Cobourg, Berisch, 1626, in-4°.
— 5° Disce mori, oder ein Gebetlein sur
Betrachtung der Sterblkhkeit, mit 4 Stim-
men ad Contrapunctum simplicem ; Cobourg,
1628, in-4°. — 6° Gesprœch D. Lutheri und
eines kranken Studiosi, vordessen zu Wit-
tenberg gehalten, jetzo aber in feine Reime
gebracht, und mit 4 Stimmen gesetz (Dialo-
gue de Luther et d'un étudiant malade, etc.,
mis en musique à 4 voix) ; Cobourg, in-4°. —
7° Musica votiva, Deo sacra, de Tempore,
zum lieben neuen Jahreder ganzen werthen
jetzo hoch-betruebten Christenheit, mit 2, 3, 4
und 5 Stimmen, Theils Concerts, Theils Con-
trapuncto-Weise verfertiget, 1629. — 8° Mu-
sica Christiana Cordialis Domeslica, dass ist :
Christliche Hauss-und H ert zens ^ Musica,
aus 37 in Contrapuncfo simplici gesetzen
2, 3 und 4 Stimmigen Arien bestehend; Co-
bourg, 1630. — 9° Deux suppléments au même
ouvrage, 1631.
10° Musica Concertativa,
oder Schalz-Kwmm erlein, ncuer geist lichen,
auserlesenen Concerte, von 1, 2, 3, 4, 5., 6-
12 Stimmen, etc. ; Cobourg, 1632, in-4°. —
11° Musica Oratoria; Musica Thanatobuleu-
tica; Musica Castrensis; Musica invitatoria
ad Epulum Cœleste, m-48 Liedem fur 2, 3
und 6 Stimmen; Cobourg, 1633. — 12° Jere-
mias pœnitentiarius, m-52 teutschen Buss-
Sprùchen, aus jedem Capitel des Prophetcn
Jeremix genommen, fur 2 Singstimmen ;
ire et 2e parties; Cobourg, 1640, in-4°. •— 13°
Musica Christiana valedicioria , dass ist,
geistliche valet-Musica, teutsch in Begrifft
anmûthige und erbautliche Reim geletlein, etc.
mit dreyen Stimmen (Musique chrétienne d'a-
dieux, qui renferme des prières rimées,agréables
et édifiantes, à trois voix, lesquelles conviennent
aux temps malheureux et misérables actuels);
Cobourg, 1642, in-4°. Ce recueil contient vingt-
sept pièces.
DILLSOUK, célèbre chanteur hindou, na-
quit dans le royaume de Cachemire en 1751. La
plus brillante époque de son talent fut de 1775
24
DILLSOUK — DIRUTA
à 1790. Sa voix était un ténor élevé. Il clianlait
avec une expression touchante les quatre genres
d'airs connus dans l'Inde à cette époque sous lès
noms de Rcktahs, Tiranas, Touppuhs et Ragi-
nies. A la même époque vivait Chanem, canta-
trice également célèbre, dont les accents mélan-
coliques faisaient verser des larmes ou prenaient
un caractère voluptueux. Une ardente rivalité
existait entre Dillsouk et cette bayadère ; tous
deux étaient recherchés dans les cours de l'Inde
et comblés de riches présents.
DIMMLER (Antoine), compositeur et con-
trebassiste au service du roi de Bavière, naquit
à Manheim le 14 octobre 1753. Le musicien de
la cour Joseph Zwini lui enseigna la musique
et le cor, et l'abbé G.-J. Vogler la composi-
tion. A l'âge de onze ans il entra dans la musi-
que de la cour en qualité de corniste. En 1778
il se rendit à Munich, où il s'adonna à l'étude de
la contrebasse, et devint très-fort sur cet instru-
ment, pour lequel, à l'exception de Marconi et
de Gaspard Bohrer, il ne se trouvait pas alors un
homme détalent dans toute la Bavière. Dimmler
a composé les petits opéras suivants : 1° Der
Guck-Kasten (la Jalousie) , représenté à Mu-
nich en 1794. — 2° Die SchatzCreber (les Cher-
cheurs de trésors), représenté au château de
Sufeld, près de Munich. — 3° Zebel- Juger (les
Chasseurs de Zibeline). 11 a en outre composé la
musique de cent quatre-vingt-cinq ballets, parmi
lesquels on distingue : 1° Der Erste Tod (la Pre-
mière Mort). — 2° Des erste Schae fer (le Premier
Pâtre). — 3° Medea (Médée). — 4° Die Grazien
(les Grâces). — 5° Ritter Amadis (le Chevalier
Amadis), etc. On connaît aussi en manuscrit des
symphonies, quatuors, concertos, etc., de sa com-
position-, outre une grande quantité de musique de
guitare, instrument dont il jouait très-bien. Il vi-
vait encore à Munich en 18,15. La bibliothèque du
Conservatoire de Paris possède les partitions ma-
nuscrites de plusieurs concertos pour le hautbois,
pour la flûte, le cor et le clavecin, de la compo-
sition de Dimmler.
Dimmler a eu un fils, nommé Antoine comme
lui, né à Munich le 24 avril 1783, qui a reçu
les premiers principes de musique de son père,
et qui-est entré au service de la cour, en qualité
de clarinettiste, le 16 juin 1796, n'étant âgé que
de treize ans.
DIOMÈDES (Caton), luthiste, né à Venise,
vivait à la lin du seizième siècle et au commen-
cement du dix-septième. Il passa fort jeune en
Pologne, et entra au service de Stanislas Kostka,
grand-trésorier de la Prusse polonaise. Son ta-
lent sur le luth était remarquable, et il chantait
fort bien. Il a fait imprimer à Cracovie, eu 1607,
des mélodies qu'il avait composées en l'honneur
de saint Stanislas, patron de la Pologne. C'est
aussi ce musicien qui a composé la musique
pour les poésies de Stanislas Grochowski, pu-
bliées à Cracovie en 1606. On trouve quelques
pièces de luth composées par Diomèdes dans le
Thésaurus Harmonieux de Besardus.
Un autre musicien du même nom vécut à la
fin du quinzième siècle et naquit vraisembla-
blement dans l'État de Venise. On trouve de lui
le chant Sempro haro (sic) quel dolce foco,
dans le neuvième livre des Frottole, imprimé è
Venise, en 1508, par Petrucci de Fossombrone.
DION, cythariste, naquit à l'île de Chio.
Ménechme, cité par Athénée (liv. 54, c. 9), dit
qu'il joua le premier, sur la cythare, les chants
des libations qu'on faisait aux fêtes de Bacchus.
DIONIGl (Mahc), docteur en droit, naquit
à Poli, bourg de l'État Romain, au commence-
ment du dix-septième siècle, et fut garde du
chœur à la cathédrale de Parme. Il est auteur
d'un traité de plain-chant intitulé : Primi
Tuoni, Introdutlionenel canio fermo, Parme,
1648. Il en a donné une deuxième édition en
1667, avec des augmentations.
DIRUTA (Giuolamo) , frère mineur conven-
tuel, né à Pérouse, non vers 1580, comme je
l'ai dit dans la première édition de cette Bio-
graphie, mais plus de vingt ans auparavant; car
i'épîlre dédicatoire d'un livre important dont \\
est auteur est datée de Venise le 10 avril 1593.
Il résulte d'un document authentique rapporté
par Colleoni (1) que le P. Diruta était au cou-
vent de Correggio en 1580 et qu'il y était l'ami
du P. fJaptiste Capuani {Voy. Capuani). En 1593
il était organiste de la cathédrale de Gubbio,
dans l'État de l'Église. Il s'y trouvait encore en
1609, lorsque fa deuxième partie du livre dont
il vient d'être parlé fut publiée; mais peu de
temps après il fut nommé organiste de la cathé-
drale deChioggia, ville de l'État vénitien. L'épo-
que de sa mort est ignorée. Diruta nous apprend,
à la fin de l'ouvrage dont la description sera
donnée tout à l'heure, qu'ayant reçu dans sa
jeunesse de mauvais principes de doigter, et err
ayant acquis la conviction, il se rendit à Venise,
et, après avoir entendu André Gabrieli et Claude
Mérnlo sur l'orgue de l'église de Saint-Marc,
il s'attacha à ce dernier et en reçut des leçons.
Mérulo dit aussi, dans l'avis au lecteur placé en
tête du premier livre de ses Canzoni à la
francese intavolaiura (publié en 1598), que
Diruta a été son élève, et que, par son talent, il
faisait honneur à son maître. Voici ses paroles ;.
(t) Cli Sctitt. di Corregio, t> XII.
DIRUTA — DITTERS DE DITTERSDORF
25
ed io infinUamente mi gloria, ch'egli (Diruta)
sia stato mia creatura, perche in questa dot-
trina ha fatto a lui, et a me insieme, quai
singolare honore, che da persona di molto
ingegno si deve aspeUare. L'ouvrage qui re-
commande Diruta à la postérité a pour titre :
Il Transilvano , o dialogo sopra il vero
modo di sonar organi e stromenli da penna,
Parte I ; Venise, 1593, in-fol. Cet ouvrage est
dédié à Sigismond Bâton'» prince de Transyl-
vanie, célèbre par ses talents militaires et sa vie
aventureuse. C'est à cause de cette circonstance
que l'ouvrage est intitulé II Tramiloano. Outre
la partie didactique, qui concerne le doigter des
instruments à clavier, on y trouve des toccates
et des pièces d'orgue de Diruta, Claude Merulo,
André Gabrieli, Luzzasco-Luzzaschi, Paul Qua-
gliati, Joseph Guami, et d'autres compositeurs
célèbres.. La seconde partie du Transilvano a
clé publiée à Venise, en 1609, in-fol. Elle est
divisée en quatre livres. Le premier est intitulé :
Sopra il vcro modo di intavolare ciasche-
dun canto. Le deuxième contient les règles du
contrepoint , avec des exemples de Luzzasclii,
de Gabriel Fattorini et d'Adrien Banehieri. On
trouve dans le troisième l'exposition des tons de
l'Église et les règles de la transposition. Le qua-
trième contient les règles du mélange des re-
gistres de l'orgue. Les deux parties ont paru
chez Giacomo Vincenti. Une deuxième édition
de la première partie a été publiée chez Je
même Vincenti, en 1 G 1.2, in-fol., et la deuxième
partie a été réimprimée chez le même éditeur
en 1622.
DIRUTA (Acostino), moine de l'ordre de
Saint-Augustin, né à Pérouse vers la fin du
seizième siècle, était vraisemblablement de la
même famille que le précédent. Il fut d'abord
maître de cliapelle à Asola, petite ville de la
Lombardie, et s'y trouvait encore en 1622. Plus
tard il se rendit à Rome au couvent de son or-
dre, dont il devint le maître de cliapelle. En
1.C4G il était retourné dans sa ville natale,, et
remplissait dans le couvent de son ordre les
fonctions de directeur du chœur. Oldoini dit que
LMruta a publié environ vingt œuvres de ses
compositions, dont la plus grande partie avait
été imprimée à Rome, chez Grignani (Voy. Ol-
doini : Athenxum Auguslinum, in quo Perusi-
norum scripta publiée exponuntur, p. 33).
Je ne connais de ces ouvrages que ceux dont
voici les titres : l° Messe concertate a cinque
voci; Venise, 1622. — 2° Litanie di Gloriosa
Domina, a 4, 5 e 6 voci; Rome, 1631. —
3" Messe concertate a 5 voci,lib. 1, op. 13;
liomu, J.-B. Roblelti, 1631.-^.4° Modulatiohes
respertini cum Litaniis B. V. M., 3 vocibus
concin., op. 18; Roma,Gia. Fei, 166S. C'est
une réimpression. — 5° Poésie heroiche, a \,
2, 3,4c( 5 voci; Roma, Grignani, 1641. —
6° Secondo libro de Salmi che si cantano
ne' vespri in tutto l'anno, concertati a 4 voci,
op. 21 ; Roma, Luigi Grignani, 1647.
D1STLER (Jean-Geohges), maître des con-
certs de la cour de Stuttgard, né dans un vil-
lage du royaume de Wurtemberg, vers le milieu
du dix-huitième siècle, s'est fait une réputation
en Allemagne comme violoniste et comme com-
positeur. Pleyel, Neukomm et lui sont les
seuls élèves que Haydn ait formés. En 1781
Distler se rendit à Stuttgard ; il y obtint la place
de premier violon à l'orchestre de la cour; neuf
ans après il fut fait maître des concerts. Une ma-
ladie mélancolique le conduisit à Vienne, en 1796,
pour y. voir ses parents; il y mourut en 1798 des
suites de cette hypocondrie. Les compositions
de Distler ont été publiées de 1791 à 1804;
elles consistent en : 1° Six quatuors pour le
violon, op. 1; Augsbourg, 1791. La deuxième
édition a paru dans la même ville en 1795. On
a gravé aussi cet ouvrage à Amsterdam, 1791;
à Bàle, 1791 ; à Londres, 1797; à Paris, 1797. —
2° Six quatuors pour deux violons, alto et basse,
op. 2. — 3° Concerto pour le violon ; Augs-
bourg, 1795. — 4° Six quintetti pour deux vio-
lons, deux altos et basse, en manuscrit; à Vienne,
chezTraeg. — 5° Six quatuors pour deux violons,
alto et basse, op. 4; Augsbourg, 1798.
DITTERS DE DITTERSDORF (Chau-
les), compositeur et violoniste allemand, dont
le nom de famille était simplement Ditlers, na-
quit à Vienne en 1739. Dès l'âge de sept ans il
montra un goût décidé pour la musique; ses
parents lui firent cultiver cet art et lui donnè-
rent une éducation soignée. H forma son talent
pour le violon à l'école des plus habiles violo-
nistes de l'Allemagne, et lui-même ne tarda pas
à être compté au nombre des virtuoses sur cet
instrument. Un solo qu'il joua dans une' église
excita l'admiration de tons les auditeurs et ré-
véla son talent. Hnbaczek, fameux corniste, qui
était présent, prit Ditlers en affection, et le re-
commanda si fortement au prince deHildbur-
ghansen, auquel il. était attaché, que le jeune
artiste fut admis au nombre des pages de ce
prince, quoiqu'il n'eût pas encore douze ans ac-
complis. Après avoir achevé son éducation mu-
sicale dans la petite cour de son bienfaiteur, il
fut attaché à l'orchestre d'un théâtre de Vienne.
se lia avec Métastase, et eut le bonheur de de-
venir l'ami de Gluck,, qui l'emmena avec lui en
Italie. Là, son jeu sur le violon fut admiré de
26
DITTERS DE DITTERSDORF
Ions les artistes j lui-même rapporte qu'après
avoir joué en public un concerto il reçut une
lettre anonyme remplie d'éloges et accompagnée
d'une montre fort riche. Il ne sut que longtemps
après que ce présent lui venait du fameux Fa-
rinelli. De retour à Vienne Ditters mit à profit
la bienveillance de Joseph Haydn et augmenta
ses connaissances dans la composition. Lors du
couronnement de l'empereur Joseph II, en 1765,
Ditters suivit la cour à Francfort et s'y (it en-
tendre avec succès. De là il passa au service de
l'évêque de Gross-Wardein, en Hongrie. Il y écri-
vit quatre oratorios, Isaac, David, Job et
Esther, qui furent exécutés à Vienne avec beau-
coup de succès. Ce fut aussi vers le même temps
qu'il commença à écrire pour le théâtre. En
1769 il quitta Gross-Wardein pour se rendre
en Silésie, où il entra au service du prince-évè-
qué de Breslau en qualité de maître de cha-
pelle. Ce prélat aimait passionnément la musi-
que, et il goûta si bien celle de son maître de
chapelle qu'il voulut faire sa fortune. En 1770
il le fit nommer maître des forêts de la Silésie
autrichienne, lui fit accorder des lettres de no-
blesse et la permission d'ajouter à son nom celui
de Diltersdorf, qu'il porta toujours depuis lors.
Le sort de cet artiste semblait assuré de la ma-
nière la plus heureuse; il était recherché à
Vienne et surtout à Berlin, où on l'appelait
souvent; mais le malheur qu'il eut de se brouiller
avec l'évêque de Breslau, le succès de la musi-
que de Mozart, qui changea la direction de
l'art et fit paraître le style de Ditters vieux et
mesquin , enfin les infirmités qui accablèrent
celui-ci dans ses dernières années, tout cela,
dis-je, empoisonna la fin de sa vie, et il aurait
été réduit à la dernière misère sans les bien-
faits du baron de Stillfried, qui le prit dans son
château en Bohême et le mit ainsi que sa fa-
mille à l'abri du besoin. Il y est mort le 1"
octobre 1799, deux jours après avoir achevé de
dicter à son fils Vhisloire de sa vie, ouvrage
intéressant par le ton d'originalité naïve qui y
règne, et dans lequel les jeunes musiciens peu •
vent trouver des instructions utiles. Il renferme
aussi des anecdotes curieuses et peu connues sur
Lolli et d'autres grands maîtres. On a de Ditters
les ouvrages suivants : 1° Brief uebcr die
Grenzen des Komischcn und Heroischen in
der Musik (Lettre sur les bornes du comique et
de l'héroïque en musique), dans la Gazette mu-
sicale de Leipsick, première année, p. 138. —
2° Brief ueber die Behandlung italixnischer
Texte beyder Composition und ueber andcre
Gegenstxnde (Lettre sur l'expression des paroles
italiennes dans la composition et sur d'autres
objets relatifs à la musique); ibid., p. 201. — •
3° Cari von Dittersdorfs Lebensbeschreibung
(Histoire de la vie de Charles Ditlersdorl), pu-
bliée par son fils, à Leipsick, 1801, 294 pages
in-8°. — 4° Isacco , figura del Redentore,
oratorio, composé à Gross-Wardein en 1767. —
5° La libératrice del Popolo Giudaico nella
Persia, o sia l'Eslher, oratorio. Cet ouvrage,
qu'on exécuta deux fois à Vienne, en 1785, au
profit des veuves d^s musiciens, fut accueilli
avec beaucoup d'applaudissements. — 6° Job,
oratorio; Vienne, 1786. — 7° Messe en ut, avec
orchestre, en manuscrit, chez Breitkopf. — 8°
Motets pour le jour de Saint-Népomncène, en
Mss., chez Bellstab. — 9° Amore in musica,
opéra-buffa, à Gross-Wardein, en 1767.' — 10° Lo
Sposo burlato, opéra bulfa, à Johannisherg, en
1775. — 11° Der Doktor und Apotheker (le
Médecin et l'Apothicaire), opéra en un acte, à
Vienne, en 1786. Cet ouvrage fut accueilli avec
tant de faveur,que l'empereur Joseph II, assis-
tant à une de ses représentations, ne dédaigna
pas de témoigner par ses applaudissements sa
satisfaction, au moment où Ditters entra dans
l'orchestre. A Londres cette pièce eut trente-
six représentations de suite. Elle a été gravée
en partition pour le piano à Vienne, à Berlin
et à Mayence ; on l'a aussi arrangée pour
tous les instruments. — 12° Betrug durch
Aberglauben (la Fourberie par superstition)^
opéra en un acte , à Vienne, en 1786. — 13° Die
Liebe ivi ISarrenhauscn (l'Amour aux petites
maisons), en un acte, à Vienne, en 1786. Cet
ouvrage a été gravé à Mayence en 1790 et à
Berlin en 1792. — 14° Il Dcmocrito corretto ,
opéra bouffe, à Vienne, en 1786. — 15° Hierony-
mus Knicker (Jérôme Knicker), opérette, à
Vienne, en 1787, gravé en partition pour le
piano à Leipsick, en 1792. — 10° La Contadina
fedele, opéra bouffe, à Johannisberg, en 1785.
— 17° Orpheus derzweyte(\e Nouvel Orphée),
en un acte, à Vienne, 1787. — 18° Das rote
Kseppchen (le Chaperon rouge ), à Vienne, en
1788, gravé à Leipsick en 1792. — 19° Der
Schiffspatron, oder neue Gutsherr (le Patron
de navire, ou le Nouveau Seigneur de village), à
Vienne, en 1789; gravé en partition pour le
piano, à Leipsick, en 1793. — 20° Hokus Pokus,
en un acte, à Vienne, en 1790, et à Weimar, en
1792, avec des changements. — 21° Das Ges-
penst mit der Tromviel (le Tambour nocturne),
à Oels, en 1794. — 22 1 Gott Mars, oder der ei-
seme Mann (le Dieu Mars, ou l'homme insen-
sible), en deux actes, à Oels, en 1795. — 23° Der
gcfoppte Br&utigam, ibid., 1795. — 24° Don
Quichotte, en italien, ibid., 1795. — 25° Die
'DITTERS DE DITTERSDORF — DIVISS
27
Guclfcn (les Guelfes), prologue, ibid., 1795.
— 2(i° Der Schah von Schiras (le Sullan
de Schiras), ibid., 179j. — 27° Ugotino , en
deux actes, ibid., 1796. — 28° Die Lustigen
Wcibcr von Windsor (les Joyeuses Comères
<lc Windsor), ibid., 1796. — 29° Der Schœne
Herbstlag (le Beau Jour d'automne), ibid.,
1 796. — ^0° Der Temcngewinnst ( le Terne à la
lolcrie), en un acte, ibid., 1797. — 31° Der
Mxdchenmarcht (le Marché de filles), en un
acte, ibid., 1797. — 32° Tcrno Secco, opéra
bouffe en deux actes, à Dreslau, en 1797. —
33° L'opéra bouffe de Brctzner, en Mss., 1798.
— 34° Don Coribaldi, o sia l'usurpata Pre-
potenza, en deux actes, 1798, en Mss. — 35° 11
Mercato délie Ragazze, 1798, en Mss. Cet ou-
vrage paraît être une traduction du n° 31. —
36° Il Tribunale di Giove, en Mss. Ces quatre
derniers ouvrages sont restés entre les mains
de la famille de Ditters. — 37° Grande cantate
latine, pour le jour de fête de Pévêque de Gross-
Wardcin, en 1765. — 38° La Fille de Kola, chant
ossianique, avec piano; Leipsick, 1795. — 39°
Grand concerto pour onze instruments concer-
tants, avec orchestre, 1765. — 40° Quinze sym-
phonies à grand orchestre, intitulées les Méta-
morphoses d'Ovide ; Vienne, 1785. — 4l°Trente-
cinq symphonies, en manuscrit, chez Traeg, à
Vienne. — 42° Six nouvelles symphonies en
manuscrit , dans les mains des héritiers. —
43° Concert ino a 2 ob. fag. e 2 cor. concert.,
1 viol., 2 ait. e b., en Mss., chez Traeg, à
Vienne. — 44° Douze concertos pour violon,
ibid. — 45° Deux nocturnes pour deux cors et
violoncelle obligé, ibid. — 46° Six quatuors
pour violon; Vienne, Artaria. — 47° Douze di-
vertissements pour deux violons et violoncelle,
en Mss., chez Traeg. — 48° Duos pour violon et
basse, ibid. — 49° Douze sonates à quatre mains
pour le piano, 1796-1797, en Mss.— 50° Soixante-
douze préludes pour le piano, dans tous les
tons. — 51° Douze chansons et romances variées
pour le piano. On a appelé Ditters le Grêtry
de l'Allemagne; cet éloge est exagéré. Si ses
compositions sont plus pures d'harmonie que
celles du musicien belge, elles leur sont bien in-
térieures sous le rapport de l'invention. L'opéra
te Docteur et l'A j.ot hic aire est son ouvrage le
plus populaire.
D1TTMER (Mantey, baron de), maître de
chapelle du duc de Mecklembourg-Strelitz , est
né en Bavière, a eu pour maître Winter, et s'est
l'ait son imitateur. On a de lui un petit opéra ,
Die beide Galxrensclaven ( les Deux Galé-
riens), qui n'a lien de remarquable. Son meilleur
ouvrage en ce genre est son opéra intitulé Louis
de Bavière; on a gravé l'ouverture pour piano.
Sa musique religieuse se distingue par un style
assez pur et par son caractère pieux ; elle est
restée jusqu'à ce jour en manuscrit. Parmi ses
œuvres de musique instrumentale on remarque :
1° Fantaisie sérieuse pour le piano; Berlin. —
2° Fantaisie en forme de variations sur l'air de
Himmel : An Alexis; ibid. — 3° Adagio et al-
legro agitato pour piano, violon et flûte ; ibid. —
4° Six danses populaires de la Bavière pour piano,
op. 2 ; ibid. — 5° Six valses de Rossini , op. 7 ;
ibid.
DIVISS ou DIWISCH (Procope), musi-
cien, mécanicien et physicien, naquit le 1 er août
1696 à Senftenberg, en Bohême. Après avoir fait
ses études à Znaïm, il entra en 1719 dans l'ordre
des Prémontrés, à Bruck. Il y enseigna la théo-
logie et la philosophie avec éclat, jusqu'en 1733;
à cette époque la cure de Prenditz, près de
Znaïm , lui fut offerte , et il l'accepta. Ce fut dans
cette retraite qu'il se livra avec ardeur à des re-
cherches de physique et de mécanique, et qu'il
imagina le paratonnerre, dont l'invention a été re-
trouvée depuis lors par Franklin, et une sorte
(TOrchestrion, grand instrument de musique ,
auquel il donna le nom de Denis d'or, par ana-
logie avec le sien, qui signifie Denis, en bohémien.
En 1741 Diwisch accepta l'emploi de supérieur
de l'abbaye des Prémontrés de Bruck, et son ad-
ministration fut si sage que, pendant la guerre
de l'Autriche contre la Prusse, le monastère fut
toujours respecté, même par les ennemi». Après
que la tranquillité eut été rétablie dans la Moravie,
il retourna dans sa cure et reprit ses travaux
scientifiques. Il mit alors la dernière main à ses
inventions du paratonnerre et du Denis d'or. En
1754 il plaça un paratonnerre près de sa mai-
son ; mais cette nouveauté lui fit courir quelque
danger, car le peuple, ayant considéré cet appa-
reil comme un instrument de sorcellerie et lui
attribuant la sécheresse qui se fit sentir alors
pendant deux ans, renversa cette machine, qui
fut transportée à l'abbaye de Bruck. Les savants
de l'Autriche ne se montrèrent pas beaucoup
plus raisonnables que le peuple, car ils s'opposè-
rent à l'établissement des paratonnerres sur les
édifices publics, qui avait été proposé à l'empe-
reur par Diwisch. A l'égard du Denis d'or, il
paraît qu'il lui donna la dernière perfection en
1762. Cet instrument se jouait, tomme l'orgue,
avec les mains et les pieds; il imitait, dit-on,
tous les instruments à cordes et à vent, et l'on
assure qu'il pouvait produire cent trente variétés
de qualités de sons. Le prince Henri de Prusse
en offrit une somme considérable; mais, lorsqu'il
l'entendit, Diwisch le croyait susceptible de plus
23
D1VISS — DIXON
<lc perfection : il ne consentit pas à le céder.
En 1790 Pévêque de Bruck, Georges Lambeck,
possédait le dernier instrument de ce genre exé-
cuté par L'inventeur, et entretenait un musicien
chargé spécialement de le jouer. On ignore ce
qu'il est devenu depuis ce temps. Diwisch est
mort à Prenditz le 21 décembre 1765. On a de
lui un ouvrage posthume en allemand, qui a pour
titre : Théorie de l'électricité et application
de ses principes à la Chimie- Tubingue , 1768,
in-8°. Le portrait de ce savant a été gravé par
Balzer, avec ce distique :
Non laudate J.ovein, Rentes ! Quid vester Apollo?
Isle inagis Deus est.fulminis atque soni.
DIVITIS (Antoine), musicien français, na-
quit dans la seconde moitié du quinzième siècle,
car il était un des chantres de la chapelle de
Louis XII, qui mourut en 1515. J'ai dit, dans
la première édition delà Biographie universelle
des musiciens (t. III, p. 316), qu'il est permis
de croire que le nom réel de ce musicien est
Le Riche; une découverte faite aux archives de
l'État, à Paris, a justifié ma conjecture, car
(sous la lettre K. n° 322) on trouve un compte
de dépenses de la cour du roi de Fiance, où est
cet article : « La somme de 310 livres 10 s. tour-
« nois pour le payement de cent trois aulnes de
« drap noir, livré aux chantres de la chapelle du
« dict feu seigneur ( Louis XII) qui s'ensuivent,
« savoir : Le maistre de la chapelle Gonrard , Mi-
« chau, Allard, Albi , Guill. Cousin, Claudin ,
« Mouton, maistre Jehan Thierry, Le Vigoureux,
« Porclii, Carimont, Perroton de Manconrt,
« George T. Reverdi, Jacques Baudet, M au pin ,
« Noèl, Furhisseur, Noly , maistre Antoine Le
" Riche, maistre Pierre Monton , maistre Jac-
«■ ques Favieres et maistre Pierre de Fray, qui
« sont 23 personnes. » Il ne peut y avoir de
doute sur l'identité à' Antoine Divitis et d' An-
toine Le Riche, car le premier nom est celui de
Le Riche latinisé et le prénom est le même.
Le Riche était d'ailleurs compositeur comme
Divitis, car on trouve deux chansons françaises
à 5 voix sous son nom dans un recueil publié par
Nicolas Duchemin, en 1551, sous ce titre: le
Premier livre des plus excellentes chansons
de divers autheurs. On connaît sous le nom de
Divitis les ouvrages suivants : 1° Le motet De-
aolatorum Consolator, à 4 voix, dans le pre-
mier livre des Motettide la Corona, imprimé
en 1514 , par Petrucci de Fossombrone, in-4"
obi. — 2° Gloria, laus, à 4 voix, dans le dixième
livre de la collection d'anciens motets, impri-
mée à Paris, par Pierre Attaingnant, 1530.—
3° Plusieurs motets à trois voix dans le recueil
intitulé : Trium Vocum Cantiones Ccntum
D. Georgio Forstcro Selectore. Imprimcbat
Joannes Petreius, Norimbergee , 1540, petit
in-4° obi. — 4° Un Magnificat dans le sixième
livre publié par Attaingnant, sous ce titre: Li-
ber sextus. XIII Quinque ultimorum lono-
rum Magnificat continens. Parhisiis , apud
Pet. Attaingnant , 1534, petit in-4° obt. —
5° Plusieurs motets à quatre voix dans le dixième
livre de la collection qui a pour titre : Pas-
sioncs Dominice (sic) in ramis Palmarum ,
Veneris sancle , nec non lectiones feriarum
quinti, Sexti et Sabbati hebdomade Sancte,
etc.; ibid. 1534, petit in-4 obi. —6° Credo à G
voix, dans le mss. coté VI de la Bibliothèque
royale de Munich. — 7° Gei ber dit qu'il y a plu-
sieurs morceaux de la composition de Divitis
dans un recueil de chansons, en diverses langues,
imprimé depuis 1530 jusqu'en 1540, sous le titre
de Satnmlung VonGesangen in verschiedenen
Spraechen , dont il y a un exemplaire à la bi-
bliothèque de Zwickau; mais il n'indique ni le
lieu de l'impression, ni le nom de l'imprimeur. —
8° On trouve un morceau bien fait, à cinq voix,
de Divitis, sur le texte: Ista est speciosa in-
ler/ilias Hierusalem, dans le recueil intitulé :
Bicinia Gallica, Latina, Germauica, etc., pu-
blié par Georges Rhaw , à Wittenberg, 1545. —
9° Deux chansons françaises à 4 voix , de Le
Riche, sont dans un recueil publié par Nicolas
Duchemin , à Parisien 1551, sous ce titre : le
Premier livre des plus excellentes chansons
de divers autheurs. — 10° La messe à 4 voix.
intitulée Gaude Barbara, par Divitis, se trouve
dans un manuscrit de la bibliothèque de Cam-
brai, colé n° 4. C'est la douzième du recueil , qui
en contient quinze de divers auteurs. (Voy. No-
tice sur les collections musicales de la biblio-
thèque de Cambrai, par M. E. de Coussemaker,
p. 31.)
DIXON (William), compositeur et orga-
niste anglais, vécut à Londres depuis 1770
jusque vers 1800. Il a publié une collection de-
musique sacrée , choisie dans les œuvres des
meilleurs maîtres anglais, sous ce titre : Psalmo-
dia Christ iana; or Collection of sacred Music,
in four parts, designed for public worship ,
containing 200 plain psalm-tunes, 50 fugues,
and a few pièces in the Hymn style , for the
tree great festivals, Christmas-Day , Easter
Day and Whitsunday, with the bass-figured
for the organ or harpsichord, etc.; Londres,
1790. Cette collection est précédée d'un traité
élémentaire d" chant, intitulé : An Essay anâ-
concise Introduction to singing, containing
rules for singing at sight, formed by the
author during many years sludy and pruc-
D1X0N — DI'ZI
2!)
tice in teaching. On a aussi de Dixon un recueil
de chansons anglaises, Londres, 1795, et un
Pocket companion or New Psalm Tunes,
for the use of Choirs and congregaiional
Singing (sans date).
DIZI (Fkançois-Joskph), Hé à Namur le 14
'janvier 1780 , est (ils d'un professeur de musique
qui , de Dinant-sur-la-Mense, alla s'établir dans
«elle ville. Le jeune Dizi fit voir dès son enfance
tes plus heureuses dispositions pour la musique,
et la sévérité de son père développa ses facultés
par des études laborieuses. La harpe était l'ins-
trument pour lequel il avait le plus de penchant;
malheureusement il n'y avait pas de maître à
Namur qui pût lui enseigner à en jouer. Les le-
vons de son père, qui était violoniste, furent les
seules qu'il reçut, et ce fut en lui-même qu'il dut
chercher les moyens d'acquérir du talent. Il avait
à peine atteint sa seizième année lorsqu'il conçut
le projet de se rendre en Anglete/re. Il voya-
geait alors en Hollande pour s'y faire entendre :
il s'y embarqua. Arrivé dans un port où le vais-
seau fut obligé de relâcher, il se promenait sur
le pontdu bâtiment; tout à coup il vit un matelot
tomber à la mer, et, poussé par un mouvement
^l'humanité, il s'y précipita lui-même pour le sau-
ver, oubliant qu'il ne savait pas nager. Il perdit
bientôt connaissance, et, lorsqu'il revint à lui, il
se trouva dans une maison sur le port, où on lui
donnait des soins. Dès que ses habits furent sè-
ches, il voulut retourner au vaisseau; mais ce
bâtiment, dont il ne savait pas même le nom,
avait continué sa roule, parce qu'on ne s'était
pas aperçu de l'accident de Dizi, qu'un ouvrier
du port avait sauvé. La situation du jeune ar-
tiste était des plus pénibles, car sa harpe, et les
malles qui contenaient ses habits, son linge, ses
lettres de recommandation et son argent, étaient
sur le vaisseau qui s'éloignait de lui. Sa bourse
ne renfermait que quelques écus à peine suffi-
sants pour le conduire à Londres, et il ne savait
pas un mot d'anglais. Il se décida pourtant à sa-
crifier le peu qui lui restait pour arriver jusqu'à
la capitale de l'Angleterre , dans l'espoir d'y re-
trouver le navire qui contenait toutes ses ri-
chesses et l'espoir de son avenir.
Arrivé à Londres, il ne put jamais découvrir
ce bâtiment, n'ayant aucun renseignement qui
pût l'aider dans ses recherches au milieu de l'im-
mense quantité de vaisseaux qui stationnaient sur
la Tamise ; il se trouva donc dans cette grande
ville sans ressources, et n'y connaissant personne.
Après quelques semaines passées dans la situation
la plus pénible, le hasard le conduisit près d'une
maison où il entendit jouer de la harpe; il se
décida à y entier, exposa sa situation à ceux qui
l'habitaient, et demanda qu'on l'entendit sur son
instrument. Cette maison était celle de Sébastien
Érard , célèbre facteur de harpes et de pianos.
Le chef de cette maison apprécia le talent du
jeune Dizi, comprit qu'il avait de l'avenir, et
l'aida à se poser convenablement dans le monde
en lui procurant des élèves. Clementi lui lut aussi
utile par l'estime qu'il témoigna pour ses talents.
Bientôt Dizi deyint le harpiste le plus renommé
de Londres, et pendant trente ans il jouit en
Angleterre d'une brillante réputation comme vir-
tuose et comme compositeur pour son instru-
ment.
La nature l'avait doué de dispositions natu-
relles pour la mécanique et de beaucoup d'a-
dresse Il voulut appliquer ces facultés au perfec-
tionnement de son instrument, et inventa, avec
l'assistance d'un Polonais , une harpe à double
action qu'il appela Harpe perpendiculaire ,
parce que les cordes, placées au centre de la
console, étaient dans une position exactement
verticale avec le centre de la table. L'élévation
de ces cordes, à un demi-ton ou à un ton pins
haut que l'accord naturel , se faisait par des bas-
cules placées à l'intérieur de la console. La diffi-
culté du placement des cordes et les dérange-
mens fréquents do mécanisme ont déterminé
plus tard Dizi à renoncer à ce système de cons-
truction pour se rapprocher de celui d'Érard,
qu'il a seulement voulu simplifier en substituant
aux mouvements particuliers de chaque note
des mouvements généraux de communication
d'octave en octave. Dizi est aussi le premier qui
ail imaginé de doubler les tables d'harmonie des
harpes, pour leur donner plus de résistance aux
vibrations des cordes. Enfin il a disposé les pé-
dales de l'instrument dans un ordre plus régulier
que celui qui est généralement adopté; mais
cette innovation a eu peu de succès, parce qu'elle
contrariait les habitudes des harpistes.
En 1830 Dizi a quitté Londres pour s'établir
a Paris , où il a formé une association avec la
maison Pleyel , pour l'établissement d'une fabri-
que de harpes ; mais cette entreprise n'a point en
de succès. Depuis son arrivée en France Dizi
avait élé nommé professeur de harpe des prin-
cesses de la famille royale. Il est mort à Paris.
Les compositions de Dizi pour la harpe sont :
1° Une grande sonate, publiée à Londres. —
2° Air Saxon, de Cramer, varié; Paris, Janef. —
3° Danse du Châle, variée; ibid. — 4° Trois
thèmes originaux variés ; ibid. — 5° Douze exer-
cices ou fantaisies pour la harpe à deux rangs de
pédales, première et deuxième suite; Paris,
Pleyel. — 0° Une grande quantité de romances
françaises , d'airs anglaise! italiens variés pour la
so
DIZI — DOBnZYNSKI
harpe; Londres, Paris, Erard, Plcyel et autres.
DLABACZ (Joseph-Benoît), virtuose sur
le trombone, naquit à Podécbradt le 2 juillet
1703. Après avoir fini ses études à Prague il
voyagea , puis se fixa à Coblence, où son talent
remarquable le fit engager dans la chapelle de
l'électeur. 11 mourut en cette ville vers 1769. On
ignore s'il a écrit pour son instrument.
DLABACZ ( Godefroi-Jean ) , né vers 1760
à Bcfchmiscb-Brod , en Bobême , entra dans l'or-
dre des Prémontrés à Prague, et devint direc-
teur du chœur et bibliothécaire du chapitre de
StraKow, dans la même ville. Il a donné l'Essai
d'un catalogue des meilleurs musiciens de la
Bohême , dans les septième et neuvième parties
de la Statistique delà Bohême, qui a été pu-
bliée en 1788. Le troisième volume de la So-
ciété royale des Sciences de la Bohême (1798,
in-4°, n° 2) renferme une dissertation sur l'état
des arts dans ce pays, dont il est aussi l'auteur.
On y trouve quelques détails curieux sur les
orgues et sur plusieurs musiciens. L'ouvrage le
plus important qu'il ait publié est le Dictionnaire
historique des artistes de la Bobême, qui a paru
sous ce ce titre: Allgemeine-hist. Kunstler-
Lexikon fur Bœhmen, 3 vol. in-4°, Prague,
1815-1818. On y trouve une multitude de notices
intéressantes sur les musiciens de cette partie
de l'Allemagne. Dlabacz est mort à Prague le 4
janvier 1820.
DLUGOBAI (Albert), compositeur et lu-
thiste distingué, né en Pologne, vécut vers la
fin du seizième siècle. On trouve quelques-unes
de ses pièces de luth dans le Thésaurus Har-
monicus de Besard.
DOBBERT (Chrétien- Frédéric). Voyez
DOEBBERT.
DOBLER ( Joseph-Aloys), un des meilleurs
chanteurs du dix-neuvième siècle en Allemagne,
est né le 17 novembre 1796 à Gebratzhofen , dans
le royaume de Wurtemberg, où son père était
maître d'école. Celui-ci lui donna les premières
leçons de musique, de chant et de piano. A l'âge
de dix ans Dobler fut admis comme enfant de
chœur à l'église cathédrale de Constance. Il y fit
ses études jusqu'en 1813; alors, pour se sous-
traire aux lois de la conscription, il se décida
à aller faire un cours de théologie à l'université
d'EUwangen. Là il eut occasion d'exercer sa
belle voix de basse dans les concerts d'amateurs
que le recteur Spn-gele avait institués. Encou-
ragé par les succès qu'il obtint dans ces con-
certs, il résolut de ne point entrer au séminaire,
et se rendit secrètement à Vienne , où il trouva
un protecteur dans l'ambassadeur de Wurtem-
berg. Wcigl ayant entendu la belle voix de
Dobler, l'encouragea à cultiver le chant, lui
donna des conseils et lui procura un engagement
au théâtre de la porte de Carinlhie, avec deux
mille florins d'appointements. Le jeune chanteur,
âgé seulement de dix-neuf ans, se fit remarquer,
et bientôt il fut engagé pour le théâtre de Linz,
comme première basse. Il y débuta par le rôle
d'Alcindor dans Cendrillon , et son succès fut
complet. En 1820 il prit l'emploi de première
basse au théâtre de Francfort-sur-le-Mein, resta
dans cette ville jusqu'en 1«25, et entreprit
alors un grand voyage en Allemagne. Il chanta
avec succès à Mayence , Stuttgard , Wiesbaden ,
Berlin, etc. Engagé pour l'Opéra-Allemand de
Londres en 1833, il y chanta dans trente-deux
représentations pendant la saison, et se lia d'a-
mitié avec les célèbres chanteurs italiens Rubini,
Tamburini et Madame Malibran , qui devinrent
ses modèles. De retour à Franfort à la fin de cette
année, Dobler y resta jusqu'au 15 septembre
1834, époque où il entra au service de la cour
de Wurtemberg, à Stuttgard. Cetartiste n'avait
point étudié de méthode de chant proprement
dite; ce qu'il savait dans cet art, il le devait à
sa propre expérience, aux exemples qu'il avait
recueillis des chanteurs habiles, et surtout à sa
rare intelligence et au sentiment dramatique dont
il était doué au plus haut degré. Sa voix était
pure , égale, flexible , et d'une grande puissance.
Dobler est mort à Stuttgard le 6 septembre 1841 .
DOBLOF-D1ER (Le baron Charles),
amateur de musique à Vienne et compositeur
de musique d'église au commencement du dix-
neuvième siècle , a beaucoup écrit ; mais ses ou-
vrages, restés en manuscrit, sont devenus la
propriété du conseiller Georges Kiesewetter ,
qui les a légués à la bibliothèque impériale de
Vienne avec toute sa collection de musique.
Voici la liste de ses compositions religieuses :
1° Messe à 4 voix en contrepoint (ré mineur),
écrite en 1820. — 2° Te Deumb. 4 voix. —
3° Hymnes en allemand. — 4° Inni sacri, a 2
3 e 4 voci. — 5° Invocavi Dom., h 4 voix.
— 6° Timete .Dom., à 4 voix. — 7° Trois grands
chœurs à 4 parties. — 8° Messe à voix seule, avec
orgue. — 9° Messe en contrepoint à 4 voix. —
10° Las GebcthdesHerrn, à 4 voix. — il Pa-
ter nosier, à 4 voix, avec un Amen à 1 voix. —
12° Ego sum resurreclio , à 4 voix. — 13° Hym-
nodie chrétienne à voix seule, avec piano. —
14° Hymne pour le temps de Pâques, à voix seule
et piano.
DOBBZYNSKI (Jean-Félix), pianiste et
compositeur polonais, est né en 1807 à Roma-
now, dans la Wolhynie, où son père, violo-
niste distingue, dirigeait l'orchestre des concerts
DO BR Z Y NSK I — DOCI I E
:',i
et <Ie l'Opéra chez le comte Ilinski. C'est sous sa
direction que le jeune Dobrzynski étudia le piano
et le violon. Ses progrès furent rapides dans tout
ce qui concerne le mécanisme; mais ses facultés
pour l'art ne se développèrent qu'après que sa
famille se fut établie à Varsovie. Devenu alors
élève d'Elsner pour l'harmonie et le contrepoint,
il ne tarda point à faire reconnaître que la na-
ture l'avait doué d'un heureux instinct pour la
composition de la musique instrumentale. Vers
1828, ses études musicales étant achevées,
il commença à se livrer à l'enseignement du
piano, se fit entendre dans les concerts et publia
ses premières compositions. On a de lui beaucoup
de mozourkes, de nocturnes et de morceaux de
salon pour le piano, publiés à Varsovie, à Posen,
à Berlin et à Leipsick , ainsi que de jolies mé-
lodies pour voix seule et piano ; mais il s'est rendu
recommandable par des œuvres instrumentales
d'un ordre plus élevé, parmi lesquelles on remar-
que : 1° Une symphonie en ut mineur, qui obtint
en 1838 le deuxième prix dans le concours ouvert
à Vienne pour ce genre de composition, et qui
fut exécutée à Leipsick avec succès dans l'année
suivante. — 2° Trois quatuors pour 2 violons, alto
et basse. — 3° Deux quintettes pour 2 violons,
alto et deux violoncelles, œuvres 38 et 40, pu-
bliés à Leipsick, chez Hoffmeister. Ces compo-
sitions sont d'un ordre très-distingué. — 4° Un
sextuor (en mi majeur) pour 2 violons, alto, 2
violoncelles et contrebasse, op. 39; ibid. —
5° Trio pour piano, violon et violoncelle, dédié
à Huinmel , op. 17 (en la mineur); Leipsick,
Breitkopf et Hœrtel. — 6° Sonate pour piano et
violon. — 7° Nocturne pour piano et violoncelle,
intitulé les Larmes. Dobrzynski s'est aussi essayé
dans la musique dramatique par un opéra qui
a pour titre Monbar, dont l'ouverture et quelques
morceaux détachés ont été exécutés à Leipsick
et à Dresde en 1845 et 1846 ; mais on n'y a pas
remarqué l'originalité d'idées qui règne dans ses
compositions instrumentales. Dans les mêmes
années il donna des concerts à Berlin, à Leipsick
et dans quelques autres villes du nord de l'Al-
lemagne, et y produisit une vive impression par
le mérite de quelques-unes de ses œuvres.
DOBYHALL(JosEPn),etnonDOBYHERLL,
comme il est dit dans la première édition de
celte Biographie, maître de musique du deuxième
régiment d'artillerie en garnison à Vienne, est né
le 13 juin 1779 à Krasowitz, en Bohême. Destiné
à l'enseignement de la musique par son père, il
étudia toutes les parties de cet art et apprit le
chant, le piano , l'orgue, le violon et presque
tous les instruments à vent, sous la direction de
Nawralil, Doluzalek, Johanis, et surtout d'un
organiste très-habile nommé Bubmik. Lorsqu'il
eut atteint sa quinzième année, il fut envoyé à
Enns, dans la Haute-Autriche, pour y appren-*
dre, sous la direction du musicien de la ville.
à jouer du cor, de la trompette et du trombone ;
puis il alla à Vienne faire un cours d'études litté-
raires. Admis dans cette ville au théâtre Léopold
comme clarinettiste, il y resta pendant six ans.
Pendant ce temps il apprit l'harmonie et la
composition chez Heidenreich et Tayber. En
1808. Dobyhall fut nommé chef de la musique
du prince Kourakin, ambassadeur de Russie à la
cour de Vienne. Deux ans plus tard il entra au
théâtre Hofburger, et peu de temps après il eut
la direction de la chapelle du prince de Lobko-
witz. Depuis lors il a été admis à l'orchestre du
théâtre de la Cour comme seconde clarinette, et
a été nommé maître de musique du deuxième
régiment d'artillerie. Le talent de cet artiste pour
la direction d'un orchestre d'instruments à vent et
pour l'arrangement de la musique en harmonie mi-
litaire était très-remarquable. On a de lui plus
de cent suites de morceaux extraits d'opéras ita-
liens, allemands et français, arrangés avec beau-
coup de goût et une rare intelligence. Dobyhall
y a introduit une multitude de nouvelles combi-
naisons d'instruments, du plus grand effet. Lors-
que Rossini alla à Vienne , il éprouva tant de
plaisir, à l'exécution de quelques-unes de ses pro-
ductions ainsi arrangées, qu'il désira avoir les
partitions de ces morceaux, pour étudier le sys-
tème et le mécanisme des combinaisons d'instru-
ments à vent.
DOCHE (Joseph-Denis), né à Paris le 22
août 176fi, entra comme enfant de chœur à la
cathédrale de Meaux , à l'âge de huit ans, et y
apprit la musique sous la direction de Guignet.
Nommé maître de chapelle de la cathédrale de
Constance, à dix-neuf ans, il y resta jusqu'à
l'époque dé la Révolution. Il entra alors à l'orches-
tre du théâtre du Vaudeville pour y jouer de
l'alto, puis du violoncelle, et enfin de la contre-
basse. Devenu chef d'orchestre du même théâtre,
il composa, pour les pièces qu'on y représentait,
une multitude d'airs qui se distinguent par un
chant naturel et gracieux. Les plus connus sont
ceux de Fanchon la Vielleuse, la romance de
Santeuil, celle de Gentil Bernard, etc. Il en a
publié le recueil, en 1822, sous le titre de la
Musettedu Vaudeville, grand in-8° obi. Doche
a fait aussi la musique d'un opéra-comique intitulé
les Trois Dcrville, qui fut refusé au théâtre
Feydeau en 1818, et de plusieurs opérettes joués
aux théâtres des Boulevards, entre autres Point
de bruit, qui fut joué avec succès au théâtre de
la Porte-Saint-Martin, en 1801. Il a fait entendre
S2
DOCHE — DODWELL
à Paris plusieurs messes à grand orchestre. La
dernière a été exécutée à Saint-Eustache, le 22
•novembre 1809, jour de Sainte-Cécile. Retiré du
Vaudeville en 18"24 , Doclie est mort à Soissons
au mois de juillet 1825.
DOCHE (Alexandre-Pierre-Josepii), fils du
.précédent, né à Paris en 1799, fit ses études
musicales au Conservatoire de Paris, et succéda
à son père dans la place de compositeur et de
chef d'orchestre du Vaudeville. Plus tard il est
entré au théâtre du Gymnase comme chef d'or-
chestre. H a écrit pour les pièces de ce théâtre
beaucoup de morceaux de musique, dont quel-
ques-uns ont été publiés à Paris, cliez Petit,
Savaresse et Lemoine. Au mois •de mai 1846
Doche a fait représenter à l'Opéra-Comique un
ouvrage en unacte, intitulé le Veuf du Malabar,
dont la musique était assez médiocre, et au mois
de mars de l'année suivante il a donné au même
théâtre Alix, petit acte qui n'a inspiré également
au musicien que des idées communes, écrites avec
négligence. Doche est mort à Saint-Pétersbourg
au mois d'août 1849.
DODART (Denis), médecin, naquit à Paris
en 1624. Après avoir été reçu docteur en 1660, il
fut nommé, six ans après, professeur de pharma-
cie, et ensuite conseiller-médecin de Louis XIV.
En 1673 l'Académie des Sciences l'admit au nom-
bre de ses membres. Il fut chargé par ses con-
frères de rassembler les matériaux d'une his-
toire de la musique ; mais il s'est borné à publier
plusieurs Mémoires sur la formation de la voix
et sur la détermination du son fixe. Ces Mémoi-
res ont été insérés parmi ceux de l'Académie des
Sciences. Dodart est mort à Paris le 5 novembre
1707. Les Mémoires publiés par lui sur les objets
relatifs à la musique sont les suivants : 1° Mé-
moire sur les causes de la voix de l'homme
et de ses différents ions (Mém. de l'Académie
des Sciences, ann. 1700, p. 238-268). — 1°Aotes
sur le Mémoire précédent (Idem, p. 268-287).
— 3° Supplément au Mémoire sur la voix
et sur les tons, première partie (ann. 1706,
p. 136). — 4° De la différence des ions, de
la parole et de la voix du chant, par rap-
port au récitatif, et, par occasion, des expres-
sions de la musique antique et de la musique
moderne (Id., p 388).— 5° Supplément au
Mémoire sur la voix et sur les tons, seconde
partie (ann. 1707, p. 66). Dodart cherche à
établir dans ces Mémoires la similitude de l'organe
vocal avec un instrument à vent , système adopté
jusqu'en 1743, où Ferrein en proposa un autre,
qui partagea les savants. On a aussi du môme au-
teur ■. Sur la détermination du son fixe (Mém.,
ann. 1700, p. 131-140). H y a quelques exemplai-
res du Mémoire de Dodart sur les -causes de la
voix de l'homme imprimés séparément avec les
notes et les additions, lesquels portent la date
de 1703, sans nom d'imprimeur. L'auteur les
avait fait tirer pour ses amis; la Bibliothèque
impériale, à Paris, en possède un qui vient du
cabinet de Brossard.
DODDHIDGE (Philippe), ecclésiastique
anglais, naquit à Londres le 26 juin 1702. Il com-
mença ses études à l'école de Saint-Alhain , et
les acheva au collège des ministres non confor-
mistes, à Kibworth, dans le comté de Leycesler.
En 1722 il lut nommé prédicateur à Kibworth,
ensuite à Market-Harborough, et enfin professeur
au collège de Northampton en 1730. Sa santé, qui
avait toujours été très-faible, s'étant entièrement
dérangée, les médecins Jui conseillèrent de
changer de climat ; il se rendit à Lisbonne; mais
à peine y fut-il arrivé que son mal empira, et il
mourut dans cette ville, le 26 octobre 1750.
Doddridge a donné dans les Transactions phi-
losophiques , t. 44, p. 596, Account ôf ones ,
who had no Ear to Music naturally , singing
several tunes whenin a delirivm (Notice sur
un individu qui, n'ayant pas l'oreille musicale,
chante plusieurs airs avec justesse, dans une
accès de délire).
DODWELL (Henri), philologue célèbre,
naquit en 1641. Ayant perdu ses parents de bonne
heure, il tomba dans l'indigence jusqu'à ce qu'un
de ses oncles le recueillit et lui fournit les moyens
de faire ses études, d'abord à Dublin, ensuite à
Oxford. Ayant été nommé professeur d'histoire
dans cette université en 1688, l'année même de
la révolution anglaise, il ne tarda pas à perdre
cette place, parce qu'il se refusa à prêter le ser-
ment à? allégeance. Après s'être engagé dar.s
toutes les querelles religieuses de son temps et
avoir écrit une immense quantité d'ouvrages de
fout genre, il mourut le 7 juin 1711. Les travaux
de ce savant homme sur les historiens et les
géographes anciens, ainsi que sur les antiquités
ecclésiastiques, n'étant point de l'objet de ce
dictionnaire, je me contenterai de citer son
livre intitulé Treatise concerning the laivful-
ness of instrumental Music in holy offices,
etc. (Traité concernant l'admission de la musique
instrumentale dans l'office divin); Londres, 1700,
in-8". C'est une seconde édition : j'ignore la date
de la première. Ce traité est tout théologique.
Dodvvell y établit que la musique des instru-
ments, particulièrement celle de l'orgue, ayant
pour objet d'affecter la sensibilité, ne peut être
admise dans l'office divin, où l'homme ne doit
porter qu'un esprit dégagé de toute émotion sen-
suelle; cl il déclare que les exemples de l'usage
DODWELL — DOEIILKK
33
des instruments dans le temple «le Dieu , lires
de l'Ancien Testament, sont sans valeur, parce (pue
les Juifs, comme les papistes, ne professent que de
fausses religions. Une préfacé de 84 pages du mi-
nistre anglican John Newte, où la même doc-
trine est soutenue, précède l'ouvrage «le Dodvvell
(Voy. Newte).
DOEBBERT (Chrétien- Frédéric), lia-
bile flûtiste, naquit à Berlin, où il prit des leçons
de hautbois et de flûte. Ayant acquisbeaucoup de
talent sur ces deux instruments, il passa au ser-
vice du margrave Frédéric de Brandebourg Culm-
bach, auquel il donnait des leçons de flûte. A
la mort de ce prince, en 1763, les virtuoses ita-
liens, chanteurs et cantatrices, ayant été congé-
diés, Doebbert passa avec les niiisiciensallemands
au service du margrave d'Anspach et de Bay-
reuth; il y mourut en 1770. lia publié à Nurem-
berg, en 1759, six solos pour la tlûte, avec accom*
pagnementde basse.
DOEDERL1N (Jean-Alexandre), né le
Il lévrier 1675 à Biswang, dans le comté de
Pappenheim, lut magister et recteur de l'école de
Weissenfels en Nordgau, où il mourut le 23 oc-
tobre 1745. On a de lui un écrit intitulé : Ars
canendl veterum, et veterum cantores Weis-
senburgenses, 2 feuilles infol. sans date. Cet
ouvrage , qui parait devoir être intéressant par
son titre, est de la plus giaruie rareté.
DOEHLER (Théodore), pianiste et compo-
siteur pour son instrument, naquit le 20 avril
1814 a Naples, où son père était chef de musi-
que d'un régiment. Il était âgé de sept ans lors-
qu'il reçut les premières leçons de piano. Ses
dispositions pour la musique et l'instrument
étaient si heureuses qu'après six mois d'études
il avait dépassé en habileté sa sœur aînée, qui
jouait du piano depuis plusieurs années. Lorsque
Benedict arriva à Naples, il accepta Dœbler
comme élève. Celui-ci n'était âgé que de treize
ans lorsque son maître le fit entendre au théâtre
du Fondo, où il reçut des applaudissements. En
1829 Dœbler suivit sa famille à Lucques, où le
père était engagé au service du prince; mais il
n'y resta que peu de temps, parce que sa famille
alla bientôt après s'établir à Vienne, où le
jeune pianiste fut mis sous la direction de Czerny,
pendant qu'il faisait des études de composition
chez Secbter. Parvenu à l'âge de dix-sept ans,
Dœbler obtint la position de virtuose de la mu-
sique particulière du duc de Lucques et eut
l'honneur de l'accompagner dans quelques voya-
ges. En 1836 il entreprit lui-même une grande
tournée pour faire connaître son talent : il était
alors âgé de vingt -deux ans. Il visita d'abord
l'Allemag-ie, et les premières villes où il se lit
BIOCR. IMV. DES MUSICIENS. — T. III.
entendre furent Leipsick et Berlin ; il y obtint
de brillants succès. Au commencement de 1837
son service le rappela à la cour de Lucques, mais
il fit dans la même année une excursion à
Florence et à Bologne, où il donha des concerts.
Vers la fin de 1838 il arriva à Paris. Tbalberg y
causait alors une vive sensation par les effets
nouveaux qu'il faisait produire au piano et par la
sonorité puissante qu'il tirait de l'instrument. Le
talent de Dœbler n'atteignait pas à cette hauteur;
mais il se faisait remarquer par beaucoup de
délicatesse dans le toucher, par l'élégance et la
grâce. Il joua dans un des concerts de la société
du Conservatoire et y obtint un brillant succès.
C'est de celte époque que date sa réputation de
virtuose. Au printemps de 1839 il se rendit à
Londres, où ses manières gracieuses et polies
préparèrent ses succès dans la haute société.
Dans la même année il visita la Hollande, où
l'enthousiasme pour son talent alla si loin que son
buste fut inauguré solennellement à la Haye.
De retour en Italie vers le mois d'août, il obtint
de son prince un nouveau congé dans l'année
suivante, pour retourner en Hollande, où il était
appelé. Il donna alors des concerts à Amster-
dam, à Botterdam, à Utrecbt; puis il se rendit
en Belgique, et obtint à Bruxelles de brillants
succès. Après un séjour d'environ deux ans h
Lucques, Dœbler reparut en Allemagne, et donna
des concerts à Francfort, Leipsick, Berlin et
Hambourg; puis il se rendit à Copenhague, dans
l'hiverde 1843, et enfin en Bussie, où il s'arrêla pen-
dant près de deux ans. A Saint-Pétersbourg il avait
trouvé une protection très-active dans la princesse
Tschermeteff; bientôt l'intérêt que prenait à lui
cette dame devint un sentiment plus tendre, et
elle prit la résolution de lui donner sa main ;
mais de grandes difficultés s'opposaient à celle
union, La princesse mit à les surmonter l'éner-
gie et la ténacité que donne la passion à une
lemme. Après bien des négociations délicates et
de grands sacrifices, elle atteignit enfin son but,
et Dœbler devint son époux en 1846. Tous deux
se fixèrent dès lors en Italie, et l'artiste se trans-
forma en amateur. Une seule fois il se fit encore
entendre dans un concert public à Florence ; mais
ce fut pour une œuvre de bienfaisance. Tout
semblait lui présager une existence heureuse;
mais bientôt sa santé se dérangea. En vain il
essaya de l'influence des changements de climat
et des eaux les plus renommées; il ne fit plus
que languir, et il mourut à Borne, le 21 février
1856, à l'âge de quarante-deux ans. Dœbler a
publié beaucoup de compositions pour le piano,
dont plusieurs ont eu de la vogue et sont en-
core dans le répertoire des pianistes ; on y re-
3
34
DOEHLER — DOISY-LI NIANT
marque un concerto, œuvre 7; douze fantaisies
sur des thèmes de divers opéras de Rossini,
Meyerbeer, Donizetti, Bellini, Hérold , Halé-
vy, etc.; dix nocturnes détachés; beaucoup de
thèmes variés, des études, des caprices, des ron-
dos, des pièces détachées de tout genre, des valses
et des polkas. Comme pianiste Dœhler manquait
de puissance, et quelquefois de correction ; mais
il y avait beaucoup de charme dans son jeu.
DOELZSCH(Jean-Gottlieb), constructeur
d'orgues, né à Dœbeln, en Saxe, vivait dans la
première moitié du dix-huitième siècle. En 1729
il finit l'orgue de Grueneberg, composé de douze
jeux. Il répara celui de l'église de Sainte-Cuné-
gonde, à Rochlilz, en 1732.
DOEMEiXY (Alexandre de), pianiste et
organiste à Pesth, est né en Hongrie vers 1801. Il
s'est fait connaître par deux ouvrages, dont le pre-
mier est une instruction, en hongrois et en alle-
mand, pour apprendre à jouer du piano, avec des
exercices tirés des œuvres de Ha?ndel , démenti,
Cramer, Steibe't, Kalkbrenner, etc.; Pesth, Char-
les Miiller, 1828 , in-fol. de 121 pages. L'autre
a pour titre : Kerénekesksenya inehjet d'Helve-
zini Vallaistêtett TartoJi Deoz hasznokra
nézy Enakozora, etc. .'Livre choral à 4 parties
pour l'orgue, à l'usage des congrégations de la
confession helvétique, etc.); Pesth, 1830, in-4°.
Fink a fait une analyse de ce livre choral dans la
Gazette générale de musique de Leipsick (ann.
1831, n°22, p. 349—354).
DOERFFEL (Alfred), pianiste distingué,
est né à Waldenbourg, en Saxe, le 24 janvier
1821. Ses parents l'envoyèrent fort jeune à Leip-
sick, où il reçut des leçons de piano de Gùnther.
A l'âge de treize ans il débuta dans les concerts de
la société (VEuterpe et y fit sensation par son
talent précoce. Pendant les années 1837, 38 et 39,
il joua souvent dans ces concerts et y fit remar-
quer ses progrès. Postérieurement il s'est fixé dans
celte ville comme professeur de piano. M. Dœrffel
a été pendant plusieurs années un des rédacteurs
de la Nouvelle Gazette de musique de Leipsick.
J'ignore s'il a publié quelques compositions pour
son instrument.
DOERIiYG (Jean-Fréderic-Samuel), né le
16 juillet 1766 à Gatterslaedt, près de Querfurt,
où son père était maitre d'école. En 1776 il entra
à l'école Saint-Thomas de Leipsick comme élève
etcomme sopranistedans le chœur. Après y avoir
fait ses études élémentaires, il suivit en 178S les
cours de l'université de Leipsick, comme étudiant
en théologie; puis il se rendità Dresde en 1791 et
y remplit les fondions de précepteur dans une
famille pendant deux ans. En 1793 il obtint une
place de cantor à Luckn,dans la Lusace infé-
rieure ; deux ans après il alla occuper une posi-
tion semblable à Gôrlitz. Il y resta jusqu'en 1814,
époque où il accepta le cantorat à Altenbourg.
Il mourut dans cette ville le 27 août 1840, à l'âge
de 74 ans. Doering fut également distingué
comme basse chantante et comme professeur.
Il jouait bien du violon , du piano et de l'orgue.
Il s'est fait connaître dans le monde musical par
les publications suivantes : Die 3 Rosen des L< •
bens, Gcsellschaftsbildfur 4 Singstimmen, etc.
(les Trois Roses de la vie, chansons de société
à quatre voix); Gôrlitz, 1799. — 2° I ollstœn-
diges Gôrlitzer Choral- M elodien-Buch in
Buchstaben, Vierstimmig gesestzt ( Livre com-
plet de mélodies chorales, pour la ville de Gôr
lilz, arrangé à 4 voix ); Gôrlitz, 1802. — 3° An-
u-eisung zum Singen. Erster Kursus ( Instruc-
tion pour le chant : premier cours); ibïd., 1805,
in-8° de 80 pages. — 4° Etuas zur Berichti-
gung des Vrtheilsuber die musikalischen Sing-
chore auf den gelehrten protest antischen
Schulen Deutschlands (Observations pour l'a-
mélioration des jugements sur les chœurs musi-
caux des écoles supérieures protestantes de l'Al-
lemagne); Gôrlitz, 1806, in-4° de 24 pages. —
5° Onze chœurs à 4 voix : l re suite ; Altenbourg,
1815. — 6° Livre choral complet, à l'usage de
la ville d'Altenbourg ; Altenbourg, 1817, in-4°.
— 7° Vingt-quatre mélodies chorales à 4 voix;
ibid., 1830.
DOER1NG (M.-L.-J.); on a sous ce nom
une suite d'articles sur l'existence et la nature
du rhythme, qui ont été insérés dans la vingt-sep-
tième année de la Gazette musicale de Leipsick,
p. 3-9, 17-26, 37-41. Ces morceaux ne sont point
sans intérêt et se font remarquer par des vues
neuves.
DOERIIXG (Le docteur Henri) , littérateur
allemand, né à Cassel, si je suis bien informé,
s'est fait connaître avantageusement, dans ces
derniers temps, par divers ouvrages, et par des
morceaux détachés dans les revues littéraires,
parmi lesquels on remarque un aperçu rapide de
la vie de Mozart. Ce morceau a été traduit de
l'allemand par M. C. Viel, sous le simple titre :
W.-A. Mozart ; Paris, A. Bohné, 1860, in-12
de 76 pages.
DOERNER (Jean-Georges), organiste à
Bitterfeld, en Prusse, vers le milieu du dix-hui-
tième siècle, a fait imprimer une Épure au
docteur Mitzler sur l'origine du son et des
tons principaux ( en allemand ) ; Bitterfeld, Midi.
Ileunigen, 1743 , 3 feuilles in-8°.
DOISY-LINTANT (Charles), guitariste
et marchand de musique à Paris , est mort dans
cette ville en 1807. Il a publié un grand nombre
DOISY-LINTANT — DO M ART
:}.>
rie morceaux pour son instrument. Les plus con-
nus sont : 1° Un concerto , avec accompagne-
ment de deux violons, alto et basse. — 2° Dix
trios pour guitare, violon et alto, op. 1 et 3. —
3° Trois trios pour trois guitares. — 4° Qua-
rante-neuf duos pour deux guitares ou pour gui-
tare et violon. — 5° Plusieurs sonates, rondos
et solos. — 6° Principes généraux et raisonnes
de la guitare ; Paris, Naderman, 1801. — 7° Pe-
tite Méthode pour le même instrument, avec
des airs; ibid.
DOLÉ (L'abbé F.-C), né en Normandie
vers 1810 , a fait ses études au petit séminaire de
Rouen. Devenu directeur du pensionnat de Vire
et aumônier de l'Hôtel-Dieu de cette ville, il
occupait encore cette position en 1848. 11 est au-
teur d'un livre très-estimable qui a pour titre :
Essai théorique , pratique et historique sur
le plain- chant ; Paris, Lecoffre, 1S47, 1 vol.
in-8° de 264 pages.
DOLES (Jean-Frédéric), né à Steinbach,
en Franconie, en 1715, commença ses études
au gymnase de Schleusingen, et apprit la musi-
que à l'école de Saint-Thomas de Leipsick. Son
maître de composition fut Jean-Sébastien Bach.
En 1744 il obtint la place de chantre à Frey-
berg , où il resta jusqu'en 1756, époque où il
succéda à Harrerdans les fonctions de directeur
de musique à l'église de Saint-Thomas de Leip-
sick. Il unissait le talent de bien enseigner à
celui de bien écrire , et jouissait d'une grande
considération parmi les musiciens de son temps.
Il est mort le 8 février 1797. On a de lui les
ouvrages suivants : 1° Anfangsgrûnde zum Sin-
gen (Introduction à l'art du chant), manuscrit
in-8° de 158 pages. — 2° Neue Lieder von
Fuchs( Nouvelles Chansons deFuchs); Leipsick,
1750. — 3° Le quarante-sixième psaume mis
en musique; ibid., 1758, in- fol. — 4° Mélo-
dieux zu Gellerts geistlichen Oden, etc. (Mé-
lodies pour les odes spirituelles de Gellert, à
quatre voix , avec accompagnement de clavecin ) ;
ibid., 1762, in-fol. min. — 5° Vierstimmiges
Choralbuch , oder harmenische - Melodien
Sammlung fur Kirchen ( Livre choral à quatre
voix , ou recueil de mélodies harmoniques pour
l'église); ibid., 1785, in-4°. — 6° Cantate sur le
chant de Gellert : Ich Komme vor dein Ange-
sicht, etc., pour quatre voix et orchestre; Leip-
sick, 17'JO, petit in-fol. Cet ouvrage, dont une
partie est dans le style fugué, fait voir que Doles
était un digne élève de J.-S. Bach. On y trouve
une préface excellente sur l'art de traiter la mu-
sique d'église. — 7° Singbare und leichte
Choralvorspiele fur Lehrer und Organisten,
etc. (Préludes chantants el choisis pour des cho-
rals à l'usage des professeurs et des organistes»
etc.), première suite, Leipsick, 1795, in-fol.;
deuxième suite, ibid., 1795; troisième idem,
ibid., 1796; quatrième idem, ibid., 1797. Cette
collection présente des pièces d'un fort bon style.
Doles a laissé en manuscrit : 1° Passion, d'a-
près Saint-Marc. — 2° idem, d'après Saint-Luc.
— 3° La Passion, oratorio. — 4° Les Psaumes
quatre-vingt-cinq et cent. — 5° Salvete vos. —
6° Un cantique : Jésus meine Zuversicht. —
7° Magnificat, en allemand. — 8° Deux Messes.
— 9° Kyrie cum Gloria, en si mineur. — 10°
Les 2 e , 16 e , 25 e , 33% 81° et llî e psaumes.
DOLES (Jean-Frédéric) fils du précédent,
naquit à Freyberg le 26 mai 1746. Son pre-
mier maître fut. le recteur Funcke, de Freyberg.
Jl apprit ensuite la musique et le chant sous la
direction de son père. En 1764 il entra à l'u-
niversité de Leipsick et ensuite à l'académie d'Er-
langen pour se livrer à l'étude de la jurispru-
dence. Il prit ses degrés de docteur en droit en
1776 et fut nommé subsistut dans la Faculté de
droit. Il est mort à Leipsick le 16 avril 1796.
Doles est compté parmi les amateurs de musique
les plus distingués. Il a publié en 1775 six solos
pour le piano, à Leipsick, chez Breitkopf. On
connaît aussi en manuscrit un concerto pour le
t même instrument, qui a eu beaucoup rie succès
en Allemagne.
DOLEZALEK (Jean-Emmanuel), excellent
pianiste, né àChotiebarz, en Bohême, vers 1785,
vécut à Vienne en 1815 et dans les années sui-
vantes. En 1814 il s'était fait admirer à Prague
par son habileté comme exécutant et par l'origi-
nalité de ses chansons bohémiennes , publiées en
1812 sous le titre de Cziske Pjsnë wkudbu
vvoedenê , etc. Parmi les autres compositions de
Dolezalek on remarque : 1° Douze écossaises
pour deux violons, deux clarinettes, deux cors,
flûte, deux bassons et basse; Vienne, Artaria.
— 2° Neuf variations sur un thème de Sargines,
pour le piano; ibid. — 3° Variations sur un
thème du ballet Der Fassbinder ; ibid. — 4°
Plusieurs recueils d'allemandes, écossaises et
valses pour le piano; Vienne, Mechetti et Ar-
taria. — 5° Deux marches russes pour le piano ;
Vienne, Artaria.
DOMARTou DOMAR TO, musicien fran-
çais, né vraisemblablement en Picardie , vécut
dans la première moitié du quinzième siècle. Son
nom ligure parmi ceux des contrapuntistes les
plus célèbres de son temps. Tinctoris le cite en
plusieurs endroits de ses ouvrages, notamment
dans son Proportionale, où il critique quelques
erreurs de proportions dans la messe Spirilus
almus de Domart. Dans les archives de la cha-
3.
30
DOMART — DON ATI
pelle pontificale il y a un recueil de messes
manuscriles, des maîtres les plus anciens (coté
14, in-fol.), parmi lesquelles on en trouve de
ce musicien. Une chanson française à trois voix
de ce même compositeur a été recueillie par
M. Stéplien Morelot dans les manuscrits de la
bibliothèque du Vatican.
DOMENJOUD (Jean-Baptiste), avocat
au parlement de Paris, présenta à l'Académie
royale des Sciences, en 1757, un violon dont les
cordes étaient tendues par des vis au lieu de
chevilles, et dont la tête mobile permettait d'é-
lever ou d'abaisser à la fois les quatre cordes de
l'instrument. L'Académie jugea que la mécanique
employée par Domenjoud pour hausser et baisser
le ton de l'instrument n'était pas susceptible d'une
grande précision, par l'impossibilité de connaître
exactement les proportions de grosseur des cor-
des et les diverses circonstances qui exercent
de l'influence sur leur tension réciproque; mais
elle approuva la substitution des vis aux chevilles,
par lesquelles il estdiflicille de bien régler l'ac-
cord et d'empêcher le relâchement accidentel.
Satisfait de ce rapport, Domenjoud fit imprimer
la discription de son double mécanisme sous ce
titre : De la préférence des vis aux chevilles
pour les instruments de musique ; et un essai
sur la manière de cht nger i A-mi-la , en,
tendant ou détendant toutes les cordes à la
fois, sans détruire l'harmonie ; ce qui donne
lieu à des manches d'une forme nouvelle ,
beaucoup plus commodes que les anciens;
Paris, 1757, in- 12 de 22 pages, avec une planche.
DOMINGOS DE S. JOSÉ-VERELLA
( Le Père), moine bénédictin portugais, an cou-
vent de Porto, vivait au commencement du dix-
neuvième siècle. ]l est auteur d'un ouvrage qui
a pour titre : Compendio de Musica, theorica
et pratica, que conlem brève instrucçao para
lirer musica ; Lcçones de accompanhamcnlo
em orgad, gravo (clavecin), guitarra, etc.;
Porto, 1806, l vol. petit in-4°.
DOMIJMCO (Jkan), musicien italien qui
vivait vers le milieu du seizième siècle, a fait
imprimer: Cantiones sacrx quinque rocum;
Venise, 1566.
DOMNICH (Hf.nki), fils d'un musicien de
l'électeur de Bavière , naquit à Wùrzbourg vers
1760. Dès son enfance il cultiva la musique et
s'adonna particulièrement à l'étude du cor, sur
lequel il fit de si rapides progrès, qu'à l'âge de
douze ans il fut admis à la chapelle électorale.
De là il passa à Mayence, au service du comle
de Oelz, grand amateur de musique. Enfin il
vint à Paris , où il fut assez heureux pour rece-
\oii des leçons de Punlo. A la formation du
Conservatoire de musique, Domnich fut com-
pris au nombre des professeurs, et il se montra
digne de cette distinction par les excellents élèves
qu'il forma, et dont il a peuplé les orchestres de
Paris et de la France. On lui doit la Méthode de
premier et de second cor, à l'usage du Con-
servatoire (Paris , 1805, in-fol. ) , qui fut long-
temps la meilleure qu'on eût en France, et qui
n'a été remplacée avantageusement que par celle
de Daupral. Il a aussi publié : 1° Trois concertos
pour le cor, avec accompagnement d'orchestre;
Paris, Ozi. — 2° Symphonie concertante pour
deux cors ; ibid. — 3° Deux recueils de romances,
avec accompagnement de piano, op. 4 et 5. Quel-
ques-unes de ces romances sont charmantes et
ont eu un sucrés de vogue. Domnich a eu deux
frères, Jacques et Arnold , tous deux virtuoses
sur le cor. Le premier, qui était son aine, est
passé en Amérique et vivait à Philadelphie en
1806; le second, plus jeune que lui, était, en
1805, au service du duc de Saxe-Meinin»en.
DOMONATUS (Jean-Henri-Samuel), or-
ganiste de l'église principale à Jéna, naquit en
cette ville le 3 avril 1758. Fils d'un fabricant de
soieries qui aimait beaucoup la musique, il reçut
des leçons de clavecin et d'orgue dès ses pre-
mières années. A l'âge de treize ans il fut en-
voyé au gymnase (collège) de Weimar; le maître
de chapelle Wolf, de cette ville, se chargea de
le diriger dans la suite de ses études musicales.
Plus tard il alla suivre les cours de l'université
de Jéna et y fit des études de droit; mais, fidèle
à la musique , il brilla dans les concerts comme
claveciniste et se fit remarquer par son talent sur
l'orgue. Ses études terminées, il entra comme
secrétaire chez le comte de Solms, dont les pro-
priétés étaient situées en Silésie. Après y être
reste trois ans, il obtint du comte une pension
de 50 écus pour le reste de ses jours, et retourna
à Jéna, où il accepta la place de directeur de
musique de l'Académie, en 1786. Neuf ans après
il fut nommé premier organiste de l'église princi-
pale; mais ses emplois étaient si mal payés, que
le pauvre artiste passa la plus grande partie de
sa vie dans un état voisin de la misère. Cepen-
dant son mérite le plaçait au rang des musiciens
les plus distingués de la Thuringe. Il avait com-
posé des cantates d'église et des pièces d'orgue
d'un très-bon style, lesquelles sont restées en
manuscrit. Vers la fin de sa vie la goutte avait
paralysé en partie ses doigts; cependant il jouait
encore de l'orgue à l'âge de quatre-vingt-un ans,
et l'on pouvait juger qu'il avait dû posséder au-
trefois un talent remarquable. Ce pauvre homme
a cessé de vivre en 1 84 1 .
DOiXATI (Ignace), compositeur, né à Ca-
D0NAT1 — DONE
37
saU; Maggiore, près de Crémone, vers la fin du
seizième siècle, fut d'abord, en 1619, maître de
chapelle de l'académie du Saint-Esprit à Ferrare.
En 1624 il passa en la môme qualité dans le
lieu de sa naissance, et enfin, en 1633, il fut ap-
pelé à la cathédrale de Milan. Ceux de ses ou-
vrages dont les titres sont connus sont : 1° Sacri
Concenius a 1,2, 3, 4 e 5 vocum; Venise,
Alexandre Vincenti, 1612, in-4°. — 2° Le Fan-
f'alagc , madrigali a 3, 4 e 5 voci; ibid.,
1615, in-4°. — 3° Concerli ccclesiastici a 2, 3,
4 c 5 voci, opéra 2; ibid, 1617, in-4°. Il y a
une deuxième édition de cet œuvre publiée chez
le même, en 1626. 4° Messe a 4, 5 e 6 voci
piene e concertati; terza impressione ; ibid.,
1626, in-4°. Ces messes avaient été déjà réim-
primées avec le deuxième livre des messes, sous
ce litre : Libri I e II délie messe a 4 , 5 e 6
voci; ibid., 161S, in-4°. — 5° Concerté cccle-
siastici a 2, 3, 4 e 5 voci, op. 4; ibid., 1619,
iii-4°. Il y a une deuxième édition de ces motets,
imprimée chez le môme éditeur, en 1626, in-4°,
et une troisième datée de Venise, chez le même,
en 1630. — 6° Motetti a 5 voci concertati,
con due Litanie délie B. V. enel fine alcuni
canoni da cantarsi in 24 modi ; terza impres-
sione; ibid, 1626. Je ne connais pas les dates
îles deux premières éditions. — 7° Motetti con-
certati a b e G voci , con Dialoghi , Salmi e
Litanie delta B. V., op. 6; ibid., 1627, in-4°.
— 8° Motetti a voce sola co'l basso per l'or-
gano; ibid., 1628. — 9° Salmi Boscarecci a
sei, op. 9; ibid., 1629.
11 y a eu un autre musicien plus ancien, du
nom de Donati (Giuseppe-Maria), qui a pu-
blié à Venise, en 1585, des Madrigali a cin-
que voci.
DONATO (Balthasak), ou DONATI, maître
de chapelle de Saint-Marc de Venise, vivait dans
la seconde moitié du seizième siècle. Il fut d'a-
bord simple chantre de cette chapelle célèbre :
son habileté, sa grande expérience dans l'art du
chant et son mérite comme compositeur lui
procurèrent l'honneur d'être mis, en 1562, à la
tête de la petite chapelle, qui venait d'être
instituée par les procurateurs de Saint-Marc
pour suppléer la grande chapelle , pendant les
dernières années de la vieillesse d'Adrien Wil-
laert, et pour former des chanteurs destinés à
cette même grande chapelle. Willaert étant mort
presque subitement, le 7 décembre 1662, la petite
chapelle fut maintenue sous la direction de Do-
nato pendant que Cyprien Rore, successeur de
Willaert, fut le maître qui dirigea la grande;
mais, le célèbre musicien belge ayant aban-
donné celte position au mois de décembre 1564,
Zarlino (Voy. ce nom) fut appelé à le remplacer,
le 5 juillet 1565. Celui ci demanda la suppression
de la petite chapelle, qui n'avait plus de raison
d'être, et Donato fut obligé de rentrer dans la
position de simple chantre. II paraît qu'il en eut
un vif chagrin qui se traduisit un jour par des
paroles insultantes contre Zarlino. Enfin, après
une pénible attente de vingt-cinq années, Donato,
grand artiste et homme de génie , fut appelé à
succéder à Zarlino dans la place de premier
maître de chapelle. Sa nomination est du
9 mars 1590, suivant les registres de la cha-
pelle. Il mourut au mois de juin 1603. On con-
naît de lui les ouvrages dont les titres suivent :
1° Il primo libro di canzonelte villanesche
alla Napolelana, a quattro voci ; V enise, Gar-
dane, 1555, in-4°. Il y a une autre édilion anté-
rieure du même ouvrage, laquelle n'est pas la
première, et qui a pour titre : Canzon villanes-
che alla Napolelana, a quattro voci, insieme
con alcuni madrigali novamente ristampati,
aggiuntevi ancora alcune villote di Perizone
a quattro, con la canzon delta Gallina; libro
1°; Veneliis, apud Hieronymum Scottum ,
1551, in-4° obi. — 2° Madrigali a 4 voci, libro
\°e 2°; Venise, Ant. Gardane, 1568, in-4°. C'est
une réimpression. — 3° Madrigali a cinquevoci,
libro quarto; ibid., 1567, in-4°. Je ne connais
pas les dates des trois premiers livres. — 4° Ma-
drigali a cinque e sei voci, con ire dialoghi
a 7 ; libro 1°; ibid., 1560, in-4° obi. — 5° Ma-
drigali a cinque, a sei, a sette e ollo voci ,
libro seconda; Venise, Jérôme Seolto, 1559,
in-4° obi. — 6° Il primo libro de' Motetti, a
5, 6 e 8 voci; Venise, 1599> in-4°. C'est une
réimpression. On trouve quelques madri-
gaux à 4 voix de Donato dans la collection in-
\i[\i\ée:Eletta di tutta la Musica intitulata
Corona di diversi, data in luce da Zuan Ja-
como di Zorzi; libro 1°; Venezia, alla in-
segna delCagniolo, 1569, in-fol. La plupart de
ces ouvrages brillent par l'originalité; les villa-
nelles sont particulièrement remarquables par
les formes du rhythme.
DONE (Josué), professeur de musique et ac-
cordeur de pianos à Londres, est auteur d'un
livre qui a pour titre : The Tunner companion,
being a treatise of the construction of piano
forte, with rules for régulât ing and tuning
them (Manuel de l'accordeur, ou traité de la
construction des pianos-fortés, avec des pré-
ceptes pour les régler et les accorder) ; Londres,
1827, in-4° de trente-trois pages. Cette édition
est la deuxième; la première avait paru sans
date (1816), à Londres. L'accord du piano n'oc-
cupe que deux, pages dans l'ouvrage de Done;
38
DONE — DON!
tout le reste concerne les diverses parties dont
se composent les pianos de différentes formes,
les dérangements qu'elles éprouvent, et les ré-
parations qu'y doivent faire les accordeurs expé-
rimentés.
On a aussi sous le même nom un traité de
la prononciation de l'italien, à l'usage des chan-
teurs anglais, sous ce titre : Rules for Ilalian
Pronunciation, particularhj useful to sin-
gers and to musicians in gênerai; Londres
un vol. in- 12. Je crois que l'auteur de cet ou-
vrage était le frère aîné de celui qui est l'objet «le
cet article.
DONFRID (Jean), directeur de musique à
l'église Saint-Martin de Rothenbourg sur le
Necher, et recteur de l'école de la même ville,
riaquit vers la fin du seizième siècle. On lui doit
la publication de trois collections de motets et
de messes de divers auteurs, des seizième et
dix-septième siècles. Elles sont intitulées -.
1° Promptuarium musicum; rvelches Con-
centus ecclesiast. von verschiedenen Kompo ■ \
nisten, fur 2, 3 und 4 Stimmen enthalten, I
première partie; Strasbourg, 1622; deuxième
partie, ibid., 1623; troisième, idem, ihid.,
1627. Ces trois parties contiennent six cent
quatre-vingt-treize motets. — 2° Viridarium
Musico-Marianum, enthalten mehr als 200
Goncentus ecclesiast. fur 3 und 4 Stimmen
von verschiedenen Komponisten, op. 4 ; Stras-
bourg,. 1627, in-4°. — 3° Corolla musiea, con-
tenant trenle-sept messes à deux, trois, quatre
et cinq voix, op. 5; Strasbourg, 1628. On a ■
aussi de Donfrid un recueil de pièces d'orgue
sous ce titre : Der Tabulatur fur Orgel, pre- j
mière et deuxième parties ; Hambourg, 1623. On
y trouve des variations et des fugues sur le chant
des psaumes et des cantiques; ces pièces sont
d'un bon style.
DONI (Antoine-François), prêtre et litté-
rateur, naquit à Florence vers 1503. Il entra fort
jeune dans l'ordre des Frères Servîtes; mais il
fut sécularisé dans la suileet resta simple prêtre.
Fort pauvre, et contraint souvent de vivre du
seul produit de ses messes, il fut occupé sans cesse
du soin d'améliorer sa fortune, mais ne put ja-
mais y parvenir. Son humeur inconstante le
portait à changer de lieu à chaque instant;
c'est ainsi qu'il vit en peu de temps Gênes,
Alexandrie, Pavie, Milan, Plaisance, Rome et
Venise. Il eut pour amis les hommes les plus
célèbres de son temps, tels que l'Arétin et le
Dominichi ; mais il finit par se brouiller avec
eux, et mourut ignoré au village de Monselice,
près de Padoue, au mois de septembre 1574.
Parmi les nombreux ouvrages qu'il a publiés
l'on remarque : Dialocjostres: unum de foriuna
et infelicitate Cxsaris; alterum de Dclinca-
tione (vulgo disegno) ; tertium de Musiea ;
Florence, 1534,in-8°. Les sujets de ces dialogues,
plus développés et traduits en italien, ont paru à
Gênes en 1541. Le dialogue sur la musique,
séparé des autres, a été publié sous ce titre •
Dialogo délia Musiea, Venise, 1544. Dans sa
Libraria, 1550, 1551 et 1560, in-12, Doni in-
dique un assez grand nombre d'ouvrages relalifs
à la musique qui sont devenus rares ; mais la
Bibliothèque italienne de Fontanini, avec les
notes d'Apostolo Zeno, a rendu le catalogue de
Doni à peu près inutile.
DOIVI (Jean-Baptiste), noble Florentin,
naquit en 1593. Après avoir fait ses études à
Bologne, il alla les terminer à Rome sous les
Jésuites. Ses progrès dans la langue grecque, la
rhétorique, la poétique et la philosophie furent
très-rapides. Son père, qui le destinait au bar-
reau , l'envoya à Bourges, en 1613, pour y
étudier le droit dans l'école célèbre de Cujas :
il y passa cinq ans. De retour en Italie en 1618,
Doni reçut le bonnet de docteur dans l'université
de Pise, et se livra ensuite à l'étude des langues
orientales, des sciences naturelles et de toutes
les parties de la philologie. Son père le pressai i
d'embrasser l'état auquel il l'avait destiné, mais
le cardinal Octave Corsini, qui venait d'être
nommé légat en France, lui proposa de l'accom-
pagner à Paris, ce qu'il accepta avec joie. 11 y
passa plus d'un an, occupé sans cesse à étendre la
sphère de ses connaissances par la fréquenta-
tion des bibliothèques et des savants. Ce fut à
celle époque qu r il se lia d'une étroite amitié avec
le P. Mersenne. La mort d'un frère et des af-
faires de famille l'ayant ramené à Florence en
1622, il fut appelé l'année suivante à Rome par
le cardinal Barberini, neveu du pape Urbain VIN.
Ce cardinal avait un goût passionné pour la mu-
sique ; Doni, qui avait fait une étude approfon-
die de cet art, et surtout de ce qui concernait
la musique des anciens, écrivit sur cette matière
plusieurs dissertations, dans le dessein de se
rendre agréable à son nouveau protecteur. Il en
reçut la récompense par sa nomination à la
place de secrétaire du sacré collège. Peu de
temps après, le cardinal, étant venu en France
avec le titre de légat, y amena plusieurs savants,
parmi lesquels était Doni, qui revit avec plaisir
les amis qu'il avait laissés dans ce pays. De là
il suivit le cardinal en Espagne et revint enr
suite à Rome. Ce fut alors qu'il imagina un ins-
trument à cordes, qu'il appela Lyra Barberina
àp.çixopS6ç, et qu'il dédia à Urbain Vm. Cet
instrument était composé d'un corps sonore
DONI
30
mobile, posé verticalement sur un socle, et sur
lequel des cordes tendues dans divers systèmes
permettaient de passera volonté, et subitement,
de l'un des modes grecs dans un autre. Il écri-
vit, à propos de celte invention, une dissertation
intitulée Commentant de Lyra Barberina, où
il examine tout ce qui concerne les divers ins-
truments à cordes des anciens : c'est ce qu'on a
de plus savant sur cette matière. Cette disser-
tation ne fut imprimée que plus d'un siècle
après sa mort. La perte de deux frères qui lui
lestaient, et le besoin de soigner ses affaires do-
mestiques, l'obligèrent à retourner à Florence
en 1640; il s'y maria l'année suivante, et ac-
cepta une chaire publique d'éloquence que lui
offrait Ferdinand II de Médicis. Ses devoirs de
professeur ne l'empêchèrent point de continuer
ses recherches sur la musique des anciens, et
particulièrement sur l'union de cet art avec la
déclamation théâtrale. Ayant été nommé aca-
démicien de Florence et de laCrusca, il ne jouit
pas longtemps de ces honneurs, car il mourut
en 1647, âgé de cinquante-trois ans.
Les ouvrages de Doni, relatifs à la musique,
qui ont été publiés de son vivant, sont les sui-
vants : i° Compendio del trattalo del gencri
e modi délia musica, con un discorso sopra
la perfezzione de' concenti, e unsaggio a due
voci di mutazione di génère e di tuono, in
ire manière d'intavolatura; Rome, 1635,
iu-4°. On voit, dans la dédicace au cardinal Bar-
berini, que cet abrégé est celui d'un traité con-
sidérable, en cinq livres, que l'auteur avait écrit,
mais qu'il n'a pas publié. — 2° Annotazioni
sopra il compendio dé" gencri de' modi délia
musica, etc., con due trattali, l'uno sopra i
tuoni e modi veri, Valtro sopra i tuoni o
Armonie degli antichi : e sette discorsi sopra
le materie più principal* délia musica, e
concernenti alcuni stromenti nuovi praticati
dall' autore; Rome, 1640, in-4°. — 3° De
Prxstantia musicss veteris libri très, totidem
dialogiis comprehensi, in quibus vêtus et re-
cens musica cum singulis earum partibus
accurate inter se conferuntur ; Florence, 1647,
in-4°. Dans cet ouvrage, traité sous la forme
du dialogue, Doni a répandu une érudition im-
mense; mais ilse trompe souvent sur le fond des
choses. Il s'y prononce en faveur de la musique
des anciens contre la moderne, et oppose, comme
preuve de son opinion, l'anathèrne lancé par le
concile de Trente sur la musique du seizième
siècle, aux éloges donnés par tous les écrivains
de l'antiquité à celle de leur temps; mais cette
question, de peu d'intérêt, demeurera à jamais
insoluble par le dénuement où nous sommes de
monuments de celte musique antique; et, les
eussions-nous en notre pouvoir, nous n'en se-
rions guère plus avancés, n'étant point placés
dans des circonstances favorables pour en juger.
— 4° Deux tr aides de musique : 1° Nouvelle
introduction de musique, qui monstre la ré-
formation du système ou eschelle musicale,
selon la méthode ancienne et meilleure; la
facilité d'apprendre toute sorte de chants
par le retranchement de deux syllabes ut et
la; une nouvelle manière, et plus aisée, de
tablature harmonique; et un nouveau reigle-
ment des avant-exercices de la musique; 2°
Abrégé de la matière des tons, qui monstre
en peu de mots tout ce que l'auteur a traicté
plus amplement, en plusieurs discours ita-
liens, touchant les tons et les harmonies des
anciens, par lui heureusement renouvelées
et remises en usage. Ces deux traités sont in-
diqués par Gori, dans son catalogue des œuvres
de Doni, comme étant imprimés; si cela est, ils
ont dû l'être à Paris, vers 1639, car l'auteur dit,
dans ses Annotazioni sopra il Compendio, etc.,
qu'il en avait envoyé les manuscrits à l'impres-
sion dans cette ville. Toutefois, je présume
qu'ils n'ont point vu le jour, car mes recherches,
pour en découvrir des exemplaires dans les
catalogues de bibliothèques et chez les bibliogra-
phes, ont été infructueuses, et je suis confirmé
dans ma conjecture par une lettre de L.-Giac.
Bucciardi , datée de 1641, et rapportée par
Bandini (deVita et Scriptis Donii, part. 11,
p. 149, Epist. 94), où il dit : De' suoi trattati
francesi non ho avuto fino adesso avviso ve-
runo. Mattheson semble cependant les avoir eus
en sa possession, car il donne une petite notice de
leur contenu dans sa Critica musica, part. VI,
p. 102; mais peut-être n'en avait-il que des co-
pies manuscrites. Quoi qu'il en soit, ces ou-
vrages paraissaient être perdus, lorsque le ha-
sard m'en a fait découvrir les manuscrits auto-
graphes parmi ceux de la Bibliothèque impériale
(n° 1689, fonds de l'abbaye Saint-Germain des
Prés), dans une liasse de vieux écrits relatifs à
des matières théologiques.
Ces manuscrits, qui forment un cahier de
cent quarante-deux pages in-8°, sont d'une belle
écriture italienne, et sont chargés de correc-
tions de plusieurs mains ; celles-ci sont généra-
lement relatives au style et à des expressions
impropres qui ont. veilli. On trouve en tête du
premier ouvrage deux lettres de Doni, datées du
12 mai 1640; l'une est adressée à l'évêque de-
Riez, qu'il nomme son parent, et à qui il rap-
pelle qu'ils ont fait ensemble leurs études à
Bourges : cette lettre est une dédicace; l'autre,
40
DONI
qui est adressée à Messieurs les musiciens de
France, contient l'éloge des écrivains et des
compositeurs français qui se sont distingués dans
la musique, et parmi eux il place Aurélien de
Reims, Jean de Mûris (qu'il appelle de Mairis),
Jacques Le Febvre(d'Étaples), Pierre Maillait,
Josquin de Prés, Jean Mouton, Nicolas Gombert,
qu'il appelle Crombert, Goudimel, Claude Le
Jeune, Du Caurroy et Guesdron. Il y place son
livre sous la protection des musiciens français,
et leur adresse des observations sur la nécessité
d'adopter la réformation des tons modernes qu'il
propose.
Le premier traité (Nouvelle introduction
de musique, qui monstre la réformation du
système ou eschelle musicale, etc.) est com-
plet; il contient quatre-vingt-quinze pagRS. Doni
y critique avec sévérité l'hexacorde de Gui
d'Arezzo (ou du moins celui qui lui est attribué),
le déclare très-inférieur à la constitution des
modes grecs, et ne le trouve bon que relative-
ment à la tonalité barbare du moyen âge. Villo-
teau a émis une opinion à peu près semblable
dans son ouvrage intitulé : Recherches sur l'a-
nalogie de la musique avec les arts qui ont
pour objet l'imitation du langage. Les dé-
veloppements dans lesquels Doni entre sur cette
matière me paraissent de peu d'utilité, comme
tout ce qui a été écrit par lui et par ses con-
temporains sur le rapprochement de la tonalité
moderne et des modes grecs; mais on y remar-
que un fait curieux et entièrement ignoré : c'est
que Doni est le premier qui ait proposé de subs-
tituer la syllable do à ut dans la solmisation.
On ne trouve, en effet, cette syllable dans aucun
ouvrage italien antérieur à l'époque où celui de
Doni a été écrit.
Le second traité contenu dans le manuscrit
que j'examine est celui quia pour titre : Abrégé
de la matière des tons, etc. Il est incomplet,
mais il m'a paru qu'il ne doit y manquer que
quelques pages de la fin. Ce n'est, en quelque
sorte, qu'un corollaire du premier, maison y re-
marque (p. 111) un renseignement intéressant pour
l'histoire de la musique. Il s'agit d'un clavecin
transpositeur, qui avait été fait par un con-
temporain de Doni; sorte d'invention qu'on a
renouvelée de nos jours, et dont l'existence an-
térieure avait été longtemps ignorée. Voici le
passage dont il est question : « Enfin la diversité
« des tons d'aujourd'hui n'est autre que celle
« qu'on entend au clavecin fabriqué par Jacques
« Ramerin, Florentin, auquel, par le change-
« ment des ressorts, le même clavier sert à
« divers tons différents par degrés semi-toni-
" ques. » Ce passage, et quelques détails sur
j les ouvrages de Marenzio, de Cyprien Roze et
du prince de Venouse, sont à peu près tout ce
qu'il y a de remarquable dans ce traité.
Outre la description de sa Lyre Barberine ,
et le traité des instruments à cordes qui y est
joint, Doni avait laissé plusieurs ouvrages rem-
plis de recherches curieuses, et presque tous re-
latifs à la musique des anciens ; tous ces travaux
restèrent ensevelis dans l'oubli jusqu'à ce que
le savant antiquaire Gori , les ayant rassemblés,
en prépara une belle édition; à laquelle il joignit
le traité de Praestantia musicœ veleris ; mais il
mourut avant qu'elle eût paru , et ce fut Passeri
qui la publia à Florence en 1773, en deux vo-
lumes in-fol. Le premier, inlitulé : Jo,h. Ba~
ptistse Don,i Patrici Florentini Lyra Barbe-
rina àu.çî)ropSoç , accedunt cjusdem Opéra,
pleraque nondum édita, ad veierem musicam
illuslrandam pertinentia , contient : 1° Com-
mentant de Lyra Barberina, orné de gravures
représentant les instruments à cordes antiques. —
2° Le traité de Prucstentia muskse veteris. —
3° Progymnastica musicce pars veterum resti-
tuta et ad hodiernam praximredacta, libri H.
— 4° Dissertatio de musica sacra , recitata
in academia Basiliana; Borna; , anno 1640.
— 5° Due Trattati di Giov. Batista Doni,
l'uno sopra il génère enarmonico , l'altro so,-
pra gV instrumenti di tasti di diverse ar-
monie, con cinque discorsi : il primo, dcl
sintono di Didimo e di Tolomeo ; il secondo,
del Diatonico equabile di Tolomeo ; il terzo,
qualspezie del diatonico si usasse degli An-
tichi , e quale oggi si pratichi ; il quarto, délia
disposizione e facilita délie viole diarmoniche;
il quinto, in quanti modi si possa practicare
l'accordo perfetto nette viole diarmoniche.
— Le second volume, intitulé : De' Trattati di
Musica di Giov. Batista Doni, contient : 1°
Trattato délia musica scenica, ouvrage rempli
de recherches curieuses et fort important pour
l'histoire de la musique théâtrale. — 2° Neuf
discours sur le même objet. — 3° Discorso délia,
rithmopeia de' versi latini e délia melodia
de' cori tragichi. — 4° Degli oblighi ed osser-
vazione de modi musicali. — 5° Discorso,
sopra la musica antica e il caniar bene : ce
discours est de Giov. Bardi. — (5° Délia musica
dell' età nostra, che non è punto inferiore ,
anzi è migliore, di quella dell' età passata ,
par Pierre délia Valle.
Doni avait aussi laissé beaucoup d'ouvrages
commencés , et plus ou moins avancés dans leur
rédaction ; Gori n'a pas cru devoir insérer ces
fragments dans son édition ; mais il en a donn4
une liste complète que je transcris ici :
noNi
DONIZETTl
41
1° Versio Latina Aristidis Quinldiani, Aris-
loxeni Fragment! de Rh yth mica, aliommque
similium , cum notis. Les fragments des Élé-
ments rhythmiqucs d'Aiistoxène, dont il est ici
question, lurent découverts par Doni dans un
manuscrit de la bibliothèque du Vatican , comme
il le rapporte dans son traité de Prœstantia mu-
sicx veteris (lib. Il, p. 130); le savant biblio-
thécaire Morelli les a publiés depuis , d'après un
manuscrit de la bibliothèque de S. Marc de Ve-
nise, avec un opuscule inédit de Michel Psellus
le Jeune , intitulé : npo).au,ëavâ 1 u.ev<x et; ttjv pOO-
(«x^v é7n<îTY][*rjv, Venise, 1785, in-8°. 2° De ra-
tione modulandorum Carminum Latinorum
lib . I. — 3° De Re musica libri duo. — 4° De
JUnjthmopxia lib. 1. De Rhythmographia lib.
I. — 5° De Generibus et speciebus musicse
libri duo , etc. — 6° Pandectarum liber XI.
Qui musices inscribitur, et vocabula, sive
nomenclaturas rei Musicse Grxcas ac Latinas,
etc. Enfin, beaucoup de dissertations ébauchées
sur divers sujets , telles que : De Prœstantia
studiorum musicorum. — De Scriptoribus
musicx. — De Musicis interoallis. — De per-
fecta Harmonia. — De Vi harmonice conju-
gale . — De Efficacia musicœ. — De Phona-
scia veterum. — De variis seinxographix
speciebus, etc.
DONIZETTI (Gaétan) , compositeur dra-
matique, naquit à Bergame le 25 septembre 1798.
Destiné à la profession d'avocat, il fit, pour s'y
préparer, de bonnes études de collège ; mais son
goût le portail vers les arts du dessin. Il désirait
être architecte : pourquoi ne le fut-il pas? on
l'ignore; lui-même n'a jamais expliqué cette cir-
constance. Son père, simple employé, dont les
ressources se bornaient à de faibles émoluments,
obtint de le faire entrer au lycée musical de Ber-
game, alors dirigé par Simon Mayr (voy. ce
nom). Donizetti y reçut des leçons de chant de
Salari, et Gonzalès lui donna des leçons de piano
el d'accompagnement. En dépit de son penchant
pour l'architecture, la nature l'avait fait musicien.
Frappé de ses heureuses dispositions, Mayr lui
enseigna les éléments de l'harmonie; mais, obligé
de faire de fréquentes absences pour ses travaux
de composition dramatique, et ne voulant pas
abandonner son élève aux fantaisies de I instinct,
il le recommanda à Mattei , chef de l'école de
Bologne, pour qu'il le fit admettre au lycée mu-
sical de cette ville. Donizetti, alors âgé de dix-
sept ans et quelques mois, y arriva en 1815. Pi-
lotti (voy. ce nom) et Maltei furent successive-
ment ses maîtres de contrepoint etde composition.
Tendant trois années le jeune musicien se livra
à des études sérieuses sous leur direction. Dans le
but d'acquérir la facilité pratique indispensable
an compositeur, il écrivit dans cette période de sa
vie des ouvertures pour l'orchestre, des qua-
tuors de violon , des cantates et de la musique
d'église. De retour à Bergame, après avoir ter-
miné ses études , il avait pris la résolution de
composer pour le théâtre ; son père, qui le des-
tinait à l'enseignement, pour augmenter les res-
sources de sa maison , ne goûta pas ce projet. Il
en résulta des discussions orageuses qui déter-
minèrent Donizetti à s'engager comme soldat.
Peu de temps après, son régiment fut envoyé en
garnison à Venise. Le jeune musicien , parvenu
à l'âge d'environ vingt ans, y fit représenter, en
18l8,au théâtre San-Lucas, son premier ouvrage,
dont le titre était Enrico, conte di Borgogna.
Le succès de ce premier essai lui procura un
engagement pour écrire II Falegname di Li~
vonia , représenté dans la même ville en 1819,
et qui commença sa réputation. Quelques bons
morceaux de cette partition eurent un moment
de vogue parmi les amateurs, et procurèrent à
Donizetti des protecteurs qui obtinrent son congé
du service militaire. Cette époque était celle de
la domination de Rossini sur tous les théâtres de
l'Italie. Son génie avait créé des formes nouvelles
et des effets auparavant inconnus qui jouissaient
d'une immense popularité, et que la plupart des
compositeurs s'efforçaient d'imiter, afin d'obtenir
de faciles succès. Donizetti ne résista point à cet
entraînement. Doué d'instinct mélodique et d'une
rare facilité d'improvisation , il écrivait avec une
rapidité peu ordinaire, el ne se préoccupait ni
de l'originalité de la pensée, ni du soin de perfec-
tionner le premier jet de son travail. C'est ainsi
que chaque année était marquée, presque sans
exception, par la composition de quatre opéras, et
qu'en 1830 il donna à Naples il Diluvio univer-
sale, I Pazzi per progelto, Francesca di Foix,
Isnelda di Lambertazzi , la Romanziera ,
et à Milan Anna Bolena. Cependant, au sein
même de cette production trop hâtive, le talent
du compositeur prenait çà et là un caractère plus
sérieux , plus dramatique qu'on n'aurait pu l'es-
pérer; ainsi Elisabeth à Kënihvorlh, représenté
à Naples en 1828, VEsule di Roma , écrit dans
la même ville, l'année suivante , et Anna Bo-
lena renferment de véritables beautés. L'en-
gagement que Donizetti avait souscrit avec
l'entrepreneur Barbaja lui imposait l'obligation
d'un travail sans relâche qui semblait devoir
épuiser bientôt ses forces ; mais sa robuste cons-
titution n'en paraissait pas ébranlée.
11 était dans sa destinée d'avoir à lutter dans
sa carrière contre des talents aimés du public
qui le reléguaient toujours au second rang; car,.
i'2
DONIZETTI
peu d'années après le départ de Rossini pour la
France , les succès de Bellini à la scène préoc-
cupèrent les dilettanti de l'Italie d'une manière
presque exclusive. Donizetti était bien plus lia-
bile que son rival dans l'art d'écrire et d'instru-
menter ; mais Bellini avait sur lui l'avantage de
l'originalité des idées. Son style était à lui, tan-
dis que celui du compositeur bergamasque se
ressentait souvent de l'imitation. Toutefois il
n'est pas douteux que la rivalité nouvelle dans
laquelle il se vit engagé ne lui ait été plus utile
que nuisible, car elle l'obligea à mettre moins
de précipitation dans la composition de ses ou-
vrages. Son Anna Bolena, qui obtint à Milan
un brillant succès en concurrence avec la Son-
nanbula de Bellini, nous fournit une démons-
tration de cette vérité. Cet ouvrage est en effet
plus complet , mieux inspiré que les précédentes
productions de son auteur ; il fut le commence-
ment d'une époque de transformation du talent
de Donizetti, transformation qui aurait été bien
plus satisfaisante s'il n'eût emprunté des formes
mélodiques à Bellini , comme il en avait pris
autrefois dans les partitions de Rossini.
En 1835 Donizetti se rendit à Paris ; il y re-
trouva Bellini en possession de la faveur du public.
Au succès des Puritani il voulut opposer Marina
Faliero ,• mais la lutte n'eut pas cette fois l'heu-
reux résultat qu'elle avait obtenu à Milan : son
ouvrage ne réussit pas, bien qu'il s'y trouvât de
belles choses. Il ne tarda point à retourner à Naples,
où l'attendait une belle revanche dans l'éclatant
succès de Lucia di Lammermoor, partition
considérée à juste titre comme son œuvre capi-
tale. Il dut à la vogue dont jouit cet ouvrage
dans toute l'Italie sa nomination de professeur
de contrepoint au collège royal de musique de Na-
ples. La mort prématurée de Bellini laissa, dans le
môme temps, Donizetti sans rival sur la scène
italienne ; ce fut un malheur pour lui , car, n'étant
plus stimulé par la lutte , il reprit ses habitudes
de hâte et de négligence dans ses travaux, et
écrivit pendant les années 1830, 1837 et 1838
plusieurs ouvrages médiocres, tels que Belisario,
il Campanello di -natte , Betly, l'Assedio di
Calais, Pio di Tolomei, Roberto d'Evereux et
Maria di Budenz. Ce fut à la même époque
qu'il composa pour Adolphe Nourrit (voy. ce
nom) la partition île Poliuto, ouvrage sérieux
dont le chanteur français avait^ indiqué le sujet,
d'après le Polyeucte de Corneille. La censure
napolitaine n'ayant pas autorisé la représentation
de cet opéra , auquel le compositeur attachait
plus d'importance qu'il n'avait l'habitude d'en
accordera ses productions, il en éprouva une
Vive contrariété qui lui fit prendre la résolution
de quitter Naples pour se rendre à Paris. Il y
arriva dans les premiers jours de 1840. Des pro-
positions lui avaient été faites par l'administration
d'un nouveau théâtre d'opéra qui s'était établi
dans la salle de la rue Ventadour, et auquel on
avait donné le nom de théâtre de lu Renais-
sance. Un livret d'opéra sérieux, intitulé l'Ange
de ISisîHa, avait été envoyé à Donizetti par cette
administration avant qu'il quittât Naples , et il
avait écrit la plus grande partie de l'ouvrage
lorsqu'il arriva à Paris. Il apportait aussi la par-
tition de la Fille du régiment, que le directeur
de l'Opéra-Comiquelui avait demandée. Enfin, à
a sollicitation de Duprez, la direction de l'Opéra
avait proposé à Donizetti d'arranger son Poliuto
pour la scène française, et la transformation
avait été faite rapidement , sous le titre : les
Martyrs. Pendant qu'il y travaillait, la Fille
du régiment fut représentée à l'Opéra-Comique ;
médiocrement chantée par l'actrice chargée du
rôle principal, l'ouvrage ne réussit pas : il fallut,
pour le relever de celte quasi chute, qu'il fût
traduit en italien , en allemand , et qu'il obtînt
partout des applaudissements. Des cantatrices
françaises détalent en firent de nouveau l'essai à
Paris et sur les principaux théâtres des départe-
ments ; alors l'indifférence du public fit place à
l'engouement. Les Martyrs ne furent pas plus
heureux à l'Opéra que la Fille du régiment ne
l'avait été à l'Opéra-Comique. Représenté dans la
même année ( 1840) , ce grand ouvrage n'occupa
la scène que pendant un petit nombre de soirées.
Le talent de Donizetti n'était pas en harmonie
avec un sujet si sévère. La partition était bien
écrite, mais l'inspiration avait manqué au com-
positeur. La mauvaise fortune semblait le pour-
suivre à Paris, car dans la même année le théâtre
de la Renaissance, pour lequel l'Ange deNisida
avait été composé, fut fermé ; toutefois l'événe-
ment fut heureux pour Donizetti, car, en ajou-
tant un quatrième acte à sa partition, il en lit la
Favorite, l'une de ses meilleures productions :
il en obtint la représentation à l'Opéra. Une pré-
vention défavorable régnait alors parmi les ar-
tistes et dans le public contre Donizetti : elle
exerça son influence sur cet opéra, qui, d'abord,
fut froidement accueilli. Telle était l'incertitude
sur le succès, après la représentation, que le
compositeur eut beaucoup de peine à trouver
un éditeur qui consentît à lui donner 3,000 francs
pour prix de sa partition , devenue ensuite une
source de fortune pour cet éditeur; car bientôt
la sympathie du public s'éveilla pour cette Fa-
vorite si dédaignée à la première audition. Jouée
partout avec un succès toujours croissant, elle-
est restée en possession de la scène, et quelques.-
DONIZETTI
43
uns de ses plus beaux airs et duos sont entrés
pour longtemps dans le répertoire des salons
et des concerts. Peu de jours après les premières
représentations de la Favorite, Donizelti se
rendit à Rome et y fit représenter Adelia, ossia
la Figlia dell' arciero, faible composition qui ne
put se soutenir à la scène. Il fut plus heureux
à Milan, où Maria Padilla obtint du succès.
Arrivé à Vienne en 1842 , il y écrivit Linda di
Chamounix, partition remarquable par la cou-
leur locale et le métite d'une instrumentation élé-
gante. L'ouvrage obtint dans cette ville un succès
d'enthousiasme qui décida l'empereur d'Autriche
à honorer l'auteur du titre de compositeur de la
cour et de maître de la chapelle impériale.
De-retour à Paris au commencement de 1843,
Donizetti écrivit en huit jours la partition de
Don Pasquale, charmant ouvrage bouffe, d'une
inspiration libre et franche, qui rapelle le style
îles bons maîtres italiens de la seconde moitié
du dix-huitième siècle. Bien chanté et joué avec
un talent inimitable par Lablache, cet opéra
produisit une vive sensation et rehaussa la re-
nommée du compositeur. Peu de temps après
avoir obtenu ce succès, Donizelti retourna à
Vienne pour y faire jouer sa Maria di Rohan,
faible production qui se ressentait des premières
atteintes du mal incurable qui conduisit au tom-
beau l'artiste jeune encore. Le repos absolu au-
rait été nécessaire; mais il semblait que, pres-
sentant sa fin prochaine, Donizetti voulait se
hâter de produire encore avant que son intelli-
gence l'eût abandonné. Il revint à Paris pour y
donner des soins aux répétitions de Don Sébas-
tien de Portugal, ouvrage composé pour le
théâtre de l'Opéra , et qui ne lui avait coûté que
deux mois de travail, bien que la partition fût
remplie de morceaux d'une étendue considérable.
Déjà la robuste constitution du compositeur était
ébranlée , et pour la première fois il avait éprouvé
de la fatigue en écrivant cette composition. Pen-
dant les répétitions on remarqua dans le troi-
sième acte des défauts assez importants pour
compromettre le succès de l'ouvrage, et l'auleur
du livret dut le refaire en entier, ce qui exigea
une musique nouvelle. Il en résulta un retard
de près de deux mois pour la première représen-
tation. Dans cet intervalle , Donizetti , tourmenté
d'impatience, écrivit en huit jours un opéra
comique dont la partition n'a été retrouvée que
longtemps après son décès, et qui, jusqu'au mo-
ment où cette notice est écrite , n'a point été re-
présenté. Enfin arriva le moment de la représen-
tation de Don Sébastien, qui fut une arnère dé-
ception pour le compositeur,, car le résultat fut
une chute complète. A la dernière répétition gé-
nérale, Donizetti s'était trouvé mal et avait dit
à un de ses amis : Don Sébastien me tue. A
peine remis de cet échec et des émotions qu'il
en avait ressenties, il partit pour Naples en
1844 et écrivit Catarina Cornaro , qui fut son
dernier opéra ; puis il fit un voyage à Vienne ,
où l'appelaient ses fonctions à la cour; mais des
atteintes plus sensibles d'une affection des centres
nerveux , qui le minait sourdement , le mirent
hors d'état d'y satisfaire. De retour à Paris vers
le milieu de l'année suivante , il n'était plus que
l'ombre de lui-même; cependant il essayait en-
core d'écrire et d'achever un opéra destiné au
Théâtre-Italien, lorsqu'il eut une attaque de para-
lysie, le 17 août de la même année. A la suite de
cet accident son intelligence disparut, et, de cet
artiste naguère si plein de vie et d'une constitu-
tion si énergique, il ne festa plus qu'un corps
débile, d'où avaient disparu toutes les facultés
qui l'animaient autrefois. Transporté au mois de
janvier 1846 dans une 'naison de santé située
à Ivry, il n'y éprouva aucun soulagement du
traitement auquel on le soumit. Il en fut de
même des essais qui furent tentés dans la maison
du docteur Blanche, à Paris. Ce fut alors que
ses amis conçurent le dessein de le transporter
en Italie et d'essayer l'influence de l'air natal
comme dernière ressource. Il s'éloigna de Paris
au mois d'octobre 1847. De nouvelles attaques
frappèrent son cerveau pendant le voyage, et (a
dernière, arrivée à Bergame le 1 er avril 1848,
rendit la paralysie complète. Huit jours après,
Donizetti expira, a l'âge d'environ cinquante
ans. Telle fut la fin de cet artiste distingué ,
dont la vigoureuse constitution fut usée avant le
temps par un travail sans repos et par l'excès
des plaisirs sensuels. Ses funérailles furent célé-
brées avec pompe dans la cathédrale, où la
messe de Requiem composée par Simon Mayr
fut exécutée : toute la ville de Bergame y as-
sista et fit un cortège immense aux dépouilles
mortelles du compositeur jusqu'au champ de
repos.
La carrière productive de Donizetti s'étend
depuis 1818 jusqu'en 1844, et comprend consé-
quemment un espace de vingt-six ans, dans le-
quel il écrivit soixante-quatre opéras, plusieurs
cantates, des messes et des psaumes, c'est-à-dire
environ quatre grandes compositions chaque
année. Pour apprécier le talent de l'artiste il
est indispensable de prendre en considération
cette rapidité excessive de travail. Engagé pen-
dant plusieurs années aux gages de Barbaja , en-
trepreneur des théâtres de Naples, Donizetti devait
écrire chaque année deux opéras sérieux et deux
opéras bouffes; le salaire qu'il recevait pour uu
44
D0JN1ZETTI
si grand travail était à peine suffisant pour les
premières nécessités de la vie. De là l'obligation
de composer en même temps pour les autres
théâtres principaux de l'Italie; de là de fréquents
voyages qui absorbaient une partie du temps ; de
là, enfin, la production sans relâche et sans mé-
ditation. On a vu Donizetti instrumenter toute
une partition d'opéra en trente heures, temps
à peine suffisant pour le travail matériel, nonobs-
tant les abréviations usitées en Italie. Si l'on a
lieu de s'étonner, ce n'est pas que beaucoup
d'ouvrages de peu de valeur ou médiocres aient
été le résultat d'une telle hâte, mais bien que de
véritables beautés en aient été le produit. D'un
grand nombre de partitions improvisées par Do-
nizetti il ne reste déjà plus, il est vrai, que les
noms enregistrées dans les annales des théâtres ;
mais l'auteur A' Anna Bolena , de Lucia di
Lammermoor, de la Favorite, de Don Pas-
quale, laissera un nom honoré dans l'histoire de
l'art, et la postérité ne méconnaîtra pas les
beautés réelles répandues dans l'Esule di Roma,
Isnelda de' Lambert azzi , VElisire d'amore ,
Lucrezia Borgia, Marino Faliero et Linda
de Chamounix. Riche d'inspirations mélodiques
et de sentiment dramatique, l'auteur de ces ou-
vrages n'a malheureusement pas au même degré
le don de l'originalité. Artiste éclectique, il use
avec habileté des moyens et des formes imaginées
par d'autres compositeurs; mais il n'invente ni
dans le rhythme, ni dans l'harmonie, ni dans
l'instrumentation, ni dans la contexture scénique ;
enfin son œuvre ne marque, à aucune époque
de sa carrière, le point de départ d'une transfor-
mation de l'art. Aux qualités qui lui ont été re-
connues dans ce qui précède il est juste d'a-
jouter que Donizetti et Mercadante ont été les
derniers compositeurs dramatiques de l'école
italienne qui ont écrit avec pureté.
Donizetti , qui avait fait de bonnes études dans
sa jeunesse, avait de l'instruction, parlait bien
plusieurs langues et avait acquis dans la fréquen-
tation des hommes distingués de la politesse et
de l'urbanité. Doué de bienveillance, il encou-
rageait les jeunes artistes de ses conseils, et, bien
qu'il attachât beaucoup de prix au succès de ses
ouvrages, surtout vers la fin de sa carrière, il ne
s'attristait pas de ceux de ses rivaux, faiblesse
trop commune chez les artistes. S'il ressentit
quelque atteinte de jalousie à l'époque de son
premier voyage à Paris, ce ne fut que contre
Bellini, dont il croyait que la renommée avait
été acquise à trop bon marché ; mais ce ne fut
qu'un éclair. Plus tard il alfecta de ne ja-
mais contredire les éloges qu'on lui prodi-
guait.
Voici la liste chronologique des opéras com-
posés par Donizetti : 1818, Enrico diBorgogna,k
Venise. — I819,«7 Falegname di Livonia, idem»
— 1820, le Nozze in villa, à Mantoue. — 1822,
Zoralde di Granata, à Rome; la Z ingara,
à Naples; la Lcttera anonima, idem; Chiara
eSerafina, à Milan. — 1823, il Fortunato in-
ganno; Alfredo il Grande; una Follia , à
Venise. — 1824, l'Ajo nell' imbarazzo, à Rome;
Emilia di Liverpool, à Naples. — i82f>, Ala-
hor in Granata, à Palerme; il Castello degli
Invalidi; Elvida, à Naples. — 1827, il Gio-
vedi grassot à Naples; Olivo e Pasquale, à
Rome; il Borgomastro di Saardam, à Naples;
le Convenienze tcatrali, idem. — 1828, Otto
mese in due Ore,h Palerme ; l'Esule di Roma ,
à Naples; la Regina di Golconda, à Gênes;.
Gianni di Calais, à Naples. — 1829 , il Paria,.
idern; il Castello di Kenilworth, idem; il
Diluvio universale, idem. — 1830, / Pazzi
per progetio , idem ; Francesca di Foix, idem ;
Isnelda de' Lambert azzi , idem ; la Roman-
ziera, idem. — 1831, Anna Bolena, à Milan;
Fausta, à Naples. — 1832, VElisire d'amore,
à Naples; Ugo, conte di Parigi, à Milan;
Sancia di Castilla, à Naples; il Nuovo Pour-
ceaugnac, idem. — 1833, il Furioso nell'
isola di San- Domingo, à Rome; Parisina,k
Florence; Torquato Tasso , à Rome; Lucrezia
Borgia, à Milan. — 1834, Rosamunda d'In-
ghilterra, à Florence, donné ensuite à Naples,
avec quelques morceaux nouveaux, sous le titre
(YEleonora di Guienna; Maria Sluarda, à
Naples, jouée ensuite à Rome, sous le titre de
Buondelmonte ; Gemma di Vergi, à Milan. ^
1835, Marino Faliero, à Paris; Lucia di
Lammermoor, à Naples. — 1836, Belisario ,
à Venise; il Campanello diNotte, à Naples;
Betlg , idem; l'Assedio di Calais, idem. —
1837, Pio di Tolomei , à Venise; Roberto
d'Evereux, à Naples. — 1 838 , Maria di Rudenz,
à Venise; Poliuto, à Naples, non représenté et
refait à Paris, en 1840, pour l'Opéra, sous le
titre les Martyrs. — 1839 , Gianni di Parigi,
à Milan. — 1S40, Gabriella di Vergi .idem, non
représenté et donné à Naples en 1844; la Fille
du régiment, opéra-comique, à Paris; les
Martyrs , grand opéra , à Paris ; la Favorite,
idem. — 1841, Adelasia, ossia la Figlia dell'
arciero, à Rome; Maria Padilla , à Milan. —
1842, Linda di Chamounix, a Vienne 1843,
Don Pasquale, à Paris ; Maria di Rohan, à
Vienne; Don Sébastien, grand opéra, à Paris;
un opéra-comique inédit. — 1844, Catarina
Cor laro , à Naples. — Cantates dramatiques
et autres -, 1823, VAristea. — 182.5, 1 VÔtU
DONIZETTI — DOPPLER
de' sudditl. — 1820, El vira. — 1830, il
Fausto Ritorno. — 1832, Admete. — 1835,
•/« Morte d'Ugolino.'Oa a aussi de Donizelti
des recueils de chants et de duos publias à Paris
*t à Milan, sous ces titres: 1° Nuits d'été à
Pausilippe , album lyrique. — 2° Soirées d'Au
tomne à ITnfrascata, recueil de six chants et
duos. — 3° Rêveries napolitaines , six ballades
à voix seule. — 4° Ispirazioni Viennesi, cinq
ariettes et deux duos. — 5° Les Soirées de
Paris, recueil de douze canzonnette et duos;
des variations pour le piano sur le chant du
Barde, dans Y Alfred de Mayr; Milan, Ricordi;
sept messes , dont une de Requiem ; des vêpres
complètes; plusieurs psaumes, dont un Miserere
avec orchestre et divers motels ; des sonates de
piano, douze quatuors pour instruments à
cordes, et des ouvertures de concert.
DONIZETTI (Joseph), frère du précédent,
naquit à Bergame vers 1797. Après avoir fait
des études au lycée musical de cette ville,
sous la direction de Mayr, il devint chef de
musique dans nn régiment d'infanterie ita-
lienne au service de l'Autriche. En 1831 il se
rendit à Constantinople avec des lettres de
recommandation , et y organisa la musique
militaire de la garde du sultan à la manière eu-
ropéenne. Satisfait de son intelligence et de son
activité, le grand-seigneur le décora de son ordre
et Péleva au rang de général de brigade. Joseph
Donizelti est mort à Constantinople , le 10 fé-
vrier 1850, à l'âge d'environ soixante ans. 11 a
écrit beaucoup de musique en harmonie mili-
taire. On a publié de sa composition la Marche
favorite du sultan Mahmoud, et des marches
algériennes, à Milan, chez Ricordi. On connaît
aussi de cet artiste des Canzoni et quelques petites
pièces pour le piano, chez le même éditeur.
D'ONSEMBRA Y. Voy. Onsembkvy (M. D').
DONT ( Jacques ), bon violoniste, est fils
de Joseph-Valentin Dont, violoncelliste distin-
gué de quatuor et d'orchestre, né en Bohême,
et mort à Vienne, en 1833, d'une attaque d'a-
poplexie. Jacques Dont est né dans cette ville,
le 21 mars 1815. Après avoir étudié le violon
sous la direction de Boehm et de Helmesberger,
et s'être fait remarquer par la rapidité de ses
progrès, il a été admis dans l'orchestre de Burg-
Ihéâtre, en 1831, et est entré dans celui de la
chapelle impériale trois ans plus lard. Dont a
publié des compositions pour son instrument,
au nombre d'environ 50 œuvres, parmi les-
quelles on remarque des variations brillantes
avec piano, op. 21 , et des études, op. 30.
DONZELLI (Dominique), chanteur distin-
gué, est né à Bergame vers 1790. Après avoir ter-
miné ses éludes de chant dans sa ville natale»
il débuta sur quelques théâtres des villes de se-
cond ordre. En 1816 il était au théâtre Va lie ,
à Rome, et sa réputation commençait à s'éten-
dre lorsque Rossini écrivit pour lui, dans celte
ville, le rôle de Torvaldo, où il se fit remarquer.
Au carnaval de l'année suivante, il chanta à la
Scala, de Milan, avec madame Festa-Maffei ,
Caroline Bassi et Philippe Galli. Son succès fut
si décidé qu'il fut engagé pour les deux saisons
suivantes. De Milan il alla à Venise, puis à
Naples , d'où il revint à Milan , où Mercadante
écrivit pour lui Elisa e Claudio. A Vienne
Donzetti produisit un grand effet en 1822, et le
succès qu'il y obtint porta sa réputation à Paris,
où il fut engagé en 1824. Il resta attaché au
Théâtre-Italien de cette ville jusqu'au printemps
*de 1831 ; il eut alors pour successeur Rubini. En
1828 il chanta au théâtre du Roi, à Londres, et
le succès qu'il y obtint le fit engager au même
théâtre les années suivantes, après la saison de
Paris. De retour en Italie en 1832, Donzelli
a chanté pendant plusieurs années sur quelques
grands théâtres. En 1841 il se fit encore entendre
à Vérone et à Vienne , quoiqu'il fut alors âgé
d'environ cinquante et un ans. Vers la fin de la
même année il se retira à Bologne , pour y jouir
dans ses dernières années de l'indépendance ac-
quise par ses travaux. Le caractère du talent de
ce chanteur consistait dans une grande énergie
dont il abusait quelquefois, mais qui produisait
de Peffet dans quelques rôles, tels que celui d'O-
tello. Donzelli est membre associé de l'Acadé-
mie des Philharmoniques de Bologne et de l'A-
cadémie de Sainte-Cécile de Rome. On a de cet
artiste un recueil d'exercices de chant intitulé
Escrcizi giornalieri, basât i sulV esperienza
di molti anni; Milan, Ricordi.
DOPPERT (Jean), savant allemand, na-
quit à Francfort-sur-le-Mein en 1671, devint
en 1703 recteur du collège de Schneeberg , en
Saxe, et mourut le 18 décembre 1735. Au nom-
bre de ses dissertations sur divers sujets d'éru-
dition on en trouve une intitulée : de Musiccs
prxstantia et antiquitate; Schneeberg, 1708,
et une autre : Musices cum litteris copula
dcscripla; ibid., 1711.
DOPPLER. Trois artistes de ce nom se
sont fait connaître avantageusement depuis IS40.
Le premier, violoniste, né à Kiew, en Russie,
de parents originaires de Pologne, et élève de
Lipinski, a donné des concerts à Saint-Pétersbourg
avec succès. Deux ans après il était à Varsovie,
où il paraît s'être fixé. On a publié de sa compo-
sition quelques morceaux de concert el de salon
pour son instrument.
40
DOPPLER — DORAT1US
DOPPLER (Albert-François), flûtiste dis-
tingué et compositeur dramatique, est né à
Lemberg, eu Pologne, dans l'année 1822. Son
père, premier hautbois du grand théâtre de
Varsovie, lui donna des leçons de flûte, dans
les années 1828 à 1831. Doué d'une heureuse
organisation pour la musique, le jeune Doppler
fit de rapides progrès sur son instrument. Lors-
qu'il eut atteint un certain degré d'avancement,
il se rendit à Vienne pour y compléter son édu-
cation musicale ; il y fit aussi quelques études
de composition. Il était âgé d'environ vingt et
un ans lorsqu'il entreprit avec son frère, flûtiste
comme lui , un voyage en Allemagne pour don-
ner des concerts. Ils visitèrent la Galicie, la
Russie méridionale , Kiew, Bucharest, et finirent
par se fixer à Pesth en Hongrie, où François fut
attaché comme première flûte au théâtre. Ce fut
alors qu'il commença à s'occuper de la compo-
sition d'ouvrages dramatiques. Son premier
opéra, intitulé le Comte Benjowski, fut joué au
théâtre de Pesth sur.un texte polonais, en 1847; il
obtint un succès d'enthousiasme et eut vingt-cinq
représentations consécutives. Cet ouvrage fut
suivi tfllka, drame musical en trois actes, en
langue hongroise, qui eut quarante représentations
en 1849. Repris en 1854, pendant le séjour de
Mme Lagrange à Pesth, cette grande canta-
trice chanta deux fois le rôle à'ilka en hongrois
«t y produisit une vive sensation. Les autres
opéras de M. Albert-François Doppler, joués jus-
qu'à ce jour sur le théâtre de la capitale de la
Hongrie, sont Vanda, opéra en quatre actes, sur
un sujet polonais écrit en hongrois, qui fut repré-
senté en 1851, et les Deux Housards, opéra-
comique en deux actes, joué en 1853. Les par-
titions de tous ces ouvrages, réduites pour le
piano, ont paru à Pesth chez Treichlinger et
Wagner. En 1856 les frères Doppler ont visité
Bruxelles et Londres. Après avoir donné dans la
première de ces villes un concert où ils ont fait
entendre plusieurs concertantes pour deux flûtes
avec orchestre, ils ont exécuté les mêmes mor-
ceaux dans un concert de l'association des Mu-
siciens. Par la perfection d'ensemble de leur jeu
dans les traits les plus rapides et les plus diffi-
ciles, ainsi que par la délicatesse et le fini des
nuances , ces artistes ont obtenu le plus brillant
succès et ont laissé de beaux, souvenirs chez les
artistes et les amateurs. Un compositeur distingué
de Paris se plaignait tin jour des ennuis que lui
causait un voisin flùtcur, et disait à Cherubini :
Connaissez-vous rien de pire qu'une flûte ? —
Oui.— Quoi donc? — Deux/lûtes! Si l'illustre
maître eût entendu les frères Doppler, il n'eût pas
dit ce mot plaisant. Outre ses opéras, M. Fran-
çois Doppler a composé plusieurs ballets, plus
de dix ouvertures à grand orchestre, et
beaucoup d'autre musique instrumentale. Une
de ses ouvertures a été exécutée au concert de
l'association des Artistes, à Bruxelles , mais elle
n'a produit que peu d'effet. M. François Doppler
a été nommé chef d'orchestre du théâtre de la
cour, à Vienne, le 1 er avril 1S58.
DOPPLER (Charles), frère du précédent,
virtuose sur la flûte, comme lui, et chef d'or-
chestre du théâtre de Pesth , est né à Lemberg
en 1826. Élève de son père et de son frère, il
fit avec celui-ci un voyage dans l'Allemagne du
nord, en Pologne, en Russie et en Moldavie,
puis se fixa dans la capitale de la Hongrie , où
les fonctions de chef d'orchestre du théâtre lui
furent confiées. En 1852 il a fait jouer à ce
théâtre son premier opéra, en un acte , intitulé
le Camp des grenadiers, sur un texte hongrois.
Le bon accueil fait à ce petit ouvrage a décidé
l'auteur à écrire un grand opéra en quatre actes,
qui a pour titre hongrois Wadou fia (le Fils du
désert), joué en 1854, et dont le succès a eu
beaucoup d'éclat. M. Charles Doppler a écrit
aussi plusieurs ballets - et des concertantes
pour deux flûtes, en société avec son frère.
Un quatrième artiste du même nom, et peut-
être de la même famille, Jean Doppler, s'est
fait connaître par une grande quantité de petites
pièces pour le piano, telles que variations, pe-
tits rondeaux, danses, etc. Les renseignements
manquent sur cet artiste ; on sait seulement
qu'il était à Hambourg vers 1840, qu'il alla en-
suite s'établir à Prague, et que postérieurement
il s'est fixé à Vienne. Ce que j'ai vu de lui est
de peu de valeur.
DORAT (Claude-Joseph), poète français,
né à Paris, le 31 décembre 1734, d'une famille
ancienne dans la robe, s'attacha d'abord au bar-
reau, puis se fit mousquetaire, et, enfin, quitta
cette dernière carrière pour se livrer à son goût
pour les lettres. I! est mort à Paris le 29 avril
1780. Dorât a consacré à l'Opéra un chant de
son poëme de la déclamation. On a aussi de lui
un petit poëmc intitulé le Pouvoir de l'har-
monie, imité de Dryden et dédié à M. le Ch.
Gluck (voy. le Journ. encyclop., octobre 1779,
p. 114). Dans ses œuvres diverses, publiées à
Amsterdam et à Paris, on trouve des Recher-
ches sur l'usage et l'abus de la musique dans
l'éducation moderne, qui ont été traduites en
anglais sons ce titre : Euterpe, or rcmarks
on ihe use and abuse of Music, as a part of
modem éducation; Londres, 1779, in-8°.
DORATUÎS (Jérôme) , ou plutôt Dorait,
compositeur, né à Lucques vers 1580, a fait im-
D0RAT1US — DORN
47
primer : Psalmi vespertini quatuor vocum;
Venise, 1609.
DORATI (Nicolas), compositeur de l'école
vénitienne dans le genre madrigalesque, vécut
dans la seconde moitié du seizième siècle. Les
ouvrages par lesquels il s'est fait connaître sont :
1° Madrigali à cinque, sei e sette voci, lib.
1° et 2°; Venezia, appresso Girolamo Scolto,
1559, in-4°. — 2° Madrigali a cinque voci, lib.
1,2,3,4; in Venezia, appr. Antonio Gardano,
1567, in-4° obi.
DORELLI (Antoine), habile ténor, élève
d'Aprile, entra en 1788 au service de l'électeur
de Bavière, et chanta pendant plusieurs années
sur le théâtre de Munich.
DORFSCHM1D (Georges), musicien alle-
mand qui vivait dans la seconde moitié du sei-
zième siècle, a publié des vêpres à quatre voix
sous ce titre : Sacrificiurn vesperiinum quatuor
vocum ; Augsbourg, 1597.
DORION, célèbre joueur de flûte, fut con-
temporain de Philippe de Macédoine; on croit
qu'il était né en Egypte. Plularque {de Musica)
dit qu'il fit, dans un mode de musique pour la
flûte, des innovations qui prirent de son nom
celui de mode Dorionien, et que ceux qui adop-
tèrent ce mode formèrent une sorte de secte,
opposée à une autre qui avait pour chef Anli-
génide (voy. ce nom). Dorion était fertile en
bons mots; Athénée en rapporte plusieurs (lib. 8,
c. 4;, parmi lesquels on remarque celui-ci :
étant un jour dans une ville où il n'avait pu
trouver de logement, il se reposait dans un bois
sacré, près d'un petit temple; il s'informa du
nom delà divinité à qui il était consacré : A Ju-
piter et à Neptune, répondit le sacrificateur.
Comment, s'écria Dorion, pourrais- je trouver
un gîte dans une ville où les dieux mêmes
sont logés deux à deux? Il passait pour un
de ces gourmands si communs dans l'antiquité,
car le poète comique Mnésimaque faisait dire
dans une de ses pièces : Dorion passe chez,
nous la nuit à jouer, non de la flûte, mais
de la casserole.
DORIOT (L'abbé), né en Franche-Comté
vers 1720, fut «l'abord maître de chapelle à Be-
sançon, et fut appelé à Paris vers 1758, pour y
être attaché à la Sainte-Chapelle en cette qualité.
Il y occupait encore le même poste en 1780.
L'abbé Doriot a composé plusieurs motets qu'on
entendait le samedi saint à la Sainte-Chapelle,
et qui jouissaient de son temps de quelque ré-
putation. On connaît aussi de lui un Traité
d'Harmonie selon les principes de Rameau,
dont une copie se trouve clans la bibliothèque
du Conservatoire de Musique, à Paris.
DORLE, musicien français qui vécut au
commencement du seizième siècle, n'est connu
que par des motets imprimés dans les recueils
d'Attaignant (voy. ce nom), particulièrement
dans celui qui a pour titre : XII Motets à
quatre et cinq voix composés par les autheurs
cy-dessoubz escripts, naguères imprimés à
Paris par Pierre Attaignant, demourant à
la rue de la Harpe près de V église de Saint-
Cosme, 1529, petit in-4° obi.
DORN (Jean-Frédéric), professeur de mu-
sique à Kœnigsberg, s'est fait connaître par
plusieurs recueils pour trois ou quatre voix
d'hommes, à l'usage des écoles de chant, les-
quels ont été publiés à Kœnigsberg, Leipsick et
Berlin.
DORN (Henri-Louis-Edmond), compositeur,
neveu du précédent, est né à Kœnigsberg le
4 novembre 1804. Les éléments de la musique
lui furent enseignés par Sœmann, pour le chant,
par Muthreich, puis C. Kloss, pour le piano, et par
le compositeur Jules Mùller, pour la théorie de
l'art. Son oncle Jean-Frédéric Dorn lui donna
ensuite des leçons, et exerça une active influence
sur les commencements de sa carrière d'artiste.
En 1823 Dorn suivit les cours de Kœnigsberg et
s'y livra à l'élude du droit. Lorsqu'elle fut ter-
minée, il entreprit un voyage à Leipsick, Dresde,
Prague et Vienne ; puis il se rendit à Berlin, où
il devint élève de Bernard Klein pour la compo-
sition et de Louis Berger pour le piano. 11 reçut
aussi des leçons de plusieurs autres maîtres. Ce
fut dans cette ville qu'il fit paraître ses premiers
ouvrages pour le piano, le violon et le violon
celle. Il y composa aussi la musique d'un grand
opéra en deux actes intitulé Rolande Knap-
pen ( les Écuyers de Boland), dont il avait
fait le livret, et qui fut représenté au théâtre
Kœnigstxdt avec quelque succès. Il y donna aussi
le Magicien (der Zauberer), mélodrame repré-
senté en 1827. Rappelé à Kœnigsberg, à l'âge de
vingt-quatre ans, pour y prendre possession de
la place de directeur de musique, il fit repré-
senter sur le théâtre de cette ville, en 1829 f
la Mendiante (die Bettlerin) , opéra en deux
actes. Vers la fin de la même année, la place de
directeur de musique d'une des églises de Leip-
sick lui fut offerte et il l'accepta; mais il l'a-
bandonna l'année suivante pour la direction de
la musique de la cathédrale de Saint-Pierre, à
Riga. Il y organisa et dirigea la grande fête mu- ;
sicale en 1836. Après douze années de séjour et
d'activité artistique dans celte ville, Dorn donna
sa démission de ses emplois pour aller à Colo-
gne, où l'attendaient de plus grands avantages ;
il y arriva en 1843; et enfin, après la mort de
48
DORN — DORUS
ÎNicolaï, en 1849> il lui succéda dans la place de
chef d'orchestre du théâtre de Berlin. Au moment
où cette notice est écrite (1859), il occupe en-
core cette position. Les opéras que Dorn a écrits
après ceux qui ont été mentionnés précédem-
ment, sont : Abu-Kara, représenté à Leipsick en
1831; das Schwsermenmxdchen (les Filles
volages), idem, 1832; les Échevins de Paris
(der Schôffe von Paris), à Riga, en 1838; les
Bannerets d'Angleterre , 1843; les Musiciens
d'Aix-la-Chapelle, à Cologne, 1848; Artaxer-
cès,k Berlin; die Niebelungen , grand opéra
en cinq actes, joué à Weimar le 22 juin 185 '«.
M. Dorn a composé des symphonies qui ont été
exécutées à Cologne ; une grande ouverture pour
la cinquième fête, séculaire de la cathédrale de
cette ville, en 1848; un Te Deum;\zïV psaume;
une messe de Requiem, et plusieurs autres com-
positions religieuses; enfin, environ soixante-dix
œuvres de musique instrumentale et vocale,
particulièrement pour le piano, des recueils de
chants pour voix d'hommes et un grand nombre
de Lieder.
DORN (Alexandre-Jules-Paul), fils du
précédent, est né à Riga le 9 juin 1833. Élève
de son père, il l'a suivi à Berlin, en 1849, et y a
publié un recueil de 4 Lieder, chez Bote et
Bock, deux duos pour soprano et ténor, et un
chant de Nymphes, pour 3 voix de femmes. En
1855 il s'est fixé au Caire, en Egypte, et y a fait
exécuter une messe de sa composition, le 15
août 1858.
DORIX (Jacques), virtuose sur le cor et
membre de la chapelle du grand-duc de Bade, est
né à Licbtenau le 7 janvier 1809. Élève de
Schunke pour son instrument, il entra, en 1825,
dans la musique militaire d'un régiment badois.
En 1832 il fit un voyage en Angleterre et s'y fit
remarquer par son talent. De retour à Karls-
:uhe, il y a été attaché à la musique de la cour.
Dorn est aussi très-habile guitariste et a publié
plusieurs compositions pour le cor et pour la
guitare.
DORIVAUS (Philippe), virtuose sur le cor
et musicien de la chambre de l'électeur de
Trêves, naquit vers 1769. On dit qu'il jouait
déjà les concertos de Punto à l'âge de huit ans.
A quatorze, il se mit à voyager avec son frère,
et vint à Paris en 1783. Les connaisseurs admi-
rèrent l'habileté de ces deux enfants, qui retour-
nèrent ensuite en Allemagne. En 1769 ils en-
trèrent tous deux au service du comte de Ben-
theim-Steinfurlh, d'où ils passèrent ensuite à la
chapelle électorale de Coblence. Philippe Dornaus
a publié à Offenbach, en 1802, un concerto
pour deux cors, avec accompagnement d'or-
chestre arrangé par André. Il a fait aussi insérer
«lans la tioisième année de la (Jazelte musicale
de Leipsick (p. 308) des remarques sur l'usage
utile qu'on peut tirer du cor.
DORIVAUS (Lucas), frère cadet du précé-
dent, a toujours accompagné son frère, et se
trouvait avec lui, en 1800, à la chapelle électo-
rale de Coblence. Il a publié : 1° Six petites
pièces pour flûte et deux cors, op. 1; Offen-
bach. — 2° Six petites pièces pour deux cla-
rinettes, deux cors et basson, op. 2; ibid.
DORNEL (Antoine), né en 1696, fut d'a-
bord organiste de la Madeleine en la Cité, et en-
suite de l'église de Sainte-Geneviève. Il est mort
à Paris en 1765. C'était un organiste médiocre
et un mauvais compositeur, mais il passait pour
être bon maître d'accompagnement. Il a publié,
en 1727, des cantates intitulées : les Caractères
de la musique, et le Tombeau de Clorinde.
Il a fait imprimer aussi trois livres de trios pour
le violon.
DORRIAGTOiV (Théophile), né à Witt-
nesham,dansle duché de Kent , fut recteur dans
ce lieu depuis 1686 jusqu'en 1712. On a de lui :
Discourse on singing in the ivorship of God ;
Londres, 1714, in-8°.
DORSTIN (Jean de), de l'ordre des Er-
mites de Saint-Augustin, né à Recklinghauser
(Westpbalie) , vécut au couvent d'Erfurt vers
1475, au temps de l'empereur Frédéric III et du
pape Sixte IV. Au nombre de ses ouvrages, qui
n'ont pas été imprimés, on remarque : 1° De
Monocordo liber unus. — 2° De modo bene
cantandi liber unus. (Voy. Hartzheim, Bi-
blioth. Colon., fol. 167.)
DORUS (Vincent-Joseph Van STEENKISTE,
dit) , virtuose sur la flûte, est né à Valenciennes
le l* r mars 1812. Admis comme élève au Con-
servatoire de Paris le 31 janvier 1812, il reçut
des leçons de Guillou (voy. ce nom) pour la
flûte. En 1826 il obtint le second prix de cet ins-
trument an concours, et le premier lui fut dé-
cerné en 1828. Jusqu'en 1833 son instrument
fut l'ancienne flûte ; mais, convaincu alors de la
supériorité de la flûte réformée par Boehm, dans
les sons graves, dans la justesse, pour la facilité
de jouer dans tous les tons, et par la possibilité
d'exécuter beaucoup de trilles auparavant à peu
près impossibles, M. Dorus n'hésita pas à se re-
mettre à l'étude, et sa persévérance le conduisit
à la possession d'un des plus beaux talents de
flûlistes qu'on puisse entendre. Dans les années
1828, 1829 et 1830, il était attaché à l'orchestre
du théâtre des Variétés ; pn 1834 il est entré à
celui de l'Opéra, où il est encore (1861), en
qualité de première flûte solo. M. Dorus est aussi
DORUS — DOTZAUER
4î>
membre de la société des Concerts du Conserva-
toire et de la musique de l'empereur. En 1858
il a succédé à Tulou comme professeur de flùle
au Conservatoire de Paris. On a de cet artiste :
l° Échos des Lagunes, solos pour flûte. —
2° 1C airs variés, idem. — 3° Fantaisies et Mé-
langes sur des méjodies de Donizetti ; Mayence,
Scliott. — 4° Variations sur une tyrolienne de
Weber. — 5° Crelly, grande valse suisse ; 3 mar-
ches des chasseurs de Lulsow, en collaboration
avecHerz, et d'autres productions pour son ins-
trument.
DORUS-GRAS (M me Julie-Aimée). Voy.
Gras (Mme Dorus).
DORVAL ( P. ) , professeur de chant à Ver-
sailles, s'est fait connaître par un petit ouvrage
estimable qui a pour titre : l'Art de la pronon-
ciation appliquée au chant , et manière fa-
cile d'augmenter les ressources delà voix par
le secours de l'articulation* Versailles, l'au-
teur, 1850, gr. in-8° de 30 pages.
DOTIiEL (Nicolas), flûtiste , né en Alle-
magne vers le commencement du dix-huitième
siècle, était fils d'un artiste habile sur le même
instrument. Vers 1750 il était attaché à la cha-
pelle du grand-duc de Toscane. Le jeu de Do-
tliel, différent de celui de Quantz, éiait lié et
dépourvu de coups de langue. Les composilions
de ce virtuose étaient estimées de son temps en
Allemagne. Il a fait graver à Amsterdam, en
1763 , six duos pour la llùle, et ensuite , à Paris,
Studi per il flaulo, in tutti i tuoni e modi,
avec la basse. Outre cela, on connaît encore en
manuscrit neuf concertos pour flûte et sept
quatuors de sa composition.
DOTZAUER ( Juste-Jean-Frédéric ) , cé-
lèbre violoncelliste, né à Htesseli ietli , près de
Ilildburghausen, le 20 janvier 1783, se livra
de bonne heure à l'étude de la musique. Son
père, pasteur du lieu de sa naissance, lui pro-
cura une éducation soignée, et lui lit apprendre
à jouer du piano, du violon, du violoncelle, et
les éléments de la composition. Le goût pas-
sionné qu'il montrait particulièrement pour le
violoncelle, et les progrès remarquables qu'il fai-
sait sur cet instrument, déterminèrent son père
à le mènera Meiningen, en 1799, pour le confier
aux soins de Kriegek , maître des concerts. Deux
ans après, Dotzauer obtint une place de musicien
de la chambre à Cobourg, ou, suivant d'autres
versions, à la chapelle du duc de Saxe-Meiningen.
Il la conserva jusqu'en 1805, époque où il entra
, à l'orchestre de Leipsick. Un voyage qu'il lit à
Berlin, en 180G, lui procura l'occasion d'entendre
Bernard Romberg, et de perfectionner son talent
sous la direction de cet habile artiste. En 1811 il
BIOCR. UNIV. DES MUSICIENS. — T. III.
a quitté Leipsick pour entrer à la chapelle royale
de Dresde. Voici la liste de ses compositions :
1° Deux quatuors pour violon, op. 12. — 2°
Trois idem, op. 19. _ 3° Un idem, op. 29. —
4° Trois idem, op. 30. — 5° Trois duos fa-
ciles pour violon et basse, op. 4. — 6° Trois
idem, op. 8. — 7° Trois idem, pour deux vio-
lons, op. 14. — 8° Trois idem, op. 16, liv. 1
et 2. — 9° Six idem, op. 25. — 10° Variations
pour violoncelle, avec deux violons , alto et
basse, op. 7. — 1 1° Concertos pour violoncelle
et orchestre : 1 er , op. 27, Mayence, Scholt; 2 e
en ut, op. 06, Offenbacli, André; 3 e en mi, op.
72, Bonn, Simrock ; 4 e en ré, op. 81, ibid; 5 e
en mi bémol, op. 82, ibid ; 6 e en mi mineur, op.
84, ibid; 7 e en fa, op. 93, ibid.; 8 e en ré mi-
neur, op. 100, ibid; 9 e en fa, op. loi, ibid. Con-
cerlinos : 1 er en la mineur, op. 67, Olfenbach,
André; T en la, op. S9, Bonn, Simrock; 3 e en
la, op. 150, Berlin, Challier et Cie. — 12° Pot-
pourri pour violoncelle , avec deux violons,
alto et basse, op. 33. — 13° Quatuor pour vio-
loncelle, deux violons et alto, op. 13. — 14°S/x
duos faciles pour deux violoncelles, op. 9. —
15° Trois idem, pour deux bassons ou deux vio-
loncelles, op. 10. — 16" Trois idem, op. 15. —
17° Huit variations pour violoncelle, avec ac-
compagnement de basse, op. 1. — 18° Deux
sonates pour violoncelle, avec basse , op. 2. —
19° Dix variations pour violoncelle , avec
basse, op. 11. — 20° Plusieurs divertissements
pour violoncelle et piano, ou avec orchestre, op.
73, 105, 125, 143. — 2i° Dix-huit valses à
quatre mains pour le piano, op. 5, 17 et 20. —
22° Exercices pour le violoncelle , op. 47. —
23° Douze idem, op. 54. — 24° Beaucoup de pièces
détachées, de pots-pourris, etc., pour le violon-
celle. — 25° Symphonie à grand orchestre, op.
40; idem, op. 85. — 26° Plusieurs ouvertures,
idem. — 27° Messe en fa, exécutée à Dresde, eu
1837. On a aussi représenté dans la même ville,
en 1841 , l'opéra de cet artiste intitulé Graziosa.
DOTZAUER ( Juste-Bernard-Frédéric ),
fils du précédent, estnéà Leipsick le 12 mai 1808.
Il s'est fait connaître comme pianiste et a publié
quelques morceaux pour son instrument, entre
lesquels on remarque des variations pour piano
et violoncelle sur l'air allemand an Alexis.
DOTZAUER (Charles-Louis), deuxième
fils de Juste- Jean-Frédéric, est né à Dresde le 7
décembre 1 S 1 1 . Élève de son père pour le vio-
loncelle , il a fait avec lui et son frère aine quel-
ques voyages et s'est l'ait applaudir à Berlin. De-
puis 1830 il est attaché à la musique du prince
de Hesse-Cassel. Il a écrit quelques morceaux
pour son instrument.
50
DOUAI — BOURLEN
DOUAI on DOUAY (Emile), composi-
teur, est né à Paris vers 1802. On ignore quelle
fut la première direction de ses études musicales,
car il ne fut point élève du Conservatoire ; mais
on sait que ficicha lui enseigna l'harmonie et le
contrepoint. Le théâtre du Gymnase drama-
tique ayant été ouvert en 1822, M. Douay y eut
une place de premier violon dans l'orchestre; il
en fut nommé deuxième chef en 1823, et dans la
même année il y lit représenter le petit opéra une
Aventure de Faublas, qui fit une lourde chute
et ne fut pas achevé. En 1827 il donna sa dé-
mission de sa place de second chef d'orchestre
et prit celle de violon solo au même théâtre ;
mais il ne la garda que jusqu'en 1831 , époque
de sa retraite. Alors il disparut de la vie active
des artistes, se bornant à former quelques
élèves, cachant son existence, vivant de peu, et
méditant en silence sur certaines innovations
qu'il entrevoyait dans son art. Esprit sérieux ,
homme d'étude, et possédant une instruction
solide qu'il est rare de rencontrer chez les ar-
tistes, il préparait de grandes compositions dont
il ne parlait à personne. Enfin il était com-
plètement oublié lorsqu'en 1843, douze ans
après sa retraite, et parvenu à l'âge de près de
quarante-deux ans , il annonça un concert à la
salle de la rue Neuve-Vivienne, où l'on devait
exécpter deux grandes œuvres de sa composi-
tion. De ses économies il avait fait la dépense
d'un orchestre complet, et, Décomptant pas sur
une recette productive, il avait invité les ar-
tistes à venir l'entendre et le juger. Ses œuvres
avaient pour titres Geneviève des Bois, ou-
verture, et la Création, la Vie et la Destruc-
tion, symphonie poétique. Dès les premières
mesures l'auditoire reconnut un musicien habile
dans l'art d'écrire, ainsi qu'un esprit indépendant
qui cherche des voies nouvelles. Il y avait là
de la hardiesse, de la grandeur, des effets in-
connus, mais du charme, point. L'auditoire, ap-
préciant le mérite de ces ouvrages, applaudit
avec chaleur ce qu'il venait d'entendre, mais il
sortit plus étonné que séduit. Toutefois, les jour-
naux ayant appelé l'attention publique sur les
œuvres de M. Douay, les amateurs se portèrent
en foule à deux autres concerts où les mêmes
compositions furent exécutées. Après cet essai de
son talent, lecompositeur partit pour l'Allemagne,
la parcourut sans dire son nom, sans se faire
connaître comme artiste, écoutant, comparant
et méditant.
Rentré à Paris, il se remit à l'œuvre, et , après
trois années de silence , il reparut de nouveau
dans des concerts donnés à la salle Ventadour,
où il fil entendre deux grandes compositions d'or-
chestre, avec chœurs clsolos, lesquelles avaient
pour litres Crisiophe Colomb, et la Mer, ou
une voix dans l'orage. L'impression produite
par ces œuvres fut moins favorable que celle des
premiers ouvrages. Enfin, dans l'aimée suivante,
il donna de nouveaux concerts au Théâtre-Italien,
dans lesquels on entendit deux œuvres nou-
velles, intitulées Jeanne (d'Arc), trilogie mu-
sicale à grand orchestre, avec chœurs et voix
principale , et la Chasse royale (vision de
Henri IV) , légende de la foret de Fontaine-
bleau, en 2 parties, pour orchestre, chœur
et voix principale.
L'effet de ces compositions ne répondit pas à
l'attente de l'auteur : la trilogie de Jeanne parut
d'une longueur excessive, et les fanfares de la
Chasse royale, pour quatre cors à sons bouchés,
furent fort mal exécutées , et ne firent entendre
que des sons étranges et faux.
Ainsi qu'on le voit, M. Douay est un de ces
musiciens qui veulent faire de la musique des-
criptive, imilative, et transportent dans la genre
instrumental le sujet du drame. Son entreprise
en ce genre n'a pas élé plus heureuse que celle
(ie ses prédécesseurs, et de ceux qui , en dépit
de tant d'essais peu satisfaisants, se sont obstinés
à suivre les mêmes voies. Ainsi que nous l'avons
écrit souvent, nous répétons ici que ces innor
valions, loin d'être un progrès de l'art, en mar-
quent la décadence, parce qu'on veut lui donner
une mission qui n'est pas dans sa nature.
Après que M. Douay fut revenu de son voyage
en Allemagne, il entra à l'orchestre du Théâtre
Italien comme violoniste et y fut attaché pendant
plusieurs années; mais, jaloux de son indépen-
dance, il s'est retiré de nouveau, et n'a reparu
dans le monde musical que pour faire entendre
aux concerts des Jeunes Artistes du Conservatoire,
dirigés par M. Pasdeloup, une ouverture et une
symphonie qui, après avoir été applaudies avec
enthousiasme par l'orchestre aux répétitions ,
n'ont pas eu de succès près du public. On con-
naît aussi de M. Douay une héroïde musicale pour
voix seule et orchestre, intitulée Homère.
DOUET ( Alexaxdre), prêtre et maître de
chapelle de l'église Saint-Hilaire de Poitiers,
dans la seconde moitié du dix-septième siècle,
a publié : Missa sex vocum ad imitalionem
moduli Consolamini; Paris, Cristophe Ballard,
1G70, in-l'ol.
DOURLEN (Yictok), né à Dunlterque en
1779, entra au Conservatoire, dans la classe de
piano de Mozin, en 1797, reçut des leçons d'har-
monie de Catel, et apprit ensuite le contrepoint
sous la direction de Gossec. En 1806 il concou-
rut pour le grand prix de composition musicale,
DOURI.EN — DOWLAND
ôt
qui lui fut décerné par la classe des beaux-arts
de l'Institut. Ce prix lui procurait l'avantage
daller en Italie, aux frais du gouvernement,
étudier l'art de chauler avec facilité dans la com-
position ; mais avant son départ il lit représenter
au théâtre Feydeau Philoclès, opéra en deux
acîes, dont il avait fait la musique. Pendant son
séjour à l'école des Beaux-Arts, à Rome, Dourlen
envoya à PInslitut un Dies irx dont il était
l'auteur, et sur lequel le Breton, secrétaire de la
quatrième classe de cette compagnie, lit un rap-
port favorable, au mois d'octobre 1808. De retour
à Paris, Dourlen a donné au théâtre Feydeau les
opéras suivants : 1° Linnée , an trois actes,
1808. — 2° La Dupe de son art, en un acte,
1809. — 3° Cagliostro, en trois aptes, en société
avec Reicha, 1811. — 4° Plus heureux que
sage, en un acte, 1S1G. — 5° Le Frère Phi-
lippe, en un acte, 1818. — G Marini, en trois
actes, 1819. — 7° Le petit Souper, en un acte,
1822. Oulre ces ouvrages, M. Dourlen a publié
plusieurs compositions instrumentales, parmi
lesquelles on remarque : 1° Sonates pour le
piano, op. 1. — 2° Fantaisie sur la romance de
Bélisaire. — 3° Premier concerto pour le piano,
op. 3. — 4° Trio pour piano, violon et basse,
op. 4. — 5° Trois sonates avec accompagnement
de violon , op. 5. — 6° Fantaisie en trio , avec
F. Kreubé. — 7° Pot-pourri sur les airs de Jean
de Paris. — 8° Sonates faciles pour le piano,
op. 6. — 9° Sonate avec accompagnement de
flûte, op. 9. — 10° Sonate à quatre mains, op.
10. Dourlen a élé professeur d'harmonie et d'ac-
compagnement au Conservatoire de Musique de
Paris, depuis 1816 jusqu'en 1846, époque où
il a pris sa retraite. Il a publié, pour l'usage de
ses élèves, un Tableau synoptique des Accords ;
Paris, Pacini, et un Traité d'Harmonie, conte-
nant un cours complet, tel qu'il est enseigné
au Conservatoire de Paris; Paris, Prilipp,l834,
1 vol. gr. in-4°. Cet ouvrage, dédié à Cherubini,
a été approuvé par la classe des beaux-arts de
l'Institut de France sur le rapport de Berton. La
doctrine quien est la base est celle de Catel, et ses
développements y sont enrichis d'un grand
nombre d'exemples bien écrits, à quatre parties.
DOUTH (Philippe), écrivain anglais du
dix-septième siècle, a publié un poème sur la
musique sous ce litre : Musica incantans, seu
Poema exprimens vires musices, juvenem in
ins.aniam adigentis , et mùsici inde pericu-
lum; Londres, 1674, in-4°. Cet ouvrage est fort
rare.
DOUWES (Nicolas, en hollandais Klaas),
organiste et maître d'école à Tzum, dans la Frise,
naquit à Leuwarden en 1668. Il fit imprimer
à Franeker, en 1099, in-12 de cent trente-deux
pages, un traité de la musique et des instru-
ments, dont il avait préparé une deuxième éd -
tion améliorée, qui ne parut qu'après sa mort,
en 1722, et qui fut reproduit plusieurs fois sous
le titre suivant : Grondig ondersoek van de
Toonen der Muzijh; veaarin van de wijd(e of
groolheit van Oclaven, Quinten , Quarten en
Tertien,ghecleen halve Toone onvolmakteen
valsche spetien gcoorloofde V zamenvoeging
van Oclaven, etc. (P«echerches fondamentales
sur lestons de la musique, etc.). La dernière édi-
tion a paru à Amsterdam, en 1773, in-4°. Dans la
deuxième partie on trouve la description de
l'orgue, du clavicorde, du clavecin, du flageolet,
des flûtes (à bec), du chalumeau, du hautbois,
des cornets, des trompettes, de la trompette
marine, des violes, et des instruments à cordes
[rincées, avec les systèmes de leur accord.
DOWLAND (Jean), célèbre joueur de luih
anglais, né dans la cité de Westminster, en 1562,
fut admis à l'âge de vingt-six ans à prendre le
grade de bachelier en musique, à l'université
d'Oxford. Dans un sonnet attribué à Shak-
speare on trouve ce passage relatif à Dowland :
If musicke and swect poetry agrée.
As they must needs ( 1 tic sister and the brother )
Then must the love be great twtxt tliee and me,
Because lliou lov'st the oneaml I Ihe olher.
Dowland to thee is deer, whose heaveuly touch
TJpon the lutc doth ravisch human sensé;
Spencer to me, etc., etc. (i).
j En 1584 Dowland voyagea en France, et de
là passa en Allemagne, où il fut reçu de la ma-
nière la plus flatteuse par le duc de Brunswick
et par le prince Maurice, landgrave de Hesse-
Cassel. Après avoir passé quelques mois à la
cour de ces princes, il traversa les Alpes, et visita
Venise, Padoue, Gênes, Ferrare et Florence.
A Venise il se lia d'amilié avec le célèbre com-
positeur Jean Croce. De retour en Angleterre il
y publia ses premières compositions en 1595,
sous ce titre : The first Booke of songs or
agrès of foure parts, with tablature for the
lutc (Premier livre de chansonsou d'airs à quatre
parties, avec tablature de luth). Peu de temps
après il partit pour le Danemark et devint
premier luthiste du roi de ce pays. Le deuxième
livre de ses chansons {the second Book of
song or airs for the lute or Orpharion, with
the viol de Gamba) est datée de Helsingôrs
(1) Si la musique et la douce poésie se plaisent comme
le doivent une sœur et un frère, l'amourentre vous et moi
doit être grand, car vous aimez l'une et moi l'autre ■
Dowland vous est cher par sa touche divine sur le
luth, qui ravit les sens: Spencer me plait, etc.
4.
52
DOWLAND — DOYAGUE
en Danemark, le 1er juin 1600. En 1603 il «'tait
de retour à Londres, et y publia : The third
Jïook of songs or airs to sing to the lute,
Orpharion, or violls. Cet ouvrage fut suivi de
celui qui a pour titre : Lachrimse, or seaven
teares figured in seaven passionate pavans,
tolth divers others pavans, gagliards and
almands, set forth for the lute, viols, or vio-
lins, in five parts (les Larmes, figurées par sept
pavanes passionnées , avec d'autres pavanes,
gaillardes et allemandes, arrangées pour le luth,
les violes ou violons, à cinq parties). Cet ouvrage
paraît avoir joui d'une assez grande célébrité,
car il en est fait mention dans une comédie de
Midleton intitulée : No witlike a Woman's (Nul
esprit n'est semblable à celui d'une femme),
dans laquelle une servante annonce une fâcheuse
nouvelle à sa maîtresse, et en reçoit la réponse
suivante :
No, Thouplayest Dowland's Lachrimse to thy master.
Dans la dédicace de cette œuvre à la reine
Anne, qui était sœur de Christian IV, roi de
Danemark, Dowland dit que, voulant retourner
près de ce prince, son maître, il s'était embar-
qué, mais que les vents contraires l'ont obligé
à passer l'hiver en Angleterre.
En 1609 Dowland publia à Londres sa traduc-
tion anglaise du traité de musique d'Ornitopar-
cus. Cette traduction est plus rare que l'ouvrage
original, parce qu'il n'en a été fait qu'une édi-
tion. Dans la préface il dit que, étant résolu de
rester désormais chez lui, il publiera d'autres
ouvrages, particulièrement ses observations et
instructions concernant l'art de jouer du luth
( My observations and directions concerning
the art of Lute playing). Ces instructions et
observations parurent en effet dans l'année sui-
vante, en tète d'une collection de leçons pour le
luth, éditée par le frère de Dowland, sous ce titre :
Varietie of Lessons : vlz. Fantasles, Pavins,
Gaillards , Almaines, Coranloes and Volts.
Selected out of the best approved aulhors
as well betjond the seas as of our owne coun-
try ,• by Robert Dowland. Where unto is an-
nexed certaine observations belonging to Lutc-
playing, by John-Baptisto Besardo ofViscon-
ti; Also a short treatise ihereunto appertay-
ning by John Dowland, batchelor ofmusicke;
London, printed for Thomas Adams, 1610.
Un exemplaire de ce recueil, considéré comme
unique par M. Chappell, existe à la bibliothèque
bodléienne. En 1612, Dowland fit paraître une
collection de pièces sous ce titre : A Pilgrini's
sotace, wherein iscontained musical harmony
ofthree, four andfive parts, to be sung and
plaid with lute and viols ( la Consolation d'un
pèlerin, où est contenue une harmonie musicale
à trois, quatre et cinq parties, pour être chantée
ou jouée sur le luth ou les violes). Quelques
madrigaux de Dowland ont été insérés dans la
Musica antiqua de Smith et dans la collection
du docteur Crotch. Ces spécimens de sa musique
ne donnent pas une idée favorable de son génie
ni de son savoir. Nonobstant la médiocrité de
leur mérite au point de vue de l'art, les li-
vres de chansons ou madrigaux de Dowland
sont si rares aujourd'hui qu'un exemplaire des
trois livres réunis (1595-1603) a été vendu en
1846, chez MM, Kalkin et Budd, à Londres,
la somme énorme de 12 livres 15 schellings
(318 fr. 75 c). M. W. Chappell a publié le pre-
mier livre des Airs de Dowland, en partition,
dans la collection de la Société des Antiquaires
de musique, à Londres, in-fol. Il y a lieu de
croire que Dowland était meilleur instrumentiste
que compositeur. Hawkins indique l'année 1615
comme la date de la mort de ce musicien ( Hist.
of the Science and practice of Music, t. III,
p. 326); mais deux documents authentiques
découverts par M. le docteur Rimbault, et publiés
par M. Chappell, prouvent que Dowland était
encore attaché à la musique de la cour, à Londres,
en 1625, et qu'il était alors âgé de soixante-trois
ans ; enfin , qu'il était décédé au mois d'avril
1626 (1).
DOWLAND (Robert), frère du précédent,
a publié un recueil de chansons à plusieurs voix,
de sa composition, sous le titre de A musical
Banquet; Londres 1610, in-fol.
DOYAGUE (D. Manuel-José), compositeur
espagnol, naquit à Salamanque, le 17 lévrier
1755. Fils d'un artisan de cette ville, il semblait
destiné à la modeste condition de son père ; mais
ses heureuses facultés en décidèrent autrement.
Trop pauvres pour lui faire suivre le cours d'é-
tudes de l'université, ses parents eurent la bonne
pensée de le faire admettre parmi les enfants de
chœur de la cathédrale , et le jeune Doyagiie apprit
au collège de la maîtrise la musique théorique et
pratique, ainsi que les lettres latines. Il était âgé
de vingt-six ans lorsque son maître de musique
et de composition, D. Juan Martin, maître de
chapelle de la cathédrale, se retira en 1781 ;
Doyagiie fut désigné pour lui succéder, A dans
le même temps on lui confia la chaire de mu-
sique de l'université. Il était ecclésiastique et
chanoine de la cathédrale; mais, d'un caractère
peu sociable, il ne voyait personne, et sa longue
(1) Voyez l'introduction placée par M. Chappril dans
The flrst set of songs in four parts composed by John
Dowland, etc., p. 4. )
DOYAGUE — DRAGHI
53
vie s'écoula dans une retraite absolue. Passionné
pour l'art, il était incessamment occupé de la
composition de ses ouvrages; mais, sans ambi-
tion de renommée, il ne cherchait point à les
répandre, se contentant de les faire exécuter
dans son église. De là vient qu'il était à peine
connu de ses compatriotes, lorsqu'en 1813 il
consentit à se rendre à Madrid pour diriger l'exé-
cution d'un Te Deum de la plus grande beauté
qu'il avait composé à l'occasion de l'heureux
accouchement de la reine. En 1830 on chanta
dans la même chapelle une messe de Doyague,
à 8 voix réelles avec orchestre, dont la beauté
excila l'enthousiasme des artistes. L'effet de
cette composition fit décerner à .son auteur le
titre de maître honoraire du Conservatoire de
Madrid, en 1831. Le chef-d'œuvre de cet ar-
tiste remarquable est, dit-on, un Magnificat
à 8 voix, avec orchestre et orgue obligé. En
1829 un de ses Miserere fut envoyé à Ros-
sini, qui, frappé de l'originalité des idées et de
l'élévation du style, écrivit à Doyague une lettre
flatteuse de remercîments et d'éloges. Ce
maître, décédé le 18 décembre 1842, à l'âge de
87 ans, a été enterré avec pompe au cimetière
de Salamanque; un tombeau en marbre lui a
été élevé, et l'on y a déposé, à côté de ses restes
mortels, l'original de son célèbre Magnificat,
dans une cassette recouverte en plomb. Parmi
les productions de Doyague on remarque : 1° Le
grand Magnificat dont il vient d'être parlé. —
2° Un autre Magnificat à 4 voix et orchestre.
— 3° Un troisième idem à 8 voix avec instru-
ments, en ré. — 4° Des Lamentations pour la
semaine sainte. — 5° Trois Miserere, en mi
bémol, parmi lesquels se trouve celui qui fut
envoyé à Rossini. — 6° D'antres Miserere en
style plus léger, à 4 voix, en fa. — 7° Une
messe solennelle à 8 voix, orchestre et orgue
obligé, en sol. — 8° Messe à 4 voix , en fa. —
9° Deux autres idem, en la. — 10° Une autre
idem , en si bémol. — 11° Les psaumes des vê-
pres pour toutes les fêtes. — 12° Office des
Morts à 4 voix, chœur et orchestre. — 13° Mo-
tet funèbre à 4 voix, avec accompagnement de
deux violons, alto et basse, en fa. — 14° Plu-
sieurs Genitori. — 15° Un grand Te Deum à
8 voix et orchestre. — 16° Un nombre immense
de psaumes, motets, villancicos, airs, duos et
quatuors d'église , en toute sorte de combinai-
sons de voix et d'instrumentation. Le style de
Doyague est une alliance des formes sévères
avec les tendances harmoniques de la musique
moderne.
DOZON ( M 1Ie ). Voyez Cuéron (M™ ).
DRAGHETTI (André), jésuite italien,
professeur de métaphysique à l'université de
Bréra, dans la seconde moitié du dix-huitième
siècle , a publié un petit traité de Psychologie
sous le titre de Psychologix spécimen; Milan,
1771 , in-8°. Il y traite ( p. 45-53) des lois des
séries arithmétiques et géométriques appliquées
à l'échelle musicale. Le P. Sacclii ( voy. ce nom
attaqua les idées du P. Draghetti, relatives à ce
sujet, dans un petit écrit qui a pour titre : Ri-
posta al P. Andréa Draghetti, dalla compa-
gnie di Giesù, sulle legge di continuité nella
scala musicale, Milan, 1771, et ce morceau
donna lieu à une autre publication du P. Dra-
ghetti, intitulée -.Délia legge di continuité nella
scala musicale, replica alla riposta del Padre
D. Giovenale Sacchi; Milan, 1772, 97 pages
in-8°, avec une planche. Il a été rendu compte de
la discussion de ces deux savants dans la Gazette
littéraire de Milan (1772, n° 26), et dans le
Journal des Savants (1773, janvier, p. 131, fé-
vrier, p. 375.)
DRAGHI (Baltuasar), compositeur italien
qui vivait vers la fin du seizième siècle, a publié
des Canzonnette e villanelle alla Napole-
tana ; Venise, 1581.
DRAGHI (Antoine), compositeur dramati-
que, né à Ferrare en 1642 , commença à écrire
fort jeune, et, après avoir fait des messes et des
motets à l'âge de vingt et un ans, composa son
premier opéra en 1663. Peu de musiciens ont
eu une fécondité égale à la sienne. Après avoir
passé plus de vingt-cinq ans au service de la
cour de Vienne, il retourna vers la fin de sa vie
à Ferrare, et y mourut en 1707. On peut juger
de sa facilité par la liste suivante de ses opé-
ras : 1° Aronisba, en 1663. — 2° Alcindo. — 3°
Cloriclea, 1665. — 4° Muzio Scevola, 1666. —
5° Ercole acquisitator délia immortalité ,
1667.— 6° Aialante, 1669. — 7° Leonida in
Tegea, i670. — 8°Ifide, 1670. — 9° Peneloppe,
1670. — 10° La Prospérité d'Elio Sejano ,
1670. — 11° Cidippe, 1671. — 12° Avidité di
Midé, 1671. — 13° Gara de Genni , 1671.—
14° Gundelberga, 1672. — lb°LaSulpizia, 1672.
— 16° Atomi d'Epicure, 1672. — 17° Provare
per non recitare (divertissement), 1673. — 18°
La Tessalonica , 1673. — 19° La Lanterna
di Diogene, 1674. — 20° Il Ratio délie Sabine,
1674. — 21° Il Fuoco eterno custodiio dalle
vestali, 1674.-22° Pirro, 1675.-23° I Pazzi
Abderiti, 1675.-24° Lucrezia, 1676. — 25°Se-
leuco, 1676. — 26° Il Silenzio d'Arpocrate,
1677 . — 27° Adriano surmonte Casio, 1677.—
2&°Chelonida, 1677 29° Rodogone, 1677 —
30° LaConquisté del vélo d'Oro, 1678.— 31°
Creso, 1678.-32° Eneain Italia, 1678. — 33?
54
DRAGHI — DRAGONETTI
Leucippe , 1078. — 34° La Monarchia latina
irionfante, 1678 — 35° 11 Tempio di Diana in
Taurica, 167s. — 36° Il Vincitor magnanime
in Tito Quinio, 1 C78.— 37° Flaminio, 1679—38°
Baldracca, 1679. — 39° La Pazienza di Socrate
con due moglie, 1680. —40° Il Temistocle, en
1681 . — 4 1° Achille in Tessalia, 1 68 1 . — 32° La
Forza dell amieizia, 1681. — 43° GliSlrata-
gemi di Bionte, 1082. — 44° La Chimera ,
1682. — 45° La Lira d'Orfeo, 1683. — 46° Il
Palladio in Borna, 1083. — 47° La più gène-
rosa Spartana, 1685.-48° Lenere Azioni di
Tempe, 1685. — 49° Il Bisorcimento délia
mot a dellaFortuna, 1685 — 50° Le Scioccagini
degli Psilli, 1080.— 51° Lo Studio d'amore,
1080.— 52° La Vendetta dell' onestà, 1687.—
53° La Vittoria délia fortezza, 1687. — 54°
Il Marito ama più, la moglie ama me-
glio, 1688. — 55° Tanasio, 1688. —56° 1
Pianeii benigni , 16S9. — 57° Pimmalione in
Cipro, 1689.— 58° Bcsaura, 1689. —59° La
Beginade Volsci, 1690. — G0° Il Bingiovenito,
1091.— &\° IlTribulo de' Suri, 1091. —02° La
Varietà di fortuna in Lucio Giunio Bruio ,
1691. — 63° Il Merilo uniforma i Geni, 1091 . —
04° Fedeltà e Generosità, en 1092. — 05°
Amore in Sogno, 1093 00° Le Fiante délia
viriù e délia fortuna, 1093. —67° Le più ric-
che Gemme , 1693. — 68° Pelopida Tebano
in Tessaglia, 1694. — 09° L'Ossequio delta poe-
sia e délia storia, 169$. — 70° Le Sere dell'
Aventino, 1094 — 71° La Chioma di Bérénice,
1695. — 72° La Finta creità d'Antioco Grande,
1695. — 73° Industrie amorose de' ragazze
di Traciu, 1695. — 74° Magnianimità di Fa-
brizio, 1696. — 75° La Tirannide abbatuta
délie virtù, 1097. — 70° Adalberto, ovvero la
forza dell' astuzie feminile, 1697. — 77° Amor
pervirtù, 1097. — 78° Le Piramide d'Egitlo,
1097. — 79° Arbace, fondatore dell' impero
■ de Parti, 1098 80° Delizioso Bitiro di Luc-
fvlïo, 1698. — 81° Idea del felice governo ,
1698. — 82° Le Finezze dell' amieizia e dell'
onore, 1699.— 83° L'Alceste, 1799. On connaît
aussi quelques oratorios d'Antoine Draghi,
parmi lesquels on remarque le Cinque Piaghe
di Crisfo, écrit en 1677.
DRAGSI! (Ji:\n -Baptiste), claveciniste et
compositeur né en Italie, accompagna en An-
gleterre Marie d'Esté, princesse de Modène et
épouse du roi Jacques II. Pendant toute la du-
rée de ce règne il tut le musicien favori de
la cour. On croit aussi qu'il donna des leçons
de musique à la reine Anne. L'année de sa
mort est ignorée. Les ouvrages qu'il publia en
Angleterre consistent en suite des pièces de
clavecin. Il fit aussi la musique de deux opéras :
l'un, intitulé Psyché, en société avec Lock ;
l'autre , sous le titre de the Wonders in the
Sun, or the kingdom of birds (les Merveilles
dans le soleil , ou le royaume des oiseaux ),
repésenté au théâtre de la Reine, dans Ilaymarket,
en 1706. On croit que plusieurs antiennes insé-
rées dans les collections de la lin du dix-sep-
lième siècle, et indiquées sous le nom de Bap-
tiste , sont de Draghi.
DRAGONETTI (Dominique), virtuose sur
la contre-basse, est né à Venise le 7 avril 1763.
Son père , simple ménétrier , jouait aussi de cet
instrument. Dragonelti n'eut point d'autre maître
que lui-même; un pauvre cordonnier, nommé
Schiamadori, lui enseigna les premiers principes
de la musique. Seul il apprit à jouer de la con-
tre-basse, et ses progrès furent si rapides qu'à
l'âge de onze ans il était capable de faire sa
partie dans un orchestre. Un musicien, nommé
Dorètti , ayant eu occasion de l'entendre, fut
si étonné de ses rares dispositions qu'il, pria
son père de lui donner un maître. Celui-ci confia
son tils aux soins de Cerini, contre-bassiste de
l'église de Saint-Marc et le meilleur maître de
Venise. Après avoir donné onze leçons au jeune
Dragonetli , ce vieux musicien n'eut irlus r:cn
à lui apprendre, car son élève était arrive a un
degré de talent supérieur au sien. A l'âge de
treize ans Dragonetli occupait la place de pre-
mier contre-bassiste à l'Opéra-Bouf e ; à qua-
torze on lui confia la même place à l'Opéra-
Sérieux de San-Benedetto; enfin, à dix-neuf, il
succéda à son maître Cerini au chœur de l'église
de Saint-Mare. Son talent extraordinaire le
faisait souvent choisir pour jouer sur la contre-
basse la partie de violoncelle dans les quatuors
de violon. Les concertos les plus difficiles de
basson ou de violoncelle n'étaient qu'un jeu
pour lui. il avait composé pour son usage des
concertos, des solos , des sonates, dans les-
quels il avait introduit des passages d'une
si grande dilficulté,que lui seul pouvait les jouer.
Dans un voyage qu'il fit à Vicence,il eut le
bonheur d'acquérir une contre-basse excellente
qui avait été construite par Gaspard de Salô,
maître d'André Amaii : c'est cette même
contre-basse dont il s'est toujours servi de-
puis lors. De retour à Venise il reçut l'invi-
tation de se rendre à Londres ; Bertoni ,
maître de chapelle de Saint-Marc, et le célèbre
chanteur Pacchieroiti , qui arrivait d'Angle-
terre, rengagèrent à accepter cette invitation.
11 avait alors trente-huit ans et était dans la
force de son talent. Il arriva à Londres en 179t
et y excita le plus grand étonuement. Non-seu,'
DRAGONETTI — DRECHSLER
. r >ô
lemcnt il exécutait avec une admirable précision
les passages les plus difficiles en sons harmoni-
ques; mais à l'orcheslre, où il était placé près
dupiauo, lorsque les musiciens hésitaient dans là
mesure, Dragonelli les raffermissait aussitôt en
attaquant avec énergie les notes essentielles.
On rapporte que Viotti, ayant un jour engagé cet
artiste à jouer la seconde partie d'un de ses
duos de violon les plus difficiles, et remarquant
sa facilité à remplir cette tâche, lui proposa de
jouer le premier violon; Dragonetti mit tant
d'habileté dans cetourde force que Viotti s'écria
qu'il n'avait point d'égal. Bien qu'âgé de soixante-
cinq ans , Dragonetti tenait encore, au théâtre du
Roi et aux concerts de la Société philharmoni-
que, la place de premièrecontre-basse, et, quoiqu'il
eût perdu quelque chose de son agilité , il rem-
plissait ses fonctions de manière à exciter l'é-
tonneraent de ceux qui l'entendaient. Pendant
son long séjour à Londres, il avait rassemblé une
collection nombreuse d'objets de curiosité et
d'antiquité de tout genre, parmi lesquels on
remarquait beaucoup d'instruments de musique.
Dragonetti est mort à Londres, au mois de mai
1 846. De ses deux contre-basses, l'une de Gaspard
de Salô, comme il a été dit ci-dessus, l'autre de
Stradivari, il légua la première à la ville de Venise,
sa patrie. M. François Caffi a publié : Biografia
di D. Dragonetti, Veneziano; Venezia, 184G.
DRAGON! (Jean-André), maîtrede chapelle
à Saint-Jean-de-Latran, dans la seconde moitié
du seizième siècle, naquit à Meldola, bourg des
États de l'Église, vers 1540, et fut élèvede Jean
Pierluigi de Palestrina. Ayant été nommé maître
de chapelle de Saint-Jean-de-Latran au mois de
juin 1576, il conserva cette place jusqu'à sa
mort, arrivée en 1598. On connaît de lui :
l° Madrigali a cinque loci , lib. l°, Venise,
Girolamo Scotto, 1575, in-4°; 2™ édition, Ve-
nise, 1594; libro 2°, Venise, Scotto, 1575; libro
3°, ibid., 1579; libro 4°, Vicenti, 1 594. — 2°M a-
drigali «6 voci, libro 1°; Venise, Scotto, 1583.
— 3° Villanetle a 5 voci ; ibid., 1588. — 4° Mo-
tetti per tutti i santi deW anno, a 5 voci;
Venise, 1578. — 5° Molelti a tre voci, Venise,
1580. Après la mort de Dragoni , le chapitre de
Saint-Jean-de-Latran a fait imprimer de ce com-
positeur un livre de madrigaux à six voix et un
livre de motets à cinq, en trois parties; Rome,
Mutio, 1600. Le catalogue de la collection de
M. l'abbé Santini, de Rome, indique aussi, sous le
nom de cet auteur, trois Benedictus à huit voix,
une messe à quatre en canon, et un Dixit à
huit. On trouve un madrigal de Dragoni dans la
collection publiée par Simon Verovio, sous ce
titre : Canzonette à quattrovoci composte da
, diversi ecc™ musici, con Vintavolaturadcl
cimbalo et del Uuto; in Roma, 1591, petit
in-fol.
DRAUD ou DRAUDIUS (Georges), pas-
teur à Gross-Carben, dans le duché de Ilesse-
Darmstadt, ensuite à Ortenberg, et enfin à Da-
verheim , naquit dans ce dernier lieu le 9
janvier 1573, et mourut à Butzbacli en 1635. Tout
le inonde connaît ses Bibliothèques classique et
exotique, Francfort , 1611 et 1025, in-4°. On y
trouve les titres d'environ douze cents ouvrages
de musique théorique et pratique, publiés dans
les seizième et dix-septième siècles; mais la plu-
part des titres et des noms sont changés par une
traduction latine.
DREBENSTADIUS (Pàulus), magister
à llelmstaedt, vers la fin du seizième siècle, a
publié un épithalame à six voix sous ce titre -.
Ilochzeitlicher Gcsang von G Stimmen, An-
drew Hartmann Parst. Braunschio. Ami-
Schreiber des Hanses Ert zen, als Brxuligham,
v. Jungfrau Hcdwlgen Margareih, Antonii
Amerbachs, fu7st. Braunschw. gewesenen
Organisions (seel.) nachg et assener Tochter
zu Ehren, Helmsfœdt , 1591, in-4".
DRECHSLER (Jean-Gabriel), bachelier
en théologie et professeur au collège de Halle,
naquit à Wolkenstein en 1634, et mourut à
Halle le 22 octobre 1677. Il est auteur d'une
dissertation de Cythara Davidica, qui a paru
à Leipsick, en 1670, in-4°. Il en a été lait une
deuxième édition remaniée, à Leipsick , en 1712,
in-4° de 33 pages. Georges Serpilius l'a insérée
dans ses Vitis Scriptorum sacrorum germa-
nice editis, part. 9, p. 34, et Ugolini, dans son
Trésor des Antiquités sacrées , t. 32, p. 171.
DRECHSLER (JosEi'ii), professeur d'har-
monie à l'école Sainte-Anne de Vienne, est né le
26 mars 1782 à Wœlliscliburcheiij en Bohême.
Son père lui donna les premières leçons de mu-
sique, puis il fut envoyé au couvent des fran-
ciscains de Pnssau, pour y être enfant de chœur;
de là il alla à Jorenbach faire un cours d'études
littéraires; il y apprit aussi le contrepoint sous la
direction d'un moine. Destiné par son père à
l'état ecclésiastique, il alla étudier la théologie à
Prague; mais, ayant terminé son cours de celte
science avant d'avoir atteint l'âge requis pour
recevoir les Ordres, il se rendit à Vienne pour y
apprendre la jurisprudence, changea encore de
résolution et accepta, en 1810, une place de co-
répétiteur au théâtre de l'Opéra de la cour. Plus
tard il fut nommé vice-maître de chapelle, et en
1815 il obtint la place d'organiste chez les PP.
Servîtes. Quatre ans après , l'orgue de Sainte-
Anne lui fut confié; en 1821 il reçut sa nomi-
5G
DRECHSLER — DRESCHKE
nation fie maître de chapelle de l'église de l'U-
niversité et de la paroisse de la cour, et presque
dans le même temps il fut chargé déformer des
élèves candidats pour la théorie musicale et pour
l'orgue. Depuis lors il a été nommé directeur de
musique au théâtre de Josephstadt, et en 1824
les mêmes fonctions lui ont été confiées au théâ-
tre de Léopoldstadt. Appelé à celles de maître
de chapelle de l'église Saint-Étienne , il les a
remplies jusqu'à sa mort , arrivée au mois de
mars 1852. Il était âgé de soixante-dix ans.
Les compositions de Dreclisler sont en grand
nombre; on y remarque : 1° Dix messes so-
lennelles. — 2° Un Requiem. — 3° Un Veni,
Sancte Spiriius, à quatre voix et orchestre. —
4° Plusieurs offertoires et graduels. — 5° V En-
fant prodigue, mélodrame. — C° Six opéras,
dont Claudine de Villa-Bclla , le Panier
enchanté, Pauline, etc. — 7° Dix-huit vaude-
villes ou opérettes , notamment : Ydor, le Dia-
mant du roi des Esprits, la Fille du monde
des Fées, l'Esprit des Montagnes , Capric-
ciosa , la Girafe, le Petit Homme vert,
Oscar et Tina, la Reine des Serpents, la Syl-
phide, les Viennois à Bagdad, etc. — 8° beau-
coup de pantomimes.— 9° Trois grandes cantates,
dont une pour l'inauguration de la nouvelle
synagogue. — 10° Des quatuors pour violon.
— 1 1° Des sonates pour piano , avec et sans ac-
compagnement. — 12° Des airs variés, rondos,
marches et danses, pour le même instrument.
— 13° Des fugues pour l'orgue. — 14° Des
chansons à voix seule, avec accompagnement
de piano. — 15° Une petite méthode d'or-
gue; Vienne, Haslinger. — 16° La méthode de
piano de Pleyel, traduite et modifiée; ibid. —
17° Un traité d'harmonie et d'accompagnement,
avec une introduction au contrepoint, sous ce
titre : Harmonie und Generalbasslehre , nebst
cinem Anhange vom Contrapuncte, édition
améliorée, grand in-8°, 1828; Vienne, Has-
linger. La première édition avait été publiée à
Vienne, chez Steiner, sans date. La méthode di-
dactique de cet ouvrage est de peu de valeur,
mais les exemples sont écrits avec assez de pu-
reté. — 18° Une collection d'exercices pour l'ac-
compagnement de la basse chiffrée, avec une in-
troduction sur l'art de préluder, sous ce titre :
Generalbass Vebungen mit Ziffer-Bezcich-
nang, nebst einer Anleitung mit Beispielcn
sum praeludiren; Vienne, 1 824, à l'Institut litho-
graphique. — 19° Une suite de formules pour
apprendre à préluder et improviser sans avoir
la connaissance des règles du contrepoint ; cet
ouvrage est intitulé : Theorelish-praktischer
Leitfaclen, ohne Kenntniss des Contrapunctes
] pliant asiren oder prœludiren sa Koennen,
Vienne, Tendler ( 1834 ), in-8° de 76 pages.
DRECHSLER (François), compositeur,
né en Bohême, et peut-être parent du précédent,
vit à Prague. Il s'est fait connaître, vers 1838, par
plusieurs œuvres de musique d'église, particu-
lièrement par une messe solennelle en ut pour
un chœur à 4 parties, 2 violons, violoncelle et
orgue obligés, avec les instruments à vent ad
libitum; Prague, Berra.
DREI (François), violoniste et compositeur,
né à Sienne en 1737, fut élève de Nardini, qui lui
apprit à jouer l'adagio supérieurement. Ses com-
positions, consistant en sonates pour violon,
quatuors, et quelques morceaux de musique
vocale, ont été imprimées de 1760 à 1785.
Il est mort dans sa patrie , le 1 er janvier
1801.
DREIST (K.-A.), né à Reigenwald, en Po-
méranie, étudia les nouvelles méthodes d'ensei-
gnement à Yverdun, vers 1810, quitta la Suisse
au mois de septembre 1812, et se rendit à Bunz-
lau, où il fut chargé, en 1816, conjointement
avec le pasteur Hoffman et M. Hennig, de faire
le plan d'une école publique, pour la basse Si-
lésie , d'après la méthode de Pestalozzi. Dreist
a publié des observations concernant une mé-
thode de chant basée sur celles de Pestalozzi et de
JVarjgeli , sous ce titre : Aufsatz ueber die Ce-
sangbildungs- Lehre nach Pestalozzischen und
SSxgehschen Grundsxtzen , etc.; Zurich, 1812,
in-8°.
DRESCHRE (Georces-Aucuste), profes-
seur de piano à l'Institut royal de musique d'é-
glise de Berlin, est néen 1798. En 1839 il s'est
fixé à Magdebourg. Le premier ouvrage qui l'a
fait connaître est un traité des huit tons du chant
des églises protestantes, intitulé : System der
acht Kirchen Tonarten nach P. Mortimer;
Berlin, 1834 in-8°. Ainsi que l'indique le titre,
ce n'est qu'un extrait du Traité des Tons de
Mortimer. En 1835 cet artiste donna comme sa
propre invention un clavier de piano où les tou-
ches de l'échelle chromatique sont sur le même
plan et se suivent alternativement; mais cette
invention prétendue n'était que celle du facteur
de pianos Lemme (voy. ce nom), qui n'était elle-
même que le renouvellement de l'idée de Rohle-
der {voy. ce nom). Comme Lemme, Dreschke
prétendait que par ce clavier les difficultés du
doigter étaient réduites à un douzième (l). Pour
donner la preuve de son assertion à cet égard , il
exécuta dans un concert le premier morceau d'une
sonate de Hummel, en fa dièse mineur, et les
(1) Voyez l'analyse de ce système dans le 6" volume
de ma Revue musicale, pages 49 et suivantes.
DRESCUKE — DRESLER
57
variations de H. Herz sur les thèmes de Guil-
laume Tell. Il lit applaudir son talent de pianiste
dans ces deux épreuves, mais il ne persuada per-
sonne à l'égard de la nécessité prétendue de chan-
ger la disposition des notes du clavier. Dans le
même concert Dreschke s'est produit comme
compositeur par une ouverture à grand or-
chestre.
DRESE (Adam), compositeur allemand, né
sujet du duc de Weimar, Guillaume IV, fut en-
voyé à Varsovie par ce prince, pour y apprendre
la science de la composition sous la direction de
MarcScacchi. Ses études finies, il revint à Wei-
mar, où il ohtint la place de maître de chapelle.
Après la mort du prince qui avait été son pro-
tecteur, il se rendit à Jéna, et y lut nommé
maître de chapelle et secrétaire de la chambre
du duc de Saxe-Weimar, en 1672. Ce prince
étant mort aussi, Drese perdit ses emplois et
tomba dans l'indigence. L'ennui et le chagrin le
portèrent alors (vers 1G80) à lire les ouvrages du
visionnaire Spener, qui firent une impression si
forte sur son esprit qu'il brûla tous les opéras
qu'il avait composés jusqu'alors et qu'il se lit
piétiste. Il vécut encore à Jéna jusqu'à ce que
le prince de Schwarzbourg l'appelât àArnstadt,
en qualité de maître de chapelle, place qu'il oc-
cupa jusqu'à sa mort, arrivée en 1718. On lui at-
tribue la gloire d'avoir perfectionné le récitatif
des opéras allemands. Outre une grande quantité
de musique d'église, il a écrit aussi beaucoup de
musique instrumentale et un nombre considéra-
ble d'opéras dont les litres sont inconnus main-
tenant. Mattheson cite aussi un traité de compo-
sition manuscrit, dont il était l'auteur [voy. Eh-
renpforte, p. 108). On n'a imprimé de sa com-
position qu'un œuvre de musique instrumentale
qui a pour titre : Erster Theil etlicher Alle-
manden, Courant en, Sarabanden, Balletten,
Intraden und Arien; Jéna, 1672, in-fol.
DRESE (Jean-Samuel), parent du précé-
dent, prit de lui des leçons décomposition, fut
ensuite organiste de la cour à Jéna, et quitta
cette place pour celle de maître de chapelle à
Weimar, qu'il ohtint en 1683. Il est mort dans
celte ville le 1 er décembre 1716, à l'âge de
soixante-douze ans. Il a laissé en manuscrit des
sonates pour le clavecin, des motets et quelques
opéras.
DRESEL (H.-E. ), professeur de chant au
séminaire de Detmold , et inspecteur des écoles
de chant de la principauté de la Lippe, depuis
181S jusqu'en 1845, fit ses études musicales sous
la direction de Frédéric Schneider. Il a publié
divers ouvrages parmi lesquels on remarque :
1° Un livre choral pour le service évangélique
des temples de la principauté de la Lippe ; Ha-
novre, Ad. Nagel, in-4°. — 2° Un recueil de chants
pour les écoles des petites villes et de la cam-
pagne ; ibid.
Un autre musicien du nom de Dbesel (Otto),
sur qui je n'ai pas trouvé de renseignements, est
auteur de trois recueils de Lieder à voix seule
avec accompagnement de piano, dont le troi-
sième a paru en 1848. Ces Lieder ont de la dis-
tinction et du charme. Les trois recueils ont été
publiés à Leipsick, chez Breitkopf et Hsertel.
DRESIG (Sigismond-Frédéric), né le 1 er
octobre 1700 à Volberg, village de la basse
Lusace, devint corecteur à l'école de Saint-
Thomas, à Leipsick. Dans un accès de mélancolie
il s'étrangla, le 11 janvier 1742. Il a publié une
dissertation sur les chantres de l'antiquité appelés
rapsodes, sous le litre de Commentatio critica
de Rhapsodis, quorum vera origo, aniiquitas
ac ratio ex auctoribus et scholasticis Grxcis
traditur; Leipsick, 1734, in-4°. On y trouve des
recherches sur la manière de chanter la poésie
des anciens.
DRESLER ( Gallos), né à Nebra , dans la
Thuringe, au commencement du seizième siècle,
fut d'abord cantor à Magdebourg, et devint,
en 1566, diacre à l'église de Saint-Nicolas, à
Zerbst. Il a publié les ouvrages suivants : 1°
XVII Cantiones sacres quatuor et quinque
vocum; Magdebourg, 1569, in-4°. — 2° XIX
Cantiones sacrée quatuor et quinque vocum,
il. III alix; Wittemberg, en 1568, in-4° 3°
XC Cantiones sacrx quatuor et plur. voc;
Magdebourg, 1570. — 4° Elemenla Musicx
practicx in usum scholx Magdeburgensis ;
Magdebourg, 1571, huit feuilles in-8°. Une
deuxième édition de ce livre a été publiée en
1584, in-8°. — 5° Ausserlesene teutsche Lieder
mit 4 und 5 Stimmen; Magdebourg, 1575, in-4°,
et Nuremberg, 1580, in-4° obi. — 6° Cantiones
quatuor et plur. roc; Magdebourg, 1577, in-
4°.— l a Sacrx Cantiones quatuor , quinque et
plurimum vocum in gratiam musicorum
compositx ; Noribergx, Theod. Gerlachius ,
1574, in-4°.
DRESLER ( Ernest-Christophe), chanteur
allemand qui a joui d'une grande réputation. Il
naquit en 1734 àGreussen, petite ville de la
principauté de Schwarzbourg-Sondershausen, et
y apprit les premiers éléments de la musique.
Dans la suite il visita les universités de Halle,
de Jéna et de Leipsick ; ce fut dans ce dernier
lieu qu'il apprit à jouer du violon et qu'il se
forma dans l'art du chant. Il y demeura depuis
1753 jusqu'en 1756. Quelque temps après il alla
à Bayreuth, et, après y avoir pris des leçons de
58
DRESLER — DREYER
la célèbre cantatrice Tnrcolti , il entra dans la
chapelle du margrave , et fut nommé peu après
secrétaire des finances. Lors de !a mort du
margrave, en 1763, le duc de Gotha engagea
Dresler à son service en qualité de secrétaire
et de musicien de sa chambre. Il n'y resta que
peu de temps et donna sa démission en 1706.
L'année suivante le prince de Furstemberg lui
conlia les fonctions de secrétaire et de directeur
de sa chapelle à Welzlar; mais, ce prince étant
retourné en Bohême en 1771, Dresler ne voulut
pas l'y suivie et demanda sa retraite. En 1773
il fut admis à chanter devant l'empereur à
Vienne, puis se rendit à Cassel. Il s'y engagea
comme chanteur à l'Opéra, et y resta jusqu'à sa
mort, arrivée le 5 avril 1779. Dresler s'est fait
connaître par ses écrits sur la musique : en voici
les titres : 1° Fragmente einiger Gedankeu
des musikalischen Zuschauers , die bessere
Aufnahme der Musik in Deutschland betref-
fend ( Fragments d'idées d'un amateur sur les
progrès de la musique en Allemagne) ; Gotha ,
1767, six feuilles in-4°. — 2° Gedanken ûber
die Yorslellung der Alcest (Réflexions sur la re-
présentation (VAIcesle); Francfort et Leipsick ,
1774, deux feuilles in-8°. — 3° Theaterschule
fur die Deutschen das ernsthafle Sing-
schauspiel betref fend ( École du théâtre pour
les Allemands, concernant l'Opéra sérieux);
Hanovre et Cassel , 1777, quatorze feuilles in-8°.
Dresler a aussi publié des chansons détachées et
en recueils.
DRESSLER (Jean-Fuédéiuc), littérateur
à Magdebonrg, est né à Halle, en Saxe, vers
1760. Il a publié un opuscule intitulé : Beytrxge
zu Fischefs Versucheninder Tonund Dicht-
kunst (Additions aux Essais de Fischer sur la
musique et la poésie) ; Magdebonrg, 1791, in-8°.
DRESSLER (Raphaël), flûtiste et compo-
siteur pour son instrument, naquit à Gratz, en
Styrie, vers 1784. En 1809 il se fit connaître
en Allemagne par un concert qu'il donna avec
succès à Leipsick, le 19 janvier. Dans la môme
année il s'établit à Vienne, et y fut attaché comme
première flûte au théâtre de la porte de Carin-
Ihie. En 1817 il accepta une place dans la cha-
pelle de la cour de Hanovre; puis il vécut en
Angleterre pendant environ quatorze ans. De re-
iour sur le continent, il mourut à Mayence le 12
février 1835. Ou a de cet artiste environ cent
œuvres de différents genres pour la flûte, parmi
lesquels, on remarque trois concertos, œuvres
4, 27 et 40 ; des quatuors pour flûte, violon ,
alto et basse, œuvres 10, 30 et 37 ; des trios pour
Hlûte, violon et violoncelle, op. 39, et pour trois
Mites, op. G4; dix œuvres de duos pour deux
flûtes; des études, caprices, et un grand nombre
de thèmes variés.
DRETZEL ( Yalentin ) , organiste à l'église
Saint-Laurent de Nuremberg, vers le commen-
cement du dix-septième siècle, a publié une col-
lection de molets à trois voix, sous le litre de
Sertulum musicale exsacris flosculis conten-
tion ,■ Nuremberg, 1621. Son lils, Wolfgung
Drelzel, habile luthiste, naquit à Nuremberg en
1G:îo, et mourut dans la même ville en 1660.
DRETZEL (Corneille-Heniu ) , organiste
habile, né à Nuremberg, au commencement du
dix-huitième siècle, fut d'abord attaché a l'église
de Saint-Égide, puis à celle de Saint-Laurent ,
et enfin à celle de Saint-Sébald. I! joua l'orgue
de cette dernière jusqu'en 1773, époque de sa
mort. On a de lui les ouvrages suivants : 1° Livre
de musique chorale à quatre parties ; Nuremberg,
1731, in-fol. de 880 pages. — 2° Divertissement
harmonique, consistant en un concerto pour le
clavecin.
DREUILÏÎ (Jean-Jacques), violoniste at-
taché au théâtre de Brest en 1812, se noya dans
la même année, en se baignant dans la mer. On
a gravé de sa composition : Trois trios pour deux
violons et basse, I er livre ; Paris, Aug. Le Duc.
DREUX (Jacques- Philippe) , joueur de
flûte traversière à Paris, dans la première moitié
du dix-huitième siècle, a fait imprimer, vers 1730,
Trois livres de Fanfares pour deux chalu-
meaux ou deux trompettes, et des Airs pour
' chalumeau.
Le fils de ce musicien, professeur de piano à
Paris, a publié quatre pots-pourris pour cet instru-
ment ; la Bataille deMarengo, pièce caractéris-
tique; Paris, Imbault; et une petite méthode de
piano; Paris, Frère. Il est mort en 1805.
DREWIS (F.-G.), amateur de musique, né
en Saxe, et vivant encore en 1812, a publié des
lettres sur la théorie de la musique et de la
composition sous ce titre : Briefe ueber die
Théorie der Tonkunst und Composition ; Halle,
1796, six feuilles in-8°. Cet ouvrage ne contient
rien de remarquable; il est divisé en huit lettres.
DREYER (Jean-Melchior), organiste et
directeur de musique à Ellwangen, petite ville
du royaume de Wurtemberg, est né vers 1765.
Il a beaucoup écrit pour l'église, principalement
dans le style bref. Voici la liste de ses ouvrages
imprimés •. 1° Missx brèves et rurales ad mo-
dernum genium, 4 voc, 2 viol., org. oblig.,
2 clar., 2 c. et violonc. ad libit.; Augsbourg,
1790, op. 1.-2° idem, op. 2 ; ibid., 1790.— 3° VI
Solcmnes Miserere 4 voc. ord., 1 viol., viola,
organ. oblig., Ifl., 2 c. et violonc, op. 3;
ibid., 179t. — 4° XXVIII Psalmi vespsrtini
DREYER — DREYSIG
6«J
pro Dominica de Ticala, Aposlolis, Confessori
et rcsiduis,4 voc.,1 viol., organ. oblig., viola,
:> c, tympanis et violonc ad libit ., op . 4 ; 1791.
— 5° XXIV Hgmni brevissimi ad Yesperas,
op. 5; ibid, 1791. — G° VI Missx , quarum
prima solcmnis, reliqux vcro brèves et ru-
rales sunt, 4 voc, 2 viol., viola., 2 cor., organ.
et violonc. pattim obligal is, partim ad libit.,
op. 0; ibid., 1792. — 7° VIII Tant uni ergo,
4 voc. ord., 2 viol., organ. obi., 2 c. et vio-
lonc, op. 7; ibid., 1792. — 8° VIII Sehrkurie
und leichtc Landmcssen, irovon die 2 letzten
fur die abgestorbenen, sammt s kurzen of-
fertorïts fur 1 Singstimme und Orgel, mit
willkirehlichcn 3 andern Singstimmen iind
einer violino, op. S; ibid., 1793. — 9° VI
kurzc und leichte Orgel-sonaten, 1 und 1
Theile, op. 9; ibid., 1793. — 10° 17 idem,
dritter und vierier Theile, op. 10; ibid., 1793.
— 11° V Vcsperce cum IVpsalmis't voc, cum
organ. obi., 2 viol., viola, 2 c. et violonc,
op. 2; ibid. — 12° Deutsche Messe, oder der
heilige Gesang zum Gotlcsdicnslc in der ro-
misch-katolischen lu relie vnter der heiligen
Messen zum Gebrauch der Schulcn und Land-
Chorregenten, mil neuen Mclodien Verschen,
in-4°; ibid. — 13" XII Offer/oria brevissima
de Beata, 4 voc, org. et symph., op. 14; ibid.
— 14° Te Dcum Laudamus, 4 voc, org. et
symph., op. 1G; ibid. — 15° VI Missx brèves
rurales, 4 voc, org. et symph., op. 17;
ibid. — 10° XII Tanlwn ergo, 4 voc, org.
et symph., op. 18; ibid. — 17° Vf hurze und
leichte Land-Messen, etc., savant G kurzen
Offeriorien fur 1 oder 4 Sin/istimmcn mil
Orgel und 1 oder iViolinen ad libit., op. 19;
ibid. — 18° VI brèves ac rurales Missx pro de-
functis, cum 3 Libéra, 4 voc, org. et symph.,
op. 20; ibid. — 19° VI Symphonix cum violin.,
viol, et b. obligal., clarin., fl.., c. velclar. et
tymp. ad libitum, op. 21; Augsbouig, in-fol.
Dreyer est mort à Elwangen au commencement,
du dix-neuvième siècle.
DREYSCHOCÏÏ (Alexandre), pianiste
distingué, est né le 15 octobre 1818 à Zack, en
Bohème. Dès son enfance il montra d'beureuses
dispositions pour la musique, dont il apprit les
premiers éléments chez le maître d'école du lieu
de sa naissance. A l'âge de treize ans il fut en-
voyé à Prague et placé sous la direction du
maitre de chapelle Tomascbeck. Après avoir
reçu des leçons de ce maître pendant quatre
ans, pour le piano et la composition, il se livra
seul à l'étude des plus grandes difficultés de
l'instrument et acquit une grande habileté de la
main gauche, parliculièrement dans l'exécu-
tion rapide des tierces, des sixtes et des octaves,
qui forme le caractère distinctif de son talent.
En 1836 il fit son premier voyage d'artiste en
Allemagne, et visita Leipsick, Dessau, puis
Breslau, Schvverin et Weimar. En 1840 il se lit
entendre à Berlin et ne quitta cette capitale que
pour se rendre à Saint-Pétersbourg, d'où il revint
l'année suivante par Breslau, pour aller à Vienne
et parcourir la Hongrie Arrivé à Paris au prin-
temps de 1843, il y obtint de brillants succès
par l'énergie de son exécution et par ses varia-
tions pour la main gauche seule. Quelques mois
après il se rendit à Londres; puis il donna des
concerts à Bruxelles et dans plusieurs autres
villes de la Belgique. En Hollande il visita Ams-
terdam, Rotterdam et La Haye. Charmé de
son talent, le roi des Pays-Bas le décora de l'ordre
de la Couronne de chêne. Dreyscbock retourna
en Allemagne par Cologne, Francfort et Darm-
stadt, donnant partout des concerts et se fai-
sant applaudir. En 1845 on le trouve à Dan-
tzick, l'année suivante à Dresde, et en 1847 de
nouveau à Berlin. Postérieurement il a continué
ses pérégrinations en Danemark, en Suède et
en Norwége. Les compositions de cet artiste pour
le piano sont au nombre d'environ cent œuvres,
jusqu'à ce jour (I8G0); on y trouve des rondeaux
militaires avec orchestre, des sonates, éludes,
fantaisies, nocturnes, romances sans paroles,
thèmes variés et pièces de tout genre, sous des
titres très-divers. Il a publié aussi une ouverture
de concert à grand orchestre (en ré); Prague,
Hoffmann. Au moment où celte notice est écrite,
Dreyscbock vit à Prague, où il se livre à l'ensei-
gnement du piano.
DREYSC8ÎOCIÎ (Raimond), frère du pré-
cédent, est né le 20 août 1824 à Zark, près de
Prague. Après avoir obtenu son admission an
Conservatoire de celte ville, il y reçut des leçons
de M. Mildner pour le violon. Ses éludes
musicales terminées, il a fait avec son frère
plusieurs voyages et s'est fait remarquer par
sou talent de violoniste. En 1850 il s'est lixé à
Leipsick, en qualité de second maître des con-
certs du Gevandhaus et comme professeur au
Conservatoire. Il a publié plusieurs compositions
pour son instrument.
DREYS5G (Antome), organiste du roi de
Saxe, naquit en 1775 à Oberleiitensdorf, en
Bohême. Il n'avait que dix ans quand son prie
l'envoya à Dresde pour y faire ses éludes : son
premier maitre de musique fut François Hurka ;
puis il prit des leçons de chant de Mariotlini ,
chanteur de la cour. Après avoir achevé ces
éludes préparatoires, il devint élève de Arnest
pour l'orgue, et fut nommé son adjoint, pour
60
DREYSIG — DRIEBERG
muer les messes du matin; puis il succéda à son
maître comme organiste de la cour. On a de
Dreysig des préludes pour l'orgue qui sont restés
en manuscrit.
DRIEBERG (Frédéric De), chambellan du
roi de Prusse, né àCharlottenbourg le 10 décem-
bre 1780, s'est livré fortjeune à l'étude de la mu-
sique, et s'est particulièrement attaché à l'examen
de la musique des Grecs, sur laquelle il a publié
des opinions fort singulières. Ce fut vers 181(5
que M. de Drieberg commença à s'occuper de
cet objet, et que, sur quelques aperçus saisis à
la légère, il se donna la mission de réformer les
connaissances qu'on croyait avoir sur la musi-
que des anciens. Ses vues se portèrent d'abord
sur la construction de l'échelle musicale des
Grecs et sur la nature des intervalles de cette
échelle. L'ouvrage spécial dans lequel il avait
exposé ses idées sur cet objet fut annoncédansla
Gazette musicale deLeipsick(ann. 1817, n° 51),
et parut sous ce titre : Die mathematische In-
tervallenlehre der Griechen ( la Doctrine ma-
thématique des intervalles musicaux des Grecs) ;
Leipsick, 1818, in-4°. M. de Drieberg établit
dans ce livre que le système musical des Grecs
ressemblait parfaitement au nôtre, que le tem-
pérament est une invention misérable et fausse,
que les proportions de la tierce majeure ou mi-
neure sont purement arbitraires, et que le comma
est une quantité illusoire, n'y ayant d'autre
moyen de mesurer les intervalles des sons, pour
notre oreille et pour notre intelligence, que le
demi-ton. Il n'y avait rien de nouveau dans ces
propositions, car depuis Arisloxène le système
de la division de l'échelle en parties égales a eu
beaucoup de partisans, et M. de Momigny s'est
efforcé de le faire prévaloir pendant plusdetrenle
ans. En 1825 M. de Drieberg a développé les
conséquences de ce système dans deux arlicles
qu'il avait écrits pour le Dictionnaire de Musi-
que annoncé par Godfried Weber, et qui fu-
rent insérés dans le deuxième volume de l'écrit
périodique intitulé Cœcilia. Le premier de ces
articles concerne l'accord des instruments de
musique grecs, l'autre, le monochorde. M. de
Drieberg y soutient la nécessité d'accorder par
quintes et par quartes justes, et l'inutilité des
résultats de la division du monochorde. Chladni
saisit cette occasion pour mettre en évidence une
multitude d'erreurs de M. de Drieberg, et l'atta-
qua avee vivacité dans des observations sur la
musique ancienne et moderne, insérées au cin-
quième volume de Cœcilia (p. 279 et suiv.).
L'autorité du nom de Chladni dissipa les illu-
sions que beaucoup de personnes s'étaient faites
sur la valeur des prétendues découvertes de
M. de Drieberg, et depuis lors les opinions de
celui-ci ont perdu beaucoup de leur valeur en
Allemagne.
En 1819 M. de Drieberg fit paraître des Éclair-
cissements sur la musique des Grecs (Auf-
chslûsse ueber die Musik der Griechen;
Leipsick, 1819, in-4°), dans lesquels il exposa
l'ensemble de son système; il acheva de le
développer dans deux ouvrages qui ont pour
titres : Die musikalischen Wissenschaften
der Griechen (les Connaissances musicales des
Grecs), Berlin, T. Trautwein, 1821, in-4°, et
Die praktische Musik der Griechen (la Mu-
sique pratique des Grecs); Berlin, T. Trautwein,
1821, in-4°. C'est dans ces ouvrages que les
idées les plus bizarres et les plus fausses furent
émises par l'auteur de ce système sur la musi-
que des anciens. Il y reproduisit comme base
de sa théorie l'assertion de Pcpusch, depuis
longtemps oubliée (et sans citer cet ancien mu-
sicien), que le système lonal des Grecs se prenait
en descendant, en sorte que toutes les cordes de
l'échelle étaient placées au rebours de la disposi-
tion que les autres auteurs leur avaient donnée;
absurdité qui nesontient pas un examen sérieux
et qui aurait mis au néant l'utilité qu'on aurait pu
retirer des ouvrages de M. de Drieberg, lors même
qu'il ne se serait pas trompé sur les autres points
de la musique des Grecs. La manière dogmatique
et absolue de cet écrivain lorsqu'il présente ses
idées, et l'absence de toute citation, si ce n'est
celle de quelques auteurs de l'antiquité et de ses
propres ouvrages, ne permettent pas de savoir ce
qui l'a déterminé à adopter son singulier sys-
tème; il ne discute jamais, et avance les faits
qu'il imagine comme s'ils élaient incontestables.
Au reste, il ne paraît pas avoir eu des opinions
bien arrêtées ni formulées en un tout homo-
gène dont on ne peut rien changer sans qu'il s'é-
croule; car, vraisemblablement, ébranlé par les
objections qui lui ont été faites et parles travaux
consciencieux de Perne, publiés dans la Revue
musicale, il a renversé de nouveau l'échelle
musicale des Grecs dans le Dictionnaire de la
Musique grecque, son dernier ouvrage, et s'est
conformé au système réel de cette musique, en
replaçant la proslambanomène , ou corde
ajoutée, au grave, et les autres cordes dans
leur ordre naturel, en partant de ce point, nu
lieu de les mettre à l'aigu, comme il l'avait fait
d'abord.
En 1822 M. de Drieberg a publié un traité des
inventions pneumatiques des Grecs sous ce titre :
Die pneumatischcnErfindungen der Griechen;
Berlin, in-4° avec planches. Il y traite de l'orgue
hydraulique et de l'orgue pneumatique, mais ai-
DRŒBERG — DIlOBISCil
r,f
rangeant les documents qui lui étaient fournis
par Vitruve et Héron d'Alexandrie suivant ses
idées particulières, de telle sorte qu'on ne peut
pas plus se former une idée de ce qu'étaient ces
instruments chez les anciens, d'après l'ouvrage
de M. de Drieberg, qu'on ne le peut dans ce que
Perrault en a écrit.
11 me reste à parler du dernier ouvrage de
M. de Drieberg, c'est-à-dire du Dictionnaire
de la Musique des Grecs ( Wœrterbuch der Grie-
chischen Musik, etc. ; Berlin, Schlesinger, 1835,
in-4° de deux cent dix-neuf pages, avec sept
planches). Les assertions les plus bizarres, les
suppositions les plus gratuites, particulièrement
en ce qui concerne les instruments de musique
des anciens, abondent dans cet ouvrage, et l'on
y trouve encore une preuve du défaut de (ixité
des idées de l'auteur; car, après avoir nié autre-
fois la réalité des proportions musicales, il en
expose le système dans plusieurs articles, d'a-
près Euclide et Ptolémée. Au résumé, il est
permis de dire que M. de Drieberg n'a point fait
l'histoire, mais bien le roman de la musique
grecque, et qu'aucune utilité ne peut être tirée
de ses ouvrages sur ce sujet. Piqué des critiques
dont ses livres avaient été l'objet, M. de Drie-
beTg a cru devoir y faire une réponse dans
laquelle son amour-propre blessé n'est pas tou-
jours resté dans les limites de la politesse; elle
a pour titre : Die griechische Musikauf ihre
Grundgeselze zuriickgefiihrt. Eine Antikri-
tique, etc. (la Musique grecque ramenée à ses
lois fondamentales. Anticritique); Berlin, Traut-
wein, 1841, in-4° de 195 pages.
Ce n'est pas seulement comme écrivain sur la
musique que M. de Drieberg s'est fait connaître;
élève de plusieurs musiciens distingués , par-
ticulièrement de Spontini , il a écrit deux,
opéras ( Don Cocagno , et le Chanteur et le
Tailleur) qui ont été joués avec quelque succès
à Berlin et dans d'autres villes; l'ouverture et
quelques morceaux du premier de ces ouvrages
ont été publiés à Mayence, chez Schott. D'autres
opéras de M. de Drieberg sont restés en manus-
crit; en voici les titres : 1° L'Intrigo délia
lettera, farce en un acte. — 2° La Fata, opéra
comique en deux actes. — 3° Der Hechelkrœmer
(le Marchand de peignes à carder), opéra co-
mique en trois actes. — 4° Âlfonso de Castille,
opéra romantique en deux actes. M. de Drieberg
habitait ordinairement en Poméranie; il est mort
à Charlottenhourg le 21 mai 1856.
DRIEBERG (M me Louise De), femme du
précédent, s'est fait connaître comme compositeur
par plusieurs recueils de Lieder à voix seule
avec accompagnement de piano.
DROBISCH (Charles-Louis), né à Leipsick
le 24 décembre 1803, montra peu de goût pour
la musique dans son enfance, et rien ne faisait
présumer qu'il aurait un jour quelque talent;
ce ne fut qu'au collège de Grimma, où il lit
ses études, qu'un penchant chaque jour plus
prononcé se manifesta pour cet art, et qu'il
s'en occupa dans tous ses moments de loisir.
Sans autres moyens d'instruction que ses pro-
pres études , il parvint à composer quelques
bagatelles, des cantates et un petit opéra. A
Leipsick, où il fut envoyé pour faire ses huma-
nités, Drœbs, organiste de Saint-Pierre, lui
donna des leçons d'harmonie et de contrepoint.
Dans le même temps il écrivit plusieurs mo-
tets et des cantates qui furent exécutés dans les
églises de Leipsick , et en 1826 il fit entendre,
dans un grand concert, son premier oratorio ,
intitulé Boniface. Cette production eut peu de
succès; les critiques signalèrent alors la séche-
resse des mélodies, la divagation des idées et la
longueur excessive des fugues. Ces critiques sé-
vères furent un utile avertissement pour Dro-
bisch, qui, depuis lors, donna plus d'attention aux
leçons d'esthétique du professeur Weinlig : cette
époque fut celle d'une réaction dans ses vues et
dans ses études. Après avoir visité Dresde,
Prague, Vienne et l'Italie supérieure, pour aug-
menter ses connaissances musicales, il s'établit
à Munich. En 1837 Drobisch entreprit de
nouveaux voyages, visita la Hongrie, et dé-
finitivement accepta la place de directeur de
musique à l'église évangélique d'Augsbourg. Il
est mort dans cette ville le 20 août 1854. Dro-
bisch s'est spécialement occupé de compositions
pour l'église et s'est distingué dans ce genre.
Sa fécondité était telle, que, dans l'espace de dix
ans, il a écrit cent ouvrages, grands et petits, pour
l'église, dont on a publié chez Faller, à Munich,
une messe solennelle en mi majeur, six messes
plus petites pour les campagnes, trois litanies,
six offertoires et six graduels; et plus tard un
Te Deum à quatre voix et orchestre, des psau-
mes pour toutes les fêtes de l'année, et des chants
pour les chœurs de voix d'hommes, publiés à
Augsbourg; Moïse au Sinaï, oratorio exécuté
à Augsbourg en 1839; Messe en mi pour 4 voix
et orgue; op. 17 ; idem en ré mineur, ibid. ; idem
en mi bémol, ibid., op. 40; idem en ré, ibid.,
op. 31; idem en mi, op. 37; deux messes alle-
mandes à 4 voix et orgue; des litanies à 4 voix
et orchestre; six offertoires à 4 voix et orches-
tre; une symphonie en sol mineur, exécutée à
Leipsick en 1843 Drobisch a laissé en manuscrit
une messe solennelle en ré majeur, six autres
messes, deux Requiem, plusieurs litanies, un Te
G2
DROEISCH — DROUET
Dcvm, et plus de quarante graduels, offertoires
et psaumes.
DRQBISCH(Tuéodore), littérateur allemand
sur qui l'on n'a pas de renseignements, a publié
chaque année, depuis 1853, un almanach intitulé :
Humoristicher Musikund Theater-Kalender
(Calendrier humoristique de musique et de
théâtre); Leipsick, Wegeler. Cet annuaire, mêlé
de prose et devers, est une fantaisie spirituelle
illustrée de figures grotesques.
BROBïSCIf ( Maurice -Guillatjme), pro-
fesseur de mathématiques et de philosophie ,
membre île la Société royale des Sciences de
Saxe, est né à Leipsick, le 16 août 1802. Après
avoir commencé ses études au gymnase Nicolay,
dans sa ville natale, il alla les continuer au
collège des Prince, à Grimma. De retour à
Leipisck il suivit les cours de l'université en
1S20. D'abord attaché à la faculté de philoso-
phie comme professeur particulier, en 1 8 2 ï , il
fut agrégé deux ans après et devint professeur
titulaire de mathématiques en 1842. Élève
d'Herbart (voy. ce nom), il a suivi la doctrine
de ce philosophe dans ses divers écrits concer-
nant les sciences philosophiques. Comme ma-
thématicien il est cité ici pour une dissertation ,
dans le tome quatrième des Mémoires de la
Société royale des Sciences de Saxe, sous ce ti-
tre : ZJcber musikalischc Tonbcslimmung und
Temperatur (sur l'Accord des sons et le tem-
pérament musical). Entièrement analytique,
sa méthode, basée sur une courbe décrite sur
un cylindre, le conduit à un tempérament pro-
portionnel , au lieu du tempérament égal.
C'est un système faux, inapplicable à la vraie
théorie de l'accord des instruments à sons lixes.
DROECS (Jean-André) , organiste de l'é-
glise de Saint-Pierre à Leipsick, est né en 1784
à Erfurt, où son père était organiste et profes-
seur de piano. Après avoir fini ses cours au
gymnase de cette ville, il se livra presque seul
à des études de composition et d'orgue. En 1S08
il se rendit à Leipsick, y vécut d'abord comme
professeur de musique, puis fut nommé or-
ganiste de Saint -Pierre en 1810. Il est mort
dans cette ville le 4 mai 1825. C'était un
homme de peu de génie, mais un musicien
instruit, dont les compositions pour l'église ne
manquent pas d'un certain mérite de facture.
On a de Drœbs plusieurs œuvres de sonates pour
le piano, publiés à Leipsick chez Breitkopf et
chez Hofmeister, des thèmes variés pour le
même instrument, des préludes, des petites
pièces et des fugues pour l'orgue, œuvres 4,
!0, 12, 14, etc.; Leipsick, Breitkopf, et Bonn,
Simrock.
DROLLING (Jean-Michel), pianiste et
compositeur, est né à Turckeim (Haut.-Rhin) en
1796. Ayant été admis comme élève au Con-
servatoire de Musique de Paris, il a reçu des
leçons d'Adam pour le piano et de Méhul pour
la composition. Il a publié un grand nombre
d'ouvrages pour le piano, parmi lesquels on
remarque : 1° Des thèmes variés; op. 1 et 2,
Paris, P. Petit; op. 10, Paris, Meissonnier ;op. 10,
Paris, Richault; op. 18, Hanry 2° Di tant i pal-
piti, varié pour piano et violon , op. 3 ; Pans,
P. Petit. — 3° Des caprices pour piano seid,
op. 4 et 14; Paris, P. Petit et Meissonnier.
— 4" Des fantaisies idem, op. 15 et 20; Pa-
ris, P. Petite! Meissonnier, — 5° Un rondeau
pastoral, op. 19; Paris, Hanry. — 0° Des duos
pour piano à quatre mains, op. 5 et 17;
Paris, Janet et Richault. — 1° Des duos pour
piano et violon, op. lt, 12 et 22; Paris, Petit
et Schœnenberg. Drolling a laissé en manus-
crit un Traité élémentaire d'Harmonie et de
Composition. Il est mort à Paris en 1839.
DROMAL (Jean), chantre de l'église de
Sainte-Croix, à Liège, vivait dans le dix-septième
siècle. On connaît l'ouvrage suivant de sa com-
position : Convivium musicum, in quo binis,
ternis, quaternis, quinis et senis vocibus, nec-
non et instrumentis recolilur, cum basso
conlinuo ; Anvers, 1641, in-4°, opus 2.
DROPA (Matthias), bon constructeur d'or-
gues, vivait au commencement du dix-huitième
siècle à Lunebourg. On vante l'orgue qu'il a cons-
truit dans l'église deSaint-Jean de cette ville, ou-
vrage de quarante-sept jeux, trois claviers et
pédale, qu'il a fini en 1705. Celui de l'église de
Saint-Michel, composé de quarante-trois jeux,
trois claviers , pédale et dix soufflets, est son
meilleur ouvrage.
DROSTE-HULSIIOFF (Maximilien, che-
valier De). Voy. HuLsnoFF.
DROUAUX (Henri-Blaise), maître de mu-
sique, à Paris , dans la seconde moitié du dix-
septième siècle, a publié un livre intitulé :
Nouvelle Méthode pour apprendre le plain-
chant et la musique, divisée en quatre par-
ties; Paris, Gilles Blaisot, 1074, in-8°. La troi-
sième édition de ce livre, divisée en deux parties,
est datée de Paris, Christophe Ballard, 1687,
in-8". Il y en a une édition de 1690.
DROUET (Louis), flûtiste distingué et com-
positeur pour son instrument, né à Amsterdam
en 1792, est (ils d'un barbier français établi en
cette ville. Un musicien, qui allait se faire ra-
ser chez son père, lui ayant donné une petite
flûte, lorsqu'il n'était âgé que de quatre ans,
s'aperçut, à la manière dont il en jouait, qu'il
DROUET — DUBOIS
63
était doué des plus heureuses dispositions pour
cet instrument; il le prit en affection et se char-
gea de son éducation musicale. Drouet avait déjà
acquis quelque habileté quand il fut conduit
a Paris par ses parents; il entra comme élève
au Conservatoire de Musique et y fit de ra-
pides progrès sur son instrument. Sa répu-
tation commença à s'étendre en 1813, lorsqu'il
!-e fit entendre dans les concerts; ses succès
lurent brillants. Il fut attaché à cette époque
à la musique de Louis XVIII, en qualité de
première Mute. En 1815 il se rendit à Londres,
où il fut fort applaudi. La confiance dont il ne
tarda point à jouir en ce pays le détermina
à y établir une fabrique de flûtes de nouveau
modèle; mais cette entreprise ne réussit point,
et M. Drouet fut forcé de quitter l'Angleterre
en 1819. Depuis lors il a parcouru toute l'Europe,
a visité la Russie , foutes les parties de l'Alle-
magne, la Suisse, l'Italie, est retourné à Paris
en 1828, et a fait un court séjour à Londres en
182'J; [mis il est retourné en Allemagne par la
Belgique et la Hollanlc, est revenu une troi-
sième fois à Paris en 1832, y' est resté plusieurs
mois, s'est marié, et a vécu quelque temps en
Suisse. En 1 840 il est entré comme maître de
chapelle à la cour de Saxe Cobourg, où il est
resté environ quinze ans. ]1 était à Francfort
en 1SG0, M. Drouet excellait dans les diffi-
cultés et dans les traits rapides; son double
coup de langue était d'une admirable volubilité;
mais son intonation manquait de justesse, et son
sU le était dépourvu d'expression et de grandiose.
Partout où cet artiste s'est fait entendre, il a
obtenu des succès. Il a lait graver un très-grand
nombre d'oeuvres de sa composition pour la
flûte, parmi lesquels on remarque, dix-concertos
publiés à Paris et en Allemagne , des fantaisies
et thèmes variés avec orchestre, quatuor ou
piano, des trios pour trois flûtes, dix œuvres
de duos pour le même instrument, et un très-
grand nombre de morceaux détachés de tout
genre.
DROUET DE MAUPERTUY (Jean.
Baptiste), né à Paris en 1C50, se livra, dans
sa jeunesse, à l'étude de la jurisprudence, et
l'abandonna ensuite pour cultiver les lettres.
Un oncle, fermier général, lui procura un em-
ploi considérable dans ia Provence; mais Drouet,
en laissant tout le travail à ses commis, vit le
désordre se mettre dans ses affaires et dissipa
son riciie patrimoine. Revenu à Paris à l'âge
de quarante ans, il se dégoûta du inonde, prit
l'habit ecclésiastique en 1692, fit un séminaire
de cinq ans, puis se retira dans l'abbaye de
Srpt-Fonts. En 1702 il obtint un canonicat à
Bourges, le quitta, voyagea, revint à Paris,
et se fixa enfin à Saint-Germain en Laye où il
est mort en 1730, âgé de quatre-vingts ans.
Les Mémoires de l'Académie royale des Sciences
(ann. 1724, p. 215-226) contiennent l'analyse
d'un Mémoire sur la forme des instruments
de musique, qu'il avait adressé à celte so-
ciété savante. Ce morceau est de peu de va-
leur et renferme beaucoup d'inexactitudes dans
les faits.
DRUELE, en latin DRUEL^US (Curé-
tien), pasteur à. Kellinghausen, dans le Holstein,
vers le milieu du dix-septième siècle, fut aussi
compositeur de musique religieuse. 11 a fait
imprimer un recueil de vingt-neuf concerts à
plusieurs voix sur les dix premiers psaumes de
David, sous ce litre : Psalmodia Davidica,
Hambourg, 1C50.
DRUCKENMULLER (Chr.-Wouganc),
musicien allemand, compositeur et vraisembla-
blement violoniste , paraît avoir vécu dans la
seconde moitié du dix-septième siècle à Hall-dc-
Souabe (Schwad)isch-Ilall ), aujourd'hui ville du
royaume de Wurtemberg. Il s'est fait connaître
par un recueil de pièces instrumentales publié
sous le litre bizarre : Miïsikalischcs Tafel-
confect, etc. (Confitures musicales detable, les-
quelles consistent en sept parties, etc.) ; Hall-de-
Souabe, IC08, in-8° oblong. Celte musique est
écrite pour des violons, violes et basse de viole.
DRUZECHY ou DRUSCHETZIÎY
(Georges), musicien hongrois, né vers le
milieu du dix-huitième siècle, était, en 1787,
attaché au service du comte de Grassalkovicz.
Il a composé beaucoup de pièces d'harmonie
pour deux clarinettes, deux hautbois, deux cors,
deux bassons et trompette, ainsi que des con-
certos pour le hautbois et d'autres instruments
h vent. Enfin on a de lui l'opéra de Versée et
Andromède , le ballet de Inkle et Yariko, et
une symphonie de bataille pour Adèle de Pon-
ihieu. Druschetzky fut d'abord timbalier des
états de la haute Autriche, à Lintz, et y publia,
en 1783, six solospour le violon.
DUBOIS (Amédée), violoniste et directeur
de l'école communale de musique, à Tournay,
est né dans cette ville le 17 juillet 1818. Après
avoir appris les éléments de la musique et du
violon par les soins d'un musicien nommé Mo-
reau , il fut admis comme élève au Conserva-
toire de Bruxelles, en 1836, où M. Wéry fut
son professeur. En 1838 le second prix de cet
instrument lui fut décerné au concours, et il
obtint le premier l'année suivante. Peu de temps
après il partit pour Paris, s'y fit entendre avec
succès dans quelques concerts , et fut engagé
Gl
DUBOIS — DUBREUIL
pour l'orchestre du Casino Paganini. Recherché
dans les salons de cette capitale pour son talent
gracieux, il ne s'éloignait de temps en temps de
Paris que pour donner des concerts dans les dé-
partements, particulièrement dans le nord de la
France. En 1851 il visita la Hollande, s'y lit
entendre avec succès dans plusieurs villes , et
fut décoré par le roi de l'ordre de la Couronne
de chêne. Dans la même année il reparut à Pa-
ris et y donna un concert brillant. Rappelé dans
sa ville natale pour y prendre la direction de
l'école communale de musique, -il s'y est marié,
et s'y est livré avec ardeur aux soins que récla-
mait l'établissement qui lui était confié. Quelques
morceaux pour le violon, de la composition de
cet artiste, ont été publiés à Paris.
DUBOIS (Charles-Victor), organiste et
professeur d'harmonium au Conservatoire de
Bruxelles, est né àLessines (Hainaut) le 11 dé-
cembre 1832. Uneopbthalmiemal traitée dans son
enfance le priva de la vue. Entré à l'institution
des sourds-muets et aveugles de Bruxelles le
16 mai 1842, il y reçut son éducation musicale
de l'organiste de cette maison religieuse , nommé
Frère Julien. Après huit années d'études, M. Du-
bois sortit de l'institution, le 23 décembre 1850.
Doué d'une rare intelligence et d'un sentiment
musical distingué, il se fit bientôt remarquer par
son talent sur l'harmonium, et fut attaché à la
grande fabrique d'orgues et d'harmoniums de
MM. Merkliu et Schiitz, à Bruxelles. Ses progrès
étaient remarquables chaque année dans l'art de
jouer de ces instruments. Son talent consiste par-
ticulièrement dans l'art d'en varier les effets de
la manière la plus heureuse, et d'improviser des
pièces très-développées, où toutes les richesses
des sonorités sont employées avec beaucoup de
tact. Un cours d'harmonium à été établi comme
essai au Conservatoire de Bruxelles, et M. Du-
bois en a été nommé professeur. Ce. jeune ar-
tiste, digne de beaucoup d'intérêt, s'est fait en-
tendre avec succès dans les villes les plus impor-
tantes de la Belgique, à Paris , et dans plusieurs
grandes villes de France. On a imprimé jusqu'à
ce jour (18G0) de sa composition : 1° Trois mé-
lodies pour harmonium; Bruxelles, Katto, 1857.
— 2° Pastorale idem, ibid., 1858. — 3° Caprice
idem, ibid., 1858. — 4° Méthode pour harmo-
nium, ihid., 1859.
DUBOS ( Jean-Baptiste ), né à Beauvais en
1670, se livra d'abord à l'étude de la théologie,
mais y renonça bientôt pour celle du droit pu-
blic. Successivement employé par M. de ïorcy,
ministre des affaires étrangères , par le régent et
par le cardinal Dubois, dans plusieurs négocia-
tions secrètes, il réussit et reçut en récompense
des pensions et des bénéfices. Il quitta les af-
faires publiques pour se livrer à la culture des
lettres, et ses ouvrages lui valurent l'entrée de
l'Académie, en 1720. Il est mort à Paris le 23 mars
1742, âgé de soixante-douze ans. Parmi les ou-
vrages qu'il a publiés on remarque ses Réflexions
critiques sur la Poésie et sur la Peinture, qui
parurent en 1719 pour la première fois, 2 vol.
in-12, et qui ont été souvent réimprimées en 3 vol.
On trouve au premier vol. Sect. 45 : Delà mu-
sique proprement dite. Sect. 46 : Quelques ré-
flexions sur la musique des Italiens; que les
Italiens n'ont cultivé cet art qu'après les Fran-
çais et les Flamands. Sect. 47 : Quels vers sont
les plus propres à e'tre mis en musique. L'abbé
Dubos manquait des connaissance* nécessaires
pour traiter de tout cela d'une manière utile.
DUBOURG (Matthieu), l'un des meilleurs
violonistes que l'Angleterre ait produits, naquit,
en 1703, d'un maître de danse nommé Isaac.
Lorsqu'il eut atteint sa onzième année, il fut
placé sous la direction de Geminiani, qui lui
communiqua son excellente méthode. En 1728
il fut appelé à Dublin pour y remplir la place
de premier violon et de compositeur des concerts
de cette ville. Après un séjour de quelques an-
nées en Irlande, il passa au service du prince
de Galles, et à la mort de Festing, en 1752, il
devint directeur de la troupe du roi , place qu'il
occupa jusqu'à sa mort, arrivée en 1767. Burney
rapporte sur lui l'anecdote suivante : Accompa-
gnant un jour, au théâtre, un air avec violon
obligé, il s'égara si bien dans un point d'orgue
que Hsendel, qui conduisait l'orchestre, lui cria,
lorsqu'il revint dans le ton : Grâces au ciel, mon-
sieur Dubourg, vous voilà enfin rentré chez
vous! exclamation qui valut au violoniste les
applaudissements de toute la salle. Dubourg est
connu comme compositeur par quelques morceaux
de musique vocale qu'il écrivit en Irlande, et par
un grand nombre de solos et de concertos de
violon; aucun de ces ouvrages n'a été publié.
DUBOURG (Georges). Sous ce nom, qui
n'est peut-être qu'un pseudonyme, on a publié
en Angleterre un livre qui a pour titre: ihe Yio-
lin and its professons, from ihe earliesl period
to Ihe présent time ) uithoriginah Manoirs and
Anecdotes of Paganini' s, etc.; Londres, 1836,
in-8°. La troisième édition a paru en 1850 à
Londres, chez M. Rob. Cocks, lvol. in-12. Ce
volume renferme des choses curieuses et de
bons renseignements sur quelques violonistes.
DUBREUIL (Jean), maître de clavecin, né
à Paris vers 1710, est mort dans la même ville
en 1775.11 adonné un Manuel harmonique,
ou Tableau des accords pratiques; Paris, 1767.
DUBREUIL — DUCCI
61
in-8°, qui n'est qu'une rapsodie dénuée de tout
mérite, et un recueil d'airs, sous le nom de
Dictionnaire lyrique; Paris, 1769, 2 vol.
in-8°, avec un supplément eu deux volumes, pu-
blié en 1771.
DUBUGRARRE (....), organiste de Saint-
Sauveur de Paris, fut au nombre des professeurs
de musique qui plaidèrent contre Guignon , roi
des violons , vers le milieu du dix-huitième siècle,
comme on le voit par l'arrêt du parlement du
30 mai 1750. Dubugrarre a publié, en 1754, un
ouvrage élémentaire qui a pour titre : Méthode
plus courte et plus facile que Vanciennepour
F accompagnement du clavecin ; Paris, in-fol.
obi. En 1760 ce musicien a donné aussi des
principes élémentaires de musique en un petit
volume in-24 , sous le titre d'Étrennes à la
jeunesse, où Von détaille les principes de la
musique.
DUC (Philippe De), compositeur belge, vi-
vait dans la seconde moitié du seizième siècle
et paraît s'être fixé en Italie. On connaît sous
son non: 1° Madrigali a qualtro voci, con
nna serenata e un dialogo a otto; Venise,
G. Scotto, 1570. — 2° Madrigali a cinque et
sei voci; Venise, Giac. Vince7iti e Ricciardo
Amadino , in-4° obi., 1586. — 3° Il primo li-
bro de Madrigali a 4, 5 e 6 voci; Venise, 1591,
in-4°. — 4° Le Virgine, a sei voci, con un
dialogo a otto nelfme, novamente composti,
libro primo. In Venezia,app. lifigliuoli d'An-
tonio Gardano, 1574, in-4° obi.
DUC A (Jean), professeur de chant, né en
Italie, s'est fixé à Paris vers 1848, et y a pu-
blié un livre intitulé : Conseils sur l'étude du
chant , traduits de l'italien par M. J. Boyer ;
Paris, Bonoldi frères , 1851 , 1 vol. in-8° de
214 pages. Cet ouvrage, bien écrit, renferme
une exposition simple et claire des éléments
de l'art du chant.
DUCANCEL (Charles- Pierre), fils d'un
chirurgien de Beauvais, naquit dans celte ville
et exerça, pendant la révolution française, la pro-
fession de défenseur officieux, à Paris, puis
celle d'avoué, jusqu'en 1810. Il avait em-
brassé les principes de la Révolution avec ardeur;
mais, après l'arrestation de Louis XVI à Varen-
nes et les événements du 10 août, il revint
avec enthousiasme aux sentiments monarchiques
et écrivit des brochures hardies contre les ter-
roristes. Plus tard il fit représenter quelques co-
médies au théâtre Louvois et au théâtre Mon-
tansier. Estimé pour sa probité, mais homme
passionné, d'une instruction médiocre, et esprit
de peu déportée, il écrivait fort mal, et pas un
BIOCR. UNIV. DES MUSICIENS. T. 1U.
bon ouvrage n'est sorti de sa plume. Il s'est
retiré dans une propriété qu'il avait à Clermont,
département de l'Oise. En 1815 il fut nommé
sous-préfet de ce lieu; mais le ministère, mé-
content des élections de son arrondissement en
1816, le priva de son emploi, et depuis lors il
vécut dans la retraite. Il est mort à Clermont en
1835. Ducancel a publié une brochure de plus de
200 pages ayant pour titre : Mémoire pour J.-
F. Lesueur, un des inspecteurs de l'enseigne-
ment au Conservatoire de Musique, en ré-
ponse à la partie d'un prétendu recueil de
pièces imprimé, soi-disant, au Conserva-
toire, et aux calomnies dirigées contre le cit.
Lesueur par le cit. Sarrette, directeur de
cet établissement ; contenant en outre quel-
ques vues d'amélioration et d'affermissement
dont le Conservatoire paraît susceptible;
Paris, 1802, in- 8°. On a aussi de Ducancel :
Mémoire au roi, pour : 1° Colombe Rigiery,
dite Colombe aînée ; 2° Marie-Madeleine Ri-
giery cadette, dite Adeline; 3° Pierre-Jo-
seph Narbonne; 4° Joseph Dorsonville ;
5° Charlotte - Rosalie Pitrot; 6° Jeanne-
Louise-Elisabeth Verleuil; 7° Paul-Marie
Langlois, dit, Courcelles ; 8° Pierre-Phili-
bert Granger ; 9° Jean-Pierre Valroy; tous
anciens comédiens italiens ordinaires du roi
et pensionnaires de Sa Majesté, contre les
comédiens ordinaires du roi, sociétaires ac-
tuels de l 'Opéra-Comique; Paris, Le Normant,
1815, in-4°de44 pag. L'objet de ce Mémoire
était de faire admettre comme pensionnaires de
l'Opéra-Comique les anciens acteurs du théàtrequi
avaient été réunis aux acteurs du théâtre Feydeau.
DUCANGE (Charles DUFRESJNE). Voy.
Canoë (du).
DUCAURROY (François-Eustache). Voy.
Caurroï (du).
DUCCI (Les frères Antoine et Michel-Ange),
facteurs d'orgues à Florence, ont placé à l'expo-
sition universelle de l'industrie, à Londres, en
1851, un orgue ingénieusement conçu. Cet ins-
trument renferme un principal ou montre de 8
pieds, divisé en deux demi-registres; une flûte
de 4, également divisée par moitié, une doii-
bletle, un flageolet, un larigot, et une trompetto
de 8 divisée en deux demi-registres, le tout
contenu dans une caisse étroite dont la hauteur
n'est que de 1 mètre 46 centimètres, la largeur
96 centimètres, et la profondeur 52. Tout le
mécanisme et le placement des tuyaux dans un
espace si restreint indiquent une grande intelli-
gence dans les dispositions. Mais la partie essen-
tiellement remarquable de ce singulier instrument
consiste dans le jeu de la pédale, dont le clavier,
5
60
DUCCI — DUCHAMBGE
(Vut h-ut, a l'étendue d'une octave divisée en
douze demi-tons. Cette pédale est un bourdon
de 16 pieds dans la note la plus grave. Les
douze demi-tons sont produits par le même tuyau
en bois de 4 pieds, placé dans la caisse qui sert
de siège à l'organiste. Ce tuyau, étant bouché,
ne pourrait produire que l'intonation d'un tuyau
ouvert de 8 pieds pour la note la plus grave, ré-
pondant à Vut de la quatrième corde du violon-
celle; mais, par les circuits que l'air est contraint
de faire dans la capacité du tuyau , le son est
baissé d'une octave et sonne le 16 pieds. Des
ouvertures pratiquées dans la paroi supérieure
du tuyau, et fermées par des espèces de soupapes
à ressort, servent à produire les douze demi-tons
chromatiques, qui répondent aux marches du
clavier de pédales et fonctionnent avec beaucoup
de régularité. De cette combinaison résulte une
puissance de sonorité qui paraît incompatible
avec les proportions d'un si petit instrument.
Le jury de l'exposition a décerné une médaille
de prix aux inventeurs de cet orgue ingénieux.
Les mômes industriels ont voulu appliquer leur
principe à un instrument, basse d'orchestre, au-
quel ils ont donné le nom de baristate; mais
les résultats qu'ils ont obtenus n'étaient pas sa-
tisfaisants.
DUCERCEAU (Jean- Antoine), né à Paris
fe 12 novembre 1670, entra chez les jésuites le
12 janvier 1688. Ayant été nommé précepteur
du prince de Conti, il l'accompagna à Yéret,
château du duc d'Aiguillon, près de Tours. Le
jeune prince, en maniant un fusil qui avait été
chargé à balle, sans qu'il le sût, eut le malheur
de tuer son précepteur, le 4 juillet 1730. P.Dn-
«erceau fut l'un des rédacteurs du Journal de
Trévoux , où il a inséré : Dissertation adressée
au père Sanadon, où l'on examine la traduc-
tion et les remarques de M. Dacier sur un en-
droit d'Horace, et où l'on explique par occa-
sion ce qui regarde le tétracorde des Grecs;
Mém. de Trévoux, t. LU, pag. 100-141 et 284-
310. Le passage d'Horace qui donna lieu à celte
dissertation est celui-ci (Ode 9 e du 5 e livre) :
Souante mistum tibiis carmen lyra,
Hac liuriiui), illis barbarurn.
S'appuyant sur l'autorité de l'ancien scolraste
d'Horace, le P. Ducercean voulait que le mode
appelé barbare par ce poète fût, non le lydien,
mais le phrygien , dans lequel les flûtes auraient
accompagné la lyre, qui jouait dans le mode do-
rien. Pour faire coïncider ces modes, il imagi-
nait, d'après les notes de Wallis sur Ptolémée,
de transporter le mode dorien dans notre ton de
la mineur et le mode phrygien dans celui de la
majeur, prétendant que la lyre, et les flûtes
jouaient, non pas ensemble, mais alternativement
dans ces deux modes. Dans une analyse de la
traduction d'Horace par le P. Sanadon, qui fut
insérée an Journal des Savants du mois de
mai 1728, se trouve une critique de ces idées du
P. Ducerceau, dont on fait voir le faux et l'arbi-
traire. Une réponse fort longue et peu polie fut
faite à cette critique par Ducerceau ; elle parut
dans les Mémoires de Trévoux (novembre et
décembre 1728, janvier et février 1729). Une
réplique modérée et fort bien faite, quoiqu'elle
avance peu l'état de la question, fut publiée dans
le Journal des Savants du mois de mai 1729.
Elle porte particulièrement sur l'impossibilité
d'entendre les vers d'Horace dans le sens que
lui donne le P. Ducerceau , c'est-à-dire par la
supposition que la lyre et les flûtes ne se fai-
saient entendre qu'alternativement. On y discute
aussi la question de la transposition des modes,
et l'on fait voir que les opinions du jésuite sont
complètement erronées sur ce sujet. Cette répli-
que termina la dispute. Le passage qui y donna
lieu avait déjà été examiné dans un Mémoire
des Transactions philosophiques de 1702 (voyez
Molineux), et a été reproduit depuis dans les
Mémoires de l'Académie des Inscriptions, tome
35, pages 360-363. {Voy. Chabanon. )
DUCHAMBGE (M™ Pauline), ou DU
CHAMBGE, née à la Martinique, en 1778,
d'une famille noble et riche , fut amenée très-
jeune à Paris, et reçut sa première éducation
dans un couvent , où elle eut Desormery pour
premier maître de piano. Après les événements
du mois d'août 1792 elle fut tirée de cette retraite
et rentra chez ses parents. A vingt ans elle per-
dit son père, sa mère et sa fortune. Ce fut vers
cette époque qu'elle épousa le baron Duchambge,
qui ne la rendit point heureuse; un divorce s'en
suivit, et une modique pension fut la seule ressource
qui lui resta pour vivre. La simplicité de ses goûts,
l'ordre et l'économie la rendirent suffisante. C'est
vers cette époque (1800) que M me Duchambge
se livra avec ardeur à son penchant pour les arts,
particulièrement pour la musique, et qu'elle y fit
des progrès remarquables. Liée avec plusieurs
artistes de grand mérite, parmi lesquels on re-
marquait Dussek, dont les leçons perfectionnèrent
son talent de pianiste, Cherubini, qui écrivit pour
elle quelques compositions restées inédites,
Auber, pour qui elle eut un sentiment plus ten-
dre que l'amitié, Rode, Lamare, Girodet, Le-
gouvé, elle puisait dans leur conversation des
notions du beau qui répondaient à son propre
sentiment. Son entretien, où régnait toujours
une certaine mélancolie, était plein de douceur
et de charme. Son double talent de pianiste eJ
DUCHAMBGE — DUCHKMhN
67
de cantatrice se ressentait de cette disposition de
son âme. En 1814, M" ,e Duchambge, victime des
événements politiques, perdit la pension qui
jusqu'alors avait suffi à ses besoins ; elle dut
chercher dans ses talents d'autres ressources.
Quelques morceaux de piano, et plusieurs ro-
mances où l'on trouvait de la distinction, l'avaient
fait connaître des amateurs ; elle eut bientôt des
élèves et se consacra à l'enseignement autant
que le lui permettait sa constitution délicate.
C'est dans cette carrière pénible et dans la com-
position d'une multitude de romances charmantes
qu'elle parvint à la vieillesse. Lorsque les forces
lui manquèrent, elle se confina chez elle, ne con-
servant de relations qu'avec un très-petit nom-
bre d'amis intimes. Elle finit par être oubliée.
M me Duchambge s'est éteinte à l'âge de quatre-
vingts ans, le 23 avril 1858. On a gravé de sa
composition : 1° Trois études et un caprice pour
le piano; Paris, Pleyel. — 2° Deux thèmes va-
riés pour le piano; Paris, Le Duc. Mais c'est
surtout par le charme de ses romances que
j\irae Duchambge a conquis une place parmi les
artistes distingués ; elle en a composé plus de
trois cents. Quelques-unes sont comptées parmi
les meilleures productions de ce genre; pour
n'en citer que les plus célèbres, je mentionnerai
VAnge gardien, la Brigantine, la Séparation,
le Bouquet de bal, le Matelot, le Re've du
Mousse, le Couvre Feu, Angèle, etc. Les mé-
lodies deM me Duchambge se font remarquer par
une sensibilité douce et l'élégance de la forme.
DUCHA.MP (Marie-Catherine-Césarine),
née à Paris le 14 mai 1789, entra d'abord
dans la classe de chant de Plantade, au Con-
servatoire de Musique, le 15 pluviôse an x:n
(31 janvier 1805), et devint ensuite élève de
Garât, le 9 mars 1807. Mademoiselle Duchamp
possédait une très-belle voix de contralto et
avait acquis par les leçons de Garât un fort beau
talent qu'elle fil admirer dans les concerts de-
puis 1813 jusqu'en 1817; mais une surdité dont
elle fut atteinte, et qui augmenta progressive-
ment, ne lui permit plus de se faire entendre; ce-
pendant elle a continué d'enseigner le chant pen-
dant plusieurs années. Elle a publié à Paris quel-
ques romances avec accompagnement de piano.
DUCHARGER (...), professeur de mu-
sique, suivant ce qu'il nous apprend dans un de
ses écrits, était né à Dijon dans la première
moitié du dix-huitième siècle. Il est très-vrai-
semblable qu'il y a identité entre cet artiste et
un musicien nommé Charger dans la première
édition de cette Biographie, qui fut attaché au
service du prince de Conti entre 1745 et 1749,
ainsi qu'avec un académicien de Dijon indiqué '
sous le nom de Chargey (De), dans la France
littéraire de M. Quérard, et simplement Char-
ger) dans notre première édition. Par une lettre
que Ducharger écrivit à Rameau en 1753, on
voit qu'il était alors à Saint-Malo. En 1761,
époque où il publia un de ses ouvrages, il demeu-
rait à Rennes ; et, enfin, si, comme je le crois , il
est le même que De Chargey, cité par Quérard
comme l'auteur d'un autre opuscule concernant
la musique, il retourna ensuite à Dijon, où il
était en 1773. Quoiqu'il en soit, il parut sous le
nom de Charger ou Ducharger, à Paris , en
1745, une cantatille intitulée : le Pouvoir de
V amour, et quatre ans plus tard, dans la même
ville, un livre de sonates en trios pour le violon.
Sous le nom de Ducharger, de Dijon, fut pu-
blié ensuite un écrit qui a pour titre : Réflexions
sur divers oxwrages de M. Rameau; Rennes,
1761, in-12de47 pages. L'auteur établit très-
bien dans cet écrit que le système de la basse
fondamentale repose sur une base fausse, Ra-
meau n'ayant pu trouver dans le principe du
corps sonore l'accord de la sous-dominante, in-
dispensable à ce système, si ce n'est par la
supposition gratuite d'une résonnance appelée
sous-multiple par Rameau ; supposition suivant
laquelle la corde mise en vibration ferait entendre
un accord parfait dont le son de la corde serait
la quinte. Il ne faut pas confondre cette prétendue
résonnance avec le phénomène du troisième
son, sur lequel Tartini (voy. ce nom) a bâti son
système. Le dernier écrit qui paraît appartenir
à Ducharger, et non à De Chargey , est inli-
tulé : Entretiens d'un musicien français avec
un gentilhomme russe sur les effets de la mu-
sique moderne, ou tableau des concerts de
province, avec des lettres à l'Académie de
Dijon, à d'Alembert, Marmontel et J.-J. Rous-
seau; Dijon, 1773, in-8°.
DUCHEMIN (Nicolas), graveur, fondeurde
caractères typographiques et imprimeur de mu-
sique à Paris, naquit à Provins versl510.Un très-
grand nombre d 'œuvres de musique est sorti de
ses presses, depuis 1 550 jusqu'en J 571 - Ses éditions
sont nettes, ses caractères élégants et d'une bonne
dimension. Duchemin a aussi fait usage des ca-
ractères gravés par Nicolas Devilliers et Philippe
Danfrie. Peignot dit (Dictionn. raisonné de
Bibliologic, t. III, p. Il 1 ) que Duchemin a Im-
primé depuis 1541 jusqu'en 1544; il Be s'est pas
souvenu qu'il avait cité dans le premier volume
du même ouvrage ( page 470) le recueil de messes
de divers auteurs, avec un titre général qui porte
la date de 1568, in-fol. max. C'est pour ces mes-
ses, publiées séparément depuis 1556, que Duche-
min fit graver, en 1555, les grands caractères de
68
DUGHEM1N — DUC1S
Devilliers e { de Danfrie. Les exemplaires de re-
cueils de compositions publiés par Duchemin sont
aujourd'hui d'une grande rareté. Il a imprimé
aussi quelques traités de musique dont le moins
connu, sans nom d'auteur, est intitulé : L'Art,
science et pratique de Plaine Musique, et
de Vinstitution musicale, très-utile, profitable
et familière; Paris, Nie. Duchemin, 1556, in-12.
Après la mort de Duchemin , ses poinçons et
matrices ont passé chez Guillaume Le Bé.
DUCIS (Benoît), compositeur du seizième
siècle , naquit vraisemblablement à Bruges vers
1480, suivant quelques indications qu'on trouvera
plus loin. Ce musicien est désigné souvent sous
le nom de Benedictus par les auteurs anciens
qui en ont parlé, ainsi que dans les recueils où
l'on trouve quelqu'une de ses compositions.
Celles-ci portent tantôt le nom de Benedictus
simplement, tantôt celui de Benedictus Ducis ,
et même quelquefois celui de Ducis seul. C'est
le même musicien que Gesner ( Bibliotk. uni-
vers.), et, d'après lui, Walther et Gerber ont
appelé Dux, quoique, suivant l'usage parmi les
auteurs anciens des Pays-Bas, les noms latinisés
soient en général placés au génitif; il est vrai
que le nom de Dux se trouve sur un recueil
d'Odes d'Horace mises en musique à trois et à
quatre voix, lequel a été publié à Ulm en 1539,
ainsi que sur quelques mélodies placées par
Hans Walter dans son Cantionale. Ce nom
latin a fait croire à Kiesewetter que le nom
véritable de Ducis est Herzog, et qu'il était
Allemand de naissance (voy. le supplément du
Mémoire de Kiesewetter sur les musiciens néer-
landais, art. 3, p. 86 , et Geschichle der euro-
pxisch- Abendlxndischen oder unsrer heu-
tigen Musik, page 61). D'autres en ont fait un
Suisse, en le confondant avec Benoît d'Appenzell
(•iioy. ce nom). J'ai démontré dans la notice sur
celui-ci, par un monument authentique, qu'il n'y
a pas d'identité entre ces deux artistes, et que
Ducis est plus ancien que Benoît d'Appenzell.
Dans la première édition de cette Biographie
j'ai émis l'opinion que Ducis était Belge de nais-
sance, et que son nom tîamand était Hertoghs
(Duc), latinisé dans celui de Ducis ; des documents
récemment découverts, dans les archives d'An-
vers, par M. Léon de Barbare (voy. ce nom ), dé-
montrent que j'étais dans le vrai. On voit, dans
les registres de la confrérie de Saint-Luc d'Anvers,
que Ducis ou Hertoghs fut prince de la Gilde,
c'est-à-dire chef de cette confrérie, ce qui
était alors la plus haute dignité qu'un artiste
pût obtenir dans les Pays-Bas. On voit aussi, dans
les registres de l'église Notre-Dame de cetle ville,
qu'il était, dans le même temps, organiste spécial
de la chapelle de la Vierge , dans celte collé-
giale. Des offres avantageuses lui ayant été faites
pour qu'il s'établît en Angleterre, il les accepta
et partit d'Anvers en 1515. Après cette date on
n'a plus de renseignements sur lui. Henri "VIII
régnait alors, et, sans doute, amateur passionné
de musique et compositeur, ce fut lui qui attira
à sa cour le musicien belge, le plus célèbre alors
de ceux qui habitaient les Pays-Bas. J'ai fait de
vaines recherches chez les historiens anglais du
même temps pour découvrir quelque indication
relative à Ducis. Cependant il est hors de doute
qu'il vivait encore en 1531, et même après, car il
a composé une Monodie sur la mort de Josquin
Deprès, qui avait été son maître de composition,
et qui, comme je l'ai fait voir dans la notice de
cet illustre musicien, ne mourut que dans celte
même année. De tout ce qui précède il résulte
que la carrière d'artiste de Ducis appartient à la
première moitié du seizième siècle, ou, plus
exactement, aux quarante premières années.
Benoît Ducis est à juste titre placé au rang des
maîtres les plus distingués de son temps. Son
style a de la clarté, de l'élégance dans les mou-
vements des voix; son harmonie a de la pléni-
tude et de la pureté ; ses thèmes d'imitation sont
ingénieux et riches de développements ; enfin il
a toutes les qualités qu'on recherchait à une
époque où le sentiment esthétique n'avait pas
encore placé l'art dans le domaine de l'imagina-
tion libre. La Monodie à quatre voix qu'il a
écrite à l'occasion de la mort de Josquin Deprès
est jusqu'à ce jour le seul morceau de Ducis qui
ait été publié en partition. Burney (1) et Forkel (2>
l'ont insérée dans leurs Histoires de la Musique;
mai» il existe dans plusieurs recueils manuscrits
et imprimés au seizième siècle un grand nombre
de motets et de chansons de cet artiste. La Bi-
bliothèqne royale de Munich en possède quelques
morceaux ; un précieux manuscrit daté de 1542,
lequel a appartenu à Zéghère de Maie et se trouve
aujourd'hui dans la bibliothèque publique de Cam-
brai (n° 124, 4 vol. in-4° obi.), ce manuscrit,
dis-je, dont M. de Coussemaker a donné la des-
cription (3), renferme douze chansons françaises
à 4 parties, le motet Da pacem, Domine, le
chant funèbre sur la mort de Josquin Deprès, et
une pavane pour quatre instruments, tous de
Ducis. Les Odes d'Horace, mises en musique à
quatre voix par le même, ont été publiées sous
ce titre : Harmonien uber aile Oden des
horaz,fur3 und 4 Stimmen, der UlmcrJu-
(1) A General History of Music, t. II, p. 513.
(2) Allgem. Ceschiçhte der Musiic, t. Il, p. 601.
(3) Notice des collections musicales de la BibUotliàqxtt
de Cambrai, p. 65-91.
DUCIS
.69
gend zuGefallen in Druck gegeben, etc. (Har-
monies sur toutes les Odes d'Horace pour 3 et
4 voix, etc.) ; Ulm, 1539. Quoique le,tilre de ce
recueil soit en allemand, la musique est écrite
sur le texte du poëte latin. Ce titre a fait croire
à Gerber (1) que Ducis était professeur de mu-
sique à Ulm à l'époque de cette publication,
parce que l'ouvrage était destiné à la jeunesse de
celte ville ; le fait en lui-même n'a rien d'invrai-
semblable, car, Henri VIII ayant séparé son
royaume delà communion romaine' en 1534,
Benoît Ducis, calbolique fervent, comme on l'était
alors en Belgique , n'aura pas voulu rester au
service d'un prince scbismatique, ni écrire de la
musique pour le nouveau culte. Il est donc
moins étonnant qu'il ait accepté une position
dans une ville impériale qu'il ne le serait qu'il
eût destiné un de ses ouvrages à la jeunesse d'une
ville éloignée, où il n'aurait pas été lui-même.
Une messe à quatre parties se trouve dans deux
manuscrits de la bibliothèque de Cambrai, cotés
n°* 4 et 24 ; dans le premier elle porte le titre
d'une chanson damande Myn Hert ( Mon Cœur) ;
dans l'autre l'inscription est Myn Hertequin
heeft altyd verlangen (Mon petit cœur désire
toujours). J'ai dit, dans la première édition de
cette Biographie, que cette messe est de Ducis,
et je crois être certain que mon opinion
à cet égard est fondée; mais je n'ai point
conservé le souvenir de la source où j'ai
trouvé ce renseignement. Depuis 1822 je n'ai
point revu les manuscrits de Cambrai , dont la
valeur est très-considérable, et dont j'ai signalé
l'existence avant tout autre; depuis lors M. de
Coussemaker s'est livré à l'examen de ces ma-
nuscrits et en a publié la description : il n'a pas
trouvé , dit-il , d'indication de l'auteur de la
messe Myn Hert; ce n'est donc pas là que j'ai
pris mes renseignements, mais j'en ai eu certai-
nement d'autre part.
Les recueils qui contiennent des compositions
religieuses ou des chansons françaises à trois et
quatre parties, sous le nom de Benedictus, et
sans antre indication, sont en assez grand nombre;
il est difficile de décider quelles sont celles qui
appartiennent à Benoît Ducis ou à Benoît d'Ap-
penzell; cependant il est vraisemblable que
c'est dans les recueils dont les dates sont les plus
anciennes , et dans ceux qui ont été imprimés à
Augsbourget à Nuremberg, que se trouvent les ou-
vrages de Ducis (s'il est vrai toutefois qu'il s'était
retiré à Ulm), et que les autres, publiés à Anvers
et à Louvain, depuis 1544 jusqu'en 1560, con-
tiennent les productions de Benoît d'Appenzell.
(1) Neues Lexikon der Tonkûnstler, tome 1, col. 972
Quoi qu'il en soit, voici les titres de ces collec-
tions : 1° ISovum et insigne opus musicum,
sex, quinque et quatuor vocum , cujus in Ger-
mania hactenus nihil simile usquam est edi-
tum; Noribergae, arte Hieronymi Graphœi, 1573,
petit in-4° obi. Les pièces de Benedictus se
trouvent dans le deuxième volume de cette col-
lection. — 2° Psalmorum selectorum qua-
tuor et quinque vocum a prxstantissimis
musicis in harmonias redactorum ; Norim-
bergx, apud Jo. Petreium, 1539, petit in-4°
obi. Les psaumes de Benedictus sont dans les
deuxième et troisième volumes. — 3° Selectsc
Harmonix quatuor vocum de Passione Do-
mini; Vittebergx, apud Georg. Bhau, 1538,
petit in-4° obi. — 4° Tertius liber Moite-
torum ad quinque et sex voces. Opéra et
solertia Jacobi Moderni, alias dicti Grand
Jacques; Lugduni, 153S, in-4°. — 5° Collection
de petiles chansons allemandes pour divers ins-
truments, publiée par Fœrster sous ce titre -Ein
Auszug gute aller uud newer Teutschen-
Liedlein, einer rechten tcutsche-Art , auff
allerleg Instrumente zu gebrauchen, aus-
serlesen; Nuremberg, J. Pétréjus, l re et 2 e par-
ties, 1539-1540. — 6° Selectissimx nec non
familiarissimx Cantiones ultra centum ,
variis idiomatx vocum, etc., a sex usque ad
duas voces; Augvstx Vindelicorum, Melchior
Kriesstein excudebat, 1540, petit in-4° obi.
— 7° Trium vocum Cantiones centum ; No-
rimbergx , J. P être jus , 1541, in-4°. — 8°
Quintus liber Motletorum quinque et. sex
vocum, etc.; Lugduni, Jac. Moderni, 1543, in-4°.
— 9° Le quatrième livre des Chansons à quatre
parties, auquel sont contenues 34 chansons
nouvelles, etc.; imprimées à Anvers, chez
Tylman Susato, 1544, in-4° obi. On trouve
aussi trois chansons à 4 et 5 voix de Benedictus
dans le 5 e livre, ibid. , 1544; à 4, 5 et 6
voix dans le 6 e livre, ibid., 1545, et enfin,
c'est dans le septième qu'a été publiée la Mo-
nodie de Ducis sur la mort de Josquin De-
près, ibid., 1545. — 10° Cantiones octo, sex,
quinque et quatuor vocum, omnium ju-
cundissimi nuspiam antea (sic) xditi. Au-
gustx Vindelicorum, Philippus Vhlardus
excudebat, 1545, petit in-4° obi. — 11° Can-
tiones sex et quinque vocum longe gravis-
simx,juxtaac amenissimx , in Germania
maxime hactenus typis non excusx ;Augustœ
Vindelicorum, Melchior Kriestein, 1545, petit
in-4° obi. Salblinger(voy. ce nom ) fut l'éditeur
de ces recueils. — 12° Cantiones sacrx, quas
vulgo Motteta vocant, ex optimis quibusque
hujus xtatis musicis selectx libri quatuor ;
70
DUCIS — DUFAY
Antverpix, apud Tylmanum Susato , 1546-
1547, in-4° obi. — 13° Caniionum sacrarum,
quas vulgo Molelta vocanl, 5 et 6 vocum, ex
opiimis quibusque musicis selectarum , Libri
I'VIII ; Lovanii, apud Petrum Phalesium,
1554-1558, in 4° obi. Je crois que les pièces con-
tenues dans ces derniers recuei appartiennent
à Benoit d'Appenzell.
DUCLOS (Charles PINEAU), né à Di-
nan, en Bretagne, en 1704, fut envoyé fort
jeune à Paris pour y laire ses études. En 1739
il fut reçu à l'Académie des Inscriptions et Bel-
les-Lettres, et en 1747 à l'Académie Française,
dont il devint le secrétaire perpétuel en 1755.
Il e6t mort à Paris le 26 mars 1772, dans sa
soixante-neuvième année. Parmi ses ouvrages
on remarque : Mémoire sur l'art de partager
l'action théâtrale , et sur celui de noter la
déclamation qu'on prétend avoir été en
usage chez les Romains , dans les Mémoires
de l'Académie des Inscriptions, t. XXI,' p. 191-
208. Il est aussi l'auteur de l'article Déclama-
tion, dans l'Encyclopédie méthodique, où il est
question de la musique théâtrale. On trouve
ces deux morceaux dans la collection de ses
Œuvres donnée par Desessarls, en dix volumes
in-8°; Paris, 1800.
DUCLOS ( . . ■), horloger de Paris, in-
venta, en 1782, une machine destinée à in-
diquer la division des temps de la mesure en
musique. Il appela cette machine rhythmo-
mètre. Elle fut approuvée par les professeurs
de l'École royale de Chant, et Gossec, l'un d'eux,
fit sur cet instrument un rapport favorable
qui a été imprimé dans la môme année, en un
quart de feuille in-8°.
DUCRAY-DUMINIL (François -Guil-
laume), lié à Paris en 1761 , succéda en 1790
à l'abbé Aubert dans la rédaction des Petites-
Affiches de Paris. Il est mort à Ville-d'Avray
le 29 octobre 1819, à l'âge de cinquante-huit
ans. Auteur de beaucoup de romans mal écrits,
mais où l'on trouve de l'intérêt. Ducray-Duminil
a fait aussi des pièces de théâtre, des vaude-
villes dont il a composé les airs pour les théâ-
tres des boulevards de Paris, et s'est fait
connaître, comme musicien, par Six Romances
tirées du roman de Lolotte et Fanfan, avec
accompagnement de harpe ou de clavecin;
Paris, Boyer, 1788. — 2° Six Romances tirées
d'Alexis, ou la Maisonnette dans les bois;
ibid., 1789. — 3° Six Romances tirées des let-
tres à Emilie, ibid.
DUCREUX (Emmanuel ), fils d'un peintre
de portraits au pastel, naquit à Paris en 1765.
Destiné par son père à la peinture, il fit d'abord
des études pour se livrer à l'exercice de cet art;
mais son goût pour la musique le lui fit aban-
donner. Il apprit à jouer de plusieurs instruments
à vent, particulièrement de la flûte et du basson,
et entra à l'orchestre du Théâtre-Français, en
1789, pour ce dernier instrument. 11 est mort
à Paris vers 1812. On a de sa composition :
1° Symphonie concertante pour deux flûtes prin-
cipales ; Paris, 1795, Sieber. — 2° Symphonie
idem, n°2; ibid. — 3° Six Duos non difficiles
pour deux flûtes , œuvre 3 ; ibid. — 4° Duos
pour flûtes et basson, extraits des œuvres de J.
Haydn et Mozart, liv. 1,2; ibid. — 5° Des
airs variés pour flûte seule; Paris, Corbaux. —
6° Les Folies d'Espagne , variées pour basson ;
ibid. Ducreux a eu un fils qui, après avoir été
quelque temps musicien dans un régiment, a
été souffleur de musique à l'Opéra- Comique ,
en 1818. 11 a arrangé des airs d'opéras pour deux
violons.
DUERNER (J.), violoniste et composi-
teur, est né en Bavière vers 1812. Il fut d'abord
employé à la cour de Dessau comme violo-
niste, et reçut du maître de chapelle Frédéric
Schneider des leçons de composition. Eu 1838
il était directeur de musique à Anspach et s'y
distingua par la composition de plusieurs re-
cueils de chants pour des chœurs de voix
d'hommes. En 1844 il obtint la place de pro-
fesseur de musique à l'Université. Une sympho-
nie à grand orchestre composée par cet artiste
a été exécutée à Dessau en 1838 et à Leip-
sick en 1844. Il a publié à Leipsick , chez Pe-
ters, une bonne sonate pour piano et violon,
œuvre 15. Duerner est connu particulière-
ment en Allemagne par un grand nombre de
recueils de Lieder à une voix seule avec ac-
compagnement de piano, œuvres 5, 6, 8, 9, 10,
11, 12, 13, 14, etc.
DUFAUR (Pierre), ou DUFAUR DE
SAINT-JORY , fut un des plus savants
hommes du seizième siècle. Après avoir été
conseiller au grand conseil , puis maître des
requêtes, il fut élevé à la dignité de premier pré-
sident du parlement de Toulouse, le 8 juillet
1597, et mourut d'apoplexie , le 18 mai 1C00,
en prononçant un arrêt. Parmi ses ouvrages
on en remarque un qui a pour titre : Agonisti-
con, sive de re athletica, ludisque veterum
gymnicis, musicis atque circensibus, spicile-
giorum iractatus, tribus libris comprehensi,
opus tessellatum, etc. ; Toulouse, 1595, in-4°.
Cet ouvrage a eu plusieurs éditions.
DUFAY ou DU FAY (Guillaume), célè-
bre compositeur de la fin du quatorzième siècle,
partage avec Égide Binchois et Jean Dunstaple
DUFAY
:i
la gloire d'avoir épuré l'harmonie , de l'avoir
affranchie des formes grossières et des suc-
cessions de quintes , d'octaves et d'unissons
qui entachent les productions des plus habiles
musiciens du milieu du quatorzième siècle, tels
que François Landino de Florence, Jacques
de Bologne , Guillaume de Machault et autres ;
enfin , de lui avoir imprimé un caractère de
suavité qui a été se perfectionnant jusqu'à la fin
du seizième siècle, dans la tonalité du plain-
chant. Tinctor ou Tinctoris a fait de Dufay un
Français; il se pourrait toutefois qu'il eût été
mal informé, car j'ai trouvé, dans un traité ma-
nuscrit de musique du commencement du sei-
zième siècle, cette phrase : Secundum doc-
frinam Wilhelmi Ditfais, Cimacensis Hann.
( selon la doctrine de Guillaume Dufay, de
Chimay en Hainaut) (1). Mon savant ami et
parent Henri Delmotte, trop tôt enlevé aux let-
tres et à l'histoire des arts, m'a objecté contre
ce fait qu'il y avait peu de noms propres au
quatorzième siècle qui ne fussent des indica-
tions de lieux de naissance, de profession ou de
sobriquets; qu'il était vraisemblable que le nom
de Dufay était Guillaume, et que Dufay in-
diquait qu'il était né dans un lieu appelé le
Fay. S'il en était ainsi, Guillaume Dufay serait
encore né dans le Hainaut, car on trouvait dans
l'ancienne province de ce nom, intendance de
Maubeuge, gouvernement de Landrecies, les
communes de Fay-la-Ville et Fay-le-Château.
Mais, jusqu'à preuve du contraire, je m'en tiens
à l'indication du manuscrit.
Il y a beaucoup d'incertitude à l'égard de
l'école où ce musicien célèbre a pu s'instruire
dans son art. Le conseiller Kiesewetter pense
que ce dut être en Belgique , et fonde son opi-
nion sur ce que les compositions de Dufay in-
diquent un état de l'art beaucoup plus avancé,
sous le rapport de l'harmonie, qu'on ne le trouve
dans les ouvrages des musiciens florentins du
quatorzième siècle et de Guillaume de Machault,
auteur d'une messe à quatre voix écrite en
1367 ; ce qui lui fait croire qu'il existait en
Belgique une connaissance plus étendue de
l'ait d'écrire en musique qu'ailleurs, et que Du-
fay y a puisé son instruction. D'autre part,
Kiesewetter remarque qu'antérieurement à ce
musicien toute la notation était noire et dans
le système exposé par Francon , tandis que
la notation blanche apparaît pour la première
fois dans les compositions de Dufay, de Binchois
(1) Voyez à ce sujet mon Mémoire sur cette question ;
Quels ont été les mérites des Néerlandais dans la mu-
sique, etc., pages 12 et 13; Amsterdam, 1829, in-4°.
et de Dunslaple, particulièrement du premier.
(Voy. l'ouvrage de Kieseweller intitulé : Ges-
chichte der europxisch-abenlsendischen oder
unsrer heutigen Musik. Darstcllung ihres
Ursprungcs, etc., p. 42-49.) M. de Cousse-
maker suppose que la maîtrise de la cathé-
drale de Cambrai est l'école où l'éducation mu-
sicale de Dufay s'est faite ; il est conduit à
cette conjecture parce qu'un manuscrit du
commencement du quinzième siècle renferme
une messe qui porte le nom de cet homme
célèbre (1). Le fait n'est pas impossible; mais il
faut avouer que la raison sur laquelle se fonde la
conjecture est assez faible. Si l'artiste que celle
notice concerne était né à l'une des deux com-
munes du Fay , dont il vient d'être parlé, la
conjecture de M. de Coussemaker ferait vrai-
semblable, car toutes deux appartenaient au
diocèse de Cambrai. L'influence de Dufay sur les
perfectionnements de l'art ne peut être mise
en doute, car Tinctoris, Adam de Fulde, Spa-
taro, Gafori, ont signalé précisément ce maître
comme ayant eu la plus grande part aux per-
fectionnements de la musique de son temps.
Adam de Fulde (voy. ce nom) , auteur d'un
trailé de musique écrit en 1490, dit que Guil-
laume Dufay fut l'auteur d'une multitude d'in-
novations dans !a notation et dans l'emploi des
dissonances par prolongation (2). D'ailleurs,
Martin Le Franc , poëte français qui écrivait <le
1436 à 1439 et que j'ai cité à l'article Binchois,
ne nous laisse pas de doute sur l'opinion ré-
pandue parmi les contemporains de Dufay
concernant les perfectionnements introduits par
lui dans la musique. Je rapporterai de nouveau
ici les vers de ce poëte, à cause de leur im-
portance pour le sujet dont il s'agit :
Tapissier, Carmen, Cesarls
N'a pas long-temps si bien chantèrent
Qu'ils esbahirent tout l'aris
Et tous ceux qui les fréquentèrent :
Mais oneques jour ne deschantèrent
En mélodie de tels chois
(Ce m'ont dit ceuli qui les hantèrent),
Que Guillaume Dufay et Binchois.
Car ils ont nouvelle pratique
De faire f risque concordance
En haute et en basse musique,
En feinte, en paxisc et en imuince.
Etc., etc.
Voilà bien les inventions, la nouvelle pra-
(1) Notices sur les collections musicalesde la bibliothè-
que de Cambrai, p. 4o.
(2) Cujus rei venerabilem Guilhelmum. Duffaij inven-
torem extitisse credo, quem et ?noderniores musici om-
nes imitantur , etc. (Vide Scrip. ecclesiast. de Musica,
coll. M.Gcrbcrto, t. 111, p. 350.)
72
DUFAY — DU FORT
tique de Dufay et de Binchois constatée dans
l'harmonie (la (risque concordance et la feinte,
ou retard de consonnance) et dans la notation
(la pause). Cependant Part existait déjà avant
eux en France, bien que moins avancé, puisque
trois musiciens, Tapissier, Carmen et Cêsaris,
pouvaient esbahir tout Paris.
A l'égard de l'argument tiré par Kiesewelter
du peu de vraisemblance qu'on ait passé subite-
ment de la notation noire à la notation blanche
de Dufay, et de la probabilité que cette dernière
notation était en usage dans les Pays-Bas lors-
qu'elle était encore inconnue en France et en Ita-
lie, je ferai voir, dans mou Histoire générale de
la Musique, que la notation blanche était déjà
connue en France avant Guillaume Dufay, ou du
moins dans sa jeunesse, bien que d'un usage
peu répandu et bien qu'elle fut peu perfectionnée.
Je ferai voir aussi, par la publication de mor-
ceaux de musique composés dans la première
moitié du quinzième siècle, que l'usage de la no-
tation blanche ne s'était pas tellement répandu
qu'on ne se servît encore de la noire à cette épo-
que; enfin je démontrerai, par deux chansons à
trois voix composées aussi au temps de Dufay
dans les Pays-Bas, et tirées d'un manuscrit des
archives de Gand, que la notation noire était en-
core celle dont on se servait alors dans ce pays,
et que l'art d'écrire en harmonie y était inférieur
à celui dont ce musicien a fait preuve dans ses
ouvrages. D'où il suit qu'on ne peut contester
à Dufay l'importance de ses travaux par des
suppositions gratuites d'un avancement antérieur
de l'art dans les Pays-Bas, et que sa gloire reste
entière. (Voy. le Résumé philos, de l'hist. de la
musique, p. cxcix. ) Que Dufay ait commencé
l'étude de la musique dans la Belgique , cela est
vraisemblable puisqu'il y était né ; mais il a pu
la continuer en France, et y prendre les premières
notions de la notation blanche, dont il a ensuite
propagé l'usage et perfectionné le système.
L'abbé Baini a trouvé dans les archives de la
chapelle pontificale de Rome la preuve que Du-
fay était attaché à cette chapelle, en qualité de
ténor, dans l'année t380. Il ne devait pas être
alors âgé de moins de vingt-cinq ans, en sorte
qu'il a dû naître vers 1350 ou 1355 au plus tard.
Il demeura attaché à cette chapelle tout le reste
de sa vie et mourut en 1432, dans un âge
avancé ; circonstance qui prouve que l'époque
He sa naissance doit être placée vers 1350.
Pendant le temps où il fut au service de la cha-
pelle pontificale, il paraît qu'il visita la France
et les Pays-Bas, car quelques vers de Martin Le
Franc semblent indiquer que ce poète l'a vu à
la cour des ducs de Bourgogne.
Les archives de la chapelle pontificale ren-
ferment quelques messes composées par Guil-
laume Dufay, et dont les titres sont : Ecce
ancilla Domini; Omme (Homme), l'Omme
armé; Se la face ay pale; Tant me déduis.
Tinctoris cite aussi la messe de ce compositeur
intitulée de Saint Antoine. Kiesewetter a pu-
blié le Kyrie (à quatre voix) de la inesse Se la
face ay pale, le Benediclus de la messe Ecce
ancilla Domini (à deux voix), le Kyrie (à
quatre voix) de la messe de l'Homme armé.
La précieuse section des manuscrits de la Bi-
bliothèque royale de Belgique renferme un volume
qui provient de la chapelle des ducs de Bourgo-
gne, et qui contient beaucoup de messes et de
motets des musiciens belges les plus célèbres
au quinzième siècle. On y trouve trois messes à
trois voix et trois autres à quatre voix de Du-
fay. Le volume est coté 1555, in-fol. Un volume
manuscrit du quinzième siècle, qui est à la bi-
bliothèque de Cambrai sous len° 6, in-fol. , con-
tient des Kyrie, Gloria et Credo de différentes
messes, à trois et à quatre parties, au nombre
desquels est un Gloria à 4 parties qui porte le
nom de Dufay. Les autres pièces du volume
sont sans nom d'auteur, d'oùM.deCoussemaker
croit pouvoir conjecturer qu'elles appartiennent
toutes au même auteur. Un manuscrit intéres-
sant qui appartenait à Guilbert de Pixérécourt
contient des motets et des chansons françaises
de Dufay, entre autres la chanson à trois voix,
Cent mille escus quant je voeldroie, mor-
ceau très-remarquable par les imitations bien
faites qu'il contient et par la pureté de son har-
monie.
Plusieurs auteurs ont dit que Dufay a ajouté
deux octaves au système complet de Gui d'A-
rezzo; cette assertion ne se soutient pas à l'exa-
men des monuments historiques de l'art, comme
je le prouverai dans mon Histoire de la Musique.
Il est plus raisonnable de s'en tenir à cet égard
au texte à" 1 Adam de Fulde, qui dit que Dufay
ajouta quelques notes au-dessous du gamma-ut
grave du système de Gui, et quelques autres
notes au-dessus de cc-fa.
DUFORT (Charles De), compositeur et
maître de chapelle à Paris, est né à Sens le 21
novembre 1803. Après avoir fait ses premières
études de musique dans sa ville natale, il
devint élève du célèbre hautboïste Brod, pour
la composition. En 1831 il s'est présenté au con-
cours de l'Institut ; mais, n'ayant pas réussi,
il n'a plus tenté de nouvel essai. Il a publié beau-
coup de musique d'église de laquelle nous con-
naissons : 1° Messe semi-solennelle pour solos
et chœurs, avec orgue; Paris, V Canaux. —
DUFORT — DUGAZON
73
2° Psaume Lextcra Domini pour soprano et
basse, chœur et orgue; ibid. — 3° Motets, Vent,
Creator, à voix seule et orgue ; ibid i"A ve ve-
rum, pour ténor solo, chœur et orgue; ibid. —
5° salut aris Hostia, à 3 voix et orgue;
ibid. — 6" Adorcmus, à 2 voix de soprano,
chœur et orgue; ibid. — 7° Ave, maris Stella,
à 3 voix et org.ie; ibid. — 8° Sub tuum prx-
sidium, chœur à 2 voix de femme et orgue ;
ibid, — 9° Hymne Veni, Sancle Spiritus , pour
voix solo et chœur; ibid. — 10° Sombre nuit,
aveugles ténèbres, quatuor religieux pour so-
prano , contralto, ténor et basse, avec accomp. de
piano : ibid. On a aussi de M. de Dnfort des ro-
mances et des morceaux détachés de différents
genres.
DUFOUR ( Le P. J. ), jésuite de la maison
de Vaugirard-lez-Paris, adonné des soins à
l'impression du Graduale Romanum de son
confrère le R. P. Lambillotte (voy. ce nom ) ,
après la mort de celui-ci, et a été l'éditeur de
son livre intitulé : Esthétique, théorie et pra-
tique du Chant grégorien. Une dissertation
du R. P. Schubiger, moine bénédictin et maî-
tre de chapelle au couvent d'Einsiedeln ( Suisse,
canton de Schwitz ), ayant été insérée dans le
numéro de décembre 1856 de la Revue de Mu-
sique ancienne et moderne publiée par M . Th.
Nisard, on y lut une appréciation sérieuse des Ira-
vaux du P. Lambillotte sur le chant grégorien,
dans laquelle ses erreurs fondamentales étaient
démontrées (voy. Schubiger ). Le P. Dufourcrut
devoir publier à cette occasion, dans le journal
intitulé PAmi de la Religion ( 12 mars 1857),
une Réponse à quelques attaques dirigées
contre l'œuvre du P. Lambillotte. Elle fut ré-
futée dans un écrit de M. Nisard qui a pour
titre : le P. Lambillotte et dont Anselme Schu-
biger; notes pour servir à l'histoire de la ques-
tion du chant liturgique au commencement de
l'année 1857 ; Paris, 1857, in-8° de 46 pages. Cet
écrit fut suivi d'une Réponse de Loin Anselme
Schubiger au P. Dufour, précédée de quel-
ques réflexions faisant suite aux notes pour
servir à l'histoire de la question du chant
liturgique au commencement de l'année
1857, .par Théodore Nisard; Paris, 1857,in-8°
de 30 pages. D'autre part M. l'abbé Cloet ( voy.
ce nom ) avait publié des Remarques critiques
sur le Graduale Romanum du P. Lambillotte;
le P. Dufour y répondit par un Mémoire sur
les chants liturgiques restaurés par le P.
Lambillotte, de la Compagnie de Jésus, et
publiépar le P. L... de la même Compagnie.
Examen des principales difficultés propo-
sées par divers auteurs, et en particulier par
l'abbé Cloet dans les Remarques critiques sur
le Graduale Romanum, etc.; Paris, Adrien Lc-
Clerc el C><\ in-4° de VI et 64 pages (voy. Cloet
au sujet de ce Mémoire ).
DUFRESNE ( Ferdinand ), (ils d'un violo-
niste de l'orchestre de fa Comédie-Française,
naquit à Paris en 1783. Élève de son père, il
fut admis au Conservatoire en 1797, et reçut des
leçons de Gaviniès pour le violon. Sorti de
cette institution en 1800, il fut attaché à l'or-
chestre de POpéra-Comique jusqu'en 1806, puis
fut chef d'orchestre du théâtre de Nante>s
pendant deux ou trois ans. De retour à Paris
vers 1809 , il se livra à l'enseignement dans
les collèges et dans les pensionnats. If vivait
encore à Paris en 1825. Dufresne a publié en-
viron vingt-cinq œuvres de duos, trios, airs
variés, pots-pourris, et quatre concertos pour le
violon. Son œuvre 20 est un quatuor brillant
pour deux violons, alto et basse; Paris, Boiel-
dieu.
Le père de Dufresne, qui était attaché à l'or-
chestre de la Comédie-Française dès 1752, a fait
graver à Paris, en 1780, six solos pour flûte
avec variations, œuvre 1.
DUGAZON (Lodise-Rosalie LEFÈVRE),
femme d'un acteur renommé de la Comédie-Fran-
çaise, naquit à Berlin en 1753, et vint à Paris
à l'âge de huit ans. En 1767 on la fit débuter
comme danseuse au théâtre d'opéra -comique
qu'on appelait alors la Comédie -Italienne. Sa
grâce, sa gentillesse, l'intelligence dont elle fai-
sait preuve, et le succès qu'elle obtint dans
quelques petits airs qu'on lui fit chanter, déter-
minèrent sa vocation pour le genre des comé-
dies à ariettes. Le premier rôle qu'on lui confia
fut celui de Pauline, dans le Sylvain de Grétry.
Elle y fut applaudie avec tranports dès son dé-
but, qui eut lieu le 30 juillet 1774. Sans posséder
une belle voix , et sans instruction dans l'art
du chant, elle savait exciter l'enthousiasme des
habitués de la Comédie-Italienne par les accents
d'un organe plein de charme. D'ailleurs, actrice
douée d'instinct, de finesse et de sensibilité,
elle savait émouvoir, faisait verser des larmes
ou provoquait à son gré la gaieté. Les personnes
qui l'ont entendue dans sa jeunesse parlent en-
core avec admiration de son jeu et même de son
chant dans les rôles de Babet (de Biaise et
Babel )', de Justine (dans Alexis et Justine),
et surtout de Nina. Lorsque l'âge ne lui permit
plus de jouer ces rôles, elle prit ceux de mères ;
mais , quoiqu'elle y fût encore bonne actrice ,
elle n'y produisit plus autant d'effet que dans
ceux de sa jeunesse. En 1792 cette excellente
actrice se relira de la scène ; elle y reparut en
74
DUGAZON — DUIFFOPRUGCAR
1795', et sembla au public n'avoir rien perdu de
son talent. Dans le Prisonnier, dans le Calife
de Bagdad, et dans beaucoup d'autres pièces,
elle mit à ses rôles un cacbèt particulier de gaieté
et de linesse que n'ont pu retrouver toutes les
actrices qui lui ont succédé. Madame Dugazon
a donné son nom aux rôles de sa jeunesse et de
son âge mûr ; on les distingue encore au théâtre
en Jeunes Dugazon et Mères Dugazon.
Retirée du théâtre en 1806, cette actrice est
morte le 22 septembre 1821, à l'âge de soixante-
huit ans.
DUGAZON (Gustave), fils de la précé-
dente, naquit à Paris en 1782. Admis au Con-
servatoire de Musique de cette ville, il y devint
élève de Berton pour l'harmonie, et, après avoir
interrompu plusieurs fois ses études, passa sous
la direction de Gossec pour la composition. En
1806 il concourut à l'Institut de France et obtint
le deuxième grand prix; puis il se livra à l'en-
seignement du piano et publia plusieurs morceaux
détachés pour cet instrument. Son premier ou-
vrage pour la scène fut un ballet intitulé Noémi;
il l'écrivit pour le théâtre de la Porte-Saint-
Martin. En 1812 il fit représenter au théâtre
Fcydeau Marguerite de Waldemar, opéra en
trois actes, qui fut suivi de la Noce écossaise ,
en un acte (1814), et du Chevalier d'industrie,
en un acte (1818), composé en société avec
Pradher. Aucun de ces ouvrages ne réussit.
Pour l'Opéra Dugazon à écrit : 1° les Fiancés
de Caserte , ballet en un acte (1817); Alfred
le Grand, ballet en trois actes , arrangé avec la
musique du comte de Gallenberg (1822); Aline,
ballet en trois actes , en société avec Berton
(1823). Parmi les compositions instrumentales
de Dugazon on remarque cinq mélanges d'airs
variés en trios, pour piano, violon et violoncelle,
Paris, Dufaut et Dubois, et Janet et Cotelle;
cinq mélanges d'airs et nocturnes pour piano et
cor, Paris, Gaveaux, Petit, Janet, Pacini ; fantai-
sies , mélanges d'airs, préludes et toccates pour
piano seul, Paris, Dufaut et Dubois, Le Duc,
Petit, Janet, Schlesinger; airs variés pour
piano seul, Paris, Petit, Janet, Dufaut et Du-
bois; quadrilles de contredanses pour piano;
duos pour harpe et piano, Paris, Le Duc. On a
aussi de ce musicien plusieurs recueils de
romances et de nocturnes à deux voix. Du-
gazon est mort à Paris vers la fin de l'année
1826.
DUGUET (L'abbé), maître de musique à
l'église Saint -Germain l'Auxerrois en 1767,
passa en la même qualité à Notre-Dame en
1780. Il a composé beaucoup de messes et de
motets qu'on conserve en manuscrit dans la
bibliothèque de la cathédrale de Paris. En 1767
il fit exécuter avec succès un motet de sa com-
position au Concert spirituel.
DUHAMEL (J. -M.), ancien élève de l'É-
cole polytechnique, puis directeur des études,
dans cet établissement et membre de l'Académie
des Sciences de l'Institut de France, est connu
par divers ouvrages de hautes mathématiques ,
au nombre desquels on remarque celui qui a pour
titre : Mémoire sur faction de Varchet sur
les cordes (dans les Mémoires présentés par
divers savants à l'Académie des Sciences
tome VIII).
DU HEM ( Hippolvte-Jean) , professeur de
trompette au Conservatoire royal de Bruxelles,
est né à Paris, le 1 er décembre 1828, d'un père
belge. Admis au Conservatoire de Bruxelles
comme élève au mois d'avril 1845, il y reçut
des leçons de M. Zeiss, pour la trompette, et ses
progrès furent si rapides,que le premier prix de
cet instrument lui fut décerné au concours dans
l'année suivante. Il entra bientôt après dans la
musique des Guides et au Théâtre royal, en qua-
lité de trompette solo. Pendant les trois années
qu'il occupa ces positions, il perfectionna son ta-
lent par des études constantes. Engagé ensuite
pour les concerts et festivals de l'Angleterre, il
y obtint de brillants succès; puis il parcourut
l'Ecosse, l'Irlande, l'Amérique du Nord etduSud,
la Hollande et l'Allemagne, recueillant partout
des applaudissements par son talent remarquable.
De retour à Bruxelles dans les premiers jours
de 1860, M. Duhem a été nommé professeur
de son instrument au Conservatoire. On a de
lui plusieurs compositions pour la trompette
et le cornet à pistons, qui ont été publiées à
Londres.
DUIFFOPRUGCAR (Gaspard), célèbre
luthier, né dans le Tyrol italien vers la fin du
quinzième siècle, voyagea d'abord en Allemagne,
et s'établit ensuite à Bologne, vers 1510. Fran-
çois I er , roi de France, étant allé dans cette ville en
1515 pour y établir un concordat avec Léon X,
entendit parler des talents de Duiffoprugcar, et
lui fit faire des offres si avantageuses qu'il le
détermina à venir à Paris. Il paraît que, le climat
nébuleux de la capitale ne convenant point à la
santé de cet artiste, il obtint la permission de
se retirer à Lyon. Plusieurs instruments sortis
de ses mains sont datés de cette ville. On a gravé
son portrait en médaillon, où il est représenté
entouré d'instruments, tenant un compas d'une
main et un manche de l'autre ; ce portrait est
daté de 1562 , ce qui pourrait faire croire qu'il
vivait encore alors. M- Cartier a possédé une
belle basse de viole et un ténor de viole de cet artiste
DUIFFOPRUGCAR — DULON
75
célèbre, el M. Raoul, amateur distingué comme vio-
loncelliste, a eu aussi une basse de viole deDuiflo-
prugcar, qui est devenue ensuite la propriété de
l'excellent luthier M. Vuillaume. Cet instrument,
dont le dos représente l'ancien plan de Paris en
marquetterie , est remarquable par sa beauté
et la belle qualité de ses sons. L'instrument le
plus intéressant peut-être qui existe aujourd'hui
de ce luthier célèbre est un violon grand pa-
tron, le seul connu jusqu'à ce jour, et qui porte
son nom, avec la date de t539. La qualité des
sons de cet instrument est puissante , péné-
trante, et porte au loin dans une grande salle.
La tète représente une figure de fou de roi,
avec une fraise plissée. Ce violon a appartenu
à M. Merts, professeur au Conservatoire de
Bruxelles.
DUJARDIX (Dominique), prêtre etcomposi-*
teur, fut nommé maître de chapelle de la ca-
thédrale de Rouen en 1636. 11 quitta cette posi-
tion en 1648 et y fut rappelé en 1659. Il la con-
serva jusqu'à sa mort, arrivée en 1665. Dans la
collection de Messes publiée par RaHard , avec
les quatres parties en regard, il en existe une de
Dujardin, ad imitationem moduli Tu es Petrus;
Paris, 1643, in-fol. max.
DUJARDIN, ou DE HORTO. Voij. ce
nom.
DULCÏNO (Jean -Baptiste) , compositeur
italien , vivait au commencement du dix-sep-
Uème siècle. Il a publié un recueil de motets
de sa composition sous ce titre : Cantiones sa'
crx octo vocibus, una cum Litaniis B. M.
Virgins et Magnificat cumB. C; Venise , 1609,
in-4°.
DULICH (Philippe), né àChemnitz en /563,
fut professeur de musique à l'ancienne école
normale de Stettin, et mourut dans cette ville
en 1631 , à l'âge de soixante-huit ans. On a im-
primé de sa composition : 1° Harmonise aliquot
septenis vocibus compositx ; Stettin, 1593. — 2°
Centuriœ 6 octonum et septennumvocum har-
monias sacras laudibus Sanctse triados con-
secratas continentis ; Stettin, 1607, in-4°. La se-
conde partie de cet ovvrage a paru en 1610 ,
et la troisième en 1612 3° Novum opus viusi-
cum duarum partium , continents dicta in-
signiora ex evangeliis dierum domin. et festo-
rum totius anni desumpta et quinarum vo-
cum concentu exornata, etc.; Leipsick , 1609,
in-4\
DULlNG (Antoine), né à Magdebourg vers
la lin du seizième siècle , fut cantor à Cobourg.
Il a publié : Cythara melica, oder XXXII la'
teinische Motetten fur 8 bis 12 Stimmen, auf
die Fest-Tage gerichtet (Trente-deux Motets
latins, depuis huit voix jusqu'à douze, etc.),
Magdebourg, 1620.
DULKEIV (Jean-Louis), né à Amsterdam
le 5 août 1761 , apprit dans sa ville natale, et
ensuite à Paris, sous la direction de son père,
l'art de confectionner des clavecins, forté-pianos
et autres instruments. En 1781 l'électeur de Ba-
vière le fit venir à Munich, où il épousa la cé-
lèbre pianistn Sophie Lebrun, et où il se trouvait
encore en 1812. Les pianos qu'il y a fabriqués
élaient si estimés pour la qualité du son et le
fini du mécanisme, qu'ils se sont répandus non-
seulement dans toute l'Allemagne, mais même
en Suisse et en Italie, et qu'ils y ont été fort re-
cherchés.
DULKEIV (Louise), dont le nom de famille
était David, naquit à Hambourg le 20 mars 1811.
Élève du directeur de musique C.-F.-G. Schwen-
cke, elle prit ensuite des leçons de Wilhelm
Grund et devint une pianiste distinguée. Dès l'âge
de onze ans elle se fit entendre avec succès dans
les concerts , et brilla dans les villes principales
de l'Allemagne. En 1828 elle se rendit à Londres
et s'y fixa. Son talent la fit rechercher par la
haute société comme professeur de son instru-
ment, et elle se fit une très-bonne position dans
la capitale de l'Angleterre. M m e Dulken est morte
à Londres le 12 avril 1850.
DULOX (Lotis) (1), llùtiste distingué, naquità
Orianenhourg sur le Havel, en Prusse, le 14
août 1769, d'une famille originaire de France,
exilée par suite de la révocation de l'Édit de
Nantes. Une ophlhalmie dont il fut atteint à
l'âge de huit ans, et qui fut mal traitée par un ocu-
liste ignorant, le priva pour toujours de l'usage
de la vue. Son père, qui était inspecteur de l'ac-
cise, jouait fort bien de la flûte et était élève de
Quantz. Il lui enseigna à jouer de cet instrument,
et Angerstein, organiste ■de la ville, lui donna
des leçons d'orgue. Ses progrès sur ces deux
instruments furent rapides. A l'âge de treize
ans il fit un voyage dans les principales viiles
de l'Europe, accompagné de sa sœur, et par-
tout il excita l'admiration générale par la ma-
nière brillante dont il jouait les pièces les plus
difficiles. Il composait aussi et dictait ses ou-
vrages avec facilité. En 1796 il alla à Saint-Pé-
tersbourg, où il obtint le litre de musicien de
l'empereur de Russie. Deux ans après il revint
dans son pays et s'y fixa. La cour de Russie
lui avait fait une pension qui lui a été payé*;
régulièrement. De retour en Allemagne vers 1800,
(1) Dans la notice de la première édition j'avais suivi les
indications du nouveau Lexique d'Ernest L. Gerber ; mai»,
ayant acquis postérieurement l'autobiographie de Dulon
c'est elle qui m'a servi de guide pour celle-ci.
re
DULON — DUMAS
il se îlxa à Stendal, dans la régence de Marien-
bourg. Ce fut là qu'il écrivit sa propre bio-
graphie, à l'aide d'un alphabet en relief et mo-
bile que M. Wolke, directeur d'une école pri-
maire à Dresde, avait inventé pour lui, en 1796.
C.-M. Wieland a publié cet ouvrage sous ce ti-
tre : la Vie et les Opinions de Dulon, joueur
de flûte aveugle , dictées par lui-même (Du-
lons des blindai Flœtenspielers Leben xind
Meynungen, von ihm selbst bearbeitet) ; Zu-
rich, 1807-1808, deux vol. in-8°. En 1823, Du-
lon s'établit à Wùrzbourg, où il est mort le 7
juillet 1826. On a de ce musicien les composi-
tions dont les titres suivent : 1° Trois Duos pour
flûte et violon , op. 1 ; Leipsicli, 1800-. — 2"
Douze Variations pour flûte et violon, op.
2; ibid., 1800. — 3° Trois Duos pour flûte et
violon, op. 3; ibid., 1801. — 4° Caprices pour
une et deux flûtes, op. 4 ; ibid. — 5° Trois
Duos pour deux flûtes, op. 5; ibid. — 6°
Trois Duos pour flûte et violon, op. 6 ; ibid.
-*- 7° Premier Concerto pour la flûte, en sol,
op. 8; ibid.
DUMANOIR (Guillaume), fds d'un méné-
trier de Paris , succéda en 1659 à Constantin
dans la charge grotesque de roi des violons et
maître des ménétriers, de la confrérie de Saint-
Julien ; charge qui avaitétéétablie à Paris en 1331,
et que Charles VI avait confirmée par une ordon-
nance datée du 24 avril 1407. Les prétentions du
roi des violons, qui voulait asservir tous les mu-
siVens, et même les organistes, à se faire recevoir
maîtres de danse, occasionnèrent souvent des
procès qui furent toujours jugés en faveur des
musiciens. Dumanoir fut'le premier qui établit
cette prétention dans une brochure de cent
vingt pages in- 12, écrite d'un style bas et gros-
sier , et intitulée : le Mariage de la musique
avec la danse, Paris, 1664. Une ordonnance de
police rendue contre Dumanoir en faveur des
joueurs de hautbois, le 29 avril 1 689, nous apprend
qu'il exerçait encore sa charge à cette épo-
que. Son fils , nommé Guillaume comme lui, et
qu'on appelait Dumanoir second, lui succéda
en 1690 ; mais il se démit de son emploi , par
acte passé devant notaire, le 1 er décembre
1695.
DUMAS (Louis), fils naturel de Montcalm,
seigneur de Saint-Véran et de Candiac, naquit à
Nîmes en 1676. Il étudia la jurisprudence , la
philosophie, et se lia avec le P. Malebranche,
qui le fortitia dans son goût pour la dernière de
ces sciences. Il finit par se livrer à la culture des
lettres et des arts : la musique devint particu-
lièrement l'objet de ses études. Il passa les der-
nières années de sa vie au château de Vauxjours,
à quelques lieues de Paris, et y mourut le 19 jan-
vier 1744. On a de cet amateur des arts : l'Art
de composer toutes sortes de musique sans
être obligé de connaître le ton ni le mode ;
Paris, 1711, in-4°.
DUMAS (Antoine-Joseph), né à Bélhune
en 1705, fit ses études à Arias, et se rendit à
Paris, après les avoir terminées, pour y faire
connaître une méthode d'enseignement pour les
enfants qu'il avait inventée, et qu'il appelait la
Méthode du bureau typographique. Ce bu-
reau élait une imitation des procédés de compo-
sition de l'imprimerie, et par son moyen les en-
fants apprenaient à assembler les lettres dont les
mots sont formés, et à décomposer ceux-ci, pour
parvenir à lire avec promptitude. Dumas appli-
qua ses procédés à la musique, et publia sur ce
sujet un livre intitulé : l'Art de la Musique
enseigné et pratiqué par la méthode du bu-
reau typographique, établi sur une seule clef,
sur un seul ton, sur un seul temps et sur un
seul signe de mesure; Paris, sans date (1753),
in-4° obi. 'd'environ 450 pages, tout gravé. Un
abrégé de cet ouvrage a paru sous ce titre :
l'Art de la Musique enseigné et pratiqué
sans transposer , joint à une introduction
à la connaissance des clefs pour la démons-
tration des voix relatives; Paris, sans date
(1758), in-4°, gravé. La méthode de Dumas, en
ce qui concerne l'unité de clef, a beaucoup d'a-
nalogie avec les principes qui servent de base à la
méthode pliismodernedu méloplaste. L'auteur de
l'article Dumas (Louis) de la Biographie uni-
verselle deMichaud confond cet auteur avec Du-
mas (Antoine-Joseph), et lui attribue les deux
ouvrages de celui-ci ; il oublie que Louis Dumas
était mort en 1744, et que ces deux ouvrages
n'ont paru qu'en 1753 et 1758.
DUMAS (Le P. D.Henri-Bonaventure), cor-
delier du couvent de Lyon , naquit en cette ville
le 31 décembre 1698. Après avoir fait ses études
au collège des jésuites, il entra au couvent des
cordeliers et y prononça ses vœux en 1715.
Une bibliothèque ayant été fond e en 1735 par
les religieux de son ordre, le P. Dumas en fut
nommé directeur et ne négligea rien pour son
accroissement. Le catalogue de cette bibliothèque,
telle qu'elle existait encore en 1790, se trouve
parmi les manuscrits delà bibliothèque publique
de Lyon. Le P. Dumas mourut en 1773 ou 1774.
Il avait étudié la musique dans sa jeunesse;
plus tard il s'occupa de sa théorie avec beaucoup
de soin. Les ouvrages qu'il a laissés sur cette
matière se trouvent en manuscrit dans la biblio-
thèque publique de Lyon , sous le n° 964. Ils se
composent de divers Mémoires, dont voici les
DUMAS — DUMOJNCHAU
77
titres: \° Du tempérament de l'orgue et du
clavecin, daté de 1755. — 2° Principes de
l'Harmonie , 1756. Ce morceau est divisé en
trois parties, dont la première renferme la théo-
rie; dans les deux autres sont les applications
à la pratique. — 3° Éclaircissements sur
l'harmonie tempérée. — 4° Observations sur
le jeu de des harmoniques. Le petit ouvrage
intitulé Ludus melotheticus, publié en 1758,
a été l'occasion du Mémoire du P. Dumas; il
s'y proposa la solution du secret de ce jeu assez
futile. — 5° Traité de l'Harmonie théori-
que et pratique, 1759. La première partie de
cet écrit concerne la pratique de l'art; la se-
conde, la théorie. Delandine, dans son catalogue
des manuscrits de la bibliothèque de Lyon,
attribue ces ouvrages à un P. Dumas, jésuite
de la maison de Lyon; je crois que c'est une
erreur..
DUMAS (...), facteur d'instruments, à
Paris, né à Sommières, inventa en 1810 une
basse guerrière, instrument du genre de la
clarinette, qu'il destinait à jouer les parties de
basse dans la musique militaire. Cet instrument
fut soumis à l'examen d'une commission qui
l'éprouva , et il fut décidé qu'il serait employé
dans la musique de la garde impériale; toute-
fois cette clarinette basse ne fut pas alors intro-
duite dans la musique d'instruments à vent ; ce
n'est qu'environ vingt ans plus tard qu'on a re-
connu l'utilité de ce genre d'instrument, et que
l'usage a commencé à s'en établir. Dumas est
mort à Versailles en 1828.
DUMENIL ou DUMEN1, acteur de l'O-
péra, du temps de Lulli, avait une haute-contre
de la plus belle qualité; il chanta longtemps les
premiers rôles avec le plus grand succès. Son
début eut lieu, en 1677, dans l'opéra A'Isis; il
mourut en 171 5, fort âgé. Il avait été cuisinier
de M. de Foucault, intendant de Montauban , ce
qui fit qu'un plaisant du parterre s'écria, un jour
qu'il jouait le rôle de Phaélon :
« Ah! Phaéton! est-il possible
« Que vous ayez fait du bouillon ? »
Ce fut lui qui joua le premier le rôle de Re-
naud, dans Armide. Mattheson, qui l'avait en-
tendu, dit. qu'il chantait comme un cuistre. C'é-
tait un homme abject, vivantaux dépens des filles
de l'Opéra, se laissant battre par elles, et ne pa-
raissant sur la scène que dans un état d'ivresse
habituelle. {Voyez M\upin.) La Viéville de Fie-
lleuse, son contemporain, dit de lui : « Il est in-
« digne qu'un maraud ose paraître sur le théâtre
■< ne pouvant se soutenir, en changeant la di-
« gnité du spectacle en farce ou bouffonnerie, par
« des postures, un badinage ridicules, comme l'ai-
n sait tous les jours Duménil (Comparaison de
« la musique italienne et de la musique fran-
« çoise, 2 e partie). »
DU MOLIN, ou DUMOLIN (Jean-Remi),
musicien belge, né dans les dernières années du
quinzième siècle, fut organiste de l'église Saint-
Jean, à Matines. Il occupait encore cette place
en 1528, suivant la note d'un payement qui lui
fut fait en cette année, lequel est mentionné au
registre 1804 de la chambre des comptes (Ar-
chives du royaume de Belgique). Le nom de cet
artiste est écrit du Moulin (J.) dans plusieurs
recueils de compositions des musiciens du sei-
zième siècle , mais il est bien orthographié dans
les Motelti delFiore aquattro voci, libri 1, 2,
3, 4, publié à Lyon par Jacques Moderne de Pin-
guento, en 1532-1539, in-4°. Le troisième livre
de cette collection renferme le motet à 4 voix
In Domino confido de Du Molin, page 25.
Une autre collection intitulée : Motettorum a Ja-
cobo Moderno, alias Grand-Jacques , in unum
coactorum et ab eodem impressorum liber
primus cum quinque vocibus; liber secundus
cum quinque vocibus; liber tertius cum quin-
que et sex voc; liber quartus ad quinque et
sex voces; liber quintus ad quinque, sex et
septem voces; Lugduni per Jacobum Moder-
num, 1532-1542, in-4° obi., renferme les mo-
tels à 5 voix de Du Molin : Adonay Domine:
et Pater, peccavi. Le deuxième livre des Mis-
sarum dominicalium quatuor vocum, publié
par Pierre Attaingnant, en 1534, contient deux
messes de cet artiste.
DUMOiXCHAU (Charles-François), naquit
à Strasbourg le 11 avril 1775, et non le 15 février
1778, comme on le dit dans le Dictionnaire
historique des Musiciens de Choron et Fayolle.
Son père lui enseigna les principes de la musi-
sique et lui donna des leçons de violoncelle;
Berg lui donna ensuite des leçons d'harmonie,
et Baumayr lui enseigna à jouer du piano. Cet
instrument lui fit négliger l'étude du violon-
celle ; il y fit de rapides progrès et acquit une
habileté peu commune, particulièrement dans
l'exécution de la musique fuguée. La guerre
vint interrompre ses études. Il fut employé dans
l'administration des vivres de l'armée, et les évé-
nements militaires le conduisirent à Paris, où
il se lia d'amitié avec Kreutzer, à qui il dédia son
premier oeuvre^ qui consistait en sonates de
piano. Admis au Conservatoire de Musique,
il y reprit ses éludes de piano et de composition ;
mais quelque temps après il sortit de cette école
pour prendre des leçons de Wœffl. En 1805 il
donna au théâtre de la Porte-Saint-Martin un
opéra-comique intitulé l'Officier cosaque; cet
78
DUMQNCHAU
DUM
ouvrage eut quelque succès; les morceaux déta-
chés ont «Hé gravés, avec accompagnement de
piano, chez Le Duc. Peu de temps après, Du-
nionchau retourna à Strasbourg, y vécut comme
professeur de piano, et alla s'établir à Lyon en
1809. Il mourut dans cette ville le 21 décembre
189.0. Comme compositeur, Dumonchau se dis-
tingue par un style élégant et pur ; mais il man-
quait d'invention : de là vient que sa musique
est déjà oubliée depuis longtemps. Il a fait graver
à Paris •. 1° Trente-trois sonates pour piano
seul , œuvres 1 , 3, 5, 1 9, 2 1 , 26, 28 , 30 et 32.
— 2° Vingt-quatre sonates pour piano, avec vio-
lon ou flûte, œuvres 4, 13, 15, 20, 23 et 24.
— 3° Deux trios pour piano, violon et basse,
op. 29 et 34. — 4° Deux concertos de piano,
œuvres 12 et 33. — 5° Des bagatelles, des
airs variés, des mélanges et des pots-pourris.
II a laissé en manuscrit quelques composi-
tions, entre antres une symphonie concertante
pour flûte , hautbois et basson, et un concerto
pour cor.
DUMOINT (Henri) , né près de Liège en
1610, apprit dans cette ville la musique et à
jouer de l'orgue. Étonnés de la rapidité de ses
progrès , ses parents l'envoyèrent à Paris, pour
qu'il y perfectionnât ses talents. En 1639 il obtint
l'orgue de Saint-Paul, et peu de temps après le roi,
ayant entendu quelques morceaux de sa compo-
sition , en fut si satisfait qu'il nomma Dumont
l'un des maîtres de sa musique, où il remplaça
SpiilietGobert.il remplit les fonctions de cette
place pendant trente ans, conjointement avec son
confrère l'abbé Robert. La reine, qui aimait la
musique de Dumont, donna à ce musicien le
même emploi dans sa maison et le fit nommer à
l'abbaye de Silly. La musique qui se chantait à
la chapelle du roi avait été, jusque vers 1670,
composée seulement pour les voix, selon l'ancien
système, avec une partie de basse instrumentale,
qu'on appelait basse continue. Louis XIV,
porté vers tout ce qui avait un air de grandeur,
désira qu'à l'exemple de Carissimi et de ses imi-
tateurs les maîtres de sa musique joignissent à
leurs motets des accompagnements d'orchestre ;
il en parla à Dumont, qui, religieux ohserva-
ieur des décisions du concile de Trente, répondit
au roi qu'il ne pouvait se prêter à ce qui lui était
demandé. Louis XIV, curieux d'examiner d'où
pouvait naître ce scrupule, consulta l'archevêque
de Paris (de Harlay ), qui affirma que le concile
avait proscrit les abus de la symphonie, mais
non la symphonie elle-même. Dumont ne se
rendit qu'avec peine à cette décision. Il se pour-
rait que le concile eût été d'un grand secours au
roat':rede chapelle, pour cacher son inhabileté à se
servir d'un orchestre. Quoi qu'il en soit, peu de
temps après (en 1674 ) il demanda et obtint sa
retraite de vétérance. Il mourut en 1684 et fut
inhumé dans l'église de Saint-Paul , dont il avait
été organiste pendant quarante cinq ans.
On a de Dumont cinq messes en plain-chant,
connues sous le nom de messes royales , qu'on
chante aux fêtes solennelles dans plusieurs églises
de Fiance : ce sont ses meilleurs ouvrages; leur
caractère est noble et solennel. Ses autres ou-
vrages sont : 1° Mélanges à 2, 3, 4 et 5 parties
avec la basse continue, contenant plusieurs
chaivions, motets, Magnificat , préludes et
allemandes pour l'orgue et pour les violes,
UvreV; Paris, Robert Rallard, 1649, in-4°. —
2° Mélanges à 2, 3 , 4 et 5 parties , et c, II e
Livre; ibid., 1757, in-4°. — 3° Cantica sacra,
2, 3,4 voc. et inst ruinent ismodulata, adjeclx
itidem litanix 2 vocibus,ad libitum 3 et 4,
cum basso continuo, liber primus ; Paris, R.
Ballard, 1662, in-4°. — 4° Motets à deux voix
avec le basse continue ; ibid., 1668, in-4°. — 5°
Motets à 1, 3 et 4 parties pour voix et ins-
truments, avec la basse continue; Paris, Chris-
tophe Ballard , 16S1 , in-4°. 11 est vraisemblable
que ceux qui ont été publiés chez le même im-
primeur , en 1686 , sous le titre de Motels pour
la chapelle du Roi, mis en musique par
M. Dumont, etc. , sont la seconde édition de
ceux-ci. J
DUN, famille de musiciens qui fut attachée à
l'Opéra de Paris et à la musique du roi, de géné-
ration en génération, pendant plus d'un siècle.
Dans la Pastorale comique, ballet de Molière ,
chanté et dansé, on trouve un chanteur de ce
nom. Jean, son fils, remplissait le rôle d'Hidraot
dans VArmide deLulli, en 1688, et remplaça
Beaumavielle dans les barytons. Deux filles et
un fils de celui-ci, nommé Jean comme lui, fu-
rent attachés à l'Opéra jusqu'en 1742, en qualité
de chanteurs. Ce dernier Jean Dun vivait encore
en 1772 et recevait une pension de mille li-
vres; mais il disparaît de la liste, des pension-
naires de l'Académie royale de Musique dans le
Calendrier des Théâtres de 1773, ce qui indique
qu'il a cessé de vivre dans cette même année
1772.
DUIYI (Écide-Romuald), compositeur drama-
tique, naquit à Matera, dans le royaume de Na-
ples, le 9 février 1709, d'un maître de chapelle,
dont il était le dixième enfant. Lorsqu'il eut at-
teint l'âge de neuf ans, on l'envoya au Conserva-
toire dei Poveri di Gesù Cristo, à Naples,
dirigé alors par Durante. Ses études étant ter-
minées, il se rendit à Rome , où il fut chargé
d'écrire l'opéra de Nerone, en concurrence avec
DUNI — DUINKELFEIND
Pergolèso, qui travaillait alors à son Olimpiade ,
et, ce qu'on aurait peine à comprendre en com-
parant les deux partitions, l'ouvrage de Pergo-
lèse tomba, et celui de Duni eut le plus grand
succès. On doit rendre justice à celui-ci; il ne
s'enorgueillit point de son triomphe, et proclama
hautement la supériorité de son rival. Chargé
d'une mission secrète pour Vienne, par la cour
de Rome, il profila de cette occasion pour faire
entendre sa musique dans la capitale de l'Au-
triche. 11 revint ensuite dans sa patrie, où il fut
nommé maîtrede chapelle de Saint-Nicolas de Bari.
Quelques années après il écrivit pour le théâtre
Saint-Charles, de Naples, l'opéra tfArtaxercès,
qui eut du succès ; après quoi il se rendit à Ve-
nise, et de là à Paris et à Londres, où il composa
la musique de plusieurs ouvrages. Une maladie
chronique, dont il ressentait les effets , l'inquié-
tait beaucoup ; les médecins anglais lui conseil-
lèrent de passer en Hollande, pour y consulter
Boërhaave, qui le guérit en effet ; mais, comme
il revenait dans sa patrie, il fut attaqué par des
voleurs, près de Milan, et le trouble que lui
causa cet événement détruisit sa santé pour tou-
jours. Après avoir visité Gênes, il fut chargé
d'enseigner la musique à la fille de l'infant de
Parme. La cour de ce prince étant presque toute
française, Duni se hasarda à écrire quelques pe-
tits opéras dans celte langue. Son coup d'essai
fut la ISinette à la cour de Favart; le succès
fut si grand qu'on lui envoya la Chercheuse
d'esprits le Peintre amoureux de son modèle.
En 1757 il revint à Paris, où il se fixa, et, après
y avoir fait la musique de dix-huit opéras, dans
l'espace de treize ans, il y mourut le 11 juin
1775. Presque tous les opéras français de Duni
ont eu du succès. Pour juger du mérite de sa mu-
sique il ne faut point y chercher des formes dé-
veloppées auxquelles on est maintenant accou-
tumé, mais qui étaient inconnues de son temps ; son
instrumentation est nulle, et même, sous ce rap-
port, il est-très inférieur à Pergolèse et à tous les
compositeurs sortis comme lui de la première école
de Durante; son expression dramatique manque
souvent de force, mais ses mélodies sont natu-
relles et gracieuses; il a de la gaieté, et même
quelquefois de la verve comique. Ses opéras
italiens sont Nerone, Artaserce, Bajazet, Ciro,
Ipermnestre, Demofoonte, Alessandro,Adria-
7io, C atone , Didone, Demetrio, l'Olimpiade.
Voici la liste de ses opéras français : ISinette. à
la cour (1755) ; le Peintre amoureux de son
modèle (1757); le Docteur Sangrado ; la
Veuve indécise (1758); la Fille mal gardée
(1759) ; Nina et Lindor; l'Ile des Fous; Mazct
1761); la Bonne Fille; le Retour au village
(t 7G2) ; la Plaideuse et le Procès ; le Mili-
cien ; les Chasseurs et la Laitière; le Ren-
dez vous (17 63) ; l'École de là jeunesse ; la
Fée Urgèle (1765); la Clochette (1766),- les
Moissonneurs; les Sabots (176S); Thémire
(1770).
Duni avait un frère aîné , nommé Antoine,
lequel, après avoir étudié la musique sous la di-
rection de son père, s'éloigna de sa patrie pour
aller chercher fortune ailleurs. Arrivé à la cour
de l'électeur de Trêves, il y écrivit plusieurs
ouvrages pour la chapelle de ce prince, qui,
charmé de son talent, le récompensa magnifi-
quement. Toutefois Antoine Duni, ayant formé
le projet de se rendre en Espagne, ne s'arrêta
pas à Trêves. Son compatriote Farinelli, qu'il
trouva à Madrid, lui fit obtenir la place de maître
de la chapelle royale , et le fit choisir pour maître
de musique du fils du duc d'Ossuna. Mais l'in-
constance de son caractère le poussa à quitter
encore celte position avantageuse et à se rendre
en Russie, où il se maria et eut plusieurs fils.
Devenu maître de la chapelle impériale, il écri-
vit , pour le service de l'impératrice Catherine,
plusieurs morceaux de musique religieuse qui
furent estimés à cette époque.
DUNKEL (François), né à Dresde en 1769,
commença l'étude de la musique à l'âge de six
ans, sous la direction de son père, musicien de
la chapelle de l'électeur de Saxe, et apprit
ensuite le contrepoint par les leçons de Weinling.
En 1788 il entra comme violoniste dans la cha-
pelle de son souverain. Il a composé : 1° les
Anges près de la Croix, oratorio. — 2° Trois
cantates. — 3° Recueil de Chansons avec ace.
de piano; Dresde, 1790.-4° Duos pour flûte
et violon; ibid., 1792. — 5° L'ouverture et
les chœurs d'un drame intitulé : Kein Faust-
rcchl mehr, qui fut représenté à Weimar en
1797. Dunkel a laissé aussi en manuscrit des
symphonies, des concertos pour le violon et le
violoncelle, des quintettes, des quatuors, des trios
et des duos.
DUIXKELFEIIVD (Gaspard), pseudonyme
sous lequel a été publiée une critique du traité
de Nichelmann (voij. ce nom) sur la mélodie.
Cette critique a pour titre : Gedanken eines
Liebhabers der Tonkùnst uber Herrn Nichel-
mann's Tractât von der Mélodie (Idées d'un
amateur de musique sur le traité de la Mélodie
de M. Nichelmann); Nordhausen, 1755, in-4° de
deux feuilles. Nichelmann répondit à cette critique
par le petit écrit intitulé : Die Vortreflichkeit
des Gedanken des Herrn Gaspar Dunliel-
feindes ûber die Abhandlung von der Mé-
lodie, etc. (l'Excellence des idées de M. Gaspard
80
DUNRELFEIND — DUPAR
Dunkelfeind sur la dissertation concernant la
mélodie, etc. ) , in-4° de 16 pages , sans date et
sans nom de lieu.
DUNSTABLE (Jean), ouDUNSTAPLE,
né vers 1400 dans un bourg d'Ecosse dont il prit le
nom, est cité par les écrivains sur la musique des
quinzième et seizième siècles, avec Dufay et Bin-
chois, comme auteur de plusieurs perfectionne
ments importants dans l'harmonie et dans la nota-
tion, ïinctor ouTinctoris (voy. ce nom), qui écri-
vait en 1476, dit à propos de la transformation de
Part d'écrire appelé contrepoint : « La source et
« l'origine de cet art nouveau, s'il est permis de
« s'exprimer ainsi , paraît avoir été chez les An-
« glais, dont le chef fut Dunstaple. Ses contem-
« porains en France ont été Dufay et Binchois, sui-
« vis immédiatement par les modernes Okeghem,
« Busnois, Régis et Caron, tous excellents dans
« la composition, suivant ce que j'ai appris (1). »
Burney, appuyant son opinion de ce passage,
n'hésite pas à attribuer à ses compatriotes les
perfectionnements de l'harmonie figurée et en
fait particulièrement honneur à Dunstable, ajou-
tant qu'il a fait de vaines recherches dans les
Pays-Bas pour y trouver la confirmation de ce
qu'ont avancé Guichardin et l'abbé Dubos con-
cernant l'invention du contrepoint par les Fla-
mands. Mais il ne s'agit pas ici de cette inven-
tion : Burney le reconnaît lui-même, puisqu'il
avoue qu'il existait des traités de contrepoint
avant que Dunstable fût né (2). Au reste , sans
entrer au fond du sujet, et sans avoir besoin de
démontrer par des documents certains qu'il y
avait en Belgique une école de musique d'où sont
sortis les perfectionnements de l'art au quinzième
siècle, et qui existait deux cents ans avant Duns-
table, il suffit d'une simple observation pour dé-
montrer l'erreur de Tinctoris, à savoir que Dufay
était lénordelachapelle pontificale en 1380, comme
e prouvent les registres de cette chapelle cités
t ,ar Baini (3) ; d'où il suit que sa naissance a
précédé celle de Dunstable de plus de quarante
ans, et que, parvenu à cette époque de sa vie, il
avait déjà trouvé les perfectionnements qui don-
nent à ses ouvrages une supériorité incontes-
table sur ceux de ses prédécesseurs. Dunstable
partage avec ce même Dufay et Binchois la
(t) Cujus, ut ita dicam, novœ artis fons et origo apud
Anglicos, quorum caputDunstaplc extitit, fuisse exhibetur,
et huic contemporanei fuerunt lu Gallia Dufai et Binchois,
quibus immédiate successerunt modernl Okeghem, Bus-
nois, Régis et Caron, omnium quos audiverim in com-
posltione prxstantlssimi. » Voy. Proportionale , Prohe-
mhtm.
(2) A General H istory of Muslc, tome II. p. 400.
(3) Memorle storico-critiche délia vita e délie overe di
Glov. Picrl. da Palestrina, t. I, n. 65S.
gloire d'avoir fait disparaître de l'harmonie les
successions grossières de quintes , d'octaves et
d'unissons, qui abondent dans les productions
musicales des treizième et quatorzième siècles ;
d'avoir diminué la fréquence des croisements de
voix, et d'avoir rendu les mouvements de celles-
ci plus simples et plus naturels; d'avoir donné
plus deplénitude aux accords ; enfin d'avoir donné
à l'harmonie plus de variété par l'artifice des
prolongations ou retards. C'est par là qu'il est à
citer dans ce que Tinctoris appelle Y art nou-
veau, et c'est ce qui lui assure une place hono-
rable dans l'histoire des transformations de la
musique. Dunstable mourut en 1458 et fut
inhumé dans l'église de Saint-Étienne, à Wal-
brooek. Dans son épitaphe il est qualifié de ma-
thématicien, maître d'astronomie et musicien.
( Voy. Weaver, Funeral Monuments, p. 577. )
Gafori (1), Morley (2), Ravenscroft (3) , et
d'après eux Burney (4) et Hawkins (5), attri-
buent à Dunstable un traité de la musique me-
surée ( de Mensurabili Musica), qu'on n'a pas
retrouvé jusqu'à ce jour. Cependant un manus-
crit du Muséum britannique , petit in-4°, coté
10,336, renferme un traité sur la même matière,
au bas duquel on lit Qd. Dunstable. Ce traité,
dit le rédacteur du catalogue des manuscrits de
musique qui se trouvent au Muséum, commence
au feuillet 6 et finit au feuillet 18 du volume,
lequel contient divers autres ouvrages de musique
transcrits dans l'année 1500 par Jean Tucke, ba-
chelier es arts du collège de Sainte-Marie à Ox-
ford. L'auteur du catalogue pense que ce petit ou-
vrageest celui de Dunstable, qu'on croyait perdu,
et il en cite le commencement que voici : Quili-
bet in arte practica mensurabili canins ;
mais il ne s'est pas souvenu que ce commence-
ment est celui du traité du chant mesuré de Jean
de Mûris.
Gafori a rapporté un Veni, Sancte Spiritus,
à trois voix écrit par Dunstable. Ce morceau, le
seul de ce maître qui ait été connu jusqu'à ce
jour, est de peu d'importance; mais M. Danjou
{voy. ce nom) a trouvé, au mois de juin 1847,
à la bibliothèque du Vatican, un volume manus-
crit qui renferme un grand nombre de chansons
françaises à trois voix , de Dunstable, Dufay et
Binchois.
DUPAR (Elisabeth), cantatrice française,
chanta pendant longtemps en Italie, où elle était
connue sous le nom de la Francesina. lin
(1) Pract. iVt/s.,1.. s, c. 7.
(2) Introd., p. 178.
(3) Briffe Disc., p. 1 et suiv.
(4) Loe. cit. p. 399.
(S| A Général llisl. of ihe science and praet. of Music,
t. II, p. 298.
DUPAll — DUPONT
81
1736, elle se rendit à Londres, où elle chanta
deux ans après dans l'opéra de Pharamond de
Ha'iidel. En 1745 elle remplit l'emploi de prima
donna dans les oratorios du môme compositeur.
Son portrait a été gravé.
DUPHLY (. . .), bon claveciniste et pro-
fesseur distingué, est né à Dieppe, en 1716. Il
avait eu pour maître de clavecin Dagincourt,
organiste à Rouen. Vers 1750, il vint s'établir à
Paris, où son talent le lit recliercber avec empres-
sement. Il y publia quatre livres de pièces de
clavecin. Il est mort en 1788.
DUPIERGE (Félix-Tiburge-Auguste), né
àCourbevoye, près de Paris, le 11 avril 1784, est
élève de son père pour le violon et pour la com-
position. Il est entré comme violoniste à l'or-
chestre de l'Opéra-Comique. On a gravé à Paris
les ouvrages suivants de sa composition : 1° Duos
pour deux violons, œuvres 1, 5, 6 et 7 ; —
— 2° Deux concertos pour le violon, œuvres 2 et 4 ;
3° Grandes sonates pour le piano avec accomp.
de violon, liv. 1,2 et 3; — 4° Méthode de
violon; Paris, Frère. La musique de violon de
cet artiste a eu du succès et est estimée. Vers
1815, M. Dupierge a quitté l'orchestre de l'Opéra-
Comique pour se fixer à Rouen.
DUPIN (Philippe-Simon), connu sons le
nom de Dupin jeune, avocat à la cour royale
de Paris, né à Varzy (Nièvre), le 7 octobre 1795,
est mort à Nice, le 14 février 1846. Au nombre
des écrits qu'il a publiés, on remarque celui qui a
pour titre : Mémoire pour MM. les sociétaires
de l'Opéra-Comique contre M. le directeur de
l'administration ; Paris, 1827, in-8°.
DUPLESSiS (Le Jeune), violon de l'Opéra,
entra à l'orchestre de ce théâtre, aux appointe-
ments de 450 livres, fut nommé maître de mu-
sique de l'école de magasin de V Opéra en 1748,
et mis à la retraite au mois de décembre 1749.
Il a écrit la musique d'un opéra-ballet joué en
1734, sous ce titre : Les Fêtes nouvelles.
Le frère de cet artiste, connu sous le nom de
Duplessis l'aîné, était entré comme violoniste
à l'Opéra en 1704, et se retira après quarante-
quatre ans de service en 1748. On a de lui deux
livres de sonates de violon, gravés à Paris.
DUPLESSIS (Le Chevalier LE1VOIR),
né à Paris, en 1754, a donné, sur le petit théâtre
des élèves de l'Opéra de Paris, V Amour enchaîné
par Diane (en 1779), opéra en. un acte, com-
posé en société avec Edelmann , et Don Carlos,
ou la Belle invisible (1780). Celte dernière
pièce est un pastiche arrangé avec de la musique
de plusieurs auteurs italiens.
DUPONCHEL (Le P. Jacques), né à Douai,
dans la première moitié du dix-septième siècle ,
BlOCIi. UNIV. DES MUSICIENS. — ,T. 111.
fut moine de l'ordre des Cordeliers, et organiste
attaché au cardinal liiclii, a Rome. Il s'est fait,
connaître comme compositeur par les ouvrages
suivants : 1° Psalmi vespertini cum Utaniis
B. M. V. 3 vocum; Rome, 1G65. — 2° Sacne
cantiones 1, 3 et 4 vocibus cum Utaniis
B. M. F. op. 2; Bologne, Jacques Monti, 1671.
— 3° Messe a 3,4, 5 voci concertait con vio-
lini ë ripieni a bene placito, op. 3; Rome,
J.-A. Mnzio, 1676.
DUP01XT (Henri-Bon aventure) , musicien
à Paris, an commencement du dix-huitième
siècle, a publié dans celte ville des Principes
de musique, par demandes et par réponses;
Paris, 1713, in-4°. La deuxième édition a paru
dans la même ville, en 1718, in-4°. C'est à tort
qu'on a attribué cet ouvrage à Jean-Baptiste Du-
pont, qui se rapporte à l'article suivant , dans le
Dictionnaire des Musiciens (Paris, 1810).
DUPONT (Jean-Baptiste), violoniste à
l'orchestre de l'Opéra de Paris, depuis 1750,
retiré avec la pension en 1773, a fait graver deux
concertos pour le violon , arrangés sur les airs
de Lucile et du Déserteur.
DUPONT (Pierre) littérateur, vivant à Pa-
ris vers 1800, est l'auteur d'un écrit publié soiw
le voile de l'anonyme, et qui est intitulé Ré-
flexions sur la décadence du théâtre de l'O-
péra, ou Aperçu des moyens capables de le
relever; Paris, 1799,in-l2.
DUPONT (. . . .), facteur d'orgues à Nancy,
naquit dans les premières années du dix-hui-
tième siècle, et mourut en 1757. Il apprit les
éléments de son ait dans les ateliers de Nicolay,
facteur de la même ville, devint un habile ou-
vrier, et lit les plus grands travaux de la facture
d'orgues dans la Lorraine. Ses principaux ou-
vrages sont : 1° Le grand orgue de 16 pieds à
l'église cathédrale de Toul, qui a coûté plus
de 45,000 francs; 2° l'orgue de Verdun ; 3° ce-
lui de Saint-Jacques à Lnnéville , en 1749;
4° celui de Saint-Michel, dans la même ville, en
1753; 5° l'orgue des Carmélites, à Ormes;
6° l'orgue de l'abbaye de Moyenmoutier ; 7° Le
grand orgue de la cathédrale de Nancy, 175/.
Dupont mourut pendant la construction de cet
instrument, qui fut terminé par son élève Vau-
trin, en 1758.
DUPONT (Auguste), pianiste, compositeur
et professeur au Conservatoire royal de musique
de Bruxelles, est né à Ensival (province de
Liège), le 9 février 1828. Son père, musicien de
mérite, qui a laissé en manuscrit beaucoup île
compositions pour l'église , fut son premier
maître de musique et de piano. En 1840, M. Du-
pont est entré comme élève au Conservatoire de
6
82
DUPONT — DUPORT
Liège, et y a étudié le piano pendant quatre ans,
sous la direction de M. Jalheau, élève de Jac-
ques Herz et de Kalkbrenner. Des revers de
fortune ayant causé la mort de son père, en
1844 , Dupont sortit du Conservatoire et se re-
tira à Ensival, où pendant six ans il s'est livré
à un travail assidu, donnant des leçons dans
les châteaux voisins pendant le jour, et consa-
crant toutes les soirées à l'étude du mécanisme
du piano et de la musique classique. C'est ainsi
qu'il parvint à placer dans sa mémoire les 48
préludes et fugues que renferme le clavecin
bien tempéré de J.-S. Bach. Ses premiers essais
de composition appartiennent aussi à cette
époque : ses ouvrages furent publiés à Liège,
pendant les années 1846,47 et 48. En 1850, M. Du-
pont prit la résolution de voyager pour se faire
entendre et former son style : dans ce but , il
écrivit un concerto pour piano et orchestre, une
sérénade, un duo pour piano et violon, une
sonate pour piano seul, et divers autres mor-
ceaux de différents caractères. Sa première
«xcursion fut à Bruxelles, en 1851 : il se fit
entendre au cercle artistique, puis au théâtre de
La Monnaye. Peu de mois après il accepta les '
propositions qui lui étaient faites par un Anglais,
«ntrepreneur de concerts, et partit avec lui pour
Londres, où il joua ainsi que dans plusieurs
grandes villes de l'Angleterre. De retour sur le
continent , il partit pour l'Allemagne, et arriva à
Berlin au commencement de l'année 1852. 11 y
donna quatre concerts avec succès, et la protec-
tion de la princesse de Prusse et de Meyerbeer
lui procura l'honneur de jouer deux fois à la
cour, devant la famille royale. Après avoir ob-
tenu des succès dans plusieurs villes importantes
de la Prusse et de la Saxe, M. Dupont revint
en Belgique, et dans la même année une place
de professeur de piano étant devenue vacante au
Conservatoire de Bruxelles, il fut appelé à la rem-
plir. Placé dans celte situation nouvelle, M. Du-
pont n'a pas tardé à éprouver les effets de Pin-
lluence d'une écol*», foyer ardent d'amour et de
dévouement pour l'art. Becherchant les conseils
du directeur de cette institution , il réforma son
style d'exécution, le rendit plus pur et plus clas-
sique , perfectionna son mécanisme , fit des
études plus sévères dans l'art d'écrire , et par ces
modifications de son talent, en fit une transfor-
mation complète. Dans un voyage qu'il a fait
en Hollande, pendant l'année 1856, il a recueilli
les fruits de ses études consciencieuses, et a
obtenu les succès les plus brillants et les plus
honorables. Ses compositions ont acquis aussi
plus de vigueur de pensée, un meilleur ordre
logique et plus d'expérience de la gradation des
effets. Dans un second voyage en Allemagne,
que l'artiste a fait en 1859, il a donné des con-
certs avec de brillants succès à Brunswick et à
Leipsick, ville dans laquelle ses dernières com-
positions ont été publiées chez Breitkopf et
Hœrtel, et chez Holfmeister. Au nombre de
celles-ci, on remarque : Grand trio (en sol mi-
neur) pour piano, violon et violoncelle, op. 34 ; —
2 me concerto pour piano et orchestre, op. 31 : —
Fugue et bourrée (en si mineur), pour piano seul,
op. 32. — Variations de concert, dans le style
sévère, op. 36. — Quatuor ( en mi bémol ) pour
2 violons, allô et basse, op. 37 Trois impromptus
de concert pour piano et violon, op. 3s. — Deux
valses (en si bémol et ré bémol), op. 39. — Trois
morceaux impromptus pour piano et vioion, op.
40; Mayence, Schott. Les ouvrages publiés par
M. Dupont jusqu'au moment où cette notice est
écrite (1860) sont : 1° Variations sur un air popu-
laire liégeois; Liège, Goret, 1846. — 2° Étude (la
Pluie demai); Liège, Binck, 1847. — 3° Étude
de trilles; Liège, Muraille, 1848.-4° La Pensée,
morceau détaché ; ibid. — 5° La Sérénade;
Mayence, Schott. — 6° Concerto en fa mineur
pour piano et orchestre; ibid., 1850. — 7° Six
contes du foyer, en morceaux séparés pour
piano ; ibid., 1852. — 8° Trois cahiers de rémi-
niscences pastorales; ibid., 1853. — 9° Barca-
role; ibid. — 10° Nouvelles réminiscences pas-
torales; ibid. — 1 1° Rêverie; ibid. — 12° Chan-
son de jeunes filles; ibid. — 13° Étude fan-
tastique à 5 temps; ibid., 1854. — 14°Toc-
cate, ibid. — 15° Chanson hongroise, ibid. —
16° Sonate pour piano et violon ; Leipsick,
Breitkopf et Hsertel. — 17° Lamenfo, poésie
élégiaque pour piano: ibid. — 18° Mazurka et
Ballade; ibid. — 19° Plusieurs airs de danse;
Londres, Distin. — 20° Le trémolo staccato;
Bonn, Simrock. — 21° Grand Galop fantas-
tique, dédié à Meyerbeer ; ibid. — 22° Fantaisie
pour piano et orchestre, op. 21; Paris, Ri-
chault. — 23° Sonate pour piano seul en sol
mineur, op. 22 ; ibid. — 24° Variations classi-
ques en fa mineur, op. 23, ibid. — 25° Le Mou-
vement perpétuel , op. 24 ; ibid. — 26° Grand
trio pour piano, violon et violoncelle, op. 29;
ibid. — 27° Marche et scène druidique, op. 3o;
ibid. M. Dupont a écrit un grand Concerto-
symphonie pour piano et orchestre qui a été
exécuté dans un concert donné par lui au prin-
temps de 1857 , et au concert du conservatoire
dans l'année suivante.
DUPORT (Jean-Pierre), connu sous le nom
de Duport Vaine, habile violoncelliste, est né
à Paris, le 27 novembre 1741. Il reçut des le-
çons de Bertliaul, et devint bientôt le meilleur
DU PORT
83
élève de ce virtuose. En 1701, il se fit entendre
au Concert spirituel pour la première fois, et
réunit tous les suffrages. Le prince de Conli
se l'attacha , et le garda dans sa musique jus-
qu'en 1769, époque où Duport fit un voyage en
Angleterre. Deux ans après il alla en Espagne,
et enfin, en 1773, il se rendit à l'invitation de
Frédéric II, roi de Puisse, et alla à Berlin occu-
per la place de premier violoncelliste de la chapelle
de ce prince, qui lui donna pour élève le prince
royal son neveu (depuis Frédéric-Guillaume II).
Depuis 1787 jusqu'en 1806 il remplit les fonctions
de surintendant des concerts de la cour ; mais
l'état déplorable oii la Prusse se trouva réduite
après la perte de la bataille de Jéna obligea le
roi à réformer sa musique. Duport continua ce-
pendant à demeurer en Prusse jusqu'à sa mort,
qui eut lieu à Berlin, le 31 décembre 1818. Cet
artiste tirait un beau son du violoncelle et jouait
sans peine les passages les plus difficiles ; mais
il n'avait pas le style large et expressif de son
frère, objet de l'article suivant. Il a écrit et fait
graver : 1° Trois duos pour deux violoncelles,
œuvre 1 er ; Paris, Sieber. — 2° Six sonates
pour violoncelle et basse; Amsterdam et Berlin,
1788. E.-L. Gerber lui atlribue aussi plusieurs
autres œuvres de sonates et des concertos; mais
ces ouvrages appartiennent à son frère.
DUPORT (Jean-Louis), célèbre violoncel-
liste, frère du précédent, naquit, à Paris, le 4
octobre 1749. Fils d'un maître de danse, il était
destiné, comme Duport l'aîné, à suivre la profes-
sion de son père; mais, comme lui, il préféra
se livrer à l'étude de la musique L'instrument
qu'il choisit d'abord était le violon; mais sé-
duit par les succès de son frère, il quitta cet
instrument pour le violoncelle, et devint l'élève
de Duport l'aîné. Doué des plus beureuses dispo-
sitions, il fit de rapides progrès, et surpassa bientôt
son maître en habileté. 11 n'avait pas encore
atteint sa vingtième année, et déjà il avait de la
célébrité. Le Concert spirituel , celui des ama-
teurs, connu depuis sous le nom de Société Olym-
pique, et les réunions musicales du baron de
Bagge, offraient alors aux artistes les moyens de
se faire connaître. Ce fut là que Duport jeta les
fondements de sa réputation, augmentant cbaque
jour son talent par les conseils et les encourage-
ments qu'il recevait de ses amis. L'arrivée de
Viotti à Paris fut l'événement le plus heureux
pour Duport, qui comprit qu'en appliquant au
violoncelle la manière large et brillante de ce
grand artiste il obtiendrait des effets inconnus
auparavant. Il travailla donc à se former un
style nouveau, et le succès couronna ses efforts.
Lié d'amitié avec le violoncelliste anglais Cros-
dill, il le suivit à Londres, et y fut accueilli avec
entliousiasme; mais il ne resta que six mois dans
la capitale du royaume britannique.
Les premiers troubles de la révolution fran-
çaise ayant éclaté en 1789, Duport se rendit en
Prusse, près de son frère, et fut placé dans la
musique de la cour. Il y jouit de la réputation
de premier violoncelliste de son temps, et fut
recherché avec empressement, non - seulement
par les artistes, mais par les étrangers qui visi-
taient Berlin. Après un séjour de dix-sept ans
dans celte ville , Duport , ruiné par la guerre,
de Prusse, revint en France en 1806. Le long
intervalle écoulé depuis son départ de Paris y
avait affaibli le souvenir de son talent; il fal-
lait refaire sa réputation, et il avait cinquante-
huit ans. Le sentiment de sa force le soutint
dans cette entreprise difficile. Il se fit enten-
dre, en 1807, dans un concert qu'il donna à la
salle de la rue Chantereine, conjointement avec
mademoiselle Colbran (plus tard madame Ros-
sini), et y excita le plus vif enthousiasme. On
admira la pureté du son qu'il tirait du violon-
celle, son style jeune encore, suave et large à
la fois, et, ce qui était plus étonnant à son âge,
la vigueur de son coup d'archet. Toutefois, soit
indifférence de la part de l'autorité qui était alors
chargée de l'administration des arts, soit par
l'effet d'intrigues sourdes, Duport se vit délaissé.
Le Conservatoire, l'Opéra, la chapelle du prince,
tout se fermait à son approche; il n'y avait de
place nulle part, et l'intéressant artiste, ruiné par
les événements politiques et par des faillites par-
ticulières, allait être forcé de quitter de nouveau
sa patrie pour chercher ailleurs du pain, lorsque
le roi d'Espagne (Charle IV), dont le séjour était
fixé à Marseille, l'attacha à son service. En
1812, ce prince obtint du gouvernement fran-
çais l'autorisation de se transporter à Rome, et
Duport fut encore obligé de revenir à Paris.
Dans l'hiver de 1812 à 1813, il parut trois fois
aux concerts de l'Odéon, et, quoique âgé de
soixante-cinq ans, il étonna par la jeunesse de
son talent. Ce fut alors qu'une justice tardive
lui fut enfin rendue. Admis d'abord dans la
musique de l'impératrice Marie-Louise, il entra
ensuite à la chapelle de l'Empereur comme vio-
loncelliste solo, et enfin au Conservatoire comme
professeur.
Dégagé des soucis qui l'avaient accablé pen-
dant plusieurs années, Duport sembla tout-à-coup
rajeunir. Point de concert où il ne brillât, point
de soirée musicale dont il ne fût; à peine pou-
vait-il suffire à l'empressement des amateurs.
Dans les courts intervalles que lui laissaient ses
engagements de société, il composait des duos,
6.
8-1
DUPORT — DUPREZ
des trios et des nocturnes, dans lesquels il ma-
riait les accents de son violoncelle aux sons de
la harpe de Bochsa, du cor de Duvernoy, ou du
violon de Lafont. Tout le monde connaît les jo-
lis nocturnes qu'il a écrits en société avec Bochsa.
En 1815, le Conservatoire fut supprimé; Duport,
qui n'avait point été compris dans la nouvelle
organisation de l'école royale de musique en
1816, resta attaché à la musique du roi. Enfin,
à soixante-dix ans, il fut altaqué d'une maladie
bilieuse, considérée d'abord comme peu dange-
reuse, mais qui, s'étant jetée sur le foie, ne
tarda point à prendre un caractère plus sérieux,
et finit par le conduire au tombeau, le 7 septem-
bre 1819. Il laissa en mourant trois enfants :
deux fdles et un fils; celui-ci, après avoir été quel-
que temps attaché au théâtre de Lyon comme vio-
loncelliste, a établi à Paris une fabrique de pianos.
Il possédait la basse de son père, admirable ins-
trument de Stradivari, dont l'excellent violon-
celliste Franchomme a fait l'acquisition, au prix
•énorme de vingt-cinq mille francs. Duport a
•composé pour son instrument : 1° Six concer-
tos, gravés à Paris, chez Janet et Cotelle. —
2° Quatre œuvres de sonates, avec accompagne-
ment de basse; Paris , Janet , Sieber. — 3° Trois
duos pour deux violoncelles ; Paris, Sieber. —
A Huit airs variés, avec orchestre ou quatuor;
Paris, Pleyel. — 5° Deux airs variés pour violon
et violoncelle , en société avec Jarnowick ; Paris,
Sieber. — 0° Romance avec accompagnement
de piano; Paris, Janet et Cotelle. — 7° Neuf
uocturnes pour harpe et violoncelle, en société
avec Bochsa; Paris, Pacini, Dufaut et Dubois.
— s Fantaisie pour violoncelle et piano, en so-
ciété avec Rigel ; Paris , Janet ; 9° Essai sur
le doigter du violoncelle et la conduite de l'ar- i
chef, avec une suite d'exercices; Paris, Pleyel ;
ouvrage fondamental pour l'étude de l'instru-
ment
ÛUPOTY (Denis-Simon), professeur de
chant et compositeur de romances, né à Ver-
sailles, le 8 novembre 1787, était fils d'un menui-
sier et exerça d'abord la profession de son père;
mais son goût pour la musique le lui fit aban-
donner. 11 se livra à l'étude du chant et de l'har-
monie, sous la direction de Matthieu , maître de
chapelle de la cathédrale. En 1815, il servit
comme volontaire pendant les cent jours, et
après la bataille de Waterloo il s'arrêta à Douai
pendant quelques mois pour continuer ses études
de composition chez l'auteur de cette notice. De
retour à Paris, il s'y livra à l'enseignement du
chant et publia quelques romances ainsi que des
chansons de Déranger, parmi lesquelles on a re-
marqué celles qui oui pour titres : le Chant pa-
triotique , le Cinq mat, le Vieil Invalide, le.
Temps, ï 'Ombre d'Anacréon, et le Vieux Dra-
peau. Une fièvre cérébrale a conduit au tombeau
Dupoty, jeune encore, le 3 juillet 1824. Il avait
remis en musique le Faux Lord, opéra comique
traité autrefois par Piccinni; mais cet ouvrage
n'a point été représenté.
DUPRATO (Jules-Laui\ent), compositeur
dramatique, est né à Nîmes, le 20 août 1827.
Arrivé à Paris à l'âge de dix-sept ans, il entra
au Conservatoire et suivit le cours de composition
de M. Leborne. En 1848, il obtint, auconcoursde
l'Institut de France , le premier grand prix de
composition pour la cantate intitulée Damoclès.
Devenu pensionnaire du gouvernement, il alla
passer deux ans à Rome, puis visita les autres
villes importantes de l'Italie, et voyagea en Alle-
magne. De retour à Paris, il a fait jouer au
théâtre de l'Opéra-Comique, le 28 juin 1854, les
Trovatelles, joli ouvrage en un acte, où se font
remarquer des idées fraîches, élégantes, une
bonne harmonie et une instrumentation intelli-
gente. Le 2 juin 1856, il a donné au môme
théâtre Pâquerette , en un acte, où le composi-
teur a été moins bien inspiré. Dans l'hiver de 1856
à 1857, M. Duprato a fait jouer au théâtre des
Bouffes Parisiens un. petit ouvrage en un acte
intitulé Mosieu Landry, qui a eu du succès.
DUPRE (Eneas), musicien du seizième siècle
sur qui l'on n'a pas de renseignements. Son nom
indique qu'il était d'origine française; mais d
vécut vraisemblablement à Venise, ou du moins
dans l'État vénitien, car on a de lui des Frottole,
sorte de chants populaires qui n'ont été en usage
que dans cette partie de la haute Italie. Les
Frottoles de Dupré se trouvent dans les 7 me et
9 me livres de la grande collection publiée par
Petrucci de Fossombrone, en 1507 et 1508.
DUPREZ ( Gilbert-Louis ), chanteur et
grand musicien, qui jouit à juste titre en Italie
et en France d'une brillante réputation, est né
à Paris, le 6 décembre 1806. Son père avait
eu dix-huit enfants, et il en était le dou-
zième fils. Dès son enfance il commença l'é-
tude de la musique, et y fit de rapides progrès.
Séduit par sa précieuse organisation musicale,
Choron, qui eut occasion d'entendre chanter cet
enfant, le fit entrer à l'école de musique qu'il di-
rigeait, et donna à son éducation les soins les
plus assidus. Une connaissance solide et étendue
de toutes les parties de la musique fut donnée au
jeune Duprez, qui justifia les espérances qu'il
avait inspirées. Le premier essai qu'il fit en
public de .son talent eut lieu dans des représen-
tations de VAtkalie de Racine (en 1820), au
Théâtre-Français, où l'on avait introduit des
DUPREZ — DUPUIS
83
chœurs et des solos. Duprez y chanta une partie
de soprano dans un trio composé pour lui et deux
autres élèves de Choron par l'auteur de cette
notice, et l'accent expressif qu'il mit dans l'exé-
cution de ce morceau fit éclater les applaudis-
sements dans toutes les parties de la salle.
Bientôt après vint la mue de sa voix, qui l'o-
bligea de suspendre les études de chant.
Pendant cette crise de l'organe vocal , il apprit
l'harmonie et le contrepoint , et ses essais en
composition prouvèrent qu'il pouvait obtenir des
succès en ce genre. Cependant une voix de ténor
avait succédé à sa voix enfantine; d'abord faible
et sourde de timbre , elle ne laissa que peu d'es-
poir pour l'avenir; mais le sentiment musical
de Duprez était si beau, si actif, si puissant,
qu'il triomphait des défauts de son organe. Au
mois de décembre 1825 il débuta au théâtre de
l'Odéon.dans le rôle d'Almaviva, de la traduc-
tion française du Barbier de Séville de Rossini.
Il lui manquait l'assurance en lui-même, et
l'expérience dans l'art du chant scénique ; tou-
tefois on put comprendre dès lors que, malgré
la faiblesse de sa voix , Duprez serait un chan-
teur distingué. Il resta au théâtre de l'Odéon
jusqu'en 1828, époque où l'opéra cessa d'être
joué à ce théâtre. Il partit alors pour l'Italie, et y
obtint des engagements qui ne le firent pas re-
marquer d'abord, mais qui furent utiles à son
talent et au développement de sa voix , dont le
timbre acquit plus de puissance. De retour à
Paris en 1830, il joua quelques représentations
à l'Opéra-Comique, notamment dans La Darne
Blanche, où les connaisseurs l'applaudirent et
remarquèrent ses progrès ; mais n'ayant pu con-
tracter d'engagement à ce théâtre, il retourna en
Italie. C'est alors que Duprez prit la résolution
de donner a son organe l'intensité qui lui man-
quait par le travail de la voix sombrée. Il y
réussit au delà de ses espérances. Ses succès
datent de cette époque. Bientôt sa réputation s'é-
tendit : il chanta dans toutes les grandes villes,
et en dernier lieu à Naples, où il fut en possession
delà faveur du public pendant plusieurs années.
Cependant, quels que fussent. les avantages qu'il
trouvait en Italie» il désirait ardemment se re-
trouver à Paris, et entrer à l'Opéra. Ses vœux se
réalisèrent en 1836; son engagement comme
premier ténor y fut signé par la direction de ce
théâtre •• il y succéda à Adolphe Nourrit, et dé-
buta avec un succès d'enthousiasme dans Guil-
laume Tell. L'élévation de son style dans l'art
de phraser, la puissance de son organe dans tout
ce qui exigeait de l'énergie, et sa manière admi-
rable de dire le récitatif , firent naître des trans-
ports frénétiques dans toute la salle. Pendant
plusieurs années Duprez conserva route la puis-
sance de se3 facultés chantantes; mais il est dans
la nature de l'organe factice appelé voix som-
brée de se fatiguer rapidement : ce fut ce qui
se produisit dans la voix de Duprez. Par des
efforts inouïs d'art et de volonté il prolongea sa
carrière dramatique; mais ces mêmes efforts
rendaient souvent le chant pénible et se faisaient
apercevoir. L'artiste, comprenant enfin qu'il
compromettait son beau talent, demanda sa re-
traite et l'obtint. II prit alors la résolution de se
livrer exclusivement à l'enseignement du chant ,
et fonda une école où se sont formés plusieurs
chanteurs distingués, et qui est encore ( 1860) en
activité. Il fut aussi professeur de déclamation lyri-
que au Conservatoire de Paris pendant plusieurs
années ; mais il donna sa démission de cette posi-
tion lorsqu'il eut conçu le projet de son école de
chant. Duprez a publié, une méthode dans la-
quelle il a exposé les principes de son école,
sous le titre de V Art du chant ; Paris, 184C, r.\
in-4°. Il s'est fait connaître comme compositeur
dramatique par un opéra en trois actes, intitulé
Joanita, qui fut représenté au théâtre royal de
Bruxelles en 1851, et dont la partition pour le
piano a été publiée à Paris , chez Meissoimier.
Le 28 avril 1853 il a fait jouer au théâtre de
l'Opéra-Comique de Paris La Lettre au bon
Dieu, ouvrage en deux actes, qui eut peu de
succès.
Au nombre des meilleurs élèves formés par
Dupiez, on distingue sa fille, Caroline, de-
venue la femme de Vanden Heuvel, bon pia-
niste accompagnateur et compositeur. Elle a
brillé au premier rang sur les scènes de l'Opéra-
Comique et du théâtre Lyrique par un talent (in,
élégant, et par une rare intelligence. Sa vocali-
sation est brillante et correcte.
DUPUIS (Thomas SAUNDERS ), docteur en
musique, naquit en Angleterre, de parents
français, en 1733. Son père occupait quelque
emploi à la cour de Georges II , et ce fut pro-
bablement par cette raison que le jeune Dupuis
fut placé à la chapelle royale. Il reçut les pre-
mières leçons de musique de Gates, et devint
ensuite élève de Travers, qui était dans ce
temps organiste de la chapelle du roi. A la mort
du docteur Boyce, en 1779, Dupuis fut nommé
organiste et compositeur de la chapelle. Lors de
l'exécution de la grande musique funèbre en
l'honneur de Haendel, en 1784, il fut l'un des aides
directeurs. Comme compositeur, il est connu par
plusieurs œuvres de sonates pour le piano, et
deux concertos pour le même instrument, qui
ont été gravés. On a aussi de lui des pièces
d'orgue, deux recueils d'hymnes à l'usage de la
DUPUIS — DURAN
chapelle royale, et quelques antiennes. Il avait
reçu le grade de docteur en musique , à l'uni-
versité d'Oxford, en 1790. Du puis est mort le 17
juin 1796, et a été remplacé, comme organiste
de la chapelle royale par le docteur Arnold , et
comme compositeur du roi par Atwood, or-
ganiste de Saint-Paul. Après sa mort, on a
publié de sa composition quatre services complets
pour l'Église anglicane et quatorze antiennes-, en
2 volumes in-fol.
DUPUY (Henri). Voy. Putte (van de).
DUPUY (ALBERT-Cn4Ri.Es), maître de
chapelle du chapitre abbatial de Saint-Saturnin ,
à Toulouse, naquit dans cetle ville. Dans sa
jeunesse, il avait fait un voyage en Italie, et en
avait rapporté le goût de la musique d'église
qu'il avait entendue à Milan, à Venise, à Bologne
et à Rome. De retour dans sa ville natale, il
essaya d'y opérer une réforme dans la maîtrise,
où il fut admis, et y fit entendre quelques bons
ouvrages de l'école italienne. Lui même essaya
de former son style sur ce modèle. Une messe,
quelques motels et un oratorio de sa composition
ont été entendus avec plaisir à l'église de Saint-
Saturnin, et y sont encore exécutés de temps en
temps. On connaît aussi une Ode sur la nais-
sance de Jésus-Christ, composée par le bénédictin
d'Olive, et mise en musique par Dupuy. Ce mu-
sicien est mort en 1789, âgé d'environ cinquante
ans.
DUPUY (Jean-Baptiste-Édouard-Louis-Ca-
mjîxe), né en 1775, au village deCorselles, près
de Neufchàtel, fut envoyé à l'âge de quatre ans
chez un oncle qu'il avait à Genève, pour y faire
non éducation. Il y resta jusqu'à sa treizième
année, et se rendit ensuite à Paris, où Chabran
lui donna des leçons de violon , et Dussek lui
enseigna à jouer du piano. Ses progrès furent
m rapides, qu'à l'âge de seize ans il put remplir
les fonctions de maître de concerts du prince
Henri de Prusse, à Rheinsberg. Il resta au ser-
vice de ce prince pendant quatre ans, et le suivit
a Berlin , où il étudia l'harmonie sous la direc-
tion de Fasch. Il fit ensuite plusieurs voyages,
parcourut l'Allemagne et une partie de la Po-
logne , donnant des concerts dans, toutes les
grandes villes. Vers la fin de 1793 il arriva à
Stockholm, et y fut engagé comme chanteur au
théâtre de l'Opéra, et comme second maître des
concerts de la cour. En 1799 il s'éloigna de la
capitale de la Suède pour aller à Copenhague,
où on lui avait offert un engagement comme
maître des concerts et comme chanteur de l'O-
péra. A l'époque de l'expédition des Anglais,
sous le commandement de Nelson, contre Co-
penhague, Dupuy entra en 1801 dans le corps l
de volontaires organisé pour la défense de la
ville; iiy étaitencoreen 1807, lorsque cette ville
fut bombardée , et s'y distingua si bien par son
courage, qu'il fut élevé au grade de lieutenant ;
néanmoins ses travaux militaires ne l'empêchè-
rent pas de cultiver la musique avec succès.
ËD 1809 il s'éloigna de Copenhague, et se rendit
à Paris, où il resta jusqu'à l'automne de 1810.
A celle époque il retourna en Suède, et vécut
d'abord à Schœnen, puis à Stockholm. En 1812 il
fut nommé chanteur, professeur et maître do
chapelle de la cour. Une apoplexie foudroyante
l'enleva à sa famille et à ses amis, le 3 avril 1822,
et ne lui permit pas de voir la première repré-
sentation de son opéra suédois BjornJamsida.
Comme compositeur, Dupuy s'est fait applaudir
dans les opéras intitulés : Une Folie, Félicie,
et Bjom Jarnsida. Son style est vif et animé
dans les deux premiers , sentimental dans le
dernier. Ses musiques funèbres pour le service
du roi Charles XHI et de la reine sont aussi
estimées. Parmi ses compositions instrumentales
on distingue : l°Des duos pour deux violons
concertants, gravés à Copenhague, chez Lose.
— 2° Un concerto pour flûte (en ré mineur);
Leipsick, Breitkopf et Hœrtel. — 3° Une polo-
naise pour violon priucipal,un second violon,
guitare et basse; Prague, Kronberger. — 4° Des
quadrilles de contre-danses, valses et écossaises
pour piano ; Stockholm, Graef. — 5° Des marches
en harmonie militaire, Copenhague. On a aussi
de lui pour le chant une romance à trois voix
intitulée l'Amour, Copenhague, Lose, et six
quatuors pour deux ténors et deux basses ; ibid.
DUPUY (N. ), littérateur français, réfugié en
Hollande vers le milieu du dix-huitième siècle,
est auteur d'un livre intitulé : Amuseme'nts du
cœur et de l'esprit (La Haye, 1741, in-12), où
l'on trouve des lettres sur l'origine et les pro-
grès de V opéra en France.
DURAN (Dominique-Marc), né à Alconela,
dans l'Estramadure , vers le milieu du seizième
siècle, est auteur 'de deux traités sur le plain-
chant, intitulés : 1° Luxbella de canto llano;
Toledo, 1590, in-4°. — 2° Comento sobre la
Lux bella; ibid. , in-4°. Blankenberg ( Nouvelle
édition delà Théorie des beaux-arts de Sulzer)
assure qu'il y a une deuxième édition de ces li-
vres, sous la date de Salamanque, 1598.
DURA1V (Juan), maître de chapelle de la
cathédrale de Santiago (en français Saint-Jac-
ques de Compostelle) , occupait cette place en
1525. Il a laissé en manuscrit de bonnes compo-
sitions religieuses qui se trouvent dans les archives
de cette église , et dans plusieurs autres en Es-
pagne.
DURAND — DURANDE
8?
DURAND ou DURANOWSKY (Au-
guste-Frédéric;, virtuose sur le violon, qui n'a
point joui de la réputation qu'il méritait par son
talent, est né vers 1770 à Varsovie, où son père
était musicien au service du dernier roi de Po-
logne. Il apprit de lui les principes de la mu-
sique, et reçut les premières leçons de violon.
Conduit à Paris, en 1787, par un seigneur polonais
qui s'intéressait à son sort, il fut dirigé dans
l'étude de son instrument par Viotti, qui trou-
vait en lui le génie de l'art et une admirable
facilité à jouer les choses les plus difficiles. Du-
rand vécut quelque temps à Paris, puis voyagea
en Allemagne et en Italie, pendant les années
1794 et 1795. Partout il fit admirer sa prodi-
gieuse habileté; mais tout à coup il sembla re-
noncer à l'usage de son talent, entra dans l'armée
française, et devint aide de camp d'un général.
Une fâcheuse affaire, dans laquelle il fut com-
promis, le fit mettre en prison à Milan ; la pro-
tection du général Menou le sauva des suites de
cette affaire, et le rendit à la liberté ; mais il fut
obligé de donner sa démission d'officier, et de se
rendre en Allemagne, où sa vie fut agitée. Dans
l'intervalle de 1810 à 1814 il séjourna plus ou
moins longtemps à Leipsick, Prague, Dresde,
Cassel, Varsovie, Francfort-sur-le-Mein,Mayence,
et quelques autres villes. Vers la fin de 1811 il
joua deux fois avec le plus grand succès à la cour
de Cassel, et l'année suivante il se .fit entendre
chez le grand-duc de Darmstadt et à Aschaffen-
bourg. Enfin, le besoin du repos lui fit accepter
en 1814 les places de premier violon du concert
et du théâtre qui lui étaient offertes à Stras-
bourg, et depuis ce temps jusqu'à l'époque ac-
tuelle, il ne s'est éloigné de cette ville que pour
faire de petits voyages en France et en Allemagne.
Il y était encore à la finde 1834. Dans ses Lettres
sur la musique, adressées à un de ses amis de
Florence, en 1828, le comte Michel Oginski parle
en ces fermes de l'artiste dont il s'agit : « Le
« nom de Durand ne doit pas vous être inconnu.
« Originaire d'une famille française, mais natif
« de Pologne, il avait pris le nom de Dura-
« nowski, qu'on lui donnait généralement par-
« tout. On m'a assuré que c'était un des artistes
« les plus distingués pour le violon; mais
« comme sa conduite ne répondait pas à son
« talent, il se trouvait très-souvent dépourvu
« de tout moyen de subsistance , et pour ainsi
« dire dans la misère. Il n'avait pas même de
« violon à lui; et comme l'usage decetinstru-
« ment était la seule ressource qui lui restait
« pour vivre , il s'arrêtait dans toutes les villes
« un peu marquantes qu'il rencontrait en route,
« y annonçait un concert, et, se servant du
" premier mauvais violon qu'il trouvait dans
« l'auberge, il en jouait de manière à enchanter
<> le public et à subvenir à ses besoins. Je ne
« l'ai jamais entendu ; mais son talent, tout aussi
« bien que - ses aventures, ont fait beaucoup
■< parler de lui dans toutes les capitales où je me
<« suis trouvé. »
Si Durand eût pu se défendre de l'agitation de
sa vie et se lût livré sans réserve au dévelop-
pement de ses facultés, il eût été le plus éton-
nant des violonistes. Sa manière était originale
et toute de création. Son adresse dans l'exécu-
tion des difficultés était prodigieuse, et il avait
inventé une multitude de traits inexécutables
pour tout autre que lui. Il tirait un grand son
de l'instrument, avait une puissance irrésistible
d'archet, et mettait dans son jeu une inépuisable
variété d'effets. Paganini, qui avait entendu Du-
rand dans sa jeunesse, m'a dit que ce virtuose
lui avait révélé le secret de tout ce qu'on pou-
vait faire sur le violon, et que c'est aux lumières
qui lui ont été fournies par cet artiste qu'il dut
son talent.
Comme compositeur pour son instrument,
Durand ne s'est pas élevé au-dessus du mé-
diocre ; autant il y avait de génie dans son jeu,
autant cette qualité est négative dans sa mu-
sique. Il a publié : 1° Concerto pour violon et
orchestre, œuvre 8, en la; Leipsick, Peters. —
2° Pot-pourri, idem, œuvre 10, en ré; ibid. —
3° Idem , op. 1 1 ; Offenbach , André - . — 4° Deux
airs variés pour violon et orchestre; Bonn, Sirn-
rock. — 5° Fantaisie suivie de deux airs variés
pour violon et quatuor; Leipsick, Hofmeister. —
6° Duos pour deux violons, œuvres 1, 2, 3, 4
et 6; Leipsick, Breilkopf et Haertel, et Paris,
Sieber. — 7° Des airs variés pour le violon seul ;
Vienne, Cappi, et Leipsick , Br. et H. — 8° Six
caprices ou études, op. 15; Mayence, Scholt. —
9" Six chansons allemandes pour voix seule ,
Offenbach, André.
DURAND (F.-L. ), professeur de musique à
Paris , ancien élève du Conservatoire de cette
ville, est connu par un ouvrage qui a pour titre -.
Petite grammaire musicale, ou Principes
élémentaires de la musique exposés par de-
mandes et par réponses, à l'usage des élèves
du collège Bollin; Paris, Meissonnier, 1837,
in-8°. La troisième édition de ce petit ouvrage à
paru chez le même éditeur, en 1845.
DURANTE (Ancelo), né à Bologne, vers
le milieu du seizième siècle, a publié •• \°Messe
a cinquevoci; Venise , 1578. — 2° Madrigali
a cinque; Venise, 1585.
DURANTE (Octave), compositeur et
maître de chapelle à Viterbe, au commence-
88
DURANTE
nient <!ii dix-septième siècle, naquit à Home. Il
y \ivait encore en 1614, suivant ce que rapporte
Mamlosio, dans sa Bibliotheca Romana, tome 2,
septième centurie, n° 83. H a fait imprimer un
ouvrage de sa composition sous ce titre : Arie
dévoie, le quali conlengono in se la maniera
di cantar con grazia l'imilazione délie pu-
rôle, e il modo di scriver passagi ed allri
affetli, no camente composte; Roma, appresso
Simone Verovio, 1608, in-l'oL II y a une
deuxième édition gravée sui cuivre, publiée sous
le même titre, à Rome, 1624, in-fol. Les mots
novamenle composte, placés au frontispice
de cette édition pourraient faire douter de l'exis-
tence de l'édition de 1608, citée par Walther
( Musikal. Lexicon , p. 220 ) ; mais j'ai vu cette
même édition dans la bibliothèque de l'abbé
Santini, à Rome.
DURANTE (Silvestre), maître de cha-
pelle à Sainle-Marie in Transtevere , vers le
milieu du dix-septième siècle, a l'ait imprimer
de sa composition : 1° Messe a à e 9 ad libi-
tum; Rome, 105 1. — 2° Moletti atre;Md.,
1664.
DURANTE (François) (1), chef d'une
école fameuse qui a produit quelques-uns des
compositeurs les plus renommés du dix-huitième
siècle, est né le 15 mars 1684, à Frattamaggiore,
au diocèse d'A versa, dans le royaume de Naples.
Ses parents, peu fortunés, ayant obtenu son
admission au Conservatoire Dei poveri di Giesà
Cristo , il devint élève de Gaetano Greco, alors
premier maître de ce Conservatoire. Durante
acquit sous sa direction de l'habileté dans le jeu
du clavecin, dans l'accompagnement des parll-
menti, et dans l'art de jouer de l'orgue. Le
Conservatoire ayant été supprimé, et les élèves
ayant été répartis dans les autres écoles du
même genre, Durante et son condisciple Cotu-
macci furent envoyés au Conservatoire de
S. Onofrio,où ils trouvèrent Alexandre Scarlatti,
dont les leçons perfectionnèrent leur goût et
leurs connaissances musicales (2). M. Le mar-
quis de "Villarosa, auteur de Mémoires sur les
musiciens napolitains , révoque en doute le
voyage qu'aurait fait à Rome Durante dans sa
jeunesse, suivant certaine tradition répandue en
Italie, dans le but de se perfectionner dans l'art
(0 La notice de ce musicien célèbre qui a paru dans la
première édition de cette Biographie est refaite d'après le
livre de M. de Vlllarosa sur les musiciens napolitains.
(2) Suivant Burney, le Conservatoire n'aurait été dé-
truit par le cardinal Spinellr, archevêque de Naples, qu'en
1740, et Durante aurait été premier maître de cette école;
mais le marquis de Villarosa, que j'ai pris pour guide,
paraît mieux instruit de l'histoire de3 Conservatoires de
cette ville.
du chant, par les leçons de Piloni , et dans le
contrepoint par celles de Bernard Pasquini. Il
dit que Durante vécut dans une situation si peu
fortunée, qu'il ne posséda jamais de ressources
suflisantes pour aller à Rome et pour y demeurer.
Il demande aussi quel besoin pouvait avoir Du-
rante des leçons des maîtres romains, ayant eié
instruit par Gaetano Greco et par Scarlatti? La
réponse à celte question est facile. L'école na-
politaine se distinguait dès le seizième siècle
par un sentiment de mélodie supérieur à celui
des autres écoles de l'Italie, et par une certaine
clarté d'harmonie d'où les recherches scolas-
tiques étaient bannies. Scarlatti, le plus grand
des maîtres de celte école; Scarlatti, homme de
génie, et de plus doué d'une organisation forte,
qui le rendait capable d'entrer dans la conception
des combinaisons harmoniques de l'école ro-
maine, avait introduit ces combinaisons dans
quelques-uns de ses ouvrages pour l'église ; mais,
dominé par son penchant pour l'expression dra-
matique, il modifiait les formes d'école en ce
qu'elles avaient de trop régulier et de trop raide ,
pour laisser toujours aux idées originales et
mélodiques, ainsi qu'à l'expression variée des
sentiments passionnés, leur prééminence dans
l'ait. L'organisation de Durante était très-difle-
rente de celle de son maître; peu riche d'idées,
froid par tempérament; timide par caractère
et par position sociale; enfin, complètement
étranger aux hardiesses du géniedramatique, Du-
rante portait dans la musique la dévotion de ses
sentiments religieux, la lucidité de conception,
le goût pur et le respect des traditions d'école
qui caractérisent son talent. S'il n'alla pas à
Rome , il lit évidemment une étude sérieuse des
maîtres de l'école romaine, et ses travaux curent
pour objet d'introduire dans l'école napolitaine
des formes plus sévères. C'est là son rôle dans
la direction que l'art prit à Naples au dix-hui-
tième siècle. On voit donc qu'il n'avait pas tout
appris de Gaetano Greco et de Scarlatti : la lec-
ture de ses partitions démontre qu'il s'était mo-
difié sous l'influence du génie de Rome. Ce
maître est considéré comme le plus habile pro-
fesseur qu'ait eu l'école Napolitaine; toutefois,
on serait dans l'erreur si l'on croyait que son
habileté consistait dans une doctrine lumineuse,
où tous les faits auraient été ramenés à des prin
cipes généraux tirés de la nature des choses. 11
n'y a jamais eu rien de pareil dans les écoles
d'Italie. La méthode d'enseignement n'y avait
d'autre base qu'une tradition d'école émanée d'un
sentiment très-délicat; elle procédait de ce senti-
ment bien plus que du raisonnement. Sous ce
rapport, Durante paraît avoir eu plus qu'aucun
DURANTE
89
antre le talent de communiquer celle tradition,
et le sentiment le plus perfectionné de la tona-
lité. Le grand nombre d'élèves excellents qu'il a
lormés en est une preuve irrécusable. On dis-
tingue deux époques dans son professorat. La
première a produit Traetta, Vinci, Terradeglias
et Jomelli; la seconde, qui commencée lamorl
de Léo et qui linit à la sienne, a faitéclore des
talents de premier ordre, tels que ceux de Pic-
c.inni, Saccbini, Guglielmi et Paisiello.
Dans le mois de janvier de l'année 1742, Du-
rante fut nommé maître du Conservatoire de
Loreto, après le départ de Porpora pour l'Alle-
magne. Son traitement fut fixé à 10 ducats (40
francs) par mois ; car c'est ainsi qu'étaient alors
rétribués ces grands arlisles dont les ouvrages
excitaient l'admiration de toute l'Europe. C'est
dans ce môme Conservatoire qu'il a formé quel-
ques-uns de ses meilleurs élèves. Durante avait
été mai'ié trois fois; mais aucune de ses femmes
ne put en faire un homme aimable et poli. Dans
la conversation, il était souvent bourru; quel-
quefois cependant il s'efforçait de se corriger de
ce défaut et de paraître agréable, ce qu'il faisait
du reste d'une manière assez gauche. Il s'ha-
billait avec une simplicité qui tenait de la né-
gligence, n'ayant aucun penchant non-seulement,
pour l'élégance, mais môme pour la propreté. 11
mourut le 13 août 1755, à l'âge de soixante et
onze ans. F5ien qu'il eût tiré peu de profit de ses
ouvrages, il avait vécu avec tant d'économie,
qu'il put faire construire dans l'église de Saint-
Antoine, à Frattamagiore, une chapelle dédiée à
l'archange Gabriel, avec la statue du saint dans
une niche et sur un autel de marbre : on y lit
cctle inscription : Franciscus Durante cap-
pella magister musicx fecit.
Durante est compté parmi les compositeurs les
plus célèbres de l'Italie. 11 s'est livré surtout à
la culture de la musique d'église, et n'a rien pro-
duit pour le théâtre. Il a peu d'invention dans
les idées; ses motifs sont même souvent com-
muns ou surannés ; mais nul n'a connu mieux
que lui l'art de les développer et de les enrichir
d'une harmonie vigoureuse et piquante. Son
style est religieux, solennel, et généralement
brillant, quoique dépouillé de ces effets d'orchestre
qui font le charme de la musique de nos jours,
mais qui étaient inconnus de son temps. Il a
aussi le grand mérite de donner à toutes les
parties vocales des formes chantantes et faciles;
sous ce rapport, ses compositions ont servi de
modèles, tant qu'il y a eu des écoles en Italie.
La bibliothèque du Conservatoire de musique
de Paris possède une collection complète des
œuvres de Durante, qui a été apportée en France
par Selvaggi, Napolitain et musicien distin-
gué. En voici le catalogue. Messes : 1° Missa
alla Palestrina, en ré mineur : ouvrage médio-
cre et fort inférieur au modèle que Durante
voulait imiter. — 2° Missa a 9 voci, en la ma-
jeur. — 3° Messe des morts à quatre voix, eu
sol mineur. — 4° Messe des morts à huit voix,
en ut mineur. ■ — 5° Missa a 4, Kyrie, gloriu ,
en si b. — 6° Idem, en la majeur. — 7" Idem ,
à cinq voix, en ut mineur. — 8° Idem, à cinq
voix, en ut majeur. — 9° Idem, à cinq voix, en
sol majeur. — 10° Idem, à quatre voix, en ré
majeur. — 11° Autre, à quatre voix, en rê ma-
jeur. — 12° Credo à quatre voix, en sol ma-
jeur. — 13° Credo à cinq voix, en soi majeur.
— Psaumes : 14° Dixita 8 voci con slromenti,
en ré majeur. — 15° Idem, à huit voix, en ré
majeur. — 16° Idem, à cinq voix , en ré majeur
(brillant). — 17° Idem, style trêve. — 18° Idem,
à quatre voix, ré majeur. — 19° Con/itebor a
vocesola,en ré majeur. — 20° Idem, style bref.
— 21° Laudate,pueri, a voce sola, en la mi-
neur 22° Idem, à quatre voix, en sol majeur.
— 23° Idem, à huit voix, en sol majeur. —
24" Beatus vir à quatre voix, en fa majeur. —
25° Idem, style bref. — 26° Lxtatus sum, à
quatre voix, en la majeur. — 27° Misericor-
dias Domini, a 8 senza stromenti. — 28° Ma-
gnificat à quatre voix en si b. — 29° Idem, a 8
voci, en la mineur. — Antiennes : 30° Aima,
a voce sola. — 31° Idem, a voce sola di basso.
— 32° Salve, Regina, a voce sola. — 33° Idem,
a 2 voci. — 34° Veni, Sponsa, a 5 voci. —
35° Idem, ak voci. — Hymnes-. 36° Iste con-
f essor, a 4 voci — 37° Pange lingua, a 3 voci.
— 38° Vexilla régis, à quatre voix. — Motets :
39° O gloriosa Domina, a 5 voci. — 40° O
divi amoris victima. — ^1° Si quecris mira-
cula, a voce sola — 42° Surge, a 5 voci, ré
majeur. — 43° Jam si redit, a 8 voci. —
44° Cito Pastores, a voce sola, en la majeur.
— 45° Adprxsepe,a 4 voci, en sol majeur —
46° Toccate, sonate, a 4 voci, en sol majeur.
— 47° Ave, Virgo, a voce sola, en ré majeur —
48° Surge, aurora, à trois voix, en soi majeur.
49° Inter choros, à cinq voix, en sol majeur.
— 50° Cessent corda (chœur). — 51° Videtur,
à quatre voix, en ré majeur. — 52° Te Deum,
a 5 voci, ut majeur. — 53° Litanies de la
Vierge,h quatre voix, en mi mineur. — 54° Idem,
à quatre voix, en sol mineur. — 55° Idem, à
quatre voix, en fa mineur. — 56° Idem, à deux
voix, mi mineur. — 57° încipit oralio,'a quatre
voix.— Musique de chambke : 58° Cantate : Dopo
sentira, a voce dicontr'alto — 59° XII madri-
gali col basso continuo estratti dalle cantato
90
DURANTE — DURUTTE
delScarlalti. — 61° A7 solfeggi a 2 voci, col. b.
c. — 61° Partimentipercembalo. — 62° 6 sonate.
DURELL (Jean), né à Jersey, en 1625,
mourut le 8 juin 1683. Le vingt-septième cha-
pitre de son Historia rituum (p. 314 à 323)
contient une défense de l'orgue contre les Pres-
bytériens.
DURET (Anne-Cécile DORLISE), fille
de madame Saint- Aubin, actrice de l'Opéra-Co-
mique, est née à Paris, en 1785. Admise au Con-
servatoire comme élève de Garât, le 15 germinal
an xi, elle en sortit l'année suivante, et débuta
à l'Opéra-Comique au mois de juin 1805, dans
le Concert interrompu. Sa voix était belle ,
mais son éducation musicale n'était pas terminée
et elle manquait absolument d'habitude de la
scène. Peu de mois après, elle rentra au Con-
servatoire, y reprit ses études de chant, déve-
loppa son talent par les leçons de Garât, et fut
en état de reparaître avec éclat à l'Opéra-Co-
mique le 2 avril 1808, dans le rôle de son premier
début. Une voix de la plus belle qualité, une
excellente vocalisation et une manière large de
phraser lui assurèrent dès lors la réputation d'ha-
bile cantatrice, et la plaça au premier rang à
l'Opéra-Comique, bien qu'elle n'ait jamais été
qu'actrice médiocre. Nicolo lsouard écrivit pour
elle des rôles importants qui firent briller son
talent, et qui furent longtemps difficiles à chanter
pour les actrices qui lui succédèrent. Tels fu-
rent ceux qu'elle joua dans Jeannot et Colin,
et surtout dans le Billet de Loterie. Jeune en-
core, Madame Duret fut obligée de quitter le
théâtre, parce que sa respiration était devenue
laborieuse, d'où résultait pour elle l'obligation
de couper les phrases de son chant : elle se re-
tira au renouvellement de l'année théâtrale, en
1820.
DUREY DE NOINVILLE (Jacques-
Bernard), né à Dijon, le 3 décembre 1683, fut
conseiller au parlement de Met? en 1726, et pré-
sident au grand conseil en 1731. Il est mort le
20 juillet 1768. On a de lui : Histoire du théâ-
tre de l'Académie royale de musique en
France, depuis son établissement jusqu'à
présent; Paris, 1758, in-8°. La seconde édition,
augmentée, a été publiée à Paris en 1757, deux
parties in-8°. Dans quelques exemplaires on
trouve à la fin du volume un Catalogue de
quelques ouvrages qui traitent de l'Opéra,
etc., et qui ont rapport à l'histoire de ce
théâtre. Le président de Noinville tenait de Tra-
venol, violoniste de l'Opéra (voij. ce nom) une
partie des renseignement qu'il donne. Son livre
est au reste, fort mal fait et rempli d'inexac-
titudes. •
DURIEU (. . .), professeur de musique à
Paris, vers la lin du dix-huitième siècle, a pu-
blié : i° Nouvelle méthode de musique vo-
cale , Paris, 1793, in-fol. — 2° Méthode de
violon; ibid., 1796.
DURINGER (Philippe-Jean), auteur d'une
notice intéressante et bien écrite , sur la vie et
les ouvrages du compositeur Albert Lortzing,
dont il était l'ami : il vivait à Mannheim en 1851.
C'est le seul renseignement que j'aie sur sa per-
sonne. Sa notice a pour titre : Albert Lortzing,
sein Lebenund Wirken (Albert Lorlzîng, sa
vie et ses travaux). Leipsick, O. Wigand, 1851,
in- 12 de 126 pages, avec le portrait de Lortzing.
L'ouvrage est précédé d'une appréciation du ta-
lent de Lortzing par le maître de chapelle Vincent
Lachner.
DURON (Don Sébastien), maître de cha-
pelle du roi d'Espagne, eut une brillante répu-
tation dans sa patrie; néanmoins on ne sait
presque rien des circonstances de sa vie, et le
seul renseignement positif qu'on ait sur lui se
tire du livre des /testas de acompanar, publié
par José Torres, en 1702, où l'on voit, dans l'ap-
probation donnée par Duron, qu'il était alors maî-
tre de la chapelle royale. La plupart des composi-
tions de ce maître ont été détruites par l'incendie
de la chapelle, en 1734. Ce qui en a été sauvé
consiste en une messe de requiem, à 8 voix, un
motet ( Txdet ) à 10, un autre motet (Périme
Consumptis) à 8, et des Litanies des saints à 8.
M. Eslava a publié un motet à 4 voix de Du-
ron (O vos omnes) dans sa collection intitulée :
Lira sacro-hispana. Duron fui le premier qui
introduisit en Espagne l'usage des violons dans
la musique d'église.
DURUTTE ( Le comte François-Camjlle-
Aktoine), né à Ypres (Flandre occidentale), le
22 vendémiaire en xu (15 octobre 1803), cul-
tiva dès sa jeunesse la musique et les mathéma-
tiques. Admis à l'École polytechnique, il y ter-
mina ses études, fut nommé officier et envoyé à
l'École d'application à Metz; mais , dominé par
son penchant pour la musique, il donna sa dé-
mission, se maria et s'établit dans celle ville.
M. Barbereau a été son maître de composition.
Les amis de M. Durutle , qui ont entendu ses
ouvrages , en parlent avec beaucoup d'estime.
M. Durulte s'est aussi livré à de longues études
et à de grands travaux concernant la théorie c!e
la musique et de l'harmonie ; mais comme la
plupart des mathématiciens qui ont appliqué les
chiffres et les formules à cette théorie, il s'est
égaré en cherchant son principe ailleurs que
dans ce qui constitue l'art immédiatement, à sa-
voir le sentiment intime des rapports des sons
DURUTTE
î)i
et de la tonalité. L'erreur des géomètres a tou-
jours été et sera toujours de se persuader que
l'art peut s'assimiler à la science et avoir d'au-
tres lois que celles de la nature humaine : ils
ne comprennent pas que hors de l'homme il n'y a
punit d'art possible. Au reste, cette erreur est an-
cienne comme le monde, et les hypothèses pour
la formation d'une science abstraite de la rnusi-
()ue ont revêtu toutes les formes. M. Durutte a fait
l'exposé de sa doctriue dans un gros livre inti-
tulé : Esthétique musicale. Tcchnie ou lois
générales du système harmonique; Paris,
Mallet-Bachelier, 1855, 1 vol. in-4° de xxxiv
et 556 pages. A la lecture de ce titre, une con-
tradiction manifeste se présente tout d'abord;
car l'esthélique est la doctrine de la science qui
a pour objet le beau ; et la technie est la doc-
trine de la science qui a pour objet le vrai : or
le beau est le but de l'art, comme le vrai est ce-
lui de la science; la technie est le domaine de la
connaissance; l'esthétique est celui de la créa-
tion de l'idée. Les voies que l'une et l'autre sui-
vent sont aussi différentes que leur objet. Ici donc
l'absence de justesse dans les aperçus est la pre-
mière impression qui nous saisit à l'aspect du
livre de M. Durutte. Pour apprécier la justesse
de la critique de la doctrine qu'il renferme, il
est nécessaire de se rappeler certaines proposi-
tions dont nous avons fait la base de la musi-
que et de la théorie de l'harmonie ; les voici -.
« La nature ne fournit pour éléments de la
« musique qu'une multitude de sons qui diffè-
<• rent entre eux d'intonation, de durée et d'in-
• tensité, par des nuances ou plus grandes ou
« plus petites, »
« Parmi ces sons, ceux dont les différences
« sont assez sensibles pour affecter l'organe de
« l'ouïe d'une manière déterminée deviennent
" l'objet de notre attention ; l'idée de rapports
« existant entre eux s'éveille dans l'intelligence
« et sous l'action de la sensibilité d'une part,
« et de la volonté de l'autre ; l'esprit les coor-
« donne en séries différentes, dont chacune cor-
« respond à un ordre particulier d'émotions, de
« sentiments et d'idées.
a Ces séries deviennent donc des types de to-
rt nalité et de rhythmes qui ont des conséquences
« nécessaires, sous l'influence desquelles l'ima-
« gination entre en exercice pour la création du
« beau (1). C'est ainsi que par l'élimination des
sons irrationnels l'esprit arrive progressivement
à la formation de l'échelle chromatique, et en
définitive à la gamme diatonique; ces opérations,
|l) Traité complet de la théorie et de la pratique de
l'harmonie, Préface ;dc la 3 e édition, pasn s.u.
résultats de la synthèse du sentiment et cm l'in-
telligence, peuvent être démontrées avec facilité
par les principes de la psychologie, et sont d'ac-
cord avec l'enseignement de l'histoire de l'art.
Les transformations de la tonaliiéde la musique
chez les Grecs, depuis le temps où vécut Olympe
jusqu'à l'époque de Pylhagore, nous en offrent
des exemples frappants.
Mais toutes les intonations des sons étant re-
présentées par des longueurs de cordes tendues,
lesquelles deviennent plus courtes en raison de
l'élévation des intonations, les rapports de ces
longueurs s'expriment par des nombres, consi-
dérés comme identiques aux rapports des in-
tervalles des sons. De là l'opinion émise dès la
plus haute antiquité que la loi suprême de la
musique consiste dans certaines relations de
nombres; delàentin l'idée de l'harmonie univer-
selle, dont les lois analogues à celles des rap-
ports des sons régiraient les mouvements des
astres, qui dans leurs révolutions produiraient
un concert sublime. Il est évident qu'une telle
doctrine anéantit l'action de l'humanité dans la
créalion de la musique, et que les conditions es-
sentielles de cet art lui sont imposées fatalement.
Abandonnée dans les temps modernes, la théo-
rie de l'harmonie universelle a laissé subsister
l'opinion que la loi de la tonalité harmonique ré-
side dans des rapports de nombres ; mais ce
principe supposé a donné lieu à des systèmes di-
vers. Au nombre de ces systèmes , il en est un
qui consiste à former une série de quintes la-
quelle a été déduite par l'abbé Roussier ( voy.
ce nom ) d'une très-ancienne formule de quatre
sons connue dans l'antiquité sous le nom de
lyre de Mercure, et que Boèce nous a conser-
vée (1). Commençant arbitrairement sa progres-
sion par le son si, el la poussant à douze termes
pour en former l'échelle chromatique, Roussier
en trouve l'expression numérique dans la pro-
gression triple 1, 3, 9, 27, 81, 243, etc., parce
que la quinte est représentée par le tiers de la
corde, et qu'elle continue dans cette proportion
jusqu'au dernier terme : mais il renverse la série en
la prenantendescendantde cette manière : si, mi,
la, ré, sol, ut, fa, si \>, mi \>, la \>, ré \>,sol \>. Pour
compléter la série , il faudrait . un treizième
terme ; mais il donnerait pour douzième quinte
sol \, , ut \> ; or ut ' p n'est point identique avec
si : la différence d'intonation de ces deux sons est
représentée par la proportion numérique 80 : 81,
et cette différence est la cause du tempérament
dont on fait usage dans l'accord des instrumenta
(!) De Musica, lib. I, c. S0.
92
DURUÏTE
à claviers. Le système de l'abbé Roussicr fut pu-
blié en 1770.
Repris environ quatre-vingts ans plus tard
par M. Barbereau, dont M. Durutte est élève,
ce système s'est modifié entre ses mains par le
changement de la note initiale de la série des
quintes, dans le but de parvenir à la formation de
la gamme diatonique, de cette manière : fa, ut,
sol, ré, la, mi, si (1) ; mais, ainsi qu'il a élé dé-
montré dans l'analyse du travail de M. Barbe-
reau (2) , cette constitution est illusoire, d'une
part par le choix arbitraire du son inilial de la
série; de l'autre, parce que la gamme est incom-
plète, attendu qu'il y manque le deuxième demi-
Ion , lequel ne peut se trouver sans l'octave du
son primitif. Or cette octave ne peut être donnée
par la série des quintes, puisque le huitième
terme donnerait fa dièse, quinte de si, lequel
n'appartient pas à la gamme qu'on a voulu former.
C'est ici que commence la théorie de M. Du-
rutle. La gamme de M. Barbereau et l'échelle
chromatique de l'abbé Roussier ne lui suffisent
pas ; car il ne se propose pas moins que d'arri-
ver à la loi génératrice de tous les accords, con-
sonnants, dissonants et altérés , ainsi qu'à la loi
de leur enchaînement, et, enfin, à la loi tonale ;
ce qui, par parenthèse, est un non sens ; car il
est évident que la loi de l'enchaînement des ac-
cords ne peut être autre chose que la loi tonale.
Or, pour parvenir à ces immenses résultats, il
ne faut à M. Durutte que la progression des
quintes ; mais il la lui faut poussée jusqu'au trente
et unième terme , afin qu'elle contienne tous les
éléments diatoniques, chromatiques, enharmoni-
ques.
Quelle est donc cette loi de laquelle doivent
sortir toutes les merveilles promises par M. Du-
rutte? C'est une gamme, ou plutôt une échelle
chromatique fausse que lui a fournie son maître
Hoène Wronski ( voij. Wronski ) ; échelle qui
n'a aucun rapport avec la gamme de Ptolémée,
de la plupart des géomètres , du plain-chant,
et qui n'est que le résultat d'un mauvais tempé-
rament inégal ; échelle, enfin, qui n'est pas
moins étrangère h la gamme harmonique et at-
tractive qui constitue la musique moderne. Voici
ce critérium prétendu de l'art absolu, dont le
genre humain n'aura vraisemblablement jamais
connaissance :
ut » ut g 1 1 ré \,\\ré » ri « f | mi \, «■§ mi \
fa * fa g \\ sol], U sol | sol # $£ la L \\
(\) Études sur l'origine du système musical. Premier
mémoire; Metz, 1832, ln-s°.
(2| iievue et Cazctte musicale de Paris ( n. 4, 23 Janvier
1153, pages 2B et suivantes ).
la à? fa # ïjj si b ™ si \] ut 2 (1). On voit
que la formule de Wronski a pour objet de ren-
dre identiques les intonations de ri # et mi \>,
fa # et sol \>, sol # et la ],, etc.
M. Delezenne ( voy. ce nom ) a fait de cette
formule l'analyse suivante, dont l'évidence n'a
pas besoin de commentaire : « Cette gamine est
« fort irrégulière. On y remarque trois tons ma-
« jeurs ^, de 9 c (commas), 4811, savoir ut ré,
<< fasol, sol la. Il y a un quatrième ton majeur,
« la si de 9 c, 0755, dont le rapport synchronique
« ?,''~ est fort compliqué.
« H n'y a qu'un seul ton mineur : c'est celui
« ' 9 ° de ré à mi. Le demi-ton majeur |{? du
« mi au fa n'est pas égal à celui V^ de si à ut 1 ;
« ils diffèrent de C ,5941; par suite, les trois
« tierces majeures sont inégales. Il en est de
« même des tierces mineures, des quartes, des
« quintes, etc. Cette gamme est tempérée puis-
ci qu'entre les notes qui diffèrent d'un ton le
« dièse se confond avec le bémol ». Voy. Ta-
ble des Logarithmes acoustiques, etc , dans
les Mémoires de la Société impériale des
sciences, de l'agriculture et des arts de Lille,
1857).
Les mêmes causes qui rendent illusoire la for-
mation complète de la gamme et de l'échelle
chromatique par la série de quintes appelée pro-
gression triple existent dans le système, beaucoup
plus étendu, de M. Durutte ; car elles sont insé-
parables de ce mode de génération. Ce n'est pas
ici le lieu d'en donner une démonstration, qui
entraînerait trop loin; mais ces causes de dé-
fectuosité n'existassent-elles pas, la théorie qui
en est le produit ne serait pas plus admissible
comme loi de la tonalité et de l'harmonie. La
loi d'une chose est ce qui lui donne l'être, ce
qui en est le principe et en maintient l'existence.
Or, comment des combinaisons mécaniques et
des relations de nombres, dont on n'a point con-
science en musique, seraient-elles le principe
et la loi de cet art? M. Durutte partage à cet
égard l'erreur de beaucoup de théoriciens au-
teurs de systèmes divers. Toutes les écoles de
philosophie admettent l'origine psychologique
que nous avons donnée à la formation des to-
nalités, c'est-à-dire la musique dans son principe :
cette origine a pour elle l'évidence, parce qu'il
s'agit d'un art qui repose sur la sensibilité; art
idéal , qui ne prend pour base dans le monde
réel que le phénomène du son. Les sons, comme
(l) Cette forme est la traduction saisissante par tous le»
musiciens de la Formule donnée dans la lettre de Wronski
à M. Durutte. EsttiClique musicale. Foy. pag. :;2.
DURUTTE
93
(es 'nombres, ont la propriété de se grouper di-
versement deux par deux, trois par trois, quatre
par quatre, et on en forme des séries de tierces,
de quintes; enfin, on les coordonne en raison
du système qu'on adopte, et chacun de ces sys-
tèmes correspond à des formules de nombres. De
même, certains phénomènes de résonnance font
entendre d'une manière plus ou moins distincte
des harmoniques du son principal môles à
beaucoup d'autres sons moins perceptibles - ; ces
harmoniques sont exprimés par des nombres de
vibrations dont on peut également former des
séries. Mais est ce par des choses de cette na-
ture que la musique se forme et devient un art?
Non, certes. C'est par sentiment que toutes les
tonalités se sont constituées; c'est par sentiment
que toute la musique est restée pendant deux
siècles dans le domaine de l'harmonie conson-
nante représentée par l'accord de trois sons ;
c'est par sentiment qu'elle est entrée immédia-
tement dans l'harmonie dissonante naturelle,
par la découverte fortuite de l'accord dissonant
de quatre sons ; c'est, enfin, par sentiment que,
tour à tour, les modifications des deux accords
consonnant et dissonant, par le renversement
des intervalles, par les prolongations, par les
altérations ascendantes et descendantes , par la
substitution du sixième degré de la gamme, et
par les combinaisons de ces modifications , c'est
dis-je, par sentiment que toutes ces choses ont
été trouvées. On en déduit une théorie conforme
aux impressions que produit la musique, con-
forme à l'art d'écrire ainsi qu'à l'histoire de
cet art; théorie simple comme tout ce qui est vrai,
et qui saisit l'esprit par son évidence. Elle peut
se formuler par les nombres ; mais elle ne se
orée point par eux.
Que par la propriété qu'ont les sons de se
grouper systématiquement , dont il vient d'être
parlé, et par les rapports de ces groupes avec les
nombres, on puisse représenter tous les faits
harmoniques, comme le fait M. Durutte, en choi-
sissant dans la série des quintes le terme dont
il a besoin pour former chaque accord pris iso-
lément, cela se peut sans doute ; mais qu'en ré-
sulte-t-il? Une effroyable multiplicité de faits par-
ticuliers,, sans connexion au point de vue de l'art;
un dédale abrutissant, fait pour inspirer le dé-
goût de l'étude de cet art , et sans utilité dans la
pratique. Au lieu des deux harmonies conson-
nante et dissonante, origine et base de toute mu-
sique, M. Durutte présente des milliers d'accords
constituésgéométriquement : c'estentre ces choses
qu'il faut choisir ; mais le choix ne sera jamais
douteux pour qui aura le sentiment de la mu-
sique. Que le système présenté d «ns la Technie
de l'ancien élève de l'École polytechnique, en
le supposant aussi juste qu'il est faux, puisse
être considéré comme un produit curieux de
la propriété qu'ont les sons de se grouper par
séries, soit; mais qu'on ose dire que cette pro-
priété est la loi de la musique et de toute l'har-
monie, cela est simplement ridicule. De même
on peut s'amuser, comme l'a fait M. Durutte, au
passetemps innocent de la classification mathé-
matique des accords ; mais cette fadaise est par-
faitement inutile; car la notation musicale est
pour cette chose infiniment plus simple que la
notation algébrique.
Confondant la science de l'acoustique avec la
musique, M. Durutte accorde aux chiffres et aux
propriétés des séries un avantage immense sur
les phénomènes de l'ouïe et sur le sentiment de
l'art. Pour voir à quelles extravagances ses idées
le conduisent à cet égard, il faut lire ce curieux
passage de son livre : « Afin de préciser, nous
« dirons que les accords dont l'étendue sur l'é-
« chelle des quintes ne s'étend pas au delà de
« 1 1 termes = 10 quintes (par exemple du ré |>
« au si), ce qui forme l'intervalle de sixte
« augmentée ou de tierce diminuée, appar-
« tiennent à ^harmonie immanente, c'esl-à-
« dire à l'harmonie que l'oreille perçoit immé-
« diatement, conformément aux lois de Vorga-
« nisation de l'homme; et nous ajouterons qu'au
« delà du 11 e terme commence le domaine de
« V harmonie transcendante, c'est-à-dire le do-
« maine de l'harmonie qui dépasse les condilions
« de l'existence terrestre; harmonie qui ne peut
« être saisie que par l'esprit de l'homme, et nul-
« lement perçue par le sens auditif. L'expé-
« rience, du reste, prouve la vérité decette asser-
« tion, et c'est là, c'est dans l'intervention de
« Vesprit (Geist), que réside la grande différence
« qui existe entre les modulations ordinaires et
« celles dites enharmoniques. Peu importe,
« d'ailleurs, l'instrument dont on se sert, car uu
« piano accordé selon' le tempérament égal
« nous donne, aussi bien que les instruments non
« tempérés, l'idée d'une modulation enharmo-
« nique; parce qu'il y a -quelque chose de plus
« que la sensation, quelque chose de plus que
« le sentiment, savoir : intervention de Vesprit,
« pressentiment d'un ordre plus élevé, auquel
« l'organisation ne peut atteindre, ce qui est la
« vraie source du sublime. »
Certes il y a intervention de l'esprit dans la
conception du beau musical; mais elle se fait
dans l'ordre des idées de création de l'œuvre'
et non dans l'ordre de faits harmoniques qui
seraient hors du domaine de l'organisation sen-
timentale. Où le sentiment est inerte, il n'y a
94
DURUTTE — DUSSEK
plus d'art. Remarquons que M. Durutte est en
opposition avec son principe lorsqu'il parle de
l'usage d'un piano accordé par le tempérament
égal, puisque sa loi de tonalité de la musique,
qui ne peut être saisie que par l'esprit, est le
plus inégal et le plus irrégulier de tous les tem-
péraments.
Je ne nie suis autant étendu sur le faux sys-
tème dont il vient d'être parlé, que parce qu'il
a eu du retentissement en France à la suite de
séances publiques où l'auteur l'a exposé à Paris
en 1855, sans être compris de son auditoire :
il suffit de l'expliquer pour le réduire au néant.
Pour l'origine de toutes les aberrations où
M. Durutte s'est laissé entraîner dans son livre,
voyez l'article Wronski de ce dictionnaire. Quant
au langage ambitieux dont se sert habituellement
M. Durutte, on y reconnaît aussi l'école dont il
sort : c'est celui de l'auteur de la Réforme des
«ia//ieHiaft<7iies,copiéjusqu'à l'affectation la plus
puérile.
DURYER (Amand-Cuarles) ou plutôt Du-
rier, suivant son acte de naissance, né à Paris,
le 3 mai 18O8, fut admis au Conservatoire de cette
ville à l'âge de dix-neuf ans, le 1 er mars 1827,
et y devint élève de Clienié pour la contrebasse.
Il y reçut aussi des leçons de contrepoint de
Seuriot et de Jelensperger, répétiteurs du cours
de Reicha. Sorti du Conservatoire, il entra à
l'orchestre de l'Opéra-Comique en 1829, et passa
à celui de l'Opéra en 1S31, en qualité de contre-
bassiste. Dans le même temps il était attaché
au choeur de l'église Saint-Roch. On a de cet
artiste : Méthode complète de contrebasse;
Paris, 1836, in-fol. M. Duryer a été considéré
à juste titre comme un des meilleurs contrebas-
sistes de Paris.
DUSCIIECK ou DUSSEK (François),.
né à Chotiborck, en Bohême, le 8 décembre 173G,
trouva dans le comte de Spork un protecteur
qui lui fit faire d'abord ses études chez les jé-
suites de Kœnigratz , et qui l'envoya à Vienne,
pour y apprendre à jouer du piano et les rè-
gles de la composition , sous la direction de
Wagenseil. De retour à Prague, il s'y fit remar-
quer comme virtuose sur le piano, comme pro-
fesseur, et forma plusieurs élèves distingués,
parmi lesquels on remarque Vincent Mascheck
et Jean Wittasseck. Duscheck est mort dans
celte ville le 12 février 1799. On a de lui :
1° Vingt-cinq chansons de Spielmann pour les
enfants; Prague, 1792, in-4°. — 2° Sonate à
quatre mains; n° 1 ; Vienne, 1792. — 3° Deux
sonates à quatre mains; Leipsick, 1797. —
4° Sonate pour le piano; ibid. — 5° Le combat
naval et la défaite complète de la grande
flotte hollandaise, par l'amiral Duncan, le
2 octobre 1797, sonate caractéristique pour
le piano ; Vienne, 1799. — 6° Andante avec
variations pour le piano; Leipsick, Kùhnel.
Duscheck a laissé en manuscrit beaucoup de
concertos, de symphonies, de quatuors et de trios.
DUSCHECK (Joséphine), femme du précé-
dent, naquit à Prague vers 1756. Élève de son mari
pour le piano et pour le chant, elle brillait à Prague,
en 1790, comme cantatrice et comme virtuose sur
le piano. Elle joignait à son talent sur cet ins
trument une grande habileté sur la harpe. En
1794, elle se fit entendre avec succès dans les
concerts de Vienne. Après la mort de son mari,
elle partit pour Londres, où elle s'est fixée vers
1800. Elle y est morte en 1823.
DUSSAULX, ou DU SAULE (Gérard),
en lalin Gerardus a Salice, prêtre et compo-
siteur belge, a vécu au commencement du sei-
zième siècle. Il n'est connu que par ce qu'en dit
Glaréan (Dodecach., fol. 280), ainsi que par le
motet Os justi meditabitur sapientiam, et par
le psaume Laudate Dominnm, omnes gentes,
tous deux à quatre voix, rapportés par cet au-
teur (fol. 284-287). Ces morceaux, bien écrits,
sont du onzième mode, appelé hypolydien par
Glaréan, bien qu'il ne soit pas l'hypolydiendes
didactiques grecs, et qu'il corresponde aoias-
tien d'Aristoxène et au ionien d'Alypius.
DUSSEK (Jean-Joseph), excellent organiste
et directeur du chœur de l'église collégiale de
Czaslau, naquit en 1739, à Wlazowicz, en Bo-
hême, où son père était charron. Lorsqu'il eut
atteint l'âge de dix ans, sa mère le mit à l'école
de son beau-frère Jean Wlachs, instituteur et
bon maître de musique à Wlazowicz. Après quel-
ques années d'étude, Dussek fut en état d'ensei-
gner lui-même dans l'école de son oncle. A l'âge
de seize ans il se rendit à Langenau, comme ins-
tituteur primaire agrégé; il demeura en ce lieu
pendant trois ans, et employa une partie de ce
temps à l'étude de l'harmonie. Appelé ensuite à
Chumecz pour y enseigner la musique dans l'é-
cole publique, il alla prendre possession de l'em-
ploi qui lui était offert, et ne tarda point à se
faire remarquer par son talent sur l'orgue. Sa
réputation fut bientôt si bien établie que le ma-
gistrat de Czaslau lui offrit la place d'organiste
et de premier instituteur de la ville; avec un trai-
tement considérable. Il accepta cette position
et entra en fonctions en 1759, n'étant âgé que de
vingt ans. L'année suivante il épousa Véronique
Stebeta, fille d'un jugedela ville, et de celte union
. naquirent trois enfants, dont il sera parlé dans les
articles suivants, et qui furent tous des artistes
distingués. L'étude des œuvres des grands orga-
DUSSEK
95
nistes et compositeurs occupa la plus grande
partie de la vie de J.-J. Dussek ; et les plus ha-
biles furent ceux qu'il se proposa pour modèles.
Depuis longtemps ses enfants étaient séparés
de lui, lorsqu'en 1802 il eut le bonheur d'em-
brasser son fils, pianiste célèbre, dont le nom
était devenu européen, et sa fille, Madame Cian-
chetlini. Le plaisir d'entendre des artistes sem-
blables fut pour sa vieillesse une source de pures
jouissances. J.-J. Dussek cessa de vivre en 1811.
Trois années auparavant, il remplissait encore
ses doubles fonctions d'organisie et d'instituteur
primaire. Parmi les meilleurs ouvrages de J.-J.
Dussek , qui sont tous restés en manuscrit, on
distingue : 1° Une messe pastorale à quatre voix
et orchestre. — 2° Deux litanies. — 3° 1 Salve,
Regina. — 4° Des sonates pour le piano. —
5° Des fugues et des toccates pour l'orgue.
DUSSEK (Jean-Louis ou Ladislas), fils du
précédent, artiste illustre comme virtuose sur
le piano et comme compositeur, est né à Czaslau,
en Bohême, le 9 février 1761. A l'âge de cinq ans
il jouait déjà du piano, et, suivant le témoignage
de son père, il accompagnait sur l'orgue dans
sa neuvième année. Il fut ensuite envoyé comme
sopraniste au couvent d'Iglau, où il continua d'é-
tudier la musique sous la direction du P. La-
dislas Spenar, maître du chœur de l'église des
Minorités. Dussek étudia les langues anciennes
au collège des Jésuites, et alla achever ses études
à Kuttenberg, où il avait été appelé comme orga-
niste. Après avoir passé deux années et demie
en ce lieu, il alla suivre un cours de philosophie
à Prague , et ses progrès furent tels, qu'il put
soutenir avec honneur sa thèse de bachelier en
cette science. Ce fut alors que le comte deMœn-
ner, capitaine impérial d'artillerie, et protec-
teur de Dussek, l'emmena avec lui en Belgique
et le fit